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1690, 05 (Lyon)
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808246

808246
MERCURE
GALANT.
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
ΜΑΥ 1690.
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY,
ruë Merciere au Mercure Galant.
M. DC . X C.
Avec Privilegedu Roy..
Avis pour placerles Figures.
L'air qui commence par ,
Dans ce charmant sejour que de
fleurs vont renaistre , doit regarder
la page 20,
La Figure gravée doit regar
der la page 24.
C
1
LE LIBRAIRE
L
au Lecteur.
ON continuë à distribuer
toutes les semaines le fournat
des Sçavanspourfixfols leCabier..
LIVRES NOUVEAUX
du Mois de May 1690..
Dictionaire Univerſel de
Mr l'Abbé Furetiere en trois
volumes.
14
L'Artd'évaluer toutes fortes
de Toiſez en pluſieurs manie
res avec la veritable Methode
de toifer la dorure & de les
unir enſemble , la maniere de
lever &de refoudre toutes les
difficultez qui ſe peuvent rencontrer
dans cette nouvelle
DAEM
:
2
pratique , par Mr le Dot avec
pluſieurs figures en taille douco,
ind. 30. f.
De la Theorie de la Manooeuvre
des Vaiſſeaux avec
pluſieurs figures en taille-dou
ce, inoctavo 3. liv.
Les Conferences Ecclefiaftiques
du Dioceſe de Besançon
tantdePieté quede Doctrine ,.
par l'ordre de Monſeigneur
l'Archeveſque, 12. 2.v. 2.1.10.f.
Coursde Chymie contenant
la maniere de faire les
Operations qui ſont en uſage:
dans la Medecine avec des raifonnemens
fur chaque opera
tion ,pat Nicolas Lemery
ſeptiéme Edition augmenté de
beaucoup , in 8.347.031.00
silovaon S
MERC..
MERCURE
GALANT.
ΜΑΥ 1690.
A joye que vous
Lavez marquée en
voyant dans ma Let
tre du mois paffe, que
leRoycontinue toûjours à folliciter
avecardeur la reſtitutio
des Saints Lieux que les Grecs
ont uſarpez ſur les Religieux
de S. François , m'engage à
vous entretenir encore de cet
May 1690. A
2 MERCVRE
Article , en vous faiſant part
de la Lettre que Sa Majeſté
a écrite à Solyman III. mis
fur le Trône des Othomans
en la place de Mahomet IV.
Ie vous ay déja fait voir dans
le Volume que je vous ay
envoyé des Ambaſſades de
France à la Porte , combien
le credit du Roy en cette
Cour a eſté utile à la Chreſtienté
, & les faits que j'ay
raportez en font la preuve.
Tous les Princes de l'Europe
dont les Sujets commercent
dansle Levant , & ceux qui
font voiſins des Terres qui
dépendant de l'obeiſſance du
Grand Seigneur , y ont toujours
eu des Ambaſſadeurs &
des Envoyez , & files François
y ont eſté traitez plus.
favorablement c'eſt parce ,
GALANT .
3
que les Turcs font perfuadés
que les Rois de France font
plus puiſſans qu'aucun Souverain
de l'Europe , & que
la figure qu'ils y font eſttreséclatante.
On ſçait que l'Ambaſſadeur
de France à la Porte,
eſt Conſul de toutes les Nations
, & qu'il les a toujours
ſervies utilement. Cependant
ceux qui ont eu ſouvent befoin
du credit du Roy pour
faire leurs affaires en cette
Cour , voudroient empoifonner
ce credit qu'ils ny peuvent
avoir , & tourner contre
ce Prince un avantage dont
ils ont toujours profite ; mais
ſi l'on examine avec defintereſſement
la conduite de Sa
Majesté , on connoiſtra qu'Elle
n'a jamais eu d'alliance particuliere
avec la Porte , &
A 2.
4 1 MERCUR E
qu'il eſt meſme impoſſible
qu'Elle en ait eu , puis quelors
qu'il a eſté queſtion de défendre
la Chreſtienté , Elle a non
ſeulement envoyé ſes meilleures
Troupes , mais qu'Elle a
meme conſenty que tout ce
que ſa Cour avoit alors de jeunes
Seigneurs , allaſſent expofer
leur fang en qualité de Volontaires
, ce qui pouvoit en
faire répandre une ſi grande
quantité par la perte d'une
Bataille que ce dommage
n'euſt pû eſtre reparé en pluſieurs
Siecles . Que li dans ces
derniers temps le Roy s'eſt
contenté de laiſſer partir un
grand nombre de Volontaires
fans donner de Troupes reglées
, on ſçait aſſez qu'on n'en
vouloit point ,& qu'on auroit
plûtoſt laiſſe perdre Vienne
S
47
GALANT.

que d'en recevoir. Cependant
on peut dire que le Roy a ſecouru
l'Allemagne, ou plûtoſt
l'Europe entiere , malgré les
envieux de ſa gloires puis
qu'il a eu la moderation deine
pas attaquer ſes Ennemis,quoy
qu'il fuſt bien informé des
Ligues qu'ils faiſoient pour
envahir ſes Estats , s'il arrivoit
que l'on réuſſiſt à faire
la paix qu'ils meditoient avec
le Turc , J'ay cru que cet
éclairciſſement eſtoit neceffaire
avant que de vous faire
voir la Lettre dont je viens de
vous parler , parce qu'on auroit
pû dire qu'elle marque une
parfaite intelligence avec le
Grand Seigneur , quoy que
les autres Souverains ayent
des Ambaſſadeurs à la Porte ,
comme j'ay déja marqué , &
A 3
6 MERCURE
que ce qu'il y a d'obligeant
pour le Grand Seigneur dans
les Lettres qui luy ſont écrites
, ne foit qu'un ſtile dont
chaque Puiffance fuit l'uſage.
Vous le pouvez voir dans
celle que vous allez lire , &
dont voicy la ſuſcription . A
tres. haut tres excellent , trespuiſſant
, tres magnanime & invincible
Prince legrand Empereur
des Musulmans , Sultan Soliman
en qui tout honneur & vertu abon-
-dent nostre tres.cher & parfait
Amy.
LETTRE DU ROY
au Grand Seigneur.
3
Res-haut, tres- excellent, tres-
Tuan
tres - magnanime &
invincible Prince, le grand Empe
reur des Musulmans Sultan Soli.
GALANT.
7
man , en qui tout honneur& vertu
abondent , nostre tres- cher &
parfait Amı, Dicu veuille augmenter
vostre Grandeur & Hauteſſe
avecfin tres- heureuse. Nous avons
apprisdurant le cours de la Negociation
du Sr Girardin , noftre ambas-
Sadeur auprès de vostre Hauteſſe ,
que Sultan Mehemet IV. Predeceffeur
de vostre Hauteſſe , avoit
donnéfes ordres pour estre informé
de l'imiuste ufurpation qui a esté
faite par les Religieux Grecs de
Ierufalemfurles Religieux Latins
nos Suiets , du Saint Sepulchre , du
Calvaire , de la Pierre del'Onction,
de la Grotte de Bethleem , & de
leurs dépendances , & nous avons
Sceu que par les enquestes qui en
ont estéfaites , composées des per-
Sonnes de la plus grande confideration
de Jerufalem , la poſſeſſion immemoriale
dans laquellenos Sujets
A4
8 MERCUR E
estoient d'avoir cette garde , estoit
entierement justifiée. Comme Nous
nouspromettons que vostre Hautesfe
maintiendrades anciennes Capi
tulations que Nous avons faites
avecses Predeceffeurs , qui font si
avantageuſes à nos Empires , &
qui furent renouvellées au mois
de juin de l'année 1673. dontl'un
des principaux articles concerne la
reftitution des Lieux Saints aux
Religieux Latins nos Sulets , Nous
Sommesbien perfuadezqu'Elle nous
donnera en cette occafion , quinous
est fort fenfible , tout ce que Nous
devons attendre de sa Iustice , &
qu'ànostre consideration , Elle voudra
bien rendre aux Religieux
Latins la garde qu'ils ont cy- devant
euë defdits Saints Lieux ,fansſouffrirqu'ilsy
foient troublez à l'avenir.
Nous ferons bien- aiſes auffi
d'entretenir toujours de nostre part
GALANT. ناو
La bonne correspondance , qui estsi
convenable au bien commundenos
Suiets ,& Nous prierons Dieu qu'il
augmente les jours de vostre Hauteſſe
, & les rempliffe de toute
profperité ,avecfin tres heureuse.
Ecrit à Versailles le 12.jour de luin
1689. Voštre tres.cher & parfait
Amy. Signé , LOUIS. Et plus
bas , Parle Roy. COLBERT. Et
Scellé.
Le Roy écrivit en meſme
temps au Grand Viſir , & cet.
teſuſcription eſtoit ſur la Lettre
. Atres - illustre &magnifique
Seigneur Mustapha , Premier Visir
de l'Excelſe Porte du Grand Sei
gneur..
(
10 MERCURE
LETTREDU ROY
au Grand Vifir
'Res - illustre & magnifique
Seigneur. Nous écrivons au
Grand Seigneur vostre Maistre, no
Stre tres - cher & parfait Amy;
( Dieu veuille augmentersa gloire
avec fin tres - heureuse ) pour luy
demander qu'il donneſes ordres pour
rétablir les Religieux Latins , nos
Sujets,dans les Saints Lieux , qui
ont estéusurpezfur euxpar les Reli
gieux Grecs ,&dont nos Suieis ont
iuſtifiépar des enquestes qui ont esté
fates fous le Regne de Mehemet
IV.lanciennepoffeffion danslaquelle
ils estoient d'en avoir la garde.
Commé Nous apprenons laſageconduite
quevous tenez dans le grand
Employ qui vous est commis , Nous
ne doutons point que vous n'appuyez
GALANT. II
auprès de l'Empereur vostre Maiſtre
un rétabliſſement auſfiiuste, &
qui est fondé sur des Capitu
lations aussi authentiques que
celles qui furent renouvellées en
1674. & Nous neferonsla Pre-
Sente plus longue , que pour prier
Dieu qu'il vous ait tres- illustre &
magnifique Seigneur , enfa garde.
Ecrit à Versailles le 12. jour de
Juin 1689. Signé , LOUIS : Et
plusbas , Par le Roy COLBERT.
EtScellé.
Voicy les noms de quelques
perſonnes confiderables de
l'un & de l'autre ſexe , dont
j'oubliay de vous apprendre la
mort dans ma Lettre du der.
nier mois .
Meffire Eustache de Conflans
, Marquis d'Armentie-
AG 3
12 MERCVRE
rēs , Vicomte d'Auchy , Barom
de Cramailles , Seigneur de
Brecy , Robecourt , & autres
lieux . Il n'a point laiſſé d'Enfans.
Son Pere eſtoit Henry de
Conflans , Vicomte d'Auchy ,
Gouverneurde S. Quentin ,&
fa Mere , Charlote Pinart , Fille
de Charle Pinart , Vicomte:
de Comblify. Son Ayeul Euſtache
de Conflans , Vicomte
d'Auchy , Chevalier des Ordres
du Roy , Gouverneur de
S. Quentin , épouſa Charlote
des Urfins , Dame d'Armentieres
, d'une Famille qui a
donné des Archeveſques de
Rheims Chanceliers
, de
France,& autres .Son Bifayeul
Eustache de Conflans , Vi
comte d'Auchy , Chevalier
des Ordres du Roy , Capitainedes
Gardes du Corps de
GALANT.
13
Sa Majesté , fut marié à Marie
de Seſpoix , de l'ancienne
Famille des Seigneurs de Sefpoix;
& fon Trifayeul , Antoine
de Conflans , Vicomte
d'Auchy , Seigneur de Rozel-
S. Albin , Lieutenant de la
Venerie de France , prit alliance
avec Barbe de Rouy ,
de l'ancienne Famille des Seigneurs
de Rouy. La Maiſon
de Conflans , l'une des plus
anciennes du Royaume ,
donné des Maréchaux hereditaires
de Champagne
des grands. Officiers qui ont
eſté tuez dans nos Armées au
ſervicede nos Rois , & eſt alliée
aux de Brienne , de Mello ,
de Thorotte , de Craon , de
Sainte Maure Ducs de Montaufier
, Bournonville Ducs du
dit lieu , de Rovenel Comtede
2>
a
&
14 MERCVRE
,
,
Bergues , Lucas Comte de la
Rocheteffon Marquis de
Mailly de Bethune Ducs
d'Orval , de Harville Marquis
de Palaiſeau , Chaſſebras Seigneurs
du Breau & de Cramailles
, de Vaudray Seigneurs de
Mons S. Phal , Chateau- Villain
, de Carvoiſin , de Miremont
, de Precy , & autres. Il
yaeu trois branches de cette
Maiſon , qui porte d'azur au
Liond'or, l'EcuſemédeBillettes de
mesme. De la branche aînée il
ne reſtoit que Mr le Marquis
d'Armentieres qui vient de
mourir , & qui ne laiſſe qu'une
Soeur , appellée Mademoiselle
d'Armentieres . De la ſeconde
branche , qui eſt des Marquis
de S. Remy , il y a Meffire
Michel de Conflans Marquis
de S. Remy , à preſent
,
GALANT.
15
&chef
Vicomte d'Auchy ,
du nom & Armes de cette
Maiſon , & de la troifiéme qui
eſt des Marquis de Vezilly , il
ne reſte plus de males.
Meffire Nicolas Seguier ,
Seigneur d'Andé , du Meſnil ,
&autres lieux. Il eſtoit d'une
Famille , qui s'eſt renduëconfiderable
par le merite de plufieursgrands
Perſonnagesdans
l'Egliſe , dans l'Epée & dansla
Robe. Ellea donné un Eveſque
de Meaux , un Chancelier de
France ,' des Preſidens à Mortier
au Parlement de Paris ,
deux Prevoſts de Paris , des
Maiſtres des Requeſtes , ConſeillersauParlement
, & porte
d'azurau chevrond'or,accompagné
de deux étoiles d'ar en chef&d'un
mouton d'orde mesme.
Dame Elizabeth Pithou
16 MERCVRE
A
لو
Elle estoit Femme de Meffire
Nicolas Durand , Marquis de
Villegagnon . La Famille des
Pithou , qui eſt de Champagne,
a donné des Conſeillers au
Parlement de Paris ,& autres ,
renommez par leur profonde
ſcience , & par les Ouvrages
confiderables dont ils ont fait
part au Public. Pluſieuts perſonnes
de celle de Durand de
Villegagnon ontpris le Party
des armes , où ils ont paruavec
beaucoup d'avantage.
Mademoiselle de Beaumanoir.
Elle estoit Fille de feu
Meffire Claude de Beaumanoir
, Marquis dudit lieu ,
Maréchal des Camps & Armées
du Roy,& fon Lieutenant
dans les Provinces du Maine ,
Perche & Laval . Mr le Marquis
de Lavardin , Chevalier
GALANT. 17
des Ordres du Roy , eſt de
cette Maiſon , qui eft connuë
dans tout le Royaume par les
merites de ceux qui en font
fortis , & qui ont paru dans
l'Epiſcopat& dans les Ambaſſades
, avec un éclat digne de
leur naiſſance .
Ie vous ay déja parlé de la
mort de Mr l'Abbé Parfait ,
& j'ajoûte icy qu'il avoit eſté
receu Chanoine de l'Egliſe de
Paris en 1626. Sa pieté a paru
par la fondation qu'il a faite
en cette Egliſe d'une Meſſe
folemnelle toutes les années
le 18. Avril en l'honneur de
S. Parfait , Preſtre & Religieux
de l'Ordre de S. Benoiſt
, que les Maures martiriferent
à Cordouë ce mefme
jour en 850. aprés une longue
priſon. Il y a eu de cette Fa18
MERCVRE
& des
mille divers Contrôleurs de
la Maiſon du Roy
Capitaines qui ſe ſont ſignalez
dans les Armées . Elle
porte d'argent à trois flammes
de gueules posées en bandes ,
acostées de deux corices d'azur,
au chef chargé d'une Fleur de
Lis d'or. Iacques Parfait fut
receu l'an 1594. Preſident en
la Cour des Monnoyes , &
Guillaume Parfait en 1690.
Conſeiller au Parlement de
Paris. En vous apprenant la
mort de Mr l'Abbé Parfait ,
je vous ay mandé que Mrl'Archeveſque
de Paris , qui ſçait
diftinguer le merite avoit
donné fon Canonicat à Mr
l'Abbé le Gendre. Je ne vous
ay rien dit que de tres- vray
fur les applaudiſſemens que
cet Abbé a receus dans les
د
GALANT. 19

principales Chaires de Paris ,
mais il n'eſt pas vray qu'il ait
eſté de la Religion pretenduë
Reformée . C'eſt une erreur où
m'a fait tomber un faux Me.
moire , & ce que je dois à la verité
m'oblige à vous dire que
luy& tous ceux de ſa Famille
ont toûjours ſuivy l'Egliſe Romaine.
Jamais Chanſon ne fut plus
du temps que celle que je vous
envoye , puis qu'elle regarde ,
non ſeulement la belle Saiſon ,
mais encore le commencement
de la Campagne . L'Air & les
paroles font de Mr de Bacilly ,
dont le merite vous eſt ſi connu.
20 MER CVRE
AIR NOUVEA V.
Dans ce charmant fejour que de
fleurs vont renaitre !
Mais las ! en mesme temps
Quel'aimable Printemps
Recommence à paraištre ,
Tous lesAmans s'en vont, &changent
ensoupirs
Les innocens plaifirs.
Que nous fert que desfleurs la Sai-
Son renouvelle?
Ceux qui charment nosyeux ,
S'éloignant de ces lieux
Vont où Mars les appelle.
L'amour faisoit leur gloire , & la
gloire àson tour
L'emporte fur l'amour.
Tousles Ouvrages que vous
avez vûs de Mr Magnin , ont
GALANT. 2
eſté de voſtre gouft. L'eglo .
gue qui fuit eſt de ſa façon ,
&je ſuis perfuadé que vous la
lirez avec plaiſir.
***
L
EGLOGUE.
Ors que l'on dit àTircis
Quefon Iris eft coquette ,
Il répond , à mon Iris
On dit auſſi que iefuis
Tout baſti comme elle est faite.
Doit-elle moins me charmer e
Point du tout; toute mavie
C'estpar cettefimpathie
Que je prétens de l'aimer.
Elle est belle , elle eft aimable ,
Elle en dit autant de moy.
Lemalparoist incurable
Aceux qui manquent defoys
Mais lors que l'amour assemble
2
22 MERCURE
Coquette&Coquet ensemble ,
Nefçait-ilpas bien pourquoy ?
Souvent la coqueterie
Finit par cette union ;
La friponne & le fripon
Font troc de friponnerie ,
On est las de tromperie ,
Et l'on s'aime tout de bon.
C'est àtort qu'on trouve étrange
Qu'onsedégage&qu'on change,
Souvent c'est pour trouvermieux.
On est tendre , on est fidelle ,
Onfait une amour nouvelle ,
Le trafic est ferieux.
Quand on quitteun coeur volage ,
C'est estre prudent&Sage
De sçavoir se dégager;
C'est aimer jusqu'à la rage
Dene pouvoir pas changer.
LeBerger& la Bergere
S'aiment fort , ils ſont contens ,
Sans ceſſe ſur la fougere
Ilsfont mille paſſe-temps.
$
23
GALANT.
Chacun dit , laiſſez les faire,
Cette tendreffe legere
Ne durera pas long- temps.
Cela ne les trouble quere ,
Ils lauffent dire les gens.
Qu'on glosefur leur affaire ,
Leurs plaiſirs iront leur train ;
De tout ce qu'on pourra dire
Ils ne feront quese rire ,
De leursfeux on gloſe envain.
Sur cette petite histoire ,
Amans , voulez-vous m'en croire ?
Voicy lesens & le fruit ;
Si vos coeurs à la tendreſſe
Sont enclins , aimezſansceffe,
Etne craignez point le bruit.
Le ſçavant Mr Comiers ,
tout aveugle & maltraité de
la fortune qu'il eſt , continuë
de travailler , & fait voir
toujours les lumieres de ſon
eſprit. C'eſt luy qui a fait le
24
MERCVRE
Traité que vous allez lire.
Quoy que cet Ouvrage puiſſe
eſtre utile
en tout temps ,
il
l'eſt particulierement pendant
la guerre , qui eſt le vray regne
des Lettres en chifre.
LART D'ECRIRE
&de parler occultement
Sans soupçon.
AV R. P. DE LA CH AISE.
Confeffeur du Roy.
S
Puis ce a eu la bonté de me
témoigner faire quelque eſti
me de ma Steganographie impenetrable
, ou l'Art d'écrire occultement
de meſme qu'ont fait
depuis Mrs de l'Academie
Royale
!


C
F
0
C
C
1
a
GALANT.
25
Royale des Sciences , auſquels
j'eus l'honneur de l'expliquer
le 15. de Mars dernier , j'ay
bien voulu emprunter les yeux
& la main d'un Scribe , pour
donner en noſtre Langue les
Preceptes contenus dans les
Vers Latins que j'ay employez
dans ma Planche , y ajoûter
une ample explication , & en
faire voir la pratique dans
quelques exemples , ne l'ayant
pû faire dans le peu de temps
que V. R. dérobaà ſes importantes
affaires pour me donner
audience. Ce traité eſt une
ſuite de celuy des Langues &
Ecritures que j'ay dédié à
Monſeigneur le Duc de Bourgogne
, avec les Alphabets des
Langues Orientales qui ont
paru dans les Mercures des
mois de Septembre & Octobre
1685 .
May 1590 . 1 B
26 MERCVRE
4
Je ne m'arreſteray point à
vous dire avec Mr de Breboeuf,
aprés le Pæte Lucain .
300
C'est de Dieu que nous vient cet
Art ingenieux ,
Depeindre laparole , &de parler
aux yeux ,
f
Et par les traits divers des figures
tracées ,
Donner de la couleur & du corps
aux pensées.
Ie ne m'arreſteray pas non
plus à vous dire avec le grand
S. Bafile , dans lass. Epiſtre ,
qu'on doit mettre au nombre
des plus grands dons de Dieu,
celuy de l'Ecriture , puis que
nous conferons & uniffons nos
penſées & par ce moyen auffi
nos coeurs . Mutuo coalefcere
dedit , nonoſtant l'immense diſtancedes
lieux , & mefme des
ſiccles , lors que , comme dit
GALANT. 27
Diodorus Siculus lib . 12. Biblioth
. les Morts parlent &
conferent avec nous par le
moyen de ce qu'ils nous ont
laiſſé par écrit.
L'Ecriture eſtant un don de
Dieu, ſon uſage eſt auſſi ancien
que le monde , puis quele texte
Chaldaïque du 91. Pſeaume
porte , qu'Adam le compoſa
pour rendre graces à Dieu de
ſa creation ;& l'Apoſtre S. Jude
dans le 14. verſet de ſon Epître
canonique , parle d'un Livre
de Propheties qu'Enoch
avoit écrit long temps avantle
Deluge , puis qu'il eſtoit le
ſeptiéme aprés Adam.
Il s'agit icy du moyen d'écri
re & de parler d'une maniere ,
que ceux qui vous entendent
parler à voſtre Ami , ou qui in
terceptent vos Lettres , ne
*
B 2
28 MERCVRE
i
1
puiſſent penetrer vos penſées ,
& même avoir nul foupçon
que vous parliez ou écriviez
des chofes dont vous voulez
leur dérober la connoiſſance.
Les Hebreux pour écrire
occultement avoient vingtdeux
Alphabets , où les Lettres
eſtoientdans leur ordre naturel
, mais qui differoienten cela
ſeulement que le ſecond
commençoit par la ſeconde lettre
, le troiſiéme par la troifiéme
lettre , & ainſi de ſuite,
& qu'à la fin de la derniere lettre
de chaque Alphabet on
mettoit les lettres qui manquoient
à leur commencement.
Les premiers Chreſtiens
eſtoient obligez de s'entrecommuniquer
leurs affaires
les plus importantes en des
GALANT.
29
Langues Eſtrangeres , ou par
des caracteres dont ils étoient
convenus , & je ne doute pas
que ceux qui vont preſcher
l'Evangile dans les Indes ,
n'ayentbeſoin d'en uſerdemé.
me. Il me ſouvient d'en avoir
fait convenir à Lyon le Pere
Alexandre de Rhodes d'Avignon
, Apoſtre du Tonquin ,
lors qu'en 1654 j'avois faitdefſeinde
paſſer avecluy dans les
Indes pour la predication de
l'Evangile ; mais une maladie
aiguë m'empêcha de l'aller
joindre au Port de Vannes en
Bretagne. Ce qui me confola
ce fut que ce premier Apoſtre
du Tonquinm'aſſura que Dieu
me donneroit des occafions
d'employer en France mon
zele pour la propagation de la
Foy & que j'y fouffrirois les
B 3
30
MERCVRE
perſecutions & le martyre que
j'aurois pû attendre parmy les
Infidelles . Les Empereurs écrivoient
à leurs Generaux &
Confidens par la tranſpoſition
des lettres de l'Alphabet,mettant
par exemple C. pour le
B. [ ce que Suetone nous apprenddans
la vie des premiers
Cefars : mais leur maniere
eſtoit tres - groſſiere & toûjours
accompagnée de ſoupçon , &
de plus , elle eſtoit , comme on
dit , facilement dechifrable ,
puiſqu'un mesme chifre , caractere
, ou lettre eſtoit toûjours
employé pour la meſme
lettre D'où il s'enfuit,que pour
écrire occultement le chifre
ou caractere doit pouvoir eſtre
employé pour chacunede toutes
les lettres de l'Alphabet afin
qu'un mot foit indechifrable ,
GALANT. 31
c'est-à- dire , inpenetrable , &
inlifible , s'il m'eſt permis de
parler ainfi , un mesme chifre
fe rencontrant pluſieurs fois
dansun melme mot ou diction ,
employé pour differentes let
tres , comme on le verra dans
un exemple.
De tous les chifres qu'on
peut employer à cette fin jay
choiſi les caracteres des chia
fres Arabes de l'Arithmetique,
* comme eſtant plus connus &
faciles à former , outre que
pour ofter le ſoupçon on les
peut envoyer à uunn amy , couverts
du pretexte de quelque
compte d'affaires domeſtiques ,
ou de quelque calcul Aſtronomique
ou Geometrique ..
C'eſt icy où les Pitagoriciens
Philoſophes des nombres
triompheroient , s'ils avoient
B 4
32
MERCVRE
fçû les appliquer pour écrire
& parler occultement & fans
ſoupçon .
