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1689, 04 (Lyon)
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me,
ExDono
R.P.Claud. Franc.
Menestrier Soc. J.
807156
MERCURE
GALANT
QUE
DE LAVA
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
Colleg. Lugd. S. Trinit .
AVRIL 1689 .
Societ. Gepe Cal. Inc.
:
LYON
A LYONE
Chez THOMAS AMAULRY
ruë Merciere au Mercure
Galant..
M.DC.LXXXIX.
AVEC PRIVILEGE: DUROY
TABLE
Rélude..
Prélude: Ode..
Elogedu Roy en monosyllabes..
江
2
7
Discours prononcé à l'Academie
FrançoiseparM.Charpentier. 14
Madrigal..
Fable..
46
49
Ce qui s'estpassé à Versailles pendantla
Semaine Sainte.. 577
Discoursà lagloire du Roy de la
grandeBretagne.. 63
Lettre d'un Milord abſent de la
Convention àundeses amis. 71
Nouveaux avis fur la Carte des
Frontieres d'Allemagne.. 108
Reception de Madame de Saliezà
l'Academie des Ricourati.
Réjouiſſancesfaites àRome. 1133
e
a 2
TABLE..
Explication de l'Emblème Enigma .
tique de la Theriaque....... 115 .
Haranguefaite au Roy d' Angleterre
130 %
Histoire.. 132
LettreàM.Menagesfur le change--
ment des Monnoyes de Naples 166
7
Prix proposé partAcademied'Ar-
Les...
Morts.
179
182
Estampe gravée d'après M. Mignard.
194
Benefices donnezparle Roy. 196
Belle action deMrle Marquis
d'Vxelles . 205
Mile Marquis de Castres est nomme
Brigadier.
Action publique de Mr
Lourvois.
210
l'Abbé de
214
Mariage de Mr le Prince d'Enri..
chemont , & de Mademoiselle
Mx de Beauvais eft receu Commenr
TABLE..
deur de l'ordre.. 2132
Déclaration de Guerre , faite à
l'Espagne.. 2144
Carofes inverſables.. 246
Devotions de Monsieur & de Madame
pendant la Semaine Sainte...
220
Diverſesvisites faites par la Rey
ne d'Angleterre ,& ses Devotions
en l'Eglife Noftre-Dame
Eclairciſſement nouveau fur le Prest
2257
de Paris.
& l'interest.. 2311
Enigme.......... 233
Action vigoureuse des François à
defendre une Redoute.. 236
Affaires d' Angleterre , d'Ecoffe &
d'Irlande.
254
Nouveaux Officiers Generaux. 256
Fin de la Table..
Avis pourplacer les Figures.
L
'Air qui commence par ,
Sans fleches ,fans carquois, doit
regarder la page 54
Les Monnoyes de Naples ,
doit regarder la page 166
L'Air qui commence par,De
mesfilets,doit regarder la page.
234
MERCURE
CREATE DEC GALANTLYON
AVRIL
J
1689.
*1893
E me tairay aujourd'huy
, Madame , fur
les grandes chofes
qui rendent la Vie
du Roy toute merveilleuſe ,
& Mademoiselle de Razilly
parlera au lieu de moy . L'Ode
qu'elle a faite pour cet Auguf e
Monarque , qui protege d'une
maniere ſi noble & fi genereuſe
un Roy opprimé par la perfi-
Avril 1689 . A
2 MERCVRE
die de ſes ſujets , eſt d'autant
plus digne d'eſtre donnée au
Public , qu'elle fait connoiſtre
que les perſonnes de voſtre
Sexe n'ont pas moins de zele
que d'eſprit , quand il s'agit de
loüer un Prince qui s'attire de
plus en plus l'admiratió de toute
la terre. Je vousay déja envoyé
pluſieurs Ouvrages de
ſa façon , & la fatisfaction
que vous m'en avez marquée
m'engage à vous faire part
de celuy-cy.
A
ODE.
Prés avoirvaincu les Princes
&les Rois
En plus de mille endroits ,
Triomphe des Etats ,joumis lesRepubliques
,
GALANT.
3
Planté les Fleurs-de- Lys ,
Sur cent murs démolis ,
Et reduit aux abois l'orgueil des
Heretiques.
L'Invincible LOVIS dans leſein
de la Paix
Charmoit tousfes sujets ,
Les Sciences , les Artsfloriſſoient
dans le calme ,
Etfous un telHeros
Ongoûtoit en repos
La douceur de l'Olive à l'ombre de
la Palme.
Lors qu'on vit tout d'un couple
Monstre de l'Erreur
Armer fon Défenseur ,
Paroiſtreſur les flots entouré de Rebelles
Sans respect &fans foy ,
Pour opprimer un Roy
Qu'ont traby lâchementſes Peuples
infidelles .
A2
MERCUR E
Neptune en fon couroux commençoitſous
les eaux
D'abismerſes Vaiſſeaux ,
QuandBellonne luy dit ; tout beau ,
qu'allez vous faire ;
Le Cielveut que LOVIS
Par des faits inoäis ,
Rétabliſſe ce Prince ,&vangesa
colere.
Vne Reyne en ses bras fuyant
L'oppreffion,
D'un nouveau Pharaon ,
Expoſe ſon Enfant en paſſant la
Tamiſe
Dans le mesme peril ,
Qu'autrefois sur le Nil
Dans un Berceauflotant eut le petit
Moyfe. 1
C'est ainsi que LOVIS devint le
Protecteur,
Et l'Auguste Tuteur
GALANT .
De l'Illustre heritier d'une trviippllee
Couronne.
Le Ciel dont leſecours
Luy confiafes iours ,
Payera defes Lauriers tous lesfoins
qu'il luy donne.
Il deftine à ce bras toujours victorieux
Des fuccés glorieux.
C'estparluy qu'il pretend punirun
parricide,
Et rétablir la Foy ,
Sous le Sceptre d'un Roy
Que l'on aveu brisé parun peuple
homicide.
Grand Dieu , quipar vosfoins
rempliſſez tout le cours
De fes bien heureux jours ,
Qui voulez qu'en la Paix ainfi
Que dans la Guerre ,
Ce Prince Sans pareil
Comme unſecond Soleil
A 3
6 MERCVRE
Soit l' Aftre dominanı qui regne fur
la terre.
Faites que fon Dauphin qui deia
furfespas
Marche dansles Combats,
Arreſteſes regards , fans ciller la
paupiere,
En genereux Aiglon
Sur le divin rayon
Quifort de la grandeur de fonAuguste
Pere.
Comme tous ceux qui ont
dutalent pour les Vers ou pour
la Profe, s'empreſſentavec une
égale ardeur à donnerau Roy
les loüanges qu'il merite , on le
fait auſſi de toutes manieres ,
& aprés l'exemple qu'on a donné
dans ma Lettre du mois de
Fevrier , d'un Diſcours quieſt
compoſé entierement de MoGALANT.
7
noſillabes , vous ne devez pas
eſtre ſurpriſe qu'on ait employé
ce genre d'écrire dans
une matiere ſi relevée . Monſieur
Hongnant eſt celuy qui
s'en eſt ſervy pour faire l'Eloge
de Sa Majesté . On a trouvé cet
Eloge fort ingenieux , &je ſuis
perfuadé que vous le lirez
avecplaifir.
ELOGE
En mots d'une Syllabe ,
AURO Υ.
CRandRoy, tout eftgrand
dans toy , le coeur , l'air, le
port , le bras . La Paix & Mars
fontdans tes mains , & n'y ſont
A4
8 MERCV RE
plus quand il te plaiſt . Tout eſt
plein de ton Nom ; tu fais ce
que tu veux , & tu veux tout
ce qui eſt droit & faint. Ton
joug eſt tres-doux; nul ne te
ſert qu'il n'ait le prix qui luy eſt
dû. Tu ſçais & fais le fin des
Arts; ton oeil & tes ſoins vont
fort loin ; foustoy le pur ſang
de tes Lysa ne fort plus du
corps ſur le pré pour un point
fort vain ; on ne boit pas la
mort b dans un jus trop froid
ou trop chaud.; & la Foy n'a
que du bon graine dans ſon
champ.Ce que tu fais n'eſt pas
moins grand que toy Tu joins
lesbords du Rhin fans pont;
les bords du Mein & de la Lys
teints du ſang de ceux qui
a Duels.
bPoisons.
Erreurs abolies.
GALANT.
9
font en tout moins que toy,
font à ce jour pleins de tes
gens de coeur , & ceux à qui
le poids de ton bras d a fait
un grand tort , ſont dans la
peur pour leurs Forts que ta
main a pris il y a prés de dix
ans . En vain ceux dont le
Turc eſt las e font ils un
grand feu vers le Rhin , un
feul de nous fous ton oeil
plein du feu de Mars vaut
cent Turcs . Si tu es grand
dans ce qui fert à tes voeux ,
tu ne l'eſt pas moins dans un
malf qui ne t'a pas fait des
loix. Ah ! dans ce temps
tout fut pour toy dans le
deüil ; mais ton coeur plus
que l'art & le temps mit fin
dHollandois..
e Allemands..
E Maladie du Roy.
A
10 MERCURE
à ce mal qui fut le mal de
tous par la part que l'on y
prit. Que de voeux ! que de
feux quede ris ! que de jeux
ne vit -on point ? Et l'on n'en
fit pas trop le ne dis pas que
des Rois qui font loin de
nous ,& nous ont fait voir par
des dons que leurs genst'ont
fait de leur part, & avec droit ,
en quel haut rang tu es dans
leur coeur & dans leur Cour .
En ce temps là le fort d'un h
Chef d'un grand Corps , mais
trop vain , fut le fort d'un
Ver. Quels fers ; ne rompstu
pas ? Je vois la Mer & ceux
qui y font des vols [ pour qui
tu mets leurs murs en feu
gAmbassade du Roy de Siam.
hDogede Gennes.
i Esclaves delivrex.
1Algeriens Bombardez .
2
GALANT. TI
fous tes Loix . Ton Fils men
qui tu te vois peint , va fur
tes pas où ton coeur s'eſt fait
voir A ſa voix les Forts font
pris tout d'un coup , & les
Tours font à bas. En moins
d'un moisn un grand& gras
Champ de Mars ſe rend à
luy qui ne le ſçait ? N'a-t-il
pas eu tous les coeurs de
ſes gens à ſoy ? Par ſa main
il rend doux les coups de
Mars ; à ce prix-là ils font
preſts de voir la mort ſans
peur ; mais ces hauts faits
font moins grands que ce que
tu as fait pour un Roy , à
mCampagne de Monseigneur leDanphin.
nPalatinat du Rhin.
• Reception du Roy,&de la Reinede
La Grande Bretagne ,& du Princede
Galles..
A 6
12 MERCURE
qui des coeurs bas fans Loy &
fans Foy font un grand tort..
Tu luy tends les bras ; fon Filsa
& le ſein à qui il doit ſes jours.
ſont ſous tes ſoins , tu romps
le cours de leurs vrais maux
par tant & tant de dons que
tu leur fais tous les jours ; ils:
ont chez toy leur Cour , leur
train , & tout ce qui eſt du à
leur rang. Ce Roy quit'eſt
ſi cher p part pour voir fi
les cocurs des Lords ne font
plus fi durs , & par tes foins
il pleut de l'or fur centmats.
qui vont au gré des vents..
Six-vingt Chefs que Mars.
voit de bon oeil &deux
grands Corps de gens à qui
le fer & le feu ne font point.
de peur , ſont pour luy prés
د
P Depart du Roy d'Angleterre pour
BIrlande.
GALANT. 13
4
de Breſt . Fais luy voir , Grand
Roy , ce qui fait ſes voeux.
Tu le peux toy feul ; fais ce
grand coup , & n'en fais
plus; car je n'ay plus de mots
ft courts & ils font tort à
ton grand nom. Je me tais .
,
C'eſt avec beaucoup de ju--
ſtice qu'on vous a tant vanté
le Difcours que prononça
Mr Charpentier , Doyen de
l'Academie Françoiſe , lejour
que Mr de Callieres , & Mr
l'Abbé Renaudot ; y furent
receus; mais quoy qu'on vous
en ait pû dire d'avantageux ,
il eſt difficile qu'on vous ait
marqué toutes les beautez
qu'on y admira . Ainsi , Madame
, preparez- vous à trouver
enle lifant beaucoup plus
encore que ce que lesdoüan
14. MERCVRE
ges qu'on luy a données vous
en font attendre. Je vous en
aurois fait part dés le mois
paſſe ,ſi l'empreſſement qu'on
a eu par tout d'en demander
des copies , ne m'avoit fait
croire qu'on vous en avoit
envoyé quelqu'une. Aprés
que les deux nouveaux Academiciens
que je viens de
vous nommer curent fait
leurs remerciemens à Pilluſtre
Compagnie qui leurdon .
noit place dans ſon Corps
Mr Charpentier leur réponditen
ces termes .
M
و
ESSIEURS ,
Si voſtre réputation estoit
moins établie , les deux excellens
Discours que vous venez de prononcer
, feroient affezconnoistre
GALANT..
ce que l'on doitpenfer de vous
& justifieroient pleinement le
choix de l'Academie ; mais la
grande opinion que toute la
France a conceuë de vostre me
rite avait déja prévenu nos voeux ,
& la voix publique vous avoit
nommez depuis long- temps aux
places dont aujourd'huy vous
prenez poffeffion. Ce grand con
cours de personnes diftinguées accourues
pour vous ovir , ce filence
qui n'a esté interrompu que par des
exclamations ; cette joye univerfelle
répanduë fur tous ceux qui
forment cette Compagnie
en font un témoignage indubitable.
C'est par vos celebres écrits
que vous vous estes attiré un
Semblable fuccés . Vous , a. Monfieur,
par cet excellent Panegyrique
que vous avez consacre aux ver
aAM. de Callieres.
VOUS
16 MERCURE
- puissante.
2
د
ce
tus heroiques du grand Roy qui
nous affemble dans ce Palais , &
qui nous y maintient à l'abry de
fa Protection toute
Vous avez donné un second au
Panegyrique de Pline qui n'en
avoit point eu encore ,fois pour
Vétenduë ,foit pour la ſplendeur
du discours ; & l'on peut direde
voſtre Heros & de vous
qu'on a dit autrefois d'Alexandre
& du portrait qu'en avoit
fait Appelles , que l'Alexandre de
Philippe estoit invincible , & que
l' Alexandre d'appelles estoit inimitable.
C'est cette Piece d'Eloquence
fi univerſellement estimée
, qui vous a acquis les premiers
voeux de l'Academie , &
qui vous a fait , s'il faut ainsi
dire , recevoir Academicien par
acclamation. Vous pouvez vous
en Souvenir Messieurs VONS
2
GALANT.
17
qui eftiez preſens à la lecture qui
s'en fit icy. Il y avoit alors une
place vacante dans la compagnie,
Charmez de la nobleffe de
la matiere , de la varieté des
pensées ,de la richesse des expreſſions
, quelques - uns dirent
qu'il ne falloit plus s'embaraffer
du choix d'un Academicien , &
que l'Auteur d'unſi bel Ouvrage
vous l'ayant adreßé , vous ne
pouviez vous dispenser de le
recevoir parmy vous pour l'en
remercier : & je suis persuadé ,
Monfieur que cela auroit esté
fait alors , si l'engagement qui
avoit esté déia pris pour celuy
qui remplit fi dignement cette
place , & si la recommandation
d'un Prince qui a fait paroiſtre
en cette occaſion tant d'ami
thé ,& tant d'estime pour l'Academie
; euffent på permettre
د
18 MERCVRE
dede
s'abandonner à ce premier
mouvement . Voilà , Monsieur
de quelle maniere vous
venez Academicien, Ce sont
ces fortes d'élections où n'ont
point de part , ny les follicitatiens
ouvertes , ny les cabales fecretes
, où celuy qui donne fon
fuffrage est moins porté par Son
inclination qu'emporté par la
dignité du ſuiet , &où celuy qui
obtient ce qu'il defire s'en doit
La meilleure partie ,
Ilen est de mesme de vous , b
Monsieur. Toute la France qui
vous lit depuis fi long-temps , &
qui vous lit avec applaudiſſement ,
ademandé pour vous ce que l'Academie
fait gloire de vous accorder,
Je confidere cegrand Ouvrage
que vous conduisez avec tant de
capacité& de prudence , comme le
A M. Renaudot,
GALANT. 19
Berceau de la Verité. Vous , la recevez
au moment de sa naiſſance ,&
vous luy donnez des forces pour vo
ler par toute la terre. Vous faites
une Image de LOUIS LE GRAND ,
qui n'est pas moins precieuse que
celle des Orateurs & des Poëtes ,
quoi quevousy employiez moins d'or
&de piereries .Vous l'exposez ànos .
Jeux avec la mesme adreſſe que
ceux quinousdonnent un moyenpour
regarderle Soleilfans qu'il nous
éblouiffe. Vous jettezles plusfolides
fondemens de l'Histoire, qui confifte
principalement dans lafidellenarration
des faits. Tout ce rafinement
de Motifs & de Politique dont
quelques - uns veulent tirer tant de
gloire ne font le plus souvent
que des matieres de contestations.
Les Motifs ehangent felon les
Etats &felon les occaſions,&ceux
qui ont excité le commencement d'u-
,
4
20 MERCURE
1
ne affaire nefont pas toutours ceux
qui la conduisent àſafin.
Mon Dieu ;le beau fiecle que
vous avez à peindre ! Les beaux
materiaux que vous preparez pour
ceux qui travailleront aprés nous
aux monumes immortels de la gloire
de Louisle Grand ! Combien defois
nous l'avez vous fait voir à la
sefte des armées iettant la terreur
dans le coeur deſes Ennemis,mettant
leurs armées en fuite, renverſane
leurs Fortereſſes ,subinguant leurs
Provinces?Tantoſt vous l'avezfait
paroistre en Legislateur donnant
de nouvelles Loix àſes Peuples ,
reformant les abus , puniſſant les
coupables autoriſez , Soulageant
l'innocence opprimée. Si les Barbares
de l'Afrique ont eu recours
àſa clemencepour obtenir le pardon
de leurs brigandages ; fi les
Nations les plus reculées de l'Orient
GALANT. 21
font venues se prosterner devant
luy , étonnées du bruit defa valeur
&defa magnificence; de qui avons
nous mieux appris que de vous la
veritè de ces évenemens (inguliers ?
Tantoſt vous nous l'avez dépeintfecourantſes
Alliez,prosegeant l'Empirecontre
l'invasion des Tures , نم
renonçant luy - mesme au progrés af-
Surédeses victoires , pour rétablir
la paixdans l'Europe. Aniourd'huy
vous nous racontez avec quelle generofité
il tend les bras àun Roy per-
Secuté par des Enfans dénaturez,
par des sujets infidelles , par des
Voisins ingrats. Ily a peu de jours
que vous nous l'avez representé
faisant partirſon Fils à la reſtede
Sesarméespour affeurer le repos de
La France contre les fecretes ligues
de nos Ennemis. Ce grand Roy dont
La penetrationeft admirable en tou
tes chofes,sçavoit bien à qui ilcom22
MERCURE
metoit unfoin ſiimportant . Allez ,
dit il mon Fils & foyez Vainqueur.
Qu'ily a de grandeur dans
cettefaçonde commander ! Que de
fublimité dans ce peu de paroles!
Etàqui appartient- ilde parler de
la forte qu'à celuy qui peut procurer
la victoire en ordonnant de
vaincre ? Mais que cet ordre a esté
exécuté fidellement : Le Dauphin
part dans un temps où les pluges de
l'Automne ſembloient s'opposer à
fes deffeins. Ilfurmonte à l'exemple
defon Pere les obstacles des saiſons.
Ilattaque une Place reputée imprenable
,&s'en rend maistre en
peude jours. Ence Siege le Fils de
Loüis le Grandfait la fonction de
Soldat. Il viſite la Tranchée ; il
s'expose au feu des Ennemis , یم
bazarde une vie pour qui nous de_
vons prodiguer la noſtre.Trente autres
Fortereſſes luy ouvrent ensuite
GALANT.
23
leurs portes , &le Palatinat entier
foumis à ce jeune Vainqueur ,
ne tientplus àfon Prince , que par
le regret qus luy reste d'avoir attiré
les armes da Roy dansſes Etats,par
L'injustice de son procedé. Loüis
Dauphin ne pouvoit pas moinsfai
re pour vanger les droits d'une
Princeſſe , de la tres - glorieuse,treshaute
& tres illustre Maison de
Baviere , avec qui la France a depuis
quelques années pris deux alliances
qui contribuent si avantageusement
à la prosperité de
l'Etat.
La premiere nous a donné cette
mesme princesse , par l'heureux
mariage de laquelle avec Monfieur
, Duc d'Orleans , la Maiſon
Royalese trouve augmentée d'un
Prince, dont onne peut affezlover
lanobleffe des inclinations , la vivacité
de l'esprit , la diverſitédes
24
MERCVRE
connoiſſances , & la grandeur du
courage qui luy a dejafait regarder
avec douleurfon âge trop peu avancé
pour eftre admis aux penibles
fonctions de la guerre. C'estdu mesme
mariage que nous tenons encore
une charmante Princeſſe , en qui
toutes les graces font rassemblées ,
Beauté, Esprit , Vertu , Amour du
Bien , Sentimens dignes de la Cou
romne. Princeffe que toute l'Europe
regardecomme l'unique & l'infail
lible moyen de revoindre dans une
bonne&fincere concorde la Maiſon
de France avec la Maison d'Austriche
d'Allemagne.Cefontlà les biens
que nous a procurez cette premiere
alliance.
Que diray-je de la seconde ?
Quel Orateur ne seroit éblony de
l'éclat de famatiere ? Enqueistermes
peut on Parler d'un mariage ,
dont l'Epoux est le Fils unique de
Louis
GALANT.
25
Louis le Grand ; Fils tout couvert
de gloire , moins par la ſplendeur
de sa Naiſſance que par la gran .
deur defes vertus ; qui par l'attachement
aux volontez de fon Pere,
a fait voir une ſageſſe dont tous
Les ficcles passez auroient peine à
nous fournir un éxemple ; Prince
dovédetoutes les qualitez neceſſaires
à un grand Roy , Soldat, Capitaine
, General , Vaillant , Magnanime
, Vigilant , Liberal , plein de
zendreſſe pour les Soldats , ſenſible
à tous leurs besoins. L'Epouse est
une Princeffe iſſuedu Sang Royalde
France , & du Sang Imperial , en
quila Majesté la Bonté,la Nobleffe
d'ame , l'Humeur bien faisante, se
font remarqueréminemment, & de
qui l'heureuse Fecondité a donné à
la France trois gages afſurez de
l'éternité de l'Empire François.
Avril 1689 . B
26 MERCURE
Grands & Magnifiques Prima
ces,de qui le nom a fait autrefois
tant debruit dans le monde , &
qui ſous le titre de Ducs avez
poſſedé une des plus redoutables
puiſſances de l'Europe , Cadets
de la Maiſon de France qui
avez si souvent fait trembler
vos Aisnez, Vaillans & Intrepides
Ducs de Bourgogne , regardez
de l'estat de gloire où vous
estes , ce tendre reietton de tant
deRois ,ce reune Duc de Bourgogne
, qui téunit à la tige de
l'Auguste Maison de France , ce
Titre qui en avoit esté détaché ,
& qui demeuroit enfevely dans
vos tombeaux. Réioüiffez
de voir encore un
• Vous
Prince de
vostre nom , & que vous pouvez
regarder comme de vostre Sang ,
après les frequentes alliances de
GALANT .
27
la Maison de France avec les
Descendans de vostre Heritiere.
N'appercevez -
,
vous point en
luy , vous de qui les ames dépoüillées
de la matiere penetrent
plus aisément que les nostres au
travers des ombres de l'avenir
n'appercevez- vons rien , disje ,
en ce Royal Enfant , qui vous
donne lieu de croire qu'il raf.
Semblera quelque jour vostre
Succeſſion dispersée , & qu'il rejoindra
sous une mesme domination
vos fameuses dix - Sept
provinces , ſi ſon Ayeal ou fon
Pere nelepreviennent ;
Et vous , puiſſans Rois , qui
avez tenu le Sceptre de Naples
& de Sicile , genereux Princes
de la Maison d'Aniou , révoüif-
Sez - vous de revoir en France
un Fils de Louis Dauphin , un
B2
28 MERCVRE
nouveau Duc d'Anjon , digne de
fucceder à vos Couronnes , quand
la Providence divine aura marqué
le temps au Sang Royal de
France de remonter fur vestre
Trône.
Enfin , braves & magnanimes
Ducs de Berry , dont la bonté
a esté ſi ſignalée , tournez vos
regards fur la France que vous
n'aveziamais quittée , & voyezy
renaistre un ieune Duc de
Berry , qui va faire revivre
avec éclat la memoire de vos
vertus. Ce sont là , Messieurs
les precieux fruits de l'Auguste
Mariage de Loüis Dauphin ,
& de la Sereniffime Princeffe
Victoire de Baviere ; Nom fortuné
, Nom qui porte avecfoy
l'augure des victoires de fon
Epoux & de ſes Enfans. Vous
,
GALANT.
29
entrez , Messieurs , dans l'Acudemie
Françoise , lors que tous
ces grands sujets s'offrent à vos
Sçavantes plumes & cela ne
vous fait - il point penser que c'est
une autre cause qu'un heureux
hazard qui a mis cette Compagnie
ſous la protection Speciale
de Louis le Grand ? Laiffez-le
moy dire , Meffieurs.
Non hæc fine numine Divûm
.
Le Ciel ne fait point naiſtre des
Princes extraordinaires qu'il د
ne prenne le ſoin d'en conferver
la memoire. Ce font des Modeles
qu'il propose aux Souverains
non pour arriver neceſſairement
au mesme degré de vertu parune
imitation parfaite
moins pour empescher qu'ils ne
s'en eloignent trop , par une non-
, mais diu
B 3
30
MERCVRE
chalance trop vicieuse. Il falloit
donc que Louisle Grand eust des
témoins tels que vous de ses actions
heroiques , pour le mettre
en estat de faire du bien dans
d'autres fiecles que le nostre. C'est
dans vos Ouvrages que les Rois
viendront étudier ſon exemple.
C'est là que vous representerez
ce Regne de Grandeur , de Pieté
de Justice ; ce Regne de Bonheur
pour la France ; que dis-je pour
la France ? Il faut dire pour
toute la Chreftienté ,ſi les ſaintes
& falutaires intentions de ce
Monarque incomparable font
Suivies , à la confusion de ceux
qui par leur ambition déreglée
s'efforcent d'y apporter des obftacles.
Mais
> Meffieurs , quand
vous aurez parle de Louis le
GALANT.
31
Triomphatcur ,le Vainqueur per
peruel ,le Destructeur des Puis-
Sances injustes , ne le ſuivrezvous
point sous des idées plus
tranquilles & plus convenables
à vos exercices ? Ne le repre-
Senterez vous point aussi fous
L'image de l'Apollon du Parnaffe
François & tel qu'il paroist à
vos yeux dans cet auguste Tableau
dont il a voulu honorer
l'Academie ? Il n'est point reve
ſtu de ses armes terribles dont
L'aspect fait tomber ſes ennemis
à ses pieds . Il n'a point son
foudre à la main preft à lancer ,
il tient fon Sceptre qui est une
marque pacifique de sa Dignité ;
il tient la main de justice , &
felon les Poëtes anciens ,
trée , ou la fustice est la Soeur des
Muses. De quelque costé que
Af-
B4
32
MERCVRE
vous le confideriez , vous le trouverez
toujours Grand , toujours
Magnifiqne , toujours cause de
quelque bien qu'on n'auroit ofé
esperer.
Quel changement dans le
Royaume depuis que les favorables
influences de ce grand astre sefont
repanduës ſur les beaux Arts ! La
Peinture, la Sculpture , l'Archite-
Eture tant civile que militaire ,
l'art du Jardinage , la Culture des
plantes , la Conduite des eaux ,les
Manufactures des étoffes precicufes,
la belle Entente des Habits&
des Meubles ; tout s'est perfectionné.
On a vûla France prendre une
face nouvelle. Paris est devenu
le centre de la Politeffe & de l'E .
legance. C'est d'icy que toutes les
Cours étrangeres tirent ce qu'elles
veulent avoir de plus exquis ,foit
GALANT .
33
pour des Festes galantes ,foit pour
lesplus importantes Ceremonies.Les
Arts plusfpirituels , l'Eloquence, la
Poësie , la Musique ont receu encore
une augmentation presque incroya
ble. On parle mieux que jamais ,
foit au Barreau ,ſoit dans la Chaire.
On a banni du Barreau ces Eruditions
fuperfluës , ces Citations
inutiles qui faisoient perdre
tant de temps aux luges , & qui
contribuoient fi peu à l'éclairciſſement
de la Cause. On a banny
de la Chaire les Amplificazions
importunes, cette vaine oftentationd'une
lecture mal digerée des
Auteurs profanes , & le plusfouvent
indignes d'estre alleguezdans
un discours Evangelique . Les Ora
teurs de l'un &de l'autre Tribunal
ont estéplus fidelles à leursujet,&
s'yfont attachez de meilleure foy
BS
34
MERCURE
La Poësie a esté plus austere , plus
pure, plus chaſtiée. Elle n'a pas
renoncé seulement au libertinage
des moeurs , mais mesme au libertinage
des expreſſions. Toutes ces
hardieſſes outrées , à qui l'on donnoit
fauſſement le nom d'Enthoufiasme
, ont esté releguées dans le
pays du Cacozele , & l'on a reconnu
que la Poëfie pour estre le langage
des Dieux , n'en devoit pas estre
moins raisonnable. La Musiques'est
encore distinguée infiniment; au lieu
de ces Concerts languiſſans, qui endormoient
nos Peres par l'uniformité
de leurs Simphonies , & par la
froideur de leurs mouvemens
elle est devenuë vive & animée ,
elle eft entrée dans le caractere
toutes les paſſions ,elles les a toutes
imitées,elle a causé de l'émotion &
dutrouble dans l'esprit des Audide
GALANT.
35
teurs, & lesfameux Spectacles dont
elle est le principal ornement , ont
montré qu'elle estoit capable de produire
encorede nos jours ces mira.
cles de l'Harmonie que l'Antiquité
nous atant vantez. Que diray ie
Meſſieurs , de ce qui nous regarde de
plusprés,de ces Compagnies degens
de Lettres , qui à l'imitation de la
voſtre ont pris le nom d'Acade
mie , &se font attachées à culti
ver les Lettres Françoises ? Les
Villes d'Arles , de Soiffons , de
Nismes, d'Angers , de Ville Fran.
che , deGrenoble ,sesouviendront
éternellement des avantages que
ces loüables Inſtitutions leur apporteront.
Paris en a déia recueilly
lefruit . Et de quelle utilité pen-¨¨
Sez-vous quefont encore ces Prix
d'Eloquence & de Poësie que vous
diftribuez de temps en temps ? Car
B
36
MERCVRE
il n'y a rien qui échauffe , qui
animequi pique davantage l'efpris
que l'émulation . C'est donc à la
veritable affection que Loüis le
Grand a conceuë pour les beauxх
Arts; c'est àsa liberalité , ou pour
mieux dire , àſon difcernement &
àson bon goust qu'ils font redevables
de leur perfection & de
leur éclat. C'est àſa glorieuse Protection
que nous devons attribuer
aussi l'heureuse destinée de l'Academie
, qui ſans fon fecours ne
Seroit peut- estre plus rien , ou se
roit indubitablement beaucoup.
moins florifante . Ce n'est pas que
le grand Cardinal de Richelieu
n'eust cherché tous les moyens d'en
affeurer la duréé ; mais il est mort
trop tost aprés en avoir jetté les
fondemens , & les dernieres années
desa vie n'ont pas esté affez
GALANT. 37
ce
paisibles pour pouvoir donner à
nouvel Edifice for entier accomplissement
. C'est un Pere qui
a laiſſeſon Enfant en bas âge , &
qui ne luy a laiffé que des biens
douteux . Veritablement le grand
Chancelier Seguier luy a fervi
de Tuteur dans sa minorité ;
mais enfin nul ne peut dire ce
que l'Academie seroit devenuë
aprés cette seconde perte. C'est
vous ſeul , ô grand Roy qisi
avez donné un établiſſement ſeur
&inébranlable à cette Compa
gnie ,& qui l'attachant àvostre
facrée Majesté par une espece
d'adoption → avez fait qu'il n'e
a pliss de personnes de fi grand
merite ou dignité qu'elles puisfent
estre , qui ne se doivent
faire un honneur de s'y joindre..
Mais,Meſſieurs ,je ne m'ap38"
MERCURE
Ie
perçois pas que j'irrite l'Envie
en parlant du bonheur de l'Academie
comme je fais. Il me
ſemble que j'entens déia dire que
c'est trop faire de cas des Munities
Grammaticales qui comp
fent le premier fond de ce Dictionnaire
qu'on regarde comme
voſtre principal Ouvrage.
veux bien , Messieurs , qu'on le
diſe ; ie ne m'en étonneray point's
il n'y a rien de fi beau dans le
monde qui ne puisse estre l'obiet
d'un mépris inmuste. Mais que
l'Envie ou l'Ignorance en fremiffent
; ie ne craindray point d'awancer
que ce que ces gens làap.
pellent Minuties de Grammaire
est à le bien prendre la partie de
la Litterature la plus neceffaire
& la plus excellente. C'est ce
qui nous fait entrer dans la con--
6
GALANT...
397
noiſſance des plus Secrets refforts
de la Raison , quia tant de rapport
à la Parole que dans la
Langue la plus sçavante de l'Univers
, la Parole & la Raison.
n'ont qu'un mesme nom. Les plus
Stupides d'entre les hommes sçavent
bien qu'ils mbrohent , qu'ils
voyent , qu'ils entendent ; mais
il n'y a que les grands Genies
qui veulent connoistre la ſtra-
Eture & l'entrelaſſement admirable
des os des nerfs & des
muscles , par qui se font tant de...
mouvemens & de ſenſations differentes.
Ainsi l'homme le plus groffier
ſçait bien qu'il parle, &qu'il
Jefait entendre aux autres ; mais
il n'y a que les Eſprits du premier
ordre , qui veulent connoistre les
differentes idéessur lesquelles nos..
paroles seforment, ce qui en fait
د
40
MERCURE
La juſteſſe ou l'irregularité , la
beauté ou l'imperfection ,la certitude
ou le doute...Il n'est pas
donné à tout le monde de demeſler
les mouvemens presque infinis de
cette Faculté toute divine qui
agiten nous , qui nous fait faire
tant de reflexions , & qui se
manifeste en tant de manieres..
Cependant c'es-tce que font ceux
qui s'appliquent à ces pretendues
Minuties . Leur occupation n'est
qu'une attention continuelle fur
les premiers & les plus intimes organes
de la Raison , & tandis
que,le vulgaire s'imagine qu'ils
perdent leurtemps à des ſpeculations
frivoles & inutiles ,les fages
admirent ces profondes medi
tations qui les font penetrer dans
L'artifice du plus merveilleux Onvragede
la Divinité.
GALANT.
45
1
Ainsi nous voyons les plus
grands personnages , s'eftre tresferieusement
attachez à l'etude
des mets . Le Fondateur de l'Empire
Romain Jule Cefar , au milieu
de ſes plus importantes affaires
, fit deux Livres de remarques
fur la Langue Latine qu'il
adreſſa à Ciceron , & dont il paroist
encore quelques fragmens.
Charlemagne , cefameux Roy de
France , de qui la grandeur s'est
incorporée avec le nom propre ,
travailla pareillement à l'embelliffement
de fa Langue , qu'ilre.
duisit fous de certaines regles ,
& dont il composa luy - meſme
une Grammaire. Aprés cela fautil
s'étonner si voſtre travail trowve
de l'appuy & de l'agrement
fous un Roy du Sang de Char
temagne , & quiſe montrant (i di42
MERCURE
gne heritier de ce grand Empereur
parsa valeur &par l'étendue
de sa domination , n'est pas moins
fon fucceffeur dans cet amour de Sa
Langue naturelle...
C'eſt ſous les auspices de ce Pere
de la Patrie que l'Academie acheve
ce fameux Dictionnaire , dont
on nepeut affezloüerla beauté &
l'utilité. Athenes ny Rome ne noUS
ont rien laiſſe de fi parfait en ce
genre ; car les Dictionnaires de
leurs Langues que nous avons aujourd'huy
n'ont point esté compofezparles
Ancions , dans les bons
fiecles , dans les fiecles à faire autorité
, mais par des Modernes, ou
bien par des Auteurs qui ont veritablement
vefcu en des temps ou
l'on parloit encore Latin & Grecj
mais c'eſtoit endes temps oul'on a
voit déja perdule belusage de ces
n
1.
A
GALANT..
43
Langues. L'Academie au contraire
nous donne une image de la Lan.
que Françoise,enſon estat de perfection
; nonpoint comme elle estoit
autrefois , c'est pourquoy ellereiette
les mots qui font entierement hors
d'usage, ny commeelle est dans la
bouche des Artisans , ou de ceux
qui enseignent les Sciences , c'est
pourquoyelle rejette les mots d' Arts
&de Sciences,la plupart desquels
mesme nesont pas François-,mais
Grecs ou Arabes. Elles'est retran.
chée à la Langue commune telle
qu'elle est dans le commerce ordinaire
des honnestesgens ,&telle
que les Orateurs &les Poëtes l'employent.
