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1690, 02 (Lyon)
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me.
ExДопо
RA. Claud. Franc.Menes /vin
Sor Jesu


MERCVRE
807156VILLE DE LYO GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE_DAUPHIN
Collag.Lugd. SS. Trinit.
FEVRIER 1690.
Societ. Jefe Cat. Juser.
A LYON
LYON
*1803
Chez THOMAS AMAUERY ,
au Mercure Galant .
M. DC . XC .
AVEC PRIVILEGE DU ROY.

われわれ
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2
LIVRES NOUVE AUX
du Mois de Fevrier 1690 .
Ouvelle Chirurgie Medicale
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Sçavant Ettmuler, traduite en
François , ind. 30. f.
Lettres familieres , Galantes
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Profeſſeur des Langues
Françoiſes Alemandes & Angloiſes
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Hiſtoire de Charles
4
ã 3
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La vie de Saint Loüis , in 4.
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Hiſtoire de Philippe de
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La vie de Salomon , in 8 .
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Les Penſées Chrêtiennes
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Parties en general , des Intendans
des grandes Maiſons , des
Procureurs , des Avocats , des
Notaires & des Huiſſiers, ind.
30. fols.
Lettre à Monfieur ***,
contenant pluſieurs nouvelles
obſervations ſur l'Oſteologie
, inquarto papier marbré,
10. fols.
Inſtructions pour les Jardins
de Monfieur de la Quintinie ,
inquarto , deux volumes avec
pluſieurs figures , 12. liv.
L
*

L
Avis pour placerles Figures.
L'Air qui commence par, Envain
cruelle Iris j'ay perdu l'efperance
, doit regarder la page 64.
L'Eſtampe des Jettons , doit
regarder la page • 115
MERCURE
GALANT
LELI
3
LYON E
FEVRIER 1690
*1893*
,
OUTES lesactionsdu
T Roy ne ſont pas feulement
d'une nature
à les faire regarder
d'abord avec admiration
mais le temps fait remarquer
qu'elles ſont juſtes , neceffaires
& prudentes. La quantité
d'argenterie qu'on a por.
tée aux Hoſtels des Mon-
Fevrier 1690 . A
2 MERCURE
,
noyes de France , a confirmé
cette verité. On avoit bien
cru qu'on y en envoyeroit
pour des ſommes confidera.
bles mais on eſtoit éloigné
de penser qu'elles deuffent
produire le double de
tout ce qu'on s'en eſtoit pû
imaginer. Cela eſt cauſe qu'il
a falu prolonger de moitié le
temps marqué pour la rece.
voir. On voitpar là qu'il eſtoic
temps de faire cette reforme.
Elle ne peut qu'eſtre avantageuſe
à l'Etat , puis que cette
prodigieuſe quantité d'argenterie
n'y eſtoit d'aucune utilité.
Celuxe ne regne point
dans les Pays étrangers , & ils
ne s'en trouvent pas mal.
Auſſi n'eſt il pas neceſſaire
que pour fatisfaire une fotte
vanité ,des Bourgeois , comGALANT.
3
trouve
me on en a remarqué à Paris ,
ayant preſque autant de Vaiffelle
, & d'autres Ouvrages
d'argent , qu'il s'en
chez de petits Souverains
Mr de Vin , dont vous connoiſſez
l'heureux talent en
Poësie , par pluſieurs pieces
que je vous ay envoyées de
fa façon , & que vous avez
toutes fort eſtimées , a fait
fur ce ſujetles Vers que vous
allez lite.
LE LVXE DE'TRVIT.
Ne te rebute point , Muse , reprens
ta Lyre ,
Vn miracle nouveau t'excite à le
chanter ;
C'est LOVIS qui lefait, cetate doit
Suffire.
A 2
4
MERCVRE
Ainfi cherchedes tons que l'onpuiſſe
goûter ,
Et d'unemetode nouvelle
Ajuſtant ta voix avec elle ,
Fais entendre en tous lieux , & redire
aux Echos
Ta reconnoiffance & ton Zele ,
Et le plus grand de ſes travaux.
Le Ciel qui le donnapourlebien
de la France ,
Lepromit long- temps à nos veux.
Etſemblane nousfaire attendre fa
naissance ,
Que pournous rendre plus heareux.
Nostre pieuse violence
Qui renverſeſouventſes Decrets ,
Sesdeſſeins..
Comme en dépit de luy l'arracha de
Sesmains.
Dés qu'il parut , quelle allegreffe?
Maisquels transports de joye &
quels raviſſemens
i
GALANT . 5
Quandon wit les empreſſemen's
Qu'ilent de s'éloigner de l'indigne
moleſſe ,
Qui des Rois d'ordinaire occupe la
jeuneſſe!
Bien loin de s'ébloüir du pouvoir
Souverain ,
La fienne fut toujours utilement
active.
Noftre attente&fongrand destin
Estoient àfoutenir , & bien nous
prit enfin
4
Qu'on ne la vit jamais oiſive ;
Cariltrouva d'abord trois Monstres
àdompter,
Mais Monftres, qui fameux par
plus d'un homicide ,
Demandoient des efforts plusgrands
que ceux d'Alcide ,
Etplus qu'un Fils de Jupiter.
Pour voir couler duSang lepremier
qui s'empreffe ,
A3
6 MERCURE
( On le nommelefaux honneur)
Par de frequens Combats épuiſoit
la Nobleffe.
Ses yeux de Bazilic inſpiroient la
fureur
A toute la folle jeunesse,
Et par leur poison délicat
On voyoit perdre en vain la force
de l'Etat.
Ce mal d'autant plus incurable
Qu'àceux qu'il attaquois ilparoif
foit aimable,
Et qu'il paffoit pourglorieux,
Sembloit le détourner d'en eſſayer
la cure ,
Et luy dire qu'enfin , tournécomme
en nature ,
Iln'y réussiroit pas mieux
Que la pluſpart de ses Ayeux..
Mais dés qu'il s'appercent qu'elle
estoit necessaire ,
Il l'entreprit , il fit ce qu'ils n'ar
voient på faire ,
GALANT .
7
Et d'un seul trait que lance un
fulminant Edit ,
Terraſſe le Duel,le dompte ,& le
déiruit.
Par là, plus docile ,&plusfage,
Cette Nobleffe apprit à reglerfon
courage,
Et loin de prodiguer ſonsang
Pour un mot de travers , pour un
Pas, pourun rang ,
Nemontra plus dejalousie
Qu'à qui ſerviroit mieuxſonPrince&
saPatrie.
Avant cela defon grandCorps
L'Ennemy méprisoit les impuiſſans
efforts ;
Ilestoit énervé par safieremanie,
Mais mieux instruit du point
d'honneur,
Il n'en connut plus d'autre , &
LOVIS àsa refle
Marchatoûjours depuis de Conque.
ſteen Conqueste,
A 4
8 MERCVRE
Etpeut- eftre en doit- ilquelqu'une
àsa valeur.
Cepremier Monfire àbas luyfit
naiſtre l'envie
De triompher de l'heresie.
CeSecond,fourbe , adroit ,fier,&
feditieux.
Parfon air carreffant , parsavoix
de Syrene ,
D'abord, quoy qu'ensecret, introduit
en tous lieux ,
Les avoit infectez defafuneste
baleine.
Les charmes de la nouveauté
Luy donnoient même unebeauté
Qui trouva lefecret de plaire.
On crut, en le voyant , n'estre que
curieux ,
2
EtSon poifon pris par les yeux,
Paſſant de la veine àl'artere
Penetra juſque dans le coeur.
Làprenant de nouvelles forces
GALANT.
9
Dans l'Estat, dans l'Eglife ilfema
des divorces.
D'un jeune ambitienx ilfervit la
valeur ,
Ils'en fit à fon tour un puissant
Protecteur ,
Etfous le vain nom de Reforme
Qui seduisit quelques Bigots ,
Augmenta Sagrandeur enorme
Jusqu'aupoint qu'on crût àpropos.
De lelaiſſer par tolerance.
Regner impunement au milieu de
la France
Qu'en arriva- t- il àlafin !
Bientoft dufaux honneur il ſuivit
le deſtin,
En pouvoit-il avoir un autre
Sous un Prince anssi fage, aussi
grand que le nostre ,
Et qui , plein de lafoy qu'il sient
defes ayeux, :
Nevoyoit qu'à regretice Monstre
furieux?
A
ΟΙ
MERCVRE
Grace à la ferveur de fon Zele
Aux pieds de nos Autels tous ſes
Sujets unis
Ne connoiffent plus d'ennemis
Que les fiens & que ceux qu'une
ligue rebelle
Fait à l'Eglise univerſelle.
Tous à Rome , à leur Roy Soumis
Concourent d'une ardeur fidelle
A chaffer loin d'icy la revolte &
l'erreur ,
Ettous ,fans affoiblir la puiſſance
Royale,
En Enfans dévoüeztemoigne leur
bonheur
Dese voirſous le jouzde la Pontificale.
Le troisième, qui tient des precieux
métaux
Dont il a tiréfanaiſſance ,
La beauté les attraits,& les fune
ſtes maux
GALANT.
Qu'en charmant tous les yeux il
Souffloit fur la France,
Le Luxe, Enfant de l'Opulence,
Fat, on l'a déja dit ,le plus grand
des travaux
A
De ceMonarque infatigable.
Le Duel n'estoit redoutable
Qu'à la Noblesse seule ,&furle
pointd'honneur
On pouvoit esperer de la rendre
traitable.
Le feul libertinage attachoit à
l'erreur.
De fon peuple , on l'avoue , une
grandepartie
L'avoit dès lamammelle&Sucée,
&Suivie:
Mais quelquegrand quefuft ce
mal,
Le Luxe,commegeneral,
Eftoit bien plus funeste ,& peutestre
invincible.
Chacun méme en croyoit la deffaite
impoffible ,
A6
12 MERCURE
Ettelqu'un aircontagieux
Qui ne respecte ny lieux
Ny le bien , ny l'esprit, ny lefexe,
ny l'âge ,
Il n'épargnoitperſonne on levoyoit
desGrands
Paſſeraux plus petits , & les moins
opulens [lanterage..
Bruloient dufeusecret de fa bril
Laſobre Table qui jadis
Aidoità lierdavantage
Et lesparens&les amis,
Nefervoitplus qu'àfatisfaire
Laſottevanitéde celuy qui traitoit.
Quoy qu'à ses Conviez on fist fort
bonne chere,
On y Sangeoit. moins qu'à leur
4 faire
Voir , & louër de ſon Buffet ,
Mieux éclairé qu'une chapelle ,
La folle & nombreuſe Vaiselle ,
Vaisselle, que fansſoin deses proj
pres enfans ,
GALANT .
13
Un Valet, pris expres , tenoit &
claire& nette ,
Et don't,fans lapayer, on nefaisoit
l'emplette ,
Que pour s'attirer un encens
Dont on eftencorplus avide
Que des perdrix & des faysans
Que l'onysert en pyramide ;
Vaisselle qu'aux deſpens d'un passvre
Creancier.
On aimoit mieux enfingarder,fans
en rienfaire,
Que de lavendre & le payer
que , forcé de s'en défaire .
Onpleuroitmesmeplus quefapropremifere..
-Dans les riches appartemens
De Versailles , l'objet deses amusemens
,
LOVIS avoitfait voir la grandeur
dela France.
Le Luxe, lafaveur de fa magni
ficence
2
14
MERCURE
Devenuplus hardy , redoubloit fon
éclat
Carilſe doutoit bien qu'on le prendroit
pour elle
Et qu'il pourroit du Magistrat
Surprendre ,Sous son nom , & les
yeux&le zele...
En effet , ainſipris ,&petit àpetit
Sans qu'ons'en apperçoiveils'enfle,
il s'acredite ,
Et les gens de merite
Quesonfard orne moins qu'ilne les
enlaidit
L'appuyerent si bien que toute la
Substance
Du commerce& dela finance
Reduite & convertie en meubles
precieux ,
Nefervoit qu'à nourrir ce monstre
fastueux..
Quels defordres estoient les nostres?
La destruction des deux autres
Devenoit, luy restant,sterile,car
enfin
GALANT..
■ Sonpoison enfloit trop , & rendoit
fier& vain.
Pourpeu qu'on eneustpris , on avoit
lefolie
estoitné.
De se croire audeſſus de ce qu'on
DeSapromptefortune oubliant l'infamie
,
- Le faquin mépriſoit l'homme de
4
qualité ;
Itoſoitseflatter queson argenterie
Feroitperdre leſouvenir
Du fumier paternel dont onle vit
Sortir:
Maiscomme il ne pouvoitse donner
Sa noblesse,
Sous des habits pompeux ilcachois
fa baffeffe.
Defes meubles dorez ilrepaiſoitfes
yeux ,
S'en faisoit d'illustres Ayeux
Et Sans rougirdes fiens , portoisfon
infolence
4
16 MERCVRE
Jusqu'à luy constester un rang
Qu'avectantde raiſon luy donne
fa naiffance,
Etqu'ildoitàce noblefang
Que depuissi long- temps ilverſe
pour la France.
Telle est lafiere vanité
Où ceMonſtreſçait nous conduire,
Et dés qu'on s'en l'aiſſe ſeduire ,
On exige par tout avec temerité
Deshonneurs qu'on ne doit qu'à la
On
Divinité.
s'offence de tout , on ne cede à
personne,
Dans tous ses sentimens on veut
avoir raison ,
Et comme fonmortel poison
Ennousfermant les yeux nous in-
Spire&nous donne
Plusdemerite&plus defprit
Qu'on n'en avoit quand on le
prit,
Nous allions bien, tost voir renai
ſtre lafurie
GALANT.
17
Du Duel& de l'Herefie.
LOVIS pour ſes Sujets qui veille
nuit &jour ,
Envit d'unseul coup d'oeil toute la
conſequence ,
Etd'abord, quoy qu'en vain , chercha
danssaprudence
Lemoyen d'empefcher leur funeste
retour.
AlafaveurduLuxe ils reprenoient
courage, (qu'en resté
Et ce Luxe , en un mot , auſſi fier
S'estoit de telle forte en tous lieux
cimente,
Que ne pouvant sans risque en
Suspendrelarage.
Il se voyoit force d'en fouffrir le
ravage.
Enfinfa royale Bonté.
Trouva lefecret infaillible
Devaincre&de detruire un Mon
ſtreſiterrible.
Versailles , luy dit - elle , est un
lieu tout charmant ,
8 MER CURE
Et vous l'aimezuniquement.
Ilfaut ,si vous voulez que le malheurfiniffe,
De vos meubles d'argent faire un
promptfacrifice.
L'exempled'ungrand Roy peut tout
Surſes sujets ,
Etdès que vous aurezbanny de ce
Palais
Sapompeuse magnificence,
SIRE,vous les verrez tout preſts
Achaffer de chezeux le faste&
l'infolence.
Sans cela point d'obeiſſance ,
Et cet exemplefeulmieux que tous
vos Editss
peut querir leurs foibles esprits
De cette ruineuse & fotte extravagance.
Quelremede ! Louis quifaisoitfon
plaifir
Dece lieu qu'esſleva, qu'embellitfon
Loisir
GALANT.
19
Refue quelques momensfur ce triſte
remede ;
Enfin ilſe reſout , il cede ,
Et laiſſant defon coeur échaper un
Soupir ;
Ouy, ma Bontédit- il,vous eftes la
maiſtreſſe.
Montrezà ces Sujets ingrats &
fastucax
Ce que me coute la tendreffe
Que vostreseul confeil mefait
prendrepour eux ,
Et faites leur sçavoir qu'à leurs
besoins propice
Je confens àcefacrifice.
Aces mots queridons , tables, miroirs,
chenets ,
Vases , balustres feux , urnes , &
cabinets,
Furent jettezparla fenestre,
Et deſes grands appartemens,
Quelprodige ? on vit diſparoiſtre
Ces precieux ameublemens
20 MERCURE
Dont l'art ingenieux furpaſſoit la
matiere.
Par là mieux quepar des combats
QueSouventsans égard au bien de
: leurs Estats ,
LaSenle ambitionforce les Rois de
faire
Par là , dis.je , en un mot , mieux
queparfavaleur ,
LOVIS qui toûjours grand , qui
toûjours magnanime
Fait de nostre bonheursapremiere
maxime ,
Exige ,& veut de nous une nouvelle
ardeur.
Redoublons donc pourſonſervice
Nostre Zele , nos voeux, nostre fi
delité ,
Etpar des coeurs foumis rendons à

Sa Bonté
Sacrifice pour Sacrifice.
GALANT. 21
Pendant que le Roy travaille
d'un coſté à faire fupprimer
le luxe , Mr le premier
Preſident s'applique de l'autre
à faire executer les volontez
de Sa Majesté rouchant
le ſoulagement des Plaideurs.
En 1664. Ices droits de tous
les Greffiers furent reglez ,&
reduits à peu prés à la moitié
des émolumens qu'ils recevoient
de leurs Charges. Ce
Reglement qui fut obſervé
d'abord demeura bientoft د
,
fans aucune force . On n'a pas
de peine à retomber dans ce
qui accommode fur tout
lors qu'il eſt queſtion de tirer
de plus grands droits.
Mr le premier Preſident
voyant que les Peuples ne
profitoient pas de ce que le
Roy avoit reglé en leur fa22
MERCURE
,
&
veur , envoya dernierement
querir Mrs les Greffiers
leur dit que Sa Majesté pretendoit
que le Reglement de
1664. touchaut ceſqu'il leur
falloit payer , fuſt obſervé
avec une entiere exactitude;
qu'il puniroit ſeverement
ceux qui oferoient y manquer
, & qu'il écouteroit tous
les premiers Vendredis du
mois , les plaintes que les Parties
feroient d'eux ſur les articles
de ce Reglement. On
ne peut- eſtre ny plus exact
ny plus prompt à rendre la
justice , que l'eſt cet illuftre
Magiftrat. Loin qu'il faſſe
attendre longtemps les Parties
aprés des Audiences , il
envoye dire à celles qu'ilſçait
en avoir beſoin pour la neceffité
de leurs affaires &
(
GALANT.
23
fe
que l'on veut traîner en lon.
gueur pour les fatiguer , de
faire que leurs Avocats
trouve à la Grand Chambre
le jour qu'il leur marque,
& qu'ils auront audience.
Rien ne prouve mieux la
prudence & la justice du
- choix du Roy. Ceux qui
viennent des Provinces éloignées
pour plaider à Paris ,
ſe trouveront par là ſoulagez
de beaucoup de frais , & à
l'avenirles Plaideurs n'auront
plus tant de ſujet deſe plaindrede
leur miſere.
Un Officier de l'Armée
que Mr le Maréchal d'Humieres
commandoit en Flandre
l'Eſté dernier , ayant marqué
pour ſa propre fatisfaction
, ce qui s'eſt paſſé pendant
la Campagne , ce qu'il
24- MERCVRE
en a écrit eſt tombé entre
mes mains. Il eſt ſuccinct ,
naturel ,rien n'y paroiſt affecté
,& l'on n'y voit que
des faits ſans raiſonnemens,
& fimplement rapportez ,
Rien n'eſt plus propre à perfuader
qu'ils font veritables.
Comme vous n'avez qu'en
lambeaux épars dans mes Lettres
del'année derniere , les
divers évenemens de cette
Campagne - là , je croy que
vous ne ferez pas fachée de
les voir icy en corps. Il y a
meſme plus de lieu d'y ajoû.
ter foy qu'à beaucoup de Nouvelles
, que l'on ne donne ſouventau
Publicque défigurées,
pour avoir paſſe en trop de
bouches differentes . Enfin je
vous donne ce morceau d'Hiſtoire
long - temps aprés la
Campagne,
GALANT.
25
Campagne , parce que ce qui
regarde l'Hiſtoire generale eſt
nouveau dans tous les fiecles ,
quand il ne ſe trouve point en
differens endroits .
Le 25 May 1689. on arriva
Eau Camp de Merbie lez Pote
erie à une demy- lieuë de la
Buffiere . L'Aſſemblée de l'Armée
s'y fit ſous les ordres de
Mr le Maréchal de Humieres .
# Les deux Bataillons des Gardes
Suiſſes y arriverent deBavay ,
eſtant commandez par Mr
Raynol Lieutenant Colonel,
La ligne alloit de la droite qui
eſtoit au quartier du Roy dans
le Village de Merbie juſqu'à la
gauche qui s'eſtendoit dans le
Village de Herquelin vis à - vis
du centre de la premiere ligne.
- On avoit un bois nommé du
Fay à la teſte regardant vers
Fev. 169 . B
26 MERCURE
Mons,& derriere la ligne eſtoit
la riviere de la Sambre .
Le 29. on ſe rendit au Camp
de Peronne prés de Mons , la
droite au deſſus de Binche , la
gauche à S. Vas furla Haiſne ,
&derriere la ſeconde ligne le
ruiſſeau de Binche . :
Le 30. on alla à Treſignie ,
la droite au deſſus du Pieton, la
gauche par de là Treſignie , &
derriere la ſeconde ligne le
ruiſſeau du Picton .
Le s . de Juin Mr de Gournay,
Lieutenant General , avec
un detachement de deux mille
Chevaux alla bruſler les
Faubourgs de Tirlemont , &
eſtant revenu lans avoir rencontré
aucunes troupes des
ennemis , il rapporta qu'ils
eſtoient campez à Vvarem fur
la Meague , & qu'il avoit vu
GALANT. 27
leur Camp & entendu leurs
trompettes .
? Le 7. Mr de Marin commandant
un detachememt de
3000. Chevaux , alla bruſler le
at Chaſteau & le Village de
Cuſbech prés de Bruxelles . Le
9. il revint trouver Mr leMae,
réchal à Nivelle où l'on mit
ce meſme jour une garniſon de
& douze cens hommes de pied
& de quinze cens chevaux .
Le 14. le Détachement qui
r avoit eſté envoyé à Nivelle
et retourna au Camp. Le mefme
jour toute l'Armée paſſa
es en reveuë , & fut rangée en
& bataille à la teſte de la ligne
par Mr le Maréchal & Mr le
Duc du Maine .
S Le 20. Mr de Miremont ,
Capitaine de Grenadiers , bat
tit un parti de Charleroy
B 2
28 MERCVRE
vingt- cing hommes qu'il ren
contra à trois quarts de lieuë
de cette Place en deça du Pieton
. Le Partiſan fut bleſſé &
amené à l'Hospital de l'Armée
avec deux prifonniers . Il y en
cut ſept qui reſterent furla place
, & les autres ſe ſauverent.
Quatre Grenadiers furent blefſezdangereuſement
dans cette
rencontre .
Le 22. l'on fit un fourage
entre la Sambre & le Pieton .
Le reſte du fourage eſtoit à
un demy quart de lieuë de la
jonction du Pieton & de la
Sambre. Les détachemens
d'Infanterie furent poſez à
mille pas de cette jonction
Tez prés de Charleroy. Les
Ennemis n'eutent pas pluſtoſt
veu paroiſtre nos Troupes
w'ils firent fortir de la place
que Infanterie qu'ils
GALANT.
29
t
poſterent à un moulin ſur le
Pieton , d'où ils firent couler
• des détachemens dans les haïes
aux environs du moulin. Ils
commencerent à tirer delà fur
I nos Troupes , & auſſi toſt Mr
de S. Gelais , Mareſchal de
Camp de jour , fit filer le long
des hayes en deçà du Pieton
quelques Carabiniers , quien
repondant aux Ennemis commencerent
l'eſcarmouche du
coſté du Pieton. Les Ennemis
ayant auſſi fait filer quelques
Fuzeliers à noſtre droite en
delà de la Sambre , les Noſtres
en firent jetter quelques uns
dans les hayes en deçà de cette
meſme Riviere d'où ils firent
une autre eſcharmouche qui
= ne ceſſa point pendant tout le
fourage , la Sambre & le Pieton
toûjours entre les Ennemis &
B 3
30 MERCVRE
les François. Il y eut peu de
gens bleſſez de part & d'autre
, parce qu'on ſetiroit d'affez
loin .La Cavalerie eſtoit en
bataille ſur le glacis de la contreſcarpe
entre la Ville & la
baſſe-Ville , mais elle ne tenta
rien. Si les Ennemis cuffent
voulu ſe ſervir de leur Canon ,
ils auroient pu incommoder
nos poſtesavancez . Le meſme
jour , on renvoya à Nivelle un
detachement de la brigade des
Gardes de fix cens hommes &
de cent cinquante chevaux
fous les ordresde Mr Davejan,
Brigadier des Gardesf
Le 25. un détachement de
45. hommes , commandez par
un Officier nommé Sturler , du
Regiment Suiffe de Greder ,
dontdeuxBataillons estoient à
Fontaine-Leveſque,ayant ren
GALANT.
31
contré trente hommes des En.
nemis , dans le poſte qu'il devoit
prendre pour couvrir le
fourage , les chargea , & les
pourfuivit juſque dans un petit
Bois prés de Fontaine - Leveſque
, où eftant tombé dans
une Embuscade de cent cinquante
hommes , il s'en debarraffa
en faifant un grand feu
fur eux , & ſe voyant fur le
1 point
S
d'eſtreenvelope , il ſe revira
de haye en haye , en forte
que les Fourageurs eſtant ac
courus avec leurs faulx , dif-
.fiperent ce Party, dont ily en
cut dix tuez furla place. Il en
reſtaſix des noftres , & quatre
furentbleffez .
1
Le 27. un Party da Regiment
de Greder , Allemand.
en ayant rencontré un des En
nemis audeſſus de Senef , le
3
B 4
32
MERCURE
batit . & en amena treize prifonniers
. Six autres furent
tuez ,& douze qui ſe ſauvoient
tomberent dans un party de
nos Gardes de Cavalerie qui
couvroit le fourage que fai
foient nos Troupes . Ce méme
jour le détachement de Nivellerevint
.
Le 29. l'Armée décampa , &
ſe rendit à Haiſne Saint Pierre
Saint Paul , la droite à Saint
Vas , la gauche auprés de Mariemont
, & la Haiſne derriere
la ſeconde ligne .
Le 2. de Juillet, il ſurvint un
orage violent qui cauſa de ſi
grandes inondations , que la
Haiſne eſtant débordée , une
partie de la gauche de la feconde
ligne en fut preſque ſubmergée
. Pluſieurs équipages
ſe perdirent avec des chevaux
GALANT.
33.
-12
de Cavaliers , & Mr de Buffeerolles
, Sous Lieutenant de la
Colonelle des Gardes Françoifes,
fut noyé en voulant paſſer
la Riviere pour aller à une Sentinelle
en délà . On auroit pû
prevenir ce deſordre , en éloignant
les lignes un peu plus
que l'on ne fit de la Riviere, &
& occupant la hauteur.
tt
10
a-
1
1
Le 22. Mr le Chevalier du
Roffel , Lieutenant Colonel du
Regiment de Rohan, eſtant allé
apprendre des nouvelles des
Ennemisqui décampoient de
Therus pour venir àTimeõ, ſe
trouva prés de l'Abaye de Serre-
lemoine ,& fut découvert
de trois eſcadronsdes Ennemis
qui vinrent à luyale Moufquet
haut. Il fit d'abord trois
Troupes de fes cinquante
Maistres ,& aprés avoir eſſuyé
BS
34 MERCURE
leurs feux , il les chargea l'épée
à la main , en forte qu'il les
renverſa & les pourſuivit pen -
dant un quartd'heure , aprés.
quoy ne jugeant pas à propos.
de s'engager plus avant , il rallia
ſes Cavaliers , & fit fa retraite
àla veuë de trois Efca
drons des Ennemis qui s'e
ſtoient ralliez ; mais ils n'ofcrent
l'attaquer , parce que de
temps en temps il faifoitvolteface.
Il cut un Cornette tuéć,
& il ramena le reſte de fon
monde. L'on a trouvé dans cCL
te action beaucoup de valeur
&de conduite..
Le 24. Mrde Villars avecun
détachementdecent cinquante
Maiſtres alla reconnoiſtre les
Ennemis campez à Ville-Ti
meon & Melinge ; mais aucu
nesde leurs Troupesne ſe pre
GALANT.
35
tt fenterent. Il revint fans faire
* aucune expedition .
20
Le 25. l'Armée décampa,&
vint ſur le ruiſſeau de Bray ,
aux Baſtes- Eſtines , la droite
au deſſus de Bray , la gauche à
Hochin , derriere le cemre de
▸ la grande Ligne les Baffes-
* Eftines , & derriere les deux"
Lignesle ruiſſeau de Bray. Le
meſme jour un Bataillon de
e. Champagne , un deGuiche,
eunde Stoup , joignirent l'Armée
, & remplacerent deux
Bataillons de Normandie , &
un de la Marine Royale , qui
avoient quitté depuis quelques
jours pour ſe jetter dans
Dinan. Les deuxBataillons de
Greder quitterent Binche , 2
rejoignirent l'Armée.
Le 28. MrleMaréchal ayant
eſté averty qu'un Party avoit
B6
36 MERCURE
enlevé quelques chevaux de
la grandeGarde, à un Abreuvoir
auprés de l'Abbaye de
Bonne- efperance , ordonna à
Mr de Vatteville de faire monter
le Piquet des Dragons à
cheval , & de chercher ce Par .
ty , ce qui fut executé tresdiligemment.
Pluſieurs Officiers
del'Armée ayant entendu
cela , poufferent devant ,
& ayant apperceu ce Party
dans un petit bois prés de Bonne-
eſperance , qui s'en retiroit
ils le fuivirent Mr de Vateville
tit inveſtir ce bois par ſes
Troupes,mais comme il eſtoit
dehors, il fit marcher une partie
de ſes Dragons au deſſus
de Binche à la droite , pour
aller couper ce party à la teſte
d'un autre petit bois qui eſt à
un quart de lieuë de Binche,

