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1690, 06 (Lyon)
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MERCURE
807156
GALANT.
3
ILLE
DE
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
JUIN 16CYON
*1883*
A LYON,
Chez THOMAS AMAULRY,
ruëMerciere au Mercure Galant ..
M. DC. X.С.
Avec Privilege du Res.
ו'
A
A
TABLE
Des Matieres contenues
dans ce Livre.
Prelude Nouvelles curieuses de la Cour
du Grand Siegneur..
Fable.
4
19
Lettre sur le retranchement de là
Coupe. 25
Mort deMr de Calvo: 46
Le Clergéde Champagne Nouvelle.
54
Discours fait par Madame de
Pringy. 62
NouvellesdePologne.. 71
Sonnet
75
3
TABLE.
Epitaphes fur la mort du Frince
Charles de Lorraine.
77
Suitedu Traité de M. de Comier
touchant lart d'écrire occultement
82
Histoire. HO
HaranguedeM. leRecteurdel'-
verſité. 125
Livres nouveaux.. 128
Prife de poffeffion de l'Abbaye de
-+ S. Germaindes Prez, parMonficurle
Cardinal de Furstem-
+ berg. 138
Present faitpar le Roy. 141
Servicefait pour Madame laDan.
phine, à l'Abbayede SaintDenis,&
dans l'Eglise deN.D.de
Paris.
143
Epitaphe & autres Services faits
pour cette Princeſſe. 155
Détail curieux de se qui s'est
passé à la défaite des Vau
dois
質159
TABLE.
Tentative faiteparles Troupes des
Alliez en Flandres. 178
Madrigal. 18.4
Altions de vigueur faitesfur terre
4
&fur mer. 184
Prifes faites far mer fur les
Espagnols , Anglois& Hollan-
Todois. 188
Hranguefaite au Roy parM.l'Archevesque.
4
190
Don gratuit fait au Roy parle
Clergé. 195
Avantages remportez en Catalogne
par Monfieur le Duc de
Noailles. 197
Détail detout ce qu'afait l'Armée
quecommande Monfieur de Luxembourg
depuis qu'il està la
teste . 203
Premier départ de la Flote du Roy,
avec l'ordredeBataille.
Article des Enigmes.
214
225
TABLE.
4
Affaires de Savoye. 228
Ce qui s'est passé à l'Armée que
Monseigneur commande. 249
Charge de Chirurgien Major donnée
àM. Beffiere. 257
Affaires d'Irlande. 257
Départ de la Flote du Roy. 261
Nouvelles de Catalogne. 262
Plusieurs autre Nouvelles 263
Finde laTable.
MERCURE
GALANT.
JUIN
THEQUE DEL
16LYON
UAND un
*
ce a des Ennemis à
combattre en divers
lieux , & qu'il eſt
obligé de leur oppoſer de differentes
Armées , la prudence
& la politique veulent qu'il
ne ſe mette à la teſte de pas
une , puis que pendant qu'il
Juin 1690 . A
2 MERCVRE
agiroit d'un coſté , il ne pourroit
aſſez s'appliquer à ce qu'il
ſeroit à propos de faire ailleurs;
au lieu qu'en demeurant dans
fon Cabinet , ſes foins , les ordres
qu'il donne , ſon travail
continuel , ſa vigilance , & les
fonds qu'il fait preparer , le
rendent en meſme temps plus
utile àtoutes ſes Armées , que
s'il en commandoit quelqu'une
en perfonne. C'eſt ce que
le Roy a fait pendant tout
l'Hiver , & ce qui fait regarder
comme un miracle que ſes
Troupes foient en campagne
avant toutes celles des Princes
liguez , qui ont prisde longue
main des meſures pour tâcher
de l'accabler. On peut dire
meſme qu'ils les y auroient
miſes beaucoup plus tard ,
A
GALANT.
3
les Armées de Sa Majeſté ne
les avoient fait courir avec
precipitation , & avec confufion
, pour s'oppoſer aux entrepriſes
qu'elles auroient pû
faire . Cela s'eſt vû en Allemagne
, en Flandre , en Catalogne
, & en Italie ; tous les
Souverains de ces Etats ayant
payé de groſſes contributions
auMonarque dont ils avoient
juré la ruine ; en forte que
d'attaquans qu'ils eſtoient , ils
ſe trouvent aujourd'huy obligez
à ſe défendre. Quand le
Roy , pendant toute la campagne
, n'auroit point d'autre
avantageque celuy d'avoir paru
le premier, d'avoir renver.
ſé les deſſeins de ceux à qui
ſa puiſſance eſt redoutable , &
de les avoir fait contribuere,
c'eſt un triomphe qu'on ne
A 2
4
MERCVRE
peut vanter affez,rien ne pouvant
eſtre plus glorieux à un
Prince qui eſt attaqué par un
monde d'ennemis , que de les
intimider en les prevenant, &
en parant par ſa prévoyance
les coups qu'ils avoient refolu
deluy porter. Peut- eſtre avant
que de finir cette Lettre vous
en apprendray-je davantage.
Il y a déja quelques mois
que l'on a ſceu que le Grand
Seigneur avoit changé de premier
Miniſtre , & qu'il avoit
choifi Cuproli Mustapha pour
fon Grand Viſir , mais peu de
perſonnes ſçavent les circonſtances
de ce changement , &
je croy que vous ne ſerez pas
fachée que je vous en faſſe le
détail. Comme les Sultans ſe
meſlent peu des affaires, l'Empire
Ottoman eſt gouverné ,
GALANT .
ſelon que le Grand Viſfir eſt
plus ou moins capable de ſoûtenir
ce grand poids , & dans
la ſituation où ſont celles de
l'Europe , on doit avoir quelque
curioſité pour ce qui regarde
un homme qu'on a trou
vé digne de remplir ce premier
poſte. Je ne vous diray rien là
deſſus qui ne ſoit tres veritable.
Les Nouvelles que j'en ay,
viennentde gens qui connoif.
fent parfaitement le Pays. Ils
aſſeurent qu'il faut prononcer
& écrire Kupruli , Moustaphal
&non pas Cuproli , Viſir, Muſtapha
. C'eſt ce que j'ay déja
entendu dire à beaucoup de
Voyageurs qui ont paffé plufieurs
années à Conſtantinople
. Cependant je ne laiſſeray
pas de ſuivre l'usage qui s'eſt
étably parmy nous d'écrire
A 3
6 MERCURE
Viſir , & non pas Veizir. Cuproli
Mustapha , aujourd'huy
premier Miniſtre du Sultan
Soliman I I I. eſt Fils du vieux
Cuproli Mehemed Pacha, qui
a eſté longtemps Grand Viſir,
& Frere de Cuproli Achmet.
Pacha , qui luy fucceda dans
le Ministere , & qui prit Candie.
Comme il avoit eu beaucoup
de part à l'élevation de
Soliman lors qu'on le mit dans
le Trône à la place de Mahomet
IV.il luy eut eſté facile de
ſe faire en ce temps là nommer
Grand Viſfir , s'il n'euft.
aimé le repos ,& cherché plûtoſt
à vivre en ſimple Pacha ,
qu'à eſtre mêlé dans les affaires
d'Etat . Il n'avoit aucun beſoin
d'eſtre dans ce premier
poſte pour avoir du bien , puis
qu'il poſſedoit de grandes riGALANT.
7
cheſſes , & que depuis la mort
de fon Frere il joüifoit d'un
million de revenu . Aprés pluſieurs
changemés arrivez dans
ſa fortune , il eſtoit Pacha à
l'Iſle de Chio ,où il vivoit fort
tranquillement , ſe faiſant aimer
du Peuple , & n'ayant
point d'autre veuë que de ſe
conferver l'amitié de Turkі-
nan Mustapha Pacha , dernier
Grand Vifir . Ce Turkinan
Mustapha eſt celuy qui aprés
avoir eſté longtemps General
de la Milice alla declarer la
guerre à l'Empereur de la part
de Mahomet I V. par ordre de
Cara Mustapha , alors Grand
Viſir , avec qui il ſe trouva au
Siege de Vienne. Il fut élevé
àcette premiere Dignité par
les foins & les intrigues de
Mustapha Cuproli , & la con-
A3
8 MERCVRE
noiſſance qu'il devoit avoir de
fon peu d'ambition , ſembloit
ne luy pas permettre de prendre
de luy de la défiance. Cependant
par un effet de la jaloufie
qui regne en toutes les
Cours , le Grand Vifir Muſtapha
ne put le voir eſtimé du
Grand Seigneur fans en avoir
beaucoup de chagrin. Il difi
mula pendant tout le temps.
qu'il crut n'avoir rien à craindre
, mais ayant eſté défait au
mois d'Octobre dernier par les
Troupes de l'Empereur , il ne
douta point qu'on ne le privaſt
du Miniſtere , ſuivant ce que
pratiquent les Tures, chez qui
le malheur eſt toujours un cri
me. Ainsi s'eſtant retiré tout
en deſordre à Sophie aprés ſa
défaite , il ne fongea qu'à faire
perir tous ceux qu'il jugea di--
ة
GALANT
و
gnes de remplir fa place.Aprés
avoir fait aſſaffiner ſecretement
quantité de perſonnes de merite
, il luy parut important ,
quoy qu'il deuſt beaucoup à
Cuproli , de ne luy point faire
grace. Il dreſſa un Catacherif
au nom du Sultan , tel que les
Viſirs ont pouvoir de le for
mer , par lequel il commandoit
à un Capigi , Huiffier de
la porte , d'aller demander fa
teſte. Le Capigi s'eſtant rendu
àChio , montra l'ordre à Cud
proli , qui aprés l'avoir lû ,&
mis fur ſa teſte, fuivant la coutume
, répondit qu'il n'avoir
rien à refufer au Sultan fon
Maiſtre,mais que n'ayantpoint
à ſe reprocher d'avoir jamais
riententé contre le ſervice de
Sa Hauteſſe, il trouvoit à pro
posd'aller luy meſme porter fa
AS
10 MERCVRE
G
teſte à Andrinople , où il la
donneroit ſans aucune peine,
s'il ne pouvoit ſe juſtitier. Le
Capigi s'obſtina. longtemps à
dire que ce n'eſtoit point l'ordre
du Grand Viſir, qu'il falloit:
femettre en eſtatde mourir far
l'heure. Cuproli qui n'apprehendoit
rien àChio,où l'amour
des Habitans le rendost maiſtre
abfolu , luy demanda dix.
jours de delay , en luy diſant
que s'il lesluy refuſoit il ſçavoit
bien les moyens de ſe les faire:
accorder de force. Ainſi le Gapigidemeura
dans l'iſſetandis
qu'il dépeſcha fon Kiaia àAndrinople
, avec une Lettre
pour rendre en main propre
au Grand Seigneur. Le kiaia.
cſtant arrivé en quatre jours
cut audience dés le lendemain.
Le Sultan ne put lire la
GALANT.
Lettre de Cuproli fans faire
paroiſtre une fort grande fur
priſe. Il ne perdit point de
temps à y répondre , & on
tient qu'illuy écrivit en ces
termes de ſa propre main.
:
3
Vous qui estes mon bien aimé
Cuproli Bacha ne manquezpas fi
toft que vous aurez recen cet ordre,
de venir icy me joindre , & vous y
Serez en qualitéde mon Visir , pour
egler les affaires de mon Empire,&
pour vous vangerde vos Ennemis.
Cette réponſe ayant eſté portée
à Chio , Cuproli qui ne
ſouhaitoit rien moins que d'eftre
fait Grand Vifir , fut con
traintde conſentir à fon élet
vation pour ſauver ſa vie. Il
partit au grand regret des Ha.
bitans de cette Ifle , qui au
nombre de trois à quatre mille
perſonnes fondoient en larmes +
A6
12 MERCURE
pour la perte qu'ils faifoient. N
les aſſura que tant qu'il vivroit
il les mettroit à couvert de la
tirannie , & fi.coſt qu'il fut à
Andrinople , le Grand Sei- 1
gneur luy fit mettre le Cafetan
de Grand Viſir , avec ordre de
retirer promptement l'Etendard
de Mahomet que Muſtapha
avoit avec luy à Sophie.
On croyoit que Cuproli ſc
vangeroit de fa trahiton par
quelque cruelle mort , mais
n'ayant jamais exercé aucune
rigueur , il ſe contenta de l'appeller
àAndrinople , où il leretint
environ un mors , pour
luy faire tendre, compte, des
deniers du Trefor Imperial, c
de l'argent qu'il avon tiré des
impoſitions faites , Pour la guerre
,qu'on dit qui fe monte azi
quatre ou cinq mille bourſes,
2
2
GALANT..
-
de cinq cens écus chacune..
Enſuite il le relegua àun village
prés de Gallipoli , ayant
retenu ſon Kiaia , pour tâcher
de luy faire, confeffer de plus
grandes ſommes , parce qu'on
n'a rien touché qui n'ait paſſe
par ſes mains. Il eſt encore pri
fonnier à Andrinople. Quant
au viar Mustapha , c'eſtoit un
homme fort bruſque & extre
mement brutal. Il s'enyvroit
preſque toutes les appréſdinées
, & lors qu'il eſtoit ains
privé de raiſon , il faifoit maffacrer
beaucoupdemonde. On
tient qu'il a fait étrangler plus
de quinze mille perſonnes
pendant une année & demie
de Miniftere. Dans le
mois de Juin 1688. environ
deux mois aprés ſon el con
il fit pendre publiquemense
14 MERCVRE
un Medecin Juif , qui ſe mê
loit d'Astrologie , & qu'on
prétendoit avoir predit que
Je gouvernement du Vifir ne
feroit que de trois mois , &
que l'Empire Ottoman avoit
encore ſeulment trois ans
à durer. Les Turcs efperent
beaucoup de Cuproli , qui eft:
fort aimé de tout lemonde..
Cela vien , non ſeulement de
l'eſtimeoùil a toujours eſté
mas de ce qu'au lieu de mettre
de

nouveaux impoſts
comme les autres , il en a
ofté pluſieurs. Il croit s'en
pouvoir paſſer au moyen des
épargnes qu'il fait faire , &
du ſecours que la Monnove
de cuivre luv donne. Il en fait
batre continuellement , ce
qui apporte un grand profit
anTrefor , puis qu'une piece.
GALANT. 15%
:
plus petite qu'un denier de
France , eſt receuë pour deux
liards en ce pays là. On ſe:
Aate qu'il pourra fubvenir par
là aux frais de la guerre.
D'ailleurs ayant de grands
biens , on nedoit pas craindre
qu'il cherche à piller comme:
les autres Viſirs. Il n'a pas
laiſſe:pourtant d'effoyer deja
une conſpiration pour avoir
voulu pouffer trop loin la reforme
dans les Serrails à l'égard
des revenus des Officiers . Le
Kiftar Aga Chefdes Eanuques
du Grand Seigneur , chagrin
de ce qu'il perdoit par cette
reforme , fit un complot pours
l'emporſonner. Hole conviad
un feſtin où un ſervice avoit
eſté préparé exprés pourcelas
Le Maistre d'Hoſtel du Klar
Aga qu'il avoit fallu mettre du
16 MERCURE
ſecret, frapé d'un remords dont
il ne put fe rendre le Maiſtre ,
alla le jour precedenrau Serrail
de Cuproli , à qui il fit demander
une audience ſecrete.ll eut
peine à l'obtenir , parce qu'il
avoit à expedier un fort grand
nombre d'affaires , mais il pria
avec tant d'inſtance , qu'enfin
on le fit entrer. Il declara
l'affaire au Vifir , qui ſans
s'émouvoir luy dit qu'il executaſt
l'ordre de ſon Maiſtre ,
&qu'il auroit la recompenfe
qui luy eſtoit deuë . Cuproli
ſe rendit le lendemain chez
le Kiflar Aga , où il fut reccu
avec beaucoup de ceremonie.
On fervit fur un Sofa à la
maniere des Turcs ,& un fervice
en deux plats ayant eſté
apporté , le Viſir prit de celuy
qu'onavoit misdevant luy ,
GALAN T.
17
ayant fait appeller l'Officier de
cuiſine qui avoit eu ſoin d'appreſter
les mets , il luy dit tout
haut, Gouftez de cela avant que
i'en mange. L'Officier qui ne
vouloit point s'empoiſonner ,
fe vitdans un embaras inconcevable
,& enfin intimidė par
les menaces qui luy furent faites
, il fut contraint pour ſe
fauverde la mort , de décou
vrir ce que ſon Maiſtre luy
avoit fair faire. Le Viſir ſeleva
en meſme temps , fit meneren
priſon le Kiflar Aga. Quelques.
unsdes complices furent étran .
glez , &on envoya les autres à
Conſtantinople pour fervir fur
les Galeres . Le Maistre d'Hoſtel
a eu une groſſe récompenſe
,& cette affaire a obligé le
Viſir à ſe tenir ſur ſes gardes.
Ilparoiſt qu'il ne ſouhaite rien
18 MERCVRE
avec plus d'ardeur que de pouvoirſoutenir
la guerre. Comme
il ny manque ny d'argent ny
d'hommes , il a fait ſçavoir àla
Milice qu'on ne forceroit point
ceux qui n'y voudroient point
aller , qu'on ne feroit ſeulementque
les biffer du Regiſtre,
& qu'à ceux qui marcheroient
volontairement , on augmenteroit
la penſion de dix a pres
parjour , qui font cinq fols de
poſtre Monnoye ,& qu'on less
payeroit d'avance. Il pretend
que tous les Bachas feront la
guerre à leurs frais , avec tout
leur monde , & il commence:
par luy- même , puis qu'il entretient
dix mille Soldats . On
tient qu'il aura cette Campagne
une Armée puiſſante.
Voicy une Fable dont vous
trouverez la penſée fort finGALANT
.
19
guliere. Elle est de Mr de
Templery ,de la Villed'Aix en
Provence. Vous devez connoiſtre
ſon heureux genie par pluſieurs
Ouvrages de ſa façon
queje vous ay déja envoyez ,
& fur tout par ſes Maximes
galantes que vous avez tant
approuvées dans ma Leture de
Ianvier dernier.
L'HONNEUR , LE FEU,
ET L'EAU.
J
FABLE .
Evous l'ay dit cent fois , & le
disencore une.
Iris , chaffez d'auprès de vous
Ge cortege d' Amans , qui bleßé de
Doscoups,
20 MERCVRE
Vousobſede& vous importune.
Qui dit jeune , dit fon ; ce font
des indifcrets ;
Sur vos moindres faveursils feront
uneglofe,
Etſe vantant de leurs progrés,
Groſſirontfi fort les objets,
Qu'un rien deviendra quelque
chofe. Y
Ils diront cequ'illeur plaira ,
L'un ne les croira point , & l'autre
Lescroira,
Carchacunàſongré raisonne..
Ils femeront par tout le bruit de
leur bonheur ,
Et mettant une tache enfin àvostre
honneur ,
Quivous l'effacera ? Personne...
Maisfipar cette verité.
Qui vousferoitsi profitable,
Iris,fur vostre esprit jen'ay rien
emporté,
Etfi quelque conte inventé
GALANT. 23
Fait fur vous plus d'effet qu'un
discours veritable,

Rendezvous doncà cette Fable.
Un jour le Feu , l'Honneur , &
L'Eau
Conclurent defaire voyage.
Pour voirdans un Pays nouveau
Les moeurs , la coutume,& l'usage
Ils partirent tous troispar untemps
affez doux ,
Mais comme en voyageant queli
quefois on s'égare,
Convenons, dirent-ils , chacun d'un
rendez-vous ,
Si quelque accident nousſepare.
LeFeu, commeleplus ardent.
En binette se répandant
Prit avec chaleur la parole.
le fuis , dit- il,fans hiperbole ,
Leplus legerdes Elemens,
Ainsi leplusfujet à des égaremens.
4
22 MERCURE
Une marque pour me connoistre .
Sijevenoisàdiſparoiſtre ,
Quoy que je fois tout éclatant ,
Et d'une ſplendeur enflâmée ,
Où vous verrez de lafumée,
Vous me trouverez à l'instant.
Acesmots,l'Eau vive& bruyante
Seplaisant fort àgazouiller ,
Voulut àson tour babiller ,
Maisdefa maniere coulante.
Gaye,éveillée extremement,
(Car àparlerfincerement ,
Iln'estpire cau que la dormante)
Sijemeperds , dit- elle, en quelque
trou nouveau ,
Nem'allezpoint chercherdansdes
fablesfans herbe ,

Carpour mefervir du Proverbe,
Autant vaudroit- il battre l'eau ,
Mais en allant de route enroute,
Fouillezle jonc & leroseau ,
Et vous m'y trouverezfans doute.
GALAN T.
23
L'Honneur , ce fantôme adoré;
Qui dans le devoir tientnos belles
Etpour qui nos Guerriers d'un coeur
delibere
Vont affronter la mort ſous desformes
cruelles ;
L'Honneur,dis je,voulant parler;
Pourmoy , s'écria t-il, je ne puisle
celer:
Gardez moy , mais si bien que rien
ne nous fepare.
Ayezsur moy desyeux d' Argus
Car fi loin de vous je m'égare,
Vous ne me retrouverezplus.
Cette Fable, Iris , vous convic
Aneflétrir jamais la gloire de vos
Car l'Honneurest comme la vie,
Quand on le perd , c'est pour