Puis que la ſainte Ecriture
nous aprenddans l'11 . Ch. de
la Sageffe, que Dieu a diſpoſé
toutes choſes en nombre , poids
& meſure , les Miſteres des
nombres font infinis , ce que je
prouve par quelque nouvel
exemple dans chaque operation
ſur les nombres .
Dans l'addition il y a des
nombres , où par la maniere
ordinaire il faudroit des fie
cles entiers pour les trouver
& en faire la fomme , ce que je
feray tout aveugle que je ſuis .
En voicy un petit exemple .Le
quarré du nombre d'unitez
contenu dans le nombre des
termes de la progreſſion naturelle
, eſt égal à la ſomme d'au
GALANT.
33
tant de Cubes depuis l'unité
qu'il y a de termes. Ainſi 100.
qui eſt le quarré de 10 .
nombre du contenu dans les
quatre premiers termes de la
progreſſion naturelle 1.2.3.4.
eſt égal à 100. fomme desquatre
premiers Cubes 1.8.27.64.
Voicy un exemple pour faire
la ſouſtraction ſans connoiſtre
le nombre majeur
duquel on veut oſter le moindre
nombre donné. Suppoſé
que chaque chifre du nombre
majeur ſoit. un chifre 9. de
chacun de ces chifre 9. faites
oſter à l'ordinaire une des figures
du moindre nombredonné,
puis au nombre reſtant , faites
ajoûter le nombre majeur qui
vous eſt inconnu ,& la ſomme
qui en viendra aura toûjours à
main gauche 1. pour ſapremie-
BS
34
MERCVRE
*
re figure , laquelle vous oſterez
pour la faire ajoûter à
la derniere figure & on aura
le mefme nombre qu'on auroit
eu' par la maniere ordinaire .
Voicy quelque choſe de
plus admirable pour la multiplication
. le fais en un moment,
tout aveugle que jefuis,
ce qu'on ne peut faire en un
mois & avec pluſieurs mains
de papier ; car , par exemple ,
foit propofé un nombre composé
de fix cens ſoixantefix
chifres 9. écrits de ſuite
multiplier par fix cens foixante
fix figures de 6. écrites auffi
defuite , je dis quele nombre
produitaura 1332.chifres dont
les fix cens foixante & cinq
premiers chifres feront tous
chifres 9. aprés lefquels fuivra
unchifre 5.qui ſera fuivide fix
GALANT.
35
cens ſoixante cinq chifres 3. &
enfin du chifre 4.
Voicy un exemple pour la
divifion. Trois nombres quelconques
confecutifs , comme
7.8.9 . eſtant rangez en forme
d'addition dans les fix differentes
manieres qu'ils peuvent
eſtrepar lesregles de combinaifon
, leurfomme 5328. eftant
diviſée par 8. nombre mitoyen
le quotient ou expoſant fera
toûjours 666. duquel nombre
j'ay déja expliqué le miſtere ,
concernant l'Antechriſt , dans
mon Traité des Propheties
contre le Prince d'Orange ,
inferé dans les Mercures des
mois d'Aouſt , Septembre , &
Decembre dernier. J'ajouſteray
ſeulement icy ce que l'Ange
Raphaël dit aux deux Tobies
Chap 12. verf. 7. Il eſt hono
B 6
36 MERCVRE
rable de reveler les Miſteres
de Dieu , & il eſt bon de ne
pas découvrir les ſecrets du
Roy, Sacramentum Regis abscondere
bonum est , opera autem Des
revelare honorificum eft.
D'autant que la Philofophie
des nombres & la ſcience de
leur employ eſt comme infinie,
j'ay tâché de l'aprofondir , &
j'y ay utilement puiſé mon Art
Scientifiqued'écrire &de parleroccultement
& hors de tout
foupçon , comme auſſi les principesde
ma Langue univerſelle;
ce quejem'en vais faire voir
en expliquant les Vers Latins
&les figures de la planche que
je mets icy,afin qu'elle aideà
me faire entendre.
l'ay voulu commencer par
le nom ineffable & tres facroſaint
deDieu , qui meſme
GALANT .
37
atoujours eſté d'une écriture
■ fecrete& impenetrable parmy
les Hebreux , le ſeul Grand
Preſtre ne le prononçant qu'-
une fois l'année dans le Sancta
Sanctorum .Les autres Prêtres &
Docteurs de la Loy en lifant en
publiclePentatheuque deMoïſe,
prononçoientAdonai, c'eſt à
dire Seigneur , lors qu'ils rencontroient
ce grand nom de
Dieu écrit en quatrelettres.
Voicy maintenantle plande
mon Art d'écrire occultement
& fans foupçon. le le diviſe
en trois parties. La premiere
contient fix articles. Dans le
premierje dis ce qui concerne
ma Table des nombres icyjoin.
te ,& fa conſtruction . Dans le
ſecond article j'explique les
preceptes contenus dans mes
Vers Latins,& en meſme tems
38 MERCVRE
les applique dans un exemple
pouren faire voir l'uſage dans
la pratique d'écrire occultement
& fans ſoupçon d'une
maniere indéchifrable. Dans
le troifiéme j'enſeigne la maniere
de lire facilement ce qui
eſt écrit en chifre. Le quatriémearticle
contient la maniere
d'envoyer les ſecrets les plus
importans par un Meſſager
mefme muet& innocent fans
papier , écriture ,ny chifres ,
Le cinquième renferme deux
manieres d'écrire ſans foupçon&
par points inviſibles,les
chifres employez pour le ſe
cret. Enfin dans le ſixiéme artiele
jedonne les moyens de parler
à un Ami à quelques licuës
dediſtance, ſans que ceuxqui
font auprés de vous ou deluy,
puiffent entendre ce que vous
luy dites.
GALANT. 39
Dans le premier Article de
la ſeconde Partie , j'enſeigne
le moyen de parler la nuità la
distance de pluſieurs lieuës , &
cela ſans bruit , par les differentes
éclipſes d'un Diſque
lumineux . Dans le ſecondj'explique
le moyen de parler meſme
par un ſeulcoup d'une même
cloche pour chaque lettre;
&dans le troiſiéme je fais voir
comment on peut parler par
trois differentes cloches , ou
par une trompette , ou tambour&
des timbales , afin d'expliquer
tous ce qui eſt compris
dans ma Planche.....
Dans la troifiéme Partie , je
diray le moyen de parler dans
une mefme Langue , en forte
qu'un autre entende le fecret
dans une autre Langue. Jedonneray
enfuite celuy de faire
40
MERCURE
entendre un ſecret , en chantant
les paroles de quelque
chanfon que ce ſoit ou en
joüant des Orgues. Enfin je
donne les principes & un
exemple de ma Langue Univerſelle.
;
_PREMIERE PARTIE .
ARTICLE PREMIER .
Construction & explication de
laTable des nombres.
LaTabledes nombres qui
eſt dans ma planche contient
dix huit rangs de front , &
autant de hauteur ,& par conſequent
324. cellules ou petits
quarrez , dans chacun defquels
il y a un ſeul des neuf
premiers chifres 1.2.3.4.5.6.
GALANT .
41
7. 8. 9. ou bien un ſeul de ces
chifres accompagné d'un zero
, que l'on peut s'épargner
d'écrire en les fuppleant parun
point marqué dans les chiffres ,
ce que les Hebreux appellent
Lettres DagueZées .
Comme je n'ay que dixhuit
nombres ſimples ou diſenaires
, jay reduit tout l'Alphabet
en dix- huit lettres , à
chacune deſquelles convient
un des dix- huit nombres.
A. B. C. D. E. F. G. I. L. M.
1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10.
N. O. P. Q. R. S. T. V.
20.30.40.50.60.70.80.१०.
Ces dix- huit rangées , chacune
de dix- huit nombres ,
nedifferent qu'en ce qu'elles
commencent par le chiffre de
l'ordre naturel des nombres ,
premierement des neuf ſim42
MERCURE
ples , puis des neuf nombres
diſenaires .
Remarquez que dans chacune
de ces dix- huit cellules
ou petits quarrez de la premiere
rangée. horizontale de
ma Table des nombres , il y
a une des dix huit lettres de
l'Alphabat , afin que cette pre
miere rangée horizontale ſerve
auſſi-bien quandle mot du guet
confiſte en chifres , que lors
qu'il ne conſiſte qu'en lettres ,
ou qu'il eſt compoſe de chiffres
&de lettres , comme dans nofexemple
28 a. die Februariz
1690. que j'ay choſi expres
pour cela .
,
Paſſons à la pratique d'écrire
en chifres en obfervant
les preceptes que j'y donne en
Vers Latins , & que j'explique
Acy.
?
GALANT.
ARTICLE II .
Preceptes , & leur employ dans
un exmple écrit en chifres .
LA maniere d'écrire un ſecret
en chifres doit être courte
, facile , impenetrable , c'eſt
à dire indechifrable , & même
ſans ſoupçon , c'eſt pour
quoy ,
2 1. Les deux Amis conviendront
entre eux d'une clef ,
c'eſt à dire , de quelque courte
Sentence en telle Langue qu'il
leur plaira ; on peut meſme
convenir de quelque nombre
chifré , comme de 15674. ou
choiſir quelque phrafe meſlée
de chifres & de lettres. Ainſi
dans l'exemple de ma Planche,
pour écrire occultement les
trois mots fuivans , Comier
44 MERCVRE
, Aveugle Roial j'ay choifi
28a die Februarii 1690. qui
eſt la date du jour que j'ay fait
graver ma Planche , c'eſt à dire
le 28.jour de Fevrier 1690.Remarquez
que cette Sentence ,
mot , ou nombre convenu pour
la clefdu ſecret , ſera appellé
mot du guet.
2. Sur chaquelettre de ces
trois mots , Comier Aveugle
Roial , que je veux écrire en
chifres ,j'écris de ſuite un des
chifres ou lettres de laclefdu
ſecretainfi,
28adie Februarii1690.
Comieraveugle roial .
Lorſque le Diſcours qu'on
veut écrire en chifres contient
pluſieurs lignes , on repetera
la Sentence , phraſe, ou
mot du guet autant de fois
qu'il en fera beſoin.
4
N
GALANT .
45
3. Cherchez dans la rangée
fuperieure horizontale de ma
Table des nombres , le chifre
2. & de-là deſcendez comme
par une échelle , juſques au
chifre 4. qui eſt à angle droit ,
vis à vis de la lettre C. de l'Alphabet
perpendiculairement
écrit aux deux coſtez de la Table.
Ecrivez donc le chifre 4.
au deſſous de la lettre C. du
■ mot Comier.
Du chifre 8. de la rangée
fuperieure , deſcendez auſſi à
plomb , juſques au chifre 1.
qui eſt à angle droit , vis- à- vis
la lettre o Ecrivez donc le
chifre 1. au deſſous de la lettre0.
De la leture A. de la rangée
fuperieure deſcendez perpendiculairement
juſque vis-àvis
la lettre M. de l'Alphabet
46 MERCURE
!
perpendiculaire qui eſt à main
gauche où vous trouverez
dans l'angle droit le nombre
10. & vous écrirez 10. au defſous
de la lettre M.
De la lettre D. de la rangée
ſuperieure deſcendez à plomp
juſque vis- à vis la lettre 1. &
vous trouverez le nombre 20 .
que vous écritez ſous la lettre
1.
De la lettre 1. du mot du
guet deſcendez vis-à- vis la
lettre E , vous trouverez le
chifre 30. que vous écrirez
ſous la lettre E.
De la lettre E. deſcendez
juſque vis-à- vis la lettre R.
vous trouverez le chifre 1. que
vous écrirez ſous la lettre R.
du mot Comier.
Vous obſerverez la meſme
choſe pour trouver les chifres
GALANT..
47
que vous devez écrire ſous les
autres lettres des deux mots
ſuivans Aveugle Royal. Ainfi
pourtrouver quel chifre il faut
pour la lettre A.du mot Aveugle,
parce que la lettre F. du mot
du guet Februarii eſt au deſſous
& dans le meſme quarré du
chifre 6. & qu'au commencement
de la mefme rangée la
lettre A. vis - à- vis , écrivez le
chifre 6. ſous la lettre A du
motAvengle.
De la meſme maniere vous
trouverez les autres chifres
qu'il fautécrire ſousles autres
lettres , & vous aurez enfin
noſtre exemple tout entier.
28adie Februarii 1690 .
Comier Aveugle Roïal .
4.1.10.20.30.1.6.4.6.50.6.9.1.4.1.8.S
Remarquez qu'au lieu des
48 MERCURE
fix Lettres du mot Comier vous
avez les chifres ſuivans 4. 1 .
10.20.30.1 . dans lesquels l'unité
y eſt deux fois , ſçavoir
pour la lettre 0 & pour la lettre
R. & que le chifre 4. qui eſt
pour la premiere lettre C.eſt
employé pour le premier V. du
motAveugle. Remarquez encore
que le meſme chifre 1. fignific
le dernier E. du mot Aveugle .
bien que le premier E du mefme
mot ſoit marqué par le
chifre 6. & que dans le meſme
mot Aveugle le meſme chifre
6. ſignifie la lettre A & encore
la lettre G. fi -bien que le
meſme chifre 6. eſt employé
pour trois differentes lettres
dans le meſme mot Aveugle ,
& que des deux v. du meſme
mot , le premier eſt marqué
par le chifre 4. & le ſecond
par
GALANT.
49
par so. de meſme que des deux
E du mesme mot Aveugle , le
premier eſt marqué par le
chifre 6. & le dernier par le
chifre 1. ce qui rend cette maniere
d'écrire indechifrable &
tout à fait impenetrable à l'efprit
humain , puiſque pour la
dechifrer , il faudroit deviner
le nombre , la Sentence , la
phraſe ou le mot du guet , qui
eſt la clefdont les deux amis
ſont convenus,& que ces nombres,
ces ſentences& ces mots
du guet peuvent eſtre infinis
en nombres , & en differentes
Langues, &meſme en dictions
barbares.
4. Vous écrirez à voſtre ami
dans quelque lettre d'affaires
ordinaires les meſmes chifres
4. 1.10.20.30. 1.6. &c.
Et afin qu'on ne puiſſe ſoup-
May 1690. C
so
MERCURE
çonner , que ſous ce chifre ll y
a quelque avis & miſtere ſecret
, vous les envoyerez aprés
le compliment ordinaire en
parties de quelques comptes ,
comme par exemple.
Monsieur, vous devez de compte
arreſté. 4110. liv.
Plus payépar voſtre ordre à un
Monfieur..... 2030. liv.16.f. &c.
ARTICLE III .
Maniere de lire facilement ce qui
est écrit en chifre.
IL eft facile d'écrire occultement
en chifres ,& il eſt encore
plus facile à voſtre amy,
qui ſçait voſtre ſentence phrafe
ou mot du guet , de lire ce que
vous luy mandez par ces caracteres
; en voicy la maniere .
GALANT.
1. Il écrira tout de ſuite &
en ligne droite, horizontale ,
tous les chifres que vous luy
avez mandez par parties ſeparées
en forme du compte cydeſſus
marqué.
2. Il écrira fur chacun de ces
chifres , un des chifres ou lettres
de voſtre phraſe ou mot du
guet. Ainſi il aura dans noſtre
exemple ce qui s'enfuit.
28adie Februarii 1690.
41.10 20. 30.1.6.4.50.6.9.1.4.1.8.6.8.
3 Du premier chifre du mot
du guet , qui eſt 2. il deſcendra
en ligne droite, comme par
une échelle , juſques au chifre
4 4
. d'où allant horizontalement
à angle droit à main gauche,
il rencontrera la lettre C, & il
écrira la letrre Cau deſſous du
chifre 4.
C2
52
MERCVRE
=
Du chifre 8. de la rangée ſuperieure
de ma Table , il def.
cendra directement juſqu'à ce
qu'il rencontre le chifrer. vis
à vis duquel & en ligne directe
, comme dans une échelle
horizontalement poſée , il rencontrera
à main gauche ou à
main droite la lettre o qu'il
écrira au deſſous du chifre 8 .
De la lettre A de la rangée
ſuperieure de ma Table , il defcendra
juſques au nombre 10.
tout contre lequel eſt la lettre
M qu'il écrira au deſſous du
nombre 10 .
Ainſi de la quatriéme lettre
du mot du guet, ſcavoir D dela
rangée ſuperieure , il deſcendrajuſqu'au
chifre 20. vis à vis
duquel eſt la lettre I, qu'il écrira
ſous le nombre 20. qui eſt
au deſſous de la lettre Didu mot
du guet die.
GALANT.
53
Ainſi de la lettre I ildeſcendra
ſur le nombre 30. il verra
vis à vis la lettre E qu'il écrira
ſous le nombre 30 .
Ainſi de la lettre E, qui eft
laderniere du mot die, deſcendant
perpendiculairementjufque
furle chifre 1. il verra vis
àvis la lettre &qu'il écrira ſous
le chifre 1 .
Demeſme parce que la lettre
Feſt dans la cellule du chifre
6. vis à vis de laquelle eſt la
lettre A de l'Alphabet perpendiculaire
il écrira la lettre
A ſous le chifre 6. Il
pourſuivra de la meſme maniere
iuſqu'à ce qu'il ait tout
déchifré , & ainſi il aura
28 adie Februarii1690 .
4.1.10.20.30.1.6.4 6.50.6.9.1.4.1.8.6.8 .
- Comieraveugle Roial.
Paſſons aux autres manieres
C3
547
MERCVRE
d'envoyer ces chifres ſans les
écrire , ce qui paffe d'abord
pour une choſe impoffible.
ARTICLE IV.
Comment on peut envoyer les o7
dres les plus feerets &les plus
importans parun Meffager must
& innocent , sans papier ny
éoriture.
J'explique premicrement ce
Vers Latin de ma Planche ,
Namquefuum per opus Lachesis
docta loquetur.
Lacheſis , fuivant la fiction
des Poëtes , eſt une des Parques.
Clototient la quenoüille ,
Lachesis file nos jours ,& Atropos
tranche quand il luy plaiſt
le filetde la trame de noſtre vie .
Ainſi par l'ouvrage de Lachesis
j'entens un filer blanc.
GALANT .
SS
Tracez une ligne droite de
deux pouces & un quart de
longueur ſur une reglede cuivre,
de bois , ou de carton. Marquez
une croix vis à vis le
commencement de cette ligne
tracée , & diviſez la ligne en
eſpaces égaux par autant de
points éloignez l'un de l'autre
d'un quart de pouce . Marquez
fur le premier point le chifre
1. & ainſi de ſuite les neufpremiers
caracteres de l'Arithmetique
, comme l'échelle d'une
Carte de Geographie dont
vous pouvez voir dans ma
Planche un autre modele dans
une échelle qui contient dixhuit
cellules , dans chacune
deſquelles eſt unelettre del'Alphabet
, commençant par le
mot prophetiſandum , & au defſous
de chaque leure les neuf
C4
56 MERCURE
r
chifres ſimples , & puis chacune
accompagnée d'un zero . La
Table que je demande icy ne
doit avoir que les neufchifres
fimples ; car cela fuffit , vous
fouvenant de ce que j'ay re .
marqué cy- devant , que pour
marquer les nombres diſenaises
10.20.30.40.50.60.70.
80.90 . il ſuffit de marquer dans
le chifre un point qui tiendra
lieu de zero.
Il reſte donc à marquer fur
ce filetblanc , avec l'encre noire
des points diſtans l'un de
l'autre, ſuivant les chifres que
vous voulez mander . Or ces
diſtances ſe prennent avec un
compas ouvert depuis le commencement
de la ligne de l'échelle
où eſt la croix juſques
au point au deſſus duquel eſt
le chifre requis , & cette mêGALAN
T.
$ 7
me diſtance ou ouverture de
compas ſe porte depuis le noeud
fait à une extremité du filet
for la longueur du meſme filet
tendu en ligne droite ſur une
table par un petit contrepoids,
& à l'autre bout du compas
avec une plume & de l'encre
on marque un point noir , &
ſemblablement de ce point
marqué on marque la diſtance
du chifre ſuivant , priſe ſur
l'échelle , & lors que ce chifre
eſt un nombre diſenaire ,
on marque encore tout contre
un ſecond point qui ſert de
zero ; ainſi deux points marquez
tout prés à prés ſignifient
toujours un nombre diſenaire,
&de cedernierdes deux points
on marque encore ſur le filet
la diſtance du chifre ſuivant,
& ainſi toujours de ſuite tant
CS
58
MERCVRE
1
qu'ilyaura des chifres , & fi on
veut ſeparer les mots , on mertratrois
points prés à prés .
Voicy le toutdans un exemple.
Pour envoyer les chifres
4.1.10.20.30 . 1. que vous
avez cy- devant trouvez pour
les lettres du mot Comier, faites
un nooeud au bout de voſtre
filet,&de ce noeud , pour marguer
le chifre 4. vous ferez
avecde l'encre noire un point
àla diſtance d'un pouce, parce
qu'un pouce contient quatre
foistrois lignes. De ce premier
point à la diftance de trois lignes
, vous marquerez un ſecond
point pour le chifre 1. &
dece ſecond point à la diſtance
de trois lignes , vous marquerez
un autre pointd'encre
pour le nombre 10. & afin de
reconnoiſtre que ce troifiéme
GALANT.
59
point eſt pour le nombre dixe.
naire , vous marquerez tout
prés un autre point d'encre
qui tiendra lieu de zero;&
du dernier de ces deux points ,
à la distance de fix lignes priſe
fur voſtre échelle avec le compas
, vous marquerez un point
d'encre pour le nombre 20. &
enfuite encore tout prés à prés
un autre point d'encre pour
faire connoiſtre que c'eſt un
nombre dizenaire. De ce ſecond
point vous porterez ſur le
filet avec le compas la diſtance
de neuf lignes priſe ſur voſtre
échelle depuis la croix juſques
au chifre 3.& marquerez cette
diſtance avec un point d'encre
, aprés lequel vous mettrez
immediatement un autrepoint,
pour faire connoiſtre que cette
distance de neuflignes eſt pour
C6
60 MERCURE
1
i
le chifre 3. mais que ce chifre
eſt ſuivi d'un zero. Enfin de
ce ſecond point vous marquerez
à la diftance de trois lignes
un point d'encre pour le chifre
1. Ainſi les fix chifres ſeront
marquez ſur le filetdans
l'étendue ou longueur de trois
pouces & deux lignes , parce
que pour ces fix chifres il ne
faut que la longueur de trois
pouces ,& pour les trois points
qu'on ajoûte aux trois chifres
qui font difenaires , il ne faut
au plus que trois ou quatre
lignes.
On met ce filet blanc ainfr
marqué par pointsd'encre dans
laceintured'un hautde chaufſe
qu'on baille au Meſſager le
jour de fon départ. Le Confi
dent à l'infceu , du Meſſager
prend ce filet & par les diſtanGALAN
T. 61
ces des points qu'il examine
fur une échelleen tout ſemblable
àla voſtre , il connoiſt pour
quel chifre chaque point d'encre
a eſté formé .
ARTICLE V.
Deux Manieres d'écrire fans
T
1
Soupçon , & par des points
invisibles , les chifres employez
pour lefecret,
Premiere maniere , Pour
rendre ce filet hors de ſoupçon ,
vous marquerez les points fufdits
, non avecde l'encre noire;
mais avec de l'eau dans laquelle
aura trempé ou boüilli de
bonnes noix de galle concafſées.
L'eau étant ſechée , ces
points deviendront inviſibles .
Voſtre amy trempera ce filet
62 MERCVRE
"
dans de l'eau , dans laquelle ſera
diſſous du vitriol ; & ces points
deviendront noirs , & par conſequentliſibles
.
Seconde maniere. Faites
voſtre Lettre de compliment
ordinaire , ou d'affaires indif
ferentes . Comptez depuis la
premiere lettre autant de lettres
que le premier chifre con .
tient d'unitez . Marquez un
point d'encre ſur cette lettre ,
&enfuite de cette lettre marquée
excluſivement , faites la
mefme choſe pour tous les autres
chifres . En voicy unexemple.
Pour mander ſecretement
& ſans ſoupçon les chifres
4.1.10.20. 1. 6. 4. 6. 10. 6.
GALANT. 63
1
S
1
9.1.4. 9.1.4.1.8.6.8 . dans ces mots
.. :
:
:
Comiers Ebredunenfis Presbiter
:
..
DoctorTheologus.
Pour le chifre 4. marquez
un gros point ſur la 4. lettre
1. du mot comier. Et pour le
chifre 1. marquez un point fur
la lettre E. qui eſt la premiere
qui fuitaprés la lettre 1. & fur la
lettre R. qui eſt la premiere qui
fuit aprés la lettre E. pour le
chifre 10. marquez
points , afin de faire connoiſtre
que c'eſt un chifre diſenaire .
Sur la lettreEqui eſt la premie.
redu mot Ebredunenfis ,& la feconde
leure aprés la lettre R.
marquez deux points pour
faire connoiſtre que c'eſt pour
deux
64 MERCVRE
le nombre diſenaire 20. & marquez
ainſi de ſuite pour chaque
chifre des points ſur les lettres
qui feront autant éloignées
de la derniere marquée , que
le chifre contient d'unitez ,
marquanttoûjours deux points
pour les nombres diſenaires.
Ainſi , dans noſtre exemple
pour le chifre 30. marquez
deux points ſur le ſecond E.
du mot Ebredunenfis . Sur la
lettre D. marquez un point
pour le chifre 1. Sur la lettre
1. marquez un point pour le
chifre 6. & ſuivant ces meſ
mes regles pour les chifres 4:
6. & so . vous mettrez des
points ſur les lettres E. R. &
deux points fur le dernier o
du mot Doctor , & fur la lettre
L. du mot Theologus , vous mettrez
un point pour le chifre 6.
GALANT.
65
i
Et d'autant qu'il faut enſuite
marquer le chifre 9. & qu'il
ne reſte plus que quatre let..
tres , il faut achever de compter
les cinq lettres qui
manquent en les prenant
dés le commencement , mais
au deſſous des mêmes cinq
mots , Ainficomptant par deffous
le mot Comier cinq lettres ,
vous marquerez un point fous
la lettre E. pour le chifres 9.
Puis pour le chifre 1. marquez
un point ſous la lettre R. Pour
le chifre 4. marquez un point
fous la lettre R. du mot Ebre.
dunenfis.Pour le chifre 1. marquez
un point ſous la lettre
ſuivante E. Pour le chifre 8 .
marquez un point ſous la
derniere lettre S. qui eſt la
huitiéme lettre aprés la lettre
66 MERCVRE
E marquée. Pour le chifre 6.
marquez un point ſous la let
tre I. du mot Presbiter , & enfin
pour le chiffre 8. marquez un
point ſous la huitiéme lettre
ſuivante qui eſt le dernier o
du mot Doctor. Voyez tous ces
points marquez de meſmeſur
les lettres de la ligne qui eſtau
bas de ma planche. On peut
diſtinguer les mots chifrez , en
marquant une virguleaprés le
point du dernier chifre du
mot.