GALANT.
37
=
2
1
où les Ennemis qui avoient
- eſté pouſſez par quelques Volontaires
, s'eſtoient jettez ,
aprés s'eſtre arreſtez un peu
-de temps dans un Verger , &
avoir tiré quelques coups ſur
eux , dont Mr. de Rohan fut:
bleſſé au genoüil , un Cornette
• à l'épaule ; & Mr de Nogaret
legerement au bras . Comme
toutes les Troupes gagnoient:
la teſte du bois , Mr Courſen ,
Major des Gardes Suiſſes ap->
perceut ce Party qui s'avançoit
vers une maiſõ à la lifiere
du bois , dans un fond , auprés
d'un petitruiſſeau : meſme il y
en avoit quelques- uns , qui au
lieu d'aller en avant , s'en re
tournoient fur leurs pas , & ils
ſe ſeroient fans doute échapez
, parce que les Troupes
couroient toutes pourgagner

1
39 MERCURE
la teſtedu petit bois;mais heu
reuſement Mrde S. Gelais fuivoitles
autres avec une troupe
,& Mr de Vateville luy fir
figne du chapeau qu'il vinſt à
luy avec ceux qu'il conduifoit.
Mr. de S. Gelais s'eſtant
avancé en meſme temps , fit
mettre pied à terre aux Dragons
, qui entrerent dans la
maiſon, & trouverentle Commandant
, & quelques autres.
qui demanderent quartier. Le
reſte du Party s'eſtoit répandu
dans le bois , mais comme les
Dragons qui étoient àlateſtey
entrerentaufli , on les prittous
àl'afus. Il y en eut quatrede
tuez , & on en emmena vingtneuf.
Le party eſtoir de cinquante,
mais douze on quinze
s'en estoient feparez dés le
matin ,pour mener àCharleGALANT.
39.
1
1
1

roy les chevaux qu'ils avoient
pris . Ce meſme jour on fit un
fourage prés de Mons. La teſte
du fourage eſtoit à S. Simpho.
rien. Mr le Maréchaly eſtant
venu , apprit qu'il y avoit de
l'Infanterie des Ennemis dans
une maiſon ſur la hauteur vis
à vis de la porte de Havre , à
la gauche du chemin. Il or-
- donna à quelques Troupes d'y
marcher , pour obliger cette
- infanterie à fe retirer. Quelques
volontaires qui estoient:
auprés de Iny&de Monfieur
le Ducdu Maine , y coururent
auffi -toſt mais dés que les
Ennemis les virens approcher
de la Maiſon , ils prirent la
fuite. Mrde Fitte , Lieutenant
aux gardes Suiffes ,y eftant
arrivé lepremier , parce qu'il
n'avoit point ſuivy le chemins
40
MERCURE
& qu'il avoit eſté à travers terre
, fut ſalüé de quatre coups
de fufil , dont le dernier luy
penfa brûler le viſage , ne s'en
eſtant pas fallu la longueur
d'un pied ,que le bout de ce
fafil ne touchaſt ſa teſte. Le
coup cependant donna tout
dans ſon chapeau. Mr.de Fitte
luy rendit le meſme ſalut d'un
coup de piſtolet qui luy donna
au millieu du dos, ce qui ne
l'empefcha pas de fe fauver. 1:
alla enfuite avec Mr le Comte
deGuiche chercher les Ennemis
juſque dans leurs barrieres
,& enfin ils furent obligez
de ſe retiren en effuyantouni
grand feu . Ce Comte eut ſon
cheval bleſſé à la barriere de la
Ville ,&Mrde Fitte ſoupçonnant
que quelques- uns des
Ennemis estoient demeurez
GALAN Τ. 41
:
$
Π
1

cachez dans la maiſon , tira un
coup de piſtolet bourré avec
du linge dans la couverture .
Le fen il pritauſſi toſt . Il le mit
auſſi àun tas de grain qui estoit
auprés, Pendant ce feu , les Ennemis
tirerent inutilement.
quelques coups de Canon , &
pluſieurs coups de Mouſques
de la paliſſade de la porte d'Aure
, Le chapeau de Mr de Fitte
fut percé d'un coup de fufil,
qu'un Payſan luy tira à la longueurd'une
pique, tandis qu'il
- mettoit le feu à la maiſon.
C
1
Le 31. Mr. de S. Gelais , Maréchal
de Camp , partit avec
un détachement de mille chevaux
& cinq cens Dragons
pour aller bruſler pluſieurs
Villages aux environs d'Aſche
entre Bruxelles & Gand. Le
lendemain premier jour د
42 MERCURE
d'Aouſt , eſtant arrivé à Aſche,
il fut averty que huit mille
Hommes des Ennemis avoient
paru auprés du Bourg deMerchten
ce qui le fit marcher de
ce coſté-là . Les premiers Eſcadrons
ayant rencontré cent
cinquante Gardes du Marquis
de Caſtanaga, Gouverneur des
Pays bas Eſpagnols , commencerent
auſſicoſt à les charger,
&les Gardes foutinrent deux
décharges avec aſſez de vigueur
, mais ils furent rompus
à la troiſieme , & on les pourfuivitjuſqu'aux
portes de Bruxelles
. Il y en eut trente à quarante
qui reſterent fur la place,
&l'on fitdix Priſonniers. On
alla piller le Bourg, où l'on mit
le feu enfuite,
Le meſme jour r. d'Aouſt ,
Mr le Duc de Choiſeul partit
GALANT.
43
er
avec un détachement de deux
mille chevaux pour aller foutenir
Mr de S. Gelais. Mr le
Duc du Maine l'y voulut accompagner
.
Le 17. l'Armée decampa
des Baffes - Eftines pour venie
camper à Mierbe ; mais Mr
le Maréchal ayant eu avis en
chemin que les Ennemis qui
eſtoient campez à Fontainel'Eveſque
avoient paſſéla Sam
bre fit paſſer le meſme jour la
meſme riviere à ſes Troupes
furtrois ponts depuis la Buffiere
juſqu'à Mierbe , & fitcam-
- per fon Armée , la droite à
Hanche &la gauche au bois
Ju Foffoteau , la Sambre derriere.
Ce meſme jour les Ennemis
allerentcamper la droi.
te à Marchienne au Pont , &
la gauche àMontigny leTig44
MERCVRE
neux. Le lendemain ils ſe mirent
de nouveaa en marche ,
& vinrent camper la droite
derriere Marbay , & la gauche
àCourt.
Le 25. l'Armée décampa de
Hantes pour venir à Roſſu à
une lieuë prés du Camp des
Ennemis qui estoient ſur l'Eufe
.On trouva leurs Fourageurs
ſoûtenus par fix ou ſept cens
hommes de pied , qui occupoient
deux Villages , Filen
& les Forges , où l'on ne poavoit
aller que par un defilé .
On fit un détachement de
Dragons , qui ayant mis pied
à terre , les chargerent vigoureuſement
, ce qui les obligea
de ſe retirer en defordre . On
les poursuivit ſi vivement ,
qu'apres un peu de reſiſtance,
ils gagnerent les Bois qui
GALANT .
45
-étoient derriere & à coſté
d'eux . On vit paroiſtre ſur une
hauteur cing Eſcadrons qui
favoriſoient leur retraite. Cela
fut cauſe que nos Dragons
n'avancerent point ; mais Mr
le Marquis de Tillader , Lieutenant
General de jour , fitc
poſter les Eſcadrons de Ville .
pion. Les Ennemisayant voulu
faire ferme, furent attaquez
l'épée à la main. On les renverſa
,&ils furentpouffez jufques
à Valcourt. Ils refifterent
ſi peu , que cela fit croire que
l'on pouvoit aisément inſulter
la Place. Mr le Maréchal de
Humieres , donna ordre en
meſme temps qu'on fiſt avancer
les Bataillons des Gardes
Françoiſes & Suiſſes . Champagne
, & Greder Allemand , ce
qui fut execute;mais il futim
46 MERCVRE
poſſibled'empêcher que les Ennemis
ne fuſſent toûjours en
pouvoir d'y envoyer des Trou.
pes de leur Camp : cette com.
munication ne pouvant eſtre
coupée. Des que les noſtres
approcherent de Valcourt, les
Ennemis les receurent avec un
grand feu de Mouſqueterie.
On pouſſa quelques détachemens
devant juſqu'à la muraille;
mais comme elle est bonne
&` flanquée de tours , & que
noſtre petit Canon ne ſuffiſoit
pas pour y faire breſche , on
ne put faire autre chose que
d'eſſuyer un grand feu. Le
premier Bataillon des Gardes
Suiſſes inveſtit la Ville par la
droite , & le ſecond par la gauche
, pendant que la brigade
de champagne & les quatre
Bataillons des Gardes FranGALANT.
47
coiſes s'eſtoient répandus
par les autres coſtez , à la reſerve
de celuy par où les Ennemis
avoient leur communi-
↑ cation , qu'il n'eſtoit pas poſſible
de leur oſter. On demeura
bientrois heures expoſé à tout,
le feu des Ennemis , dans l'efperance
de pouvoir entrer l'épée
à la main par quelque endroit
de la Ville ; mais Mr le
Maréchalayant été averty que
l'on n'y trouvoit aucun paſſage,
fit abandonner cette entre.
prife & tetirer le canon & les.
troupes en fort bon ordre dans
la plaine , où le canon des Ennemis
incommodoit fort les
noſtres , ayant dreſſé des batteries
qui croiſoient fur eux.
Nos Troupes montrerent en
cette occafion beaucoup de
valeur . Les Gardes Françoiſes
48
MERCURE
& la brigade de Champagne
y perdirent beaucoup . Mr le
Bailly Colbert y fut bleſſé à la
teſte, s'eſtant avancé juſqu'à la
porte ,& mourut peu de jours
aprés deſableſſeure.Quantité
d'Officiers & de Soldats de fon
Regiment & de celuy de Gre
der Allemand y furent tuez ,
ainſi que Mrs de Lage Roinville
, d'artignac , & Chamillard
, Capitaines aux Gardes .
Il y eut vingt deux Officiers
fubalternes , douze Officiers
des autres Corps , & environ
trois cens Soldats tuez ou blef--
ſez . Les deux Bataillons des
Gardes Suiſſes y ſouffrirent
moins , n'ayant eu que trois .
Officiers & foixante Soldats:
tuez ou bleſſez . Mrle Marquis
de S. Gelais & Mr du Mets-
Tiercelin , Commiſſaire d'Artillerie
,
GALANT.
49
1
tillerie , furent emportez d'un
coup de canon .
Le 29. Mrie Maréchal ayant
ica avis que les Ennemis avoient
décampé la nuit pour
aller àGerpines ,fic partir l'Ariméelelendemain
matin par un
gros broüillard , pour ſe ren--
dre à Florennes , où l'on mitla
droite ; la gauche fut à Yves .
Il fit ce jour- là un ſi mauvais
temps que les équipages ne
purent arriver. Ainſion ne pût
décamper de Florennesque le
premier jour de Septembre ,
( pour venir à Gerpines, d'où les
Ennemis eſtoient partis il y
avoit une heure lors que Mr
le Maréchal yarriva. Ce jourlà
ils repaſſferent la Sambre , &
camperent à Montigny , fur
cette meſme Riviere . Les
- Noſtres mirent leur droite à
Fevrier 1690 .

C
50
MERCVRE
Acos,leur gauche à Tarchenes
& à Gerpines , le Quartier du
Roy au centre.
Le s . de Septembre , Mr le
Maréchal ayant reconnu par
la ſituation du Camp des Ennemis
qu'il pouvoit les canonner
ordonna que toutela premjere
Ligned'Infanterie,compoſée
de la Brigade des Gardes
, de Champagne , & de
Soiffons,partiſt du Campavant:
minuit , fans bagages &: fans
bruit. Ils marcherent à travers
le boisqui eſt entreCharleroy.
& Gerpines, & arriverent le
6. unpeu avant lecjourzarlene
droitde la droite, où ils mirent
dix pieces de Canon , dix à la
gauche ,& dix au milieu .L'Infanterie
futrangée en bataille
le long d'une brouſſaille:, & la
Cavalerie derriere elledans la
GALANTM D
-
plaine. Noſtre Canon ſe trouva
preſt à tirer à la petite poin
te du jour . Cependant les Ennemis
, qui apparemment a
voient eſté avertis de noſtre
deſſein , avoient diſpoſé du
Canon pointé ſur les endroits
oùles Noſtres pouvoient met
tre ledeur ,& ils commencerent
àles ſalüer les premiers de
fleur Artillerie. La noſtre leur
répondit,& lacanonnade dura
cinqou fix heures. Mrle Ma
réchal eſtant avec Monfieurle
Ducdu Maine , eut avis que
les Ennemis plioient bagage
pour ſe retirer , & il ordonna
Mr desFitter d'aller recon
noiſtre ſi ce qu'onuluy venoit
de dire eſtoit vray.Mr de Fitte
ayant reconnu que c'eſtoient
les équipages d'Artillerie qui
s'étoient trouvez directement
C2
52
MERCURE
C
fous noſtre Canonde la gauche
, vint en rendre réponſe
à Mr le Maréchal , qui ayant
eſté informé que les Ennemis
ne faisoient aucun mouvement
, fic retirer en fort bon
ordre noſtre Canon & nos
Troupes. Les Ennemis ſouffrirent
de noſtre Canon ,
nous ne perdiſmes que quelques
Soldats des Gardes Françoiſes
,quelques Canonniers ,
un Capitaine de Charoy ,&
un homme à Mr le Maréchal...
M вос
Le l'Armée vintdeGerpines
à ton premier Camp de
Hantes , autrement la Buffiere.
Mr de Gournay y reſta avec
vingtElcadrons
Le 12.elle paſſa la Sambre
&& la Harme & vint camperà
Ville fur Haincrucia
1
GALANT.
53
at
C
t
e
a
L

Le 13.elle vint à Soignies où
elle ſéjourna le 14. & le 15 .
elle campa fous Enguien , &
Minulen 6. à Leſfine. IL A
Le18 . Mr de Gournay rejoignit
l'Armée avec le détachement
de vingt Escadrons
qu'ilavoit à la Buffiere.
Le 30. les ennemis eftant
venus camper à Enguien, l'Armée
de Mr le Maréchal de
Humieres alla à Leuſe,la droite
au moulin de Leuſe & la gauche
vers Ligne à une Chapelle
environnée d'une touffe d'arbres.
Le 2.d'Octobre,Mr de Calvo
joignit l'Armée avec toutes ſes
troupes.
Le 3. lesGardes Françoiſes
avec quatre bataillons de l'Infanterie
qu'avoit amenée Mr
de Calvo , quitterent l'Armée
C
54
MERCVRE
: pour aller en Allemagne.
Le 4. Mr de Gournay partit
avec dix huit Escadrons
pour aller camper ſur Launeau .
Par l'absence des Gardes Françoiſes
on fut obligé de laiſſer
la droite de la garde du General
au Regiment de Champagne.
Les deux Bataillons des
-Gardes Suiffes ne firentCorps
avec aucune Brigade , & garderent
toûjours le centre dela
ligne , faiſant leur ſervice en
particulier ſans eſtre confon-
-dus avecle reſte del'Infanterie
en forte qu'ils conferverent
toutes les prerogatives attachées
au Regiment des Gardes.
Le 6. Mr d'Artagnan ,Major
general de l'Armée , alla à
celle des Ennemis avec paſſeport
pour regler les ContriGALANT.
55
butions. Le meſme jour l'Armée
Ennemie vint camper , la
droite à Cambron,& la gauche
à Lens. 1
Le 7 un de nos partis d'Infanterie
& un de Cavalerie ſe
chargerent pour ne s'eſtre pas
reconnus, la Cavalerie n'ayant
pas voulu répondre au qui vive
de l'Infanterie. Le 17. l'Armée
decampade Leuſe pour aller à
Blaton.
Le 22.Elle vint ſe cantonner
dans les Villages de Kievvrain ,
Ancres , Ancreo Thulut ,
;
د
Montrueux , Bene , Hanein ,
&Longes. L'Armée des ennemis
quitta le Camp de Brugele
,& alla à Soignies où elle
ſe ſepara le 24.
Quoy que le Carnaval ait
eſté court , les plaiſirs n'ont
pas laiſſe d'eſtre grands , &
C4
56
MERCURE
jamaison n'a fait paroiſtre plus
d'empreſſement pour ſe divertır.
Monseigneur le Dauphin
eſtant venu au Bal chez S.A.
Royale Monfieur,on y compta
depuis l'ouverture du Bal jufques
à quatre heures du matin
huit à dix mille Maſques.
Monseigneur eut encore le
meſme divertiſſement le dernier
Dimanche du Carnaval .
Le Lundy il y eut Bal à Verfailles
chez Mr le Duc du Maine
, où toute la Cour ſe rendit
, & le Mardy chez le Roy ,
où Monseigneur le Dauphin
parut fous quatre habits differens
. Le meſme Mardy , Monfieur
leDuc de Chartres donna
le Bal à Mademoiselle au Palais
Royal. Il y vint un nombre infiny
de Maſques qui furent
1
GALANT .
57
دالب charmez des manieres de ce
jeune Prince . Ce ſeroiticy le
lieude vous en entretenir,mais
je laiſſe parler Mr Pagot, Valet
de Chambre de Monfieur , qui
a fait les Vers que vous allez
Lire
Amais dans un coeur
noblefangne tombe,
bas un
L'Aigle ne produit point la timide
Colombe.
Dèsfesplus tendres ans lefangdes
demy-Dieux
0 3 .
1 Montre ſon origine , prouve ses
Ayeux.
DuBerceau de Pyrrus l'inexorable
Achille
Vit Priam accablé des débris de
SaVille,
Etpourun coup d'eſſay l'invincible
LOVIS
Voit tomber Philisbourg Sous la
main defon Fils. フラ
C6
58
MERCURE
Philippe , ceHeros qui toûjours intrepide,
Eut dans tous ses Combats la Vi-
Etoire pour guide ,
Qui s'exposant sans ceffe aux plus
affreux hazards
Dans les champs de Caffelparut
unSecond Mars,
Philippe , de LOVIS l'auguste &
digne Frere,
Voit son Fils foûtenir fon mesme
caractere..
Ce jeune & fage Prince est fon
vivant portrait ,
11edeſes vertus juſques au moindre
trait.
Ilasa fermeté , sa douceur ,fa
prudence,
Sa force ,favaleur , sa bontéfa
clemence ,
Et malgrésa jeuneſſe on voit dés
aujourd'huy ,
Ce que tout l'Univers doit attendre
delug..
GALANT.
لو
1
Il brûle de courir signaler fon
courage,
Atoute heure on l'entendſeplaindredefon
âge ,
Qui s'opposant encore àses defirs
guerriers,
Remet à d'autres temps l'amas de
SesLauriers
Pourmieux entretenir cette heroïque
audace ,
Dans les regles de l'art il fit faire
unePlace ,
Oùsoumis àses loix , de genereux
Soldats
Donnoient de vains aſſauts, fai-
Soient defaux Combats,
Ceplaisir seul pour luy fembloit
avoirdes charmes,
Son coeur s'applaudiſſoit dans ces
feintes allarmes.
Là toujours affidu parmy les Com
baitans,
On le vit mépriſer les injures do
temps
C6
60 MERCVRE
Toujours infatigable , & toujours
dansla peine,
1
-S'occuper des devoirs d'un ſage
Capitaine,
Instruire , disposer,&dans le plus
grand feu
Soupirer de regret que ce ne fust
qu'unjeu.
De ce jeuneHeros que devons nous
attendre ;
S'il montre tant d'ardeur dans un
âgefi tendre,
Que ne fera- t- il point quand la
foudre àlamain
Il ira dans fes Forts attaquerle
P Germain?
Heureux , qui le ſuivant dansfa
vaſte Carriere,
Se couvrira ſous lay d'une noble
pouffiere..
Heureux qui par des Vers avoüez
d'Apollon
Au Temple de l'Honneur portera
fon grand nom
GALANT. 61
}
Plus heureux fi mon sang , que je
vouë à fa gloire ,
Peut marquer quelquejoursa premiere
Victoire !!
Les Vers qui ſuivent font
du meſme Auteur.
STANCES
A IRIS
TOPS me voulez
V
en vain porter
au mariage,
Jenesçaurois y confentir.
Lepeu que vous pourriezy trouver
d'avantage
Mepouffeàvous en divertir.
Simaflame àprefent a pourvous
quelques charmes ,
62 MERCURE
Jene les dois qu'au nom d'Amant
;
Ce quivousplaiſt enmoyvous coûteroit
des larmes
Vn mois aprés le Sacrement.
Nous brûlons tous les deux d'une
flameSecrette,
Le noeudn'enpeut estre détruit,
Etsous lejoug d'hymen l'ardeur la
plus parfaite
Estéteintedans une nuit.
Ces noms toûjours fi doux d' Amant
& de Maistresse
S'enſeveliſſent dans l'oubly
Il n'est plus desoupir , il n'est plus
de tendreſſe ,
Lors que l'Amant devientMary.
Iefais tout mon bonheur de vous
voir , de vous plaire ,
Vous avezfur moy tout pouvoir.
GALANT. 63
Un Epoux, belle Iris , agit tout au
contraire
*
Ce qu'il veut , il faut le vouloir.
Mon coeur est penetré , quand mes
tendres prieres
Obtiennent la moindre faveur;
Maistoutes pour l'Epoux, &meme
lesdernieres,
Ont rarement de la douceur..
Vostre amour à present est libre
volontaire , ONE
Tout fuccede à vostre defir ,
Belle Iris , un contrat la rendroit
neceffaire
Le devoiroste leplaisir..
Laiffezdonc avancer la juste deſtinée
Des oppas qui m'ont enchanté.
Aprés deux ou trois ansd'unfuneste
bymenée

