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EX BIBLIOTHECA
AUGUSTINIANA
LVGDUNENSI
807156
MERCURE
GALANT
DEDIE' A M ONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
:
SAGE DE LAY
AOUST 1689 E LYON
E
:
A LYON,
Chez THOMAS AMAULRY,
au Mercure Galant.
M.. DC. LXXXIX.
AVEC PRIVILEGE DU ROY
TABLE.
Relude.
Preblaintes de la Religion aux
Princes Catholiques. 3
Voyagedu Kan des TariaresàAndrinople
avant l'ouverture de la
Campagne avecles Mofcovites. 17
Traité d'accommodement entre le
RoydeDannemarc,&leDucde
HolsteinGotorp. 28
Palinodie.
39
Ce qui s'estpasséà la mort deMadame
la Princeffede Bade. 57
L'Amantemorted'Amour. 80
Les Soupirs d'Olimpe mourante. 82
L'ombre d'Olimpe. 88
Ordonnancedu Roy. 93
Traitédes Propheties,Vaticinations,
Predictions Prognoftications. 97
TABLE.
Prix remportéaux JeuxFlorauxde
Thouloufe. 120
Allegorie. 128
Dialogue Allegorique ſur les Affaires
du Temps. 129
Ce qui s'est passéà Saint Victor lors
que la Reyne d' Angleterre a esté
àcette Abbaye. 142
Tragedie representée au Collegede
Loüis leGrand avecle Balet du
Secret. 16г
Dernier Ouvragede M. Richelet.
169
Perſonnesnomméespour gouverner ,
instruire &fervir Monseigneur
leDucde Bourgogne. A 170
Election d'un Abbé de Clerlieux
177
Reception faite à M. l'Evefquede
Sarlat.. 178
Morts 180
Plusieurs Priſesfaitespar les Fran
çois fur les Anglois lesHol
TABLE.
landois.
193
Belle action du Capitaine Julien de
ba Rochelle.
4
198
Avantageremportésur un Vaisseau
Anglois parM.le Chevalierdu
Mené 206
Divers Combats donnez, & Priſes
faitesparM.du Quesne-Monnier.
212
Articles des Enigmes. 218
Modes. 223
Abbayedonnéepar leRoy.. 226
Mortdu Pape avec pluſieurs particularitez
touchant sa vie. 227
Ceque les Troupes Imperiales ont
fait depuis l'ouverture de la
Campagne. 229
Expeditions faites par l'Armée
commandée parM.de Duras. 244
Tout ce qui s'est passé enFlandre
depuis le commencement de la
Campagne... 256
TABLE.
Campagne de M. l'Electeur de
Brandebourg.
PrisedeCocheim.
272
273
ン
Nouvelles d'Ecoffe,d'Angleterre &
d'Irlande.
276
L
Avis pour placer les Figures.
Airqui commence par,Tour
brillant des beautez deFlore
doit regarder la page 92 .
L'air qui commence par,Que
jaypeineàquitter cet aimableBocage,
doit regarderlapage. 222.
Le Plan de Mayence doit
regarder la page 245-
A
MERCURE GALANTAGE DE
YON
AOVST 168893
Line s'eſt rien fait
depuis long - temps
qui marque mieux
la pieté & la grandeur
d'ame qu'on admire dans
le Roy , qu'une Plainte que la
Religion adreſſe aux Princes
Catholiques, En leur reprochant
qu'ils l'abandonnent lors
qu'ils fouffrent les attentats
Aoust 1689 . A
2 MERCURE
:
>
d'un Ufurpateur , contre un
Prince qui ne ſe voit hors du
Trône que pour ſes ſeulsintereſts
, elle fait connoiſtre combien
il eſt glorieux à Sa Majesté
d'eſtre toujours ferme à la ſoutenir
, & à ſe diftinguer entre
tous les Souverains par un zele
qui a produit le plus beau de
ſes triomehes . Cet Ouvrage
eſt de Mr l'Abbé du Jarry, dont
la réputation vous eſt connuë
par pluſieurs autres quiluy ont
acquis beaucoup d'eſtime , &
je croyne pouvoir mieux commencer
ma Lettre qu'en vous
faiſant partde ce que ſon zele
pour noſtre Auguſte Monarque,
luya fait dire à ſa gloire .
GALANT.
3
****
PLAINTE
DE LA RELIGION
aux Princes Catholiques.
DuSupreme pouvoirfacrezdépofitaires,
Sur qui Dieu fait briller ſes plus
vifs caracteres ,
Et que le Ciel engage à défendre
mes Loix
Par les auguſtesnomsde Chreftiens,
de Rois ;
Princes,mes chers Enfans , ouvrez
vos coeurs aux plaintes.
Qui vont de madouleur vous marquer
les atteintes .
F'esperois ſur vos fronts du crime
reverez
Trouver pour mes ſaints droits des
afyles facrez
A 2
4
MERCURE
Et que de vostre rang magloire in-
Separable ,
Aux prophanes Humains merendroit
venerable :
Mais quevois-jeaujourd'huy ? vous
trompezmon espoir,
Vous souffrezdes enfers l'attentat
le plus noir ,
Du fier Usurpateur l'affreuſe tyrannie
,
Lecrime couronnépar l'audace impunie,
L'oint du Seigneur errant fur de
fraifles vaisseaux ,
En proyeà la fureur des mutins&
des eaux;
a Le lieufaint prophané, leſigne de
la beste,
Et le bandeau Royal fur une mesme
tefte.
Princes , vous le voyez, de ce commun
affront
• Арос. с. 3 . :
GALANT.
La tache est impriméeàvoſtre aanu--
guste front ,
Du Diademe en vous la gloire invereſſée
,
Du Titre le plus saint la majesté
blessée ,
Tous les Trônes du monde en un
feul ébranlez,
Tous vos droits , tous les miens en
un jourviol,ez
Et parmy tant de Rois , je ne voy
qu'un Monarque ,
Qui de mon défenseur porte l'illuſtre
marque.
Ovous ,fur qui le Ciel verſa ſes
riches dons ,
Pour fauver de Loubly la gloire des
grands Noms :
Dont les heureux écrits vantez
dans tous lesâges ,
Doivent du marbre usévoir tomber
les ouvrages,
A 3
6 MERCURE
Pardes traits immortels, à la Posterité
Conſacrez de LOVIS la generofité.
Qu'on porte au Ciel l'éclat de fes
autres Trophées ,
La Diſcorde& l'erreurparson bras
étouffées ,
L'orgüil de ſes Rivaux par ses
Armes dompiés
Ce degré de puiſſance àson comble
monté;
Ce qui doit le couvrir d'une gloire
immortelle , s
Eft d'eſtre lefoûtien d'un Trône que
chancelle.
Luy Seul , de mes Autels l'inébras
lable appuy ,
Fait honteà tous ces Rois conjurez
contre luy.
b Seigneur , livre àfon bras ſes
ennemis en proye;
Frappe -les des terreurs que tacalere
envoye ;
bMachab. 1. c. 4.
GALANT.
7
QueleTiran confus periſſe embaraffe
c Dansle piege fatal que luy méme
a dreffé;
Laiſſe tomber les fleaux marquez
dans tes Oracles ,
dSur les prophanateurs detesfaints
Tabernacles
Que l'impie aveuglé d'un bonheur
criminel
Ne diſe plus , oùdonc est le Dieu
d'Israël?
Et que les NationsScachent que tu
proteges
Le Monarque ennemy des Trônes
facrileges.
Toy , qui viens de donner l'exmple
glorieux
D'un Sceptre abandonne pour l'intereſt
des Cieux ,
Heros , ne rougis point de tadifgraceillustre
;
•Pfal . 9 .
d Judith . c. 9.
!
A 4
8 MERCVRE
Dans les bras de LOVIS tu prens
un nouveau lustre ,
En effuyant les pleurs d'un Monarque
Chreftien ,
Ilte couvre d'éclat quand il terend
le tien.
-Je voy brillerfur toysa gloire répandue
,
De vos auguſtesfronts laſplendeur
confondue ,
Parun nouveauspectacle instruifant
les Mortels ,
Vous montrezjusqu'on va le zele
des Ausels ,
Quand pour les proteger , l'ardeur
qui vous anime
Enfait l'un levangeur , & l'autre
la victime.
Mais que dis. je ?d'orgueil le Tiran
enyvré
Aux traits du Ciel vangeur luymesme
s'est livre ,
GALANT.
9
Il voit deſes deffeins profperer l'in-
Solence ,
•Ilfemble mesurer les monts dans
la balance ,
Maistre de l'Ocean , commander à
ſes flots;
Mais quand l'homme est puny ,le
Cielbriſeſes fleaux .
Combien d'ufurpateurs redoutez
furle terre
Qu'épargnerent un temps les coups
deſon tonnerre,
fAu Soufte du Seigneur du Trône
renverfez,
g Comme la poudre en l'airont esté
difperfez?
Iln'a qu'à laiſſer choir cettegrandeurfragille
,
Elle se brifera comme un vase
d'argile :
e2.Machab. c.9.
fJob . c.4.
gPfal. 1.
As
10 MERCVRE
Ilfrappele haut cedre avec l'hum
rofeau ,
Et du supremé rang precipite au
tombeau .
Princes , quelle fureur vous fait
mettre un obstacle
Au Ciel, qui par LOVIS prepare
cemiracle?
Complices d'un Tiran , que ne partagez-
vous
La gloire du Heros dont vous eſtes
jaloux ?
Défendez comme luy mes droits
avec les voſtres ,
Auxinterests du Cielimmolant tous
les autres.
It eut jadis horreur de voir fes
étendarts
Al'envy du Sultant menacer vOS
ramparts.,..
Quand du bronze embraté fu
moient les murs de Vienne,
GALANT. II
Son coeurfût penetré d'une douleur
Chrestienne ,
Sa vertu fit tomber les Armes de
Sesmains ,
Ilfit taire en ſon coeur tout fentimens
humain ,
Et l'Empirepenchant aux bords du
précipice,
Doitfonfalut peut- estre àcegrand
facrifice.
h Que l'Aiglepar l'effort d'un Roy
religieux ,
Prenne fur le Croiſſant un vol vi.
1 Etorieux ,
LOVIS voitfans allarme accroiftre
Sa puiſſance ,
Il triomphe avec moy de l'effroy de
Bifance,
Ilne veut plus cücillir de Lauriers
que les miens ,
Illaiſſfe le champ libre aux Conquerans
Chrestiens ,
A6
12 MERCVRE
Ses Escadrons du Rhin defertent
les rivages ,
Il respecteune main qui vangemes
outrages ;
Maistre de fon couroux il le fait
étouffer ,
triompher ;
Il aime un ennemy qui me fait
Et met également au deſſus de
l'envie ,
La grandeur de ſon ame, & l'éclat
defa vie.
Ovous qui l'effenfez, Vainqueurs
des Othomans ,
De leur fang infidelle encore tous
fumans ,
Nefouillez pas vos mains à qui je
dois des Temples .
Suivez de ce Heros les genereux
exemples ,
Il'refpectort en vous les Vangeurs
de la Croix
GALANT 3
N'attaquez pas en luy le Défenſear
des Rois.
Que vostre ardeur pour moy fois
égale à la ſienne ,
Ilaima vostre gloire attachée à la
mienne ,
Pour estre comme luy mes veritables
Fils ,
Aimez fes interests avec les miens
unis:
i Contre le Monstre affreux quivomit
le blaspême ,
Tournez lefer vangeurarmé contrevous-
mesmes.
Craignezque les horreurs d'un cri
minel combat
,
De vos Lauriersfacrezne ternis
Sent l'éclat.
Bisance vous ouvroitfes ſuperbes
muraillles ;
Ses Peuples en fureur déchiroient
leurs entraillesi
Арос. 13.
14
MERCVRE
Son Empire ébranlé , ſes Sultans
égorgez ,
Sembloient marquer lejour de mes
Autels vangez ,
Et la Croix fans effortfurſes murs:
arborée,
Rous preſentoit de loin la palme.
preparée.
C'est-la que s'ilse peut , par des
faits inouis
Vous devez balancer les Exploits
de LOVIS.
Quand l'Europe à ses pieds voit
tomber l'Hereſie ,
Purgezd'un culte affreux l'Empire
de l'Afie
Ilva vaincrepour moyfurles rives
du Rhin
Plantezmes étendartsfur les bords
du Jourdain,
Et d'une égale ardeur armexpour
ma querelle
GALANT.
Ne vous montrez Rivaux qu'en
difputant de zele..
Mais quoy ?vous estes fourds à
ma plaintive voix ,
Vos Guerriers font gemir la Terre
Sousleur poids,
1Et l'affreux appareil d'une Ligue
barbare
Contre l'Oint du Seigneur par l'end
ferfe prepare
GrandDieu, l'impie espere au nomde
ſes chars s
milparle avec orgueil couvert de
centremparts,
Mais LOVIS appuyé du fer&de
lalance,
Dans ton bras tout-puiſſant a mis
Son esperance.
Arme donc fes Gueriers de tom
glaive vainqueur ,
Pfal. 2.
mPfal. 19.
nPfal. 19 ,
16 MERCURE
Fais profperer en toutfes voeuxfelon
fon coeur ,
Reçoy du haut du Ciel avec un oeil
propice,
Deſespeuples unis le coeur enfacrifice.
Quepour un Roy ſi cher ,si grand,
&fipieux ,
Les holocaustes faintsplaiſent devant
tes yeuХ .
Entensfurtout la voix desEpouses
Sacrées,
Au pied de fon Palais des pompes
Separées,
Et les premiers ſoupirs de ces coeurs
innocens ,
Qui de leurs voeux pour layt'offrent
lepur encens :
Commande aux Escadrons de tes
Anges fidelles
PDe défendre ſon Trône à l'ombre
de tes ailes ,
•Ibid.
p Pfal. 20
GALANT. 17
Veille fur le berceau de ce Royal
Enfant ,
Que tu mers en depoft chez ce Roy
triomphant,
Inſtruitsſes foibles mainsà terraſſer
l'audace
Dufuperbe ennemy dont l'orgueil
lemenace , 4
Renverſetes projets de la rebelion ,
q Fais tomberàses pieds leſuperbe
Lion ,
Ouvre devant ſes pas tes sentiers
Salutaires ,
Et le porte en tes mains au Trône
defes Peres.
Le temps approche où nous
devons voir l'effet des preparatifs
qu'on a publié depuis
quelques mois que les Turcs
faifoient pour la Campagne.
Le Kan des Tartares a eſté
g Ibid.
18 MERCVRE
appellé aux Couferences qui
ſe ſont tenuës à Andrinople
far ce ſujet. Le Grand Vifir
ayant cu nouvelles qu'il y
devoit arriver le 20. Janvier ,
envoya fon Kiahia au devant
de lay à une journée de la
Ville , avec trois cens Soldats
de fa Garde , vint Agas ,
leChiaoux Bachi & quarante
Chiaoux. Il fortit luy- meſme
d'Andrinople , accompagné de
fon Aga&des deux Commandans
des Spahis , & alla juſqu'à
deux lieuës pour le recevoir
fous une Tente qu'on avoit
dreſſée exprés. Lors qu'il s'y fût
repoſé un peu de temps, le Kan
arriva . Le Viſir vint à ſa rencontre
juſqu'à l'entrée de la
Tente , & le conduiſit dedans ,
marchant le premier. On leur
preſenta le Café & le Sorbet ,
GALANT. 19
aprés quoy ils, monterent à
cheval .Le Viſiravoit la droite .
Ses Gardes & fes Chiaoux
marchoient devant, & ſes Muficiens
derriere , avec environ
trois cens Tartares . On ſe rendit
en cet ordre au Palais du
Grand Viſir qui entra avantle
Kan , & alla l'attendre au haut
de l'Escalier pendantqu'ilmettoit
pied à terre.Ce fut là qu'il
le receut ,& enſuite il le mena
à la Chambre d'Audience >
marchant toujours devantlhy.
Le Kan y prit place à droite , &
le Grand Vifir à gauche.Ils eurent
une affez longue conver
fation qui preceda le ſoupé.Ce
repas finy, le Viſirluy preſenta
une Vefte de zibeline , & l'ac
compagna juſqu'à l'Escalier.
Le Kan ayant pris congé de
luy ,monta fur un chevalbien
20 MERCVRE
enharnaché dont il luy avoit
fait preſent, & on le mena à un
Palais qui luy avoit eſté preparé
. Le Grand Viſir luy rendit
viſite le lendemain , & le 23.il
l'envoya inviter à venir à
l'Audience de Sa Hauteſſe.On
le conduiſit au Palais du Viſir
qui l'accompagna au Serraildu
Grand Seigneur. Ils entrerent
par la Porte du Iardın , & allerent
mettre pied à terre à l'appartement
du Boſtangi Bachi ,
ou Chef des Jardiniers . Ils y
prirent le Cafe , & pendant ce
temps , on vint avertir ce premier
Miniſtre d'aller trouver
Sa Hauteſſe . Vn peu aprés le
Capigi Aga vintavec le Capigılar
Kiahia , pour conduire le
Kan à la Chambre où Elle
eſtoit . Le ſalut du Kan fut de
baiſſer la teſte en entrant , &
GALANT. 21
de mettre la main juſqu'à terre
. Le Grand Seigneur eftant
defcendu de ſon Trône , s'avança
trois pas pour le recevoir
, puis le ſalua en baiſſant
auſſi la teſte , & retourna fur
ſon Trône . Le Kan s'aſſit à ſa
droite ſur un tabouret , & le
Grand Viſir à ſa gauche ſur un
autre . L'entretien fut d'un
quart d'heure. On donna au
Kan une Veſte de zibeline ,
ayant de gros boutons d'or &
des gances de meſme , & un
bonnet auſſi de zibeline , avec
deux petites plumes des deux
côtez enrichies de pierreries .
Au fortir de l'Audience , il
monta fur un cheval caparaçonné
comme pour le Grand
Seigneur mefme. Quarante
Tartares marchant deux à
deux , alloient à pied devant
22 MERCVRE
luy. Ils eſtoient ſuivis du
Chiaoux Bachi avec fes
Chiaoux , & du Maistre des
Ceremonies . Ceux-cy precedoient
le Kan & le Viſir , le
premier ayant la droite de
l'autre . La Courdu Viſir marchoit
enſuite , puis le premier
Miniſtre du Kan avec tous ſes
Tartares auſſi deux à deux , reveſtus
de belles Veſtes qui
eſtoient un preſent de ſaHauteſſe.
Ce fut avec cette pompe
qu'ils arriverent à la porte du
Palais duGrand Viſir. Alors ce
Miniſtre ſans mettre pied à
terre ſalua le Kan,& entra chez
luy avec ſes Gardes & ſes Pages,
tandis quele Kan , accompagné
de toute ſa ſuite, retourna
au Palais où il logeoit. Ily
eut lejour ſuivant une longue
conference touchant les moGALANT
.
23
yens de reduire Yeghen Bacha ,
Seraskierde Hongrie , dont la
revolte empeſchoit que l'on
nepriſt de juſtes meſures pour
la guerre. En attendant qu'on
puſt en venir à bout, on reſolut
dedonnerſa Charge à un nouveau
Seraskier, & Arap Regeb
Bacha fut choiſi pourla remplir.
Quelques jours aprés le
Neveu de ce Rebelle fut pris à
Philippopolis . Il n'avoit que
dix- huit ans ,& il luy menoit
quatre cens hommes Sa teſte
avec eelles de ſes Soldats fut
envoyée à Andrinople , ainſi
que la teſte du Bacha de Siluſtrie
, qui avoit eſté le Kiahia
d'Yeghen . Le 13. de Fevrier, le
Kan eut fon Audience de cougé
du Grand Seigneur. On luy
fit preſent d'une autre Veſte de
zibeline, d'un Cimeterre, d'aun
24
MERCURE
Arcavec ſes Fléches , & d'un
cheval avec un harnois Imperial.
Au retour de l'Audience ,
il mit pied à terre au Palais du
Grand Viſir , où l'on tint un
grand Confeil en prefence
du Mufty , des deux Cadileskers
, du Janiſſaire Aga ,
des principaux Officiers des
Janiſſaires , & des deux Agas
des Spahis . Le Conſeil eſtant
finy , tous les Officiers ſe retirerent
à l'exception du
Mufti , qui demeura le reſte
du foir avec le Kan & le
Grand Viſir . Le 14. ce premier
Miniſtre conduifit le
Kan hors la Ville avec la
meſme ſuite qu'il avoit euë
en allant le recevoir. Le 9. de
Mars , la teſte d'Yeghen Bacha
, & celles de ſeize de ſes
principaux Officiers furent
,
appor
GALANT .
25
1
apportées à Andrinople , ce
qui cauſa beaucoup de joye
à la Porte. Il eſtoit allé avec
huitcens hommes trouver un
nommé Mahmut , Bey en Albanie
, qui en commandoit
quatre mille dans les Montagnes.
Mahmut l'ayant receu
d'abord avec de grandes honneſtetez
, le trahit enſuite , &
le livra au Bacha Arap , nouveau
Seraskier. L'Empire
Othoman eſtant délivré de ce
Rebelle, on ne ſongea plus qu'à
preparer toutes chofes pour la
guerre. Le 9. d'Avril on dreſſa
les Tentes du Grand Seigneur
& celles du Grand Viſir , avec
les ceremonies accoûtumées ,
&le Peuple fit connoiſtre par
ſes acclamations l'intereſt qu'il
y prenoit. Les jours ſuivans
on vit arriver pluſieurs Volon-
Aoust 1689 . B
26 MERCVRE
taires . Ils avoient le Turban
noir & la Veſte noire. C'eſt la
couleur dont ſe ſervent ceux
qui vont à la guerre par le ſeul
zele de Religion. Le 18. du
méme moison fit la reveuë des
Janiſſaires à une lieuë d'Andrinople.
Le Grand Viſir , devant
qui elle fut faite, en choifit
douze Odas ou Chambres
pour aller du coſté deNegrepont.
Il changea quelques Officiers
, & permit à ceux qui
nepouvoientplus ſervir à cauſe
de leur grand âge , d'aller
prendre du repos , aprés les
avoir recompenfez. Peu de
jours aprés , le Janiſſaire Aga
fortit de la Ville en grand appareil
pour aller au Camp , où
il mena fix mille Janiſſaires
choiſis. Ces préparatifs flatant
le Peuple , on chercha à l ani
GALANT.
27
mer encore davantage , en faiſant
porter par la Ville ſoixante
& quatre Drapeaux pris fur
les Croates & les Allemans , qui
avoient eſté taillez en pieces à
Genibazar dans la Boſſine , &
ils furent expoſez prés des
Tentes du Grand Seigneur ,
avectoutes les marques de ſatisfaction
que pouvoient donner
les Troupes. Le lendemain
Sa Hauteſſe ſortit du Serrail.
Le Grand Viſir , le Mufti , &
les plus confiderables Officiers
del'Empire l'accompagnoient.
L'Etendart de Mahomet eſtant
à la teſte , avec quatre cens
Cherifs à Turban verd , deſtinez
à le garder pendant la
Campagne. Le Grand Seigneur
, qui fit paroiſtre un air
fier & martial dans toute la
marche s'arreſta devant les
B 2
28 MERCVRE
Drapeaux qu'on avoit pris ſur
les Allemans , & parlant fort
haut au Grand Viſir , il dit,
qu'il falloit prendre courage , que
leMusulmans pouvoient s'aſſeurer
qu'ils le verroient toujours à leur
teste ,& qu'il estoit reſolu de partageravec
eux tous lesperils auſſibienque
la gloire de cette Campa- -
gne. Le 17. on coupa la teſte
devant ſes Tentes à deux Officiers
des Troupes d'Yegen Bacha
, à qui des diſcours ſeditieux
eſtoient échapez . On a
eu quelques avis quele Grand
Seigneur eſtant party d'Andrinople
s'eſtoit avancé juſqu'à
Philippopoli , mais la confir
mation en eſt neceſſaire avant
qu'on y doive ajouter foy .
Il eſt difficile que vous n'yez
entendu parler de la grande
affaire pour laquelle on a traGALANT.
29
vaillé depuis quelque temps à
faire un Traité d'accommodement
entre le Roy de Dannemarc&
le Duc Holſtein-Gottorp
. Holſace. ou Holſtein , eſt
une Province. d'Allemagne
dans la Baſſe- Saxe , compriſe
aujourd'huy dans le Danne
mare . Elle eſt diviſée en quatre
parties , dont l'une retient
le nom de Holſtein,qu'elle s'eſt
proprement attribué . L'autre
eſt Stomarent;ła troifiéme Ditmarck
, & la derniere Vvagheren.
Les principales Villes
font Lubec & Hambourg,
qui font Anſeatiques.Gluckſtadt
, Brunſbuttel , Meldorp ,
Pinnaberg , Rensborg , avec
tout le Comté de Segeberg ,
font au Roy de Dannemare ,
& Kiel Oldenborg , Lunden,
B. 3
30 MERCURE
&quelques autres , appartiennent
au Duc de Holſtein ..
Charles-Gustave,Roy de Suede,
épouſa en 1654. Hedvvige-
Eleonor , Soeur de Chriſtierne-
Albert Duc de Holſtein-
Gottorp , & par le Traité de
Roſchild qu'il fit au commencement
de l'an 1658. avec
Frederic Roy de Dannemarc
, il l'obligea de ceder au
Duc fon Beau- frere , des droits
de Souveraineté qu'il avoit
fur le Duché de Sleſvvich. Le
Roy de Dannemarc y ayant
conſenty confirma encore
cette ceſſion par le Traité de
Copenhague l'an 1660. Depuis
la derniere guerre entre
les Danois & les Suedois ,
aprés l'an 1674. Chrihierne
V. Roy de Dannemarc , Fils
de Frederie , s'eſt mis en pof-
,
GALANT.
31
ſeſſion de divers droits , appartenans
au Duc de Holfrein
; & parle Traité de Paix
conclu à Fontainebleau , ce
Duc a rentré dans tout ce qui
luy eſtoit acquis par les Traitez
de Roſchil & de Copenhague.
Les differends n'ont
pas laiſſe de continuer entreces
deux Princes ; & le Duc
de Holſtein ayant choiſi pour
Mediateurs , l'Empereur , &
les Electeurs de de Saxe & de
Brandebourg , Sa Majesté
Imperiale & leurs Alteſſes
Electorales envoyerent leurs
Miniſtres à Altena , où l'Af
ſemblée ſe devoit tenir pour
terminer cette affaire.Lero.de
May dernier , les Plenipotentiaires
du Duc de Holſtein-
Gottorp donnerent un Memoire
aux Miniſtres Media
B 4
32
MERCURE
teurs , par lequel ils demandoient
la reſtitution du Duché
de Sleſvvichen toute Souveraineté
, & celle des quatre
Bailliages engagez , ſans que
l'on fuſt obligé d'en faire aucun
dédommagement , le partage
des contributions de ce
Duché,&de celuy de Holſtein ,
quatre cens mille écus pour
le rétabliſſement de la Forte
reſſe de Toningue,les Canons
&les munitions qui s'y trouvoient
lors qu'elle fut demolie
en 1675. & cinq cens
mille écus pour les non joüiffances
declarant que ce
Duc ne vouloit eſtre tenu à
ces offres que pendant un
mois. Le 10. de Juin ,jour où
finiſſoit le terme donné pour
accepter les propoſitions d'acdommodement
, les Media-
,
GALANT.
-33
,
teurs de Dannemarc , de Suede
, de Hollande , de Zell , &
de Hanover , le rendirent à
Altena , & aprés une longue
Conference , les Mediateurs
n'ayant pû faire convenir les
Parties d'aucun Traité , drefferent
un nouveau projetdont
ils donnerent une copie aux
Miniſtres du Roy de Dannemarc
, & une autre à ceux du
Duc de Holſtein Gottorp
proteſtant que fi l'accommodement
n'eſtoit ſigné dans le
terme de quinze jours , l'Empereur
et les Electeurs de Saxe
& de Brandebourg ſe declareroient
contre celuy qui
refuferoit de le terminer. Il
fut enfin conclu le 30. du
meſme mois par Sa Majesté
Danoife & par le Duc de
Holstein, aux conditions qui
fuivent..
1
BS
34
MERCVRE
>
I. Ily aura une Amnistie ge
nerale & un oubly perpetuel de
tout ce qui s'eſt paßéde part &
d'autre les Ministres & les
Sujets de l'un ny de l'autre ne
pouvant estre recherchez ou moleftez
pour cela, Et on ne regardera
de mauvais oeil , aucun des
Sujets du Dus de Holstein qu's
Jesont foumis au Roy de Danemarc
, mais au contraire ,
nouvellepar ce Traité , une amitié
inviolable & une union tresétroite
entre S. M. Danoise& Son
Alteſſe ,ainsi qu'entre leurs Heritiers
& Succeffeurs .
on re-
II. Le Roy de Danemarcrétablira
le Duc de Holstein dans toutes
fes Terres biens ,dansſa Souveraineté
, fes Regales , droits de
leverde l'argent,de faire des Alliances
, de baſtir des Forts &y bastir des F
mettre Garnison , &dans tout les
1
35
GALANT.
autres Droits , Privileges & Preéminences
dont il joüifſoit en vertu
des Traitez de Vvestphalie & du
Nord, juſques en l'année م&. 1675
dans tout ce qui luy appartient par
leTraitéde Fontainebleau ,qui est
confirmé par celuy- cy ; & Sa Majesté
rendra aussià tous les Sujets
&Domestiques de Son Alteſſe, leurs
effets , biens &Capitaux .
III. Et comme le Duc entre fes
autrespretentions , demandequele
Roydégage l'Isle de Femeren&les
Bailliages de Steinhorst, de Trems_
bustel&deTrittauv de tous hipoteques&
engagemens , & les luy
rendefrancs & libres detoutes dettes,
Sa Majesté pourdonnerde nouvelles
marques defafincerité&de
fon affection fraternelle , renonce à
l'hipotéque qu'Elle afurle Baillia .
gede Trittavu , quoy qu'illuyſoit
encore dú une ſomme d'argent con
B6
36 MERCURE
fiderable ,& luyrendra ledit Bailliage
avecses autres Estats. Mais
que pour ce quiregarde l'Isle de Fe
meren & les Bailliages de Steinhorst
&de Tremsbutel,n'estant pas
entre ses mains , mais entre celles
de fon Alteffe Royale le Prince
George de Danemarcfon Frere, les
Mediateurs pour affermir & con.
Server la paix du Nord qui estfa
neceffaire , & le Cercle de la Baſſe
Saxe auquel le bien commun est fa
intereffé,fefont chargezde trouver
un milieu , fansfrais ny préjudice
à Sa Majesté , pour fatisfaire fon
Alteſſe Royale , touchant les prétentions
qu'Elle a fur ladite Isle&
fur lesdits Bailliages, deforte qu'ils
puiffent estre rendus au Duc der
Holstein ,francs de toute dette.
IV. D'autre costéle Duc renon .
ce nonfeulement à toutes les pretentions
qu'il pourroit avoir furle
{
GALANT.
37
Roy , pour avoir faifi&gardéſes
Estats,mais auſſiſe demet & aban
donne le procés qu'il avoit intenté
àla Cour Imperiale contre leDuc
de Ploen.
V. Pour ce qui regarde l'Union
&les Accords entre les deux Familles
, & les Traites faits jus
qu'en 1675. ils continueront en leur
entiereforce ,& s'obferveront religieusement
, ainsi que ceux da
Krestphalie , du Nord& de Fon
tainebleau ; &le Roy defon costé
cedera tous les arrerages & contributions
qui ne font pas encora
Levées.
VI. Les chofes de moindre con..
Sequence qui ne sont pas encore
terminées , feront accommodées à
Lamiable ou par la voye de droit
fans qu'aucune des deux parties
puiſſe rien entreprendre parvoye
de fait..
38 MERCVRE
VII. L'Echangedes ratifications
de ce Traité se feraà Altena 14.
jours aprésſa datte ,& le contenu
fera mis à execution huit jours
aprés. En foy dequoy,&c.
L'ouvrage que vous allez
lire eſt la traduction d'un Poëme
Latin compoſé par un Jeſuite
, enfuite d'un diſcours
fort éloquent , qu'ilavoit prononcé
en faveur de la langue
Latine contre la Françoiſe.
Cela fait voir que quand on a
de l'eſprit , on peut foûtenir
également le pour& le contre..
GALANT.
39
PALINODIE .
RAisonnemens trompeurs , Eloquence
funeste
Vains discours, queje vous detefte..
'ay voulu lâchement trahir voſtre-
Party
France ,mon aimable Patrie ,
fayvoulusignalermon aveuglefurie.
Etmoy feulje mefais traby...
Ah !Mere des beaux Arts , pardonne
àl'inſolence
D'un Orateurtrop vehement,
Viens , langue des Latins , rens à
cellede France
L'honeur que tu luy dois fi legiti
mement.
D'où vient que malgré sa vieil
Leffe
40
MERCURE
Tuveux te piquer de beauté?
Sçais-tu que ton éclat quiſurprend
lajeunesse
N'a rien qui ne foit emprunté ?
C'eſtvainemens que l'on s'enteſte
Desfoibles ornement que ton adreſſse
apreſte ,
Tous ces airs concertez cette fauffe
condeur ,
Cefard qu'on voitsur tonvisage
Ces termes affectez qui forment ton
langage ,
Te font sibille en âge auſſi-bien qu'
en laideur:
Voilà ce qui te fit si long-temps
Souveraine
Des Romains prevenus enfaveurda
tes loix;
Mais aujourd'huy tu tiens à peine
Unpetit coin de terre où tu maintiens
tes droits .
Rarement ont'entenddans la boushee
desRois
22
I
GALANT. 41
Le beau monde te fuit ; tes plus
beaux privileges ,
Sont renfermezdans les Colleges .
Déterrons des Latins les plus vieux
monumens ,
Fouillonsdans leurs fombresArchives.
Enverrons- nous un ſeulexempt des
invectives,
Et des cenſures des Sçavans?
Ciceron , le premier en butte à la
Critique,
Laiſſeunpeu trop voir d'art , dit- on
quand ils'explique ,
Il est diffus en crop d'endroits .
Live qu'onmet au rangdes Auteurs
lesplus vares ,
Garde defonpays certains termes
barbares
Dont on le raille quelquefois.
Plaute, cet illustre Comique ,
A- t -ilaujourd'huyrienqui pique?
Voit- on un Peuple aſſezbadain,
42
MERCV RE
Aqui plustsa bouffonnerie ,
Etsa fadeplaifanterie ,
Neferoit-ellepasfiflée àGuenegant
Terence a toutpilléMenandre?
Seneque est empoulle ; pour ne le pas
entendre
L'Auditeur effrayéſeretireàl'écart
Enfinla Scene antique eftfansregle
&fans art.
Laiſſons le Cothurne tragique .
Pour parlerdu Poëme Epique :
Virgile a- t - il rien deſi beau ?
Enparlantdeſes Dieux,des Troyens
defon Pere.
Quefes vers ont -ilsde nouveau
Qu'un ennuyeux tiſſu desdépoüilles
d'Homere !
Est- ce d'Ovide l'Amoureux
Dont onvoudra vanter laplume ?
Que n'a-t-il estéplusfoigneux
GALANT.
43
De remettre fes vers mal polisfur
l'enclume ?
-Scaliger nous apprendqu'ils envaun
droient bien mieux.
Quand au deſſus du vent je vois
volerHorace ,
Il tombe,dit un autre,&sachute me
glace.
Lucainest trop guinde ; Juvenal eft
trop dur ; [obfcur.
Evitant d'eftre long, Perfe devient
LebadinagedeTibulle
Ne me charmepasplus que celuyde
Catulle ,
Dont le versfautillant ,fiftant ,&
mal formé 2
Ressemble à son Moincau dansla
cage enfermé.
Mais,France,Pepiniere agreable &
feconde
Des plus fameux auteurs du
monde
<
44
MERCVRE
Nous voyons aujourd'huy que tes
heureux Destins
Te mettent au deffus deGrecs&des
Latins.
Aristote est vaincu ,Son traducteur
Caffandre
Eft plus poly , plas doux , &sefait
mieux entendre .
Philipequi craignit Demoftene ,&
[ſavoix ,
Trembleroit aux Sermons du tonnat
Bourdaloüe ;
Et quandle Divin Flechier love,
C'est bienmieux quepline autrefois.
Jamais Rome au Barreau vit elle
une éloquence
EgaleaugrandPatruplaidans pour
l'innocence ,
Et du vainqueurd' Afie enlifant les
combats.
N'eſtime t-on pas moins Curse que
Vaugelas?
GALANT .
45
Malgrèles vers pompeux que Lucainnous
etale ,
Cefareuſtde Brebeufadoré la Pharfale;
Tout scavant qu'il eſtoit il auroit
faitfa Cour ,
Pour avoir un cahier chez l'illuftre
Ablancour.
Mais Rome enfinſeglorifie
D'avoir eu dans ſon ſoin la docte
Sulpicie : [your
Elleſe vante encor d'avoir donnéle
A lasçavante Cornelie :
Noftre France bien plus polie,
Ade charmans objets à vanter àſon
tour.
Ellen'apas pour une Muses
Bregy, Des Houlieres , la suze,
Et mille autres Saphos que je ne
nomme pas ,
Font de nostre Parnaffe un lieu remplid'apas.
46
MERCURE
Qu'onnenous vanteplus le theatre
d'Athenes ,
Dont les Acteurs cruels enfanglantoient
la Scene ;
Si dans Sophocle , Ajaxmeurt defa
propremain ,
Etfi dans Euripide une mere cruelle
Plongeàses deux enfans un poignard
dans le ſein ,
Avonons quechez-nous la methode
est plus belle.
Le Cid ; Pompée , Horace enſcront
les témoins ;
C'est là que ledivin Corneille
Touchant lecoeur,charme l'oreille
Dans Cinna que croiroit aumoins
Qu'un ingrat accablépar les faveurs
d'Auguste ,
Conſpirant contre luy par unretour
injuste? (Sanglant
Il cust fallu dans Rome unſpectacle
pour punir cette audace extrême
GALAN T. 47
Mais lepardon tient lieu defang
Auguste oublie, Emilie aime,
Cinna devient reconnoiffant.
Et les vers du Poëte ont un tour fo
puiſſant ,
Qu'on croit entendre Auguste
mème.
Represente- t-on Phedre & toutes
Sesfureurs?
On y plaint le chasteHyppolite
Si la veuve d'Hector pleure , Dieux,
qu'elle excite
Detendressentimens dans lefondde
nos coeurs !
Racine,ce charmant Genie ,
Tire des foûpirs & des pleurs
Des Peuples attendris au recit des
malheurs
D'une mourante Iphigenie.
Chacun d' Agamemnon abhorre le
deffein , (victime
Voyant le couteau prest d'égorger la
48 MERCURE
Chacunsoupire de ce crime ,
Etcroitfentir le coup qui luy percele
fein.
Las de pleurer si l'on veut rire
Et dans le meſore instant s'instruire,
Qu'on aille de Moliere écouter les
leçons.
Envoyant le Tartuffe&Sonmasque
hypocrite,
On apprendra comme on évite
De tant de faux Devotsles troma
peurs hameçons.
Les Marquis,les Facheux , l'Avare
,
Et le Misantrope bizarre ,
Lesmauvais Medecins,les Femmes,
les Maris ,
Tverront de leursmoeurs la critique
fubtile ,
Commeontfait la Cour & Paris.
Heureux , quiioint ainſileplaisant
à l'utile !
Le
GALANT.
49
Le piquant Despreaux dans ses
excellens Vers
Découvre des humains tous les défauts
divers.
L'avaricefordide &lafauſſe Nobleffse
Yſont peintes avec adreſſe.
Là, l'heureux Partisan, l'habileFinancier
,
Nous montrent que le Chiffre est le
plusfeur mestier
Là, qui veut au Sermon eftre affis à
Sonaife.
A l'Ave trouve une fort bonne
[chaife ,
Dans les lieux où Cotin parses tons
gratieux
Fait defcendre ds Ciel'des pavots
fur lesyeux .
Là, d'un mauvais Rimeur la trop ३
fluide verve ,
Veut prodiguer ſes Vers en dépit de
Minerve
Aoust 1689 .
C
50
MERCVRE
Et pour peu que soy mesme on se
connoiffe bien ,
Lifant le nom d'un autre on peut
lire lefien.
Heureux enfin , heureux , qui pour
devenirſage ,
En voyant ces portaits peut y voir
Son image !
Maisfile Lecteur aimemieux
Un Ouvrage qui soit comique &
ferieux ;
Voiture est inventeur de ce genre
d'écrire ,
Qu'on ne peut imiter& que chacun
[ admire
La Langue Françoise à tenté
Tout cequ'a fait l'Antiquité ,
Le Boffu Phrygien d'une facile
veine ,
Afaitparler les Animaux ,
Ses difcours fabuleux font beaux ,
Mais on donne la Palme à ceux de
la Fontaine.
GALANT.
51
Quoy que je life tous les jours
Les entretiens & d'Ariste & d'Eugene
,
Je voy je ne sçay quoy dans leurs
charmans difcours
Dont le tour m'enchante toûjours.
Les Graces s'uniſſant aux Filles
d'Hypocrene ,
Ifont l'éloge de Bouhours.
Encela noftre Langue étaleſon empire.
Parlongueperiphrase unLatinſçait
écrire;
L'Espagnol trop enflé , l'Italientrop
doux
Sans leſecours de l'Art ne pourront
iamaisdire
Ce que le naturel exprimera chez
nous.
Noussçavous bien que le langage
A
C2
52
MERCVRE
Dont nous nous fervons aujourd'huy
Fut pendant certains temps unmar-
[bremalpoly,
Et brut , onne peutdavantage,
Noftre France eut beſoin alors
De ces Hommesfameux & de tous
leurs efforts ,
Pourpolir unfigrand Ouvrage.
Malherbe d'abord l'ébaucha,
L'inutile il en retrancha :
Balzac la lime en main vint&se
fit connoistre ,
Il radoucit , il retoucha ,
Ses coups furent des coups de
Maistre ,
Deces deux Ouvriers charmans
Noftre Langue receut ses premiers
ornemens.
La politeffe alors par la Pourpre
affermie
DugrandArmandſuivit les loix,
Cefut luy qui fit le beau choix
GALANT.
53
Dont ilformal' Academie.
Cette Accademie au Berceau ,
Samblable au valeureux Alcide,
Etouffoit tous les jours quelque
Monstre nouveau
Dont l'ignorance estoit leguide.
Arbitre déja des écrits ,
Les ſentimens des beaux Eſprits
Eſtoient soumis à ſapuiſſance.
Sa force accrue avec le temps
Sanspeine produisit dans for ado
lefcence
Un nombre infiny deſçavans.
Nous la voyons enfin au comble de
fon âge,
Etdans ce comblefortune
Qu'adora fous Platon l'Univers
etonné ,
Dans ces fameux Jardins & dans
l'Areopage.
L'Eloquence,les Vers , les Langues,
les beaux Arts ,
Les travaux de Minerve & les ex?
ploits de Mars ,
:
C3
54 MERCURE
Sont les heureux emplois que les
Mufes luy donnent :
LOVISſon Apollon , l'illumine toûjours.
Son auguste prefenceanimefes difcours
,
Son exemple l'inſtruit,ſes bien-faits
La couronnent.
Animezvos coeurs &vos voix ,
Vous , Homeresnouveaux , & vous
Curſes ſublimes :
Employezl'Eloquence , & les plus
douces rimes ,
Pourparlerdu plus granddes Rois.
Annoncezpar toutſes Victoires ,
Eternifez fonnom dans vos doîtes
memoires.
Là,plus que fur l'airain dureront
Sesexploits.
Ouy,grand Roy, cesfçavans Oracles
Auxfiecles àvenir apprendront tes
miracles.
GALANT.
55
Ilstepeindront tonnantſurleRhin,
fur l'Iffel ;
Vainqueur fur l'Escaut , fur la
Meuse;
Et triomphant toutseul d'une ligue
fameuse
Qui t'acquit à iamais un honneur
immortel.
On verra par ton braslesplacesfoudroyées.
Faire voler bien loin les Aigles effrayées
:
On verra les LionsSoûmis
Implorer à tes pieds ton auguste
clemence;
Enfin l'on teverradans le coeurde
laFrance,
Renverſer par ta foy de plus fiers
Ennemis.
L'Indien étonné du bruit de ces
merveilles ,
En croitàpeinefes oreilles
Ilpart enSuperbe appareil,
C4
56
MERCURE
Quittefes Dieuxbrillans , le Soleil.
l'Aurore ;
Il vient , il te voit , il t'adore
Surpris en toy devoir encore
Un éclat plus brillant que celuy dis
Soleil.
Mais , GRAND ROY , ma
Muse s'égare ,
Etpenfant au destin d'Icare ,
Son aisle foible encor pour traverſer
lesMers ,
Voleàfleur d'au , tremblante,&refufedesvers.
Tant d'exploits àchanter font de
douces amorces ;
Mais c'est une entrepriſe au deſſus
deſesforces ;
Et quoy qu'elle ait long- tempsfuivi
tes étendards ,
Ses chants les plus hardis font peu
dignes de Mars.
Retirée, à l'écart , au coin d'une
Province ,
GALANT.
57
Elle adore en fecret les vertus defon
[ Prince ,
Fait millevoeux pour luy,veut chan
terfes vertus.
Prend la Plume , la quitte , & ne
peutriendeplus.
Il eſt temps de m'acquiter de
ma parole touchant la mort de
Madame la Princeſſe de Bade,
arrivée icy le 7. du mois paffé,
aprés huit jours d'une fievre
continuë. Madame la Princeſſe
de Carignan ſa Mere , en fit
auſſi toſt donner avis au Roy à
Monseigneur , à Madame la
Dauphine,& à toute la Maiſon
Royale par Mr Darcy , l'un de
ſes Ecuyers , qui alla porter la
méme nouvelle à la Reine
d'Angleterre. Sa Majesté &
Monſeigneurle Dauphin l'envoyerent
complimenter , ainſi
CS
58 MERCVRE
que Meſdemoiselles de Soiffons
ſes petites Filles , par Mr
de Saint Aulon, Gentilhomme
ordinaire ; & Madame la Dauphine
& la Reyne d'Angleterre
leur firent faire deſemblables
complimens parleurs Ecuyers...
Monfieur ne ſe contenta pasde
leur envoyer Mr le Marquis
d'Effiat, il leur rendit viſite luymeſme
le lendemain. Toute la
Maiſon Royale , & tous les
Princes & Princeſſes du Sang
s'acquiterent du mesme devoir
, à l'occaſion de cette mort
dont le Roy a pris le deüil. Le
jour ſuivant les entrailles & le
coeur de Madame la Princeſſe
de Bade furent portez aux Capucines
, & preſentez parMrs
d'Argence & la Borde , Aumôniers
de Madame la Princeffe
de Carignan. Ils eſtoient acGALANT.
59
C
compagnezde Mrs de Birague
&de Coqueret ſes Ecuyers, &
de la Maiſon de la Princeſſe
défunte. Son Corpsa eſté porté
à la Chartreuſe de Gaillon ,
lieu de la Sepulture des Princes
de la Maiſon de Soiffons , & il
futſeulement ſuivy des mêmes
perſonnes que je viens de vous
nommer, cette Princeſſe ayant
ordonné que cela ſe fiſt ſans
aucune pompe. Madame la
Princeſſe de Carignan a envoyé
en Piedmont Mr de Birague,
ſon premier Ecuyer, pour
donner avis de cette mort à
leurs Alteſſes Royales de Savoye
, & aux Princes & Princeſſes
du Sang de cette Maifon.
Loüiſe Chriſtine de Savoye,
Princeſſe de Bade dont je
vous apprens la mort eſtoir
2
C 6
60 MERCVRE
Fille de Thomas François de
Savoye , Prince de Carignan ,
&de Marie de Bourbon , qu'il
avoit épousée en 1624. Ce
Prince , ſi connu par tout ſous
le nom du Prince Thomas
a donné pendant ſa vie de
grandes marques de valeur
& de courage. Il n'eſtoit âgé
que de feize ans lors qu'il
ſuivit le Duc de Savoye fon
Pere , Charles -Emanuel I. furnommé
le Grand aux Sieges
de Trin & d'Aſt . Il ſe ſignala
à la Priſe de Maſſeran & de
Feliffan & au Combat de
Corniento. La Guerre ayant
eſté déclarée aux Genois en
1625. par ſon Alteſſe Royale ,
il ſe mit de la partie , & empeſcha
la déroute des Troupes
du Conneſtable de Lediguieres
au paſſage de la Ri-
,
GALANT. 61
viere d'Orbe . Il eſtoit auprés
du Prince de Piedmont fon
Frere à la fameuſe retraite de
Beftagne , & chaſſa les Eſpagnols
devant Aft. Le Siege
de Verruë luy ayant fait acquerir
beaucoup de gloire ,
le Duc Charles -Emanuel fon
Pere , luy donna le Gouvernement
de Savoye & de
tous les Païs de deça les
Monts. Il ſe jetta dans le
party d'Eſpagne & fut fait
General des Armées de Sa
Majesté Catholique aux Pays
bas . La Princeſſe de Carignan
fa Femme alla à Milan avec
fes Enfans , & de là en Efpagne
, & il arriva àBruxelles
le 20. Avril 1634. L'année ſuivante
le .Cardinal Infane
ayant reſolu d'attaquer la Ville
de Tréves , en donna la con-
و
62 MERCURE
duite au Prince Thomas , qui
prit l'Electeur & l'envoya
priſonnier à Namur , ce qui
fut cauſe de la Guerre entre
la France & l'Eſpagne. Il força
Bohain en 1636. & pri le Catelet
, Bray fur- Somme & Corbie.
La mort de Victor Amé ,
Ducde Savoye, ſon Frere , qui
avoitfuccedé en 1630. àCharles
Emanuel , eſtant arrivéc
en 1637. les Eſpanols exigerent
de la Princeſſe de Cari
gnan une déclaration de ſa
main , par laquelle elle mettoit
la perſonnede ſon Mary, d'elle ,
&de leurs Enfans , ſous la
protection de la Couronne
d'Eſpagne ce que le Prince
Thomas ratifia. Aprés cette
د
affeurance Sa Majesté Ca- د
tholique continua de le fire.
General de ſes Armées en
GALANT. 63
1.
Flandre , où il fit lever le Siege
de Saint Omer , ſauva Gueldres
,que le Prince d'Orange
avoit affiegée , &mit àcouvert
Bethune , Arras & Cambray.
En 1639. il paſſades Pays bas à
Milan , d'oùli déclara à Madame
Royale , Chriſtine de
France , Fille du Roy Henry
IV . qu'il pretendoit la tutelle
deCharles- Emanuel II.fon Neveu
, né le 20 Juin 1634.& la.
Regence des Etats conjointement
avec le Prince Maurice
de Savoye Cardinal, fon Freres
ce qui cauſa de grandes Guerres
Civiles. Les Princes , furent
aſſiſtez des Eſpagnols ; &
Madame Royaledes François.
Le Prince Thomas entra en
Piedmont à main armée , &
prit Chivas , Yvrée , Crefcen
tin , Verruë , Villeneuve
64 MERCURE
Montcalier, Aſt Trin & Turin.
Aprés une Tréve entre Madame
Royale & les Princes Maurice
& Thomas , le Comte
d'Harcourt de la Maiſon de
Lorraine , qui commandoit
l'Armée de France , affiegea
Turin ,& s'en tendit maiſtre.
Le Prince Thomas mal fatisfait
des Eſpagnols , & recherché
par le Cardinal de Richelieu
, fit fon accommodement
avecMadame Royale , & avec
la France. On luy donna les
Troupes Françoiſes à commander
, & il chaffa les Eſpagnols
du Piemont. Le 21. Septembre
1645. il receut deux
coups de Mouſquet en ſes armes
dans un combat qu'on
donna proche le Chaſteau de
Prô , au paſſage de la Gogne..
Il vint en France en 1646. &
GALANT.
65
en partitl'année ſuivante pour
l'entrepriſe d'Orbitelle , qui
ne luy réuſſit pas. Il ſe mit en
mer par ordre du Roy , avec
cent treize voiles en 1648. fur
l'eſperance d'un ſoulevement à
Naples , & les chofes n'ayant
pas tourné comme on ſe l'étoit
promis , il revint à la Cour de
Francele 14. Aouſt ,& futdeclaré
Chef du Conseil de Sa
Majeſté. En 1651. le Roy luy
donna la Charge de Grand-
Maiſtre de France. Il retourna
en Piedmont l'an 1655. en
qualité de Generaliſſime des
Armées de Sa Majeſté en Italie
. & ayant affiegé Pavie au
mois de Juillet avec le Duc
de Modene , il leva le Siege
au mois de Septembre . Il
mourut à Turin le 22. Janvier
1657. laiffant Louise66
MERCVRE
Chriſtine de Savoye , Princeſſe
de Bade , n'ée le premier de
May 1627. Philibert Emanuel
Amé , Prince de Carignan , né
le 20. Aouſt 1630. qui en 1684 .
épouſa Marie d'Eſt de Modene
, dont il a deux Filles ;
& Eugene - Maurice de Savoye
, Comte de Soiffons , né
le 3. May 1633. & mort le 8 .
Juin 1673. Le Prince Eugene
ayant eſté deſtine d'adord à
l'Eglife , renonça à cette profeſſion
, & époufa en Février
1657. Olimpe de Mancini
Niece du Cardinal Mazarin
& en a eu huit Enfans , ſçavoir
Thomas Loüis de Savoye
, aujourd'huy Comte
de Soiffons , Chevalier de
l'Ordre de l'Annonciade
le Prince Philippe , Abbé
Comte de Saint Pierre de
2
2
5
GALANT. 67
Corbie , de Saint Medard de
Soiffons , & de Noſtre Dame
du Gard ; le Chevalier de
Savoye mort au Siege de
Vienne en 1683. le Comte de
Dreux , morten 1676. le Prince
Eugene , Chevalier de la
Toiſon d'or , Lieutenantgeneral
des Armées de l'Empereur
; Mademoiselle de Soif-.
fons , Mademoiselle de Carignan
, & Mademoiselle de
Dreux , morte en 1671. Le
Roy donna en 1657. au Prince
Eugene , Comte de Soiffons
la Charge de Colonel general
des Suiſſes & des Grifons , &
le Gouvernement de Champagne
& Brie. Ce Comte ſe
trouva en 1698. à la priſe de
Dunkerque , à la Bataille des
Dunes , où il eut un cheval
tué ſous luy. Eſtant allé en
68 MERCURE
Flandre à la teſte de ſon Regiment
en 1667. il y donna
des marques de ſa valeur , &
fut fait Lieutenant general
des Armées de Sa Majesté en
1670. Depuis ce temps-là il
s'eſt diſtingué dans toutes les
occafions juſqu'à ſa mort
arrivée en Allemagne. Ie ne
vous dis rien de la Royale
Maiſon de Savoye , & ne vous
repete point ce que je vous
ay marqué dans la Lettre particuliere
que je vous ay écrite
touchant la Negociation du
mariage de Monfieur le Duc
de Savoye d'aujourd'huy avec
l'Infante de Portugal , que
depuis Berold qui en fut fait
le premier Comte l'an 1014.
par Rodolphe Roy de Bourgogne
& de Provence juſqu'à
François- Victor - Amé II. qui
GALANT. 69
A
où il
regne preſentement , elle n'a
point eu de Souverain qui
n'ait eſté Fils ou petit Fils
d'un Comte ou Duc de Sa
voye , car elle ne fut érigée
en Duché que l'an 1416. ſous
Amé VIII. dit le Pacifique ;
qui ayant laiſſe ſes Etatsà ſes
Enfans pour ſe retirer au
Prieuré de Ripaille
fonda l'Ordre de S. Maurice,
fut élu Pape en 1430. ſous le
nom de Felix V. par le Concile
de Bafle , qui le voulut
oppoſer au Pape Eugene IV.
mais aprés la mort d'Eugene
Nicolas V. ayant eſté mis ſur
le Siege de S. Pierre ; Felix
cherchant à finir les Schif
mes qui avoient duré plus de
quarante ans ſe démit du
Pontificat en 1449. afin de
,
donner la paix à l'Eglife. La
70
MERCVRE
Savoye dont je viens de vous
faire voir que la fucceſſion
continuë de Pere en Fils , ſans
nulle interruption depuis ſept
cens ans , a donné neuf Princeſſes
à la France , & en a receu
treize . La treiziéme eſt
Anne - Marie d'Orleans , née
le 27. Aouſt 1669. que François
- Victor - Amé II épouſa
le 27. Janvier 1684. Vous ſçavez
qu'elle eſt Fille de Philippe
de France , Duc d'Orleans
Frere Unique de Sa
Majesté , & d'Henriette Stuart
d'Angleterre , Soeur du Roy
Jacques II.
Quant à Marie de Bourbon .
Princeſſe de Carignan , &
Mere deMadame la Princeſſe
de Bade , Elle eſt Fille de Charles
de Bourbon , Comte de
Soiffons , pair & Grand Maître
GALANT .
71
د
Charles de
de France , Fils puiſné de
Loüis de Bourbon I. du nom,
Prince de Condé , & de Françoiſe
d'Orleans ſa ſeconde
Femme , & Frere d'Henry de
Bourbon , auſſi premier du
nom , Prince de Condé , Bifayeul
de Monfieur le Prince
d'aujourd'huy
Bourbon , Comte de Soiffons ,
épousa en 1691. Anne , Comteſſe
de Montafié , morte en
1643. & il en eut Loüis , Comte
de Soiffons tué à la bataille
de Sedan en 1642. fans avoir
laiſſé qu'un Fils naturel , appellé
le Chevalier de Soiffons
. Il eut auſſi deux Filles ,
Louiſe & Marie de Bourbon .
Cette derniere eſt Madame la
Princeſſe de Carignan . Loüiſe
de Bourbon , ſon aînée ,
épouſa Henry d'Orleans II.
72
MERCURE
du nom , Duc de Longueville,
mort en 1663. & de ce mariage
eſt ſortie Marie d'Orleans
de Longueville , née en 1625 .
& mariée le 22. May 1657. à
Henry de Savoyell . du nom ,
Duc de Nemours , mort le 4.
Janvier 1659. Il eſtoit Frere
de Charles Amedée de Savoye
, qui fut tué en duel à
Paris en 165 2. laiſſant d'Eliza-
Beth de Vendoſme , Marie-
Jeanne- Baptiste , Demoiselle
de Nemours aujourd'huy
Ducheffe Doüairiere de Savoye
, & Marie - Françoiſe-
Elizabeth , Demoiselle d'Aumale
, morte Reine de Portugal.
La mort d'Henry de Savoye
II. du nom Duc de
Nemours dont je viens de
vous parler , a fait
د
,
branche des Ducs
finir la
de Nemours
GALANT. 73
mours de la Maiſon de Savoye
, qui avoit commencé
en France en la perſonne de
Philippes de Savoye Comte
de Genevois , Fils puiſné de
Philippes,Duc de Savoye & de
Claudine de Broffe-Bretagne ,
au quel le Roy François I. fon
Neveu , avoit donné le Duché
de Nemours , en le marianten
1528. avec Charlotte
d'Orleans Fille de Loüis
d'Orleans I. du nom ,Duc de
Longueville.
د
Loüis de Bourbon , Prince
de Condé Ayeul de Madame
la Princeſſe de Carignan,
puis qu'il fut Pere de Charles
de Bourbon , Comte de Soif
ſons, étoit Fils puiſné de Charles
de Bourbon , Duc de Ventoine
de Bourbon
Aoust1689 .
doſme , dont le Fils aîné ,An-
د épouſa
D
74 MERCURE
Jeanne l'Albret , Reine de
Navarre , qui le fit Pere du
Roy Henry le Grand , de
forte que Charles de Bourbon
, Duc de Vendoſme , eſt
Triſayeul de Loüis XIV .& de
Madame la Princeſſe de Bade
qui vient de mourir. Il me
reſte à vous parler de ſon mariage.
Le 15. Mars 1653. elle
épouſa Ferdinand Maximilien
, Marquis de Bade , mort
en 1669. & le 8. d'Avril 1654 .
elle accoucha de Loüis Guillaume
, Marquis de Bade , eſtimé
grand Capitaine , & dont
la reputation s'eſt establie
avec gloire par les preuvesde
valeur qu'il a données dans
les guerres d'Allemagne contre
les Turcs. Il eſt Generaliffime
des Armées de l'Empereurdans
la Hongrie Le MarGALANT.
75
Quiſat de Bade eſt ſur la rive
droite du Rhin entre le Bifgavv
& leDuché de Vvirtemberg
, & ceux quile poſſedent
ſont Princes de l'Empire. Leur
Maiſon eſt tres ancienne. La
plus commune opinion eſt
que les Marquis de Bade viennent
des Comtes de Vindoniffe
& d'Altembourg , & des
Ducs de Zeringen. Herman
II . Fils d'un autre Herman ,
Cadet de Bertolde , Duc de
Zeringen , épouſa Judith, Heritierede
Bade dont les ſucceſſeurs
prirent le nom & les
armes . Jacques de Bade épouſa
en 1426. Catherine de Lorrai
ne , Fille deCharles I. Duc de
Lorraine , & de Marguerite de
Baviere , & fut Pere de Chriftophle
, qui fit un accord en
1490. avec Philippes , Mar
D 2
76 MERCURE
quis d'Hocberg , par lequel fo
reconnoiſſant tous deux defcendus
de la meſme famille
, ils ſe firent une donation
mutuelle de leurs biens en cas
de mort ſans enfans . Philippes
mourut en 1503. & ne laiſſa
de Marie de Savoyeſa Femme
qu'une Fille unique , nommée
Janne , Marquiſe de Rothelin
& de Neufchaſtel en Suiffe ,
qui fut mariée en 1504. à
Loüis d'Orleans I. du nom ,
Duc de Longueville. Chriſtophle
ayant herité des autres
Terres ,laiſſa Bernard & Erneft ,
qui ont fait les deux branches
dela Maiſon de Bade. Bernard
qui a commencé celle que l'on
appelle de Bade - Baden, eutde
Françoiſe de Luxembourg ,
Philibert tué en 1569. à labataille
de Moncontour
د
&
GALANT.
77
,
Chriftophle , qui ayant épouſé
en 1564. Cecile , Fille de
Gustave I. Roy de Suede
continua la poſterité. Il en
eutEdoüard le Fortune , Pere
deGuillaume Chevalier de la
Toiſon d'Or , & Juge de la
Chambre Imperiale de Spire.
Celuy-cy fut Pere de Ferdi.
nand Maximilien , Marquis
deBade , dont Loüife Chriſtine
de Savoye qui vient de
mourir eſtoit veuve. Ceux de
cette Branche ſont Catholiques
, mais ceux qui forcent
d'Ernest , Cadet de Bernard,&
qui font la Branche de Bade-
Dourlac,fuivent les ſentimens
de Luther. Erneſt eut les Marquiſats
d'Hocberg & de Pfora
tzen ,& laiſſa d'Elizabeth , Fille
de Frederic V. Marquis da
Bramdebourg , Charles , qui
D3
78 MERCVRE
d'Anne, Fillede Robert,Prince
Palatin,laiſſaGeorges Frederic .
Ce dernier fut Pere de Frede
ric,&Ayeuld'un autre Frederic
, qui a épousé ChriſtineMadeleine
, Fille de Jean Caſimir ,
Comte Palatin du Rhin , &
ſoeur de Charles Guſtave,Roy
de Suede, dontil a des Enfans.
Cette branche de Bade- Dourlach
a deux voix aux Dietes
de l'Empire , & aux particulieres
de Soüabe , l'une pour
Dourlach , l'autre pour Hocberg.
Les deuxbranches alternent
en toutes les ſéances aux
Dietes , &chacune precede à
fon tour.
Meffire Jean Courtin , Marquis
deGivry , Baron de Tubeuf
, mourut le 25. de luin.