Parce moyen elle embraſſe
tout ce qui peut servirà la nobleſſe
&à l'elegance du Discours. Elle
definit les mots les plus communs ,
dont les idées font fort simples ,
44
MERCURE
ce qui est infiniment plus malaisé
que de definir les mots des
Arts &des Sciences dont les idées
font fort composées. Ainsi il
est bien plus aisé de deffinir le mot
de Telescope , qui est une Lunette
à voir de loin ,que de definir
le mot de Voir. Chacun en peut
faire l'experience. Cela laiſſe à
juger quelle prodigieufe entrepriſe
a esté celle de l'Academie , quand
elle s'est chargée de definir tous
les mots communs de la Langue
Françoise ;& quand ellen'auroit
pas reuſſi en tous, ne luy est- cepas
une grande gloire qued'avoirreuſſi
en pluſieurs ? Le Dictionaire de
l'Academie n'est pas seulement
estimable par les Definitions de
tous les mots , mais par la quanvité
des bellesfaçons de parler , où
chaque mot est employé & par
GALANT.
45
Vexplication des divers ſens qu'il
peut recevoir ; de forte qu'iln'ya
point de François qui ne foit étonné
Gravy de trouvertant de richef-
Ses danssa Langue. Ily a mesme
un agrément infiny répandu par
tout . Quand on cherche un mot
dans les autres Dictionnaires , on
ferme le livre dés qu'on s'en est
éclaircy. Iln'en est pas de mesme
du Dictionnaire de l'Academie.
Onn'entamequere un mot , tel qu'il
puiſſe estre , qu'on ne ſoit tenté
de le lire tout entier , parce qu'on
voit l'histoire du mot , s'il faut
ainsidire , & qu'on en remarque
la naiſſance &le progrés Mais ,
Messieurs , qu'ay - ie affaire de
vous entretenir plus long - temps
d'un travaildont vous allez estre
témoins ! Il ne me reſte qu'à vous
exhorter de répondre à l'attente
46
MERCV RE
de l'Academie , qui vous ayant
donné tous ses fuffrages , ne peut
pas diffimuler qu'elle s'estpromis un
grandfecours de vostre affiduité&
de vos lumieres .
Aprés vous avoir fait part
d'un ſi grand nombre d'ouvrages
ſur les Conqueſtes de
Monſeigneur le Dauphin , je
ne puis m'empeſcher d'y ajoûter
un Madrigal qui a eſté
eſtimé de tout le monde. Il
dit beaucoup en fort pen de
Vers , & il feroit mal aiſé de
faire un plus bel éloge de ce
Prince.
SUR LA CAMPAGNE
deMonſeigneur le Dauphin .
Rince, que vos deſſeins font
beaux!
GALANT.
47
Le Monarque puissant qui fais
trembler la terre ,
Remet en vos mains fon tonnerre:
Vous puiſſezſes injuftes Rivaux
Vous marchés ſurſes pas ,vous vo
lez à la gloire ,
Vous faites les doux ſoins de l'aimable
VICTOIRE ,
Voussçavezfoudroyer le rempart le
plusforts
Vous bravez les Saiſons vous affron
tez la mort
Sur les coeurs des Soldats vous avez
tout empire ,
Rien ne peut refiftr à vos genereux
coups ;
La France vous benit , l'Univers
vous admire,
Et Loüis eft content devous
Quoy que vous ayez déja
vû une traduction de la Fable
48 MERCVRE ,
و
Latine que le Pere Commire ,
Jeſuite , fit dans le temps que
Monſeigneur alla mettre le
Siege devant Philisbourg ,
celle que le Pere Proft , auffi
Jefuite , a faite de la meſme
fable a eſté ſi approuvée ,
qu'elle merite de trouver icy
ſa place. Si la matiere n'eſt
pas nouvelle pour vous , vous
y trouverez au moins des
beautez nouvelles par la diverſité
des expreſſions. Le
Pere Proſt n'eſt pas ſeulement
un excellent Poëte François,
Latin & Grec mais il eſt encore
un grand Orateur. Il a
donné d'éclatantes preuves
de ſon éloquence en pluſieurs
occaſions dans le College de
la Ville d'Arles où il a profeſſe
la Rhetorique avec beaucoup
de ſuccés.
LE
GALAN T.
49
V
LE LION
Qui vange fon Pere .
NLion , la terreur des Climats
Afriquains ,
Auſſijuſte que debonnaire ,
Crut enfin qu'à ses grands & glovieux
deſſeins
Le Sangn'estoit plus neceffaire ,
Et quedeſes Rivaux exaugant les
Souhaits ,
Ilpouvoit leur donner ou la Tréve,
ou la paix . :
Dans les Plaines , dans les Boccages
,
A l'abry deſa foy paiſſoient tous
les Troupeaux ..
Et les Monſtresles plusfauvages
Vivoient en unprofond repos.
Heureux , s'ils avoient sceu connoistre
Vn fort si tranquille & fi doux .
Avril 1689 . C
50
MERCURE
Etsi l'orgueil n'eust fait renaistre
Dans ces coeurs peufoumisd'autres
transports jaloux.
Celuy dont cependant l'oeillade
foudroyante
Pouvoit foumettre encor le Nomade
àſes Loix ,
Sous une douceur fi constante
Leur ſembla n'estreplus ce qu'ilfut
autrefois.
Ils crurent que la complaifance
N'estoit en luy que lâcheté,
Et qu'enfin laſeule impuiſſance
Luypouvoit inſpirer tant de tranquillité,
De la naiffent par tout de fecrettes
intrigues ,
On neſonge qu'àſevanger ,
Ettous cherchentàs'engager
Dans les cabales & les ligues.
A ces bruits impreveus le Lion dedaigneux
,
GALANT. ٢٤
Tu lesçauras, dit- il , Troupe lâche
&vulgaire ,
S'il est encore dangereux
En troublant mon repos d'irriterma
colere.
Il aiguiſoit déja , penetréde dépit,
Griffes& dents pour la vangeance,
Lors qu'un jeune Lion ,defonSang
l'esperance ,
Calmesa fureur&luy dit .
C'est àmoy feul , Seigneur , qu'appartient
cettegloire ,
Déja fameux par cent combats ,
N'est- ilpas temps quefurvospas
Vous me voyiez enfin courir à la
Victoire ?
Ilsuffira de mavaleur
Pour punir ces lâches coupables,
Vos coups leur enfleroient le coeur ,
Et leur feroient trop honorables .
にう
Le Heros des Forests charméde
ces transports ,
C 2
52
MERCURE
र
Et joyeux de renaistre en cette ame
guerriere ,
N'oſe reſiſter aux efforts_
D'une ardeur fi noble &fifiere.
Ilsseseparent donc , & plein d'un
beau couroux
Le Lionceau bien- costfait voir quel
est fon Pere.
Tel qu'autrefois après les Loups
Il avoit exercèſa naiſſante colere ,
Tel il fait ployerſous ses coups
L'ours & le Leopard, le Tygre & la
Panthere.
Tous ſont effrayez deſes cris ,
Ilterraſſe les uns , les autres il dechire
;
Etl'on n'en voit aucun qui confus
&Surpris
Ne l'apprehende & ne l'admire .
Envain dans le creux des rochers,
Ou dans les plus affreuſes Isles,
Ils esperent trouver des retraites
tranquilles ,
T
GALAN T.
53
:
Au milieu de tant de dangers ,
La peur le defefpoir, la honte
Leurfont envain pourfuirprecipiter
leurs pas ,
Par tout le Conquerant les brave &
Lesſurmonte ,
Ilportepar tout le trépas.
La Corneille àce grandspectacle,
Prononça , dit -on cet oracle.
N'estoit- cepoint affez,Monstre trop
malheureux ,
D'avoir un Lion à combatre ?
Pour vous confondre & vous
abatre ,
Falloit-il enirriter deux ?
Qui peut de cette Fable ignorer
le mistere,
N'a qu'àjetterlesyeuxfur lesrives
du Rhin ,
Où d'un autre Loüis le glorienx deftin
Fait revoir tous les jours le destin
defon Pere.
C3
54
MERCV RE
Ie vous envoye un Air nouveau
de Monfieur Martin, Auteur
des Airs à deux & à trois
parties , que debitele Sr Guerout.
Celuy qui en a fait les
paroles , fait parler l'Amour ,
dans les trois couplets que vous
allez lire .
GAVOTTE..
Ansflèches ,ſans carquois
Ie viens chaſſer dans ces bois,
Avec des Armes moins terribles
Qui nesontpas moins invincibles ,
Pour rangerfous mes loix
Les jeunes Nymphes inſenſibles
Sans fléches ,fans carquois
Ieviens chaffer dans ces bois.
泰
Non , non , ne craignez pas
Devous prendre àmes appas ,
La liberté n'est point charmante ..
LYON
1893
1
GAL ANT.
SS
Eft il un coeur qui s'en contente ?
Venez , Suivez mes pas ,
Dans ces beaux lieux où tout enchante
,
L
Non , non , necraignez pas
De vous prendre à mes appas.
Avec d'aimables noeuds
Ie prens les coeurs amoureux
Lemoins cruel, le plusSauvage ,
Le plus constant , le plus volage ,
Heureux ou malheureux ,
Iln'en estpoint que jen'engage.
Avec d'aimables noeuds
Ie prens les coeurs amoureux .
Quoy que le Roy ſoit aujourd'huy
le ſeul dans toute
l'Europe , que le ſoin de dé.
fendre la Religion Catholique
occupe , les grandes affaires
qu'il faut qu'il ſoutienne
pour prévenir ce qu'il ſe
C 4
56 MERCURE
roit infaillible qu'elle ſouffriroit
, ſi les Ennemis de ce
Monarque remportoient fur
luy quelque avantage confiderable
, n'ont pas empeſché
qu'il n'ait aſſiſté à toutes les
Predications du Pere de la
Ruë Jeſuite , qui avoit eſté
nommé pour preſcher pendant
le Careſme trois fois la
ſumaine dans la Chapelle de
Verſailles . C'eſt un avantage
qu'il avoit déja eu il y a fort
peu de temps , & la fatisfaction
que toute la Cour avoit
receuëde ſes Sermons , avoit
fait ſouhaiter de l'entendre
encore pendant un autre Careſme,
Sa Majesté en a eſté
tres contente , & la Predication
qu'il fit le jour du Vendredy
Saint , fut admirée
de tous ceux qui l'entendirent.
GALANT. 57
:
Le Roy n'a manqué à aucun
des Offices de la Semaine
Sainte. Il n'y a rien d'extraordinaire
en cela , puis que ce
Prince ne s'en eſt jamais difpenſé
. Il est vray que pendant
ſes indiſpoſitions Monfei- د
gneur le Dauphina fairquelquefois
la Ceremonie du jour
de la Cene pour Sa Majesté , à
cauſe des fatigues qui ſont
attachées à un devoir ſi pieux
Preſentement que ce Monarque
joüit d'une parfaite fanté
, quoy qu'il ſoit continuel
lement appliqué aux affaires
de ſon Etat , il s'acquitte luymeſme
de cette penible fon-
Aion . Je ne vous repete point
ce que je vous en ay écrit pluſieursfois.
La Predication t
faite cejour- là par Mr Abbé
Roqucte , qui enparlant
58 MERCURE
1
des treize Pauvres que Sa Majeſté
ſert à table aprés leur
avoir lavé les pieds , fit voir
que les actions d'humilité
que fait ce grand Roy , luy
font auſſi naturelles que toutes
les grandes choſes que
nous voyons tous les jours de
luy . Cet Abbé en fit une:
fort vive peinture , qui fut
écoutée avec autant de plaifir
qu'elle cauſa d'admiration.
En faiſant l'éloge de Sa Majeſté
, il n'oublia pas de parler
de Monſeigneur le Dauphin.
Il dit que Dieu pour recompenſer
le Roy de fon zele
pour l'Eglife , luy avoitdonné
un Fils qui marchoit fur
ſes glorieuſes traces , ce qui
cſtoit la recompenſe des Juſtes
L'Abſoute fut faite en
fuite par Mr de Biſcara , Evef
GALANT.
59
que de Beſiers . Ce meſme
jour , Monseigneur le Duc de
Bourgogne ſervit le Roy à
la Cene pour la premiere fois .
Il avoit une extrême impatience
de voir arriver le Jeudy
Saint , pouravoir cet hon.
neur , & il en fit connoiſtre
ſa joye , lors qu'il dit en ſe
levant ; fauray le plaisir de
voir aujourd'huy treize fois le
Roy . Il diſoit cela à cauſe que
les Princes portent les plats
de chaque fervice , & quelon
fert treize Pauvres . On ne
fçauroit trop admirer l'eſprit
de Monseigneur le Duc de
Bourgogne , qui dit tous les
jours cent choſes fort au deffus
de ſon âge. Monseigneur
Ic Dauphin porta auſſi les
plats dans cette Ceremonie ,
& fut fecondé dans la mes
1
C6
60 MERCURE
me fonction , par Monfieur,
Monfieur le Duc de Chartres ,
Monfieur le Duc , Monfieur
le Prince de Conty , Monfieur
le Duc du Maine, Monfieur
le Comte de Toulouſe ,
Monfieur le Duc de Vendoſme
, & pluſieurs Seigneurs
Monfieur le Prince les precedoit
tous à la teſte des Maiſtres
d'Hoſtel , en qualité de
Grand Maiſtre de la Maiſon
de Sa Majefté.
Le Samedy- Saint , le Roy
fit ſes Devotions , & toucha
huit cens Malades qui rempliſſoient
deux Galeries de
Versailles . Ils receurent en
meſme temps chacun une
piece de quinze fols , ſuivant
l'uſage ordinaire. Sa Majesté
parut d'une ſanté parfaite
dans ce penible exercice , &
GALANT. 6
s'en acquitta avec cet air qui
marque la fatisfaction qu'elle..
reçoit toutes les fois qu'elle
fait du bien. Elle diſtribua.ce
jour meſme les Benefices va
cans , ce qu'Ellea coutume de:
faire les jours qu'elle fait ſes
Devotions , afin de ne s'appli
quer qu'aux chofes qui regardent
l'Eglife , & d'eſtre plus:
inſpirée du Ciel pour le choix
de ceux qui la doivent gouverner.
Je vous parleray dans
la ſuite de cette Lettre de
ceux qui furent nommez ce
jour là pour remplir ces Bes
nefices.
La Reine d'Angleterre qui
s'eſtoit retirée aux Filles de
Sainte Marie de Chaillot pendant
la Semaine fainte , y a
donné de tres grandes marques
d'une veritable pieté....
L
62 MERCVRE
Celle du Roy ſon Epoux
& fon zele pour la Religion
Catholique , qui luy
fait hazarder une Couronne
pour maintenir la pureté de ſa
Foy , meritent tant de loüanges
, que vous ſçaurez bon
gré à une perſonne de voſtre
Sexe , dont vousavez déja vû
avec plaifir d'autres Ouvrages ,
de ce qu'elle s'eſt appliquée à
faire l'éloge de ce grand Mo.
narque. C'eſt de Madame de
Pringy que je veux parler.
Vous connoiſſez la beauté
de fon genie : ce que vous
allez lire eſt de ſa façon..
GALANT.
DISCOURS
A la gloire du Roy de la
Grande Bretagne ..
A lustice & la Bonte doi
vent estre Le
partage
du
نم
coeur des Rois ; quand ils poffedent
ces deux excellentes quali..
tez , leurs moindres actions contribuent
à leur gloire , ils n'ordonnent
rien que de juste , &
n'autorisent que ce qui est bon.
Ils font exempts de vices
comblez de vertus , & tout le
cours de leur vie est un tiſſu de
victoires.. Mais si la Justice &
la Bonté rendent un Monarque
fi recommandable
pieté & la valeur viennent aug
9
ウ
lors que las
64 MER CVRE
menter fon merite , que ne doiton
point dire pourfon Eloge ,
quelle est l'admiration qui peut
égaler ſes vertus ? Foible image
du Heros dont je voudrois ל
faire le portrait : Sa Iustice
fa Bonté Sa valeur & Son
zele ont esté plus loin que mon
idée. Ce n'est point affez de
les connoistre pour les dépeindre,
celuy qui les poſſede est le ſeul
qui les peut apprendre aux hom.
mes. C'est sur son auguste front
qu'on voit briller les grandeurs
que je voudrois décrire. C'est là
qu'on remarque ce courage intrepide
, & cette fidelité inviolable
au culte de Dieu que les plus
grands malheurs n'ont pú ébran
ler. C'est là enfin que l'on trouve
le regne des vertus & des grandeurs.
En effet , Grand Prince ,
qui a jamais resisté à l'injustice
GALANT.
65
avec autant de fermeté que vous ?
Si voſtre valeur vous a fait remporter
tant de victoires dans les com.
bats , &fipar vos Conquestes vous
avez ceint vostre teſte de Lauriers ,
vous n'avezpas faitplus pour vostre
gloire que vos Ennemis propres , qui
en troublant voſtrerepos par leurs
-iniustes proiets , ont donné le dernier
traità l'éclat de vos vertus. Ils
ontfait triompher cette intrepidite
qui nese peut connoistre que dans
Les épreuves ; l'on vous a veu d'un
mesme oeil recevoir la Couronne que
Le Ciel vous a donnée, & attendre
l'Ennemy qui venoit pour vous l'arracher
; moinstroublé que furpris à
l'aspect de sa cruauté , vous estes
demeure tranquille parmy un Peu
ple Infidelle , & vous avez triom
phé malgréla lâchetéqu'ilsont euë
à trahir vos interests .Tout ce Royaume
a tremblé pour vous an bruit &
66 MERCVRE
au ſuccès du mouvement des armes
de ce Prince perfide qui a revoltė
vos Suiets ; chaque coeur a pouffédes
Soupirs vers le Cielen vostrefaveur,
mais noſtre crainte a ceffédans l'efperance
que Dieu n'abandonneroit
point un Princefidelle , dont le Zile
estoit occupé à agrandir son culte ,
& nous avions lieu d'attendre ce
Secours du Dieu des Armées ! Vous
combattez pour son faint nom ,
c'estoit sa cauſe qui vous enflâ
& nostre confiance estoit
d'autant plus iuste, que vostre Loy
étoit veritable,vôtre Couronne legitime
, & voſtre vertu consommée.
Quand tout l'Enfer s'armeroit contrevous,
le Cielvous protegera , &
vos ennemis demeureront couverts
de honte&de confusion,&trouveront
leur ruine dans leur entrepri.
fe. L'on verracet Ambitieuxtomber
du faiſte de son orgueil dans
moit ,
GALANT.
67
l'abifne du neant où vous le redui_
vez , & vous reprendrezcet Em .
pire quevousn'avezquitté quelque
temps qu'afin de l'affermir pour
toniours. C'est à un Prince aussi
brave quevous l'eſtes , que le Ciel
referve la gloire d'afſfervir ce Peuple
belliqueux , &de faire de l'Angleterre,
une Cité heureuse où les Rois
vertueux , & les Peuples foûmis
trouverontun eternelrepos. Si David
vit autrefois fon Fils revolté
contre luy par un ordre de la
Providence , c'estoit pour augmen
tersa vertu &fa gloire. Il de.
meura Sans reſſentiment , & aimant
autant le coupable qu'il
haiſſoit le crime , son coeur fut
Partagé par deux movemens con.
traires qui firent éclater ſa vertu
Il vainquit ce témeraire infortune,
& lafautede ce Fils malheureux
fit la gloire de ce Pere iuste...
68 MERCURE
Belle image de ce qui vous alive.
grand Prince ! C'est de Viniure que
vous afaite ce Gendre malheureux,
que vous tirerezle plus de gloire.
Son deſſeinfera Jansfuccés , comme
il eſt ſans raison , & l'apparence
flateuse qui le feduit , nefervira
qu'à augmenter la rigueur & In
honte defon fort. Ces deuxMonftres
qui ſeſont fait redouter,l'Ambition&
l'Erreur , deviendront les
esclaves de vostrefoy,&la Renommée
avec ses cent voix inſtruira
tout l'Univers de vos triomphes.
Quand la valeur vous rendit fi
recommandable dans ces combats
où voſtre courage se signala d'une
maniere fi glorieuse , quel sentiment
de respect & de veneration
n'inſpirâtes vous pas ? Et lors que
voſtre zele pour la Religion vous
fit preferer laverité àla puiſſance.
& que vostre forvous tint lieu de
GALANT. 69
د
1
toutes chofes , que vous caufâtes
d'admiration ! L'on vous contemploit
comme un autre Abraham
qui faisoit conſiſter ſa principale
grandeur danssa foy & dans sa
constance ; mais quand on vous
voit ne vous pas contenter d'estre
fidelle mais vouloir communiquer
cette mesme fidelité à tous
vos Peuples , defireux de porter le
flambeau de la verité dans des
esprits où le Demon de l'erreur
repand les tenebres
peut affez vous admirer. Vous
commencieezz déia cette grande
oeuvre que la force du Tres- haut
vous fera achever , & la réussite
en estoit afſurée , si vous n'aviez
eu qu'un Demon à combatre
; mais l'orgueil est venu
د
,
l'on ne
Secourir l'erreur & ces deux
puiſſances de l'Enfer viennent
d'allumer un feu qui les doit
70
MERCVRE
coeur ,
consumer. C'est icy , grand Prince ,
où vous acheverez ce grand ouvrage
, foûtenu par les forces du
plus grand Roy de l'Univers ;
tous deux unis de raug & de
tous deux grands Monarques
, que ne peut point une fi
belle union ? Repofex , grand
Prince , à l'ombre des Lys iuques
au moment que LOUIS
LE GRAND , comme un Soleil
Secondant par fa clarté &par fa
chaleur vostre lumiere & voſtre
force, vous fera vaincre par fon
-Secours , comme autrefois le Soleil
fit à Josué à la Bataille des Gaavec
cette difference ,
que le Soleilarreſta un moment fon
cours pour lefavoriser au lieu que
Loüis le Grand poursuivra le cours .
de ses victoires , pour contraindre
cette partiedu monde qui vous
doit obeir, à confeffer sa révolte &
baonites
,
GALANT. 71
Sa perfidie , & à chercher dans
voſtre bonté le pardon que leurs
crimes ne meritent pas d'obtenir.
Faffe leCiel ,grand Monarque, que
tout vous reaffiffe , que vosjustes
deffeins s'accomplissent parfaitement
, que vostre prosperité égale
vos vertus , & que vos joursfoient
longs & heureux autant que la
France le souhaite.
On peut dire que ce qui
regarde Sa Majesté Britannique
eſt la grande affaire qui
fait aujourd'huy remuer toute
l'Europe. Elle donne à parler
aux Politiques , & deux jours
aprés que je vous av envoyé
la cinquiéme partie des affaires
du Temps , il a paru un
Ouvrage fur ce meſme ſujet.
Il a pour titre , Letive d'un Mi-
Lord absent de la Convention , à un
-defes Amis , & on marque que
72
MERCVRE
cette Letrre a eſté traduite de
l'Anglois . Elle eſt digne de
l'attention des Curieux & ce
luy qui l'a écrite , quel qu'il
fort, traite fa matiere en habi -
le homme. Auffi tous ceux
qui l'ont vûeluy ont- ils rendu
justice. Comme elle fait bruit.
& que c'eſtavee beaucoup de
raiſon qu'elle eſt eſtimée , j'ay
de la joye de m'eſtre rencontre
en pluſieurs endroits avec
fon Auteur,& je me flate par là
que ce que je vous ay envoyé
fur les affaires du tempsavant
qu'elle fuſt tombée entre mes
mains , ne déplaira pas. Quoy
que cette Lettre foit fort recherchée
, elle n'a pas encore
eſté veuë de tous ceux qui la
ſouhaitent , à cauſe qu'on ne
la debite pas , & qu'on a de la
peine à la trouver. C'eſt ce
qui
GALANT.
73
qui m'engage à vous l'envoyer
, afin que ceux de voſtre
Povince qui ne l'ont pas
veuë , puiſſent ſatisfaire leur
curiofité . Je m'en faits un
plaifir d'autant plus grand ,
qu'on verra par là que je ne
cherche qu'à faire connoiſtre
tout ce qui merite d'eſtre applaudy
. l'ay cru devoir retrancher
quelques lignes du
commencement dans la copie
que vous trouverez icy , non
que je prenne la liberté de
les condamner ; mais parce
que ce que je vous envoye
devenant public , je dois garder
plus de meſures que ceux
- qui font courir leurs Ouvrages
ſans y mettre leur nom ;
c'eſt ce qui eſt cauſe que je
tâche fort ſouvent à enveloper
de certaines veritez qui
Avril 1689 . D
74
MERCURE
ne doivent pas eſtre toujours
dites cruement , & en nom .
mant les gens . Le petit retranchement
que j'ay fait; n'oſte
rien de la beauté de l'Ouvrage,
& ne doit point faire croire
qu'il y ait quelque choſe de
retranché dans le reſte. Il eſt
certain que dans l'eſtat où je
vous l'envoye ,on ne la doit
pas moins confiderer , que fi
j'y avois laiſſé les cinq ou fix
lignes que ieme ſuis cru obligé
de fupprimer . Voicy cette
Lettre.
MYLORD,
Vous paroiffezsurpris de ce que
jen'ay pas repondu à la lettre , par
laquelle vous me preffiezavec tant
d'inſtance de merendre à Londre
pour prendre ma place à la Con.
GALANT.
75
- vention dans la Chambre des Seigneurs.
Vousle ferez donc encore
davantage , quand vous sçaurez
quela Lettre que j'ay reçue ! auſſi
bien que les autres Seigneurs qui
font demeurez dans les Provinces,
n'a pas eu plus d'effet fur moy que
toutes les raisons que vous m'avez
alleguées . Je vous diray
mesme franchement ,qu'elle m'a
entierement confirmé dans ma
premiere refolution , de demeurer
chezmoy ,& de ne prendre aucune
part à vostre Assemblée
me doutant bien que nous n'ètions
mandez que pour la forme , &
qu'on ne craignoit rien tant que de
voir la Chambre des Seigneurs
complete. Carenfin , Mylord, vous
conviendrezavec moy , que si nous
nous eſtions tous rendus à Londres ,
vous n'auriezpas esté les maistres;
de faire tous ce qu'il a pleu àvo-
,
D 2
A MERCVRE
76
#
ftre nouveau Roy , puis que manquant
de deux ou trois voix pour
faire prevaloir le refultat des.Com.
munes , il a esté obligé d'employer
les menaces & les promesses pour
en gagner encore huit ou dix , afin
de le faire passer. Vous pouvez
croire , que moy & la pluſpart de
ceux qui font demeurez dans les
Provinces , n'aurions pas efté de
cet avis. Ainsi je vous prie de me
dire, si vous & environ soixante
qui vous ont ſuivy , auriez esté
capables de donner la loy àplus de
fix-vingt qui n'avons eu aucune
part à vos déliberations . J'ay donc
bien compris , que quand on nous
faisoit écrire au nom de la Chambre
Haute , & qu'on engageoit nos
amisparticuliers à nous preffer de
venir à Londres , on se mocquoit
de nous & d'eux , & qu'on ne cra
GALANT.
77
gnoit rien davantage que de voir
Les Pairs du Royaume assemblezen.
nombre comptet ; puisque jamais
ils n'auroient pris des reſolutions
fi extravangantes ny fi contraires
au bien de l'Etat , que celles que
vous avez priſes . le pardonne à de
petits Gentilshommes comme ....
qui se trouvant les premiers de
leur race honnorez du titre de
Mylord , égalez à ceux, dont
autrefois ils auroientfouhaitéd'eſtre
les domestiques ,ont esté les plus
échauffez à prendre poffeſſion de ce
nouvel honneur , qu'ils ont obtenu
du Roy , pour lequel ils ont si peu
reconnoissance. de Ie pardonne auſſi
à Mylords .
....
que le defordre
de leurs affaires a jettez dans le
mauvais party ,& à ceux qui s'y
Sont laissez entrainer fans trop
Sçavoir pourquoy , comme il arrive
D3
78 MERCVRE
Jouventparmy nous. Maisen veri.
téje ne puis comprendre comment
pluſieurs autres qui n'avoient pas
les mesmes pretextes , ont eu af-
Sezde lâcheté pour prendre part
àune entrepriſe auſſi noire &aussi
abominable , que celle de renoncer
à l'obeiſſance qu'ils doivent
par ferment à leur Roy legitime,
pour se rendre esclaves du Prince
d Orange.
Vous me direzque je parle en
Papiste , en defenjeur du Pouvoir
arbitraire ; mais vous sçavezbien
que je suis de la Religion Anglicane
: que l'ay eu tres peu de
part dansles affaires , &fi peu de
faveur depuis la mort du feu Roy ,
que ie ne puis eſtre ſuſpect de prévention.
Favouë que i'ay loué indifferemment
le Zele qui portoit le
Roy à favoriser autant qu'il luy
GALANT .
79
eftoit possible ceux qui estoient deſa
Religion ,& àtâcher de leur procurer
quelques repos dans ce Royaume
; mais l'ay toujours crû auſſi
bien que pluſieurs de nos amis que
vous connoissez , que nous ne devions
rien craindre de tous ces
deffeins imaginaires de detruire la
Religion protestante, persuadécomme'i'eſtois
, & comme iefuis encore
, qu'on ne pouvoit employer des
moyens plus contraires aux inten .
tions desa Majesté , que ceux qui
ont esté mis en usage pour avancer
La Religion Catholique.Ainfi il ne
m'eft iamais venu dans l'esprit que
la Religion Anglicane dust recevoir
le moindre préjudice de tout
ce qui a donné l'alarme à quelques
Proteftans de bonnefoy , que d'autres
qui neſeſoucient guere de la
D 4
80 MERCURE
Religion ont engagez ſous ce pretexte
dans les affaires où nous fom_
mes presentement , & dont ie ne
crois pas que nous voyons ſi toſt
lafin.
Mais,dit- on,le Roy à doné des dif
penſes duferment du Test à tous les
Catholiques qu'il a employez; il les
a avancez dans les premieres Char.
ges , il en a remply ſes Troupes , &
il vouloitſe ſervir d'eux pour opprimer
nostre Religion & nos libertez.
Je sçay bien , Milord que
depuis un an on a tâché de donner
à cette occafion l'alarme à tous
les Protestans,&j'avouë même que
j'ay cru durant quelque temps qu'il
en pouvoit estre quelque chose mais
il paroift clairement qu'elle estoit
bien fauſſe, puis quefi le Roy avoit
pris ces mesures , il n'auroitpas esté
GALANT. 8г
fi vilainement trabi : au lieu que
s'étant fiéà des Proteftans , il en a
trouvé àpeine unseul qui se foit
mis en devoir d'expoſerſavie pour
Luy . En verité , Mylord , je ſuis
bienfachéque nous ayonsfait un fi
grand tort à noftre Religionscar qur
est le Prince qui pourra jamais se
fier ànous , puis que toutes les Declarations
de noſtre Eglife & de
nos Vniverſitez , nos fermens , &
toutce qu'il y a de plus facréparmy
les homes ,ne nous engagent qu'au
tant qu'il nous plaiſt : Aprés cela
que nos Evesques &nos Ministres
prefchent contre les Catholiques,&
qu'ils leur reprochent que leur doctrine
détruit les devoirs des Sujets
envers leurs Souverains .. On n'au.
ra pas de peine à leur répondre ,&
sem'imagine déja que plusieurs fe
ront de beaux Commentaires fur le
DS
82 MERCVRE
Sermon que ce petit hypocrite d'Evesque
d'Ely prononça au couron_
nement du Roy , &fur les decisions
de l'Univerſité d'Oxford. L'avouë
que ie ne sçay pas ce qu'on leur
pourra répondre , ſi ce n'est que tous
les bons Proteftans traiteront ceux
qui ont entrainé voſtre Convention
à de fi grandes extremitez,
comme des rebellesfans foy & fans
loy , & que si plusieurs honnestes
gens , qui n'ont pas eſté de l'avis
des Communes , meritent quelque
excuse , les autresferont confiderez
par les veritables enfans de l'Eglise
Anglicane comme des Heretiques ,
avec lesquels ils ne peuvent avoir
aucune communion . F'ay écritfur ce
Juiet àunbon Evesque sçavant &
homme de bien , & iesuis comme
afſuré qu'il fera de mon avis. St
ceux qui ont eu part àvos refolu
GALANT.
83
tions , vous ont dit d'aſſez bonnes
raiſons pour lever tous les fcrupules
qui pouvoient vous en détourner ,
wous meferez plaisir de m'en faire
part; car ie vous avonë ; que quoy
que iene me pique pas d'eſtre grand
Theologien , ie crois néanmoins en
Sçavoir affez pour estre moralement
certain qu'ils n'ont pû vous en alle.
guer aucune capable de fatisfaire
ceux qui ont la moindre teinture des
devoirs du Christianisme. Mais je
fuis affeuré que toutes leurs refolu
tions nepeuvent estre fondées que
fur les maximes detestables de Buchanan,
de Doliman ; de Milton ,
& deſemblables Saints du party
Presbyterien , dont apparemment
les Livres , quoy que condamnez
défendus tant de fois par les
Parlemens , &par l'Eglise Anglicane
,feront réimprimez bien-
D6
84
MERCURE
toſt par ordre de la Convention .
Ce n'est pas que ie croye qu'en
cette occafion les principaux Acteurs
ayent esté fort tourmentez
de fcrupules. Rien n'en querit
mieux que l'esprit fanatique ,
qui a abſolument regné dans voftre
Assemblée , fur tout dans
cette Chambre basse , toute composée
de Non Conformistes Prefbyteriens
, qui en devoient étre
exclus felon les loix d'Elizabeth ,
& tant d'autres conſecutives
Mais vous n'avez qu'à laiſſer
faire vostre nouveau Roy. Il ne
Se verra pas plutest bien étably
fur le Trofne , qu'il travaillera
efficacement à vous inspirer des
maximes plus chrestiennes , & ie
fuis persuadé que Messieurs les
Evesques feront les premiers qu'o's
reformerafur le pied des temps ApoGALANT
.
85
ſtoliques , en les déchargeant de
ces richeffes inutiles , & de ces honneurs
mondains , pour les reduire,.
Suivant le souhait de feu Mylord
Schaftsbury , à une penſion de cent
livressterling chacun . Ils n'auront
la pluspart que ce qu'ils meritent,
&fi je puisme refoudre d'aller à
vostre Parlement , ie vous promets
par avance que i'y travaillerayde
tout mon pouvoir. Mais en toute
autre choſe ie vous déclare queje ne
Seray jamais de vôtre avis , & qu'il
ne tiedra pas à moy , que ie n'engage
tous les Seigneurs qui ont quelque
confiance en moy , à détruire s'ilest
poſſible, tout ce que vous avezfait
àvoſtre Convention ; lors que , com
mej'espere , la Nation ouvrira les
yeux,&fentira toute l'infamie dont
vous l'avez couverte. Il est vray
que nous n'avons pas besoin de
nous affembler pour cela ; car ce
86 MERCURE
feroitfuppoferque ce que vous avez
fait a eftè de quelque autorité , au
lieu qu'il est nul &extravagant en
toutes manieres . Ilfaut que vous
ayez tous perdu l'esprit , fi vous
croyez que nous puiſſions confiderer
comme des Loix , les refultats de
vos deux Chambres. Vous sçavez
bien que nous ne connoiſſons point
de Loix en Angleterre , que celles
qui se font par autorite legitime ;
c'est à dire , par le Roy dans fon
Parlement. Il est impoſſible d'en
trouver d'autres dans les recueils
de nos Actes , & on n'en connoist
point d'autres dans nos Tribunaux.
Je m'en rapporte à ces Furifconfultes
qui vous fervent de Confeil,
aprés l'avoir eſté de tous les Séditieux
& conspirateurs qui ont esté
mis en Iustice depuis quelques années,
Ces beaux Legiſtes , &vous
GALANT.
87
د
quoy
aussi , sçavez bien que le Royſeul
a l'autorité de convoquer les Pairs
& let Communes , & vous l'avez
affez reconnu , puis que vous
n'avez ofé. prendre le nom de
Parlement . Quelle est donc l'autorité
qui vous a aſſemblez , finon
celle du Prince d'Orange à
qui vous l'avez donnée
que vous ne l'eusfiez pas ? Et
quand vous auricz esté en estat
de la luy donner , il n'estoit pas
capable de la recevoir ny de
L'exercer puis qu'entrant en
armes dans ce Royaume , se déclarant
contrele Roy , & entreprenant
fur la liberté de Sa
Majesté , il a encouru le crime
de haute trahison au premier
chef , & perdu par forfaiture
tous ſes droits , honneurs 6 نم
prerogatives s'il est membre 3
88 MERCUR E
V
de l'Etat : s'il eſt étranger , c'est
un Ennemy public , que la Nation
doit détruire & combattre
à peine de felonie ; & auquel
on ne peut obeir fans encourir
la haute- trahifon. Voilà cependant
l'autorité qui vous a convoquez
: & qui de vostre propre
aveu n'a pû faire cette Affemblée
que nos Loix appellent Parlement.
Cependant voſtre Convention
qui ne pouvoit pretendre un pouvoir
plus grand que le Parlement
, a fait ce que jamais par
lement legitimen'a osé faire. Elle
a jugé le Roy , & elle a declaré
que sa retraite forcée estoit une
abdication & une renonciation
à la Couronne ; que le Trône
estoit vacant , &ensuite elle es
a disposé en faveur du Prince
GALANT. 89
VOS
,
Del berations.
d'Orange. le vous prie de me
mander quels exemples vostre
Confeil d'Avocats vous a fournis
pour regler
Sont.ce les actes des Spencers ,
& des autres feditieux , ou ceux
de Cromuel ? le ne sçay que
ceux- là qui ont avancé que lors
que le Roy ne se gouvernoit pas
-Selon les loix on pouvoit l'y
obliger en prenant les armes contre
luy , mais vous fçavez que
tous les Parlemens ont mis cette
entreprise au nombre des crimes
de Haute-Trabison . Aussi vous
vous eſtes avisez d'un bel expedient
, fur lequel je m'attens que
vous justifierez vostre conduite
C'eſte que vous n'avez pourvû à
la Couronne que comme vacante ,
& que vous ne l'avez pas fait
vaquer. En verité, Mylors , c'est
90
MERCVRE
bien se moguer de toute la Na-
* tion , que de pretendre ſe ſauver
par de semblables distinctions .