ماسرلا
64
Se
MERCURE
Ilfaut dire , adieu la beauté,
Loüiffons des plaisirs que donne le
jeune âge
Adeux coeurs qui s'entendent
bien.
Deux Amans ne devroient fonger
aumariage
Que quand leurs feux font
SansSoutien.
Toutes les Chanſons que je
vous envoye ſont toujours
choiſies par un des plus habi.
les Muſicien que nous ayons,
vous le connoiſtrez par celle-
cylos
AIR NOUVE AU.
E
4
Nuain, cruelle Iris,'ay perdu
L'esperance
De vousvoir quelque jour favora
bleàmes voeux;
n'y dois
nature qui re
BIBLIOTH
LY
*1893
vod teu
ar le
aine
cul'ail-
Let-

64
1
Loüi
Den
Se
VOU
cho
Ics
VOU
le-
L'esperance
svoir quelque jour favora
ble à mes voeux;
GALANT.
265
Iefens tous les plaisirs d'un amour
qui commence , :
Et malgrévoſtre indiference,
JeSuis contentfans estre heureux .
Ila couru un manuscrit intitulé
Portraits des Generaux
d'Armée de l'Empereur. Il en eft
tombé une copie entre mes
mains , je ne vous répons pas
qu'elle foit correcte , parce
qu'elle peut n'avoir pas eſté
priſe ſur l'original . J'ay crûà
propos de retrancher les portraits
de Monfieur l'Electeur
de Baviere , &deMonfieur le
Prince Charles de Lorraine
qui ſont à la teſte. Voſtre curioſité
poura ſe ſatisfaire d'ailleurs
; mais comme mes Lettres
deviennent publiques , je
n'y dois rien mettre de cette
nature qui regarde de ſi grands
66 MERCVRE
Princes , ainſi je commence
par le troiſiéme Portrait .
Le Prince Louis de Bade. eſt
un vray Homme de Guerre ;
il en aime le métier , & y met
toute ſon application. Il a
beaucoup de courage , voit
affez clair dans un combat ,
actif , vigilant , de l'ordredans
ladiſpoſition des Troupes, laborieux
, toujours à cheval, &
le plus capable de devenir un
grandGeneral fi la préſomption
ne le gâtoit pas ; écoutant
peu les conſeils , & quand il
eſt forcé de les ſuivre , ce
n'eſtque longtemps après ,&
jamais fans y avoir changé
quelque choſe qui puiffe perfuader
qu'ils ne viennent que
de luy ; voulant paroiſtre aifé
à vivre , mais difficile à tout
ce qui n'eſt pas d'une avevgle
GALANT. 67
complaiſance ; peu juſte ſur le
blâme & fur la loüange, & n'en
donnant qu'autant qu'on eſt
attaché à luy , on éloigné de
ſes intereſts : peu capable deſe
conduire dans une Cour,Parlant
librement , à charge aux
Miniſtres ; enfin il a toutes
les qualitez les plus propres
pour commander dignement
une Armée , & pour ofter l'envie
de la luy confier.
Le Comte deCaprara a elté
avancé dans les Armées par
la protection de Montecuculi
fon Oncle , & ne pouvant faire
I fortune que par la guerre , il
amontré dans diverſes occafions
le courage dont a beſoin
un Soldat de fortune. Du reſte,
ſes conſeils font toujours de ne
rien hazarder ,&ils font rem-
- plis de cette prudence qui
68 MERCURE
donne dela crainte à ceux qui
par intereſt , & fans s'apercevoir
que c'eſt la peur qui les
infpire , ſont toujours perfuadez
que les parties les plus
timides font les meilleures . II
al'eſprit qu'il faut pour ſe bien
conduire auprés des Miniſtres
, ne leur eſtre point redoutable
, & ne faire jamais
d'ombrage à un General. Il
s'amuſe volontiers à voirpiller
un Camp , & il prend ſa part
du divertiſſement.
2
Le Comte de Staremberg , Maréchal
deCamp de l'Empereur
C'est dans l'Armée comme Maréchal
de France ) eſt un homme
de beauconp de courage,
& quia pluſieurs qualitez ne
ceſſaires pour la guerte. On
ne luy donne cependant que
la valeur , qualité dangereuſe
0
7
GALANT. 69
à un General quand elle eſt
ſeule. Il eſt emporté , violent;
il n'eſt guere plus loüé fur la
défenſe de Vienne , que fur fa
mauvaiſe conduite au Siege
deBude qui ſe fit l'année ſuivante
, & qu'on fut obligé de
lever. On n'a pas trouvé que
Vienne défendue par qua
torze mille hommes des meilleures
Troupes de l'Empereur,
duſt eſtre aux abois au boutde
deux mois de Siege. Heſt certain
que le Comte de Staremberg
avoit peu ménagé la
Garniſon , l'expoſant dansdes
forties affez inutiles ,& parmy
les Allemans, foitque l'envie
ou une connoiſſance plus
parfaite les faſſe parler , il eſt
moins loüé que chez les autres
Nations fur la défenſede cette
Plact.noờng số cà tup
4
70
MERCURE
Le Prince de Salms, Maréchal
de Camp , eſtattaché à l'éducation
du Roy de Hongrie.
Ondit qu'il entend'la guerre.
Ila aſſez ſervy . C'eſt un digne
choix pour rendre ce jeune
Prince un grand homme. Il a
de la valeur , de l'eſprit de la
nobleſſe , de la vertu , & s'il
luy inſpire toutes ces qualitez,
il peut en faire un galanthomme.
Il eſt fort attaché à laMai
fon d'Auſtriche , & s'il fotroua
vejamais à la teſte des affaires,
il ne tiendra pas à luy qu'elle
ne ſoit auſſi redoutée dans
l'Europe que la France.
Le Comte de Rabata , Maréen
chal de Camp, & Commiſſaire
generaldes Armées de l'Empereur
, paffe pour plus capable
de cette derniere Charge
que de la premiere. On luy
GALANT..
7
attribuë une grande intelligence
pour la ſubſiſtanced'une
Armée , la diſtribution des
quartiers , la difcipline, la pre-:
voyance à ſe bien ſervir du
Pays , &le faire durer longtemps;
qualitez bien neceſſaires
dans les Armées Allemandes
, qui par leur prodigieux
équipage & par l'eſpritdepillage
qui y eſt naturellement ,
ruineront toujours en deux
mais les Provinces qui pour
raientles faire ſubſiſterdes annécs
entieres.
Dancoval , General de la
Cavalerie de l'Empereur , eſt
fort capable de cette Charge ,
&paſſe avec juſtice pour un
de ſes meilleurs Officiers. Il
a du courage de l'eſprit&plus
d'experience que tous les
autres.nanase
72
MERCURE
Le Comtede Palfi ,general de
Cavalerie, eft homme de beaucoup
d'eſprit. Il n'a veu d'autres
guerres que celles de Hongrie.
On n'eſt pas perfuadé que
ce ſoit un fort brave homme ;
mais commeil eſt des plus anciennes
&des premieresfamilles
de Hongrie , il a trouvé
moyende perfuader à la Cour
deVienne que l'on devoit en
ſaperſonne donner un exemple'de
bon traitementaux Seigneurs
Hongrois , & ila fait
plusde chemindans les dignitez
de la Guerre , que ſes ſervices
& ſes actions ne luy permettoientd'eſperer,
d...
Caraffa , General de la Cavalerie
, s'eſt fait un merite des
ctuautez qu'il a exercées en
Hongrie , de l'argent qu'il a
tiré de ces malheureux , de
la
GALANT.
73
E
ladécouvertede pluſieurs con-
- ſpirations que l'on dit n'avoir
- jamais eſté formées , qui ont
- tourné au profit de l'Empereur;
&enfin il paſſe pour un homme
tres capable de bien éta-
- blir des contrbutions . Toutle
- monde convient qu'il a beau-
= coup d'eſprit,& qu'il eſt preſt à
- rendre de tres grands ſervices;
les Affaires de Tranſivalnie
en font foy :
Le Comte de Bielke , General
: dela Cavalerie de l'Empereur
& de l'Electeur de Baviere,
eſt homme de beaucoup de
courage , capable d'eſtre un
fort bon Officier , & que l'on
verra un jour à la teſte des
Armées de Suede.
LeComte de schering, General
de l'Armée de l'Empereur &
des Troupes de Baviere , n'a
Fev. 1690. D
74
MERCVRE
pour toutes qualités que beaucoup
d'eſprit de menage , toutes
les ſoupleſſes d'un Courtifan
, allant fort bien à ſes fins,
ſe ſervant habilement de tout
ce qui peut contribuer à la
fortune , trouvant moyen de
commander l'Armée de l'Eleteur
qui ne l'eſtime point ,
d'en tirer cinq mille écus de
rente malgré luy, de perfuader
àSa Majesté Imperiale , que
ſans luy l'Electeur ne ſeroit
point dans les intereſts de la
Maiſon d'Auſtriche , lié d'un
commerce aſſez étroit avec la
Comteſſe de Kannits , n'allant
à la guerre que parce qu'un
General d'Armée ne peut ſe
diſpenſer de s'y trouver quand
ſon Prince y eſt ; toûjours
malade , & ſe ſervant à la guerre
de tout ſon eſprit pour éviGALANT.
75
- ter les occaſions ſans qu'on
s'en apperçoive.
1
Le Prince de Croy , General de
l'Artillerie , eſt homme de
beaucoup de valeur .
Le Comte de Taff, Lieutenant
general de Cavalerie , eſt un
tres- galant homme, Ilamontré
du courage dans toutes les
occaſions & actions où il s'eſt
trouvé ; maisil eſt ſans contre .
dit moins loüable ſur les vertus
militaires que ſur toutes
les autres qui font un honnete
home , beaucoup d'eſprit,d'un
tres- bon commerce , beaucoup
d'honneſteté , poly , beaucoup
de ſçavoir& d'étude , plaçant
parfaitement bien ce qu'il
ſçait; enfin homme qui peut
eſtre propre à tout, mais qui
preferera toûjours les qualitez
qui rendent un homme agrea-
D 2
76 MERCURE
ble à celles qui le rendent
utile. 3
Gondola premier Lieutenant
general de Cavalerie , & un
fort ancien Officier , qui par
l'âge & par ſa perſeverance à
ne pas ſe rebutter de quelques
injuſtices , ſe trouve dans ce
poſte la. C'eſt un homme que
l'on aime aſſez , de ces gens
enfin ſans vices , ſans vivacité
&fans ambition , dont le monde
peut s'accommoder , hors
leMaiſtre qui les employe.
Souches premier Lieutenant
general de l'Infanterie , s'eſt
trouvé dans la guerre par les
Emplois que ſon pere a laiſſez,
&paroiſt mediocre en tout,
Le Comte de Scherfemberg .
Lieutenant general de l'infan .
terie , eſt un homme de beaucoup
de courage , & qui cher -
GALANT.
77
che fort à voir & à s'introduire.
Le Princede Neubourg,Grand-
Maistre de l'Ordre Teutonique,
eſt un bon homme , fort
peſant , n'ayant dans les occafions
ny crainte ny ardeur ,
rien auſſi au deſſus de cela. Il
s'attache peu à ſervir ,
Le Prince de Savoyea beaucoup
de courage&de bon fens,
aſſez d'étude , cherchant fort
à ſe rendre bon Officier , &
tres capable de le devenir un
jour ? de la gloire & de l'ambi.
tion ,& tous les ſentimens d'un
homme d'élevation .
Veterani eſt un tres brave
homme , distingué par une des
plus belles actions de la derniere
Guerre ; peu de politeſſe ,
beaucoup de franchiſe , & en
un mot , rien d'Italien que la
naiſſance .
D 3
78 MERCURE
Heusler , Soldat de fortune.
eſt un homme de beaucoupde
courage ; de l'eſprit , actif, qui
s'eſt avancé par beaucoup de
bonnes actions , l'air & fes manieresd'unhomme
de qualité.
On dit qu'il paroiſt embaraſſé
d'un gros commandement :
mais il y a dans ces diſcours
moins de verité que d'envie.
Picolomini eſt un brave hom
me , qui paroiſt entendre bien
fon métier. Il eſtoit attaqué
injustement fur ſa capacité ,c
un peu fur le courage. Il ſe
comporta fort bien dans la derniere
Bataille, Il a beaucoup
d'ennemis . Il paroiſt trop occupé
de petites choſes , pour
eſtre un jour bien capable
des grandes.
Leprince de Commercy a beaucoup
de valeur , fort agiffant,
GALANT. 79
srouvant moyen de ne perdre
ny grandes ny petites occafions
, ayant beaucoupd'envie
de s'inſtruire. Il eſt à craindre
que le tropd'ardeur nel'empê .
che d'eſtre bon Officier .
Rabutin eſtfort brave homme
, honneſte ; de la probité,
& plusloüable par ces endroits
làque par ſa capacité dans la
guerre.
Nigrelli , Esterhafi , Apremont
& Vallis, Generaux de Bataille
d'infanterie , ſont auffi gens
de reputation.
Cet Ouvrage n'eſtant pas
de moy , j'ay cru , quoy que
je faſſe profeſſion de ne chagri.
per perſonne , vous le pouvoir
donner dans une guerre auffi
ouverte que celle- cy , où l'Europe
eſt remplie d'écrits beaucoup
plus fanglans contre la
D4
80 MERCVRE
France. Aprés tout , ce queje
vous donne ne peut paſſer pour
une Satire , & il y a beaucoup
plus de loüanges que de traits
piquans dans ces Portraits.
D'ailleurs , on ne doit pas toutà-
fait afſſeoir ſon jugement ſur
celuy d'un Particulier quidit
ce qu'il penſe , & qui ne dit
pas toujours vray, foit àl'égard
du blâme . Il peut eſtre mal inſtruit
de ceux dont il parle , &
avoir naturellemen de l'inclination
pour les uns , & de l'a-
. verſion pour les autres . Quoy
qu'ilen ſoit , ces Portraits ne
pouventqu'eſtre fort agreables
eſtant fort bien écrits , &
l'Auteur paroiſſant unhomme
d'eſprit & de bon ſens .
La ſainteté du temps où
nous ſommes rend de ſaiſon la
Leure que je vous envoye.
GALANT. 81
Elle,a eſté écrite par un homme
fort habile & fort zelé , à
une Religieuſe ſa Belleſoeur ,
qui luy avoit demandé ſes
reflexions ſur la matiere dont
elle traite .
DE L'ETERNITE' .
V me demandez , ma chere
Soeur,une chose bien au deffus
de mesforces, quand vous m'ordonnez
de vous parler de l'Eternité,&
vous ne pensez peut- eftre pas , que
cet emploi ne convient quere qu'à
une personne confominée dans les
matieres Spirituelles , & non pas
àun homme disſſipépar le commerce
des chofes du Siecle. C'estoit
pluſtoſt à may de vous demander
quelques- unes de vos reflexionsfur
DS
82 MERCURE
1
ce grandſujet; car bien que l'Eternité
doive estre pour toutes forà
tes deperſonnes un objet continuel
demeditation,neanmoins àprendre
les choses dans le cours ordinaire ,
cela est encore plus,ce mesemble, de
vôtre état que du mien. Mais il
faut vous obeir , puis que vous le
voulez , & vous abandonner des
penséessans ordre,& mal digerées.
Si vous n'avez de moyque des cho.
Ses de mauvais goût , vousne de
viz,je l'ofe dire , ma chere Soeur
vous ne devez vous en prendre
qu'à vous mesme ilya un peu de
vostre faute de m'avoir engagé à
une entrepriſe oùjefuissi peu propre
, &d'oùje ne puisfortir qu'à
ma confusion. :
93
En effet , quel moyen de parler
dignement de l'Eternité ,& ne
vaudroit ilpas mieux marquer par
un filence refpectueux , l'étonneGALANT.
83
ment & l'admiration qu'elle nous
cause ? N'est- ce pas une temerité
évidente de vouloir enfermer dans
quelques paroles un temps infini ,
d'entreprendre de donner une idée
parfaite d'une choſe où l'espritſe
confond àmesure qu'il tâche de la
penetrer, larevolution d'un grand
nombre defiecles nepouvant la representer
que tres foiblement ? Il
w'ya que Dieu; cet Eftre veritable.
ment éternel , qui ſpache bien ce
que c'est que l'Eternité , parce
qu'il est leseul quiſoit avant tous
les temps, &qu'il nefinirajamais.
L'Hommenepeut atteindreſihaut
la teſte tourne à qui veut porter
fespensées dans cette vaſte éten.
duë , dans ces espacesimmenfes de
l'Eternité, & l'entendement leplus
élevé s'égare &se perd dans cet
abisme..
N'entreprenons donc pas de
D6
84 MERCVRE
parler de cette veritable Eternité
quin'any commencement nyfin, qui
a precedé , & qui surpassera en
durée tous les temps qu'on peut
imaginer ,qui est propre & parti.
culiere à Dieufeul , qui n'a jamais
esté communiquéeà aucune creature,
fans mesme excepter les Anges
, puis que tout ce qui eft crée a
un commencement , &n'est par
confequentfufceptible que de l'Eternitéqui
doit neceffairemeatfuiprece
commencement.C'estde cette
derniere Eternitéque nous pouvons
effſayer de dire quelque chose,parce
que nous avons esté créez pour
elle , & qu'elle doit estre pour
nous unefourceà jamais inépuisable
de biens , ou de maux infinis.
Mais que divons- nous,machere
Soeur , de cette Eternité terrible
dans laquelle nous devons entrer ,
&oùchaque moment nous conduit?
GALANT.
85
:
Quedirons nousde cette bien heureuſe
ou mal - heureuse Eternité
qui doit estre lasuite des redoutablesjugemensdeDieu
?Que dironsnous
enfin de cette Eternité terrible
, dans laquelle aprés pluſieurs
millions d'années , nous neserons
pas plus avancez qu'au premier
iour ? On ne peut revoquer en doute
la certitude de l'Eternité, car elle
est fondée sur la parole divine.
Allez , maudits , au feu éternel,
qui eſt preparé pour Satan,
& pour ſes Anges ; Voilà la
peine. Venez , les bien - aimez
demonPere,poſſedez le Royaume
qui vous eſt preparé depuis
la Creation du monde.
Le Salut que je donne ſera
éternel , mes Elûs feront comblez
d'une éternelle allegref
ſe , ils ſeront dans la joye ,&
dans le raviſſement , les dou86
MERCURE
leurs fuiront pour toûjours..
Voilàlarecompense,
L'Eternité eftant ainsi établie
il n'y a rien à quoy on dust penser
avec plus d'application & pour.
tant il n'ya rienà quoy on penſe
moins. Itfemble que presque tous
les hommes ayent perdu lesens fur
cette matiere ; onfait tout pour le
temps ,&on ne fait rien , ou fort
peu de chose pour l'Eternité. Nous
faisons des établiſſemens dans le
monde, comme ſi nous n'en devions
iamais fortir, & nous avons peine
àfaire quelques actions qui tendent
ànous affurer un estat heureux
dans l'Eternité. De quellesprécau.
tions, de quel regime, de quels remedes
n'ufons- nous pas , pour prolongerdedeux
ou trois années une
vie traversée par mille inquietuz
des,fans compterles douteurs aiguës
quecaufent lesmaladies & lesper
GALANT . 877
tes des biens , & nous nevoulons
rien faire pour acquerir une vie
éternellement heureuse ? Helas !
nous n'epargnons ny nos travaux ,
my nos biens pour vivre encore un
peu de temps , & nous regardons
à la moindre chofe , lors qu'il la
fautfaire , ou qu'il lafaut donner
pour poffeder éternellement des
biens inestimables. Quesil'on croit
ceux-là ſages & prudens qui tâ
chent d'éloigner la mort autant
qu'ils peuvent , ceux qui vivent
d'une maniere à faire connoistre
qu'ils negligent l'Eternité,nefontits
pas inſenſez? On a beau nous
dire que nous ne sommes que des
Voyageurs , que des Pelerins fur
laTerre que cette Vie n'est qu'un
instant à l'égard de l'autre , que
noussommes faits pour l'Eternité ,
nousle voyons , nouslesentons &
Pourtant rien ne nous occupe moins
88 MERCURE
que cette pensée qui devroit nous
occuper tout entiers. C'est une chose
étrange que nous ayons tant d'attachement
aux choses qui paſſent ,
qui difparoiſſent à nosyeux&que
nous neſoyons pas touchez de ce
qui doit durer toûjours. Quelle est
donc noftre erreur ? Quel est nostre
aveuglement ? Nous risquons un
temps infini contre un temps qui
s'écoule avecune extreme rapidité.
Semblables à ceux qui seroient
affez fous pour jouer une somme
immenfe contre une chose de vil
prix,nous courons avec empreſſement
àdes choses de neant , à des
chofes dont la durée est fort courte,
qu'un mesme moment voit naître
&mourir ,&nous negligeons une
choſe infiniment pretieuse ,& dont
La durée est éternelle. Quoy !le
temps pour lequel nous faiſons toutes
choses eft incertain, I ne durera
GALAN T.
89
peut estre que quelques momens ,
nous ne faisons preſque rien pour
l'Eternité , quoy qu'ellefoit infail
lible. D'où vient ce déreglement ?
C'eſt , ma chere Soeur , que nous
n'avons pas une Foy affez vive.
Noftre Foy au contraire est languif-
Sante, &nous nesçavonspas nous
élever & fuivre les mouvemens
de notre ame , qui nous avertit
inceſſamment , que nous devons
aspirer à l'Eternité, que nous devons
travailler fans relâche à
nous la procurer pleine de bonheur ;
car voussçavez, ma chere Soeur ,
qu'il n'y a point de milieu entre une
Eternite heureuse, &une Eternité
malheureuse , qu'il faut neceſſairement
que nous entrionsdans l'une
ou dans l'autre , ce qui estant , le
bon ſens veut que nous preferions
des biens infinis à des maux fans
fin&Sansmesure.
१०
MERCVRE
,car
D'ailleurs , la pensée de l'Eternité
porte avec elle cet avantage,
qu'elle est d'une merveilleuse con-
Solation dans les disgraces &dans
les fouffrances de cette vie
quand on est fortement appliquéà
la contemplation de l'Eternité , on
n'est pas à beaucoup prés ſiſenſible
aux frequentes traverſes & incommoditez
qu'il faut essuyer ,&
l'Ame élevéepar cette application
nese trouble pas de cent chofes qui
Sans cela luy causeroient d'etran.
gesallarmes.On a mesmede lajoye,
&on reprend de nouvelles forces
dans les mortifications&dans les
austeritez , quand on considere
qu'elles rendent doux le chemin
de l'Eternité,& qu'ellesfervent à
une vie dont les delices n'auront
pointdefi.n.
Que vous estes prudente,ma che.
re soeur , d'avoir fait choix de
GALANT.
91
L'estat où vous estes , qui par sa
douceur & par son calme est un
avant- goust de cette bienheureuse
Eternité , tandis que nous autres
gens du monde ſommes détournez
par le tumulte & par l'embaras des
affaires de penser fericuſement à
l'Eternité ? Vous avez bien témoiparceoboix
iudicieux & chrétien .
quevous connoissez la veritable
valeur de l'Eternité. Puissiezvous
ma chere Soeur , obtenir par vos
prieres de celuy qui compred en luy
Seul toute l'Eternité , que se puiſſe
en iuger auſſiſainement que vous
que ie faſſe ce qu'il faut pour ac.
querir cette Eternité pretieuſe, qui
est le comble des defirs , le but de
tous les gens de bien ,le partage
&la gloiredes Elus. C'est la grace
que ievous demande , ou , si vous
voulez, la recompensede quelques.
heures que i'ay employées à faire
92
MERCVRE
parvos ordres ce petit discours de
l'Eternité, leſuis vostre , &c.
Il eſt arrivé depuis peu à la
Rochelles deux Navires revenant
de Canada. Ils ont apporté
pour deux millions ſept
cens mille livres de peaux de
Caſtors gras , & pour onze
cens mille livres de Loutres ,
Martres, peaux d'our , Renards
Orientaux , & peaux de Bufles,
ce qui fait trois millions huit
cens mille livres . Il ne s'eft
point encore veu de retour fi
extraordinaire, jamais Navire
Hollandois , quelque vantez
qu'ils foient dans l'Europe, n'a
yant raporté plus d'un million .
On imprime un fort beau
Livre touchant l'inſtruction
des Jardins Fruitiers & Potagers.
Il eſt de Mr.de la QuintiGALANT.
93
nye , qui étoit préposé à la culture
de tous les Jardins du
Roy , tant Fruitiers que potagers
, ſous les ordres de Mr le
Sur- Intendant. Son habileté
luy avoitdonné une fort grande
reputation , & commeil eſt
mort depuis un an , Mr de la
Quintinye ſon Fils , prend ſoin
del'Impreſſion de ce Livre , Mr
Perrault de l'Academie Françoiſe
, lié d'amitié avec toute
ſa Famille , a fait là- deſſus un
petit Poëme qui a receu une
approbation generale . Les expreſſions
en ſont tres - vives , &
s'il a extremement bien reuſſi
en divers autres Ouvrages ,
on peut dire qu'il s'eſt ſurpaſſe
luy - meſme en celuy - cy.
Vous en jugerez par la lecture .
94
MERCURE
A MONSIEVR
DE LA QUINTINYE,
SVR SON LIVRE
De l'Instruction des Iardins
Fruitiers & Potagers.
IDYLLE.
Pendant que vous chantezles
Heros de la Guerre,
Qui font regner la mort , & déſolentlaTerre
,
Souffrez , Muses , Souffrez qu'à
l'ombre du repos
Je chante des Jardins le paisible
Heros;
Parfon heureux travail, par ſes
Soinshonorée
GALANT.
95
De mille nouveaux fruits la Terre
s'est parée,
defirs ,
Et devenant feconde angrédefes
A charmé tous nos sens de mille
douxplaiſirs.
Le folide Element , qui ſoûtient
noſtre vie ,
La Terreſeplaignoit de n'estreplus
Servie
Que par des hommes vils, par de
rustiques mains ?
Ellequi vit jadis les plus grands
des Romains
Au fortir des Combats ,de leurs
mains triomphantes
Cultiver avec ſoin les moindres de
Ses Plantes:
Ellen'enfantoit plus dansſa triſte
douleur,
Que des Fruits imparfaits fans
force ou fans couleur.
Apeine pourgarderſes loix &fes
coûtumes .
96
MERCVRE
Donnoit- elleau Printemps les plus
fimples legumes ,
Et retenant cachez ſes precieux
tresors ,
Elle ne daignoit plus les produire
au dehors.
Deſon riche Palais , la difcrete
Nature
Avec joye entendit cet innocent
murmure ,
Et pour noſtre bonheur promit de
mettrefin
Aux finiftres effets d'un si juste
chagrin.
Elle avoit des long temps, duſage
Quintinye.
Formé pour les Iardins l'admirable
genie , :
Et versé dans son fein les dons
qu'elle départ ,
Quand elle veut qu'un homme excelle
danssonArt.
L'esprit qu'ilrecent d'elle , ouvert
furtoutes choses ,
Ne
GALANT. 97
Ne voyoit point d'effets fans en
chercher les causes ;
Avec unſoin exact ilavoit meditè
Tout ce qu'a jamais fçû la docte
Antiquité ,
Tout cequ'a recueilly la longue experience,
Enfin rien ne manquoit àsa vaste
Science,
Que devoir la Nature encore de
plusprés,
Et d'en bien penetrerles plus rares
Secrets.
Un jour que vers le foir preffé de
laffitude ,
Etlesſens épuisez de travail &
d'étude ,
:
11fe laiſſa ſurprendie aux charmes
durepos,
Sur un lit de gazons , qui s'offrit à
propos,
Apeineà la faveur du frais,& du
filence
Fevrier 1690 . E
98
MERCURE
Souffroit- il du sommeil la douce
violence ,
Que d'un vol inſenſible ilſe vit
transporté
Dans un vaſte Palais d'admirable
beauté, [Nature
L'ouvrage & leséjour de la ſage
Dont l'ordre négligé,dont lafimple
Structure
Avoient plus de grandeur ,avoient
plus d'agrémens
Quen'eneut jamais l'Art , ny tous
Ses ornemens,
Ilvoit que de ces lieux l'agiffante
Maiftreffe e
N'ysçauroit endurer lasterile Pareffe.
Là dans un reduit fombre , où par
de longs travaux
Avec l'aidedu Tempsſeforgent les
Metaux ,
Ilobſerve étonné, que de la mesme
LYON
1893
, 2AYR

