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1689, 05 (partie 1, complétée par les Affaires du temps) (Lyon)
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EX BIBLIOTHECA
AUGUSTINIANA
LVGDUNENSI


807156
MERCURE
TE LAVK
;
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
ΜΑΥ
CODE DE LA
VILLE
BLI
LYON
$185
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY
ruë Merciere au Mercure
Galant.
M. DC. LXXXIX
AVEC PRIVILEGE DU ROY.

LIVRES NOUVEAUX
depuis lanvier jusqu'au mois de
Iuin 1689.
Ffaires du Temps , concernant
la France , Rome , l'Eſpagre .
l'Allemagne , l'Holande , Pologne,
Suiffe & Cologne , avec
l'entrepriſe du Prince d'Orange ſur l'Angleterre
, & tout ce qui s'eſt paflé en Irlande
& autres endroits juſqu'au premier luin
ind . 6. vol . 6. liv.
Bibliotheque Vniverſelle, où nouveau
Journal des Sçavans en 8. vol . ind. 12.liv .
Journal du Palais tome onzième, in 4
6.liv.
Les Caracteres de Theopraſte quatriéme
Edition , augmenté aux moeurs de ce fiecle
de plus dedeux tiers , ind. 30.6.
Hiſtoire des Egliſes du lapon avec plus
ſieurs figures , in 4. 2. vol. 12. 1,
Hiſtoire des Hereſies par Mr Varillas .
tome s . & 6. contenant ce qui s'eſt paſſe
fous Cromvel & en Ecoffe & autres cndroits
, in 4. 2. V. 12. liv.
Hiſtoire de Louis onze par Mr Varillas,
ind. 4. v. 7. liv;
3
Catalogue.
Hiftoire des Variations des Eglifes Proteftantes
, par Mr l'Evêque de Meaux , in 4.
2. v. 12. liv.& ind. 4. vol . 8.1 .
Guerre des Tutes contre la Pologne , la
Moſcovie & la Hongrie , ind. 30. f.
Hiſtoire de l'Ancien Teſtament, indouze.
2. liv.
Paraphraſe ſur Saint Mathieu , indouze,
2. liv.
Relation de la Nigritie , ind. 15. Γ.
Offices de S. Ambroise; ind. 2. liv.
Veritables Penitent, où les ſentimens &&
les devoirs d'une ame penitente , contenus
dans les fept Preaumes de la Penitence, ind.
2. liv.
Second Voyage de Siam du R. Pere Tachartde
la Compagnie de Jeſus, avec plufieurs
figures en tailles douce , in 4. 5. liv.
lepremier volume fe vend pour 6. liv.
Morale Univerſelle de Mrle Baron des
Coutures , ind. 30, f.
L'Apocalipſe avec une explication , par
Mr l'Evêque de Meaux , in 8. 4 1. 10.f.
Explication de quelques difficultez fur
lesprieres de la Meſſe à un nouveau Catho.
ique par Mr l'Evêque de Meaux , ind. 30.6.
Reſolutions de pluſieurs cas de Con-
Science touchant la Morale & la difcipline
del Eglife par Mr de Saintebeuve, in4. 6.1 .
Recueildes deſcriptions de Peintures &
d'autres Ouvrages faits pour le Roy , ind.
Harmonia Evangelicafive concordia quatuor
Catalogue.
Evangeliftarum authore Bernardo Lamy , 11 .
2. liv. 10. f.
Oeuvres mélées de Mr. S Euvremont
augmenté de plus d'un tiers , inquarto , 6.
liv.
Ordonnance de Louis XIV. touchant la
Marine inquarto , 4. 1. 10. Γ.
Vtilité des Voyages && de l'avantage que
larecherche des Antiquitez procure aux
Sçavans , indouze, 2. v. 4. 1. 10. f.
Hiſtoire du Cardinal Mazarin , par M.
Auberi, indouzec. 2. v...
Diſcours ſur la bien ſeance avec desMaximes
&des reflexions tres-importantes &
tres- neceffaires pour reduire cette vertu co
uſage , indouze , 1. 1. 10.1.
Les Idilles de Theocrite , traduites de
Grec enVers François avec des Remarques
indouze, 3. 1.
Nouvelles Converſations deMademoiſelle
Scuderi, indouze.2.v. 4.1.
Lettres à une Dame de Province ſur les
Dialogues d'Eudoxe & de Philante, indouze
20. fols.
Recueil des Curiofitez de Lemery , indouze
, 2. v . 3. 1 .
Ouvres de Mr. Pradon ,avecRegulus ,
indouze , 3. 1 .
Oeuvres de Mr. Capiſtron ; indouze,4.1.
La Feſte de Chantilly , faite pour, Mr.le
Prince , indouze , 15. f.
Les Ouvres de Mademoiselle Bernard .
contenant leComte d'amboiſe , indouze ,
a. v. a. 1. 10. fols *
1
Catalogue.
Le malheur de l'Amour où Leonordd'Yvré
, indouze , 20. f. :
Le Prince Eſclave par Mr. Preſchac, indouze
, 20. f.
Hiſtoire de la Monarchic Françoiſe , où
Relation de tout ce qui s'eſt paffé depuis.
1642. juſqu'en 1688 indouze , 2. v. 4. 1.
Les Oeuvres de Mr. Poiffon , indouze ,
2. V. 3. 1 ;
Le Dictionnaire Hiſtorique de Morery ,
fol. 3. v. augmenté 45. 1.
Le ze. tome ſe ſepare pour 15.1.
Differtation fur la Goute tant la chaude
que la froide, ind. 20. f.
Traité des Operations de Chirurgie,ind.
20. fols.
Chimic charitable des Dames , indouze
30. fols.
Du Bon-heur &du malheur de Mariage.
ind. 2. v. 2.1.
Reflexion fur l'uſage preſentde la Langue
Françoiſe ou Remarques nouvelles &
Critiques touchant la Politeſſe du Langage
ind, 2. liv.
Differtations ſur les utines , ind. 20. f.
Sentimens deClearque ſur les Dialogues
d'Eudoxe & de Philante , ind . 20. f.
Leçonsde Geometrie Pratique par le
Sieur du Torar , ind. 30. f.
Eftat preſentde l'Egliſe & de la Colonie
Françoiſe dans la nouvelle France , par Mr.
l'Evefque de Quebec, in octavo , 2.1.
Dictionnaire des termes propresde MaCatalogur.
zine avec les Pavilions&les Enſeignes 'que
chaque Nation porte en Mer,deſignez&
blafonnez , 8.3.12 :
Anatonie du Corps humain , avec les
Remedes des maladiesdu Corps humain ,
8 2. v.8.1.
LeManuel de Pictere avecdes Reflexions
tiréesde la Morale del'Evangile, indouze
3,livres...
Ricard des Subſtitutions , infolie 15.1.
Antiquité des Temps , ind. a. 1. 10.
Parfait Mareſchal Soleiſel 4. nouvelle
Edition , 8. liv.
Uſagedu Caffé par Mr. de Blegny , avec
14. Figures en taille.douce: 301f.
Les Ocuvres duR. Pere Menestrier, con
tenant,
La nouvelle Methode du Blaſon , ind.
2. livres...
Les Preuves de Nobleſſe , ind. 2. v. 4. liv..
Les Originesdu Blaſon, ind. 2. v.4- liva
Traité de Chevalerie , ind . 2. liv,
Les Ocuvresde Meſſieurs de Corneille ,
ind. 9.v.18.1
Chimie de l'Emery , nouvelle Edition.
augmenté,in octavo , 3.1 .
Les amiriez mal-heureuſes Hiſtoise Defe
parte, ind. 20. f.
Lettres Spirituelles do A. Pere Epiphane :
Loüis Abbé regulier Eftival, ind. 30. f.
Deſcription Hisorique du Royaume de
Macacar par Mr. Gervaise , ind. 30. f. ca
- Receit des Edics,Declarations ,Arreste
* 33
Catalogue.
&&autres pieces , concernant les Duëls &
rencontres ind. 3. 1.
Les Oeuvres de Mr de Fontenelle, Neveu
de Meflieurs de Corneille contenant ,
LesDialogues des Morts , ind. 2. v.30.Γ.
Entretiens furla pluralité des Mondes, augmenté
d'une ſixiéme nuit , ind. 30. f.
Iugemens de Pluton ſur les Dialogues.
des Morts , ind. 30. f.
Lettres du Chevalier d'Her , indouze,.
2.v.3 . liv.
Hiſtoire des Oracles, ind. 30. f.
Sermons fur les veritez Chrétiennes &
morales fur les vertus & fur les vices , fur
les Commandemens de Dieu & fur les confeils
de l'Evangile, fur tous les devoirs de
la Religion & fur tous les ſujets qui ſe trais
tent en Chaire pour la converfion des pe--
cheurs,& pour la perfection des luſtes par
Monfieur de la Volpiliere Docteur.en Theologie,
8. 4. v. 12. 1.1 .
La nouvelle lurifſprudence fur le fait des
chaſſes dediéàMonfieur le premier Prefi-..
dent , ind . 2. V. 4.1.
Vericable conduite à la Confeſſion par
Me. Coquelin , inſcize 15. f.
-Difcours Satyrique & Morauxou Satyres
generales,par Mr Petit de Roüen , indouze
20. fols.
La liberté des Dames,ind. 20. f.
Hiſtoire de l'Ethiopic Orientale, ind.
30. fols.
La voye qui conduit au Ciel on L'ayant
Catalogue..
3-
coureur de l'éternité par ordrede Madamee
làDauphine , ind; 2.1 ...
Contes & Historiertes Divertiſſantes ti
rées du Sieur Guichardin & aurres , indouze
30. fols.
1 Traitéde l'élevationde l'Ame à Dieu par
les creaturescompoſé par le Cardinal Bcl--
larmin traduction nouvelle , ind. 2. 1.
L'art de Plaire dansla Conversation,ind..
30. fois..
Defeription de la Louiſane nouvellement:
decouverte ou Sud-oüeſt de la nouvelle
France par ordre du Roy avec la Carte dua
Païs, les Mooeurs & la maniere de vivre des
Sauvages, ind. 2 .
Traité fingulier des Regales ou des
Droits du Roy fur les Benefices Ecclefia.
ſtiques , enſemble la Conference ſur l'Edit
du Contrôle & la declaration des Infinuations
Ecclefiaftiques , par Mr Pinſſon Avo--
caten Parlement , 4 2. V. 12.1 .
Hiftorica Ecclefiaftica veteris Testamenti :
Differtationes Autora R.P.F. natali Alexandro >
Ordinis, FF.Prad catorum, 8.6. V. 181..
De la veritable Religion ,par le Pere le:
Vaffor de l'Oratoire, 4.7.1..
Nouvelle Bibliotheque des Autheurs de :
MirDupin , 8. 3. v. 13.1. 10. Γ.
Hiſtoire de Philippe de Valois&du Roy
Ican, par Mr l'abbé Choisy, 4.5...
Hiſtoire Naturelle & Politique du Ro--
yaume de Siam , 4.5.1.
Tobie Iudith & Efther traduit en Françoiss
in8.4.liv.
Catalogue.
Traité du Miniſteredes Paſteurs par Mr.
l'Abbé de Fenelon , 12.30. f.
Reflexion fur ce qui peut plaire,indouze
2:Volumes 3.1. 4
Nouvelle maniere de fortifier les Place
tiréesdesMethodes du Chevalier Deville
du Comte de Pagan , & de Monfieur de
Vaubans avec des remarques fur l'ordre
tenforcé ſur les deſſeins du Capitaine Marchit,
& fur ceuxde Monfieur Blondel ſuivie
de deux nouveaux deſſeins avec pluſieurs
figures , in octavo 3.1.
Tractatus de Vfura & Fænore item , de
ufuraria trium contractuum Pravitate , in quo
Catholica veritas Scriptura Sacra oraculis ,
Conciliorum Canonibus , Decretis Summorum
Pontificum , unanimi ac perpetuo Sanctorum
Patrumconsensu , ac demum naturali Lege ,
Regiisque Conftitutionibus confirmatur. Et ad
verfus Carolum Molinaum , Claudium Salma-
Sium, Auctorem Libelli du Traité de la Pratiquedes
Billets ac demum adverſus Viros Poli.
ticos,caterofque omnes Ufurarum patronos defenditur.
Item , in quo Libellus de aquitate
trium Contractuum adverfus Differtationem
noftram de Ufuraria trium Contractuum pravitatefcriptus
confutatur. Auctore IacoboGaitte
, Sacra Facultatis Parifienfis Doctore ,
Canonico Lucionenfi. 4.6. liv.
Lavie de S.Louis,par Mr l'Abbé de Choify..
inquarto 5.1 .
La Guide Spirituelle du R. P. Loüis
Dupont de la Compagnie deleſus, traduit
a
Catalogue:
parle Pere Brignon dela mesme compas
gnie , inoctavo 2. vol.6. 1 .
Traité de l'Ortographe Françoife , ons
V'Ortographe en ſa pureté. 12. 20. f.
De l'Education des Eccleſiaſtiques dans
les Seminaires, indouze 2. 1 .
Maximes Chreftienns de Craffet, indouze
2. 1 .
Prieres pour la meſſe , inſeize 10. f:
Campagne de Monfeigneuravecle Siege
de Philisbourg & autres places. Indouze
20, f.
L'Eloquence de la Chaire & du Bareau,
felonles principes les plus folidesde laRetorique
ſacrée & profane ind. 2.1.
Hiſtoire de l'origine des Dixmes , des
Benefices &des antres bienstemporels de
PEglife ,ind. 20. f. 1
Sentimens fur le miniſtere Evangelique
avec des Reflexions ſur le Aile de l'Ecriture
Sainte & fur l'Eloquence de la Chaire, ind..
2.1.
Methode pour apprendre facilement las
Geographie , par Mr Robbe avecpluſieurs
figares en taille douce , troifiémeEdition ,
revuë & augmentée de pluſieurs chofes
confiderables& d'une table des Matieres
in 12. 2. volum. 6. liv .
L'Art de la Guerre , augmenté , ind.
30, 1, par Monfieur Gaya.
Oeuvres de Monfieur de Varillas , con
tepant ,
L'Hiſtoire de Charles neuf , 4.2.7.12.liv
Idem ind . 3.v. 3.1. 10.f.
Catalogue.
Hiftoire de François premier, 4.2.0.12.1.
-Idem ind. 4. v. 6. 1 .
Education d'un Prince ,par Varillas,
ind. 2. v. 3. 1 .

HiſtoiredesHereſſes, in 4. 6. v. 36.1 .
Idem ind. 12. V. 21. liv.
Histoire de LOUïs douziéme , inquarto ,
3 v. 18.1.
د
Idem ind. 6.v. 10.1. 10. f.
Politique de la Maiſon d'Autriche , ind..
30. fols .
Réponſe à M. Burnet par Varillas, 8. 3.1.
Hiſtoire de Louïs onzième, 4. 27. 12.liv.
&indouze 7.1 .
Relation Voiverſelle de l'Afrique ancien
ne &Moderne où l'on voit toutes les Conquties
que le Roya fait contre les Corfais
res deBarbarie , avec quantité de figures en
taille-douce, ind. 4. v. 8.i .
•Efther Tragedie de M. de Racine , ind..
30 fols
Entretien touchant l'entrepriſe du Prince
d'Orange furla Grand Bretagne, ind. aliv.
La treifiéme partie des Oeuvres de Saint
Oeuvremont , ind. qui ſera le 7. tome des
12. 2. livres,

4
Traitez de Pieté de Monfieur Nicole
in 8. 4. liv.
L'origine des Egliſes de France prouvée
par la fucceffionde ſes Eveſques, inoctavo,
3. livs
Homelies ou Sermons de S. Lean Chry
foftome au peuple d'Antioche augmenté ..
in-octavo , 31 ...
Catalogue.
Tradition de l'Eglite Catholique & de
la fauſſe Egliſe ſur la doctrine de lanſenius
touchant le libre Arbitre & la Grace par le
Pere Deshamps , in 8.3 . liv.
Le nouvel Etat de la France augmenté de
douze figures en taille-douce , & de tous
les Officiers qui ont eſte, nommez par le
Roy juſqu'à preſent , ind. 2.v.4.1
L'on dittribue toutes les semaines le
Journal des Sçavans pour fix fois chaque
Cahier.
Les Mercures&Affaires duTemps , ſe
vendront ſeparé 20. f. chaque volume , &
ceux qui en prendront au deſſus de cinquante
volumes à la fois l'on leur en fera un
prix honneſte.
L'on donnera le mois prochain chez le Sr
Amaulty toutes les Oeuvres d'Etmuller &
qui contiennentun Corps complet de Medecine
, à ſçavoir , une Theorie , une Pratique,
un Corps de Chirurgie & un de Pharmacie,
foitGalenique,foit Chimique avec
quantité dediffertations Medicophiſiques.
cette Edition ſera beaucoup plus ample ,
plus correcte & en meilleur ordre que les
deux qu'on a fait en Allemagne,on a meſme
ſoinde traduire tous les termes Allemans
qui s'y trouvent en Latin & d'expliquer
tous les caracteres de Chimie , dont ſe livre
eft extremement chargé autfi en Latin , ce
qui fait qu'on eſpere que cette edition fera
d'un uſage beaucoup plus facile que toutes
les autres. Elle contiendra 2. gros vol.
infolio.
35
*********
TABLE.
Preludadrigal au Roy. 2
Inscriptions pour une Statue du
Roy. 3
Quatre Edits du Roy pour la creation
de plusieurs charges & offices
confiderables. 9
38
Eglogue par Monsieur Magnin
de l'Academie d'Arles.
Air nouveau par M. Leger. 59
L'Ateïsme puni en ta perſonne d'un
Gentilhomme Polonois. 60
Lettre d'un Evêque protestant à
un Milord de ses amis ,fur les
affaires d'Angleterre. 69
Irreſolution Amoureuse , histoire.
174
Madaine des Houlieres est agregét
3
TABLE..
à l'Academie Royalle de laville
d'Arles. 192
* Service folemnel en l'Eglise-Metropolitaine
de Paris > pour la
feuë Reine d'Espagne. 196
Assemblée Sinodale de Monfieur
l'Evêque d'Uzez. 199
Meffieurs Chevalier ,& Dalibour
choisis pour enseigner l'Anatomie
,&faire les operationsdans
l'Academie de Chirurgie de
Paris. 200
Entrée de l'Ambassadeur de Venise
à Paris. 202
Monsieur de Cruoly à eſté pourveu
de la compagnie des gendarmes
Anglois. 203 20
Mort de plusieurs personnes de dif-
2 tinction ..
De Madame Annede Champhuon.
206
De la Reine de Suede. 107
De Madame de Duras- Fors. 208
ς
TABLE.
- De Mesfire Ican René de Longueil.
209
De Monfieur l'Evêque d'Avranches.
209
De Madame la Ducheffe de Gramont.
210
De Meffieurs Antoine de Vyon.
216
Monfieur de Castagneres de Châteauneuf
est choisi pour l'Ambaſſade
de Constantinople. 218
Livres d'Architectures d'un rare
merite. 219
Noms de ceux qui ont deviné l'Enigme
du dernier mois..
Enigme pour ce mois.
221
214
LeRoy afait preſent de deux mille
Louis d'orà Monsieur l'Abbéde
Dangeau. 226
Combat naval entre une escadre
des vaisseaux du Roy & la
flote Angloife. 226
Nouvelles d'Irlande. 266 & 275
TABI E.
La Ville & Château de Cam-Re
don dans le Lampourdan pris
par les François en fix jours.
269
Nouvelles d'Allemagne.
Fin de laTable.
273
!
Avis pourplacer les Figures.
L
'Air qui commence par, On
peut enfin dans nos bocages,
doit regarder la page 59 .
La Figure Allegorique doit
regarder la page 187 .
MERCURE
GALANT
MAY 1689.
LYON
☑ ANS la ſituation
où font preſentement
les affaires
, je ne
puis commencer ma
Lettre d'une maniere qui convienne
mieux aux grandes
Actions de Sa Majesté , qu'en
vous faiſant part des Vers que
vous allez lire.
May 1689 . A
2 MERCURE
nhìn hình
V
AU ROY.
MADRIGAL.
Ous que Bellonne & la Victoire
Accompagnent toujour par
tout ,
Qui n'entreprenez rien fans en
venirà bout ,
Mettez , grand Roy ,le comble
àvoſtregloire.
Vosplus fiers Ennemis les armes à
la main ,
Ont éprouvé toûjours un funeste deſtin
,
Ils n'ont pû reſiſter à laforce des
vostres.
Aprés tant d'exploits fi fameux
,
GALANT.
3
Remettez surle Trône un Prince
malheureux ,
Ce triomphe pour vous fera plus
glorieux ,
Que d'avoir vaincu tous les
autres.
Ce Madrigal eſt de Mr
Diereville , dont je vous ay
déja envoyé divers Ouvrages
qui ont toujours eu l'avan .
tage de vous plaire. Voicy
encore des Inſcriptions faites
au ſujet de la Statuë du Roy
de Mr du Bois. Vous vous
ſouvenez de celles que je
vous ay déja envoyées dans
mes deux dernieres Lettres .
Comme les plus courtes ne
ſont pas les plus mauvaiſes
& qu'il y a de la grace à faire
entendre beaucoup en peu de
,
A 2
4
MERCVRE
mots , Mrle Preſident de Varoquier
a en raiſon de choiſir
ceux су , Hercule major. Hercule
a dompté des Monſtres ,
& en at- on jamais vû de
plus redoutables que l'Hereſie
, qui eſt le ſujet de la Figure
, au bas de laquelle l'Infcriptiondoit
eſtre placée ?
En voicy une autre qui dit
auſſi beaucoup en un ſeul
Vers.
Monstrum , Aquila victâ , vi-
Etoque Leone , ſubegit,
Mr de Vertron qui en eſt
l'Auteur , l'a traduit ainſi.
De l'Aigle &du Lion Loüis
victorieux ,
Dompte un Monstre ennemy
de la Terre & des Cieux,
Il a fait cette autre Infcription
pour un Buſte de Sa
Majesté.
GALANT.
5
Hic Vir hic eft, Regum Exemplar,
morumque Magifter ,
Orbi qui vivo Caſare jura da
ret.
L
Voicy la traduction de ces
deux Vers .
C'est là ce grand Heros , le
Modelle des Rois .
C'eſt luy qui pour les moeurs eft
un Maistre fidelle ,
Tout l'Univers charme de fa
gloire immortelle ,
Du temps de Cefar mesme eust
reconnu ſes loix.
Ces quatre autres Vers Latins
ont eſté faits à la gloire
de cet auguſte Monarque ,
par Mr des Hommeaux Hardy
, Avocat Angevin. Ils
preſagent ce que l'Empereur
doit attendre de la guerre
A 3
6 MERCURE
qu'il entreprend ſur le Rhin ,
dont le ſuccés diminuëra fort
la gloire que ſes armes luy ont
acquiſe par les conqueſtes
qu'elles ont faites ſur les Othomans
.
Victrices venient Aquila ,
victeque redibunt ,
Terribilem Gallum laurea certa
manet.
Non femper Viola , sed semper
Liliaflerent د
Perpetuus labor est , ô Lodoice ,
tuus .
Je finis par une plus longue
Inſcription , au bas de laquelle
vous trouverez le nomde
l'Auteur. Elle a eſté faite
pour une Statuë du Roy , en
quelque lieu qu'elle puiſſe
eſtre élevée.
GALANT.
7
LUDOVICO
Invict ſſimo praliis ,
Auguſtiſſimo triumphis ,
Religione Chriſtiniaſſimo ,
Bis Europa Pacatori ,
Optimarumlegum Autori
Morum Cenfori ;
Decori Gallia, Saculi ornamento
Populorum felicitati
Hareſcon Destructori ſapientiffimo,
Fidei Propagatori ardentiſſimo
Ecclefia Defensori acerrimo ,
Victori moderatiſſimo ,
Regi dilectiffimo, Patri feliciffimo ,
In omnibus Maximo ,
Raimundus Bonet
د
primus in
Prefidiali Sarlatenfium Curia
Patronus ,
Fideihocmonumentum
Affectu devotiſſimo confecravit,
Le meſme a fait les fix Vers
ſuivans ,pour mettre au bas
2
A 4
8 MERCVRE
d'un Portrait , où le Roy eſt
peint tout entier en habit de
ceremonie ; On en a fait tirer
une Eſtampe , & Sa Majesté
y eſt repreſentée dans le Temple
de la Gloire. La Fortune ,
la Valeur ; la Sageſſe , & la
Pieté l'y couronnent .
Estre le refuge des Rois
Le Protecteur de l'Eglise &
des Loix ,

Touiours Conquerant
ioursiufte ,
د
tou-
Pere d'un Fils par tant d'exploits
fameux ,
C'est fans comparaison estre plus
grand qu' Auguste ,
Et plus puissant ,&plas heureux.
Jay à vous parler de quatre
Edits qui furent enregiftrez
au Parlement le dernier
GALANT. 9
jour de Fevrier. Vous voyez
par cette datte que je ne pretens
pas vous apprendre une
nouvelle : Auſſi monbut n'eſtil
point de remplir mes Lettres
de choſes que vous ignoriez ;
il me faudroit pour cela ne
laiſſer paſſer aucun jour fans
vous écrire . Ie croy fatisfaire
à tout ce que vous pouvez
ſouhaiter de moy , lors qu'en
vous entretenant d'articles
publics , j'y ajoûte quelque
choſe de nouveau . Comme
j'ay beſoin de temps pour en
eſtre inſtruit à fond , je me
tais ſouvent fur les premieres
nouvelles & pendant que
ceux que la curiofité engage
à les rechercher , n'en
font informez que confufément
, je tâche d'apprendre
,
As
10 MERCVRE
tout ce qu'il faut vous en dire
afin qu'un plus parfait éclairciſſement
leur faſſe en quelque
façon conſerver la nous
veauté que les premiers bruits
ſemblent leur avoir fait perdre.
Ainſi en vous parlant des
nouvelles Charges que leRoy
vient de créer , je vous diray
en quoy conſiſtent ces
Charges & en quel temps
a commencé leur creation .
Le premier de ces Edits regarde
les Maiſtres des Requeſtes
. L'application continuelle
avec laquelle le Roy travaille
à regler l'Etat en toutes
ſes parties , l'ayant obligé
d'en employer un grand nombre
, les uns dans les Provinces
les autres ſur les Frontieres
, qui ont eſté confide
GALANT . 11
rablement étenduës par les
conqueſtes faites pendant les
dernieres Guerres , d'autres
dans les Ambaſſades , & d'autres
en pluſieurs Commiſſions
extraordinaires , ils ſe ſont
d'autant plus utilement acquittez
de ces emplois qu'ils
avoient appris dans les Conſeils
de Sa Majesté les maximes
qu'elle établit tous les
jours pour rendre la justice ;
pour entretenir une bonne
police dans les Provinces &
dans les Armées & pour faire
obſerver les Ordonnances
concernant la regie de ſes
Fermes , le recouvrement des.
Tailles ,& celuy de ſes autres
Revenus. C'eſt ce qui eſtcauſe
que pluſieurs Officiersdu Roy ,
attirez par l'eſperance de ſe
A6
12 MERCVRE
-
rendre dignes d'eſtre choiſis
pour de ſemblables emplois ,
ont ſouhaité d'entrer dans ces
Charges , en forte qu'il y en a
un grand nombre qui ont
conſigné pour y eſtre admis
quand elles viendront à vaquer
, & comme Sa Majesté
recherche avec foin les
moyens les plus faciles & les
moins onereux à ſes Sujets
pour foutenir le poids de
la guerre , dans laquelle la
Ligue qui unit ſes Ennemis,
l'a engagée , Elle a creé& érigé
en titres d'Offices formez ,
huit Maiſtres des Requeſtes
ordinaires de ſon Hoſtel , lefquels
Offices ſeront remplis
par les Officiers qui ont porté
leur argent auBureau des Revenus
Cafuels , ſuivant l'ordre
4
GALANT.
13
de leur conſignation , & ces
Officiers joütrent des meſmes
honneurs , rang , ſervice
au Parlement , autoritez , prérogatives
, privileges , exemptions
, pouvoirs , jurifdi .
ctions , gages , droits , profits
& émolumens qui y
font attribuez , & dont ont
jouy , & jouiffent aujourd'huy
les autres Maiſtres des
Requeſtes établis auparavant.
Ces huit Offices feront dépattis
en chaque quartier ,
pour ſervir tant dans les
Conſeils de Sa Majesté , qu'-
aux Requeſtes de l'Hoſtel, de
la meſme forte , & fans aucune
distinction des Anciens
auſquels le Roy a cru devoir
cette juſtice , pour reconnoiftre
les fervices qu'ilsluy ren-
,

14
MERCVRE
-
dent actuellement dans ſes
Conſeils avec dignité & avec
honneur , d'augmenter le prix.
de la fixation de leurs Charges
, en forte qu'il ſera à
l'avenir de cent quatre vingtdix
mille livres , au lieu de
cent quatre- vingt mille livres ..
On peut dire que ces Charges
ſont des plus confiderables
de laRobe , tant par leur antiquité
que par leur pouvoir ,
& par le grand merite de
ceux qui les ont poſſedées ,
dont pluſieurs font parvenus
aux plus grands emplois du
Royaume , y ayant eu plufieurs
Chanceliers , Ambaſſadeurs
, Miniſtres d'Etat , premiers
Preſidens des Parlemens
, Chambre des Comptes,
& autres Compagnies Supe
GALAN T ..
S
"
rieures , Preſidens au Mortier
dans les mêmes Parlemens
Conſeillers d'Etat , Surintendans
, comme auſſi des Cardinaux
,Archeveſques , Evef.
ques & Prelats d'un merite
diſtingué , qui auparavant avoient
exercé ces Charges.
Il n'y en avoit que trois ou
quatre dans leur origine , &
les fonctions en estoient faites
par les principaux Seigneurs
de la Cour , Comtes ,,
Barons , ou Chevaliers , que
nos Rois commettoient pour
recevoir les Placets , Requeſtes
& plaintes de leurs Sujets..
