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1690, 01 (Lyon)
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juifier
Ex non
RPClaud. Franı Mencubic
forJesu


807156
L
MERCURE
GALANT
LQUE
DE
L
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE-DAUPHIN
Colleg.Lugd.SS. Trinit
JANVIER 1690.
Soc. Yesu Cat. Insc.
ALYON ,
Chez THOMAS AMAULRY,
• au Mercure Galant.
M. DC. XC.
AVEC PRIVILEGE DU ROY

LIVRES NOUVE AUX
du Mois de Janvier 1690 .
ὈΝ continuë à diſtri-
LON Etimuleri operam
omnium Medico Phyſicorum Edi
tio noviſſima tum auctior tum
vero facilior د en deux volumes
infolio , pour 18. livres
.
Hiſtoire de Charles V.
par Monfieur l'Abbé Choiſy ,
in 4. 6. liv.
L'on vend auſſi du même
Autheur l'Histoire de Philippe
de Valois & du Roy
Jean in quarto 5. livres.
> >
La Vie de Salomon , 2. -
az
liv.
Reflexions & Maximes
fur divers ſujets de Morale ,
de Religion & de Politique
ind. 30. f.
Les Satyres de Juvenal ,
traduction Nouvelle par le
Pere Tarteron Iefuite , indouze
3. 1.
****:**
TABLE.
Prelude.
Роёте.
Ouverture du Jubilé,
Maximesgalantes.
I
3
21
26
Lettre en Profe & en Vers à une
Dame affligée de ce que fa
Soeur se faisoit Religieufe.
51
Autre Lettre à la mesme Dame.
Prix proposez par l'Academic
d'Angers .
56
60
De la vanité des Sanges , &
Sur l'apparition des Efprits.
63
Complimentfait à Monfieur. 96
Lieutenance de Roy donnée à
TABLE .
Mr d'Hendreville. 103
Eglise de Saint André dans la
Ville de Niort , agrandie par
les bien -fait du Roy. 104
Tontine. 108
Livres nouveaux. 110
Origine des Troubadours en Provence.
116
Avanture. 123
Compliment fait au nom du Barreau
à Mr le Premier Preſi.
dent. 128
Article touchant la Campagne
deHongrie. 137
Fauſſete des nouvelles imprimées
dans les Payé Etrangers.
149
Ceremonies fnites àAvignon pour
l'Exaltation du Cardinal Ot
toboni au pontificat.
Morts.
:
142
143
Abbaye de Saint Germain des
Prez donnée à Monfieur le
TABLE .
Cardinal de Furſtemberg ,
avec un détail curieux qui
regarde cette Abbaye. 154
Discours fait par l'Empereur pour
engager les Elccteurs à élire
Roy des Romains le Roy de
Hengrie fon Fils , avec une
Reponse à ce Discours , 160
Estampe historique & curieu-
Traité touchant les Intendans
Se. 192
des grandes Maisons Procureurs
Avocats Notai.
,
res , Huiſſiers & autres. 193
Nouvelle Carte d'Asie.
Mariages .
194
203
Divertiſſement du Carnaval. 207
Noms des Vaiſſeaux Anglois qui
ont pery pendant la derniere
tempeste, 209
Article des Enigmes. 211
Autre article de morts.
Fin de la Table.
214
Avis pour placer les Figures.
L'Air qui commence par, Si tu
veuxfansfuite&fans bruit , doit
regarder la page 59
LaMedaille doit regarder la
page 109
L'Airqui commence par,Que
l'amourdans un coeur entre facilement,
doitregarder la page 214
MREC.
1
MERCURE
LYON
GALANT
JANVIER 1690.
OVS entrons dans
une Année , où il
ſemble que l'on ſe
prépare à voir les
plus grands évenemens qui
ayent jamais fait ouvrir les
yeux à toute l'Europe . Ce n'eſt
point àmoy à raiſonner fur ce
qui fait aujourd'huy l'entretien
des Politiques , mais je
Ianvier 1690. A
2 MERCURE
1
F
croy du moins qu'il me peuc
eſtre permis de vous faire part
de ce que le premier Roy
Chreftien des François aauguré
en faveur du plusauguſte &
du plus puiſſantde ſes Succefſeurs
. Mr Magnin , Conſeiller
Honoraire au Prefidial de
Mafcon , & l'un des Accade
miciens de l'Academie Royale
d'Arles , eſt l'Auteur du petit
Poëme que vous allez lire . Son
zele ne doit point vous étonner.
Vous ſcavez qu'il n'a
point trouvé d'occaſions de
donner au Roy les Elogesqu'il
merite, ſans faire voirqu'il n'y
eut jamais Sujet plus touché
que luy de la gloire de fon
•Souverain.
GALANT.
3
CLOVIS
A LOUIS
LE GRAND.
Heros, formé du ſang le plus
purdemes veines,
Pourfervir de modelle aux gran
deurs Souveraines .
Monarque dont la gloire , en charmant
l'Univers ,
Attire les regards de cent peuples
divers ;
Tes travaux , tes vertus
Exploits deguerre ,
& tes
Ne t'ont passeulement distingue
fur la terre ,
Au bruit que fait ton Nom tes illuftres
Ayeux.
Du celeste Séjour , jettent fur toy
les yeux.
A 2
MERCVRE
Tu ne l'ignores pas ; ma grandeur
triomphante
Fut comme lefignalde ta grandeur
preſente.
Après avoir fondé l'Empire des
François ,
VeuSes deſtins diversyouler de Rois
én Reis ,
Ses Guerriers , la terreur&la gloire
du monde ,
Du bruit de leurs Exploits remplir
la Terre & l'onde ,
Craintpar mille revers , frequens
chez les mortels .
La cheute du trône , & celle des
Autels ,
Quand les armes en main,la cruelle
Herefie
Signaloit parleSang Sa noirefrenefie
;
Puis-je voir tes Etats heureux &
floriſſans,
Braver detes Rivaux les efforts impuiffans,
GALANT.
S
Tes Sujets , partes foins & parta
vigilance ,
Toûjoursfeurs de la paix , contens
del'abondance;
Ce repos immortel , dont le calme
affeuré (mesure?
Sur celuy de ton ame est peint &
Puis-je voir tafageſſe immuable
[monde,
Balancer le destin des Puiſſance du
profonde,
Répondre en un instant à millefoins
divers
En reglant tes Etats , regler tout
Vnivers ,
Entrer dans le secret de toutes les
intrigues ,
Prevenir les deſſeins des plus puif-
Santes ligues.
Puis- je te voir enfin si grand , si
genereux ,
Aforce de vertus estre toûjours
heureux ,
,
Sans parler des tranſports de ma
juste allegreffe
43
6 MERCURE
Avecque les Mortels que ta gloireintereffe
?
Du Trône où tu te fieds Auguſte
fondateur ,
Ie partage avec toy la dignité ,
l'honneur.
Je vois avec plaifer par combien
demiracles,
Ton beau regnerépond à tant d'heuveux
oracles ;
Mais je netrouvepas, lors qu'on te
nomme grand ,
Que l'on comprenne affez d'où ce
fur-nom depend.
Foibles adorateurs des Puiſſances
humaines ,
Vous ne leur donnerez que des
loüanges vaines ,
Si vos Heros , jaloux des titres im
mortels ,
Ne les ont établis fur la foy des
Autels ,
S'ils ne rapportent pas au Dieu qui
les couronne
GALANT.
7
Lés pompeuses grandeurs que le
monde leur donne .
Non,tous ces faux brillans ne leur
fervent derien ,
Le veritable Grand doit eſtre tres-
Chreftien;
Il vautplus cebeau nom , que mille
Exploits de Guerre ;
Quand on me ledonna , i'estois le
Seulen terre ,
De tantde Potentats dont onvan.
toit lafoy ,
Il n'en estoit aucun de fidelle que
moy.
Du perfide Arius la coupable do-
Etripe :
Oftant à l'homme- Dieu son effence
divine ,
Son erreur triomphante , avoit en
mesme temps ,
Dela Religionſappélefondement ,
Quand brulant d'un ſaint zele en
cedefordre extrême ,
A 4
8 MERCURE
Clotide m'inspira le defir du Baptesme.
Si le monde aviourd'duy n'aplus de
ces erreurs ,
Lavaine ambition atant de Sectateurs
,
Qu'à force d'animer l'iniuste ialousie
,
La Politique afait ce quefit l'Herefie.
Quand tout est foulevé , tout armé
contre toy ;
On voit quedans son centre on atraque
la Foy.
Qui ſe met en estat , hors toy, de
la défendre ?
Aquel enchantementſe l'aiſſe- t. on
Surprendre ,
Enfaisant une ligue avec des Ennemis
,
Moins que les Ottomans ,à l'Eglise
Soumis ,
Voulant faire éclypfer le Soleil de
LaFrance
GALANT .
9
Pour redonner l'éclat au Croiſſant
deBifance ?
Ligue où Rome concourt , àfaire
détrôner
Zin Roy Saint , qu'elle doit ; &
3
plaindre , & couronner ,
Et de l'vfurpateur Secondant l'entrepriſe
, [ l'Eglife.
Etonne l'univers , & fait gemir
Quand on vous instruira de cette
verité ,
Vousne la croirezpas Sage posterité.
Non, non le champ estpur , l'erreur
en est bannie,
La main de l'Ennemi Sema la
zizanie
Le Pontufe zelé , bon & vieux à
la fois ,
Méconnut duSerpent , &la ruse
&la voix ,
Direz-vous ; mais LOVIS ,parfa
* ſageſſe extréme ,
Afcen vous prevenir , il parle tous
demesme , :
A
10 MERCVRE
Il voit & plaint l'erreur, &Sans
cftre en courroux
Ilse met en défenſe , & ſeul&
contre touS .
C'est là de ta grandeur le chefd'oeuvre
admirable .
LOVIS , les autres Grands ne font
rien deſemblable,
Auiourd'huy mesme encore à leur
ambition
Ils font ceder les droits de la Re
ligion,
Ce Simbole de Paix , Ce nom de
Catholique .
Aux dépens de l'Eglife arme la
Politique,
Mais plus ilsfont d'efforts , plus on
voit ta grandeur ,
Ton calme les agite, il les met en
fureur.
Qu'ils viennent tous enfoule attaquer
ta frontiere ,
Elle nefut iamais plusforte , plus
entiere
GALANT. II
Croyent - ils avoir àfaire à des
Turcs effraiez
S'ils t'ont caufé des frais, ils les ont
bien payez
Foibles & querelleux, quepeuventilspretendre
?
Ce quetu leur as pris, ils fontà le
reprendre ,
Et lors que tu voudras les en laiſſer
jouir ,
Y pourront ils trouver de quoy se
réjouir?
Ces peuples malheureux , & ruinez
Sans reſſource .
Scauront que de leurs maux ils font
l'unique ſource ,
Et de leur vain orgueil detestant
la fureur ,
Ils ne les verront point ſans haine
Sans horreur.
On lasçaurapartout, cette tragiqueHistoire
,
Qui les couvre de honte , & te
comble de gloire.
A
12 MERCVRE
Qu'ont-ils fait , dira- t-on , finon
de rehauffer
Lagrandeur du Heros , qu'ils pena
Sorent abaiffer?
L'Eſpagne , l'Angleterre ; &le
corps Germanique ,
Tout le Nord , la Hollande, heuren
Se Republique ,
Quicroiroit que la France euft dew
neperir pas ,
Avectant d'ennemis , àlafoisſur
- Les bras?
Mais loin de l'affoiblir ,fa force
est redoublée ,
Unefi grande attaque àpeine l's
troublée ,
Envainde toutesparisle Tonnerre
a grondé,
LOVIS la défendoit , qu'a-t- elle
apprehendé?
Tandis qu'on nous chaſſoit de nos
Bourgs , de nos Villes ,
Son Peuple avoit des jours & des
nuits fi tranquilles .
GALANT .
13
Qu'il entendoitle bruit des guerres.
des combats ,
Comme un évenement qui ne le tou
chort pas,
Mais , atour ront- ils le moyen que
la Frate
N'eust pas de fon bonheur une en -
tiere affurance ?
Le Roy , qui prenoit ſoin d'établir
Sonrepos
Eſtoit né pour donner des leçons
aux Heros.
Safageffe reglant fa grandeur de
courage,
Il en faisoit toutours un équitable
ufage.
Seur de vaincre à la guerre il ne
manquoit iamais ,
Et de prendre , & d'offrirle parti
dela Paix
Desyeux de la iuftice envisageant
Sagloire,
Ses deffeins l'ont conduit de victoire
envictoire...
:
14 MERCVRE
Pacifique , ou guerrier , également
vainqueur ,
Fier àfes Ennemis , & maistre de
Son coeur ,
S'il ne les domtoit pas par la force
des armes ,
11fe domtoit luy - mesme & calmoit
leurs alarmes .
Preffez par l'Ottoman , les vit-tl
aux abois ,
De nulle ambition il n'écouta la
voix ,
Sa moderation , inconuë à l'Histoire .
Propre àdonner exemple aux ialoux
de Sa gloire ,
Servit tout au contraire àleur pre-
Suader
Que leurs efforts unis alloient l'intimider
.
Mais diront ils encor ,le Cielcom
me en colere ,
Regarda le proiet qu'ils avoient
oséfaire.
GALANT.
15 I
LOVIS prit un parti fi saint , si
genereux ,
Qu'ilen devoit attendre unfuccés
tres-heurex .
Pouvoit- ilvoir un Roy, parl'ardeur
defon zele ,
Rétabli dans l'Eglise , &détrôné
pour elle ,
Un Monarque , à l'horreur de tous
les Potentats ,
ParSes propres enfans chaſſe deſes
Estats ,
Le Tiran , protecteur de l'impie
Heretique ,
Aidé dans ses deſſeins , d'unparti
Catholique , :
Sans offrir un afile au Prince infortuné
Qui voyoit contre lay tout l'Enfer
d'échaisné ,
Sans faire en ſa faveur agir dans
ces alarmes ,
Lefocours des conſeils , la puiſſance
des Armes
16" MER CURE
Et partageantſa peine ence triſte
revers ,
Paroiftreencorplus grand auxyeux
de l'Univers !
Maisfans aller chercher ces loüangesfutures,
On't'endonne axiourd'huy defi iuſtes
,fipures
Qu'ates Ennemis mesmeon lefait
avouer ,
On ne sçauroit affez dignement
te louer.
Tes foins fi glorieux , ta ſageſſie
profonde .
Sont dans l'art de regner la mexveille
du monde.
Ces Herossifameux dans les fiecles
paſſez
Par tes moindres travaux tu les
as effacez ,
Ceux mesme dont ta gloire a fait
laialoufie,

Pour modelle à la leur ne l'ont ils s
paschifie ?
GALANT..
17
Mais en cela leur art a beau s'étudier
,
C'est un original qu'on ne peut
copier.
On verrace Louis , comme un chefd'oeuvre
unique;
Ilnela doit qu'à luysa grandeur
heroique ,
Et pour comble de gloire & de
felicité ,
Il est inimitable, & n'a rien imité.
Mais cette vive foy qui t'atache
à l'Eglise
Lors que tout s'en separe , ou que
tout la diviſe ,
Fait de cetteGrandeur qu'on admire
auiourd'huy .
Le fondementſacré& l'inviolable
apply.
Onne le ſçait que trop , cette Mere
immortelle ,
Hors toy qui la ſoutiens , n'a plus 3
d'Enfantfidelle.
18 MERCVRE
La voilà par l'effet , d'un retourobstinė
,
En l'estat qu'elle estoit quand ie fus
couronné ,
Lesgraces que mafoy me donna lieu
d'attendre ,
Sur ta pofterité leCiel lesva ré
pandre,
Tes dignes Succeſſeurssur ton Trône
affermis .
Braveront commetoy leurs plus fiers
Ennemis ;
Le Dieude ces Autels dont iu prens
la defense,
Fera de leur Empire adorer la puif-
Sance.
Dans tes Etats heureux , tes fortunez
Suiets
Verront toujours regner l'abondan-
• ce&la Paix
Al'ombre des lauriers qui couronnent
ta teſte,
Lamais ils ne craindront ny foudre,
ny tempeste.
GALANT .
19
Les rayons du Soleil qui brillerontfur
Sembleront ne briller que pour les ren-
еих ,
dre heureux ;
Desjours doux & ſerains , ſuivis do
Ne leur annonceront que des travaux
4
nuits tranquilles ,,
faciles.
Quand le bruit de la Guerre aura tous
alarmé ,
Apeine ſeauront-ils pourquoy l'on est
armé.
Attendant fans effroy te fuccés des
querelles,
Ils n'en feront instruits qu'en lifant
lesnouvelles ,
Si charmez , fi contens de leur profperité
,
Ilsvoyent comme ellepaſſeàla posterité
İls la voyent bien avant dans les races
futures
Former un long tiſſu d'heureuſes avan
tures?
Ton Dauphin , les Enfans de ce Fils
genereux s
En previennent déja les deſirs & les
les voeux.
20 MERCURE
Voydans ces Rejettous que le Seigneur
te donne ,
Ses regards de faveurs briller fur ca
Couronné :
Jusqu'àla fin des temps dans leursfaits
inouis ,
Mille peuples charmez verront soujours
LOVIS.
Formez par za ſageffe , & couvert de
ta gloire ,
Ceferont leurs vertus qui feront ton
Histoire,
Les Peuples éclairezpar de nouveaux
Soleils ,
Dans une course égale ,&des regards
pareils ,
Les envisageront comme tes Parelies .
Et leurs felicitez par làferont remplies.
Que l'Aigle Imperiale avec des yeux
jaloux
Enfuyant ta lumiere imite les Hiboux
Un jour , des partisans de sa haine
cruelle
2
Ilseferapeut-estre une ligue contre elle.
Romeà tes interests fi contraire au-.-
jourd'huy
GALANT. 21
•Connoistra que la France est fon plus
Seur appuy .
Elle se souviendra par qui la tirannie
Du Barbare Lombard fut autrefois
punie,
Etde ces Proteftans dont elle enfle le
coeur ,
Elle détestera l'orgueil & la fureur ;
Lors voyant ta grandeur fans en estre
offensée
Lafoy du Fils Aiſnéfera récompensée.
Enfin , l'on avouera ce que ma voix
t'apprend ,
Qu'unPrince Tres Chreftien , est un
Prince tres-grand.
Le 7. du mois paſſé le Pape
fit l'ouverture du Jubilé en
l'Egliſe de Sainte Marie Majeure,
La Cavalcade fut fort
folemnelle . Tous les Corps
Reguliers & Seculiers avec les
Bafiliques y aſſiſterent en Proceffion
. Le rendez vous eſtoit
à l'Eglise des Chartreux , & de
22 MERCURE
là la marche ſe fit parla Vigne
Montale . Sa Sainteté eſtoit
portée en Litiere avecles marques
les plus éclatantes de la
majeſté des Souverains Pontifes
. Toute ſa Maiſon eſtoit
montée ſur des mules . Vn pres
lat portoit la Croix à cheval,
ſuivi d'un Caroſſe vuide à fix
chevaux blancs. Il y avoit auſſi
deux Litieres vuides , & l'on
menoit à la main deux Mules
ouHaquenées richement harnachées
. Enſuite marchoient
les Chevaux - legers , & les
Cuiraſfiers le Sabre nud à la
main , & des Trompettes &
Timbales . Le Pape fut receu
par le Sacré College à la grande
porte de Sainte Marie Majeure.
Ildonna enſuite la Benediction
au peuple , & permit à
tous les Religieux deluybaifer
les pieds.
GALANT. 23
Comme il me paroiſt que
les Maximes ſont aſſez en vogue
,je croy que vous ne ferez
pas fachée de voir celles-cy ,
dont le hazard m'a fait tomber
une copie entre les mains.
Elles ſont de Mr de Templery,
Gentilhomme d'Aix en Provence.
C'eſt un nom qui ne
vous ſçauroit eſtre inconnu,
puis que je vous ay déja envoyé
divers Ouvrages tant en
Vers qu'en proſe , que vous
avez toujours leus avec plaiſir.
24 MERCURE
A MLA MARQVISE
D'OPEDE.
A LA VER DVRE .
MADAME
ADAME ,
Comme la principale de mes
Maximes a toniours esté de chercher
dequoy vous divertir , ie vous
envoye celles que mon loiſir m'a
permis defaire pendant mon dernierfeiourà
la campagne , en attendant
que ie les accompagne
d'autres qui foient morales &
Chrestiennes. Je ſçay que le plus
grand defaut des Maximes , eft
quand elleſont contrairesà laverité
, mais pour celles - cy qui roulent
presque toutes sur l'amour ie puis
-VOUS
GALANT.
25
SE
ا
.
4
vous affeurer qu'elles font verita.
bles ; car i'y ay travaillé d'aprés
nature, & ily en a peu dont ien'aye
fait,pour mes pechez , une malhen.
reuse experience. Aprés tout Madame
, quand mesme ie me ferois
trompe , & qu'ily en auroit quel
qu'une quiseroitfauſſe, vous devez
l'excuser parcette autre , que tout
homme eft menteur. Cependant ie
vousrepons que iene leferay iamais
envers vous dans les protestations
de mes services , & que toutes les
fois que jevous enferay quelqu'une
vous pourrez croire afſurément que
iefuis ,
Voſtre tres - humble & tresobeïffant
Serviteur ,
TEMPLERY.
D'Aix ce 21. Novembre 1689 .
Janv. 1690.
B
MERCVRE
MAXIMES GALANTES.
L
I.
'Amour naiſſant eſt un
Roy mineur , & alors la
raiſon eſt une Reine Regente.
Tant que ce Roy eſt ieune,
cette Reine commande , mais
lors qu'il eſt grand , elle devient
ſa ſujette & luy obeït .
II
En amitié on ne commen.
ce jamais d'aimer qu'on n'y
penſe bien , mais en amour
on commence toujours fans y
penſer. Tous les commencemens
de l'amour ſont ſemblables
, les ſuites font differentes.
III.
Le premier plaiſir de voir
un bel objet n'eſt pas encore
GALANT. 27
amour : ce n'est qu'une ap
proche vers cette paffion , &
un éloignement de l'indolence.
IV.
Une des marques qu'on eſt
amoureux c'eſt quand on
commence à faire des Vers ..
On dit , que la nature ſeule fait
les Poëtes , mais je vois que
l'amour s'en méle auſſi .
V.
Une Fille peut agir librement
avec un Amy , mais dés
que cet Amy devient Amant
elle doit prendre une conduite
plus retenuë. Ce qui n'eſt que
familiarité pour l'Amy dea
vient faveur pour l'Amânt.