Je vous ay déja parlé de ſa Mai
fon en pluſieurs occafions , &
GALANT. 79
l'on ſçait qu'il n'y en a guere de
plus illuſtre , ny de plus diſtinguée
par ſon ancienneté , par
ſes alliances , & parles Emplois
confiderables , dont nos Rois
ont honoré ceux qui en font.ll
avoit épousé la Fille de Mr Lamy
, Conſeiller au Parlement
de Roüen , une des plus riches
heritieres de Normandie , &
qui ajoint aux avantagesdela
fortuné , une ſageſſe conſommée
, une vertu profonde , &
un merite accomply. N'ayant
pointeud'enfãsde ſonmariage
il a inſtitué Mr le Comte d'Avaux
, Fils de Madame la Prefidente
de Meſmes ſa ſooeur , fon
Legataire univerſel , à la char
gede porter ſon nom &fesarmes,
avec ſubſtitution au profit
deMrle Preſident de Meſmes ,
& en cas qu'il vinſt à deceder
1
D4
80 MERCURE
fans Enfans , il a appellé le Fils
de Mr le Prefident Briçonnet ,
forty d'une Fille de fon Frere
aîné ,&qui porte déja le nom
de la Terre de Rozay , qui eſt
entréeily a prés dedeux fiecles
dans cette Maiſon , par le mariagede
Geneviève du Bois
Fille de Meſſire Guillaume du
Bois , Secretaite d'Etat d'Anne
de Bretagne , & enſuite de
Charles VIII.avec Guillaume
Courtin Seigneur deGournay,
& de Neuvi Gouverneur de
Guife.
Les morts cauſées par des
maladies facheuſes ne furprennent
point; comme on en
connoiſt la cauſe , elles paſſent
pour le tribut ordinaire que
l'on rend à lanature , mais on
ne croit point qu'on puiſſe
mourir d'amour ,& toutes les
Deintures d'Amans preſts a
2
GALANT. 81
expirer, font regardées comme
des exagerations qui n'ont lieu
que chez les Poëtes .Cependant
on aſſeure que depuis fort peu
de temps unejeune Demoiſelle
d'Aix en Provence n'a pû reſiſterà
la perte d'un Amant ,
pour qui elle avoit conçeu la
plus forte paſſion. Le Pere du
Cavalier qui ne trouvoit pas
que la Demoiselle euſt affez
debien ne voulutpoint entendre
parler du mariage. Cet
obſtacle qu'il fut impoffible de
furmonter, ne toucha pas moins
l'Amant que l'Amante. Il fut
furpris d'une dangereuſemaladie
,& lors qu'il eut recouvré
affez de forces pour ſupporter
la fatigue d'un voyage , on l'obligea
de partir fans voir fa
Maiſtreſſe . Il vint à Paris ,& la
Demoiselle qui s'en vit aban
D
82 MERCURE
donnée reſſentit ſi vivement
ce cruel oubly , qu'elle tomba
dans une langueur , dont elle
eſt morte quelques moisaprés .
C'eſt ſur cette mort que Mr
Calvy , Avocat au Parlement
de provence Auteur du Conte
du faux Noble ,&d'autresOuvrages
que je vous ay envoyez
, a faitles Vers que vous
allez lire.
LES SOUPIRS
d'Olimpe mourante.
V
Oicy ma fatale journée
Cruel Daphnis , Daphnis écoute
moy
D'un amour trop constant victims
infartunée
GALANT. 83
Fe meurs en Soupirant pour toy,
Mais jene pretens pas qu'un éternel
filence
Cache ton injustice , & mes justes
regrets;
Je veux te découvrir tous les maux
que m'a faits
Ta criminelle indifference .
Oublions ce malheureux temps
Oùfans ceffe exposée à tes Saupirs
ardens ,
Jete livrois un coeur tropfacile àfe
rendre.
Tu me jurois des feux conftans ,
Et tu me les jurois d'un air touchant
&rendre ,
Ce coeur pouvoit il s'en dé
fendre ?
Maissi ta paſſion devoit s'éteindre
un jour,
Pourquay me forçois-tu de prendre
tant d'amour?
こD6
84
MERCVRE
Ah : quand tu me jurois une flâme
éternelle ,
Je croyois tes fermens , & tu n'y
penfois pas ;
Car enfin quelle loy cruelle,
T'oblige en me quittant à caufer
mon trèpas ?
C'eſt toy qui m'arraches lavie,
Avide faim de l'or , detestable .
manie ,
Ebloüy de tesfaux appas
C'est à toy qu'il mefacrifice ,
Mais que dis-ie, Daphnis ? Non,ie
connois ta foy.
Excuſe les fureurs d'une Amante
éperdue.
P'ay vú ton ame combatuё
Balancerplus d'un an entreton Pere
omoy.
Rebelle aux loix de la Nature ,
Ta ne reconnoiſſois que celles de
l'Amour:
GALANT. 8
Quels affants ton esprit foutenoit
chaque jour !
Rienne pouvoit détruire uneflame
Sipure...
Apréstant de combats,accablé de
langueur
Tu fus presque expirant. Helas !!
-quelle douleur !
Quel desespoir pour une ame
amoureuse !.
Lamort dans cet instant me parois..
[Soit affreuse2
Et quand ie meurs pour toy ,je la
voisfansfrayeur
Turevinsà la vie, & tum'aimois
encore..
Tu m'aimois ? Ah ! qu'onaime
Quand on a le pouvoir defuir qui
nous adore
Tu fuis pour éteindre son feu 55
Et moy , trop malheureuseAs
mante
86 MERCVRE
teSens , plus tu me fuis , que mon
amours'augmente .
Tout aigrit les tourmens que tu me
faissouffrir,
Ettoy, peut- estre atteint d'uneflame
nouvelle ,
Tu ris de ma douleur mortelle.
Paris te voit content lors qu' Aix me
voit mourir .
Daphuis , pourrois – je bien le
croire ?
Voudrois- tu combler mes malbeurs?
Non , non , ma déplorable histoire
Te ferarépandre des pleurs .
Ah diras- tu, tant de constance
Meritoit un fort plus heureux ..
L'Hymen à tant d'amour devois
joindrefesnoeuds ,
C'eft toy qui m'asperdu ,paternelle
Ruislance
GALANT. 87
Par un ordre fatal ta barbare
rigueur ,
M'oftant ceque j'aimois me déchire
Le coeur.
Cet espoir est pour moy le feul bien
qui me refte !
Si tu pleures mon triſte ſort
Je mourray contente, & la mort
N'aura pour moy rien defuneste,
Déja des nuages épais .
Troublent mes sens ,& l'air que je
refpire..
Adieu , Daphnis ,adien , j'expire
Plus amoureuse que jamais. -
Ainfimourut cette Fille adorable,
Dans cefiecle pervers exemple me
morable.
Daphmsfceut la toucher; depuis co
[ triste jour ,
Malgrésa lâche perfidie
Elle l'asma plus quefavier
88 MERCVRE
Etfon dernierSoupirfut un soupir
d'amour.
Le chagrin où la Demoifelle
eſtoit tombée par la
perfidie de ſon Amant l'ayant
portée à ne plus fonger qu'à
Dieu , le meſme Auteur
voulu luy rendre justice fur
ce ſentiment par ces autres
Vers..
L'OMBRE D'OLIMPE..
a
Quel Fantôme odieux vient me
faire la guerre ,
Et troubler mon repos dans leſein
delaTerre?
Apeine ay je perdu la lumiere du
iour
Qu'on arme contre moy les fureurs
de l'Amour.
On dit qu'en ce tombeau luy seule
m'afait descendre ,
GALAN T.
89
Par là des vains Rimeurs deshouo.
rent ma cendre ,
Des foibleſſes d'amour Partiſans
criminels ,
Ils me font expirer aux pieds de
SesAutels.
Maisie ne les crains point ;malgré
leur injustice ,
J'ay vaincu ſes appas ,je vaincray
Samalice ,
La fimple veritè fortant de mon
tombeau
Vafaire de ma vie un fidelle tableau.
Oily ; j'écoûtay Daphnis , j'ap
prouvayfastendreße ,
Esclave de l'Amour j'eus lamesme
foibleſſe :
Mais épriſe bien- tost d'une celeste
ardeur
On mevit expierles ſoûpirs de mon
coeur.
JevispartirDaphnis ;Son heureuse
inconstance
१०
MERCURE
Ramena maraiſon & mon indifference
Heureux le jour,Daphnis,oùtu qui
tas ce lien :
La perte d'un Amant mefit trouver
mon Dieu.
Sous ce Maistre Divinmaiſtreße de
moy-mesme , 2
Levis couler mes jours dans un bonheur
fuprême.
Ab! que i'eus de regret àce temps
malheureux ,
Où l'amour d'un Mortelfut maistre
de mes voeux !
Pour effacer les traits de mon ardeur
premiere ,
Ama nouvelle ardeur ieme livrois
entiere ,
Ie méprifois le monde ,&fuyoisfes
fauxbiens.
C'estvous que je cherchois , delices
des Chreftiens .
Eternelle beauté que vay tant
defirée
GALANT. وہ
Par vous defa prifon mon ame délivrée
,
N'admirant dans le Ciel que voſtre
éclat divin ;
Va joüir d'un bonheur qui n'aura
point defin .
Voilàde mon trépas la cauſeglorieuse.
Respectezmon tombeau , vous, dont
l'ame envieuſe
M'imputedestranſports inconnus à
mon coeur ,
Et répand fur mes ossa maligne
fureur.
Mais que dis- ie ? vos Vers ne bleffentpointmagloire
,
Contre eux mes derniers jours affurent
ma memoire ,
Etdepeur que ce bruit n'impose à
l'Univers ,
Lu'on entende par tout retentir ces
deux vers ,
Tous les feux de l'amour meparoisfoient
un crime
92 MERCVRE
Je meurs fon ennemie , & non pas
Savictime.
Les ſaiſons paſſent , mais le
temps des belles choſes ne
paſſe point , & l'Air que je
vous envoye , quoy que fait
fur le Printemps , ne peut
manquer de vous plaire , puis
qu'il eſt de la compoſition du
fameux Mr Lambert. Ce nom
vous dit tour. Les paroles
font du temps , & plus d'une
perſonne a ſujet de les chanter.
AIR NOUVEAU.
'Out brillant des beautezde
Flore ,
Printemps , vous n'avez point
d'appas ,
Vous preſſez le départ du Heros que
L'adore
GALANT.
93
Vous estes lafarfon des plus affreux
Combats ;
Maisfivous me livrez à des peines
mortelles
Durant le cours de fes travaux
guerriers ,
L'Hyver me le rendra plus couvert
de Lauriers ,
Que vous n'avez de fleurs nouvelles.
Vous ſçavez ,Madame qu'il
y a beaucoup de Sujets du Roy,
qui ayant quitté la France , ſe
font engagez au ſervice de ſes
Ennemis . Comme la pluſpart
ontdes heritages dans les Païs
de l'obeiſſance de Sa Majesté ,
ils ont laiſſe ſur les lieux où
ces heritages sõt ſituez , les uns
leurs Femmes , d'autres leurs
Enfans , & d'autres leurs Freres
. Quelques- uns mesme qui
94
MERCURE
,
parleurage , ou par les incommoditez
de leurs perſonnes
font hors d'eſtat de ſervir , demeureut
fur les biens qui leur
appartiennent ſous la domination
du Roy , & par le revenu
qu'ils en reçoivent ils trouvent
moyen d'entretenir leurs
Enfans dans un ſervice contraire
à celuy de Sa Majesté
Ce fontdes abus auſquels il y a
long-temps que ceMonarque
auroit cherché à remedier ſans
ſa bonté ordinaire , qui luy
fait toujours ſuſpendre les
choſes qui ont quelques apparences
de rigueur ; mais les
prejudices qui en peuvent arriver
ont enfin contraint
Sa Majesté d'avoir recours
aux remedes qu'Elle a cru capables
d'empeſcher ſes Sujets
de demeurer dans le party de
,
GALANT.
95
fes Ennemis. Cette tolerance
peut d'autant plus nuire au
bien de l'Etat , que la valeur
naturelle aux François. eſtant
toûjours la mesme dans ceux
qui ſervent contre la France ,
fournit de trop fortes armes
aux envieux de ſa gloire , &
que l'argent qu'ils tirent des
-biens qu'ils y ont laiſſezi
s'employe à un usage prejudiciable
à leur patrie ; outre
que cette ſeparation des
membres d'une meſme Fa
mille peut contribuer à faire
donner des avis , dont les Ennemis
de cette Couronne feroient
en eſtatde profiter. Le
Roy pour remedier à ces abus,
fait publier une Ordonnance
du 30. du mois paſſé ,
par laquelle Sa Majesté veut
& entend , Que tous ceux de
a
96 MERCVRE
1-
}
Ses Suiets , dont les Peres ou les
Enfans, mesme les Freres font au
Service de ſes Ennemis , comme
ausfiles. Femmes , dont les Maris
font dans cemesmeservice ,fortent
dans unmois des Terres defa domination
,pour estre enfuite leurs biens
Saifis & confiſquez au profit de Sa
Maiesté , & mis entre les mains
des Receveurs des confiſcations ; à
moins que ces Peres , Maris , Enfans
ou Freres qui portent les
armes contre la France , ne quittent
&abandonnent tout àfaitle
fervice des Ennemis , & ne viennent
dans ce temps d'un mois prefter
ferment de fidelité à sa Maieſté
, entre les mains des Gouverneurs
deſes Places ,dans le Gouvernement
desquels leurs biens font
fituez.
د
Tout ce que je vous ay
envoyé du ſçavant Mr Comiers
GALANT.
97
و
miers d'Ambrun , Preſtre
Docteur en Theologie , a
toûjours eſté ſi bien receu
que je croy ne vous pouvoir
prevenir plus avantageuſement
pour le Traité que
vous allez lire qu'en vous
difant qu'il en eſt l'Auteur ,
La matiere eſt de ſaiſon , &
les obſervations tres- curieufes.
**
د
TRAITE'
DES PROPHETIES
Vaticinations , Predictions
&Prognostications.
T'Avois lieu de me pro
mettre un profond repos
dans le fond de d'Hôpital
Aouft 1689. E
1
98 MERCVRE
1
,
Royal des Quinze - Vingts ,
où la perfecution des Ennemis
du Roy de l'Eglife &
de l'Etat m'ont reduit , lors
que vous eſtes venu troubler
ce repos ſi cher , pour ſçavoir
quels font mes vrais ſentimens
fur les pretenduës Propheties
de Mr Jurieu , Miniſtre
à Roterdan , de Noftradamus
, & d'autres Prophetes
de la meſme eſpece , & fi lors
que quelque affaire eſt propoſée
, on peut parler juſte
fur l'évenement qu'elle doit
avoir. Vous m'avez taillé
beaucoup de beſogne , car
outre que ſuivant ma Deviſe ,
conforme à mes Armes tirées
de faint Ambroise , Patrimonium
& hareditas Crux
Croix ſeule eſt tout monbien ,
la perte de mes yeux m'o- ROBE DE
3 LYON E
1903
د
la
10
GALANT.
و
blige depuis cing ans
prunter la main d'un Scribe.
Neanmoins comme ma réponſe
vous peut eſtre utile
j'entreprendray volontiers de
vousla faire & m'appliqueray
principalement à vous
démontrer que la Prophetie
quele Fanatique Pierre Jurieu
a fait courir , pour abuſerles
Heretiques , en leur faiſant
eſperer un prompt rétabliſſement
du Calviniſme , n'eſt
que la ſuite d'une chimerique
viſion de Pierte Dumoulin
Miniſtre de Charenton , mort
en 1658. Ayeul maternel de
ce Pierre Jurieu , Miniſtre de
l'Egliſe Vallonne à Roterdam.
Pour mieux détruire toutes
les diverſes formes , explications
, changemens & addid
tions qu'on a faites , afin de
د
DE
E2
100 MERCVRE
د
2
donner au moins quelque
faux jour à cette fauffe Prophetie
au ſujet de laquelle
MrJurieu & d'autres faux
Docteurs ont en diverſes manieres
forcé le legitime ſens
de quelque paſſage de l'Apocalipſe
, j'ay reſolu de vous
faire un affez long Traité
qui fera enfermé dans ſept
Articles.
,
Dans le premier vous trouverez
ce que c'eſt que Prophetie
& que dans tous les
âges du monde il y a eu de
veritables & de faux Prophetes
, & que ces derniers
ont trouvé d'abord plus facilement
creance parmy les
Ignorans , en ne leur prophetifant
que ce qui eſtoit conforme
à leur inclination .
Dans le ſecond , vous con
GALANT. ΙΟΙ
noiſtrez que les veritables
Prophetes ont demandé à
Dieu des ſignes , pour eftre
affeurez que c'eſtoit Dieu qui
leur parloit.
Dans le troiſième , je vous
feray voir que les Peuples ne
font pas obligez de croire ;
meſme aux veritables Prophetes
, qu'aprés qu'ils ont
prouvé leur Miſſion par des
fignes , & par quelques mira,
cles ou prodiges ſurnaturels .
Dans le quatriéme vous remarquerez
que les Envoyez
de Dieu ont prophetiſé par
paroles & par fignes .
Dans le cinquiéme , feront
contenus les noms des veritables
Prophetes & Prophetefſes,
avec les noms de ceux &
de celles qui ont ufurpé cette
qualité,& enfin ce qui concer
E 3
102 MERCVRE
me les Pythons & Pythoniffes .
Dans le fiziéme , je vous
donneray des demonſtrations
folides , de l'erreur & vanité
de la chimerique Prophetie de
Dumoulin , & de tout ce que
Jurieu a forgé pour appuyer
cette pretenduë Prophetie du
rétabliſſement du Calviniſme,
laquellen'a eu pour fondement
qu'une remarque Aftrologique
puiſée dans l'Ephemeride
d'Andreas Argolus pour l'année
1683. dans la neuviéme
ligne, page 363 ſçavoir , quela
conjonction des deux Planetes
ſuperieures , Saturne & Jupiter
, ſe faiſant en 1683 dans le
Trigone Ignée , ſuivant la
remarque des Anciens
arriveroit de grands changemens
& de generales confti
tutions , & qu'on changeroit
و
il
GALANT.
105
facilementlaDomination .
Enfinvous trouverez dans
le ſeptiéme la juſte Critique
des Centuries de Noftrada-
& l'artifice dont l'Auteur
de l'Almanach de Milan
ſe ſert afin qu'on le tienne
pourDevin.
mus
ARTICLE I.
Dieu , comme dit S. Paul ,
a répandu ſes dons ſur les
hommes , & luy- meſme a donné
à l'Eglifeles uns pour eſtre
Apoſtres , les autres pour eſtre
Prophetes , &c. C'eſt pourquoy
il dit que la prophetic
eſt un don de Dieu , par
lequel l'homme a la connoiffance
des choſes futures ,
comme auſſi des paffees , & des
preſentes , quoy que cachées
même dans les replis du coeur,
• Aux Eph, ch, 4' V.11 .
E4
104 MERCURE
& impenetrables à l'eſpri
humain . C'eſt immediatement
de Dieu , b qui dit luymeſime
, en parlant de ſon Peuple
d'Iſrael , le connois toutes
leurs pensées , & jeſcay des aujourd'huy
ce qu'ils feront , & à qui
feul & par nature les chofes
paffées , & les choſes à venir
font toujours preſentes , que
ces Prophetes reçoivent le don
de Prophetic , car comme dit
S. Pierre , Ce n'a pas estéparla
volonté deshommes que les Prophe
ties nous ont esté apportées , mais
ça eſté par le mouvement du Saint'
Esprit que les faints hommes de
Dieuont parlé.
Dieu pour apprendre aux
hommes qu'il eſt le ſouverain
Arbitre de toutes choſes , em-
Deut, ch.31. v. 21.
62, Ep, ch. 1. v. 21.
GALANT . 1ος
ploye pour demonftration
incontestable , la connoiſſance
infailliblequ'ila de l'avenir,
qu'il regle & diſpoſe d'une volonté
toujours abſoluë , & à
cette fin il fait par le bouche
de ſon Prophète un défy aux
Prophetes des Idoles de prédire
l'avenir . C'eſt par d Ifaïe : Annonce,
dit- il, les choses qui doivent
venir au temps futur , & nous connoîtrons
quevous eſtes Dieux.
Bien que nos premiers Parensdeuſſent
par leur creation
adorer , aimer , craindre , &
obeïr à leur Createur , Dieu
voulut neanmoins faire encore
fentir ſa Divinité par la connoiſſance
qu'il a luy ſeul de
l'avenir, & laquelle eſt audeſſus
de l'humaine nature , meſme
dans le Paradis Terrestre , &
2Ch. 3.v. 23 .
E
106 MERCVRE
2
dans l'estat d'innocence. C'eſt
pourquoy Dieu meſme leur
prophetiſa cette longue ſuite
de malheurs qui font encore
gemir toutes les Nations , s'ils ,
mangeoient du fruit défendu
par lequel Adam & Eve commencerent
de connoiſtre , &
ſentir le mal , eux qui n'a
voient eſté creez que pour
cõnoiſtre le bien,& pour joüir
d'une felicité inalterable .
9
Dieu enfuite , & pour la
mefme raiſon, de faire connoiſttre
aux hommes qu'il eſtoit:
le ſeul Dieu ,& le Dieu des
Dieux que le Demon avoit
établis dans la croyance des
Idolâtres , donna en tout temps
de veritables. Prophetes , tantdans
l'ancien que dans le nouveau
Testament& meſmeaux
Gentils,carBaalamàquil'Aſne
GALANT . 107
4
د
parla , & qui fut arreſté par
l'Ange , lors qu'à la priere du
Roy des Moabites il alloit pour
maudire le Peuple de Dieu
eſtoit Gentil , e & de Mefopotamie
. Les Egyptiens ont eu le
Prophete Mercure Triſmegif
te , & les Sibilles : les Grecs le
Prophete Orphée ; les Scythes
le Prophete Abaris ; les Getes ,
Xamolkis ,& les Perſes Zoroaſtres
, qui eſt le ſeul des hommes
qu'on dit eſtre né enriant..
Le Demon' , cet Ennemy
irreconciliable de la gloire de
Dieu , & du ſalut du genre
humain , qui fut le premier
faux Prophete , lors que dans
le Paradis terreſtre il fit eſperer
à Adam & à Eve , qu'ils
deviendroient ſemblables à
Deut, c. 13. v..
1
E 6
108 MERCURE
Dieu , s'ils mangeoient du
fruit défendu , s'eſt toujours
fait des Adorateurs pour dé .
tourner les hommes du vray
culte de Dieu , & pour cela il
leur a fourny en tous lieux
de faux Prophetes .
5
Ces faux Prophetes , pendant
l'ancien Teftament , &
dans tous les fiecles , ſeduifirent
& attirerent facilement
aprés eux des peuples entiers
par une Religion commode
en prophetiſant toujours au
peuple les choſes ſouhaitées &
avantageuſes à la vie temporelle
. C'eſt de quoy le prophete
leremiefſe plaint à Dieu en
cestermes , A , a , a , seigneur ,
mon Dieu les faux Prophetes
difent au Peuple , vous ne verriz
point le glaive tirefur vous
fCh. 14. v. 13.
,
GALANT. 109
& vous ne reſſentirez iamais la
famine.
2
Les faux prophetes , comme
Luther , Calvin , & Iuricu
que le Demon a fufcitez dans
l'Egliſe du nouveau Teſtament
, font , comme dit g S.
Paul , defaux Apoftres , des hommes
trompeurs quise transforment
en Apostres du Sauveur ,& on ne
doit pas s'enétonner , puis que sathanmesmese
transforme en Ange
de lumiere. Il n'est done pas étrange
, comme dit le méme Apoftre,
ſiſes Ministres se transfor
ment auſſi en Ministres de iuftice ;
mais leur fin ſera conforme àleurs
oeuvres. Ces faux prophetes , de
meſmeque ceux de l'acienTeſtament,
ont ſeduitdesNations
entieres , par la tromperie , &par
L'adresse qu'ils ont eue , comme
& 2. Ep. chap, 11. v. 13.
110
MERCVRE
2
*
dit b. S. Paul , à les engager
dans l'erreur en preschant une
Religion commode ,qui ne refuse
rien aux ſens ; promettant par
la ſeule foy le Salut éternel
fans le beſoin des bonnes .
oeuvres , ny de la penitence ,
& fans qu'on ſoit obligé de
garder les Commandemens ,
qu'ils diſent impoſſibles aux
Fidelles , meſme aidez du ſe
cours de la grace , ce qui eſt
formellement contraire à ce
qui eſt écrit dans le i Deute
renome , Maudit celuy qui ne
demeure pas ferme dans l'ordonnance
de la Loy , &qui ne
L'accompli pas effectivement ..
Ainſi ſous des termes couverts
ils permettent tout debordement
& toute licence
b Aux Eph. ch. 4. V. 14.
Chap.27.v. dern..
GALANT.. JII
2
en diſpenſant de l'obſervation
des loixdivines & humaines
que le Sauveur luy - meſme
a religieuſement obſervées..
Non veni folvere legem , fed
adimplere...
2
Il ne faut donc pas s'étonner
ſi ces faux Prophetes qui
donnent en ce monde toute
forte de liberté ſans rien ordonner
qui mortifie la chair
& qui promettent toute forte
de bonheur en l'autre , font
mieux ſuivis & mieux écoutez
que les Docteurs de la
pureté de l'Evangile , qui ne
préchant que penitence , que
mortification , que l'obeïffance
à Dieu & aux Rois , qui
font les Images vivantes de la
Majesté Divine.
La curiofité de ſçavoir ,
l'avenir , eſt une contagion
112 MERCURE
,
fpirituelle , qui ſe communi
quant facilement aux Eſprits
foibles , perd les deux tiers
du monde de meſme qu'il
arriva fous - Marc Antoine par
la contagion corporelle , comme
on lit chez Jule Capitolin ,
lors que dans la Seleucielles
Soldats de Ventidius Caffius
ouvrant avec trop d'avidité
une Caffette d'or qu'ils
avoient priſe dans le Temple
d'Apollon en Babylone , pour
partiede leur butin , furent
d'abord infectez d'un air corrompu
qui en fortit. Cet air
qu'ils reçeurent infecta
core les autres , ce qui repandit
la peſte par toute la terre ,
avec tant de violence qu'elle
fit mourir la troifiéme partie
dugenre humain.
en-
Cette demangeaiſon de
GALANT.
113
connoiſtre l'avenir a tou- د
jours eſté abominable devant
Dieu. On l'a nommée un crime
, par lequel les hommes ,
comme dit Tertullien ,furantur
divinitatem , s'efforcent de
voler la divinité . C'eſt pourquoy
Moyfe fait cette Ordonnance
de la partde Dieu :
qu'il ne se trouve personne parmy
vous qui interroge les Devins ,
explique les fonges , & obferve
Les Augures . NeSouffrez point
de gens qui uſent de malefices
& d'enchantemens , ny ceux qui
confultent les Pythoniſſes &
Devins , & qu'il ne se trouve
perſonne parmy vous qui interro
ge les Morts , pour apprendre la
verité de ce qui concerne les Vi
vans
د
car Dieu
,
a toutes ces
choses en abomination , & pour
Deut,ch.18,٧.٤٥.
114 MERCVRE
cette forte de crime , Dieu les
exterminera.
C'eſt pour ce ſujet quenoftre
Roy Tres Chreftien , Fils
aiſné de l'Eglife , & le Moyfe
du nouveau peuple de Dieu
ayant en horreur ces déteſtables
abominations , & vou .
lant en garantir ſes Sujets , a
fait l'important Edit du mois
de Juillet 1682. verifié en parlement
le 31. Aouſt , contre les
Devins & faiſeurs d'Horofcopes
. d'autant que par une funeſte
ſuire d'engagemens ils se font
portez à cette extrmité d'aiou.
ter le malefice & le poison aux
impietez & auxfortileges , pour
obtenir l'effet le leurs méchantes
predictions. Les motifs
que Sa Majesté a eus de
faire cet Edit font tres- faints
& tres - avantageux à ſes bons
GALANT.
115
د
Sujets. J'en parle par experience
, ayant eſté le but de la
perfecution , & la victime de
tous les Apoſtats , & autres
mauvais François depuis
l'année 1660. que par l'aide
de Mr le Marquis de Saint-
André Montbrun , Capitaine
general des Armées du Roy ,
je fis poſer les armes à quelques
Mutins des Sevenes , &
perfuaday à Mr le Comte de
Dona de remettre à Sa Majeſté
la Ville Citadelle &
principauté d'Orange , pour
le prix & fomme de deux cens
mille livres , que je touchay ,
pour luy dans la Ville d'Avignon
, chez Mr le Comte de
Feraſtiere , ſon Beau-pere ;
car depuis ce temps - là , la
cabale des mal - intentionnez
pour le ſervice du Roy , s'e
,
116 MERCURE
ſtant jointe à celle des Empoiſonneurs
, j'ay toûjours
eſté exposé à la fureur de
l'une&de l'autre.
La reddition d'Orange entre
les mains de Sa Majesté .
& l'empêchement que Mr de
Saint André Montbrun &
moy fiſmes en 1665. à la fabrique
des poiſons , joint au
procés que j'intentay contre
ceuxquis'en méloient , nous
ontbien fait reffentir , qu'ils
ne faifoient de funeſtes prédictions
que pour faire artribuer
aux Aftres & à une
payenne & inévitable fatalité
les morts qu'ils meditoient
par les plus grands fortileges
de la plus noiremagie ,
ou qu'ils préparoient dans
leurs funeftes drogues , eſſences
execrables , eaux blanches
,
GALANT. 117
& rougeaftres , & poudres infernales
pour empoisonner
les linges & gobelets que Denis
L'homme avoit commencé
de travailler dans la Ver.
rerie du Bois-Gizet prés la
Nocle. Ce Denis L'homme
autrefois déguisé ſous le nom
d'Olivier , Moine défroqué ,
Apoftat , & pluſieurs fois Relaps
à Geneve , & par Sentence
du 2. Juin 1652 banny de
cette Republique pour crime
de vol depuis Relaps en
France le 6. Mars 1667. au
lieu de la Nocle prés de Bourbon
Lancy entre les mains de
Charles Perraut , Miniſtre de
l'Egliſe de ce lieu là , s'eftant
,
fabriqué du 19. Ianvier 2656 .
des Lettres de Docteur en
Medecine de l'Univerſité
d'Orange , fut dans la Verre-
2
118 MERCVRE
rie du Bois-Gizet , à trois
lieuës de Bourbon Lancy , le
premier artiſte des execrables
Poiſons de l'abominable Scelerat
, qui n'ayant pû faire
achever par ce Denis Lhomme
dans la Verrerie du Bois
Gizet ſes plus fubtils poiſons
pour prématurer les Succeffions&
les Emplois , & pour
rendre des Benefices & des
Charges vacantes , perit miferablement
à Paris an1672.
en voulant luy meſme compoſer
ſes infernales drogues.
Celuy qui luy avoit enſeigné
cette execrable ſcience , je
veux dire Denis Lhomme
grand fabricateur des Sceaux
& des écritures publiques ,
avoit appris tous ces miſteres
d'iniquité ſous Antoine
Pagant , quipour s'eſtre van-
,
GALANT.
119
té de perdre la France Senza
Spargimento diſangue , futarreſté
à la Baſtille le 19. Novembre
1651. Son Eleve craignant
le feu de la luſtice humaine ,
voulut fortir de France , &
ſe ſauver en Angleterre ,
comme il paroiſt encore dans
unelde ſes Lettres dattée de
la Nocle du 17. Juin 1680.
par laqulle il s'engageoit
d'aller pratiquer à Londres ſes
funeſtes effences au ſervice
des Ennemis de la Royauté.
L'ay fait ce petit détail ,
pour vous faire mieux comprendre
ce qu'on doit craindre
de ces diſeurs de bonne
fortune ou faiſeurs d'Horofcopes
, & gens quiſe meſlent
de deviner , ſur tout s'ils font
porfeſſion de Medecine , de
Chymie , ou qu'ils ſoient de
120 MERCURE
1
la Religion Proteftante , laquelle
n'ayant que le Demon
pour Auteur , porte par tout
l'eſprit de revolte , qui eſt le
veritable caractere de l'Herefie
car puis que les Heretiques
ne croyant pas la Realité
du Sacrement de l'Autel ,
accuſent Dieu de manque
de parole , & en échange luy
manquent de foy , en foulant
aux pieds , comme dit faint
Paul , m le Corps du Fils de
Dieu , il ne doitpas eſtre ſurprenant
qu'ils s'attaquent à
l'autorité , au Trône & à la
perſonne des Rois qui font
lesimages vivantes de la Majeſté
Divine , & qui par conſequent
, n'ont que Dieu ſeul
pour luge de leur conduite.
C'eſt une verité autentiquemAux
Hebr. ch. 10. v.29.
ment
GALANT . III
'
ment établie dans la ſainte
Ecriture par les termes du
Prophete. Roy , Tibi foli pec.
cavi.
:
Les ſaints Prophetes tirent
immediatement de Dieu la
connoiffance des choſes les
plus fecretes , & les plus éloi-
- gnées , comme dit Daniel , n
Ainſi Samüel connoiſſoit ce
que Saül avoit dans le coeur
lorsqu'il cherchoit les Anef
ſes de fon Pere. Ainfi Eliſée
avoit comme il dit , fon
coeur preſent , lors que Giegi
qui avoit couru aprés Naaman
receut deux talens. p Ainſi
Daniel eſtant encore jeune
& élevé Captif dans la Cour
de Nabuchodonofor en Babylone
, apprit immediate-
د
nChap. 2.v. 22 .
01. Reg. ch. 9.1. 19.
p4. Reg. ch. 5.v.6.
Aoust 1689.
:
112 MERCURE
i
ment de Dieu la nuit precedente
par une viſion , l'explication
& le Songe que le Roy
avoit eu & oublié , de cette
grande & terrible Statuë qui
eſtoit la figure des futures
Monarchies Du Monde , dont
la teſte eſtoit d'or , les bras &
la poitrine d'argent , le ventre
&les cuiſſes d'airain , les jambes
de fer , & les pieds & les
doigts meſlez de fer & d'argile.
ARTICLE II .
Les veritables Prophetes ,
bien qu'immediatement envoyez
de Dieu , en vouloient
eſtre aſſeurez , & pour ce
ſujet ils luy demandoient des
Signes manifeſtes. Dieu mefme
a donné fon Arc-en- ciel
aprés le Deluge , pour ſigne
de l'alliance qu'il faiſoit avec
GALANT . 113
la Terre . Si vous demandez
comment depuis le Deluge
cet Arc- en ciel peut fignifier
l'alliance de Dieu avec les
hommes , en voicy ma penſée.
C'eſt parce que cet Arc eſt
fans corde , & meſme dans
une ſituation contraire à décocher
fur la Terre . Auſſi le
Prophete Ezechiel vit la Majeſté
Divine dans ſon Lit de
Justice & au Trône de ſa
gloire paré d'un Arc-en-ciel .
Dieu parlant en viſion à
Abraham q promit de luy
donner& à toute ſa Poſterité
la Terre de Chanaam. Ce
qu'Abraham crat , & it luy fut
reputé à justice. Neantmoins
ce Pere des croyans demanda
un ſigne pour eſtre affeuré
qu'illa poſſederoit .
9Geneseos ch . 15 v.8.
F 2
114 MERCURE
teur
د
Moyſe eſtant envoyé de
la part de Dieu à Pharaon ,
pour retirer le Peuple de la
captivité d'Egipte , répondit
, rze ne seray pas creu , &
on me prendra pour un Impos-
& on me dira que le seigneurne
m'a pas apparu , mais
Dieu l'aſſeura de ſa prefence ,
& luy donna trois fignes miraculeux
pour prouver ſa
Miſſion , car par l'ordre de
Dieu Moyfe ayant jetté ſa
verge à terre elle fut convertie
en Serpent , dont il fut
effrayé ; mais par le meſme
ordre l'ayant empoigné par
la queuë , ce Serpent reprit Sa
premiere nature de bois , & devint
la mesme verge de Moyse.
Dieu luy commanda encore
de mettre la main dans ſon
>Exode ch. 4.
GALANT.
115
コ
ſein,d'où il la tira lepreuſe; de
blanche qu'elle étoit comme la
neige lors qu'ill'y eut remiſe ,
il la retira entirement ſaine .
L'Hiſtoire des Juges nous
apprend dans le ſixiéme chapitre
, que Dieu ayant dit à
Gedeon , Va , pars , Sçache que
c'est moy qui t'envoye , il répondit
, Seigneur , si j'ay trouvé
grace auprés de vous
moy quelque signe que c'est vous
quimeparle.z
donnezfLe
Preſtre Zacharie of
frant les Parfums au Temple
du Seigneur , & ayant appris
de l'Ange Gabriel , qu'il auroit
un Fils nommé lean , demanda
un ſigne ; car il dit à
l'Ange , A quoy connoistrai.je
la verité de ce que vous me
dites ?
Luc, ch , 1. v.18.
F3
116 MERCURE
ARTICLE III..
و
Les Peuples avant que de
croire aux Prophetes , qui ſe
diſoient choiſis pour leur
parler de la part de Dieu
devoient auſſi en eſtre affurez
par quelques fignes ou
miracles . Ainſi Moyſe ayant
eſté envoyé pour délivrer le
Peuple de la captivité d'Egipte
, fit devant luy par
Pordonnance de Dieu les
deux ſignes miraculeux que
nous avons cy-deſſus rapportez
. Il prit encore de l'eau
du Fleuve du Nil , & l'épancha
ſur la terre , & toute l'eau
qu'on prenoit dans le Fleuve
eſtoit changée en ſang Le
Peuple ayant veu ces trois ſignes
u s'abandonna à croire
Exode ch. 4.
Exod, codem. v . 30.
GALAN T.
117
د
& à faire tout ce que Moyfe
devoit propoſer. Moyſe prouva
enſuite ſa Miſſion au Roy
Pharaon & à toute l'Egipte
par dix differens miracles
qu'on appelle les dix Playes
d'Egipte. Il la prouva encore
dans le defert , x lorſque
Coré , Dathan , & Abiron s'é
leverent contre luy & Aaron ,
& voulurent ufurper la Preftrife
, car ayant dit : Par ces
Signes vous connoistrez que Dieu
m'a envoyé incontinent la
terre qui estoit ſous les pieds
de ces Revoltez ſe fendit , &
les engloutit avec tous leurs
Tabernacles , & ils defcendirent
vivans dans les Enfers .
Ieroboam ayant eſté éleu
Roy des dix Lignées d'Iſeaël ,
pour s'aſſurer la Couronne &
xNombres ch . 16. v, 28.
F4
118 MERCURE .
empêcher le Peuple de monter
à Ierufalem pour facrifier
au Temple de Salomon
fit fondre un Veau d'Or en
Bethel , & y dreſſa un Autel ,
fur lequel il preſentoit laymeſme
les encens ,y lorſqu'un
jeune Prophete venu de Iuda
s'écria : Autel , Autel ,le Sei
gneur d'Israel dit : Il naîtrade
LaMaison de David un Prince
nommé Jofias , qui immolera fur
toy mefme tes Prestres , & voicy
le signe que Dieu parle par ma
bouche , cet Autel fe rompra ; &
il ſe rompit.
Voicy un autre Exemple
dans le IV. Livre des Rois .
Ezechias eſtant malade , Dieu.
luy envoya le prophete Ifaïe
pour luy dire qu'il diſpoſaſt de
ſamaiſon , parce qu'il moury
3. Reg. ch. 13. V. 5.
GALANT.
119
roit . Ce pieux Roy qui avoit
briſé le Serpent d'airain , &
rétably les Autels & le culte
du vray Dieu , que l'impie
Roy Achab fon pere avoit
détruit & aboły , fondit en
larmes , & obtint par ſes prieres
la revocation de l'arreſt
de ſa mort. Ainſi le Prophete
n'eſtoit pas encore au milieu
du porche pour fortir ,
que Dieu luy ordonna de retourner
ſur ſes pas ,&d'aſſfurer
le Roy que dans trois
jours il monteroit au Temple
, & qu'il vivroit encore
quinze ans. Ce bon& lufte
Roy demanda au Prophete :
Quel fera le signe que Dieu me
querira , & que je monteray
dans trois jours au Temple ? 11
obtint le ſigne qu'il demandoit,
car l'ombre du Soleil
F
MERCURE
retrograda de dix degrez ſur
l'horloge folaire d'Achab ..
Ie vous parlay il y a deux
ans de Mr de Cironis de
Beaufort , qui , quoy que fort
jeune , avoit remporté le premier
Prix dans l'Academie
des Ieux Floraux de Toulouſe.
le vous en ay marqué
l'Inſtitution dans quelquesunes
de mes Lettres , & vous
ay entretenuë de tout ce qui
la regarde. Il a remporté
cette année le Prix de la
Violette qui eſt le ſecond.
On peut dire qu'il a un genie
extraordinaire,&qu'il eſt rare.
qu'une perſonne ſi peu avancée
en âge poffede ſi parfaite.
ment les belles Lettres . Vous
vous ſouvenez fans doute
que je vous appris en 1687..
GALANT. 121
qu'il eſt petit - fils du celebre
Mr de Cironis , Preſident au
Mortier du Parlement de
Toulouſe . Comme il y a
toûjours un Sonnet à faire
pour l'eſſay voicy celuy
qu'il fit ſur ce Vers ..
Les Méchans apprendront à vous
eftrefidelles.
AU RO Υ.
CRand Monarque , vostre ame
en vertusfi feconde
Vient d'immortaliser la ſplendeur
de vos Lys, [fonde
Devos pieuxdeffeins laſageſſepro-
Rend noftre joye entiere , & nos
voeux accomplis..
On vous aime ,on vouscraint fur
laTerre&fur l'onde,
F6
122
MERCURE
Par tout fume l'encens des Autels
rétablis ;
Et de tant de vertus , les delices dis
Monde ,
Nos Marbresfont ornez & nos Vers;
embellis .
Si Liege a bien oférompre l'intelligence
Deſes Etats unis avec ceux de la
France,
Sansrespecter les Loix qu'imposéun
grand Vainqueur.
Voussçaurez châtierſesHabitans
rebelles ,
Par l'exemplefameux de leur propre
malheur,
Les Méchans apprendront à
vous eſtre fidelles .
Le Chant Royal qui luy
a fait meriter le prix de la
Violette , eſtoit celuy que
vous allez lire...
GALANT.
123.
CHANT
E
HESIONE ,
Ntre tous les HEROS , dont
leferme courage
ROYAL.
Hend leur nom memorable à la pofterité,
L'illustre Fils d'Alcmene a fur eux
l'avantage
D'avoir le premier rangdans l'im.
mortalité
Buftris , Gerion ,le Monstre d'Eri
manthe
9
Un Lion furieux , une Hidre renaiffante,..
Accablezfous le poids defa mâle
vigueur
Sont d'illustres témoins defahaute
valeur.
Detantde beaux exploits dont le
Seulnombre étonne
Je chanteſeulement dansmanoblo
shaleur
124
MERCVRE
Le Heros qui s'oppoſe aux
malheurs d'Heſione .
Ilioalloit eftre un tristeMarécage..
Neptune ravageoit cette illustre
Cité,
Et les Troyens estoient un vivant
témoignage [irrité.
Dece quepeut an Dieu justement
Contre Laomedonſa colere conflate..
Luy faisoit exercer tous les maux
qu'elle invente ,
Il remplit la Troade,&deſang&
d'horreur ;
On voit de toutes parts tomberſous
Sa rigueur ,
Des Morts & desMourans que la
Parque moiſſonne ;
Heureux , s'il avoient eu dans ce
preffant malheur
Le Heros qui s'opoſe aux malheurs
d'Hefionc..
GALANT.
125
De tant d'Infortunez le funeste
carnage
N'avoitpas aſſouvytoutefacruauté
Cen'estoit pas affez pour appaiser
Sa rage,
Un Monstre fermidable est contre
euxfufcité..
Ses griffes , & les dens defa queule
écumante
Leurfont encorSentirſa faim trop
violente ,
Deſaforocitél'insatiable ardeur
Séme de toutes parts la mort ou la
terreur ;
GeMonstreredoute ne respecteper--
Sonnes
Le Cielſe reſcrvoit pour punirSa
[fureur
LeHeros qui s'oppoſeauxmal
heurs d'Heſione..
126 MERCVRE
Pourfemettre à l'abry d'unsifu
neste orage
Que feront les Troyens : l'Oracle
consulté .
Leur apprend qu'Hefione exposée
au rivage ,
Seule peut adoucir cette Divinité ,
Qu'un Monstre dans l'excés defa
rage fanglante
S'appreſte à devorer cette Fille innocente..
Les Troyens , à ces mots , voyant
avec douleur
Qu'illeur faut immoler , ou favie
ou la leur
Sontforcez d'accomplir ce que l'oracle
ordonnei
Mais on voit auffi- toft combatreen
Leurfaveur
LeHeros quis'oppoſe auxmal
heursd Hefione..
GALANT.
127
C'est trop peu qu'aux hazards où
la terre l'engage
Alcide aitfignaléſon intrepidité ;
l'Onde encor à son tour avec elle
partage
la gloire d'exercersagenerofité.
C'estoit pour ce Heros la Victoire in
portante ,
Qui devoit couronner ſa valeur
triomphante ,
Aprés ce grand Exploit , cet illuftre
vainqueur ,
Redonne un nouveau lustre à fa
haute ſplendeur.
Du bruitdeſes hauts faits tout l'
nivers reſonne ,
Ilion reconnoiſt pour Son Liberateur
LeHeros qui s'oppoſe aux malheurs
d'Hefione .
128 MERCVRE
ALLEGORIE .
Tor Is eft des vertus unefour- ce
Son extréme bonté , fon humeur
bien faisante ,
D'un Prince fugitifle font le Protecteur.
Sur l'Anglois revolté ſignalant fon
grand coeur ,
Il va rendre à leur Royle Sceptre
&la Couronne.
Nouspouvons appliqueràSafainte
ferveur
LeHeros qui s'oppoſeaux malheurs
d'Heſione .
Les matieres du temps ſont
ſi amples & fi belles , qu'elles
donnent à chacun de quoy
s'exercer ſelon ſon genie ,
Mr de la Tronche de Roüen ,
GALANT . 129
Auteur du Dialogue qui fuit ,
les a traitées d'une maniere
qui vous plaira d'autant plus
que l'Allegorie qu'il y fait
regner , nous repreſente fort
ingenieuſement les Ligues
qui ſe ſont formées contre le
Roy depuis quelque temps ,
& qui ont produit la Guerre
que nous voyons allumée
dans toute l'Europe.
DIALOGUE
ALLEGORIQUE
De Jupiter & de Mercure
fur les Affaires du Temps.
a quelque temps que Fupi.
ter a ne pouvant plus retenir la
jalousie que luy cause le grand éclat
AL'Empereur,
130
MERCVRE
du Soleil , b appella Mercure, co
luy commanda d'aller dans toutes
les Cours des Planetes , pour leur
remontrer qu'ils n'avoient pas
moins d'intereſt que luy , d'em
pescher que ce bel Astre n'effaçast
parfon brillant la clarté dont elles
estoient environnées . Metsenuſage
toute ton éloquence, luy dit- il , pour
les obliger d'entrer contre luy dans
une Ligue offensive & defensive;
mais afin qu'elles puiffent toutes
ensemble mieux reuſſir dans ce que
je t'ordonne de leur propoſer ,ſouviens-
toy qu'il faus tenir la negociationfecrete
, & agir auprés de
chacune avec beaucoup de prudence.
Va d'abord trouver Saturne.d
Comme ilest le plus élevé en dignité,
ilaura plus de pouvoir qu'aucun
autre pour lesfaire entrer de con
6 Le Royde France
c L'Electeur Palatin.
Le Pape.
GALANT.
131
و
cert dans une Affaire fi delicate.
Tu iras ensuite parler à e Venus.
Ses charmes pourront aiſement
attirerMarsfdans nostre party,&نم
quand tu te ſeras affeuré de l'un
&de l'autre tu paßeras au
Ciel de la Lune , & pour l'obli
ger parson opposition de caufer
au soleil quelque grand Eclipse ,
qui luy faſſe perdre l'estime que
toute la terre a pour luy , au préjudice
des autres Planetes
qu'elles ne peuvent souffrir Sans
Se rendre indiques de leur fublime
grandeur. La commiſſion
dont vous m'honorez m'est fort
glorieuse , répondit Mercure avec
un air de Planete fubalterne ,
mais s'il m'estoit permis deparles
fans perdre le reſpect que je
vous dois ; je vous dirois que
e La Hollande.
fPrince d'Orange.
8L'Efagne.
ce
132
MERCVRE
vous pourriez vous tromper dans
vos mesures ; car comment prerendez-
vous que j'aille dans
toute l'étendue des Cieux faire
gendarmer toutes les Planetes
contrele Soleil fans qu'il en ait
connoisſſance , luy qui est ficlairvoyant
qu'il n'y a rien qui échapeàses
rayons ,jusqu'à penetrerleplus
profond des Abyſmes ?
Fapprehende mesme qu'à l'heure
qu'il est , il ne nous découvre
ensemble ,& qu'il ne devine le
Secret que vous voulez bien me
confier & jay d'autant plus
fuiet de le craindre , que je ne
fuis pas trop bien avec luy-
Vous le sçavez , & vous n'ignorez
pas qu'ayant beſoin d'un
, nous avons luy & moy
nommé Saturne , que j'aurois på
exempter de cette peine en accordant
au Soleil ce qui me demandoit
avec iuftice ; mais li je
Arbitre
.
GALANT .
133
nel'ay pas fait , ce n'a estéque
pour mieux entre dans vos interests
. Presentement Selon le
train que doivent prendre les
chofes ,ie croy queSaturne aura
de la peine àſe declarer pour
vous , parce qu'estant établi par
lesouverain Destin pour Moderateur
de toutes les contestations
de tous les démeslezqui peuvent
s'émouvoir parmy les Planetes
, foit pour l'honneur de la
preféance , ou pour quelque interest
particulier , il ne doit point
en qualité de Mediateur proteger
les uns plûtoſt que les autres
s'il veut couper pied à de cruelles
Guerres dont le Ciel & la
د
Terre reſſentiroient de terribles
Secouſſes , qui peut- estre obligeroient
le Destin d'en rendre saturne
responsable.
Cela est vray , dit Jupiter ,
134 MERCYRE
mais Sçais- tu bien , puis qu'ilfaut,
enfin te découvrir tout mon coeur ,
que lors qu'on est aussi tourmenté
de ialousie que je le fuis , la
raiſon n'est pas ce que l'on écoute.
? Ie ne te le cache point.
L'aimerois mieux eſſayer tous les
malheurs de la Guerre , que d'entendre
plus long - temps la Renommée,
quiſemble n'avoir point
assez de bouches pour publier
le merite du Soleil. A quelque
prix que cesoit , j'en veux affoiblir
l'éclat. F'en viendray à bout
par le ſecours des Flanetes. Elles
prendront toutes mon party lors
qu'elles verront Saturne dans
mes interests . Ie n'oublie rien
pour l'y attirer. C'est pour cela
que j'ay dans sa Cour deux
Etoiles à à mes gages. Ces deux
Etoiles peuvent tout fur son ef-
Le Cardinal Cibo & le Cardinal...
prit
GALANT.
135
prit , & luy feront prendre en
ma faveur tous les sentimens
- qu'elles voudront. J'ay à te dire
de plus que l'Etoile i du Nord
s'est entierement dévoüée à moy ,
avec quantité d'autres Etoiles k
qui groſſiront mon party pour
faire toutes ensemble une no
table diverſion par tout où elle
pourra mestre avantageuse.
Ainsi prepare-toy à partir ; je
vais donner ordre à tes Lettres
de creance.
2
vous
Nefaites rien , s'ilvousplaiſt,
repartit Mercure que
n'ayez bien examiné la ſituation
où sont presentement les autres
Planetes. Il n'y a pas d'apparence
que la Lune veüille se
broüiller tout de nouveau avec
le Soleil. Elle fçait trop ce qu'il
i Le Roy de Suede.
k Les Electeurs de l'Empire .
Aoust 1689 .
G
136 MERCURE
luy en a coûté pour avoir pris
avec vous la querelle de Venus .
Si la paſſion qui vous aveugle
ne vous permet pas de vous en
reſſouvenir , voſtre Aigle qui a
perdu plusieurs plumes d'an coſté
vous en pourra rafraichir la
memoire. C'est pourquoy jay
beaucoup de peine à croire que
la Lune pour contenter vostre
jalousie , donne fottement teste
baifféedans l'entreprise que vous
voulez faire . Elle craindra de
recevoir avec vous pour une feconde
fois le déplaisir deſe voir
forcée à faire une paix honteuse.
Quoy qu'elle faſſe parson oppofition
pour obscurcir la lumiere
du Soleil , elle ne le peut faire
tout au plus que pour deux ou
trois heures , au lieu que ce bel
Aſtre peut l'éclipser pendant
toutes les nuits de fon regne , en
•
137
GALAN T.
attirant quantité de vapeurs
d'exhalaiſons qui cacheroiententierement
sa lumiere aussi-bien
que celle des Etoiles dont vous
esperez l'appuy , er qui ne sont
peut - estre pas àse repentir de
s'estre engagées à seconder vos
projets dont elles n'esperent pas
une bonne iſſue. Pour ce qui est
de Venus , il me semble quevous ne
devez pasfaire un grand fondfur
elle; car tenant de la Mer qui
eſt le lieu de fon origine , elle est
fortfujette au changement. Ainsi
vous ne devez pas vousyfier. Toute
Femme qui se foustrait de l'autorité
de fon Epoux & qui ne luy est
pas fidelle , peut manquer de foy
à d'autres. Elle est comme ces
Coquettes qui ne se donnent que
pour un temps , Selon que la pafſion
on l'intereſt les y porte . C'est
ce qu'elle a bien fait your in
G2
138 MERCURE
admettant Mars dans son sein .
afin de s'en servir contre les attaquesde
ceux qu'elle a trompez ;
mais elle commence à s'en laſſer.
On le voit parfa conduite , puis
qu'apprehendant qu'il ne prist
chez elle un pouvoir de Maistre
elle a fi bien fait parses perfuafions
, qu'il est allé dans une
autre Plage , dont elle luy a fait
croire que la Conqueste luy seroit
non pas tant parson cou
rage que par les ruſes & les trahifons
qu'elle luy a inspirées. Quand
vous aurez peſé toutes ces raisons,
vous trouverez peut - eftreàpropos
de nepas allerfi viſte , &laiſſerez
en paix le Soleil qui n'a pas voulu
vous troubler, quand vous estiez en
querre contre une Comette
Cornuë , afindefaire voirà Saturne
facile ,
L'Angleterre,
m Le Turc.
m
GALANT.
139
i
،
-
y
ainsiqu'aux autres Planetes , qu'il
Sçait donner des bornes àfon courage
quand la justice le demande ;
car fans cela vous cuffieZesté encore
une fois contraint d'abandonner
honteusement le plus beau lieu
de vostre in Domaine. Faites
reflexion . S'il n'eust pas esté affez
genereux pour vous épargner en ce
semps-là ,c'eſtoit fait de wour dat
de toutes vos Etoiles , &peut- estre
auffi de moy. Comme nous avons
payé cette moderation d'ingratitu .
de , il y a ſujet de craindre que
toſt ou tard nous n'en ſoyons ju
ftement punis. Tais - toy , interrompit
Jupiter d'un ton altier. Tes
raisonnemens nesonttirez qued'une
politique craintive , & deſi lâches
precautions ne sçauroient abbattre
un coeur auffiintrepide que le mien.
L'entreprise est refoluë ,& ieveux
aVienne.
1
G3
140 MERCVRE
eštre obey, vous le ferez , repartit
Mercure. Puis que vous me l'ordonnez
d'autorité abfoluë , ie vous
feray voirque cen'est point unepolitique
craintive qui m'a obligéde
parler comme j'ayfait ; mais plûtost
une politique prudente , dont
on ne peut s'écarter sans risquer
tout. Je connois bien ce que je ha-
Zarde , & que j'ay tout lieu de
craindre , qu'en me rencontrant
dans le cours de vos intrigues , le
Soleil ne me brufle les aisles quej'ay
àla teste & auxpieds , & peutestre
mesme qu'il ne me consume
tout à fait , quoy que cela ne foit
pasdans les Propheties de certains
Mortels qui pretendent penetrer
dans l'avenir , &qui veulentfaire
croire aux autres ce que vous ne
Sçavezpas vous mesme, tout éclairéque
vous estes. Si je ne metrom-
Pe , continua t- il , il me semble que
GALANT.
14
ievoy déia de loin une Etoile o errante
quifort du Soleil , & dont la
elarté extraordinaire ,enſe reſſen
tant du lieu defanaiſſance , ne me
fait rien augurer de bon. Au contraire
elle me fait craindre que
voſtre mine ne foit éventée par la
penetration des rayonsde vostreEn
nemy. La rapidité avec laquelle
sette Etoile s'avance vers la Voye
Lactée p est d'unfort mauvaisprefage,
& l'ay d'autant plus d'inquietude
que ie croy voir auſſiplufieurs
Tourbillons q impetueux qui
la precedent , pour exciter quelque
orage dans l'endroit où va cette
Etoile , qui toute errante qu'elle
est , se sçaura bien fixer malgré
vous & malgré moy en tel lieu qu'-
elle voudra.
•Monseigneur le Dauphin.
p Le Rhin .
9 Efcadrons de Cavalerie qui allerent affieges
Philisbourg.
G4
142 MERCURE
le ne sçay ce que tu vois , dit
Iupiter , mais ie ſçay bien ce que
ie vois quand ie te regarde. le vois
un Visionnaire que la peur remplit
defaux obiets. Ilfaut en effet qu'ellete
préoccupe terriblement pour te
reduire aux alarmes , à l'aspect
d'un petit Meteore qui n'est qu'une
vapeur enflâmée ,& qui ne laiſſe
pas neanmoins de te tenir lieu d'une
Etoile errante , Petit Meteore tant
qu'il vous plaira , répartit Mercure,
nous en verrons les effets. Ils
Pourront caufer de grands defordres
dont vous ferez cauſe encore plus
que moy , puis que vous m'aurez
forcédevous obeïr , Donnez ordre.
à tout , ie n'ay plus rien àvous
dire.
La Reine d'Angleterre qui
ne fait aucun voyage à Paris
que par des motifs de pieté ,
GALANT.
143
1
a
s'y rendit le 29. du mois
paſſe , pour aſſiſter au Salut
dans le Monaſtere des Dames
Chanoineſſes regulieres Angloiſes
, qui s'y faiſoit pour
la concluſion des Prieres de
quarante heures , que ces Dames
avoient faites , pour demander
à Dieu la conſervation
de la perſonne facrée du
Roy , & de leurs Majeſtez
Britanniques , & pour l'heureux
ſuccés de leurs armes ..
Cette Princeſſe qui ſçavoit
que Loüis VII. avoit eu autre
fois la generoſité de donnerun
aſile en France à Saint
Thomas Archeveſque de
Cantorbery Chancelier &
Primat d'Angleterre lors
qu'il ſe refugia en ce Royaume
, ayant appris que ce faint
Prelat , pendant le ſejour qu'il
,
G
و
1i44 MERCURE
y avoit fait , avoit choiſi fa
demeure parmy. les, Chanoines
reguliers de l'Abbaye de
Saint Victor , & que dans une
Chapelle dédiée à ſon honneur
on conſervoit le Cilice
dont il eſtoit reveſtu lors
qu'il fut aſſaffiné , eut la devotion
d'y venir faire ſa priere
.. Sa Majeſté fut receuëà la
porte de l'Egliſe par le Chapitre
des Chanoines reguliers
de cette Abbaye , ayant à
leur teſte Mrde Bourges qui
eneſt Prieur . Voicy le compliment
qu'il luy fit..
MADAME ,
La presence de vostre Mas
jeſteinſpire ànos coeurs des fen:
timens que nous ne pouvons
exprimer par nos paroles, Fermettez
nous , Madame , pour
GALANT.
145
Suppléer à ce defaut d'emprunter
celles que le Saint Esprit mit autrefoisdans
la bouche duplusfageRoy
de la terre , pour fairele Portrait
l'Eloge de l'Epouse du Souverain
Roy du Ciel , quam pulchri funt
greſſus tui , Filia Principis !
Grande Reine Princeffe incomparable
, que vos démarches font
belles ! que tous vos pasfont dignes
de remarque ! Je ne pretens pas ,
Madame , par ces paroles loüer
dans Vostre Majesté cet air de
grandeursi majestueux &fi noble ,
qui luy attire le respect & la
veneration de tous les Peuples. Ie
craindrois de blefſſer la delicateſſe
devôtrepieté,ſi dans ce Lieu Saint,
jem'arreſtois à cesfortes d'avantageshumains
quevous tirezdevoſtre
Auguste Naissance. Le parle ..
Madame, de ces demarshes tou
tes Saintes que vous faitess
G6
146
MERCURE
dans le ſentier de la vertu . Nous
vojons avec admiration. Vostre
Majesté marcher sur les traces.
des plus illustres Saints de fon
Royaume... Le grand Saint
Thomas Chancelier , dépuis Pria
mau d'Angleterre & Archevesque
de Cantorbery , perfecuté
pour la défenſe des libertez de
l'Eglise,se retira dans la France ;
ily trouva un azile aſſuré sous la
protection d'un de nos Rois, &dans
lesejour qu'ilfit en cette ville,il
choifit cette Maiſon pour le lieu de
Sa demeure. Son inclination pour
l'Ordre das Chanoines Reguliers
étably dans fon Eglise de Cantorbery
, & dont il portoit toujours
l'habit fous les ornemens;
convenables à ſa Dignité , &
plas encore fon amour &fon zele
pour la difcipline reguliere , qui
fleurifſoit en cette Abbage , nous
attirerent un fi digneHofte.Quefo
GALANT. 147
nos Peres furent instruits des dif.
cours , & édifiez de la pieté de ce
faint Prelat,nous ofons dire, Madame,
qu'il trouva aussi dans cette
Maiſon des exemples capables de
L'édifier. Il y recueillit , pour ainfi
parler , les esprits du fang encore
tout fumant d'un autre Thomas
Prieur de cette Abbaye , & Vi
caire General de l'Evesque de
Paris , qui quelque temps au
Paravant avoit facrifié ſon Sang
&sa vie pour ſouſtenir les droits
de l'Epouse du Sauveur. La
Providence fans doute l'avoit
conduit dans ce lieu pour l'ani--
mer par cet exemple à imiter le
Souverain: Pasteur de nos Ames
qui s'est livré à la mort pour le
falut de fon Eglife. Cette Ab..
baye , Madame , conferve encore
aujourd'huy comme un gage
preticux de l'amitié de ce Saint
148 MERCVRE
l'instrument rigoureux de fes
austeritez ſecrettes , cet afpre Cilice
qu'il portoit pendant ſa vie ,
& dont il fut trouvé revestu
aprés sa mort. Permettez - nous ,
Madame , de finir ce difcours par
les paroles qui l'ont commence.
Grande Reine , que vos démar--
ches font belles ! Vous marchezfur
les pas de cet illustre Saint
L'ornement de vostre Royaume..
Comme luy
France pour la cause de Dieu
de la Religion & de l'Eglife
comme luy , vous cherchez un
azile à voſtre Foy ; comme luy
vous y trouvez un Prince Religieux
qui vous reçoit comme un
digne present du Ciel; mais plus
beureuse que lesy
9
6ء
vous venez ene
VOUS Y
trouvez un Monarque , qui etant
l'admiration de toute la Terre
devient l'admirateur de vostre wereGALANT.
す149
4
tu. Comme luy enfin Voftre Majesté
Bonore defa perfence cette Maison
qui afervy de retraite à ce Saint.
Quesivous n'y trouvezplus,Mada
me , ces grandsexemples de vertu
qui édifierentfaint Thomas ,st par
malheur nous ne sommes plus que
l'ombre de nos Peres , du moins ,
Madame, Vostre Majestépeut s'as
Seurer de trouver dans tous lesfuiets
qui composent ceste Compagnie
autantde perſonnes dévoüées aux
interestsdefa Couronne , affectionnées
aufervice de ses fidelles Sujets
, zelées pour lagloire ,laſanté,
la prosperitédefa PerſonneSacrée,
& de toute fa Famille Royale
La Reine ayant remercié
ce Prieur avec fon honneſtetë
ordinaire , fut conduite au
bruit des cloches & au fon
de l'orgue à un Prie- Dieu
qui luy avoit eſté preparé ata
ISO MERCURE.
milieu du Choeur , tendu
ainſi que la Nef de riches
Tapiſſeries. Sa Majesté , aprés
avoir fait ſa Priere pendant
le Te Deum que les
Chanoines chanterent , vic
le Cilice de Saint Thomas .
de Cantorbery , & pluſieurs
autres Reliques ; aprés quoy
elle paſſa dans la Chapelle
dédiée à ce Saint &
en celle de la Vierge. De
là elle fut conduite danss
la fameuſe Bibliotheque de
cette Abbaye , ſi celebre par
le nombre & par l'antiquité
de ſes Manufcrits ; puis elle
paſſa par les Jardins ſur une
terraffe , où ſous une arcade
fort richement tapiſſée , on
luy ſervit une collation trespropre..