Pour rendre cette maniere
d'écrire hors de ſoupçon ,
faites faire la lettre par la
main , du ſtile & des affaires
de voſtre Laquais . Faites la
adreſſer au Laquais de voſtre
Amy , marquez y àfon inſceu
les points , comme il faut , &
cachetez là . Voſtre amy la
GALANT.
67
recevra des mains de fon Laquais
,& aprés y avoir leu les
avis ſecrets que vous luy mandez
, il vous fera ſecretement
réponſe de la meſine maniere.
Mais parce que ces Lettres
eſtant interceptées ne peuvent
eſtre exemptes de ſoupçon ſi
les points ſont marquez avec
d'encre , bien qu'aucun Expert
ou Verificateur d'Ecritures ne
puiſſe reconnoiſtre par comparaiſon
de caracteres celuy qui
aura formé ces points , il ſera
neanmoins à propos de les marquer
avec de l'eau de noix de
gale. Voſtre amy ayant receu
& ouvertla Lettre , l'étendra
fur une table , & paſſant legerement
par deſſus le papier une
éponge tempée dans de l'eau
vitriolée , ces points inviſibles
68 MERCVRE
Γ
deviendronttnoirs .
On peut s'écrire par les mêmes
points marquez ſur les
Lettres de la Gazette , ou de
quelque petit Livre nouveau.
Ladatte de la lettre ou Billetde
celuy qui envoye le Livre indiquera
la page ou ces points
ſeront marquez .
ARTICLE VI.
Maniere de parler à une &deux
lieuës loin àvoſtre Amy , sans
que perſonne entende ce que
vous luy dites, :
Soit propofé de faire ſçavoir
à un Amy , à une licuë loin ,
ces trois mots , Comier Aveugle
Roial.
Trouvez premierement par
le moyen de voſtre mot du
GALANT. 69
guet 28a die Februarii 1690..les
chifres 4. 1.10.20.30.1.6 . c .
Puis commençant à la main
gauche diviſez toute cette
longueur de chifres de quatre
en quatre , mais lors qu'il
faudroit mettre cinq chifres
àmoins que de ſeparer le chi.
fre d'avec le zero qui le ſuit ,
vous ne prendrez pour lors
que trois chifres . Voyez le tout
pratiqué dans cet exemple.
4.1.10.120.30.11 . 64615069.
bc.
Avec une bonne trompette
quele commun appelle parland
se , avertiſſez premierement
voſtre Ami par quelque chanfon
, ou autre parole , de ſe
préparer à vous écouter , &
quand vous aurez connu par
quelque autre ſignal , qu'il eſt
préparé , prononcez fortement
70
MERCURE
,
&bien distinctement la valeur
des chifres de chaque claſſe ,
en parlant ainſi , Quatre mille
cent dix , & un moment aprés
prononcez auſſi ces mots bien
artículez Deux mille trente ,
puis prononcez Millefix cens
quarante-fix puis cing millefoixante
&neuf, &r. Voſtre Ami
écrira en méme temps en
chifres les mêmes nombres à
meſure que vous les prononcerez
par paroles ; & ainſi il
trouveraavoir écrit toutde fui .
tele nombre 4.1.10.20.30.1.6 .
&c. que par le mot du guet ,
28 a die Februarii 1690. il inter
pretera& trouvera ſignifier les
trois mots Comier, Aveugle Roial.
On peut facilement faire cet
eſſay de parler par chifres méme
par la voye naturelle. Vôtre
Ami eſtant dans un pavillon,
GALAN Τ. 71
}
1
"ou au bout d'une l'ongue allée,
&vous dans l'autre,où la Compagnie
vous donneraquelques
mots pour les luy faire ſçavoir
en parlant par les nõbres,il déchifrera&
redira à haute voix.
Par exemple , le ſuis vostre, &c.
Comiers , Aveugle Roial.
Vous trouverez dans ma
Lettredu mois prochain ce qui
reſte de cet Ouvrage , ſelon les
articles que Mr Comiers a
marquez au commencement
de ce Traité.
Vous avez eu raiſon , Mada
me , de ne pas douter de la verité
du Brefdu Pape àMadame
de Maintenon , dont je vous
fis part dans ma Lettre du mois
paffé, puiſque je ne vous envoyerois
pas des choſes de cette
importance, ſans être affeuré
qu'elles fuſſent veritables . En
1
72
MER CURE
voicy encore un autre , dont
la ſuſcription vous apprendra
à qui il eſt adreſſé.
A LA
TRES- NOBLE DAME ,
Noſtre chere Fille en J. C.
La Ducheſſe de Chaunes.
ALEXANDRE PP . VIII .
Noble Dame , nostre chere Fille
en 7. C. Nous ne trouvons point
d'expreſſion capable devous temoigneriusques
àquelpoint nous a esté
agreable la Lettre que vous nous
avez écrite,par laquellevous nous
faites connoistre letransport dejoye
que vous a causénostre exaltation
au Pontificat,carenveritéce nous
est un fort grand plaisir desçavoir
la part que prend en ce qui nous
touche
GALANT.
73
touche une perfonne dont la vertu
les belles qualitez lay ont autrefois
acquis dans ce Theatre des Nations
l'estime de tout le monde ,
ی م
principalement la nostre. Nousfouhaitons
aussi que vous teniez pour
choſe conſtante que nous embrassevons
avec plaisir les occafions que
nous defirons rencontrerdevous donner
des preuves effectives de l'épanchement
ſenſible de bien-veillance
que nous vous exprimons , sur tout
eu égard aux merites infignes , &
qui nous feront toujours prefens ,
que s'est fait auprés de nous
noftre cher Fils vostre noble Epoux
leDuc de Chaunes , en procurant
Selon les intentions du Roy tres-
Chreftien nostre exallation au pontificat,
dont nous étendons mesme
de bon coeur la reconnoiſſance fur
toute sa famille. Cependant nous
prions Dieu , Souverain diſpenſa-
May 1690. D
72
MER CURE
voicy encore un autre , dont
la ſuſcription vous apprendra
à qui il eſt adreſſé .
A LA
TRES- NOBLE DAME ,
Noſtre chere Fille en J. C.
La Ducheſſe de Chaunes.
ALEXANDRE PP . VIII.
Noble Dame , nostre chere Fille
en 7. C. Nous ne trouvons point
d'expreſſion capable devous remoigner
iuſques àquelpoint nousa esté
agreable la Lettre que vous nous
avez écrite,par laquellevous nous
faites connoitre letransport dejoye
que vous a causénostre exaltation
au Pontificat , carenverité ce nous
est unfort grand plaisir desçavoir
la part que prend en ce qui nous
touche
GALANT .
73
touche une perfonne dont la vertu
&les belles qualitez lay ont autrefois
acquis dans ce Theatre des Nations
l'eftime de tout le monde , &
principalement lanoſtre. Nousfouhaitons
auſſi que vous teniez pour
choſe conſtante que nous embraffevons
avec plaisir les occaſions que
nous defirons rencontrer devous donner
des preuves effectives de l'épanchement
ſenſible de bien - veillance
que nous vous exprimons , sur tout
eu égard aux merites infignes , &
qui nous seront toujours prefens ,
que s'est fait auprés de nous
noſtre cher Fils vostre noble Epoux
leDuc de Chaunes , en procurant
Selon les intentions du Roy tres-
Chreftien nostre exallation au pontificat,
dont nous étendons mesme
de bon coeur la reconnoiſſance fur
toute sa famille. Cependant nous
prions Dieu , Souverain difpenfa-
May 1690. D
74
MERCURE
teur , de vous combler de toutes
fortes de biens , & d'un Zele de
Pere, nous vous donnons enfinnoftre
Benediction Apostolique. A Rome
le 7. Nov. 1689 .
Les grands Capitaines font
une ſi éclatante Figure dans le
monde que leur mort eſt ſceuë
partout preſque aufſi -toſt qu'-
elle est arrivée. Ainſi il eſt impoſſible
que vous ignoriez celle
duPrinceCharles de Lorraine.
Le 18. du dernier mois , eſtant
à Vvelo d'où il devoit aller
s'embarquer à Lints en Auſtrichequi
en eſt éloigné de quatre
lieües ,& paffer delà à Vienne
, il ſe rendit à quatre heures
du matin dans l'Egliſe des
Capucins . Il y entendit la
Meſſe avec beaucoup de devotion
, & fut furpris tout à
coup d'une fluxion fur l'oGALANT.
75
ce
reille droite , malgré laquelle
il vouloit partir , mais un de
ceux qui l'acompagnoient ,
s'eſtant apperceu qu'il ſe trouvoit
mal , le preſſa de demeurer.
La Auxion s'eſtant augmentée
en peu de temps s'étendit
juſqu'à la gorge ,
qui l'obligea de ſe mettre au
lit , & de faire appeller un de
ces Peres pour le confeffer.
Aprés la Confeſſion il ſe fit
faigner deux fois par ſon Chirurgien
qui eſtoit François , &
ſon enfleure , bien loin de
diminuer , s'eſtant augmentée
de telle ſorte qu'il n'avoit
plus la parole libre , on luy apportale
Viatique qu'il receut
avee toutes les marques que
l'on peut donner d'une parfaite
reſignation à la volonté
de Dieu. Enſuite il écrivit
D 2
76 MERCVRE
i
une longue Lettre à Sa Majeſté
Imperiale , & la donna à
fon Confeffeur avec d'autres
Papiers cachetez , & un Billet
où ces mots eſtoient écrits.
Sacre Casarea Majestati Augustiſſima
commendat se , &
ultimum vale dicit Carolus à
Lotaringia. Le Pere Gardien
eſtant arrivé avec neuf Preftres
de ſes Religieux , ainſi
que le Doyen & la ploſpart
des Chapelains de la Ville , il
ſe diſpoſa à mourir , & on luy
donna l'Extréme - Onction
pendant qu'il avoit les yeux
&la bouche continuellement
attachez ſur un Crucifix qu'il
tenoit entre ſes bras. Aprés
cela , il fit ſigne avec la main
qu'on luy donnaſt du Papier,
& il écrivit , Orent , commendationem
anima , ce qui fut auſſi-
د
GALANT.
a
1
1
1
1
1
77
toſt executé. Lors qu'on eut
finy cette Priere , il montra fon
Rofaite aux Aſſiſtans qui ef.
toient en tres grand nombre ,
&qui comprirent qu'il les invitoit
à le reciter pour le ſalut
de ſon ame , & enfin prenant
le Crucifix entre ſes bras , la
bouche appuyée ſur la playe
du coſté , il fit figne au Pere
Gardien de reiterer la recommandation
de l'Ame
د
pendant
laquelle ce Prince expira .
Tous ceux de ſa ſuite ſe trouverent
fi penetrez de douleur
d'une mort ſi prompte , qu'aucun
d'eux ne fut en eſtatde porter
cette nouvelle à la Reyne
Doüairiere de Pologne ſa Fem
me. Ainfi elle luy fut annoncée
par un fimple Domeſtique.
On ouvrit ſon corps , & on lay
trouva le poumon un peu gâté .
D 3
78 MERCVRE
Il avoit quarante- ſept ans accomplis
, eſtant né à Vienne
au mois d'Avril 1643. Charles
II. Fils de François. Duc de
Lorraine, eut trois Fils deClaude
France , ſeconde Fille du
Roy Henry II .& deCaterine de
Medecis ; fçavoir , Henry Duc
de Lorraine,Charles Cardinal,
& François Comte de Vaudemont.
Henry mort en 1624.
laiſſa deux Filles, Nicole Ducheſſe
de Lorraine & Claude ,
&François , Comtede Vaudemont
ſon Cadet , qui mourut
en 1632. laiſſa deux Fils, Charles
III . & François Nicolas,
qui épouferent les deux Filles
de Henry leur Oncle. Charles
III . Mary de la Princeſſe
Nicole , eſt celuy qui s'eſtrendu
de nos jours ſi remarquable
par ſes inconſtances & qui ,
}
79
GALANT.
:
}
:
1
1
j
aprés avoir fait un Traité avee
le Roy le 6. Février 1662. par
lequel il cede tous ſes Eſtats à
Sa Majesté ſous des conditions.
avantageuſes à toute fa Maifon
, n'a pas laiſſé depuis ce
temps - là de cabaler à fon ordinaire
, & de faire une ligue
offensive & défenſive contre
la France , juſque à ſa mort arrivée
à Brikenfeldt en 1675 .
François - Nicolas ſon Frere
puiſné de la Princeſſe Nicole ,
Charles - Leopold - Nicolas-
Sixte , connu ſous le nom du-
Prince Charles. C'eſt celuy
dont la mort précipitée donne
lieu à cet article . On voit par
la maniere dont il a fini fes
jours ,que ſi ſa vie a fourny a
toute la Terre un exemple de
moderation , ſa mort a édifié
tous les Chreſtiens. Il a ſceu
conſerver ſa picté en ſe ſigna-
D 4
80 MERCVRE
lant dans le métier de la guerre
, & la fierté qu'elle inſpire ,
n'a pu changer l'extreme douceur
qui luy eſtoit naturelle ,
en forte qu'il a toujours fait
paroiſtre une grande modeſtie
avec beaucoup de valeur. On
ne peut avoir plus de confiance
qu'en avoient en luy les
Troupes qu'il commandoit ,
auſſi peut- on dire qu'il recevoit
également des louanges
de celles qu'il menoit au combat
, & de celles qui combattoient
contre luy. Il falloit
eſtre auſſi ſage& auſſi prudent
que ce Prince , pour empêcher
la defunion des Troupes des
differens Alliez dont il avoit
le commandement. Of en a
ſouvent vû dans un campement
ſe plaindre de leurs quartiers
, & quand cela arrivoit, il
}
GALANT. I 8г
4
vouloit leur ceder les ſiens , &
ordonnoit à ſes Troupes de ſe
retirer , ce qui rempliſſoit de
confuſſion ceux qui ſe plaignoient
, & les engageoit à demeurer
dans les quartiers
qu'on leur avoit aſſignez. Je
ne puis mieux vous prouver
qu'il meritoit les loüanges que
toute la terre luy a données ,
qu'en vous diſant , que leRoy.
n'a jamais parlé de ce prince,
qu'en marquant qu'il avoit
pour luy beaucoup d'eſtime.
C'eſt ce quim'a autoriſe àvous
en parler dans pluſieurs de mes
Lettres , en des termes aufſi
avantageux que j'ay fair. Ces
fortes d'éloges ont toujours
eſté ſi bien recens à la Cour,
que je puis dire qu'ils m'ont
ſouvent attiré des applaudiſſemens.
Quoy que ſa bonté &la
DS
82 MERCURE
grandeur d'ame duRoy ſe remarquent
tous les jours , l'une
& l'autre parurentencore dans
ce que ce monarque dit à la
gloire de ce Prince , lors qu'on
luy apporta la nouvelle de ſa
mort. Sa Majeſté n'a pas imité
encela ceux qui ne ſçauroient
ſouffrir les grands hommes
pendant leur vie , & qui entraînez
par le torrent , fetrouvent
forcez aprés leur mort
d'endiredu bien comme lesautres
, puis que fe faisant une
gloire de rendre juſtice au vray
merite , meſme en la perſonne
deſes ennemis , Elle a toujours
tena le meſme langage,
Comme il est bien malaiſé
d'acquerir beaucoup de gloire
ſans que l'envie cherche
àl'obscurcir , le Prince Charles
n'a manqué ny d'Enoc
GALANT . 83
mis ny d'envieux , & on luy
a ſouvent donné des loüanges
empoisonnées , comme il paroiſt
dans l'ouvrage appellé
Portraits des Generaux de l'Em..
pereur , dans lequel on dit qu'il
est haineux , je me ſersdu mefme
terme que l'Auteura employé
pour noircir la reputation
de ce Prince , pretendant
que c'eſt un defaut auquel on
voitun fort grand nombre de
devots ſujets. Cependant fi
l'exemple du contraire que je
vais vous rapporter eſt veritable
, comme l'on m'en a afſuré ,
on demeurera d'accord que
c'eſt fort injustement qu'on l'a
accuſé de cette foibleſſe.
L'Empereur ayant beſoin
d'un General pour envoyer en
Hongrie , parce qu'il vouloit
que l'Electeur de Baviere &
D6
84 MERCVRE
le Prince Charles comman
daſſent fur le Rhin , demanda
confeil à ce dernier , ſur le
choix qu'il devoit faire. Le
Prince Charles de Lorraine
nomma le Prince Louïs de
Bade , & luy fit un élogede ſa
vigilance & de fon courage.
L'Empereur ſurpris de cette
loüange , luy dit qu'il n'avoit
pas cru qu'il duſt avoir de fi
favorables ſentimens pour un
Prince qu'il avoit ſujet de
croire ſon ennemy. Le Prince
Charles luy répondit , Que lors
qu'il s'agiſfost du fervite de Sa
Majesté Imperiale , ilne regardoit
que le merite, & que rien ne l'empécheroit
jamais de luy rendre ce
qu'on luy devoit dans quelque Sujet
qu'ilse rencontrast. L'Empereur
convaincu de la capacité du
Prince de Bade pour comman
GALANT.
85
der ſes Armées , par les chofes
queluy en dit un Prince ſage ,
quel'intereſt ſeulde la verité
faifoit parler, nomma le Prince
de Bade General de fon Armée
en Hongrie , & luy dit
en meſme temps , que le choix
qu'ilfaisoit deſapersonne , venoit
du confeil du Prince Charles ,&
qu'il devoit l'en aller remercier.
Le Prince de Bade y alla , &
non ſeulement il luy marqua
ſa reconnoiſſance dans les termes
les plus forts & les plus
reſpectueux ; mais illuy jura
qu'il feroit inviolablement
attachéà ſes intereſts , & écrivit
auſſitoſt au Prince Herman
de Bade ſon Oncle , qui prefidoit
à la Diete pour l'Empereur
, que s'il n'entroit dans les
mémes fentimens , il renonçoità
L'amitiéque leſang avoit érablja
entre eux
86 MERCVRE
Les Lettres queje vous écris ,
&que vous me permettez de
rendre publiques , cſtant un
champ ouvert pour tous les
partis , il y a longtemps que
j'ay declaré que je n'en prens
point ,& que je rapporte fimplement
les faits. Ainſi je ne
puis me diſpenſer de vous
dire qu'il s'eſt élevé un démeflé
parmy les Sçavans , à
l'occaſion de ce que je vous
manday la derniere fois touchant
les Tables que Mr Mariette
a faites des diviſions du
Monde , du Firmament , &
des Climats. Cet Article a
donné lieu à la Lettre que vous
allez lire.
2
GALANT. 87
LETTE DE M .....
fur les Ouvrages du Pere
Coronelli.
MONSIEUR.
L'ay esté fort Surpris de trowver
le nom de Mr de Tralage dans
leMercureGalant du mois d' Avril
1690. page 102. Il m'a prié de
vouloir bien éclaircir ce que l'on y
ditde luy. Pourlefaire avec ordre,
ilest bon de rapporter icy les paroles
du Memoire que M. Mariette a
fourny à l' Auteur du MercureGa-
Lant. Les voicy.
Mr de Tralage , Neveu de
Mrdela Reynie , à qui le Pere
Coronelli , Colmographe de
la Republique de Venise , eſt
redevable de ce qui peut eſtre
88 MERCURE
1
demeilleur dans lesCartes qui
ſe publient fous fon nom àParis
, ayant confulté l'Auteur
touchant ce qu'il trouveroità
propos d'eſtre executé ſur le
grand Globe Celeste de ce Pe.
re , il luy fit part des avis que
je viens de vous marquer qu'il
ne manqua pas de luy envoyer
en 1687. Ils plurent tant au
Pere Coronelli , qu'il ſe ſervit
des termes qui ſuivent pour
l'en remercier l'année ſuivante.
Sono fpiritofi & eruditi gli
ricordi del ſoggeſto mandato
mi ſopra il noſtro Globo celeste,
& aggradirei fommamente di
conoſcerlo per diftinguerli le
mie obligationi.
Mr Mariette attribue dans ce
Memoire trois choses à Mr deTralage.
1. Qu'iltravaillefur les Cartes
du P. Cornelli.2 . Que ce qu'it
GALANT. 89
amisfur ces Cartes est ce qu'il y a
demeilleur .3. QueMr de Tralage a
consulté Mr Mariettefurle Globe
celeste de ce Pere.
Mr Mariette me permettra de
lay dire qu'il avance tout celafans
aucune preuve. Le P. Coronelli
étant à Parisfit connoiſſance avec
ungrand nombre de perſonnesscavantes
qui luy ont fourny des Memoires
ou donné des avis , & plufieursfefont
affociez pour avoir les
Globes qu'il fait graver à Paris &
à Venise. Enun mot le P. Coronelli
a connu plus de cent Perſonnes diſtinguées
par leur qualité ou par
leur érudition dans lafeule Ville de
Paris ,& l'on nevoit pas pourquoy
Mr Mariette s'est aviséde nommer
plutoſt Mr de Tralage qu'aucun
des autres amis du P. Coronelli. Fb
eft vray que fur la Carte de l' Afie
de ce Pere gravée à Paris , ily a un
90
MERCVRE
4
T
Avertiſſement où l'on a remarqué
que c'est un François des Amis
du P. Coronelli qui a faitpluſieurs
corrections& augmentations
fur ces Cartes ; &fur celle
duGlobe terrestre qui a paru depuis
peu ; cet amy est nommé Tille.
mon , Si se nom est veritable &
qu'il y ait effectivement un des
amis du P. Coronelli qui s'appelle
ainsi, pourquoy est ceque Mr.Mariette
attribue fon Ouvrage à un
autre ? Si au contraire c'est un nom.
Supposé , qui est cequi a chargéM.
Mariette de faire connoistre un
Auteur malgré qu'il en ait ? Il est
aisé de conclure de là que M. de
Tralage est en droit de defavoüer
tout ce que M. Mariette a avancé
là-deſſus trop bardiment , & de
Son chef.
La seconde propoſition de M.
Mariette n'est pas plus veritable
GALANT .
وا
quela premiere. Il pretend que le
P. Coronellieſt redevable à Mr
de Tralage de ce qui peut eſtre
de meilleur dansles Cartes qui
ſe publient fous fon nom à
Paris. Il faudroit pour bien juger
de ces corrections to de ces augmentations
, que M. Mariette euft
entre les mains les Deffeins originaux&
manuscripts des Cartes du
P. Coronelli d'une part ,& de l'antre
les Corrections du Sieur Tillemon
, & aprés avoir bien examiné
&comparé le tout ensemble , peuteftre
qu'il auroit pû dire que ce
qu'ily a de meilleurfur ces Cartes
venues de Venise , y a esté mis à
Paris par le ſicur Tillemon ; mais
il est tres certain que M. Mariette
n'arien veu de tout cela , &qu'il
n'a eu ces Cartes que lors qu'elles
ont esté exposées en ventes : c'est
doncmal à propos qu'il decide fur
92
MERCVRE
une chose qu'il nesçaitpoint.
M. Mariette dit en troisième
lien que Mr de Tralage l'a conſulté
touchant ce qu'il trouveroit
à propos d'eſtre executé
fur leGrand Globe celeſte du
Pere Coronelli. M. Mariette
Se vante icy d'une chose qui n'est
pas mesme vraysemblable. Ceux
qui le connoiffent particulierement
Savent fort bien que si on le doit
confulter, cewest pas sur l'Astronomie.
Si l'on avoit eu quelques avis
à demander pour perfectionner ce
Globe celešte, onse feroit adreſſséà
quelques uns de Messieurs de l'Ob-
Servatoire Royal , dont l'érudition
eft connue de toute l'Europe. Il eft
vray que M. de Tralage a montré à
M. Mariette quelques épreuves
des Figures de ce Globe celeste , parce
qu'il sçavoit que M. Mariette
estoit fils &frere de deux fameux
GALANT.
93
Marchands de Tailles- Douces à
Paris , & que luy ayant passé par
les mains quantité d'Estampes , il
vouloit sçavoir de luy ce qu'ilpenfoit
du Deffein&de la Graveure
de ces Figures. Au lieu de répondre
là - deſſus , il luy donna un Memoi
re des choses qu'ilprétendoit devoir
estre ajoutées sur ce Globe. Onl'envoya
au P. Coronelliſans luy nom.
mer l'Auteur de ce Memoire. Ce
Pere qui est fort civil , apprenant
en general qu'il eſtoit d'une per-
Sonne que M. de Tralage connoffoit,
fit là deſſus le compliment que
M. Mariette a rapporté dans ſon
Memoire. Ilferoit àſouhaiter qu'il
n'eust point trop pris à la Lettre des
paroles honneſtes d'une Lettre Italienne
, &qui dans lefond ne concluent
rien , & qu'il nese fustpas
imaginé que c'estoit une approbation
autentique de fon Memoire
94
MERCVRE
N
&deſes Opinions particulieres.
On ne dira rien presentement
furlesTablesde M. Mariette, dont
ilest tres amplement parlé dans le
Mercure d'Avril pag. 89. Les
habiles gens en jugeront , &verrontsiM.
Mariette est un astro
nome affezfameux pour avoir droit
d'establirun nouvel ordredansl'arrangement
des Constellations , &
pour inventerde nouveaux termes
dans certeScience. C'est à quoy M.
deTralagene prend aucune part ,
il a voulu seulementse deffendre
pource qui leregardoit perſonnellement
, c'est ce que j'ay taché defaireensuivantà
peuprèssa pensée.
Ieſuis vostre &c,
A Paris, ce12 . May 1690.
• Tous les coeurs ne font pas
également diſpoſez pour les
GALANT.
१९
impreſſions de l'amour ; elles
fontbeaucoup plus vives dans
les unsque dans les autres , &
- l'avanture dont je vais vous
faire part en eſt un ſeur témoignage.
Un Cavalier galant &
bien fait , à qui ſon Pere , mort
depuis deux ans , avoit laiſſe
de grands biens , fut obligé
- d'aller paſſer quelques jours à
une Terre fort conſiderable ,
oùdesbaſtimens à reparer rend
doient ſa prefence neceſſaire.
Il n'y fut pas plûtoſt arrivé qu'il
donna ſes ſoins pour cequ'il vit
qui preſſoit leplus , & crutdevoir
prendre cette occaſion
pour viſiter la Nobleſſe de ſon
voiſinage. Il alla ſur tout chez
une Dame extrémement eſtimée
dans le Païs ,& fut furpris
de labeauté d'unejeune Niece
qu'il vit auprés d'elle. A bien
96 MERCURE
examiner tous ſes traits on ne
les pouvoit trouver entierement
reguliers ; mais ils étoient
tellement piquans , & la vivacitéde
ſon teint les faiſoitbril .
ler avec tant d'éclat , qu'on ne
voyoit en la regardant quedes
amours& des graces. Vn ſoufrire
gratieux la rendoit aimable
en tout ce qu'elle diſoit ; &
quoy qu'elle n'euſt encore que
quinze à ſeize ans , fon eſprit
eſtoit auſſi formé que ſa taille.