VI.
La Badinerie ſpirituelle eſt
ſouvent le plus court chemin
du coeur : ceux qui paroiſſent
B2
28 MERCVRE
les plus fous , ſont d'ordinaire
les plus ſages . Après tout fi
l'on n'a de quoy plaire , qu'on
ait au moins de quoy divertir.
VIJ .
Autrefois on faifoit l'amour
dans les formes . Les ſoins &
les yeux parloient longtemps
avant que la bouche s'expli.
quaſt . On portoit le Roman
juſqu'au dixiéme tome. Aujourd'huy
l'on ne fait que des
hiſtorietes qui ſont concluës
au premier chapitre .
VIII. αι
Les hommes ne ſe font point
trop preſſer pour avoüer leur
engagement. Il y en a meſme
qui crient , & fe plaignent'
de leurs bleſſures avant que
l'amourait tendu ſon arc;mais
les Femmes ſont toujours fur
la negative. Elles ſe fauventdu
:
GALANT . 29
changement de leur humeur
fur des vapeurs , ou fur des
démêlez domeſtiques. Enfin
le meſme feu qui les brûle les
fait rougir.
: IX.
Qu'une Femme eſt à plaindre
quand elle a tout enſemble
de l'amour & de la vertu,
Χ.
Il y a de faux Amans aufſibien
que de faux devots . L'amour
a ſes hipocrites , comme
la devotion , & il y a plus de
fauſſe monnoye en ſoupirs &
en grimaces qu'il n'y en a en
or & en argent : mais quand
on feint de joüer le perſonnage
d'Amant , il eſt bien difficile de
foütenir longtems fon rôle ſans
ſe démentir. Les ruſes réuſſiſ
ſent ſouventen la guerre, mais
en l'amour, jamais .
L
B 3
30 MERCURE
:
A ΧΙ.
Cequ'on appelle conſtance,
n'eſt quelquefois qu'une pareffe
de changer.
ΧΙΙ .
Pour ne ſe pas trop aimer , il
faut fe trop voir. Il n'eſt point
d'amour àl'épreuve d'unetrop
grande frequentation , & bien
que les roſes ſoient les plus
aimables fleurs ; qui ne verroit
autre choſe, ne les trouveroit
plus belles.
$ ΧΙΙ .
Les longues chaiſnes s'ufent,
& font quelquefois les plus
aiſées à rompre. Lors que depuis
un fortlongtemps on dit à
une perfonne , je vous aime, on
ſe dit àſoy-meſme ie ne l'aime
plus.
XIV .
C'eſt une politique en amour
GALANT.
31
de ſe broüiller quelquefois.
Une amour paiſible eſt d'un
gouſt fade. Le trouble en eſt
l'aſſaiſonnement. Cette forte
d'interregne fait goûter plus
de douceur dans les raccommodemens
.
X V.
Les retoursde l'amitié font
difficiles . Ceux de l'amour
font aiſez .
XVI.
Quelquefois il ne dépend
non plus de nous d'aimer , ou
de n'aimer pas , que d'eſtre
Noble , ou d'eſtre Roturier.
XVII.
i
Les Rivaux aimables font
ceux qu'un Amant aime le
moins. Il ne les haït que parce
qu'ils ne meritent pas d'eſtre
haïs bien qu'illeur refuſe fon
amitié , il n'eſt pas en fon pou-
B 4
32 MERCURE
voir de leur refuſer ſon eſtime
quand elle est fondée ſur le
merite.
XVIII.
Suivant l'ordre naturel les
premiers vontdevant , mais en
fait d'amour les premiers vont
ſouvent aprés les autres . Nous
voyons tous les jours qu'un
Doyenieſt la duppe d'un nouveau
venu.
ΧΙΧ.
Les Amans voyent les trahiſons
de leurs Rivaux avant
meſme qu'elles foient execu
tées , mais ils ne voyent les
défauts de leurs Maitreſſes
qu'aprés que leur enchante
ment eſt finy.
XX.
Amour est un mal contagieux.
En voulantenflamer un
coeur on s'enflame ſoy même.
GALANT.
33
Il n'y a que le Soleil qui brûle
ſans ſe brûler.
ΧΧΙ .
L'Amour va d'ordinaire par
accés , comme la fiévre . Tantoſt
on eſt tout en feu , & tantoſt
on eſt tout de glace . Il y a
des jours où l'on ſe croit gueri,
&d'autres oùl'on ſe croit mort .
XXII .
C'eſt une fauſſe maxime de
dire que ceux qui n'ont qu'une
Maiſtreſſe ſont comme les
Borgres , qui n'ayant qu'un
oeil , courent riſque de perdre
leur bien par le moindre accident.
Il faut ou n'aimer en
nul endroit , ou n'aimer qu'en
un ſeul. Quand on aime pluſieurs
perſonnes à la fois , on
n'en aime pas une. Un vray
Amant n'a des yeux que pour
fa Maiſtreſſe , ou s'il regarde
B
MERCURE
d'autres Belles , c'eſt de la ma
niere qu'on regarde les belles
Statuës : on les admire , mais
on ne les aime pas .
XX 111 .
Le commencement de l'amour
dépend plus de nous que
la fin. Les priſons de l'Empire
amoureux ont pluſieurs portes
pour y entrer , mais quelquefois
on n'en trouve point pour
en fortir.
XXIV.
Amour est un commerce qui
ne peut eſtre ſans correfpondant,
ou pour mieux dire , c'eſt.
un de ces Métiers qu'on ne
peut faire ſeul , il faut eſtre
deux . Une perſonne s'ennuye
d'aimer. toute ſeule: fi on ne luy
tient.compagnie ,elle fe retire..
XXV:
L'eſprit en un galant eſt pref
GALANT .
35
que toujours ſuſpect : il fait
fouvent des Comediens , mais
de finceres Amans, fort peu.
XXVI .
L'amour aiguife l'eſprit : il
donne des lumieres aux gens
qui en ont le moins. Il en eſt
comme d'un Fozil , qui fait
étinceler un rocher froid de
fa nature.
XXVII.
Pour s'empeſcher d'aimer
jamais rien , il faut une force
d'efprit audeſſus de l'homme,
ou une foibleſſe au deſſous de
Bête. Lamour eſt un des principaux
ingrediens qui entrent
en la compoſition d'un honnête
homme , & il n'en eſt aucun
qui ne ſe fiſt une honte de
ne pas porter une chaine pour
le moins , une fois en ſa vie..
B6
36 MERCURE
XXVIII.
Il y a certaines galenteries
qui aquierent de l'honneur
aux hommes , auſſi bien que
les armes ; & il y a des Belles
d'une fi grande reputation ,
&d'un ſi haut merite , qu'il
eſt plus glorieux d'en recevoir
de l'amour que d'en
donneraux autres .
٥٠
ΧΧΙΧ.
r
Quand une Fille eſt trop
coquette , un dégoût pour la
Maîtreffe rompt le deſſein
d'en faire la Femme.
XXX,
Le plaifir d'eſtre aimé n'a
de douceur qu'autant qu'il a
couté de peine. L'or ne feroic
pas ſi eſtimé , s'il ne faloit
2
par de longs travaux creuſer
desminespour le trouver.
GALANT. 37
XXXI.
Les faveurs trop multipliées
perdent leur goût. Il
eſt d'elles comme de la manne
, qui devint infipide dés
qu'elle tomba trop abondam.
ment.
XXXII.
L'amitié s'augmente à chaque
ſervice d'un amy , quand
méme il a déja rendu les plus
grands ; mais l'amour au contraire
diminuë à chaque faveur
d'une maîtreſſe quand
elle a accordé les plus grandes.
Toutes les démarches
d'un Amant heureux font
autant de pas vers l'indifference
. Tel a eu aſſez de refolution
pour ſuporter ſa difgrace
, qui n'a pas affez de
force pour ſoûtenir ſon bonheur.
38 MERCVRE
XXXIII.
Il y a peu d'engagemens
qui puiſſent tenir contre un
long dedain . En la fiévre d'amour
un cruel mépris eſt le
Quinquina , & tire d'affaire
un pauvre coeur.
XXXIV.
Quand on ne peut par fes
foins ſe faire aimer d'une ingrate,
il eſt permis de s'en faire
haïr. Quelque amitié qu'ait
un Pilote pour une plage
agreable , il ne l'aime plus
s'il y échoüe. Enfin deſerter
eſt un crime àun Soldat quand
on l'auroit maltraité , mais deferter
n'eſt pas un crime à un
Amantquand on en uſe de méme
, & comme toutes les reſiſtances
ne fontpas honneſtes,
toutes les fuites ne font pas
honteuſes..
GALANT .
39
0
XXXV.
Comme les Femmes ne
veulent jamais diminuer leur
triomphe , elles font chagrines
de perdre un Amant , quand
meſme elles ne l'aiment point,
car c'eſt toujours un Eſclave &
un trophée de moins à leur
Char.
XXXVI.
Le repos d'un Amant ne
s'accommode guerre du repos
d'une Maiſtreſſe. Elle est tranquille
, il en eft au deſeſpoir:
elle eſt agitée , il en eſt ravy.
XXXVII..
La prudence & l'amour ne
font pas faits l'un pour l'autre.
Tandis que l'amour croiſt , la
prudence diminuë..
XXXVIII.
Vouloir eſtre amoureux
avecmeſure, c'eſt vouloir eſtre
fou avec raifon.
40
MERCVRE
XXXIX .
On ſe laſſe bien toſt de
plaindre un Amant qui ſe
plaint toujours. Si vousécoutez
ſes folies , il ſera voſtre importun
; ſi vous ne les con
tentez pas , il ſera voſtre ennemy
.
X L.
Il n'eſt pas aiſe à un Amant
de ſe moderer quand il conte
fes peines à une Belle. La peur
de n'en dire pas affez pour la
perfuader , fait que ſouvent il
endit trop pour eſtre cru .
1
XLI
Vne ame bien amoureuſe
eſt difficile à ſe contenter. Elle
trouve ſon bonheur trop petit,
& fon malheur trop grand.
XLII.
Les Amans ontdes gouſts fi
GALANT
41
bizares , ' qu'ils fentent quelquefois
de la volupté dans la
douleur , & croyent que leurs
chaînes , bien loin de les charger
, les chatoüillent.
:
XLIII.
6
:
La crainte de ne pas de
clarer fon tourment , en eſt un
autre. Il eſt de l'amour com
me de la poudre , qui plus
elle eſt ſerrée , plus elle fait
d'effet .
XLIV.
2
Les yeux ont cet avantage
fur la bouche , qu'ils peuvent
parler malgré même la défenſe
d'une Cruelle .
XLV.
Le Mariage moiſonne en
un jour toutes les fleuretes
que l'amour a produites en
pluſieurs années, 1 .. 3
42
MERCURE
XLVI.
Un homme qui en fe mariant
a ſacrifié ſa fortune à
fon inclination , a d'ordinaire
autant d'adverfion pour la
Femme , qu'il a eu d'amour
pour la Maiſtreſſe : le calme
qu'il a creu trouver eſt un
orage , & regarde comme
fon écueil le port où il a voulu
aborder.
XLVII.
Il eſt quelquefois agreable
à un Mary d'avoir une Femme
jalouſe , il entend toujours
parler de la perſonne
qu'il aime.
XLVIII.
La beauté eſt une fleur qui
a ſa racine dans la jeuneſſe.
Vne Belle doit profiter de ſes
roſes avant qu'elles ſoient fanées.
La beauté qui n'eſt plus,
GALANT.
43
-
eſt comme la beauté qui ne
fut jamais , & il n'eſt pas des
■ Femmes comme des pommes
- dont les plus meures ſont de
meilleur gouft .
XLIX.
Quand les Femmes ne font
plus aimables , pourquoy veulent-
elles eſtre toujours aimées
? Quand elles ne plaiſent
plus au monde, pourquoy
luy veulent elles plaire ? Lors
qu'on a joüé ſon rôle ; que la
Comedie eſt finie , & que les
lumieres ſont éteintes , quelle
folie de vouloir fournir encore
une Scene !
L.
:
Il y a certaines qualitez ,
comme la ſcience & le courage
, qui ne font loüables
qu'aux hommes . Quand une
Femme fort des vertus de fon
44
MERCURE

Sexe pour paffer à celles d'un
autre , elle devient ridicule.
LI.
Lors qu'on eſt entierement
à une Maiſtreſſe , on n'eſt
guere à ſes Amis. On perd
auprés d'eux ce que l'on gagne
auprés d'elle .
XII .
L'amour est un petit trom
peur. Il prend ſouvent le mafque
de l'amitié , & ſe déguifant
ſous le nom de complaiſance
, ou d'eſtime , il entre
incognito dans un coeur .
LIII .
L'amitié & l'amour ſont ſi
proche l'un de l'autre , qu'il
n'y a entre deux qu'une feüille
de papier , encore eſt-ce du
papier qui boit. 2
LIV.
L'amitié eſt diſcrette , &
GALANT.
45
s'introduit avec retenue , &
du confentement des parties ;
mais l'amour a des manieres
bien effrontées . Il ne ſe contente
pas d'entrer dans un
coeur contre la volonté d'une
perfonne , il a encore l'impudence
d'y demeurer malgré elle
, & de brûler la maiſon où
il habite.
SPLV.
** Ceux qui n'aiment pas n'ont
jamais de grandes joyes ; ceux
qui aiment , ont ſouvent de
grandes triſteſſes .
LVI.
Vne jeune Fille a autant
de plaifir d'entendre un premier
je vous aime , qu'une pauvre
Veuve un ſecond oüy.
LVM.
La perſeverance eſt un grand
art pour gagner le coeur d'une
46 MERCVRE
Belle. Combien voyons- nous
d'eſclaves en amour , qui deviennent
conquerans ? Sou.
vent un Berger danſe au fon
de ſa muſette aprés y avoir
longtemps ſoûpiré ; & telle
Femme rit au commencement
pour ſe moquer d'un homme ,
qui à la fin rit pour luy plaire.
LVIII.
Vn vray Amant doit croire
n'avoir encore rien fait , tant
qu'il luy reſte quelque choſe
à faire.
LIX.
Qui demande plus , merite
moins. La grande retenuë eſt
le caractered'un parfait Amant
On en voit pluſieurs copies ,
mais des originaux fort peu.
LX.
Les hommes ne ſontjamais
entreprenas auprés desDames
GALANT .
47
tandis qu'elles ſont ſerieuſes ,
mais ſouvent elles ne ſont
point trop fachées qu'on forte
un peu de ſon devoir , & elles
aiment mieux qu'on leur
manque de reſpect , que ſi l'on
en avoit trop.
LX 1.
L'intrigue en amour eſt de
toutes les chofes celle qui
demande le plus de conduite,
& qui d'ordinaire en a le
moins.
LXII .
Vne Femme enjoüée aime
avec plus de facilité , mais une
mélancolique aime avec plus
d'ardeur.
LXIII.
La pluſpart des Dames ſont
ſi enteſtées de paſfer pour belles
, qu'elles fouffriront plûtot
une raillerie ſur leur con48
MERCURE
duite , que ſur leur beauté
LXIV.
Vn viſage fardé rend une
Femme mépriſable , mais une
ame fardée la rend odieuſe.
fe
1
LXV.
La beauté eſt ſouvent un
ennemy qui ne paroiſt illuftre
que pour cauſer des ruines
éclatantes. C'eſt un Aſtre dont
les influences ne ſont pas toûjours
favorables , & dont la
clarté n'éclaire quelquefois
que pour conduire plus ſeurementen
de mauvais pas. Et
d'ailleurs ſi c'eſt un bien , il eſt
moins pour la perſonne qui le
poffede, que pour celle qui le
regarde.
LXVI
La beauté ſans eſprit , eſt
un appas fans ameçon. Elle
attire les cooeurs mais elle ne
les
GALANT .
49
les arreſte point.
LXVII .
Il y a des beautez ſi engageantes
, que ſi l'on ne fuit
avant que de les avoir veuës,
on ne fuit pas loin. On ne
peut aller au plus que de la
longueurde ſes chaines. Tant
de force d'eſprit qu'il vous
plaira , tantde reſolutions que
vous voudrez tout cela ne fait
que blanchir.
LXVIII .
Moins on a de peine à aimer
une aimable perſonne , plus il
en coûte à nel'aimerplus .
LXIX.
quand on commence à plaire
on a déja fait un grand pas.
Si l'on n'eſt aimé , on eſt en
paſſe de l'eſtre. Le trajet de
l'oeil au coeur eſt ſi petit , que
ce qui entre egreablement en
Ianvier 1690. C
4
So MERCURE
l'un ne tarde guere d'entrer en
l'autre.
LXX.
Quand pour ſe guerir , on
ne s'éloigne que pour quelques
jours de ce qu'on aime , le remede
devient un poifon. Vne
grande abfence éteint l'amour,
une petite le rallume.
LXXI.
Lamour eſt veritablement,
une maladie , mais elle n'eſt
jamais mortelle. Cen'eſt que
dans les Romans que les gens
meurent d'unelangueur amoureuſe.
Par tout ailleurs on ne
meurt d'amour que par metaphore.
Je vous envoye deux Ouvrages
galans , dont l'Auteur
m'eſt inconnu . Je voudrois
avoir pû découvrir fon nom ,
GALANT.
SI
pour luy rendre la juſtice qui
luy eſt deuë .
LETTRE A VNE DAME
affligéede ce que ſa Soeur
ſe faiſoit Religicuſe.
Q
Voy , parce queMademoiselle
vostre Soeurse fait keligieuse,
faut- il que vous soyez au
desespoir ? Ne peus on vivre contente
dansle mondefans avoir une
Soeur ? Est- ceun si grand malheur
de perdre l'esperance d'avoir un
Beau frere , &le plaisir de parta.
geravecluyla fucceffion paternelle
? Iln'est pas permis , Madame ,
d'aſſiſter àl' Autelen habit de deuil
&depleurerfur lav Etime.
Pleine de l'eſpoir d'un Chrêtié
Elle fuit un Dieu qui l'appelle
.
Ca
52
MERCVRE
Vos pleurs ne ſerviront de
rien
De quoy vous plaignez- vous ,
& quel tort vous fait- elle ?
Vous aurez beaucoup plus
de bien,
T
Et vous n'en ferez pas moins
belle.
Etouffez au plûtoſt d'inutiles
foupirs,
De ſes dons entre vous le Ciel
fait un partage ;
Elle bannitle monde en fuyant
ſes plaiſirs , so
Er de ce monde en reglant vos
defirs ,
Vous en ferez un bon uſage.
Mademoiselle vostre Soeur n'est
pastant à plaindre que vous penfez.
Elle est morte à la verité pour
fa Famille,mais c'est d'une mort
volontaire à son égard , precieus:
devant Dieu , & que les hommes
GALANT.
53
ont appellée civille , peut - effre
parce qu'on ne sçauroit rien faire
de plus henneste & de plus obligeant
pour ceux qui restent.
Conſentez que l'Epoux dont
ſon ame eſt charmée ,
Jaloux de cette bien-aimée,
Pourla mieux poſſeder la conduiſe
à l'écart ,
Et ſouffrez que ſa foy plus vive
que la noſtre
{ Choiſiſſe la meilleure parı ,
Et qu'elle groſſiſſe la voſtre.
Comme une disgrace n'arrive
jamais feule,le Ciel vient de metà
tre vostre patience à une épreuve
bien plus rude ; vous venezde perdrece
que vous aimez le mieux au
monde. Le diray-je Madame, vous
n'avez plus de Perroquet.
Ce petit animal plein de ſens
&d'eſprit ,
N'entendit, rien qu'il ne
comprit ,
C3
54
MERCURE
Parla ſi bien François tout le
temps de ſavie ,
Que fi tout fon merite avoit
eſté connu .
3. Affarément il auroit eua
Une place à l'Academie.
Parmy ceux qui ont connoiſſance
de cette avanture, la plus commune&
la plus faine opinion veut
pourtant qu'ilnefoit pas mort,mais
qu'ayant trouvéla commoditéd'une
feneftre ouverte ,ila pris le temps
de veſtre absence pour aller voirfes
Parensà l'Amerique,
De tous les Perroquets c'eſtois
le plus charmant.
Meſme à mordre il avoit une
grace infinie ,
Rongcoit les meubles proprement
,
Entretenoit la compagnie ,
Et ne crioit que rarement.
Depuis ce malheur , vostreMai-
3
GALANT. 55
Son est fi triste &si affligée , que ie
n'oferois vous conſeiller de revenir.
Auſſi bien que trouverezvous
.
Madame Anne perdue , une
cage deſerte ,
Des Valets deſolez qui pleurent
voſtre perte ,
Fayez l'oin de ces lieux le celefte
courroux ,
quand pour ſe conſoler d'un
mal qui deſpere ,
Il ne reſte plus qu'un Epoux ,
Un Epoux ne confole gueres
Vous auriez le chagrin de remar
querfur levisage de tous vos Amis
une maligne joye deſevoir enfin de
livrezd'un Rivalſichery . Eh, Ma.
dame , n'ont ils pasraison ?
Pour luy vous avez fait mille
& mille injustices ,
De tant d'honneſtes gens à
vous plaire empreſſez
CS
$6 MERCVRE
On ne connoiſt que luy dont
les heureux ſervices
Ayenteſté recompenfcz .
AUTRE
V
i
LETTRE
à la meſme Dame.
Ous avezune tres. juste idée
de lafoibleſſe , humaine, nous
ne fommes ordinairement émeus
que par les objets qui nous touchent.
Noftre coeur neſe prend que par nos
yeux, & commepresque rien nese
conferve que par les mesmes caufes
qui l'ontfait naistre , nous courons
riſque de perdre nos Amis quand.
ils nous perdent de veuë.
Vous avez raiſon ,je merends,
On oublie aisément , & malheur
aux abſens ;
C'eſt un deſtin commun, rarement
on l'évite ,
GALANT.
57
Mais qu'il ſoit fait pour nous ,
jen'en ſuis pas d'accord.
Les abſens n'auront jamais
tort.
Il est wray que noussommes nez
dans un fiecle fort ingrat & fort
infidelle ; tous les Amis s'en plaignent
, tous les Amans s'en defef.
perent ;mais à l'égarddes premiers,
ils font ſi rares à present , que ce
malheur ne tombe presque plusfur
personne. Pour les derniers , rien
n'eſtſiaiséque d'y remedier.
Qu'ils ſe gouvernent comme
âu jeu .

Quandon leur coupe cul,qu'ils
moderent leur feu ,
Etſans examiner ſi la choſe eſt
permife , x
Que celuy que l'on quitte au
lieu de s'offenſer
Ne ſonge qu'à recommencer
Avec une autreune repriſe.
