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1689, 10 (Lyon)
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ur. 511m
1689,10
Mercure
< 36624555220011 S
33
< 36624555220011
Bayer. Staatsbibliothek

MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHINOCTOBRE
1689.
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY,
au Mercure Galant.
M. DC . LXXXIX.
AVEC PRIVILEGE DU ROT
celles des Hommes & de
celles des Enfans , une Chirurgie
complette , une Me
thode exacte de confulter
appuyée fur des cas particuliers
, & enfin une Pharmacopée
Galenique Chymique,
avec plufieurs differtations
& obfervations Medico-phyfiques.
7
onepa
Cette Edition eſt beaucoup
plus ample & plus commode
que celles , qui
ru juſques aa preſent , on y a
traduit touss les termes Alle
mans en Latin , & expliqué
tout au long les caracteres
de Chymie dont ce Livre étoit
extrêmement charge,& comme
ſon ſecond Volume n'eſt
autre chose qu'un Commentaire
fur l'Histoire des reme
des fimples de Schroder , auffibien
que ſur la methode avec
laquelle ce meſme Autheur
& Morellus ont enſeigné
d'en faire des remedes compofes
on a ajoûte le texte
de ces deux Auteurs dans
leurs lieux & place : On en a
fait de mesme à l'égard de
l'excellente Pharmacopée de
Ludovicus fur laquelle nôtre
Autheur à fait des notes
admirables & εισία πο
Voila a en gros en quoy differe
cette nouvelle Edition
des precedentes , la Preface
du Medecin agrege au Collegedde
Lyonn qui qui aa eu loin
de la
difpofition de cet Ou
vrage inſtruira plus en detail
led Lecteur des
CNSUODA
es augmentations
& des changemens qu'i
a juge à propos d'y a
110
'y faire . Il
eſt en deux gros Volumes
L
(
Infolio , il eſt augmenté de
plus de la moitié que celuy
d'Allemagne qui estoit auſſi
en deux volumes infolio , &
le prix ne ſera que 18. liv.
relié .
こD
CT
છ?ે??????
B LIVRES NOUVEAUX
da Mois d'Octobre 1689 .
Ouveaux Elemens des
Mathematiques ou Principes
generaux de toutes les
Sciences qui ont les gran
deurs pour objet par Monfieur
Preſtet de l'Oratoire
inquarto deux volumes , 16
livres. 1
Hiſtoire des Perruques ou
l'on fait voir leur origine
leur forme , l'abus & l'irregularité
de celles des Eccleſiaſtiques
par Mr Thiers Doteur
en Theologic , indouze
2. liv. 5. f.
La ſuite de l'Hiſtoire des
Herefies , par Monfieur Varillas
; in 12. tome neuf dix
onze & douze en 4. vol. 7.
liv. les huit premiers volumes
ſe trouvent auſſi dans la
même boutique pour le mefme
prix , à proportion demê
me que tous les autres volumes
de Varillas , tant inquarto
que indouze.
Dictionnaire nouveau François
& Latin , plus ample &
plus exact que ceux qui ont
paru juſqu'apreſent ; par le
R. P. Tachard de la Compagnie
de Jesus , à l'uſage de
Monſeigneur le Duc de Bourgogne
, inquarto 7. liv..
1
C
Entretiens affectifs de l'ame
avec Dieu ſur les cent cinquante
Pſeaumes; par Monſeigneur
"Serom Archevelque
d'Alby , inoctavo 3. vol. 7.
10. fols.
liv.
Affaires du Tems en dix
volumes indouze 10. liv . tout
les volumes ſepares pour 20.
fols chacun.
Les Caracteres de Theophraſte
où les moeurs de ce
2
100
L:
Siécle quatrième Edition
augmenté de plus des deux
tiers indouze 30. ſols.
1
I
MERCURE

GALANT.T
OCTOBRE 1689.
R
IEN ne marque
tant la grandeur du
Roy que ce qu'ơn
voit aujourd'huy.
Toute l'Europe eſt en Armes ,
&la jaloufic qu'on a de ſa gloire,
eſt le ſeul motifqui les a fait
prendre. Tant de Souverains
ne ſe ſeroient pas unis contrece
Monarque s'ils n'avoient
Octobre 1689. A
2 MERCURE
e
ſceu qu'il pouvoit ſeul réſiſter
àtous ,& qu'il luy feroit facile
d'en triompher , pour peu
que leurs forces fuſſent diviſées.
Cette verité vient d'estre
miſe en ſon jour par Monfieur
Magnin , dans le Sonnet que
vous allez lire.
La grandeur de Louis ,sa
puiſſance (uprême ,
Ses Vertus , fes Exploix , &ses
travauxdivers
Ont-ils encor beſoin dufecours de
nos Vers?
Non , comme le Soleil il brille par
luy.mefme.
On voit far ce Heros, on voit le
Diademe.
Remplir de fon éclat , & charmer
l'Univers ,
છે 33 3
La fortune jamais , ny fes plus
GALANT.
3
grands revers
N'ontpå donner atteinte àſaſagesfe
extrême.
:
Les plus heureux talens,les grandes
qualitez
Que l'onvoit diftinguer les Rois les
plusvantez,
LeCiel en ceMonarque à la fois
les affemble.
Maisfans vouloirpouffer ce détail
jusqu'au bout ,
Cent Frinces contre luysefont li
guez ensemble ,
Pour prouversa Grandeur , cette
Liguedit tout.
Pendant que cet Auguſte
Monarque travaille avec tant
de prévoyance &de ſageffe à
défendre ſes Eſtats des injuſtes
attaques de ſes Ennemis , il
A 2
4
MERCVRE
n'oublie rien pour contribuër
en tout ce qui le regarde , aux
établiſſemens dont ſes Sujets
peuvent retirer des utilitez
confiderables,& fur tout à ceux
où la pieté a quelque part .C'eſt
ce qu'on a pû connoiſtre par
celuy qui vient d'eſtre fait dans
la Villed'Amiens , d'une Communauté
de Filles Seculieres
ſous le titre de Filles de Sainte
Geneviève , à l'imitation de
celle de Paris , dont Madame
de Miramion eſt Superieure.
Sa Majesté ayant accordé ſes
Lettres Patentes pour cet établiſſement
, elles furent enregiſtreésau
Parlement de Paris,
le 3. du mois paſſé . Je vous en
envoye une copie , afin que
vous connoiſſiez mieux en
quoy il conſiſte & que vous
ſçachiez le nomdes Filles pieu...
1
GALANT.
5
ſes qui l'ont entrepris..
LETTRE S.
D'ETABLISSEMENT
d'une Communauté de Filles
à Amiens .
LOUIS par la gracede Dieu ,

Roy de France & de Na-
Varre à tous prefens & à venir
, Salut. Nos cheres & bien-amées
Claire de la Gotterie , Marie
de Dourlens , Marie Dugard , Anne
Dugard, Marthe Fouache ,Maric
Dumoulin , Isabelle Dumoulin , &
Madeleine Pidieu , Filles majeures
de nostre Ville d'Amiens , Nous ont
faitrepresenter tres-humblement ,
que depuis quelques années portées

