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1689, 11 (Lyon)
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EX BIBLIOTHECA
AUGUSTINIANA
LVGDUNENSI


807156
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
NOVEMBRE 16
LYON
VILLE
A LYON ,
_ Chez THOMAS AMAULRY,
au Mercure Galant.
M. DC. LXXXIX.
AVEC PRIVILEGE DU ROY

LIVRES NOUVE AUX
du Moisde Novembre 1689 .
Pences Ingenieures des Anciens & des
Modernes par le Pere Bouhours, 12.Paris
1689.2. liv.
Défence des Nouveaux Chrêtiens & des,
Miſſionnaires de la Chine , du Japon & des
Indes contre deux Livres intitulés la Morale
pratique des Jeſuites & l'Eſpritde M.Arnault:
feconde partie, Paris 1690. 2. liv.
L'on trouve le premier vol. pour le même
prix.
Horaced'Acier avecdes Remarques, tome,
8.9.10.ind.3.vol .Paris 1689.pour 2.1. 5.f.le.
vol. 6.1.15 .
Les7.premiers vol.ſe donnent pour le même
prix 12 .
Premier & ſecond avertiſſement aux Proteſtans
ſur les Lettres du Miniſtre Jurieu contrel'Hiſtoire
des Variations, le Chriftianifme
flétri & le Socinianiſme autoriſé par ce
Miniſtre, par M. Boſſuet, 4. Paris, 1689. 3.1 .
Ettmulerij Opera omnia Medica , folio en
2.vol.qui contient un Corps complet deMedecine
ſuivant l'hypotheſe des Modernes tel
qu'à été Sennert dans celle des Anciens , car il
contientune Téorie & une pratique deMede-
T
2
cine en general , une Hiſtoire finguliere des
maladies des Filles & des Femmes , de celles
desHommes & de celles des Enfans , une
Methode exacte de confulter,appuyée ſur des
cas particuliers , & enfin une Pharmacopéc
Galenique Chymique , avec pluſieurs differtations
& obfervations Medico-phyſiques.
Certe Edition eſt beaucoup plus ample &
plus commode que celles qui ont parujuſques
àpreſent, on y a traduir tous les termes Allemansen
Latin , & expliqué tout au long les
caracteres de Chymic dont ce Livre étoit extrêmement
chargé , & comme ſon ſecond
Volume n'eſt autre choſe qu'un Commentaire
ſur l'Hiſtoire des remedes ſimples de
Schroder ,auſſi bien que ſurla methode avec
laquelle ce meſme Autheur & Morellus ont
enfeigné d'en faire des remedes compofés ,
on a ajoûté le texte de ces deux Auteurs
dans leurs lieux & places : On en a fait de
meſme à l'égard de l'excellente Pharmacopée
de Ludovicus fur laquelle nôtre Autheur
à fait des notes admirables.
Voila engros en quoydiffere cette nouvelle
Edition des precedentes , la Preface
duMedecinagregé , au College de Lyon qui
a eu foinde la diſpoſition de cet Ouvrage
inftruira plus en détail le Lecteur des augmentations
& des changemens qu'il a jugé
àpropos d'y faire. Il eſt en deux gros Volumes
Infolio , il'eſt augmenté de plus de la
moitiéque celuy d'Allemagne qui estoit auffi
endeux volumesinfolio, & le prix fera 18.
liv,relié,
٢٠
MERCURE
GALAN
QUE DE LAV
LYON 5
*1893*
NOVEMBRE 1689.
VOY que les Ennemis
ſe puiffent vanter
d'avoir pris Mayence
& Bonn , ces
deux Places n'eſtant ny Places
fortes, ny de celles que le Roy
veülle garder , on trouvera
en examinant ce qui s'eſt
paſſé depuis l'ouverture de
cetteguerre , que Philifbourg,
Novembre 1689 . A
2 MERCVRE
۱
Place dont tout le monde
connoiſt l'importance , demeure
à Sa Majesté ,& que les
Imperiaux font fort affoiblis
toute leur Infanterie ayant
cſté tuée ou ruinée , outre
pluſieurs milliers de Priſonniers
que nous avous faits fur
eux , & la Ville de Tréves ,
Capitale d'un Electorat, qu'ils
n'ont point encore repriſe.
Ainſi l'on peut dire que Mr
de Hauteville d'Auvergne a
parlé juſte lors qu'il a fait le
Sonnet qui fuit , dans le temps
qu'un ſi grand nombre de
Souverains & de Princes 11-
guez contre nous , ont commencé
à unir leurs forces.
GALANT.
3
SUR LA LIGUE
Des Puiſſances de l'Europe
CONTRE
LOUIS LE GRAND.
A
Voir contre LOVIS ce grand
CorpsGermanique ,
Auftrichiens , Saxons , Brandebourgs,
Bavarois ,
Palatins, Lunebourgs, Lantgraves.
Liegeois ,
La Ville Imperiale avec l'Anfea.
tique,
Le Prince Suedois ,le Tiran Bri..
tannique ,
Az
4
MERCURE
Que diray je encor plus; Espagnols ,
Hollandois ,
Et Rome , qui l'eust cru ?Sejoindre
à tousces Rois .
Pour mieux fortifier leur espoir chi
merique.
Qui ne diroit d'abord , la France
va perir.
Contre tant d'Ennemis quipeut la
Secourir?
LOVISà chacum d'eux va ceder la
Victoire.
Mais tous ces Ennemis ne donnent
point d'effroy ,
LOVI défend afeulſon Empire&
Sag'ore ,
Tant qu'I protegera le Justice&
laFoy.
Il y a des choſes tellement
du temps dans un Diſcours
qui m'eſt tombé depuis peu
GALANT .
5
د
&
entre les mains , que je me
croy obligé de vous lenvoyer
. Vous y trouverez des
caracteres bien peints
dont je ne doute point que
vous ne ſoyez contente. Il eſt
de Mr Bifols , Avocat au Parlement
de Rennes & me
,
paroiſt avoir eſté fait à l'occaſion
de quelques Pretendus
Reformez opiniaſtres , qui
ayant eſté prendre party dans
les Pays Etrangers ; pour continuer
à profeſſer leur Religion
, ont enfin reconnu l'erreur
où les avoit engagez le
malheur de leur naiſſance , &
font revenus joüir de la grace
qu'il plaiſt au Roy d'accorder
à tous ceux de cette Secte
qui rentrent dans leur devoir.
en les remettant dans la poſ.
feffion de leurs biens. L'Au
A 3
6 MERCURE .
teur les appelle Supplians en
parlant pour eux aux Juges ,
devant qui ils viennent ſe
preſenter , afin qu'ils prononcent
ſur leur rétabliſſement.
MESSIEURS,
Ilsemble d'abord que le mé.
chant n'a rien à craindre ,
que l'homme de bien doit tout
apprehender. Lepremier ne voit
dans le party opposé que les gens
d'honneur, incapables de nuire à
personne , & le second a contre
luy tous les Selerats , ennemis
de la vertu & du Vertueux.
Cependant l'homme de bien eft
affeuré, qui fortis eſt, idem eſt
fidens ; & l'effet de la bonne
conscience est tel que l'innocent
dans le peril mesme , ne craint
vien , & que le criminel dans
1
GALANT.
7
une feureté presque entiere s'éfraye
de tout. Le Tiran de Syracufe
est fameux par l'Histoire
Grecque & parles Auteurs La -
sins. Il estoit instruit dans les plus
belles connoiſſances reglé
danssa maniere de vivre , hardy
pour entreprendre , & artificieux
-pour executer. Sa naissance , au
rapport de Ciceron , estoit illustre ,
foit pour la qualité , foit pour les
moeurs de ſes Ayeux. Il ne manquoit
ny de Parens ny d'Amis ;
il dominoitfur une belle & puiffante
Ville , mais il eſtoit fouverainement
injuste & malfaisant.
Son naturel l'avoit conduit à
L'usurpation ; cette ufurpation
faifoit son crime & ce crime
l'empefchoit de jouir de tant d'avantages
& l'épouvantoit continuellement.
Il se défioit de ceux
mesmes qui l'avoient élevé fur
A 4
8 MERCURE
le Thône , & avoit donné la gard
de ſa perſonne à des Etrangers , à
des Esclaves , qui profitant de fa
tirannie n'avoient garde de la
renverfer. Il se precautionnoit
avec des inquietudes sans pareilles
contre ses propres Fem.
mes , & avoit environné fon lit
d'un foßé profond. Il y entroit
par un Pont mouvant qu'il détournoit
luy mesme après s'estre
couché. Enfin , &le Peuple qui
le souffroit & les complices
mefmes de fa faute , luy estoient
également suspects . Le Peuple
ne le voyoit que de loin
s'il échapoit à ſes Confidens quelque
parole qui pust recevoir un
desavantageux , il les faifoit
arrester pour les punir , &
il n'y avoit point de pardon
pour eux. C'est ainsi que le farilege
defir de regner , l'avoit ,
Jens
,
,
نم
GALANT.
9
pour ainsi dire , tres étroitement
emprisonné.
Louis le Grand , Meſſieurs ,
regne sur ses Peuples parle droit
glorieux de ſes Ancestres , par
les voeux de tout son Royaume ,
& par ce grand nombre de qualitez
éclatantes que les Heros
des Siecles paſſez ne nous font
voir en eux tous ensemble que
tres imparfaitement. De là vient
cet accés fi facile de safacrée
Personne cette confiance si en.
tiere en tous ſes Suiets
les hommes. Chacun defire ar
demment de le voir & de le fervir.
Ilhabiteparmy ſon Peuple comme
un Pere dansfa Famille;fes Sujets
fontSagarde Que fi à l'exemple
Saint Louis il en tient de plus prés
autour de luy , c'est plus pour la
Majesté du Thrône que pour le
besoin qu'il en peut avoir. Ces mes-
,
,
en tous
RS
de
10 MERCVRE
mes Gardes dans les conjonctures
font la principale feureté defon
Etat ,&la terreur certaine defes
Ennemis ; tant il est vray que les
regards de ce grand Monarque
inspirent le fentiment du devoir &
le courage pourle conferver. C'est
le falut de fon Peuple qui fait le
continuel exercice de faprudence.
Les bontezqu'il a pour luy l'engagent
sans cesse àfoûtenir les bons
contre les méchans ,&àempescher
que les mechans ne deviennent
capables defeduire les bons. Cependant
par un effet defafage confianse,
ilpardonne toûjours au méchant
quand il redevientbon; au lieu que
le Tiran punit le bon pour cela
mesme qu'il ne veut pas devenir
méchant , & le méchant mesme
n'est pas épargnéfitoft qu'il croit
avoir lieu de craindre qu'il nedesenne
bon. Le Portrait ,Meffieurs.
AGLANT. II
que j'ay fait d'un mal- honnestehomme
ſur le Trône , ne ſe verifie
que trop de nos jours , quand je n'auroispas
l'histoire pour garant dece
que j'en ay dit ; maisle Ciel (&
nous l'en conjurons )y mettracette
notable difference , que si Denis
opprima Siracuſe l'espace de trentehuit
ans , Vodieux furpateur
d'Angleterre fera celuy qu'envis
fageoit le Roy Prophète lors qu'il
difoit , il eſtoit élevé comme
un grand arbre , & voicy , je
n'ay fait que paſſer & il n'eſtoit
plus.
Pour le caractere de l'auguste
Prince qui regne aujourd'huy fur
nous , il est bien autrement gravé
dans vos coeurs quemarqué par mes
discours. Celuy de tous les hommes
quifuit de plus prés fes exemples ,
qui imite de mieux ſes actions ; ce
Roy (i digne de faprotection puif-
A6
12 MERCURE
Sante,la Reinefa Femme ,le Prin
cefon Fils , en inſtruisentpar leur
experience les plus jaloux de fa
gloire , & leur témoignage fera
comme lefondement inébranlable
de la tradition des Siecles quifui.
vront celuy- cy. Ces Supplians qui..
pour la gloire de Dieu estoient
aveugles dés leurnaiſſance,&qui
par uneffet de cepremier malheur,
avoient quitté depuis, long temps
le fervice de leur Souverain , pour
entrer dans celuy des Etrangers ,
illuminez par les clartez de la
Grace , &redevenus bons Sujetspar
Laclemence de Sa Majesté,beniront
à izmais l'instrument dont. Dieu
s'eſtſervy pour établir leurfelicité..
Ils diront à tous ceux qu'ils rencon
treront , à ceux du Pays,à leurs
Concitoyens , aux Etrangers , com.
bien le Roy est bon, Ils le diront à
leursEnfans !aveccharge de le re
GALANT.
13
dire à leurs petits Fils , afin que la
connoiſſance en paſſe iusqu'àleurs
derniers Neveux . Mais , Messieurs,
fi Diense fert du Roy pour operer
fes merveilles ,le Roy se fers de
vous pour manifesterses graces ,
pour en faire l'application. Delicz
donc , s'il vous plaiſt ,les langues
decesmuets quifont àvos pieds ,&
vous aurez part à leurs benedicti
ons. Iefinis, Mesfieurs , mais auparavant
permettez- moyde me lonër
de mon heureuſe fortune , puisque
c'est laseconde fois que i'ay l'honneur
d'expliquer envoſtre preſence
lespluscherssentimens de mon coeur
& d'exalter devant vous les bienfaits
du Roy , principalement en la
perſonne de ceux qui parsa pieté
font arrivez de leurs incertitudes à
l'aſſeurance de la vraye Foy.
Rien n'eſt au deſſus decelles
de voſtre Sexe ſur quelque
maniere qu'ily ait à pro14
MERCURE
noncer ,& vous en allez eſtre
convaincuë par les Réponſes
queje vous envoye à des Queſtions
ſur l'Ame. Ces Queftions
ont eſté faites à une
jeune Perſonne dont la naiffance
eſt confiderable ,& qui
demeure dans une Province
fort reculée. Elle n'eſt redevable
de ce qu'elle ſçait qu'à
l'elevation d'eſprit que Dieu
luy a donnée , & à la lecture
de quelques livres François
qu'elle a trouvez dans la maifon
de fon Pere. Elle a eſté
engagée dés ſa naiſſance dans
les erreurs de Calvin , & ce n'a
eſté que depuis ces derniers
temps qu'elle les a reconnues..
Elles en eſt parfaitement fortie
, & l'on aſſure qu'il n'y a
point de plus veritable Caholique
dans le Royaume
GALANT .
15
Sa picté eſt égale à ſes lumieres
, & fa modeſtie ne leur
cede point. Ainsi , quoy que
je vous cache ſon nom ; elle
fouffrira peut- eſtre impatiemment
que je vous apprenne
qu'elle eſt de Vitré en Bretagne.
16 MERCVRE
******市本山未来
QVESTIONS
SUR L'AME.
AVEC
LES RE'PONSES.
A MADEMOISELLE...
I. QUESTION.
E vous prie , Mademoiselle ,
de vouloir bien me dire ce
que vous penſez de l'Ame raifonnable.
le ſuis comme perfuadé
contre le ſentiment
commun , qu'il y en a de pluſieurs
eſpeces ; les unes fuperieures
;les autres inferieures,
GALANT.
17
& que cela paroiſt dans les
pensées & dans les inclina
tions differentes des hommes .
Peut- on croire , par exemple ,
en lifant les Ouvrages de Mr
Paſcal , que lame de ce grand
homme fuſt de meſme eſpece
que celle d'un ſtupide Païfan
? On dit ordinairement
quele temperament du corps
& la diverſe diſpoſition de
ſes organes , font toute
difference des operations de
l'Ame ; l'ay peine à le croire.
REPONSE .
la
Puis que vous ne vous rendez
point aux raiſons dont je me suis
Servie , pourmedifpenferderépondre
aux queſtions que vous m'avez
faites , ievous diray , Monsieur , à
l'égard de celle- cy , que ie ne prens
point partyfur ces differensſentimens
, parce que cette matiere eff
18 MERCURE
trop élevée pourmoy , &que ie ne
connois pas affezla nature de noftre
Ame. Ilmesemble cependant qu'on
nesçauroit prouver aisément que ce
que vous pensez ne foit pas vray ,
puis qu'il est difficile de sçavoir
avec certitude si toutes les ames
raisonnables font de mesme espece.
Dieu a pû les créer de differentes
especes , comme il a fait à l'égard
des Intelligences celestes ,dont l'Eglife
croit qu'il y en a de fupericures
& d'inferieures. Ce que vous
alleguez pour prouver quecelaeft
en effet , a quelque apparence ,&
en est peut- estre un effet , plûtost
que de la diverſité des temperamens
,& de la differente difpofition
des organes du corps , comme
pretendentlespartiſans de l'opinion
contraire ; mais aussi , Monsieur,
ceux qui font de ce dernierſentimentpeuvent
l'appuyer de quelques
GALANT. 19
raiſons qui me paroiſſent le rendre
probable. Ils peuvent dire que l'Ecriture
Saintene parle en aucun
Lieu de cette diverſitéd'eſpeces des
Ames raisonnables , & qu'encore
qu'elle nenous diſe pas précisément
qu'iln'y en ait que d'une forte , ) du
moins ie ne me souviens pas de l'y
- avoirveu) ellenous l'infinue pourtant
ennous diſant que Dieu afor
mé d'un seulsang tout le Genre
humain,&nous a tous fait déſcendre
d'un ſeul homme ; car en nous
faisant connoistre parlàque tous les
hommes font de mesme espece à
l'égard d'une des parties qui les
compoſent , elle nous porte à croire
qu'il en est de même à l'égard de
l'autre. On doit pourtant avoüer
quesi desraiſons plus convaincan.
tes prouvent le contraire , ilfaut s'y
rendre. Vous pouvez en avoirque ic
- ne sçay pas , mais ie n'en connois
1
20 MERCURE
aucune, carce quei'ay dit queDien
lepouvoit faire, n'en est pas une ,
puis que Dieu ne fait pas toûjours
tout ce qu'il peut faire ,& que , de
ce qu'une chose peut estre , ce n'est
pas une preuve qu'ellefoit. Vous me
permettrez auffi de vous dire que
la raison que vous apportez pour
prouver que cela est en effet , n'est
pas une preuve bien forte , puis
qu'on y répond en disant que l'on
peut attribuer la differance des operations
des Ames en diverſes per-
Sonnes à la diverse conformation
des organes du corps , & quand
vous dites que vous avez peine à
le croire , c'eſt aſſeurement pour me
donnerſujet de parler , n'estant pas
poffible que vous ignoriez les raiſons
par lesquelles on peut foutenir ce
Sentiment. Ileft certain qu'un home
a lamesme Ame en tous les divers
âges de sa vie ,& quecomme cette
GALANT.
21
Ame ne croift point dans son enfance
, elle ne diminuë point auſſi
dans sa vielleſſe , puis que si cela
estoit,elleferoit composée departies .
Ainfi elle feroit materielle, & non
pas immortelle , & pourroit perir
par le deſaſſemblage de ſes parties;
maispuis que tout le monde demeu
re d'accord que nostre Ameeſtſpirituelle&
immortelle,& quepar con-
Sequent elleneperit ny ne diminuë,
' àquoy artribuera t- on les differentesoperationsd'unemême
Ame dans
les divers âges d'une mesme perſonne
? D'oùvient que dans leplus bas
âgelesEnfasontsipeu de conoiſſan
م ا
S
ce qu'ily a beaucoup de Bestes qui
1 paroiſſent en avoir davantage,ſice
n'est pas un effet de la foibleſſe & de
" l'imperfection des organes de leurs
corps , qui est cauſe que l'Amene
s'en peutfervir pour agir quefort
imparfaitement , aulieuque quand
22 MERCURE
les perſonnesfont arrivéesàunâgé
parfait,dans lequel les organes de
leurs corpsfont parvenus à l'estat
où il faut qu'ils soient pour laiſſer
I'Amedans la libertéde s'en bien
ſervir, on les voit agir avectant
&deſiſeures lumieres ? D'où vient
auſſi que l'on voit de vieilles gens
vetourner comme en enfance,perdre
la raison & la plupart des
connoiſſances qu'ils avoient dans
leur jeuneſſe, quoy qu'ilsfoientdans
un âgeoù l'experience les leur de
vroit avoir beaucoup augmentées ,
ficen'estdu corps , qui eſtant tombé
endécadence , devient incapablede
ferviràl'Amepour agir? Lamefme
choſeſeprouve encorepar l'estat
des Malades en delire ,& des per
fonnes qui ontperdu laraiſon. D'où
leur est venu le changement qu'on
remarque en eux ? Il est évident
Pour lespremiers,que le changemët
GALANT .
23
arrivé à leur corps , est la seule
cauſe de celuy qui paroiſt dans leur
esprit. On peut parler des Seconds
de lamesmeforte. On a veu quelques
perſonnes perdre la raison par
des maladies , & d'autre par des
chagrins &par des peines d'esprit.
qui ayant fait impreſſion ſur le.
corps ,& changé la diſpoſition
ordinaire deſes organes ,semblent
avoir alteré l'esprit , ce qui pourtant
n'estoit pas , comme je croiy
que tout le monde en demeurera
d'accord. Onvoitparcequeieviens
de dire , qu'ila plûà Dieu d'unirſi
étroitement l'Ame avec le corps,
qu'elle ne peut faire aucune action
Sansfonaiderant qu'elleyest ren.
fermée , & qu'elle agit plus ou
moins parfaitement , selon que ses
organes font bien ou mal disposez
pour la fervir dans ſes operations .
Ilme semble que l'on doit conclure
}
24 MER CVRE
de tout cela , que si les differentes
difpofitions des organes du corps
dans les mesmes personnes ,font
capables de mettre de fi grandes
differences dans les operations d'une
mesme Ame , lear diverſe conformation
en diverses personnes, est
auffifort capable de caufer ladif.
ferencequ'onvoit entre les operati
ons de leurs Ames , quelque grande
qu'ellefoit ,&parcille à celle que
vous avez citée de Mr Pafcal&
d'un Paysan stupide. Que si on dit
qu'ileft inutile àce Paysan& ases
Semblables d'avoir autant de lumie.
ves queMr Pascal, puis qu'elles ne
paroiffent pas , &qu'ils nesecon
noiſſent pas eux- mesmes eftre tels
qu'ils font , n'estant pas d'ailleurs
croyable que Dieu, qui est la Sageſſe
mesme, faffe rien d'inutile , on repondra
que Dieu nous a créez pour
le bienſervir en cemonde ,& pour
avoir
GALANT.
25
avoir le bonheur de le poffeder en
l'autre , & non pour philofopher
Subtilement.C'est pourquoyfi les perfonnesstupides
ne font pas capables
de ces dernieres chofes , il ne leur
est pourtant pas inutile d'avoir au .
tant de lumieres qu'en avoit Mr
Pascal , carfi elles ne leur ſervent
pas beaucoup en cette vie , elles
leur ferviront en l'autre , où ils
jouiront de Dieu d'autantpluspar.
faitement , qu'ilsferont plus capas
bles de le connoiſtre , Siln'a pas
permis que la beauté de leur efprit
parust en cette vie , c'eſt que cela ne
leur estoitpas neceſſaire pour faire
Leur salut , qui est la seule chose
absolument neceſſaire. Ainsi
Monsieur quoy que je ne me déterminepas
fur ces diversſentimens ,
d'une maniere que jem'attache à
L'un pour rejetter l'autre abfolu
ment, parce que, comme je l'ay déra
Novembre 1689.
B
د
1
26 MERCURE
dit , il est difficile desçavoir lave
vité là- deſſus , ie ne laiſſe pas de
pancher bien plus du coſté de ce der
nier , à cauſe qu'il me paroist plus
probable que l'autre.
II. QUESTION.
Que pensez - vous , Mademoiselle
, de ce qu'on tient
communement , que l'Ame
eſtant ſeparée du corps , defire
naturellement d'y eſtre
rétinie ? Pour moy ,je conçois
l'eſtat de ſeparation ſi avantageux
àl'Ame , que j'ay peine à
croire qu'elle ait un defir naturel
de s'y réünir . Ce n'eſt done
que pour obeïr à l'ordre de
Dieu , queles Ames bien heureuſes
defirent la refurrection
deleurs corps , & je penſe que
les autres ne la defirent nullement
, quoy qu'elles foient fort
malheureuſes dans l'eſtat de ſeparation
où elles font.
GALANT.
27
REPONSE .
S'il estoit vray , Monsieur , que
Dieu eust creénos ames pour vive
fans corps , ou qu'il ne les cuft en
voyées dans les corps que pour les
punir , comme i'ay entendu dire que
quelques Philosophes l'ont crû
i'estime qu'aprés qu'elles en feroient
Separées , elles ne defireroient point
d'y estre réünies , parce qu'elles
regarderoient cettefeparation com
me leur estat naturel , & l'union
avec le corps comme une fituation
incommode & violente , à laquelle
Dieu les auroit afſuietties enpunition
de leurs pechez ; mais comme
le Chriftianiſme nous apprend que
cette opinion estfort éloignée de la
verité , & que Dieu acreé les Ames
pourvivre avec les corps , il mesem
ble qu'on doit croire qu'en les
yunissant , il leur a donné
une inclination naturelle pour
B2
28 MERCURE
cet effat , qui fait qu'aprés qu'elles
fontfeparées du corps , elles defirent
d'y estreréunie. C'est pourquoy icfuis
perfuadée que les Ames bien-heureuſes
aiment leurs corps,parce qu'-
elles les regardent comme estant en
quelque façon une partie d'ellesmefmes
, à laquelle ellessouhaitent
d'estre véünie , & que ceferoit pour
elles unegrande peine d'en eſtreſeparées
,si la poſſeſſion de Dieu mefme
, qui est leur Souverain Bien ,
me les en confoloit , qu'elles ne les
regardent pas comme des priſons
dans lesquelles eftant de nouveau
renfermées elles ayent moins de
liberté , & foient moins heureuſes
qu'elles nefont , puis qu'ellessçavent
que Dieu en changera les
qualitez ,& qu'après la refurrection
ce neferont plus des corps groſſiers
&pefans ,sujets aux foibleſſes &
auxmiferes de leur conditionpaßée,
GALANT.
29
mais qu'ilsferont changez, comme
dit Saint Paul , qu'iisferont rendus
legers , fubtils, & commeſpirituels ,
qu'ilsferont glorieux & affranchis
pour toûjours des baſſeſſes & des
miferes auſquelles ils avoient efté
aſſujettispar le pechè ,&qu'ainsi
ils n'apporteront nul empefchement
àleur bonheur. Et en effet , Monfieur,
fi les Ames bien- heureuses
ne defirent pas naturellement la
réunion à leur corps , maisfeulement
par foûmiſſion à l'ordre de
Dien , elles ne regardent pas cette
réunion comme unbien pour elles,&م
croyent au contraire , qu'elle diminuera
leur felicité ; mais feroit - il
bien croyable que Dieu qui a tant
d'amour pour les Amesbien- heureu-
Ses, voulust reffufciter leurs corps &
Lesy réunir , ficela estoit capable
de diminuer leur bonheur ? Pour
moy , bien loin de le croire , je me
B 3
30
MERCVRE
persuade que Dieu employera tout
les moyens neceſſaires pour les rendre
parfaitement heureuses. Ce qui
prouve encore , à mon avis , que
c'est un bien pour l' Ame d'estre unie
àson corps , c'est que la mort qui l'en
Separe est une peine du pecké , &
que bien des gens font perfuadez
que Dieu en a voulu exempterquelques-
uns de ceux qui ont esté ſes
plusfavoris , comme Enoch& Elie ,
qu'ils croyent qu'il a retirez du
monde en corps & en ame ,
neregarderoient pas , ceme semble
comme une grace , si c'eust esté un
bien pourleurs ames d'eſtreſeparées
de leurs corps . Les Ames bienbeureuſes
ont auſſides motifsfurnatarels
d'aimer leurs corps &defoubaiter
d'y estre réunies ; car elles
leur doivent une bonne partie des
peines qu'elles ont fouffertes pour
Dieu , de larecompense desquelles
ce qu'ils
GALAN Τ .