C
رد
MERCVRE
Vousne sçauriez comprendre la
vertude ce remedeſivousne l'avez
éprouvé.
Ceux qui le connoiffent le
mieux
Ne trouvent rien de comparable
; 2
L'uſage en eſt delicieux ,
Etle fuccés indubitable .
9 Pour des nouvelles je n'en ay
point à vous mander. Voussçavez
les changemens qui font arrivez ,
& que de grands hommes de la
Robe ont abdiqué , ce qui est tresrare
, & que Sa Majestéachoisi
des Suiets dignes de leurfucceder
ce qui est tres difficile.
Il ſemble que le Roy dans ce
choix d'importance .
Ait daigné tous nous conful .
ter
Et ſans uſerde ſa puiſſance.
N'ait pensé qu'à nouscontéter.
GALANT.
59
A
2
le
Pent estre que cette Lettrevous
Davoiſtra courtes ie ſouhaite que ce
S
I tu veux sans suite
Noyer tous les chagrins ,&
La Maiſtreſſe ,
C6
Vou
CVRE
ez comprendre la
vane Pav
tuveux
sans
noy
je scais
nain
dinehostes
peudet
2
an
onful
aiffance.
scontéter..
GALANT.
59
Pent estre que cette Lettre vous
paroiſtra courte ; ieſouhaite que ce
Soit là la feule chose que vous y
trouviez à dire , mais i'ay de bonnes
raisons pour ne la faire pas
plus longue,
Il falloit vous répondre , &
d'une telle affaire
C'eſt ainſi que j'ay dû fortir ,
Quand on ne sçauroit divertir,
Il faut du moins n'ennuyer
guere.
L'Air nouveau dont vous
allez lire les paroles , eſt fort
en vogue depuis quelque
temps, ...
S
AIR NOUVEAU.
I tu veux fans ſuite &fans
bruit
Noyertous les chagrins , & boire à
La Maistrefle,
C6
60 MERCURE
Viensàmoy , iefçais un reduit
Imacceſſible à la tristeffe.
Là ,nousserons ſervis de la main
d'uneHôteffe J
Plus belle que l'Aftre qui luit,
Et meſlant aubon vin quelque peu
- de tendreſſe,
Content du jour, nous attendrons
la nuit.
L'Academie Royale d'Angers
continuë à diſtribuer tous
les ans deux prix , dont l'un
eſt pour l'Eloquence , & l'autre
pour la Poëfie.Voicy l'Ecrit
qu'ilsontdenné au Public cetre
année ſur ce ſujet.
L
"Academic d'Anger's propose
deux Prix; l'un pour celuy qui
aura le mieux reüffi dans la com
position d'un discours , dont leſujet
fern;Le difcernement duRoy

GALANT. 61
dans le choix des Perſonnes à
qui Sa Majesté confie l'Education
de Monſeigneur le
Duc de Bourgogne : l'autre pour
la Poefic Françoise , dont le sujet
fera ; La protection que le Roy
donne au Royd'Angleterre .
Ces deux prix qui font deuxMedailles
d'or données par Monfieur
le Comte de Serrant , Directeur de
I' Academie d'Angers, feront distri
buez le quatorziéme May de l'an
néeprefente 1690.
Le discoursnesera au plus que
de demi-heure de lecture . Les Vers
w'excederont point le nombre de
cent. On laiſſe aux Auteurs le
choix de la mesure des Vers. Le
Discours& les Vers finirontpar une
Priere pour le Roy .
Les Auteurs obferveront de mettreà
leurs preces unesentence avèo
un paraphe , ou quelque autre mar
62 MERCVRE
que , qui ſervira à distinguer le
Discours & les Vers , qui auront
remporté le Prix , fansy mettre
leurnom.
Toutesperſonnesferont receuës à
pretendre à ces Prix , à la referve
des trente Academiciens , qui en
feront les Juges .
Les Pieces seront miſes dans
le 15. d'Avrilde cetteannée 1690.
entre les mains de Monsieur
Gourreau , ancien Confeillier au
Prefidial d'Angers , l'un des deux
Secretairesde l'Academie , demeurant
à Angers , il en donnera fon
receu à ceux qui le foubaiteront :
On n'en recevra plus paffé le temps
marquécy-deſſus. Les Pieces feront
envoyées affranchies de port.
Je vous envoye une Lettre
duBerger de Flore à la Bergeze
Pomone , que je ſuisafleu
GALANT . 63
ré qui vous plaira. Elle eſt ſur
une matiere que je ſçay que
vous avez agitée plus d'une
fois,& vous y trouverez quantité
de chofes dont voſtre curioſité
ſera ſatisfaite.
SVR LA VANITE ' DES
Songes ,& fur l'apparition
des Eſprits.
A meilleure preuve que ie
puiſſe donner de lavanitédes
Songes , c'est , aimable Bergere, la
vie qui me reste après celuy que ie
fis le 22. de Septembre 1679-Je
m'éveillay cejour- làà cingheures
du matin , & m'eſtant endormy
une demy- beare aprés ,je ſongeay
que i'eſtois dans mon lit , & que le
ridean en estoit ouvert du costé
64 MERCURE
des pieds ( deux circonstances veritables
& que ie voyois entrer,
dans ma chambre une demes Parentes
morte depuis quelques an
nées , le visagepâle & defait,l'air
trifte autant qu'elle l'avoit en enioué
, & vestue d'une cimare de
fatin cendré&gris de perle , que
że luy avois vû porter la derniere
annéede fa vie. Elle vint s'affeoir
Sur le pied de mon lit , & me regardant
avec pitié. Comme ie la
Sçavois morte dans te Songe aussi
bien que dans la verité ,ie ingeay
àcette connoissance,&àla triſteſſe
de fes regards , qu'ellevenois m'annoncer
quelque mauvaiſenouvelle,
&apparement la mort , & la prem
venant avec affez d'indifference:
pour ma deſtincé: Eh bien , lug
dis ie,il faut mourir Elle me rtpondit,
Il est vray. Et quand, luy
demanday- ie auffi.cost : Aujour
GALANT.
65
d'huy , repliqua - t- elle. Ic vous
avoue que le terme me parut un
peu preffant , neanmoins ne m'en
étonnant pas trop , ie l'interrogeay
encore , & ie luy demanday de
quelle maniere . Et ilme fembla
pour lors la voir grommeler quelquesparoles
entrefes dents pour me
répondre ; mais je ne les entendis
pas , & dans ce moment je m'éveillay.
L'importnce d'un Songefi
précis , &fi peu embrouillé contre
l'ordinaire , fit obſerver mafituation
;& ie remarquay quc i'estois
couchésur mon coſté droit , le corps
étendu,& les deux mains appuyées
contre mon estomach. Ie me iettay
hors du lit aprés cette reflexion
pour écriremon Songe , de peur d'en
rien oublier ; & le trouvant accompagné
de toutes les circonstances
qu'on attribue aux misterieux &
aux divins ,ie ne fus pas plutoft
66 MERCURE
habillé que i'allay dire àma Bellefoeur
, que si les Songes en bonne
forme estoient des avertiſſfemens
infaillibles , elle n'auroit plus de
Beau- frere dansvingt- quatreheu.
res, ze luy racontay enfuite celay
que i'avois fait ,&ie l'appris aussi
àquelques - uns de mes amis, n'étant
pas à Flore en ce temps là ,
mais dans la Ville voisine. Ce fut
pourtant fans en prendre l'alarme,
&fans rien changeràma conduite
ordinaire ,me rapportant à laprovidence
de tout ce qu'illuy plairoit
d'ordonner de moy. Si j'eusse esté
affez foible pour me mettre dans
l'esprit que j'allois mourir peut
estre que je ferois mort ,& qu'ilme
feroitarrivé commeà ces hommes,
dont parle un Historien que jevous
ayveu live,( c'eſt Procope audenxiéme
Livre de la Guerre de Perfe)
lesquels dans un temps de peste
GALANT...
67
furentfrappez de se ficau de Dieu,
pour avoirseulementſongéque les
Demons les touchoient , ou leur di
foient qu'ilsseroient bien toſt dans
le tombeau ; & que j'eusse ainſt
payé par la diminution de mes
jours la peineque meritent les Perfonnes,
qui donnant creance àces
reſveries , violent la Loy de Dieu
qui le défend. Du moins est- il ſeur
qu'un Canadois n'encustpas échap.
pé, quand mesme il auroit deu em.
ployer les precipices , ou mesmefes
propres mains à rendre ſon songe
veritable ; parce que les Peuples
de ce Pays- làfont abſolument per-
Suadez qu'ils ne fongent rien qui
ne doive arriver. Je ne croy pas,
fageBergere quevoussoyez de cette
humeur , & que vous vouluffiez
comme eux ,faire effectivement du
bien ou du mal à une personne ,à
cause seulement que vous lay en هل
68 MER CURE
auriez fait enfonge , ou que vous
en auriez receu d'elle de cette maniere.
L'un ne tire pas à consequencepour
l'autre. L'ame,Selon moy,
eftfiirritée de voir que le sommeil
latient prisonniere dans l'obscurité
de nostre maſſe terrestre , en luyfermant
par son pouvoir toutes les
portes des sens , qu'elle en devient
commefolle , & ne fait qu'extravaquer
tant que cette captivité
dure ; & ily a bien loinde cet estat
àceluydefapleine raifon & desa
vive lumiere ; ainsi , belleBergere
point de créance aux Songes , s'il
vous plaiſt . Il vous a ſemblé que
voſtre cher Epoux environné de
flames , brillantes vous demandoit
des prieres,vous ne devez pascroire
pourcela , que le Ciel vous l'ait ofté
Cette figure d'uneame en Purgatoi.
ren'est qu'un amusement de lavostre,
qui nese repose pasmesme la
:
gatos .
L
GALANT. 69
nuit , dela pensée d'un objet à quoy
elles'attache tout le jour,qui vous le
represente parmy les feux & les
flâmes , dont elle sçait qu'il brûle
pour vous , & qui vous demande
mal-à-propos pour luy , ce que
vous ne luy accordezque trop sou
vent ; mais ce seroit encore une
plus grande erreur , si vous vous
imaginez que c'est son ame mesme
qui est venue à vous pendant que
vous dormiez , pour ne vous pas
fairepeur, commeilseroit arrivé (i
elle vous avoit apparu hors du
Sommeil. Les ames ne seseparent
point des corps pour y retourner
le gifte est trop mauvais pour elles,
quoyque beau dans lesjeunes & les
charmantes perſonnes comme vous.
S'ilen estoit autrement , j'aurois
vew Pluſſide depuis sa mort. Cette
Belle dont vous aveztant ouy par
ler m'avoit juré dans le fort de
2
70 MERCURE
nos affections , un jour de Pasques,
-nonseulement au pied des Autels ,
mais au retour de la fainte Table,
que si elle mouroit avant moy elle
viendroit me voir , & me dire de
Ses nouvelles ,& ice luy avois fait
aussi la mesme promesse avecferment
; & neanmoins ily aplusieurs
années qu'elle apayéle tribut à la
Nature , fans avoir accompli ce
qu'elle devoit à l'amour , & àsa
parole. Jugez aprés cela s'ilfaut
prendre pour une verité , ce qu'on
lit du Comte de Bouchain , dans
le premier Tome des Croisades ,
page 279. CeComte , dit l'Auteur
de ce Livre , fur le raport d'un
autre qu'il cite , eſtant un foir
fur'le point de ſe coucher ,
aprés avoir bien combattu
durant lejour , vit entrer dans
ſa Tente le jeune Engelram
fon Amy , Fils du Comte de
GALANT.
71
Saint Pol, lequel avoit été tué
peu auparavant , au Sieged'une
Ville, appellée Marra, priſe
d'aſſaut par les Chrétiens fur
les Sarrazins. Comme le Comte
avoit l'ame intrepide , &
d'ailleurs pleine de joye de
voir ſon Amy, il luy demanda
fans s'étonner , comment il
étoit alors en vie , luy qu'il
avoit veu mort à Marra. Engelram
luy répondit que cela
venoit de ce que ceux qui finiffoient
leur vie pour le fervice
de Jeſus- Chriſt , ne mouroient
point. Ce Comte fatisfait
de cette réponſe , & trouvant
Engelram beaucoup plus
beau qu'il n'étoit auparavant,
luy demanda encore d'où luy
venoitce nouvel éclat. Engelram
luy montra dans le Ciel
une admirable Maifon , & luy
72
MERCURE
en faiſant remarquer la beauté
, luy répartit que c'étoit de .
là, que venoit celle qu'il trou
voit en luy ; & comme le Comte
demeura ravi d'admiration
àla veuë de ce Palais celeſte ,
Engelram luy dit encore ; je
vous apprens qu'on vous en
prepare un beaucoup plus
beau ; adieu juſqu'à demain ,
puis il diſparut. Iugez , dis.ie,
Madame,si ce recit eft veritable ,
aprés celuy que je vous ay fait,
Comment une personne reviendroit
elle fans l'avoir promis , fi
une autre ne revient pas , après
Lavoir folemnellement iuré ? car
enfin l'Auteur des Croisades , ny
celuy dont il a tiré l'apparition
d'Engelram ne disputent point
qu'il se fust engagé de retourner
aprésſa mort auprès du Comtefon
,
Amy,& bien des gens certifieront
que
GALANT. 73
que Pluſſide m'avoit donné parole
de revenir aprés lafienne auprés de
moy , & parole facramentale , fi
ce mot se peut employer. Vous me
répondrez peut- estre que Dieu ne
luy en a pas accordé la permiffion .
Abpour cela ie n'en doute pas . Notre
pacte n'étoit fait que sous cette
condition ,ſansquoy rien ne ſe doit
entreprendre &nese peut executer;
mais ie croy auſſi que Dieu ne l'accorda
iamais à personne, si nous en
exceptons Samuel , qui apparut à
Saül , & quelques uns de ceux qui
reffufcitant avec Noftre- Seigneur ,
ſemontrerent à des Personnes devotes
de ferufalem. Hers se peu
d'exemples , l'Histoire , te mefemble
, n'a rien d'aſſeuré sur ces retours
de l'autre monde . Euridice ,
dans la Fable, fit bien quelques pas
pour revenir en celuy.ci , mais ils
ne furent pas en grand nombre ,
Ianvier 1690 .
D
74
MERCVRE
& l'attrait du centre & du repos
éternel l'emporta bien vifte fur
l'inclination qu'elle avoit pour la
Lumiere. Ie vous ay déja raconté
un de mes fonges, il faut que je
vous en apprenne encore un autre,
avant que de vous expliquer plus
clairement mes pensées sur tam de
pretenduës apparitions d'ames &
d'esprits , qu'on trouve dans les
bons Auteurs , auffi- bien que dans
les mauvais. On m'envoya fort jeune
dans une Ville éloignée de ſept
lienës de ma Terre natale pour me
dépayser , & pour m'apprendre à
écrire ; & estant retiré de là,aprés
cing on fix mois on me fit paſſer
chezun de mes Parens , où mon
Perenouvellement revenu de l'Armée
, s'estoit rendu , & m'avoit
mandé. Il vit mes exemples,& les
trouvant affez bonnes , il ne laiffa
pas de témoigner qu'il doutoit fi
GALANT.
75
elles estoient de mafaçon; &fortant
une apreſdinée pour allerfaire
une viſite dans le voisinage, avec
la Dame du lieu où nous estions ,
il me recommanda d'écrire dix ou
douze lignes pour le relever de fes
doutes. Mon devoir me fit donc
auſſi- tost après son depart monter
dans la chambre qu'on nous avoit
donnée , & y ayant cherché mes
commoditezpour écrire àmon aise,.
jememis, petit garçon que j'eſtois,
à genoux devant un fauteuil ,fur
lequel ieplaçaymon papier & mon
encre. Pendant que i'écrivois ,
i'entendis fur l'escalier, des gens
qui portoient du bled auxgreniers ;
&m'estant levé de ma place ie
détournay un peu de tapiſſerie, &
ie vis une petite Salle ouverte , on
mon Pere s'entretenoit avec la Dame
du lieu , affis auprès d'elle. Comme
i'avois vû l'an & l'autre mon-
D2
76 MERCVRE
ter en Carreffe & fortir du Chateau
, ie fus fort Surpris de les ap .
percevoir dans cette salle . La frayeur
se ioignit à l'étonnement . Fe
laißay aller la rapiſſerie, & quitant
la chambre , ie defcendis l'efcalier
au plus viſte,& entray tout
effaré dans l'Office qui estoit au bas.
Une Femmede Charge qui remarqua
quelque alterationsur monvi-
Sage me demanda ce que i'avois .
Jeluy enfis lerecit. Elle me dit honneſtement
que ie rêvois , & que
Madamela Marquise& mon Pere
ne reviendroient deplus d'une heuve.
Ie n'en voulus rien croire , &
ie demeuray vers la porte de l'Office
iusqu'à ce qu'enfin ie les viffe
arriver. Ma peine ne se redoubla
pas peu à cette venë ; ie n'en dis
pourtant rien à mon Pere , mais
guand il me voulu envoyer coucher
avant luy, quelquetemps après
GALANT.
77
leSoupé , tout ce que se pus gagner
for moy , fut de me laiſſer conduire
hors de sa prefence. Ie l'attendis
pour aller dans nostre chambre ,&
sen'y voulus rentrer qu'avec luy.
Etonné de me trouver encore lor's
qu'il se retira , il ne manquä pas
de me demander ce qui m'avoit
retenu ; & après quelques vaines
excuses , ie lui avoüai que
i'avois peur , parce qu'il revenoit
• des Eſprits dans cette chambre . Il
Se mocqua dema crainte , & s'in
forma demoy à qui i'avois oùi të
nir cefot discours. Ie lui racontay
alors mon avanture : & il ne la
Scent pas plûtoft que prenant ſoin
de me detromper, it me fit condui
re aux greniers, &pour mieux dire
, au galetas où aboutiſſoit l'efcalier
. On m'y donna à connoistre
qu'ils n'estoient pas propres à recevoir
du Bled , qu'il n'y en avoic
-
D3
78 MERCURE
د
**
point , & qu'iln'i en avoit iamais
eu : & comme à mon retour auprés
de lui il me demanda l'endroit on
i'avois tevé la tapiſſerie , &vê
la Salle ouverte , jeile cherchai de
tous costez pour le lui montrer
mais ce fut en vain ,ie ne trouvay
point d'autre porte dans les quatre
murailles de nostre chambre , que
celle de l'escalier. Des chosesſi opposées
à ce que j'avois crå tres-veritables
, m'alarmerent encoreplus
qu'auparavant , &je m'imaginai
fur le recit que j'avois oui faire
des Esprits Follets , que quelqu'un
d'eux m'avoit causé ces illusions
pourſe joüer de moy . Mon Pere
me remontra que ces amusemens
d'Esprits àla bagatelle, qu'on m'avoit
racontez , n'estoient que des
Fables , & encore plus Fables que
celles d'Efope & de Phedre. Puis
il ajousta que la verité estoit que
GALANT.
79
je m'estois endormi en écrivant ,
que j'avois songé pendant mon
Sommeil tout ce que j'avois cru
onir & voir ; & que laſurpriſe &
la crainte s'eſtant jointes ,& tout
àcoup emparées de mon imaginazion
,y avoient causé le mesme effet,
qu'y auroit pu produire la verité
mesme. I'cu de la peine en ce
temps-là àgouster ce raisonnement,
mais il a bien fallu m'i ren.
dre dans laſuite, commetres-juste,
Obfervez pourtant aimable Bergere,
combien l'impreſſion de ce fonge
estoit forte. Le penſe de bonne
foi ques'il n'eust esté dementi par
toutes les circonstances que ieviens
de dire, ie le prendrois encore aujourd'hui
pour une verité,&ie ne
m'étonne pas si tant de gens ont
eu la mesme opinion de quelquesuns
des leurs , quelque avancezen
âge, en experience ,& en raison
:
t D 4
80 MER CURE
qu'ils fuffent, parce qu'ils aurore .
pu se les imaginer aussi fortement
que l'avois conceu le mien ,fans
avoir rien trouvé qui les ait de
Jabufez de leurs fauſſes perfuafions;
en cela contraires comme
moy , à certain Medecin appellé
Belon , qui parlant de lui-mesme
dans un Livre qu'il acomposé,die
-que s'estans une fois éveillé en
Surfaut d'aſſez bon matin , dans
une Hoſtellerie où il logeoit
bruit de quelques personnes qui
Se lamentoient dans la ruë ,
S'estant levé en chemiſe , & mis
à la fenestre pour fatisfaire fa
curiofité, il avoit aperçeu desfemmes
échevelées & à demy - nuës .
qui paſſoient en pleurant & en
criant ; puis s'estant recouché
rendormy , il avoit enſuite raporté
àson hofte, comme unſonge , ce qui
estoit arrivé , ne voulant pas croire
د
alu
A
GALANT. 81
cethoste quand il l'aſſeura qu'iln'y
avoitpoint defonge en ce qu'ilra
contoit, qu'on l'avoit ony ſe rele.
ver; qu'on l'avoitvû à la finestre,
& qu'il avoit esté témoin d'une
defolation qui n'estoit que trop
vraye pour le repos des miferables
qui la fouffroient. A quoy iepuis
encore acouter l'exemple de ce maiſtre
yorogne , qu'un Duc de Bourgogne
ayant vûvers le ſoir endormi
Surunfumier, au milieu d'une ruë,
fit par divertiſſement porter dans
Jon Palais , deshabiller , mettre
un beau linge à point, & coucher
daus une chambre dorée & dans
un lit magnifique , fans qu'il s'éveiliaſt
& qui le lendemain
matin estant éveillé fut veſtu en
Prince,loué flaſté , ſervi regale&
traité de mesme jusqu'à la fin des
sour , que s'estant renyoré& rendormi
, ilfut recouvert de ses que
D
82 MERCURE
nilles ,&reporté à l'endroit où il
avoit estépris,&Aprés quoy ayant
zuvéfonvin , & se trouvant sur
le fumier , il crut qu'il n'en
estoit pas forti , & recita commeun
Songe , dont la durée ne luy
auroit pas deplu , l'heureux jour
qu'il avoit veritablement passé
dans un Palais , avec toute forte
d'honneurs , de pompes & de deli_
ees . Voilà , gentille Bergere quelles
font les Erreurs de l'imagination .