La Reine en ſortant témoi
GALANT . ISI
gna à Mr de Bourges qui avoit
toujours eu l'honneur
de l'accompagner , beaucoup
de fatisfaction de la reception
qu'onluy avoit faite. CePrieur
qui eſt Docteur en Theologie
de la Faculté de Paris , eſt
proche parent de Mr de Bourges
, ce fameux Miſſionnaire
Apoftolique, que lePape Innocent
XI. parce qu'il travaille
depuis vingt- cing ans dans la
Cochinchine& dans le Tonquin
àla converfion des Infidelles,
a fait Eveſque en l'année
1679. Sa Sainteté luy envoya
ſesBulles aux Indes ſous le titre
de l'Eveſché d'Auren , en luy
permettantdeſe faire facrer par
un Eveſque ſeul & deux Preſtres
au lieu d'Eveſques , & s'il
ne ſe trouvoit pas de Preſtres ,
par un Eveſque ſeul.. Il revins
12 MERCURE
du fond du Royaume de Ton
quin pour recevoir la confecra
tion Epiſcopale en la Ville de
Siam , deux ans aprés que le
Pape eut fait expedier ſes
Bulles . C'eſt ce Miſſionnaire
Apostolique qui eſt l'Auteurde
laRelation du Voyage deMr
l'Eveſque de Berite , Vicaire
Apoftolique du Royaume de
la Cochinchine qui fut imprimée
pour la premiere fois à
Paris en 1666. & dédiée à Sa
Majesté. Ce fut luy qui accom
pagna ce digne Prelatdans le
grand Voyage qu'il fit par terre
pour aller à Siam. Ils traverſerent
enſemble la Turquie
l'Arabie deferte , la Perſe , le
Mogol,les Indes ,& le Royaume
de Siam,& arriverent aprésplus
dedeux millelieuës de chemin,
enla Chine , & au Royaume
GALANT.
153
de Tonquin , qui eſtoit le lieu
de leur Miffion . L'Eveſque de
Berite renvoya quelques années
aprés Mr de Bourges en
Europe , pour les affaires qui
la regardoient. Il cut l'honneur
lors qu'il fut en France ,
d'entretenir le Roy de ſes
voyages , & de luy preſenter
la Relation qu'il en avoit
faite. Il paſſa de là à Rome ,
où il fut tres -bien reçu de Sa
Sainteté , & obtint une partie
de ce qu'il luy demanda
pour le progrés de la Foy
dans le Royaume de Tonquin
, où il eſt retourné pour
y mourir attaché à ſon Eglife.
Comme il eſt parlé dans la
Harangue faite à la Reine
d'Angleterre d'un Thomas .و
Religieux de Saint Victor
dont on fait un paralelle avec
2
154 MERCVRE
Saint Thomasde Cantorbery ,
parce qu'ils ont perdu la vie
l'un & l'autre pour avoir défendu
avec vigueur les libertez
de leurs Egliſes , vous ne
ſerez pas fachée d'eſtre éclaircie
de quelques circonstances
de la vie , & de la mort de ce
faint Religieux , qui fut celebre
en fon temps. Il eſtoit.
de Paris , & avoit lié petamitié
fort étroite avec faint Bernard.
On le fit Prieur de
l'Abbaye de faint Victor , &
à cauſe de ſon merite extraordinaire
le fameux Eſtienne,
Eveſque de Paris en ce
temps- là , le choifit pour fon
Vicaire General dans l'éten
duë de ſon Dioceſe. Il exerça
cette Charge avec un zele
& une vigueur toute Apoſtolique
, s'eſtant oppofé , com-
4
GALANT.
155
me Vicaire , à pluſieurs abus,
& fur tout à de certaines
exactions qui ſe faifoient fur
les. Preſtres & fur les Curez
pardes perſonnes conſtituées
endignité Eccleſiaſtique . Cela
luy attira uneſi grande haine
de la part de ceux qui profitoiét
de l'argent que raportoient
ces exactions qu'ils refolurent
de l'aſſaſſiner. Ils executerent
cemalheureux deſſein àGournay
, prochel'Abbaye de Chelles
, lors que ce ſaint Homme
accompagnoit Eſtienne , Evef.
que de Paris , comme fon Vicaire
General , dans les Vifites
de fon Dioceſe. La rage
de ſes Ennemis fut telle qu'ils
l'aſſaſſinerent un jour de Di.
manche entre les bras meſme
deſon Eveſque, fans aucun refpect
, ny de la ſainteté du jour,
ny de la prefence de ce grand
156 MERCURE
Prelat. Cela eſt marqué en de
fi beaux termes & fi precis
dans la lettre que ce meſme
Prelat écrivit au Pape Innocent
II . fur ce ſujet , que je ne puis
m'empeſcher de les rapporter.
Vir (religiosus , PriorSancti Victoris,
Magister Thomas , in obfequio
charitatis , in itinere quod indixerat
pietas , in opere Sancto , in
Dominico die , insinu meo , & inter
manus meas , crudeliter ab impiis
pro juftitiâ excerebratus eft. Exitus
aquarum deducite oculi mei , quoniam
dereliquit me virtus mea , &
lumen oculorum meorum & ipfum
nonest mecum . Epifcopi nomen ego
gerebam ille exercebat opus .
Honore ſpreto onus totis viribus
Supportabat. Les Scavans qui
en voudront ſçavoir davantage
peuvent lire cette Lettre
entiere qui eſt la 159. dans les
GALANT.
157
Oeuvresdefaint Bernard . Toutes
les circonstances de ce
détestable aſſaſſinat ſe trouvent
dans l'hiſtoire de la Vie de ce
Saint Homme , faite en Latin
par Mr Goureau dela Proutiere,
cy devant Prieur de S. Vitor
, & aujourd'huy Prieur de
Villers- le-Bel .
Voicy des Vers de Mr Diereville
ſur l'honneur que re
ceurent Meſſieurs de S. Victor,
par la Viſite dela Reine d'Angleterre.
Vous les devez regarder
ſelon la ſituation où ſe
trouvoient les affaires lors que
l'Auteur les a faits . Comme
elles peuvent changer d'un
moment à l'autre , vous neluy
devez rien imputer ſi dans le
temps que vous les lirez il s'y
trouve quelque choſe qui ne
foit pas juſte.
158
MERCVRE
L
A LA REINE
d'Angleterre .
Ors que vous viſitez cette illustre
Maiſon ,
Qui porteleglorieux nom
Du Saint qui renverſa de fon pied
lesIdoles ,
Que ne voyez - vous dans nos
coeurs
Les doux raviſſemens qu'y caufent
tels honneurs
Fourlesbien exprimeriln'estpoint
deparoles.
Auxpieds de cesfacrezAutels,
Oula Pietévous amene ,
Nenous croyez pas,grande Reine,
Moinsſenſibles pour vous àvosdeftins
cruels.
Ce font les fentimens qu'un grand
merite inspire.
Sur ces raresvertus que dans vous
on admire ,
Avec
GALAN T.
159
Avec tant de douceur & tant de
majesté , [arrefté.
Parun charme puissant l'esprit eft
CePeuple qui vous environne ,
Eft pourtant moins attiré dans ce
lieu ,
Par le defir de voir vostre auguste
Personne ,
Quepourydemander à Dieu
Qu'il vous rende cette Couronne
Queravit àfon Oncle un indigne
Neveu .
Sous certe precicuſe pierre,
Oùfacrifiost ſaint Thomas ,
Qui comme vous contraint de
quitter l'Angleterre ,
,
Vint chercher un azile en ces heureux
Climats ,
Ilmesemble entendre fon Ombre
Comme dans un Monument
fombre ,
Prier le Dieu vivant d'exaucer tous
nos voeux .
Aoust 1689. H
160 MERCURE
Ses décretsfons impenetrables ,
Quand il tarde long-temps à punir
les coupables ,
C'estpour leur preparer des tourmens
plus affreux .
Du fier Tiran qui vous opprime ,
Tel ſera lefunestefort ,
Il tombera du Trône où l'a placéle
crime
Lors qu'ils'y croira le plus fort.
Deſes pareils c'est la chuteordinaire
;
Sur ce Trône le Ciel luy permet de
monter ,
Pourfaire voirce temeraire
Deplus haut se precipiter.
Vous le verrez, grande Princeſſe,
Ne ceſſezpoint de l'esperer;
Quand LOVIS pour vous s'intereffe
Vous pouvez vous en affeurer.
Pourmettre le combleàfa gloire
Le Ciel luy refervoit cette grande
Victoire.
GALAN Τ. 161
C'est le Constantin de nos jours ,
Dont ilsefertpourſavangeance;
Il ne peut d'un Tyran Souffrir la
violence ,
Et deſes attentats il va rompre le
cours.
Ce grand deffenseur de l'Eglife .
Fameux par
vers ,
tant d'exploits di
THE
LYON Par unefi belle entreprise
Deſes Vaiſſeaux couvre les Mers
Nous leverronsfur la Tamise
Seconder voſtre Epoux & mettre
dans lesfers
L'Ennemyquivous tiranniſe.
Que le Dieu quiſoutientſon brass
Anime toûjoursson courage,
Et qu'il puiſſe bien- toft couronner
Son ouvrage,
En vous rendans vos troisEtats
Comme lesTeſuites ſediſtinguent
dans tout ce qu'ils font,
H2
162 MERCURE
د
A
il y a toujours plaifir à entendre
parler de ce qui les regarde
, & je ne doute point que
vous n'en trouviez à apprendre
le ſujet du Balet, qui a ſervi
d'entre - Actes à la Tragedie
qu'on a repreſentée cette année
dans leur College de Loüis
le Grand. Le ſoin qu'ils ſe
donnent tous les ans pour ce
divertiſſement ne sçauroit
qu'eſtre utile au public , puis
qu'il fert å former la Jeun ſſe
pour la Chaire, & pourle Barreau
, & luy faire prendredes
manieres aiſées , ſans leſquelles
rien n'eſt fait de bonne
grace . La Tragedie qu'ils ont
fait repreſenter parleurs Ecoliers
le 17. de ce mois , eſtoit
intitulée Polimnestor , & comme
on en faiſoit rouler le noeud
fur un ſecret qui empêchoit
GALANT.
163
ce Roy de diftinguer fon Fils
d'avec fon Ennemy , le Balet
qui ſervoit d'entre - Actes à
cette piece , avoit eſté fait ſur
le fecret Il ne fautpas s'étonner
fi ce choix parut heureux &
judicieux . Quand des Sujets
qui doivent eſtre unis enſemble
ont tant de rapport , le divertiſſement
ne sçauroit manquer
de plaire. Je ne vous parparleraypoint
de la Tragedie ,
& vous diray ſeulement que
leBallet eſtoit diviſé en quatre
parties. Dabord la Nuit accompagnée
des Ombres donnoit
la naiſſance à Sigalion.
Dieu du Silence , qui repreſente
le Secret , & il eſtoitmis
enire les mains des Sibilles ,
pour eſtre nourri par des Fées,
avec ordrede ne le faire voir
à perſonne. Des Curieux , des
H 3
164 MERCVRE
Chymiſtes foufleurs & des Sorciers
venoient les uns aprés les
autres pourtâcher de luy parler
, mais les premiers n'obtenoient
que des feüilles que
leur jettoient les Sibilles , &
dans leſquelles ils cherchoient
inutilement ce qu'ils avoient
envie de ſçavoir. Les ſeconds
vouloient corrompre ſes Gardesen
leur promettant de l'or,
& ne remportoient que de la
fumée , & les derniers qui
croyoient le découvrir en employant
leurs CeremoniesMagiques
, eſtoient effrayez par
des Lutins qui les obligeoient
à prendre la fuite. Enfuite la
Renommée ennemie du Secret
venoit déclarer la guerre à Sigalion
au fon des Tambours
&des Trompettes ; & auffi -
toſt on voyoit paroiſtre les
GALANT.
165
Ecrivains , Gazetiers , & Colporteurs
, qui s'enroloient ſous
ſes étendards Bacchus qui hait
mortellement le Secret , amenoit
une bande d'Ivrognes
pour combatre Sigalion. Les
Enfans , à qui l'indifcretion eſt
naturelle , ſe mettoient de la
partie , & Momus & les Foux
qui vouloient auſſi en eſtre , paroiſſoient
accompagnez d'une
recruë de Bohemiens , qui ſe
ventoient de venir à bout de
penetrer les aventures les plus
ſecretes . Sigalion ſe voyant
ainſi attaqué de toutes parts , ſe
prepare à la défenſe aprésavoir
affemblé fon Confeil , Com .
poſé d'Areopagites & de Pytagoriciens.
En même temps les
plus grands Capitaines vinrent
luy jurer fidelité ,& le firent
reverer à leurs Soldats ſous la
H 4
166 MERCVRE
figure du Minotaure , ancien
ſymbole du Secret parmy les
Romains . On donna le ſoin de
Hoſpital de l'Armée aux Empiriques
feudataires du Secret,
qui vinrent lay offrir leur fervice
& qui en firent l'experience
en faiſant marcher droir
des Eſtropiez . Les Vieillards
Confidens du Secret , s'eſtant
auſſi preſentez pour défendre
Sigalion , on les deſtina à garder
le bagage , & les Plaideurs
& les Orateurs qui amenerent
des Troupes de Menfonges ,
furent mis au Corps de referve
pour le beſoin . Alors Sigalion
ſe vangea differemment de
ſes Ennemis. Il fit déchirer
Penthée par les Bacchantes
pour avoir voulu découvrir
les ſecrets miſteres de
Bacchus . Tantale fut plongé
GALANT.
167
dans un étang par les Furies
pour punition d'avoir revelé
les ſecrets des Dieux. Mer
cure changea le Berger Battus
en ſtatuë de pierre en preſence
de quelques Bergers , afin
de les inſtruire par ce châtiment
à eſtre plus reſervez à
garder le ſecret , & la Boete
de Pendore ayant eſté ouverte
, on en vit fortir le Demon
de la guerre , la Diſcorde , la
Furie ; & le Deſeſpoir. Vous
pouvez juger par tout ce que
je vous dis de la beauté des
Entrées. Ils sen fit une generale
dans laquelle Sigalion parut
fur un Trône au milieu de ſes
Officiers . Tous ſes Ennemis
chargez de chaînes relevoient
l'éclat de fon triomphe CeBalet
, dont l'ouverture ſe fit par
les plus illuſtres Nations de
H
1
168 MERCURE
l'Univers , qui établiſſant leur
politique ſur leſecret , ſe preparerent
à rendre hommage à
Sigalion , ne pouvoit manquer
de plaire en toutes ſes parties ,
puisque le ſujet en étoit agreable
& attachant,& que Mr Colaſſe
, l'un des Maiſtres de Mufique
de la Chapelle du Roy,
en avoit faittous les Airs.C'eſt
luy qui depuis la mort deMr
de Lully a fait la Muſique des
Opera avec le fuccés dont je
vous ay déja parlé. Les Entrées
eſtoient de Mr Pecour , qui
depuis deux ou trois ans
travaille aux Entrées de
l'Opera , & qui fit le Balet de
Chantilly lors que Monfcigneurle
Dauphin y fut regalé
avec la magnificence digne du
Prince qui le reçût. On ne
peutdancerde meilleure grace
GALANT. 169
que firent à ce Baletdu Secret
le fils de Mrle Duc de Villeroy',
& celuy de Mr de Saint
Vallier . Les grands applaudiſſemens
qu'on leur donna en
furent des marques.
Vous avez attendu bien tard
à me demander ce que c'eſt
qu'un Livre intitulé. Les plus
belles Lettres des meilleurs Auteurs
François . Cet Ouvrage eſt
de Mr Richelet , Auteur du
Dictionnaire qui porte fon
nom ,& fon titre vous apprend
en quoy il conſiſte. Les Lettres
dont il nous a donné un recueil,
fonttirées de vingt- huit
Auteurs differens qui ont tous
de la reputation , & comme il
a choiſi les meilleures , il ne
ſe peut que ſon Livre n'ait de
de fort grandes beautez. On
yvoit quelques Portraits de
H6
170 MERCVRE
ceux dont il nous donne les
Lettres,& outre le plaiſir qu'on
ade lire ce qu'il y a de plus
excelent & de plus vifdans ce
genre; les Notes qu'on ytrouve
fur chacune , font d'une
fort grande inſtruction , ayant
eſté faites moins pour le langage
, qu'afin de faire connoiſtre
mille choſes , qui font
ignorées de beaucoup de gens.
Ce ſont proprement des Clefs
qui ouvrent les miſteres de
ces Lettres. Si cet eſſay plaiſt ,
fon deſſein eſt de poursuivre.
Monſeigneur le Duc de
Bourgogne ayant atteint l'âge
de ſept aus , qui eſt celuy ou
l'on a accoutumé de donner
un Gouverneur aux Princes
de fa Naiſſance , & fon eſprit
ayant de beaucoup devancé
fon âge, ce que la vivacitéde
GALANT.
171
ſes reparties faifoit remarquer
de jour en jour , le Roy a nommé
pour fon Gouverneur Mr
leDuc de Beauvilliers , premier
Gentil-homme de ſa
Chambre,& Chefde fon Confeil
Royal des Finances. La
fageffe de ce Duceſt ſiconnuë,
il y a tant d'ordre dans ſes
actions , & il eſt dans une eſtime
fi generale , qu'il n'ya perfonne
qui ait eſté furpris dece
choix. Il me feroit inutile de
rien ajoûter à ce court éloge,
vous ayant parlé de luy plus
amplement lors qu'il fut nommé
Chefdu Conſeil .
Mr l'Abbé de Fenelon , Do
teur en Theologie de la Facultéde
Paris , acſté choiſy
pour Precepteur de Monſeigneur
le Duc de Bourgogne...
U et Fils de feu Male Mar-
:
172
MERCURE
quis de Fenelon , & Neveu de
feu Mr de la Motte de Fenelon
, Lieutenant de Roy de la
Marche , fi fameux par ſa valeur,
par ſa veritable devotion,
& par une probité que lamediſance
meſme a toujours
eſté obligée de reſpecter.
L'ancienneté de ſa Nobleſſe ,
& les grandes alliances de ſa
Maiſon font affez connuës
Le ſejour qu'il a fait dans le
Seminaire de Saint Sulpice ,
eſt une preuve de ſa pieté. Il
prefche avec cette éloquence
qui a donné tant de reputation
à S. Jean Chriſoſtome
dans l'Egliſe Grecque , & il a
fait pluſieurs Miſſions avec
ſuccés pour la converſion des
Heretiques , dont un grand
nombre s'eſt rendu à ſes raifons
, & s'eſt confirmé dans
GALANT.
173
laFoy , encore plus perfuadé
parfon exemple. Nous avons
quelques Ouvrages de luy ,
qu'on voit bien qui ſont de
main de Maiſtre. Il poffede
parfaitement les Belles Lettres
, & fçait tres-bien lesLangues
ſçavantes. Mr l'Abbé de
Fenelon eſt auſſi Neveu deMr
l'Evefque de Sarlat Prelat
cond'une
grande reputation pour
ſa pieté & pour ſa doctrine.
Il a l'eſprit, doux , quoy que
tres- vif , & fon humilité &
fa modeſtie font affez
noiſtre la folidité de ſa devotion.
Ses talens ſont admirables
pour ramener les ames à
Dieu , & les Malades qu'il
veut bien aſſiſter , éprouvene
par la maniere dont il les
conduit , des effets ſenſibles
de laGrace. Le choix quele
174 MERCURE
Roy a fait deluy pour le mettre
auprés de Monſeigneur le
Duc de Bourgogne , prouve
bien le ſoin que ce grand
Monarque prend de fon
Royaume , & l'amour qu'il a
pour la Religion , puis qu'il
eft fortaſſuré qu'un ſemblable
Precepteur n'inſpirera à ce
jeune Prince que des ſentimens
de grandeur , de picté
&de fainteté.
Mr le Marquis d'Enonville
en a eſté fait Sous- Gouverneur.
C'eſt un Gentilhommed'une
valeur éprouvée , &
d'une conduite fi fage , qu'elle
luy a attiré l'honneur qu'il
reçoit aujourd'huy . Il eſtoit
Meſtre de Camp du Regiment
de Dragons de la Reine
dont il fe défit en faveur
d'un de Mrde Murcey ,avant
GALANT.
179
que d'aller exercer en Canada
la Charge de Vicerov, On
eſpere qu'il en ſera bien toſt
de retour. Il a pluſieurs Freres
dans l'Egliſe connus par
leur merite ,& un entr'autres ,
Grand Vicaire de Mr l'Evefquede
Chartres .
Mr du Puy , Gentilhomme
Ordinaire du Roy , a eſté fait
Gentilhomme de la Manche.
Il eſt d'une grande pieté , &
abeaucoup de ſageſſe ,& on l'a
toujours vû avec des gens diſtinguez
par leur eſprit& par
la bonté de leurs moeurs .
Mr de l'Eſchelle a aufi
eſté fait Gentilhomme de la
Manche. Il s'eſt gouverné ſi
- ſagement & pendant qu'on
l'a veu Page du Roy 2
&
pendant qu'il a eſté dans les
Mouſquetaires , que Sa Ma176
MERCURE
jeſté l'a remarqué , & c'eſt
ce qui l'a determinée au
choix qu'Elle a fait. Cela nous
apprend qu'on ne perd jamais
auprés de ſe grand Prince
quand on eſt ſage.
2
Mr Moreau eſt premier
Velet de Garderobe dés l'enfance.
Il est fort propre &
fort entendu , & d'une ſageſſe
exemplaire , plein d'eſprit , &
a mille bonnes qualitez . Il
defſigne entr'autres parfaitement
bien , & il ſe connoift
à tout. Il y a long- temps que
le Roy ſçait qu'il n'a pas
un attachement mediocre
pour ſa perſonne.
Mr Bachelier eſt premier
Valet deGarderobe , & Mrs
Bidant , le Fevre , & Mayas
ont eſté nommez pour Valets
de Chambre ordinaires
2
GALANT.
177
c'eſt à dire , qu'ils doivent
ſervir toute l'année. Le choix
du Roy pour leur faire remplir
ces emplois , prouve leur
merite. Auſſi peut on dire
qu'il n'y a en aucun,même des
Officiers qui font au deſſous
de ceux dont je viens de vous
dire les noms qui ne ſoit
diftingué par une vie exemplaire
, de forte que Sa Majeſté
fait plus d'un bien en
recompenfant la ſageſſe , puis
que par-là Elle excite à l'acquerir
ceux qui ont des vûës
pour élevation.
,
Ce Monarque ayant permis
aux Religieux de Clerlieux ,
Ordre de Ciſteaux , Dioceſe
de Toul , de faire élection
de trois d'entre eux dont
enfuite il nommeroit l'un
pour remplir la place d'Abbé ,
,
>
:
178 MERCVRE
vacante par la mort de Dom
Bichet , Abbé regulier , &
l'election eſtant tombée fur
Dom Bonnet , Prieur & Religieux
de cette meſme Maifon
, Sa Majesté l'a nommé
préferablement aux deux autres
qui ont eſté éleus comme
luy , ayant eu égard à ſon
propre merite , & à l'approbation
generale que la Provincedonnoità
ces choix .
Vousſçavez que Mr l'Abbé
deBeauveau a eſté nommé à
l'Eveſché de Sarlat . Voicy le
Compliment que Mr le
Doyen , à la teſte du Chapitre
de la Cathedrale , luy fit à
fon arrivée . >
MONSEIGNEUR ,
Voſtre Chapitre vient vous rendreſesſoûmiſſions
, &vous mar
GALANT.
179
quer la fatisfaction qu'il a de vous
voir. Fugez , Monseigneur ,de la
grandeur de nostre joye par l'hon .
neur que nous recevons d'eſtre les
Membres d'un corps , dont vous
estes le Chef. Encore un coup ,
Monseigneur , jugez de la grandeur
de nostre joye , quand nous
conſiderons ; que par unefiglorieufe
liaiſon , nous avous part à tous
vos avantages , à l'élevation de
vôtre naiſſance au pouvoir de
vostre Dignité , à la distinition de
vostre merite , & àtant d'éminentes
qualitez qui pourroientfaire le
bonheur de la premiere Eglise du
monde. Après tant de biens , Mon-
Seigneor , nesommes-nous pas obli
gezde benir millefois la main qui
nous afait un ſi riche present ,&
dans un esprit de reconnoissance ,
pouvons- nous affez faire de voeux
د
pourle plus fage, le plus puissant .
180 MERCURE
&le plus religieux de tous les Prin
ces ? Dans cet estat , Monseigneur ,
noſtre bonne fortune n'a rienàdefi
ver , finon qu'il vous plaiſe nous
continuer les témoignages de cette
bonté , dont vous avez voulu nous
donner par avance de ſi ſenſibles
preuves ; & comme c'est lafaveur
la plus precieuse que nous puisfionssouhaiter,
jesuis chargé avec
plaisir , Monseigneur , de vous
affeurer que nous tâcherons de meriter
cettegrace par nosfoins ,parno
respects , &par noftre obeiſſance.
Il faut vous parler des perfonnes
confiderables que nous
avons perduës depuis peu de
temps.
Dame Marguerite Picot.
Elle estoit Veuve de Meffire
Charles Pinon , Vicomte de
Quincy , Seigneur de Boifboufon
, Maistre des RequeGALANT.
181
ſtes , & Fils de Meffire Jacques
Pinon , qui eſt mort Doyen
des Confeillers du Parlement
de Paris . Cette Famille a donné
pluſieurs Maiſtres des Requeſtes
, Preſidens & Confeillers
aux Parlemens de Paris ,
& de Mets , Officiers en la
Chambre des Comptes , Treforiers
de France , & autres
Compagnies de Judicateure.
Il y a preſentement trois Confeillers
de cette Famille au
Parlement de Paris , ſçavoir ,
Mrs Estienne Pinon , Confeiller
Clerc en la Grand'-
Chambre receu en 1653 .
Meffire Barnard Pinon , receu
en 1671. Conſeiller en laCinquiéme
des Enquestes &
Meffire Charles François Pinon
receu en 1684. Confeiller
en la Deuxième des En-
د
د
182 MERCVRE
queſtes . Cette Famille porte
d'azur au Chevron d'or
pagné de trois pommes de pin
demesme.
د
د accom-
Dame Claire - Brice. Elle
étoit Veuve de Meffire Robert
Clapiffon d'Ulin Seigneur
de Chartrettes , du Vau , &
autres lieux , Doyen des Auditeurs
en la Chambre des
Comptes à Paris . La Famille
des Brice a donné des Confeillers
au Parlement , & aux
Compagnies de Judicature de
cette Ville , & celle de Clapiſſon
a donné auſſi divers
Officiers aux Compagnies de
Judicature de Paris. Meffire
Nicolas Clapiſſons d'Olin,qui
en eſt, fut receu en 1651. Confeiller
en la Cour des Aides .
Dame Catherine de Nouveau.
Elle estoit Veuve de
Meffire
GALANT. 183
Meſſire Charles , Marquis de
Bourdeille & d'Archiac , Ba
ron de la Tour - Blanche , &
Comte de Mata. Feu Mr de
Nouveau eſtoit ſon Frere , &
Madame de Monterolier ſa
foeur.
Dame Marguerite de la
Grange Trianon , Femme de
Meſſire Antoine François de
la Tremoille , Duc de Noirmoutier
, Baron du Pieſſis aux
Tournelles . Elle eſtoit Fille de
Monfieur de la Grange , cy
devant Preſident en la Secon
de Chambre des Requeſtes du
Parlement de Paris. Elle a laiſſé
deux Freres ; l'un Conſeiller au
Parlement , & l'autre Conſeiller
au Grand Conſeil. Madame fa
Soeur , a épousé Monfieur de
Pouffemothe de Leſtoille , Seigneur
de Chenouſt & de Gra-
Aoust 168 9 .
I
184 MERCURE
ville , Prefident en la Cour des
Aides. Quant à Monfieur de
Noirmoutier ſon Mary , il eſt
Fils de feu Meſſire Loüis dela
Tremoille , Duc de Noirmoutier
, Vicomte de Tours , Baró
de Chasteauneuf & de Semblancé
, Lieutenant General
des Caps & Armées , du Roy ;
Gouverneur de Charleville &
du mont Olimpe , en faveur
duquelle Roy en 1650. érigea
le Marquiſat de Noirmoutier
enDuché.Mrle Duc de Noirmoutier
eſt Frere de Madame
la Ducheffe de Bracciano , &
de Madame la Princeffe de
Belmont; & fort d'une Branche
Cadette de l'illuſtre Maiſon
dela Tremoille, dontles aifnez
fon les Ducs de Thoüars, Pairs
de France , Princes de Tarante
& de Talmont , Comtes de
GALANT.
185
Laval , de laquelle lechef eſt
Meffire Charles Belgique Holande
dela Tremoille , Duc de
Thoüars , Pair de France ,
Prince de Tarente & de Talmont,
Comte de Laval , Chevalier
des Ordres du Roy , &
premier Gentilhomme de la
Chambre . Les Marquis de
Royan font encore de cette
Maiſon de la Tremoille , qui
porte d'or au chevron de gueules ,
accompagné de trois Aigles d'azur
bequez & membrezde gueules .
Meſſire Menry de Maſſuë ,
Srde Ruvigny , & Marquis de
Reneval . Il eſt mort en Angleterre,
âgé de 60.ans , dans une
Maiſon du Roy appellée Grenich
. Il eſtoit né à la Baſtille ,
dontMr de Ruvigny fon Pere
eſtoit Gouverneur , & avoit
eu une Soeur qui a fait grand
12
186 MERCURE
bruit par ſa beauté ,& à laquelle
le Maréchal de Biron
qui cut la teſte coupée dans
la court de la Baſtille , donna
un beau diamant qu'il avoit
au doigt , peu d'heures avant
qu'il montaſt ſur l'échafaut.
Elle n'avoit alors que dix à
douze ans . Elle fut mariée
en premieres Noces à Mr de
la Maiſon- fort , qui mourut
preſque auffitoſt qu'il l'euc
épousée Elle demeura Veuve
quelque temps , juſqu'à ce
que Milord Vvratoftoli, Comte
de Souptanton , qui enfuite
fut fait grand Treforier
d'Angleterre , l'ayant veue
au Cours , fut frappé de ſa
beauté , & l'épouſa. Elle étoit
brune , & comme c'eſt une
qualité affez rare en Angleterre
, & que l'on prefere aux
GALANT. 187
1
Blondes , elle n'y fut pasmoins
admirée qu'en France. D'elle
font venuës deux ou trois belles
perſonnes qui ont eſté mariées
aux meilleurs partis de ce
Païs-là .Milord Ruſſel en avoit
épousé une Mr de Ruvigny ,
dont je vous apprens la mort ,
a porté les armes dés ſa plus
grande jeuneſſe. Il ſe trouva
dans Mantouë lors qu'elle fut
priſe par Collalto. Il revint en
France , où il fervit dans toutes
les Guerres . Il commanda longtemps
le Regiment de Cavalerie
du Grand Maiſtre , qui
eſtoit Mr le Maréchal de la
Meilleraye , & fe maria avee
Dame Marie Tallemand, Soeur
de Monfieur l'Abbé Tallemand
, Aumônier du Roy , &
premier Aumônier de Madame.
Cette meſme année il fut
I3
188 MERCVRE
envoyé par la Cour pour tâ
cher de regagner Mr de Turenne
qui en eſtoit mal ſatisfait
& il réüffit fi heureuſement ,
que non ſeulement il adoucit
ſon eſprit , mais il l'attacha entierement
au ſervice du Roy ,
luy promettant de la part de
la Cour le Commandement de
ſes Armées , & meſme luy
en répondant en ſon particulier.
Il rendit par là un
tres- grand ſervice à cette Famille.
Depuis cela Mr le
Marquis d'Arfilliere , Deputé
General des Pretendus Reformez,
qui avoit fuccedé en cette
Charge à Mr le Marquis de
Galerande , érant , mort , elle
fut donnée à Mr de Ruvigny ,
qui l'a exercée à la fatisfaction
generale , & de la Cour , & de
ceux de ſa Religion , juſques
د
GALANT. 189
à l'année qu'il s'en démit , &
qu'on la donna à Mr de Ruvi .
guy , fon Fils aîné . Dans le
tems dela Bataille de Dunkerque,
Mr de Turenne pria Mr
le Cardinal Mazarin de conſentir
que Mr de Ruvigny
ſerviſt dans ſon Armée en qualité
de Lieutenant General ,
demandant fur tout une perſonne
en qui il puſt avoir con .
fiance; mais ce Miniſtre qui
n'accordoit pas aifément ce
qu'on fouhaitoit de luy , réponditqu'il
n'eſtoit pas à propos
qu'un Deputé General des
Pretendus Refomez poſſedaſt
encore un pareil employ. On
ne laiſſa pas de luy donner la
qualité de LieutenantGeneral,
ce qui fait voir que ſans le malheur
de ſa Religion , il auroit
pû aſpirer aux premieres di
14
190
MERCURE
gnitez de l'épée. Il n'a pas
moins réüſſi dans les Negociations
, ayanteſté Ambaſſadeur
en Portugal , où il a conduit
la défunte Reyne. Il a cu
beaucoup de part à l'affaire de
Dunkerque. Il eſtoit alors
ou Ambaſſadeur , ou Envoyé
en Angleterre , & il y negocia
avec beaucoup de ſuccés
en l'une & en l'autre qualité.
Il eut le bonheur peu de
temps aprés de découvrir
la trahison du nommé le
Roux , qui fut pris en Suiſſe ,
mené à la Baſtille , & executé
publiquement. Les autres
Ambaſſadeurs ont rendu fouvent
ce témoignage de luy ,
que dans les Lettres qu'ils s'écrivent
les uns aux autres , il
n'y en avoit point qui fiſt
mieux le plan de la Cour où
2
GALANT. 191
il eſtoit , ny qui repreſentat
mieux l'eſtat des affaires . Il
a receu pluſieurs graces de
Sa Majesté qui luy donnoit
fix mille livres de penfion ,
& quatre mille à ſon Fils aîné.
Cela a continué juſqu'à
leur départ de France , &
meſme on les a laiſſe jouïr
tranquillement de leurs Terres
. Le Pere & le Fils aifné
font demeurez paiſibles dans
tous les Troubles , qui mettent
l'Angleterre en diviſion .
Le Cadet s'eſt laiſſe gagner
par le Maréchal de Schomberg
contre leur ſentiment, &
contre celuy de ſa Mere qui
eft tres-fenfiblement touchée
de la perte d'un Mary qu'elle
a toujours tendrement aimé ,
& qu'elle croyoit revenú d'u.
ne longue indiſpoſition , cau.
IS
192
MERCVRE
fee par une cheute qu'il avoit
faite l'hyver dernier , & dont
il eſtoitdemeuré long temps
au lit ; mais ayant repris ſes
forces , peut- eſtre les avoit
il trop exercées en ſe promenant
dans le Parc &dans les
Jardins de Grenic , d'où la
veille de ſa mort il ne fe re
tira qu'à neuf ou dix heures
du foir. Il patia la nuit affez
doucement , & le lendemain
il fentit une fort grande foibleſſe
,& une eſpece de défaillance.
Ilſe jetta à genoux , &
mourut en recommandant
fon ame à Dieu. Quand Sa
Majesté eur appris fa mort
Elle eut la bonté de faire un
éloge de luy , & de dire que
de tous ceux qui avoient eſté .
employez à ſon ſervice ,il n'y
avoit perſonne qui l'euſt plus
وب
GALANT.
193
fidellement , plus fecretement
& plus agreablement ſervie.
Un témoignage ſi glorieux
doit eſtre une grande conſolation
à tous ſes Amis .
Depuis la déclaration de la
guerre , les Ennemis de la
France ſe vantent d'avoir fait
beaucoup de priſes fur nous ,
mais ils ne les nomment
point ; au lieu que nos Armateurs
en fonttous lesjours ,
&en plus grand nombre qu'on
ne le publie . L'un d'eux en a
faitune ſur les Anglois depuis
peu de temps ,& il l'a conduite
à S. Malo. Elle eſt eſtimée
quinze à ſeize millelivres.
Un autre Armateur leur a
pris un Baſtiment qui eſtoit
chargé de vins de Canarie.
Le Vaiſſeau nommé le Cle
ment s'eſt auſſi rendu maiſtre
16
494 MERCURE
d'un Bastiment qui revenoit
de Lisbonne; Il eſtoit chargé
de Sel .
Le 20. du mois paſſé , quatre
Priſes Angloifes furent
amenées à S. Malo , où la
Fregate , appellée la Vierge de
Grace , en avoit déja amené
une qu'on eſtimoit quinze
mille écus.
Le 27. une autre priſe fore
confiderable fut amenée dans
le Port de Breſt par trois de
nos Armateurs . C'eſtoit un
Baſtiment Anglois chargé de
diverſes marchandises , & enare
autres d'un fort grand
nombre de balles de foye...
Cette priſe eſt eſtimée cent
mille écus.
Mr le Chevalier d'Amblimont
, aprés fix ſemaines
decourſe rentra le 4. de of
GALANT. 195
mois au Port de Dunkerque ,
avec un Navire moitié guerre,
moitié marchand , de trentedeux
pieces de Canon ; &
une grande Flûte , le tout pris
fur les Hollandois, Il avoit
avec luy quatre petites Fretes
, & ayant rencontré cinq
de leurs Vaiſſeaux , il les atraqua.
Le combat fut rude
& l'un des plus vigoureux
qui ſe foient donnez depuis
longtemps. Il coula d'abord
à fond un de ces Vaiſſeaux
&un autre fauta , le feu ayant
pris aux poudres , ou par un
coup de Canon venu du Vaifſeau
de ce Chevalier 6 ou
2
2
comme pluſieurs l'aſſurent ,
par le feu que le Capitainey
mit lay meſme en diſant
qu'il valois autant auser que
• d'eſtre pendu. C'eſtoit un
6
196 MERCURE
François qui avoitdeferté de
puis pluſieurs années. Il y
avoit dans ce Vaiſſeau vingtcinq
ménages qui alloient
aux Ifles . Il y en eut encore
un coulé à fond , & un
autre pris , de vingt - quatre
pieces de Canon. Il eſtoit
chargé de vivres , & l'autre
que Mr le Chevalier d'Amblimont
amena en melme
temps au Port de Dunkerque,
l'eſtoit de marchandiſes
pour Curaçao. Il perdit prés
de deux cent hommes , un
Capitaine en fecond & un
Enſeigne qui estoit fur le
Vaiſſeau qui fauta après avoir
eſté abordé. Le cinquiéme
Vaiſſeau , qui s'eſtoit ſauvé
pendant le combat , fut pris
le lendemain par un de nos
Armateurs. Il eſtoit de foiGALANT.
197
, xante & dix tonneaux
quatre pieces de Canon.
&de
,
le
Peu de jours auparavant il
s'eſtoit donné un autre combat
qui dura fix heures. La
Fregate l'Intrepide ayant attaqué
un Vaiſſeau Anglois
de trois cens tonneaux
prit à la hauteurdes Sorlingues
, mais en l'amenant à
Breft , elle rencontra trois
Vaiſſeaux de guerre à la hauteur
de l'Iſle d'Oueſſant. Ils
luy donnerent la chaffe , &
elle fut obligée d'abandonner.
la priſe , & de relâcher à S...
Malo , où elle mena le Capitaine
Anglois & les Prifonniers.
Le Vaiſſeau nommé le petit
Saint Loüis a conduit deux
autres priſes à ce meſme Port
Tune eſtoit chargée de pou
198 MERCURE
dre d'or , dedents d'Elephant ,
de bois rouge , & d'autres riches
marchandises , & on l'eftime
plus de fix vingt mille
livres.
Le Jofeph , Fregate du même
lieu , qu'on avoit armée
en courſe , en a pris une fur
les Ennemis de huit pieces de
Canon.
l'ajoûteray à tant d'Articles
glorieux pour la France,
trois actions ſurprenantes qui
ſe ſont faites fur Mer par des
Capitaines François , & qui
meritent , non ſeulement d'être
ſçûës comme des nouvel
les agreables & avantageuſes
dans la ſituation où font les
affaires , mais meſme quelhiſtoire
les remarque afin que
la memoire en ſoit conſervée,
Mr Julien , de la Rochelle ,
GALANT.
199
Lieutenant de Vaiſſeau , &
Commandant , dans l'occaſion
dont il s'agit , d'un petitBâtiment
du Roy de dix pieces de
Canon , armé en courſe , revenoit
de l'Amerique avec un
Vaiſſeau marchand qu'il accompagnoit
; nommé LaMaréchale
, montéde ſeize pieces
de Canon , & commandé par
MrGuillot , & eſtant à trente
licuës au large de Belle.Ifle
il rencontra un Vaiſſeau de
guerre Hollandois de foixante
pieces de Canon , & une
Fregate de vingt deux pieces
qui firent enſemble leur déchargeà
la portée du fufil fur
ces deux Bâtimens François ,
qui non ſeulement avoient
les trois quarts de Canon
moins que leurs Ennemis
mais qui furent meſme fur-
2
2
200 MERCVRE
pris , en forte qu'avant que
de pouvoir tirer un ſeul coup ,
ilseſſuyerent tout le Canon
du Vaiſſeau Hollandois & de
la Fregate. Mrs Julien &Guillot
n'en furent ny étourdis
ny découragez , mais ſe ſen.
tant pluſtoſt animez , ils refolurent
de ne ſe point rendre,
& de vendre cher leurs vies ,
s'il falloit mourir. Ils foutinrent
le combat , & ce qui ſemble
incroyable , ils refifterent
vigoureuſement pendant fix
heures à des décharges continuelles
de quatre- vingt- deux
pieces de Canon , ce qui auroit
dû les mettre en pieces ,
& les abîmer , ſans leur grande
experience , &le fang froid
qu'ils conferverent pour donner
leurs ordres . Ils le firent
avec toute la prefence d'eſprit
GALAN T. 201
,
imaginable , & enfin aprés fix
grandes heures de combat , le
petit Bâtiment du Roy , commandé
par Mr Julien , étant
percé à l'eau de tous coſtez
ce Commandant fit ſignal au
Vaiſſeau la Maréchale de s'aprocher
, & n'ayant plus que
douze hommes en estat de
combatre , il ſe jetta dedans
avec le reſte de ces braves qui
venoiensde faire tant de prodiges
, & qui étoient reſolus
d'en faire encorede nouveaux,
quoyque lesHollandois parufſent
encore plus en eſtat de
vaincre , que quand le combat
avoit commencé. A peine les
François curent- ils quitté le
petit Bâtiment , où ils avoient
eſté foudroyez par le grand
nombre de coups de Canon
qu'on avoit tirez ſur eux , que
202 MERCURE
ce Baſtiment coula à fond Ainſi
les deux Capitaines n'avoient
plus qu'un Vaiſſeau
marchand de ſeize pieces
pour ſe défendre contre deux
Baſtimens , montez de quatrevingt-
deux. Ils s'aviſerent de
faire des ſabords à la chambre
de leur Vaiſſeau , & de
charger leurs Canons de boulets
à leurs teſte , & de cartouches
. Cela leur réuffit
heureuſement. La Fregate qui
vingt à l'abordage fut vivement
repouffée , & avec une
tres grande perte de ceux qui
eſtoientdeffus , & le Vaiſſeau
Hollandois , quoy que grand
& fort , fut démâté. Cependant
le Canon des Ennemis
ayant raſé les platsbords du
Vaiſſeau François , & mis
tout ſon pont à découvert ,
GALANT. 201
Mrs Julien & Guillot imaginerent
un moyen de luy
donner de nouveaux bords.
Ils en firent un de balles de
coton , aprés quoy ils continuerent
à ſe défendre juſques
à la nuit , avec la même
vigueur qu'ils avoient fait
lors qu'ils avoient plus de
monde , & qu'ils eſtoient fecondez
du Baſtiment qui avoit
coulé à fond. Le lendemain
le gros Vaiſſeau qui
n'avoit pu ſe remaster , parut
ſous le vent , & les Commandans
François remarquerent
qu'avec les Chaloupes des
deux Baſtimens on envoyoit
environ cent hommes à la
Fregate. Ces deux Baſtimens
ennemis s'approcherent en
fuite du Vaiſſeau François ,
qui déchargea ſa bordée de
204
MERCVRE
ſi prés , & fi heureuſement ,
parce que le temps de la lacher
fut pris à propos , qu'il
y cut un grand nombre des
Ennemis tuez & mis hors de
combat. Leur Beaupré tomba
, & teſta ſur la Maréchale ,
ce qui montre qu'ils eſtoient
bien prés l'un de l'autre ; il y
cut enfuite un autre abordage
qui ne fut pas moins heureux
aux François , qui dématerent
la Fregate. Elle fut
par là obligée de s'approcher
du gros Vaiſſeau & de ſe
mettre fur le coſté , eſtant
percée de pluſieurs coups.
On remarqua qu'il ne reſtoit
que cinquante hommes ſur le
Vaiſſeau Hollandois , au lieu
de deux cens qu'on y avoit
vûs le matin. Mrs Iulien &
Guillot trouverent à propos
GALANT.
205
mes ,
de ſe returer , quoy qu'ils
n'euffent perdu que dix hom-
& que le nombre de
leurs bleſſez , parmy leſquels
eſtoit le Contre maiſtre qui
eut le bras emporté , ne fuſt
pas confiderable ; mais leur
Vaiffeau estoit ſi maltraité ,
que fi le Hollandois n'cuſt
pas eſté dans l'eſtat que je
viensde vous marquer , il luy
auroit eſté fort aiſe d'emporter
une victoire , qui des l'entrée
du combat avoit dû luy
eſtreſeure . Quantau Vaiffeau
François , c'eſtoit triompher
que de ſe garantir d'eſtre pris ,
mais c'eſt une honte aux
deux autres qui estoient quatre
fois auſſi forts , non ſeulement
de ne s'en eſtre pas
rendus maiſtres , mais encore
d'avoir perdu plus de deux
206 MERCURE
,
cens hommes , & de ſe voir
tellement ruinez , qu'ils n'ont
pû poursuivre des Ennemis
qui leur eſtoient ſi inferieurs ,
& qui n'avoient preſque eu
pour eux que leur courage ,
& la reſolution de ſe bien
défendre . Le Capitaine Julien
eſt un nouveau réuny &
peut- eſtreque les Ennemis qui
veulent foulever contre le
Roy ceux qui ſe ſont rendus
Catholiques , auroient connu ,
s'ils eſtoient entrez enFrance,
qu'ils ſe ſeroient trompez , &
que les nouveaux Convertis ,
qu'ils croyoient devoir prendre
leur party , les auroient
batus comme le Capitaine
Julien a fait les deux Vaifſeaux
Hollandois .
>
Je paſſe à une autre action
aufi finguliere qu'elle eſt
glorieufe
GALAN T.
207
د
glorieuſe pour la France. Le
18. de ce mois , Mr le Marquis
de Seignelay , qui avoit
monté ſur la Flote , eſperant
voir une bataille navale
& que les Ennemis ne la
fuiroient pas comme ils ont
fait , impatient d'en apprendre
des nouvelles détacha
Mr le Chevalier du Mené ,
qui commandoit le Vaiſſeau
nommé le Marquis , venu de
Provence avec Mr le Chevalier
de Tourville , & monté
detrois cens cinquante hommes
, & de cinquante - huit
pieces de Canon , pour aller
reconnoiſtre les Flotes Angloiſe
& Hollandoiſe qui é
toient à la hauteur des Sorlingues
. Les Ennemis qui apprehendoient
d'eſtre ſurpris ,
& qui ne craignoient rien
Aoust 1689. K
208 MERCURE
د
tant que le combat , où ils
ſçavoient que nos Vaiſſeaux
avoient ordre de les engager,
détacherent un de leurs plus
gros Vaiſſeaux dont la baterie
baſſe eſtoit de 18. livres
de bales ,pour découvrir où
eſtoit noſtre Flote afin d'éviter
fa rencontre . Mr le Chevalier
du Mené l'ayant apperceu
, appareilla auſſi toſt
& l'aborda à la portée du
mouſquet. Il s'avança enfuite
juſqu'à demy portée , & l'approcha
enfin juſqu'à la portée
du piſtolet , où il ne fut
pas pluſtoſt qu'il luy lâcha
fa bordée . Elle cut tout le
fuccés,que ce Chevalier en
pouvoit attendre . Le Vaiffeau
Anglois fut démaſté &
defamparé , & il y eut enfuito
un grand feu de Mouſque
GALANT. 209
terie de part & d'autre. Le
Capitaine Anglois ſe trouva
bleſſé à mort , & environ ſoixante
hommes furent tuez
fur fon bord , & plus de cent
mis hors de combat , de forte
que les François ſe rendirent
maiſtres de ce Vaifſeau . Mr
le Chevalier du Mené eut le
bras emporté d'un coup de
Canon , & fa bleſſure auroit
pû refroidir ſon équipage,ſi ce
brave Capitaine en euſt paru
alarmé ; mais il empêcha que
ce malheur ne ralentiſt l'ardeur
des Officiers & des Sol
dats & commanda qu'on
agiſt de meſme que s'il n'avoit
point eſté bleffé. Le
Vaifſeau Anglois fut pris , &
on le remorqua pour l'amener
Mr le Chevalier du Mené
mourut le lendemain , & M
و
K
1
210 MERCVRE
1
!
د
le Chevalier de Combes , Capitaine
en ſecond du meſme
Vaiſſeau , qui avoit agy fous
ſes ordres depuis qu'il avoit
ea le bras emporté , en prit
le commandement en Chef.
Il conduiſoit ce Vaiſſeau vers
noſtre Flote lors qu'il en
apperceut huit ou dix autres
de l'Eſcadre bleuë des Ennemis
, qui avançoient vers luy
d'une maniere à faire connoiſtre
qu'ils auroient voulu que
le vent les euſt pouſſez avec
plus de rapidité , eſperant ,
s'ils l'abordoient , non ſeulement
empeſcher que leur
Vaiffeau ne fuſt emmené
mais encore avoir l'avantage
de ſe ſaiſir du noſtre , & de
le conduire à leur Flote. Mr
de Combes jugeant qu'il leur
feroit aife d'executer leur
GALANT.. 211
deſſein , parce qu'il ne pouvoit
aller auſſi viſte qu'eux ,
à cauſe du Vaiſſeau qu'il remarquoit
, fit paſſer ſur ſon
bord prés de deux cens cinquante
Anglois , avec le Capitaine
qui estoit bleſſé à
morr , & enſuite fit fauter le
Vaiſſeau pris , par le feu qu'on
mit aux poudres . Ce fut
comme un coup de foudre
pour les Ennemis. L'étonnement
les arreſta dans le milieu
de leur courſe , & Mr de Combes
eut le temps de revenir
ſans qu'ils l'ofaffent pourſuivre.
Il n'eut fur fon bord que
douze hommes tuez ,& quinze
mis hors de combat Mr.
de Seignelay fit diſtribuer les
Prifonniers ſur les Vaiſſeaux
Le Lieutenant du Vaiſſeau
Anglois aſſura que les deux
K 3
212 MERCVRE
Flotes ennemies jointes en
ſemble ne montoient qu'à
65. Vaiſſeaux de guerre .
,
Quoy que l'Article qui fuit
regarde l'Irlande c'eſt une
action qui peut eſtre miſe au
nombre de celles dont je viens
de vous parler , puis qu'elle à
eſté faite par un François ,
Commandant trois des Baftimens
de Sa Majefté . Lors que
le Roy d'Angleterre paſſa en
Irlande , le Roy luy donnatrois
Fregates commandées par Mr
du Queſne Monnier , Capitaine
de Marine , pour ſervir
Sa Majesté Britanique dans
cette Mer , découvrir les Baſtiimens
Anglois qui voudroient
approcher de la coſte de ce
Royaume , les prendre ou leur
donner la chafſe ſuivant leur
force & leur nombre , & tranf
GALANT.
213
porter d'un Port à l'autre d'Irlande
les choſes qu'on auroit
beſoin d'y faire conduire , pour
gagner par ce moyen la plus
grande partie du temps qu'il
faut donner aux Voitures qui
font par terre . Ces Fregates
partirent dela Rade de Califergus
, qui eſt au Nord d'Irlande,
pour aller à l'ifle de Mole
en Ecoffe debarquer des Troupes
du Roy d'Angleterre , &
des Officiers que ce Prince
envoyoit pour commander
une partie de celles que l'exem、
ple des rebelles n'a pû ſeduire,
& qui expoſent genereuſement
leur vie en Ecoffe pour
le ſervice de leur Souverain .
Les trois Fregates qui leur portoient
ce ſecours , rencontrerent
le 20. de Juillet à hair
heures du matin , cinq Voiles
K 4
214
MERCURE
fous le Cap Contier , qui eſt
une terre d'Ecoſſe. Il y en avoit
trois aſſez prés de terre , & qui
en pouvoient eſtre environ à
deux lieuës au vent des autres .
Les Fregates de Sa Majesté ſe
trouvant au vent arriverent
deſſus pourles reconnoiſtre , &
remarquerent quand elles en
futent plus proche , que les
deux premiers de ces Baſtimens
, estoient deux Navires
deguerre Anglois , ayant chacun
une flame au grand maſt,
ce qui obligea Mr du Queſne
de s'approcher du commandant
; & comme un des deux
Navires tenoit plus le vent
que l'autre , il détacha la Fregate
la folie , commandée par
un Capitaine Anglois nommé
Naigle , pour l'attaquer ; &
ayant reſolu d'aller avec la
GALANT.
215
fienne attaquer l'autre Navire,
qui estoit celuy du Commandant
, il ordonna à Mr Booth ,
autre Capitaine Anglois , qui
commandoit la Fregate la Tempeste
, de ſe tenir en eſtat de ſecourir
celle des deux qui en
auroit le plus de beſoin . Il s'apa
prochadu Navire Anglois à la
portée du piſtolet , & aprésluy
avoir donné ſa bordée de Canon
, & fa déchargede Moufquet
, il vint à l'abordage . Le
combat dura environ une
demy heure . Le Capitainedu
Navire nommé Guillaume Ham,
fut tué, & aprés ſa mort tout
l'Equipage demanda quartier.
L'autre Navire qui avoit eſté
preſſé de prés voyant ce Vaiffeau
rendu, ſuivit ſon exemple.
Ces deux Baſtimens estoient
Ecoſſois , & montez chacun de
Κ
216 MERCVRE
cinquante pieces de Canon ,
avec trois cens hommes d'êpuipage
. Ils avoient eu ordre
de croifer entre l'Irlande &
l'Ecoffe , afin de s'oppoſer au
fecours que le Roy d'Angleterre
pourroit envoyerau Viconte
de Dundée. Les trois autres
curent le temps de s'éloigner
pendant le combat , & gagnerent
la coſté d'Ecoſſe , où leurs
gens ſe ſauverent. Cela n'em .
pêcha pas que l'on n'en prift
deux. L'un eſtoit chargé de
vivres pour Londonderry , &
il y avoit un Milord dans
l'autre qui eut le bonheur
d'échaper . Du reſte ,on y
trouva peu de monde , à cauſe
qu'on pretendoit le remplir
de Proteftans qui ſe devoiens
rendre ſur la coſte. Les Fregates
du Roy continuerent
GALANT.
217
leur route , & arriverent le
23. au lieu où elles devoient
débarquer les Troupes qu'elles
portoient , ce qu'elles executerent
heureuſement. Ainsi
ces trois Fregates eurent l'avantage
de prendre quatre
Navires , de donner la chaffe
au cinquiéme , & d'executer
ce qu'elles avoient entrepris
de faire , malgré l'empêchement
qu'y pouvoient mettre
cing grandsBaſtimens.Les mémes
Fregates du Roy prirent
au retour un petit Batiment.
monté de huit pieces Canon ,
qui fervoit à porter les Lettres
d'Angleterre à Londonderry.
L'on trouva deſſus le
Fils d'un Echevin de Dublin
chargé d'un paquet , qui contenoit
beaucoup de choſes
dont l'éclairciſſement a eſté
ود
K6
28 MERCURE
d'une grande utilité aux affaires
de Sa Majefté Britannique.
Elles prirent auſſi quelques
autres Bastimens Anglois
outre ceux que je viens
de nominer , & meſme quel-.
ques Baſtimens Eſpagnols , fi
bien que le tout enſemble
forme une petite Flote qui
en pourroit battre une plus
nombreuſe.
Le mot de l'Enigme du
dernier mois , qui estoit la
Chaire àprefcher , à eſté trouvé
par Mrs Rouſſel , Curé de
S. Eſtienne de Conches : Foucher
, Preſtre habitué en l'Egliſe
S. Thomas de S. Lo :
Petit de Legueval , à l'Anagramme
, Amour du fiecle : Arnaud
, Chirurgien de la ruë
du Four : Hongnant : Bataillot
, l'Avocat : Digeon , voi
GALANT.
219
fin de la Fontaine des Blancsmanteaux
: l'Abbé d'Epagny
de Langres : De Baye , Cadet
aux Gardes dans la Compagnie
de Fourille : l'ay Bien
deviné , de la ruë S. Denis :
le Voiſin de la Veuveincomparable
du Château : le Pafteur
de la teſte noire de la
ruë des Bourdonnois : le petit
Mouton :le Païfan de la Baftille
l'Oedipe de la ruë
Bourgeoiſe , à S. Lo : Fulny
le beau Grandon : de Beaujour
, Sr de Guilleranche , de
Maſcon : le Solitaire de la
ruë aux Rats : le grand De
vineur de S. Denis : le Claire
du jeu du Monde invalide à
Lyon; Meſdemoiselles Voyant
dela Porte S. Victor : Janneton
& Madelon de Monfort l'Amaury
: la petite Liſette la
220 MER CURE
Hollandoiſe : Diane de la Foreft
. d'Alcleon : la Nimphe
Loüife Lucie de Chatillon en
Bazois : l'agreable Brune Eleonor
, de l'Hôtel de Soiffons :
la Veuve enjoüée de la ruë
Xaintonge : la belle Marcourelle
de Perpignan : la Belle
à l'Anagramme , le changeray ,
& fon petit Berger de Villefranche
en Beaujolois : la
Belle ſoupirante du Pont au
Change : fon aimable Voiſine
aimée de l'Amant inconnu
& ſa chere Compagne de
l'Image S. Georges : l'aimable
Manon la conquerante ,
de la ruë du Four , l'aimable
Madelon de la ruë Simon-lefranc
: l'aimable Reclufe de
S. Clair , & fa charmante
Voiſine du meſme lieu l'im
comparable Sprituelle du
و
GALANT. 221
Cloiſtre S. Iacques de la Boucherie
, & la fiere Gueſpine
du quartier S. Leu..
Vous me manderez la penſée
de vos Amies fur ΙἘ-
nigme nouvelle que je vous
envoye.
ENIGME.
Efuis d'une , & de deux couleurs
,
Mon habit de morceauxm'envelope
la teſte;
Beaucoup de gens qui me font
fefte
Tâchent en me baisant d'afſouvir
leurs ardeurs ;
L'onm'aime unſeul moment,l'autre
unjour , l'autre une heure.
Quand on me fait fortir d'où je
fais ma demeure ,
Tel se plaiſt d'arracher tous mes
habillemens ..
22.2 MERCURE
La cruautédu fort me rend infortunée
,
On me vient enlever dans mes retranchemens
,
Et mesinfidelles Amans
Ayant jouy de moy pendant une
journée ,
Me laiſſent tous , abandonnée.
Le ſecond Air nouveau
que j'ajoûte icy , eſt encore
de l'illustre Mr Lambert.
De j'ay peine à quitter cet
Un jour ,
aimable Bocage !
un seul moment en au
gmente l'ombrage ;
Mais je crains d'yrevoir un Berger
trop charmant.
Fuyonsfans tarder davantage.
Peut- estre qu'un naiſſant amour
Mefait aimer ce beau Séjour ,
Plutost que le naiſſant feüillages
GALANT.
223..
vous
د
Vous ſouhaitez que je
apprenne les Modes
nouvelles comme on ne
quittera le deüil à la Cour que
le premier jour de Septembre ,
je ne puis vous , en mander.
Leregne des rubans arecommencé
depuis deux mois , &
comme c'eſt à Verſailles que
les premiers ont paru , chacun
s'eſt fait une loy d'en
porter. Le luxe a preſque toujours
fait inventer les Modes;
mais la charité a fait renaiſtre
celle - cy . Les Ouvriers
avoient beſoin que l'on en
repriſt , & le Roy qui avoit
abandonné cette mode long.
temps avant les autres , parce
qu'il ne goutte pas ce qui eſt
ſuperflu a bien voulu en
porter le premier pour donner
l'exemple. La pluſpart
,
224
MERCURE
des femmes ont d'abord mis
des échelles de ruban ; mais
on commence à en voir moins
àla Cour . On y voit beaucoup
de certains Colliers dont je
vous parlay il y a quelques
années. Ils font de la façon
des ſieurs Berthon , & Jacquin
qui ont ſeuls le ſecret d'imiter
les perles fines , de forte qu'au
lieu de changer , elles embelliffent
plus on les porte. Je ne
vous entretiens jamais d'aucuns
ſecrets ,j'y croy peu , &
mes Lettres , en ſeroient toujours
remplies , ſi je vouloisen
parler. Cependant il y a des
Orfevres qui ſe plaignent fort
de la beauté de ces perles , &
qui affeurent qu'elles empêchent
le debit des veritables .
LesMarchands qui en vendent
de fauſſes , ayant eu l'adreſſe
GALANT . 225
de tirer de ceux qui ont trouvé
le fecret de ces belles perles,
des Colliers de leur façon pour
en debiter , en ont fait refaire
de celles du Temple , dont on
ne porte plus depuis dix ans, à
cauſe qu'elles eſtoient ſujettes
à ſe gâter . Ils ont meflé dans
chaque Collier 14.0u.grains
des perles de la nouvelle facon
, & ont enſuite vendu ces
Colliers , qu'ils ont meſme portez
en Ville , les uns fe difant
Gendres de Jacquin , & les
autres Beauperes de Berthon.
Ainfi la Ville s'eſt trouvée
pleine de gens qui les reprefentoient
ſous ces noms de
Gendres & de Beaupere. Ceux
qui voudront n'eſtre point
trompez s'adreſſeront à la ruë
du petit- Lion où ils demeurent.
On peut auſſi s'adreſſer à
226 MERCURE
eux de la Campagne ; il ne faut
qu'envoyer deux Loüis d'or
pour chaque Collier , & mander
ſi on veut que les perles
foient rondes ou baroques.
Le Roy ayant remply la
veille & le jour de l'Affom.
ption toutes les fonctions
dont il a coutume de s'acquitter
avec tant de pieté
dans les Feſtes folemnelles ,
nomma à l'Abbaie de S. Pé ,
Diocese de Tarbes , un Fils
de Mr Dallon , Premier Prefident
au Parlement de Navarre.
Le Pere eſt un homme
d'un merite diftingué Il avoit
eſté auparavant AvocatGeneral
au Parlement de Bor.
deaux , où il avoit paru avec
éclat . Il n'y eut que ce Benefice
donné ce jour- là , ne s'en
eſtant point trouvé d'autres
vacans .
GALANT .