31
,
les elles jouiffent . Par exemple
Martirs n'auroient pas eu lebonheur
dedonner leur vie pour Dieu
s'ilsn'avoient eu des corps capables
de mourir ; de forte que les regardant
comme les compagnons de
leurs travaux elles fouhaitent
qu'ils lefoient auſſi de leurgloire &
de leurfelicité, Pourles Amesmalbeureuſes
,je croy que ce que vous
dites estfort veritable, qu'ellesfont
tres- mal heureuses dans leur eftat
de separation , puis qu'ellesy font
reduites dans une privation herrible,
premierement & principalement
, parce qu'elles fontſeparées
de Dieu qui eft leur centre &leur
Souverain bien ; & fecondement ,
parce qu'ellesfontſeparées de leurs
corps pour lesquels elles conferuent
ta mesme inclination qu'elles a.
voient,&je croy qu'à cause de cette
inclination elles defirent d'y estre
B 4
32 MERCURE
1
,
comme
réunies ; mais je ne croypaspourtant
qu'elles le defirent en la
maniere que cette réunionſerafai .
te, c'est à dire , pourſouffrir eternellement
ensemble des tourmens terri
bles, er qu'au contraire
vous le dites fort bien , elles l'évitevoient
s'illeur estoit possible ,parce
qu'elles regardent cet estat comme
devant estre plus malheureux pour
elles, puis que non seulement elles
fouffriront leurs, propres peines ,
mais qu'elles compatiront encore
celles de leurs corps . En effet ,fielles
Soubaitoient la réunion à leurs
corps , mesme de la maniere dont
ellefera faite,cette réunion estant
au accomplissement de leurs defirs ,
Seroit en quelquefaçon un bien pour
etles , anſſibien que l'esperancequ' -
elles auroient qu'elle arriveroit ,&
Dieu en reffufcitant leurs corps , &
lesréuniſſant à leur Ames ,ſembleGALANT.
33
roit vouloir leur donner un peu de
Soulagement ; mais comme nous
croyons que l'estat de ces malheureux
est &fera à jamais une privation
de tous les biens , & un accablement
de tous les maux , & que Dieu'ne
les regardant plus que comme des
objets defa colere & des victimes
deſa iustice , ne veut plus leurfaire
aucunegrace , on ne doitpas croire ,
ce me semble , qu'elles regardent
cette réunion comme un bien pour
elles , ny qu'elles laſouhaitent.
111. QUESTION .
On doutera peut eſtre ſi les
Ames , que Dieu pourroit , s'il
vouloit , créer hors des corps ,
auroient de l'inclination pour
y eſtre unies , n'en ayant pas
encore reſſenty la baffeffe& les
miferes . Pour moy , je croy
que non , & que l'Ame eſtant
tout eſprit, eſttoûjours mieux
BS
!
3
1
34
MERCURE
7
fans corps qu'avec un corps.
Et vous ,Mademoiselle , qu'en
penſez - vous ?
REPONSE .
Je croy , Monsieur , que comme
les Creatures n'ont rien d'ellesmesmes
,si ce n'est le proké,& que
c'eſt Dieu qui les fait estre tout ce
qu'elles font , elles n'ont point auſſi
d'elles - mesmes d'inclination pour
'aucun estat particulier , mais que
c'est Dieu qui leur donne une inclnation
naturelle pour l'estat dans
lequel il veut qu'elles soient ,autrement
il donneroit l'estre à des
Creatures pour les rendre malheu
reuſes, ce qui feroit contraire àfa
bonté. C'est pourquoy ,fi Dieu créoit
les Ames avant que de les attacher
à un corps , comme il auroit deffein
de les mettre en ceteftat ,je croy
qu'il leur donneroit une inclination
maturelle pour y estremises , qui les
1
GALANT.
35
obligeroit à le desirer , malgré la
connoiffance qu'elles auroient de la
baffeffe &des miferes du corps, car
estant destinées de Dieu poury estre
unies , elles feroient encore plus
malheureuses d'en estre separées ,
parce que leur bonheur consiste à
estre dans l'état où Dien les veut ,
&pour lequel il les a creées. On
dira peut- estre que ces Ames , bien
Loin d'estre malheureuſes de vivre
Jeparées des corps que Dieu leur auroit
destinez , en feroient au contraire
plus heureuses,parce qu'elles
jouiroient de Dieu , & qu'il est
certain qu'elles en jourroient , puis
que Dieu leur ayant donnélacapa .
citéde le connoistre& de l'aimer ,
& devant par confequent estre
malheureuses si elles estoient privées
de sa poſſeſſion , Dieu qui est
infiniment bon ne les voudroitpas
rendre malheureuses ,puis qu'elles
B 6
36 MERCVRE
ne l'auroient meritezpar , aucun
peché , n'yparconſequent lespriver
de luy ; qu'ainsi il n'y a nulleapparence
que ces Ames defiraffent
de s'unir avec les corps, ny qu'elles
euffent aucune inclination pour cette
union , qui les feparant de Dieu
les affusettit àtant de miseres Il
me semble qu'on peut fort bien répondre
à cela , en disant qu'iln'est
pas croyable que Dien qui eftfibon,
vouluſt faire goûter à ces Amesle
bonheur infiny que l'on poffede en
jouiffant de luy , ayant le deffein de
les en priver enfuite pour les envoyer
dans les corps , quoy qu'ellesn'euffent
merité ce traitement par
aucun peché, és qu'ily a bien plus
d'apparence que Dieu leur cacheroit
par quelque moyen la beauté de fon
effence , & la douceur defapoffeffion,
puis que , comme je viens de
dire , il auroit deffein de les en
GALANT.
37
priver , &qu'il ne leurferoitpoint
envisager de plus grand bonheur
pour elles , &ne leur inspireroit
point de plus grand defir que celuy
d'estre infuses dans les corps qu'il
leur auroit deſtinez , parce que ,
comme j'ay déja dis , Dieu est trop
bon pourrendre fansfujetſes Creatures
malheureuses , ce qu'il feroit
pourtant , s'il ne leur donnoit pas
d'inclination pour l'estat dans lequel
il veut qu'ellesfoient , car ie
Suppose toûjours , en disant tout ce
que ie viens de dire queDieu
auroit deſſein de mettre dans les
corps, les Ames dont nous parlons ,
s'il n'avoit pas ce deſſein fur elles ,
i'avoue qu'elles n'auroient point
d'inclination pour cet estat , puis
qive Dieu n'ayant pas refolu de les
y mettre , ne leur en auroit donné
aucuné , &fans doute ,ficela estoit ,
elles feroient bien plus heureuses
38 MERCURE
de vivre toutoursfeparées des corps,
puis qu'ainsi elles feroient dans la
condition des Anges ,& qu'elles
auroient comme eux le bonheur de
iouir de Dieu, car Dieu les ayant
créesà cette fin,& leur en ayantdon .
nè la capacité , puis qu'on lesfuppose
égales aux , nôtres , pourquoy
les en priverost il ? Pourquoy
fans qu'elles l'euffent merite
par aucuns pechez , les rendroit-il
auffimalheureuſes queles Damnez,
ceque l'on appelle lapeine du dam,
n'estant autre chose que cette priva
tion de Dieu ? Ainsi le bonheur
des esprits ne conſiſte passeulement
à eſtredégagez de la matiere , mais
à iouir de Dicu , car au contraire
s'ils n'en iourfſſoientpas , ilsferoient
bien moins malheureux d'estre unis
avec des corps , quiles empefcheroient
de reffentir le malheur de
la privation deDieu, comme ils en
ود
GALANT. 39
empefchentnos Ames , à moins que
Dieu par quelque autre moyст
ne les empeſchaft de reffentir le
malheur de cette privation ,
IV . QUESTION.
En attendant,Mademoiselle,
que vous me diſiez voſtre
penſée , je tireray cette confequence
de la mienne , que
l'Ame , qui eſt actuellement
unie au corps , doit donc nazurellement
defirer d'en eſtre
feparée , & qu'elle le defireroit
effectivement , ſi l'incertitude
de ſon bonheur futur
ne l'en empefchoit. Voyez un
Sauvage qui n'aura aucune
idée du Paradis ny de l'Enfer,
dites- luy que fon Ame eſt un
pur eſprit , un eſprit immortel,
qui ſeparé du corps vivra
& agira plus parfaitementqu'il
ne fait avec le corps , vous
t
40
MER CVRE
verrez que ce Sauvage vous
répondra , qu'il eſt donc plus
fouhaitable à l'Ame d'eſtre ſe .
parée du corps que d'y eſtre
unic , & que luy- meſme fouhaitera
cette ſeparation.
RE'PONSE .
Comme je suis persuadée, Monfiear
, que vous n'avez témoigné
étre dans pluſieurs des sentimens
que vous avez marquez , que pour
me donner ſujet de les combattre ,
je n'ay pas fait difficulté d'oppofer
mes sentimens aux vostres ; & ie
ne craindray pas encore de conclure
le contraire de ce que vous avez
avancé.Je vous diray donc qu'ilme
paroist que ce n'est pas seulement
l'incertitude du futur bonheur ou
malheur de l'Ame , qui luy fait
craindre la mort , mais aussi l'inclination
naturelle qu'elle a de demeurer
unie àson corps.. Et aprés
GALANT .
41
tout , il n'est pas besoin , à mon
avis , de raisonnemens pour prouver
une chose que chacunsent af-
Sez, puis que l'experience de tout
le monde eft plus puiſſante pour en
convaincre que tous les raisonnemens
, carie ne croy pas qu'on puif-
Se alleguer l'exempled'une perfonne
qui ait donné des marques cer.
taines qu'elle souhaitoit la mort ,
Seulement par le defir qu'elle avoit
d'eſtre délivrée de la priſon de fon
corps , afin d'avoir le bien de vivre
& d'agir plus parfaitement enſui .
te. Si Saint Paul , & pluſieurs autres
ont defiré de quitter leurs corps
pour estre avec le Seigneur , ces defirs
qu'on a cru que l'amour leur a
faitpouffer, estoient des deſirsfurnaturels
, & une perſonne qui ne
croiroit ny Paradis ny Enfer n'en
Seroit pas capable. F'avoue que
plufieurs souhaitent la mort fans
42 MERCUR E
qu'il y ait rien de furnaturel dans
ces souhaits , & qu'on en a veu
beaucoup se faire mourir eux- mêmes,
mais ils ne l'ont fait que parce
qu'ilsy estoient portez ou par l'envie
de s'affranchir des cruelles pei
nes qu'ils souffroient , ou par de
viotens mouvemens qu'excitoit en
eux la crainte de quelques grands
maux. Ils ne regardoient pas la
mort comme un bien , mais elle leur
paroifſſoit un moindre malque ceux
qu'ils souffrorent , ou qu'ils craignoient,&
ils n'avoient point d'antres
moyens de s'en delivrer que celuy-
là. Ainsi la refolution qu'ils
prenoient dese faire mourir , venoit
de ce qu'il est aussi naturel
d'éviter & de craindre d'estre malheureux
, que d'éviter & craindre
lamort , puisque Bon ne craint la
mort , que parce qu'onlaregarde
comme un mal. On apporterapeut
GALANT.
43
estre le sentiment de quelques
Philoſophes , qui ont témoigné regarder
la mort comme un bien à
- fouhaiter , & comme une libera-
- trice qui venoit deliurer les hommes
- de leurs miseres , affranchir leurs
- Amés de l'esclavage du corps ,
ن م
leur procurer le bonheur d'unevie
plus libre &plus parfaite , Je veux
que ces philofopbes persuadizdu
bonheur de l'autre vie , que quelques
- uns , ce meſemble , reconnoisfoient
conſiſtex dans l'union de l'ame
avec Dieu , ayent regardé la mort
de la maniere que l'on vient de
dire ,i'ay peine à m'imaginer qu'ils
n'en ayent cu aucune crainte
quelques raisonnemens que l'on
puisse faire là- deſſus
fçaurions tout à - fait détruire
un sentiment naturel qui nous
porte à craindre la mort , & qui
vient des causes dont l'ay parlé.
و
car
nous ne
44
MERCVRE
Ainsi ie croy que lors qu'ils ont
témoignén'en avoir aucune crain
te, ils l'ont fait par vanité,& pour
Se faire admirer des hommes , car
S'il eust estévray qu'ils n'euffent pas
craint la mort , d'ouvient qu'ils ne
prevenoient pas volontairement te
temps où elle devoit venir , puis
qu'ils attendoient un figrand bonheur
en l'autre vie ? Je n'ay pas
entendu dire qu'aucun d'eux l'ait
fait , du moins par le motif dont on
parle , quoy que nous ayons un tresfort
panchant à nous procurer le
bonheur autant que nous lepouvons,
à moins qu'ilnefaille employerpour
cela des moyens extremement fa
cheux&difficiles . Il est donc évident
que ce qui les en empefchoit ,
estoit l'opposition naturelle qu'ils y
avoient , & par confequent l'horreur
que donne la mort ; car je ne
cray pas qu'ils fussent persuadez
GALANT.
45
comme nous , que ce fust une méchante
action deſe donner la mort
àSoy-mesme. Ainfi cela ne pouvoit
les en empêcher. On oppofera encore,
qu'ily a eu des perſonnes qui ont
donné des marques bien afſurées
qu'elles defiroient la mort,puis qu'ellesſe
lafont donnée àelles- mêmes,
ainsi que Catonafait,aprés avoir
lû le Discours d'un Philosophe fur
L'immortalitéde l'Ame , qui luy
promettoit beaucoup de bonheur ,
aprés que la fienne seroit dégagée
du corps ; mais il y a bien de
l'apparence que ces gens là étoient
fort malheureux en cette vie , &
-que l'esperance d'eftreplus heureux
aprés la mort , ainſi que le discours.
du Philosophe dans Caton , avoit
excitéen eux un vifſentiment,qui
Se rendant maistre entierement de
leur Ame , ne leur avoit pas laissé
laliberté de faire attentionàl'a46
MERCVRE
mour naturel qu'ils avoient pour la
vie , & à l'horreur que cause la
mort. Ie croyméme que si quelqu'un
les cust empéchez de sefaire mouvir
pendant laviolece de leur transport
, ils neseferoient pas ensuite
fortezà une telle action. Commeon
nesçauroitprouver que ce transport
violent n'en ſoit pas cause , j'ay
droit, ce mesemble , de leſuppoſer ,
puis que cela est possible &tres-probable
, & qu'on n'apoint d'exemple
certain que perfonae se foit fait
mourir , ny méme ait fouhaité de
mourir, fimplement par le defird'eſtre
privé de la prison de fon
corps , afin d'avoir le bonheur de
vivre &d'agir plus parfaitement.
Voilà , Monsieur , ce que m'ont
fourny mes foibles lumieres , & tout
ce que vous avezpû souhaiter de
ma complaisance.
GALANT.
47
La liberté eſt un bien qu'on
-ne peut trop eſtimer , mais
il eſt de ceux dont le prix ne
ſe connoiſt que par leur contraire.
Ainſi le Pinçon en cage
peut eſtre crû fur ce qu'il
en dit. M. Moreau de Mautour
qui le fait parler , vous
eſt connu par pluſieurs Poëfies
galantes que je vous ay
déja envoyées de luy.
:
LES DEUX PINCONS
FABLE
A. M. B.
I pour prendre de mes leçons,
Amy, vous estes trop habile,
Ecouté
48 MERCURE
Ecoutezl'entretiende deux jeunes
Pinçons.
Vous en pourreztirer quelque precepteutile.
Ils n'ont parlé rien moins que de
chansons .
Quoy qu'enchansons, tout Chantre
volatile
Duft leur coder.
Je viens au fait , c'est assez préluder.
Deces Pinçons, l'un habitoit la
Ville ,
Destinépar le fort , pour divertif-
Sement
D'un Seigneur opulent .
Qui le tenoit en magnifique cage,
Orfin embelliffoit cette douce prison,
Qui renfermoit l'oiseau de beau
plumage;
Auſſi de le cherirſon Maistre avoit
raison.
L'autre
GALAN Τ . 49
L'autre babitort les champs desſa
1 naiſſance , ( loix ,
De la natureſeule il connoiſſoit les
Etfimple hoste des Bois ,
Vivoit en liberté , vivoit dans l'innocence.
Le hazard , ou plutoſt le desir
curieux ,
Dechangerquelquefois de lieux,
L'ayant conduit un jour pardevant
lafeneftre
Du gros Seigneur , il vit l'autre
Pinçon paroiſtre ,
Et tout court s'arresta.
Eblouy par l'éclat de la cage dorée,
Pareildeſtin cent fois ilſouhaita ,
Etla cagepar luy fut cent fois ad
mirée.
たっく
Que je te trouve heureux ,ditil
, cher Compagnon ,
D'habiter fi brillante ; &fi belle
maison !
Novembre 1689. C
50
MERCURE
Ie ne vois qu'or autour de toy
reluire.
Tu ne ſcais pas ce queton coeurad.
mire,
Luy répond auſſi- tost nostre esclave
Pinçon,
L'avois ainſi que toy pour demeure
champestre ,
Les feuilles d'un buiſſon , ou les
branches d'un hestre ,
Ety'estois libre. Helas , que ne le
fuis- ie encor !
La Clefdes champs , croy moy,vaut
mieux que cage d'or.
Rien n'eſt tant à ſouhaiter
qued'eſtre libre, & on ne laiſſe
pas de s'abandonner tous les
jours à des engagemens qui
oſtent la liberté. On aime , on
tâche à ſe faire aimer , & on
commence à eſtre ſi peu à
ſoy , qu'on ne connoiſt plus
GALANT .
51
d'autre plaifir que celuy de
voir ce que l'on aime. C'eſt
la folie des Amans . Ainsi
vous ne ſerez pas ſurpriſe du
tranſport d'amour que vous
trouverez dans les Vers fuivans.
Ils ont eſté mis en air
par un fort habile Maiſtre.
AIR NOVVEAV,
Tous mes mauxsontfinis , s'ay
reveu ce que i'aime,
DDiſparoiſſez, chagrins ialoux,
Affreux tourmens, éloignezvous,
Tout doit ceder àce plaisir extrême,
Tous mes maux sont finis , i'ayreveu
se que l'aime ,
Quand nous affliegeons une
Place , nous pouvous avoir
des nouvelles de nos attaques
, parce qu'elles peuvent
C2
1:
MERCVRE
52
venir à droiture , mais il n'en
eſt pas de mesme quand
nous ſommes aſſiegez ; il faut
traverſer le Camp des Ennemis
, & c'eſt ce qu'on ne fait
pas ſouvent pendant un Siege.
Ainſi tout ce qu'on rap.
porte du dedans d'une Place ,
eſt preſque toujours faux ,
& ſeulement fondé ſur des
oüy- dire . Le Siege de Mayence
confirme bien cette verité,
puis qu'on reconnoiſt prefentement
qu'il n'y a pas un
mot de veritable dans ce
qu'en ont dit les Nouvelles
publiques , tant que ce Siege
a duré. Quelque forte que
foit une Garniſon , ellene fait
point tous les jours des forties
de deux ou trois mille
hommes , comme on a voulu
nous le faire croire. La plus
GALANT.
53
forte qu'on ait faite , n'a pas
eſté de trois ou quatre cens.
Cependant il n'en a pas fallu
davantage pour empefcher
pendant cinquante jours , les
Ennemis d'approcher du
Corps de la Place , & pour leur
faire perdre tout ce que portent
leurs Relations , car on
les doit croire fur ce qui les
touche , puis qu'ils diminueroient
bien plûtoſt que d'augmenter.
Le lournal que je
vous envoye juftifie ce que
je vous dis. Il eſt d'un Of៣-
cier qui a pris le ſoin de ramaſſer
chaque jour ce qui s'eſt
paffé. le ne répons pas que
tous les Noms propres ſoient
écrits correctement. Il n'y a
rien où l'on foit ſi ſujet à ſe
tromper. L'ay ſeulement à
vous donner avis d'une choſe,
C 3
54
MERCURE
qui eſt que quand l'Officier
qui a fait le lournal du Siege
que vous allez lire , dit , noſtre
General , vous devez ensendre
Mr le Marquis d'Vxelles.
Cela vient de ce que le
Roy , pour eſtre bien ſervy,
a fait depuis pluſieurs années ,
ce qui ne ſe pratiquoit point
autrefois. Il a étably un Commandant
des armes qui com.
mande ſes Troupes dans une
certaine étenduë de Pays , &
qui fait ſon ſejour dans la Place
principale . Cette Place ne
laiſſe pas d'avoir un Gouverneur
particulier Mr le Marquis
d'Vxelles étoit Commandant
des armes à Mayence ,
comme Mr d'Asfeld l'eſtoit
à Bonn , & Mr de Choiſi eſtoit
Gouverneur de Mayence , &
MrRaouffer , de Bonn.
GALANT .
55
RELATION
DU SIEGE
DE MAYENCE .
E 30. Mayſur lesdeux heuresaprés
midy , la Cavalerie
Imperiale , avec quelques
Regimens des Troupes de
Heſſe parut de l'autre coſté du
Rhin , à la fortie du Village de
Hocſein , & defila juſque fur
la plaine où elle ſe rangea en
Eſcadrons à la portée du Canon
du Fortde Mars , aveclequel
on les falüa plufieurs fois.
Leur marche dura juſqu'à ſept
heures du ſoir. Ils allerent fe
camper ſur une hauteur pro
C4
56 MERCURE
che Mosbach , à une heure ſous
la Ville . Pendant leurmarche ,
Mr de Barbezieres s'avança
avec quelques Officiers de
Dragons, pour les reconnoiſtre
de plus prés . Il y eut quelques
efcarmouches , & il fut contraint
de fe retirer.
Surles ſept heures , l'Infanterie
Heſſoife commença à fortir
du Villagede Hoefein , derriere
lequel elle ſe campa le
mefme foir , eſtant defcenduë
à main gauche fur le bord du
Mein . Mrle Marquisd'Vxelles
fit démonter le Pont de Bateaux
, & refaire le lendemain
un Pont volant entre la Ville
& le Fortde Mars , & comme
on avoit beſoin d'avoir fans
ceffe communication,il ordonna
de mettre douze Bateliers
dans le Fort , avec des Bateaux
GALANT .
57
fuffisamment pour renforcerla
Garniſon en casde beſoin.
Le 31. il ſe fit un détache.
ment de Cavalerie du Camp
de Mofbach environ de deux
Regimens , qui vinrent camper
proche de Coſtheim
pour couvrir l'InfanterieHeffoife
. Sur les onze heures du
foir , la Redoute qui couvroit
le Pont , fut attaquée par un
détachement des Troupes de
- Hefle. Mr Doron , Capitaine
du Regiment Dauphin , qui
gardoit le Pont avec 60. Soldats
, s'eſtant lon-temps défendu
dans cette Redoute
y mit le feu , ſuivant l'ordre
qu'il avoit , & ne s'en retira
que lentement د
dans une
autre petite de la largeur du
Pont , où il fit ferme envi
ront deux heures , mais com
CS
2
58 MERCURE
me on ne pouvoit la garder ,
Mr d'Uxelles luy envoya Mr
de l'ifle , Aide Major du Re--
giment Dauphin ,, luy com
mander d'y mettre encore le
feu , ce qu'il fit , en ſe reti
rant heureuſement avec ſon:
monde , & deux Bateaux. Il
n'eut qu'un Soldat tué . Le Roy
luyadonnésoo . livres de pen--
fion pour une action ſi vigoureuſe.
Outre les douze Batelier
dont j'ay parlé , Mr d'Vxelles
en fit mettre douze autre dans
une Maiſon prés du Pontavec
d'autres Batteaux . Ilen fitmettre
auffi dix fur une grande
Barque à la teſte du Rhin , où
J'on montoitun Corps avec 40 ..
hommes , pour avertir de ce
qui ſe paſſeroit fur ceficuve..
On en mit encore dix dans .
deux autres Barques fur le
GALANT.
59
Rhin à deuxtoiſedu bord pour
flanquer le Foſſe du Fort de
Mars. Il y avoit quatre pieces
de Canon dans l'une,avec des
gens pour les bien ſervir , ce
qui estoit une Redoute flotante
pour défendre le Fofſſé du Fort..
Dans l'autre montoit un Lieutenantavec
24. hommes pour
le meſme uſage , mais il n'y
avoit que des Fauconneaux ...
Cette invention a eſté tenuë
tres bonne.
د
pour
Le 1. Iuin , les Heſſois mirent
une Batterie de deux petites
pieces de Canon , à coſté de
l'Egliſe de Coſtheim
empeſcherqu'on ne travaillaſt
à une Redoute au bord du
Mein , mais lesCanons du Fort
deMats les ayant contraints de
la changer; ils la remirent derriere
l'Egliſe où elle estoit à
C6
60 MERCVRE
couvert. Mr le General fitor
donner aux Munitionnaires:
que les Moulins travaillaffent ,,
pour faire une groffe provifion
de farine , ce qui fut executé
avec grande exactitude ..
Le 2. on tiradepart& d'au--
tre , & le 3. deux Regimens :
d'Infanterie arriverent au
Camp de Mofbach . Le 4. Mr
d'Vxelles fit mener trois pieces
JeCanon à la Redoute du bord
du Mein,avec leſquelles Mr de-
Vigny canonna le Camp des
Heffois &le Village de Coſtheim
depuis deux heures du
matin juſques à dix .
Le s . 6. 7. 8.9 & 10 on fe
canonna depart& d'autres .Les
Canons des Ennemis bleffe-.
rent quelques Soldats , & emporterent
la teſte à un Valet. IF
arriva encore quelques Regi
GALANT.. 160
mens au Camp de Mosbach .
Le 6. Iuin les Saxons formerent
leur Camp à deux heures
aprés midy, derriere le Foru
de Gustave , & à quatre heures
les Troupes y arriverent à pied
& à cheval . Quelques jours
aprés ils furent renforcez de
dix Compagnies àpied..
Le 11. les Allemans jetterent
des Bombes du Village de
Coſtheim . Il en tomba une fur
une Barque proche du Fort de
Mars , fur laquelle il y avoit
fept ou huit Soldats. Aucun
d'eux ne fut bleflé , quoy que
la Barque fuſt enfoncée avec
les canons ; mais Monfieur
d'Vxelles donna ſes ordres
ſi à propos , que le lendemain
on retira le Canon de l'eau . Il
fut remis ſur une autre Barque
deux jours aprés par Mr Gibault
, Entrepreneur des Fortis
62 MER CVRE
fications de Mayence.
Le 12. il arriva de la Cavalerie
au Camp de Mosbach .
