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1690, 03 (Lyon)
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me,
ex D'ona
R. P.CL. Francis .
Meneswierfoc ,Gethe ,


807156
1
MERCVRE
UEQUE DR
GALANTU
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
Colleg. Lugd. 15. Trinit
MARS 1690.
Soc. Jahe cat, insc.
THEQUE
DE
A LYONELYON
BIB
DE
LA
VILLE
Chez THOMAS AMALRY,
au Mercure Galant .
M. DC. XC.
AVEC PRIVILEGE DU ROY
1
******
LE LIBRAIRE
au Lecteur.
L
ON continuera à distribuer
toutes les Semaines le lournal
dis sçavans pour fix fols chacun ,
ceux qui voudront ceuxdes années
precedentes pour le mesme prix .
on leur en donnera .
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depuis Ianvier 1690. jusqu'à
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Nouvelle Chirurgie Medicale &
raiſonnée de Michel Ettmuller avec
1
a 2
une diſſertation ſur l'infufion des liqueurs
dans les Vaiſſeaux du même
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de Sud avec les Flibuſtiers de l'Amerique
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Duglas , 2. v. 12. 3.1 .
C
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pour le Prix de l'Année
1689. un volume in douze 30. f. les
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Orangers ſuivy de quelques Reflexions
fur l'Agriculture par feuMonſieur
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Geographiques avec un Abregé
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tome ſe trouventdans la même boutique
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La Nouvelle Edition augmentée de
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Theophrafte où les Moeurs de ce Siécle
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Affaires du Tems contenant tout ce
qui s'eft paflé depuis une année entre
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magne,la Holande laPolognela Suif
ſe & Cologne , avec l'entrepriſe du
Prince d'Orange ſur l'Angleterre &
l'Irlande & fur l'Ecoffe , 12. 10. vol.
10. liv.
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desModernes par le Pere Bouhours,
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Défence des nouveaux Chreftiens
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Japon & des Indes , contre deux Livres
intitulez la Morale Pratique des
Jeſuites & l'Eſprit de Mr Arnault ,
12. 2. vol . 4. liv.
Hiſtoire des Variations de Mr de
Meaux , 4. 2. vol . 12. 1 .
Le meſme 12. 4. vol . 8. liv.
Apocalipſe de Mr de Meaux , 8.
4.1. 10. Γ.
Bibliotheca Anatomica , fol . 2. vol.
cum figuris 22.1 .
Hiſtoire de la guerre desTurcs entre
la Pologne& la Hongrie par Mr
de la Croix , 12. 30. f.
L'Art de plaire dans la Converſation
, 12. 30. f.
Memoire & Inſtructions dans les
Negotiations de France , 12.30.1.
Nouveau Etat de la France , 12.2 .
vol. 4. 1.
Traité d'Algebre , 4. 4. 1. 10. f.
•Le Caractere de l'honneſte Homme,
12.30...
Sermons ſur les veritez de l'Evangile
par Mr de la Volpillere , 8.4.
vol. 11. liv.
1
**********
TABLE.
Relude.
Preluation du
I
Pfeaume Quare
fremuerunt gentes,fur lafitua
tion des affaires d'aujourd'huy. 4
Edit. 16
Lettre àMr Ménage . 18
Memoires de la Cour d'Espagne.
21
Reiouiſſance&Complimenspour la
promotion de M. de Beauvais au
Cardinalat.
125
ServicefaitàPeronne: 124
Nouvelles Cartes données au Public
par M. Sanfon. 133
Suite de l' Article quiregardefeuM.
leBrun, avec une liste deses ouvrages.
134
Reception de M. Mignard à l'ATABLE
.
cademie de Peinture&de Sculpture.
147
Histoire. 148
Particularitez touchant la Tontine,
avec les noms de ceux qui y ont
mis degroſſes ſommes.
Journaldu dernier voyage du Roy .
196
Officiers Generaux nommez par le
Roy. 205
Picté deMonfieur. 210
Carte nouvelle des enviros de Paris,
de Versailles &de S. Germain . 212
Le Roy nomme M.l' Archevesque de
Paris,pour estre Cardinal àla
premiere promotion. 215
Haranguefur cesujet. 2.1
LePrieuré- Cure de S. Germain en
Laye donné à M.de Converset.223
Erreur corrigée. 2244
M.Bignon est nommépremierPrefident
au Grand Confeil.
Elope
22.7
230
TABLE .
Lettres familiaires , & autres fur
toutet fortes defuiets . 231
Confeil des Remiſſions on Graces.
232
Reduction generale des Monnoyes
anciennes en Monnoyes nouvelles.
240
Enigme. 243
Marques de confideration du Pape
pourM.le Cardinal de Bouillon ,
avec l'arrivée de M. le Prince de
TurenneàRome.
244
Noms des Vaiſſeauxpartis pour l'Irlande
avec un détail de leurcharge.
249
Sermons de la Semaine-fainte.254
Etats des Affaires des Alliez. 255
Finde laTable,.
Avispourplacer les Figures
Air qui commence parde
, doit regarder la page 10 .
-
La Figure doitregarder la page
149.
L'Air qui commenee par, Ileft
wray , ie l'ay dit , doit regarder
la page 129.
MERC.
MERCURE
3
GALANTMEQUE BEC
LYON
MARS 169
S
7
E
I les belles Lettres
&les Sciences fleu
riffent rarement das
un Royaume dontle
Souverain eſt en guerre avec
د
quelqu'un des Princes ſes voifins
, elles devroient eſtre ſans
appuy,& preſque entierement
oubliées dans un Eftat, dont
un monde d'ennemis témoi
Mars 1690. A
2 MERCVRE
,
gne avoir juré la ruine &
dont le Monarque ne ſe voit
environné que de Souverains
qui ne sçauroient ſupporter
l'éclat de ſa gloire. C'eſt la
fituation où se trouvent aujourd'huy
la France & le
Prince qui la gouverne ; mais
comme il n'y a rien que d'extraordinaire
dans la vie d'un
fi grand Monarque tout
marche d'un pas égal dans ſon
Royaume ; chacun yjoüit des
liberalitez qu'il a coutume de
faire; lespenſionsy ſont payées
demeſme qu'entemps de paix ;
on yreçoit des gratifications ,
&tout recemment celles que
ce Prince donne aux perſonnes
qui ſe distinguentdant les
belles Lettres & dans les Sciences
, viennent de faire connoiſtre
que la guerre n'a rien
GALANT. 3
changé à leur égard . Il ya
beaucoup à dire ladeffus , &
plusencore à penſer ; mais je
laiffe ce ſoin aux Ennemis de la
grandeur de Sa Majeſté. Rien
ne les doit épouvanter davantage
, & ne peut faire mieux
voir que toutes leurs menaces
&tous leurs armemens n'ont
pas cauſe la moindre alteration
en France , & que fon Souverain
a pris de ſi juſtes meſures
, que tous les efforts de ſes
Ennemis ne ſçauroient jamais
ſervirqu'à faire briller ſa gloire
avec plus d'éclat. Vous en ſerez
convaincuë en lifant l'Imitation
que je vous envoye du
Pleaume , Quare fremuerunt
Gentes. Vous y trouverez beaucoup
de rapport aux Ligues
que l'on a formées contre ce
Prince, pendant qu'il prend le
A2
4 MERCURE
party de l'Egliſe en ſecourant
Ie Roy d'Angleterre. Il n'y a
rien de plus juſte que cette
Imitation , & on peut s'en afſeurer
en confrontant chaque
verſet du Pſeaume avec les
quatrains François.
:
IMITATION
Du Preaume Quare fremuerunt
Gentes ,fur la ſituation des
Affaires du temps.
D'où vient que tant d'Etats
s'élevent & swritenti
Et quels font (juste Ciel) les motifs,
les fujens
De ces vains & vaſtes projets ,
Que dans leur noir confeil les lations
meditent ?
GALANT.

Quede Peuples liguez , de Princes
& de Rois [Jon Eglife ,
Contre l'Oint du Seigneur,&contre
Qu'unseulMonarquefavorife ,
Lors qu'ils conſpirent tous pour les
mettre aux abois !
Rompons les noeuds facrez de l'union
Chreftienne ,
Fuions le joug pesant qu'on nous
vent impofer.
Ilfaut (disent - ils ) tout ofer :
Evitons noſtre perse , en refolvans
Lafienne.
:
MaisleModerateur de la Terre&
des Cieux ,
Quiſçait calmer les flots, &borner
leur audace
,
Semoquerade leur menace ,
En reprimant l'effort des Aiglons
foricux.
A3
6 MERCURE
ただ
Partant de noirs complotsſafurcur
allumée ,
D'un éclat imprévú troublera leurs
esprits ;
Ilsferont confus &Surpris ,
De voir tous leurs deſſeins s'exhaler
enfumée.
Pour moy , que le Seigneur établit
Souverain ,
Pour publier ſes loix & proteger
l'Eglife ,
Dans uneſi juste entrepriſe
Fefoûtiendray toûjours l'ouvrage de
Samain.
Fattens l'heureux effet deſaſainte
promesse,
C'est pour cela , dit- il, que je vous
ay fait Roy ,
Qu'en vous engendrant par la Foy
Sur tous les autres Rois vous avez
droit d'aîneffe.
GALAN T.
7
Parlez, & vous verrez remplir
vostre defir ;
Vous briferezle Trône &du Scythe
&du More ,
Et du Couchant juſqu'à l'Aurore
Vos Neveux regnerontſelon vostre
plaisir.
Je vous feray dompter ces Nations
rebelles ,
Avec lafermeté d'un Sceptre tous
defer ;
Et ces noirs ſuppoſts de l'Enfer
Seront bien- toft changez en des
Sujetsfidelles.
Ouvrez donc tous , lesyeux à ces vives
clartez,
Vous autres Souverains qui gouvernez
la terre ;
Songez que vous n'estes que
verre ,
A4
8 MERCURE
Et redoutez l'effet de tant deverituz.
Craignez d'un Dien vangeur lesjugemens
rerribles ,
Plus vous estes puiffans , & plus
foyezfoûmis ;
N'infultez point vos Ennemis ;
Ceux quefon brasfoûtientfont toujours
invincibles..
Ceffez contre un Aisne de lancer
tant de traits,
Et loin de l'insulter& luy faire la
guerre ,
Honorezledeffus la terre ,
Etjoignez- vous àluypar unbaifer
de Paix.
C'est trop pouffer l'envie&l'aigreur
contre un Frere,
Sa gloive croist toujours malgré tout:
vostrefiel..
GALANT.
9
Craignezde voirtomberdu Ciel,
Sur une injuste guerre une juste
C
calere.
Attachez-vous aux loix d'un rigoureux
devoir ,
Moderezles transports d'une ardeur
indifcrete ,..
Servez Dieu dans lavoye étroite,
Détournez facolere,&craignezfon
pouvoir.
Cette colere affreuse unie àsa jui
... ſtice ,
Est preste d'éclater
menace tous .:
VOUS
Heureux,qui pour parerses comps,
Met en luy son espoir,& fuis le
précipice. 1
D. H. Cél.
Nous ſommes dans UR
temps tout faint. Ainfi , Ma-
As ,
10 MERCURE
dame , je croy vous faire plaifir
de vous envoyer au lieu de
Chanſon nouvelle , le commencement
du Veni Creator ,
traduit par Mr Perachon , &
mis en Muſique par Mr l'Abbé
Chaſtelain , Chanoine de
l'Egliſe de Paris . La Baſſe - continuë
eſt de Mrole Roux ,
Maistre de Muſique.
EspritDivin
,
Monde ,
Auteurs du
Répansdans nos esprits cette clartèfeconde
Qui leur donna l'estre & le jour.
Viens remplir tous nos coeurs de cette
grace immense ,
Quifait parson heureux fejour ,
Dans l'ouvrage de ta puiſſance
Le Chef- d'oeuvre de ton amour.
Le meſine Mr Perachon

Ivrage
ر
C'eſt
e touns
de
àpreax
fur
es qui
bien
>
tom LYUN
ement
iller à
د
mais
s pour
moins
n'en a
quoy
mercieit
voir
Dit de
ouvoit
de fon
les fois
: com10
dame
de
vo
Chan
me
tr
ANS
Che
Le
GALANT. 11
د
>
vient de donner un ouvrage
confiderable au Public. C'eſt
un Poëme qui renferme tou -
tes les principales actions de
la vie du Roy , juſques à preſent.
La pluſpart de ceux fur
quiles graces des Princes qui
leur peuvent faire du bien
ne ſont point encore tom.
bées épargnent rarement
leur temps pour travailler à
de longs Panegyriques , mais
ceux qui n'écrivent que pour
remercier en font de moins
étendus . Mr Perachon n'en a
pas uſé de meſme , & quoy
qu'il n'eut qu'un remerciement
à faire , il a fait voir
que lors qu'il s'agiſſoit de
parler du Roy , il ne pouvoit
retenir les mouvemens de ſon
cooeur. En effet , toutes les fois
que l'on a occaſion de com-
1
A6
1122 MERCURE
mencer fon Eloge , l'on ſent
tant de joye à traiter cette
matiere, que le plaifir qu'elle
donne fuffit ſeul pour exciter
à ce glorieux travail. Mr.
Perachon , qui avoit eſté élevé
dans la Religion pretenduë
Reformée , s'eſtoit rendu
celebre parmy ceux de cette
Religion , & comme il eſtoit
devenu un des principaux du.
Confiſtoire de Charenton , il
ſe voyoit employé aux affaires
, & aux députations qui
regardoient le Corps de fes
Confreres. Cependant l'eſtat
où il eſtoit parmy eux , ne
T'empeſeha point de faire de
ferieuſes reflexions fur la Religion
qu'il avoit reccuë de
fes Ancestres, &il ne crut pas,
comme beaucoup d'autres
qu'il fuffiſoit qu'il l'euft.em
97
7
GALANT. 13
braſſée en naiſſant , pour s'ob-
Ainer à la trouver bonne. Il
prit donc une ferme réſolution
d'examiner la verité , &
cela l'obligea de s'attacher à
la lecture des Peres de l'Eglife
, qu'il voulut ſeuls confalter.
Il y trouva des lumieres
qui l'engagerent à ſe con--
vertir , ce qu'il fit avant la
revocation de l'Edit de Nantes.
Il travailla enſuite à la
converfion de ſes Confreres
& pluſieurs eurent le bonheur
de ſe ſentir convaincus
des veritez qu'il leur expoſa ,
&dont ſes longues recherches
l'avoient convaincu luymeſme.
Rien n'eſt plus capablede
faire ouvrir les yeux
un Heretique qu'un Heretique
habile homme conver
zy. Il connoiſt les détours&
$4 MERCVRE
les faux- fuyans dont ontac
coutumé de ſe ſervir ceux qui
s'obſtinent dans la Religion
qu'il a quittée ; & comme ils
font obligez d'en tomber
d'accord ; ils conviennent
bien toſt aprés de la fauſſeté
de leur créance. Pendant que
Mr Perachon travailloit utilement
aux converfions dont
je vous parle , il fit quelques
Ouvrages de devotion
traduifit pluieurs Hymnes
qui plûrent au Roy. Il avoit
déja fait diverſes pieces pour
la gloire de ce Prince , qui
luy fit donner le Brevet d'une
penſion ſur ſes propres revenus
, & non ſur les Benefices
dont les revenus eſtoient alors
deſtinez pour les Nouveaux
Convertis Sa Majesté en
ayant donné , & en donnant
د
, &
GALANT.
15
>
encore tous les jours ſur ſon
Treſor Royal. Mr Perachon
tout penetré des bontez que
Sa Majesté avoit pour luy ,
voulut faire un Ouvrage confiderable
qui en marquaſt ſa
reconnoiſſance , & travailla
¿ à un remerciement à la ma-
- niere des plus illuftres An-
: ciens , c'eſt à dire , comme
s Pline à Trajan , Mamertin à.
Iulien , Auſone à Gratien , &
pluſieurs autres qui ont fait
des Panegyriques entiers au
lieu de remercimens . On
i peut aſſeurer que celuy dont
- je vous parle a de fort grandes
beautez , puis qu'outre que
les actions du Roy , racontées
fans art & fans ornement , ne
laiſſeroient pas de paroiſtre inimitables
, la Poësie les metdans
un plus beau jour , à quoy
16 MERCURE
contribuë encore le genie de
l'Auteur , dont l'Ouvrage eſt
remply de penſées nouvelles ,
anſquelles il a donné un tour
fort ingenieux le n'en parle
qu'aprés les Illuſtres , qui
travaillent au Journal des Sçavans.
Maispour mieux ſçavoir
ceque l'on en doit dire, j'attens
vaftre ſentiment quand vous
l'aurez lû , ne doutant point .
que vous n'y trouviez de vives
expreſſions , & de ces grands
traits que vous m'avez mandé
tant de fois qui vous font
plaifir.
Jamais le Public n'a execu
téavec tant d'ardeur &tantde
joye les ordres du Roy , qu'en
portant dans les Hoſtels des
Monnoyes de France , l'Argenterie
inutile au ſervice , & qui
ne ſembloit avoir eſté inven
GALANT.
17
lée que pour contenter les
yeux & fatisfaire le Luxe ,
puis qu'elle ne ſervoit pas feulement
àl'ornement des appar.
temensdesPrinces&desgrāds
Seigneurs , mais que ceux de
pluſieurs Particuliers , plus
favoriſez dela fortune que de
la naiſſance , en estoient remplis
; de forte que c'eſtoit un
abus à reprimer , quand l'Edit
quiaeſtédonné là deſſus, n'auroitpas
eſté utile à l'Estat dans
les conjonctures prefentes. Il
y a ſouvent du fuperflu par
tout ,& il s'en trouvedans l'Egliſe
comme ailleurs ; mais oc
qued'un coſté l'ambition &la
vanité produiſent , n'eft de
l'autre que l'effci d'un zele ardentCependant
il eſtquelquefois
à propos d'impoſer des bor
nes à ce zele , ſans que l'on
18 MERCURE
11
blâme pour cela la bonne intention
de ceux qui le pouſſent
juſqu'à l'excés ; & comme c'eſt
dans les choſes qui regardent
la Religion qu'il paroiſt ordinairement
le plus,il ne faut pas
s'étonner s'il y a tant d'Eglifes ,
&particulierement de Monafteres
, qui ont de l'argenterie
au delà de celle qui est neceffaire
pour la décence du culte
divin. C'eſt ce qui a obligé le
Roy d'écrire à tous les Archeveſques
& Eveſques de fon
Royaume , pour les exhorter à
examiner ce qui s'en trouve
dans chaque Eglife de leur
Dioceſe , & ce qu'ils croiront
qu'il ſera àpropos d'y enlaiſſer,
outre les Vaſes ſacrez ,auſquels.
Sa Majesté ne permet pas que
l'on touche Cela ne peut faire
que du bien aux Egliſes qui
GA LAN T. 19
auront de l'Argenterie ſuperfluë
, puis que ce qu'elle produira
ſera employé au payement
des dettes , ou à l'augmentation
des revenus de chaque
Paroiſſe ou Communauté ,
ce qui leur apportera de l'utilité
tous les ans ; au lieu que
leur Argenterie qui demeuroit
le plus ſouvent enfermée,puis
qu'elle ne paroiſſoit qu'en certaines
Feſtes , ne leur apportoit
aucun profit .
le vous envoyay il y a un
an un livre de Mr Perrault , de
l'Academic Françoiſe , ayant
pour titre , Paralelle des Anciens
avec les Modernes. Le Sr
Coignard vient d'en donner
au Public un ſecond Volume
qui contient un excellent
Dialogue ſur l'Eloquence. La
Poëſie aura ſon tour,&Mr Per
20 MERCVRE
rault traitant la matiere à fond
avec beaucoup de netteté &de
force , il ne fera pas aisé d'y
répondre par quelques mots
femez en paſſantdansunePreface
, où l'on ſe contente de
condamner ce qu'il dit ſans apporter
des raiſons contraires.
Les Amateurs outrez de l'Antiquité
,qui prennent pourdes
beautez admirables ce qui eſt
envelopé chez leurs Anteurs
favoris dans de grands mots
faſlueux , qui bien ſouventne
font qu'un purgalimatias , continuent
toujours à s'élever fort
impetueuſement contre ceux
qui trouvent que les Modernes
ne ſont dans aucune obligation
de cederaux Anciens .
Ils vontjuſques aux injures ,&
c'eſt cet emportement qui a
donnélieu àla Lettre que vous
>
GALANT . 21
allez lire .Elle eſt du mefme Mr
Perrault, dontle Poëme du Sicclede
Louis le Granda émeu cette
fameuſe querelle.
F
ΑΜ. ΜΕΝAGE.
Nfin , Monfieur , j'ay wen
'Eloge que Mr Francius, Poëte
Hollandois,fait de moy dans une
Harangive Latine où il parle des
qualitez neceſſaires pour former un
parfait Orateur. Cette Harangue a
esté prononcée à Amsterdam an
mois de Novembre dernier.Envoicy
lespropres termes.
Quin & eò nuper audaciæ
progreſſus eſt ſcripror Gallicus
in horribili illo & facroe
libello , quem fæculum Ludo
vici Magni appellat , ut Mar22
MERCVRE
!
cum Tullium Ciceronem , fi
viveret hodie , non in ſecundo
aut tertio ordine Oratorum
confiftere, fed vix intermediocres
fori Parifienfis Patronos
locum habere poffe , affirma .
re non dubitaverit .
Zenodoti En cor
Cratetis.
en jecar
Quam tamen ineptiſſimi hominis
infolentiam carmine ſane
pulchro Menagius ,& in præ.
fatione ad Horatium nupera
repreffit Dacierius & plures
præterea alii. Neque enim
hanc ferre poffunt fuperbiam
etiam in gente fua , & ignorantiam
pluſquam puerilem acutioris
inter Gallos nafi , & in
veterum lectione verſati viri.
Sed tamen ſparguntur hæc in
vulgus, leguntjuvenes,laudant
ephemerides , & malam de
1
GALANT.
23
antiquis ills heroibus opinionem
imbibunt qui parum eos
cognitos habent & perſpectos ,
&c.
Ces paroles,comme voussçavez ,
Monsieur , renduës litteralement
en nostre Langue ,veulent dire ...
Et meſme un Ecrivain François
eſt venu à un tel point
d'audace dans cet horrible &
execrable Libelle qu'il appelle ,
le Sieclede Louisle Grand , qu'il
n'a point faitdifficulté d'aſſeurer
, non ſeulement,que Ciceron
, s'il eſtoit aujourd'huy an
monde, ne feroit mis ny dans le
ſecond ny dans le troifiéme
rang des Orateurs , mais qu'il
auroit peine d'avoir place parmy
les Avocats , mediocres du
Parlement de Paris .
Voilà le coeur de Zenodote ;
voilà le foye de Cratés.
24
MERCURE
Auſfi Menage a t- il repouſſé
l'inſolence de ce tres - imper.
tinent homme , par une tresbelle
Epigramme , ainſi que
Dacier dans ta derniere Preface
fur Horace , & pluſieurs
autres ; car les gens qui ont *le
nez le plus pointu parmy les
François ,& qui font les plus
verſez dans la lecture des Anciens
, ne peuvent fouffrir cet
orgüeil & cette ignorance plus
que puerile , meſme dans un
homme de leur Nation.Cependant
ces choles fe répandent
dans le public , les jeunes gens
lesliſent , les lournaux en parlent
avec éloge,& ceux qui ne
connoiffent pas affez ces anci
ens Heros , & qui ne les ont
pas confiderez d'aſſez prés
*Façon de perler latine. On diten cette Langue,
avoir le nezpoincu, pour dire, avoir le difcer
nemen; fin,
en
GALANT. 23
en prennent de méchantesim .
preffions.
N'ay- je pas esté bon Prophete
quand i'ay fait ce Madrigal ?
L'agreable dispute où nous
C
nous amufons
Paſſera ſans finir juſqu'aux
races futures .
Nous dirons toûjours des raifons
,
Ils diront toûjours des injures.
Nefont- ce pas là des iniures en
forme,des iniures qui excedent toutes
les libertez permises entre des
gens de Lettres ; & enfin dire enpublic
qu'un homme eſt tres impertinent
, qu'on ne peut ſouffrir
ſon infolence , n'est- cepas
luy faire un veritable outrage ?
Cependant comme iesçay que ces
iniures n'ont pas la mesme force en
Latin qu'elles auroient en François
Mars 1690.
B
26 MERCURE
ie les pardonne de bon coeurà Mr
Francius , en faveur des privileges
de la Langue Latine › pourveu
qu'il faſſe reflexion combien peu
delicate eft cette Langue , combien
peu delicats ont esté la pluſpart de
ceux qui l'ont parlée ,&combien le
font encore la pluſpart de ceux qui
la parlent , puis que pour les mefmes
choses où l'on ne daigne pas
faire attention quand elles font en
Latin , on se couperoit la gorgesi
elles estoient dites en François..
Je ne sçay , Monfieur , fivous
fçavez ce qui arriva à Saint
Merry ily a quelques années
touchant l'Epitaphe de Mr Tarteron
. Cette histoire fait bien
voir la difference qu'ily a d'une
Langue morte à une Langue vi-
Dante. Mr Tarteron , Maistre
des Comptes, & fort honneste homme
, estant mort ,ſes Heritiersprie-
$
:
>
GALANT.
27
}
vent M. de S. Laurent,Amy intime
du Défunt , deluy faire une Epitaphe.
Mr de S. Laurent , homme
d'esprit , comme vous sçavez, &
tres- inſtruit de toutes les fineffes de
nostre Langue, fit l'Epitaphe , ینم
aprés l'avoir montréeàMr Chape.
lain , & à quelques autres de fes
Amis , il la fit graver en lettres
d'or , & mettre en place. Iln'y ent
pas unefyllabe qui ne fast critiquée.
pourquoy toutes ces loüanges,
disoient les uns ? pourquoy- n'y
en mettre pas davantage ,
difoient les autres ?Cecy eſt trop
fort ; cela eſt trop foible . Voilà
qui eſt rampant; voilà qui eſt
guinde. Scavans, ignorans,grands
&petits , hommes &femmes , tout
Le mondey trouvoit àredire , & depuis
le matin jusques au soir , ily
avoit unefoule de gens qui lisoient
&cenfuroient l'Epitaphe.MrdeS.
B 2
28 MERCVRE
+
Laurent ayant releu fon Ouvrage
avec les mesmes Amis qu'ilavoit
consultez en le faisant , crut avoir
trouvé les endroits qui bleffoient le
public,&apres les avoirreformez,il
fit graver une feconde Epitaphe
qu'onmit en la place de la premie
re. Ce fut encore pis ; le nombre
des Critiques augmenta au centuple,
& il s'y faifort antel concours.
que le Curé enfut scandalisé , &
demanda qu'on l'ostast. Un homme
de bonfens ditàMr de Saint Laurent
, que le meilleur remede qu'il
yvoyoit , estoit de lafaire traduire
en Latin. Onfuivit ce confeit,&
tout cegrand bruis ceffa. L'Epitaphe
Latine eft dans S. Merry,ou tres
peu degens laregardent , & où elle
jouit d'un auffi grand repos que le
Défunt pour qui elle est faite. Fe
nefuis donc point fachédes injures
Latines de Mr Francius. La ſeule
GALANT. 29
chose qui mefait peme,c'est qu'il
n'ait pas enſoin de dire la verité ,
car en toutes Langues on eft obligé
de la dire. Voicy de quelle forte j'ay
parlé de Ciceron dans mon petit
Poème de Louisle Grand.
Je voy les Cicerons,je voy les
Demoftenes.
Ornemens éternels & de Rome
&d'Athenes , i
Dont le foudre éloquent me
fait déja trembler ,
Et qui de leurs grands noms
viennent nous accabler.c
Qu'ils viennent, je le veux , &
que fans avantage
Entre les combattans la gloire
fepartage;
Que dans noſtre Barreau l'on
les voye occupez
A défendre d'un champ trois
fillons ufurpez ;
B 3
30
MERCURE
Qu'inſtruits das la Coutume, ils
meuentleur étude
Aprouverd'un Egouſt la juſte
ſervitude ,
Etqu'en riche appareil la force
deleur art
Eclate à foûtenir les droits de
Jean Maillart ;
Si leur haute éloquence en ſes
démarches fieres C
Refuſe de deſcendre àces viles
matieres ,
Que nos grads Orateurs foient
affez fortunez
pour défendre comme eux des
Cliens couronnez ,
:
Ou qu'un grand Peuple en foule
accoure les entendre
Pour declarer la guerre au Pere
d'Alexandre ;
Plus qu'eux peut- eſtre alors
2 diferts & vehemens
Ils donneroient l'efſſor aux plus
grands mouvemens ,
GALANT.
31
Et fi pendant le cours d'une
longue Audiance ,
Malgré les traits hardis de leur
vive éloquence ,
On voit nos vieux Catons fur
leurs riches tapis ,
Tranquilles Auditeurs& ſouventaſſoupis
,
Onpourroit, voir alors au milieu
d'une Place ,
S'émouvoir , s'écrier l'ardente.
Populace.
Ay-jerien ditdans ces Vers qui
reſſemble à ce que Mr Francius me
fait dire ? Ay-je dit quefi Ciceron
revenoit au monde , il neferoit pas
ausecond , ny mesme au troisieme
rang parmy nos Avocats ? Si je fuis
blamable , c'est bien moins d'avoir
trop élevé nos Orateurs , que de les
avoir trop abaiffez en diſant ,
que s'ils estoient alez heureux
B 4
32
MERCURE
1
pour traiter des matieres auſſi
importantes que celles qui occupoient
les Anciens , peuteftre
réuffiroient - ils mieux ; car
unsemblable , peut- eſtre dans la
bouche de leur Avocat , est une
efpece d'ayen de leur inferiorité.