( GALANT.
THEQUE
DELI
Dont nostre few mortelfait pale
fragile ,
*1893*
Le feu de la Nature , inimitable
Agent,
Forme comme il luy plaiſt , de l'or
ou de l'argent.
Dans un Antre voifin il contemple,
... il admire :
Lesprincipes cachezde tout ce qui
refpire,
Les atomes fubiils , dont les corps
font formez,
Et les Refforts vivans,dont ils font
: animez;
Maisſe laiſſant aller à l'ardeur qui
l'emporte,
Il paffe aux Vegetaux , pour voir
de quelleforte
VILLE
Dansfon travailSecret la Nature
conduit
L'admirable progrés de la Plante
: du Fruit .
Il remarque attentif,que l'ouvrage
commence
E 2
100
MERCURE
Par humeiter long- temps la fertile
Semence ;
àcrever,
Que groſſiſſans toûjours elle vient
( lever ;
Pour dégager le germe , & le faire
Que ce germe , au travers de fes
fibres menuës ,
Offre cent petits trous , comme autant
d'avenuës ,
Où lesfucs, & lesfels reconnuspour
amis
Sont dans leur tendreſein uniquement
admis.
Il voit que de ces fucs dedifferente
force
L'unſefaçonne en bois , l'autre devient
écorce,
Et qu'en ſuivanttoûjours laforme
des conduits ,
Lesuns font le feuillage, & les
autres lesFruits .
Il s'inſtruiſoit ainsiplein d'une joye
extrême
3
GALANT. JOI
Quandparut à sesyeux la Nature
elle_mefme
Avec tous les appas, & tous les
agrémens,
Qu'elle laiſſe entrevoir aux yeux
defes amans.
Acultiverfon Art flateuse elle
l'exhorte ,
Et pour l'encourager luy parle de la
Sorte.
Peut- estre qu'éblonyde l'éclat fans
pareil,
Qui s'épanche en tous lieux du
Globe du Soleil ,
Tu penses qu'il n'eſtrien dans l'enceinte
du monde
Quine doive ſon estre àsa clarté
feconde.
La Terre dans ſonſein renferme
d'autres feux ,
Non moins forts & puiſſans , quoy
que moins lumineux ,
Dont les fombres chaleurs plus dou--
ces&plus lentes .
E 3
102 MERCURE
Sont l'amour,le foutien,&laforce
des plantes.
Cesdeuxfeux differens,en joignant
leur pouvoir ,
Font tout croiſtre, &germer, font
tout vivre & mouvoir.
Il est encore un feu vil , abjet .
méprifable ,
Né du fale rebut d'une rustique
étable ,
Mais qui remply de fucs , &de
Sels precieux ,
Fait seul plus que la Terre & le
Flambeau des Cieux.
Far Son heureux Secours , joint à
ton industrie ,
Tu peux cueillir des fruits au sein
de ta Patrie
Plus doux , plus savoureux , plus
fins , plus délicats ,
Queceux où le Soleildans les plus
beaux Climats
Aura pendant le cours desa longue
carriere ,
GALANT 103
Répandu tousses feux ,&toutesa
Lumiere.
De l'Art que tu cheris le secret
Souverain
Eft deſe bien poster, &sur un bon

terrain.
Il faut connoistre encor comment
l'Arbre prendvie ,
Comment ilfe nourris, comment il
fructifie,
Quelle vertu l'anime ,&fi diver-
Sement
A tout,ſans ſe peiner, donne le
mouvement .
Dans l'endroit où le tronc se joint
àlaracine , *
L'ame fait sa demeure , & prend
Sonorigine.
Lorsque l'Hyver répandſa nége&
Ses frimats,
Elle quite la tige , & descend en
embas,
Où fage elle travaille àpouffer de
fesSouches ,
E 4
104 MERCURE
De nouveaux rejettons,qui comme
autant de bouches
Attirent l'aliment , & forment la
liqueur,
Qui de l'Arbre au Printemps fait
toute la vigueur;
Qui ranime en montant fon tronc
&ſes branchages ,
Et le couronne enfin de fruits &de
feüillages:
Ainsi c'est un abus de ne pas retrancher
Ces menus filamens , où l'on n'ofe
toucher:
Dès qu'ils ont ven le jour , aussi.
toft ils periffent ,
Et dans terre enfoüisſeſéchent ,se
moiſiſſent ,
Infectent ce qui vit. Loin que l'arbre
pareux
En repouſſe des jets plusfains,plus
vigoureux ,
Il en fent devenir ſes forces languiſſantes
,
GALANT.
105
Et ne prend d'aliment qu'aux raci
nes naiſſantes.
Tes Peres peu sçavansse font
encor trompez
Dans l'Art dont les rameauxveulent
estre coupez . :
Quand du milieu de l'Arbre une
branchenouvelle
S'élevoit fierement, groſſe, luifante
& belle ,
Elle estoit confervée ,& charméde
l'avoir
L'ignorant Jardiniery mettoitSon
espoir.
Il faut jetter àbas cette icune in-
Solente ,
Qui prend pour ſe nourrir tout le
Jucd'une plante.
Ce fuc , dés qu'on la coupe, auſſi
toft rabatu
Aux branches d'alentour partage
Ja veriu,
2
Repare abondamment leurs forces
presque éteintes.
Es
106
MERCURE
Et groſſit tous les fruits dont elles
font enceintes.
• Ie ne pourrois nombrer les abus
differens ,
Où de millefaçons tombent les ignorans
. ( paroiſtre;
Le temps &mes leçons te les feront
DesArbres cependant travaille à
bien connoistre
Tous les temperamen's, & toutes les
humeurs ,
Leurs chagrins , leurs defirs , leur
langage ,leurs moeurs ,
Ilfaut qu'à demy mot un fardinier
entende
Ce que dans ſes beſoins un Arbre
luy demande.
Sa tige ,ses rameaux,fesfeuilles ,
Sa couleur
Luy témoignent afſfez ſajoye ,ousa
douleur.
Si dans ces lieux facrez j'ay voulu
te conduire ,
GALANT.
107
Si moy- mesme, je prens lapeinede
t'inſtruire .
Et de te découvrir tant de Secrets
divers. (que tu fers .
Tu dois enrendre grace au Maistre
CePrince estmon amour,c'est-monparfait
ouvrage ;
Sabonté,favaleur ,sa force ,Son
courage
Et tous mes plusgrands dons qu'en
luy jay ramassz
Auroient fait vingt Heros dans les
fiecle's paffez.
l'ay pris le mesme ſoin deſa Race
immortelle ,
Dontj'ayforméeles traitsfurlemême
modelle .
Pour l'honneur deſes iours i'ay dans
tous les talens
Fait naistre en mille endroits des
hommes excellens ;
D'éloquens Orateurs , d'ingenieux
Poëtes,
:
108 MERCVRE
Deſesfaits éclatansfidelles inter
pretes
Des Peintres , dont tel est le charme
du pinceau ,
Des Sculpteurs , dont telle estl'adreſſe
du ciseau ,
Que i'ay peine moy-mesme en
voyant leur ouvrage
Ame bien démêler d'avecque mon
image.
Je veux que le bel Art qui cauſe
2. tous tesfoins
Leurdispute lapalme,&n'excelle
pas moins.
Quandſuivi defa Cour , &couronné
degloire
LOVIS en descendant du charde la
Victoire ,
Viendra se délaſſer après mille
dangers ,
Dans les longs promenoirs defes
riches Vergers ,
Ilfaut que debeaux Fruitsen tout
sempssoient couvertes
GALANT. 109
De ces Arbres feconds les branches
toujours vertes ,
Puis qu'en toutesſaiſonsſuivi de
JesGuerriers
Dans le beau champ de Mars il
cueilledes Lauriers. 3
Ainsi la Quintynie appritde la
Nature
Des utilesiardins l'agreable culture
De là tant de beaux fruits , de là
nousfontvenus
Tant d'Arbres excellens autrefois
inconnus, 3
Ou qui ne seplaiſoient qu'aux plus
lointaines Terres.
De là viennent encor ces admirables
Serres,
Où les Arbres choisis qu'on enferme
dedans ,
Sous un calme éternelfont toujours
Abondans. ३
Chez luy, quand l'Aquilon defes
froides baleines 1
HO MERCVRE
Fixoit le cours des eaux,&durcif-
Soit lesplaines.
Dans l'enclosfouterrain de ces tiedes
reduits .
Del'Esté,de iAutomne on trouvoit
tous les fruits ,
On trouvoit du Printemps toutes les
fleurs écloses ;
Et l'Hiver au milieu des Fraises&
des Rofes ,
Auroit cru n'estre plus au nombre
des Saiſons
Si dehors il n'euft veu sa neige &
Sesglaçons.
Mais quand au Renouveau la diligenteAurore
Flore
Redoroit de nos prez les richeſſes de
Quand auxjours les pluschauds on
voyoit dans les champs
Rouler ſous les zephirs les fillons
ondoyans ,
Ou quandfur les coſteaux le vigoureux
Autonne
GALANT. 114
Etaloit les raiſins dont Bacchus fe
couronne ,
Quel plaisirfur de voir les jardins
pleins defruits
Cultivez defa main, parſes ordres
conduits ;
Devoir lesgrands Vergers du fuperbe
Versailles,
Ses fertiles quarrez , fes fertiles
murailles ,
Oùd'unſoinsans égal Pomone tous
les ans
Elle- méme attachoitſesplus riches
prefens!
Là brilloit le teint vif des Pêches
empourprées ,
Icy le riche émaildes Prunes dia
prées :
Làdes rouges Pavis le duvet delicat
;
Icy ,le iaune ambre du vouſſatre
Muscat ;
Tous fruits dont l'oeil fans ceffe
admiroit l'abondance , 2
112 MERCVRE
La beauté, la groſſeur,la discrete
ordonnance .
Jamais fur leurs rameaux également
chargez,
Lamainſiſagement ne les eust arrangez.
(
Mais c'est peu que nostre âge, il
lustre QUINTYNIE ,
Ait profité des dons de ton rare
genie:
C'est pou que deformais la terre où
tu nâquis
Louiffepar tesfoins de tantdefruits
!
Tu veux avectaplume agreable&
exquis ,
Scavante
Suivante ,
Transmettre tes secrets à la race
:
Et lesfaisant paſſerànos derniers
Neveux ,
Rendre tous les climats ,&tous les
tempsheureux.
Je te lovë , & du Ciel tu n'eus
tant de lumiere ,
GALANT.
113
Quepour en enrichir laTerre toute
entiere,
1
Ie vous ay promis de vous
faire graverles Jettons qui ont
eſté frapez cette année. Je
vous tiens parole , & je vous
en envoye une Eſtampe, mais
ily a une circonſtance à remarquer
, qui eſt qu'on n'employe
preſque plus de Deviſes
fur les matieres épuisées ,parce
qu'elles font ſouvent tomber
dans des redites dont le
Public ne laiſſe pas de s'appercevoir
, quoy qu'elles foient
en d'autres termes. Ainfi la
pluſpart de ceux qui ont eſté
choiſis pour faire ces Devifes
, ont réſolu de ſe ſervir de
ce qui ſera arrivé de plus confiderable
& de plus glorieux
au Roy dans l'année. Mr de
114
MERCURE
f
Santeüil , Chanoine Regulier
de S. Victor , dont le merveilleux
genie eſt connu pour tout
ce qui regarde les Inferiptions
les Himnes ,& les Deviſes , a
travaillé cette année pour celles
des Jettons du Treſor
Royal & de la Ville. Il s'eſt
fervi pour celle du Trefor
Royal , du mont Olimpe dont
les Poëtes ont tant parlé , qui
porte ſa teſte au deſſus des
nuées , & d'où l'on voit des
foudres ſe former plus bas.
Jamais le ſommet de cette
montagne n'eſt troublé
c'eſt pour cela que les Poëtes
ont feint qu'on y voyoit encore
les cendres des Victimes
qu'on y a immolées ;& comme
ſa tranquillité n'eſt jamais
fuiette à eſtre alterée par le
moindre vent , quelques ora-
د
&
TS
1893
!
114
San
deS
leu:
cer
les
4.
tra
les
Ro
fer
1
3
Ro
les
C
od
nu
fo
Ja
m
१.
re
bfa
f
GALANT.
TIS
4
gesqui paroiſſent au deſſous
de ce ſommet, le Roy a la meſme
tranquillité au milieu des
Ennemis qui l'environnent .
On voit dans le revers du
Jetton , pour marquer cette
tranquilité , une montagne
dontla teſte eſt hors desnuées;
&des foudres au deſſous , avec
ces mots alentour , tirez de
Lucain..
Pacem Summa tenent...
A l'égard de la Deviſe de
'Hoſtel de Ville , le meſme
Mrde Santeüil a voulu montrer
qu'il n'y a rien de plus
glorieux pour le Roy , que de
voir un nombre infini de Souverains
liguez contre la gloire
de ce Monarque , & qui ne
peuvent en ſouffrir l'éclat.
Les Medes eſtoient ennea
mis des Parthes. Ces derniers
116 MERCURE
1
,
adoroient le Soleil ; & les Medes
pour inſulter leurs ennemistiroient
des léches contre
cet Aſtre ,& ſouvent le dépit
de ne le pouvoir atteindre ,
leur en faiſoit decocher dans
l'eau , où l'image du Soleil
eſtoit repreſentée. Mr de Santeüil
a pris le corps de faDeviſe
ſur la folie de ces Peuples,
qu'il a fait voir dans le revers
du letton, avec ces mots.
Securus ab alto.
Rien n'eſt mieux imaginé,
nemarque mieux la grandeur
du Roy , & ne peut faire voir
plus clairement, que les traits
que ſes Ennemis décochent
contre luy , feront auſſi peu
d'effet que ceux que les Medes
dardoient contre le Soleil, &
contre ſon image.
J'ajouteray icy l'explication
GALANT. 117
du letton des Galeres , dont la
Deviſe a eſté faite par Mr
Gauthier. C'eſt un Aiglon qui
porte la foudre avec ces mots
d'Ovide.
Quò postulat ufus;
Ils font tirez de la Harangue
d'Uliffe contre Aiax , où cet
adroit Capitaine voulant faire
voir aux Grecs de quelle utilité
il avoit eſté parmy eux,
foit pour le Conſeil , ſoit pour
l'Expedition, leur diſoit , Mittor
quò postulat ufus . Rien ne fait
mieux voir la ſituation de
Monfieur le Duc du Maine
qui ſe trouve en estat de ſervir
également ſur Terre & fur
Mer ; fur Terre , comme Co
lonel general des Suiſſes ; fur
Mer , comme General des Galeres
. On a repreſenté pour
marquer cette grande Charge
120 MERCVRE
un Edit parlequel Elle déclare
qu'ayant toûjours donné ſes
foins pour, conſerver & augmenter
les biens de l'Hôtel.
Dieu , de l'Hôpital General ,
& de l'Hôpital des Incurables
de la bonne Ville de Paris, Elle
'avoit dans cette veuë par fa
Déclaration du mois d'Aouſt
1661.jugé à propos d'excepter
ces troisHôpitaux de la défen.
ſe generale qui estoit faite par
cette Déclaration , à tous les
autres Hôpitaux , Communautez
Regulieres& Seculieres
de ſonRoyaume , de prendre
de l'argent à fond perdu ,
pour conftituer des rentes à
un denier plus fort qu'à l'ordinaire
; mais qu'ayant connu
depuis , que cette permiffion
qu'Ellenavoit refervée àl'Hotel-
Dieu, à l'HôpitalGeneral,
&
SGALANT. 121
& à l'Hôpital des Incurables
de Paris , que pour leur donner
moyen d'augmenter leurs
biens , & par conſequent de
multiplier leurs charitez dans
la ſuite, leur devenoit au contraire
tellement préjudiciable,
que si elle leur eſtoitplus longtemps
continuée , elle pourroit
les mettre entierement hors
d'eſtat, non ſeulement de payer
-les arrerages de ces rentes ,
mais meſme de faire ſubſiſter
les Malades& les Pauvres dont
ils ſetrouventchargez par leur
établiſſement,Elle avoit eſtimé
neceſſaire de défendre generalement
tous les emprunts à
fond perdu , tant à ces trois
Hopitaux qu'au grand Bureau
des pauvres de Paris. Ainſi la
volonté du Roy eſt que malgré
l'exception portée par laDé-
Fev. 1690.
F
122 MERCURE
:
claration du mois d'Aouſt
1661. les défenſes faites par
cette Déclaration foient executées
ſelon leur forme & teneur,
à l'égard de tous les Hofpitaux
& Communautez Regulieres
& Seculieres de fon
Royaume, & meſme à l'égard
de l'Hoſtel Dieu de Paris , de
'Hospital General , de l'Hofpital
des Enfans trouvez , des
Incurables , & du Grand Bureau,
en forte que les Adminiſtrateurs
de ces Hoſpitaux ne
puiffent prendreaucun argent
à fond perdu , pour conſtituer
des rentes viageres , à peine de
le payer , & d'en répondre en
leurs propres & privez noms .
Il eſt auſſi défendu à tous Par
ticuliers de leur faire aucun
preſt de cette nature à peine
de reſtitution des intereſts
GALANT.
123
qu'ils en auront receus , & de
perte de leur deu àl'exception
toutefois des dons des ſommes
qui feront faites à ces Hoſpitaux
par les Particuliers , à la
chargede leur en payer les arrerages
leur vie durant , à raiſon
du denier vingt. Cet Edit
fut enregiſtré au Parlement
le6. de ce mois.
Je demeure d'accord que
dans le temps que ces rentes
viageres eſtoient préjudiciables
aux Hoſpitaux , elles é
toient utiles à ceux qui n'ayant
pas ſuffisamment de quoy vivre
ſelon leur qualité , ou ne
vivant pas aſſez à leur aiſe
abandonnoient leur fond pour
ſe faire un revenu qui leur
puſt fournir de quoy ſubſiſter
plus commodement. S'ils n'ont
plus le meſime avantage du
F2
124
MERCVRE
coſté desHoſpitaux , ils le peuvent
trouver du coſté de la
Tontine , & meſme avecbeaucoup
plus de ſeureté , puis
qu'il n'y a point de difference
de ces rentes à celles qui ſont
créées par leRoy fur l'Hôtel de
Ville , Sa Majeſté alienant de
ſes revenus de la meſme forte
pour les payer . Mais il y a plus
que cette ſcureté à celles qui
proviendront de la Tontine,
puis qu'outre qu'elles font à
un denier plus confiderable
au moment de leur creation , il
eſt impoffible qu'elles n'augmentent
chaque année par
Ja mort des Rentiers de chaque
Claffe. D'ailleurs , il n'y a
perſonnequi ne ſe puiſſe flater,
de ſe voir un jour cent mille
livresde rente , ſans que pour
tous ces divers & grands avan.
GALANT.
2145
tages, il en coute plus que pour
les rentes à fond perdu , dont
on a eſté obligé de fupprimer
l'uſage pour le foulagement
des Pauvres des Hoſpitaux. Ie
vous ay marqué dans ma Lettre
de Janvier combien cent
éeus produiront de revenu ſelon
la difference des Claſſes
Il me reſte à vous dire combiende
parties de cent écus il
doity avoir pour chacune de
cesClaſſes.
La premiere & la ſeconde
depuis un an juſqu'à cing , &
depuis cinq juſqu'àdix , pour
ceux qui ne retirent de cent
écus que quinze livres de renteau
denier vingt , doivent
fournir chacune deux millions
pour faire cent mille livres de
rente , & ces deux millions
font fix milleſix cens ſoixante
F
3
126 MERCVRE
& fix parties de cent écus &
deux tiers .
La troiſiéme & la quatriéme
depuis dix ans juſqu'à quinze,
&depuis quinzejuſqu'à vingt,
pour ceux qui retirent de cent
écus ſeize livres treize fols
4. deniers de rente au denier
dix- huit, doivent fournir chacune
un million huit cens
mille livres pour faire cent
millelivres de rente , & cette
ſomme fait fix mille parties
de cent éus:
La cinquiéme & la fixiéme
Claſſe , depuis vingt ans jufqu'à
vingt cing , & depuis
vingt- cinq juſqu'à trente
pour ceux qui retirent de cent
écusdix- huit livres quinze
fols de rente au denier ſeize,
doivent fournir chacune un
million fix cens mille livres
GALANT .
1271
{ pour faire cent mille livres de
rente ,&cette fomme fait cinq
mille trois cent écus & u
tiers.
La ſeptiéme &la huitieme )
Claffe , depuis trente ans jufqu'à
trente-cing , & depuis t
trente- cing juſqu'à quarante
pour ceux qui retirent de cent
écus vingt & une livres huit
fols fix deniers de rente au
denier quatorze , doivent
fournir chacune un milion
quatre cent mille livres pour
- faire cent mille livres de ren
tes ,& cette ſomme fait quatre
mille fix cens ſoixante & fix
parties de cent écus & deux
tiers .
La neuvième & la dixiéme
Claſſe , depuis quarante ans
juſqu'à quarentecing ,& de
puis quarante cinq juſqu'à
F 4
128 : MERCURE
cinquante , pour ceux qui re
rent de cent écus vingt cinq
livres de rente au denier
quinze , doivent fournir chacune
un milion deux cens
mille livres pour faire,cent
mille livres de rente , & cette
fomme fait quatre mille par
ties de cent écus .
La onzième & la douziéme
Claſſe , depuis cinquante ans
juſqu'à cinquante cing &depais
cinquante cinq juſqu'à
foixante , pour ceux qui retirent
de cent écus trente livres
de rente au denier dix doi.
vent produire chacune un million
pour faire cent mille livres
de rente , & cette ſomme fait
trois mille trois cens trentetrois
parties de cent écus&un
demy.
La treizième & la quatorGALANT.
129
4
- zieme Claſſe , depuis ſoixante
ans juſqu'à ſoixante & cing ,
&depuis ſoixante & cinqjufqu'à
ſoixante & dix , & au deffus
, pour ceux qui retirent de
centécus trente-ſept livres dix
fols de rente au denier huit ,
doivent fournir chacune huit
cens millelivres de rente, cette
ſomme fait deux mille fix
cens ſoixante & fix parties
de cent écus & deux tiers .
Toutes ces diverſes ſommes
font dix-neufmillions ſix cens
mille livres , dont le Roy paye
quatorze cens mille livres de
rente ,& qui font foixante &
cinq mille trois parties de cent
écus& un tiers . :
Voicy les noms des quatorze
anciés Payeurs des rentes de la
Ville, nommez par leRoy pour
payer ces Rentes Viageres.
F
130
MERCURE
Le St Robert Perrelle , pour la
premiere Claffe.
Le Sr Jean Amyot , pour la
feconde.
Le Sr Jean le Droit pour la
troiſeme.
Le Sr Simon Bachelier , pour
la quatrième.
Le St Pierre Tiffars,, pour la
cinquième.
Le St Patrice Defen , pour la
ixieme.
- Le Sr Estienne Deschamps ,
pour le ſeptiéme .
Le Sr Michel Routier , pour
la huitiéme.
Le St Jean le Boiteux , pour
la neuvième.
{
Le Sr Claude Dunoyer , pour
ladixićme,
Le St François Hocart , pour
la onzième.
Le St Silvain Tifars , pour
ladouxième.
GALANT. 131
Le Sr Fredy pour la treizième.
Le Sr Rouale , pour la quatorziéme.
Vous remarquerez que les
diversintereſts dont je viens
de vous parler , reduits enſemble
au denier quatorze ,
font juſtement la ſomme de
dix neuf millions fix cens
mille livres .
L'Eveſché de Chartres eftant
d'une fort grande éten
duë , & ayant une tres-grande
quantité de Dioceſains ,le
Roy a cru y devoir nommer
un homme , qu'on ne puſt
douter quine fuſt tres-propre
à prendre ſoin de ce grand
nombre d'Ouaïlles . C'eſt cette
raiſon qui l'a porté à choiſir
dans le petit Seminaire de
Saint Sulpice , Mr Godet de
Sandé ,Abbé d'Igny enCham
E6
132
MERCURE
pagne , & Directeur de laMaifon
Koyale de S. Loüis à S.Cir,
pour luy faire remplir la place
de feu Mr de Vileroy , dernier
Eveſque de Chartres . Cet Abbé
eſt d'une naiſſance diſtinguée&
d'une vie exemplaire.
Le 21. du mois paſſe , Mr
l'Archeveſque de Paris fit la
ceremonie de la Benediction
deMadame Elizabeth d'Abridcourt
, Abbeſſe des Dames
Religieuſes Angloiſes Benedictines
de Pontoiſe , qui fut
aſſiſtée dans cette Ceremonie ,
parMadame la Princeffe Loüiſe
Palatine , Abbeſſe de l'Abbaye
Royale de Maubuiſſon ,
& par Madame l'Abbeſſe de
Pantemon. Cette Benediction
fut faite avec beaucoup de
folemnité dans l'Eglife Paroiffiale
de S. Germain en Laye, en
GALANT. 133
preſencede la Reine d'Angleterre
, & d'une nombreuſe
Aſſemblée. Sa Majesté Britannique
fit enſuite l'honneur àla
nouvelle Abbeſſe de la remener
au Chaſteau dans ſon Car.
roſſe , aprés quoy elle traita
fort ſplendidement dans l'appartement
de la Duchefſe de
Povvis , les trois Abbeſſes , la
Soeur Ignatia Fitslames , qui
avoit eſtémenée à cette Cere.
monie par ordre exprés de la
Reine ,& les autres Religieufes
aſſiſtantes , Sa Majesté cut
la bonté de leur tenir compagnie
àtablesaprés quoy elle fit
remenerla nouvelle Abbeſſe à
Pontoiſe dans ſes Carroſſess
comme elle l'avoit fait amener
le jour precedent. Cette
Abbeſſe fuccede dans le gouvernemen
tde cette Maiſon à
134
MERCURE
Madame Anne de Neville ,
Fille du premier Baron d'Angleterre
, qui mourut le 15 .
Decembredernier dans ſa quatre
- vingt - quatrième année .
C'eſtoit une Dame d'une tresgrande
vertu , qui aprés avoir
demeuré trente troisans dans
le Convent des Benedictines
Angloiſes de Gand , où elle
avoit fait profeſſion , eſtoit
venuë à Pontoiſe par l'ordre
de ſes Superieures . Elle n'y
avoit pas encore paſſé une
année entiere , lors qu'elle fut
éleuë Abbeſſe par les ſuffrages
de toute laCommunauté . Elle
a rempli les devoirs de cette
Charge pendant vingt- deux
ans avec une exactitude entiere
à faire obſerver la Regle
, mais en meſme temps
avec une honneſtcié qui lay
GALANT.
135 -
faiſoit gagner tous les coeurs ,
en forteque chaqueReligieuſe
la refpectoit comme fa Superieure
, & l'aimoit comme
ſa Mere. Elle avoit une grandeur
d'ame qui luy faifoit
ſupporter les Afflictions les
plus rudes fans le moindre
abartement, & l'on a remarqué
d'elle que jamais perſonne
n'eſt venu luy communiquer
fes troubles d'eſprit,dans quelque
facheuſe extrémité qu'il
fe ſoit trouvé,qui ne l'aitquit-
-rée plein d'une conſolation au
delade tout ce qu'il en avois
pû attendre. Ce court éloge
ne ſe pouvoit refuſer à une
auſſi grande vertu que la fien-
4
nc.
Le grand nombre de Men
dians qu'on a vûs depuis peu
dans la Villede Paris ,a done
136 MERCURE
1
nélieu à un Arreſt du Parlementqui
vient d'eſtre publié.
Ce qui feroit voir la miſere
d'un autre Etat , ne la marque
point à Paris , mais bien la
grandeur de cette Ville , qui
paroiſt renfermer un monde
entier. La débauche y appauvrit
les uns , la vanité y ruine
les autres; on ne s'y connoiſt
point affez àcauſe de la multitude.
On preſte à qui ne peut
jamais s'acquiter ,&cent choſesyrendent
malheureux,pendant
qu'un grand nombre
d'autres y vont faire fortune.
La pluſpart de ceux qui ſe
laiffent accabler par la neceffité
, fout gens fans coeur ,qui
ſe repoſent ſur les grandes
charitez qu'on fait àParis , &
qui ſe trouvent fi bien da
meſtier de Gueux , qu'ils ne
GALANT
137
peuvent plus l'abandonner. II
y auroit dequoy faire pluſieurs
volumes de l'inſolence de ces
fortes de Gueux , de ce que
pluſieurs ont gagné ,de leurs
débauches ſecretes , & de ce
que quelques uns ont donné
enmariage àleurs Filles.Enfin
il y a des Gueux adonnez
dans des quartiers,dont d'hon .
neſtes gens pourroient envier
la fortune, ſi leurs biens n'eftoientpoint
acquis de la ma
niere du monde la plus baſſe ,
&la plus indigne d'une perfonne
de coeur. La Guerre a
ſervy de pretexte à beaucoup
de ces lâches Faineans qui ne
gucuſoient pas ,& comme elle
fait quelquefois des miferables,
ils ontcruqu'on ſeroitplus
aiſément perfuadé deleur neceffité
dans ce temps- cy que
138 MERCURE
dansun autre . Leur nombre
s'eſt accru par ce que le hazard
a fait , que juſtement dans le
mefme temps , les fonds des
Hoſpitaux ont fouffertun peu
de diminution. Ainfi les vrais
Gueux s'étanttrouvez meſlez
avecles faux il ne fautpas s'étonner
ſile nombre en a paru ſi
grand. Le remede y a eſté bien
toſt apporté par le Parlement.
Mefficurs les Gens
duRoyeſtant entrez le onzieme
de ce mois , Mr.Talon,
AvocatGeneral de Sa Majesté,
porta la parole , & dit avec l'éloquence
qui luy eſt ordinaire;
Qu'on avoit veu depuis quelques
mois la mendicité ſe renouveller
à Paris avec plus de
licence qu'elle ne s'eſtoit
mais pratiquée avant l'établiſ
fement de l'Hôpital General,
ue la diminution des revenus
ja
GALANT.
139
cafuels ,& la ceſſation preſque
entiere des charitez avoient
eſté la principale cauſe de ce
defordre , parce que l'Hospital
manquant de fond pour faire
ſubſiſter tous les Pauvres
qu'on y avoit enfermez , & ne
pouvant continuer à faire la
dépenſed'entretenir un nombre
d'Archers ſuffiſant pour
arreſter les Pauvres qui demandoient
l'aumoſne publiquement
, le nombre s'en
eſtoitaccru à l'infiny , que par
là ladevotion ſe trouvoitbannie
des Egliſes , l'attention
que les Fidelles doivent aux
Miſteres auguſtes qui s'y celebrent
, eſtant troublée par des
importunitez continuelles,des
plaintes & des murmures qui
paſſoient quelquefois jufqu'aux
injures ; qu'il eſtoit
140 MERCVRE