Le lendemain elle partit pour
Coblents , & on canonna de
part & d'autre les deux jours
fuivans , mais fans grand fuccés.
Le 15. deux Regimens d'In-
-fanterie logez à Visbard partirent
pour Coblents. Les
Allemans firent ce ſoir là un
Pont entre le Camp de Saxe
& de Heſſe ſur le Mein , &
Papreſdiſnée il arriva un
Trompette dela part de Mr le
Comte de Lippes . Il apportoit
desOranges à Mr d'Vxelles , &
le venoit prier de luy envoyer
quelques bouteilles de vin de
Bourgogne pour Mr le Prince
Charles de Lorraine , qui devoit
arriver le ſoir à Hocſeim.
GALANT.. 63
Cette nuit, les Allemans firent
encore une fois brûler le bout
duPont qui reſtoit entreCaffel
& la Redoute de ce meſme
Pont,& entre minuit & une
heure on tira quelques coups
de Canon du Fort& de la Ville,
ce qui obligea la Soldateſque
àſe mettre en armes ..
Le 16. un Regiment d'In
fanterie partit du Camp de
Coftheim , & defcendit vers
Rhingau .
Le 17. les Heſſois jetterent
cinq Bombes de Coſtheim au
coſté du Fort de Mars entre les
Travailleurs , mais fans nul
effet . Trois Soldats du Camp
des Saxons paſſerent le Mein à
nage , & vinrent prendre par .
tv . Ils eſtoient François de
Nation,
Le 18. la CavalerieHeſſoiſe
64 MER CVRE
changea fon Camp , & alla
le prendre plus bas à la portée
du Mousquet en defcendantle
Rhin. Ceux de Mosbach commencerent
à décamper depuis
fix heures du matinjuſques à
dix. Sur le midy , le Camp
eſtant tout à fait party , il y
arriva beaucoup de Cavalerie
qui s'y campa .
Le 19. on canonna de part &
d'autre , & deux autres Soldats
Saxons ſe vinrent rendre .
,
Le 20. le Camp de Mofbach
partit le matin , & prit
la route des autres . La nuitsun
Capitaine nommé Mr Bolie
eſtant forty avec un Licutenant
& cinquante Dragons
pour connoiſtre la marche des
Ennemis , tomba dans une de
leurs embuſcades. Ils luy firent
leur décharge , & fon cheval
GALANT .
65
fut tué ſous luy de pluſieurs
coups . Quoy qu'il ne ſe viſt
ſuivy que de quelques Dragons
, il ne laiſſa pas de preſſer
les Ennemis qui abandonne .
rent ce terrein , & le lendemain
il vint rendre compte des ordres
qu'il avoit executez .L'Infanterie
des Heſſois quitta le
Camp du bord du Mein , &
alla le prendre où eſtoit leur
Cavalerie Sur les dix heures ,
on vit beaucoup d'Infanterie
venant du coſté de Francfort .
Elle paſſa ſur le pont qui eſt ſur
le Mein , & fe rendit au Camp
des Saxons .
Le 21. il arriva beaucoup
de Troupes , qui prirent leur
Camp entre les Saxons & le
Village de Grinſeim. Le 22 .
on ſe canonna de part & d'autre
, & le 23. il vint quelques
66 MERCVRE
Deſerteurs de Saxe & de Heffe.
Le 24. deux chevaux écartez
du Camp de Heſſe vin
rent paiſtre vis à vis du Fort de
Mars. Le Commandant les fit
amener fans aucunempefchement.
Le 25. & 26 les Allemans
jetterent douze ou quinze
Bombes depuis trois heures
aprés midy juſqu'à fix. Il en
tomba une ſur la maiſon d'un
Bourgeois . Elle mit le feu au
toit , & il fut éteint par la
diligence du monde qui y accourut.
Le 28. on découvrit que les
Saxons travailloient du coſté
du Gustave , & on leur tira
quelques coups de Canon. Le
29. à midy , le Regiment de
Dragons de Mr de BarbefieGALANT.
67
res partit pour Mont Royal ,
avec Mr Lozier Brigadier , &
fix ou ſept Eſcadrons arriverent
le 30. au Camp des Saxons
.
2.
د
Le 1. Juilleton canonna du
Fortde Mars & de Coſtheim.
Le fur le midy Mr le
Maréchal Duc de Duras arriva
avec Meſſieurs les Princes ,
& autres Officiers Generaux.
Le 3. ce Maréchal partit à
cinq heures du matin avec
toute ſa ſuite . Les Allemans
jetterent quelques Bombes de
Coſtheim , & elles tomberent
dans l'eau vers le Fort de
Mars. Il vint quatre Deſerteurs
de Saxe. Les Heffois
couperent la nuit une grande
partie des grains vis à vis du
Fort , d'où on leur tira quelques
coups de Canon & de
(
68 MERCURE
Mouſquet , qui leur firent
abandonner la moiſſon .
Le 4. le Regiment de Dragons
nommé de la Lande
arriva à la Garniſon avec le
,
Colonel . Le 3. les Allemans
jetterent dix Bombes . Deux
tomberent fur le Fort , & les
autres alentour .
Le 6. les Troupes de Saxe
pafferent en reveuë , & un petit
Corps de Cavalerie avança
preſque juſqu'au bord du
Mein. Les Heffois firent un
foſſé en façon de Tranchée à la
portée du Mouſquet du Fort,
&l'on eſcarmoucha de part &
d'autre. Le 7. un Soldateſtanz
en ſentinelle au Fort , leTonnerreluy
brifa la moitié de ſon
Moufquet entre fes jambes.
Le 8. les Heſſois jetterent
des Bombes depuis neuf heuresdu
ſoirjuſqu'à minuit Elles .
GALANT . 69
tomberent dedans & allentour
du Fort , aprés quoy il defcenditduRhin
unBrulot pour Brû.
ler le Pont. Il fut détourné par
les Bateliers , & quoy qu'arreſté,
on ne pût éteindre le feu.
Le Commandant du Fort , qui
craignit qu'il n'y euſt dedans
des feux d'artifice , le fit relâ .
cher fort à propos , puis qu'il
creva à quelques momens de
là.
Le 9. la Cavalerie de Saxe
de campa preſque toute , & on
s'apperceut qu'ils faisoient
mener des Bateaux qu'ils tirerent
hors du Mein pour les
conduire à Gunsheim fur le
Rhin: L'eſcarmouche des
Troupes Françoiſes & des
Heffois alloit cependant aſſez
mollement de leurs travaux
aux noſtres dans l'Ile de
Marte .
70
MERCURE
Le 10. les Saxons menerent
encore pluſieurs Bateaux à
Gunsheim , ſitué au haut du
Rhin. Le 11. l'eſcarmouche
du Fort de Mars & du retran .
chement des Heſſois ne ceſſa
point. A minuit les Heſſois
jetterent de leur retranchement
dix ou douze Bombes .
Elles tomberent en partie ſur
les logis , & en partie dans les
ruës de la Ville , mais fans
effet.
Le 12. l'eſcarmouche continua
, & le 13. les Heſſois pafferent
en reveuë devant la
Tente du Landgrave. Sur le
minuit , quelques Grenadiers
fortirent du Fort de Mars , &
les eſcarmoucherent dans
leurs retranchemens .
Le 14. à deux heures aprés
midy , on apperceut que les
Heffois travailloient à Caffel
GALANT .
71
du coſté du Fort , à une Batterie
. Mr d'Uxelles commanda
de les canonner , ce que
l'on fit le reſte du jour.
Le s . la Cavalerie Heſſoiſſe
paffa en reveuë le matin , &
ils travaillerent de nouveau
à leur Batterie pendant tout
le jour. Mr d'Uxelles eſtant
monté à cheval pour reconnoiſtre
les Ennemis , les fit
pouſſer par quelques Dragons
. MrLanier eſtoit à leur
teſte avec quelques Officiers
Volontaires qui eſcarmoucherent
vigoureuſement l'efpace
d'une heure , les Allemans
venans de bonne grace.
Mr Segur y eut fon cheval
bleſſé qui mourut le lendemain:
noftre troupe ſe retira
le ſoir à ſon poſte , & le lendemain
les Arrieres gardes de
72
MERCURE
Cavalerie & les Dragons s'approcherent
un peu de la Place,
où ils demeurerent en partie
juſque ſur la fin du mois. Noſtre
General& noſtre Gouverneur
ayant conferé enſemble
fur les moyens dela defendre,
il futreſolu quelon monteroit
uncolonel & un Lieutenant-
Colonel dans les dehors , avec
un gros détachement du
Corps , & cela fut fait juſqu'à
ce qu'on y eût monté en corps,
& reglé les défenſes par Bataillons.
Mr de vigny eut ordre
de mettre des gens de ſon Regiment
au Canon pour le bien
faire fervir , ce qui fut executé
fort exactement par ſes
Officiers , hommes de ſervice
, de toute main entendus
& entreprenans. Mr de
la Cour , Ingenieur , eut auſſi
ordre
GALANT .
73
,
ordre de faire achever les Ouvrages
qui estoient encore
brutes en quelques endroits
dans le foſſé , ce qu'il fit tresbien
, & mefme pluſieurs traverſes
dans le Foffé & dans la
Place. Il fut ordonné en méme
temps à Mr Petit , ſubſtitué
à l'Intendance , de faire
charier des fafcines , & palifſades
dans les dehors , & aux
Batteries ce qu'il fit avec
une tres - grande diligence.
C'eſt un homme intelligent
& fort actif. On lay avoit
encore donné le ſoin de faire
proviſion de boeufs & de
moutons en cas de Siege , &
il y pourveut ſi judicicuſement
qu'on n'en pouvoit
manquer de long-temps Mr
d'Uxelles ordonna auſſi aux
Artificiers , Charons , Forge-
Octobre 1689 . D
74 MERCURE
rons & Armuriers , de travailler
chacun dans leurs cmplois
avec affiduité . Mr de
Choiſy de ſon coſtéemploya
fon experience à faire quelque
chicane par avance aux
Ennemis . Mr Camollin eut
ordre de faire faire les Batteries
, & deles bien faire ſervir.
Il a fait voir en cela beaucoup
de vigilance & d'adreſſe
, ayant pris le ſoin particulier
des Baſtions attaquez .
Il fut encore arreſté qu'on
applaniroit quelques petits
chemins aux environs des attaques.
Le ſoin en fut donné
à Mr le Chevalier de Boutteville
, & l'on eut ſujet d'eſtre
content de ſa diligence . On
fit auſſi faire quelques traverfes
ou travaillons dans le foſſé ,
Mr de la Cour en eut la con
GALANT.
75
duite , & en remit l'execution
à Mrs de Boutteville & du
Carrier , qui s'en acquitterent
tres- bien , ayant chacun leur
quartier à reparer , & ne bougeant
du dehors , où ils couchoient
tous les jours.
Le 16. Juillet , fur les ſept
heures du ſoir , l'Avant garde
Imperiale commença à paroiſtre
devant la Place , du
coſté du Village de Finden-
Elle campa autour de Brutzheim
, à une lieuë de la Ville.
Le 17. le reſte de l'Armée
arriva dés ſept heures du matin.
Une partie prit ſon camp
entre Sainte- Croix & Voifenau
, au bord du Rhin ; une
autre entre Bretzheim &
Teexheim ; une autre entre
Dalheim & Grafenheim. Sur
les quatre heures , on vit les
1
D 2
76 MERCVRE
Saxons paſſer le Rhin ſur
douze ou quinze Batteaux ,
entre Voiſenau & Gensheim .
Ils y employerent toute la
nuit du 17. au 18. juſques à
midy du lendemain , & mirent
leur Camp ſur la hauteur
de Voiſenau .
Le 18. il leur arriva des
Troupes du coſté de Finden.
Les Heffois travaillerent à
force à leur Batterie à Caffel
& on les incommoda toute
la journée , tant du Fort que
de la Villeavecle Canon .
Le 19. on vit tomber quelques
Cavaliers des coups de
Canon tirez de la Ville. Il
y eut pluſieurs bleſſez de parc
&d'autre par l'eſcarmouche ,
un détachement de so. Grenadiers
& de so. Fuzeliers
brûla un Moulin à une
د
GALANT .
77
portée de Mouſquet de la
Contreſcarpe. Sur les ſept
heures du foir , on vit arriver
feize Drapeaux au Camp des
Saxons . La Cavalerie & l'Infanterie
Imperiale qui étoient
campées entre Voifenau
& Sainte Croix , décam.
perent , & prirent leur route
vers Bretheim .
Le 20. on apperceut que
les Saxons avoient fait defcendre
leur Pont de Bateaux,
de Gunsheim juſqu'au deſſus
de Voiſenau , où ils l'amene.
rent en bas piece par piece.
Sur les cinq heures aprés midy
les Heſſois commencerent à
tirer la premiere fois de leur
nouvelle Batterie de Caſſel,
qui eſtoit de quatre groſſes
pieces de Canon & de trois
Mortiers. Ils tirerent de leur
D3
78 MERCURE
Canon au Pont volant , & le
rendirent impraticable. A l'égard
des Bombes , ils en jetterent
beaucoup dans la Ville
fans y faire grand dommage.
Le 21. les Heſſois ruinerent
le bout du pont vers le Fort
avecleur Canon.On tira de la
Ville quantité de coups au
Camp des Saxons , & il arriva
beaucoup de Cavalerie &
d'Infanterie à celuy des Ennemis
. Dix de nos gens ,
tant Dragons que Fantaſſins
s'eſtant avancez à trois cens
pas de la grande Garde , poufferent
quelques Fantaſſins Allemans
qui estoient dans le
Langue. Les Allemans envoyerent
quelques Troupes pour
foutenir les leurs . Un Maréchal
des Logis s'eſtant auſſi avancé
pour foutenir les noſtres avec
GALANT. 79
quinze Maiſtres , les Ennemis
y en envoyerent trente , &
l'eſcarmouche devint chaude.
Le Marechal des Logis y fut
bleſſé d'un coup de piſtolet à
la jouë , après avoir repouſſé
vigoureuſement les Ennemis,
& tué deux des leurs .
Le 22. l'on vit travailler à
force au Pont de Bateaux entre
Voiſenau & Gunsheim Qua
tre Dragons embuſquez au
boutd'une haye , virent venir
un Fourier du Regiment du
jeune Prince de Lorraine, qui
vouloit paffer au Camp des
Saxons . Ils firent leurs décharges
fur luy , le bleſſerent en
trois endroits differens, & l'amenerent
encore vivant dans
la Ville . Il mourut peu d'heures
aprés. Les Saxons partagerent
leur Infanterie en ſept en
D 4
80 MERCURE
droits entre Voiſenau & fainte
Croix. Les Heſſois jetterent
beaucoup de Bombes de Caffel,
dont l'une cauſa un feu qui
conſuma la moitté du Cloiftre
de Sainte Agnés , & une autre
tua deux Grenadiers . Mr
d'Uxelles ayant ordonné à Mr
de la Mothe , Capitaine general
des Mineurs , de faire force
Fourneaux aux angles flanquez
& flanquans , il s'y appli
qua avec tant de ſoin que la
Place ſe trouva creuſée en pluſieurs
endroits au bout du glacis
, & meſme à la pluſpart des
Baſtions , ayant de beaux fouſterrains
. On les luy fit viſiter,
& il rapporta qu'on pouvoit
tirer de là pluſieurs rameaux
pour faire fauter les Ennemis
On luy ordonna d'y travailler,
ce qu'il fit avec tant d'adreſſe &
GALANT. 81
de ſcience , que les Baſtions
Saint Alexandre & Saint Boniface
estoient plus creux que
pleins , le tout eſtant bien difpoſé
à faire de grands fourneaux
Depuis ce ſoir la , Mr
d'Uxelles & Mr de Choiſy ordonnerent
à Mr de la Mothe
de faire quelques fougades au
boutdu glacis , & d'y enterrer
quelques Bombes ce qui fut
fait de maniere , que les Allemans
ont dû croire que tout
eſtoit plein de Mines & de
Fourneax . Ils ordonnerent encore
de planter & d'enterrer
aux angles du glacis où il finit,
plufieurs madriers armez de
pointes de clouds d'environ
un piedde l'ong,&larges d'une
toiſe , de forte que ceux qui
voudroient s'en approcher ne
peuffent demeurer deffus fans
DS
82 MER CVRE
en eſtre percez , comme il arriva
à l'un de ceux qui les ayant
plantez , & voulant paffer à
coſté , donna dedans , & s'encloüa
.
Pour achever la défenſe en
tiere, Mrd'Vxelles ayant communiqué
le deſſein qu'il avoit
de faire mettre de petites pieces
de campagne aux angles
dans le chemin convert , pour
tirer la nuit ſur les Travailleurs
, & les démonter le jour,
Monfieur de Choify trouva
l'invention fort bonne ,& auſſfitoſt
l'ordre fut donné à Monſieur
de Camollin de faire faire
des échaffauts pour porter ces
pieces , qui furent le lendemain
en estat de tirer. Monfieur
de Vigny y établit des
Commiſſaires & des Canonpiers
qui firent tres bien leur
GALANT .
83
,
devoir,ayant tiré de quelquesunes
juſques à cent & fixvingt
boulets . Comme elles
eſtoient de pluſieurs calibres
& qu'elles ſervirent fort frequemment
, meſme plus viſte
que le Mouſquet , le feu qui
en eſtoit continuel , incommoda
fort les Ennemis , y en
ayant eu douze ou quinze
qui tiroient inceſſamment la
nuit , depuis deux juſques à
fix livres de balle .
La nuit du 22. au 23.les
Ennemis ouvrirent la Tranchée
du coſté de la Baye d'Aleſne
, à la faveur d'un Rideau
, qui les faifoit travailler
à couvert , &hors de la portée
ordinaire du Moufquet.
Lanuitdu 23.au 24. Mrd'Uxelles
fit faire une fauſſe attaque
, pendant laquelle on tira
D 6
84 MERCURE

beaucoup de coups de Moufquet.
Il coucha fur le Baſtion
S. Alexandre , & apperceut
le matin que les Affiegeans
avoient fait un petit retranchement
à la gaucheduMoulin
de Dalheim . Il fit canonner
auffitoſt ſur eux juſqu'à
dix heures ce qui les incommoda
fort. Ils firent auffi
quelques travaux fur la hau .
teur de Salbach , & derriere
les Chartreux. Le 24. Mr d'Uxelles
fit tirer juſqu'à fix cens
coups de Canon fur les travaux
des Ennemis. Mr de
Cruffel , Capitaine d'Anjou ,
qui faisoit quelques obſervations
ſur le glacis , fut bleſſé avec
; fix Soldats vers la porte
de Munster. Mr Marchimont
Lieutenant du Regiment
Dauphin , fut auffi bleſſe
GALANT. 85
vers la Chartreuſe avec deux
ou trois Soldats .
, 5
La nuit du 24. au 25. Mr
d'Uxelles fit faire un feu perpetuel
& fort grand , pour
empeſcher les Ennemis de
travailler . Le 25. on s'apperceut
le matin que les Affiegeans
n'avoient fait autre
choſe que d'épaiſſir leurs travaux.
Sur les dix heures du
matin Mr de Villeneuve
Capitaine de Grenadiers du
Regiment de Cruffol
tué en eſcarmouchant auprés
du Moulin de Dalheim . Il
vouloit reconnoiſtre les travaux
des Ennemis , & s'étant
avancé quatre ou cinq
pas tout àdécouvert,il receut
un coup de Mouſquet à la
teſte . Sur les quatre heures ,
Mr Marin
2
, fut
Gentilhomme
86 MERCURE
2
François , Volontaire dans le
Regiment du Vieux Staremberg
, s'eſtant venu rendre ,
rapporta que le Prince Frederic
de Neubourg avoit eſté
tué d'un coup de Fauconneau
; que les Allemans avoient
deliberé deux jours
s'ils afſſiegeroit la Place
& qu'à la fin Mr de Lorraine
l'avoit voulu ; qu'il faiſoit
venir pour cela le reſte des
Troupes Imperiales de l'Armée
de Mr le Duc de Baviere
qui estoit arrivé depuis
quelques jours. Dix Fanraffins
François s'eſtant avancez
pour eſcarmoucher , la
Garde de la Cavalerie Allemande
s'avança auſſi pour
leur couper chemin & les
faire prifonniers . Cinquante
Maiſtres de noſtre grande
GALANT .
87
Garde s'avancerent en meſme
temps , & il ſe fit un choc
des deux coſtez ; deux Allemans
& un François y furent
tuez . Un autre François
du Regiment. Dauphin fut
bleffé , & il y eut un cheval
de Dragons tué. Ce meſme
jour , ſept Soldats furent blefſez
dans le chemin couvert...
Mr de Manoſſe , Major du
Regiment Tarze , cut à la
jambe une coutuſion d'un
coup de Mouſquet , & le
Lieutenant du meſme Regiment
en cut une autre à la
mamelle...
La nuit du 25. au 26. les
Aſſiegeans tirerent une ligne
de la Montagne à la Plaine ,
comme s'ils euſſent voulu attaquer
le Baſtion Saint Alexandre
, ou la porte du Gau.
88 MERCURE
Du coſté des Chartreux il ne
parut aucun travail nouveau
Cinq ou fix Soldats François
furent bleffez en eſcarmouchant.
Ilyen eut quatre autres
bleſſez du coſté de la
porte du Gau. M. de Saint
Mars , Commiſſaire d'Artillerie
, eſtant ſur le Baſtion
Saint Alexandre , receut un
coup de Mouſquet au coſté ;
la bleſſure fut legere. Le 26 .
à onze heures du matin , on
vit venir quatre Regimens
Imperiaux de l'Armée de
Mr de Baviere de l'autre coſté
du Rin , entre Guntheim &
le Fort Guftave. Ils y camperent
le reſte du jour , &
le Canon ne ceſſa point de
tirer ſur l'attaque Imperiale .
La nuit du 26. au 27. les
Affiegeans avancerent de
>
GALANT. 89
د
- deux toifes & un Sous-
Lieutenant nommé Marcheval
, du Regiment Barbonet .
deferta pour ſe jester dans
les Ennemis . Les Heſſois tra
vaillerent fort à une ligne
de communication de Coftheim
à Caffel. Le 27. les
Troupes de Saxe formerent
leur Camp tout autrement
qu'il n'eſtoit . Leur Cavalerie
arriva ce meſme jour , & campa
preſque toute vers le Camp
General entre Sainte Croix &
Voiſenau , & l'Infanterie la
plupart au deſſus de Sainte
Croix. Les quatre Regimens
Imperiaux refterent encore
toute la journée campez au
delà du Rhin . Depuis la tranchée
ouverte , M. d'Vxelles a
toûjours couché , tantoſt fur
un Baſtion , tantoſt ſur l'autre.
so
MERCVRE
La nuit du 27. au 28. les
Aſſiegeans firent peu de travail.
M. d'Vxelles coucha fur
le Baſtion Saint Boniface , &
commanda , ſi l'Ennemy n'avançoit
plus , de ne plus tirer.
Le Pont entre Voiſenau &
Guntheim n'eſtoit pas encore
achevé. Le 28.il y eut dix Soldats
des quatre Bataillons
bleſſez dans le chemin cou
vert , & un autre y fut tué . M.
de Courmoulin , Lieutenant
du Regiment de Bretagne, faifant
la charge de garçon Ma.
jor , eut le pied caffé d'un coup
de Fauconneau . A quatre heu.
res aprés midy , un François
eſtant de tranchée du Regiment
du Vieux Staremberg ,
vint ſe rendre , & rapporta
que la nuit du 26. au 27. il y
avoit eu plus de trois cens cin
GALANT. 91
quante hommes tuez & bleffez
, entre autres , deux Capitaines
du Vieux Staremberg ,
de deux coups deFauconneau .
L'Armée Imperiale ayant déterminé
d'attaquer les Baſtions
de S. Boniface & de S.Alexandre
, M. d'Vxelles & M. de
Choify refolurent de faire
planter une ſeconde paliſſade
dans le chemin couvert ſur la
ſeconde banquette , ce que l'on
executa .
La nuit du 28. au 29. les
Allemansfitent une petiteRedoute
à leur droite ,& à leur
gauche un petit boyau , pour
joindre avec le temps la Redoutede
leur droite . Le feu de
la Place fut fort grand , & à
ce que dit un Rendu qui
eſtoit de tranchée ,ils furent
fort incommodez du Canon.
92
MERCVRE
Mr d'Uxelles coucha ſur le
2
Baſtion S. Martin , où il y eut
deux hommes tuez , & quatre
bleſſez . Mr Caſtel Rogar ,
Lieutenant du Regiment de
Bretagne , fut bleſſe à la jouë.
On commença le matin à retrancher
les deux Baſtions de
S. Boniface & de S. Alexandre.
Ce fut un fort grand
deſſein. Le 29. le Pont des
Saxons entre Voifenau &
Guntheim fut achevé . L'apréſdifnée
un Soldat du Regiment
de Staremberg qui forroit
de la tranchée , vint ſe
rendre , & afſura que de ſon
Regiment feul les Ennemis
avoient perdu quarante hommes
pour leur part de deux
Regimens que l'on avoit detachez
; qu'il avoit oüy dire
qu'ils avoient deja perdu plus
GALANT.
93
د
de quinze cens hommes , tant
tuez que bleſſez. L'Infanterie
Heſſoiſe qui campoit au coſté
du Village de Coſtheim
marcha vers le Rhingau pour
paſſer le Pont des Allemans,
& joindre l'Armée Imperiale,
forte de trois Regimens .
La nuit du 29. au 30. les
Imperiaux ne firent que reparer
le dommage que leur avoit
fait noſtre Canon le jourprécedent.
Du coſté de la Chartreuſe
, il y eut un petit choc ,
& l'on quitta & brûlala maifon
du Jardin de Mr Fuefs , &
un autre poſte à deux cens pas
plus haut du coſté de Sainte-
Croix , qui contenoit cinq ou
fix Soldats ; on fit auſſi un Saxon
priſonnier. Les Heſſois de
Caffel jetterent quelques Carcaffes
fur le minuit. Ilen tom94
MERCURE
ba une dans le Fort ſur les baraques
, qui les alluma & conſuma
tout à fait. Quelquesunes
tomberent en deça du
Rhin autour de la Citadelle .
La nuit du 30.au 31.M.d'Vxelles
coucha ſur le Baſtion de
S. Alexandre. Les Ennemis
reparerent les travaux qui
avoient eſté endommagez par
noſtre Canon. Ils avancerent
environ quatreou cinq toiſes ,
&ayant commencé un boyau
à main gauche , ils ne purent
l'achever à cauſe de noſtre feu
continuel.Du coſté de la Chartreuſe
,les Bavarois & Saxons
tirerent une ligne depuis le
bord du Rhin en montant
vers Sainte-Croix , juſqu'au
premier chemin d'où ils efcarmouchoient
de temps en
temps . Le 31. quatre Rendus
GALANT .
95
vinrent dire que noſtre Canon
les incommodoit fort du
coſté de la Chartreuſe au haut
Rhin , meſme qu'aux travaux
qu'y faifoient les Bavarois &
Saxons , il y avoit eu un Lieutenant
d'un Regiment Imperial
tué d'un coup de Canon ,
& pluſieurs Soldats. Les Bavarois
& Saxons ſe declare .
rent pour l'attaque du haut
Rhin, par une tranchée qu'ils
conduifirent comme s'ils eufſent
voulu attaquer le Baſtion
S. Albane , ou la Citadelle.
Il y eut peu de nos Soldats
tuez & bleſſez . Mr de Buffé ,
Major du Regiment de Bretagne
, fut fort bleſſé dans le
chemin couvert.