My Francius dit ensuite , Monsieur,
que vous avezreprimé mon audace
par une belle Epigramme.Vous avez
declaré que sette Epigramme n'est
point de vous , cela fuffit , & l'on
juge aisément que celuy qui l'a
faite, n'a mis au bas la premiere
lettre de vostre nom , que pour faire
tomber le soupçonfur vous , &don-
-ner parlà de l'autoritéàson Epigramme.
Quelques - uns ont cru en
voyant ceite M. que l'Epigramme
eftoit de quelque nouveau Montmor ,
Parent dufameux Parasite, que vos
Mufes chafferent autrefoisfi agreablement
du haut du Parnasse à
GALANT..
33
coups de fourche. On l'a tradu'te ,
& ony a fait une réponse. Voicy.
l'EpigrammeLatine.
3
Cui ſæcli titulum dedit , Sabelle
,
Peraltus tuus , edidit Poëma
Quo vir non malus afferit , putatque
Noftris cedere Bruniis Apellem
,
Noftris cedere Tullium Patronis
,
Noftris cedere Vatibus Maronem.
Oſæclum infipiens & inficetum
?
Voicy la traduction...
Cher Sabellus , ton bon Amy
Perrault
Afait des Vers que le siecle il
appelle ,
Où ce bon homme affeure , &
dittouthaut
BS
34
MERCVRE
Que nos le Bruns en ſeavent
plus qu'Appelle ;
Que nos Brailleurs font mieux
que Ciceron ,
Que nos Rimeurs l'emportent
furMaron.
O Siecle fade &de peu de cervelle
!
Voicy laréponse.
Des bons Auteurs que noftre
fiecle admire ,
Par tout Montmor ne ceffe de
médire.
De fa nature il fut toujours
mordant .
A leur éloquence choiſie,
A leur divine poefie ,
Il oſe comparer , tant il eſt imprudent
,
Iloſe preferer,tant il eſt impudent
,
Demille vieux bouquins la
ſcience moiſie .
GALANT.
35
O le craffeux ! O le vilain Pe
dant ?
Je demeure d'accord que l'Epigramme
Latine est belle pour une
Epigramme de ce temps - cy; car
quoy qu'elle ne ſoit fondée que fur
l'équivoque du mot de Siecle , qui
fignifie là&mon Poëme,&le temps
où nous sommes , & que cette équi
voque foit affezfroide , cependant
comme leplusgrand merite des Ouvrages
Latins d'auiourd'huy , n'est
point d'avoir duſens & de la raifon
, chofes trop communes & trop
vulgaires , mais d'eftre composez
desplus beaux endroits des Auteurs
Claſſiques , & que ce dernier Vers
O Sæclum infipiens & inficecum
, fait allusion à un Vers de
Catulle,ie comprens bien que cette
Epigramme a pour certaines gens
une beauté qui les charme & quiles
enleve. C'est de ce genre de beauté
و ت
B 6
36
MERCVRE
que brille ce Vers de mon Eloge :
En cor Zenodoti, en jecur Cratetis
,
Voilà le coeur de Zenodote , voilà
lefoye de Cratés.
lenesuis pas surpris que cela foit
admiré dans un College , mais je
m'étonne que la plupart des Sçavans
, & particulierement des Sça.
vans en ïus , n'ayent pas encore
remarqué que s'il eſt louable à un
jeune Ecolier de faire voir àfon
Regent qu'il a bien profité de la
lecture des Anciens , en les inferant
dansses compositions , il fied mal à
un Maistre de ne pas parler de fon
chef dans une barangue , d'avoir
encore du goust pour toutes cestripes
de Latin , & de vouloir mesme en
regaler fes Auditeurs.
Aprés que Mr Francius a dit
deux choses qui nefont pas vrayes,
ik en dit une tres veritable , qui
GALANT.
37
est que Mr D..... ma malivaitė
dans ſes Remarques critiques fur
Les oeuvres d'Horace , où ilfait entendre
en pluſieurs endroits que je
fuis un ignorant & i'en demeure
d'accord, que ie n'ay point de gouft;
cela peut estre , cela peut n'estre
pas ,& cen'estpoint luy qui enfera
le Fuge , mais il dit une choſe dont
ieſuis faché pour l'amour de luy . IL
dit en parlant de Pindare qu'il
compare à un torrent. Qu'il ne
faut pas s'étonner qu'un Auteurmoderne
, & les ridicules
Perſonnages qu'il introduit
s'y foient noyez des le premier
pas. Il eſt aisé de voir qu'il parle
dupremier Dialogue de mes Para-
Lelles , où les Perſonnages que i'introduis
declarent nettement qu'ils
n'entendent point le commencement
de la premiere Ode de Pindare . Il
est certainque les Perſonnages d'un
38 MERCVRE
,
Dialogue ferieux ne peuvent estre
ridicules que l'Auteur ne lefoit encore
davantage ,&que Ridicule ,
est une iniure qu'on ne dit point à
unhonneste homme , pour peu que
l'on ait de politeße. Cette expreffion
nefait point d'honneur à MrD.....
L'avouë ingenûment que je mesuis
noyé dans le commencement de la
premiere Ode de Pindare ou pour
parlerplus clairement , que je n'ay
pas entendu le commencement de
cette premiere Ode ; mais ie croy
mestre noyé avec tout legenre humain
, & qu'il vaut mieux com.
Farer Pindare au Deluge Univerſel
qu'à un torrent , puis que perfonne
ne s'en est jamais sauvé. Jean-
Benoist , le dernier defes Commen.
tateurs , declare que iusqu'à luy à
peine lesplus sçavans ont entendu
Pindare , &le bon homme ne l'a
Das entendu buy -mesme. Si vous
GALANT .
39
pouviezengager M. D.... ànous
donner une explication du commen
cement de cette Ode qui eustdufons,
vousferiez une bonne oeuvre , & il
ne faudroit pas un plus grand miracle
que celuy là pour me convertir.
Dites-luy ,jevous prie, que ie prens
par toutfa défenſe contre ceux qui
l'attaquent. le ne rencontre que des
gens qui pretendent quefa Traduction
d'Horace ne vaut rien , &ie
leur foûtiens à tous qu'elle doit eftre
fort bonne. Et en effet , leur dissie ,
comment neferoit- elle pas la meil
leure de toutes ,puis que Mr D...
avoit eu devant luy cinquante cu
foixante Interpreses ,&qu'iln'a eu
qu'à choisir les endroits où chacun
d'eux à le mieux rencontré?Ce qui
vous fait parler de la forte , aiouraysie,
c'est que ne trouvant pas
dans Horace les beautezineffables
que fon obscurité vous avoit fait
40
MERCURE
croire iufques icyy estre renfermées,
vous vous en prenezmal à propos à
fonTraducteur, qui vous lefait voir
tel qu'il est , &qui n'est qu'une cau-
Se innocente dudéchet où tombeHorace
dans vostre isprit . Quelque
beau quefoitHorace , car affeurement
cet Auteur est admirable en
mille endroits , Mr D.... luy afait
un mauvais tour de le traduire , de
mesme que Mrde L.... a rendu un
mauvais office à Theocrite en le traduiſant
. Vous ſçavez le Madrigal
que l'on fit àl'occaſion de la Traductionde
Theocrite...
*
Ils devoient ces Auteurs demeurer
dans leur Grec,
Et ſe contenter du reſpect
De la Gent qui portè ferule..
D'un ſçavant Traducteur on a
beau faire choix ;
On les traduit en ridicule
GALANT.
41
Dés qu'on les traduit en
François .
Voicy la Parodie qu'on afaite
au fuiet de la traduction d'Horase.
Ils devoientces Auteurs, contens
de leur deſtin .
Se tenir clos dansleur Latin,
Trop heureux de charmer la
Gent porte-ferule.
Du docte & grand D... on a
beau faire choix ;
On les traduiten ridicule
Dés qu'on les traduit en François-
Si la plupart des Anciens ne
trouvent pas leur compte à estre
traduits , parce qu'une Traduction
fidelle leur ofte cette beauté indéfinie&
Sans bornes , que beaucoup
degensy croyent voir au travers de
42
MERCURE
L'obscurité de leurs expreſſions, ou au
travers des douces vapeurs queforme
la ioye fecrete de les entendre
mieux que les autres , il est bon que
tout le monde les connoiſſeàfond,&
puiffe iuger de leur veritable merite.
Combien d'hommes detres bonfens.
qui prevenus par les louanges exceſſives
que l'on donneàces Auteurs,
Se confumoient du regret de ne les
pas connoistre,sedisent l'un àl'autre
,Eft ce là donc cet Horace,
ce divin Horace que l'on nous
vantoit fi fort ? Sontce là ces
fines railleries delaCour d'Auguſte
, qu'il falloit admirer ſans
pretendre en oüir jamais de
pareilles , Combien de Dames qui
no lisoient qu'avec dédain les
•Ouvrages de Voiture , de Sarrazin ,
de Moliere , & de plusieurs autres
Auteurs àpeu prés de lamesmeforce
,& qui persuadées que cela ne
GALANT.
43

F
race
,
valoit pas le moindre mot d'Ho-
, ne ceſſoient d'envier le
bonheur des Dames Romaines
s'écrient en mille endroits de fa
traduction , Quelles pauvretez,
quelles ordures ! Sont- ce là
les jolies choſes que l'on nous
a tant vantées ? favouë franchement
que dans le deffein que
tay de faire voir dans mes
Paralelles , queles Modernes valent
bien les Anciens ,ie n'y entens
rien en comparaiſon de ceux qui
font deſemblables traductions , م
que ie n'ay garde d'avoir trouvé
un chemin pour y parvenir , auffi
Seur& ausficourt que celuy qu'ils
ont pris. C'est dequoy ie vous prie ,
Monfieur,d'affeurerMr D...Ditesluy
bien encore ; s'il vous plaist ,
qu'ilpeut continuer à dire de moy
tout ce qu'il luy plaira , pourveu
qu'ilferenferme dans ce qui regar
44 MER CURE
de la litterature , &fur tout, que
je ne luy diray iemais d'iniure.
Comme se ne m'occupe à écrirefur
les Anciens & sur des Modernes
que pour me diverter , ie quitterois
là toute la dispute (i elle venoit à
m'échauffer le moins du monde.
Voilà, Monsieur,lafituation d'esprit
où ieſuis à l'égard de Mr Francius
&de Mr. D... dont ie ne laiſſe pas
d'honorer beaucouple merite , malgré
les choses facheuses qu'ils me
difent , car ce sont leurs manieres
qui aſſeurement nefont pas modernes.
f'ayeru , Monfieur ,que ie ne
pouvois choisirde meilleur lugeque
vous fur tous ces differens ; vous ,
Monsieur , qui connoissezsi bien les
Anciens& les Modernes ,vous qui
avez le don de toutes les Largues,
&qui avezcomposé des Ouvrages
du gouft de toutes les Nations & de
tous les Siecles. Vous estesſi riche en
20
GALANT.
45
François,en Italien &en Espagnol,
que quand le prix exceffifz où l'efpritdu
Collegeafait monter tout
ce qui eft Grec ou Latin diminue
roit un peu , vous feriez toujours
dans une extrême opulence, lefuis
avecpaffina ,
Monfieur ,
Vostre tres,&c.
Ce 21. Février 1690 .
Il m'eſt tombé entre les
mains des Memoires de la
Courd'Eſpague, que l'on peat
dire, nouveaux , puisqu'ils
n'ont point eſté imprimez ,&
qu'ils ne commencent qu'à paroiſtre
en Manufcrit , Ainfi je
puis vous les envoyer comme,
une choſe qui n'a point encore
eſté veuë. Si la matiere n'en eft,
pas nouvelle, elle eſt meſlée de,
tant de circonſtances que l'on,
ne fçait point, qu'elle acquiert
45 MERCURE
par là la grace de la nouveauté.
le vous diray , fans chercher à
prevenir voſtre gouft , que je
n'ay rien vû de plus naturellement
écrit que ces Memoires ,
ny qui faſſe plus de plaifir à
lire , quand meſme les choſes
qui y font traitées , & qui d'elles
meſme ſont fort curieuſes ,
n'attacheroient pas autant
qu'elles font. On n'y voit que
des faits rapportez nuëment&
fans aucuns raisonnemens de
l'Auteur ; mais ce qu'il ditparoiſt
ſi vray ſemblabledela maniere
qu'il le rapporte , qu'il
ſemble que ce ſoit la verité
qui parle elle- meſme. le n'ay
pû sçavoir ſon nom , mais , il
doitavoir connu à fond la Cour
d'Eſpagne. Il ſeroit à ſouhaiter
qu'il ſceuſt de meſme l'inte
rieur des autres Cours de l'EuGALANT.
47
-
- rope , & qu'il nous en donnaſt
des nouvelles auſſi ſeures que
paroiffent les Memoires , dont
je vous envoye le commencement.
Ce n'en eſt que la fix
ou ſeptième partie. le vous
en envoiray autant ſans interruption
dans chacune de
mes Lettres qui ſuivront celle-
су , juſqu'à ce que je vous
aye fait part de l'Ouvrage
entier , ne doutant point que
ce commencement ne vous at
tache beaucoup,& ne vous en
faffe fouhaiter la ſuite .
48 MERCURE
ΜΕΜΟIRES
DE LA COUR
D'ESPAGNE.
Idée que ces Memoires
pourront donner de l'état
du gouvernement preſent
de l'Eſpagne , aura fans doute
peu de rapport à celle que la
putfiance & la politique des
Eſpagnols avoient autrefois
répanduë dans le monde;mais
perfonne n'ignore que depuis
le commencement de ce Siecle
l'une& l'autre a toujours eſté
en diminuant. Ce changement
est devenu ſi grand dans
les derniers temps , que d'une
année
?
GALAN T.
49
année àl'autre l'on auroitpref
que pû s'en appercevoir.
J'avois vû cette Cour , & la
plus grande partie de l'Eſpagne
il y a quinze ans. On
trouvoit encore alors des Miniſtres
de réputation dans les
Conſeils . On voyoit dans les
Finances du Roy & dans le
Commerce des Sujets , encore
aſſez d'argent pour ſe ſouvenir
des richeſſes que leur
donnoient autrefois les Indes
fous un meilleur gouvernement
; mais dans le dernier
voyage , où durant deux ans
j'ay eu occaſion de voir continuellement
la Cour & les
Miniſtres , j'ay trouvé qu'il
reſtoit à peine quelque trace
de l'ancienne Eſpagne dans
le Public & dans les Particuliers.
Mars1690.
C
so
MERCVRE
C'eſt ce qui m'a porté à
écrire ces Memoires 2 pour
faire voir en détail l'extreme
changement de cette Monarchie
, qu'il feroit difficile de
ſe perfuader , à moins que d'en
eſtreconvaincu par une fuite
de faits queje rapporteray comme
je lesay vûs , fans prevention
&fansintereft.
Ie croy qu'avant que d'entrer
dans cette Narration , je
dois expliquer en peu de mots
ce qui regarde quelques perfonnes
principales , quelques
Charges , & d'autres choſes
particulieres à cette Cour ,
neceſſaires pour l'intelligence
de ce que j'auray à dire dans
la fuite,
Depuis plus de cent ans, les
RoisCatholiques tiennent ordinairement
leur Cour à MaGALAN
T. I
drid. C'eſt une affez grande
Ville fans murailles , ſituée au
milieu de l'Espagne , dans un
pays ſec & découvert. Le
ruiſſeau de Mançanarez qui
paſſe ſous la Ville , à quelque
peu d'eau en Hiver , & point
du tout en Efté. Cependant on
a baſty fur ce Ruiſſeau deux
Pont auſſi grands qu'on les
auroit faits pour paffer le Rhin
ou leDanube.
Le Palais du Roy eſt à l'extrémité
de la Ville vers le Mi
dy. La façade eſt d'Ordre Do
rique , d'une pierre comme du
grais , deux Pavillons de brique
la terminent à droit & à
gauche, les trois autres coſtez
de ce Palais n'ont ny forme ny
rapport entre eux tous compoſez
d'une quantité de petits
Baſtimens de brique ou de tery
C2
52
MERCURE
re. Au deſſus du Palais le ter.
rain qui va en panchant jufques
au Mançanarez , eſt enfermé
de murailles , en une fituation
admirable pour des
Terraſſes & des Cascades ,
mais il eſt inculte , ſans bois ;
ſans jardins , fontaines ; une
affez grande Place faitl'avenuë
du Palais .
Les grands Officiers de la
Maiſon du Roy d'Eſpagne ,
font le Sommelier du Corps , le
Majordome Major , ou Grand-
Maistre d'Hoſtel , & le Grand-
Ecuyer. Ces trois Charges font
égales en dignité. Le Sommelierdu
Corps a le pas & le commandement
dans l'Appartement
du Roy ; le Majordome
Major , dans le reſte du Palais .
& le Grand Ecuyera les mefe.
GALANT.
53
mes prerogatives hors ces deux
endroits .
Aprés ces trois premieres
Charges ſuivent immediatement
celles des Gentilshommes
de la Chambre du Roy ,
qui portent pour marque de
Leur dignité une Clef doréo
pendu ë àla ceinture. CesClefs
font de trois fortes ; celle qui
donne l'exercice de Gentilhomme
de la Chambre ; celle
qui donne l'entrée fans exercice,&
laClefappellée Capona,
qui ne donne l'entrée que dans
F'Antichambre . Ces Gentilshommes
de la Chambre fone
en grand nombre . Ceux d'exercice
font 35. ou 40. ils fervent
par jour tour à tour , &
lapluſpart des Grands ſont de
ce premier Ordre.
C 3
54
MERCURE
Les Majordomes ou Maîtresd'Hoſtel
, ont les mesmes entrées
que les Gentilshommes,
de la Chambre . Ces Charges.
font remplies par des perfonnes
de la premiere qualité ,
comme font les ſeconds Fils des
Grands d'Eſpagne. Ils fervent
par ſemaine , & ont toute l'autorité
du Grand Maiſtre quand
il eft abſent. Ce font eux qui
accompagnent les Ambaffadeurs
à leur Entrée , & qui
introduisent les Miniſtres
Etrangers à l'Audience du Roy
Leur nombre n'eſt point fixé ;
mais d'ordinaire il ne paſſe
point huit ou dix.
LaGarde du Roy d'Eſpagne
eſt compoſée de trois Compa-
* gnies indépendantes les unes
GALANT..
55
-
5
-
>>
- des autres , & fous differens
Capitaines .La Garde Flamande
ou Bourguignonne , appellée
la Garde de la Cuchilla , eſt proprement
la Garde du Corps
compoſée de cent hommes
commandez par le Marquis de
Faleéz ; la Garde Allemande
de pareil nombre d'Archers ,
dontleCapitaine eſt DomPedro
d'Arragon , & la Garde
Eſpagnole de cent Hallebardiers
, ſous le commandement
du Comte de Los Arcos qui
eſt encore Capitaine d'une
Compagnie appellée de la
Lancilla , de cent Eſpagnols ,
qui ne fert qu'aux grandes
Ceremonies & aux Enterremensdes
Rois..
En Espagne ,les affaires de
C 4
56 MERCVRE
,
l'Etat ſont gouvernées par un
premier Miniſtre , auquel le
Roy donne une tres grande
autorité . Il a fous luy un
Secretaire d'Etat dont le
Bureau est dans le Palais
mefme. Par les mains de ce
Secretaire paffe tout ce qui
peut venir au Roy & au premier
Ministre , & tout ce qui
en fort peut eſtre expedié. Il
s'appelle par cette raiſon
Secretario del Despacho uniwerfal.
Cette Charge eſt d'une
grande confideration. Avant
que le Roy & le premier Miniſtre
decident les affaires
elles ſont examinées par le
Conſeil d'Etat , & par divers
autres Confeils qui ſont en
grand nombre à Madrid
comme je le marqueray plus
particulierement , aprés avoir
x
6
GALANT.
57
fait voir ce qui s'eſt paffé en
cette Cour depuis le mois de
luin de l'année 1679. juſqu'au
mois de May 1681 .
, les
La Guerre qui commença en
l'année 1672. entre la France &
-la Hollande , ayant partagé
preſque toute l'Europe
- Hollandois la finirent par la
Patx qu'ils firent ſeuls avecla
France en l'année 678. Peu
aprés l'Eſpagne ſuivit leur
exemple ; l'Empereur & l'Empire
firent enſuite unTraité ſeparé
avec la France ; & enfin
l'Electeur de Brandebourg &
le Roy de Dannemarc furent:
les derniers à quitter les armes
.
Cettegrande Paix entretant
de Princes differens , ſe traita
à Nimegue , & fi - toſt qu'elle
fut rétablie par tout , on penſa
CS
58 MERCVRE
dans chaque Cour a envoyer,
des Ambaſſadeurs dans celles
de ſes nouveaux Amis . Le
Roy nomma pour l'Ambaffade
Extraordinaire d'eſpagne
, le Marquis de Villars, qui
avant la Guerre y avoit déja
eſté avec ce meſme caractere .
Il arriva à Madrid au mois
de Juin de l'année 1679. &
trouva cette Cour gouvernée
par D. Iuan d'Auſtriche , premier
Ministre , & Charles ſecond,
Roy d'Eſpagne .
Dom Juan estoit Fils naturel
de Philippes IV. Depuis la
mort de fon Pere, & meſme auparavant,
il avoiteſte toujours
éloigné de la Cour pendant
que la Reine Marie Anne
d'Auſtriche gouvernoir, l'Efpagnedans
la Minorité du Roy
Charles II. fon Fils : mais an
GALANT.
59
commencemet de l'année 1677
Dom Iuan appuyé d'une cabale
des principaux. Seigneurs
de la Cour, quitta l'Arragon où1
il s'eſtoit retiré , vint à Madrid,..
chaſſa la Reine , & demeura
maiſtre du gouvernement&de...
la perſonne du Roy.
Quoy que Bastard , il avoit
toujours eu de grandes idées.
de pouvoir ſe faire reconnoiſtre
Infant , & l'élevation que
luy donnoit un Miniſtere abfolu
fous un Roy de quinze
ans , luy facilita les moyens de
faire des pas qui tendoient à ce
haut rang. Il établit d'abord de
ne point donner la main ny le
fiege chez luy aux Ambaſſa--
deurs. Le Nonce , & les autres..
Miniſtres de ce caractere , fuivirent
ſes intentions, & le vi
xent furcepied.
G6
60 MERCVRE
Le Marquis de Villars vint
de France avec des inſtructions.
moins foumiſes à cette pretention.
Le Roy Tres- Chreftien
ne jugeant pas qu'un Bastard.
du Roy d'Eſpagne euſt droit.
de prendre de tels avantages
fur ſon Ambaſſadeur, luy com...
manda de ne point voirD.Juan
s'il ne luy donnoit chez luy les
honneurs du pas , de la main
& du ſiege.Il eſtoit difficile que
D.Juan puſten convenir,aprés
s'eſtre mis en poſſeſſionde ces
préſeances avectous les autres.
Ambaſſadeurs, qui estoient à
Madrid. Ainſi celuy de France
ſe trouva hors d'état dele voir,,
&dans lanceeſſité de traiter les
affaires ſans parler au premier
Miniſtre , dont il eſtoit aſſuré
de s'eſtre attiré le chagrin par.
cette distinction. Il ne laiffa:
GALANT. 64
pas de commencer la fonction
de ſon Ambaſſade par une audience
ſecrette qu'il eut du
Roy , & peu aprés il en eut une
publique pour luy faire les
complimens ſur la conclufion
de ſon mariage avec Mademoi
ſelle , Fille aînée de Monfieur.
C'eſtoit pour la ſeconde fois
qu'on marioit le Roy d'Eſpagne.
Il l'avoit déja eſté avecla
Fillede l'Empereur, c'eſt à dire;
que les articles avoient eſté
reglez , & le Contrat ſigné. D.
Juan devenu le Maiſtre rompit
ce mariage qu'avoit fait la
Reine. On demeura enſuite
quelque temps ſans parler de
marier le Roy , & D. Juan s'affermitdans
le gouvernement...
Il ſembloit que pour ſe conſerver
plus de pouvoir fur le
Roy , il devoit fſouhaiter qu'il
62 MERCURE
n'y enſt pas fi - toſt une Reine ;
& peut- eſtre que dans l'idée
qu'il s'eſtoit toujours fait d'avoir
le rangd'Infant, il trouvoit
fon intereſt ſecret à éloigner le
mariage d'un jeune Prince ,
toujours infirme pendant fon
enfance , & dont il pouvoitfe
flater d'eſtre un jour le Succef
ſeur ; mais le Roy ayant dix -
ſept ans , & une ſanté qui s'affermiſſoit
avecl'age , commença
à ſouhaiter d'eſtre marié . Il
reſtoit ſeul de la branche Efpagnole
de la Maiſon d'Auſtri -
che,&c'eſtoit l'intereſt de tout
ſon Royaume qu'il fuſt en estat
d'avoirdes Enfans .
La Paix ayant mis les Couronnes
dans les liaiſons inter--
rompuës par la Guerre , tous
les Eſpagnols regarderentMa-.
demoiselle,Fille aînée de Mon
GALANT. 63.
1
- ſieur , comme la ſeule Princeffe
qu'ils devoient fouhaiter pour
Reine. Elle estoit preſque de
- l'âge de leur Roy. Ce Prince
l'aimoit déja ſur ſes Portraits ;
& fur le rapport de quelques
rapport
Seigneurs Eſpagnols qui l'avoient
vuë , & dans le monde
la memoire de la Reine Iſabelle
de France , dont les vertus font
encore en veneration , faifoit
fouhaiter une Reine du méme
Sang.D.Juan entrant dans cet
te inclination du Roy & de
l'Etat , envoya ordre en FlandreauMarquis
de Los Balba .
zés , qui venoit d'aſſiſter au
Traité de Paix à Nimegue ,
_ d'aller en France demander
cette Prin effe pour le Roy
fon Maiſtre.
On pretend qu'avant cette
démarche publique , il n'en
64
MERCURE
avoitfait aucune autre particuliere
pour s'aſſurer le ſuccés
de la demande. On a ſoupçonné
meſme qu'il n'y entroit pas
tout a fait debonne foy , ou par
la veuë generale d'éloigner le
mariage du Roy , ou par la
crainte particuliere d'eſtre
moins le maiſtre avec une Reine
Françoiſe , qui peut eſtre
aideroit au Roy à ſe tirer de
l'aſſujettiſſement oùille tenoit.
Il ſembloit neantmoins qu'il
pouvoit eſperer de ſe faire un
merite auprés d'elle , d'avoir
rompu le mariage d'Allemagne
pour conclure le ſien ..
Ces confiderations oppoſée.s
le firent aſſez balancer ,& dans
le temps qu'en France leMarquis
de Los Balbazés deman
doitMademoiselle ,D. Juan fic
parler ſous-main à Madrid de
GALANT.
65
i
. demander l'Infante de Portu-
1. gal. Il ne ſcavoit pas que fon
mariage avoit eſté conclu ſecretement
avec le Duc de Savoye.
,
Lademandeque fit le Marquis
de Los Balbazes fut aſſez
bien receuë en France , pour
croire qu'elle ne ſeroit pas fans
fuccés.D. Juan cherchant alors
à embaraſſer la Cour, fit pro-
- poſer dans le Confeil d'Eſtat
qu'en conſideration de ce que
- le Roy d'Eſpagne épouſoit une
Princeſſe qui n'eſtoit point Fille
de Roy , on devoit demander
des avantages ſolides à la
France , & l'obliger à rendre
à l'Eſpagne quelque unes des
Places de Flandre qui lay eftoient
demeurées par le der.
nier Traité. Tout le Conſeil
s'éleva contre cette propofi66
MERCURE
tion , declarant que l'unique
intereſt de l'Etateſtoit d'avoir
une Princeffe bien fate , capable
de leur donner des Princes.
Ainfile mariage fe conclut ,&
fut celebré en France par Procuration.
L'on y regla le temps
du départ de la nouvelle Reine
& en eſpagne celuydu départ
du Roy pour l'aller renconter..
Cependanton envoya de Madrid
le Duc de Paſtrane luy
porter le preſent , & luy faire
les complimens .
L'Ambaſſadeur de France avoit
fain ſon Entrée publique
à Madridle 9. d'Aouſt . Onluy
envoya felon la coûtume des
Chevaux de l'Ecurie du Roy,
pourluy&pour un nombredes
fiens qui devoient entrer àcheval
comme luy ; il fut accompagné
par le Majordome de
GALANT. 67
-
femaine , par le Conducteur
des Ambaſſadeurs , & par fon
Lieutenant , depuis ſa maiſon
juſques au Palais , où il eut
Audience publique du Roy ,
& luy parla en François .
La marche de cette Entrée
fut interrompuë durant plus
d'une heure par l'incident que
fit l'Ambaſſadeur de Malte,pretendantque
ſon Carroſſe marcheroit
immediatement aprés
celuy de l'Ambaſſadeurde Veniſe
, dernier Ambaſſadeur de
Chapelle,& devantles ſeconds
Carroffes de celuy de France..
Le Marquis de Villars s'y op-
Poſa ,& il fallut que les Conducteurs
allaſſent au Palais
faire regler cette difficulté,mal
fondée du coſté de l'Ambaſſa -
deur de Malthe qui ne pouvoίε
pretendre aucun rang parmy
68 MERCVRE
des Ambaſſadeurs des teftes
Couronnées , dont pas un ne
luy donnoit la main chez ſoy .
Ainſi ſon Carroſſe ſe retira , &
les ſeconds Carroffes de l'Ambaſſadeur
de France continue.
rent leur marche aprés celuy
de l'Ambaſſadeur de Veniſe
qui eſtoit precedé de celuy
du Nonce , devant lequelalloit
le premier Carroffe de l'Ambaſſadeur
de France , & à la
teſte de tous un Carroſſe du
Roy.
Cet Ambaſſadeur de Malthe
appelé Dom Diego de Bracamonte
, s'eſtoit mis le premier
dans cette pretention inconnuë
à ſes Predeceſſeurs , qui ..
juſques alors avoient viſité les
Ambaſſadeurs des Teſtes couronnées
, fans en pretendre la
main en aucun endroit. CeGALANT.