A 3
6 MERCVRE
par un mesme esprit de piete &
d'inclination pour l'instructiongrasuite
des pauvres jeunes Filles de
ladite Ville d'Amiens ,tant pour le
fpirituelque pour leur apprendre à
travailler, come aussi pour foulager
&panfer les Pauvres , elles s'y seroient
appliquées ; &auroientformé
le deſſein de s'établir en Communauté
, pour perpetuer les bonnes
oeuvres qu'elles se sont proposées ,
pourveu qu'il nous pluft leur accorder
nos Lettres fur ce neceſſaireszce
qu'elles auroientcommuniquéànos
tre cher & bien amé le Sieur Fey
deau de Brou , nommé par nous à
l'Eveſchéd'Amiens, qui ayant pris
connoissance de l'employ d'asdites
Filles, auroit loué leur pieuxdeſſein;
ilauroit encore eftéapprouvépar les
Premier,Echevins & Conseillers
de ladite Villepar actedu 20. FéGALANT.
Z
7
vrierdelapreſente année 1688.
Sur ce ,par l'avis & conſeil dudit
Sicur Evesque d'Amiens , elles feroient
venuës en noftre bonne Ville de
Paris,pour s'unir & s'incorporer à
quelque CommunautéSeculiere,dont
les constitutionsferoient conformes
àleurs employs , &feroient entrées
dans la Communauté des Filles de
Sainte Geneviève, dont la Damede
Miramion est Superieure ; avec laquelle
Communauté elles auroient
trouvéunegrande conformitéd'emplois
& d'inclination ,& defire.
roient ſuivre les constitutions &regles
d'icelle Communauté ; Et nous
ayant lesdites Filles tres-humble
mentfuppliéde leurpermettre ledit
établiſſement ,& de leur accorder
nos Lettres neceffaires. A CES
CAUSES , voulant contribuer
de nostre part à cepieux deſſein,de
A 4
8 MERCURE
noſtre grace fpeciale , pleine puif-
Sance&autorité Royale , Nous leur
avons permis &permettons par ces
Presentes signées de nostre main ,
d'établir laditeCommunauté,ſous le
titre de Filleside Sainte Geneviève,
dans nostre dite Ville d' Amiens,&
de s'unir &affilier àladiteCommu
nauté des Filles de Sainte Genevie
ve de Paris , ſous lesmesmes regles
&constitutions d'icelle Communau
ze.Voulons auſſiqu'elles puiffentpof-
- Seder& acquerir lestieux & heritages
qu'elles aviseront , acepterou
recevoir tous dons & legs qui leur
pourront estre faits. Avons neanmoins
seulement amorty & amortiffons
par ces Preſentes la Mai-
Son , Chapelle, Jardin , &generalement
tout ce qui fera dans l'éten
, comme lieux duë de leur enclos
dédiez& confacrez àDieu ,pour en
jouirpleinement , franchement &
.
GALANT.
و
quittement ,sans que ladite Communautéſoit
tenuë d'en vuiderſes
mains, nous bailler homme vivant
&mourant , &nous payer&ànos
Succeſſeurs Rois , aucune finance,
indemnité , ny autres droits quel.
conques , dont nous l'avons affranchie
& affranchiffons , à quelque
fomme qu'ils se puiſſentmonter,&
luy en avons fait & faiſons dons
par cefdites Presentes ,àla charge
toutefois depayer les indemnitez,
droits&devoirs deus àautres qu'à
Nous, & que ladite Communauté
nepourra ètre changée en Maiſon,
Religieuse. Si donnons enmandement
ànos amez& feaux Confeil
lers , les Genstenant noftre Courde
Parlement de Paris , que ces Prefentes
ils ayent àfaire enregistrer ,
& du contenu en icelles , jouir&
ufer lesdites Filles pleinement, pai
fiblement &perpetuellement , cef-
AS
MERCURE
Sant&faifant ceffer tous troubles
&empefchemens : Car teleſtnoftre
plaisir. Et afin que cesoit choseferme&
ftable àtoujours , Nous avons
fait mettre nostre Scel à cesdites
Preſentes.. Donnéà Versailles au
mois de Mars l'an de grace 1688 .
&de nostre regne le quarante-cinquième.
Signé, LOVIS.&fur leReply
, Parle Roy; PHELYPEAUX
&àcoste , Viſa ,BOUCHERAT..
Outre le bien que les Filles
nommées dans ces Lettres ap.
portent chacuneen particulier
pour leur ſubſiſtance , Mr du
Freſne , Curé de SaintRemy
d'Amiens,qui eſt leurparoiffe,
adonné une ſomme confiderar
ble pour fonder la Communau
té dont Sa Majeſté a bien vous
lu permettre l'etabliſſement..
Auſſi ſes ſages conſeils n'ont
GALANT. IN
pas peu fervy à faire former
cette pieuſe entrepriſe , dont
les Pauvres de la Villeont lieu
d'eſperer de grands fecours .
A l'égard des belles Lettres
, on peut dire qu'elles
n'ont jamais ſi bien fleury
que ſous le regne du Roy. Il
s'eſt étably des Academies en
pluſieurs Villes de France , &
les Conferences qui s'y tiennent
produiſant de tres--
grands fruits. Toulouſe qui
s'eſt toujours maintenuëdans
la qualité de ſçavanteque luy
donnent les Auteurs , tantanciens
que modernes, ſe voyoit
privée avec regret des avanrages
qu'elle peut attendre de
ces nobles exercices . Mr de
Baville , Intendant de la Province
, fi connu par ſa naiffance
& par fon merite , ayant
A6
12 MERCURE
fait reflexion que dans cette:
Capitale du Languedoc il y
avoit un grand nombre d'efprits
nez pour toute forte de
Litterature , fit un projet d'Academie
au commencement:
de cette année , où il propoſa
d'unir l'Eloquence & la Poëfie
aux plus curieuſes recherches
de l'Histoire , de la Phifique
, & des Mathematiques,
Ce projet futſi univerſellement
approuvé , qu'on ne
fongea plus qu'à l'executer ..
Ainſi ceux qui ſe trouverent
le meins occupez par leurs
emplois , ccoommmencerent à
s'aſſembler au nombre de
vingt , & refolurent de confacrer
leur loiſir à des foins
fi dignes de gens qui ne re--
cherchent rien avec plus d'ardeur
que les belles connoifは
GALANT.
13
fances. On ouvrit ces Conferences
par un Difcours fur
les motifs qui doivent porter
à faire des Aſſemblées , & fur
les matieres qu'il eſt avantageux
d'y traiter. Celles- cy qui
ſe tiennent regulierement une
fois chaque ſemaine ont
continué pendant tout le
cours de cette année fans in
terruption , & avec un fuccés
ſi favorable , qu'on y a veu
une grande affluence de per
fonnes choiſies , à qui on n'a
pû honneſtement refuſer l'enuée.
Elles s'ouvrent par un
Diſcours que chacun eft obligé
d'y prononcer à ſon tour
fur quelque ſujet problema
tique que la Compagnie a.
propoſé , & l'on . y explique.
ſon ſentiment avec netteté &
avec juſteſſe ..Les Seances du
.:
14
MERCURE
rent trois heures , & dans la
fuite de la Conference on
s'entretient ſur des Diſſertations
hiſtoriques far des
points de Critique , touchant
les meilleurs Auteurs , ou fur
des queſtions de Phiſique ,
que l'on tâche d'éclaircir par
les experiences qu'on y fait.
On traite toutes ces matieres
en differens jours & alternativement
, pour éviter la confufion
; mais on s'attache fur
tout à examiner la Langue
Françoiſe,dont la pureté eſt le
but principalde ces exercices.
Dans le temps de la mort
de laReine Chriſtine de Suede
, on fit l'Eloge de cette
Princeſſe dans l'une de ces
Affemblées , & ce fut Mr de
Rocoles qui le prononça. II
prit ces paroles du Chapitre
11. de Iudith ,Magna eris,,
GALANT.
& nomen tuum nominabitur in
univerſa terra. Il parla devant
une Compagnie de cent perfonnes
, tout gens choiſis
Iefuites , Abbez , Conſeillers
du Parlement & autres &
quoy que ſon Diſcours cust
duré une heure & demie , on
luy fit ce compliment tout
d'une voix , qu'il avoit finy
trop toſt , Il fit voir que
cette Reine eſtoit Grande:
pour avoir quitté de grands
Estats afin d'embraſſer la Re
ligionCatholique; pour avoir
aiméles Sciences , & ceux qui
en font profeſſion , & enfim
pour avoir marqué un foru
grand attachement à la Nation
Françoiſe , ce qui luy
donna occaſion de faire l'Eloge
du Roy. Une autre fois
il fit un fort beau Diſcours
(
16 MERCURE
fur les avantages qu'on peur
retirer de l'établiſſement des
Academies , & il en a meſme
fait un en Latin à la loüange
deMonfieur Malapeire , principal
Membre , & comme le
Chef de celle qui eft fur le
pointde s'établir à Toulouſe. Il
s'eſt auſſi fait remarquer avec
beaucoup de gloire pour luy ,
dans des Theſes publiques des
Jeſuites , où il a harangué en
prefence du Parlement , & de
quantité de perſonnes confide .
rables ..
Toutes fortes de matieres
onteſté traitées dans les Conferences
dont je vous parle..
On y a fait des diſſections Anatomiques.
On y a examiné le
ſens de la veuë & ſon objet ,
qui eſt la lumiere ; on y a faiz
des diſſertations ſur les enGALANT.
17
droits les plus difficiles del'Hiſtoire&
de la Chronologietouchant
les premieres Epoques ,
& enfin on s'eſt attaché à des
Queſtions fort utiles , la plufpart
tirées de la Morale. Les
plus curieuſes ont eſté celles
qui ſuivent ; Si les femmesfont
auffi propres que les hommes pour
réaſſir dans les Sciences , & fi on
doit les admettre dans les Academies;
Laquelle detoutes les Sciences
est laplus utile & laplus neceſſaire
dans un Estat ; Si l'on peut plus
facilement refifter au plaisir qu'à
la douleur, Lequel est le plus à fouhaiter,
de poffederles richeffes , ou
d'eftre Scavant ; Lequel est leplus
utile ou debieécrire,ou de parlerju.
ſte. Lesquels de tous les Philofophes
ont esté ceux qui ont fait profeſſion
d'une vertu plus austere , ou les
Epicuriens , ou les Stoiciens ; Si
*
18 MERCVRE
celuy qui peut pouſſerſa fortune
fait mieux de vivre dans une
condition mediocre , que de s'élever
au deſſus de fon estat ; Lesquels
font lesplusproprespourréuſfirdans
les Sciences ,ou les Melancoliques,
ou les Enjoucz , laquelle de ces
deux Diſciplines a de plus grands
avantages , ou l'Eloquence , ou la
Poësie. Voilà une partie des
queſtions qui ont eſté agitées
dans ces Conferences. Je vous
fcray part des Diſcours que
je pourray recouvrer. Cependant
comme les Muſes qui
aiment le repos ne peuvent
fouffrir les alarmes de laguerre
, & que d'ailleurs la fituationdes
affaires de l'Etat ne
permet pas de penſer encore à
l'inſtitution de l'Academic
dont je vous parle , ceux qui
forment ces Aſſemblées fe con-
L
GALANT. 19
-
tentent de continuer leurs
Conferences ,& de donnerau
Public des marques de leur attachement
aux belles Lettres
en attendant une occaſion plus
favorable qui autoriſe leur
établiſſement. Vous ferez ſans
doute bien aiſe d'apprendre le
nom& le caractere de quelques
- uns de ces Meſſieurs.
Je ne vous entretiendray aus
jourd'huy que de ceux qui ont
leplus d'affiduité à ſe trouverà
ces fortes d'exercices ; & dans
la ſuite je vous parleray des
autres ,dontle merite n'eſt pas
moins connu dans le Languedoc
,& qui ont fait voir par
des Difcours fort éloquens
que l'eſprit & le ſçavoir font
de tout Pays.
و ی
Mr de Malapeire , Conſeiljer,
de l'ancienne Famille de
20 MERCVRE
Vandages , eſtoit d'une Afſembleé
de gens de belles
Lettres , que Mr Pelliſſon , de
l'Academie Françoiſe , avoit
commencé à former dans la
Ville de Toulouſe , dont il
ne fut pas un des moindres
ornemens. Ileut beaucoup de
part dans l'amitié de Monfieur
le Preſident Donneville , & il
entretient depuis long- temps
un commerce de Lettres avec
Mr du Pleſſis Praflin , Eveſque
de Tournay , qui a rendu
juſtice à fon merite dans un
Livre qu'il a écrit contre les
Athées , les Heretiques & les
Libertins . On voit peu d'efprits
d'une ſi grandé étenduë.
Il parle de tout avec force &
netteté ; il a penetré tout ce
qui ſe rencontre d'obſcur
dans les Sciences les plus ſu-.
GALANT. 21
blimes , & il n'ignore pas ce
qu'il y a de plus recherché
y
dans les Arts. Les Voyages
qu'il afaits en Italie د l'ont
rendu bon Connoiſſeur pour
tout ce que la Peinture , la
Sculpture & l'Architecture
ont de plus regulier , & il a
fait baſtir une magnifique
Chapelle à l'honneur de la
Vierge , ſous le nom du Mont
Carmel , dont l'ordre & la
ſimetrie que l'on y admire ,
fontde ſon invention. Il a
écrit ſur une infinité de matieres
differentes . Son Livre
fur lesPlanetes , & ſes Ephemerides
font aſſez voir qu'il
a un genie propre à déveloper
ce que la Phyſique & les
Mathematiques ont de plus
fecret. Il eſt naturellement
éloquent les Panegyriques
22 MERCVRE
qu'il a faits de la Vierge &
de S. Joachim , en font des
témoignages qu'on ne sçauroit
conteſter , & quoy qu'il
ne s'occupe pas ordinairement
à la Poësie , il ne laiſſe
pas de faire de tres - beaux
Vers.
Mrs de Carrieres ſont trois
Freres , auſſi illuſtres par leur
merite que par leur nobleſſe.
Leurs Anceſtres ſe ſont rendus
recommandables par l'inviolable
fidelité qu'ils ont
toujours fait paroiſtre pour
leurs Souverains dans les
temps les plus difficiles . Leur
Mere étoit de l'ancienne Maifon
de Flotte qui a eu l'avantage
dedonner deux Chanceliers
à la France , & où l'on a vû
pluſieurs Ambaſſadeurs. René
Flotte fut honnoré de ce gloGALANT.
23
rieux employ ſous le regne
de Philippe le Bel , dont il
gagna par ſes ſervices l'eſtime
& la confiance. Mr deCar-
Tieres l'Aifné eſt un Gentilhomme
qui a fait ſes Etudes
à Paris avec ſuccés. Son difcernement
eſt vif & ſolide
fur les Ouvrages d'eſprit. Il a
une fort belle Maiſon , &fon
amour pour les belles Lettres
luyen a fait faire le ſejour
des Muſes. Mr l'Abbé de
Carriere , après avoir difputé
glorienfemem une Regence
de Theologie , fait voir tout
les jours qu'il fçait joindre
dans la Chaire la veritable
Eloquence avec une profon
de intelligence de l'Ecriture.
Mr de Carriere , Avocat , a
unepenetration & une éten
duë d'eprit que l'on trouve
3
$24
MERCURE
rarement dans ceux de fon
âge. Outre la connoiſſance
parfaite qu'il a du Droit Civil
& Canonique , il ſçait les Antiquitez
, & parle la Langue
Latine auſſi naturellement &
avec autant de pureté que la
Françoiſe. :
Mr l'Abbé de Tournier
Frere d'un Conſeiller au Parlement
de ce nom , poſſede en
un degré éminent , les Langues
Hebraïque , Grecque &
Latine. Il s'eſt acquis une fa
grande reputation par ſes Predications
dans les Chaires les
plus celebres , que le Roy informéde
fon merite le choifit
pour inſtruire les nouveaux
Convertis de Xaintonge. Il y
fit un tres-grand fruit . & l'on
peut dire à ſon avantage
qu'ayant joint l'étude du 零
monde poly à celle du Cabinet
,
1
GALANT.
25
net , il debite agreablement
ce qu'il y a de plus ennuyeux
& de plus dégoutant dans les
Sciences. Il eſt fort Amy de
Mr l'Abbé de Cordemoy ,
affez connu par ſes Ouvrages
& par ſes Conferences , qui
attirent chez luy quantité de
gens d'une profonde érudition
. De pareilles liaiſons ne
ſe forment qu'entre les Perſonnes
d'un veritable me
rite.
Mr l'Abbé Guilhemot , Frere
deMr Guilhemot celebre par
les ſecrets dont il a fait part au
publicavec un fuccés ſi avan
tageux , s'eſt acquis beaucoup
de gloire par les belles découvertes
qu'il a faites dans la
nature. La parfaite connoiſſance
qu'ila de la Chimie , loya
fait penetrer ce que la Phifique
Octobre 1689 B
26 MERCVRE
a de plus obfcur . Comme il
poſſede les Mathematiques ,
il eut grande part dans les Inventions
du Pere Maignan
Minime , & il l'aida meſme à
découvrirl'uſagede ces Trompes
qui fervent ſi utilement
fur Mer pour porter la voix
fort loin. Il parle à fond des
chofes , & traite tout avec
beaucoup de ſolidité.
Mr de Rocoles , que je vous
ay déja nommé , Ancien Chanoine
de Saint Benoist , eſt
fort connu dans la Republique
des Lettres . Les divers Ouvrages
qu'il a mis au jour , & fur
tout fon introduction à l'Hiſtoire
, & le Monde de l'Abbé
Botero traduit par Davity ,
qu'il a augmenté de trois gros
Volumes , l'ont rendu Illuſtre
parmy les Sçavans . C'eſt de cet
GALANT.
27
Ouvrage que feu Mr de Mezeray
a écrit en luy donnant fon
Approbation 2 que depuis
vingt ans il n'avoit paru aucun
Livre plus utile.
Mr de Vileſpaſſans , petit
Fils de Mrle premier Preſident
Bertier , Neveu de Mr l'Evefque
de Rieux , & Frere de
deux Conſeillers au Parlement
de Toulouſe qui portent ce
nom , parle avec juſteſſe ſur
toutes fortes de matieres , &
les Pieces de ſa façon font
roconnoiſtre ſans peine , qu'il
n'eſt pas moins diſtingué
par fon merite , que par la
naiſſance.
Mr de Mazades eſtoit autrefois
d'un commerce de belles
Lettres avec Mrs de Santuſſan ,
Marcel & Pader , dont les
Ouvrages remplis d'érudition
1
B 2
28 MERCURE
& de politeſſe ont eſte ſi
eſtimez du Public. Tout ce
qui regarde l'exacte pureté de
noſtre Langue luy eſt fort connu.
Il est né pour la converfation
, & paffe pour un Critique
tres - judicieux , tant pour
l'Eloquence & la Poësie que
pour l'Histoire . Il ſçait tous
les beaux endroits des meilleurs
Auteurs .
M. Maffot , Avocat , marche
ſur lestraces de ſon Pere ,
& ſouſtient avec beaucoup
de reputation & de gloire la
profeſſion qu'il a embraſſée .
On ne voit rien de mieux
dirigé que tout ce qui part de
lay , & l'on y remarque une
Eloquence conciſe , preffante
& naturelle , que l'on pourroit
comparer à ce beau Feu
de Demoſtenes , qui le renGALANT
. 29
doit Maiſtre des eſprits dans
les Deliberations publiques
d'Athenes.
M.du Puy , Avocat , quia
diſputé une Regence en Droit
avec applaudiſſement , ſçait
tres - bien l'Histoire. Il pof.
ſede les Lettres anciennes , &
a fait des Oraiſons Latines
qu'on trouve ſi belles , que
l'on a peine à les mettre au
deſſous de celles de Ciceron .
Mr Montaudié , Avocat ,
eſt de ceux que l'on peut dire
nez pour le Barreau. Si
Quintilien vivoit , il auroit
trouvé en luy l'Orateur parfait,
dont il ne nous a donné que
l'idée. Il a ſceu joindre la juſteſſe
de la compoſition avec
l'art de bien parler , alliant
l'interieur de l'Orateur, qui eſt
la ſcience , avec l'exterieur
B 3
30
MERCURE
c'eſt à dire , avec la beauté
de la Declamation . Ainfi il
fait naturellement ce que
d'autres font par art , & avec
étude.
Mr d'Arqueſplats , Avocat ,
ſçait de tres-belles chofes , &
il les débite avec beaucoup
de brillant d'eſprit. Il a le talent
d'embellir ſes diſcours de faire
des deſcriptions fort agreables ,
&quandil fait des Portraits
il y reüſſit admirablement . Il
trouve le caractere de ceux
dontil parle , & fe fert heureuſement
des reſſorts cachez
des paſſions , qui peuvent
faire dans le coeur humainles
impreffions qu'il veut faire
prendre.
Je paſſe d'une matiere ferieufe
, à une Galanterie qui
vous plaira , & que vous trouGALANT.
31
L
verez pleine d'enjouëment.
Elle est d'un jeune Cavalier ,
qui tâche de perfuader à Sa
Maiſtreſſe qu'elle doit aimer, ſi
elle veut éviter d'eſtre punie
en l'autre monde .
***********
A LINDIFERENTE
Ers
VE
IRIS.
le borddu Fleuvefatal
Qui porte les Morts Sur Son
onde
Et qui rouleſon noir cristal
Dans les Plaines de l'autre monde ,
Dansune Forest de Cyprés
Sont des routesfroides &Sombres.
Faitespar la nature exprés
Là,malgrélarigueur du Sort .
Les Amans se content fleurettes,
B 4
32
MERCURE
Etfont revivre aprés leur mort
Leurs amours & leurs amourettes .
Arrivé dans ce basséjour ,
Comme j'ay le coeur affez tendre ,
Ie refolus d'abord d'apprendre
Comment onyfaisoit l'amour.
F'allay dans cette Foreſtſombre,
Douce retraite des Amans .
Et j'en apperçûs un grand nombre ,
Qui poussoient les beaux fentimens.
Les unssefaisoient des careſſes,
Les autres estoient aux abois
Auprés de leurs fieres Maiſtreſſes ,
Et mouroient encore une fois .
Là, des BeauteZtristes & pâles,
Maudiſſant leursfeux violens ,
Murmuroient contre leurs Galans
Etse plaignoient de leurs Rivales .
Là , deffunts Meſſieurs les Abbéz
Avecque leurs difcretes flâmes ,
Alloient dans les lieux dérobez
Cajoler quelques belles Ames.
GALANT.
33
A
Parmy tant d'objets amoureux
Je vis une Ame defolée;
Elle s'arrachoit les cheveux
Dans le fond d'unefombre allée.
Millefoûpirs qu'elle poufſoit
Montroient qu'elle estoit amoureuse
;
Cependant elle paroiſſoit .
Auſſibelle que malheureuse.
Tout le monde diſoit , voilà
Cette Ame triste & miferable ,
Et quoy qu'elle fust fort aimable ,
Tout le monde la laiſſoit là.
Ombre pleureuse , Ombre crieuse,
Helas,luy dis-je en l'accostant
D'une maniereferieuse ,
Qu'est ce quite tourmente tant ?
Chezles Mortsfans ceremonie
On se parle ainsi brusquement ,
Et l'on renonce au compliment
Dès que l'onfort de cette vie.
Qui que tu fois , dit-elle,belas !
Tu vois une Ame malheureuse ,
BS
34
MER CVRE
Furieusement amoureuse ,
Et qui n'aime que des ingrats.
Dans l'autre Monde j'estois belle,
Mais rien nepouvoitmetoucher ;
F'estoisfiere , j'estois cruelle ,
Et j'avois un coeur de rocher.
F'estois peste ,j'estois rieuse ,
Je traitois Abbez& Blondins
D'impertinens & de badins.
Et, je faifois la Pretieufe.
Ilsvenoient humblement m'offrir
Et leur estime &leur tendreſſe ,
Ils disoient qu'ils souffroient Sans
ceffe 6
Et moy,je les laiſſoisfouffrir..
Je rendois leurfort déplorable
Lors qu'ilsse rangeoientfous ma loy
Et des qu'ils se donnoient à moy
Ie les faifois donner au Diable.
C'estoit en vain qu'ils s'enflamoient,
Maintenant les Dieux mepuniffent
It haiſſois ceux qui m'aimoient
4
GALANT.
35
Et j'aime ceux qui mehaïffent.
Mon coeurn'ysçauroit reſiſter ,
le n'ayplus ny pudeur ny honte ,
Je cherche par tout quim'en conte,
Perſonnene m'enveut conter.
Envain jeſoupire & je gronde;
Les deſtins le veulent ainsi ,
Les Prudes de ce premier monde,
Sont les folles de celuy-cy.
Là cette Ombre amoureuse&folle
Pouſſa milleſoûpirs ardens,
Seplaignit ,pleura quelque temps,
Puisenm'adreſſant la parole ,
PauvreAmc, dit- elle, à ton tour,
Te voilàpeut- estre forcée
De venirpayer à l'amour
Ton indifference passée.
Denos cendres froides ilfort
Une vive source deflames
Qui s'attacheànos triſtes ames,
Et nous ronge aprés noſtremort.
Si tufus jadisdes plusfages
Tu deviendras fou malgré toy
B6
36 MERCVRE
Et tu viendras dans ces Bocages
Te desesperer comme moy.
Ombre , luy dis je , ce prefaze
Ne m'apasbeaucoup allarmé ,
Je n'aimeray pas davantage ,
Ie n'aydeja que trop aimé.
Mais je connois une Inſenſible
Dans le monde que j'ay quitté ,
Plus cruelle&plus inflexible
Que vous n'avez iamais eflé.
On voit tous les jours la cruelle
A qui Galans , Blondins , Grifons ,
A l'envy content leurs raisons ,
Sans en tirer aucune d'elle.
L'un luy donne des Madrigaux
Dés Epigrammes , des Deviſes ,
Luy preste Caroffe & Chevaux ,
Et la mene dans les Egliſes.
L'autre admire ce qu'elle dit ,
Luy Soufrit d'an air agreable,
Ils la traite de bel eſprit ,
Et trouvefa iuppe admirable..
Tella prefche inutilement.
GALANT .
37
Sur les doux plaiſirs de lavie ,
Et tel autre luyfacrifie
Ce qu'il connoiſt de plus charmant.
Tel avecſa mine difcrete ,
Plus dangereux à ce qu'on croit ,
Luy faitconnoistrequ'ilsçauroit
Tenir unefaveurfecrette.
Jamais rien n'a pû la flechir ,
Vers , Profe , soins & complai
fance ,
1
Difcretion , perfeverance ,
Tout celane fait que blanchir.
Ellese rit , cette cruele
Des voeux & des foins affidus ,
Les ſoupirs qu'on pouffe pour elle
Sont autant deſoupirs perdus.
On a beau luy faire l'éloge
Deceux qui l'aiment tendrement ,
Coeurs François , Gascon , Allobroge
Enfont traitez également .
Que ieplains, dit l'Ombre étonnée
CetteBelle au coeur endurey
38 MERCVRE
Nous la verrons uniour icy
Souffrir comme une ame damnée.
Helas ! belas un jour viendra
Que laprudefera coquette ,
Et croit elle qu'on luy rendra
Tous les Amans qu'elle reiette ?
Millefoins la déchireront ,
Elle fechera de tendreſſe ,
Et ceux qui laſuivoientfans ceffe
Eternellement la fuiront.
Ombresfans couleur,& fansgrace,
Ombres noires comme charbon ,
Ombres froides comme la glace ,
Qu'importe, tout luy fera bon.
Elle ira faire des avances
A tous les Morts qu'elle verra ,
Leur dira milleimpertinences,
Etpas un ne l'écoutera.
Alorscette Fille perduë
Sans esperancederetour ,
Sans pudeur&ſans retenuë
Voudra toûjours faire l'amour.
D'une si violenteflame
GALANT. 39
Peut-on trop craindre les efforts ?
Nousavonsles peines de l'ame ,
Sans avoir les plaifirs du corps.
Malgré le feu qui nous devire
Tous nos defirs ſontſuperflus ,
Les paſſionsrestent encore ,
Mais ilne reſterien de plus.
Tusçais ce qu'elle devroit faire ,
Et fi tupeux l'en informer ,
Dy- luy qu'elle soit moins fevere
Et qu'elle se haste d'aimer.
Pour fuir ce decret fiterrible
Qui sçauroit la forcer un iour
D'aimer quelque Mort infenfible.
Qu'un bon Vivant aitfon amour,
Acesmots lamalheureuseOmbre
Se teût refvant àson destin ,
Etretombant dansſon chagrin
Repritſon humeurtriste&Sombre..
Les Dieux veulentvous exempter
Iris , de ce malheur extréme ,
Et je viens de reffusciter
Pourvous en avertir moy-mesme
40 MERCURE
Quittez l'erreur que vous fuivez
,
Craignez que le Ciel ne s'irrite ,
Et Songeant que je reſſuſcite
Aimez pendant que vous vivez.
Moy,qui ſçus mourir & renaiſtre,
l'ay veu l'autre Monde deprés ,
Etn'ay point veu le Myrthey croître
Parmy les funestes Cyprés.
Iuſqu'au bord de l'onde infernale
L'amour fait craindreſon pouvoir,
Mais passé la rive fatale ,
Lepauvreenfantn'aplus que voir.
Là bas,dans cesdemeuresſombres,
Riennepeut plustoucher un coeur ,
Croyez-m'enplutôt quzlesombres ,
Car il n'est rien de fi menteur .
Ilen està mines difcretes
Et d'un entretien decevant ,
Mais fiez-vous à leurs fleurettes,
Autant en emporte le vent .
Sans deffein ,sans choix , fans
étude
GALANT.
41
D'autres soupirent tout le jour ;
Un certain rešte d'habitude
Lesfait encor parler d'amour.
A de pareilles destinées
Grand nombre de gens oſtſoumis ;
Si telles Ames font damnées ,
Malheur cent fois à nos amis.
Enfin la mort aux Morts ne laiſſe
De leur amour qu'un ſouvenir ,
Sans que leur deffunte tendreſſe
Leur puiſſe iamais revenir.
L'obiet agreable ou funefte
Fait fur eux peu d'impreſſion ,
Ombres qu'ilsfont , ilne leur reste
Que des ombres de paſſion .
Blondin, Grifon, rien ne differe ,
Là, iamais aucun doux propos ,
Ce n'est pas le moyen de plaire
Que d'estre fans chair &fans os.
Souvent rien n'est plus detestable
Que l'entretien d'un Trépassé ,
Car que sçait - il, le miferable ,
Que des contes du temps paſſe ?
42
MERCURE'
Les paroles de l'Air nouveau
que je vous envoye ont
eſté miſes en air par Mr Goyer .
Elles marquent un dépit d'amour
, mais elles ne prouvent
pas la gueriſon de l'Amant.
C'eſt aimer toujours que de
ſe plaindre , & qui ne peut
cacher ſon chagrin , eſt bien
éloigné d'eſtre indifferent .
t
AIR NOUVEAU.
Ingrate que j'aytant aimée,
Puis que d'un autre objet tu tesens
enflâmée,
Va iusqu'on peut aller ton iniufte
rigueur.
NeSonge plus à mon amour pasée
Qui n'est pas digne de toncoeur,
N'est pas dignede tapensée.
X
In grat -te quejort tu te
sener enfla-me= e
te rigueur ne sonunestpasdigne
X
deton coeur n'estpasa
des plus accomplis , & le plus
en uſage parmy les perſonnes
de qualité & le beau monde .
Mrs Thibert & de Romare
20
42
M
Les par
veau que
eſté miſes 1
Elles mar
mour , ma
pas la gu
C'eſt aime
ſe plaindr
cacher for
éloigné d'
AIR
Ingrate,
Puis que d'i
enfla
Vaj
isà mon amour paßée
jt pas dignede toncoeur,
pas dignede tapensée.
GALANT .
43
د
>
Cet article de Muſique me
fait ſouvenir de vous donner
avis d'une choſe , dont peuteſtre
vos Amis profiteront.
On a reconnu par experience
que les plus belles Pieces &
les mieux touchées ſur le
Claveffin & fur les autres
Inſtrumens à Clavier , n'ont
leur plus grand effet pour enlever
l'ame par l'harmonie
qu'autant que l'excellence de
l'Accord répond à celle des
ſujets & à la maniere de
bien toucher les Inſtrumens
de Muſique. Ainſi leur meilleur
effer dépend de la juſteſſe
de leur accord , & comme le
Claveſſin eſt un Inſtrument
des plus accomplis , & le plus
en uſage parmy les perſonnes
de qualité & le beau monde.
Mrs Thibert & de Romare
و
14
MERCVRE
,
experts en ces Inſtrumens de
Muſique & qui d'ailleurs
poſſedent dans toute ſa perfetion
la regledes Conſonances
harmoniques de feu Mr
D. L. B par laquelle le point
des affinitez eſſentielles , appellé
Point élementaire , d'où
naiffent les cauſes de l'effet
fublime & animant des Airs
& de toute l'harmonie en general
, eſt rendu ſenſible dans
tous les Accords muſicaux ,
ayant communiqué cette regle
à Mr Comiers , l'un des
premiers Mathematiciens du
fiecle , non ſeulement il l'a
approuvée , mais il a encore
reconnu que cette regle des
confonances harmoniques
eft tres utile , & meſme
de la derniere importance
pourtoutes les perſonnes qui.
,
GALANT.
45
touchent ces Inſtrumens de
Muſique , & fur tout pour
ceux qui s'y veulent diftinguer.
Elle forme l'oreille aux
perſonnes meſme qui n'y ont
que peu de diſpoſition naturelle
, & exempte d'avoir beſoin
d'une profonde connoifſance
de la Muſique pour exceller
dans la pratique de l'Accord
; ce que les Dames pourront
auſſi experimenter faci
lement. Tous ceux qui fouhaiteront
apprendre cette reg
le , ou faire remettre leurs
Claveſſins ou Epinettes enbon
ordre n'auront qu'à voir
là- deſſus Mr Comiers, qui loge
dans la court pavée des
Quinze vingt. Le nom de
ce Sçavant homme vous fera
ſouvenir que je vous ay promis
ce mois cy la conclufion de
,
46 'MERCURE
ſon Traité des Propheties &
Devinations , mais quelques
raiſons l'ont obligé à la remettre
juſqu'au mois prochain .Ce
retardement ne peutſervir qu'à
vousdonner cette fin dans une
plus grande perfection .
Je croy vous avoir mandé
que l'Academie des Ricovrati.
de Padoüe , ayant donné des
Lettres d'aſſociation à beaucoup
de Dames d'un fort
grand merite , ceux qui compoſent
cet illuſtre Corps , en
avoient auſſi envoyé à Madame
de Saliez , Viguiere d'Albi . II
y a long- temps que ſes Ouvrages
vous l'ont fait connoiſtre .
La réponſe qu'elle a faite à
cette ſçavante Compagnie, eſt
tres - digne d'elle , & elle vous
doitplaire d'autant plus,qu'outre
qu'elle y ſoutient noble-
:
L
GALANT. 47
ment les avantages de fon
Sexe , elle a trouvé moyen d'y
meſler l'éloge de noſtre Auguſte
Monarque. En voicy
lestermes .
DE
LETTRE
MADAME
de Saliez , à Mrs de l'Academie
des Ricovrati de
Padouë.
MEESSIEURS ,
Les Letires Patentes quevOUS
avez fait expedier en ma faveur,
pourmedonner uneplace dans vôtre
celebre Academie.estant en Langue
Italienne , ilsemble que les treshumbles
remerciemens que je vous
1
48 MERCURE
رد fais
Italien , mais outre que je n'en
connois pas asseztoutes les delicateſſes
, & qu'il est indifferent en
quelle Langue l'on parte à des per-
Sonnes qui les poſſedent toutes, quel
moyen , quand on a le bonheur
d'estre Sujette de LOVIS LE
GRAND , de preferer un autre
Langageà celuy qui regne dans
Ses Etats ,& duquel ilſeſert pour
nous donner deſijustes &de fi donces
Loix ? Tandis que toutes les
Nations du monde qui aiment ſes
vertus , ou qui craignentsa puiſſance
, apprennent à parler comme
nous , je ne puis m'attacher qu'à
une Langue quiva devenir univer_
felle,&que nostresçavante Academie
Françoise a mise en un si
haut point de perfection , qu'elle
est plus fevere , plus modelle , &
presque aussi ferrée &aussi fecondevroient
estre aussi en
de
G'ALANT.
49
de que la Latine. Iavonë , Mesfieurs
, que mes Ecrits ne peuvent
pas vous prouver cette verité.
Néedans la Province ,& n'ayant
point esté à Paris corriger les defauts
de mon Langage , comme l'on
alloit autrefois corrigerà Athenes
ceux de la LangueAsiatique ,iene
puis écrire avec la mesme juſteſſe
que Mesdames de Scudery , des
Houlieres , Dacier , & de Ville-
Dieu , qui sont si dignes du rang
que vous leur avez donné parmy
vous. La hauteur de leur efprit à
esté ſecondée d'une fituation heureuse
au milien de Paris, & animée
par la veuë& par l'usage du grand
du beaumonde. Auffices Dames
font- elles devenuës un des miracles
de ce siecle , & leurs Ecrits étonneront
bien plus la posterité , que ceux
des Femmes des fiecles paffez ne
nousétonnent, Je croy qu'il m'est
Octobre 1689 . C
50
MERCVRE
permisde vous dire , Meſſieurs, afin
que vous ne vous repenticz pas de
I'honneur que vous m'avez fait ,
que bien que mes Ecrits foient infiniment
au defſſous des leurs ,ils ont
Souvent d'heureux fuccés. L'on y
voit la nature toute pure , & ce
caractere aisé ne déplaiſt point.
Enfin puis que mes Ouvrages m'ont
attiré voſtre eſtime , perſonne n'est
plus en droitde les condamner. Vous
tenezdans le monde la place de
ces fameux Grecs qui décidoient
du merite des Auteurs , ausfi
bien que de celuy des Heros.
Vous les surpassez mesme par
une droiture de coeur qui vous
fait rendre iuftice à mon Sexe
en me recevant dans vostre illuštre
Academie , & n'affectant point
une distinction que le Ciel & la
Nature n'ont jamais eu deffein de
mettre entre les hommes & nous,
>
GALANT. 1
Leur ialousie la fit naiſtre , nostre
modestie l'a foufferte , &sans que
nous ayons troublé le mondepar nos
plaintes,les homes commencent àſe
repentirde leur ufurpation , &leur
empire tirannique va tomber de
luy - mesme. Deia l' Academie
Royaled'Arles aſuivy voſtre exempleànostre
égard , & de nos meil
leurs Ecrivaias ont traité àfond
de l'égalitédes Sexes qui nese conteste
plus enFrance depuis que nôtre
juste Monarque estime & recom
penſe le merite de l'un &de l'autre
sexe. N'oubliezpas Meſſieurs,
cettemarquedefon équitédans les
Eloges que vous luydonnez. Ieſçay
que cet augustesujet remplit fouvent
vos ſcavantes veilles. Quelle
occupation pourriez vous trouver
plas digne devous, &quels Homeres
peut trouver ce Heros plus dignes
de luy ? Mais quelques idées
-
C2
52
L
MERCURE
vertus
د
que la Renommée vous donnedeſes
vous n'en comprendrez
iamais qu'une partie ; le bonheurde
les connoiſtre toutes est refervéàſes
heureux Suietsfur lesquels il regne
par amourplus absolument que tous
les autres Rois ne regnent fur les
leurs parla terreur&par la crain
te. Ilgouverne avec tant dedouceur
un Peuple naturellementfoumis
à fes Monarques ,& dont il
fait les delices , quechacun facrifieroit
avec plaisir pour luy ses
biens &sa vie. Ilaimefes Sujets
autant qu'il en est aimé , & c'est
Sans doute en cela que confište la
plus veritable&la plus seure felicitè
des Rois. Vous voyez, Mesfieurs,
que ie conſerve mon caractere
doux &fimple , enne vous par
lant que de la bonté defon coeur.
Ie laisse austilefublime à le repre-
Senter tel qu'il est àla teste defes
GALANT .
53
P
Armées , portant la frayeur chez
fes Ennemis. Cependant, Meſſieurs,
toute la France vous est obligée de
l'interest que vous prenezàſagloire
,& cette raiſon n'est pas moins
puiſſante que lagracequevousm'avezfaite
, pour m'engagerà estre
toutemavie, Meſſieurs, vostre, &c.
AAlbi le 28. Sept. 1689 .
Ma Lettre du mois paffè
vous a appris fort au long ce
qui ſe paſſa à l'Academie
Françoiſe le jour de la Feſte
de S. Loüis . Comme on la celebre
ſolemnellement dans la
pluſpart des Villes de France ,
on n'oublia pas ce jour-là à
Niſmes les ceremonies accoutumées
. Mr de la Mothe-
Bailly , Lieutenant de Roy de
laVille & du Fort, fit tirer le
C3
54
MERCVRE
Canon dés le point du jour ,
comme pour annoncer cette
Feſte. C'eſt un homme d'une
tres grande ſageſſe , & qui s'eſt
rendu digne de ce poſte , par
une bravoure diftinguée , &
par une fidelité à toute épreuve.
Mrl'Abbé Fléchier , nommé
à l'Eveſché de Niſmes
& dont le merite eſt connu
de tout le monde , ſe rendit
far les dix heures dans la
Chapelle du Fort. Il y celebra
la Meſſe , pendant laquelle il
y eut une excellente Muſique.
Auſſi toſt qu'elle fut
dite , Mr l'Abbé Begault fit
le Panegyrique de S. Loüis
Mrs de l'Academie Royale
de Niſmes ; qui s'y trouverent
ſe firent beaucoup
d'honneur de cette action
qui eſtant faite avec tout l'é-
د
-
د
GALANT.
55
,
clat poſſible par une perſon.
De de leur Corps , faifoit rejallir
fur tous la gloire qu'en
retira cet Abbé . Son Diſcours
fut auſſi fort que brillant ;
on y remarqua beaucoup
d'eloquence & de politeſſe ,
& l'Eloge du Roy quil y fit
entrer , eat un tour ſi fin &
fi délicat qu'il feroit fort
difficile de mettre dans un
plus beau jour les merveilles
étonnantes qui font admirer
le regne de noſtre Auguſte
Monarque. Le Sermon finy ,
on donna la benediction du
Saint Sacrement , & pendant
ce temps il ſe fit une décharge
de tout le Canon , & de
toute la Mouſqueterie du
Fort. Au fortir de là , Mrle
Lieutenant de Roy donna à
diſner à tous les Officiers du:
C 4
56
MERCURE
Fort , & aux Principaux de la
Ville. Ce repas fut magnifique
auſſi- bien que le Soupé ,
& Madame la Mothe-Bailly
qui eſt une perſonne d'une
verta diſtinguée , en fit les
honneurs admirablement. A
l'entrée de la nuit il y eur
un feu de joye que les Con
fuls avoient fait dreffen ,
en meſme temps , la cloſture
de la Feſte ſe fitpar une nou
velle décharge de tout le Canon
& de toute la Moufqueterie
du Fort , d'où l'on jetta
un grand nombre de fuſées ,
qui réuffirent comme on l'avoit
fouhaité. ?
La religion & la pieté des
Marchands de la Rochelle ,
quoy que la pluſpart nouveaux
Convertis , parurentce
mefme jour à l'occaſion de
1
GALANT.
57
au
a meſme Feſte . Comme ils
font leurs Aſſemblées
Conventdes Carmes, ils choifirent
leur Egliſe pour la celebrer.
Le Pere Simon de la
Vierge , Prieur de ce Monaftere
, dont je vous ay déja
envoyé quelques extraits de
Sermon , qui ont eſté applaudisde
tout le monde , monta
en Chaire aprés que la Meſſe
cut eſté dite avec beaucoup
de folemnité & prit pour
texte ce verſet du Pſeaume 88 .
Et ego Primogenitum ponam il
lum excelfum pra Regibus terre.
Comme il s'agiſſoit de
montrer l'élevation de Saint
Loüis au deſſus des Rois qui
l'ont précedé il s'expli .
qua en cette maniere. Choift
de Dieu comme David , il a
imité la penitence de ce Prophemais
plus innocent que luy
Cs
te
>
د
$8 MERCURE
il ne l'a pas fuivy dans son crime.
Sage comme Salomon , il a
gouverné fon Peuple avec fageſſe
, mais plus reglé dansſes
defirs , il a défendu Son coeur des
excés que l'Ecriture reproche à
ce Monarque. Zelé comme Fofias
il a fait des Loix pour abolir
le faux culte , mais plus religieux
que ce Prince , il a détruit
jusqu'aux retranchemens que
l'Herefie s'estoit ménager . Les
avantages qui relevoient Saint
Loüis au deſſus des Conſtancins
des Arcadius & des
Theodofes , furent touchez
noblement , & voicy comment
il fit la diſtribution de
fon Diſcours. Sans doute Saint
Louis eft le premier &le plus
augusté de tous les Rois , foit
que je le confidere au milieu de
Les sujets ,foit que je le regarde
د
GALANT.
59
à la teſte de ſes Armées ,Soit que
je l'envisage entre les mains de
Ses Ennemis. Dans la Cour , il
n'a point d'autre regle de ses
actions que l'Evangile. Dans
Son camp , il n'est point embrasé
d'une autre ardeur que du zele
des Apostres. Dans sa captivité,
iln'estpoint animéd'un autre eſprit
que de celuy des Martirs . Entrez
dansle Palaisde Saint Louis,voUS
qui croyez que la Cour est un air
funeste à la pieté, & vous apprendrez
par fon exemple qu'onse peut
fanctifier dans la maison des Rois
comme dans le Cloiſtre des Religieux.
Suivez Saint Louis dans
Les Armées , vous qui portez un
coeur dur & impie ſous l'habit de
Soldat, & vous trouverez que la
vertu n'est pas incompatible avec
la valeur. Accompagnez Saint
Louis inſque dans sa captivité..
:
C6
60 MERCVRE
?
vous qui vous révoltezà la veuë
d'une disgrace,&vous connoistrez
que la constance estfacile àconferver
dans les plus grands malheurs
S. Louis Sanctifie ſes Courtisans
en ſeſanctifiant luy - mefme , il apprendàſes
Soldats à combatre pour
Le Ciel en cobattant luy - meme pour
la conqueſte de la Terre Sainte, &
il enseigne à tous les hommes la
Loumiſſion que demandent les ſouffrances
, en ſouffrant luy-méme ce
qu'il y a de rude dans lapertede
la liberté. Les vertus Chrétienpes
de ce faint Roy brillerent
dans tout leur jour,& fes expeditions
militaires receurent
un éclat ſi vif , que les Affi
ſtans croyoient eſtre ſpectateursde
ce que faisoit cegrand
Prince devant Damiete , lors
que le Bouclieren une main ,
& l'épée dans l'autre, il ſe lanGALANT.
61
çadans la mer, affronta la muraille,
monta le premier à l'affaut
, & mit en deſordre les
Ennemisqui demeurerent immobiles
voyant une action fi
hardie. Mais , dit ce Predicateur
, ne vous figurez pas dans
cette rencontre une témeritéaveugle
qued heureux fuccés justifient..
une valeur imprudente qui s'expo-
Sefansfruit, unefaillie de courage
qui cherche le danger pour
danger mesme , & qui n'a pourbut
que la reputation &les applaudiſſemens
des hommes.Je parle d'une
hardieſſefage&reglée qui s'anime
à la veuë des Ennemis , entreprend
les choses difficiles , & ne
tente pas les impossibles. Je parle
d'une Sainte témerité qui aime
mieux s'affurer du moment de la
victoire en la cherchant par de vie
ves attaques, que de s'exposer à le
62 MERCURE
perdre, en l'attendantpar des len
teursménagées. Je parle enfin d'un
Roy capable de tout ofer quand le
conseil est inutile,&prest à mourir
dans la victoire , ou à ſurvivre à
fon malheur en combattant pour
lagloire de Dieu , & pour les interests
du Chriftianisme. Aprés un
naturel , mais pompeux recit
des exploits de ce ſaint Roy :
Oùsont ceux , continua- t- il, qui
simaginent que la Religionne contribuë
en rien aux effets glorieux
de la vertu militaire , Sieges de
Places , priſes de Villes , gain de
Batailles ? La Religion a-t- elle
troublé S. Loüis , lors qu'ils'agiſſoit
de donner les ordres neceſſaires ,
ou plûtost ne l'a t-elle pasconduit
par des lumieres toujours infailli.
bles? La Religion a-t-elle rendu
S. Loüis timide dans les attaques ,
ou plûtest ne l'a-t-elle pas rendu
GALANT. 63
intrepide dans les Sieges ? La Religion
a- t- elle empêché S. Loüis de
poursuivre la victoire avec chaleur,
ou plûtost ne l'a - t- elle pas engagé
dans la mélée quand il n'y avoit
point d'autre refource ? La derniere
partie eut de tres -grandes
beautez . Elle fit voir que
S. Loüis eſtoit toujours égal à
luy-meſme ; qu'heureux fans
orgueil , & malheureux avec
dignité il fçavoit changer de
vertus quand la fortune changeoitde
face . Tout fut digne
de la majeſté de la Chaire ,&
de la grandeur du ſujet. Ce
Diſcours finit en cette forte
C'est parune fidelité entiere à fuivre
les exemples de Saint Loüis
que Louis XIV. s'eft acquis la qualitéde
Grand,&je me plaindrois
de lamort precipitéede l'un , ſije
ne la trouvois reparée dans l'admi
64 MERCURE
rable vie de l'autre. Reconnoiſſez
avec moy la proportion du merite
qui les égale. La terre les alongtemps
attendus pour donner le loiſir
au Ciel de faire des miracles. Les
Enfans n'ont rien ordinairement
qui les distingue,mais ces deux Rois
furprenoient dés leur enfance. Rai-
Sonnables avant l'usage de la raifon;
circonspects dans leurs paroles,
ausfi-toft quela Nature leur a déliè
La langue; nez pour remplirlepremier
Trône du monde , &pourvoir
à leurs pieds des Peuples de toutes
les Nations , ils ont trouve des fa
Etionsdans leurminorité , & ils les
ont diſſipées par leur prefence. Connoiſſant
de boune heure qu'ily a
un Dieu au deſſus de leurs teftes ,
qui leur doit demander comptede
leur administration , ils s'appliquentàla
vertu , ils veillent à la
garde de leurcoeur,& ils en fea
1
GALANT.
65
vent regler les mouvemens. Leur
esprit ſe perfectionne en mesme
temps que leur corps ſefortifie , ils
uniffent les interests de la Religion
aux interests de l'Etat : le crime
noſe tenir devant leursyeux. La
fureur des Ducis , la prophanation
des choses facrées , l'enteſtement
des Novateursdiſparoiſſent auſeul
bruitde leurs Edits. La Inſticepar
leursfoinsn'arien de mercenaire,
rien d'incommode. Le paſſagedes
Troupesne porteplusparleurvigi.
lance ces images affreuſes qu'ilmon
troit autrefois , on eft Soldat Sans
eftrecruel , & on a l'avantaged'obeiràdes
Princes quiſçavent prononcercontre
leurs propres interests.
Mille autres comme eux ont forcé
des Bastions , renversé des murs ,
prisdes Villes ,gagnédesBatailles.
Mille autres comme eux ont bravé
les Elemens ,Soumis la Nature à
66 MERCVRE
leurs deſſeins ,&sefont couronnez
de lauriers dans les plus rigoureuſes.
Saifons. Mille autres comme eux
pouvant , conquerirtoute la terre ,
ont borné leur pouvoir à la delivrer
de ſes maux , & à luy donner la
Paix , mais quels autres n'ont prit
les armesque pour étendre la Reli
gion ,n'ont foudroyé des remparts
que pour éleverdes Autels ,n'ont
ravagéles terres des Philiftins que
pourfaire rendre au vray Dieu les
honneurs qui luyfont deus ? Sila
pieréde Saint Louis est alléechercher
les Ennemisde la Foyjuſqu'-
aux extremitez de l'Orient , le zele
de Louis le Grandpenetre iusqu'aux
terres les plus reculées pour proteger
les Chreftiens. Si la Mera tremblé
fous le nombre des Vaiffeaux
qu'employa Saint Louis pour la
conqueste de la Terre - Sainte
l'Ocean admire la Flote prodigieuse
GALANT. 67
dont LouisleGrand couvre la Mer
pourle rétabliſſement d'un Monarque
Catholique. Si Saint Louisa
fondé des Hospitaux pour l'entre_
tiendes Pauvres ,le soulagement
des Malades , &la confolation de
ees Vaillans , mais malheureux
Guerriers , qui avoient perdu à
Sonservice quelque partie d'eux.
mesmes , Louis le Grand continuë
de fi charitables soins avec
une magnificence dont les Ouvragesſont
incomparables.Seigneur
qui aprés avoir exprimévoſtre plus
noble image dans S. Louis ,le couronnez
de vostre propre gloire, nous
vous demandons dans toute la ferveur
de nos prieres , de continuer
vostre protection à Louis le Grand ,
qui vous imite deſiprês.Répandez
fur sa Perſonne sacrée autant de
graces qu'il en répand fur nous .
Abregez nos jours pour en ajoûser
68 MERCURE
aux fiens. Rendez fon regne aussi
long qu'il est glorieux , & faites
qu'ayant l'honneur de luy obeïrfur
la terre , nous ayons la
voir dans le Ciel.
joye de le
Le lendemain de la Feſte de
S. Loüis,Monseigneurle Dauphin
eſtant allé chaffer à Villeneuve
S. Georges , Mon.
fieur Marcel eut l'honneur de
luy preſenter à ſon retour les
Vers que vous allez lire. Ils
furent tres bien receus de ce
Prince.
5
GALAN T. 69
POVR LA FESTE
DE MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN,
ODE.
Moses, fitant de fois desplus brillantes fleurs
Quefur le Parnasse on voit naiſtre,
Pourpeindre le Heros que la France
apour Maistre , A
Vous m'avez preſté les couleurs;
A former un Bouquet que l'ofe
prefenter
Au digne Fils qui luy reſſemble .
Secondezmon ardeur , &fouffrez
quei'affemble...
70.
MER CVRE
Les fleurs dont il doit éclater.
2
Ouy , dans mon noble orgueil ie me
croy tout permis ,
Etie voeux consacrersa Feste.
Dufameux Philisbourg ie chantay
La Conqueste
Quandſes Armesl'eurentSoûmis .
Prince, ilfaut l'avouer, cet immortel
Laurier
Nédans leſein de ta victoire ,
Desplusparfaits Heros confommeroit
la gloire ;
Etcependant c'eſt ton premier.
Mais ie te le predis , ton glorieux
destin
N'est pas bornéd'une Campagne ,
Bien- toſt à tavaleur la Flandre,&
l'Allemagne
Ouvriront un nouveau chemin.
GALANT. 71
Laiſſe, laiſſe groſſir le nombre& la
fureur
Des Ennemis qu'on te preſente;
Plus il en paroiſtra ,plus ta main
triomphante
Ales dompter aura d'honneur.
Attendant ce grand jour , l'objet
de tes defirs ,
Fay toy de la Chaſſe uneguerre..
Heureuſes nos Forests : heureuſe nôtre
Terre ,
Qui te fournit tant de plaiſirs !
Et vous , Loups , en mourant que
voſtre ſort eſt doux !
Ah,dans laſaiſon oùnoussommes,
Vousfauvez autrepart la vie à cent
millehommes
Qu'on verroitperirſousfescoups.
*Toutce qui eſt paſtoral vous
72
MERCURE
1
a toûjours pleu , & cela m'oblige
à vous envoyer les Vers
ſuivans . Leur meſure ſemble
eſtre propre aux Bergers . Ils
font naturels,& leur ſtile ſimple
ne dement point lamatiere.
EGLOGUE .
I'Herbe pouſſe à laprairie ,
Allez paiſtre, mes Brebis ;
Voyez comme elle eftfleurie
Sous les pas de mon Iris.
Profitez de la tendreſſe
Qu'elle a pourfon cher Berger ,
Ellefait son allegreſſe .
Vous devezla partager.
Amours tendres &fecretes ,
Combien vous avezd'appas
Allez ,flâmes indifcretes ,
Vous ne les connoiſſez pas.
Eloigné defa Bergere
LeBergerparloit ainſi
De
4
GALANT.
73
Dela tendreſſefincere
Qui cauſeſon douxfoucy.
La paisible intelligence
De leurs defirs amoureux ,
Enfante une confiance
Qui les rend toûjours heureux.
Point de chagrins dans l'absence ,
Point defoible défiance ,
Tout celan'est point pour eux.
Iln'est rien qu'ils apprehendent ,
Tout sert àles confoler ,
D'unseul regard ils s'entendent
Etse voir, c'eſtſeparler.
Dans cette ardeur mutuelle
La tendreſſe ne perd rien ,
Elle est fine , elle est fidelle .
Etfait leurunique bien.
Cherchez à voir ma Bergere ,
Parlez- luy , Rivaux jaloux ,
En vain vousvoudrez luy plaire,
Son amourn'est pas pour vous .
Elle est aimable , elle est belle ;
Malgrè vosfoins amoureux
Octobre 1689 D
74 MERCVRE
Elle me fera fidelle ,
Jeferay toûjours heureux .
Dans cette tendre afſurance
Si le Berger vit content ,
La Bergere en fait autant ,
Ce qu'il dit , elle le pense.
Sur le coeur de mon Berger
Quepretendez- vous , Coquettes ?
Tous les efforts que vous faites
Ne leferont pas changer.
Avant qu'ilm'eust pu connoistre
Vous pouviez toucherson coeur ,
Mais il a trouvéſon Maistre ,
Et l'amour que j'ay fait naistre
S'en est rendu le vainqueur.
Enſe quittant , ils n'aspirent
Qu'au plaisir deſe revoir ,
Tant l'amour dont ilsfoupirent
Apris fur eux de pouvoir.
Dans ces douces destinées
Rien ne trouble leur repos ;
Des amours fifortunées-
Engraiffent les deux Troupeaux.
GALANT .
75
Les Chiens mesme qui les gardent
Sont si robustes , & fi forts ,
Qu'aucunsLoups ne se hazardent
D'en éprouver les efforts .
Les voit- on à quelque Feste ,
Ces deuxfortunez Amans ,
N'ont- ils pas mille agremens
Où tout le monde s'arreſte ?
Par une allegreffe honneste
La Bergerefait honneur
Acette chere Conquestes
Les fleurs qui parentfa teſte,
Elles naiſſent dans ſon coeur.
Le Berger , d'unſoin ſemblable
Sçait s'occuperàson tour ,
Et s'il n'estoit pas aimable ,
Seroit- ce faute d'amour ?
Perſonne dans leVilage
Nesçait encor leurfecret.
Mais d'un commerce difcret
La conduite la plus fage
Fait-elle tant de chemin
.
Sans que l'on découvre enfin
D 2
76 MERCURE
Lemiſtere que l'on cele
Onse contraint vainement ,
L'amourmesme le revele ;
Et cache-t'on aisément
Un fort grand embraſement
Comme on fait uneétincelle ?
La Ville d'Autum , remarquable
par tant de choſes qui
la distinguent, merite ſur tout
des loüauges , en ce qu'elle
ne ſe contente pas d'envoyer à
la guerre toute la jeuneſſe
qu'elle a capable de porter les
armes ; elle prend encore un
ſoin particulierdedonner tous
les ans au Roy, le premier jour
de Septembre , des marques
eclatantes de ſon zele , en inſtruiſant
les jeunes gens& fortifiant
les vieillards dans l'exercice
des combats , afin de
pouvoir contribuer au ſuccés
GALANT.
77
des entrepriſes de ce Monarque.
Cette maniere de Feſte
eſt la ſuite d'une Cavalcade
que font le jour precedent les
Chanoines de l'Egliſe Cathedrale.
Cette Eglife , tres- belle
par elle meſme, & par ſon Chapitre
, eſtoit autrefois ſous le
titre de S. Nazaire , & eſt aujourd'huy
ſous celuy de Saint
Lazare. Les Chanoines s'y af
ſemblent tous lesans en Corps
le dernier d'Aouſt,& aprés les
Veſpres qui ſe diſent ce jourlà
de meilleure heure qu'à l'ordinaire
, ils ſe rendent au logis
du Terrier , c'eſt à dire du
Chanoine qui doit afſon tour
avoir ſoin du Territoire , &
montez fur de beaux chevaux
couverts de houſſes de velours,
qui traînent à demy pied de
terre , & qui font rehauſſez de
D 3
78 MERCVRE
broderie, ils võrau delà desanciens
murs de la Cité , dont le
circuit eſtoit d'environ deux
mille pas ; & là , ayant avec
eux les Officiers de leur luftice
ils font un acte de priſe
de poffeffion de la Iurifdition
de la Ville. Les Druides
qui avoient leur Senat à Autun
, comme les jeunes Gaulois
leur Ecole , faifoient une
ſemblable Cavalcade. Aprés
avoir porté par la Ville l'image
de la Deeffe Cibele , deux
à deux au nombre de trois
cens ſoixante , ils en ſortoient
avec pompe , & alloient fur
une Montagne , où ils jugeoient
les procés des particuliers
, & donnoient leurs
avis ſur les affaires les plus
importantes de la République.
Les Autunois ont eſté
د
GALANT. 79
les Amis fidelles & les bons
Alliez des Romains , qui les
appelloient leurs Freres , & qui
leur donnerent droit de Bourgeoiſie
dans leur Ville . Autun
eſtoit la Capitale de la Repúblique
des Heduens , qui com
prenoit une partie de la Bourgogne
Duché, la Breffe , le Foreſt
, le Lionnois , le Baujolois ,
Dombes , & le Nivernois . On
luy donnoit alors le nom de
Bibracte , & ce nom fut changé
depuis en celuy d'Augustodunum
en faveurd'Auguſte. Dunum
eſt un mot Celtique qui ſignifie
Ville ou Montagne . Les
Anciens ont prononcé Augufdun
, puis Augtun, & enfin Autun.
On y voyoit un Capitole ,
divers Temples , & d'autres
Editices , dont les reſtes , comme
Statuës , Colomnes ,Aque
D 4
80 MERCURE
ducs &Arcs de triomphe, marquent
encorela magnificence.
Le Tombeau de Divitiacus
dont parle Cefar , s'y eſt conſervé
jusqu'à aujourd'huy , ce
qui eſt une grande marque
d'Antiquité.Ce qu'on y appelle
la Jenitoye , eſtoit un Temple
de Ianus ; le Mont Dru , le
Siege des Druides ; le Marchaut
, le Champ de Mars ,
& le Mont lou , le Mont de
Iupiter.
Les Chanoines de la Cathedrale
s'eſtant aſſemblez
ſelon la coutume , le 31. du
mois d'Aouſt dernier , allerent
en Corps chez Mr Binier
, leur Terrier , au nom·
bre de fix- vingt tant Chanoines
que Chapelains , Chantres
& Enfans de Choeur. Leur
marche commença par vingr
د
GALANT . 81
Hautbois , fix Sergens de leur
Chapitre , & dix petits Choriftes
. Les Sergens eſtoient
reveſtus de leurs manteaux
violets aux armes du Chapitre
, & les Choristes , de leurs
petites ſoutanes violetes doublées
de rouge , avecle bonnet
carré rouge fur la teſte. Les
Chapelains ſuivoient ſelon
l'ordre de leur ancienneté , &
les Chanoines marchoient aprés
eux , tres - fuperbement
montez , avec leurs foutanes
& de longs manteaux de ſoye.
La marche eſtoit fermée par
les Dignitez , & au milieu
eſtoit leur Terrier qui portoit
le Baſton de commandement ,
enrichi d'une infinité de Perles
& de Pierres precieuſes .
Ce Baſton eſt déposé dans le
Treſor de l'Eglife , d'où il ne
Ds
82 MERCURE
fort jamais que pour cette
Ceremonie . Les Officiers de
la luſtice du Chapitre ſuivoient
en longues robes , precedez
par leurs Huiffiers , &
trente Violons marchoient à
pied immediatement devant
le Terrier. Les Chanoines pafferent
en cet ordre par les
grandes ruës de la Ville , &
allerent au delà du Pont d'Arroux
, où ayant fait rendre la
Iuſtice par leurs Officiers
ils retournerent par d'autres
ruës au logis de Mr Binier ,
aprésavoir paffé par la court
du Palais Epifcopal , où Mr
l'Eveſque d'Autun accompagné
de quantité de perfonnes
de qualité , ſouhaita les
voir , n'ayant pû luy - meſme
affiſter à cette Aſſemblée
comme il a fait quelquefois
2
>
و
GALANT . 83
dans le temps que ſa ſantéluy
permettoit de le faire . On
avoit accoutumé de regaler
la Compagnie d'un Souper,
mais Mr Binier aima mieux
donner à l'Egliſe un fond de
huit cens livres qui luy de
meure à perpetuité , que de
faire une dépenſe dont il ne
reſte rien le jour meſme qu'-
elle eſt faite. Il ne laiſſa pas
de traiter quelqües uns de ſes
Amis particuliers , & aprés le
repas on fonna toutes les cloches
pour avertir de l'heure
du Te Deum. Les Chanoines
fe rendirent de nouveau chez
luy en Corps , & le conduifirent
à l'Eglife , precedez de
vingt flambeaux , & defix de
diſtance en diſtance Le Te
Deum fut chanté par trois
Choeurs de Muſique meſlez
D 6
84 MERCURE
de ſimphonie. Cela eſtant fait,
Mr Binier alla mettre le feu à
des Feux d'artifice , qui occupoient
depuis la voûte de l'Egliſe
juſques à la pointe du
clocher , qui eſt conſtruit de
pierre de taille à huit pans ,&
l'un des plus beaux qu'il y ait
en France. On vit d'abord
toute l'Eglife & tout le clocher
en feu. Les fuſées & les
grenades faifoient un bruis
continuel , & l'air fe trouva
rempli de lances à feu & de
ferpens qui rendoient une
clarté admirable..
Le lendemain Mr de Lefchalier
, Avocat du Roy au
Bailliage qui avoit eſté éleu
Vierge , fit avertir Mr de
Bart , Major de la Ville de
donner ſes ordres à tous les
Capitaines d'aſſembler leurs
GALAN T. 85
Compagnies ſous les armes
pour en faire la reveuë . Ce
mot de Vierg vient de celuy
de Vergobrete , qui eſtoit le
Souverain Magiſtrat de l'ancienne
Bibracte. Quoy que
cette Magiſtrature ne fuſt
qu'annuelle , ceux qui l'exer.
çoient avoient un pouvoir
abſolu ſur les biens , & fur la
vie de leurs Sujets . Les Habitans
d'Autun ayant accoûtumé
tous les ans de faire cet
exercice, il ne fut pas difficile
de les mettre dans ſeſtat où
Fon ſouhaitoit qu'ils fuffent.
M. de Bart , monté ſur
un ſuperbe Cheval , ſuivy
de vingt Cavaliers leſtement
veſtus fit le tour de la
Ville. Il avoit un habit d'un
drap brun tout couvert de
Galons d'or i ſ.a Veſte eſtoit
,
86 MERCURE
en broderie , & ſon Echarpe
de meſme. Lors qu'il eut
donné ſes ordres , on vit M.
de Montagu , Capitaine du
Capitole , & à preſent du
Chasteau , à la teſte de cent
Soldats veſtus d'une meſme
parure , avec des Armes lui.
fantes , qui s'alla poſter à la
Porte de M. le Vierg. Il eſtoit
veſtu d'un habit bleu garny
de Galon d'argent en plein ,
& portoit une demie- pique.
Son Echarpe eſtoit à Frange
d'argent . Six Tambours , fix
Fifres & quatre Sergensavoiet
fes Livrées . Son Lieutenant
eſtoit veſtu comme luy
l'Enſeigne eſtoit d'un Taffetas
blanc parfemé de Fleurs de
Lys d'or , & de pluſieurs L
entré- laflées & couronnées .
On voyoit les Armes du Roy
,
&
GALANT. 87
aux quatre coins avec ces mots
en lettres d'or. Lilia fic fequimur,
Solem ut fua Sydera norunt. Mr
Maiziere,Capitaine du ſecond
quartier , ſuivoit à la teſte de
cent Soldats , avec fix Tambours,
fix Fifres , & quatre Sergens
veſtus de bleu galon
né d'argent. L'Enſeigne de ſa
Compagnie eſtoit de Taffetas
blanc parſeméde Fleurs de Lys
d'or , avec les armes du Roy
d'uncoſté , & cellesde la Ville
de l'autre. Il y avoit pour devife
Fidus Lilia custos. M. de Siry
Seigneur de Noizeret , Capitaine
du troiſiéme quartier ,
veſtu d'écarlate galonné par
toutd'argent, avoit ſes Soldats,
veſtus de drap brun avec un
galon d'argent ſur toutes les
coutures . Six Tambours , fix
Fifres & quatre Sergens por
88 MERCURE
toient ſes livrées ; leurs Chapeaux
étoient bordez d'argent,
& ornez de plumes blanches .
L'Enſeigne de la Compagnie
eſtoitd'un taffetas blanc parſemé
de pluſieurs Couronnes, &
de Fleurs de Lys d'or ; au milieu
les armes du Roy avec
une Foy , & aux quatre coins
des Trophées , & ces mots en
broderie d'or , vive la Fidelité.
Les autres Compagnies vinrent
les unes aprés les autres
dans un équipage conforme à
la grandeur d'ame des Autunois.
Leurs Enſeignes avoient,
l'uneun Dragon , & pour deviſe,
tetigiffe periffe est ; l'autre
un Lion ,& cette inſcription ,
parcere fubjectis &debellare fuperbos.
Vne autre avoit d'un
coſté l'Effigie de la Vierge ,
avec ces mots , in hoc figno vinGALAN
T. 89
>
cam , & au revers un S. Simeon
avec cette deviſe, dux egovester
ero. On voyoit un Soleil dans
une autre , & pour deviſe , fulget
& ardet. Dans une autre
eſtoit une Bombe avec ces
mots , pereant dumfrangar oportet
; & enfin la derniere avoit
un Arc-en- ciel bordé , avec
ſes couleurs , & cette infcription
, nuncia certa pacis. Les
Officiers du Bailliage en Robes
longues , & bien montez,
precedez par douze Huiſſiers ,
parurent enfuite. Mr le Prevoſt
avec ſes Archers, & autres
Officiers ſe mit à leur teſte ,&
au devant de luy douze Sergens
, de Ville portoient des
Faiſſeaux , avec des Manteaux
rouges ; & les Armes de la Ville
en broderic ſur les coſtez . Le
Heraut d'armes marcha le pré१०
MERCURE
mier , le caſque en teſte avec
la cuiraffe , & toutes les pieces
quirendene une armure complete
, & le toutgarny de mailles
aux defauts , Son cheval
eſtoit bardé & caparaçonné.
Il avoit à ſon coſté l'épée
d'armes , l'eſtoc d'un coſté de
l'arçon , la maſſe de l'autre , &
un Guidon vert avec ces paroles
en lettres d'or , In me spes
una recumbit . Mr de Leſchaliereſtant
forti de ſon Hoſtel,
toute la Mouſqueterie le ſalüa
. Mr de Montagu commença
à marcher ; les autres
Compagnies le ſuivirent. Mr
le Prevoſt marcha enſuite à la
teſte de ſes Archers , & toute
la Justice ſuivoit Monfieur de
Leſchalier, eſtant au milieu de
Meſſieurs Darlay , Lieutenans
Generaux du Bailliage,& de la
GALANT.
91
Chancellerie , tous deux diftinguez
par leur naiſſance,par
leur merite ,& par leur ſçavoir.
Il montoit un tres beau cheval
gris pommelé , & portoit le
Baſton de commandement garny
de Pierres precieuſes,qu'on
garde dans leTreſor de laVille
pour cette auguſte Solemnité.
Trente Violons & Baſſes de
Violes marchoient à pied immediatement
devant luy . On
le conduiſit en cet eſtat au delà
du Portail d'Arroux, où l'on
avoit conduit Monfieur Binier
le jour precedent. Monfieur de
Bart avoit fait preparer une
table couverte d'un tres beau
tapis de Turquie . Elle eſtoit
environnée de quatorze fauteüils
, où ſe placerent les Officiers
de Juſtice & les Echevins
. Ils y en avoit une autre
plus élevé en forme de Trône
92
MERCVRE
fous un pavillon de damas
rouge à frange d'or . Il futoccupé
par Monfieur de Leſchalier
, qui entendit de là les
haranguesquiluy furent faites
parde ſçavans Avocats. Il leur
répondità tous avec beaucoup
de preſence d'efprit , & rendit
auſſi quelque Ordonnance
pour le fait de la Police. La Soldateſque
qui estoit en armes
depuis le Trônejuſqu'à la porte
de la nouvelle Ville , ayant
fait une décharge de Moufqueterie
, on monta à cheval
pour le reconduire en ſon
Hoſtel . Mr de Bart avoit à fon
ordinaire preparé un divertifſement
dans le Champ deMars ,
qui eſt au milieu de la Ville
pour faire honneur à Mr le
Vierg. Il ordonna donc aux
trois premieres Compagnies
GALANT.
93
د
d'aller protement ſe poſter ſur
une éminence , & d'étendre
l'aifle gauche un peu plus que
la droite , parce que celle- cy
ayoit une hauteur qui ſembloit
la garantir d'inſulte. Le Corps
de reſerve eſtoit commandé
par Mr de Montagu, Les cinq
autres Compagnies qui reprelentoient
les Puiſſances unies
contre la France
ayant un
terrain plus ſpacieux , s'étendirentdavantage
, & en forme
de croiſſant , pour enveloper
leur Ennemy. On fit des eſcarmouches
, on ſe canonna de
part & d'autre,& enfin on lia la
partie pour une Bataille. L'aire
gauche des Ennemis qui eſtoit
oppoſée à l'aifle droitedes trois
premieres Compagnies , commença
par un feu épovantable.
L'aifle droite l'effuya fans ti94
MERCURE
rer , & ayant mis l'épée à la
main , elle courut ſur les Ennemis
qu'elle mit en fuite,
mais , l'aifle droite qui eſtoit
plus au large & plus nombreuſe
, ſembloit avoir (l'avantage
quand Mr de Montagu ayant
détaché quelques Bataillons
renforça les ſiens , qui encouragez
par ceſecours renverſerent
l'Ennemy , & le mirent en
déroute, Le Corps de Bataille
paroiſſoit tantoſt vainqueur ,
&tantoſt avoir du pire ; mais
comme lesdeux aiſles de l'Ennemy
avoient plié, le defordre
ſe répandit partout,& les trois
Compagnies remporterentune
entiere victoire ſur les cinq.
On entendit pour lors mille
eris qui furent portez de ruë
en ruë ; de forte qu'en un moment
toute la Ville fut remfe
GALANT .
95
plie de voix qui s'unirent
toutes pour crier Vive le Roy.
Les cloches de toutes lesEglifes
fonnerent en même temps ,
on fit pluſieurs décharges de
Canon & de Mouſqueterie ,
& comme il eſtoit tard , chaque
Habitant alluma un feu
devant ſa porte pour marquer
la joye qu'il avoit d'un
fuccés fi favorable. On reconduiſit
Mr le Vierg en ſon Hoſtel
, où il traita les Officiers
de la Iustice & de la Ville.
Mr l'Evefque d'Autun , &
toute la Nobleſſe , ainſi que
Mr Boyer , Prefident au Parment
de Dijon , y aſſiſterent.
La table eſtoit de ſoixante
couverts , & tout ce qu'on
avoit pû trouver de plus rare
y fut fervi avec beaucoup de
profufion. Le repas finy , la
96 MERCVRE
,
د & à Compagnie ſe ſepara
meſure que chacun fortoit, il
trouvoit des gens avec des
Aambeaux pour le conduire.
Les Habitans de leur coſté
avoient eu ſoin d'en metire
fur leurs fenestres ce qui
éclairoit toute la Ville. L'Hôtel
de Mr de Leſchalier est au
milieu de la grande ruë. Au
devant on avoit dreſſé fix
pilaſtres de ſculpture peints
en jafpe , ſur leſquels estoient
poſées trois voûtes rondes
qui compoſoient trois grands
portiques. Sur ces voutes eftoit
une lanterne à trois feneſtres
, & au deſſus un globe
d'or environné de la Couronne
Royale. Les vuides
eſtoient remplis de figures ,
de faiſſeaux , & de feuïllages .
Du dedans du globe ſortoient
des
GALANT.
97
des rayons qui rehauſſoient
l'éclat de toutes ces diverſes
د
lumieres . Les Armes du Roy
eſtoient ſur le Portique du
milieu , celles de Monfieur le
Prince Gouverneur de la
Bourgogne , à la droite , &
celle de la Ville d'Autun , à
la gauche. Il falloit pour achever
une réjoüſſance ſi remarquable
, que Mr l'Eveſquo
d'Autun. illuſtre par ſon merite&
par ſa profonde vertu ,
y donnaſt la derniere main .
Ce Prelat fit avertir les Magiſtrats
qu'il avoit fait un
voeu de faire faire à perpetuité
l'Eloge du Roy dans ſon
Seminaire. Le Pere Archange
de Lion , Capucin , qui fit le
Panegyrique ſur la pieté& la
religion de ce Prince , s'en
acquitta avec beaucoup de
Octobre 1689 . E
98 MERCVRE
fuccés . Mr l'Eveſque y celebra
pontificalement la Meffe
du Saint Efprit , & elle fut réponduë
par les Preſtres de fon
Seminaire, au nombre de qua
tre - vingt- dix . Il donna enſuite
àdiſner dans ce meſme Seminaire
aux Eccleſiaſtiques , &
à la Nobleſſe ; mais ce fut avec
la propreté & la moderation
qui luy font ordinaires , fans
qu'on ſerviſt aucun mets que
ceux qu'on a de coutume de
ſervir pour les perſonnes qui
demeurent dans cette fainte
Maiſon Je ne marreſteray
point à vous en dépeindre
toutes les beautez , je vous di
ray ſeulement que ce Seminaire
est un des plus beaux qui
foient en Europe. La ſituation
en eſt tres - avantageuſe. Un
grand corps de Logis élevé de
GALANT.
99
quatre étages , regneau miheu
de deux autres corps de meſme
ſtructure . Il eſt baſti à la moderne
, percé par de grands
jours , & orné des plus belles
parties de l'Architecture." II
peut contenir deux cens perſonnes
, & du coſté du Soleil
levant il a quantité de Villages
& d'Egliſes, qui ſemblent avoir
eſté faits exprés pour contenter
la veuë de ceux qui l'habi
tent. Elle eſt bornée du Midy
par des montagnes d'une hauteur
exceſſive , qui ne laiſſent
pas d'avoir un certain agré
ment particulier qu'on ne
ſçauroit exprimer, & quelon
reffent en les voyant.. Du
Couchant , ce Seminaire regarde
la Ville , & les differens
Baftimens que l'on y voit à la
fois , entremeflez des Clochers
E2
100 MERCURE
de pluſieurs Egliſes , font une
bigarrure ſi agreable , qu'on
diroit que l'Architecte a baſti
la Ville pour la beauté du Seminaire
, ou qu'il a choiſi le
lieu du Seminaire dans l'endroit
où il eſt , pourſe faire un
plaiſir de voir la Ville , avec
tout ce qu'elle peut offrir de
plus agreable aux yeux. Du
coſté du Septentrion on découvre
des plaines de cing à
fix lieuës , qui font terminées
par des montagnes , dont les
unes font fournies de Villages
de diſtance en diſtance, les autres
de grands arbres verds , &
d'autres ſemées de bleds , &
garnies de verdures , ce qui
produit un tres - bel effet. La
maiſon eſt entouréed'un grand
foſſé reveſtu de pierres de taille
par le devant& les deux côtez,
GALANT. IOI
& les anciennes murailles de
la Ville ſoutiennent de l'autre
le Jardin & le Verger. La porte
pour entrer dans la baſſecourt,
eſt d'un grillage de fer , ſuivi
d'un meſme grillage ſur le foffé.
La route de l'entrée fait
voir un grand tapis verd , aux
coſtez duquel font deux autres
grandes routes fablées, & deux
autres à coſté , de verdure d'une
moindre largeur. Du coſté
du Levant fontdeux Cabinets
d'un bois peint en vert, garny
de bandes de fer , à fix pans
& fix Portiques,qui ſont d'une
tres - grande beauté. On voit
au milieu un Baffin de pierre
de taille d'une grandeur extraordinaire
, avec un jet d'eau
d'autant plus rare, que venant
des montagues qui font du
coſté du Midy, l'eau ſe trouve
E 3
102 MER CVRE