La nuit du 31. au 1. Aouſt ,
l'Attaque Imperiale voulut
faire une jonction des deux
96 MERCURE
teſtes de leurs travaux , par
une paralelle qui demeura
imparfaite. Il y eut un
grand feu de part & d'autre.
Du coſté de l'attaque des
Bavarois & Saxons , ils acheverent
la nuit ce qu'ils avoient
ébauché le jour ,
ayant pouffé un petit travail
qui marquoit l'approche qu'-
ils vouloient faire , & vinrent
deux fois pour attaquer nos
poſtes avancez au nombre de
foixante ou quatre - vingt s
mais ayant fait leurs decharges
chaque fois ils ſe retirent
aprés avoir tué un homme &
bleſſé un autre. Il ſe rendit le
matin ſeptGrenadiers du Regimét
des Gardes de M. de Baviere.
Ils eſtoient François , &
rapporterent que cet Electeur
avoit penſé eſtre tué d'un coup
de
GALANT.
97
de Canon ; qu'ils perdoient
beaucoup de monde par noſtre
mouſqueterie , & encore plus
par le Canon . Ils confirmerent
la mort du Lieutenant
Colonel Allemand . M. d'Vxelles
alla cette nuit de tous
coſtez pour donner les ordres
neceſſaires aux attaques . Le
1. Aouſt les Ennemis élargirent
leurs travaux , ſans toucher
à ce qu'ils avoient fait la
nuit. Les Imperiaux eſcarmoucherent
, & blefferent dangereuſement
un Canonnier . Sur
lesquatre heures aprés midy ,
Mr de Barbefieres , Brigadier
desDragons , & Mr de Lozier,
Brigadier d'Infanterie , ſe jetterent
dans la Place , ce qui
réjoüit fort les Officiers & les
Soldats Trois Officiers du Regiment
d'Orleans ayant re-
Octobre 1689 . E
98 MERCURE
marque dans la tranchée des
Ennemis trois hommes de diſtinction
, s'attacherent à les
tirer , & pluſieurs autres du
mefme Regiment les virent
tous trois tomber. Sur les ſept
heures les Heſſois commencerent
à jetter des Bombes & des
Carcaſſes deCaſſel, ce qui dura
juſques à minuit. La pluſpart
tomberent autour de la Place.
Une Carcaſſe tomba ſur la Tour
de Noſtre Dame & une Bombe
fur l'Eglife, mais fans ymet.
tre le feu. Il s'alluma en pluſieurs
endroits , & la diligence
des Habitans en empeſchales
ſuites . Mr d'Uxelles ,prévoyant
par la démarche des Ennemis
qu'ils en vouloient aux Baſtions
de S. Alexandre & S.
Boniface , fit faire à ce dernier
les Places d'armes deslu-
LYON F
* 1893
GALANT .
THROUE DEL
nettes de bois , qu'on mil
angles du chemin couvert
pour défendre le logement de
la Contreſcarpe. Il y avoit auſſi
deux paliſſades du coſté des artaques
au chemin couvert , la
derniere eſtant auprés de la
ſeconde banquette. L'on mit
de ces lunettes à toutes les
places d'armes & angles faillans
du chemin couvert du
coſté des attaques. De plus ,
dans le Baſtion du foſſe Saint
Alexandre , Mr d'Uxelles &
Mr de Choiſy ayant jugé à
propos de faire une Caponniere
, ou Efcarpe du foffe , quoy
qu'il ne fuſt pas reveſtu , le
Sr Gibeau en receut les ordres .
Il appliqua ſon experience à
les faire executer. Cette Caponniere
devoit avoir environ
dix toifes dans ſes deux
E 2
100 MERCURE
branches. Ie ne dois pas ou
blier icy la joye qui parut
parmy tous les Officiers , de
pouvoir marquer leur zele
pour le ſervice du Roy . Elle
fut fi generale , que chacun
arme de fufil & de pertuiſanes
, témoigna vouloir
ſe défendre juſqu'à l'extremité.
L'on vit ſur le viſage
des Soldats un air de bravonre
qu'ils reprirent dés qu'ils
quitterent la broüette pour
le fufil , ayant perdu ces airs
languiſſans que leur donnoit
le travail pour reprendre
leur vigueur. Mr d'Uxelles
leur faiſoit diſtribuer pour les
maintenir en cet eſtat deux
livres de pain à chacun , demy-
livre de viande
vin, chopine de Paris , avec
trois fols par jour. Cela s'eſt
>
2
&de
GALANT. 101
fait depuis le 8. Juillet , &
meſme on leur a donné du
ſel par Compagnie. Ce mefme
jour premier Aouſt , la
pluye fut fi groſſe , que nos
Soldats ne purent faire le feu
continuel qu'ils avoient accoutumé
, de forte que les
Ennemis travaillerent avec
moins de rifque .
La nuit du 1. au 2. les Imperiaux
ne firent qu'achever
la communication qu'ils avoient
ébauchée la nuit precedente.
Les Bavarois & Saxons
en firent de meſme , &
poufſferent leurs travaux de
quelques toiſes pour approcher
la Place ; cependant il fut
impoſſible de juger alors s'ils
venoient attaquer le Fort S.
Alban , ou le baſtion de la
Citadelle ; il y eut grand feu
E 3
102 MERCURE
de ce coſté - là par noſtre
Mouſqueterie. Mr de Bertillac,
Brigadier & Lieutenant Colonel
du Regiment Dauphin ,
en avoit la défenſe . Le jour
ſe paſſa du coſté des Ennemis
à efcarmoucher & à renfor
cer leurs travaux . Nous cûmes
trois Soldats bleſſez aux
deux attaques . Mr de Princé ,
Capitaine des Grenadiers du
Regiment Dauphin , receut
un coup de Mouſquer qui
luy fit une groffe contufion
à la jambe . On apperceut du
coſté des Chartreux quelques
embraſures que les Ennemiş
avoient faites à leur travail ;
mais comme elles n'eſtoient
pas encore ouvertes , on ne
pût ſçavoir à quoy elles eftoient
deſtinées . M. de Lo .
zier prit fon jour de Briga
GALANT.
103
dier , & releva M. de Bertillac
à l'attaque des Chartreux .
M. de Barbezieres , Brigadier
& Commandant de Cavalerie
& Dragons , prit auſſi ſon
jour. Mr le Lieutenant de
Roy reſta à l'attaque des Imperiaux
, où il avoit toûjours
demeuré depuis l'ouverture
de la Tranchée .
La nuit du 2. au 3. la pluye
fut abondante ce qui imcommoda
fort pos Soldats.
La
د
د
Mouſquetterie nelaiſſa pas
de tirer mais le feu fut
foible. Il recommença à l'ordinaire
fi- toſt que la pluye
ceffa , & empefcha que les
Allemans n'avançaſſent leur
travail. Depuis douze jours
que l'on avoit ouvert la
Tranchée , il ne ſe trouvoit
encore que quarante bleſſez
E4
104 MERCVRE
dans l'Hôpital ,
dont une
partie venoit des Forts qu'on
faifoit & des angles faillans .
Il y en avoit ſoixante brûlez
par la poudre & par leur
faute . A l'attaque des Saxons
& Bavarois du coſté des
Chartreux , les Ennemis firent
une petite prolongation paralellement
à la Place , mais
ſi éloignée , qu'on ne put
juger alors à quel deſſein ils
avoient fait ce travail. Ils
mirent deux petites pieces
de fix à huit livres de balles ;
l'une tira quelque coup dans
la maiſon du grand Doyen
qu'on tenoit encore , & fur
cet avis Mr d'Uxelles ordonna
de retirer la pluſpart
du monde qui y eſtoit commandé
, & de ne laiſſfer que dix
hommes dedans , & un Ser .
GALANT.
105
gent, pour obſerver la démarche
des Ennemis . Le ſoir, chacun
alla reprendre ſes poſtes .
L'autre piece de Canon tira
fur noſtre Corps de Garde de
Cavalerie qu'on tenoitdehors,
tant pour inquieter les Ennemis
que pour faciliter l'accés
de la Place à ceux qui voudroient
ſe jetter dedans ; mais
le mefme ordre de ſe mettre à
couvert de ce feu leur ayant
eſté donné , le Major les changea
ſeulement à trente pas, où
ils furent en ſeureté .Sur les fix
heures du ſoir Mr de Bertillac ,
Brigadier de jour à l'attaque
des Saxons & Bavarrois , voyant
avancer pluſieurs Cavaliers
Allemans qui avoientl'air
d'Officiers , pour reconnoiſtre
la Place de plus prés, fit gliffer
des Fuzeliers dans desVignes,
Es
106 MERCVRE
& détacha Mr de Verdier ,
Lieutenant de la grande Cavalerie
avecdix Cavaliers , &
ordre de s'avancer au petitpas.
Les Allemans s'eſtant approchez
, le Lieutenant ſe prepara
à les charger . Il y allade bonne
grace. Ils vinrent à luy demefme
, & paſſferent auprés de nos
Fuſeliers , qui tuerent trois de
leurs chevaux , ce qui les obligea
de faire volteface. Noſtre
Lieutenant vouloit faire prifonniers
ceux qui estoient
demeurez à pied , mais il eut
ordre de ſe retirer , parce que
leur grande Garde de Tranchée
s'avançoit en diligence
pour charger les noſtres qui
allerent reprendre leurs poſtes
en bon ordre. Ce fut vers cette
heure- là que les Bavarois &
Saxons commencerent à tirer
GALANT .
107
de leurs Mortiers des Bombes
dans nos travaux ; elles furent
frequentes , & ne firent point
d'effer:
La nuit du 3. au 4. les Im .
periaux épaiffirent & éleverent
ce qu'ils avoient fait les
nuits precedentes à leurs attaques.
Les Bavarois & Saxons
firent quelque petit ouvrage
aux leurs , mais fi imparfait
, qu'on ne putſçavoir
ce qu'ils en pretendoient faire
. Ils avoient trois Mortiers ,
dont ils tirerent pendant la
nuit trente - quatre Bombes
fans ſuccés. Elles peſoient
environ cent livres , ſuivant
ce qu'on vit de deux qui n'avoient
point crevé , & que
les Soldats prirent dans leur
trou . Les Heſſois du coſté
da Caffel jetterent pluſieurs
E6
-108 MERCURE
>
balles à feu , Bombes & petites
Carcaffes,environ au nombre
de foixante , par quatre
Mortiers qui mirent le feu
en trois endroits de la Ville ,
mais la diligence des Bourgeois
l'éteignit d'abord. Elles
mirent auſſi le feu à un tas
de faſcines de prés de trois
mille & il fut éteint par
les ſoins de Mrs de Beaumanoir
& de Choiſe , Capitaines
au Regiment d'Anjou , qui
arrivoient à ce poſte pour
leur Bioüac . Quoy que les
Ennemis tiraffent pluſieurs
coups de Canon fur eux , ils
ne s'éloignerent point , qu'ils
n'euffent entierement mis
ordre au dommage qui fut
fort leger. Il y eut ſeulement
quelques bleſſez cette nuitlà
& d'autres brulez de د
GALANT . 109
leur poudre. Le jour , il ne
ſe paſſa rien de confiderable
aux deux attaques que quelques
eſcarmouches de Moufquetterie
, qui fut égale dans
l'une & dans l'autre , avec
quelques Bombes ſeulement
du coſté des Saxons & Bavarois.
: La nuitdu 4. aus . les Imperiaux
firent fur la paralelle
qu'ils avoient achevé la nuit
precedente , deux groſſes Redoutes
qui défendoient admirablement
cette ligne , &
dont ils ſe pouvoient fervir
pour une Batterie , n'ayant
pas tiré de leur Canon. Perfonne
ne fut tué ny bleſſé
la nuit à cette attaque . M.
le Lieutenant de Roy avoit
ſon attaque ſeparée , appellée
l'Imperiale , où il demeura
toûjours au dehors depuis
110 MERCURE
د
l'ouverture de la Tranchée.
C'est un homme d'une fine
bravoure , actif , vigilant , &
capable de bien executer les
ordres dont on le charge. A
l'attaque des Saxons & Bavarois
du coſté des Chartreux
il parut par les approches
qu'ils firent de quarante
ou cinquante toiſes de
la Gloriette du grand Doyen ,
qu'ils en vouluſſent au Baftion
Saint Alban. Ils tirerent
queques Bombes , du Canon
& force coups de Moufquet,
fans faire autre choſe
que quelques trous dans le
Parapet.
Cette nuit un Dragon
de Commercy , François de
Nation , qui ſe vint rendre à
la nage par le Rhin , aſſura
queles Allemans avoient plus
GALANT.
de ſoixante & dix pieces de
Canon ; que l'on travailloit
inceſſamment pour les mettre
en batterie , &que la pluſpart
des nuits de tranchée on leur
avoit tué &bleſſé plus de trois
cens hommes. Le jour , les
Allemans ne firent que s'approfondir
dans leurs travaux
ſans avoir rien avancé , par
les bons ordres que Mr d'Uxelles
avoit donnez à Mr Camollin
de tirer de ſa Batterie.
Us furent fi bien executez ,
que fon Canon leur oſta la
hardieffe de travailler en avant.
Les Saxons firent de
meſme à leur attaque , & fe
contenterent de tirer beaucoup
de coups de Mouſquet.
Ils ſe ſervirent aufſi quelquefois
de leur Canon &de leurs
Mortiers ১ dont ils tirerent
112 MERCURE
د
ſeulement une centaine de
bombes ce jour - là , qui blefferent
à la joüe Mr de Caufenac
, Lieutenant du Regiment
Dauphin & firent
quelques petits deſordres à
un parapet . Mr du Carrier ,
Ingenieur , les repara auſſitoſt
par les ordres que Mr leGouverneur
luy donna. Il n'y eut
qu'un Soldat bleſſé d'un coup
de Canon qui luy emporta le
gras de la jambe.
>
La nuit du s . au 6. les Imperiaux
quitterent leur travail
& releverent beaucoup de celuy
qu'ils avoient fait la nuit
precedente. Ils avancerent
meſme la droite de leurs attaques
d'environ trente toiſes ſur
leur paralelle à la Place , ce qui
fit qu'ilembraſſerent l'angle du
baſtion S. Alexandre par ce
GALANT.
113
C
travail. Monfieur de la Roche,
Capitaine au Regiment des
Bombardiers , ayant eu ordre
de mettre des barils flamboyans
fur nos glacis pour découvrir
les travaux des Ennemis , cut
un doigt emporté d'un coup de
Mouſquet en les pofant . Al'attaque
des Saxons & Bavarois ,
ils avancerent leur gauche de
trente ou quarante toiſes
ayant fait à leur tefte une Redoute
imparfaite , d'où ils efcarmoucherent
aſſez ſouvent
de leur droite . Ils avancerent
un boyau preſque d'autant de
toiſes que l'autre , comme s'ils
euffent eu deſſein d'attaqnerle
baſtion de S. Alban . Monfieur
d'Vxelles & Monfieur le Gouverneur
dormirent à leur ordinaire
, c'eſt à dire , tout veſtus ,
pour voir à la pointe du jour
114 MERCVRE
1
aux deux attaques ce que les
Ennemis auroient fait , afin de
donner leurs ordres. Lejour ,
il y cut ſeulement quelques
efcarmouches. Un Soldat de
Staremberg ſe rendit , aſſura
que fon Capitaine avoit eſté
tué avec huit Soldats, & qu'ils
perdoient bien du monde . On
s'apperceut auſſi que les Tentes
de Monfieur de Baviere ef
toient pliées , & que quelques
Regimens avoient marché , ce
qui donna lieude croire que
ce Prince avoit décampé .
La nuit du 6. au 7. les Allemans
ne firent que perfectionner
leur grand paralelle , & leur
Redoute , & l'on découvrit
quelques embraſures. Le feu
de nos gens fut toujours fort
grand. A l'attaque des Saxons
& Bavarois ils firent une groffe
☐ GALANT. 115
Redoute imparfaite qui les
avançoit prés de la Place au
moins de quarante toiſes . Cela
fit croire qu'ils vouloient attaquer
la Cuadelle par cet ouvrage.
A la pointe dujour , un
deleurs Fauconneaux caffa la
cuiſſe àMonfieurde Montmorency
, Sous Lieutenant dans
leRegiment d'Orleans . Le jour
ſe paſſa à eſcarmoucher de part
&d'autre. Les Ennemis acheverent
le travail qu'ils avoient
commencé la nuit aux attaques
. Sur le foir , quelquesCavaliers
ſe détacherent ,& fe
mirent àpied au nombre de
douze , pour efcarmoucher
noſtre Garde de Cavalerie du
coſté de Saint Remond. Quelque
temps aprés , un Maréchal
des Logis fit avancer dix Maîtres
qui donnerent ſur eux fi
116 MERCURE
bruſquement , qu'avant que
leur grande Garde les puſt ſecourir
, il y en cut trois de
tuez . Les noſtres ſe retirerent
en bon ordre , d'eux d'entre
eux ayant receu quelque legere
bleffure .
La nuit du 7. au 8. les Imperiaux
poufferent leur travail du
coſté de la Place , d'un paralelled'environ
vingt toiſes , malgré
noſtre grand feu de Moufqueterie
& de Canon. Il ſe
rendit un Dragon du Regiment
de Savoye. Il eſtoit de
Chartres en Beauffe ,& affura
que Monfieur le Chevalier de
Savoye avoit eu un coup de
Mouſquet à la teſte , mais peu
dangereux , & qu'un Prince
deNeubourg avoit eſté bleſſé
àla cuiſed'un coupde Fauconneau
; que les Ennemis per
GALANT.
117
- doient beaucoup de monde ,
& qu'on en comptoit plus de
deux milles tuez ou bleſſez .
Sur les quatre à cinq heures
dumatin , les Allemans firent
deux grandes ſalves de leur
Moſqueterie à la Tranchée. Un
moment aprés , ils tirerent fur
nos travaux ving- quatre coups
de Canonde leurs bateries ,&
continuerent par les vingtquatrepieces
dont ils battoient
nos défenſes .Aux Attaques des
Saxons & Bavarois ils firent
un grand boyau , comme s'ils
cuſſent voulu avancer du côté
du Baſtion de S. Alban , & laiffer
la Citadelle. Ils aſſurerent
la teſte de leur travail par une
Redoute fi parfaite , qu'ils
en efcarmoucherent ſouvent
Nous adandonnâmes le Prié-
Dieu de la Vigné du grand
118 MERCVRE
Doyen , où il y avoit fix hommes
& un Sergent. Monfieur
d'Uxelles avoitordonné lejour
precedent à un Lieutenant de
Dragons , de fortir à la brune
par les barrieres , accompagné
de ſept ou huit Dragons , &
d'aller juſqu'aux retranchemens
des Ennemis , ce qu'il
executa en brave homme,don .
nant dans ceux qui foutenoient
les Travailleurs dont il
en emmena un priſonnier. Vn
de leurs boulets s'eſtant fendu,
bleſſa dangereuſement à la
jouë un Lieutenant de Dragons
, nommé Monfieur de
Corbian. Il n'y eut preſque
pointde Soldats tuez : mais les
éclats des Mouſquets en bleſſerent
environ une vingtaine.
Monfieur de Bordeaux , Officier
de Cavalerie , ayant eſté
GALANT.
119
commandé pour fortir àla meſ.
me heure ſur l'attaque Imperiale
, s'acquitta tres bien de
fon devoir. Il n'avoit que le
mefme nombre de Cavaliers
que l'autre avoit de Dragons.
Sur le foir , il y eut une pctite
eſcarmouche des Troupes
de Heſſe , qui voulurenttaſter
noſtre Cavalerie de leur coſté .
Ils estoient environ deux cens
hommes de pied ,& trois trou
pes de Cavalerie , mais Monſieur
de l'Iſle , Capitaine de
garde dans le Regiment de Vi.
vans, les ſoutint d'une maniere
ſi vigoureuſe , qu'ils furent
contraints de s'en retourner ,
apresavoir laſſe quelques
morts .Nous y perdîmes unCavalier&
trois chevaux .
La nuit du 8. au 9. à l'Attaque
Imperiale , les Allemans
120 MERCURE
poufferent une paralelle de
leur droite à leur gauche pour
mettre leur Batterie en ſeure--
té. Cet ouvrage ne leur donna
aucune avance du coſté de la
Place. Ils avoient tiré le jour
precedent de leur Batterie de
vingt - quatre pieces , cing à
fix cens coups de Canon aux
deffences . Les Saxons poufferent
un boyau pour approcher
de'la Place, mais cela ne les en
approcha pas à beaucoup prés
comme les Imperiaux. Ils tirerent
quelques Bombes &
quelques volées de Canon ſans
aucun effet. Les Allemans augmenterent
leurs Batteries , &
fur les cinq heures du matin ,
ils tirerent trente coups de ſuite
, quoy qu'aſſez lentement.
Ils emporterent quelques guerites
, couperent un peu des
Palif
GALANT. 121
palliſſades , & n'endommagerent
preſque point les Parapets
. Mr d'Vxelles ne voulant
rien oublier de ce qui pouvoit
inquieter les Ennemis ,
ordonna qu'on fiſt un grand
Rideau hors la porte de Gand,
pour ſoûtenir le logement
qu'on avoit àla Juſtice , ce que
Mr de Choiſy fit tracer par Mr
le Chevalier de Bouteville ; on
ymit centhommes qui s'y retrancherent
. Mr du Faux , cydevant
Capitaine dans leRegiment
des Bombardiers , fut
bleſſéau bras droit d'un éclat
de pierre par un boulet deCanon
des Ennemis. On ne sçauroit
affés le loüer pour ſa diligence
à executer tous les ordres
qu'on lay donne. Mr le
General en parle affez hautement
, & comme il ne fatte
Novembre 1689. F
122 MERCURE
perfonne , on peut ajoûter foy
à ce qu'ildit .
La nuit du 9.au 10. on fit
fur les Allemans une fortie
de quatre vingt hommes ,
commandez par Mrs de Bardou
& du Teil du Regiment
du Maine. Ils allerentaux Travailleurs
, & en approcherent
ſi prés , qu'ils poufferent
ceux qui les couvroient. Ces
gens commandez ſe tinrent
d'abord fur leurs logemens ,
& l'on en tua quelques- uns ,
dont on emporta trois Fufils
& d'autres marques. Les Ennemis
firent grand feu de
leur Tranchée. Nous perdimes
deux Soldats , & M. du
Teil, Capitaine du Maine, fut C
bleffé . Cette nuit les Impe- |
riaux avancerent beaucoup
leurs travaux du coſté du glaGA
LANT . 132
4
cis par un gros ouvrage en
triangle , dont ils firent une
paralelle pour joindre leur
droite. A l'attaque des Bavarois
& Saxons , ils avancerent
auſſi aſſez confidera-
,
blement ayant fait une
grande Redoute à leur gauche
pour joindre leur droite
par une paralelle qui ſembloit
menacer le Baſtion de la
Tour de Druſſus de la Citadelle.
A cinq heures du matin
M. deBertillac rendit compte
à M. d'Uxelles de l'eſtat du
travail des Ennemis , & luy
propoſa de faire une fortie ,
à quoy il reſiſta , mais fes
remontrances firent enfin
confentir ce General qui
luy ordonna de faire ſeulement
fortir cent hommes
pour voir la contenance des
د
F 2
114
MERCVRE
Ennemis , & d'en commander
the
vingt ſept pour les foutenir
en cas qu'ils pliaſſent ,
avec defenſe de s'engager
avec les Imperiaux. Sur les
fit fortir ſon monde dont
د
huit heures , M. de Bartillac
la chaleur fut fi grande , que
s'engageant trop avant , il
fut obligé de les faire foûtenir
, & enfuite de ſortir luymeſme
avec les Grenadiers ,
l'envie que nos Officiers avoient
de ſe ſignaler les ayant
portez àpaſſerleursordres . Les
Allemans plierent & abandonnerent
leurs travaux , où l'on
demeura aſſez de temps pour
raſer , ſi nous cuſſions eu des
lesTravailleurs .Cependant les
Saxons vinrent à la charge.On
les foûtint à fufil croisé avec
perte de part &d'autre. Leurs
Troupes groſſiſſant toûjours ,
GALANT. 125
M. de Bertillac jugea à propos
deſe retirer , ce qu'il fit
en fort bon ordre. Cette action
fut fi violente , que la
Compagnie des Grenadiers
d'Orleans commandée par
M. de Belevere , chaſſa les
,
s'e-
Ennemis à coups de pierre ,
n'ayant pas le temps de recharger.
M. de Beaubourg ,
Colonel de Beauvoiſis
tant jetté dans leurs travaux
fans ordre , y fit tout ce qu'on
pouvoit attendre de ſon courage
, auffi- bien que pluſieurs
Officiers & generalement
tous les Soldats des Regimens
d'Orleans & Beauvoiſis qui
furent de jour. Nous cûmes
environ vingt Soldats tuez ou
bleffez dans les chemins
couverts , en comprenant les
Sergens , & trois Officiers du
د
F 3
14 126 MERCVRE
:
Regiment d'Orleans bleſſez
dangereuſement , ſçavoir M.
du Farnay , Capitaine ; Mr
de Rincour & M. de Neuville
tous deux Lieutenans .
M. de Mora , Capitaine de
Beauvoiſis , fut auſſi bleſſé.
Il l'avoit eſté legerement le
jour precedent d'une éclat
d'une paliffade par un coup
de Canon M. le Chevalier
de Maleray fut tué , M. de
Pernau , Lieutenant , bleffé;
& M. de la Cine , Lieutenant
, & Garçon - Major ,
eutune contufion . Les Morts
qu'on vit fur la place , firent
connoiſtre que la perte des
Allemans avoit eſté grande.
On ne peut ſe difpenfer de
loüer les Officiers d'Artillerie
qui donnerent fort juſte
dans leur gros ; & qui les
GALANT.
127
obligerent fouvent de faire
alte , dans le deſſein qu'ils
avoient de nous coupercom .
me on voyoit qu'ils s'y preparoient.
Lanuitdu 10. au 11. les Allemans
firentun travail d'environ
trente toiſes , ſans rien
avancer du coſté de la Place.
C'eſtoit pour faire une veine
paralelle de leur droite à leur
gauche. Lors qu'ils en eurent
la moitié de fait , Mr d'Uxelles
fit détacher deux cens
hommes , qui s'avancerent
juſqu'au pied de nos glacis , &
ſe poſterent derriere un petit
rideau , où l'on avoit pris de
la terre pour le fermer, Nos
gens commandez , qui n'eſtoient
tout au plus qu'à quarante
toiſes des Travailleurs
ennemis , leur firent un fort
F4
128 MERCURE
r
grand feu , qui dura de meſime
force juſques à deux heures
du matin. Une groſſe pluye
furvint ,& le fit ceſſer de part
& d'autre. Les Ennemis qui
tiroient de leurs retranche
mens & de leurs Redoutes , en
faifoient un fort grand fur
les noſtres
د
en continuant
6
toujours leur travail , qui doit
leur avoir couſté fort cher
puis qu'ils eſtoient ſi prés
de nos Mouſquetaires,qui s'aquintoient
bien de leur de
voir. Les Saxons & Bavarois
poufferent un travail confiderable
, mais qui pourtant n'approchoit
pas le Baſtion de
S. Alban , ce qui fit croire
qu'ils en vouloient à la Citadelle
, & avoient deſſein d'abandonner
ce Baſtion .