24 MERCURE
L'Air & les paroles du Printemps
nouveau que je vous
envoye , font de Monfieur de
Bacilly.
AIR NOUVEAU
AH, que le Printems a d'appas :
Et que l'Hiver &fa glace,
Sa nege & les frimas
A bon droit luy cedent la place !
Si le coeur d'Iris ,helas !
Pouvoit en faire de mesme ,
Et cederà l'ardeur de mon amour
extrême,
Ie chanterois iusqu'au trépas,
Ah, quele Printempsad'appas!
En vous envoyant le mois
paffé l'avis que M. Richard
adonné au Public , touchant
les Memoires qu'ilt demande
pour l'Hiſtoiredes Fondations
&
sa glace sanegeetsesfrimatza
X
pelas pouuortenfaire de
1.3
chanterois ge chante-
2
Papas
*
DEC
LYON
BIBLIO
*1893
*
GALANT.
25
& Etabliſſemens faits ſous le
regne du Roy , à laquelle il
travaille , je vous promis de
vous faire voir par quelqu'un
1 deſes Ouvrages , qu'il a toute
la capacité neceſſaire pour
venir à bout de ſon entrepriſe,
&ce qu'il a écrit à un Gentilhomme
nouvellement conver
ty , vous en va faire juger.
LETTRE
DEMr RICHARD ,
Preſtre de Saumur , ſur le
retranchement de la Coupe.
7 fuis ſi ſenſible à l'honneur que
-vous ma'vez fait , Monsieur,
de me confier le deffeinoù vous eſtes
de vous éclaircir fur les difficultez
Juin 1690. B
26 MERCURE
de la Religion Remaine , que je ne
pais m'empêcher de vous en mars
quer majoye& ma reconnoiffance.
L'admirable difpofisionon ie vous
voy, de vouloir chercher la verime
fans aucune prevention , me fait
esperer que vous la trouverez ,
moyennant la grace du Seigneur ,
Sans laquelle nous ne sommes que
mensonge&que forbleffe.w
Lapluſpart deshommes ne font
d'une Religion que parce qu'ils y
font nez , & la grande attache
qu'ilsy ont vient plutôt des prejaugez
de l'enfance,&des impreſſions
qu'ils ont receues de leurs Peres
que de la connoissance qu'ils ont.
C'est une chose qui auroit lieu de
nous étonnerfiellen'estoit pas ordinaire,
ccaarrest-ilriendemoins
fonnable que le peu de foinqu'ora
de s'inftruire dans la fcience da
falus ,pendant qu'on s'applique
GALANT... 27
avec tant d'ardeur aux affaires de
cemonde ? Il estde laprudence d'un
honneste homme de s'examinerdu
moins une fois en sa vie,furuna
chose auſſi importante que l'est la
Religion. C'eſt, Monfieur , ce que
vous avezfi heureusement fait,&
commefur les points de controverfe
qui partagens la Religion Catholi
que, & la pretenduë Reformée , la
doctrinede la premiere touchant
Coupe,&le Purgatoire, voufait
encore beaucoup de peips i'ay cru
que vous trouver bam que je
vous fiffe par des raiſons qui la
Soutienner non que i'aje in pré-
Sompei de me perfuader qu'elles
foi in affez bien daduites pour vous
toucher& pour vans convaincre,
is connais monpeudecapacitémain
Rofe meflater quel'espritde Dieu
répandrafes lumiores, & que s'il
ne lefaitpasàcause de mespechez
B 2
28 MER CURE
vous recevrez du moins cecy comme
une marquede la plus tendre& de
laplus fincere amitié qui fut iamais.
Pour sçavoirſi l'Eglise a pû retrancher
l'usage de la Coupe , il
faut examiner fi elle est de l'effence
_du Sacrement de l'Eucharistie , ов
fielle eftfeulement une maniere de
V'Administrer. Il est certain quesi
Buſage de la coupe est de l'eſſsence
du Sacrement de l'Eucharistie ,
l'Eglise apu la retrancher, parce
quele Sacrement n'est pas entier
dés qu'il n'a pas tomes les parties,
efſſentielles qui le complent ; mais
auſſi fi la coupe n'est que la maniere
d'aminiſtrer l'Eucharistie , ru'il
y en ait une autre instituée par F.C.
en laquelle le Sacrementfoit donné
dans tout son entier , je ſoutiens
que l'Eglise a esté lamaiſtreſſe de
retrancher la Coupe , ce que je
GALANT. 29
prouve invinciblement par un
exemple.
L'Afperfion & l'Immersion font
deux manieres d'aminiftrer le Sa
crement de Baptefme , qui toutes
deux ont estèpratiquéespar l'Egli.
ſe, mais parce que le Baptefme
consiste effentiellement dans l'eau ,
dans les paroles que prononce le
Ministre , & que foit qu'ilse donne
par immersion , ou parafperfion , il
y a toujours de l'eau avec les paroles
l'Eglife s'eſtſerviefelon les besoins,
de l'infusion , de l'aſperſion , &de
L'immersion , aujourd'huy mesme on
ne se fert plus que de l'aſperſion.
Cependant il est certaint que I. C.
areceuleBaptefme par immersion,
& que les Apostres ont Baptisé au
commencement par immersion . Le
mot Grec dontle Baptefme à pris
fon nom ,signifie plonger ; nonobſtant
cela l'Eglise ne baptife plus
B 3
30
MERCVRE
aujourd'huy que par infusion , ce
qui fait voir que l'Eglife qui ne
peut rien changer à l'effence des
Sacremens , peut changer les manieres
de les administrer. Si donc
je puis prouver que l'usage de la
Coupe est seulement une maniere
d'aminiftrer l'Eucharistie ,&que
les fidelles la recevant sous lafente
espece du pain , la reçoivent dans
tout son entier , je croiray avoir
droit de conclure que l'Eglifea pů
retrancher l'usage de la coupe.
Ileffhors de doute que pour rem
cevoir le Sacrement de l'Euchari
ftieilfautmanger la chair&boire
lesang de I. C. Le precepte en est
formel au chapitre 6. de l'Evangile
felon Saint lean ; Si vous ne
mangez ma chair , & ne beuvez
mon ſang , vous n'aurez
point la vie en vous , en forte
que si en recevant l'Eucharistie
GALANT. 15
fous laseule espece du pain , l'on
ne mangeoit pas la chair , &l'on
ne bewvoit pas lefang du Sauveur
tout àlafois,ilferoit incontestable
que la Communion ne seroit pas
entiere ,& qu'il faudroit la rece.
voir fous les deux especes , mais
anffi fi en recevant l'Eucharistic
fous laseule especedupain, onman
gela chair, &l'en boit lefangde
I. C. je foutiens qu'ilfuffit pour accomplir
le precepte de communier
Sousl'efpecedu pain
Orie dis qu'enrecevant l'Euche.
riftie ſous la seule espece du pain,
Von reçoit leCorps& le sangde I.
C. ce que l'on prouve d'abord par
les paroles du Sauveur , au mesme
chapitre de Saint Jean , quelques
verſets au deſſous. Celuy qui me
mange vivra pour moy. Cery
eſt le pain des Anges , non
point comme vos Peres ont
B4
32 MERCVRE
mangé la Manne , & font
morts. Le pain que je vous
donneray , c'eſt ma chair , &
celuy qui mangera ce pain ,
wivra éternellement. Le Fils de.
Dieu promet en cet endroit lavie.
éternelle àceluy quimange le pain,
Sans faire mention de la Coupe ;
cependant fuivantle paſſage cy...
deſſus , iln'y aque celuy qui mange
lachair& boit lefang qui puiſſe
avoir la vie éternelle. Donc fien
mangeant le painon à lavieéternelle,
il s'enfuit qu'en mangeant le
pain l'on mange la chair& l'on
boit le fang du Sauveur, le fçay
que l'onrépondra , que quoy que I.
C. ne parle que dupainen ce paſſage,
il n'exclut pas pour cela la
Coupe; i'en conviens , auſſi ie ne
pretens pas l'exclure , maisie veux
Seulement montrerqu'elle n'est pas..
de l'effence du Sacrement de l'Eucharistie.
GALANT ..
33
C'est ce queie prouve par un autre
paſſage plus formel , tiré du 11 .
chap.de la premiere Epistre de S.
Paul aux Corinthiens . Toutes les
fois que vous mangerez ce pain
&boirez ce calice , vous annoncerez
la mort du Seigneur
juſqu'à ce qu'il vienne. C'eſt
pour quoy quiconque mangera
ce pain , ou boira ce calice
du Seigneurindignement,ſera
coupable du Corps & du Sang
del . C. Les premieres paroles font
voir que l'on communioit ſous les
deux especes, nous n'en diſconvenons
pas . Les Prestres,le Roy le iour
defon Sacre ,les Diacres dans quelques
Eglifes , comme à S. Denis en
France , Cluny , &c . lefont encore ;
mais les dernieres paroles font une
preuve evidente qu'on communioit
auſſi ſous une ſeule,&qu'en communiant
sous une seule on recevoit
le corps & le fang de I. C. S.
B5
34
MERCVRE
Paul dit,Quiconque magera ce
pain ouboira cecalice dn Seigneur
indignement, feracoupable
Corps&du Sang de J.C..
C'est lamesme chose que s'il faisoit
peuxpropoſitions,& qu'il dist,qui
conque mangera cepain indignement,
fera coupable du corps & du
fangde 1.G. quiconque boira le calice
indignement,fera coupablepa.
treilement du corps&dusangde I.
C. car dans cet endroit l'Apoftrese
fertde laparticule disionstive ou.
Ordans toutepropofition dont lefu..
ict est composé de deux termes dif
tinguez parlaparticuledis ionctive
ou, l'attribut s'applique tout entier
àchacun de cesdeuxtermesfeparément.
Pardonnez-moy.ce principe
deLogique que ie rendsclair paran
exemple. Lors que ie dis , celuy que
tuera ou empoisonnera ſon voisin,
fera condamné à la mort , cette
GALANT.
35
condamnation de mort qui est l'attribut
de la propoſion, tombe toute
entierefur celuy qui tuerafon voifin
, & toute entierefur celuy qui
empoisonnera fon voisin , si-bien
qu'il n'est pas neceffaire pour incourir
cette condamnation , de cuer
& d'empoisonner son voisin tout à
làfois, maisitfuffis defaire l'un on
Lantre
Tout de mesme quand S. Paul
dit , quiconque mangera ce
painou boira ce calice indi
gnement , fera coupable du
corps & du fang ; eftre coupable
du corps & dusang tobe tout entier
Sur celny qui mangera lepain indignement
,& tour entier far relay
qui boira le caliceindignement , en
forse qu'il n'est pas neceffaire de
manger lepain & de boire le calice
indignement pour estre compable dù
corps & du sang, mais ilfuffit de
B6
36 MERCURE
faire l'unou l'autre. Orficeluy quz
mange seulement le pain indignement
est coupable du corps &du
fang,il s'enfuit necessairement que
celuy qui mange seulement le pain
participe au corps &au sang , &
qu'ainſi en communiantfous laſeule
efpece du pain , on reçoit l'Euchariſtie
dans tout son entier.
Auſſiliſons - nous que 7. C. qui
avoit communié les Apoftresſous les
deux especes un jouravantfamort,
a communié deux defes Difciples
aprésfa refurrection fous la feule
espece du pain. Nous l'apprenons
dans l'Evangile de S. Luc chapitre
24. Et il arriva , dit l'Evangeliste,
que lors qu'il eſtoit àtable avec
eux, il prit du pain , le benit ,
&le rompit , & le leur donna,
& pour lors leurs yeux furent
ouverts , & ils le reconnu
rent.
1
GALANT. 37
Je conclus de ces paroles que I.
C. communia pour lors les deux
Disciples ,&je le prouve premierement
parce que le Fils de Dieu
fit les mesmes ceremonies pour con
facrerlepain qu'il leur donna,qu'il
avoit fait lejour de la Cene , lors
qu'ilcommuniaſes Apoftres , car S.
Mathieu qui rapporte comment se
paſſa ta Cene , ditau chapitre 26.
Et comme ils ſoupoient il
pritdu pain & le benit , & le
rompit , & le donna à fes
Diſciples.
Secondementpar le miracle qui
s'opera , car ce ne fut qu'à lafraction
du pain que ces deux Diſciples
reconnurent I. C. Orfic'eust estéun
pain commun , &fi 1. C. n'eust fait
des ceremoniesparticulieres qui ne
Sepratiquoient point dans les repas
ordinaires ils ne l'auroient pas reconnu
en cela ...
)
38 MERCVRE
Troifiémement , parceque c'est le
Sentimentdes Peres&des Docteurs,
S. lerôme ledis expreſſement dans
l'Epitaphe de Sainte Paule ; S.
Augustin dans la Concorde des Evangelistes;
Theophraste dans ses
Commentairesfur S. Luc ,& plu.
fleursgrandshommes,dont ilferoit
trop longde rapporter icy lesparoles.
Si c'est dontune chose constanteque
I. C. dans cette apparition aux
deux Disciples qui alloient en
Emaüs , leur donna l'Eucharistic ,.
ce n'est pas une chose moins com
ftante qu'il ne la leur donna que
fous laseule especedu pain ; car il
eft dit expreſſement dans l'Evan
gile, qu'auſſi toft aprés lear avoir
donné le pain , & avoir esté reconnu
d'eux,il s'évanouit de devant
loursyeux.
Raioûte à cette preuve une
autre , sirée du 2. chapitre des
GALANT.
39
Actesdes Apoftres. S. Lucditau 52.
verset en parlant de ceux que s
Pierre avoit convertis , qu'ils
eſtoient preſeverans dans la
doctrine des Apoſtres , & enla
communion de la fraction du
pain. Il est certain que S. Lucen
cet endroit avoulu marquerque ces
perſonnes qui avoientrecen laparo
le de Diea par le ministere de Sa
Pierre, rempliffoient tous les devoirs
du Christianisme , qu'ils estoient
initiez à tous les misteres , en ce
qu'ils communiquvient avec les
Apoftres à lafainte Eucharistie ,
qu'ila expriméeparla commanion
de la fraction du pain ; il nefait
aucunementioade la Coupe , d'où
ic conclus que l'usage de la Coupe .
n'est point d'un devoir indispensa
ble , & qu'ainsi l'Eglife apûla re...
trancher. Cela est si vray , qu'en
remontant dans les premiers fiecles40
MERCURE
de l'Eglife , où l'on pretend que la
communion ſous l'espece duvin a
esté le plus en usage, nous trouverons
des preuves que l'on communioit
auſſiſous uneseule espece ,&
que l'ayant fait , on croyoit avoir
accompli le precepte que nous en a
donné I. C. de mangersa chair&
de boire Son Sang. On ne peut pas
diſconvenir que dans les temps de la
persecution de l'Eglise , quiſçavoit
L'éiroite obligation on font tous les
Fidelles de recevoirle Sacrement
de l'Eucharistie , on avoit coutume
de leur donner le painconsacrépour
l'emporterchez eux , afin dese communier
eux mesmes lors qu'ilferoient
preſts d'endurer le martire,
pour prendre par ce moyen denouvellesforcespour
confefferI. C.C'est
un fait d'histoire averépar l'autorité
des SS. Peres , qui ont veſcu
dans cetemps-là. Orjedis que nous
GALANT. 41
ne voyons point que les Chrestiens
ayent jamais emporté dans leur
maisons l'Euchariftie ſous l'espece
du vin .
Vous sçavez peut- eſtrece que S.
Ambroise rapporte de S. Satirefon
Frere , dans l'Oraiſon funebre qu'il
en afaite. Il dit que ce faint hom
me ſevoyant dans une grande tempeste
, demandale S. Sacrement ,
le pendit àfon cot, & se ietta à
La Mer , & que par ce moyen il
évita le naufrage. Oriln'y a pas
d'apparence qu'il eust pendu à fon
col l'Eucharistie ſous l'espece du
vin.
L'hiſtoire de Serapion est connuë.
Eufebe de Cefarée qui vivoit du
temps de Constantin , nous larapor
te aufixième livre de for Histoire
Ecclefiaftique . Ce Serapion qui
avoit apoftafié durant la perfecu
tion , touchéde repentir de l'avoir :
142 MERCURE
fait,&se voyantàl'article de la
mort , demanda la communion. On
courut au Prestre ,mais le Prestre
étant maladedonna uneportionde
'Euchariftie au garçon qui l'étoit
venu chercher,&commanda qu'on
la moüillât , afin que le malade
pút l'avaler plus aisément. Ce
garçon executa ce que le Prétre lug
avoit ordonné de faire. Serapion
recent l'Euthatistic sous lafeule
espece du pain, & recoavrafafanté.
Cela marque que l'onne ingeoit
pas la communion neceffaire fous
L'eſpece du vin, puisque dans une
occaſionoù il s'agiſſoit defairerentrer
un Apostat dans lacommunion
del'Eglise , le Prêtrene lay envoja
l'Eucharistie queſous lafeule efpe--
tedupain.
Ie pourrois vous rapporter une
infinité d'autresexemples,iepour
rois ajoûter lesraiſons quenosTheo
GALANT.
43
togiens ont coutume de donnerfur
eefuiet, mais ie crains de vous en
nuyer par une trop longue Lette
Ieme contenteray de répondreà la
Senle obiection que l'on nouspropose.
I. C. dit-on , afait un comman.
dement del'usage de la Coupe, lors
qu'ila dit àses Apoftres au foir de
la Cine , Benvez- en tous. le rés
pons à celaque quand 1. C. a dità
SesApostres en leur presentant le
calice, beuvez en tous , cen'est
pasun commandement qui regarde
tous les Fidelles , maisfeutement
les Apoftres en particulier , caril
faut remarquer qu'ily a dans l'Evangile
de deux fortesde command
demensfaits aux Apostres , les uns
quiregardent tous les Fidelles ,&
les autres qui ne regardent que les
Apôtres en particulier. Par exem
ple , quand I. C. commandeà fes
- Apôtresde s'aimer entre eux , c'est
44 MERCVRE
un commandement fait à tous les
Fidelles en la perfonne des Apôtres ,
mais quand il dit , Ceux dont
vous remettrez les pechez , les
les pechez leur feront remis ,
quand illeur dit encore d'aller annoncer
l'Evangile par tout le
monde, cefont des commandemens
quine regardent pas tous les Fidelles,
maisseulement les Apôtres en
Particulier..
Or jeſoutiens quele commandement
que 7. C. fait àses Apostres
en leur difant ,beuvez en tous ,
n'est que poureux en particulier, &
non pas pour tous les Fidelles , ce
que je prouvepar les paroles de S
Luc chapitre 24. qui parlant de la
mesme action de F. C. au jourde la
Cene , marque qu'il dit àsesApoftres
, prenez & le partagez entre
vous , ce qui est encore mieux
expliqué par S. Marc , qui dit
GALANT.
45
qu'ils en burent tous , carfi le mot
de tous ſe prenoit dans S. Mathieu
pour tous les Fidelles en la perſonne
des Apoftres , il ſeroit impoffible de
verifier ce que dit S. Marc , ilsen
burent tous , puis qu'il est conf
tant que tous les Fidelles n'en burent,
pas. Ilfaut donc neceſſairement con
- clure que ces paroles , beuvez en
tous , wetoient dites que pour les
Apoftres en particulier , & en quas
- lited Apôtre. Je conclus de tout cela
- que la Coupe n'est point de l'effence
du Sacrement de l'Eucharistie. Mrs
- Dallier,& Derelincourt en convien.
nent dans quelques- unsde leurs Ou
vrages , mesme dans la Discipline
de la Religionpretenduë Reformée,
fondéesur un Synode tenu à Poitiers
ſi ma memoire ne me trompe . Il'eft
dit que ceux qui auront de l'aver.
* Son pour le vinneferontpoint obli
4
4
t gerde boire dans la Coupe , mais
46 MERCVRE
qu'ilfuffira de la leur presenter, ce
quimarquequ'on ne lajuge pas ef
qusmarg
fentielle. Quesi ellen'est pas effen
sielle au Sacremes de l'Eucharistic,
&qu'elle ne foit qu'une magive
de l'aminiſtrer ; l'Eglise apú en
netrancher l'usage, ce que i'ay monzxépar
l'exempledu Baptême. C'en
aft affez sur cette matiere. L'acuois
refolu d'y ioindre uneperitedifferzation
fur le Purgatoiro, mais ie
m'apperçois qu'il y a trop lenga
temps queje vous entretiens. Par
daunez- le au defirpreffame que j'ay
de nous voir l'un & l'autre dans
ane mesme Communion.Coft ceque
je demande à Dien de tout mae
coeur, puis qu'iluja perſonne qui
s'intereffe plus quamoy àvôtre fabut.
Iefuis , Monsieur, Gyr
Lesactions parleſquellesM.
de Galvo, LieutenantGener
des Armées du Roy,&cac
A
GALANT
45
-
11
valier de ſes Ordres , s'eſt diftingué
depuis un fort grands
nombre d'années , ont eſté fis
éclatantes , qu'il eſt impoffible
que les nouvelles publiques
ne vous ayent appris ſa mort
Elle arriva à Deins en Flandre
le 29. du mois paffé , aprés
cinq jours d'une fiévre interno
qui ne ſedeclara point. Si tof
que la violence de fon mal luy
cut fait connoiftre le danger
oùileſtait, il fe prepara à quits
ter la vie avec le meſme cou
sage& la meſme formeté qu'il
avbitfaittantde fois paroiſtre
dans les occafions les plus pes
rilleuſes , & fic appelter Ma
l'Abbé Riquciti qui eſtauprés
de M. le Maréchal Duc de
Luxembourg , pourluy remettre
les affaires de ſa confciens
ce.Cet Abbé dont les granda
48 MERCVRE
talens ſont connus par quantité
de Sermons qu'il a preſchez
avec beaucoup de ſuccés dans
les meilleures Chaires de Paris
, & fur tout par l'excellent
Panegyrique de Saint Loüis,
qu'il Prononça l'année dermiere
dans la Chapelle du Lou
vre devant Mrs de l'Academie
Françoife , le trouva dans tou -
tes les diſpoſitions qu'on peut
fouhaitter à un bon Chreftien
&n'eut pas beſoin de l'exhorter
pour luy faire prendre les:
ſentimens d'un entier détachementdes
choſes du monde,
& d'une parfaite foumiffion
aux ordres de Dieu. Ainfi M.
deCalvo receut tous ſes Sacremens
avec une reſignation
tres édifiante, & mourutaprés
avoir tenu fort longtemps le
Crucifix embraſſé. Il eltoit
d'une
GALANT .
49
>
on
d'une famille illuſtre & fort
ancienne , originaire de Veniſe
, d'où l'un de ceux de ce
nom , eſtant paſſé à Mareſſe ,
petite , Ville de Catalogne ,
pour y demeurer, ſe rendit fameux
par une action dont la
memoire ſera toujours confer
vée. Les Mores ayant mis le
Siege devant Barcelone
luy confia l'Armée des Chreftiens
pour la commanderen
Chef. Il chaſſa les Barbarres ,
& par ſa conduite & fa bravoure
il merita le titre de Libe.
rateur de la Capitale , où il fut
receu comme en triomphe.Les
Archives de la Maiſon de VilledeBarcelone
rendent témoignage
d'un évenement ſi glos
rieux , qui a donné lieu aux
Succeſſeurs de ce grand homme
deporter dans leurs Armes
Juin 1690 . C
50
MERCVRE
une teſte de More. C'eſt de luy
qu'eſt deſcendu Dom François
de Calvo Gualbes dont jay
commencé à vous parler . Il nâquit
en 1627. & prit party dans
le ſervice du Roy au commencement
de la revolte des Catalas.
ll ſe ſignala par des marques
de valeur en la défaite des
Tures en Hongrie au paſſage
du Raab , & fut un des premiers
qui traverſa le Rhin à
la nage en 1672. Enſuite il ſe
trouva à la Bataille de Senef,
où il receut de grandes loüanges
de feu Monfieur le Prince
, qui commandoit les Armées
da Roy. Sa Majesté l'ayant
fait Commandant deMaſtrik,
il s'y défendit avec autant
de conduitequede ferme.
té contre une puiſſante Armée
des Ennemis qui en faiſoit le
GALAN T.
Siege. Il ſoutint leurs plus
vigoureuſes attaques pendant
cinquante deux jours,& quoy
qu'ils euſſent fait une grande
bréche , & qu'il cuſt un ordre
du Roy de rendre la Place , il
eut la gloire de la conſerver
encore pluſieurs autres jours.
Auſſi Sa Maieſte , aprés luy
avoir donné de grands éloges ,
l'honora d'abord de la Charge
de Lieutenant General de ſes
Armées , & luy donna une
penſion de vingt mille livres.
Les Eſpagnols ayant declaré la
guerre à la France , il acquit
beaucoup de gloire dans la
Catalogne , où ayant paflé à
la nâge la Riviere du Pont
Major , il chargea fi rudement
les ennemis , queſans la nuit
qui ſurvint leur General Bournonville
n'euſt pû éviter de
C 2
32
MER CURE
démeurer priſonnier. Il fit encore
paroiſtre dans la campagne
de l'année derniere , qu'il
avoit toutes les qualitez d'un
grand Capitaine , lors qu'avec
environ cinq mille hommes il
défendit ſi heureuſement nos
retranchemens en Flandre
contre les efforts de ving mille
combattans dont l'Armée des
Eſpagnols & des Hollandois
eſtoit compoſée. Le Roy récompenſa
ſon merite en le faifant
Chevalier de ſes Ordres
dans la derniere nomination.Il
eſtoit Gouverneur de la Ville
d'Aire , & l'avoit eſté d'Arnhein
, lors que les François la
prirent en 1671. Son corps a
eſté porté de Menin à Aire , où
ila eſté enterré avec les honneurs
qui luy eſtoient deus . Mr
de Calvo estoit un homme d'aGALANT.
53
ne grande probité , liberal , bon
amy , & magnifique lors qu'il
s'agifſoit de foutenir la gloire
de ſes emplois & les avantages
de ſa naiſſance. Avec tant de
belles qualitez vous jugez bien
qu'il a eſté regreté de tout le
monde. Il étoit allié de tout ce
qu'il y a de Maiſons illuftres
dans la Catalogne , & avoit
épousé la Soeur deDom Iofeph
de Marguerit , Marquis d'Aguilar
, Viceroy de cette Principauté.
Il n'en a point eu d'Enfans
,& elle est morte il y a déja
pluſieurs années. :
L'Ouvrage qui fuit eſt de
Mrde Caluy , dont je vous ay
déja envoyé pluſieurs Contes ;
le tour qu'il leur donne eſt ſi
agreable , qu'on les lit toujours
avec plaiſir. Celuy-cy eſt adreffé
à l'undes Prelats dont l'AC
C3
54 MERCURE
ſemblée du Clergé qui ſe tiene
à S. Germain eſt compoſée.
L'Auteur l'a tiré du premier
livre de la Philippide deGuillaume
le Breton .
LE CLERGE
de Champagne.
T
NOUVELLE..
4 Uvas donc , illustre Prelat
Briller à l' Affemblée où centfois ta
prudence
Sceut allier pour le bien de la
France
L'intereſt de l'Eglise à seluy de
l'Elat. Z
Prelats , Abbez, pleins d'une ardeurfidelle
Vont à Louis marquer leurZele ;
GALANT.
55
Maisfi quelqu'un oubliant que l'argent
Dans les besoins eft le plus feur
Agent ,
Au lieu desſecour's neceſſaires ,
N'offroit que deſimples prieres ,
Dy-luy , Prelat , en peu de mots ,
Cequ'en pareille conjoncture
A Clercs d'épargnante nature
Ladisun de nos Rois répondit àpro-
Pos.
CeRoy fage , vaillant & iufte ,
Regnaſous le beau nom d'Auguste.
L'éclat de ſes vertusſouleva contre
luy
Anglois Flamans , & Cercles de
l'Empire,
Vains Ennemis quefon bras joent
détruire.
Ainfi contre ungrand Royſe liguens
aujourd'huy
Des Princes éblouis & jaloux de ſa
gloire.
C 4
56
MERCVRE
Témcraires projets ! Maistre de la
victoire ,
Enpeu dejours Louisva les dompter.
Maisoùme laiſſay- je emporter?
Pour un Conteur la matiere eft
trop belle;
Revenons donc. Suivi de braves
combattans ,
CeRoy court envainqueuroùlagloi
re l'appelle :
Maisſon tresor décroiſt enpeude
temps.
Quefaire ? Ayant besoin d'une
promptefinance ,
Il vala demander au ClergéCham .
penois.
Ils devoient bien fournir à ladé.
pense ,
Ses Soldats défendoient leurs
droits.
Mais ce Clergé tardifàladeſſerte
Ne donnarienpour cette guerre.
GALANT.
Rien ? Ny riche Prelat, ny Chanoine
opulent ?
Non , rien , au lieu d'une somme
précise.
Remede unpeu trop violent ,
Ges Cleres offroient du trefor de
l'Eglise
Des Oraiſons, comme un equiva
lent..
Maisle peuple àfon Prince ouvre
encore sa bourſe;
Pourſes illustres Potentats ,
Son amour fut toujours une feure
reffſource ,
Ils nesçauroient manquer d'argent
nyde Soldats.
Qu'en avint-il ? Aprésguerre &
victoire,
CeMonarque combléde gloire
Fut tranquille dansſes Etats.
NostreClergé n'eut pas mesmeavantage;
CS
58 MER CURE
Car certains Comtesfes voisins
Pillerent commeSarrafins
Les Terres defon appanage.
L'histoire accuſe en cefait- cy
Les Comtes de Retel , de Roffet , de
Couffy .
Brigans , quifans respect du Roy ny
de l'Eglife ,
Crurent que biensfacrezestoient de
bonnepriſe.
Tous nos Clercs donc en deſarroy ,
Voyant que tellesgens en leuraudace
extréme ,
Sont peu touchez de l'anathéme
Implorent leSecours du Roy.
Mais ce grand Roy gardoit dansſa
memoire
Deleurs refus leſenſible déboire.
Quevoulez-vous , dit- il ? Ie nepuis
accorder
GALANT.
59
Que remontrance& quepriere :
I'ayfortpeu de Soldats , & de finance
guere ;
D'autre Secours je ne vous puis
aider.
Il tint parole,&ſur un tel chapitre,
Nécrivit aux Comtes mainte Epitre
Là ,fans parler de leurs forfaits ,
HlesprioitpourDieu de laiſſervivre
en paix.
Ces bonnesgens queleurs rapines
Empêchoient de chanter matines .