obligée de deſcendre dans des
abiſmes , d'où elle ſe porte avec
rapidité au haut du Seminaire,
& s'éleve à plus de trente
pieds . Enfin on peut dire que
la nature s'eſt épuisée pour
fournir à ce beau lieu tous les
agrémens qu'elle peut donner .
& que l'art a perfectionné ce
qui pouvoity manquer du cofié
des ornemens . Le Roy a
fait voir ſa magnificence par
les grandes ſommes qu'il a
données pour c'el Edifice, qui
doit beaucoup à la pieté de Mr
l'Eveſque d'Autun , ce Prelat
n'ayant épargné ny ſes ſoins
ny ſes biens propres pour le
doter , & pour mettre cetouvrage
dans la perfection où
ileft.
Toutes les productionsd'efprit
de Madame de Houlieres
GALANT.
103
ſont ſi recherchées ,que je croy
toujours que vous les avez ,
fi- toſt qu'il en court une
copie . C'eſt ce qui m'a empefché
de vous envoyer plûtoſt
le Songe que vous me demandez
. Cene Dame eſt admira
ble & dans ſes pensées , &
dans la maniere de les exprimer.
د
mmm
Q
SONGE DIRIS.
De tu reviens diligemment
Ne cefferas- tu point , impatiente
Aurore,
De courir aprés ton Aman ?
Non , je te parlevainement,
Demain tu reviendras encore ;
Laſſe de ton Vieillard tu cherches
tous les jours
E 4
104 MERCURE
Ce Chaffeur qui fait moins de
compte
De la folle ardeur qui te dompte ,
Que de ladépouille d'un Ours.
Tu n'es pas laſeule Deeffe
Que l'Amour ait forcée à recevoir
fa loy.
Diane&venus comme toy ,
Pourdefimples Mortels ont eu de la
tendreſſe.
Mais enfin ,ſi leurs coeurs se sont
laislé charmer.
Leurs Amans ont brûlé pour elles,
Toy feule entre les Immortelles
N'asjamaisfceu te faire aimer.
Pourfauver l'honneurde tes charmes
,
Les Muses, cesscavantes Soeurs,
Nous ont imposéfur les larmes
Qu'aufortir de ton lit tu répans
fur les fleurs.
GALANT.
τος
Cen'estpoint ton Filsmortqui cause
tes douleurs ,
Un trait plus cuiſant t'a bleßée..
Le mépris que Cephale afait de tes
faveurs ,
Toujours preſent à ta pensée ,
C'est ce quifait couler tes pleurs..
Ellefait plus encor, cetteTroupe qui
t'aime;
Elle dit que l'éclat vermeil ,
Dont on voit l'Orient ſe peindre à
ton réveil,
Fient des Roſes que tamainfeme
Dans la carriere du Soleil.
Quelconte ! Si le Cielprendla cou
leur des Rofes
Lors que tuviens ouvrir la barriere
du jour , [tut'exposes ,
C'est que le Cielqui voit lahonte où
Rougit pour toy de ton amour.
Dans quelque autre Mortel plus
jaloux que Cephale ,
ES
106 MERCVRE
Que'n'as - tu trouvé des appas !
Il cust moins façonné sur la foy
conjugale,
Ordinairement icy bas ,
La plus belle Epouse ri'estpas
Une dangereuse Rivale.
Contente entre fes bras de ton heureux
deftin ,
Tun'aurois pas des Mers où le Soleilſeplonge,
Faitfortir ton Charſi matin ,
Et j'aurois achevé mon Songe.
Tu l'as interrompu par ton cruel
retour
Dans l'endroit leplus agreable.
Je croyois estre belas : dans unchar.
mansfejour ,
Oùsur un vert gazon , de cent larcins
coupable ,
Je voyois à mes pieds l'Amantle
plus aimable ,
Leplus plein derespect , &le plus
plein d'amour.
GALANT. 107
Lesommeil me rendoit , ce mefemble
,moinsfiere ,
Et quand ton vif éclat a frapéma
paupiere,
Il juroit de m'aimer jusqu'à fon
dernier jour.
Pour la perte d'une chimere
Ne me reproche point que je fais
tropde bruit.
Ieſçay que la raiſon conduit
Aneregreter point , ou ne regreter
guere
Un faux bien qui dans l'air s'envole
avec la nuit .
Mais , reflexion importune !
Oùtrouve- t - on des biens certains
Que rien n'arrache denos mains,
Et ceux de la Nature , & ceux de la
fortune ,
Quesont-ils que desſongesvains.
Tout ce temps qu'un bon Songe
dure
E6
108 MERCURE
Si noussommes auſſi contens
Des biens que nous devons àſa
douce imposture ,
Que s'ils estoient vrais &conſtans
,
• Pent on les perdre sans murmure
?
Helas ! n'est- ce doncpoint une heu.
reuse avanture.
Pour qui laiſſe au devoir conduire
tousfes pas ,
De pouvoir ,fans bleſſer la vertu
lapluspure ,
Ecouter sur un lit de fleurs & de
verdure