La nuit du 11. au 12. les ImGALANT.
129
periaux à leurs attaques firent
un grand feu de leurs Tran .
chées,auquel les Regimensde
Cruffol & de Lorge , qui
avoient la garde du chemin
couvert , répondirent vigoureuſement
. Les Allemans ne
laiſſerent pas d'achever leur
communication , parce qu'ils
avoient commencé la nuit
paffée par une portion de
cercle , qui n'avançoit pas
plus que leur Redoute. Ala
pointe du jour ,Mr le Lieutenant
de Roy qui commandoit
cette attaque depuis le commencement
du Siege , & dont
la bravoure & la vigilance
meritent la justice qu'on luy
rend, receut ordre de Mr d'U.
xelles de faire une fortie de
foixante ou 80. hommes avec
cinquante Travailleurs . Il or.
donna à Mr de Curſol de faire:
い。
F5
130
MERCURE
commander deux Capitaines
de fon Regiment , trois Lieutenans
& trois Sous-Lieutenans.
Les deux Capitaines furent
Mr de Sainte Cortie qui
commandoit la fortie ; & Mr
de la Fonds. Il y avoit auſſi
du Regiment de Lorge cinquante
hommes commandez
avec des pelles , Mrs de Samort
& du Ripért , Capitaines ; Mrs
Dores Marigny
2
& des
Champs , Lieutenans , Meffears
Deſtier , Blanchet , & la
Claverie, Sous Lieutenans.Le
fignal eſtant donné ,tout le
monde avança avec une telle
reſolution , que les Allemans
plierent d'abord , ainſi que
les Travailleurs & gens commandez
pour les foutenir..
Aprés qu'on en eut affommé
plufieurs nos gens allerent
audelà du travail de la nuit
22
GALAN T.
131
precedente , & ils en raferent
prés de trente toiſes. Pendant
ce travail , ils poufferent jufqu'à
la Redoute des Ennemis,
où ils croiferent leurs armes ,
& le feu y fut fort grand.
Noftre Commandant eſtant
juſque dans le foſſé de leur
Redoute , y fut bleſſé d'un
coup de Ponton à la main
gauche. Après leux heures de
travail , on fit retirer les noſtres
, qui remporterent pour
marque de leur bravoure
pluſieurs gabions des Ennemis,
qu'ils preſenterent lema- -
tin à Mr d'Uxelles , avec des
Mouſquets & des Epées . Nous
euſmes deux Soldats tuez , &
trois ou quatre bleſſez : on
rapporta auſſi pluſieurs capots
des Officiers & Soldats
des pioches & des paniers..
F6
MERCVRE
!
:
M. d'Uxelles fit récompenfer
fur l'heure la bravoure des
Vainqueurs , quoy que Mrle
Gouverneur , qui s'eſtoit trouvé
dans le chemin couvert
pendant l'action cuſt déja
2
donné aux Soldats beaucoup
d'argent de ſa bourſe , enles
loüant hautement , ainſi que
les Officiers . Les Saxons avan
cerent un peu de leur coſté
mais cette attaque n'eſtoit
point pouffée ſi vigoureuſement
que la premiere. Le foir..
les Imperiaux rétablirent ce
qu'on leur avoit rafé &
continuerent leur communication.
Ils tirerent de leurs-
Batteries de trente pieces de
Canon , depuis le jourjuſques
à la nuit avec affez de ſuccés ,.
à deux Tours qu'ils vouloient.
abattre , mais tres peu à nos
,
GALANT.
133
ravaux , fi ce n'eſt à quelques
paliſſades qui furent endommagées
dans les chemins couverts
& rétablie par l'ordre
que Mr d'Vxelles donnaàMr
Defperoux ,
Lieutenant de
Roy de la Place, qui commandoità
cette Attaque , de ne pas
faire relever les majors des
Regimens des Gardes , qu'ils
neuffent fait remettre des pa-
Mfades où il en manquoit , ce
qui futexecuté ſans confufion ..
Ees Bombes que les Imperiaux
jetterent dans nos chemins
converts & dans nos Bastions
attaquez , ayant fait quelques
trous , ils furent remplis auffi
-toſt parle meſme ordre . Les
Imperiaux en jettoient de fix
Mortiers,dont ily en avoit qui
tiroient des Carcaffes pleines
de Grenades , qui pefoient au
134
MERCVRE
moins deux cens livres , &
avoient deux pouces d'épaiffeurs
. Ce meſme jour 11. Mrle
Breſt , Enseigne Colonel du
Regiment de Lorge , fut tué
d'un coup de Moufquet , & il
y eut quelques Soldats bleſſez
Les deux dernieres nuits , les
Heſſois de Caffel avoient jetté
douze ou quinze Bombes ou
Carcaffes , fans autre mal que
d'avoir donné de l'épouvante
aux Bourgeois.
La nuit du 12. au 13. les Imperiaux
ſe contenterent de
perfectionner & de rehauffer
leurs travaux,de maniere qu'il
nous parut qu'ils avoientdefſein
de faireune Batterie plus
proche ; ils commencerent
mefine un petit boyau qui ne
ſembla pas de grande imporGALANT.
135
tance.lls tirerent force bombes
dans nos travaux , dont une
tua Monfieur de Monby, Lieutenant
de Bretagne , & bleſſa
quelques Soldats .Monfieur du
Ruel , Capitaineau Regiment
du Maine , fut bleſſé au pied
d'un éclat de bombe , & Mr
de Moüy , Lieutenantde Grenadiers
du meſme Regiment ,
le fut à la joüe , d'un éclat
de Canon. Ils firent grand
feu de leurs Mouſquets , à
quoy l'on répondit vigoureufement
toute la nuit. Le matin ,
il parut qu'ils avoient quatre
pieces d'augmentation , que
Fon vit tirer de derriere leur
grandeBatterie. Leur Canon
ayant fait quelque debris , on
en fit tranſporter les pieces &
les terres en d'autres endroits
où les Ennemis ne pouvoient
136 MERCURE
nuire . A l'attaque des Saxons,
où Mr de Bertillac comman .
doit, ils fortifierent beaucoup
la Redoute qu'ils faifoient à
leur tefle , & il ſembla mefme
qu'ils y vouloient faire une
groffe Batterie , pour battre le
baſtion de la Citadelle , & celuy
de S. Jean de la Ville . Le
jour ſe paſſa en canonnades
mouſquetades & bombes à
l'Attaque des Imperiaux . Ce
grand feu couta la vie à quelques
uns & des bleſſures à
d'autres . On commença à
monter cinq Bataillons , trois
à l'Attaque Imperialle , qui furent
Bourbonnois ,& les deux
Dauphins ; & les deux d'Ans
jou à l'Attaque des Saxons ..
La nuit du 13. au 14. les
Imperiaux firent ſeulement
à leur Attaque une double.
GALANT . 137
enceinte de leur ouvrage ,
éloigné d'environ vingt pieds
de celuy qu'on avoit fait la
derniere nuit. Cet ouvrage
parut fait dans la ſeule venë
de raffurer le premier contre
les forties , mais il ne donnoit
nul avantage pour l'approche
de la Ville. Ils firent un tresgrand
feu de leurs Mouſquets,
& peu de leur Canon , mais
beaucoup de leurs bombes &
Carcaffes dont ils tuerent &
blefferent quelques Soldats .
Mr le Chevalier de Carne ,
Sous - Lieutenant dans le Regiment
Dauphin , fut bleſſe
ainſi que Mrs de Coude , Daupergnis
& Mirabel , tous trois
Officiers dans le meſme Regiment
. On fit camper douze
Compagniest de Grenadiers
dans le foffé des bastions at-
2
138 MERCURE
taquez de la face qui ne l'eſtoit
pas. Chaque Grenadier
cut quatre Grenades , & leur
rendez - vous en cas d'alarme ,
leur fut marqué dans la Place
derriere des dehors. Mr des
Rivieres , Lieutenantde Bombardiers
eut le bras caffé
d'un coup de Mouſquet en
ſervant la piece de Canon du
chemin couvert. Les Saxons
firent un affez grand feu , mais
Mr de Barbezieres , Brigadier
de jour , en fit un encoreplus
grand avec beaucoup de fuccés.
Les Heſſois jetterent quelques
bombes & Carcaffes , qui
ne firent que troubler le repos
des Habitans . Le Major eut
ordre , s'il arrivoit quelque
alarme , de nommer deux Bataillons
pour ſe jetter , l'un
dans S. Boniface , & l'autre
GALANT.
139
_ dans S. Alexandre , & d'avertir
les Officiers de viſiter à l'avenir
les Soldats pour voir s'ils
feroient des - habillez en
couchant , ce qui fut expreſſément
défendu .
fe
La nuitdu 14.au 15. les Imperiaux
firent grand feu de
leurs Bombes
, ayant fept
Mortiers qui tirerent incefſamment
, & firent quelque
defordre , mais il fut reparé
preſque auffi toft. Il y en
eut une qui mit le feu à trois
cens livres de poudre ſur nôtre
Baſtion fans autre dommage.
Les Ennemis travaillerent
fort peu cette nuit- là ,
quoy que ſon obfcurité leur
fuſt favorable , mais le grand
& vigoureux feu de noſtre
Mouſqueterie les rallentit
beaucoup par les ſoins desOf140
MERCURE
,
ficiers du Lieutenant de Roy
qui commandoit à cette Attaque.
Les Saxons avancerent
un boyau au bout duquel
ils devoient faire une Redoute
, & par ce moyen ils
cuſſent eſté preſque aufli prés
de la Place qu'à l'Attaque
Imperiale , qui eſtoit encore
éloignée du bout de nos
glacis d'environ foixante à
quatre vingt toiſes . Mr de
Barbezieres leur fit fairetour
le feu qu'il put , mais la fituation
du terrain où ils ef
toient leur eſtant avantageuſe
, fit qu'avec l'obſcurité
ils n'eurent pas un fort grand
dommage.
La nuit du 15. au 16. les
Imperiaux poufferent leurs
boyaux juſque dans le bout
de nos glacis environ trois
GALANT .
141
د
১ avec
-son quatre toiſes. A la pointe
du jour Mr d'Uxelles ordonna
une fortie pour la faire
fur les dix heures du matin.
Cinquante Fuzeliers de Bretagne
furent commandez avec
un Capitaine , deux Lieutenans
,& quatre Sergens , &
un pareil nombre du Regiment
de Beauvoiſis
cent Travailleurs munis de
leurs outils, ſçavoir cinquante
du Bataillon de Crufſol , un
Capitaine , deux Lieutenans,
deux Sous- Lieutenans
quatre Sergens ; & autant du
Bataillon du Maine. Ils eurent
tous leur rendez - vous ſeparé
pour arriver au meſme endroit
, afin d'éviter la confufion.
L'ordre fut auſſi donné
de faire tenir le reſte du
Bataillon de Cruffol dans le
, &
142
MERCVRE
"
Baſtion Saint Alexandre , le
reſte du Bataillon du Maine
dans celuy de Saint Boniface,
&le Regiment d'Orleans dans
la Courtine , qui communiquoit
à ces deux Baſtions pour
faire feu , en cas que nos gens
fuſſent pouſſez par un grand
Corps.Mr de Barbezieres monta
à cheval à la teſte de laCavalerie,
pour eſcorter à portée
de la Tranchée , & foutenir
celle des Ennemis. On leur
donna deux pieces de Canon
que l'on fit ſortir ſur le glacis,
& elles furent d'un granduſage
dans la ſuite . Les choses étant
ainſi diſpoſées , Mr de Lozier,
Brigadier , fut commandé pour
aller dans les dehors ordonna
de la ſortie , tandis quele Lieutenant
de Roy , qui commandoit
à l'Attaque veilleroit à
GALANT.
143
tout. "Mr d'Vxelles ordonna à
Mrs de Ligny & Camollin de
faire tirer leur Canon , & nos
Bombes qui donnoient où l'on
vouloitdans la batterie des Ennemis
, & detirer fans ceſſe ſur
leurs Travaux deux heures
avant la fortie . Cela ayant eſté
executé à ſouhait , les gens
commandez du Regiment
Dauphin,qui estoient de Tranchée
, forsirent. M. de Princé .
premier Capitaine des Grenadiers
, & M. de Ribier
ſecond Capitaine , eurent ordre
d'aller droit au travail
des Ennemis , l'un par la
droite , & l'autre par la gau
che. Cent hommes de ce meſ
me Regiment , commandez
par Mrs de Sarazin & le
Preſtre , Capitaines , furent
choiſis pour les ſoûtenir. Nor
د
144
MERCURE
gens ſe mirent en marche
& poufferent d'abord toute
la Tranchée avec tant de facilité
, qu'ils allerent beaucoup
plus loin qu'il ne leur
avoit eſté ordonné , puis qu'ils
eſcaladerent leur Redouteenvironnée
d'un bon Foffé &
d'une paliſſade dedans, Pendant
ce temps , nos Travailleurs
commencerent à rafer
leur travail malgré le feu
continuel de leur Batterie ,
& de la Mouſqueterie de
leur grand retranchement.
Mrs d'Uxelles & de Choiſy
eſtoient fur le Baſtion à voir
l'action , & donnoient incefſamment
des ordres à nos
,
Canonniers . Les Allemans ſe
ment , & vinrent de leur corps
reveillerent de leur aſſoupiſſede
reſerve à découvert par
pluſieurs
GALANT.
145
pluſieurs groſſes Troupes ,
I qui commencerent à charger .
Leur Cavalerie vint auſſi pour
couper noſtre monde. Alors
la noſtre s'avançant , on efcarmoucha
affez de temps
juſques au ſignal de la Retraite
que nos Gens firent ſans
precipitation , & en fort bon
ordre , aprés plus de demyheure
de poffeffion des boyaux
des Ennemis , qui ne furent
pourtant pas razez affez , a
cauſedes ordres qu'on receut
du Genetal. Toutce qu'on
peut dire à l'avătage de braves
Troupes , ſe pent dire àl'égard
de celles-cy , tant pour la valeurdesOfficiers
que pour la
bravoure des Soldats . M.de
Breteüil, Cornette , fut bleſſé ,
&dans la Cavalerie , il y eur
14.00 15. bleſſez ou tuez , &
Novembre 1689 . G
146 MERCURE
quelques chevaux. M. de
Chaſſonville , Aydede Camp
de M. d'Uxelles , allant porter
des ordres , receut un coup de
Moufquet. Mrs de la Sauvagere
, de Trenac , Sous - Lieutenans
dans le Regiment du
Maine , & de la Poyade
Sous Major de Cruffol , furent
bleſſez chacun d'un éclat de
bombe . Mrale Breſt , Lieutenant
Colonel de Cruſſol le fut
auſſi au pied , mais legerement.
Mrs Maran , Lieutenant
dans Beauvoiſis , de Boiſvillette
, Capitaine dans Bretagne
, & du Pleſſis
د
Sous-
Lieutenant Dauphin , furent
tous bleſſez d'un coup de
Mouſquer . M. Bourgue , Ca
pitaine des Grenadiers de
Crufſol , le fut à la teſte d'un
coup de Canon . Entre les
a
GALANT.
147
Officiers d'Infanterie , on ne
peut trop regreter M. le
Preſtre , Capitaine dans le
Regiment Dauphin . Mr de
Princé recent deux bleſſures
en ſe ſignalant avec beaucoup
de bravoure. M. Ribier
, autre Capitaine de Grenadiers
, & M. Sarrazin , Capitaine
dans le mefme Regiment
, furent auſſi bleſſez
avec Mrs le Chevalier de Fe-
- raſq , Miradel Leotot , le
Chevalier de Muret & de
Courſilliere . Mrs Boiſroger ,
le Chevalier Sevil , le Gardeur
, & Bouteiller , Lieute
nans dans le Regiment Dauphin
, furent tuez. Il y cut
auſſi prés de cent Soldatstuez
ou bleſſez . Dans le Regiment
du Maine , M. de Villemarteau
, Capitaine tué . M. de
av
,
G 2
148 MERCVRE
Sauce , Lieutenant , tué d'un
coup de Canon. Dans Beau .
voiſis , M. Redon , Lieutenant ,
bleffé , & quelques Soldats .
Cette action eſt une des plus
vigoureuſe qui ait eſté faite de
nos jours , puis qu'il eſt fort
furprenant qu'un ſi petitnombre
ait fait plier une Tranchée,
où il monte ordinairement plus
de quatre mille hommes . Elle.
étourdit tellement les Enne
mis , qu'ils n'oferent entrer
detout le jour dansleur boyau
avancé .
La nuit du 16. au 17. les
Allemans ayant voulu refaire
leur travail , & reconnoiſtre
le noftre , battirent une chamade
, & firent dire que fi
nous voulions ils nous apporteroient
deux Oſficiers qu'ils
nous avoient bleſſez dans le
GALANT.
149
e
glacis. Mr le Gouverneur qui
eſtoit prefent , répondit que
s'ils vouloient , nous les en
voyerions chercher , fans qu'il
fuſt beſoin qu'ils les apportaffent,
fur quoy ils dirent qu'ils
les garderoient , & en auroient
foin. La Treve finit ,
& on recommença à tirer. Il
y eut quantité de Bombes &
debarils foudroyans pleins de
grenades , tirez contre nous.
Mr du Cartier , Ingenieur, fut
bleſſé à la cuiſſe d'un coup
de Mouſquet fur le glacis .
A minuit , le Lieutenant de
Roy ent ordre de faire fortir
deux Capitaines & cinquante
Fuzeliers , pour reconnoiftre
le travail des Ennemis . Mrs
Doneq & Comminges ayant
eſté commandez , ils pouffe .
rent les Travailleurs , qui pri
G3
هشب
150 MERCYRE
rent une telle épouvante que
nos gens demeurerent prés de
deux heures à razer leurs ouvrages
dans ce qu'ils avoient
fait ſur nos glacis . Il eſt vray
qu'un ſecond détachement
d'un Capitaine du Regiment
d'Anjou , s'acquitta ſi bien de
fon devoir qu'ils n'oferent venir
charger les noſtres , qui à
la pointe du jour rentrerent
dans nos chemins couverts
fort tranquillement ; emportant
avec eux les faſcines des
Ennemis pour marque de leur
triomphe . On prit cette nuit
un de leurs Soldats à leur
attaque . Il affura qu'ils en avoient
perdu plus de vingt par
Compagnie , fans les bleſſez ,
&que tous les Villages des environs
en estoient pleins ; que
noſtre Canon & nos Bombes
GALANT. S331
leur avoients démonté dix
pieces , & que le Coloneldes
Grenadiers avoit eſté tué. A
l'attaque des Saxons , Mr de
Bertillac eſtant de jour , les
Ennemis firent quelques lignes
de communication pour approcher
, mais Heur travail allant
auffilentement que leur
Canon & leurs bombes , on
crut qu'ils n'avoient deſſein
que de faire une fauſſe attaque...
:
La nuit du 17.au 18. le
Lieutenant de Roy , Bourbonnois
, Beauvoiſis , & les
Dragons monterent dans le
dehors à l'Attaque des Allemans
, & Bretagne & lerzé à
l'Attaque des Saxons , où Mr
de Barbezieres eſtoit de jour
Mr d'Uxelles ordonna deux .
forties fur les Attaques , l'une
(
G4
152 MERCURE
à minuit , & l'autre ſur la
pointe du jour. La premiere
fut executée par Mr de Saint
Denis , Capitaine du Bourbonnois,
avec cinquante hommes.
Ils la firent ſi à propos ,
qu'ils raferent toute la teſte.
du travail , d'où ils emporterent
fafcines & gabions dans
nos retranchemens , fur la
droite , Mr de S. Denis y fut
bleſſé , ainſi que Mr de la Mothe
, Lieutenantdu Bourbon
nois. L'autre ſottieife fit à la
pointe du jour par M. de la
Cloderie , Capitaine dans le
Regiment de Beauvoiſis ,
vieux Officier & fort capable.
Il eut ordre d'aller ſur la
gauche du boyau des Ennemis
, ce qu'il fit avec tant de
vigueur , qu'il fit razer au
moins douze toiſes de leur
travail , en forte qu'ils nous
GALANT.
153
abandonnerent leurs gabions
& leurs fafcines. Le jour ſe
- paſſa à raccommoder leurs
ouvrages fort doucement
mais peut du coſté des Saxons ,
qui ſe contenterent de ce fortifier
, & de paliſſader leur
Redoute pour aſſurer la teſte
de leur travail . Ils jetterent
pluſieurs bombes & barils.
foudroyans ſans beaucoup de
fruit , auſſi bien que ceux de
l'Attaque Imperiale , qui ſe
ralentirent de meſme que leur
Canon mais non pas des
Bombes & des barils foudroyans.
1
2
La nuit du 18 au 19. àl'Attaque
des Imperiaux , les Bataillons
Dauphins & Curfol
monterent. Mr le Lieutenant
de Roy commandoit à cette
Attaque. LesEnnemis avoient
GS
156 MERCURE
de Saxe , mais la pluſpart
creverent en l'ain , leur portée
eſtant trop éloignée.
ود
La nuit du 19. au 20. les
Imperiaux n'oſant plus tenter
le logement de la pointe
de noſtre glacis qu'ils abandonnerent
, & cherchant à ſe
fortifier contre nos forties
commencerent une paralelle
de leur Redoute avancée , de
leurdroite à leur gauche , &
de leur gauche à leur droite..
Ils euffent pû , aprés ce travail
finy ,tenter de là le lo
gement de la Contreſcarpe ,
à la faveur de leur grand
fen& de leurgroffe Redoute ,
puis qu'ils n'auroient eu pref
que que le glacis à paffer ,
mais on ſe mit en eſtat de
les y bien recevoir. Ils tirerent
plufieurs bombes & bar
GALANT.
157
6
= sils foudroyans , dont une
Grenade bleſſa à la teſte Mr
le Marquis de Thury , Colonel
du Maine & Mr de
Chalagne , Colonel de Bre-
-tagne d'un éclat de bombe..
Il y eut fort peu de Soldats
bleſſez . Ils tirerent beaucoup
moins de Canon que de coûtume
,&le feu de leur Moufqueterie
ne répondit pas à
fx mille hommes , dont ils
montoient leur Tranchée. Les
Saxons firent un boyau à la
faveur d'une Redoute qu'ils
acheverent cette meſme nuit.
Les Heſſois jetterent vingtquatre
bombes fans endommager
la Ville.
• La nuit du 20. au 21. les
Imperianx travaillerent à leurs
communication , commencée
de leur droite à leur gauche ,
158
MERCVRE
& ils l'acheverent malgré le
feu de noſtre chemin couvert
qui fut fort grand. Ils
firent auſſi grand feu de leurs
Mousquets , & querent quelques
Sergents & Soldats , mais
celuy de leur Canon & de
leurs bombes diminua fort.
Mr de Loffel , Capitaine au
Regiment d'Anjou , fut tué
d'un coup de Moufquet , Mr
Mathieu , Lieutenant de Roy,
commandant cette Attaque ,
avec les deux Bataillons Dauphin
, & Bourbonnois. Les
Heffois ne firent rien cette
nuit de leurs bombes ; les Saxons&
Bavarois perfectionne
rent le travail , qu'ils avoient
ébauché la nuit precedente,&
tirerent de là continuellement
fur les Bataillons de Crufſol ,&c
fur les Dragons de la Landes
mais ils n'étoient pas encore ſi
GALAN T.
159
= bien retranchez , ny ſi proche
que les Imperiaux . On mit le
feu cette meſme nuit à la Maifon
du grand Doyen .
La nuit du 21. au 22. à
l'Attaque Imperiale , les Ennemis
ne firent que s'approfondir
& fortifier la Redoute
qu'ils avoient ſur le bord de
noſtre glacis , & creufer leur
communication , achevée depuis
trois jours . Ils parurent
faire des Puits , & chercher
nos Mines , par la quantité de
terres qu'on leur vit tirer; ils
nous lauferent affez en repos
de leurs Canons , bombes &
Carcaffes , mais leur Moufqueterie
fut une peu plus violente
, & coûta la vie à quelques
Soldats , & en bleffa
d'autres . M. Donecq , Capitaine
d'Anjou , fut tué d'un
coup de Mouſquet. Il ſe ren160
MERCURE

dit ſept Deſerteurs des Grenadiers
de Baviere. A l'Attaque
des Saxons , les Ennemis
épaifirent & agrandirent
leurs boyaux , avec la Redoute
qui conduiſoit au glacis
, comme s'ils euſſent voulu
attaquer le Baſtion Drufus
de la Citadelle. Ils ne
firent pas grand feu de leurs
barils foudroyans , dont l'un
tomba prés M. de la Colignere
, Lieutenant Colonel
du Regiment d'Orleans. Il en
fut un peu bleſſe , & il n'y
eut point d'autre dommage.
La nuit du 12. au 23. les
Imperiaux fortifierent extraordinairement
leur teſte de
paliſſades & gabionnades , en
s'approfondiſſant & épaiſſiffant.
Ils firent un ouvrage
dans l'angle ſaillant de noſtre
GALANT. 161
- glacis , un peu plus grand
que le premier qu'on avoit
razé ; & commencerent par
cet ouvrage à nous fort avoifiner.
Il parut meſme qu'ils
faisoient une autre Batterie
pour voir mieux nos chemins
couverts , & la porte de Gau ,
avec le Baſtion Saint Martin.
Leurs bombes & leur Canon
firent peu de feu ; mais leur
Mouſqueterie en fit un fort
grand. Il y eut quelques Ser
gens & Soldats tuez. Les Saxons
s'approfondirent beaucoup
à leur Attaque. Ils s'élargirent
& s'épaiſſirent , &
ne tirerent que tres peu de
bombes .
La nuit du 23. au 24. les imperiaux
firentune petite communication
qu'ils n'avoient pû
achever la derniere nuit; cet
162 MERCURE
L
ouvrage n'estoit pas de ſigran .
de conſequence que celuy
qu'ils avoient faità leur gauche
, par un travail qui abontiffost
preſque à la moitié de
deſſus nos glacis , ce qui n'eftoit
point veudes autres pieces
de nos dehors,à cause de l'irrégularitédu
terrain. Ils firent
un grand feu de leurMoufqueterie
,& pen de leur Canon &
Carcaffes. Quelques Soldats
en furenttuez . Les Saxons travaillerent
à faire une grande
Batterie , ayant peu avancé
depuistroisjours . Ils enfoncerent,
& élargirentleurRedoute
, &des Deferteurs qui nous
vinrent cette nuit , nous aſſeurerent
qu'ils vouloient y mettre
trente huit Piecesen bat.
terie;mais qu'ils n'avoientencore
ny Madriers ny les choſes
GALANT.
163
1 neceſſaires . Ils confirmerent
que deux petites pieces qui
eſtoient dans nos dehors leur
faifoient perdre beaucoup de
monde .