Elle l'avoit doux & fort enjoüé
,& fon enjoüement eſtoit
ſouſtenu d'une grande modeſtie.
Le Cavalier ne ſe laſſa
point de jetter les yeux ſurelle ,
& en luy donnant beaucoup
de loüanges , qui firent connoiſtre
qu'il avoit autant d'efprit
qu'il eſtoitgalant, il felicita
la Tante ſur le bonheur d'avoir
4
GALANT
97
voir une Niece auffi accomplie
qu'il la voyoit. On luy répondit
fort civilement , & la con.
verſation fut interrompuë par
l'arrivée de deux ou trois Gen
tilhommes des environs , qui
vinrent l'un aprés l'autre , &
qui debiterent force douceurs
à l'envy à cette belle Perſonne ,
mais d'une maniere aſſez campagnarde
pour bien divertir le
Cavalier & la Tante La Nieee
àqui leurs hommages eſtoient
adreſſez , ſe tiroit d'affaire admirablement
, & ſçavoit mêler
dans la pluſpart des réponſes
qu'elle leur faifoit , une fine
raillerie qui faisoit voir que le
foible de chacun luy estoit
connu. L'un d'eux luy ayant
parlé un moment tout bas , elle
dit tout haut qu'elle n'écoutoit
jamais rien de cette forte , &
May 1590 .
E

98. MERCVRE
i que cependant elle vouloit
bien luy répondre en general
qu'elle avoit toûjours entendu
dire que les Filles ne ſçavoient
ce que c'eſtoit que d'avoir un
coeurs qu'on l'avoit remiſe entre
les mains de ſa Tante , c.
que quand on luy diroit quelque
choſe qui ne feroit pas de
ſa portée, ce ſeroit par elle feule,
qu'elle en recevroit l'explication
. Ce diſcours tit connoî
tre au Cavalier que cette Tante
avoit le pouvoir de diſpoſer
de ſa Niece , & un sentiment
ſecret qu'il ne pouvoit encore
démeſler, l'obligea d'avoir mil
lehonneſtetez pour elle. Comme
il avoit un veritable merite
, & qu'une longue habitude
parmy le beau monde , luy en
avoit fait acquerir la politeſſe,
la Tante le voyoit avec plaiſir.
GALANT .
و و
&le favorable accueil que la
Niéce luy faifoit, le rendit fort
affidu dans ſes viſites. Tout le
chagrin qu'il avoit , c'eſtoit de
la voir toûjours environnée de
ſes Amans campagnards , mais
eela n'empeſchoit point qu'il
ne luy diſt fort ſouvent des
choſes flateuſes ,& il avoit la
douceur de remarquer , que
tout ce qu'il luy difoit en étoit
receu d'une façon aſſez diſtinguée
pour luy donner lieu de
croire qu'elle ſe faiſoit unplaifir
de l'écouter. Cela dura
quinze jours , & à force de la
voir & de bien gouſter ſon
humeur & fon eſprit , le Cavalier
qui estoit vifſur la paſſion ,
en devint ſi amoureux , que
dans la crainted'eſtre prevenu
par quelqu'un de ſes Amans,
dontl'un eſtoit extrémement
E2
100 MERCURE
riche , il ſe reſolut de ſe decla.
rer . Il en prit l'occaſion deux
jours aprés , que s'eſtantrenda
de bonne heure chez le Dame ,
il y fut receu par laNiéce ſeule
tandis que ſa Tante donnoit
quelques ordres Domeſtiques.
Illuydit d'abord tout ce qu'une
forte paffion peut inſpirer de
tendre ,& luy demanda enſuite
s'il feroit affez heureux pour
neluy déplaire pas en parlant
de mariage ; qu'il avoit affez
de bien pour luy pouvoir faire
un party avantageux , & que
pourveu qu'elle l'aſſeuraſt que
ſa perſone ne luy eſtoit pas-defagreable,
ſes Parés ſeroient les
maiſtres de tout . La Belle ſurpriſe
d'une declaration ſi peu
attenduë , luy répondit qu'elle
voyoitbien par la maniere dont
il s'expliquoit , qu'il luy falloit
:
E
GALANT . 101
parler ſerieuſement ; que les
ſentimens de confideration
particuliere qu'il venoitde luy
marquer , luy faifoient honneur
, & que meſme elle vouloit
bien luy avoüers qu'elle
P'eſtimoit aſſez pour ne douter
pas qu'ils ne luy euffent fait
plaifir ſi elle ſe fuft trouvée
dans un autre eſtat que celuy
où elle eſtoit , mais qu'elle ne
devoit plus luy cacher que ſes
Parens l'avoientmariée depuis
fix mois à un vieux Gentilhomme
fortriche , dontla Ter
re eſtoit éloignée de trente
lieuës ; qu'ayant eſté appellé
àParis pour une affaire pref
fée , il l'avoit amenée chez fa
Tante , où il la laiſſoit jufqu'à
fon retour ; queſe voyant
dans un lieu où elle n'eſtoit
connuë de perſonne , & eſtant
--
E 3
102 MER CURE
k
perfuadée que ſa jeuneſſe &
un peu d'agrément dans ſa
figure , luy attireroient les
voeux de quelques Provinciaux
, elle l'avoit priée de
ſoufrir , qu'elle paſſaſt pour
Fille chez elle afin de ſe donner
ce plaiſir , qu'il en avoit veu
l'effet parles douceurs que luy
debitoient certaines gens qu'-
elle n'avoit pas affez eſtimez
pour ſe mettre en peine deles
détromper , mais que pour luy ,
elle eſtoit fachée de voir
qu'il euſt pris pour elle une
paſſion qu'elle n'avoit pas pretendu
luy inſpirer , puisqu'elle
devoit luy être inutile , &qu'-
elle conſerveroit un ſouvenir
éternel de ſa generofité ſur les
avantages qu'il auroit voulu
luy faire,ſi elle cuſt eſté ce qu'il
la croyoit. Le Cavalier demeu -
GALANT .
103
ra comme immobile à cette
réponſe , & voyant entrer la
Dame , ilfe plaignit de la cru
auté qu'elle avoit euë de confentir
à le rendre le plus mal
heureux de tous les hommes
faute d'avoir voulu l'éclaircirl
Enſuite il luy expliquaſes ſen.
timens avec plus de force qu'il
n'avoit fait à ſa Niece , elle fut
étonnéede voir en ſi peu de
temps une paſſionſi vive. Ce
pendant il fut contraint de la
renfermer entierement dans
ſon coeur. Cela le rendit plus
melancolique , mais il n'en
eut pas moins d'empreſſement
à continuer de voir la Belle , à
quin'oſant plus parler d'amour,
il ne laiſſoit pas de dire mille
choſes obligeantes qu'elle rece
voit agreablement. Cet innocent
commerce dura encore
E 4
104 MERCVRE
dix ou douze jours. Le Mary
eſtant revenu un foir , emmena
ſa femme dés le lendemain ,&
le Cavalier partit preſque en
meſme temps . Il ne futpas plu
toſt à Paris , que pour éloigner
l'image flateuſe qui s'offroit à
luy à tous momens , il voulut
voir tout ce qu'il y connoiffoit
de belles Perſonnes , mais rien
ne put effacerde ſon eſprit les
fortes impreſſions que la jeune
Dame y avoit faites.Enfin trop
rempli de ſon idée , il crut qu'il
la banniroit en faiſant quelque
voyage. Il alla en Italie , & paffa
trois ans à voir ce qu'elle a de
plus curieux. Son eſprit diſtrait
par tantd'objets differens
s'occupa moinsde ſa paffion , &
il revint à Paris , & plus tranquille
du coſté du coeur , &
plus poly furbeaucoup de choGALANT.
τος
:
:
ſes. Si toſt qu'il fut de retour ,
non ſeulement il reprit fes
premieres habitudes , mais il
en fitde nouvelles. Une Dame
d'un fort grand merite , mais
qui eſtoit extrémement laide ,
ſouhaita qu'il fuſt de ſes Amis.
Il luy trouva infinimentde l'efprit
,& fa converſation luy faiſant
plaiſir , fa laideur n'empefcha
pas qu'il ne la viſt fort aſſidument-
Elle avoit une Fille
aſſez jolie , mais d'un genie
mediocre , & leCavalier naturellement
honneſte , luy parlant
obligeamment , comme
l'on fait à toutes les Filles
qu'on flate toujours , on s'i.
magina que ſes frequentes
viſites venoient de l'amour
qu'il avoit pour elle . Le bruit
en courut; & unde ſes Amis
luy diſant un jour qu'on ne
Es
106 MERCURE
:
doutoit pasqu'il n'en fuſt tou
ché , il l'affura qu'il eſtoit fort
àcouvert d'un engagement de
cette nature. Là-deſſus il luy
conta tout ce qui s'eſtoit paflé
entre luy & la jeune Dame /
qu'il ne pouvoit oublier , &
porta fi loin ce qui luy reſtoit
dans le coeur pour elle , qu'il ſe
tenoit feurde refiſter à la plus
belle Perfonne. Son Ami ſe mit
à rire ,&le pria de l'accompagner
chez une Veuve dont il
vouloitluy donner la connoiffance,
l'aſſeurant que s'il pouvoitla
voirquelque temps fans
que fon repos en fufttroublé ,
il le croiroit auſſi inſenfible
qu'il prétendoit l'eſtre ; que
pour luy il l'avoit aimée juſqu'à
la folie , mais qu'enfin
n'ayant pû vaincre ſon indiffezence,
non plus que biend'auGALANT.
107
tres qui n'avoient pas eſté plus
heureux que luy , il s'eſtoit vũ
obligé de la voir plus rarement,
& deferefoudre à n'eſtre que
fon Ami . Le Cavalier qui cherchoit
luy-meſme tout ce qui
pouvoit contribuer à ſa gueriſon
ſuivit fon Ami chez cette
Veuve; mais qu'elle ſurpriſe ,
lors qu'en entrant dans ſa
chambre , il la reconnut pour
lajeune Dame qui l'avoit charmé
: Si la joye qu'il en montra
parut exceſſive l'accueil que
luy fit la Dame fut fi obligeant
qu'il cut tout ſujet d'en eſtre
content. Son Ami ayant com.
pris parleurs premieres paroles
cequ'ils n'eurent pasbeſoin de
lby expliquer , leurdit en riant
qu'il ſe connoiſſoient affez
pour fe paffer aisément de
Iny ,St les lauffa raiſonner tout
E6
108 MERCVRE
à loiſir ſur la rareté de leur
avanture. Le Cavalier ne pouvoit
trouver d'expreſſion afſez
forte pour témoigner à la
Dame le tranſport de joye où
il eſtoit. Il apprit d'elle que
quelque temps aprés qu'elle
leut quitté , ſon vieux Mary
eſtoit mort fubitement ; que
comme par ſon Contrat il luy
avoit fait des avantages qui la
mettoient en eſtat de mener
une vie douce & commode
elle eſtoit venuë prendre maifon
à Paris où eſtoient tous ſes
parens; qu'elle y avoit demandé
de ſes nouvelles , qu'on luy
avoit dit qu'il eſtoit en Italie,
& qu'elle s'eſtoit ſi bien trouvée
du Veuvage , que quoy
que pluſieurs Partis ſe fuffent.
offerts, elle n'avoit vouluécouter
perſonne. Le Cavalier ne
GALANT.
109
manquapas de parler pour luy,
mais elle luy dit qu'il ne faloit
pas aller ſi viſte , & qu'outre
qu'elle étoit affez irreſoluë fur
le changement d'eſtat qu'illuy
propoſoit il ſeroit bon pour
luy même qu'il la connuſt un
peu davantage. Deux mois ſe
paſſerent ſans qu'elle terminaſt
rien ; mais enfin ils eſtoient
nez l'un pour l'autre, &le panchantl'emporta.
Elle ſe ſouvint
qu'il l'avoit aimée purement
pour elle , & de la maniere la
plus deſintereſſée , & fa conſtance
obtint le conſentement
qu'elle ne pouvoit refuſer à ſo,n
amour.
Je vousay déja mandé que,
Mr Bignon avoit eſté choiſi
par le Roy , pour eſtre premier
Preſident au Grand Confcil.
Il faut vous dire aujourd'huy
110 MERCVRE
ce qui ſe paſſa le mois dernier
àla reception de ce digne Magiſtrat
, & de huit autres Preſidens
qui ont eſté créez dans
cette illuftre & fameuse Compagnie.
On ſçait qu'autrefois
c'eſtoit le ſeul Conſeil de nos
Rois qui connoiſſoit des affai.
res les plus importantes de
l'Estat , & le nom auguſte de
Grand Confeil du Roy , qui luy
reſte encore , & fa Iurifdiction
qui va auffiloin quele Royaume
, en ſont une preuve. Perſonne
n'en met l'ancienneté en
doute ; elle eſt telle quil n'y
a perſonne qui en ſcache la
veritable origine . Les Chanceliers
de France ont toujours
eſté les Chefs de ce Corps,
&jugeoient avec les Maiſtres
des Requeſtes , les affaires qui
GALANT . H
2
y eſtoient portées. Comme
le temps les fit augmenter ,
& que les Confeils d'Estat &
Privé eſtant ſurvenus depuis,
donnerent lieu à deux changemens
differens cela fut
cauſe qu'on vit la plufpart du
tempsles Chanceliers occupez
auprés de la perſonne du Roy,
qui les obligeoit à s'abſenter
fouvent du Grand Confeil; de
forte que les Maiſtres des Requeſtes
y préſidoient en leur
abſence , ce qui dura juſqu'au
Regnede FrançoisI. ſous lequel
il fut établi un Prefident
par Commiffion , deux autres
enfuite du temps du Chancelier
Olivier. Enfin le nombre
alla juſqu'à huit , & ces Charges
de Preſident étoient toutes
Commiſſions , qui neanmoins
ne pouvoient eſtre poffedées
112 MERCVRE
que par des Maiſtres des Requeſtes
, auſquels on les affectoit.
Ils ſervoient quatre par
Semestre , & montoient par
ancienneté de la preſidence à
la premiere place. Cette pratique
a eſté obſervée juſqu'à
preſent , que le Roy , pour le
bien de la Juſtice & l'avantage
de cette Compagnie , a
creé par ſon Edit du mois de
Février dernier , un Premier
Preſident avec la qualité de
Conſeiller d'Estat , & Premier
Preſident au Grand Confeil ,
pour preſider dans les deux
Semeftres , y faire toutes les
fonctions que fontles premiers
Prefidens dans toutes les Cours
Superieures du Royaume , &
joüir des meſmes honneurs ,
prerogatives& privileges .Des
huit Preſidens , il y en aura
GALANT..
413
toûjours quatre de ſervice en
chaque Semestre , & quoy que
ceux qui feront pourveus à
l'avenir de ces Charges ne
foient point obligez comme
auparavant d'eſtre Maiſtres
des Requeſtes , ils ne laiſferont
pas dejoüir des meſmes honneurs
, droits & privileges ,
meſme à Titre de Veterans ,
eux & leurs Veuves , lors
qu'ils aurontexercé ces Charges
de Preſident pendant
vingt années. Ainſi ils auront
entrée & voix deliberative
aux Conſeils du Roy, ſuivant
leur reception , & il leur fera
délivré des Lettres de Maiſtres
des Requeſtes Honoraires. Sa
Majesté ayant declaré par
fon Edit , qu'eſtant fatisfaite
de la conduite capacité &
integrité des huit anciens
د
114
MERCURE
د
Prefidens qui exerçoient
par Commiffion , lors que
ces nouvelles Charges de
Preſident ont eſté crées ,Elle
vouloit qu'ils fuffent preferez
à tous autres , fi- roſt que cet
Edit fut publié & enregiſtré ,
Elle fit choix de Mr Bignon ,
alors Maiſtre des Requeſtes,&
pourveu de l'une des anciennes
Charges de Preſident au
Grand Confeil , pour y rem.
plir la place de premier Prefident.
Je vous aydéja parlé
de ce Magiftrat. Son nom ſeul
fait fon éloge , & il n'y a per
ſonne qui ne connoiſſe ſa
grande capacité ſa profonde
érudition , & ſon exactitude
à rendre la justice. Enſuite ,
pour remplir les huit Charges
de Prefident , il plût au Roy
d'agréer Mrs Boullanger Seigneur
de la Viarmes , Poncet
GALANT .
315
de la Riviere , & Feydeau de
Borüe , tous trois Maiſtres des
Requeſtes , & pourveus auffi
auparavant des anciennes
Charges de Preſidens au
Grand Conſeil. Les cinq autres
furent Mrs du Tillet de
la Buffiere , Joly de Blaizy ,
de Liffe , Roüillé de Marboeuf,
& Pinon. Je ne vous dis rien
de leur merite , leur experience
dans les affaires eſtant ,
connuës par lesCharges confiderables
qu'ils ont exercées
dans les Cours Souveraines .
Le 7. d'Avril dernier
jour arreſté pour la reception
de Mr Bignon en la Charge
de premier Preſident , & des
huit autres Preſidens , le
Grand Confeil ſeant à Paris ,
où eſtoient Mr l' Eveſque de
Laon ,Duc & Pair de France ,
1
116 MERCURE
veſtu de ſon Manteau Ducal;
Mrs les Ducs de Saint Simon
& d'Eſtrées , en Manteau avec
l'Epée au coſté , les deux Semeſtres
de Mrs les Conſeillers
veſtus de leurs robes de drap à
P'ordinaire , & y prefidant Mr
Richard Sieur de la Barouilliere
, Doyen , Mr Hennequin ,
Procureur General , donna
avis au Confeil , que Mr le
Chancelier venoit y prendre
ſa place de premier Prefident.
On depura aufli- toſthuitConſeillers
des plus anciens
l'exception de Mr de la Barouilliere
qui demeura toujours
en la place de Preſident,
pour aller le recevoir au bas
de l'Escalier . Ils y allerent
precedez des Huiffiers de la
Compagnie , & le joignirent
fur les derniers degrez. It
,
à
GALANT. 117
eſtoit veſtu d'une robe de ve..
lours noir ouverte par le devant
, avec une foutane de
fatin noir , & vint accompa
gné de Mrs Voiſin , Courtin ,
Fieubet, Barillon , Dagueſſeau,
Benard de Rezé , tous Conſeillers
d'Estat , veſtus de leurs
robes de ſatin , & de Mrs de
Fortia , Lavocat , Colbert , le
Blanc , de Lamoignon Avocat
General au Parlement , Melliand,
deGourgues, de laffault,
Mennevillette , de Fourcy ,
tous Maiſtres des Requeſtes
veſtus pareillement de leurs
robes de ſatin , & de pluſieurs
autres perſonnes de marque.
l'oubliois à vous dire que Mr
le Chancelier avoit eſté ſalué
au fortir de ſon Carroſſe par Mr
le Marquis de Sourches ,Grand
Prevoſt de l'Hoſtel du Roy , à
118 MERCVRE
la teſte de ſes Lieutenans de
robe longue & de robe- courte,
du Procureur du Roy & des
Officiers de la Prevoſté de
l'Hôtel , qui vinrent rendre
leurs devoirs , qu'il y avoit
meſme pluſieurs Gardes de la
Prevoſté à la grande porte , &
aux avenuës pour rendre le
paſſage libre. Mr le Chancelier
avoit auſſi alors prés de ſa perſonne
les Huiſſiers de la grande
Chancellerie portant leurs
Maſſes , qui eſtoient venus à ſa
fuite. Les Conſeillers deputez
l'ayant rencontré le complimenterent
au nomde la Compagnie
par la bouche de Mr
Tierfault leur ancien ,& il leur
répondit fort obligeamment.
Cela eſtant fait , lesDeputez
prirentleurs places à coſté
gauche de Mr le Chancelier ,
GALANT.. 1691
&les Confeillers d'Estat &c.
Maiſtres des Requeſtes à fa
droite. Ils le ſuivirentainſi àla
file , & il avoit au devant de
luy plus prés de fa perſonne ,
les Huiſſiers de la grandeChancellerie
, veſtus de leurs robes
de ſoye noires , chaînes d'or !
au col , toques de velours ,
cordon d'or , & portant leurs
maſſes d'argent doré. Au devant
de ets Huiffiers mar
choient ceux du Grand Com !
feil ,avec leurs robes de drap ,
&bonnets carrez , precedez de
deux Exempts ,& de quatorze
Gardes de la Prevoſté de
l'Hoſtel , du nombre deſquels
eſtoient les deux Gardes ordi
naires de Mr le Chancelier,
qui monta en cet ordre ,& fe
rendit dans la grande Cham->
bre du Conſeil , juſques au prés
140: MER CVRE
des Barreaux de la Seance , les
Gardes de la Prevoſté eſtant
demeurez dans l'entichabre au
Parquet des Huiſſiers du Conſeil.
Il paſſa par la porte des
Barreaux à droit pour aller
prendre place ,& les Confeillers
d'Etat & Maistres des requeſtes
de ſa ſuite paſſerent par
la porte gauche. En meſme
temps toute la Compagnie ſe
leva , & falua Mr le Chancelier
, & Mr de la Barouillere,
Doyen , ſe retira une place
plus bas du coſté droit , pour
luy laiſſer celle qu'il occupoit,
à cauſe que la Compagnie étoit
en place avant ſon arrivée ,&
qu'il n'y avoit plus alors de
Preſidens au Conſeil,au moyen
des Charges qui avoient eſté
créées . Mr le Chancelier s'étant
affis, ayant du coſté gauche
tous
GALANT . 121
tous ceux defa fuite au deſſous
deluy , les Ducs & pairs , &
toutes les perſonnes du Conſeil,
s'affirent auſſi & fe couvrirent
, les Srs de Boiſcourjon &
Raince, Huiffiers de la Grande
Chancellerie , eſtant demeurez
au dedans des Barreaux proche
du Bureau à droite , affis
chacun fur un tabouret & découverts
, tenant leurs Malles.
Mr le Normand , Greffier en
chef du Grand Conſeil , eſtoit
au Bureau , &Mrle Grand ,
premier Huffier du mesme
Conſeil & de la Chancellerie
de France , qui étoit toujours
refté dans la chambre du Confeil
faiſant les fonctions de fa
Charge , en attendant que Mr
leChancelier fuſt arrivé, pour
executer ce qu'il luyordonnezoit
, eſtoit proche & au de
May 1690.
2
F
122 MERCURE
4
dans des barreaux à gau
che , couvert ,& reveſtu de ſa
robe de ſoye à doubles manches
, avec ſa chaîne au col , ſa
toque de velours noir, le cordon
d'or , & des grands à frange
d'or. Le St Henry Guichard
premier &principal Commis
Greſher de la Chambre du
Confeil , demeura debout ,
proche & au dedans des bar
reaux , à droite , en estat de
recevoir l'ordre de la Compagnie,
&les Huifiers duGrand
Conſeil eſtoientaux portes de
laChambre. Pendantcetemps,
MrBignon , premier Prefident,
& les autres Preſidens qui
pourfutvoient leur reception ,
& qui estoient venus pourceladés
le matin au Conſeil,de.
meurerent dans l'autreCham
bre, où ilsavoient falüé Mr le
GALANT.
Chancelier lors qu'il eſtoit arrivé.
Tout eſtant en cet eftat,
&le filence ayant eſté impofé,
ce digne Chef de la Juſtice
parla en ces termes ,
M
ESSIEURS.
Cette Compagnie a toujours esté
tres - avantageusement distinguée
entre les plus Augustes Tribunaux
de justice du Royaume. Elle en a
mesme souvent veu les jugemens
fouſmis àses lamieres pour en concilier
les contrariete ; Elle est aussi
distinguée par l'anciennetédefou
establiſſement , par la dignité du
nom de Grand Confeil qu'elle porte,
parl'estenduë defa lurisdiction
qui n'est renfermée dans les bornes
d'aucun reffort , & auſſi par les divers
Privileges & les differentes
attributions dont le Roy &fes Pre
F 2
MERCVRE
124
deceffeurs l'ont dans pluſieurs occaſions
& en dernier lieu gratifiée.
Vostre Compagnie , Messieurs , n'avoit
plus à defirer que ce qui est
porté par l'Edit que vous venez
d'enregistrer pour la creation d'un
premier President & de huit Prefidens
titulaires.
Je ne vous repeteray point les
causes& les motifs contenus dans
cer Edit. Il me fuffit de vous dire
que cette creation vous est treshonorable
& tres.avantageuse , ce
qui doit faire connoistre dans lepublic
lafatisfaction que Sa Maresté
ade vostre compagnie , & que
nonobstant les occupations de la
guerre, qui bien loin de la detourner
defon attention ordinaire à tout ce
qui regarde le bien de la justice au
dedans defon Royaume, nefait que
redoublerfon application pour procureràses
sujets une Paixfeure en
GALANT .
1.25
pourvoyant à tout ce qui est neceſſairepourſouſtenirune
Guerre quefes
Ennemis jaloux de fa gloire & de
Sa reputation , ont sans aucunsujet
entrepris de luy faire, Sa Majesté
a bien voulu vous donner des mar
ques fingulieres de son affection en
choifiſſant dansſon Confeil & parmyvous
M. Bignon , comme un des
plus capables pour exercer la Char
gede premier President. Vous connoissezses
bonnes intentions auffi
bien que fa capacité,ſa probité&
fon exactitude dans la diſpenſation
de la justice , & pour l'obfervation
des Regles & des Ordon-
-nances . 14
Le nom qu'il porte a toûjours
efté tres confiderable dans la Magistrature
, & je puis , & je le dois
dire par recconnoissance à la memoire
de Mr Bignon ſon pere , que
dans les fonctions d' Avocat General
F3
326 MERCVRE
J
auGrand Confeil, &au Parlement
de Paris, & de Confeilter d'Estat,
il a donné des marques tres- éclavantes
defafageffe, de sa modestie,
&de ceste haute intelligence qui
buy ont attiré le respect de tous tes
Spavans Hommes de l'Europe qui
l'ont regardé comme l'honneur&
da gloire de nostre Siecle.
Sa Majestéctant aussifatisfaite
de tous veux qui vous ont pre.
fidé , waroit bien fouhaité qu'ils
cuffent continué l'exercice des
Chargesde President, commeTitwlaires
au tieu de Commiſſions , ce qui
n'ayant pas esté fait par quelquesuns
d'eux , Elle a choisi des perfonnes
decapacité & de probité pour
-mettre en leur place , &àcet effet
leRoy m'a ordonné de venir encetteCompagnie
pour instaler Mx Bignon,
& les huit Presidens,&tear
faire prester leferment, après avoir
GALANT. 327
esté informé de leur vie & moeurs ,
en la forme & manire ordinaire.