D'unſtilesinouveau les Comtes tout
Surpris
Font encor pis;
Tant que nos Clercs confus de leur
ingratitude ,
Etlas d'une guerre fi rude,
Conviennent tous de bonnefoy ,
Qu'il estoit iuste que le Roy
Ncleur donnast qu'argent demêmealloy.
60 MERCVRE
Ordeux d'entre eux devant ce
Prince
Pleurant les maux de leur Province;
Triſtes Ambaſſadeurs vont chercher
dufecours..
Mais ilsfont mieux ; aprés leur
doleance
Ilsfont auRoy toucher maintefi
nance,
Charme plus fort que les plus:
beaux discours.
Aoct obietrappellantfaclemence,
F'ayſceu donner paroles pourParoles;
Mais puis que maintenant vous
comptez des pistoles ..
Ierépondray par des effers auffi..
D'abordilſe met en campagne ,
Et chaſſe enpeu de temps du fonde
de la Champagne
GALANT.. 64
Des biensfacrez l'imiuste Usurpateur.
Alors un celebre Orateur
D'entre les Clercs barangua leMo..
narque ..
Etfinit par ces mots que l'Histoire
remarque ..
Noftre domaine est le bienfait des
Rois
Leur bras paiſſantle garde&nous
: l'affure,
Sans eux pauvres comme autrefois
Nousn'aurions que la Prelature..
Soutenons donc leurs deffeins genereux.
D'un bien que nous devons à leur
main liberale ::
Maints tyranneauxsans lafor..
ceroyale ,
Nous en dépouilleroient&le pren..
droientpour eu.x..
Je ne doute point , Mada
62 MERCVRE
me , que vous ne me ſçachiez
gré de vous envoyer l'Ouvrage
qui fuit. Il eſt ſur une matiere
qui a toujours des charmes
pour vous , & il doit vous
plaire d'autant plus , qu'il part
de la plume d'une perſonne de
voſtre Sexe. Comme je vous
en ay déja fait voir pluſieurs
autres de Madame de Princé,
il vous fera fort aiſé de reconnoiſtre
ſon ſtile . Vous ſçavez
qu'elle écrit juſte , & avec
beaucoup de delicateſſe. Ainſi
vous ne devez vous promettre
qu'un fört grand plaiſer de
cette lecture...
GALANT. 63
DISCOURS.
Sur le difcernement du Roy
dansle choix des perſonnes
à qui Sa Majesté confie
l'éducation de Monſeigneur
le Duc de Bourgogne..
Comm
Ommander avec justice ,
sure avecſageſſe, unirla pie.
téàla puiſſance ,& la bonté à la
valeur, étre grand par une Couron
ne&parun merite infing , &soutenir
le glorieux poids de fon Etat
avec l'admiratio de tout l'Inivers,
cen'estqu'une legere idée desgran.
deurs de nôtre Monarque . Sesfaits
inouis donnent de l'étonnement ,
Ses vertus font d'un caractere qui
n'a point eu d'exemple , & quine
64 MERCURE
peut estre imite. Quel esprit plus
vif&plus ſurprenant que lefien ?
Il est éclairé& tout brillant des
lumieres qu'il a receuës du Ciel
quand il éteint l'Hereſie il ne l'est
pasmoins quand il abolit ces licen
ces barbares que l'usage avoit to-
Verées.. Pendantque toute l'Europe
s'agite pour le troubler il est tranquilledansſesEtats.
Environnéde
få propregloire , il fonge à choisir
des Inftructeurs capables de former
les moeurs du jeune Heros en qui ilſe
regarde. Entouré d'Ennemis àqui
l'injustice & l'envie fervent de
puiſſance & degloire , il rend par
faprudence leurs deſſeins fans fuccés
commeilsfont fans raison ,&
Sans s'embaraffer de leur nombre ,
dans lefeindefon Etat ilſongeàfa
Famille. LOUIS dont le difcernement
éclairène laiſſe rien échaper
àses connoiſſances , après avoir
GALANT. 65
pesé le merite & la vertu de ceux
qu'il eſtimoit , a fait choix d'un
illustre Seigneur ,ſage & fidelle,
dont lesfoins vont mettre l'ordre
dans les nobles inclinations dujeune
Prince que l'on luy confie. Quelle
fituation charmante pour ce Heros
naiſſant de se trouver formé d'un
Sangsi pur, disposé àsuivre les divins
exemples de fes Ayeux ! Elevé
par des hommes doctes , pieux &
zelez , il va apprendre à estre un
grand homme es un grand Prince.
Lesfoins des hommes illustres qui
l'inſtruisent luy inspireront la vertu
ſes nobles inclinations le porteront
à l'aimer , & l'exemple de
LOVIS LE GRAND l'engagera
à la fuivre. Il va s'appliquer
à connoiſtre la vertu , connoif-
Sancefineceſſaire à un Prince,qu'il
nepeut estreparfaitsans elle. C'est
ce qu'asibien prevû nostreMonan-
-
66 MERCVRE
que , qu'il ne s'est pas contente de
la doctrine ,dela ſcience&de la
vivacité dans les personnes à qui
il confie cejeune Prince , il a voulu
ytrouver auſſi de la pieté, de lafoy
&de laſageſſe , afin que ceux qui
inſtruiroient par leurs discourspusfent
édifier par leurs actions. Ila
voulu que la foience que l'on alloit
donner à ce jeune Prince fuft une
fcience de lumiere qui n'eust point
d'ombres , & qui pust toûjours unir
l'habiletéà l'innocence ,& la vertu
à la capacité. Pour reüſſir dans
ce deſſein , ilne pouvoit mieux.
choiſir. C'eſt là oùſon difcernement
toniours vif luy découvrant leforz
&le foible des esprits , lwy fit voir
l'étenduë du genie&la droituredu
coeur de ceux qu'il a preferez . Son
choixfait admirer fon juste diſcer.
nemer,car onle voit toujours diftin.
guer ceux quise distinguent pax la
GALANT.
67
vertu , & couronnerd'honneur ceux
que lavertu couronne dereputation.
Quelleſageſſse merveilleuse de procurerparfon
choix la lumiere à l'un
&la gloire à l'autre,donner la connoiſſance
de laveritéàfon Filspar
l'honneur qu'ilfait àson Sujet ,&
faire admirerparson discernement
la grandeur de fa justice , & la
vertu de ceux qu'il a choisis ! Hew.
reux Prince,à qui nôtre Monarque
donneparſon choix la connoiffance
dela vertu avec celle de la verité,
Souvenez-vous que l'on vous aprend
àlaconnoiſtre afinde vous aprendre
à l'aimer . Mais je me trompe,grand
Prince ,vous leſcavez naturelle
ment. Du purfang dont vous eſtes
formé , lavertu vous est naturelte ,
- & vous la pratiqueriez parinclination,
quandmême vous ne la connoi-
Striezpas par instruction . Lesnobles
inclinations des Heros leur donnent
68 MERCVRE
ennaiſſant l'amour de la vertus
ils n'ont point d'effort à se faire
pour la suivre , & l'instruction
qui lateurfait connoistre, leurfait
moins voir l'amour qu'ils luy doivent
que celuy qu'ils- luy portent .
C'est ce que l'on voit dans vostre
Auguste Personne , grand Prince.
Vostrepanchant pour les choses les
plus nobles &les plus juftes , aprévenu
lesfoins que l'on prend pour
vous l'inspirer ; l'on trouve en vous
le fruit des peines que l'on veut
prendre, & les travauxfont récom.
pensezfans eftrefoufferts , puis que
vous aimez la vertu par inclina.
tion naturelle , & que vos sentimens
font finobles , qu'on ne sçait
Si l'on doitvous admirer ou voUS
instruire. Quel agreable étonnementpour
cegrandhomme , cet illustreGouverneur
, trouver dans un
#gesi tendre une vertusi avancée,
GALANT. 69
&quelle joye pour ces illuftres Sçavans
qui vous instruisent , de
trouver des lumieres qu'ils n'ont
qu'à découvrir , des moeurs qui ſe
reglent fans conrainte , & des inclinations
qui previennent leurs
avis. Tout petit se faire voir un
Grand Prince qui renferme dansſa
personne un ame noble , grande ,
qui n'aime que la vertu,& qui
defiredeſuivre le modelle admirable
de Louisle Grand,quel exemple
merveilleux quel modelleſurprenant!
Marcher fur les traces de
Louisle Grand,c'est couriràgrands
pas dans lesſentiers de la vertu la
plus pure,c'est voler au sommet
des grandeurs les plus veritables ;
enfin c'eſtentrer dans une carriere
toute merveilleuse,qui jusqu'à prefent
n'a peû qu'estre admirée de
tous les Monarques du monde.
C'estce Princeredoutable que vous
70 MERCVRE
devez imiterzvous n'avezpas receu
fon sang pour ne pas poſſeder ses
vertus,& l'exemple qu'il vousdonne
est une instruction muette qui
vous doit apprendre à suivre les
grandes qualitezque l'on remarque
dansſonauguste Personne.C'eft
le plus beau defir qui puiſſe entrer
dans le coeur du plus grand des
Princes ,& celuy qui pourra comme
Louisle Grand , estre aimé de
tousſes Peuples , craint de ſes Ennemis
, paſſeder enſemble le zelede
la Religion , lapieté veritable , la
valeur parfaite , la justice & la
clemence , ſe pourra dire l'imitateur
duplusgrand Roy quifut iamais
. C'eft ce defir qui vous doit
animer , grand Prince. Vous devez
au discernement de nostre Monarque
la vertueuse éducation que
vous recevez; vous devez au sang
genereux donc vous estes formé l'a
GALANT. 71
vez ,
mour de la vertu que vous a
& vous devez à son exemple
le deſſein de l'imiter , & d'estre
comme vostre Auguste Pere l'ad.
mirable Defcendant duplus admis
rable des Rois.
On a eu avis de Vvarſovie
que la Diete y avoit enfin eſté
terminée le Dimanche 7. du
mois paſſe à quatre heures du
matin, les Senateurs ayant fait
durer la Séance toute la nuit
pour n'éloigner pas davantage
l'heureuſe concluſion qu'ellea
cuë . Le dernier jour, la Republique
donna avec toute forte
de distinction l'Indigenat ou
droit de naturalité à M. le
Comte de Maligny , Frere de
la Reine, & vouloit le donner
auſſi à M. le Marquis d'Arquien
. Pere de Sa Majesté,
mais ce Seigneur remercia. Ce
72
MERCVRE
meſme jour , les Gentilshommes
Etrangers qui ont eu le
même Indigenat depuis cinq
ans , preſterent ferment de fidelité
au Roy & à la Republique
, à l'exception de M. le
Chevalier d'Alerac , Gentilhomme
François , qui n'a pas
voulu ſe lier à un Prince
Etranger,&qui n'a receu l'Indigenat
en 1685.que comme
une marque d'honneur dont
il plût au Roy de Pologne de
le gratifier , en conſideration
de quatorze mois d'eſclavage
paſſez à Neuhauzel aprés la
Campagne de Vienne & les
Combats de Barcan , où ce
Chevalier avoit ſervy prés de
ſa perſonne.
Entre pluſieurs choses que
l'on a reglées en cette Diete ,
on y a impoſé une taxe à lever
Par
GALANT.
73
par teſte , &parce que les Soldats
, outre leur paye , reçoi
vent un pain d'hiver , & qu'ils
le vont prendre dans les Villages
, cequi fait fouffrir beau
coup lesPayſans.M, Malakov
vski , Eveſque de Cracovie,
propoſa que luy & les Evefques
ſes Confreres s'impoſeroient
une fomme qu'on donneroit
aux Soldats , afin qu'ils
n'allaſſent point troubler les
Payſans ſous pretexte de venir
chercher ce Painoll crut
que la charité engageroit les
autres Prelats à fuivre ſon fen
timent , mais les voyant tous
demeurer muets , ſans qu'aucun
d'eux fiſt connoiſtre qu'il
euſt deſſein de fournir ſa part
de cette impoſition volontaire,
il reprit la parole , & dit que
puis que c'eſtoit luy qui avoit
Juin 1690 . D
74
MERCURE
fait la propoſition , il payeroit
luy ſeul toute la fomme , &le
jour ſuivant il la fit compter.
Ce pieux Eveſque employe
tout fon revenu en bonnes
oeuvres , & à foulager les pauvres
Convens , & les Familles
dont il connoit la neceſſité. 11
afondé un Monasterede Filles
de la Viſitation à Cracovie ,&
une Maiſon de Miſſionnaires,
&faitbaſtir l'un & l'autre,
Lemeſme zele eſt en France
où le nombre des Hopitaux&
des Maiſonsde Seminaires augmente
de jour en jour par le
ſoin&la charitéde nosPrelats.
C'eſt ce qui a donné lieu à M.
Boyerde l'Academie Françoiſe
, ſi digne de la reputation
que luy ont acquiſe tant de
beaux Ouvrages , de faire le
Sonnet que jevous envoye.Il
GALANT .
75
5
eſt adreſſé à M. l'Archeveſque
d'Alby .
Pasteur, desbons Pasteurs l'exemple
&le modelle ;
Quelautre comme vous pour l'Eglife&
l'Etat ,
Prompt, actif, wigilant,àſon devoir
fidelle ,
Sçait remplir tout l'employ d'an il
lustre Prelat?
Cen'estoit pas affez de voir que
vostre Kele! lei so blond
Renouvelle en nos jours lefaint Apoftolat
,
Es qu'ayant combattu l'Heretique
rebelle ,
Toujours quelque conqueste aitfuivi
lecombat.
De vaſtes Hôpitaux, dont voftre
miniftere
D 2
76
MERCVRE
De mille malheureux foulage la
mifere ,
Couronnent les travaux de vostre
charité.
Ces azilesfacrez , ces Monumens
durables
Le refuge éternel de tant de miferables
,
Parleront àjamais de vostrepietė.
Je vous envoye quelques
Vers qui ont eſté faits fur la
mort de Mr le Prince Charles
de Lorraine.Mr Taiſand, Treſorier
de France à Dijon , a fair
ceux qui ſuivent:

-----------?- ?”?
GALANT.
77
SUR LA MORT
du Prince Charles .
1L est mort, ce Heros , ce , ce Heros , ce Prince de
Lorraineeb
Parun coup imprevûde la Parque
inhumaine ,
Luy qu'on vit couvert de Lauriers
Egaler les exploits desplus fameux
Guerriers ..
Aufſſi, malgréla mort,ilvivra dans
l'Histoire,
Pour s'estre acquis un immortel
renom;
Mais ilmanque un brillant à l'éclat
defagloire ,
Iln'apasfuccombé fous l'effort du
Canon ,
Au milieu de laplaine ,
Auchampde Mars,comme legrand
Turenne...
1
D3
78 MERCURE
Ces autres Vers , auſſi bien
que Epitaphe qui les fuit ,
fontde Mr l'Abbé Saurin..
SUR CE QUE LA MORT
du Prince Charles eſt arrivéedans
le temps que Monſeigneur
ſe preparoit à partir
pour l'aller combattre .
L
Ouis, le digne Fils de Louis
l'invincible ,
Avec lamesme ardeur dont ilprit
Philisbourg ,
Pour abatre une Hydre terrible,
Marchoit contre les Chefs de la
Ligue d'Ausbourg.
Vn fameux General , l'honneur de
l'Allemagne ,
Et la terreur de l'Ottoman ,
Veut s'opposeràſa Campagne,
Et mettre en seureté le pais Alleman
GALANT
79
Alors noſtre Heros qui s'apreſte à
combattre ,
plus fier que le Lorrain , meditede
l'abatre
Mais qui l'eust crû;Dans cet instant
Lamort jalouſe deſa gloire,
Avoulu prevenircejeune Conquerant
Pour avoirpart àla victoire.
ΕΡΙΤΑΡHE ...
Cy-gistle Princede Lorraine ,
Auſſi brave Soldat que fage Capi
taine ,
Quiſauva l'Empire Alleman ,
Et porta la terreur dans le coeur
Ottoman.
Paſſant , admiresa prudence.
Dès qu'il ſceut qu'un Heros , la
gloire de la France,
Dont il connoiſſoit lavertu ,
s'avançant vers le Rhin meditoit
Sadéfaite,
Chezles Morts il fitfa retraite ,
D4
80 MERCURE
Et pritsi bien son temps qu'il ne
fut point battu.
Ces derniers Vers vous feront
connoiſtre qu'il y a des
matieres , qui donnent lieu
aux perſonnes d'eſprit de fe
rencontrer dans leurs penſées.
Ils m'ont eſté envoyez ſous le
nom de l'Officier Floriſte de
Saumura SATITS
EPIGRAMME.
ILn'est plus ce Heros , la terreur
du Turban
Ce Prince glorieux de qui la main
vaillante,
De l'esclavage du Sultan
Adeliurél Aigle tremblante.
On avûce Guerrier efacer enfix ans.
Kolant comme un éclair de victoire
en victoire
Ce que plus de vingt Conqueranss
GALANT.. 81
En deuxfiecles entierss'estoient ac
quis de gloire ;
Maisaprès tantd'efforts&defaits
inouis, 0022
Ilmanquoit aux exploits de cegrand
Capitaine,
D'avoir combattufous LOVIS..
Etdemourir commeTurenne..
Comme on eſt bien - aiſe
d'avoir les Portraits de tous
les Grands Hommes , j'auray
ſoin de faire graver celuy de
ce Prince pour vous l'en
voyer..
Voicy la fuite du Traité
du ſçavant Mr. Comier , dont
je vous ay envoyé le com
mencementdans ma Lettre du
dernier mois.bonado.
DS
:
82 MERCURE
朝粥粥粥粉
:
SECONDE PARTIE.
De l'Art d'écrire occultement
&SansSoupçon .
ARTICLE L
Deux moyens faciles de parler
&d'écrire en chifres , comme
auſſi de déchifrer fans avoir
la Tabledesnombres...
L faut ſçavoir par memoire
quel chifre apartient à chacune
des dix huit Lettres de
mon Alphabet que j'ay mis
dans la mesme Cellule de
chaque Lettre dans la rangée
fuperieure de ma Table des
nombres,&qui ſontauſſiaprés
GALANT.
83
les Lettres de l'Alphabet perpendiculaire
qui eſt à main
gauche. Je les repete icy.
A. B. C. D. E. F. G. I. L. Μ...
1. 2. 3. 4. 5. 6.7.8.9.10.
N. O. P. Q. R. S. T. V.
20.30.40.50.60.70.80.१०
Tout ce qu'il faut faire c'eſt
d'ajoûter le chifre fignificatif
du nombre de la lettre du mot
du guet avec le chifre ſignifi .
catifdu nombre de la Lettre du
fecret , & par le nombre qui
provient de leurfomme on connoiſtra
quel chifre il faut en
voyer pour la Lettre du fecret..
Obſervez qu'il y a trois
differens cas , premierement ,
où le chifre de chaque Lettre
eſt chifre ſimple ; ſecondement,
où le chifre de chaque Lettre
eſt nombre diſenaire , troifié
D
84
MERCVRE
mement , où le chifre d'une
Lettre , par exemple celle du
mot du guet , a un chifre fim
ple , & la Lettre du ſecret a un
chifre difenaire
Regle pour chacun des deux
premiers cas.
;
Si les chifres des deux Let
tres font ſimples , ou que chacun
des deux chifres ſoit un
nombre diſenaire , ajouſtez les
deux chifres ſignificatifs , & fi
la fomme n'excede pas 10. écrivez
un nombre moindre d'une
unité , comme 2. pour 3. & 3 .
pour 4. & 4. pours .& 5. pour
6. & 6. pour 7. & 7. pour 8. &
8. pour 9. & 9. pour 10.-/
Ainfi fuppofons que la Lettre
du mot du guet ſoit D. 4.
& que la Lettre E. 5. foit la
GALANT. 85
Lettre du ſecret. Dites. 4. plus:
5. égale 9. & 9. moins 1 égale
8. qui eſt le meſme chifre que
vous auriez trouvé par le
moyen de ma Table des nom--
bres Ecrivez donc 8. pour la
LetureE du ſecret.
:
Ainſi par la Lettre F.26.
du mot pour la. Lettre du:
ſecret D. 4. dites 6. plus
4. égalent 10. & 10. moins r
égalent 9. que vous écrireza
pour la Lettre D. du fecret.
I
De meſme ſuppoſons que
la Lettre du mot du guet ſoit:
M. 10. & que la mefme Lettre
M2 10. foit la lettre du ſecret ,
dites 1. plus 1. égale 2. & 2 .
moins 1. égale 1. que vous
écrirez pour la lettre M. du
fecret:
Demeſme par la letteR 60 ..
pour la lettre P.40. dites 6. pluss
86 MERCVRE
4. égale 10. & 10. moins r.
égale 9. que vous écrirez pour
la lettre P. du ſecret..
Deuxième regle..
Lors que dans l'unou l'autre
des deux premiers casla fomme
des deux chifres fignificarifs
eſt plus grande qe 10. comme
11. 12. 13. 14. 15. 16. 17.18 .
rejettez la premiere unité ,&
au chifrereſtantajouſtez zero,
&vous aurez le nombre diſenaire
que vous auriez trouvé
parma Table des nombres .
Ainſi par la lettre F. 6. du
mot du guet pour la lettre E.55 .
du fecret , dites 6. plus 5. égalent
n. rejettez la premiere
unité , & à l'unité reſtante
ajoûtez zero , vous aurez le
nombre dizenaire 10. pour la
leure E...
GALANT.. 87
De meſme par la lettre L.9.
pour la lettre F. 6. dites 9.plus
6. égalent 15. rejettez le chifra
1. & au chifre s.qui reſte ajoû
te zero vous aurez le nombre
diſcenaire so. pour la lettreF...
III. REGLE ..
Lors qu'un chifre est simple ,&
l'autre diſenaire...
i
:
Premierement , fi la ſomme
de leurs chifres fignificatifs
n'excede pas le nombre 10.
oftez -en une unité,& au nombre
reſtant ajoûtez zero, vous
aurez le nombre diſenaire requis..
Ainſi ſuppoſons que C.3 .
foit la lettre du mot duguet, &
queR60. foit la lettre du ſecret,
dites 3. plus 6, égalent 2 ..
88 MERCURE
&9. moins 1. égalent 8 auquel
ajoûtant zero , vous aurez le
nombre diſenaire 80. pourR,
lettre du ſecret .
Ainſi par la lettre S.70 . pour
la lettre C. 3. dites 7. plus 3 ..
égale 10. & 10. moins 1. égalent
9. auquel ajoûtez zero,,
vous aurez le nombre diſenaire
90. pour la lettre C. du
fecret..
Secondement , ſi la ſomme
de leurs chifres ſignificatifs
excede le nombre 10. comme
11.12.13.14.15.16.17.18.rejet
tez l'unité qui precede , & le
chifre reſtant fera le requis , tel
que vous l'auriez trouvé par
magrande Table des nombres.
Ainſt ſuppoſons que la lettre
du mot du guet foit R. 60. &
que la lettre du ſecret foit E, 5..
dites 6. plus 5. égalent 11 ..
GALANT . 89
oftez en le premier chifre 8 .
il vous reſtera le ſecond chifre
in qui eſt le chifre requis
Ainſi par la lettre F. 6. pour
la lettre S, 70. dites 6 plus 7.
égale 13. rejettez le premier
chiffre 1. reſtera le chifre 3 .
pour la lettre s.
1
Moyen de lire le fecret chifrè
Jans la Table des nombres.
Tout le miſtere conſiſte à
décompoſer & à rétrograder
fur ce que voſtre confident a
fait par les regles precedentes,
par leſquelles il a trouvé les
chifres qu'il vous a envoyez
pour les lettres de ſon ſecret.
Il faut premierement ſcavoir
par coeur la quantiéme
chaque lettre eſt dans l'ordre
naturel de mon Alphabet , ce
ود
MERCVRE
que jay marqué aprés chaque
lettre de l'Alphabet perpendiculaire
qui eſt à la main droite
de la Tabledes nombres de ma
Planche. Les voicy pourn'étre
pas obligé d'y avoir recours.
A. B. C. D. E.F. G. 1. L.M.
1.2.3.4.5.6.7.8.9.10 .
N.O.P.Q.R.S. Τ. V.
11.12.13.14.15.16.17.18.
Il faut auſſi ſçavoir quel chifre
ſecret ſimple ou difenaire
appartient à chacune des dixhuit
lettres , ce qui est tres
facile pour les dix premieres,
car elles ont pour leurs chifres
fecrets les meſmes chifres qui
expriment la quatrième chaque
lettre qui eſt dans l'odre
naturel de mon Alphabet.
Voicy le moyen de ſçavoir
quel chifre ſecret diſenaire appartient
à chacune des huit
GALANT.
وا
lettres reſtantes .
N. O. P. Q. R. S. T. V.
20.30.40.50.60.70.80.90 .
Ajoûtez zero à la ſomme des
deux chifres du quantiéme de
chacune de ces lettres , on aura
le nombre diſenaire qui leur
appartient. Ainſi pour N. qui
eſt la 11. lettre , vous aurez 20.
pour la lettre 0. qui eſt la 12.
vous aurez 30. & pour P. qui
eſt la 13 , vous aurez 40. pour
la lettre 2qui eſt la 14. vous
aurez so. pour R. qui eſt la 15.
vous aurez 60. pour s. qui eſt
la 16. vous aurez 70. pour T.
qui eſt la 17. vous aurez 80.
&enfin pour la lettre V. qui eſt
la 18. vous aurez 90.
Sur la ſuite des chifres que
voſtre amy vous a envoyez
écrivez de ſuite les lettres du
mot du guet dont vous eſtes
1
92
MERCVRE
convenus. Examinez enſuite
le chifre de l'ordre qui appartient
àla lettredu mot du guet;
aprés quoy obſervez les regles
fuivantes ..
• Premierement , ſi le chifre
de la lettre du mot du guer
eſt ſimple , & quele chifre envoyé
ſoit auſſi ſimple , ajoûtezl'unité
au nombre envoyé ,
& de la ſomme oftez en le
chifre du mot du guer , if
reſtera le nombre qui indiquera
la quantiéme lettre de
mon Alphabet eſt la leure
du ſecret. Ainſi D. 4. eſtant
la lettre du mot du guet , & le
chifreenvoyé eſtant 8. dites 8.
plus 1. égale 9 que voſtre amy
avoit eu pour la ſomme du
chiffre de la lettre D. du mot
du guet ,& de la lettre du ſesret
qui vous eſt encore in
GALAN T. 93
connuë C'eſt pourquoy dites
9. moins 4. égales . c'eſt à dire
que la lettre du ſecret eſt la
cinquième de l'Alphabet qui
eſt la lettre E.
-Que fi le meſme chifre 8.
eſtoit envoyé pour la lettre
D. du ſecret, & que le chifre
du mot du guet fuſt E. 5 .
dites 9. plus 1. égale 10. & 9 .
moins 5 égale 4. c'eſt à dire
que la lettre du ſecret eſt la
lettreD. la quatrième de l'Alphabet.
Lors que le chifre de la
lettre du mot du guet eſt di
zenaire , & que le chifre envoyé
pour la lettre du ſecrer
eſt ſimple , ajouſtez l'unité au
chifre envoyé , & de la fom
me oſtez le nombre fignificatif
du nombrediſenaire , le chifre
reſtantindiquera la quantiéme
94
MERCVRE
de l'Alphabet eſt la leture du
fecret.
Ainſi la lettre du mot du
guet eſlantR. 60. & le chifre
envoyé eſtant 9. plus 1. égale
10. & 10. moins 6. chifre ſignificatifdu
nombre 60. de la lettre
R. du mot du guet , égale 4.
auquel ajoûtez zero , vous aurez
le nombre diſenaire 40.
qui indique que la lettre du
ſecret ale nombre 40. qui apartient
à la 13. Lettre P.
Lors que le chifre de la lettre
du mot du guet eſt ſimple
commela lettre L. 9. &qu'un
nombre diſenaire comme so.
eſt envoyé pour la lettre du
fecret , rejettez le zero du
nombrediſenaire so. reſtera 5.
& ſupoſez l'unité écrite au
devant du chifre s . reftant ,
yous aurez le nombre 15. duGALANT.
95
quel oſtez le nombre 9. de la
leture L. du mot du guet , il
vous reſtera le nombre 6. qui
indique que la lettre du ſecret
eſt la fixieme de l'Alphabet,
c'eſt à dire F. pour laquelle
voſtre Confident vous avoit
envoyé le chifre so.
:
Autre moyen d'écrire en chifres .
&de dechifrer le fecret fans
le secours de ma Table des
nombres.
Cette maniere eſt moins
ſçavante, mais peut- eſtre plus
facile à pratiquer. Il faut con.
ſiderer lesdix huit lettres.
A. B. C. D.E. F. G. I. L. M.
152.3.4.5.6.7.8. 9. 10.
N.O. P. Q. R. S. T. V.
20.30.40.50.60.70.80. ५०
& leurs dix- huit chifres ſe-
$200000
96 MERCVRE
crets , comme faiſant un chapalet
, & fçavoir par coeur
quelle quantiéme de l'Alphabet
eſt chaque lettre , ce que
j'ay marqué par les chifres qui
font à coſté des lettres de
l'Alphabet perpendiculaire qui
eſt à lamain droite de ma Table
des nombres . Cela bien
entendu , voicy le moyen d'écrire
ſans Tablehacks
Suppoſons que la lettre du
mot du guet ſoit D. 4. & que
la lettre du ſecret ſoit F. 6.
comptez depuis inclufivement
fix nombres conſecutifs
, le nombre 4. en eſtant le
premier , diſant quatre , cing ,
fix,Sept , buit , neuf , & écrivezle
chifre 9. pours E. lettre
du ſecret , parce que depuis
4. incluſivement vous avez
compte fix nombres juſqu'au
nombre
GALANT.
97
nombre 9. auſſi incluſivement
.
On peut auſſi compter depuis
le nombre 9. inclufivement
quatre nombres ſuivans,
diſans 6. 7. 8. 9. & pour connoiſtre
pour quelle lettre ſecrete
de l'Aphabet le chifre
9. vous a eſté envoyé par le
moyen du chifre 4 de la lettre
D. du mot du guet , de
ce chifre 4. incluſivement ,
comptez de ſuite juſques au
nombre 9. auſſi incluſivement
, 4. 5. 6. 7. 8. 9. &
remarquez que vous avez
compté fix nombres ; donc
laj ſixiéme lettre de l'Alphabet
eſt la lettre F. du ſecret
pour laquelle on a envoyé le
chifre 9 .
Demeſme ſuppoſons que la
lettre du mot ſecret ſoit F.6. &
Juin 1690. E
98
MERCVRE
que la lettre du mot du guet
ſoit R. 6o. comptez depuis
foixante inclus ſix nombres
ſuivans , diſant 60. 70. 80.90 .
1. & 2. vous envoyerez ce chifre
2. pour la lettre du ſecret F.
Et pour connoiſtre pour
quelle lettre de l'Alphbet le
chifre 2. a eſté envoyé par le
moyen de la lettre du mot du
guet R. 60. comptez depuis 60.
incluſivement juſqu'à ce que
vous rencontrez 2. inclufivement
, diſant 60. 70. 80. १० .
1. & 2. Remarquez que vous
avez compté ſfix nombres ;
donc la fixiéme lettres de l'Alphabet
eſt la lettre F. du ſecret,
pour laquelle on a envoyé le
chifre 2 .
Vous trouverez le meſme
chifre 2. en comptant depuis
la lettre F. incluſivement 15 .
GALANT.
HEQUE DE
LL
parce que la lettreR.
quinzieme de l'Alphabe *1803
Supoſons auſſi que la lettre
du mot du guet ſoit R. 60. &
que la lettre du ſecret ſoit o.
40. parce que la lettre P. eſt la
13. de l'Aphabet , comptez
depuis 60. inclus treize nombres
ſuivant , diſant 60. 70 .
80.90.1.2.3.4.5-6.7.8.9 . &
envoyez ce chifre 9. pour la
lettre P. du ſecret .
Et afin de connoiſtre pour
quelle lettre de l'Alphabet le
chifre 9. a eſté envoyé par le
moyen de la lettre du mot du
guet.R.60.comptez depuis 60.
incluſivementjuſquesau nombre
9. auſſi incluſivement , difant
60. 70.
80.90.1.2.3.4.
5. 6. 7. 8. 9. & remarquez
que vous avez compté treize
nombres ; donc la treiziéme
E 2
100
MERCVRE
3
lettre de l'Alphabet eſt la lettre
P. du ſecret , pour laquelle on
a envoyé le chifre 9 .
Reduction de la Table.
La moitié de la Table priſe
à main gauche du haut en bas
fuffira ſi l'on met deux lettres
de mon Alphabet dans chacune
des neufcellules de la ligne
fuperieures ; ainſi on pourra
plus facilement écrire & lire
en chifres .
On peut encore reduire
toute la Table à la quatriéme
partie , c'eſt à dire , à ce qui
eſt contenu au premier quartier,
mettant deux lettres dans
chaque cellule de la ligne ſuperieure
& de la ligne perpendiculaire
,& pour lors on n'au
ra point de chifres diſenaires
dans la Table ; mais on écrira
un zero aprés le chifre qui ſi
GALANT . 101
gnifiera la ſeconde des deux
lettres du ſecret.
ARTICLE II .
Moyen tres - facile d'écrire en
chifres sans ma Table
des nombres.
Dans la Figure cy jointe on
verra la reduction de ma Table
en deux cercles concentriques
faits ſur deux Lames ou platines
d'argent , de cuivre , ou de
carton. Ces deux cercles ſont
diviſez en 18.cellules, chaque
cellule du grand cercle contiét
une des dix - huit lettres de
mon Alphabet,& au deſſous de
chacunedes lettres eſt un des
chifres ſimples ou dizenaires.
Le moindre cercle eſt mobile
fur le centre commun des deux
E
10 2 MERCVRE
cercles , & dans chacune des
dix huit lettres de mon Alphabet
.
Au deſſus de la lettre A. fur
le bord de ce cercle mobile eſt
reſervé une petite pointe ou
index dont voicyl'uſage.
Eſtant convenu de la clef,
fentence , ou mot du guet ,
comme des mots ſuivans le 28 .
Février 1690. tournez le cercle
mobile juſqu'à ce que l'index
de le lettre A. ſoit preciſement
au deſſous de la lettre, ou chifre
de la clef priſe dans le grand
cercle,& pour lors ayant trouvé
dans le petit cercle mobile
la lettre du ſecret , on écrira
le chifrequi luy eſt immediatement
au deſſus dans le grand
cercle.
Ainſi pour écrire en ſecret
Comiers Aveugle Royal ayant
mis la lettre A. du cercle moGALANT.
103
bile vis - à- vis & au deſſous de
la lettre de la clef L. priſe dans
le grand cercle immobile , on
écrira le chifre 20. qui eſt immediatement
au deſſus de la
lettreC. du cercle mobile .
On tournera la lettre A. du
cercle mobile au deſſous dela
lettre de la clef E. & pour la
lettre o du ſecret on écrira
le chifre 70. qui luy eſt immediatement
au deſſus dans
le cercle mobile .
Tournez de meſme la lettre
A. du cercle mobile ſous le
chifre 2. de la clefou mot du
guet , & vous écrirez pour la
lettre M. le chifre 70. qui luy
eſt au deſſus dans la rouë immobile,&
ainſi du reſte,& enfin
par la clef le 28 Février 1690.
pour les mots fecrets Comiers
Aveugle Royal , vous aurez les
chifres ſuivans .
E 4
104
MERCURE
20.70.20.60.10.1.60.60.
7.9.50.5.7.50.4.5.70.9.8 ..
50 .
Il eſt facile de lire ces chifres
par la voye contraire à la maniere
qu'ils auront , eſté écrits.
Il faut donc tourner la lettre
A du cercle mobile ſucceffivement
ſous chaque lettre
Jou chifre de la clef ou motdu
guet priſe dans le cercle immobile
, dans lequel ayant
trouvé le chifre , on connoiftra
, & on écrira la lettre du
fecret qui luy eft immediatementau
deſſous dans le cercle /
mobile .
Ainſi dans la Figure la lettre
A. eſt au deſſous de la lettre
L. & le chifre envoyé eſt
20.C'eſt pourquoy ayant dans
le cercle immobile trouvé le
chifre 20. vous avez imme-
1