Le Medecin & l'Yurogne prenoient
l'original pour la copie , & le corps
pour l'ombre ; & moy au contraires
že prenois l'illusion pour l'effet , &
le mensonge pour la verité. Juſtes
fondemens de la Sceptique . Mais
ie n'ay pas esté leſeul qui ait esté
deceu de cette maniere. Dion&
Brutus , ces deux grands Capitai.
nes , & ces deux ſages Philosophes,
quePlutarquecompare l'un à l'auGALANT.
83
tre , & que ie vous ay ouy louer tant
defois , furent sans doute trompez
dans tommemoy , cesfameuses apparitions
d'esprits que cet Auteur
leur attribue. Voicy ce qu'il dit du
premier. Comme il eſtoit par
hazard un ſoir tout seul , affis à
l'entrée d'une Galerie de fon
Palais , penſant profondement
en luy mefme àquelque choſe,
il oüit tout à coup du bruit;de
forte que jettant la venë fur
l'autre bout de la Galerie , il y
vit à la faveur du jourquis'abaiffoit
, une grande & hideufe
Femmetout à fait ſemblable
d'habit &de vifage aux Furies,
de la maniere dont on les repreſente
fur les Theatres , laquelle
avoit unbalay à la main,
dont elle nettoyoit la Maiſon .
Cette vifion l'étonna , & il en
fut fi fort effrayé , qu'il envoya
D6
84 MERCURE
2
querir ſes Amis pour la leua
raconter ; & eſtant comme hors
de luy- meſme , il les pria de ne
le point quitter cette nuit,dans
la crainte qu'il avoit que ce
Spectre ne ſe perſentaſt encore
à luy , lors qu'il ſeroit ſeul
ce qui n'arriva pourtant pas .
Voila le recit de Plutarque , par où
il eſt aisé de iuger que Dion avoit
fongé ce qu'il croyoit avoir veu.
Toutes les circonstances concourent
à cettepensée. Il estoit feul, il estoit
affis & c'étoit furle foir. Fatigué
fans doute du travail dela journée,
travail de corps ou d'esprit , ou de
tous les deux qui ne croira pas aisé.
ment que dans cet état il s'endormit
penfant à ce qui le faisoit reſver ;
que durantfonsommeil,ilſe reprefenta
la Furie dans l'action qu'il
la vit ; & que la ſurpriſe& la
GALANT S
crainte s'estant tout à coup empa
rées defon ame à cetafpect, comme
elles s'emparerentde la mienne , elleslefirent
paffer comme moy , du
fommeil au réveil ,sans qu'ils'en
apperceust. le croy qu'iln'ya pas
lieu d'en douter , & iele croi avec,
d'autant plus de raison que les mesmes
effets s'enfuivirent, Dion aiant
esté effaré& épouventé de fonfona
ge, comme ie lefus du mien. Quant
à Brutus , Plutarque rapportequ'étant
une nuit bien tard dans fa
avec un peu de lumiere,
S'entretenant danssespensées, tandis
que tout repofoit dans son
Camp , il luy Sembla qu'il entendoit
quelqu'un entrer dansfa Tante
; si bien que iettant la venë du
softé de la parte , il appercent la
monstrueuſe figure d'un corps de
saille énorme & épouvantable, qui
fevint presenter à luy ſans luinen.
Tente
60
,
86 MERCVRE
dire, Brutus plus étonné du filence
du spectre que deſon apparition,
cut l'aſſurance de lui demanderqui
il eftoit, s'il estoit Dieu ou Homme,
&quel estoitleſuiet qui l'amenoit
là. le ſuis ton mauvais Genie,
lui reponditle spectre,& tu me
reverasauprés de la Ville de
Philippe. Eh bien je t'y reverray,
luy répondit Brutus ,fanssalarmer
de cette espece de menace .
Le Spectre disparut aprés ces paroles
, & Brutus ayant aussi- cost appelléſes
Domestiquesleur demanda
s'il n'avoient rien owy , ny rien vû.
Hs luy répondirent que non ; aprés
quoy ilſe remit àveiller &àpenfer
comme auparavant , mais dés
qu'il fut jour il alla trouver Caffius
Son Ami > pour lug conter
la vision qu'il avoit euë. Plutarque
ajoûte à ce recit , dans la fuite
de la vie de Brutus , ces mots.
GALANT. 87
On dit que ce meſme Spectre
qui s'eſtoit deja apparu à luy,
s' y preſenta une fecoude fois
en la meſme forme & figure ,
&difparut fans luy rien dire ,
mais Publius Volumnius,homme
ſçavant en Philofophie,qui
fut toujours avec Brutus dés le
commencement de cette guerre
, ne fait aucune mention de
ce Spectre.Suppofons pourtăt qu'il
apparut uneſeconde fois auprés de
la Ville de Philippe comme il l'a
voit promis , cela ne doit pas em.
peſcher de croire que ces deux apparitions
n'ayent esté de purs Songes.
A l'égard de la premiere, tout
contribue à le persuader. Brutus
couché , quoy que Plutarque ne
l'explique pas ; la nuit qui estoit
extremement avancée,il le remarque
:Ses Domestiques qui ne virent
& qui n'entendirent rien ,
8802 MERCVRE
1
quoy qu'ils fussent proche de luy
&mesme dans sa Tente , puis qu'il
ne leur demanda pas seulement
s'ils n'avoient rien oui, mais enco
ze s'ils n'avoient rien vu ; & qui
auroient pourtant deu außı - bien
l'entendre parler au spectre , s'il
lui avoit veritablement parle ,
qu'ils l'entendirent quand il les
appella ; & enfin la voix du
Spectre qui devoit estre bienforte,
à enjuger par la grandeur de
fon corps, dontle bruit n'auroit pas
manqué d'estre ouy defes Domestiques
, & mesme de les éveiller,
euffent -ils esté profondement af-
Soupis, puis que le Spectre n'avoit
nulinterest àse contraindre &
parler bas. Tout cela , dis je , nous
apprend que Brutus , qui avons
cru veiller dans ces momens- là ,
avoitdu moins fommeillé,& que
le fonge de la figure terrible a
2
i
2
A
GALAN T.
و
menaçante ne lui caufa pas de
la crainte , il lui caufa du moins
de la ſurpriſe, & que cette impreſſion
agiſſant fortement sur fon
esprit qu'il avoit naturellement
melancolique , lui fit ouvrir les
yeux,fans penser qu'il les eust fermez
, ie veux dire , fans penfer
qu'il eust dormi . Quant à la fo
conde apparition , ce ne fut qu'un
effet de la premiere, dont l'imprefſionſe
reveilla apres la defaite &
la mort de Caffius , lors que fe
voyant àla veille d'une deuxième
Bataille , il vint àse representer
qu'il pourroit bien avoir le mesme
fort queson Ami, comme il arriva,
& il ne faut pas penser que les
mesmesfonges ne retournent pas ,
puis que l'experience apprend le
contraire , & qu'il est peu de per-
Sounes qui n'ayent fongé diverſes
fois qu'elles tombent dans des puits,
१०
MERCURE
ou qu'elles volent proche de terres
on qu'on les appelle par leurs noms,
& qui s'estant mesme reveillée,
à ces diverſes fortes de fonges
ne les ayent pas pris pour des
veritez . Vous direz peut estre ,,
Spirituelle Bergere , que les évene--
mens funestes qui suivirent les
viſions que j'ay rapportées , vous
perfuadent qu'elles estoient veritables,&
que l'histoire du Comte de
Bouchain ne marque pas qu'il fust
affi commeDion , ny couché comme
Bratus , ny qu'il reſvaſt comme
l'un&comme l'autre , pour le pouvoir
accuſer de sommeil&defon--
ge , aussi bien qu'eux. L'avoue que
l'Histoire de ce Comte dit ſeulement
qu'il estoitsur le point de ſe
coucher ; mais comme elleremarque
que c'estoit fur le foir , & qu'il
avoit combatu durant le jour , la
fatigue avoit pû l'abattre& l'enGALANT.
91
dormir avant qu'ilse mist au lit
foit en priant Dieu , foit en pen.
Sant à d'autres choses. J'avonë
mesme qae Raymond d'Agiles, que
cite le nouvel Auteur des Croiſades
fur l'histoire de ce Comte , luy
faitseulement dire. J'ay veu la
nuit , non pas en Songe , mais
en veillant , le Seigneur Engelram
de S.Pol , qui a eſté tué
a Marra , & c . & qu'ainsi le pre .
mier Auteur ne remarquepas que
Le Comte euft cette viſion , le foir
fur le point de fe coucher ,
ayant combattu durantle jour,
comme l'avance lesecond qui l'apu
tirer d'ailleurs , fans citation.
Mais foit qu'il eust eu cettevision
avant que de se mettre au lit , on
aprés s'y eſtre mis ; avant que de
dormir, ou aprés avoir dormi &
s'eftre éveillé ; ie dis que comme
Engelram estoit mort depuis pen
927 MERCVRE
de jours , le Comte qui pensoitfou
vent à cet ami enveillant , put
aisément fele mettre dans l'efprit
, pendant une ſurpriſe du
Sommeil , ou mesme pendant un
Sommeil profond ; & puis se
réveiller imperceptiblement dans
le transport de ſon admiration
pour la beauté du Palais celefte
qu'il s'estoit representé ;&dans
l'ardeur du defir qu'il avoit de
Suivre ce cher Ami, en un fi bet
endroit en forte que ces ima
preſſions l'emportant fur celle du
Sommeil, il'auroit cruvoir éveillé,
ce qu'il n'auroit veu qu'endor
mi. C'est ainsi , belle Bergere ,
qu'un milion d'autres ont fait des
fonges dont ils nefefont pas apperceus,
parce qu'ils en ont esté empes.
chezpar laforce de quelque mou
vement qui s'estoit rendu maistre
de leurs efprits &de leurs reflexi
:
GALANT.
93
,
ons , & qui les préoccupoit trop pour
leur donnerlicu de douter ,ſi leur
imagination n'avoit point trompé
leurs fens. Il est vray que le
Comte de Bouchain fut tué dans
une attaque , par une pierre tirée
d'une machine des Ennemis , le
lendemain dela vûë d'Engelram
que le Fils unique de Dion se
precipita de colere du haut d'un
plancher en bas quelques jours
aprés la viſion de la Furie ; & que
Brutusſe donna luy mesme la mort,
dedeplaisir d'avoirperdu lafeconde
Bataille de Philipe , aprés le
retour de fon mauvais genie ; &
qu'il semble qu'on doive conclure
avec tous les Auteurs , dont aucun
que ie ſcache ,n'a soupçonné que
ces trois perſonnes dormiſſent , non
plus qu'elles mémes , queles apparitions
estoient les avertiſſemens
des maux qui leur devoient arri
94
MERCURE
ver ; mais sans vous remontrerque
Dieu , & la Nature nefont rien
en vain , & que de tels avertiſſe
mens de maux seroientfort inutiles
, puis qu'ils ne les detournent ,
ny ne les reculent , je vous repre
Senteray Seulement que la pruden
ce ne permet pas qu'on juge des
choſes accidentelles par l'èvenement
, d'autant qu'il releve de
lafortune. Elle veut qu'on en inge
parle principe qui lesfait agir ,
qui n'estant ici qu'une cause obfcure
& incertaine, ne peut rien
produire de feur & de reglé. On a
veu des millions de Songes de cette
nature, & mesme beaucoup plus
precis &plus poſitifs que ceux-là.
Lèmien en est une petite preuve ;
mais comme ils n'ont point en de
Suites qui y repondiffent , on les a
enfevelis dans lefilence , au lieu
GALANT.
95
quele pur bazard en ayant donné
àces trois là, on ne les a passeulement
publiez , & consacrez à la
posterité, on en a encore voulu ti
verdes consequences pour les autres,
en les proposant pour exemples ,
commesi trois flèches qui portent
dans le noir , entre cent mille qui
Le manquent ,devoient fairepaſſer
pour seure & pour infaillible , la
main qui les auroit tirées. Croyezmoy
donc , aimable Bergere , ne
vous amuseznon plus aux Songes
qu'aux figures qu'on voit dans les
nuées , & perfuadez vous que les
Morts ne reviennent non plus que
Le Temps qui est passé , & qu'ils
ne reviendront qu'au son des
trompettes celestes , lors qu'elles
nous annonceront les grands Jours
du Seigneur. Voilà ce que je vous
puis dire fur ce ſuiet . Vous avez
Plutarque &Maimbourg dans
96
MERCURE
vostre charmante Bibliotheque,
vous pouvezles confulter , ſi vons
doutez que j'aye ajoûté , ou retranché
aux extraits que j'en ay rapportez
, mais afſſurez- vous qu'ils
fontfidelles ,&qu'ils ne dementent
point le caractere de voſtre ſervitear,
Le Berger de Flore .
Vous ſçavez ſans doute ,
* Madame , que les Peres Theatips
ont accoûtumé de celebrer
tous les ans une Neuvaine
ſomnelle dans les jours qui
precedent la Feſte de Noël ,
pour honorer l'attente des
Couches de la Sainte Vierge .
On y fait tous les jours la lecture
d'une pieuſe Meditation
fur les Prieres de l'Egliſe qu'on
appelle communément les O ,
& elle eſt precedée & fuivie
d'une excellente Muſique
Tant qu'a veſcu la feuëReine
Mere
GALANT.
97
:
Mere Anne d'Auſtriche de
glorieuſe Memoire , elle n'a
jamais manqué d'aſſiſter à certe
folemnité , & elle y venoit
ordinairement accompagnée.
de ſes Auguſtes Enfans. Pendantque
le Roy faifoit fa refidence
à Paris , Sa Majesté y envoyoit
toûjours fa Muſique,& :
ne manquoit point la veille de..
Noël de ſe trouver au Salut.
Son A. R. Monfieur n'a pas ou -
blié une ſi Sainte Couſtume ,
dont la Reine ſa Mere luy
avoit donné l'exemple ; & à
moins que quelque indiſpoſition
ne l'en empeſche , ce
Prince ne ſe diſpenſe jamais
de venir rendre ſes hommages ,
à la Créche du Sauveur naiffant.
Aingil a continue cetteanncé
ce pieux devoir , s'étant
rendu dans l'Egliſe des
Ianvier 1690.
E
:
98 MERCVRE
Peres Theatins le 24. du mois
paffé , accompagné de Madame
& de Mademoiselle. Le
Superieur le vint recevoir à la
teſte de laCommunauté , &D.
lean Chryfoftome Bourſault,
Religieux de l'Ordre , & qui
eſt Fils deM. Bourfault,ſi connu
par ſes Poëfies , fitla lec.
turede la Meditation en preſence
de leurs Alteſſes Royales
. Cela eſtant fait , il quinta
fon Livre , & adreſſant la parole
à Monfieur , il luy fit
ceCompliment.
MONSEIGNEVR ,
Qu'il est beau de voir le Fils
de tant de Rois , abandonner le
Dais & le Balustre pour se pro-
Sterner aux pieds d'un Enfant qui
naift dans une Creche ; &que l'humilitofet
bien à ceux devant qui
LYON
1893
:
:
OTHEQU
29
*tous les jours on s'humita
Foy , qui malheureusement n'est
pas toujoursle partage des Grands
de la Terre , est l'heritage propre
de V. A. R. & l'Augufle Reine , à
qui vous estes redevable de vostre
naissance, ne pouvant faire fuccederſes
deux Fils àſa Couronne,les
a fait succeder àſa Pieté. Tant
qu'a durésa vie , qui a duré trop
peu pour les Maisons Religieuses
dont elle estoit la Mere; pour les
Hôpitaux dont elle estoit leſecours;
pour les Veuves dont elle estoit le
refuge; pour les Orphelins dont elle
estoit l'appuy ; enfin , pour tout le
Monde dont elle estoit l'édification;
Tant , dis -je , qu'a duréfon illustre
Vie, elle n'a jamais manquédeve
nir offrir toutes les Couronnes de la
Maiſon dont elle estoit fortie , &
de celle où elle estoit entrée
Divin Enfant que V. A. R. vient
د
au
1
E2
100
MERCURE
adorer aujourd'huy ; &du haut de
Ciel où ſes Vertus l'ont placée,profternée
avec tous les Anges,devant
le Sacrement de nos Autels , elle
joint encorefes Prieres aux Vostres
pour attiver fur vous les Benedi-
Etions de ce Dieu naiſſant . Verbe
Saint , continua tilen ſetournant
vers l'Autel , qui vous eſtes
incarné pour nous retizer de l'abyme
où nos pechez nous avoient
plongez ; Souverain Dominateur
dans la Maison de David , qui
avez voulu naistre dans la pauvreté
, & qui ne témoignezvostre
grandeur que par la profondeur de
vos abbaiſſemens , répandez vos
graces fur un Princesi conſtant à
venir dans votre Créche vous donner
des marques de ſon humilité. Il
eſt des premiers à glorifier vostre
Naiſſance , & à vous offrir son
coeur. Verfez avec abondance vos
R
:
3
S
GALANT. 16I
4
benedictions fur luy & sur son auguste
Famille . Il est peu de Princes
fur la terre qui ayent tant de zele
pour la gloirede vostre Nom . Pendant
qu'une partie de l'Europe favorife
, & que l'autre diffimule
les outrages que l'on fait à voſtre
culte,la France inebranlable dans
la foy qu'elle vous a promise , en
embraffe elle seule la défense ,&
implore vostre fetours contre des
Princes qui font plus vos ennemis
que les fiens. Divin Jesus , qui
regnez dans l'équité&dans la ju-
Stice , & qui dans la foibleſſe où
vous paroiſſez , aveztoute la puif.
Sance du Dien des Armées,protegez
des armes qui ſoutiennent lajustice
de voftre cause ; ou platost , mon
Diens pour épargner l'effusion de
tant defang Chrestien , faites accomplir
par tout les chants d'alle.
greffe queles Anges firent retentir
E3
1
102 MERCURE
àvostre Naiſſance. Gloire à Dieu
qui remplit la hauteur& l'immen.
fité des Creux,&la Paix auxhom...
mes qui ſont ſur la terre.
و
L'eurs A. R. furent fort fatisfaites
de ce compliment ,&
s'étonnerent de la maniere
noble & aisée avec laquelle
ce jeune Religieux le pro.
nonça. La veneration que
Monfieur conferve pour la
memoire de la Reine- Mere
justifie l'Eloge qu'on a fait de
cette Princeffe , puis qu'on ne
pouvoit prendre ce Prince par
un endroit qui lay fuſt plus
ſenſible , & que c'eſt le moins
que doivent les Theatins à
leur auguſte Fondatrice , que
de témoigner en toutes occaſions
l'Eternelle reconnoiſſance
qu'ils auront de ſes bontez
GALANT.
203
&de ſa Protection Royale.
Sa Majesté a pourveu à la
Lieutenance de Roy du Gouvernement
des Ville & Chaſteau
de Carentant , & dépendances
, vacante par la mort
de Mr d'Heudreville , ſur la
nomination de Son Alteſſe
Royale Mademoiselle d'Or
leans , à qui cette Place appartient
, & ce poſte eſt rem
pli preſentement par la per--
ſonne de Meffire Charles
Claude Andrey , Seigneur de
Fontenay - Silleri , Seigneur &
Patron de Neuville & Baudienville
, Capitaine des
Chaffes & Plaiſirs du Roy du
Bailliage , anciens refforts &
enclaves de Cotentin. Il a eſté
long-temps dans le Service , &
s'eſt acquitté avec beaucoup
de distinction , des emplois
E 4
104 MER CURE
qu'il a eus pendant plu
ſieurs Campagnes , tant en
Flandre qu'en Allemagne. H
eſt de la Maiſon d'Andreyde
Silleri . Feu Mr de Silleri
fon. Oncle , après avoir dignement
ſervi pendant un grand
nombre d'années mourut
en 1679. & Mr de Silleri fon
Frere fut tué en ſe ſignalant
à la journée de Senef. Cette
Maiſon eſt alliée à la plufpart
de ce qu'il y a de plus
illuftre dans la Robe & dans
L'Epée.
د
Quelque foin qu'on prenne
dans les Estats dont les Peuples
font de la Religion Pretenduë
Reformée ; de publier
que tous les nouveaux Con
vertis de France n'ont qu'une
apparence de Converſion , &
qu'ils ne font aucune des fonc
GALANT. 105
tions attachées à la Religion
Catholique , on voit tous les
jours mille choſes qui convainquentdu
contraire. Il eſt vray
qu'elles ne fe remarquent pas
tant à Paris', que dans les autres
Villes du Royaume , non
'ſeulement parce qu il y a tou -
jours eu moins de Calviniſtes
dans cetteCapitale ,qu'en certaines
Provinces , mais encore;
parce que la grande quantité
de peuples , fait qu'on y eft,
pour ainſi dire , comme perdu
dans la foule , & que la vie des
particuliers n'y eſt point connuë.
Perſonne n'ignore qu'il
y avoitun fort grand nombre
de Proteftans dans le Poitou,&
fur tout dans la Ville de Niort,
&il eft fi vray qu'ils affiftent à
PEglife avec autantde ferveur
que les anciens Catholiques ,
E
:
1064 MERCURE
que celle de Saint André s'ef
tant trouvée trop petite pourr
contenir tous ceux qui ont ab
juré le Calviniſme ,le Roy quin
nelaiffe paffer ancune occaſion
de ſignaler ſa pieté , a donné
dequoy travailler à l'agrandiffementde
cette Eglife . Mrle
Preſidentde Fontmort dont le
zele a toûjours paru fort grand
pour tout ce qui regarde la
veritable Religion & qui
n'a épargné ny ſoins ny depenſes
pour la faire fleurir ,
a eu ſoin de l'employ des deniers
que Sa Majeſté a donnezpour
cet Ouvrage , qui fut
achevé la veille des Rois. Le
lendemain , Mride Fontmort
fit poſer la Croix ſur le frontif
pice de cette Eglife , avec les
Armes du Roy , & l'on celebra
une Meffe folemnelle , où
GALANT. 107
aſſiſterent tous les Corps de
Juſtice ,&tout ce qu'il y a de
perſonnes de qualité & de
distinction dansia Ville &aux
environs. Le Pere Mainard de
l'Oratoire , qui eſt fort goûté
des nouveaux Convertis de la
:
Province , y preſcha , & fit un
Elogedu Roy qui répondit àla
beauté de la matiere . Le Te
Deum fut chanté enſuite , &
ſuivy de toutes les démonſtrations
de la plus parfaite joye.
La Moufqueterie & les Clos
chesde la Ville ſe firent entendre,
auſli -bien qu'une infinité
d'inſtrumens guerriers .
Mr le Duc de Beauvilliers.
Fils de Mrole Duc de Saint
Aignan , & le ſeul qui reſte
du premier lit , ayant eu hoit
Filles , commençoit à apprehonder
de n'avoir point de
E6
108 MERCVRE
!