69
t
luy- cy ne voulut voir ny Am-
-baſſadeurs , ny Cardinaux , ny
Conſeillers d'Estat ſans cet avantage
, c'eſt à dire , qu'il ne
les vit point du tout,hors le
Nonce, qu'au bout de fix mois
il fut contraint d'aller voir par
un ordre exprés du Grand
Maiſtre deMalthe.
Le dernier jour du meſme
mois ſe fit la ceremonie de jurer
la Paix que le Roy Tres
Chreſtien jura ce meſine jour
à Fontainebleau . Le Roy d'Efpagne
ſe rendit à quatre heures
aprés midy dãs la Galerie dorée
du Palais de Madrid , au haut
de laquelle il s'affit ſous un
Dais. A la gauche au bas de
trois degrez qui le relevoient,
_eſtoit aſſis l'Ambaſſadeur. De
l'autre coſté eſtoient le Cardi -
nal Portocarrero , le Duc de
70
MERCVRE
Medina CeliSommelier,le Patriarche
des Indes , Capellan
major , ou Grand Aumônier,
& enfuite le Banc des Grands.
D. Pedro Colonis , Secretaire
Heutles pouvoirs de l'Ambaſſadeur.
Le Cardinal leut le ferment
du Roy , & le Patriarche
alla preſenter le Livre des
Evangiles à Sa Majesté , qui ſe
mit à genoux ,& jura.
La Cour depuis quelque
temps eſtoitdans une agitation
contre le premier Miniſtre, que
la crainte avoit d'abord tenuë
secrete ; mais le temps & les
conjonctures luy ayant donné
dela force , elle commença à
paroiſtre avec plus de hardieſſe
&de mouvement.
Lors que Dom Iuan entra
dansle gouvernement, on peut
dire qu'il faiſoit toutes les efGALAN
T.
71
1
:
:
2
perances de l'eſpagne . Il avoit
de l'eſprit , & l'on ne doutoit
point que ſes emplois dePatx
&de Guerre , ne l'euffent rendu
capable de relever la foibleffe
&les malheurs de l'Etat .
Toutle Peuple l'avoit ſouhaité,
& pluſieurs Grands avoient
figné chez le Duc d'Albe une
Ligue pour fon retour. La haine&
le mépris du Gouverne.
ment paflé , augmentoit dans
leur eſpritle merite de tout ce
qu'ils attendoient de ce nouveau
Miniſtre. La foibleſſe ordinaire
des Minoritez , une
Reine Allemande & tropbonne
, un Favory Etranger &
Confeffeur ; Valenzuela ſan's
naiſſance ny merite élevé tout
d'un coup ; cesidées répandues
depuis long temps parmy les
Courtiſans&le Peuple , firent
72
MERCURE
recevoirDom Juan , comme le
Liberateur de l'Etat.
Mais ſoit par la deſtinée
ordinaire des Favoris , ou par
le défaut particulier de ſa
conduite , ſon gouvernement
fit regreter peu de temps aprés
celuy qu'il venoit de détruire.
Il ne voulut point entrer
à Madrid , que la Reine
n'en fuſt ſortie pour aller àTolede
, que l'on luy marquapour
ſa retraite , ou plûtoſt pour fon
exil . Il luy donna depuis tous
les deſagrémens poſſibles ; il fit
des recherches indignes ſur ſa
vie , qui alloient à la deshonorer
ſans aucun bien pour l'Etat
,& comme il eſtoit difficile
qu'il ne ſe trouvaſt encore des
perſonnes de qualité , que
quelque reſte d'affection ou de
reconnoiſſance rendiſt ſenſibles
GALANT.
73
- bles à l'accablement de cette
Princeſſe , il chaſſa de la Cour
tous ceux qu'il crut avoirquelque
part à ſes intereſts .
L'Amirante de Caſtille ;
Grand Ecuyerdu Roy , le Duc
d'Ofſonne, Grand Ecuyer de la
Reyne à venir , le Prince d'A-
-ſtillano , le Marquis de Manſera
, grand Maistre d'Hoſtel de
la Reine Mere, le Comte d'Umanez,
le Comte d'Aguilar, le
Marquis de Mondejar , ſoupçonnez
à faux d'avoir fait des
Vers contre Dom luan &
pluſieurs autres perſonnes de
moindre rang , furent exilez
en divers lieux. Grand nombre
de Religieux de differens
Ordres eurent le meſme traitement
pendant que l'on
voyoit auprés de Dom Iuan
un Chartreux qu'il avoit ame-
Mars 1690.
,
D
,
MERCVRE
74
né de Sarragoffe , & un Capucin
, comme ſes Favoris ,
&que luy - meſme affectoir
une apparence de regularité
de vie , qui pouvoit le mettre
en reputationde Devot.
Le Comte de Monterey qui
avoit eſté à la teſte de ſon party
pour l'amener à Madrid , luy
ayant paru dans la ſuite trop
agreable au Roy , il l'envoya
d'abord commander en Catalogne
, l'exila depuis ,& luy fit
commencer ſon Procés fur l'af
faire de Puycerda, pour l'éloigner
entierement de la Cour.
Le Roy eſtoit jeune , &
ne pouvoit encore avoir d'experience.
Dom Juan ne chercha
point à luy former l'ef
prit , ny à luy donner entrée
dans les affaires ; il le tine toûjours
dans une extrêmeoiſiveté
GALANT.
75
& dans une dépendance ſi
grande , que ce Prince ne
pouvoit fortir du Palais ſans
luy.
Le Peuple ſe ſeroit conſolé
de la diſgrace des Grands& de
l'eſclavage du Roy , s'il avoit
trouvé quelque ſoulagement à
ſa miſere ; mais elle augmenta
avecles impoſitions . La cherté
devint plus grande ; on ne vit
point rétablir la luſtice , point
mettre d'ordre aux Finances ,
perſonne netrouvaſa conditio
meilleure , pluſieurs la trouverent
pire , le chagrin devint ,
general& l'on commençaàregreter
la Regence.
1 Mais en Eſpagneplus qu'en
licu du monde , la colere du
Peuple eſt impuiſſante. Cette
Nation ſi pleined'apparencede
- fierté , ſemblen'avoir du coeur
D 2
76 MERCVRE
que pour murmurer de ſes
maux &de ceux de l'Etat . L'exil
de tantde Seigneurs eſtoit une
cauſe plus que capable de produire
quelque mouvement par
le grand nombre de perſonnes
du premier rang, que le ſang
ou l'amitié interreſſoit à leur
diſgrace. Leurs Amis commencerent
å former des liaiſons , on
fit porterdes paroles àla reine-
Merc , on luy fit connoiſtre
combien ſon retour eſtoit ſouhaité
, on fit ſecretementenviſager
au Roy le traitement
honteux que l'on faifoit à la
Reine ſa Mere , la ſervitude où
l'on le tenoit luy meſme ,& ce
qui pouvoit rendre D. Juan
odieux par l'indignité de ſa
conduite.
Ces premiers pas avoient
affez de fondement pour en
GALANT.
77
eſperer des ſuites , mais la fituation
de la Reine toujours
exilée , ſon genie naturellement
un peu lent , arreſté
encore par le ſouvenir des
infidelitez paſſées qui luy en
faifoient craindre de nouvelles
, la jeuneſſe du Roy , le
peu d'application & de vigueur
de ceux qui agiſſoient dans
cette affaire , toujours dominez
par une pareſſe naturelle , &
toujours attendant les ſuccés
de l'induſtrie d'autruy ſuſpendoient
l'effet de tant d'intentions
contraires au premier
Miniſtre .
Il s'en alarmoit cependant,
& comme le foin qu'il avoit
d'entretenir un grand nombre
d'eſpions par tout , luy faifoit
connoiſtre une partie de ce
qui ſepaſſoit, tous ces mouve-
D 3
78 MERCURE
mens qu'il découvroit ,&plufieurs
libelles ſanglans qui parurent
contre luy , le jetterent
dans une violente inquietude.
Elle eſtoit augmentée par fon
irreſolution naturelle ,& par le
peu de force qu'il ſe ſentoit
pour foutenir le poids d'une
vaſteMonarchie , accablée depuis
long temps par ſa propre
grandeur , & par l'irregularité
dugouvernement .
Les choses estoient en cer -
tat lors que l'Ambaſſadeur de
France arriva à Madrid. Son
oppoſition aux pretentions
que D. Juan avoit déja établies
avecles autres Miniſtres
de ce caractere , fut recenё
agreablement de la plus grande
partie de la Cour. Il fuffifoit
qu'on le trouvoit contraire
àD. Iuan , pour croire
GALANT.
79
qu'il venoit fortifier le party
de ſes Ennemis . Il avoit déja
eſté Ambaſſadeur à Madrid
immediatement avant la derniere
Guerre , & parmy la
rupture des deux Nations , ſa
conduite & ſes manieres luy
avoient conſervé des Amis
dans cette Cour. Il reſtoit à
la Reine de la confiance pour
luy , & de l'eſtime pour ſa
probité ; & lors qu'aprés avoir
fait ſon entrée à Madrid il
alla à Tolede la ſaluër , elle
voulut , outre ſon audience
publique, avoir avec luy un
entretien particulier , plein
d'ouverture& de franchiſe ſur
fes intereſts .
Ainfiil entra aisément dans
la reconnoiſſance & dans la
fuite de ces difpofitions que
l'on ſe fit un intereſt de luy
D 4
80 MERCURE
confier,& il eut beſoin de moderation
& de delicateſſe pour
ne s'abandonner pas à un party
fi confiderable , qui tendoit à
la ruine d'un Miniſtre avec lequel
il ſe trouvoit en de ſi grandes
oppoſitions.
La conclufion du Mariage de
Mademoiselle avec le Roy
d'Eſpagne , parut eſtre auſſi
avantageuſe à l'Ambaſſadeur ,
que contraire à D Juan , qui
ne pouvoit attendre que du
reſſentiment de la part de la
France qu'il choquoit directement
en la perſonne de ſon
Miniſtre. D'ailleurs on ne
doutoit point que les liaiſons
de la Reine Tres Chreſtienne
avec la Reine- Mere d'Eſpagne,
ne paſſaſſent juſques à la jeune
Reine , & que cette Princeſſe
ne vinſt avec toutes les difpo-
+
GALANT .. 81
ſitions favorables à ſa bellemere
, dont le party eſtoit devenu
celuy du Public par l'in->
tereſt general que l'on ſe faifoit
derenverſer D. Inan .
Ces conjonctures raſſemblées
donnerent une nouvelle cha
leur au party . On commença
à parler haut , on follicita le
retour des Exilez , on tratta de
celuy de la Reine. D. luan eftoit
embaraſfé , & comme il ne
s'eſtoit point faitde Creatures
de merite , ny une veritable
confiance avec perſonne ,il ſe
trouva ſeul , & ne peut chercher
de reſſource qu'en luymeſme
. Il y eut dés lors de ſes
Creatures qui prévoyant ſa
cheute , prirent des liaiſons
avec la Reine mere ; & l'on
trou va moyen d'agir auprésdu
Roy par le Confeffeur.
DS
82 MERCVRE
C'eſtoit un Dominicain que
D. Juanavoit mis depuisun an
dans cet employ. Le Duc d'Al.
beluy en avoit répondu; mais
ce Religieux plus homme de
bien que Courtiſan , entra
moins dans les intereſts du
Miniſtre que dans ceux de fes
Amis particuliers, qu'il appuya
auprés du koyde tout le pouvoir
qu'il avoit fur faconfcience.
Ce fut par fon moyenque la
Princeſſe d'Atillano , Fille du
Duc d'Albe , obtint du Roy le
retour de fon Mary , avec
peu de menagement pourD.
Juan , que fur ce qu il parut
s'y vouloir oppofer , le Confeffeur
fit expliquer le Roy juf
ques àdire , Qu'importe queDom
Juans'y oppose, fi je le veux ?
Le Duc d'Offonne,tourexilé
qu'ileſtoit avoitfaitdesbrava
GALANT. 83
des à Dom Iuan ſur quelques
propoſitions qu'il luy fit porter
de ſa Charge de grandEcuyer
de la Reine, D. luan le voulut
exiler plus loin , mais le Duc
de Medina - Celi qui s'eſtoic.
conſervé dans une ſituation
honneſte avec Domluan , &
ne laiſſoit pas d'eſtre agreablement
avec le Roy , s'interefſant
alors pour le Duc d'Olſſonne
,Beau - pere de ſon Fils , remontra
au Roy que toute la
Maiſon de la Reine alloit au
devant d'elle , pendant que ſon
grand Ecuyer demeuroit exilé
ſans ſujet ,& fur le champfit
réſoudre ſon retour.
D. Iuan ſentant que le pou
voir luy manquoit , voulut ſe
racommoder avec le Conneſtable
de Caſtille , le premier
homme du Conseil d'Eſtat
D6
84 MERCURE
mais le Conneſtable luy fit dire
fierement qu'il n'eſtoit plus
temps . D. luan ne putempefcher
le retour des autres Exilez;
il vit que l'on negocioit
ouvertement celuy de la Reine,&
que tout luy échapoit.
Il avoit eſté malade au mois
de Juillet d'une Fiévre Tierce
de trois ſemaines , qui avoit
donné du temps & de la liberté
aux cabales quite formoient
contre luy. Elles allerent fi
avant, qu'aprés qu'il fut guery,
le Roy déja refolu de faire revenir
la Reine ſa Mere , n'en
eſtoit plus que ſur les moyens ,
& l'on dit qu'un jour aprés un
long entretien avec l'Inquifi
teur General, ce Prince envoyar
un Valet de Chambre dire au
Duc de Medina - Celi & au
Comte d'Oropeze , qu'ils fe
GALANT. 85
rendiſſent à certaine heure
chez cet Inquifiteur general.
Lors qu'ils y furent, il leur envoya
dire par le meſme homme
, qu'ils euffent à refoudre
de quelle maniere on pourroit
chaffer D. Iuan , pour faire res
cevoir la Reine fa Mere. Ils,
concerterent qu'un certain
jourle Roy fortiroit du Palais
par le Parc fans en avertir D.
luan ,& qu'incontinent aprés.
on luyenvoyeroit dire de ſe re
tirer avant que Sa Majesté fuſt
de retour.Ce projet ne futpoint
executé,&l'on aſſeure que D,
luan ne l'a jamais ſceu.
Dans une fituation ſi violente
,l'accablement preſent &
les terreurs de l'avenirluy ab .
batirent tellement l'eſprit&le
coeur , qu'il ne put avoir ny le
86 MERCURE
courage de ſe ſoutenir , ny la
reſolution de ceder. Le defefpoir
le jetta dans unemélan.
colie profonde , qui devint
bien toſt une maladie pleine
d'accidens inconnus. Les Medecins
qui traitoient fon corps
d'un mal qui eſtoit dans fon
efprit , luy firent ſouffrir durant
trois ſemaines aſſez de
tourmens pour achever ſa vie,
Il mourut le 17. de Septembre
de l'année 1679. âgé de cinquanteans.
Son corps fut porté
àl'Eſcurial dans la fepulture
des Princes , à coſté du Pantheon.
-Sa naiſſance luy avoit donné
un grand rang & de grands
emplois , mais on ne vit point
la ſuitede ſa vierépondre à cetteélevation.
Onle vit malheureux
dansla pluſpart de fes
GALANT. 87
entrepriſes , ſouvent battu à la
Guerre , éloigné de la Cour fur
la finde la viede fon Pere , &
pendant toute laRegence. Son
derniermalheur fut d'eſtre devenu
enfin la premiere perſonne
de l'Estat. lamais Miniftre
ne monta au premierpofte avec
tant d'avantage. La grandeur
de fon rang, l'attente des Peuples
,la faveur des Grands ,la
jeuneſſe du Roy , tout ſembloit
contribuer àl'élever & à l'affermir
, luy ſeul ſe manqua à luymeſme
, & l'on peutdire de luy
comme autrefois d'un Empereur,
qu'il ne parue digne de
gouverner que tant qu'il ne
gouverna point
C'eſtoit un homme compofé
d'apparences , d'un genie plus
brillant que folide , plein d'une
gloise préſomptueuſe i tout à
88 MERCVRE
1
luy-meſme , ſans confiance&
fans eſtime pour les autres,trop
occupé de petites choſes , fouvent
ſans étenduë & fans
refolution dans les grandes ;
capable cependantde lesprecipiter
par enteſtement. Ces defauts
étoient reveſtus de belles
qualitez . Il eſtoit bien fait , il
avoit les manieres agreables &
polies , il parloit bien diverſes
Langues , il avoit de l'eſprit ,
du ſçavoir , de la valeur,& tous
les dehors du merite ſans le
merite meſme.
Il eſtoit Fils du Roy Philippes
IV. & d'une Comedienne
, nommé Marie Calderona
; au moins il fut reconnu
pour tel , quoy que ledéreglement
de ſa Mere puſt fairedouter
avec raiſon de fon veritable
Pere , que pluſieurs ont cru le
GALANT. 89
Duc de Medina de la Torres ,
auquel ilreſſembloit. Philippes
IV.avoit d'autres Enfans natu
rels , entre autres un qui eſt
Evefque de Malaga , qu'il eut
d'une Fille de qualité duPalais,
&dont il ne pouvoit raiſonnablementdouter
d'eſtre le Pere ;
cependant il n'en a reconnu
aucun que D. luan, qui devoit
cette fortune au Comte Duc
d'Olivarez , lequel voulant reconnoiſtre
D. Iulien de Gufman
, ſon Bastard , porta leRoy
à reconnoiſtre D. Iuan , pour
s'autoriſer par un exemple.
Huit jours avantla mort de ce
Prince , l'on eut avis par un
Courrier extraordinaire que
Mademoiselle avoit eſté épouſée
à Fontaine-bleau par
Monfieur le Prince de Conty ,
nommé par le Roy pour rem१०
MERCVRE
plir la Procuration que Sa
Majesté Catholique avoit envoyée
en blanc. Cette nouvel .
le répandit à Madrid une joye
generale , que l'on témoigna
par des Illuminations conti
nuées durant trois jours . Dés
le lendemain , il y eut dans la
Place du Palais une Maſcarade
à cheval de centperſonnes
de qualité , qui firent pluſieurs
courſes le flambeau à la main ,
& l'on vit deux foirs de ſuite
dans la meſme Place des Feux
d'artifices mediocrement beaux
, mais d'un bruitépouvan
table. Cependant on les faiſoit
ſous les feneſtres de D. Iuan ,
qui étoitdéja tres - mal , & qui
pût connoiſtre par là le peu de
ménagement qu'on avoit pour
luy.
Deuxjours aprés la mortde
GALANT.
95
D. Iuan , le premier ſoin du
Roy fut d'aller trouver la Reine
ſaMere. Le 20. de Septembre
il alla coucher à une Maiſon
Royale appellée Aranjuez , &
le lendemain il arriva à midy à
Tolede, à ſept lieuës de Madrid
, où il parut bien de la
tendreſſe & bien des larmes
entre la Mere& le Fils ; ils dif.
nerentenſemble , & demcurerent
quelques heures en particulier.
La Reine Mere ayant cu le
temps dediſpoſer toutes chofes
pour ſon retour à Madrid , le
Roy qui eſtoit revenu , retournaà
Aranjuez le 27. alla le lendemain
la rencontrer à moitié
chemin de Tolede, la prit ſeule
dans ſon Carroffe , & l'amena
deſcendre au Retiro , qui eſt
une Maiſon Royale à l'extremi .
92
MERCVRE
téde Madrid , où elle demeura ,
en attendant qu'on luy euſt
preparé la Maiſon duDucd'Vfeda
, deſtinée pour fon logement
, parce que le Roy eſtant
marié , il n'en reſtoit pas affez
pour che au Palais .
Ils arriverent à trois heures
aprés midy, accompagnez d'une
foule extraordinaire de
Courtiſans & de Carroffes , &
l'on vit dans tout le monde le
meſme empreſſement à recevoir
cette Princeſſe, qu'onleur
avoit veu deux ans auparavant
à recevoir D. Juan quand il
vint la chaſſer . Le Roy demeura
juſques au ſoir avec elle , &
depuis ce jour juſqu'à celuy de
fon départ pour aller au devant
de la Reine , il vint prefquetous
les jours chez la Reine
fa Mere , & mangea fouvent
avec elle.
2
2
93
GALANT...
LaCour ſe trouva tout d'un
coup dans un grand changement
, par l'extréme oppoſition
qui avoit eſté entre le Miniſtre
qui finiſſoit & la Reine mere
qui revenoit à Madrid. On ne
doutoit pas dans le monde
qu'une Princeſſe comme elle ,
qui avoitlong- temps gouverné
pendant la minorité de fon Fils
ne rentraſt bien-toſt dans toute
l'autorité que luy devoit
donner la confiance & la jeuneſſe
de ce Prince.
Sur ce fondement on com-,
mença à faire l'Horoscope du
gouvernement ,& fuivant le
genie ordinaire des Cours tou-
Jours occupées à prévenir par
leraiſonnement& par les conjectures
les établiſſemens que
l'on doit le plus ſouvent au
hazard,ou à la paſſion des Princes,
on jugea que la Reine-me-
ةير
94
MERCURE
re n'ayant peut- eſtre pas aſſez
d'ambition pour entreprendre
de gouverner elle- meſme , fon
panchant pour le repos ,& le
ſouvenir de ſes malheurspaſſez
l'empeſcheroient de ſe charger
directement du ſoin des affai.
res ; que cependant elle éloi
gneroit le Roy de prendre un
premier Miniſtre , dont elle
luy donneroit aisément de
l'averſion par le ſouvenir de
la captivité où D. luan l'avoit
tenu . On pretendoit
qu'elle ſe diſpoſcroit à former
une forte de gouvernement
compoſé de Miniſtres
de ſa dépendance, par leſquels
elle ſe conſerveroit un grand
pouvoir , ſans s'expoſer aux
chagrins & aux perils de gouverner.
On comptoit déja ceux
qui devoient entrer dans cette
GALANT.
95
Joute ; on nommoit d'autres
perſonnes qui devoient fortir
de leurs Charges , & chacun
felon ſon panchant ou fon intereſt
, ou felon les raiſons de
haine ou d'amitié que l'on attribuoit
à la Reine-mere , ſe
faiſoit un plan du gouvernement
à l'avenir.
Ceux qui devoient en decider
en estoient le moins occupez.
La Reine mere fe contenta
d'abord d'eſtre bien avec
fon Fils. Le Roy que ſa jeuneffe
,& le peu d'éducation ,
empefchoient de rien penſer
encore pour l'Estat,ne ſe trouva
fenſible qu'à l'idée de fon mariage
, & à l'empreſſement de
partir pour l'aller achever.
Ainfi tous les ſoins eſtant tournez
aux preparatifs du voyage,
on abandonna aifémentles au
tres affaires .
1
96. MERCVRE
X
Si-toſt qu'on ſceut à Madrid
que la jeune Reine marchoit
vers l'Eſpagne,on fit partir
ſa Maiſon pour l'aller recevoir
à la Frontiere , de forte
que le 26. de Septembre le
Marquis d'Astorga , Grand-
Maiſtre de ſa Maiſon , & la
Ducheffe de Terranova , fa
Camarera major , ou premiere
Dame d'honneur, fortirent de
Madrid avec de tres - grands
équipages , & prirent la route
d'Irun , fur la Frontiere du cô
té de France. Le Duc d'Oſfonne,
Grand Ecuyer de la Reine,
les ſuivit peu de jours aprés.
Ces trois perſonnes, les premieres
auprés de celle de la
Reine , tenoient leursCharges
delamain deD. Juan,qui avoit
remply de ſon vivant toutes
celles de la Maiſon de cette
Princeſſe.
GALANT.
97

Princeſſe . Il avoit d'abord deftiné
la Charge de Grand-Maiftre
à D. Vincente Gonzaga ,
de la Maiſon de Mantouë , &
luy avoit fait quitter la Viceroyauté
de Sicile fur cette efperance
, mais il ſe contenta
de le mettre dans le Confeil
d'Estat , où il crut avoir beſoin
de ſa capacité , & il fit Grand-
Maiſtre le Marquis d'Aſtorga ,
qui luy donna , à ce que l'on
pretend , une partie des grandes
ſommes qu'il avoit tirées
de ſa Viceroyauté de Naples .
Le Duc d'Oſſonne eut la
Charge de Grand - Ecuyer ,
parce qu'on le voulut tirer de
celle de Preſident des Ordres,
où ſa conduite eſtoit devenuë
odieuſe , & fa fierté l'ayant
rendu depuis incommode àD.
Iuan meſme , il l'éloigna de la
Mars1690.
E
98 MERCURE
Cour , ſur ce qu'il avoit publiquement
fait attaquer pardes
Aſſaſſins le Comte d'Umanez ,
pourquelque jalousie de Maiftreffe.
Quoy que la Ducheſſe de
Terranova ſe fuſt fait dans
l'eſprit de D. Iuan un merite
qui pouvoit luy avoir attiré ſa
Charge, elle ne laiſſa pas deluy
endonnerune ſomme confiderable.
Elle estoit Veuve du
Duc de Terranova , Grand
d'Eſpagne , de la Maiſon de
Pignatelli , & de ſon chef elle
eſtd'une branche baſtarde de
la Maiſon d'Arragon , établic
depuis long-temps en Sicile ,
riche de cecoſté- là,& de celuy
de ſa Mere , heritiere du nom
de Fernand Cortez , & de la
grande fortune qu'il avoit faite
autrefois aux Indes ... 政府重
YON
*1893
MEQUE
DE
GALANT. 3 LYON E
Quelque temps avant /893
Miniſtere de D. Juan , elle
avoit eſté obligée de fortir de
Madrid , où on lay imputoit
publiquement la mort de D.
Carlos d'Arragon , ſon Coufin
Germain , à qui appartenoitle
Duchéde Terranova , & d'ans
tres biens qu'elle luy retenoit.
Elle ſe retira alors en Arragon ,
où ſe firent les liaiſons entre
elle &D. Juan , qui luy trouva
de l'eſprit , de l'ambition , &
de la hardieſſe ſous des apparences
regulieres & devotes. Il
ſembloitque la mort deD.Juan
duſt la perdre entierement ;
mais avant qu'il finiſt , elle
avoit pris poſſeſſion de l'appar
tement du Palais ,&dix jours
aprés qu'il fut mort, elle partit
pour aller au devant de la Reine.
:
E 2
100
MERCURE
Du coſté deFrance on avoit
reglé les jours de la marche de
cette Princeſſe ,pour arriver às
Irun ,& le Marquis de los Bal
baſez eut ſoin d'en donner avis
àla Cour d'Eſpagne...
JLa Reine ſe mit en marche
le20. de Septembre , ſervie &
gardée par la Maiſon du Roy
tant qu'elle fut en France. Le
Princed Harcour, de la Maiſon
de Lorraine , fut nommé Amit
baſſadeur Extraordinaire pour
l'accompagner avec la Princef
ſe ſa Femme. Mademoiselle de
Grancey prit le nom , de Dame,
avec la qualité de ſa Dame
d'Atour , & la Marechale de
Clairambault qui avoit eſté ſa .
Gouvernante , luy ſervoir de
premiere Dame d'Honneur .
Elle traverſa ainſi toute la
France juſqu'à la Riviere de
GALANT. 101
Bidaſſoa , qui la fepare d'avée
PEſpagne , où dans cette Iſle
celebre par le Traité de Paix
des Pyrenées , elle fut remiſe
entre les mains du Marquis
d'Astorga, Grand Maistre de ſa
Maiſon , qui avoit les ordres du
Roy d'Eſpagne pour la recevoir.
Ce jour parut apporter un
grand changement à ſa vie.
Elle l'avoit paſſée juſqu'alors
dans les manieres alſées dont
on vit en France , avec la liberté
de manger en public
durant ſon Voyage , de danfor
, d'aller à cheval quand il
luy plaifoit, de chaſſer de jour
avec ſes Domeſtiques ,&dans
un moment elle ſe trouva au
milieu de perſonnes inconnuës
, dont elle n'entendoit
point la Langue,dont le ſervice
E3
102 MERCVRE
& le reſpect méme l'embaraffoient
, & dont les manieres
pleines de contrainte &degefne
luy oſtoient tout ce qui
avoit toûjours fait ſa douceur.
L'antipatie naturelle des deux
Nations , & l'extrême oppofition
qu'elles onten tout , augmentoit
ces deſagremens par
mille circonstances particulieres
, les Eſpagnols devenus
maiſtresde ſa perſonne , voulant
l'aſſujettir dés le premier
jour aux moindres ' formalitez
de l'eſclavage des Reines d'Efpagne.
La Camarera Major , naturellement
rigide , ajoûtoit de
nouvelles peines à cette contrainte
& ſembloit vouloir
effacertout d'un coup juſques
aux moindres choſes , qui auroient
pû laiſſer à la Reine
د
GALANT. 103
quelque ſouvenir de la douceur
& des agrémens de fon
Païs.
Lors qu'elle partit de Madrid
elle venoit de perdre D.
Juan Comme elle estoit ſa Creature
, elle devoit s'attendre à
toute l'averſion de la Reinemere
qu'elle voyoit revenir à
la Cour . Ce qu'il y avoit de
Grands Seigneurs déchaiſnez
contre la memoire de D. Juan ,
l'eſtoient auſſi contre elle ,& fa
Chargeluy ayant attiré la jaloufie
des premieres Femmes
de la Cour , que leur rang &
leur merite pouvoient y faire
pretendre , il eſtoit difficile
qu'à fon retour elle puſt ſe ſoſttenir
contre tant de Partis qui
la menaçoient. Dans cet eſtat,
elle jugea qu'elle devoit tâcher
àſe rendre ſi neceſſaire au Roy
E 4
204
MERCURE
pour la conduite de la Reine
qu'il ne puſt dans la ſuite la
confier à une autre , & pour
y réuſſir , elle chercha tous les
moyens de connoiſtre à fond.
cette Princeſſe, non ſeulement
parce qu'elle pouvoit en voir
elle-meſme , mais auſſi par des
connoiſſances du paſſé , qu'elle
tira , autant qu'il luy fut poffible
, de quelques perſonnes
d'entre celles qui estoient venuës
de France avec la Reine.