Pour moy, Meſſieurs, dans la dignité
dont le Roy m'a honoré pour
estre le Chefde toutes les Compagnies
, oùsa lustice Souveraine s'exerce
,je coufexveray suivant fon
intention l'avantage que tous mes
Predeceffeurs ont eu devous prefi ter
quand mes emplois me te pourront
permettres vous pouvant affeurek
que je ne perdray jamais les fenti
mens d'estime & de confideration
que j'ay toûjours eus pour vostre
Compagnie, & pour tous les particuliers
qui la compofens
Medela Baroüilliere,Doyen,
luy répondit de la part de la
Compagnie , & le remercia
de l'honneur qu'il luy farfoits
aprés quoy Mrle Chancelier
dit Ilfaut rapporter les Leteres de
F4
128 MERCURE
MrBignon. Mrde la Baroüillere
alla auffitoft au Bureau ,& dit
en adreſſant la parole à Mr le
Chancelier , Monsieur, c'est une
Requeste que presente Mr Bignon,
pour eftre receu en la Charge de
Premier President au Grand Con
feil. En voiey les Lettres de provifiori
que le Roy luy a accordées. La
lecture en ayant eſté faite par
Mr Hevin , qui estoit auffi au
Bureau , Mrle Chancelier demanda
l'avis de Mr de la Barouïlliere
Rapporteur , qui reponditqu'il
en falloit commu
niquer à Mr le Procureur Ge
neral , & en meſme temps il
écrivit au bas de la Requeſte,
Soit montréàMrle ProcureurGe
neral. LeSt Henry Guichard,
premier& principal Commis
Creffier , ayant porté au Parquetde
Mrs les Gens du Roy,
GALANT.
129
la Requeſte , l'Ordonnance du
Confeil , & les Lettres de Pro
viſion , Mrle Procureur Gene
ral donna ſes Conclufions , ret
guerant qu'il fuſt informé
des vie , moeurs , converfation
& religion de Mr Bignon
, ſur quoy Monfieur de
la Barouilliere fortit du Bureau
pour interroger & entendre
les témoins. Aprés
qu'il eut achevé l'informa
tion , il la rapporta au Con
feil ,& M. Hevin , Conſeiller
, en fit la lecture. Enfuite
àMr le Chancelier , ſans ofter
fon bonnet , demanda l'avisà
Mr de la Barouïlliere , qui fut
qu'on receuſt Mõſieur Bignon .
Aprés cela il demanda celuy
de Mrs-les Ducs & Pairs en ſe
découvrant , & enſuite de Mrs
les Conſeillers d'Estat , Mai-
FS
130
MERCVRE
ſtres des Requeſtes , & Con
feillers du Confeil , mais fans
fe découvrir. Tout le Confeil
donna ſon avisavec de grandes
marques de joye , & Mr le
Chancelier figna l'Arreſt qui
luy fut Apporté par le SrGuichard
à ſa place , en paſſant à
coſté droit; auquel, il dit , Faites
venir Mr Bignon. Dans ce
temps- là Mr de la Barouïlliere
fortit du Bureau , & alla pren
dre fa place auprés de Mr'le
Chancelier , qui voyant Mr
Bignon venu aux Barreaux au
dehors , conduit par le Sr Guichard
, luy dit , Levez la main ,
& luy fit prefter le ferment
ordonné en pareille occafion ,
aprés quoy il ajoûta , prenez
vostre place. Mr Bignon l'alla
prendre à coſté droit , & alors
Mr le Chancelier luy fit un
GALANT.
L
compliment fort court , mais
fortobligeant Mr le Premier
Preſident répondit , qu'il estoit
redevable à la bonté du Roy dela
placequ' Hoccupoit ; qu'il reconnoisfon
qu'iln'avoitpoint les qualitez
neceffaires pour la remplir , mais
qu'ayant toujours en les intentions
droites,&l'inclination de s'acquitzerdefon
devoir , il tâcheroit de
reparer ce qui luy manquoit par le
foin& l'application qu'il apporte
roit dans la fonction deſa Charge ,
afin que la justice fuft- rendwe aux
Sujets du Roy avec toute lapureté
L'exactitude poffible ; que cela ne
tuy feroit pas difficile , estant assisté
de la protection de Mr le Chancelier
,&fortifié des conseils de la
Compagnie; que l'on connoiffost la
Suffisance ,le merite& la capacité
de ceux qui la compofoient , &
que pour luy il en estoit convain
F6
1932
MERCVRE
cu par l'experience de plusieurs an
nées ayant eu l'honneur defervir
vavec eux. Qu'à l'égard de Mr le
Chancelier , u ne pouvoit luy rendre
affez d'actions de graces , d'avoir
bien voulu honorer de ſa perfonne la
Ceremomed fa
C
a reception ,&mettre
enfa personne le dernier Sceau
&le dernier caractere du Roy , &
qu'ilen conferveroit une reconnois-
Sanceparfaite.
Cette réponſe achevée ,Mr
de la Barouïlliere fortit de ſa
place , & revint au Bureau
avec M. Hevin , pour faire
fon rapport des Requeſtes &
Lettres de proviſion des Preſidensqu'ily
avoit à recevoir.
On en uſa de la meſme forte
qu'on avoit fait pour M. Bignon
, & l'on commença par
M. Poncet de la Riviere. Les
autres furent Mrs Feydeau, de
GALANT.
133
Brouë , du Tilletdela Buffiere,
Joly deBlaify , & de l'Ifle . Ils
-preſterent le ferment , prirent
leurs places à coſté droit de M.
le Premier Preſident. Les trois
autres , ſçavoir , Mrs le Boullangerde
Viarme , Rouillé de
Mar boeuf, & Pinon , ne pu
rent eſtre receus cejour- làparce
qu'ils n'avoient pas encore
leurs proviſions expediées. A
l'égard de Male Boullanger de
Viarme, il ne laiſſa pas d'avoir
fon ráng du jourde fon ancienne
reception , à cauſe qu'il
avoit auparavantune des charges
anciennes de Preſident au
Grand Confeil , ce qui est marquéparune
clauſe particuliere
dans ſes Lettres de reception .
Aini il eſt aujourd'buy le plus
ancien des huit Prefidens qui
viennent d'eſtre créez Ily
a ſeulement à obſerver que
134
MERCVRE
quand Mr le Chancelierprocedoità
la reception de chacun
d'eux , il prenoit premierement
les avis de M. le Premier
Prefident , & des autres Prefidens
receus,& ſe découvroit ,
ce qu'il faifoit de la meſme forte
en prenant ceux de Mrs les
Ducs & Pairs , mais qu'il ne
ſe découvroit point on demandant
les avis de Mrs les
Conſeillers d'Estat , Maistres
des Requeſtes , & Confeillers
du Grand Confeil , qu'il demenroit
toujours affis en ſa pla .
ce,& qu'il fignoit les Arreſts
qui luy étoient rapportez par
le Sieur Guichard , pour lorsdu
cofté gauce , & non M. le Premier
Prefident, quoy qu'il fuft
déja receu. Cela fait , M. le
Chancelier fit quelques complimens
au Confeil , à M. le
premier Prefident & aux auGALANT.
135
tres Prefidens & ſe leva. Le
premier Huiffier du Confeil
marcha devant luy entre les
Huiffiers de la Grande Chan
cellerie ,&alla juſqu'au bas de
l'eſcalier prés de ſon Carroffe .
Les meſmes Députez du Grand
Conſeil , qui avoient eſté nommez
pour le recevoir ,le reconduifirent
, & eſtant remontez
en la Chambre du Conſeil qui
tenoit toujours pendant ce
temps là , la Compagnie les
remerciaparla bouche deM..
Bignon , qui fut auffi compli
menté par la Compagnie fur
fon entrée àla Charge de Pres
mier Prefident.
Le lendemainM. de Percy ,
Sieur de Monthamps , le ha
rangua à la teſte des Avocats
du Grand Confeil. Le nom
de Percy qu'il porte , eſt ce
136 MERCURE
luy d'une des plus anciennes
Familles de Normandie. Ses
Anceſtres pafferent en Angleterre
avecGuillaume le Conquerant,
& la Maiſon des Ducs
de Northumberland en eſt deſcendue.
Voicy les termes
dont il ſe ſervic .
MONS ONSIEUR ,
C'est avec une ſenſible joye que
nous venonsvous rendre nos devoirs,
en qualité de Chef de l'Auguste
Compagnie où vos vertus éclatan.
tes & voſtre vare merite sont con.
nus depuis tant d'années ;maisc'eſt,
Monsieur, avec une entiere confiance
que nous venons vous demander
l'honneur de vostre protection , &il
y va de vostre gloire de nous l'accorder.
Vous estes beritier de toutes les
GALANT .
137
grandes qualitez du plus parfait
Magistrat qui ait exercé le miniftere
de la Justice. Il avoit une érudition
profondeſans en être enflé
il étoit ferme & inébranlable fans
estre rebutant , il estoit doux &
facilefans rien perdre de la gravitè
d'un Magistrat, Acceſſible àtous
le monde , it s'attiroit l'estime des
Puiſſances , la veneration des per-
Sonnes constituées en dignité , &le
respect de tous ceux qui l'approchoient.
Il estoit la terreur desméchans
,la confolation & l'azile des
gens de bien , &pour achever en un
mot leportrait de ce grandHomme,
il estoit , Monsieur , l'admiration ,
l'amour & l'ornement de fonfiecle.
Il honoroit le Corps des Avocats
d'une affection remplie d'estime &
de tendreſſe. Il distinguoit le merite
de ceux qu'une éloquence consommée
&une experience laborieuse avoit
138 MERCVRE
glorieusement conduits au bout de
beur carriere. Ilcheriffoit d'une bonté
paternelle ceux qui s'y foutenoient
avec courage ; il les inftruifoit
parfes manieres engageante à
furmonter les difficultez & les peines
qui font inseparables de ceste
noble profession. Distingué de tous le
monde parses qualitez admirables
iln'affectoit point d'estre distingué
parla dignité de fa charge ;& il
fefaisoit un titre d'honneur d'estre
leChefd'un Corps que vous avez
bien voulu , Monfieur, honorer de
vos premieres actions.
f Mr Bignon, Confeiller d'Estat ,
vostre illustre Frere a fuccedé à
ce Pere incomparable , dans toutes
fes vertus , & dans tes fentimens
avantageux qu'il avoit pour nous,
& content de se dire le premier
entre ſesſemblables , il s'est afſuré
danstous nos coeurs unepréeminence
GALANT.
139
&unfond de reconnoissance refpe-
Etueuse quine ceffera jamais , &
qui nous a rendus tresſenſibles a
l'affliction dont le Ciel a voulu tem-
Pererfon bonheur&sa felicité.
Pouvez- vous donc , Monfieur ,
vous , difpenfer de nous accorder
unegrace à laquelle vous estes em.
gagé par de fi beaux exemples , &
des titresfi folemnels ? Quand le
plus fage de tous les Rois vous a
choisi pour estre le premier President
de fon Grand Confeil , ne doutez
pas ,monsieur , quecegrand Prince
qui conserve la memoire des Magistrats
qui rempliffent dignement
Les devoirs de leur ministere , ne ſe
foit souvenu du nom illustre que
vous porte,z Il a esté persuadé ce
Heros invincible , que le Succeffeur
d'un fi grand Personnage devoit
neceſſairement poffeder toutes les
qualisez éminentes qu'ilfaut avoir
140
MERCURE

pourfoutenir avec éclat la dignité
que vous occupez . Il a fondé laju-
Stice de fon choix fur l'étendue de
vôtre capacité , sur vos lumieres
penetrantes,fur vôtre integritéin.
flexible , &fur l'amour constant &
inviolable que vous avez toûjours
eu pour la Justice ; & persuadé par
-fa propre connoissance , que le Ciel
vous a comble de toutes les vertus
qui doivent former un Magistrat
achevé, cegrand Monarquen'a pas
balance un moment à vous donner
la preferance qui vous étoit juſtement
deuë. C'est , Monsieur , cette
preferenceglorieuse qui a diſſipénos
craintes , & qui cauſe nôtre extrê.
me joye. C'est cette preference qui
va augmenter la gloire de l'auguste
Compagnie dont vous devenez le
Chef. C'est cettepreference qui va
faire le bonheur de tous ceux qui
imploreront vostre justice. C'est en
GALANT.
141
fin, Monfieur , cetteheureuseprefe.
rence qui nous engageant par de
nouveaux attachemens à vous honorer,
nous fait vous protester aus
jourd'huy de faire tous nos efforts
pour meriterpar nos foumiſſions &
par nos respects , l'honneur de vôtre
bienveillance , & la continuation
de vos bontez .
1
Ayant à vous faire part d'un
avis qu'on a donné icy au Public,
je vous l'envoye dans les
meſmes termes qu'il y a eſté
distribué Mr Richard , Preſtre
de Saumur en Anjou , Auteur
du Livre Du choix d'un bon Dis
recteur , dédié aux Demoiselles
de l'Illustre Communauté de
de S. Loüis , fondée par le Roy
à S. Cyr prés Verſailles , &
d'autres Ouvrages imprimez à
Paris , travaille preſentement
144
MERCVRE
à l'Histoire des Fondations
Royales , & des Etabliſſemens.
faits ſous le Regne de Loüis le
Grand , en faveur de la Reli
gion , dela luſtice , de laGuerre
, des Sciences , des beaux
Arts , & du Commerce , &
comme il eſt beaucoup avancé
dans ſon Ouvrage , il prietous
ceux qui ont des connoiſſances
certainesdes commencemens ,
des motifs , des progrés , de
l'utilité , &de tout ce qu'il y
ade remarquable , tant pour
les perſonnes qui ont donné
le defſein ,ou qui s'y ſont di-
Ringuées par leur vertu , que
pour les lieux & le temps où
ils ont eſté établis , de ſecon
der ce grand travail , en luy
envoyant bien toſt de fidelles
copies de leurs Lettres Patenres
, avec un abregé hiſtori
GALANT.
143
que de ces Fondations & de
ces Etabliſſemens , tel qu'on
voudra qu'il ſoit inſeré dans
ce Livre. L'Auteur y parlera
des Eglifes nouvellement bâ
ties , des Chapitres , des Seminaires
, des Maiſons Religieufes
, de l'Inſtitution des jeunes
Gentilshommes , delak
magnifique Maifon de S. Cir,
du ſuperbe Hoſtel des Inva
lades , des Maiſons Royales
des nouvelles Communautez,
des Hôpitaux , de l'Ofervatoire
, des Academies Françoi
fes; des Academies des Sciences,
de Peinture& de Sculptu
re , des Aquedues , des Ports
deMer,de la Jonction des deuxi
Mers , & generalementde tout
cequi a eſté fondé & étably
par Lettres Patentes , Edits &
Declarations de Sa Majestés
144
MER CURE
tant dans Paris que dans toute
l'étenduë de ſes Etats. On efpere
que tous ceux qui ont
receu des marques éclatantes
de la bonté & de la liberalité
d'un ſi grand Roy , fe ferontun
juſte devoir de luy donner
des témoignages affurez de
leur reconnoiſſance , en fourniſſant
à l'Hiſtoriographe de
ees Fondations Royales & des
Etabliſſemens nouvaux , les
actes & les faits capables de
laiſſer àla poſterité un monument
éternel de la gloire , de
la ſageſſe , & de la pieté du plus
grand Heros , du plus magnifi
que Monarque , & du Prince
le plus Chreftien qui ait juf.
ques à preſent gouverné l'Empire
des François , puis qu'ila
luy ſeul pendant ſon Regne,
plus fait de Fondations & d'E
tabliſſe
GALANT..
1451
tabliſſemens , que n'en ont faits
tous enſemble avant luy les
autres Rois ſes Predeceſſeurs.
Ceux qui envoyeront des Memoires
les adreſſeront à Paris,
chez Jacques le Févre , Marchand
Libraire au dernier
pilier de la grande Salle du Pa--
lais , à coſté de la Chambre des
Eaux & Forests, pour les faire
rendre à M. Richard , Preſtre,
Hiſtoriographedes Fondations
Royales de Loüisle Grand ,
aurontlabonté d'affranchir les
paquets du port , ou d'attendre
l'occaſion de quelques perſonnes
ſeures qui viendront de
- Province à paris .
le croyois joindre icy un
fort bel Ouvrage de l'Auteur.
pour vous faire voir qu'il eſt
tres-capable de foutenir ſon
+
entrepriſe ; mais me trouvant
May 1690. G
146 MERCVRE
accablé de matiere , je ſuis
obligé de le remettre juſqu'au
mois prochain .
Je viens àl'article de la Pompe
funebre de Madame la Dauphine
, & je commence par le
tranſport du Cooeur de cette
Princeſſe . Il fut levé le 26. d'Avril
par Monfieur l'Eveſquede
Meaux ſon premier Aumônier,
& porté au Val de Grace,
dans le carroſſe du corps de
cette Auguſte Défunte, precedé
des carroſſes des Officiers
de fa Maiſon, & fuivi de ceux
des Princeſſes , tous environnez
de Valets de pied & de
Pages à cheval portant des
lambeaux,& fuivis d'un grand
nombre de Gardes du Corps
du Roy, commandez par Mrle
Marquis de la Meſſiliere , Exempt
des Gardes du Corps
GALANT.
147
de Sa Majesté . L'Abbeſſe étant
àla teſtede toutes ſes Religieuſes,
ſe trouva à la porte pour le
recevoir. Chacune avoit un
cierge à la main , & Mr de
Meaux leur ayant dit qu'il
Jeur apportoit le Coeur de Madame
la Dauphine , l'Abbeſſe
répondit par un compliment ,
qui en marquant fa reconnoiffance
, faifoit paroiſtre beaucoupde
douleur. Mr de Meaux
ayant enſuite poſéle Coeur fur
une repreſentation , on ditles
Prieres ordinaires ,& l'on fit les
encenfemens accoutumez tout
autour. Il fut enfuite porté à
la Chappelle de Sainte Anne ,
où font en dépoſtle Coeur de
la Reine - mere , celuy de la
Reine , & ceux des Princes &
Princeſſes ſes Enfans . Vous
ſçavez que la Reine mere a
G 2
148
MERCURE
fait bâtir ce Convent , qui ne
cede ny en grandeur , ny en
magnificence aux plus ſuperbes
Monafteres de l'Europe ,
& cette princeſſe ayant ordonné
que ſon Coeur y fuſt porté,
ceux qui ont ſuivi ſon exemple
nous font voir qu'on en ufera
de la meſme forte à l'avenir à
l'égard de toutes les Reines ,
desFils & desFilles de France.
Le premier jour de ce mois
ayant eſté choiſi , pour tranf.
porterle corps de cette même
Princeffe en l'Eglise de S.
Denis, il fut levé par M. l'Eveſque
de Meaux avec les ceremonies
accoutumées. Les Gardes
du Roy le porterent juf
qu'au Chariot , ainſi que les
entrailles qui avoient eſté mi .
ſes dans une Urne . Soixante
Pauvres veſtus de gris , & te
GALANT. 149
nant chacun un flambeau , mar.
choient les premiers , & pré.
cedoient les ſept Officiers de
Madamela Dauphine , à pied,
veſtus de deüil ,& portant auffi
des flambeaux . Les Chefs
eſtoient à cheval. Ces ſeptOffi
ciers font le Gobelet ,l'Echanfonnerie,
la Paneterie,le Grand
&Petit Commun ,la Fouriere
&la Fruiterie , ce qui montoit
à plus de trois cens officiers.
Ils estoient ſuivis du Bureau
de la défunte Princeſſe , compoſé
du premier Maiſtre d'Hoſtel
, du Maiſtre d'Hoſtel ordinaire
de ceux de quartier
,des Contrôleurs Generaux
& des Contrôleurs
d'Office , qui estoient en manteau
long , auſſi bien que les
Ecuyers , Gentilshommes fervans
, & les Officiers de la
G3
150
MERCVRE
Chambre & de la Gardero .
be ,tous à Cheval . Aprés ce
la Marcherent deux brigades
desMouſquetaires ,& une autre
des Chevaux - Legers. Ils
avoient tous des Flambeaux ,
& en changerent pluſieurs fois
Les Herauts &le Roy d'Armes
ſuivoient ,precedez de quatre
Trompettes de la Chambre.
Mrle Marquis de Blainville ,
Grand Maiſtre des Ceremonies,&
Mrde Saintot, Maiſtre
des Ceremonies , en manteaux
longs,& montez fur des chevaux
caparaçonnez de noir ,
marchoient devantle Chariot
qui estoit fort élevé. Mr le
Marquis deDangeau , Chevalier
d'honneur , & Mr le Marquis
de Belfons , premier
Ecuyer , eſtoient à cheval à
coſté duChariot, l'un à ladroi.
4
GALANT .
151
K
te , & l'autre à la gauche , &
les Pages auffi à cheval eſtoient
àl'entour avec des flambeaux,
& un fort grand nombre de
Valets de pied. Les Gardes du
Corps , commandez par Mr de
S. Viance , venoient enſuite ,
& estoient ſuivis des Gendarmes
avec des Hambeaux à
la main. Les cinq Caroffes du
Corps de la Princeſſe defunte
fermoient la marche. Ils eftoient
drapez de noir , & remplisdes
Princeſſes qui faisoient
les honneurs du deüil. Madame
la Princeſſe de Conty Doüairiere
, dansle ſecond; Madame
la Princeſſe , dans le troifiéme ,
Mademoiselle , dans le quatriéme
,& Mrl'Eveſque de Meaux
dans le cinquiéme. Il eſtoit aecompagnéde
trois autres Eveſques
, deM. l'Abbé de la Roche
G4
152
MERCVRE
-Jaquelin , Aumônier en quartier
, & de M. le Curé de la
Paroiſſe de Verſailles. Les Religieux
de l'Abbaye de Saint
Denis vinrent au devant du
Corps hors la porte de la Ville
, chacun un cierge à la
main , & Mr de Meaux eſtant
deſcendu avec les autres Evelques
, on continua la marche
juſques à la porte de l'Eglife.
Lors qu'on cut tiré le Corps du
Chariot, Ce Prelat le preſenta
aux Religieux,& le Superieur
de l'Abbaye qui ſe trouvoit à
leur teſte , luy parla de cette
forte.
e
M
7
ONSEIGNEUR,
Nousnepouvons recevoir qu'avec
douleur ce triste & glorieux depost
quevous nous presente.z La mort
GALANT..
153
d'unesi bonne Princeffenous a cau-
Séune tres-fenſible affliction ; mais
s'ita plû à Dieu retirer du monde
celle qui estoit laioye du Royaume,
pour luy avoir donné troisfi beaux
Princes,nous avons fuiet d'eſſuyer
nos larmes , &de nous confoler par
L'esperance que la vertu de cette
Sereniffime Princeſſe Madame Marie-
Anne- Christine- Victoire de
Baviere , tres, chere Epouse detresauguste
&magnanime PrinceMon-
Seigneur Lours Dauphin de France ,
L'a fait puffer de ceste vie dansune
meilleure , & qu'elleregnera éterbellement
dansle Ciel. Sa grande
pieté dont tout le monde a esté
édifié ,& dont vous pouvez, Mon-
Seigneur, plus quepersonne, rendre
un fidelle témoignage , cette pasienceinvincible
avec laquelle elle
aporte les peines d'une longue &
douloureuse maladie , nous donne ce
GS
134
MERCURE
Sentiment , &mefait dire qu'elle
jouira d'un bonheur éternel, car
n'estantpas poffible de regner avec
1. C.fans prendre part àfes fouffrances,
ilest auffi impoſſible qu'il
nefoit luy- mesmelacouronne&la
récompense d'une ameſainte quia
beaucoup Souffert pour l'amour de
luy. Neanmo nssi les plus parfaits
nefont passans quelque imperfection
devant celuy qui pese leur
merite au poids du Sanctuaire , nous
pouvons craindre qu'il ne soit resté
dans cette Princeffe Chreftienne
quelque chose à expier. C'estpourquoy
nous devons , pour luy marquer
nos reconnoiffances , & témoigner
le respect que nous portons à fa
memoire, offrirà Dieudes facrifices,
& toindre nos larmes & prieres
auxvoftres , Monseigneur. C'est ce
que nous allons faire avec le plus de
ferveurqu'ilnousferapoſſible.
GALANT.
155
Ce diſcours finy , le Corps
&les Entrailles furent portez
dansl'Egliſe par les Gardes du
Corps, qui les poſerent fur une
eſtrade dreſſée au milieu du
Choeur. Il eſtoit tendu de noir ;
ainſi que la Nef , avec des
lez de velours chargez d'Ecuffons.
Lors que le corps, fut
pofé , on fit les afperfions &
encenfemens,& la Compagnie
ayant pris fes places , lesReligieux
commencerent les Prieres.
Aprés qu'elles furent achevées,
Mr l'Eveſque de Meaux
celebrala Meffe , qui futchantées
par les Religieux, & enfuite
on fit de nouveau lesencenſemens
& les afperfions.
Le 7 de ce mois , Mr l'Ab .
bé Bardin , Principal du Col
lege de Guienne , par un effet
deſa pieté ordinaire , fit faire
G6
156
MERCVRE ,
l'ouverture de l'eſtabliſſement
d'une Congregation , à l'honneur
des Grandeurs de la Vier.
ge. La Meſſe fut celebrée dans
Ia Chapelle duCollege , parMr
l'Abbé Darche , Doyen de
l'Eglife Metropolitaine St André.
Il y avoit une excellente
Muſique meſlée d'Inſtrumens ,
dela compoſition de Mr Blanche
, Maiſtre de Muſique de
P'Eglife de Saint Severin. Le
Perede la Caſe prefcha avec
beaucoup d'éloquence , &
aprés les Veſpres , chantées
auflien Muſique , on fit la Pro--
ceffion du Saint Sacrement
dans la court du College. Le
Corps de Ville y aſſiſtaavec les
Jurats , accompagnez de leurs .
Hallebardiers , & cette Feſte
finit par la Benediction , quis
futdonnéedans une tres belle
GALANT. 157
Chapelle qu'on avoit preparée
dans la meſme court, à caufe
du concours extraordinaire de
- monde.