S
1
Ecce
REQUE
LYON
#1893
ALLE
1
GALANT.
τος
L
diatement au deſſous la
lettre C. du ſecret pour laquelle
on avoit écrit le chifre
20 ..
' Autre maniere tres-facile..
d'écrire en chifres.
Premierement , convenez
avec voſtre Amy d'une clef
bu mot du guet , afin de donner
un ordre ou ſuite irregu
liere aux dix- huit lettres de
mon Alphabet..
Suppoſons donc que vous
foyez convenu avec voſtre
Confident de l'arrangement de
l'Alphabet parle mot..
Profetisandum B.c.g.f.q.
Sous les dix-huit lettres de
cet Alphabet vous mettrez
les dix- huit chifres ſimples
&diſenaires dans leur ordre
naturel, ainſi que j'ay fait au
basde ma Planche cordeo
ES
106 MERCVRE
Profetiſandum
1.2.3.4.5.6.7.8.9.10.20.3040.
b. c. g. l. q.
50.60.70.80.१०.
Secondement , convenez avec
voſtre Amy d'un nombre
, comme 1689. qui ſervira
de mot du guet , & que vous
repeterez fur les lettres du ſecret
autant de fois qu'il en ſera
beſoin pour chifrer entierement.
e Troiſièmement , écrivez en
voſtre particulier , en, ligne
horizontale les chifres des
lettres du ſecret priſes dans
l'Alphabet cy deſſus.. Ainfi
pour écrire Comiers Aveugle
Royal , vous écrirez à part 60.
3.40.7.5.2.8.9.30.5.30.70 .
805.2.3.7.9.80.
Quarriemement , ſous ces
nombres écrivez les chifres
2
1
GALANT.
107
S
de la clef1689. dont vous eſtes
convenus ainſi
60.3.40.7.5.2.8.9.30.5.30.70 .
1. 6. 8. 9. 1.6.8.9.1.6.8.9.
80.5.2.3.7.3.18.20
1.6.8.9.1.6.8.100.
٢٠
A
Et ayant tiré au deſſous une
ligne ajoutez les chifres ſimples
ou difenaires qui font
l'un fur l'autre , commençant
à main gauche , & écrivez au
deſſous leur ſomme particuliere
ainſi ,diſant 60. plus 1.
égalent 61. que vous écrirez
au deſſous de la ligne , & 3 .
plus 6. égalent 9. que vous
écrirez encore deſſous , & ainfi
defuite, & vous aurez , comme
vous voyez , au deſſous de
la ligne.
60 3 407.5.2.8.9.30.5.3070805.2.3.7.9.80
16. 8. 9, 1.6, 8.9.1.6.8 9.1.6.8.9.1.6.8 .
619 48.16,6,8,16,18,21.11.387981.11,10,2-18.15.88
E6
108 MERCURE
que vous envoyerez à voſtre
Amy
6
Remarquez que le nombre
16. eſt employé pour la lettre /..
& pour la lettre S.. du mot
Comiers Remarquez encore
que le chifre 8. eſt employé
pour R. dans le mot Comiers
& pour la lettre 7. du mot
Royal , & que dans ce meſme
mot Royal la lettre R. eſt ſi
gnifiée part 10. & que dans le
mot Comiers la meſme lettre R..
eſt ſignifiée par 8 ....
Pour lire ces chifres 61. 9 ..
48 , &c . qu'on vous auroit envoyez
pour les lettres du ſecret,
il faut décompoſer par
la ſouſtraction ce que voſtre
Amy aura fait par l'addition ;
c'eſt pourquoy ſous chacun de
ces nombres qu'on vous a
envoyez écrivez un des chi-
3
GALANT. 109.
fres du nombre dela clef 1689 ..
dont vous eſtes. convenus
ainfi
619 48.16 6-8.16.18.31.11.38.99.81.11.10 12.8.35.18
1. 6. 8. 9. 1.6.8.9.1.6.8.9.1.6.8.9.1.6.8 ,,
60.3 40.7.5.28 9,30.5.30.70.80.523999० .
Dites 61 moins 1. égale 60.
que vous écrirez pour la premiere
lettre du ſecrer. Vous
direz enſuite 9. moins fix égale
3. que vous écrirez pour la
feconde lettredu ſecret. Ainfi
du reſte , & vous aurez 60 ..
3.40.7.5.2.8.9.30.5.30-
70.80.5.2.3.9.9.80. que vous
connoiſtrez par l'Alphabet cy.
deſſus ſignifier les lettres des
mots, Comier, Aveugle Royal.
Je vous envoyeray dans ma
Lettre de Juillet la fuite de cet.
Article. !
10 MERCVRE
Il eſt malaiſe de concevoir
qu'on puiſſe eſtre malheureux
en aimant fort tendrement ,
quand on eſt aimé de la meſme
forte, & qu'aucun obſtacle
ne traverſe cet amour. Cependant
c'eſt ce qui a mis un Cavalier
d'un fort grand merite
hors d'eſtat de plus gouſter
aucun des plaiſirs qui peuvent
ſervir à rendre la vieagreable.
Comme il eſtoit né avec un
coeur tres- fenfible , il ne pût
tenir long-temps contre les
charmes d'une jeune Brune
qu'on luy fit connoiſtre. Elle
avoit le teint uny , les traits
aſſez reguliers , la bouche admirable
& de grands yeux
noirs les plus dangereux qui
furent jamais. Joignez à cela
une taille fine & degagée , &
GALANT. IM

el
S
e
S
-
K
யi
&
un agrément d'eſprit & d'humeur
inconcevable . On remarquoit
autant de ſolidité
dans l'un qu'il y avoit d'enjoüement
dans l'autre,& quoy
qu'elle fiſt ou diſt , c'eſtoient
des graces partout,&toujours
de nouveau je ne ſçay quoy
qui la faifoient trouver toute
aimable. Le Cavalier en fis
une épreuve , qui le rendit en
fortpeu de temps le plus amoureux
de tous les hommes . Il
mit tous ſes ſoins à plaire à la
Belle , & fon bien& fa naiſſance
qui estoient confiderables ,
luy auroient fait voir ſon attachementavec
plaiſir , quand
meſme il n'auroit point joint à
ces, avantages tout ce qu'un
eſprit poly , & des manieres
honneſtes peuvent avoir d'engageant
pour un coeur bienfair ,
112 MERCVRE
Il avoit d'ailleurs une complaiſance
qui prevenoit tout
ce qu'on pouvoit ſouhaiter de
luy ,& on peut dire que rien
n'égaloit la délicateſſe de ſes
ſentimens. La Belle n'eut pas
de peine à rendre juſtice à tant
de merite, & s'il luy perfuada
qu'elle estoit aimée avec excés
elle neluy cacha point qu'elle
avoitpour luy beaucoup de
tendreſſe , Elle avoit ſoin d'é
loigner tous ceux qui pouvoient
luy faire la moindre
peine , & quoy qu'on ne puſtla
voir ſans avoir pour elle plus
que de l'eſtime , elle fit fi bien
qu'il ſe trouva toujours fans
Rivaux. Cet heureux eſtat le
raviſſoit , & il ſe paſſa une année
entiere ſans qu'il trouvaſt
quede la douceur dans l'engagement
qu'il avoit pris , mais
GALANT. 113
5
a
Es
e
enfin la Belle commença à
s'eſtonner de luy voir toujours
laiſfer les choſes dans une mefme
ſituation . Il luy diſoit ſouvent
que tout ſon bonheur dependoit
d'elle , & l'empire de
laterrene valoit pas ſelon luy
leplaifir ſenſible d'eſtre tendrement
aimé d'une ſi belle perefonne.
Il n'épargnoit rien de
cequi pouvoit contribuer àſa
joye,&il ne conſideroit jamais
la dépenſe lors qu'il s'agiſſoit
de quelque partie pour la divertir
, mais il manquoit à l'efſentiel
,& les plus fortes affusances
qu'elle recevoit de luy
lors qu'il luy juroit une conſtance
éternelle , n'eſtoient
ſuivies d'aucune declaration
qui allaſt au mariage , & il
ſembloit que ce bienqu'il tenoit
fi precieux , ne luy inſpi-
1-
re
la
US
en
as
le
naſt
ais
114 MER CURE
raſt aucun defir de le poſſeder.
La Belle qui n'avoit pris de
l'amour que dans la veuë de ſe
faire un établiſſement auſſi
avantageux qu'agréable , ne
fut point contente de cette
tranquillité ,&pour en tirer le
Cavalier , un jeune Marquis
qu'onluy amena luy ayant dit
des douceurs , elle conſentità
en recevoir quelques vifites.
Cette nouveauté alarma
le Cavalier. Il devint
chagrin , & s'échapa à des
plaintes. La Belle ne fut pas
fachée de le voir jaloux , & ne
doutant point que la concurrence
ne l'obligeaſt à parler ,
elle luy dit en riant qu'elle
eſtoitbien - aiſe de connoiſtre
ſon amour dans toute fa force,
& que jamais elle n'en avoir
GALANT.
115
21
lte
1
di
eſté ſi bien convaincuë que par
la crainte qu'il luy faiſoit voir
qu'elle ne vouluſt partager ſon
coeur , mais qu'il devoit ſe répondre
d'en eſtre toujours le
maiſtre malgré les pretentions
duplus empreſſe rival & qu'il
ne pouvoit, ſans luy faire tort,
la croire capable d'une perfidie.
Cette aſſurance › quoy
que fort flateuſe , ne pût luy
mettre l'eſprit en repos. Il luy
demanda pourquoy cette difference
entre le marquis & pluſieurs
autres dont elle avoit
rejetté les ſoins , & comme
il ne luy dit rien de ce quel
le avoit envie d'entendre , elle
tourna toutes ſes alarmes en
te plaiſanterie , ſans vouloir conact
gedier le Marquis. Sa jaloufie
augmenta , maisil n'eut point
ar
in
do
pas
10
ler,
elle
M6 MERCVRE
recours au remede dont on
euſt voulu qu'il ſe fuſt ſervi ,
& pour le pouffer juſques au
bout , la Belle aprés luy avoir
dit inutilement beaucoup de
choſes qui devoient le forcer à
s'expliquer , flata la paſſion du
Marquis ,& luy permit de la
demander pour Femme à fon
Pere. Comme il ſe laſſoit des
lenteurs du Cavalier qui ne ſe
declaroit point , il fut favorable
à la propoſition. La choſe
fut ſçeuë, le Marquis s'en applaudit
,&le Cavaliers'en deſeſpera
.. Il ſe plaignit à la Belle
avec des termes touchans ,du
triſte eſtat où ſon amour ſe
trouvoit reduit par la complaifance
qu'elle avoit euë de ſoufrir
les ſoins de ſon rival.Sa réponſe
fuft que c'eſtoit injuſtement
qu'il ſe diſoit mal- heuGALANT.
117
U
de
reux , puis qu'il ne l'eſtoit
qu'autant qu'il le vouloit eſtre;
qu'elle avoittoûjours pour luy,
its & le meſme coeur , & lesmefmes
ſentimens , & qu'elle eſtoit
ſeure que dés qu'il voudroit
parler à fon Pere , il l'emporte- 10
OL
roit ſur le Marquis.La neceſſité
dt de s'expliquer clairement mit
dale Cavalier dans un embarras
terrible. Il aimoit la Belle avec
la plus forte paſſion ,& le chaok
grin de la perdre luy ſembloit
ap cruel à ſouſtenir , mais il eſtoit
de tellement perfuadé que fon
amour finiroit dés qu'ill'auroit
do épousée , qu'il fremiſoit de
elle
l'engagement qui luy étoit proal
poſé. Dans cette agitation , il
n'oublia rien pour luy faire
Te craindre le dégouſt qu'il reſſen-
The toit. Il luy fit une peinture fort
eu vive des deſagremens du ma
118 MERCV RE
riage , luy dit qu'il n'y avoit
rien de plus contraire à un
amour delicat qui dédaignoit
tout ce qui pouvoit avoir rapport
avec les ſens ; que le coeur
qui vouloit toujours demeurer
libre ſe revoltoit contre l'obligation
d'aimer , ſi toſt qu'elle
eſtoit impoſée par le devoir ;
que les privileges de Mary faifoient
degenerer en langueur
les empreſſemens de l'Amant
le plus ſoumis , & que fi elle
vouloit toujours gouſter les
douceurs de cette pure union
qui les rendoit l'un & l'autre
ſi heureux depuis long- temps ,
elle devoit fuir tout ce qui
l'empeſcheroit d'eſtre maiſtreſ
ſe de ſa liberté. La Belle qui
n'avoit aucun panchant pour
le celibat , luy répondit fort
modeſtement que l'estat de
GALANT. 119
1.
le
! i.
uf
L
Fille eſtoit ſans doute un
eftat heureux , mais que fon
Pere cherchant à la mettre das
un établiſſement qui luy aſſenraſt
du biện ; cette belle idée
de vouloir toujours aimer de.
licatement , n'eſtoit pas une
raifon dontil dûſt ſe contenter.
Alors pour luy marquer un
amour qui ne recherchoit que
ſes avantages, leCavalier offrit
de luy faire la donnation d'une
Terre de deux mille écus de
rente pour luy ſervir d'établiſſement
, à condition qu'elle
renonceroit à ſe marier. Le
party n'eſtoit pas laid , mais le
nom de vieille Fille qu'il fal
loit avoir un jour , n'accomui
modoit pas la Belle. D'ailleurs,
elle prenoit pour offenſe que
tout fon merite n'inſpiraſt rien
d'affez violent au Cavaliern
le
es
on
cre
S
ai
ef
ar
rt
He
120 MERCVRE
pour luy faire croire qu'il ne
pouvoit eſtre malheureux en
l'épouſant. Ainfi piquée du
refus qu'il faiſoit d'elle meſme
àelle meſme , elle luy dit que
la donation qu'il vouloit luy
faire luy marquoit autant
d'amour que de generofité ,
mais qu'elle eſtoit tellement
contre ſa gloire qu'elle ne pouvoity
conſentir; qu'il luy eſtoit
important de ne faire pas dire
dans le monde qu'elle auroit
receu le payement d'une foibleſſe;
que la médiſance ne
manqueroit pasde le publier ,
& quece bruit feroit des im...
preſſions d'autant plus facheuſes
pour ſa reputation , qu'on!
croiroit que le Marquis , aprés
s'eſtre declaré , n'auroit rompu
avec elle , que par ce qu'il l'au- *
roittrouvée indigne d'eſtre ſa
Femme;
GALANT. 121
1
لا
re
20
1
Femme ; qu'ainſi il falloit
neceſſairement qu'elle époufaſt
l'un ou l'autre , qu'elle
n'accepteroit le Marquis qu'à
ſon refus , & qu'elle vouloic
bien luy donner joſqu'au lendemain
à examiner ce qu'il
avoit à reſoudre ; que cependant
il pourroitlay épargner
la confufion de recevoir par
luy- mefme un nouveau refus
en s'empefchantde venir chez
it elle , & qu'elle entendroit par
ilà qu'il la laiſſoit dans l'entiere
liberté de diſpoſer d'elle mefm.
Le Cavalier ſortit ſans rien
dire davantage , & paffa toute
1. lanuit dans un trouble qui ne
ſe peut concevoir . L'habitude
es qu'il s'eſtoitfaite des douceurs
d'un tendre amour , l'avoit
tellement charmé , qu'il conce
i voit bien qu'en y renonçant ,
Juin 1690. F
122 MERCURE
il s'arrachoit àluy- meme, mais
l'exemple de la pluſpart des
Maris qui laiſſent éteindre
preſque auſſi toſt ces vives
ardeurs qu'ils ont fait paroif.
tre Amans , & fa propre experience
par quelques Maistref
fes peu fcrupuleuſes qu'il avoir
aimées avec paffion dans ſes
premieres années ,& dont les
plus legeres faveurs l'avoient
d'abord rebuté , luy faifoient
connoiſtre qu'il luy feroit impoffible
de conſerver ſon amour
, lors qu'il l'auroit rendu
neceſſaire. Ainſi il ſe reſolut à
ceder la Belle à ſon Rival , &
quoy qu'il creuſt perdre tout
en la perdant , malheur pour
malheur , il aima mieux s'expoſer
à la regreter toute la vie ,
quede ſe mettre en eſtat de ne
plus l'aimer , ce qu'il tenoit
GALANT.
123
es
10
10
m
feur qui arriveroit file mariageles
atuachoit l'un à l'autre. II
s'accuſoit de bifarrerie , mais
il connoiffoit ſa delicatefle , &
pour ne point chagriner la
Belle en luy allant declarer luymeſme
qu'il ne pouvoit accepter
la préference qu'elle luy
offroit, il luy laiſſa deviner ſes
ſentimés par ſa retraite.Elle les
comprit fans peine ,& le dépit
ſe joignant à des diſpoſitions
affez favorables au Marquis ,
qui eſtoitbien fait ,& avoit du
du bien , elle conſentit à l'épouſer.
Le Cavalier ne le put apprendre
ſans eſtre ſaiſi de la plus
vivedouleur. Il tomba malade,
& fi toſt qu'il fut guery il ſe
-retira dans une Communauté
où il eſt encore. Il témoigne
avoir envie de renoncer tout
à faitau monde , mais le temps ,
a
ca
18
ut
x
هح
ne
oit
F2
124 MERCVRE
en effaçant inſenſiblement les
impreſſions que l'amour à fai .
tes ſur ſon coeur , pourra luy
donner d'autres penſées.
Ie vous obeis , Madame ,
&puis que vous ne vous contentez
pas de ce queje vous
ay dit que Mrle Sourt , Reteur
de l'Univerſité , avoit
harangué le Roy fur la mort
de Madame la Dauphine , je
vous envoye ſa harangue.
Comme les deux que vous avez
déja veues de fa façon , à
Mr l'Archeveſque de Paris ,
vous ont obligée à ſouhaiter
de voit encore celle cy , je ne
doute pointque vous netrouviez
qu'elle répond à ce que
les autres vous ont fait attendre
de luy. Voicy ce qu'il dit
àSa Majesté. ομοιο
GALANT.
125
دا
-is
tel
ne
que
endi
وخ
S
SIRE ,
THEQUE
e Nous venonsttémoigner
Majesté , combiennous avons esté
Senſibles à la perte de l'Auguste
#
1893
wire
LYON
E
DE
LA
e
of
on
Princeſſe que nous pleurons . Nous
avons admiré SIRE , avec quelle
bonté, & quelle conſtance vous luy
-
je avezrendu pendant le cours d'une
longue maladie desſoins veritablewent
paternels ; maisfur tout avec
quelle grandeur d'ame , & quelles
paroles pleines d'une ſolide picté ,
Vostre Majesté a confoléun Prince
afflige. C'est cet Auguste Frince
SIRE , qui fait aujourd'huy toute
vostre confolation , ce Prince, digne
instrument de vos grands deſſeins ,
qui vadansvos Armées , en estre
Le bras tandis que vous en eftes icg
bechef& lateste. Ce Prince, SIRE,
F3
126 MERCVRE
forme de vostresang , instruit par
vos exemples , armé de vostre foudre
, cet Aigle dont l'effort merveil.
leux a fait trembler l'Empire ,
diſſipera bientoſt tant d'Ennemis
jaloux de la gloire du plus Grand
Roy du monde , d'un Roy ( mais qui
peut dignement enparler ? ) encore
plus élevéparſon merite , que par
SonScepire &parfa Couronne, toujours
victoricux , toujours digne de
l'estre; quin'entreprend la Guerre
que pour reprimer l'injustice , ou
pour affermir la Paix , qui croitn'a
voir de puifſance & de grandeur
que pour les fairefervir aux interests
de la Religion ; moins fenfible
au defir d'étendre les bornes de fon
Empire qu'àla gloire de proteger un
Prince deftitué de tout fecours ; prevenant
parses bienfans les besoins
& les voeux defes Peuples , &fai-
Jant toujours parfesgraces particuGALANT.
827
!
lieves lajoye& la felicité du public.
Qu'elle nous fut sensible , SIRE ,
cette joye que vous repandites dans
Vostre Royaume , lors qu'il plût à
vostre Majesté de choisir undesplus
i
f
de
04
a.
le

T
grands, & des plus Scavans Prelats
dumonde , pour l'élever à la Pourpre
Romaine,& pour couronner en
luy l'ouvrage de vos graces ! Plaiſe
au Ciel, SIRE , qui vous a donné
à la France pour estre lefeul & te
puiffant Protecteur de la Religion ,
Leparfaitmodelledes Princes Chre
Stiens, le prodige & l'admiration
de toute la Terre , donner à vostre
Majesté cette plenitude de iours &
de triomphes qu'il accorda à un
Grand Roy qui estoit felon foncoeur.
Cesont les voeux , SIRE , queforme
fans ceſſe pour vostre Perſonne Sacrée
l'Univerſité de Paris, pandant
que par la voix & parson exemple,
elle instruit la ieunesse de vostre
F4
8
MERCURE
Royaume , de ce qu'elle doit àfon
Dieu ,& àfon Roy.
Le fameux Mr le Clere , qui
elt logé dans l'Hoſtel des
Manufactures aux Gobelins
& qui paſſe pour l'un des plus
habiles Graveurs qu'on ait
veus depuislong temps , vient
de donner au Public un Livre
deGeometrie qui aujugement
de tous ceux qui s'y connoil
fenteſtundesplus utiles &des
plus intelligibles qu'on ait en --
core faits fur cette ſcience . 11
eft divisé en dix Chapitres . Le
premier contient les définitions
. Le ſecond établit des
principes qu'il appelle notions,
&qui font des veritez évidem
ment connuës par elles- mef.
mes, ou par des demonſtrations
incontestables. Le troiſieme
GALANT. 129
5
e
f
es