La nuit du 24. au 25. àl'Attaque
Imperiale , ils firent un
commencement de communication
pour joindre leur droite
- à leurgauche ; elle devoit traverſer
une partie desangles de
nos glacis , ce qui marquoit
■ leur approche affez prés de nos
paliſſades. Ils tirerent force
bombes , dont l'une mit le fou
dans un de nos barrils de fond,
- qui en alluma un autre où il y
avoit trois cens grenades , qui
ne firent aucun mal à ceux du
chemin couvert. Monfieur de
Monteil , Major du Regiment
de Beauvoiſis , fut bleſſé à la
jambe d'un éclat de bombesil
IBLIO TIS
LYO
164 MERCURE
n'y eut rien d'entamé , quoy
quela bleſſure fuſt grande. Mr
de la Beleſtre , Capitainedes
Grenadiers d'Anjou , fut blef.
féau bras parun éclat de Grenade.
Le grand feu que firent
les Ennemis toute la nuit
coûta la vie à quelques Soldats.
Leur Canon commença à tirer
plus ſouvent , mais c'eſtoient
des pieces nouvelles pour
abattre nos defences . Les Saxons
firent un travail pour
approcher l'angle du chemin
couvert de la Citadelle au
baſtion Druffus . Mrde Cotiere
, Major du Regiment d'Orleans
, fut bleffé.
La nuit du 25. au 26. les
Imperiaux firent un boyau de
leur droite à leur gauche , &
autant de leur gauche à leur
droite ,pour tacher à faireune
GALANT . 161
communication. Leur Moufqueterie
fit grand feu , leurs
bombes & barils foudroyans de
meſme ,& le Canon de leur
nouvelle Batterie ſe réveilla
un peu depuis le jour précedant
Monfieur Cruffel , Capitaine
au Regiment des Bombardiers
; fut bleſſe au visage
d'un éclat de bombe. Mrade.
Lamy , Capitaine des Grena
diers d'Anjou , reccut un coup
de Mouſquet aux reins. Les
Saxons & Bavarois ouvrirent
leurs embraſures , d'où l'on
apperceut dix- huit pieces , &
qu'ils en vouloient aux Baftionsde
Druſſus & de S. Alban .!
Ilsfortifierent leur Redoute de
leur droite , acheverent un
grand épaulement pour mettre
leur Cavalerie , tirerent un
petit boyan de leur Redoute
166 MERCURE
pour venir vers le glacis du
chemin couvert du Baſtion
Druffus.
La nuitdu 26. au 27. les imperiaux
firent un crochet de
peu de toiſes ſur le panchant
de noſtre glacis de leur droite
à leur gauche pour ſe joindre
enſemble , & faire une paralelle.
Le grand feu de nosMoufquetaires
les empeſcha d'achever
leur oouuvrage , & par les
arangemens de leurs gabions,
qui estoient fort mal en ordre,
il parut qu'ils y avoient travaillé
avec grande perte. Ils
redoublerent le feu , tant de
leurMouſqueterie que de leurs
bombes & barils foudroyans .
Monfieur de Moüy , Capitaine
au Regiment du Maine , &
FreredeMonfieur de Vilemar.
ceau, tué quelques jours au-
*
GALANT. 167
paravant , dont il avoit cu la
Compagnie , fut aufſitué ; &
Monfieur de Saint Pé , Aide
Major au Regiment de Beauvoiſis
, fut bleffé. On perdit
d'ailleurs fort peu de monde.
Les Saxons s'empreſſferent fort
à travailler à leur grande Batterie.
La nuitdit 27. au 28. Monſieur
d'Uxelles curavis que les
Allemans à leurataque avoient
monté avec leurs Drapeaux à
la Tranchée , ce qui l'obligea
de faire ordonner par le Major
à tous les Regimens qui reftoient
dans la Place , de garder
les poſtes qui leur avoient eſté
marquez ſur les Bastions , chemins
couverts , & tenailles ,
avec ordre aux Officiers de ſe
tenir preſts , & pour rectifier
ces ordres , le Major de la
168. MERCURE
K
Place alla voir à deux heures
aprés minuit ſi tout estoit en
l'eſtat qu'on ſouhaitoit , ce
qu'il trouva. Les Imperiaux
acheverent leur communica.
tion fur le quartde nos glacis.
Ils l'avoient commencée de
puis deux jours. Ils redoublerent
toute la nuit leur feu de
Mouſqueterie , de bombes &
de Carcaffes , & blefferent Mr
de Provange , Capitaine au
RegimentDauphin. Quelques
Soldats furent tuez , &d'autres
bleſſez . Monfieur de Grenel ,
Officier des Bombardiers ,&
Monfieur Poſtant , Lieutenant
au Regiment de Jerzé , furent
tuez. Le matin, Ils recommencerent
à tirer de toutes leurs
pieces , à l'imitation des Saxons
qui tirerent pour la
première fois de leur grande
Batterie ,
GALANT. 169
Batterie , & qui bleſfferent Mr
de Blaru , Lieutenant Colonel
d'Anjou , Monfieurde Hautefort
, Colonel d'Anjou , Monſieur
de Vieubourg , Colonel
de Beauvoiſis , & Monfieur de
Chavanes ,Lieutenantde Grenadiers
de ce meſme Regiment.
La nuit du 28. au 29. les
Allemans ne firent qu'épaiffir
leur communication furleglaeis
; il parut meſme par deux
manivelles qu'on voyoit dans
leur travail , qu'ils cherchoient
à éventer nos Fourneaux , &
à trouver nos galleries , ce qui
fut cauſe que Monfieur d'Uxelles
ordonna à Monfieur de
la Mothe , Capitaine des Mineurs
, d'aller au devant , & de
leur donner une fougace
fi on les entendoit travailler.
Novembre 1689 . H
د
170
MERCURE
د
Elle réüſſic ſi bien , que quand
les Mineurs ijugerent que les
Allemans n'eſtoient plus qu'à
deux pieds de leurs rameaux ,
ils y mirent le feu , qui ſou.
fla tout ce qui eſtoit dans leur
travail. Les Ennemis firent
grand feu de leur Canon
Mouſqueterie pierres , bom.
bes ,& barils foudroyans , qui
cauferent quelque dommage
au Parapet & aux Paliſſades ,
mais tout fut reparé en
moins d'une heure , par l'application
de M. le Lieutenant
de Roy , qui a toujours commandé
à cette Attaque. Mrs
de Lazé , Dortan & Menage ,
Lieutenans du Regiment du
Maine , furent bleſſez . Les
Saxons s'appliquerent à faire
une paralelle devant leur batterie
pour la mettre en ſeure
GALANT. 171
té. Ils en tirerent trente - fix
groffes pieces , outre huit mediocres
qu'ils avoient déja en
batterie depuis long temps ,
fur les baſtions Druffus & de
SaintAlban .
La nuit du 29. au 30. les
Imperiaux ne firent que ſe
fortifier , & chercher nos Mines
& nos Fourneaux . M. de
la Mothe eſtant aux écoutes ,
& les ayant entendu travail.
ler pour venir au devant de
luy , les crut affez proche
pour leur foufler une fougace,
ce qu'il fit fi à propos , que
les ayant étouffez aux deux
endroits de leur travail , la
terrequi ſauta de noſtre glacis
, ſe remit dans ſon entier,
fi bien que toute la nuiton
n'entendit plus rien d'aucun
coſté . Les Allemans voulant
H 2
172
MERCURE
travailler à leur nouvelle Batterie
ſur la pointe de noſtre
glacis furent obligez de l'abandonner
juſqu'à trois fois ,
par le feu que luy fit faire
Mr de Bertillac , Lieutenant
Colonel du Regiment Dauphin.
Ils jetterent plus de
deux cens bombes & barils
foudroyans avec beaucoup
de pierres qui ne bleſſerent
que peu de perſonnes . Mrde
Vigny fut bleſſé d'un éclat
de bombe , ainſi que Mr de
la Miliere Capitaine des
Portes. Les Saxons & Bavarois
s'approcherent fort de
nos glacis ; meſme ils commencerent
à travailler avec
des manivelles pour chercher
nos Mines . Ils tirerent force
coups de Canon de leurs quarante
quatre Pieces qu'ils a-
,
GALANT. 173
voient en batterie , & de ſept
Mortiers avec leurs bombes
& barils foudroyans , qui
tuerent & bleſſerent quelques
Soldats ,
La nuit du 30. au 31. les
Imperiaux éleverent fort leurs
travaux qui estoient à la
pointe du glacis de l'angle S.
Boniface. Ils firent une fougace
pour eventer nos Galeries
, mais elle leur fut fort prejudiciable
eſtant retournée
vers eux , & n'ayantincommode
ny nos Mines ny nos Mineurs.
,Leurs trente fix pieces
dé Canon tirerent ſouvent
& leurs fept Mortiers beaucoup
plus , qui jetterent cette
nuit plus de deux cens bombes
ou barils foudroyans dans
nos travaux fans nous faire
que fort peu de mal. Ils en-
>
H3
174 MERCVRE
,
fut
dommagerent fort nos pa.
liffades , mais Mr le Lieutenant
de Roy y remedia à
fon ordinaire. Ils ouvrirent
trois Sapes pour venir ànoſtre
chemin couvert par trois
endroits , mais on n'eut pas
envie de les y laiſſer. Mr de
Burgas , Lieutenant dans le
Regiment du Maine
tué d'un éclat de bombe ,
Mrs de Ruel & de Mirabel
moururent de leurs bleſſures ,
& Mr le Comte de Monte.
reau , Capitaine au Regiment
Dauphin , fut bleſféd'un coup
de pierre. A l'Attaque des
Saxons , ils avancerent fur
la pointe de nos glacis , &
continaerentd'élever. Ils travaillerent
auſſi à chercher nos
rameauxX mais comme ils
n'eſtoient pas encore affez
د
GALANT .
175
, prés de nos Mines on ne
put rien faire contre eux .
Leurs bombes , Mortiers &
barils foudroyans tirerent
fort ſouvent , & meſme leurs
quarante - quatre pieces de
Canon qui batoient les Baf.
tions Druffus & de Saint
د
,
Alban & les traverſes de
nos chemins couverts. Les
Heſſois de Caffel tirerent plufieurs
bombes dans la Ville.
Elles renverſerent quelques
toits ,& bleſſerent deux perfonnes
.
La nuitdu 31 au 31. Septembre
, les Imperiaux joignirent
par un crochet deux
de leurs Sapes enſemble , en
forte que cela leur donnoit
un peu plus d'avance fur
noſtre glacis . Ils jetterent
force bombes & pierres , &
H 4
176 MERCURE
tirerent beaucoup de leur
Mouſqueterie. Ils blefferent
Mr le Chevalier Marion de
Chanroſe , Enſeigne dans le
Regiment Dauphin , & quelques
Soldats. Ils travaillerent
avec vigueur à leurs ſapes
qu'ils fortifierent de gabions .
Mr du Hayer , Lieutenant de
Dragons de la Lande , fut
tué d'une bombe , & M. de
Maucler , Capitaine des Bombardiers
, bleſſé dangereufement
d'une Grenade à la
teſte. Les Saxons & Bavarois
tenterent de faire un logement
à découvert ſur l'angle
où finiſſoit le glacis , mais
M. de Barbezieres , Brigadier
de nuit , ayant fait meture
des Officiers & des Grenadiers
à l'affuſt , ils leur tuerent
les deux premiers OffiGALANT.
177
ciers qui parurent , & le refte
n'ofa avancer. Ainſi ils ſe
contenterent de canonner de
grande force avec leurs qua
rante quatre pieces de Canon
ils épaiſſirent auſſi leur travail
& l'avancerent beau-.
coup.
,
La nuit du 1. au 2. les Imperiaux
tirerent beaucoup de
leur Moufqueterie , bombes
&pierre dans nos travaux.
Ils communiquerent leur ſape
de leur droite comme ils
avoient fait la nuit precedente
celle de leur gauche ,
ce qui leur donna une petite
avance plus qu'ils n'avoient
fur noftre glacis. Leur feu fut
fort grand , & le noſtre y ré.
pondit. A l'Attaque des Saxons
, le feu de Mouſqueterie
& barils foudroyans joint
H
:
178 MERCURE
à leurs bombes , fut plus violent
que de coûtume , ce qui
leur donna la facilité de faire
un logement ſur noſtre glacis
, approchant deux palif.
ſades du chemin couvert Ils
furent par là à peu prés egaux
aux Imperiaux.
La nuit du 2. au 3. les Allemans
firent un petit travail
à la teſte de leur bonnet
de Preſtre fur noſtre glacis ,
qui les approcha fi prés de
noſtre paliſſade que leurs
grenades & les noftres tomboient
dans les travaux de
part & d'autre M. de la Lande
fut bleſſé d'un coup de
Mouſquet à la jouë , & Mr
Lallié Reſté , Lieutenant Colonel
, au bras . A l'Attaque
des Saxons ,on fit une petite
fortie ſous les ordres de Mr
T
GALANT.
179
de Verſthiacy , qui commandoit
la Tranchée du Capi.
taine Tergé , nommé M. de
Barriere , avec trente Grenadiers
& trente Dragons. Ils
pouſſerent vigoureuſement
les Ennemis , les chaſſerent
de leur travail au mur , firent
trois priſonniers , & emporterent
pluſieurs marques de
leur bravoure .
La nuitdu 3. au 4 les Allemans
firent grand feu deleur
Mouſqueterie , Canons &
bombes , & encore plus de
leurs grenades qu'ils jettoient
dans nos chemins couverts ,
à la main. Ils joignirent par
un petit logement deux ſapes
qu'ils avoient ouvertes fur le
glacis ,& tuerent & blefferent
quelques Soldats , mais comme
on voyoit leurs Travail.
H6
180 MERCURE
4
leur , il ne ſe peut que les
noftres ne leur ayent fait perdre
beaucoup de monde par
le feu continuel qu'ils firent.
Le Canon de leur nouvelle
Batterie de ſept pieces , pour
battre la courtine qui eſt entre
le baſtion S. Boniface &
celuy de S. Alexandre , y fit
quelque petite bréche en tirant
inceſſamment mais la
prévoyance de nos Generaux
avoit fi bien fortifié cet endroit
qu'il eſtoit plus fort
que les autres. Les Saxons &
Ravarois poufferent une ſape
aſſez prés de nos paliſſades ,
& auſſi proche de nos ouvrages
que celle des Imperiaux.
Ils nous tirerent de
leurs quarante quatre pieces
de Canon , dont ils battirent
Le Baſtion Saint Alban , mais
GALANT. 181
leurs bombes & barils foudroyans
ne nous firent pas
grand mal .
,
2
La nuitdu 4. au s . les Alle
mans approfondirent quelques
ſapes , & comme ils ne pouvoient
preſque plus avancer
que fur les Mines & fur nos
Fourneaux , ils firent mener
grande quantité de fafcines , de
bateaux & de lignes à lu
Tranchée ce qui fit croire
qu'ils pourroient attaquer à
tous momens le chemin couvert
. Ils bleſferent Monfieur de
Bertrandy , Gouverneur cydevant
, & Monfieur Daudijour
, Capitaine au Regiment
Dauphin, Monfieur-de Vigny
ayant eu ordre de tirer des
bombes , donna ſi adroitement
dans leurs batteries , que l'une
mit le feu dans leur magazin
182 MERCURE
aux poudres de dix neufmille
livres , qui fit ſauter tout le
logement avec beaucoup de
perte , en forte que les faſcines
vinrentdans nos baſtions . Les
Sazons ne firent que s'élever
dans leurs travaux pour ſe preparer
en meſme temps que
l'Attaque Imperiale . Ils bleſſerent
le Commiſſaire d'Artilleriede
la Citadelle .
La nuit du s . au 6. ils n'avancerentaucunement
, à cau.
ſe qu'ils eſtoient trop proche.
Sur l'avis qu'on cut, & les
manieres qu'on leur voyoit
faire , on ſe tint preſt à ſe défendre:
Un Deſerteur François
des Grenadiers de Baviere
, s'eſtant rendu dans la Ville
, aſſura que le contre- ordre
avoit eſté donné de neplus at
Eaquer, ce qui ſe trouva vray.
GALANT .
183
Les Ennemis nous avoient jot.
té l'apréſdînée du jour précedent
huit barils foudroyans à
la fois qui firent un feu extraordinaire.
Toutes ces Grenades
creverent inutilement
pour eux .
Monfieur de Peroux
, Lieutenant de Roy de
la Ville , fut dangereuſement
bleſfé à la teſte d'un coup de
Moufquet. Les Saxons avancerent
leurs approches autant
que celles des Allemans , &
tirerent toute la journée plufieurs
coups de Canon ſur les
quatre heures du foir, les Allemans
, Saxons & Bavarois don .
nerent le ſignal pour l'attaque
du chemin couvert tout à la
fois par cing coups de Canon ,
& une bombe qui creva en
l'air. En meſme temps , toutes
leurs Troupes marcherent de
1
184 MERCVRE
د
leur retranchement aux paliffades
, avec des gabions mantelés
,garnis de plaques de fer
& balons de laine. Les Regimens
qui estoient dans nos
dehors eſtoit le premier
Pataillon d'Anjou , & un autre
à l'Attaque des Bavarois , &
ceux du Maine , Orleans &
Bretagne à l'Attaque Imperiale
Leurs gens armez de cuiraſſes
& de pots en teſte , vinrent
à la paliſlade fort fierement
& furent receus de mefme .
Quelques- uns voulurent ſauter
dedans , mais on ne les y
laiſſa pas demeurer , pendant
ce commencement la Ville
fut environnée preſque de
toutes parts pard'autres Troupes
qui s'approcherent de nos
baſtions de terre avec de pe.
tites pieces de campagne
qu'ils tirerent inceſſamment ,
6
T
GALANT.. 185
mais par le bon ordre qui
estoit fur nos baſtions ils
n'approcherent que pour ſe
retirer , à cauſe de la quanti .
té de coups de Canon qui
les y forcerent. Cela dura
prés de deux heures d'une
fort grande furie, Nos Soldats
firent des choses qui ſurpaffent
, l'imagination , pour
leur fermeté , leur bravoure ,
& leur fierté . Cependant aprés
un grand Combat de
deux heures , il falut ceder
nos paliſſades que les Ennemis
occuperent ſur le haut
de noſtre glacis . C'eſt tout
ce qu'ils purent faire aprés
beaucoup de carnage , & ce
qu'ils auroient fait le lendemain
par la ſape fans rien
riſquer. Les quatre vingt
pieces de Canon , les vingt
Mortiers , & les barils fou186
MERCURE
droyans tirerent fur nous fans
diſcontinuer pendant tout le
temps de ce Combat , ce qui
cauſa la perte de beaucoup
de monde. Quelques Batail.
lons ont perdu dans la Place
plus de cent hommes. Il y
eut treize Officiers du Regiment
d'Orleans tuez onbleſſez
, le reſte à proportion .
Les Ennemis ont perdu plus
de mille hommes à l'Attaque
de Baviere ſans les Blefſez.
A l'Attaque Imperiale ,
ils ont beaucoup plus perdu
de monde. Mr de Lozier y
commandoit. Comme il eſt
d'une experience conſommée
&d'une haute bravoure ; il
ne s'eſt point épargné pour
le fervice du Roy. Mr Clement
fut bleſſe à la teſte
d'un éclat de bombe.
GALANT .
187
La nuit du 6. au 7. les Ennemis
aux deux Attaques ne
firent que s'élargir & s'épaiffir
, tirant force grenades &
coups de Moufquet de part
&d'autre.
La nuit du 7. au 8. fut prefque
de meſme , mais le 8. au
matin on commença à parle .
menter , & les Oftages furent
donnez. On ſigna les Articles
le 9. à condition qu'on ſortiroit
le 11. au matin ,avectoutes
les marques d'honneur
que les Afſiegez pouvoient
fouhaiter.
L
Il paroiſt depuis peu de
jours un Plan de Venise , extremement
eſtimé des Curieux.
Vous ſçavez que cette
Ville eſt d'une conſtruction
fort finguliere . Outrela divifiondes
Quartiers , on trouve
188 MERCURE
dans le Plan dont je vous
>
parle , les noms de tous les
Ponts , Canaux , & Edifices
publics , avec des marques
pour faire connoiſtre les
Convents d'hommes , & de
Filles , l'Ordre dont ils font
les Paroiſſes , Chapelles , Abbayes
, &c. Il eſt enrichy des
veuës des Places S. Marc , du
Pont Réal , du Bucentaure , du
PontS. Barnabé , du Combat
à coups de poing , & d'une
Carte Geographique de la
Dogade ou environs de Vele
tout proprement
gravé. Ce Plan , qui ſe vend
chez le Sr de Fer , Ifle du Palais
, eſt le premier qui ait
fait remarquer toutes ces
chofes , & comme il ſervira
de modelle à tous ceux qu'on
fera à l'avenir , il y a grande
nife ,
L
GALANT. 19
apparence qu'on n'en voudra
plus que de cette maniere là.
Ie croirois faire injustice
à la memoire des Perſonnes
diftinguées qui meurent dans
le ſervice , ſi je ne vous apprenois
que les fatigues que
Mr Raouffet , Gouverneur de
Bonn , a eſſuyées pendant le
Siege de cette Place , luy ont
à la fin coûté la vie . Il eſtoit
d'une Famille établie dans
Taraſcon en Provence , &
dans laquelle on fait voir plus
de trois cens ans de Nobleffe
de Pere en Fils ſans nulle interruption
. Ceux de ce nom
fe ſont également ſignalez
dans l'Epée & dans la Robe ,
& il y en a eu quantité de
Commandeurs & de Chevaliers
de Malthe, L'un d'eux
ayant demandé au Grand.
{
190 MERCVRE
2
Maistre de l'Ordre la permiſſion
de faire le voyage de
Gigery , & d'eſtre du nom.
bre des Chevaliers qui devoient
compoſer le Bataillon
, finit glorieuſement ſes
jours devant cette Place. Il
eſtoit Couſin Germain de Mr
Raouffet Gouverneur de
Bonn . Ce dernier a eu l'honneur
de ſervir le Roy pendant
trente- cinq ans. Il commença
à quatorze ans par une
Enſeigne dans Navarre. Il
commandoit ce Regiment'à
la Bataille de Caffel , & il y
donna tant de marques de
courage , que Monfieur l'a
toûjours honoré de ſabienveil
lance depuis ce temps - là .Il receut
dans la même Căpagneun
coup de Moufquet au travers
du corps devant Aire , & lors
GALANT. 191
qu'il fut guery de cette bleſſure
, Sa Majesté luy donna la
Lieutenance de Roy de S. Omer
, & l'inſpection des Trou -
pes. Il fut fait enſuite Gouverneur
de Bonn , où il a marqué
fon zele par tous les ſoins &
toute la vigilance que l'on pouvoit
attendre de luy. Il laiſſe
trois Freres & une Soeur. L'Aî
né eſt Conſeiller au Parlement
d'Aix ; le ſecond ſert depuis
long- temps en qualité de Capitaine
dans le Regiment de
Navarre. Le dernier eſt Religieux
Benedictin , & la Soeur ,
Abbeſſe de l'Abaye Royale de
Beaucaire. Comme cette Famille
eſt nombreuſe , on en
peut compter preſentement
plus de douze Officiers , tant
fur terre ; que ſur mer , parmy
leſquels font trois Chevaliers
192 MERCVRE
1
de Malthe. Elle eſt alliée aux
plus illuftres Maiſons de Provence
, ſçavoir d'Oppede , par
un mariage avec la Fille de Mr
d'Oppede , premier Préſident
au Parlement d'Aix ; de la
Roque Fourbin , d'Aimar de
Chasteau - Renard , & autres .
Je vous dis fort peu de choſede
Monfieurd'Asfeld le mois
paſſé . J'ajoûteray aujourd'huy ,
que s'il s'eſt diſtingué avec avantagedans
les emplois de la
Guerre , il ne s'eſtoit pas rendu
moins confiderable dans les
Negociations , pour lesquelles
Sa Majesté luy avoit faitl'honneur
dele choiſir , && entre auautres
pour l'affaire de Caſal ,
qu'il traitta avec tant d'adreſſe
& de ſecret à Veniſe , qu'il la
fit réuſſir malgré toutes les en -
trepriſes des Eſpalgnos , qui
n'oublie
GALANT.
193
n'oublierent rien de ce qui
pouvoit la faire échoüer. A
fon retour de Venise , ils l'arreſterent
prifonnier à Milan
où il fut fix mois ; ce qui obligea
Monfieur de Louvois de
dire au Marquis de la Fuente ,
alors Ambaſſadeur d'Eſpagne
en France , que ſi Monfieur le
Baron d'Asfeld n'eſtoit pas mis
inceſſamment hors du chaſteau
de Milan où il eſtoit retenu ,
le Roy envoyeroit un Corps
de Troupes dans la Flandre
Eſpagnole , avec ordre d'y refter
juſqu'à ce qu'an luy euſt
rendu la liberté. Cela fait voir
l'eſtime que l'on faiſoitde ſa,
conduite &de ſa bravoure. Il
fut bleſſé un peu avant que
Bonn eut capitulé ,& les Officiers
ayant repreſenté qu'il
s'expoſoit trop dans l'eſtat où
Novembre 1689. I
194 MERCVRE
mettre ,
ce premier coup avoit pu le
il répondit que cela
eftoit fait , ce qui marque qu'il
n'a pas laiſſe d'agir avec
unebleffure mortelle. Il n'avoit
que trente- cing ans , & eſtoit
Maréchal de Campdes Armées
du Rov. Il avoit un des plus
beaux Regimens de Dragons ,
&des mieux entretenus qu'ily
ait enFrance.110od
Vous ferez bien-aiſe de
ſçavoir ce qui s'eſt paffé lors
que nos Troupes ſont ſorties
de Bonn. On m'en a fait
voir une Relation venuë du
Camp de l'Electeur de Brandebourg
, & qui porte ce qui
fuit. Le Samedy 15. Octobre
fur les neuf heures du matin.
tous les Regimens tant de
Cavalerie , que d'Infanterie
de Brandebourg , de Hollan-
3
:
GALANT.
195
de , & de Munſter ſortirent
des lieux où ils campoient.
L'Infanterie ſe rangea fur
deux lignes . Les Gardes
de Brandebourg en Livrées
bleuës à pied , ſe poſterentà la
Porte de l'Etoile , & derriere
eux , tous les Regimens de
Brandebourg qui avoient eu
la gauche pendant le Siege.
Vis-à- vis de ces Gardes eſtoit
le Regiment Hollandois du
General Delvvig & celuy de
L'unebourg qui eſt au Service
des Hollandois , tous veſtus
de rouge & mêlés enſemble.