227
Tout le monde ſçait la mort
du Pape. Elle arriva le 12. de
ce mois à quatre heures aprés
midy. Il s'appelloit Benoist
Odefcalchi , & il choifit aprés
fon élection le nom d'Innocent
X I. Il eſtoſt Fils d'un
riche Banquier de la Ville de
Come dans le Duché de Milan
, où pluſieurs Gentilshommes
font la Ranque , ainſi que
dans le reſte de l'Italie . Le
fejour qu'il luy arriva de faire
à Bruxelles , fut cauſe qu'il
porta les armés en Flandre
pour les Eſpagnols
combattant contre la France ,
د & en
il receut un coup de Moufquet
à l'épaule droite , dont
il a eſté incommodé toute
ſa vie. Il diſoit quelquefois
que c'eſtoit aux François qu'il
eſtoit redevable de l'incom228
MERCURE
modité que cette bleſſure
luy cauſoit. Lors qu'il cut
quitté la profeſſion des armes
quine luy plut pas , il fit un
voyage à Rome , où il connut
le Cardinal Pancirole , Secretaire
d'Etat ſous Innocent X.
qui luy conſeilla de ne s'y pas
arrêter longtemps , ne croyant
point qu'il euſt deſſein de
s'avancer dans l'Egliſe , parce
qu'il ne voyoit pas qu'il euſt
pris ce party là. Odeſcalchi
luy témoigna qu'il avoit reſolu
de s'attacher à la Cour
de Rome , ce qui embaraſſa
• le Cardinal Pancirole , qui ne
croyoit pas que le métier qu'il
avoit fait , & celuy de Voyageur
qu'il faifoit , luy euffent
laiſſé beaucoup de temps pour
s'appliquer à l'Etude ; mais
comme il y a une autre voye
GALAN T. 229
permiſe , & qui avance beaucoup
en peu de temps' , qui eſt
celle des Charges , ce Cardinal
luy demanda s'il avoit de l'argent
pour en acheter une.
Odeſcalchi qui avoit de grands
biens , marqua qu'il eſtoit en
eſtat de s'attacher par ce moye
à la Cour de Rome ,& peu de
temps aprés il acheta une
Chargede Clerc de Chambre
Elle luy donna entrée chez
Dona Olimpia. Belle - foeur
d'Innocent X. qui eſtoit toute
puiſſante ſur l'eſprit de ce Pape.
Il s'attacha à luy faire ſa
Cour , joignit beaucoup de
complaisance à ſes affiduitez ,
& accompagna de temps en
temps ſa complaiſance de
quelques prefens , mais il les
fit avec beaucoup d'eſprit ,
& d'adreſſe n'en donnant
,
230
MERCURE
point , qu'il n'euſt fait naiſtre
des occaſions de les donner
agreablement , & meſme des
pretextes qui ſembloient devoir
l'autorifer & luy ofter
toute crainte de s'expoſer a la
honte du refus. Il en faiſoit
auſſi quelquefois ſans ſe faire
connoiſtre , mais il y avoit
toujours quelque circonſtan
ce qui failoit deviner àDona
Olimpia qu'ils venoient de
luy. Un jour qu'il avoit
eſté voir des cabinets avec
elle , il s'en trouva un plus
beau que les autres qu'elle
marchanda ; mais l'excés du
prix l'empefcha de l'acheter.
Odeſcalchi ne témoigna
pas qu'il euſt remarqué
la paffion qu'elle avoit d'avoir
ce cabinet , & il la vie
pluſieurs fois depuis ce jourlà
GALANT. 121
lë fans qu'on en parlaſt. C'étoit
une choſe qui paroiſſoit
oubliée , lors qu'il l'envoya
payer par des Inconnus qui le
porterent chez Dona Olimpia,
ſans vouloir dire de quel.
le par ils venoient. Elle ſe
ſouvint qu'elle n'avoit eſté
voir ce cabinet qu'avec Odeſcalchi
;qu'elle n'en avoit
parlé à perſonne , & qu'ainſi
il n'y avoit que luy qui euſt
pû luy faire ce preſent , &
elle en fut d'autant plus perfuadée
qu'elle avoit déja eu
des marques de ſa maniere
d'agir envers elle . Loin d'en
eſtre querellé , il fat encore
vû de meilleur oeil , & comme
il ne s'agiſſoit point de
galanterie , & que fon but
eſtoit plus noble toutes les
occaſions qui broüillent or-
Aoust1689.
,
L
1
122 MERCVRE
dinairement ceux qui vivent
fur ce pied- là , n'altererent
point leur union , qui ſe fortifia
de plus en plus. Le
jeu de la Prime eſtoit alors
à la mode & Dona Olimpia
y jouoit ſouvent .
Odeſcalchi l'apprit pour y
joüer avec elle , & comme
il eſt impoffible qu'il n'arrive
des occafions: de diſputer
dans le jeu , il s'en rencontra
, & il en fit meſme naiſtre
afin de pouvoir luy
marquer ſa complaiſance , en
allant toûjours au devant de
ſes ſouhaits , & luy cedant
tout ce qu'elle témoignoit
vouloit emporter. Il pouſſa
meſme plus loin ſon defintereffement
, & ſe laiſſa ſouvent
perdre. Les ſommes n'eſtoient
pas groffes ; mais pluſieurs
GALANT.
123
,
de ces ſommes miſes enfemble
ne laiſſoient pas d'en
faire une fort confiderable
Cependant le temps approchoit
où Dona Olimpia
pouvoit luy rendre l'important
ſervice qu'il en efperoit
Comme il avoit de grands
biens , il aſpiroit aux plux
hauts honneurs , & fe trouvoit
en eſtat de les ſoûtenir ,
ce qui eſt un avantage fort
grand pour ceux qui font reveſtus
des premieres dignitez .
Dona Olimpia avoit tout le
credit neceſſaire , & pouvoit
luy procurer ce qui luy manquoir.
Aufſſi l'encens qu'il
luy donnoit , cſtoit- il de la
nature de celuy dont on ſe
ſert pour ſe rendre la fortune
favorable. Il n'épargnoit rien
dans l'efperance de retirer
davantage ſemblable aux
د
L2
124
MERCVRE
plusavares Chimiſtes , à qui
les millions ne coûtent rien ,
parce qu'ils ſe flatent que
L'or qu'ils feront les en recompenfera
; la difference
qu'il y avoit entre eux &
Odeſcalchi , c'eſt qu'il eſtoit
preſque ſeur qu'il ne ſemoir
pas inutilement. Il ſe ſervit
de la conjoncture , & dans le
temps qu'on parloit de faire
des Cardinaux , s'eſtant rencontré
chez Dona Olimpia ,
qui l'engagea à joüer à la
Prime , il trouva heureuſement
l'occaſion de metre le
comble à ſes manieres honneſtes
& genereuſes. Le jeu
fut extremement gros ce jour
là , & contre ſon gré il luy
eſtoit toûjours favorable , ce
qui luy cauſoit de l'embarras ,
parce qu'il n'avoit pas envie
GALANT.
215
د
elle
de gagner. Enfin laſſe de la
fortune qui luy paroiſſoit
contraire ; plus elle vouloit
le favorifer , & ſe voyant des
cartes qui alloient luy fatre
gagner une fomme fi confiderable
, qu'il eſtoit impoffible
que de l'humeur dont
eſtoit Dona Olimpia
n'en euſt beaucoup de chagrin,
il fit en forte , fans montrer
pourtant aucune affecta
tion ; qu'un homme qui appartenoit
à cette Princeſſe ,
& qui eſtoit à coſté de luy ,
remarqua fon jeu. Auſſi toſt
aprés , il broüilla les cartes ,&
ditqu'ilavoit perdu. Cela fut
rapporté à Dona Olimpia , qui
luy en ſceutfi bon gré , qu'elle
redoubla en elle- la forte reſolution
qu'elle avoit déja priſe
de le ſervir aupres d'Inno
L3
226 MERCVRE
cent X. Peu de temps aprés ,
( c'eſtoit en 1645. ) ce Pape fit
voir a Dona Olimpia la liſte
de ceux qu'il avoit deſſein
d'élever au Cardinalat , dans
lapromotion qu'il alloit faire.
Elle n'y vit point Odeſcalchi
qu'elle luy avoit recommandé
, cequi l'obligea à rayer un
de ceux qui estoient fur cette
liſte , &à le mettre en ſaplace.
Enfuite elle pria le Pape de l'y
laiffer , & il y confentit d'autant
plus volontiers , qu'Odef.
calchi menoit une vie ſans reproches
, & qu'il avoit beaucoup
de bien pour foutenir
cettedignité.Le Pape luy donna
un peu aprés l'Eveſché de
Novare dans le Milanois . Pendant
tout le temps qu'Odefcalchi
futCardinal , il fit toujours
voir beaucoup de reſpect
GALAN T.
227
pour les Couronnes , & fut
d'avis que l'on fatisfiſtle Roy
fans delay au ſujet de l'affaire
qui arriva à Mr de Crequi , en
1662. ſous le Pontificat d'Alexandre
VII. Avant que d'eſtre
élu Pape , il a toûjours mené
une vie fort retirée , & ne s'eſt
appliqué uniquement qu'à ſes
affaires , marquant beaucoup
dedéſintereſſement ,& faiſant
toujours de grandes aumônes ,
Il jouiffoit de trente mille écusderente
,& fon Frere , Pere
deDom Livio,en avoit autant ,
Si - tôt qu'il fut élu Pape, il donna
tout fon bien à ce Neveu ,
qui ayant herité de ſon Pere ,
ſe trouva ſoixante mille écus
de rente au commencement
du Ponrificat de ſon Oncle.
Odefcalchi fut éleu le 21. de
Septembre 1676. qui eſt le
L 4
228 MERCVRE
jour de Saint Mathieu , Feſte
des Banquiers ,& on luyappliqua
ces paroles , Vidimus fedentem
in telonio . On mit par fon
ordre un S. Mathieu à la premiere
Monnoyequi fut batuë
aprés ſon élection. Il eſtoit
d'une fort grande taille , & fort
droite , & eſt mort âgé environ
de 79. ans , ayant laiſſe a la
Chambre Apostolique cinq
millions de livres , & augmen
té fon revenu de trois cent
mille écus Romains , & laiſſé
de vacances de benefices pour
plusde.cent mille écus de revenu
. Iln'a voulu voir perſonne
en mourant , & a refuſe la
viſite des Cardinaux , & méme
celle du Cardinal Coloredo ,
Pere de l'Oratoire , grand Penitencier
, qu'il eſtimoit fort.
On affure qu'il a témoigné à
GALANT. 229
ſa mort qu'il eſtoit faché de
n'avoir pas aſſiſté le Roy d'Angleterre
, puis qu'il eſtoit en
eſtat de le faire. Quoy qu'il y
cuft neufplaces de Cardinaux
vacantes , il n'a point voulu
faire de promotion. Celle du
Cardinal qui tera fon Succeffeur
, fera la dixiéme .
Je viens à ce qui regarde la
Campagne des Imperiaux ,
dont je vais vous faire le détail
en peu de paroles , eſperant
vous le faire mieux comprendre
, & que l'ordre &
la netteté tiendront lieu- dans
cette Relation d'un plus long
discours . Leur deſſein eſtoit
de paſſer en France , & de
ne point, faire de Siege d'abord.
Ils estoient perfuadez
que les Anglois & les Hollandois
feroient des deſcentes
Ls
230 MERCURE
en divers endroits de nos
Coſtes , qu'on ſe ſouleveroit
dans le coeur du Royaume ,
& qu'ayant ſemé par tout
l'épouvante , pillé & brulé ,
il leur feroit aiſé d'attaquer
enfuite les Places frontieres ,
qui se trouvant éloignées &
fans eſpoir de ſecours , parce
que toutle Royanme feroit
en proye à leurs armes , fe
roient forcées de ſe rendre .
Ils avoient cru qu'ils pafferoient
par la Suiffe & le
Prince Charles de Lorraine
avoit eſté reconnoiſtre les
paſſages , fous pretexte qu'il
devoit aller plus loin pour
quelque devotion. Vous avez
ſceu comment la prudence
des Suiſſes a rompu leurs
meſures . D'un autre coſté le
Prince d'Orange,& les Hol
)
GALANT. 231
د
ce
landois ne paroiſſoient guere
en eſtat de tenir la parole
qu'on avoit donnée ce qui
fit refoudre dans l'Aſſemblée
de Francfort d'aſſieger
Mayence . L'Electeur de
nom l'avoit demandé à l'Empereur
, &à cette condition
il avoit promis ſa voix au Roy
de Hongrie , que Sa Majesté
Imperiale vouloit faire élire
Roy des Romains . La Ville de
Francfort preſſoit de ſon coſté,
&offroit des munitions de
guerre& de bouche . Elle pretendoit
eſtre délivrée par la
priſe de cette Place ,des courſesdelagarniſon
deMayence ,
& même des contributions
qu'elle feroit obligée de payer
l'hiver prochain . L'Empereur,
l'Electeur de Mayence & la
Ville de Francfort avoient lica
L6
232 MERCURE
de ſouhaiter qu'on priſt cette
Place mais leurs raifons ne fai
foient qu'on la puſt prendre
aisément , ny meſme que l'on
en duſt hazarder le Siege , &
cellesdu PrinceCharlesqui s'y
oppoſoit , eſtoient meilleures..
Il prévoyoit que l'avantage
qu'on retireroit de la priſe de
cette Place , ſion en venoit à
bout , ne recompenferoit pas
la perte des hommes qu'elle
couteroit . Deplus , comme le
premier deſſein des Imperiaux
avoit eſté de paſſer en
France , ils avoient beaucoup
plus de Cavalerie que d'Infanterie
, parce qu'elle leur eſtoit
neceſſaire pour faire les courfes
qu'ils s'eſtoient propoſées >
cependant le Siege de Mayenfut
refolu dans le Conſeil de
guerre tenu àFrancfort ; mais
GALANT. 233
on arreſta en meſmetemps que
pour couvrir cedeſſein on pafferoicoutre
, parce qu'en alarmant
pluſieurs Places à la fois ,
lesFrançois pourroienten dégarnir
quelques- unes , qu'on
inveſtiroit auſſi toſt s'il étoit
poffible , pour tâcher à profiter
de l'occaſion . On ſe flata
meſme qu'on feroit fortir des
Troupes de Mayence fitoſt que
des contre marches auroient
donné lieu de croire à cette
Ville- là qu'elle ne feroitpoint
affiegée . Elles furent inutiles ,
& ne fervirent qu'à fatiguer
leurArmée. Les François ne
font pas aujourd'huy aiſez à
furprendre. Ainſi les Enne
mis apres avoir marché qu'elque
temps , vinrent devant
Mayence qu'ils inveſtirent le
17. de Juillet. Ce Siege cauſa
234
MERCVRE
beaucoup de joye à la Cour , &
en voicy la raiſon. Dés qu'on
cut ſceu que preſque tous les
Princes de l'Europe s'eſtoient
• liguez contre la france , non
pas pour luy faire la guerre à
L'ordinaire , mais pour l'envahir
, la piller & la brûler, & engager
ſes Peuples à s'égorger
les uns les autres, on refolut de
ſe rendre maistre de Philifbourg,
pour avoir de nouvelles
entrées chez eux,& les retenir
par la crainte qu'on n'y paſſaft ,
s'ils s'avançoient du coſté de
France.On pritanſſi Mayence,
dans la penſée qu'ils ne manqueroient
pas de l'affieger , &
qu'ils pourroient la reprendre
aprés avoir perdu leur Armée,
&leur Campagne,&l'on étoit
fortcontent de la voir en leur
pouvoiràces conditions,parce
GALANT.
139
que c'eſt une Place que leRoy
ne veut pas garder, & qu'il ne
peut s'empêcher de rendre au
premier Traité de paix , mais
il voulut que fa reſiſtance leur
faiſant perdre la Campagne ,
donnaſt lieu de ſe preparer,en
forte que la France ne puſt
rien, apprehender pour l'avenir.
Elle eſt preſentee
ment à couvert de ſurpriſe
& d'infulte , & il eſt abfolu..
ment impoffible qu'ils la
puiffent entamer par aucuns
endroit ; ainfi, ils prendront
Mayence quand ils pourront
la place a rendu le ſervice
que le Roy en attendoit
leur Armée a preſque pery >
la Campagne eſt plus qu'à
moitié paffée , & pendant
qu'ils ont eſté devant ceste.
Place , ils n'ont pas eſté oce
236 MERCURE
,
eft
cupez ailleurs. Vous jugez
bien par toutes ces chofes ,
que la France n'aura rien
perdu en la perdant , mais fi
les Allemans ne la prennent
pas , ils doivent deſeſperer
demporter jamais aucune de
nos Places , puis que la moindre
de celles du Roy
beaucoup plus reguliere &
plus forte que Mayence. Je
devrois vous donner icy un
Journal de ce Siege , mais il
eſt impoſſible d'en pouvoir
faire un juſte comme fi nous
eſtions Aſſregeans. On ne
ſçauroit rien apprendre que
par les Deferteurs qui quittent
le Camp des Ennemis ,
& par les Eſpions que nous
y envoyons; mais les rapports
des uns & des autres font peu
juſtes Les Ennemis ne nous
GALANT.
237
font point ſçavoir leurs pertes
, & ceux de la Ville ne
peuvent que de temps en
temps , & tres - difficilement ,
nous mander leurs avantages
. Ainſi il faut attendre la
fin du Siege pour ſçavoir la
verité de tout ce qui s'y ſera
paſſé . Si on en croit les nouvelles
du Camp des Ennemis ,
on ne fait point de ſorties
que l'on ne ſoit repouſſé . Ils
ont raiſon de le dire , ſi les
retraites peuvent eſtre appel.
lées fuites , il faut neceſſairement
que les Aſſiegez fuyent
toujours , & on ne fait point
de fortie qu'on ne ſe prepare
à rentrer. C'est une neceſſité
que chacun retourne au lieu
d'où il eſt party , & fi les
Aſſiegez ne rentroient pas
dans la Ville , ce ſeroit une
238 MERCURE
marque de leur défaite. Ce
qu'il y a de conſtant , c'eſt
que les Ennemis n'ont
encore attaqué aucuns dehors
, tant Mr le Marquis
d'Uxelles y a mis bon ordre .
Il s'eſt vû dans une méchante
Place , mais avec un grand
nombre de bonnes Troupes ,
il n'a pas voulu s'y laiſſer enfermer
, parce que ce grand
nombre de braves gens eft
inutile , quand on commence
à eſtre ſerré. Il a fait tous les
jours des forties , & quelquefois
pluſieurs en un jour , &
il ſe trouve que par differens
combats de cette nature , il a
tellement affoibly une groſſe
Armée , qu'elle pourra eſtre
contrainte de lever le Siege.
Elle est fort affoiblie , & ouere
l'Infanteric dont ils manGALANT.
239
quent , ayant prefque perdu
toute celle qu'ils ont amenée
à ceSiege , qu'il faut menacer
& battre pour la faire aller
à la tranchée , ilsont eu plu
ſieurs perſonnes de diftinêtion
tuées , du nombre defquelles
eſt le Prince Frederic
Palatin , Frere de l'Imperatrice
, le Baron de Breffay ,
commandant huit cens Grenadiers
, fort eſtimé dans les
Troupes ; les Ingenieurs Dorrega
,& Bercher d'une tresgrande
reputation parmy les
Eſpagnols , & envoyez à ce
Siege par le Gouverneur des
Pays bas ; le Baron de Stetin,
le Baron de Sickingen ,Chanoine
du grand Chapitre de
Mayence ; le Grand Maiſtre
de la Maiſon du Prince de
Hannover,& deux de ſes Gen
240 MERCURE
tilhommes . Le Grand Maiſtre
de l'Ordre Teutonique a receu
une contufion au coſté d'un
boulet de Fauconneau , qui
avoit perdu toute fa force en
perçant des faſcines . LePrince
Eugenede Savoye a auſſi eſté
dangereuſement bleſfé , & le
Prince de Vvaldens bleſſé à
mort. Je ne parle point des
ſimples Capitaines &des Officiers
Subalternes , il me faudroit
trop de place pour cela.
Toutes les petites Villes du
Ringau font remplies de Malades
, & de Bleſſez . Ils font
aTez mal ſoignez , & peu de
ceux qui ont receu quelque
bleſſure à ce Siege en réchapent
, parce que les Ennemis
n'ont point d'Hôpital . On ne
peut rien ajoûter au courage
que font paroiſtre les Affiegez .
GALANT.
241
Toutes les autres Troupes
voudroient eſtre à leur place ,
& les Officiers le ſouhaitent
encore plus ardemment. Meſfieurs
de Barbefieres & de Lofieres
, ont eſté aſſez heureux
pour trouver moyen d'entrer
dans Mayence.Ils ſe meſlerent
parmy les Troupes de laGarde
de la Tranchée , & le Prince
Charles eſtant allé la viſiter
ce jour-là , apperceut deux
hommes qui n'avoient pas l'air
Allemand , & qui luy eſtoient
inconnus. Il commanda qu'on
allaſt voir qui ils eſtoient. Un
boulet de Canon de la Ville
donna en meſme temps à leurs
pieds ,& la terre qu'il fitélever
les ayant cachez , ils ga
gnerent la Ville à toute bride.
Les dernieres nouvelles quien
font venuës marquoient quo
242 MERCURE
tra
les Moutons paiſſoient en.
core fort tranquillement dans
les Foſſez. Les Ennemis apprehendant
d'attaquer la Place
, & craignant les Mines
& les coups de main
vaillent ſous terre , & diſent
que par ce moyen ils s'ou
vriront un chemin juſqu'au
milieu de la Ville. C'eſt ce
que les Turcs vouloient faire
à Vienne ; mais cela ne leur
réuſſit pas , quoy qu'ils ſoient
plus habiles qu'eux dans ces
fortes de travaux . Comme
le Canon de la Place tire fans
ceffe l'ébranlement qu'il
cauſe à la terre fait preſque
tous les jours ébouler une
partiede leur travail , ce qui
a déja cauſé la mort de pluſieurs
de leurs Travailleurs .
D'ailleurs les Bombes de la
GALANT.
243
Ville ont ruiné la plus grande
partie de la Batterie Imperiale;
de forte que pour s'en mettre à
couvert , les Ennemis preten .
dent l'enfermer dans un Baſtiment
de pierre , fur le haut
duquel il y aura des trous , &
des pentes , ce qui fera que les
Bombes feront acceſſitées d'y
entrer , & de là dans des Puits
qu'on doit creuſer au deſſous
On est bien embarraffe , quand
il faut avoir recours à tant
d'artifices . Le ſuccès en eſt
ſouvent incertain , & l'on eſt
obligé de lever le Siege avant
que les experiences en ſoient
faites. Les Fourageurs des Ennemis
font fort incommodez
par la Garniſon du Château
d'Ebersbourg , que Comniande
Mr de la Bretêche . C'eſt
un homme d'une vigilance ,
244 MERCURE
& d'une activité incroyable,
&qui ſçait parfaitement bien
joindre les ruſes de Guerre à
la valeur & à l'intrepidité.
Les Ennemis n'oſent qu'à pei
nede ce coſté - là aller au fou
rage à une heure de leurCamp,
&il fait les fiens plus proche
du leurque les Allemands du
fien. Cela doit paroiſtre incroyable
à ceux qui ne connoiſtront
pas ce hardy Commandant.
Les Ennemis avant
que d'inveſtir Mayence , avoient
aſſiegé ce Château qui
n'eſt qu'à quelques lieuës de
leur Camp. Sa longue refiſtance
les impatienta ; ils l'abandonnerent
, & s'en repentent
preſentement.
Les Fourageurs des Ennemis
ne font pas ſeulement inquietez
par les Troupes deMrde
la
| -
TROUL DE
BIBLIO
*
LYON
رط
*
du Rhin , & que
ayant qu'un petit fro
Affiegeans ont moins d
Aoust 1689 . M
APP
١٢
es
1-
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le:
1-
१८
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Is
S
le
24
&& phunnadhammonium
,
ba
rageurs des Ennemis
pas ſeulement inquieles
Troupes de Mr de
la
GALANT.
245
la Bretêche ; mais par celles
de Mr de Montal quileur coupent
les fourages en deux endroits
, ce qui les incommode
beaucoup. Les dernieres nouvelles
de ce Camp portent
qu'uneGarde de Mr de Baviere
avoit reſolu de ſe jetter dans
Mayence , que deux hommes
ſeulemet y eſtoient paſſez , que
les autres avoient eſté arreſtez,
& qu'on en avoit excuré
quelques-uns.
le vous envoye le plan de
cette Place . On m'affeureque
les attaques ſont depuis A
juſqu'à B , & depuis C jufqu'à
D , parce que celle qui
eſtdu coſté de la Citadelle eſt
vûë à revers , de l'autre côté
du Rhin , & que l'autre
n'ayant qu'un petit front , les
Affiegeans ont moins de feu
Aoust 1689. M
246 MERCURE
1
+
à eſſuyer. Les deux attaques
que je vous marque peuvent
en avoir fait quatre au com.
mencement du Siege , parce
qu'on ſe joint en approchantd'une
Place & qu'alors
deux attaques n'en font plus
qu'une. Je viens d'apprendre
que les Ennemis ont eſté
juſqu'à l'angle de la Contreeſcarpe
, & qu'ils en ont eſté
chaffez .
Ie paſſeà ce qu'a fait Mrde
Duras depuis que les Ennemisont
commencé le Siege
de Mayence. Comme on ne
doutoit point à la Cour qu'ils
ne l'entrepriſſent. on y avoit
arreſté que s'ils le faisoient ,
MrdeDuras paſſeroit le Rhin.
Tous les ordres furent donnez
pour cela , & les Corps
choiſis dont il devoit avoir le
GALANT.
247
commandement ; mais cette
courſe ne ſe devoit faire ;
qu'encas queles Ennemis euffent
aſſez peu de prévoyance ,
pour laiſſer ſans une Armée
confiderable un Païs où nous
pouvions entrer pendant qu'-
ils ſeroient attachez au Siege
de Mayence , & où nous ne
devions pas manquer d'aller,
puis que toutes les regles de
la Guerre le vouloient ; outre
que l'on n'avoit reſolu de faire
chez eux que ce qu'ils avoient
deſſein de faire en France ,
quoy que ce ne ſoit point ce
quinousya portez , mais parce
qu'il auroitfallu entendre peu
le meſtier de la Guerre pour
ne le pas faire. Rien ne pouvoit
eſtre plus avantageux ,
puis qu'on remportoit par la
trois avantages tres - confide-
M 2
248 MERCURE
:
rables . On eſtoit aſſeuré eny
allant de faire beaucoup de
priſonniers , d'oſter des retraites
aux Ennemis en ruinant
pluſieurs Places , & de leslaiſ
fer fans moyens de ſubſiſter en
ſe ſaiſiſſant de leurs Magazins
ce qui les mettoit dans de fâcheux
embarras . A l'égard de
leurs quatiers d'hiver, comme
on ne pouvoit en prendre de
ces coſtez - là , il falloit qu'ils
s'éloignaſſent de nous , joint
qu'ils devoient eſtre beaucoup
affoiblis par les priſonniers
quel'on ne pouvoit manquer
de faire fur eux. Voyons
dequelle maniere les choſes ſe
ſont paffées .
Mr.leMaréchal Duc de Duras partit
de ſon Camp ſous Neuſdat le 2. de
ce mois,& alla camper à la petite Hol.
lande ſur le bord du Rhin , où il fut
joint par onze Bataillons de Landau.
GALANT.. 2494
L'Artillerie étant arrivée le lendemain
à fon Camp , ainſi que76. Eſcadrons,
tant de Gendarmerie que Cavalerie,
fix autres des Dragons , il paſſa le
Rhin au Fort de Philisbourg. Une
partie défila le longdes Fortifications
de la Place ,& l'autre par la Ville,
d'où il ſortit encore cing Bataillons
qui joignirent l'Armée. Elle alla camper
à deux lienës de là , & l'on s'avança
prés d'Heidelberg , d'où l'on
tira quelques coups de Fauconneau .
Ils tuerent un Cavalier , & Monfieur
Valieres , Lieutenant Colonel du Regimentde
Piemond , fut bleſſe d'un
coup de Mouſquet à l'épaule. Cer
Officier est tres-brave & fort eſtimé.
On commanda Monfieur le Comte de
Hautefeiiille pour prendre une Redoute.
Il l'attaqua & s'en rendit maitre
avec beaucoup de valeur ; mais
étant forti le ſoir pour ſe promener
autour de cette Redoute , quelques
Fufeliers qui étoient couchez ſur le
ventre , ſe leverent , & firent une décharge,
dont il fut bleſfé à mort.Monſieurde
Duras ſçachant qu'il y avoic
M 3
250
MERCURE
i
deux mille Schenapans dans la Place,
& qu'il y étoit entré des Troupes par
derriere les Montagnes , ne jugea pas
propos de s'y arreſter. La priſe luy
en eſtoit peu importante , puis qu'il
n'avoit ordre de garder aucune des
Places qu'il devoit quiner dans ſa
courſe , & qu'Heidelberg l'avoit eſté
déja en partie lors que nous l'avions
abandonné. On dit même que Monfieur
de Duras ne s'eſtoit arreſté devant
cette Place, que pour faire croire
à unCorps de fix mille hommes qu'il
vouloit ſurprendre,& qui n'eſtoit pas.
loin de là , qu'il y demeureroit plus
long temps ; mais comme l'uſage eft
de brûler le Camp qu'on quitte , les
Soldats qui ſe doutoient qu'on alloit
chercher les Ennemis , & qui brú
loient d'envie de les attaquer , mirent
trop toft lefeu au Camp ; & la fumée
leur ayant fait connoître le deffein
qu'on avoit pris, ils ſe retirerent dans
le meſme temps. On marcha fans bagage&
avec une grande viteſſe , afin
de pouvoir les joindre plûtoſt , les
Officiers Generaux marquant en cette
rencontre la joye qu'ils avoient d'al
GALANT.
251
ler combattre. Monfieur Mafel &
Monfieur de Janſon qui avoient eſté
détachez avec soo. Chevaux pour
brûler Seintsheim,& ſçavoir des nonvelles
des Ennemis,ayant appris qu'ils
avoient décampé & paffé le Nekre ,
Monfieur de Janſon en vint donner
avis à Monfieur de Duras un quart de
licuë au-delà de Viſloc , de maniere
que l'Armée retourna ſur ſes pas ,&
vint camper à Viſloc qu'on brûla,par
ce que c'étoit un lieu fermé , qu'il y
avoit un Magazin de fourages ,
que ce poſte pouvoit eſtre utile aux
Ennemis. On alla enſuite à Bruchſal,
& en y allant on força un Château
dans lequel il y avoit 60. hommes
qu'on fit prifonniers de guerre. Onfic
fauter le Château. Quant à Bruchſal,
il ſe rendit àdiſcretion , & on y fit
plus de mille prifonniers , tant Cam
valerie qu'Infanterie. :
Le 11. de ce mois Monfieur le
Comte de Choiſeul , Lieutenant Ge
neral ,& Monfieur le Comte de Tallard
furent détachez , le premier avec
wois mille Chevaux , quatre mille
M4
252
MERCVRE
hommes d'infanterie & deux pieces.
de Canon pour aller à Bretten , qui ſe
rendit le lendemain ainſi que le Chateau
de Staffurt , & l'autrepour aller
à Gochsheim qui ſe rendit lemeſme
jour. On y mit le feu. Quelques partis
ennemis ſe trouvant fur leur pallage
, furent chargez avec beaucoup de
vigueur , & Monfieur de Baltiniere
averso Maiſtres du premier détachement,
pouffa trois Efcadrons ,& emmena
quelques prifonniers. On en fit
présde huit cens dans les trois endroits
que je viens de nommer.Le 13 .
on campa à Vvingarten, d'où l'on envoya
inveſtir Dourlach. Il ſe rendit
aufli- toft , quoy qu'il y euſt plus de
quatre cens hommes de pied,cinquante
Maiſtres , & huit pieces de Canon
de fonte avec des munitions. Le 14.
on arriva à Dourlach , & ce mefime
jour Monfieur le Marquis de Lanion
fut détaché pour aller inveſtir Etlingen
, dont la Bourgeoifie luy ouvrit
d'abord les portes , la Garniſon en.
étant fortic,& Monfieur de Narbonne
alla du coſté de Pfortzheim avec enGALANT
.
253
vironso. Maiſtres. Il entra dans la
Ville où il ne trouva que quelques
Paifans ,& y mit le feu . Les habitans
s'étoient retirez , ainſi que la Garniſon
qui l'avoit abandonnée. On ſejournale
15. à Dourlac ,& le lendemain
on marcha à Etlingenvverper,
Onſcent que les ennemis avoient retiré
leurs Troupes de tousles quartiers
jusqu'à Offembourg ,& qu'ils avoient
melime abandonné Stolhoffen , où ils
avoient fait des travaux fort confiderables
, qu'on fit combler par trois
mille Paiſans que l'on avoit fait venir
d'Alface. On y fit demeurer deux Ba
taillons , juſqu'à ce que les travaux
faffent tellement ruinez qu'on n'y
pût rien rétablir. Cette Place étoit
tres-bien fortifiée ,& d'une fort grandeutilité
aux Ennemis à cause de fa firuation.
Monfieur de Daras a preſque
toûjours eſté à cheval pendant toutes
ces courſes , & a plus fatigué qu'aucun
de l'Armée , n'ayant pas ſouvent
le temps de manger.Monfieur le Princede
Conty l'a toujours ſuivy avec
une ardeur digne de ſon ſang. Mon-
MS
254 MERCVRE
ſieur le Duc de Vandofine , &Monfieur
le Grand Prieur ont témoigné le
méme empreſſement de ſe ſignaler, &
ont effuyé les meſmes fatigues. Elles
ont eſtégrandes ,puis qu'en quinze
jours on a fait toutes les expeditions
que vous venez de lire ,& ruiné tout
ce qui s'eſt trouvé dans quarante
lieuës de Païs , en quelque endroit
qu'il fuſt ſitué. Il n'y a perſonne qui
ne convienne, que le dommage qu'en
fouffrensles Ennemis , eſt beauconp
plus confiderable pour eux , que la
perte de Mayence ne pourra eſtre
pour nous. Il falloit ou qu'ils n'affiegeaffent
point cette Place là,ou qu'ils
enffent un gros Corps dans le Païs
que nous avons ruiné,&n'y en ayant
point , ils devoient, pour ne pas faire
une ſeconde faute , avoir donné ordre
à leurs troupes d'abandonner d'abord
Jes Places qu'elles ne pouvoient défendre
, comme ont fair les garnifons
des dernieres Places dont on s'eſt ſaifi
. On demandoit aux Troupes qu'on
faifoit Prifonnieres de guerre,Pourquoi
elles ne s'étoienpas retirées ,puis qu'el
2
GALANT.
255
les nepouvoientse dispenser d'estreprifes,&
elles répondoient, qu'elles avoiēt
ordre de garder les magazins ; mais
comme il leur eſtoit impoſſible de le
faire , c'eſtoit vouloir perdre les hommes
,outre les magazins , puisqu'ils
ne pouvoient éviter d'eſtre pris. Enfin
on ne sçauroit concevoir comment les
ennemis ont cru que huit mille hommes
diſperſez pourroient tenir contre
unegroſſe Armée ,& fort aguerrie. Il
ſemble qu'on ait pris plaifir à vouloir
enrichir nos Troupes ,& à nous faire
faire des Priſonniers ; cependant comme
l'on doit avoir des raiſons ,bonnes
ou mauvaiſes, pour tout ce qu'on fait,
ondit qu'on n'avoitpas mieuxgarny le
Pays quenous avons ruine ,parce qu'on
avoit creuque le SiegedeMayence durorost
fi pen ,que nos Troupes n'auroient
pas affezde temps pour paſſer le Rhin ,
avant la prise de cette Place , ou que fi
elles s'affembloient ceſeroitpour en venir
tenter le feconrs. On dit auſſi , que les
Princesà qui ces Troupes appartenoient,
Les avoient laißées dans les postes que
nous avons pris afin qu'elles fuſſent fai-
M6
256
MERCURE
fies par avance des quartiers d'hyver ,
parce qu'ils cauſent tous les hivers de
grands démélez parmy les Allemans.
Quant à ce qui regarde la Flandre
les ennemis y font venus ſi tard,qu'ils
nous ont laiſſé long- temps maiſtres
de la Campagne ; les Troupesdu Roy
y ont paru de bonne heure, ce qui luy
a procuré divers avantages ; l'un eſt
que les Troupes ont moins de paye
lors qu'elles font en campagne , &
qu'elles peuvent faire payer de grandes
contributions quand elles y font
ſeules. Enfin quoy que les Eſpagnols
n'ayent point encore perdu de Places,
cette Campagne ne laiſſe pas de leur
couter cher, puis que les François , les
Eſpagnols ,les Anglois , les Hollan
dois,& generalement toutes les Tron
pes des deux Armées , ont vécu aux
dépens de la Fiandre .On y a vû beaur
coup d'actions , qui , quoy que perites
, parce qu'elles n'eſtoient faites
que par des Partis , mont pas laiffé
Feſtre grandes , à l'égard du courage.
Celle deMr le Chevalier du Rofel eft
digne d'eſtre remarquée. Sa prefence.
GALANT.
257
d'efprit & fon intrepidité ont eſté
-cauſe qu'avec loixante Maiſtres ilena
fair fuir trois cens . Il fit cacher à l'entrée
d'un bois où il ſe trouva , une
partiede ſes Troupes , avec ordre de
battre à la Dragonne quand les Ennemis
approcheroient ; il fit face à l'entrée
du bois avecle reſtede ſes gens.
Sa bonne contenance étonna lus Ennemis;
mais ils furent encore plus fur
pris quand ils entenditent battre dans
le bois la marche des Dragons , &
qu'ils apperceurent une grande face
d'un plus grand Corps , & prirent la
fuite. Mr du Roſel les ſuivit , mais
moderément,& cut l'avantage de faire
une retraite glorienfe. Un party des
Ennemis eſtant venu enlever quelques
chevaux prés duCamp de Monfieur de
Humieres , Mr le Prince deRohan les
coupa à la teſte du petit Corps de garde
, & bleſſa le Commandant d'un
coup depiſtolet , mais il fut blefflé au
genouil. Ce Commandant ſe rendità
Mr le Ducde Richemont , qui malgré
fagrande jeuneſſe fit voir beaucoup
d'intrepidité. Il parut enfuite fort hur
258 MERCVRE
main,& fecourut luy-meſme ceCom
mandant qui s'évanoüit. Mr le Marquis
de Nogaret fut bleffé en cette occafion,&
Mr le Comte de Guiche eut
un cheval de tué ſous luy , Mr le Mar
quis de Saint-Gelais ayant eſté juſqu
aux portes de Bruxelles , y pilla un
Fauxbourg ,le brûla enſuite , & obli
gea les Eſpagnols à payer contribution
pour les Faux-bourgs de la mefme
Ville. Il ramena dix Gardes du
Gouverneur des Pays-bas , & il en
eut trente ou quarante de bleſſez . Me
de Choiſeul alla avec des Troupes
pour foutenir ce détachement , & Mr
JeDuc du Maine qui s'empreſſe pour
avoir part à routes les actions d'éclat,
voulut eſtre de la partie. Mr le Chevalier
de Nofle , &divers autres ont eſté
en party,& tous en ſont revenus avec
quelques prifonniers . Les Ennemis
ayant paflé la Sambre à Fontaine Leveſque
, Mr de Humieres la paſſa
auffi toſt pour aller à eux. Il vifita
d'abord tous les lieux par où les Ennemis
pouvoient avancer. Il fit des dé
tachemens pour occuper tous les pal
GALANT.
259
, avec
fages , mit des troupesdans tous les
Chaſteaux , & laiſſa Mr d'Aubrecamp,
Lieutenant Colonel du Regiment de
Greder Suiffe , dans Touen
deux mille homines. Les Avant-gardes
eſtant alors à la portée du piſtolet,.
Mr le Maréchal de Humieres viſita
tous les poſtes ,&trouva à ſon retour
à un Chaſteau nommé Fontiane , un
magnifique dîner , que Mr le Duc du
Maine avoir fait preparer , & auquel
ce Prince avoit invité preſque tous les
Officiers de l'Armée Il y avoit vingt
tables dans un bois. Il envoya aux
Officiers desGardes ,des Gendarmes,
& des Chevaux-legets , qui ne s'y
pûrent trouver , des paſtez , des jambons
, des langues , & du vin. Ce repas
eſtoit pour marquer la joye que ce
Prince avoit de ſe voir fur le point de
combattre dans une Bataille rangée..
Onmonta enfuite à cheval pour obſerver
les Ennemis ;; qui ayant fait
mine les premiers de vouloir combattre
, ſe refroidirent peu à pen , & fe
retirerent. Mrle Maréchal de Humieres
ayant ſceu qu'ils avoient quitté
260 MERCURE
leur Camp , alla prendre le ſien à la
Buffiere, de forte que les deux Armées
p'estoient qu'à deux licuës l'une de
Pautre. Le 23. tout ſe paſſa en legeres
eſcarmouches , & le lendemain 244
fur les quatre heures du ſoir ,ce Maréchal
ayant receu ordre de la Cour
de chercher les Ennemis , qui s'es
ftoient éloignez de quatre lieuës ,
pour aller camper proche Valcourt
, à deux lienes & demie
de Philippeville quitta ſon Camp de
laB fiere le 25. à cinq heure du matin.
Meſſieurs de Tillader & de Mauvenert
marchoient à l'Avant- garde
compoſée des Regimens de Bezons ,
Villepion & Maflot. En arrivant à
Boffu ,qui estoit le lieu choiſy pour
le nouveau Camp , ondécouvrit dans
laplaine affez présde ce Village une
Troupe d'ennemis qui fourageoient,
Ils estoient au nombre de cinq cens
Chevaux: fitoſt qu'ils virent venir
noſtre avantgarde il ſe retirerent dans
un endroitélevée , qui avoit fort peu
de front.. Monfieur le Duc de Choi
feüil , Lieutenant general. de jours,
GALANT. 26
lés fit charger ,& ils furent renverfez
malgé l'avantage du lieu & du
nombre. On en tua quarante , ou cinquante
, on prit autant de Chevaux ,
&on mit leur garde en fuite. Cét
avantage fut cauſe que l'on voulut les
pouſſer plus loin. On ne pouvoit
executer cedeſſein qu'en paſsat par un
fort grand défilé que gardoient cinq
Maiſons entourées de charbon , qui
leur ſervoit de retranchement , & un
petit ruiffeau qui paſſoit au pied:Toutes
ces difficultées n'empêcherent pas
qu'on n'allaſt les attaquer , Cela fut
emporté par le Regiment eſtrangerde
Pompone,&par le Regiment deCavalerie
de Villepion ,à la teſte duquel
Monfieur du Mets ſe trouva. Il n'en
couſta que dix ou douze Cavaliers , &
les Ennemis ,qui ne purent foutenir
la vigueur avec laquelle les noſtres
vinrent fur eux , perdirent plus de
cinq cens , hommes , ſans quarante
ou cinquante priſonniers qu'on fit ;
ils ſe ſauverent par derriere une hauteur
dans un fond où eſtoient quelques
Maiſons , & comme ils y furene
262 MERCURE
encore forcez par le Regiment de
Dragons Dauphin, ils gagnerent une
autre hauteur , & de là une plaine ,
qui aboutiſſoit à deux chemins creux
allans vers leur Camp , & à des hayes
du côté de la petite Ville de Valcourt,
où ils avoient mis un grand nombre
d'iInfanterie , ce qui favoriſa leur retraite.
On les pourſuivit pendant
cinq heures l'épée à la main , leux
tuant toûjours beaucoup demonde ,
& faiſant des Priſonniers , & l'on
s'arreſta dans cette plaine , parce qu'il
n'y avoit encore que l'avantgarde de
noſtre Armée qui fuſt arrivée. La
Maiſon du Roy ayant ſuivy s'y mir
en bataille avec quatre ou cinq Regimensde
Cavalerie , à mesure qu'ils
l'eurent gagnée . On poſta trois Regimens
de Dragons derriere deshayes
à l'extremité de cette Plaine du
coſté du Camp des Ennemis , qui en
paraiſſoit alors éloigné d'une petite
demy lieuë. On fit venir auſſi un
Bataillon Suiſſe qui borda les hayes
qui regardent Valcourt , & qui def
cendent ſur la gauche le long d'un
GALANT. 263
chemin creux qui entoure environ la
troiſième partie de cette petite Ville.
Elle eſt environnée de murailles qui
font hors d'inſulte ,& ſituée ſur une
hauteur affez eſcarpée d'un coſté , de
l'autre c'eſt un terrain plein. Monfieur
le Maréchal de Humieres en ayant
reſolu l'attaque , on fit avancer leRegiment
des Gardes Françoiſes , &
ceux de Champagne Gredder Suiffe
&de Gredder Allemand. Elle ſe fir
par détachemens. Monfieur le Comte
de Soiffons comme Brigadier de jour ,
eut ordre de la commencer à la teſte
des Grenadiers de Soiſſons & de Guiche.
On mit deux pieces de Canon
dehuit& douze livre de balle à l'entréede
Valcourt entre deux maiſons ,
&l'on en poſta deux autres ſur une
petitehauteur d'où l'on canona quelques
Eſcadrons des Ennemis qui fe
retirerent à l'inſtant. Ils pointerent
auſſi deux pieces contre les deux no-
Ares : & firent trois décharges de chacune
fans bleffer perſonneOn détour
na enſuite nos pieces ſur la gauche
versune hauteur où ils paroiſſoient ſe
264 MERCVRE
raiſembler. On tira en meſine temps
quelque coups de Canon contre l'Egliſe
qui estoit remplie de Troupes
mais, n'ayant tirée qu'en haut à caufe
qu'elle estoit couverte de naiſons . Ils
firent fort peu d'effer. Pour ſouſtenir
le premier détachement , on envoya
deux Bataillons des Gardes ſous les
ordres de Meſſieurs d'avejan & de
Caraman , & Monfieur le Chevalier
Colbert à la teſte du Regiment de
Champagne & de Gredder. On fit
encoreun troifiéme détachement, &
nosTroupes animées par l'intrepidité
de leurs Commandans firent des efforts
extraordinaires , mais l'Armée
des Enneinis eſtant campée derriere
Valcourt , ils pouvoient facilement y
jerterdu mondeſelon le beſoin qu'ils
en avoient. C'eſtoit encore pour eux
un grand avantage d'avoir dix ou
douze pieces de Canon poſtées ſur
une hauteur entre deux bois à la droite
où eſtoit leur Cavalerie , & d'où
il faifoient un feu continuel . D'ailleurs
comme il n'y avoit point de
bréche ,& que la muraille eſt fort ele
GALANT.
265
carpée ils tiroient inceſſammet de haut
en bas à travers les creneaux& divers
trous qu'ils avoient percez dans cette
muraille. Cependant leur plus grande
force confittoit en un petit Chaſteau
dans le fond fur la gauche. On fit
approcher l'Infanterie pour l'inveſtir ,
ſçavoir quatre Bataillons du Regi
ment des Gardes Françoiſes ,& deux
des Gardes Suiſſes , & un du Regiment
de Champagne , qu'on diſtribua
en trois attaques. Il fallut pour infulterde
plus prés le Chaſteau , paffer
deux Ruiſſeaux l'un aprés l'autre , ce
qui fut fait avec beaucoup de valeur ,
'Infanterie ayant l'eau juſques par
deſſus la ceinture , & effuyant un
grand feu que faisoient les Ennemis ,
fur leſquels ils tirerent à leur tour, dés
qu'ils en furent ſortis, Quoy qu'ils
fuſſentdans un lieu extremement ferré
, enfoncé & deſavantageux , ils
firent pendant plus d'une heure & demie
, tout ce qu'on pouvoit attendre
de gens que l'ardeur de vaincre rendoit
capables de voir le pe peril. On
mit le feu à la porte & l'on peut dire
266 MERCURE
que dans cette occaſion nos Soldats
combattirent en lyons , en forte
qu'on eut de la peine à les retenir ;
mais enfin les ennemis ayans cinq
bataillons en ce lieu - là dont les
murailles , comme je l'ay déja dit ,
eſtoient ſans aucune breche , il fallut
fonger à ſe retirer, & l'on s'y vit d'autant
plus obligé , que par une gorge
couverte derriere Valcourt , il venoit
deux gros Battaillons Hollandois de
renfort , & que ſur la gauche de cette
gorge les Ennemis avoient poſté fix
pieces de Canon de dix huit livres de
balle ,qui commençoient à faire un'
grand feu fur noſtre Infanterie. On
confidera encore que vers le Chaſteau
où ils estoient le mieux retran.
chez , d'où ils tiroient le plus ,
le chemin eſtoit trop enfoncé pour y
monter du Canon. Ainsi Monfieur le
Maréchal de Humieres , qui fut preſent
à toute cete action & toûjours
expoſé au grand feu ayant remarqué
l'avantage du poſte des Ennemis , la
facilité qu'ils avoient de ſecourir
ceux qui l'occupoient , & la peine
GALANT. 267
qu'il y auroit à le garder aprés l'avoir
pris , à cauſe de cette hauteur où ils
avoient poſté leur Canon, fit battre
la retraite ,& ſe retira avec l'Infanterie
en fort bon ordre. Monfieur de
Chaferon Officier des Gardes du
Corps ,fut bleſfé à la teſte , pendant
qu'il eſtoit auprés de luy. Dans le
temps que ce Maréchal ſe retiroit par
la pleine ,& l'Infanterie par le chemin
creux à la droite , on tira fix volées
de Canon ſur ſa Troupe ,& un
mefme boulet emporta Monfieur de
Saint Gelais , Maréchal de Camp ,
qui ne faiſoit que de le joindre , &
Monfieur de Metiercelin le jeune
Commiſſaire d'Artillerie , Neveu de
Monfieur du Mets . Monfieur de Boisanteau
, Eſcuyer de Monfieur le Comte
de Soiffons , fut tué auprés de luy.
Monfieur le Prince Philipe fon frere
qui n'en eſtoit qu'à fix pas , comme
volontaire, s'eſt trouvé depuis l'ouverture
de la Campagne dans toutes les
occaſions où il a fallu combattre . Mr
du Mets a eu deux chevaux tuez ſous
luy,& fon jufte- aucorps percé en plu-
,
268 MERCURE
ſieurs endroits. Dés le ſoir meſme les
Ennemis brulerent Valcourt. Quoy
que cette occafion nous ait couſté du
monde , & des Officiers confiderables
, leur perte a eſté encore plus
grande. La pluſpart de ceux qu'ils
avoient fait poſter dans des hayes ont
été tuez, ainſi que leur Major General,
qu'ils regrettent fort , l'épouvante qui
eſtoit parmy eux , & la maniere dont
ils ſe retiroient , avoient donné lieu
de croire qu'ils ne s'arreſteroient pas
derriere Valcourt , & comme ils pouvoient
paffer outre ſans y jetter de
monde, les regles de la guerre demandoient
qu'on attaquaſt cette Place ,
parce qu'en la prenant on les cuft
défaits entierement. D'ailleurs on
avoit affeuré Monfieur de Humieres
qu'il y avoit deux bréches , & dans
Pardeur où eſtoit l'Amée , il n'y avoit
pas d'apparrence de la faire retirer ſans
tenter davantage. On ne le pouvoit
ſans s'expoſer à eſtre blâme & à faire
dire qu'on auroit manqué à gagner
une Bataille. C'eſt meſme le trop de
valeur qui a cauſé une partie de la
perte
GALANT. 269
A
perte qu'on a faitte , car on eut beaucoup
de peine à faire retirer ceux qui
attaquoient Valcourt , & ils n'obeirent
que longtemps aprés qu'on eut
battu la retraite. Enfin nos Troupes
ſe ſont couvertes de gloire, & les Énnemis
voyant que le peril n'en faiſoit
reculer aucun , ont admiré leur intrepidité
; & c'eſt ce qui les a obligez à
ſe retirer , de crainte d'eſtre forcez
d'envenir aux mains.Ainſi hors la perte
de ceux qui ont eſté tuez , cette
action ne porte aucun préjudice aux
affaires du Roy. Il n'a rien perdu ,&
ſes Ennemis fuyent. Aprés cela , je
croy ne vous devoir point cacher les
noms des Morts & des Bleſſez , tant
pour leur gloire , que pour celle de
leurs Familles . Je vous ay déja marquéque
Monfieur le Marquis de S.
Gelais ,& Monfieurde Mets Ti rcecelin
, ont eſté tuez du mefine coup.
Monfieur le Bailly Colbert ; Colonel
duRegiment de Champagne , a eſté
bleſſe dangereuſement à lateſte.
है
Aoust 1689. N
270
MERCVRE
GARDES FRANC, OISES.
Capitaines.
Mrs de Laage ,
Chamillard,
D'Attinac ,
DeRoinville.
Champlatreux , }
De Saillan.
De Marſal ,
1
Bleffez.
Lieutenans.
tuez. De Binanville. }
De Fontebon ,
Defmur ,
Carrelier ,
Da Boiſſi ,
DeJanſac ,
Bleffez
Aydes Majors.
DeMongeorges } bleffex.
Vitry.
Sous- Lieutenans.
Le Chevalier de Saillan ,
Janqueu ,
Doüer ,
Le Comte d'Artagnan , bleff.ex
Noffé ,
La Tour de Camps ,
Sonlebon.
GALANT. 271
Enseignes.
De Luzanci .
De Rouffereau ,
De Renauſart ,
De Contade.
tué.
bleffez.
;
CHAMPAGNE.
Dageans ,
Capitaines.
tuc.
DeVervins Lieutenant Colonel.
GasquetMajor
CloſelCapitaine de Grenadiers ,
Fagel ,
Vafe.
Du Pleſſis bleffezi
De Roux ,
Dauquifardou ,
diers ,
SecondCapitaine de Grenadiers ,
Saint Amant Lieutenant de
>
Lieutenans.
Goffe , Lieutenans de Grenatuc.
Grenadiers ,
Couriere ,
Gimay ,
Maufouville ,
Figeau ,
Marabousin.
bleff
N2
272 MERCURE
Boigaru ,
Fedeau , écrasé d'un pan de muraille
, & non mort .
fez.
Trois Sergens tuez , & deux blef-
Maiſon du Roy.
Chaferon , Exempt de la Compa
pagnie de Noailles , bleſſé à mort.
CAVALERIE.
Villepion.
Romainville , Capitaine , tué.
Villeneuve , Aide-Major , bleffé
mort.
Un Cornette tué & un autre bleffé
à mort .
Calviſſon , Volontaire , cy- devant
Lieutenant aux Gardes bleflé.
Notus avons perdu prés de quatre
censhommes dans la meſme occafion:
&ily en eut environ trois cens bleffez.
ر
Quant à Monfieur l'Electeur de
Brandebourg , ſon Armée est tres belle,&
fon Artillerie encore davantage;
auſſi a-t-il paſſé la Campagne à
tirer du Canon & jetter des Bombes ,
qui n'ont effrayé que les oiſeaux , &
GALANT. 273
les animaux des environs. Il s'eſt
choqué de ce qu'un grand Prince du
nombre des Alliez a dit , qu'il avoit
perdu tout son temps à faire des feux
d'artifice. Les Generaux de fon Armée
ne font pas en bonne intelligence
,& le ſecond Fils de Monfieur le
Maréchal de Schomberg , ne pouvant
s'accommoder avec eux, a paffé en Angleterre,&
quitté cet Electeur il a marchādé
long- tempsavec les Alliez pour
faire le Siege de Bonn , & adit pour
ſes raiſons , que cet Electorat n'estant
pas pour luy , il n'estoit pas juste qu'il
perdiſtſes Troupes à conquerir un pays
dont il ne luy reviendroit rien N'ayant
point eu de raiſon des Alliez , il eſt
entré en traité avec la Ville de Cologne
, mais comme ce traité ne ſe conclud
point ,& que la Campagne s'avance.
, il ſe conſole de ce que ſes
Troupes feront aſſez fraiches , & en
affez grand nombre pour diſputer des
quartiers d'hiver aux Alliez .
Dans la promenade que le Prince
Charles fit avant que d'affieger
Mayence il trouva que la petite Ville
ےک
N3
274 MERCURE
,
de Cocheim ſur la Moſelle à cinq
lieues au - deſſous de Mont-Royal ,
luy pourroit eftre de quelque avantage
Ainfi il y fit mettre une groſſe Garnifon
,& donna ſes ordres pour la fortifier.
Ily avoit ſeize cens hommes de.
dans tant des Troupesde l'Empereur
, & de l'Electeur de Treves que
des Compagnies de la Milice& des
Bourgeois.M.de Bouflers s'eſtant preſenté
devant cette Place avec quarante
- fix Eſcadrons , deux mille
quatre cens hommes d'Infanterie
commandez par M. le Marquis de
Crequi ,&deux pieces de Canon
il la fit fommer & demanda que la
garniſon ſe rendiſt prifonniere de
guerre ; mais elle s'obſtina à vouloir
ſortir avec armes & bagage pour
ſe retirer ailleurs. Mrde Bouflers difpoſa
trois attaques . La premiere par
Mr le Marquis de Crequi , qui avoit
avec luyM. le Marquis de Chamilly .
La ſeconde par Mrs les Marquis de la
Chaftre& de Blainville ,& la troifiéme
de Dragons à pied commandeć
par Mrde Loziere , Colonel de DraGALANT.
275
gons , l'attaque fut vigoureuſe , & la
défenſe fut d'abord de mesme , mais
comme le Château avoit eſté ruiné
l'hiver dernier , & que les fortifications
n'en étoient pas encore bien
rétablies. Mr de la Chaſtre qui commandoit
cette attaque s'aperçu que
les Ennemis quittoient le Château
pour ſe retirer dans la Ville. Il encouragea
ſes gens , & leur vigueur
eſtant redoublée , ils entrerent avec
eux dans la Ville. Les Troupes
des autres attaques les ſuivirent
& toutes enſemble gagnerent la
grande Place , où les Ennemis firent
affez de reſiſtance pour augmenter
la gloire des Attaquans. It
yen cut treize cens tuez , dont le
Commandant auroit pu ſauver la
vie , s'il ne ſe fuſt point opiniatré
à ſe défendre. Ainſi on ne fit que
trois cens Priſonniers . Comme on
ne peur-faire des actions de cette
vigueur ſans quelque perte , nous
y avons eu cens cinquante Soldats
ou environ , tuez ou bleſſez , trois
Capitaines , & quelques autres Of-
N 4
276 MERCVRE
ficier , M. de Loziere Colonel
deDragons , y a eſté tué ,Ce nom
eſt fameux , & tous ceux qui le
portent le ſignalent. On ne peut
rien ajoûter à ce qu'a faitM. de Bouflers
en cette occaſion. Il ſeroit impoffiblede
trouverun homme plus vigilant
,&plus ardent pour le ſervice.
Il a écrit auRoy , Que chacun avoit fi
bienfait son devoir qu'il ne pouvoit luy
marquer ceux qui s'estoient distinguez
fansnommertous les Officiers. mais qu'-
on ne pouvoit rien ajouteràcequ'avoient
faitMrs lesMarquis de Crequy , de la
Chatre ,&de Blainville.
Je ne vous ay jamais mandé de
nouvelles douteufes , & appuyées
ſeulement fur le mot de on dit ;
cependant il eſt impoſſible de
parler autrement de celles d'Angleterre
, parce que la politique du
Prince d'Orange eſt de faire répandre
toujours des nouvelles contraires
à celles qui luy font deſavantageuſes ,
&que la pluſpart des Lettres eſtant
écritespar des François Proteftans , ils
déguiſent auſſi la verité, qu'on ne ſçait
GALANT. 277
pas meſine dans Londres , tant ce
Prince prend de meſures pour empelcher
qu'elle ne puiffe y trouver accés.
Vous aurez de la peine à croire qu'aprés
tout ce qu'on a aſſuré de la mort
du Vicomte de Dundée , les dernieres
nouvelles diſent qu'il n'eſt pas vray
qu'il ſoit mort,quoy que tout Londres
le publie , mais quand ce fidelle ſujet
auroit eſté tué , vous ferez bien aiſe de
ſçavoir de quellemaniere il a gagné la
Bataille , dont vous avez déja oü y parler.
Voicy ce qu'on en écrit.
Le Vicomte de Dundee estant arrive
auprésde Danki :&se voyant afſuré du
MilordMorez, accepta le defy ,&fit
marcherjes Troupes . itprisfibienfes
mesures qu'ayant fait ferrerſes aisles,son
Armée ne paroiſſoit qu'un petit peloton ,
ce qui obligea Mackay à commencer la
bataille avec mépris, voyant paroiſtreſi
peu de Troupes ; maisles deux aisles de
l'Armée venant às'étendre , trois Regimens
Anglois venus de Hollande avec
Mackay furent tous mis en déroute à ce
Seul aspect,fans tirer un coup. LeRegi
ment commandépar leColonel Harlingne
NS
278 MERCVRE
fitpasde mesme,ilſedeffenditsi vigoureusement,
qu'iln'en est restéque trente hommes;
le Regiment de Cavalerie de Lanie
fitfortpeu de resistance , ily en acu plus
de lamoitiéde tuez dans sa déroute ,
ayant estépoursuivypar les Dragons Irlandois,
qui firent si bien que toute l'Arméede
Mackay fut entierement défaite.
Ila Perdu trois mille hommes , & Dundéecing
cens. Tout lemonde blâmeMackay
d'avoirsi temerairement donné la
bataille. On croit que cela attirera la
perte entieredu Royaume. LesTroupes
quiſeſont échapées ducomhatſont alléss
àStelling, où le Duc d'Hamiltontâche
de les raſſembler , pour empescher que
Dundéenevienneà Edimbourg.
Le party du Roy augmenté en Ecofſe
, tous les Eveſques s'y font joints ,
& 300. Gentilshommes ; les autres
qui le prennent ont deputé au Roy.
pour le prier d'y paſſer. Le Duc d'Hamilton
en eſt fort alarmé,& veut faire
prendre les armes à tous ceux qui en
ſont capables depuis 16. juſques à foixante
ans . La Ville de Londres preffe
le Prince d'Orange de luy rendre les
GLAANT.
279
deux cens mille livres ſterlins qu'elle
luy a preſte à ſon arrivée enAngleter.
re. Le Parlement ayant donné un Acte
par lequel il eſtoit défendu aux gens
de meſtier & domeſtiques de ſe veſtir
d'étoffes de ſoye ; & aux Dames d'en
porterplus de ſix mois de l'année , cela
fit foûlever les Ouvriers en ſoye ,
& ils allerent en tumulte au Parlement
comme vous avez apris par les
nouvelles publiques. On leur promit
de les contenter , aprés leur avoir remontré
que de telles Affemblées
n'eſtoient pas permifes .Le Prince d'Orangea
prorogé le Parlement pourun
mois. Il n'a point d'argent , & tous
les Officiers , tant de guerre qued'Egliſe
ſe plaignent de ce qu'on ne leur
paye point leurs gages. La Flote Angloiſe
eſt fort affligee du Scorbut & du
Aux de ſang. On travaille à équiper
d'autres Vaiſſeaux , parce que la plu
part des anciens font fi vieux ; qu'ils
ne peuvent reſiſter au gros temps.
Tous les Anglois murmurent beaucoup
des priſes que les François font ſur eux,
& les Marchands de Londres ſe font
280 MERCURE
A
allemblez pour repreſenter auParlemét
lesdommages qu'ils en ont ſoufforts ,
qu'ils font monter à prés d'un million
ſterling. Les partis de la Nobleſſe du
Nordd'Angleterre ſont declarez pour
leRoy. Toutes ces chofes jointes au
grand nombre des mécontens , font
qu'on a de la peine à croire que Mr de
Schomberg foit paffé en Irlande , &
que ſes forces s'écartent d'Angleterre,
Quand il feroitdébarqué fur les coftes
d'Irlande , ceRoyaume n'eſt pas perdu
pour cela . Il faut beaucoupde temps
pour y avancer ; il n'y a preſque point
de pieces de terre qui ne foient entourées
de Foffez . Il y a quantité de Montagnes
& de défilez ,les vivres y font
rares; les munitions de guerre encore
plus ,& il faudra tout faire venir d'Angleterre.
C'eſt une affaire pour un
homme qui a autant debeſogne que le
Prince d'Orange , & nous devons nous
preparer à entendre bien des fauffetez
avant que l'Irlande ſoit ſubjuguée. Je
fuis , Madame, Voftre ,&c .
GALANT. 28г
On a donné la neuvième Partie
des Affaires du Temps le 15. de ce
mois , débité la dixième Partic
avec le Marcure d'Aoust.