Un Amant qui ne déplaiſtpas ?
Aces mots fon depit ceffant d'effre
le maistre,
Laieune Iris ſe teut , pouſſa quel
quessoupirs,
Rougit , &felivra peut eftie
Ade dangereuxSouvenirs ...
GALANT. 109
Madame la Princeſſe d'Enri
chemont , Fille de Mr le Duc
de Coiſlin , ſi diſtingué à la
Cour par ſes qualitez perſonnelles
,& par les actions d'éclat
qu'ita autrefois faites à l'Armée
, & qui l'ont fait parvenir
à l'employ de Lieutenant General
, alla voir il y a quelque
temps Madame la Ducheſſe
de Verneuil à ſa Maiſon de
Verneuil . C'eſt un Chasteau
d'une Architecture admirable,
baſty par Henry le Grand , fi
tue prés de Chantilly. Il feroit
difficile de vous faire un recit
exactde tout ce qui ſe paſſa à
cette reception . La politeffe &
la magnificence y furent également
obſervées. Madame la
Ducheſſe de Verneuil envoya
pluſieurs perſonnes de ſaMaifon
au devant. de. Madame la
ITO MERCURE
7
Princeſſe d'Enrichemont au
boutde l'avenue du Chaſteau .
Elle trouva une Compagnie
nombreuſe ſous les Armes ,
commandée par un Capitaine
qui fit ungrand feu lors qu'elle
paſſa , & s'étant renduë à la
porte du Chaſteau où les Officiers
de la Iustice l'attendoient
en Robes , elle y receut une
Harangue à laquelle elle repondit
avec autantde preſence
d'eſprit que de modeſtie
renvoyant à Madame la Du
cheſſe de Verneuil , pour laquelle
elle a une tendreſſe ref
pectueuſe tous les Eloges
qu'on luy donnoit. CetteDucheſſe
l'alla recevoir elle-mefme
fur le Balcon , & aprés luy
avoir fait voir toutleChâteau ,
qu'elle trouva richementmeublé
, elle luy donna un grand
و
GALANT. FIF
:
repas ſervy avec tout l'ordre
&toute la délicaſſe imaginable.
Il fut ſuivy d'une illumination
dans toutes les avenuës ,
&dans les feneſtres du Châ
teau . Vn Feu d'artifice d'un
deffein ingenieux termina la
Feſte. On voyoit les armes &
les chiffres de Monfieur & de
Madame d'Enrichemont mélez
enſemble avec beaucoup
d'art. L'air noble & la bonne
grace qui accompagnent cette
jeune Princeſſe luy attirerent
de grands applaudiſſemens.
Elle a naturellement l'eſprit
bienfait, & il a eſté cultivé par
les foins & les bons exemples
d'une Mere,qui n'eſt pasmoins
recommandable dans le monde
parſa politeſſe que par ſa pieté.
Les Peres leſuites ont écrit:
des Philippines,& ont mandé
1
112 MERCVRE
àMadrid que l'Empereur de la
Chine ayant fait examiner
dans fon Confeil la Religion
Chreſtienne , a permis à ſes
Sujets de la ſuivre,& aux Mifſionnaires
de la preſcher. On
pretend que cela eſt arrivé à
Poccafion de l'entrée du Pere
de Fontenay , & de quatre
autres Jeſuites François qui
font allez à la Chine par Siam .
Je ne répons pas que la nouvelle
ſoit vraye ; je vous marque
ſeulement le lieu d'où elle est
venue , & vous y aurez tel
égard qu'il vous plaira.
Le 19. du mois paſſe ,Mefſieurs
de la Societé de Sorbonneélûrentpar
la voye du Scru
tin, Monfieur Bouret,Docteur
de la meſme Societé , ſecond
Vicaire de S.Eustache, & Directeur
de la Communauté
GALANT.
113
des Eccleſiaſtiques de cette Paroiſſe
, pour remplir la Chaire
deProfeſſeur en Ecriture Sainte
, qu'occupoit Mr Grandin ,
Docteur de la meſme Societé ,
Doyen , & cy - devant Sindic
de la Faculté de Theologie de
Paris , qui s'en eſt demis volontairement
à cauſe de fon
grand âge aprés avoir profeſſé
plus de ſoixanteansles Humanitez
, la Philoſophie,la Theologie
, & l'Ecriture Sainte , &
ſoûtenu ces divers emplois
avec une application merveilleuſe.
Celuy qu'on luy a donné
pour Succeſſeur , ſçait parfaitement
l'Hebreu , & a traduit
les Livres des Rois de cette
Langue.Il y a quinzeans qu'il
s'attache uniquement à étudier
les Saintes Ecritures . Son
zele & fa modeſtie l'ont fait.
114
MERCVRE
eſtimer de tous ceux qui le
connoiffent ,& l'on peut dire
que jamais élection n'a eſté
plus Canonique,tout le monde
eſtant convenu d'abord qu'il
meritoit cet employ , qui luy
donne d'autant plus de gloire
que les follicitations n'y ont eu
aucune part. L'élection eſtant
faite, il alla faluer Mrl'Archeveſque
de Paris, comme Provifeur
dela Maiſon de Sorbonne.
Je croy vous avoir appris
il y a déja un an , que Madame
la Princeſſe de Meckelbourg
avoit fondé un Monastere
de Filles du S. Sacrement
dans la Ville de Chaſtillon
fur Loin , pour tâcher
de reparer par l'adoration
perpetuelle de ce Sacrement
Auguſte , l'injure qu'il y a
receuë pendant plus d'un ficGALANT.
115
cle. La bonne odeur que ce
Monastere a déja répanduë
dans la Province , y a attiré
des Filles de beaucoup d'endroits
; mais cette Princeſſe
n'ayant pu ſe rencontrer à la
ceremonie de leurs veſtures ,
elles s'eſtoient faites avec
moins d'éclat . Une jeune Demoiſelle
eut l'honneur le 12 .
de ce mois , de recevoir l'habit
de ſes mains. Toute la
Nobleſſe du Pays y avoit eſté
invitée , & Madame la Marquiſe
de Briquemault , nouvelle
Convertie ,de la Maiſon
de la Force , y aſſiſta avec une
pieté tres édifiante . Mr le
Prieur de Briquemault , qui
fit l'exhortation , parla avec
une force & une éloquence
dont tout l'Auditoire fut
charmé. Il fit voir dans ſon
116 MERCURE
difcours que le Couvent eſtoir
un aſile àla vertu perfecutée,
ou par les veritables tentations,
ou par les fauſſesloüanges
du monde , & que c'eſtoit
dans cette penſée que Madame
la Princeſſe de Meckel .
bourg avoit fait baſtir un Monaſtere
dans la Ville de Châtillon
, afin de contribuer à la
fainteté des Peuples,& de faire
adorer le Sauveur du Monde,
dans le lieu meſme,où l'Herefie
avoit triomphe pendant
tant d'années . Ildit que ſiNoé
avoit eſté loüé par S. Paul d'avoir
baſti une Arche pour garantir
ſa Famille du Deluge ,
cette Princeſſe meritoit de
grandes loüanges , de n'avoir
rien épargné pour achever cette
Arche miſtique de la Vie
Religieuſe , où tant d'ames
GALANT.
117
viendroientjuſques àla findes
fieles , ſe ſauver du deluge des
crimes des hommes . Il ajoûta
queſa pieté n'en dementoitpas
là ; que non contente d'avoir
dreſſé un Temple à la miſericorde
d'un Dieu riche , elle
vouloit encore élever un Autel
à la miſere d'un Dieu pau
vre , ( il deſignoit par là un
Hoſpital qu'elle fait baſtir )
afin que ce Dieu , ſoit qu'il ſe
cachaſt ſous les voiles du Sacrement
pour faire grace , foit
qu'il ſe miſt ſous les haillons
des Pauvres pour la demander,
fuſt par tout également l'objetde
ſes liberalitez & de ſa
Religion . Lorsqu'il eut finy ,
on fit les ceremonies accoutumées
dans une pareille occafion
, & la jeune Demoiſelle
qui prenoit l'habit , don118
MERCURE
na toutes les marques que
l'on pouvoit ſouhaiter d'une
veritable vocation .
avec
l'ay preſentement à vous
parler d'un engagement d'une
autre nature. Une fort aimable
perſonne , néc
beaucoup d'eſprit , & quien
auroit eu encore davantage , ſi
on euſt voulu conſentirà luy
permettre quelque pratique
du monde , a éprouvé depuis
peu de temps que quelquefois
l'amour ſe ſert de voyes
détournées qui font que
l'on paſſe en un moment
de la plus grande infortune
à l'eſtat le plus heureux.
Sa Mere eſtant morte lors
qu'elle eſtoit dans ſon plus
bas âge , elle demeura ſous
la conduite d'un Pere , qui ſe
voyant défait d'un Femme ,
GALANT.
119
naturellement auſſi liberale
qu'il eſtoit avare , & dont les
dépenses luy avoient donné
de grands chagrins , renonça
pour toûjours au mariage
, & ne fongea plus qu'à
reparer par de vilaines épargnes
le defordre qu'il preten.
doit qu'elle euſt mis dans ſes
affaires. Il avoit beaucoup
d'argent comptant ,& n'eſtant
point ſcrupuleux fur la maniere
de le faire profiter , il
en tiroit de gros intereſts qui
luy firent bien toſt amaſſer
des ſommes confiderables .
Lors que fa Fille eut douze
ans , il ſe reſolut à luy donner
une eſpece de Gouvernante
pour avoir l'oeil fur
ſes actions , & l'accompagner
quand elle iroit à l'Eglife
ou chez une Tante qui de-
2
120 MERCVRE
meuroit dans le Voiſinage.
C'eſtoit la ſeule viſite qu'il
luy permettoit de faire . Cette
Tante qui l'aimoit avec tendrefle
, & qui voyoit que fon
Pere eſtoit en eſtat de la
marier unjour avec de grands
avantages , voulut l'obliger
à luy choiſir quelques Maî
tres , tant pour la Danfe &
le Chant , que pour d'autres
choſes qui ſemblent donner
du merite aux Filles , mais il
trouva à propos de n'en rien
faire , & crut que c'eſtoitavoir
remply tous les devoirs
d'un bon Pere , que d'avoir
mis auprés d'elle une Fille
ſage , qui luy tenant toûjours
compagnie , devoit l'empefcher
de s'ennuyer. Heureuſement
cette Gouvernante avoit
des lumieres au deſſus
de
GALANT.
125
de celles qui ſe rencontrent
ordinairement dans ces ſortes
de perſonnes , & ayant trouvé
dans la jeune Demoiselle
dont on luy confioit l'éducation
, des diſpoſitions tresfavorables
, elle s'appliqua à
regler ſes ſentimens , & n'eut
-pas de peine à y réüffir. En
pas
Kluy peignant les defauts qu'elle
devoit éviter : elle luy fit
prendre une égalité d'humeur
,& une droiture d'ame
qui la rendoient toute aimable.
Cependant , comme elle
avoit les traits aſſez reguliers
& le teint fort vif , ce fut à
feize ans une tres - belle perfonne.
Tous ceux qui la rencontroient
lors qu'elle alloit
à l'Egliſe ou chez fa Tante
prenoient plaifir à la regarder
, & fielle eſtoir touchante
Octobre 1689 F
,
122 MERCURE
,
par les agrémens de ſa perfonne
elle plaiſoit encore
davantage par ſa modeſtie .
Pluſieurs perſonnes , pour qui
de ſi beaux dehors eſtoient
un grand charme , tâcherent
de trouver accés chez elle ,
dans le deſſein de connoiſtre
ſi ſon coeur & fon efprit répondoient
à ſa beauté ; mais
ils furent obligez de s'en rapporter
au bien qu'en diſoient
les Domeſtiques. Il luy eſtoit
défendu de voir perſonne , &
elle avoitd'elle meſmede trop
grands ſcrupules de vertu pour
confentir à des viſites ſecretes .
Ainſi les plus amoureux prirent
le party de ſe déclarer au
Pere. Il avoit des yeux qui l'afſeuroient
de ce que valoit ſa
Fille , & d'ailleurs les loüanges_
que luy donnoient ceux de ſes
"
GALANT .
123
Voiſins chez qui il ſe trouvoit
quelquefois , l'avoient rendu
ſi fier là deſſus , qu'il la regardoit
comme un treſor dont il
devoit retirer de grands avantages.
Il écoutoit tous les Pretendans
, & quand on luy demandoit
quelle avance il avoit
deſſein de faire à ſa Fille , il
répondoit , que non ſeulement
on n'en devoit point attendre
d'autre que celle de ſa beauté,
mais qu'il pretendoit ne la marier
qu'à des conditions tresavantageuſes
. L'amour le plus
échaufé ſe trouvoit fort refroidy
par cette reponſe ; & comme
elle rebuttoit tous les Amans
qui ſe preſentoient, ceux
de la Famille qui voyoient
avec chagrin qu'il refuſoit de
tres bons partis , tâcherent de
l'obliger à parler une autre
F 2
128. MERCVRE
langue ; mais leurs remontrances
ne gagnerent rien ſur ſon
avarice . Il leur diſoit qu'il n'y
avoit queles laides à qui il falloit
donner de l'argent pour
s'en défaire; qu'il n'eſtoit point
encore ennuyé de garder ſa
Fille , qu'elle luy faifoit plaifir
à voir ; que quand elle
avanceroit en âge il prendroit
ſoin de luy trouver un Mary ,
& que cependant il eſtoit juſte
qu'on le laiſſaſt joüir de fon
bien , puis qu'il avoit eu tant
de peine à l'amaſſer . La Belle
qui s'acoutumoit inſenſible.
ment à la retraite , & qui ne
voyant perſonne , n'avoit encore
fait nul uſage de ſon coeur
menoit une vie tranquille qui
n'eſtoit troublée de rien . Elle
aimoit l'ouvrage & la lecture,
& s'y occupant agreablement,
GALAN Τ. 129
elle paſſa encore trois ou quatre
années ſans avoir fongé
_ qu'elle deuſt jamais changer
d'eſtat. Elle ne penſa à l'importance
du choix qu'elle avoit
à faire , que lors qu'il luy dit
un jour qu'il eſtoit tout fait,&
que tadis qu'elle ſe repoſoit fur
ſes ſoins d'un établiſſement qui
luy faſt propre , il avoit veillé
enbon Pere à luy chercher un
party avantageux . C'eſtoit un
homme d'une qualité confiderable
qui ayant beaucoup de
bien , luy devoit donner un
grand équipage,& qu'une grăde
reputation de probité & de
ſageſſe faiſoit eſtimer & confiderer
de tout le monde. Il
l'avoit ſouvent examinéedans
l'Eglife , & fa modeſtie l'avoit
charmé . La Belle répondit en
Fille d'eſprit , qu'elle ne pou-
F3
126 MERCURE
voit douter qu'en choiſiſſant
par ſes yeux , elle ne deuſt
eſtre heureuſe , mais qu'elle ne
s'affuroit pas aſſez ſur la bonne
opinion que l'on avoit conceuë
d'elle , pour ne trouver
pas fort important que l'on
jugeaſt par quelque entreveuë
fi elle eſtoit veritablement ce
qu'on la croyoit : que le merite
regardé de loin brilloit fans
peine fur des dehors un peu
apparens , mais que regardé
de prés , il n'eſtoit ſouvent rien
moins que ce qu'il avoit paru,
que chacun avoit fon gouft;
que ce n'eſtoit pas affez que
les yeux fuſſent contens ; qu'il
falloit auſſi que l'eſprit le fuſt,
ce qui demandoit qu'on ne
précipitaſt rien dans une affaire
qui engageoit pour toute la
vie. Une réponſe ſi ſage ne plut
GALAN T.
127
pas au Pere , qui dit brufquement&
d'un ton d'empire , que
toutes les informations eſtoient
faites ; que celuy qui la
vouloit épouſer eſtoit content
d'elle ,que comme il la devoit
mettre dans unegrande fortune
, il ne falloit pas lay laiffer
le temps de ſe repentir , que
pluſieurs raiſons l'avoient obligé
de le prier que le mariage
ſe fiſt au plûtoſt & fecretementi
qu'il en avoit donné
ſa parole ,& qu'il pretendoit ſe
faire obeir. Ce fecret ,& cette
précipitation à conclure firent
comprendre à la Belle que
le Mary qu'on luy propoſoit
n'avoit pas une entiere liberté
de diſpoſer de luy-meſme.
Elle en témoigna de l'inquietude
, mais fort inutilement
On refuſa mesme de luy ap132
MERCURE
fort
د
prendre ſon nom. Son Pere
devoit dreſſfer des Articles entierement
à ſon avantage
qu'elle figneroit aveuglement
, aprés quoy elle choifiroit
un jour pour ſe trouver
de grand matin à l'Eglife.
Tout ce miſtere l'effraya fi
qu'elle proteſta que
dans quelque rang que la puſt
mettre celuy qu'on vouloit
qu'elle épouſaſt , nulle autorité
ne l'y feroit conſentir
qu'elle ne luy euſt au moins
parlé une fois . Elle ſe montra
fi ferme dans cette reſolution
, qu'il fut obligé de
luy promettre de la ſatisfaire ,
& par confequent de luy
avoüer que c'eſtoit un hom
me un peu avancé en âge.
Il ne luy fallut rien dire de
plus pour luy faire entendre
GALANT .
133
qu'il eſtoit du moins ſexas
genaire. Elle en verſa force
larmes avec la Demoiſelle
qui avoit eu ſoin de l'élever,
& qui connoiſſant le Pere
d'une humeur fort abſoluë ,
ne ſceut que luy conſeiller
fur le party qu'elle devoit
prendre. Il fut ſeulement refolu
entre elles , que quand le
bon homme luy viendroit
rendre viſite on le feroit
ſuivre en s'en retournant afin
de ſçavoir qui il eſtoit , & de
voir enſuite ce qu'on auroir
à refoudre. La Tante ayant
ſceu la choſe fit ce qu'elle
put pour rompre le coup ,
mais le Pere avare qui trouvoit
ſon compte à vendre ſa
Fille , demeura inexorable ;
& aprés luy avoir dit d'un
ton menaçant qu'elle priſt
,
Es
130 MERCURE
bien garde à ne pas détruire
par un accueil incivil
ce qu'il avoit fait pour fa
fortune , il luy amena un foir
l'honneſte Vieillard à qui elle
avoit eu le malheurde plaire .
C'eſtoit un homme qui alloit
beaucoap au delà de foixante
ans , mais à qui diverſes conqueſtes
qu'il avoit faites pendant
fon jeune âge , laiſſfoient
conferver encore je ne ſçay
quoy de galant qui le rendoit
ſupportable. Il eſtoit aiſe de
voir à ſes manieres qu'ileſtoit
de qualité. Il parloit bien , &
l'amour ajoûtant un nouveau
feu à la vivacité qui luy eſtoit
naturelle , il dit à la Bélle mille
jolies choſes fur ce que l'amour
luy faifoit faire. Il s'etendit
fort fur fon merite , &
luy donna des louanges qui
GALANT. 131
auroient pû la flater dans une
autre bouche. Elle y répondit
modeſtement , &lors qu'il
l'eut priée de ne point trouver
mauvais quil preſſaſt les
choſes , l'impatience eſtant
pardonnable quand il s'agiſſoit
d'un bien auſſi precieux que
celuy qu'il pourſuivoit , elle
luy dit ſans luy rémoigneraucun
dégouft , qu'il ne devoit
point eſtre ſurpris ſi ayant toujours
mené une vie fort retirée
, où elle n'avoit jamais eſté
occupée que de fon ouvrage ,
elle ne pouvoit ſe reſoudre
tout d'un coup à changer d'eſtat
; qu'elle avoit beſoin d'un
mois pour ſe reconnoiſtre , &
+
que s'il vouloit qu'elle fuſt
perfuadée des ſentimens favorables
dont il l'aſſuroit , il
luy donneroir ce temps pour
E6
136 MER CVRE
ſe diſpoſer à ceux qu'elle dea
voit prendre. Il eſſaya d'accourcir
le terme, & eſtant enfin
contraint de ceder , il lad
conjura d'agréer quelques
Pierreries qu'il luy avoit apportées
pour gages de ſon
amour. Le Pere qui la vouloit
engager ,& qui jugeantd'elle
par rapport à luy , croyoit
qu'elle duſt eſtre ébloüie de ce
preſent,luy dit qu'elle pouvoit
l'accepter , le mariage eſtant
dé a concla de parole ; mais le-
Vieillard eut beau la preffer ;
elle reſiſta toûjours en diſant
que ce ſeroit bien mal debuter
, que de faire voir qu'elle
cuſt l'ame intereffée ,& qu'a
yant deffein de meriter fon
eſtime, elle vouloîtluydonner
ſujet de la croire digne de fon
choix. Tout cela fut dit , &
GALANT..
137
avec eſprit , & d'une maniere
honneſte , & le bon homme
aprés avoir laiſſé pluſieurs fois
fes Pierreries ſur la table , fut
obligé de les remporter.Il ſortit
fort amoureux , & en aſſurant
la Belle que c'eſtoit luy faire
un grand ſacrifice que de conſentir
au retardement qu'elle
demandoit . La Demoiselle qui
s'étoit chargée du ſoin de le
faire ſuivre , avoit donné de
bons ordres. Ils furent executez
fans qu'il puſt le remarquer
,& on feeut par là tout ce
qu'on avoit envie de ſçavoir..
Il eſtoit riche & de qualité , &
la cauſe du ſecret qu'il vouloit
garder dans ſon mariage ,
venoit de l'obſtacle qu'il craignoitde
la part d'un Fils uni-.
que , qui joüiſſant du bien de
fa Mere qui estoit confidera134
MERCVRE
ble , faifoit dans le monde une
affez belle figure. Il ne doutoit
point que ce Fils eſtant aimé ,
n'employaſt des perſonnes
d'un grand poids pour le détourner
de fon deſſein, & il ne
pouvoit éviter l'éclat que feroient
ſes brigues qu'en ſe mariant
fans qu'on le ſceuſt. La
Belle alla porter ces nouvelles
à ſa Tante , & prit ſon avis fur
ce qu'elle avoit à faire. Le
Vieillard , comme Vieillard
, n'avoit rien de dégouſtant
, mais la diſproportion
de l'âge eſtoit une choſe
fur laquelle il luy eſtoit impoſſible
de ſe vaincre , & on
Iuy parloit d'un ton fi imperieux
qu'elle ne ſçavoit comment
ſe défendre d'obeïr.
Aprés un long examen , elles
ne purent trouver de moyen
GALANT. 135
plus feur pour rompre l'affaire
, que d'en avertir le Fils ..
Elle estoit entierement contraire
à ſes intereſts , & il n'y
a point de motif plus fort
pour mettre un homme qui
adu credit dans tout le mouvement
neceſſaire. La Tante
l'envoya prier de luy rendre
une viſite . Il alla chez elle
désle lendemain , & fut fort
furpris d'aprendre l'engagement
ſecret de ſon Pere . Il
demanda qu'on fiſt traiſner
la choſe en longueur , afim
d'avoir plus de temps à ménager
fon eſprit. I't le vouloit
gagner par adreſſe ,le reſpect
qu'il avoit pour luy ne permettant
pas qu'il fiſt un éclat
qui pouvoit le rendre ridicule
dans lemonde. La Belle arriva
lors qu'ils agitoient cette.
140
MERCURE
matiere , & fes traits vifs &
piquans fraperent fi fort le
Cavalier , qu'aprés l'avoir regardée
quelques momens , il
fut forcé de luy dire , qu'il
ne pouvoit plus condamner
fon Pere. Elle receut la galanterie
d'un air modeſte , &
y répondit avee eſprit. Elle
entra enfuite dans le détail.
de l'affaire qui les regardoit
également , & dit qu'elle reffentoit
comme elle devoit
l'honneur qu'on luy vouloit
faire , & que ſi elle montroit
de la repugnance à l'accepter,
ce n'eſtoit pas dans la veuë
de ſe conſerver pour quelque
Amant , à qui elle euſt engagé
ſon coeur ; qu'elle avoit
toûjours veſcu dans une retraite
qui éloignoit d'elle
l'ombre meſme du ſoupçon ,
ود
GALANT. 141
mais que regardant le mariage
comme l'affaire la plus
importante de la vie , elle ne
s'y reſoudroit jamais que pour
remplir ſon devoir , & rendre
heureux par ſes complaifances
celuy qu'elle épouſeroit ,
qu'il n'eſtoit pas étonnant
fi une jeune perſonne avoit
de d'éloignement pour un
homme qui avoit prés de
cinquante ans plus qu'elle ,
qu'ordinairement l'inégalité
de l'âge ne ſouffroit point de
rapport d'humeur , ſans quoy
il n'y avoit point d'union à
eſperer , & qu'elle ſeroit d'ailleurs
au deſeſpoir d'entrer
dans une Famille pour y mettre
le defordre ; que le nomde
Belle-mere eſtoit toûjours un
nom odieux ; qu'elle avoit un
Pere avare, qui apparemment
138 MERCVRE
ne la promettoit à un vieil
homme que fur des conditions
avantageuſes pour elle , &
qu'ainfi leurs intereſts eſtoient
fi meſlez , qu'il ne devoit rien
omettre pour l'empeſcher de
luy faire tort. Le Cavalier ne
trouva pas moins d'eſprit que
de ſageſſe dans tout fon raifonnement
, & en l'aſſeurant
qu'il travailleroit de tout fon
pouvoir à fon repos il luy promit
d'oublier qu'il eſtoit intereffé
àla choſe , pour n'avoir
en venë que le ſeul plaifir de
l'obliger. Il prit jour pour la
revoir,& trois ou quatre converſations
, qu'il poufſa toûjours
fort loin , luy ayant fait
découvrir tout ſon merite , il
en fut affez touché pour ne
pouvoir s'empeſcher d'en donner
des marques. La TanGALANT.
139
د
te s'en appercent , & conſeilla
à fa Niece de profiter
du pouvoir qu'elle commençoit
à prendre fur luy. La
Belle luy repondit qu'elle ſeroit
tres - fâchée de luy donner
de l'amour , puis qu'il
ne pourroit ſervir qu'à le
rendre malheureux par l'obſtacle
de deux Peres dont
l'un ne cederoit pas ce qu'il
demandoit pour luy , tandis
que l'autre poffedé par l'avarice
s'attacheroit à des pro-
- poſitions déraifonnables . Cependant
il ſe paſſa quinze
jours ſans que le Cavalier
euſt rien avancé. Il ſe contentoit
de dire qu'il préparoit
un obſtacle qui renverſeroit
tous les deffeins
que l'on avoit faits , & plus il
voyoit la Belle , plus il en étoit
144 MERCURE
charmé. Le temps avançoit.
Le bon homme auſſi preſſant
qu'amoureux , luy rendoit
ſouvent des viſites dérobécs
& elle craignoit que ſa paffion
prenant tous les jours de
nouvelles forces , ne l'aveuglaſt
à la fin afſfez pour l'empeſcher
d'entendre raiſon.
Elle entretint le Cavalier de
fa crainte , & il l'aſſura de
l'en tirer , pourveu qu'elle luy
permiſt de pretendre pour
lay - meſme ce qu'il vouloit
oſter à fon Pere. La Belle
rougit , & cette rougeur accompagnée
d'un aimable trouble
, luy ayant aſſez marqué
qu'il ne luy déplaiſoit pas , il
la conjura de luy découvrir
fes fentimens . Elle luy dit d'une
maniere agreable , quoy
qu'embaraffée, que quand elle
GALAN T.
145
voudroit croirequ'il luy trouvaſt
aſſez de merite pour luy
donner ſon attachement , elle
luy conſeillerait de ne ſe pas
embarquer dans une entrepriſe
dont il ne pouvoit eſperer
aucun ſuccés ; qu'un Pere
eſtoit un Rival plus dangereux
que tout autre , & qu'elle voyoit
le ſien d'autant plus à
craindre , qu'il faifoit paroiſtre
un amour tres - violent. Ce qu'-
elle dit ne putétonner leCava
lier. La voye qu'il avoit imaginée
luy paroiſſfoit feure , &
il la pria de trouver bon qu'il
l'expliquaſt à ſa Tante dans
un entretien particulier. La
Tante trouva l'expedient admirable
& donna parole
pour ſa Niece , qui n'eut pas
de peine à y conſentir , que
quand on luy permettroit de
و
142 MERCVRE
,
l'épouſer , elle y feroit toute
diſpoſée , Il la quitta tranfporté
de joye , & obſerva le
moment qui luy pouvoit eſtre
favorable. Il luy fut aiſé de le
trouver. Son Pere qui cherchoit
à le gagner , avoit pour
luy deshonneſtetez extraordinaires
, & il ne luy eut pas plûtoſt
dit qu'eſtant devenu
éperdûment amoureux d'une
fort jolie perſonne , il alloit
eſtre le plus malheureux de
tous les hommes s'il deſaprouvoit
ſa paſſion , qu'il ſe montra
preſt de faire tout ce qui pouvoit
dépendre de luy . Il ajouſta
que loin de la condamner,
quand la Demoiſelle n'auroit
aucun bien , il connoiſſoit
trop combien l'amour estoit
violent pours'oppoſer à ce qui
pouvoit le rendre heureux, &
GALANT .
143
qu'à l'âge qu'il avoit il ne voudroit
pas encore répondre
d'avoir le coeur inſenſible . Le
Cavalier qui eſtoit adroit , le
conjura de ne ſe faire aucune
contrainte pour ſes intereſts ,
l'aſſeurant que s'il avoit quelque
veuë pour un ſecond mariage
, il recevroit une Bellemere
fans aucun chagrin . Rien
ne pouvoit mieux flater le Pere,
qui aprés luy avoir marqué
toute forte de tendreſſe , luy
demanda ce qu'il ſouhaitoit
qu'il fiſt pour affeurer le ſuccés
de fon amour.Il répondit qu'il
avoit beſoin fur tout qu'il vouluſt
bien luy pardonner (une
faute que l'emportement de ſa
paſſion luy avoit fait faire;que
la Demoiselle dont il eſtoit fi
charmé dépendant d'un Pere ,
qui pour ne luy faire aucune
148 MERCVRE
avance , quoy qu'il fuſt fort
riche , avoit refuſé obſtinément
de la marier , il s'eſtoit
laiffé conduire à une Parente
qui avoit trouvé moyen de
laluy faire épouſer ſans bruit ,
qu'il y avoit quatre mois que
le mariage eſtoit consommé ;
qu'il n'avoit oſé luy en rien
dire à cauſe qu'il n'en pouvoit
eſperer de bien du vivant
du Pere ; qu'il ne ſçavoit
pas comment il avoit eſté
gagné par un Gentilhomme
de Campagne , dont ſa Maiſtreſſe
( car il feignoit de n'ofer
encore l'appelle ſa Femme
) ne luy avoit pu apprendre
le nom , mais que ce Pere
vouloit qu'elle l'épouſaſt , ce
qui la mettoit dans un embarras
terrible , qui finiroit
s'il vouloit bien l'aller demander
GALANT.
245
,
il
mander pour luy , qu'il ne
feroit pas beſoin de luy parler
du mariage ſecret &
que pourveu qu'il le laiſſaſt
maiſtre des conditions
ne doutoit point qu'il ne
conſentiſt à le preferer au
Gentilhomme , qui eſtant fort
vieux , n'auroit pas de peine
à s'en conſoler ; qu'en tont
cas , s'il vouloit abſolument
luy tenir parole , on declareroit
le mariage , ce qui l'obligeroit
de ſe rendre , pour
n'expoſer pas fa Fille à des
contes qu'il eſt toujours avantageux
d'éviter . Le bon homme
étonné de l'avanture , y
vit tant de choſes qui convenoient
à la fienne , qu'il
apprehenda que la Femme de
fon, Fils ne fuſt la belle per-
Octobre1689 Mion
1
146 MERCURE
fonne qu'il n'avoit pu s'em.
pêcher d'aimer. Il n'ofa luy
en demander le nom , pour
n'apprendre pas fi toſt ce qu'il
craignoit de ſçavoir , & il ſe
contenta deluy faire differentesqueſtions
ſur les circonſtances
de fon mariage. Le Cavalier,
aprés avoit répondu atoutés
, le pria de vouloirbien ve
nir avec luy chez une Tante
qui avoit conduit toute l'affai
re. Hy alla , & il apprit d'elle
tout ce que ſon Filsluy avoit
déja conté, ſans que le nom de
la Belle cufſt échapé encore à
aucun . Le Cavalier le lailla a
vec laTante , afin qu'ils priffentenſemble
les mesures
neceffaires pour détourner le
coup qu'ils apprehendoient.
Le bon homme qui ne la connoiſſoit
point, fut obligé deluy
GALANT.
147
demander qui eſtoit celuydont
ſon Fils avoit épouſé la Fille.
Imaginez vous avec combien
de douleur il entendit prononcer
un Nom qui luy apprenoit
qu'aucune eſperance
ne luy pouvoit plus eſtre
permiſe. La Dame qui l'ob.
ſervoit le vit changer de
viſage. Il demeura tout ref
veur,& la laiſſa parler quelque
temps ſans luy répondre.
Ce filenceluy donna lieu d'ajoûter
que s'il balançoit à
pardonner à ſon Fils ce que
l'amour luy avoit fait faire ,
elle luy feroit connoiſtre ſa
Niece , ne doutant point que
ſa beauté , ſa douceur , & les
autres bonnes qualitez qu'il
découvriroit en elle , ne luy
fiſſent ſouhaiter de l'avoir
G2
48 MERCVRE
pour Belle- fille , & que fi elle
n'avoit pas de bien preſent ,
elle eſtoit l'unique Heritiere
d'un homme fort riche , qui
en amaſſoit encore tous les
jours . Il répondit qu'il la
connoiſſoit ſans avoir ſeen
qu'elle fuſt ſa Niece , & que
peut - eſtre dés ce meſme jour,
clie apprendroit quelque
choſe dont elle feroit furs
priſe. Il retourna chez luy
lors qu'il l'eut quintée , &
paffa deux heures dans ſon
Cabinet. Apparemment il les
employa à voir ce qu'un
homme ſage avoits à reſoudre .
Le mariage fecret de ſon Fils
qui lay venoit d'eſtre confirmé
, rendoit inutiles les pretentions
qu'il avoit euës , & il
ne pouvoit s'y oppoſer aprés
les démarches qu'il avoit fai .
GALANT.
149
tes , fans faire connoiſtre ſa
foibleſſe à tout le monde. Il
euſt eſté accuſé,ou de jalousie,
ou d'un ſentiment ridicule
de vangeance s'il euſt éclaté,
& c'euſt eſté appreſter à rire à
ceux qui prennent avidement
l'occaſion de faire un bon con.
te. Ainſi le ſeul party qu'il vit
propre à le ftiter d'embaras
ce fut de trouver un pretexte
honneſte pour ſe degager au
prés de la Belle , & voicy enfin
comment il s'y prit . Il l'alla
trouver ,& luy dit en preſencede
fon Pere , qu'il avoit
toujours pour elle la meſme
tendreffe & la mesme eſtime
, mais qu'il n'avoit feint
de la vouloir épouſer , que
pour s'affleurer ſi elle avoit un
efprit flexible ; qu'il avoit eſté
ravy de voir , que touteſa re-
G3
150
MERCURE
fiſtance ſe fuſt bornée à demander
un mois de délay
quoy qu'elle ne duſt pas eftre
contente d'avoir à paſſer ſa
vie avec un vieil homme ;
que comme il eſtoit d'un âge
qui le garantiſſoit de l'amour ,
il n'avoit jeté les yeux fur
elle que dans le deſſein de la
donner à ſon Fils aux meſmes
conditions qu'il avoit déja
offertes; que ce Fils eſtant en
poffeffion du bien de fa Mere
avoit dequoy foûtenir toute
la dépenſe à quoy ſa qualité,
l'engageoit ; que l'eſtime où
il eſtoit dans le monde l'avoit
fait affez connoiſtre , & qu'il
n'y avoit guere d'emplois
auſquels il ne puſt pretendre.
Le Pere n'eut pointà ſeplaindre
de ce changement. Au
contraire il le trouva ſi avanGALANT.
tageux , que faiſant effort fur
luy , il fit à ſa Fille une avance
raisonnable . Vous jugez
bien qu'elle eut grande
joye d'une déclaration ſi peu
attenduë . Le Cavalier prit la
place du bon -homme , & feignant
de croire que le hazard
avoit fait qu'il luy euſt choiſy,
pour Femme la meſme per-.
fonne dont il s'eſtoit dit
l'époux, il luy en fit des remercimens
proportionnez à
fon amour. On fit les prepara
tifs du mariage , qui fut cele
bré quelques jours aprés , ſans
qu'on parlaſt de celuy qu'on
pretendoit a voir eſté fait ſe-s
cretement quatre mois auparavante
Tons DeoAb
Jamais on m'avoit tantore
cherché que l'on a fait en
ce fiecle , tout ce qui peut
G4
152
MER CVRE
contribuer à la gueriſon des
diverſes maladies qui arrivent
aux hommes. Cela eft caufe
que je vous ay entretenue de
beaucoup de gens qui ont
trouvé de fes remedes extraordinaires
,maisje ne vous
en ay rien dit que je n'aye
cu de foru grandes certitudes
des choſes dont je vous ay
fait paro ,& bien fouvent les
certificats enbonne forme des
Maladesogueris , onteſté les
moindres preuves. Ainfi vous
me pouvez croirefurice que
jay à vous dire aujourd'huy
deMrAudiberb, Curé d'Ivry
en Brie. Il diftribuë un Sudorifique
qui a eſté éprouvé le
mois d'Aouſt dernier à Ver
failles ſuivant les experiences
que le Roy en la fait fait
Ce Curé affcure qu'il guerie
GALANT. 153
د
Ta
infailliblement la goute fans
retour , la Paraliſie , les Rumatiſmes
, la retention d'urine
, la petite Verole fanst
laiffer aucune marque
Colique nefretique ,& autres,
les Opilations de rate , la Diffenterie&
toutes autres pertes:
de fang , la Migraine , les
pafles couleurs , les vapeurs ,
& toutes les inflamations:
des yeux. Toutes ces fortes
de maux font gueris par
tranfpirations en purifiant le
fang. Il a un certificat de Mr
Maurin , Docteur Regent
de la Faculté de Medecine
de Paris , & Medecin đã
Roy à Versailles , qui atteſte
que le Sudorifique dont
je vous parle , eſt tres bon ,
l'ayant reconnu en pluſieurs
Grines aufquels il l'a donné
154
MERCVRE
tres - utilement. Mr Maurin
eſtant Medecin de l'Hôpital
de Versailles ,a. pu faire en
peu de temps diverſes experiences.
C'eſt une choſe incroyable
que la quantité de
certificats , qui ont eſté donnez
àMr Audibert , touchant
les cures heureuſes qu'il a
faites . L'avois reſolu d'enraportericy
quelques unes;mais
outre que le nombre en eſt:
trop grand , j'ay cru qu'il
ſuffiroit de vous dire que l.e..
Roy luy a donné une ſomme
confiderable , &qu'il y a dans.
fonOrdonnance ,pourgratification
, en confideration des bons remedes
qu'il a donnez au public ..
particulierement aux Pauvres..
Cette Ordonnance prouve
davantage que les Certificats
les plus autentiques. MrAuGALANT
ISS
dibert demeure à Paris , ruë
de Guenegaut à l'Hostel de
Perou. Il donne par charité
fon remedeaux Pauvres .
Je vous parlay il y a quel
que tempside l'Armorial Hiſtorique
, blafonné & ornéde
Supports & de Cimiers , fait
par Mr de la Pointe , Ingenieur
&Geographe du Roy..
Onry voit toutes les creations
des Chevaliers de l'Or .
dre du S. Eſprit faits par le
Roy , & les Gouvernemens
Charges, & Dignitez dont ils
font pourveus. Il n'y a rien
de plus curieux & de mieux
gravé que ce Livre , qui eft
preſentement en vente. Il
contient cent quatre - vingt
Armoiries in quarto , & fe
debite fur le Quay de l'Hor
loge , aux trois Etoiles.wit
G6
156 MERCURE
90
Laverdua degrands charmes
, & les moins capables
d'eſtre touchez ſont le ipluſouvent
forcez de s'y rendre
Un Juif de Florence ayant
abordé il y a quelques mois
à Cannes , apprit d'abord qu'il
y avoit àGraffe un Eveſque
d'une pieté fort exemplaire ,
quidiſtribuoit toutfon reves
nu aux Pauvres; qu'il en eſtoit
le Pere par ſes charitez com
me par fa Charge , & que s'appliquant
uniquement à la
conduitede ſon Dioteſe,iln'avoit
en veuë que fes devoirs
pour les bien remplir. Cela
donna, quelque curiofité au
Juif fans qu'il euſtancung
penséede ſe faire Chreftien .
Il vint à Graffe , & fouhaita
d'eſtre preſenté à celuy de qui
il avoit entendundire de fi
GALANT.
157
grandes choſes . Il en futrecea
avec tant de bonté qu'un
mouvement ſecret qui le penetra
, luy fit demanter à
eſtre inſtruit dans la Religion
des Chreftiens . Ce Prelat ne
laiſſa pas perdre l'heureuſe
difpofition our il le vit tout
d'un coup . Il le fortifia dans
ces ſentimens , en forte que
cer Infidelle qui n'avoit eſté
à Graffe que par curioſité ,
changea de motif , & deman
da le Baptefme. Mede Graffe
huy dit que cela ne pouvoit
fe faire fi promptement , qu'il
falloit du temps pour l'inftruire
à fond du Chriſtianif
me ;&que s'il eſtoit reſolude
Pembraſſer , il n'épargneroit
ny ſes ſoins ny fon bien pour
luy procurer cet avantage. Il
voulut tout ce que ce faint.
158 MERCURE
Prelat luy conſeilla ,& fe rendit
tous les jours chez luy
pour profiter des inſtructions
qu'il luy donnoit. Cependant
comme ce Cathecumeneavoit
dit qu'il eſtoit de Florence ,
que ſes Parens avoient beaucoup
de bien en ce païs - là ,
& qu'il en feroit privé s'il
abandonnoitſa Religion ,Mr
l'Eveſque de Graffe luy ofta
bien- toſt cette crainte. Il écri ,
vit à l'Envoyé de Sa Majesté
en cette Cour pour furmons
ter cet obſtacle ,& l'appre
henſion qu'il avoit luy mefd'adminiſter
le Bap
teſme à un inconnu , fur
diſſipée par la réponſe de cer
Envoyé. Il ne laiſſa pas , pour
éprouver encore plus forte.
ment cet eſprit , & mieux
reconnoiſtre ſa vocation ,de
me
GALANT.
159
l'envoyer pendant quelque
temps à une lieuë de Graffe,
auprés d'un bon Hermite. Il
y demeura deux mois , &
cette retraite ne ſervit qu'à
luy faire ſouhairer plus fortement
d'eſtre Chreſtien . Le
jour fut pris pour le baptifer..
Les Confuls de la Ville demanderent
à eſtre Parrains du
Neophite. Mr de Saint Mare,
Gouverneur des Iſles de Sainte
Marguerite , demandoit la
mefme choſe , & Mr de Graffe
qui évite toujours , & particulierement
dans les fonctions
de fon miniſtere , l'éclat
& la pompe du ficcle ,
jugea à propos de preferer les
Confuls , à condition qu'il n'y
auroit point d'excés dans la
dépenſe qu'ils ſe préparoient
à faire. Toutes choſes ayant
166 MERCURE
eſté ainſi diſpoſées , ce Prelat
ſe diſpoſa à faire la ceremonie
du Baptefme plus de
quinze jours auparavant , par
des jeûnes & par des prieres
extraordinaires . Le jour choiff
eſtant arrivé , le Chapitre &
le Clergé allerent le prendre
pour le conduire à l'Eglife ,
où plus de dix mille perſonnes
s'eſtoient aſſemblées dés
le grand matin. La ceremonie
ſe fit à la porte , où Mr
l'Evefque ,après avoir parlé
auCathecumene , parla auffi à
fon peuple avec une force qui
faifoit fondre tout le monde
colarmes . On ne peut dire jufqu'à
quel point le tendre. refpect
que lesHabitansdeGraſſe
&de tout le Dioceſe ont pour
ce Prelat , a encore augmenté
parcette action ,ny combien
GALANT. 162
ils furent touchez de le voir
luy meſme enflamé d'un faint
zelés prefchant & baptifant
ce nouveau Chreſtien.. 3
Madame la Dauphine , qui
depuis long- temps ſe trou
voit incommodée ſans rece
voir de foulagement des Remedes
ordinaires , en avoit
pris d'un Particulier , qu'on
luy avoit proposé devoir la
guerir ,mais aprés les avoir
éprouvez pendant trois mois
fans aucun effet , au contraire
s'en trouvant plus mal ,mef.
me juſqu'à un crachement
de ſang , elle a jugé à propos
de le congedier avec un preſent
de cinq cens Louis d'or ,
&de ſe remettre entre les
mains de ſes Medecins , qui
en peude jours ont commencé
à la bien rétablir , &
162 MERCVRE
la mettre dans un eſtat d'en
bien efperer. Cette genero.
fité & cette maniere de recompenſer
ſont ſans exemple.
Que ne conçoit on pas d'un
coeur fi noble & figrand , &
quels voeux ne doit on pas
fairepourune ſanté ſi precienfe
, pour un merite fi rare ,
& pour tant de vertus qui ne
font point nouvelles à tout
le monde ,qui les a veuës
dans toutes les occafions
qu'elle a euës de les mon.
trer l'en ay parlé dans la
pluſpart de mes Lettres , &
avec cettemaniere je ne man
queray jamais de les bien
remplir.
: Vous ſçavez Madanie ,
qu'il y a quatre Secretaires
d'Estat , dont l'un eſt pour les
Affaires: Etrangeres , l'autre
GALANT.
163
pour celles de la Guerre ,&les
deux autres pour la Maiſon
du Roy , & pour les Affaires
du Clergé. La Commiſſion
de la Marine s'eſtant trouvée
depuis quelque temps attachée
au Secretariat d'Eſtat
dans la Maifon du Roy , feu
Mr Colbert commença à la
mettre au point où elle eſt
preſentement , car elle n'a
commencé àfleurir en France
que depuis le mariage de Sa
Majesté , c'eſt à dire depuis
que ce Prince a commencé à
gouverner ſeul. M. de Sei-:
gnelay ayant ſuccedé aux
Emplois de M. Colbert fon
Pere, ſuivit ſes traces , & s'appliqua
avec un ſoin extraordinaire
à tout ce qui regarde
laMarine ,de forte qu'elle eſt
aujourd'huy ſi floriſſante , que
164 MERCURE
quand meſme le Roy auroit
l'Eſté prochain toutes les forces
maritimes de l'Europe
contre lay , les fiennes fufiroient
pour leur reſiſter. Mr
de Seignelay a non ſeulement
ordonné fous les ordres du
Roy , mais il s'eſt ſouvent
tranſporté fur les lieux pour
y voir l'eſtat des choſes . Il a
meſme fait plus , il a agy ,
s'eſtant trouve à l'affaire de
Gennes ,& il auroit eſté cette
année témoin d'un grand
Combat ,fi les vents ne fufſent
pas devenus contraires
on fi les Anglois euffent voulu
accepter ledeffy. Tous les
ſervices de M. de Seignelay
en ce qui regarde la Marine ,
& ce qui concerne ſes autres
Emplois. luy ont fait meri.
use d'eftre nommé Miniſtre
x
GALANT .
165
d'Estat par Sa Majesté , ce
qui eſt d'autant plus confiderable
, qu'il n'y en avoit que
trois , & qu'il fait ſeulement le
quatrième. C'eſt dans les
Conſeils qu'ils ne tiennent
qu'avecle Roy qu'on prend les
refolutions,les plus cachées.
tant fur les Affaires Etrans
geres , que fur celles du dedans
du Royaume dont il
n'y a que ces quatre Minif
tres quiſcachent le ſecret.
Mr l'Abbé Fleury a eſté
nommé Sous Precepteur de
Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Comme il a unegran
de connoiffance de ce qu'on
appelle Humanitez , & untalent
particulier.pour les enfeigner
, il fut mis d'abord au
prés de Meſſieursles Princes:
de Conty . On luy remar
166 MERCURE
quoit en meſme temps une
picté ſolide , qui perfuadoit
qu'il avoitdes ſentimens tresorthodoxes
ſur ce qui regarde
la Religion. Lors qu'il
fortie d'auprés de ces Princes,
le Roy bien informe de ſes
qualitez , qui ſe trouvent rarementdans
un meſme ſujer ,
le donna pour Precepteur à
Monfieur le Comte de Vermandois.
Aprés la mort de
ce Prince , Sa Majesté luy
donna une Abbaye , & d'autres
gratifications qui firent.
connoiſtre qu'Elle l'honoroit
de ſon eſtime. Depuis ce
remps - là , il a aidé Mr l'Eveſque
deMeaux dans les viſites
qu'il a faites en ſon Dioceſe&
dans les Miſſions qu'ila
envoyées aux lieux où il y
avoit des Pretendus ReforGALANT.
167
mez plus difficiles à reduire .
Nous avons de cet Abbé pluſieurs
Ouvrages dignes de
l'eſtime de tous les habiles
gens & l'on y trouve par tout
l'Homme ſçavant , l'Hom.
me de bon gouft , & Thenneste
homme.
:
A
Ces jours paſſez le Roydonnal'Abbaye
de Beaumont lez
Tours à Madame de Mortemar
, Religieuse à Fontevraut,
où elle a eſté élevée auprés
de Madame ſa Tante qui en
eft Abbeffé. C'eſt une perfonne
d'unevertu finguliere , &
d'un merite fi fort au deſſus
de celles de fon Sexe , qu'on
peut l'appeller une des mer
veilles de notre fiecle. Elle
joînt une pieté admirable aux
plus grandes qualitez qu'on
puiſſe avoir. Elle eſt Fille
168 MERCVRE
de feu Mr le Maréchal Duc
:
de Vivonne , qui fut premier
Gentilhomme de la Chambre
preſque auſſi- toſt qu'il fut né,
Colonel de trois Regimens
de Cavalerie ; Maréchal de
Camp à Gigeri , General
des Galeres Maréchal de
France , Viceroy de Sicile ,
& Gouverneur de Champagne.
Sa Mere eſt Dame
Antoinette - Louiſe de Mefme
,Fille de Meſfire Henry
de Meſme , Preſident au
Mortier , & Petite- fille de Mr
de Meſme le Roifi , fameux
dans les Conſeils des Rois ſous
leregne deſquels il a veſcu
&Chancelier de la Reine Caterine
de Medicis . Je n'entre
point dans le détail de ce
qu'ont fait ces grands Hommes.
Il n'y a qu'à les nom.
mer ,
GALANT. 169
mer , tout le monde ſçait les
grandes choſes qu'ils ont faites.
- Monfieur le Duc de Chartresn'ayant
point deGouverneur
depuis la mort de Mr
le Duc de la Vieuville , Mr
Martel , Comte d'Arcy a eſté
nommé pour remplir cette
place. Il s'eſt acquité avec
beaucoup de capacité & de
zele des Emplois d'Envoyé
du Roy en Savoye , à l'Electeur
de Mayence aux
ces de Bronſvic , & il eſt prefentement
Ambaſſadeur en
Savoye ; il a eſté Mestre de
Prin-
J
T
Campdu Regiment deConty.
La diverſité de ces Emplois
fait voir que ce Comte ſçait
toutes les chofes neceffaires
pour l'éducation d'un jeune
3
Prince.
73
Octobre 1689 . H
170
MERCURE
1
,
Nous avons perdu depuis
peu M. de Montiers , Comte
de Merinville , & de Rieu ,
cy - devant Capitaine de Chevaux-
Legersde Monſeigneur
le Dauphin , & Gouverneur
de Narbonne . Il eſtoit Fils
de François de Montiers
Comte de Merinville , & de
Rieu , Baron de la Liviniere ,
Chevalier des Ordres du Roy,
Lieutenant General en Provence
, & de Marguerite de
la Jugie , Comteffe de Rieu.
Le Roy a donné le Gouvernement
de Narbonne à Monfieur
le Comte de Merinville , fon
Frere , Mestre de Camp de Cavalerie.
On a eu icy avis de la mort
de Monfieur le Cardinal Ranuzzi
, Nonce en France. Il
avoit eſté auparavanten PoloGALANT.
171
gne , en la meſme qualité , &
le Pape Innocent XI . l'envoya
en France pour aporter les
Langes benits à Monſeigneur
le Duc de Bourgogne . Il
eſtoit de Boulogne , & d'une
Famille du nombre de celles
qu'on appelle les quarante.
On leur a donné ce nom , à
cauſe que les quarante principales
Familles de la Ville la
gouvernent. Monfieur Ranuzzi
eſtoit Eveſque de Fano lors
qu'il vint en France ; & l'Archeveſché
de Bologne ayant
vaqué pendant ſa Nonciature
, le Pape le luy confera ,
de forte qu'il ſe vit Archeveſque
du lieu de ſa naiſſance,
Le Pape le nomma auffi Car--
dinal à la derniere promotion ,
& il recent à Versailles le
Bonnet de la main du Rov .
H 2
172
MERCVRE
C'eſt un honneur que Sa
Majefte fait à tous les Cardinaux
, tant François qu'Etrangers
qui ſe trouvent en
France lors qu'ils font nommez
au Cardinalar. Les Cardinaux
Etrangers ont celuy
de dîner ce jour-là avec
le Roy , mais ceux qui font
Sujets de fa Majesté , n'ont pas
le meſme avantage. Ce Cardinal
eſt mort à Fano ,qui
eſtoit ſon premier Eveſché ,
en continuant la route vers
Rome , pour ſe trouver au
Conclave. Il avoit eu beaucoup
de chagrin de ce que
les Vaudois avoient pris fon
équipage , où eſtoient lesPapiers
de fa Nonciature. Le
bruita courut qu'ils l'avoient
dépouillé , ce qui ne peut eſtre
vray , puis qu'il avoit pris les
GALANT.
173
devant ; mais il a écrit qu'il
ne doutoit,point qu'il ne
l'euſt eſté comme ceux de fes
Domeſtiques qui accompagnoient
cet quipage . On a eſté
furpris que les Vaudois en
ayent uſe de la forte , avec le
Nonce d'un Pape pour lequel.
ils avoient beaucoupd'eſtime .
Les grands projets des Religionnaires
ont eu le fort que
meritoit leur temerité , & la
guerre que les derniers avoient
commencée en Savoye
avec toute forte d'inhumanité
, a eſté terminée .
en huitjours . La faim qui les
preſſoit dans les montagnes où
ils s'etoient engagéez ; l'impoſſibilité
d'en forcer les pafſages
,dont les uns estoient
entierement coupez , les autres
tres-bien gardez par les
H3
174 MERCURE
bons ordres que Monfieur le
Comte de Bernex avoit donnez
ſur les avis qu'il avoit receusdu
lieu où le devoit faire
la deſcente; la divifion qui étoit
entre les François & les
Suiſſes , le peu de ſoumiſſion
des uns & des autres aux ordres
de leurs Chefs , & enfin
la crainte de ſe voir enfermez
dans ces montagnes par les
Troupes que Monfieurde Ber
nex aſſembloit ; tout cela obli
gea les Révoltez de fonger àla
retraite dés le quatrième jour
de leur deſcente. Ils rebrouf
ferent chemin ,& prirent la
route de la plaine de Chablais
pour chercher des Bateaux
le long du Lac , mais
n'y en trouvant point
Suiſſes commencerent à ſe
les
débander , & ils furent bienGALANT.
175
toſt ſuivis des François. Les
uns & les autres ſe rendirent
par petites troupes aux portes
de Geneve , demandant
des Bateaux pour s'en retourner.
Mrs de Geneve craignant
que Mr de Bernex neles vinſtattaquer
juſque ſous leur
Canon , ſe hâterent de leur
en fournir , & tous ceux qui
eſtoient arrivez furent embarquez
fur les Barques de
la Ville Auſſi toſt aprés leur
débarquement , Bourgeois &
Couteau , leurs deux princi-
:paux Chefs , lear firent rendre
les armes , fous pretexte
que Mrs de Berne feroient
offenfez fi l'on marchoit armé
dans leurs Etats . Le lendemain
, Bourgeois fut arreſté
, & Couteau prit la fuite,
Je vous envoye une Me.
Η 4
176 MERCURE
daille du Prince d'Oange.
Je ne ſçay point où elle a eſté
frapée mais il n'y a qu'à
jetter les yeux fur le travail
,
pour connoiſtre que ce n'eſt
point un travail de France .
Ceux qui en ont examiné les
Médailles en argent , ſont
perfuadez qu'elles ont eſté
fabriquées en Hollande. Enfin
, de quelque pays qu'elles
viennent , ce ſont des monumens
qui marqueront à jamais
le caractere du Prins
ce d'Orange. Un Tiran a
beau eſtre loüé pendant fon
regne par ceux à qui il fait
du bien & par ceux qui le
craignent , la poſterité le reconnoiſt
toujours pour ce
qu'il eſt , & la memoire du
Prince d'Orange ne
manquer d'y eſtre en horreur
د
:
peut
BRITANN
TYRANN
.
HENR
-P
-AVR.M.WILH .
1.
SMELIZING
.
ABSALOM
•MANVS
.
GELVCKIGH HOLLAND
[Dolivarfecit