Ils examinoient ces plaintes ,
& en faifoient leur rapport
au Roy , qui donnoit un jugement
conforme à l'importance
du fait. Les affaires
16 MERCURE
, au
ayant augmenté depuis que
le Parlement & les autres
Compagnies de Iuftice furent
renduës ſedentaires à Paris , le
nombre de ces Maiſtres des
Requeſtes s'augmenta en même
temps , & des perſonnes
graduées y furent miſes
lieu que ces Charges eſtoient
exercées auparavant par des
gens d'épée . Leur nombre alla
juſqu'à quatre- vingt , & par
le moyen de l'Edit du mois
de Fevrier dernier, il y en aura
à l'avenir 88. qui ſerviront
par quartier aux Conſeils du
Roy , c'eſt à dire vingt - deux
au quartier de lanvier , autant
en celuy d'Avril ; & le meſme
nombre aux quartiers de Jaillet
& d'Octobre Ils ont tous
letitre de Conſeillers du Roy
GALANT.
17
en ſes Conſeils d'Etat & Privé
, où ils font rapport des
affaires , & opinent. Ils ont
auſſi entrée , ſeance , & voix
deliberative dans tous les Parlemens
du Royaume , prefident
en tous les Preſidiaux
& Iurifdictions ordinaires ;
quand ils y vont , afſiſtent au
grand Sceau , & font rapport
à Mr le Chancelier des Lettres
que l'on y preſente. Ils
preſident auſſi aux Chancelleries
du Parlement de Paris ,
où ils ſcellent les Lettres , &
de meſme aux Chancelleries
des autres Parlemens lors qu'
ils y font. C'eſt de leur Corps
que doivent eſtre les Preſidens
du Grand Conſeil , auſſi bien
que la pluſpart des Intendans
de Iuftice & de Police dans
18 MERCVRE
les Provinces. Ils portent la
robe rouge aux Ceremonies
comme eſtant du Corps du
Parlement ; & à l'Entrée du
Roy & de la Reine faite à
Paris en 1660. ils accompagnoient
Mr le Chancelier ,
veſtus d'une robe de velours
noir , avec une ceinture d'or-
& des cordons d'or à leurs
chapeaux. Ils tiennent leur
Siege dans la grande Salle du
Palais à Paris , & leur Iurifdiction
s'appelle les Requeſtes
de l'Hoſtel . Ils jugent les caufes
des Officiers de la Cou-
Fonne , des Officiers de la
Maiſon du Roy , & de ceux
des Maiſons Royales
Officiers des Cours ſouveraines
& autres qui ont droit de
Committimus , & des Commudes
GALANT. 19
nautez Eccleſiaſtiques qui ont
droit de Gardes Gardiennes ,
le tout en premiere inſtance.
les Parties privilegiées y pouvant
aller plaider , ou aux
Requeſtes du Palais. Les
Maiſtres des Requeſtes jugent
auſſi ſouverainement
pluſieurs Cauſes qui leurs ſont
renvoyées par Arreſt du
Confeil .
Il y a un autre Edit , qui
porte création de deux Gardes
du Treſor Royal , de deux
Receveurs des Revenus Cafuels
, & de deux Commis
Gardes des Regiſtres du Controlle
General. Ces Charges
créées en titres d'Offices font
voir la bonté du Roy , qui tirant
du prix qu'elles produiront
un fecours confiderable
20 MERCVRE
pour fournir aux deſpenſes néceffaires
de la Guerre , ſans
eſtre obligé à augmenter de
beaucoup les fonds deftinez
aux appointemens de ceux qui
les ont exercées auparavanten
qualité de Commiſſionnaires ,
cherche par là à ſe diſpenſer
d'eſtre à charge à ſes Sujets.
Le Tréſorier de l'Epargne fut
c'eé par le Roy François I. à la
place de l'ancien Receveur
General. Le Roy Henry II . le
fit alternatif, & il fut fait triennal
par le feu Roy . Ces Offices
ont eſté confiderables par les
grands avantages de leur maniement.
Ceux qui en faiſoient
les fonctions recevoient tous
les deniers des Receptes generales
des Provinces du Royaume
, & des Revenus de Sa Ma-
1
GALANT. 21
a
jeſté , Tailles , Taillon , Subfi-
Sſtance , & autres deniers ordie
naires & extraordinaires deus
au Roy , qu'ils employoient
ſuivant ſes ordres au payement
des dépenſes de ſa Maifon
& des Maiſons Royales ,
Gendarmerie , Ordinaire &
Extraordinaire des Guerres ,
Marine , Artillerie , Fortifications
, payement des rentes
aſſignées ſur l'Hoſtel de Ville ,
payement des Officiers
Compagnies Superieures , &
autres Officiers de judicature,
dons & gratifications de Sa
Majeſté . Le Roy ſupprima ces
Charges en 1664. & commit
des perſonnes pour les exercer
ſous le titre de Gardes du
Tréſor Royal . Par l'Edit dont
je vous parle, ces Commiſſions
es
22 MERCURE
+
font revoquées ,& Sa Majesté
crée en titres d'Offices formez
& Hereditaires deux Gardes
du Tréſor Royal , chacun aux
gages de quarante mille livres
pour trois quartiers , quatre
minots de ſel & autres droits
confiderables .Par le même Edit
Elle crée deux Receveurs des
Revenus Cafuels & deniers
extraordinaires , chacun aux
gages de vingt mille livres
pour trois quartiers , trois minots
de fel & autres droits ; &
deux Charges de Commis &
Gardes des Regiſtres du Contrôle
general de ſes Finances ,
aux gages de trois mille livres
chacun pour trois quartiers ,
deux minots de ſel & autres
droits . Il y avoit auparavant
desOffices de Commis au ConGALANT.
23
trôle General des Finances , &
Sa Majesté les rembourſa en
1675. Quant aux Charges de
Receveurs des Revenus Cafuels,
le Roy Loüis XII.crea un
Treſorier de ſes Parties Caſuelles
pour recevoir les deniers
dela vente des Offices &
des droits deux à chaque mutation
d'Officier , Cet Office
fut depuis créé alternatif &
triennal , & en l'année 1664 .
le Roy les ſupprima tous &
les fit exercer par Commiffion
.
Le troifiéme Edit regarde
la creation de ſeize grands
Maiſtres des Eaux & Forests .
Anciennement il n'y avoit
qu'une Charge de cette nature
, & elle a toûjours eſté
poſſedée par des perſonnes de
24 MERCVRE .
د
qualité . Le Roy Heny III .
en crea fix en 1575. & le
nombre en a eſté augmenté
depuis . Ceux qui en font reveſtus
preſident à la Chambre
des Eaux & Foreſts de France ,
au Siege general de la Table
de Marbre du Palais à Paris
& les lugemens de cette
Chambre font intitulez du
nom de ces grands Maiſtres .
Ils ont Jurisdiction & connoiſſance
de tout ce qui concerne
les Bois & Foreſts du
Roy , des Princes , Prelats
Gentilshommes Particuliers
& Communautez , & auſſi des
Garennes , Peſches , Rivieres ,
Ifles , Ilots , Moulins , Chafſes
, Droits de Gruerie , Grairie
, Tiers & Danger , tant en
,
premiere inſtance que par
appel 1
GALANT.
25
,
appel des Sieges des Maiſtriſes
particulieres des Eaux & Foreſts
, Capitaineries des Chafſes
& Louveterie. Le Roy
voulant pourvoir au mauvais
eſtat où ſes Foreſts ſe trouvoient
reduites par la negligence
, & le peu de fidelité
des Officiers ordonna par
Arreſt de ſon Conſeil du mois
d'Octobre 1661. qu'elles demeureroient
toutes fermées
&en meſme temps Sa Majeſté
commit des perſonnes experimentées
pour proceder à la
reformation generale
Eaux & Foreſts de tout fon
Royaume , qu'elle regla ſuivant
leurs avis , auſſi bien que
les coupes ordinaires & les
uſages . L'application qu'Elle
eut au retabliſſement de cette
importante partie de ſon Do-
Maj 1689 . B
des
26 MERCVRE
maine , luy ayant fait connoiſtre
que la pluſpart des
abus qui s'y eſtoient introduits
, venoient du peu de
ſoin que l'on avoit eu de veiller
à leur conſervation Elle
diminua le nombre des Offi
ciers auſquels on avoit commisce
foin , & fupprima mefme
tous les Offices de Grands
Maiſtres par ſes Edits des
mois de Mars 1664. & Avril
1667. En fuite Elle fit rediger
fon Ordonnance du mois
d'Aouſt 1669. contenant ce
qui ſe devoit obſerver dans
l'adminiſtration des Eaux &
Foreſts & pour l'execution
de cette Ordonnance , Elle
commit dans chaque Province
des perſonnes capables ,
qui y ont exercé par Commiffion
la fonction de Grands
د
GALANT.
27
Maiſtres . Un fi bon ordre
ayant pleinement remedié à
toutes fortes d'abus , & tellement
aſſeuré la bonne regie
des Eaux & Foreſts , que rien
ne peut plus la troubler à l'avenir
, Sa Majesté par l'Edit
dont je vous parle , a créé &
erigé en titres d'Offices formez
ſeize grands Maiſtres
Enqueſteurs & Generaux Reformateurs
des Eaux & Foreſts
de ſon Royaume , Pays ,
Terres & Seigneuries de ſon
obeïſſance , pour les exercer
aux ſeize départemens qui
fuivent.
Le premier dans le département
de Paris , compoſé des
Maiſtriſes de Paris , S. Germain
en Laye , Fontainebleau ,
Mont fort -Lamaury ; Dreux ,
Sezanne , Creſcy&Dour dans
B 2
28 MERCVRE
aux gages de dix mille livres ,
Le ſecond , dans le département
de Valois , Senlis &
Soiffons , compofé des Maiſtriſes
de Senlis , Compiegne ,
Beaumont ſur Oife , Villiers-
Cotrets , Laigne , Clermont ,
Chauny , Coucy , & la Fere ,
aux gages de huit mille livres.
Le troifiéme , dans Le département
de Picardie , Artois
&Flandre , compoſé des Maiſtriſes
& Jurisdictions d'Abbeville
, Boulogne , Calais ,
Heſdin , Tourrneſent , Saint-
Omer , Aveſne le Comte
Arras & Bapaume , Nieppe ,
y compris Bailleul , Merne
&Efcouffe, Phalempin , Tournay
& Tournaiſis , aux gages
dehuit mille livres .
Le quatriéme , dans le Dé-
,
د
GALANT .
29
partement de Hainaut & Pays
d'entre Sambre & Meuſe &
outre Meuſe , compoſé des
Jurisdictions de Valenciennes
, Condé , le Queſnoy , Gi-
Bouvines & Mariembourg
, aux gages de fix mille
livres .
vet
د
د
Le cinquiéme dans le Département
de Champagne &
Luxembourg , compoſé des
Maiſtriſes & Iurifdictions de
Troyes , Chaumont , Saint-
Dizier , Vaffy , Sainte Menehould
Reims & Grurie
d'Efpernay , Sedan , Chaſteau-
Renault , Comté de Chiny ,
& Duché de Luxembourg ,
aux gages de fix mille livres.
Le ſixiéme dans le Département
de Lorraine & Barois ,
composé des Maiſtriſes de
Mets , Nancy , Luneuville ,
B 3
30
MERCVRE
4
Saint Diey د
Badouvilliers
Efpinal , Mercourt , Vicg ,
Sarre - Loüis ; Barte Saint Michel,
Bourmont , Pont à Mouffon
, & Longhüy , aux gages
de fix mille livres . 1
Le ſeptiéme dans le Départementdes
Duché & Comtéde
Bourgogne , Breſſe & Alface ,
compoſé des Maiſtriſes & Jurifdictions
de Dijon , Chaſtillon
, Autun , Avallon , Châ
lons , & Jurisdictions deſdits
Comtez de Bourgogne & Alface
, aux gages de fix mille
livres .
2 Le huitième dans le Département
des Provinces de
Lyonnois , Foreſt , Beaujollois
, Auvergne , Dauphiné &
Provence , aux gages de quatre
mille livres.
Le neuvième dans le DéparGALANT.
31
tement de Toulouſe ; compoſé
des Maiſtriſes de Toulouſe
ou Villemur , Rodés ,
Caſtelnaudary , Saint Pons ,
Montpellier & Quillan , aux
gages de quatre mille livres.
Le dixième dans le Département
de Guyenne
posé des Maiſtriſes de Villeneuve
de Berc , 11fle lourdain
, Pamiers , Comminges ,
Pays de Soullé , Labourt , Bigorre
,Bearn , & Baffe Navarre,
aux gages de quatre mille livres
.
,
com-
L'onzième dans le Département
de Poitou , Aunix ,
Angoumois , Limoſin ; Xaintonge
, la Marche , Bourbonnois
& Nivernois , compoſé
des Maiſtriſes de Poitiers
Chaſtelleraut , Chiſe & Niort,
,
Angouleſme & CoignacGue
B 4
32
MERCURE
ret , Bellac , Moulins Cerilly ,
& Montmarault, aux gages de
fix mille livres .
Le douziéme dans le Département
des Provinces de
Touraine ; Anjou & Maine ,
compoſe des Maiſtriſes de
Tours , Amboiſef , y compris
Montrichard , Loches , Chinon
Beauge , Angers le
د
Mans , Chaſtean du Loir , &
د
Perſeigne , aux gages de fix
mille livres .
Le treiziéme dans le Département
du Duché de Bretagne
, compoſé des Maiſtriſes
de Rennes , Cornuailles ,
Fougeres Ville cartier , Gaure
Vennes ,& Nantes , aux gages
dequatre mille livres .
Le quatorziéme dans le
Département de la Generalité
de Roüen , y compris le
GALAN T.
33
Vexin François , compoſé des
Maiſtriſes de Roüen , Pont
de l'Arche , Caudebec , Arques
, Lyons , Vernon & Andely
; Pazy,Ely , Nonancourt ,
Verneüil , & Evreux , aux gages
de huit mille livres.
د
Le quinziéme dans le Département
de Caën , & Alen .
çon , compoſé des Maiſtrifes
de Valognes , Bayeux , Vire ,
Alençon , Argentan , Domfrom
, Mortagne & Beleſme
aux gages de huit mille livres.
Le ſeiziéme dans le Département
de Blois & Berry ,
compoſe des Maiſtriſes de
Blois, Parc de Chambort , Romorantin,
Vierzon, Iſſoudun ,
& Bourges , aux gages de quatre
mille livres .
Outre ces gages marquez,
chaque Grand-Maiſtre a une
B
34
MERCVRE
fomme certaine pour fon
chaufage , & une autre pour
les appointemens du Secretaire.
Tout cela doit eſtre
employé dans les eſtats des
ventes des bois qui feront
arreſtés chaque année au Conſeil
du Roy , fans aucun retranchement,
& paffé & alloué
dans les eſtats & comptes des
Receveurs Generaux des bois ,
&autres qui en feront le paye.
ment fans difficulté . Ceux qui
ſeront pourvûs de ces Charges ,
joüiront des meſmes droits ,
autoritez , feances , préeminences
, pouvoirs , fonctions ,
exercices de juſtice , privileges
& prérogatives dont ont joüy
les Grands Maiſtres avant leur
fuppreffion , & on les admet au
payement du Droit annuel de
leurs Offices par les Receveurs
GALANT.
35
des Revenus Cafuels , & ainſi
qu'il fera reglé par l'eſtat qu'on
arreſtera au Conſeil du Roy ,
fans qu'ils payent aucun preſt,
dont Sa Majesté les a diſpenſez
& déchargez . Elle a auſſi conſervé
l'exercice & fonction des
Offices de Grands Maiſtres des
Eaux & Foreſts établis dans le
Département d'Orleans & de
Montargis.
Il me reſte à vous parlerdu
quatriéme & dernier Edit.
Vous ſçavez que le Roy qui
veille continuellement an bien
de ſes Peuples , a envoyé des
Commiſſaires dans toutes les
Provinces pour la reformation
de la Justice. Les plaintes qui
leur ont eſté faites en divers
endroits , touchant les abus qui
ſe commettoient par les Receveurs
des Confignations ,& le
B 6
36 MERCVRE
confiez ,
peu de ſeureté qu'il y avoit
- pour les depôts quileur étoient
les ayant obligez
d'en faire rapport à Sa Majeſté
, Elle a mis ſes ſoins à re
chercherles cauſes de ce def.
ordre , & a reconnu qu'en la
pluſpart des Iurifdictions où
ces Receveurs ſont établis , il
n'y avoit point de regle cere
taine pour leurs fonctions ny
pour la perception de leurs
droits , à cauſe de la multiplicité
des Charges de Receveurs
anciens., alternatifs ,
triennaux , & quatriennaux ;
& de celles de Contrôleurs
& principaux Commis
د
à
chacune deſquelles il y avoit
differens droits attribuez
D'ailleurs ,
la pluſpart des
Reglemens que l'on avoit
faies au ſujet des ConfignaGALANT.
37
encore
tions , & fur tout la Declara.
tion du 16. Juillet 1664, ne
regardant que les Cours &
Jurisdictions de Paris , l'abus
s'eſtoit gliſſe impunément
dans les autres lieux , yayant
même pluſieurs Jurisdictions
du Royaume où les Receveurs
des Confignations n'ont point
eſté établis. Ainfi
pour donner un ordre certain
& general aux Confignations ,
en oſtant ce grand nombre
d'Officiers qui ne sçauroit
eſtre qu'à charge au Public ,
pour les réunir en un ſeul , &
établiſſant des Officiers dans
les Iurisdictions qui n'en ont
pointeu juſques à preſent ; à
chacun deſquels on preſcrira
une regle uniforme
l'exercice de leurs Charges &
د pour
pour la perception de leurs
droits , Sa Majesté par ſon
38 MERCVRE
Edit du mois de Février dernier
, a réuny à fon Domaine
les Offices de Receveurs Contrôleurs
, & Commis anciens ,
alternatifs , triennaux & quatriennaux
des Conſignations ,
établis en certaines Cours &
Jurisdictions en vertu des Edits
de 1578. & autres depuis
intervenus , voulant qu'ils
foient revendus pour eſtre &
demeurer unis afin de ne faire
qu'un ſeul corps d'Office ſous
le titre de Receveur des Confignations
, hereditaire & domanial
en chacune de ſes
Cours & Iurisdictions , fans
qu'à l'avenir on puiſſe les diviſer
& en attendant cette
venttee , Sa Majesté commettra
à la fonction de ces Offices
en rembourſant les Proprietaires
, à l'exception ſeule-
2
GALANT . 39
ment des Offices de Receveurs
des Confignations en
Normandie
1685 .
2 créez en Juin
Le plaifir que vous avez
trouvé à lire les Poëſies Paſtorales
de Mr de Fontenelle
vous doit aisément perfuader
qu'elles ont eſté receuës par
tout avec de grands aplaudifſemens.
C'eſt ce qui a engagé
Mr Magnin , de l'Academie
Royale d'Arles , à luy adreſſer
l'Eglogue que je vous envoye .
Son nom vous eſt ſi connu par
tous les Ouvrages que vous
avez vûs juſqu'icy de fa façon
, qu'il eſt impofſible qu'il
ne vous diſe beaucoup à l'avantage
de celuy cy .
40
MERCVRE
EGLOGUE.
Toy qui d'un chalumeau plus
touchant & p'us doux .
Que celuy dont l'heureuse& celebre
Mantouë ,
Et se glorifie & se louë ,
Et qui luy fait tant de jaloux ,
Fontenelle , quifçais avecque tant
d'adreſſe
A la fimplicitémêler la politeſſe ,
Qui fais fi bien parler nos Bergers
amoureux ,
Qu'àpeine àla Cour mesme onparleaussi
bien qu'eux ;
Couronné par les mains des Filles
de Memoire ,
Comblé de merite & de gloire ,
Que diras- tu de voir quemongrof.
fierHautbois
<
GALANT. 41
S'efforce d'imiter les douceurs de ta
voix ?
Par Son hardy caquet ſouvent le
Geay copie
Du sçavant Roßignol la douce melodie.
Tous les Bergers n'ontpas l'air poly
comme toy ,
Mais s'ils avoient cet avantage,
Ie te le dis de bonne foy ,
Supposé que l'on eust le mesme goust
que moy ,
Tout le monde iroit au Village.
Dans le defir de t'imiter ,
Que ma Musefcroit heureuse ,
Si fon adreſſe alloit jusqu'à bienraconter
De cette avanture amoureuse
L'histoire fimple & ferieuses
Si tu n'y trouves pas cettefacilité
42 MERCURE
Qui fait avee tes Vers distinguer
ton merite,
Tu trouveras au moins dans ce que
jedebite ,
Au defant d'ornemens beaucoup de
verité.
La Bergere Dorife , & la Bergere
Aminte ,
S'entretenoient un jour seules , &
fans contrainte ,
Et Sous l'appas trompeur d'une lonque
amitié
Feignant d'ouvrir leurs coeurs
cachoient la moitié.
, en
Si jamais on a vû la faufſe confidence
De lafinceritéménager l'apparence,
Si jamais en amour onfe déguiſa
bien ,
Pour piller un fecret, en confervant
lefien,
Auce un foin égall'une & l'autre
Bergere
GALANT.
43
Fit poury réussir tout ce qu'il falloit
faire .
L'une& l'autre étoit belle,& croyoit
meriter
Leprix qu'elle feignoit de ne point
disputer.
L'une & l'autre en fecret defirant
d'estreaimée ,
Et de ne point aimer briguant la
renommée ,
Dans le ménagement d'une fauffe
rigueur ,
N'occupoit fon esprit qu'à déguiſer
Soncoeur.
Doriſe eſtoit plusfine , Aminte plus
difcrete ,
Acela prés au fond, autant qu'elle
coquette.
Déja pour en juger ce portraitfaute
aux yeux ,
Maisfaisons-les parler on enjugera
mieux .
O ! vous qui connoiffez le panchant
de vos ames ,
44
MERCURE
Si vous voulez garder le fecret de
vosflames ,
Parlez difcretement ; le feu de vos
amours,
Sans cela brillera par tout dans vos
discours .
Le coeur pour se cacher ne prend
qu'un ſoinfrivole ,
On neglige la langue , & le ſecret
s'envole.
De cent mots ambigus le voilé dece .
vant
Offre une feureté qui manquetres-
Souvent ,
Et pour diffimuler , quoy que l'on
imagine ,
La grande obfcurité fait mesme
qu'on devine.
De cette verité l'on ne pourra douter
En lifant l'entretien quejevaisra
conter.
GALANT. 45
Le jour estoitſerein , & la plaine
riante
Aux Troupeaux réjouis montroit
l'herbe naiſſante ,
Et les Zephirs cuëillant les premices
des fleurs ,
Répandoient dans les airs de nouvelles
odeurs .
Sur le coſteau prochain les Bergeres
affifes ,
Du ſoin de se connoiſtre également
éprises ,
Aprés avoir un peu rêvé , pris des
détours,
Doriſe la premiere entama le difcours.
DORISE.
Nos Bergers amoureux s'affemblent
dans la plaine
Mais ce n'est pas le soin desTrou
peaux qui les meine ,
Les Bergeres en fouley courent à
leur tour.
46
MERCVRE
Qu'on est d'un grand loiſir quand on
n'a point d'amour !
AMINTE.
On fait entrer l'amour dans toutes
les affaires ,
Des Soins les plus communs on en
fait des misteres ;
Il en est toutefois quantité d'innocens
,
Mais je n'en puis juger que par ce
que je sens.
DORISE.
Ie vous entends , Aminte,& vois
la conſequence.
Ce que j'ay dit pourtant n'est point
ce que ie penſe ,
Ma bouche auroit trahy mon coeur ,
&fans raiſon
Vous ſervez d'interprete à cette
trahison .
AMINTE .
C'est sans aucun deſſein que j'av
dit ma pensée ,
GALANT.
47
!
Et ie n'y croyois pas Dorife intereßée
,
Mais vous parlezd'un air , àfaire
perfumer
Que vous n'ignorezpas ce que c'est
que d'aimer.
DORISE .
Ieconnois de l'amour ce que l'en
entens dire .
Pour ensentirles feux cela peut- il
Suffire?
Aminte , aprenez, moy ce que vous
enpensez,
Peut estre pour m'inftruire enſçavez-
vousaffe.z
AMINTE .
La défaite est adroite , & digne
de Dorife.
N'est- cepoint Dorilas qui vous l'auroit
apprise?
Par les soins qu'il vous rendilſe
fait remarquer ,
Etquelquefois peut- estre il aime à
s'expliquer.
48 MERCURE
DORISE .
Tous les foins qu'il merend ne me
font rien comprendre ,
Mais ceux de Telamon , vous les
devezentendre , *
Ce Berger près de vous est affez
affidu :
Tout le temps qu'ily paſſe , Aminte
eft ilperdu ?
AMINTE .
I'en tiens compte , Doriſe ,&n'en
ay point de honte ,
Mais est ce à l'amoursoul que l'on
doit rendre compte ?
Faut-il abfolument qu'ilse
de tout?
mesle
Nedecide- t- on rien que fur ce qu'il
refout?
DORISE.
Voſtre coeur vous dira tout ce qu'il
en faut croire .
Et vous voulez en vain en déguifer
l'histoire ,
Mais
GALANT. 42
Mais pour moy , là- deſſus j'ay peu
d'attention ,
L'on a beau m'en parler , je n'en
Sçay que le nom.
A MINTE
Que le nom! C'est trop peu ;moy
j'enSçay d'avantage ,
Car je vois bien aumoins que l'amour
n'est pas faze ,
Et fi ie vous diſois , Doriſe , que
c'est vous
Qui me l'avezappris , vous mettrois-
ie en couroux ?
DORISE .
Point du tout ; mais enfin d'où
vous vient la pensée .
Que des traits de l'amour mon ame
Soit bleffée?
Surquoy devinez - vous ma ſenſibilité?
Trouvez - vous Dorilas par moy fi
bien traité ?
May 1689 .
C
50
MERCVRE
AMINTE .
Non pas tant en effet qu'ilmerite
de l'estre ,
Mais que fert la froideur que vous
faites paroistre ?
Sans ceffe &fans raiſon par tout
vous le blâmez ,
Vousle maltraitez trop ; Doriſe,
vous l'aimez .
DORISE.
Le nom de Telamon vous impofe
filence ;
On ne croit pourtant pas que се
nom vous offense ;
Dés qu'on parle de luy , vous changez
d'entretien .
N'en dites- vous point trop , quand
vous ne dites rien ?
AMINTE.
Malheureux Dorilas , taflame
qu'on mépriſe ,
Se devroit rebuter , mais quelle est
ma Surprise ,
GALANT.
51
De voir , quand on revient lefoir
dansle Hameau ,
Doriſe te charger du soin de fon
Troupeau !
DORISE.
Aminte , Telamon avec indiffe-
7
Entend parler de toy ,Sans rompre
rence
lefilence.
Dans cet état glacé, d'où vient donc
que je vois
Que ton chienſçaitsi bien obeïr à
favoix?
AMINTE .
L'autre jour qu'on railloit de vôtre
amour , Bergere ,
Vous fustes sur le point de vous
mettre en colere ;
Mais un moment aprés , avecque
Dorilas .
Iefçay qu'on vous vit rire , & luy
parler tout bas .
C2
52 MERCURE
DORISE .
Telamon pour rever à l'écart fe
retire ;
Quoy qu'on diſe de luy , vous n'avez
rien à dire ,
Mais toutefois vos yeux , fi je les
entens bien ,
Luy font raison de tout, quand vous
ne dites rien .
AMINTE .
Dorife, il faut enfin que ie vous
defabuse;
Ne menagez plus tant un coeur
que l'on refuse.
Déja depuis long temps Dorilas s'offreà
moy ,
Mais pourrois - je l'aimer , s'ilvous
manque de foy ?
DORISE.
Ah, vous me provencZ& commencezà
croire
QueTelamon fur vous me donne la
Victoire.
GALANT. 53
De cette trahisonieferoisde moitié,
Si i'ofois lâchement trahir nostre
amitié.
AMINTE .
Vue telle amitié sans doute eft
precieuse F
Ie ne la croiois pas pourtantfigenereuse
,
le laménageray , Bergere, affurement
;
Et vous conferveray vos droits fur
voſtre Amant.
DORISE .
Ien'auray pas ce foin , car vous
estes si belle
Quevous sçaurez affezquerir un
infidelle.
Mais ie le vois venir ce malheureux
Berger.
Sans doute qu'il vous cherche ,&ne
veut pas changer.
AMINTE.
Quoy , vous le voyezſeul ? ouvrez
C3
54
MERCVRE
les yeux , Bergere ,
Dorilas l'accompagne ; à quoy bon
ce mistere ?
l'embarras .
Si ce nom prononcé vous met dans
1
Ie diray bien auſſi que je ne ne le vois
pas.
DORISE .
Vous pouvez le nommer , & le
voirfan's contrainte ,
Vos yeux & voſtre coeur y perdroient
trop , Aminte.
De tout cet embarras je vais vous
2 délivrer ,
Il arrive , & ie vois qu'ilfaut vous
le livrer ,
TELAMΟΝ.
Toutes deux à l'écart , &filongtems
, Bergeres !
Pourrions - nous demander quelles
douces affaires
Ont pû vous occuper dans ce long
entretien ?
GALANT.
55
Et Dorilas , & moy , n'y sommesnous
de rien ?
AMINTE .
Ievous laiſſe àpenser,demandezleà
Dorife;
Hors de parlerde vous , que voulez,
vous qu'on dife ?
Mais ce qu'on en diſoit nous poußeroit
trop loin ,
Songeons à nos Troupeaux , il en
faut prendrefoin .
DORIL A S.
Quoy,vous vous retirezfi promptement
, cruelles ?
Vn peu plus de bontépour des Bergers
fidelles ?
Chacunepeut laiſſerpaiſtre encorſon
Troupeau , N
Lapartieest heureuse , & lejour est
DORISE.
fi beau.
Partie,
Si vous entrepreniez de faire la
C 4
56 MERCURE
Vous auriezde la peine à la rendre
affortie ,
Quand le coeur n'est pas libre
Suivre (on defir ,
Il est bon d'éviter l'embarras de
choisir.
DORILAS.
Voilà ce quis'appelle une Enigme
parfaite.
En avez- vous la clef, Telamon ?
TELAMΟΝ.
Lefouhaite
Qu'au moins Aminte , avant que
de quitter ce lieu ....
A MINTE.
Ien'ay rien àvous dire ; adieu ,
Berger , adieu.
Lès Bergeres alors du coſteau def
cendirent .
Inquiets , & reveurs, les Bergers les
Suivirent ,
On ne se parla plus qu'enmots entrecoupez
,
GALANT.
57
Les coeurs de l'avanture estoient
trop occupez.