Pendant qu'elle cherchoit
à ſçavoir ſur ce ſujet tout ce
qui pouvoit luy ſervir à faire.
au Roy un plan pour gouverner
la Reine , & ſe rendre ab-.
folument neceſſaire , elle tra
vailloit avec la meſme applica..
tion à mettre dans l'eſprit de
cette Princeſſe un extrême,
éloignement pour la ReineGALANT
1ος
mere.Beaucoup y travailloient
comme elle , c'eſt à dire , tous
ceux du partydeD. luan,dont
la Maiſon de la Reine eſtoit
remplie. Ils craignoient tous
le pouvoir &le reſſentimentde
la Keine mere,&jugeant qu'ils
n'avoient riendeplus fort àluy
oppoſer que la Reine , ils chercherent
à la faire haïr par avance
de cettejeune Princeſſe.
Ils luy inſpirerent que c'eſtoit
la perſonne du monde la plus
contraire àſes intereſts; qu'elle
la trouveroit à Madrid avec
toutes les oppoſitions d'une
Belle- mere, & tout le reſſentiment
d'avoir veut rompre le
mariage de ſa Petite Fille pour
établir le ſien'; qu'elle n'en devoit
jamais attendre d'amitié
nyde confiance ; que c'eſtoit
une Femme imperieuſe , ac106
MERCURE
coûtumée à gouverner , maif
treſſe de l'eſprit du Roy ,& qui
la tiendroit toûjours dans l'efclavage.
Pour oſter à la reine tous
les moyensd'avoirjamais d'autres
veuesque celles dont ils la
prevenoient , & de pouvoir
jamais s'approcher dela Reine-
Mere,ils crurent qu'il fallois
Laydonnerpour l'Ambaſſadeur
de France les meſmes ſentimens
quepour elle. Ils perfuaderent
donc à la reine qu'il
avoit toûjours eſté dans d'é
troites liaiſons avec ſa Bellemere
; que dés ſa premiere
Ambaſſade il avoit cu part à
la confiancede cette Princeſſe,
& qu'il ne s'étoit broüillé avec
D. luan que pour ſes intereſts .
Ils regrettoient d'ailleurs de.
vant la Reine la perte qu'elle
GALANT. 107
avoit faite àla mort de D.Juan,
qui avoit tout ſacrifié , di.
foient- ils , pour faire fon mariage,&
dont le Ministere l'auroitrenduë
Maîtreſſe de tour.
Parmy les perſonnes qui
eſtoient allées au devant de
la Reine par obligation , il
fe trouvoit un Volontaire que
fes veuës particulieres y avoient
amené , qui ſe donnoit
neanmoins luy ſeul autant de
mouvemens que tous les autres
enſemble . C'eſtoit un
Theatin Sicilien,nommé Ventimiglia
, homme de qualité ,
qui avoit autrefois demeuré à
Paris , & qui parloit bien François.
Il s'eſtoit entierement facrifié
àD. Juandans le com.
mencement de ſon Miniſtere ,
avoit fait des fermens ſanglans
contre la Reine Mere , & fur
E6
108 MERCURE
ce merite avoit pretendu des
venir Confeſſeur dela Reine.
D. Juan eſtant mort& fes efperances
finies , il s'engagea à
faire le voyage au devant de
cette Princeſſe avec le Duc..
d'Ofſonne. Il s'avança juſques
àBayonne , & comme il eſtoit..
hardy & d'un air ſpecieux , il
prévint aiſément la Reine &
les principales perſonnes d'au- -
prés d'elle , & fut un de ceux
qui travailla le plus fortement
à luy imprimer des ſentimens
d'averſion pour la Reine Mere,
& de défiance pour l'Ambaf
ſadeur de France , qui ſe trou
verent tellement établis dans
l'eſprit des François meſmes
&particulierement des Femmes
, qu'il a fallu un longtemps
& de facheuſes expe
riences pouriendétrompercet
te Princeffe.
GALANT 109
Dans cette application qui
ſembloit n'aller qu'à l'intereſt
commun des Creatures de D.
Juan , Ventimiglia s'en faiſoit
un particulier , dans la veuë
d'établir pour la Reine un Miniftere
, ſous lequel il pourroit
avoir part à la faveur. Pour ce
deſſein il fit des Memoires&
des plans d'unGouvernement,
tel qu'il ſouhaitoit , nommaala
Reine les Miniſtres qu'elle de
voit éloigner , & ceux qu'elle
devoit employer.Le Ducd'Of
fonne eſtoit à la reſte de ces
derniers , comme le feul homme
capable de rétablir l'Etat ,
&l'on y voyoit miller autres
chimeres d'un eſprit déreglé
par une ambition fans mefu+
res: Dans cette grande nego
ciation il fut d'affez bonne foy
pour donner ſes Memoires au
110 MERCVRE
Prince d'Harcourt , afin qu'il
lespreſentaſt à la Reine.
La conduite du Duc d'Orfonne
n'eſtoit pas plus reguliere.
Il eſtoit party pour le
Voyage aprés les autres , parce
qu'eſtant revenu peu auparavant
de fon exil, il n'avoit pû
faire ſon équipage affez promptement,
mais fi- tofſt qu'il fut
arrivé ſur la Frontiere , il
pretenditque toute la fonction
& tous les honneurs de la
reception de la Reine luy
appartenoient. Le Marquis
d'Astorga eſtoitGrand Maiſtre
d'Hôtel dela reine. Il avoit par
cette raiſon toutes les preéminences
de fa Maiſon.D'ailleurs
il eſtoit ſpecialement chargéde
Ja recevoir. Cependant le Duc
d'Ofſonne poufſa ſi loin ſes
entrepriſes , que le Marquis
GALANT.
1
d'Aftorga fut obligé d'en écrire
au Roy , qui le fourint par de
nouveaux ordres mais le Duc
continuanttoujours ſes contretemps
, eut ordre de la Cour
peu aprés de retourner incef
ſamment à Madrid , ſans paſſer
àBurgos où le Roy eſtoit déja
arrivé , & depuis il demeura
ſans faire ſa Charge , ny entrer
au Conſeild'Etat.
Le Roy eſtant party de
Madrid le 21. d'Octobre , ar.
riva le 3. de Novembre à Burgos
,où il attendit la Reine
qui entroit en Eſpagne. Lors
qu'il eſtoit forty de Madrid ,
le Ducde Medina Celi , Sommelier
du Corps, & le Conne
table de Caſtille , Majordome
Major , estoientdans fon Carroffe
fur le devant, & à la portiere
Dom Loſeph de Silva , de
1122 MERCURE
venu premier Ecuyer par la
démiſſion du Comte de Talara
peu de jours avant le Voyage.
L'Amirante de Caſtille , Grand
Ecuyer , ne partit point , & prit
pour pretexte , que faute d'argent
il n'avoit pû faire affez
promtement ſon équipage.
Ainſi , ſoit par cette raiſon ,ou
parcelle d'une pareſſe naturelle
qui l'éloigne de tout ce qui
à la moindre apparence de fatigue
, il demeura à Madrid
juſqu'au retour de la Cour ,
qu'il alla une journée au devant
du Roy & de la Reine...
Pendant le temps que le
Roy estoit à Burgos attendant
la Reine , qui fut d'en
viron quinze jours , elle envoya
duy demander permif
fion de manger en public ,&
de monter quelquefois à che
GA LAN T.
Try
val durant fon Voyage , parce
quele Marquis d'Astorga , &
laCamarera Major ne crurent
pas y devoir confentir fans un
ordre exprés du Roy, quileluy
permit volontiers . Quelques
jours aprés , ellé luy envoya
pour celuy de ſanaiſſance , une
Montre de Diamans , & une
Cravate avecun ruban couleur
de feu , qu'il mit d'abord en la
recevant , & fit donner cing
cens piſtoles au Gentilhomme
qui l'avoit apportéc
:
Le Marquis de Villars qui
s'eſtoit rendu à Burgos quelques
jours aprés le Roy , eus
permiſſion d'aller au devant
de la Reine ,& la rencontra le
14. d'Octobre à Virebiefca
Dans le peu de converſation
qu'il eut avec elle , il trouva
ion eſprit plein d'inquietude :
114
MERCVRE
&de défiance , & qu'avec le
changement de pays , de gens ,
&de manieres capables d'embaraſſer
une perſonne moins
jeune qu'elle , les cabales qui
l'environnoient , & les préventions
qu'on luy inſpiroit
de toutes parts , la mettoient
dans une agitation qui luy fai -
foit tout craindre ſans ſçavoir
fur quoy s'appuyer. Il tâcha
de la remettre , en luy faiſant
voir qu'elle ne devoit point
s'arreſter à toutes les impreſfiós
des perſonnes qui estoient
autour d'elle , qui n'agiffoient
que par des fins particulieres ;
qu'elle n'avoit point d'autres
intereſts à ſuivre que d'aimer
le Roy " de s'en faire
aimer , & d'entrer dans une
parfaite union avec la Reinemere
; qu'elle la trouveroit
GALANT .
115
dans tous les ſentimens d'affection
& de tendreſſe qu'elle auroit
pû attendre d'une Mere ;
qu'elle devoit s'attacher uniquement
à ce party , ſeul capable
de luy donner du repos , &
de la faire veritablement Reine.
Il eſtoit le premier qui luy
euſt parléde cette maniere ,&
futlongtemps le ſeul,au milieu
d'un nombrede perſonnes , qui
par intereſt ou par enteſtement
luy traverſoient ſans
ceſſe l'efprit par des impreſſions
dedeffiance ou de crainte , ou
le luy vouloient remplir de
veuës chimeriques de gouverner
, & d'eſtre Maiſtreſſe de
tout. Sitoſt qu'il l'eut ſaluée, il
revint à Burgos , où il arriva
le 18. au foir,
Comme la Reine qui devoit
T16 MERCURE
ee jour là coucher à Quin
tanapalla eſtoit affez prés pour
venir le lendemain à Burgos,
oule Prince & la Princeffe
d'Harcourt estoient arrivez ,
le.Marquis de Villars voulut
fçavoir ce que le Roy feroit le
lendemain , & quelle diſpoſitionily
avoit pour la reception
de la Reine & pour la Cere
monie du Mariage. D.Geroni
mo d'Eguia , Secretaire d'Estat,
l'affura quelle ſe feroit à Burgos
, où l'on attendoit la Reine
le lendemaini
Cependant l'Ambaſſadeur
avoit rencontré par le chemin
le Patriarche des Indes . Grand
Aumônier du Rov, qui alloit
au devant de laReine.Comme
ce Prelat ne devoit ſe trouver
prés d'elle que pour une fons
ction Eccleſiaſtique ,le Mar
GALANT. 117
<quis de Villars eut quelque
ſoupçon que Dom Geronimo
d'Eguia ne luy euſt pas répondujuſte
,& il le verifia fi bien
qu'avant la fin du jour il ſceut
que le Roy iroit lelendemain
à Quintanapalla pour achever
la Ceremonie de fon Mariage.
Il en avertit le Prince d'Harcourt
, & tous deux ſe rendi .
rent à Quintanapalla de bonne
heure avantquelekoy y vinſt.
En y arrivant ils connurent
bien que ce n'avoit pas eſté
ſans deſſein que D. Geronimo
d'Eguia leur avoir voulu cacher
le temps & le lieu de la
Ceremonie,& qu'ilavoit pretendu
qu'en les trompantode
cette maniere soils ne pour
roient , y aſſiſter. Ils y trouverent
la Camarera Major avec
les meſmes intentions. Elle
118 MERCVRE
leur dit d'abord que le Roy
avoit défendu que preſonne
aſſiſtaſt à la Ceremonie de fon
Mariage , hors les Grands Officiers,
& ceux qui estoient ab.
folument neceſſaires , avec le
Gentilhomme de la Chambre
qui eſtoit de jour. Le Marquis
deVillars luy dit qu'ils avoient
ordredu Roy leur Maiſtred'y
aſſiſter. Elle répondit que le
Roy leur Maiſtre n'avoit rien
à commander en Eſpagne. Le
Marquis de Villars luy répliqua
, que le Roy ſon Maiſtre
commandoit à ſes Ambaſſa
deurs , & qu'ils executoient
ſes ordres par tout à moins
qu'on ne les empeſchaft de force;
que file Roy d'Eſpagne ne
vouloit pas que les Ambaſſadeurs
de France aſſiſtaſſent à
fon mariage , il pouvoit leur
GALANT.A 1191
donner par écrit un ordre de
ne s'y point trouver .
La Ducheſſe de Terranova
s'emporta fur cette réponſe ,
&ditbeaucoup de choſes hors
de propos ; de ſorte que les
Ambaſſadeurs s'adreſſerent au
Marquis d'Astorga , qui leur
dit avec plus de moderation ,
que c'eſtoit en effet l'ordre du
Roy. Il convint neantmoins
dedépeſcher un Gentilhomme
à Sa Majesté pour faire expliquer
plus poſitivement cet
ordre. Le Gentilhomme rencontra
le Roy en chemin ,
quitrouva bon que les Ambaſſadeurs
aſſiſtaſſenta la Ceremonie
, & il parut que tout
ce procedé eſtoit une cabale
mal - honneſte de quelques
Courtiſans, qui avoient voulu
donner ce dégouſt aux Am120
MERCVRE
baſſadeurs , ou peut eſtre les
empeſcher de voir la pauvreté
de leur Ceremonie , qui ſe faiſoit
dans le plus miferable
Village de Caſtille .
Le Roy arriva ſur les onze
heures du matin à ce Village ,
compoſe de neuf on dix maifons.
La Reine s'avança pour
le recevoir à l'entrée de fon
Appartement,c'eſt à dire d'une
chambre de Païfan , dont la
porte répondoit à l'Escalier.
Elle parut ſe jetter à genoux
pour luy baiſerla main ; il l'en
empefcha & la releva ; mais
ils ſe trouverent tous deux
bien embarraſſez de ne ſe pouvoir
entendre. Le Marquis de
Villars s'avança ; le Roy luy
permitdeſervir d'Interprete ,&
il leur fit dire de part & d'autre
ce qu'ils auroient pû penfer
GALANT. 121
L
ſerde plus honneſte .
3 Pendant ces complimens ,
le Marquis de Villars apperceut
que dans cette Chambre
meſme preparée pour la Ceremonie
, les Grands d'Eſpagne
ſe plaçoient à la droite . Il
en avertit le Roy,& luy fit dire
par le Marquis de los Balbaſez
quel rang il avoit tenu en pa
reille occafion àFontainebleau
Le Roy convint que les Ambaſſadeurs
de France l'euſſent
de meſme. Ainſi ils s'avanceret
vers le Conneſtable de Caſtille,
qui comme Grand Maistre
d'Hôtel eſtoit à la teſte des
Grands ,& le Marquis de Villars
luy dit qu'il occupoit ſa
place. Il voulut ſe défendre
d'enfortir; la conteſtation dura
un peu , mais avec honneſteté
de part & d'autre ; le Connef-
Mars-1690.
F
122 MERCVRE
table voulut aller au Roy pour
la faire regler. L'Ambaſſadeur
luy dit que Sa Majesté l'avoit
déjareglée. Les Grands quitterent
le poſte ,& fans en pren
dre d'autres , ils ſe répandirent
confuſément derriere le Roy.
La Ceremonie eſtant achevée
leurs Majeſtez diſnerens
enſemble , & à deux heures
aprés midy monterenten Carroffe
pour aller coucher àBurgos.
Le lendemain , la Reine
alladiſner hors de la Ville àun
Convent de Filles , appellées
las Huelgas , d'où elle partit à
trois heures aprés midy pour
faive ſon Entrée à cheval en
habit Eſpagnol , car juſques
alors,&mefine le jour precedent
,elle avoit toûjours eſté
habillée à laFrangoife.
LeoPrince d'iblarcourt fit
2
GALANT.
123
fan Entréee . Le lendemain il
y cut des Maſcarades & des
Comedies. Le troiſième jour
la Cour reprit le chemin de
Madrid , &la Maiſon Françoiſe
de la Reine celuy de France .
La Reine retint ſeulement
quatre Femmes de Chambre ,
dont deux avoient eſté ſes
Nourrices, quelques Valets de
Chambre , quelques Officiers
pour ſa table , & un Gentil.
homme pour avoir ſoin de cinq
ou fix chevaux Anglois qu'elle
avoit fait amener. Le Prince
d'Harcourt , la Princeſſe ſa
Femme , Madame de Grancey
& la Maréchale de Clerambault
eurent des Portraits de
Diamans de valeur proportionnée
au rang qu'ilstenoient
alors dans cette fonction ; mais
laderniere revenant en Fran-
F2
124
MERCURE
ce,trouva ſa Charge de Gouvernante
des Enfans de Monfieur
remplie par la Marquiſe
Deffiat.
Le Roy & la Reine qui eftoient
partis de Burgos le 23.de
Novembre , arriverent le premier
de Decembre à deux
lieuës de Madrid au Village
nommé Torrejon, où la Reine
Mere alla les rencontrer , &
fit paroiſtre à la Reine toutes
les marques d'une veritable
tendreſſe. Cette Princeſſe revint
coucher à Madrid , & le
lendemain ſur les trois heures
aprés midy leurs Majeſtez arriverentau
Retiro , où la Reine
Mere les atrendoit , & où
Elles demeurerent prés d'un
mois &demy , juſqu'à ce que
toutes choſes fuſſent preparées
pour l'Entrée publique de la
Reine.
GALANT. 1251
le vous envoyeray le mois
- prochain , comme je vous l'ay
promis d'abord , une ſuite de
ces Memoires , qui vous apprendra
toutes les intrigues
que l'on employa pour aſſujettir
entierement cette jeune
Princeſſe à l'esclavage qu'on
luy preparoit , ce que je continueray
de faire dans les autres
mois. L
Ie vous fis ſcavoir par ma
derniere Lettre la promotion
de Mr de Fourbin de lanſon ,
Evefque & Comte de Beauvais,
au Cardinalat. Le Chapitre
de ſa Cathedrale n'en cut
pas plûtoſt receu la nouvelle ,
qu'il donna des marques d'une
joye qu'il ſouhaitoit depuis
long temps de faire paroiſtre.
Elle fut annoncée la
veille à la Ville & aux envi
E
3
126 MERCVRE
rons , par le ſon & le carillon
reiteré de toutes les Cloches ;
& le lendemain , jour de la
Chaire de S. Pierre , le Chapitre
augmenta la folemnité
de la feſte du Patron de cette
Cathedrale par un Te Deum
chanté en Muſique , où tous
les Corps de la Ville s'emprefferent
d'aſſiſter , pour prendre
part à une Feſtequi devenoit
commune à tout le Peuple. Le
Portail de l'Egliſe eſtoit decoré
des Armes du Pape , du Roy ,
du nouveau Cardinal , & du
Chapitre. Cette Ceremonie
finit parun feu de joye qui fur
allumé au ſon des Cloches
aux fanfares des Trompetes ,
& au bruit de la Mouſqueterie
du grand nombre de Gardes
& Habitans des Terres du
Chapitre , par Mr l'Abbé
GALANT. 127
d'Omeſſon , Doyen , & par le
Chantre ; &le Sous-Chantre ,
fuivis proceſſionnellement de
tous les Chanoines & Officiers
de la Cathedrale. L'allegreffe
parut vive& generale , tanıdu
coſté du Chapitre,que de celuy
des Corps & du Peuple , & les
choſes ſe paſſerent d'une maniere
qui fit connoiſtre que le
zele y avoit encore plus de part
que le devoir. Le Chapitre , &
tous les Corpsont député à ce
nouveau Cardinal pour luy
faire des complimens fur ſa
promotion.
Le 17. du mois paffé , les
Mayeur & Echevins de la Ville
de Peronne , firent celebrer un
Service folemnel pour feu Mr
le Marquis d'Hoquincourt
Gouverneur de cette Ville. Les
5
Chanoines de l'Eglife Colle-
F
4
128 MERCURE
giale de S. Furſy ſe joignirent
avec eux pour cette Ceremonic
qui ſe fit dans leur Eglife. Le
Choeur eftoit tendu de trois
lez de drap noir , chargez d'Ecuſſons
aux Armes du défunt.
Il y avoit au milieu une Eſtrade
élevée , fur laquelle eſtoit la
repreſentation couverte d'un
Poëfle de velours noir , avec
une Couronne de Marquis &
le Collier des Ordres du Roy
ſous un Creſpe noir. Les deux
marches de l'Eſtrade eſtoient
garnies de Chandeliers d'argent
en grand nombre , avec
pluſieurs autres Cierges dans
le reſte du Choeur. La veille
on chanta les Vigiles; & le
lendemain la Meſſe fut celebrée.
Tous les Corps de la Ville
y aſſiſterent auſſi bien que les
Curez & le Clergé des ParoiſGALANT.
129
fes ; tous les Religieux des
Convents , Cordeliers , Minimes
& Capucins , Mr le Lieutenant
de Roy , Mrs les Officiers
de l'Estat major , & la
Nobleſſe des environs . Mrsdu
Bailliage s'y trouverent auffi
en Corps , & Mrs de l'Eletion
& du Grenier à Sel.
Tant de Corps joints enſemble
avoient quelque choſe de
majestueux & de grand Mr
Houbrel , Chanoine de l'Egliſe
Collegiale د prononça
Oraiſon Funebre avec beau .
coup d'éloquence , & fit voir
la valeur , la ſageſſe & la moderation
de feu Mr le Marquis
d'Hocquincourt. La Ceremonie
fut reglée par les
ſoins de Mr Aube , Mayeurde
la Ville , qui ſe distinguedans
toutes les occaſions où ſon em-
F
T
130
MERCVRE
ploy demande du zele , des
ſoins,&de la vigilance ,&qui
ne s'eſt pas épargné lors quela
gloire de la France l'a engagé à
faire paroiſtre ſa generofité. Le
vous en ay parlé en pluſieurs
occafions.
Mr Sanſon vient de donner
au Public le Dioceſe de l'Eveſché
de Poitiers. C'eſt une
des Cartes particulieres de la
France , dont feu Mr Sanfon
fon Pere , avoit mis pluſieurs
au jour & que le Fils continue.
Ils en ont déja fait environ
la moitié. Ce fera une ſuite de
plus de deux cons feüilles qui
compoſeront pluſieurs Volumes
avec les deſcriptions. Perſonne
n'avoit encore entrepris
un pareil Ouvrage. Ils ont remarqué
fur chaque Carte trois
fortes deDivifionsila premiere
GALANT.
231
pour l'Eglife , par les Dioceſes
des Archeveſchez & des Evefchez;
la ſeconde pour la Juſtice
, par les Bailliages , Prevoſtez
, Senechauffées & Prefidiaux
, qui reſſortiſſent aux
Parlemens ; & la troiſiéme pour
les Finances , par les Elections
des Generalitez . Ils ont déja
mis au jour tous les Eveſchez
Suffragans des archeveſchez
de Lyon , de Sens , de Paris ,
de Besançon , de Tréves , de
Rheims , de Cambray ,deMalines
, & une partie de ceux de
Tours , deBourges , de Bordeaux&
de Toulouſe , comme
auſſi ceux de Mayence , de
Cologne & d'Utrecht , juſqu'à
l'étenduë de l'ancienne Gaule.
Les meſmes Cartes comprennent
la plus grande partie des
Bailliages, des Prevoſtez &des
F6
132 MERCVRE
Senechauffées qui reſſortiſſent
au Parlement de Paris , &
toutes les Jurisdictions des
Parlemens de Dijon , deMetz ,
de Besançon , des Cours Souveraines
de Tournay , de Brifac
, & une partie de cellesdes
Parlemens deBordeaux &
deToulouſe . L'on trouve dans
ces Cartes les Elections des
Generalitez de Paris , de Soiffons
, d'Amiens , de Metz ,de
Dijon , de Lyon , de Bourges ,
d'Orleans , de Poitiers , & une
partie de celles de Tours , de
Bordeaux, de Toulouſe ,&de
Montpellier.Ces Cartes contiennentlesPaïs
de Picardi ,de
l'iſle de France, deChampagne
de Bourgogne , de Breffe , du
Lyonnois , du Nivernois , du
Berry , d'Orleans , de Beauce ,
du Maine , du Poitou ,de l'Aum
GALANT.
133
nis , du Perigord , de l'Agenois
, & quelque choſe du
Languedoc , & particulierement
les Frontieres pour la
Guerre ; ſçavoir les Cartes
des Païs Bas François & Efpagnols
, de la Lorraine , de
la Bourgogne Comté , & des
Païs qui ſont ſituez ſur le Rhin ,
qui font les Suiffes , l'Alface , le
Palatinat du Rhin , les Electorats
de Mayence , de Tréves
& de Cologne . 4
Quoy que je vous parle
ſouvent des Cartes nouvelles
que l'on met au jour , & que
je vous en parle avec avantage
, vous devez eſtre perfuadée
que je ne les crois pas
meilleurs que celles que Mr
Sanfon a faites , ou peut faire
des meſmes Pays. Tout le
monde ſçait qu'il eſt le pre
134
MERCVRE
mier homme du monde pour
ces fortes d'ouvrages , & qu'il
n'a jamais paru de Cartes ſous
fon nom , qui n'ayent eſté dans
une eſtime generale . :
le vous dis le mois paſſé
que je vous entretiendrois
encore de Mr le Brun. On ne
peut trop parler d'un homme
fi merveilleux. le vous
marquay que le Roy, l'avoit
ennobly , & je vous envoye
aujourd'huy ſes Lettres de
Nobleſſe , eſtant perfuadé que
vous prendrez plaifir à voir
en quels termes Sa Majesté y
parle d'un ſi rare homme...
L
OVISpar la grace de
:
Dien,Roy
de France &de Navarre,à
tous prefens &à venir,Salut. Bien
que la vertu militaire rende les
Souverains redoutables à leurs
GALANT.
135
faffe
Ennemis ,qu'elle établiſſe la tran .
quillité de leurs Sujets , &
l'éclatdeleur Regne , on peut dire
neanmoins que comme d'un costé les
Armesaugmentent & affermiſſent
les Etats , les Arts Liberaux ,&
Les autres Vertus de la Paix les em.
belliffent & font naiſtre l'abondance.
C'est auffipar ces confiderations
que lesplusſages des Coqueras
après avoir rendu participans de
leurs Lauriers & afſociéà lagloire
de leurs Triomphes ceux qui avoient .
employé leurfang pour la grandeur
du Roy , & pour le falut de leur
Patrie, ont jugédigne de leurs foins.
La recherche de ces grands Genies,
lesquels par l'excellence de leur Art
sefont rendus illustres dans leur
Siecle,& ont transmis àla Posterite
leurs noms bien plus avant que
leurs Ouvrages ;& comme ceux qui
ent excellé dans la peinture ant
136 MERCURE
toujours esté dans tous les temps..
tres-favorablement traitez dans la
Cour des plus grands Princes ,&
que non seulement leurs ouvrages
ont contribué à l'embelliſſement de
leurs Palais , mais encore ontfervi
de monument à leur gloire , expri
mant à la posterité par un langage
muet leurs plus belles & heroiques.
actions , & qu'on en afait mesme
l'ornement des Temples , où par les
vives & les plus animéesexpreſſions .
des chofes Saintes , ils élevent les
coeurs aux Autels , & secondent
par lafaintetéde leurs artifices le
Zele& la pieté des Miniſtres ; auſſi
nous avons bien voulu donner au Sr
le Brun , nostre premier Peintre, des
marques de l'estime que nous fai-
Sonsdefa personne , & l'excellence
deſes Ouvrages , qui effacent par
un aveu universel , ceux des plus.
fameux Peintres,& par uneré
GALANT.
137
compensé d'honneurproportionnéeà
Sa vertu ,donner aux autres de l'émulation
pour l'imiter,& se mettre
en estatparleur étude & leur appli
cation,de meriter de pareilles graces
. A ces causes , & autres confiderationsà
cenous mouvant, & deno-
Stre grace Speciale, pleine puiſſance
& autorité Royale,Nous avons par
cesprefentesfignées de noſtre main ,
decoré & honoré, decorons &honorons,
du titre & qualité de Noble ledit
Srle Brun; Voulons qu'ilsoit tenu
Greputépour tel;enſemblefa Femme
& Enfans , posterité & lignée ,
maſles & femelles nez & à naiſtre,
& procreez en loyal mariage , &
que luy & ceux de fadite pofterité
&lignéefoient entous actes & endroits
, tant en Jugement que dehors,
tenus , cenſez & reputez Nobles
,portant la qualité d'Ecuyers,
&puißent parvenir à tous degrez
i
138 MERCURE
de Chevalerie & de Gendarmerie,
acquerir , tenir & poffeder toute
fortede Fiefs, Seigneuries & Herita.
ges nobles , de quelque titre &
condition qu'ils soient , & qu'ils
joüiffent de tous honneurs , prérogatives,
preeminences , privileges ,
franchises, exemptions , immunitez
dontjouiffent &ont accoutumé de
jouir& ufer les autres Nobles de
nostre Royaume , tour ainsi que so
Ledit sr leBrun estoit iſſu denoble
& ancienne Race , &de porter
Armes timbrées telles qu'elles font
of empreintes ,fans pour ce , qu'il
foit tenu nous payer , ny aux Rois
nos Succeffeurs , aucune finance&
indemnité, dont àquelquessommes
qu'elles puiffent monter , nous les
avons déchargez & déchargeons ,
&luy avonsfait&faisons donpar
cespreſentes. Si donnons en mandement
à nos amez & feaux ConGALANT.