1
1
1
1
Garçons;mais enfin,Madame ,
la Ducheſſe de Beauvilliers luy
en vient de donner un , ce qui
a cauſé beaucoup de joye dans
toute cette Marton . Monfeigneur
le Duc de Bourgogne &
Madame la Ducheſſe de Chevreuſe
l'ont tenu ſur les Fonts .
Vous me demandez des
nouvelles de la Tontine , &
fi on continue à y porter de
l'argent avec le meſme empreſſement
que je vous l'ay
déja marqué une fois . le rêpondray
à cela qu'elle ſeroit
àpreſent remplie , ſi on pou
voit recevoir chaque jour
tout l'argent que l'on y porte..
boy qu'il fuſt permis à chacun
d'y prendre pluſieurs
parts , on avoit peine à s'i.
maginer qu'il y euſt perſonne
qui en prift plus de deux our
4
FREQUE
BLJA
THE
LYGN
* 1893 **
:
NFECTO
BELLO
PIRATICO
.
Dotivar Sculprit
AFRICA SVPPLEX
ANN MDC.LXXXIV.
TCHERON
GALANT! 1099
trois , qui font deux ou trois
cens écus . Cependant il ſe
trouve non ſeulement des per- -
ſonnes de la premiere qualité
qui ont pris de ces parts
pour vingt & trente mille livres
, mais meſme des Parti
culiers qui ontdonné juſque
à dix mille écus pour en avoir.
Mr Prudhomme , Maréchal
des Logis des Gardes Françoi
fes , eſt de ce nombre . Comme
il eſt fort connu , je vous le
nomme afin que chacun connoiſſe
que je ne disrien quede
veritable .
En jettant les yeux furla
Médaille que vous trouverez
icy, vous connoiſtrez d'abord
qu'elle ne peut regarder que
les grandes actions dont la vie
du Roy eſt remplie & qu'il
n'y a point aujourd'huy d'au
و
1100 MERCURE
tre Souverain en Europe capable
de reduire l'Affrique à plier
le genoüil devantluy. Je vous
envoyray le mois prochain
ſelon ma coûtume , les nouveaux
lettons qui ont paru au
premier jour de l'année,
On a mis depuis peu au jour
un Livre , dont la dépenſe doit
avoir efté grande , puis qu'il
eſt tom gravé au burin. Il eſt
intitulé , Reflexions sur quelques
paroles de Jesus- Christ ,particu
lierementsur les fept dernieres qu'il
aprononcésfur la Croix , pour fer--
vir d'un faint Entretien à l'Ame
Chreftienne pendant làMeffe. Ce
Livre eſt de Mr Nicolas ; qui
en a déja fait imprimer plaſieurs
autres , ſans y avoir miss
fon nom. On letrouve à l'Ai
gle , ruë S. Jacques , chez Mr
Bonnart, à qui le Public en
GALANT. 114
doit la graveure. Comme elle
eſt beaucoup plus belle & plus
nette que l'impreſſion , les yeux
font auffi fatisfaits que l'eprit
de la lecturede ces fortes d'ou--
vrages.
Il n'ya jamais eu perſonne
qui ait porté fi loin laGeographie
que Mr Sanſon d'Abbeville.
Auffi peut on dire
que toute la France , ou plûtoſt
toute la Terre luy eſt
redevable , puis qu'il en a
fait connoiſtre une infinité
d'endroits dont on n'auroit:
jamais parlé fans luy , & qu'il
a donné une parfaite connoiſſance
de ceux dont on
n'avoit que des lumieres im .
parfaites . On vient de réim--
primer ſon introduction à la
Geographie , où ſont indi--
quées les Sciences , dans la Geo
12
12 MERCVRE
graphie emprunte pluſieurs princi
pes,la description des differentes
manieres dont cette fcièce est reprefentée,
l'explication des termes de
" toutes les parties de la Geogra
phie ,une instruction des Cartes ,
LaGeographie Astronomique , qui
explique la correspondance du
Globe terrestre avec la sphere , la
Geographie naturelle , qui donwe ..
les diviſions de toutes les parties de
la Terre & de l'eau , la Geographie
biſtorique qui conſiderelaterre ,
Far les Etats souverains.
Parl'étendue des Religions.
Par l'étendue des principates
Langues.
Par les differentes especes ou races
d'hommes .
Par leurs couleurs.
Et par la forme exterieure d'u
corps...
Certe feconde Edition eft
GALANT.
113
1
beaucoup plus ample que la
premiere. On peut juger de
l'utilité d'un Volume qui contient
tant de chofes fans qu'il
foit beſoin d'en rien dire. Ce
Livre ſe trouve chez l'Auteur
aux Galleries du Louvre , vis
à vis l'Egliſe de Saint Nicolas..
Vos Amies qui ont demande
le Napolitain avec tant d'em
preſſement , ſeront bien aiſes
d'apprendre quele Sieur Gue
rout en a fait faire une Editionnouvelle.
Les exemplaires de
ce Livre n'ont ſitoſt manqué
que par le grand fuccés qu'il
a eu. On ne doit par en eſtre
étonné. Les ſentimens s'y
trouvent partout fi fort ſelon
lanature , qu'il eſt impoffible
de ne demeurer pas
perfuadé des choses qu'on
lit ; Sur - tout les Lettres de
:
ராடி.
MERCURE
:
:
Mademoiselle d'Oſſanove onr
un air de verité qui fait un
plaiſir inconcevable . Quelque
vives qu'elles foient , il eſt
aiſe de connoiſtre que l'Au--
teur ne peut leur avoir preſté
que quelque arrangementdans
les mots, puis qu'on ne ſcauroit
avoir écrit cequ'elles có
tiennent ſans l'avoir ſenty. Les
Lettres Portugaiſes que l'on a
rant admirées , fortoient hors
du vray ſemblable par la violé.
ce de la paſſion qui eſtoitou--
tree , mais celles cy ſont l'effet
d'une tendreſſe, non ſeulement
permife , mais ordonnée par
un Pere , & qui ayant un mariage
arreſté pour but , a pu
obliger un jeune, coeur de
s'abandonner fans aucun ſcrupule
à ce que l'amour a de
plus ſenſible..
:
Madame la Comteſſe dec
1 GALANT
Grignan ayant voulu ſçavoir
ce qu'eſtoient autrefois en-
Provence les Troubadours&
la Cour d'Amour , Mr de
Calvy reſſuſcita Guillaume
Adheimar , un des Anceſtres
de Mr le Comte de Grignan,
pour luy en porter des nouvelles
. Ce Gentilhomme fut
un Troubadour celebre , qui
compoſa d'excellens. Ouvrages
, & qui mourut d'amour
pour la Comteſſe deDie.Dans
ce temps - là , les Gentilshommes
les plus diftinguez
| - de la Provence s'appliquoient
à la Poësie. Les Comtes de
Provence en faisoient euxmeſmes
; & les Princes Etrangers
avoient chez eux des
Troubadours qui leur apprenoient
cette Langue
maniere de faire des Vers
cla
1
16 MERCURE
Provençaux. Alors les Dames
tenoient Cour d'amour pleniere
en quelques endroits
de la Provence , où elles prononçoient
des Arreſts fur les
queſtions qu'on leur envoyoit.
C'eſt de là qu'on a tiré les
Arreſts d'amour compilez par
un Procureurdu Parlementde
Paris . Troubadour ſignifie Inventeur,
du mot Provençal troubar ,
qui veut dire trouver , inventers
hhhhhhh
LE TROVBADOVR
ADHEIMAR
A Madame la Comteffe
de Grignan .
Voicy, belle comteffe, un fo
meux Froubadour
$
ALANT.
147
P
Serti pour vous du tenebreuxjeyour
.
Le Provençalcomblédegloire
Suivoit jadisles Loix de l'Empire
amoureux .
5
Vous voulez les fçavoir. Ne dans
ce temps heureux
Je viens avec plaisir vous en faire
l'histoire .
Moy que l'on voit briller parmy les
grands Ayeux ,
Devoſtre illustre Epoux , l'honneur
de mes Neveux.

La Cour d'amour fut une Cour
r Pleniere
Le beau Sexe y gardoit une puiſſana
ce entiere ,
Des Dames dont l'esprit égaloit les
attraits,
Iprononçoient ces beaux Arrests ,
Que l'Amour leur dictoit luy
mesme
T
L
FT18 MERCURE
Ilparloit par leur bouche,&regnote
dans leurs coeurs .
Tout en reconnoiffoit l'autorité fu.
prême
Barons , Princes, Rois , Empereurs.
i
Les doctes Filles du Parnaffe,
Delices autrefois du Grec & du
Romain ,
Dans cette Cour prenoient leur
place.
Alorsun Troubadour par un transportdivin
Sceut donner àſa Muſe une nouvellegrace,
C'est luy qui le premir Soumis à la
raison,
Fit au bout de deux Vers fentir le
mesmefon
Etvariant cette harmonie ,
Rendit leur douceur infinie.
Cet ornement nouveau charmatout
l'Univers;
GALANT.
119
Les Poëtes d'abordenparerent l'univers
,
Cesvers dont la delicateſſe
Egaloit ceux de Rome & de la
Grece.
C'est là qu'il chantoient leur
amour
Ou propofoient des questions ga-
Lantes,
Aces Damessçavantes.
Qui prefidoient dans cette Cour.
Durant ces fiecles d'innocence
Qu'on voyoit peu d'infidelles
Amans !
Dans les plaisirs , ou parmy les
tourmens
Nous avions la mesme constance
QuellesDames aufſſivid- onregner
furnous ?
Leur vertu , leur beauté, leur air,
leur politeffe
120 MERCVRE
Nousfaisoient voir, grande Comtesse
,
Ce qu'aujourd'huy le mondeadmire
२.
en vous,
On les voyoit fierement se défendre
Des premiers foupirs d'un coeur
tendre ;
Elles ne se rendoient qu'à de lona
ques amours,
Et quand elles aimoient, elles aimoient
toujours.
Pour moy , jusqu'au trépas Adorateur
fidelle
Des yeux qui m'avoient charmé.
f'expiray devantma Belle,
Constant, & constamment aimé.
Une mort fi digne d'envie
Fut admirée, & ne fut pas suivie,
Par vous on l'a veu Suivre. Vn

Peintreaudacieux
Fut conſumé du feu de vos beaux
yeux .
GALANT. 124 :
Iln'estpasseul ; plus d'une Ombre
plaintive ,
M'a ditfur noſtre ſombre rive,
Les charmes de Grignan ont causé
mon trépas.
len'ensuis pointSurpris quand je
vois vos appas . [glacée
Moy- mefme Ombre antique &
"Silanuit du tombeau ne me venoit
couvrir,
IeSouffrirois pour vous ce que mefie
fouffrir,
L'ardeur de mon amour paſſée ,
Et je mourrais encor si je pouvois -
mourir.
La Fable qui ſuit eſt du même
Mr de Calvy, quia faitparler
ſi galamment le Troubadour
Adheimar .
1
Janvier 1690.
F
122 MERCURE
V
L'ASNE - LION.
NAfne un jour broutant l'herbe
d'une Prairie
Vit la peau d'an Lion ; il entrembla
de peur;
Ille crut à l'instant vray Lion de
Lybie ;
Mais ensuiteses yeux raffeurerent
Son coeur.
Ne craignonsrien ,ce n'est que la
peaude la Beste ,
Allons,dit- il. Il s'enfaiſit ,
S'en couvre & marche avec grand
bruit ,
Battant les flancs , levant la teſte.
Devant l' Asne- Lion tout tremble.
tout s'enfuit ;
L'Animals'applaudit & rit de leur
foibleffe:
GALANT ...
123
Mais fon Maistre effrayé fuyant
avecviteſſe ,
L'Aſnepour l'arrester luy fait ouir
Savoix. G
Le rugiſſement ridiculecup
Raffure le Maistre , ilrecule
Etd'un coup de bâton luy fait sentir
le poids .
Honteux de sa frayeur extrême ,
Il dit plein d'indignation, u
Un Afne , la lâchetémesme.
s'ofe couvrir de la peau d'un
Lions sis
Ainfimillefaquins dans lefiecle où
noussommes τετο
Cachent leurs noms obfcurs fous
des noms glorieux ;
Leur puiſſance ,leur train éblouif-
Sent les yeux , 120
Mais les voit- on de prés , à peine
font-ilshommes.
Les engagemens de tendref.
:
L
F 2
L
124
MERCURE
ſe ont leur agrément , mais il
faut toujours en craindre la
fin , & elle arrive quelquefoisd'une
mantere facheuſe , qui
fait qu'on regrette tout le
temps qu'on a donné à ce que
l'on jugeoit digne de l'eſtime
la plus forte. Un jeune homme
de qualité & aſſez bien fait ,
recommandable d'ailleurs par
ſes belles qualitez , avoit pris
de l'attachement pour une
Veuve , dont je n'entreprendray
point de vous expliquer
le caractere ; vous en jugerez
par l'évenement dont je vais
vous faire part en peu de paroles.
Quelque empreffé qu'il
paruſt pour elle, il neluy rendoit
jamais viſite que l'aprédînée
, parce qu'un employ
confiderable dont il s'acquitoit
avec honneur , l'occupoit tous
GALANT. 125
les matins . Il est vray que de
temps en temps elle venoit
l'attendre chez lay unmoment
avant qu'il y rentraſt , eſtant
bien aiſe de luy témoigher par
ces petits foins , combien ceux
qu'il luyrendoit la touchoient
ſenſiblement. Il faifoit une dépenſe
proportionnée au bien
qu'il avoit , & il affectoit fur
tour d'avoir des Laquais bien
faits, &d'une tres grande pro--
preté. Il en avoit un entre les
!
autres de fort bonne mine qui
avoit fa confiance. Il s'en fervoit
pour les Meſſages qu'il
1
faifoit faire à la Veuve , ou
pour les Billets qu'il luy écrivõit
, & ce privilege luyavoit
donne un air de fierté qu'il
laiſſoit paroiſtre dans toutes
ſes actions . Le jeune Amant
de la Dame s'eſtant un jour
F3
126 MERCVRE
trouvé d'aſſez bon matin dans
fon quartier , reſolutide profiter
de l'occaſion , en entrant
chez elle. Il ne parla à perſon..
ne, parce que la porte de la ruë
eſtoit ouverte , auſſi bien que
celle de l'antichambre , où il
monta ſans eſtreapperceu. Apparemment
la Femme de chambre
qui avoit le ſecret de ſa
Maiſtreffe , & qui entra preſque
en meſme temps , avoir
cra ne riſquer rien en s'éloignant
un moment ſans avoirfermé
la porte. Le Jeune Amant
ne fut pas faché de pouvoir
porter luy - mefme à la
Veuve l'avis de ſon arrivée.
Il ouvrit ſa Chambre tout d'un
coup , & la vit à fa toilette.
Ellen'auroit pas manqué de l'y
recevoir agreablement fi elle
euſt eſté ſans compagnie;mais
C
GALANT.
127
elle avoit auprés d'elle un jeune
homme qui devoit l'embaraffer.
Il eſtoit en Robe de
Chambre de brocard d'or , &
avoit une chemiſe d'une toile
deHollande fort fine , garnie
de Poins d'Eſpagne , un peu
entr'ouverre , & attachée ne.
gligemment d'un ruban couleur
de feu. Il avoit auſſi un
bonnet de nuit piqueure de
Marseille , chamarré de den--
telle avec une coife garnie de
Point de France. Trois ou quatre
mouches placées en divers
endroits de fon viſage relevoient
fon teint qu'ilavoit fort
beau . Il ſe regarderent tous
avec beaucop de ſurpriſe , &
celle du jeune Amant alla jufques
à l'excés , lors qu'ayant
enviſagé fixement le Cavalier
àrobe dechambre , il le recon-
F
4
1289 MERCVRE
nut pour celuy de ſes Laquais
en qutil fe confioit le plus. It
prit ſon party ſur l'heure ,&
aprés avoir fait une grande
reverence , il ſe retira en di
ſant d'un ton affez tranquile
à la Dame , qu'il ſe réjoüiſſoit
avec elle de fon illuſtre con
queſte , & qu'il ſe garderoit
bien d'avoir jamais des pretentions
avec un Rivalfidangereux.
Il n'a point vû la Dame
depuis ce temps- là , &
l'hiſtoire ne dit point ce que
le Laquais eſt devenu .
Je ne feray point difficulté
de vous apprendre aujourd'huy
ce qui s'eſt paſſé à l'ouverture
des Audiences du
Parlement de Paris , aprés la
S. Martin , puis que les choſes
quel'on n'a point, ſceuës font
toujours nouvelles pour ceux
GALANT. 129
qui n'en ont point entendu
parler. Mr Erard fameux
Avocat , plaidant la premiere
Cauſe du rôle de Vermandois
, par lequel on ouvre
toujours ces Audiences ,prit
occafion de complimenter
Mrole Premier Prefident au
nom du Barreau , ſur la haute
dignité où il avoit plu au
- Roy de l'élever. Le ſujet de
la Cauſe n'eſtoit pas fort
éclatant. C'eſtoit un Appel
comme d'abus , interjecté par
un Curé du Diocesede Laon ,
d'une Ordonnance renduë
par le Grand Vicaire dans le
cours de ſa Viſite , par la-
- quelle il avoit enioint à ce
Curé de ſe retirer pendant
fix ſemaines dans le Seminaire
de Laon , pour y repren
dre l'eſprit de fon Etat , &
F
C130
MERCURE
miofque là il l'avoit interdit
*de toutes fonctions curiales .
Cela eſtoite fondé ſur les
-plaintes faites par les Paroiffiens
, que le Curé nourrif-
2 foit beaucoup de Beſtiaux
& en faifoit une eſpece de
commerce , & qu'il avoit pluſieurs
Procés . Mr Erard qui
plaidoit pour luy , aprés avoir
établi les moyens d'abus , examina
au fond les deux Cauſes
ſur lesquelles le Grand
Vicaire avoit rendu cette
Condamnation , & fit voir
qu'elles n'avoient pas deu y
donner lieu . Il ajoûta que fi
l'Egliſe dans les premiers fiecles
avoit défendu à ſes Enfans
de plaider devant les
Juges feculiers , cette défenſe
qui eſtoit commune à tousles
Chreftiens , n'eſtoit fon-
,
:
GALANT .
131
2
dée que fur cequ'en cetempslà
les luges ſeculiers eſtoient
Payens. Mais que dans le
temps où les Tribunaux feculiers
font remplisde luges ;
non feulement ſoumis à l'Eglife
, mais d'une probité reconnue
; dans ce temps où le
plus ſage , &le plus rcligieux
des Princes apporte une ap-
_plication particuliere à ne
mettre dans les premieres
Charges de la Magistrature &
de l'Etat , que des perſonnes
d'une vertu éminente , qui
entrent dans les ſentimens
qu'il a pour l'Eglife , & que
l'on peut dire qui apportent
dans les fonctions ſeculieres
des moeurs dignes du Sacerdoce
, on ne peut trouver
mauvais que les Ecclefiaftiques
qui ont le malheur de
F6
138
MERCURE
fouffrir quelque injustice , en
portent leurs plaintes devant
les luges prépofez pour leur
rendre juſtice .
Ne voyons , nous pas mesme ,
Meffieurs , continua-t-il , les
Prelats les plus reguliers recla.
mer tres - Souvent vostre auto..
rité , & se lover hautement de
la protection qu'ils reçoivent
de vous ! Vous avez ouy , Meffleurs
, la reconnoiſſance folema
nelle qu'un des plus illuftres d'entre
eux * en a fait depuis peu de
jours , & la déclaration qu'il fit
mesme aunom de toutle Clergé ,
qu'ils auroient encore plus volontiers..
recours à vostre Justice , pendant
quevous aurez pour Chefce grand
Magistrat quele Roy s'est pour
ainſi dire , ofté à lay-mesme , afin
de ledonner àses Peuples ,prefe
rant felon fa coûtume leurs besoins
*M. l'Archeveſque,Duc de Reims
GALAN T.
133
à son interest , & qui ayant cessé
d'estrele Cenfear public par Sa
Charge , continuë de l'estre parfes
moeurs , & par ses exemples. As
milieu de ces applaudiſſemens que
tous les Ordres donnent àfon élevation
, le Barreau qui doity prendre
plus de part , nepeut demeurer dans
le filence. Permettez, Messieurs ,
qu'il témoigne publiquement par
ma bouche la joye qu'ilreffent aves
tout le Royaume , de voirdans cette
éminente Dignité la plus éminente
vertu , d'y voir celuy à qui
l'estime publique la destinoit ,&
dont le choix laiſſeàdouter si c'est
lePeuple qui obeit àla volonté du
Roy en le recevant de sa main, ou
Si c'est le Roy qui défere au ſouhais
deſes Sujets en les luy foûmettant
Quels avantages tout l'Etat ne
doit - il pas attendre de ce concours
de l'estime du Souverain ,&de la
134 MERCURE
confiance des Peuples dans la per
fonne de ce fage Mediateur : Quel
repos d'esprit pour tous ceux qui
auront beſoin de recourirà la Iuftice,
de voir leurfort entre les mains
d'un fuge qui nepeut estre nyfurpris
par l'artifice , my seduit par
I'amitié, ny prevenu par la cabale,
ny ébranlé par la faveur ! Mais
quelbon. heur pour noſtre Ordre en
particulier ,de revoirà la teste de
ce Parlement lesang de ces grands
Hommes , qui dans cette mesme
place n'ont pas esté seulement les
Protecteurs du Peuple en general,
maisqui ont honoré les Gens de
Lettres en particulier d'une prosection
finguliere ! Pouvons- nous
douter que celay en qui nous voyons
reisnies comme par droit de fucceffion,
toutes les excellentes qualisez
de ces grands Perſonnages;la pro .
fande érudition & la modestiede
GALANT.
135
:
Christophe de Thou , la fageffe&
la fermetéd'Achille de Harlay; ta
grandeur d'ame & la fuperiorité
deGenie de Pompone de Bellievre ,
L'indifference des uns & des autres
pour les richeſſes , leur paſſion pour
la vraje gloire, leur amour pour la
justice, leur Zele pour le bien Public&
pour la gloire du Roy; Pou
vons nous , dis je , douter qu'il ne
leur fuccede aussi dans l'estime
qu'ils ont euë pournoſtre Profeſſion,
&dans le soin qu'ils ontpris d'en
augmenter le lustre& ladignité?