PADE DELA
201LYON
883
AUGUSTINIANA
LVGDUNENSI
807156
MERCURE
GALANT
DEDIE' A M ONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
:
SAGE DE LAY
AOUST 1689 E LYON
E
:
A LYON,
Chez THOMAS AMAULRY,
au Mercure Galant.
M.. DC. LXXXIX.
AVEC PRIVILEGE DU ROY
TABLE.
Relude.
Preblaintes de la Religion aux
Princes Catholiques. 3
Voyagedu Kan des TariaresàAndrinople
avant l'ouverture de la
Campagne avecles Mofcovites. 17
Traité d'accommodement entre le
RoydeDannemarc,&leDucde
HolsteinGotorp. 28
Palinodie.
39
Ce qui s'estpasséà la mort deMadame
la Princeffede Bade. 57
L'Amantemorted'Amour. 80
Les Soupirs d'Olimpe mourante. 82
L'ombre d'Olimpe. 88
Ordonnancedu Roy. 93
Traitédes Propheties,Vaticinations,
Predictions Prognoftications. 97
TABLE.
Prix remportéaux JeuxFlorauxde
Thouloufe. 120
Allegorie. 128
Dialogue Allegorique ſur les Affaires
du Temps. 129
Ce qui s'est passéà Saint Victor lors
que la Reyne d' Angleterre a esté
àcette Abbaye. 142
Tragedie representée au Collegede
Loüis leGrand avecle Balet du
Secret. 16г
Dernier Ouvragede M. Richelet.
169
Perſonnesnomméespour gouverner ,
instruire &fervir Monseigneur
leDucde Bourgogne. A 170
Election d'un Abbé de Clerlieux
177
Reception faite à M. l'Evefquede
Sarlat.. 178
Morts 180
Plusieurs Priſesfaitespar les Fran
çois fur les Anglois lesHol
TABLE.
landois.
193
Belle action du Capitaine Julien de
ba Rochelle.
4
198
Avantageremportésur un Vaisseau
Anglois parM.le Chevalierdu
Mené 206
Divers Combats donnez, & Priſes
faitesparM.du Quesne-Monnier.
212
Articles des Enigmes. 218
Modes. 223
Abbayedonnéepar leRoy.. 226
Mortdu Pape avec pluſieurs particularitez
touchant sa vie. 227
Ceque les Troupes Imperiales ont
fait depuis l'ouverture de la
Campagne. 229
Expeditions faites par l'Armée
commandée parM.de Duras. 244
Tout ce qui s'est passé enFlandre
depuis le commencement de la
Campagne... 256
TABLE.
Campagne de M. l'Electeur de
Brandebourg.
PrisedeCocheim.
272
273
ン
Nouvelles d'Ecoffe,d'Angleterre &
d'Irlande.
276
L
Avis pour placer les Figures.
Airqui commence par,Tour
brillant des beautez deFlore
doit regarder la page 92 .
L'air qui commence par,Que
jaypeineàquitter cet aimableBocage,
doit regarderlapage. 222.
Le Plan de Mayence doit
regarder la page 245-
A
MERCURE GALANTAGE DE
YON
AOVST 168893
Line s'eſt rien fait
depuis long - temps
qui marque mieux
la pieté & la grandeur
d'ame qu'on admire dans
le Roy , qu'une Plainte que la
Religion adreſſe aux Princes
Catholiques, En leur reprochant
qu'ils l'abandonnent lors
qu'ils fouffrent les attentats
Aoust 1689 . A
2 MERCURE
:
>
d'un Ufurpateur , contre un
Prince qui ne ſe voit hors du
Trône que pour ſes ſeulsintereſts
, elle fait connoiſtre combien
il eſt glorieux à Sa Majesté
d'eſtre toujours ferme à la ſoutenir
, & à ſe diftinguer entre
tous les Souverains par un zele
qui a produit le plus beau de
ſes triomehes . Cet Ouvrage
eſt de Mr l'Abbé du Jarry, dont
la réputation vous eſt connuë
par pluſieurs autres quiluy ont
acquis beaucoup d'eſtime , &
je croyne pouvoir mieux commencer
ma Lettre qu'en vous
faiſant partde ce que ſon zele
pour noſtre Auguſte Monarque,
luya fait dire à ſa gloire .
GALANT.
3
****
PLAINTE
DE LA RELIGION
aux Princes Catholiques.
DuSupreme pouvoirfacrezdépofitaires,
Sur qui Dieu fait briller ſes plus
vifs caracteres ,
Et que le Ciel engage à défendre
mes Loix
Par les auguſtesnomsde Chreftiens,
de Rois ;
Princes,mes chers Enfans , ouvrez
vos coeurs aux plaintes.
Qui vont de madouleur vous marquer
les atteintes .
F'esperois ſur vos fronts du crime
reverez
Trouver pour mes ſaints droits des
afyles facrez
A 2
4
MERCURE
Et que de vostre rang magloire in-
Separable ,
Aux prophanes Humains merendroit
venerable :
Mais quevois-jeaujourd'huy ? vous
trompezmon espoir,
Vous souffrezdes enfers l'attentat
le plus noir ,
Du fier Usurpateur l'affreuſe tyrannie
,
Lecrime couronnépar l'audace impunie,
L'oint du Seigneur errant fur de
fraifles vaisseaux ,
En proyeà la fureur des mutins&
des eaux;
a Le lieufaint prophané, leſigne de
la beste,
Et le bandeau Royal fur une mesme
tefte.
Princes , vous le voyez, de ce commun
affront
• Арос. с. 3 . :
GALANT.
La tache est impriméeàvoſtre aanu--
guste front ,
Du Diademe en vous la gloire invereſſée
,
Du Titre le plus saint la majesté
blessée ,
Tous les Trônes du monde en un
feul ébranlez,
Tous vos droits , tous les miens en
un jourviol,ez
Et parmy tant de Rois , je ne voy
qu'un Monarque ,
Qui de mon défenseur porte l'illuſtre
marque.
Ovous ,fur qui le Ciel verſa ſes
riches dons ,
Pour fauver de Loubly la gloire des
grands Noms :
Dont les heureux écrits vantez
dans tous lesâges ,
Doivent du marbre usévoir tomber
les ouvrages,
A 3
6 MERCURE
Pardes traits immortels, à la Posterité
Conſacrez de LOVIS la generofité.
Qu'on porte au Ciel l'éclat de fes
autres Trophées ,
La Diſcorde& l'erreurparson bras
étouffées ,
L'orgüil de ſes Rivaux par ses
Armes dompiés
Ce degré de puiſſance àson comble
monté;
Ce qui doit le couvrir d'une gloire
immortelle , s
Eft d'eſtre lefoûtien d'un Trône que
chancelle.
Luy Seul , de mes Autels l'inébras
lable appuy ,
Fait honteà tous ces Rois conjurez
contre luy.
b Seigneur , livre àfon bras ſes
ennemis en proye;
Frappe -les des terreurs que tacalere
envoye ;
bMachab. 1. c. 4.
GALANT.
7
QueleTiran confus periſſe embaraffe
c Dansle piege fatal que luy méme
a dreffé;
Laiſſe tomber les fleaux marquez
dans tes Oracles ,
dSur les prophanateurs detesfaints
Tabernacles
Que l'impie aveuglé d'un bonheur
criminel
Ne diſe plus , oùdonc est le Dieu
d'Israël?
Et que les NationsScachent que tu
proteges
Le Monarque ennemy des Trônes
facrileges.
Toy , qui viens de donner l'exmple
glorieux
D'un Sceptre abandonne pour l'intereſt
des Cieux ,
Heros , ne rougis point de tadifgraceillustre
;
•Pfal . 9 .
d Judith . c. 9.
!
A 4
8 MERCVRE
Dans les bras de LOVIS tu prens
un nouveau lustre ,
En effuyant les pleurs d'un Monarque
Chreftien ,
Ilte couvre d'éclat quand il terend
le tien.
-Je voy brillerfur toysa gloire répandue
,
De vos auguſtesfronts laſplendeur
confondue ,
Parun nouveauspectacle instruifant
les Mortels ,
Vous montrezjusqu'on va le zele
des Ausels ,
Quand pour les proteger , l'ardeur
qui vous anime
Enfait l'un levangeur , & l'autre
la victime.
Mais que dis. je ?d'orgueil le Tiran
enyvré
Aux traits du Ciel vangeur luymesme
s'est livre ,
GALANT.
9
Il voit deſes deffeins profperer l'in-
Solence ,
•Ilfemble mesurer les monts dans
la balance ,
Maistre de l'Ocean , commander à
ſes flots;
Mais quand l'homme est puny ,le
Cielbriſeſes fleaux .
Combien d'ufurpateurs redoutez
furle terre
Qu'épargnerent un temps les coups
deſon tonnerre,
fAu Soufte du Seigneur du Trône
renverfez,
g Comme la poudre en l'airont esté
difperfez?
Iln'a qu'à laiſſer choir cettegrandeurfragille
,
Elle se brifera comme un vase
d'argile :
e2.Machab. c.9.
fJob . c.4.
gPfal. 1.
As
10 MERCVRE
Ilfrappele haut cedre avec l'hum
rofeau ,
Et du supremé rang precipite au
tombeau .
Princes , quelle fureur vous fait
mettre un obstacle
Au Ciel, qui par LOVIS prepare
cemiracle?
Complices d'un Tiran , que ne partagez-
vous
La gloire du Heros dont vous eſtes
jaloux ?
Défendez comme luy mes droits
avec les voſtres ,
Auxinterests du Cielimmolant tous
les autres.
It eut jadis horreur de voir fes
étendarts
Al'envy du Sultant menacer vOS
ramparts.,..
Quand du bronze embraté fu
moient les murs de Vienne,
GALANT. II
Son coeurfût penetré d'une douleur
Chrestienne ,
Sa vertu fit tomber les Armes de
Sesmains ,
Ilfit taire en ſon coeur tout fentimens
humain ,
Et l'Empirepenchant aux bords du
précipice,
Doitfonfalut peut- estre àcegrand
facrifice.
h Que l'Aiglepar l'effort d'un Roy
religieux ,
Prenne fur le Croiſſant un vol vi.
1 Etorieux ,
LOVIS voitfans allarme accroiftre
Sa puiſſance ,
Il triomphe avec moy de l'effroy de
Bifance,
Ilne veut plus cücillir de Lauriers
que les miens ,
Illaiſſfe le champ libre aux Conquerans
Chrestiens ,
A6
12 MERCVRE
Ses Escadrons du Rhin defertent
les rivages ,
Il respecteune main qui vangemes
outrages ;
Maistre de fon couroux il le fait
étouffer ,
triompher ;
Il aime un ennemy qui me fait
Et met également au deſſus de
l'envie ,
La grandeur de ſon ame, & l'éclat
defa vie.
Ovous qui l'effenfez, Vainqueurs
des Othomans ,
De leur fang infidelle encore tous
fumans ,
Nefouillez pas vos mains à qui je
dois des Temples .
Suivez de ce Heros les genereux
exemples ,
Il'refpectort en vous les Vangeurs
de la Croix
GALANT 3
N'attaquez pas en luy le Défenſear
des Rois.
Que vostre ardeur pour moy fois
égale à la ſienne ,
Ilaima vostre gloire attachée à la
mienne ,
Pour estre comme luy mes veritables
Fils ,
Aimez fes interests avec les miens
unis:
i Contre le Monstre affreux quivomit
le blaspême ,
Tournez lefer vangeurarmé contrevous-
mesmes.
Craignezque les horreurs d'un cri
minel combat
,
De vos Lauriersfacrezne ternis
Sent l'éclat.
Bisance vous ouvroitfes ſuperbes
muraillles ;
Ses Peuples en fureur déchiroient
leurs entraillesi
Арос. 13.
14
MERCVRE
Son Empire ébranlé , ſes Sultans
égorgez ,
Sembloient marquer lejour de mes
Autels vangez ,
Et la Croix fans effortfurſes murs:
arborée,
Rous preſentoit de loin la palme.
preparée.
C'est-la que s'ilse peut , par des
faits inouis
Vous devez balancer les Exploits
de LOVIS.
Quand l'Europe à ses pieds voit
tomber l'Hereſie ,
Purgezd'un culte affreux l'Empire
de l'Afie
Ilva vaincrepour moyfurles rives
du Rhin
Plantezmes étendartsfur les bords
du Jourdain,
Et d'une égale ardeur armexpour
ma querelle
GALANT.
Ne vous montrez Rivaux qu'en
difputant de zele..
Mais quoy ?vous estes fourds à
ma plaintive voix ,
Vos Guerriers font gemir la Terre
Sousleur poids,
1Et l'affreux appareil d'une Ligue
barbare
Contre l'Oint du Seigneur par l'end
ferfe prepare
GrandDieu, l'impie espere au nomde
ſes chars s
milparle avec orgueil couvert de
centremparts,
Mais LOVIS appuyé du fer&de
lalance,
Dans ton bras tout-puiſſant a mis
Son esperance.
Arme donc fes Gueriers de tom
glaive vainqueur ,
Pfal. 2.
mPfal. 19.
nPfal. 19 ,
16 MERCURE
Fais profperer en toutfes voeuxfelon
fon coeur ,
Reçoy du haut du Ciel avec un oeil
propice,
Deſespeuples unis le coeur enfacrifice.
Quepour un Roy ſi cher ,si grand,
&fipieux ,
Les holocaustes faintsplaiſent devant
tes yeuХ .
Entensfurtout la voix desEpouses
Sacrées,
Au pied de fon Palais des pompes
Separées,
Et les premiers ſoupirs de ces coeurs
innocens ,
Qui de leurs voeux pour layt'offrent
lepur encens :
Commande aux Escadrons de tes
Anges fidelles
PDe défendre ſon Trône à l'ombre
de tes ailes ,
•Ibid.
p Pfal. 20
GALANT. 17
Veille fur le berceau de ce Royal
Enfant ,
Que tu mers en depoft chez ce Roy
triomphant,
Inſtruitsſes foibles mainsà terraſſer
l'audace
Dufuperbe ennemy dont l'orgueil
lemenace , 4
Renverſetes projets de la rebelion ,
q Fais tomberàses pieds leſuperbe
Lion ,
Ouvre devant ſes pas tes sentiers
Salutaires ,
Et le porte en tes mains au Trône
defes Peres.
Le temps approche où nous
devons voir l'effet des preparatifs
qu'on a publié depuis
quelques mois que les Turcs
faifoient pour la Campagne.
Le Kan des Tartares a eſté
g Ibid.
18 MERCVRE
appellé aux Couferences qui
ſe ſont tenuës à Andrinople
far ce ſujet. Le Grand Vifir
ayant cu nouvelles qu'il y
devoit arriver le 20. Janvier ,
envoya fon Kiahia au devant
de lay à une journée de la
Ville , avec trois cens Soldats
de fa Garde , vint Agas ,
leChiaoux Bachi & quarante
Chiaoux. Il fortit luy- meſme
d'Andrinople , accompagné de
fon Aga&des deux Commandans
des Spahis , & alla juſqu'à
deux lieuës pour le recevoir
fous une Tente qu'on avoit
dreſſée exprés. Lors qu'il s'y fût
repoſé un peu de temps, le Kan
arriva . Le Viſir vint à ſa rencontre
juſqu'à l'entrée de la
Tente , & le conduiſit dedans ,
marchant le premier. On leur
preſenta le Café & le Sorbet ,
GALANT. 19
aprés quoy ils, monterent à
cheval .Le Viſiravoit la droite .
Ses Gardes & fes Chiaoux
marchoient devant, & ſes Muficiens
derriere , avec environ
trois cens Tartares . On ſe rendit
en cet ordre au Palais du
Grand Viſir qui entra avantle
Kan , & alla l'attendre au haut
de l'Escalier pendantqu'ilmettoit
pied à terre.Ce fut là qu'il
le receut ,& enſuite il le mena
à la Chambre d'Audience >
marchant toujours devantlhy.
Le Kan y prit place à droite , &
le Grand Vifir à gauche.Ils eurent
une affez longue conver
fation qui preceda le ſoupé.Ce
repas finy, le Viſirluy preſenta
une Vefte de zibeline , & l'ac
compagna juſqu'à l'Escalier.
Le Kan ayant pris congé de
luy ,monta fur un chevalbien
20 MERCVRE
enharnaché dont il luy avoit
fait preſent, & on le mena à un
Palais qui luy avoit eſté preparé
. Le Grand Viſir luy rendit
viſite le lendemain , & le 23.il
l'envoya inviter à venir à
l'Audience de Sa Hauteſſe.On
le conduiſit au Palais du Viſir
qui l'accompagna au Serraildu
Grand Seigneur. Ils entrerent
par la Porte du Iardın , & allerent
mettre pied à terre à l'appartement
du Boſtangi Bachi ,
ou Chef des Jardiniers . Ils y
prirent le Cafe , & pendant ce
temps , on vint avertir ce premier
Miniſtre d'aller trouver
Sa Hauteſſe . Vn peu aprés le
Capigi Aga vintavec le Capigılar
Kiahia , pour conduire le
Kan à la Chambre où Elle
eſtoit . Le ſalut du Kan fut de
baiſſer la teſte en entrant , &
GALANT. 21
de mettre la main juſqu'à terre
. Le Grand Seigneur eftant
defcendu de ſon Trône , s'avança
trois pas pour le recevoir
, puis le ſalua en baiſſant
auſſi la teſte , & retourna fur
ſon Trône . Le Kan s'aſſit à ſa
droite ſur un tabouret , & le
Grand Viſir à ſa gauche ſur un
autre . L'entretien fut d'un
quart d'heure. On donna au
Kan une Veſte de zibeline ,
ayant de gros boutons d'or &
des gances de meſme , & un
bonnet auſſi de zibeline , avec
deux petites plumes des deux
côtez enrichies de pierreries .
Au fortir de l'Audience , il
monta fur un cheval caparaçonné
comme pour le Grand
Seigneur mefme. Quarante
Tartares marchant deux à
deux , alloient à pied devant
22 MERCVRE
luy. Ils eſtoient ſuivis du
Chiaoux Bachi avec fes
Chiaoux , & du Maistre des
Ceremonies . Ceux-cy precedoient
le Kan & le Viſir , le
premier ayant la droite de
l'autre . La Courdu Viſir marchoit
enſuite , puis le premier
Miniſtre du Kan avec tous ſes
Tartares auſſi deux à deux , reveſtus
de belles Veſtes qui
eſtoient un preſent de ſaHauteſſe.
Ce fut avec cette pompe
qu'ils arriverent à la porte du
Palais duGrand Viſir. Alors ce
Miniſtre ſans mettre pied à
terre ſalua le Kan,& entra chez
luy avec ſes Gardes & ſes Pages,
tandis quele Kan , accompagné
de toute ſa ſuite, retourna
au Palais où il logeoit. Ily
eut lejour ſuivant une longue
conference touchant les moGALANT
.
23
yens de reduire Yeghen Bacha ,
Seraskierde Hongrie , dont la
revolte empeſchoit que l'on
nepriſt de juſtes meſures pour
la guerre. En attendant qu'on
puſt en venir à bout, on reſolut
dedonnerſa Charge à un nouveau
Seraskier, & Arap Regeb
Bacha fut choiſi pourla remplir.
Quelques jours aprés le
Neveu de ce Rebelle fut pris à
Philippopolis . Il n'avoit que
dix- huit ans ,& il luy menoit
quatre cens hommes Sa teſte
avec eelles de ſes Soldats fut
envoyée à Andrinople , ainſi
que la teſte du Bacha de Siluſtrie
, qui avoit eſté le Kiahia
d'Yeghen . Le 13. de Fevrier, le
Kan eut fon Audience de cougé
du Grand Seigneur. On luy
fit preſent d'une autre Veſte de
zibeline, d'un Cimeterre, d'aun
24
MERCURE
Arcavec ſes Fléches , & d'un
cheval avec un harnois Imperial.
Au retour de l'Audience ,
il mit pied à terre au Palais du
Grand Viſir , où l'on tint un
grand Confeil en prefence
du Mufty , des deux Cadileskers
, du Janiſſaire Aga ,
des principaux Officiers des
Janiſſaires , & des deux Agas
des Spahis . Le Conſeil eſtant
finy , tous les Officiers ſe retirerent
à l'exception du
Mufti , qui demeura le reſte
du foir avec le Kan & le
Grand Viſir . Le 14. ce premier
Miniſtre conduifit le
Kan hors la Ville avec la
meſme ſuite qu'il avoit euë
en allant le recevoir. Le 9. de
Mars , la teſte d'Yeghen Bacha
, & celles de ſeize de ſes
principaux Officiers furent
,
appor
GALANT .
25
1
apportées à Andrinople , ce
qui cauſa beaucoup de joye
à la Porte. Il eſtoit allé avec
huitcens hommes trouver un
nommé Mahmut , Bey en Albanie
, qui en commandoit
quatre mille dans les Montagnes.
Mahmut l'ayant receu
d'abord avec de grandes honneſtetez
, le trahit enſuite , &
le livra au Bacha Arap , nouveau
Seraskier. L'Empire
Othoman eſtant délivré de ce
Rebelle, on ne ſongea plus qu'à
preparer toutes chofes pour la
guerre. Le 9. d'Avril on dreſſa
les Tentes du Grand Seigneur
& celles du Grand Viſir , avec
les ceremonies accoûtumées ,
&le Peuple fit connoiſtre par
ſes acclamations l'intereſt qu'il
y prenoit. Les jours ſuivans
on vit arriver pluſieurs Volon-
Aoust 1689 . B
26 MERCVRE
taires . Ils avoient le Turban
noir & la Veſte noire. C'eſt la
couleur dont ſe ſervent ceux
qui vont à la guerre par le ſeul
zele de Religion. Le 18. du
méme moison fit la reveuë des
Janiſſaires à une lieuë d'Andrinople.
Le Grand Viſir , devant
qui elle fut faite, en choifit
douze Odas ou Chambres
pour aller du coſté deNegrepont.
Il changea quelques Officiers
, & permit à ceux qui
nepouvoientplus ſervir à cauſe
de leur grand âge , d'aller
prendre du repos , aprés les
avoir recompenfez. Peu de
jours aprés , le Janiſſaire Aga
fortit de la Ville en grand appareil
pour aller au Camp , où
il mena fix mille Janiſſaires
choiſis. Ces préparatifs flatant
le Peuple , on chercha à l ani
GALANT.
27
mer encore davantage , en faiſant
porter par la Ville ſoixante
& quatre Drapeaux pris fur
les Croates & les Allemans , qui
avoient eſté taillez en pieces à
Genibazar dans la Boſſine , &
ils furent expoſez prés des
Tentes du Grand Seigneur ,
avectoutes les marques de ſatisfaction
que pouvoient donner
les Troupes. Le lendemain
Sa Hauteſſe ſortit du Serrail.
Le Grand Viſir , le Mufti , &
les plus confiderables Officiers
del'Empire l'accompagnoient.
L'Etendart de Mahomet eſtant
à la teſte , avec quatre cens
Cherifs à Turban verd , deſtinez
à le garder pendant la
Campagne. Le Grand Seigneur
, qui fit paroiſtre un air
fier & martial dans toute la
marche s'arreſta devant les
B 2
28 MERCVRE
Drapeaux qu'on avoit pris ſur
les Allemans , & parlant fort
haut au Grand Viſir , il dit,
qu'il falloit prendre courage , que
leMusulmans pouvoient s'aſſeurer
qu'ils le verroient toujours à leur
teste ,& qu'il estoit reſolu de partageravec
eux tous lesperils auſſibienque
la gloire de cette Campa- -
gne. Le 17. on coupa la teſte
devant ſes Tentes à deux Officiers
des Troupes d'Yegen Bacha
, à qui des diſcours ſeditieux
eſtoient échapez . On a
eu quelques avis quele Grand
Seigneur eſtant party d'Andrinople
s'eſtoit avancé juſqu'à
Philippopoli , mais la confir
mation en eſt neceſſaire avant
qu'on y doive ajouter foy .
Il eſt difficile que vous n'yez
entendu parler de la grande
affaire pour laquelle on a traGALANT.
29
vaillé depuis quelque temps à
faire un Traité d'accommodement
entre le Roy de Dannemarc&
le Duc Holſtein-Gottorp
. Holſace. ou Holſtein , eſt
une Province. d'Allemagne
dans la Baſſe- Saxe , compriſe
aujourd'huy dans le Danne
mare . Elle eſt diviſée en quatre
parties , dont l'une retient
le nom de Holſtein,qu'elle s'eſt
proprement attribué . L'autre
eſt Stomarent;ła troifiéme Ditmarck
, & la derniere Vvagheren.
Les principales Villes
font Lubec & Hambourg,
qui font Anſeatiques.Gluckſtadt
, Brunſbuttel , Meldorp ,
Pinnaberg , Rensborg , avec
tout le Comté de Segeberg ,
font au Roy de Dannemare ,
& Kiel Oldenborg , Lunden,
B. 3
30 MERCURE
&quelques autres , appartiennent
au Duc de Holſtein ..
Charles-Gustave,Roy de Suede,
épouſa en 1654. Hedvvige-
Eleonor , Soeur de Chriſtierne-
Albert Duc de Holſtein-
Gottorp , & par le Traité de
Roſchild qu'il fit au commencement
de l'an 1658. avec
Frederic Roy de Dannemarc
, il l'obligea de ceder au
Duc fon Beau- frere , des droits
de Souveraineté qu'il avoit
fur le Duché de Sleſvvich. Le
Roy de Dannemarc y ayant
conſenty confirma encore
cette ceſſion par le Traité de
Copenhague l'an 1660. Depuis
la derniere guerre entre
les Danois & les Suedois ,
aprés l'an 1674. Chrihierne
V. Roy de Dannemarc , Fils
de Frederie , s'eſt mis en pof-
,
GALANT.
31
ſeſſion de divers droits , appartenans
au Duc de Holfrein
; & parle Traité de Paix
conclu à Fontainebleau , ce
Duc a rentré dans tout ce qui
luy eſtoit acquis par les Traitez
de Roſchil & de Copenhague.
Les differends n'ont
pas laiſſe de continuer entreces
deux Princes ; & le Duc
de Holſtein ayant choiſi pour
Mediateurs , l'Empereur , &
les Electeurs de de Saxe & de
Brandebourg , Sa Majesté
Imperiale & leurs Alteſſes
Electorales envoyerent leurs
Miniſtres à Altena , où l'Af
ſemblée ſe devoit tenir pour
terminer cette affaire.Lero.de
May dernier , les Plenipotentiaires
du Duc de Holſtein-
Gottorp donnerent un Memoire
aux Miniſtres Media
B 4
32
MERCURE
teurs , par lequel ils demandoient
la reſtitution du Duché
de Sleſvvichen toute Souveraineté
, & celle des quatre
Bailliages engagez , ſans que
l'on fuſt obligé d'en faire aucun
dédommagement , le partage
des contributions de ce
Duché,&de celuy de Holſtein ,
quatre cens mille écus pour
le rétabliſſement de la Forte
reſſe de Toningue,les Canons
&les munitions qui s'y trouvoient
lors qu'elle fut demolie
en 1675. & cinq cens
mille écus pour les non joüiffances
declarant que ce
Duc ne vouloit eſtre tenu à
ces offres que pendant un
mois. Le 10. de Juin ,jour où
finiſſoit le terme donné pour
accepter les propoſitions d'acdommodement
, les Media-
,
GALANT.
-33
,
teurs de Dannemarc , de Suede
, de Hollande , de Zell , &
de Hanover , le rendirent à
Altena , & aprés une longue
Conference , les Mediateurs
n'ayant pû faire convenir les
Parties d'aucun Traité , drefferent
un nouveau projetdont
ils donnerent une copie aux
Miniſtres du Roy de Dannemarc
, & une autre à ceux du
Duc de Holſtein Gottorp
proteſtant que fi l'accommodement
n'eſtoit ſigné dans le
terme de quinze jours , l'Empereur
et les Electeurs de Saxe
& de Brandebourg ſe declareroient
contre celuy qui
refuferoit de le terminer. Il
fut enfin conclu le 30. du
meſme mois par Sa Majesté
Danoife & par le Duc de
Holstein, aux conditions qui
fuivent..
1
BS
34
MERCVRE
>
I. Ily aura une Amnistie ge
nerale & un oubly perpetuel de
tout ce qui s'eſt paßéde part &
d'autre les Ministres & les
Sujets de l'un ny de l'autre ne
pouvant estre recherchez ou moleftez
pour cela, Et on ne regardera
de mauvais oeil , aucun des
Sujets du Dus de Holstein qu's
Jesont foumis au Roy de Danemarc
, mais au contraire ,
nouvellepar ce Traité , une amitié
inviolable & une union tresétroite
entre S. M. Danoise& Son
Alteſſe ,ainsi qu'entre leurs Heritiers
& Succeffeurs .
on re-
II. Le Roy de Danemarcrétablira
le Duc de Holstein dans toutes
fes Terres biens ,dansſa Souveraineté
, fes Regales , droits de
leverde l'argent,de faire des Alliances
, de baſtir des Forts &y bastir des F
mettre Garnison , &dans tout les
1
35
GALANT.
autres Droits , Privileges & Preéminences
dont il joüifſoit en vertu
des Traitez de Vvestphalie & du
Nord, juſques en l'année م&. 1675
dans tout ce qui luy appartient par
leTraitéde Fontainebleau ,qui est
confirmé par celuy- cy ; & Sa Majesté
rendra aussià tous les Sujets
&Domestiques de Son Alteſſe, leurs
effets , biens &Capitaux .
III. Et comme le Duc entre fes
autrespretentions , demandequele
Roydégage l'Isle de Femeren&les
Bailliages de Steinhorst, de Trems_
bustel&deTrittauv de tous hipoteques&
engagemens , & les luy
rendefrancs & libres detoutes dettes,
Sa Majesté pourdonnerde nouvelles
marques defafincerité&de
fon affection fraternelle , renonce à
l'hipotéque qu'Elle afurle Baillia .
gede Trittavu , quoy qu'illuyſoit
encore dú une ſomme d'argent con
B6
36 MERCURE
fiderable ,& luyrendra ledit Bailliage
avecses autres Estats. Mais
que pour ce quiregarde l'Isle de Fe
meren & les Bailliages de Steinhorst
&de Tremsbutel,n'estant pas
entre ses mains , mais entre celles
de fon Alteffe Royale le Prince
George de Danemarcfon Frere, les
Mediateurs pour affermir & con.
Server la paix du Nord qui estfa
neceffaire , & le Cercle de la Baſſe
Saxe auquel le bien commun est fa
intereffé,fefont chargezde trouver
un milieu , fansfrais ny préjudice
à Sa Majesté , pour fatisfaire fon
Alteſſe Royale , touchant les prétentions
qu'Elle a fur ladite Isle&
fur lesdits Bailliages, deforte qu'ils
puiffent estre rendus au Duc der
Holstein ,francs de toute dette.
IV. D'autre costéle Duc renon .
ce nonfeulement à toutes les pretentions
qu'il pourroit avoir furle
{
GALANT.
37
Roy , pour avoir faifi&gardéſes
Estats,mais auſſiſe demet & aban
donne le procés qu'il avoit intenté
àla Cour Imperiale contre leDuc
de Ploen.
V. Pour ce qui regarde l'Union
&les Accords entre les deux Familles
, & les Traites faits jus
qu'en 1675. ils continueront en leur
entiereforce ,& s'obferveront religieusement
, ainsi que ceux da
Krestphalie , du Nord& de Fon
tainebleau ; &le Roy defon costé
cedera tous les arrerages & contributions
qui ne font pas encora
Levées.
VI. Les chofes de moindre con..
Sequence qui ne sont pas encore
terminées , feront accommodées à
Lamiable ou par la voye de droit
fans qu'aucune des deux parties
puiſſe rien entreprendre parvoye
de fait..
38 MERCVRE
VII. L'Echangedes ratifications
de ce Traité se feraà Altena 14.
jours aprésſa datte ,& le contenu
fera mis à execution huit jours
aprés. En foy dequoy,&c.
L'ouvrage que vous allez
lire eſt la traduction d'un Poëme
Latin compoſé par un Jeſuite
, enfuite d'un diſcours
fort éloquent , qu'ilavoit prononcé
en faveur de la langue
Latine contre la Françoiſe.
Cela fait voir que quand on a
de l'eſprit , on peut foûtenir
également le pour& le contre..
GALANT.
39
PALINODIE .
RAisonnemens trompeurs , Eloquence
funeste
Vains discours, queje vous detefte..
'ay voulu lâchement trahir voſtre-
Party
France ,mon aimable Patrie ,
fayvoulusignalermon aveuglefurie.
Etmoy feulje mefais traby...
Ah !Mere des beaux Arts , pardonne
àl'inſolence
D'un Orateurtrop vehement,
Viens , langue des Latins , rens à
cellede France
L'honeur que tu luy dois fi legiti
mement.
D'où vient que malgré sa vieil
Leffe
40
MERCURE
Tuveux te piquer de beauté?
Sçais-tu que ton éclat quiſurprend
lajeunesse
N'a rien qui ne foit emprunté ?
C'eſtvainemens que l'on s'enteſte
Desfoibles ornement que ton adreſſse
apreſte ,
Tous ces airs concertez cette fauffe
condeur ,
Cefard qu'on voitsur tonvisage
Ces termes affectez qui forment ton
langage ,
Te font sibille en âge auſſi-bien qu'
en laideur:
Voilà ce qui te fit si long-temps
Souveraine
Des Romains prevenus enfaveurda
tes loix;
Mais aujourd'huy tu tiens à peine
Unpetit coin de terre où tu maintiens
tes droits .
Rarement ont'entenddans la boushee
desRois
22
I
GALANT. 41
Le beau monde te fuit ; tes plus
beaux privileges ,
Sont renfermezdans les Colleges .
Déterrons des Latins les plus vieux
monumens ,
Fouillonsdans leurs fombresArchives.
Enverrons- nous un ſeulexempt des
invectives,
Et des cenſures des Sçavans?
Ciceron , le premier en butte à la
Critique,
Laiſſeunpeu trop voir d'art , dit- on
quand ils'explique ,
Il est diffus en crop d'endroits .
Live qu'onmet au rangdes Auteurs
lesplus vares ,
Garde defonpays certains termes
barbares
Dont on le raille quelquefois.
Plaute, cet illustre Comique ,
A- t -ilaujourd'huyrienqui pique?
Voit- on un Peuple aſſezbadain,
42
MERCV RE
Aqui plustsa bouffonnerie ,
Etsa fadeplaifanterie ,
Neferoit-ellepasfiflée àGuenegant
Terence a toutpilléMenandre?
Seneque est empoulle ; pour ne le pas
entendre
L'Auditeur effrayéſeretireàl'écart
Enfinla Scene antique eftfansregle
&fans art.
Laiſſons le Cothurne tragique .
Pour parlerdu Poëme Epique :
Virgile a- t - il rien deſi beau ?
Enparlantdeſes Dieux,des Troyens
defon Pere.
Quefes vers ont -ilsde nouveau
Qu'un ennuyeux tiſſu desdépoüilles
d'Homere !
Est- ce d'Ovide l'Amoureux
Dont onvoudra vanter laplume ?
Que n'a-t-il estéplusfoigneux
GALANT.
43
De remettre fes vers mal polisfur
l'enclume ?
-Scaliger nous apprendqu'ils envaun
droient bien mieux.
Quand au deſſus du vent je vois
volerHorace ,
Il tombe,dit un autre,&sachute me
glace.
Lucainest trop guinde ; Juvenal eft
trop dur ; [obfcur.
Evitant d'eftre long, Perfe devient
LebadinagedeTibulle
Ne me charmepasplus que celuyde
Catulle ,
Dont le versfautillant ,fiftant ,&
mal formé 2
Ressemble à son Moincau dansla
cage enfermé.
Mais,France,Pepiniere agreable &
feconde
Des plus fameux auteurs du
monde
<
44
MERCVRE
Nous voyons aujourd'huy que tes
heureux Destins
Te mettent au deffus deGrecs&des
Latins.
Aristote est vaincu ,Son traducteur
Caffandre
Eft plus poly , plas doux , &sefait
mieux entendre .
Philipequi craignit Demoftene ,&
[ſavoix ,
Trembleroit aux Sermons du tonnat
Bourdaloüe ;
Et quandle Divin Flechier love,
C'est bienmieux quepline autrefois.
Jamais Rome au Barreau vit elle
une éloquence
EgaleaugrandPatruplaidans pour
l'innocence ,
Et du vainqueurd' Afie enlifant les
combats.
N'eſtime t-on pas moins Curse que
Vaugelas?
GALANT .
45
Malgrèles vers pompeux que Lucainnous
etale ,
Cefareuſtde Brebeufadoré la Pharfale;
Tout scavant qu'il eſtoit il auroit
faitfa Cour ,
Pour avoir un cahier chez l'illuftre
Ablancour.
Mais Rome enfinſeglorifie
D'avoir eu dans ſon ſoin la docte
Sulpicie : [your
Elleſe vante encor d'avoir donnéle
A lasçavante Cornelie :
Noftre France bien plus polie,
Ade charmans objets à vanter àſon
tour.
Ellen'apas pour une Muses
Bregy, Des Houlieres , la suze,
Et mille autres Saphos que je ne
nomme pas ,
Font de nostre Parnaffe un lieu remplid'apas.
46
MERCURE
Qu'onnenous vanteplus le theatre
d'Athenes ,
Dont les Acteurs cruels enfanglantoient
la Scene ;
Si dans Sophocle , Ajaxmeurt defa
propremain ,
Etfi dans Euripide une mere cruelle
Plongeàses deux enfans un poignard
dans le ſein ,
Avonons quechez-nous la methode
est plus belle.
Le Cid ; Pompée , Horace enſcront
les témoins ;
C'est là que ledivin Corneille
Touchant lecoeur,charme l'oreille
Dans Cinna que croiroit aumoins
Qu'un ingrat accablépar les faveurs
d'Auguste ,
Conſpirant contre luy par unretour
injuste? (Sanglant
Il cust fallu dans Rome unſpectacle
pour punir cette audace extrême
GALAN T. 47
Mais lepardon tient lieu defang
Auguste oublie, Emilie aime,
Cinna devient reconnoiffant.
Et les vers du Poëte ont un tour fo
puiſſant ,
Qu'on croit entendre Auguste
mème.
Represente- t-on Phedre & toutes
Sesfureurs?
On y plaint le chasteHyppolite
Si la veuve d'Hector pleure , Dieux,
qu'elle excite
Detendressentimens dans lefondde
nos coeurs !
Racine,ce charmant Genie ,
Tire des foûpirs & des pleurs
Des Peuples attendris au recit des
malheurs
D'une mourante Iphigenie.
Chacun d' Agamemnon abhorre le
deffein , (victime
Voyant le couteau prest d'égorger la
48 MERCURE
Chacunsoupire de ce crime ,
Etcroitfentir le coup qui luy percele
fein.
Las de pleurer si l'on veut rire
Et dans le meſore instant s'instruire,
Qu'on aille de Moliere écouter les
leçons.
Envoyant le Tartuffe&Sonmasque
hypocrite,
On apprendra comme on évite
De tant de faux Devotsles troma
peurs hameçons.
Les Marquis,les Facheux , l'Avare
,
Et le Misantrope bizarre ,
Lesmauvais Medecins,les Femmes,
les Maris ,
Tverront de leursmoeurs la critique
fubtile ,
Commeontfait la Cour & Paris.
Heureux , quiioint ainſileplaisant
à l'utile !
Le
GALANT.
49
Le piquant Despreaux dans ses
excellens Vers
Découvre des humains tous les défauts
divers.
L'avaricefordide &lafauſſe Nobleffse
Yſont peintes avec adreſſe.
Là, l'heureux Partisan, l'habileFinancier
,
Nous montrent que le Chiffre est le
plusfeur mestier
Là, qui veut au Sermon eftre affis à
Sonaife.
A l'Ave trouve une fort bonne
[chaife ,
Dans les lieux où Cotin parses tons
gratieux
Fait defcendre ds Ciel'des pavots
fur lesyeux .
Là, d'un mauvais Rimeur la trop ३
fluide verve ,
Veut prodiguer ſes Vers en dépit de
Minerve
Aoust 1689 .
C
50
MERCVRE
Et pour peu que soy mesme on se
connoiffe bien ,
Lifant le nom d'un autre on peut
lire lefien.
Heureux enfin , heureux , qui pour
devenirſage ,
En voyant ces portaits peut y voir
Son image !
Maisfile Lecteur aimemieux
Un Ouvrage qui soit comique &
ferieux ;
Voiture est inventeur de ce genre
d'écrire ,
Qu'on ne peut imiter& que chacun
[ admire
La Langue Françoise à tenté
Tout cequ'a fait l'Antiquité ,
Le Boffu Phrygien d'une facile
veine ,
Afaitparler les Animaux ,
Ses difcours fabuleux font beaux ,
Mais on donne la Palme à ceux de
la Fontaine.
GALANT.
51
Quoy que je life tous les jours
Les entretiens & d'Ariste & d'Eugene
,
Je voy je ne sçay quoy dans leurs
charmans difcours
Dont le tour m'enchante toûjours.
Les Graces s'uniſſant aux Filles
d'Hypocrene ,
Ifont l'éloge de Bouhours.
Encela noftre Langue étaleſon empire.
Parlongueperiphrase unLatinſçait
écrire;
L'Espagnol trop enflé , l'Italientrop
doux
Sans leſecours de l'Art ne pourront
iamaisdire
Ce que le naturel exprimera chez
nous.
Noussçavous bien que le langage
A
C2
52
MERCVRE
Dont nous nous fervons aujourd'huy
Fut pendant certains temps unmar-
[bremalpoly,
Et brut , onne peutdavantage,
Noftre France eut beſoin alors
De ces Hommesfameux & de tous
leurs efforts ,
Pourpolir unfigrand Ouvrage.
Malherbe d'abord l'ébaucha,
L'inutile il en retrancha :
Balzac la lime en main vint&se
fit connoistre ,
Il radoucit , il retoucha ,
Ses coups furent des coups de
Maistre ,
Deces deux Ouvriers charmans
Noftre Langue receut ses premiers
ornemens.
La politeffe alors par la Pourpre
affermie
DugrandArmandſuivit les loix,
Cefut luy qui fit le beau choix
GALANT.
53
Dont ilformal' Academie.
Cette Accademie au Berceau ,
Samblable au valeureux Alcide,
Etouffoit tous les jours quelque
Monstre nouveau
Dont l'ignorance estoit leguide.
Arbitre déja des écrits ,
Les ſentimens des beaux Eſprits
Eſtoient soumis à ſapuiſſance.
Sa force accrue avec le temps
Sanspeine produisit dans for ado
lefcence
Un nombre infiny deſçavans.
Nous la voyons enfin au comble de
fon âge,
Etdans ce comblefortune
Qu'adora fous Platon l'Univers
etonné ,
Dans ces fameux Jardins & dans
l'Areopage.
L'Eloquence,les Vers , les Langues,
les beaux Arts ,
Les travaux de Minerve & les ex?
ploits de Mars ,
:
C3
54 MERCURE
Sont les heureux emplois que les
Mufes luy donnent :
LOVISſon Apollon , l'illumine toûjours.
Son auguste prefenceanimefes difcours
,
Son exemple l'inſtruit,ſes bien-faits
La couronnent.
Animezvos coeurs &vos voix ,
Vous , Homeresnouveaux , & vous
Curſes ſublimes :
Employezl'Eloquence , & les plus
douces rimes ,
Pourparlerdu plus granddes Rois.
Annoncezpar toutſes Victoires ,
Eternifez fonnom dans vos doîtes
memoires.
Là,plus que fur l'airain dureront
Sesexploits.
Ouy,grand Roy, cesfçavans Oracles
Auxfiecles àvenir apprendront tes
miracles.
GALANT.
55
Ilstepeindront tonnantſurleRhin,
fur l'Iffel ;
Vainqueur fur l'Escaut , fur la
Meuse;
Et triomphant toutseul d'une ligue
fameuse
Qui t'acquit à iamais un honneur
immortel.
On verra par ton braslesplacesfoudroyées.
Faire voler bien loin les Aigles effrayées
:
On verra les LionsSoûmis
Implorer à tes pieds ton auguste
clemence;
Enfin l'on teverradans le coeurde
laFrance,
Renverſer par ta foy de plus fiers
Ennemis.
L'Indien étonné du bruit de ces
merveilles ,
En croitàpeinefes oreilles
Ilpart enSuperbe appareil,
C4
56
MERCURE
Quittefes Dieuxbrillans , le Soleil.
l'Aurore ;
Il vient , il te voit , il t'adore
Surpris en toy devoir encore
Un éclat plus brillant que celuy dis
Soleil.
Mais , GRAND ROY , ma
Muse s'égare ,
Etpenfant au destin d'Icare ,
Son aisle foible encor pour traverſer
lesMers ,
Voleàfleur d'au , tremblante,&refufedesvers.
Tant d'exploits àchanter font de
douces amorces ;
Mais c'est une entrepriſe au deſſus
deſesforces ;
Et quoy qu'elle ait long- tempsfuivi
tes étendards ,
Ses chants les plus hardis font peu
dignes de Mars.
Retirée, à l'écart , au coin d'une
Province ,
GALANT.
57
Elle adore en fecret les vertus defon
[ Prince ,
Fait millevoeux pour luy,veut chan
terfes vertus.
Prend la Plume , la quitte , & ne
peutriendeplus.
Il eſt temps de m'acquiter de
ma parole touchant la mort de
Madame la Princeſſe de Bade,
arrivée icy le 7. du mois paffé,
aprés huit jours d'une fievre
continuë. Madame la Princeſſe
de Carignan ſa Mere , en fit
auſſi toſt donner avis au Roy à
Monseigneur , à Madame la
Dauphine,& à toute la Maiſon
Royale par Mr Darcy , l'un de
ſes Ecuyers , qui alla porter la
méme nouvelle à la Reine
d'Angleterre. Sa Majesté &
Monſeigneurle Dauphin l'envoyerent
complimenter , ainſi
CS
58 MERCVRE
que Meſdemoiselles de Soiffons
ſes petites Filles , par Mr
de Saint Aulon, Gentilhomme
ordinaire ; & Madame la Dauphine
& la Reyne d'Angleterre
leur firent faire deſemblables
complimens parleurs Ecuyers...
Monfieur ne ſe contenta pasde
leur envoyer Mr le Marquis
d'Effiat, il leur rendit viſite luymeſme
le lendemain. Toute la
Maiſon Royale , & tous les
Princes & Princeſſes du Sang
s'acquiterent du mesme devoir
, à l'occaſion de cette mort
dont le Roy a pris le deüil. Le
jour ſuivant les entrailles & le
coeur de Madame la Princeſſe
de Bade furent portez aux Capucines
, & preſentez parMrs
d'Argence & la Borde , Aumôniers
de Madame la Princeffe
de Carignan. Ils eſtoient acGALANT.
59
C
compagnezde Mrs de Birague
&de Coqueret ſes Ecuyers, &
de la Maiſon de la Princeſſe
défunte. Son Corpsa eſté porté
à la Chartreuſe de Gaillon ,
lieu de la Sepulture des Princes
de la Maiſon de Soiffons , & il
futſeulement ſuivy des mêmes
perſonnes que je viens de vous
nommer, cette Princeſſe ayant
ordonné que cela ſe fiſt ſans
aucune pompe. Madame la
Princeſſe de Carignan a envoyé
en Piedmont Mr de Birague,
ſon premier Ecuyer, pour
donner avis de cette mort à
leurs Alteſſes Royales de Savoye
, & aux Princes & Princeſſes
du Sang de cette Maifon.
Loüiſe Chriſtine de Savoye,
Princeſſe de Bade dont je
vous apprens la mort eſtoir
2
C 6
60 MERCVRE
Fille de Thomas François de
Savoye , Prince de Carignan ,
&de Marie de Bourbon , qu'il
avoit épousée en 1624. Ce
Prince , ſi connu par tout ſous
le nom du Prince Thomas
a donné pendant ſa vie de
grandes marques de valeur
& de courage. Il n'eſtoit âgé
que de feize ans lors qu'il
ſuivit le Duc de Savoye fon
Pere , Charles -Emanuel I. furnommé
le Grand aux Sieges
de Trin & d'Aſt . Il ſe ſignala
à la Priſe de Maſſeran & de
Feliffan & au Combat de
Corniento. La Guerre ayant
eſté déclarée aux Genois en
1625. par ſon Alteſſe Royale ,
il ſe mit de la partie , & empeſcha
la déroute des Troupes
du Conneſtable de Lediguieres
au paſſage de la Ri-
,
GALANT. 61
viere d'Orbe . Il eſtoit auprés
du Prince de Piedmont fon
Frere à la fameuſe retraite de
Beftagne , & chaſſa les Eſpagnols
devant Aft. Le Siege
de Verruë luy ayant fait acquerir
beaucoup de gloire ,
le Duc Charles -Emanuel fon
Pere , luy donna le Gouvernement
de Savoye & de
tous les Païs de deça les
Monts. Il ſe jetta dans le
party d'Eſpagne & fut fait
General des Armées de Sa
Majesté Catholique aux Pays
bas . La Princeſſe de Carignan
fa Femme alla à Milan avec
fes Enfans , & de là en Efpagne
, & il arriva àBruxelles
le 20. Avril 1634. L'année ſuivante
le .Cardinal Infane
ayant reſolu d'attaquer la Ville
de Tréves , en donna la con-
و
62 MERCURE
duite au Prince Thomas , qui
prit l'Electeur & l'envoya
priſonnier à Namur , ce qui
fut cauſe de la Guerre entre
la France & l'Eſpagne. Il força
Bohain en 1636. & pri le Catelet
, Bray fur- Somme & Corbie.
La mort de Victor Amé ,
Ducde Savoye, ſon Frere , qui
avoitfuccedé en 1630. àCharles
Emanuel , eſtant arrivéc
en 1637. les Eſpanols exigerent
de la Princeſſe de Cari
gnan une déclaration de ſa
main , par laquelle elle mettoit
la perſonnede ſon Mary, d'elle ,
&de leurs Enfans , ſous la
protection de la Couronne
d'Eſpagne ce que le Prince
Thomas ratifia. Aprés cette
د
affeurance Sa Majesté Ca- د
tholique continua de le fire.
General de ſes Armées en
GALANT. 63
1.
Flandre , où il fit lever le Siege
de Saint Omer , ſauva Gueldres
,que le Prince d'Orange
avoit affiegée , &mit àcouvert
Bethune , Arras & Cambray.
En 1639. il paſſades Pays bas à
Milan , d'oùli déclara à Madame
Royale , Chriſtine de
France , Fille du Roy Henry
IV . qu'il pretendoit la tutelle
deCharles- Emanuel II.fon Neveu
, né le 20 Juin 1634.& la.
Regence des Etats conjointement
avec le Prince Maurice
de Savoye Cardinal, fon Freres
ce qui cauſa de grandes Guerres
Civiles. Les Princes , furent
aſſiſtez des Eſpagnols ; &
Madame Royaledes François.
Le Prince Thomas entra en
Piedmont à main armée , &
prit Chivas , Yvrée , Crefcen
tin , Verruë , Villeneuve
64 MERCURE
Montcalier, Aſt Trin & Turin.
Aprés une Tréve entre Madame
Royale & les Princes Maurice
& Thomas , le Comte
d'Harcourt de la Maiſon de
Lorraine , qui commandoit
l'Armée de France , affiegea
Turin ,& s'en tendit maiſtre.
Le Prince Thomas mal fatisfait
des Eſpagnols , & recherché
par le Cardinal de Richelieu
, fit fon accommodement
avecMadame Royale , & avec
la France. On luy donna les
Troupes Françoiſes à commander
, & il chaffa les Eſpagnols
du Piemont. Le 21. Septembre
1645. il receut deux
coups de Mouſquet en ſes armes
dans un combat qu'on
donna proche le Chaſteau de
Prô , au paſſage de la Gogne..
Il vint en France en 1646. &
GALANT.
65
en partitl'année ſuivante pour
l'entrepriſe d'Orbitelle , qui
ne luy réuſſit pas. Il ſe mit en
mer par ordre du Roy , avec
cent treize voiles en 1648. fur
l'eſperance d'un ſoulevement à
Naples , & les chofes n'ayant
pas tourné comme on ſe l'étoit
promis , il revint à la Cour de
Francele 14. Aouſt ,& futdeclaré
Chef du Conseil de Sa
Majeſté. En 1651. le Roy luy
donna la Charge de Grand-
Maiſtre de France. Il retourna
en Piedmont l'an 1655. en
qualité de Generaliſſime des
Armées de Sa Majeſté en Italie
. & ayant affiegé Pavie au
mois de Juillet avec le Duc
de Modene , il leva le Siege
au mois de Septembre . Il
mourut à Turin le 22. Janvier
1657. laiffant Louise66
MERCVRE
Chriſtine de Savoye , Princeſſe
de Bade , n'ée le premier de
May 1627. Philibert Emanuel
Amé , Prince de Carignan , né
le 20. Aouſt 1630. qui en 1684 .
épouſa Marie d'Eſt de Modene
, dont il a deux Filles ;
& Eugene - Maurice de Savoye
, Comte de Soiffons , né
le 3. May 1633. & mort le 8 .
Juin 1673. Le Prince Eugene
ayant eſté deſtine d'adord à
l'Eglife , renonça à cette profeſſion
, & époufa en Février
1657. Olimpe de Mancini
Niece du Cardinal Mazarin
& en a eu huit Enfans , ſçavoir
Thomas Loüis de Savoye
, aujourd'huy Comte
de Soiffons , Chevalier de
l'Ordre de l'Annonciade
le Prince Philippe , Abbé
Comte de Saint Pierre de
2
2
5
GALANT. 67
Corbie , de Saint Medard de
Soiffons , & de Noſtre Dame
du Gard ; le Chevalier de
Savoye mort au Siege de
Vienne en 1683. le Comte de
Dreux , morten 1676. le Prince
Eugene , Chevalier de la
Toiſon d'or , Lieutenantgeneral
des Armées de l'Empereur
; Mademoiselle de Soif-.
fons , Mademoiselle de Carignan
, & Mademoiselle de
Dreux , morte en 1671. Le
Roy donna en 1657. au Prince
Eugene , Comte de Soiffons
la Charge de Colonel general
des Suiſſes & des Grifons , &
le Gouvernement de Champagne
& Brie. Ce Comte ſe
trouva en 1698. à la priſe de
Dunkerque , à la Bataille des
Dunes , où il eut un cheval
tué ſous luy. Eſtant allé en
68 MERCURE
Flandre à la teſte de ſon Regiment
en 1667. il y donna
des marques de ſa valeur , &
fut fait Lieutenant general
des Armées de Sa Majesté en
1670. Depuis ce temps-là il
s'eſt diſtingué dans toutes les
occafions juſqu'à ſa mort
arrivée en Allemagne. Ie ne
vous dis rien de la Royale
Maiſon de Savoye , & ne vous
repete point ce que je vous
ay marqué dans la Lettre particuliere
que je vous ay écrite
touchant la Negociation du
mariage de Monfieur le Duc
de Savoye d'aujourd'huy avec
l'Infante de Portugal , que
depuis Berold qui en fut fait
le premier Comte l'an 1014.
par Rodolphe Roy de Bourgogne
& de Provence juſqu'à
François- Victor - Amé II. qui
GALANT. 69
A
où il
regne preſentement , elle n'a
point eu de Souverain qui
n'ait eſté Fils ou petit Fils
d'un Comte ou Duc de Sa
voye , car elle ne fut érigée
en Duché que l'an 1416. ſous
Amé VIII. dit le Pacifique ;
qui ayant laiſſe ſes Etatsà ſes
Enfans pour ſe retirer au
Prieuré de Ripaille
fonda l'Ordre de S. Maurice,
fut élu Pape en 1430. ſous le
nom de Felix V. par le Concile
de Bafle , qui le voulut
oppoſer au Pape Eugene IV.
mais aprés la mort d'Eugene
Nicolas V. ayant eſté mis ſur
le Siege de S. Pierre ; Felix
cherchant à finir les Schif
mes qui avoient duré plus de
quarante ans ſe démit du
Pontificat en 1449. afin de
,
donner la paix à l'Eglife. La
70
MERCVRE
Savoye dont je viens de vous
faire voir que la fucceſſion
continuë de Pere en Fils , ſans
nulle interruption depuis ſept
cens ans , a donné neuf Princeſſes
à la France , & en a receu
treize . La treiziéme eſt
Anne - Marie d'Orleans , née
le 27. Aouſt 1669. que François
- Victor - Amé II épouſa
le 27. Janvier 1684. Vous ſçavez
qu'elle eſt Fille de Philippe
de France , Duc d'Orleans
Frere Unique de Sa
Majesté , & d'Henriette Stuart
d'Angleterre , Soeur du Roy
Jacques II.
Quant à Marie de Bourbon .
Princeſſe de Carignan , &
Mere deMadame la Princeſſe
de Bade , Elle eſt Fille de Charles
de Bourbon , Comte de
Soiffons , pair & Grand Maître
GALANT .
71
د
Charles de
de France , Fils puiſné de
Loüis de Bourbon I. du nom,
Prince de Condé , & de Françoiſe
d'Orleans ſa ſeconde
Femme , & Frere d'Henry de
Bourbon , auſſi premier du
nom , Prince de Condé , Bifayeul
de Monfieur le Prince
d'aujourd'huy
Bourbon , Comte de Soiffons ,
épousa en 1691. Anne , Comteſſe
de Montafié , morte en
1643. & il en eut Loüis , Comte
de Soiffons tué à la bataille
de Sedan en 1642. fans avoir
laiſſé qu'un Fils naturel , appellé
le Chevalier de Soiffons
. Il eut auſſi deux Filles ,
Louiſe & Marie de Bourbon .
Cette derniere eſt Madame la
Princeſſe de Carignan . Loüiſe
de Bourbon , ſon aînée ,
épouſa Henry d'Orleans II.
72
MERCURE
du nom , Duc de Longueville,
mort en 1663. & de ce mariage
eſt ſortie Marie d'Orleans
de Longueville , née en 1625 .
& mariée le 22. May 1657. à
Henry de Savoyell . du nom ,
Duc de Nemours , mort le 4.
Janvier 1659. Il eſtoit Frere
de Charles Amedée de Savoye
, qui fut tué en duel à
Paris en 165 2. laiſſant d'Eliza-
Beth de Vendoſme , Marie-
Jeanne- Baptiste , Demoiselle
de Nemours aujourd'huy
Ducheffe Doüairiere de Savoye
, & Marie - Françoiſe-
Elizabeth , Demoiselle d'Aumale
, morte Reine de Portugal.
La mort d'Henry de Savoye
II. du nom Duc de
Nemours dont je viens de
vous parler , a fait
د
,
branche des Ducs
finir la
de Nemours
GALANT. 73
mours de la Maiſon de Savoye
, qui avoit commencé
en France en la perſonne de
Philippes de Savoye Comte
de Genevois , Fils puiſné de
Philippes,Duc de Savoye & de
Claudine de Broffe-Bretagne ,
au quel le Roy François I. fon
Neveu , avoit donné le Duché
de Nemours , en le marianten
1528. avec Charlotte
d'Orleans Fille de Loüis
d'Orleans I. du nom ,Duc de
Longueville.
د
Loüis de Bourbon , Prince
de Condé Ayeul de Madame
la Princeſſe de Carignan,
puis qu'il fut Pere de Charles
de Bourbon , Comte de Soif
ſons, étoit Fils puiſné de Charles
de Bourbon , Duc de Ventoine
de Bourbon
Aoust1689 .
doſme , dont le Fils aîné ,An-
د épouſa
D
74 MERCURE
Jeanne l'Albret , Reine de
Navarre , qui le fit Pere du
Roy Henry le Grand , de
forte que Charles de Bourbon
, Duc de Vendoſme , eſt
Triſayeul de Loüis XIV .& de
Madame la Princeſſe de Bade
qui vient de mourir. Il me
reſte à vous parler de ſon mariage.
Le 15. Mars 1653. elle
épouſa Ferdinand Maximilien
, Marquis de Bade , mort
en 1669. & le 8. d'Avril 1654 .
elle accoucha de Loüis Guillaume
, Marquis de Bade , eſtimé
grand Capitaine , & dont
la reputation s'eſt establie
avec gloire par les preuvesde
valeur qu'il a données dans
les guerres d'Allemagne contre
les Turcs. Il eſt Generaliffime
des Armées de l'Empereurdans
la Hongrie Le MarGALANT.
75
Quiſat de Bade eſt ſur la rive
droite du Rhin entre le Bifgavv
& leDuché de Vvirtemberg
, & ceux quile poſſedent
ſont Princes de l'Empire. Leur
Maiſon eſt tres ancienne. La
plus commune opinion eſt
que les Marquis de Bade viennent
des Comtes de Vindoniffe
& d'Altembourg , & des
Ducs de Zeringen. Herman
II . Fils d'un autre Herman ,
Cadet de Bertolde , Duc de
Zeringen , épouſa Judith, Heritierede
Bade dont les ſucceſſeurs
prirent le nom & les
armes . Jacques de Bade épouſa
en 1426. Catherine de Lorrai
ne , Fille deCharles I. Duc de
Lorraine , & de Marguerite de
Baviere , & fut Pere de Chriftophle
, qui fit un accord en
1490. avec Philippes , Mar
D 2
76 MERCURE
quis d'Hocberg , par lequel fo
reconnoiſſant tous deux defcendus
de la meſme famille
, ils ſe firent une donation
mutuelle de leurs biens en cas
de mort ſans enfans . Philippes
mourut en 1503. & ne laiſſa
de Marie de Savoyeſa Femme
qu'une Fille unique , nommée
Janne , Marquiſe de Rothelin
& de Neufchaſtel en Suiffe ,
qui fut mariée en 1504. à
Loüis d'Orleans I. du nom ,
Duc de Longueville. Chriſtophle
ayant herité des autres
Terres ,laiſſa Bernard & Erneft ,
qui ont fait les deux branches
dela Maiſon de Bade. Bernard
qui a commencé celle que l'on
appelle de Bade - Baden, eutde
Françoiſe de Luxembourg ,
Philibert tué en 1569. à labataille
de Moncontour
د
&
GALANT.
77
,
Chriftophle , qui ayant épouſé
en 1564. Cecile , Fille de
Gustave I. Roy de Suede
continua la poſterité. Il en
eutEdoüard le Fortune , Pere
deGuillaume Chevalier de la
Toiſon d'Or , & Juge de la
Chambre Imperiale de Spire.
Celuy-cy fut Pere de Ferdi.
nand Maximilien , Marquis
deBade , dont Loüife Chriſtine
de Savoye qui vient de
mourir eſtoit veuve. Ceux de
cette Branche ſont Catholiques
, mais ceux qui forcent
d'Ernest , Cadet de Bernard,&
qui font la Branche de Bade-
Dourlac,fuivent les ſentimens
de Luther. Erneſt eut les Marquiſats
d'Hocberg & de Pfora
tzen ,& laiſſa d'Elizabeth , Fille
de Frederic V. Marquis da
Bramdebourg , Charles , qui
D3
78 MERCVRE
d'Anne, Fillede Robert,Prince
Palatin,laiſſaGeorges Frederic .
Ce dernier fut Pere de Frede
ric,&Ayeuld'un autre Frederic
, qui a épousé ChriſtineMadeleine
, Fille de Jean Caſimir ,
Comte Palatin du Rhin , &
ſoeur de Charles Guſtave,Roy
de Suede, dontil a des Enfans.
Cette branche de Bade- Dourlach
a deux voix aux Dietes
de l'Empire , & aux particulieres
de Soüabe , l'une pour
Dourlach , l'autre pour Hocberg.
Les deuxbranches alternent
en toutes les ſéances aux
Dietes , &chacune precede à
fon tour.
Meffire Jean Courtin , Marquis
deGivry , Baron de Tubeuf
, mourut le 25. de luin.