GALANT. 177
parce qu'il n'ya pas une circonſtance
dans ſon ufurpation
qui n'en augmente le
crime. Ses perfidies ſont en
fi grand nombres que dix
volumes des Affaires du Temps,
n'ont pas fuffi pour les décrire
, & pour rapporter les
Pieces originales qui les juſtifient.
On travaille à de nouvelles
levées , & ceux qui ont
eu des Regimens de Dragons,
font ,
Mr Grevaudan ; Lieutenant
Colonel du Regiment d'Affeld..
Mr de Bertoncel, Lieutenant
Colonel du Colonel General.
Mr.Quartigny , Capitaine
dans le Dauphin :
Mr du Heron , cy.devant
Envoyé à Cologne.
H.
178 MERCVRE
Mr du Breüil , Lieutenant
Colonel du Regiment des
Dragons de Languedoc.
Mr du Gray , dansle Gea
neral des Dragons.
On leve auffi des Regimens
de Cavalerie , & ceux
qui en ont eſté nommez Colonels
, font;
;
Mr de Prefle , qui estoit Colonel
incorporé dans Orleans.
1
Mr de Ligny , Colonel incorporé
dans Melac.
Mr de Vaillac ", Colonel
incorporé dans Loëmaria .
Mr de Goas , Colonel in
corporé dans les Cuiraffiers .
Mrde Ligondez , Colonel
incorporé dans Vivans.
On a arreſté la Paix avec
le Bacha & la Republique
d'Alger
7
& le
T
Roy en a
GALANT. 179
preſcrit les conditions , qui
ont eſté acceptées , malgré
les efforts qu'ont fait les
Anglois pour l'empeſcher.
Ils ont répandu pour cela
plus de vingt mille piastres
parmy les Soldats , mais le
Bacha plein de reſpect pour
Sa Majesté , n'a point eu d'égard
aux follicitations qu'ils
luy ont faites . Le traité fut
ſigné le 25. du dernier mois.
Ce Bacha eſt Mézo Morto ,
auparavantDey. Quoy que le
Dey tienne là le rang de Roy ,
il n'eſt neanmoins que le ſecond
le Bacha , qui eſt
l'homme du Grand Seigneur ,
eſtant au deſſus de luy.
د
La Cour eſt de retour de
la promenade qu'elle a faite
-à Fontainebleau. Jamais le
Roy ne s'eſt ſi bien porté; il
H 6
180 MERCVRE
3
ne s'eſt point paffé de jour
qu'il n'y ait eu Chaffe , &c
Louvent plûtoſt deux qu'une.
Sa Majesté a pris pluſieurs
fois ce divertiſſement
malgré la fatigue, que cer
exercice donne. C'eſt une
marque de fa parfaite ſanté..
Ce Prince a traité magnifiquement
les Dames quiavoient
eſté nommées pour
eſtre de ce voyage. Il ya eu.
tous les foirs Comedie
Appartement. Ces plaifirs.
eſtoient alternatifs ..
ou
Voicy la Saifon qui devroit
enfanter des modes ,
mais, la guerre qui apparem
ment, ne finira pas fi toſt ,.
en empeſchera beaucoup d'éclore.
Ie puis vous affurer
avec certitude de la continuation
d'une , & vous dire
GALANT . 18
،
que le Roy a declaré qu'il
porteroit tout cet Hiver du
drap rayé. Les premiers habits
de Femmes qui ont paru ,
donnent lieu de croire qu'elles
porteront beaucoup de
Damas.Quant aux Manchons
d'Obuſer du ſieur du Tremble
, qui demeure au bout:
de la ruë Dauphine , & dont
je vous parlay l'année derniere
, ils font toujours à la
mode. Cette forte de fourrure
eſt aſſez rare pour cela
puis qu'il n'en a encore paru
que l'hiver paſſé. Ce qu'il
y a de ſurprenant , c'eſt que
depuis une année on n'a encore
pu découvrir quelle eſt
la nature de l'Obufer , & fi
c'eſt un animal terreſtre , ou
un oiſeau . Quoy qu'il en ſoit ,
cette nouvelle eſpece de pel1182
MERCURE
:
leterie , eſt fort agreable par
fa fineſſe , & par ſa jafpure ,
& fort commode pour ſa legereté.
Elle ne laiſſe pas d'eftre
fort chaude , ce qui fait
qu'elle est recherchée des
perfonnes qui en connoiſſent
la proprieté.
Mrdes Granges , Geographe
du Roy , après avoir mis au
jour pluſieurs Cartes de Geographie
avec l'entiere approbation
du public , en a mis
nouvellement une en vente ,
qui eſt extrémement de ſai
fon . C'eſt une Carte generale
:des trois Royaumes d'Angleterre
; d'Ecoffe & d'Irlande ,
la plus ample , la plus juſte,
&la plus particuliere qu'on
Pait encore veüe. Elle con.
tient plus de poſitions que
celles qui ont eſté faites
-
GALANT. 183
»
non ſeulement en une &
deux feüilles , mais meſme en
quatre feüillets . Cepandant
cela n'empeſche point qu'elle
ne foit d'une tres grande netteté.
Il y a auffi une Carte
particuliere de la Manche
où ſont les Coſtes de France
, d'Angleterre & d'Irlande.
Cette Carte fait voir
les mouvemens que peuvent
faire lesArmées Navales Françoiſes
,Angloiſes , & Hollandoiſes
. On y a auſſi tracé
les Routes depuis Paris juſ
qu'à Londresd'uncoſté , &de
l'autre juſqu'à Breſt . Toutes
ces particularitez ſuffiroient
pour contenter les Perſonnes
curieuſes , mais comme l'Auteurene
s'eſt pas moins attaché
à tout ce qui pouvoit
rendre une Carte neceſſaire ,
184 MERCURE
"
& dont on ſe peut aisément
fervir , qu'à ce qui la doit
rendre curieuſe , il y a joint
un Alphabet , par le moyen
duquel on peut trouver en un
inſtant & avec une tresgrande
facilité , toutes les
Provinces , Villes , Rivieres
Lacs , Ports , Caps , Bayes ,
& generalement tout ce qui
elt marqué iur la Cartedans
les trois Royaumes . L'uſage
des Alphabets eſt d'une utilité
admirable. Il abrege bien
du temps , non ſeulement à
ceux qui ne ſont pas bien
ſçavans dans la Geographie ,
mais meſme à ceux qui y
ſont les plus verſez. Quelques
Auteurs s'en ſont ſervis , mais
ils retranchoient une choſe
eſſentielle à la Carte , qui eſt
la connoiffance des Degrez
GALANT . 185
,
L'Auteur de celle - cy a fi
bien trouvé le moyen de
joindre ces deux choſes qu'il
fait ſervir le Degré à l'Alphabet.
Elle ſe vend à Paris
à l'entrée du Quay de l'Horloge
du Palais du coſté
du Pont au Change , à la
Renommée . Les autres Cartes
qu'il a miſes au jour ,
font la Grece , tirée des memoires
de Monfieur l'Abbé
Baudran , avec les Plans & Profils
des principales Villes ; le
Palatinat du Rhin , avec les
Plans & les Places fortes qui
s'y trouvent ; le Cours du
Rhin avec les Villes fortes
qui ſont ſur ce Fleuve , ou
fur les autres Rivieres qui
s'y déchargent. Cette Carte
eſt fort étenduë. Mr des Granges
promet de donner dans,
186 MERCVRE
peu un Cours du Danube fort
correct & fort ample , &
comme il a reſolu de faire
pluſieurs Ouvrages de Geographie
, il ſera ſenſiblement
obligé aux perſonnes qui voudront
bien luy fournir quelques
Memoires pour contri.
buer à fon deſſein.
Sur l'avis qui fut receu à
Rome le 20. du mois paffé ,
que Meffieurs les Cardinaux de
Boüillon , de Bonzi & de
Furſtemberg , & Monfieur le
Duc de Chaunes eſtoient arrivez
à Lerice , petite Ville d'Italie
fur la Coſte de Gennes ,
à quatre ou cinq milles de
Sarzano , & qu'ils devoient ſe
rendre de là par Mer à Civitavechia
, on fit auffi - toſt
partir des Caleches & des
Carroffes pour les y aller at-
1
GALANT. 187
:
i
tendre . On les y receut aux
décharges du Canon , & le
Peuple accourut en foule en
criant , Viva Francia. Le 23. Ils
arriverent à Rome fur les cinq
heures du matin ; & ils defcendirent
au Palais de M. le
Cardinal d'Estrées , & en eſtant
enfuite ſortis pour aller à S.
Pierre , le concours du Peuple
qui s'amaſſa pour les
voir , fut auſſi grand qu'il l'eſt
d'ordinaire aux Couronnemens
des Papes. M. le Cardinal
de Furſtembergjetta beaucoup
de pieces d'argent. Ils
furent traitez au Palais de
Mr d'Eſtrées avec beaucoup
de magnificence , & receurent
les Complimens de tous les
Princes & de toutes les perſonnes
confiderables , & mefme
de Dom Livio. Mr le
188 MERCVRE
Cardinal de Boüillon s'alla
rafraiſchir à la Vigne de Mr
le Cardinal Barberin,& a toujours
mangé ſeparément comme
Prince ,ainſi que Monfieur
de Furſtemberg. Ils entrerent
au Conclave le 25. aprés que
le facré College les cut envoyé
complimenter. Tous les Cardinaux
envoyerent auſſi viſiter
Monfieur le Duc de Chaunes
par leurs Gentilshommes .
Le 3.de ce mois , ce Duc alla à
l'Audience du ſacré College ,
avec un Cortege de plus de
cent Carroffes. Il y expoſale
ſujet de ſa commifſion , &
Monfieur le Cardinal Cibo ,
Doyen , n'eſtant pas preſent
à cauſe d'une indifpofition
, il fut remercié parMonfieur
le Cardinal Ottoboni ,
Sous- Doyen , qui fit un grand
GALANT. 189
éloge du Roy. On refolur
preſque tout d'une voix dans
cette Affemblée,que Monfieur
leDucde Chaunes ſeroit receu
comme Ambaſſadeur de France.
Le 6.0n alla au Scrutin , &
Monfieur le Cardinal Ottoboni
ayant eu le nombre de voix
neceſſaire , fut reconnu Pape.
Cela arriva à onze heures du
matin. Le meſme jour il prit
poffeffion de cette eminente
Dignité avec les ceremonies
accoutumées. On ouvrit une
Eeneſtre du Conclave qui
eſtoit murée , & qui donnoit
fur la place de Saint Pierre.
On y paſſa la Croix pourmar.
quer que l'élection estoit faite
, & Monfieur le Cardinal
Maidalchini , comme Chefdes
Cardinaux Diacres , dit au
Peuple ; Annuncio vobis gau190
MERCVRE
dium magnum ; habemus fum
Pontificem Eminentiffi- mum
mum Cardinalem Ottobonium
qui fibi nomen aſſumpfit Alexandri
octavi. Auffi - toft le Peuple
cria , viva il Papa Alessandro ,
e il Re di Francia. Cela ſe fit
au fon des Haut-bois , Flûtes
& Trompettes , & au
bruit du Canon . I'ay oublié
de vous dire que dés que
le Pape eſt éleu , on le met ſur
l'Autel de la Chappelle Pauline
dans le Conclave , & que
tous les Cardinaux & tous les
Ambaſſadeurs viennent à l'adoration
, aprés quoy il ſe
paſſe beancoup de temps pour
preparer la deſcente du Pape,
qui eſt porté dans un fauteüil
fur les épaules de douze Eſtafiers
dans l'Egliſe de de Saint
Pierre. On le poſe ſur l'Autel,
GALANT. 191
& tous les Cardinaux & Ambaſſadeurs
vont de nouveau
luy baiſer les pieds & le Pape
les embraſſe. Tout cela fut
fait pour celuy qu'on vient
d'élire. Monfieurde Chaunes ,
comme Ambaſſadeur Extraordinaire
de France , porta la
queuë de ſa Chape dans toute
cette Ceremonie. L'Ambaſſadeur
d'Eſpagne ne s'y trouva
point , par ce qu'il n'a point
le pas . La joye que fon
élection a causée , s'eſt trouvée
univerſelle . Sa ſageſſe , &
une experience acquiſe par de
tres-longues années , donnent
lieu de croire qu'on ne pou
voit choiſir un ſujet plus capable
de procurer à la Chreſtienté
tous les avantages qu'-
• elle peut attendre d'un Pape
éclairé , & d'une grande ver192
MERCURE
1
tu. Il est né en 1610. le 19.
Avril , & s'appelle Pierre Ottobon
. Ceux qui veulent donner
un ſens à la Prophetie ,
Pænitentia gloriofa , qu'il doit
remplir , le trouvent en ce
qu'il porte le nom de Pierre,
Penitente illuſtre . D'autres
pretendent que cette prophetie
luy convient à cauſe
qu'il a eſté éleu le 6. Octobre,
jour de la Feſte de Saint
Bruno , dont la Penitence a
eſté celébre . Ils rapportent
l'exemple d'Innocent X. auquel
la Prophetie de Jucunditas
Crucis convenoit ,
parce qu'il fut élu Pape
le 14. Septembre 1644. jour
où l'on celebre là Feſte de
l'Exaltation de la Croix . 11..
reſte encore vingt- quatre Propheties
à accomplir , dont la
premiere
GALANT. 193
premier eſt , Rastrum in porta.
On les attribue à Saint
Malachie Archeveſque d'Armac
& Primat d'Irlande , &
elles ſe trouvent dans un Livre
intitulé , Lignum vita ,
compoſé par Arnoult Vvion
Benedictin Flamand. Elles
ont commencé à Celeſtin II .
nommé Guy du Chaſtel ; qui
fut élevé au Pontificat le 25.
Septembre de l'année 1143 &
l'on y voit que le dernier
Pape portera le nom de
Pierre II . à quoy l'on ne
doit ajoûter aucune foy.
Saint Malachie eſt mort en
France en- 1148 . dans l'Abbaye
de Clairvaux , entre les
bras de S. Bernard qui a écrit
Ifa vie. Quant au nouveau
Pape qui vient d'eſtre éleu ,
il a pris le nom d'Alexandre
Octobre 1689 .
:

e
e
1
L
Y
194 MERCURE
VIII . à cause de l'étroite ami .
tié qui l'avoit uny avec le Cardinal
Fabio Chigi,depuisAlexandre
VII . & qu'ils avoient
eſté faits Cardinaux enſemble .
C'eſt une fort bonne teſte.
Il eſt droit , actif , vigilant ,
& tres - propre à gouverner
ſagement l'Eglife. Il n'a pas
plûtoſt eſté éleu Pape , qu'il
a fait ſon Neveu Prince. 11
s'appelle Ottobon , & promet
beaucoup ; il n'a encore que
vingt-quatre ans. Ila fait auſſi
Mr Panciatici Dataire , & un
Frere de Mr le Cardinal Nerli .
Dépoſitaire des derniers de la
Chambre Apostolique. Ce
font tous habiles gens & de
beaucoup de merite. Cenouveau
Pape eſt Fils de Marc
Ottoboni , grand Chancelier
de la Republique de Veniſe ,
GALANT .
195
1
,
& de Victoire Tornielli. II
fit ſes premieres études à
Veniſe , où il eſt né , & s'applique
à celles de la Philofophie
& du Droit Civil , &
Canon dans l'Univerſité de
Padouë . Il y prit ſes degrez
de Maiſtre és Arts & de Docteur
en Droit Civil & Canon.
Lors qu'il eut atteint
l'âge de vingt ans il alla à
Rome pour ſe former aux
affaires Eccleſiaſtiques. Il fut
fait Prelat , Referendaire de
l'une & de l'autre Signature ,
Gouverneur de Terni , de
Rietti , & de Citta Caſtellana ,
Cſous le Pontificat d'Urbain
VIII. qui le choifit pour accommoder
les differens de
ceux de Spolette & de leurs
Voiſins. Enfin on le fit Auditeur
de Rote à la nomina-
11
1.
C
et
12
196 MERCVRE
د
le
tion de la Republique de Venife
. Urbin eſtant mort
Cardinal . Pamphile qui luy
fucceda ſous le nom d'Innocent
X. le fit Cardinal Preſtre
en 165 2. du titre de S. Sal.
vatore in Lauro. Deux ans
aprés on luy donna l'Eveſche
de Breſſe dans l'Estat de Venife
. Alexandre VII. le luy
fit quiter,l'ayant choisi pour
Dataire auſſi - toſt qu'il fut
monté ſur le Trône de Saint
Pierre. Il le tint toujours auprés
deluy , & le fit paſſer du
titre de S. Sauveur du Laurier
à celuy de S. Marc. Depuis
ce temps- là , il a exerce
tous les emplois les plus
importans du Cardinalat , &
s'eſt trouvé aux cinq derniers
Conclaves. Marc Ottobon
fon Pere , qui comme je vous
,
GALANT.
197
0
is
11
d