H
Le
jes
S
f
S
ne
donne la pratique des lignes &
desangles,& faitdécrire les figures
desPlans. Le quatrième
enſeigne à transfigurer ces
Plans , c'eſt à dire , leurdonner
denouvelles figures , en diminuerou
augmenterle contenu.
Le cinquiéme apprend à les
divifer. Le fixieme montre
comment il les faut aſſembler
&comment on peut les augmenter
on diminuer de grandeur
ſelon quelque quantité
propoſée. Le feptiéme enſeigne
àlesmefurer. Le huitiéme con
tient la Trigonometrie , ou la
doctrine des triangles par le
calcul. Le neuviéme traitedes
Solides ,&particulierement de
leurtoiſé ,& le dixiéme donne
la pratique pour le terrain . On
yvoit come on leve les Plans ,
comme on les trace , comme on
FS
130
MERCURE
meſure les dimenſions inacceffibles
. Ce Livre eſt in octavo ,
&fe debite chez le Sieur Ican
Iombert prés des Augustins à
Image noftre- Dame. On le
trouve auſſi chez le SicurGuerout
, Galerie neuve du Palais ,
Le merite de Mr le Clerc eft
affez connu . Il eſt de Metz , &
a eſté autrefois Ingenieur. Il
fertle Roy à preſent , en qua
lité de Deffinateur &de Graveur
ordinaire de Sa Majené
& a rang de Conſeiller dans
l'Academie Royale de Peinture
&de Sculpture. Ibeſt auſſi Profefſeur
pour la Geometrie,
Perspective&Architecture .
M. du Port , Preſtre, de l'Académie
Royale d'Arles , a
donné depuis peu au public
'Histoire de cette Ville. Elle
eſt écrited'un ſtile pur , concis
GALANT. 131
1
C
e
S
&coulant , & diviſée en trois
Livres. Le premier contient
la deſcription des Antiquitez
que l'ony voit, qui font tresconfiderables
. On y parle de
fon Amphiteatre , plus ancien
&plus magnifique que celuy
de Niſmes , de fon Obeliſque
qui eſt le ſeul qu'il y ait en
France , de ſes Catacombes ,&
de ſes Champs Eliſées , qui
avant la venuë du Sauveur du
monde , ſervoient de Cimetiere
aux Payens , des Ceremonies
qu'ils faifoient aux Enterremens
de leurs Morts, des
Lacrimatoires,des Parterres ,&
de quantité d'autres chofes
fort curieuses. On y voit encore
que Conſtantin le Grand&
& fon Fils Conſtance , auffi
bien que les Empereurs Honorius
& Majorien , ont éta-
F6
132
MERCURE
bly leur Cour à Arles , qu'elle
a eſté Republique , & la Capıtale
du Royaume de Bour
gogne. Dans le fecond Livre,
l'Auteur traite de l'établiſſement
de la Foy à Arles par
Saint Trophime qu'on pretend
avoir eſté diſciple de Saint
Paul , & rapporte les fentimens
des Auteurs fur la Mifſion
des premiers Predicateurs
Apostoliques en Provence. Il
parle de tous les Succeſſeurs
que ce Saint a eus dans le gouvernement
de cette Eglife ,
juſqu'à Meffire FrançoisAdeymard
de Monteil de Grignan,
mort l'année derniere , & die
quoy que le nom d'Archevefque
fuſt en uſage parmy les
Grecs dés le premier Siecle de
la naiſſance de l'Eglife , il ne
l'eſtoit pas parmy les Latins
GALANT.
133
1
1
1
;
1
avantle fixieme Siecle , ce qui
eftcauſequele premier qu'on
aitnommé Archevêque d'Ari
Jes, eſt S. Cefaire, qui fucceda
àS Eonius en 102. & fut tiré
du Monastere de Lerins pour
remplirce Siege. Dans le troi.
fiéme Livre de cette Hiſtoire
il eſt parlé de la Fondation de
l'Egliſe d'Arles , de ſa primas
tie, &du differend qu'elle eut
pour ce ſujet avec celle de
Vienne , de l'établiſſement du
Chapitre de S. Trophime , de
celuy de noſtre-Dame la ma
jeure , & de la Fondation des
Paroiſſes ; des Abayes & des
Convents. Ce Livre ſe trouve
chez le ſieur Cavelier dansla
grande Salle du Palais Ceux
qui le liront demeurerontfans
doute d'accord , que c'eſtavec
saifon que l'Auteur a dit dans
184
MERCVRE
fa Preface qu'il a dequoy
concenter les Curieux aufli
bien que les Sçavans.
Ie vous ay marqué dans ma
derniere Lettre que M. le Cardinal
de Furſtemberg avoit
pris poffeffion de l'Abbaye de
S. Germain des Prez ; il faut
vous dire aujourd'huy de
quelle maniere cette ceremo
nie ſe paſſa. Les Bulles eſtant
arrivées & fulminées , ce Cardinal
fit avertir le Pere Dom
Jean Barré , Celerier , qu'il
viendroit prendre poffeffion le
• Samedy 20. de May. Onfe difpoſa
àle recevoir , & on don
na l'ordre pour parer l'Eglife.
Ellefut tenduëde la Tapiſſerie
du Baptefme de Conſtantin,
qui eſt une des plus belles de
la Couronne. Son Eminence
arriva ſur les cinq heures du
GALANT.
235
י
Je
a
6
foir en Camail & en Rochet ,,
&trouva la Communauté ca
Corps qui l'attendoit à la premiereporte
du Monastere ,ou
M. Douceur, Prieur des Anciens
, luy preſenta l'Eaubenite
, & luy fit un compli
ment à la portiere de fon Carroiffe.
On le conduifit au Chapitre
pendant que toutes les
Cloches fonnoient. Ses Bulles
yfutent leuës, &lesReligieux
s'étant enfuite aſſemblez capi
tulairement , donnerent lear
confentement à la priſe depoſ
feffion. Le Pere Dom Claude
Guenié , Soupricur , en l'ab,
fence du Pere Prieur, alla auf
toften affeurer M. le Cardinal
par un diſcours qui receut de
grands applaudiſſemens. Il luy
dit qu'ily avoit quatre mois que
La Communautéſoubaitoit deven136
MER CURE
dre publique la joye qu'elle luy
avoit marquée en particulier des
que le Roy l'eut nommé à cette
Abbaye ; que ces premiers mouvemens,
qui estoient partis alorsde
la finceritéde leurs coeurs , avoient
receu de nouvelles forces par le
temps qui les y avoit fortifiez, en
leurfaisant toujours mieux connoiftre
le bonheur dont il devoit les
fairejouir ; quedepuis la mort d'un
Prince de la Famille Royale, que
SaMaiesté avoit destinépour Sucoeffeur
du Roy Casimir , la volonté
de ce Prince estoit demeurée
commesuspenduë, mais que s'étant
enfin arrestée fur luy , elle farfort
onmesme temps son éloge &marguoit
mieux ſon merite que toute
autre chose que ce merite ayant
éslaté aux yeux de toute l'Europe,
quelques Estats en avoient conçeu
de l'envie ,pendant que la France
GALANT.
137
toviours pleine d'équité , l'en recompensoit
, & que Rome l'avort
couronné de ce qu'ily a deplus écla
tant dans l'Eglife; que le Roy en lug
faisantpoffider cette Abbaye , com.
tinuoit la longue fuite de Rois, de
de Princes, de Cardinaux , & de
GrandsHomes àqui on en avoit con .
fié lefoin. Il finit à peu prés par
ces paroles . Qu'il nous soit per.
mis , Monseigneur, deprendre part
à cette nomination. Le Roy, en prevenant
nos suffrages a seulement
Secondé nos voeux , &nous a donné
un Abbéque nous nousferions choifi
, s'il nous en avoit remis le choix.
Aprés avoir gagné nos coeurs , vous
* eftes aſſeuré de nous , Monseigneur,
pour le reste de nos devoirs . Noftre
+ Soumiſſion ſera ſans resource , nos
• respectsfinceres&profonds , &nos
+ prieres continuelles pour attirer les
benedictions du Cielſur voſtre Al138
MERCVRE
teſſe Eminentiſſime , & pour demander
ſa conſervation. M. le
Cardinal de Furſtemberg luy
répondit fort obligeamment,
qu'ayant toujours receu des marques
d'amitié de toutes les Abbayes
de la Congregation de S. Maur
qu'il avoit poffedées , il ne devoit
pas eſtre ſurprisde celles qu'ilrecevoit
des Religieux de S. Germain
des Prez ; qu'il ne laißoit pas de
leur en eſtre obligé , & qu'ils de
voient attendre de luy tous ce qui
feroit enfon pouvoir pour y repondre
, & pour remplir les devoirs
d'un bon Pere & d'un veritable
Abbé. Il s'affit enfuite fous un
dais dans le Siege Abbatial. &
admitau baifer de paix tous les
Religieux qui vinrent l'un
aprés l'autre. On le conduifit
de là à l'Eglife , où ayant fait
ſa priere devant l'Autel ,&abGALANT.
139
1
fervé les ceremonies accoutu
mées , il marcha à fon Siege
Abbatial ;& y fit ferment en
touchant le livre desEvangia
. les de conſerver les droits& les
privilegesde l'Abbaye.On leut
tout haut le procés verbal de
ſa priſe de poffeffion , & les
* Chantres reveſtus de Chapes
eſtant arrivez avec les Diacres
, les Acolythes , & deux
autres Religieux , dont l'un
portoit la Mitre , & l'autre la
$ Croffe du nouvel Abbé , on le
reveſtit auſſi d'une Chape , &
aprés qu'on luy cut mis la Mi
tre en teſte & la Croffe en
$ main , les Chantres entonne
se rent le Te Deum que leChoeur
chanta alternativement avec
Lil'Orgue . Pendant ce temps ,
falt on fit la Proceffion autour de
VEglife,le Prelat marchant le
1%
140
MERCVRE
dernier au milieu de ſes Officiers
, & donnant des bene.
dictions au Peuple. Il en don
na une folemnelle lors qu'il
futde retour au grand Autel ,
ayant dit auparavant les Oraifons
en actions de graces. Les
Boëtes tirerent dans ce moment
, & Mr le Cardinal quitta
ſaMitre , ſa Croffe & ſa Chape,
&alla prendre poſſeſſionde la
Maiſon Abbatiale , y estant
conduit par tous les Religieux .
Le lendemain 21. jour de la
Trinité, il officia pontificalement
,& donnala Communion
à tous les Religieux non Pre
ſtres ,& à ſes Officiers & Do
meſtiques , qui la receurent
pour le lubilé, qui estoit ouvert
en ce temps- là , Ce meſme
jour, il voulut diſner auRefec
toire avec les Religieux qu'il
4
GALANT.
141
0
traita magnifiquement.Il eſtoit
àlahaute table ſous un dais ,&
avoit à ſes coſtez quelques-uns
de ſes Amis , avec Mrle Pricur
des Anciens , & le Pere Sou
prieur des Reformez . Il porta
le SaintSacrement aux Proceffions
du jourde la Feſte -Dicu
& de celuy de l'Octave , &
officia le jour de la Feſte de S.
Germain. Il a fait preſent à
l'Abbaye d'un riche Ornement
dont l'étofe eſt à fondd'argent
trait,& relevéede grands fleu
ronsd'ortraicosom :
Onaeu nouvelles queMrle
Cardinal Forbin de lanſon s'eſt
embarqué en Provence le 8. de
cemois , fur une Galere du
wer Grand Duc , pour ſon voyage
mt de Rome. Mr l'Abbé Trevifani
Fee qui s'y en retourne , s'eſtem
ull barqué avec luy . Get Abbé ,
201
48
ale
jon
Pre
Do
ent
142 MERCURE
qui eſtNoble Venitien, Camerier
ſecret d'honneur participant
du Pape , & d'une Famil
lequi a eſté autrefois Souveraine
de la Marche Treviſane ,
eſtoit venu ,comme vous ſyavez,
apporter en FranceleBon
net de Cardinal à Mr de Forbin
,&dans le pen de ſejour
qu'il ya fait , ſon eſprit , ſes manieres
engageantes , & la con.
noiſſance qu'il a fait paroiſtre
desbelles Lettres ,&de toutes
forresde ſciences , luy ont attiré
l'eſtime de toute la Cour , &
de tout ce que nous avons icy
de perſonnes éclairées. Le Roy,
dont le difcernement eſt toujours
jufte ,duy a trouvé un
veritable merite , & pour luy
marquer combien ſa perſonne
luy a eſté agreable , Sa Majesté
luy a fait preſent de fon PorGALANTA
143
.
ou
trait enrichy de gros Diamans,
l'un des plus beaux & des plus
magnifiques qu'on ait encore
vûs. Cependant quelque ma
gnifique que puiſſe eſtre ce
Portrait , il eſt beaucoup moins
confiderable par ſon prix , que
parce que le Roy n'en ayant
jamaisdonné à aucun Camerierdu
Pape , il faitvoir parlà
qu'il le donne au feul merite
fte perſonnel deMrTreviſani , ne
it pretendant pas que ce preſent
ttire à confequence. Mrle
& Cardinal de Forbin a auffi
ich donné un fort beau Diamant
Rop à ce Prelat , en le priant de le
-ou- garder pour ſe ſouvenir de
OD
Jay Le Lundy 5. de ce mois, on
fit dans l'Egliſe de l'Abbaye
eft Royale de S. Denis , le Service
Por
ne
folemnel de Madame la Dau144
MERCVRE
phine. le ne repeteray point
ce qui ſe paſſe dans ces lugubresceremonies
vous en ayant
fait une exacte deſcription
dans ma Lettre de Septembre
1683 à l'occaſion du Service
de la Reine. Le Parlement , la
Chambredes Comptes ,la Cour
des Aides ,la Cour des Monnoyes
,l'Univerſité ,leChastelet,&
le Corps de Ville furent
invitez à l'ordinaire ,& prirent
leurs places Açavoir , le Parlement
dans le coſté droit du
Choeuren entrant , aprés Mefdames
les Princeſſes , y en
ayant de vuides entre elles &
Mrs du Parlement , les Gens
du Roy , Greffiers & premier
Huiffier dans les chaiſesbaſſes
du meſme coſté,avec des bancs
de ſecours pour ceux qui ne
purent eſtre placez dans les
hautes
GALANT.
145
Π
of
hautes chaiſes ; la Chambre
des Comptes dans le coſté gauche
du Choeur en quatorze
chaiſes aprés Meſſicurs les
bre Princes , en y en laiſſant auſſi
wit de vuides , les Gens du Roy ,
Greffiers , & premier Huiffier
Coul dans les chaiſes baſſes du meflot,
me coſté avec des bancs de feafte
cours; la Cour des Aides en
ures ſept hautes chaiſes à gauche à
iren la fuite de la Chambre des
Pat Comptes , & les Gens du Roy,
it Greffiers , & premier Huiffier
Mel aux chaiſes baſſes au deſſous
ya avecdes bancs de ſecours ; la
Les Cour des Monnoyes à la fuite
Gens des hautes chaiſes du côté gauemier
che , aprés la Cour des Aides ,
Dalles les Gens du Roy , Greffier , &
bancs premier Huiſſier aux Baffes
in Chaiſes au deſſous , ayant auffi
sle
auces Juin 1690. G
146 MERCVRE
deuxbancs de ſecours ; l'Uni
verſité aux quatre dernieres
places en entrant à la ſuite du
Parlement , & fur un banc de
fecours ;le Chaſtelet en neuf
Chaiſes baffles à droite , à la
ſuite des Gens du Roy &
Greffiers du Parlement , & les
Gens du Roy , &autres en
deux bancs de ſecours , le
Corps de Ville en cinq chaiſes
baſſes du coſté gauche à la ſuite
des gens du Roy , & des
Greffiers de la Chambre des
Comptes , & en deux bancs
de ſecours ; l'Election de Paris
en quatre chaiſes baſſes du
coſté droit au deſſous de l'Vniverſité
, & en deux banes de
ſecours . Meſſieurs les Archeveſques
& Eveſques en Rochet&
en Camail , furent plaGALANT.
147
S
e
&
_en
fes
cez vers l'Auteldu coſtéde l'Epiſtre
. Madame la Ducheſſe
d'arpajou , Dame d'honneur de
Madame la Dauphine , Madame
la Marquiſe de Rochefort.
Damed'Atour , & Madame la
Marquiſe de Montchevreüil ,
ſe mirent ſur un banc à la
droite entre le Mauſoleé & les
degrez de l'Autel . Mrs les
Marquis de la Sale , de Beuvron
& de Lavardin , & M. le
da. Comte de la Vauguion , Chevaliers
des Ordres du Roy.
qui avoient été nommez pour
porter les quatre coins du Poële
de la Couronne , prirent
place ſur un autre banc, ayant
au deſſous d'eux le Confeil
de Madame la Dauphine , &
les autres Officiers derriere
fur d'autres blancs. Les Mai-
الا
de
noi
aris
du
de
he-
0-
-la-
G 2
148 MERCV RE
ſtres d'Hoſtel eſtoient placez
du coſté gauche dans les bafſes
chaiſes , & les Aumoniers
furun banc , vis-à- vis la Repreſentation
de Loüis XIII.
Mr le Marquis de Montchevreüil
, qui faisoit la fonction
de premier Ecuyeren la place
de Mr leMaréchal de Belfons,
ſe plaça aux pieds du Mauſolée.
Aprés que les ſéances eurent
eſté priſes , Mr de Saintot,
Maistre des Ceremonies alla
querir les Princeſſes du grand
deuil, qu'on avoit conduites,
lors qu'elles eſtoient arrivées à
l'Abbaye , aux appartemens
tendus de noirqui leur avoient
eſté préparez . Deux cens Pauvres
veſtus de gris marchoient
les premiers , tenant chacun
un flambeau de cire blanche
GALANT . 149
4
گر
à la main , & eſtoient ſuivis de
vingt-ſept lorez Crieurs , des
Herauts & du Roy d'Armes .
MrMartinet & Mrde Saintot ,
l'un Aide , & l'autre Maiſtre
des Ceremonies, alloient aprés
eux , & precedojent Mr le
Maréchal de Bellefons , Chef
du Convoy , qui faisoit les
fonctions de Chevalier d'honneur
à la place de Mr le Marquis
de Dangeau , qui eft à
l'Armée auprés de Monfeigneur
le Dauphin . Il marchoit
devant les Princeſſes du deüil ,
qui furent conduites à leurs
places , ſçavoir , Madame par
a
S
コMonſeigneur le Duc de Bourgogne
, accompagné de Mr le
Duc de Beauvilliers ſon Gou-
ا
n verneur ; Mademoiselle par
Monfieur , & Madame laGran-
G3
150
MERCVRE
de Ducheſſe de Toſcane par
MrleDuc de Chartres . MrΙΕ-
veſque de Meaux , premier
Aumônier , aſſiſté de Mrs les
Eveſques de Lodeve , de Poitiers
, de Saintes ,& de Mende,
celebra la Meſſe en habitsPontificaux.
Elle fut chantée par
la Muſique du Roy. Aprés
l'Offertoire , & les ceremonies
que l'on a accoutumé d'obſerver
pour tout ce qui regarde
l'Offrande , Mr l'Eveſque de
Mirepois prononça l'Oraifon
funebre , & tit paroifſtre beaucoup
de doctrine & d'éloquence.
La Meſſe eſtant achevée ,
Mr l'Eveſquede Meaux , &les
autres Prelats Aſſiſtans , firent
les prieres , les encenſemens
& les aſperſions autour du
Mauſolée. On porta enfuite
GALANT . IS
S
S
,
2
dans le caveau le cercueil &
- Vurne qui renfermoit les entrailles
Les Officiers de la Princeſſe
défunte furent appellez
pour faire leurs Charges , &
aprés que Mr le Maréchal de
Bellefons eutdit à haute voix
Madamela Dauphine est morte ,
le Roy d'Armes fit deux fois le
cry ordinaire , ce qui termina
la Ceremonie. Depuis le jour
quelona porté à Saint Denis
le Corps de Madame la Dauphine
, juſqu'à celuy du Service,
la Maiſon de cette Princeſſe
a demenré à Versailles ,
& les Officiers ont aſſiſté tous
les jours aux prieres qui s'y
font faites pour le repos de fon
Ame. Quant aux Tables , on
les a toujours ſervies à Saint
Denis . Voicy ce qui estoitgra
H4
MERCVRE
vé ſur leCercueil ,
C'estle Corps de tres-Haute
tres- Puiſſante & Excellente Princesse
, Marie- Anne- Christine Vi
étoire de Baviere , Epouse de tres-
Haut , tres Puissant & Excellent
Prince , Louis , Dauphin de France,
Fils de tres Haut , tres Excellent
& tres - Puiffant Prince , LOVIS
Le Grand , XIV. du Nom , par
la grace de Dieu , Roy de France&
de Navarre , qui est decedée au
Chasteau de Versailles le 20. Avril
1690. àsept heures du foir âgée
de 30. ans ou environ .
Le leudy 51. le Service ſo--
lemnel pour cette meſme Princeſſe
ſe fit icy en l'Egliſe de
noſtre Dame , & les Compagnies
yifurent placées comme
elles l'avoient eſté à Saint Denis
. Les Princeſſes du grand
GALANT
153
}
.
111
deüil eſtoient Madame la
Princeſſe, menée par Monfeigncur
le Duc de Bourgogne ;
Madame la Princeſſe Doüairiere
de Conty menée par
- Monfieur , & Madame la Princeffe
de Conty , menée par
Monfieur le Duc de Chartres
Il y eut une place vuide entre
#elles & le Parlement ,& il y en
eut deux vuides de l'autre
coſté , entre Meſſieurs les Princes
qui les conduiſirent , & la
Chambre des Comptes . Mr
l'Archeveſque , reveſtu ponti-
. ficalement celebra la Meffe , &
l'Oraiſon Funebre fut prononcée
par Mr l'Abbé Flechier
nommé à l'Eveſché de Niſmes .
Il ſe ſurpaſſa dans cette action ,
& ſouſtint parfaitement la hauth
-
_
te reputation qu'il s'eſtacquiſe
G
154
MERCVRE
par cellesde cette nature , n'ayantjamais
fait aucune Oraifon
Funebre que n'ait eſté un
Chef- d'oeuvre. Mr. Bertin ,,
Daffinateur ordinaire du Cabinet
du Roy , avoit pris ſoin de
faire dreſſer les deux Mauſolées
, qui estoient de ſon invention
. C'eſt aſſez dire pour
fairejuger de leur beauté , puis,
qu'il ne fait rien qui ne ſoit
d'un tres -bon gouft..
:
Je vons envoye la traduc--
tion d'une Epitaphe de Mada--
me laDauphine qui a eſté faite :
en Latin par Mr de Vertron.
Elle est de Mr Normant Avocat :
au Parlement...
GALANT.
ISS
-
:
:
ΕΡΙΤΑΡHE.
La mort a triomphe de l'illustre
Victoire.
Que de tristes Cyprés dans un
champ plein de gloire !!
Pleurez , François , pleurez , elle
eſt dans le tombeau ...
Je me trompe , ellevit ,&laParque
cruelle
Ne pouvoit remporter un triomphe
fibeau:
Trois Auguſtes Enfans lavendent
immortelle.
Tous les Corps&toutes les
Communautez n'ayantaccoutumé
de faire des Services que
pour les Rois & les Reines , il
n'y a eu que les perſonnes at
tachées àMadame la Dauphi
G6
156 MERCURE
ne qui en ayent fait pourcette
Princeſſe. Auſſitoſt aprés ſa
mort il s'en fit un à la Paroiffe
de Versailles , où aſſiſterent
tous les Officiers de ſa Maiſon.
Les Peres Theatins en cele
brerent auſſi un le 26. Avril,
non ſeulement avec la devotion
édifiante qui leur eſt ordinaire
, mais encore avec une
magnificence qui excedoit la
pauvreté dontils font profef
fion . C'eſt une reconnoiſſance
qu'ils devoient aux bontez &
à la finguliere bienveillance
que madame la Dauphine témoignoit
pour tout cet Ordre,
&dont elle avoit receu l'exemplede
la princeſſe Adelaide de:
Savoye ſa Mere , qui publioit
hautement qu'elle avoit obtenu
cette Princeffe par l'in
1
GALANT.. 157
1
terceffion de Saint Gaëtan,leur
Inſtituteur , pour qui elle avoit
une veneration particuliere.
Monſeigneur le Duc de Bourgogne
, qui donnedeſi grandes
eſperances de ce qu'il doit
eſtre , eſtantné le 6. Aouſt,
veille de la Feſte de ce Saint,
- Madame la Dauphine qui
avoit. imploré ſon aſſiſtance
pendant ſa groſſeſſe , ne fut
pas plûtoſt en eſtat de fortir,
qu'elle alla luy en rendre graces
dans fon Eglife , & aprést
avoir donné des marques de
- ſa picté , elle promit aux Religieux
qui vinrent la recevoir ,
de leur en donner de fon affe-
Aion dans toutes les occafions
où ſon ſecours leur feroit uti
le , ce qu'elle a fait pluſieurs
fois avec une bonté qui au158
MERCURE
gmentoit le prix de ſes bienfaits
,& dont le ſouvenir leur
eſt auſſi cher , que ſa mort leur
a eſté ſenſible.
Le meſme jour , M. l'Abbé
d'Harcoüet , Fils du Receveur :
des Confignations de la Cour
des Aides du Parlement de
Guienne , fit faire dans fon
Prieuré de Conty en Picardie,
un Service pour cette meſme
Princeffe avec beaucoup de
folemnité. Les quinze Parroiſ--
ſes dépendantes de fon Prieu--
ré , ainſi que les perſonnes les
plus diftinguées dece Canton..
y aſſiſterent.
M. de Campredon de Donodey
, Gentilhomme d'une
Famille originaire de Naples,
&fort ancienne dans le Comté
Venaiſſin , n'eut pas plûtoſt
receuchés luy la nouvelle de la
GALANT..
159
e
e
e