Enfaite on voyoit les
Regimens du General Major
Schlangenberg & du General
Major Lanoy , veſtus deblanc,
& meflez auſſi entr'eux , &
aprés ceux cy , ce qui reſtoit
de Regiment d'Infanterie de
I 2
196 MERCVRE
Hollande & de Munster. La
Cavalerie fut poſtée ſur trois
lignes . A la premiere les Dragons
; à la ſeconde la Cavaleric
commandée pour conduire
la Garniſon Françoiſe
juſqu'à, Thionville , & à
la troiſieme , le reſte de la
Cavalerie . Ce qu'il y avoit de
Gendarmes à cheval de l'Empereur
, & des Prinees Confederez
, demeura au deſſus de
Bonn. Le Prince Charles de
Lorraine , le Prince de Commercy
, & le Comte deDunevvald
s'avancerent par les
deux lignes juſqu'à la Porte ,
mais le Prince Charles n'entra
point dans la Ville , & fe
contenta d'y envoyer le Prince
de Commercy. Les Generaux
Delvvig & Schvartz ,
qui font , l'un pour la Hol
GALANT . 197
lande , l'autre pour Munster ,
ne laifferent pas , quoy que
bleſſez , de ſe rendre dans
la Ville , où le General Spahn
les accompagna , ainſi que
divers Seigneurs , qui entrerent
dans la Place pour prendre
congé du Baron d'Asfeld
, qui avoit commandé
pour les François . La Garnifon
en devoit fortir à cette
mefme heure , mais faute de
Chariots & autres voitures ;
cela fut reculé juſqu'à cinq
heures du foir. Alors la fortie
ſe fit en cette maniere . Un
Timbalier marchoit àla teſte,
frappant ſur ſes Timbales à
l'ordinaire , puis cinq Trompettes.
Ils avoient des livrées
rouges , chamarrées de paſſemens
d'or. Aprés eux deux
Officiers à cheval , ſeize autres
I3
198 MER CURE
Officiers comme des Volontaires
auſſi à cheval chacun en
fon rang ; puis un Etendard ;
quatre vingt ſeize Cavaliers;
un Etendard ; seize chevaux
de main deux à deux , &
deux Chariots de bagage
Un Bataillon d'Infanterie qui
ſervoit d'eſcorte au bagage
ſuivant; ſavoir , un Chariot
remply d'armes & fort chargé
, tiré par fix chevaux ;
une Chaiſe roulante à deux
chevaux ; dix chevaux de
charge ; pareil nombre de
Chariots attelez de quatre ;
& des Charettes de quatre ,
trois & deux chevaux , & autant
de chevaux de ſomme
meſlez de Mulets , ce qui
montoit à foixante Chariots
& Charettes , ſans compter
les Carroffes & les Chaises
GALANT . 0399
& à cent trente chevaux &
mulets de ſomme ou de
charge , les chevaux estoient
extraordinairement chargez
des deux coſtez , & les chariots
de meſme. Tout ce
train eſtoit environné de
quantité de gens armez , &
d'autre monde qui couroit ,
les uns à cheval , les autres
àpied.Aprés cela venoient les
Dragons en livrée verte , qua
tre Mulets tres - chargez avec
leurs houffes vertes , beaucoup
ont cru qu'ils l'eſtoient d'argent
; un chariot à quatre chevaux
,'puis quantité d'autres
chariots de bagage , charettes
& chevaux de ſomme. Un Bataillon
d'infanterie , ſon Colonel
à la teſte ,cinq Capitaines
àcheval;unLieutenant àpied
avec cent quarante- quatre
14
€200 MERCURE
Moufquetaires , ſans les Off៣-
eiers ſubalternes ,&trois Drapeaux
, blanc , noir , & rouge;
cent foixante & douze Moufquetaires;
& trois Drapeaux
des mefmes couleurs ; cent
cinquante trois Mouſquetaires
,divers Officiers, à cheval;
huit chevaux de charge , huit
Dragons à pied , & quantité
de Valets . Le Baron d'Asfeld ,
dangereuſement bleſſé au petit
ventredurantledernier aſſaur,
eſtoitcouché tout de fon long
fur un matelas dans une litiere,
couverte d'un drap rayé de
blen& de blanc & portée par
deux Mulets. Il paffa à travers
les deux lignes , veſtu d'un
tres - riche Juſte au corps du
Japon , ſalüant tous lesOfficiers
àdroite& à gauche d'un courbement
de teſte , autant qu'il
GALANT. 201
le pouvoit faire dedeſſus ſon
lit. Trois autres Officiers blefſez
ſuivoient dans de pareilles
litieres , puis quatorze Officiers
à cheval ,& un Bataillon
d'Infanterie ; cent vingtquatre
Mouſquetaires à pied , & entre
eux trois Drapeaux , noir ,
blanc , & jaune , encore cent
Mouſquetaires , & treize hauts
Officiers accompagnez des
Subalternes ; un nouveau Bataillon
; quatre Officiers à cheval
; vingt- cing hommes à
pied; fix hauts Officiers , &
douze autres , fans compterles
Femmes , les Enfans , les Valets
,& les Coureurs ; un troifiéme
Bataillon ; deux Officiers
àchevalsvingt-quatre hommes
à pied, & avec eux trois Drapeaux
, noir , blanc & rouge ,
cent ſoixante & dix hommes à
IS
201 MERCURE
pied ,& quantité de Coureurs,
un Officier à cheval ; dix-huit
hommes àpied; trois Officiers
àcheval , cent cinquante hommes
à pied ; fix Officiers , &
quelques chevaux de charge.
Encore un Bataillon ; un Colonel
à pied ; huit Officiers à,
chevali un à pied ; trente
hommes à pied , quatre Capitaines
à pied, ſoixante & huit
Mouſquetaires , trois baſtons
d'autant d'Enſeignes qui n'y
tenoient plus ; une moitié d'un
pareil baſton ; quatre-vingttreize
Mouſquetaires à pied ;
huit Officiers à cheval & un à
pied; trente hommes à pied ,
& quatre Capitaines àcheval
Ledernier Bataillon fuivoit ;
huit Officiers à cheval ; cinquante
huit hommes à pied ,
avec trois Drapeaux marquez
GALANT. 203
delames blanches & rouches ;
trois cens hommes à pied; huit
Officiers à cheval , & quatre
chariots de bagage fort chatgez.
Vn regiment de Dragons
à pied , deux officiers à pied &
vingt à cheval ; foixante- fix
Dragons à pied , deux Etendards
verts, 72.hommes à pied,
& trente- quatre chevaux de
charge& enfin une Compagnied'Allemans
avec un Drapeau
blanc. La nuit arriva qui
cauſa quelque deſordre , parce
que ceux qui fortoient ſe méloient
alors les uns parmy les
autres. Il y en eur bien une
centaine qui n'avoient point
de chapeau , l'ayant perdu au
dernier affaut . Voicy la Liſte
des Troupes de la Garniſon qui
fortirentde la Place.
16
204 MERCURE
:
LeRegimentdu Marquis de
la Varenne , 141. Chevaux,un
Timbalier , fix Trompettes &
deux Etendards .
INFANTERIE.
Le Bataillon du Marquis de
Grange , 237 hom.
-26.de Lazare , 273 .
36. Marquis de Castre , 279.
1. Compagnie de Canoniers ,
26.Piooff, 336.
5. Bataillons de Provence 344.
6. Bataillons de Bourbon . 203 .
7. Bataillons de Vandofme.
238.
86.Poitou. 1
Dragons à cheval & à pied
d'Asfeld .
352%
La Compagnie des Gardes de
Furſtemberg53
Infanterie & Cavalerie prés
duBagage , 1137
GALANT. 205
- Il eſt demeuré quinze cens
hommes dans la Ville , tant
Malades que Bleſſez .
: L'Electeur de Brandebourg
eſtoit à cheval entre les deux
,
lignes . Lors qu'il vit Mr d'Affeld
, il s'approcha de fa littiere
& luy parla quelque
temps . La Garniſon ne fit ce
jour- là qu'une lienë au plus,
& campa la nuit à cette diftance
de la Ville. Cependant
quelques Voleurs attaquerent
le Bagage des François.
& prirent quelques chevaux
de ſomme & de petites
charettes . La Cavalerie &
les Dragons de Brandebourg
qui les eſcortoient au nombre
de fix à ſept cens hom.
mes , firent feu fur eux , &
il y en cut quelques -uns tuez
de coſté & d'autre , mais on
206 MERCURE
leur fit lâcher prife. La Garniſonque
l'on mitdans Bonn,
par proviſion ſeulement , fut
composée des Troupes de
Brandebourg , de Hollande,
& de Munster ; chaque Na
tion y eut un Bataillon , &
l'on en donna le commandement
au Colonel Schlabbe
rendorf pour les Brandebourgs
, au Colonel Berchem
pour les Hollandois , & au
Colonel Landtzberg pour
Munster. Chacun de ces Colonels
devoit avoir le com
mandement en chef un jour
alternativement.
On a donné aupublic depuis
peu trois Cartes du Pere Coronelli
, qui font les Royau
د
d'Ecoffe mes d'Angleterre
& d'Irlande , avec pluſieurs
remarques curieuſes qui n'a
{
GALANT .
207
voient point encore paru ,
nonpas meſme fur celles que
l'ona gravées en Angleterre.
On y trouve entre - autres ,
les Villes & Bourgs qui ont
droit d'envoyer des Dépu
tez aux Parlemens ; des trois
Royaumes diftinguez des
antres par une marque particuliere.
Les Eveſchez ont
auſſi des chiffres particuliers ,
qui font voir tout d'uncoup
de quels Archeveſchez ils
font fuffragans. Sur la Carte
d'Agleterre il y a les anciens
Dioceses , avec leurs noms , &
des marques pour les diſtinguer
desmodernes. Onytrouve
, non ſeulement les divifionsdes
Provinces du Nort ,
de l'Oüeft , & les autres qui
font maintenant en uſage ,
mais auſſi celles des ſept
208 MERCURE
7
>
Royaumes des Saxons &
desanciens Anglois ,avec les
années où ces Royaumes
ont commencé & finy . La
Carte d'Ecoffe fait voir les
Provinces on Villes qui ont
titre de Vicomtez , de Senéchauffées
, & de Bailliages
outre la diviſion ordinaire
de l'Ecoſſe en deux parties ,
ſubdiviſées en pluſieurs Provinces.
On y a joint auſſi les
Ifles qui font encore , ou qui
out eſté des dépendances du
Royaume d'Ecoffe. L'Irlande
eſt diviſée à l'ordinaire en ſes
quatre Provinces , fubdiviſées
en Comtez , dont plufieurs
n'avoient point eſté marqués
fur les Cartes gravées en
France ny en Hollande , non
plus que les Baronnies qui
font dans chaque Comté. Le
GALANT.
209
P. Coronelli ayant appris que
-les Sçavans aimoient la correſpondance
de l'ancienne
Geographie avec la moderne ,
qu'ila déja miſe ſur plufieurs
aurres de ſes Cartes , en a ufé
de meſme ſur celles-cy , &
afin que l'on ne priſt point
un nomancien pour un moderne
, il a mis des Etoiles
ſeulement à tous les noms
anciens. Ceux qui aiment l'Aſtronomie
, trouveront en
marge les noms des Climats ,
leur étenduë , & de combien
d'heures ſont les jours en chacun
de ces Royaumes . C'eſt
avec raiſon que l'Auteur en
a fait trois Cartes ; cela les
rend plus particulieres que
s'il n'y en avoit qu'une ſeule
qui renfermaſt l'Angleterre
, l'Ecoffe & l'Irlande.
210 MERCVRE
Il a eſté auſſi obligé de les
faire fur des Echelles differentes
; mais afin que l'on
puiſſe juger de la grandeur
de ces Royaumes & de leur
ſituation à l'égard les uns des
autres , il a cru à propos de
donner une petite Carte ge
nerale des Ifles Britanniques,
où l'on met leur fituation &
deur grandeur , felon les pro
portions que les Geographes
obfervent. Cette petite Carte
& les trois autres peuvent
eftre collées enſemble ,
faire une des plus curieuſes
& des meilleures Cartes
qui ayent encore paru des
Iles Britanniques. On n'ex
plique point icy des Car
touches qui font à l'Angle
terre & à l'Irlande : ceux qui
devinent ſi bien les Enigmes
:
GALANT. 211
5
verront les plus difficiles
qu'ils font hiſtoriques. On
trouve ces Cartes ,& toutes
les autres du P. Coronelli , à
Paris, chez le Sr Jean-Baptiſte
Nolin , ſur le Quay de
l'Horloge du Palais .
Il y a cu quelques Benefices
diſtribuez ce mois cy. Mrl'AbéBenard
de Rezé ; Chanoine
de Noſtre-Dame , & Fils de
Mr Benard de Rezé Conſeiller
d'Estat ordinaire , a eſté nommé
à l'Evêché d'Angouleſme.
Il eſt de la Congregation des
Jeſuites , & dans une grande
reputation de pieté . Mr l'Abbé
de Luxembourg , Fils de
Mr le Duc de Luxembourg , a
eſté auſſi nommé é l'Abbaye
de Saint Michel en Lorraine.
Quelques jours aprés , le Roy
nomma à l'Abbaye de Saint
212 MERCURE
Taurin d'Evreux , Mrde Cofnac
, cy-devant premier Aumônier
de Monfieur , & Everque
de Valence , & preſentement
Archeveſque d'Aix l'Abbayede
S. Taurin, vaquoit par
la démiſſion volontaire de Mr
l'Abbé de Soubiſe qui pour
foutenir ſa Maiſon , a pris le
party de l'Epée aprés la mort
de Monfieur le Prince de Rohan
fon Frere , qui eſt mort ce
mois cy , de la bleſſure qu'il
avoit receuë en Flandre au
commencement de la Campagne.
Quoy qu'il ne fuſt encore
âgé que de vingt trois ans , il
avoit un Regiment de Cavalerie
, & s'eſtoit diſtingué en
pluſieurs occafions . Madame
de Coſnac , Niece du meſme
Archeveſque d'Aix , & Religieuſe
de l'Ordre de S. BerGALANT
.
213
nard à Tules , a eſté nommée à
l'Abbaye de Verneſon , du
mefme Ordre à Valence. L'Abbaye
de Livry a cſté donnée à
Mr Sanguin , Eveſque de Senlis.
Cette Abbaye eſt dans les
Terres de ſa Maiſon. LeRoy a
auſſi donné l'Abbaye de Lire
en Normandie , qui vaquoit
par la mort de l'ancien Evêque
de Niſmes , à Mr de Calvieres ,
qui a remis entre les mains de
Sa Majesté , celle de Pfalmodi ,
pour eſtre unie à l'Eveſché,
d'Alais. Comme cet Eveſché
n'a eſté érigé que depuis la
fuppreffion de l'Edit de Nantes,
afin que les nouveaux Catholiques
fuſſent mieux inſtruits
, ſon revenu eſtoit peu
confiderable .
Je vous ay parlé du choix
que le Roy a fait de Mr de
3
214 MERCVRE
(
Harlay , Procureur General ,
pour remplir la place de premier
Preſident. Ce choix a eſté
applaudy de tout le monde,&
l'on connoiſt chaque jour que
Sa Majesté n'en pouvoit faire
un meilleur. Comme ceux qui
occupent ces grands poſtes
peuvent à tous momens rendre
des ſervices confiderables à
la follicitation de leurs Amis ,
& meſme à la priere de leurs
Domeſtiques , & que lors
qu'on les écoute on peut
eſtre ſoupçonné de ne rendre
pas toujours la justice avec
une entiere exactitude , Me
le premier Preſident a fait
une choſe digne d'eſtre remarquée
, & qui fait voir ce
qu'on doit attendre de fa
grande integrité. Il a fait des
preſens à tous ſes Domesti
GALANT.
215
gues , proportionnez au rang
qu'ils tiennentauprés de luy ,
&leur a défendu en meſme
temps de ſe charger d'aucuns
papiers , & de lay faire aucunes
prieres. Ainfi voilà une
porte fermée à ceux qui
ayant des procés douteux ,
cherchent plûtoſt des Amis
que des raiſons , & tachent à
foutenir leur droit par de
telles recommandations . Mr
deHarlay fut receu premier
Preſident le 12 de ce mois ,
avant l'ouverture du Parle
ment. Lors qu'il fut affemblé
, Mr Hervé , Doyen de
la Grand Chambre , rapporta
les informations de vie& de
moeurs . Il y avoit trois Té
moins , Mr de S. Eustache ,
ſon Curé ; Mr de Ponchartrain,
Contrôleur General des
216 MERCURE
Finances ,& Mr Courtin, Conſeiller
d'Estat. Leurs rapports
contenoient autant d'Eloges,
deMrde Harlay. La lecture de
ces informations ayant eſté
faite , on alla le querir au Parquet
,& il fut receu premier
Preſident,par Mr de Maiſons,
qui fit cette fonction. Mr de
Némond eſtant le plus an.
cien Preſident au Mortier ,
l'auroit faite s'il n'euſt pas
eſté Parent, Toutes les Chambres
eſtoient aſſemblées , &
pluſieurs Ducs & Pairs Eccleſiaſtiques
& Seculiers s'eftoient
rendus ce jour-làau
Parlement , pour honorer cette
priſe de poſſeſſion . On alla
enfuite à la Meſſe ſolemnelle
qui ſe celebre tous les ans ,
dansla Chapelle de la grande
Salle du Palais , pour l'ouverture
GALANT .
217
ture du Parlement. Elle fut
dite par Mr l'Archeveſque
Duc de Rheims , premier Pair
de France , aprés quoy on fe
rendit à la Grand Chambre ,
où Mr le premier Prefident
ayant pris ſa place, commença
à faire ſa Charge par le remerciment
qu'il fit à ce Prelat
au nom de la Compagnie.
Ce remerciment fut accompagné
d'un Eloge , & parmy les
loüanges qu'il luy donna , il
s'étenditfur la maniere dont ce
Prelat gouverne ſon Dioceſe.
On ne peut tropluy donnerde
loüanges là deſſus , puis que
jamais Pasteur n'a eu plus de
ſoin de ſon Troupeau. Monſieur
de Rheims répondit par
un excellent Difcours. Il dit
que Theodoric,Roy d'Italie, en
faiſant Caſſiodore ſon Secre-
Novembre 1689 . K
1
278 MERCURE
taire d'Etat , luy fit connoiſtre
qu'il avoit deſſein depuis longtemps
de l'appeller à la haute
dignité où il l'élevoit ,& qu'il
n'avoit differé à luy faire remplir
ce grand poſte , qu'afin que
ſes Sujets cuſſent plus d'empreſſement
àle ſouhaiter dans
le Miniſtere ; que la meſme
choſe eſtoit arrivée à l'égard de
Monfieur de Harlay , & qu'il
avoit ſceu par feu Monfieur le
Chancelier ſon Pere , qu'il y
avoit douze ans que le Roy
avoitdans la penſée de le nommer
Premier Preſident, ce qu'il
auroit fait plûtoſt , s'il n'euſt
pas eſté bien aiſe de le faire
ſouhaiter ,& qu'ainſi il y avoit
le meſme temps qu'il occupoit
dans l'eſprit de ce Monarque ,
&dans les deſirs de ſon Peuple,
la place où nous le voyons.
GALANT. 219
Ille loüa ſur tout ce qu'il a fait
Po
pour l'Eglife Gallicane,& pour
la ſienneen particulier , & fur
ce qu'il s'eſtoit oppoſé aux
ufurpations de la Cour de Rome
; il dit enſuite qu'il eſperoit
que tout changeroit de face
fous le nouveau Pape qui
vient d'eſtre éleu , & l'exhorta
à continuer de défendre les
droits de l'Eglife.Il finit en parlant
de Caffiodore , comme il
avoit fait en commençant , &
ditque ſi les Peuples de fon
temps avoient ſouhaité le voir
élevé aux plus grandes dignitez,
il n'y en avoit point de
haute en France , où chacun
ne ſouhaitaſt de voir parvenir
M. de Harlay . Toute l'Affemblée
fortit charmée de ce Difcours
. Je ne vous en parle ccpendant
que ſur le rapport
K 2
220 MERCVRE
d'autruy , & ce que j'en dis ne
vous en donnant qu'une idée
tres - imparfaite , n'en doit pas
diminuer la beauté dans l'efpritde
ceux qui ne l'ont point
entendu . Cette Ceremonie
eſtant achevée, Mrle Premier
Preſident donna un magnifique
repas . La table eſtoit de
quarante couverts . Il y eut
trois ſervices de douze grands
plats , & trente deux petits
chacun , fans les aſſiettes volantes
; la delicateſſe , l'ordre &
la magnificence furent admirées
en ce repas.
On entra le meſme jourdés
le matin à la Cour des Aides ,
où Monfieur le Camus , Premier
Prefident , fit un tresbeau
discours . Il examina ſi on
peut juger par les regles du
bon fens , fans confulter celles
GALANT. 221
de la Jurisprudence , & en faifant
voir que cela ſe peut quelquefois
, il compara les Juges
aux grands & habiles Politiques
, qui réuſſiſſent toujours
en maniant diverſementles affaires,
ſuivant les diverſes perfonnes
, & les divers genjes
avec lesquels ils ont à traiter
Mr des Haguais,premier Avocat
General , parla enfuite fur
la reputation , & fit remarquer
qu'on devoit confiderer dans:
le Magistrat l'homme interieur
&l'homme exterieur. Vous ,
ſçavez , Madame , que Mr des
Haguais eſt l'homme du monde
qui penſe le mieux , le plus
finement , & avec le plus de
delicateſſe . Ses expreſſions font
nobles , & comme il évite les
paroles ſuperfluës , il donne à
tout ce qu'il dit un tour ſi par-
K 3
222 MERCVRE
ticulier , quequi peut le ſuivre
, entend toujours quelque
choſe de nouveau . Tout fon
Difcours ſe trouva remply de
liaiſons naturelles , qui firent
admirer l'enchaînemet des matieres
les unes avec les autres .
Il y fit entrer l'Eloge du Roy ,
&dit en des termes differens ;
mais à peu prés dans cette
penſée , que quoy que ce Monarque
fuſt ſeul contre toutes
les Puiſſances de l'Europe ,
il ne laiſſoit pas de ſe trouver
encore en eſtat d'eſtre l'afile
des Rois. Tout cela ſe paſſa
le 12. de ce mois , & le Lundy
21. la Grand Chambre
ouvrit ſes Audiences. L'Orateur
fut le ſujetdu Diſcours
de Mr le premier Preſident
ce qui luy donna lieu de dire
aux Avocats qui doivent eſtre
GALANT .
223
bons Orateurs , qu'ils euſſent
à imiter Mrs les Gens du
Roy , dont il fit l'éloge.
Mrl'Avocat General Talon
fit un Difcours fur le mou .
vement & fur le repos ; avec
fon éloquence ordinaire , &
montra que le Roy au milieu
de ſes grandes affaires , s'appliquoit
à choiſir des perſon .
nes dignes de remplir les
places de ceux qui doivent
rendre la luſtice , ce qui ſe
remarquoit ſur tout dans le
choix qu'il avoit fait de Mr
le premier Preſident.
,
L'apreſdinée du Mecredy
fuivant , le meſme Mr Talon
fit la Mercuriale & commença
par dire , qu'il ne fuffiſoit
pas que le Soleil échauffaſt
la terre de ſes rayons
pour luy faire produire des
K4
224
MERCURE
د
,
Plantes mais qu'il falloit
qu'une main habile cultivaft
tout ce qu'on vouloit qu'elle
produiſiſt ; que c'eſtoit ce
que le Roy faifoit pour faire
fleurir ſon Royaume ; qu'il
avoit ſoin de tout ; qu'il
entroit dans tout , & qu'il
venoit de mettre à la teſte du
Parlement un homme qui
devoit exciter à bien faire
ceux qui rempliſfoient les
premieres places de la Juſtice,
Il fit le Portrait de Mrle
Premier Preſident , & dit enfuite
que Sa Majeſté avoit
permis à Mr de Novion de
ſe poſer après une carriere
de cinquante années qu'il
avoit donné une Charge de
Preſident au Mortier à fa
Famille , & l'avoit comblée
d'autres biens . Il ajoûta que
,

INISTERREGLAB INTIMIS
-
ETMANDATIS
OAN -
BAPT -
COLBERT
-R
ABSTINE
T
R
ETSERVAT
1679. R
Doliuarfecit
GALANT.
225
د
ne
la fatisfaction publique fembloit
demander qu'on
dist rien de la ceremonie
du jour ; mais il ne laiſſa pas
d'entrer dans la Mercuriale ,
& de faire les remontrances
ordinaires à ceux qui font
tort aux Parties dans la fonction
de leurs Charges , Mr
de Novion , petit Fils de Mr
le Premier Preſident de Novion
, fut receu Preſidentau
Mortier le meſme jour , &
prit le nom de Potier. M. de
la Briffe avoit eſté receu Procureur
General auparavant.
le vous fis connoiſtre les
qualitez qui le rendent digne
de cette, Charge , quand je
vous appris qu'il y avoit eſté
nommé.
On ne peut rien ajoûter
à la gloire que M. Colbert
Ks
A
226 MERCVRE
,
mais là
s'eſt acquiſe , en rétabliſſans
les Finances du Roy. Non
ſeulement elles eſtoient dans
un grand defordre
plufpart des Domaines de Sa
Majesté estoient engagez ,&
Elle n'avoit que tres - peu de
tout ce qui fait aujourd'huy
l'ornement des Maiſons Royales.
Depuis ce rétabliſſement
des Finances , la France à
pris tout une autre face. Les
Arts ont fleury chez elle , &
elle a efté comblée de profperitez
. Il eſtoit juſte de
laitſer des Monumens qui
fiffent connoiſtre à la Poſtericé
un homme ſi merveilleux,
M. Dauvrier , celebre
par une infinité de belles Deviſes
, fit pour ce Miniſtre en
1674. celle que vous voyez
dansle revers de cete Medaille
GALANT.
227
où eſt le Dragon qui garde les
pommes d'or, ſans en prendre..
Monfieur de Seignelay ayant
trouvé la Deviſe belle,& cherchant
à honorer la memoire
d'un Pere qui l'a mis en eſtat de
faire connoiſtre ſon merite ,
& de parvenir juſques au rang
de Ministre d'Etat , où l'on arrive
tres - rarement à fon âge ,
a fait frapper depuis quelques
jours la Medaille que je vous
envoye.
,
La nouvelle de la mort du
Roy de Siam eſt veritable
mais on ne convient pas encore
bien de quelle maniere
ſe ſont faits les grands changemens
qui font arrivez aprés ſa
mort.Il y avoit quatre ans qu'il
avoit un mal dont ilne pouvoit
eſperer la gueriſon. LeGrandpere
decePPrriinncceeavoit,dit on,
K6
228 MERCVRE
ufurpé la Couronne de Siam ,
& parmy les Talapoins il ſe
trouvoit un Prince du Sang ,
à qui elle appartenoit.On pretend
que ce Prince Talapoin a
obtenu du ſecours de quelques
Princes voiſins , & qu'avec ce
fecours , & une intrigue qu'il
avoit avec des Grands du Païs ,
il a chaffé celuy que le défunt
Roy avoit étably pour fucceffeur.
Voilà dequoy on convient
le plus ; mais l'on n'eſt
pas bien d'accord de ce qui
s'eſt fait pour executer toutes
ces chofes ,ny de la maniere
dontona fait mourir toute la
Famille Royale. Les Prifonniers
qui font en Hollande en
fyaventdes nouvelles aſſurées.
On attend icy à tous momens
le Pere le Blanc Jeſuite , pour
travailler à l'échange ainſi la
GALANT . 229
verité ſera bien - tott éclaircie.