e
US
&
,
l'ay dit , eſtoit grand Chancelier
de Venise , qui eſt la
premiere Charge des Citadins,
acheta la Nobleſſe cent mille
Ducats en 1646. dans les preffans
beſoins l'Estat & la
Republique , en reconnoiffance
de fon grand merite ,
luy permit l'exercice de cette
Charge de grand Chancelier
tout le reſte de ſa vie , quoy
qu'il fuſt aggregé à la Nobleſſe.
Il y a plus de deux
cent ans qu'on n'avoit fait
aucun Venitien Pape ; il y en
eut trois dans le quinzieme
fiecle , ſçavoir Ange Cornaro
, qu'on mit à la place d'Innocent
VII. en 1406 , ſous
le nom de Gregoire XII .
dans le temps que l'Egliſe
eſtoit affligée d'un facheux
Schifme,&Gabriel Condolme
13
198 MER CVRE
rio , en 1431. ſous le nom
d'Eugene I V. ( Il eſtoit Fils
d'une Soeur de Gregoire XII . )
& Pierre Barbo , en 1464. fous
le nom de Paul II . Celuy- cу
eſtoit auſſi Fils d'une Soeur
d'Eugene IV.
Meffire François Pericard ,
Eveſque d'Angouleſme , eſt
mort dans ſon Dioceſe ſur la
fin du dernier mois . Il avoit
eſté Capitaine de Cavalerie ,
& fi on l'a veu bon Officier
& brave Soldat , il a eſté
encore meilleur Eveſque
n'ayant jamais oublié aucun
de ſes devoirs. Il a laiſſé fon
Dioceſe bien reglé &on
peut dire qu'il y eſt regreté
de tout le monde.
,
Mr le Marquis de Gamaches
. Chevalier des Ordres du
Roy , eſt mort à Beauchamp
GALANT.
199
1
1
1
,



en Picardie , âgé de 68. ans
Il eſtoit de la Maiſoin de
Rouaut , qui tire ſon originede
Clement Rouaut. Celuy,
cy vivoit en 1327. & fut le
triſayeul de Joachim Rouaut ,
Sieur de Boifmenard. de Gamaches
, & de Chaſtillon ,
Maréchal de France en 1461 .
qui estoit premier Ecuyer du.
Corps , & Maiſtre del Ecurie
du Roy , ce qui eſt aujourd'huy
Grand Ecuyer de France.
Joachim Maréchal de
France , eut pour Fils Adolph ,
I. du nom,Ayeul de Joachim ,
Rouaut Sieur de Gamaches &
de Thiembrune, qui embraſſa
leParty des Huguenots,où il ſe
rendit confiderable . Il fut un
des quatre à qui le Roy Charles
IX. ſauva la vie à la Saint
Barthelemy l'an 1972. Ilmou-
,
14
200 MERCVRE
rut en 1583. laiſſant de Claude
de Maricour , Fille de Jean
Sieur de Maricour & de
Mouchy le Chaſtel , Maiſtre
d'Hoſtel du Roy , Nicolas
Rouaut Sieur de Gamaches,
qui épouſa en 1607. Françoiſe
Mangot , Fille de Jacques ,
Avocat General au Parlement
de Paris , dont il eut entre
autres enfans François Rouaut
Sieur de Gamaches tué en
Lorraine en 1635. Nicolas
Ioachim Marquis de Gamaches
, dont je vous apprens
la mort , & Ignace , Marquis
d'Acy , qui a eu des Enfans
de Charlote de Lorraine
Fille unique d'Achille, Comte
de Romoratin . M. le Marquis
deGamaches épouſa en 1642 ,
Marie Antoinette de Lomenie .
Fille d'Henry Auguſtede Lo-
,
GALAN T. 201
1

1
-
5
S
menie , Comte de Brienne &
de Montberon , Miniſtre &
Pre nier Secretaire d'Estat. Il
en a eu Nicolas Henry mort
jeune , Iofeph Emanuel Ioachim
Mestre de Champ d'un
Regiment de Cavalerie , &
Claude Iean Baptiste Hyacinthe
, Comte de Cayeu . Vous
fçavez dans quelle reputation
eſtoit ce Miniſtre , qui avoit
choiſy M. le Marquis de
Gamaches pour fon Gendre
par la connoiffance & par
l'eſtime qu'il faifoit de fa
Maiſon.
:
Ces morts ont eſte ſuivies
de celle de Meſſire Nicolas
de Flecelles,Comte de Bregy ,
Vicomte de Corbeil , Scigneur
de Tigery , Flecelles
& autres lieux , Lieutenant
general des Armées du Roy,
>
Is
202 MERCURE
& cy- devant ſon Ambaſſadeur
Extraordinaire en Pologne
, arrivée le 22. de ce mois.
Ilavoit auſſi eſtéCapitaine des
Gardes de la Reine Chriſtine
de Suede , & l'undes hommes
les mieux faits de ſon temps.
Il laſſe deux Fils qui ont pris
tous deux le nom de Bregy.
Le Cadet avoit épousé la Veu
ve de Mr Foucaut, Lieutenant
generał des Armées du Roy.
Madame la Comteſſe de Bregy
leur Mere , honoréede toutes
les perſonnes d'eſprit , &
fi eſtimée de la feuë Reine-
Mere , eſt encore aujourd'huy
fort confiderée du Roy & de
Monfieur. Quelque figure
qu'elle ait faite par fon rang,
elle s'eſt encore bien plusdi
ftinguée par ſon eſprit..
GALANT.
203
+
e
ES
S.
is
V.
10
y y
He

e
Le Mardy 11. de ce mois ,
on fit aux Cordeliers de Poitiers
le Service du bout de
l'an de feu Mr le Maréchal
Duc de Vivonne. L'Egliſe ſe
trouva parée avec beaucoup
de magnificence. Mr l'Evefque
de Treguier , nommé à
Eveſché de Poitiers , celebra
la Meſſe ,& le Pere Gar
dien qui prononça l'Oraifon
Funebre , s'attira l'applaudiſſement
d'une nombreuſe
Aſſemblée. Ce meſme
jour , toutes les Meſſes des
Communautez de la Ville furent
dites pour le repos de
l'ame de cet Illuſtre Défunt..
Tous les Corps aſſiſterent à
cette lugubre Ceremonie , &
ilyeut un grand concours de
Gentilshommes des environs ,
qui vinrent donner des mara
!
16
204 MER CVRE
ques de la veneration qu'ils
avoient pour la memoire de
ce grand Homme , l'heritier
de tant d'hommes celebres
par les actions du plus grand
éclat , de cette grande Maifon
de Rochechoüart - Mortemar
, qui ont eſté dans les
temps paſſez les Protecteurs
de leur Province. Cette Ceremonie
a eſté faite par les
foins & par les ordres de
Madamede Monteſpan.
Quoy que toutes les Forces
Maritimes d'Angleterre &
de Hollande fuſſent jointes
ces deux Nations , dont chacune
ſeparément croit eſtre
plus puiſſante fur Mer que
toutes les autres Nations de
l'Europe enſemble n'ont
ofé accepter le Combat que
nous leur avons preſenté de-
و
GALANT.
205
1
S
1
es
es
He
S
X
S ,
1-
re re
e
e
10
e
:
puis l'arrivée de Mr de Tourville.
Ils auroient bien voulu
nous attirer dans la Manche,
parce qu'ils y ont une infinité
de Ports pour fe retirer
& que noftre Coſte ne nous
eſtant pas favorable , le mauvais
temps auroit fait perir
noſtre Armée Navale ; mais
nos Commandans ne connoiffant
pas moins la Mer
que nos Ennemis aiment
mieux les combattre que le
mauvais temps. Il y a une
choſe ſans replique touchant
ce que je viens de dire du
Combat que les Ennemis ont
évité , c'eſt que Mr de Seignelay
les a attendus longtemps
& , qu'il ne pouvoit aller
à eux pendant qu'ils pouvoient
venir à luy , & toutefois
ces deux formidables
,
206
.
MERCURE
Puiſſances n'ont fait aucun
pas qu'en reculant. Elles ne
ſçauroient le nier , ny ſe vanter
que leur Armée Navale
ait avancé pour nous chercher
, comme a fait la noſtre
dans le deſſein d'attirer la leur
au combat, qu'elle ne pouvoit
donner , faute d'avoir affez
de vent. Nous avons deux
Efcadres en Mer pendant
tout l'Hiver , fi confiderables
, qu'elles pourroient paſſer
pour une Armée. Voicy les
noms des Vaiſſeaux & des
Commandans de la premiere.
L'Elephant.
Mrs le Marquis d'Amfreville
& de Ribere , Capitaines .
LeConftant..
Mrs le Marquis de Nemond
&de Monbeau...
GALANT. 207
۱۰
oit
ez
4-
er
es
s
e.
le
d
Leglorieux
Mrs le Chevalier de Flacour
& de Rouvroy.
L'Ardent,
Mrs de Septeme , & d'Heri
cour.
Le Marquis
Mrs de Belle- Ifle Herard , &
de Ricou .
Le Prince.
Mr le Chevalier de Belle-
Fontaine.
L'Arrogant.
Mrs De l'Arteloire & le
Chevalier de Chaulieu .
L'Entreprenant.
Mrs de Sepeville , & le Com
se de Chavigny.
L'Apollon.
1
Mrs Bidant , & le Chevallier
de la Luzerne.
Le Vermandois.
Mrs du Chalard , & le Che
208 MERCURE
valier d'Haire .
Le Bon ,
Mrs le Chevalier d'Igoine , &
le Chevalier deMongon..
Le Precieux .
Meſſieurs de Sallampart , & le
Motteux.
LeMaure.
Meſſieurs le Chevalier de la
Galiffonniere , & le Comte
de Blenac.
LeTrident.
Mrs des Francs , & de la
Roche - Allard.
Le Cheval Marin .
Mrs de Champigny , & le
Comte de Bethune.
Le Comte.
Mrs le Marquis de Blenac ,
&de S.Clair .
L'Eole.
Mrs de Serquigny, & Clavier-
1
GALANT.
209
i
L'Arc en Ciel.
Mrs le Chevalier de Sainte-
Maure
,
d'Arginy .
& le Chevalier
Le Leger.
Mrs de Villars & le Chevalier
de Chasteaurenaud .
Le Fidelle.
Mrs le Chevalier de la Range.
re , & de Lanion .
On croit que la ſeconde
Eſcadre croiſera dans les mers
de Dunkerque. Les Vaiſſeaux
qui la compoſent ſont ceux
qui ſuivent.
Le Serieux
Mrs de Relingue & Raguenu .
Le Sage.
Mrs de S. Mars & Patoulet-
Le François.
Mrs le Chevalier d'Ally & de
Lery.
:
210 MER CVRE
Le Neptune
Mrs le Chevalier Fourbin ,
&Fourbin Gardanne.
Le Capable.
Mrs le Chevalier des Adrets ,
& Beaugé le Goux .
L'Indien .
Mrs le Chevalier de Genlis,&
le Vicomte de Coëtlogon .
Le Solide:
Mrs de Chaſteaumorant , &
le Chevalier de Modene :
Le Bizarre.
Mrs.le Baron des Adrets , &
d'Elcampe .
Le Moderé.
Mr Darnault Chamelain,
L'Emporté.
Mrs le Chevalier de la Guiche
&du Ruiſſeau- Varenne.
On a laiſſe en mer le plus
long temps qu' on a pû les
autres Vaiſſeaux du Roy , qui
GALANT. 211
п.
:
-
1
&
-he
US
Je
AD
font allez deſarmer à Rochefort&
à Breſt . C'eſt une choſe
incroyable que les Priſes
que font nos Armateurs . Elles
ſont en ſi grand nombre,
queles ennemis ne ſçauroient
nier que nous n'en faſſions
quatre pour une qu'ils font.
Aprés la mort de Mrle Duc
de Beaufort , Grand Maiſtre,
Chef & fur Intendant de la
Navigation & commerce de
France , le Roy reſolutde faise
un Vice Amiral du Levant
, & un autre du Ponant.
Il ne fit alors que le dernier .
qui fut Mr le Comte d'Eſtrées ,
aujourd'hui Mareſchal de
France. Sa Majesté vient de
faire le Vice Amiral du Levant
, qui eſt Mr. de Tourville.
Elle a fait en meſme
temps deux nouveaux Lieu212
MERCURE
i
tenans Generaux , & cinq
nouveaux Chefs d'Eſcadre
Les Lieutenas Generaux font .
Mr Gabaret .
Mr.de Vilette.
Chef d'Efcadre.
Mr Pannetier.
Mr le Marquis de Langeron .
Mr de Relingues.
Mrle Marquis de la Porte .
Mi le Marq.de Coëtlogon.
Maior General.
Mr Raimondi .
Major du Levant.
Mr le Chevalier de Beaujeu.
Majour du Ponano.
Mr de Blenac de Romajeux.
Sa Majesté a fait encore
dix - neuf Capitaines de Vaifſeaux
, douze Capitaines de
Fregates , & trente- ſept Lieutenans
. le vous manderay
GALAN Τ .
213
.
e
leurs noms quand je les ſçauray.
Ie ne vous parleray point
des Victoires du prince Loüis
de Bade. Ie croy que dans
quelques mois la verité pourra
commencer à s'éclaircir.
L'ordinaire des Princes de la
Maiſon d'Auſtriche eſt de la
déguiſer , quand ils voyent
que ce déguiſement leur peut
eſtre avantageux . Pendant le
Conclave , l'Envoyé de l'Empereur
& l'Ambaſſadeur d'Ef.
pagne faifoient fortir de
leurs gens par une porte de
Rome . Ils alloient s'habiller
en Courriers , & croter leurs
bottes , & rentroient enſuite
par une autre porte comme
venant de l'Armée , d'où ils
aportoient de fauſſes nouvelles
des défaites continuelles
14 MERCURE
des Troupesde France. Je veux
croire que ce qu'on debite
des Victoires du Prince de
Bade eſt veritable , mais on
peut douter de tout , aprés
qu'on a publié hautement que
les Eſpagnols avoient repris
Campredon , quoy qu'on en
puiſſe plus facilement ſçavoir
des nouvelles que de l'Armée
du Prince de Bade. Ainſi il y
a beaucoup à diminuer des
avantages qu'on pretend que
cePrince ait remportez .
Le mot de l'Enigme du
mois paſſe eſtoit le Pain.
Ceux qui l'ont trouvé ſont
Mrs Duranché de Longueil ,
ancien Maiſtre d'Hoſtel de la
Maiſon du Roy , Rouſſel, Curé
de S. Eſtienne de Conches ,
Lambert Baudot de Beſançon;
de la rue Grenier S. Lazare ,
GALANT.
1
- de Lavau d'Orleans ; le Tou-
- rangeau, le Spirituel Parifien
Normand ; le Grand nez de
la ruë de la Harpe ; Bon Parent
de la ruë Saint Honoré. Meſ
demoiselles de Seveux, de la
Maiſon de Marmier , de Gray
en Franche- Comté ; la Veuve
ſans pareille de la ruëde Tournon
; l'Unique de la ruë Grenier
Saint Lazare , & l'Amante
dela ruë Comteſſe d'Artois .
L'Enigme nouvelle que je
vous envoye eſt de Monfieur
de Beaujour , Sieur de Guilleranche
de Maſcon , Contrôlleur
General des Finances de
Lyon .
!
1.
!
a
-,
!
216 MERCURE
ENIGME .
Emarche aprés toutes mes Soeurs
Et ne vais jamais la premiere ;
Mais quoy que je fois la derniere ,
C'est à moy cependant qu'on rend
tous les honneurs .
Lors qu'on m'entend venir , on fait
ungrandfilence ,
Quandj'arrive,chacunme leveSon
chapeau ,
Et fi je me tronve au Barreau
Le fuge auxAvocats refuſe l'Audience.
Jeſuis d'un ſecours tout divin
Pour faire voir des mets en abondance
,
Et l'on voit, quand chaenn m'afait
la reverence ,
Couler des millions de Fontaines de
vin.
Fay
b
Brillantesfleurs naissde ces-ri
&
X
uages ve
ra
mages au doux bri
tdu fameux Mr
Charpentier , qui a une fi
grande connoiffance de toutes
les beautez de la Muſique.
AIR
Brillantes fleurs , naiſſez ,
Herbe tendre croiffezsch
Octubre 1689 . K