Dites-moy , ie vous priezen vertu
de quelle Loy avez vous declaré
que la Couronne estoit vacante
? Un tas de Seditieux con-
-
voquez tumultuairement par un
Usurpateur , peut il prononcer
Sur une semblabie matiere ? Le
Royaume d'Angleterre est-il éle
tif, & peut on trouver quelque
exemple non contesté qui autorife
le Peuple à en diſpoſer , ny
mesme à le declarer vacant ?Un
Royaume hereditaire peut - il vaquer
, sinon par la mort du legitime
poffeffeur ? Vostre nouveau
Roy l'auroit peut - estre fait vaquer
de cette maniere
quand ce Royaume feroit va-
2 n'y avoit-il point d'he- cant
,
mais
GALAN T.
91
7
ritier preſomptif ? Ce Prince de
Galles , fur la naiſſance duquel
toute l'Angleterre & le Prince
d'Orange mesme ont folemnellement
complimenté le koy , n'estil
plus au monde ,& ne meritoit
il pas qu'on fist quelque mention
de luy ? Il n'est pas en âge d'avoir
violé ce pretendu contract
original que vous avez imaginé
entre le Roy &fon Peuple , &م
ainsi, supposé que le Trône füß
il luy appartenoit. le
Sçay bien que le Prince d'Orange
le traite d'Enfant suppose , &
cela est digne de su conscience
timorée ; mais en bonne foy
conviendrez- vous pas avec
Vacant ,
ne
moy , que toutes les preuves pretendues
qu'il fait publier par fes
Emiffaires pour établir cette fup .
pofition ſont ſi notoirement fauf-
>
92
MERCURE
ment voUS
نم
donc vous
fes , qu'il en a eu honte
qu'il n'a ofè vous demander que
vous declaraſfiz que ce Prince
estoit supposé. Comme
ne l'avez point fait , apparem -
n'en croyez rien
mais cette affaire fera refervée à
vostre Parlement , où Oats & de
Semblables Scelerats viendront
affirmerparferment quelque histoi
re à laquelle Burnet donne la derniere
main , & sursa parole voUS
paſſerez un acte , par lequel vous
declarerez la ſuppoſition en vertu
d'une Loy qui n'avoit pas encoreefte
faite, qui est que les Reines acoucheront
dans la Salle des Banquets,
en prefence des deux Chambres .
Jene dis rien de vos prétendus
griefs , qui sont aussi-peu conformes
aux Loix que tout le reste de
voſtre procedure. Ie me contenteray
GALANT.
93
de faire quelques reflexionsſur vos
nouveaux fermens , que vous nous
voulez impofer comme des Loix.
Dites- moy , ie vous prie , Mylord ,
puis que vous avez , comme les autres
preſté les fermens d'Allegeance,
de Supremacie , &duTest , croyez.
vous qu'ils vous ayent obligé envers
le Roy , à qui vous les avez
prestez ? Apparemment vous croyez
quenon , puis qu'ils ne vous ont pas
empefché de prendre les armes con.
tre luy , & de vous joindre àfes
Ennemis. Ilfera donc vray de dire,
ou que vous violez vostre ferment ,
ou que vous croyezqu'on peut n'y
avoir aucun égard , comme en effet
il paroist affez que vous ne vous en
eſtes guere mis en peine . Aprés cela
oferons - nous reprocher aux Catho
<liques les mensonges &les équivoques
, quoy que tous ceux que l'ay
94
MERCVRE
connus les condamnent, pendant que
voſtre Convention nous apprend &
mesme nous ordonne de nous joüer
ainſide nós fermens . De plus ces fermens
font établis par l'autorité des
Parlemens : & un des grands crimes
que. vous avezvoulu faire au Roy ,
est d'en avoir dispensé quelques officers
de sa Religion. Avec quel
front avez- vous doncoféfupprimer
ces fermens pour nous en ſubſtituer
deux nouveaux , vous qui pretendant
convertir voſtre Convention
en Parlement , avoüez affez que
vousn'en avezpas l'autorité ? Comment
donc pouvez vousfaire ce que
vousreprchezau Roy , quoy qu'il ait
une autorité que vous n'avez pas ?
Mais je m'attens que vous iuftifierezvostre
procedé fur se pretendu
z le de la confervation de la Religion
Protestante qui vous a fait
GALANT.
95
en cas que
prendre de fi étranges resolutions
contrele Roy. Vous ferieztous bien
empefchezà citer les Actes fur lef
quels vous avezformé le vostre; car
de tous les Actes qui concernent la
Religion , il n'y en a aucun qui
donne droit aux Suiets de difpofer
de la Couronne ,
Le Royne faffe pas profeſſion de la
Religion Protestante. Au contraire,
le dernier Acte d'uniformité con
tenoit une detestation formelle de
la doctrine de ceux qui enſeignorent
qu'on pouvoit prendre les Armes
contre le Roy. Mais quand il y au-
- roit quelque Loy qui établiſt la
necessité de profeffer la Rigion Protestantepour
estre Roy d' Angler ve,
elle devroit s'entendre de la Reltgion
établie par les Loix. Comment
donc avez- vous esté affez hardis
pour declarer le Trône vacant , à
96
MERCVRE
cause que le Roy est Catholique,pour
établir enmesme tempsfur leTrône
un homme quia toûjours profefſé une
Religion contraire à ces mesmes
Loix,puis qu'ellefont auffi bien contre
les Protefans Non- Conformistes.
que contre les Catholiques ? Mais
ie vois bien que vous avez crú ponvoir
faire ce que vos Fanatiques ont
domande tant de fois , & que les
Parlemens ont toûjours refusé , qui
eft de revoquer toutes les loix penales
contre les Protestans Non-
Conformistes , & de ne leur laif-
Ser aucune rigueur que contre
les Catholiques ; Surquoy je .
vous demanderay encore quelle
est vostre autorité pour changer
les loix , & fi voſtre Convention a
droit de pretendre d'en pouvoir difpenser
, aprés avoir contesté au
د
Roy ce pouvoir ? Avoüez de bonne
foy,
GALANT.
97
foy, que toutes ces entrepriſes font
infoûtenables : & comme vous
n'ignorezpas nos loix , j'espere que
vous conviendrez avec moy qu'il
n'enfaut plus parler ,si vos refolu
tionsSubsistent.
On a reproché au Roy d'avoir
voulu établir le Pouvoir Arbi
traire , & donne atteinte à ces
mesmes Loix. Cependant la Con
vention en a plus renversé en
huit jours , que nos Rois n'en ont
fait en cent ans . Elle a renversé
les loix de la fucceffion hereditaire
, toutes celles qui ont esté
faites pour la foureté des Rois ,
& de l'Etat , celles de Supremacie
& de l'uniformité de Religion ,
&tant d'autres , qu'à peine ев
restera t - il aucune fur pied, st ce
n'est le Stile ordinaire pour les
affaires civiles , car pour lapro
Avril 1689 . E
98
MERCVRE
cedure criminelle , toutes les loix
enfont également violées à l'égard
de tant de Seigneurs Catholiques
qui ont esté mis en prison contre
toutes les formes , & cela , dans le
temps , mesme qu'on seplaint qu'on
a fait juger au banc de Roy des
perfonnes qui ne peuvent estre ingées
que par le Parlement . Ces
perſonnes privilegiées font des
Pairs: pourquoy donc,vousfera-til
permis de faire arrester des
Pairs Catholiques , vous qui n'avez
ny le non , ny l'authorité du
Parlement ? La Loy donne aux
moindres particuliers le privilege
de Habeas corpus , fuivant lequel
on ne peut leurrefufer de les
mettre en liberté, en donnant cau.
sion. Cependant vous l'avez refuséà
ces Seigneurs. Le Grand
Chanceliet FANE DEla
☑ LYON E
#1893
troisième perſon-
T
TLEAUE DA
GALANT.
178
ne de l'Etat , & il a non
ment le privilegede la Pairie,mais
encore ceux de sa Charge , qui
mettent au nombre des crimes de
trahison , cequise fait contre celuy
quien est revestu. Cela ne vous a
pas empefchéde faire arrester Mylord
Chancelier , quoy que quand
vousferiezlegitimement affemblez
en Parlement , vous n'avezautre
droit, que de Supplier le Roy de le
fairepunir, en cas qu'il cust malversédansſa
Charge.
Ie ne veux pas m'étendre davantagefur
les irregularitez de
vostre procedé , quifont telles , que
icnecroypas qu'on enpuiffe renfermer
un plus grand nombre dans un
Seulresultat. Je vous dirayfeule_
ment qu'il me paroist que vostre
Convention aporté plus loin l'im
pudence& le mépris des Loix, que
Ez
1
100 MERCURE
3
1
n'avoitfait le long Parlement ; car
enfin ces fodtieux parricides ne
pecherent pas comme vous dans le
principe. Ils demanderent un Parlement
, Gils I obtinrent, quoy que
par de mauvais moyens. Quandils
farent aff mblez, ils reconnurent
Le pouvoir du Roy en luy demandant
qu'il s'engageast par une Decla.
ration àne le point caffer ny proroger,
ce qu'il fit pour son matheur ,
&pour celuy de toute noſtreNation.
Ils avoient donc au moins obſervé
quelques formes , au lieu que vous
n'en avez observé aucunes . Its
estoient Parlement, & vous avoues
-que vous ne l'eſtes pas. Vous pouvez
donc juger de l'estime que nous
faiſons de ceux qui ont este tas
principaux personnages de vostre
Convention, puis que nous les mettops
au deffous de ceux que tous
GALANTM 101 /
4
bes gens de bien - confidereront
toujours comme d'execrables parricides.
Il ne reste plus à vostre pretondu
Roy que detacher àſe mamtenir
par la force, qui est faseule
ressource,& qui eftfeule capable
de faire faire les Loix. Je suis perfuadé
que vous autres fes Favoris
ferezles premiers à vous repentir
d'avoir mis voſtre liberté en de fi
mauvaises mains . Ces brutaux de
Hollandois qui estoient ft libres
L'ont bien perdue. Il a Soeu
leur perfuader de se défaire des
meilleurs Citoyens & des verita
bles Peres de la Patrie , comme il
vous à perfuadez de vous défaire
de voſtre Roy legitime. Ain il
vous fera connoistre que rien si ne
vous est plus préjudiciable qur cette
malheureuſe liberté qui vous incommodoit
, & s'il ne vous le per-
E 3
102 MERCVRE
Suadepas parfes harangues , ita
d'autres expediens qu'il sçaura
bien mettre en usage.
Pour moy , je suis refolude demeurer
icy dans mes Terres, iufques
à ce que ievoye quel tourpren-
* dront les affaires ; car tout ce que
vous me mandez, ne me perfuade
pas qu'ellessoient encore fort affurées
, quoy que vostre Roy ait déin
endoſſeles habiis Royaux, craignant
peut- eftre de n'avoir pas un assez
long Regne pour lesprendre le tour
defon Couronnement. Ilmesemble
que jevoisfur la defcriptioque vous
faites , ces vieilles tapıfferies,
oùles Rois nefont jamaisreprefentez
fans leurs Couronnes & leurs
habits de ceremonie , mefme dans
leur lit. Apparemment ila couché
ce iour- làavec fon Manteau Royal
men
GALANT. 103
Sa Couronne , pour faire durer
plus long temps ce beau spectacle.
Qu'il regne donc fur des perfides
qui n'ont ny foy , ny loyzmais quelque
ehoſe qui m'arrive , ma lâcheténe
fera iamais affezgrande pour noircir
le nom que ieporte par une auſſi
grande perfidie , que celle de reconnoiſtre
un furpateur Etranger, qui
ne meritoit nostre respect que par
l'honneur qu'ila d'avoir eu deux
alliances avec la Maifon Royale.
Quand lafantaisie me prendra de
choifirun Maistre, ie voudray qu'il
foitdemeilleure Maison. Sii'avois
efté Hollandois i'aurois mieux aimé
obeir au Roy d'Espagne , qu'à un
Gentilhomme Allemand , & puis
que je fais ne Anglois , je n'obeiray
jamais à un homme qui
n'est pas de meilleure Maison
que moy. Voila quelle est ma
E 4
:
104
MERCVRE
L
resolution , & ie ne crois pas que
rien foit capable de m'en faire
changer. L'espere que les difgraces
dont vous me menacez
finiront de coſtè ou d'autre
vince
,
car
nous sommes dans un Pays de
revolution où les affaires changent
en un moment , & toujours
Sans sçavoir pourquoy . Si on me
vient tourmenter dans ma Proie
suis affez prés de
l'Irlande pour y paſſer , & comme
i'ay un Titre en ce Royaumelà
, ie vous declare par avance ,
que si le Roy y convoque un
Parlement , vous entendrez parlerde
moy. Si l'ay esté fourd &
muet pour voctre. Convention ,
iene le Seray pas alors ,& fi
le Roy me vent croire on n'épargnera
pas tous ceux qui se
trouvent engagez dans vostre
ALANT.
105
caufe ,& qui par leurs Titres
font inſticiables du Parlement
d'Irlande . Quand on les pous-
Sera à boutils n'auront pas
fuiet de se plaindre ; car aprés
les exemples de cruante que vous
avez donnez aux Irlandojs , qui
n'avoient aucun autre crime que
la fidelité envers le Roy , il ne
faut pas attendre qu'ils épargnent
les Protestans. I'en seray
fachésparce que l'aime ma Nation
; mais puis que tant de malheurs
que la derniere & longue rebellion
luy a attirez ,& dont
la memoire est encore recente
n'ont pas esté capables de la guevir
de cette fougue , qui l'anime
toujours contre ſes Rois legitimes ,
il est iuste qu'elle en experimente
de nouveaux. L'auray au moins
la fatisfaction de n'y avoir es
1
ES
106 MERCVRE
4
aucune part , & ie ne me sau
veray pas par la distinction du
Roy de Facto o de Jure , pour
aller fléchir le genoüil devant
l'Idole des Communes , Nous ver.
vons peut estre quelque jour ce
Veau d'or brisé. Dancez cependant
autour de luy , & que
vostre nouvel Aaron , cet Evefque
de Londres & fes Confreres
vous disent , Ce font là tes
Dieux , Ifraël , qui t'on delivré
de la ſervitude d'Egypte :
c'est là ce Messie des Presbyteriens
qui vous a delivrez des
fers du Papisme , de l'escla
vage du Pouvoir Arbitraire
Qu'ils vous endorment & qu'ils
vous amusent sie fuis feur que
la feste ne finira pas fans beaucoup
de sang répandu . Fespere
que Dieu aura pitié des bonneGALANT.
107
Vant
ſtes gens , & que peut - estre nous
verrons menez à Tiburne plufleurs
de Meſſieurs des Communes.
Au moins ie fuis afſuré que
la pluspare l'avoieut merité ala
Convention , & que
fans ce pouvoir dispensatif qu'ils
veulent suprimer ils auroient
pû laiſſer par écrit quelque belle
barangue patibulaire , mais ils
n'auroient iamais esté en estat de
nous vouloir donner des Loix..
Elles ne font pas neanmoins encore
bien établies pour iustifier les
Membres de la Convention du
crime de Haute Trahison que
vous avez tous encouru. Ainsi
ie n'ay rien de meilleur à vous
fouhaiter que le prompt retour
de nostre Roy legitime pour vous
donner une abolition generale
qui feule peut mettre vos vies
E-6
108 MERCURE
د
biens & honneurs en seurete.
C'est tout ce que répondoit le bon
homme Jenkins aux Parlementai
res du temps de Charles I. quand
ils luy demandoient confeil. Ils
ſe moquoient de luy comme
moquez de moy ;
mais enfin il eut raison , &
nous l'aurons aussi ,& pent estre
bien-toft , comme ie l'espere. le
vous prie cependant que ces affaires
ne troublent pas nostre
ancienne amitié. Ie fuis , &c .
Vous voUS
En vous apprenant le mois
paffé que Mr de Fer debite
une Carte nouvelle des Frontieres
d'Allemagne , je vous
promis de vous en parler plus
amplement , & pour VOUS
tenir parole , je vous diray
qu'on y trouve le Blaſon où
GALANT.. 109
lés Armes de toutes les Provinces
que le Rhin baigne,
avec les Plans des Places fortés
ſituées ſur ce Fleuve &
aux environs. Les Cartouches
qui enferment ces Plans font
compofez de Figures Allego .
riques qui regardent l'Hiſtoire
du Temps , & de Medailles
des grands hommes qui ont
fait des actions remarquables.
fur ſes Frontieres. Il y a des divifions
nouvelles qui n'ont:
paru dans aucune Carte. Cellecy
fait connoiſtre par qui
les Provinces on Etats qu'elle
renferme ſont poſſedez , de
quel Cercle ils font , & les
lieux où les Batailles confiderables
ont eſté données .
Elle est tres - bien gravée , &
peut fatisfaire les Curieux de
HO MERCURE
Geographie , d'Histoire , de
Blafon , de Fortifications &
d'Allegories . La Defcription
qui ſe met à coſté eſt auſſi
nouvelle que particuliere..
Monſeigneurle Dauphin a reocu
l'Auteur fort obligeamment
, & comme ce Prince
a eſté tres- fatisfait de l'Ouvrage
, il y a ſujet de croire
que le Public regardera ce
morceau de Geographie comme
un des plus exacts
peut eſtre le plus beau qu'on
ait encore veu fur ce ſujer.
Aufſi at- il fait meriter à
fon Auteur le titre de Geo.
graphe de Monſeigneur le
Dauphin , comme on le peut
voir dans ſon Privilege.Pour
la commodité des Officiers
d'Armée, cette Carte ſe ſepare
&
GALANT.. ITE
en trois , & quoy que colée
fur de la toile , ces trois parties
ſe peuvent porter dans.
la poche. Alors on en donne
deſcription la dans unpetit
Livre parce qu'elle n'eſt
point à coſté des Cartes faites
pour porter dans la poche ,
comme elle eſt à coſté de
celles qui font pour les Cabi--
nets & les Galeries.
"
L'Academie des Rocovriti
de Padouë eſt ſi celelebre
qu'on peut dire à la gloire
des perſonnes qui la compofent
, qu'il fuffit d'en eſtre
pour ſe voir univerſellement
eſtimé. Cette ſçavante Com--
pagnie n'a aucun égard au
Sexe. Elle est perfuadée avec
beaucoup de justice que le
merite & l'eſprit fente des
112 MERCVRE
deux Sexes . C'eſt auſſi pour
cette raiſon qu'elle reçoit également
les , Hommes & les
Femmes Illuftres . Telles font.
Mademoiselle de Scudery ,
Madame des Houlieres , Madame
Daffier , Madame de
Châte ; celle- cy autrefois fi
connue sous le nom de Madamede
Ville Dieu , & cellelà
fous celuy de Mademoiselle
le Fevre . Cet honneur estoit
biendeu à Madame de Saliez
Viguiere d'Alby. Elle a esté
proclamée depuis
temps Academicienne par
tous les fuffrages de la Compagnie.
Le docte Mr Patin ,
dont la Fille eſt auſſi Academicienne
, fit publiquement
l'éloge de cette Heroïne
parla ddee fa naiſſance ,de
de
&
de fa
GALANT.
1134
vertu , de ſon genie & de fes
Ouvrages , d'une maniere qui
fit admirer fon eloquence .
5
Le Jeudy 17. du dernier
mois ; Mr Dalibert , un des
premiers Officiers de la Reine
de Suede fit une grande
Feſte à Rome dans l'Eglife
de la Maiſon Profeſſe des
Peres lefuites dediée au Nom
de IESUS , au ſujet de la
convalefcence de cette Prin
ceffe . L'Egliſe qui est une
des plus belles de la Ville ,
eftoit tenduë des plus riches
Tapiſſeries de la Reine , avec
des Vaſes d'argent remplis
de bouquets & de fleurs fur
les corniches & fur les piedeſtaux.
Il y eut une excellente
Muſique & une Simphonie
des plus belles. L'E114
MERCVRE
১
veſque de Verceil celebra la
Meffe douze Cardinaux
y aſſiſterent, avec une affluence
de monde incroyable. Le
foir le Palais de la Reine
fut illuminé & toutes les J
ruës des environs , de meſme
que toutes celles qui conduifent
de cePalais à l'Eglife de
IESUS . Le Dimanche ſuivant
,tous les Marchands Ouvriers&
Artiſans qui travaillent
pour cette Princeſſe , firent
auſſi une fuperbe Feſte
dans l'Egliſe de S. Salvator in
Lauro yoù il y eut encore une
fort belle Muſique. llsavoient
fait orner la façade de l'Egliſe
de toiles peintes , avec
quantité de figures , de Medaillons
,&de Deviſes ,&des
Feſtons de fleurs ſous les
GALANT.
115
voûtes& ſous les arcades.
Je vous parlay il y a deux
mois de l'Emblême Enigma
tique miſeau haut de la
Theſede Mrde Roviere , Apoticaire
ordinaire des Camps
& Armées du Roy , pour la
distribution & confection
de la Theriaque. L'explication
qui en a eſté faite ayant extremement
plû , j'ay cru devoir
vous en faire part. Cette
Eſtampe reprefente Eſculape
Enfant , qu'une des Heures ,
par l'ordre d'Apollon , prefente
au Centaure Chiron ;
pour l'élever. On y voit un
Temple d'Eſculape dans une
fle , & au deſſus eſt dépeinte
la Conftellation du Serpentaire
, que les Grecs nomment
Ophiuchus. Au deça
116 MERCURE
du Temple eſt un Champ
remply d'arbriſſeaux odoriferans
& de plantes atomatiques
; parmy defquelles on
voit quelques Viperes ; &
de l'autre coſté eſt un Defert
plein de fables , où il y a
auffi des Viperes . Le devant
de la Planche eſt orné de
pluſieurs fortes de plantes
Medicinales . Au haut paroiſt
la Deviſe du Roy. Ce deſlein
eſt tiré de l'Histoire & de la
Mythologie, Apollodore dit
qu'lſchys , Roy d'Arcadie ,
Fils d'Elatus , épouſa Coronis ,
Fille de Phlegyas , Rov des
Orchomeniens , qui estoient
des Peuples du Peloponneſe
en Grece . Cette Princeſſe
avoit eſt,é aimée d'Apollon ,
& meſime estoit enceinte ,
GALANT.
117
avant ce mariage avec Ifchys .
Apollon ne put vaincre fon
-déplaifir & tranſporté de
fureur , refolur d'ofter la
vie à celle qui l'avoit abandonné.
Il luy bperça le ſein
de pluſieurs fléches : mais
il ſe laiſſa toucher par les
plaintes de cette Princeſſe
mourante , qui le pria de
conferver fon enfant. Auffitoſt
qu'elle eut jettéle dernier
foupir, il le tira de fon ventre ;
&l'ayant nommé Efculape , il
le donna à une des Heures qui
le porta à Chiron , le plus
ſage des Centaures , pour avoir
ſoin de fon éducation puis il
fit allumerlebucher pour bra .
ler le corps de ſa Mere , ſuivant
la ceremonie des Anciens. Ce
que dit Ovide que ce fut Apol
118 MERCUR E
lon quile porta, ſe doit entendre
, qu'il en donna l'ordre ,
& c'eſt une expreſſion figurée.
Les Poëtes font les Heures
filles de lupiter & de Themis,
& Officieres du Soleil , dont
elles accompagnent le Char ,
C'eſt pour cela qu'on les voit
dans cette Eſtampe aux deux
coſtez du Char d'Apollon .
Chiron eſt repreſenté ſelon
la fiction des Poëtes . La
verité eſt que les Centaures
furent des Peuplesde la Theffalie
, qui inventerent l'art de
dompter & de monter les
chevaux ,& qui parurent d'abord
comme des Monſtres
moitié hommes & moitié
chevaux , à ceux qui les virent
de loin. Chiron ſe rendit
illuſtre parmy ces peuples ,
GALANT. 119
د
ce
non ſeulement par ſa pru.
dence & par ſa juſtice , mais
aufſi par ſa ſcience & par les
belles connoiſſances qu'il eut
dans la Medecine , la Chirurgie
, & l'Astrologie
qui le fit choiſir pour eſtre
Precepteur d'Achille , de lafon
,& particulierement d'Efculape.
Il ne faut donc pas
croire qu'ils ont une caverne
pour retraite comme
Ovidele dit; ce n'eſt qu'une expreſſion
conforme à la fiction
Poëtique. Le Temple eſt placé
dans une petite Ifle , parce
que les Romains en baſtirent
un à l'honneur d'Ef
culape dans l'iſle du Tibre à
Rome. Cette Iſſe , qui estoit
nommée Infula Tiberina , eſt
appellée aujourd'huy l'iſſe de
,
2:0 MERCURE
S. Barthelemy ſous le Mont
Aventin ou de Sainte Sabine .
On y joignoit à la Statuë d'E
culapela figure d'un Serpent ,
parce queles Romains crurent
qu'il avoit pris cette figure ,
lors, qu'on l'apporta d'Epidaure
. Valere Maxime , &
Aurelius Victor rapportent
que la Ville de Rome eſtant
affligée de peſte , l'an 461. de
la fondation de cette Ville, les
Preſtres des faux Dieux con.
fulterent les Livres des Sibylles
,& y trouverentque l'untque
moyen d'arrefter cette
defolation eſtoit d'apporter
à Rome la Statue d'Efculape
que Ton adoroit à Epidaure.
( Ovide dit que l'on alla conſulter
l'Oracle d'Apollon à
Delphes qui répondit la mês
,
me
GALANT.
autres
,
me choſe . Aufſi-toſt on députa
Q. Ogulnius avec neuf
Citoyens Romains
pour aller à Epidaure, Ville du
Peloponnese, appellée aujourd'huy
Pigrada ou Efculapio
dans la Morée , vers le golphe
d'Engia. Les Epidauriens
conduifirent les Ambaſſadeurs
dans le Temple d'Efculape
, où pendant que les
Principaux de la Ville conteſtoient
ſur la maniere de
contenter les Romains , un
gros Serpent fortit de la place
où eſtoit la Statue d'or de
ce Dieu repreſenté comme un
homme ; & paſſant par le milieu
de la Ville , alla ſe placer
fur la poupe du Vaiſſeau des
Ambaſſadeurs . Ceux cy leverent
l'anchre , & firent voi-
Avril 1689 . F
122 MER CVRE
,
le à Rome , où ce Serpent ſe
retira dans l'Iſle du Tibre , &
y reprit une forme humaine.
La peſte , ajoûtent ces Hiſtoriens
, ayant ceſſé en mefme
temps , on y bâtit un Temple
àEſculape. Ceux qui ont fait
reflexion ſur ce changement
d'Eſculape diſent qu'il ſe
transforma en Serpent , pour
marquer la prudence qui eſt
neceſſaire à un Medecin ( car
le Serpent en eſt le ſymbole )
ou parce que l'on compoſe
les remedes les plus falutaires
avec la chair des Viperes ,
comme rapporte Pline l'Hiſtorien.
L'homme qui paroiſt
fur une nuë , tenant un Serpent
, repreſente la Conſtellation
d'Ophiuchus ou du
Serpentaire , en laquelle Efeu
GALANT. 123
lape fut changé , ſelon les
Poëtes . Cette Conſtellation
ſe leve avec le Scorpion & le
Sagittaire , & fe couche au
lever des Gemeaux du Cancer
,& du Lion . L'Homme a
dix- sept Eſtoiles , & le Serpent
qu'il tient , ena vingt-trois .
Les Mythologiſtes diſent
qu'Eſculape voulant gucrir
Glaucus , Fils de Minos Roy
de l'Ifle de Crete [ maintenant
Candie un Serpent s'approcha
tenant une herbe , & la
mit fur la teſte d'Eſculape ,
qui ſe ſervat de cette herbe
& en guerit Glaucus s ce
qui donna lieu aux Mede-
-cins d'employer dans les remedes
les Serpens &les Viperes
: & ce Serpent , dit
Hygin , fut placé dans la Con-
F 2
124
MERCVRE
ſtellation d'Ophiuchus . On
voit déja que tout cecy a un
merveilleux rapport à la Vipere
, & à la Theriaque . Ef.
culape marque la Vipere. Il
eſt vray que les Hiſtoriens
Romains rapportent en general
qu'il parut fous la figure
d'un Serpent ; mais il
y a lieu de croire que c'eſtoit
une Vipere , puis que la Vipere
a des proprietez qai la
rendent plus propre que les
autre Serpens , a eſtre le ſymbole
d'uneDivinité,&principalement
d'une Divinité que
l'on faifoit préſider à la Medecine.
On remarque auſſi
que quelques Peuples adoroient
la Vipere , & n'adoroient
pas les Serpens.communs
entre autres les LiGALAN
Τ.
125
thuaniens , au rapport de Cromere.
Vipera Lithuanorum olim
Numen. Les Lithuaniens ,peuples
de Pologne ; receurent
la Foy en 1386. mais auparavant
ils adoroient la Vipere
comme une Divinité. Tout
le monde ſçait qu'Apollon
eſt le Dieu de la Medecine &
de la Pharmacie , dont la The.
riaque , compoſée de la Vipere
, eſt le plus excellent Remede.
C'eſt en effet le Soleil
qui donne la force aux Plantes
Medicinales , & les bonnes
qualitez aux Viperes . Chiron
reprefentele Medecin &
l'Apothicaire ; car il eſtoit
l'un & l'autre ; & c'eſt luy
qui a donné fon nom à la
grande & à la petite Centaurée.
Une des Heures preſente
F 3
126 MERCVRE
Efculape , parce qu'il y a des ,
temps & des heures à obferver
pour le choix des 'Viperes .
La pluſpart croyent qu'il faut
choiſir de Printemps ,& quelques
uns ſont d'avis que l'Automne
eſt auſſi un temps favorable.
Ce n'eſt pas affez
d'avoir égard à la Saiſon , il
faut encore diftinguer les divers
temps de cette Saiſon ;
comme le mois d'Avril
د
au
Printemps , & la vendange en
Automne. Il eſt meſme neceffaire
d'obſerver l'heure :
les Viperes que l'on prend
aprés le Soleil levé ont de
meilleures qualitez que celles
que l'on prendroit dans les
autres heures du jour . On a
repreſenté des Viperes dans
un champ remply de plantes
GALANT.
127
aromatiques ,&d'autres dans
une terre fablonneuse & ſterile
, pour marquer les deux
differences de Viperes , dont
parle Alexandre ab Alexandro ,
lors qu'il dit que dans PArabie
les Viperes n'ont point de
venin mortel , parce qu'elles
fe nourriffent d'herbes odoriferantes
: & que dans l'Afrique
, leur haleine ſeule eſt un
poifon. Au devant de la Figure
, le Peintre a ingenieufement
repreſenté la pluſpart
des plantes dont la Theriaque
est compoſée , & que l'on
joint à la chair des Viperes.
Al'égard de la Deviſe du
Roy , puis que ſelon la penſée
du P. Bouhours , la Deviſe
eſt une Metaphore peinte qui
repreſente un objet par un
F4
128 MERCVRE
autre avec lequel il a de la
reſſemblance , on a eu ſujet
de peindre icy le Soleil , dont
on ſçait que le mot eſt , Nec
pluribus impar , afin de marquer
que le Roy eſt un Soleil
qui a affez de lumiere pour
éclairer non ſeulement plufieurs
Parties du monde . mais
auſſi toutes les Sciences &
tous les Arts . Si Apollon ,
ſelon les Poëtes . eſt le Dieu
de la Medecine & de la Pharmacie
, LOUIS LE GRAND
eſt veritablement le Protecteur
& le Reſtaurateur de
ces Sciences , par le foin qu'il
veut bien prendre de faire
diſtribuer à ſes Sujets & aux
Etrangers les plus excellens
&les plus rares Remedes , &
fur tout la Theriaque , dont
GALANT. 129
la diſpenſation & la compoſi .
tion ſe font en prefence des
Magiſtrats à qui le Roy a
donné l'autorité de regler ce
qui regarde la ſeureté &
l'avantage du Public , & fous
les aufpices de Mr Daquin ,
premier Medecin de Sa Majeſté,
En vous parlant il y a un
mois de la reception qui avoit
eſté faite au Roy d'Angleterre
, dans tous les lieux
où paſſa ce Prince pour ſe
rendre à Breſt , je vous en.
voyay la pluſpart des complimens
qui luy avoient efté
faits par les divers Corps qui
eurent l'honneur de le ſaluer
Vous m'avez marqué en avoir
receu beaucoup de plaifir ,&
comme celuy du Pere Del
Es
130
MERCVRE
peuch , Preſtre de l'Oratoire ,
& Recteur de l'Univerſité
d'Angers , m'eſt tombé depuis
entre les mains , je ne
veux pas vous priver de la fatisfaction
que vous aurez à le
lire. Sa Majesté Britannique
en fut tres contente , & fur
l'approbation generale qu'il
recent , l'Univerſité aſſemblée
en Corps , à la teſte duquel
il fut prononcé , ordon .
na qu'il feroit mis dans ſes
Regiſtres . En voicy les ter
mes.
SIRE.
2
Si dans le renversement étrange
des Loix humaines & divines
qui se fait aujourd'huy ...
il nous eſtuit permis de concevoir
quelque ioje , l'unique que nous
GALANT. 131
pourrions reſſentir dans l'excés
de nos déplaisirs , feroit d'avoir
l'honneur de falüer Vostre Maiesté
, & de voir dans la Personne
d'un si grand Prince l'intrepide
Défenseur de nos Autels &
Le Heros de la Religion . lamais
rien n'a paru de fi grand que
ce que vous avez fait dans l'une
& dans l'autre fortune , toutours
égal , toutours ferme , toujours
bienfaisant , preſt à abandonner
le Trône plutoſt que d'abandonner
voſtre Religion , & preft à re
monterfur le Trône pour la défenſe
de la mesme Religion . Nous n'avons
presque point esté surpris de voir
Vostre Maieste attaquée par de
perfides Ennemis. C'est la fatalité .
Stre , des Princes incomparables &
des souverains ialoux de la gloire
des Aurels ,d'avoir à combattre&
F6
132 MERCVRE
àvaincre des Tyrans. Les Constantins
ont eu des Maxences, les Theodofes
ont eudes Maximes & des
Eugenes , qui curent l'infolence de
monter iusquesur le Trône , mais
leur cheuteſuivitde prés leur élevation
,& dans leur iuste infortune
il ne leur refta que la triſte confolation
d'avoir osé combattre contre
les Heros . Telle fera , Sire , la fortune
de cet iniufte vfurpateur ,de
ce Roy de Theatre qui viole teme.
rairement les droits les plusfacrez ,
l'Univerſitéd' Angers qui prend
la liberté de vous offrir fes treshumbles
respects , &qui a cent fois
consacrésavoix à vos louanges ,fe
prépare à celebrer l'heureux rétabliſſement
de vostre Maiesté , qui
est l'unique obiet deſesvoeux.
Rien ne doit ſurprendrede
GALANT.
133
ce qui est cauſé par l'amour.
Il agit differemment felon
que les coeurs ſont diſpoſez ,
& il y a ſouvent de l'étoile
dans les liaiſons qu'il forme...
Un Cavalier tout plein de
merite , & dont la naiſſance
eſtoit ſouſtenuë par un bien
confiderable , eſtant allé voir
un jour une Dame de fes
Amies , trouva chez elle une
fort jolie Perſonne dont il fut
touché . Ce n'eſtoir pas une
beauté reguliere ; mais il y
avoit un tel agrément , & fur
fon vilage , & dans ſes manieres
, qu'elle en effaçoit de
plus belles qu'elle. Il s'attacha
à l'entretenir , & fon efprit
qui luy parut doux &
infinuant , fut un nouveau
charme que entraina ſa rai134
MER CVRE
fon . Elle estoit avec ſa Mere
dont la ſageſſe & l'honneſteté
fervoient d'aſſeurance au Cavalier
des ſoins qu'elle avoit
donnez à l'éducation de fa
Fille. Quand elles furent
parties , le Cavalier qui demeura
ſeul avec la Dame luy
fit force queſtions ſur tout ce
qu'elle ſçavoit de cette aimable
Perfonne , & il les fit
d'un air empreffe qui luy fit
connoiſtre , que la curiofité
qu'il luy marquoit eſtoit
un commencement d'amour.
Elle luy dit en riant qu'elle
voyoit bien qu'il la trouvoità
ſon gré , & il ne luy cacha pas
que ſi elle avoit effectivement
autant d'eſtimables qualitez
que cette premiere veuë luy
en avoitfait paroiſtre , il feroir
GALANT..
133
1
tout fon bonheur de s'engager
avec elle. La Dame voyant
qu'il luy parloit ſerieuſement,
lay reponditde la meſme forte ,
& aprés luy avoir parte de la
Demoiselle comme de la per
fonne la plus accomplie , & la
plus capable de rendre un ma--
ry heureux , elle ajouſta que
s'il regardoit ſes avantages du
coſté de la fortune , elle craignoit
qu'il ne fiſt un mauvais
choix ; que la Belledépendoit
d'un Père avare ,
qui quoy que tres - riche
ne luy feroit pas une grande
avance , & que lors qu'il
feroit mort , deux Fils qu'il
avoit partageroient ſa fucceffion,
fans qu'elle y euſt preſque
aucune part , toutes ſes Terres
د
13.6 MERCVRE
eſtant ſituées dans des Provin
ces où la Coutume eſtoit fort
contraire aux Filles . L'avis ne
pût rien ſur l'eſprit du Cavalier.
Il pria la Dame de luy procurer
ſouvent la veuë de la
Belle,afin que la cõnoiſſantparfaitement
il puſt juger s'ils eftoient
nez l'un pour l'autre. La
Dame eut avec plaifir la complaiſance
qu'il luy demandoit.