On a nommé des quartiers
aux Officiers Generaux pour
commander pendant l'hiver.le
ne ſçay s'il n'y a rien de defectueux
dans la copie que je
vous envoye , puis que tout
cet Article n'eſt compoſé que
de noms propres , ſoit d'hom-.
mes , ſoit de Villes , & qu'il eſt
rare d'en trouver tant à la fois
fans qu'il y ait quelque choſe
de changé . Mr le Maréchal de
Lorge commandera en Alface,
& reſtera à Strasbourg , ayant
fous luy Meſſieurs deMonclar,
de Sourdis , Talard, Puifieux ,
Lanion , Vertilly , de Herlac ,
& le Chevalier de la Ferté .
Meſſieurs de Bertillac & de
Melac feront à Mont-Royal ;
Mrs Duffon & de Romainville
fur la Sarre ; Mr Prochat en
230 MERCURE
Rouffillon ; Mr Servon en Provence
; Mrs Grillon & Saint
Silvestre en Guyenne ; Mr
Lombrans à Cazal & Pignerol ;
Mr Bachervilliers en Dauphine
; Mrs de Varenne &Vilpion
en Comté ; Mrs S. Franon &
Paris en Champagne ; Mr Ca
jena à Soiſſons & Amiens ; Mr
Courtebonne en Normandie ;
Mr Bullonde depuis Abbeville
juſqu'à Calais ; Mr Maulevrier
à Ypres , & fous luy Meſſieurs
de Seppeville , du Thos , &
de Guimors : Mr de Calvo a
Tournay , & fous luy Mrs de
la Valette , du Bourg & de
Vaudricourt ; Mr de Vertillac
à Valenciennes , & fous luy
Mrs Damjau & de Bezons ;
Mrde Gournay en Hainaut ,
& ſous luy Mrs de Vignon :
Mr de Vatteville à Philippe
GALANT.
231
ville: Mr de Guiſcar à Dinan
: M. de Bouflers à Luxembourg
& en Lorraine , &
fous luy Mrs de Catinat , de
Teffé , Lomaria , Imecourt ,
Artagnan , & de Genlis .
Meſſicurs de l'Academic
Royale de Niſmes connoiffant
le merite de Mr de la
Grange , Avocat au Parlement
de Paris , le receurent
dans leur Compagnie le 26.
du dernier mois. Il a donné
des preuves de ſon ſçavoir
dans ſes plaidoyers , & continuë
d'en donner avec beaucoup
de ſuccés. Le Prix qu'il
a remporté au jugement de
Mrs de l'Academie Royale
d'Angers eſt un témoignage
de fon éloquence. Il a eu
l'honneur de preſenter fon
Diſcours au Roy , qui luy à
222 MERCURE
A
fait ce'uy de le recevoir favorablement.
On a veu de
luy des Ouvrages de Poëfie
à la gloire de Sa Majesté ,
&quelques Traductions qui
difputent avec leurs Originaux.
Il eſt Fils de Mr de la
Grange , Secretaire du Roy ,
& Prefident du Prefidial de
Creſpy en Valois. La perte
que Mrs de l'Academie Royale
de Niſmes ont faite en la
perſonne de Meffire Jacques
Seguier , leur ancien Evefque,
qui avoit eſté déclaré leur
Protecteur par Lettres Paten->
tes du mois d'Aouſt 1682. a
eſté heureuſement reparée par
P'illustre Mr Fléchier , nommé
au meſme Evefché. Ileſt l'un
des ornemens de l'Academie
Françoiſe , & donne aujourd'huy
à celles de Niſmes un
GALANT, 233
nouvel éclat , puis qu'il eſt
auffi de cette celebre Compagnie.
J'oubliay la derniere fois en
vous parlant de l'Academie
de Toulouſe, de vous dire que
Mr Martel eſtoit un des principaux
Academiciens. Il eſt
Avocat de ce Parlement, où il
ſe diſtingue par ſa ſcience ,
par ſon exactitude & par fa
conduite . Ces Mrs ont reçu
Mr Bonnet, qui exerce avec
honneur depuis long- temps
( la Charge d'Avocat du Royau
Preſidial de Sarlat. G'eſt un
homme ſage , & qui joint parfaitement
la connoiſſance des
belles Lettres à celle du Droit
&des Coûtumes .
La ceremonie du Couronnement
du Pape ſe fit le 16.
du mois paffé. Sa Sainteté
234 MERCURE
s'eſtant renduë au Portique
de S. Pierre , Elle fut miſe
fur un Trône , & le Cardinal
Archipreſtre de la mesme
Eglife luy en ayant preſenté
les Chanoines , ils luy baife.
rent les pieds. Le Pape fut
porté enfuite à la Chapelle
S. Gregoire , & de là à l'Autel
des Saints Apoſtres , où il
celebra pontificalement la
Meſſe. Mr le Duc de Chau
nes , qui luy donna à laver ,
eſtoit fous le Dais , immedia .
tement aprés le Cardinal
Diacre. Il avoit Dom Livio
Odefcalchi , General de la
Sainte Eglife , & le Conneſtable
Colonne aprés luy ,
tous deux auſſi ſous le Dais.
Il y avoit des Balcons fort
élevez ; Dans l'un eſtoit Dom
Pietro Ottoboni , Neveu de
GALANT.
235
Sa Sainteté , avec l'Ambaffadeur
de Venise : dans un autre
, l'Envoyé de l'Empereur ,
l'Ambaſſadeur d'Eſpagne avec
toute ſa Famille , & celle
du Conneſtable Colonne. Les
Princeſſes & les Dames occupoient
les autres. Tous les
Cardinaux eſtoient veſtus de
blanc , chacun ſelon ſon Or
dre , & la Mitre en teſte, Au
commencement de la Meſſe, le
Pape eſtant aſſis ſur ſon Trône,
les Cardinaux firent l'adoration
, enluy baiſant premierement
les pieds , puis la main
qu'il tenoit ſur ſes genoux , &
la jouë enſuite , Sa Sainteté
s'inclinant aſſez bas pour les
baifer. Les Prelats continuerent
la meſme ceremonie , &
luy baiferent ſeulement les
pieds . Les Penitenciers de S.
Pierre eurent aprés eux le mê236
MERCVRE
me honneur. Le Papeditl'Introïte
, & fit la Confeffion à
l'Autel qu'il encenfa , aprés
quoy il revint ſur ſon Trône ,
où il demeura juſqu'à la Confecration
qu'il alla faire à l'Autel
. A l'Elevation il leva le
Corps & le precieux Sang , en
donnant la benediction en for.
me de croix . Il vint communier
à fon Trône où il fut debout,
tandis que deux Diacres
apporterent le Saint Sacrement
avec beaucoup de pompe, l'un
l'Hoftie conſacrée ſur une Patene
couverte , & l'autre , le
precieux Sang. Lors qu'ils arriverent,
le Pape fléchitles genoux
avec tous les Miniftres
Aſſiſtans, & communia debout,
prenant une partie de la ſainte
Hoſtie, & donnant avec l'autre
la Communion au Diacre. Il
GALANT.
237
prit enſuite le precieux Sang
par un chalumeau d'or , & le
Diacre alla prendre le reſte à
l'Autel .Ce fut leCardinal Maldalchini
qui fit le Diacre ,& le
Cardinal Accioli fit le Sous-
Diacre . Le CardinalChigi étoit
en Chape, & faiſoitla fonction
de preſtre Aſſiſtant . Outre cela
un Evêque estoit à l'Autelavec
Diacre & Sous- Diacre , & repreſentoittout
ce qui ſe fait à
laMeſſe, tandis que le Pape reſtoit
ſur ſon Trône.Lors qu'elle
fut dite , Sa Sainteté entonna
le Te Deum,& monta enfuite
dans une des Loges du Veſtibule
de S. Pierre qui répond
fur la place , d'où Elle donna
trois fois la Benediction au
peuple , aprés que le Cardinal
Maldalchin , comme premier
Diacre , luy eut mis la Thiare
238 MERCURE
ſur la teſte. La ceremonie
dura fix heures , & pendant
ce temps ; il ſe fit pluſieurs
decharges de l'Artillerie du
Château Saint - Ange , & de
la Mouſqueterie des Troupes ,
rangées ſur la grande Place
de Saint Pierre . C'eſtoit une
choſe ſurprenante que l'affluence
du monde &le
,
nombre des Caroffes qui la
rempliſſoient . Tandis que
l'on couronnoit le Pape , les
Dames qualifiées ſe rendirent
dans une Salle du Vatican
où elles avoient eſté invitées
pour recevoir la benediction
de Sa Sainteté ſeparément.
Ellesy farent regalées par ſes
ordres d'une magnifique collation.
Le ſoir il y eut des
feux& des illuminations dans
toutes les rues , ainſi que le
GALANT.
239
.
jour ſuivant , auquel Sa Sainteté
fit diſtribuer un lule à
chaque Pauvre , & du pain ,
& de l'argent aux Pauvres
honteux de chaque Paroiſſe.
Le 23. le Pape alla en Cavalcade
depuis le Vatican juſqu'à
l'ancienne Egliſe Patriarchale
de S. Iean de Latran ,
dont il prit poſſeſſion . Il s'y
rendit en littiere , devant laquelle
Mr le Duc de Chaunes
marchoit immediatement
entre Dom Livio Odeſcalchi
& le Conneſtable Colonne.
L'Ambaſſadeur d'Eſpagne ne
parut point à cetteCeremonie.
Quantité de Cardinaux precedoient
la littiere de Sa Sainteté,&
ceux de Medicis & d'Este,
dont les Livrées eſtoient magnifiques
, avoient une ſuite
deplusdecentcinquanteGen240
MERCURE
:
tilshommes . Les prelats marchoient
ſelon leur rang. Les
ruës eſtoient tapiſſées , & il y
avoit à Campo Vacino un
grand Arc de triomphe , dreſſé
par les ſoins du Duc de Parme ,
& un autre au Capitole. La
Ceremonie eſtant achevée , les
Chanoines de S. Iean de Latran
baiferent les pieds du
pape , qui donna deux fois
la benediction au peuple . On
fit le lendemain une aumône
generale , au lieu des Medailles
qu'on avoit accoutumé
de diftribuer. S. Iean de Latran
eſt la premiere Egliſe du
Siege des Papes , comme on
le voit par ces paroles gravées
au portique ſur un vieux marbre
, Sacrosancta Ecclefia Lateranensis
omnium Ecclefiarum
mater& caput . On dit que la
place
GALANT . 241
place où l'Eglife & le palais
de Latran font baſtis au Mont
Celien , appartenoit autrefois
à Lateranus que Neron de
mourir. Conſtantin y éleva
depuis la Baſilique que nous
y voyons , & la meubla d'ornemens
fort riches , en y attachant
un revenu confiderable
, pour l'entretien des
lampes & des Miniſtres. Le
pavé eſt tout de marbre , &
quatre rangs de colomnes
ſoutiennent la voûte , le tout
fort doré. Cette Egliſe fut
brûlée en 1308. fous. Clement
V. & en 1361. ſous Innocent
VI. & elle a toujours
eſté reparée. La premiere fois
qu'on travailla à cette reparation
, les Dames Romaines
traiſnoient elles - meſmes les
chariots chargez de pierres ,
Novembre 1689. L
242 MERCURE
i
2
tant elles avoient d'emprefſement
d'y contribuer. Elle
eſt nommée la premiere Bafilique
du Monde Chreſtien ,
par une Declaration que fit
le Pape Gregoire XI. en 1372 .
Les Chanoines qui estoient
autrefois Reguliers , furent
ſeculariſez en 1471. par Sixte
IV . Le Roy de France preſente
deux de ces Chanoines
à Sa Sainteté , en confideration
des grands biens que
l'Egliſe a receus de nos Monarques.
Il eſt venu un Courier
extraordinaire, par lequel
on a donné avis au Roy que
Dom Pietro Ottoboni , Neveu
de Sa Sainteté a eſté
fait Cardinal. Il eſt le ſeul
de cette promotion . Ie vous
ay mandé que le Cardinal
Ottoboni , aujourd'huy Pape ,
,
GALANT .
243
avoit eſté choisi pour Dataire
par Alexandre VII. Il n'a cu
cet employ que fous Clement
IX . Ce fut le Cardinal
Corrado qu'Alexandre VII.
fitDataire.
L'affaire qui occupe preſen-
$ tement le plusen Angleterre ,
eft de trouverun fond pour la
Campagne prochaine. Les
Preſbiteriens qui ont favoriſé
l'invaſion du Prince d'Orange
&qui compoſent la plus grande
partie du Parlement . y travaillent
avec application , parce
qu'ils craignent la punition
qui eſt duë aux traiſtres , ſi le
Roy eſtoit rétably. Cependant
tous les peuples qui ne penfoient
à rien moins qu'à chaſſer
leur Souverain legitime , &
qui ſe ſontveus accablez par la
puiſſance de l'Vfurpateur , &
La
244 MERCURE
forcez de luy obeïr , ſe trouvent
obligez de payer ces
grands ſubſides , auſquels les
Peuples d'Angleterre ne font
point accoûtumez , & comme
ils le font avec chagrin , il
n'y a point à douter qu'ils ne
fecoüentle jougde la tyrannie,
fi- toſt que l'occaſion s'en offrira.
Ainſi l'on ne peut dire
que l'Angleterre ſoit calme
quoy qu'elle paroiffe tranquille
, puis que les eſprits ne le
font pas , eſtant certain que le
repos d'un Etat n'eſt point afſeuré
, lors qu'il eſt gouverné
par un tiran , & que la plupart
des Peuples ne luy rendant
qu'une obeiſſance forcée , ſe
fouleveroient contre l'autorité
qu'il a ufurpée , s'il n'avoit la
force en main. Commele Prin-
,
GALANT . 245
ce 'd'Orange ne peut regner
ſans cela , la Nation ſera toujours
malheureuſe , & payera
toûjours des ſubſides pour entretenir
lesTroupes qui la tiendront
en bride.Je dois à l'occafion
de ce Prince,vous rapporter
une choſe arrivée depuis
peu àAmſterdam . Vous avez
ouy parler du fameux Vanbuninguc,&
vous ſçavez que de
grandes pertes qu'il a faites
ayant un peu alteré ſon eſprit
depuis quelques années, il parle
ſans ceſſe de l'Apocalypfe.
Cependant comme il ades momens
où tout ſon eſprit brille
encore, Mrs du Conseil d'Am-
}
ſterdam ordonnerentdernierement
qu'on l'ameneroit à une
deleurs Aſſemblées . Ils luy demanderent
ce qu'ilpenſoit des af
1
L3
246 MERCURE
faires qui agitent aujourd'bny l'Europe.
ne répondit d'abord que
par un raiſonnement fur l'Apocalypfe.
Ils le laiſſerent parler
, & comme il ne fut point
contredit; fon bon ſens revint,
&il raiſonna ſur l'affairepropoſée
d'une maniere qui furprittous
ceuxqui l'écoûtoient.
Ildit que le Roy de France dont on
leurfaisoit tant de peur ,& qu'on
Suppoſoit vouloir afſervir leur liberté,
neſervoit que de pretexte
au Prince d'Orange, pourfaire luymême
ce qu'il imputoit àceMonarque,
& que ce qu'ily avoit defurprenant
dans cette affaire-là,étoit
qu'ils estoient fi aveuglez qu'ils ne
voyoient pas,qu'ilſeſervoit d'euxmesmes
pour forger les fers où il les
vouloit mettre , & qu'ilſuppoſoit
que le Roy de France leur vouloit
denner. Ces Mrs étonnez de ce
GALANT.
247
i
Diſcours que M.de Vanbuningue
prononçoit avec beaucoup
de vehemence , ordonnerent
qu'on le remenaſt ſans luy laifſer
le temps de l'achever.Cene
avanture eſt veritable , & j'en
ay veu la Lettre écrite par un
hommedigne de foy à des perſonnes
auſquelles on n'oferoit
mentir.le reviens aux affaires
d'Angleterre . On y veut faire
le Procésaux Comtes de Salifbury
, de Peterboroug & de
Caſtelmaine , pour avoir embraſſé
la Religion Catholique.
On n'a jamais fait d'injuſtice ſi
manifeſte , puis quele Parlement
étably aprés la mort du
Roy d'Angleterre , non ſeulement
receut le Duc d'York
pour Roy aprés qu'il ſe fut déclaré
Catholique ; mais il conſentit
meſme à la liberté de
L4
248 MERCURE
confcience pour tous fes perples,
de forte qu'il n'y a pas un
Bourg ny une Ville en Angleterre
, qui n'ait prefenté des
Adreſſes pour en remercier ce
Monarque. Ainſi le parlement
ne peut ſans iujuſtice condamner
aujourd'huy ce qu'ila autoriſé'
, & qui n'a eſté fait que
dans le temps qu'il l'a permis .
Tout ce qu'il pourroit faire ſeroit
de revoquer ce qu'il a fait
en ce temps-là , & de punir
ceux qui contreviendroient à
ſes nouvelles loix , mais non
pas ceux qui n'ont point failly,
puis qu'ils n'ont fait que ce
qui eſtoit alors permis par les
Loix. Cependant cela ne doit
point ſurprendre ; perſonne
n'eſt en liberté ſous le regne
d'un Ufurpateur , & la vie de
ceux qu'il n'aime point , ou
GALANT. 249
qu'il ſoupçonne de n'eſtre pas
de ſes Amis,ne luy coûte rien .
Les affaires d'Irlande ſont en
bon estat , & l'on peut preſque
affurer que ce Royaume eſt
ſauvé . M. de Schomberg n'a
fait que s'y morfondre depuis
trois mois qu'il y eſt arrivé .Le
Pays n'eſt pas avantageux pour
la ſaiſon, & le mauvais temps a
fait perir beaucoup de ſes
Troupes,qui ayant bien moins
de lieux que celles du Roy
pour ſe mettre à couvert , demeurent
expoſées aux injures
de l'air . Ce General accablé
de ſon âge , & à qui il ſemble
qu'un remords ſecret des actios
dont il a noircy la fin de ſa vie,
fait fuir le combat , n'a ſongé
qu'à ſe retrancher depuis qu'il
eſt en Irlande . Pendant ce
temps - là , l'Armée du Roy s'eſt
Ls
250
MERCURE
groffie , & a eſté diſciplinée ,
de forte qu'elle s'eſt trouvée
plus forte, & en meilleur eſtat
que la fienne . Le Roy dont la
valeur& l'intrepidité ſont con
nuës ; vouloit l'attaquer dans
ſes retranchemens ; mais fon
Conſeil ne l'ayant pas trouvé à
propos, il a bien voulu moderer
ſa valeur , & ferendre à ſes
avis. Tout ſe prepare pour le
paſſage de M. le Comte de
Lauſun , & des Troupes de
France en Irlande ; cependant
nous avons trente quatre Vaifſeaux
en mer , qui donneront
pendant tout l'hiver à nos Ennemis
la meſme crainte qu'ils
ont euë pendant l'Eſté .
د
L'heure de midy eſtoit le mot
de l'Enigme du dernier mois
&il a eſté trouvé par Mrs
d'Amblard l'Abbé Sadot : BriGALANT.
251
&
meux d'Ambricourt,Capitaine
au Regiment d'Aumont: Rouffel
, Curé de S. Eſtienne de
Conches :deLavau d'Orleans:
l'Abbé de Claire-fontaine :
Meſdemoiselles Seveux
Marmier ſa Scoeur , de Gray en
Franche Comté ; Anne Benard
de Saint Michel , de la Ferté
Milon: Louiſe Lucie de Chaftillon:
Heret de Senlis de Blanc
Bourdon ; Benoistle Blond ; &
fon Amant ; la belle Blonde de
l'Academie Royale : le Spirituel
de Miſerey : l'Engageante de
Coürchtet ; de Mordellet
Comiſſaire des Poudres & Sal.
peſtres , ces quatre derniers de
Besançon ; Diane d'Alcleon :
la Bergere fans heure du Berger
leBergerTirfis : le Politique de
l'Abbaye de Charly ; la Mignonne
,&fon Mignon du Pa-
,
252
MERCURE
lais Royal ; l'indigne Frere de
laRoſe-Croix : la belle Gadon
de la ruë de la Monnoye :
l'Angelique Michelonde Blois :
le beau Conſeiller aux appartemens
du vin dellfle d'Eſpagne
; bon Parent de la rue S.
Honoré : Baurin l'Eſpagnol ,
du Maronnier du coin de la
rue de la Monnoye ; le jeune
Orateur de Mel'Abbeſſe d'Epagny
à Abbeville : l'Amie des
jeunes Muſes : le Ioly Brunet
de l'Hoſtel d'Anjou rue Serpente
: le Spirituel petit Maſſu
de la rue de Touraineau Marais
: le Virtuoso de la meſme
ruë : la belle Blonde de la Sphere
, ruë de la Harpe : l'Amant
de la belle Sufon , les beaux
yeux qui ne diſent mot ,de la
meſme rue : l'aimable Marianne
de la ruede Poitou au MaGALANT.
253
rais , le beau blondin de Pinnenberg
& la ſçavante Bedaine
deBerlin.
L'Enigme nouvelle que je
vous envoye , eſt du petit
Boileau de Roüen .
L
ENIGME.
'on me trouve par tout utile,
Ala Campagne aussi bien
laVille;
qử và
Mon corps felon les lieux est plus
ou moins épais ,
On lefait memeſouvent double ,
Je cauſe quelquefois du trouble ,
Ei dans la guerre&dansla Paix
Bien qu'on mépriſe la baſſeſſe,
Quand j'en ay , cen'est pas ce qui
faitma triſteſſe.
Sans vous rompre lateſte à recher
cherpourquoy ,
254
MERCVRE
C'est que les plus grands dela
terre ,
Nem'ofans declarer la guerre ,
Sont contraints de plierſous moy .
Près des murailles je ſejourne ;
Sur deux jambes de fer , à demi l'on
me tournes
Aux allans ,& venans j'obeis tour
à tour.
F'exerce Laquais & Servante ;
Pour conclure , enfinje mevante
D'estre exposée au plus beau jour.
Voicy une ſeconde Chanfon
dont l'Air & les paroles
plaifent forticy.
AIR NOUVEAU.
Q
De tes loix
cruelles?
Amour Sont
Malheureuxfont les coeurs qui s'en
laiffent charmer ,
L
GALANT . 255
Plus malheureux encor ceux qui te
fontfidelles .
Mais qui peut vivrefans aimer?
Je vous envoye un Livre tout
nouveau que je ſuis aſſeuré qui vous
plaira , puis que vous avez pris tant
de plaifir à lire la Vie de Madame de
Montmorency , & celle de Saint
François de Sales. Il eſt du meſme
Auteur , & contient tout ce qui eſt
arrivé à la fenë Reine d'Angleterre ,
Mere'des Rois Charles II.& Jaques II .
L'Auteur ayant eu en veuë d'écrire la
Vie,non ſeulement d'une grande Reine
, mais auſſi d'une Reine , Chreſtienne
, a pris ſoin de ramaſſer tout
qu'elle a fait & dit pendant plus de
quarante ans tant en Angleterre
qu'en France , dans les differenseſtats
de ſa fortune. Les Dames de la Viſitation
de Chaillot , dont elle a fondé
le Monaftere , & avec lesquelles elle
a paffé la plus grande partie de ſes 18 .
dernieres années, luy ont entendu fouvent
conter l'hiſtoire de ſes profperitez
& de ſes malheurs, &c'eſt par elles
د
256 MERCVRE
qu'on a ſceu beaucoup de choſes
qu'on rapporte icy. La part qu'elle
a euë dans les diſgraces du Roy Chatles
I. ſon Mary , a donné lieu de s'étendre
ſur beaucoup de particularitez
tres- curieuſes touchant le Procés
qui a eſté fait à ce Prince ,& l'abominable
attentat de ſes Sujet qui ont
ofé le condamner à la mort. La fuite
du Roy Charles II. ſon Fils y eſt enſuite
traitée , ainſi que ſon rétabliſſement
par le General Monk , qui s'eft
couvert de gloire en remettant fon
Souverain legitime ſur le Trône
L'Auteur dit dans ſans Preface qu'en
écrivant la Vie de cette admirable
Reine , il ne luy donne point de rafinement
de vertu , parce que n'en faiſant
point paroiſtre dans ſa devotion,
elle ſe contentoit de s'acquitter des
vrais devoir de Chreſtien , & de fuivre
autant qu'elle pouvoit la Regle de
la Viſitation , quand elle eſtoitdans
ſon Monastere , s'obligeant à des
exercices de pieté ,dont elle s'eſtoit
fait une heureuſe , habitude , & fur
tout de la Meditation , qu'elle pratiGALANT.
257
quoit fidellement , en quelque lieu
qu'elle fuſt , ne trouvant rien de plus
utile pour la faire rentrer en elle- mefme
dans les occafions où elle fentoit
que les perfecutions de fes Ennemis
ſembloient affoiblir ſa patience. Ceux
de vos Amis qui voudront avoir cet
excellent Livre le trouveront chez le
Sieur Guerout , Libraire, Cour- neuve
duPalais.
Vous avez ſceu qu'il a manqué
quatre Ordinaires d'Angleterre , parceque
tous les Ports de ce Royaumelà
eſtoient fermez . On en ignoroit la
cauſe,mais on a appris par l'arrivée de
Milord Grifin en France, que le Prince
d'Orange ayant découvert que ce
Milord eftoit dans les intereſts du
Roy , avoit voulu le faire arrêter , &
que pour empeſcher qu'il ne ſe ſauvaſt
il avoit fait fermer tous les Ports
ce qu'il avoit fait trop tard , puis qu'il
s'eſtoit déja embarqué. Il a rapporté
qu'il y avoit un fort grand nombre
deMilords dans les intereſts du Roy,
&que quand meſme le Prince d'Orange
les connoiſtroit , il auroit
M
258 MER CURE
craindre un foulevement s'il entreprenoit
de les faire arrêter tous .Je ſuis,
Madame , voſtre , &c .
A Paris,ce 30. Novembre 1689.
E LYON TABLE
.
Rélude.
Sonnet..
Difcours.
Questionssur l'Ame,
Fable.
3
6
16
47
Icurnal du Siege de Mayence. E
Plan de Veniso 127
Morts. 189
Détailde lafortie des TroupesFran .
çoiſes de la Ville de Bonn. 194
Cartes nouvelles d'Angleterre , Ecoffe
,&d'Irlande.. 206
Benefices donnéZpar leRoy... 2.11
!
TABLE.
Ce qui s'est passé à l'ouverture du
Parlement,de la Cour des Aydes,
bàla Mercuriale. 223
Nouvelles de Siam.
247
Quartier où les Officiers Generaux
doivent demeurer pendant l'hiver
229
Reception de Mr. de la Grange à
L'Academie de Niſmes. 231
Ceremonie faite au couronnement
du Pape. 233
Sa Sainteté prend poſſeſſfion de l'Eglifedefaint
Iean de Latran.239
Affaires d' Angleterre , & d'Irlan
de..
Article des Egnimes.
Vie de la feuë Reine d'Angleterre.
243
253
354
MilordGrifin arrivéen France.357
Fin de la Table.
Avis pour placer les Figures.
Air
Air qui commence par ,
Tous mes mauxſont finis, doit
regarder la page 51 .
LaMedaille doit regarder la
page 225 .
L'Air qui commence par ,
Quetes loix Amour, font cruelles ,
doit regarder la page 254
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le