139
feillers ১ tes Gens tenant nostre
Chambre des Comptes à Paris ,&
àtous nos autres Officiers qu'ilap.
partiendra , que de nos preſentes
Lettres d'ennobliſſemer, &des tout
le contenu cy-deſſus, ilfaffent,fouffrent&
laiſſent jouir & ufer ledit
Le Brun , ſes Enfans & posterité ,
nez &à naiſtre en loyal mariage ,
pleinement, paiſiblement&perpetuellement,
ceffant &faisant ceffer
tous troubles & empeschemens ,
nonobstant tous les Arrests, Reglemens
, Ordonnances ,& autres
Lettres à ce contraires , ausquels
nous avons derogé&dérogeons par
ces prefentes :Car tel eſt nostreplaifir.
Etafin que cesoit chofeferme&
ftable à toûjours , nous avons fait
mettre nostre Scelà cefditesprefenzes.
Donnéà Paris au mois de Decembre
l'an de grace 1662 & de
nostre Regnele vingtième. Signé ,
140 MJRCVRE
LOUIS. Et furle reply , Par le
Roy , Phelipeaux. Registé en la
Chambre le 22. Decembre 1662 .
Quand le Roy donna ces
Lettres de Nobleſſe à Mr le
Brun , il navoit encore fait
qu'une partie des Ouvrages
qui luy ont acquis tant de reputation
depuis ce temps-là.
Voicy la Liſte de pluſieurs
Eſtampes qui ont eſté gravées
d'aprés luy , & qui ſe vendent
chez le Sr Perou , ruë de Richelieu
, à l'Academie Royale
de Peinture & de Sculpture.
La Bataille & le triomphe
de Constantin.
Les cinq pieces dont les
Eſtempes font chez le Roy, qui
reprefentent les cinq plus memorables
actions d'Alexandre,
ſçavoir la Bataille de Porus;la
Famille de Darius , la Bataille
GALANT .
141
d'Arbelle ; le Paſſage du Granique
, & le Triomphe d'Alexandre.
Le Crucifix des Anges.
Le Roy à cheval en grand.
Une Theſe ou le Roy donne
la Paix.
Le Platfond de Vaux le
Vicomte.
,
Le platfond de Sceaux.
Trois Livres , l'un des Fontaines
ou friſes maritimes
l'autre des Fontaines pour le
fer à cheval à Versailles , l'autre
repreſentes les Pavillons
deMarly.
Le Maſſacre des Innocens .
La chûte des mauvais Anges.
Le Saint Estienne , dont le
Tableau ſe voit à Noſtre-
Dame.
A
- La Preſentation de la Vierge
au Temple.
142 MERCVRE
1
Le Chriſt au Jardin , gravé
parMr Rouffelet.
Un grand Crucifix gravé
par lemeſme .
Une Madeleine ,gravée par
lemeſme.
Une Deſcente de Croix,
gravée par lemeſme .
Vn Saint Auguſtin .
Vn Saint Antoine gravé
par le meſme.
Les douze Apoſtres .
Le Martyre des leſuites dans
le Japon. ১
Vn Chriſt au Deſert ſervy
par les Anges.
La Coupe de Sceaux qui ne
ſe vendpas .
Vne Sainte Thereſe .
Le Saint Charles d'aprés celuy
qui eſt à ſa Chapelle.
VneMadeleine dans le moment
deſaConverfion , & auGALANT
.
143
tres ſujets differens , ſoit Vierges
ou autres qui onteſté gravez
par les Sts Edelinth , Audran
, Rouſſelet, lesdeux Mrs
Poilly,fans compter ceux qu'on
grave aujourd'huy , & qui ne
font point encore au jour , du
nombre deſquels font un platfond
du. Seminaire de S. Sulpicens
qui doit eſtre bien- toft
achevé de graver , & fon portement
de Croix
Sa Majesté en a fait auſi
graver beaucoup qui ne ſeven
dent pas , comme le grand &
ſuperbe Escalier de Versailles ,
& la grande Galeriedu Roy au
mofme lieu, qui n'eſt pas rencore
achovée ! τασία
On voit des Ouvrages de
Mr le Brun aux Recolets de
Pique-pus , le Serpent d'Aisainanaysa
ammad alinal
144
MERCURE
ad
A Saint Sulpice , la Pentecofte.
Au Sepulchre , le Tableau
du Maistre Autel .
Aux Carmelites,quatre Tableaux.
Aux Capucins du Fauxbourg
Saint Jacques , la Preſentation
de la Vierge.
Le Maſſacre des Innocens ,
chezMrdu Meις.
La Galerie de Mr Lambert.
Dans le vieux Louvre , la
Galerie d'Apollon..
Ily a auſſi de ſes Ouvrages
chez Mr de Ramboüillet , &
l'on voit de ſes commence
mens dans la Salle des Gardes
du Palais Royal , chez Mr
Seguier , & à Saint Germain
en Laye.
i
Jamais homme n'ayant travaillé
GALANT.
145
vaillé avec tantde facilité que
Monfieur leBrun , il a fait encore
beaucoup d'autres Ou .
vrages qui font chez des Particuliers
, & chez pluſieurs de
ſes Amis , & dont je ne puis
vous dire les noms . Il fit il
y a quelques années une Defcente
de Croix pour Mr l'Archeveſque
de Lyon , qui devoit
ſervir de Tableau d'Autel
dans la mesme Ville . Mr de
Louvois , qui malgré l'occupation
que luy donnent les plus
importantes affaires de l'Etat ,
s'eſt appliqué avec ſoin à tout
ce qui regarde les Arts depuis
qu'il eſt Surintendant des
Baſtimens , ayant eſté aux
Gobelins pour en viſiter les
Ouvrages , vit chez Mr le Brun
cette Deſcente de Croix , &
l'Ouvrage luy parut fi beau ,
Mars1690. G
145 MERCURE
que ce Miniſtre le retint pour
legrand Autel de la Chappelle
neuve que le Roy fait baſtir à
Verſailles , &dont la guerre n'a
point fait diſcontinuer la travail.
lly avoitquelques années,
lors que Mr le Brun eſt mort ,
qu'il ne s'appliquoit preſque
plus qu'à faire des Tableaux
pour Sa Majefté , ce que les
Peintres appellent des Tableaux
de chevalet , c'eſt à
dire , tout ce qui n'eſt point
Platfond , Galerie , & autres
grands Ouvrages de cette nature,
qui ne peuvent eſtre finis
comme un Tableau qu'un
Peintre travaille chez luy à
loafir ,& qu'il fait entier luymeſme.
Ceux que Mr le Brun
a faits pour le Roydepuisquel.
ques années , ſontles Fillesde
Ictro ,l'entrée de Noſtre SeiGALANT.
147 /
gneuren lerufalem , le Portecroix
, l'Elevation de Noſtre
Seigneur ſur la Croix , & une
Nativité à laquelle il travail.
loit lors qu'il eſt tombémalade,
& qui n'eſt pas achevée. Le
Roy qui prenoit plaiſir à voir
ces Tableaux , en découvroit
les beautez luy - meſme , & les
faifoit remarquer à toute la
Cour,
Quelques jours aprés que
Mr le Brun euteſtré inhumé ,
le Corps. de l'Academie de
Peinture & de Sculpture luy
fitfaire un Service aux Grands
Auguſtins , qui répondoit à ce
qu'elle devoit à un Cheffi illuſtre.
Tous ceux qui compoſent
ce Corps s'y trouverent ,
ainſi que pluſieurs perſonnes
diſtinguées par leurs Charges
& par l'amour qu'on ſçait
G2
148
MERCVRE
1
qu'elles ont pour les beaux
Arts. L'apréſdînée de cemêmejour
, Mr de la Chapelle ,
Inſpecteur desArts & desScien
ces , ſe rendit à l'Academie de
Peinture & de Sculpture , &
portant la parole pour Mr de
Louvois , il fit entendre les
intentions du Roy à l'égard de
Mr Mignard que Sa Majesté
avoit déja nommé ſon premier
Peintre; & cette Compagnie le
receutAcademicien, parce que
ſelon ſes Statuts on ne peut
monter aux Charges ſansavoir
1
paſſé par ce degré . Deux jours
aprés il fut nommé à toutes
celles que poffedoit feu Mr le
Brun , & receu par quatre Députez
ſur les degrez de l'Aca
demie, où tout ſe paſſa à la maniere
accoutumée. :
Comme je n'auray plus
SHEQUE DE
BIBLIO
LYON
*
1893*
E
CAR -LE -
BRVN.EQVES
PRIM
·
·
REGIS
MDCL
HE&TIBI
ERVNT
ARTES
IDolivarfecit
GALANT.1 149
guere d'occaſions de parler de
Mr le Brun ,je vous envoye ſon:
Portrait . Il vous fera ſouvenir
d'unhomme dontle vaſte genie
a fait honneur à la France , &
dont lesOuvrages font admirez
de toute la terre .
Il eſt dangereux de braver
l'Amour. Il ne manque point
de moyens de ſe venger , &
quand il pardonne aux uns ,
il fait ſon plaiſir de punir les
autres . Vous allez connoiſtre
la verité de ce que je dis , par
ce qui eſt arrivé depuis quelque
temps à deux Cavaliers ,
qui s'étoient flatez également
de pouvoir toûjours demeurer
Maiſtres d'eux - meſmes..
Ils avoient tous deux du bien
&de la naufance , & comme
les titres font aujourd'huy
fort communs , l'un ſe faiſoit
G 3
148
MERCVRE
qu'elles ont pour les beaux
Arts. L'apréſdînée de cemêmejour
, Mr de la Chapelle ,
Inſpecteur desArts & desSciences
, ſe rendit à l'Academie de
Peinture & de Sculpture , &
portant la parole pour Mr de
Louvois , il fit entendre les
intentions du Roy à l'égard de
Mr Mignard que Sa Majesté
avoit déja nommé ſon premier
Peintre; & cette Compagnie le
receut Academicien, parce que
ſelon ſes Statuts on ne peut
monter aux Charges ſansavoir
paſſé par ce degré . Deux jours
aprés il fut nommé à toutes
celles que poffedoit feu Mr le
Brun , & receu par quatre Députez
ſur les degrez de l'Aca
demie, où tout ſe paſſa à la maniere
accoutumée. :
Comme je n'auray plus
THEQUE
DE
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LYON
*1893*
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1
CAR -LE BRVN
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GALANT.1 149
guere d'occaſions de parler de
Mr le Brun , je vous envoye ſon:
Portrait. Il vous fera ſouvenir
d'unhomme dontle vaſte genie
a fait honneur à la France , &
dontlesOuvrages font admirez
de toute la terre.
Il eſt dangereux de braver
l'Amour. Il ne manque point
de moyens de ſe venger , &
quand il pardonne aux uns ,
il fait ſon plaiſir de punir les
autres . Vous allez connoiſtre
la verité de ce que je dis , par
ce qui eſt arrivé depuis quelque
temps à deux Cavaliers,
qui s'étoient flatez également
de pouvoir toûjours demeurer
Maiſtres d'eux - meſmes ..
Ils avoient tous deux du bien
&de la naufance , & comme
les titres font aujourd'huy
fort communs , l'un ſe faiſoit
G
3
150
MERCURE
appeller Marquis , & l'autre
ayant un Aifné qui ne luy laiffoit
que le fecond rang , avoit
pris le nom de Chevalier. Ils:
s'eſtoient connus dés leur bas
âge, & ayant beaucoup d'eſprit
l'un & l'autre , ils avoient lié
infeniblement une amitié fort
étroite. Cependant leurs caracteres
eſtoient extremement
oppoſez . Il n'y avoit rien de
plus enjoüé que le Chevalier
, & le Marquis eſtoit fort
melancolique; mais ils avoient
tous deux beaucoup de raiſon ,
& c'eſtoit aſſez pour entretenir
leur amitié malgré l'oppoſition
de leur humeur. D'ailleurs ,
l'enjouëment de l'un n'avoit
rien d'évaporé , & la mélancolie
de l'autre eſtoit une mélancoliedouce
qui avoit fon agrément.
Ainfiil ne faut pas s'éGALANT.
151
tonner ſi leur union ſubſiſta
toûjours. Ils ſe quittoient rarement
, & faifoient enſemble la
pluſpart de leurs viſites . Les
Dames qui étoient le plus en
reputation d'avoir du merite
& de l'eſprit , ſouhaitoient de
les connoiſtre,& l'un ne faifoit
aucune habitude en quelque
lieu que ce faſt , qu'il n'y
menaſt ſon Amy. Tous deux
faifoient le plaiſir des plus
belles Compagnies. Le Marquis
, tout mélancolique qu'il
eſtoit, diſoit les choses d'une
maniere douce & infinuante ,
qui ne manquoit point à faire
effet,& le Chevalier, toûjours
vif& enjoué , brilloit tellement
dans la converſation , qu'on
ne ſe laſſoit jamais de l'entendre.
La plus ordinairereflexion,
qu'ils faifoient , é-
G4
152
MERCURE
toit ſur l'aveuglement qu'ils
voyoient en beaucoup de
gens , qui eſtant fort amoureux
donnoient dans le
mariage. Ils concevoient bien
qu'on pouvoit chercher à
plaire à une jolie perſonne
& aller meſime avec elle jufqu'à
un certain degré de paffion
, mais ils ne pouvoient
comprendre que l'on s'oubliaſt
aſſez pour vouloir ſe faire un
devoir indiſpenſable du plaifir
d'aimer , & ce qui ceſſoitd'eſtre
l'effet d'une volonté entierement
libre , n'ayant rien qui les
touchaft , ils plaignoient les
malheureux qui en ſe faiſant
Maris étoufoient l'amour qu'ils
pretendoient fatisfaire. Ces
reflexions les conduiſoientàde
plaiſantes ſatyres , & comme ils
les laiſſoient ſouvent échaper;
GALANT.
153
on les regardoit ſur le pied de
gens avec qui il ne falloit prendre
aucun veritable engagement.
Cela eſtoit cauſe qu'on
écoutoit leurs douceurs , comme
des paroles dont l'arrangement
marquoitde l'eſprit , ſans
qu'elles fiſſent nulle impreſſion
ſur le coeur de celles à qui elles
s'adreſſoient . Cependant en
s'examinant eux- meſmes fur
l'averſion qu'ils croyoient avoir
pour le mariage , ils ſe demanderent
pluſieurs fois ſi malgré
toutes les proteſtations qu'ils
faifoient d'y renoncer , ils ne
ſeroient point un jour affez
fous pour s'engager tout de
bon ,& faire comme les autres .
L'idéequ'ils ſe firent de la fervitude
où ils ſe mettroient,les
effraya tellement , qu'afin de ſe
garantir de ce qu'ils enviſa
G
156 MERCVRE
Il est vray qu'ayant connuleur
foibleſſe , ils en eurent honte ,
&que pour s'en garantir , ils:
virent la jeune Veuve beaucoup
moins ſouvent qu'ils.
ne voyoient pluſieurs autres
Dames ; mais le temps eſtoit
venu où ils devoient aimer
neceſſairement ,& fi la précaution
de n'eſtre pas affidus à rendre
des ſoins à cette aimable
Perſonne , éloignoit tous les
foupçons qu'on euſt pû avoir
qu'ils en fuſſent amoureux; ils
ne retournoient jamais chez
elle fans ſe ſentir & plus convaincus
de fon merite , & plus
fortement touchez de fa beauté
Le Marquis voulant connoiſtre
comment ſon coeureſtoitdiſpo..
fé pourluy , luy dit en termes .
tendres & paffionnez ſans ſe
declarer entierement, tout ce
GALANT. 157
qui pouvoit luy faire comprendre
qu'il avoit deſſein de luy
propoſer un mariage , & la
Dame luy ayant répondu affez
favorablement ſur cette ouverture
,il auroit eſté plus loin , ſi
le Billet des mille piſtoles ne
l'euſt arreſté . Il crut que c'eſtoit
aſſez qu'il puſt s'aſſurer de
réuſſir s'il parloit plus clairement
, & mittoute fon application
à chercher quelque moyen
de rendre le Billet nul . Cependant
il laiſſa prendre les devants
à fon Amy. Le Cheva
liertrouva dans la Veuve un
tour d'eſpritſi peu ordinaire ,
tant de grandeur d'ame dans ſes
fentimens , & une bonté de
coeur ſi engageante , qu'enfin
ne pouvant plus refifter à un
amour qu'il contraignoit depuis
fi longtemps , il fut plus,
156 MERCVRE
Il eſt vray qu'ayant connu leur
foibleſſe , ils en eurent honte ,
& que pour s'en garantir , ils
virent la jeune Veuve beaucoup
moins ſouvent qu'ils.
ne voyoient pluſieurs autres
Dames ; mais le temps eſtoit
venu où ils devoient aimer
neceſſairement ,& fi la précaution
de n'eſtre pas affidus à rendre
des ſoins à cette aimable
Perſonne , éloignoit tous les
foupçons qu'on euſt pû avoir
qu'ils en fuſſent amoureux; ils
ne retournoient jamais chez
elle ſans ſe fentir & plus convaincusde
ſon merite , & plus
fortementtouchez de fa beauté
Le Marquis voulantconnoiſtre
comment ſon coeureſtoitdiſpofé
pourluy , luy dit en termes .
tendres & paffionnez ſans ſe
declarer entierement, tout ce
GALANT. 157

qui pouvoit luy faire comprendre
qu'il avoit deſſein de luy
propoſer un mariage , & la
Dame luy ayant répondu affez
favorablement ſur cette ouverture
,il auroit eſté plus loin , ſi
le Billet des mille piſtoles ne
l'euſt arreſté . Il crut que c'eſtoit
aſſez qu'il puſt s'aſſurer de
réuſſir s'il parloit plus clairement
,& mittoutefon application
à chercher quelque moyen
de rendre le Billet nul. Cependant
il laiſſa prendre les devants
à fon Amy. Le Cheva
lier trouva dans la Veuve un
tour d'eſpritſi peu ordinaire ,
tant de grandeur d'ame dans ſes
fentimens , & une bonté de
coeur ſi engageante , qu'enfin
ne pouvant plus refifter à un
amour qu'il contraignoit depuis
fi longtemps , il fut plus,
158 MERCVRE
hardy que le Marquis ,& fans
s'embaraffer du Billet , il demanda
à la Dame ſi elle voudroit
conſentir à l'épouſer.
Comme en s'étudiant à luy
donner de l'amour elle n'avoit
pas fermé les yeux ſur ſes belles
qualitez , & que dans la ſecrete
diſpoſition où ſon coeur eſtoit ,
cette propoſition ne luy pouvoit
eſtre que fort agreable ,
elle la receut avec beaucoup
de plaifir. Ainſi ne s'agiſſant
plus que d'en venir à l'effet , le
Chevalier en montra un empreſſementinconcevable
,& la
pria ſeulement de vouloir
traiter l'affaire ſans en rien dire
à perſonne qu'aprés la conclufion
, Elle ſouhaita d'en ſçavoir
la cauſe , & le Chevalier luy
expliqua ce qui s'eſtoit fait enwe
luy & fon Amy , dont il
GALANT. 159
vouloit empeſcher les raiſonnemens
qu'il employeroitpour
le détourner du mariage. La
Dame luy ſceut bon gré de
ce qu'il avoit ſi peu de peine
à luy ſacrifier les mille piſtoles ,
&jugea que cette ſeule raiſon
avoit retenu le Marquis , qui
fans cela luy auroit parlé plus
ouvertement. Elle trouva pourtant
à propos de ne dire rien au
Chevalier du commencement:
de paſſion qu'il luy avoit fait
paroiſtre , & fut bien- aiſe qu'il
demandaſt le ſecret,puis qu'elle
évitoit par là tous ce qu'auroit
pû tenter le Marquis pour
romprel'affaire.On fit venirun
Notaire Amy , & deux jours.
aprés la Veuve partit pour la
Campagne , où le Chevalier
devoit aller l'épouſer. Dés le
lendemain de ſon départ ,il
154
MERCVRE
geoient comme le plus grand
de tous les malheurs , ils refolurent
de ſigner un Billet
double , par lequel ils arreſterent
que celuy des deux qui
fe marieroit le premier , paye.
roit mille piſtoles à l'autre . Ce
Billet fut accompagné d'un fort
grand ferment , de ne ſe faire là
deſſus aucune grace , & de ſe
traiter à la rigueur. Deux ans .
ſe paſſerent ſans que l'un ny
l'autre euſt lieu de ſe repentir
d'avoir ſigné le Billet , mais ils.
tomberent enſuite entre les
mains d'unejeune Veuve ,qui
ayant ſcent qu'ils paffoient
pour eſtre incapables de s'attacher
, ſe mit en teſte de leur
donner de l'amour. Illny parue
qu'il valloit de ſa gloire , & ce
motifqui flatoit ſa vanité luy
fit tour mettre en uſage pour
GALANT.
venir à bout de ſon deſſein ..
Elle estoit belle ,& toute pleine
d'eſprit. C'eſtoit dequoy embaraſſer
les plus inſenſibles .
Jugez ſi le ſoin qu'elle voulut
prendre de leur paroiſtre agrea .
ble , put demeurer long- temps
inutile. Elle avoit l'adreſſe de
s'accommoderà leur caractere ,
&fi le Chevalier trouvoit dans
ſon enjoûment un rapport
d'humeur qui le charmoit , le
Marquis remarquoit dans ſes
manieres je ne ſçay quoy de
piquant qui luy faiſoit croire ,
qu'un peu de mélange de gaye.
té avec ſa mélancolie , le rendroit
heureux. Ils s'apperceurent
bien - toſt de la victoire
qu'ils luy laiſſoient remporter ,
& ce qu'il y eut de rare , c'eſt
que l'un ny l'autre ne penetra
dans les ſentimens de fon Amy.
G6
156 MERCVRE
Il est vray qu'ayant connu leur
foibleſſe , ils en eurent honie ,
&que pour s'en garantir , ils
virent la jeune Veuve beaucoup
moins ſouvent qu'ils.
ne voyoient pluſieurs autres
Dames ; mais le temps eſtoit
venu où ils devoient aimer
neceſſairement ,& fi la précaution
de n'eſtre pas affidus à rendre
des ſoins à cette aimable
Perſonne , éloignoit tous les
foupçons qu'on euſt pû avoir
qu'ils en fuſſent amoureux ; ils
ne retournoient jamais chez
elle fans ſe fentir & plus convaincus
de fon merite , & plus
fortement touchez de fa beauté
Le Marquis voulant connoiſtre
comment ſon coeureſtoitdiſpo ..
fé pourluy , luy dit en termes .
tendres & paffionnez ſans ſe
declarer entierement, tout σε
GALANT. 157
qui pouvoit luy faire comprendre
qu'il avoit deſſein de luy
propoſer un mariage , & la
Dame luy ayant répondu affez
favorablement ſur cette ouverture
, ilauroit eſté plus loin , fi
le Billet des mille piſtoles ne
l'euſt arreſté . Ilcrut que c'eſtoit
aſſez qu'il puſt s'aſſurer de
réuſſir s'il parloit plus clairement
,& mittoute ſon application
à chercher quelque moyen
de rendre le Billet nul. Cependant
il laiſſa prendre les devants
à fon Amy. Le Cheva
lier trouva dans la Veuve un
tour d'eſpritſi peu ordinaire ,
tant de grandeur d'ame dans ſes
fentimens , & une bonté de
coeur ſi engageante , qu'enfin
ne pouvant plus refifter à un
amour qu'il contraignoit depuis
fi longtemps , il fut plus,
158 MERCVRE
hardy que le Marquis , & fans
s'embaraffer du Billet , il demanda
à la Dame ſi elle voudroit
conſentir à l'épouſer..
Comme en s'étudiant à luy
donner de l'amour elle n'avoit
pas fermé les yeux fur ſes belles
qualitez , & que dans la ſecrete
diſpoſition où ſon coeur eſtoit ,
cette propoſition ne luy pouvoit
eſtre que fort agreable ,
elle la receut avec beaucoup
de plaiſir . Ainſi ne s'agiſſant
plus que d'en venir à l'effet , le
Chevalier en montra un empreſſementinconcevable
,& la
pria ſeulement de vouloir
traiter l'affaire ſans en rien dire
à perſonne qu'aprés la conclufion
, Elle ſouhaita d'en ſçavoir
la cauſe , & le Chevalier luy
expliqua ce qui s'eſtoit fait enwe
luy & fon Amy , dont il
GALANT. 159
vouloit empeſcher les raiſonnemens
qu'il employeroitpour
le détourner du mariage. La
Dame luy ſceut bon gré de
ce qu'il avoit ſi peu de peine
à luy ſacrifier les mille piſtoles ,
&jugea que cette ſeule raiſon
avoit retenu le Marquis , qui
fans cela luy auroit parlé plus
ouvertement. Elle trouva pourtant
à propos de ne dire rien au
Chevalier du commencement:
de paſſion qu'il luy avoit fait
paroiſtre , & fut bien- aiſe qu'il
demandaſt le ſecret,puis qu'elle
évitoit par là tous ce qu'auroit
pû tenter le Marquis pour
rompre l'affaire. On fit venirun
Notaire Amy , & deux jours.
aprés la Veuve partit pour la
Campagne , où le Chevalier
devoit aller l'épouſer. Dés Te
lendemain de ſon départ, il
160 MERCURE
allachez le Marquis , Tuteur
d'une Niece que le Frere ainé
du Chevalier recherchoit en
mariage . Il avoit le confentement
de la pluſpart des Parens,
mais celuy de l'oncle Tuteur
luy eſtoit abſolument neceſſaire
, & le Chevalier s'eſtoit
engagé à l'obtenir dans toutes
les formes où il devoit eſtre..
Il luy en avoit deja parlé trois
ou quatre fois , & lors qu'il
le preſſa de finir , parce que
fon Frere s'impatientoit du
retardement , le Marquis luy
répondit qu'il alloit faire ce
qu'il ſouhaitoit, pourveu qu'il
luy accordaſt une autre choſe ,
qui estoitde déchirer le Billet
des mille piſtoles. Le Chevalier
qui ne s'attendoit à rien
moins qu'à une demande qui
luy eſtoit ſi avantageufe ,luy
GALANT. 161
dit en riant qu'il le vouloitempeſcher
de tomber dans le malheur
dont ils avoient parlé tant
de fois enſemble; mais le Marquis
prit la choſe d'une maniere
toute ſerieuſe , & luy
ayant fait entendre que le conſentement
qu'on luy deman
doit , dépendoit uniquement
du Billetå rendre , il le pria de
ne point chercher de qui il
pouvoit eſtre touché , ajoùtant
qu'il demeureroit peuteſtre
dans la reſolution de ne
s'engager jamais ; mais qu'il
luy fâchoit de n'en pas avoir la
liberté . Quoy que le Chevalier
n'euſt aucun ſoupçon qu'il
aimaſt la jeune Veuve , il ne
voulut rien approfondir. Les
deux Billets furent déchirez ,
&chacundemeura libre à faire
ce qu'il voudroit. Le Marquis,
peut162
MERCVRE
fit force voeux pour le retour
de la Dame à qui il pretendoit
offrir ſa forune , & le Chevalier
alla la trouver. Il luy diten
arrivant qu'on l'avoit mis à
couvert du payement des mille
piſtoles ,& elle ſe mit à rire fur
ce qu'elle voyoit bienqu'il ne
tenoit plus qu'à elle de ſe marier
avec le Marquis.Elle n'eut
pourtant aucune tentation de
manquer au Chevalier , pour
qui ſon coeur eſtoit prévenu.
Elle l'épouſa peu dejours aprés,
&cette nouvelle mit le Marquis
dans une douleur inconcevable.
Il s'accuſa d'avoir
travaillé luy meſme à ſe détruire,&
croyantque fon Amy
n'euſt ſongé à la jeune Veuve,
que depuis que les Billets avoient
eſté déchirez , il eſtoit
au deſeſpoirde n'avoir paspréGALANT.
163
venu ce coup en luy declarant
en ce temps -là qu'il avoit defſein
de l'épouſer. Le Chevalier
en le revoyant le laiſſa
dans ſon erreur , & aprés luy
avoir dit qu'il avoit eu tort
de neſe pas expliquer,il ajoû .
ta que s'il eſtoit malheureux ;
ce ſeroit à luy qu'il s'en
prendroit. On afſeure fort
qu'il n'a encore eu aucun ſujet
de ſe repentir de ſon mariage
, & felon les apparences ,
il n'en ſçauroit efperer que
des ſuites fort heureuſes .
Vous me priez de conti
nuer à vous mander des nouvelles
de la Tontine. J'ay à
vous en dire mille choſes qui
vous doivent eſtre d'autant
plus agreables, que je ſçay que
cet établiſſement vous a paru
avoir de grands avantages
164 MERCURE
pour tous les Particuliers , &
que vous avez toûjours aſſuré
qu'il réüffiroit . Comme les
Parties ne ſont que de cent
écus , on s'eſtoit perfuadé d'abord
que chacun n'en prendroit
qu'une , & qu'il faudroit
un fort grand nombre de perſonnes
pour remplir les Claſſes ,
qui font chacune de 100000.
liv. de rente. Cependant le
contraire eft arrivé & tant de
particuliers y ont mis de grofſes
ſommes,comme je vay vous
le faire voir en vous les nommant
, que la mort d'un ſeul
fera quelquefois autant groffir
la part de ceux qui reſteront
, que s'il eſtoit mort trente
où quarante perfonnes . Ainfi
le nombre qu'il auroit fallu
pour remplir les Claſſes, fi chacun
n'y avoit mis que cent
GALANT .
165
écus , eftant beaucoup moin-
, dre , celuy qui teſtera le dernier
aura bien moins de temps
àattendre les cent mille livres
de revenu , dont il doit joüir.