impoſſible d'exprimer combien
il ſe commettoit par là de ſcandales
, de crimes , d'abominations
à l'entrée , & meſme dans
l'interieur des Eglifes ; que la
hardieſſe de demander dans
les ruës , eſtoit meſme accompagnée
de menaces , & qu'outre
le libertinage qui regne
parmy les gens de cette profeſſion,
ils ſe mêloient ſouvent
avec les Voleurs , & que n'y
ayant guere de mauvaiſes
actions dont ils ne fuſſent ca
pables , cette confufion pouvoit
avoir des ſuites facheuſes
,& produire des accidens
funeſtes ſi elle étoit toleréesque
le Roy qui n'eſt pas moins recommandable
par ſa pieté que
par ſa ſageſſe , s'eſtoit auſſitoſt
determiné de les fecourir
,& d'empeſcher leur
GALANT. 141
chute en leur donnant le
moyen de ſubſiſter ; que les
ordres de Sa Majesté eſtant
executez par les foins & l'application
infatigable des Magiftrats
qui ſont à lateſtede
Padminiſtration des Hôpitaux
, onn'avoit pas à douter
qu'il n'euſſent un veritable
fuccés ; que cependant comme
le plus grand nombre des
Mendians dont ou voit Paris
accablé , eſtoit compoſé de
Faineans &de perſonnes valides
de l'un & de l'autre Sexe ,
qui pouvoient vivre du travailde
leurs mains , ces fortes
de gens qui ſe déguiſoient &
qui feignoient des maladies
imaginaires pour s'attirer la
compaſſion, ne pouvoient eſtre
punis trop ſeverement , lors
qu'ils continuoient à voler les
142 MERCURE
aumônes qui auroient dû eſtre
portées aux Hôpitaux pour y
nourrir les veritables Pauvres ,
&qu'ils perſeveroient à faire
le métier de Gueux ; que les
Ordonnances vouloient qu'à
la troifiéme recidive ils fuſſent
punis de la peine des Galeres,
& que pour ofter toute excuſe
à leur pareſſe , Mr le Prevoſt
desMarchands alloit par ordre
du Roy faircouvrir an Attelier
public , où l'on donneroit
le moyen de travailler à
ceux qui ne trouveroient
point ailleurs de l'employ;
que les Pauvres invalides originaires
de Paris , ſeroient
nourris dans l'Hôpital,& qu'il
falloit exhorter les autres de
retourner , s'il eſtoit poſſible ,
dans leurs Provinces , & que
l'Hospital meſme leur en fourGALANT.
143
niſt les moyens ; qu'aprés tour,
l'Hoſpital les ayantaccueillis ,
la charitédes Adminiſtrateurs
ne ſouffriroit pas qu'ils mouruffent
de faim ; que l'on de
voit eſpererque le bon ordre
qui alloit s'y établir , rendroit
les aumônes plus abondantes ;
mais qu'aprés tout , il eſtoit
d'une neceſſité indiſpenſable
de bannir la mendicité , &
pour cela , de renouveller &
faire publier de nouveau les
Reglemens de Police contenus
dansles Lettres du Roy , d'Etabliſſement
de l'HospitalGeneral
, & dans les Declarations
qui avoient eſté faites
detemps entemps , que quelques
juſtes & falutaires que
puiſſent eſtre ces Loix , elles
n'auroient qu'avec peine une
entiere execution , ſi on ne les
1
1
144
MERCURE
appuyoit par des exemples de
ſeveritcé ; que c'eſt ce qu'on
attendoit de la vigilance du
Lieutenant de Police , qui afſiſté
des Officiers du Chastelet
, devoit prononcer par jugement
en dernier reſſort le
chaſtiment qu'impoſent les
Ordonnances aux gens de
cette profeſſion , qui estoient
affeurément des vagabonds ,
&qui n'avoient point de domicile
certain. Mrs les Gens
duRoy requirent enfuite qu'il
fuſt ordonné que les Edits ,
Declarations,Arrests,&Regle.
mens intervenus contre les
Mendians feroient executez ,
&qu'il feroit pourveu au furplus
fuivant les concluſions
par eux priſes . Ce faiſant , que
tous Mendians valides , tant
hommes que femmes , qui
n'eſtoient
GALANT.
245
n'eſtoient pas natifs de la Valle
&Fauxbourgs de Paris , feroient
obligez d'en fortir hai
jours aprés la publication
qu'on feroit de l'Arreſt du Parlement
,& de ſe retirer dans
leurPays ſans s'attrouper, ſi les
hommes qui ſe trouveroient
capables de porter les armes ,
n'aimoientmieux prendre party
dansles Troupes du Roy,C
qu'aprés ce temps paffé , les
Mendians valides ſeroient arreſtez
, & ceux qui ſeroient
âgez de ſeize ans & au deſſus,
enfermez pour la premiere fois
pendant quinze jours , dans
les Maiſons de l'HôpitalGeneral
pour y travailler comme il
feroit ordonné par les Directeurs
de cet Hôpital ,& qu'en
cas qu'ils fuſſent repris mendiantdans
la Ville & les Faux-
Fevrier 1690. G
146
MERCURE
bourgs de Paris , ils ſeroient
renfermez pendant un mois
dans ces meſmes Maiſons; que
ſi aprés en eſtre ſortis pour la
ſeconde fois ; ils eſtoient re.
trouvez mendiant , ils ſeroient
conduits au Chastelet , & condamnez
par le Lieutenant General
de Police , avec les Officiers
du Chaſtelet , aux peines
portées par les Ordonnances ;
que les Mendians invalides
qui n'eſtoient pas de la Ville ,
Faux bourgs & Banlieuë de
Paris , en fortiroient dans le
meſme temps de huitaine , à
peine pour la premiere fois
qu'on les trouveroit mendiant,
d'être enfermez pendantquinze
jours dans les Maiſons de
'Hôpital General , & pour la
ſeconde , d'eſtre punis ainſi
qu'ilappartiendroit,meſme d'y
GALANT.
147
,
eſtre renfermez pendant leur
vie , s'il eſtoit ainſi ordonné
par les Directeurs de cet Hôpital
: & qu'à l'égard des Mendians
valides de la Ville,Fauxbourgs
& Banlieuë de Paris ,
ils ſeroient obligez d'aller travailler
dans les Atteliers qui
feroient ouverts par le Prevoſt
des Marchands ,& à cet effer
de s'enroler ſur le Regiſtre qui
ſeroit tenu en l'Hoſtel de Ville,
ſous les peines cy-deſſuscontre
les autres Mendians valides
; que les Mendians invalides,&
tous ceux qui n'étoient
pas en eſtatde ſubſiſter , natifs
de la Ville & des Fauxbourgs
de Paris , ſe retireroient par
devers les Curez & les commiſſaires
des Pauvrés de leur
Paroiffe ou au Bureau de د
l'Hôpital General pour leur
Ga
148 MERCURE
eftre pourveu ; que défenſes
ſeroient faites à toutes perſonnes,
de quelque qualité qu'elles
puſſent eſtre , de mendier
dans les Egliſes & ailleurs , &
àtoutes perſonnes de donner
l'aumône à aucun Mandian , à
peinede quatre livres d'amen -
de payables ſans déport ; qu'il
ſeroit pareillement défendu de
troubler les Archers dans leurs
fonctions, à peine de punition
exemplaire avec ordre à tous
les Officiers de Police, & particulierement
aux Commiſſaires
& Sergens du Chastelet
de leur donner main forte ,
&d'arreſter & faire arreſter
ceux qui feroient quelques
violences ,ou apporteroient
empefchement aux captures
que les Archers des Pauvres
voudroient faire , & d'enren
GALANT.
149
dre compte ſur le champau
Lieutenant de Police , afin que
l'ony pourveuſt . Mrs les Gens
du Roy s'eſtant retirez , & la
matiere ayant eſté miſe en de .
liberation, le Parlement ſuivit
leurs Conclufions dans l'Arrest
qu'il fit publierte lendemain .
Jamais rien ne fut mieux
digeré , & ne fit mieux voir le
ſoin que l'on prend des Pauvres.
Ilsont meſme un avan
tage qui eſt grand & fingulier
pour des malheureux
eſt celuy de pouvoir choiſir
leur employ , puisqu'il leur eſt
permis d'aller à la Guerre , &
de travailler dans les Atteliers
dela Ville, que le Roy a la bontéde
faire ouvrir pour les foulager.
Ce genereux &tendre
Monarque a eſté plus loin ,
& il a trouvé le moyen d'anqui
G3
150 MERCVRE
gmenter le fonddes Hôpitaux,
afin que tous les Pauvres y
puiſſent eſtre entretenus ,
quelque grand qu'en foit le
nombre.
Mr de la Garouſte Gontel ,
de la Ville de Saint Coré dans
le Vicomté de Turenne , connu
par ce grand Miroirconcave
qui eſt à l'Obſervatoire ,
dont il fit preſent au Roy il y
a quelques années , doit produire
au premierjour troisMachines
d'une invention merveilleuſe
& d'une fort grande
utilité,particulierement deux.
La premiere eſt un inſtrument
de Muſique , auquel il a
donné le nom de Pandolyre ;
parce qu'il renferme tous les
divers inſtrumens qui peuvent
entrer dans un Concert, Cette
Machine eſt compoſée de plu-
7.
و
GALAN T.
ISI
ſieurs Claveſſins rangez les uns
fur les autres , qui par leur
differente harmonie , imitent
ſi parfaitement le ſon des Luts ,
des Thuorbes , des Claveſſins,
des Violes & des Violons ,
qu'on en distingue les accords
de toutes les parties ſans la
moindre confusion,Deux leux
d'Orgues complets , l'un plus
grand , placé dans la baſe de la
Machine , l'autre plus petit ,
poſe au plushaut du frontiſpice
,tiennent lieu de Flutes,de
Haut-bois , de Trompettes ,
& d'autres Inſtrumens , avec
cela de particulier , que les
Soufflets du plus grand ne paroiſſent
point , & que le plus
petit n'en a pas beſoin.Cequ'il
y a de plus fingulier dans cette
Pandolyre, c'eſt que les Inſtrumens
dont elle est compoſée
G4
152
MERC VRE
répondent tous à un ſeul Clavier
d'un Claveſſin ordinaire ,
de forte qu'il ſuffit de le ſçavoir
toucher , pour faire joier
tous les Inſtrumens enſemble ,
&chaque Inſtrument en particulier.
Il n'y a pas juſqu'aux
ornemens qui fervent de décoration
à la Machine , qui ne
paroiſſent animez. Les Termes
qui la ſoutiennent ſemblent
chanter leur parrie. Ils font en
effettous les mouvemens dos
perſonnes qui chantent. Appollon
joüant de ſa Lyre , & les
neufMuſes y fontrepreſentées
avec les differens Instrumens
deMuſique que la Fable leur
attribuë . Elles les touchent
avectantde juſteſſe & d'artifice
dans le temps ſeulement
que ces Inſtrumens ſe font en-.
tendre,qu'on diroitque toute.
GALANT.
153
l'harmonie eſt un effet de l'action
qu'on leur voit faire. Enfin
rien nemanque de tout ce
qui peut contribuer à la magnificence
de cette Machine ,
qui eſt aſſeurément l'ouvrage
le plus ingenieux qu'on ait
jamais veu de cette nature.
Les deux autres Machines
que le meſme Auteur nous
propoſe , ſontd'un plus grand
uſage pour le ſervice de l'Etat.
L'une eſt une eſpece de
mouvement perpetuel , par
le moyen duquelil augmente
les forces d'une maniere fi
prodigieuſe , qu'il n'ya point
de poids qu'il n'entraîne &
qu'il n'enleve avee beaucoup
de facilité . Cependant la Machine
eſt tres ſimple dans ſa
compoſition , qui a encore
eela de particulier fur toutes
G
154
MERCURE
=
les autres Machines qui ont
paru juſques à preſent , que
contre tous les principes , ce
ſemble , de la Statique , ſans
perdre un moment de temps ,
on luy multiplie la force à l'infiny
, & elle fait autant dans
fon mouvement retrograde ,
que dans le mouvement direct.
L'autre Machine eſt d'un
fecours tres - confiderable pour
lesdeſſablemens des Ports de
mer. Mr de la Garouſte s'engage
par le moyen de cette
nouvelle Machine à faire deux
mille fois plus d'ouvrage en
une heure ſans multiplier les.
forces , qu'on n'en fait avec la
Machine dont on a accouſtumé
deſe ſervir. Si le ſuccés répond
àcequ'on écrit& dit de ces
roisMachines comme il n'y
GALANT.
ISS
aaucun ſujet d'en douter aprés
ce qu'on a déja veu de Mr de
la Garouſte , qui n'eſt point un
Charlatan , mais un Gentilhomme
d'honneur,qui ne s'eſt
appliqué à ces Ouvrages que
pour ſon plaiſir , ſans avoir jamais
étudié les Mechaniques ,
on doit avoüer que perſonne
n'a plus de genie que luy , puis
qu'il a tiré tout ce qu'il a fait
de ſes propres reflexions .
On a cu avis que le Sr Jean-
Baptiſte Tavernier , fameux
Voyageur , eſt mort àMoſcou
au moisde Juillet dernier , âgé
de quatre vingt- neuf ans . Il
eſtoit Fils d'unGeographe fort
eſtimé en ſon temps , & avoit
fait fix voyages aux Indes par
verre , & en estoit revenu une
fois parmer. Comme il n'avoit
jamais veu la Moſcovic, il pric
G6
156 MERCURE
cette route en retournant aux
Indes pour la ſeptième fois. Il
prétendoit y recouvrer une
cargaison qu'ilyavoit envoyée
fous la direction du Sr Pierre
Tavernier ſon Neveu , dans
laquelle pluſieurs perſonnes
de Paris estoient intereffées ..
Ellemõtoit à deux cens vingedeux
mille livres d'achat en
France , qui devoient avoir
produit plus d'un million . Mr
Tavernier , au retour de fon
dernier voyage des Indes ,
acheta la Baronnie d'Aubonne
en Suiſſe , qu'il vendit il y
a trois ans à Mr le Marquisdu
Queſne , Fils aifné de Mr du
Queſne , Lieutenant General
des Armées Navales de France.
Le Sr Mercier , Commisde
Mr Tavernier , eſt auſſi mort.
aux Indes au mois de Septem
GALANT.
157
bre dernier , lors qu'il ſe preparoit
à venir à Hifpahan joindre
ſon Maiſtre , qui luy avoit
donné rendez- vous en Perſe ,
où illuy rapportoit de grands
retours de fon Voyage. Mr
Tavernier a fait imprimer une
Relation de ſes Voyages que
l'on a trouvée fort curieuſe ,
& en a donné une au Public
de l'interieur du Serrail , qui a
eſté d'autantplus recherchée ,
que fort peu d'Auteurs en ont
écrit , parce que l'entrée du
Serrail eſtant défenduë , il eſt
extrémement difficile d'en
ſçavoir de veritables nouvelles.
J'ay à vous apprendre une
autre mort , qui vous fera regreter
la perte que les Gens
de Lettres ontfaite icy depuis
pau de jours. C'eſt celle du
r $ 8 MERCURE
fameux Mr Miron,dontje ſçay
que la reputation vous eſt connuë.
Il avoit eſté Treforier
Extraordinaire des Guerres ,
&il y avoit plus de vingt ans
qu'une facheufe paralyfie luy
faifoit garder le lit Quantité
de perſonnes de la Cour &
d'un rang tres - diſtingué qui
avoiét pour luy beaucoup d'eſtime,
luy rendoient des viſites
fort frequentes pour le plaiſir
de joüir de fa conversation . Il
eſtoit fort éclairé,ſçavoit bien
la langue , & les plus beaux
Ouvrages qu'on ait imprimez
depuis une fort grand nombre
d'années , luy ont eſté apportez
en manufcrit , pouren
avoir ſon avis , avant qu'on les
ait donnez au Public. Il en
jugeoit fainement , & fa critique
eſtant toûjours aulihong
?
GALANT.
159
neſte que judicieuſe , les plus
indoclies y deferoient ſans
murmure ; & fe faisoient un
plaifir d'en profiter.
Quoy qu'on tienne que l'a
mour est une paffion violente
qui entraîne en dépit que l'on
en ait , & à laquelle il n'eſt pas
poffible de reſiſter , l'intereſt
ruine ſouvent les plus belles
unions , & fait negliger un
étatde vie heureux par la feule
confideration d'augmenter
une fortune , qui eſtant déja
aſſez établie , ne sçauroit contribuer
à nous faire vivre plus
tranquillement. Auffi ceux
qui ont le foible de luy ſacriher
tout, ont preſque toujours
fujetde s'en repentir , & l'avanture
dontje vais vous faire
part en eſt une preuve. Un
Cavalier auſſi riche que bien
160 MERCVRE
fait , & ayant des manieresengagentes
qui luy faifoient faire
beaucoup de conqueſtes ,
vintun jour chez une Dame ,
où il rencontra une jeune Demoiſelle
d'une beauté ſurprenante
, & dont il fut ébloüy .
Il la regarda attentivement ;
luy adreſſa ſouvent la parole,
&connut par ſes réponſes que
fon efprit répondoit aux avantages
qu'elle avoit receus de
la nature. Il ne put fortir de
chez la Dame ſans ſçavoir
qui elle eſtoit . La Dame ne luy
répondit rien autre choſe ſi
non qu'elle estoit ſa Parentea
qu'elle la conſideroit comme
un trefor qu'on luy avoit mis
entre les mains , & qu'ayant le
pouvoir d'en diſpoſer , elle ne
s'en deferoit que pour celuy
qui s'en rendroit le plus digne,
GALANT. 161
qu'elle avoit déja à choiſir
dans un grand nombre ,
qu'elle estoit reſojnë de ne
rien précipiter , afin que fon
choix fuſt plus digne d'elle..
Le Cavalier qui estoit ſenſible
àla beauté , devint bientoſt
undes pretendans les plus aſſidus.
Il luy trouvoir un agrément
admirable , & les moindres
choses qu'elle diſoit ou
faifoit , avoient un charme
pour luy qui augmentoit tous
les jours l'amour qu'elle commençoit
à luy inſpirer. Ilpropoſoit
ſouventdes parties afin.
de la dérober à ſes Rivaux ; &
la Dame qui s'appercevoit de
cet amour , & qui ne cherchoit
qu'à le conduire àune
declaration
parce que се
mariage euſt accommodé la
Belle , en uſoit pour luy avec
162 MERCURE
tant de complaiſance , qu'il ne
ſouhaitoit aucune choſe qui
puſt luy eſtre accordée , ſans
qu'il n'euſt ſujet d'eſtre cõtent.
Ceux qui voyoient l'attachement
qu'il prenoit pour cette
aimable perſonne , ne doutoient
point qu'il ne la duſt
épouſer , & lors qu'il diſoit à
ſes Amis que la Dame s'eſtoit
contentée de l'aſſurer
qu'elle estoit d'une Maiſon
fort confiderable , fans a
voir voulu deſcendre dans le
détail de fon bien , ils luy répondoient
que quand elle en
auroit peu , il avoit eſté ſi bien
partagé de la fortune , qu'il
devoit faire fa gloire d'abandonner
un foible intereſt pour
une belle perfonne qui luy
feroit obligée de la vie douce
& commode qu'elle meneroic
GALANT.
163
en l'époufant. Lors qu'il eſtoit
échauffé par ces raiſons , il
n'écoutoit plus que fon amour,
&il faifoit à la Belle les plus
tendres proteſtations que puif.
ſe faire un Amant lors qu'ila
le coeur veritablement touché.
La Belle qui connoiſſoit
que le party luy eſtoit avantageux
, profitoit de ces momens
par tout ce que la bienſeance
permettoit qu'elle luy
dit de flateur; & laDame qui
cherchoitde ſon coſté à mettre
l'affaire en eſtat de ſe conclurre
, ménageoit fi bien touzes
les occaſions qu'il luy donnoit
de luy parler un peu
fortement , qu'enfin elle l'o
bligea de luy avoüer qu'il
eſtoit le plus amoureux de
tous les hommes & que ſon
bonheur dépendoit abfolu164
MERCURE
ment de la poſſeſſion de laBelle.
Il eſtoit aiſé de le ſatisfaire
; il ne falloit pour cela
que ſigner un Contrat de mariage
, auquel on le pouvoit
aſſurer qu'il n'y auroit nul
obſtacle à craindre. Comme
il témoigna qu'il y estoit reſolu
, il fut queſtion de luy apprendre
plus particulierement
la Maiſon dont elle cſtoit. Il
convint, quand on la luy eut
nommée , qu'on lamettoit entre
les meilleures de Normandie
, mais il fut frapé en meſme
temps de ce que les Filles
de cette Province n'avoient
pour tout bienqu'une fomme,
ordinairement aſſez mediocre
, qu'on leur donnoit en
les mariant. La Belle n'avoit
ny Pereny Mere , mais deux-
Freres ſeulement , qui jouifGALANT.
165
foient chacun d'une Terre
noble ; l'une de dix mille livres
de rente , & l'autre de
huit. La Dame afſſeura le Cavalier
qu'ils aimoient leur
Soeur ,& qu'elle ſçavoitqu'ils
enuſeroient pour elle enhonneſtes
gens. Elle ſe chargea
deleur écrire ,& tout ce qu'elle
put obtenir de l'un & de
l'autre. Ce fut qu'ils luy donneroient
vingt mille francs ,
qui ſeroient payez argent
comptant. Cela refroidit un
peu le Cavalier. Cependant
il ne voyoit riende fi accomply
que la Demoiselle. Sabeauté
eſtoit le moindre de ſes
avantages . L'eſprit ,l'humeur,
tout charmoit en elle , &
malgré ſon avarice , l'amour
l'auroit emporté ſur l'intereſt,
fidans le mefme temps qu'il
1
166 MERCVRE
ſe preparoit à finir l'affaire,
on ne fuſt pas venu luy parler
d'une Fille qui n'avoit
qu'une naiſſance commune ,
mais dont on faiſoit monter le
bien à quarante mille écus. Il
ne pût fermer l'oreille à la propoſition.
Il l'écoûta , entra
dans des pourparlers , & fe
Jaiſſa conduire chez laDemoiſelle
dont il s'agiſſoit . Elle n'étoit
ny belle ny laide ; mais,
ce qu'il ne sçavoit pas , & dont
il ne prit aucun ſoin de s'informer
, elle eſtoit d'une humeur
imperieuſe , bizarre ,
inégale , & il euſt eſté fort
difficile de la contenter . Le
Cavalier qui donna dans cette
affaire parce qu'il voyoit du
bien , alla plus rarement chez
la Belle. Il avoit toûjours quel
que faux- fuyant pour ne pas
GALANT . 167
ſigner ſi- toſt les articles dont
ontâchoit de le faire convenir,
&le deſſein qu'il avoit de ſedé.
gager paroiſſant viſible , il apporta
de ſi méchantes raiſons
pour excuſer ſa conduite , que
Dame s'échapa à dire quelque
parole bruſque qui luy ſervit
de pretextepour ſe retirer. On
apprit bien- toſt le nouvel engagement
où il s'eſtoit mis , &
commeil rompoit de méchante
grace,on fut faché de ne l'avoir
pas traité plus fierement . La
Belle ne marqua aucun chagrin
de cette rupture , & foit
qu'elle contraigniſt ſes ſentimens
, ſoit qu'en effet elle fuſt
demeurée toûjours dans l'indifference
, il ne parut aucun
changement ny dans ſon humeur
ny dans ſes manieres . Le
Cavalier ſe maria peu de jours
168 MERCVRE
aprés, & elle reccat cette nouvelle
ſans la moindre émotion
Si elle l'euſt aſſez eſtimé pour
s'en fâcher , elle en euſt eſté
pleinement vangée,puis qu'on
publia preſque auſſi- toſt qu'il
vivoitavec ſa Femme dans un
defordre à faire pitié . C'eſtoir
un eſprit que la raiſon ne gouvernoitpoint.
Elle ſe plaignoit
fans ceffe , abuſoit des honneſtetez
que ſon Mary employoit
pour la gagner , vouloit
à toute heure des choſes injuſtes
, & ne luy laiſſoit aucun
repos . Jugez s'il eut ſujet de
ſe repentir de n'avoir pas
épouféla Belle, mais s'il l'eut
alors , parce qu'il avoit perdu
une perſonne toute aimable,
dont la douceur l'euſt rendu
heureux , il l'eut beaucoup
davantage fix mois aprés , lors
qu'il
GALANT.
169