Vous nous en avez déja donné ,
Monsieur , tant de precieuses mar-
-ques que nous ne pouvons en faire
affez éclatter nostre reconnoissance;
mais fur tout nous n'oublirons jamais
l'honneur quevous avez fais
au Barreau , lors que vous choiſiſtes
sette Milice,pour y fairelepre
mier eſſay des forces de cet illustre
X
1366 MERCURE
Athlete elevé dans le ſein de ta
vertu,qui marche déja d'unpas fi
assuré survos glorieuses traces ,&
de qui la ſageſſe & les rares talens
cultivezpar vosfoins ont prevenu
l'ordre de la nature , & meritéavant
l'âge la pourpre dont il vient
d'estre revestu . Heureux fi par
nostre profond respect pour vostre
personne , par une appilcation
continuelle à nos devoirs , par nostre
exactitude à obferver les fages
regles que vous nous prescrivez ,
nous pouvons meriter que vous nous
continuiez une protection qui nous
est fi glorieuse ; & que nous regar
deronscomme laplus noble récompenſe
de nos travaux. Mais plus
heureux encore fi ce Palais peust
jouirpendant une longueſuite d'années
delafelicité vous poffeder,
de
Sans que les mesmes vertus qui lu
oneprocuré ce riche preſent ,lelay
,
GALANT.
137
faffent enlever.
د
VOUS
Faffe le Ciet ,que comme legrand
Achille de Harlay voſtre Bifayeul .
a esté dans cette place l'ornement
de la fin du dernier fiesle , &dù
commencement du nostre
puissiez aprés celuy- cy continuer
bien avant dans l'autre àgouverner
cet auguſte Tribunal ; afin que deux
fiecles differens ayent part dunso
grandbonheur ; & que vostre gous
vernement qui fera entieremeno
femblable au fien parla maniere
dont vous ferez regner la justice,
luy reſſemble aussi pour la durée.
Quelque paralelle que la Posteritè
faſſe enfuite entre vous deux , la
gloire de l'un n'effacerarten de celle
de l'autre , puis que vous vous la
communiquerez reciproquement.
le vous entretiens fort rare
hent de ce qui ſe paſſe entre
138 MERCVRE
Y
l'Armée de l'empereur & celle
des Turcs , parce que ie ne
pourrois vous mander que ce
qui eſt dans les Nouvelles pu--
bliques ,imprimées dans les
PaysEtrangers. Ces Nouvelles
font accommodées à la Cour
de Vienne, & comme on n'en
ſçait que par cette ſeule voye,
on nedoit pas y ajoûter entieremet
foy.Ce n'eſt pas que l'on
ne doive demeurer d'accord
queles Armées de l'empereur
ont beaucoup avancé dans les
Terres Ennemis , mais comme
il n'y a aucune Place forte dans
toute l'étendue du Païs qu'elles
occupent , ce qu'elles ont
fait doitpluſtoſt eſtre regardé
comme de grandes courſes
que comme des conqueſtes ſolides
. Quand on eſt ſi avancé
on eſt quelquefois obligé de
رد
4
GALANT.
139
reculer , & ces fortes d'avantages
ne donnent ſouvent que
de la gloire au Vainqueur. La
terreur panique qui a fait ceder
les Ennemis eſtant paſſée ,
ils ſe rendent d'autant plus
aisément maiſtres du Pays où
l'on s'eſt avancé , qu'il eſt
contiguau leur , & que ceux
qui l'occupent ſe trouvent
éloignez de chez eux . Les
Vainqueurs ne s'eſtant point
attendus aux grands avantages
qu'ils ont remportez inopinément
, & n'ayant pris
aucunes meſures pour lesconferver
, leur Armée ſe trouve
foible dans une grande étenduë
de Païs qu'elle ne ſcauroit
garder. Les longues marches
la font auffi beaucoup
Jiminuer , & le changement
d'air& de nourriture cm
140 MERCURE
porte quantité de Soldats ; de
forte qu'il arrive bien foavent
qu'aprés avoir fait un grand
éclatonaplus perdu que gagné
Auffi les Politiques foutiennent
- ils , que lesbonnes Conqueſtes
& donton peuttirerde
l'utilité , font celles que l'on
fait pied à pied. Il y a une
preuve incontestable , qui fait
voir que les fuccés de la
Campagne de Hongrie ne
peuvent eſtre entierement
comme on les adebitez , puis
que ſi cela eſtoit , les Ambaffadeurs
Tures feroient des
propofitions plus avantageuſes
à l'Empereur que celles de
l'année derniere. Cependant
ils n'en font aucune , del'aveu
meſme de la Cour de Vienne
Ce fait parle , & s'ils estoient
dans l'état oùtant d'Imprimez
1
FILAUE
GALAN T.
Fau- Hes ont fait paroiſtre , il
droit qu'ils demandaſſent la
Paix à genoux , leur Empire
nedevant plus avoir de Troupes
, puis que fi'l'on calculoit
ce que les Nouvelles publiques
étrangeres en ont fait
perircette année , ont y trouveroit
plus de cent mille hommes
; mais ces nouvelles font
auſſi peu croyables l'à deſſus ,
que furice qu'elles ont dit touchant
les revoltez de Catalogne.
Elles ont aſſuré que Mr
le Duc de Noailles avoit intelligence
avec eux & qu'il
eſtoitdemeuré dans leur Païs,
pour voir quel fuccés auroit
cette revolte , & pour preſter:
la main aux Rebelles . Il eſt
neanmoins certain qu'il y
avoit quatre mois que ce Duc
eſtoit party de Catalogne lors
,
+142
MERCURE
qu'ils ont fait imprimer ces
nouvelles . Ilavoit depuis fon
départ tenu les Etats de Languedoc
, & s'eſtoit rendu auprés
du Roy , pour ſervir ſon
Quartier de Capitaine des
Gardes du Corps de Sa Majeſté
. Quand on parle contre des
veritez fi connuës , il faut
qu'on impoſe beaucoup fur ce
qui l'eſt moins , comme les affaires
de Hongrie, ou que l'on
croye les Peuples des lieux où
l'on écrit bien credules , ou
bien ignorans de ce qui ſe paſſe
dans le monde.
Le ſoir du 3. du mois paſſé,
M. Cenci , Vicelegat d'Avignon
, monta à l Egliſe Metropolitaine
, où l'on chanta le Te
Deum enMuſique, pour rendre
graces à Dieu de l'exaltation
du Cardinal Ottoboni au Pon- )
GALANT . 143:
tificat. Il y avoit plus de deux
cens lambeaux de cire blan- .
cheallumez , ce qui faisoit un
tres -bel effet . Mrle Vicelegat
marcha precedé de la Compagnie
des Suiffes & de ſaGarde
ordinaire , & accompagné de
Monfieur Gaddi , Auditeur
& Lieutenant General de la
Legation , des Auditeurs de
Rote ,du Vicegerant de la
Chambre Apoftolique , des
Iuges de S. Pierre , du Vi
guier , Confuls , & autres Magiftrats
, & Officiers du Pape
&dela Ville , & de toute la
Nobleſſe. Enſuite il defcendit
à la Place du Palais , où il
fit allumer un feu qu'on y
avoit préparé . Le lendemain ,
tout le Clergé Regulier & Seculier
ſe rendit le matin
dans l'Eglife Metropolitaine ,
A
P
144 MERCVRE
& marcha de là proceſſionnellement
à celle des Peres
Cordeliers . Mr le Vicelegat ,
precedé & accompagné commele
jour précedent , ſuivit
la Proceffion , & lors qu'il
fut monté ſur le Trône que
l'on a accoutumé de luy
dreſſer , Mrde Garenſe , Prevoſt
de Noſtre Dame , chanta
la grande Meſſe , aprés quoy
Mr l'Abbé de Tulle prononça
en Latin le Panegyrique .
du Pape avec beaucoup de
fuccés. Cela eſtant fait , la
Proceffion , & Mrle Vicelegat
retournerent dans le mefme
ordre à l'Eglife Metro.
politaine. Il y eut pendant
trois jours des Illuminations
extraordinaires au Palais Apoſtolique
, à l'Hoſtel de Ville ,
&à toutes les Maiſons , avec
de
1
GALANT. 145
|
1
de grands feux de joye &
d'artifice dans toutes les Places
publiques.
Meffire Gilbert de Choiſeuldu
Pleſſis Pralin , Evêque
de Tournay , Docteur de la
Maiſon de Sorbonne , mourut
à Paris le 31 Decembre dernier
, âgé de foixante & dixhuitans
. Il avoit eſté nommé
Eveſque de Comenge en 1644-
& fut transferé à Tournay
en 1671. Il eſtoit d'une profonde
érudition & d'une fermeté
inébranlable dans les
choſes qu'il croyoit juſtes: Il a
gouverné l'Egliſe de Comenge,
& enfuite celle de Tournay
avec une approbation generale
, & eſté reconnu par tout
pour un veritable Pere de l'Eglife.
L'Abaye de S. Martin
d'Aire vaque par fa mort . II
Janvier 1690 . G
1
146 MERCVRE
eſtoit de l'ancienne Maiſon
des Seigneurs de Choiſeul ,
deſcenduë de Raynier , Seigneur
de Chofeul , vivant
en 1060. qui fit de grands
biens à l'Abbaye de Molefme.
Son Frere eſtoit Cefar , Duc
de Choiseul , Pair , Maréchal
de France , Chevalier des Ordres
du Roy , Comte du Pleſſis
Praflin, Gouverneurdes Ville
& Païs de Toul. Il eut pour
Oncle Charles de Choiſeul,
Marquis de Praflin , Comtede
Chavignon,Maréchal de France,
&Chevalier des Ordres du
Roy. Son Pere fut Ferry de
Choiſeul , Comte du Pleſſis
Praflin , & fon Ayeul Ferry de
Choiſeul, Seigneur du Praflin
&du Pleffis,Chevalier de l'Ordre
du Roy , mort à la Bataille
de Jarnac en 1568. Mr leDuc
GALANT. 147
de Choiſeul d'aujourd'huy ſe
nomme Cefar Auguſte de
Choiſeul. Il eſt Due de Choiſeul
, Pair de France , Chevalier
des Ordres du Roy , premier
Gentilhomme de la
Chambre de Monfieur , & LicutenantGeneral
des Armées
du Roy..Il a eſté Gouverneur
de Toul ,& s'eſt marié àla Fille
de Mr le Marquis de la Valiere,
Gouverneur du Bourbonnois.
La Maiſon de Choiſeul porte
d'azur à la Croix d'or , cantonnée
de 18. Billettes de mesme, cing en
Sautoir aux cantons d'en haut , &
quatre aux cansons d'en bas .
La mort de Mr l'Eveſque
de Tournay , fut ſuivie peu
de jours aprés de celle de
Meffire Ferdinand de Neufville
, Eveſque de Chartres .
Il fut transferé à cet Eveſché
G 2
148 MERCVRE
en 1657. ayant eſté fait Everque
de Saint Malo en 1649 .
-Il eſtoit auſſi abbé de Saint
-Vandrilleen-Caux , de Belle .
ville Sur Saone , & de Mauzac.
Il eſt mort âgé de quatre-
vingt deux ans. Il avoit
eſté autrefois Agent du Cler.
gé , & il en entendoit parfaitement
les affaires de
forte qu'on alloit ſouvent à
luy comme à l'Oracle . Il avoit
beaucoup de bon fens
& l'eſprit juſte , & jamais
perſonne ne fut plus exact à
obſerver la Diſcipline. Il
eſtoit auſſi aimé que reſpécté
dans ſon Dioceſe , qui eſt un
des plus grands de France ;
&il n'y fouffroit rien ny aux
Seculiers ny aux Ecclefiaftiques.
Il faifoit ſouvent faire
des Miffionss , pour ſuppleer
GALANT. 149
aux viſtes qu'il n'eſtoit plus
en estat de faire , & cela ne
ſe faifoit qu'avec de grands
frais . Ileſtoit fort charitable,
& diſtribuoit ſouvent de
grandes aumônes . Sa, capas
cité dans les affaires l'avoit
fait choiſir pour une des
Places qui ſont dans le Conſeil
privé. M. J'Evefque de
Chartres eſtoit Frere de Meffire
Camille de Neufville,dire
ArcheveſquedeLyon , primat
des Gaules , Commandeur des 169
Ordres du Roy , & de fen Nicolas
de Neufville Duc de
Villeroy , Pair & Maréchal de
France , Chevalier des Ordres
duRoy Gouverneur de Lyon
& du Lionnois , Foreſts se
Beaujolois . Leur Pere eſtoit
Charles de Neufville, Marquis
de Villeroy & d'Alincourt ,
4-3
G3
150 MER CURE
Chevalier des Ordres du Roy,
Gouverneur de Lyon & du
Lionnois , Foreſts & Beaujo--
lois & leur Mere ſe nommoit
Jacqueline de Harlay ,
de l'Illustre Maiſon de Harlay
, qui a donné des perſonnes
ſignalées dans l'Eglife,
FEpée & la Robe. L'Ayeul de
feu Mr l'Evêque de Chartres
, fut Nicolas de Neuville,
Seigneur de Villeroy , Alincourt
& Magny , Grand Tréforier
des Ordres du Roy ,
Miniſtre & Secretaire d'Etat ,
& fon Ayeule Madelaine de
l'Aubepiſne de Châteauneuf,
d'une Famille qui a donné
des Evêques , un Garde des
Sceaux de France & deux Secretaires
d'Etat. Son Bifayeul.
fut Nicolas de Neuville, Seigneur
de Villeroy , Baron d'A--
GALANT . 151
lincourt, Gouverneur de Pon
toiſe, ſa Bifayeule Jeanne Preud'homme
, fille du Seigneur de
Fontenay, Tréſorier de l'Epargne
. Son Trifayeul , Nicolas
de Neufville, Seigneur de Villeroy
, & de Chanteloup ; ſa
Trifayeule, Deniſe Morlet da
Mufeau. Son Quart - Ayeul,
Jean de Neufville , fecretaire
des Finances , & employé en
pleuſieurs Negociations d'Etat
ſous le Roy Loüis XII. fa
Quarte A yeule , Geneviève le
Gendre , Fille de Jean leGen.
dre , Seigneur de Villeroy
d'une Famille qui a donné des
Confeillers au Parlement &
aux Compagnies Superieures,
Treforiers de France & Prevoſt
des Marchands à Paris ,
qui eſt tombée par Filles en
l'ancienne Famille des Chip
G4
152 MERCURE
pard, Seigneurs de la Grand
Maiſon , Nanteüil , Cramailles
, & Laas - Saint Andeol .
L'Abbaye de S. Vandrille
en Caux , qu'avoit feu Mr de
Chartres , a eſté donnée à Mr
le Chancelier , pour un des
Fils de Mr de Fourcy , & fa
place de Conſeiller d'Etat ordinaire,
a eſté remplie par Mrl'Archeveſque
d'Ambrum , Eveſque
de Metz .
J'ay encore une mort à vous
apprendre . C'eſt celle de Meffire
Paul d'Eſcoubleau , Marquis
d'Alluy & de Sourdis ,
Baron d'Auneau , Gouverneur
& Lieutenat general pour
le Roy des Ville & Duché
d'Orleans , Païs Orleanois ;
Chartrain , Dunois , Blaifois,
Vendomois , Sologne , Perche
Goëth , & de la Ville & Châ
GALANT. 153
teau d'Amboiſe . Cette mort eſt
arrivée le 6. de ce mois Mr
d'Alluy eſtoit Fils de Mr le
Marquis de Sourdis , Chevalier
de l'Ordre,Gouverneur de
l'Orleanois , Blaifois, & d'Amboife
, homme de bon eſprit , &
qui estoit arbitre general de
toutes les perſonnés de qualité.
Il eſt de cette Maiſon de
Sourdis , fameuſe par ſes Alliances
, Frere de Mi le Comte
de Sourdis ,& de Mr l'Archevêque
de Bourdeaux, qui a fi
long - tems commandé les Armées
Navales ſous le regnedu
feu Roy . Mr d'Alloy a eu les
Gouvernemens de Mr ſon Pere
, & avoit épousé Mademoiſelle
du Fouillon , de la maiſon
de Meaux. Il a pour Freres Mr
Montluc , & Mr le Comte de
Sourdis , Chancelier de l'Or-
GS
154
MERCVRE
dre, à qui ſa Majeſté vient de
donner les Gouvernemens ...
qu'avoit Mr le Marquis d'Alluy.
Le Roy a donné l'Abbaye :
de S.Germain des Prez à Mr le
Cardinal de Furſtemberg . J'ay
eu ſi ſouvent occaſion de vous
parler de cette Eminence, que
je n'ajoûteray rien à ce que
pluſieurs de mes Lettres vous
en ont appris ; mais vous ne
ſerez pas fâchée que je vous
faffe connoitre ce qu'eſt l'Abbaye
dont ſa Majesté vient de
le pourvoir.Elle fut fondée par
leRoy Childebert, fils du grad
Clovis , en l'honneur de faint
Vincent Martir , dont il avoit
apporté quelques Reliques en
France , au retour de ſa ſecon.
de Expedition d'Eſpagne. Le
Titre de la fondation eft de
GALANT. FSS
la quarante - huitième année
de ce Prince , c'eſt à dire de
l'an 561. ou 561. L'an 569 .
S. Germain , Evefque de Paris
exempta ce monastere de la
Iurifdiction des Eveſques ſes
Succeſſeurs. Il y fut enterré
l'An 578. dans la Chapelle de
S. Simphorien , qu'il avoit fait
bâtir , d'où fon corps fut transferé
dans la grande Egliſe ſous
le regne du Roy Pepin, qui affiſta
à la ceremonie avec fon
Fils Charlemagne , pour lors
Agé ſeulement de ſept ans. Le
merite de ce digne Prelat de
l'Egliſe de Paris a fait qu'inſenſiblement
le Monastere de
Saint Vincent a eſté appellé
l'Abbaye de S. Germain . Elle
fut brûlée par les Normands
l'an 846. Ils y mirent le feu
une ſeconde fois l'an 853.mais
G6
156 MERCURE

les Reliques de S.Germain , &&&
les autres que poffedoit ce
Monaftere , avoient eſté mi
ſes toutes les deux fois en des .
lieux de ſeureté . Elles furent
encore ſauvées de leur fureurelors
qu'ils aſſiegerent Paris
L'an 888. mais le Monastere la 2
ſentit dans toute ſa violence.
On voit dans l'Egliſe les
Tombeaux de quatre Rois
de la premiere Race , & de
quatre Reines : ſçavoir , de
Childebert & d'Vlrogothe
fon Epouse , Fondateurs de
l'Abbaye ; de Chilperic & de
Fredegonde ( le Tombeau de
cette Princeſſe eſt une Mo
ſaïque originale , & inconteſtablement
faite au temps
qu'elle mourut ) de Clotaire
. II . & de ſa Femme Bertru
de ; de Childeric I I. & de
1
GALANT.
157
2
Blitilde ſa Femme. On ſçait
outre cela que Chrothberge
& Chrotfinde Filles de
Childebert I. y ont auſſi eſté
enterrées , ainſi que Meroüée
& Clovis , Enfans de Chilperic
I. Le coeur de Caſimir ,
dernier du nom Roy de Pologne
, qui aprés avoir abdiqué
fut nommé à cette Ab .
baye, y eſt auſſi dans un Tombeau
de Marbre d'un deſſein
fort eſtimé . Mr le Comte du
Vexin , Fils naturel du Roy,
y fut auſſi enterré il y a ſept
ans. Les illuftres Abbez de
ce Monastere , au moins ceux
qui l'ont eſté depuis qu'il
eſt en Commande , font le
Cardinal de Briçonnet , Archeveſque
de Reims ; ſon Fils ,..
l'Evefque de Meaux ; les Care -
dinaux de Tournon , de Ven--
158 MERCURE
1
dofme & de Bourbon , & en
fin Mr le Duc de Verneüil ,
dont le coeur a eſté apporté
& mis dans cette Eglife fous
un Marbre. Il eut pour fucceffeur
le Roy de Pologne ,
depuis la mort duquel l'Abbaye
a vagué juſqu'à la nomination
de Mr le Cardinal
de Furſtemberg , celle que le
Roy avoit eu deſſein de faire
de la perſonne de Mr le
Comte du Vexin n'ayant pas
eu de ſuite. Guillaume de
Briçonnet,Evefque deMeaux,
mit la Reforme de Chezal
Benoift dans le Monastere de
S. Germain des Prez ; elle y
areſtéjuſqu'en 1631. que celle
de Saint Maur y fut introduite.
Ufuard & Aimoin font les
deux plus fameux Ecrivains
GALANT. 159
1
que cette Abbaye ait pros
duits dans les fiecles reculez,
Le Pere du Breüil fit beaucoup
d'Ouvrages dans le dernier
fiecle , entre autres les
Antiquitez de Paris. Il donna
auſſi une addition aux oeuvres
de S. Ifidore de Seville ,...
ramaffées & reveues ſur les
Manuscrits , ce qui a eſté un
prelude de ce qui s'eſt fait ,&
ſe fait encore preſentement
dans ce Monastere , où les
Religieux s'appliquent avec
un grand foin à donner au
Publicles Ouvrages des Peres
dans leur pureté originale ,
autant qu'il eſt poſſible. Douze
cens Manufcrits qui ont
*eſté collationnez pour la feule
Edition du Saint Auguſtin ,
montrent la grandeur de ce
travail. S. Ambroise , S. And
160 MERCURE
ſelme , S. Bernard , & quelques
autres Peres ont déja
paru auffi , & l'on verra bientoſt
le S. Hilaire , le S. Ierofme
&le S. Athanaſe , qui ſera
ſuivi du S. Iean Chryfoftome
,& des autres Peres Grecs
qui auront plus de beſoin d'e-
Are retouchez. Les grands
noms de Menard , d'Achery ,
Mabillon , Blampain , Germain
, &c. font des garans de
la perfection des Ouvrages
auſquels ils ont travaillé , ou
au moins des Religieux qui ſe
font formez ſur leurs exemples
, & qui ont pris leurs
Leçons.
Je viens à l'article de l'Election
du Roy des Romains,
L'Empereur voulant ſe ſervir
des conjonctures favorables
pour faire élire le Roy de Hon
GALANT. 161
grie fon Fils , dans un âge qui
devoit l'empeſcher d'y penſer,
puis qu'il n'y a point encore eu
d'exemple , qu'on ait élu un
Roy des Romains , qui eſt un
Coadjuteur a l'Empire , qui
ne fuſt pas en eſtat de gouverner
; l'Empereur , dis -je ,vou.
lant paſſer par deſſus toutes les
coûtumes , réſolut de faire une
eſpece de playdoier . & d'employer
toutes les raiſons fauſſes
ou veritables qui pouvoient
luy faire gagner ſa cauſe par
quelque apparence de juſtice,
ou par des motifs de reconnoiffance.