La défaite des Huſlars devantFribourg
, dontje vous ay
parlé le mois dernier , eſt tres .
certaine , quoy que vous ne
laycz luë dans aucune nou
velle publique. Elle a meſme:
eſtébeaucoup plus grande que:
je ne vous ay marqué , & l'a-
&ion fut conduite avec beaudoup
de prudence. On ne vous
lur pas d'abord, s'abandonner
en marchant à eux , de peur
qu'il n'y euſt quelque corps
nombreux caché pour nous.
faire donnerdans quelqucembaſcade,
mais dés que desOffi
ciers bien montez que l'on
avoit envoyez ſurles hauteurs
pour reconnoître s'il n'y avoit
158 MER CVRE
point de piege tendu , eurent
raporté qu'ils n'avoient rien
vû , on avança avec reſolution
de lesrepoufferou de perir. Ils
firent aſſez bonne contenance,
& vinrent charger nos gens
avecdes hurlemens épouvantables
, mais ils ſe trouverent
bien-toſt contrains de prendre
la fuite.On les pourſuivit jufqu'à
une riviere , où eſtant
arrivez ,la neceſſité les obligea
de reprendre courage. Ils fe
mirent enBataille , & pendant
ce temps on fit faire alte aux
Dragons, quel'ardeurdu combatavoit
trop emportez. Si toſt
que le reſte des Troupes fut
arrivé ,on tomba fureuxd'une
fi grande force qu'ils furent
tous culbutez dans la riviere.
Les mieux montez trouverene
ſeulslemoyendeſe ſauver , &
GALANT.
259
F'on remarque qu'il n'y en eut
pastrois qui fe retiraffentenſemble.
Tous leurs Officiers
furent tuez excepté leur Com
mandant , qu'on mena prifonnier
avec quatorze des plus
braves. La figure de ces genslàmerite
bien que je vous en
faffer une peinture. Ils font
grands , bien formez , & ont la
teſte raſe hors un toupet de
cheveux qu'il confervent au
milieu. Ilsont une groſſemouſtache
qui leurspend fur l'eftomac
, & un Bonnet fouré
avec une plume de coq en
pointe. Les Officiers en ont
une d'Aigle. Ces derniers
font habillez à la Turque.
Les Cavaliers ont des Pourpoints
avec des Culotes: larges
; ils n'ontny juſteaucorps,
Dy manteau , ny chemifa,
160 MERCVRE
mais pour ſe parer du mauvais
temps , ils portent chacun
une peau de Tigre pendue à
leur col , & la tournent du
coſté d'où vient le vent La
pluſpart font bottez à crû.
Ils ne font point de quartier
quand ils ont l'avantage , &
n'en demandent jamais s'ils
font les plus foibles . Ils
ont des armes à feu dont ils:
ſe fervent affez mal , mais le
Sabre à la main ,ils ſontextraordinairement
adroits , & il y
en a beaucoup d'entre eux
qui en paſſant prés d'un: Cas
valier , ne manquent jamais à
duy couper la teſte. Le Commandant
que l'on a fait prifonnier
à tant d'adreſſe , que
ceux que l'on a prisavec luy
affeurent que de vingtteſtes il
n'en manqueroit pas une. Ces
+
GALANT . 161
A
Huffars font des Hongrois
qui ont toujours eſté ſous la
domination du Turc. Quand
ils reviennent de la guerre ,
leur General leurdonne autant
de pieces d'argent qu'ils rapportentde
teſtes ,
:
Depuis l'expedition dont
je viens de vous parler , la
Garniſonde Fribourg en a encore
fait une autre . Les Ennemisavoient
avancéun quartier
àcing lieuës de cette Ville-là
dans un Village affez ouvert..
Mr du Fayles envoya attaquer
par cent cinquante Dragons ,
avecunpareilnombrede Grenadiers
, foutenus de quelque
Infanterie. Tout ce qui s'y
trouva fut tué hors le Commandant
qu'un Maréchal des
Logis ſauva. On fit cinquante
prifonniers , dont le moindre

162 MERCURE

avoit trois ou quatre bleſſures.
Il s'eſt pafſé une autre action
aux environs de Briſac , qui
n'eſt pas moins digne de vous
eſtre rapportée,& qui fait voir
que nous ſommes preſentementenpoffeffion
de batre les
Huſſars , qui croyoient d'abord
nous faire peur , par leur figure
&par leur adreſſe à couper des
teſtes. Mr de Caletret eſtant
commandé pour aller en parti
avec quatre cens Chevaux ,
tirez du Regiment du Roy
&de celuy de Saint - Valery ,
rencontra trois cens Dragons
du Regiment de Savoye , &
deux cens Huffars , qu'il ne
crut pas devoir éviter , quoy
qu'ils fuſſent tres avantageuſement
poſtez , & fuperieurs
en nombre. Il jugea à propos
GALANT.
163
d'eſſuyer d'abord leur premier
feu , qui fut tres gros , mais
qui eut fort peu d'effet. Les
noſtres firent enſuite leur décharge
qur en eut davantage.
Comme ils avoient fix Efca..
drons ſur la meſme ligne, & que
nous n'en avions que trois, ils
firent une ſeconde décharge ;
mais on les enfonça avec tant
d'audace & de vigueur , qu'ils
ne purent ſe défendrede plier .
Il en demeura quatre-vingt-dix
fur la place , & l'on fit dixprifonniers
, que les Officiers
retirerent des mains des Soldats.
Nous n'avons eu qu'un
Cornette & un Cavalier de
tuez Mrde Longueval , Capitainedu
Regiment du Roy , a
eſté fort bleſſé au bras. Douze.
Cavaliers l'ont eſté auſſi Mr
Deliout , Capitaine au mefme
164 MERCVRE
Regiment , a receu une con
tufion , & Mr de Caletret a cu
fon cheval tué ſous luy. Le
Commandant des Ennemis a
eſté bleſſé . Ils abandonnerent
lechamp de bataille , & quoy
qu'ils priſſent la fuite avecune
viteſſe inconcevable , il n'en
feroit demeuré aucun , s'ils ne
fuſſent venus à bout de grimper
ſurdes mõtagnes inacceſſi.
bles. le ne dis rien de ces expeditions
que fur des Lettres
dont j'ay les originaux en
main.
Avant le regne du Roy , la
Sculpture eſtoit peu conquë en
France , quoy que de tous les
Arts liberaux il n'yen aitpoint
de plas celebre dans l'antiquité
Les Scavans vantoient tous les
jours cetArt , dont ils aprenoient
des chofes furprenanGALANT.
165
tes par la lecture des Ouvrages
des Anciens , mais on l'avoit
mis fi peu en vogue parmy les
François , qu'ils ſçavoient à
peine ce que c'eſtoit qu'un
Sculpteur. La gloire de faire
fleurir de fi beaux Arts , & de
montrer juſques où la France
peut étendre ſa grandeur , appartenoit
àLouis le Grand.Elle
ignoroit encore qu'elle avoit
chez elle des forces capables
de reſiſter à toute l'Europe; des
Apelles & des Zeuxis dans les
le Bruns&dans les Mignards ,
&des Policletes & des Praxiteles
dans ſes plus habiles Sculpteurs
. Si par la maniere vigou
reuſe dont le Roya fait la guerre
dePrince a fait voir ر qu'il
n'eſtoit point d'Ennemis qu'elledeuſt
craindre , il l'a miſe en
meſme temps en eſtat de faire
166 MERCVRE
éclater ſa magnificence en prenant
ſoin d'y établir les beaux
Arts ,& fur tout les Arts Liberaux
appellez Nobles , fans lef+ 1
quels la Grece non plus que
l'ancienne Rome , n'auroit pas
fait tant de bruit. Nous venons
deperdre un de ſes plus fameux
Sculpteurs , en la perſonne de
Mr le Hongre.Je ne vousdiray
point quel rang iltenoit parmy
cux , vous en jugerez par un
fait tres- poſitif. 2
Feu Mr Colbert ordonna
vingt quatre Figures de Mara
bte , aux vingt quatre plus
habiles dans cet Art , & il y
en eut beaucoup que l'on
n'achevaqu'aprés ſa mort.Celleque
M. le Hongre fit fut de
ce nombre. Elle reprefente
l'Air . On voit une Aigle à ſes
pieds , & elle tient un CameGALANT.
167
leon ſous l'un de ſes bras. Elle
a l'autre levé , parce qu'elle
tientun voile ſur ſa teſte pour
marquer la legereté de l'Air.
Cette Figure ne parut pas plûtoſt
à Versailles qu'elle receut!
les applaudiſſemens de toutela:
Cour , meſime avant que d'eſtre
élevée , & elle en merita .
du Roy , qui eſt le Prince du
monde du meilleur goût. Mr
de Louvois qui eſtoitdéja Sur-
Intendant des Baſtimens , fic
écrire à Mr le Hongre , quela
Figure de l'Air ayant remporté
le prix ſur toutes celles que
l'on avoit faites , ilauroit une
gratification, pardeſſus l'entier:
payement, qui fut fait alors de
cette Figure ſeule , par ce que
les fonds n'eſtoient pas encore
preſts , pour achever de payer
toutes les autres . Ie n'impoſe
168: MERCVRE
point , & j'ay lû la Lettre dont
jeparle. On connoiſt par là la
justiceque M. de Louvois rend
au vray Merite. Il faut remarquer
qu'il n'y avoit aucun
Sculpteur diftingué qui n'cuſt
travaillé à ces vingt- quatreFigures
,& cela doit faire juger
de la haute chime que l'on
avoit pour M. le Hongre. Il
avoit long-temps demeuré à
Rome , ſeulement pour étudier
, & il y avoit connu
ChevalierBernin,qui luy avoit
trouvé tant d'habileté , que
lars qu'il vint en France pour
la façade du Louvre , il demenda
qu'on l'amployaſt pour
les Modelles de Sculpture qu'il
devoit faire. Eſtant venu à
l'Academie de Peinture & de
Sculpture , il s'attacha à regarder
un Bas - relief qui reprele
ſentoit
GALANT. 169
ſentoit une Madeleine , dont
ſelon l'uſage , le meſme M. le
Hongre avoit fait preſent à
la Compagnie pour y eſtre
receu , & dit en donnant mille ,
Joüanges à ce Bas relief , qu'il
devoit ſervir de modelle aux :
Sculpteurs qui ſouhaitoient de
s'avancerdans leur Art. Vous
attendez ſans doute que je vous
parle maintenant d'une partie
des Ouvrages faits par un
homme ſi conſiderable dans ſa
profeffion.
Il a achevé peude tempsavant
la mort deux grands Termes
de Marbre blanc qui ne
font pas encore à Verſailles .
Ils reprefentent laDeeſſe des
Iardins ,&le Dieu des Fruits
& il leur a donné un air convenable
à leur caractere , &
unebeautéun peu maſle.
May1590.
H
160 MERCVRE
1
2
Lors que l'amour que les
Peuples de France ont pour
le Roy leur inſpira le deſſein
de faire faire des Statuës Equeſtres
de Sa Majesté pour:
eſtre placées dans les Capitales
des Provinces , la Ville
deDijon , dont Monfieur le
Prince eſt Gouverneur , eſtant.
la plus empreſſée , eut l'hon.
neur de commencer à faire
travailler à ces Ouvrages ,
qu'on peut dire immenfes ,
&M. le Hongre fut le premier
qu'on choifit pour faire une de
ces Statuës , dont aucune n'avoit
encore eſté faite en Franee
, & qui auroient étonné
l'Ouvrier avant le regne du
Roy. Si Monfieur le Prince
avoit cru qu'un autre euſt pû
s'en mieux acquitter , il n'auroit
pas faitce choix. On ſçait
11
GALANT. FG F
quelle eſt ſon exactitude , &
combien il prend de prudentes
précautions pour toutes les
choſes qu'il reſout de faire.Cet
Ouvrageeſt achevé , & il ne
reſte plus qu'à le fondre . Il a
eſté exposé aux yeux du Public
&jamais on n'en a vû qui ait
eſtéſi univerſellement applaus
di , ce qui est tres- rare ; le Public
ne pardonne rien , & des
exemples recens nous le font
connoiſtre. On ne peut eſtre
mieux à cheval que paroiſt le
Roy dans cette Statue , ny
mieux repreſenter le grand air
de Sa Majesté. Je le dis aprés
un million de perſonnes que
rien n'obligcoità parler de cet
te forte,& qui fe font toutes
écriées à haute voix que cet
Ouvrage eſtant digne de la
Capitale du monde ,ou du ſc-1
H 2
162 MERCURE
jour du plus grand Roy de la
Terre , on ne devoit pas le laifſer
aller plus loin. Il eſt bien
glorieux à Monfieurle Prince,
& aux Etats de Dijon , d'avoir
fait faire une pareille Statuë ,
& leur gloire ne diminuëroit
enrien , quand elle reſteroità
Verſailles ou à Paris .
Il ya à l'Arcenal, du meſme
M. le Hongre , quatre grandes
Figures couchées , dont l'une
eſt fonduë , & les trois autres
ſont preſtes à fondre , pour
mettre ſur le bord des deux
Canaux de Verſailles , qui
occupent la place où eſtoitauparavant
le Parterre d'eau.
Ces Figures reprefentent un
Fleuve , une Riviere & deux
Nimphes . Elles ſont tellement
étudiées & finies , qu'elles ne,
peuvent produire que de la
GALANT . 163
1
gloire àl'Auteur , àcauſe de la
longueur du temps que demandent
de tels Ouvrages , pour
eſtre mis dans une grande perfection.
Les autres qu'a faits Mr le
Hongre ſont ſept Bas- reliefs de
de leuxd'Enfans à la Colonne
Verſailles .
Deux Figures repreſentant
deux des douze mois de l'année
, qui font dans la piece
octogone de l'appartement de
Marbredu meſme lieu .
Deux Vaſes de metal dans
la Salle du Bal du meſme
lieu.
Un des Bas reliefs qui ſont
àla Fontaine de la Piramide
dans le meſme lardin.
Ie ne parle point de beau.
coupd'autresOuvrages de peu
de conſequence , mais diſtin
H 3
164 MERCVRE
guez par la main de l'Ouvrier ,
faits à Versailles , à Marly ,
& à l'ancien & au nouveau
Trianon . Mrde Saint George ,
Hiſtoriographe de l'Academie
de Peinture & de Sculpture ,
doit les nommer tous dans un
Difcours auquel il travaille
pour y eſtre prononcé .
Leomefme Mr le Hongrea
fait toute la Galerie du Chateau
de Choiſi , appartenant
à Mademoiselle d'Orleans , &
beaucoup d'autres morceaux
de Sculpture , dans le meſme
Chateau o sug
Ila fait auſſi quantité de
modelles pour le Roy, de petits
Ouvrages pourjetter en bron
ze , & pour faire en argent , en
quoy ilréuffiſſoitmerveilleuſement
parce qu'il ne faiſoit
tien qui ne fuſt extremement
GALANT. 165
finy , Enfin il a plus travaillé
pour ſa gloire que pour ſa fortune.
L'une s'acquiert par l'afii .
duité au travail , & l'autre par
des:bafleſſes intereffées , en
fatiguant & careffant lesPortiers
des Grands , à quoy les
Hommes. Illuftres &de coeur
font mal propres .
Aprés vous avoir parlé d'un
fameux Sculpteur , je croy
que vous ne ferez pas fachée
d'apprendre dans quelle eſtime
la Sculpture a toujours eſté
chez les Anciens. Mr de Lamoignon
, aujourd'huy Avocat
General , fit des recherches
tres- curieuſes là deſſus , dans
la cauſe qu'il plaida pour Mr
Vanopſtat, Sculpteur , dans le
temps que cet Illuſtre Magiftrat
s'exerçoit dans le Barreau, pour
parvenir par ſon eſprit aux
Η 4
166 MER CURE
grands Emplois dont ſa naiſfan .
ce l'avoit déja rendu digne.
On refuſoit à feu M. Vanopſtat
le payement de pluſieurs Basreliefs
, & on luy répondoit que
l'an eſtoit expiré , & par l'articlede
noſtre Coûtume , tουτ
Artiſan n'eſt plus recevable à
rien demanderaprés ce terme.
Mrde Lamoignon prouva dans
ce Plaidoyer , quela Sculpture
eſtant un des Arts Liberaux ,
il n'y avoit point de preſcription
pour ce qui la rogar.
doit ,& rapporta une infinité
de choſes curieuſes , & à l'a
vantage de la Sculpture. En
voicy quelques unes.
,
La vanité des Grecs quise
flatte d'ordinaire del'invention des
plus belles choses ,a tortde s'attri
buercelle de la Sculpture , elle tire
La Source de plus haut , & nous
GALANT.
167
t
Sommes obligez de croire que Dien
fut lepremier Statuaire du monde
lors qu'ayant créé tous les Eſtres, il
formadans la figure de l'homme le
portrait de la Divinité. Long-
- temps aprés qu'il eut achevé ce
chef d'oeuvre de ſes mains toutes
puiſſantes , il voulut estre honoré
principalement par le ministere
des Sculpteurs , dans le bastiment
de l'Arche d'Alliance , dont ildon
na luy-mesme l'idée au Legislateur
des Hebreux. Mais en quels termes
parle- t- il de cet Ouvrier admirable
qu'ily voulut employer ? Ces
parolesfont un illustre panegirique
de la Sculpture , &suffisent pour la
mettre infiniment au deſſus dureste
des Artss
L'ay choisi , dit-il à fon Proa
phete,, un homme de la Tribu de
Iuda, quejay remply de mon esprit
de ſageſſe d'intelligence & de
H
168 MERCURE
Science en toutes fortes d'ouvrages,
pour inventer ce qui se peut faire
d'or ou d'argent , de bronze ou de
marbre , de bois differens , ou de
pierresprecieuses,
Peut - on trouver une expreffion
plus élevée des qualitez que Dien
juge neceffaires à un sculpteur , &
nesemble t - ilpas qu'ils'agit d'infpirer
le Prophete mesme pour donner
des Loix àfon Peuple ? Cependant
cen'est pasdans cefeul endroit
que l'Ecriture Sainte nous apprend
l'estime que l'on doit faire de ceux
qui exercent la Sculpture. Car
dans la pompeuse defcription de
se Temple , que le plus fage & le
plusmagnifique de tous les Rois fit
élever dans Ierusalem , pour estre
tefejour ordinaire de la Majesté
de Dieu d'Ifraël , elledit en parlant
de l'Artisan qui forma ces
#iches ornemens , dont le feul recie
GALANT . 169
!
nous donne de l'admiration , qu'il
avoit esté choisy pour accomplir ce
- grand deffein , parce qu'il étoit
plein de fageffe , d'intelligence &
de doctrine , plenum ſapientiâ,
& intelligentia , & doctrina , ad
-faciendum omne opus ex ære.
C'est ce quiafait direà un Pere de
l'Eglise, que la Sculpture étoit un
present de Dieu, & qu'estant née
avec la Religion mesme , l'honneur
qui luy estoit deu ne dureroit pas
moins que le culte des Autels.
Le Fragment qui fuit ne
vous paroiſtra pas moins beau.
- La Sculpture estoit ensi grande
-veneration parmy les Grecs , que
les habitans de Sicyoneàleurexeт-
ple ordonnerent des Precepteurs
pour l'enseigner avant toutes chofes
à leurs enfans ; & la mirent au
premier rang des Arts liberaux.
Mais afin que cet avantagelug fast
H 6
170
MERCVRE
toujours religieusement conſervé, ils
firent par un decret folemnel des
deffenſes tres-rigoureuses aux Efclaves
de l'exercer. Le motif de
cette éducation estoit celuy de donner
à leurs enfans une diſpoſition
generale à toutes les autres Sciences
& de rendre leurs yeux capables
de difcerner parfaitement les justes
proportions des chofes, &de juger
de la beauté de tous les objets du
monde . C'est pourquoy l'on acu raifon
de dire que la Sculpture est la
la nourrice,& la maîtreffe
de tous les Arts , & qu'elle eleve
l'esprit par je ne sçay quoy de merveilleux
qui furpaſſe lanature més
me , & qui ennoblit la perſonne de
Ses ouvriers , aussi bien que la ma.
tiere deſes ouvrages. Nous voyons
aussi dans l'Histoire , que les plus
grand hommes des fiecles paſſez ont
tenu à honneur de l'exercer &
mere
GALANT.
171
que cette nombreuſe famille des
Fabiens qui prit le nom de Peintres,
fut plus connue par cette qualité,
que par la valeurde trois cens Chevaliers
qu'elle perdit dans un mesme
combat pour le ſervice de la
Republique. Socrate qui a esté
Sculpteur avant que d'estre Philofophe
, disoit que cet art luy avoit
enseigné les premiers preceptes de
Philofopbie , & que comme la
Sculpture donnoit la forme àfon
objet en ostant les fuperfluitez , de
mesme cette science introduiſoit la
veriu dans le coeur de l'homme , en
retranchant peu à peu toutes fes
imperfections.
Voicy un autre endroit qui
ne vous plaira pas moins que
les deux autres. C'eſt de la
Rupublique de Hollande que
L'Auteur parle dans les pramieres
lignes . Sea
172
MER CURE
f
: Chacunfçast auffion quelle estime
•yfont les arts liberaux ; qu'ilsyfont
exempts de toutes les charges ; qu'on
-ypropose des prix à ceux qui excel-
- lent , &qu'ils peuvent parvenir à
toutes les dignitez de l'Etat .
dans Venise , dontle fagegou-
-vernement doit fervir de modelleà
toutes les Republiques , les Arts
liberaux y ont un Tribunal & des
Iuges particuliers qui ne connaiſſent
* que de leurs causes .
A Rome , ils jouiffent des privileges
des Nobles Romains.
AFlorence , Coſme de Medicis
qui s'aquit le furnom de Grand
parſes ſeules qualitez politiques ,
leur donna des franchises plus confiderable
smesmeque celles desGentils-
hommes;parce ,dit ce Grand
homme , que la Noblesse qui vient
de la naissance , estun pur effet du
bazard&undon de la Nature ,&
GALANT. 173
que celle qui s'aquiert parl'exercice
des beaux arts est une recompense
legitime de la vertu .
Charles- Quint &Philippes H.fon
fils,les ont ennoblis dans l'Empire &
dans l'Espagne ,&fous leRegnede
Philippes IV.dans uncelebre Procés
qui futintenté en l'année 1633.contre
un Peintre , pour lepayement de
certains droits , l'assemblée des
Royaume declara contre lefifc,que
tous les arts liberauxparmylesquels
elle mit la Peinture au premier
vang , n'estoient sujets à aucune
charge publique , de forte que l'on
voit un consentement general des
Nations policées , pour diftinguer
entierement les arts liberaux d'avec
les artsmecaniques.
Mrs de Lamoignon, eſtoit
intariffable fur cette matiere ,
comme vous le connoiſtrez
par les Fragmens que vous al
174
MERCURE
lez lire .
On ne peut voirfans étonnement
dans l'Histoire , qu'une Statuë de
lamain d' Aristidesfut venduë trois
censſeptante cing Talents , & une
autre de Policlerefix vingts mille
Seſterces , & que le Roy de Nicomedie
voulant affranchir la ville de
Guide de plusieurs tribuis , pourveu
qu'elle luy donnast une Venus de
la main de Fraxitele qui attiroit
tous les ans un concours infini de
curieux , les Gnidiens aimerent
mieux demeurer toujours ributaires
, que de luy donner cette Statuё.
Cependant Seneque qui condamne
avec tantde ſeveriteles defor
dres da luxe & les folles depenses
de son temps , dit que la profusion
qui nese peut affez blâmer dans les
aures curiofitez , parce qu'elles.
abattent le courage , &qu'elles ne
GALANT.
173
s'attachent d'ordinaire qu'aux
plaiſirs qui peuvent charmer l'ennuy
d'une molle oiſiveté , estoit
loüable dans l'amour de la Sculpture,
àcauſe querienn'élevé tant
le coeurqueles portraitsdes grands
hommes & laveuë de ces témoins
domestiques de nos actions , &qu'-
enfin ces images de ta vertu denos
Peresfont autant d'aiguillons pref
Sans qui nous piquent& qui nous
excitentà les imiter. De-là vient
que les Sculpteurs & les Peintres
ont estéfifort honorezdans tous les
temps , & que leur industrie estant
au deſſus des recompenses , il s'en
est trouvé quelques- uns qui dédaignoient
d'en récevoir ,& qui confacroient
aux Dieux tous leurs
ouvrages , croyant que les hommes
en estoient indignes.
Ictrouve dans cet art miracu
leux , ditle Maistre de l'Elo
176 MERCVRE
quence , en parlant de la Sculpture,
une doctrine profonde qui
fait toujours entendre plus qu'il
ne peint , qui attire l'esprit , &
qui enchaine la volonté par des
plaiſirs fecrets dont le charme inf
preune envie infatiable de regarderfon
ouvrage. Mon étonnement
merendplus immobile que la Statuë
mefme. Jene puis difcerner si c'est
une merveille de l'Artou une productiondela
Nature ,&quandje
me veux éclaircir de ce doute , la
crainte me retient , & je n'ofey
porter les mains. Enfin mon ame est
tellement remplied'admiration,que
quand je penfe m'éloigner de cit
objet , je reviens aussi tost sur mes
pas), commeſi je ne l'avois jamais
veu ,& je ne puis m'en arracher
qu'avec une extreme violence.
>
Je finis par un Extrait des
Lettres & des Brevets du Roy
GALANT. 177
en faveur de la Peinture & de
la Sculpture.
Recomnoissant que l'Academie
Royalede la Peinture & de la Sculptureque
Sa Majesté a establie en
Sa bonne Villede Paris,a tellement
reuſſi jelon ſon defir , que ces deux
arts que l'ignorance avoit presque
confondu avec les moindres meſtiers,
Sont maintenant plus floriſſans en
France par le grand nombre qui s'y
trouve de rares&d'excellenshom.
mes , qu'en tout le reste de l'Europe,
Sçachant qu'il n'y apoint de plus
forte consideration pour faire em
braffer cette noble vertu , qui est un
des plus riches ornemens de l'Etat,
que l'amour du Souverain pour elle,
Sa Majesté qui en a une toute par
ticuliere pour la Peinture& pour
la Sculpture , a refolu de luy en
donner de continuelles marques,
cependant de luy affigner un fond
178 MERCURE
tous les ans pour la dépense de fon
affemblée , & mesme de gratifier
ceux qui la compoſent , de quelques
effets honorables defa bienveillance,
voulant qu'ils iouiffentdes mesmes
privileges &droits de Committimus
, que ceux de l'Acade
mie Françoise , afin que ces arts
liberauxfoient exercez plus noblement
& avec une entiere liberté,
n'y ayant rien entre les beaux arts
deplusnoble que la Peinture&la
Sculpture.
Vous avez appris par ma
Lettre du mois de Mars dernier
, le détail du Voyage
des Vaiſſeaux du Roy qui eftoient
allez porter en Irlande
les ſecours dont le Roy d'Angleterre
avoit beſoin . Quoy
que la longueur de ce voyage
ait caufé beaucoup d'inquietude
, on ne peut eſtre guere
GALANT .