Elle fervoit une Amie qui meritoit
bien qu'on l'obligeaſt , &
aprés l'avis donné ſur l'avarice
du Pere , elle n'avoit rien à ſe
reprocher. Les entreveuës ſe
firent d'abord ſans marquer aucun
deſſein . On s'abandonna à
d'agreables conversations , &
le Cavalier fut Payé des ſoins
qu'il prenoit de chercher à
plaire , par tout ce que labien
GALANT.
137
feance fouffroit qu'on luy
montraſt de reconoiffance. Jl
demeura bien toſt convaincu
de tout le merite qu'il avoit
cru dans la Belle , & s'appliquant
à étudier ſes plus fecrets
fentimens,il n'eut pas de peine
àdécouvrir quils luy estoient
favorables . La Mere qui avoit
vû naiſtre cette paffion avec
plaifir , entra avec une joye
extréme dans les mesures qui
étoient à prendre pour engager
fon Mary à l'approuver . Il fut
refolu qu'on luy feroit un ſecret
de ce qui s'étoit paffé chez
la Dame , & qu'un des Amis
du Cavalier troit le trouver
pour luy demander ſa Fille, ſans
faire connoiſtre que les choſes
fuſſent deja auſſi avancées
qu'elles l'eſtoient du coſté du
138 MERCVRE
4
ceoeur. C'eſtoir un homme
bizarre , & s'il euſt appris que
dans une affaire de cette importance
on cuſt ofé prendre
quelque engagementſans luy ,
il auroit cru ſon autorité bleffee
, & il n'en euſt pas fallu davantage
pour luy faire refuſer
fon conſentement.Tout ſe paffa
comme on l'avoit arreſté , &.
lePere trouvantle party d'autant
plus avantageux qu'on
luy témoigna qu'il ſeroit maitre
de tout , ne balança point
àdonner parole . Il recent enfuire
le Cavalier de la maniere la
plus civile & la plus fatisfailante
, & le preſenta à ſa Femme
& à ſa Fille , comme une
perfonne qui ne leur eſtoit
connue que de nom . If leur
marqua le deſſein où il eſtoit
GALANT. 139
d'en faire fon Gendre , & leur
demanda pour luy des honneſtetez
où elles eſtoient toutes
diſpoſées. La Belle autoriſée
par là dans ſa paſſion
s'y abandonna fans plus garder
de referve ſur ſes fentimens.
Le procedé genereux
du Cavalier , qui pour s'attacher
à elle n'avoit aucun
égard à fes intereſts , meritoit
bien qu'elle lay donnaſt ſon
cocur tout entier. Ils ſe firent
les plus fortes proteſtations
d'une tendreſſe eternelle , &
la Mere qui estoit charmée
de leur union , ne contribua
pas peu à la confirmer. Il
n'eſtoit plus queſtion que de
figner les articles. On le de.
voit faire au premier jour .
lors qu'un facheux Incident
140 MERCVRE
en fit differer la ceremonie.
le Pere eut avis que ſon Fils
aifné , qui eſtoit Volontaire
dans les Troupes ; avoit eſté
tué en quelque rencontre , &
fon Cadet tomba preſque en
même temps dangereuſement
malade. Il n'y avoir aucune
apparence de parler de noces
dans un temps où l'on pleuroit
l'un , & où tout estoit à
craindre pour l'autre . On
n'oublia rien pour le ſauver ,
& le Cavalier qui prévoyoit
fon malheur s'il arrivoit qu'il
mouruft , faifoit fans ceſſe des
voeux pour le ſuccés des remedes,
mais ils furent inutiles.
Sa fiévre qui n'eſtoit d'abord
que double tierce, ſe changea
en continue , & aprés avoir
reſiſté un mois entier , il laiſſa
:
GALAN T.
141
ſa Soeur unique heritiere. Il
n'auroit pas eſté ſurprenant
que l'on euſt remisle mariage -
aprés un temps ſuffiſant pour
ſe conſoler de la double perte
qu'on venoit de faire ; mais le
Cavalier que l'on avoitd'abord
regardé comme un party fort
confiderable , ceſſoitde l'eſtre
pour une fille qui devoit avoir
vingt- cinq mille livres de rente
,& fon Pere qui commença
à prendre des veuës proportionnées
à ce grand bien, trouva
à propos de le prier de ſe
retirer. Sa Femme tâcha de
faire valoirla generoſité qu'il
avoit euë de facrifier au plaifir
d'entrer dans ſon alliance tous
les avantages qu'il euſt pû
trouver ailleurs , lors qu'il s'eftoit
contenté de cequ'on vou142
MERCURE
loit donner à ſa Fille, & preten
dit qu'on le devoit reconnoif.
tre par des ſentimens qui répondiſſent
aux fiens , mais tout
cequ'elle put dire ne fitqu'aigrir
ſon Mary , & malgré ſes
remontrances , le Cavalier fut
congedie. Ce ne fut pas fans
qu'il euſt la joye de recevoir
dela bouche meſime de ſa Maiſtreſſe
toutes les aſſurances qui
pouvoient ſervir à adoucir ſon
malheur. La Mere qui en fut
témoin luy permit d'attendre
d'elle tout le ſecours qu'il en
pouvoit ſouhaiter ; & comme
on avoit fait à toutes les deux
d'expreſſes défenſes dele plus
voir , la crainte d'accroiftre
Ja mauvaiſehumeur du Pere ,
fi parſon éloignement il ne le
gueriſſoit pasde tous les ſoup
GALANT.
143
çons qu'il pouvoit avoir , le fit
refoudreàſe retirer dans une
Terre qu'il avoit àtrente liûës
de Paris .Les adieux furent fort
tendres . Ildit à la Bellequ'il ne
valoitpas qu'elle renõçaſtpour
luy àune grade fortune,& plus
il fut genereux,plus il la trou
va conſtante dans les ſentimens
qui luy eſtoient dûs. Ils
conviprét du conſentement de
la Mere qu'ils s'écriroient fort
ſouvent par le moyen de la
Dame , leur commune Amie ,
& rien n'eſtant ny plus enga
geant ny plus flateur que les
Letres , l'abſence ne fit qu'-
augmenter leur paſſion. Il ſe
paſſa une année entiere , pendant
laquelle le Cavalier fit
fecretement deux ou trois
voyages à Paris . Il y voyoit
144
MERCURE
ſa Maiſtreſſe un jour chez
cette commune Amie , & s'en
retournoit le lendemain . Pluſieurs
perſonnes d'un rang
distingué la recherchoient ;
mais heureuſement pour elle ,
fon Pere ſe trouvoit toujours
embaraſſe ſur le choix , &
le plaiſir de demeurer maiſtre
de ſon bien , l'empefchait de
ſe hater de la marier. Sa Femme
y contribuoit en ſe ren
dant difficile pour la conferverau
Cavalier , ſans pourtant
qu'elle puſt voir par où elle
pourroit faire reuffir ſes eſperances.
Tandis qu'il vivoit
ainfi retiré , il vit arriver chez
luy un de ſes Amis, intimes
qu'il n'avoit point vu depuis
quatre ans . C'eſtoit un homme
d'une Maiſon fort confiderable,
4
GALANT.
145
derable , & qui prenoit le
nom de Marquis à juſte titre.
Il avoit paſſe tout ce temps
à Rome , & ayant appris que
le Cavalier eſtoit à ſa Terre ,
il venoit luy faire part de
tout ce qui luy eſtoit arrivé
dans fon voyage. Sa veuëluy
cauſa beaucoup de joye , &
il l'arreſta chez luy le plus
long - temps qu'illuy fut pof
fible , ſans luy découvrir ce
qui l'avoit obligé à quitter
Paris. Malgré toute l'amitié
qui les uniſſoit , il crutdevoir
ce ſecret à ſa Maiſtreſſe. Ilne
ſçavoit pas comment tourne
roient les chofes , & le meilleur
eſtoit de ſe taire . Il vivoit
dans cette Terre avec une
Soeur qui eſtoit Veuve , & le
repos attaché à la retaite étoit
le pretexte dont il ſe ſervoit
Avril 1689 . G
146 MERCURE
pour y demeurer. Le Marquis
partit , & il y avoit déja deux
mois qu'il l'avoit quitté , lors
qu'il revint le trouver un
foir pendantque la nuit eſtoit
fort obfcure. Le Cavalier
crut qu'il venoit encore paſſer
huit ou dix jours avec luy , &
il s'en faiſoit un fort grand
plaifir ; mais le Marquis ayant
demandé à luy parler en particulier
, luy dit qu'il l'avoit
choiſi comme l'homme du
monde en qui il ſe confioit
le plus pour laiſſer entre ſes
mains un depoſt conſidera
ble , & qui luy eſtoit de la
derniére importance. Il s'agiſſoit
d'une Demoiselle qu'il
avoit enlevée depuis trois
jours. Il avoit marché toujours
de nuit , afin qu'on ne
6
GALANT. 147
,
puſt ſçavoir quelle route il
avoit priſe & il l'amenoit
chez luy , où elle devoit demeurer
cachée auprés de ſa
Soeur , tandis qu'il employeroit
ſes Amis pour obliger
fes Parens de conſentir , fon
mariage. Le Cavalier ayant
ſceu qu'il l'avoit laiſſée dans
un Carroſſe avec ſeure garde
à deux cens pas de chez luy ,
pria ſa Soeur d'aller lay offrir
tout ce qui pouvoit dépéndre
d'elle , & de la conduire
dans l'appartement qu'il alloit
luy faire preparer , & où
l'on convint qu'on ne laifferoit
entrer que des Domeſtiques
de confiance , ſans pourtant
leur dire ce qui obligeoit
à ne la pas laiſſer voir. La
Dame fit ce que ſouhaitoit
G2
148 MERCURE
fon Frere , & le Marquis la
mena où le Carroſſe eſtoit
arreſté. La Demoiselle enicvée
ne répondit autre choſe
au compliment de la Dame
qui l'aſſura de ſes ſoins dans
tout ce qui pourroit la ſatiſfaire
, finon qu'elle la prioit
de la ſecourir contre la violence
qui luy eſtoit faite. Elle
defcendit en meſme temps ,
&la ſuivit ſans rien dire davantage.
Le Marquis fit auſſitoſt
partir le Carroffe , & fe
faiſant attendre par deux ou
trois de ſes gens auſſi bien
montez que luy , il vint retrouver
le Cavalier , pour luy
dire adieu , eſtant reſolu de
marcher tout le reſte de la
nuit , afin de pouvoir paroiſtre
le lendemain dans quelque
GALANT. 149
٢٠
lieu affez éloigné , pour empeſcher
qu'on ne ſoupçonnaſt
que ce fuſt chez ſon Amy
qu'il cuit mis la Belle. LeCavalier
ayant demandé ſi elle avoit
conſenty à l'enlevement ,
il luy répondit que quand il
avoit tâché de s'en faire aimer
, elle luy avoit marqué
qu'un premier engagement
ne permettoit pas qu'elle l'écoutaſt
; qu'il s'eſtoit enſuite
declaré avec ſon Pere ,& que
fur le refus de l'un & de l'autre
, on luy avoit conſeillé
de l'enlever , parce qu'elle
avoit beaucoup de bien ; que
quoy qu'elle cuſt de grands
agrémens dans ſa perſonne , il
luy avoüoit que les avantages
qu'il trouvoit en l'épouſant ,
eftoient l'unique motif de la
G3
150
MERCVRE
réſolution qu'il avoit priſe ,
qu'il ſçavoit bien qu'on l'alloit
poursuivre comme auteur
du rapt parce qu'un Laquais
qui avoit fuy quand il avoit
fait l'enlevement , avoit pu le
remarquer , mais qu'il eſtoit
d'une naiſſance affez diſtinguée
pour croire que les Parens
, après avoir fait un peu
de bruit , ſeroient ravis d'affoupir
l'affaire , que fon alliance
leur feroit honneur ,&
qu'un homme comme luy n'avoit
pas à craindre qu'on le refuſaſt
quand on connoiſtroit
le peu de ſuccés qu'auroient
les pourſuites , que cependant
il luy laiſſoit menager l'eſprit
de la Belle , & qu'ayant pour
luy autant d'amitié qu'il en
avoit , il ne doutoit point
1
GALANT.
1
qu'il ne vinſt à bout de lau
convaincre que le feul party
qu'elle avoit à prendre aprés
l'eclat d'un enlevement, estoit
d'entendré raiſon de bonne
grace , en declarant quand il
en ſeroit beſoin , qu'elle vouloit
bien eſtre ſa Femme ;
qu'il viendroit ſçavoir dans
quelques jours l'effer qu'au
roient cu les remonstrances
& luy apprendre ce qu'il auroit
fait de ſon coſté , pour
mettre l'affaire en termes
d'eſtre accommodée . Le Cavalier
l'aſſeura que fes intereſts
eſtant les fiens , il at
giroit comme pour luy- meſme,
quoy qu'il fuſt faché d'avoir à
combattre un coeur qui n'eſtoit
pas libre , parce que les premieres
impreſſions s'effaçoient
G4
152
MERC VRE
toûjours difficilement. Le Marquis
partit ſans vouloir revoir
la Belle pour ne pas l'aigrir par
ſa prefence. Elle s'eſtoit emportée
toutes les fois : qu'il
s'eſtoit montré pendaut le
voyage ; & il ſe flata qu'il la
trouveroit adoucie àfon retour
Sitoſt qu'il eut pris congé de
ſon Amy , le Cavalier alla
dans l'appartement où ſa Scoeur
eſtoit demeurée auprés de la
Belle. La fatigue d'un voyage
fort precipité & fait de nuit ,
& l'affliction où elle étoit
l'avoient obligée à ſe jetter
fur un lit où la lumiere
ne donnoit que foiblement , &
comme il venoit la conſoler , à
peine eut il commencé ce
qu'il avoit à luy dire , qu'elle
pouffa un grand cry , & fele-
-
,
ي ف
GALANT.. 153
vatoutd'un coupavecdesmarques
d'une ſurpriſe extraordinaire.
C'eſtoit ſa Maiſtreſſe enlevée
par ſon Amy. lugez ce
que produiſit un évenementſi
peu attendu. Le Cavalier avoit
dela peine àcroire ſes yeux,&
la Belle qui ſe voyoit au pouvoir
d'un homme qu'on avoit
trompé & qui en devoit garder
du reſſentiment , ſe ſeroit
perfuadé que l'enlevement
auroit eſté fait pour luy fi la
conduite pleine de reſpect
qu'il avoit toûjours tenuë ,
ne l'euſt empeſchée de luy
imputer une violence de cette
nature. Tout fut éclaircy ;&
on ne pouvoit aſſez admirer
ce que le hazard venoiz de
faire. La Belle repritunair de
gaycté qui fit paroiſtre le plai
2
G
154
MERCVRE
fir qu'elle ſentoit de ſe voir
en lieu où elle estoit aſſeurée
qu'on la laiſſeroit maiſtreſſes
abſoluë de ſes volontez. Elle
demanda d'abord qu'on la remiſt
chez fon Pere , mais le
Cavalier luy ayant fait voir
qu'il ne le pouvoit que de
concert avec ſon Amy,& qu'il
falloit prendre pour cela de
grandes précautions qui feroient
peut-eftre utiles au ſucy
cés de leur amour ,, elle luy
abandonna le ſoin de ſa deſtinée
, & ſe conſola dans
fon malheur , puis qu'il étoite
adoucy par le plaifir de navoir
à redouter aucune contrainte..
Le Frere & la Soeur n'oublie--
rent rien de ce qui pouvoitt
contribuer à luy donner de la.
joye . Ils paſſoient les jours
1
GALANT.
155
entiers dans ſa chambre , ou
la menoient à la promenade
dans quelque endroit retiré ,
& comme il eſt rare de s'en
nuyer avec ce qu'on aime ,
elle trouvoit ſa captivité fort
agreable. Les fermens de fidelité
& de conſtance furent
mille fois reïterez , & par un
ſecret preſſentiment , ils ne
pouvoient s'empeſcher de
croire qu'il feroient, enfin
heureux . Trois ſemaines s'é
tant paffées de la forte , le
Marquis revint un ſoir chez
le Cavalier , lors que la nuit
eſtoit déja aſſez avancée. IlI
voulut encore l'entretenir en
particulier , & luy dit aprés
l'avoir embraffé , qu'il ne doutoit
point que la Demoifelle
qu'il avoit laiſſée chez lay ne
G60
>
C
1
196 MERCVRE
luy euſt appris qui elle eſtoit ;
que ſans luy nommer fon
Pere , il luy avoit parlé la premiere
fois de l'enlevement
qu'il avoit fait comme d'une
affaire qu'il ſeroit aifé d'accommoder
; mais que ce Pere
homme incapable d'eſtre gouverné
, eſtoit fi fort aveuglé
dans ſa fureur , que non ſeulement
il promettoit ſa Fille à
quiconque pourroit la tirer
d'entre ſes mains ,mais qu'il
faifoit contre luy les plus
facheuſes pourſuites , qu'ainfi
n'ayant plus aucune eſperance
de le fléchir , il ne pouvoit
fortir d'embarras qu'en forçant
fa Fille à l'épouſer ; qu'il la
meneroit chez luy où il la fe
roit reconnoiſtre pour ſa Femme
,& qu'aprés le mariage il
A
GALANT. 157
ne craignoit point qu'on euſt
affez de credit pour le faire
rompre , qu'il venoit ſçavoir
ce qu'il avoit fait pour luy ,&
ſi ſes ſoins avoient mis la
Belle dans des diſpoſitions
qui luy fuſſent favorables .
Le Cavalier ne balança point
ſur la reſolution qu'il avoit
à prendre. Il luy répondit
qu'eſtant incapable de manquer
à l'amitié , il luy laifferoit
une entiere liberté de
s'aſſurer du coeur de la Belle ,
mais qu'il n'avoit pu choiſir
perſonne qui fuſt moins propre
que luy à luy inſpirer les
fentimens qu'il luy fouhaitoit.
Là-deſſus il luy conta
l'engagement qu'ils avoient
prislun pour l'autre , & aprés
luy avoir exageré le deſeſpoir
MERCVRE
où la rupture de ſon mariage
l'avoit réduit , il ajoûta que
s'il pouvoit eſtre affez heureux
pour obliger l'aimable
perſonne qu'il luy avoit mife
entre les mains ,à ſe declarer
en ſa faveur ,quoy qu'il en
duſt reffentir toute la dou
leur imaginable , il facrifieroit
ſes intereſts à ce qu'il devoit
àtous les deux mais qu'il le
prioit de le diſpenſer de travailler
luy meſme à ſa perte;
& de s'attirer le juſte mépris
de celle qu'il aimoit uniquement
, en preferant l'amitié à
ce que l'amour exigeoit de
lay. Ce difcours fut faitd'une
maniere ſi vive , que le
Marquis en demeura penetré ..
Il comprit toute la force de
la paſſion de fon Amy , &
GALANT..
159
comme il n'avoit enlevé la
Demoiselle que par des veuës
d'intereſt , ſans que l'amour .
y euſt grande part , il auroit
eu à fe réprocher une injuſtice
indigne de l'amitié qu'ils
s'eſtoientjurée , s'il euſt voulu
luy ofter un bien qui devoit
faire tout le bonheur de
fa vie. D'ailleurs on ne poц-
voit adoucir le Pere , doncs
les procedures, l'obligeoiento
à ſe tenir toujours en eſtate
de n'eſtre points arrefté. La
Fille dont il ne pouvoit eſpe..
rer de toucher le coeur ,nefſtoit
plus en fon pouvoir , &
quand il auroit voulu, s'ens
refaifir pour la mettre par dan
force dans la néceffité de
l'époufer , il n'y avoittarcune
apparence que fon Amyy
i
160 MERCURE
qui ne vivoit que pour elle,
euſt pu conſentir à l'expofer
à la violence. Ainfi prenant
le party d'eſtre genereux
, qui fatisfaifoit ſagloire
, & le tiroit d'embarras ,
il ceda toutes ſes pretentions
à ſon Amy , & luy dit d'une
maniere obligeante , qu'il avoit
peine à ſe repentir d'un
enlevement dont il pouvoit
tirer de grands avantages ,
puis que dans la ſituation où
eſtoient les chofes il n'y
avoit qu'àbien ménager l'efprit
du Pere pour luy faire
prendre une reſolution favorable
à ſon amour. En mefme
temps , il le pria d'aller
preparer la Belle à fouffrir fa
veuë , afin que l'ayant obligée
à luy pardonner il puſt exa-
د
GALANT. 161
د
miner avec eux ce qu'il feroit
à propos de faire pour affcurer
leur bonheur. La Belle
ravie de cet heureux changement
, recent le Marquis avec
autant de joye & d'honneſteté
qu'elle luy avoit d'abord marqué
d'indignation. Il demeura
deux jours dans cette maiſon ,
& le reſultat du Conſeil qu'ils
tinrent enſemble fut que
le Cavalier iroit à Paris , ſe
prevaudroit de la difpofition
où il trouveroit le Pere. Il ſe
fit menerchés luy par une perſonne
qui pouvoit beaucoup
fur fon eſprit , & tourna fon
compliment fur ce qu'étant
toûjours demeuré le meſme;
il ne ſe pouvoit qu'il n'eut été
ſenſiblement dans le déplaiſir
que luy cauſoit le malheur qui
162 MERCVRE
luy eſtoit arrivé . Le Pere s'emporta
avec fureur contre le
Marquis , proteſtant qu'il ne
ſeroit jamais fatisfait qu'il ne
luy euſt fait couper la teſte .
Il ajoûta qu'il reconnoiſſoit la
main de Dieu qui le puniſſoit
de ce qu'il l'avoit trompé ſur
le mariage de ſa Fille &
que s'il pouvoit la retirer des
mains du Marquis , il eſtoit
preſt à la luy donner , & à
reparer par là l'injustice que
l'ambition luy avoit fait faire..
Le Cavalier voulant profiter
de ce mouvement , répliqua
qu'il eſtoit venu le chercher
exprés pour luy offrir ſes ſervices
qu'il connoiffoit non
ſeulement le Marquis , mais
aufli tous ceux en qui il avoir
quelque confiance qu'il dé
GALANT. 163
couvriroit le lieu où il avoit
mis ſa Fille , & qu'ayant toujours
pour elle le meſme refpefct
& la mefme paſſion , il
eſtoit ſeur de l'obliger à la
rendre , ou de l'enlever du
lieu où elle ſeroit ,s'il s'obſtinoit
à la vouloir retenir. Le
pere le conjura de ne point
perdre de temps , & luy donna
de ſi fortes aſſeurances
qu'il n'avoit envie de la retrouver
que pour luy en faire
un don , qu'il ne put douter
qu'il ne luy parlaſt ſincerement.
Il partit le lendemain ,
& ayant rejoint le Marquis
à une Terre où il s'eſtoit retiré
il luy rendit compte
de tout ce qu'il avoit fait.
Comme le Pere avoit foubaité
qu'il luy fiſt ſcavoir
,
H
164
MERCURE
Teſtat des chofes , il luy écrivit
d'abord qu'il avoit trouvé
le Marquis dans une obſtination
extraordinaire , & que
peut-eſtre il ne luy feroit pas
ſi aiſe qu'il l'avoit cru de découvrir
où il avoit mis ſa Fille .
Il luy manda quelques jours
aprés qu'il le voyoit un peu
ébranlé , & qu'il ſembloit ſe
refoudre à luy ceder ce qu'il
connoiſſoit qu'il ne pouvoit
obtenir que par la force , mais
qu'il avoit peine à croire qu'on
euſt un veritable deſſein de
confentir à un mariage qui
avoit eſté rompu . Ces Lettres
furent ſuivies d'une negociation
particuliere. Un Gentilhomme
envoyé par le Marquis
vint trouver le Pere , & l'affura
de ſa part qu'il eſtoit preſt
1
GALAN Τ .
165
delay ramener ſa Fille, s'il vouloit
bien luy donner parole
qu'il la feroit époufer au Cavalier.
Il luy déclara en meſme
temps qu'il pretendoit la difputer
à tout autre , & qu'il
trouveroit moyen de ſoutenir
ce qu'il avoit fait. Le Marquis
eſtoit bien moins riche que le
Cavalier , & le Pere ne trouva
pas qu'il deuſt balancer , puis
qu'on luy laiſſoit le choix. Il
s'acquitoit de ce qu'il devoit
à l'un , & ſe vangeoit en quelque
façon de l'autre ; puis
qu'il faiſoit avorter ſon entrepriſe.
Il dõna au Gentilhomme
les ſeuretez qu'il luy demanda,
On ceſſa toutes pourſuites,
& la Demoiselle fut remenée
chez ſon Pere . Elle obtint de
luy qu'il conſentiroit à voir
166 MERCVRE
le Marquis , & il fut prié du
mariage qui ſe fit enfin avec
tout l'éclat que demandoit
une ſi riche Heritiere.
Vous avez ſouvent entendu
parler du changement des-
Monoyes d'argent de Naples.
Vous en verrez tout le particulier
dans la Lettre que Mr
Chaffebras de Cramailles qui
a eſté ſur le lieu , en a écrite
à Mr Menage un des plus
ſcavans Hommes de noſtre
Siecle. Voicy ce qu'elle
contient.
د
Usage qu'on a eu àNaplesde-
Tofage
puis long- temps denneepoint pefer
les Monnoyes d'argent , quoy
qu'on les peſe dans les principales
Villes d'Italie quand elles ne paroisfent
pas de poids , & le peu de ſoin
BIBLIU
67
n-
&DELA
VIL
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qu
Vil
Jer
GALANT. 1
167
que l'on a pris d'observer la rondeur
& la beauté des Especes qui
ont estéfabriquées toutes irregulieres
, diſſemblables & mal formées ,
ajant donné occaſion à quantité
de faux Monnoyeurs & Billonneurs
de les rogner , l'abus est venu à un
tel point, qu'ils'en est trouvé beaucoup
qui ne pesoient pasle quart,ny
mesme la fixiéme partie du poids
qu'elles doivent avoir par les Ordonnances
. Cela commença à faire
grand tort au commerce il ya huit
ou neuf ans, les Marchands refusant
derecevoir l'argent des Particuliers,
&les Banquiers n'en voulant plus
faire tenirdans les autres Villes à
moins d'un gros interest , de forte
que cette Ville fi marchande étoit
en estat de ſe ruiner peu à peu ,si
l'onn'y euft apporté un prompt remede.
Le Marquis de Los Vellez
168 MERCUR E
Vice-RoydeNaples ,fut le premier
qui chercha les moyens de remedier
à ce defordre. Il fit afſsembler en
1682. tous les Officiers de la Monnoye
avecplusieurs Perſonnes intelligentesfur
ce fait , &aprés avoir
eu diverſes conferences avec eux , il
refolut dedécrier toutes ces vieilles
Especes d'argent, &d'en faire battre
de nouvelles qui imitaſſent la
perfection des Louis d'or & des
Louis d'argent de France. Pour cela
il se fit apporter quelques- uns de
ceux que l'onfabriquafous le regne
de L'ouis le fuste , & au commencementdu
regne de Louis le Grand,
qui surpassent en beauté toutes
les Munnoyes de de l'Europe. Mr
Chaffibras du Breau mon Pere , que
le Roy avoitnommépour l'établis-
Sement de la Monnoye du Moulin
dans toutle Royaume , fut bien
aife
GALANT. 169
J
aiſe pour la gloire de la France ,&
pour s'aquiter dignement de la
Commiſſion dont Sa Majesté l'avoit
honoré , que les Monnoyes de deux
fi grands Monarques puflentservir
d'exemples & de modelles dans les
• Siecles à venir .
Le Marquis de Liche ayant fuccedé
au Marquis de Los- Velez
dans la Vice- Royauté de Naples
* commença en 1683. à faire battre
de cette nouvelle Monnoye , mais
il trouva plus de difficulté qu'il ne
• pensoit dans l'execution de ce def
fein, àcausede la porte que le Peu-
-ple eust estéoblige de fouffrir dans
Le decry des vieilles Efpeces , qui
auroit esté à plus de foixante pour
cent,fi en les changeant à la MOR
noye on eust rendufeulement lava
Leur de l'argent suivant le poids
du mare , ainsi qu'il s'est toujours
pratiqué en de pareilles occafions,
Avril 1689.
H
4
1
170
MERCVRE
1
!
Y
i
D'ailleurs il voyoit la Populace
preſte à se revolter dans la crainte
où chacun estoit defaire une perte
fi considerable. C'est pourquoy après
avoir envoyé divers Memoires à
Madrid , & avoir receu un plein
pouvoir de la Cour d'Espagne de
-terminer cette affaire en la maniere
qu'ille jugeroit àpropos , il nomma
des Commiſſaires pour compofer
un Confeil particulier où il fit
trouver les Chefs des principaux
Tribunaux , les Sieges de la Nobleffe
& des Deputez particuliers de la
Ville ,& là il fut arreſté que l'on
continueroit ,la Fabrique des nouvelles
Monoyes d'argent , & qu'on
changeroit les vieilles pour le prix
courant où elles estoient fans en rien
diminuer ; & afin de fubvenir aux
frais de la Fabrique de la nouvelle
GALANT 171
Monnoye , & de remplacer le dechet
qu'ily avoit dans la Fonte des
vieilles , qui estoient rognéespour
lapluſpart de plus de deux tiers de
leur poids , il ordonna qu'on leveroit
diverſes Impoſitionsfurle Sel,
fur le sucre , & fur quantité de
Marchandises & denrées étrangeres,
afin que chacun contribuaft par
ce moyen à cettte depenſeſans s'en
apercevoir.
Cependant ces imposts ne purent
Se leversi promptement qu'il l'auroit
voulu. On voyoit tous les jours
naiſtre denouveaux embarras , &
leMarquisde Liche eſtant mort lors
que cette affaire estoit preste à se
terminer ,le Connestable Colonne
futnommépar interim , en atten
dant que le Comte de Saint Iſtevan .
nouveau Viceroy , fust arrivéà Naples.
Cet Interregnen'ayant estéque
H 2
1172
MERCVRE
1
L
८
de trois mois , il ne fut pas au pouvoir
du Conneſtable Colonne de
regler une affaire de cette impor
tance ensi peude temps , mais en
fin le Comte de Saint Istevaneftant
arrivé à Naples au mois de Février
de l'année derniere 1688. il s'y appliqua
avec tant de vigueur & de
fuccés , qu'il l'a enfin conclue dans
les premiers mois de cette année
1689. où l'on a commencé àdiftri
buer an Peuple unegrande quantité
de ces nouvelles Monnoyes , au lieu
desvicilles que l'on fond journellemant
. Ces nouvelles especes d'argentfont
au nombre de quatre, qui
font icy reprefentées dans leur juste
grandeur.
*
1. Le Ducaton , qu'on appelle
improprement Ecu , du poids de dix
Carlins, qui font environ trois livres
cingfols monnoye de France. IlreGALANT.
173
-
,
profonte d'uncoté le Buste du Roy
d'Espagne , avec le Collier de la
Torfon , & pour legende , Carolus
fecundus , Dei gratia
Hifpaniarum & Neapolis
Rex Au revers est la Couronne
& le Sceptre d'Espagne , avec
les deux Hemispheres du Globe
terrestre ,& pour devise , Vnus
non fufficit. Au bas est le mil
lesime , qui est l'année de la fabrique.
2. Le Patacque, on Demy-
Ducat , du prix de cinq Carlins .
On y voit de mesme le Buste du
Roy d'Espagne , & la legende
Carolus fecundus ,Dei gratiâ
Hifpaniarum & utriufque Siciliæ
Rex , où il est à remarquer
que Naples est entendu
Sous ces mots de l'une & de
l'autre Sicile. Le revers est une
H 3
774
MERCURE
Femme aſſiſe ſur la partie du
Globe terrestre où est l'Italie.
Elle tient de la main droite un
bouclier , oùsont les Armes d'Efpagne
& de Sicile , & une palme
de la gauche , & pour Devise ,
Religione & gladio ,
millefime.
avec le
3. Le Tari , de deux Carlins ,
où d'un costé est l'Ecu des Armes
d'Espagne avec ses alliances
entouré du Collier de la Toiſon
la Couronne d'Espagne au
deſſus , & pour legende , Carolus
fecundus , Dei gratia Hifpaniarum
Neapoliſque Rex .
Au revers est la partie de l'He .
misphere' où sont les Royaumes
que Sa Majesté Catholique pof-
Sede en Europe ,
avec la Conronne
d'Espagne , accompagnée
d'une corne d'abondance & d'un
GALANT.
175
faiſſeau de verges pareil à celuy
que les Licteurs portoient devant
les Confuls Romains , & pour
Devise ,His vici & regno.
4. Le Carlin , qui est la di
xième partie du Ducat , & qui
revient environ à fix fols & den
my de nostre monnoye. Il repre..
Sente le Buste dis Roy d'Espagne ,
&la legende , Carolus ſecundus
Dei gratia Rex Hifpaniarum
& Neapolis. Au rivers est un
Lion quise repose , & qui ſemble
garder la Couronne & le
Sceptre d'Espagne qui font au
devant , avesla Devise , Majeſtate
ſecurus. Le millefime eft
Sous l'Exergue , c'est à dire fous
La petite ligne qui est au bas de
la monnoye , & qui ba termine
enfaçon de terrein.
Les autres Monnoyes qui ont
H4
176
MERCVRE
cours presentement à Naples ,
font lesfuivantes.
Monnoyes d'or.
Le Tari , qui vaut quinze à
feize Carlins , monnoye de Naples
, & environ une demi-Pi..
ſtole de nostre monnoye. Il y
d'un costé leBuste du Roy d'Efde
l'autre l'Ecu de
pagne ,
Ses Armes.
1. Monnoyes de Billon
& de Cuivre.
Le Cavallo , qui est la plus
petite , vaut la douziéme partie
d'un grain . C'est environ
les deux tiers d'un denier de
France Elle est rare .
La piece de deux Cavalli ,
on en voit encore fort peu.
La piece de trois Cavalli ,
où est la Croix de Jerusalem ,
avec la Devise , In hoc figno
vinces.
GALANT.
177
La piece de quatre Cavalli ,
Le Tournois , ou Demi - grain
qui vautfix Cavalli .
د
2
Le Tournois & Demi 018
Demi publique , où est la Croix
de zerusalem. Il vaut neufCavalli.
Le Grain , où sont les Armes
de Ierusalem & de Sicile. Il
vaut deux Tournois.
La Publica del Ré,fur laquelle
est écrit Publica commoditas .
Ellevaut trois Tournois , qui re
viennent environ à un fol de la
monnoye de France.
La Publica del Popolo , du
mesme prix. Elle fut fabriquée
dans le temps de la révolte de
Mazaniel. On y voit des branches
d'Olivier & des gerbes de
bled entrelaffées ,& la deviſe ,
Η
178 MERCVRE
Monnoyes Imaginaires.
C'est à dire ,les Monnoyes qui
ne font point réelles & effecti-
& qui ne fervent qu'à
faire les comptes , comme font
en France les Pistoles , les livres,
&les deniers.
ves
Le Cinquina , qui vaut cing
Tournois , qui font environ deux
Carolus de noftré monnoyes ,
Les Monnoyes d'argent
décriées ſont ,
٠٤٠
Le vicil Ducat , de dix Carlins.
Le vieil Patacque on Demi-
Ducat , que le menu Peuple appelle
Cianfrone.
La Nove - di - cinque , qui
valoit neuf Cinquines , on vingtdeux
grains & demy.
Le vieil Tari , de deux Carlins.
GALANT.
179
La piece de quinze grains.
La Cinque-di - cinque , qui
valoit cing Cinquines ,
grains& demy.
Le vieil Carlin .
ou douze
La Tre-di-cinque , qui valoit
trois Cinquines ou Sept
grains & demy ,
Les principales Monnoyes
Etrangeres qui ont cours à Na
ples, fontles Louis d'or de France
5 les Pistoles d'Espagne , les
Zecquins de Venise ,& generalement
toutes les monnoyes d'or
d'Italie ; & pour l'argent , les
Piastres , les Testons & les
Tules de Rome ; les Ducatons de
Milan & les Reales d'Espagne.
L'Academie Royale d'Arles
propoſe un Prix , qui ſera un
tres -beau Portrait de Monfe
H6
180 MERCVRE
gneur le Dauphin , pour celuy
qui fera la plus belle Ode
Françoiſe , Sur la fatisfaction
que le Roy a d'avoir un Fils
digne de luy , & fur les premieres
Conquestes de ce jeune
Heros. Les Vers n'excederont
point le nombre de cent . On
les fera de telle meſure qu'on
voudra , & l'on finira par une
courte Priere àDieu pour Sa
Majesté. , & pour la Famille
Royale. Les Auteurs mettront
au lieu de nom une Deviſe
à la gloire de Monseigneur.
On les prie d'affranchir leurs
Pieces de port, & de les adreſſer
avantle dernier Juin de la preſente
année 1689. à Mrle Marquis
de Robias d'Eſtoublon
Secretaire perpetuel de l'Academie
Royale , en ſon Hôtel à
>
GALAN T. 18г
Arles lequel fait ladépenſe de
ceTableau , qui fera accompagné
d'une riche bordure. La
distribution s'en fera publiquement
le jour de Saint
Louis , Feſte de LOUIS LE
GRAND . Toutes fortes de
perſonnes feront reçuës à
pretendre à ce Prix , à la reſerve
des quarantes Academiciens
, qui en feront les Juges.