Comme il eſt déja mort quel.
ques perſonnes dans la plufpart
des Claſſes , la rente de
pluſieurs ſe trouvera augmentée
dés le premier jour qu'ils
recevront de l'argent . Si beaucoup
de ceux qui ſouhaitent
mettre à la Tontine , ne trouvoientpointde
difficultez dans
la recherche qu'ils fontde leur
Extrait Baptiftaire , il eſt ſeur
que tous les fonds en ſeroient
déja remplis. Chacun y veut
avoir part ,& les Officiers des
Armées de Terre & de Mer y
mettent comme les autres ,
malgré les perils où ils font
inceſſament expoſez. Voicy
166 MERCURE
les noms d'une partiede ceux
qui ont porté leur argent. Les
uns ferviront à vous faire voir
ce que je viens de vous dire à
l'égard des ſommes , & les autres
vous feront connoiſtre
qu'il y a des gens de toutes
fortes de profeſſions . Je ne vous
dis rien de ceux dont je vous
parlay le mois paſſé , non plus
que des Princes , des Miniſtres ,
des Gens qui ont les prémiers
Emplois dans les Finances ; &
enfin de toute la Cour , dont
l'empreſſementa ſervy d'exemple
à la Ville de Paris & aux
Provinces.

M. du Charmel Lieutenant General
de l'iſle de France 12000.1.
M. Daquinet , Banquier Expeditionnaire
en Cour de Rome 12000.1.
Me la Comteffe de Bregy. 24000. 1.
GALANT. 169
M. le Commandeur de Hautefeüille
24000.1.
M. Lautier , Capitaine Exempt des
Gardes de Madame १०००. 1.
M. l'Eveſque Duc de Langres 1200.1.
M. Coignet , Prieur de Marmeffe.
Chapelain du Roy 2400. 1.
M. Teſtu , Prieur de Saint , Denis de
la Chartre 1200, 1.
Mademoiselle Prevoſt , Fille 1500, I.
M. Daffelin , Capitaine de Cavalerie
3600.1.
M. de Fremont de Greſſy 7800.1.
M. l'Abbé Faultrier, 12000 1.
M. Verdier , Aporiquaire de la feuë
Reined'Eſpagne. 6000.1.
M. de Mauroy , Docteur de Sorbon-
• ne , 1800.1.
M. Frapin, Apotiquaire de la grande
•Ecurie du Roy 2400 1.
•Paris,
M. Tirmoy , Maiſtre Teinturier à
M. de Vergeur de la Granche, Licutenant
Colonel au Regiment de
2400.1 .
Cavalerie Dauphin ,
M. l'Abbé de Choily ,
7200.1.
6001.
168 MERCVRE
M. Charlet , Maistre d'Hoſtel du
Roy 1800.1.
M. Bouillerot de Vinantps , 2700 1.
M. Trottier , Peintre & Sculpteur
24001.
M. Comptour, Marchand Bourgeois
de Paris , 2700 1.
M. le Chevalier de Flacour , Chef
d'Eſcadre , 3000 1.
M. de Septeme, Capitaine de Vaiffeau.
3600 1.
M. de Laubanie,Commandeur à Calais,
3600 1 .
M. de Vandoſme , Commis à la
Douane de Lyon , 24001.
M. le Chevalier Maynard, Capitaine
de Vailleau3600.1.
M. Louis Pieques, 30001.
M. Maillard de Bretigny , Ancien
Secretaire du Roy ,
M. Boilleau Deſpreaux ,
M. le Page,
M. Charles du Perier ,
M. Gumbert , Preftre de l'Oratoire ,
13,001 •
Mademoiselle Picouet, Fille ,51001.
M.de Choiſeul d'Ambonville, 300ol .
M.
24001.
1200 1.
1200.1.
1200 1.
GALANT. 189
:
M. Boutet de Franconville , 81001.
Meſſire François Heros de Gourville,
Conſeiller du Parlement de Metz ,
21001.
M.de Reibeire,Capitaine de Vaiſſeau
1500.1 .
M. du Pin , Intendant de Madame la
Duchefle Douairiere de Brunfvvic,
36001.
M. du Mas , Bourgeois de Paris ,
1800 1.
M. Dupuis , Avocat au Parlement
21001.
ود
M. de Vins , cy-devant Capitaine au
Regiment des Fuſeliers , 9600 1.
La Veuve Jouan,Marchande à Paris,
14001,
M. Noël , Bourgeois de Paris,1ool.
M. le Faucheur , Referendaire en la
Chancellerie de Bretagne , 12001.
M. le Roy Bourgeois de Paris 900 1..
M. de Hoquiquan , Apoticaire du
Corps ,
M. Villain , Docteur de Sorbonne ,
ILOCO 1..
3600 1.
M. de Pajot , Conſeiller au Parlement
de metz , A1200L:
Mars 1690.
H
190
MERCURE
M. le Vaſſeur , 1200 1.
M. le marquis des Iſſards , 6000 1 .
M. de la Landre,Curé de Ris, 12001.
M. de Sorbiere,Banquier , 12001.
M. Patin , Avocat , 1800. I.
M. Yvelin , cy- devant Capitaine du
Regiment d'Orleans , 9001.
Meſſfire Hieroſme Creſpin , Seigneur
du Vavier , 6000 1 .
M. Peiguié , Commiſſaire General
de la Marine , 3000 1 .
M. Gayant, premier Valet de Garderobe
de Monfieur , 24001.
M. Arnoult , Intendant de la marine,
4200 1.
M. Paillé , Preſtre , 18001.1
M. Mareſt , Secretaire des Commandemens
de M. le Duc , 24001.
M. Tiercelet, Avocat au Parlement ,
30001.
M. l'Abbé Bauyn , Sieur des Carmeles
, 36001.
Me la Comteffe d'Olonne pour me
la mareſchale de la Ferté , 2400 1.
M. Cain , 2400 1.
M. Blondeau,Srde Frangy ,
ме de Palluau ,
24001..
2400 1.
GALANT.
191
M.Badoulleau , 3000 1.4
M. Catinat , Lieutenant General des
Armées du Roy 1500 1.
M. Richer > Ingenieur à Calais ,
१००० 1.
M. des Eſſards , 4200.1.
M. de Rigoüille Cornette de la د
ſeconde Compagnie des Mouſquetaires.
39001.
Mlle de Nevers Guyot, 18001
M. Bigot , Doyen de Carignan ,
;
3000.liv.
M.de Marcilly , Avocat au Confeil ,
6501.
Mlle Ruſté , Fille ,
M. le Commandeur de Brular,12001 .
1500 1.
MBailly,MaistredesComptes,12001 .
Me de la Loucherie , 1800.1. 4
M.Gaillardde Charantoneau,42001.
Me la Comteſſe d'Olonne , 2700 1 .
M. Nivett,Organiſte de la Chapelle
du Roy , 3000 1.
M.deBourbonne , 15001.
M. Sain , 3900 1.
M. de la Marle , Chirurgien Major
des Gardes du Corps . 35001.- e
M. Vigier ,
21001.
H
192
MERCURE
M. Pillon , Avocat en Parlement ,
1800 1.
M. le Comte de Rouvre , 3000 1.
M. de Silly , 21001.

M. Damond, Tréſorier du marc d'or ,
१०० 1.
M. de la Croix , 1500 1.
M. Langlois , maiſtre d'Hôtel du
Roy. 1800.1.
M. de la Porte , Chanoine de Noſtre-
Dame , 1800 1 .
M.Roques,Bourgeois de Paris, 42001 .
ме Charlet , 1800 1,
M. Grizet , Barbier & Perruquier à
Paris , 1200 1,
M. de Mascaranny , Sieur de Lange ,
Ijool.
M. de Bonnaire B. de Paris , 4800 1.
M. Barquillet , Conſeiller au Prefidial
de Mantes , 2400 1.
M. de Pouffemothe , pour me Fran
çoiſe-Louiſe Bigres , mort , 24301.
M. de Faverolles , maiſtre des Comptes,
30001.
м. Boullet B. de Paris , 24001.
M. Gougerot , Commis de M. Bruner,
Isool.
GALANT.
193
M. du Perier pour luy & pour fa
Famille , 3000 I.
C'eſt celuy dont je vous ay déja ,
parlé , qui a travaillé à l'établiſſement
de laTontine .
ме lа магéchale de Grancey , 12001.
м. Ferrero , Lieutenant Colonel du
Regiment de S. Laurent , 2400 1.
M. Paniquiny , 2400. L.
м . Domergue , Fermier General du
Roy , 2400 1 .
M. de Thierſant, Conſeiller au grand
Confeil ,
24001.
La Fabrique de Saint Jacques de la
Boucherie par les mains du Sieur
Chauvin , Marguilier en Charge en
1689. pour Elifabeth Andrenas ,
Veuve de Jacques Aubry.
M. Chamard , Bourgeois de Paris
4800 1 .
ме lа магéchale d'Eſtrades; 105001 .
M. Dumaitz , Intendant des Ifles de
l'Amerique.
On trouve auſſi dans cet établiſſe ,
ment des moyens ſeurs d'exercer fa
charité. Mademoiselle de Blois en
donne l'exemple , puis qu'elle a mis
H 3
194
MERCVRE
ſur ſa teſte pour la Communauté des
Filles de S. Jofeph. M. le Comte de
Toulouſe a mis pour la meſme Communauté,
Cela doit bien engager ces
Filles à prier Dieu pour leur confervation.
Voicy de nouveaux Vers ſur
la Tontine. Ils font de Mr
Diereville.
AU RO Υ .
Rand Roy j'admire vos
projets ;
Auſſi bon que puiſſant Monarque ,
De vos bontezà vos Sujets
Sans ceffe vous donnez quelque nou
velle marque.
Pourprolongerleursjours, desDuels
violens
GALANT.
195
Vous avezarresté la fureur inhumaine
,
Et pour les voir plus opulens
Vous leur avez cede vostre propre
Domaine.
Comblez de fi rares bienfaits ,
Quandon sçait contrevous armer
toute laTerre ,
Vous leur faite goûter les douceurs
de la paix ,
Loin d'unefi cruelle guerre.
Lors qu'on croit n'avoirrien àdesirer
encor
Vous nous rendez lefiecle d'or
Par le moyen de la Tontine ;
Mais belas ! que mefert tant de
bontépour nous ,
Quand l' Aftremalfaiſant qui toû.
jours medomine
Meprive d'un bonheur qui meseroitfidoux
?
,
Non, ce n'est point pour moy que
la Tontine eftfaite ,
H 4
396 MERCURE
Lors qu'elle fera des refus ,
Grand Roy , fautede cent écus,
le mourray gueux comme un
Poëte.
Ie viens au Voyage du Roy
à Compiegne , dont je croy
vous devoir donner le détail ,
parce qu'il vous fera voir la
bonne ſanté de ce Prince , qui
depuis ſon depart juſques à
fon retour à Verſailles
toujours chaſſé و
و
2
ou fait des
Reveuës. Il en partit le 27 .
Février , & monta à cheval à la
fortie du Bois de Boulogne pour
prendre le divertiſſement de la
Chaſſe aux chiens couchans
dans la Plaine de S. Denis , où
il fit paroiſtre ſon adreſſe ,jufqu'à
ce qu'il remontaſt en Carroſſe
pour aller dîner à Pierrefite
dans la maison de Mr Forcat
GALANT.
197
del , Commiſſaire aux Saifies
réelles . Outre l'honneur. que
Sa Majesté luy fit de venir chez
luy , Elle luy dit avec cet air de
bonté qui gagne tous les coeurs ,
Monsieur,nous venons , tout mettre
en defordre chez vous. Les Dames
qui estoient du Voyage ſe
trouverent àce dîner C'eſtoient
Madame la Ducheſſe , Madame
la Princeſſe de Conty la
Doüairiere , Madame la Princeſſe
d'Harcourt , Madame de
Mortemart , Madame de Maintenon
, Madame la Comteſſe
de Gramont , Mesdames les
Marquiſes deBelfond &d'Urfé,
Madame la Comteſſe de Bury ,
Madame de Moreüil , & les
Filles d'honneur de Madame la
Princeſſe de Conty. Aprés que
leRoy ſe fut promené quelque
temps dansle lardin à l'iſſuë de
SH
198
MERCURE
ce repas , il remonta enCarrofſeavecles
Dames , & n'en defcendit
qu'à Ecoüan, où il reprie
fon fuſil pour chaſſer le reſtede
l'apreſdinée , en coſtoyant le
chemin de Luſarche.C'eſtoit là
que la Cour devoit coucher.
Monſeigneur le Dauphin , qui
avoit couché le 26. àChantilly ,
où il avoit eſté regalé magnifiquement
par Monfieur le Prince
, fe trouva à Luſarche avecc
fon Alteſſe Sereniffime . Le Roy
en partit le lendemain , paſſa
par Senlis , & diſna au Chaſteau
du Pleſfier , appartenant
à Mr le Duc de S. Simon . Sa
Majesté chaſſa juſques à Com.
piegne , où Elle entra aux acclamations
des Peuples ,& re
ceut les complimens de tous les
Corps, & les preſens de la Ville.
Le lendemain premier jour de
GALANT.
199
Mars , ce Prince accompagné
des Dames , ſe rendit à quelques
lieuës de Compiegne , où
les quatre Compagnies de ſes
Gardes du Corps firent l'exer.
ciceavec toute l'adreſſe qu'on
attendoit d'un Corps ſi confiderable.
Le Roy voulut que les
deux jours fuivans,deux Compagnies
paſſaſſent chaque jour
en reveüe devant luy , & que
celle des Grenadiers à cheval
s'y trouvaſt Comme toutes ces
Troupes firent l'exercice à pied
& à cheval , le Roy alla à pied
de rang en rang , examina tous
les Gardes les uns aprés les
autres , & cut meſme la bonté
d'apprendre à quelques uns d
faire leur métier de bonne
grace. Sa Majesté s'informa
avec la meſme bonté, de la'date
du ſervice de chaqueGarde,
H6
200 MERCVRE
*
afin que les anciens jouiſſent
preferablement aux autres de
certaines prérogatives qui les
regardent. Le 3. Sa Majesté fit
la meſme choſe ,& vit comme
le jour precedent , les Grenadiers
à cheval , s'acquiter avec
une dexterité inconcevable ,
des leçons que leur donne Mr
de Riotot , leur Capitaine. En
effet , rien ne faitplus de plaiſir
à voir que leurs mouvemens ,
leurs évolutions , & tout leur
exercice . Le Roy alloit chaque
jour au fortir de la Reveuë ,
courre le Cerfavec les Dames,
& finiffoit par la Chaſſe aux
chiens couchans .Il yavoittous
les ſoirsAppartemens , que S.
Monfieur, aprés ſon ſouper
honoroit de ſa prefence. La
nuis du 3. au 4. entre minuis
& une heure toute la Cour
&&toute laVille furent en alarGALANT.
201
me , parce que le feu avoit pris
dans les chambres qui estoient
preſque immediatement au
deſſus de celle où le Roy couchoit.
Tout le Chaſteau cuft
couru danger ſi le vent n'euſt
ceffé preſque auſſi toſt que le
feu commença. On n'a pu ſçavoir
au vray de quelle maniere
il avoit pris . On crut qu'il s'e
ſtoit échapé par la crevaſſe d'un
tuyau de cheminée qui paſſoit
dans la chambre où couchoit
Madame la Princeſſe d'Harcourt
. Dés qu'on ſe fut apperceu
que la flame perçoit le toît
du Chaſteau , on avertit les
Moufquetaires & les Gardes ,
qui allerentheurter àtoutes les
portes des Bourgeois. On fonna
le tocfin , & chacun ayant
eſté reveillé , on courut viſte
au Chaſteau . Le feu ne dura.
:
202 MERCURE
pas à cauſe du prompt fecours.
Le Roy honora le lendemain
de ſes liberalitez ceux qui
s'employerent avec le plus d'ardeur
& le plus efficacement
dans cette occafion , parmy
leſquels ſe trouvaun Frere Capucin.
Preſque toutes les hardes
de Madame la Princeffe
d'Harcourt furent brûlées
mais elle ne perdit rien , puis
que le Roy luy fit preſent de
mille Louis d'or. Cette Princeſſe
eſtoit endormie quand
le feu prit dans ſa chambre , &
elle ne s'éveilla qu'au bruit
qu'il faifoit faire de tous coſtez .
En ouvrant les yeux , elle apperceut
la flâme qui s'élevoit
fort prés de fon lit , & elle cut
beaucoup de peine à ſe ſauver
dans la chambre de Madamela
Comteſſode Gramont, LeRoy
GALANT.
203
n'eſtant pas encore couché,
commanda qu'on portaſt fon
litdans une chambre qui cſtoit
proche de celle de Monfcigneur
, & il ſe coucha dés que
le feu eut ceſſé. Sa Maieſté prie
le divertiſſement de la Chaffe
du Loup , & de celle du Vol
& des Chiens couchans , les
deux derniers jours qu'elle
demeura à Compiegne. Elle en
partit le 6. pour aller dîner à
Verbrie , & à l'iſſuë du difner,
Elle monta à cheval , & chaſſa
aux Chiens couchans juſques
àpleſfier . Ce fut vis à vis de
ce Chasteau , & proche de
Senlis , qu'Elle fit la reveuëdu
Regiment de Dragons qui appartenoit
au feu Baron d'Asfeld,
& du Regiment Royal de
Cavalerie , autrement Konifmarc.
Les Dames eſtoient à
1
204
MERCVRE
cheval , & en Juſte- au Corps.
La reveuë finie , le Roy prit
le chemin de Chantilly , & fe
divertit au Vol des oiſeaux .
Ce Prince mit pied à terre à
cette delicicuſe Maifon , & y
trouva toutes choſes ſi bien
entenduës , & de fi bon gouft,
qu'il y demeura juſqu'à la nuit,
de forte que Sa Majeſte cut
beſoin de flambeaux pour retourner
à Luſarche , dont Elle
prit le chemin , aprés avoir dit
à Monfieur le Prince tout ce
quel'on peut dire d'obligeant
fur toutes les beautez d'un lieu
fi agreable . Le lendemain 7. le
Roy alla en Carroſſe juſqu'à
Pierrefite , où Sa Majesté difna.
Elle alla enſuite en Car
roffe juſqu'à S.Denis, monta à
cheval au ſortir de la Ville ,&
aprés avoir chaffé dans la plai
GALANT.
205
ne , Elle ſe remit en Carrofſſe à
l'entrée du Bois de Boulogne ,
& ſe rendit à Versailles .
Pendant le ſejour que la Cour
a fait à Compiegne ; pluſieurs
Seigneurs ont eſté voir un
Hermite qui a ſa retraite dans
la Foreſt , & qui a eſté Lieutenant
de Cavalerie. La Reinemere
luy a ordonné une penſion
de cent francs qui ſubſiſte
encore. Son Hermitage eſt
creusé dans un roc , où il demeure
depuis quarante ans .
On luy apporte toutes les ſemaines
à manger d'un Village
voiſin. Le Pere de la Chaiſe
qui voulut le voir , luy offrit de
l'argent de la part du Roy.
L'Hermite l'en remercia,diſant
qu'un homme comme luy n'en
avoit aucun beſoin.
Sa Majesté a fait de nouveaux
a
دن
206 MERCVRE
Officiers Generaux. Vous ſça
vez, que les Lieutenans Generaux
les Maréchaux de Camp
& les Brigadiers , ſont compris
ſous ce nom ; ainſi lors qu'on
dit que le Roy a nommé des
Officiers Generaux , il n'y a
pour parler juſte, que les Brigadiers
qui acquierent ce titre ,
les autres l'eſtantdéja. Mais par
ces promotions, les Lieutenans
Generaux deviennent quelquefois
Maréchaux de France
, les Maréchaux de Camp ,
Lieutenans Generaux , les Brigadiers
, Maréchaux de Camp,
& le Roy prend les perſonnes
de l'Armée qui ont le plus
de ſervice & de valeur , pour
en faire desBrigadiers . Ce font
des Colonels la pluſpart , & des
Lieutenans Colonels qui parviennent
à cedegré d'honneur ,
lors qu'ils ſe ſont diftinguez
GALANT.. 207
pendant pluſieurs Campagnes,
& voila les degrez par leſquels
onmonte à ladignité deMaréchal
de France , & de General
d'Armée . Les Maréchaux de
Camp qui viennent d'eſtre
nommez Lieutenans Generaux
font ,
Mr de la Rabliere.
Mr de Langalerie.
Voicy les noms des Brigadiersd'Infanterie
qui viennent
d'eſtre nommez Maréchaux
de Camp .
Mrs le Comte de Soiſſons ,
De S. Sylvestre ,
De Longueval .
De Coigny ,
De Quinçon ,
De Melac ,
Du Gua ,
De Villats ,
De Lumbres ,
2
208 MERCURE
De Denonville .
Ceux que le Roy a choifis
parmyles Officiers de Cavalerie
de ſes Armées , pour eſtre
Brigadiers , font ,
Mrs le Marquis de Geſvres.
Le Comte de Mongommery.
De Chaſtillon ,
De Cayeux .
D'Alou ,
De Villepion ,
De Harlus ,
Du Bourg ,
Bolhen ,
De Romainville ,
De Houdetot ,
De Poinſſegu ,
De Praccoatal ,
De Magnac ,
De Maffet ,
De Vandeuvres ,
De Reſamel ,
De Villarceaux ,
GALANT.
209
De Croly , Capitaine Lieutenant
des Gendarmes- Anglois
.
De Renneville ,
De la Troche ,
DeS . Vians ,
De Loſtanges.
e
Sa Majesté a fait auſſi fix
د
& Brigadiers de Dragons
onze d'Infanteric. Ceux de
| Dragons font ...
Mrs le Chevalier de Teſſé ,
De la Lande,
De S. Fremont ,
De Fimmarcon ,
De Grammont ,
d'Allegre.
Les Brigadiers d'Infanterie
font,
Mrs le Marquis de Cregui.
LeMarquis du Pleſſis -Bellie-
.re.
De Laumont.
1
210 MERCVRE
D'Uffon ,
De Clerembault ,
DeRebé ,
De Renols ,
Albergori ,
De la Vaifle ,
De luigné ,
De Thouy.
Le3.de ce mois , Son Al-
Leſſe Royale. Monfieur , qui
ſe plaiſt toujours à faire des
actions de charité & de picté ,
alla entendre la Meſſe à la
Communauté de Sainte Agnés,
ruë Plaſtriere , & enfuite
ce Prince viſita toute la
Maiſon , & vit le potage des >
Pauvres , pour lequel il fit
des liberalitez . Cette Communauté
fut établie il y a
douze ans , par les ſoins & le
fecours de Madame la Marquiſe
de Mouſſy , Soeur de
GALANT. 211
A
Mrle premier Preſident , ſous
la conduite de Mademoiſelle
Paquier , perſonne d'un merite
fingulier , quien eſt Superieure.
On peut direqu'elle ſe
maintient comme par miracle
, puis que ſans aucun revenu
fondé, on ne laiſſe pas
d'y donner la ſubſiſtance trois
jours la ſemaine , pendant plus
de quatre mois de l'année, à
plus de trois ou quatre mille :
Pauvres. On y fait des Ouvrages
deTapiſſerie & de Dentelles
qui ſantd'une fort grande
beauté,& l'on y inſtruitgratuitement
prés de ſept cens petites
Filles à prierDieu , alire ,
àécrire, & travailler auxOut
vrages dont je viens de vous
parler. Il y a outre cela dans
cette Maiſon prés de centPen- i
fionnaires , Veuves , Filles des
212
MERCVRE
qualité , & autres de bonne
Famille.
-De tous les Ouvrages qui
demandent de grandes recherches
, de grands foins ,& une
grande application , il n'y en a
point de ſi difficile que les
Cartes de Geographie , puis
qu'il eſt preſque impoſſible d'en
faire ſans quelque omiſſion , ou
quelque poſition fauſſe. Nous
avons vu trois Cartes dessen.
virons de Paris , de Verſailles
& de Saint Germain , qui ont
efté beaucoup eſtimées , & qui
meritent en effet de l'eſtre.
Cependant je dois dire pour
rendre juſtice à la verité , &
non pour parler contre des
Ouvrages qui font dignes de
l'approbation publique , que
Mr de Fer , Geographe de
Monſeigneur le Dauphin, en
vient
GALANT.
-213
vient de donner une nouvelle
des meſmes endroits , où l'on
trouvera beaucoup de lieux
dans une autre poſition que
dans celles qui ont paru , &
plus de ſept cens poſitions qui
ne ſe trouvent point dans la
Carte qui a eſté miſe la der-.
niere au jour , quoy que celle
dont je parle ſoit de peu d'étenduë.
Outre cela , Mr de Fer.
aeu un ſoin tout particulier
de ne rien laiſſer échaper à la
curioſité la plus délicate & la
plus difficile à contenter , puis
qu'on y découvre des marques
& caracteres qui font diſtinguer
les Villes , les Bourgs , les
Paroiffes , les Villages , les-
Châteaux , les Fermes , les
Abbayes, les PrigunezisJes
Chappelles,les Moulios à vent,
& à eau , les Juſtices,les Ar-
Mars1690.
2
۱
214
MERCURE
bres confiderables & les Croix .
Il n'a pas omis les Parcs , les
Chauffées ,les conduits d'Eau ,
les Routes ou chemins , & à
quelles Villes ils condaiſent
Ila ajoûté beaucoup de noms
deRivieres ou Ruiffeaux, ceux
des Contrées , la diviſion dela
Banlieuë de Paris & de font
Election . En un mot cette Car
teeſt dans una grand détail,
que l'on a jugé à propos de n'y
point marquer les minutes de
longitude ny de latitude, à
cauſequ'il n'y a point de commencement
de degrez . C'eſt
pour cela qu'on s'eſt contenté
demettre lesdegrez de fitua
tion de l'Ifle Adam au Nort ,
de Corbeil au Midy, de Lagny
a Orient & de Mante à l'Oc
cident ,qui font les quatre
Places qu'ontiouveaux quatre
GALANT.
219
extremitez de la Carte , & le
degré de ſituation de Paris
qui ſe trouve à peu prés dans
le milieu. Cette Carte ſe débite
chez l'Auteur dans l'Iſle du
Palais , fur le Quay de l'Orloge
, à la Sphere Royale , où
dans peu de jours on trouvera
le Livre in quarto des coſtes
de France Oceane,& Mediter .
ranée.
Le Roya nommé Mr l'Archeveſque
de Paris au Cardinalat
, pour la premiere Promotion
qui ſe fera en faveur
des Couronnes , c'eſt à dire
pour la premiere que le Pape
Alexandre VIII . fera , puis
que ſuivant l'uſage , la premierePromotion
que les Papes
font aprés leur élevation
au Pontifical eſt en faveur de
leurs Parens &de leurs Crea
I 2
216 MERCURE
tures , ce que le Pape nouvellement
élu vient de faire , & la
ſeconde eſt pour les Couron
nes .C'eſt celle qui ſe doit faire
lors qu'il y aura quelques Chapeaux
vacans. Le Roy auroit
pu attendre juſque là à faire
connoiſtre le Sujet qu'il deftinoit
au Cardinalat, & meſme
à ſe déterminer ſur le choix ;
mais Sa Majesté en ayant fait
un qui ne peut meriter quc
des applaudiſſemens
faire plaisir à l'Eglife , & à tout
le public , en déclarant par
avance ſes intentions , & a
voulu que cette nomination
faire avant que le temps pref.
ſaſt , fiſt cõnoiſtre qu'Elle nebalançoitpoint
ſur le Sujet qu'Elle
avoit à élever à une dignité
fiéminente. Ce ſeroit icy le lieu
de faire l'Eloge de cet illuftre
a cru
GALAN T.
217
Prelat, mais que pourrois - je
dire, qui ,ſoit inconnu, puis que
perſonne n'ignore qu'il a un
merite du premier ordre, s'il eſt
permis de parler ainſi, une érudition
profonde , une preſen
ce d'eſprit qui n'a jamais eu
d'égale , & qu'il répond ſur le
champ au plus long discours
Latin en la meſfme Langue , &
ne laiſſant aucun point fans le
reprendre. C'eſt ce qui s'eſt
encore veu dans cette derniere
occaſion , où il a eſté complimenté
par tous les Corps Eccleſiaſtiques
. Celuy de l'Uni
verſité pour en témoigner ſa
joye, a donné un jour de congé
dans tous ſes Coleges par un
Mandement du Recteur , qui
a voulu que cette joye fuft
renduë publique. Voicy le
Compliment que l'Vniverſité
3
218 & MERCVRE
enCorps , a fait à Mr l'Archeveſque
par la bouche de Mr
le Sourt , ſon Recteur , & Principal
du College de la Marche .
Comme il a eſté fort applaudy,
je vons l'envoye.
Σ
MONSEIGNEUR .
L'univerſité en Corps vient
affurer Vostre Grandeur , qu'elle ne
pouvoit apprendre une nouvellequi
luy fust plus agreable que celle qui
fait maintenant la joye du Public,
LOVIS LE GRAND , le plusfage
des Rois , apprend à toute la terre,.
que vous estes le Prelat le plus digne
de ſon estime &defon affection.
Rien ne manque plus àvoſtregloire
ny ànos voeux. Ce seroit peu pour
luy de vous avoir élevé aux plus
hautes dignitez de ſon Royaume,
s'il ne vous avoit procuré ce que
GALANT .
219
Γ
Rome a de plus éminent ;&ſeſouvenant
que vous avezeu l'honneur
Lejour defon Sacre , de luy mettre
La Couronne fur la teste , il veut à
fontour ) par cette marquefublime
de Grandeur , qu'il vient de mettre
fur la voſtre ) couronner l'ouvrage
defes graces. Après ce combled'honneur
sa puissance ne peut allerplus
loin. L'Italie fera bien.toft convaincue
comme la France , que
vous eſtes veritablement digne du
choix d'un ſijudicieux Monarque;
& que vostre merite fait autant
d'honneur à la pourpre , que la
pourprefait d'honneur à ceux qui
en font revestus . Mais , Monsei
gneur, pour faire valoir dans tou
zeleur étenduë,ces rares talents qui
vous placent aujourd'huy dans le
rang que vous meritez , je n'employé
que les acclamations publi.
ques qui retentiffent de toutes parts,
14
220 MERCVRE
reglant la joye de toute la France
fur celle de noftre Univerſité , je
puis vous affisurer que le choix du
Roy est le choix de tout fon Etat ,
que le coeur des Sujetsa prévenu la
destination du Prince , & qu'enfin
ne pouvant vous fouhaiter de
dignité plus elevée , nous bornons
maintenant nos voeux à meriter du
Ciel que l'accompliſſement en fois
prompt &lajoüiſſance durable.