179
plus heureux dans une Navigation
, que les nostres l'ont
eſté parmy les grands coups
de vent qu'il fit dés le ſoir
de leur arrivée à Kork. A
- peine furent-ils en ſeureté ,
que le temps changea , & fut fi
terrible , qu'on peut dire que
ce fut un coup du Ciel que
la Flote ſe trouvaſt alors dans
le Port puis qu'elle n'auroit
pû s'élever de cette Coſte ſans
de grandes pertes de toutes
manieres , & qu'il n'y avoic
qu'à Kork où l'on cuſt pû
faire le débarquement , de
forte que le ſecours ſeroit
devenu à rien par tout aillenrs.
Tous les débarquemens
ayant eſté faits , & l'embarquement
des Troupes qu'on
a amenées en France eſtant
achevé , noſtre Flote fut plus
180 MERCVRE
de douze jours fans pouvoir
partir à cauſe des vents contraires.
On fortit enfin du
Portle 18. du mois paſſé , mais
dés le lendemain le vent étant
venu droit devant , demeura
ainſi pendant douze jours , ce
qui empeſcha la Flote d'arriver
dansla Rade de Brest plûtoſt
que le 4. de ce mois Mr
d'Amfreville y entra avec
quinze Vaiſſeaux. Les autres
n'y entrerent que le jour ſuivant
, tant parce qu'il eſtoit
nuit , que pour éviter l'embarras
, qui auroit eſté trop
grand fi toute la Flote y fuſt
entrée. Ainsi les Vaiſſeaux qui..
attendirent au lendemain
mouillerent à Camaret . Le
Vaiſſeau nommé l'Emporté a
pris ſur la route un Philibot
d'Amſterdam , it revenoit de:
GALANT. 18
1
Barbarie , & eftoit chargé d'amandes;
de cuirs , de laine ,
& de cire. La priſe eſt estimée
douze mille écus. La Fregate
la Jolie ,de trente fix picces de
Canon, eſt demeurée en Irlande.
pour le fervice du Roy d'Angleterre.
Quelques vents que
la Flote ait effuyez à fon retour,
elle nes'eſt point ſeparée. Pendant
qu'elle estoit à Kork il ſe
perditquelques Baftimens Anglois
qui portoient des vivres
àMr de Schomberg. 1
Les plus gros Marchands
Proteftans de Korkayant prist
une terreur panique au bruit
de l'arrivée de nos Troupes ,
crurent qu'ils alloient eſtre
pillez & égorgez,de fortequ'ils
prirentla fuite , ou se cache
rent;mais ceux qui demeurerent,&
chez qui on fit loger
18:2 MERCURE
des Soldats , furent étonnez de
les trouver fort ſages,& payant
tres bien . On leur avoit donné
pour cinq joursdebiſcuit, afin
qu'ils puſſent attendre le pain
de munition ; ils furentla pluſpart
environnez de Pauvres, à
qui ils diſtribuerent leur pain.
Ilyavoit telde ces gens-làqui
n'en avoit mangé de ſa vic, car
leur nourriture ordinaire eſt.
de Patates, qui ſont comme nos
Navets. Ce procedé de nos
Troupes leur attira mille bene-:
dictions , & le bruits'en eſtant
répandu , on vint en foule pour
les voir. La maniere dont on
les trouva veſtus fit ſouhaiter
à pluſieurs de paſſer en France,
de forte qu'un Regiment qui
ne devoit eſtre que de cinq
cens hommes , ſe trouva de
treize.ll y en a cu 6500. d'embarquez
GALANT.
183
barquez avec environ 300.
Femmes & Enfans. Ces Troupes
compofent ding Regimens
d'hommes bien faits , & pleins
debonne volonté,& felon les
apparences elles deviendront
tres - bonnes. Elles font fort
affectionnées au Roy d'Angleterre
, & commandées par
MilordMontcaſſel, cy-devant
Milord Macarty. Leur Major
eſt Mr de Seneville , auparavant
Capitaine , & Major au
Regiment de Picardie .
Comme le voyage de la Flote
avoit duré preſque un mois de
plus que l'on n'avoit cru , &
quel'incertitude où l'on eſtoit
que les vents contraires changeaſſent
ſi coſt ,faisoit apprehender
que les vivresne manquaſſent
dans les Vaiſſeaux ,
Mrd'Amfreville trouva à pro-
May 1690. 1
184 MERCVRE
pos de faire retrancher le dé.
jeuner. Les Irlandois n'eurent
pas de peine à s'en paſſer , &
dors que le lendemain de leur
embarquement ils entendirent
la Cloche du diner , ils demanderent
à quelle occafion on la
fonnoit. Aprés qu'elle leur eut
eſté expliquée ils demeurerent
forts étonnez , & demanderent
fi lon mangeoit encore. Ils
auront den l'eſtre davantage le
mefme jour , puis que nos
Troupes , fom trois ou quatre
repas fur Mer.
LesLettres de Brest écrites
par les François qui reviennent
d'Irlande , portent ce que
vous trouverez dans l'extrait
qui fuit. Les Troupes de Mr de
Schomberg nefont pasfort bonnes ,
hors quelques François qu'ila auprés
de luy,& quelques Regimens
GALANT.. 185
Anglois qui ont déja fervi ; car
pour les Danois &les suedois, cefont
$ de nouvelles Troupes quin'en Sçavent
pasencore beaucoup . On nous
a affeurez que Mr.de Schomberg
estant aculé dans le Nort d'Irlande
, qui est le plas mauvais
pays , ne pouvoit fubfifter que par
les Convois d'Angleterre , & que
'Hiver dernier fon Armée ayant
beaucoup fouffert , estoit diminuée
d'un tiers ; qu'elle attend avec im .
patience le grand ſecours que le
Prince d'Orangeluy fait esperer,&
Sans lequel elle nepeut rien entreprendre,
ne l'ayantpûfaire jusqu'icy
mais feulement quelques courses
pourchercher des vivresfur les Tera
res qui reconnoissentle Roy ,& enle
verquelques bestiaux. Il a voulu
tenter de furprendre Charlemont ,
qui est unposte qui le refferre extremement
, mais loin d'y réussir , ila
12
186 MERCVRE
esté repoußé avec beaucoup devigueur
, ayant perdu plusieurs bons
Officiers , & pluſieurs Volontaires
François , qui estoient venus pour
infulter cette Place , par oùilfaut
commencer pour s'étendre dans le
pays, mais tout ce qu'il a pu faire
jusqu'à aujourd'huy est deſeretrancher
dansfon Nort, ou onne l'a pas
fort inquiete,parce queles Troupes
duRoy d' Angleterre n'estoient pas
encore affez aguerries , & qu'il a
falu que ce Princeſeſoit afſfuré des
autres parties de l'Irlade,avant que
de pouffer Mr de Schomberg. Lors
quele Roy d' Angleterre paſſa dans
ce Royaume , il n'y avoit d'armes
que celles que nous į avions portées,
&ces Peuples qui n'avoient aucun
usage de la guerre,estoient dans une
espece d'esclavageſous les Anglois,
donton a eu de la peine àles faire
revenir en les réveillant de leur
GALANT.
187
30 aſſoupiſſement, mais on commence
àvoir qu'ils reprennent coeur , &
S'animent auservice. L'argent de
France n'yapas peu contribué,de
mesme que les munitions deguerre
&de bouche que nous leur avons
portées. Nos vins & nos Eaux devie
qui font àtres- bon compte , à caufede
la quantité quis'y en trouve
presentement , y produisent un bon
effet ,& il semble que ces Troupes
reprennent une autre vie ,& que
leurs corpsfefortifiantſont plus pro.
pres aux armes que lors qu'ils ne buvoient
que de l'eau qui les rendoit
foibles, & inhabiles àaucun exercice.
Les Anglois les demandoient
ainsi , afin d'avoir lieu de tirer ce
qu'il y a de meilleur en leur pays, ce
qu'ils faisoient en ne leur laiſſant
qu'à peine le neceſſaire.
Ie vous ay envoyé divers
Ouvrages de Mr le Pays , qui
13
188 MERCVRE
vous ont toujours extremement
pleu , & il y en avoit
mefme encore un de fa façon
dans ma Lettre du mois paffé ,
furce qu'un particulier avoit
mis- fon argent à la Tontine
fous le nom du Roy le ne
croyois pas en vous l'envoyant
, que ce ſeroit le der-
Bierqu'on verroit deluy. Une
fiévre continuela emporté en
fort peu dejours. & lamorema
point reſpecté ſan heureux ra
lent.Son Livre, intitulé, amours
amitiez & amourettes ,luy avoίε
donné de la reputation,& ill'avoit
ſouſtenuë avec beaucoup
d'avantage , par un feu d'eſprit
qui luy eſtoit naturel. Sa converfation
auſſi aiſée qu'agreable
luy donnoit accés par tout,
&il eſtoit malaiſé de le connoiſtre,
fans chercher à eſtre de
ſesamis..
GALANT . 189
0
11
Je vous ay ſouvent parlé de
Monfieur leDuede Chartres,
dont l'eſprit , & les manieres.
ontde beaucoup devancé fon
âge. Il accomntance fesvexer
cicesvà Versailles fous Mr dup
Pleffis , Ecoyer du Roy ,& Sa
- Majestéaccompagnée deMon
- ſicura eſté au manegele voiti
montes à cheval pontida pre
miere fois. S'il yreuffit comme
dans toutes les autres chofes
qu'on luy a montrées , il pourra
ſe vanter d'eſtre un bon hom
me de cheval . Ce jeune Prince
afaitdes progrés fi furprenans
dans les Mathematiques qu'on
n'en parte qu'avec admira
tion.
l'ajoûteray à ce que je vous
ay déja dit touchant la no
mination ques le Roya faire
de Mr l'Archeveſque de Paris
14
190
MERCVRE
22
au Cardinalat , que cet Illuſtre
Prelat s'eſt acquis tant d'eſtime
dans le Chapitre qui a
eu l'honneur de l'avoir pour
Archeveſque & dans celuy
qui a preſentement cet avantage
, que le premier qui eſt
celuy de Rouen ,a deputé à
Paris pour luy faire compliment
fur cette nomination ,
& luy a écritlen mefmetemps
pour luy marquer en
coremieux ſa joye. LeChapitre
de Paris fait plus ; il a
deputé ſon Doyen avec dou-:
ze Chanoines , pour aller remercier
le Roy de ce choix..
Sa Majesté écouta leur compliment
avec beaucoup de
plaifir , & le reprit entier avec
une preſence d'eſprit admirable
pour repondre à tout ce qu'il
contendit,& fit par ſa reponſe
1
GALANT. 191
un éloge de Mr l'Archeveſque
- plus beau encore que celuy
que venoit de faire Mr le
- Doyen de Notre Dame , quoy
qu'il euſt parlé avec beaucoup
d'éloquence , & de zele pour
cePrelat..
Le Parlement , la Chambre
des Comptes , la Cour des Aides
, la Cour des Monnoyes
& le Corps de Ville ont eſté
faire des complimens de condoleance
au Roy , & à Monſeigneur
, ſur la mort de Ma
dame la Dauphine. Il y a déja
tant de harangues dans cette
Lettre , que je ne vous parleray
que fort fuccintement de
cellesde tous ces grands Corps.
Mr de Harlay , premier Prefident
, aprés eſtre entré dans
la douleur que cauſoit la perte
que Sa Majesté venoitde faire,
15
192
MERCVRE
>
marqua le zele du peuple pour
lekoy dans l'état preſentdes affaires.
Mr le Procureur General
fit auffi fon compliment àSa
Majeflé fuivant l'usage de Mis
les Gens du Roy des Cours
Superieures. Ces complimens
font ordinairement courts
parce qu'ils ne font regardez
que comme des complimens
d'un particulier , & non pas
d'un Corps. Mr Nicolai , premier
Prefident de la Chambre
des Comptes , repondit dans le
fien àla haute reputation que
feu Mr Nicolai fon pere s'eftoit
acquiſe dans les difcours pu-
Blicsqu'il faifoit , & il s'attira
des loüanges du Roy & de toute
laCour. Ilentraadroitement
dans la ſituation des affaires
preſentes qui font briller la
gloire de ce Monarque d'un
IGALANT.
193
nouvel celat , & aprés avoir
parlé de la mort de Madame
la Dauphine , il dit , que cette
Princeffe laiffoss 2018 Princes qui
aprendroient long-temps fous Sa
Maiesté l'art de vaincre , & de
regner, trois Princes qui estoient
lesgages de lafeticitéde la France.
Ainfi dans une penſée tou
te de douleur il fit entrer avec
beaucoup d'art des penséesde
joye &d'efperance. It finit en
diſant qu'on venoit avec confiance
témoignerlapartqu'oprenoit à l'affliction
d'un Heros qui en prenoit
rant luy-même à celle defessuiets,
&qui descendoit du Trône pour re
parer la perte qu'enfaisoit dans les
familles par In mort de ceux que
Sa bonté avoit élevez. Il enten
doitparler par làde la Charge
de feu Mr Nicolai fon pere que
le Roy luy avoit donnée , &
16
194 MERCVRE
quoy qu'il mélaſt ce qui le re
gardoit , avec ce qui touchoit
Sa Majesté , cet endroit parut
tourné avectantd'efprit , qu'il
luy attira de nouvelles louanges.
:
Mr de Vaſſan , Avocat General
de laChambre des Com
ptes , fit auffi un compliment
qui fut tres bien reçu.
Ils curent dautant plus de
gloire , qu'ils n'avoient eſté
clevez ny l'unny l'autre pour
paroiſtre dans de relles fonctions
, Mr. Nicolai avant la
mort de fon Ainé , avoit pris
le parti de la guerre , où il ſeroit
preſentement fort avancé,
puis qu'il conduiſoit les
enfans perdus au Siege de
Valenciennes , de forte que
l'on peut dire qu'il étoit auffi,
brave qu'il harangue bien.
GALANT. 195
Quant à Mr. de Vaſſan , il
eſtoit Gentilhomme ordinaire
de la Maiſon du Roy , &
1 if a pris le parti de la robe
pour ſucceder à une Charge
de Preſident des Comptes ,
que poſſede Mr de Vaſſan ſon
pere , & dont le Roy lay a
donné l'agrément avec cet
air engageant , & plein de
bonté qui fait qu'on aime
mille fois mieux la maniere
dont ce Prince donne , que les
preſens qu'il luyplaiſtde faire..
La Chambre des Comptes
alla auſſi chez Monseigneur
le Dauphin , & Mr Nicolai .
aprés avoirmarqué à ce Prince
la part que ce Corps prenoit à
fa douleur pour la mort de Ma
dame la Dauphine , dit , que la
prudence de Sa Majeste l'envoyoit
contreſes Ennemis pour remettre
196
MERCURE
l'Europe dans ſon devoir qu'elle
w'avoitsceu profiter de la paix que
teRoy luy avoit donnée plus d'une
fois , & qu'elle venoit de reünir
contre ſes interests les Royaumes ,
&les Republiques , les Rois legiti.
mes & les ufurpateurs , les ingrats
& les envieux. Il fit voir aprés
čela, que Monſeigneur nepouvoit
manquerd'en triompher ,
& finit en diſant , que si la joye
deMadamela Dauphine avoit esté
grande à la veuë des premiers Lauriers
de ce Prince , elle en auroit
encore eu une plus ſenſible , fi la
mort ne l'avoit pas enlevéeà la
veille d'une Campagne qui luy devoit
estre fi glorieuse , mais qu'elle
estoit dans le Ciel un Esprit zutelai.
re qui s'intereſferon pour la profperitéde
sesarmes. Ce difcours recent
auffi beaucoup d'applaudiffement.
Mr de Vaffan dit à
GALANT. 197
Monseigneur , quepour connoistre
faavveerrttuurtoouuttee.entiere,ilfaloit qu'
elleparut dant les douleurs comme
elle s'estoit fait admirer dans les
perils , que Von cherchoit dela confolation
dans la grandeur de fon
ame , comme l'on prenoit de l'efperancedans
celle defon courage , &
que le reffentiment dont on estoit
touché , en partageant ses justes
regrets , trouvoit place dans nos
coeurs au milieu de l'admiration
dont la gloire de ses premières conquestes
les avoit remplis.
L'Academie Françoiſe , qui
eſt receuë avec les mesmes
honneursque les Compagnies
Superieures , a eſté faire les
meſmes complimens ad Roy ,
&àMonfeigneur leDauphin.
Mr l'Archevefque de Paris ,
prefentement Directeur de la
Compagnie , eftoit à la teſte.
198 MERCVRE
La parole fut portée par Mr
l'Abbé de Lavau , Chancelier
de la meſme Compagnie. Son
diſcours repondit à ce qu'on -
devoit attendre d'un Corps
composé des maîtres de noſtre
Langue ,& je ne vous ſçaurois
mieux marquer l'avantage qu'il
eut de plaire , que par un fait
conſtant , je veux dire , par les
applaudiſſemens qu'il receut
tant qu'il parla , & qui furent
donnez affez haut pour eſtre
entendus de tout le monde.
Le Grand Conſeil s'eſt acquité
du meſme devoir parla
bouche de Mr Bignon ſon premier
Prefident . Son éloquence
eſt ſi connue qu'on n'aura pas
de peine à croire,qu'la remply
cet employ avec beaucoup de
fuccés. L'Univerſité a faitde
ſemblables complimens , less
GALANT.
اوو
deux Harangues que je vous
ay envoyées de ſon Recteur
dans mes deux dernieres Let
tres vous ont fait connoiſtre
l'heureux talent qu'ila pour les
Ouvrages de cette nature.
Les Ambaſſadeurs , & En
voyez Extraordinaires qui font
icy , ont eu Audiance fur le
meſme ſujet. Ils ont fait des
complimens de condoleance,
non ſeulement au Roy , & à
Monſeigneur le Dauphin,mais !
auſſi à Meſſeigneurs les Ducs
de Bourgogne , d'Anjou & de
Berry , àMonfieur &à Madame.
"
La Reine d'Angleterre eſt
auſſi venuë viſiter le Roy ſur
la meſme perte. Ce Prince tint
Cercle , où preſque toute la
Maiſon Royale , & toutes les
Duchefſes ſe trouverent. Sa
200 MERCVRE
Majesté luy rendit ſa viſite dés
le lendemain , ainſi que toute
laMaiſon Royale.
Mr l'Abé Berrier, Chanoine :
de l'Eglife de Paris , & Grand!
Archidiacre de Brid , a donné)
ſademiffion de ce Benefice ,&
de seiteDignité àMrl'Archeveſque
de Paris,dans ledeſſein
de mener une vie plus retirée.
Ce Prelatensa pourvew Mr
l'Abbé de Janfon, neveu de Mr
le Cardinal Forbin , mais cer
Abbé n'a pasvoulu en prendren
poſſeſſion , afin deles remettre
àMonfieurl'Abbé Berrier, s'il
arrivequ'il ne perfille pas dans
la meſme refolution
Leazde ce mois , Meffire
Charles de Sainte-Maure,Duc
deMontaufier, Pair de France,
Chevalier desOrdres du Roy ,
Gouverneur de Normandie,de
GALANT. Σοκ
Xaintonge & d'Angoumois .
Lieutenant General d'Alface ,
Gouverneur & PremierGétil
hommede la Chambre de Monſeigneur
le Dauphin , & Maiſtre
de ſa Garderobe , mourut
icy dans la 80.année , aprés
avoir foutenu une longue
maladie avec une patience
digne d'un veritable Chrea
frien. Il fut abandonné des
Medecins dans un temps , où
il fe fentoit encore affez de
forces pour pouvoir ſe flarer
de quelque efperance, cependant
il receut l'Extrême- Ontion
& leViatique avecune
refignation tres exemplaire ,
aprés quoy il donna fa benediction
à ſa Famille & à του-
te fa Maiſon , & s'eſtant ſeparé
de Madame la Ducheffe
d'Ufez fa Fille unique , qu'il
202 MERCURE
avoit toujours tendrement ai
mée , il employa le reſte du
temps à s'occuper ſeulement
de Dieu. Les prieres qu'il faifoitſouvent
àhaute voix mettoient
tous les Affiſtans en larmes,
il demeura quelques jours
en cet eftat; Le Roy luyenvoya
Mr de S. Olon , Gentilhomme
Ordinaire de ſa Maifon
, pour luy marquer de ſa
part le déplaiſir que Sa Majesté
avoit de perdre un ſi bon & fi
fidelle Sujet; & pour l'affurer
que ſa Famille trouveroit toujours
en elle la protectiõ qu'elle
meritoit.Mrde Montaufier répondit,
qu'ayant toujours rendu fes
Services au Roy avec tout le Zele dor
il avoit pûestre capable , s'il avoit
på ſouhaiter une vie plus longue .
c'auroit esté seulement pour avoir
l'honneur de les pouvoir continuer
mais qu'ilmouroit bien conſolé, puis
GALANT.
203
quepur ces dernieres marques defa
bonté, Sa Majesté luy donnoitsujet
decroire quefa conduite&ſesſoins
ne luy avoient pas esté defagreables.
Le meſme Mr de S. Olon ,
aprés avoir quitté Mrde Montaufier
, revint ſur ſes pas pour
s'acquitter de l'ordre qu'ilavoit
receu de Monſeigneur le Daus
phin de luy parler auſſi de ſa
part. Sa réponſe fut à l'égard
de ce Prince , qu'il mouroit fon
ferviteur, comme ill'avoit toûjours
esté, & qu'il eſtoit ravi que leſujet
qu'il avoit eu deſe louer de luy pen .
dantſa vie,cust duréjusqu'àsamore
Lajoye qu'il eut de cet obli.
geant ſouvenirdu Roy & de
Monseigneur ne, contribua
pas peu à faire revenir fes
forces . Les Medecins furent
rappellez , & ils luy ordonnerent
du fel volatile de Vipere.
Ce fel ayant réveillé les ef104
MERCURE
prits ,il s'en trouva mieux le
premier jour. Le ſecond il
demanda à revoir Madame la
Ducheſſe d'Uzez, qu'il ne pouvoit
oublier fitoft qu'il avoit
quelque efperance , mais rien
n'eſtoit capable de ledétourner
de l'application continuelle
qu'il avoit à penser à Dieu &
à le prier , & il ſe plaignoit de
temps en temps que l'excés de
ſes douleurs interrompoit ſon
attention , ce qu'il ſe reprochoit
quelquefois , comme
n'ayant point affez de patience.
Il vécut encore deux jours,
s'entretenant fans ceſſe de
Dieu , & aprés avoir conſervé
juſqu'à fon dernier foupir une
preſence d'eſprit ſurprenante ,
il expira en diſant ces mots ,
Fiat voluntas tua. Son corps fur
porté à S. Germain l'Auxer
GALANT.
205
rois ſa Paroiffe ,& de la aux
Carmelites du Fauxbourg S.
Jacques , où eſt ſa Chapelle ,
& où Madamela Ducheſſe de
Montaufier a eſté enterrée.
Jlafait Mrde Fieubet , Exocuteur
de fon Testament , a
récompensé generalement tous
fes Domestiques par des legs,
leur ayantauffi continué à cha
cunune année de leurs gages
par deffus la fomme qui leur
pouvoit eſtre deuë.
Mr de Vertron a fait une
Epigramme Latine pour luy
fervir d'Epitaphe , & Mr l'Abbé
Saurin ena rendu la penſée
en noſtre Langue par les Vers
quifuivent.ol nous
1 Celuy qui ſcent parfa prudence
Elever des François theroique
esperance 1704
206 MERCVRE
e
Dans ce tombeau repoſe enfin.
Un jour on connoistra ce que luy
doitla France, ファ
Par la gloire de fon Dauphin.
J'aurois beaucoup à vous
dire des grandes qualitez de
ce Duc , qui estoit encore plus
illuſtre par ſon eſprit , par ſa
generoſité & par fon merite ,
que par ſa naiſſance. Sa prudence
, ſa valeur & fon courage
ont éclaté en beaucoup
d'occaſions, Dans les derniers
mouvemens que les Ennemis
dela France fufciterent , il ne
ſe contenta pas de maintenir
dans l'obeiſſance du Roy la
Xaintonge & Angoumois ,
dont il avoit le Gouvernement
, mais après avoir rejetté
avec une fidelitéinébranlable
les propoſitions qu'on luy
fit pour l'attirer dans le party
G
des
GALANT
207
desRebelles , ilchaſſa les En
nemis des Places de Xaintes,
des Taillebourg & de Talle
mont dont ils s'eſtoienttempa
rez , & les ayant pourſuivis ,
quoy que fort inferieur sen
nombre , il défit une partie de
leur Armée à Montanté en Pe
rigord , fans qu'une bleſſure
qu'il receut au bras ,&dontil
demeura eſtropié,luy puſt faire
ralentir l'ardeur avec laquelle
on le vitcombattre dans cette
grande journée. Il s'étoittrouvé
dés ſon plus jeune âge aux Siegesde
Roſignan & de Cafal , &
enfuite àl'attaque de Briſac en
Alface , où il fit tout ce qu'on
peut attendre d'un homme à
qui les occafions deſe ſignaler
fontcheres. Ilpritde ſa propre
main trois EtendardsdeCavalerie
à la Bataille de Cernés
remporta beaucoup de gloire
May 1690 . K
208 MERCVRE
-
en Allemagne , oùil fervit, ſeul
Maréchal de Camp de l'Armée
que commandoit feu M.
le Maréchal de Guebriant.
Quant à la Maiſon de Sainte-
Maure, dont vous ſçavez qu'il
eſtoit,fon ancienneté ne peut
eſtre conteſtée ,puisqu'on jal
ſtifie que dés l'an 1010. Goffe
de Sainte-Maure eſtoit un des
plus grands Seigneurs du Royaume.
Pierre de SainteMaure,
I. du nom, fut Pere de PierreII.
deGuillaume , Chancelier
deFrance , & de Guy, tige
des Seigneurs de Jonzac , & de
Montaufier. Guy de Sainte-
Maure épouſa Marguerite,Heritiere
de Montauſier , dont il
cut Pierre de Sainte Maure ,
qui de Miramonde de la Mothe,
Damede lonzac, laiſſaArnaudde
Sainte-Maure.Celuycy
eut deuxFils , ſçavoir,Ar
GALANT.
209
naud de Sainte-Maure, Sr de
lonzac , qui a fait la bran.
1 che des Seigneurs de Ion
zac , & Leon de Sainte
Maure Seigneur de Montaufier.
Ce dernier fut Pere de
François de Sainte- Maure , qui
de Louiſe Gillier , Dame de
Salles &de Fougeray eat Leon
de Sainte Maure [ 11. du nom.
Ce Leon III . épouſa en 1606.