Je vous ay déja parlé de ſa Mai
fon en pluſieurs occafions , &
GALANT. 79
l'on ſçait qu'il n'y en a guere de
plus illuſtre , ny de plus diſtinguée
par ſon ancienneté , par
ſes alliances , & parles Emplois
confiderables , dont nos Rois
ont honoré ceux qui en font.ll
avoit épousé la Fille de Mr Lamy
, Conſeiller au Parlement
de Roüen , une des plus riches
heritieres de Normandie , &
qui ajoint aux avantagesdela
fortuné , une ſageſſe conſommée
, une vertu profonde , &
un merite accomply. N'ayant
pointeud'enfãsde ſonmariage
il a inſtitué Mr le Comte d'Avaux
, Fils de Madame la Prefidente
de Meſmes ſa ſooeur , fon
Legataire univerſel , à la char
gede porter ſon nom &fesarmes,
avec ſubſtitution au profit
deMrle Preſident de Meſmes ,
& en cas qu'il vinſt à deceder
1
D4
80 MERCURE
fans Enfans , il a appellé le Fils
de Mr le Prefident Briçonnet ,
forty d'une Fille de fon Frere
aîné ,&qui porte déja le nom
de la Terre de Rozay , qui eſt
entréeily a prés dedeux fiecles
dans cette Maiſon , par le mariagede
Geneviève du Bois
Fille de Meſſire Guillaume du
Bois , Secretaite d'Etat d'Anne
de Bretagne , & enſuite de
Charles VIII.avec Guillaume
Courtin Seigneur deGournay,
& de Neuvi Gouverneur de
Guife.
Les morts cauſées par des
maladies facheuſes ne furprennent
point; comme on en
connoiſt la cauſe , elles paſſent
pour le tribut ordinaire que
l'on rend à lanature , mais on
ne croit point qu'on puiſſe
mourir d'amour ,& toutes les
Deintures d'Amans preſts a
2
GALANT. 81
expirer, font regardées comme
des exagerations qui n'ont lieu
que chez les Poëtes .Cependant
on aſſeure que depuis fort peu
de temps unejeune Demoiſelle
d'Aix en Provence n'a pû reſiſterà
la perte d'un Amant ,
pour qui elle avoit conçeu la
plus forte paſſion. Le Pere du
Cavalier qui ne trouvoit pas
que la Demoiselle euſt affez
debien ne voulutpoint entendre
parler du mariage. Cet
obſtacle qu'il fut impoffible de
furmonter, ne toucha pas moins
l'Amant que l'Amante. Il fut
furpris d'une dangereuſemaladie
,& lors qu'il eut recouvré
affez de forces pour ſupporter
la fatigue d'un voyage , on l'obligea
de partir fans voir fa
Maiſtreſſe . Il vint à Paris ,& la
Demoiselle qui s'en vit aban
D
82 MERCURE
donnée reſſentit ſi vivement
ce cruel oubly , qu'elle tomba
dans une langueur , dont elle
eſt morte quelques moisaprés .
C'eſt ſur cette mort que Mr
Calvy , Avocat au Parlement
de provence Auteur du Conte
du faux Noble ,&d'autresOuvrages
que je vous ay envoyez
, a faitles Vers que vous
allez lire.
LES SOUPIRS
d'Olimpe mourante.
V
Oicy ma fatale journée
Cruel Daphnis , Daphnis écoute
moy
D'un amour trop constant victims
infartunée
GALANT. 83
Fe meurs en Soupirant pour toy,
Mais jene pretens pas qu'un éternel
filence
Cache ton injustice , & mes justes
regrets;
Je veux te découvrir tous les maux
que m'a faits
Ta criminelle indifference .
Oublions ce malheureux temps
Oùfans ceffe exposée à tes Saupirs
ardens ,
Jete livrois un coeur tropfacile àfe
rendre.
Tu me jurois des feux conftans ,
Et tu me les jurois d'un air touchant
&rendre ,
Ce coeur pouvoit il s'en dé
fendre ?
Maissi ta paſſion devoit s'éteindre
un jour,
Pourquay me forçois-tu de prendre
tant d'amour?
こD6
84
MERCVRE
Ah : quand tu me jurois une flâme
éternelle ,
Je croyois tes fermens , & tu n'y
penfois pas ;
Car enfin quelle loy cruelle,
T'oblige en me quittant à caufer
mon trèpas ?
C'eſt toy qui m'arraches lavie,
Avide faim de l'or , detestable .
manie ,
Ebloüy de tesfaux appas
C'est à toy qu'il mefacrifice ,
Mais que dis-ie, Daphnis ? Non,ie
connois ta foy.
Excuſe les fureurs d'une Amante
éperdue.
P'ay vú ton ame combatuё
Balancerplus d'un an entreton Pere
omoy.
Rebelle aux loix de la Nature ,
Ta ne reconnoiſſois que celles de
l'Amour:
GALANT. 8
Quels affants ton esprit foutenoit
chaque jour !
Rienne pouvoit détruire uneflame
Sipure...
Apréstant de combats,accablé de
langueur
Tu fus presque expirant. Helas !!
-quelle douleur !
Quel desespoir pour une ame
amoureuse !.
Lamort dans cet instant me parois..
[Soit affreuse2
Et quand ie meurs pour toy ,je la
voisfansfrayeur
Turevinsà la vie, & tum'aimois
encore..
Tu m'aimois ? Ah ! qu'onaime
Quand on a le pouvoir defuir qui
nous adore
Tu fuis pour éteindre son feu 55
Et moy , trop malheureuseAs
mante
86 MERCVRE
teSens , plus tu me fuis , que mon
amours'augmente .
Tout aigrit les tourmens que tu me
faissouffrir,
Ettoy, peut- estre atteint d'uneflame
nouvelle ,
Tu ris de ma douleur mortelle.
Paris te voit content lors qu' Aix me
voit mourir .
Daphuis , pourrois – je bien le
croire ?
Voudrois- tu combler mes malbeurs?
Non , non , ma déplorable histoire
Te ferarépandre des pleurs .
Ah diras- tu, tant de constance
Meritoit un fort plus heureux ..
L'Hymen à tant d'amour devois
joindrefesnoeuds ,
C'eft toy qui m'asperdu ,paternelle
Ruislance
GALANT. 87
Par un ordre fatal ta barbare
rigueur ,
M'oftant ceque j'aimois me déchire
Le coeur.
Cet espoir est pour moy le feul bien
qui me refte !
Si tu pleures mon triſte ſort
Je mourray contente, & la mort
N'aura pour moy rien defuneste,
Déja des nuages épais .
Troublent mes sens ,& l'air que je
refpire..
Adieu , Daphnis ,adien , j'expire
Plus amoureuse que jamais. -
Ainfimourut cette Fille adorable,
Dans cefiecle pervers exemple me
morable.
Daphmsfceut la toucher; depuis co
[ triste jour ,
Malgrésa lâche perfidie
Elle l'asma plus quefavier
88 MERCVRE
Etfon dernierSoupirfut un soupir
d'amour.
Le chagrin où la Demoifelle
eſtoit tombée par la
perfidie de ſon Amant l'ayant
portée à ne plus fonger qu'à
Dieu , le meſme Auteur
voulu luy rendre justice fur
ce ſentiment par ces autres
Vers..
L'OMBRE D'OLIMPE..
a
Quel Fantôme odieux vient me
faire la guerre ,
Et troubler mon repos dans leſein
delaTerre?
Apeine ay je perdu la lumiere du
iour
Qu'on arme contre moy les fureurs
de l'Amour.
On dit qu'en ce tombeau luy seule
m'afait descendre ,
GALAN T.
89
Par là des vains Rimeurs deshouo.
rent ma cendre ,
Des foibleſſes d'amour Partiſans
criminels ,
Ils me font expirer aux pieds de
SesAutels.
Maisie ne les crains point ;malgré
leur injustice ,
J'ay vaincu ſes appas ,je vaincray
Samalice ,
La fimple veritè fortant de mon
tombeau
Vafaire de ma vie un fidelle tableau.
Oily ; j'écoûtay Daphnis , j'ap
prouvayfastendreße ,
Esclave de l'Amour j'eus lamesme
foibleſſe :
Mais épriſe bien- tost d'une celeste
ardeur
On mevit expierles ſoûpirs de mon
coeur.
JevispartirDaphnis ;Son heureuse
inconstance
१०
MERCURE
Ramena maraiſon & mon indifference
Heureux le jour,Daphnis,oùtu qui
tas ce lien :
La perte d'un Amant mefit trouver
mon Dieu.
Sous ce Maistre Divinmaiſtreße de
moy-mesme , 2
Levis couler mes jours dans un bonheur
fuprême.
Ab! que i'eus de regret àce temps
malheureux ,
Où l'amour d'un Mortelfut maistre
de mes voeux !
Pour effacer les traits de mon ardeur
premiere ,
Ama nouvelle ardeur ieme livrois
entiere ,
Ie méprifois le monde ,&fuyoisfes
fauxbiens.
C'estvous que je cherchois , delices
des Chreftiens .
Eternelle beauté que vay tant
defirée
GALANT. وہ
Par vous defa prifon mon ame délivrée
,
N'admirant dans le Ciel que voſtre
éclat divin ;
Va joüir d'un bonheur qui n'aura
point defin .
Voilàde mon trépas la cauſeglorieuse.
Respectezmon tombeau , vous, dont
l'ame envieuſe
M'imputedestranſports inconnus à
mon coeur ,
Et répand fur mes ossa maligne
fureur.
Mais que dis- ie ? vos Vers ne bleffentpointmagloire
,
Contre eux mes derniers jours affurent
ma memoire ,
Etdepeur que ce bruit n'impose à
l'Univers ,
Lu'on entende par tout retentir ces
deux vers ,
Tous les feux de l'amour meparoisfoient
un crime
92 MERCVRE
Je meurs fon ennemie , & non pas
Savictime.
Les ſaiſons paſſent , mais le
temps des belles choſes ne
paſſe point , & l'Air que je
vous envoye , quoy que fait
fur le Printemps , ne peut
manquer de vous plaire , puis
qu'il eſt de la compoſition du
fameux Mr Lambert. Ce nom
vous dit tour. Les paroles
font du temps , & plus d'une
perſonne a ſujet de les chanter.
AIR NOUVEAU.
'Out brillant des beautezde
Flore ,
Printemps , vous n'avez point
d'appas ,
Vous preſſez le départ du Heros que
L'adore
GALANT.
93
Vous estes lafarfon des plus affreux
Combats ;
Maisfivous me livrez à des peines
mortelles
Durant le cours de fes travaux
guerriers ,
L'Hyver me le rendra plus couvert
de Lauriers ,
Que vous n'avez de fleurs nouvelles.
Vous ſçavez ,Madame qu'il
y a beaucoup de Sujets du Roy,
qui ayant quitté la France , ſe
font engagez au ſervice de ſes
Ennemis . Comme la pluſpart
ontdes heritages dans les Païs
de l'obeiſſance de Sa Majesté ,
ils ont laiſſe ſur les lieux où
ces heritages sõt ſituez , les uns
leurs Femmes , d'autres leurs
Enfans , & d'autres leurs Freres
. Quelques- uns mesme qui
94
MERCURE
,
parleurage , ou par les incommoditez
de leurs perſonnes
font hors d'eſtat de ſervir , demeureut
fur les biens qui leur
appartiennent ſous la domination
du Roy , & par le revenu
qu'ils en reçoivent ils trouvent
moyen d'entretenir leurs
Enfans dans un ſervice contraire
à celuy de Sa Majesté
Ce fontdes abus auſquels il y a
long-temps que ceMonarque
auroit cherché à remedier ſans
ſa bonté ordinaire , qui luy
fait toujours ſuſpendre les
choſes qui ont quelques apparences
de rigueur ; mais les
prejudices qui en peuvent arriver
ont enfin contraint
Sa Majesté d'avoir recours
aux remedes qu'Elle a cru capables
d'empeſcher ſes Sujets
de demeurer dans le party de
,
GALANT.
95
fes Ennemis. Cette tolerance
peut d'autant plus nuire au
bien de l'Etat , que la valeur
naturelle aux François. eſtant
toûjours la mesme dans ceux
qui ſervent contre la France ,
fournit de trop fortes armes
aux envieux de ſa gloire , &
que l'argent qu'ils tirent des
-biens qu'ils y ont laiſſezi
s'employe à un usage prejudiciable
à leur patrie ; outre
que cette ſeparation des
membres d'une meſme Fa
mille peut contribuer à faire
donner des avis , dont les Ennemis
de cette Couronne feroient
en eſtatde profiter. Le
Roy pour remedier à ces abus,
fait publier une Ordonnance
du 30. du mois paſſé ,
par laquelle Sa Majesté veut
& entend , Que tous ceux de
a
96 MERCVRE
1-
}
Ses Suiets , dont les Peres ou les
Enfans, mesme les Freres font au
Service de ſes Ennemis , comme
ausfiles. Femmes , dont les Maris
font dans cemesmeservice ,fortent
dans unmois des Terres defa domination
,pour estre enfuite leurs biens
Saifis & confiſquez au profit de Sa
Maiesté , & mis entre les mains
des Receveurs des confiſcations ; à
moins que ces Peres , Maris , Enfans
ou Freres qui portent les
armes contre la France , ne quittent
&abandonnent tout àfaitle
fervice des Ennemis , & ne viennent
dans ce temps d'un mois prefter
ferment de fidelité à sa Maieſté
, entre les mains des Gouverneurs
deſes Places ,dans le Gouvernement
desquels leurs biens font
fituez.
د
Tout ce que je vous ay
envoyé du ſçavant Mr Comiers
GALANT.
97
و
miers d'Ambrun , Preſtre
Docteur en Theologie , a
toûjours eſté ſi bien receu
que je croy ne vous pouvoir
prevenir plus avantageuſement
pour le Traité que
vous allez lire qu'en vous
difant qu'il en eſt l'Auteur ,
La matiere eſt de ſaiſon , &
les obſervations tres- curieufes.
**
د
TRAITE'
DES PROPHETIES
Vaticinations , Predictions
&Prognostications.
T'Avois lieu de me pro
mettre un profond repos
dans le fond de d'Hôpital
Aouft 1689. E
1
98 MERCVRE
1
,
Royal des Quinze - Vingts ,
où la perfecution des Ennemis
du Roy de l'Eglife &
de l'Etat m'ont reduit , lors
que vous eſtes venu troubler
ce repos ſi cher , pour ſçavoir
quels font mes vrais ſentimens
fur les pretenduës Propheties
de Mr Jurieu , Miniſtre
à Roterdan , de Noftradamus
, & d'autres Prophetes
de la meſme eſpece , & fi lors
que quelque affaire eſt propoſée
, on peut parler juſte
fur l'évenement qu'elle doit
avoir. Vous m'avez taillé
beaucoup de beſogne , car
outre que ſuivant ma Deviſe ,
conforme à mes Armes tirées
de faint Ambroise , Patrimonium
& hareditas Crux
Croix ſeule eſt tout monbien ,
la perte de mes yeux m'o- ROBE DE
3 LYON E
1903
د
la
10
GALANT.
و
blige depuis cing ans
prunter la main d'un Scribe.
Neanmoins comme ma réponſe
vous peut eſtre utile
j'entreprendray volontiers de
vousla faire & m'appliqueray
principalement à vous
démontrer que la Prophetie
quele Fanatique Pierre Jurieu
a fait courir , pour abuſerles
Heretiques , en leur faiſant
eſperer un prompt rétabliſſement
du Calviniſme , n'eſt
que la ſuite d'une chimerique
viſion de Pierte Dumoulin
Miniſtre de Charenton , mort
en 1658. Ayeul maternel de
ce Pierre Jurieu , Miniſtre de
l'Egliſe Vallonne à Roterdam.
Pour mieux détruire toutes
les diverſes formes , explications
, changemens & addid
tions qu'on a faites , afin de
د
DE
E2
100 MERCVRE
د
2
donner au moins quelque
faux jour à cette fauffe Prophetie
au ſujet de laquelle
MrJurieu & d'autres faux
Docteurs ont en diverſes manieres
forcé le legitime ſens
de quelque paſſage de l'Apocalipſe
, j'ay reſolu de vous
faire un affez long Traité
qui fera enfermé dans ſept
Articles.
,
Dans le premier vous trouverez
ce que c'eſt que Prophetie
& que dans tous les
âges du monde il y a eu de
veritables & de faux Prophetes
, & que ces derniers
ont trouvé d'abord plus facilement
creance parmy les
Ignorans , en ne leur prophetifant
que ce qui eſtoit conforme
à leur inclination .
Dans le ſecond , vous con
GALANT. ΙΟΙ
noiſtrez que les veritables
Prophetes ont demandé à
Dieu des ſignes , pour eftre
affeurez que c'eſtoit Dieu qui
leur parloit.
Dans le troiſième , je vous
feray voir que les Peuples ne
font pas obligez de croire ;
meſme aux veritables Prophetes
, qu'aprés qu'ils ont
prouvé leur Miſſion par des
fignes , & par quelques mira,
cles ou prodiges ſurnaturels .
Dans le quatriéme vous remarquerez
que les Envoyez
de Dieu ont prophetiſé par
paroles & par fignes .
Dans le cinquiéme , feront
contenus les noms des veritables
Prophetes & Prophetefſes,
avec les noms de ceux &
de celles qui ont ufurpé cette
qualité,& enfin ce qui concer
E 3
102 MERCVRE
me les Pythons & Pythoniffes .
Dans le fiziéme , je vous
donneray des demonſtrations
folides , de l'erreur & vanité
de la chimerique Prophetie de
Dumoulin , & de tout ce que
Jurieu a forgé pour appuyer
cette pretenduë Prophetie du
rétabliſſement du Calviniſme,
laquellen'a eu pour fondement
qu'une remarque Aftrologique
puiſée dans l'Ephemeride
d'Andreas Argolus pour l'année
1683. dans la neuviéme
ligne, page 363 ſçavoir , quela
conjonction des deux Planetes
ſuperieures , Saturne & Jupiter
, ſe faiſant en 1683 dans le
Trigone Ignée , ſuivant la
remarque des Anciens
arriveroit de grands changemens
& de generales confti
tutions , & qu'on changeroit
و
il
GALANT.
105
facilementlaDomination .
Enfinvous trouverez dans
le ſeptiéme la juſte Critique
des Centuries de Noftrada-
& l'artifice dont l'Auteur
de l'Almanach de Milan
ſe ſert afin qu'on le tienne
pourDevin.
mus
ARTICLE I.
Dieu , comme dit S. Paul ,
a répandu ſes dons ſur les
hommes , & luy- meſme a donné
à l'Eglifeles uns pour eſtre
Apoſtres , les autres pour eſtre
Prophetes , &c. C'eſt pourquoy
il dit que la prophetic
eſt un don de Dieu , par
lequel l'homme a la connoiffance
des choſes futures ,
comme auſſi des paffees , & des
preſentes , quoy que cachées
même dans les replis du coeur,
• Aux Eph, ch, 4' V.11 .
E4
104 MERCURE
& impenetrables à l'eſpri
humain . C'eſt immediatement
de Dieu , b qui dit luymeſime
, en parlant de ſon Peuple
d'Iſrael , le connois toutes
leurs pensées , & jeſcay des aujourd'huy
ce qu'ils feront , & à qui
feul & par nature les chofes
paffées , & les choſes à venir
font toujours preſentes , que
ces Prophetes reçoivent le don
de Prophetic , car comme dit
S. Pierre , Ce n'a pas estéparla
volonté deshommes que les Prophe
ties nous ont esté apportées , mais
ça eſté par le mouvement du Saint'
Esprit que les faints hommes de
Dieuont parlé.
Dieu pour apprendre aux
hommes qu'il eſt le ſouverain
Arbitre de toutes choſes , em-
Deut, ch.31. v. 21.
62, Ep, ch. 1. v. 21.
GALANT . 1ος
ploye pour demonftration
incontestable , la connoiſſance
infailliblequ'ila de l'avenir,
qu'il regle & diſpoſe d'une volonté
toujours abſoluë , & à
cette fin il fait par le bouche
de ſon Prophète un défy aux
Prophetes des Idoles de prédire
l'avenir . C'eſt par d Ifaïe : Annonce,
dit- il, les choses qui doivent
venir au temps futur , & nous connoîtrons
quevous eſtes Dieux.
Bien que nos premiers Parensdeuſſent
par leur creation
adorer , aimer , craindre , &
obeïr à leur Createur , Dieu
voulut neanmoins faire encore
fentir ſa Divinité par la connoiſſance
qu'il a luy ſeul de
l'avenir, & laquelle eſt audeſſus
de l'humaine nature , meſme
dans le Paradis Terrestre , &
2Ch. 3.v. 23 .
E
106 MERCVRE
2
dans l'estat d'innocence. C'eſt
pourquoy Dieu meſme leur
prophetiſa cette longue ſuite
de malheurs qui font encore
gemir toutes les Nations , s'ils ,
mangeoient du fruit défendu
par lequel Adam & Eve commencerent
de connoiſtre , &
ſentir le mal , eux qui n'a
voient eſté creez que pour
cõnoiſtre le bien,& pour joüir
d'une felicité inalterable .
9
Dieu enfuite , & pour la
mefme raiſon, de faire connoiſttre
aux hommes qu'il eſtoit:
le ſeul Dieu ,& le Dieu des
Dieux que le Demon avoit
établis dans la croyance des
Idolâtres , donna en tout temps
de veritables. Prophetes , tantdans
l'ancien que dans le nouveau
Testament& meſmeaux
Gentils,carBaalamàquil'Aſne
GALANT . 107
4
د
parla , & qui fut arreſté par
l'Ange , lors qu'à la priere du
Roy des Moabites il alloit pour
maudire le Peuple de Dieu
eſtoit Gentil , e & de Mefopotamie
. Les Egyptiens ont eu le
Prophete Mercure Triſmegif
te , & les Sibilles : les Grecs le
Prophete Orphée ; les Scythes
le Prophete Abaris ; les Getes ,
Xamolkis ,& les Perſes Zoroaſtres
, qui eſt le ſeul des hommes
qu'on dit eſtre né enriant..
Le Demon' , cet Ennemy
irreconciliable de la gloire de
Dieu , & du ſalut du genre
humain , qui fut le premier
faux Prophete , lors que dans
le Paradis terreſtre il fit eſperer
à Adam & à Eve , qu'ils
deviendroient ſemblables à
Deut, c. 13. v..
1
E 6
108 MERCURE
Dieu , s'ils mangeoient du
fruit défendu , s'eſt toujours
fait des Adorateurs pour dé .
tourner les hommes du vray
culte de Dieu , & pour cela il
leur a fourny en tous lieux
de faux Prophetes .
5
Ces faux Prophetes , pendant
l'ancien Teftament , &
dans tous les fiecles , ſeduifirent
& attirerent facilement
aprés eux des peuples entiers
par une Religion commode
en prophetiſant toujours au
peuple les choſes ſouhaitées &
avantageuſes à la vie temporelle
. C'eſt de quoy le prophete
leremiefſe plaint à Dieu en
cestermes , A , a , a , seigneur ,
mon Dieu les faux Prophetes
difent au Peuple , vous ne verriz
point le glaive tirefur vous
fCh. 14. v. 13.
,
GALANT. 109
& vous ne reſſentirez iamais la
famine.
2
Les faux prophetes , comme
Luther , Calvin , & Iuricu
que le Demon a fufcitez dans
l'Egliſe du nouveau Teſtament
, font , comme dit g S.
Paul , defaux Apoftres , des hommes
trompeurs quise transforment
en Apostres du Sauveur ,& on ne
doit pas s'enétonner , puis que sathanmesmese
transforme en Ange
de lumiere. Il n'est done pas étrange
, comme dit le méme Apoftre,
ſiſes Ministres se transfor
ment auſſi en Ministres de iuftice ;
mais leur fin ſera conforme àleurs
oeuvres. Ces faux prophetes , de
meſmeque ceux de l'acienTeſtament,
ont ſeduitdesNations
entieres , par la tromperie , &par
L'adresse qu'ils ont eue , comme
& 2. Ep. chap, 11. v. 13.
110
MERCVRE
2
*
dit b. S. Paul , à les engager
dans l'erreur en preschant une
Religion commode ,qui ne refuse
rien aux ſens ; promettant par
la ſeule foy le Salut éternel
fans le beſoin des bonnes .
oeuvres , ny de la penitence ,
& fans qu'on ſoit obligé de
garder les Commandemens ,
qu'ils diſent impoſſibles aux
Fidelles , meſme aidez du ſe
cours de la grace , ce qui eſt
formellement contraire à ce
qui eſt écrit dans le i Deute
renome , Maudit celuy qui ne
demeure pas ferme dans l'ordonnance
de la Loy , &qui ne
L'accompli pas effectivement ..
Ainſi ſous des termes couverts
ils permettent tout debordement
& toute licence
b Aux Eph. ch. 4. V. 14.
Chap.27.v. dern..
GALANT.. JII
2
en diſpenſant de l'obſervation
des loixdivines & humaines
que le Sauveur luy - meſme
a religieuſement obſervées..
Non veni folvere legem , fed
adimplere...
2
Il ne faut donc pas s'étonner
ſi ces faux Prophetes qui
donnent en ce monde toute
forte de liberté ſans rien ordonner
qui mortifie la chair
& qui promettent toute forte
de bonheur en l'autre , font
mieux ſuivis & mieux écoutez
que les Docteurs de la
pureté de l'Evangile , qui ne
préchant que penitence , que
mortification , que l'obeïffance
à Dieu & aux Rois , qui
font les Images vivantes de la
Majesté Divine.
La curiofité de ſçavoir ,
l'avenir , eſt une contagion
112 MERCURE
,
fpirituelle , qui ſe communi
quant facilement aux Eſprits
foibles , perd les deux tiers
du monde de meſme qu'il
arriva fous - Marc Antoine par
la contagion corporelle , comme
on lit chez Jule Capitolin ,
lors que dans la Seleucielles
Soldats de Ventidius Caffius
ouvrant avec trop d'avidité
une Caffette d'or qu'ils
avoient priſe dans le Temple
d'Apollon en Babylone , pour
partiede leur butin , furent
d'abord infectez d'un air corrompu
qui en fortit. Cet air
qu'ils reçeurent infecta
core les autres , ce qui repandit
la peſte par toute la terre ,
avec tant de violence qu'elle
fit mourir la troifiéme partie
dugenre humain.
en-
Cette demangeaiſon de
GALANT.
113
connoiſtre l'avenir a tou- د
jours eſté abominable devant
Dieu. On l'a nommée un crime
, par lequel les hommes ,
comme dit Tertullien ,furantur
divinitatem , s'efforcent de
voler la divinité . C'eſt pourquoy
Moyfe fait cette Ordonnance
de la partde Dieu :
qu'il ne se trouve personne parmy
vous qui interroge les Devins ,
explique les fonges , & obferve
Les Augures . NeSouffrez point
de gens qui uſent de malefices
& d'enchantemens , ny ceux qui
confultent les Pythoniſſes &
Devins , & qu'il ne se trouve
perſonne parmy vous qui interro
ge les Morts , pour apprendre la
verité de ce qui concerne les Vi
vans
د
car Dieu
,
a toutes ces
choses en abomination , & pour
Deut,ch.18,٧.٤٥.
114 MERCVRE
cette forte de crime , Dieu les
exterminera.
C'eſt pour ce ſujet quenoftre
Roy Tres Chreftien , Fils
aiſné de l'Eglife , & le Moyfe
du nouveau peuple de Dieu
ayant en horreur ces déteſtables
abominations , & vou .
lant en garantir ſes Sujets , a
fait l'important Edit du mois
de Juillet 1682. verifié en parlement
le 31. Aouſt , contre les
Devins & faiſeurs d'Horofcopes
. d'autant que par une funeſte
ſuire d'engagemens ils se font
portez à cette extrmité d'aiou.
ter le malefice & le poison aux
impietez & auxfortileges , pour
obtenir l'effet le leurs méchantes
predictions. Les motifs
que Sa Majesté a eus de
faire cet Edit font tres- faints
& tres - avantageux à ſes bons
GALANT.
115
د
Sujets. J'en parle par experience
, ayant eſté le but de la
perfecution , & la victime de
tous les Apoſtats , & autres
mauvais François depuis
l'année 1660. que par l'aide
de Mr le Marquis de Saint-
André Montbrun , Capitaine
general des Armées du Roy ,
je fis poſer les armes à quelques
Mutins des Sevenes , &
perfuaday à Mr le Comte de
Dona de remettre à Sa Majeſté
la Ville Citadelle &
principauté d'Orange , pour
le prix & fomme de deux cens
mille livres , que je touchay ,
pour luy dans la Ville d'Avignon
, chez Mr le Comte de
Feraſtiere , ſon Beau-pere ;
car depuis ce temps - là , la
cabale des mal - intentionnez
pour le ſervice du Roy , s'e
,
116 MERCURE
ſtant jointe à celle des Empoiſonneurs
, j'ay toûjours
eſté exposé à la fureur de
l'une&de l'autre.
La reddition d'Orange entre
les mains de Sa Majesté .
& l'empêchement que Mr de
Saint André Montbrun &
moy fiſmes en 1665. à la fabrique
des poiſons , joint au
procés que j'intentay contre
ceuxquis'en méloient , nous
ontbien fait reffentir , qu'ils
ne faifoient de funeſtes prédictions
que pour faire artribuer
aux Aftres & à une
payenne & inévitable fatalité
les morts qu'ils meditoient
par les plus grands fortileges
de la plus noiremagie ,
ou qu'ils préparoient dans
leurs funeftes drogues , eſſences
execrables , eaux blanches
,
GALANT. 117
& rougeaftres , & poudres infernales
pour empoisonner
les linges & gobelets que Denis
L'homme avoit commencé
de travailler dans la Ver.
rerie du Bois-Gizet prés la
Nocle. Ce Denis L'homme
autrefois déguisé ſous le nom
d'Olivier , Moine défroqué ,
Apoftat , & pluſieurs fois Relaps
à Geneve , & par Sentence
du 2. Juin 1652 banny de
cette Republique pour crime
de vol depuis Relaps en
France le 6. Mars 1667. au
lieu de la Nocle prés de Bourbon
Lancy entre les mains de
Charles Perraut , Miniſtre de
l'Egliſe de ce lieu là , s'eftant
,
fabriqué du 19. Ianvier 2656 .
des Lettres de Docteur en
Medecine de l'Univerſité
d'Orange , fut dans la Verre-
2
118 MERCVRE
rie du Bois-Gizet , à trois
lieuës de Bourbon Lancy , le
premier artiſte des execrables
Poiſons de l'abominable Scelerat
, qui n'ayant pû faire
achever par ce Denis Lhomme
dans la Verrerie du Bois
Gizet ſes plus fubtils poiſons
pour prématurer les Succeffions&
les Emplois , & pour
rendre des Benefices & des
Charges vacantes , perit miferablement
à Paris an1672.
en voulant luy meſme compoſer
ſes infernales drogues.
Celuy qui luy avoit enſeigné
cette execrable ſcience , je
veux dire Denis Lhomme
grand fabricateur des Sceaux
& des écritures publiques ,
avoit appris tous ces miſteres
d'iniquité ſous Antoine
Pagant , quipour s'eſtre van-
,
GALANT.
119
té de perdre la France Senza
Spargimento diſangue , futarreſté
à la Baſtille le 19. Novembre
1651. Son Eleve craignant
le feu de la luſtice humaine ,
voulut fortir de France , &
ſe ſauver en Angleterre ,
comme il paroiſt encore dans
unelde ſes Lettres dattée de
la Nocle du 17. Juin 1680.
par laqulle il s'engageoit
d'aller pratiquer à Londres ſes
funeſtes effences au ſervice
des Ennemis de la Royauté.
L'ay fait ce petit détail ,
pour vous faire mieux comprendre
ce qu'on doit craindre
de ces diſeurs de bonne
fortune ou faiſeurs d'Horofcopes
, & gens quiſe meſlent
de deviner , ſur tout s'ils font
porfeſſion de Medecine , de
Chymie , ou qu'ils ſoient de
120 MERCURE
1
la Religion Proteftante , laquelle
n'ayant que le Demon
pour Auteur , porte par tout
l'eſprit de revolte , qui eſt le
veritable caractere de l'Herefie
car puis que les Heretiques
ne croyant pas la Realité
du Sacrement de l'Autel ,
accuſent Dieu de manque
de parole , & en échange luy
manquent de foy , en foulant
aux pieds , comme dit faint
Paul , m le Corps du Fils de
Dieu , il ne doitpas eſtre ſurprenant
qu'ils s'attaquent à
l'autorité , au Trône & à la
perſonne des Rois qui font
lesimages vivantes de la Majeſté
Divine , & qui par conſequent
, n'ont que Dieu ſeul
pour luge de leur conduite.
C'eſt une verité autentiquemAux
Hebr. ch. 10. v.29.
ment
GALANT . III
'
ment établie dans la ſainte
Ecriture par les termes du
Prophete. Roy , Tibi foli pec.
cavi.
:
Les ſaints Prophetes tirent
immediatement de Dieu la
connoiffance des choſes les
plus fecretes , & les plus éloi-
- gnées , comme dit Daniel , n
Ainſi Samüel connoiſſoit ce
que Saül avoit dans le coeur
lorsqu'il cherchoit les Anef
ſes de fon Pere. Ainfi Eliſée
avoit comme il dit , fon
coeur preſent , lors que Giegi
qui avoit couru aprés Naaman
receut deux talens. p Ainſi
Daniel eſtant encore jeune
& élevé Captif dans la Cour
de Nabuchodonofor en Babylone
, apprit immediate-
د
nChap. 2.v. 22 .
01. Reg. ch. 9.1. 19.
p4. Reg. ch. 5.v.6.
Aoust 1689.
:
112 MERCURE
i
ment de Dieu la nuit precedente
par une viſion , l'explication
& le Songe que le Roy
avoit eu & oublié , de cette
grande & terrible Statuë qui
eſtoit la figure des futures
Monarchies Du Monde , dont
la teſte eſtoit d'or , les bras &
la poitrine d'argent , le ventre
&les cuiſſes d'airain , les jambes
de fer , & les pieds & les
doigts meſlez de fer & d'argile.
ARTICLE II .
Les veritables Prophetes ,
bien qu'immediatement envoyez
de Dieu , en vouloient
eſtre aſſeurez , & pour ce
ſujet ils luy demandoient des
Signes manifeſtes. Dieu mefme
a donné fon Arc-en- ciel
aprés le Deluge , pour ſigne
de l'alliance qu'il faiſoit avec
GALANT . 113
la Terre . Si vous demandez
comment depuis le Deluge
cet Arc- en ciel peut fignifier
l'alliance de Dieu avec les
hommes , en voicy ma penſée.
C'eſt parce que cet Arc eſt
fans corde , & meſme dans
une ſituation contraire à décocher
fur la Terre . Auſſi le
Prophete Ezechiel vit la Majeſté
Divine dans ſon Lit de
Justice & au Trône de ſa
gloire paré d'un Arc-en-ciel .
Dieu parlant en viſion à
Abraham q promit de luy
donner& à toute ſa Poſterité
la Terre de Chanaam. Ce
qu'Abraham crat , & it luy fut
reputé à justice. Neantmoins
ce Pere des croyans demanda
un ſigne pour eſtre affeuré
qu'illa poſſederoit .
9Geneseos ch . 15 v.8.
F 2
114 MERCURE
teur
د
Moyſe eſtant envoyé de
la part de Dieu à Pharaon ,
pour retirer le Peuple de la
captivité d'Egipte , répondit
, rze ne seray pas creu , &
on me prendra pour un Impos-
& on me dira que le seigneurne
m'a pas apparu , mais
Dieu l'aſſeura de ſa prefence ,
& luy donna trois fignes miraculeux
pour prouver ſa
Miſſion , car par l'ordre de
Dieu Moyfe ayant jetté ſa
verge à terre elle fut convertie
en Serpent , dont il fut
effrayé ; mais par le meſme
ordre l'ayant empoigné par
la queuë , ce Serpent reprit Sa
premiere nature de bois , & devint
la mesme verge de Moyse.
Dieu luy commanda encore
de mettre la main dans ſon
>Exode ch. 4.
GALANT.
115
コ
ſein,d'où il la tira lepreuſe; de
blanche qu'elle étoit comme la
neige lors qu'ill'y eut remiſe ,
il la retira entirement ſaine .
L'Hiſtoire des Juges nous
apprend dans le ſixiéme chapitre
, que Dieu ayant dit à
Gedeon , Va , pars , Sçache que
c'est moy qui t'envoye , il répondit
, Seigneur , si j'ay trouvé
grace auprés de vous
moy quelque signe que c'est vous
quimeparle.z
donnezfLe
Preſtre Zacharie of
frant les Parfums au Temple
du Seigneur , & ayant appris
de l'Ange Gabriel , qu'il auroit
un Fils nommé lean , demanda
un ſigne ; car il dit à
l'Ange , A quoy connoistrai.je
la verité de ce que vous me
dites ?
Luc, ch , 1. v.18.
F3
116 MERCURE
ARTICLE III..
و
Les Peuples avant que de
croire aux Prophetes , qui ſe
diſoient choiſis pour leur
parler de la part de Dieu
devoient auſſi en eſtre affurez
par quelques fignes ou
miracles . Ainſi Moyſe ayant
eſté envoyé pour délivrer le
Peuple de la captivité d'Egipte
, fit devant luy par
Pordonnance de Dieu les
deux ſignes miraculeux que
nous avons cy-deſſus rapportez
. Il prit encore de l'eau
du Fleuve du Nil , & l'épancha
ſur la terre , & toute l'eau
qu'on prenoit dans le Fleuve
eſtoit changée en ſang Le
Peuple ayant veu ces trois ſignes
u s'abandonna à croire
Exode ch. 4.
Exod, codem. v . 30.
GALAN T.
117
د
& à faire tout ce que Moyfe
devoit propoſer. Moyſe prouva
enſuite ſa Miſſion au Roy
Pharaon & à toute l'Egipte
par dix differens miracles
qu'on appelle les dix Playes
d'Egipte. Il la prouva encore
dans le defert , x lorſque
Coré , Dathan , & Abiron s'é
leverent contre luy & Aaron ,
& voulurent ufurper la Preftrife
, car ayant dit : Par ces
Signes vous connoistrez que Dieu
m'a envoyé incontinent la
terre qui estoit ſous les pieds
de ces Revoltez ſe fendit , &
les engloutit avec tous leurs
Tabernacles , & ils defcendirent
vivans dans les Enfers .
Ieroboam ayant eſté éleu
Roy des dix Lignées d'Iſeaël ,
pour s'aſſurer la Couronne &
xNombres ch . 16. v, 28.
F4
118 MERCURE .
empêcher le Peuple de monter
à Ierufalem pour facrifier
au Temple de Salomon
fit fondre un Veau d'Or en
Bethel , & y dreſſa un Autel ,
fur lequel il preſentoit laymeſme
les encens ,y lorſqu'un
jeune Prophete venu de Iuda
s'écria : Autel , Autel ,le Sei
gneur d'Israel dit : Il naîtrade
LaMaison de David un Prince
nommé Jofias , qui immolera fur
toy mefme tes Prestres , & voicy
le signe que Dieu parle par ma
bouche , cet Autel fe rompra ; &
il ſe rompit.
Voicy un autre Exemple
dans le IV. Livre des Rois .
Ezechias eſtant malade , Dieu.
luy envoya le prophete Ifaïe
pour luy dire qu'il diſpoſaſt de
ſamaiſon , parce qu'il moury
3. Reg. ch. 13. V. 5.
GALANT.
119
roit . Ce pieux Roy qui avoit
briſé le Serpent d'airain , &
rétably les Autels & le culte
du vray Dieu , que l'impie
Roy Achab fon pere avoit
détruit & aboły , fondit en
larmes , & obtint par ſes prieres
la revocation de l'arreſt
de ſa mort. Ainſi le Prophete
n'eſtoit pas encore au milieu
du porche pour fortir ,
que Dieu luy ordonna de retourner
ſur ſes pas ,&d'aſſfurer
le Roy que dans trois
jours il monteroit au Temple
, & qu'il vivroit encore
quinze ans. Ce bon& lufte
Roy demanda au Prophete :
Quel fera le signe que Dieu me
querira , & que je monteray
dans trois jours au Temple ? 11
obtint le ſigne qu'il demandoit,
car l'ombre du Soleil
F
MERCURE
retrograda de dix degrez ſur
l'horloge folaire d'Achab ..
Ie vous parlay il y a deux
ans de Mr de Cironis de
Beaufort , qui , quoy que fort
jeune , avoit remporté le premier
Prix dans l'Academie
des Ieux Floraux de Toulouſe.
le vous en ay marqué
l'Inſtitution dans quelquesunes
de mes Lettres , & vous
ay entretenuë de tout ce qui
la regarde. Il a remporté
cette année le Prix de la
Violette qui eſt le ſecond.
On peut dire qu'il a un genie
extraordinaire,&qu'il eſt rare.
qu'une perſonne ſi peu avancée
en âge poffede ſi parfaite.
ment les belles Lettres . Vous
vous ſouvenez fans doute
que je vous appris en 1687..
GALANT. 121
qu'il eſt petit - fils du celebre
Mr de Cironis , Preſident au
Mortier du Parlement de
Toulouſe . Comme il y a
toûjours un Sonnet à faire
pour l'eſſay voicy celuy
qu'il fit ſur ce Vers ..
Les Méchans apprendront à vous
eftrefidelles.
AU RO Υ.
CRand Monarque , vostre ame
en vertusfi feconde
Vient d'immortaliser la ſplendeur
de vos Lys, [fonde
Devos pieuxdeffeins laſageſſepro-
Rend noftre joye entiere , & nos
voeux accomplis..
On vous aime ,on vouscraint fur
laTerre&fur l'onde,
F6
122
MERCURE
Par tout fume l'encens des Autels
rétablis ;
Et de tant de vertus , les delices dis
Monde ,
Nos Marbresfont ornez & nos Vers;
embellis .
Si Liege a bien oférompre l'intelligence
Deſes Etats unis avec ceux de la
France,
Sansrespecter les Loix qu'imposéun
grand Vainqueur.
Voussçaurez châtierſesHabitans
rebelles ,
Par l'exemplefameux de leur propre
malheur,
Les Méchans apprendront à
vous eſtre fidelles .
Le Chant Royal qui luy
a fait meriter le prix de la
Violette , eſtoit celuy que
vous allez lire...
GALANT.
123.
CHANT
E
HESIONE ,
Ntre tous les HEROS , dont
leferme courage
ROYAL.
Hend leur nom memorable à la pofterité,
L'illustre Fils d'Alcmene a fur eux
l'avantage
D'avoir le premier rangdans l'im.
mortalité
Buftris , Gerion ,le Monstre d'Eri
manthe
9
Un Lion furieux , une Hidre renaiffante,..
Accablezfous le poids defa mâle
vigueur
Sont d'illustres témoins defahaute
valeur.
Detantde beaux exploits dont le
Seulnombre étonne
Je chanteſeulement dansmanoblo
shaleur
124
MERCVRE
Le Heros qui s'oppoſe aux
malheurs d'Heſione .
Ilioalloit eftre un tristeMarécage..
Neptune ravageoit cette illustre
Cité,
Et les Troyens estoient un vivant
témoignage [irrité.
Dece quepeut an Dieu justement
Contre Laomedonſa colere conflate..
Luy faisoit exercer tous les maux
qu'elle invente ,
Il remplit la Troade,&deſang&
d'horreur ;
On voit de toutes parts tomberſous
Sa rigueur ,
Des Morts & desMourans que la
Parque moiſſonne ;
Heureux , s'il avoient eu dans ce
preffant malheur
Le Heros qui s'opoſe aux malheurs
d'Hefionc..
GALANT.
125
De tant d'Infortunez le funeste
carnage
N'avoitpas aſſouvytoutefacruauté
Cen'estoit pas affez pour appaiser
Sa rage,
Un Monstre fermidable est contre
euxfufcité..
Ses griffes , & les dens defa queule
écumante
Leurfont encorSentirſa faim trop
violente ,
Deſaforocitél'insatiable ardeur
Séme de toutes parts la mort ou la
terreur ;
GeMonstreredoute ne respecteper--
Sonnes
Le Cielſe reſcrvoit pour punirSa
[fureur
LeHeros qui s'oppoſeauxmal
heurs d'Heſione..
126 MERCVRE
Pourfemettre à l'abry d'unsifu
neste orage
Que feront les Troyens : l'Oracle
consulté .
Leur apprend qu'Hefione exposée
au rivage ,
Seule peut adoucir cette Divinité ,
Qu'un Monstre dans l'excés defa
rage fanglante
S'appreſte à devorer cette Fille innocente..
Les Troyens , à ces mots , voyant
avec douleur
Qu'illeur faut immoler , ou favie
ou la leur
Sontforcez d'accomplir ce que l'oracle
ordonnei
Mais on voit auffi- toft combatreen
Leurfaveur
LeHeros quis'oppoſe auxmal
heursd Hefione..
GALANT.
127
C'est trop peu qu'aux hazards où
la terre l'engage
Alcide aitfignaléſon intrepidité ;
l'Onde encor à son tour avec elle
partage
la gloire d'exercersagenerofité.
C'estoit pour ce Heros la Victoire in
portante ,
Qui devoit couronner ſa valeur
triomphante ,
Aprés ce grand Exploit , cet illuftre
vainqueur ,
Redonne un nouveau lustre à fa
haute ſplendeur.
Du bruitdeſes hauts faits tout l'
nivers reſonne ,
Ilion reconnoiſt pour Son Liberateur
LeHeros qui s'oppoſe aux malheurs
d'Hefione .
128 MERCVRE
ALLEGORIE .
Tor Is eft des vertus unefour- ce
Son extréme bonté , fon humeur
bien faisante ,
D'un Prince fugitifle font le Protecteur.
Sur l'Anglois revolté ſignalant fon
grand coeur ,
Il va rendre à leur Royle Sceptre
&la Couronne.
Nouspouvons appliqueràSafainte
ferveur
LeHeros qui s'oppoſeaux malheurs
d'Heſione .
Les matieres du temps ſont
ſi amples & fi belles , qu'elles
donnent à chacun de quoy
s'exercer ſelon ſon genie ,
Mr de la Tronche de Roüen ,
GALANT . 129
Auteur du Dialogue qui fuit ,
les a traitées d'une maniere
qui vous plaira d'autant plus
que l'Allegorie qu'il y fait
regner , nous repreſente fort
ingenieuſement les Ligues
qui ſe ſont formées contre le
Roy depuis quelque temps ,
& qui ont produit la Guerre
que nous voyons allumée
dans toute l'Europe.
DIALOGUE
ALLEGORIQUE
De Jupiter & de Mercure
fur les Affaires du Temps.
a quelque temps que Fupi.
ter a ne pouvant plus retenir la
jalousie que luy cause le grand éclat
AL'Empereur,
130
MERCVRE
du Soleil , b appella Mercure, co
luy commanda d'aller dans toutes
les Cours des Planetes , pour leur
remontrer qu'ils n'avoient pas
moins d'intereſt que luy , d'em
pescher que ce bel Astre n'effaçast
parfon brillant la clarté dont elles
estoient environnées . Metsenuſage
toute ton éloquence, luy dit- il , pour
les obliger d'entrer contre luy dans
une Ligue offensive & defensive;
mais afin qu'elles puiffent toutes
ensemble mieux reuſſir dans ce que
je t'ordonne de leur propoſer ,ſouviens-
toy qu'il faus tenir la negociationfecrete
, & agir auprés de
chacune avec beaucoup de prudence.
Va d'abord trouver Saturne.d
Comme ilest le plus élevé en dignité,
ilaura plus de pouvoir qu'aucun
autre pour lesfaire entrer de con
6 Le Royde France
c L'Electeur Palatin.
Le Pape.
GALANT.
131
و
cert dans une Affaire fi delicate.
Tu iras ensuite parler à e Venus.
Ses charmes pourront aiſement
attirerMarsfdans nostre party,&نم
quand tu te ſeras affeuré de l'un
&de l'autre tu paßeras au
Ciel de la Lune , & pour l'obli
ger parson opposition de caufer
au soleil quelque grand Eclipse ,
qui luy faſſe perdre l'estime que
toute la terre a pour luy , au préjudice
des autres Planetes
qu'elles ne peuvent souffrir Sans
Se rendre indiques de leur fublime
grandeur. La commiſſion
dont vous m'honorez m'est fort
glorieuse , répondit Mercure avec
un air de Planete fubalterne ,
mais s'il m'estoit permis deparles
fans perdre le reſpect que je
vous dois ; je vous dirois que
e La Hollande.
fPrince d'Orange.
8L'Efagne.
ce
132
MERCVRE
vous pourriez vous tromper dans
vos mesures ; car comment prerendez-
vous que j'aille dans
toute l'étendue des Cieux faire
gendarmer toutes les Planetes
contrele Soleil fans qu'il en ait
connoisſſance , luy qui est ficlairvoyant
qu'il n'y a rien qui échapeàses
rayons ,jusqu'à penetrerleplus
profond des Abyſmes ?
Fapprehende mesme qu'à l'heure
qu'il est , il ne nous découvre
ensemble ,& qu'il ne devine le
Secret que vous voulez bien me
confier & jay d'autant plus
fuiet de le craindre , que je ne
fuis pas trop bien avec luy-
Vous le sçavez , & vous n'ignorez
pas qu'ayant beſoin d'un
, nous avons luy & moy
nommé Saturne , que j'aurois på
exempter de cette peine en accordant
au Soleil ce qui me demandoit
avec iuftice ; mais li je
Arbitre
.
GALANT .
133
nel'ay pas fait , ce n'a estéque
pour mieux entre dans vos interests
. Presentement Selon le
train que doivent prendre les
chofes ,ie croy queSaturne aura
de la peine àſe declarer pour
vous , parce qu'estant établi par
lesouverain Destin pour Moderateur
de toutes les contestations
de tous les démeslezqui peuvent
s'émouvoir parmy les Planetes
, foit pour l'honneur de la
preféance , ou pour quelque interest
particulier , il ne doit point
en qualité de Mediateur proteger
les uns plûtoſt que les autres
s'il veut couper pied à de cruelles
Guerres dont le Ciel & la
د
Terre reſſentiroient de terribles
Secouſſes , qui peut- estre obligeroient
le Destin d'en rendre saturne
responsable.
Cela est vray , dit Jupiter ,
134 MERCYRE
mais Sçais- tu bien , puis qu'ilfaut,
enfin te découvrir tout mon coeur ,
que lors qu'on est aussi tourmenté
de ialousie que je le fuis , la
raiſon n'est pas ce que l'on écoute.
? Ie ne te le cache point.
L'aimerois mieux eſſayer tous les
malheurs de la Guerre , que d'entendre
plus long - temps la Renommée,
quiſemble n'avoir point
assez de bouches pour publier
le merite du Soleil. A quelque
prix que cesoit , j'en veux affoiblir
l'éclat. F'en viendray à bout
par le ſecours des Flanetes. Elles
prendront toutes mon party lors
qu'elles verront Saturne dans
mes interests . Ie n'oublie rien
pour l'y attirer. C'est pour cela
que j'ay dans sa Cour deux
Etoiles à à mes gages. Ces deux
Etoiles peuvent tout fur son ef-
Le Cardinal Cibo & le Cardinal...
prit
GALANT.
135
prit , & luy feront prendre en
ma faveur tous les sentimens
- qu'elles voudront. J'ay à te dire
de plus que l'Etoile i du Nord
s'est entierement dévoüée à moy ,
avec quantité d'autres Etoiles k
qui groſſiront mon party pour
faire toutes ensemble une no
table diverſion par tout où elle
pourra mestre avantageuse.
Ainsi prepare-toy à partir ; je
vais donner ordre à tes Lettres
de creance.
2
vous
Nefaites rien , s'ilvousplaiſt,
repartit Mercure que
n'ayez bien examiné la ſituation
où sont presentement les autres
Planetes. Il n'y a pas d'apparence
que la Lune veüille se
broüiller tout de nouveau avec
le Soleil. Elle fçait trop ce qu'il
i Le Roy de Suede.
k Les Electeurs de l'Empire .
Aoust 1689 .
G
136 MERCURE
luy en a coûté pour avoir pris
avec vous la querelle de Venus .
Si la paſſion qui vous aveugle
ne vous permet pas de vous en
reſſouvenir , voſtre Aigle qui a
perdu plusieurs plumes d'an coſté
vous en pourra rafraichir la
memoire. C'est pourquoy jay
beaucoup de peine à croire que
la Lune pour contenter vostre
jalousie , donne fottement teste
baifféedans l'entreprise que vous
voulez faire . Elle craindra de
recevoir avec vous pour une feconde
fois le déplaisir deſe voir
forcée à faire une paix honteuse.
Quoy qu'elle faſſe parson oppofition
pour obscurcir la lumiere
du Soleil , elle ne le peut faire
tout au plus que pour deux ou
trois heures , au lieu que ce bel
Aſtre peut l'éclipser pendant
toutes les nuits de fon regne , en
•
137
GALAN T.
attirant quantité de vapeurs
d'exhalaiſons qui cacheroiententierement
sa lumiere aussi-bien
que celle des Etoiles dont vous
esperez l'appuy , er qui ne sont
peut - estre pas àse repentir de
s'estre engagées à seconder vos
projets dont elles n'esperent pas
une bonne iſſue. Pour ce qui est
de Venus , il me semble quevous ne
devez pasfaire un grand fondfur
elle; car tenant de la Mer qui
eſt le lieu de fon origine , elle est
fortfujette au changement. Ainsi
vous ne devez pas vousyfier. Toute
Femme qui se foustrait de l'autorité
de fon Epoux & qui ne luy est
pas fidelle , peut manquer de foy
à d'autres. Elle est comme ces
Coquettes qui ne se donnent que
pour un temps , Selon que la pafſion
on l'intereſt les y porte . C'est
ce qu'elle a bien fait your in
G2
138 MERCURE
admettant Mars dans son sein .
afin de s'en servir contre les attaquesde
ceux qu'elle a trompez ;
mais elle commence à s'en laſſer.
On le voit parfa conduite , puis
qu'apprehendant qu'il ne prist
chez elle un pouvoir de Maistre
elle a fi bien fait parses perfuafions
, qu'il est allé dans une
autre Plage , dont elle luy a fait
croire que la Conqueste luy seroit
non pas tant parson cou
rage que par les ruſes & les trahifons
qu'elle luy a inspirées. Quand
vous aurez peſé toutes ces raisons,
vous trouverez peut - eftreàpropos
de nepas allerfi viſte , &laiſſerez
en paix le Soleil qui n'a pas voulu
vous troubler, quand vous estiez en
querre contre une Comette
Cornuë , afindefaire voirà Saturne
facile ,
L'Angleterre,
m Le Turc.
m
GALANT.
139
i
،
-
y
ainsiqu'aux autres Planetes , qu'il
Sçait donner des bornes àfon courage
quand la justice le demande ;
car fans cela vous cuffieZesté encore
une fois contraint d'abandonner
honteusement le plus beau lieu
de vostre in Domaine. Faites
reflexion . S'il n'eust pas esté affez
genereux pour vous épargner en ce
semps-là ,c'eſtoit fait de wour dat
de toutes vos Etoiles , &peut- estre
auffi de moy. Comme nous avons
payé cette moderation d'ingratitu .
de , il y a ſujet de craindre que
toſt ou tard nous n'en ſoyons ju
ftement punis. Tais - toy , interrompit
Jupiter d'un ton altier. Tes
raisonnemens nesonttirez qued'une
politique craintive , & deſi lâches
precautions ne sçauroient abbattre
un coeur auffiintrepide que le mien.
L'entreprise est refoluë ,& ieveux
aVienne.
1
G3
140 MERCVRE
eštre obey, vous le ferez , repartit
Mercure. Puis que vous me l'ordonnez
d'autorité abfoluë , ie vous
feray voirque cen'est point unepolitique
craintive qui m'a obligéde
parler comme j'ayfait ; mais plûtost
une politique prudente , dont
on ne peut s'écarter sans risquer
tout. Je connois bien ce que je ha-
Zarde , & que j'ay tout lieu de
craindre , qu'en me rencontrant
dans le cours de vos intrigues , le
Soleil ne me brufle les aisles quej'ay
àla teste & auxpieds , & peutestre
mesme qu'il ne me consume
tout à fait , quoy que cela ne foit
pasdans les Propheties de certains
Mortels qui pretendent penetrer
dans l'avenir , &qui veulentfaire
croire aux autres ce que vous ne
Sçavezpas vous mesme, tout éclairéque
vous estes. Si je ne metrom-
Pe , continua t- il , il me semble que
GALANT.
14
ievoy déia de loin une Etoile o errante
quifort du Soleil , & dont la
elarté extraordinaire ,enſe reſſen
tant du lieu defanaiſſance , ne me
fait rien augurer de bon. Au contraire
elle me fait craindre que
voſtre mine ne foit éventée par la
penetration des rayonsde vostreEn
nemy. La rapidité avec laquelle
sette Etoile s'avance vers la Voye
Lactée p est d'unfort mauvaisprefage,
& l'ay d'autant plus d'inquietude
que ie croy voir auſſiplufieurs
Tourbillons q impetueux qui
la precedent , pour exciter quelque
orage dans l'endroit où va cette
Etoile , qui toute errante qu'elle
est , se sçaura bien fixer malgré
vous & malgré moy en tel lieu qu'-
elle voudra.
•Monseigneur le Dauphin.
p Le Rhin .
9 Efcadrons de Cavalerie qui allerent affieges
Philisbourg.
G4
142 MERCURE
le ne sçay ce que tu vois , dit
Iupiter , mais ie ſçay bien ce que
ie vois quand ie te regarde. le vois
un Visionnaire que la peur remplit
defaux obiets. Ilfaut en effet qu'ellete
préoccupe terriblement pour te
reduire aux alarmes , à l'aspect
d'un petit Meteore qui n'est qu'une
vapeur enflâmée ,& qui ne laiſſe
pas neanmoins de te tenir lieu d'une
Etoile errante , Petit Meteore tant
qu'il vous plaira , répartit Mercure,
nous en verrons les effets. Ils
Pourront caufer de grands defordres
dont vous ferez cauſe encore plus
que moy , puis que vous m'aurez
forcédevous obeïr , Donnez ordre.
à tout , ie n'ay plus rien àvous
dire.
La Reine d'Angleterre qui
ne fait aucun voyage à Paris
que par des motifs de pieté ,
GALANT.
143
1
a
s'y rendit le 29. du mois
paſſe , pour aſſiſter au Salut
dans le Monaſtere des Dames
Chanoineſſes regulieres Angloiſes
, qui s'y faiſoit pour
la concluſion des Prieres de
quarante heures , que ces Dames
avoient faites , pour demander
à Dieu la conſervation
de la perſonne facrée du
Roy , & de leurs Majeſtez
Britanniques , & pour l'heureux
ſuccés de leurs armes ..
Cette Princeſſe qui ſçavoit
que Loüis VII. avoit eu autre
fois la generoſité de donnerun
aſile en France à Saint
Thomas Archeveſque de
Cantorbery Chancelier &
Primat d'Angleterre lors
qu'il ſe refugia en ce Royaume
, ayant appris que ce faint
Prelat , pendant le ſejour qu'il
,
G
و
1i44 MERCURE
y avoit fait , avoit choiſi fa
demeure parmy. les, Chanoines
reguliers de l'Abbaye de
Saint Victor , & que dans une
Chapelle dédiée à ſon honneur
on conſervoit le Cilice
dont il eſtoit reveſtu lors
qu'il fut aſſaffiné , eut la devotion
d'y venir faire ſa priere
.. Sa Majeſté fut receuëà la
porte de l'Egliſe par le Chapitre
des Chanoines reguliers
de cette Abbaye , ayant à
leur teſte Mrde Bourges qui
eneſt Prieur . Voicy le compliment
qu'il luy fit..
MADAME ,
La presence de vostre Mas
jeſteinſpire ànos coeurs des fen:
timens que nous ne pouvons
exprimer par nos paroles, Fermettez
nous , Madame , pour
GALANT.
145
Suppléer à ce defaut d'emprunter
celles que le Saint Esprit mit autrefoisdans
la bouche duplusfageRoy
de la terre , pour fairele Portrait
l'Eloge de l'Epouse du Souverain
Roy du Ciel , quam pulchri funt
greſſus tui , Filia Principis !
Grande Reine Princeffe incomparable
, que vos démarches font
belles ! que tous vos pasfont dignes
de remarque ! Je ne pretens pas ,
Madame , par ces paroles loüer
dans Vostre Majesté cet air de
grandeursi majestueux &fi noble ,
qui luy attire le respect & la
veneration de tous les Peuples. Ie
craindrois de blefſſer la delicateſſe
devôtrepieté,ſi dans ce Lieu Saint,
jem'arreſtois à cesfortes d'avantageshumains
quevous tirezdevoſtre
Auguste Naissance. Le parle ..
Madame, de ces demarshes tou
tes Saintes que vous faitess
G6
146
MERCURE
dans le ſentier de la vertu . Nous
vojons avec admiration. Vostre
Majesté marcher sur les traces.
des plus illustres Saints de fon
Royaume... Le grand Saint
Thomas Chancelier , dépuis Pria
mau d'Angleterre & Archevesque
de Cantorbery , perfecuté
pour la défenſe des libertez de
l'Eglise,se retira dans la France ;
ily trouva un azile aſſuré sous la
protection d'un de nos Rois, &dans
lesejour qu'ilfit en cette ville,il
choifit cette Maiſon pour le lieu de
Sa demeure. Son inclination pour
l'Ordre das Chanoines Reguliers
étably dans fon Eglise de Cantorbery
, & dont il portoit toujours
l'habit fous les ornemens;
convenables à ſa Dignité , &
plas encore fon amour &fon zele
pour la difcipline reguliere , qui
fleurifſoit en cette Abbage , nous
attirerent un fi digneHofte.Quefo
GALANT. 147
nos Peres furent instruits des dif.
cours , & édifiez de la pieté de ce
faint Prelat,nous ofons dire, Madame,
qu'il trouva aussi dans cette
Maiſon des exemples capables de
L'édifier. Il y recueillit , pour ainfi
parler , les esprits du fang encore
tout fumant d'un autre Thomas
Prieur de cette Abbaye , & Vi
caire General de l'Evesque de
Paris , qui quelque temps au
Paravant avoit facrifié ſon Sang
&sa vie pour ſouſtenir les droits
de l'Epouse du Sauveur. La
Providence fans doute l'avoit
conduit dans ce lieu pour l'ani--
mer par cet exemple à imiter le
Souverain: Pasteur de nos Ames
qui s'est livré à la mort pour le
falut de fon Eglife. Cette Ab..
baye , Madame , conferve encore
aujourd'huy comme un gage
preticux de l'amitié de ce Saint
148 MERCVRE
l'instrument rigoureux de fes
austeritez ſecrettes , cet afpre Cilice
qu'il portoit pendant ſa vie ,
& dont il fut trouvé revestu
aprés sa mort. Permettez - nous ,
Madame , de finir ce difcours par
les paroles qui l'ont commence.
Grande Reine , que vos démar--
ches font belles ! Vous marchezfur
les pas de cet illustre Saint
L'ornement de vostre Royaume..
Comme luy
France pour la cause de Dieu
de la Religion & de l'Eglife
comme luy , vous cherchez un
azile à voſtre Foy ; comme luy
vous y trouvez un Prince Religieux
qui vous reçoit comme un
digne present du Ciel; mais plus
beureuse que lesy
9
6ء
vous venez ene
VOUS Y
trouvez un Monarque , qui etant
l'admiration de toute la Terre
devient l'admirateur de vostre wereGALANT.
す149
4
tu. Comme luy enfin Voftre Majesté
Bonore defa perfence cette Maison
qui afervy de retraite à ce Saint.
Quesivous n'y trouvezplus,Mada
me , ces grandsexemples de vertu
qui édifierentfaint Thomas ,st par
malheur nous ne sommes plus que
l'ombre de nos Peres , du moins ,
Madame, Vostre Majestépeut s'as
Seurer de trouver dans tous lesfuiets
qui composent ceste Compagnie
autantde perſonnes dévoüées aux
interestsdefa Couronne , affectionnées
aufervice de ses fidelles Sujets
, zelées pour lagloire ,laſanté,
la prosperitédefa PerſonneSacrée,
& de toute fa Famille Royale
La Reine ayant remercié
ce Prieur avec fon honneſtetë
ordinaire , fut conduite au
bruit des cloches & au fon
de l'orgue à un Prie- Dieu
qui luy avoit eſté preparé ata
ISO MERCURE.
milieu du Choeur , tendu
ainſi que la Nef de riches
Tapiſſeries. Sa Majesté , aprés
avoir fait ſa Priere pendant
le Te Deum que les
Chanoines chanterent , vic
le Cilice de Saint Thomas .
de Cantorbery , & pluſieurs
autres Reliques ; aprés quoy
elle paſſa dans la Chapelle
dédiée à ce Saint &
en celle de la Vierge. De
là elle fut conduite danss
la fameuſe Bibliotheque de
cette Abbaye , ſi celebre par
le nombre & par l'antiquité
de ſes Manufcrits ; puis elle
paſſa par les Jardins ſur une
terraffe , où ſous une arcade
fort richement tapiſſée , on
luy ſervit une collation trespropre..