Le meſme Mr le Sourt , n'é
tant pas alors Recteur , fit l'année
derniere un fort beau
Compliment à Mr l'Archevêque
de Paris ſur ſon heureuſe
convalefcence. On m'en a promis
une copie ,& je vous l'envoyeray
le mois prochain , ce
qui n'a point encore eſté veu
ayant toûjours la grace de la
nouveauté. Les Particuliers ne
1
GALANT. 221
ſe ſont pas moins empreſſez
que les Corps , à temoigner la
joye qu'ils ont reſſentie de la
Nominationde ce grand Prelar,
& voicy un Madrigal de Mr
Boyer de l'Academie Françoiſe
fur ce ſujet. Vous eſtes de trop
bon gouſt pour ne le pas trouver
tres digne de ſonAuteur.
Vous voilà revestu d'un éclat tout
nouveau ,
Le Roy vous a nommé ; vous estes
paravance
Bien plus que Cardinal fans avoir
le Chapeau .
Fouiſſezfans impatience
D'un choix où tant d'honneur est
joint. 10
Ce choix du Roy vous donne une
Eminence.
Que la Pourpre ne donne point.
Is
222 MERCVRE
La Deviſe qui fuit a eſté
auſſi preſentée àce Prelat . C'eſt
une Etoile qui laiſſe une petite
trace de fon paſſage. Elle a pour
ame , Lumine fignat iter. Ces
mots ont eſté ainſi traduits :
L'amepar cetAstre éclaicée
Des grandes veritez ne peut
rien ignorer ;
Farsa lumiere il trace une route
assurée,
Et fuivant un tel guide , on ne
peut s'égarer.
le ne connois point l'Auteur
de cette Deviſe, mais il
ne faut qu'avoir les ſentimens
du Public pour parler de cette
forte.
le vous ay entretenue dans
quelqu'une de mes Lettres de
Mrl'abbé de Converſet. Do
¥ 1
GALANT.
223
teur de Sorbonne , & Chapelain
de Madame la Dauphine.
Le Roy luy a donné
depuis peu le Prieuré & la
Curede S. Germain en Laye ,
vacans par la démiſſion volontaire
de Mr l'Abbe de Vil.
letere-Momay. Mr de Converſet
eſtoit cy - devant Directeur
de la Communauté de
S.Cir , où le Roy a étably une
Maiſon de Miſionnaires. Il a
travaillé fort utilement à la
converfion des Pretendus Reformez
à Vefelay en Bourgogne
, dont il eſt Archidiacre,
&Sa Majesté fut fi fatisfaite de
fon zele , qu'Elle luy donna
l'Abbaye de Sully. C'eſt un
homme dont la grande capacité
n'a pas moins paru que ſa
pieté par tout où il a eu de
l'employ.
16
224
MERCVRE
,
Mr l'Abbé Deſmarais , a
qui le Roy a donné l'Eveſché
de Chartres , n'eſt point de
la Maiſon des Godet de Soudé
, comme je vous l'ay mandé
dans ma Lettre de Février ,
mais il eſt de l'ancienne Maifon
de Godet , originaire de
Normandie , de la Branche
des Defmarais venant d'un
Cadet de celle des Sires de
Tournay , & fes Armes font
Trois Godets d'argent en champ
de gueules , au lieu que la Maifon
de Soudé porte Trois pommes
de Pin d'or , avec un Chevron
en champ d'azur. La Mere
de Mr l'Abbé Deſmarais eft
* de l'illuſtre Maiſon de la Mark.
Il eſtCoufinGermain de Made
moiſelle de Pienne & deMadame
la Marquiſe de Chaſtillon
Damed'honneur deMadame.
GALANT.
225
Le 11. de ce mois , le Roy
nomma Mr Bignon , Maistre
des Requeſtes , & Prefident
au grand Confeil › pour rem
plir la Charge de premier
Preſident au grand Conſeil ,
créée par un Edit du mois de
Février dernier publié le 6.
de Mars. Sa profonde experience
dans les affaires , & fes
longs ſervices ont fait donner
une approbation generale
à ce digne choix. Aprés
s'eſtre acquis beaucoup de
reputation dans le Barrean , il
paſſa à la Magistrature , & fur
receu Conſeiller au Parlement
de Paris en 1656. Maistre des
Requeſtes en 1663. & Prefident
au Grand Conſeil en
1671. Il a paru dans toutes
ces fonctions luge incorruptible
, penetrant & infatiga
226 MERCURE
ble dans les plus grands emplois.
Les affaires publiques
ne l'ont jamais empeſché de
trouver du temps pour la
lecture , & pour l'étude des
belles Lettres , auſquelles il
s'eſt toûjours attaché dés fa
plus grande jeuneſſe. C'eſt co
qui attire chez luy un grand
nombre de Sçavans , qui y
font de tres doctes Conferences
ſur l'Hiſtoire & ſur les plus
rares matieres de l'Antiquité.
Il a entrepris la vie de quelques
Empereurs Romains , tirée de
leurs Medailles , fur quoy il eſt
tres -habile& bon connoiffeur;
mais il eſt à craindre que le
nombre des affaires que fa
nouvelle dignité luy va attirer
, ne l'empefche de continuer
ce grand travail. Mr
Bignon a épousé Dame Franx
GALANT.
227
>
,
çoiſe Talon , Fille de feu Meffire
Omer Talon Avocat
General au Parlement , & de
Dame Françoiſe.Doujat. Il
en a eu une Fille unique
mariée en 1677. à Mr de Vertamon
, Maistre des Requeſtes .
Il a pour Frere Aifné Mr
Bignon Conſeiller d'Estat
ordinaire , qui a long- temps
exercé la Charge d'Avocat
General avec grande eſtime ,
& ne l'a remife que par fon
peu de ſanté. Ses grandes &
éloquentes actions font aujourd'huy
la principale gloire
de Mrs fes Fils , dont l'Aîné
eſt Maiſtre des Requeſtes ; le
ſecond Capitaine aux Gardes
le troifiéme , Preſtre de l'Oratoire
, & le dernier Avocat
Generalen la Cour des Aides.
Ie ne dois pas oublier de vous
228 MERCVRE
dire que Mr Bignon , cy devant
Avocat General au Parlement,
& Mr Bignon , aujourd'huy
Premier Preſident au Grand
Confeil , font Fils de Meffire
Ierôme Bignon , l'un des plus
grands hommes de noſtre
ſiecle , mort en 1656. Avocat
General au Parlement , & Conſeiller
d'Etat ordinaire . Le feu
Roy l'honora en 1642. de la
Charge de Grand Maiſtre de
ſa Bibliotheque , qui a toujours
eſté poſſedée par des
perſonnes illuftres dans les
Lettres. Il n'avoit que vingt.
trois ans lors qu'il publia ces
admirables Notes fur Marculfe
, dont les Sçavans ont
fait une eſtime ſi particuliere.
La Chanſon nouvelle dont
vous allez lire les paroles , c
du fameux Mr de Bacilly .
e
S
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1
LU.
229
lorsque
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228
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Lettre Le
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re.
acilly.
MHAATD
GALANT.
229
AIR NOUVEAU .
I
Lestvrayy,jel'ay
jevous entens
dit , lors que
Je crois de mille Oiseaux entendre
le ramage,
Et vous chaniez, Iris
d'avantage ,
avec tant
Qu'auplusfort de l'Hiver je pense
eftreauprintemps.
Lemeſme Mr deBacilly a repaſſe
encore depuis peu tous
ſes Airs Spirituels , où il a trouvé
pluſieurs fautes de graveure
qu'il a corrigées; ila marqué
ces corrections avec de petites
Etoiles. Ceux qui voudront
lireun peu attentivement un
avis fort ample qu'il a fait mettre
à la fin de ſes Livres , touchant
le merite peu connu de
230 MERCVRE
ces fortes d'Airs ,& fur tout les
luy entendre chanter chez luy ,
vis à vis lesEcuries de Monſeigneur
, proche S. Roch, feront
ſurpris de leur beauté , &
ne pourront s'empeſcher de les
preferer à ceux que l'on eftime
le plus dans les Airs profanes.
Il y a ſi longtemps que je ne
vous ay entretenue des Picces
nouvelles de Theatre , que
quelque bruit que la Comedie
d'Efope ait fait ,je ne vous en
dirois rien en vous l'envoyant,
fi elle n'étoit d'un caractere
tout particulier , qui y fait
trouver l'utile joint à l'agreable
plus qu'on ne le trouve en
aucune autre. En effet les Fables
dont ſe ſert Efope en parlant
à ceux qui le viennent
confulter , ſemblent avoir eſté
GALAN T.
231
faites pour le ſujet , & en ſe
faiſant écouter avec plaiſir par
le tour fin que leur a donné
l'Auteur , elles font entendre
de grandes leçons , dont les
gens ſages peuvent profiter.
Les Vers ſont fort naturels , &
font voir la facilité du Genie
deMrBourſfault. Ceux de vos
Amis qui voudront avoir cette
Comedie , la trouveront chez
les ſieurs Girard & Guerout
Libraires au Palais .
Le ſieur Guerout commence
auſſi à debiter la ſeconde Edition
d'un Livre de Mr Milleran
Profeſſeur des Langues
Françoiſe, Allemande , & Angloiſe,
ſous le titre de Lettres
familieres autres fur toutesfortes
defajets. Rien n'eſt plus utile
pour ceux qui veulent avoir
un Modelle en écrivant. Ce
232 MERCURE
- Livre , dont la premiere Edition
n'a duré que fix mois , eſt
augmenté de plus de cent Lettres
, & l'Auteur a reveu &
corrigé toutes les autres , qui
fontd'un ſtile aiſe & fort naturel
, au nombre de plus de quatre
cens , en quoy l'on connoift
qu'aucun Moderne n'en a tant
fait imprimer que luy. Il doit
donner au Publicdans fort peu
de temps d'autres Ouvrages ,
auſſi utiles aux François qu'aux
Etrangers ſur la politeſſe de
noſtre Langue.
Mr Bou-
Le 24. de ce mois , jour du
Vendredy Saint
cherat , Chancelier de France,
tint le Conſeil , appellé Conſeil
des remiffions ou Graces ,
ſuivant ce qui s'eſt preſque
toûjours pratiqué par les
Chanceliers ſes predeceſſeurs.
GALANT.
233
Les Officiers de la Chancellerie
& Secretaires du Roy y font
lecture des Lettres de Graces &
Remiſſions de crimes , qui ne
s'accordent pas volontiers les
jours ordinaires de Chancellerie.
Auſſi cela ne ſe faitqu'en
confideration de laſainteté du
jour ,& le tout ſe regle par la
prudence de Mrle Chancelier
& du Confeil. C'eſt cequi est
cauſe que dans ces fortes de
Lettreson a toujours employé
ces mots , En commemoration de
la Mort & Passion de nostre sauveur;
en quay l'on s'eſt attaché
à imiter ce que pratiquoient
nos Rois qui tepolent ce
Conſeil en perſonne ce jour du
Vendredy faint
,
, comme y
exerçant une action de mifericorde
qui n'appartient qu'à ,
eux ſeuls , puis qu ils peuvent,
236 MERCVRE
affis& couverts à coſté droitdu
fauteuil du Roy , qui est toujours
vuide. Vn peu derriere
eſt le grand Audiencier de
France qui tient la Feuïlle ou
Regiſtre , afin d'y marquer les
voix , & les Lettres qui font
accordées ou refuſées . A coſté
gauche font les Officiers de la
Chancellerie & les Secretaires
du Roy ,pour faire la lecture
des Lettres de graces. Aprés
que l'on a fait le rapport de
chacune de ces Lettres , Mrle
Chancelier prend les avis de
Mrs du Conſeil , ſelon lesquels
il accorde ou il refuſe. Il y en
acu vingt ou vingt-cing ac
cordées au Confeildontje vous
parle. Mr le Chancelier les
marque toutes au bas , & les
donne à meſure à l'un de ſes
Jaatar 12 Secretaires ,
GALANT .
237
Secretaires , pour eſtre ſcellées
au premier jour de Sceau. Cet
te pratique est fort ancienne ,
& pour vous faire connoiſftre
qu'on l'obſervoit autrefois au
Conſeil du Roy , par l'avis duquel
les plus importantes affaires
de l'Etat ſe terminoient,ſur
tout cette action memorable
de mifericorde au jour du Vendredy
Saint , je vous envoye
une de ces Lettres tirée des
Regiſtres de ce Confeil , &
conceuë dans les termes que
vous allez lire
e
Du 10. Avril l'an mil quatre
cens quatre-vingt huit , aprés
Pasque à Tours Aujourd'huy par
deliberation du Conseil , ont esté
ecrites à la Cour du Parlement les
Lettres dont la reneur s'enfuit.
Tres- chers Freres. Nous nous 16-
Mars 1690. K
238 MERCURE
commandons àvous en cette Semai
ne Sainte passée. De la partie de
IcanBaron , Laboureur de la Parroiſſe
de Gueneville au Comtéd'Eu,
âgéde trente ans ou environ, charzé
de Femme & Enfans , à present
détenu prisonnier en la Conciergerie
du Palais , aesté preſenté Requeste
an Roy & à son Confeil , requerant
audit Seigneur,qu'il luy plaise
remettre& abolirle cas pour lequel
il est detenu Prisomier , que onc
veut bienfaire. A cette cause ona
differé luy en parler à ce Vendredy
Saint , pour ce que jamais il n'en
oit parler deſemblable , & ainſi a
eſté avisé pour le mieux , combien
que ce fuſtdes caspiteux , que ledit
jour luy devoient estre rapportez .
Toutefois afin que la Requeſte dudit
Suppliant ne luy demeure infru
Etueuse , après qu'elle a esté veuë
wu Confeil ,& qu'ildit par icelle
JOAD છR R
GALANT.
239
que lors qu'il commit ledit cas il
n'estoit âgé que de 14. à 15. ans,
gardantles Bestes, &n'estoit de cas
de discution ; auſſi que depuis ils'est
marié , & a enfans & menage, où
il s'est bien gouverné , & qu'il y a
quinze ans que le cas est averu , a
*esté deliberé vous en écrire , à ce
que soyezavertis & informezqu'il
s'eſt mis enſon devoir de pourchas
fer envers ledit Seigneur , pour en
avoir remiſſion audit jour du Ven.
dredy, pour luy profiter, &valoir
en diminution deſa peine en tout
ou partie , car c'est un cas qui pouvoit
bien eſtre du nombre des au
tres , pour estre depeſché dudit iour,
à quoy vous prions que veuillez
avoir égard , quand viendra à la
dépeſche de la matiere. Ecrite à
Tours ledixiéme iour d' Avril , auffi
Souscrits les Gens dugrand Confeil
du Roy , & deſſut parle derriere
K 2
240 MERCURE
est écrit. Anos tres- chers Freres les
Gens tenant la Cour de Parlement .
Le Sr Girard& le Sr Couſtellier
, Libraires , debitent
des Feuïlles qui doivent eſtre
fortutiles au Public. Elles ont
pour titre , Reduction generale
des Monnoyes anciennes en Mon.
noyes nouvelles , & cette Reduction
a eſté exactement calculée
par Mr de Senne , Profeſſeur
d'Arithmetique. Ainſi par le
moyen de ces Feuilles on voit
d'un coup d'oeil , combien en
voulant changer un certain
nombrede Louis de 11 liv. 1-2 .
fou d'écus blancs de 62. f. on
doitavoir de Louïs d'or de 12 .
liv. 10. f. ou d'écus blancs de
66. f. Par exemple , ſi l'on veut
changer trente - trois Louïs
d'orde 11. 1. 12. f. on trouvera
A
GALANT. 241
qu'on doit avoir 30. Louis d'or
& demy de 12. 1. 10. f. avec
le quart d'un écu blanc de
66. f. & 14. f. fix deniers de
petite Monnoye , & fi l'on
veut changer ce mefme nombre
de trente-trois Louis d'or
de 11. liv. 12. f. en Ecus blancs
de 66. f. on trouvera qu'on en
doit avoir cent feize . Ces
meſmes Feuilles apprennent
encore quelle ſomme doit
faire tel nombre de Louïs
d'or de 11.liv . 12. f. &de 12.1.
10. f. qu'on trouve à compter.
La meſme choſe eſt pour les
Ecus blancs de 62. f. & de 66.f.
de forte que l'on voit tout
d'un coup que trente- trois
Loüis d'or de 11.1. 12. f. valent
trois cens quatre- vingt- deux
livres ſeize ſols , & que le
mefme nombre de Louis d'or
K 3
241. MERCURE
de 1 1. 1. 10. f. vaut quatre cens
douze livres dix fols .
le vous avois bien dit que
Enigime du mois paffé , quoy
qu'elle ne fuſt que de quatre
Vers , n'en feroit pas plus aiſée
à deviner. Peu de perſonnes
en ont trouvé le vray ſens , &
ce font Mrs Pinçon , Amant
de la Belle de la ruë des Singes
; Grousteau , V. D. S. N.
de Blots ; L'Hermite Seculier
de Chefines , de Nantes ; le
Procureur à l'air galant de
Bourgueil ; la Devote Spirituelle
de la rue du Muret à
Chartres ; le Chevalier de
Maronnier , de la ruë de la
Monnoye ; le Repetiteur des
beaux Eſprits du coin de la
rue de Guenegaud , & le plus
aimé des Freres , qui l'ont eux
pliquée ſur le Sabot. Je vous en
GALANT. 243
en envoye une nouvelle à
mon ordinaire. Elle eſt de Mt
Hutuge d'Orleans .
E
:
ENIGME.
Trangere iadis , maintenant
Regnicole
Par un de ces faits inouis
Del'incomparable LOVIS,
Ou pour parler fans paraboles ,
Ce qu'inutilement j'ay tenté tant
defois ,
Réuffit depuis quelques mois.
Fille , & tout à la fois Mere de
l'efperance.
Sijamaison aimaſes jours ,
L'on enva prolonger le cours
Pour entrerdans ma confidence ;
Maisfans égard pour les premiers.
Mes plus richesfaveursferont pour
les derniers.
K 4
230 MERCVRE
ces fortes d'Airs , & fur tout les
luy entendre chanter chez luy,
vis à vis les Ecuries de Monſeigneur
, proche S. Roch ,feront
ſurpris de leur beauté , &
ne pourront s'empeſcher de les
preferer à ceux que l'on eſtime
le plus dans les Airs profanes.
Il y a fi longtemps que je ne
vous ay entretenue des Pieces
nouvelles de Theatre , que
quelque brün que la Comedie
d'Efope ait fait , je ne vous en
dirois rien en vous l'envoyant,
fi elle n'étoit d'un caractere
tout particulier , qui y fait
trouver l'utile joint à l'agreable
plus qu'on ne le trouve en
aucune autre. En effet les Fables
dont ſe ſert Efope en parlant
à ceux qui le viennent
confulter , ſemblent avoir eſté
GALANT.
231
faites pour le ſujet , & en ſe
faiſant écouter avec plaiſir par
le tour fin que leur a donné
l'Auteur , elles font entendre
de grandes leçons , dont les
gens ſages peuvent profiter.
Les Vers ſont fort naturels , &
font voir la facilité du Genie
deMr Bourſault. Ceux de vos
Amis qui voudront avoir cette
Comedie , la trouveront chez
les fieurs Girard & Guerout
Libraires au Palais .
Le ſieurGuerout commence
auſſi à debiter la ſeconde Edition
d'un Livre de Mr Milleran
Profeſſeur des Langues
Françoiſe, Allemande , & Angloiſe
, ſous le titre de Lettres
familieres autres fur toutesfortes
defajets. Rien n'eſt plus utile
pour ceux qui veulent avoir
un Modelle en écrivant. Ce
232
MERCURE
- Livre , dont la premiere Edi .
tion n'a duré que fix mois , eſt
augmenté de plus de cent Lettres
, & l'Auteur a reveu &
corrigé toutes les autres , qui
fontd'un ſtile aiſe & fort naturel
, au nombre de plus de quatre
cens , en quoy l'on connoist
qu'aucun Moderne n'en a tant
fait imprimer que luy . Il doit
donner au Publicdans fort pea
de temps d'autres Ouvrages,
auſſi utiles aux François qu'aux
Etrangers ſur la politeſſe de
noſtre Langue .
Le 24. de ce mois , jour du
Vendredy Saint , Mr Boucherat
, Chancelier de France,
tint le Conſeil , appellé Conſeil
des Remiſſions ou Graces ,
ſuivant ce qui s'eſt preſque
toûjours pratiqué par les
Chanceliers ſes predeceffeurs.
GALANT .
233
Les Officiers de la Chancellerie
& Secretaires du Roy y font
lecture des Lettres de Graces &
Remiſſions de crimes , qui ne
s'accordent pas volontiers les
jours ordinaires de Chancellerie.
Auſſi cela ne ſe faitqu'en
confideration de laſainteté du
jour ,& le tout ſe regle par la
prudence de Mrle Chancelier
& du Confeil. C'eſt ce qui eſt.
cauſe que dans ces fortes de
Lettres on a toujours employé
ces mots , En commemoration de
la Mort & Passion de nostre sauveur;
en quoy l'on s'eſt attaché
à imiter ce que pratiquoient
nos Rois qui tenoient ce
Conſeil en perſonne ce jour du
Vendredy faint
د
comme
y
exerçant une action de mifericorde
qui n'appartient qu'à .
eux ſeuls ,puis qu'ils peuvent,
236
MERCVRE
affis & couverts à coſté droit du
fauteuil du Roy , qui est toujours
vuide. Vn peu derriere
eſt le grand Audiencier de
France qui tient la Feuïlle ou
Regiſtre , afin d'y marquer les
voix , & les Lettres qui font
accordées ou refuſées . A coſté
gauche font les Officiers de la
Chancellerie & les Secretaires
du Royspour faire la lecture
des Lettres de graces . Aprés
que l'on a fait le rapport de
chacune de ces Lettres , Mrle
Chancelier prend les avis de
Mrs du Conſeil , ſelon leſquels,
il accorde ou il refuſe . Il y en.
a cu vingt ou vingt-cinq ac
cordées au Conſeildont je vous
parle. Mr le Chancelier les
marque toutes au bas , & les
donne à meſure à l'un de ſes
pement Secretaires ,
1
GALANT.
237
Secretaires , pour eſtre ſcellées
au premier jour de Sceau. Cet
te pratique est fort ancienne ,
& pour vous faire connoiſtre
qu'on l'obſervoit autrefois au
Conſeil du Roy , par l'avis duquel
les plus importantes affaires
de l'Etat ſe terminoient,fur
tout cette action memorable
de mifericorde au jour du Vendredy
Saint , je vous envoye
une de ces Lettres tirée des
Regiſtres de ce Confeil , &
conceuë dans les termes que
vous allez lire
e
aprés
Du 10. Avril l'an mil quatre
cens quatre-vingt buit
Pasque à Tours Aujourd'huy par
deliberation du Conseil , ont esté
ecritesà la Cour du Parlement les
Lettres dont la reneur s'enfuit.
Tres- chers Freres. Nous nous re-
Mars 1690.
د
K
228 MERCVRE
dire que Mr Bignon, cy devant
Avocat General au Parlement,
& Mr Bignon , aujourd'huy
Premier Preſident au Grand
Confeil , font Fils de Meffire
Ierôme Bignon , l'un des plus
grands hommes de noſtre
ſiecle , mort en 1656. Avocat
General au Parlement , & Conſeiller
d'Etat ordinaire . Le feu
Roy l'honora en 1642. de la
Charge de Grand Maiſtre de
ſa Bibliotheque , qui a toujours
eſté poſſedée par des
perſonnes illuftres dans les
Lettres. Il n'avoit que vingt.
trois ans lors qu'il publia ces
admirables Notes fur Marculfe
, dont les Sçavans ont
fait une eſtime ſi particuliere.
La Chanſon nouvelle dont
vous allez lire les paroles , c
du fameux Mr de Bacilly.
AU.
229
3

lorsque
Intendre
vec tant
AROUR DA
Je pense
LYON
FA
*
1803
lya re-
Bu tous
atrouraveuarqué
petites
udront
entun
itmettoude
8
e qu
oca
Mr
harg
fa Bibl
jours
perfon
Lettre
trois a
admira
culfe
ameux Mr de Bacilly.
GALANT.
229
AIR NOUVEAU.
I
Lest vray ,je l'ay dit , lors que
jevous entens
Je crois de mille Oiseaux entendre
le ramage,
Et vous chantez, Iris , avec tant
d'avantage ,
Qu'auplusfort de l'Hiver je pense
eftreauprintemps.
Lemeſme Mrde Bacilly a repaſſé
encore depuis peu tous
ſes Airs Spirituels , où il a trouvé
pluſieurs fautes de graveure
qu'il a corrigées ; ila marqué
ces corrections avec de petites
Etoiles. Ceux qui voudront
lire un peu attentivement un
avis fort ample qu'il a fait mettre
à la fin de ſes Livres , touchant
le merite peu connu de
230
MERCVRE
ces fortes d'Airs ,& fur tout les
luy entendre chanter chez luy,
vis à vis les Ecuries de Monſeigneur
, proche S. Roch , feront
furpris de leur beauté , &
ne pourront s'empeſcher de les
preferer à ceux que l'on eſtime
le plus dans les Airs pro
fanes.
Il y a ſi longtemps que je ne
vous ay entretenue des Pieces
nouvelles de Theatre , que
quelque bruit que la Comedie
d'Efope ait fait , je ne vous en
dirois rien en vous l'envoyant,
fi elle n'étoit d'un caractere
tout particulier , qui y fait
trouver l'utile joint à l'agreable
plus qu'on ne le trouve en
aucune autre. En effet les Fables
dont ſe ſert Eſope en parlant
à ceux qui le viennent
confulter , ſemblent avoir eſté
GALAN T.
231
faites pour le ſujet , & en ſe
faiſant écouter avec plaifir par
le tour fin que leur a donné
l'Auteur , elles font entendre
de grandes leçons , dont les
gens ſages peuvent profiter.
Les Vers ſont fort naturels , &
font voir la facilité du Genie
deMr Bourſault. Ceux de vos
Amis qui voudront avoir cette
Comedie , la trouveront chez
les ſieurs Girard & Guerout
Libraires au Palais .
Le ſieur Guerout commence
auſſi à debiter la ſeconde Edition
d'un Livre de Mr Milleran
Profeſſeur des Langues
Françoiſe, Allemande , &Angloiſe,
ſous le titre de Lettres
familieres&autresfur toutesfortes
defajets. Rien n'eſt plus utile
pour ceux qui veulent avoir
un Modelle en écrivant. Ce
232
MERCURE
Livre , dont la premiere Edi .
tion n'a duré que fix mois , eſt
augmenté de plus de cent Lettres
, & l'Auteur a reveu &
corrigé toutes les autres , qui
fontd'un ſtile aiſe & fort naturel
, au nombre de plus de quatre
cens , en quoy l'on connoist
qu'aucun Moderne n'en a tant
fait imprimer que luy. Il doit
donner au Publicdans fort peu
de temps, d'autres Ouvrages,
auſſi utiles aux François qu'aux
Etrangers ſur la politeſſe de
noſtre Langue .
Mr Bou-
Le 24. de ce mois , jour du
Vendredy Saint
cherat , Chancelier de France,
tint le Conſeil , appellé Conſeil
des Remiſſions ou Graces ,
ſuivant ce qui s'eſt preſque
toûjours pratiqué par les
Chanceliers ſes predeceffeurs.
GALANT.
233
Les Officiers de la Chancellerie
& Secretaires du Roy y font
lecture des Lettres de Graces &
Remiſſions de crimes , qui ne
s'accordent pas volontiers les
jours ordinaires de Chancellerie.
Aufſi cela ne ſe faitqu'en
confideration de laſainteté du
jour , & le tout ſe regle par la
prudence de Mrle Chancelier
& du Confeil . C'eſt ce qui eſt.
cauſe que dans ces fortes de
Lettreson a toujours employé
ces mots , En commemoration de
la Mort & Passion de nostre sauveur;
en quay l'on s'eſt attaché
à imiter ce que pratiquoient
nos Rois qui tenoient ce
Conſeil en perſonne ce jour du
Vendredy faint
2
, comme y
exerçant une action de mifericorde
qui n'appartient qu'à
eux ſeuls , puis qu ils peuvent,
236 MERCVRE
affis & couverts à coſté droit du
fauteuil du Roy , qui est toujours
vuide. Vn peu derriere
eſt le grand Audiencier de
France qui tient la Feuïlle ou
Regiſtre , afin d'y marquer les
voix , & les Lettres qui font
accordées ou refuſées .A coſté
gauche font les Officiers de la
Chancellerie & les Secretaires
du Roy , pour faire la lecture
des Lettres de graces. Aprés
que l'on a fait le rapport de
chacune de ces Lettres , Mrle
Chancelier prend les avis de
Mrs du Confeil , ſelon lesquels,
il accorde ou il refuſe. Il y en
acu vingt ou vingt-cinq ac
cordées au Confeildont je vous
parle. Mr le Chancelier les
marque toutes au bas , & les
donne à meſure à l'un de ſes
sarane Secretaires ,
2
1
GALANT.