Marguerite deChaſteaubriant,
Fille de Philippes , Sieur des
Roches Baritaut,&de Gilberte
du Puydufou , & il en eut
Hector de Sainte. Maure , qui
fut tué en 1635. dans la Valteline
, en forçant les Bains de
Borino ,& Charles de Sainte-
Maure , Duc de Montaufier ,
dontje vous apprensla mort.
Je vous envoye des Vers
qui ont eſté faits un peu avant

K
210 MERCVRE
le départ de Monſeigneur le
Dauphin , & dont les penſées
font fort agrebales . Ils ſe chantent
ſur l'Air de lean de VVert.
Artezjeune &vaillant Heros,
Lagloire vous appelle,
Devant vous le Roy des Oiseaux
Ne battra que d'une aisle :
Vousferez voir aux Allemans
Qu'on sçait les vaincre comme au
temps de lean de VVett, &c.
Avostre aspect ils diront tous ,
Evitonsfa colere ;
Ilva faire tomber fur nous
Lafoudre defon Pere.
Nos effortsferont impuiſſans,
De mesme qu'ils l'estoient autemps
Deleande VVert, &c.

1
Ils scaventpar vos premiers coups
Que tout vous eftfacile ;
Ils vous fuiront comme les Loups ,
GALANT. 211
Sans trouver un azile :
Et mettant tous les armes bas ,
Itsferont comme les soldats
De Jean de VVert , &c.
Vos Guerriers pour vous pleins d'amour
,
Ne cherchent qu'à combattre!
Ils vont ainsi qu'à Philisbourg
- Fairele Diable à quatre.
Ilsporteront par tout la mort ;
Heureux qui n'aura que lefort
DeleandeVVert,&c.
C'est ce qu'on attend de vos faits
-Pendant cette Campagne ;
Vous ferez demanderla Paix
Aux Princes d' Allemagne,
Et par vous on verra LOVIS
Triompher de tousle Pais
De lean deVVert,&c.
Les Ennemis ont eu de la
peine à ſe perfuader que Mon-
K 3
4
212 MERCURE
ſeigneur partiroit , & ils l'au
ront va fur leurs Frontieres
dansle temps qu'ils croyoient
encore fon voyage incertain.
Le jour que partit ce Prince ,
il ſe rendit chez le Roy dés huis
heures du matin , &demeura
long temps enfermé avec Sa
Majeſté. Il revint enfuite dans
fon appartement , où il receut
les adieux de toute la Maiſon
Royale , des Princes & des
Princeffes ,& de toute la Cour.
La foule fut fi grande , quoy
qu'il n'y euſt quedesperſonne,s
diftinguées , que beaucoup ne
pûrent ſeulement ſe faire voir.
Dans le moment que l'on croyoit
que ce Prince alloit partir,
il remonta encore chez le Roy,
& prit publiquement congé de
Sa Majesté , les adieux tendres,
s'eſtant faits dés le matin , &
partit comblé de voeux & de
GALANT . 213
benedictions. Le Roy a fait
l'honneur à M. le Duc de la
Tremouille, &àM.le Marquis
de Beringhen , de les choifir
comme étantdes premiers Offi
ciersde fa maifon, pouraccompagner
ce Prince, l'un en qua
Iné de premier Gentilhomme
de ſa Chambre & l'autre de
premierEcuyer. Rien n'eſt égal
àla joye qu'ont reſſentietoutes
lesTroupes qui doivent com
poſer l'Arméed'Allemagne,depuis
qu'elles ontappris qu'elles
auroient l'honneur d'etre com
mandées parMonseigneur. ELL
les ont donné des marques de
leur allegreſſe par des rejoujffances
publiques , &leurs cris
de joyeront eſté accompagnez
de ſalves en beuvant ſa ſanté.
Ce Prince partit le 17. de ce
mois pour aller coucher àGermini
, maiſon de campagnede
K 4
24:
MERCURE
M. l'Eveſque de Meaux, où ce
Prelat le receut avec d'autant
plus de joye , qu'ila eu l'honneur
d'avoir eſté ſon Prece
pteur , & qu'il voit fon Eleve
auſſi avancé dans le chemin de
la vertu ,que dans celuy de la
gloire.Monseigneuralla le lendemaindiſnerau
Village d'Aty
où il fut traité par M. de Noail
les , Evefque & Comte de Châlons
, ce Prince coucha à Vitry,
où le Gouverneur , & les Officiers
de la Ville, & du Prefidial,
le receurent aux portes . Il y
trouva toute la Maiſon qui l'y
attendoit, avec laquelle il pourſuivit
ſa route à plus petites
journées , eſtant venu juſquelalaayavec
une diligence égale à
la Poſte , accompagné de M. de
Vendoſme ſeulement . Il cou- 1
cha le 19. à S. Dizier , le 20. à
Ligny , le 21. à Toul , où il fut
GALANT.
215
receu au bruit de la Moufqueterie.
Il arriva le 22. à Nancy ,
aux décharges du Canon , &
trouva dans la Ville toute la
Garniſon ſous les armes . Les
feux de joye & les Illuminations
qu'ily eut le foir dans
toutes les rues , marquentlaffection
des Lorrains pour la
Maiſon Royale. Monfieur le
premier Preſident du Parlement
de Mets , y vint compli
menter cePrince , à la teſte de
pluſieurs Députez du mefme
Parlement. Monseigneur ſe
journa àNancy , afin d'en viſi
ter les Fortifications , & celles
de la Citadelle , ce qu'il fit le
22. accompagné du Lieutenant
deRoy. 3
Monfieur l'Abbé de la Salle,
Fils de feu Monfieur de la Salle,
Lieutenant des Gendarmes .
& Frere de Monfieur de la Sal-
KS
216 MERCURE
le, Maistre de la Garderobe
duRoyaeſté nommé à l'Eveſché
de Tournay . Il regne
une certaine honneſteré dans
cetteFamille qui la faid aimer,
&ſesſervices onttoujoursefté
agreables. M.de la Salle a eſté
un des premiers à qui Sa Majeſte
aitdonnéuneCharge d'Aumônier
, depuis qu'elles ne ſe
vendant plus , ce qui est une
preuvetres- certainede labon.
té de ſes moeurs
Vnautre Abbéde comeſme
Rom aété pourvende l'Abbaye
de Bonnevant dans l'Eveſche
de Poitiers. Heſt Fils de M. de
la Salle de Saillant , de la Mai
fon deBaglioni, l'une des meil
leures d'Italic ,établie depuis
longtemps dans le Lionnois
&dansleDauphiné ,aufi bien
quedans le Duché de Bourgo
gne.On peut dire de cetAbbé
GALANT. 217
où le Roy
qu'il eſt tres-digne Neveu de
M. l'Eveſque de Treguier ,
nommé à l'Eveſche de Poitiers ,
dont les vertus ont éclaté dans
tous les emplois qu'il a eus , foie
lors qu'il a porté l'épée; foit lors
qu'il a eſté dans la Congregation
de l'Oratoire , d'o
le retira pour donner un prelat
d'un vray merite àla Bretagne,
en le faiſant Eveſque de Treguier.
Depuis la revocationde
l'Edit de Nantes , Sa Majesté
qui connoiffoit les besoins de
l'Eveſché de Poitiers , luy donna
ce grand Siege , lors qu'il
nomma M. l'Evefque de Poi
tiers de la Hoguette à l'Archeveſché
de Sens.Ce que ce pre !
lat a fait dans ce Droceſe eft
preſque incroyable. Son appli
cation , fa diligence , ſes manieres
&fes foinsmeflez de grandes
charitez ; ons acquis plus
K6
218 MERCURE
fieurs milliers d'ames à Dieu
& au Roy. M. l'Abbé de la Salle
fon Neveu ,a fait auſſi de grands
biens dans ce meſme Diocese ,.
où il a luy ſeal plus converty,
de Pretendus Reformez , que
les Troupes de Miffionnaires
, qui y estoient neanmoins
en abondance. Rien n'eſt comparable
à l'exactitude qu'il
fait voir en toutes choses
& aux vertus Ecclefiaftiques
qu'il poffede , non plus qu'à
l'habileté qu'il s'eſt acquiſe par
fon étude , & par la maniere
dontil a travaillé fous les ordres
de M. fon Oncle, qui eſt un
grand Maiſtre. Aufis le Roy
l'a - t- il reconnu,non ſeulement
par le preſent de l'Abbaye de
Boppyan mais par l'éloge
qu'il fii de luy en peu de mots
lors qu'il alla l'en remercier.Un
homme loué par un ſi grand
GALANT. 219
Prince , ne peut avoir receu
cette gloire ,fans s'en eſtre
rendudigne.
L'Abaye de Savignya eſté
donnée à M. le Duc de Bour
nonville , qui vit depuis long-
-tempsdans une grande retraite
& dans une devotion exemplaire.
Il eſt de la Maiſon de
Bournonville de Flandre, fi dif
tinguée,qu'il n'eſt pas neceſſaired'en
rien dire pour la faire,
connoître.Ce Due avoit acheté
la Charge de Chevalierd'hon - 1
neur de la Reine avant qu'elle
vinſt en France,& a cſté Gouverneur
de Paris , Ileſt pere de
Madame la Ducheffe de Noail
les.r
Le Foureau d'Epéeeſtoit le vray
mot de l'Enigme du mois paffé ,
& ceux qui l'ont trouvé , font
Mrs Cavelier de Bordeville du
Ponteau de Mer ; L. Bouchet
220 MERCVRE
$
4
ancien Curé de Nogentle Roy;
Tambonneau de laRuëS.Pier
re; Du Val de S. Germain en
Laye;Hachard de la Kuë Coignebert
à Rouen ; le Curé de
Luffac le Château en Poitou;
leBaron d'Olictes Gentilhomme
Provençal; Cipiere de Bordeaux
, Billet , de Sainte Foy,
& Raoul ; Trevet , Curé de
Gomecourt ; Baudry , Curé
de Saint Martin de la
Garenne; Hurfocede S.Lo;Ba
ril deHarfleur; Roxule de Nougran
; Fortin de la JollayePrefident
àMortain;Arviſet Baron
deMonconis étudiant en Droit
lePetit Bourdin; Lanchenu;du
Bois ; de Milhsan proche de
Bourdeaux ; l'Abbé du Tel de
la rue du Bac ; de Comines de
Bellebrune; P. deBriguetSrde
Chezay Bordeau,Chirurgien
dela rues Honoré,delaCroix
GALANT. 221
Apotiquaire à Paris ; L'Etoré,
le Doux Sr de Boishuet de la
ruë S. Honoré ; Buquel Sr.Damonvilledela
rue des Prouvailes;
La Morere de Riviere de
Bordeaux;Harcoucede Lougeville;
Digeon voiſin de la Fontaine
des Blancs Manteaux ;
Querray de S. Brieve ,Avocat
enparlement ; de laGrave ; le
Chevalier de Combleville ;
Bourlaut, lieutenant d'une Patache;&
Mesdames & Demoj
fellesla Lieutenante CriminelledeMommeillansla
Comtefle
de Launoy ; le Barodin de Lo
che,de la Planche ; Briffon ;.
de Serre;Boulanger;Femme du
Prevoſt de Chaſtillon for Im
dre;Nichonde Châlonsile Ba
ele de Rochecur ; Bacquet de
Mante ;Ninon du Buiffet:CoL
in :duToit de la Touche la
Fille :Manon Cuidu quartier
222 MERCURE
S.laques de la Boucherie:Marianede
la rue S.Honoré:Louife
Lucie de Chaſtillon en Ba-
-fois: de la Corcelle Bally:l'ai
née , de la ruë duperit Mufc :
Mariane d'Argences d'Ante-
-ville : la charmante Manon,de
Jaruë Sainte Avoye ,l'aimable&
heureuſe ,Angelique de
la ruë de la Harpe : l'aimable
Artemiſe , la Femme ſans prix
du plat d'argent , l'Orpheline
fans amane de Nantes &Georgette
: L'inconſtante B. de
la ruë Bertin poirée : la Spirituelle
Coquette du bon
homme deigendre , de la ruë
Monnoyere : la Brune amourufe
du Pont S. Michel : le
Cooeur preſt à s'engager , du
quartier S. Merry:Diane d'Alcleon
, La Nimphe Verdau de
Verfailles : la Bergere Chaſtaigniere:
Tirfis de la Deeffe aux
GALANT..
223
jours filez de ſoye : le Gros
homme du petit Saint ,& fon
Fils l'Abbé fans Abaye : le Captif
delivré de la Barbarie: l'Abbé
à l'Anagrame Regard , du
Païs du Maine : l'Abbé à l'Anagrame
Grofel , Chapelain &
Prieur de deux Villes en Lor
raine: l'amant du petit Serin :
le fidelle Amant E. de l'Incon
ſtante B.de la ruedes deux Bou.
les : le Solitaire de Laumône
prés pontoiſe: & l'amant de
claré de Saumur.
On laffe beaucoup de noms
de Devineurs , qui pour eſtre
trop bizarres ou paroiſtre ſatyriques,
ont eſté exclus de cette
liſte. On en uſera de la meſme
forte à l'avenir.
L'Enigme nouvelle que je
vous envoye, fournira de quoy
oecuper l'eſprit penetrant de
vVoOsS aAmics
224
MERCVRE
L
ENIGME.
Es pieds ne fervent pas sou-
4 jours acheminer.
J'en ay fox, & ne puis mouvoir
d'uneplace
Maisjefais du chemin,fansylaifferde
trace,
t
Lors que ,pourmon usage , onvent
me promenon.
Onmeconfulse en biendescas,
Que conchée ou debout ,je decide
fansfaute :
Mais magroffeur n'y répondpas.
-En vous marquant la fitua
tion où se trouvent preſente.
ment les affaires de l'Europe ,
vous ſçaurez l'état de celles de
France. Ie ne vous en dis point
lacaufe , elle eſtaſſez connue.
L'Irlande dontil ne fut preſque
pointparlé dans le commenceGALANT.
225
ment du ſoulevemet de la plus
grande partie de l'Europe con.
tre le Roy,ſe trouve en étatde
faire échoüer la puiſſance du
Prince d'Orange , &fi une fois
elle vient à s'abatre , la France
aura peu de peine à impofer la
paix au reſte de l'Europe. Ily a
un an que les Nouvelles étrangeres
parlent des progrés de
M. de Schomberg en Irlande.
Cependantdepuis prés de neuf
mois qu'il y eſt debarqué , ik
n'a pas plus avancé que le premierjour,
c'eſt un faitconftant.
Il fitunegrande fauted'yvenir
en Automne , parce que les
pluyes y commencent en ce
temps là ,& qu'ellesy durent
fix ou feptmois , de forte que
ceux qui ne font point accoutumez
à l'air du Païs ymeurent
preſque tous.Ainfi juſqu'à aujourd'huylesTroupes
deM.de
226 MERCVRE
Schomberg ont depery fans
qu'on ait eſté obligé de les com.
batre. Joignez à cela qu'étant
àun coin du Nort d'Irlande peu
cultivé , il a manqué de foura.
ges , & n'a pu ſubſiſter que
par les convois d'Angleterre.
On luy a envoyé quantité de
nouvelles Troupes , & le
prince d'Orange témoigne de
les vouloir ſuivre. D'un autre
coſté l'armée de Sa Majesté
Britannique , qui ne manque
preſentement de rien , a eſté
renforcée de ſept à huit mille
François ,& comme la Flotede
France ſera maîtreſſe de la Mer,
elleyjettera de temps en temps
des ſecours , s'il en eſt beſoin .
Le Prince d'Orange pourroit
faire la même choſe de ſon coſté,
mais il craint de ſe perdre,
s'il degarnit l'Angleterre où ſes
affaires commencer à mal tour
GALANT.
227
ner. M. de Schomberg ne peut
ſubſiſter en Irlande , & y faire
ſubſiſter ſon Armée, ſans prendre
Charlemont. S'il en vient à
bout, il n'aura qu'une Ville de
plus , qui luy donnera moyen
d'étendre ſes quartiers,& il luy
reſtera à ſe rendre maiſtre de
toute l'Irlande , & à triompher
de l'armée du Roy , qui eſt de
plus de quarante mille hommes
, ce qui luy ſera preſque
impoſſible de faire, Ainſi la priſe
de Charlemont ne l'avancera
pas beaucoup , au lieu que s'il
manque cette place , il faudra
qu'il renvoye la plus grande
partie de ſes Troupes en Angleterre,
ou qu'il ſe reſolve à les
laiſſer perir comme elles ont
déja fait. Voilà l'état preſent
des affaires d'Irlande ; je ne reponds
point de l'avenir, il peut
arriver des choſes difficiles à
228 MERCURE
prevoir . Quant à celles d'angleterre
, il eſt impoſſible à
moins d'un miracle tout extra-
Jordinaire qu'elles n'aillent
toujours endeperiſſant pour le
Prince d'Orange. Le peuple
eſt las d'une guerre qu'il ne
fait point pour ſes intereſts,
mais ſeulement pour affermir
l'autorité d'un Ufurpateur,qui
ne peut regner qu'en acquerant
une puiſſance arbitraire ,
parce que les Uforpateurs en
ont beſoin pour ſe maintenir.
LesAnglois font las de donner
fans rien retirer , à cauſe de
l'interruption de leur commerce.
Ilsnevoyent nulle apparen .
ce que la guerre preſente puiſſe
finirglorieuſement pour eux :
ils font reduits à ſe defendre ,
-au lieu de la conqueſte de la
France qu'on leur avoit fait
Jefperer . Leur armée navale
GALANT.
229
étantmeſme jointe à celle de
Hollande , fera fi inferieure à
la noſtre qu'elle n'ofera paroiftre
devant nous ,de forte qu'ils
craindront à tous momens ou
des defcentes ,ou de voir quel
ques-uns de leurs Portsbom.
bardez. Ils ſetrouventdéja defolez
par lesſeuls Armateurs de
S. Malo.D'Ailleurs ils ont peu
de Matelots,leurs Troupes ne
font point, payées depuis quatremois
, on leur demande ſans
ceffe de l'argent , & ceux qui
enpourroient preſter au Prin.
ce d'Orange fur ſes revenus ,
ferment leur bourſe, apprehendant
de tout perdre par une
revolution generale. plufieurs
Seigneurs ont proteſté à l'ouverture
du dernier parlement,
contre tout cequi s'y paſſeroit,
&contretout ce que les autres
parlemens ont fait ,& les ren
230
MERCVRE
dent reſponſables des malheurs
qui arriveront à la Nation , affurant
que ſelon les Loix , le
Parlement qui a élu le Prince
d'Orange , devoit eſtre convo
qué par le Roy lacques . Les
Marchands de Londres ſont
au deſeſpoir de voir faire
pour eux le commerce aux
Suedois , & aux Dapois , &
diſent hautement qu'ils ne ſont
plus en eſtat de contribuer aux
frais de la guerre . Le Prince
d'Orange pourroit ſe conſoler
de tant de choſes qui le peuvent
faire deſcendre du Troſne
auſſi vite qu'il y eſt montés s'il
voyoit les Puiſſances qui font
uniesaveçluy, en eſtat d'abatre
la grandeur de la France , mais
il paroift au contraire que les
Alliezla doivent apprehender.
La Franceva par tout au devant
de ſes ennemis , la Hollande
auſſi
GALANT.
231
auffi bien que l'Angleterre ſe
voit reduite à luy ceder l'empiredela
Mer , & elle ne craint
pas moins ſes forces de terre ,
voyant ſes troupes preſque à ſos
portes , ſans qu'il y aitrien qui
les arreſte. En Flandre , en Allemagne
, en Italie tout paye
contribution aux François , &
ils confumentchez leurs ennemis
, les fourages qui leur au.
roient pû ſervir pour approcher
des terres de France. Les
Marchands de Hollande ne
ſont pas moins chagrins que
ceux d'Angleterre, de voir leur
commerce ruiné , leur Etat ne
ſubſiſte que par là, & une guerre
de longue durée les jeteroit
dans la derniere miſere , quand
ils neperdroient aucune Place.
l'Etat le ſent bien , & il n'y a
plus que les creatures du Princed'Orange
quila veulent fou-
May 1690.
L
232
MERCVRE
tenir. Le Roy doit faire entrer
des Troupes dans Turin , &
dans Veruë , & comme il empeſche
par là que la guerre ne
deſole la Savoye &le piedmont,
la Nobleſſe , & le peuple du
pays en ont témoigné beaucoup
de joye. Cela n'accommode
pas moins les affaires de
France , Veruë n'étant qu'à
quatre heures de Caſal. C'eſt
une fort bonne Place , fortifiée
depuis quelques années , par
l'Ingenieur qui a autrefois fortifié
Philifbourg .
3
Il n'ya pas lieu de douter,que
onos affaires n'aillent bien en
Catalogne, les peuples y étant
mal intentionnez pour la Cou-
Dronne d'Eſpagne. M. leDuc de
Noailles , qui eſt party pour
commander l'Armée de Fran-
- ce , n'y eſt pas moins aimé des
-Eſpagnols que des Sujets du
GALANT .
233
Roy &des Troupes qu'il commande,
& ce qu'il a fait l'année
derniere donne lieu d'eſperer,
pour celle cy.
M. le Cardinal de Furſtemberg
, ayant receu les Bulles de
l'Abaye de S. Germain des,
Prez, en prit poſſeſſion la veille
de la Pentecoſte à cing heures
du foir. Il officia le lendemain,
traita enſuite les Religieux, &
mangea avec eux dans le Refetoire.
Je vous envoirayle mois
prochain un d'érail de la cérémonie
de cette priſe de poffeffion,
En vous parlantdes legs que
Madame la Dauphine a fait ,
j'ay oubliéde vous dire, qu'elle
a laiſſe ſon Porttait à Madame
la Marquiſe de Gouville, pour
marque de l'eſtime dont ellehonoroit
cette Marquiſe...
L'ouverture de l'Aſſemblée
L 2
234
MERCVRE
generale du Clergé de France,
ſe fit à S Germainen Layele 25 .
de ce mois. Ces Affemblées ſe
tiennent de cinq ans en cing
ans,& alternativement,il y en a
une grande& une petite. Celle
qui vient de s'ouvrir à S. Germain,
eſt lapetite,qui a toujours
moins de Deputez que la grande.
Mr l'Archeveſque de Paris
y preſide, comme étant l'Archeveſque
le plus ancien ſacré.
Il y a deux Agens Generaux,
mommez tour à tour par les
Provinces . Celle de Lyon a
nommé cette fois - cy Mrs , les-
Abbezde Bourlemont & Daquin.
Les Agens qui ſortent,
font Mrs. les Abbez Phelypeaux
& de Villars , & l'una
le nomde Promoteur , & l'autre
celuy de Secretaire. La
Province de Bordeaux les avoit
nommez . Voiciles noms
GALANT.
235
des Depurez de l'Aſſemblée
qui ſe tient preſentement.
De la Province de Paris , M. PArcheveſque
, & M. l'Abbé Roſe
De la Province de Sens , M. l'Archeveſque
, & M. l'Abbé de Feuquiere
lejeune.
De la Province d'Aix , M. l'Archeveſque
, & M. l'Abbé de Maulevrier
Colbert .
De la Province de Tours , M.
L'Archeveſque , & M. Courcier ,
Theologal de Paris ,
De laProvince de Toulouſe , M.
l'Archeveſque , & M. l'Abbé de Veneüil.
De la Province d'Albi , M. l'Archeveſque
, & M. l'Abbé de Veerce.
De la Province de Lyon , M. l'Eveſque
d'Autun , & M. l'Abbé de Roquépine.
De la Province de Reims , M. ΙEveſque
de Laon , & M. l'Abbé Boffuet
deGrignan .
De la Province de Rouen , M. PEveſque
d'Evreux , Fils de M. de Novion
cy-devant premier Preſident du
236 MERCVRE
Parlement de Paris , & M. l'Abbé de
Canify.
De la Province de Bordeaux , M.
l'Eveſque de Xaintes, & M. l'Abbé de
de Montchevreuil .
De la Province d'Auch , M. l'Evef
que de Tarbes , & M. l'Abbé Hennequin,
Fils de M. Hennequin , Procureur
General du Grand Conſeil .
De la Province de Narbonne , M.
l'Eveſque de Beziers , M. l'Abbé de
la Fon.
.
De la Province d'Ambrun , M. Ι'Ε-
veſque de Grace ,& M. l'Abbé l'Anglois.
De la Province de Vienne,M. РАБ-
bé Bochart de Champigny , nommé
à l'Eveſché de Valence, & M. l'Abbé
Bouchu , Frere de M. Bouchu, Inten.
dant de Dauphiné.
De la Province de Bourges , M
l'Abbé Bochart de Sarron , nommé à
l'Eveſché de Clermont en Auvergne,
&M. l'Abbé de la Châtre .
Monſeigneur à pourſuivi ſon voyage&
s'eſt rendu à Strasbourg,d'où il
doit partir aujourd'huy pour ſe rendre
àl'armée qu'il doit commander. Je
fuis Madanie , &c.
FIN
TABLE.
P
Relude
Lettresau Roy. 6
Mores. pages 11.74.166.200
Erreurcorrigée , 18
Eglogue. 21
&fanssoupçon,
L'art deparler & d'écrire occultement
Brefdu Pape à Madame la Duchesse
24
deChaulues.
72
Lettre sur les Ouvrages du Pere Coronelli.
87
Histoire.
94
Détail de tout ce qui s'est passé à la
reception de M. Bignon , premier
7 President au Grand Confeil , avec
toutes les Harangues qui se font
faitessur cesujet. 109
Avis.
141
Pompe funebre de Madame la Dauphine..
146
Etabliſſement d'une Congregationfaite
à Bourdeaux...
ISS
Avantages remportezſur les Huſſars ,
avec une description de leur maniere
TABLE.
(
:
C
de combattre , & de leur habillement.
Tout ce qui s'estpassé depuis le depart
des Vaiſſeaux du Roy pour l'Irlande ,
juſques à leur retour 178
M. le Duc de Chartres commencefes
exercices àVersailles. 189
Remerciementfait au Roypar le Chapitre
de l'Eglise de Paris , pour la
nomination de M. l'Archevesque
au Cardinalat. 199
Harangues faites au Royſur la mort
deMadame la Dauphine. Iyi
M. l'Abbé de Janson est pourvû ал
grandArchidiaconé de Brie. 199
Divers couplets de Chanson fur le
départ de Monseigneur.
210
Départ & Voyage de Monseigneur.
212
Benefices donnez par le Roy.
Article des Enigmes.
215
224
Etat des affaires de France & des
Princes liguez contre le Roy. 225
Prise de poſſeſſion de l'Abbaye de
S. Germain des Prez , par M.le
Cardinal de Furſtemberg. 233
Ouverture de l'Assemblée du Clergé
de France a S. Germain en Laye.
235
Fin de la Table.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le