La Reine en ſortant témoi
GALANT . ISI
gna à Mr de Bourges qui avoit
toujours eu l'honneur
de l'accompagner , beaucoup
de fatisfaction de la reception
qu'onluy avoit faite. CePrieur
qui eſt Docteur en Theologie
de la Faculté de Paris , eſt
proche parent de Mr de Bourges
, ce fameux Miſſionnaire
Apoftolique, que lePape Innocent
XI. parce qu'il travaille
depuis vingt- cing ans dans la
Cochinchine& dans le Tonquin
àla converfion des Infidelles,
a fait Eveſque en l'année
1679. Sa Sainteté luy envoya
ſesBulles aux Indes ſous le titre
de l'Eveſché d'Auren , en luy
permettantdeſe faire facrer par
un Eveſque ſeul & deux Preſtres
au lieu d'Eveſques , & s'il
ne ſe trouvoit pas de Preſtres ,
par un Eveſque ſeul.. Il revins
12 MERCURE
du fond du Royaume de Ton
quin pour recevoir la confecra
tion Epiſcopale en la Ville de
Siam , deux ans aprés que le
Pape eut fait expedier ſes
Bulles . C'eſt ce Miſſionnaire
Apostolique qui eſt l'Auteurde
laRelation du Voyage deMr
l'Eveſque de Berite , Vicaire
Apoftolique du Royaume de
la Cochinchine qui fut imprimée
pour la premiere fois à
Paris en 1666. & dédiée à Sa
Majesté. Ce fut luy qui accom
pagna ce digne Prelatdans le
grand Voyage qu'il fit par terre
pour aller à Siam. Ils traverſerent
enſemble la Turquie
l'Arabie deferte , la Perſe , le
Mogol,les Indes ,& le Royaume
de Siam,& arriverent aprésplus
dedeux millelieuës de chemin,
enla Chine , & au Royaume
GALANT.
153
de Tonquin , qui eſtoit le lieu
de leur Miffion . L'Eveſque de
Berite renvoya quelques années
aprés Mr de Bourges en
Europe , pour les affaires qui
la regardoient. Il cut l'honneur
lors qu'il fut en France ,
d'entretenir le Roy de ſes
voyages , & de luy preſenter
la Relation qu'il en avoit
faite. Il paſſa de là à Rome ,
où il fut tres -bien reçu de Sa
Sainteté , & obtint une partie
de ce qu'il luy demanda
pour le progrés de la Foy
dans le Royaume de Tonquin
, où il eſt retourné pour
y mourir attaché à ſon Eglife.
Comme il eſt parlé dans la
Harangue faite à la Reine
d'Angleterre d'un Thomas .و
Religieux de Saint Victor
dont on fait un paralelle avec
2
154 MERCVRE
Saint Thomasde Cantorbery ,
parce qu'ils ont perdu la vie
l'un & l'autre pour avoir défendu
avec vigueur les libertez
de leurs Egliſes , vous ne
ſerez pas fachée d'eſtre éclaircie
de quelques circonstances
de la vie , & de la mort de ce
faint Religieux , qui fut celebre
en fon temps. Il eſtoit.
de Paris , & avoit lié petamitié
fort étroite avec faint Bernard.
On le fit Prieur de
l'Abbaye de faint Victor , &
à cauſe de ſon merite extraordinaire
le fameux Eſtienne,
Eveſque de Paris en ce
temps- là , le choifit pour fon
Vicaire General dans l'éten
duë de ſon Dioceſe. Il exerça
cette Charge avec un zele
& une vigueur toute Apoſtolique
, s'eſtant oppofé , com-
4
GALANT.
155
me Vicaire , à pluſieurs abus,
& fur tout à de certaines
exactions qui ſe faifoient fur
les. Preſtres & fur les Curez
pardes perſonnes conſtituées
endignité Eccleſiaſtique . Cela
luy attira uneſi grande haine
de la part de ceux qui profitoiét
de l'argent que raportoient
ces exactions qu'ils refolurent
de l'aſſaſſiner. Ils executerent
cemalheureux deſſein àGournay
, prochel'Abbaye de Chelles
, lors que ce ſaint Homme
accompagnoit Eſtienne , Evef.
que de Paris , comme fon Vicaire
General , dans les Vifites
de fon Dioceſe. La rage
de ſes Ennemis fut telle qu'ils
l'aſſaſſinerent un jour de Di.
manche entre les bras meſme
deſon Eveſque, fans aucun refpect
, ny de la ſainteté du jour,
ny de la prefence de ce grand
156 MERCURE
Prelat. Cela eſt marqué en de
fi beaux termes & fi precis
dans la lettre que ce meſme
Prelat écrivit au Pape Innocent
II . fur ce ſujet , que je ne puis
m'empeſcher de les rapporter.
Vir (religiosus , PriorSancti Victoris,
Magister Thomas , in obfequio
charitatis , in itinere quod indixerat
pietas , in opere Sancto , in
Dominico die , insinu meo , & inter
manus meas , crudeliter ab impiis
pro juftitiâ excerebratus eft. Exitus
aquarum deducite oculi mei , quoniam
dereliquit me virtus mea , &
lumen oculorum meorum & ipfum
nonest mecum . Epifcopi nomen ego
gerebam ille exercebat opus .
Honore ſpreto onus totis viribus
Supportabat. Les Scavans qui
en voudront ſçavoir davantage
peuvent lire cette Lettre
entiere qui eſt la 159. dans les
GALANT.
157
Oeuvresdefaint Bernard . Toutes
les circonstances de ce
détestable aſſaſſinat ſe trouvent
dans l'hiſtoire de la Vie de ce
Saint Homme , faite en Latin
par Mr Goureau dela Proutiere,
cy devant Prieur de S. Vitor
, & aujourd'huy Prieur de
Villers- le-Bel .
Voicy des Vers de Mr Diereville
ſur l'honneur que re
ceurent Meſſieurs de S. Victor,
par la Viſite dela Reine d'Angleterre.
Vous les devez regarder
ſelon la ſituation où ſe
trouvoient les affaires lors que
l'Auteur les a faits . Comme
elles peuvent changer d'un
moment à l'autre , vous neluy
devez rien imputer ſi dans le
temps que vous les lirez il s'y
trouve quelque choſe qui ne
foit pas juſte.
158
MERCVRE
L
A LA REINE
d'Angleterre .
Ors que vous viſitez cette illustre
Maiſon ,
Qui porteleglorieux nom
Du Saint qui renverſa de fon pied
lesIdoles ,
Que ne voyez - vous dans nos
coeurs
Les doux raviſſemens qu'y caufent
tels honneurs
Fourlesbien exprimeriln'estpoint
deparoles.
Auxpieds de cesfacrezAutels,
Oula Pietévous amene ,
Nenous croyez pas,grande Reine,
Moinsſenſibles pour vous àvosdeftins
cruels.
Ce font les fentimens qu'un grand
merite inspire.
Sur ces raresvertus que dans vous
on admire ,
Avec
GALAN T.
159
Avec tant de douceur & tant de
majesté , [arrefté.
Parun charme puissant l'esprit eft
CePeuple qui vous environne ,
Eft pourtant moins attiré dans ce
lieu ,
Par le defir de voir vostre auguste
Personne ,
Quepourydemander à Dieu
Qu'il vous rende cette Couronne
Queravit àfon Oncle un indigne
Neveu .
Sous certe precicuſe pierre,
Oùfacrifiost ſaint Thomas ,
Qui comme vous contraint de
quitter l'Angleterre ,
,
Vint chercher un azile en ces heureux
Climats ,
Ilmesemble entendre fon Ombre
Comme dans un Monument
fombre ,
Prier le Dieu vivant d'exaucer tous
nos voeux .
Aoust 1689. H
160 MERCURE
Ses décretsfons impenetrables ,
Quand il tarde long-temps à punir
les coupables ,
C'estpour leur preparer des tourmens
plus affreux .
Du fier Tiran qui vous opprime ,
Tel ſera lefunestefort ,
Il tombera du Trône où l'a placéle
crime
Lors qu'ils'y croira le plus fort.
Deſes pareils c'est la chuteordinaire
;
Sur ce Trône le Ciel luy permet de
monter ,
Pourfaire voirce temeraire
Deplus haut se precipiter.
Vous le verrez, grande Princeſſe,
Ne ceſſezpoint de l'esperer;
Quand LOVIS pour vous s'intereffe
Vous pouvez vous en affeurer.
Pourmettre le combleàfa gloire
Le Ciel luy refervoit cette grande
Victoire.
GALAN Τ. 161
C'est le Constantin de nos jours ,
Dont ilsefertpourſavangeance;
Il ne peut d'un Tyran Souffrir la
violence ,
Et deſes attentats il va rompre le
cours.
Ce grand deffenseur de l'Eglife .
Fameux par
vers ,
tant d'exploits di
THE
LYON Par unefi belle entreprise
Deſes Vaiſſeaux couvre les Mers
Nous leverronsfur la Tamise
Seconder voſtre Epoux & mettre
dans lesfers
L'Ennemyquivous tiranniſe.
Que le Dieu quiſoutientſon brass
Anime toûjoursson courage,
Et qu'il puiſſe bien- toft couronner
Son ouvrage,
En vous rendans vos troisEtats
Comme lesTeſuites ſediſtinguent
dans tout ce qu'ils font,
H2
162 MERCURE
د
A
il y a toujours plaifir à entendre
parler de ce qui les regarde
, & je ne doute point que
vous n'en trouviez à apprendre
le ſujet du Balet, qui a ſervi
d'entre - Actes à la Tragedie
qu'on a repreſentée cette année
dans leur College de Loüis
le Grand. Le ſoin qu'ils ſe
donnent tous les ans pour ce
divertiſſement ne sçauroit
qu'eſtre utile au public , puis
qu'il fert å former la Jeun ſſe
pour la Chaire, & pourle Barreau
, & luy faire prendredes
manieres aiſées , ſans leſquelles
rien n'eſt fait de bonne
grace . La Tragedie qu'ils ont
fait repreſenter parleurs Ecoliers
le 17. de ce mois , eſtoit
intitulée Polimnestor , & comme
on en faiſoit rouler le noeud
fur un ſecret qui empêchoit
GALANT.
163
ce Roy de diftinguer fon Fils
d'avec fon Ennemy , le Balet
qui ſervoit d'entre - Actes à
cette piece , avoit eſté fait ſur
le fecret Il ne fautpas s'étonner
fi ce choix parut heureux &
judicieux . Quand des Sujets
qui doivent eſtre unis enſemble
ont tant de rapport , le divertiſſement
ne sçauroit manquer
de plaire. Je ne vous parparleraypoint
de la Tragedie ,
& vous diray ſeulement que
leBallet eſtoit diviſé en quatre
parties. Dabord la Nuit accompagnée
des Ombres donnoit
la naiſſance à Sigalion.
Dieu du Silence , qui repreſente
le Secret , & il eſtoitmis
enire les mains des Sibilles ,
pour eſtre nourri par des Fées,
avec ordrede ne le faire voir
à perſonne. Des Curieux , des
H 3
164 MERCVRE
Chymiſtes foufleurs & des Sorciers
venoient les uns aprés les
autres pourtâcher de luy parler
, mais les premiers n'obtenoient
que des feüilles que
leur jettoient les Sibilles , &
dans leſquelles ils cherchoient
inutilement ce qu'ils avoient
envie de ſçavoir. Les ſeconds
vouloient corrompre ſes Gardesen
leur promettant de l'or,
& ne remportoient que de la
fumée , & les derniers qui
croyoient le découvrir en employant
leurs CeremoniesMagiques
, eſtoient effrayez par
des Lutins qui les obligeoient
à prendre la fuite. Enfuite la
Renommée ennemie du Secret
venoit déclarer la guerre à Sigalion
au fon des Tambours
&des Trompettes ; & auffi -
toſt on voyoit paroiſtre les
GALANT.
165
Ecrivains , Gazetiers , & Colporteurs
, qui s'enroloient ſous
ſes étendards Bacchus qui hait
mortellement le Secret , amenoit
une bande d'Ivrognes
pour combatre Sigalion. Les
Enfans , à qui l'indifcretion eſt
naturelle , ſe mettoient de la
partie , & Momus & les Foux
qui vouloient auſſi en eſtre , paroiſſoient
accompagnez d'une
recruë de Bohemiens , qui ſe
ventoient de venir à bout de
penetrer les aventures les plus
ſecretes . Sigalion ſe voyant
ainſi attaqué de toutes parts , ſe
prepare à la défenſe aprésavoir
affemblé fon Confeil , Com .
poſé d'Areopagites & de Pytagoriciens.
En même temps les
plus grands Capitaines vinrent
luy jurer fidelité ,& le firent
reverer à leurs Soldats ſous la
H 4
166 MERCVRE
figure du Minotaure , ancien
ſymbole du Secret parmy les
Romains . On donna le ſoin de
Hoſpital de l'Armée aux Empiriques
feudataires du Secret,
qui vinrent lay offrir leur fervice
& qui en firent l'experience
en faiſant marcher droir
des Eſtropiez . Les Vieillards
Confidens du Secret , s'eſtant
auſſi preſentez pour défendre
Sigalion , on les deſtina à garder
le bagage , & les Plaideurs
& les Orateurs qui amenerent
des Troupes de Menfonges ,
furent mis au Corps de referve
pour le beſoin . Alors Sigalion
ſe vangea differemment de
ſes Ennemis. Il fit déchirer
Penthée par les Bacchantes
pour avoir voulu découvrir
les ſecrets miſteres de
Bacchus . Tantale fut plongé
GALANT.
167
dans un étang par les Furies
pour punition d'avoir revelé
les ſecrets des Dieux. Mer
cure changea le Berger Battus
en ſtatuë de pierre en preſence
de quelques Bergers , afin
de les inſtruire par ce châtiment
à eſtre plus reſervez à
garder le ſecret , & la Boete
de Pendore ayant eſté ouverte
, on en vit fortir le Demon
de la guerre , la Diſcorde , la
Furie ; & le Deſeſpoir. Vous
pouvez juger par tout ce que
je vous dis de la beauté des
Entrées. Ils sen fit une generale
dans laquelle Sigalion parut
fur un Trône au milieu de ſes
Officiers . Tous ſes Ennemis
chargez de chaînes relevoient
l'éclat de fon triomphe CeBalet
, dont l'ouverture ſe fit par
les plus illuſtres Nations de
H
1
168 MERCURE
l'Univers , qui établiſſant leur
politique ſur leſecret , ſe preparerent
à rendre hommage à
Sigalion , ne pouvoit manquer
de plaire en toutes ſes parties ,
puisque le ſujet en étoit agreable
& attachant,& que Mr Colaſſe
, l'un des Maiſtres de Mufique
de la Chapelle du Roy,
en avoit faittous les Airs.C'eſt
luy qui depuis la mort deMr
de Lully a fait la Muſique des
Opera avec le fuccés dont je
vous ay déja parlé. Les Entrées
eſtoient de Mr Pecour , qui
depuis deux ou trois ans
travaille aux Entrées de
l'Opera , & qui fit le Balet de
Chantilly lors que Monfcigneurle
Dauphin y fut regalé
avec la magnificence digne du
Prince qui le reçût. On ne
peutdancerde meilleure grace
GALANT. 169
que firent à ce Baletdu Secret
le fils de Mrle Duc de Villeroy',
& celuy de Mr de Saint
Vallier . Les grands applaudiſſemens
qu'on leur donna en
furent des marques.
Vous avez attendu bien tard
à me demander ce que c'eſt
qu'un Livre intitulé. Les plus
belles Lettres des meilleurs Auteurs
François . Cet Ouvrage eſt
de Mr Richelet , Auteur du
Dictionnaire qui porte fon
nom ,& fon titre vous apprend
en quoy il conſiſte. Les Lettres
dont il nous a donné un recueil,
fonttirées de vingt- huit
Auteurs differens qui ont tous
de la reputation , & comme il
a choiſi les meilleures , il ne
ſe peut que ſon Livre n'ait de
de fort grandes beautez. On
yvoit quelques Portraits de
H6
170 MERCVRE
ceux dont il nous donne les
Lettres,& outre le plaiſir qu'on
ade lire ce qu'il y a de plus
excelent & de plus vifdans ce
genre; les Notes qu'on ytrouve
fur chacune , font d'une
fort grande inſtruction , ayant
eſté faites moins pour le langage
, qu'afin de faire connoiſtre
mille choſes , qui font
ignorées de beaucoup de gens.
Ce ſont proprement des Clefs
qui ouvrent les miſteres de
ces Lettres. Si cet eſſay plaiſt ,
fon deſſein eſt de poursuivre.
Monſeigneur le Duc de
Bourgogne ayant atteint l'âge
de ſept aus , qui eſt celuy ou
l'on a accoutumé de donner
un Gouverneur aux Princes
de fa Naiſſance , & fon eſprit
ayant de beaucoup devancé
fon âge, ce que la vivacitéde
GALANT.
171
ſes reparties faifoit remarquer
de jour en jour , le Roy a nommé
pour fon Gouverneur Mr
leDuc de Beauvilliers , premier
Gentil-homme de ſa
Chambre,& Chefde fon Confeil
Royal des Finances. La
fageffe de ce Duceſt ſiconnuë,
il y a tant d'ordre dans ſes
actions , & il eſt dans une eſtime
fi generale , qu'il n'ya perfonne
qui ait eſté furpris dece
choix. Il me feroit inutile de
rien ajoûter à ce court éloge,
vous ayant parlé de luy plus
amplement lors qu'il fut nommé
Chefdu Conſeil .
Mr l'Abbé de Fenelon , Do
teur en Theologie de la Facultéde
Paris , acſté choiſy
pour Precepteur de Monſeigneur
le Duc de Bourgogne...
U et Fils de feu Male Mar-
:
172
MERCURE
quis de Fenelon , & Neveu de
feu Mr de la Motte de Fenelon
, Lieutenant de Roy de la
Marche , fi fameux par ſa valeur,
par ſa veritable devotion,
& par une probité que lamediſance
meſme a toujours
eſté obligée de reſpecter.
L'ancienneté de ſa Nobleſſe ,
& les grandes alliances de ſa
Maiſon font affez connuës
Le ſejour qu'il a fait dans le
Seminaire de Saint Sulpice ,
eſt une preuve de ſa pieté. Il
prefche avec cette éloquence
qui a donné tant de reputation
à S. Jean Chriſoſtome
dans l'Egliſe Grecque , & il a
fait pluſieurs Miſſions avec
ſuccés pour la converſion des
Heretiques , dont un grand
nombre s'eſt rendu à ſes raifons
, & s'eſt confirmé dans
GALANT.
173
laFoy , encore plus perfuadé
parfon exemple. Nous avons
quelques Ouvrages de luy ,
qu'on voit bien qui ſont de
main de Maiſtre. Il poffede
parfaitement les Belles Lettres
, & fçait tres-bien lesLangues
ſçavantes. Mr l'Abbé de
Fenelon eſt auſſi Neveu deMr
l'Evefque de Sarlat Prelat
cond'une
grande reputation pour
ſa pieté & pour ſa doctrine.
Il a l'eſprit, doux , quoy que
tres- vif , & fon humilité &
fa modeſtie font affez
noiſtre la folidité de ſa devotion.
Ses talens ſont admirables
pour ramener les ames à
Dieu , & les Malades qu'il
veut bien aſſiſter , éprouvene
par la maniere dont il les
conduit , des effets ſenſibles
de laGrace. Le choix quele
174 MERCURE
Roy a fait deluy pour le mettre
auprés de Monſeigneur le
Duc de Bourgogne , prouve
bien le ſoin que ce grand
Monarque prend de fon
Royaume , & l'amour qu'il a
pour la Religion , puis qu'il
eft fortaſſuré qu'un ſemblable
Precepteur n'inſpirera à ce
jeune Prince que des ſentimens
de grandeur , de picté
&de fainteté.
Mr le Marquis d'Enonville
en a eſté fait Sous- Gouverneur.
C'eſt un Gentilhommed'une
valeur éprouvée , &
d'une conduite fi fage , qu'elle
luy a attiré l'honneur qu'il
reçoit aujourd'huy . Il eſtoit
Meſtre de Camp du Regiment
de Dragons de la Reine
dont il fe défit en faveur
d'un de Mrde Murcey ,avant
GALANT.
179
que d'aller exercer en Canada
la Charge de Vicerov, On
eſpere qu'il en ſera bien toſt
de retour. Il a pluſieurs Freres
dans l'Egliſe connus par
leur merite ,& un entr'autres ,
Grand Vicaire de Mr l'Evefquede
Chartres .
Mr du Puy , Gentilhomme
Ordinaire du Roy , a eſté fait
Gentilhomme de la Manche.
Il eſt d'une grande pieté , &
abeaucoup de ſageſſe ,& on l'a
toujours vû avec des gens diſtinguez
par leur eſprit& par
la bonté de leurs moeurs .
Mr de l'Eſchelle a aufi
eſté fait Gentilhomme de la
Manche. Il s'eſt gouverné ſi
- ſagement & pendant qu'on
l'a veu Page du Roy 2
&
pendant qu'il a eſté dans les
Mouſquetaires , que Sa Ma176
MERCURE
jeſté l'a remarqué , & c'eſt
ce qui l'a determinée au
choix qu'Elle a fait. Cela nous
apprend qu'on ne perd jamais
auprés de ſe grand Prince
quand on eſt ſage.
2
Mr Moreau eſt premier
Velet de Garderobe dés l'enfance.
Il est fort propre &
fort entendu , & d'une ſageſſe
exemplaire , plein d'eſprit , &
a mille bonnes qualitez . Il
defſigne entr'autres parfaitement
bien , & il ſe connoift
à tout. Il y a long- temps que
le Roy ſçait qu'il n'a pas
un attachement mediocre
pour ſa perſonne.
Mr Bachelier eſt premier
Valet deGarderobe , & Mrs
Bidant , le Fevre , & Mayas
ont eſté nommez pour Valets
de Chambre ordinaires
2
GALANT.
177
c'eſt à dire , qu'ils doivent
ſervir toute l'année. Le choix
du Roy pour leur faire remplir
ces emplois , prouve leur
merite. Auſſi peut on dire
qu'il n'y a en aucun,même des
Officiers qui font au deſſous
de ceux dont je viens de vous
dire les noms qui ne ſoit
diftingué par une vie exemplaire
, de forte que Sa Majeſté
fait plus d'un bien en
recompenfant la ſageſſe , puis
que par-là Elle excite à l'acquerir
ceux qui ont des vûës
pour élevation.
,
Ce Monarque ayant permis
aux Religieux de Clerlieux ,
Ordre de Ciſteaux , Dioceſe
de Toul , de faire élection
de trois d'entre eux dont
enfuite il nommeroit l'un
pour remplir la place d'Abbé ,
,
>
:
178 MERCVRE
vacante par la mort de Dom
Bichet , Abbé regulier , &
l'election eſtant tombée fur
Dom Bonnet , Prieur & Religieux
de cette meſme Maifon
, Sa Majesté l'a nommé
préferablement aux deux autres
qui ont eſté éleus comme
luy , ayant eu égard à ſon
propre merite , & à l'approbation
generale que la Provincedonnoità
ces choix .
Vousſçavez que Mr l'Abbé
deBeauveau a eſté nommé à
l'Eveſché de Sarlat . Voicy le
Compliment que Mr le
Doyen , à la teſte du Chapitre
de la Cathedrale , luy fit à
fon arrivée . >
MONSEIGNEUR ,
Voſtre Chapitre vient vous rendreſesſoûmiſſions
, &vous mar
GALANT.
179
quer la fatisfaction qu'il a de vous
voir. Fugez , Monseigneur ,de la
grandeur de nostre joye par l'hon .
neur que nous recevons d'eſtre les
Membres d'un corps , dont vous
estes le Chef. Encore un coup ,
Monseigneur , jugez de la grandeur
de nostre joye , quand nous
conſiderons ; que par unefiglorieufe
liaiſon , nous avous part à tous
vos avantages , à l'élevation de
vôtre naiſſance au pouvoir de
vostre Dignité , à la distinition de
vostre merite , & àtant d'éminentes
qualitez qui pourroientfaire le
bonheur de la premiere Eglise du
monde. Après tant de biens , Mon-
Seigneor , nesommes-nous pas obli
gezde benir millefois la main qui
nous afait un ſi riche present ,&
dans un esprit de reconnoissance ,
pouvons- nous affez faire de voeux
د
pourle plus fage, le plus puissant .
180 MERCURE
&le plus religieux de tous les Prin
ces ? Dans cet estat , Monseigneur ,
noſtre bonne fortune n'a rienàdefi
ver , finon qu'il vous plaiſe nous
continuer les témoignages de cette
bonté , dont vous avez voulu nous
donner par avance de ſi ſenſibles
preuves ; & comme c'est lafaveur
la plus precieuse que nous puisfionssouhaiter,
jesuis chargé avec
plaisir , Monseigneur , de vous
affeurer que nous tâcherons de meriter
cettegrace par nosfoins ,parno
respects , &par noftre obeiſſance.
Il faut vous parler des perfonnes
confiderables que nous
avons perduës depuis peu de
temps.
Dame Marguerite Picot.
Elle estoit Veuve de Meffire
Charles Pinon , Vicomte de
Quincy , Seigneur de Boifboufon
, Maistre des RequeGALANT.
181
ſtes , & Fils de Meffire Jacques
Pinon , qui eſt mort Doyen
des Confeillers du Parlement
de Paris . Cette Famille a donné
pluſieurs Maiſtres des Requeſtes
, Preſidens & Confeillers
aux Parlemens de Paris ,
& de Mets , Officiers en la
Chambre des Comptes , Treforiers
de France , & autres
Compagnies de Judicateure.
Il y a preſentement trois Confeillers
de cette Famille au
Parlement de Paris , ſçavoir ,
Mrs Estienne Pinon , Confeiller
Clerc en la Grand'-
Chambre receu en 1653 .
Meffire Barnard Pinon , receu
en 1671. Conſeiller en laCinquiéme
des Enquestes &
Meffire Charles François Pinon
receu en 1684. Confeiller
en la Deuxième des En-
د
د
182 MERCVRE
queſtes . Cette Famille porte
d'azur au Chevron d'or
pagné de trois pommes de pin
demesme.
د
د accom-
Dame Claire - Brice. Elle
étoit Veuve de Meffire Robert
Clapiffon d'Ulin Seigneur
de Chartrettes , du Vau , &
autres lieux , Doyen des Auditeurs
en la Chambre des
Comptes à Paris . La Famille
des Brice a donné des Confeillers
au Parlement , & aux
Compagnies de Judicature de
cette Ville , & celle de Clapiſſon
a donné auſſi divers
Officiers aux Compagnies de
Judicature de Paris. Meffire
Nicolas Clapiſſons d'Olin,qui
en eſt, fut receu en 1651. Confeiller
en la Cour des Aides .
Dame Catherine de Nouveau.
Elle estoit Veuve de
Meffire
GALANT. 183
Meſſire Charles , Marquis de
Bourdeille & d'Archiac , Ba
ron de la Tour - Blanche , &
Comte de Mata. Feu Mr de
Nouveau eſtoit ſon Frere , &
Madame de Monterolier ſa
foeur.
Dame Marguerite de la
Grange Trianon , Femme de
Meſſire Antoine François de
la Tremoille , Duc de Noirmoutier
, Baron du Pieſſis aux
Tournelles . Elle eſtoit Fille de
Monfieur de la Grange , cy
devant Preſident en la Secon
de Chambre des Requeſtes du
Parlement de Paris. Elle a laiſſé
deux Freres ; l'un Conſeiller au
Parlement , & l'autre Conſeiller
au Grand Conſeil. Madame fa
Soeur , a épousé Monfieur de
Pouffemothe de Leſtoille , Seigneur
de Chenouſt & de Gra-
Aoust 168 9 .
I
184 MERCURE
ville , Prefident en la Cour des
Aides. Quant à Monfieur de
Noirmoutier ſon Mary , il eſt
Fils de feu Meſſire Loüis dela
Tremoille , Duc de Noirmoutier
, Vicomte de Tours , Baró
de Chasteauneuf & de Semblancé
, Lieutenant General
des Caps & Armées , du Roy ;
Gouverneur de Charleville &
du mont Olimpe , en faveur
duquelle Roy en 1650. érigea
le Marquiſat de Noirmoutier
enDuché.Mrle Duc de Noirmoutier
eſt Frere de Madame
la Ducheffe de Bracciano , &
de Madame la Princeffe de
Belmont; & fort d'une Branche
Cadette de l'illuſtre Maiſon
dela Tremoille, dontles aifnez
fon les Ducs de Thoüars, Pairs
de France , Princes de Tarante
& de Talmont , Comtes de
GALANT.
185
Laval , de laquelle lechef eſt
Meffire Charles Belgique Holande
dela Tremoille , Duc de
Thoüars , Pair de France ,
Prince de Tarente & de Talmont,
Comte de Laval , Chevalier
des Ordres du Roy , &
premier Gentilhomme de la
Chambre . Les Marquis de
Royan font encore de cette
Maiſon de la Tremoille , qui
porte d'or au chevron de gueules ,
accompagné de trois Aigles d'azur
bequez & membrezde gueules .
Meſſire Menry de Maſſuë ,
Srde Ruvigny , & Marquis de
Reneval . Il eſt mort en Angleterre,
âgé de 60.ans , dans une
Maiſon du Roy appellée Grenich
. Il eſtoit né à la Baſtille ,
dontMr de Ruvigny fon Pere
eſtoit Gouverneur , & avoit
eu une Soeur qui a fait grand
12
186 MERCURE
bruit par ſa beauté ,& à laquelle
le Maréchal de Biron
qui cut la teſte coupée dans
la court de la Baſtille , donna
un beau diamant qu'il avoit
au doigt , peu d'heures avant
qu'il montaſt ſur l'échafaut.
Elle n'avoit alors que dix à
douze ans . Elle fut mariée
en premieres Noces à Mr de
la Maiſon- fort , qui mourut
preſque auffitoſt qu'il l'euc
épousée Elle demeura Veuve
quelque temps , juſqu'à ce
que Milord Vvratoftoli, Comte
de Souptanton , qui enfuite
fut fait grand Treforier
d'Angleterre , l'ayant veue
au Cours , fut frappé de ſa
beauté , & l'épouſa. Elle étoit
brune , & comme c'eſt une
qualité affez rare en Angleterre
, & que l'on prefere aux
GALANT. 187
1
Blondes , elle n'y fut pasmoins
admirée qu'en France. D'elle
font venuës deux ou trois belles
perſonnes qui ont eſté mariées
aux meilleurs partis de ce
Païs-là .Milord Ruſſel en avoit
épousé une Mr de Ruvigny ,
dont je vous apprens la mort ,
a porté les armes dés ſa plus
grande jeuneſſe. Il ſe trouva
dans Mantouë lors qu'elle fut
priſe par Collalto. Il revint en
France , où il fervit dans toutes
les Guerres . Il commanda longtemps
le Regiment de Cavalerie
du Grand Maiſtre , qui
eſtoit Mr le Maréchal de la
Meilleraye , & fe maria avee
Dame Marie Tallemand, Soeur
de Monfieur l'Abbé Tallemand
, Aumônier du Roy , &
premier Aumônier de Madame.
Cette meſme année il fut
I3
188 MERCVRE
envoyé par la Cour pour tâ
cher de regagner Mr de Turenne
qui en eſtoit mal ſatisfait
& il réüffit fi heureuſement ,
que non ſeulement il adoucit
ſon eſprit , mais il l'attacha entierement
au ſervice du Roy ,
luy promettant de la part de
la Cour le Commandement de
ſes Armées , & meſme luy
en répondant en ſon particulier.
Il rendit par là un
tres- grand ſervice à cette Famille.
Depuis cela Mr le
Marquis d'Arfilliere , Deputé
General des Pretendus Reformez,
qui avoit fuccedé en cette
Charge à Mr le Marquis de
Galerande , érant , mort , elle
fut donnée à Mr de Ruvigny ,
qui l'a exercée à la fatisfaction
generale , & de la Cour , & de
ceux de ſa Religion , juſques
د
GALANT. 189
à l'année qu'il s'en démit , &
qu'on la donna à Mr de Ruvi .
guy , fon Fils aîné . Dans le
tems dela Bataille de Dunkerque,
Mr de Turenne pria Mr
le Cardinal Mazarin de conſentir
que Mr de Ruvigny
ſerviſt dans ſon Armée en qualité
de Lieutenant General ,
demandant fur tout une perſonne
en qui il puſt avoir con .
fiance; mais ce Miniſtre qui
n'accordoit pas aifément ce
qu'on fouhaitoit de luy , réponditqu'il
n'eſtoit pas à propos
qu'un Deputé General des
Pretendus Refomez poſſedaſt
encore un pareil employ. On
ne laiſſa pas de luy donner la
qualité de LieutenantGeneral,
ce qui fait voir que ſans le malheur
de ſa Religion , il auroit
pû aſpirer aux premieres di
14
190
MERCURE
gnitez de l'épée. Il n'a pas
moins réüſſi dans les Negociations
, ayanteſté Ambaſſadeur
en Portugal , où il a conduit
la défunte Reyne. Il a cu
beaucoup de part à l'affaire de
Dunkerque. Il eſtoit alors
ou Ambaſſadeur , ou Envoyé
en Angleterre , & il y negocia
avec beaucoup de ſuccés
en l'une & en l'autre qualité.
Il eut le bonheur peu de
temps aprés de découvrir
la trahison du nommé le
Roux , qui fut pris en Suiſſe ,
mené à la Baſtille , & executé
publiquement. Les autres
Ambaſſadeurs ont rendu fouvent
ce témoignage de luy ,
que dans les Lettres qu'ils s'écrivent
les uns aux autres , il
n'y en avoit point qui fiſt
mieux le plan de la Cour où
2
GALANT. 191
il eſtoit , ny qui repreſentat
mieux l'eſtat des affaires . Il
a receu pluſieurs graces de
Sa Majesté qui luy donnoit
fix mille livres de penfion ,
& quatre mille à ſon Fils aîné.
Cela a continué juſqu'à
leur départ de France , &
meſme on les a laiſſe jouïr
tranquillement de leurs Terres
. Le Pere & le Fils aifné
font demeurez paiſibles dans
tous les Troubles , qui mettent
l'Angleterre en diviſion .
Le Cadet s'eſt laiſſe gagner
par le Maréchal de Schomberg
contre leur ſentiment, &
contre celuy de ſa Mere qui
eft tres-fenfiblement touchée
de la perte d'un Mary qu'elle
a toujours tendrement aimé ,
& qu'elle croyoit revenú d'u.
ne longue indiſpoſition , cau.
IS
192
MERCVRE
fee par une cheute qu'il avoit
faite l'hyver dernier , & dont
il eſtoitdemeuré long temps
au lit ; mais ayant repris ſes
forces , peut- eſtre les avoit
il trop exercées en ſe promenant
dans le Parc &dans les
Jardins de Grenic , d'où la
veille de ſa mort il ne fe re
tira qu'à neuf ou dix heures
du foir. Il patia la nuit affez
doucement , & le lendemain
il fentit une fort grande foibleſſe
,& une eſpece de défaillance.
Ilſe jetta à genoux , &
mourut en recommandant
fon ame à Dieu. Quand Sa
Majesté eur appris fa mort
Elle eut la bonté de faire un
éloge de luy , & de dire que
de tous ceux qui avoient eſté .
employez à ſon ſervice ,il n'y
avoit perſonne qui l'euſt plus
وب
GALANT.
193
fidellement , plus fecretement
& plus agreablement ſervie.
Un témoignage ſi glorieux
doit eſtre une grande conſolation
à tous ſes Amis .
Depuis la déclaration de la
guerre , les Ennemis de la
France ſe vantent d'avoir fait
beaucoup de priſes fur nous ,
mais ils ne les nomment
point ; au lieu que nos Armateurs
en fonttous lesjours ,
&en plus grand nombre qu'on
ne le publie . L'un d'eux en a
faitune ſur les Anglois depuis
peu de temps ,& il l'a conduite
à S. Malo. Elle eſt eſtimée
quinze à ſeize millelivres.
Un autre Armateur leur a
pris un Baſtiment qui eſtoit
chargé de vins de Canarie.
Le Vaiſſeau nommé le Cle
ment s'eſt auſſi rendu maiſtre
16
494 MERCURE
d'un Bastiment qui revenoit
de Lisbonne; Il eſtoit chargé
de Sel .
Le 20. du mois paſſé , quatre
Priſes Angloifes furent
amenées à S. Malo , où la
Fregate , appellée la Vierge de
Grace , en avoit déja amené
une qu'on eſtimoit quinze
mille écus.
Le 27. une autre priſe fore
confiderable fut amenée dans
le Port de Breſt par trois de
nos Armateurs . C'eſtoit un
Baſtiment Anglois chargé de
diverſes marchandises , & enare
autres d'un fort grand
nombre de balles de foye...
Cette priſe eſt eſtimée cent
mille écus.
Mr le Chevalier d'Amblimont
, aprés fix ſemaines
decourſe rentra le 4. de of
GALANT. 195
mois au Port de Dunkerque ,
avec un Navire moitié guerre,
moitié marchand , de trentedeux
pieces de Canon ; &
une grande Flûte , le tout pris
fur les Hollandois, Il avoit
avec luy quatre petites Fretes
, & ayant rencontré cinq
de leurs Vaiſſeaux , il les atraqua.
Le combat fut rude
& l'un des plus vigoureux
qui ſe foient donnez depuis
longtemps. Il coula d'abord
à fond un de ces Vaiſſeaux
&un autre fauta , le feu ayant
pris aux poudres , ou par un
coup de Canon venu du Vaifſeau
de ce Chevalier 6 ou
2
2
comme pluſieurs l'aſſurent ,
par le feu que le Capitainey
mit lay meſme en diſant
qu'il valois autant auser que
• d'eſtre pendu. C'eſtoit un
6
196 MERCURE
François qui avoitdeferté de
puis pluſieurs années. Il y
avoit dans ce Vaiſſeau vingtcinq
ménages qui alloient
aux Ifles . Il y en eut encore
un coulé à fond , & un
autre pris , de vingt - quatre
pieces de Canon. Il eſtoit
chargé de vivres , & l'autre
que Mr le Chevalier d'Amblimont
amena en melme
temps au Port de Dunkerque,
l'eſtoit de marchandiſes
pour Curaçao. Il perdit prés
de deux cent hommes , un
Capitaine en fecond & un
Enſeigne qui estoit fur le
Vaiſſeau qui fauta après avoir
eſté abordé. Le cinquiéme
Vaiſſeau , qui s'eſtoit ſauvé
pendant le combat , fut pris
le lendemain par un de nos
Armateurs. Il eſtoit de foiGALANT.
197
, xante & dix tonneaux
quatre pieces de Canon.
&de
,
le
Peu de jours auparavant il
s'eſtoit donné un autre combat
qui dura fix heures. La
Fregate l'Intrepide ayant attaqué
un Vaiſſeau Anglois
de trois cens tonneaux
prit à la hauteurdes Sorlingues
, mais en l'amenant à
Breft , elle rencontra trois
Vaiſſeaux de guerre à la hauteur
de l'Iſle d'Oueſſant. Ils
luy donnerent la chaffe , &
elle fut obligée d'abandonner.
la priſe , & de relâcher à S...
Malo , où elle mena le Capitaine
Anglois & les Prifonniers.
Le Vaiſſeau nommé le petit
Saint Loüis a conduit deux
autres priſes à ce meſme Port
Tune eſtoit chargée de pou
198 MERCURE
dre d'or , dedents d'Elephant ,
de bois rouge , & d'autres riches
marchandises , & on l'eftime
plus de fix vingt mille
livres.
Le Jofeph , Fregate du même
lieu , qu'on avoit armée
en courſe , en a pris une fur
les Ennemis de huit pieces de
Canon.
l'ajoûteray à tant d'Articles
glorieux pour la France,
trois actions ſurprenantes qui
ſe ſont faites fur Mer par des
Capitaines François , & qui
meritent , non ſeulement d'être
ſçûës comme des nouvel
les agreables & avantageuſes
dans la ſituation où font les
affaires , mais meſme quelhiſtoire
les remarque afin que
la memoire en ſoit conſervée,
Mr Julien , de la Rochelle ,
GALANT.
199
Lieutenant de Vaiſſeau , &
Commandant , dans l'occaſion
dont il s'agit , d'un petitBâtiment
du Roy de dix pieces de
Canon , armé en courſe , revenoit
de l'Amerique avec un
Vaiſſeau marchand qu'il accompagnoit
; nommé LaMaréchale
, montéde ſeize pieces
de Canon , & commandé par
MrGuillot , & eſtant à trente
licuës au large de Belle.Ifle
il rencontra un Vaiſſeau de
guerre Hollandois de foixante
pieces de Canon , & une
Fregate de vingt deux pieces
qui firent enſemble leur déchargeà
la portée du fufil fur
ces deux Bâtimens François ,
qui non ſeulement avoient
les trois quarts de Canon
moins que leurs Ennemis
mais qui furent meſme fur-
2
2
200 MERCVRE
pris , en forte qu'avant que
de pouvoir tirer un ſeul coup ,
ilseſſuyerent tout le Canon
du Vaiſſeau Hollandois & de
la Fregate. Mrs Julien &Guillot
n'en furent ny étourdis
ny découragez , mais ſe ſen.
tant pluſtoſt animez , ils refolurent
de ne ſe point rendre,
& de vendre cher leurs vies ,
s'il falloit mourir. Ils foutinrent
le combat , & ce qui ſemble
incroyable , ils refifterent
vigoureuſement pendant fix
heures à des décharges continuelles
de quatre- vingt- deux
pieces de Canon , ce qui auroit
dû les mettre en pieces ,
& les abîmer , ſans leur grande
experience , &le fang froid
qu'ils conferverent pour donner
leurs ordres . Ils le firent
avec toute la prefence d'eſprit
GALAN T. 201
,
imaginable , & enfin aprés fix
grandes heures de combat , le
petit Bâtiment du Roy , commandé
par Mr Julien , étant
percé à l'eau de tous coſtez
ce Commandant fit ſignal au
Vaiſſeau la Maréchale de s'aprocher
, & n'ayant plus que
douze hommes en estat de
combatre , il ſe jetta dedans
avec le reſte de ces braves qui
venoiensde faire tant de prodiges
, & qui étoient reſolus
d'en faire encorede nouveaux,
quoyque lesHollandois parufſent
encore plus en eſtat de
vaincre , que quand le combat
avoit commencé. A peine les
François curent- ils quitté le
petit Bâtiment , où ils avoient
eſté foudroyez par le grand
nombre de coups de Canon
qu'on avoit tirez ſur eux , que
202 MERCURE
ce Baſtiment coula à fond Ainſi
les deux Capitaines n'avoient
plus qu'un Vaiſſeau
marchand de ſeize pieces
pour ſe défendre contre deux
Baſtimens , montez de quatrevingt-
deux. Ils s'aviſerent de
faire des ſabords à la chambre
de leur Vaiſſeau , & de
charger leurs Canons de boulets
à leurs teſte , & de cartouches
. Cela leur réuffit
heureuſement. La Fregate qui
vingt à l'abordage fut vivement
repouffée , & avec une
tres grande perte de ceux qui
eſtoientdeffus , & le Vaiſſeau
Hollandois , quoy que grand
& fort , fut démâté. Cependant
le Canon des Ennemis
ayant raſé les platsbords du
Vaiſſeau François , & mis
tout ſon pont à découvert ,
GALANT. 201
Mrs Julien & Guillot imaginerent
un moyen de luy
donner de nouveaux bords.
Ils en firent un de balles de
coton , aprés quoy ils continuerent
à ſe défendre juſques
à la nuit , avec la même
vigueur qu'ils avoient fait
lors qu'ils avoient plus de
monde , & qu'ils eſtoient fecondez
du Baſtiment qui avoit
coulé à fond. Le lendemain
le gros Vaiſſeau qui
n'avoit pu ſe remaster , parut
ſous le vent , & les Commandans
François remarquerent
qu'avec les Chaloupes des
deux Baſtimens on envoyoit
environ cent hommes à la
Fregate. Ces deux Baſtimens
ennemis s'approcherent en
fuite du Vaiſſeau François ,
qui déchargea ſa bordée de
204
MERCVRE
ſi prés , & fi heureuſement ,
parce que le temps de la lacher
fut pris à propos , qu'il
y cut un grand nombre des
Ennemis tuez & mis hors de
combat. Leur Beaupré tomba
, & teſta ſur la Maréchale ,
ce qui montre qu'ils eſtoient
bien prés l'un de l'autre ; il y
cut enfuite un autre abordage
qui ne fut pas moins heureux
aux François , qui dématerent
la Fregate. Elle fut
par là obligée de s'approcher
du gros Vaiſſeau & de ſe
mettre fur le coſté , eſtant
percée de pluſieurs coups.
On remarqua qu'il ne reſtoit
que cinquante hommes ſur le
Vaiſſeau Hollandois , au lieu
de deux cens qu'on y avoit
vûs le matin. Mrs Iulien &
Guillot trouverent à propos
GALANT.
205
mes ,
de ſe returer , quoy qu'ils
n'euffent perdu que dix hom-
& que le nombre de
leurs bleſſez , parmy leſquels
eſtoit le Contre maiſtre qui
eut le bras emporté , ne fuſt
pas confiderable ; mais leur
Vaiffeau estoit ſi maltraité ,
que fi le Hollandois n'cuſt
pas eſté dans l'eſtat que je
viensde vous marquer , il luy
auroit eſté fort aiſe d'emporter
une victoire , qui des l'entrée
du combat avoit dû luy
eſtreſeure . Quantau Vaiffeau
François , c'eſtoit triompher
que de ſe garantir d'eſtre pris ,
mais c'eſt une honte aux
deux autres qui estoient quatre
fois auſſi forts , non ſeulement
de ne s'en eſtre pas
rendus maiſtres , mais encore
d'avoir perdu plus de deux
206 MERCURE
,
cens hommes , & de ſe voir
tellement ruinez , qu'ils n'ont
pû poursuivre des Ennemis
qui leur eſtoient ſi inferieurs ,
& qui n'avoient preſque eu
pour eux que leur courage ,
& la reſolution de ſe bien
défendre . Le Capitaine Julien
eſt un nouveau réuny &
peut- eſtreque les Ennemis qui
veulent foulever contre le
Roy ceux qui ſe ſont rendus
Catholiques , auroient connu ,
s'ils eſtoient entrez enFrance,
qu'ils ſe ſeroient trompez , &
que les nouveaux Convertis ,
qu'ils croyoient devoir prendre
leur party , les auroient
batus comme le Capitaine
Julien a fait les deux Vaifſeaux
Hollandois .
>
Je paſſe à une autre action
aufi finguliere qu'elle eſt
glorieufe
GALAN T.
207
د
glorieuſe pour la France. Le
18. de ce mois , Mr le Marquis
de Seignelay , qui avoit
monté ſur la Flote , eſperant
voir une bataille navale
& que les Ennemis ne la
fuiroient pas comme ils ont
fait , impatient d'en apprendre
des nouvelles détacha
Mr le Chevalier du Mené ,
qui commandoit le Vaiſſeau
nommé le Marquis , venu de
Provence avec Mr le Chevalier
de Tourville , & monté
detrois cens cinquante hommes
, & de cinquante - huit
pieces de Canon , pour aller
reconnoiſtre les Flotes Angloiſe
& Hollandoiſe qui é
toient à la hauteur des Sorlingues
. Les Ennemis qui apprehendoient
d'eſtre ſurpris ,
& qui ne craignoient rien
Aoust 1689. K
208 MERCURE
د
tant que le combat , où ils
ſçavoient que nos Vaiſſeaux
avoient ordre de les engager,
détacherent un de leurs plus
gros Vaiſſeaux dont la baterie
baſſe eſtoit de 18. livres
de bales ,pour découvrir où
eſtoit noſtre Flote afin d'éviter
fa rencontre . Mr le Chevalier
du Mené l'ayant apperceu
, appareilla auſſi toſt
& l'aborda à la portée du
mouſquet. Il s'avança enfuite
juſqu'à demy portée , & l'approcha
enfin juſqu'à la portée
du piſtolet , où il ne fut
pas pluſtoſt qu'il luy lâcha
fa bordée . Elle cut tout le
fuccés,que ce Chevalier en
pouvoit attendre . Le Vaiffeau
Anglois fut démaſté &
defamparé , & il y eut enfuito
un grand feu de Mouſque
GALANT. 209
terie de part & d'autre. Le
Capitaine Anglois ſe trouva
bleſſé à mort , & environ ſoixante
hommes furent tuez
fur fon bord , & plus de cent
mis hors de combat , de forte
que les François ſe rendirent
maiſtres de ce Vaifſeau . Mr
le Chevalier du Mené eut le
bras emporté d'un coup de
Canon , & fa bleſſure auroit
pû refroidir ſon équipage,ſi ce
brave Capitaine en euſt paru
alarmé ; mais il empêcha que
ce malheur ne ralentiſt l'ardeur
des Officiers & des Sol
dats & commanda qu'on
agiſt de meſme que s'il n'avoit
point eſté bleffé. Le
Vaifſeau Anglois fut pris , &
on le remorqua pour l'amener
Mr le Chevalier du Mené
mourut le lendemain , & M
و
K
1
210 MERCVRE
1
!
د
le Chevalier de Combes , Capitaine
en ſecond du meſme
Vaiſſeau , qui avoit agy fous
ſes ordres depuis qu'il avoit
ea le bras emporté , en prit
le commandement en Chef.
Il conduiſoit ce Vaiſſeau vers
noſtre Flote lors qu'il en
apperceut huit ou dix autres
de l'Eſcadre bleuë des Ennemis
, qui avançoient vers luy
d'une maniere à faire connoiſtre
qu'ils auroient voulu que
le vent les euſt pouſſez avec
plus de rapidité , eſperant ,
s'ils l'abordoient , non ſeulement
empeſcher que leur
Vaiffeau ne fuſt emmené
mais encore avoir l'avantage
de ſe ſaiſir du noſtre , & de
le conduire à leur Flote. Mr
de Combes jugeant qu'il leur
feroit aife d'executer leur
GALANT.. 211
deſſein , parce qu'il ne pouvoit
aller auſſi viſte qu'eux ,
à cauſe du Vaiſſeau qu'il remarquoit
, fit paſſer ſur ſon
bord prés de deux cens cinquante
Anglois , avec le Capitaine
qui estoit bleſſé à
morr , & enſuite fit fauter le
Vaiſſeau pris , par le feu qu'on
mit aux poudres . Ce fut
comme un coup de foudre
pour les Ennemis. L'étonnement
les arreſta dans le milieu
de leur courſe , & Mr de Combes
eut le temps de revenir
ſans qu'ils l'ofaffent pourſuivre.
Il n'eut fur fon bord que
douze hommes tuez ,& quinze
mis hors de combat Mr.
de Seignelay fit diſtribuer les
Prifonniers ſur les Vaiſſeaux
Le Lieutenant du Vaiſſeau
Anglois aſſura que les deux
K 3
212 MERCVRE
Flotes ennemies jointes en
ſemble ne montoient qu'à
65. Vaiſſeaux de guerre .
,
Quoy que l'Article qui fuit
regarde l'Irlande c'eſt une
action qui peut eſtre miſe au
nombre de celles dont je viens
de vous parler , puis qu'elle à
eſté faite par un François ,
Commandant trois des Baftimens
de Sa Majefté . Lors que
le Roy d'Angleterre paſſa en
Irlande , le Roy luy donnatrois
Fregates commandées par Mr
du Queſne Monnier , Capitaine
de Marine , pour ſervir
Sa Majesté Britanique dans
cette Mer , découvrir les Baſtiimens
Anglois qui voudroient
approcher de la coſte de ce
Royaume , les prendre ou leur
donner la chafſe ſuivant leur
force & leur nombre , & tranf
GALANT.
213
porter d'un Port à l'autre d'Irlande
les choſes qu'on auroit
beſoin d'y faire conduire , pour
gagner par ce moyen la plus
grande partie du temps qu'il
faut donner aux Voitures qui
font par terre . Ces Fregates
partirent dela Rade de Califergus
, qui eſt au Nord d'Irlande,
pour aller à l'ifle de Mole
en Ecoffe debarquer des Troupes
du Roy d'Angleterre , &
des Officiers que ce Prince
envoyoit pour commander
une partie de celles que l'exem、
ple des rebelles n'a pû ſeduire,
& qui expoſent genereuſement
leur vie en Ecoffe pour
le ſervice de leur Souverain .
Les trois Fregates qui leur portoient
ce ſecours , rencontrerent
le 20. de Juillet à hair
heures du matin , cinq Voiles
K 4
214
MERCURE
fous le Cap Contier , qui eſt
une terre d'Ecoſſe. Il y en avoit
trois aſſez prés de terre , & qui
en pouvoient eſtre environ à
deux lieuës au vent des autres .
Les Fregates de Sa Majesté ſe
trouvant au vent arriverent
deſſus pourles reconnoiſtre , &
remarquerent quand elles en
futent plus proche , que les
deux premiers de ces Baſtimens
, estoient deux Navires
deguerre Anglois , ayant chacun
une flame au grand maſt,
ce qui obligea Mr du Queſne
de s'approcher du commandant
; & comme un des deux
Navires tenoit plus le vent
que l'autre , il détacha la Fregate
la folie , commandée par
un Capitaine Anglois nommé
Naigle , pour l'attaquer ; &
ayant reſolu d'aller avec la
GALANT.
215
fienne attaquer l'autre Navire,
qui estoit celuy du Commandant
, il ordonna à Mr Booth ,
autre Capitaine Anglois , qui
commandoit la Fregate la Tempeste
, de ſe tenir en eſtat de ſecourir
celle des deux qui en
auroit le plus de beſoin . Il s'apa
prochadu Navire Anglois à la
portée du piſtolet , & aprésluy
avoir donné ſa bordée de Canon
, & fa déchargede Moufquet
, il vint à l'abordage . Le
combat dura environ une
demy heure . Le Capitainedu
Navire nommé Guillaume Ham,
fut tué, & aprés ſa mort tout
l'Equipage demanda quartier.
L'autre Navire qui avoit eſté
preſſé de prés voyant ce Vaiffeau
rendu, ſuivit ſon exemple.
Ces deux Baſtimens estoient
Ecoſſois , & montez chacun de
Κ
216 MERCVRE
cinquante pieces de Canon ,
avec trois cens hommes d'êpuipage
. Ils avoient eu ordre
de croifer entre l'Irlande &
l'Ecoffe , afin de s'oppoſer au
fecours que le Roy d'Angleterre
pourroit envoyerau Viconte
de Dundée. Les trois autres
curent le temps de s'éloigner
pendant le combat , & gagnerent
la coſté d'Ecoſſe , où leurs
gens ſe ſauverent. Cela n'em .
pêcha pas que l'on n'en prift
deux. L'un eſtoit chargé de
vivres pour Londonderry , &
il y avoit un Milord dans
l'autre qui eut le bonheur
d'échaper . Du reſte ,on y
trouva peu de monde , à cauſe
qu'on pretendoit le remplir
de Proteftans qui ſe devoiens
rendre ſur la coſte. Les Fregates
du Roy continuerent
GALANT.
217
leur route , & arriverent le
23. au lieu où elles devoient
débarquer les Troupes qu'elles
portoient , ce qu'elles executerent
heureuſement. Ainsi
ces trois Fregates eurent l'avantage
de prendre quatre
Navires , de donner la chaffe
au cinquiéme , & d'executer
ce qu'elles avoient entrepris
de faire , malgré l'empêchement
qu'y pouvoient mettre
cing grandsBaſtimens.Les mémes
Fregates du Roy prirent
au retour un petit Batiment.
monté de huit pieces Canon ,
qui fervoit à porter les Lettres
d'Angleterre à Londonderry.
L'on trouva deſſus le
Fils d'un Echevin de Dublin
chargé d'un paquet , qui contenoit
beaucoup de choſes
dont l'éclairciſſement a eſté
ود
K6
28 MERCURE
d'une grande utilité aux affaires
de Sa Majefté Britannique.
Elles prirent auſſi quelques
autres Bastimens Anglois
outre ceux que je viens
de nominer , & meſme quel-.
ques Baſtimens Eſpagnols , fi
bien que le tout enſemble
forme une petite Flote qui
en pourroit battre une plus
nombreuſe.
Le mot de l'Enigme du
dernier mois , qui estoit la
Chaire àprefcher , à eſté trouvé
par Mrs Rouſſel , Curé de
S. Eſtienne de Conches : Foucher
, Preſtre habitué en l'Egliſe
S. Thomas de S. Lo :
Petit de Legueval , à l'Anagramme
, Amour du fiecle : Arnaud
, Chirurgien de la ruë
du Four : Hongnant : Bataillot
, l'Avocat : Digeon , voi
GALANT.
219
fin de la Fontaine des Blancsmanteaux
: l'Abbé d'Epagny
de Langres : De Baye , Cadet
aux Gardes dans la Compagnie
de Fourille : l'ay Bien
deviné , de la ruë S. Denis :
le Voiſin de la Veuveincomparable
du Château : le Pafteur
de la teſte noire de la
ruë des Bourdonnois : le petit
Mouton :le Païfan de la Baftille
l'Oedipe de la ruë
Bourgeoiſe , à S. Lo : Fulny
le beau Grandon : de Beaujour
, Sr de Guilleranche , de
Maſcon : le Solitaire de la
ruë aux Rats : le grand De
vineur de S. Denis : le Claire
du jeu du Monde invalide à
Lyon; Meſdemoiselles Voyant
dela Porte S. Victor : Janneton
& Madelon de Monfort l'Amaury
: la petite Liſette la
220 MER CURE
Hollandoiſe : Diane de la Foreft
. d'Alcleon : la Nimphe
Loüife Lucie de Chatillon en
Bazois : l'agreable Brune Eleonor
, de l'Hôtel de Soiffons :
la Veuve enjoüée de la ruë
Xaintonge : la belle Marcourelle
de Perpignan : la Belle
à l'Anagramme , le changeray ,
& fon petit Berger de Villefranche
en Beaujolois : la
Belle ſoupirante du Pont au
Change : fon aimable Voiſine
aimée de l'Amant inconnu
& ſa chere Compagne de
l'Image S. Georges : l'aimable
Manon la conquerante ,
de la ruë du Four , l'aimable
Madelon de la ruë Simon-lefranc
: l'aimable Reclufe de
S. Clair , & fa charmante
Voiſine du meſme lieu l'im
comparable Sprituelle du
و
GALANT. 221
Cloiſtre S. Iacques de la Boucherie
, & la fiere Gueſpine
du quartier S. Leu..
Vous me manderez la penſée
de vos Amies fur ΙἘ-
nigme nouvelle que je vous
envoye.
ENIGME.
Efuis d'une , & de deux couleurs
,
Mon habit de morceauxm'envelope
la teſte;
Beaucoup de gens qui me font
fefte
Tâchent en me baisant d'afſouvir
leurs ardeurs ;
L'onm'aime unſeul moment,l'autre
unjour , l'autre une heure.
Quand on me fait fortir d'où je
fais ma demeure ,
Tel se plaiſt d'arracher tous mes
habillemens ..
22.2 MERCURE
La cruautédu fort me rend infortunée
,
On me vient enlever dans mes retranchemens
,
Et mesinfidelles Amans
Ayant jouy de moy pendant une
journée ,
Me laiſſent tous , abandonnée.
Le ſecond Air nouveau
que j'ajoûte icy , eſt encore
de l'illustre Mr Lambert.
De j'ay peine à quitter cet
Un jour ,
aimable Bocage !
un seul moment en au
gmente l'ombrage ;
Mais je crains d'yrevoir un Berger
trop charmant.
Fuyonsfans tarder davantage.
Peut- estre qu'un naiſſant amour
Mefait aimer ce beau Séjour ,
Plutost que le naiſſant feüillages
GALANT.
223..
vous
د
Vous ſouhaitez que je
apprenne les Modes
nouvelles comme on ne
quittera le deüil à la Cour que
le premier jour de Septembre ,
je ne puis vous , en mander.
Leregne des rubans arecommencé
depuis deux mois , &
comme c'eſt à Verſailles que
les premiers ont paru , chacun
s'eſt fait une loy d'en
porter. Le luxe a preſque toujours
fait inventer les Modes;
mais la charité a fait renaiſtre
celle - cy . Les Ouvriers
avoient beſoin que l'on en
repriſt , & le Roy qui avoit
abandonné cette mode long.
temps avant les autres , parce
qu'il ne goutte pas ce qui eſt
ſuperflu a bien voulu en
porter le premier pour donner
l'exemple. La pluſpart
,
224
MERCURE
des femmes ont d'abord mis
des échelles de ruban ; mais
on commence à en voir moins
àla Cour . On y voit beaucoup
de certains Colliers dont je
vous parlay il y a quelques
années. Ils font de la façon
des ſieurs Berthon , & Jacquin
qui ont ſeuls le ſecret d'imiter
les perles fines , de forte qu'au
lieu de changer , elles embelliffent
plus on les porte. Je ne
vous entretiens jamais d'aucuns
ſecrets ,j'y croy peu , &
mes Lettres , en ſeroient toujours
remplies , ſi je vouloisen
parler. Cependant il y a des
Orfevres qui ſe plaignent fort
de la beauté de ces perles , &
qui affeurent qu'elles empêchent
le debit des veritables .
LesMarchands qui en vendent
de fauſſes , ayant eu l'adreſſe
GALANT . 225
de tirer de ceux qui ont trouvé
le fecret de ces belles perles,
des Colliers de leur façon pour
en debiter , en ont fait refaire
de celles du Temple , dont on
ne porte plus depuis dix ans, à
cauſe qu'elles eſtoient ſujettes
à ſe gâter . Ils ont meflé dans
chaque Collier 14.0u.grains
des perles de la nouvelle facon
, & ont enſuite vendu ces
Colliers , qu'ils ont meſme portez
en Ville , les uns fe difant
Gendres de Jacquin , & les
autres Beauperes de Berthon.
Ainfi la Ville s'eſt trouvée
pleine de gens qui les reprefentoient
ſous ces noms de
Gendres & de Beaupere. Ceux
qui voudront n'eſtre point
trompez s'adreſſeront à la ruë
du petit- Lion où ils demeurent.
On peut auſſi s'adreſſer à
226 MERCURE
eux de la Campagne ; il ne faut
qu'envoyer deux Loüis d'or
pour chaque Collier , & mander
ſi on veut que les perles
foient rondes ou baroques.
Le Roy ayant remply la
veille & le jour de l'Affom.
ption toutes les fonctions
dont il a coutume de s'acquitter
avec tant de pieté
dans les Feſtes folemnelles ,
nomma à l'Abbaie de S. Pé ,
Diocese de Tarbes , un Fils
de Mr Dallon , Premier Prefident
au Parlement de Navarre.
Le Pere eſt un homme
d'un merite diftingué Il avoit
eſté auparavant AvocatGeneral
au Parlement de Bor.
deaux , où il avoit paru avec
éclat . Il n'y eut que ce Benefice
donné ce jour- là , ne s'en
eſtant point trouvé d'autres
vacans .
GALANT .