On aura ſoin de faire tenir
le Portrait ſans aucun port ,
à celuy qui ſera victorieux ,
en quelque endroit qu'il
puiſſe eſtre . On s'adreſſera
pour cet effet au meſme Secretaire
perpetuel de l'Acade
mie , aprés neanmoinnss que
l'Auteur du Mercure aura
fait ſçavoir la déciſionau
Public felon les nouvelles
d'Arles.
t
182 MERCURE
9
Le 14. Fevrier , le Cardinal
Pio, Eveſque de S.Sabine , Pro
tecteur des Royaumes &Etats
Hereditaires de l'Empereur &
de l'Empire ainſi que des
Etats de la Couronne d'Arragon
& des Egliſes Royales de
Naples ,mourut à Rome d'un
catarre fuffocatif , à l'âge de
foixante & fept ans. Le 12. il
avoit encore celebré la Meſſe,
&beaucoup écrit à la Cour
Imperiale & en Efpagne. Le
13. il receut le Viatique, mais
le mal s'accreut avec tant de
violence , qu'il ne luy fut
pas poſſible de faire fon Teſtament
, ce qui fait craindre
qu'il n'en arrive un grand
préjudice à Sa Maiſon , qui
bien que puiſſante en biens
patrimoniaux ne laiſſe pas
GALANT .
183
d'avoir des Charges confiderables.
Ses Heritiers ab inteftat
font Dom Enée Pio , ſon
Frere , & le Prince de Saint
Gregoire , fon Neveu , qui
luy ont fait faire des Obſeques
magnifiques , en l'Eglife
de la Maiſon Profeſſe des le
fuites. Il y fut porté le 15. &
y demeura expoſe tout le
jour ſuivant. Le foir on l'in
homa auprés du Cardinal fon
Oncle en prefence du ſacré
College. Il eſtoit de Ferrare ,
Creature du Pape Innocent
X. & avoit eſté creé Cardinal
en 1654. Si toſt qu'il fit mort,,
le Marquis de Cogolludo ,
Ambaſſadeur de Sa Majesté
Catholique, alla en fon Palais
&s'y faifit de tous les papiers.
&Chifres qui regardoient les
184 MERCVRE
Affaires d'Allemagne & d'Efpagne.
L'Eveſché de Sabine
vacant par ſa mort , a eſté opté
par le Cardinal Altieri , auquelle
droit d'anciennetédonnoit
le pouvoir de le choiſir . Il
vaque auſſi par la meſme mort
une neuvième place dans le
Sacré College , & feize mille
écus annuels de revenus Eccleſiaſtiques
, outre les Protections
dont je viens de vous
parler . Celles des affaires d'Aragon
, de Valence , de Catalogne
, & des Egliſes de la nomination
Royale du Royaume
de Naples avec celle des Pays
hereditaires , avoit eſté donnée
à ce Cardinal aprés lamort
du Cardinal d'Arach & il
avoit en la protection desaffaires
de l'Empire aprés celledu
,
GALANT. 185
Cardinal Landgrave de Heſſe,
Voicyles noms des perfonnes
confiderables de l'un & de
l'autre Sexe, mortes icy depuis
peu de temps.
Meffire Antoine Ferrand ,
Seigneur de Villemilan , ancien
Lieutenant particulierau Chaſtelet
de Paris. Il eſtoit âgé de
86.ans , & avoit eſté Avocat
du Roy des Treſoriers de France
à Paris . Son Pere eſtoit autfi
Lieutenant Particulier au Chaſtelet.
Il laiſſe pluſieursEnfans
entre autres Michel Ferrand,
Lieutenant Particulier au même
Châtelet , & à preſentPrefidenten
la permiere Chambre
des Requeſtes du Palais; François
Antoine Ferrand , à preſentLieutenant
Particulier au
Châtelet , &deux Filles , l'une
186 MERCVRE
1
mariée à Mr Girardın , more
Ambaſſadeur pour Sa Majeſté
au Levant , dont je vous
parlay le mois paſſé , & l'autre
àMr de la Faluere , premier
Preſident au Parlement de
Bretagne . De cette Famille
de Ferrand qui a donné divers
Officiers au Parlement ,
eſtoit feu Meſſire Michel Ferrand
, Doyen des Conſeillers
du Parlement de Paris .
Madame Tallemant , Veuve
deMr Tallemant , Maiſtre:
de Requeſtes , mortele 6. de
ce mois. Elle estoit Fille de
Mr de Montauron , ſi fameux
par ſes liberalitez , & par cet
te grandeur d'ame qui luy fit
faire la fortune de pluſieurs
perſonnes & negliger la
fienne. Il eſtoit de l'illuſtre
GALANT. 187
Maiſon de Puget de Toulouſe
, dont il y a preſentement
un Preſident au Mortier , qui
afuccedé à un Pere & à un
Ayeul reveſtus de la meſme
dignité. La Mere de Madame
Tallemant eſtoit de cette mê.
me Maiſon , Fille de Mr de
Puget de Pomeuſe ", Treforier
de l'Epargne , & Niece
de Meſſire .... Puget , Evef
que de Marseille Cette Maifon
eſt originaire de l'ancienne
Maiſon de Puget , de Pro->
vence , qui eſt d'une Nobleſſes
fort diftinguée par les Emplois
, par les Charges , & par
Jes Exploits militaires . Feu
Mr Tallemant fon Mary ,
eſtoit d'une Famille fort connuë
& fort eſtimée. Il avoit
toutes les qualitez d'un bon
188 MERCVRE
!
Juge & d'un parfaitement
honneſte homme. Il s'eſt fignalé
par les Intendances de
Languedoc , de Provence &
de Guyenne , en des temps
difficiles , où il a ſceu tou-
1
t
jours ſe conduire d'une maniere
ſi ſage , fi honneſte , &
fi deſintereffée , qu'il y a toujours
veſcu, avec l'agrément
de la Cour & l'eſtime des
Peuples . Le Mary & la Femme
ayant beaucoup d'eſprit ,
de probité ,& de politeſſe, s'é--
toient fait tous deux un nom
fort confiderable , & s'eſtant
acquis quantité d'Amis pendant
leur vie ,on ne doit pas
s'étonner s'ils ont eſté gene.
ralement regretez , ils ontlaifſe
deux garçons &deux Filles,
L'aiſné eſt Pierre Tallemant ,
1
GALANT. 189
د
Ecuyer- & le Cadet Paul Tal .
lemant , Prieur de Sauffeufe .
Il eſt de l'Academie Françoiſe
, & les excellens Difcours
qu'il y a prononcez en plufieurs
occafions au nom de
ce Corps illuftre ont fait
affez voir combien il eſt digne
de la place qu'il y tient.
Les Filles font Louiſe Tallemant
,Religieuse de la Viſitation
& Angelique Tallemant
, Veuve de Meffire Hubert
de Puget , Seigneur de
Chasteau - neufde Provence.
Meſſire Henry Laiſné , Aumônier
du Roy . Il eſtoit ancien
Abbé Commendataire de
l'Abbaye Royale de Noſtre-
Dame d'Ardenne lez Caën , &
Prieurde Mareüil , Bonneüil ,
Chaſteauneuf& Mauleon.
د
190
MERCURE
Meſſire Loüis Bruant des
Carrieres , Seigneur de Berengeville
, la Rivierere ,& autres
lieux , & ancien Maiſtre
ordinaire en la Chambre des
Comptes . Il avoir eſté Reſident
du Roy à Liege , & eſt
mort âgé de ſoixante & dixhuitans.
Maſſire François de Bourlon
de Choiſy , Ecuyer ordinaire
du Roy , Seigneur de
Croix - Fontaine . Sa Famille
eſt aſſez connue pour avoir
donné pluſieurs Officiers an
Parlement & à la Chambre
des Comptes. Feu Mr de Bourlon
, Eveſque de Soiſſous, fignala
ſon zele ordinaire en vifitant
luy-mefme en perſonne
les Peſtiferez de ſon Dioceſe,
pour s'acquitter des fonctions
GALANT.
de ſa Charge en les exhortant
&leur adminiſtrant tout ce qui
leur eſtoit neceſſaire .
Dame Suzanne de Catelan.
Elle estoit Veuve de Meffire
Alexis de Sainte-Maure,Comte
de Jonſac, Lieutenant General
pour le Roy des Provinces
de Xaintonge & Angoumois,
Madame la Marquiſe d'Aubeterre
eſt ſa Fille. Feu Mr le
Comte de Jonſac , fon Mary ,
eſtoit de l'ancienne Maiſon de
Sainte Maure , ſi confiderable
par les grands Hommes qu'elle
a donnez . Vous ſçavez que Mr
leDuc de Montaufier qui en
eſt , a un merite extraordinaire.
: Mr le Comte de Nancré.
Il eſtoit Lieutenant general
des Armées du Roy , & Gou
192 MERCUR E
verneur d'Arras , & l'avoit
eſté auparavant des Villes
d'Ath & du Queſnoy. Les marques
éclatantes de courage
qu'il a données en beaucoup
d'occaſions , font ſon éloge. Il
eſtoit de la Famille des Dreux,
d'où font venus divers Archidiacres
, Sous - Chantres &
Chanoines pour l'Eglife de
Paris, des Maiſtres des Requeſtes,
Conſeillers aux Parlement,
Grand Confeil , Chambre
des Comptes , & autres
Compagnies ſuperieures & Avocatsgenerauxen
la Chambrede
Paris . Elle eſt alliée aux
Forget , Aubery , L'huillier ,
d'Aligre, d'Aubray , Charpentier
, Turquant, de Beloy , du
Lac , de Paris , du Gué de Berulle
, & autres Familles confi
derables
GALANT.
193
Robe. Dreux porte d'azur au
chevron d'or , accompagné de deux
rofes d'argent en chef , & d'un
Soleil d'or en pointe.
Comme malgré l'avis qui eſt
au commencement de toutes
mes Lettres , on neglige toujours
d'écrireles noms propres
en caracteres fort aiſez à lire,
vous ne devez pas vous étonners'il
s'y rencontre toujours
quelque faute. On m'en a fait
remarquer deux dans un article
du mois paſſé qui regar.
de la mort de Charles-Henry
de Clermont. Ona mis Marquis
de Crury, an lieu de crufy,
& qu'il épouſa Elizabeth de
Marfol , au lieu de mettre ,
Elizabeth de Maſſol.
Quant à ce que vous vous
étonnez qu'en vous parlant de
Avril 1689. I
194 MER CVRE
1
Mr de la Barde qui a eu l'Archidiaconé
de feu Mr de la
Motte , j'ay donné un premier
Preſident aux Enqueſtes , vous
n'avez du entendre par là que
le plus ancien Preſident des
Enqueſtes , puis qu'il n'y a que
leCorps entier du Parlement
qui ait un premier Preſident.
Il est vray que Mr de Maupcou
eſtant le plus ancien , preſide
avant Mrdela Barde , qui eſt
Fils ,& non pas Frere de Mr
de la Barde , autrefois Ambaffadeur
pour le Royen Suiffe.
Ces jours paſſez , le St Thomaffin
, Graveur ordinaire du
Roy , preſenta à Sa Majeſté
une grande Eftampe qu'il a
gravée avec beaucoup de delicateſſe
d'aprés le Tableau de
Mr Mignard , où la Famille
GALANT. 195
de Monseigneur le Dauphin
eſt repreſentée. Toute la Cour
donna de grands applaudiffemens
à cette Eſtampe. ainſi
qu'aux Vers Latins de Mr de
Santeüil qui font au bas , & à
la belle traduction que Mr
Perault , de l'Academie Françoiſe
, en a faiteen Vers François.
Il en a auſſi preſenté
pluſieurs autres à la Maiſon
Royale , toutes dans de magnifiques
bordures . Cette entrepriſe
eſtoit grande à caufe
du long travail , & difficile
pour la reſſemblance. Ceux
de vos Amis qui recherchent
les Ouvrages de cette nature ,
trouveront l'Estampe dont je
vous parle chez celuy qui l'a
gravée , ruë des Noyers , au
Buſte du Roy , & chez le Sr
I 2
4 196 MERCURE
Boudot , Libraire , ruë Saint
Jacques au Soleil d'or.
Je viens aux Benefices dont
je vous ay deja dit que Sa
Majeſtea fait la diſtribution ,
Sçavoir ;
A Mr l'Abbé de Vieuxbourg
, l'Abbaye de S Martin
de Malay , Ordre de S.
Benoist , Dioceſe de Bourges .
Il eſt petit Fils de Madame
la Chanceliere , & a fait voir
en pluſieurs occaſions qu'il
ne degenere point de ſesAn .
ceſtres , qui ont remply des
charges confiderables & de
grands emplois dans les negociations
avec un éclat & un
deſintereſſement qui ſerviront
toûjours de modelle à ceux à
qui le Roy confiera des commiſſions
ſemblables. Il eſt Li
GALANT.
197
centié en Theologie , & on a
lieu d'eſperer qu'il ſera un jour
un des plusgrands ornemens de
cette ſçavante Faculté , confultée
dans tous les temps , fur
les queſtions les plus épineuſes
qui regardentla Foy ou la
difcipline de l'Eglife , & dont
les déciſions ont toûjours eſté
receuës comme des Oracles .
A Mrl'Abbé de la Fueillée ,
l'Abbaye de Solognac , "Ordre
de Saint Benoist , Diocefe
de Limoges. Il faut ignorer l'hiſtoire
de ce temps- cy pour ne
pas ſçavoir le merite de ceux
gui portent ce nom ,& les fervices
qu'ils ont rendus . Il ne
faut pas s'étonner fi cet Abbé
a eu part aux graces du plus
juſte des Princes , puis qu'il a
d'ailleurs dans ſa perſonne de-
13
1
198 MERCURE
1
!
quoy ſe les attirer .
A Mr l'Abbé de la Meſſeliere
, l'Abbaye de Charroux ,
Ordre de Saint Benoist , DiocedePoitiers.
Il eſt Frere de
Mr de la Meſſeliere , Exempt
des Gardes du Corps de la
Compagnie de Noailles , qui
aprés avoir eſté nourry'Page
de la grande Ecurie ,a preferé
l'honneur de ſervir auprés de
la perſonne du Roy , que ſon
zele pour ce Princeneluypermettroit
pas de quitter de veuë
s'il eſtoit le maistre de ſe choifir
des emplois , à tout ce que les
ambitieux defirent le plus pour
faire une plus grande fortune ..
Il eſt de l'Illuſtre Maiſon des.
Frotiers , originaires de Bourgogne
, & établis depuis pluheurs
fiecles en Poitou , Berry
1
GALANT. E
N
&la Marche,où ils ont
des Terres tres - confiderables
Ils ont eu auſſi des Compagnies
de cent & de cent cinquante
hommes d'armes dont ils one
été Capitaines,& ont comman
dé dans ces trois Provinces
pour le fervice de nos Rois ,
avecles titresles plus honorables
qu'on donnoit dans ce
temps- là. On n'a qu'à lire les
Hiſtoires generales , & celle
des grands Ecuyers de France,
& l'on trouvera ce qu'eſtoient
les Ayeux de Mrdela Meffeliere
ſous Charles VII . & en .
fuite,le rang qu'ils ont eu dans
la Maiſon de Henry III. Duc
d'Anjou . CetAbbé appartient
à ce qu'il y a de plus diſtingué
enFrance ,& particulierement
auxMaiſons de Preüilly,Bran-
14
200 MERCVRE
che Cadette de la Maiſon de
Vendoſme non Royale , Amboife
, Maillé Brezé , la Ferce ,
& Polignac . Mr l'Abbé de la
Meſſeliere eſt eſtimé de toutes
les perſonnes de ſa Province
qui ſçavent connoiſtre le vray
merite ,& fur tout de Monfieur
l'Eveque de Poitiers , dont
le difcernement eſt juſte , &
qui en a rendu témoignage.
Il eſt auſſi Frere d'un autre
Abbé de la Meſſeliere , Licentué
de Sorbonne ; Doyen
de Saint Hilaire le Grand de
Poitiers , qui aprés avoir fait
paroiſtre icy beaucoup d'efprit
& de ſçavoir pendane
qu'il eſtoit fur les banes , fair
voir dans la Compagnie où
il eſt , tout ce qu'un vray Eccleſiaſtique
peut marquer de
A
GALANT 201
}
4
pieté & de zele pour la difcipline
, qu'il rétablir avec un
tres- grand fuccés dans cette
Eglife où il s'introduiſoit
un peu de licence par l'abſence
ou par la maladie de
fesChefs. 1
A Mr Courcier ; l'Abbaye
de Sainte Croix de Talmond,
Ordre de Saint Benoiſt , Dioeeſede
Luçon. Il eſt Theologal
de Paris ,& on le connoiſt
par les Sermons qu'il a
faits dans la Metropole , &
en pluſieurs Egliſes fameufes.
On ne sçauroit avoir plus
d'eſprit & plus de doctrine ;
ny en faire un meilleur uſage.
Il eſt Superieur des Nouveaux
Convertis , & a ramené un
grand nombre d'Heretiques
à la veritable Eglife . On le
202 MERCURE
voit par tout où il s'agit de
Religion. Il eſt confulté par
les plus doctes , & il a eſté
nommé pour un des. Approbateurs
des Livres de do
Arine ; mais ce qui doit luy
donner un grand relief , c'eſt
l'applaudiſſement qu'eut Mr
l'Archeveſque de Paris , quand
il le choiſit pour Theologal.
A. Mr l'Abbé de Brizay ,
l'Abbaye de S. Pierre de Caunes
, Ordre de Saint Benoiſt
Dioceſe de Narbonne . Le
choix qu'il a pleu au Roy de
faire de luy pour cette Ab..
baye , ne sçauroit laiſſer douter
de fon merite. C'eſt tout
ce que je vous en diray preſentement
, n'ayant pas encore
reacu le Memoire que
Jattens.
GALANT.
203
دو
A Mr l'Abbé Beſſiere
l'Abbaye de Saint Sauve de
Montreüil , Ordre de Saint
Benoift , Dioceſe d'Amiens .
Il eſt Fils de Mr Beffiere , ce
fameux Chirurgien , qui a eu
l'honneur d'aſſiſter à l'Operation
que Mr Felix fit au
Roy il y a plus de deux ans..
& qui ne sçauroitavoir acquis
que tres juſtement la reputation
où il eſt d'un des meil-'
leurs Chirurgiens que nous
ayons & d'un fort honneſte
homme..
A Mr l'Abbé de Chaulnes,
l'Abbaye de Peffans , Ordre
de S. Benoist , Diocese d'Auch .
Il eſt Fils de Mr de Chaulnes ;
Maiftre des Requeſtes , Parent
de Mr de Tarbes , nommé à
l'Archeveſché d'Auch , dont
1
204
MERCVRE
il eſt Archidiacre. On ne
peut avoir l'eſprit ny plus.
agreable , ny plus cultivé. pendant
la reſidence qu'il a faite
dans l'Archeveſché d'Auch
avec Mr de Tarbes , il a aſſiſté
à des Miffions pour les Nou
veaux Catholiques , & fait
des Sermons d'une grande
utilité , mais on n'a qu'à entendre
ceux qu'il fait icy , & le
connoiftre particulierement ,
& l'on ne doutera pas qu'il
n'acquiere un jour d'autres
dignitez, que celle d'Abbé &
d'Archidiacre .
2
A Dom René du Bois l'Abbaye
reguliere de Chaloche
Ordre de Ciſteaux , Dioceſe
d'Angers . Il eſt Religieux
du meſme Ordre , où
la probité ,& l'habileté qu'il
GALANT 20
i
a toujours fait paroiſtre , luy
ont acquis une eſtime generale..
ود
21
Je ne vous ay encore rien
dit de la derniere action de
Mr le Marquis d'Uxelles , parce
que lors qu'on parle fur
les premiers bruits , on eftordinairement
mat informé
& quand on ne douteroit
pointqu'ils ne fufſent vrais
il eſt impoſſible que dans ces;
commencemens on ſoit affez
inſtruit du détail. Vous ſçavez
que Mt d'Uxelles eſt Licutenant
general , & qu'il a eſté
choiſi pour commander danss
Mayence , qui dans la fituation
où font les affaires , eft
un poſte tres important , &
qui n'a pû cître confié qu'à
un homme de l'intrepidité
206 MERCVRE
i
duquel on eſt aſſeuré , auſſibien
que de la parfaite connoiffance
qu'il doit avoir
dans le métier de la guerre..
Ce Marquis a fait voir en cette
occafion qu'il s'y appliquoit
entierement , & qu'il prend
tous les ſoins neceffaires pour
ſçavoir tout ce qui ſe paſſe
chez les Ennemis . Il fut averty
à propos que trois cens
hommes & quelques Dragons
des Troupes de Saxe avoient:
pafféleRhin vis à vis Geinfhein
, & qu'ils avoient commencé
à ſe retrancher à Ef
che , qui eſt un Village fortifié
par les eaux à cinq lieuës de
Mayence . Il envoya auffitoft
reconnoiſtre ce Village , &
donna enfuite ordre à Mr de
Gaſſion ,Brigadier de CavaleGALANT..
207
nie , d'aller l'inveſtir avce le
Regiment Royal Etranger de
Cavalerie , le Regiment de
Dragons de Barbefieux , Ca
valeric , deux Eſcadrons du
RegimentdeRoquelaure,avec
les Grenadiers des Regimens
de Navarre , Bourbonnois , du
Maine , la Couronne , Anjou ,
Iarfay , & Dauphin. Le lendemain
premier de ce mois , à la
pointe du jour , M. d'Uxelles
marcha avea un détachement
de deux cens hommes par Ba
taillon des meſmes Regimens,
& arriva ſur les huit heuresdu
matin. Il diſpoſa tout afin de
pouvoir monter à l'affaut. Il
fit faire les ponts & les fafcines:
neceſſaires, pour combler le
foflé , & pendant qu'on tra
vailloit à toutes ces chofes ,
208 MERCURE
il fit faire de petits détache
mens pour eſcarmoucher, afinst
que les Ennemis eftant harcelez,
& obligez à ſe défendre,
ne puſſent avoir le temps d'acheverles
retranchemens déja
commencez Cependantildonna
ſes ordres à l'infanterie
pour inveſtir le village , dont
les approches eſtoient tresdifficiles
, parce que le Rhin
groffiifoit d'un moment àl'autre
, & que l'inondation en
avoit rendu les environs prefque
tous impraticables , de forte
que s'ils avoienten feulementdeux
ou trois jours pour
fortifier ce poſte , il auroit eſté
impoſſible de les en chaffer à
caule des eaux qui l'environnent.
Mr d'Uxelles fit pouſſer
les chofes avectant d'ardeur 8
GALANT.
209
de conduite que fur la minurt
les Ennemis battirent la chamade
, & envoyerent unTambour
pour demander à capituler.
Il ne voulut les recevoir pour
qu'à difcretion , & ils furent
obligez de fe rendre. Il yavoit
trois cens hommes d'Infanterie
, cinquante Dragons bien
montez , neufOfficiers , & dix
huitTambours.Ils eſtoient tous
Saxons , bien armez & bien
veſtus , & le Commandant qui
paroiffoitun homme de coeur,
marqua qu'il étoit au deſeſpoir
d'eſtre forcé de ſe rendre . Ils
farent tous conduits à Mayerce
, aprés que Mr d'Uxelles
eut fait rafer ce lieu , parce
que les Habitans avoient appellé
les Ennemis , & favorifé
leur paſſage contre la parole
210 MERCVRE
qu'ils avoient donnée.
Le Roy qui ne laiſſe aucune
action de valeur ſans recompenſe
,& qui n'attend pas même
des années pour reconnoiſtreles
ſervices qu'on luy rend,
quelque jeunes que foient
ceux qui ſe ſignalent , a fait
Mr le Marquis de Caſtre Brigadier
d'infanterie, pour avoir
fait paroiſtre une intrepidité
&une bravoure extraordinaire
dans la derniere rencontre entre
les Troupes de Sa Majesté
& celles des Alliez prés de
Nuis. Ce Marquis eft Neveu
de Mr le Cardinal de Bonzi.
Le Jeudy 14. de ce mois ,
Mr l'Abbé de Louvois , qui
avoit déja ſatisfait publique.
ment en d'autres occaſions à
toutes les queſtions qui peuGALANT.
241
vent eſtre faites fur ce qu'il y
a de plus difficille dans Virgile
&dansHomere, fit une action
pareille touchant Theocrite.
Il y fit paroiftre une force &
une prefence d'efprit beaucoup
au deſſus de ſes années,
& la nombreuſe aſſemblée qui
s'y trouva , en ſortit tres- fatisfaite
. Comme c'eſtoit unexercice
de Lettres , il y avoit fait
inviter Meffieurs de l'Academie
Françoise , qui se purent
affez admirer la maniere vive
& fpirituelle dont il ſe tira de
toutes les objections qui luy
furent faites . Il eſt difficile
d'aller auffi loin dans un âge ſi
peu avancé. Quelques jours
aprés , ce jeune Abbé vint
remercier cet illuftre Corps.
dans une de ſes Seances , & il
312 MERCVRE
le fitd'un air libre & noble qui
répondoit dignement à ce qu'il
est né.
Monfieur le Prince d'Enrichemont
, connu par ſa naiffance
,par ſes anceſtres &par
ſa bonne mine époufa ces
jours paffez Mademoiselle de
Coiflin , Fille du Duc de ce
nom , & Niece de Mr l'Evefqued'Orleans,
premierAumonier
du Roy tous deux f
generalement eſtimez par le
caractere d'honneſte homme ,
qui eſt naturel à ceux de cette
Maiſon. Vousſcavez que M.
le Prince d'Enrichemont eft
Fils de Mr le Duc de Sully Pour
Mademoiselle de Coiſlin , je
n'entreprens point de parler de
fon merite , parce qu'il me feroit
impoſſible de vous marGALANT
.
213
quer affez tout le bien que l'on
en dit. Il n'y a jamais eu d'hu .
mur plus égale , de manieres
plus aitées & plus douces,d'efprit
plus porté àla complaifance,
ny une perſonne avec qui
il foit plus aisé de vivre. Sa
bonté & l'acquiefcement
qu'elle a toujours eu pour les
ſentimens des autres , ont fair
que ſes yeux n'ont jamais vû
que ce qu'on a voulu luy faire
voir , quoy que la penetration
de ſon eſprit luy fiſt découvrir
beaucoup davantage. Vous
jugez bien qu'une perſonnede
ce caractere ne sçauroit avoir
que beaucoup de ſageffe & de
verta.
Rien n'eſt plus inviolable
que la parole du Roy. Sa Majeſté
avoit promis à Mr l'E214
MER CURE
veſque de Beauvais , Pair de
France , la premiere place qui
vaqueroit de Commandeur de
l'Ordre du S.Efprit , & celle de
Mr de Grignan Archevesque
d'Arles,mort âgé de 86.ans, n'a
pas eſté plûtoſt à remplir, qu'-
Elle en apourvû cePrelat. Vous
ſçavez qu'il s'eſt extremement
diſtingué dans les Ambaſſades
qui luy ont eſté confiées. Son
grand merite , ſa vertu generalement
reconnuë , fon zele
ardent , & fon attachement inviolable
pour le ſervice du
Roy ,m'ayant donné fort fouvent
occaſion de vous en parler
,je n'ajoûteray rien aujour
d'huy à ce que je vous en ay
dit pluſieurs fois .
La Reine d'Eſpagne eſt morte,&
la paixdont joüiſſoit ce
GALANT.
215
à
Royaume ſemble avoir eſté enſevelie
avec elle . Les Eſpagnols
ont préferé les vaines efperances
dont les flate le renou
vellement de la guerre ,
tout ce qu'ils doivent craind'un
Ennemy , qui a toujours
triomphe de cet Etat , eſtant
certainqu'ils ont plus perdu
de Places fous le regne du Roi,
que ſous ceuxde tous les autres
Rois de France enſemble .
Enfin Sa Majeſté forcée par la
cõduite qu'onttenuëlesMiniſtres
Eſpagnols,s'eſt venë obligée
de leur declarer la guerre ,
& Elle en rend raiſon dans une
Ordonnance qui porte cette
Declaration . Iela referve auffibien
que ce que j'ay à vousdire
fur cette Ordonnance , pour
ma fixiéme Lettre ſur les Af216
MERCURE
faires du Temps , puis que
caue Hiſtoire n'eſt compoſée
que de pieces qui rendent
les faits que je rapporte inconteſtables
,& qui empeſcheront
la poſterité de former meſme le
moindre doute ſur la verité
des choses qu'elle contient.
L'eſpritde l'homme devient
plus fubtil de jour en jour,& on
abonde en inventions nouvelles.
Celle des Caroffes appellez
Inverfables & incabotables a quelque
choſe de ſurprenant . La
ſtructure en eſt des plus agreables
à voir , & tres - facile à entretenir
Le corps de ces fortes
de Caroſſes ne sçauroit jamais
pancher , quoy que le train
panche. Il a meſme cela de
particulier , que quand on a
ouvert les portieres, il demenre
GALANT. 217
te ferme comme un roc pour
recevoir ceux qui veulent y
prendre place , & on ne les a
pas plûtoſt ; refermées qu'il
reprend ſon branle. On en a
fait des épreuves que Sa Majetté
n'a pu voir qu'avec furpriſe.
On fit monter un de ces
Caroſſes ſur une hauteur confiderable.
On ofta exprés les
eſſes des deux rouës afin qu'
elles tombaſſent avec le train .
Quatre perſonnes qui estoient
dedans ſe panchoient entie.
rement fur le coſté que ce
train devoit tomber &le
corps ne pancha pas de l'é.
paiſſeurd'un ſeul ponce. Il y
د
a encore une autre commodite
confiderable , c'eſt que
le train a beau cahoter , le
corps ne cahote point , &
Avril 1689 . K
218 MERCVRE
tous ceux qui ſont dedans, le
Cocher qui eſt ſur ſon Siege ,
&les Laquais qui ſont ſur le
devant& fur le derriere , n'entendent
aucun bruit des rouës
*meſme ſur le pavé le plus
rude. Aprés ces experiences
con doit demeurer d'accord
-de l'utilité de ces Caroſſes ,
qui épargnent le danger d'eſtre
tué ou eſtropié par les
cheutes frequentes & inopi-
* nées auſquelles les Carroſſes
-ordinaires ſont ſujets. On
ſe garantit encore d'avoir la
* teſte étourdie par des cahotemens
continuels ,&il y a beaucoup
d'apparence que cette
voiture étant auſſi ſeure qu'elle
eſt douce, ſera d'un fort grand
ufage. Mr le Maréchal d'Eſtrées
ayant demandé au Roy
GALANT. 219
pourvingt ansle Privilege de
la fabrique & de la vente des
Carroſſes , Caleches , Chaiſes
roulantes ,& autres voitures de
cette nouvelle invention, dites
Inverfables& Incahotables ,dans
tout ſon Royaume , Terres &
Païs de ſon obeſſance, Sa Majeſté
lay en a accordé le don
pardes Lettes patentes , enregiſtrées
au Parlement. Ledroit
eſt fixé à ſoixante livres pour
la permiſſion qu'on eft obligé
d'aller prendre au ſujet de la
fabrique & vente de chaque
voiture aux Bureaux établis
pour cet effet , à peine de trois
mille livres d'amende. Vous
remarquerez encore une cir
conſtance avantageuſe qui engage
le Public à ne pas differer
de s'en fervir , pour
K 2
210 MERCVRE
eſtre au plûtoſt hors de danger
de verſer & de cahoter.
C'eſt qu'en attendant que
ceux qui ont des Caroffes en
puiſſent avoir de cette fabrique
, ils pourront y faire appliquer
le ſecret à peu de frais ,
en payant le droit dont je
viens de vous parler....
Je ne puis finir ſans vous
parler encore des actions de
pieté qui ont eſté faites pendant
la Semaine Sainte. Monfieur&
Madame ont fait éclater
leur devotion , & remply
tous les devoirs de veritables
Chreſtiens. Ils ont eſté trescontens
des Predications du
PereGonnelieu ; leſuite , qui
preſchoit à Saint Eustache ,
& qui a eſté extrêmement
ſuivy , & applaudy pendant
GALANT. 1221
le Caresme. Le Pere Gaillard,
auffi Jeſuite , qui prêchoit à
S. Germain l'Auxerois dans
le meſme temps , s'eſt attiré
de nombreuſes Aſſemblées
& Monfieur le Duc de Chartres
l'a ſouvent eſté entendre
furble bruit de fa reputations
La Reyne d'Angleterre qui
s'eſtoit retirée aux Filles de
Sainte Marie de la Viſitation
de Chailloit pendant la Semaine
Sainte , comme je vous
l'ay déja appris , y entendit
le Sermon de la Paſſion de
Mr l'Abbé Capeau. Vous
ſçavez le grand merite de cee
Abbé qui a ſouvent eu l'honneur
de preſcher devant Sa
Majesté , qui a fait deux fois
le sermon de la Cene , &
qui en a fait pluſieurs à
K. 3
222 MERCVRE
Saint Cir. Vous vous fouvenez
des endroits de ſes
Sermons que je vous ay envoyez
, & dont vous m'avez
marqué tant de fatisfaction.
La Reyne d'Angleterre ayant
fait pluſieurs fois ſes Devotions
pendant ſon ſéjour dans
le Monastere de Chaillot , ne
laiſſa pas , eſtant retournée
à SaintGermain en Laye , d'y
faire fa Communion Pafcale
dans la Paroiſſe le Jeudy d'aprés
Paſques , & Elle y communia
par les mains de Mr
l'Abbé de Villeterre qui en
eft Curé. Cette Princeffe alla
voir le lendemain Madame la
Princeſſe palatine , Abbeffe
de Maubuiſſon , & elle y fut
traitée à diſner avec toute la
délicateſſe & toute la propreGALANT.
223
té imaginable. Elle ſe rendit
enfutie à Pontoiſe qui en eſt
tout proche ,& Mr de Monthiers
, Lieutenant General,l'y
complimenta à la teſte du
Corps de la Iuftice & de la
Ville. Ses réponſes ſpirituelles
& fes manieres honneſtes
luy attirerent l'admiration
& l'eſtime de tous
ceux qui curent l'avantage
de la voir. Elle aſſiſta à la
priſe d'Habit d'une Soeur de
Mr la Duc de Bervick dans
Je Monastere des Religieuſes
Angloiſes. Le Pere Bourda-
Jouë y preſcha avec l'éloquence&
la maniere édifiante
qui luy ſont ordinaires , & la
ceremonie fut faite par Mr
de Verthamont , Grand Vicaire
de Pontoiſe. Le jour
K 4
224 MERCVRE
fuivant , cette Princeſſe continuant
ſes vifites dans les.
lieux faints , alla voir le beau
Monaftere des Religieuſes de
Saint Dominique de Poiffy
où elle fut reçue par Madame
de Chaunes qui en eſt
Prieure perpetuelle. Elle viſita
cette Maifon , dans laquelle
on lay fervit une Collation
auffi magnifique qu'abondante.
Elle a encore renda
viſite à Madame la Dauphine ,
chez qui Monfeigneur le Dau- .
phin ſe trouva , & elle y fut
placée dans un Fauteüil entre
ce Prince & cette Princeffe . H
y avoit un Cercle de Duchef
fes , & les jeunes Princes s'y
rencontrerent La Conversatio
ayant duré une demy heure,
la Reyne fut reconduite par
GALANT.
225
Madame la Dauphine juſques
àla porte de la Chambre où
elle avoit eſté recuë. Mon
ſeigneur luy donna la main ,
&la reconduiſit juſqu'à fon
Carroffe. Le Roy qui arriva
de la Chaſſe dans ce temps là,
s'avança vers cette Reyne fuivant
les manieres honneſtes
qui lay font naturelles , &demeura
un moment avec elle .
Cette Princeffe ayant reſolu
de faire ſes devotions dans la
Cathedrale de Paris vine coucher
le 21. de ce mois au Monastere
de Chaillot , afin d'en
eſtre plus proche. Elle y vint
le lendemain 22. & Mr l'Archeveſque
reveſtu de ſes habits
Pontificaux la receut à la
teſtede ſon Clergé . Sa Majefté
fe mit d'abord à genoux ſur un
K
:
226 MERCVRE
carreau que luy preſenta un
des Chanoines ,& elle adora
la vraye Croix. Lors qu'elle ſe
fut relevée , ce digne Prelat
la complimenta.. Il auroit eſté
à ſouhaiter que ſon compli--
ment cuſt eſté entendude tous
ceux qui étoient accourus de
toutes parts pour la voir,&qui
venoient pour admirer une
Reinedont le courage&la pieté
ont paru avec tant d'éclat
dans une occaſion qui pouvoit
abattre les plus fermes,&laffer
lapatience de ceux qui enont
le plus. Mrl'Archeveſque donna
à cette Princeſſe les louanges
que meritoit fon heroïque
vertu , mais avec des termes fi
choiſis & une éloquence fi noble,&
qui convenoit ſi bien à
celuy qui eſt à la teſte duCler-
2
GALANT.
227
.
gé de France , qu'on ne sçauroit
aſſez l'admirer.Cette Reine
affligée y répondit avecma
jeſté , & aprés luy avoir témoigné
qu'elle eſperoit beaucoupde
ſes prieres & de celles
de ſon Clergé , diftingué
par ſa doctrine , par la pureté
de ſes moeurs , &par ſa pieté,
elle le pria de ne ſe pas laſſer
d'en faire pour la proſperité
du Roy ſon Seigneur , & le
fidelle Allié du Monarque qui
leur avoit donné un azile fi favorable.
Elle s'excuſa enſuite
d'avoir fait attendre ce Prelat ,
la foule qui s'eſtoit rencontrée
à fon paſſage , & qui avoit une
extrême impatience de la voir,
L'ayant fait arriver à Noſtre
Dame une heure plus tard
qu'ellen'avoit eſperé . Les com
K6
228 MERC VRE
plimens étant finis , la Reine
alla devant, la Chapelle de laa
Vierge , où on luy avoit préparé
un Priédieu.Mr-l'Arche.
veſque l'y ſuivit , & ſe retira
enfuite pourquitter ſes habits.
Pontificaux . Il revint peu de
temps aprés, en rochet & en
camail , & fervit Sa Majeſté..
omme il a accoutumé de ſervir
leRoy meſive. Elle communia.