Le fuge aux Avocats refuſe l'Audience.
Jeſuis d'un ſecours tout divin
Pour faire voir des mets en abondance
,
Et l'on voit, quand chaenn m'a fait
la reverence ,
Couler des millions de Fontaines de
vin.
Fay
GALANT.M 217
Fay Separé souvent Tircis de fa
1
Lyfette
Et troublé de tendres ardeurs ;
Mais pouraffembler des Beuveurs
Je fers quelquefois de Trompette.
Quoy quela Chanſon que
je vous envoye ne ſoit pas
nouvelle , elle a preſentement
un fi grand cours à Paris ,
qu'elle ne peut eſtre que favorablement
reccuë en Province.
Les paroles font de
l'illustre Mr de la Fontaine ,
& l'air eſt du fameux Mr
Charpentier , qui a une ſi
grande connoiffance de toutes
les beautez de la Muſique.
AIR
Brillantes fleurs , naiſſez ,
4
--
1
Herbe tendre croiffers ... تاب
Octubre 1689 . K
218 MERCURE
1
Le long deces Rivages.
Venez,petits Oiseaux ,
Accorder vos ramages
Au douxbruitde ces eaux.
Climenefur ces bords
Vient chercher les tresors
Dela ſaiſon nouvelle.
Meſſagers du matin ,
Quandvousverrezla Belle
Chantezsurson chemin.
Et vous , charmantesflours...
Douces filles des pleurs
Dela charmanteAurore ,
Meritezque la main
De celle que j'adore
Vous moiſſonne en chemin. :
i
Dans tout ce qui arrive en
la vie qui peut avoir du pour
&du contre , on doit, regarder
les temps & la ſituation
:
GALANT. 219
des affaires , pour en juger , &
quelquefois en faiſant de profondes
reflexions ſur la choſe
dont il s'agit , on trouve , lors
qu'ileſt queſtion de guerre,
qu'il y a des pertes plus defavantageuſes
aux Vainqueurs
quaux Vaincus ; car à l'égard
de la gloire , on ne peut douter
que ce partage ne ſe ren
contre ſouvent. Cela n'eſt
pas difficile à croire puis
qu'un homme qui ſe defend
genereuſement contre
grand nombre , remporte or.
dinairement la gloire deuë
au Vainqueur , encore qu'il
ſoit forcé de ſe rendre ,
que le Vainqueur au milieu
de ſontriomphe demeure expoſé
à la honte du vaincu.
Ceux qui examineront avec
reflexion le Siege de Bond.
4
un
K 2
220 MERCURE
trouveront que ce que je dis
s'y peut rapporter. Cette
Place n'a jamais paffé pour
une Place capable de refifter;
elle eſtoit ſeulement hors
d'inſulte , & dans les dernieres
guerres elle a eſtéoccupée
par les François , & par
les allemans . Comme elle eſt
capitale de l'Electorat de Cologne
, & que cet Electeur ,
injuſtement perfecuté , eſtoit
ſous la protection du Roy ,
on y avoit mis des Troupes
Françoiſes , pour garantir
l'Electeur d'une entiere oppreffion
& empeſcher que
ſa place ne fuſt ſurpriſe. On
ſçait que le Prince d'Orange
vouloit que la Guerre fuſt
portée en ce Païs - là , afin
queles Armes de France eſtant
détournées , il puſt executer
7
GALANT. 221
l'entrepriſe qu'il avoit formée
fur l'Angleterre. Il fit pour
cela tout ce qu'il faut pour
broüiller les affaires . La Maiſon
d'Auſtriche y trouvoit
fon compre , & l'Electeur de
Baviere le ſien , de forte qu'ils
donnerent dans ſes propoſitions
; fans vouloir examiner
, ny fouffrir qu'on leur fiſt
voir ce que la Religion en
pouvoit craindre. Il fut refola
que l'Electeur de Bran--
debourg feroit le Siege de
Bonn. C'eſt celuy de tous les
Confederez qui avoit le plus
de correſpondance avec le
Prince d'Orange. Il avoit
ſceu ſon fecret , & n'oublia
rienpour mettre fur pied une
belle Armée. Il y reüffit ; elle
eſtoit de dix- huit mille hommes
. C'eſtoit beaucoup pour
K 3
222 MER CVRE
un Prince comme luy , mais.
fon Artillerie égaloit celle
des plus grands Monarques ;
il avoit vingt - quatre Mortiers
, ce qu'aucun Souverain
n'avoit encore eu dans une
meſme Armée. Toutes les
Troupes de l'Eveſque de
Munster affez nombreuſes
& affez aguerries , ( on ſçait
que ces Eveſques en ont toû
jours entretenu d'aſſez bonnes
)ſe joignirent à celles de
Brandebourg , & comme fi
ce n'avoit pas eſté affez pour
afficger une Place auſſi petite
& auſſi foible que Bonn ; un
grand Corps de Hollandois
renforça ces deux Armées.
Tout le Pays s'engagea d'ail .
leurs de fournir aux frais &
aux proviſions neceſſaires
pour ce Siege , & particulie-
:
GALANT.
223
rement la ville de Cologne
qui s'y trouvoit fort interreffée
,à cauſe des incommoditez
qu'elle fouffroit de la
Garniſon de Bonn. Les trois
Armées dont je viens de vous
parler ſe rendirent devant
cette Place. Elles ne manquoient
de rien , & non feulement
elles eſtoient ſeures
de tous les ſecours qu'elles
"pouvoient efperer du Pays ,
comme vous venez de voir ;
mais l'Electeur de Brandebourg
devoit auffi toucher
de l'argent de la Ville deCologne.
Cependant toutes ces
Troupes fi bien pourveuës de
toutes choſes & dans un Pays
Samy , n'oferent regarder Bonn
quede loin,& font demeurées
quatre mois devant la Place à
effuyer les incommodités d'un
K 4
224 MERCURE
C
C
long campement , ſans entreprendre
de l'attaquer qu'avec
du Canon & avec des Bombes.
Enfin , aprés la priſe de
Mayence , les Troupes Imperiales
eftant auſſi venuës-devant.
Bonn , on crut qu'avec
4. Armées on pouvoit affieger
une Place, dont les frequentes
forties des affiegés , devoient
avoir affoibly la Garniſon , qui
eſtoit beaucoup diminuée par
les maladies , outre que Bonn
eſtoit des ja toute ruinée par
les Bombes qui luy avoient
confume beaucoup de provifions
par les incendies qu'elles
y avoient cauſez ,& qui en
avoient endommagé d'autres ,
& qu'enfin elle avoiteſté refferrée
de fi prés pendant quatre
mois qu'il n'y eſtoit rien
entré. Voilà l'estat de laPlace,
GALANT .
225
attaquée & priſe par quatre
Puiflances . Comme le Blocus
avoit eſté fait au nomde l'Electeur
deBrandebourg , parce
qu'il avoit le plus de Troupes ,
le Siege s'eft continué en fon
nom , quoy que l'Armée Imperiale
y ſoit venuë , & c'eſt
en fon nom que la Capitulation
a eſté faite. On a ouvert
la Tranchée le 24. de Septembre
, & la Garnison eſt ſortie
le 12. d'Octobre , c'est- à- dire
que pendant ce temps là les
Ennemis ont fait tous les jours
de grandes pertes à la Tranchée
,& qu'ils en ont fait auſſi
beaucoup aux attaques des
dehors . Ils ont outre cela perdu
deux mille hommes aux
derniers affauts , & lors qu'on
les a veus maiſtres de la Contreſcarpe
,la Place à capitulé!
Ks
226 MERCVRE
Il eſtoit impoffible qu'aprés un
Blocus de quatre mois, un Siegede
dix huitjours , le dommage
qu'avoient fait lésBombes
aux proviſions , & aux
Medicamens , ainſi qu'au
corps de la Place › une Gar.
nifon qui n'avoitpoint d'autre
couvert que les dehors de
la Ville , ne ſe vift contrainte
à capituler. Elle l'a fait , & à
obtenu ſans aucune exception
toutes les marques d'honneur
qu'on peutaccorder aux plus
braves. La Capitulation fut
fignée le 12. & elle portoit
que deux jours aprés la Garnifon
fortiroir avec armes &
bagages,Enſeignes déployées,
Tambour battant , mécheallumée
, balle en bouche , la
Cavalerie à cheval l'épée à la
main , & les Dragons auffi à
GALANT.
227
2
cheval ; qu'on luy donneroit
une eſcorte fuffiſante qui la
conduiroit à Thionville , &
une autre eſcorte avec les voitures
& lesBateaux neceſſaires
pour tranſporter les Officiers
& Soldats malades à Mont-
- royal, queceux qu'on trouveroit
hors d'eſtat d'eſtre tranf
portez ſeroient en pouvoir de
demeurer dans la Place jufqu'à
ce qu'ils fuſſent tout à
fait gueris ; auquel temps on
leur donneroit des paſſeports
pour ſe retirer en ſeureté. La
Garniſon ſortit le 14. & alors
deux mille cinq cens hommes
des Troupes de l'Empereur
& de celles de Brandebourg
, de Munſter & de
Hollande , prirent poſſeſſion
de la Place. le vous donneray
le mois prochain une liſte
228 MERCVRE
de ceux qui ont eſté tuez &
bleſſez pendant ce Siege. On
peut dire que Mayence &
Bonn ont affoibly les: Ennemis
de plus de trente mil !
le hommes : & que leur
Armée est tellement déperie ,
qu'ils n'ont preſque plus
dInfanterie.
こMrole Maréchal de Lorge
ayant eu avis que la Ville de
Bonn capituloit , donna des
ordres pour commencer à
faire affembler l'Armée qu'il
doit commander , afin d'eſtre
en eſtat de l'oppofer aux defſeins
que les Ennemis pourroient
avoire Holes envoya à
Mts les Comtes de Tallard&
de Teffe , afin qu'ils le vinfſentjoindre
avecſept Battaillons
& feper Escadrons qui ef
toicutado coſté des Deux-
Ponts &tira de Sarloüis le
GALANT.
229
fecond Bataillon de Normandie
, & le Regiment d'artois.
Il devoit faire fortir de Luxembourg
les premiers Bataillons
de Normandie & du
Royal de la Marine avec le
fecond de Languedoc , & eſtre
joint par le Regiment de Cavalerie
de Mourinaux , &par
les Dragons de Gramont , &
de Teſſe , ainſi que par huit
Bataillons de l'Armée de Flandre
, de forte que ces Troupes
formoient déja un Corps de
vingt Bataillons& de ſoixante
Efcadrons ſans la Maiſon du
Roy , & un Corps confiderable
qu'ilattendoit encore deMont
Royal , & de quelques autres
endroits. Toutes les Troupes
ont,temoigné beaucoup de
jove de ſe voir commandées
par ce Maréchal.. C'eſt un
230
MERCURE
homme extrémement prudent,
qui comme je vous l'ay déja dit
a fort étudié les manieres de
feu Mr de Turenne ſon Oncle,
&qui fit faire à l'Armée duRoy
une fi belle retraité aprés la
mort de ce grand homme, qu'il
en merita le baſton de Maréchal
de France , & l'eſtime de
soute l'Europe.
:
A
On ne croit pas que le Roy
deHongrie ſoit fi toſt éleuRoy
des Romains , parce qu'il furvienttous
les jours de nouvelles
difficultez. Les Electeurs
Proteftans demandent qu'on
en crée encore deux autres à
cauſe que depuis la mort de
l'Electeur Palatin , dont l'Ele
torat eſt preſentement remply
parun Prince Catholique , ils
ne font que deux Electeurs
proteſtans. Ils voudroient qu'-
GALANT. 231
on donnaſt un Electorat à la
د Maiſon de Lunebourg &
qu'on feculariſaſt Ofnabruc ,
Eveſché Lutherien . Voilàl'effetde
laGuerred'aujourd'huy,
& ce qui commence à faire
voir que la Religion en fouffrira.
Cependant l'Empereur ,
pour ne pas laiſſer voir que
fon voyage d'Ausbourg a eſté
inutile , y fera couronner l'Imperatice
avant ſon départ.
Les Etats de Bretagne ſe
font tenus. M. de Pomereüil
y a aſſiſte pour le Roy . Le
don gratuit qu'ils accordoient
ordinairement à Sa Majesté ,
eſtoit de deux millions , mais
ils l'ont augmenté cette année
de huit cens mille livres,
en confideration de la guerre
que le Roy ſoutient pour l'intereſt
de la Religion. Com232
MERCURE
:
me tous fes Sujets concourent
àluy fournir les moyens
de la faire avec éclat , il eſt
hors de doute que les Finances
de fes Ennemis feront
plûtoſt épuisées que lesſiennes.
Il n'y a point eu dans ce
ficcle d'Armées ſi nombreuſes
départ & d'autre en Flandre
, & qui ayent moins fait
d'expeditions que celles qui y
ſont preſentement.Les Ennemis
ont toûjours dit qu'ils
vouloient combattre , nous
lesavonstoûjours ſuivis ,& ils
ſe ſont toûjours éloignez . M.
le Maréchal de Humieres
ayant feeu que le Prince de
Valdec avoit deſſein de couper
& d'enfermer noftre Armée
, en occupant le poſte
de Leuze, le prevint avecune
GALANT .
233
diligence incroyable , & aprés
avoir quité ſon Camp de Leffines,
il vint camper à Leuze
le 30. du mois paſſé . Le 2. de
cemois M. de Calvo joignit
l'Armée avec le Corps qu'il
commandoit. Le 3. les Gardes
- Françoiſes & quelques Bataillons
qu'avoit amenez M. de
Calvo , partirent pour aller en
Allemagne . Le 4. M. de Gournayavec
dix- huit Escadrons ,
alla camper à Queurin . Le
soon cut avis que les Ennemis
estoient venus à Cambron
, où eſt le quartier de
M. de Castanaga , ayant la
droite & la gauche vers Lens .
Le 6. M. d'Artagnan , Major
. General de l'Armée , alla à cel-
. ledes Ennemis avec paſſeport,
- pour regler les contributions .
Il voulut aller voir M. de
e
234
MERCURE
Valdec , mais M. de Caſtanaga
luy dit , que c'estoit luy qui
Commandoit , & que M. de
Valdec luy faisoit l'honneur de
venir quelquefois prendre l'ordre
chez luy. Le 7. un de nos par
tis de Cavalerie , & un d'lin
fanterie ſe chargerent ; ne s'étant
pas reconnus , &la Cavalerie
n'ayant pas voulu repondre
au Qui vive de l'Infanterie.
M. de Monroy commandoit
la Cavalerie. Son
Frere fut tué en cette occafion
avec un Lieutenant de
Dragons , & fix Cavaliers.Le
Commandant de l'Infanterie
eſtoit un Capitaine de Greder
Allemand qui cut un
Enſeigne & fix Soldats tuez ,
&autant de bleſſez . Ce Combat
ſe fit à la teſte de l'Armée
ennemie. On apprit le lende
GALANT . 235
1
5
1
T
main à deux heures du matin
, que les Ennemis publioient
qu'ils avoient receu
ordre d'attaquer la noſtre .
M. le Maréchal de Humieres
fit auſſi - toſt applanir le devant
de ſon Camp , remplir
les Foſſez , couper les
hayes , poſter le Canon ; de
forte qu'il leur eſtoit aiſé de
venir. Rien ne les en empefchoit
; le terrein eſtant de
plein- pied , mais la joye des
Troupes Françoiſes fut modérée
; les Ennemis firent ce
qu'ils avoient fait juſque- là ,
& prirent autant de foin à
éviter le Combat , qu'ils ont
toûjours affecté de dire qu'ils
avoient reſolu de le donner.
Depuis ce temps- là , l'Armée
Ennemie a beaucoup diminué
par les deſertions , les
236 MER CVRE
Cavaliers tout montez , & les
Officiers mefmes eſtant venus
ſe rendre dans celle du Rovi
de forte que pour empefcher
ces defertions ; on a mis la plus
grande partie des Troupes en
quartier dans les Places de la
Flandre Eſpagnole . On dit que
la crainte des mauvais quartiers
d'Hiver les a ainſi fait deferter.
Rien n'a mieux encore marqué
le mépris que le Prince
d'Orange fatt des deux Religions
dominantes en Angleterre
, que d'avoir nommé le
Docteur Burnet Chef des
Commiffaires des Eveſques
pour la réunion de ces deux
Religions . Cela a plus de l'air
d'une Comedie que d'une Affaire
ferieuſe. On voit un
criminel d'Estat au premier
GALANT... 237
chefenvers le feu Roy d'Angleterre
, preſcher dans les
Chaires de Londres , au lieu
que ſelon les Loix divines &
humaines , il ne devoit haranguer
que ſur un Echafaut.
On voit un Presbiterien , Pafteur
d'une Religion qu'il ne
profeſſe pas , ou pluſtoſt un
homme ſans Religion , qui par
des raiſonnemens que luy a
dictez un Ufurpateur , tâche
d'unir deux Religions.Cen'eſt
pas qu'on puiſſe trouver à les
rendre compatibles , mais cette
union eft neceffaire pour le
faire regner en ſeureté. Ainſi
cette affaire eſt purementpolitique
,& cependant quant elle
aura eſté reglée par les Creatures
du prince d'Orange , on
fera croire à la Nation qu'elle
- y aura confentyp & on punira
2
A
יפ
1
!
238 MERCVRE
ſeverement ceux dont la conf
cience delicate ne voudra pas
ſuivre ces Reglemens politiques.
Si ce mélange de Religion
paſſe , il n'y aura pas une
grande ſeureté pour les conſciences
de ſuivre une Religion
dictée par un homme du
caractere du Prince d'Orange
& approuvée par un auſſi grand
criminel que Burnet , Auteur
des fauſſetez , dont le Manifeſte
du Prince d'Orange eſt
remply. Voilà la malheureuſe
firuation des Affaires dela Religion
en Angleterre. Quant à
celles de l'Estat , tant qu'un
Tiran a la force en main , tout
eſt ſoumis , & fon regne paroiſt
paiſible; des qu'il commence
à chanceler , tout ſe declare
contre luy. Ainſi on ne doit
point conclure que parce que
GALANT.
239
1

2
fon regne paroiſt tranquille, &
abſolu , il ne ſoit pas toujours
preſt de tomber du Trône . Il y
a ſi peu de certitude à parler
des Affaires d'Irlande , que je
ne vous diray rien autre choſe
, ſinon que le temps fait voir
que ce qu'on a publié des deux
partis n'eſt point veritable . Si
le Roy d'Angleterre avoit défait
un ſi grand nombre de
Troupes, cette nouvelle ſeroit
confirmée , &fi M. de Schom
berg eſtoit auſſi puiſſant que les
Partiſans du Prince d'Orange
ont voulu le faire croire , il ne
ſeroit pas demeuré ſi long
tempsſansremporter quelques
avantages conſiderables.
On me donne la Liste des
nouveaux Capitaines & Lieutenans
qui ont eſté faits pour
les Vaiſſeaux & pour les Fre240
MERCURE
gates , & je vous en envoye
une Copie .
Capitaines de Vaiffeaux.
:
Mrs de Lifle.
De Leau .
De la Peaudiere.
DePontac.
250
1
:
Le Chevalier de Veniſe.
Dorogne.
Dela Varenne.
Le Chevalier de Courbon de
Blenac. Camb
Le Chevalier de Blenac.
De Mons .
S. Simphorin.
Le Chevalier de Pradine.
:
:
2
:
Hurauc. : 3
Le Chevalier de Savion .
Le Chevalier du Pleſſis .
Le Chevalier d'Oſmont .
Le Chevalier deLery ,
Le
GALANT. 241
LeChevalier de la Treilleci
Turgy Colbert.
CAPITAINES DE FREGATES.
Mrs Roland..Gopal
Du Vivaux .
Languillet.
De la Tour-Neville.
Pontac de Beautiran .
De Fremicourt...
Cleron,
Du Coffé.
De Septem.
De S. Simon.....
De Sainte Maric.
D'Archeville.
:
LIEVTENANS.
Mrs de la Bondiniere,
Norus .
Antoine Caffaro .
De Budiſnar .
F
Le Chevalir de Riviere.
Le Chevalier Daigrefin .
Vigreuxſe de Certe .
Octobre 1689 . L
2 1.
242: MERCVRE
Dulion. Lt of fate
Courcelles.
Le Chevalier de Bonnemée.
LaRoche Viſance..izaN
De Mericourt,
De la Teviniere.
Le Chevalier de Buſſi.
LeChevalier de Longue-ruë.
Le Chevalier de Villeray.
D'Atival.
De Livermont .
De Chammoreau .
Francine-Grand maiſon.
Mimars .
De Tourougau .
De Lifle.
Du Pont. d
De Gremonville.
Le Chevalier'de Cource.
De Tercet de Savion .
1
1
Le Chevalier de Verdille:
De Herbauteminiza
Lanctot.
ןיי
:
L
GALAN Τ . 143
Le Chevalier d'Harcourt .
De Loubis.
D'Iberoute .
Le Chevalier de Marolles .
Cargueraſmes .
:
Beauchart de Saron .
Le Chevalier de Pas- Maſſancourt.
Les Ennemis qui dés l'ouverture
de la Campagne avoient
cru pouvoir paſſer en
France , s'en trouvent encore
plus éloignez aprés l'avoir
finie. Ils font obligez d'aller
prendre des quartiers d'hiver
chez eux , & il y a beaucoup
d'apparence qu'ils n'y
feront pas commodement.
Mrle Baron d'Alsfeld , Maréchal
des Camps & Armées
du Roy , ayant eſté bleſſé
pendant le Siege de Bonn ,
pour s'eſtre trop expoſé , alla
expofe L2
244 f MERCURE
aux Eaux d'Aix - la Chapelle,
ſi toſt que cette Place fut
renduë , & il y eſt mort d'une
bleſſure à la cuiffe. Le Roy
a marqué beaucoup de regret
de la perte ,& d'eſtime pour
ſa perſonne. Il n'avoit pas
ſeulement de la bravoure,mais
beaucoup d'eſprit , & une fort
grande intelligence dans les
Negociations. Il eſtoit Fils
de feu Mr le Baron d'Asfeld,
à qui la Reine Chriſtine de
Suede avoit donné cette Baronnie.
i
Les Armateurs de S. Malo
ont pris trois Vaiſſeaux Anglois
venant de la Virginie ,
dont il y en avoitdeux chatgez
de Tabac, Ceux de Dunkerque
ſe ſont emparez d'un
Hollandois de ſept cens ton •
neaux , chargé de Mats ve
GALANT.
245
, & un
,
nant de Norvvegue
des Vaiſſeaux du Roy commandé
par Mr Gabaret , en
ayant attaqué trois Anglois ,
de l'Eſcadre du Milord Barclay
, deux prirent la fuite
&il ſe ſaiſit du troiſieme ,
monté de cinquante pieces
de Canon , aprés avoir eſté à
l'abordage. Ce Vaiſſeau eſtoit
chargé de Soldats & de munitions
pour l'Irlande .
On a enfin des nouvelles
de ce Royaume qui détruiſent
toutes les Fables qu'on
en a contées. Elles rapportent
que l'Armée du Roy , &
celle du Maréchal de Schomberg
ſont à quelques milles
l'une de l'autre , qu'elles font
ſeparées par une Riviere ;
que celle du Roy eſt de 17.
mille hommes , & celle de M.
L3
246 MERCURE
de Schomberg de 15. mille ,
mais que ce dernier s'eſt rétranché
afin de pouvoir par
ce moyen attendre du renfort
. Je ſuis Madame , Voſtre,
&c.
FIN.
:
********* 好好好好好
TABLE.
Prélude.
Sonnet .

I
2
Etabliſſement nouveau.
Academie debelles Lettres établie à
Toulouse.
Galanterie.
31
Article curieux touchant laMusique.
43
LettredeMadame laViguiere d'AlbyàMessieurs
de l' Academie des
Ricourati de Padouë.
47
Ce qui s'est passé en quelques Villes
de Saint Louis.
du Royaumelejour de la Feste
Ode.
Eglogue.
?????????????????33
69
72
Description tres.curieuse touchant
ce qui se passe tous les aus au
L4
TABLE .
mois de septembre dans la Ville
d'Autun. 76
Songe d'Iris parMadame deshowlieres.
103
Reception faiteàVerneuilà Ma-
1
dame la Princeffe d'Enrichemont.
Nouvelle de la Chine T
111
M. Bouret , eft Elew Profeffeur en
Ecriture Sainte 12
Ceremonie faite à Chaftillon fur-
S
Loin
Histoire.
"
118
Nouvelles decouverte dans la Medecine.
ASI
ArmorialHistorique ou on voit tou -
tes les creations des Chevaliers
de l'Ordre du SaintEspritfaites
parleRoy. 255
Celebre Conversion d'un luif. 156
Estas de la Santéde Madame la
Dauphine 161
M.le Marquis de Seignelay est
J
TABLE .
nommé Minestre d'Estat 142
Le Roy nomme Mel'Abbé Fleury
Sous Precepteur de Monseigneur
le Duc de Bourgogne.
Abbaye donnée à Madame de
Mortemar
165
167
M.leComteDarfy eft nommeGouverneur
de Monsieur le Ducde
Chartres
Mort
: 169
170
Retour de la derniere Troupe de
Religionaires qui a tenté depaffer
en Savoye 73
Nouveaux Colonels nommez parle
177
Voyage de la Cour à Fontainebleau
Modes nouvelles 18%
Nouvelle Carse d'Angleterre ,d'Bcoffe&
d'Irlande
20
182
Election du Papeaverles Geremoniesfaites
àſon exaltation 186
Autres Morts 198
TABLE .
Service du Bout de l' An de Mr le
MaréchalDuc de Vivonnefait à
Poitiers .
?
Nouvelles de Mer
203
204
Avantages remportezpar le Prince
Louis de Bade, 213
Article des Enigmes ,
216
Prise de la Ville de Bonn . 217
Nouvelles de l'Armée commandée
par M. le Maréchalde Lor-
Nouvelles de la Cour Imperiale.
:
230
Etats de Bretagne. 231
Nouvelles des Armées de Flandre
232
Nouvelles d'Angleterre. 236
Nouveaux Officiersde Marine. 240
MortdeM.le Baron d'Alsfeld.242
Vaiſſeauxprisfurles Ennemis, 245
Nouvelles d'Irlande. 246
4
Avis pour placer les Figures.
L
Air qui commence par Ingrate
que j'ay sant
doit regarder la page 61 .
aimée
La Medaille doit regarder la
page. 175 .
,
L'Air qui commence par ,
Brillantesfleurs , naiſſez,doit regarder
la page 298.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le