227
Tout le monde ſçait la mort
du Pape. Elle arriva le 12. de
ce mois à quatre heures aprés
midy. Il s'appelloit Benoist
Odefcalchi , & il choifit aprés
fon élection le nom d'Innocent
X I. Il eſtoſt Fils d'un
riche Banquier de la Ville de
Come dans le Duché de Milan
, où pluſieurs Gentilshommes
font la Ranque , ainſi que
dans le reſte de l'Italie . Le
fejour qu'il luy arriva de faire
à Bruxelles , fut cauſe qu'il
porta les armés en Flandre
pour les Eſpagnols
combattant contre la France ,
د & en
il receut un coup de Moufquet
à l'épaule droite , dont
il a eſté incommodé toute
ſa vie. Il diſoit quelquefois
que c'eſtoit aux François qu'il
eſtoit redevable de l'incom228
MERCURE
modité que cette bleſſure
luy cauſoit. Lors qu'il cut
quitté la profeſſion des armes
quine luy plut pas , il fit un
voyage à Rome , où il connut
le Cardinal Pancirole , Secretaire
d'Etat ſous Innocent X.
qui luy conſeilla de ne s'y pas
arrêter longtemps , ne croyant
point qu'il euſt deſſein de
s'avancer dans l'Egliſe , parce
qu'il ne voyoit pas qu'il euſt
pris ce party là. Odeſcalchi
luy témoigna qu'il avoit reſolu
de s'attacher à la Cour
de Rome , ce qui embaraſſa
• le Cardinal Pancirole , qui ne
croyoit pas que le métier qu'il
avoit fait , & celuy de Voyageur
qu'il faifoit , luy euffent
laiſſé beaucoup de temps pour
s'appliquer à l'Etude ; mais
comme il y a une autre voye
GALAN T. 229
permiſe , & qui avance beaucoup
en peu de temps' , qui eſt
celle des Charges , ce Cardinal
luy demanda s'il avoit de l'argent
pour en acheter une.
Odeſcalchi qui avoit de grands
biens , marqua qu'il eſtoit en
eſtat de s'attacher par ce moye
à la Cour de Rome ,& peu de
temps aprés il acheta une
Chargede Clerc de Chambre
Elle luy donna entrée chez
Dona Olimpia. Belle - foeur
d'Innocent X. qui eſtoit toute
puiſſante ſur l'eſprit de ce Pape.
Il s'attacha à luy faire ſa
Cour , joignit beaucoup de
complaisance à ſes affiduitez ,
& accompagna de temps en
temps ſa complaiſance de
quelques prefens , mais il les
fit avec beaucoup d'eſprit ,
& d'adreſſe n'en donnant
,
230
MERCURE
point , qu'il n'euſt fait naiſtre
des occaſions de les donner
agreablement , & meſme des
pretextes qui ſembloient devoir
l'autorifer & luy ofter
toute crainte de s'expoſer a la
honte du refus. Il en faiſoit
auſſi quelquefois ſans ſe faire
connoiſtre , mais il y avoit
toujours quelque circonſtan
ce qui failoit deviner àDona
Olimpia qu'ils venoient de
luy. Un jour qu'il avoit
eſté voir des cabinets avec
elle , il s'en trouva un plus
beau que les autres qu'elle
marchanda ; mais l'excés du
prix l'empefcha de l'acheter.
Odeſcalchi ne témoigna
pas qu'il euſt remarqué
la paffion qu'elle avoit d'avoir
ce cabinet , & il la vie
pluſieurs fois depuis ce jourlà
GALANT. 121
lë fans qu'on en parlaſt. C'étoit
une choſe qui paroiſſoit
oubliée , lors qu'il l'envoya
payer par des Inconnus qui le
porterent chez Dona Olimpia,
ſans vouloir dire de quel.
le par ils venoient. Elle ſe
ſouvint qu'elle n'avoit eſté
voir ce cabinet qu'avec Odeſcalchi
;qu'elle n'en avoit
parlé à perſonne , & qu'ainſi
il n'y avoit que luy qui euſt
pû luy faire ce preſent , &
elle en fut d'autant plus perfuadée
qu'elle avoit déja eu
des marques de ſa maniere
d'agir envers elle . Loin d'en
eſtre querellé , il fat encore
vû de meilleur oeil , & comme
il ne s'agiſſoit point de
galanterie , & que fon but
eſtoit plus noble toutes les
occaſions qui broüillent or-
Aoust1689.
,
L
1
122 MERCVRE
dinairement ceux qui vivent
fur ce pied- là , n'altererent
point leur union , qui ſe fortifia
de plus en plus. Le
jeu de la Prime eſtoit alors
à la mode & Dona Olimpia
y jouoit ſouvent .
Odeſcalchi l'apprit pour y
joüer avec elle , & comme
il eſt impoffible qu'il n'arrive
des occafions: de diſputer
dans le jeu , il s'en rencontra
, & il en fit meſme naiſtre
afin de pouvoir luy
marquer ſa complaiſance , en
allant toûjours au devant de
ſes ſouhaits , & luy cedant
tout ce qu'elle témoignoit
vouloit emporter. Il pouſſa
meſme plus loin ſon defintereffement
, & ſe laiſſa ſouvent
perdre. Les ſommes n'eſtoient
pas groffes ; mais pluſieurs
GALANT.
123
,
de ces ſommes miſes enfemble
ne laiſſoient pas d'en
faire une fort confiderable
Cependant le temps approchoit
où Dona Olimpia
pouvoit luy rendre l'important
ſervice qu'il en efperoit
Comme il avoit de grands
biens , il aſpiroit aux plux
hauts honneurs , & fe trouvoit
en eſtat de les ſoûtenir ,
ce qui eſt un avantage fort
grand pour ceux qui font reveſtus
des premieres dignitez .
Dona Olimpia avoit tout le
credit neceſſaire , & pouvoit
luy procurer ce qui luy manquoir.
Aufſſi l'encens qu'il
luy donnoit , cſtoit- il de la
nature de celuy dont on ſe
ſert pour ſe rendre la fortune
favorable. Il n'épargnoit rien
dans l'efperance de retirer
davantage ſemblable aux
د
L2
124
MERCVRE
plusavares Chimiſtes , à qui
les millions ne coûtent rien ,
parce qu'ils ſe flatent que
L'or qu'ils feront les en recompenfera
; la difference
qu'il y avoit entre eux &
Odeſcalchi , c'eſt qu'il eſtoit
preſque ſeur qu'il ne ſemoir
pas inutilement. Il ſe ſervit
de la conjoncture , & dans le
temps qu'on parloit de faire
des Cardinaux , s'eſtant rencontré
chez Dona Olimpia ,
qui l'engagea à joüer à la
Prime , il trouva heureuſement
l'occaſion de metre le
comble à ſes manieres honneſtes
& genereuſes. Le jeu
fut extremement gros ce jour
là , & contre ſon gré il luy
eſtoit toûjours favorable , ce
qui luy cauſoit de l'embarras ,
parce qu'il n'avoit pas envie
GALANT.
215
د
elle
de gagner. Enfin laſſe de la
fortune qui luy paroiſſoit
contraire ; plus elle vouloit
le favorifer , & ſe voyant des
cartes qui alloient luy fatre
gagner une fomme fi confiderable
, qu'il eſtoit impoffible
que de l'humeur dont
eſtoit Dona Olimpia
n'en euſt beaucoup de chagrin,
il fit en forte , fans montrer
pourtant aucune affecta
tion ; qu'un homme qui appartenoit
à cette Princeſſe ,
& qui eſtoit à coſté de luy ,
remarqua fon jeu. Auſſi toſt
aprés , il broüilla les cartes ,&
ditqu'ilavoit perdu. Cela fut
rapporté à Dona Olimpia , qui
luy en ſceutfi bon gré , qu'elle
redoubla en elle- la forte reſolution
qu'elle avoit déja priſe
de le ſervir aupres d'Inno
L3
226 MERCVRE
cent X. Peu de temps aprés ,
( c'eſtoit en 1645. ) ce Pape fit
voir a Dona Olimpia la liſte
de ceux qu'il avoit deſſein
d'élever au Cardinalat , dans
lapromotion qu'il alloit faire.
Elle n'y vit point Odeſcalchi
qu'elle luy avoit recommandé
, cequi l'obligea à rayer un
de ceux qui estoient fur cette
liſte , &à le mettre en ſaplace.
Enfuite elle pria le Pape de l'y
laiffer , & il y confentit d'autant
plus volontiers , qu'Odef.
calchi menoit une vie ſans reproches
, & qu'il avoit beaucoup
de bien pour foutenir
cettedignité.Le Pape luy donna
un peu aprés l'Eveſché de
Novare dans le Milanois . Pendant
tout le temps qu'Odefcalchi
futCardinal , il fit toujours
voir beaucoup de reſpect
GALAN T.
227
pour les Couronnes , & fut
d'avis que l'on fatisfiſtle Roy
fans delay au ſujet de l'affaire
qui arriva à Mr de Crequi , en
1662. ſous le Pontificat d'Alexandre
VII. Avant que d'eſtre
élu Pape , il a toûjours mené
une vie fort retirée , & ne s'eſt
appliqué uniquement qu'à ſes
affaires , marquant beaucoup
dedéſintereſſement ,& faiſant
toujours de grandes aumônes ,
Il jouiffoit de trente mille écusderente
,& fon Frere , Pere
deDom Livio,en avoit autant ,
Si - tôt qu'il fut élu Pape, il donna
tout fon bien à ce Neveu ,
qui ayant herité de ſon Pere ,
ſe trouva ſoixante mille écus
de rente au commencement
du Ponrificat de ſon Oncle.
Odefcalchi fut éleu le 21. de
Septembre 1676. qui eſt le
L 4
228 MERCVRE
jour de Saint Mathieu , Feſte
des Banquiers ,& on luyappliqua
ces paroles , Vidimus fedentem
in telonio . On mit par fon
ordre un S. Mathieu à la premiere
Monnoyequi fut batuë
aprés ſon élection. Il eſtoit
d'une fort grande taille , & fort
droite , & eſt mort âgé environ
de 79. ans , ayant laiſſe a la
Chambre Apostolique cinq
millions de livres , & augmen
té fon revenu de trois cent
mille écus Romains , & laiſſé
de vacances de benefices pour
plusde.cent mille écus de revenu
. Iln'a voulu voir perſonne
en mourant , & a refuſe la
viſite des Cardinaux , & méme
celle du Cardinal Coloredo ,
Pere de l'Oratoire , grand Penitencier
, qu'il eſtimoit fort.
On affure qu'il a témoigné à
GALANT. 229
ſa mort qu'il eſtoit faché de
n'avoir pas aſſiſté le Roy d'Angleterre
, puis qu'il eſtoit en
eſtat de le faire. Quoy qu'il y
cuft neufplaces de Cardinaux
vacantes , il n'a point voulu
faire de promotion. Celle du
Cardinal qui tera fon Succeffeur
, fera la dixiéme .
Je viens à ce qui regarde la
Campagne des Imperiaux ,
dont je vais vous faire le détail
en peu de paroles , eſperant
vous le faire mieux comprendre
, & que l'ordre &
la netteté tiendront lieu- dans
cette Relation d'un plus long
discours . Leur deſſein eſtoit
de paſſer en France , & de
ne point, faire de Siege d'abord.
Ils estoient perfuadez
que les Anglois & les Hollandois
feroient des deſcentes
Ls
230 MERCURE
en divers endroits de nos
Coſtes , qu'on ſe ſouleveroit
dans le coeur du Royaume ,
& qu'ayant ſemé par tout
l'épouvante , pillé & brulé ,
il leur feroit aiſé d'attaquer
enfuite les Places frontieres ,
qui se trouvant éloignées &
fans eſpoir de ſecours , parce
que toutle Royanme feroit
en proye à leurs armes , fe
roient forcées de ſe rendre .
Ils avoient cru qu'ils pafferoient
par la Suiffe & le
Prince Charles de Lorraine
avoit eſté reconnoiſtre les
paſſages , fous pretexte qu'il
devoit aller plus loin pour
quelque devotion. Vous avez
ſceu comment la prudence
des Suiſſes a rompu leurs
meſures . D'un autre coſté le
Prince d'Orange,& les Hol
)
GALANT. 231
د
ce
landois ne paroiſſoient guere
en eſtat de tenir la parole
qu'on avoit donnée ce qui
fit refoudre dans l'Aſſemblée
de Francfort d'aſſieger
Mayence . L'Electeur de
nom l'avoit demandé à l'Empereur
, &à cette condition
il avoit promis ſa voix au Roy
de Hongrie , que Sa Majesté
Imperiale vouloit faire élire
Roy des Romains . La Ville de
Francfort preſſoit de ſon coſté,
&offroit des munitions de
guerre& de bouche . Elle pretendoit
eſtre délivrée par la
priſe de cette Place ,des courſesdelagarniſon
deMayence ,
& même des contributions
qu'elle feroit obligée de payer
l'hiver prochain . L'Empereur,
l'Electeur de Mayence & la
Ville de Francfort avoient lica
L6
232 MERCURE
de ſouhaiter qu'on priſt cette
Place mais leurs raifons ne fai
foient qu'on la puſt prendre
aisément , ny meſme que l'on
en duſt hazarder le Siege , &
cellesdu PrinceCharlesqui s'y
oppoſoit , eſtoient meilleures..
Il prévoyoit que l'avantage
qu'on retireroit de la priſe de
cette Place , ſion en venoit à
bout , ne recompenferoit pas
la perte des hommes qu'elle
couteroit . Deplus , comme le
premier deſſein des Imperiaux
avoit eſté de paſſer en
France , ils avoient beaucoup
plus de Cavalerie que d'Infanterie
, parce qu'elle leur eſtoit
neceſſaire pour faire les courfes
qu'ils s'eſtoient propoſées >
cependant le Siege de Mayenfut
refolu dans le Conſeil de
guerre tenu àFrancfort ; mais
GALANT. 233
on arreſta en meſmetemps que
pour couvrir cedeſſein on pafferoicoutre
, parce qu'en alarmant
pluſieurs Places à la fois ,
lesFrançois pourroienten dégarnir
quelques- unes , qu'on
inveſtiroit auſſi toſt s'il étoit
poffible , pour tâcher à profiter
de l'occaſion . On ſe flata
meſme qu'on feroit fortir des
Troupes de Mayence fitoſt que
des contre marches auroient
donné lieu de croire à cette
Ville- là qu'elle ne feroitpoint
affiegée . Elles furent inutiles ,
& ne fervirent qu'à fatiguer
leurArmée. Les François ne
font pas aujourd'huy aiſez à
furprendre. Ainſi les Enne
mis apres avoir marché qu'elque
temps , vinrent devant
Mayence qu'ils inveſtirent le
17. de Juillet. Ce Siege cauſa
234
MERCVRE
beaucoup de joye à la Cour , &
en voicy la raiſon. Dés qu'on
cut ſceu que preſque tous les
Princes de l'Europe s'eſtoient
• liguez contre la france , non
pas pour luy faire la guerre à
L'ordinaire , mais pour l'envahir
, la piller & la brûler, & engager
ſes Peuples à s'égorger
les uns les autres, on refolut de
ſe rendre maistre de Philifbourg,
pour avoir de nouvelles
entrées chez eux,& les retenir
par la crainte qu'on n'y paſſaft ,
s'ils s'avançoient du coſté de
France.On pritanſſi Mayence,
dans la penſée qu'ils ne manqueroient
pas de l'affieger , &
qu'ils pourroient la reprendre
aprés avoir perdu leur Armée,
&leur Campagne,&l'on étoit
fortcontent de la voir en leur
pouvoiràces conditions,parce
GALANT.
139
que c'eſt une Place que leRoy
ne veut pas garder, & qu'il ne
peut s'empêcher de rendre au
premier Traité de paix , mais
il voulut que fa reſiſtance leur
faiſant perdre la Campagne ,
donnaſt lieu de ſe preparer,en
forte que la France ne puſt
rien, apprehender pour l'avenir.
Elle eſt preſentee
ment à couvert de ſurpriſe
& d'infulte , & il eſt abfolu..
ment impoffible qu'ils la
puiffent entamer par aucuns
endroit ; ainfi, ils prendront
Mayence quand ils pourront
la place a rendu le ſervice
que le Roy en attendoit
leur Armée a preſque pery >
la Campagne eſt plus qu'à
moitié paffée , & pendant
qu'ils ont eſté devant ceste.
Place , ils n'ont pas eſté oce
236 MERCURE
,
eft
cupez ailleurs. Vous jugez
bien par toutes ces chofes ,
que la France n'aura rien
perdu en la perdant , mais fi
les Allemans ne la prennent
pas , ils doivent deſeſperer
demporter jamais aucune de
nos Places , puis que la moindre
de celles du Roy
beaucoup plus reguliere &
plus forte que Mayence. Je
devrois vous donner icy un
Journal de ce Siege , mais il
eſt impoſſible d'en pouvoir
faire un juſte comme fi nous
eſtions Aſſregeans. On ne
ſçauroit rien apprendre que
par les Deferteurs qui quittent
le Camp des Ennemis ,
& par les Eſpions que nous
y envoyons; mais les rapports
des uns & des autres font peu
juſtes Les Ennemis ne nous
GALANT.
237
font point ſçavoir leurs pertes
, & ceux de la Ville ne
peuvent que de temps en
temps , & tres - difficilement ,
nous mander leurs avantages
. Ainſi il faut attendre la
fin du Siege pour ſçavoir la
verité de tout ce qui s'y ſera
paſſé . Si on en croit les nouvelles
du Camp des Ennemis ,
on ne fait point de ſorties
que l'on ne ſoit repouſſé . Ils
ont raiſon de le dire , ſi les
retraites peuvent eſtre appel.
lées fuites , il faut neceſſairement
que les Aſſiegez fuyent
toujours , & on ne fait point
de fortie qu'on ne ſe prepare
à rentrer. C'est une neceſſité
que chacun retourne au lieu
d'où il eſt party , & fi les
Aſſiegez ne rentroient pas
dans la Ville , ce ſeroit une
238 MERCURE
marque de leur défaite. Ce
qu'il y a de conſtant , c'eſt
que les Ennemis n'ont
encore attaqué aucuns dehors
, tant Mr le Marquis
d'Uxelles y a mis bon ordre .
Il s'eſt vû dans une méchante
Place , mais avec un grand
nombre de bonnes Troupes ,
il n'a pas voulu s'y laiſſer enfermer
, parce que ce grand
nombre de braves gens eft
inutile , quand on commence
à eſtre ſerré. Il a fait tous les
jours des forties , & quelquefois
pluſieurs en un jour , &
il ſe trouve que par differens
combats de cette nature , il a
tellement affoibly une groſſe
Armée , qu'elle pourra eſtre
contrainte de lever le Siege.
Elle est fort affoiblie , & ouere
l'Infanteric dont ils manGALANT.
239
quent , ayant prefque perdu
toute celle qu'ils ont amenée
à ceSiege , qu'il faut menacer
& battre pour la faire aller
à la tranchée , ilsont eu plu
ſieurs perſonnes de diftinêtion
tuées , du nombre defquelles
eſt le Prince Frederic
Palatin , Frere de l'Imperatrice
, le Baron de Breffay ,
commandant huit cens Grenadiers
, fort eſtimé dans les
Troupes ; les Ingenieurs Dorrega
,& Bercher d'une tresgrande
reputation parmy les
Eſpagnols , & envoyez à ce
Siege par le Gouverneur des
Pays bas ; le Baron de Stetin,
le Baron de Sickingen ,Chanoine
du grand Chapitre de
Mayence ; le Grand Maiſtre
de la Maiſon du Prince de
Hannover,& deux de ſes Gen
240 MERCURE
tilhommes . Le Grand Maiſtre
de l'Ordre Teutonique a receu
une contufion au coſté d'un
boulet de Fauconneau , qui
avoit perdu toute fa force en
perçant des faſcines . LePrince
Eugenede Savoye a auſſi eſté
dangereuſement bleſfé , & le
Prince de Vvaldens bleſſé à
mort. Je ne parle point des
ſimples Capitaines &des Officiers
Subalternes , il me faudroit
trop de place pour cela.
Toutes les petites Villes du
Ringau font remplies de Malades
, & de Bleſſez . Ils font
aTez mal ſoignez , & peu de
ceux qui ont receu quelque
bleſſure à ce Siege en réchapent
, parce que les Ennemis
n'ont point d'Hôpital . On ne
peut rien ajoûter au courage
que font paroiſtre les Affiegez .
GALANT.
241
Toutes les autres Troupes
voudroient eſtre à leur place ,
& les Officiers le ſouhaitent
encore plus ardemment. Meſfieurs
de Barbefieres & de Lofieres
, ont eſté aſſez heureux
pour trouver moyen d'entrer
dans Mayence.Ils ſe meſlerent
parmy les Troupes de laGarde
de la Tranchée , & le Prince
Charles eſtant allé la viſiter
ce jour-là , apperceut deux
hommes qui n'avoient pas l'air
Allemand , & qui luy eſtoient
inconnus. Il commanda qu'on
allaſt voir qui ils eſtoient. Un
boulet de Canon de la Ville
donna en meſme temps à leurs
pieds ,& la terre qu'il fitélever
les ayant cachez , ils ga
gnerent la Ville à toute bride.
Les dernieres nouvelles quien
font venuës marquoient quo
242 MERCURE
tra
les Moutons paiſſoient en.
core fort tranquillement dans
les Foſſez. Les Ennemis apprehendant
d'attaquer la Place
, & craignant les Mines
& les coups de main
vaillent ſous terre , & diſent
que par ce moyen ils s'ou
vriront un chemin juſqu'au
milieu de la Ville. C'eſt ce
que les Turcs vouloient faire
à Vienne ; mais cela ne leur
réuſſit pas , quoy qu'ils ſoient
plus habiles qu'eux dans ces
fortes de travaux . Comme
le Canon de la Place tire fans
ceffe l'ébranlement qu'il
cauſe à la terre fait preſque
tous les jours ébouler une
partiede leur travail , ce qui
a déja cauſé la mort de pluſieurs
de leurs Travailleurs .
D'ailleurs les Bombes de la
GALANT.
243
Ville ont ruiné la plus grande
partie de la Batterie Imperiale;
de forte que pour s'en mettre à
couvert , les Ennemis preten .
dent l'enfermer dans un Baſtiment
de pierre , fur le haut
duquel il y aura des trous , &
des pentes , ce qui fera que les
Bombes feront acceſſitées d'y
entrer , & de là dans des Puits
qu'on doit creuſer au deſſous
On est bien embarraffe , quand
il faut avoir recours à tant
d'artifices . Le ſuccès en eſt
ſouvent incertain , & l'on eſt
obligé de lever le Siege avant
que les experiences en ſoient
faites. Les Fourageurs des Ennemis
font fort incommodez
par la Garniſon du Château
d'Ebersbourg , que Comniande
Mr de la Bretêche . C'eſt
un homme d'une vigilance ,
244 MERCURE
& d'une activité incroyable,
&qui ſçait parfaitement bien
joindre les ruſes de Guerre à
la valeur & à l'intrepidité.
Les Ennemis n'oſent qu'à pei
nede ce coſté - là aller au fou
rage à une heure de leurCamp,
&il fait les fiens plus proche
du leurque les Allemands du
fien. Cela doit paroiſtre incroyable
à ceux qui ne connoiſtront
pas ce hardy Commandant.
Les Ennemis avant
que d'inveſtir Mayence , avoient
aſſiegé ce Château qui
n'eſt qu'à quelques lieuës de
leur Camp. Sa longue refiſtance
les impatienta ; ils l'abandonnerent
, & s'en repentent
preſentement.
Les Fourageurs des Ennemis
ne font pas ſeulement inquietez
par les Troupes deMrde
la
| -
TROUL DE
BIBLIO
*
LYON
رط
*
du Rhin , & que
ayant qu'un petit fro
Affiegeans ont moins d
Aoust 1689 . M
APP
١٢
es
1-
1-
le:
1-
१८
3-
Is
S
le
24
&& phunnadhammonium
,
ba
rageurs des Ennemis
pas ſeulement inquieles
Troupes de Mr de
la
GALANT.
245
la Bretêche ; mais par celles
de Mr de Montal quileur coupent
les fourages en deux endroits
, ce qui les incommode
beaucoup. Les dernieres nouvelles
de ce Camp portent
qu'uneGarde de Mr de Baviere
avoit reſolu de ſe jetter dans
Mayence , que deux hommes
ſeulemet y eſtoient paſſez , que
les autres avoient eſté arreſtez,
& qu'on en avoit excuré
quelques-uns.
le vous envoye le plan de
cette Place . On m'affeureque
les attaques ſont depuis A
juſqu'à B , & depuis C jufqu'à
D , parce que celle qui
eſtdu coſté de la Citadelle eſt
vûë à revers , de l'autre côté
du Rhin , & que l'autre
n'ayant qu'un petit front , les
Affiegeans ont moins de feu
Aoust 1689. M
246 MERCURE
1
+
à eſſuyer. Les deux attaques
que je vous marque peuvent
en avoir fait quatre au com.
mencement du Siege , parce
qu'on ſe joint en approchantd'une
Place & qu'alors
deux attaques n'en font plus
qu'une. Je viens d'apprendre
que les Ennemis ont eſté
juſqu'à l'angle de la Contreeſcarpe
, & qu'ils en ont eſté
chaffez .
Ie paſſeà ce qu'a fait Mrde
Duras depuis que les Ennemisont
commencé le Siege
de Mayence. Comme on ne
doutoit point à la Cour qu'ils
ne l'entrepriſſent. on y avoit
arreſté que s'ils le faisoient ,
MrdeDuras paſſeroit le Rhin.
Tous les ordres furent donnez
pour cela , & les Corps
choiſis dont il devoit avoir le
GALANT.
247
commandement ; mais cette
courſe ne ſe devoit faire ;
qu'encas queles Ennemis euffent
aſſez peu de prévoyance ,
pour laiſſer ſans une Armée
confiderable un Païs où nous
pouvions entrer pendant qu'-
ils ſeroient attachez au Siege
de Mayence , & où nous ne
devions pas manquer d'aller,
puis que toutes les regles de
la Guerre le vouloient ; outre
que l'on n'avoit reſolu de faire
chez eux que ce qu'ils avoient
deſſein de faire en France ,
quoy que ce ne ſoit point ce
quinousya portez , mais parce
qu'il auroitfallu entendre peu
le meſtier de la Guerre pour
ne le pas faire. Rien ne pouvoit
eſtre plus avantageux ,
puis qu'on remportoit par la
trois avantages tres - confide-
M 2
248 MERCURE
:
rables . On eſtoit aſſeuré eny
allant de faire beaucoup de
priſonniers , d'oſter des retraites
aux Ennemis en ruinant
pluſieurs Places , & de leslaiſ
fer fans moyens de ſubſiſter en
ſe ſaiſiſſant de leurs Magazins
ce qui les mettoit dans de fâcheux
embarras . A l'égard de
leurs quatiers d'hiver, comme
on ne pouvoit en prendre de
ces coſtez - là , il falloit qu'ils
s'éloignaſſent de nous , joint
qu'ils devoient eſtre beaucoup
affoiblis par les priſonniers
quel'on ne pouvoit manquer
de faire fur eux. Voyons
dequelle maniere les choſes ſe
ſont paffées .
Mr.leMaréchal Duc de Duras partit
de ſon Camp ſous Neuſdat le 2. de
ce mois,& alla camper à la petite Hol.
lande ſur le bord du Rhin , où il fut
joint par onze Bataillons de Landau.
GALANT.. 2494
L'Artillerie étant arrivée le lendemain
à fon Camp , ainſi que76. Eſcadrons,
tant de Gendarmerie que Cavalerie,
fix autres des Dragons , il paſſa le
Rhin au Fort de Philisbourg. Une
partie défila le longdes Fortifications
de la Place ,& l'autre par la Ville,
d'où il ſortit encore cing Bataillons
qui joignirent l'Armée. Elle alla camper
à deux lienës de là , & l'on s'avança
prés d'Heidelberg , d'où l'on
tira quelques coups de Fauconneau .
Ils tuerent un Cavalier , & Monfieur
Valieres , Lieutenant Colonel du Regimentde
Piemond , fut bleſſe d'un
coup de Mouſquet à l'épaule. Cer
Officier est tres-brave & fort eſtimé.
On commanda Monfieur le Comte de
Hautefeiiille pour prendre une Redoute.
Il l'attaqua & s'en rendit maitre
avec beaucoup de valeur ; mais
étant forti le ſoir pour ſe promener
autour de cette Redoute , quelques
Fufeliers qui étoient couchez ſur le
ventre , ſe leverent , & firent une décharge,
dont il fut bleſfé à mort.Monſieurde
Duras ſçachant qu'il y avoic
M 3
250
MERCURE
i
deux mille Schenapans dans la Place,
& qu'il y étoit entré des Troupes par
derriere les Montagnes , ne jugea pas
propos de s'y arreſter. La priſe luy
en eſtoit peu importante , puis qu'il
n'avoit ordre de garder aucune des
Places qu'il devoit quiner dans ſa
courſe , & qu'Heidelberg l'avoit eſté
déja en partie lors que nous l'avions
abandonné. On dit même que Monfieur
de Duras ne s'eſtoit arreſté devant
cette Place, que pour faire croire
à unCorps de fix mille hommes qu'il
vouloit ſurprendre,& qui n'eſtoit pas.
loin de là , qu'il y demeureroit plus
long temps ; mais comme l'uſage eft
de brûler le Camp qu'on quitte , les
Soldats qui ſe doutoient qu'on alloit
chercher les Ennemis , & qui brú
loient d'envie de les attaquer , mirent
trop toft lefeu au Camp ; & la fumée
leur ayant fait connoître le deffein
qu'on avoit pris, ils ſe retirerent dans
le meſme temps. On marcha fans bagage&
avec une grande viteſſe , afin
de pouvoir les joindre plûtoſt , les
Officiers Generaux marquant en cette
rencontre la joye qu'ils avoient d'al
GALANT.
251
ler combattre. Monfieur Mafel &
Monfieur de Janſon qui avoient eſté
détachez avec soo. Chevaux pour
brûler Seintsheim,& ſçavoir des nonvelles
des Ennemis,ayant appris qu'ils
avoient décampé & paffé le Nekre ,
Monfieur de Janſon en vint donner
avis à Monfieur de Duras un quart de
licuë au-delà de Viſloc , de maniere
que l'Armée retourna ſur ſes pas ,&
vint camper à Viſloc qu'on brûla,par
ce que c'étoit un lieu fermé , qu'il y
avoit un Magazin de fourages ,
que ce poſte pouvoit eſtre utile aux
Ennemis. On alla enſuite à Bruchſal,
& en y allant on força un Château
dans lequel il y avoit 60. hommes
qu'on fit prifonniers de guerre. Onfic
fauter le Château. Quant à Bruchſal,
il ſe rendit àdiſcretion , & on y fit
plus de mille prifonniers , tant Cam
valerie qu'Infanterie. :
Le 11. de ce mois Monfieur le
Comte de Choiſeul , Lieutenant Ge
neral ,& Monfieur le Comte de Tallard
furent détachez , le premier avec
wois mille Chevaux , quatre mille
M4
252
MERCVRE
hommes d'infanterie & deux pieces.
de Canon pour aller à Bretten , qui ſe
rendit le lendemain ainſi que le Chateau
de Staffurt , & l'autrepour aller
à Gochsheim qui ſe rendit lemeſme
jour. On y mit le feu. Quelques partis
ennemis ſe trouvant fur leur pallage
, furent chargez avec beaucoup de
vigueur , & Monfieur de Baltiniere
averso Maiſtres du premier détachement,
pouffa trois Efcadrons ,& emmena
quelques prifonniers. On en fit
présde huit cens dans les trois endroits
que je viens de nommer.Le 13 .
on campa à Vvingarten, d'où l'on envoya
inveſtir Dourlach. Il ſe rendit
aufli- toft , quoy qu'il y euſt plus de
quatre cens hommes de pied,cinquante
Maiſtres , & huit pieces de Canon
de fonte avec des munitions. Le 14.
on arriva à Dourlach , & ce mefime
jour Monfieur le Marquis de Lanion
fut détaché pour aller inveſtir Etlingen
, dont la Bourgeoifie luy ouvrit
d'abord les portes , la Garniſon en.
étant fortic,& Monfieur de Narbonne
alla du coſté de Pfortzheim avec enGALANT
.
253
vironso. Maiſtres. Il entra dans la
Ville où il ne trouva que quelques
Paifans ,& y mit le feu . Les habitans
s'étoient retirez , ainſi que la Garniſon
qui l'avoit abandonnée. On ſejournale
15. à Dourlac ,& le lendemain
on marcha à Etlingenvverper,
Onſcent que les ennemis avoient retiré
leurs Troupes de tousles quartiers
jusqu'à Offembourg ,& qu'ils avoient
melime abandonné Stolhoffen , où ils
avoient fait des travaux fort confiderables
, qu'on fit combler par trois
mille Paiſans que l'on avoit fait venir
d'Alface. On y fit demeurer deux Ba
taillons , juſqu'à ce que les travaux
faffent tellement ruinez qu'on n'y
pût rien rétablir. Cette Place étoit
tres-bien fortifiée ,& d'une fort grandeutilité
aux Ennemis à cause de fa firuation.
Monfieur de Daras a preſque
toûjours eſté à cheval pendant toutes
ces courſes , & a plus fatigué qu'aucun
de l'Armée , n'ayant pas ſouvent
le temps de manger.Monfieur le Princede
Conty l'a toujours ſuivy avec
une ardeur digne de ſon ſang. Mon-
MS
254 MERCVRE
ſieur le Duc de Vandofine , &Monfieur
le Grand Prieur ont témoigné le
méme empreſſement de ſe ſignaler, &
ont effuyé les meſmes fatigues. Elles
ont eſtégrandes ,puis qu'en quinze
jours on a fait toutes les expeditions
que vous venez de lire ,& ruiné tout
ce qui s'eſt trouvé dans quarante
lieuës de Païs , en quelque endroit
qu'il fuſt ſitué. Il n'y a perſonne qui
ne convienne, que le dommage qu'en
fouffrensles Ennemis , eſt beauconp
plus confiderable pour eux , que la
perte de Mayence ne pourra eſtre
pour nous. Il falloit ou qu'ils n'affiegeaffent
point cette Place là,ou qu'ils
enffent un gros Corps dans le Païs
que nous avons ruiné,&n'y en ayant
point , ils devoient, pour ne pas faire
une ſeconde faute , avoir donné ordre
à leurs troupes d'abandonner d'abord
Jes Places qu'elles ne pouvoient défendre
, comme ont fair les garnifons
des dernieres Places dont on s'eſt ſaifi
. On demandoit aux Troupes qu'on
faifoit Prifonnieres de guerre,Pourquoi
elles ne s'étoienpas retirées ,puis qu'el
2
GALANT.
255
les nepouvoientse dispenser d'estreprifes,&
elles répondoient, qu'elles avoiēt
ordre de garder les magazins ; mais
comme il leur eſtoit impoſſible de le
faire , c'eſtoit vouloir perdre les hommes
,outre les magazins , puisqu'ils
ne pouvoient éviter d'eſtre pris. Enfin
on ne sçauroit concevoir comment les
ennemis ont cru que huit mille hommes
diſperſez pourroient tenir contre
unegroſſe Armée ,& fort aguerrie. Il
ſemble qu'on ait pris plaifir à vouloir
enrichir nos Troupes ,& à nous faire
faire des Priſonniers ; cependant comme
l'on doit avoir des raiſons ,bonnes
ou mauvaiſes, pour tout ce qu'on fait,
ondit qu'on n'avoitpas mieuxgarny le
Pays quenous avons ruine ,parce qu'on
avoit creuque le SiegedeMayence durorost
fi pen ,que nos Troupes n'auroient
pas affezde temps pour paſſer le Rhin ,
avant la prise de cette Place , ou que fi
elles s'affembloient ceſeroitpour en venir
tenter le feconrs. On dit auſſi , que les
Princesà qui ces Troupes appartenoient,
Les avoient laißées dans les postes que
nous avons pris afin qu'elles fuſſent fai-
M6
256
MERCURE
fies par avance des quartiers d'hyver ,
parce qu'ils cauſent tous les hivers de
grands démélez parmy les Allemans.
Quant à ce qui regarde la Flandre
les ennemis y font venus ſi tard,qu'ils
nous ont laiſſé long- temps maiſtres
de la Campagne ; les Troupesdu Roy
y ont paru de bonne heure, ce qui luy
a procuré divers avantages ; l'un eſt
que les Troupes ont moins de paye
lors qu'elles font en campagne , &
qu'elles peuvent faire payer de grandes
contributions quand elles y font
ſeules. Enfin quoy que les Eſpagnols
n'ayent point encore perdu de Places,
cette Campagne ne laiſſe pas de leur
couter cher, puis que les François , les
Eſpagnols ,les Anglois , les Hollan
dois,& generalement toutes les Tron
pes des deux Armées , ont vécu aux
dépens de la Fiandre .On y a vû beaur
coup d'actions , qui , quoy que perites
, parce qu'elles n'eſtoient faites
que par des Partis , mont pas laiffé
Feſtre grandes , à l'égard du courage.
Celle deMr le Chevalier du Rofel eft
digne d'eſtre remarquée. Sa prefence.
GALANT.
257
d'efprit & fon intrepidité ont eſté
-cauſe qu'avec loixante Maiſtres ilena
fair fuir trois cens . Il fit cacher à l'entrée
d'un bois où il ſe trouva , une
partiede ſes Troupes , avec ordre de
battre à la Dragonne quand les Ennemis
approcheroient ; il fit face à l'entrée
du bois avecle reſtede ſes gens.
Sa bonne contenance étonna lus Ennemis;
mais ils furent encore plus fur
pris quand ils entenditent battre dans
le bois la marche des Dragons , &
qu'ils apperceurent une grande face
d'un plus grand Corps , & prirent la
fuite. Mr du Roſel les ſuivit , mais
moderément,& cut l'avantage de faire
une retraite glorienfe. Un party des
Ennemis eſtant venu enlever quelques
chevaux prés duCamp de Monfieur de
Humieres , Mr le Prince deRohan les
coupa à la teſte du petit Corps de garde
, & bleſſa le Commandant d'un
coup depiſtolet , mais il fut blefflé au
genouil. Ce Commandant ſe rendità
Mr le Ducde Richemont , qui malgré
fagrande jeuneſſe fit voir beaucoup
d'intrepidité. Il parut enfuite fort hur
258 MERCVRE
main,& fecourut luy-meſme ceCom
mandant qui s'évanoüit. Mr le Marquis
de Nogaret fut bleffé en cette occafion,&
Mr le Comte de Guiche eut
un cheval de tué ſous luy , Mr le Mar
quis de Saint-Gelais ayant eſté juſqu
aux portes de Bruxelles , y pilla un
Fauxbourg ,le brûla enſuite , & obli
gea les Eſpagnols à payer contribution
pour les Faux-bourgs de la mefme
Ville. Il ramena dix Gardes du
Gouverneur des Pays-bas , & il en
eut trente ou quarante de bleſſez . Me
de Choiſeul alla avec des Troupes
pour foutenir ce détachement , & Mr
JeDuc du Maine qui s'empreſſe pour
avoir part à routes les actions d'éclat,
voulut eſtre de la partie. Mr le Chevalier
de Nofle , &divers autres ont eſté
en party,& tous en ſont revenus avec
quelques prifonniers . Les Ennemis
ayant paflé la Sambre à Fontaine Leveſque
, Mr de Humieres la paſſa
auffi toſt pour aller à eux. Il vifita
d'abord tous les lieux par où les Ennemis
pouvoient avancer. Il fit des dé
tachemens pour occuper tous les pal
GALANT.
259
, avec
fages , mit des troupesdans tous les
Chaſteaux , & laiſſa Mr d'Aubrecamp,
Lieutenant Colonel du Regiment de
Greder Suiffe , dans Touen
deux mille homines. Les Avant-gardes
eſtant alors à la portée du piſtolet,.
Mr le Maréchal de Humieres viſita
tous les poſtes ,&trouva à ſon retour
à un Chaſteau nommé Fontiane , un
magnifique dîner , que Mr le Duc du
Maine avoir fait preparer , & auquel
ce Prince avoit invité preſque tous les
Officiers de l'Armée Il y avoit vingt
tables dans un bois. Il envoya aux
Officiers desGardes ,des Gendarmes,
& des Chevaux-legets , qui ne s'y
pûrent trouver , des paſtez , des jambons
, des langues , & du vin. Ce repas
eſtoit pour marquer la joye que ce
Prince avoit de ſe voir fur le point de
combattre dans une Bataille rangée..
Onmonta enfuite à cheval pour obſerver
les Ennemis ;; qui ayant fait
mine les premiers de vouloir combattre
, ſe refroidirent peu à pen , & fe
retirerent. Mrle Maréchal de Humieres
ayant ſceu qu'ils avoient quitté
260 MERCURE
leur Camp , alla prendre le ſien à la
Buffiere, de forte que les deux Armées
p'estoient qu'à deux licuës l'une de
Pautre. Le 23. tout ſe paſſa en legeres
eſcarmouches , & le lendemain 244
fur les quatre heures du ſoir ,ce Maréchal
ayant receu ordre de la Cour
de chercher les Ennemis , qui s'es
ftoient éloignez de quatre lieuës ,
pour aller camper proche Valcourt
, à deux lienes & demie
de Philippeville quitta ſon Camp de
laB fiere le 25. à cinq heure du matin.
Meſſieurs de Tillader & de Mauvenert
marchoient à l'Avant- garde
compoſée des Regimens de Bezons ,
Villepion & Maflot. En arrivant à
Boffu ,qui estoit le lieu choiſy pour
le nouveau Camp , ondécouvrit dans
laplaine affez présde ce Village une
Troupe d'ennemis qui fourageoient,
Ils estoient au nombre de cinq cens
Chevaux: fitoſt qu'ils virent venir
noſtre avantgarde il ſe retirerent dans
un endroitélevée , qui avoit fort peu
de front.. Monfieur le Duc de Choi
feüil , Lieutenant general. de jours,
GALANT. 26
lés fit charger ,& ils furent renverfez
malgé l'avantage du lieu & du
nombre. On en tua quarante , ou cinquante
, on prit autant de Chevaux ,
&on mit leur garde en fuite. Cét
avantage fut cauſe que l'on voulut les
pouſſer plus loin. On ne pouvoit
executer cedeſſein qu'en paſsat par un
fort grand défilé que gardoient cinq
Maiſons entourées de charbon , qui
leur ſervoit de retranchement , & un
petit ruiffeau qui paſſoit au pied:Toutes
ces difficultées n'empêcherent pas
qu'on n'allaſt les attaquer , Cela fut
emporté par le Regiment eſtrangerde
Pompone,&par le Regiment deCavalerie
de Villepion ,à la teſte duquel
Monfieur du Mets ſe trouva. Il n'en
couſta que dix ou douze Cavaliers , &
les Ennemis ,qui ne purent foutenir
la vigueur avec laquelle les noſtres
vinrent fur eux , perdirent plus de
cinq cens , hommes , ſans quarante
ou cinquante priſonniers qu'on fit ;
ils ſe ſauverent par derriere une hauteur
dans un fond où eſtoient quelques
Maiſons , & comme ils y furene
262 MERCURE
encore forcez par le Regiment de
Dragons Dauphin, ils gagnerent une
autre hauteur , & de là une plaine ,
qui aboutiſſoit à deux chemins creux
allans vers leur Camp , & à des hayes
du côté de la petite Ville de Valcourt,
où ils avoient mis un grand nombre
d'iInfanterie , ce qui favoriſa leur retraite.
On les pourſuivit pendant
cinq heures l'épée à la main , leux
tuant toûjours beaucoup demonde ,
& faiſant des Priſonniers , & l'on
s'arreſta dans cette plaine , parce qu'il
n'y avoit encore que l'avantgarde de
noſtre Armée qui fuſt arrivée. La
Maiſon du Roy ayant ſuivy s'y mir
en bataille avec quatre ou cinq Regimensde
Cavalerie , à mesure qu'ils
l'eurent gagnée . On poſta trois Regimens
de Dragons derriere deshayes
à l'extremité de cette Plaine du
coſté du Camp des Ennemis , qui en
paraiſſoit alors éloigné d'une petite
demy lieuë. On fit venir auſſi un
Bataillon Suiſſe qui borda les hayes
qui regardent Valcourt , & qui def
cendent ſur la gauche le long d'un
GALANT. 263
chemin creux qui entoure environ la
troiſième partie de cette petite Ville.
Elle eſt environnée de murailles qui
font hors d'inſulte ,& ſituée ſur une
hauteur affez eſcarpée d'un coſté , de
l'autre c'eſt un terrain plein. Monfieur
le Maréchal de Humieres en ayant
reſolu l'attaque , on fit avancer leRegiment
des Gardes Françoiſes , &
ceux de Champagne Gredder Suiffe
&de Gredder Allemand. Elle ſe fir
par détachemens. Monfieur le Comte
de Soiffons comme Brigadier de jour ,
eut ordre de la commencer à la teſte
des Grenadiers de Soiſſons & de Guiche.
On mit deux pieces de Canon
dehuit& douze livre de balle à l'entréede
Valcourt entre deux maiſons ,
&l'on en poſta deux autres ſur une
petitehauteur d'où l'on canona quelques
Eſcadrons des Ennemis qui fe
retirerent à l'inſtant. Ils pointerent
auſſi deux pieces contre les deux no-
Ares : & firent trois décharges de chacune
fans bleffer perſonneOn détour
na enſuite nos pieces ſur la gauche
versune hauteur où ils paroiſſoient ſe
264 MERCVRE
raiſembler. On tira en meſine temps
quelque coups de Canon contre l'Egliſe
qui estoit remplie de Troupes
mais, n'ayant tirée qu'en haut à caufe
qu'elle estoit couverte de naiſons . Ils
firent fort peu d'effer. Pour ſouſtenir
le premier détachement , on envoya
deux Bataillons des Gardes ſous les
ordres de Meſſieurs d'avejan & de
Caraman , & Monfieur le Chevalier
Colbert à la teſte du Regiment de
Champagne & de Gredder. On fit
encoreun troifiéme détachement, &
nosTroupes animées par l'intrepidité
de leurs Commandans firent des efforts
extraordinaires , mais l'Armée
des Enneinis eſtant campée derriere
Valcourt , ils pouvoient facilement y
jerterdu mondeſelon le beſoin qu'ils
en avoient. C'eſtoit encore pour eux
un grand avantage d'avoir dix ou
douze pieces de Canon poſtées ſur
une hauteur entre deux bois à la droite
où eſtoit leur Cavalerie , & d'où
il faifoient un feu continuel . D'ailleurs
comme il n'y avoit point de
bréche ,& que la muraille eſt fort ele
GALANT.
265
carpée ils tiroient inceſſammet de haut
en bas à travers les creneaux& divers
trous qu'ils avoient percez dans cette
muraille. Cependant leur plus grande
force confittoit en un petit Chaſteau
dans le fond fur la gauche. On fit
approcher l'Infanterie pour l'inveſtir ,
ſçavoir quatre Bataillons du Regi
ment des Gardes Françoiſes ,& deux
des Gardes Suiſſes , & un du Regiment
de Champagne , qu'on diſtribua
en trois attaques. Il fallut pour infulterde
plus prés le Chaſteau , paffer
deux Ruiſſeaux l'un aprés l'autre , ce
qui fut fait avec beaucoup de valeur ,
'Infanterie ayant l'eau juſques par
deſſus la ceinture , & effuyant un
grand feu que faisoient les Ennemis ,
fur leſquels ils tirerent à leur tour, dés
qu'ils en furent ſortis, Quoy qu'ils
fuſſentdans un lieu extremement ferré
, enfoncé & deſavantageux , ils
firent pendant plus d'une heure & demie
, tout ce qu'on pouvoit attendre
de gens que l'ardeur de vaincre rendoit
capables de voir le pe peril. On
mit le feu à la porte & l'on peut dire
266 MERCURE
que dans cette occaſion nos Soldats
combattirent en lyons , en forte
qu'on eut de la peine à les retenir ;
mais enfin les ennemis ayans cinq
bataillons en ce lieu - là dont les
murailles , comme je l'ay déja dit ,
eſtoient ſans aucune breche , il fallut
fonger à ſe retirer, & l'on s'y vit d'autant
plus obligé , que par une gorge
couverte derriere Valcourt , il venoit
deux gros Battaillons Hollandois de
renfort , & que ſur la gauche de cette
gorge les Ennemis avoient poſté fix
pieces de Canon de dix huit livres de
balle ,qui commençoient à faire un'
grand feu fur noſtre Infanterie. On
confidera encore que vers le Chaſteau
où ils estoient le mieux retran.
chez , d'où ils tiroient le plus ,
le chemin eſtoit trop enfoncé pour y
monter du Canon. Ainsi Monfieur le
Maréchal de Humieres , qui fut preſent
à toute cete action & toûjours
expoſé au grand feu ayant remarqué
l'avantage du poſte des Ennemis , la
facilité qu'ils avoient de ſecourir
ceux qui l'occupoient , & la peine
GALANT. 267
qu'il y auroit à le garder aprés l'avoir
pris , à cauſe de cette hauteur où ils
avoient poſté leur Canon, fit battre
la retraite ,& ſe retira avec l'Infanterie
en fort bon ordre. Monfieur de
Chaferon Officier des Gardes du
Corps ,fut bleſfé à la teſte , pendant
qu'il eſtoit auprés de luy. Dans le
temps que ce Maréchal ſe retiroit par
la pleine ,& l'Infanterie par le chemin
creux à la droite , on tira fix volées
de Canon ſur ſa Troupe ,& un
mefme boulet emporta Monfieur de
Saint Gelais , Maréchal de Camp ,
qui ne faiſoit que de le joindre , &
Monfieur de Metiercelin le jeune
Commiſſaire d'Artillerie , Neveu de
Monfieur du Mets . Monfieur de Boisanteau
, Eſcuyer de Monfieur le Comte
de Soiffons , fut tué auprés de luy.
Monfieur le Prince Philipe fon frere
qui n'en eſtoit qu'à fix pas , comme
volontaire, s'eſt trouvé depuis l'ouverture
de la Campagne dans toutes les
occaſions où il a fallu combattre . Mr
du Mets a eu deux chevaux tuez ſous
luy,& fon jufte- aucorps percé en plu-
,
268 MERCURE
ſieurs endroits. Dés le ſoir meſme les
Ennemis brulerent Valcourt. Quoy
que cette occafion nous ait couſté du
monde , & des Officiers confiderables
, leur perte a eſté encore plus
grande. La pluſpart de ceux qu'ils
avoient fait poſter dans des hayes ont
été tuez, ainſi que leur Major General,
qu'ils regrettent fort , l'épouvante qui
eſtoit parmy eux , & la maniere dont
ils ſe retiroient , avoient donné lieu
de croire qu'ils ne s'arreſteroient pas
derriere Valcourt , & comme ils pouvoient
paffer outre ſans y jetter de
monde, les regles de la guerre demandoient
qu'on attaquaſt cette Place ,
parce qu'en la prenant on les cuft
défaits entierement. D'ailleurs on
avoit affeuré Monfieur de Humieres
qu'il y avoit deux bréches , & dans
Pardeur où eſtoit l'Amée , il n'y avoit
pas d'apparrence de la faire retirer ſans
tenter davantage. On ne le pouvoit
ſans s'expoſer à eſtre blâme & à faire
dire qu'on auroit manqué à gagner
une Bataille. C'eſt meſme le trop de
valeur qui a cauſé une partie de la
perte
GALANT. 269
A
perte qu'on a faitte , car on eut beaucoup
de peine à faire retirer ceux qui
attaquoient Valcourt , & ils n'obeirent
que longtemps aprés qu'on eut
battu la retraite. Enfin nos Troupes
ſe ſont couvertes de gloire, & les Énnemis
voyant que le peril n'en faiſoit
reculer aucun , ont admiré leur intrepidité
; & c'eſt ce qui les a obligez à
ſe retirer , de crainte d'eſtre forcez
d'envenir aux mains.Ainſi hors la perte
de ceux qui ont eſté tuez , cette
action ne porte aucun préjudice aux
affaires du Roy. Il n'a rien perdu ,&
ſes Ennemis fuyent. Aprés cela , je
croy ne vous devoir point cacher les
noms des Morts & des Bleſſez , tant
pour leur gloire , que pour celle de
leurs Familles . Je vous ay déja marquéque
Monfieur le Marquis de S.
Gelais ,& Monfieurde Mets Ti rcecelin
, ont eſté tuez du mefine coup.
Monfieur le Bailly Colbert ; Colonel
duRegiment de Champagne , a eſté
bleſſe dangereuſement à lateſte.
है
Aoust 1689. N
270
MERCVRE
GARDES FRANC, OISES.
Capitaines.
Mrs de Laage ,
Chamillard,
D'Attinac ,
DeRoinville.
Champlatreux , }
De Saillan.
De Marſal ,
1
Bleffez.
Lieutenans.
tuez. De Binanville. }
De Fontebon ,
Defmur ,
Carrelier ,
Da Boiſſi ,
DeJanſac ,
Bleffez
Aydes Majors.
DeMongeorges } bleffex.
Vitry.
Sous- Lieutenans.
Le Chevalier de Saillan ,
Janqueu ,
Doüer ,
Le Comte d'Artagnan , bleff.ex
Noffé ,
La Tour de Camps ,
Sonlebon.
GALANT. 271
Enseignes.
De Luzanci .
De Rouffereau ,
De Renauſart ,
De Contade.
tué.
bleffez.
;
CHAMPAGNE.
Dageans ,
Capitaines.
tuc.
DeVervins Lieutenant Colonel.
GasquetMajor
CloſelCapitaine de Grenadiers ,
Fagel ,
Vafe.
Du Pleſſis bleffezi
De Roux ,
Dauquifardou ,
diers ,
SecondCapitaine de Grenadiers ,
Saint Amant Lieutenant de
>
Lieutenans.
Goffe , Lieutenans de Grenatuc.
Grenadiers ,
Couriere ,
Gimay ,
Maufouville ,
Figeau ,
Marabousin.
bleff
N2
272 MERCURE
Boigaru ,
Fedeau , écrasé d'un pan de muraille
, & non mort .
fez.
Trois Sergens tuez , & deux blef-
Maiſon du Roy.
Chaferon , Exempt de la Compa
pagnie de Noailles , bleſſé à mort.
CAVALERIE.
Villepion.
Romainville , Capitaine , tué.
Villeneuve , Aide-Major , bleffé
mort.
Un Cornette tué & un autre bleffé
à mort .
Calviſſon , Volontaire , cy- devant
Lieutenant aux Gardes bleflé.
Notus avons perdu prés de quatre
censhommes dans la meſme occafion:
&ily en eut environ trois cens bleffez.
ر
Quant à Monfieur l'Electeur de
Brandebourg , ſon Armée est tres belle,&
fon Artillerie encore davantage;
auſſi a-t-il paſſé la Campagne à
tirer du Canon & jetter des Bombes ,
qui n'ont effrayé que les oiſeaux , &
GALANT. 273
les animaux des environs. Il s'eſt
choqué de ce qu'un grand Prince du
nombre des Alliez a dit , qu'il avoit
perdu tout son temps à faire des feux
d'artifice. Les Generaux de fon Armée
ne font pas en bonne intelligence
,& le ſecond Fils de Monfieur le
Maréchal de Schomberg , ne pouvant
s'accommoder avec eux, a paffé en Angleterre,&
quitté cet Electeur il a marchādé
long- tempsavec les Alliez pour
faire le Siege de Bonn , & adit pour
ſes raiſons , que cet Electorat n'estant
pas pour luy , il n'estoit pas juste qu'il
perdiſtſes Troupes à conquerir un pays
dont il ne luy reviendroit rien N'ayant
point eu de raiſon des Alliez , il eſt
entré en traité avec la Ville de Cologne
, mais comme ce traité ne ſe conclud
point ,& que la Campagne s'avance.
, il ſe conſole de ce que ſes
Troupes feront aſſez fraiches , & en
affez grand nombre pour diſputer des
quartiers d'hiver aux Alliez .
Dans la promenade que le Prince
Charles fit avant que d'affieger
Mayence il trouva que la petite Ville
ےک
N3
274 MERCURE
,
de Cocheim ſur la Moſelle à cinq
lieues au - deſſous de Mont-Royal ,
luy pourroit eftre de quelque avantage
Ainfi il y fit mettre une groſſe Garnifon
,& donna ſes ordres pour la fortifier.
Ily avoit ſeize cens hommes de.
dans tant des Troupesde l'Empereur
, & de l'Electeur de Treves que
des Compagnies de la Milice& des
Bourgeois.M.de Bouflers s'eſtant preſenté
devant cette Place avec quarante
- fix Eſcadrons , deux mille
quatre cens hommes d'Infanterie
commandez par M. le Marquis de
Crequi ,&deux pieces de Canon
il la fit fommer & demanda que la
garniſon ſe rendiſt prifonniere de
guerre ; mais elle s'obſtina à vouloir
ſortir avec armes & bagage pour
ſe retirer ailleurs. Mrde Bouflers difpoſa
trois attaques . La premiere par
Mr le Marquis de Crequi , qui avoit
avec luyM. le Marquis de Chamilly .
La ſeconde par Mrs les Marquis de la
Chaftre& de Blainville ,& la troifiéme
de Dragons à pied commandeć
par Mrde Loziere , Colonel de DraGALANT.
275
gons , l'attaque fut vigoureuſe , & la
défenſe fut d'abord de mesme , mais
comme le Château avoit eſté ruiné
l'hiver dernier , & que les fortifications
n'en étoient pas encore bien
rétablies. Mr de la Chaſtre qui commandoit
cette attaque s'aperçu que
les Ennemis quittoient le Château
pour ſe retirer dans la Ville. Il encouragea
ſes gens , & leur vigueur
eſtant redoublée , ils entrerent avec
eux dans la Ville. Les Troupes
des autres attaques les ſuivirent
& toutes enſemble gagnerent la
grande Place , où les Ennemis firent
affez de reſiſtance pour augmenter
la gloire des Attaquans. It
yen cut treize cens tuez , dont le
Commandant auroit pu ſauver la
vie , s'il ne ſe fuſt point opiniatré
à ſe défendre. Ainſi on ne fit que
trois cens Priſonniers . Comme on
ne peur-faire des actions de cette
vigueur ſans quelque perte , nous
y avons eu cens cinquante Soldats
ou environ , tuez ou bleſſez , trois
Capitaines , & quelques autres Of-
N 4
276 MERCVRE
ficier , M. de Loziere Colonel
deDragons , y a eſté tué ,Ce nom
eſt fameux , & tous ceux qui le
portent le ſignalent. On ne peut
rien ajoûter à ce qu'a faitM. de Bouflers
en cette occaſion. Il ſeroit impoffiblede
trouverun homme plus vigilant
,&plus ardent pour le ſervice.
Il a écrit auRoy , Que chacun avoit fi
bienfait son devoir qu'il ne pouvoit luy
marquer ceux qui s'estoient distinguez
fansnommertous les Officiers. mais qu'-
on ne pouvoit rien ajouteràcequ'avoient
faitMrs lesMarquis de Crequy , de la
Chatre ,&de Blainville.
Je ne vous ay jamais mandé de
nouvelles douteufes , & appuyées
ſeulement fur le mot de on dit ;
cependant il eſt impoſſible de
parler autrement de celles d'Angleterre
, parce que la politique du
Prince d'Orange eſt de faire répandre
toujours des nouvelles contraires
à celles qui luy font deſavantageuſes ,
&que la pluſpart des Lettres eſtant
écritespar des François Proteftans , ils
déguiſent auſſi la verité, qu'on ne ſçait
GALANT. 277
pas meſine dans Londres , tant ce
Prince prend de meſures pour empelcher
qu'elle ne puiffe y trouver accés.
Vous aurez de la peine à croire qu'aprés
tout ce qu'on a aſſuré de la mort
du Vicomte de Dundée , les dernieres
nouvelles diſent qu'il n'eſt pas vray
qu'il ſoit mort,quoy que tout Londres
le publie , mais quand ce fidelle ſujet
auroit eſté tué , vous ferez bien aiſe de
ſçavoir de quellemaniere il a gagné la
Bataille , dont vous avez déja oü y parler.
Voicy ce qu'on en écrit.
Le Vicomte de Dundee estant arrive
auprésde Danki :&se voyant afſuré du
MilordMorez, accepta le defy ,&fit
marcherjes Troupes . itprisfibienfes
mesures qu'ayant fait ferrerſes aisles,son
Armée ne paroiſſoit qu'un petit peloton ,
ce qui obligea Mackay à commencer la
bataille avec mépris, voyant paroiſtreſi
peu de Troupes ; maisles deux aisles de
l'Armée venant às'étendre , trois Regimens
Anglois venus de Hollande avec
Mackay furent tous mis en déroute à ce
Seul aspect,fans tirer un coup. LeRegi
ment commandépar leColonel Harlingne
NS
278 MERCVRE
fitpasde mesme,ilſedeffenditsi vigoureusement,
qu'iln'en est restéque trente hommes;
le Regiment de Cavalerie de Lanie
fitfortpeu de resistance , ily en acu plus
de lamoitiéde tuez dans sa déroute ,
ayant estépoursuivypar les Dragons Irlandois,
qui firent si bien que toute l'Arméede
Mackay fut entierement défaite.
Ila Perdu trois mille hommes , & Dundéecing
cens. Tout lemonde blâmeMackay
d'avoirsi temerairement donné la
bataille. On croit que cela attirera la
perte entieredu Royaume. LesTroupes
quiſeſont échapées ducomhatſont alléss
àStelling, où le Duc d'Hamiltontâche
de les raſſembler , pour empescher que
Dundéenevienneà Edimbourg.
Le party du Roy augmenté en Ecofſe
, tous les Eveſques s'y font joints ,
& 300. Gentilshommes ; les autres
qui le prennent ont deputé au Roy.
pour le prier d'y paſſer. Le Duc d'Hamilton
en eſt fort alarmé,& veut faire
prendre les armes à tous ceux qui en
ſont capables depuis 16. juſques à foixante
ans . La Ville de Londres preffe
le Prince d'Orange de luy rendre les
GLAANT.
279
deux cens mille livres ſterlins qu'elle
luy a preſte à ſon arrivée enAngleter.
re. Le Parlement ayant donné un Acte
par lequel il eſtoit défendu aux gens
de meſtier & domeſtiques de ſe veſtir
d'étoffes de ſoye ; & aux Dames d'en
porterplus de ſix mois de l'année , cela
fit foûlever les Ouvriers en ſoye ,
& ils allerent en tumulte au Parlement
comme vous avez apris par les
nouvelles publiques. On leur promit
de les contenter , aprés leur avoir remontré
que de telles Affemblées
n'eſtoient pas permifes .Le Prince d'Orangea
prorogé le Parlement pourun
mois. Il n'a point d'argent , & tous
les Officiers , tant de guerre qued'Egliſe
ſe plaignent de ce qu'on ne leur
paye point leurs gages. La Flote Angloiſe
eſt fort affligee du Scorbut & du
Aux de ſang. On travaille à équiper
d'autres Vaiſſeaux , parce que la plu
part des anciens font fi vieux ; qu'ils
ne peuvent reſiſter au gros temps.
Tous les Anglois murmurent beaucoup
des priſes que les François font ſur eux,
& les Marchands de Londres ſe font
280 MERCURE
A
allemblez pour repreſenter auParlemét
lesdommages qu'ils en ont ſoufforts ,
qu'ils font monter à prés d'un million
ſterling. Les partis de la Nobleſſe du
Nordd'Angleterre ſont declarez pour
leRoy. Toutes ces chofes jointes au
grand nombre des mécontens , font
qu'on a de la peine à croire que Mr de
Schomberg foit paffé en Irlande , &
que ſes forces s'écartent d'Angleterre,
Quand il feroitdébarqué fur les coftes
d'Irlande , ceRoyaume n'eſt pas perdu
pour cela . Il faut beaucoupde temps
pour y avancer ; il n'y a preſque point
de pieces de terre qui ne foient entourées
de Foffez . Il y a quantité de Montagnes
& de défilez ,les vivres y font
rares; les munitions de guerre encore
plus ,& il faudra tout faire venir d'Angleterre.
C'eſt une affaire pour un
homme qui a autant debeſogne que le
Prince d'Orange , & nous devons nous
preparer à entendre bien des fauffetez
avant que l'Irlande ſoit ſubjuguée. Je
fuis , Madame, Voftre ,&c .
GALANT. 28г
On a donné la neuvième Partie
des Affaires du Temps le 15. de ce
mois , débité la dixième Partic
avec le Marcure d'Aoust.
PADE DELA
201LYON
883
Qualité de la reconnaissance optique de caractères