On amaſſades fleurs dans la Plaine
fleurie,
Victimes du dépit ,& de lareſveries
On en jetta soudain les feüilles à
l'écart,
Les rameaux , du chagrin eurent
aufſfileurpart
Tout ce qui se trouvaſous la main
au passage ,
Fut brisé par l'effet d'une Secrete
rage ود
Chacun se separa pour ioindre fon
Troupeau ,
Quay qu'il ne fust point tard on
gagna le Hameau;
Maismalheur en chemin auxBre
bis écartées
Elles n'avoient jamais estefi mal
traitées
On repouſſa du piedles carefſſesdes
Chiens 2
C. S
58
MERCURE
2
4
On euftdit que chacun méconnoifſoit
les fiens.
D'un air si froid enfin on finit la
journée ,
Qu'on vit bien qu'on alloit changer
de destinée .
Sans doute les Bergers fe raccommo
deront ,
On les écoutera fi-tôt qu'ils parleront
,
Mais jur leuramitié , je crois que
Les Bergeres ,
Aprés cedémeſlé,ne compterontplus
gueres.
Dėja l'une avec l'autre on les voit
ravement ,
L'averſion s'augmente en cet éloignement.
Que l'on apprenne donc , qu'une
amitié fidelle ,
Finit aßezSouvent sur une baga.
telle ,
Et que ſi l'on pretend qu'elle dure
zoûjours ,
GALANT . 19
Ilnefaut point troubler les fecretes
amours.
Quand on veut trop avant foüiller
dans ces miſteres ,
La curiositéfait de grandes affaires
La belle Saiſon a donné
lieu a des Airs nouveaux fur
le retour du Printemps. En
voicy un de Mr Leger .
AIR THECER
NOUVEAU LYON
ON peut enfin dans nos Bocages louir des douceurs du beau
temps.
Les Oiseaux par leur deur ramage
Chantentle retour du Printemps.
Quemon bonheurſcroit extrême
Printemps , fi ton retour
Rendoit la Bergere que j'aime
Plusſenſible àmon amour
C6
60 MERCURE
1
Toutes les nouvelles de
Vvarſovie ont parlé depuis
quelque temps d'un Gentilhomme
Polonois arrêté pour
l'Atheisme . Il y estoit prifonnier
depuis deux ou troisannées
, & fon affaire a eſté jugée
pendant la Diete. Lors
qu'il fut interrogé , il nedefavoüa
pas qu'il n'euſt fait
qulques Ecrits , & meſme il
fut obligé de tomber d'accord
qu'il les avoit communiquez
. Comme il pretendit
d'abord avoir des raiſons valables
pour ſervir à ſa défenſe
, on luy donna du temps
pour répondre à l'accuſation
qui luy eſtoit faite. Le 26. de
Fevrier la Seance fut commencée
de bonne heure afin
de pouvoir travailler à ſon
Procés . Il fut amené dans
GALANT. 61
l'Aſſemblée , & comme il ne
put diſconvenir des Ecrits
qu'il avoit faits ; tout ce qu'il
dit pour ſa juſtification , fut
qu'il n'avoit écrit aucune
des propoſitions dont on luy
faifoit un crime , que dans le
deſſein deles réfuter ; qu'il les
refutoit de bouche en parlant
à ceux avec lesquels il s'en expliquoit
, & les empeſchoit par
là de pouvoir tomber dans
aucune erreur ; que ce projet
d'en faire connoiſtre là faufſeté
, eſtoit parmy les papiers
qu'on luy avoit pris , & qu'il
falloit qu'il euſt eſté ſupprimé
par celuy qui l'accuſoit.
Ce qu'il dit fut cauſe que l'on
ordonna que l'Accuſateur
jureroit avec ſept Témoins
qu'il n'avoit caché aucun
62 MERCURE
>
papier. Ces témoins font
pour l'ordinaire des gens de
la plus mediocre condition
à chacun deſquels on donne
tres - peu de choſe . Cette façon
de jurer eſt fort honteuſe en
Pologne , & c'eſt une grande
tâche pour une Famille. Le
Serment ayant eſté preſté
par l'Accuſateur , il fut enjoint
au Gentilhomme de ſe
mettre à genoux , & de témoigner
devant Dieu & le
monde qu'il ne recevoit
point d'autre loy que celle
que luy preſcrivoit l'Eglife
Romaine . Il le fit , & cria enfuite
en s'adreſſant à Sa Majeſté
, ayez pitié , ayez pitié de
moy Roy tres.excellent. On
l'emmena hors de l'Amſſemblée
, & alors le Primat du
Royaume donna ſa voix qui
>
GALANT.
63
e
alla ale faire brûler vif , &
à élever un poteau dans la
Place de l'execution , fur lequel
fon crime feroit gravé
ainſi que le jugement rendu.
L'Accuſateur
2
ne fut pas
exempt de peine. Il fut ordonné
qu'il payeroit une
amende pour avoir fait arrefter
un Gentilhomme qui
n'eſtoit pas encore jugé . C'eſt
un Privilege particulier à la
Nobleſſe Polonoiſe de ne
pouvoir eſtre arreſtée qu'àprés
la condamnation. Ainfi
les Accufez ont la liberté de
folliciter eux mefmes leurs
affaires , & lors qu'ils en craignent
un mauvais ſuccés
ils ont le temps de ſe mettre
en ſeureté. Le 28. cette affaire
fut portée aux Seigneurs Laïques
,& le Vay- vode de Cra-
-
>
!
64 MERCVRE
covie déclara qu'il n'eſtoit
point d'avis qu'on dreſſaſt
aucun poteau , parce qu'il
n'eſtoit pas à propos de conſerver
la memoire des maximes
ſcandaleuſes & pleines
d'impieté de cet, Athée ;
que beaucoup de perſonnes
bien intentionnées ne pourroient
les lire ſans ſentir toûjours
quelque nouvelle indignation
, & qu'ainſi il falloit
donner une autre Sentence..
Là- deſſus les Senateurs conclurent
unanimement , ainſi
que les Seigneurs du Clergé..
qu'on luy bruleroit la main
juſqu'au coude avec ſes Ecrits
blafphematoires ; qu'aprés
cela on luy couperoit le reſte
du bras juſqu'à l'épaules
qu'on luy arracheroit la langue
hors de la bouche , &
GALAN T. 65
- que ſon corps ſeroit mis enfuite
fur un bucher & brulé.
Quelques uns , mais en petit
nombre , parlerent de modifier
ce jugement en le releguant
dans un Monastere
pour y faire penitence. D'autres
opinerent à le faire envoyer
à Rome , afin qu'il fuſt
jugé par le Pape . Le Vaivode
de Smolensko fut un de ceux
qui agirent avec le plus de
ſeverité. Il ſe declara avec
tant d'aigreur contre le Coupable
, que divers Seigneurs
&particulierement le Nonce
de Breſzefciauski , demanderent
au Roy , que comme il
s'agiſſoit d'un Athée fes
cendres aprés qu'il ſeroit
brûlé , fuſſent miſes dans un
Canon, & jettées par la force
de la poudre ſur les terres de
>
د
66 MERCVRE
د
د la Vaivodie de Smolensko
afin qu'elles ne demeuraſſent
point fur le territoire de Vvarſovie.
Le 20. de Mars il fut
amené dans l'Egliſe de Saint
Iean & là fur un échafaut
qu'on avoit dreſſé exprés , il
fit abjuration de ſes erreurs
entre les mains des Eveſques ,
en prefence de leurs Majeſtez
Polonoiſes , & d'une tres - nombreuſe
aſſemblée. Il les déteſta ,
& pria qu'on le vouluſt exempter
du tourment du feu , de
crainte que la douleur ne le
fiſt tomber dans le defeſpoir .
On luy donna ſes écrits , afin
qu'il en fiſt la lecture àhaute
voix. Il la commença , offrant
de les refuter , & quelques-
uns fouhaitoient qu'on
luy en donnaſt le temps , mais
les forces luy ayant manqué
GALANT. 67
0• toutd'un coup , cette lecture
En fut achevée par un Preſtre .
2 Le 28. du meſme mois il fut
F amené dans le Senat , & on
1
luy lent ſa Sentence. Elle
# portoit qu'il brûleroit ſes
| Ecrits luy meſme , & qu'il
ſeroit enſuite brûlé vif. Quoy
que la rigueur de cette Sentence
le fiſt fremir , il avoüa
⚫ qu'elle eſtoit beaucoup au
deſſous de l'énormité du crime
, & qu'il n'avoit point à ſe
plaindre de ſes Juges. Il ne
laiſſa pas de prier le Roy & le
Senat d'avoir quelque égard
pour ſa foibleſſe , & de vouloir
moderer ſa peine , afin qu'il la
puſt ſouffrir fans craindre le
deſeſpoir. On fut touché de
fon repentir , & on luy accorda
qu'on ne jetteroit ſon
corps au feu qu'aprés qu'il
68 MER CVRE
auroit la teſte tranchée . Cela
ne pûteſtre executé que le 30 .
àcauſe qu'un vent fort violent
s'eſtant élevé le 29. on craignit
qu'il ne caufaſt quelque
embrafement dans la Ville
où les maiſons font preſque
toutes couvertes de bois. Ainſi
il fut jugé à propos de differer
l'execution juſqu'au lendemain.
Il monta ſur l'Echafaut
affez conſtamment . Il
brûla ſes papiers , & on luy
coupa la teſte , aprés quoy fon
corps fut jetté dans le bucher.
Comme les Affaires d'Angleterre
ſont ce qui occupe
aujourd'huy toute l'Europe ,
& qu'on n'écrit rien fur cette
matiere qui ne merite d'eſtre
vû des Curieux , je vous envoye
une Lettre à laquelle on
>
1
GALANT. 69
adonné icy de grands applaudiſſemens.
La folidité des raiſonnemens
dont elle eſt remplie
, l'a fait traduire de l'Anglois
en noſtre Langue , & je
fuis perfuadé que ſa longueur
ne vous déplaira pas .
LETTRE
D'un Evesque Protestant à un
Mylord de fes Amis.
MYLORD,
Les circonstances preſentes
de nos affaires ſont ſi étran .
ges , & les perils dont tous
les Fidelles ferviteurs du Roy
font menacez me paroiffent fi
preſſans , que je n'aurois ja70
MERCVRE
,
mais pû me refoudre à répondre
à voſtre Lettre , ſi je
n'étois perfuadé que vous me
demandez avis à bonne intention
, & fi je n'avois en
mefme temps ſujet de craindre
que vous n'interpretaſſiez
mon filence comme une approbation
tacite de tout ce
qui s'eſt fait depuis deux mois
contre le Roy contre l'Egliſe
& contre l'Etat. Vous
me rendriez peut- eſtre justice
en attribuant ce filence comme
celuy de pluſieurs de mes
Confreres à une prudence qui
peut - eſtre permiſe en cette
occafion , mais quelques- uns
en jugeroient autrement , &
me reprocheroient avec raifon
qu'ayant toute ma vie
prêché l'obeïſſance envers
fon Souverain , & eu le bonGALANT
.
71
heur d'eſtre élevé dans l'Univerſité
d'Oxford ſous des
Maiſtres également recommandables.
par leur pieté &
par leur doctrine , je n'imiterois
pas leur conduite ; car
dans des temps d'une rebellion
pire que celle- cy , ils ne
rendirent pas ſeulement té .
moignage à la verité lors
qu'ils en furent requis , ils la
défendirent courageuſement
devant les Ofurpateurs del'autorité
Royale , & ils lear
reprocherent leur crime avec
un zele digne de noſtre Profeſſion
& de la fidelité inviolable
que le Clergé de l'Egliſe
Anglicane avoit fait paroiſtre
juſqu'à ce temps.cy. Mais
enfin puiſque nous voyons
des Evêques qui ſe ſont laif72
MERCVRE
,
ſe entraiſner dans la voye
des impies , & quiſe ſont aſſis
dans la Chaire des moqueurs
je veux dire , qui ont pris part
à cette maudite Convention ,
pour attenter à la perſonne &
à la dignité de l'oint du seigneur
, je me croirois indigne
du rang que je tiens dans
voſtre Eglife , & meſme du
nom de Chreftien fi je ne
m'expliquois tres clairement
à ceux qui me demandent
compte de mes ſentimens , ce
que ſelon le precepte de Saint
Pierre nous devons toûjours
eſtre preſts à faire lors que
nous en ſommes requis.
,
2
Ainfi , Mylord , pour commencer
à vous répondre je
vous diray que vous ne pouviez
mieux faire que de ne
n'a comble
que tous CC
freresqui ait
ment
l'honne
Anglicane.
fatisfaction d
chargé voſtre
aufi
grandcri
de la
rebellion
bons
Chreftie
Hierement l'Eg
ont
toujours
le
vous avοί
que je ne puis
quels
principe
la
Convention
tendre qu'ils ſe
ce
crime
.
Vo
noftre Eglife
Leigné
l'obeïn
times
Souvera
pasaller à la Convention , & devoir eſſenti
qu'en May
1689.
GALANT. 73
la
qu'en cela voſtre conduite
m'a comblé de joye auſſi bien
que tous ceux de nos Confreres
qui aiment veritablement
l'honneur de l'Egliſe
Anglicane. Vous avez
fatisfaction de n'avoir pas
chargé voſtre conscience d'un
auſſi grand crime qu'eſt celny
de la rebellion , que tous les
bons Chreſtiens , & particulierement
l'Egliſe Anglicane ,
ont toujours eu en horreur.
Je vous avoüe Mylord
que je ne puis comprendre ſur
quels principes Meſſieurs de
la Convention peuvent pretendre
qu'ils ſe juſtifieront de
ce crime. Vous ſçavez que
noſtre Egliſe a toujours enſeigné
l'obeïſſance aux legitimes
Souverains comme un
devoir eſſentiel du Chriſtia-
May 1689 .
9
D
74
MERCURE
י
niſme , etably par l'écriture
Sainte , par toute la Doctrine
des Anciens , & particuliement
par nos Confeffions de
foy & nos Articles de Religion.
Le 37. en parle en ces
termes. Regia Majeftas in hoc
Anglia Regno ac cateris ejus
Dominiis , fummam habet potestatem
ad quam omnium
Statuum hujus regni , five illi
Ecclefiaftici fint , five civiles , in
omnibus caufis fuprema gubernatio
pertinet , & nulli externa
Iurifitioni est subjecta
debet. Il n'y a aucun Eccleſiaſtique
du Royaume qui
n'ait juré de tenir cette Doctrine
, & elle eſt encore plus
fortement establie par les
fermens d'Allegeance & de
Supremacie , que tous les
Seigneurs & tous les Deputez
, nec effe
GALAN T.
75
des Communes ont preſtez au
Roy à ſon avenement à la
Couronne ; & autant de fois
qu'ils font entrez dans quelque
nouvel employ , ils ont
juré qu'il estoit le legitime Royde
ce Royaume ; que le Pape , ny
par luy , ny par aucune autre au .
torité émanée du Siege de Rome
ne peut déposer le Roy ; & enfin
que le Pape ny aucune Perſonne
n'ale pouvoir de dispenser de ce
ferment. Par celuy de Supremacie
on declare , que le Roy
est Suprême Gouverneur de ce
Royaume dans le spirituel &
dans le temporel , & qu'aucun
Prince étranger Personne ,
Prelat , Estat ou Potentat , n'aou
ne doit avoir aucune fursdiction
, pouvoir , Superioté , preéminence
, ou autorité Ecclefiaftique
on Spirituelle dans ce Royau
D2
76
MERCVRE
me ; Qu'en consequence on re
nonce à toute Jurisdiction étran
gere , pouvoir , Superiorité ou autorité
quelconque , & qu'on promet
deformais une veritable fidelitéau
Roy , àses heritiers & legitimes
fucceffeurs , & de defendre
de tout fon pouvoir ſes droits
preeminences , &c. Il n'y a perſonne
dans la Convention qui
n'ait fait ces fermens , & il
n'y en a aucun qui ne les
ait violez . S'ils croyent que
par ces fermens ils ont contracté
quelque nouvelle obligation
, c'eſtoit aſſeurement
celle de ne rien faire de tout
ce qui a eſté reſolu dans leur
Affemblée , & de demeurer
fidelles au Roy. S'ils croyent
que ces fermens ne les ont
obligez à rien , ils ſe joüent
d'une étrange maniere de leur
GALANT.
77
Roy ,deleur Foy & de Dieu ,
qu'ils ont pris à témoin de la
promeſſe de fidelité qu'ils
faisoient à Sa Majeſté . Ils
n'en peuvent pas éluder la
force par des interpretations
frivoles , puiſque par une clauſe
ſpeciale celuy qui les preſte
declare , qu'il entend les termes
du ferment selon leur sens fim.
ple & naturel , sans équivoque
&fans restriction mentale. En
ceſens tous ceux qui ont approuvé
les Deliberations priſes
contre le Roy ne peuvent
eſtre exempts de parjure , &
d'une forte de parjure , qui
non ſeulement eſt criminel
devant Dieu , mais qui détruit
tout le commerce reciproque
entre les hommes ;
car quelle aſſurance pourront
jamais prendre les Souverains
4
D 3
78 MERCVRE
2
de la fidelité de leurs Sujets
Proteftans , fi de ſemblables
ſermens où Dieu eſt pris à
témoin & les Evangiles
touchez ne ſuſſiſent pas ,
Vous voyez bien , Mylord ?
que cela les engage neceſſai .
rement à une defiance legis
time , & à s'aſſurer de leur
fidelité par des voyes toutes
differentes , en leur laiſſant le
moins de liberté qu'il leur
eſt poſſible. Au moins les
Catholiques Romains ne
ſont pas expoſez à ce reproche
meſme ceux qui
ont une Doctrine contraire
à la ſeureté des Rois. Vous
ſcavez qu'ils ne ſuivent pas
tous les meſmes ſentimens ,
comme il paroiſt par l'appro .
bation que cinquante- huit
Docteurs de la Faculté de
د
GALANT. 79
Paris donnerent en 1680. au
ferment d'Allegeance , & par
d'autres Pieces qui furent
imprimées à Londres en 1684 .
par les foins du P Pierre
Vvalsh , Cordelier Irlandois ,
dans le Livre intitulé Caufa
Valesiana . Mais ceux qui
eſtans imbus des maximes de
Bellarmin refuſent de le
prêter , font affez voir que ce
refus n'eſt pas ſeulement fondé
fur la crainte de deſobeïr
aux Brefs de Paul V. mais
auſſi ſur la penſée qu'ils ont
que s'ils avoient fait ce ferment
ils feroient engagez
à l'obſerver. Il ne faut
donc plus leur reprocher les
équivoques & les reſtrictions
mentales mais à ces nouveaux
zelez de la Convention , qui
ne peuvent ſe laver du repro-
,
D4
80 MERCVRE
د chedes'eſtreparjurcz
qu'en declarant qu'ils ont
promis au Roy une obeïffance
conditionnelle , c'eſt à dire ,
qu'ils ne ſe ſont engagez à luy
eſtre fidelles , qu'autant qu'il
le feroit à leur égard dans
l'obſervation de ce pretendu
Contrat original qui eſt entre
les Rois & le Peuple ; qu'autant
qu'il ſeroit Proteſtant
ou pour mieux dire , qu'autant
qu'il leur plairoit.
,
Si ces diſtinctions & ces
clauſes estoient nouvelles
encore faloit-il les propoſer
au Roy lors que tout le
Royaume luy promit fidelité
à ſon avenement à la
Couronne , & luy declarer
quelles eſtoient les conditions
des fermens qu'on luy
preſtoit. On n'ignoroit pas
י ר
GALANT. 81
alors qu'il ne fift profefſion
de la Religion Catholique
; mais toute l'Angleterre
ne crut pas que ces motifs
fuſſent ſuffifans pour lay refufer
l'obeiſſance qui luy étoit
deuë. Toutes les Villes &
Communautez le témoignerentaffez
par leurs Adreſſes ,
lors que la memoire eſtoit encore
recente des efforts que les
Sediticux avoient faits dans
les Parlemens de Vveſtmins
ſter & d'Oxford , pour faire
exclure Sa Majesté de la ſueceffion
, ſous pretexte de ſaReligion
. Toutle Royaume déteſta
alors les maximes que la
Convention a priſes depuis
pour regles fondamentales
de ſa conduite . On déteſta
pubuliquement le projet d'afſociation
dreſſé par Mylord
Ds
82 MERCVRE
Shafsbury & fes complices ;
quoy qu'il fuſt moins pernicieux
que le reſultat de la
Convention , & toutes les raifons
ſur leſquelles on pretendoit
justifier cette Aſſociation
, furent condamnées en
1683. par la fameuſe decifion
de l'Vniverſité d'Oxford.
Perſonne alors ne parut fur
les rangs pour défendre les
dangereuſes maximes de ces
Conſpirateurs ; chacun les
condamna comme contraires
à la parole de Dieu , à la feuretédes
perſonnes ſacrées , &
au repos public , & comme
directement oppoſées à la
doctrine de l'Egliſe Angli--
cane . Comment donc s'eſt- il
pû faire que ce qui eſtoit abominable
en 1683. ſoit conforme
à l'Ecriture & aux Loix
GALANT. 83
a
du Royaume en 1689. fi ce
n'eſt que la Convention
changé de maximes , qu'elle
a également renversé les Loix
de l'Eglife & de l'Etat , &
qu'après avoir tant déclamé
contre le Pouvoir Arbitraire
elle tâche d'en établir un qui
eſt incomparablement plus
grand , puis qu'elle nous veut
forcer à violer noſtre ſerment ,
& à recevoir un Etranger , au .
quel nous ne pouvons obeïr
en confcience ?
On ne peut pas dire que
les maximes ſur leſquelles la
Convention agit , ſoient nouvelles
,& par conſequent qu'-
on peut excufer ceux qui s'y
font laiſſe ſurprendre. Elles ſe
reduiſent à une principale ,
qui eſt le Contrat original
entre leRoy & fes Sujets , qui
D6
1
84 MERCVRE
:
fait que lors que le Roy manque
à fon devoir , les Sujets
ne font plus tenus au ferment
qu'ils ont fait de luy obeir
De cette premiere on en tire
une ſeconde ; que fi un pouvoir
legitime fe change en
tyrannie , ou qu'il ne foit pas
exercé ſelon les Loix divines
&humaines , on peut l'abroger.
Ces deux propoſitions
font la ſeconde & la troifiéme
de celles qui furent folemnellement
condamnées par
l'Univerſité d'Oxford , le 31 ,
Juillet 1683. Elles n'ontjamais
eſté enſeignées que par Buchanan
, Knox , Dolivans Malton
, Grodvin , & d'autres ſeditieux
, & ont toujours eſté
condamnées par l'Eglife Anglicane
, comme heretiques ,
ſeditieuſes, tendantes à l'AnarGALANT.
85
chie & à la fubverfion des
Puiſſances legitimes ,dont aucune
nepourra eſtre en ſeureté
dés que quinze ou vingt Fanatiques
ſe feront mis en teſte
qu'on a violé ce Contrat original
, ou que les Magiſtrats
n'agiffent pas felon la Loy de
Dieu , Ces maximes ne ſont
que trop connues , &la Nation
a vû par une experience
funeſte quelles en estoient
les conſequences , puis qu'elles
porterent des Rebelles
furieux à un parricide execra
ble que nous ne pouvons affez
deteſter & que l'Eglife
Anglicane déplore tous lesans
par un Office ſolemnel . Ainſi
je ne comprens pas comment
on peutencore s'en ſervir pour
couvrir un autre attentat que
nos Loix mettent preſque au
meſme rang, qui eſt dedépoüil
86. MERCVRE
lerle Roy de l'autorité legitime;
que le droit de la ſucceſſion
luy a donnée.
Il n'eſt pas queſtion d'examiner
preſentement ſi ces
maximes peuvent s'accorder
avec les regles de la Morale
Chreſtienne. L'Egliſe Anglicane
en a toujours jugé autrement
, non ſeulement quand
elle a eſté libre , mais encore
dans le temps qu'elle gemifſoit
ſous l'oppreſſion de ſes
plus grands Ennemis. Vous
n'ignorez pas que durant la
longue rebellion , le Docteur
Hammond , le Docteur Heylin
& pluſieurs autres les combatirent
par leurs écrits qui
font entre les mains de tout le
monde;mais depuis ce tempslà
elle s'eſt pluſieurs fois
expliquée d'une maniere inGALANT.
87
1
conteſtable , entre autres dans
l'Hiſtoire des derniers troubles
, & celle du traité d'Uxbridge
, ſans parler dela Cenfure
de 1683. faite peu aprés la
découverte de la Conſpiration
de Neufmarket Dans
toutes ces Déclarations publiques
, jamais il n'y a cu
aucune contradiction de la
part de ceux qui font prefentemens
la principale figure
dans la Convention. Tous
les approuvoient , & il y en
a peu qui n'ayent en quelque
part à des afſeurances publiques
, que les Corps , Villes
& Communautez donnerent
au Roy de leur fidelité.
On ne les peut donc
excuſer , ou d'une hypocri
fie criminelle devant Dieu &
devant les hommes ; fi croyant
,
88 MER CURE
ce qu'ils croyent preſentement
ils déclaroient le contraire
, ou d'une Rebellion
manifeſte , en ce qu'apreſent
ils prennent pour regle de
leur conduite des maximes
qu'ils ont publiquement dereſtées.
Mais la raiſon de cette
diverſité de conduite n'eſt
pas difficile à deviner , car fi
avant la revolte de tout le
Royaume qui a ſuſpendu
l'execution des Loix , ilsavoient
fait connoiſtre qu'ils
approuvoient ces damnables
maximes ils auroient fans
doute eſté punis comme des
Traîtres fuivant la rigueur
des meſmes Loix. Ce n'eſt
donc pas la crainte de Dieu ,
mais la crainte da fupplice
qui les arreſtoit , & qu'ils de
voient neanmoins furmonter.
GAL ANT.
89
Si cette Doctrine qu'ils veulent
établir eſtoit une verité
de la Religion qu'ils profef
fent , ils devoient mépriſer
tous les perils pour nous détromper
de l'erreur dans la
quelle nous eſtions ,& dans
laquelle nous ſommes encore
, en croyant que nous
fommes obligez par la Loy
de Dieu d'obeïr au Roy &
aux Princes ſous l'autorité
deſquels il nous a fait naiftre.
Mais ce qui nous doit à
jamais faire deffier de ces
malheureux Fanatiques , c'eſt
la prodigieufe diſſimülation
avec laquelle ils ont toujours
couvert le venin de leur Doctrine
pour ne la répandre que
quand ils ont veu les puiſſances
legitimes opprimées .. En
१०
MERCURE
d'autres temps ils ont eſtéles
plus échauffez à preſcher l'obeïffance
envers les Souverains
. Et quelles invectives
n'ont ils pas faites en cent occafions
contre les Papiſtes au
ſujet de la doctrine des Italiens
? Quel zele n'ont ils pas
fait paroiſtre dans la confpiration
découverte par Oates
& par Bedlove ; que j'aime
mieux croire ſuppoſée , aprés
les jugemens folemnels rendus
dans nos Tribunaux
contre les principaux Acteurs
de cette ſanglante Tragedie ,
que de la croire veritable ;
Mais quel eſtoit ce zele ;
Nous le voyons preſentement .
Quand il s'agiſſoit de combattre
des fantômes & des
chimeres , & quand l'on menaçoit
l'Angleterre de l'inva
GALANT.
91
fion d'une Armée étrangere,
laquelle on pretendoit agir
ſous les ordres du Pape , tous
prenoient l'alarme; mais quand
ils ont veu venir un Etranger
qui n'a preſentement pas plus
dedroitd'entrer à main armée
dansle Royaume que le Pape
& ſes Emiſſaires ; qu'ils l'ont
veu ſe déclarer contre le Roy,
mettre ſa perſonne en arreſt,
ſe ſaiſir des deniers publics , &
faire fans autorité legitime
tous les actes des Souverains,
ils ont oublié l'ancienne Do-
Arine de leur Mere l'Egliſe
Anglicane, & manquant àtous
les devoirs qu'elle leur prefcrit
, ils ont favorisé par leur
- filence l'entrepriſe d'un Ufurpateur
,& l'ont ainſi fait réüſſir.
Je parle des plus innocens , &
de ceux qui n'ont eu part
93
MERCVRE
qu'indirectement à l'entrepriſe
du Prince d'Orange. Ils ne
peuvent pas dire que cette entrepriſe
fuſt chimerique, comme
les Catholiques l'ont tou
jours dit de celle qu'on leur
réprochoit , & comme ils l'ont
perfuadé àla plus ſaine partie
dduuRRooyyaauume. Celle-cy nes'eſt
trouvée que trop réelle. Puis
qu'ils l'ont donc approuvée
dans leur coeur , ils croyoient
qu'elle estoitlegitime , conforme
à la parole de Dieu , &
conſequent ils trahiffoient la
verité & agiſſoient contre leur
confcience , l'ors qu'ils affeuroient
Sa Majeſté par les Sermens
les plus folemnels , qu'ils
ne reconnoiſſoient ſur terre
aucune autorité ſuperieure à
la fienne , & ils commettoient
de façon ou d'autre un parjure
execrable..
par
GALANT.
93
Tous les Theologiens Proteftans
& Catholiques Romains
conviennent que la
ſeule occafion , dans laquelle
non ſeulement il eft permis
de ne pas obeïr aux Princes
mais dans laquelle on ne peut
leur obeïr ſans pecher , eft lors
qu'ils commandent quelque
choſe de contraire à la Loy
de Dieu . C'eſt ſur ce principe
que l'Archeveſque de Cantorbery
& les fix Eveſques
qui refuferent à ſon exemple
de faire publier dans leurs
Dioceſes la Proclamation
pour la liberté de confcience
ſe ſont juſtifiez en déclarant
qu'ils ne pouvoient obeïr
ſans offenſer Dieu. Ie ne pretens
ny les deffendre ny les
condamner ; cette matiere
m'ayant paru fort problema
94 MERCVRE
tique , car ſuppoſant ce que
l'Egliſe Anglicane enſeigne
du pouvoir ſuprême du Roy ,
Chefde cette meſme Eglife ,
immediatement ſoûmis àDieu
je ne vois pas qu'ils euſſent autant
de droit qu'ils l'ont pretendu,
à refuſer de publier cette
Ordonnance. Il ne s'agiſſoit
pas de recevoir à leur Communion
des Sectaires que l'Egliſe
Anglicane en a toujours
exclus ; mais ſeulement de publier
la Loy du Prince, par laquelle
il ſuſpendoit la rigueur
des Loys , qui eſt une affaire purement
civile & dans laquelle
par conſequent les Eveſques
n'ont pas plus d'autorité que
les Pairs Seculiers , c'eſt à
dire qu'ils peuvent propoſer
fur cela au Roy dans ſon Parlement
, ce qu'ils croyent le
GALANT .