qu'il la vit heritiere de ſes Freres.
Ils avoient tous deux employ
dans les Troupes. Le
Cadet , après avoir eſſuyé de
grandes fatigues, fat prisd'une
fiévrequi l'emporta en huit
jours ; & l'Aifné fut tué prefqu'en
meſme temps dans une
entrepriſe , où il avoit eſté
commandé. La Belle devint
parla un party fort riche , &
un homme de fort grande qualité
qui l'épouſa , la mit dans
un rang tres- confiderable. Le
Cavalier , malheureux de plus
en plus , ne put ſonger qu'il
n'avoit tenu qu'à luy d'eſtre
en la place de l'heureux Epoux
qu'elle avoit choiſi , ſans tomber
dans un chagrin qui ne
l'abandonna plus. Sa Femme
luy devint encore plus infupportable
, & leurs brouilleries
Fev. 1690. H
170
MERCVRE
allerent fi loin, qu'il fallut enfin
venir à la ſeparation . Ainfi
il eſt marié ſans avoir de Femme
,& les quarante mille écus
dont il s'eſt imprudemment
laiſſé éblouïr , luy ont fait perdre
dix- huit mille livres de
rente.
Je reviens aux Morts , dont
l'avanture que je viens de
vous conter à interrompu farticle.
Celle de Dame Loüife
de Montholon eſt arrivée depuis
peu dans ſa cinquantedeuxième
année. Elle eſtoit
Femme de Meſſire Denis de
la Haye , Seigneur de Vantelet
, Ambaſſadeur pour Sa
Majesté à Veniſe. Vous ne
douterez point qu'elle n'euſt
beaucoup d'eſprit , quand je
vous auray appris qu'elle entendoitles
Langues , & qu'elle
GALANT. 176
parloit Latin , Grec , Turc ,
Eſpagnol & Italien . Mr dela
Haye ſon Mary a eſte cydevant
Ambaſſadeur pour le
Roy vers le Grand Seigneur ,
&employé en pluſieurs Negociations
d'Etat vers les
Princes Etrangers , où il a
fait connoiſtre qu'il fucce
doit au merite de feu Mr de
la Haye Vantelet ſon Pere ,
quia eſté tres-long- tempsauſſi
Ambaſſadeur pour le Roy au
Levant.
La Maiſon de Montholon
eſttres- ancienne;Elle tire ſon-
Origine des Seigneurs de la
Chaſtelenie de Montholon ,
présd'Authun en Bourgogne,
dés l'année 1213. que vivoit
Jacques , Seigneur de Montholon
, qui fit des fondations
en l'EglifeCathedrale
H2
172 MERCVRE
, qui
d'Authun , Guillaume , Seigneur
de Montholon
vivoiten 1326. eſtoit Pere de
Guillaume de Montholon ,
que le Pape Clement VI . fit
Cardinal , & qui mourut en
$ 355 . eſtant à Rome . Nicolas ,
Seigneur de Montholon Frere
de ce Cardinal , continua la
poſterité de cette Maiſon .
Triſtan , Seigneur de Montholon
, fon petit Fils , fur
tué à la Bataille d'Azincourt
l'an 1415.commandantla Cavalerie.
Son Fils , Jean , Seigneur
de Montholon , épousa
Anne d'Aubuſſon , Soeur de
Pietre d'Aubuſſon . Cardinal .
& Grand Maistre de l'Ordre
de Saint Jean de Ierufalem .
Vn de leurs Fils , Charles de
Montholon , Chevalier de cet
Ordre ſe ſignala ſous le
e
GALANT. 173
D
Grand Maistre d'Aubuffon
fon Oncle au Siege de Khodes
en 1480. Eftienne de Montholon
, fon Frere , époufa
Marie de Ganay , Soeur de
lean de Ganay , Premier Prefidentau
Parlement de Paris ,
puis Chancelier de France.
Ce Mariage donna la naiffance
à Nicolas de Montholon
, Avocat General au Parlement
de Bourgogne ,
premier de cette Maiſon qui
embraſſa la profeſſion de la
Robe par le confeil de fon
Oncle le Chancelier de Ganay.
Il fut Pere de François
de Montholon
le
Seigneur
d'Aubervilliers prés de Paris ,
Avocat General , puis Preſidentau
Mortier au Parlement
de Paris , &Garde des Sceaux
de France & de Bretagne ,
H 3
174
MERCURE
decedé en 1543. qui époufa
Marie Boudet , Niece de Michel
Bouder , Evefque & Duc
de Langres , Pair de France.
Leur Fils fut François de
Montholon II . du nom , Scigneur
d'Aubervilliers , auſſi
Garde des Sceaux de France ;
mort en 1591. Il ſe maria en
1) ) 10 av
Caneniaze Char
tier , de l'ancienne Famille
des Chartier , Seigneur d'Alainville
, iſſue des anciens
Fondateurs de la Maiſon &
College de Boify à Paris ,
laquelle Famille des Chartier
a donné un Eveſque de
Paris , pluſieurs Conſeillers
au Parlement , & l'illuftre
Alain Chartier , fi renommé
pour les Ouvrages confiderables
qu'il a mis au jour. Du
mariage de François de MonGALANT.
175
tholon , ſecond du nom , &
de Genevieve Chartier nâquit
Jean de Montholon , Seigneur
d'Aubervilliers , Conſeiller
d'Estat , qui épouſa
Louiſe Colin , Fille de Remond
Colin , Conſeiller au
Parlement. Jean de Montholon
fut Pere de François de
Motholon , Seigneur d'Aubervilliers
, Doyen des Avocats
du Parlement de Paris,
où il a paru avec une eſtime
toute particulier. Il époufa
Marie Lanier , Fille unique
de René Lanier , Avocat General
au Grand Confeil , dont
font venus Charles François
de Montholon , Seigneur
d'Aubervilliers à preſent
,
Conſeillers au GrandConfeil,
qui a épousé la Fille de feu
Mrdela Guillaumie , Greffier
H4
176 MERCURE
:
du Conſeil , Louiſe de Montholon
qui vient de mourir ,
Femme de Mr de la Haye de
Vantelet , & d'autres Enfans
qui ont pris le party de l'Eglife.
Il y a eu diverſes branches
Cadettes de cette Maiſon
Celle de Perrouſeaux deſcend
de lerôme de Montholon ,
Seigneur de Perrouſeaux ,
Conſeiller au Parlement , Frere
puiſné de François de
Montholon . II. du nom..
Mrs de Montholon , l'un Auditeur
des Comptes , & l'autre
Conſeiller au Chaſtelet de
Paris , font de cette branche.
Il ya eu une autre branche
de cette famille en Bourgogne
, defcendue de Guillaume
de Montholon , Avocat-
General au Parlement de
GALANTA
177
Bourgogne , Frere puiſné de
François de Montholon I. du
nom. Il en eſt venu divers Prefidens
au Mortier au Parlement
de Bourgogne,& un Am
baſſadeur en Suiffe..
Cette Maiſon de Montholon
, qui porte d'azur au mou
ton paiſſant d'or , furmonté de
trois roses de mesme mises en
chef, eſt alliée à celles de Silly,
de la Rocheguyon , Longueilde
Maiſons , Brulart-de- Sillery
, Meſgrigny de Vandeuvre
, Molé de Champlatreux ,
de Mouchy d'Hoquincourt ,
Seguier , le Picart , Chaffebras
du Breau & de Cramaile
les , Tronton , le Coigneux ,
le Maiſtre de Bellejame , de
Bragelogne , Baillet de Vaugrenon
, Alligres , Palluau
de Florette , & autres. Elrea
H
178 MERCURE
donné diverſes perſonnes fignalées
dans l'Eglife. Jean de
Montholon Docteur de
Sorbonue , eſtoit Secretaire
d'Estat du Duc de Bourgogne
en 1383 , Pierre de Montholon,
Chanoine d'Authun , y fic
des fondations conſiderables
en 1422. Iean de Montholon,
celebre Docteur , qui a donné
divers Ouvrages , a eſté Religieux
en l'Abbaye de Saint
Victor à Paris en 1521. Pierre
de Montholon , Seigneur
d'Aubervilliers , Docteur de
Sorbonne , l'un des Profeſſeurs
enTheologie de cette Maiſon.
Chanoine de Laon , Principal
de la Maiſon & College de
Boiſſy à Paris , mort en 1596..
fut un des principaux Bienfaicteurs
de l'Egliſe de No-
Pre -Dame d'Aubervilliers
GALANT. 179
}
où François de Montholon ,
Conſeiller d'Estat ſon Frere , a
étably les Peres de l'Oratoire.
Vous demeurerez d'accord
quela France a fait une perte
confiderable en perdant un
homme qui luy faiſoit honneur
, & qui eſtoit tout merveilleux
en ſon Art. C'eſt
l'illuſtre Monfieur le Brun
premier Peintre du Roy , Directeur
des Manufactures
Royales , des Meubles de la
Couronne aux Gobelins , Di
recteur , Chancelier , & Rect
teur de l'Academie Royale
de Peinture & de Sculpture,
& Prince de l'Academie de
Saint Luc à Rome. Il faut
que le merite qu'il avoit dans
fon Art ait eſté d'une grande
étenduë , & bien generalement
reconnu , pour avoir
H6
180 MERCVRE
eſté élevé , quoy qu'Etranger
& abfent , à la premiere dignité
d'honneur chez une
Nation , où l'on a excellé dans
les Arts pendant pluſieurs
fiecles , avant que l'on travaillaſt
en France à les perfectionner
, & qui par cette
raiſon n'avoit jamais eſté perfuadée
, que l'on' puſt trouver
ailleurs d'auſſi grands:
hommes pour les Arts , qu'on
en a veu de tout temps chez
elle , ce qui l'a toûjours renduë
jalouſe de cette gloire.
Auſfile Roy dit à Monfieurle
Brun , lors qu'il apprit qu'il
avoit eſté élu Prince de l'Academie
des Peintres Romains
, Que ce choix chez une
Nation , qui jusque-là n'avoit
pas cru qu'on pust trouver un
homme parfait pour les Arts cheza
GALANT. 18
,
mar.
tout
Les autres Nations . &qui s'estoit
toûjours fait un honneur de pos
feder seule cet avantage ,
quoit bien la grandeur de fon
merite , & qu'il estoit generale.
ment reconnu. Mais le regne
du Roy devant eſtre
merveilleux , & ce Monarqueeſtant
né pour faire fleurir
dans ſon Royaume les Armes
les Lettres & les Arts nous:
pouvons dire que le Ciel avoit
fait naiſtre des genies
propres à exceller dans toutes
ces choſes , & que Sa Majesté
par l'accüeil qu'elle fait à
ceux qui ont du merite dans
leur profeſſion , & par ſes liberalitez
, leur a inſpiré le
defir & donné les moyens
de ſe rendre remarquables
chacun dans le party qu'il
* priss.
,
182 MERCURE
1
Mr le Brun , dont le Pere
,
eftoit Sculpteur , naquit environ
vers le milieu de l'année
1618. & l'on aſſeure qu'on
luy voyoit en naiſſant des
diſpoſitions à devenir ce que
nous l'avons veu depuis ce
temps- là , puis que dés l'âge
de trois ans eſtant ſans lumiere
auprés du feu , il en
tiroit des charbons , & deffinoit
ſur l'atre & contre la
cheminée , à la lueur de ce
feu. Il eſt peut eſtre le ſeul
au monde qui ait donné de
fi bonne heure des marques
de la profeſſion qu'il devoit
choiſir. Il eſt difficile qu'on
nes'y diftingue pas quand on
y eſt ainſi porté par la nature.
Rien ne coûte , & tour
ce que l'on fait a une maniere
aiſée , parce que l'om
GALANT.
183.
,
neforcepointſon naturel. Auſſi
Monfieur le Brun eſtoit . il.
l'homme du monde à qui les
deſſeins coûtoient le moins ,
& tout le monde convient
qu'il a excellé pour la correction
ce qui le mettoit
audeſſus de pluſieurs Peintres
, dont les Ouvrages ſe.
ront immortels , quoy qu'ils
ne foient pas toutà fait corrects
. A l'âge de quatorze
ans Monfieur le Brun fit le Portrait
de ſon Pere , qui paſſe
encore aujourd'huy pour un
tres-beau Portrait. Feu Monfieur
Vaneteſtoit alorsle Peintre
de France le plus eſtimé.
C'eſt luy qui a peint la voûte
de la Chapelle de Saint Germain
en Laye. Il avoit penfion
de Sa Majesté ,& eſtoit
logé aux Galeries du Louvre.
184 MERCURE
Ceux qui ſouhaitoient ſe diftinguer
dans l'Art de peindre ,
crurent qu'ils ne pouvoient
mieux faire que de l'apprendre
de celuy qui paffoit alors
pour le plus habile ; de forte
que Mr Mignard,Mr Bourdon,
Mr Tetelin , Mr le Brun , &
pluſieurs autres qui ſont pref
que tous devenus de grands
hommes dans cet Art , ont
demeuré chez MrVeuet. Mr
le Brun te diftinguant par
deffus les autres , feu Monfieurs
lè Chancelier Seguier le voulut
avoir. Il le fit travailler , &
luy donna d'aſſez groſſes pen.
fions , pour le faire distinguer
des autres Peintres qui avoient
alors quelque reputation
. Il l'envoya enſuite à
Rome , où il l'entretint pendant
quelques années... La fae
4
GALANT. 185
:
cilité qu'il avoit à deſſiner,
&la correction de ſes Ouvrages
ſurprirent ce qu'il y
avoit alors de plus fameux
Peintres , & Sculpteurs en Italie.
Il vit tout ce qu'on pouvoit
y voir de beau d'Antique
&de Moderne , & acheva de
ſe former le goût merveilleux
qu'il a fait paroiſtre depuis.
On peut connoiſtre par là
que la France doit la meilleure
partie de ce grand
homme à Mr le Chancelier
Seguier, Mr le Brun en a tou -
jours marqué beaucoup de
reconnoiſſance & il la fit
éclater aprés ſa mort par un
Service qui fut fait aux Peres
de l'Oratoire pour le repos
de ſon Ame , & par un fuperbe
Mauſolée qui y fut élevé
ſur ſes deſſeins & ſous fa
د
186 MERCURE
conduite , auquel toute l'Academie
de Peinture & de
Sculpture contribua .Monfieur
le Brun eſtant de retour de
Rome parut avec une grande
diſtinction , au deſſus de tous
les Peintres qui eſtoient alors
dans quelque forte d'eſtime à
Paris , & feu Monfieur le premier
Prefident de Believre
qui ne conſideroit que le vray
merite , luy en trouva beaucoup
, & contribua à le faire
connoiſtre , Madame du Pleffis
Beliere , Mere de Madame
la Maréchale de Crequy
, dont l'eſprit & les genereuſes
manieres ſont connuës
, voulut aufſi faire valoir
fon merite ; il avoit auſſi fait
le Portrait de cette Dame ,
qui paſſe pour un Chefd'oeuvre.
Feu Mr Fouquetle
GALANT. 187
vit , & voulut que Mrle Brun
travaillaſt au ſien , à quoy il
réüffit merveilleuſement . Il
fic enſuite ſeize ou dix ſept
Tableaux pour Madame du
Pleſſis Beliere , dont il y
en avoit pluſieurs qui repreſentoient
des miſteres de
la Paffion , & les autres la Vie
des Peres du Deſert. Ces
Ouvrages firent grand bruit,
Monfieur Fouquet en parla à
Mr le Cardinal Mazarin , qui
eut envie d'en voir quelquesuns
. Monfieur le Brun emprunta
de Madame du Pleſfis-
Beiiere , leTableau qui repres
ſentoit Noſtre - Seigneur au
Jardin des Olives ,pour le
montrer àMonfieur le Cardinal.
Son Eminance le fit attacher
à la ruelle de ſon lit ,& le
trouva fi beau , qu'Elle dit à
186 MERCVRE
Mr le Brun qu'Elle estoit perfuadée
que Madame du Pleffis
- Beliere voudroit bien le
luy laiffer , & fe contenter
d'une copie qu'il pourroit
faire pour elle . Comme Mr le
Cardinal Mazarin ſe connoifſoit
parfaitement en peinture,
qu'il avoit veu tous les plus
beaux Tableaux d'Italie ; &
qu'il en avoit fait venir beaucoupen
France on ne douta
point que Mr le Brun eſtant
eftimé par unfi habile Connoiffeur
, ne fuſt un des plus
grands Peintres du monde : de
forte que le bruit de ſa ruputation
s'eſtant répandu par
tout , on en parla non feulement
dans toute la France ,
mais auſſi dans la pluſpart des
Pays Etrangers. La Paix ayant
commencé à regner dans le
GALANT.
167
avec
Royaume aprés le mariage du
Roy , ce Prince voulut faire
Aeurir les beaux Arts , & ce
fut alors que Mr le Brun fut
étably aux Gobelins
toutes les Charges dont je
vous ay parle au commencement
de cet article. On ne
le doit pas regarder en cette
occafion comme Peintre feulement.
Il avoit un genie
vaſte & propre à tout ; il eſtoir
inventif ; il ſçavoitbeaucoup;
les Hiſtoires & les moeurs de
tous les Peuples luy eſtoient
connus & fon gouft eſtant
general auffi - bien que fon
ſcavoir , il tailloit en une
heure de temps de la beſogne
à un nombre infiny de differens
Ouvriers . Il donnoit des
deſſeins à tous les Sculpteurs
du Roy ; tous les Orfèvres en
a
:
190 MERCVRE
recevoient de luy. Ces Candelabres
, ces Tercheres , ces
Luftres , & ces grands Baffins
ornez de bas - reliefs qui repreſentoient
l'Hiſtoire du
Roy , n'eſtoient que ſur ſes
deffeins , & fur les modelles
qu'il en faifoit faire. Il donnoit
en un meſme temps des
deſſeins pour peindre des
appartemens entiers , & fi
l'Hiſtoire luy eſtoit connuë ,
il entendoit parfaitement
bien l'Allegorie. Pendant
que tant d'Ouvriers travailloient
ſous ſes deſſeins , il y en
avoit une infinité qui n'eftoient
occupez que par ceux
qu'il avoit donnez pour des
Tapiſſeries ; il a fait ceux de
la Bataille & du triomphe de
Conſtantin , ceux de l'Hiſtoire
du Roy , & de celle d'AGALANT.
اوت
د
lexandre , des Maiſons Royales
, des Saiſons , & des Elcmens
, & pluſieurs autres.
Enfin l'on peut dire qu'il
faiſoit tous les jours remuer
des milliers de bras &
que ſon genie eſtoit univerſel
. Le Roy qui faifoit
fleurir les beaux Arts , non
ſeulement pour la gloire de
ſon Royaume , mais par la
parfaite connoiſſance qu'il en
a , & le gouſt qu'il y prenoit ,
donna à Mr le Brun à Fontainebleau
prés de deux heures
tous les jours , pour luy
voir peindre ſon grand Tableau
de la Famille de Darius ,
fur lequel on a fait une des
cinq pieces de tapiſſerie de
ſon hiſtoire d'Alexandre. Ce
Tableau ſe voit aujourd'huy
dans le grand appartement
192 MERCURE
du Roy à Versailles. La reputation
de Mr le Brun augmen.
tantde jour en jour , tant en
France que parmy les Etrangers
, le Roy luy envoya fon
Portrait entouré de Diamans ,
dont il y en a d'un fort grand
prix , & luy donna peu de
temps aprés des Lettres de
Nobleffe , & des Armes ,
qui ſont un Soleil en champ
d'argent , & une Fleur de Lys
en champ d'azur , avec un
timbre de face. Il eſtoit conſideré
de tout ce que l'Europe
a de Souverains qui aiment
les beaux Arts , & particulierement
de Mr le Grand Duc
de Florence , qui avoit pour
luy une eſtime qui alloit en
quelque forte juſqu'à l'amitié
, ce Prince luy ayant demandé
fon Portrait , & ayant
com
GALANT.
193
commerce avec luy. Rien
ne prouve mieux le grand
merite de Mrle Brun dans
fon Art , puis queles Italiens
qui ont la pluſpart des Ouvrages
des grands Hommes , &
qui dés le berceau apprennent
àles connoiſtre, ne ſçauroient
eſtre éblouïs là deſſus ,& que
les GrandsDucs peuvent l'étre
moins que d'autres ,puis que
detout temps ils ont ramaffé
foigneuſementceque les Arts
ont produit de plus beau , pour
en remplir leurs Galeries . &&
leurs Cabinets. Quoy que le
meritedeMr le Brun fuſt connuen
France , & qu'il frapaſt
tropla Courpour n'y eſtre pas
connu danstoute ſon étenduë,
il eſt certain que le Roy ,
comme le Prince du monde le
plus équitable , & le Connoifſeur
le plus parfait , eſt celuy
Fevrier 1690.
I
194
MERCURE
qui luy a toujours fait le plus
d'honneſtetez , & rendu davantage
de juſtice ; & ce qu'il
yad'admirable , c'eſt qu'on a
toujours remarqué que s'eſtoit
ſans enteſtement & fans ſe
laiſſer prévenir , puis que le
Prince rendoit raiſon de ſon
jugement , & ne parloit fouvent
qu'aprés avoir oüy le
ſentiment de tous ceux de la
Cour qui ſe piquent d'eſtre
Connoiffeurs. S'il ya eu dans
tous les fiecles d'auſſi grands
Peintres que Mrile Brun ,
on doit demeurer d'accord
qu'il n'y en a point eu de plus
corrects ,& qu'il n'y en a jamais
eu un fi generalement
capable de toutes choſes ,
comme je vous ay fait voir
par tous les differens Ouvra-
-ges qu'ila conduits en meſmetemps,
Quoy que je vous
1
GALANT . 199
en aye nommé beaucoup .
j'ay oublié de vous parler de
ces grands & fuperbes Cabinets
qui ſe faifoient aux Gobelins
, ſur ſes deſſeins &
fous ſa conduite. Il ſembloit
que tous les Arts y euſſent mis
chacun leur morceau. On en
a vû beaucoup dans la Galeriedes
Thuileries , & entre
autres le Cabinet d'Apollon ,
cartous ces Cabinets ont leur
nom , & font hiſtoriez. Enfin
Mr leBrun eſtoit ſi univerſel ,
que tous les Arts travailloient
ſous luy , & qu'il donnoit jufques
auxdeſſeins de Serrurerie.
J'en puis rendre témoignage
, puis quej'ayvû regarder
par de tres - habiles Etrangers
des Serrures & des Verrouxde
portes & de feneftres de Verfailles
, & de la Galerie d'A
12
194 MERCURE
pollon au Louvre , comme
des chef d'oeuvres dont ils ne
pouvoient ſe laſſer d'admirer
la beauté. Le Roy luy dit
quelque temps avant la mort.
Que quelque parfaits que fuffent
fes Tableaux , ilestoit faché qu'il
luy en deuft coûter la vie pour en
augmenterleprix. C'eſt cequ'on
a veu dans tous les fiecles-
Touslesgrands hommes , foit
dans les Sciences , dans la
Guerreou dans les Arts , font
toûjours plus eſtimez aprés
leurmort , parce que ceux qui
marchent,ou croyent marcher
fur leurs traces leur portent
moins d'envie , & qu'à meſure
que les années s'avancent , on
voit ceffer les cabales qui ſe
faifoient pour affoiblir leur
reputarion . Le Roy & les plus
grands Seigneurs de la Cour
GALANT.
195
ont fouvent envoyé ſçavoir
de ſes nouvelles pendant ſa
maladie , Mr de Louvois luy
a auſſi ſouvent covoyé les plus
fameux Medecins, Monfieur
le Prince qui l'eſtimoit particulierement
, lay a fait l'honneurde
luy rendre viſite , ainſi
que pluſieurs Seigneurs da
premier rang. Le Roy a fouvent
parlé de luy aprés ſa
mort , & en a marqué beaucoup
de regret.Son eſpritne le
faiſoit pas moins eſtimer que
ſes Ouvrages , & qui voudra
y faire une ſerieuſe reflexion,
connoiſtra que chacun ne
réüffit dans ſon Art qu'autant
qu'il ad'eſprit , meſme dans les
Arts les plus materiels , & qui
ſemblent nedemander que des
doigts. Ce n'eſt pas que le
contraire ne ſe rencontre quel
13
196 MERCURE
quefois , mais c'eſt rarement.
On ne s'étonnera pas ſi Mr le
Bruna eſté un des premiers
Peintres du monde pour bien
exprimer les paſſions. Iamais
perſonne n'a mieux connu
T'homme , ny mieux découvert
par ſon vifage àquelles paſſions
leftoit ſujet . Auſſi a-t- il fait
unTraité des Paffions compofées,
& un autre de la Phi
fionomie , par lequel il prouve
que chaque homme a
rapport avec quelque animal .
Il a defliné pout fervir à cet
Ouvrage, pluſieurs teſtes ſans
ombres for leſquelles font dépeintes
toutes les paſſions aufquelles
on voit les hommes
portez , & l'on en remarque
pluſieurs dans une meſmeteſte
les hommes pouvant eſtre ſuſdu
ceptibles de plus d'une paſſion
THEQUE DI
GALANT.