mort de Madame la Dauphine,
dont il avoit eu l'honneur
d'eſtre élevé Page , qu'il fit
paroiſtre ſa reconnoiſſance des
graces qu'il en avoit receuës,
par un Service folemnel qu'il
luy fit faire dans l'egliſe des
Minimes de Lille,Ville de Provence
dans ce mefme Comté
Venaiſſin Pluſieurs autres
Particuliers , zelez pour leur
princeffe , ont auffi fait faire
des Services ...
..
Ladéfaite entiere des Vaudois,
qui viennentd'eſtre tous,
ou tuez , ou chaſſez des retranchemens
qu'ils avoient
faits ſur leurs montagnes , me
donne lieu de vous parler de
leur origine , & peut - eftre
vous en diray - je des choſes
qu'on ne trouve point dans les
écrits de tous ceux qui ont
160 MERCURE
travaillé à l'hiſtoire du Calvi
niſme. Ces Heretiques , qui
s'éleverent vers l'an 1160. tirent
le nom de Vaudois d'un
riche Marchand de Lion appellé
Pierre de Vaud. Il eſtoit
du Village de Vaud en Dauphiné
ſur le Rhône , & il s'acquit
des admirateurs en diſtri-.
buanttous fes biens aux Pauvres
.Ce commencement eſtoit
fort loüable , mais il voulut
faire des fermons aprés avoir
fait de grandes aumones , &
comme il eſtoit extremement
ignorant , ceux qui l'écoutoient
par intereſt , furent les
ſeuls qui approuverent fa doarine
,& ce fut ce qui les fit
appeller Pauvres de Lion . Ils ne
vouloient ſouffrir aucunes
Images , ny celebrer aucun
jour de Feſte . Ils rejettoient
GALANT. 161
-
10
11
les prieres des Saints , meſmo
l'Ave Maria,n'en voulant point
d'autre que l'Oraiſon Dominicale
, par le moyen de laquelle
ils pretendoient pouvoir conſacrer.
Ils rejettoient auffi
l'huile dans le Baptême , la
- Confirmation , la Confeſſion
auriculaire , l'Extreme Onction
, la remiffion des pechez,
le Purgatoire , les Prieres pour
les Morts , la difference de l'Eal
veſque & du Preſtre , l'obeïf-
& ſance aux Prelats , les miracles,
& le Chant de l'Eglife .Ils n'admettoient
aucun Ordre Religieux,&
nioient le merite des
bonnes oeuvres . Ils croyoient
que les Laïques pouvoient
preſcher , & conſacrer le pain
es du Sacrement de la Cene , &
1 que la Cene avoit plus de ver
tu le Vendredy que les autres
10
162 MERCVRE
jours . C'eſtoit auſſi un article
de foy chez eux , queles Preſtres
, Anciens , & Miniſtres
qu'ils appelloient Barbes , d'où
ils ont pris le nom de Barbets,
eſtant tombez dans le peché ,
perdoient la puiſſance de con.
facrer , de meſme que les Superieurs
celle de gouverner,
lors qu'ils avoient commis
quelque crime. Ils foutenoient
avec une opiniâtreté invincible
que les Eccleſiaſtiques ne
pouvoient poffeder aucune
Charge publique , & que l'Egliſe
eſtoit tombée dans l'erreur
du temps du Pape Silveſtre.
Ils porterent leur impudence
juſqu'à nier le Simbole
des Apoſtres , & l'obligation
qu'on a de garder inviolablement
les fermens , diſpenſant
par làles Sujets de l'obeiſſance
GALANT. 163
!
deuë aux Souverains, & ouvrant
ainſi la porte àla rebellion ,
ſur quoy ils formerent un Article
de foy, qu'aucun lugen'avoit
le pouvoir de condamner
un Chreſtien à mort , & com-
I me aucune crainte du chaſtiment
, ne les retenoit, ils s'a
bandonnoient ouvertement à
toutes fortes d'impuretez , ne
* les mettant point au nombre
des crimes , ce qui obligea le
Pape à publier contre eux une
Bulle en 1487. Lors qu'ils furent
pourſuivis , ils ſe retire.
erent dans les Montagnes de
Dauphiné , & de Savoye , &
infecterent de leur hereſie les
Vallées d'Angrogne & deFreifa
1 finieres . Comme ils eſtoient
dans des lieux preſque inacceſſibles
, qui eſtant tres-forts
par la nature , n'avoient pour
164 MERCVRE
avenuësque des défilez aſſez
étroits , ils trouverentla liberté
qu'on leur refuſoit ailleurs , &
nes'abſtinrent d'aucuneprofanation
. Inſenſiblement leurs
erreurs furent receuës dans les
Provinces voiſines , & un certain
Olivier les porta dans le
Dioceſe d'Albien Languedoc,
On ne peut dire combien les
troubles qu'elles y cauſerent ,
firentrépandre de ſang durant
prés d'un Siecle. Ce fut d'Albi
que les Sectateurs de Pierre de
Vaud prirent le nom d'Albigeois.
Ils eurent celuy de Chaignards
& de loſephites dans
le Dauphiné , àcauſe que
Chaignard & loſephe y pu
blierent leurs opinions avec
plusde ſuccés que les autres.
Outre celles que j'ay déja
rapportées , les Vaudois en
GALANT . 165
Z avoient d'autres qui leur font
communes avec les Calvini-
$ ftes . lamats Heretiques n'ont
ofeſte ſi opiniaſtres que ceux- là.
Guillaume de Saint Marcel ,
de l'Ordre des Freres Mineurs
, qui fut depuis Eveſque
de Nice , tâcha de les convertir
en 1290. François Borilly , de
Gap en Dauphiné , & Berrand
de Saint Guillaume , Cordeliers
, firent la meſme entrepriſe
en 1369. mais toutes les
e lumieres de l'Evangile dont
ces habiles Predicateurs ſe fervirent
pour les éclairer , furent
inutiles.Peu de temps aprés, le
u Pape y envoya l'Eveſque de
Maſſe , & exhorta le Roy de
- France , le Comte de Savoye ,
eleGouverneur du Dauphiné ,
& le Conſeil Delphinal , qui
eſt aujourd'huy le Parlement
10
BIBLIO TH
DE
LYON
**
166 MERCVRE
de Grenoble , à travailler unanimement
à les faire renoncer
à leurs erreurs . Les voyes dela
douceur n'ayant rien produit,
on prit celles de la justice , &
en 1393.on en bruſla deux cens
trente, convaincus de pluſieurs
crimes &impietez .
Vous ſçavez , Madame , que
depuis la fuppreffion de l'Edit
de Nantes , Mr le Duc de
Savoye ayant fait paroiſtre
fon zele pour la veritable Religion
, demanda des Troupes
au Roy , afin que les joignant
avec les ſiennes, il puſt chaſſer C
les Vaudois de ſes Estats . Les
grands avantages que ce ſecours
luy fit remporter ſur
cux , ne vous ſont pas ſans P
doute inconnus. Vous ſçavez
encore qu'une partie de ces
Herctiques obſtinez fou- 2
GALANT. 167
el
1
F
doyez par le Prince d'Orange ,
* avoient regagné depuis peu
de temps quelques unes de
leurs habitations ſurdes Mon-
↑ tagnes inacceſſibles. C'eſt de
ces montagnes , dont l'une s'apelle
, le Pain de sucre , qu'ils
viennent d'étre chaſſez par les
Troupes de Sa Majeſté. Mr de
Catinat qui les commande ,
avoit choiſy pour cette Expedition
Mrs les Marquis de
Feuquieres & de Clerambaut.
l'un Maréchal de Camp , &
l'autre Brigadier. Ces deux
Commandans , dont les Troupes
occupoient des roſtes ſeparez
par des Montagnes , luy
rendoient inceſſamment com.
pte des progrés qu'ils avoient
faits , & je vous envoye la
Copie des Lettres qu'ils ont
écrites à ce General. Iugez fi
168 MERCURE
vous ferez fidellement informée
de leurs approches , & du
fuccés de cette entrepriſe.
De Baſille le 24. May 1690. à
dix heures du matin .
Ie reçois , Monsieur , dans ce
moment vostre paquet de la Perouſe
, & je ne vois point les muni.
tions que je vous avois ſuppliéde
m'envoyer en diligence. Nôtre Canon
tire depuis le matin avecſuccés,
Je viens d'avoir des nouvelles de
Mr de Clerambaut , que je vous
envoye. Vous verrez par là que nos
affairesfont en bon chemin. FEUQUIERES
.
1
Π
t
Lettre de Mr de Clerambaut F
àMr de Feuquieres , à 8 .
heures du matin .
Ien'ay que faire de vous dire
que ie ſuis au deſſus du Pain de
Sucre vous devez vous en estre
apperceu. Le leur ay emporté trois
postes
GALANT.
169
- poſtes ce matinſansperdre un homme
de mon détachement . Il n'y a
eu que trois Soldats de Bournazel
bleſſez , & deux tuez ,& un Licutenant
des Grenadiers de la Sare
-blessé à la main. Les miferables
font de petits retranchemens que
de croy nettoyer auiourd'huy & la
nuit prochaine . Ie vous prie d'en-
- voyer ordre au Regiment de Boiffiere
de garnir le ruiſſeau iusqu'à lacaf
cade par le bas , & au Regiment
de Bourbon le ruiſſeau defon costé.
Ie croy qu'ilnes'enfauvera pas un.
Le viens d'envoyer deux Partis dans
ce bas , qui les mettront au defef.
0
!
poir.
CLERAMBAUT.
Du pied du grand Pain de
Sucre , à 2. heures aprés
midy le 24.
Nous sommes maistres de tout ,
- hors du grand Painde Sucre , Sans
Juin 1690. H
1 :
170 MERCURE
avoir perdu quatre hommes. Iene
Sçay pas ce que fait Mrde Clerambaut.
L'effaye à l'heure qu'il est de
Laiffer le Pain de sucre àdroite &
àgauche , & de prendre à revers
les derniers logemens de ces canail.
les. Nous avons trouvé le pauvre
Parat encore tout chauddans lepâté
, Voilà , Monfieur , où nous en
Sommes. Si nous ne faiſons pas la
journée complete , il ne s'en faudra
guere , mais nous ferons de noftre
mieux. Quandie vous écris du pied
du grand Pain de Sucre, c'est àdire
que je vous écris précisément du
pied de cette roche.
FEUQUIERES .
Du pied du grand Painde
Sucre , à fix heures da foir.
Il ne reste plus , Monfieur , de
pofte aux Barbets en deça du grand
Painde Sucre , c'est à dire , qu'ou
Bre le Chasteau &le pâté nous leur
GALANT.
271
avons encore ôté tout ce qu'ils avoiēt
d'autres postes . L'ay'en verité encore
trouvé ce lieu plus affreux d'en
haut que d'en bas. Nous n'avons
quaſi perdu perſonne ; leurs pierres
ont étéfans effet.Pour cette heure,
* à moins que les Hipogriffes ne les
emportent , ie ne croy pas qu'ils
puiſſent échaper ,le pain de sucre
- étant entouré de tous les côtez àla
portée du piſtolet , par de bons retranchemens
bien établis. Ie m'en
vais descendre ; ayant mis tous ces
poftes en seureté , pour donnerordre
àtout là bas. Nous n'avons pris
qu'un Barbet envie qui ne parlepas
beaucoup , & ie croy qu'iln'enſçait
guere. Ie vous envoye les lettres &
lespapiers qui ont efle trouvez dans
les poches de quelques Morts. Les
avis que vous aviez qu'ils manqueroient
bientôt de vivres , n'étoient
- pas justes.Il n'y a pas de miserable
H
172
MERCURE
baraque où il n'y ait au moins 7.
ou 8.facs de grains,&beaucoup de
farine. On nepeutfaire mieux que
toutes les Troupes ont fait.
FEUQUIERES .
Du Camp de Baſille le 25. May
1690.à 5.heures du matin .
Je suis au desespoir ; malgré
toutes les précautions d'avoir eu
zoutes les Troupes au Bioüac , &
d'avoir en des Bataillons tous ensiers
dans les fonds de Guinevert ,
jusqu'à donner la main àMr de
Clerambaut par la droite & par
la gauche , les Barbets qui estoient
reftez dans le dernier Pain de Sucre
enfont échapez. Je fais fouiller
par tout fi on trouvera une piste.
I'avois moy- mesme fait le tour de
tous lespoftes avec tous nos Guides
dupays ,&je faisois battre l'estraded'unposte
àl'autre, qui d'ailleurs
Sevoyoieni tous.len'en aypasmême
GALANT. 173
1
li
1
1
bouge; cependant il n'ya personne.
Le Barbet prisonnier avoit bien
dit qu'ils fongeoient àſe ſauver,&
celam'avoit obligé à prendre tou
tes ces précautions , qui n'ont pas
laiſſé d'eftre inutiles.
Dans cemoment voicy un denos
Guides que j'avois envoyé à M. de
Clerambaut , qui revient avec une
teste de Barbet. Il dit que c'estoit le
Cerfille , & qu'ils font paſſez au
travers des poftes de M.de Cleram.
baut, ceque je ne puis comprendre.
Ce Guide dit qu'ils vont vers lavallée
d'Angrogne & de Prailli. Ie
laiſſe au poste des Barbetsle Bataillon
de Bournazelle avec ordre de
tout ruiner , &ie marche avec le
refte des Troupes pourtâcher de les
reioindre par le Prailli .
FEUQUIERES.
H 2
174 MERCVRE
Ce 25. à 5. heures & demie
du matin.
Voicy un Billet que ie reçoy dans
cemoment de M. de Clerambaur,
cela change toute ma marche.
Billet de Mr de Clerambaut
à 5. heures du matin .
Je voy , Monsieur , à l'heure
que je vous écrits plusde cent hom.
mes qui filent par la montagne qui
eſtvis à vis de mon Camp , & qui
prennent le coflè de Savoje. Le
bruit estque cefont les Barbets ,&
ily a grande apparence. L'ay cru
que vous feriez bien -aise d'estre
averty de cette marche .
Clerambaut.
Les Guides difent qu'ils vont
droit à Sezane& aumont Geneve,
& que fi les Troupes y arrivoient
auparavant ; on pouroit les tailler
en pieces.
GALANT. 175
Au Camp de Baſille à 9. heures
du matin , ce 26. May
1690.
Sur les differents avis que j'ay
eu des Barbets , j'envoye M. de
Clerambaut vers la vallée deSezane
avec les détachemens qu'il avoit
& les Bataillons de Boiffiere , la
Sare , Cotteuse , &je fais marcher
M. de Pontdevis avec ſon Regiment
au Col- Iulien , d'où s'il tom
befur la piste des Barbets,il lesfui.
vra iusqu'à ce qu'il les ait joints,
&m'en donnera avis . Je demeure
icy avec le reste des Troupes. Bour
nazelle est dans les postes desBarbetsqui
les ruine.Artois & Bourbon
font icy avec les détachemens de
Pigneroles , que ie deſtine à la con
duite de vostre Artillerie. Feuquieres.
H 4
176 MERCVRE
Au Camp ce 25. à fix heures
du foir.
Ie vous renvoye voſtre poudre
avec beaucoup de remercimens
n'en ayant plus befſſoin. F'ay mandé
àM. de Louvois que ie croyois qu'il
s'étoit bien ſauvée deux cens cin..
quante Barbets cepandant un
homme qui les a vûs ,vient deme
dire qu'ils ne sont pas plus de cent
on fix- vingt.
Vous devez sçavoir que M. de
Pontdevis eft aprés eux , & dans
ce moment ie reçois une Lettre de
luy du Col de Roderelle. Ils commencent
à estre en veuë , il envoye
cinq ou fix traineurs , & fuit de
toutes ses forces. Ie luy ay mandé
demarcher iusqu'à ce qu'il les eust
ioints. Ilssont far le chemin de Roderelle.
Voyez Monsieur , ce que
vousy pouvez de vostre costé.
FEUQUIERES .
GALANT. 177
1
J'ajouteray à ce que vous
venez d'apprendre par ces
Lettres , qu'on avoit eu foin
de faire venir de Paris quantité
de Carabines rayées , qui
avec le Canon ont aidé à ruiner
les parapets que les Barbets
avoient fait pour leur
défenſe . Comme ils avoient
trois poſtes retranchez les uns
fur les autres , il leur eſtoitaiſé
de ſe défendre , & ils pouvoient
faire perir beaucoup
de Troupes en faiſant ſeulement
rouler de pierres , mais
nos gens avoient porté des
clayes courbées , dans leſquelles
ils les recevoient , & pour
monter plus facilement , ils
avoient des gands avec des
crochets , & d'autres crochets
àleurs fouliers. Je ne vous dis
Hs
178 MERCVRE
rien de cette expedition ; il
faut eſtre François pour faire
de pareilles entrepriſes,& pour
yréuffir .
ل
Les avantages que les Eſpa
gnols ont remportez depuis,
l'ouverture de cette Campagne
, ont eſté ſi rares , qu'il ne
faut pas s'étonner s'ils exagerent
juſques aux moindres,
chofes, quandleurs entrepriſes,
font ſuivies dequelques petits,
ſuccés. Ce que je vais vous
dire vous fera juger s'ils ont eu
lieu de paroiſtre ſi fiers d'une
courſe , qui leur pouvoit eſtre:
plus utile qu'elle n'a eſté, pen- 「
dant que l'Armée de M. de
Luxembourg tiroit autant de
contributions qu'elle en vour
loit exiger , ne trouvant point;
de Troupes qui fuffent en
C
ل
GALANT 179
f
eſtat de luy faire obſtacle ,
les Ennemis entreprirent de
faire une courſe d'un au
tre coſté . Ils tirerent pour
cet effet des Troupes de pluſieurs
de leurs Garnisons , &
formerent un Corps de quatre
-mille deux cens hommes, dont
il y avoit un tiers de Cavalerie
& de Dragons , & quatre
cens Grenadiers . Le reſte étoit
de l'Infanterie Angloiſe , Efpagnole
, & Flamande . Ils laifferent
un corps de deux cens
- cinquante hommes aux envi-
- rons de Furnes , pour favorifer
leur paſſage à leur retour.
- Ils avancerentenfuite vers les
Lignes de Bergues qui ne font
pas conſiderables , & forcerent
une Redoute de terre à trois
portées de fufil d'Onſcot. II.
1
}
H6
180 MERCURE
D'y avoit dedans que fix hommes
& un Sergent. Ils en tuerent
trois , laiſſerent ſauver le
Sergent & les trois autres. Ils
firentapplannir le chemin , &
paſſer un Bataillon a Onſcot,
où ils enleverent le Bailly pour
traiter des contributions . Aprés
cela ils détacherent quatre
Compagnies de Dragons
qu'ils envoyerent à Rofbrec;
ils y pillerent une maiſon ,&
en brûlerent environ quarante.
Les mêmes Dragons paſſe.
rent de làà Poperingue , où ils
mirent le feu à trois maiſons,
&ſe ſaiſirent du Bourguemeftre
, aprés quoy ils ſe retirerent
à Furnes , qui n'eſt qu'à deux
lieuës de nos grandes Lignes,
ce qui faifoit croire qu'ils
tenteroient de les forcer. M.
de Reneville qui commande à
-
GALANT. 181
-
6
Calais , étoit forty à la teſtede
fix cens hommes , avec cent
Maiſtres de ſa Garniſon , &
deux pieces de Canon , & M..
de Bocquemare , Gouverneur
de Bergues , luy avoit auſſi envoyé
cinq cens hommes.Si- tôt
que les Ennemis eurent appris
que nous avions des Troupes
en campagne , ils ſe retirerent
fans faire aucune tentative
quoyque ces Troupes nemontaſſent
qu'à douze cens hommes
. Les Eſpagnols n'ayant eu
que ce petit avantage depuis
que la Campagne eſt ouverte ,
quoy qu'ils ne l'ayent remporté
que parce qu'ils n'ont point
trouvé d'Ennemis , il ne faut
pas s'étonner s'ils ont exageré
leur triomphe ; mais les Nouvelles
publiques de leurs Alliez
L'ont pouffé fi loin , que pour
181 MERCVRE
avoirtrop dit ils n'ont rien perfuadé
,puis qu'il eſt hors d'apparence
que deux Villages
payent deux millions à quoy
ils ont voulu faire monter les
contributions de cette expedition
. Nous avonseſté plus moderez
dans nos Nouvelles,puis
que nous n'avons fait monter
à guere plus celles que
Monfieur de Luxembourg ,
à la teſte d'une Armée de
quarante mille hommes , a
impoſées pendant un mois
de ſejour, à un pays fertile, &
dont les Habitans font tous
gens accommodez . On peut
juger par là de ce que les Ennemis
ont pû tirer , puisqu'ils
n'ont paru que comme un
éclair ,& qu'ils n'ont emmené
qu'un Bailly & un Bourgue.
meſtre. Ce n'est pas que ceux
GALANT . 183
G
qui écrivent à leur avantage.
foient tout- à fait à blamer
leurbut eſt de tromperles Peur
ples , mais il le faut faire avec
plus de vray ſemblance , fion
veut eſtre ora de ceux qui ont
un peu de bon ſens..
с.
En vous parlant du grand
nombre des Ennemis du Roy,
je croy que je puis vous faire:
part d'un Madrigal qui a eſté
fait fur ce ſujet , par M. de
Sanlec qui demandoit un Benefice
à Sa Majeſté. Il ne paroiſt
guere de ra port entre:
les Ennemis du Roy & cette
demande , mais comme avec
de l'eſprit on rend ſouvent
compatibles les choſes les plus
éloignées , l'Auteur qui en a
infiniment , a fait de ce Madrigal
, un Ouvrage qui s'eſt
attiré un applaudiſſement ge--
neral ..
184 MERCVRE
Nous avons , grand Heros , deux
deffeins differens ,
Vous , devaincrevingt Rois,&moy
vingt Concurrens ;
Mais l'un de ces deſſeins estmieux
conduit que l'autre.
Et cependant tout ira bien ,
Si vous me répondez du mien ,
Commejevous répons du voſtre..
l'ay à vous parler de deux
actions de vigueur faites par
des François l'une ſur terre , &
l'autre ſur Mer. Mr de Melac ,
qui avoitparuavec mille Che.
vaux , le 3. du mois paſſé fur les
hauteurs de Mayence ſans que
les Ennemis en fuſſent ſortis ,
s'avança vers Aigeshein , petite
Ville fortifiée de bonnes
murailles avec cing groſſes
tours ,& environnée de deux
foffez . Elle est à l'entrée de la
GALANT. 18
Plaine par où l'on va à Binghen
& à Creutznach . Ceux
qui estoient dans la Placé ayant
eu l'imprudence de tirer fur
des Troupes qui ne penſoient
pas à les attaquer , Mr de Melacqui
n'eſt pas accouſtumé à
foufrir de telles inſultes , refolut
d'en avoir raiſon , quoy
qu'il n'euſt ny Canon , ny
Dragons , ny Infanterie. Il
- envoya chercher des Echelles
dans les Villages des environs,
& tout ce qui peut aider à efcalader
une Place , & fit mettre
pied à terre à laCavalerie qui ſe
debota ,& traverſa un petit fofſé
où ily avoit affez d'eau pour
en eſtre incommodé .On monta
enfuite à l'aſſaut , que ceux qui
défendoient la Place eurent la
temerité d'attendre . Elle fut
forcée , & on la traita ſelon les
186 MEREVRE
7
loix de la guerre pour avoir
fouffert l'affaut. Les Cavaliers
qui l'eſcaladerent firent main
baſſe fur ceux qui voulurent
refifter , & aprés avoir mis le
feu'à deux tours, ils ſe retirerét
avec beaucoup de butin. Nous
cûmes environ trente Cavaliers
tuez ou bleſſez , & l'on prit
cinquante Soldats & cent
Schenapans. Mrle Marquis de
Blanchefort eutfon cheval ruć
fous luyen arrivant auprés de
laPlace..
Ie paſſe à l'action de Mer qui
ne vous paroiſtra pas moins
vigoureuſe ,& qui vous fera
connoitre que quoy qu'on par
tage quelque fois l'avantage
d'un combatavec ſes Ennemis,
on en peut remporter toute la
gloire.C'eſt ce qui est arrivé à
Mr.deBeaucheſne. Il conduit
GALANT.
187
ſoit deux Priſes qu'il avoit faites
prés de Cadix .Le Baſtiment
qu'il montoit n'eſtoit que de
dix-huit pieces de Canon , &
il n'y avoit que cent trente
hommes deſſus. Il en rencontra
un de quarante- cing pieces de
Canon , & monté de cinq cens
- hommes. Mr de Beauchefne
I voulant conſerver ſes Priſes ,
fit paſſer ſon Frere deffus avec
trente hommes , & pendant
qu'il les conduiſoit en lieu de
ſeureté , il tint tefte au gros
Vaiſſeau , & ſe défendit avec
tant de vigueur & de courage,
qu'il fit balancer long - temps
- la victoire ; mais enfin il fut
= pris & conduit à Cadix , apres
- avoir cauſe à ſon Ennemi une
perte beaucoup plus deſavantageuſe
, que la victoire qu'il
remporta neluy fut utile. Com
188 MERCURE
me il ne pouvoit éviter de perdre
ſes deux Priſes , & de ſe
perdre luy- meſme , s'il n'euſt
pris cette reſolution , il eut l'avantage
de les fauver , & de
triompher de ſon Ennemi dans
lemeſme temps qu'il fut obligé
de ceder àla force.
On cutavisdés le moispaſſe
que les Armateurs de S. Malo
y avoient amené quatre Priſes
Angloiſes & Hollandoiſes , &
qu'ilsen avoient brûlé deux
autres , dont ils avoient brûlé
les effets & les équipages.
Ceux de Dunkerque avoient
pris un Corſaire Oſtendois , &
une Fluſte Hollandoiſe dequatre
cens Tonneaux . Nos Armateurs
avoient auſſi amené
trois Priſes à Breſt , & quatre
autres au Havre deGrace. Depuis
ce temps- là Mr le Comte
C

GALANT. 189
- de Revel a amené à Breſt un
Corſaire de Fleſſingue , monté
de vingt- deux Canons. Il fit
cette priſſe aprésluy avoir tué
quatorze hommes & bieſſé
vingt- cinq.Deux petits Baſtimens
Anglois ont eſté conduits
à Nantes par la loyeuse
qui les avoit pris . Ils eſtoient
chargez de Sucre, de Tabac , &
d'Indigo, l'un de cent,& l'autre
de cinquante tonneaux. Un
Navire Hollandois qui venoit
de Curaçao richement chargé,
& deux baſtiments chargez de
Sucre & de Tabac, ont eſté auſſi
- conduits à Saint Malo par les
- Vaiſſeaux le François &la Sainte
Helene. La Vierge de Grace , de la
meſme Ville , a amené deux
Vaiſſeaux Anglois pris vers
les coſtes de Portugal à la
veuëd'un autre Vaiſſeau Ang
190 MERCVRE
glois de cinquante pieces de
Canon. L'un d'eux quel'on a
pris eſtoit de quatorze , &l'autrede
huit Canons . Deux autre
Baſtimens , auſſi Anglois ,
ont eſté amenez à la Rochelle
par laFregate la Gaillarde. Leur
charge eſtoit d'huile , & de
pluſieurs autres marchandifes.
Le 4. de ce mois , l'Aſſemblée
du Clergé qui ſe tient à
Saint-Germain en Laye , eut
audience du Roy à Versailles ,
avec les ceremonies ordinaire.
Je vous parlay dés le mois
paſſe de l'ouverture de cette
Aſſemblée , & vous nommay
les Députez de chaque Province.
Mrl'Archeſque de Paris ,
qui les preſenta à Sa Majesté ,
porta la parole, & fit un difcours
d'une beauté qui ſurprit,
GALANT. 191
1
quoy qu'on foit accoutumé à
ne luy entendre dire que des
choſes qui vont toujours au
- delà de tout ce qu'on peutattendre.
Il commença , en faiſant
connoiſtre que c'eſtoit la
ſeptième fois qu'ilavoit l'honneur
de paroiſtre devant ce
Monarque en qualité de Prefident
du Clergé , & dit qu'il
paſſeroit par deſſus l'uſage , qui
| vouloit que l'on donnaſt des
loüanges lors qu'on venoit
faire complimentàla teſte d'un
Corps. La comparaiſon qu'il
fit du Roy à un grand Capitaine
de l'Antiquité fut l'excuſe
qu'il apporta pour s'en
- diſpenſer. Il dit que comme le
corps deſe Capitaine estoit fi cou.
vert par tout de bleſſures , qu'onne
pouvoit luy porter aucun coupfans
qu'il le receuſt dans quelqu'une de
192
MERCVRE
Ses playes,il en estoit de mesme à
l'égard du Roy , fi digne par mille
actions d'éclat de recevoir des
louanges , qu'il n'y avoit point
d'endroits par où il n'en meritaft ,
& qu'il estoit impoſſible de luy en
donner ſans redire ce qui avoit
esté dit& écrit cent & cent fois
par tout ce que la France a de
personnes d'esprit& de bonnes Plumes
; qu'ainsi il estoit contraint de
Se taire,ne pouvant trouver aucun
endroit par où Sa Majesté n'eût
pas encoréétélouée. Il fit enſuite
le dénombrement des grandes
choſes qui ont fait donner au
Roy les plus forts éloges,comme
ayant deſſein de n'en point
parler , & par un trait d'eloquence
qu'il afſſaiſonna merveilleuſement,
il fit connoiſtre
tout ce qu'il ſembloit vouloir
paſſer ſous filence. Il marqua
cc
GALANT. 193
ce que les faux Prophetes
avoient dit contre Saint Pierre
, lors qu'ils avoient aſſuréles,
Cartaginois , que ſa Religion
ſeroit détruite , & fit voir la
fauſſeté de la prophetie des
Proteftans qui avoient aſſuré
qu'en 1689. leur Religion trio .
pheroit au prejudice de la Catholique
. On a veu arriver
tout le contraire , puis que le
Roy a fait triompher la veritable
Eglife , en la faiſant reconnoiſtre
dans tous ſes Eſtats . Je
nevous rapporte point beaucoup
d'autres choſes que dit
ce Prelat , & qui parurent n'avoir
jamais eſté dites , tantle
touren fut heureux . Celle cy
fut de ce nombre , quela verité,
quoy qu'elle euft des bornes , en avoit
plus dit en faveur du Roy ,
que le mensonge quin'en avoitpoint
Juin 1690 . I
194
MERCVRE
n'avoit pû en inventer en faveur
desplusgrandsHeros de l'Antiquité.
Si des morceaux retenus
aſſez imparfaitement ont tant
de beauté , jugez de ce qu'ils
vous paroiſtroient , ſi je pou
vois vous les rapporter dans
les meſmes termes qu'ils ont
eſté prononcez. Il eſt certain
que jamais harangue n'a eſté
ſi applaudie de toute la Cour.
C'eſt ce qui fut cauſe que l'Academie
Françoiſe , dont M.
l'Archeveſque de Paris eſtoit
alors Directeur , deputa contre
l'uſage pour luy en aller
faire compliment.
> Le 12 de ce mois les commiſſaires
du Roy s'eſtant rendus
à l'Aſſemblée du Clergé
M. Puffort porta la parole , &
fit la propoſition de Sa Majeſté
. On la mit en déliberation
GALANT.
195
aprés qu'ils ſe furent retirez ,
&d'un conſentement unanime
le Clergé accorde au Roy un
don gratuit de douze millions.
On ne s'étonnera point qu'il
ſoit convenu ſi promptement
& tout d'une voix , de donner
une ſi groſſe ſomme , ſi l'on
fait reflexion que dans la guerre
qui s'eſt allumée , le Roy
foutient ſeulla Religion , tant
contre les Heretiques , que
contre ceux que des veuës
humaines engagent à embraf-
-ſer leur party. On a toujours
veu le Clergé de France inviolablement
attaché à la Religion
& au Roy , & Sa Majesté
qui connoiſt ſon zele , a lieu
d'en attendre de grands ſecours
tant que cette guerre
durera.
Comme le Clergé fait fon
I 2
196 MERCVRE
0
ſejour ordinaire à S. Germain ,
à cauſe qu'il y tient ſes Affemblées
, M. l'Archeveſque de
Paris y officia dans la Paroiſſe
le jour de l'Octave du S. Sacrement
, & donna la benediction
à la Reine d'Angleterre , & à
tout le Peuple. M. l'Abbé Converſet
dont je vous ay parlé
pluſieurs fois , nouveau Prieur
&Curé de cetteParoiffe, complimenta
ce Prelat , & luy dit
qu'encore que les marques d'honneur
& de confiance que le plus
grand Roy de la terre lay avoit
données depuis fi long- tems , &
qu'il venoit encore de confirmer en
le nommant au Cardinalat ,luy
euffent acquis une tres -grande distinction
, Son éclatante doctrine,
Son illustre picté, & tant d'excellentes
vertus avec lesquelles il
alloit honorer la pourpre, luy attiGALANT.
197
roient encore plus particulierement
le reſpect de tousle monde,&le
faisoient regarder comme l'un des
plus grands ornemens de l'Eglife ,
&le plus digne du rang où ilferoit
bien-toft élev.é..
Ce que Mele Duc de Noailles
titl'année derniere en Catalogne
, vous a donné lieu de
croire , que cette Campagne
luy ſeroit auſſi glorieuſe que la
precedente . Il eſt brave, il eſt
ſage , il a apris le meſtier de la
Guerre ſous le Roy qu'il n'a
point quitté dans toutes les
Campagnes que Sa Majefté a
faitest; illeſt aimé desTroupes,
& chery des Habitãs du Pays,il.
n'en faut pas davantage pour
reüffir , & l'on va loin avec l'amour
des peuples , la prudence
& là valeur. A peine ce Duc
13
198 MERCURE
fut- il arrivé à l'Armée qu'il
devoit encore commander en...
Catalogne , qu'il en fic une
seveuë generale , à un Village
nommé le Boulou à trois lienes
duCol de Perrus. Elle est compoſée
de dix- ſept Bataillons,
enycomprenant huit cens Miquelets
, de fix Regimens de
Cavalerie de douze Compa
gnies chacun , & de deux Rea
gimens de Dragons. LesEnnemis
avoient alors un Corps
de deux mille cinq censChevaux
campé au Bourdet qui
eſt un Village ſitué à une lieuë
& demie de Gironne , fur la
riviere de Ter. Tout ce qu'ils
ont d'Infanterie n'oſe paroiſtre
, elle eſt retirée dans les
Places , de forte qu'ayant fait
reculer leur Cavalerie , nos
Troupes n'entendirent non
GALANT. 199
plus parler d'Ennemis que a
nous n'en avions pas , ce qui b
leur caufa un veritable cha
grin , tant elles témoignent
d'envie de ſe ſignaler . Noſtre
Armée alla camper à Campredon
, d'où M. de Noailles refo
lut de ne point partire qu'il
n'euſt fait nettoyer les Montagnes.
M. de Bulonde campa
à Saint Pau avec une teſte de
1500. Chevaux & de quatre
Bataillons . & fit faire une redoute
fur le Cap de Sccoſte .
C'eſt une Montagne qui domine
toutes celles , qui font
entreCampredon , & le Lampourdan.
LesMiquelets Eſpagnols s'é ..
tant emparez d'une Maison
qui eſt au bas du Cap dont je
viens de vous parler , & qui
ſe trouvoit à la teſte du camp