95
د
plus avantageux au bien Public.
Cependant je leur accorde
volontiers cette gloire
dont quelques- uns les flattent
ſi agreablement d'avoir fait
l'office de bons Pasteurs en
s'expoſant pour leurs Troupeaux.
La perfuafion interieure
de leur confcience pent
juſtifier leur intention & je
me fuis cent fois étonné
comment on avoit pu engager
le Roy à entreprendre
cette affaire ; mais cette mefme
bonne confcience ne devoit-
elle pas en meſme temps
les faire expliquer devant les
Juges qui les examinoient ,
comme ayant répandu un Libelle
tendantà exciter le Peuple
à ſedition ? Si dans leur Requeſte
qui estoit le fondement
de l'accuſation ils avoient fait
96 MERCURE
mention du Contrat original
entrele Roy & fon Peuple , &
de l'incompatibilité de la Religion
Catholique avec la qualité
de Roy d'Angleterre , ou
de la pretenduë ſuppoſition du
Prince de Galles ; qu'ils euſſent
declaré qu'on peut pour deffendre
ſa Religion , prendre
les armes contre fon Souverain
, & que les Communes
aſſemblées ſans autorité peuvent
diſpoſerde la Couronne,
fairedenouvelles Loix, détrui-
-re les anciennes, & femblables
choſes qu'il juſtifient prefentement
, croyez vous , Milord
, qu'ils euſſent efté acquittez
ſi promptement par
les Jurez ? Non affeurément ,
ils auroient eſté condamnez
comme Traiſtres ; la Loy y
eſt exprefle , & perſonne n'auroir
3.
GALANT.
97
i
roit eſté en estat de les def.
fendre . C'eſtoit donc en cette
occaſion qu'il falloit librement
dire ces pretenduës veritez
qu'ils tenoient cachées
dans leur coeur , & precher fur
les toits ce qu'ils diſoient entre
- eux à l'oreille , non pas
tromper leur Roy par des parjures&
des proteſtations frauduleuſes
de leur fidelité inviolable
à ſon ſervice , & de leur
attachement à la Doctrine de
l'Eglife Anglicane. Qu'ils ne
nous parlent donc plus de leur
faux zele , mais qu'ils penſent
à demander pardon à Dieu &
au Roy de la plus deteſtable
perfidie qui ait jamais noircy
la reputation de noſtre Clergé.
le vous ay dit avec raiſon
que la maxime ſur laquelle la
Convention , & ceux de Mef-
May 1689 .
E
98 MERCURE
د pour
ſieurs les Eveſques qui y ont
pris ſeance ont reglé leurs
déciſions , ne nous ſont pas
nouvelles . Elles ont commencé
à ſe répandre en ce Royaume
ſous le regne d'Elizabeth .
Les Theologiens qui s'étoient
retirez d'Angleterre
éviter la perfecution deMarie,
fe refugierent la pluſpart à
Geneve , en Suiſſe , ou dans le
Palatinat. Ils nous en rapporterent
cette malheureuſe doctrine
, qui a déja cauſe tant
de maux aux trois Royaumes ,
&commencerent à corrompre
pluſieurs eſprits dans nos deux
Univerſitez ; car il eſt certain
que Calvin & fes Diſciples
n'ont jamais approuvé abſolumét
nôtre Reformation .Nôtre
Liturgie & noftre Diſcipline
LYON
GALANT.
د
LIB BIBLI
99
ne luy plaifoient pas
trouvoit , diſoit- il , beaucoup de Paifoit-il, de
Sottiſes tolerables . Ses Diſciples
tâcherent de faire une eſpece
de Schiſme dans l'Egliſe Anglicane
, à l'occaſion des Ceremonies
qu'elle a conſervées
C'eſt à ces gens- là que nous
devons attribuer tous les
maux qui l'ont accablée de
puis fix vingts ans comme
le Docteur Heylin l'a fait
voir tres- clairement dans fon
Hiſtoire de la Reformation
&dans celle des Preſbyte ,
riens . S'ils ne firent pas de i
grands deſordres ſous les regnes
d'Edoüard V I. & de
Marie , c'eſt que dans le premier
on ne leur en donna pas
s In Liturgia Anglicana qualem miht
defcribitis , multas video tolerabiles
ineptias.
و
E 2
100 MERCVRE
le temps , dans le ſecond ils
ne jugerent pas à propos de
s'expoſer aux perils qu'il y
avoit , à profeſſer publiquement
en ce Royaume la Religion
Proteſtante. La Reine
Elizabeth empefcha que leur
mauvaiſe doctrine ne corrompiſt
le coeur de ſes Sujets
en établiſſant par plufieurs
Loix ſalutaires l'uniformité
de la Religion & du
Culte exterieur
,
& encore
plus en les faiſant ſeverement
executer . On n'avoit jamais
cru qu'il puſt y avoir de ſeureté
pour la Religion Anglicane
qu'en les executans de
mefme , & c'eſt ce qui les a
toujours renduës tres - odieuſes
aux Preſbiteriens. Auſſi
ne faut il pas s'étonner ſi un
de leurs premiers ſoins dans
GALANT. 101
la Convention a eſté de tâ
cher de rendre ces Loix inutiles
par des adouciſſemens qui
leur oftent toute leur force
Depuis le commencement de
ce fiecle nous trouvons dans
les Ouvrages du Roy Jacques
I. des témoignages de ce qu'il
eut à fouffrir de ces meſmes
Prefbyteriens ; Ils commen.
cerent ces troubles qui durerent
juſqu'au regne de Charles
I. & qui ne finirent que
par la deſtruction de la Monarchie
, & le parricide execrable
commis en ſa perſonne.
Tout le monde ſçait que
ces Seditieux , qui comme
ceux de noſtre temps couvroient
leur perfidie par des
fermens d'Allegeance & de
Supremacie , firent alors pa
roiſtre ſans garder aucunes
meſures , la doctrine qu'ils
E 3
162 MERCVRE
avoient dans le coeur , au lieu
qu'ils n'approuvoient que des
levres celle de l'Egliſe Anglicane
, qui eſt préciſement
la conduite qu'ont tenuë les
zelez de ce temps. Ils ne peuventpas
dire que l'Egliſe Anglicane
ait approuvé alors ce
qu'ils mirent en avant touchantle
Contrat original entre
le Roy & fon Peuple , non
plus que les propoſitions fuivantes
fidellement recueillies
par l'Univerſité d'Oxford ,
Quele Peuple peut donner le
Gouvernement à qui il luy plaiſt ,
reformer & punir les abus fans
l'autorité du Magistrat legitime ;
déposer les mauvais Princes
deur resister , prendre les armes
contre eux , &qu'il est déchargé
de tout ferment de fidelité , lors
que les Princes agiſſent contre
د
GALANT.
103
Dieu & contre la verité. Perſonne
n'ignore que l'Eglife
Anglicane ayant eſté oppris
mée & détruite par les Seditieux
, ne put alors ſe decla
rer en corps contre ces pernicieuſes
maximes , mais fon
honneur fut ſoûtenu par pluſieurs
grands hommes qui les
combattirent ouvertement
dans leurs Ecrits . Le Docteur
Hammond ne ſe contenta pas
de les refuter , il adreſſa ſur ce
ſujet un Ecrit à Fairfax , qui
eſtant imprimé dans le recueil
de ſes Ouvrages , ſervira à
faire connoiſtre à la poſterité
les veritables ſentimens de nôtreClergé
. Le Docteur Heylin
les combattit avec la mefime
chaleur , auſſi - bien que plufieurs
autres fidelles ſerviteurs
du Roy , & leurs Livres ne
E 4
104 MERCVRE
vous ſont pas inconnus.Com
me dans ce temps là meſme
noſtre Eglife trouva de zelez
défenſeurs de ſa doctrine , elle
ſe declara encore plus forte
ment quand elle fut remiſe
en liberté par le rétabliſſement
du Roy. Il n'y eut prefque
aucune Egliſe particuliere
qui ne témoignaſt par fes
Adreſſes , ou par d'autres Actes
publics , combien ces maximes
Prefbyteriennes luy
eſtoient en horreur. Le premier
Parlement qui fut tenu
aprés le retour de Sa Majesté ,
condamna le Convenant , &
tous les Actes faits en confequence
, qui furent abolis en
1662. par le dernier Acte d'uniformité
, par lequel les autres
ſur le meſme ſujet , paffez
ſous les regnes d'Elizabeth ,
GALANT.
105
de lacques I. & Charles I. furent
confirmez & remis en
vigueur. Tous les attentats
contre la perſonne du Roy ,
ſes Heritiers & legitimes Succeſſeurs,
furent declarez haut:e
trahison , & dans le meſme
Acte il y eut des défenſes tresſeveres
de prêcher , d'enſeigner
, d'écrire , de dire , ou de
declarer en aucune maniere
que le Parlement commencé
en 1640. euſt quelque force
que les Sermens prêtez alors
engageaſſent les Particuliers ,
& fur tout que les deux
Chambres du Parlement , ou
l'une des deux euſt aucun
pouvoir legiſlatifſans le Roy.
Quoy que toutes nos Loix
ayent cet avantage par deſſus
celles des autres Nations
qu'aucune n'a eſté faite:
E
2
106 MERCVRE
ne peut eſtre faite,fans avoir
le conſentement des Peuples
on peut dire que celle - là a eu
un caractere tout particulier
de liberté , & que fon autorité
doit eſtre plus grande à
l'égard de tous les bons Anglois
, car ce fut un des premiers
Actes qui furent paſſez
auParlement aprés le rétabliſfement
du feu Roy , & ainſi
une des actions les plus libres
quejamais la Nation ait faites ,
puis que les ſeuls motifs de
raiſon&de confcience , & les
veritables intereſts de l'Etat,
l'engagerent à reconnoiftre
fon legitime Souverain , & à
fecoüer le joug d'une tyrannie
plus dure cent fois qu'aucun
regne des Predeceffeurs
de Sa Majesté , couverte
neanmoins du ſpecieux titre
GALANT.
107
de protection . C'eſt ce que
nous , ou ceux qui viendront
aprés nous verront encore ,
ſi neanmoins on trouve affez
de facilité à ſe tirer des fers
dont on s'eſt chargé pour éviter
un peril imaginaire de perdre
cette precicuſe liberté ,
qu'on a fi aiſement miſe en
de tres dangereuſes mains..
On a encore une preuve in--
conteſtable de l'horreur que
toute la Nation a enë des
pernicieuſes maximes que la
Convention a priſes pour regles
de ſa conduite , & qu'elle
nous a données comme des
raiſons ſuffiſantes pour juſtifier
le renverſement general
de toutes nos Loix. C'eſt dans
les Actes du procés fait aux
Regicides en 1660. On peut
voir plusau long dans les ing
E6
108 MERCURE
terrogatoires , que la pluſpare
de ces abominables Parricides
pretendirent juſtifier leur
crime far de ſemblables principes
, du Contrat original ,..
&de l'autorité du Peuple fur
les Souverains. Ils foûtenoient
auſſi qu'ayant agy par l'autorité
du Parlement , ils avoient
eu un pouvoir fuffisant , &
que le Parlement de 1640.
eſtoit legitime , parce qu'une
Convention ou Affemblée de
Peuple devoit avoir le privilege
du Parlement. C'eſtoit
là le raiſonnement de Thomas
Scot , &de ſes complices..
Les Juges détruifirent ces foibles
défenſes par des raiſons.
ſans repliques , fondées fur
les Loix & fur les exemples
de diverſes fameuſes procedures
. Le Chevalier Bridge--
3
GALANT.. 1097
man , Chef Baron de l'Echiquier,
en inſtruiſant les lurez,
montra qu'ils devoient agir
fur ce principe incontestable ,..
qui estoit comme le reſultat
de toutes les Loix: Qu'aucune
perſonne particuliere , ny,Com
muranté de personnes , ny le
Peuple collectivement ou repre..
fentativement n'avoient aucun
pouvoir coercitif fur le Ray!
d'Angleterre. Maxime qui dé--
truit entierement tous les
principes , & par confequent:
toutes les procedures de la
Convention. Les Juges n'en
demeurerent pas là ; mais ils
déclarerentaux criminels qui
vouloient s'étendre fur cette
matiere , & prouver par des
raifonnemens chimeriques
P'autorité ſouveraine des
Communes , que la Cour de
10 MERCURE
Tuſtice ne les pouvoir écouter
, & que cette maniere de
ſe défendre eſtoit un nouveau
crime de trahifon . Toute
l'Angleterre eut connoiſſance
de cette procedure , & l'approuva
, fans que depuis ce
temps - là il ſe ſoit trouvé perfonne
qui ait ofé reprocher
aux Commiſſaires d'Oyer &
Terminer , qu'ils avoient condamnédes
Innocens , ou qu'ils
avoient prononcé leur jugement
fur de fauſſes maximes .
Je demande donc preſentementà
ceux de la Convention
comment ils pretendent
faire entrer dans des Actes
folemnels & prendre pour
fondementde nouvelles Loix,
ce que les Inges nepouvoient
fouffrir alors dans la bouche
des criminels , à qui il eſt
GALANT.. 11
permis de tout dire pour leur
défenſe , excepté ce qui eſt
conſideré comme paroles tendantes
à trahison de forte
meſme que nonobſtant les
privileges dont joüiſſent les
Députez au Parlement , qui.
les mettent à couvert de toutes
les procedures qui pour--
rolent eſtre faites contre eux
pour des diſcours tendans à
ſedition , ils pourroient eftre:
arreſtez & mis en Juſtice
pour avoir publiquement avancé
de ſemblables .propo--
fitions.
66
Il ſemble que les ſeules
preuves tirées de ce qui s'eſt
paffé dans le premier Parlement
de Charles II. & dans
la Cour de Juſtice qui jugea
les Regicides , font tellement
incontestables , qu'il eſt inu-
3
MERCVRE
,
tile d'en apporter d'autres
moins importantes, pour faire
voir que toutes la Nation a
condamné: les pernicieuſes
maximes qu'on ne peut pas
feulement mettre en queſtion
preſentement mais qu'on
nous donne pour des principes
certains du Droit commun
, & de noſtre luriſprudence
particuliere puis que
ſans les examiner , ce qu'on
ne pourroit faire neanmoins
fans encourir le crime de trahiſon
, les Conventionnaires
baſtiſſent ſur ces fondemens
raineux des Loix tendantes à
la deſtruction & de l'Eſtat
& de l'Eglife . Il y a cependant
beaucoup d'autres preuves
qui font voir clairement
que l'Eglife Anglicane n'eſtoit
point forcée quand elle
GALANT .
113
s'expliquoit fi clairement
contre cette infame doctrine
Prefbyterienne , qu'elle a toujours
conſiderée comme la
femence de tous nos maux
car dans ce temps meſme on
imprima avec l'approbation
des Eveſques , pluſieurs Ouvrages
du Docteur Heylin
१qui furent loüez &
eſtimez
de tout le monde , quoy qu'il
maltraitaſt beaucoup les Prefbyteriens
, & en faiſant voir
qu'ils avoient excité par tout
des troubles & des guerres
civiles . On publia auffi pluſieurs
ſemblables Ouvrages
contre leſquels jamais l'Egliſe
Anglicane ne ſe declara
au contraire elle fit voir par
des approbations ſolemnelles ,
qu'elle eſtimoit également
les Auteurs & leur doctrine
93
14 MERCVRE
Dans ce meſme tempsil parut
un petit Livre intitulé , Phi- .
lanax Anglicus dont l'Auteur
vouloit paroiſtre Proteftant
& s'efforçoit de prouver que
la doctrine de la pluſpart des
Eglifes Reformées eſtoit contraire
à l'obeiſſance deuë aux
legitimes Souverains Le Do-
Aeur Pierre Dumoulin , Chanoine
de l'Egliſe de Chriſt à
Cantorbery , refuta ce libelle
par une apologie de la doctrine
des Proteſtans ſur ce
fujet ,& il la finit en défiant
fon adverfaire de ſouſcrire
pluſieurs propoſitions qu'il
rapporte comme conformes à
la doctrine des bons Proteſtans
Anglois , dont voicy
la derniere , Que les Pairs&م
Les Communes n'ont pas le pouvoir
de juger leur Roy , encore
GALAN T.
د
moins de le déposer ,de le mettre
à mort d'en établir un autre en
fa place , ou de changer la forme
du Gouvernement. Vous pouvez
croire que preſentement
un Auteur ſeroit mal receu
s'il propoſoit à la Convention
de figner cet article. Cependant
c'eſtoit la doctrine de
tout le Royaume , & les Non-
Conformiſtes Proteftans particulierement
les Quakers
eſtoient rudement perfecutez,
parce qu'ils ne vouloient pas
s'y conformer en prétant le
ferment de Supremacie &
d'Allegeance . Ce n'eſt par que
ces Sectaires fuſſent la pluſpart
mauvais Sujets , car il yavoit
en eux plus d'enteſtement que
de malice. On n'en peut pas
autant dire des Presbiteriens ,
qui ont toûjours fait tous
20
116 MERCVRE
و
leurs efforts pour faire abro
'gerees fermens , & quand ils
y ont trouvé trop de diſficultez
, ils les ont preſtez
contre leur confcience , comnre
tous ces Miniſtres fugitifs
de france , qur eſtant ennemis
de la Hierarchie & de l'Epiſcopat
,& par confequent ne pouvant
preffer ces fermens felon
les principes de leur doctrine
ont neanmoins furmonté ces
fcrupules qui les auroient empeſchez
d'obtenir des Benefices
de ce Royaume. Mais les
Evefques qui les faifoient preſter
à tant d'autres ,& qui à
Poccafion du refus de ces mefmes
fermens , faifoient déferer
aux Juges les Non- Conformiſtes
Papiſtes ou Proteftansi
pouvoient- ils croire que ces
fermens n'obligeaſſent à rien a
GALANT.
117
Nous voulons bien croire
que non ,& cela eſtant , il eſt
indubitable que ſelon la
Theologie de l'Egliſe Anglicane
, ils croyoient ou faifoient
ſemblant de croire
que ces fermens les obligeoient
à eſtre fidelles au Roy.
& à ne reconnoiſtre aucune
autorité ſuperieure à la
fienne ny dans le ſpirituel , ny
dans le temporel. Comment
donc ont- ils pû non ſeulement
renoncer à l'obligation
contractée par ces fermens
qu'ils ont preſtez & qu'ils
ont exigez des autres , & enfin
avec quelle autorité ontils
pû les abroger
établir de nouveaux ?
و
, pour en
Dans ce procedé , il eſt aiſe
de remarquer qu'ils ont en
pluſieurs manieres peché
18 MERCURE
contre Dieu , dont ils ont
pris le nom en vain dans ces
fermens violez avec tant
d'impudence ; contre nos
Loix qu'ils ont abrogées , &
contre toute la Nation , à laquelle
ils en veulent impofer
de nouvelles . C'eſt un principe
certain dont tous les
Chreſtiens conviennent , que
chaque particulier eſt obligé
de ſe conformer aux Loix de
ſon Païs , puis que c'eſt à luy
•à obeïr aux Loix , & qu'il ne
luy appartient pas de les reformer
. Ainſi les Conventionnaires
, & particulierement
les Eveſques , eſtoient
obligez de regler leur conduite
fur celles qui ſont en
ufage dans ce Royaume
pour le gouvernement de
l'Egliſe & de l'Etat . Le fer-
9
GALANT.
119
ment par lequel ils ont
econnu le Roy Chef fuprême
de l'Eglife Anglicane,
les engageoit à ſe ſoûmettre à
toutes les Loix Eccleſiaſtiques ,
dont en cette qualité il eſt le
ſeul executeur & diſpenſateur.
car il n'y a point d'autorité Eccleſiaſtique
qui n'émane de
celle duRoy , & les Parlemens
n'ont j jamais pretendu la partager
avec luy . Ainſi quand
les Eveſques ont conſenty aux
nouvelles Loix Eccleſiaſtiques
contraires aux anciennes , ils
ont reconnu qu'il y avoit une
eſpecede ſupremacie ſupericure
àcelle'de Sa Majesté , ce qui
a toûjours paſſé pour un crime
de haute trahiſon devant
nosluges , & c'eſt un parjure
abominable devant Dieu ;
car avant que de dépoüiller
1.20 MERCVRE
un Roy d'Angleterre de ſa
fupremacie , il faut le dépoüiller
de la Couronne. Or
comme jamais nos Loix n'ont
étably aucune autorité ſuperieure
à celle des Rois , pour
les dépoüiller du pouvoir
qu'ils reçoivent par le droit
de la legitime ſucceſſion , le
crime des Conventionnaires
eſt encore plus grand , puis
qu'ayant tous juré obeïſſance
auRoy, ſelon ces meſmes Loix,
ils n'ontdeu rien faire ny comme
Anglois ny comme Chreftiens
, qui ne fut conforme à
ces Loix que nous connoiffons
ſeules , qui ſont recueillies
dans nos actes, & fur leſquelles
la Iustice eſt adminiſtrée aux
Particuliers dans tous les
Tribunaux. Il n'y a aucun
exemple contraire , finon les
procedures
GALANT . 21
procedures violentes des Seditieux
qui ſe ſont élevez en
divers temps , particulierement
en ces derniers , & qui
ayanteſté condamnez par toute
la Nation legitimement
aſſemblée , n'ont pû avoir force
deloy , & juſqu'à ce que la
forme du Gouvernement ſoit
sentierement changée , tout
attentat de cette nature eſt crime
de haute trahifon .
Mais ſuppoſant qu'il y euſt
quelque autorité ſuperieure
à celle du Roy , ce que neanmoins
nous ne pouvons jamais
accorder , il faudroit
que les Loix nous euffent
preſcrit la forme de ces Jugemens
extraordinaires , comme
elles nous preſcrivent la
forme des autres procedures ,
tant à l'égard des Pairs , qu'à
May 1689 .
F
122 MERCVRE
, puis
l'égard des fimples particuliers
. Les Conventionnaires
avoüeront ſans doute
, que
tous nos Livres de droit n'en
font aucune mention , & les
Parlementaires regicides farent
obligez d'en établir une
à leur fantaisie. Il faut bien
que la Convention ne l'ait
par trouvée bonne
qu'elle n'a pas jugé à propos
de la ſuivre , ſoit que veritablement
elle ait eſté jugéein.
ſoûtenable , ſoit qu'elle ait
paru trop odieuſe , & capable
par confequent de faire ouvrir
les yeux à ceux qui ont encorequelque
crainte de Dieu ,
& quelque reſpect pour les
Loix. La pretenduë haute
Cour de juſtice exclut d'abord
les Pairs de cette Aſſemblée,
détruifit la Chambre haute ,
GALANT.
123
& attribua toute l'autorité
de la Nation aux Communes,
dont les Seditieux exclurent la
د
de pluſpart des Membres
forte qu'au lieu de plus de
cing cens qui doivent entrer
dans la Chambre baffe , il n'y
en reſtoit pas cinquante. Mais
la Convention a conſervé aux
Pairs leur prérogative , & elle
a maintenu la distinction des
deux Chambres . Ainsi la forme
de l'Aſſemblée eſt ſelon
l'ordre ; il ne luy manque
que l'autorité legitime pour
s'aſſembler , qu'elle n'a point
cuë , puis qu'elle s'eſt aſſemblée
d'elle meſme , & en vertu
des Lettres du Prince d'O .
range, qui n'a pas plus d'autorité
que les Particuliers qui
n'en ont aucune . Toute l'Af
ſemblée generale de la Na-
F2
114
MERCVRE
tion ne peut avoir d'autor te
qu'elle ne ſoit Parlement , &
pour eſtre Parlement il faut
qu'elle foit convoquée par
le ſeul Magiſtrat ſuprême qui
a le droit de la convoquer ,
& qui eſt le Roy , Chef de
l'Aſſemblée , Principium , caput
& finis Parlamenti. Or tout
le monde ſçait que ce droit
reſide dans la ſeule perſonne
du Roy , & la preuve en eſt
affez certaine , puis que les
Lettres de convocation le démontrent
incontestablement ;
car celles qui s'adreſſent aux
Pairs , les invitent à venir ;
Concilium impensum Domino
Regi ,& celles qui ſont adrefſees
aux Scherifs des Comtez ,
& autres Officiers qui doivent
preſideraux élections des Députez
à la Chambre des Com
GALANT.
F25
munes , portent qu'ils viendront
ad faciendum & confentiendum.
Il eſt donc aisé de
voir que ny les uns ny les autres
ne font pas appellez pour
juger le Roy , mais les uns
pour luy donner confeil ,&
les autres pour confentir aux
propofitions faites par le Roy ,
ou pour refuſer leur conſentement
, ſelon qu'ils croyent le
devoir faire pour le bien de
L'Etat. On ne trouvera jamais
dans les Regiſtres publics aucunes
Lettres de convocation,
qui donnent une plus grande
autorité auxMembres des deux
Chambres. Ils viennent pour
aider le Roy de leurs conſeils ;
mais où trouvera- t- on qu'ils
ſoient jamais venus pour examiner
ſa conduite , & pour le
juger comme ont fait les Con
F 3
126 MERCVRE
ventionnaires , ou pour declarer
que la Couronne eſt vacante
, & qu'il l'a perduë par,
forfaiture ? Si noſtre Iuriſprudence
nous fourniſſoit quelques
exemples de ces procedures
irregulieres , ils n'auroient
pas échapé à la connoiſſance
d'un long Parlement
qui n'en put jamais trouver
aucun. En effet , c'eſt une
maxime incontestable de noſtre
Droit , que le Roy ne
peut faire injustice à perfonne
; & par cette raiſon les
Sujets ne peuvent ſe plaindre
du Roy , ny juger de ſa conduite
, mais ils peuvent fuivant
les Loix luy demander
juſtice de ceux qui ont abuſé
de ſon autorité dans l'adminiſtration
de leurs Charges .
Voilà tout ce que nos Iurif-
}
GALANT. 127
confultes ont toûjours enſeigné
ſans aucune contradiction
, & par confequent la
regle que les Seigneurs & les
Communes doivent ſuivre ,
puis que leur nombre , ny la
forme de leur Aſſemblée ne
les mettent point hors de la
puiſſance des Loix , aufquelles
chaque particulier eſt ſoumis
. S'ils avoient fuivi cette
regle , ils auroient pu mode.
ft.ment repreſenter leurs
griefs au Roy pour luy de----
mander justice & ils font
d'autant plus inexcufables ,
que Sa Majeſte avoit actuellement
convoqué un Parlement
, où ils auroient eu une
entiere liberté de dreſſer des
cahiers de plaintes , de demander
l'exécution des Loix
à l'égard des Catholiques
د
F4
128 MERCURE
Romains , & des mauvais
Conſeillers , & d'obtenir par
des voyes ordinaires tout ce
qu'ils pouvoient legitimepret
ment pretendre. Ils auroient
ainſi évité tous les malheurs
dans lesquels ils ſe ſont précipitez
de propos déliberé
& qui auront ,
2
felon toute
apparence , de fàcheuſes ſuites
car ils ont mis leur libertédans
le plus grand riſque
qu'elle ait couru depuis plu
fieurs Siecles , en ſe donnant
un Maiſtre , qui par uneconduite
douce en apparence ,
mais pleine de violence & de
cruauté , en a dépoüillé des
Peuples qui l'avoient acquiſe
parune longue guerre qui leur
avoit couté des treſors immen.
ſes ,& encore plus de ſang que
d'argent. Ils ont mis noſtre
GALANT. 129
Religion entre les mains d'un
Prefbyterien ; qui luy a déja
porté un coup mortel en ô
tant les fermens de Supremacie
& d'Allegeance , en tâ
chant par toutes fortes de
mauvais moyens d'abroger
les Loix penales contre les
Proteſtans Non - Conformiſtes
, en changeant le Livre des
communes Prieres , & en introduisant
la toleration de
ces Sectaires , que les Parlemens
n'ont jamais voulu accorder
, quelque declaration
que les Communes ayent
ſouvent faite en leur faveur ..
Ils ont mis nos Loix à la difcretion
d'un Ufurpateur, qui
a un intereſt preſſant de les
détruire , puis que fi elles
ſubſiſtent , il ne peut éviter
ſa deſtruction & fon entiere:
F
1
130
MERCURE
ruine. La fucceſſion hereditaire
établie depuis tant de
fiecles ſans autre interruption
, lay fermoit i entrée en
ce Royaume , fur tout depuis
la naiſſance d'un Heritier préfomptif.
C'eſt une Loy qu'il
commence d'abord à détruire
; en obligeant la Nation à
le declarer Roy , il trahit les
intereſts de ſa Femme , & les
facrifie à ſon ambition . Il a
la meſme indifference pour
les intereſts communs de la
Nation qui retomberoit
aprés fa mort dans le defordre
& dans la confufion , puis
que ne laiſſant point d'enfans .
comme il n'en a point , il ſe
trouveroit aparemment quel .
que autre Ambitieux qui ſe
voudroit faire Roy par la
declaration des Communes ,
4
GALAN T.
131.
&de quelques Seigneurs gagnez
par promeſſes , ou intimidez
par menaces. Il n'y
aura plus deſormais de precaution
qui puiſſe aſſeurer
noſtre repos , puis que les
fermens ne nous obligent à
rien , & qu'on les fait &défait
ſelon ſa fantaifie . L'Egliſe
Anglicane l'incommodoit
par ſes maximes contraires à
la rebellion ;ila d'abord commencé
à la détruire en tâchant
de donner atteinte à toutes les
Loix qui n'eſtoient pas favorables
à ſes chers Presbiteriens .
La Nation luy eſtoit ſuſpecte
par ſa legereté naturelle , qui
la met preſque toûjours en
défiance contre ſes legitimes
Souverains ; il y a pourvû ,
amenant dans le Royaume un
grand nombre de Troupes
F6
132 MERCVRE
étrangeres , capables de la re--
tenir dans le devoir. La trop
grande liberté des Particulieres
rompoit les deſſeins qu'il
a d'établir icy comme il a fait
en Hollande , le Pouvoir Arbitraire
, par des emprisonnemens
ſans raiſon , par des denis
de Iuftice , & d'autres ſemblables
procedez , il a ſceu perfuader
à ſes Creatures qu'il
eſtoit de l'intereſt public de
mettre des bornes à cette trop
grande liberté,& on a ſuſpendu
en ſa faveur l'execution d'une
Loy qui nous eſtoit chere fur
toutes les autres . le ne dis rien.
qui ne ſoitpublic , & perſonne
n'ignore qu'on s'eſt revolté
contre le Roy fur des pretextes
ſi frivoles en compa-.
raiſon de toutes les infractions ,
de l'Ufurpateur , que la poſte
GALANT..