àla premiere Meffe , celebrée
par Mr l'Abbé Parfait , le plus
ancien des Chanoines,& aprés,
cette Meffe , elle en entendit,
deux autres , avec une devorion
qui edifia toute l'affemblée
, & qui fit connoiſtre de
quelle maniere il faut aſſiſter à
ce faint Miſtere. Les Meſſes fi
nies , elle fit l'honneur à Me
l'Archeveſque de luy rendre
GALANT.. 229)
viſite , & comme la converſation
fut plus libre , elle y fic
paroiſtre tant d'efprit & tans
de grandeur , qu'ona cu raiſon
de dire que c'eſt veritablement
une Reine. Quand elle ſe ſepara
de ce Prelat , pour monter
en Caroffe , elle ſe mit à
genoux , & luy demanda fa
benediction. Une action fr
:
humble & fi Chreſtienne fur .
prit tous ceux qui étoient prefens
, & Mrl'Archeveſque méme
, qui vit rappeller par là la
memoirede ces temps heureux
pour l'Eglife , où les plus grandes
Reines & les plus puiſſantes
Imperatrices ſervoient de
leurs mains les Eveſques , regardant
en eux la Miffion que .
Dieu leur a donnée , & ce Prelat
ravy,d'une humilité fi ho
230 MERCURE
norable à l'Eglife , s'écria en
prononçant ces mots , dont le
miſtere n'eſt pas ignoré de
ceux qui ſe repaiſſent de la
lecture de l'Ecriture Sainte , fa
priete grand: Dieu en qui Vostre
Majestéa mis toute sa confiance,.
de rependre fur Elle abondamment
la rofée du Ciel&la graiffe de la
terre ,au nom du Pere , & du Fils,
&du Saint Esprit. Si ce Prelat
fit ſurpris la Reine admira ſa
prefence d'Eſprit& fes manieres
nobles & inimitables ,&
s'en alla bien confirmée dans la
haute opinion qu'elle en avoit
conccuë . L'apréſdinée elle rendit
viſité àMonfieur leDuc de
Chartres & à Mademoiselle..
Ce jeune Prince la vint rece--
voir au bas du grand Efcalier
accompagné de plus de cin
GALANT. 2:3
quante perſonnes de la premiere
qualité ,& de beaucoup des
grands Officiers de Monfieur..
Cette Princeſſe alla voir le méme
jour Mademoiselle d'orleans
au Palais de Luxembourg
, où elle futreceuë avec
tousles honneurs qu'on doit à
fon caractere ..
Si vous avez des Amis embarraſſez
fur les ufures qui
peuventeſtre permiſes , car le
mot d'uſure n'eſt pas toûjours,
pris en mauvaiſe part , je croy
que vous leur ferez plaifir de
les avertir que le S. Guerout ,
Libraire au Palais , débite un.
Livre , qui les retirera de tous
les doutesque le ſcrupule peut
faire former fur cette matiere..
Il a pour titre , Eclairciffement
nouveaufur le prest & l'interest :
23 2
MERCVRE
la lecture n'en peut eſtre que
d'une tres -grande utilité..
Le vray mot de l'Enigme du
mois paſſe qui estoit la salade ,
aeſté trouvé par Meſſieurs du
Perier ; Ralet ; Brunetde Tilly
Hutuge , d'Orleans ; R. Collas
de Blois; Meſdemoiselles Potange
, Cyprés de la ruë de
Bourbon la Spirituelle de la
meſme rue ; la Belle Conquerante
de Lifieux, les deux Soeurs
de la ruë Muret de Chartres; les
Phenix des Freres de la rue
des Provaires ; le Payſan de lan
Baſtille; le Mary de la belle Procureuſe
aux Comptes ; le Tribun
de Flandre , & ceux d'E
gypte & de la Place Maubert ;今
la Societé de l'Hôtel de PortugaiNaſſau
àGeneve; le Voiſin
inconnu de la bien- aimée
GALANT.
233
charmante brune de la ruë aux
Fers.
L'Enigme nouvelle que vous
allez lire eſt de la Bergere Fleurette
, Filie du défunt Berger
Fleurifte.
ENIGME.
M4 taille est grande & de
gagée ,
2
Legere d'autantplus quejefuis plus
âgée.
EC Sexe m'aime ,&j'ay l'honneur
De poffeder le costé de son coeur
Dans l'employ que je donne au
monde.
L'Epée & moy ne nous accordons
pas.
Le la traite de hauten bas.
Mes cheveuxfont d'emprunt, longs,
fins, de couleur blonde ,
234
MERCVRE
1.
Une treffe , un ruban tel qu'on veut
le choiſir.
Les lie & les arreste ,
Et bien ſouvent on prendplaisir
Ame les arracherpoil àpoid de la
teste.
l'ajoûte à la Gavotte de Mr
Martin que vous avez trouvée
au commencement de cette
Lettre , une Gigue du meſme
Auteur. C'eſtencore l'Amour
que l'on fait parler dans les
paroles qui ont eſté faites
pour en chanter l'air :
GIG VE ..
Demesfilets,
De mes lacets,
Demespiegesfecrets
Quifont faits22
THEQUE
DE
LA
LYON
*
1083
2
E
7
2
1
GALANT .
235
Tout exprés ,
Dans ces Forests ,
On nepeut aisémentſe défendre.
Sans y fonger chacun vient se
rendre
:
Dans mes filets ;
Sansy fonger chacun vienne se
prendre
Dansmes lacets.
Dans mespiegessecrets .
Quifontfaits
Tout exprés
Dansces Forefts.
On ne peut aisément se défendre
Demes lacets, c.
Quels doux moment !
Quels jeux charmans!
Quede contentemens
Raviſſans
Aux Amans
:
Quisont conftans !!
開
236 MERCURE
Mais ilfaut estre pris pour les
prendre.
Car onles perd atoûjours attendre
Ces doux momens , 4
Car on les perd ſans un amour
tendre
Ces jeux charmans ;
Tous ces contentemens..
Raviffans
Aux Amans
Qui sont constans ,
Mais il faut estre pris pour les
prendre,
Ces jeux charmans ,
Ious ces c
Je viens d'aprendre une
action des plus vigoureuſes
dont on ait jamais parlé. Le
16. de ce mois , à une heure
aprés minuit , deux mille
hommes d'Infanterie ſortis,
GALANT .
237
de Cologne , & quatre cens
chevaux des Troupes deBrandebourg
, commandez par
Mr Heiden leur Lieutenant
Colonel , avec deux mille
Païfans travailleurs , vinrent
pour ſurprendre une petite
Redoute de terre que les François
font conſtruire fur le
bord au delà du khin , vis à
vis de Bonn , pour défendre
le Pont volant qu'ils ontprés
de cette Ville-là.Les Ennemis
s'eſtant approchez le ventre
à terre juſques à vingt pas du
foſſé de la Redoute , qui eſt
remply de quatre pieds d'eau
la Sentinele qui estoit àl'entrée
apperceut une méché
allumée , & cria , Qui va là !
Comme on ne luy fit point
de réponſe , elle tira à la
د
238 MERCURE
i
1
1
méche , & tua un Grenadier
qui venoit ſonder le foſſé. Les
Ennemis ſe voyant découverts
, firent feu à la Redoute
Elle n'eſtoit gardée que par
ſoixante Soldats & quarante
Travailleurs , tous commandez
par Mr Racine , Capitaine
au Regiment de Vandofme.
Ils eſtoient ſoûtenus
par deux Détachemens de
Grenadiers , qui eſtoient dans
deux Bateaux couverts, poſtez
fur le Rhin par Mr de la Lande
Ingenieur , aux deux augles
de cette Redoute. Ces
deux Détachemens eſtoient
commandez , l'un par Mr Palas
, Capitaine Grenadier de
Thiange , & l'autre par M.
Siomet , Sous Lieutenant dans
ce meſme Regiment. Ces Dé
GALANT.
239
tachemens eſtoient fort neceffaires
en cet endroit- là ,&
on les y avoit mis avec grande
prévoyance. Il n'y avoit
que vingt - cinq Grenadiers
dans chaque Bateau , cependant
leurs décharges incommoderent
fort les Ennemis
*qu'ils prirent en flanc. Ceux
qui estoient dans Bonn s'étant
apperceus de l'opiniatreté
des Attaquans qui s'approchoient
pour combler ſe
foffe , & s'attacher aux paliſ
fades , Mr Raouffet , Gouverneur
, & Mr de Clerac , Lieutenant
de Roy de Bonn , avec
Mrs les Marquis de Thiange.
&de Magny Colonel , & trois
cens Grenadiers , monterent
fur le Pont volant pour paffer,
& fecourir la Redoute , mais
240
MERCURE
1
le Pont n'ayant pu aborder
de l'autre coſté auſſitoſt qu'il
auroit dû faire , à cauſe que
les grandes eaux avoient cm -
porté une partie des petits
Bateaux qui en foutenoient
la corde , ils ne purent eſtre
débarquez que lors que les Ennemis
, qui apparemment eurent
peur de ce ſecours ,& qui
avoient déja eu plus de cinquatehommes
tuez ſur la place
&plus de deux cens bleſſez ,
commencerent à ſe retirer. Ils
avoient déja donné trois Affauts
àla Redoute par un endroit
qui leur pouvoit ſervirde
bréche , cetie Kedoute n'eſtant
pas encore achevée de ce coſtélà.
Les Grenadiers que je vous
ay dit eſtre au nombrede trois
cens , & qui avoient mis pied à
terre
GALANT
241
terre par le plus grandbonheur
du monde , firent premierement
une décharge de leurs
Fufils ,& ayant misenfuite l'épée
à la main , ils contraignirent
les Ennemis à prendre la
fuite ,& à ſe ſauver de toutes
parts. Leur épouvante ne
ceſſa point pendanttoute toute
la journée , & elle futtelle ,
qu'ils ne ſe croyoient pas en
ſeureté , meſme dans Cologne.
Les François firent vingt
&un Priſonniers dont il y en
avoit ſeize de bleſſez. Il ſeroit
fort malaiſé de faire une dé
fenſe plus vigourcufe , laRedoute
ayant eſté attaquée plus
de trois heures ſans un moment
de relâche . Les Soldats
avoient confumé preſque toute
leur poudre , & Monfieur
Racine , leur Commandant ,
Avril 1689. L
242 MERCURE
:
les voulant encourager , leur
diſtribua trente piſtoles qu'il
avoit fur luy , & les engagea
à jetter continuellement des
Grenades. Ils devoient ſe défendre
l'épée à la main lors
qu'ils auroient tout à fait man
qué de Grenades & de poudre.
Monfieur Palare Capitainede
Grenadiers, fut bleſſe legerement
d'une balle de Moufquet
au deſſus de la mammellegauche
, & Meſſieurs Monfreau
, Lieutenant des Grenadiers
de Vandofme , & Siomet,
Sous Lieutenant de Tiange,
furent tuez avec deux Grenadiers.
Il n'y a en que huit
Grenadiers de bleffez dans la
Redoute& dans les Bateaux ,
qui furent tout percez de
coups de Moufquet & d'Arquebuſes
à croc chargées de
GALANT. 243
balles & de bout de fer de la
longueur du doigt , qui venoient
juſque dans Bonn ,
quoy que le Rhin fuſt entre
deux , & qu'il foit une fois plus
large en cet endroit là , que
n'eſt la Seine vis à vis de l'Arcenal.
Il eſt ſurprenant que
quatre mille quatre cens hommes
ayent eſte battus & mis
en fuite par quatre cens. Une
action dune vigueur ſi pen ordinaire
n'appartient qu'à des
François. Les Ennemis ont
perdu plus de trois cens hommes
, tant morts que bleſſez,
&Prifonniers , & quinze Of
ficiers , ſans compter pluſieurs
Soldats qui ont deſerté , la
déroute & l'épouvante ayant
eſté fi grandes , que chacun
ſe ſauva ſans ordre & par differentes
routes. Mr Heiden,
L2
244
MERCURE
leurCommandant, eut d'abord
la jambe caffée , & receut plufieurs
autres bleſſures , dout
il morut dés le meſme jour . Le
Roy a donné de grandes louanges
à l'action de Mr Racine.
Il eſt Fils d'un Conſeiller de
la Grand Chambre , & Frere
d'un Confeiller du Chaſtelet,
de ce meſme nom.
:
Je ne vous feray point un
long détail des affaires d'Angleterre
; je vous marqueray
ſeulement la ſituation où elles
ſe trouvent aujourd'huy. Le
Prince d'Orange eſtant aſſuré
qu'il y a pluseurs perſonnes
dans Londres qui ſont dans
les intereſts de leur veritable
Roy , reſolut de ſe ſervir d'une
adreſſe pour faire paſſer
avec plus de facilité dans le
Parlement pluſieurs choſes qui
GALANT.
245
luv eſtoient d'importance . Il
fit publier an Imprimé , au
bas duquel eſtoit ſa permiffion
, afin qu'on y ajoûtaſt
plus de foy. Cet Imprimé
contenoittoutes les particularitez
de la mort du Roy d'Angleterre
, qu'on ſuppoſoit arrivée
à Breſt . Son regne paroiffant
plus affeuré par là , il
vint à bout de ce qu'il fouhaitoit;&
comme la verité ſe
découvre toſt ou tard , deux
jours aprésil fitimprimer dans
la Cazette de Londres , que
cette fauſſe nouvelle avoit eſté
publiée par la ſurpriſe d'un
Imprimeur , qui avoit demandé
une permiffion pour
imprimer les circonstances de
la mort du Roy Jacques premier
, & qui avoit mis Jacques
fecond. Son couronnement ſe
L3
246 MERCVRE
de
fit vingt- quatre heures aprés
qu'on eut fait courir le bruit
de cette mort ſuppoſée. Il fut
couronné par l'Archeveſque
d'Yok aſſiſté de l'Eveſque de
Londres , l'Archevelque
Cantorbery qui devoit faire
cette fonction comme Primat
du Royaume , ayant genereufement
perfifté àdire, qu'aprés
avoir preſté ſerment au Roy
Jacques II. fon vray Maiſtre ,
&cu l'honneur de le couron
ner', il n'en pouvoit couronner
un autre. Ie vous ay da
peint le caractere de l'Evefque
de Londres en pluſieurs endroits.
Quant à l'Archevefque
de d'York , c'est celuy
qui estoit Eveſque d'Exeter
quand le Prince d'Orange
defcendit en Angleterre ,
qui pour couvrir l'intelligence
GALANT.
247
:
qu'il avoit avec ce Prince ,
preſcha d'abord contre luy
afin d'avoir lieu de ſe retirer à
Londres , feignant de vouloir
ſe mettre à couvert de ſa cole
re; mars c'eſtoit pour cabaler
fous main en ſa faveur. Le
Roy d'Angleterre croyant que
fon zele eſtoit veritable , luy
donna l'Archeveſché d'York
qui ſe trouva vacant. Cette
bonté ne le toucha point..
Il continua à chercher à nuire
à ſon bienfaicteur & a
bien voulu couronner ſop
Ennemy. Il n'y avoit qu'un
Traiſtre qui puſt couronner
un Ufurpateur , & qu'un
homme fans Religion qui
puſt l'aſſiſter . Mais quel couronnement
, & qu'en peuton
dire , finon que la victime
eſt couronnée ?
,
L4
248 MERCVRE
L'eſtat preſent des affaires
d'Ecoffe ne paroiſtra pas avantageux
à qui n'en jugera que
par les apparences , & par les
Letres d'Angleterre , d'où on
n'en laiſſe fortir aucune qui
diſela vérité . Il ſemble que la
Convention foit plus favorable
au Prince d'Orange qu'au
Roy, mais il ne faut pas s'en
étonner , la brigue effoit faite
de longue main pour ne faite
élire que des Non Conformiſtes
. Cela n'empéſche pas qu'e
tous les Evefques , & la plus
grandepartie des Seigneurs ne
foient pour le Roy. Tout ſe
fait dans la Convention contre
l'ufage & contre le droit ,
-& rien n'eſt valable. Ce
"Parlement ayant fes loix differentes
de celuy d'Angleterre
, il faut que les DélibeGALANT.
249
:
د
rations foient fignée par tout
le Corps , & non par un feul
pour tout , ce qui n'a pas eſté
fait. A l'égard de la Lettre
que la Convention a écrite
au Prince d'Orange , en ré
ponfe de celle qu'elle avoit
receuë de ce Prince , tous les
Evefques , & preſque tous les
Seigneurs ayant refuſé de la
figner les Non Conformi
ſtes de la Convention ont
obligé le Prefident de la ſigner
au nom de tous", &elle
aeſté ainſi envoyée afin qu'-
elle puſt ſervir au Prince d'O.
range pour l'avancement de
fes affaires à Londres , en difant
que ſes affaires vont bien
en Ecoffe , & qu'elle trompaſt
ceux qui ne ſçavent pas les
loix de ce Parlement. La declaration
que cette meſme
Ls
20 MERCVRE
Convention a faite du Trône
vacant , n'eſt pas plus valable ,
mais quoy qu'un tas de Seditieux
veüille tout emporter
de force , le Party du Roy
n'eſt pas moins puiſſant dans
le reſte du Royaume que ce.
luy du Prince d'Orange , &
le Duc de Gourdon continuë
toûjours avec beaucoup de fidelité
à défendre le Chasteau
d'Edimbourg ,
Depuis que le reſte desNon-
Conformistes qui s'eſtoient
retirez dans le Nord d'Irlande
, a eſté défait , ce Royaume
, quoy que tout en armes ,
joüit d'une heureuſe tranquillité
, & du plaifir de s'eſtre
acquitté de ſon devoir , & d'avoir
merité l'eſtime de toutes
les Nations de la terre ,& ne
fonge plus qu'à contribuer au
GALANT. 251
rétabliſſement de ſon Monarque
legitime , & pour cer
effet tout est en mouvement
dans cet Etat Le Roy a donné
une amniſtie dont les Preſbiteriens
jouiffent , & pluſieurs
d'entre eux paroiffent main
tenant auſſi zelez pour Sa Ma
jeſté que les Catholiques , &
les Proteftans Conformistes .
On en a neanmoins trouvé
encoré quelques uns qui depuis
l'amniſtie n'avoient pas
quitté les armes. Les uns ont
eſté condamnez à de groffes.
amendes , & les autres à eſtre
pendus ; mais le nombre en
eſtoit peu confiderable . Le
Roy a convoqué un Parlement
qui ſe doit tenir le 17.
du mois prochain . La Flote de
Breſt qui porte en Irlande des
armes , des hommes , & de
252
MERCVRE
د
د
P'argent , appareilla le 22. de
ce mois pour ſortir le Gouler,
& aller moüiller à Bartanne
à deux heuës de la grande
Rade de Brest afin d'eſtre
plus en estat de partir au pre.
mier bon vent , & comme il
a commencé le 24. à devenir
favorable , il eſt hors de doute
que la nouvelle du depart de
ces Vaiſſeaux ſera arrivée avant
que vous recevicz ma
Lettre. On a certitude que
cette Flote eſt compofée de
vingt- fix Vaiſſeaux , de quatre
Fregates , & de douze
Brulots,
Quoy que je vous aye marqué
la derniere fois que vous n'auriez
ma fixieme Lettre ſur les
Affaires du Temps que le premier
de Iuillet ,je vous l'envoyeray
un mois plûtoſt. Ainfi
2
GALANT. 253
vous la recevrez le premier de
Juin.ledécouvre tous lesjours
des choses fi curieuſes touchant
ce qui a donné Je branle
au mouvement qui agite aujour
d'huy toute l'Europe , que
je n'ay pas moins d'impatience
de vous les apprendre , que
vous m'en témoignez de les
ſçavoir.
Le Roy a fait Brigadiers de
Cavalerie MrleDucde Roque,
laure, & Mr le Comte de Nangis
; & Brigadiers d'Infanterie
M. le Comte Davegean , & Mr
deCreil, tous deux Capitaines
aux Gardes .
Lors que je ſuis preſt à finir
ma Lettre , on me donne la copie
da Compliment que Mr
l'Archeveſque fit à la Reyne
d'Angleterre en la recevant à
Noftre - Dame . Ce Prelat luy
254
MERCVRE
dit , Que le Dieu qu'elle venoit
adorer dans l'Eglise de Paris dediée
à l'honneur de la fainte Vierge ,
fe faisoit appellerdans les faintes
Ecritures ,le Roy de Roys , &le
Seigneur des Seigneurs qu'ilseplaifoit
à voir au pied deſes Autels les
grandeurshumiliées,&les Majefrezfoûmises
; Que le mesme Esprit
qui uniſſoitfi étroitement cette Princeffe
avec un des plus geneveux &
des plus grands Kors de la Terre,
lafaifoit participer au zele qu'il avoitfait
paroiftre dansce licu pour
le bien de la Religion , & àses autres
vertus chrestiennes ; Du'aussi
pendant que ce grand Prince travaillon
parsavaleur au recouvrement
deſes Royaumes , le Public la
regardoit comme une de ces illustres
conductrices du Peuple de Dieu , qui
n'estoit pas moins formidable àfes
A
GALANT.
255
:
Ennemis par la puiffance defes.tar.
mes & defes prieres , que par celle
de fes Soldars , & du nombre de fes
Armées ? Qu'au refte les larmes
qu'elle verſoit avec abondance avoient
leurs entrées dans le Ciel , &
qu'il ne doutoit pas que Dieu n'en
exauçast bien toft les clameurs ;
Qu'onles confidereroit moins d'orefnavant
comme lesſignes de fadouleur,
que comme des Trophées qu'ellesçauroit
él veràſa propregloire,
&mesme comme un monument de
la Victoire , qu'elle remporteroit
bien- toft fur les malheurs de fes
Peuples;Que c'estoit en cela que con
fiſtoient les veux de l'Eglise de Paris
, qui n'oſoitpas s'étendrefur les
louanges de ses vertus Royales , de
peur d'interrompre par un long difcours
les empreſſemensde sa pieté.
le ſuis , Madame , Voftruc.
LYON
FIN
ExDono
R.P.Claud. Franc.
Menestrier Soc. J.
807156
MERCURE
GALANT
QUE
DE LAVA
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
Colleg. Lugd. S. Trinit .
AVRIL 1689 .
Societ. Gepe Cal. Inc.
:
LYON
A LYONE
Chez THOMAS AMAULRY
ruë Merciere au Mercure
Galant..
M.DC.LXXXIX.
AVEC PRIVILEGE: DUROY
TABLE
Rélude..
Prélude: Ode..
Elogedu Roy en monosyllabes..
江
2
7
Discours prononcé à l'Academie
FrançoiseparM.Charpentier. 14
Madrigal..
Fable..
46
49
Ce qui s'estpassé à Versailles pendantla
Semaine Sainte.. 577
Discoursà lagloire du Roy de la
grandeBretagne.. 63
Lettre d'un Milord abſent de la
Convention àundeses amis. 71
Nouveaux avis fur la Carte des
Frontieres d'Allemagne.. 108
Reception de Madame de Saliezà
l'Academie des Ricourati.
Réjouiſſancesfaites àRome. 1133
e
a 2
TABLE..
Explication de l'Emblème Enigma .
tique de la Theriaque....... 115 .
Haranguefaite au Roy d' Angleterre
130 %
Histoire.. 132
LettreàM.Menagesfur le change--
ment des Monnoyes de Naples 166
7
Prix proposé partAcademied'Ar-
Les...
Morts.
179
182
Estampe gravée d'après M. Mignard.
194
Benefices donnezparle Roy. 196
Belle action deMrle Marquis
d'Vxelles . 205
Mile Marquis de Castres est nomme
Brigadier.
Action publique de Mr
Lourvois.
210
l'Abbé de
214
Mariage de Mr le Prince d'Enri..
chemont , & de Mademoiselle
Mx de Beauvais eft receu Commenr
TABLE..
deur de l'ordre.. 2132
Déclaration de Guerre , faite à
l'Espagne.. 2144
Carofes inverſables.. 246
Devotions de Monsieur & de Madame
pendant la Semaine Sainte...
220
Diverſesvisites faites par la Rey
ne d'Angleterre ,& ses Devotions
en l'Eglife Noftre-Dame
Eclairciſſement nouveau fur le Prest
2257
de Paris.
& l'interest.. 2311
Enigme.......... 233
Action vigoureuse des François à
defendre une Redoute.. 236
Affaires d' Angleterre , d'Ecoffe &
d'Irlande.
254
Nouveaux Officiers Generaux. 256
Fin de la Table..
Avis pourplacer les Figures.
L
'Air qui commence par ,
Sans fleches ,fans carquois, doit
regarder la page 54
Les Monnoyes de Naples ,
doit regarder la page 166
L'Air qui commence par,De
mesfilets,doit regarder la page.
234
MERCURE
CREATE DEC GALANTLYON
AVRIL
J
1689.
*1893
E me tairay aujourd'huy
, Madame , fur
les grandes chofes
qui rendent la Vie
du Roy toute merveilleuſe ,
& Mademoiselle de Razilly
parlera au lieu de moy . L'Ode
qu'elle a faite pour cet Auguf e
Monarque , qui protege d'une
maniere ſi noble & fi genereuſe
un Roy opprimé par la perfi-
Avril 1689 . A
2 MERCVRE
die de ſes ſujets , eſt d'autant
plus digne d'eſtre donnée au
Public , qu'elle fait connoiſtre
que les perſonnes de voſtre
Sexe n'ont pas moins de zele
que d'eſprit , quand il s'agit de
loüer un Prince qui s'attire de
plus en plus l'admiratió de toute
la terre. Je vousay déja envoyé
pluſieurs Ouvrages de
ſa façon , & la fatisfaction
que vous m'en avez marquée
m'engage à vous faire part
de celuy-cy.
A
ODE.
Prés avoirvaincu les Princes
&les Rois
En plus de mille endroits ,
Triomphe des Etats ,joumis lesRepubliques
,
GALANT.
3
Planté les Fleurs-de- Lys ,
Sur cent murs démolis ,
Et reduit aux abois l'orgueil des
Heretiques.
L'Invincible LOVIS dans leſein
de la Paix
Charmoit tousfes sujets ,
Les Sciences , les Artsfloriſſoient
dans le calme ,
Etfous un telHeros
Ongoûtoit en repos
La douceur de l'Olive à l'ombre de
la Palme.
Lors qu'on vit tout d'un couple
Monstre de l'Erreur
Armer fon Défenseur ,
Paroiſtreſur les flots entouré de Rebelles
Sans respect &fans foy ,
Pour opprimer un Roy
Qu'ont traby lâchementſes Peuples
infidelles .
A2
MERCUR E
Neptune en fon couroux commençoitſous
les eaux
D'abismerſes Vaiſſeaux ,
QuandBellonne luy dit ; tout beau ,
qu'allez vous faire ;
Le Cielveut que LOVIS
Par des faits inoäis ,
Rétabliſſe ce Prince ,&vangesa
colere.
Vne Reyne en ses bras fuyant
L'oppreffion,
D'un nouveau Pharaon ,
Expoſe ſon Enfant en paſſant la
Tamiſe
Dans le mesme peril ,
Qu'autrefois sur le Nil
Dans un Berceauflotant eut le petit
Moyfe. 1
C'est ainsi que LOVIS devint le
Protecteur,
Et l'Auguste Tuteur
GALANT .
De l'Illustre heritier d'une trviippllee
Couronne.
Le Ciel dont leſecours
Luy confiafes iours ,
Payera defes Lauriers tous lesfoins
qu'il luy donne.
Il deftine à ce bras toujours victorieux
Des fuccés glorieux.
C'estparluy qu'il pretend punirun
parricide,
Et rétablir la Foy ,
Sous le Sceptre d'un Roy
Que l'on aveu brisé parun peuple
homicide.
Grand Dieu , quipar vosfoins
rempliſſez tout le cours
De fes bien heureux jours ,
Qui voulez qu'en la Paix ainfi
Que dans la Guerre ,
Ce Prince Sans pareil
Comme unſecond Soleil
A 3
6 MERCVRE
Soit l' Aftre dominanı qui regne fur
la terre.
Faites que fon Dauphin qui deia
furfespas
Marche dansles Combats,
Arreſteſes regards , fans ciller la
paupiere,
En genereux Aiglon
Sur le divin rayon
Quifort de la grandeur de fonAuguste
Pere.
Comme tous ceux qui ont
dutalent pour les Vers ou pour
la Profe, s'empreſſentavec une
égale ardeur à donnerau Roy
les loüanges qu'il merite , on le
fait auſſi de toutes manieres ,
& aprés l'exemple qu'on a donné
dans ma Lettre du mois de
Fevrier , d'un Diſcours quieſt
compoſé entierement de MoGALANT.
7
noſillabes , vous ne devez pas
eſtre ſurpriſe qu'on ait employé
ce genre d'écrire dans
une matiere ſi relevée . Monſieur
Hongnant eſt celuy qui
s'en eſt ſervy pour faire l'Eloge
de Sa Majesté . On a trouvé cet
Eloge fort ingenieux , &je ſuis
perfuadé que vous le lirez
avecplaifir.
ELOGE
En mots d'une Syllabe ,
AURO Υ.
CRandRoy, tout eftgrand
dans toy , le coeur , l'air, le
port , le bras . La Paix & Mars
fontdans tes mains , & n'y ſont
A4
8 MERCV RE
plus quand il te plaiſt . Tout eſt
plein de ton Nom ; tu fais ce
que tu veux , & tu veux tout
ce qui eſt droit & faint. Ton
joug eſt tres-doux; nul ne te
ſert qu'il n'ait le prix qui luy eſt
dû. Tu ſçais & fais le fin des
Arts; ton oeil & tes ſoins vont
fort loin ; foustoy le pur ſang
de tes Lysa ne fort plus du
corps ſur le pré pour un point
fort vain ; on ne boit pas la
mort b dans un jus trop froid
ou trop chaud.; & la Foy n'a
que du bon graine dans ſon
champ.Ce que tu fais n'eſt pas
moins grand que toy Tu joins
lesbords du Rhin fans pont;
les bords du Mein & de la Lys
teints du ſang de ceux qui
a Duels.
bPoisons.
Erreurs abolies.
GALANT.
9
font en tout moins que toy,
font à ce jour pleins de tes
gens de coeur , & ceux à qui
le poids de ton bras d a fait
un grand tort , ſont dans la
peur pour leurs Forts que ta
main a pris il y a prés de dix
ans . En vain ceux dont le
Turc eſt las e font ils un
grand feu vers le Rhin , un
feul de nous fous ton oeil
plein du feu de Mars vaut
cent Turcs . Si tu es grand
dans ce qui fert à tes voeux ,
tu ne l'eſt pas moins dans un
malf qui ne t'a pas fait des
loix. Ah ! dans ce temps
tout fut pour toy dans le
deüil ; mais ton coeur plus
que l'art & le temps mit fin
dHollandois..
e Allemands..
E Maladie du Roy.
A
10 MERCURE
à ce mal qui fut le mal de
tous par la part que l'on y
prit. Que de voeux ! que de
feux quede ris ! que de jeux
ne vit -on point ? Et l'on n'en
fit pas trop le ne dis pas que
des Rois qui font loin de
nous ,& nous ont fait voir par
des dons que leurs genst'ont
fait de leur part, & avec droit ,
en quel haut rang tu es dans
leur coeur & dans leur Cour .
En ce temps là le fort d'un h
Chef d'un grand Corps , mais
trop vain , fut le fort d'un
Ver. Quels fers ; ne rompstu
pas ? Je vois la Mer & ceux
qui y font des vols [ pour qui
tu mets leurs murs en feu
gAmbassade du Roy de Siam.
hDogede Gennes.
i Esclaves delivrex.
1Algeriens Bombardez .
2
GALANT. TI
fous tes Loix . Ton Fils men
qui tu te vois peint , va fur
tes pas où ton coeur s'eſt fait
voir A ſa voix les Forts font
pris tout d'un coup , & les
Tours font à bas. En moins
d'un moisn un grand& gras
Champ de Mars ſe rend à
luy qui ne le ſçait ? N'a-t-il
pas eu tous les coeurs de
ſes gens à ſoy ? Par ſa main
il rend doux les coups de
Mars ; à ce prix-là ils font
preſts de voir la mort ſans
peur ; mais ces hauts faits
font moins grands que ce que
tu as fait pour un Roy , à
mCampagne de Monseigneur leDanphin.
nPalatinat du Rhin.
• Reception du Roy,&de la Reinede
La Grande Bretagne ,& du Princede
Galles..
A 6
12 MERCURE
qui des coeurs bas fans Loy &
fans Foy font un grand tort..
Tu luy tends les bras ; fon Filsa
& le ſein à qui il doit ſes jours.
ſont ſous tes ſoins , tu romps
le cours de leurs vrais maux
par tant & tant de dons que
tu leur fais tous les jours ; ils:
ont chez toy leur Cour , leur
train , & tout ce qui eſt du à
leur rang. Ce Roy quit'eſt
ſi cher p part pour voir fi
les cocurs des Lords ne font
plus fi durs , & par tes foins
il pleut de l'or fur centmats.
qui vont au gré des vents..
Six-vingt Chefs que Mars.
voit de bon oeil &deux
grands Corps de gens à qui
le fer & le feu ne font point.
de peur , ſont pour luy prés
د
P Depart du Roy d'Angleterre pour
BIrlande.
GALANT. 13
4
de Breſt . Fais luy voir , Grand
Roy , ce qui fait ſes voeux.
Tu le peux toy feul ; fais ce
grand coup , & n'en fais
plus; car je n'ay plus de mots
ft courts & ils font tort à
ton grand nom. Je me tais .
,
C'eſt avec beaucoup de ju--
ſtice qu'on vous a tant vanté
le Difcours que prononça
Mr Charpentier , Doyen de
l'Academie Françoiſe , lejour
que Mr de Callieres , & Mr
l'Abbé Renaudot ; y furent
receus; mais quoy qu'on vous
en ait pû dire d'avantageux ,
il eſt difficile qu'on vous ait
marqué toutes les beautez
qu'on y admira . Ainsi , Madame
, preparez- vous à trouver
enle lifant beaucoup plus
encore que ce que lesdoüan
14. MERCVRE
ges qu'on luy a données vous
en font attendre. Je vous en
aurois fait part dés le mois
paſſe ,ſi l'empreſſement qu'on
a eu par tout d'en demander
des copies , ne m'avoit fait
croire qu'on vous en avoit
envoyé quelqu'une. Aprés
que les deux nouveaux Academiciens
que je viens de
vous nommer curent fait
leurs remerciemens à Pilluſtre
Compagnie qui leurdon .
noit place dans ſon Corps
Mr Charpentier leur réponditen
ces termes .
M
و
ESSIEURS ,
Si voſtre réputation estoit
moins établie , les deux excellens
Discours que vous venez de prononcer
, feroient affezconnoistre
GALANT..
ce que l'on doitpenfer de vous
& justifieroient pleinement le
choix de l'Academie ; mais la
grande opinion que toute la
France a conceuë de vostre me
rite avait déja prévenu nos voeux ,
& la voix publique vous avoit
nommez depuis long- temps aux
places dont aujourd'huy vous
prenez poffeffion. Ce grand con
cours de personnes diftinguées accourues
pour vous ovir , ce filence
qui n'a esté interrompu que par des
exclamations ; cette joye univerfelle
répanduë fur tous ceux qui
forment cette Compagnie
en font un témoignage indubitable.
C'est par vos celebres écrits
que vous vous estes attiré un
Semblable fuccés . Vous , a. Monfieur,
par cet excellent Panegyrique
que vous avez consacre aux ver
aAM. de Callieres.
VOUS
16 MERCURE
- puissante.
2
د
ce
tus heroiques du grand Roy qui
nous affemble dans ce Palais , &
qui nous y maintient à l'abry de
fa Protection toute
Vous avez donné un second au
Panegyrique de Pline qui n'en
avoit point eu encore ,fois pour
Vétenduë ,foit pour la ſplendeur
du discours ; & l'on peut direde
voſtre Heros & de vous
qu'on a dit autrefois d'Alexandre
& du portrait qu'en avoit
fait Appelles , que l'Alexandre de
Philippe estoit invincible , & que
l' Alexandre d'appelles estoit inimitable.
C'est cette Piece d'Eloquence
fi univerſellement estimée
, qui vous a acquis les premiers
voeux de l'Academie , &
qui vous a fait , s'il faut ainsi
dire , recevoir Academicien par
acclamation. Vous pouvez vous
en Souvenir Messieurs VONS
2
GALANT.
17
qui eftiez preſens à la lecture qui
s'en fit icy. Il y avoit alors une
place vacante dans la compagnie,
Charmez de la nobleffe de
la matiere , de la varieté des
pensées ,de la richesse des expreſſions
, quelques - uns dirent
qu'il ne falloit plus s'embaraffer
du choix d'un Academicien , &
que l'Auteur d'unſi bel Ouvrage
vous l'ayant adreßé , vous ne
pouviez vous dispenser de le
recevoir parmy vous pour l'en
remercier : & je suis persuadé ,
Monfieur que cela auroit esté
fait alors , si l'engagement qui
avoit esté déia pris pour celuy
qui remplit fi dignement cette
place , & si la recommandation
d'un Prince qui a fait paroiſtre
en cette occaſion tant d'ami
thé ,& tant d'estime pour l'Academie
; euffent på permettre
د
18 MERCVRE
dede
s'abandonner à ce premier
mouvement . Voilà , Monsieur
de quelle maniere vous
venez Academicien, Ce sont
ces fortes d'élections où n'ont
point de part , ny les follicitatiens
ouvertes , ny les cabales fecretes
, où celuy qui donne fon
fuffrage est moins porté par Son
inclination qu'emporté par la
dignité du ſuiet , &où celuy qui
obtient ce qu'il defire s'en doit
La meilleure partie ,
Ilen est de mesme de vous , b
Monsieur. Toute la France qui
vous lit depuis fi long-temps , &
qui vous lit avec applaudiſſement ,
ademandé pour vous ce que l'Academie
fait gloire de vous accorder,
Je confidere cegrand Ouvrage
que vous conduisez avec tant de
capacité& de prudence , comme le
A M. Renaudot,
GALANT. 19
Berceau de la Verité. Vous , la recevez
au moment de sa naiſſance ,&
vous luy donnez des forces pour vo
ler par toute la terre. Vous faites
une Image de LOUIS LE GRAND ,
qui n'est pas moins precieuse que
celle des Orateurs & des Poëtes ,
quoi quevousy employiez moins d'or
&de piereries .Vous l'exposez ànos .