Ainſi le 15. de Decembre
dernier les Electeurs
s'aſſemblerent pour la premiere
fois dans la Maiſon de Ville
d'Auſbourg , avec les Miniſtres
des Electeurs de Brandebourg
& de Saxe. On vir
162 MERCURE
paroiſtre d'abord l'Electeur
de Mayence , puis l'electear
de Tréves , l'Electeur Palatin,
Pelecteur de Cologne & l'Electeur
de Baviere , chacun
en ſon rang & avec ſa fuite..
Les Ambaſſadeurs de Saxe
eſtoient les Sieurs Gerſtorfs
&de Frieſſen; & pour l'Ecteur
deBrandebourg, leSieurDan
ekelman le jeune , à cauſe de
l'indiſpoſition de ſon Aîné.
L'Empereur commença fon
diſcours , non pas par ce qu'il
avoit à leur demander , mais
par un long détail des choſes ,
par leſquelles il croyoit meriter
qu'on luy accordaſt ce
qu'il ſouhaitoit. Je vais vous
en entretenir , & vous feray
voir enſuite , qu'il n'eſt pas
mal-aiſé d'y répondre , & que
l'Empereur n'a mis la France
GALANT 163:
en jeu dans cette rencontre ,
que parce qu'il a cru que ce
qu'il avoit reſolu de luy imputer
, ſerviroit à faire réüſſir
fes deſſeins . Il fit d'abord un
long détail de l'eſtat preſent
de l'Allemagne , & des dommages
qu'il pretend que la
France ait cauſé à l'empire..
Il parla enſuite de la ſituation :
où ſont ſes affaires avec les
Tures , & les fit voir demandant
la Paix avec de grandes
inſtances. Après cette eſpece
de prélude , il diviſa ſon Dif--
cours en deux points . Le premier
regardoit la ſeureté de
l'Empire , & les moyens de
prevenirtoutes fortes de diviſions
&de meſinteligences qui
pourroient naiſtre entre les
Etats de l'Empire , ou eſtre
fufcitées parmy eux de la pare

:
164 MERCVRE
des ennemis par de dangereu
ſes pratiques ajoûtant à cela
qu'il falloit penſer à des expediens
propres à continuer vigoureuſement
la Guerre , ce
qui eſtant une fois refolu ,
ſeroit ſuivy d'une conclufion
définitive dans l'Aſſemblée
Generale de Ratisbonne , au
nom des autres Etats de l'Empire.
Le ſecond point regardoit
l'election d'un Roy des
Romains , que l'Empereur
trouvoit neceſſaire pour établir
la ſeureté de l'Empire
dont il venoit de parler , alleguant
pluſieurs choſes contre
la France , & particulierement
d'avoir voulu attirer
dans ſa Maiſon la Couronne
des Romains , foit par
Election forcée , ou par une
une
GALANT.
165
-violence publique & à main
armée , ou Guerre ouverte .
Il dit encore , que comme
la France perſiſteroit toûjours
dans ce deſſein , tant qu'il
luy reſteroit quelque eſperance
d'y pouvoir réüffir , il falloit
pour arreſter ſes pretentions ,
travailler à l'Election d'un Roy
des Romains & d'un Succefſeur
àl'Empire; qu'ainſi il eſtoit
neceſſaire que les Electeurs
tiffent preferablement à toute
autre confultation une reflexion
ſerieuſe , & deliberaffent
meurement für ce point , &
fur les moyens de borner
l'ambition de la France , &
de mettre l'Empire dans une
ſolide ſecurité par l'election
dans les formes , & felon les
regles anciennes & bien or.
données , d'un Roy des Ro
166 MERCVRE
mains & d'un Succeſſeur à
l'Empire. Il ajoûta que ce
n'eſtoit pas qu'il ne fuſt dans
ſa pleine vigueur ,& en estat
de pouvoir gouverner encore
quantité d'années , mais qu'il
ne laiſſoit pas d'eſtre ſujet à
la mort comme tous les autres
hommes , & que cette
veuë luy cauſoit de la frayeur
&le touchoit juſqu'au coeur,
quand il penſoit à l'horrible
confufion où l'empire Romain
ſe verroit enveloppé &
engagé , ſi le Trône Imperial
venoit à vacquer avant la
fin de cette Guerre , ou fi elle
n'avoit pas le fuccés qu'on en
attendoit, d'autant plus qu'en
temps de Paix l'Empire avoit
accoûtumé d'eſtre deſarmé, &
qu'au contraire la France avoit
toujours des Troupes fur
GALANT. 167
pied,& qu'encore depuis peu
elle s'eſtoit fait jour juſque
dans les entrailles de l'Allemagne,&
avoittoujours tâché
de troubler la liberté des Afſemblées
de l'Empire ; que ces
raifons l'obligeoient à requerir
que les Electeurs ſe fiſſent une
affaire de la derniere importance
de celle dont il s'agif
foit , & qu'ils s'en fiſſent mê
me une neceſſité ſi preſſante,
que cette Aſſemblée puſt l'afſiſter
de ſes bons conſeils , &
voir conjointement avec luy,
ce qu'il feroit à proposde faire
pour la continuation de la
guerre contre la France , avec
d'autant plus de ſoin , d'application&
de diligence, qu'il ne
pouvoit ſe diſpenſer de retournerdans
ſes Pays Hereditaires
pour y donner ſes ſoins
168 MERCURE
& ſes veilles à ſoutenir deux
rudes guerres,& à tout ce qui
pourroit ſervir à l'heureux
fuccés dela Negociation de la
Paix avec le Turc ; qu'au re.
te il ne pretendoit point par
ſa demande , diminuer , affoiblir,
& alterer en aucune maniere
la liberté des Electeurs
au choix qu'ils avoient à faire.
Il dit enſuite que l'affe-
Aion qu'il portoit au Roy de
Hongrie fon Fils n'alloit
point ſi loin , qu'il vouluſt
rechercher ſes avantages plus
que ceux de l'Empire , mais
que l'empire ne s'eftoit point
mal trouvé de la maniere
douce & debonnaire du gou .
vernement de la Maiſon
d'Auſtriche & qu'aprés ſa
mort , le Roy fon Fils feroit
,
,
pourveu de plus grands Etats,
qui
GALAN T. 169
qui ſerviroient contre leTurc
de boulevart , de défenſe , &
d'avant-mur au faint empire,
& qu'il fourniroit un plus
puiſſant ſecours pour faire
teſte à d'autres Ennemis . Il
marqua qu'il l'élevoit dans la
crainte de Dieu , & lui faisoit
enſeigner toutes les Vertus
Royales , & dignes d'un grand
Prince ; aprés quoy il fit ſon
éloge , & dit qu'il avoit toutes
les vertus de ſes anceſtres .
Il ajoûta que quoy qu'il fuſt
encore trop jeune pour gouverner
, cette Election d'un
Succeſſeur à venir eftoit pour
faire éviter à l'empire tous
les troubles qui ont accoutumé
d'arriver dans un interregne
, ainſi que pour empefchertoutes
les entrepriſes des
Ennemis ; que la Bulle d'or
Janvier 1690 . H
170
MER CURE
, que
n'avoit 'preſcrit aucun temps
à l'égard de l'âge , & que
d'ailleurs il ſe trouvoit dans
une ſi parfaite ſanté
moyennant l'aſſiſtance divine
, il pourroit ſe charger du
ſoin des affaires , du moins
juſqu'à ce que ſon Fils furt
en eſtat de le prendre , & que
s'il plaiſoit à Dieu de diſpoſer
de ſa perſonne avant ce temps
là , les Electeurs pourroient
ordonner de l'adminiſtration
par interim , de la maniere
qu'ils croiroient la plus conforme
à la Bulle d'or & à leurs
droits,& pour le bien du ſaint
Empire. Il conclut en faiſant
voir queles guerres civiles &
externes, dont il avoit ſupporté
les charges pendant ſon regne
, & qui luy avoient couté
beaucoup de ſoins & de peiGALANT
. 171
nes,devoient luy faire eſperer
qu'avant ſon depart pour les
Pays hereditaires , on éliroit
& couronnereit ſon Fils Roy
des Romains .
Les Electeurs ayant deliberé
ſur la propoſition de l'Em-
-pereur, firent felon l'uſage une
réponſe par écrit , & fixerent
le jour de l'Election ,& meſme
celuy du Couronnement , ce
qui eſtoit aſſez declarer que
le Roy de Hongrie devoit être
éleu Roy des Romains.
,
tou.
Comme il y avoit longtemps
que l'empereur avoit
refolu de faire le Prince fon
fils Roy des Romains
tes les raiſons auſſi fauſſes que
ſpecieuſes dont ſon diſcours
fut rempli , avoient eſté dites
aux Electeurs avant que
Sa Majesté Imperiale ſe com
H 2
172 MERCVRE
miſt à leur demander particulierement
leurs fuffrages .
Cette affaire eſtoit un ouvrage
de Cabinet . Elle coute une
partie du ſang qui s'eſt répandu
en Europe depuis deux
ans ; & fi on l'examine de prés,
on trouvera que tout ce que
la religion Catholique y
fouffre ; & la ruine de cette
mefme Religion en Angleterre.
, viennent en partie da
deſſein qu'avoit formé l'Empereur
de faire réuffir cette
Election , puis que ſans les
veuës qu'il avoit pour y par.
venir , il n'auroit pas confenty
à l'invaſion du Prince d'Orange.
Mais il eſtoit bien aiſe
d'engager une guerre qui put
le rendre plus puiſſant & plus
recommandable ,& qui abaif.
faſten meſme temps la Fran
GALANT. 173
6
ce , afin d'eſtre plus en eſtac
de demander l'Election du
Roy de Hongrie ſon Fils , en
alleguant , comme il a fait
qu'il foutenoit la guerre
contre les Turcs & contre
la France. Il vouloit auſſi que
Je Prince Clement fuſt Electeur
de Cologne , afin d'avoir
ſa voix ,& il apprchendoit
qu'en pleine Paix , les
Electeurs dont les Etats font
proches des Terres de France,
neluy fuſſent pas favorables ,
& ne refuſaſſent leur voix
pour élire ſon Fils Roy des
Romains , furce qu'il ne pouvoit
eſtre juſtement élu , puis
qu'il n'eſt pas en âge de gouverner.
L'Empereur dit que
la Bulle d'or ne preſcrit point
d'âge. J'en demeure d'accord ,
mais ſi elle n'en preſcrit
H 3
174 MERCURE
point , c'eſt ſeulement parce
qu'il y a de certaines choſes
dont on ne parle jamais lors .
qu'il eſt notoirement viſible
qu'elles ne ſe doivent point
faire . L'élection d'un jeune.
Roy des Romains eſt de cette
nature. Il eſt à l'Empire ce
qu'eſt un Coadjuteur à un
Evefque ; & perſonne n'ignoreque
fi un Eveſque qui auroit:
un Coadjuteur incapable de
faire les fonctions Epifcopales
, venoit à mourir , il ſeroit
abſolument neceſſaire -
qu'on nommaſt un autre E
veſque pour les remplir.
L'empereur convient luymeſme
que s'il venoit à mourir
avant que fon Fils fuſt
en âge de ſupporter le poids
des affaires , il faudroit que
l'Empire fuſt gouverné fuiGALANT.
175
vant & de la maniere que les
Electeurs le jugeroient à propos
, & qu'il ne preſſe l'élection
d'un Roy des Romains
que pour empeſcher les defordres
qui pourroient arriver
dans un interregne . Voilà
comme chacun veut ſouvent
que le Public trouve ſon
avantage dans ce qui fait le
ſien particulier. Les deſordres
d'un interregne. ( ſuppoſé
qu'il en arrive ) ne font pas
ſouvent de longue durée , &
ils ceſſent par le choix qu'on
fait d'un homme en âge
de regner ; on s'y trompe
quelquefois , mais enfin , l'autorité
abſoluë qu'il a en
main faiſant ſuivre ſes Commandemens
, le calme ſe rétablit
au lieu qu'une RCgence
durant quelquefois plu-
H4
176 MERCURE
>
on
2
ſieurs années , il en faut plaſieurs
autres pour rétablir lemal
qu'elle a causé à un Etat.
Ainfi nonobſtant toutes les
raiſons de l'empereur
riſque le repos de l'Empire
en éliſant un Roy des ROmains
quil n'eſt pas en âge:
de- gouverner . Lors que l'Empereur
a pretendu qu'on luy
devoit cette grace pouravoir
foutenu la guerre contre les..
Turcs , il n'a pas voulu ſe
ſouvenir , ( & il a cru que des
gens gagnez ne voudroient
pas avoir plus de memoire que
luy ) qu'encore que la Guerre
ſe ſoit faite ſous ſon nom
fon Armée eſtoit neanmoins
compoſée des ſecours de
preſque tous les Princes de
l'Europe , & entretenuë de
leur argent , & de celuy du
2
GALANT.
177
-
Pape Innocent XI. Perſonne
n'ignore que la premiere Nobleſſe
de France s'y eſt trouvée
& diftinguée , & que les
Miniſtres meſmes y avoient
leurs enfans , ce qui marque
queny le Roy , by ſon Confeil
, n'ont jamais eu de mauvaiſes
intentions contre l'Empire.
comme l'empereur a
voulu le faire voir ; mais il
avoit ſon but , & il eſtoit
neceſſaire qu'on le cruſt pour
s'unir contre la France
pour rendre Sa Majesté Imperiale
plus puiſſante , parce
que lors que l'Allemagne eſt
armée , l'Empereur à l'avantage
d'en eſtre le Chef. Ce
n'eſt pas que celuy qui regne
aujourd'huy ait jamais monté
à cheval pour ſe mettre à la
reſte de ſes Troupes , ny qu'il
H
&
178
MERCVRE
ait jamais fait un pas vers le
peril , de forte que n'eſtane
point uſe par les fatigues ,
ila eu raiſon de dire qu'on
pouvoit élire le Prince fon
Fils Roy des Romains , parce
qu'il ſe ſentoit une ſanté af
fez parfaite pour vivre encore
long- temps ...
A l'égard de ce que l'Empereur
a allegué , que le Roy
Tres Chreftien vouloit mettre
l'Empire dans ſa Maiſon,
je ne croy pasque l'on ait jamais
rien dit de ſi peu vrayſemblable
, ny qui ait dû faire
moins d'impreſſion ſur l'eſprit :
des Electeurs , qui ſçavent le
contraire , & que dans la derniere
Election , la pluſpart de
ees Princes prefférent le Roy
de l'accepter , quoy que S. M.
n'y voulut point entendre. Ons
GALANT.
179
fçait qu'Elle fut en pouvoir
d'en diſpoſer en faveur de qui
il luyauroitpleu , & que l'Empereur
à preſent regnant ne
feroit pas parvenu à cette Dignité
ſi Elle n'y euſt conſenty.
On ſçait meſme qu'un Eleteur
refuſa ſon conſentement
pour eſtre élu , & que les
Electeurs qui ne font pas d'Egliſe
aiment mieux un Electorat
qui eſt hereditaire dans
leur Maiſon , que le vain titre
d'Empereur. L'Empire hors de
la Maiſon d'Auſtriche c'eſt un
corps ſans ame. Son Siege n'eſt
pointà Vienne , qui eſt laCapitale
de cet Archiduché. A
peine a- t-il une demeure , &
des Sujets , & tout ce qu'il a
confiſte en vains titres. Il n'ade
Troupes que quand chacun
luy en preſte ,&c'eſt l'Armée
H6
:
1
180 MERCURE
de l'Empire , & non pas de
l'empereur. S'il a aujourd'huy
douze ou quinze mille hommes
qui dependent de luy ,
c'eſt que la Hongriela Boheme
, &l'Auſtricheluy ont donné
moyen d'entretenir ce petit
Corps. Toutes ces choſes font
voir clairementque le Roy n'a
jamais brigué Empire . Quelle
apparence qu'il euſt fait des
démarches pour ce rien pompeux
, puis qu'aucundes Electeurs
ne voudroit changer
fon Electorat contre l'Empire ?
L'Empereur qui s'en accommode
mieux qu'un autre, par
les raiſonsqueje viens dedire,
eſtbienheureux que les cabales
qu'il ſuppoſe à la France,
luy ſervent de moyens pour le
faire tomber au Roy de Hongrie
ſon Fils aprés ſa mort, & -
:
GALANT. 181
هژو
il doit avoüer que la France
luy eſt utile , lors meſme qu'il
la décrie. Il le fait non ſeulement
par cette raiſon , mais
parce qu'il eſt ordinaire aux
Souverains de décrier la conduite
de ceuxqui ſont dans un
degré de gloire & d'élevation
où ils fentent bien qu'ils ne
peuvent arriver. Ainſi le difcours
de l'Empereur a eu plufieurs
fins , lors qu'il a dit que
leRoy troubloittoutes lesDietes
, & qu'il vouloit mettre
l'Empire dans ſa Maiſon ; &
il a fait donner la Couronne
des Romains à ſon Fils , pour
arreſter les pretentions de la
France qui n'y penſoit pas.
Ha voulu aufi ; luy faire un
crime de ce qu'elle eſt armée
en temps de Paix, & que l'Em--
pire ne l'eſt pas , comme fi
182 MERCVRE
l'Empire , qui a peu de Trou
pes , parce qu'il a peu de Pla--
ces à garder , faifoit que la
France fuſt criminelle d'en
avoir en temps de Paix , pour
fervir de Garnisons au grand
nombre de Places fortes qui
font ſa gloire & ſa ſeurete.
Je pourrois encore alleguer
que toute l'Allemagne a tou
jours vû à regret l'Empire
dans la Maiſon d'Auſtriche
parce que toutes les fois que
cette Maiſor s'eſt trouvée
puiſſante , elle a pied à pied
enfraint toutes les Conſtitutions
de l'Empire. C'eſt ce qui
fut cauſe qu'il ne pouvoit ſe
refoudre à l'élection del'Empereur
qui regne aujourd'huys >
&qu'il n'y confentitqu'à certaines
conditions , que le Roy
deHongrie ( c'eſtois la quali
GALANT. 183
te que Sa Maieſté Imperiale
avoit alors ) jura d'obſerver ,
& dont pas une n'eſt obſervée
aujourd huy . Cela eſt de fait ,
il n'y a qu'à voir ce qui a eſté
arreſté à la Diette de ſon éle-
Aion ,& la maniere dont ila
gouverné , pour eſtre convaincu
que celuy qui fait fi
grand bruit , en reprochant :
aux autres de manquer de parole
,n'a pas garde un moment
celle qu'il a donnée en recevant
l'Empire , n'ayant pas
ſeulement obſervé la moin--
dre choſe de tout ce qu'il
avoit juré. Cela auroit pu
empefcher le Prince ſon Fils
de luy fucceder ; mais les
Electeurs ſe ſont trouvez à fa
devotion , parce que l'un eft:
fon Beau pere , & l'autre fon
Gendre ; & qu'il a fait don
184 MER CURE
ner des Bulles d'un autre
electorat contre tout droit &
raiſon au frere de ce Gendre ,
quoy qu'il n'euſt ny l'âge , ny
la vocation, ny la pluralité des
voix. A l'égard des Electeurs
voiſins des Terres de France,
il a fait en forte que la Guerre
s'engageaſt avec cette Couronne
, à cauſe qu'il eſtoit impoſſible
que les Etats de ces
Electeurs ne s'en reſſentiſſent,
&il leur a en meſme temps
offert du ſecours contre la
France. Cela eſt ſi vray , qu'il
n'a fait le ſiege de Mayence,
qu'à condition que l'Electeur
donneroit ſa voix au Roy de
Hongrie pour eſtre élu Roy
des Romains ; mais il auroit
fait plus de plaifir aux Electeurs
, de ne point, engager
cene guerre', puis que curs
6
GALANT. 185
Sy
Etats n'auroient pas eſté deſolez
par les Troupes des
deux partis. Il vouloit conſerver
l'Empire dans ſa Mai.
fon , & il a tout facrifié , & la
Religion meſme pour venir à
bout de ce deſſein .
Je vous appris dans le mois
de Juin dernier , combien l'élection
de Madame de la Terriere
pour Superieure duConvent
de ſainte Marie de Villefranche
en Beaujollois , avoit
cauſé de joye à cette Communauté
, ainſi qu'à toute la Ville
; mais les felicitez de ce
monde ſont ſujettes aux changemens
les plus impréveus.
Ce Monastere qui recevoit
tous les avantages qu'il pouvoit
attendre du gouvernement
de cette digne Superieure
, eſt preſentement dans
186 MERCVRE
دa
les regrets de ſa mort. L'atta
chement que toutes les Religieuſes
avoient pour elle
bien paru par les Prieres publiques
,& par les voeux qu'-
elles ont faits pour ſa gueriſon
pendant tout le temps de ſa
maladie , & depuis ſa mort la
veneration que l'on conſerve
pour ſa memoire dans ce Monaſtere
, eſt une preuve écla
tante de l'eſtime qu'on faiſoit
de ſa vertu .La douleur de cer
te perte n'a pas eſté ſeulement
renfermée dans l'enclos des
murailles du Convent ; elle
s'eſt répandue dans la Ville
de Villefranche ,& dans toute
la Province,où cette Dame eft
regretée generalement.
Voicyles noms de quelques
autres perſonnes confidera--
GALANT.
187
م
bles,mortes icy depuis maderniere
Lettre ..
Meffire Pierre Halle,Profef
ſeur du Roy , Docteur, Regent
& Sindic de la Faculté des
Droits en l'Univerſité de Paris
. Il eſtoit âgé de ſoixante &
dix-huit ans ,& en avoit employé
la plus grande partie
dans l'exercice de ſa. Profeffion.
Il s'appliquoit particulierement
à l'inſtruction des pau
vres Ecoliers ,quilaidoit à fai
re ſubſiſter & étudier.
Dame Marie-Françoiſe de
Moucy. Elle estoit Femme de
Meffire Pierre - Antoine de
Gaſtagnere de Chasteauneuf ,
Seigneur de Marolles , Conſeiller
au Parlement de Paris ,
&Ambaſſadeur Extraordinaire
de Sa Majeſté àla Porte .
Meffire Nicolas de Jaſſault, 3
188 MERCURE
Seigneur d'Arquinvilliers,Ri
chebourg, dù Gué & dela Lan
de,Doyen des Maîtres des Requeſtes
. Mr d'Arquinvilliers
ſon Pere , avoit épousé Jeanne
Tristan , defcenduë des Familles
des Triſtan,Morely,de Tarenne
& Poncet. Il laiſſe un
Fils , qui eſt Meſſfire Jean de
Jaffault, Seigneur d'Arquinvilliers,
Maiſtre des Requeſtes,&
auparavant Conſeiller en la
Cour des Aydes .