1333
rite aura peine à le croire ;
car, il eſt certain que tout ce
qu'on objecte au Roy , &
quela Convention a pris pour
un ſujet legitime de déclarer :
le Trône vacant , n'eſt pas
comparable à la dixieme:
partie de ce qu'à fait le Prince
d'Orange. On dit que le Roy
a cru de mauvais Conſeillers
qu'il a tâché de détruire les
Loix fondamentales de l'Etat
qu'il a diſpenſé des ſermens
ordonnez par les Parlemens
qu'il a entrepris fur la liberté
des Sujets , par des procedures
extraordinaires , qu'il
a diſpenſé des Loix , qu'il a
voulu donner atteinte à la
Religion établie dans le
Royaume qu'il a exercé un
Pouvoir Arbitraire . Quandi
cela ſeroit , quoy que la moi--
66
134
MERCURE
tié de ces pretendus griefs
foient évidemment faux , Sa
Majesté n'auroit rien fait que
le Prince d'Orange ne faffe
Il détruit les Loix fondamentales
, & j'oſe dire qu'il en a
détruit plus de cent . Il abroge
les fermens ordonnez par l'autorité
des Rois & des Parlemens
; il en impoſe de nouveaux
, il renverſe la Reli
gion , il fait un crime de trahiſon
de la fidelité ; il nous
empriſonne contre les Loix ,
il nous refuſe ce qu'elles nous
accordent ; il nous accable
de taxes ; il nous engage à une
cruelle guerre ; & à des dépenfes
immenfes ; & cependant
Meſieurs de la Convention
font contens. Le
Roy n'a rien fait de tout cela;
ila ſeulement voulu abroger
GALANT. 139
:
en partie les fermens qu'ils
ont déja détruits. En voilà
aſſez ſelon leur avis pour
faire le Trône vacant ,& pour
troubler l'ordre de la fucceffion
legitime . Le Roy a eu
un ſimple deſſein qu'il n'a
meſme voulu executer que
dans les formes preſcrites par
la Loy , en exhortant les Deputez
au prochain Parlement
à la revocation du Teſt , & à
l'établiſſement de la liberté
de confcience. Les Conventionnaires
en avoient un autre
qui eſtoit de détruire ces
meſmes Loix ; mais ſeulement
en faveur des Presbiteriens
Non- Conformiſtes . Ils
ont executé ce deſſein , & en
cela ils ont violé toutes nos
Loix ; car ils ſe ſont aſſemblez
fans autorité , ils ont at
136 MERCURE
,
د
tenté aux prerogatives Royales
,à la liberté & à la ſeureté
de la perſonne du Roy ; ils
ont pris les armes contreluy ,
ils ont violé leur ferment de
fidelité & ſe ſont joints à
ſes Ennemis : ils ont introduit
des forces Etrangeres.
dans le Royaume ; ils ont...
étably un grand Sceau ; ils
ont levé des deniers ſur le
Peuple ; ils ont emprisonnédes
Sujets ſur lesquels ils n'ont
aucune puiſſance. Qu'on examine
tous nos Livres de Loix,
& on trouvera que tous ces
actes ſont autantde crimes de
haute trahison ; parce qu'aucune
Loy n'établit l'autorité
Souveraine que dans la perfonne
du Roy , & qu'aucune
n'autoriſe les Sujets pour remedier
à tous les pretenduss
GALANT. 137
abus ou griefs de la Nation,
par les voyes de fait , ny par
, comme diſoient les
Spencers ; mais elle ne leur
Asperte
accorde que la voyedes ſimples
remontrances .
-Si doncnous fſuppoſions que:
par des raiſons qui jamais ne
font venues dans l'Eſprit à nos
Anceſtres , le Roy noſtre Maî
tre fuſt obligé à rendre raiſon
de ſa conduite à fon Peuple , &
quela procedure des Conven.
tionnaires contre Sa Majesté ,
euſt quelque couleur de juſtice
,je voudrois bien demander
à ces malheureux Jurifconful.
tes , qui comme Herode & Pilate
ont entrepris de juger
l'Oint du Seigneur , comment
ils en regleroient la forme.Il eſt
vray que je ne puis faire cette
ſuppoſition fans répandre dess
138 MERCVRE
larmes , quand je penſe que .
j'ay vû dans ma jeuneſſe , noſtre
bon Roy Charles le Martir
mené devant les Juges
d'iniquité , ces ames infernales
qui le condamnerent à la
mort par le plus execrable attentat
que jamais Nation ait
commis contre ſon Souverain ,
& qui couvrira noſtre Nation
d'une éternelle infamie . Helas
! qui peut croire que ces
malheureux Conventionnaires
n'euſſent pas traité le Fils
comme on a traité le Pere ,
puisqu'on voit que le reſpect
de toutes les Loix divines &
humaines n'est pas capable de
les arrêter , & qui peut aprés
ce que nous voyons , ne pas
loüer Dieu de tout ſon coeur ,
de ce qu'il a inſpiré à Sa Majeſté
de ſe retirer promptement
GALAN T. 139
de ce Royaume ? Mais je
reviens à mon ſujet , & je ſuppoſe
que NN. qui avoient fi
bien merité la corde , ſi on leur
avoit rendu juſtice, animez du
double eſprit de Bradshauv ,
dreſſent les articles de griefs
de la Nation contre le Roy , &
que la Convention aſſemblée
les preſente à Sa Majesté ; je
ſuppoſe encore que Sa Maicſte
vouluſt bien répondre , ne
faudroit il pas luy accorder ce
que l'on ne peut refufer au
moindre particulier , qui eſt
de juger le procés conformement
à la Formule ordinaires
Selon Dieu , & selon la Loy du
Pays ? Quand on dit ſelon
Dieu , cela ſignifie queles Juges
, les Jurez , & les Temoins
agiront dans la veuë de Dieu ,
felonleur confcience , & felon
140 MERCURE
les devoirs du Chriſtianiſme ,
car je ne croy pas que les Conventionnaires
veüillent en
tendre cette Formule ſuivant
le ſens de ce ſcelerat Harriſon.
un des Regicides , qui demanda
à eſtre jugéfelon la parole de
Dieu , c'eſt à dire , felon l'Ecriture
,interpretée par un Fanatique..
Quand ce malheureux prononça
ces paroles , toute l'Afſemblée
les receut avec de
grandes riſées . Elles n'étoient
neanmoins pas dignes deriſée
felon les principes de laConvention
, Car ces mots , felon
Dieu , ne veulent pas dire l'interpretation
qu'ils font de la
parole de Dieu . Le ſens litteral
de l'Ecriture Sainte , tel
qu'il a toujours eſté entendu
par l'Eglife Anglicane , eft que
GALANT. 141
nous sommes foumis aux Rois , &
que nous leur devons obeir , now
Seulement de peur des maux que
nous avons à craindre de leur colere
, mais encore par principe de
conscience , que nous devons confiderer
leur puiſſance commereceuë
de Dieu , établie par luy , & que
-ceux qui leur resistent , refi-
Stent à Dieu. Ainſi a moins
que le Fanatiſme ne s'en méle,
le procés entre le Roy & fes
Sujets ſeroit bien - toſt finy , en
le reglant felon la parole de-
Dieu , & felon les régles de la
confcience , qui nous oblige à
garder la Foy que nous avons
promiſe , & à obſerver nos
ſermens ſelon leur ſens ſimple
&naturel , fans équivoque , ny
restriction mentale , & ſans les
clauſes conditionnelles qu'on
went tirer de ce pretendu
142 MER CVRE
Contrat original entre le Roy
& le Peuple , qui n'a jamais
eſté ſoûtenu que par des Rebelles.
Les fermens qui ont eſté
prétez au Roy , n'ont pas eſté
conditionnels , mais abſolus.
Ainſi ſelon Dieu , & meſme
ſelon la loy du Pays , tous ces
pretendus Juges qui ont declaré
la Couronne vacante
ſont ſes hommes- liges , ils luy
ont juré obeïſſance , ils font
foûmis en toutes choses à fon
autorité ſouveraine , bornée
neantmoins ſelon les loix , &
par conſequent ils ne peuvent
étre ſes Juges.
Si on examine les Loix ,
voicy ce qu'elles diſent ,
quele Roy a fon pouvoir Royal
par un droit que la Naiſſance ,
Dieu , la nature
&la loy luy
donnent , que ce pouvoir ne peut
GALANT.
143
estre separé desa perſonne
qu'en elle le corps naturel & Politique
nefont qu'unseul corps ; qu'il
eſtſeulsupreme gouverneur , &que
toutes les autres personnes n'ont
aucune autoritéqueparfes Lettres
Patentes ou Commiſſions ; qu'il a
une autorité abfolue de faire la
Paix , la Guerre , des ligues نم
des alliances , de créer des Officiers
de Guerre & de justice , de pardonner
les peines encourues felon
la lov ; enfin qu'il a une entiere
Superiorité dans les affaires
Eccleſiaſtiques . Voila ce que
toutes nos Loix , enſeignent
fans aucune contradiction
touchant la puiſſance des
Roys , ſuivant leſquelles il eſt
aiſe de reconnoiſtre que la
Nation en corps , quelque
autorité qu'elle puiſſe avoir ,
n'en a point ſur la perſonne
44 MERCURE
da Roy. Omnisfub rege , &ipfe
fub nullo , nifi tantum eo ; non est
inferiorfibi fubjectis ; non parem
habet in regno fuo , Rex non habet
Superiorem , nifi Deum,fatis habet
adpænam quod Deum expectat
ultorem. Ce font les paroles de
Bractom un de nos plus ſcavans
Jurifconfultes , quejamais aucun
n'a contredites
9
& la
preuve de leur verité eſttresévidente
car s'il y avoit
quelque occafion dans laquelle
le Roy puſt eſtre foumis
à l'autorité de ſes Sujets ,
nous trouverions quelques
Loix fur leſquelles la Convention
auroit pû agir , mais
où ſont ces Loix dont jamais
perſonne n'a oüy parler , ſi
ce n'eſt à quelques Confpirateurs
ou Rebelles endurcis
dans le crime , qui après avoir
cherché
GALANT.
145
C
cherché à les établir l'épée à
la main , les ont maintenuës
au gibet , comme gens fans
foy , & fans crainte de Dieu ,
tels qu'ils eſtoient ? Perſonne
ne nous fera jamais voir une
Loy qui ordonne , qu'un Roy
obligé par la rebellion & la
violence faite à ſa perſonne
de pourvoir à ſa ſeureté en
ſe retirant perde par ce
- procedé le droit à la Couronne.
On ne peut fourair
un ſeul exemple qui autoriſe
cette déloyale maxime . On
trouvera encore moins qu'il
y ait une ſemblable Loy pour
dépoüiller ceux qui auront
écouté de mauvais conſeils
&dont les Officiers auront fait
quelque choſe qui merite punition
. Mais le grand principe
des Communes & leur maxime
May 1689 .
G
,
146 MERCVRE
,
fondamentale de l'incompatibilité
de la qualité de Roy
d'Angleterre avec celle de
Catholique Romain , eſt encore
quelque choſe de plus
nouveau & de plus extraordinaire.
Des Etrangers qui
ne sçavent pas noſtre Droit
s'imagineront ſur cette abo .
minable déciſion , que parmy
les Loix qui ont eſté faites
depuis le Regne d'Henry
VIII. il y en a quelqu'une
qui exclut poſitivement un
Catholique de la ſucceſſion
à la Couronne d'Angleterre .
Cependant il eſt certain qu'il
n'y en a aucune. Le ſeul acte
qui concerne la ſucceſſion , &
le plus fameux dans noſtre
hiſtoire eſt celuy d'Henry
VIII. par lequel eſtant autorifé
pour faire paffer la diſpoGALANT
.
147
1
fition qu'il feroit de la ſucceſſion
en forme de Loy , il
ordonna d'abord que ſon Fils
Edoüard luy ſuccederoit. A
fon défaut il appella Marie
ſa Fille aînée , quoy que née
d'un mariage qu'il avoit fait
déclarer nul & inceſtueux
& enſuite Elifabeth Fille
,
د
,
d'Anne de Boulen , puis les
Enfans & Deſcendans de ſa
Soeur Marguerite Reyne
d'Ecoffe. On ne peut pas dire
que cet acte excluë les Catholiques
de la ſucceſſion , puis
qu'il ne fait aucune mention
de la Religion , qui alors n'étoit
pas changée dans le
Royaume , qui s'eſtoit ſeulement
ſouſtrait de l'obeïſſance
des Papes , & de la dépendance
du Siege de Rome.
Ainſi aprés la mort d'EG2
148 MERCURE
doüard VI . Marie luy fucceda
en vertu de cet acte. Il y eut
oppoſition en conſequence
d'un Testament ſuggéré à
Edoüard VI. pour diſpoſer
de la Couronne en faveur de
canne Gray , auquel on eut
ſi peu d'égard , quoy qu'il
fuſt confirmé par un Reſultat
du Conseil d'Etat , expedié
par ordre du Roy ſous le
grand Sceau , que ceux qui
l'avoient ſigné ou qui avoient
proclamé Jeanne Gray,
furent poursuivis comme criminels
de haute trahison.
Ainſi toute l'Angleterre reconnut
que nonobſtant les
Actes de Henry VIII. pour
la ſouſtraction de toute obeïfſanceau
Siege de Rome , &
ceux d'Edoüard VI. pour établir
la Religion Proteftante ,
د
GAL ANT.
149
2
L
on ne pouvoit cxclure Marie
à cauſe de ſa Religion. Jeanne
Gray , le Duc de Suffolk , le
Marquis de Northampton , &
pluſieurs autres qui avoient
figné l'ordre du Conſeil pour
l'exclufion de Marie , à cauſe
qu'elle profeffoit la Religion
Catholique د
furent atteints
& condamnez comme criminels
de haute trahison , pour
avoir excité la guerre contre
la Reyne , & avoir conſpiré
pour établir une autre perſonne
à ſa place. Le Parlement
de 1513. confirma cette Sen.
tence qui eſt ainſi paſſée en
Loy , ſuivant laquelle on peut
pourſuivre.comme coupables
du mefme crime , ceux qui
pretendroient exclure un
Prince ou une Princeſſe Catholique
de la fucceffion à la
1
G3
150
MERCVRE
Couronne , puis que cet Acte
n'ayant pas eſté caſſé , eſt
encore en vigueur.
Elifabeth pouvoit trouver
la meſme oppoſition de la
part des Proteftans , car durant
le regne de Marie ſa
Soeur , elle alloit à la Meſſe
& faifoit les devoirs exte-
د
rieurs des Catholiques . Elle
voulut eſtre couronnée par
Ouvin Ogletôpe , Eveſque
Catholique de Carlis , felon
le Pontifical Romain &
donna part au Pape Paul IV .
de ſon avenement à la Couronne
par le Chevalier
Edoüard Karne , ſon Agent
en Cour de Rome. Elle fit
faire un Service folemnel à la
Reyne.fa Soeur , & à Charles
V. avec toutes les ceremonies
del'Eglife Romaine , & quelGALANT.
151
-
ſentimens contraires
>
ques
qu'elle euſt dans le coeur , les
actes exterieurs ſuffifoient
pour luy faire encourir la
peine de la Loy , s'il y en
avõit cu quelqu'une qui puſt
exclure les heritiers legitimes,
à cauſe de la difference de
la Religion . Il n'y en avoit
donc point alors & il eſt
certain qu'il n'y en a eu aucune
depuis . Lors que la
Reyne Elifabeth fut preffée
par le Parlement de 1566. de
déclarer fon fucceffeur &
l'Heritier preſomptif de la
Couronne , elle refuſa de le
faire , & ne voulut pas que
cette affaire qui ne regardoit
point le Parlement , y fuſt
miſe en déliberation. Depuis
fa mort , le Royaume fit ferment
au Roy Jacques I. & à
G4
152
MERCVRE
ſes Deſcendans C'eſt en vertu
de ſon droit que les Rois
ſes Succeſſeurs ont regne ;
& ce ferment que nos Anceſtres
ont fait au Chef de
la branche , nous à engagez
à obeïr à ſa Poſterité Aufſi
on ne trouvera rien dans
tous nos actes publics qui
ait donné atteinte à ce droit ,
ſi ce n'eſt les procedures du
long Parlement, qui pretendit
abolir la Royauté , qu'on ne
peut tirer en exemple, non plus
que les voix des Communes
au Parlement de Vveſtminster
& d'Oxford , pour tacher de
faire paſſer l'acte d'excluſion
du Roy , alors Duc d'York. Il
faut ne ſçavoir pas les Elemens
de noſtre Jurisprudence,
quand on ignore qu'un Reſultat
des Communes ne fait
GALANT.
153
pas Loy , puis qu'un Reſultati
des deux Chambres unies en
un meſme avis , n'a pas force
de Loy , & n'est qu'un acteinforme
juſqu'à ce que le Roy
yaitdonné ſon conſentement.
Ainfi il faut confiderer cet
avis des Communes comme
fans forme , fans ame & fans
force , de meſme que pluſieurs
autres ſemblables , qui
n'ont jamais mis à couvert de
la rigueur des Loix , ceux qui
les ont violées , & qui ſervent
ſeulement à faire voir que la
Convention eſt animée de
ce meſme eſprit Fanatique de
rebellion qui a toujours eſté
le caractere certain des Pref
byteriens , dont la Chambre
Baſſe eſt remplie , mais enfin
on ſçait bien que le RoyChar--
les II. rejetta l'Adreſſe que
DS
154 MERCVRE
A
.
ces Communes preſenterent
fur ce ſujet à Oxford en 1681.-
qu'il caffa preſque auſſi- toft
le Parlement , & qu'ainſi tout
ce qui peut y avoir eſté fait ,
eſt entierement nul. Cependant
il ne faut pas s'imaginer
que ce fuſt , l'avis de toute la
Chambre Baffe . Le Lord Darmouth
qui n'eſtoit alors ny
Pair ny rebelle , s'y oppoſa
avec quelques autres , & feu
Mr le Secretaire d'Etat Leolin
Jonkins , qui n'a jamais eſté
ſoupçonné d'avoir trahy les
intereſts de la Nation , & qui
ſçavoit les Loix autant ou
mieux que perſonne du Royaume
, leur parla en ces termes.
Jamais on n'a presente au
Parlement un Bill de telle nature,
ny qui ſoit fi contraire ala justice
de la Nation . Il condamne un
GALANT.
155
homme qui n'a jamais esté écouté,
& c'est une loy faite aprés coup.
د
نم
C'est assurément une chose fort
extraordinaire , & contre la justice
fondamentale de la Nation
mesme contre sa prudence , puis
qu'elle introduira une nouvelleforme
de gouvernement. Si le Duc
d'York entreprend de trancher
cette loy avec ſon épée , & qu'il en
vienne à bout , il aura le mesme
pouvoir de rejetter toutes les autres
Loix qui concernent la Religion &
les proprietez . La puiſſance Sera
entre les mains d'un Conquerant ,
& certainement il changera laforme
du gouvernement. Ce Bill eft
contre la Religion de la Nation
qui enseigne l'obriſſance envers
ceux qui nous gouvernent , foit
qu'ils foient bons ou mauvais . Dans
Les premiers temps du Chriftianis
me a on obeiffost aux Princes , in
G6
156 MERCVRE
licitis & honeftis , & nous ne
devons jamaisfaire une mauvaise
choſe , quelque bien qui en puiſſe
arriver. L'ajoûteray encore un mot..
Ce Bill eft contre les fermens d' Allegeance
& de Supremacie prétez
par la Nation. Le Duceftlegitime
Heritier du Roy , s'il n'a point
d'Enfans. Ieſuis donc liépar ferment
en facede la Loy , parce que
tout ferment doit eftre pris dans le
fens du Legislateur. Si cette exheredation
paſſe en Loy , qui me peut
dispenser de ce ferment prété au
Roy ? Voilà le jugement qu'en
faiſoit ce grand homme , & ces
paroles fermerent la bouche
à tous les autres qui n'avoient
que des fottiſes à y oppoſer.On
les peut voir dans les debats
de la Chambre , & je ſuis feur
quetous ceux qui les ont lûs
fans préoccupation, avoüent
GALANT .
157
que jamais on n'a dit avec plus
de gravité des chofes plus impertinentes
ny plus contraires
à toutes nos Loix , à noſtre Religion
, & au bon ſens. Ces
Parlementaires gardant des
meſures que les Conventionnaires
ne gardent plus , ne
pouvoient établir leurs opinions
ſur aucun principe, comme
en effet l'excluſion d'un
Heritier legitime , ne peut
eſtre appuyée fur aucune
maxime fondamentale qui ait
force de Loy . Ils raiſonnoient
donc ſans principe, ne diſoient
que des paroles en l'air , &
tournoient en cent ridicules;
manieres la conſervation de
la Religion Proteſtante , comme
une raiſon qui ſuffifoit à
détruire toutes les autres 5
mais ils ne répondirent rien à
158 MERCVRE
seux qui leur repreſentoient
Pobligation contractée par les
د les loix du
fermens d'Allegeance & de
Supremacie
Pays , la doctrine de noſtre
Eglife les inconveniens
de leur projet. Ils tomberent
mefme dans unſi grand ridicule
, que le Chevalier deCoventry
leur fit remarquer que
le Bill qu'ils propoſoient, étoit
conceu de maniere , que le
Duc d'York eſtant exclu par
le motif ſeul de ſa Religion ,
ſe ſeroit encore trouvé exclu ,
quand meſme il ſe ſeroit fait
Proteftant , & quela Princeſſe
d'Orange n'eſtoit pas excluë,
quand elle auroit embraffé la
Religion Romaine. Vous pouvez
vous ſouvenir , Milord,
qu'on fit en ce temps-là plu-
Geurs autres ſemblables refleGALANT.
159
Ixions ſur ce Bill monstrueux
T
&entre autres que toutes les
opinions ne rouloient que fur
cette pretenduë conſervation
de la Religion Proteftante ,
qui ne pouvoit , diſoient ils ,
eſtre en ſeureté avec un Sacceſſeur
Papiſte ; comme ſi tout
ce qui ſe peut faire en veuë
de conſerver la Religion, étoit
permis felon Dieu & felon les
Loix. Mais la Religion Preſbyterienne
a des privileges que
les autres n'ont pas , & ceux
qui la profeſſent ont des lumieres
qui manquent à de
bonnes gens comme nous , qui
n'eſtant preſque pas fortis de
nos Univerfitez & de nos Egliſes
, ne ſçavons pas les affaires
du monde. Tous les Chreſtiens
avoient cru qu'il falloit
prierDieu pour la conſervaF60
MERCURE
mion des princes , meſme infi
delles , & les Miniſtres Presbyteriens
qui ne vouloientrecevoir
que la pure parole de
Dieu , prioient du temps de
la Reine Marie , qu'il vouluſt
bien la retirer de l'Idolatrie ,
ou qu'il l'ôtaſt de ce monde..
C'eſtoit là le zele de ces furieux
qui s'eſtant retirez.
d'Angleterre , ſcandaliſoient
preſque par tout les bons Pro--
reſtans ; de forte qu'ils furent:
chaſſez de pluſieurs endroits
à la priere deleursCompatriotes
Conformiſtes , parce qu'ils
faifoient ouvertement Schifme
, & que leur doctrine &
leur diſcipline eſtoit directement
contraire à celle de noſtre:
Eglife. Auſſi Melancton
témoigne que quelques-uns
les appelloient des Martirs du
GALANT. 160
-
- Diable. Vociferantur quidamar
tires anglicos effe martires Diaboli.
Mais les Prefbyteriens de
noſtre temps doivent à leur
= confuſion ſe conſiderer comme
fort éloignez du zele de
ces premiers , car au moins
ceux- cy fouffroient pour la
Religion Proteſtante , au lieu
que ceux qui ont troublé la
paix de noſtre Egliſe depuis
le commencement de ce ſiecle,
ont toujours fait ſouffrir les
autres ,& ont évité avec grand
foin tout ce qui pouvoit les
conduire au martire. Ils ont
toujours plus fait perirde bons
Proteftans depuis cinquante
ans , que les plus cruels Perſecuteurs
des Reformez n'en ont
maſſacré depuis plus d'un fieele
, & nous n'en trouvons
guere qui ſe ſoient expoſez à
162 MERCVRE
7
fouffrir pour la Religion . Il
eſt vray que comme il ſemble
qu'un de leurs articles de Foy
eſt la rebellion & la reſiſtance
aux legitimes Magiftrats , plufieurs
ont fouffert la mort
pour ce ſujet , & voilà des
Martirs du party que la Convention
rétablira bien . toft
dans leur bonne renommée
en fe couvrant d'une éternelle
confufion . J'attens qu'-
elle ſupprimera la Feſte que
celebrons avec raiſon
le trentiéme lanvieren déteftation
du parricide commis
en la perſonne de Charles I.
& qu'on ſubſtituera en la place
une autre Feſte pour déplorer
l'effuſion du ſang innocent
de Milord Ruſſel , &
du Duc de Montmouth , &
de ſemblables Martirs qui
nous
د
GALANT..
163
2
eftant , morts dans l'impenitence
aprés une rebellion ma
nifeſte , ne peuvent eſtre confiderez
que comme des Martirs
du Diable , pere du menfonge
& du parjure , homicide
dés le commencement
- du monde & qui ſeul a pu
inſpirer aux hommes ces abominables
maximes de rebel-
- lion qui ont inondé l'Angleterre
de ſang , qui ont animé
le Frere contre le Frere , & qui
ont fait regner durant plufieurs
années la tirannie à la
place des legitimes Souverains.
Mais j'efpere que Dieu en
fera justice , quelque confiance
que leur donne cet heureux
commencement de leur
rebellion , qu'ils attribuent
par un blafpheme épouvan
164 MERCVRE
table , à une benediction ſpeciale.
Ils ne ſe contentent pas
de publier icy ces prétendus
miracles de la delivrance de
l'eſclavage du Papiſme & du
pouvoir Arbitraire ,ils ont
des Trompettes au delà de la
mer , qui les annoncent , &
qui les relevent par des reflexions
dans lesquelles on reconnoiſt
l'eſprit de ſedition
& d'Anarchie , mais pas la
moindre étincelle de charité .
Celuy qui s'eſt le plus fignalé
de tous , eſt cet extravagant
Commentateur de l'Apocalypſe
, cet Heretique Millenaire
qui fait tant de bruiten
Hollande , où il eſt admiré ,
parce qu'il y trouve des fous
&des Fanatiques comme luy
& qu'il faut preſcher la rebellion
pour eſtre ſouffert en ce
GALANT. 165
païs-là . Depuis que le Prince
d'Orange regne , il fait beau
voir cet home illuminé nous
- expliquer les miracles que
nous devons remarquer dans
le ſuccés de l'entrepriſe de
l'Ufurpateur , & nous prouver
que nous devons le conſiderer
comme noſtre Liberateur , &
luy obeïr comme à nôtre legitime
Souverain. On peut dans
ce procedé reconnoître la bonne
confcience des Presbyteriens
, car que n'a pas dit &
-écrit cet Extravagant , pour
prouver contre les reproches
des Catholiques Romains, que
les Reformez de France avoiét
toujours enſeigné &pratiqué
l'obeïſſance aux Rois & Princes
legitimes ? Combien de
fois a- t- il abuſé de la patience
de ſes Lecteurs , pour exagerer
166 MERCURE
far ce ſujet les loüanges de
ceux de ſa Secte ? Cependant
ce meſme homme eſt preſentement
le Panegyriſte de la rebellion
. C'eſt luy qur enfeigne
que les Sujets peuvent ſous ce
pretexte de Religion, prendre
les armes contre leur Souverain
, luy qui dans les marques
qu'il a données du caractere
certain de l'Antechriſt ,fait des
reflexions particulieres fur
l'autorité que'les Theologiens
Romains attribuent au Pape ,
d'abfoudre les Sujets du ferment
de fidelité qu'ils ont
fait à leurs Souverains. Vn
autre auroit pensé que par
une ſemblable declaration il
expoſeroit les Proteftans reſtez
en France , à toute la rigueur
des Loix d'un Royaume
où l'autorité eſt fort abſoluë ;
GALANT. 167
mais il n'importe à ces Paſteurs
mercenaires qui n'ont
pas le moindre caractere du
Miniſtere Evangelique , il ne
leur importe , dis.je , que les
autres ſouffrent pourveu
qu'ils ſoient en ſeureté. Il a
preſché l'obeiſance aux Proteſtans
de France; il a vanté
celle des Proteſtans Anglois
durant que le Roy regnoit
paiſiblement. Depuis que l'Ufurpateur
a envahy la Couronne
, il preſche des maximes
toutes contraires, & fi , ce qu'à
Dieu ne plaiſe , cette ufurpation
ſubſiſte , il nous prouvera
par de nouvelles Viſions que
nous devons plus à un Tiran ,
que jamais nos Rois legitimes
n'ont pretendu de
Quand les Hollandois ſe verront
opprimez par cet Enne
nous.
168 MERCVRE
my public de la liberté quia
déja réduit la leur à une fervitude
pire qu'elle ne pourroit
eſtre ſous ceux dont ils ont
ſecoüé le joug , il aura des
raiſons toutes prêtes pour leur
prouver que c'eſt reſiſter à
Dieu que de reſiſter au Prince
d'Orange. Mais l'Ecriture
charge de maledictions ceux
quimarchent par deux voyes
differentes , comme font nos
Conventionaires & ce Fanatique
, qui ont dequoy contenter
les Rois , & dequoy juſtifier
les Tirans & les Ufurpateurs
, ce qu'ils ont appris
de Calvin & des Freres de la
Reforme de Geneve dont la
doctrine a toujours eſté comme
ces deux panniers de figues
, les unes bonnes , & les
autres mauvaiſes&dégoûtantes,
GALANT.
1
169
tes , que Dieu fit voir au prophete
leremie , ſelon l'appli .
cation que le Docteur Heylin
en a faite à ſa doctrine , car
comme il remarquoit fort bien ,
aucun n'a plus poſitivement
ny plus expreſſement étably
la doctrine de l'obeiſſance envers
les Rois & les Princes , &
qu'il n'eſtoit pas permis aux
Sujets de prendre les armes
contre leurs Souverains , &
perſonne n'a en meſme temps
fait une plus dangereuſeouverture
à la desobeïſſance &
à la rebellion . Cependant la
Verité eſt une & invariable
quand elle a rapport à la feureté
publique , & fi c'eſt toujours
un grand mal de la déguifer
, c'eſt un crime irremiſſible
de la trahir , & de
couvrir la diffimulation par
May 1689 .