Jeux avec la mesme adreſſe que
ceux quinousdonnent un moyenpour
regarderle Soleilfans qu'il nous
éblouiffe. Vous jettezles plusfolides
fondemens de l'Histoire, qui confifte
principalement dans lafidellenarration
des faits. Tout ce rafinement
de Motifs & de Politique dont
quelques - uns veulent tirer tant de
gloire ne font le plus souvent
que des matieres de contestations.
Les Motifs ehangent felon les
Etats &felon les occaſions,&ceux
qui ont excité le commencement d'u-
,
4
20 MERCURE
1
ne affaire nefont pas toutours ceux
qui la conduisent àſafin.
Mon Dieu ;le beau fiecle que
vous avez à peindre ! Les beaux
materiaux que vous preparez pour
ceux qui travailleront aprés nous
aux monumes immortels de la gloire
de Louisle Grand ! Combien defois
nous l'avez vous fait voir à la
sefte des armées iettant la terreur
dans le coeur deſes Ennemis,mettant
leurs armées en fuite, renverſane
leurs Fortereſſes ,subinguant leurs
Provinces?Tantoſt vous l'avezfait
paroistre en Legislateur donnant
de nouvelles Loix àſes Peuples ,
reformant les abus , puniſſant les
coupables autoriſez , Soulageant
l'innocence opprimée. Si les Barbares
de l'Afrique ont eu recours
àſa clemencepour obtenir le pardon
de leurs brigandages ; fi les
Nations les plus reculées de l'Orient
GALANT. 21
font venues se prosterner devant
luy , étonnées du bruit defa valeur
&defa magnificence; de qui avons
nous mieux appris que de vous la
veritè de ces évenemens (inguliers ?
Tantoſt vous nous l'avez dépeintfecourantſes
Alliez,prosegeant l'Empirecontre
l'invasion des Tures , نم
renonçant luy - mesme au progrés af-
Surédeses victoires , pour rétablir
la paixdans l'Europe. Aniourd'huy
vous nous racontez avec quelle generofité
il tend les bras àun Roy per-
Secuté par des Enfans dénaturez,
par des sujets infidelles , par des
Voisins ingrats. Ily a peu de jours
que vous nous l'avez representé
faisant partirſon Fils à la reſtede
Sesarméespour affeurer le repos de
La France contre les fecretes ligues
de nos Ennemis. Ce grand Roy dont
La penetrationeft admirable en tou
tes chofes,sçavoit bien à qui ilcom22
MERCURE
metoit unfoin ſiimportant . Allez ,
dit il mon Fils & foyez Vainqueur.
Qu'ily a de grandeur dans
cettefaçonde commander ! Que de
fublimité dans ce peu de paroles!
Etàqui appartient- ilde parler de
la forte qu'à celuy qui peut procurer
la victoire en ordonnant de
vaincre ? Mais que cet ordre a esté
exécuté fidellement : Le Dauphin
part dans un temps où les pluges de
l'Automne ſembloient s'opposer à
fes deffeins. Ilfurmonte à l'exemple
defon Pere les obstacles des saiſons.
Ilattaque une Place reputée imprenable
,&s'en rend maistre en
peude jours. Ence Siege le Fils de
Loüis le Grandfait la fonction de
Soldat. Il viſite la Tranchée ; il
s'expose au feu des Ennemis , یم
bazarde une vie pour qui nous de_
vons prodiguer la noſtre.Trente autres
Fortereſſes luy ouvrent ensuite
GALANT.
23
leurs portes , &le Palatinat entier
foumis à ce jeune Vainqueur ,
ne tientplus àfon Prince , que par
le regret qus luy reste d'avoir attiré
les armes da Roy dansſes Etats,par
L'injustice de son procedé. Loüis
Dauphin ne pouvoit pas moinsfai
re pour vanger les droits d'une
Princeſſe , de la tres - glorieuse,treshaute
& tres illustre Maison de
Baviere , avec qui la France a depuis
quelques années pris deux alliances
qui contribuent si avantageusement
à la prosperité de
l'Etat.
La premiere nous a donné cette
mesme princesse , par l'heureux
mariage de laquelle avec Monfieur
, Duc d'Orleans , la Maiſon
Royalese trouve augmentée d'un
Prince, dont onne peut affezlover
lanobleffe des inclinations , la vivacité
de l'esprit , la diverſitédes
24
MERCVRE
connoiſſances , & la grandeur du
courage qui luy a dejafait regarder
avec douleurfon âge trop peu avancé
pour eftre admis aux penibles
fonctions de la guerre. C'estdu mesme
mariage que nous tenons encore
une charmante Princeſſe , en qui
toutes les graces font rassemblées ,
Beauté, Esprit , Vertu , Amour du
Bien , Sentimens dignes de la Cou
romne. Princeffe que toute l'Europe
regardecomme l'unique & l'infail
lible moyen de revoindre dans une
bonne&fincere concorde la Maiſon
de France avec la Maison d'Austriche
d'Allemagne.Cefontlà les biens
que nous a procurez cette premiere
alliance.
Que diray-je de la seconde ?
Quel Orateur ne seroit éblony de
l'éclat de famatiere ? Enqueistermes
peut on Parler d'un mariage ,
dont l'Epoux est le Fils unique de
Louis
GALANT.
25
Louis le Grand ; Fils tout couvert
de gloire , moins par la ſplendeur
de sa Naiſſance que par la gran .
deur defes vertus ; qui par l'attachement
aux volontez de fon Pere,
a fait voir une ſageſſe dont tous
Les ficcles passez auroient peine à
nous fournir un éxemple ; Prince
dovédetoutes les qualitez neceſſaires
à un grand Roy , Soldat, Capitaine
, General , Vaillant , Magnanime
, Vigilant , Liberal , plein de
zendreſſe pour les Soldats , ſenſible
à tous leurs besoins. L'Epouse est
une Princeffe iſſuedu Sang Royalde
France , & du Sang Imperial , en
quila Majesté la Bonté,la Nobleffe
d'ame , l'Humeur bien faisante, se
font remarqueréminemment, & de
qui l'heureuse Fecondité a donné à
la France trois gages afſurez de
l'éternité de l'Empire François.
Avril 1689 . B
26 MERCURE
Grands & Magnifiques Prima
ces,de qui le nom a fait autrefois
tant debruit dans le monde , &
qui ſous le titre de Ducs avez
poſſedé une des plus redoutables
puiſſances de l'Europe , Cadets
de la Maiſon de France qui
avez si souvent fait trembler
vos Aisnez, Vaillans & Intrepides
Ducs de Bourgogne , regardez
de l'estat de gloire où vous
estes , ce tendre reietton de tant
deRois ,ce reune Duc de Bourgogne
, qui téunit à la tige de
l'Auguste Maison de France , ce
Titre qui en avoit esté détaché ,
& qui demeuroit enfevely dans
vos tombeaux. Réioüiffez
de voir encore un
• Vous
Prince de
vostre nom , & que vous pouvez
regarder comme de vostre Sang ,
après les frequentes alliances de
GALANT .
27
la Maison de France avec les
Descendans de vostre Heritiere.
N'appercevez -
,
vous point en
luy , vous de qui les ames dépoüillées
de la matiere penetrent
plus aisément que les nostres au
travers des ombres de l'avenir
n'appercevez- vons rien , disje ,
en ce Royal Enfant , qui vous
donne lieu de croire qu'il raf.
Semblera quelque jour vostre
Succeſſion dispersée , & qu'il rejoindra
sous une mesme domination
vos fameuses dix - Sept
provinces , ſi ſon Ayeal ou fon
Pere nelepreviennent ;
Et vous , puiſſans Rois , qui
avez tenu le Sceptre de Naples
& de Sicile , genereux Princes
de la Maison d'Aniou , révoüif-
Sez - vous de revoir en France
un Fils de Louis Dauphin , un
B2
28 MERCVRE
nouveau Duc d'Anjon , digne de
fucceder à vos Couronnes , quand
la Providence divine aura marqué
le temps au Sang Royal de
France de remonter fur vestre
Trône.
Enfin , braves & magnanimes
Ducs de Berry , dont la bonté
a esté ſi ſignalée , tournez vos
regards fur la France que vous
n'aveziamais quittée , & voyezy
renaistre un ieune Duc de
Berry , qui va faire revivre
avec éclat la memoire de vos
vertus. Ce sont là , Messieurs
les precieux fruits de l'Auguste
Mariage de Loüis Dauphin ,
& de la Sereniffime Princeffe
Victoire de Baviere ; Nom fortuné
, Nom qui porte avecfoy
l'augure des victoires de fon
Epoux & de ſes Enfans. Vous
,
GALANT.
29
entrez , Messieurs , dans l'Acudemie
Françoise , lors que tous
ces grands sujets s'offrent à vos
Sçavantes plumes & cela ne
vous fait - il point penser que c'est
une autre cause qu'un heureux
hazard qui a mis cette Compagnie
ſous la protection Speciale
de Louis le Grand ? Laiffez-le
moy dire , Meffieurs.
Non hæc fine numine Divûm
.
Le Ciel ne fait point naiſtre des
Princes extraordinaires qu'il د
ne prenne le ſoin d'en conferver
la memoire. Ce font des Modeles
qu'il propose aux Souverains
non pour arriver neceſſairement
au mesme degré de vertu parune
imitation parfaite
moins pour empescher qu'ils ne
s'en eloignent trop , par une non-
, mais diu
B 3
30
MERCVRE
chalance trop vicieuse. Il falloit
donc que Louisle Grand eust des
témoins tels que vous de ses actions
heroiques , pour le mettre
en estat de faire du bien dans
d'autres fiecles que le nostre. C'est
dans vos Ouvrages que les Rois
viendront étudier ſon exemple.
C'est là que vous representerez
ce Regne de Grandeur , de Pieté
de Justice ; ce Regne de Bonheur
pour la France ; que dis-je pour
la France ? Il faut dire pour
toute la Chreftienté ,ſi les ſaintes
& falutaires intentions de ce
Monarque incomparable font
Suivies , à la confusion de ceux
qui par leur ambition déreglée
s'efforcent d'y apporter des obftacles.
Mais
> Meffieurs , quand
vous aurez parle de Louis le
GALANT.
31
Triomphatcur ,le Vainqueur per
peruel ,le Destructeur des Puis-
Sances injustes , ne le ſuivrezvous
point sous des idées plus
tranquilles & plus convenables
à vos exercices ? Ne le repre-
Senterez vous point aussi fous
L'image de l'Apollon du Parnaffe
François & tel qu'il paroist à
vos yeux dans cet auguste Tableau
dont il a voulu honorer
l'Academie ? Il n'est point reve
ſtu de ses armes terribles dont
L'aspect fait tomber ſes ennemis
à ses pieds . Il n'a point son
foudre à la main preft à lancer ,
il tient fon Sceptre qui est une
marque pacifique de sa Dignité ;
il tient la main de justice , &
felon les Poëtes anciens ,
trée , ou la fustice est la Soeur des
Muses. De quelque costé que
Af-
B4
32
MERCVRE
vous le confideriez , vous le trouverez
toujours Grand , toujours
Magnifiqne , toujours cause de
quelque bien qu'on n'auroit ofé
esperer.
Quel changement dans le
Royaume depuis que les favorables
influences de ce grand astre sefont
repanduës ſur les beaux Arts ! La
Peinture, la Sculpture , l'Archite-
Eture tant civile que militaire ,
l'art du Jardinage , la Culture des
plantes , la Conduite des eaux ,les
Manufactures des étoffes precicufes,
la belle Entente des Habits&
des Meubles ; tout s'est perfectionné.
On a vûla France prendre une
face nouvelle. Paris est devenu
le centre de la Politeffe & de l'E .
legance. C'est d'icy que toutes les
Cours étrangeres tirent ce qu'elles
veulent avoir de plus exquis ,foit
GALANT .
33
pour des Festes galantes ,foit pour
lesplus importantes Ceremonies.Les
Arts plusfpirituels , l'Eloquence, la
Poësie , la Musique ont receu encore
une augmentation presque incroya
ble. On parle mieux que jamais ,
foit au Barreau ,ſoit dans la Chaire.
On a banni du Barreau ces Eruditions
fuperfluës , ces Citations
inutiles qui faisoient perdre
tant de temps aux luges , & qui
contribuoient fi peu à l'éclairciſſement
de la Cause. On a banny
de la Chaire les Amplificazions
importunes, cette vaine oftentationd'une
lecture mal digerée des
Auteurs profanes , & le plusfouvent
indignes d'estre alleguezdans
un discours Evangelique . Les Ora
teurs de l'un &de l'autre Tribunal
ont estéplus fidelles à leursujet,&
s'yfont attachez de meilleure foy
BS
34
MERCURE
La Poësie a esté plus austere , plus
pure, plus chaſtiée. Elle n'a pas
renoncé seulement au libertinage
des moeurs , mais mesme au libertinage
des expreſſions. Toutes ces
hardieſſes outrées , à qui l'on donnoit
fauſſement le nom d'Enthoufiasme
, ont esté releguées dans le
pays du Cacozele , & l'on a reconnu
que la Poëfie pour estre le langage
des Dieux , n'en devoit pas estre
moins raisonnable. La Musiques'est
encore distinguée infiniment; au lieu
de ces Concerts languiſſans, qui endormoient
nos Peres par l'uniformité
de leurs Simphonies , & par la
froideur de leurs mouvemens
elle est devenuë vive & animée ,
elle eft entrée dans le caractere
toutes les paſſions ,elles les a toutes
imitées,elle a causé de l'émotion &
dutrouble dans l'esprit des Audide
GALANT.
35
teurs, & lesfameux Spectacles dont
elle est le principal ornement , ont
montré qu'elle estoit capable de produire
encorede nos jours ces mira.
cles de l'Harmonie que l'Antiquité
nous atant vantez. Que diray ie
Meſſieurs , de ce qui nous regarde de
plusprés,de ces Compagnies degens
de Lettres , qui à l'imitation de la
voſtre ont pris le nom d'Acade
mie , &se font attachées à culti
ver les Lettres Françoises ? Les
Villes d'Arles , de Soiffons , de
Nismes, d'Angers , de Ville Fran.
che , deGrenoble ,sesouviendront
éternellement des avantages que
ces loüables Inſtitutions leur apporteront.
Paris en a déia recueilly
lefruit . Et de quelle utilité pen-¨¨
Sez-vous quefont encore ces Prix
d'Eloquence & de Poësie que vous
diftribuez de temps en temps ? Car
B
36
MERCVRE
il n'y a rien qui échauffe , qui
animequi pique davantage l'efpris
que l'émulation . C'est donc à la
veritable affection que Loüis le
Grand a conceuë pour les beauxх
Arts; c'est àsa liberalité , ou pour
mieux dire , àſon difcernement &
àson bon goust qu'ils font redevables
de leur perfection & de
leur éclat. C'est àſa glorieuse Protection
que nous devons attribuer
aussi l'heureuse destinée de l'Academie
, qui ſans fon fecours ne
Seroit peut- estre plus rien , ou se
roit indubitablement beaucoup.
moins florifante . Ce n'est pas que
le grand Cardinal de Richelieu
n'eust cherché tous les moyens d'en
affeurer la duréé ; mais il est mort
trop tost aprés en avoir jetté les
fondemens , & les dernieres années
desa vie n'ont pas esté affez
GALANT. 37
ce
paisibles pour pouvoir donner à
nouvel Edifice for entier accomplissement
. C'est un Pere qui
a laiſſeſon Enfant en bas âge , &
qui ne luy a laiffé que des biens
douteux . Veritablement le grand
Chancelier Seguier luy a fervi
de Tuteur dans sa minorité ;
mais enfin nul ne peut dire ce
que l'Academie seroit devenuë
aprés cette seconde perte. C'est
vous ſeul , ô grand Roy qisi
avez donné un établiſſement ſeur
&inébranlable à cette Compa
gnie ,& qui l'attachant àvostre
facrée Majesté par une espece
d'adoption → avez fait qu'il n'e
a pliss de personnes de fi grand
merite ou dignité qu'elles puisfent
estre , qui ne se doivent
faire un honneur de s'y joindre..
Mais,Meſſieurs ,je ne m'ap38"
MERCURE
Ie
perçois pas que j'irrite l'Envie
en parlant du bonheur de l'Academie
comme je fais. Il me
ſemble que j'entens déia dire que
c'est trop faire de cas des Munities
Grammaticales qui comp
fent le premier fond de ce Dictionnaire
qu'on regarde comme
voſtre principal Ouvrage.
veux bien , Messieurs , qu'on le
diſe ; ie ne m'en étonneray point's
il n'y a rien de fi beau dans le
monde qui ne puisse estre l'obiet
d'un mépris inmuste. Mais que
l'Envie ou l'Ignorance en fremiffent
; ie ne craindray point d'awancer
que ce que ces gens làap.
pellent Minuties de Grammaire
est à le bien prendre la partie de
la Litterature la plus neceffaire
& la plus excellente. C'est ce
qui nous fait entrer dans la con--
6
GALANT...
397
noiſſance des plus Secrets refforts
de la Raison , quia tant de rapport
à la Parole que dans la
Langue la plus sçavante de l'Univers
, la Parole & la Raison.
n'ont qu'un mesme nom. Les plus
Stupides d'entre les hommes sçavent
bien qu'ils mbrohent , qu'ils
voyent , qu'ils entendent ; mais
il n'y a que les grands Genies
qui veulent connoistre la ſtra-
Eture & l'entrelaſſement admirable
des os des nerfs & des
muscles , par qui se font tant de...
mouvemens & de ſenſations differentes.
Ainsi l'homme le plus groffier
ſçait bien qu'il parle, &qu'il
Jefait entendre aux autres ; mais
il n'y a que les Eſprits du premier
ordre , qui veulent connoistre les
differentes idéessur lesquelles nos..
paroles seforment, ce qui en fait
د
40
MERCURE
La juſteſſe ou l'irregularité , la
beauté ou l'imperfection ,la certitude
ou le doute...Il n'est pas
donné à tout le monde de demeſler
les mouvemens presque infinis de
cette Faculté toute divine qui
agiten nous , qui nous fait faire
tant de reflexions , & qui se
manifeste en tant de manieres..
Cependant c'es-tce que font ceux
qui s'appliquent à ces pretendues
Minuties . Leur occupation n'est
qu'une attention continuelle fur
les premiers & les plus intimes organes
de la Raison , & tandis
que,le vulgaire s'imagine qu'ils
perdent leurtemps à des ſpeculations
frivoles & inutiles ,les fages
admirent ces profondes medi
tations qui les font penetrer dans
L'artifice du plus merveilleux Onvragede
la Divinité.
GALANT.
45
1
Ainsi nous voyons les plus
grands personnages , s'eftre tresferieusement
attachez à l'etude
des mets . Le Fondateur de l'Empire
Romain Jule Cefar , au milieu
de ſes plus importantes affaires
, fit deux Livres de remarques
fur la Langue Latine qu'il
adreſſa à Ciceron , & dont il paroist
encore quelques fragmens.
Charlemagne , cefameux Roy de
France , de qui la grandeur s'est
incorporée avec le nom propre ,
travailla pareillement à l'embelliffement
de fa Langue , qu'ilre.
duisit fous de certaines regles ,
& dont il composa luy - meſme
une Grammaire. Aprés cela fautil
s'étonner si voſtre travail trowve
de l'appuy & de l'agrement
fous un Roy du Sang de Char
temagne , & quiſe montrant (i di42
MERCURE
gne heritier de ce grand Empereur
parsa valeur &par l'étendue
de sa domination , n'est pas moins
fon fucceffeur dans cet amour de Sa
Langue naturelle...
C'eſt ſous les auspices de ce Pere
de la Patrie que l'Academie acheve
ce fameux Dictionnaire , dont
on nepeut affezloüerla beauté &
l'utilité. Athenes ny Rome ne noUS
ont rien laiſſe de fi parfait en ce
genre ; car les Dictionnaires de
leurs Langues que nous avons aujourd'huy
n'ont point esté compofezparles
Ancions , dans les bons
fiecles , dans les fiecles à faire autorité
, mais par des Modernes, ou
bien par des Auteurs qui ont veritablement
vefcu en des temps ou
l'on parloit encore Latin & Grecj
mais c'eſtoit endes temps oul'on a
voit déja perdule belusage de ces
n
1.
A
GALANT..
43
Langues. L'Academie au contraire
nous donne une image de la Lan.
que Françoise,enſon estat de perfection
; nonpoint comme elle estoit
autrefois , c'est pourquoy ellereiette
les mots qui font entierement hors
d'usage, ny commeelle est dans la
bouche des Artisans , ou de ceux
qui enseignent les Sciences , c'est
pourquoyelle rejette les mots d' Arts
&de Sciences,la plupart desquels
mesme nesont pas François-,mais
Grecs ou Arabes. Elles'est retran.
chée à la Langue commune telle
qu'elle est dans le commerce ordinaire
des honnestesgens ,&telle
que les Orateurs &les Poëtes l'employent.
Parce moyen elle embraſſe
tout ce qui peut servirà la nobleſſe
&à l'elegance du Discours. Elle
definit les mots les plus communs ,
dont les idées font fort simples ,
44
MERCURE
ce qui est infiniment plus malaisé
que de definir les mots des
Arts &des Sciences dont les idées
font fort composées. Ainsi il
est bien plus aisé de deffinir le mot
de Telescope , qui est une Lunette
à voir de loin ,que de definir
le mot de Voir. Chacun en peut
faire l'experience. Cela laiſſe à
juger quelle prodigieufe entrepriſe
a esté celle de l'Academie , quand
elle s'est chargée de definir tous
les mots communs de la Langue
Françoise ;& quand ellen'auroit
pas reuſſi en tous, ne luy est- cepas
une grande gloire qued'avoirreuſſi
en pluſieurs ? Le Dictionaire de
l'Academie n'est pas seulement
estimable par les Definitions de
tous les mots , mais par la quanvité
des bellesfaçons de parler , où
chaque mot est employé & par
GALANT.
45
Vexplication des divers ſens qu'il
peut recevoir ; de forte qu'iln'ya
point de François qui ne foit étonné
Gravy de trouvertant de richef-
Ses danssa Langue. Ily a mesme
un agrément infiny répandu par
tout . Quand on cherche un mot
dans les autres Dictionnaires , on
ferme le livre dés qu'on s'en est
éclaircy. Iln'en est pas de mesme
du Dictionnaire de l'Academie.
Onn'entamequere un mot , tel qu'il
puiſſe estre , qu'on ne ſoit tenté
de le lire tout entier , parce qu'on
voit l'histoire du mot , s'il faut
ainsidire , & qu'on en remarque
la naiſſance &le progrés Mais ,
Messieurs , qu'ay - ie affaire de
vous entretenir plus long - temps
d'un travaildont vous allez estre
témoins ! Il ne me reſte qu'à vous
exhorter de répondre à l'attente
46
MERCV RE
de l'Academie , qui vous ayant
donné tous ses fuffrages , ne peut
pas diffimuler qu'elle s'estpromis un
grandfecours de vostre affiduité&
de vos lumieres .
Aprés vous avoir fait part
d'un ſi grand nombre d'ouvrages
ſur les Conqueſtes de
Monſeigneur le Dauphin , je
ne puis m'empeſcher d'y ajoûter
un Madrigal qui a eſté
eſtimé de tout le monde. Il
dit beaucoup en fort pen de
Vers , & il feroit mal aiſé de
faire un plus bel éloge de ce
Prince.
SUR LA CAMPAGNE
deMonſeigneur le Dauphin .
Rince, que vos deſſeins font
beaux!
GALANT.
47
Le Monarque puissant qui fais
trembler la terre ,
Remet en vos mains fon tonnerre:
Vous puiſſezſes injuftes Rivaux
Vous marchés ſurſes pas ,vous vo
lez à la gloire ,
Vous faites les doux ſoins de l'aimable
VICTOIRE ,
Voussçavezfoudroyer le rempart le
plusforts
Vous bravez les Saiſons vous affron
tez la mort
Sur les coeurs des Soldats vous avez
tout empire ,
Rien ne peut refiftr à vos genereux
coups ;
La France vous benit , l'Univers
vous admire,
Et Loüis eft content devous
Quoy que vous ayez déja
vû une traduction de la Fable
48 MERCVRE ,
و
Latine que le Pere Commire ,
Jeſuite , fit dans le temps que
Monſeigneur alla mettre le
Siege devant Philisbourg ,
celle que le Pere Proft , auffi
Jefuite , a faite de la meſme
fable a eſté ſi approuvée ,
qu'elle merite de trouver icy
ſa place. Si la matiere n'eſt
pas nouvelle pour vous , vous
y trouverez au moins des
beautez nouvelles par la diverſité
des expreſſions. Le
Pere Proſt n'eſt pas ſeulement
un excellent Poëte François,
Latin & Grec mais il eſt encore
un grand Orateur. Il a
donné d'éclatantes preuves
de ſon éloquence en pluſieurs
occaſions dans le College de
la Ville d'Arles où il a profeſſe
la Rhetorique avec beaucoup
de ſuccés.
LE
GALAN T.
49
V
LE LION
Qui vange fon Pere .
NLion , la terreur des Climats
Afriquains ,
Auſſijuſte que debonnaire ,
Crut enfin qu'à ses grands & glovieux
deſſeins
Le Sangn'estoit plus neceffaire ,
Et quedeſes Rivaux exaugant les
Souhaits ,
Ilpouvoit leur donner ou la Tréve,
ou la paix . :
Dans les Plaines , dans les Boccages
,
A l'abry deſa foy paiſſoient tous
les Troupeaux ..
Et les Monſtresles plusfauvages
Vivoient en unprofond repos.
Heureux , s'ils avoient sceu connoistre
Vn fort si tranquille & fi doux .
Avril 1689 . C
50
MERCURE
Etsi l'orgueil n'eust fait renaistre
Dans ces coeurs peufoumisd'autres
transports jaloux.
Celuy dont cependant l'oeillade
foudroyante
Pouvoit foumettre encor le Nomade
àſes Loix ,
Sous une douceur fi constante
Leur ſembla n'estreplus ce qu'ilfut
autrefois.
Ils crurent que la complaifance
N'estoit en luy que lâcheté,
Et qu'enfin laſeule impuiſſance
Luypouvoit inſpirer tant de tranquillité,
De la naiffent par tout de fecrettes
intrigues ,
On neſonge qu'àſevanger ,
Ettous cherchentàs'engager
Dans les cabales & les ligues.
A ces bruits impreveus le Lion dedaigneux
,
GALANT. ٢٤
Tu lesçauras, dit- il , Troupe lâche
&vulgaire ,
S'il est encore dangereux
En troublant mon repos d'irriterma
colere.
Il aiguiſoit déja , penetréde dépit,
Griffes& dents pour la vangeance,
Lors qu'un jeune Lion ,defonSang
l'esperance ,
Calmesa fureur&luy dit .
C'est àmoy feul , Seigneur , qu'appartient
cettegloire ,
Déja fameux par cent combats ,
N'est- ilpas temps quefurvospas
Vous me voyiez enfin courir à la
Victoire ?
Ilsuffira de mavaleur
Pour punir ces lâches coupables,
Vos coups leur enfleroient le coeur ,
Et leur feroient trop honorables .
にう
Le Heros des Forests charméde
ces transports ,
C 2
52
MERCURE
र
Et joyeux de renaistre en cette ame
guerriere ,
N'oſe reſiſter aux efforts_
D'une ardeur fi noble &fifiere.
Ilsseseparent donc , & plein d'un
beau couroux
Le Lionceau bien- costfait voir quel
est fon Pere.
Tel qu'autrefois après les Loups
Il avoit exercèſa naiſſante colere ,
Tel il fait ployerſous ses coups
L'ours & le Leopard, le Tygre & la
Panthere.
Tous ſont effrayez deſes cris ,
Ilterraſſe les uns , les autres il dechire
;
Etl'on n'en voit aucun qui confus
&Surpris
Ne l'apprehende & ne l'admire .
Envain dans le creux des rochers,
Ou dans les plus affreuſes Isles,
Ils esperent trouver des retraites
tranquilles ,
T
GALAN T.
53
:
Au milieu de tant de dangers ,
La peur le defefpoir, la honte
Leurfont envain pourfuirprecipiter
leurs pas ,
Par tout le Conquerant les brave &
Lesſurmonte ,
Ilportepar tout le trépas.
La Corneille àce grandspectacle,
Prononça , dit -on cet oracle.
N'estoit- cepoint affez,Monstre trop
malheureux ,
D'avoir un Lion à combatre ?
Pour vous confondre & vous
abatre ,
Falloit-il enirriter deux ?
Qui peut de cette Fable ignorer
le mistere,
N'a qu'àjetterlesyeuxfur lesrives
du Rhin ,
Où d'un autre Loüis le glorienx deftin
Fait revoir tous les jours le destin
defon Pere.
C3
54
MERCV RE
Ie vous envoye un Air nouveau
de Monfieur Martin, Auteur
des Airs à deux & à trois
parties , que debitele Sr Guerout.
Celuy qui en a fait les
paroles , fait parler l'Amour ,
dans les trois couplets que vous
allez lire .
GAVOTTE..
Ansflèches ,ſans carquois
Ie viens chaſſer dans ces bois,
Avec des Armes moins terribles
Qui nesontpas moins invincibles ,
Pour rangerfous mes loix
Les jeunes Nymphes inſenſibles
Sans fléches ,fans carquois
Ieviens chaffer dans ces bois.
泰
Non , non , ne craignez pas
Devous prendre àmes appas ,
La liberté n'est point charmante ..
LYON
1893
1
GAL ANT.
SS
Eft il un coeur qui s'en contente ?
Venez , Suivez mes pas ,
Dans ces beaux lieux où tout enchante
,
L
Non , non , necraignez pas
De vous prendre à mes appas.
Avec d'aimables noeuds
Ie prens les coeurs amoureux
Lemoins cruel, le plusSauvage ,
Le plus constant , le plus volage ,
Heureux ou malheureux ,
Iln'en estpoint que jen'engage.
Avec d'aimables noeuds
Ie prens les coeurs amoureux .
Quoy que le Roy ſoit aujourd'huy
le ſeul dans toute
l'Europe , que le ſoin de dé.
fendre la Religion Catholique
occupe , les grandes affaires
qu'il faut qu'il ſoutienne
pour prévenir ce qu'il ſe
C 4
56 MERCURE
roit infaillible qu'elle ſouffriroit
, ſi les Ennemis de ce
Monarque remportoient fur
luy quelque avantage confiderable
, n'ont pas empeſché
qu'il n'ait aſſiſté à toutes les
Predications du Pere de la
Ruë Jeſuite , qui avoit eſté
nommé pour preſcher pendant
le Careſme trois fois la
ſumaine dans la Chapelle de
Verſailles . C'eſt un avantage
qu'il avoit déja eu il y a fort
peu de temps , & la fatisfaction
que toute la Cour avoit
receuëde ſes Sermons , avoit
fait ſouhaiter de l'entendre
encore pendant un autre Careſme,
Sa Majesté en a eſté
tres contente , & la Predication
qu'il fit le jour du Vendredy
Saint , fut admirée
de tous ceux qui l'entendirent.
GALANT. 57
:
Le Roy n'a manqué à aucun
des Offices de la Semaine
Sainte. Il n'y a rien d'extraordinaire
en cela , puis que ce
Prince ne s'en eſt jamais difpenſé
. Il est vray que pendant
ſes indiſpoſitions Monfei- د
gneur le Dauphina fairquelquefois
la Ceremonie du jour
de la Cene pour Sa Majesté , à
cauſe des fatigues qui ſont
attachées à un devoir ſi pieux
Preſentement que ce Monarque
joüit d'une parfaite fanté
, quoy qu'il ſoit continuel
lement appliqué aux affaires
de ſon Etat , il s'acquitte luymeſme
de cette penible fon-
Aion . Je ne vous repete point
ce que je vous en ay écrit pluſieursfois.
La Predication t
faite cejour- là par Mr Abbé
Roqucte , qui enparlant
58 MERCURE
1
des treize Pauvres que Sa Majeſté
ſert à table aprés leur
avoir lavé les pieds , fit voir
que les actions d'humilité
que fait ce grand Roy , luy
font auſſi naturelles que toutes
les grandes choſes que
nous voyons tous les jours de
luy . Cet Abbé en fit une:
fort vive peinture , qui fut
écoutée avec autant de plaifir
qu'elle cauſa d'admiration.
En faiſant l'éloge de Sa Majeſté
, il n'oublia pas de parler
de Monſeigneur le Dauphin.
Il dit que Dieu pour recompenſer
le Roy de fon zele
pour l'Eglife , luy avoitdonné
un Fils qui marchoit fur
ſes glorieuſes traces , ce qui
cſtoit la recompenſe des Juſtes
L'Abſoute fut faite en
fuite par Mr de Biſcara , Evef
GALANT.
59
que de Beſiers . Ce meſme
jour , Monseigneur le Duc de
Bourgogne ſervit le Roy à
la Cene pour la premiere fois .
Il avoit une extrême impatience
de voir arriver le Jeudy
Saint , pouravoir cet hon.
neur , & il en fit connoiſtre
ſa joye , lors qu'il dit en ſe
levant ; fauray le plaisir de
voir aujourd'huy treize fois le
Roy . Il diſoit cela à cauſe que
les Princes portent les plats
de chaque fervice , & quelon
fert treize Pauvres . On ne
fçauroit trop admirer l'eſprit
de Monseigneur le Duc de
Bourgogne , qui dit tous les
jours cent choſes fort au deffus
de ſon âge. Monseigneur
Ic Dauphin porta auſſi les
plats dans cette Ceremonie ,
& fut fecondé dans la mes
1
C6
60 MERCURE
me fonction , par Monfieur,
Monfieur le Duc de Chartres ,
Monfieur le Duc , Monfieur
le Prince de Conty , Monfieur
le Duc du Maine, Monfieur
le Comte de Toulouſe ,
Monfieur le Duc de Vendoſme
, & pluſieurs Seigneurs
Monfieur le Prince les precedoit
tous à la teſte des Maiſtres
d'Hoſtel , en qualité de
Grand Maiſtre de la Maiſon
de Sa Majefté.
Le Samedy- Saint , le Roy
fit ſes Devotions , & toucha
huit cens Malades qui rempliſſoient
deux Galeries de
Versailles . Ils receurent en
meſme temps chacun une
piece de quinze fols , ſuivant
l'uſage ordinaire. Sa Majesté
parut d'une ſanté parfaite
dans ce penible exercice , &
GALANT. 6
s'en acquitta avec cet air qui
marque la fatisfaction qu'elle..
reçoit toutes les fois qu'elle
fait du bien. Elle diſtribua.ce
jour meſme les Benefices va
cans , ce qu'Ellea coutume de:
faire les jours qu'elle fait ſes
Devotions , afin de ne s'appli
quer qu'aux chofes qui regardent
l'Eglife , & d'eſtre plus:
inſpirée du Ciel pour le choix
de ceux qui la doivent gouverner.
Je vous parleray dans
la ſuite de cette Lettre de
ceux qui furent nommez ce
jour là pour remplir ces Bes
nefices.
La Reine d'Angleterre qui
s'eſtoit retirée aux Filles de
Sainte Marie de Chaillot pendant
la Semaine fainte , y a
donné de tres grandes marques
d'une veritable pieté....
L
62 MERCVRE
Celle du Roy ſon Epoux
& fon zele pour la Religion
Catholique , qui luy
fait hazarder une Couronne
pour maintenir la pureté de ſa
Foy , meritent tant de loüanges
, que vous ſçaurez bon
gré à une perſonne de voſtre
Sexe , dont vousavez déja vû
avec plaifir d'autres Ouvrages ,
de ce qu'elle s'eſt appliquée à
faire l'éloge de ce grand Mo.
narque. C'eſt de Madame de
Pringy que je veux parler.
Vous connoiſſez la beauté
de fon genie : ce que vous
allez lire eſt de ſa façon..
GALANT.
DISCOURS
A la gloire du Roy de la
Grande Bretagne ..
A lustice & la Bonte doi
vent estre Le
partage
du
نم
coeur des Rois ; quand ils poffedent
ces deux excellentes quali..
tez , leurs moindres actions contribuent
à leur gloire , ils n'ordonnent
rien que de juste , &
n'autorisent que ce qui est bon.
Ils font exempts de vices
comblez de vertus , & tout le
cours de leur vie est un tiſſu de
victoires.. Mais si la Justice &
la Bonté rendent un Monarque
fi recommandable
pieté & la valeur viennent aug
9
ウ
lors que las
64 MER CVRE
menter fon merite , que ne doiton
point dire pourfon Eloge ,
quelle est l'admiration qui peut
égaler ſes vertus ? Foible image
du Heros dont je voudrois ל
faire le portrait : Sa Iustice
fa Bonté Sa valeur & Son
zele ont esté plus loin que mon
idée. Ce n'est point affez de
les connoistre pour les dépeindre,
celuy qui les poſſede est le ſeul
qui les peut apprendre aux hom.
mes. C'est sur son auguste front
qu'on voit briller les grandeurs
que je voudrois décrire. C'est là
qu'on remarque ce courage intrepide
, & cette fidelité inviolable
au culte de Dieu que les plus
grands malheurs n'ont pú ébran
ler. C'est là enfin que l'on trouve
le regne des vertus & des grandeurs.