237
Secretaires , pour eſtre ſcellées
au premier jour de Sceau.Cet
te pratique est fort ancienne ,
&pour vous faire connoiſtre
qu'on l'obſervoit autrefois au
Conſeil du Roy , par l'avis duquel
les plus importantes affaires
de l'Etat ſe terminoient,fur
tout cette action memorable
de mifericorde au jour du Vendredy
Saint , je vous envoye
une de ces Lettres tirée des
Regiſtres de ce Confeil , &
conceuë dans les termes que
vous allez lire
Du 10. Avril l'an mil quatre
cens quatre-vingt huit , aprés
Pasque à Tours Aujourd'huy par
deliberation du Conseil , ont esté
ecritesà la Cour du Parlement les
Lettres dont la reneur s'enfuit.
Tres- chers Freres. Nous nous re-
Mars 1690. K
1
228 MERCVRE
dire que Mr Bignon, cy devant
Avocat General au Parlement,
& Mr Bignon , aujourd'huy
Premier Preſident au Grand
Confeil , font Fils de Meffire
Ierôme Bignon , l'un des plus
grands hommes de noſtre
ſiecle , mort en 1656. Avocat
General au Parlement , & Conſeiller
d'Etat ordinaire . Le feu
Roy l'honora en 1642. de la
Charge de Grand Maiſtre de
ſa Bibliotheque , qui a toujours
eſté poſſedée par des
perſonnes illuſtres dans les
Lettres . Il n'avoit que vingt.
trois ans lors qu'il publia ces
admirables Notes fur Marculfe
, dont les Sçavans ont
fait une eſtime ſi particuliere.
La Chanſon nouvelle dont
vous allez lire les paroles , e
du fameuxMr de Bacilly.
AU.
229
lors que
entendre
vec tant
LOUD je pense
LYON FA
**
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atrouaveuarqué
petites
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trois a
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GALANT.
229
AIR NOUVEAU .
LLeessttuvrraayy,je l'aydit , lors que
jevous entens
Je crois de mille Oiseaux entendre
leramage,
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Et vous chaniez, Iris , avec tant
d'avantage ,
Qu'auplusfort de l'Hiver je pense
eftreauprintemps.
Lemeſme MrdeBacilly a repaſſé
encore depuis peu tous
ſes Airs Spirituels , où il a trouvé
pluſieurs fautes de graveure
qu'il a corrigées ; ila marqué
ces corrections avec de petites
Etoiles. Ceux qui voudront
lireun peu attentivement un
avis fort ample qu'il a fait mettre
à la fin de ſes Livres , touchant
le merite peu connu de
230
MERCVRE
ces fortes d'Airs , & fur tout les
luy entendre chanter chez luy ,
vis à vis les Ecuries de Monſeigneur
, proche S. Roch , feront
ſurpris de leur beauté , &
ne pourront s'empeſcher de les
preferer à ceux que l'on eſtime
le plus dans les Airs pro
fanes.
Il y a ſi longtemps que je ne
vous ay entretenue des Pieces
nouvelles de Theatre , que
quelque bruit que la Comedie
d'Esope ait fait , je ne vous en
dirois rien en vous l'envoyant,
fi elle n'étoit d'un caractere
tout particulier , qui y fait
trouver l'utile joint à l'agreable
plus qu'on ne le trouve en
aucune autre . En effet les Fables
dont ſe ſert Eſope en parlant
à ceux qui le viennent
confulter , ſemblent avoir eſté
GALANT.
231
faites pour le ſujet , & en ſe
faiſant écouter avec plaiſir par
le tour fin que leur a donné
l'Auteur , elles font entendre
de grandes leçons , dont les
gens ſages peuvent profiter.
Les Vers ſont fort naturels , &
font voir la facilité du Genie
deMr Bourſfault. Ceux de vos
Amis qui voudront avoir cette
Comedie , la trouveront chez
les ſieurs Girard & Guerout
Libraires au Palais .
Le ſieur Guerout commence
auſſi à debiter la ſeconde Edition
d'un Livre de Mr Milleran
Profeſſeur des Langues
Françoiſe , Allemande , & Angloiſe,
ſous le titre de Lettres
familieres autres fur toutesfortes
defajets. Rien n'eſt plus utile
pour ceux qui veulent avoir
un Modelle en écrivant. Ce
232 MERCURE
-Livre , dont la premiere Edi.
tion n'a duré que fix mois , eſt
augmenté de plus de cent Lettres
, & l'Auteur a reveu &
corrigé toutes les autres , qui
fontd'un ſtile aiſe & fort naturel
, au nombre de plus de quatre
tens , en quoy l'on connoift
qu'aucun Moderne n'en a tant
fait imprimer que luy. Il doit
donner au Publicdans fort peu
de temps, d'autres Ouvrages,
auſſi utiles aux François qu'aux
Etrangers ſur la politeſſe de
noſtre Langue .
Le 24. de ce mois , jour du
Vendredy Saint Mr Boucherat
, Chancelier de France,
tint le Conſeil , appellé Conſeil
des Remiſſions ou Graces
ſuivant ce qui s'eſt preſque
toûjours pratiqué par les
Chanceliers ſes predeceffeurs.
GALANT.
233
Les Officiers de la Chancellerie
& Secretaires du Roy y font
lecture des Lettres de Graces &
Remiſſions de crimes , qui ne
s'accordent pas volontiers les
jours ordinaires de Chancellerie.
Auſſi cela ne ſe faitqu'en
conſideration de la ſainteté du
jour ,& le tout ſe regle par la
prudence de Mrle Chancelier
& du Confeil . C'eſt ce qui eſt
cauſe que dans ces fortes de
Lettreson a toujours employé
ces mots , En commemoration de
la Mort& Passion de nostre sauveurzen
quoy l'on s'eſt attaché
à imiter ce que pratiquoient
nos Rois qui tenoient ce
Conſeil en perſonne ce jour du
Vendredy faint , comme y
exerçant une action de miſericorde
qui n'appartient qu'à,
eux ſeuls , puis qu ils peuvent,
,
Tob smili
234
MERCURE
ſelon qu'ils le jugent à propos ,
remettre la vie à leurs Sujets .
CeConſeil ſe tient ordinairementen
l'Hostel de M.le Chancelier
, dans une Salle proprement
parée. Au milieu eſt un
Bureau couvert d'un tapis de
velours violet , parſemé de
Fleurs de Lys d'or avec les
Armes de France relevées en
or. Au bout du Bureau eſt le
fauteüil du Roy , de velours
rouge chamarré de galon &
creſpine d'or , & à coſté , la
chaiſe de Mr le Chancelier. II
y a d'autres chaiſes tout autour
pour lesConſeillers d'Etat & les
Maistres des Requeſtes. A
l'heure marquée Monfieur le
Chancelier vient dans cette
Salle , precedé du Chauffecire
, qui porte le coffre d'or
parfemé de Fleurs de Lys , où
GALANT.
235
font enfermez les Sceaux de
France. Les Huiffiers de la
grande Chancellerie , en manteau
;& ayant au col la chaî
ne d'or , marchent à coſté du
Chaufecire , qun eſt precedé
desGardes de Mr le Chancelier.
Ce grand Chef de la Juſtice
vient accompagné des
Confeiller d'Etat ordinaires
& de Semestre , des Maistres
des requeſtes de quartier , du
grand Audiencier , tous en
robes de fatin , & des Offciers
delaChancellerie & Secretaires
du Roy , veſtus comme
de coutume. Les Confeillersd'Etat
ſelon leur rang de
reception , ainſi que les Maiſtres
des Requeſtes , Confeillers
auGrandConfeil,&grand
Rapporteur de France, prenent
leurs places , & y demeurent
236 MERCVRE
affis & couverts à coſté droitdu
fauteuil du Roy , qui eſt toujours
vuide. Vn peu derriere
eſt le grand Audiencier de
France qui tient la Feuïlle ou
Regiſtre , afin d'y marquer les
voix , & les Lettres qui font
accordées ou refuſées . A coſté
gauche font les Officiers,de la
Chancellerie & les Secretaires
du Roy, pour faire la lecture
des Lettres de graces . Aprés
que l'on a fait le rapport de
chacune de ces Lettres , Mrle
Chancelier prend les avis de
Mrs du Confeil , ſelon lesquels,
il accorde ou il refuſe . Il y en
acu vingt ou vingt-cinq ace
cordées au Confeil dontje vous
parle. Mr le Chancelier les
marque toutes au bas , & les
donne à meſure à l'un de ſes
anabis 2 Secretaires ,
1
1
GALANT.
237
Secretaires , pour eſtre ſcellées
au premier jour de Sceau.Cet
te pratique est fort ancienne ,
&pour vous faire connoiſtre
qu'on l'obſervoit autrefois au
Conſeil du Roy , par l'avis duquel
les plus importantes affaires
de l'Etat ſe terminoient,fur
tout cette action memorable
demifericorde au jour du Vendredy
Saint , je vous envoye
une de ces Lettres tirée des
Regiſtres de ce Confeil , &
conceuë dans les termes que
vous allez lire
Du 10. Avril l'an mil quatre
cens quatre-vingt huit , aprés
Pasque à Tours Aujourd'buy par
deliberation du Conseil , ont esté
ecritesà la Cour du Parlement les
Lettres dont la reneur s'enfuit.
Tres- chers Freres. Nous nous re-
Mars 1690.
K
238 MERCURE
commandons àvous en cette semai
ne Sainte paffée. De la partie de
Iean Baron , Laboureur de la Parroiſſe
de Gueneville au Comtéd'Eu,
âgéde trente ans ou environ, charzé
de Femme &Enfans , à present
détenu prisonnier en la Conciergerie
du Palais , aesté preſenté Requeste
an Roy & à son Confeil , requerant
audit Seigneur,qu'il luy plaiſe
remettre & abolirle cas pour lequel
il est detenu Priſommier , que onc
veut bienfaire. A cette cause ona
differé luy enparler à ce Vendredy
Saint , pour ce que jamais il n'en
oit parler de semblable , & ainsi a
estéavisé pour le mieux , combien
que ce fuſtdes caspiteux , que ledit
jour luy devoient estre rapportez .
Toutefoit afin que la Requeſte dudit
Suppliant ne luy demeure infru
Etueuse , après qu'elle a esté venë
wu Confeil ,& qu'ildit par icelle
JORRRR RA
GALANT .
239
que lors qu'il commit ledit cas il
n'estoit âgé que de 14, à 15. ans,
gardantles Bestes, &n'estoit de cas
de discution ; auſſi que depuis ils'est
marié , & a enfans & menage, où
il s'est bien gouverné , & qu'il y a
quinze ans que le cas est averu , a
⚫esté deliberé vous en écrire , à ce
que soyezavertis & informezqu'il
s'eſt mis enſon devoir de pourchas
fer envers ledit Seigneur , pour en
avoir remiſſion audit jour du Ven.
dredy, pour luy profiter , & valoir
en diminution deſa peine en tout
ou partie, car c'est un cas qui pou
voit bien eſtre du nombre des au
tres, pour estredepeſchédudit iour,
à quoy vous prions que veuillez
avoir égard , quand viendra à la
dépeſche de la matiere. Ecrite à
Tours ledixième jour d' Avril , auffi
Souscritsles Gens dugrand Confeil
du Roy , & deſſut parle derriere
K 2
240 MERCURE
est écrit. Anos tres- chers Freres les
Gens tenant la Cour de Parlement .
Le Sr Girard& le Sr Couſtellier
, Libraires , debitent
des Feuïlles qui doivent eſtre
fortutiles au Public. Elles ont
pour titre , Reduction generale
des Monnoyes anciennes en Monnoyes
nouvelles , & cette Reduction
a eſté exactement calculée
par Mr de Senne , Profeſſeur
d'Arithmetique. Ainſi par le
moyen de ces Feuilles on voit
d'un coup d'oeil , combien en
voulant changer un certain
nombre de Louis de 11 liv. 12.
fou d'écus blancs de 62. f. on
doitavoir de Louis d'or de 12 .
liv. 1o. f. ou d'écus blancs de
66. f. Par exemple , ſi l'on veut
changer trente - trois Louïs
d'orde 11. 1. 12. f. on trouvera
GALANT. 241
qu'on doit avoir 30. Louis d'or
& demy de 12. 1. 10. f. avec
le quart d'un écu blanc de
66. f. & 14. f. fix deniers de
petite Monnoye , & fi l'on
veut changer ce mefme nombre
de trente- trois Louis d'or
de 11. liv . 12. f. en Ecus blancs
de 66. f. on trouvera qu'on en
doit avoir cent feize. Ces
meſmes Feuilles apprennent
encore quelle ſomme doit
faire tel nombre de Louïs
d'or de 11.liv . 12. f. & de 12.1.
10. f. qu'on trouve à compter .
La meſme choſe eſt pour les
Ecus blancs de 62. f. & de 66.f.
de forte que l'on voit tout
d'un coup que trente- trois
Louis d'orde 11.1. 12. f. valent
trois cens quatre- vingt- deux
livres ſeize fols & que le
mefme nombre de Louis d'or
K 3
240 MERCURE
est écrit. Anos tres- chers Freres les
Gens tenant la Cour de Parlement .
Le Sr Girard & le Sr Couſtellier
, Libraires , debitent
des Feuïlles qui doivent eſtre
fortutiles au Public. Elles ont
pour titre , Reduction generale *
des Monnoyes anciennes en Mon.
noyes nouvelles , & cette Reduction
a eſté exactement calculée
par Mr de Senne , Profeſſeur
d'Arithmetique. Ainſi par le
moyen de ces Feuilles on voit
d'un coup d'oeil , combien en
voulant changer un certain
nombrede Louis de 11 liv. 1-2 .
f. ou d'écus blancs de 62. f. on
doit avoir de Louïs d'or de 12 .
liv. 1o. f. ou d'écus blancs de
66. f. Par exemple , ſi l'on veut
changer trente- trois Louis
d'or de 11. 1. 12. f. on trouvera
GALANT . 241
qu'on doit avoir 30. Louis d'or
& demy de 12. 1. 10. f. avec
le quart d'un écu blanc de
66. f. & 14. f. fix deniers de
petite Monnoye , & fi l'on
veut changer ce mefme nombre
de trente- trois Louis d'or
de 11. liv. 12. f. en Ecus blancs
de 66. f. on trouvera qu'on en
doit avoir cent feize. Ces
meſmes Feuilles apprennent
encore quelle ſomme doit
faire tel nombre de Louïs
d'or de 11.liv. 12. f. &de 12.1.
10. f. qu'on trouve à compter.
La meſme choſe eſt pour les
Ecus blancs de 62. f. & de 66.f.
de forte que l'on voit tout
d'un coup que trente- trois
Loüis d'orde 11.1. 12. f. valent
trois cens quatre- vingt- deux
livres ſeize ſols , & que le
mefme nombre de Louis d'or
K 3
248. MERCURE
de 12. 1. 10. f. vautquatre cens
douze livres dix fols .
le vous avois bien dit que
PEnigime du mois paſſe , quoy
qu'elle ne fuſt que de quatre
Vers , n'en feroit pas plus aiſée
à deviner. Peu de perſonnes
en ont trouvé le vray ſens , &
ce font Mrs Pinçon , Amant
de la Belle de la ruë des Singes
; Grousteau , V. D. S. N.
de Blois ; L'Hermite Seculier
de Chefines , de Nantes ; le
Procureur à l'air galant de
Bourgueil ; la Devote Spirituelle
de la rue du Muret à
Chartres ; le Chevalier de
Maronnier , de la ruë de la
Monnoye ; le Repetiteur des
beaux Eſprits du coin de la
rue de Guenegaud , & le plus
aimé des Freres , qui l'ont eux
pliquée ſur le Sabot. Je vous en
GALANT . 243
en envoye une nouvelle à
mon ordinaire. Elle eſt de Mt
Hutuge d'Orleans .
L
E
:
ENIGME.
Trangere iadis ,
Regnicole
maintenant
Par un de ces faits inouis
Del'incomparable LOVIS,
Ou pour parler fans paraboles ,
Ce qu'inutilement j'ay tenté tant
defois ,
Réuffit depuis quelques mois.
Fille, & tout à la fois Mere de
l'efperance.
Sijamais on aimaſes jours ,
L'on envaprolonger le cours
Pour entrerdans ma confidence ;
Maisfans égard pourles premiers.
Mes plus richesfaveursferont pour
les derniers.
K 4
244
MERCVRE
le ne vous ay parlé de Mr
le Cardinal de Boüillon depuis
qu'il eſt à Rome , que pour
vous marquer qu'il y tenoit
le rang de Cardinal Prince ,
& qu'il y foutenoit avec éclat
tous les avantages qu'il en doit
tirer; mais il me reſte encore
beaucoup de choſes à vous en
dire. Elles luy donnent d'autant
plus de gloire qu'il les
doit moins à ſon fang qu'à fon
merite , qui luy a tellement
acquis l'eſtime du Pape , que
trois jours aprés que Sa Sain
teté eut eſté élevée au Pontificat,
Elle le mit de la premiere
Congregation d'Etat qu'Elle
tint , quoy qu'elle ne fuſt que
de neuf Cardinaux . Le Saint
Pere luy a témoigné dans toutes
les occaſions qui ſe ſont
preſentées de luy faire des gra
GALANT.
245
ces ,ou de luy donner des marques
d'honneur,une confideration
tres particuliere, luy ayat
acordé les Bulles de l'Abaye de
Clugny , & l'ayant mis en un
jour de ſept Congregations
differentes , qui ſont cellesdu
Saint Office ; de la ſignature de
grace ; de la Propagation de
la Foy ; des Eveſques , des Reguliers
, du Concile ; des immunitez
Eccleſiaſtiques , & de
l'Indice. le necroy pas qu'aucun
autre ait eſté mis en un
meſme jour de toutes ces Congregations
. Sa Sainteté a auſſi
nommé Mr le Cardinal de
Boüillon avec Mr le Cardinal
Spinola , pour chercher les
moyens d'accommoder un differend
, dont l'heureux ſuccés
ſera avantageux à l'Eglife. Ie
n'entre point dans cette affai
Ks
246
MERCVRE
1
P
re ,dont je vous entretiendray
plus au long quand on l'aura
terminée. le puis cependant
vous dire,qu'elle fera bien glorieuſe
à ceux qui auront l'a
vantaged'avoir mis fin à de
fi grands differends , & fur lefquels
toute l'Europea les yeux
ouverts , & particulierement
les mal - intentionnez pour
FEgliſe Romaine , qui depuis
quelques années en ont tiré
des avantages , dont la veritable
Egliſe ſouffre preſentemér.
Ce que je vous dis de Mr le
Cardinal de Boüillon me don.
ne lieu d'ajouter que Mr le
Prince de Turenne , fon Neveu
, eftdepuis quelque temps
à Rome auprés de Son Eminence
, & que lors qu'il alla à
l'Audience du Pape,Sa Sainte.
téle fit affeoir & couvrir ,le
araita d'Alteſſe & luy fic 2
1
GALANT.
247
rendre par tout le ſacré College
, tous les honneurs que
lon rend à Rome aux Fils
aiſnez des Princes Souverains,
Sa Sainteté luy témoigna la
fatisfaction qu'Elle avoit euë ,
& qu'Elle confervoit des ſervices
ſignalez que ce Prince
a rendus à la Republique de
Veniſe , & luy dit , que c'étoit
à ſa bonne conduite &
à ſa valeur que cette Republique
devoit une partie de
ſes Conqueſtes . Quoy que Sa
Sainteté cuſt beaucoup de
confideration pour ce Prince ,
àcauſe qu'il venoit de combattre
pour ſa Patrie , ce n'eſt
pas neanmoins par cette raiſon
qu'elle luy a fait rendre
tant d'honneurs. On a ſuivy
le Ceremonial ,& l'on a receu
Mr le Prince de Turennede la
K6
248 MERCURE
mefme maniere , que le Pape
Urbain VIII. recent en 1644 .
Mr le Duc de Boüillon , ſon
Grand-pere.
Le 12. de ce mois on acheva
à Breſt de faire l'embarquement
des Troupes que l'on
avoit deſtinées pour l'Irlande.
La flote ſe trouva com
poſée de trente quatre Vaiſ
ſeaux de guerre , & le lende
main elle fut jointe par l'Ex.
cellent & le Témeraire qui arriverent
de Rochefort . Mr le
Marquis d'Amfreville , LientenantGeneral
, & Mrs de Nefmond
& le Chevalier de Flacour
, font ſur cette Flotte.
Elle partiele 17. jour de Saint
Patrice Patron d'Irlande
qui eſt le jour que le Roy
d'Angleterre fit voile l'année'
derniere , pour ſe rendreen ce
oyaume- là ,& elle feroit par-
, >
GALANT. 249
,
tie dés le 13. quand meſime les
deux Vaiſſeaux de Rochefort ,
& cinq autres de Toulon ,
commandez par Mrde Pales ,
qui la joignirent au moment
de ſon départ ne ſeroient
point arrivez , ſi le vent ſe
fuſt trouvé favorable . Voicy
les noms des trente- fix
premiers Vaiſſeaux avec ceux
des Capitaines , & le nombre
des hommes d'équipage , &
des pieces de Canon .
Vaisseaux. Capitaines . Equi. Can .
Meſſieurs-
L'Eclatant, de Riberette , 420 .
62
Le Content , de Pontac , 370.
60
LeGlorieux, de la Luserne , 380.6
60
Le Serieux , de Relingue , 370 .
60
Le Henry ,
d'Ar.blimont. 360. 64
Le Furicux , Deſnots , 350 .
60
L'Ardent , de Septeme. 379.
62
Le Marquis ,
deBelifle . 330. 56
deBelfontaine . 350 .
8
Le Prince ,
LeCourageux, deReal. 350 60
250
MERCVRE
L'Excellent , le Ch. de Mon- 350 . 60
bron.
LeFort , de la Harteloire. 350 . 58
L'Entreprenant le C.de Sepville. 350 . 60
L'Apollon , Bidault . 330. 58
Le Vermandois du Chalart . 350. 58
LeBon , le Ch du Palais . 300 . 54
LeMaure, le Ch. de la Ga- 294. 54
liffonniere.
Le Sage, Colbert S.Mare, 300 . 30
Le François , le Ch.d'Ailly. 250. 46
Le Trident , des Francs . 275. 52
LeBrave, deChampigny . 356. 56
Le Temeraire , de Rivau Huer, 360 . 54
Le Diamant, de Serguigny. 300. 54
Le Neptune , de_Fourbin. 230. 48
'Arc- en-Ciel ,de Ste Maure.
L'Arrogant , le Ch.Deſadrais.
L'Emporté , le Ch deGenlis .
250 . 44
350 . 58
230. 36
drais.
Le Joly , desAugers ,
Le Modere , de Chamelin .
gere.
Le Leger , le Ch . deVillars .
Le S.Michel , de Chaumont ,
Le Faucon , le Baron Defa.
Le Sans pareil ,Ch. de la Ron- 350 .
Le Palmier , Ch. de la Gui- 200.
230 . 40
330. 58
200. 36
200. 36
300. 50
58
36
63
che.
L'Alcion, J. Baërt. 200. 40
Outre ces Vaiſſeaux il ya
GALANT.
251
quatre Brulots& cinq Fluftes .
On a embarqué ſur les 34,
premier qui estoient preſts à
partir le 13. ſans les deux de
Rochefort , ſeize Compagnies
du Regiment de Fammarcon ,
qui font environ mille hommes
; ſeize Compagnies du Regiment
Allemand de Zurlauben
, qui font prés de deux
mille hommes ; ſeize Compagnies
du Regiment de Merode,
qui font huit cens hommes ;
vingt& une Compagnies de
Regiment de la Marche , qui
font neufcens hommes ;vinge
&une Compagnies du Regimentde
Courvafier, neuf cens
hommes , vingt & une Compagnies
du regiment de Foreſt
, neuf cens hommes , &
quelques autres Troupes , des
Regimens deſquelles je n'ay
252
MERCURE
1
pas les noms. Les Officiers de
cesTroupes ſe montent a
13. Colonels , & lieutenans
Colonels .
99. Capitaines
192. Lieutenans .
:
Il ya outre cela quatre cens
Irlandois , & parmy eux beaucoup
d'Officiers . Il y a auffi
quantité d'Anglois , & de Volontaires
François ,& il feroit
impoſſible d'exprimer la joye
avec laquelle ces Troupes ſont
parties, Perſonne n'a deferté,
& il s'eſt trouvé à l'embarquement
cinq cens perſonnes au
dela du nombre qu'on croyoit
y devoir eſtre. Mr Daigriny en
eſt Intendant. Il y a cinq Commiffaires
, un Lieutenant General
d'artilleries , des Commiſſaires
des vivres , des Chirurgiens
,& tout ce qui eſt neGALANT.
253
ceſſaire pour un Hôpital. Il y
a auſſi douze pieces de Canon
nouvellement fondues dans
l'Arsenalde paris& douze autres
pieces ; cent Bombes de
fix - vingtlivres ; cent de quatre-
vingt livres ; cent deRem.
part , fix milleGrenades, trente
deux mille Boulets de plomb ;
dix huit cens Boulets de Calibre
, fix cens ſoixante & quatre
gros Balots d'armes ; Mouf
quets ; Fufils , Mousquetons ,
Piſtolets , Sabres , Faux , Hal.
lebardes , Haches,& cinq cens
quatre- vingt quatre gros Balots
de méches ;deux cens cinquante
gros Balots pour l'Hô
pital de l'Armée;trois cens gros
Balots de chemiſes pour les
Soldats ; fix - vingt Balots
de fouliers ; fix cens trenteſept
petits Balots d'acier &
254 MERCVRE
de cuivre pour faire de la monnoye
,& des Fourbiſſeurs , Armuriers,
Charpentiers ,Menuifiers
& Maçons. Je pourrois
faire icy de longs raiſonnemens,
maisje me contente d'admirer
le Roy& le pouvoir de
la France.
Les fonctions de la ſemaine
Sainte eſtant plus penibles
pour leRoy, que pour aucunde
fes Sujets , Sa Majesté n'a pas
laiſſe de s'en acquiter d'une
maniere qui marque ſa bonne
ſanté , & qui fait de plus en
plus connoiſtre ſon zele pour la
Religion. Il a ſouvent oüy les
Predications du Pere Gaıllard
Iefuite , dont laCour a eſté tresfatisfaite.
Le Sermon de la Cene
futpreſché par M. l'Abbé d'Arnoye
l'undesquarante de l'AcademieRoyaled'Arles
, & qui
GALANT.
255
:
s'eſt diſtingué par les prix qu'il
a remportez , & par plufieurs
Sermons qui ont receu beaucoup
d'applaudiſſemens. je
vous parleray le mois prochain
des Benefices nouvellement
donnez par le Roy .
Il n'y a rien qui fubſiſte plus
difficilementque les Ligues.Un
intereſt commun les fait naiftre
contre le Princequi en eſt
l'objet , mais les intereſts particuliers
des Princes qui les
compoſent, les détruiſent.L'E-
• lecteur de Brandebourg ne
veut point quitterBonn qu'on
ne luy donne le Canon & les
munitions de laPlace , ou de
l'argent pour la valeur, ou bien
qu'on neluy affigne une ſomme
confiderable ſur le Domaine
de Rhimberg. Il ne demande
rien quedejuſte . Les Alliez
256 MERCURE
lui doivent cetteconqueſte,au
cũ n'avoit des Troupes en plus
grand nombre que luy , & fon
Artillerie pendant le Siege
eſtoit plus confiderable que
toute celle des Alliez enſemble.
Meſſieurs de la Ville deCologne
demandent au Prince
Clement de Baviere qu'on démoliſſe
Rhimberg , ou bien
qu'il faſſe reparer & fortifier
les dehors de la Place , en ſorte
qu'elle puiſſe contenir une
Garniſon de quatre mille hommes
. Cette demande eſt de bon
fens , & fans cela les fruits de
la Ligue demeurent inutiles .
Cependant il eſt impoſſible que
lePrince Clement puiſſe trouver
l'argent neceſſaire pour
cette dépenſe, l'Electorat de
Cologne ne luy pouvant pas
GALANT. 257
fournir , dans la ſituation où
font les affaires , dequoy entre.
tenir ſeulement une partie de
fa maiſon . L'Electeur de Bavicre
luy en peut encore moins
donner , les dernieres Campagnes
l'ayant fort endetté,&les
grandes ſommes qu'il doit le
mettant preſque hors d'eſtat de
retourner à l'Armée .
t. Le Prince d'Orange commence
à connoiſtre depuis
qu'il acaſſé le Parlement d'Angleterre
, qu'il aura de la peine
àconſerver ce Royaume- là. II
ne ſe fie pas non plus à la Ville
d'Amſterdam , quoy que leur
démeſlé ſoit accommodé , parce
qu'il eſt perfuadé que cette
Ville feait qu'il ne pardonne
jamais ,& que par cette raiſon
elle doit plûtoſt chercher à
258 MERCVRE
ſecoüer le joug de ſonautorité,
queſe fier à luy.
Depuis que les Liegeois ont
rompu la neutralité , ils ont fait
une dépensé ſi extraordinaire
qu'il eſt impoffible qu'ils s'en
relevent jamais. Les Ecclefiaſtiques
font entrez dans ladépenſe
de l'Estat , & ont ſigné
pour l'argent qu'il a emprunté,
cequi nes'eſtoit jamais fait en
ce Pays là. Ils demandent avec
perſecution aux Alliez d'affiegerDinan,
ſans quoy ils diſent
qu'ils font entierement ruinez.
L'Electeur de Saxeau lieu de
remplir ſes Magazins pour la
Campagne prochainea vendu
cequi estoit dedans ,&doit , à
ce qu'on aſſeure , demeurer
l'eſtéprochaindans ſes Eſtats.
GALANT.
259
Vous ſcavez que les Affaires
deHongrie empefcheront que
l'Empereur n'ait autant de
Troupes fur le Rhin que pendantla
Campagne dernier. Ie
n'entre dans aucuns des raiſonnemens
que la ſituation des
Affaires de ces Princes donne
lieu de faire. le ſuis , Madame,
Voſtre , &c .
THEQUE
LYON
*1893
DE
LA
FIN.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le