H
170
MERCVRE
de faux ſermens , comme ont
faitles Calviniſtes en France ,
& les Conventionnaires Perfbyteriens
en ce Royaume.
Qu'ils abuſent donc par un
facrilege inſuportable du nom
de Dieu , en attribuant à ſes
benedictions le ſuccés de la
plus damnable entrepriſe qui
ſe ſoit faite depuis long- temps .
Suivant cette fauſſe maxime
que les Parlementaires faifoient
auſſi valoir pour autorifer
leur rebellion , le Mahometiſme
doit eſtre préferé au
Chriſtianisme , & on ſoutiendra
que tant de Martirs qui
ont répandu leur fang dans la
primitive Eglife , estoient
abandonnez de Dieu , & que
leurs perfecuteurs en eſtoient
favoriſez . Qui ne ſçait que
Dieu ſe ſert du crime des
GALANT.
171
hommes pour punir les autres;
& qui ne reconnoiſtra pas fa
main toute puiſſante appefantie
fur noſtre Nation , qui s'eſt
- rendue digne de nouveaux
châtimens par une nouvelle
rebellion ? Mais les veritables
Chreſtiens ne perdront
pas pour cela la confiance
= qu'ils doivent avoir en ſa mifericorde
& ils eſpereront
que l'impie qui eſt preſentement
élevé comme les Cedres
du Liban
,
و
diſparoiſtra ſans
qu'il en reſte aucunes traces
= que cette verge dont il nous
châtie ſera jettée au feu ; &
que l'homme pacifique , noſtre
bon Roy , qui par ſa retraite
a épargné l'effuſion de
tant de ſang de ſes Sujets ,
en trouvera encore d'allez fidelles
pour lay rendre l'obeïf
H 2
172
MERCVRE
fance qui luy eſt deuë , &
pour le rétablir fur le Trône
de ſes Anceſtres. Cette Statuë
dont la teſte paroift toute
d'or , n'eſt pas encore fi bien
affermie ſur ſes pieds de fer
& de bouë , qu'elle ne puiſſe
eſtre renversée en un moment
. Je ne ſçay pas ce que
nous devons attendre de tout
cecy , ſi ce n'eſt que ſans faire
le Prophete , j'aſſurerois bien
que cette nouvelle rebellion
attirera de nouveaux malheurs
à la Nation , dont nous
autres Eccleſiaſtiques ferons
les premiers à faire une triſte
experience. Mais quelque
choſe qui arrive , eſtant perfuadé
de tout ce que je vous
écris , & ne croyant pas pouvoir
en confcience changer
de ſentiment ny reconnoiſtre
GALANT.
173
2
un Ufurpateur , je me prépare
à tout évenement , & j'ay
déja mis ordre à toutes mes
affaires pour me retirer dés
qu'on viendra nous prefenter
ces nouveaux ſermens
& meſme de n'attendre pas
cette extremité , ſi je trouve
quelque occafion de fortir du
Royaume . J'eſpere que vous
me donnerez ſur cela vos bons
avis , & que vous voudrez bien
meſme me faire trouver retraite
pour quelques jours , en
cas que je fois bien toſt obligé
de m'abſenter. le vous prie
au moins de croire que je ne
vousay rien écrit que ſelon ma
confcience , & que je ne fois
preſt à foutenir devant la Convention
au peril de ma vie.
L'eſpere , ſelon les paroles du
Prophete , que ma bouche ne
Η 3
174
MERCURE
prononcera rien contre ſes
fermens , & que pour ce
qui regarde les ouvrages des
hommes , m'attachant à la parole
de Dieu , je me garderay
de fuivre les traces des Deſtruteurs
de l'autorité Royale .
Ainsi , Milord , ſi vous croyez
que cette Lettre que mon zele
& mon affection ont fait devenir
plus longue que je ne
penſois , puiſſe être de quelque
utilité & retenir quelqu'un
de nos Amis dans le devoir ,
je vous laiſſe la liberté de la
faire voir à qui vous vous
drez , fans me nommer nean
moins qu'à Milord ... & au
Chevalier &c. Ie fuis .
,
...
De ma maison de ...le 30. Mars 1689.
P
5
Iamais peut eſtre l'amour
n'a cauſé dans un coeur bienGALANT
. 175
- fait une irreſolution autlibien
fondée que celle dont
Je vais vous marquer les circonſtances
. Une Dame ayant
dit un jour à un Cavalier de
fes Amis qu'elle avoit deſſein
de le marier ,il luy repondit
affez ferieusement qu'il l'en
laiſſoit la maiſtreffe , & qu'il
eſtoit fort perfuadé qu'en
choiſiſſant par ſes yeux , le
choix qu'il feroit feroit approuvé
de tout le monde. La
Dame luy demanda là deſſus ,
ce qui le pouvoit toucher
Javantage d'une Blonde ou
d'une Brune , parce qu'elle
connoiſſoit deux Soeurs , en
qui cette feule difference faifoit
celle du merite , l'une &
L'autre eſtant d'ailleurs fiai
mable , foit pour l'humeur &
l'eſprit , foit pour l'agrément
H 4
176 MERCURE
de la personne , qu'il feroit
fort difficile qu'il n'y trouvaſt
de quoy contenter ſon gouſt.
Elle ajoûta qu'elles eſtoient
également jeunes , eſtant nées
le meſme jour , & qu'afin de
leur ofter tout ſujet de jaloufie
, leur Mere ; de qui ſeule
elles dépendoient , leuravoit
toûjours caché qui des deux
eſtoit laiſnée , en forte qu'il
n'avoit qu'à confulter fon
panchant pour obtenir celle
qui luy plairoit davantage.
Le Cavalier prit jour avec ſon
Amie , pour la viſite dans
laquelle il s'agiſſoit de difpoſer
de ſon coeur. Il ne vit
d'abord que la Blonde avec
la Mere & ſa beauté luy
parut d'un ſi grand éclat , que
ſe laiſſant prévenir pour elle ,
il crut que le choix eſtoit tout
,
GALANT.
177
t
:
fait. La Brune entra un moment
aprés . Il l'exmina avec
plaisir ,& une douce langueur
-répendue ſur ſon viſage , luy
-fit éprouver en un moment
que ſa Soeur avoit en elle une
Rivale des plus dangereuſes ..
Comme il eſtoit enjoué , la
conversation fut vive & fort
agreable , & lors qu'il les eut
quittées , la Dame luy ayant
demandé ſon ſentiment , il
avoia que ſes yeux. eſtant
egalement fatisfaits de quelque
coſté qu'il les puſt tourner
ils ne pouvoient luy
donner aucun conſeil , & qu'il
avoit beſoin d'un peu de pratique
pour déterminer fon
coeur. Il vit les deux Soeurs:
avec affez d'aſſiduite , & le
temps ne fit qu'augmenter fo
embarras . Chacune avoit des
د
Hs
178
MERCVRE
quoy meriter ſon entier attachement,
& dans les ſoins qu'il
prenoit pour réüſſir à leur plaire
, il fentoit bien qu'il auroit
eſté faché de chagriner l'une
en obligeant l'autre. Cependant
il connoiffoit que toutes
les deux eſtoient aſſez favorablement
diſpoſées pour luy , &
plus il cherchoit à ſe fixer ,
moins il trouvoit ſujet de le
faire. S'il ne voyoit que l'une
des deux, fon cocoeur eſtoit preſt
de ſe donner , & quand l'autre
paroiffoit , il eſtoit touché de
fon merite , & s'accuſoit d'éire
injuſte s'il luy préferoit fa
Soeur. Quoi que cette incertitude
luy cauſaſt beaucoup
de peine , il ne laiſſoit pas de
leur procurer tous les plaifirs
qui font juger que c'eſt l'amour
qui s'en mefle.. Il leur
GALANT.
179
, tout ce
diſoit , felon que l'occaſion
s'en pouvoit offtir
qu'on peut dire de plus flateur
&de plus galant ; & comme il
avoit beaucoup d'eſprit toutesſſes
douceurs eſtoient bien
receuës ; mais s'il leur eſtoit
aiſe de voir que toutes ſes
actions tendoient à s'en faire
aimer, aucune des deux n'avoit
lieu de ſe flater d'avoir
obtenu la préference. Enfin
un jour la converſation eſtant
devenuë badine , aprés leur
avoir juré que chacune d'elles
le touchoit ſenſiblement , il
leur declara que ne pouvant
les épouſer toutes deux , & ſe
ſentant incapable de renoncer
àaucune , c'eſtoit à elles à fairede
luy ce qu'elles croiroient
le plus à propos , puis qu'il n'y
avoit que l'exclufion quel'une
1
1
H 6
180 MERCURE
luy donneroit , qui pourroic
enfin le déterminer pour l'autre.
Cette declaration ayant
donnélieu à de fort plaiſantes
choſes qui furent dites pen.
dant pluſieurs jours , il pria la
Mere de vouloir bien décider,
l'aſſeurant de ſe ſoumettre à
ce qu'elle ordonneroit. La
Mere à qui la déciſion fut
renvoyée , tint conſeil avec
fes Filles , & leur demanda
ferieuſement laquelle des deux
vouloit ceder le pas à ſa Soeur.
Chacune prit le party , mais
ce fut d'un air qui fit connoiſtre
à la Mere que la bienſeance
& la pudeur avoient
plus de part à cette prompte
refolution
qu'aucun ſentiment
d'indifference. Elle les
aimoit toutes deux avecbeaucoup
de tendreſſe, & ce que le
GALANT. 181
-
- choix qu'elle auroit fait devoit
donner neceſſairementde chagrin
à l'une , l'embarraſſa elle .
même. Cela fut cauſe qu'on
laiſſa l'affaire encore quelque
temps ſur lemême pied .Le Ca--
valier qui ſe plaignoit en riant
de ce que depuis qu'il les connoiſſoit,
aucune n'avoit voulu
relâcher de ſes belles qualitez ,
offroit quelquefois de les époufer
l'une aprés l'autre ,& enfin
un de ſes Amis intimes à qui
il parla un jour de la plaiſante
ſituation où il ſe trouvoit, lay
ayant dit qu'il ne croyoit pas
poſſible que deux perſonnes.
fuſſent d'un merite affez égal
pour tenir toûjours la balance
juſte , il le pria de venir voir
ces charmantes Scoeurs ,l'aſſeurant
qu'aprés qu'il les auroit
étudiées quelque temps , ilt
182 MERCURE
1
choiſiroit celle qu'il luy jurereroit
de bonne foy qu'il auroit
trouvée la plus aimable.
L'Amy ſe laiſſa conduire chez
elles, & eſtant fort fatisfait de
ce qu'il vit d'agrément dans
leur perſonne , il s'attacha àce
qui pouvoit les faire connoiſtre
du coſté du coeur & de
l'eſprit. C'eſtoit un homme
de fort bonne mine , qui avoit
du bien & de la naifance , &
que ſes manieres aiſées & infinuantes
faifoient fouhaiter
par tout. Elles luy parurent
d'un agreable commerce; ainfi
il n'eut pas de peine à avoir
pour elles la même aſſiduité
que le Cavalier. Elles la fouffrirent
avecaffez de plaifir , &
foit que chacune cherchaſt à
gagner ſa voix, ne doutat point
qu'il ne puſt beaucoup fur fon
GALANT.
183
Amy , foit qu'elles ne fuffent
pas inſenſibles à ce qu'il leur
diſoit d'obligeant , il n'eut pas
ſujet de regreter le temps qu'il
donna à les bien connoiſtre.
Un mois ſe paſſa de cette forte,
& le Cavalier le preſſant fouvent
de choiſir pour luy , il
trouvoit toûjours à differer ..
Lors qu'il n'ent plus de raiſons
pour s'en deffendre , il le pria
de choiſir luy-meſme , & pour
luy marquer combien il trouvoit
les deux Soeurs aimables,
il l'aſſeura qu'auſſi toſt qu'ilſe
ſeroit déclaré pour l'une , il
employeroit toutes fortes de
moyens pour obtenir l'autre,
Le Cavalier ravy de cette
réponſe ,dit à la Mere , du
conſentement de ſon Amy ,
qu'elle avoit deux Gendres, &
qu'elle n'avoit qu'à faire dref A
1
184 MERCURE
fer deux Contrats de Mariage,
qui ſeroient ſignez ſelon le
panchant qu'elle remarqueroit
dans ſes Filles. Cette declaration
ne déplut point à
la Mere. Aprés qu'elle l'eut
receuë de la bouche meſme
de l'Amy du Cavalier , elle
confulta ſes Filles , & voulut
les obliger à tomber d'accord
du choix que les deux Amans
la preſſoient de faire ; mais
toute la réponſe qu'elle en
eut , fut que leur trouvant
beaucoup de merite , chacune
d'elles recevroit ſans répugnance
le Mary qu'elle voudroit
leur donner. L'incident
eſtoit des plus extraordinaires.
Les deux Cavaliers
plaifoient aux deux Soeurs
Lune & l'autre eſtoit aiméc
desdeux Cavaliers , & comme
GALAN T. 185
= la Mere ne vouloit point fe
-charger du choix , & que les
parties intereſſées refuſoient
de s'expliquer ſur la preference
, on ne pouvoit terminer
cette double affaire. Cet embarras
n'auroit point finy , fr
l'on ne fuſt convenu que le
hazard en décideroit. On fit
venir un Notaire ,& le Cavalier
ſigna deux Contrats de
Mariage , l'un avec la Blonde,
& l'autre avec la Brune , aprés
quoy on les mit pliez ſur une
table . Cela eſtant fait , on
appella un Enfant à qui l'on
en fit prendre un qu'on déchira
fans le lire . Celuy qui
demeura fur la table , eſtoit
ſigné de la Brune , & le Cavalier
l'ayant alors aſſurée du
don entier de ſon coeur ,
Blonde en ſigna un autre avec
la
:
186 MERCVRE
1
fon Amy. Jamais fatisfaction
ne fut égale à celle que ces
quatre Amans firent paroiſtre.
La Mere eut de ſon coſté
tout ſujet d'eſtre contente .
La conduite de ſes Filles l'avoit
toujours obligée à les
aimer tendrement , & ce luy
fut une tresTenſible joye de
les pouvoir marier dans le
meſme jour. Je remet au
mois prochain l'avanture de
deux Freres qui m'auroit
mené trop loin dans cette
Lettre ; où je dois reſerver
place pour beaucoup d'articles
de Nouvelles .
Parmy ceux qui compofoient
ma derniere Lettre ,
vous avez trouvé l'explica
tion de la Theſe qui a eſté
faite fur la Theriaque de Mr
de Roviere , dont je vous parTHEQUE
BIBLIO
LYON
*
1893TD
:
18
fo
ne
qu
ftr
to
La
VO
air
fut
les
.
ple
DOA
tion
faite
deB
GALANT. 187
:
lay il y a deux mois. Vous
avez fouhaité voir cette Al-
,
legorie gravée & je vous
l'envoye mais fans vous
rien dire de la Theriaque.
Vous ſçavez fon origine , ce
qui entre dans ſa compoſition
,& ſes vertus. Il y a plus
de trois mois qu'on a enlevé
àMr de Roviere , pour l'Armée
, tout ce qui luy en reftoit.
C'eſt ce qui l'a obligé
d'en faire encore douze outreize
cens livres peſant. Il
n'y eſt rien entré qui ne foit
original aucune drogue ,
bien que cela ſoit permis par
l'uſage , n'ayant eſté ſubſtituée
à la place de celle qui
auroit pû , manquer; cequ'on
peu vû , meſme à Veniſe ,
où ſe fait la meilleure Theriaque
, & où l'uſage d'en fai-
,
88 MERCVRE
و
re s'eſt conſervé depuis le
temps de Neron qu'on a
inventé ce grand remede .
Mais il ne faut pas s'étonner
que tout се que les Indes
produiſent de rare , ſe puiſſe
trouver enFrance , rien n'y
|
manque ſous le regne du Roy.
Toutes ces drogues , dont
quelques unes ont merité le
nom de precieuſes , ont eſté
expoſées chez Mr Roviere 27
! Apoticaire des Camps & Armées
de Sa Majesté , à qui la
France eft redevable de ce remede
, que la ſeule Ville de
} Veniſe a eu la gloire de faire
pendant tant de ſiecles . Une
infinité de Curieux & de Perſonnes
diſtinguées par leur
qualirez , en font venues voir
la diſpenſation. Monfieur a
meſme témoigné qu'il y ſeGALANT.
189
1
e
e

roit venu , s'il euſt eſté en ce
temps là à Paris. Cet appareil
a donné beaucoup de plaifir
à voir . On en a fait le mélange
; & dans quelques mois ,
quand là fermentation ſera
faite , ce remede ſera donné
au Public , qui le ſouhaite
avec une impatience proportionnée
aux merveilleux effets
qu'il produit.
Jay une nouvelle à vous
-dire , dont vous me devez
affeurement ſçavoir gré puifqu'elle
eſt à l'honneur de votre
Sexe . L'Academie Royale
d'Arles a envoyé des lettres
d'Academicienne à l'ile
luſtre Madame des Houlieres
que ſes excellens Ouvrages
ont renduë fi celebre ,
ce qui n'avoit point encore
eſté fait en faveur des Da190
MERCVRE
1
mes dans pas une des Academies
, qui font preſentement
en France . Ces lettres ont eſté
adreſſées à Monfieur Charpentier
, Doyen de l'Academie
Françoiſe , Academicien honoraire
de celle d'Arles,& Deputé
perpetuel de cette Compagnie
, qui les a renduës à
Madame des Houlieres avec
Monfieur le Marquis de Château
Renard qui eſt auſſi de l'Academie
d'Arles , & dont le
nom eſt fi connu , & par le
merite de l'eſprit , & par fes
ſervices pendant 18. campagnes
dans l'employ de Capitaine
av Regiment Royal , où
il s'eſt acquis la reputation
d'un des meilleurs Officiers
d'infanterie & d'un des plus
braves hommes de nôtrete ms
ce qui eft affez confirmé par le
A
GALANT .
191
nombre de ſes bleſſeures . Ces
lettres qui font en parchemin
&fcellées du Grand Sceau de
l'Academie Royale , estoient
dans un ſachet de fatin bleu
galonné & frangé d'or. Le
ſceau qui eſt de cire blenë eſt
enfermé dans une boëte d'argept
attachée au bas des lettres
avec un double lacs de
ſoye bleüe. Le Roy y eſt repreſenté
afſis ſur ſon Throne
environné de trophées d'armes
ſous un pavillon ouvert des
deux coſtez , avec ces mots la
tins en haut , Academia Regia
Arelatenfis . Le tout eſtoit dans
une boette couverte de maroquin
de levant incarnat ſemé
de fleurs delys d'or,& doublée
de fatinde même couleur. Les
Taiſons quiont porté cette ceice
192 MERCVRE
bre Academie à rendre unhonneur
fa fingulier à Madame
des Houlieres ſont expliquées
dans ces Lettres avec beau .
coup d'éloquence & de di,
gnité , & je croirois vous dérober
une partie du plaiſir
que vous en devez reſſentir fi
je ne vous en envoyois la copie
que j'ay trouvé moyen
d'avoir, caraſſurement elle eft
digne de voſtre curioſité.
L'Academie Royale d' Arles 6
'tous ceux qui ces presentes
Lettres verront , Salut. L'établis
sement de nostre Compagnie par
Lettres patentes du Roy , estant un
effet des soins que Sa Majestévent
bien prendre pour faire fleurir les
belles Lettres dans ſon Royaume
nous avons estimé que pour répon
dre efficacement à ſes Royales intentions
GALANT. 193
tentions , nous devions nonseulement
remplir les places desAcade.
miciens de Perſonnes d'une nais.
Sance distinguée &d'une capacité
reconnue , residentes en cette ville
pour assister à nos Affemblées ordi
naires ; mais encore que nous de.
vions nous afſocier d'autres personnes
de dehors , qui par une érudi
tion finguliere sefolent acquis une
reputation éclatante. Nous nous
fommes perfuadez que cette allian .
ce quise feroit entre eux & nous
les attacheroit d'amitié& d'inteveſt
à noſtre Corps , & que nous ne
pourrions recevoir que de tres
grands avantages d'une semblable
union. Nous avons creu mesme que
nous ne devions pas en exclurre les
Dames, puis qu'ily en eu de tout
temps qui se sont renduës trescelebres
par la gloire des Lettres.
Les Ecrits de Sapho , d'Erinne ,
May 1689. I
194 MERCVRE
de Telefilla , de Corinne de Zenobie
parmi les Anciens , & ceux
d'Olympia Fulvia Morata , de
Caffandra Fedele de Lorenza
Strozzi , des deux incomparables
Reynes deNavarre Margueritede
Valois , de la Demoisellede Schurman
, de la Comtesse de la Suze,
ont bien fait voir qu'il n'y a rien
defifublime dans les ſciences où les
Dames nepuiſſent penetrer,&qu'elles
participent àtoutes les richeſſes
du plus beau &du plus noble Genie.
L'exemple des Academies d'Italie
où elles font receues , nous a aussi
déterminezà les admettre dans la
noſtre , & comme la Renommée &
la lecture des Poëfies de Madame
des Houlieres nous ont fait connoiftre
les excellentes qualitez de fon
esprit qui est au dessas de toute
loüange , nous avons refolu de luy
donner une marque publique de
GALANT. 195
noſtre estime , en l'aggregeant à
noſtre Compagnie ,&faisant pour
elle ce qu'adéja fait l' Academie des
Ricorati de Padoue qui luy onten
voyé des lettres d' Academicienne.
C'est pourquoy après nous eſtre af-
Semblez& avoir meurement deliberé
sur ce ſuit , nous avons d'un
commun consentement éleu &nom.
mé comme par ces presentes nous
éliſons & nommons ladite Dame
des Houlieres Academicienne de
l'Academie Royale d' Arles. Mandons
au secretaire perpetuel de la
Compagnie d'ajouterson nom felon
l'ordredefa reception au Catalogue
des Academiciens , & qu'il faffe
registrer ces presentes dans les
registres dela Compagnie ,
telle est nostre intention. Pour té
moignage de laquelle nous avons
fait expedier ces Lettres signées
du Directeur & dudit Secretaire
Car
I 2
196 MERCVRE
perpetuel &y appofer le Sceau de
l'Academie. Fait à Arles le 28 .
Mars 1689. Ainſi ſigné D'ARBAUD
Docteur , ROBIAS Es-
TOUBLON , Secretaire perpétuel
de l' Academie Royale.
Service
Le Samedy 30. du mois
paſſe on fit icy dans l'Egliſe
Metropolitaine un
folemnel pour la feuë Reine
d'Eſpagne. Ie vous ay déja
décrit tant de fois ces fortes
de Ceremonies , que comme
elles ſont toujours les mêmes,
il me feroit inutile de les repeter
. Ce Service a eſté fait
aux dépens du Roy , & par
ſon ordre. Les Perſonnes qui
en compofoient le deüil , furent
Mademoiselle menée
par Monfieur le Ducde Chartres
, fa queüe portée par Mr
le Marquis de Chaſtillon , pre-
,
GALANT.
197
mier Gentilhomme de la
Chambre de Monfieur ; Madame
la Grand. Ducheffe de
Toscane , menée par Monfieur
le Prince , ſa queüe portée
par Mr le Comte de Sainte-
Meſime ۶
fon Chevalier
Mr l'Ar-
, prod'honneur
, & Madamela Ducheſſe
de Guife , menée par
Monfieur le Duc , ſa queuë
portée par .
cheveſque de Paris celebra la
Meſſe. Aprés l'Offertoire ;
Mr l'Abbé de Brou , nommé
à l'Eveſche d'Amiens
nonçal'Oraiſon Funebre avec
beaucoup d'éloquence , & il
fut extremement applaudy
de tous ceux qui l'entendirent.
Le Parlement , la Chambre
des Comptes , la Cour des
Aides ; l'Univerſité , & le
Corps de Ville , qui avoient
I 3
198 MERCURE
eſté invitez à cette Ceremo
me , y affifterent en Corps
Mrle Marquis de Blainville ,
reveſtu de ſon grand habitde
deüil , fit les fonctions de ſa
Charge de grand Mastre des
Ceremonies. te ne vous décrirav
point la magnificence
du Mauſolée , qui fut trouvée
de bon gouft. Aux quatre
angles il y avoit des Figures
qui reprefentoient les principales
vertus de la Reine , qui
a fait voir juſqu'au moment
de ſa mort le pouvoir que la
Religion avoit fur elle. Outre
le grand nombre de Chandeliers
garnis de lumieres , dont
cette , Representation eſtoit
ornée , on y voyoit des Vaſes
fumans avec des Lampes antigues
, ce qui avec les autres
lumieres ; & celles qui reTHEQUE
GALANT.
gnoient tout
YON
autour du
Choeur, falloit un effet qu on YTTI
euſt pu dire éclatant dans une
autre occaſion , mais qui n'a
voit rien que de lugubre &
de ſombre en celle cy , par la
tenture de deüil dont le
Choeur eſtoit couvert . Ce
Maufolée eſtoit du deſſein de
Mr Berin, qui depuis pluſieurs
années a pris ſoin de ce qui
s'est fait de beau de cette nature
, auſſi - bien que de toutes
les grandes Eeſtes & des
grands Spectacles .
Mr l'Evefque d'Uzez ayant
tenu fon Synode le mois paffé
, les Prieurs & les Curez s'y
trouverent au nombre de prés
de nois cens Eleur ordonna
des Prieres públiques pour le
Roy,& elles furent commencées
par un Salut du S. Sacre-
14
200 MERCURE
ment. La Cathedrale eſtoit
toute remplie de lumieres , &
il s'y trouva une quantité extraordinaire
de Peuple , que
ce Prelat exhorta par un excellent
diſcours à joindre ſes
voeux & fes prieres pour le
progrés de la Religion . Catholique
, pour la ſanté de Sa
Majesté , & pour l'heureux
ſuccés de ſes armes . Il faut
que fon zele ait eſté grand , &
qu'il ait eu l'art de perfuader ,
puis que pluſieurs perfonnes
de distinction convaincuës
par ce difcours , ont écrit depuis
à leurs Parens , pour les
exhorter de quitter le ſervice
du Prince d'Orange , & de fe
retirer au moins chez les Alliez
de cette Couronne.
J'oubliay à vous dire le
mois pallé que l'on avoit en
GALANT. 20г
ſeigné publiquement dans les
Ecoles Royales de Chirurgie
les Exercices ordinaires , fondez
par feu Mr Bienaiſe. Mr
Chevalier , dont le nom eſt
fort connu pour eſtre l'Eleve
de l'illuſtre Mr Guayant ,
ſi celebre par ſes Anatomies,
fut choiſi par Mr Felix , premier
Chirurgien du Roy ,
pour faire le Cours anatomique
, & Mr Dalibour , dont
je vous ay déja parlé pluſieurs
fois , pour faire celuy des Operations
. Ces deux habiles
Profeffeurs ont fait connoiſtre
que c'eſt avec beaucoup
de justice que la Compagnie
des Maiſtres Chirurgiens de
Paris s'eſt tant acquis de reputation
, & que ce n'eſt pas
fans raifon que l'on va prendre
chez elle beaucoup de
202 MERCURE
Chirurgiens pour les Armées
du Roy .
Mr Venier , nouvel Ambaſſadeur
de Venise , a fait icy
ſon Entrée publique , & a eu
audience du Roy , & de toute
la. Maiſon Royale .. le ne vous
repeteray point les ceremonies
qui fe font à ces fortes
d'Audiences , puis que c'eſt
toujours la meſme choſe ..
Les Ambaſſadeurs de Veniſe
font receus comme ceux des
teſtes couronnées . Les Venitiens
envoyent regulierement
tous les trois ans relever celuy
qu'ils ont icy. Mr Venier a
fuccedé à un de ſes Parens
de meſme nom . Ce nouvel
Ambaffadeur a déja paſſé
preſque dans toutes les plus
grandes Charges de la Republique
, quoy qu'il paroiffe
GALANT. 203
encore jeune pour avoir eu
tant d'Emplois confiderables.
On peut juger par là de fon
merite. Quant à ſa magnifi .
cence , elle parut le jour de
ſon Entrée , fon Equipage &
ſes Caroffes eſtant d'une tresgrande
beauté..
Le Roy a donné à Mr le
Comte de Cruoly ſa Compagnie
de Gensdarmes Anglois
, vacante par la demiffion
volontaire de Mr le Marquis
de la Guette qui en eſtoit
Capitaine Lieutenant. Mr le
Comte de Cruoly eſt beaufrere
du Duc de Gourdon qui
défend aujourd'huyle Chafteau
d'Edimbourg & qui
fouſtient en Ecoffe les interefts
du Roy d'Angleterre
avec tant de zele & tant de fie
delité. Les fervices de ce
6 تحا .
204 MERCVRE
Comte
2 l'action éclatante
qu'il a faite autrefois en Suiffe,
& l'eſtime que le Roy a pour
luy meritoient fans doute une
telle recompenfe. Il eſtoit
Sous - Lieutenant des Gensd'armes
Anglois , & le Roy
ayant à remplir ſa place , en a
donné l'agrément à Mr le
Marquis de Mimeure. Il n'eſt
pas ordinaire d'entrer dans
le ſervice par une Charge ſi
confiderable ſans y monter
par degrez ; mais la protection
de Monſeigneur le
Dauphin , auprés de qui il a
eſté élevé dés l'âge de neuf
ans , & la distinction qu'il
s'eſt acquiſe au ſiege de Luxembourg
aux autres endroits
où il a ſervi Volontaire
, luy ont attiré du Roy
cette grace toute particus
liere.
GALANT. 20
Quand je vous parlay il y a
un mois de la mors de Mr
Bruant des Carrieres , cy-devant
Reſident pour le Roy à
Liege , mort à l'âge de 68. &
non de 78. ans , je n'eſtois
pas informé de beaucoup de
choſes curicuſes qui regardent
fes emplois . Il a ſouſtenu
vigoureusement les intereſts
de ſa Majeſté contre les
menées du party d'Eſpagne ,
&contre les pratiques du feu
Cardinal de Baden & du
fameux Baron de Liſola
Miniſtre de l'Empereur , qu'il
obligea de fortir de Liege...