1
14
200 MERCURE
deM. de Bulonde , ils n'y furent
pas plûtoſt arrivez qu'on
deracha deux cens Grenadiers
commandez par Mr Rolland
Major d'Erlac, qui les repouſſa
vigoureuſement. Ces Miquelets
y perdirent douze ou
quinze des leurs & nous
n'eusmes pas un Soldat bleſſé.
Nos Fuziliers de Montagne
s'emparerent en meſmetemps
d'un Chaſteau ſitué dans la
plaine de Vic , où les Païfans
leur portent des vivres en
abondance.
3 M. le Duc de Noailles ayant
refolu de ſe rendre Maistre de
Saint Iean de Las Badeffes , y
envova un detachement commandé
par M. de Sappeville
, de deux mille cinq
cens hommes dont il y avoitune
partie du Regiment
GALANT. 201
e
a
DS
1
de
y
1-
e.
19
a
de la Deputation.Monfieur le
Comte de Boffeang , comme
premier Capitaine des Grenadiers
, fut commandé pour
marcher à la teſte de tout le
detachement. En arrivant il
pouſſa les Ennemis juſqu'aux
portes de la Ville, & prit pofte
dans le Faux- bourg , où il
demeura juſqu'à ce que la
Ville ſe fuſt renduë. Il receut
un coup fort dangereux au
haut de la cuiſſe , une demiheure
avant la reddition de la
Place. Les Affigeans ayantfouffert
la petite Artillerie &les
Bombes , furenttous faits priſonniers
de Guerre. En voicy
Veſtar..
Don Juan de Marimont ,
Colonel.
Auguſtin de Montaner ,
Major
Saint Ican.
Commandant dans
201 MERCURE
DeuxCapitaines en pied...
Deux Capitaines reformez
DeuxAydes- Majors.
Deux Enſeignes.
Trois volontaires ..
Trois Sergens.
Cent vingt- huitSoldats.
TroisCapitaines des Mique
lets.
Douze Miquelets.
On a conduit ees Prifonniers
àBeziers.Cette nouvelle Conqueſte
eſt fruée ſur le Ter , &
a un Pont fur cette Riviered
Le meſme detachement quia
pris Saint Ieande Las Badeffes,
où Mr de Noailles a envoyé un
gros Convoy de Farine , eft
allé à Ripouill .
Mr le Ducde Villahermofa
adéfendu aux Habitans qui
font à deux licües aux environs
deBarcelone , d'y moiffon
GALANT.
203
ner ſur peine de la vie , ce qui
fait voir qu'il apprehende Mr
le Due de Noailles , & qu'il a
reſolu de ſe retirer aux environs
de cette grande Ville.
4
Ie viens à ce qui s'eſt paſſéen
Flandre depuis l'ouverture de
laCampagne. Les Ennemisont
menace ſans paroiſtre ; nous
nous ſommes montrez , & aavons
agy.
Le 15. May Mr de Luxembourg
fit la reveüe de fon Ar.
mée prés de Saint Amand. Ic
vous ay envoyé l'estat des
■ Troupes qui la compofoient
alors ; elles ſe trouverent en
tres bon eftat. Mr de Luxembourgdetacha
Mr le Comte de
Maulevrier Colbert Lieutenant
General , & Mr de Ximenes ,
MaréchaldeCamp , avec fept
16
204
MERCVR. E
àhuit mille hommes , fans
qu'on ſecuſt de quel coſteits
devoient marcher. Le 17. l'Armée
ayant paſſé l'Escaut , vint
camper à Leuze. Le 18. elle fit
un grandfourage. Le 19. Mr
de Luxembourg , & Mr le Duc
duMaine, accompagnez d'une
partie des Generaux , allerent
reconnoiſtre pluſieurs chemins
& particulierement celuy
d'Ath , & il fut ordonné aux
Payſans de les racommoder. Le
foir , l'ordre fut donné pour le
départ , & le bruit ſe répandit
qu'on alloit à Leffines . L'Armée
decampa le zo . & ayant
paſſé l'Escaut à pont Alaye fur
des Ponts que Mr le Comte de
Maulevrier avoit fait faire ,
elle campa à Hauterive où le
quartiergeneral eſtoit marqué.
la droite à Avelghen , & la
GALANT.
1205
X
e
gauche à Boffut Mrle Ducda
Maine, aprés avoir montré fon
activité dans les fonctions de
General de la Cavalerie , fit
voir qu'il ne s'acquiteroit pas
moins bien de celles de Maréchal
de Camp. Ce Prince marqua
le Camp ,& plaça les Gardes
pour la premiere fois , d'u
ne maniere à faire croire qu'il
n'avoit fait autre choſe toute fa
vie. Le 12. on alla camper à
Harlebec furlarivieredu Lys,
Mrde Maulevrier eſtoit arrivé
le jour precedent , avec toute
l'Artillerie de l'Armée , il en
partit le jour que Mr de Luxembourg
y arriva , & alla
camper avec ſon detachement
&l'Artillerie , dans un Bourg
éloigné de deux lieuës , apellé
Vielsbech . Il y avoit ce jour là
une Feſte publique , & tous les
206 MERCURE
Habitans du lieu s'y rejoüiffoient.
Ils furent ſurpris de
voir des gens qui marquoient
leurs Maiſonsavec de la craye,
& demanderent ce que cela
vouloit dire. On leur repondit
que ce n'estoit rien , qu'ils pouvoient
toujoursſe divertir , &qu'il
alloit venir cinquante millehom.
mes pour estre de la Feste avecfoixante
Pieces de Canon . Comme
ils n'avoient point eſté informez
de la marche de l'Armée ,
ils n'avoient pû rien fauver ,&
il eſtoit trop tard pour le
faire . Ainh le detachement
quilogea dans ce Bourg , cut
ſujet d'eſtre content. Le 22.
l'Armée arriva àDeinſe àtrois
petites lieuës de Gand, & elle
ytrouva le detachement de M.
de Maulevrier. La ſurpriſe des
GALANT.
207
11
le
30
20
19
es
Habitans de Deinſe fat tres
grande, car les Eſpagnols leur
avoient dit que l'Armée de
France eſtoit bien retranchée
dans ſon Pays , & que Dinan
& Philipeville eſtoient affiegez.
Le 26. on fouragea jufqu'aux
portes deGand, &jufque
fur le bord du Canal de
Bruges , fans rencontrer au
cun Party des Ennemis , qui
- bien loin de paroiſtre , firent
retirer les Troupes qu'ils avoient
à Leſſines , & en divers
autres endroits , de maniere
que le pays ſe voyant ſans fecours,&
fans eſperance d'en
avoir , ſe refolut à convenir
des contributions , fans qu'il
fuſtneceſſaire de paſſer le nouveau
Canal qui va de Gand à
Bruges , pour les regler. Comme
ce pays eſt tres -bon , &
208 MERCURE
que tous les Habitans font riches
, les contributions ont
eſté fort groſſes . Le 2. de ce
mois , on fit encore un fourage
juſques aux portes de Gand ,
fans que les Ennemis oſaffent
paroiſtre . Le 7. Mr de Luxem
bourg fit un détachement de
quatorze Bataillons , ſçavoir
quatre des Gardes Françoiſes ,
deux des Gardes Suiſſes , deux
de Greder Allemand , trois de
Stoup le jeune ,deux des Fufiliers
, & un d'Aouſte. On leur
ordonna le ſoir de partir , mais
ils receurent un contre ordre
le lendemain matin. Le9. l'ordre
ayant eſté donné pour partir
le 10. on décampa ce jourlà
de Deinſe , & l'on ſe rendit
à Harlebee , ſans Cavalerie ny
Canon. Cedétachement eſtoit
commandé par. Mr Ximenes ,
GALANT.
209

Maréchal de Camp. Le 12. on
alla pour la troifiéme fois fourager
juſques aux portes de
Gand. Les Ennemis s'eſtoient
vantez que fi on y retournoir,
ils nous recevroient d'une maniere
qui nous empêcheroit
d'y revenir ; cependant ils ſe
contenterent de paroiſtre en
affez grand nombre au delà
لا du Canal , mais ils n'oferent
s'avancer , & nous laifferent
tranquillement faire noſtre
fourage . Mrle Duc du Maine
qui estoit Maréchal de Camp
de jour,les étonna par fa bonne
contenance , & marque tant
d'intrepidité , qu'il ne voulut
revenir qu'avec l'arriere garde.
Le is . quatre Bataillons ,
deux cens Fofiliers , l'Artillerie
avec M. du Maty qui en
eſt Lieutenant General , & les
ال
210 MER CURE
Dragons d'Asfeld Etranger ,
prirent la route d'Harlebec.
Ces quatre Bataillons ,& l'in
fanterie qui partit la lende-M
main , formeront un Corps
d'Armée qui ſera commandé
par M. le Maréchal de Humieres
qui joignit ces Trou -
pesle 16. LaCavalerie de cette
Armée fera compoſée des Re
gimens de Bouflers , Mestre
de Camp general , Rotembourg
, Furſtemberg , Praflin,
Chalons , Aubuflon , & des
Dragons de Murce & d'Af.
feld , fans celle qui fera tirée
des Places . M. de Humieres
aura pour Lieutenans Generaux
. Mr le Comte de Maulevrier
Colbert , M. le Marquis
de Genlis , & M. d'Auger.
Les Maréchaux de Campa
feront ,Mr le Marquis de Ri-
1
GALANT. 211
םי
varol , & Mr le Comte de
Montchevreüil , & les Briga
diers, M. de Maffor , & Mrsles
e. Marquis de Vandeuvre & de
DS. Simon. L'armée de Mr de
Luxembourg ſera compofée de
ce qui luy reſte de Cavalerie,&
at du détachement des quatorze
tt Bataillons queje viens de vous
nommer , qui ſont commandez
att par Mrde Ximenes , & de cel-
1. les qui ſont ſous le commande
10 ment de Mrle Comte de Gourdo
nay. Toutes ces Troupes qui
A viennent pour s'opoſer à la
te grandeArmée des ennemis, cõ
Tes mandée par le Prince de Vale.
dec, doivent encore eſtre join.
tes par le Corps que commande
Mr Bouflers , qui s'eſt avancé
de fon coſté . Tous ces mou -
U
ar
コー
mp Vemens , & toutcequi s'eſt fait
P
en Flandre depuis l'ouverture
212
MERCVRE
de la Campagne , demandenz
un peu de reflexion. Comme
toutle fait en France avec une
diligence à laquelle les Ennemis
ne sçauroient parvenir ,
on peut dire que nous avons
fait une Campagne avant que
la leur ait commencé. Ils nous
ont vûs aſſembler ſans crainte,
croyantque nous n'avions defſein
que de couvrir Dinan
qu'ils menacent depuis longtemps
; mais comme nous n'apprehendions
rien de ce coſté là,
tant parce qu'ils n'eſtoient pas
en estat d'agir , que parce que
des Corps qui ont tout d'un
coup paru , avoient ordre d'y
veiller , noſtre grande Armée ,
commandée par Mr de Luxembourg
, a eſté du coſté de
Gand où elle n'eſtoit pas attenduë
, & d'où elle a tiré prés
GALANT. 213

لا
t
}
de trois millions de contributions
, ſans qu'il ait eſté beſoin
de faire aucune violence , ny
que les Ennemis ayent tiré un
ſeul coup fur nosTroupes .Cela
produit pluſieurs effets tresavantageux
. Non ſeulement la
France fait voir qu'elle eſt toujours
redoutable malgré le
grand nombre d'Ennemis qui
Tattaquent , mais elle empêche
que pendant cette Campagne
les Eſpagnols puiſſent
rien tirer du pays qui nous a
payé de groffes contributions
, & meſme d'en avoir
des fourages & du beſtail , puis
que nous y avonstout confumé.
Cette eſpece de premiere
Campagne finie , & les Ennemis
commençant à s'affembler,
il ſe trouve une Armée
preſte, commandée par Mrbe
214
MERCVRE
pour
Maréchal de Humieres , pout
s'oppoſer à celle des Eſpagnols.
fortificé des Troupes du Duc
de Hanover , & une autre plus
confiderable , commandée par
M. de Luxembourg ,
tenir teſte à M. de Valdec ,
dont l'Armée est compoſée des
Troupes de Hollande , & de
cellesde pluſieurs Alliez Cette
grande conduite fait voir que
leRoy agit dans ſon Cabinet,
&que tant que ſes ordres ſeront
ponctuellement ſuivis ,
ſes Ennemis voudront inutilement
entamer la France.
Soixante Vaiſſeaux duRoy
eſtant en estat de ſe mettre en
Mer , commencerent à fortir
le 9 de ce mois du Port de
Breſt pour ſe rendre à laRade.
Cette Flote devoit eſtre ſuivie
d'une autre composée de
GALANT. 215
fi
quelques Vaiſſeaux dont on
attendoit que les Equipages
fuffent remis de la fatigue
qu'ils avoient eſſuyée dans le
voyage d'Irlande , de quelques
autres que l'on attendoit
de Rochefort , & de Dunker.
que , & de ceux que M. de
- Chaſteaurenaud devoit amener
de la Mediterranée , mais
comme les vents s'oppoſent
et ſouvent aux projets qu'on fait
pour les affaires de Mer, cette
premiere Flote qui avoit commencé
à ſortir le9. du Port, fat
obligée d'y rentrer le 12. Elle
eſtoit partagée en trois Eſcaen
dres , la Blanche , la Blanche
& bleuë, & la Bleuë ; & chaque
Eſcadre eſtoit encore partagée
en trois Diviſions , ſçavoir,
celle du Vice Amiral , celle du
Chefd Efcadre. Les Vaiſſeaux
er
1
216 MERCVRE
particuliers avoient les Flames
de la couleur de leurs Eſcadres;
ceux de la premiere Divifion
au grand Mast ; ceux de la ſeconde
au Maſt de Miſene , &
ceux de la troiſième au Maſt
d'Artimon Voicy quel eſtoit
l'ordre de Battaille .
Ordre de Bataille de l'Armée NavaleduRoy,
composée defoixanteVaisseaux
de guerre.
Vaiffeaux, Generaux , ou Capi- Equip. Can.
taines commandans en chef.
Escadre Blanche& Bleuë ,faisant
l'Avant-garde, commandéepar
M. le Comte d'Estrées,qui portoit
Pavillon blanc & bleu au
Mast d' Avant.
SECONDE DIVISION.
Le Terrible , Mrs Panetier ,
3.Ponts .
$ 500 . 80
L'Illuſtre, 3. p . de Rozemadec. 450. 70
Le Courtiſan , de Pointy ,
Le Conquerant, de Villette,Con-
3.ponts , tre-Amiral .
LeGloricux , de Belle-Ille E.
400. 64
600. 82
GALANT. 217
Excellent ,
s L'Alcion ,
00
Le Fendant ,
e Le Moderé ,
LeBourbon ,
LeGrand ,
370. 62
de Monbron. 350. 60
rard ,
Barre,
PREMIERE DIVISION.
22.0.40
300. 54
400.64
Mrs de la Vigerie.340 . 54
desAugers ,
d'Hervan,
leComted'Ef. 500. 76
3. ponts trées,Vice-Am.
L
blanc&bleu.
το
LeBelliqueux , d'Esfrand ,...
Le Bon , du Palais.
300. 54
N
LeVigilant , de Chaluis, 300. 54
A LeNeptune ,
Le Fleuron , Chabert ,
Le Fougueux ,
Cat
TROISIEME DIVISION.
Mrs de Forbin. 230. 48
C
de S. Mars, 370. 62
330 56
La Couronne , de Langeron , s00. 76
3. ponts. Cornetteblache
:
&bleuë.
350. 60
Le François , d'Ailly . 250. 48
Le Courageux , deReals.
Escadre Blanche au Corps de Bataille
, commandé par M. de
Tourville, qui portoit Pavillon
blanc au Maft d' Avent.
SECONDE DIVISION.
↑ ze Fortune, Mrs Pafle ,
6
330. 56
60 Le Sans pareil, de la Rongere , 350.
Le Ferme, de Vandricourt, 350. 60
L'Intrepide, de Gabaret , Con- 550.60
3:ponts, tre-Amiral.
Juin 1690. K
218
MERCURE
LeHenry,
d'Amblimont. 400. 66
60 L'Arrogant , leCh . Defadrais. 350.
L'Arc-en -Ciel, de Ste Maure. 250. 44
PREMIERE DIVISION
Le Marquis , Mrsde Chaſteau- 350. 60
Le Furieux,
Morant,
d'Aiſnaud.
Le S. Philippe , de Coëtlogon ,
Le Soleil-Royal, le Comte de
Tourville.
LeTonnant 3. p . de la Porte.
LeSerieux ,
LeDiamant,
360. 62
500. 80
900. 100
500. 80
deBellefontaine. 400. 66
de Serquigny , 350 60
TROISIEME DIVISION.
LeMaure , Mrs de laGalif- 300. 54
fonniere.
Le Vermandois, du Chalart, 350. 60
Le Triomphant, de Flacour, Cor- 500.78
LeParfait.
Le Bruſque ,
netteblanche.
de Machaud.
de Ricout.
350.60
300. 50
Le Teméraire. du Rivau Huer. 330. 56
Escadre Bleue faisant l'arrieregarde
commandéepar M.d'Am.
freville , en l'absence de M. de
Chasteau - Renaud. Il portoit
Pavillon bleu au Maſi d'avant.
TROISIE'ME DIVISION.
ze Cheval Marin,Mrs le Ch.d'Am-200.40
freville,
१ ९८
1
GALANT. 219
'Apollon ,
Bidault.
3.50.60
Le Fier , 3. p. de Relingue , 500. 78
4
Corn. bleuë .
Le Fort , de l'Arteloire. 350. 60
Le Vaillant , de Feuquiere , 300.54
Le Pretieux , Mrs de Perinet .
LeBrave,
Le Content
LeTrident, de Ribereta 2300
PREMIERE DIVISION.
350. 60
350.60
de S. Pierre, 11 40065
Le Magnifique, le Marquis d'Am- 570. 80
deChampigny.
3. pons. freville, Vice
Amiral bleu, ופעל
N
L'Entreprenant, de Sepville, 350. 60
ze S.Louis,
Le S. Michel , de Villars .
SECONDE DIVISION.
350. 60
la Rocque Perfin. 330. 56
re Solide,
LeDuc
Mrs de Ferville. 200. 40
de Pailliere.
, 300. 56
L'Agreable, de la Motthe. 3.६०.60
0,
Le Souverain, de Neſmond,
3. ponts.
Contre-Amiral.
bleu, 4 560, 80
Am
Le Brillant ,
Le Prince ,
de Bausjeu , 400. 66
de Barondes A- 350. 60
1
L'Eclatant..
drets. 4
420. 61
VAN
V.
0.
de Septeme,
Outre ces ſoixante Vaifſeaux
de Guerre, il y avoit encore
dix- huit Brulots.Les vents
K
220 MERCVRE
contraires les ayat fait rentrer
dans le Port de Brest , comme
je vous l'ay déja dit , ils y ont
eſté joints par Mr de Chateau-
Renaud , qui eſt enfin arrivé
avec les fix gros Vaiſſeaux
qu'on attendoit de Toulon.Pa.
pachin s'eſtoit vanté qu'il l'attaqueroit
au Détroit avec plus
de vingt Vaiſſeaux des Alliez ,
mais il ſemble qu'il n'y ait paru
que pour faire honneur à fon
paſſage. Mr de Chaſteau -Renaud
s'arreſta , & fit paffer devant
luy les Vaiſſeaux Mar
chands qui l'accompagnoient .
Papachin les vit & n'oſa les at .
taquer. Mr de Chaſteau-Renaud
poursuivit fa route pen.
dant plus d'une grande lieuë ,
& s'eſtant aperçeu qu'ily avoit
un Vaiſſeau Marchand der
riere luy qui n'eſtoit pas ſi bon
GALANT. 2218
2.
لا
Z
n
Voilier que les autres , il s'ar.
reſta de nouveau pour lelaiſſer
paffer , & miten pane afin de
combatre les Ennemis s'ilseufſent
eſté d'humeur à vouloir
accepter le défy , mais ayant
connu que malgré l'avantage
qu'ils avoient par le nombre
leur deſſein n'eſtoit pas de
combatre , il ſuivit les Vaifſeaux
Marchands qu'il avoit
mis en ſeureté , & ſe rendit à
Breſt, ou lesGaleres nouvelledment
fabriquées ſe font auſſi
rendues. Elles partirent de
Rochefort le 15 de ce mois.
Toute la Ville ſortit dans des
Chaloupes pour voir leur dé
part,Ce fut uneeſpecede Feſte
publique , & ces nouveaux
Bâtimens furent admirez ; il
n'y a point de Fregates qui
daillent plus viſte, ce qui a cau- 1
९.
K 3
222 MERCVRE
fé beaucouq d'étonnement. le
vous en entretiendray plus au
long le mois prochain .
Le vray motde l'Enigme du
dernier mois estoit la Toife, se
il a eſté trouvé par Mrs l'Abbé
de Saint Cir : de Bourdaille
Curéde Senteny : Digeon voifin
de la Fontaine des Blanes-
Manteaux : Savart de la ruë
Saint Honoré : Melchior de
Strasbourg : Serin Sieur de
Vauchenet de Fontevraut . C.
Hutuge d'Orleans : Linot de
Nogent le Roy : Le Chevalier
Deviſant : Bourſault Lieutenant
d'ue Patache : Duval de
Saint Germain en Laye : Le
Chevalier Donadieu : Bellet
de Sainte - Foy : Cipiere de
Bordeaux : LaBonne deBrive:
L'Abbé Brouillard de Salinsen:
Franche-Comté : De Bagnol
GALANT.
223
les Garde-Marteau des Eaües
&Foreſts de Dreux : Querray
de Saint Brieux Avocat du
Terran : L'Abbé Panfil : С.В.)
D. P. D.de Poitiers : Colterer
Seigneur de Viliers : Vieillard
Sieur de Saint Mathieu : Bor- 1
deau Chirurgien de la ruë S
Honoré: Simon , Tamiriſtede
la ruë de la Cerifaye : De la .
Clemencerie Iuge de Nortines
Ridras du Quay des Morfondus
: l'Amant du petit Serin :
Le Captifdelivré de la Barbarie
de la ruë Saint André : Le
plus heurux des Amans de la
ruë des Prouvaires : L'Amant
de la belleGabrielle de Champagnedu
quartier de Saint Euſtache
: Le Grand Scamandius
Chanoine de Deinſe : L'illuſtre
Berger コ Pipi l'HollaNnidciauisſe: :l'Lheeupreetuixt
e

e
K 4
244 MERCVRE
Arpenteurà laToiſe d'argent
du Fort Loüis du Rhin : L'amy
malheureux de Gomar Guerlo
duquartierde la Poſte: LeMan.
darin de la rue du Plaſtre :le
moins chery dela fortune de la
rue Bertin poirée, leBerger fi
delledela rueDauphine : Egan
Gouverneur du Chevalier Iuſtin
:Ailmerprés du Toûne :Bazin
de Crolles Prevoſt de Mortain:
Meſdame & Demoiselles
derto Concelle de Bailly :Le
BacledeRochecot. Véné de la
ruë de l'homme- Arme : L'almable
enjouée de la rüe de la
Monnoye : Demoiselle R.: La
Fiere Epouſe dela meſme rüe :
La belle , mais inſenſible Manon
de la rue Sainte Avoye ;
La cruelle tropaimée deCaen:
L'aimable lanneton B. du quay
deGefvre : La belle le Faul
14.
GALANT.
225
a
S
chaut La charmante Manon
C. de la porte Saint Jacques :
Les deux aimables Cadettes de
l'aiſnée de la rüe du Croiſſant.
La Belle Gabrielle de Mr de
Toulouſe : L'aimable union
des deux Soeurs voifines du
petit Saint,rue Saint Antoine :
La charmante Theano : La
grande Anachorette: La Socie
tétenebreuſe A. B. &C. L'ai
mable indifferentede la ruede
Ven ..... L'aimable Angelique
de la ruë dela Harpe : La charmanteCatin
de la rue Chapon:
Les deux Soeurs inſeparables
de la ruëdu Muter à Chartres
La belle Conſtante dans le
Celibat de la rüe neuve Saint
Mederic , & fon PereConſeild
ler Notaire: La veuvea llanagramme
ton partage me guerit,
&le petit Brunet fon Amant.
226 MERCVRE
L'illuſtre Veuve de la riieCalande:
La jolic Veuvede la ruë
Tictonne : L'aimable petite
Tante de la rüe de l'homme-
Armé ,& la belle de la Porte
SaintAntoine : 0
levous envoye une Enigme
nouvelle dont l'Auteur cache
fon nom. Elle eſt aſſez étenduë
pour faciliter à vos Amies la
connoiffance du mot qu'elle
cache.