Dame Marie Mandat. Elle
eſtoit Veuve de Meſſire Antoine
le Fevre , Seigneur de la
Barre , Lieutenant General
des Armées du Roy. La Famille
dés le Févre de la Barre, a
donné des Maiſtres des Requeſtes
, Confeillers au Parlement,
& Prevoſt des Marchands a
Paris . Celle de Mandat a auffi
GALANT. 189
donné divers Officiers au Parlement
, Chambre des Comp.
tes , & autres Compagnies de
Paris ,&de Capitaines , aux
Gardes.
Dame Marie Louvet. Elle
eſtoit Veuve de Meſſire Henry
de Sallant , Marquis de
Bouront.
Mr. François d'Agueſſeau,
receu Secretaire du Roy en
1674. Il eſtoit Fils de Mr d'Agueffean
, Maistre des Compres,
d'une famille dont il ya
eu pluſieurs Conſeillers aux
Compagnies Superieures . Elle
a pour Chef Mefire Henry
d'Agueſſean , Conſeiller d'Etat
, cy devant Maistre des
Requeftes, Preſident au grand
Conſeil , & auparavant Conſeiller
au parlement de Mets.
Mr d'Agueſſeau quivient de
190
MERCVRE
mourir a deux Soeurs de fon
nom ; l'une mariée à Mr Je
Marquis de Saint Remy , de
L'illuſtre Maiſon de Conflans
,
Vicomte
en Champagne
d'Auchy , & Marquis d'Armantieres
, qui a donné des
Maréchaux de France , Chevaliers
des Ordres du Roy ,
Gouverneurs de Villes , &
autres perſonnes ſignalées
dans les armes . Son autre
Soeura eſté mariée en la Maiſon
de Marigay. Madame ſa
Mere , qui eſtoit de la Famille
des Gouter, Vicomtes de Soudé
en Champagne , eſtant
Veuve de Mr d'Agueſſeau ,
Maiſtre des Comptes , épouſa
en ſecondes Nôces Mr Poitevin
, premier Preſident en la
Cour des Monnoyes , dont
eſt venuë Madame Berault ,
GALANT. 191
Femme du Treſorier de Fran
ce ; & en troisièmes Noces
elle épouſa Mr de S. Genis ,
Maistre des Comptes , dont
font venus Mr de S. Genis.,
cy-devant Conſeiller au Parlement
, & Mr de S. Genis ,
Seigneur de Villante & de la
Ferriere.
Meſſire Antoine Faure, Prêtre
, Docteur en Theologie de
la Faculté de Paris . Il eſtoit
Prevoſt & Chanoine de l'egliſede
Reims . On le confultoit
comme l'un des plus ſçavans
Theologiens de ce temps.
Je vous ay fait une ample
deſcription de ce qui ſe paſſa
l'Eſté dernier alHoſtel de Ville
, lors que Meſſieurs les Prevoſt
des Marchands & Echevins
de Paris firent poſer la
Statuëdu Roy , qu'ils avoient
19.2 MERCURE
fait faire en bronze. Elle est
dans une niche dans le fond
de la court de cet Hoſtel. le ne
vous la décris point parce
qu'elle ſe voit avec tous les
ornemens qui l'accompagnent,
dans l'eſtampe dont j'ay à
vous parler,que vous ne manguerez
pas de voir dans voſtre
Province , chacun eſtant bienaiſe
d'avoir cette Eſtampe , à
cauſe que les principales actions
du regne de Sa Majesté
s'y remarquent tout d'une
veuë . Cet Ouvrage eſt dûau
Genie de M. Beaufire , Architeête
de la Ville , qui voyant
que la graveure ne pouvoit repreſenter
toutes les actions qui
fontgravées autour de la court
fur des tables de Marbre , en a
orné le fond dans ſon Estampe
de quatre grandes colomnes,
autour
GALANT. 193
autour deſquelles, à la maniere
des Romains , qui en éleverent
de ſemblables aux Empereurs
Trajan & Antonin , il
a figuré tout ce que le Roy a
fait de plus remarquable , ce
qui rend l'Eſtampe agreable à
la veuë , utile & hiſtorique.
Elle a eſté gravée par Mr le
Paurre , qui s'entend parfaitementbien
à ces fortes de chofes
; & elle ſe vend chez Mr
Beaufire , ruëdu Mouceau S.
Gervais. Cette Eſtampe fut
preſentée à Sa Majesté le premier
jour de l'année.
Vous me mandez que le
Livre intitulé , Reflexions Morales
pour les personnes engagéés
dans les Affaires qui veulent viure
chrestiennement , c'eſt à dire,
pour les Intendans des grandes
Maiſons , Procureurs , AIanvier
1690. I
194
MERCURE
:
au
vocats, Notaires,Huiffiers &c .
porte un titre qui ne promet
pas autant de ſatyre que l'on y
en trouve. Je ne ſçay ſi l'on
peut appeller fatyre les remontrances
qu'on fait d'une
maniere douce & honneſte , à
ceux qui font atteints dequel.
ques vices , ſur tout quand ces
vices ſont prejudiciables
prochain. Je trouve au contraire
que ce font d'utiles &
charitables remontrances pour
empeſcher qu'ils n'y tombent,
&des avis à ceuxqui en ſouf.
frent , qui leur donnent lieu
de ſe garantir de beaucoup de
furpriſes, pour ne pas dire friponneries,
qui les ruinent fouvent.
Je demeure d'accord
qu'on voit dans ce Livre
beaucoup plus de tours d'adreſſe
des Procureurs qui venGALANT.
r.495
:
lent gagner , que dans la Comedie
de Grapinian , & que
chaque Plaideur devroit en
faire ſon Livre favory pour le
lire à tous momens , afin de
l'apprendre en quelque forte
par coeur. Ses Procés luy coûteroient
moins , & avance.
roient plus. Les grands Seigneurs
devroient faire la mefme
choſe à l'égard de l'article
des Intendans , & chacun devroit
à l'égard des autres profeſſions
, examiner les détours
de ceux qui les profeſſent , &
qui font marquez dans le Livre
, ſuivant qu'ils ont affaire
àeux. Loin que ces fortes d'Ecrits
choquent les honneſtes
gensd'une profeſſion , ils doivent
leur faire beaucoup de
plaifir, puis qu'ils fervent à les
faire distinguer. En effet il n'y
I 2
196
MERCVRE
a point de profeſſion qui ne
ſoit bonne en ſoy eſtant établie
, & autorisée par les Loix,
& qui ne ſoit jugée neceſſaire
au bien public. Ainfilors que
ceux qui la profeſſent uſent
mal de leur employ,les défauts
ſont des Particuliers,& non de
la profeffion .
Le Pere Coronelli vient de
mettre au jour une Carte de
l'Afie.Elle a paru fort curieuſe
aux perſonnes ſçavantes ,& un
François , Amy de ce pere , y
amis tout ce qu'il y a de plus
confiderable dans les Relations
les plus nouvelles & les
plus certaines , & entr'autres
celles des peres Grueber , &
Kircher leſuites , & celles de
Mrs Thevenot , Tavernier ,
Bernier , Nikipoſa , Cautel
& de quelques autres. Il y a
GALANT.
197
quelques années que l'on vit
entre les mains des Curieux
le Voyage du Sr Nikipoſa ,
Moſcovite , depuis Moſcovv
Capitalede Moſcovie , jufqu'à
Pekim , Capitale de la
Chine , au travers de la Tarrarie
ſeptentrionale ou Mofcovite.
Cette Relation fut
imprimée dans le Mercure
Galant de Septempre 1687 .
On la verra en plan fur cette
Carte , ce qui n'avoit point
encore eſté fait , & lesCurieux
y remarqueront des noms
de Peuples de Villes , de
Rivieres ,&c . juſqu'à preſent
inconnus. Ceux qui avoient
peine à concevoir comment
la Chine continoit avec la
Mofcovie verront cette
difficulté
,
د
nettement développée
ſur cette Carte , puis
j
I3
198 MERCVRE
que les Tartares Orientaux
qui ont conquis la Chine
touchent aux Etats du Czar ,
on Empereur de Mofcovie.
Mr Thevenot qui eſt à la
Bibliotheque du Roy , fit im.
primer en 1681 , le Voyage
d'un Ambaſſadeur que le Czar
de Moſcovic envoya parterre
à laChine l'an 1653. Toute la
route de cet Ambaſſadeur a
eſté miſe auſſi en plan ſur cette
Carte , & entr'autres chofes
l'on y remarquera le long cours
de la Riviere d'Irtik . dont
juſqu'àpreſenton n'avoit connu
que peu de chofe , & les.
noms des Principautez & des
Villes qui ſont deſſus ou aux
environs , n'avoient eſté mis
fur aucune Carte. Le reſte de
la Tartarie a eſté pris ſur les
Voyages du Pere Grueber
GALANT.
199
&de quelques autres leſuites,
qui ont eſté recüeillis par le
Pere Kircher de la mesme
Compagnie , & par Mr Thevenot
, dont l'érudition eſt
fi connue , ce qui luy a fait
meriter la place qu'il occupe
fi dignement à la Bibliotheque
du Roy. Quoy que le
Royaume de la Chine ſoit
preſentement plus connu que
jamais ; on n'a pas laiſſé de
trouver quelques corrections
à y faire. Le Pere Coupler ,
Jeſuite , a fait corriger divers
noms qui estoient mal écrits
ſelon la prononciation Chinoiſe
; les autres Relations
nous ont fait connoiſtre que
la muraille de la Chine ne
defcendoit pas affez au Sud-
Queſt & l'on voit par là
que ce n'eſtoit point une
14
200 MERCURE
hyperbole extravagante , lors
que l'on a dit que la Chine
eſtoit ſemblable à une grande
Ville qui d'une part eſtoit
entourée de la Mer & de
l'autre , eſtoit deffenduë par
une muraille & par les Montagnes
, ce qui devoit mettre
ce Royaume en ſeureté con.
tre les Peuples voiſins , ſans
la trahiſon de quelques Chinois
. L'on a donné le nom
d'Empire des Tartares Chinois ...
non ſeulement au Royaume
de la Chine , mais encore aux
Tartares Orientaux,parce que
tout cela enfemble ne fait plus
qu'une feule Monarchie compoſée
de Tartares & de Chinois
, l'on a mis les Tartares
les premiers , parce qu'ils ont
vaincu les Chinois , & que
ce font des Empereurs TartaGALANT.
201
res'qui font les maiſtres de ce
grand Etat. On peut voir
le détail des Conqueſtes des
Tartares dans l'histoire que
le Pered'Orleans , Jeſuites.en
a fait imprimer depuis quelques
années , L'Empire da
Mogol eft diviſé non ſeulement
en Provinces , mais encore
en Gouvernemens , dont
il y en a quelques - uns qui
comprennent plufieurs Provinces.
Cela n'avoit point
encore eſté remarqué ſur les
Cartes , & c'eſt de Monfieur
Bernier & des Voyages de
fou Monfieur Thévenor que
cette diviſion a eſté tirée. La
Perſe eſt priſe des Relations
d'Olearius , & de Monfieur
Tavernier. L'on y remarque .
ra divers noms anciens de
5
Provinces , comme Medie .
LS
202 MERCURE
*८
Hyrcanie, Parthie , &c. On les
a mis exprés , parce que l'on
a remarqué queles Voyageurs
s'en fervent communément
& que ces noms font plus
connus que les Modernes ,,
qui ne font preſque en uſage
que parmy les gens du Païs..
Pour fatisfaire entierement
les Curieux , ont a mis les
noms Modernes & les Anciens
aux endroits où ils
devoient eſtre placez ; mais
les Anciens font marquez
d'une étoile , ce qui a déja
eſté obſervé ſur la pluſpart
des Cartes qui ont paru ſous
le nom da Pere Coronelli ,
& qui ont efſté gravées à
Paris chez le Sicur Jean- Baptiſte
Nolin , fur le Quay de
l'Horloge du Palais , au coin
de la ruë de Harlay , a l'Eng
>
GALANT.
203
ſeigne de la Place des Victoires..
, de la
Je vous parlay le mois paffé
du mariage de Monfieur le
Comte de Brionne , & vous
dis qu'il avoit épousé Mademoiselle
d'Epinay
Maiſon de Saint Luc , j'avois
eſté mal inſtruit , puis que
cette Dame eſt de celle des
Marquis Sires d'epinay-Duretal
de Bretagne. Il n'y en a
point de plus ancienne , &
l'on peut dire qu'elle eſt de
temps immemorial. Tout ce
que l'on peut fouhaiter pour
l'éclat des grandes Maiſons
ſe trouve dans celle-là. Il y
a eu des Cardinaux , & des
perſonnes d'un merite fingulier
, revêtuës de toutes les
plus hautes dignitez de l'Eglife.
On yavû deuxGrands
16.
204 MERCURE
Maiſtres , un Grand Chambellan
, & pluſieurs Chambellans
ordinaires des Ducs
de Bretagne & des Rois
de France , des Ambaſſadeurs
Extraordinaires , & des Che- *
valiers des Ordres du Roy ...
On a remarqué que tous ceux
qui font de cette Maifon ont
toujours été attachez à la ReligionCatholique,&
à leurs Souverains
, & que pluſieurs ont
combattu pour le Saint Siege,
&contre les Heretiques. La
qualité de Sire qui n'a jamais
eſté donné qu'aux Grands de
Bretagne , eſt depuis plus de
quatre cens ans dans cette
Maiſon , qui eſt alliée à ce
qu'il y a de plus illuſtre dans
le Royaume , & qui l'a eſté
aux Princes du Sang. Elle eſt
tres - riche,&poffede pluſieurs
GALANT.
205
Marquiſats , Comtez , Vicomtez
, & Baronnies , & entre
autres le Marquiſat d'Epinay ,
&la Comté du Retal. Alain
Sire d'Epinay , alla à la Terre-
Sainte avec Saint Loüis,quoy
qu'il cuſt déja fait une fois
ce voyage. Le Cardinal d'Epinay
, Archeveſque de Bordeaux
& de Lion , fut enterre
aux Celeſtins de Parisen 15005
Cette Maiſon porte d'argent
au Lion coupé de gueule & de
finople , arme & lampaſsé d'or.
La grande alliance qu'elle
vient de faire avec celle de
Lorraine en augmentera en.
core le lustre . le ne vous
dis rien de la Maiſon de
Lorraine , y a - t il quelqu'un
qui ne la connoiffe pas ?
Ce mariage a eſté ſuivy
d'un autre qui a fait quitter
106 MERCURE
le nom de Chevalier à Mr de
Tourville . Il a épousé la Fille
de Mr Laugeois , Seigneur
d'Imbercourt, qui eſtoit Veuvede
Mr de la Popeliniere ,
dont la Mere eſtoit Sooeur de
Madame Colbert & de Mr le
Charon , Marquis de Menars ,
Intendant de la Generalité de
Paris. Cette Veuve a beau-..
coup d'eſprit , de merite &
de bien . Mr de Tourville ſe
nomme Anne Hilarion de
Cotentin ; il eſt Vice- Amiral
de France dans les Mers du
Levant , & Fils de Meſſire
Cefar de Cotentin, Chevaliers
Comte de Tourville , Maré--
chal des Camps & Armées
du Roy , & premier Gentildomme
de la Chambre de feu
Monfieur le Prince. On faic
defcendre cette Maiſon des
1
GALANT.
207
anciens Comtes de Cotentin ,
en baffe Normandie , où elle
a encore la Terre de Tourville.
Elle porte le nom & les
Armes du Comté de Cotentin.
Les Comtes de Tourville
ont toujours eſté fort attachez
an fervice du Roy dans les
Guerres Civiles & de Religion
qui ont agité la Norman---
die . La Mere de Mr de Tourville
eſt de la Maiſon de la
Rochefoucault de la branche
des Montandres. Elle a eſté
Dame d'honneur de Madame
la princeſſe.
Pendant que plus de vinge
puiſſances fouveraines liguées
contre la France font en mouvement
, que l'on tient par
tout des Affemblées, & que la
pluſpart accablent leurs Sujets
d'impoſts , tout eft tranquille
1
208 MERCURE
en ce Royaume,tout y marche
d'un pas égal , & l'on prend les..
divertiſſemens de la ſaiſfon à
Paris& à Versailles , de la maniere
qu'on a toujours fait. Le
Roy a donné à ſon ordinaire
de magnifiques repas depuis
que le Carnaval eſt ouvert , &
l'on n'a paſſé aucune foirée à
Verſailles ſans qu'il y euſt :
quelque Maſcarade , ou quelque
autre divertiſſemet.Monſeigneur
le Dauphin eſt auſſi
venu pluſieurs fois prendre
celuy du Bal à paris , & ce
Prince s'eſtant extremement :
diverty au premier que luy
donna Monfieur , a ſouhaité
que Son Alteffe Royale luy
en donna un ſecond..
: Je vous envoye la Liste des
vaiſſeaux Ennemis qui ont
2
GALANT. 209
peri pendant la derniere tempeſte.
Les chiffres marquentle
nombre des Canons .
A la Rade de Plimouth...
L'Henriette..
Un Hollandois .
Le Centurion .
62
70
48
Le Charles François de Saint
Malo , qui avoit eſté pris
par les Anglois..
La Fleur de Blé, qui avoit eſté
pris en allant en Irlande. 10
Deux Brulots Anglois.
Le Marchand de Turquie, de
Londres. 44
Une Caïque chargée d'Eau-
Dans la Tamise.
devie.
Le S. Denis . 70
APorsmouth:
Le S.David. 54
210 MERCVRE
Le Vice- Amaral de Zelan
de 80
Un Holandois , ſur la pointe
dePortelant,
Une Caïque Angloiſe
Virginie.
65
, de
La Nouvelle de la perte de
ces Vaiſſeauxa eſté ſuivie de
pluſieurs Lettres , qui portent
que quantité d'autres ontperi,
& que d'environ cent Vaifſeaux
Marchands qui eſtorent
à l'emboucheure de la Ta
miſe , plus de cinquante ont
eſté emportez par la tempeſté.
Les Hollandois en ont
auſſi perdu confiderablement
&l'on ne vit le long des Coſtes
de France , aprés l'orage
de la nuitdu 21. au 22. de ce
mois que des debris de
Vaiſſeaux & des corps flotans.
Il faut du temps pour
,
GALANT. 21
déveloper la verité des ravages
cauſez par cette tempeſte;
ils peuvent eſtre plus ou
moins confiderables qu'on ne
les a faits : j'entens à l'égard
des Vaiſſeaux Marchands
car je ne doute point que la
perte des Vaiſſeaux dont je
vous ay envoyé la Liſte ,ne
foit veritable ..
9%
Peu de Perſonnes ont exe
pliquél'Enigme ſur le Souflet
qui en eſtoit le vray mot..
Ceux qui l'ont trouvé , ſont
Mrs du Val de S. Germain en
Laye ; Hongnant ; Grouteau
V. D. S. N. de Blois ; C Hurtuge
d'Orleans ; Mrde Vallay
deDinan en Bretagne ; Mademoiselle
Bailly de la Corſeille
, ruë du petit.Mufc , &
Lifette de la cour de Saint
Eloy::
212 MERCURE
L'Enigme nouvelle que je
vous envoye vient de fort
bon, lieu ; elle merite que
vous en faſſfiez part à vos
Amies..
ENIGME .
Ous ſommes deux Saurs de
mesme âge , NO
Qui n'avons rien de differens
Dans noſtre ordinaire usage ,
On nous place toujours en lieu fore
apparent.
Quoy que de bien des gens nous
Secondions l'adreße ,
En commerce amoureux cet usage
estsuspect,
Et malgré d'un Amantleplus profond
respect,
Nous lay nuiſons auprès de Sa
Maistreffe
GALANT . 213
On nous en chaffe artiſtement ,
• Comme estant alors inutiles ;
On nous conferve assezsoigneuse
ment ,
Aufſiſommes nous bienfragiles.
12
Jugezsi nostre fort est doux;
Tels ont des Rois l'entiere confidance,
Qui, dansle Cabinet , ne voyent
qu'avec nous
Les fecrets deplus d'importance.
د
Vous vous connoiſſez fi
bien en Muſique que je
vous vanterois inutilement
*les beautez du ſecond Air
nouveau que vous trouverez
icy
214
MERCVRE

AIR NOUVEAU.
Q
De l'Amour dans un coeur
entrefacilement ;
Als'enfaut bien qu'iln'en forte de
mesme,
Tous parle en vain contre un
Amant.
Quand il faut parle changement.
Se vanger d'un ingrat qu'on
aime..
On éprouve malgrétout ce reſſen.
timent.
Que l'amour dans un coeur entrant
facilement ,
Il s'en faut bien qu'iln'enforte
de mesme.
Mr le Marquis de S. Simon
mourut le 25. de ce mois , en
fon Chaſteau du Pleſſis , dans
IBLIOTH
215
canr
des
DE
LA
crocur
réchal
LYON
de Sa
*
1893
* Coloavarre
:
de Mr
& il
tembre
Cruffol,
ercules
Portes ,
nriette
Portes,
Mr le
Frere.
u d'enqui
eſt
ui doit
: que ſa
me de
ו ס מ ,
214
AI
Q
Ils'enfa
Tous
A
1
Quar
mer
Se v
a
On épro
tim
Que l'ar
faci
Ils'en
d
Mr le
mourut
D du riems , uans
GALANT.
215
+
4
fa quatre vingt dixiéme année.
Il eſtoit Chevalier des
Ordres du Roy , Gouverneur
& Bailly de Senlis , Maréchal
des Camps & Armées de Sa
Majesté , & avoit eſté Coloneldu
Regiment de Navarre:
C'eſtoit le Frere aiſné de Mr
le Duc de S. Simon , & il
avoit épousé le 14. Septembre
1634.Dame Loüiſe de Crufſol ,
Veuve d'Antoine Hercules
de Bados , Marquis de Portes ,
&Mere de Diane Henriette
de Bados,Marquiſe de Portes,
premiere Femme de Mr le
Duc de S. Simon ſon Frere .
Ce Marquis n'a pointeu d'enfans
de ſa Femme qui eſt
encore vivante , & qui doit
eſtre fort âgée , puis que ſa
Fille premiere Femme de
Mr le Duc de Saint Simon ,
د
,
216 MERCVRE
eſt morte en 1670. âgée de
quarante ans . Je ſuis , Madame
, Voſtre , &c .
FIN
LYONE
1893
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le