Il m'eſt tombé entre les
mains des Memoires qui en
parlent ,& qui font voir que
dés l'année 1674.. la Maiſon
d'Auſtriche commençoit à
vouloir donner de viveforce
2
4
206 MERCVRE
un Coadjuteur à l'Archevêché
de Cologne , & meſme
contre la volonté du feu Eleteur
. Cette intrigue merite
d'eſtre éclaircie , puiſque la
violence que l'on vient de faire
à Mr le Cardinal de Furſtemberg
en eſt une ſuite .
Cependant le peu de temps
qui me reſte , & la matiere
qui m'accable m'obligent de
remettre au mois prochain à
vous en entretenir.
و
Vous devez ſçavoir la mort
de Dame Anne de Cham
phuon Veuve de Meffire
Charles de Charron , Seigneur
de Monceaux, valet de Chambre
ordinaire du Rov , puifqu'elle
arriva le 27 de Mars
dernier. Elle eſt morte agée
de 88. ans , & a conſervé juf
ques au dernien foupir une
GALANT.
207
memoire admirable , & l'efpric
vif & brillant de la jeuneſſe .
Elle estoit fille de Gilles de
Champhuon Confeiller d'Eſtat
, dont le grand Perea eſté
Chancelier de Marie Stuart
Reyne d'Ecoffe. Je vous ay
parlé d'elle & de fa Famille
dans ma Lettre de Septem-
Bre 1680 .
Quant à la mort de la Reine
de Suede , je ne vous en diray
rien ce mois- cy , afin de vous
en parler avec toute l'étenduë
que demande cet article en
vous envoyant le teſtament
de cette Princeſſe que vous
trouverez dans ma lettre de
Jain avec pluſieurs chofes
touchant le Conneſtable Colomne
, qui eſt mort à Rome
preſqueen meſmetemps.
Voicy les noms de quel-
2
*08. MERCVRE
ques perſonnes confiderables
mortes à Paris depuis un mois.
Madame de Durasfors Dame
d'Atour de Madame . Cette
qualité de Dame d'Atour la
faifoit appeller Madame, quoy
qu'elle fuſt fille. Elle estoit
foeur de Mr le Maréchal Duc
de Duras , de Mr le Maréchal
de Lorge & de Milord Duras,
autrement Comte de Feversham
, Madame la Comteſſe de
Roee , & Madame laMarquiſe
de Malauſe ſont ſes foeurs . La
place de Dame d'Atour qu'elle
poffedoit ſeule a eſté remplie
par Madame la Marquiſe de
Chaſtillon , Femme de Mrde
Chaſtillon , premier Gentilhomme
de la Chambre de
Monfieur , & par Mademoifelle
de Chaſteau-Tiers , qui
eſtoit fille d'honneur de May
dame.
GALANT. 209
Meffire lean René de Longueil
receu en 1682. Confeiller
au Parlement de Paris . Il
eſtoit fils de Meſſire lean de
Longueil , Marquis de Maifons
, Seigneur de Grifolles ,
Preſident au Mortier du Par
lementde Paris , & eſt mort
d'une apoplexie de ſang dans
une grande jeuneſſe. le nerepeteray
point ce que je vous
ay dit pluſieurs fois de cette
Famille.
Meſſire Gabriel Philippes de
Teſſay de Froulay , Evefque
d'Avranches en Normandis . U.
avoit de grands talens. pour
bien gouverner un Diocese,&
lesavoit fait paroiſtre lors qu'il
avoiteſté Grand - Vicaire de
Bordeaux & de Bourges. Sa
probité eſtoit fort connue , &
onl'eſtimoit pour ſes bonnes
210 MERCVRE
moeurs , auſquelles rien n'avoitjamais
pu donner atteinte.
Il eſtoit Frere de Mrle Com
te de Teffé , Grand Maréchal
des Logis , & Chevalier des
Ordres du Roy , qui avoiteſté
Capitaine aux Gardes. C'eftoit
un homme ferme,&d'une
valeur éprouvée. Mr l'Abbé
de Froulav, leur Frere ,Comre
de S. Iean de Lyon ,
juſtifie aſſezla nobleffe de cette
Maiſon , puis qu'il ferois
malaiſé d'en trouver de mieux
établie que celle de ce Chapi-
,
tre.
Dame Françoife . Marguerite
du Pleffis de Chivré, Femme
d'Antoine , Duc de Gramont
, Pair & premter Maréchal
de France , Chevalier des
Ordres du Roy , Souverain de
Bidache , Comte de Guiche &
GALANT. 21
de Louvigny,Baron de Hagetmau
& Came ,Gouverneur &
Lieutenant general pour le
Royen ſon Royaume de Navarre,&
Principauté de Bearn ,
auffi Gouverneur & Lieutenant
general des Ville & Chaſteau
de Bayonne , Païs de
Labourt , & dela Citadelle de
S. Iean Pied de Port , Colonel
du Regiment des Gardes
de Sa Majeſté. Elle l'avoit
épousé ne 1634. & decemariage
font venus deux Fils &
deux Filles. L'aifné fut
6 Guy Armand de Gramont
Comte de Guiche , Lieutenant
General des armées du
Roy , Colonel du Regiment
des Gardes en ſurvivance ,
mort en 1673. fans avoir laiſſé
d'Enfans de Dame Marguerite
Loüife de Bethune , de
212 MERCVRE
la Branche des Dues de Sully,
Le ſecond , qui eſt vivant ,
eft Antoine-Charles , Duc de
Gramont , Pair de France
Souverain de Bidache , Comte
de Louvigny & de Guiche
&c. qui a épousé en 1668 .
Marie-Charlotre de Caſtelnau
, de la Maiſon de Caſtelnav
, qui a donné un Marés
chal de France , & d'autres
perſonnes confiderables . De
ce mariage font venus un Fils,
Comte de Guiche & unc
Fille. Ce jeune Comte a époufé
Mademoiselle de Noailles ,
Fille du Duc de ce nom.
L'aiſnée des Fillesde Madame
la Marefchale de Gramont
nommée Charlote . Catherine
, épouſa en 1660. Louis
Grimaldy , Prince de Monaco
,Pair de France , & la fe
,
د
GALANT .
273
د
,
conde , appellée Henriette-
Catherine , eſt Femme dAlexande
de Canonvill , Marquis
de Raffetot. Feu Mr le
Mareſchal Duc de Gramont ,
eſtoit Fils d'Antoine de Gramont
, II . du nom Souverain
de Bidache , Comte de
Gramont , Guiche & Louvigny
, Chevalier des Ordres
du Roy Gouverneur pour
Sa Majesté en ſon Royaume
de Navarre & Principauté
de Bearn , Gouverneur des
Ville & Château de Bayonne ,
& de Loüife de Roquelaure ,
Fille aiſnée d'Antoine de Roquelaure
, Maréchal de France
CetAntoinedeGramont épouſa
en ſecondes Nopces Claude
deMontmorency , de l'ancienneMaiſon
de Montmorency ,
premierBaron de France, de la
214
MERCURE
,
د
Branche de Bouteville , dont
il eutdeux Fils & trois Filles
ſçavoir Henry , Comte de
Toulongeon Lieutenant de
Roy en Navarre qui eſt
mort ; Philbert de Gramont ,
à preſent Comte de Gramont
Chevalier des Ordres du Roy ,
qui a deux Filles d'Elifabeth
Hamilton d'une ancienne
Maiſon d'Ecoffe ; Susanne-
Charlotte de Gramont , Femme
de Henry Mitte , Marquis
de Saint Chaumont , Anne-
Loüiſe mariée à Ifaac de Pas ,
Marquis de Feuquieres,morte
en 1666. & Françoiſe - Marguerite
, qui a épousé Philippes,
Marquis de Lons en Bearn .
L'Ayeul de Monfieur le Maréchal
de Gramont eſtoit
Phubert de Gramont , Sou
verain de Bidache , Comte
GALANT.
215
,
de Guiche , qui fut tué au
Siege de la Fere , âgé de 28 .
ans. Il avoit épousé Diane ,
dite Coriſande d'Andoüins ,
ſeule Heritiere de la Maiſon
d'Andoüins qui tire ſon
origine d'Athon d'Aure , Seigneur
de Larbouſe, qui vivoit
en 1250. Quand à feu Madame
la Maréchelle Ducheffe
de Gramont , ale deſcendoit
de l'ancienne Maiſon du
Pleſſis , Seigneurs de Richeliea
en Poitou , ſi confiderable
par les grands Hommes
qu'elle a donnez , particulierement
en la perſonne de Jean
Armand du Pleſſis , Cardinal
de Richelieu. La ſage conduite
de cette Dame luy a
toûjours fait avoir une grande
reputation dans les temps les
plus corrompus. Son habileté
216 MERCURE
& ſa pieré l'avoient renduë
plus recommandable que la
grandeur de ſon rang &de ſes
alliances . Elle a veſcu au milieu
de la Cour dans une retraite
qui n'avoit rien de ſauvage.
Elle avoit accoûtumé de
ſe retirer aux Capucines , où
elle avoirun logement, & depuis
un ford grand nombre
d'années elle s'eſtoit exercée
aux oeuvres de picté,ſans avoir
jamais manqué à remplir tous
les devoirs où l'engageoit ſa
Famille.
Meſſire Antoine de Vyon ,
Seigneur d'Herouval , Auditeur
des Comptes . Il s'eſtoir
acquis une connoiſſance tres
profonde de l'Antiquité de
noſtre Hiſtoire , & le Public
luy eſt redevable de pluſieurs
découvertes fort avantageuſes.
Sa
GALANT. 217
A
'Sa Famille qui eſt du Vexin, eſt
originaire de Bourgogne , & a
donné divers Officiers confiderables
à l'Armée & à la Re.
ligion de Malthe. Loüis de
Vyon , Chatelain de Vaux, fut
faitChevalier à la priſe de la
Ville de Theroüanne en 1487 .
Iean Françoisde Vyon , Chevalier
de Malthe en 1995. fut
depuisGrandPrieurde Cham
pagne Dans la mesme année ,
Guillaume de Vyon ; Sr de
Chandon, fut tué à la priſe de
Ham. Il eſt fait mention dans
le Martyrologe de Malthe qu'a
fait le Pere de Gouffancourt,
Celestin d'un Denis de Vyon,
Chevalier de Malthe , tué par
les Turcs à la priſe de deux
Galercs le 13. Juin 1638.
Charles - François de Vyon
fon Frere , fut fait Chevalier
May 1689 . K
218 MERCURE

de Malthe aprés la mort de
Denis . Mr de Vyon , d'Herouval
, eſt mort le 23. du
mois paſſé dans ſa quatrevingt
troiſfiéme année. Il s'étoit
démis de ſa Charge d'Auditeur
en 1670. en faveurde
Pierre de Vyon , Sr d'Orvil .
le ſon Fils , qui l'exerce en
encore preſentement. On peut
dire que le caractere de cet
illuſtre Défunt eſtoit ſingulier.
Jamais homme n'a plus
travaillé, ny faitun plus grand
nombre de recherches ; Illes
offroit à tous ceux qui en pouvoienttirer
quelque utilité,&
ayant tout fait pour les autres,
il n'a jamais rien fait pour luy .
Mr de Castagneres de Chaſteauneuf
, Conſeiller au Parlement
de Paris ,a eſté choiſi
parle Roy pour ſon Ambaf-
7
GALANT .
219
fadeur à Conſtantinople. Ie
vous ay parlé pluſieurs fois de
luy , & vousay fait voir qu'il
eſtoit fort magnifique , qui eſt
une qualité tres neceſſaire à
ceux qui font chargez d'un
pareil employ. Il a l'eſprit penetrant
; il s'explique nettement
, &fait le rapport d'une
affaire avec beaucoup de juſteſſe
& d'intelligence . MonfleurBeauqueſne
a eſté nommé
en meſme temps Secrataire
del'Ambaſſade. Ila voyagé
dans pluſieurs Cours étrangeres
, où il a commencé à
prendre les lumieres neceſſaires
pour un employ de cette
nature .
} Le Sr Jollain , Marchand
Graveur,demeurant ruë Saint
Jacques à la Ville de Colo-
Igne , a fait imprimer le Para.
K 2
220 MERCVRE

lelle de l'Architecture antique &
de la Moderne , du Sieur de
Chambray . Cette ſeconde
Edition eſt augmentée des
Piedeſtaux de chaque Ordre,
ſuivant l'intention des meilleurs
Auteurs . On en a reduit
toutes les meſures ſur le Modelle
ou Echelle generale ,
dont Mr de Chambray s'eſt
ſervi dans tous les Profils de
fon Livre. Je ne vous en feray
point un long éloge. Ic
vous diray ſeulement que ſa
rareté & fon utilité l'ont rendu
d'un prix exceffif , & que
l'on a dans un ſeul Livre ce
qui nous eſt reſté de plus
beau de l'ancienne Rome , &
ce que les plus habiles Mai -
ſtres ont répandu dans de gros
Volumes d'une maniere plus
embaraſſée , & dans une LanGALANT.
221
gue inconnuë à la pluſpart
des Ouvriers , avec des Notes
iudicieuſes ſur le deſſein
de chaque Auteur. On vend
auſſi chez le meſme Sr Iollain,
La Maniere de baſtirpour
toutes fortes de perſonnes , contenant
les moyens d'élever
des Baſtimens de toutes grandeurs
,& d'y faire tons les or
nemens , commoditez & détachemens
qui s'y penvent fouhaiter.
Cette Edition eſt augmentée
des Plans & Elevations
de pluſieurs Baſtimens
de l'invention du Sr le Muet ,
Architecte du Roy. On trouve
encore chez le meſme Marchand
, Le grand Vignole , que
l'on vendoit cy- devant à Amſterdam
, chez Juſtus Dane-
Kers..
Le mot de l'Enigme du der
K3
222 MERCVRE
pier mois estoit la Quenoüile..
Ceux quil'ont expliquée dans
fon vray ſens, font Mrs l'Abbé
Blauf : de Melville de Montargis:
des Bordes de Tours : Baron
de la ruë Grenier S Lazare : de
Chalons Chanoine de Vannes :
Barbé de S. Bonnet:du Perrier:
På. Roquier d'lſſoudum demeurant
àBourges : Phil-de la
Chatre de Tharbay : Cl. Ba
Cla. Br. Chanoines : Cyre Amourettes
l'Ami des Carmes :
C. Hutuge d'Orleans . le Coeur
conſtant de Meaux . le charmant
Avocat paſſionné pour
l'aimable 1 ... de la ruë de
Marseille , le beau Marchand
de la rue Coquette de S. Merry;
le plus Fidelle de tous les
Amans : Tamiriſte de la ruc
de la Cerifaye : le Chevalier
GALANT.
223
des grands Airs pour quelque
temps : l'Amant de la
Caillette de l'Iſſe ſans Flandre
le Mantre de l'Alteffe de la
ruë Sainte Avoye ? l'Heuré
Minos de Baſſe Normandie ,
Jupiter & Pluton , de la ruë
Simon le Franc , le Paysande
la Baſtille Mr Cholet de
Bourge , leMiroir de Careſme
de la ruë Paffe droit. Meſdemoifelles
Elifabeth Baron
veuvede Mrde Ferary , Seigneur
de Gaigny ; la plus aimable
Brune du Perche-
Goüet; la plus grande Veuve
de la ruë Calande : la belle
Themis de la meſme ruë : la
belle Veuve de la ruë Guillaume
, Ifle Noſtre Dame : la
charmante Minerve de la ruë
Simon - le Franc : l'aimable
Brune au vermillon naturel :
K 4
224 MERCVRE
la Grondeuſe de la ruë des
quatre petites Fontaines . C....
C. D. R. ou la belle Pouponne
de la ruë d'Anjou , & l'ai--
mable Charlotte la Conque--
rante , du Marais ..
La nouvelle Enigne que je
vous envoye eſt du défunt
Berger Fleuriſte .
ENIGME.
Apeinefuccedeau plaisirs
Le travailau loiſir
Et c'est mov qui ramene
Le travail& lapeine..
I'abrege mesme lefommeil,
Pour rappeller les gens àleurs foins
ordinaires
Aleur commerce , àleurs affaires.
Etjefais étaleravecgrandapparcit
Ce que l'on ne vend pas en plus.
d'une semaine.
GALANT.
225
1
Enfinjesuis un des Filsdu Soleil
Etj'ay la Lunepour Marraine.
Quoy que puiſſent publier
les Ennemis de la France pour
faire croire qu'elle ne pourra
réſiſter au grand nombre de
Puiſſances liguées pour l'accabler
; il eſt certain qu'elle
eſt toujours également floriffante.
On le voit par les dons
que les principales Villes du
Royaume ont d'elles meſmes
faits au Roy. L'Epargne de
ce Prince eſt beaucoup plus:
remplie qu'en temps de Paix ,
& non ſeulement ila tous les
fonds neceſſaires pour entre--
tenir toutes ſes Armées pen
dant cette Campagne , mais
il en a auſſi de referve pour
s'en fervir en cas de beſoin...
Outre tout cela la Maiſon des
KS
226 MERCURE
,
ce Monarque eſt regulierement
payée ainſi que le
grand nombre de gratifications
qu'il fait tous les ans à
une infinité de Perſonnes de
merite. Il en fait meſme encore
chaque jour de nouvelles
, & vient de donner deux
mille Loüis à Mr l'Abbé de
Dangeau à cauſe des belles
Cartes qu'il a faites , & une
penſion à Mademoiſelle de
la Tremoüille. Ces choſes .
font voir qu'au milieu de la
guerre les François peuvent
vivre avec autant de tranquillité
que dans la paix , &
que pendant toute la Campagne
il y a grande apparen.
ce qu'ils ne feront occupez.
qu'à compter les victoires du
Monarque qui les gouverne.
Vous avez ſceu le combat
GALANT.
227

)
qui s'eſt donné entre une Efcadre
des Vaiſſeaux du Roy ,
& l'Armée Navale d'Angleterre
, commandée par le Vice-
Amiral Herbert. Aprés
le bruit qu'a fait ce combat
il eſt malaiſé que vous n'en
ayez pas appris beaucoup de
particularitez. Je ne laiſſe pas
cependant de vous en envoyer
une Relation , où vous.
trouverez peus eſtre quelque
choſe de nouveau , à cauſe du
ſoin que j'ay pris de ramaſſer
tout ce qui s'eſt écrit là deſſus .
Chacun ſçait que le Vice-
* Amiral Herbert eſt fortement
attaché au Prince d'Orange,
qu'il a eſté en Hollande luy
offrir ſon ſervice qu'il atravaillé
avec luy au projetdela
confpiration pour le rendre
maiſtre de laGrandBretagne,
K 6
228 MERCVRE
& qu'ayant caballe pour de
tourner du ſervice du Roy
une partie de ſes plus fidelles
Sujets , il eſt volontairement
dans les intereſts du Princed'Orange
, & non pas de la
maniere que beaucoup ont
eſté obligez de les embraſſer ,
ayant ſuivi un Party dans lequel
leur volonté & leur
coeur ne font point entrez ..
Ce Vice - Amiral eſtant de
l'intrigue de ce Prince , &
craignant ſa cheute plus que
beaucoup d'autres , parce qu'il
ne peut tomber ſans l'accabler
fous faruine ; la perfidie
qui luy a fait trahir ſon Roy
eſtant telle qu'on en voit pen
de ſemblables , demanda inf
tamment au Prince d'Orange
vingt Navires armez à fon
choix ,& luy répondit ſur ſa
GALANT. 229
3
teſte qu'il empeſcheroit avec
ce nombre de Vaiſſeaux que :
les François ne debarquaffent
en Irlande le ſecours qu'on
fçavoit qu'ils préparoient à
Breſt , pour porter dans ce
Royaume là , & il l'aſſura
meſme qu'il déferoit entierement
noſtre Flote , & qu'enfuite
il ravageroit les coſtes
d'Irlande . Il a choiſi les Navires
, les Capitaines , & les
Equipages , & le nombre mê
me de tout cela a excedéce
qu'il avoit demandé ; mais
tant de précautions n'ont fervi
qu'à faire battre de plus braves
gens qu'à faire fuir de :
meilleurs Vaiſſeaux , qu'àdonner
plus de gloire au Roy , &
qu'à couvrir ſes Troupes de
mer de plus beaux Lauriers.
Le Prince d'Orange avoitt
230 MERCURE
eſté ravyde la propoſition du
Vice-Amiral Herbert , parce
que dans la ſituation où étoient
ſes affaires , rien ne luy paroifſoit
plus important que d'empeſcher
qu'on ne fiſt paſſer de
nouveaux ſecours en Irlande.
Les Sentimens de ce Prince
eſtantaiſezà deviner , à caufe
de la conjoncture où il ſe trouvoit
nos Commandans qui
avoient plus d'intereſt que
d'autres à les penetrer, ne douterent
point que les Angloiss
ne ſe fuſſent mis en eſtat pour
leur diſputer le paſſage , & ils
en eſtoient d'autant plus perfuadez
, que le départ de nos
Vaiſſeaux ayant eſté differé
à cauſe de la longueur du
temps qu'il avoit fallu pour
embarquer tout ce qu'ils devoient
porter en Irlande , les
GALANT.
230
4
Ennemis avoient eu tout le
loiſir qu'ils pouvoient fouhaiter
pour ſe mettre en état
de faire une vigoureuſe refiftance
à ceux qui voudroient
entreprendre de les forcer.
Ils avoient meſme eu beaucoup
plus de temps qu'ils
n'avoient cru depuis qu'ils
s'eſtoient mis en mer , pour
recevoir des ſecours , parce
que nos Vaiſſeaux n'ayant
plus rien qui les empeſchaft
de partir , le vent ne s'eſtoit
pas trouvé favorable , ce qui
chagrina d'autant plus ceux
qui les montoient , que le defir
qu'ils avoient de combattre
leur faisoit attendre avec
beaucoup d'impatience l'heute
de leur départ. Enfin cette
Flote partit le fix de May , de
la Rade de Breſt. Elle estoit
232
MERCVRE
+
compoſée de vingt - quatre
Navires de guerre ; ſçavoir ,
de quinze du troifiéme rang ,
de neuf du quatrième ,
de deux Fregates legeres ,
& de dix Brulots . Monfieur
le. Comte de Chaſteau - Renaut
, Lieutenant General
des Armées Navales de Sa
Majesté , commandoit cette
Flote. Le temps eſtoit obfcur
lors qu'elle partit , & il ne
changea que le lendemain ..
Le neuvième du grand matins ,
elle apperceut au vent de l'Armée
, fix Bâtimens qu'elle :
crut eſtre des Navires An.
glois , ce qui fe trouva vray..
On ſceut quelques heures
aprés que l'Armée d'Angle--
terre eſtoit ſur la coſte d'Ir..
lande , depuis quinze jours .
Le meſme jour neuvieme ,on
e
GALANT. 233
arriva le matin à la meſme
Coſte vis- à- vis de Roſe , entre
Kinſale & la Cap de Clare..
On y apprit par ceux qui
vinrent à bord , que quel--
ques heures auparavant, on
avoit de deſſus la Coſte
compte vingt-cing Navires
enſemble: La Fregate nommee
la Preffante , commandée
par.Mr de Septeme , & un
Brulot , qui avoit Mr de Cerpau
pour Commandant , prirent
à cinq lieuës du Port
une petite Barque Oftendoiſe,
Le Vice-Amiral Herbert l'avoit
retenuë par force à la
Mer , & avoit mis quelques
Anglois deſſus , afin de pouvoir
mieux obferver noftré
Flote ſous le Pavillon Eſpa--
gnol , ignorant fans doute
encore la Déclaration de la..
234 MER CURE
Guerre; qui avoit eſtépubliée
entre nous & l'Eſpagne. On
apprit par cette Barque que
quatre Vaiſſeaux Anglois qui
croifoient au vent eſtoient
partis de la Flote Angloiſe
compofee de vinge - huit à
trente Voiles , que l'on voyoit
aux environs de Kinfale depuis
quinze jours , pour em
peſcher que les François n'y
débarquaffent ce qu'ils
voient chargé pour l'Irlande.
Trois Vaiffeaux Ennemis qui
eſtoient en garde vinrent dés
le matin

trois heuës des
Vaiſſeaux du Roy pour les
reconnoiſtre ; mais ils ſeretirerent
fans qu'on les puſt
joindre..Mr de Château Renault
envoya une Chaloupe
à terre ,elle fut reçuë avec
beaucoup de joye des HabiGALANT.
235
rans qui ſe trouverent dans
le lieu où elle arriva , & un
Colonel Irlando's s'étant mis
auſſi - toſt dans cette Chaloupe
pour venir trouver ce
General , il luy apprit que les
trois Vaiſſeaux qui avoient
paru , & auſquels il avoit fait
donner la chaſſe , eſtoient de
l'avant garde de la Flote Angloife..
On découvrit ſur le ſoir
une Flute qui mit Pavillon Angloisi
le Vaiſſeau nommé le
Diamant la pourſuivit pendant
quelque temps , mais eſtant
revenu , parce qu'il n'avoit pas
jugé à propos de s'éloigner
davantage , la Flute revint
auſſi , s'approcha de plus prés,,
mit en pane , & après avoir
long temps obſervé noſtre
Flote, elle courut vers Kinſale,
236 MERCURE
& Mr de Chateau - Renault
apprit en moſme temps , par
une Fregate de terre que les
Ennemis estoient moüillez ,
entre Cork & Kinſale. Les
Vaiſſeaux du Royétoient alors
àdix lieuës , ſous le vent de
cette derniere Place..
Toutes ces choses meritoient
qu'on y fiſt une ſerieuſe
attention & qu'on
priſt de juſtes meſures , la
prudence n'eſtant pas moins
neceffaire dans une occafions
fi importante , que la grandeur
de courage , on refolut
de tenir conſeil , & il y fut
arreſté qu'on iroit à la Baye
de Bantrie pour y faire le débarquement
pour lequel on
avoit entrepris de paſſer en
Irlande . Suivant cette refolution
on moüilla le Mardy
GALANT. 237
dixième de May ſur les deux
heures aprés midy , à cinq
lieuës du Bourg. Je croy vous
devoir apprendre ce que c'eſt
que la Baye de Bantrie. Elle
eſt à dix lieuës à l'Oüeſt du
Cap de Clare ; ſon entrée eſt
Nord eſt à l'oüeſt , les deux
pointes eſt quart Eft , & Oueſt ,
quart Nord Oueſt. Il y en a
deux autres qui jettent plus à
la mer que les deux premieres
L'une eſt appellée Mesanhed
, qui eſt celle de l'Est
& l'autre le Cap d'Orces , qui
eſt à l'Oüeſt. La diſtance
des deux premieres eſt de
quatre lieuës. On moüilla
par trente & quarante braſſes
à deux lieuës de la pointe de
l'Eſt , & à quatre lieuës de
celle de l'Oüeft .
On avoit jugé à propos
238 MERCVRE
d'aller à la Baye de Bantrie ,
afin qu'ayant débarqué plus
prompiement tout ce qu'on
portoit pour l'Irlande , on ſe
puſt mettre plûtoſt en eltat
de combattre ,& qu'on puſt
ſe trouver au vent des Anglois
, en cas qu'ils ſe ſerviſſent
du vent d'Eſt qui ſoufloit
alors , pour s'oppofer àce débarquement.
Mr de Chateau-
Renault qui ne doutoit point
qu'on nele vint attaquer, pendantque
la Flote y feroit occupée,&
qui avoit reſolu de
prendre toutes les meſures neceſſaires
pour n'eftre pas furpris
, ordonna que deux Vaifſeaux
ſeroienten garde hors la
Baye ,& prévoyant qu'il y
pourroit eſtre enfermé , il ne
voulut point s'y engager ,
mais ſi toſt qu'il y fut arrivé ,
1
C
GAL ANT.
239
د
il fit embarquer fur fix Brulots
, & fur quatre Fregates
ou Navires Marchands qui
avoient ſuivy la Flote depuis
Breſt , les hommes , les armes ,
des ſelles , les brides , la poudre
le plomb & l'argent
que la Flote portoit , & qui
l'auroient embaraſſée dans un
Combat ; quoy que le vent
fuſt contraire , toutes ces
choſes ne laiſſerent pas de
partir dés le ſoir meſme à la
faveur de la Maréc , & on
les conduiſità Balgabben dans
le fonds de la Baye,à ſeptlicuës
du lieu où on estoit moüillé.
Les Baſtimens qui les devoient
tranſporter eſtant chargezappareillerentfur
les neuf heures
du foir. Ilferoit difficile de
faire une peinture du grand
mouvement que chacun fut
240
MERCVRE
obligé de ſe donner en cette
occaſion , à cauſe du peu de
temps qu'on eut pour tirerdes
Vaiſſeaux , & mettre ſur les
Baſtimens que je vous viens
de marquer , toutes les chofes
dont l'embarquement avoit
eſté ſi long à faire à Brest On
n'eſtoit pas encore forty de
l'embarras que cauſe un ſi prodigieux
travail,ſurtout quand
il le faut faire avecune précipitation
toute extraordinaire ,
lors qu'on entendit pluſieurs
coups de Canon qui furent
reiterez ,& qui venoient des
Vaiſſeaux que l'on avoit mis
en garde.Ces Navires eſtorent
le Diamant ; & l'Emporté , &
les coups qu'ils tirerent eftoient
pour apprendre à Mr
de Chaſteau Renault , ſuivant
le ſignal dont ils eſtoient con
venus
GALANT. 241
venus , qu'ils avoient découvert
l'Armée du Prince d'O .
range , & fur les neuf heures
du foir , ces deux Vaiſſeaux
eſtant revenus joindre la Flote
, ils rapporterent qu'ils
avoient compte vingt ſept
Navires.
7 Comme il n'y avoit que
cinq heures qu'on travailloit
au grand débarquement dont
je vous ay parlé , lors que les
deux Vaiſſeaux qui estoient
en garde firent le ſignal dont
on eſtoit demeuré d'accord,
pour marquer que les Ennemis
paroiſſoient , Monfieur
de Chaſteau Renault ne fit
pas achever le debarquement
mais il crut à propos de faire
mettre à la plus prochaine
terre le reſte des Troupes
qu'on n'avoit pû embarquer
May 1689 . L
242
MERCVRE
fur les Baſtimens qui avoient
commencé à en tranſporter ,
& ne penſa plus qu'à faire
mettre tous ſes Vaiſſeaux en
eſtat de combattre ce qui
cauſa une grande joye parmy
toutes les Troupes qui ne douterent
point queles Ennemis
ne paruſſent bien- toſt pour
livrer le Combat .