YON
CetOuvrage n'a eſté ny gre
ny imprimé;il ſeroit à fouh
terqu'on en fiſt part au Public.
Je finis , en vous diſant que Mr
le Brun a rendu à Dieu & aux
Pauvres , une partie de ce qu'il
avoit acquis par ſes travaux,
puis qu'ila fondé dans la Chapelle
qu'il a fait faire à Saint
Nicolas du Chardonneret
, où
il eſt inhumé , deux Meſſes
qu'on doit dire tous les jours
àperpetuité. Il a auſſi laiſſe un
fond Pour marier tous les ans
troispauvres Filles. Les grands
fonds qu'il a fallu pour celal,
marquent que le ſçavoir est
récompensé en France . Ila
donné à Mr le Brun ſon Neveu
, Auditeur des Comptes ,
& fon unique heritier aprés la
mort de ſa femme , parce qu'il
ya entre eux un don mutuel,
14
198 MERCURE
le Portraie du Roy enrichy de
Diamans dont je vous ay parlé,
àcondition qu'il ne fera jamais
vendu , ny par luy , ny
par ſes heritiers , à moins d'u-
De tres preffante neceffité ;auquel
cas avant que d'eſtre exposéen
vente , le gros Diamant
en fera pris , & donné à
l'Egliſe de S. Nicolas du Chardonneret
, pour eſtre mis au
Soleil , ou la Sainte Hoſtie eſt
enfermée.Jedevrois vous parler
icy de tous des Ouvrages
qu'il a faits pour les Particuliers
, mais la place me manquant
, je les referve pour le
mois prochain. J'y ajoûteray
uneLiſtede tous ceux que l'on
agravez , ainſi que de ceux
auſquels on travaille,&je croy
que cette Lifte vous fera un
grand plaifir , & àvos Amis,
GALANT.
129
:
puis qu'il me paroiſt un grand
empreſſement dans le Public
pouracheter de ces Estampes,
& une grande curiofité d'apprendre
où l'on peut voir tous
les Ouvrages de cet homme
merveilleux. Je vous envoye
des Vers qu'un de ſes Amis a
faits ſurſa mort.
A LA MEMOIRE
immortelle de l'Illuſtre Mr
le Brun, ennobly par le Roy,
& inhumé dans l'admirable
Chapelle qu'il s'eſt faite en
l'Egliſe de S. Nicolas du
Chardonneret, la Paroiffe. 3
EPITAPHE.
parfon Art illu
TE Brun, qui par fo
stra la Nature ,
Et de LOUIS LE GRAND éter.
nisant lesfaits ,
Is
200 MERCVRE
1
Traça pourles Heros , des mobelles
parfaits,
S'est immortalisé par cette Sepul
ture.
1
L' Antiquité n'eust rien d'égalàson
genie,
Et la Fosterité respectera ce lieu,
Où sa cendre n'attend que de la
main de Dieu ,
Le glorieux éclat d'une plus nobile
vie
d
1
* Le Roy a nommé Mr Mignard
pour remplir toutes les
Charges & dignitez qu'avoit
feu Mrle Brun. Quand la quantité
de beaux Ouvrages qu'il a
faits , & la delicateſſe de ſon
Pinceau ne parleroient pas
pour luy,&que ſon merite ne
feroit pas generalement reconmu,
le don que le Roy luy
ےہ
GALANT. 201
vient de faire ſuffiroit pour em
peſcherd'en douter , puis que
le difcernement de ce Prince,
égale la justice qu'il rend toûjours
au merite.
Comme on reçoit un ſigrand
nombre de Conſeillers tous les
ans, que ma Lettre ſeroit toute
remplie des Articles de cette
nature , ſi je vous en faifois
part , je n'ay pas accoutumé de
vous en entretenir. Cependant
Jes circonstances de la receeption
du Fils de Mr de Turmeny
, Treforier general de l'Extraordinaire
des Guerres , m'obligent
à vous parler aujourd'huy
de ce qui s'y eſt paſſe ;
mais je dois vous dire auparavant
que Mr de Turmeny étant
dans une eſtime generale,
ſes ſervices eſtant agreables
Sau Roy , Sa Majesté luy a ac-
&
16
201 MERCURE
cordé nonfeulementla difpen
ſe d'âge pour Mr ſon Fils,parce
qu'il n'a que vingt- deux ans ,
mais encore la permiffion d'entrer
dans la premiere Charge
vacante , fans attendre l'ordre
de la confignation.Cette reception
s'eft faite à l'ordinaire ,
toutes les Chambres affemblées
, & Mr le Meunier qui
eſtoit fon Rapporteur , dit à la
Cour , aprés qu'ileutrépondu
avec toute la juſteſſe & toute
l'érudition poſſible à toutes les
differentes queſtions qui luy
furent faites , Que quelque habileté
qu'il fift paroiſtre , on luy en
trouveroit bien plus fi l'on vouloit
approfondir d'avantage ce qu'il
fçavoil; qu'il en pouvoit rendre un
Scultémoignage,& qu'il ne l'avoit
pas épargné en l'examinant. La
Chambre eſtant levée , Mrle
GALANT.
203
premier Preſident marqua qu'il
eſtoit tres fatisfait de ſes réponſes.
On ne peut rien ajoû-
-ter à ſon approbation,puis qu'il
ne la prodigue jamais ,& qu'il
ne ladonne qu'au vray merite.
Le 31. du mois paſſe on fit
-dans l'Eglife de Saint Sulpice
de Nogent le Roy , un Service
tres - folemnel , pour le
repos de l'ame de feu Monfieur
l'Evefque de Chartres.
On avoit apporté tous les foins
poſſibles à dreſſer un Manfolée
, qui répondiſt au zele
de ceux qui donnoient cette
marque de la veneration qu'ils
-confervent pour la memoire
-de ce pieux & fage Prelat. On
l'avoit élevé dans le Choeur,&
il eſtoit convenable à cette
lagubre Ceremooie. Mr Bouchet
, ancien Curé de cette
204
MERCURE
1
Eglife , qui eſt du Dioceſe de
-Chartres , fit ſon Oraiſon Funebre,
fur ces paroles de Saint
Paul en la ſeconde Epitre à
Timothée , Ministerium tuum
imple,& fit connoiſtre que feu
Mr Eveſque de Chartres
avoit toujours foutenu digne--
ment ſon caractere , & remply
parfaitement les obligations de
ſa Charge , tant envers Dieu ,
qu'envers le Prochain.Envers
Dieu par fa pieté. Envers le
-prochain par fa charité; & envers
foy- meſme; par le grand
foin qu'ilavoit eu de ſon ſalut.
Après avoir mis dans fon jour
-d'une maniere vive &éloquénte
ſa profonde humilité; ſa modeſtie
finguliere ; fon averſion
pourdes loüanges; fa compaffion
envers les Pauvres qu'il
regardoit comme ſes Enfansi
ſatendreſſe pour les Curez de
GALANT .
205
fon Dioceſe qu'il confideroit
comme ſes Freres ; fon affection
pour ſes Domestiques
dont il prenoit un ſoin tout
particulier das leurs maladies ,
juſqu'à les viſiter , confoler , &
encourager à fouffrir dans la
veuë de la Paffion du Sauveur
dumonde, fourniſfant liberalement
à tous leurs befoins, tant
pour le corps que pour l'ame,
il fit remarquer que ce Prelat
avoit fondé des lieux de pieté ,
où ſa memoire feroit toujours
-conſervée, ſçavoir leConvent
desPeres Cordeliers de Magny
&le Seminaire de Beaulieu.Ce
-Seminaire eſt une charmante
Solitude à demy - lieuë de
Chartres, où les Preſtres de la
Miffion , toûjours zelez pour
fanctifier les ames , s'occupent
journellement à loüer Dicuà
206 MERCURE
inſtruire les Ordinans , à for
mer des Eccleſiaſtiques à la
pieté ,& à faire faire des retraites
à ceux à qui Dieu infpire
le mépris du monde &
l'amour des choses celestes . Il
toucha encore quelques endroits
de la vie de ce Prelat , &
s'étendit fur les importans fervices
que ſes Anceſtres avoiét
rendus à l'Etat, & fur les belles
Charges qu'ils avoient remplies
dans l'Eglife & à la Cour,
avec une inviolable fidelité
pour leur legitime Souverain.
Il n'oublia pas l'éloge de feu
Mr de Villeroy , qui mefloit
parmy fes titres les plus glorieux,
celuy d'avoir efté Gouverneur
de Sa Majesté ,& qui
aprés s'eſtre veu pluſieurs fois
LieutenantGeneral defes Armées
en Italie,Franche-Comté
GALANT.
207
&Lorraine, fut honoré du baton
de Maréchal de France,qui
eſt le plus grand honneur où
puiſſe aſpirer un homme d'épée.
Il parla auſſi de Mr l'Archeveſque
de Lyon , qui en
qualité de Gouverneur du
Lyonnois, Foreſt ,& Beaujolois
maintient l'autorité du Roy
dans ces trois Provinces par ſa
prudence , par ſa vigilance &
par fon zele. Enfin revenant à
feu Mrl'Eveſque de Chartres ,
pourmieux raſſembler le merite
de ces trois illuſtres Freres,
il dit encore de luy que par ſon
exactitude,& par ſes manieres,
toûjours engageantes & pleines
d'honneſteté , il avoit ſeeu
trouver le ſecret de ſe faire aimer
deDieu & des hommes .
L'Enigme du dernier mois
avoit eſté faite ſur les Lunettes ,
208 MERCVRE
&ceux qui onttrouvé ce mot,
font Mrs. Le Bouchet , ancien
Curé de Nogent le Royile Pere
Guilbaut de l'Oratoire de
Saumur,Grouſteau ; V.D.S.N.
deBlois; leChevalier du Tillet;
le Chevalier de Surgis & fon
aimable ChevaliereduCloiſtre
S. Benoist en Irlande ; Auvry
ruë des Noyers; J.Moriencourt;
Croüin; Des Jardins de S.Denis
en France ; Baurin l'Aiſne;
Bourdeau de chez Mr Bernand
le Solitaire du Mans ; le Commandeur
de laTable Ronde du
cul de ſac S. Thomas du Louvre;
le vigoureux Chevalier
de la ruë de la Marche : le Controlleur
des Epitaphes de la ruë
de la Harpe : l'heureux Bellecouche
: de Laleu & Jambon :
l'Adonis Parifien , gardien du
Paradis des curiofitez l'Amant
GALANT.
209
timide d'Ancenis : l'Entrepre
nant de Blois : l'Indolent de la
Cruë S. Bon , amant de la belle
Meneſtriere: le Juge dela nouvelle
Academie prés la Place
Royale : le Berger de Monpin-
- çon prés Livarot : l'Illuſtre Societé
du Lignarium de Navar
-re , le P ... de la ruë de Harlay
: l'Amant de la Belle charmante
dela ruë S. Jaques dela
Boucherie : l'Avocat de la
Gerbe , ou le Coloſſe de la ruë
des Marmouſets.& i'ay toûjours
froid de S. Lo Meſdemoiselles
de Dreneve , & S. Gilles de
Rennes de la Rollandier , &
des Champs neufs & Nantes :
Nené de la ruë de l'homme
armé , des Peans ruë des petits
Auguſtins : la Muſe des Poëtes
du Marais à l'enſeigne des
quatre Fils de la ruëdu meſme
210 MERCVRE
nom : la Belle Blonde de la
Spheredela ruë de la Harpe :
la charmante Hebert de la ruë
de Berry : l'adorable Philis du
Paradis terrestre d'E ... d'Aix :
-la Tourtercile de la ruë des
Moineaux . l'innocence reconnüe
de la ruëMaçon : &
-la Monineamoureuſe de l'Ef-
-piegle reffuſcité.
Je vous envoye une Enigme
nouvelle, Elle est courte , &
3n'en fera peut eſtre pas plus
aiſée à deviner. Le nom de
l'Auteur est une autreEnigme.
C'eſt l'Abbé ſans Abaye, quoy
que pourtant il porte le nom
d'une des plus fameuſes qu'il
y ait en France.
GALANT . 2 Ir
ENIGME.
DANS le mande je fais du
bruit ,
Mon corps est portépar ma Mere,
Cependant je porte mon Pere,
Quoy qu'il soitgrand.&moy petit.
:
Nos Vaiſſeaux font toûjours
des priſes confiderables fur les
Ennemis , & le dernier dont ils
fe font emparez portoit quatre
mille moufquets , &quatre
mille Sabres à Londres , il
eſtoit chargé & leſté de Salpestre.
On n'avoit pas cru
avant loverturel de la Guer
re , que la France dust refifter
fur mer à deux Parffances
, dont chacune fans aucun
fecours de l'autre s'imaginoit
luy pouvoir donner la
112 MERCVRE
1
loy ſur cet élement. Cependant
de la maniere que les
choſes ont tourné , il ſemble
qu'il ſuffit des ſeuls Armateurs
de S. Malo pour les defoler
toutes deux , Ces Armateurs
font tant de priſes confiderables
, & ils les font fi
ſouvent que le grand nombre
m'empeſche de vous en parler.
Enfin il ne s'eſt point
paſſé de mois qu'ils n'en ayent
fait douze ou quinze Ils auront
quarante Baſtimens la
Campagne prochaine , & fi
la Guerre continüe , la Ville
* de S. Malo deviendra la plus
celebre , & la plus riche du
monde. Tout y abonde, à
preſent , & loin que la France
ſoit privéen de mille choſes
par cette Guerre , comme l'avoient
cru ſes Ennemis ,il ſe
GALANT. 213
trouve au contraire qu'elle en
eſt plus remplie qu'auparavant
, &que rien ne luy manque.-
Cet article de mer me fait
ſouvenir de ce qui eſt arrivé
depuis peu dans le Port de
Roterdam . Un Vaiſſeau Marchand
Hollandois y eſtant
entré la nuit , le Capitaine
d'un Yack Anglois qui estoit
depuis quelque temps dans le
meſme Port , envoya le lendemain
matin dire au Pilote
du Vaiſſeau Marchand de
venir parler à luy. Le Pilote
fatisfit à ſes ordres , & le Ca
pitaine luy demanda pourquoy
il eſtoit entré dans le
Portſans le ſalüer. Le Pilote
s'excuſa en diſant qu'eſtant
entré de nuit , il ne l'avoit
pas aperceu , ce qui n'empef
214 MERCVRE
cha point le Capitaine de le
faire mettre aux fers . Le Commandant
du Vaiſſeau Marchand
voyant que ſon Pilote
ne revenon point , y envoya
un Officier pour en ſçavoir la
raiſon , L'Officier fut mis aux
fers comme le Pilote. Le
Commandant s'ennuyant de
n'avoir aucune nouvelle de
L'un n'y de l'autre , y alla luy
même , & fut traité aveclamê
me rigueur. Les Marchands
inquietez de ce qui pouvoit
les arreſter tous , deputerent
deux d'entre eux pour l'aller
apprendre , & ils furent auſſi
mis aux fers .Le bruitde ce traitement
ſe repandit ,& les intereſſez
joints à d'autres Marchands
de Roterdam , porterent
leurs plaintes aux Magiſtrats,
quileur donnerent main
forte
GALANT. -αις
comme on
forte pour retirer ceux qu'on
avoit traitez avec tant d'indignité.
On peut juger par là
de quelle maniere le Prince
d'Orange en uſeroit pour les
Hollandois , s'il s'établiſfoit
en Angleterre avec un pouvoir
arbitraire ,
connoiſt qu'il l'a reſolu , par le
moyen des Troupes étrange
res qu'il pretendy faire venir
de toutes parts , outre celles
qui y font déja. Il eſt bon que
les Anglois commencent à
eſtre punis de leur révolte , &
que par les traitemens qu'ils
recevront de leur nouveau
Maiſtre , ils apprenent à aimer
leur Roy legitime , lors qu'eſtant
mieux éclairez, ils feront
rentrez dans leur devoir , ou
que ce Monarque les aura forcez
de s'y foumettre. Ceux
Fev.1690 . K
216 MERCURE
1 qui s'eſtoient le plus declarez
contre luy , témoignent enfin
qu'ils le regretent , & le Parlement
, quoy que remply de
Creatures du Prince d'Oran .
ge,& choiſies par luy , avoit
refolu de propoſer un Bill ,
pour empeſcher , conformément
aux Loix de l'Etat , qu'il
n'entraſt davantage de Troupes
étrangeres dans le Royaume.
Ce Prince en ayant eſté
averty , crut y devoir apporter
un prompt remede
ſongea d'abord à caffer le
Parlement , ſelon qu'on a
accoutumé de le pratiquer ,
en rompant la Verge dans
l'Affemblée , ce qui marque
qu'il eſt diſſous. L'affaire eſtoit
delicate&dangereuſe, & ceux
qui avoient manqué à leur
veritable Souverain
>
&
pouGALANT.
217
voient ne garder pas de reſpect
pour le phantoime d'un Roy .
S'il n'ofa caffer le Parlement ,
il n'oſaauſſi l'ajourner ; parce
qu'alors on enfile toutes les
affaires commencées , pour les
reprendre à la prochaine ſeance.
Il trouva donc à propos de
le proroger , parce que toutes
lesaffaires qui ne ſont pas confommées
ſont miſes au neant,
&qu'il faut les remettre de
nouveau ſur le tapis , comme
ſi on n'en avoit point encore
parlé , & il eſtoit bien- aiſe de
gagner du temps pour empeſcher
qu'on ne priſt connoiffance
du maniement des
deniers publics , de l'eſtat des
Armées de Terre & de Mer ,
des malverſations commiſes
par les Officiers , dont quelques-
uns avoient eſté arreſtez
K 2
218 MERCURE
par l'ordre des Communes . Il
ne vouloit pasauſſi qu'on rendiſt
juliceaux Marchands qui
ſe plaignent des vexations qui
leur a été faites par desCapitaines
de Vaiſſeaux. Voila ce qui .
l'a obligé de prorogerle Parle.
ment , au lieu de l'ajourner.
Cette prorogation à commencéà
faire ouvrirles yeux . Elle
a fait du bruit , on a murmuré,
le Conſeil de Ville s'eſt affemblé
, & a voulu faire des remontrances
. Le Prince d'O
range a cabalé à ſon ordinaire.
Il a fait prier les' uns , il a menacé
les autres , & a fi bien
fait , que l'affaire ayant eſté
remiſe àla pluralité des ſuffrages,
ſa cabale l'a emporté de
quelques voix ſeulement.C'eftoit
une fatisfaction pour le
temps preſent , mais ce n'en
GALANT. 219
eſtoit pas une pour l'avenir ;
au contraire ce procedé faiſoit
voir que le Parlement remettroit
tous ſes griefs fur
le tapis auſſi-toſt qu'il ſeroit
raſſemblé. C'eſt ce qui a fait
prendre au Prince d'Orange
la reſolution de le caffer; mais
pour empefcher que cela ne
filt une eſpece de ſedition , il a
attendu que la pluſpart desDeputez
fuſſent retournés chez
eux. S'il a fujer deſe plaindre
de ſes propres creatures , & de
ceux mesme qui ont conſpiré
avec luy contre leur legitime
Souverain; il faut qu'ils ayent
de grands ſujets de plaintes
contreluy, fur ce qu'ils voyent
toutes leurs loix violées ,&
qu'il en uſe avec un pouvoir
arbitraire , & tirannique. IN
dit contre ceux qui ne cher
K. 3
220 MER CURE
chent que le bien Public , &
qui commencent à faire reflexion
fur ſes violences, qu'ils
font Amis du Roy lacques ,
il perfecuteratoûjours ſous ce
pretexte tous ceux qui voudront
travailler au bien de
l'Etat . Comme il continuera
de faire entrer des Troupes
étrangeres dans le Royaume,il
eſperepar ce moyen ſe trouver
en estat de faire élire des Depurez
à fon gré , & quand ils
ne voudroient pas ſuivre ſes
volontez , il eſt aſſcuré de ſe
faire obeïr en faiſant agir la
force . Ainfi voilà la Nation
fubjuguée & le pouvoir arbitraire
étably, à moins qu'ayane
commencé à ouvrir les yeux ,
elle ne travaille promptement
& violemment , à détourner
le coup qui menace la liberté,
GALANT. 227
d'une ruine entiere . On ne
peut nier en examinant toutes
ces choſes , que le Prince d'Orange
ne ſoitun habile Politique
; mais on n'en ſçauroit
convenir ſans tomberd'accord
en meſme temps , que les Anglois
font de mal- habiles gens
s'ils le laiſſent faire. C'eſt ce
que le temps nous apprendra.
Toute l'Europe parle à preſent
du Voyage que ce Prince publiequ'il
va faire en Irlande,&
ceux qui pretendent avoir le
plus de lumieres , font perfuadez
, qu'il ne fera point ce pas,
ce qui feroit abandonner le
certain pour l'incertain.Quoy
qu'ilen ſoit , s'il ne fait pas ce
Voyage , l'Irlande eſt entiere
ment perduë pour luy ,& s'il
le fait, il riſque de perdrel'Angleterre
, & ofte à ſes Alliez
K 4
222 MERCVRE
ود
l'eſperance qu'ils avoient qu'il
envoyeroit de groſſes Armées