ENIGME
Lnneenm'estpointhonteux d'eftre
petite
F'enfuis plus innocente , & moins
30 Suspecte aufhalot sadiso
Demejustifier onprendpeudefoucy.
Quoy qu'ordinairement on craignemaviſite,
Ienefais jamais rien qui bleffe la
pudeur
GALANT .
247
Pourtantmacompagnieeſi demau.
vaise odeur ,
Puis qu'elle fait rougir laplus honneste
Fille
I'aySoulagé bien plus d'une Famille;
Et l'on ne dira pas que je neſers de
rien ,
Car,ſi les uns cedent à ma puif.
Sance
Par leur tropfoible resistance ,
Ad'autres bien souvent je procure
dubien.
Mapuissance en effet est bien grande&
bienforte.
Lefeme en bien des lieux,&cen'est
point envain;
Mais l'abondance de mon grain
Defole lechamp qui leporte.
Dés la premiere impreffion
Que jefaisſur un caur , on voit e
que laplusBelle
Serend à ma discretion ,
K6
228 MERCVRE
Etme met au lit avec elle,
Toujours avec émotion.
AS
Elle me dorlote& mitonne ,
Pour mefaire au plutoſtfortir,
Parceque ielafaits pâtur
Parlapeinequeie luy donne.
L'airme porte , & partantfi iefuis
unfardean,
Ileſt leger,puis que l'air levoiture
Ien'ayiamais appris ny Deffein, ny
Peinture ,
Et nefaisvanité de crayon ny pinceau
lemediftingue aßezpar la Graveure..
Il eſt temps que je vous
parle de l'affaire de Savoye. Ic
vais fatisfaire une partie de
voſtre curiofité là-deſſus , je
dis une partie , parce que je
n'entreray pas dans tout le
détail de ce qui s'eſt paſſe ,
GALANT 22.9
S
avant que les Actes d'hoſtilité
ayent commencé de part &
d'autre. Il n'eſt pas meſme befoin
que je vous en entretienne
, puis qu'ily a des faits publics
qui en parlent amplement
,& que perſonne ne les
ignore. Toute l'Europea vû la
Lettre écrite au Roy par Mon
fieur leDuc de Savoye , & le
Diſcours de Mr le Comte de
Govon , Ambaſfadeur de ec
Duc , fait à la Diete deBade ,,
n'a pas eſté moins public.Get
te Lettre ,& ce Difcours font
fi oppoſez , qu'il eſt facile de
voir ce qu'on en peut inferer.
Comme je reſpecte tous les
Souverains,je n'entreray point
là deſſus en raisonnement,180
jemecontenteray de vous dire
que dans la fituation où fe
trouvent aujourd'huy les af230
MERCVRE
faires de l'Europe, il ne manquoit
plus à la gloire du Roy
que de voir leDue de Savoye
ſe declarer contre luy, afin que
fon triomphe fuſt rendu complet.
Nous ne voyons plus dans
Europeancune Puiſſance voifine
des Estats de ce Monarque,
qui ait pû fuporterl'éclat
de fa gloire , & la conjuration
qu'ils ont faite pour l'obſcurcir,
luy donne encoreunnouveau
brillant. En effet , rien
n'eſt plus glorieux pour leRoy
que d'avoir empeſché depuis
deux ans que ſa puiſſancen'ait
eſté entamée par un ſi grand
nombre d'Ennemis , & de ſe
voir le ſeul appuy de la veritable
Religion , lors que le
Prince d'Orange , qui felon ſes
Manifeſtes n'eſt paffé en An
gleterre que pour empeſcher
GALANT. 231
=
qu'elle ne s'y affermiſt, ſe voit
encenfé par tous les Princes
Catholiques qui font la guerre
à Sa Majesté , & qui reglent
leurs démarches ſur les con+
feils de eet Ufurpateur , que
l'on pourroit faire paffer pour
des ordres , tant ils ſont ſuivis
exactement. Pendant que le
■ Roy foutient ſeul une guerre
- qui accableroit la veritable
Religion fice Monarque avoie
du deſavantage, Mr de Savoye
= trompé par fon Confeil,& animé
par de jeunes Princes fachez
de voir fleurir ſes Estats
pendant qu'ils épuiſent les
leurs d'hommes &d'argenr, ſe
joint aux Ennemis de Sa Ma
jeſté, de forte que le Roy ſçachant
que les Eſpagnols devoient
entrer en Piedmont, a
fait avancer ſesTroupes dans
232 MERCURE
Le Pays. Les Actes d'hoſtilité
ent commencé de part & d'autre
, & les Troupes du Milanez
ſont arrivées auſſi coſt
pourjustifier la conduite de Sa.
Majesté en faiſant voir qu'elle
eſtoitbien informée ? Ainſi le
Roy trouvant dans les Estats
du Duc de Savoye fes Ennemis
avec qui il eſt en guerre ,
se Monarque les poffedera à
droit de Conqueſte s'il arrive
qu'il s'en empare , ce qui eft
pris de la forte ſurdes Ennemis
aveclesquels on effoit déja en
guerre , appartenant legitimement
au Vainqueur qui s'en
rend maiſtre . Cependant il eſt
indubitable que la Savoye &
lePiedmont vont eſtre ruinez
pour beaucoup d'années , puis
que les Armées de France,d'Efpagne
, & de Savoye vivrone
GALANT. 233 Y
2
t
1
aux dépens des Estats de ce
Duc, ſans qu'il ſoit poſſible que
cela n'arrive pas , de quel.
que maniere que les choſes
tournent. On peut juger par
là ſi le Duc de Savoye a pris
un party avantageux à ſes
Sujets , car il eſt à croire
qu'à fon égard , il eſt bien
perfuadé du tort qu'il ſe fait.
Il ne feroit pas le premier qui
auroit tout facrifié à ſa paſſion,
& qui auroit confenty àfa ruine
entiere ſeulement pour embarraſſer
ſon Ennemy. Il ne
fait rien pour luy en cette occafion
; il ſauve peut eſtre le
Milanez qui s'eſtoit imprudemment
armé l'année derniere
contre le Roy , & ſemble
vouloir que ce Monarque
s'empare de ſes Eftats , puis
qu'il y trouve ſes Ennemis.
234
MERCV RE
Ainſi le Roy en les attaquant
oùil les trouuvvee , pourra faire
uneConqueſte au lieudel'autre
, & les repouffant enſuite
juſque chez eux , leur faire
craindre qu'il ne les ſoûmette
de la mesme forte.
Vous avez vû dans un autre
Article de cette Lettre , que
M. de Feuquieres estoit à la
poursuite des Barbets qui font
dans les Montagnes. M. de
Savoye avoit deſſein de l'y faire
enfermer , en le faiſant enveloperd'un
coſtépar ces meſ
mes Barbets , & de l'autre par
les Habitans de Mondevi , &
par les Milices Piemontoiſes,
auſquelles ſe devoient joindre
les Barbets rentrez en grace..
Ce deſſein ayant eſté découvert
affez à temps , on envoya
durenfort àM. de Feuquieres.
GALANT. 235
S
S
Le 3. de ce mois on apprit que
M. de Savoye avoit dit publiquement
qu'il attendoit des
Troupes Eſpagnoles. Le 4. on
commença à establir des Contributions
, & à faire des Détachemens
pour aller au fourage,
& pour enlever du Bétail. Il y
en alla un de dix- huitDragons
du Regiment de Catinat qui
enleva un aſſez bon nombre de
Vaches un peu audelà du Buriaſque.
un autre Party emmena
ſept Payfans qui furent
trouvez les armes à la main
Enſuite de ces petits detachemens
on en fit partir un plus
gros , pour aller faire contribuer
du coſté de Carmagnoles
il eſtoit ſuivi de ſoixante cha
• riots vuides , pour mettre
1 quinze cens Sacs de bled qu'
on alla querir dans un Cha
236 MERCURE
ſteau , où l'on ſçavoit qu'ils
eſtoient. La deſolation commença
dans la Province de
Carmagnole quand on y apprit
, qu'il falloit commencer
à contribuer. On s'accommoda
avec pluſieurs , & l'on prit
du bled au lieu d'argent , de
forte qu'on en conduifit environ
trois mille ſacs à Pignerol.
Le 7.nôtre Armée avança dans
le Pays , & M. de Catinat y
eſtant arrivé , y fit le 8. deux
detachemens, fous Mr le Marquis
du Pleſſis Belliere,& fous
Mr le Comte de Medavy,pour
continuer à faire payer les
contributions auſquelles les
peuples avoient de la peine à
ſe reſoudre , quoy qu'elles euffent
eſté reglées . Ceux des environs
de Cachours furent de
ce nombre, & tirerent fur le
{
GALANT.
237
detachement de M. le Marquis
du Pleſſis Belliere , les Dragons
tuerent trente cinq Pay
fans, & firent un grand butin.
On s'eſt emparé de la Vallée
de Lucerne , &de la Place de
ce nom ,ainſi quede ſonChateau.
Le Gouverneur avoit
ordre de ſe jetterdans ſes Montagnes
avec ſa garniſon & fon
Canon , dés qu'il aprendroit
l'aproche des Troupes du Roy
Ainſi il joignitles Barbets & le
Duc de Savoye aima mieux
que ſes Troupes cherchaſſent
un azile chez les Proteftans
que de tenir ſa parole. On ne
peut rien ajoûter à ce que les
Nouvelles imprimées ont dit
contre luy , en croyant le ju-
Aifier. Elles ont publié qu'il
falloit que la Lettre qu'on affaroit
que ce Duc avoit écrite
238 MERCURE
àSa Majesté fuft fauſſe , puiſque
fi elle euſt eſte veritable ,
on l'auroit pris au mot. On l'a
fait, ſa Lettren'eſtantque trop
vraye pour ſa gloire , il a demandé
du temps ; on luy ena
donné ,& la ſuite a découvert
ſes deſſeins. Mais pour revenir
au Gouverneur de Lucerne ,
il avoit voulu faire fauter fes
Fortifications , mais ſes Mines
ayant manqué par le peu
d'habileté de ceux qui s'en
eſtoient meſlez, on en retira les
poudres. Le 10. on s'empara de
Rivalte où il y a un vieux
Cheſteau. Pluſieurs Payſans
qui s'y eſtoient retirez avec
leurs Femmes , & leur Bétail ,
curent la temerité de tirer ſur
les Troupes du Roy;& laPlace
fut emportée ,& pillée .
Ic ne puis finir l'Article de
GALANT.
239
(
S
0
1
cetteGuerre ,ſans vous aprendre
juſqu'où va le zele ardent
des Dauphinois , pour le fervice
du Roy , Vous ſçavez que
ces Peuples ſe ſont autrefois
ſignalez ſous les noms d'Allobroges
& de , Voconces en faveur
des Romains en qualité
de leurs Alliez , qu'ils ont fouvent
fait trembler les Peuples
qui les confinent , & que par
eux les Princes Dauphins ont
triomphe des Comtes de Savoye
, & des Princes d'Orange.
Ils ont contribué à l'éloignement
des Anglois , & aux
Victoires de la France contre
l'Eſpagne , & autres Ennemis
de l'Eſtat ; mais il ſemble que
cette nouvelle Guerre les engage
à rencherit fur ce que
leurs Anceſtres ont fait. Ils
n'ont pas plutoſt appris que le
240 MERCURE
Duc de Savoye avoit abandonné
l'alliance de France ,
qu'on a veu ſur pied des Compagnies
avec des Officiers à
leurteſte ,preſtes àcourir où le
Service du Roy les appelleroit.
LeGreſivaudan a fait des choſes
ſurprenantes en cette occafion.
C'eſt une Vallée , quia
eudes Comtes qu'on a enfuite
appellez Dauphins. Elle s'é.
tend depuis Grenoble juſque
enSavoye,& fournit elle ſeule
plusdedix mille hommes dans
la conjoncture où ſont preſentement
les Affaires . Tous les
Villages qui la compoſent ,
pris les armes ſi diligemment
pour occuper la Frontiere ,
qu'ils n'ont laiſſé dans leurs
Maiſons que leurs Femmes&
leursEnfans. Mrde Larray qui
ont
commande les Troupes en ce
Pays - là ,
GALANT. 243
0
1
11
A
e
le
C
1
!
Pays là , leur a donné des
Chefs , & a ordonnéqu'ils ſeroient
poſtez depuis l'Iſere
juſqu'au Guier. C'est une rivierequi
ſepare le Dauphiné
d'Avec la Savoye. La Milice du
Pays Viennois qui n'a pas fait
paroiſtre moins de zele , & qui
eſt auſſi fort nombreuſe , a eſté
poſtée le longdela rivieredu
Guier , & bien avant contre
le Rône . Les Savoyards ſe ſont
retirez des Frontieres , à l'approche
de tant de Troupes ,
& ont payé les Contributions
qu'on leur a demandées.
Cependant depuis un an on
monte tous les jours de Garde
dans toutes les Villes du Dauphiné
, & il y a trois mille
hommes à Grenoble diviſez
en ſeize Compagnies , qui
depuis cetemps - là fontla gar
Juin 1690. L
244
MERCVRE
dede huit jours en huit jour,&
qui ont témoigne en cette occaſion
tant d'ardeut pour aller
combatre contre la Savoye,
qu'on ade lapeine à les retenir.
Il y a peu de Troupes mieux
difciplinées , & quand elles
ſeroient de celles que l'on appelle
reglées , elles ne feroient
pas mieux leur devoir. L'Arriereban
du Dauphiné partit
dés le 15. de ce mois , pour ſe
rendre à Chatillon ſur Indre.
Tout leLionnois fait voirle
méme empreſſement que le
Dauphiné , pour le ſervice du
Roy, & il y a lieu de croire que
le zele de ces deux Provinces
fera fournir un grand nombre
deTroupes à Sa Majeſté.
Les Sujets du Duc de Savoye
font extrémement chagrins de
la guerre qu'il entreprend , &
GALANT.
245
D
murmurent hautement contre
ce Prince , diſant qu'elle ne
peut aboutir qu'à les jetter
dans la derniere miſere ,&à redonner
de la vigueur au Party
Proteftant contre luy-meſme,
&dans fon propre pays ; puysque
tout ce qu'il peut efperer,
&quieſt neanmoins fortdouteux,
c'eſt de ſe voir poſſeſſeur
de ſes Etats à la fin de cette
guerre , comme il l'eſt aujourd'huy
, ce qui ne peut arriver
- fans qu'ils foient entierement
ruinez , puis qu'il faudra que
les Armées de France&d'Eſpagne
y vivent auſſi-bien que la
efienne , & quec'en eſt dix fois
plus qu'il ne faut pour mettre
un ſi petit pays hors d'etat de ſe
rétablir de plus de vingt ans
Heureux s'il en eſt quitte à &
bon marché. LeDucde Savoye
e
L 2
246 MERCVRE
voyant que ſes Sujets s'expliquent
ſi hautement,&craignant
que la pluſpart ne l'abandonnent,
ou ne le ſervent mal dans
une guerte qu'il eſtoit en ſon
pouvoir d'éviter , les a fait afſembler
dans la grand Egliſe de
Turin, où aprés leur avoir fait
un diſcours contre la France, il
les a engagez à luy preſter un
nouveau ferment de fidelité.
Il faut qu'un Prince qui eſt obligé
d'en uſer ainſi avec ſes
propres Sujets, trouve luy mêmeſa
conduite bien irreguliere
, & s'en faſſe des reproches
en ſecret, pendant qu'il s'engage
mal à propos dans une entrepriſe
dont le ſuccés ne luy
ſçauroit eſtre que funeſte , de
quelque maniere qu'elle tourne.
Le Roy qu'on a crû embaraffer
en augmentant le nomA
VILLE
*260
*
1730
LYON
Cr
X
Dauphin chery du ciel
X
X
DiC
D auphin chery du ciel
G
seaux fri-son ne
bb
peauwefrisonb b
$2999
X
telles pourlejseunes
X
9:29
Y
tet les pourlesjeunes
dontlesfleurssonttoujours,no
X
donlesfleurs sont tourend
all
GALANT.
247
- bre de ceux qui ſe liguent contre
luy , fait voir qu'il ne peut
jamas eſtre ſurpris , puis que
- felon les ordres donnez , ildoit
avoir à preſent plus de trente
mille hommes dans les Etats du
Ducde Savoye . Cela neſe peut
concevoir fans peine , quand
on confidere à combien d'antres
Ennemis ce Prince tient
teſte ſur terre & fur mer.
Je viens àla ſuite du Voyage
de Monſeigneur le Dauphin,
mais avant que d'y entrer , vous
ne ſerez pas fachée queje vous
envoye quelques Vers qui ont
eſté faits fur fon départ : Ceux
qui ſuivent fontde M. Marcel .
& ont eſté mis en Air par M.
d'Ambruis , dont la réputation
vous eft connë .
AIR NOUVEAV.
Dauphin , chery du ciel , partez
avec Bellonne.
L3
248
MERCVRE
Déja dans ses roſeaux le Dieu dis
Rhin friffonne ,
Au bruit de vosfiers Combattans.
Allez,allez cueillir des Palmes immortelles
;
Pour les jeunesHeros la gloire est un
Printemps
Dont lesfleurs font toujours nouvelles
.
Ces autres Vers ſontde Ma
demoifelle de Serigny.
Tu retournes donc , grand Dauphin
,
Avec la foudre de ton Pere
Surle Danube &fur le Rhin .
Abice n'estpas pour n'yrienfaire
L'autre fois , enpeu de Sejour ,
Tu t'emparas de Philisbourg
Pour fimple effayde toncourage.
Brillant Heros,tu n'y retourne pas
Pour n'y pas faire davantage.
La Victoire par tout volera fur tes
as.
GALANT. 249
Je vous ay marqué la dernie
re foisque le 22. du mois, paffé,
Monſeigneur eſtoit arrivé à
Nancy , où les Feux de joye &
les Illuminations avoient faic
connoiſtre la joye que cauſoit
fon arrivée . l'ajoûteray à cela
qu'il y ſejourna juſqu'au 24.&
qu'il fit l'honneur à pluſieurs
Seigneurs Lorrains de l'an-.
cienne Chevalerie , de les faire
manger à ſatable. En voicy
les noms.
M. le Prince de Lixin , allié des
Ducs de Lorraine...
M. le Marquis d'Haraucour.
M. leMarquis de Gerbeville.
M. le Comte de Lenoncour.
M. le Marquis de Bauvau.
M. le Comte de Couvonge.
M. leMarquis de Baſſompierre..
M.leComte de Tornicle.
Ces Seigneurs n'ont pas
L4
250
MERCURE
mangé tousen meſme temps
avec Monseigneur ; mais ils
ont eut cet honneur trois ou
quatre à la fois . Le 24.ce Prin
ce arriva à Suneville ; le 25. à
Blamont ;le 26. à Sarbourg ,&
le 27. à Savernel , aprés avoir
dîné cejour- là à Phaltzbourg ,
dont il viſita les fortifications ,
ayant eſté receu par leGouverneur
au bruit du Canon. Le 28.
il arriva à Strasbourg , & en
viſita les dehors , accompagné
deM. leMarquis de Chamilly,
Gouverneur. Les Officiers de
Ville vinrent enCorps lecomplimenter
, & il alla enfuite entendre
la Meſſe dans l'Eglife
Cathedrale , où le Chapitre ſe
trouva à la porte pour le recevoir.
L'apréſdinée il monta à
cheval& viſitala Place & la
Citadelle, Il partit de la le 30.
GALAN T.
251
&vint coucher à Haguenau.
Le 31. il alla difner au Fort
Loüis , qu'il viſita avec la mefme
application qu'il a fait toutes
les Places fortes par où il a
paffé. Ce Prince alla coucher à
Veiſſembourg , où il arriva
accompagné de Monfieur le
Duc , de Monfieur le Prince
de Conty , & de Monfieurde
Vendoſme . Il ſe rendit le 1. de
ce mois à Landau , & avant
quede ſe repoſer il fit le tour de
la Place , Le 2. au lieu de ſe remettre
de ſes fatigues , il alla
viſiter les fortifications & les
- nouveaux travaux de Philifbourg.
Ce Prince revint coucher
à Landau d'où il devoit
partir le 9. pour aller coucher à
Neuſtat , mais ſon impatience
dejoindre l'Armée l'obligea de
L
252 MERCVRE
changer de deſſin , & il envoya
ordre aux Maréchaux des Logis
qui eſtoient partis , d'aller à
un Village au delà de Neuſtat
nommé Vintelnicg. Ilapprit par
un Courier de M. de Lorge qui
eſtoit campé à Oderheim à
quatre lieuës de Mayence, que
ceMaréchal avoit fait emporter
par les Dragons de Barbefieres
le Rourg & le Chafteau
de Becktisheim,malgré lagrande
reſiſtance quetirent les Ennemis.
Le 4 il arriva au Camp
accompagné de Mr le Comte
deChoiseuil , qui eſtoit allé au
devant de luy avec Jouze cens
Chevaux , & ne voulut point
diſner qu'il n'euſt veu toute
l'Infanterie ſur une ligne. Il la
revit l'apreſdinée en Bataille,&
la fit defiler devant luy , & le 6.
GALANT.
253
il la vitCompagnie, par Compagnie.
Ainſi l'on peut dire
que pendant quatre jours qu'il
a demeuré dans ce lieu , appelléle
Campde Lambsheim , il a
examiné trente trois Bataillons
, homme à homme. Ce
Prince vint enſuite camper à
Vachenheim , où il eſtoit
encore le 22. de ce mois.
Monfieur le Maréchal de
Lorge qui estoit campé a
Epenheim à trois lieuës de
Mayence , vint avec 106.
Eſcadrons à l'arrivée de Monſeigneur
, qui fit camper cette
Cavalerie toute en Corps , &
on envoya ordre à l'Infanterie
d'aller camper à Spire. On
a fait deux grands Fourages
fur les bords du Rhin à la
veuë des Ennemis. Le pre-
L6
254
MERCURE
mier eſtoit avec deux mille
Chevaux. Le ſecond ſe fit le:
18.entre Odernheim & Vorms
où l'on fit avancer de la Cavalerie
pour couvrir les Fourageurs.
Monfieur le Marquis
de Souvré , Fils de Monfieur
de Louvois , qui étoit comme
Mestre de Camp de jour
y receut , en allant viſiter les
Fourageurs & les Corps de
Garde , un coup de Mouff
quet au travers du bras droit
au deſſous de l'aiſſelle . Ce
coup lay fut tiré par des Soldats
qui estoient dans dest
Bateaux fur le Rhin. Sa bleffure
eſt dans les chairs , 80
il n'y a rien de caffé. Le 1741
Monseigneur recent le Plan
de Mont Royal , & Monfieur
de Montal luy fit ſçavoir, qu'il
A
GALANT
255
eſtoit remis d'une indifpofition
qu'il avoit euë , & que
fa Place estoit en eſtat de défente.
Selon toutes les apparences
Monseigneur est encore dans
le meſme Camp , par ce qu'il
n'en devoit point partir que
les Ennemis ne fuſſent affeme
blez , & qu'il n'en euſt des
nouvellesaſſeurées.D'ailleurs,
il y avoit encore deux ou trois
grands fourages à faire , qui
pouvoient entretenir l'Armée
juſqu'à la fin de ce mois , &
meſmeaudelà.
Ie ne sçaurois finir cette
Lettre fans vous faire part
d'une action qui vous paroiſtra
extraordinaire & bien digne
d'un François ; elle s'eſt pafféc
en Alface. Un Lieutenant
:
256 MERCVRE
du troiiéme Bataillon de la
Couronne , Neven de Monfieur
de Brifac Major des
Gardes du Corps , gardoit
avec vingt hommes un Moulindont
la porte eſtoit paliſſadée.
Il fur attaqué par trois
cens hommes , & fit une reſiſtance
ſi vigoureuſe , qu'il
tua pluſieurs Soldats & trois
Officiers . Les Ennemis mirent
le feu à des Maiſons voisines ,
afin qu'il fe communiquaſt
au Moulin. Cela l'obligea à
faire une fortie avec dix ſept
hommes qui luy reſtoient.
Les Ennemis crurent que
c'eſtoit un renfort qui luy
venoit, & après avoir quelque
temps eſcarmouché derriere
une haye , ils ſe retirerent.
Le Lieutenant rentre
GALANT. 257
dans ſon Moulin avec ſes dixſept
hommes , & les Payfans
éteignirent le feu qui n'avoit
pas encore gagné le Mou-
10.
Le Roy a donné la Charge
de Chirurgien Major de ſes
Camps & Armées à M. Befficre
. Son experience conſommée
ſera d'un grand foulagement
pour les bleffures.
La Ville de Charlemont en
Irlande a eſté priſe par M. de
Schomberg,& on s'en eſtonne,
au lieu qu'on devroit eſtre ſurpris
, de ce qu'elle n'a pas eſté
plûtoſt prife. Il y a prés d'un
an qu'elle tient preſque à fon
Camp ; cependant il n'a ofé
employer la force pour s'en
rendre Maiſtre ,& elle ne ſeroin
pas encore en ſon pouvoirfi
258 MER CURE
le manque de vivres ne l'euſt
contrainte à ſe rendre. Elle n'a
pû eſtre ſecouruë parce qu'il
auroit fallu que les Troupesdu
Roy d'Angleterre euſſent fait
quarante milles de chemin,
dans une ſaiſon où il n'y avoir
point encore de fourrages .Une
pareille perte ſeroit de conſequence
dans un autre Etat , &
donneroit lieu au vainqueur
de s'étendre , mais cette Conqueſte
n'eſt preſque d'aucune
utilité en Irlande , qui eſt un
Pays coupé de precipices , de
Canaux , de défilez , de Vallées
, & de Montagnes , de fortequ'en
prenant une Place on
n'eſt guere plus avancé qu'auparavant
, puis que la Campa
gne qui eſt par-delà, coûte ſou.
vent en ce Royaume autant à
1
GALANT.
257
prendre que les Places .
Le Prince d'Orange est allé
en Irlande contre la penſée de
tous ceux qui raiſonnentfelon
la bonne politique. Il a peut
eftre encore mieux vû qu'eux
ce qu'il riſquoit en abandon.
Dant l'Angleterre , mais il a eu
des raifons qui l'y ont indifpenſablement
engagé. Il y a
fix mois que les Anglois murmurent
de la longueur de la
Guerred'Irlande , à cauſeque le
commerce eſt interrompu dans
ce Pays là d'où ils tiroient
mille choſes qui leur manquent.
Le Prince d'Orange s'és
toit engagé d'y paffer ; il avoit
demandé de l'argent pourcela,
& il en avoit beaucoup recen
Sa penſée étoit que nonobſtant
fes promeſſes , & l'argent qu'il
260 MERCVRE
avoit tiré , il trouveroit des
pretextes pour ne point faire
ce Voyage. Il a taſté pluſieurs
fois les Peuples là deſſus , &
il a connu que dans la ſitua
tion où eſtorent ſes Affaires,
il cuſt eſté dangereux de ne
leur pas tenir parole. D'ailleurs
, il s'eſt vû fort embarraffé
par tous les Princes ſes
Alliez , qui luy ont fait dire,
qu'il ne leur tenoit rien de ce
qu'il leur avoit promis , & que
bien loin qu'il fuft en estat de
tourner fes armes contre la France
, il n'estoit pas maistre de ſes
trois Royaumes ; qu'ainsi il devoit
trouver bon qu'ils priſſent
Le party qu'ils ingeroient le meilleur
pour le bien de leurs Affaires,
encas qu'il ne fust pas bien-tost
en estat d'executer ses promeffes.
GALANT. 261
Toutes ces choſes l'ont enfin
obligé à prendre la reſolution
de tout rifquer pour ſe
rendre maiſtre d'Irlande. A
peine a t'il quitté Londre
que le danger qu'il court a
paru par la conſpiration des
Presbyteriens . Il eſt mal-ai.
fé de deviner les raiſons qui
luy ont fait prendre à leur
prejudice le party des Angiois
Conformistes , puiſque
les presbiteriens l'ont mis fur
leTrône. Le temps nous éclai
rera làdeſſus.
Enfin noſtre Flote eſt partie
le 23. de ce mois au matin, forte
d'environ ſoixante & douze
Vaiſſeaux . Elle en attendoit
encore quelques autres de Rochefort,
qui l'auront peut- eſtre
jointe en Mer. Six de nos Fre
262 MERCURE
gates devoient aller fur les
Coſtes d'Irlande dés qu'elle ſeroit
partie , pour y croifer avec
trois autres Fregates que nous
y avons déja. On arme vingtdeux
Galeres à Toulon pour
la Mediterranée.
Si- toſt que la priſe de S.Jean
de Las Badeffes dont je vous
ay parlé , cut eſté ſçevë à Ripouil
, la Garniſon prit la fuize
par la pour d'eſtre aſſiegée ,
& les Magiſtrats aporterent les
Clefs àMr le Duc de Noailles ,
en luy demandant fa protection
. Il s'eſt depuis rendu maître
de Vic , qui eſt une Ville
Epifcopale . Je ſuis , Madame ,
voſtre ,&c .
A Parisce 30. Inin 1690.
GALANT.
263
APOSTILLE.
l'ay encore pluſieurs Nou
velles à vous apprendre avant
que de fermer cette Lettre ,
mais n'ayant ny place ny
temps , je les mettray toutes
en un ſeul Article . On a publié
le 22. de ce mois une
Declaration du Roy au Pont
de Beauvoiſin , par laquelle Sa
Majesté permet à ſes Sujets
de continuer leur Commerce
avecles Savoyards , en vereu
des Contributions qu'ils ont
ſoin de payer exactement.
L'Armée de M. de Catinat
groffit tous les jours , & M.
de Saint Rhut eſt party pour
aller commander celle qui
264 MERCVRE
s'aſſemble en Dauphiné. Il eſt
tres- feur qu'on a intercepté
des Lettres que le Duc de
Savoye écrivoit au Prince
d'Orange , ce qui marque une
intelligence de longue main ,
& qu'il vouloit amuſer le Roy
par de belles paroles. M. le
Marquis de Gefvres , receu
en ſurvivance de la Charge
de premier Gentilhomme de
la Chambre , a épousé Mademoiſelle
de Boisfranc , & le
Roy leur a fait l'honneur de
figner leur Contrat de mariage
Monfieur Nicolaï , premier
Preſident de la Cham.
bre des Comptes , a épousé
Mademoiselle le Camus , Fil
le de Monfieur le Lieutenant
Civil, & je vous en entretiendray
lemois prochain. Il court
GALANT.
265
un Difcours ſupoſé du Pape
fait aux Cardinaux fur le
ſujet de la Guerre preſente ;
ainſi vous devez avertir vos
Amies de n'y pas ajoûter
foy. Les Troupes commandées
par Monfieur de Luxembourg
, & celles qui font
ſous le Commandement de
Meſſieurs de Bouflers & de
Gournay , ne ſont qu'à qua.
tre lieuës les unes des aut
tres , & couvrent les Places
menacées par les Ennemis
pendant que Monfieur de
Humieres garde les lignes 5
ils trouveront en aprochant
tout le Pays fourage. On a
cu avis dés avanthier que la
Flotte du Roy compofée de
foixante & quinze gros Vaifſeaux
, & de 30. Brulots fans
266 MERCURE
les Fregates & Baſtimens de
charge étoit danslaManche.ce
qui vous doit faire croire 'qu'à
Theure que je vous écrits ,
elle à executé quelque choſe
de grand , ou qu'elle eſt avancée
ſur les Coſtes des Ennemis .
Ie ne vous ay point marqué
dans l'ordre de Bataille que je
vous ay envoyé , que le Vaiſ
ſeau de Monfieur le Comte
d'Eſtrées eſt de 600. hommes
d'équipage , & de 84. Canons
En vous parlant des priſes
faites fur les Ennemis , j'ay
mis que Monfieur le Comte
de Revel en avoit fait une ,
& c'eſt le Vaiſſeau nommé le
Comtede revel, le n'ay fait monter
qu'à trois millions ou
environ les Contributions que
Monfieur de Luxembourg a
tirées
GALANT.
67
tirees , & je viens d'aprendre
qu'elles vont à plus de fix.
On m'apprend en meſme:
temps que le meſme Monfieur
de Luxembourg eſt allé
chercherle Prince de Valdec
à la teſte de douze milleChevaux..
FIN
1895
LYON
:
Avis pour placer les Figures.....
L'Air qui commence par
Ah , que le Printemps , doit regarder
la p.24.
La figure doit regarder la
pag. 101 ,
L'Air qui commence par
Dauphis chery du Ciel , doit regarderla
p. 247.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le