,
Le lendemain Mercredy
onziéme de May , ſuivant noſtre
ſtile , & qui eſtoit le premier
du meſme mois , ſelon
celuy des Anglois , & le jour
de la Feſte de Saint Jacques qui
eſt celebrée en Angletterre
avec de tres grandes réjoüifſances
, le Diamant qui avoit
retourné en garde fit ſignal
entre cinq & fix heures du
matin qu'il voyoit les Ennemis.
Ils parurent bientoft
GALANT.
243
aprés à la pointe du Cap de
Mazanet . On commença à les
découvrir par la pointe de
l'Eſt . On compta vingt-huic
Voiles ; parmy leſquelles on
remarqua vingt & un Vaifſeaux
, dont quatre parurent
bien plus gros qu'aucun de
ceux de noſtre Flote , une Fregate
& fept Caïches que l'on
crut eſtre des Brulots. Comme
le vent étoit Nord- Est , il falloit
que les Ennemis fiſſent
pluſieurs bords pour venir à la
Flote, ainſi on ne ſe mitenpeine
d'apparciller que ſur les 7.heures,
& on courut bord fur bord
juſques ſur les dix heures , afin
que chacun ſe miſt à ſon Poſte :
Les Vaiſſeaux du Roy avoient
le vent ſur les Ennemis qui
étoient le long de la terre de
l'Eſt. La pluſpart des Navires
L 2
{
۱
244 MERCVRE
François étoient en panne , &
ne faiſoient ſervir quelors que
c'étoit à leur. Voicy de quelle
maniere l'ordre de Bataille
fut reglé,
La ſeconde diviſion qui
étoit celle de Mr. Gabaret ,
étoit à la teſte. 1
La premiere que comman--
doit Mrde Chateau- Renault ,
eſtoit au Corps de Bataille.
La troifiéme qui eſtoit
commandée par Mr Forant
faiſoit l'Arriere garde .
>
Vous pouvez voir par ce
qui ſuit de quoy ces trois
Diviſions estoient compofées.
GALANT.
245
Vaisseaux. Commandans. Ca- Ho-
II.Division.
LeFrançois. M. Pannetier,
nos. mes.
44. 350
Le Vermalois . M. Machaud. 60. 350
LeDuc. M. Colbert Saint
46. 250
Marc.
Le Fendant , M.de Real .
56. 340
Le S. Michel . M. de Gabaret, 60. 350
Le Fort. M. de Roffema- 60. 360
dec.
LeLeger, M. de Fourbin. 42.
200
Le Precieux. M.de Salempatr. 56. 330
I. Divifion.
LeCapable. M. de Bellefon . 46.250
taine.
L'Arrogant.
Le Diamant.
L'Ardent .
M.de l'Arteloire 56. 340
M.de Coëtlogo.
M. de Château-
56. 340
66. 400
Renault.
Le Furicux. M. Deſnots.. 60. 250
Le Faucon. M. d Ervaux, 44. 220
LeModcré. M. de S.Hermi-
54. 330
ne.
L'Entrepre- M. de Beaujcu.
nant.
III. Divifion.
Le Neptune, M.de Palliere. 46. 200
58, 350
L3
346 MERCURE
Vaiſſeaux. Commandans. Can. Hom...
L'arc en Ciel. M de Periner .
L'Excellent .
44. 220
M. de la Vigerie. 58. 350
LeCourageux. M. Forant, 58. 350
Le Sage. M. de Vaudri- 56. 340
court.
L'Emporté. M.de Roffel . 44. 220
L'Oiseau,
M.duQueſne. 44. 220
L'Apollon. M. de Montor- 56. 330,
tier.
FRFGATES .
La Tempeste. M. du Queſne- 28..
Meunier..
La preſſante. M. de Septeme. 12.
Dix Brulots.
Je dois avant que d'entrer
dans le détail du Combat ,
vous entretenir encore de ce
qui ſe paſſa quelques heures
auparavant Lorsque les Ennemis
parurent , le débarquement
n'eſtoit pas encore achevé,
&deux Bâtimens chargez
pour Balgobben partirent
pour s'y rendre , mais comme
il y auroit cu à craindre qu'ils
GALANT . 247
ne fuſſent pris par quelques
Fregates que les Ennemis auroient
pü détacher , ſi on leur
avoit laiſſe le paſſage libre ,
Mr de Chaſteau- Renault ſe
tint avec toute l'Armée bord
fur bord dans les entrées de
la Baye juſques à onze heures
& demie , qu'il fit le ſignal
pour faire arriver l'Avantgarde
, car le vent eſtant à
PEA les Anglois l'avoient
en arriere , ou du moins larguc
pour venir juſques à l'entrée
, mais comme la Flote
eſtoit moüillée en dedans ,
les Ennemis ſe trouverent
eſtre ſous le vent del'Armée
du Roy & n'y pouvoient
venir qu'en louvoyant ; ce
qu'ils firent de fort bonne
grace & juſques à l'approche
de noſtre avant - garde , où
و
L4
248 MERCVRE
Mr Pannetier tenoit la teſte ,
& qui arriva vent arriere fur
la leur , qui dans ce temps
avoit le Cap au Sud- eft ; mais
dans le moment que noftre
avant- garde eſtoit preſte à
commencer le Combat , les
Ennemis revirerent vent devant
, ce qui obligea Mr Panetier
de prendre Lof pour
Lof & de faire force de
Voiles
د
encore prés d'un
quart d'heure , parce que les
Ennemis en faisoient autant.
Il ſe paſſa une choſe ſinguhere
entre ces deux avantgardes
, qui merite d'eſtre
remarquée . Le Vaiſſeau que
montoit Mr Panetier n'ayant
que quarante-quatre pieces de
ICanon , & le Vaiſſeau contre
equel il combattoit , en ayant
foixante & dix , il s'approcha
GALANT. 249
fans tirer juſques à la portee
du Mousquet ; & comme ſes
Saborts eſtoient ouverts il fit
une décharge de Moufqueterie
, qui tua ou bleſſa la pluſpart
de ceux qui eſtoient à ces
ouvertures ; on les referma
auſſi - toſt , ce qui empeſcha ce
Vaiſſeau Anglois de faire feu
de ſon Canon. Mr Panetier fit
tirer le ſien ,& tous les Vaiſſeaux
de l'avant- garde ayant
fait de meſme ſur celle des
Ennemis , elle ſe retira fort
mal- traitée & ne ſe bâtic
plus. Les Ennemis avoient en
ce temps-là la Cap au Nort
Nordest.
,
Pendant que la Divifion-de
MrGabaret , qui fit paroiſtre
autant de teſte que de coeur
en cette occaſion , eſtoit at
tachée à combattre & à pour-
L
250
MERCVRE
en-
:
ſuivre , l'avantgarde des Anglois
,les Vaiſſeaux des autres
Diviſions ſe mettoient
ligne & faifoient grand feufur
ceux des Ennemis qui ſe
trouvoientpar leurs travers .
Le Vice-Amiral Herbert
eſtoit au Corps de Bataille de
fon Armée , où Mr de Chaſteau
Renault alla l'attaquer
avec ſa Diviſion , en faiſant la
contre - marche , & revirant
des eaux de Mr Panetier , mais
le combat avoit à peine duré
un quart d'heure que le Vaifſeau
d'Herbert arriva vent
arriere ,& changea ſes amures.
& comme il faifoit force de
voiles , & que ce Navire eſt
fort bon , il ſe trouva bientoſt
à la teſte de la Ligne : ce
que voyant Mr de Chasteau-
Renault , il fit auffi forcede
GALANT. 251
voiles ſur le meſme bord ,
pour ſe trouver toujours oppoſé
à cet Amiral des Ennemis
, qui ne paroiſſoit pas
avoir envie de combattre de
prés , & qui arrivoit ventarriere
toutes les fois que Mr
de Chaſteau Renault arrivoit
fur lui , ce qui ſe fit cinq ou
fix fois . Les Ennemis ayant
fair force de voiles pendant
tout le combat on ne pût.
les approcher ſi prés qu'on
auroit voulu . L'Arriere garde
eut le meſme avantage ſur
eux que les autres Diviſions ,
de forte qu'elle les chaſſoit
en tirant toujours fur eux ,
lors que la premiere Diviſion
luy donnoit du jour pour cela
, à quoy ils répondoient
foiblement. Il y eut un tresbeau
feu pendant une heute
L. 6
252
MERCURE
&demie , Herbert parut bien
desemparé , ſon Matelot le
couvrant pour eſſuyer le feu ,
en luy donnant par ce moyen
le temps de ſe racommoder.
Deux Vaiſſeaux de noſtre
Arriere - garde qui estoient
ſous le vent lors que le combat
commença , & qui heureuſement
n'avoient encore
pû prendre leurs poſtes , repoufferent
avec beaucoup de
vigueur deux Vaiſſeaux Angois
qui eſtoient ſous le vent
du reſte de l'Armée , & qui
faifoient leurs efforts pour entrer
dans la Baye.Le combat
eſtant ceſſé , ces deux Vaifſeaux
plierent , & firent vent
Arriere.
Le Vaiſſeau le François
commandé par Mr Panetier ,
aprés s'eſtre diftingué de la
GALANT.
253
maniere que vous avez vû , &
avoir cauſe tant de dommage
aux Ennemis , voyant ſes mats
preſts à tomber , fut obligé
de fortir de la Ligne pour ſe
* racommoder .
Le Diamant que M. le Chevalier
de Coëtlogon commandoit
, remedia avec une diligence
extrême au defordre
que luy cauſa le feu qui prit à
fa chambre du conſeil à des
Grenades , & à des barils de
poudre , & qui fit ſauter la
chambre , les dunetes , & les
Mouſquetaires qui estoient
deſſus . Il demeura peu de
temps hors de la Ligne , & revint
combattre .
Monfieur de Chaſteaurenault
ayant prisla teſte de la Ligne
fur le midy , fuivit toujours
l'Amiral Anglois en le com
254
MERCVRE
battant , & en arrivant fou
vent ſur luy , ce qui dura jufque
ſur les cing heuresdu foir.
Toute l'Arriere garde de la
Flote du Roy marchoit dans
fes eaux , & tiroitdes bordées.
fur les Anglois , qui dans le
mefme temps n'eſtoient pas
moins mal traitez par Mr Gabaret
, & par la Diviſion qu'il
commandoit , de forte que leur
Amiral ſe trouva ſouvent entre
deux feux. Comme il venta
frais depuis deux heures jufques
à cing,& que noftre Flote
eſtoit au vent, la pluſpart de
nos Navires avoient peine à
ſe ſervir de leur premiere baterie.
Mr de Chaſteau Renault
ne portoit qu'une flame au
grand maſt ; Mr Gabaret une
au maſt de Mizene , & Mr
Forant une au maſt d'Artimon.
GALANT.
255
LeCommandantAnglois portoit
un Hiac au grand maſt , &
preſque tous les autres Navires
de la Flote Angloiſe avoient
des flames . Toutes les Relations
de ce combat marquent
que les Anglois ſe ſont mal
battus , & fi on avoit eu les
Navires qui eſtoient à Balgob.
ben , ainſi que les Brulots qui
eſtoient dans le fond de la
Baye de Bantric pendant le
combat , & qui ne venoient
que de partir pour s'y rendre
lors qu'il commença , on
ne doit preſque point douter
qu'on n'euſt remporté une
victoire plus entiere. Les Ennemis
ont toujours eſté vent
largue ou vent arriere juſques
à cinq heures du foir ,que le
combat ceſſa . Mr de Chasteau-
Renault avoit alors fix pieds
256
MERCVRE
d'eau dans ton Navire .
On revira de bord dés que
le combat fut ceſſé , pour retourner
moüiller dans le même
endroit d'où l'on eſtoit party le
matin , pour reprendre les Baftimens
qu'on y avoit laiſſez , &
on y arriva ſur les dix heures
du foir. Les Irlandois des montagnes
qui avoient eſté les témoins
du combat , demeurerent
pendant tout le jour en
prieres , pour demander à
Dieu que nos armes euffent un
heureux fuccés , & nos Vaifſeaux
eſtant heureuſement retournez
, ils firent des feux
pendant toute la nuit , pour en
marquer leur joye .
Il n'y a pas eu un feul Officier
de tué dans ce Combat .
Mr de la Treille , Lieutenant
du Diamant, a eu la jambe em
GALAN T.
257
portée d'un coup de Canon ,
& Mr Lavior , Enſeigne du
Precieux,a eſté bleſſé àl'épaule.
Mrs Machaut& de Rechac
Savion ont auſſi eſté bleſſez .
Quand le feu prit à la poudre
de la Chambre du Diamant, il
y eut cinq Gardes Marine
noyez par cet accident,& deux
furent ſauvez fort heureuſement
. Mr d'Antrague fut retiré
de la Mer, & un autre fut trouvédans
la Hane d'Artimon ,
fort brifé . Cinq autres Gardes
Marine onteſté fort maltraitez
du feu ; mais on ne croit pas
qu'ils en meurent. Comme on
prendra grand ſoin à cacherla
pette des Anglois , on ne la
pourra ſçavoir que du temps
&dela verité qui découvrent
toutes choſes , c'eſt pourquoy
il faut encore attendre pour en
28 MERCVRE
parler.le dois dire icy à l'avantage
de Milord Barclay qui fervoit
de Matelot à l'Amiral
d'Angleterre , que tous ceux
qui ont écrit de ce Combat ,
marquent qu'il a parfaitement
bien fait fon devoir , & qu'il
s'eſt ſouvent expoſé pour ſauver
l'Amiral Peut- eſtre ignorez
- vous , ce qu'on appelle le
Matelot d'un Amiral , c'eſt un
Vaiſſeau qui ne le doit point
quitter ,& qui toutes les fois
qu'il le voit en peril doit ſe
mettre au devant de luy , tant
pour effuyer les coups dont if
le voit menacé , que pour luy
donner le temps de ſe mettre
en eſtat de combattre , en cas
qu'il connoiſſe qu'il foit en
peril.
Le quatorze , la Flote remit
à la Voile , & alla chercher
GALANT.
259
Ies Anglais du coſté de
Kinſale , mais elle ne découvrit
aucuns de leurs Vaifſeaux
.
Le quinze , courant le long
de la coſte de Kinſale , elle
appercent quatre Navires &
une Galiore qui couroient à
terre.
Le ſeize à la pointe du jour
eſtant à vingt lieuës de l'iſſe
d'Oualfant elle découvrit
une Flote de ſept Navires
Hollandois qui venoient de
Curaçao . Mr de Chaſteau .
Renault détacha quelques,
Vaiſſeaux qui s'en faifirent.
Le dix huit aprés midy
toute la Flote arriva à Breſt
avec cette priſe. le vous apprendray
en quoy elle confifte.
Mais il eſt certain que
la charge de ſept Vaiſſeaux
260 MERCURE
,
de quoy qu'ils puiſſent eſtre
remplis ne peut eſtre que
confiderable , & que les Bàtimens
doivent eſtre comptez
auſſi bien que la Charge.
Mr le Comte de Chaſteau-
Renault envoya Mr le Chevalier
de Chaſteau Renault ,
fon Neveu , pour porter au
Roy la nouvelle de ce qui
s'eſt paſſe pendant ſa Campagne
de douze jours , durant
laquelle il a fait trois
chofes glorieufes & utiles . II
a débarqué heureuſement
tout ce qu'il portoit en Irlande.
Il a batu courageuſement
la Flote Angloiſe qui
eſt venuë l'attaquer , & il a
pris utilement ſept Vaiſſeaux
Hollandois richement chargez.
Voyons ce qu'a fait le
Vice- Amiral Herbert , car les
GAL ANT. 261
Anglois & les Hollandois ne
manqueront pas de déguiſer
le deſavantage qu'il a eu dans
le Combat qui ſe vient de
donner entre les deux Flotes ,
mais ils feront embaraſſez à
cauſe des faits que je viens
de marquer , & qui ſont ſi
conſtants qu'ils ne peuvent
eſtre niez .
Ceux qui examineront l'état
des deux Flotes ſuivant toutes
les Relations , & mefme
ſelon celles d'Angleterre
trouverőt que la Flote Angloiſe
eſtoit beaucoup plus confide-
-rable , quoy que celle du Roy
1 la furpaſſaſt de deux Vaifſeaux
; mais ceux des Anglois
eſtoient beaucoup plus forts ,
leur Amiral que montoit le
Vice Amiral Herbert eſtoit
de ſoixante & ſeize pieces de
262 MERCURE
Canon. Il y en avoit encore
quatre ou cing autres de la
mefme force , & ceux qui en
avoient moinsS ne laiſſoient
pas d'eſtre encore ſuperieurs à
ceux du Roy. Je vous en ay
donné la Liſte en vous marquant
l'ordre du Combat
Quant à ce qui regarde les
autres Baſtimens , vous avez
veu auſſi , dans cette Relation,
que ceux des Anglois étoient
en plus grand nombre. Avec
tant d'avantage , le Vice Amiral
Herbert qui étoit bien informé
que nous n'attendions
que le vent favorable pour
partir de Breſt devoit au lieu
de reſter dans la grande Rade
de Kinſale , croifer la mer
par ſon travers ou fur le cap
deClare à fix ou huit lieuës
de terre afin de decouvrir la
GALAN Τ.
263
Flote du Roy de plus loing.
Comme elle avoit une Charge
inutile pour le Combat ,
& qui n'auroit ſervy qu'à
l'embaraffer , il auroit pû plus
facilement la mettre en defordre
, & quand il ne l'auroit
pas fait , il auroit eſté dificile
de débarquer avec une Armée
Ennemie derriere ſoy , mais la
reſolution qu'il avoit priſe
n'eſtoit pas d'acquerir de la
gloire , & tout fon but n'eſtoit
que de ſurprendre les Vaifſeaux
du Roy en rade dans
l'embaras d'un debarquement ,
& dans un temps où les équipages
ont toujours beaucoup
de vin dans lateſte , mais il devoit
prevoir qu'en manquant
de nous y furprendre comme il
eſt arrivé , le gain d'une Bataille
luy devenoit preſque infru
264 MERCURE
teux aprés noſtre débarque.
ment , puis qu'il n'eſtoit venu
que pour l'empeſcher , ce qui
eſtoit bien plus important aux
affaires du Prince d'Orange
que de nous endommager
quelques Vaiſſeaux , d'en couler
à fonds&d'en prendre, ſupoſé
qu'il euſt remporté quelques
uns de ces avantages lors
qu'il nous eſt venu attaquer,
pour faire voir qu'il s'étoit au
moins acquité d'une partie de
fa Commiſſion , mais comment
auroit il pû remporterle Moindre
avatage , puis qu'aprés étre
venu attaquer noſtre Flote , il
s'eſt toujours batu en retraite
lors que Mr de Chaftcaure.
nault arrivoit fur luy , cequ'il
afait pendant cing heures & à
ſept lieuës d'où le Combat a
commencé au lieu de diſputer
le
GALANT.
265
le vent , ce qu'il pouvoit faire,
puiſque ſes Vaiſſeaux eſtant
frais carenez alloient mieux
que les noſtres. Il pouvoit auſſi
metre en panne ,& on auroit
vû qui auroit le pluſtoſt plié ,
mais au lieu de mettre toute
ſa valeur à combatre , il a employé
toute fon adreſſe à fuir
avec art. Il ſemble qu'il prevoyoit
que cela luy arriveroit,
puis qu'il avoit fait ofter de
ſes Vaiſſeaux tous les lits des
Soldats , afin que ces baſtimens
fuſſent plus legers. Il y avoit
quinze jours qu'il attendoit
nos Vaiſſeaux pour les furprendre
ſans qu'il y euſt
de guerre déclarée entre la
France & l'Angleterre , mais
cela ne doit point ſurprendre ,
puis qu'il ſervoit le Prince
d'Orange.
2
May 1689 . M
266 MER CVRE
Mr le Comte de Chaſteau-
Renault ayant fait en cette
occaffion tout ce qu'on pouvoit
attendre d'un Capitaine
auſſi brave que prudent , &
qui joint l'experience au courage
, le Roy a fait Capitaine
de Vaiſſeau Mr le Chevalier
de Chaſteau Renault ſon neveu
qui luy a aporté la nouvelle
de ce Combat.
Vous avez ſçeu que quelques
jours avant que le Roy
d'Angleterre receuſt le dernier
ſecours, que noſtre Flote vient
de luy porter , ſes Troupes
avoient entierement défait en
Irlande un Party de quatre à
cinqmille Proteſtans. Mr Roſe
Lieutenant General des
Armées de S. M. Britanique ,
les ſurprit au delà de la rivierede
Finnes , où ils ne l'attenGALANT.
267
:
doientpas , n'étant pas perſuadez
que ce General entre-
- prendroit le paſſage de cet.
teRiviere . Ces meſmes nouvelles
portoient que Londondery
ſe défendoit encore , que
Mr Roſe avoit eſté legerement
bleſſé devant cette place , &
queMrdeMaumontCapitaine
aux Gardes , & Lieutenant
General en Irlande , avoit eſté
tué . La reſiſtance de cette Ville
qui ne sçauroit durer longtems,&
qui eſt peut- eſtre priſe
preſentement ne doit point
furprendre , c'eſt la derniere'
place du Royaume , elle n'eſt
point afſiegée parMer, & l'entrée
y eſt libre de ce coſté là ,
tous les Proteſtans d'Irlande s'y
ſont retirez à meſure qu'ils ont
eſté pouſſez , la Ville en eſt
remplie , & comme elle eſt à
M 2
268 MER CURE
l'extremité du Royaume , il a
falu beaucoup de temps pour y
conduire du Canon à cauſe de
la longueur ,& de la difficulté
des chemins.
Il eſt venu des nouvelles cette
ſemaine qui portent que les
Proteftans d'Irlande ayant fait
undernier effort pour s'affembler
en corps de Troupes , ils
avoient encore eſté défaits ,&
qu'on en avoittué neuf cens ,
mais que Mr de Puſignan
Capitaine aux Gardes
Officier General en Irlande y
avoit eſté tué.
,
,
&
Le Roy eſtant perfuadé que
la Guerre qui agite aujourd'huy
l'Europe coûteroit cher
aux Eſpagnols s'ils y entroient,
avoit eu la bonté de leur offrir
la neutralité contre ſes propres
avantages, puis qu'il étoit ſeur
GALANT. 269
d'en remporter fureux. Ils ſe
fontobſtinez à la refuſer, pour
obeïr à l'Empereur, & ont déja
perdu pour fruit de cette déference
la Ville de Camp -Redon
dans le Lampourdan, dont
le Château qui a trois enceintes
paſſe pour une Place
tres - forte. La Ville & le
Château n'ont tenu que fix
jours de Tranchée ouverte ,
& le Gouverneuren eſt forty
àla teſte de cinq cens hommes
. Il y a laiſſé onze pieces
de Canon de fonte , dont on
en a trouvé trois aux Armes
deFrance.Ces Canons avoient
eſté pris devant Camp-Redon,
lors que Monfieur le Marquis
de Saint Aunay fut obligé
d'en lever le Siege . Le Fortde
laRoque dont les Fortifications
font fort estimées a auſſi eſté
M 3
270 MERCURE
6
pris. Le Gouverneur d'une
Place voiſine peu fortifiée
prévoyant qu'il alloit eſtre attaqué
, & que ſaGarniſon ne
pouvoit éviter d'eſtre Priſon .
niere de Guerre , a cru à propos
de ſe retirer , & de l'amener
avec luy ; mais avant que
de fortir il en a fait fauter les
murailles . On a auſſi défait un
Corps de trois mille hommes
composé de Miquelets , & de
Milices du Païs , qui s'affem .
bloit à deux lieuës del'Armée
pour jetter du ſecours dans
Camp-Redon . On en a tué foixante
& dix , & bleſſé un tresgrand
nombre. On a fait beaucoup
de Priſonniers , & vous
pouvez juger du defordre où
le reſte a eſté mis , puis qu'on
a pris toutes leurs Tentes ,
tous leurs Drapeaux ,&envi
GALANT. 271
ron cinquante Mulets qui portoient
les Equipages de leurs
Commandans. Comme les Miquelets
valent ſouvent mieux
que les Troupes Eſpagnoles ,
& qu'ils ont ſouvent attaqué
des Armées avec fuccés , je
croy vous en devoir faire icy
une peinture. Ils portent une
maniere de fuſil appellé Gispe.
Ils ont une eſpece de Bandohere
, ou Echarpe de cuir ,
quatre fois plus large par devant
que nos Baudriers , où
font attachez trois anneaux
de fer , dans leſquels il y a des
piſtolets : Ils font tous garnis
de fer , & leurs baguettes ſont
de la meſme matiere. Ils portent
ſur la droite une Dague,
ou grand Poignard , & fur la
gauche un plus petit , & un
coûteau appellé Gabinet. Ils
M 4
272 MERCVRE
ont un grand fourniement qui
leur tient preſque tout le derriere
du dos , & qu'ils font
aisément tourner ſur leur eſtomach
quand ils s'en veulent
ſervir. Leurs fouliers ſont de
cordes , ce qui leur donnemoyen
de monter les Montagnes .
ſansque leurs pieds fouffrent
Ils ne ſe ferventquede bonnets
appellez Bertines.
Toutes les expeditions
dont je vous viens de parler
font duës à Monfieur le Duc
de Noailles ,qui ayant appris le
mêtier de la Guerre ſous lekoy
qu'il n'a point quité dans toutes
ſes Campagnes , en doit
eſtre parfaitement inſtruit. Il
ett non ſeulement fort aimé
des Troupes qui feront toûjours
preſtes à entreprendre
avec joye tout ce qu'il leur
commandera , mais ſes ma-
L
GALANT.
273
nieres ont meſmes gagné tous
les Habitans du Païs qui l'appellent
l'Enfant de leur Terre.
C'eſt un nom qu'ils donnent à
ceux à qui le Païs , a quelques
obligations .
4 On n'a perdu que quarante
hommes devant Camp Redon,
dont la Garnifon a eſté conduite
à Girone. Le Gouverneur
du Fort de la Rocqueſe
fiant ſur la bonté de ſa Place ,
ne ſe rendit qu'avec beaucoup
de peine , & demanda plufieurs
fois à voir laCapitulation
de Camp Redon ; mais il fue
enfin obligé d'accepter le par--
ty qu'on luy offrit. Ces Con.
queſtes ouvrent un paysabondant
à l'Armée du Roy , &
qui aidera beaucoup à la faire
fubfifter.
Il s'eſt paſſé en Allemagne
MS

274 MERCVRE
une action qui merite d'eftre
ſceuë. Monfieur de Melac ayat
envoyé quatorze Maîtres,pour
voir s'il n'étoit point forty de
partis d'une petite Ville appellée
Bruxelles quieſt au delà de
Philiſbourg,ils en apperçûrent
un d'environ ſoixante Maîtres.
Leur ordre n'eſtoitpasde combatre
, mais de venir rendre
comte à Mr de Melac des Partis
qu'ils appercevroient. Cependant
ils fe crurent affez
forts , ou du moins ils ſe trouverent
affez refolus pour les
attaquer , ce qu'ils firent
avec une intrepidité dont on
a peu vû d'exemples. Ils tuerent
le Commandant. La plufparde
ceux qui leur firentplus
de reſiſtance furent tuez ou
bleſſez , & le reſte fut mis en
fuite & ils en amenerent
GALANT.
275
aux
cinq ou fix à Mr de Melac.
On ne sçauroit exprimer l'ımpatience
que nos Troupes témoignent
d'en venir
mains avec les Allemands. Je
pourrois vous raporter beaucoup
d'actions approchantes
de celle que vous venez de lize
; mais j'auray bien- toſt de
plus groffes affaires à vous raconter
puis que toutes les
Troupes eſtant à leur rendezvous
la Campagne eſt ſur le
point de s'ouvrir.
,
Le bruit ayant couru que le
Siege de Londondery eſt levé,
je dois vous apprendre pourquoy
il s'eſt répandu , & vous
faire connoiſtre en mefme
temps ce qui a cauſe la longueur
de ce Siege. Je vous en
ay déja dit quelque choſe dans
cette Lettre,mais je viens d'ap276
MERCURE
۱
prendre ce qui fuit. Le Roy
d'Angleterre ayant débarqué
en Irlande, alla juſqu'àDublin
au milieu des acclamations de
fes Peuples , & les Femmes qui
n'eſtoient pas contentes de ne
le voir qu'en paſſant montoient
en croupe pourjoüir plus longtemps
de ce plaisir.Après avoir
fejourné à Dublin , il en partit
pour viſiter le Nort d'Ecoffe
ſans aucun équipage deguerre
, dont il n'avoit pas besoin,
puis qu'il n'alloit que pour ſe
faire voir au reſte de ſes Peuples
, & recevoir leurs hommages.
Les Proteftans qui étoient
répandus dans la Campagne
eſtant en trop petit nombre
pour ofer paroiſtre devant luy ,
pluſieurs fe retirerent dans
Londondery , où il y en avoit
déja beaucoup d'autres. Ils fiGAL
ANT .
277
rent tirer le Canon ſur Sa Ma
jeſté Britanique lors qu'elle
approcha de la Place.Un Miniſtre
vint trouver le Roy, & luy
ditqu'il taſcheroit de perfuader
aux Rebelles de rentrer
dans leur devoir;mais ſoit qu'il
fuſt venu pour amuſer ce Prince,
ou que la negociation euſt
mal réüſſi , on continua de tirer
fur luy , de forte qu'il falut
ſe preparer à affieger la Place ,
&faire venir de fort loin toutes
les choſes neceſſaires pour
un Siege ; ainſi la Place n'ayant
point été afſiegée dans le temps
que nous l'avons cru , n'a pu ſe
rendre dans celuy que nous
avons penſé qu'elle devoit être
priſe.
Ie ne vous entretiendray
point d'Angleterre , parce que
je continueray le Iournal de
278 MERCURE
ce qui la regarde , dans ma
ſeptiéme Lettre ſur les Affaires
du Temps ; je vous diray
ſeulement que j'ay veu des
Lettres de perſonnes dignes
de foy , qui portent que les
Anglois ont eu neuf Vaiſſeaux
fort endommagez dans le combatdont
je vous envoyé la Relation.
Je ſuis , Madame , &c .
APOSTILLE.
Quoy que le combat donné
en Irlande , où j'ay dit que
Monfieur de Puſignan avoit
eſté tué , ſoit marqué dans
pluſieurs Lettres , je ne ſçay
ſi on y doit ajoûter entierement
foy.
ب
01
EQUE
LYON
*1893*
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le