en Flandres, & qu'il débarqueroit
fur nos Coſtes . C'eſt ce
qu'il eſt bien éloigné de faire
&il ya tout ſujetde croire,qu'il
ne penfe & ne penſera qu'à
s'affermir , & qu'il a trompé ſes
Alliez. On peut dire qu'ils ſe
font laiſſe prendre volontairement
pour dupes , puis qu'en
bonne politiquer& en gens
bien éclairez , ils n'ont jamais
dû croire qu'il duſt penfer à
autre choſe qu'à ſe maintenir
dans le pouvoir Souverain ,
ayant ſurtout'à faire à uneNation
auſſi inconſtante que les
Anglois , & auffi difficile à
gouverner . Ceux qui croyent
avoir penetré les fecrets du
Prince d'Orange , publiene
que ſon deſſein eſt de repaffer
GALANT.
223
la Mer , pour obliger la Ville
d'Amſterdam à renoncer en fa
faveur aux droits qu'elle foutient
avec plus de fermeté
que les autres Villes des Etats
, en s'oppoſant à l'auto
rité d'un homme , dont tou
télavie n'est qu'une ſuite d'ufurpations
, & qui a gouverné
en Holande avec un pouvoir
cufin arbitraire que dans les
Etats ,où les Rois ont l'auto.
rité la plus abſoluë , quoy qu'il
ne fuſt qu'un Sujet à gages
des Provinces Unies , dont il
devoit prendre les loix qu'il
leur a données . H doit ape
prehender s'il ofe attenter ſurla
hberté de la Ville d'Amſterdam,&
ſe ſouvenir quele Prins
cedOrangefoniPerda échoué
devant certe Place- là. C'eſt
une:Ville ſage qui connoiſt ſes
KS
1
224
MERCVRE
droits , qui ſçait ſes intereſts ,,
qui lesmaintient ,& qui a fous
vent empeſchéla Hollande de
s'embarraſſer dans des guerres ,
qui auroientachevé de ruiner
fon. commerce. Qu'elle feroit
preſentement floriſſante fans.
l'ambition de ce Prince qui l'a
perduë , en l'engageant à ſe
gouverner d'une maniere en
tierement contraire àdes gens
de commerceinC'eſt cette mef
me ambition qui vient de cau
fer la perte de cinq ou fix mille
Imperiaux en Albanie , puis
que Sa Majesté Imperiale n'au
roit point partagé ſes troupes,
pour foutenir deux Guerres à
la fois & qu'elles auroient
combatu toutes contre, les
Turcs,folePrinces d'Orange
nicult trouvé moyen de merιά
Empereur dans ſes interefts.
GALANT...
225
Favois predit ce qui eſt arrivé,
en vous faiſant voir que le
Prince de Bade avoit eu l'im
prudence de s'avancer trop
dans le pays Ennemy , contre
lesbonnes regles de la Guer
re, & fi les Turcs eſtoientplus
forts , ou que le meſtier de la
Guerre leur fuſt mieux connu ,
ils auroient en meſme temps
attaqué divers quartiers ,squi
eſtant trop éloigneza les uns
des autres n'auroient pas
eſté en pouvoirde ſe donner
du ſecours. Si la deroute avoit
eſté auſſi generale dans ces differens
quartiers,qu'elle l'a eſté
en Albanic, on peut croireque
l'Empire n'auroit pu fe relever
decentans de cette perse, Jar
mais on n'a veu une défaite fi
complette, puis qu'il ya desRe
gimens dont il n'eſt pas reſté un
K6
216 MERCURE
foul homme. Cela n'eſt pas
difficile à croire, puis que tous.
lesOfficiers y ontpery , & que
trois ayant pris de fuite le
commandement y font morts ,
ſans que leur valeur & leur
experience ayent pû les en garentir.
Auffi cette défaite a
L'elle fait perdre des Places,,
prendre beaucoup de bagages.
&enleverdes garnisons entie
tes, le ne vous fais point le
détail de cette affaire , par ce
que je ne pourrois vous en
donner un plus exact que l'a
donnéla Gazette de Hollana
de, &comme elle ne peut eſtre
fufpecte, les Hollandois eſtant:
des Alliez de l'Empereur , je
me tiens à ce qu'elleena dit..
Ceravantage remporté par les
Tures lour fera bien augurer
du gouvernement de leure
GALANT
2:27
nouveau Grand Vizir Cuproly.
C'eſt le meſme dont je
vous ay parlé dans mon Hif
toire deMahomet IV.depoffedé;
il eſtoit alors Kaimacan ,&
ce fut luy quifiu le beau dif
coursdontje vous fis part lors
que Soliman fut élevé fur le
trône. Il fut relegué,parce que
fon grand merite fit ombrage à
celuy qui estoit alors Grand
Vizir. Ce malheur eftant arri
vé auxTroupes Imperiales &
Hongroiſes,dans le temps que
le Roy de Hongrie a eſté éleu
Roy des Romains , les Turcs
qui tirent des preſages detoutes
ces fortes de chofes , for
ront perfuadez que cejeune
prince ſera né trop malheu
reuxpourdeur faire jamais de
mal. Cependant leur bonne
230
MERCURE
de deux au lieu d'un , Cabales
rent pour empefcher que le
Rape ne donnaſt le Chapeau
àMr de Beauvais ,& il ne l'eut
point , quoy que cent exemples
faffent voir qulun Roy
peut nommere telle perſonne
qu'illuy plaiſt , pour eſtre fairt
Cardinal, ſans qu'il ſoit beſoin
pour cela que celuy quil
nomme foit de ſes Sujets . Le
Rape qui regne aujourd'huy
a rendu au Roy de Polognes
& à Mr de Beauvais la jus
fſtice qui leur avpit eſté de
Lesautres Cardinaux font,
BandinoPaciatici de Piſtoye,
Patriarche de lerufalem ,
Dataire. Il eſtdans une gran
des réputation Parent de
Clemental & peut eftre
GALANT . 238
mis au nombre des Cardinaux
papables.
Monfieur Cantelemi , Napolitain
, cy- devant Nonce
en Pologne. C'est un uſage
de faire Cardinaux ceux qui
ont eſté Nonces auprés des
Teſtes couronnées .
Monfieur Dada Mila-
2.
:
nois , Parent du défunt Papes
Archeveſque d'Amafi 8८
ey -devant Nonce en Angleterre..
Monfieur Rabini , Venitien
, Eveſque de Vicenze
Neveu du Pape. Tous ceux.
qui le connoiffent parlent
avantageuſement de ſon merite
& de ſon eſprit.
François Albani , de Peſaro
dans l'Etat d'Urbin , Secretaire
desBrefs ..
1
232
MERCURE
Charles Bichi , Sienois, Atditeur
General de la Chambre
Apoftolique .
:
Iofeph-René Imperiale,Genois
, Tréſorier General de la
Chambre. Il est tres - honneste
homme , & a efté General
des Monnoyes .
Jean-BaptisteCoſtaguti,Romain
, Doyen des Clers de la
Chambre..
Louis Homodei , Milanois ,
Clerc de Chambre.
François de Giudici , auſſi
Clerc de Chambre . Ce dernier
eſt Frere du Duc de Chiovinazzo
Napolitain , autrefois
nommé Ambaſſadeur d'Eſpagne
en France .
Tous ceux qui ſont reveſtus
de ces differentes Charges ,
deviennent ordinairement
1
GALANT.
233
Cardinaux , & leurs Charges
ſe vendent au profit de la
Chambre Apoftolique. Les
Charges d'Auditeur & de
Tréſorier de la Chambre valent
chacune quatre- vingtdix
mille écus , & celle de Clerc
de la Chambre , en vaut ſoixante&
dix mille .
f Le Roy a nommé quatre
nouveaux Intendans des Finances
, qui font , Monfieur
de Caumartin Monfieur
d'Hermenonville , Monfieur
Chamillard & Monfieur du
Buiffon. :
Mr de Caumartin , Maiſtre
des Requeſtes,joint beaucoup
d'érudition à tout ce qu'un
homme de ſa profeſſion doit
fçavoir , &dans ſa plus grande
jeuneſſeil embaraſfoitſesMai234
MERCVRE
ſtres par la force de ſon eſprit
&de ſes raisonnemens . Il eſt
Fils de feu M. de Caumartin ,
Conſeiller d'Etat , qui avoit
eſté honoré de beaucoup de
Commiſſions , qui marquoient
l'eſtime que Sa Majesté faiſoit
de ſa perſonne ,& la confiance
qu'Elle avoiten luy. Ila pour
Ayeul Meſſire Louis le Févre ,
Sieur de Caumartin , qui fut
Preſident au Grand Confeil.
& ancien Conſeiller d'Etat ,
& que le feu Roy fit Gardedes
Sceaux de France en 1622 .
aprés la mort de Monfieur de
Vicq. Cette Famille des le
Févre de Caumartin a donné
un Eveſque d'Amiens , des
Preſidens & des Conſeillers au
Parlement de Paris , & des
Maiſtres des Requeſtes. Elle
GALANT. 235
و
eſt differente de celle des le
Févre d'Ormeffon d'Eaubonne
, &c. qui nous a
donné auſſi des Magiſtrats renommez
, & d'autres perſonnes
diſtinguées .
Monfieur d'Hermenonville
eſt Beaufrere de Monfieur le
Pelletier , Miniſtre d'Etat , &
auparavant Contrôleur General
des Finances , dont il a
eſté premier Commis , comme
il l'eſt encore aujourd'huy
de Monfieur de Pontchartrain
qui poſſede cette Charge.
Comme il a exercé cette
Commiſſion avec beaucoup
de vivacité & de vigilance ,
on peut dire que les Finans
ces luy eſtant déja connuës ,
il n'en peut eſtre qu'un digne
Intendant.
236 MERCURE
Monfieur Chamillard a eſté
Conſeiller au Grand Confeil,
puis Maistre des Requeſtes ,
&enſuite Intendant de Justice
à Roüen . On a eſté ſi ſatisfait
à la Cour de la maniere dont
il s'y eſt gouverné , qu'on a dit
au rilsde M. le Preſident Larcher
, qui a eſté nommé à
cette Intendance , que s'il
vouloit que l'on fuſt content
deluy , il n'avoit qu'à imiter
Monfieur Chamillard. Le
Grand pere de Monfieur
Larcher qui vient d'eſtre.
nommé à l'Intendance de
Roüen , y estoit avec la mefme
qualité en 1640. Il n'y
avoit alors qu'un Intendant
pour toute la Normandie ,
mais cette Province s'étant
révoltée en ce temps- là , &
GALANT. 237
le Roy y ayant envoyé Monſieur
le Chancelier Seguier
avec Monfieur de Gaſſion ,
on nomma deux nouveaux
Intendans , dont l'un eſt à
Caen & l'autre à Alençon.
<
د
,
Monfieur d'Heudebert du
Buiſſon a eſté Maiſtre des
Comptes , puis Maistre des
Requeſtes & enfuite Procureur
General de la Chambre
Royale , établie à l'Arcenal
, & Prefident au Grand
Conſeil. Lors qu'il quitta la
Chambre des Comptes , feu
Monfieur le Preſident Nicolaï
, dont l'eſprit eſtoit du
premier ordre , connoiſſant
ſa capacité , fit ce qu'il put
pour le retenir. Pendant environ
onze années qu'il a
238 MERCVRE
,
eſté Maistre des Regueſtes
toutes les Parties le demandoient
pour Rapporteur
parce qu'il eſt tout enſemble
integre , expeditif & éclairé .
Feu Monfieur le Chancelier
le ellier , qui ſe connoiſſoir
parfaitement en habiles gens,
le nomma au Roy comme un
homme capable de remplir la
place de Procureur General de
la Chambre Royale. Il s'eſt diſtingué
avec beaucoup de capacité
& d'integrité dans toutes
les Intendances & Commiſſions
extraordinaires dont
il a eſté honoré. Son efprit
eſtant d'une fort vaſte
étendue ; il a eſté employé
dans toutes les affaires les
plus importantes du Conſeil,
& il eſtoit de tous les. Bureaux.
GALANT. -239
reaux . Il s'attira l'admiration
de tous ceux qui l'entendireenntt
, lors qu'il fit le rapport
de l'affaire des rentes
de Bretagne. On ne doit pas
eſtre ſurpris aprés cela que
le Roy inſtruit de ſa capacité
&de fon merite , l'ait nommé
pour eſtre du nombre des quatre
nouveaux Intendans des
Finances. Par ſa nomination
à cette Charge , il en reſte
trois à remplir ; sçavoir celles
de Maistre des Requeſtes , de
Preſident au Grand Confeil,&
de Procureur General de la
Chambre Royale .
Le 23. de ce mois , lesDeputez
des Etats d'Artois , qui
eſtoient Monfieur l'Abbé
Maillart de Clairmarais pour
le Clergé , Monfieur le Com-
Fevrier 1690 . L
240 MERCURE
,
te de Carancy pour la Nobleffe
& Monfieur Poitard
pour le Tiers Etat , eurent
audience de Sa Majesté , &
luy preſenterent leur Cahier.
Monfieur l'Abbé Maillart porta
la parole
qui fuit.
SIRE,
১ &
Ilnemanqueaubonheurque nous
avons de nous voir aux pieds du
plus grand Roy de la terre , que de
pouvoir expliquer le respect la veneration
,& ( s'il est permis d'afer
de ce terme ) l'amour qu'ont pour
Vostre Majesté les Etats,&lesPenples
de ſa Province d'Artois , qui
nous ontfait l'honneur denous deputer
vers Elle , pour l'affarer de
GALANT .
241
Leurfidelité,&luy offrir le DonGra.
tuit , qu'Elle leur afait demander.
Vous meritez, SIRE,qu'on ait pour
vostre Auguste Perſonne des senti.
mens qu'on ne doit qu'aux plus Illustres&
aux meilleurs des Rois,&
nout ofons repondre , que ceux pour
qui nousportons laparole , ont pour
VostreMajestélessentimens qu'Ela
le merite. Ils voient & ils admirent
ce que toute l'Europe admire &
voit aveceux , leur incomparable
Monarquefaire trembler un mil
lion d'Ennemis , foutenir ſeul les
intereſts de la Religion ,&proteger
Seulun Prince également grand&
infortune,que fes Suiets ont traby ,
& que ses Alliez abandonment..
Vn vfurpateur fait tomber du
Trône un Prince infiniment digne
de l'occuper. Ceux qui avoientle
plus d'intereſtà punir cet attentat
----******** **********????????? L
2
242
MERCVRE
lefoûtiennent, ils en devoienteſtre
leswangeurs ,ils enfont les Complices.
Vous ſeul , ô Grand Roy ,
vousſeultouché des outrages faits
à la dignité Royale , entreprenez
depunir ce fameux Coupable ,&
de restablir cet Illustre.Monarque.
Vos bontez l'ont déiaconfolédefes
malheurs ; vos magnificences luy
ont presque fait oublier qu'il a
perduſes Etats ; vous luy avezfait
trouver Londres dans Saint Ger
main ; vos armes le mettent mê
me en estat de tout efperer,il acheve
de se rendre Maistre d'un de ses
Royaumes , & peut estre le verrons
nous bientoſt rentrerdans les deux
autres. Tandis que vostre Maiesté
protegefigenereusement ce Prince,
Ellen'acquiert pasmoins de gloire
enfoûtenant les efforts depresque
toute l'Europe liguéecontreElle,
Enquels termespourrions nous exGALANT
.
243
primer ce qui s'estfait depuis un an
fur le borddu Rhin ? Les Conquestes
&la gloire de Voſtre Maiesté ,Sa
bonté mesme&ses vertus inquietoient
depuis longtemps la plus
part des Princes Allemans ; leur
ialoufie en a fait quelques uns in.
grats , d'autres iniuftes . Ils sefont
liguez & avecdes forces capables
de tout entreprendre , ils ont pendant
une longue Campagne repris
deux de leurs Places ,& en ont
laiſſe perdretrente. Plus affoiblis
par ces deux Sieges , qu'il ne l'euf-
Sent estéparla perte de deux ba.
tailles , ils trainent dans leurs
Etats les debris de leurs Armées ,
&ils vont acheverde defoler leur
pays, cesfiers ennemis quis'estoient
promis de defoler la France. Que
peut- on appeller un miracle (icela
n'en est pas un ? 10
20
L3
244 MERCURE
Nousavons veu de plus prés les
mouvemens des Pays Bas ,&nous
n'avonspas moins admiré la pru
dence avec laquelle Vostre Maiesté
y a conservé ses anciennes Conqueſtes,
que la valeur averlaquelle
Elle les avoit faites. Quel prodigieux
nombre d'Ennemis s'y font
affemblez! Nous n'avons pourtant
point apprehendé qu'ils troublas.
fent le repos dont voſtre Majesté
nous fait jouir , nous les avonsveûs
fans les craindre. Il est vrayqu'ils
ont reuſſi dans le deffein qu'ils
avoient d'éviter un combat qu'ils
faisoient semblant de chercher ;
mais n'est-ce pomt eftre vaincus
que defuir les perils glorieux fans
lequels on ne sçauroit vaincre ?
Nousferions indignes desfoins que
Vostre Maiesté prend d'affurer
ainſi noftrerepos ,si nous nefaifions
GALANT. 245
quelque effort pour contribuer àfa
gloire,&le Don gratuit que nous
luy offrons , en est un. Nous espe
yons , SIRE , que Vostre Maiesté
voudra bien apprendre par le
cabierque nous prenons la liberté
de luy presenter , quel est l'état où
lafterilitéde cette année nous a
reduits. Labontémesme que vous
avez euë de ne point exiger de
nous l'augmentation que les conion
Etares preſentes ont fait mettre
dans d'autres lieux nous perfuade
que vous ne l'avezpas ignoré,
mais nous oublions nos besoins pour
témoigner noſtre reconnoissance ,&
comme Vostre Majesté demande
avec moderation , nous luy donnons
avec plaisir. Nous la Supplions ,
SIRE , d'estre persuadée de nostre
Zele pourfon fervice , & de croive
qu'Elle n'a point de Suiets plus
-5
L 4
246 MER CVRE
fidelles & plus soumis que les
Etats & les Peuples defa Provinced'Artois
.
Cette Harangue plut extremement
au Roy , qui temoigna
à Monfieur l'Abbé
de Clairmarais l'eſtime qu'il
faiſoit de ſa perſonne ,& enfuite
toute la Cour rendit
justice à fon merite.
:
Le Roy partit hier 27. de
cemois , pour ſe rendre à
Compiegne , où Sa Majeſté
doit faire la reveüe d'une.
partie de la Cavalerie de ſa
Maiſon .
Je vous ay dit que le Parlement
d'Angleterre a eſté
caffé ,&je viens d'apprendre
que ſi-toſt que cela fut fait ,
Milord'Alifax,Garde du Sceau
privé , rendit ſa Commiſſion
GALAN T. 247
au Prince d'Orange , alleguant
, que ce Prince avoit
mis dans ſa Proclamation ,
qu'il caſſoit le Parlement
pour les raiſons qu'il avoit
communiquées à ſon Conſeil
privé , & que comme il ne
les avoit pas ſcenes , il rendoit
le Sceau parce que
ſuivant cette Proclamation ,
le Parlement luy pourroit un
jour faire fon procés , en
luy imputant d'avoir conſenty
à ſa caffation , & meſme
de l'avoir conſeillée .
د
FIN.
HEQUE DE
LYON
h
TABLE.
Prelude.
Le Luxe détruit
Article concernant les droits
3
9
Greffiers & les Audiances de la
Grand Chambre . 21
Journal de tout ce qui s'est paſſeen
Flandre pendant ta derniere
Campagne. 23
Divertiſſemene du Carnaval. 55
Stances. 61
Portaits des Generaux de l'Armée
de l'Empereur, 65
De l'Eternité. 81I
Charges des Navieres arrivezdepuis
peu àla Rochelle . 92
Idile. 94
Edit. 119
TABLE.
Evechéde Chartres donné à Monfieur
l'Abbé Godet de Sendé.
131
Ceremonie faite à S. Germain en
Laye, 132
Arrest du Parlement . 136
Machines d'une invention nouvelle.
150 /
Morts
155
159
170
Histoire.
Autre articlede Morts.
Monsieur Mignard est nommé par
le Roy pour remplir toutes les
Charges&Digitez de feu Mr
le Brun. 182
Le Fils de Mr de Turmeny est receu
Confeiller. 201
Servicefait pourfeu Mrl'Evesque
203
207
de Chartres.
Aricle des Enigmes .
Temerité d'un Capitaine d'un Yach
Priſes faitesſur les Ennemis. 211
TABLE .
Anglois.
Affaires d'Angleterre.
212
213
Genereuse fermeté de la Ville
:
d'Amſterdam . 214
Defaite des Imperiaux en Albanie,
224
Promotion d'onze Cardinaux 227
Itendans des Finances nommezpar
le Roy. 228
Harangue faite au Roy au nom des
Deputez d'artois. 240
Depars de Sa Majesté . 246
Millord Alifax rendle Sceau Privé
au Prince d'Orange. 247
Fin de la Table.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le