En effet , Grand Prince ,
qui a jamais resisté à l'injustice
GALANT.
65
avec autant de fermeté que vous ?
Si voſtre valeur vous a fait remporter
tant de victoires dans les com.
bats , &fipar vos Conquestes vous
avez ceint vostre teſte de Lauriers ,
vous n'avezpas faitplus pour vostre
gloire que vos Ennemis propres , qui
en troublant voſtrerepos par leurs
-iniustes proiets , ont donné le dernier
traità l'éclat de vos vertus. Ils
ontfait triompher cette intrepidite
qui nese peut connoistre que dans
Les épreuves ; l'on vous a veu d'un
mesme oeil recevoir la Couronne que
Le Ciel vous a donnée, & attendre
l'Ennemy qui venoit pour vous l'arracher
; moinstroublé que furpris à
l'aspect de sa cruauté , vous estes
demeure tranquille parmy un Peu
ple Infidelle , & vous avez triom
phé malgréla lâchetéqu'ilsont euë
à trahir vos interests .Tout ce Royaume
a tremblé pour vous an bruit &
66 MERCVRE
au ſuccès du mouvement des armes
de ce Prince perfide qui a revoltė
vos Suiets ; chaque coeur a pouffédes
Soupirs vers le Cielen vostrefaveur,
mais noſtre crainte a ceffédans l'efperance
que Dieu n'abandonneroit
point un Princefidelle , dont le Zile
estoit occupé à agrandir son culte ,
& nous avions lieu d'attendre ce
Secours du Dieu des Armées ! Vous
combattez pour son faint nom ,
c'estoit sa cauſe qui vous enflâ
& nostre confiance estoit
d'autant plus iuste, que vostre Loy
étoit veritable,vôtre Couronne legitime
, & voſtre vertu consommée.
Quand tout l'Enfer s'armeroit contrevous,
le Cielvous protegera , &
vos ennemis demeureront couverts
de honte&de confusion,&trouveront
leur ruine dans leur entrepri.
fe. L'on verracet Ambitieuxtomber
du faiſte de son orgueil dans
moit ,
GALANT.
67
l'abifne du neant où vous le redui_
vez , & vous reprendrezcet Em .
pire quevousn'avezquitté quelque
temps qu'afin de l'affermir pour
toniours. C'est à un Prince aussi
brave quevous l'eſtes , que le Ciel
referve la gloire d'afſfervir ce Peuple
belliqueux , &de faire de l'Angleterre,
une Cité heureuse où les Rois
vertueux , & les Peuples foûmis
trouverontun eternelrepos. Si David
vit autrefois fon Fils revolté
contre luy par un ordre de la
Providence , c'estoit pour augmen
tersa vertu &fa gloire. Il de.
meura Sans reſſentiment , & aimant
autant le coupable qu'il
haiſſoit le crime , son coeur fut
Partagé par deux movemens con.
traires qui firent éclater ſa vertu
Il vainquit ce témeraire infortune,
& lafautede ce Fils malheureux
fit la gloire de ce Pere iuste...
68 MERCURE
Belle image de ce qui vous alive.
grand Prince ! C'est de Viniure que
vous afaite ce Gendre malheureux,
que vous tirerezle plus de gloire.
Son deſſeinfera Jansfuccés , comme
il eſt ſans raison , & l'apparence
flateuse qui le feduit , nefervira
qu'à augmenter la rigueur & In
honte defon fort. Ces deuxMonftres
qui ſeſont fait redouter,l'Ambition&
l'Erreur , deviendront les
esclaves de vostrefoy,&la Renommée
avec ses cent voix inſtruira
tout l'Univers de vos triomphes.
Quand la valeur vous rendit fi
recommandable dans ces combats
où voſtre courage se signala d'une
maniere fi glorieuse , quel sentiment
de respect & de veneration
n'inſpirâtes vous pas ? Et lors que
voſtre zele pour la Religion vous
fit preferer laverité àla puiſſance.
& que vostre forvous tint lieu de
GALANT. 69
د
1
toutes chofes , que vous caufâtes
d'admiration ! L'on vous contemploit
comme un autre Abraham
qui faisoit conſiſter ſa principale
grandeur danssa foy & dans sa
constance ; mais quand on vous
voit ne vous pas contenter d'estre
fidelle mais vouloir communiquer
cette mesme fidelité à tous
vos Peuples , defireux de porter le
flambeau de la verité dans des
esprits où le Demon de l'erreur
repand les tenebres
peut affez vous admirer. Vous
commencieezz déia cette grande
oeuvre que la force du Tres- haut
vous fera achever , & la réussite
en estoit afſurée , si vous n'aviez
eu qu'un Demon à combatre
; mais l'orgueil est venu
د
,
l'on ne
Secourir l'erreur & ces deux
puiſſances de l'Enfer viennent
d'allumer un feu qui les doit
70
MERCVRE
coeur ,
consumer. C'est icy , grand Prince ,
où vous acheverez ce grand ouvrage
, foûtenu par les forces du
plus grand Roy de l'Univers ;
tous deux unis de raug & de
tous deux grands Monarques
, que ne peut point une fi
belle union ? Repofex , grand
Prince , à l'ombre des Lys iuques
au moment que LOUIS
LE GRAND , comme un Soleil
Secondant par fa clarté &par fa
chaleur vostre lumiere & voſtre
force, vous fera vaincre par fon
-Secours , comme autrefois le Soleil
fit à Josué à la Bataille des Gaavec
cette difference ,
que le Soleilarreſta un moment fon
cours pour lefavoriser au lieu que
Loüis le Grand poursuivra le cours .
de ses victoires , pour contraindre
cette partiedu monde qui vous
doit obeir, à confeffer sa révolte &
baonites
,
GALANT. 71
Sa perfidie , & à chercher dans
voſtre bonté le pardon que leurs
crimes ne meritent pas d'obtenir.
Faffe leCiel ,grand Monarque, que
tout vous reaffiffe , que vosjustes
deffeins s'accomplissent parfaitement
, que vostre prosperité égale
vos vertus , & que vos joursfoient
longs & heureux autant que la
France le souhaite.
On peut dire que ce qui
regarde Sa Majesté Britannique
eſt la grande affaire qui
fait aujourd'huy remuer toute
l'Europe. Elle donne à parler
aux Politiques , & deux jours
aprés que je vous av envoyé
la cinquiéme partie des affaires
du Temps , il a paru un
Ouvrage fur ce meſme ſujet.
Il a pour titre , Letive d'un Mi-
Lord absent de la Convention , à un
-defes Amis , & on marque que
72
MERCVRE
cette Letrre a eſté traduite de
l'Anglois . Elle eſt digne de
l'attention des Curieux & ce
luy qui l'a écrite , quel qu'il
fort, traite fa matiere en habi -
le homme. Auffi tous ceux
qui l'ont vûeluy ont- ils rendu
justice. Comme elle fait bruit.
& que c'eſtavee beaucoup de
raiſon qu'elle eſt eſtimée , j'ay
de la joye de m'eſtre rencontre
en pluſieurs endroits avec
fon Auteur,& je me flate par là
que ce que je vous ay envoyé
fur les affaires du tempsavant
qu'elle fuſt tombée entre mes
mains , ne déplaira pas. Quoy
que cette Lettre foit fort recherchée
, elle n'a pas encore
eſté veuë de tous ceux qui la
ſouhaitent , à cauſe qu'on ne
la debite pas , & qu'on a de la
peine à la trouver. C'eſt ce
qui
GALANT.
73
qui m'engage à vous l'envoyer
, afin que ceux de voſtre
Povince qui ne l'ont pas
veuë , puiſſent ſatisfaire leur
curiofité . Je m'en faits un
plaifir d'autant plus grand ,
qu'on verra par là que je ne
cherche qu'à faire connoiſtre
tout ce qui merite d'eſtre applaudy
. l'ay cru devoir retrancher
quelques lignes du
commencement dans la copie
que vous trouverez icy , non
que je prenne la liberté de
les condamner ; mais parce
que ce que je vous envoye
devenant public , je dois garder
plus de meſures que ceux
- qui font courir leurs Ouvrages
ſans y mettre leur nom ;
c'eſt ce qui eſt cauſe que je
tâche fort ſouvent à enveloper
de certaines veritez qui
Avril 1689 . D
74
MERCURE
ne doivent pas eſtre toujours
dites cruement , & en nom .
mant les gens . Le petit retranchement
que j'ay fait; n'oſte
rien de la beauté de l'Ouvrage,
& ne doit point faire croire
qu'il y ait quelque choſe de
retranché dans le reſte. Il eſt
certain que dans l'eſtat où je
vous l'envoye ,on ne la doit
pas moins confiderer , que fi
j'y avois laiſſé les cinq ou fix
lignes que ieme ſuis cru obligé
de fupprimer . Voicy cette
Lettre.
MYLORD,
Vous paroiffezsurpris de ce que
jen'ay pas repondu à la lettre , par
laquelle vous me preffiezavec tant
d'inſtance de merendre à Londre
pour prendre ma place à la Con.
GALANT.
75
- vention dans la Chambre des Seigneurs.
Vousle ferez donc encore
davantage , quand vous sçaurez
quela Lettre que j'ay reçue ! auſſi
bien que les autres Seigneurs qui
font demeurez dans les Provinces,
n'a pas eu plus d'effet fur moy que
toutes les raisons que vous m'avez
alleguées . Je vous diray
mesme franchement ,qu'elle m'a
entierement confirmé dans ma
premiere refolution , de demeurer
chezmoy ,& de ne prendre aucune
part à vostre Assemblée
me doutant bien que nous n'ètions
mandez que pour la forme , &
qu'on ne craignoit rien tant que de
voir la Chambre des Seigneurs
complete. Carenfin , Mylord, vous
conviendrezavec moy , que si nous
nous eſtions tous rendus à Londres ,
vous n'auriezpas esté les maistres;
de faire tous ce qu'il a pleu àvo-
,
D 2
A MERCVRE
76
#
ftre nouveau Roy , puis que manquant
de deux ou trois voix pour
faire prevaloir le refultat des.Com.
munes , il a esté obligé d'employer
les menaces & les promesses pour
en gagner encore huit ou dix , afin
de le faire passer. Vous pouvez
croire , que moy & la pluſpart de
ceux qui font demeurez dans les
Provinces , n'aurions pas efté de
cet avis. Ainsi je vous prie de me
dire, si vous & environ soixante
qui vous ont ſuivy , auriez esté
capables de donner la loy àplus de
fix-vingt qui n'avons eu aucune
part à vos déliberations . J'ay donc
bien compris , que quand on nous
faisoit écrire au nom de la Chambre
Haute , & qu'on engageoit nos
amisparticuliers à nous preffer de
venir à Londres , on se mocquoit
de nous & d'eux , & qu'on ne cra
GALANT.
77
gnoit rien davantage que de voir
Les Pairs du Royaume assemblezen.
nombre comptet ; puisque jamais
ils n'auroient pris des reſolutions
fi extravangantes ny fi contraires
au bien de l'Etat , que celles que
vous avez priſes . le pardonne à de
petits Gentilshommes comme ....
qui se trouvant les premiers de
leur race honnorez du titre de
Mylord , égalez à ceux, dont
autrefois ils auroientfouhaitéd'eſtre
les domestiques ,ont esté les plus
échauffez à prendre poffeſſion de ce
nouvel honneur , qu'ils ont obtenu
du Roy , pour lequel ils ont si peu
reconnoissance. de Ie pardonne auſſi
à Mylords .
....
que le defordre
de leurs affaires a jettez dans le
mauvais party ,& à ceux qui s'y
Sont laissez entrainer fans trop
Sçavoir pourquoy , comme il arrive
D3
78 MERCVRE
Jouventparmy nous. Maisen veri.
téje ne puis comprendre comment
pluſieurs autres qui n'avoient pas
les mesmes pretextes , ont eu af-
Sezde lâcheté pour prendre part
àune entrepriſe auſſi noire &aussi
abominable , que celle de renoncer
à l'obeiſſance qu'ils doivent
par ferment à leur Roy legitime,
pour se rendre esclaves du Prince
d Orange.
Vous me direzque je parle en
Papiste , en defenjeur du Pouvoir
arbitraire ; mais vous sçavezbien
que je suis de la Religion Anglicane
: que l'ay eu tres peu de
part dansles affaires , &fi peu de
faveur depuis la mort du feu Roy ,
que ie ne puis eſtre ſuſpect de prévention.
Favouë que i'ay loué indifferemment
le Zele qui portoit le
Roy à favoriser autant qu'il luy
GALANT .
79
eftoit possible ceux qui estoient deſa
Religion ,& àtâcher de leur procurer
quelques repos dans ce Royaume
; mais l'ay toujours crû auſſi
bien que pluſieurs de nos amis que
vous connoissez , que nous ne devions
rien craindre de tous ces
deffeins imaginaires de detruire la
Religion protestante, persuadécomme'i'eſtois
, & comme iefuis encore
, qu'on ne pouvoit employer des
moyens plus contraires aux inten .
tions desa Majesté , que ceux qui
ont esté mis en usage pour avancer
La Religion Catholique.Ainfi il ne
m'eft iamais venu dans l'esprit que
la Religion Anglicane dust recevoir
le moindre préjudice de tout
ce qui a donné l'alarme à quelques
Proteftans de bonnefoy , que d'autres
qui neſeſoucient guere de la
D 4
80 MERCURE
Religion ont engagez ſous ce pretexte
dans les affaires où nous fom_
mes presentement , & dont ie ne
crois pas que nous voyons ſi toſt
lafin.
Mais,dit- on,le Roy à doné des dif
penſes duferment du Test à tous les
Catholiques qu'il a employez; il les
a avancez dans les premieres Char.
ges , il en a remply ſes Troupes , &
il vouloitſe ſervir d'eux pour opprimer
nostre Religion & nos libertez.
Je sçay bien , Milord que
depuis un an on a tâché de donner
à cette occafion l'alarme à tous
les Protestans,&j'avouë même que
j'ay cru durant quelque temps qu'il
en pouvoit estre quelque chose mais
il paroift clairement qu'elle estoit
bien fauſſe, puis quefi le Roy avoit
pris ces mesures , il n'auroitpas esté
GALANT. 8г
fi vilainement trabi : au lieu que
s'étant fiéà des Proteftans , il en a
trouvé àpeine unseul qui se foit
mis en devoir d'expoſerſavie pour
Luy . En verité , Mylord , je ſuis
bienfachéque nous ayonsfait un fi
grand tort à noftre Religionscar qur
est le Prince qui pourra jamais se
fier ànous , puis que toutes les Declarations
de noſtre Eglife & de
nos Vniverſitez , nos fermens , &
toutce qu'il y a de plus facréparmy
les homes ,ne nous engagent qu'au
tant qu'il nous plaiſt : Aprés cela
que nos Evesques &nos Ministres
prefchent contre les Catholiques,&
qu'ils leur reprochent que leur doctrine
détruit les devoirs des Sujets
envers leurs Souverains .. On n'au.
ra pas de peine à leur répondre ,&
sem'imagine déja que plusieurs fe
ront de beaux Commentaires fur le
DS
82 MERCVRE
Sermon que ce petit hypocrite d'Evesque
d'Ely prononça au couron_
nement du Roy , &fur les decisions
de l'Univerſité d'Oxford. L'avouë
que ie ne sçay pas ce qu'on leur
pourra répondre , ſi ce n'est que tous
les bons Proteftans traiteront ceux
qui ont entrainé voſtre Convention
à de fi grandes extremitez,
comme des rebellesfans foy & fans
loy , & que si plusieurs honnestes
gens , qui n'ont pas eſté de l'avis
des Communes , meritent quelque
excuse , les autresferont confiderez
par les veritables enfans de l'Eglise
Anglicane comme des Heretiques ,
avec lesquels ils ne peuvent avoir
aucune communion . F'ay écritfur ce
Juiet àunbon Evesque sçavant &
homme de bien , & iesuis comme
afſuré qu'il fera de mon avis. St
ceux qui ont eu part àvos refolu
GALANT.
83
tions , vous ont dit d'aſſez bonnes
raiſons pour lever tous les fcrupules
qui pouvoient vous en détourner ,
wous meferez plaisir de m'en faire
part; car ie vous avonë ; que quoy
que iene me pique pas d'eſtre grand
Theologien , ie crois néanmoins en
Sçavoir affez pour estre moralement
certain qu'ils n'ont pû vous en alle.
guer aucune capable de fatisfaire
ceux qui ont la moindre teinture des
devoirs du Christianisme. Mais je
fuis affeuré que toutes leurs refolu
tions nepeuvent estre fondées que
fur les maximes detestables de Buchanan,
de Doliman ; de Milton ,
& deſemblables Saints du party
Presbyterien , dont apparemment
les Livres , quoy que condamnez
défendus tant de fois par les
Parlemens , &par l'Eglise Anglicane
,feront réimprimez bien-
D6
84
MERCURE
toſt par ordre de la Convention .
Ce n'est pas que ie croye qu'en
cette occafion les principaux Acteurs
ayent esté fort tourmentez
de fcrupules. Rien n'en querit
mieux que l'esprit fanatique ,
qui a abſolument regné dans voftre
Assemblée , fur tout dans
cette Chambre basse , toute composée
de Non Conformistes Prefbyteriens
, qui en devoient étre
exclus felon les loix d'Elizabeth ,
& tant d'autres conſecutives
Mais vous n'avez qu'à laiſſer
faire vostre nouveau Roy. Il ne
Se verra pas plutest bien étably
fur le Trofne , qu'il travaillera
efficacement à vous inspirer des
maximes plus chrestiennes , & ie
fuis persuadé que Messieurs les
Evesques feront les premiers qu'o's
reformerafur le pied des temps ApoGALANT
.
85
ſtoliques , en les déchargeant de
ces richeffes inutiles , & de ces honneurs
mondains , pour les reduire,.
Suivant le souhait de feu Mylord
Schaftsbury , à une penſion de cent
livressterling chacun . Ils n'auront
la pluspart que ce qu'ils meritent,
&fi je puisme refoudre d'aller à
vostre Parlement , ie vous promets
par avance que i'y travaillerayde
tout mon pouvoir. Mais en toute
autre choſe ie vous déclare queje ne
Seray jamais de vôtre avis , & qu'il
ne tiedra pas à moy , que ie n'engage
tous les Seigneurs qui ont quelque
confiance en moy , à détruire s'ilest
poſſible, tout ce que vous avezfait
àvoſtre Convention ; lors que , com
mej'espere , la Nation ouvrira les
yeux,&fentira toute l'infamie dont
vous l'avez couverte. Il est vray
que nous n'avons pas besoin de
nous affembler pour cela ; car ce
86 MERCURE
feroitfuppoferque ce que vous avez
fait a eftè de quelque autorité , au
lieu qu'il est nul &extravagant en
toutes manieres . Ilfaut que vous
ayez tous perdu l'esprit , fi vous
croyez que nous puiſſions confiderer
comme des Loix , les refultats de
vos deux Chambres. Vous sçavez
bien que nous ne connoiſſons point
de Loix en Angleterre , que celles
qui se font par autorite legitime ;
c'est à dire , par le Roy dans fon
Parlement. Il est impoſſible d'en
trouver d'autres dans les recueils
de nos Actes , & on n'en connoist
point d'autres dans nos Tribunaux.
Je m'en rapporte à ces Furifconfultes
qui vous fervent de Confeil,
aprés l'avoir eſté de tous les Séditieux
& conspirateurs qui ont esté
mis en Iustice depuis quelques années,
Ces beaux Legiſtes , &vous
GALANT.
87
د
quoy
aussi , sçavez bien que le Royſeul
a l'autorité de convoquer les Pairs
& let Communes , & vous l'avez
affez reconnu , puis que vous
n'avez ofé. prendre le nom de
Parlement . Quelle est donc l'autorité
qui vous a aſſemblez , finon
celle du Prince d'Orange à
qui vous l'avez donnée
que vous ne l'eusfiez pas ? Et
quand vous auricz esté en estat
de la luy donner , il n'estoit pas
capable de la recevoir ny de
L'exercer puis qu'entrant en
armes dans ce Royaume , se déclarant
contrele Roy , & entreprenant
fur la liberté de Sa
Majesté , il a encouru le crime
de haute trahison au premier
chef , & perdu par forfaiture
tous ſes droits , honneurs 6 نم
prerogatives s'il est membre 3
88 MERCUR E
V
de l'Etat : s'il eſt étranger , c'est
un Ennemy public , que la Nation
doit détruire & combattre
à peine de felonie ; & auquel
on ne peut obeir fans encourir
la haute- trahifon. Voilà cependant
l'autorité qui vous a convoquez
: & qui de vostre propre
aveu n'a pû faire cette Affemblée
que nos Loix appellent Parlement.
Cependant voſtre Convention
qui ne pouvoit pretendre un pouvoir
plus grand que le Parlement
, a fait ce que jamais par
lement legitimen'a osé faire. Elle
a jugé le Roy , & elle a declaré
que sa retraite forcée estoit une
abdication & une renonciation
à la Couronne ; que le Trône
estoit vacant , &ensuite elle es
a disposé en faveur du Prince
GALANT. 89
VOS
,
Del berations.
d'Orange. le vous prie de me
mander quels exemples vostre
Confeil d'Avocats vous a fournis
pour regler
Sont.ce les actes des Spencers ,
& des autres feditieux , ou ceux
de Cromuel ? le ne sçay que
ceux- là qui ont avancé que lors
que le Roy ne se gouvernoit pas
-Selon les loix on pouvoit l'y
obliger en prenant les armes contre
luy , mais vous fçavez que
tous les Parlemens ont mis cette
entreprise au nombre des crimes
de Haute-Trabison . Aussi vous
vous eſtes avisez d'un bel expedient
, fur lequel je m'attens que
vous justifierez vostre conduite
C'eſte que vous n'avez pourvû à
la Couronne que comme vacante ,
& que vous ne l'avez pas fait
vaquer. En verité, Mylors , c'est
90
MERCVRE
bien se moguer de toute la Na-
* tion , que de pretendre ſe ſauver
par de semblables distinctions .
Dites-moy , ie vous priezen vertu
de quelle Loy avez vous declaré
que la Couronne estoit vacante
? Un tas de Seditieux con-
-
voquez tumultuairement par un
Usurpateur , peut il prononcer
Sur une semblabie matiere ? Le
Royaume d'Angleterre est-il éle
tif, & peut on trouver quelque
exemple non contesté qui autorife
le Peuple à en diſpoſer , ny
mesme à le declarer vacant ?Un
Royaume hereditaire peut - il vaquer
, sinon par la mort du legitime
poffeffeur ? Vostre nouveau
Roy l'auroit peut - estre fait vaquer
de cette maniere
quand ce Royaume feroit va-
2 n'y avoit-il point d'he- cant
,
mais
GALAN T.
91
7
ritier preſomptif ? Ce Prince de
Galles , fur la naiſſance duquel
toute l'Angleterre & le Prince
d'Orange mesme ont folemnellement
complimenté le koy , n'estil
plus au monde ,& ne meritoit
il pas qu'on fist quelque mention
de luy ? Il n'est pas en âge d'avoir
violé ce pretendu contract
original que vous avez imaginé
entre le Roy &fon Peuple , &م
ainsi, supposé que le Trône füß
il luy appartenoit. le
Sçay bien que le Prince d'Orange
le traite d'Enfant suppose , &
cela est digne de su conscience
timorée ; mais en bonne foy
conviendrez- vous pas avec
Vacant ,
ne
moy , que toutes les preuves pretendues
qu'il fait publier par fes
Emiffaires pour établir cette fup .
pofition ſont ſi notoirement fauf-
>
92
MERCURE
ment voUS
نم
donc vous
fes , qu'il en a eu honte
qu'il n'a ofè vous demander que
vous declaraſfiz que ce Prince
estoit supposé. Comme
ne l'avez point fait , apparem -
n'en croyez rien
mais cette affaire fera refervée à
vostre Parlement , où Oats & de
Semblables Scelerats viendront
affirmerparferment quelque histoi
re à laquelle Burnet donne la derniere
main , & sursa parole voUS
paſſerez un acte , par lequel vous
declarerez la ſuppoſition en vertu
d'une Loy qui n'avoit pas encoreefte
faite, qui est que les Reines acoucheront
dans la Salle des Banquets,
en prefence des deux Chambres .
Jene dis rien de vos prétendus
griefs , qui sont aussi-peu conformes
aux Loix que tout le reste de
voſtre procedure. Ie me contenteray
GALANT.
93
de faire quelques reflexionsſur vos
nouveaux fermens , que vous nous
voulez impofer comme des Loix.
Dites- moy , ie vous prie , Mylord ,
puis que vous avez , comme les autres
preſté les fermens d'Allegeance,
de Supremacie , &duTest , croyez.
vous qu'ils vous ayent obligé envers
le Roy , à qui vous les avez
prestez ? Apparemment vous croyez
quenon , puis qu'ils ne vous ont pas
empefché de prendre les armes con.
tre luy , & de vous joindre àfes
Ennemis. Ilfera donc vray de dire,
ou que vous violez vostre ferment ,
ou que vous croyezqu'on peut n'y
avoir aucun égard , comme en effet
il paroist affez que vous ne vous en
eſtes guere mis en peine . Aprés cela
oferons - nous reprocher aux Catho
<liques les mensonges &les équivoques
, quoy que tous ceux que l'ay
94
MERCVRE
connus les condamnent, pendant que
voſtre Convention nous apprend &
mesme nous ordonne de nous joüer
ainſide nós fermens . De plus ces fermens
font établis par l'autorité des
Parlemens : & un des grands crimes
que. vous avezvoulu faire au Roy ,
est d'en avoir dispensé quelques officers
de sa Religion. Avec quel
front avez- vous doncoféfupprimer
ces fermens pour nous en ſubſtituer
deux nouveaux , vous qui pretendant
convertir voſtre Convention
en Parlement , avoüez affez que
vousn'en avezpas l'autorité ? Comment
donc pouvez vousfaire ce que
vousreprchezau Roy , quoy qu'il ait
une autorité que vous n'avez pas ?
Mais je m'attens que vous iuftifierezvostre
procedé fur se pretendu
z le de la confervation de la Religion
Protestante qui vous a fait
GALANT.
95
en cas que
prendre de fi étranges resolutions
contrele Roy. Vous ferieztous bien
empefchezà citer les Actes fur lef
quels vous avezformé le vostre; car
de tous les Actes qui concernent la
Religion , il n'y en a aucun qui
donne droit aux Suiets de difpofer
de la Couronne ,
Le Royne faffe pas profeſſion de la
Religion Protestante. Au contraire,
le dernier Acte d'uniformité con
tenoit une detestation formelle de
la doctrine de ceux qui enſeignorent
qu'on pouvoit prendre les Armes
contre le Roy. Mais quand il y au-
- roit quelque Loy qui établiſt la
necessité de profeffer la Rigion Protestantepour
estre Roy d' Angler ve,
elle devroit s'entendre de la Reltgion
établie par les Loix. Comment
donc avez- vous esté affez hardis
pour declarer le Trône vacant , à
96
MERCVRE
cause que le Roy est Catholique,pour
établir enmesme tempsfur leTrône
un homme quia toûjours profefſé une
Religion contraire à ces mesmes
Loix,puis qu'ellefont auffi bien contre
les Protefans Non- Conformistes.
que contre les Catholiques ? Mais
ie vois bien que vous avez crú ponvoir
faire ce que vos Fanatiques ont
domande tant de fois , & que les
Parlemens ont toûjours refusé , qui
eft de revoquer toutes les loix penales
contre les Protestans Non-
Conformistes , & de ne leur laif-
Ser aucune rigueur que contre
les Catholiques ; Surquoy je .
vous demanderay encore quelle
est vostre autorité pour changer
les loix , & fi voſtre Convention a
droit de pretendre d'en pouvoir difpenser
, aprés avoir contesté au
د
Roy ce pouvoir ? Avoüez de bonne
foy,
GALANT.
97
foy, que toutes ces entrepriſes font
infoûtenables : & comme vous
n'ignorezpas nos loix , j'espere que
vous conviendrez avec moy qu'il
n'enfaut plus parler ,si vos refolu
tionsSubsistent.
On a reproché au Roy d'avoir
voulu établir le Pouvoir Arbi
traire , & donne atteinte à ces
mesmes Loix. Cependant la Con
vention en a plus renversé en
huit jours , que nos Rois n'en ont
fait en cent ans . Elle a renversé
les loix de la fucceffion hereditaire
, toutes celles qui ont esté
faites pour la foureté des Rois ,
& de l'Etat , celles de Supremacie
& de l'uniformité de Religion ,
&tant d'autres , qu'à peine ев
restera t - il aucune fur pied, st ce
n'est le Stile ordinaire pour les
affaires civiles , car pour lapro
Avril 1689 . E
98
MERCVRE
cedure criminelle , toutes les loix
enfont également violées à l'égard
de tant de Seigneurs Catholiques
qui ont esté mis en prison contre
toutes les formes , & cela , dans le
temps , mesme qu'on seplaint qu'on
a fait juger au banc de Roy des
perfonnes qui ne peuvent estre ingées
que par le Parlement . Ces
perſonnes privilegiées font des
Pairs: pourquoy donc,vousfera-til
permis de faire arrester des
Pairs Catholiques , vous qui n'avez
ny le non , ny l'authorité du
Parlement ? La Loy donne aux
moindres particuliers le privilege
de Habeas corpus , fuivant lequel
on ne peut leurrefufer de les
mettre en liberté, en donnant cau.
sion. Cependant vous l'avez refuséà
ces Seigneurs. Le Grand
Chanceliet FANE DEla
☑ LYON E
#1893
troisième perſon-
T
TLEAUE DA
GALANT.
178
ne de l'Etat , & il a non
ment le privilegede la Pairie,mais
encore ceux de sa Charge , qui
mettent au nombre des crimes de
trahison , cequise fait contre celuy
quien est revestu. Cela ne vous a
pas empefchéde faire arrester Mylord
Chancelier , quoy que quand
vousferiezlegitimement affemblez
en Parlement , vous n'avezautre
droit, que de Supplier le Roy de le
fairepunir, en cas qu'il cust malversédansſa
Charge.
Ie ne veux pas m'étendre davantagefur
les irregularitez de
vostre procedé , quifont telles , que
icnecroypas qu'on enpuiffe renfermer
un plus grand nombre dans un
Seulresultat. Je vous dirayfeule_
ment qu'il me paroist que vostre
Convention aporté plus loin l'im
pudence& le mépris des Loix, que
Ez
1
100 MERCURE
3
1
n'avoitfait le long Parlement ; car
enfin ces fodtieux parricides ne
pecherent pas comme vous dans le
principe. Ils demanderent un Parlement
, Gils I obtinrent, quoy que
par de mauvais moyens. Quandils
farent aff mblez, ils reconnurent
Le pouvoir du Roy en luy demandant
qu'il s'engageast par une Decla.
ration àne le point caffer ny proroger,
ce qu'il fit pour son matheur ,
&pour celuy de toute noſtreNation.
Ils avoient donc au moins obſervé
quelques formes , au lieu que vous
n'en avez observé aucunes . Its
estoient Parlement, & vous avoues
-que vous ne l'eſtes pas. Vous pouvez
donc juger de l'estime que nous
faiſons de ceux qui ont este tas
principaux personnages de vostre
Convention, puis que nous les mettops
au deffous de ceux que tous
GALANTM 101 /
4
bes gens de bien - confidereront
toujours comme d'execrables parricides.
Il ne reste plus à vostre pretondu
Roy que detacher àſe mamtenir
par la force, qui est faseule
ressource,& qui eftfeule capable
de faire faire les Loix. Je suis perfuadé
que vous autres fes Favoris
ferezles premiers à vous repentir
d'avoir mis voſtre liberté en de fi
mauvaises mains . Ces brutaux de
Hollandois qui estoient ft libres
L'ont bien perdue. Il a Soeu
leur perfuader de se défaire des
meilleurs Citoyens & des verita
bles Peres de la Patrie , comme il
vous à perfuadez de vous défaire
de voſtre Roy legitime. Ain il
vous fera connoistre que rien si ne
vous est plus préjudiciable qur cette
malheureuſe liberté qui vous incommodoit
, & s'il ne vous le per-
E 3
102 MERCVRE
Suadepas parfes harangues , ita
d'autres expediens qu'il sçaura
bien mettre en usage.
Pour moy , je suis refolude demeurer
icy dans mes Terres, iufques
à ce que ievoye quel tourpren-
* dront les affaires ; car tout ce que
vous me mandez, ne me perfuade
pas qu'ellessoient encore fort affurées
, quoy que vostre Roy ait déin
endoſſeles habiis Royaux, craignant
peut- eftre de n'avoir pas un assez
long Regne pour lesprendre le tour
defon Couronnement. Ilmesemble
que jevoisfur la defcriptioque vous
faites , ces vieilles tapıfferies,
oùles Rois nefont jamaisreprefentez
fans leurs Couronnes & leurs
habits de ceremonie , mefme dans
leur lit. Apparemment ila couché
ce iour- làavec fon Manteau Royal
men
GALANT. 103
Sa Couronne , pour faire durer
plus long temps ce beau spectacle.
Qu'il regne donc fur des perfides
qui n'ont ny foy , ny loyzmais quelque
ehoſe qui m'arrive , ma lâcheténe
fera iamais affezgrande pour noircir
le nom que ieporte par une auſſi
grande perfidie , que celle de reconnoiſtre
un furpateur Etranger, qui
ne meritoit nostre respect que par
l'honneur qu'ila d'avoir eu deux
alliances avec la Maifon Royale.
Quand lafantaisie me prendra de
choifirun Maistre, ie voudray qu'il
foitdemeilleure Maison. Sii'avois
efté Hollandois i'aurois mieux aimé
obeir au Roy d'Espagne , qu'à un
Gentilhomme Allemand , & puis
que je fais ne Anglois , je n'obeiray
jamais à un homme qui
n'est pas de meilleure Maison
que moy. Voila quelle est ma
E 4
:
104
MERCVRE
L
resolution , & ie ne crois pas que
rien foit capable de m'en faire
changer. L'espere que les difgraces
dont vous me menacez
finiront de coſtè ou d'autre
vince
,
car
nous sommes dans un Pays de
revolution où les affaires changent
en un moment , & toujours
Sans sçavoir pourquoy . Si on me
vient tourmenter dans ma Proie
suis affez prés de
l'Irlande pour y paſſer , & comme
i'ay un Titre en ce Royaumelà
, ie vous declare par avance ,
que si le Roy y convoque un
Parlement , vous entendrez parlerde
moy. Si l'ay esté fourd &
muet pour voctre. Convention ,
iene le Seray pas alors ,& fi
le Roy me vent croire on n'épargnera
pas tous ceux qui se
trouvent engagez dans vostre
ALANT.
105
caufe ,& qui par leurs Titres
font inſticiables du Parlement
d'Irlande . Quand on les pous-
Sera à boutils n'auront pas
fuiet de se plaindre ; car aprés
les exemples de cruante que vous
avez donnez aux Irlandojs , qui
n'avoient aucun autre crime que
la fidelité envers le Roy , il ne
faut pas attendre qu'ils épargnent
les Protestans. I'en seray
fachésparce que l'aime ma Nation
; mais puis que tant de malheurs
que la derniere & longue rebellion
luy a attirez ,& dont
la memoire est encore recente
n'ont pas esté capables de la guevir
de cette fougue , qui l'anime
toujours contre ſes Rois legitimes ,
il est iuste qu'elle en experimente
de nouveaux. L'auray au moins
la fatisfaction de n'y avoir es
1
ES
106 MERCVRE
4
aucune part , & ie ne me sau
veray pas par la distinction du
Roy de Facto o de Jure , pour
aller fléchir le genoüil devant
l'Idole des Communes , Nous ver.
vons peut estre quelque jour ce
Veau d'or brisé. Dancez cependant
autour de luy , & que
vostre nouvel Aaron , cet Evefque
de Londres & fes Confreres
vous disent , Ce font là tes
Dieux , Ifraël , qui t'on delivré
de la ſervitude d'Egypte :
c'est là ce Messie des Presbyteriens
qui vous a delivrez des
fers du Papisme , de l'escla
vage du Pouvoir Arbitraire
Qu'ils vous endorment & qu'ils
vous amusent sie fuis feur que
la feste ne finira pas fans beaucoup
de sang répandu . Fespere
que Dieu aura pitié des bonneGALANT.
107
Vant
ſtes gens , & que peut - estre nous
verrons menez à Tiburne plufleurs
de Meſſieurs des Communes.
Au moins ie fuis afſuré que
la pluspare l'avoieut merité ala
Convention , & que
fans ce pouvoir dispensatif qu'ils
veulent suprimer ils auroient
pû laiſſer par écrit quelque belle
barangue patibulaire , mais ils
n'auroient iamais esté en estat de
nous vouloir donner des Loix..
Elles ne font pas neanmoins encore
bien établies pour iustifier les
Membres de la Convention du
crime de Haute Trahison que
vous avez tous encouru. Ainsi
ie n'ay rien de meilleur à vous
fouhaiter que le prompt retour
de nostre Roy legitime pour vous
donner une abolition generale
qui feule peut mettre vos vies
E-6
108 MERCURE
د
biens & honneurs en seurete.
C'est tout ce que répondoit le bon
homme Jenkins aux Parlementai
res du temps de Charles I. quand
ils luy demandoient confeil. Ils
ſe moquoient de luy comme
moquez de moy ;
mais enfin il eut raison , &
nous l'aurons aussi ,& pent estre
bien-toft , comme ie l'espere. le
vous prie cependant que ces affaires
ne troublent pas nostre
ancienne amitié. Ie fuis , &c .
Vous voUS
En vous apprenant le mois
paffé que Mr de Fer debite
une Carte nouvelle des Frontieres
d'Allemagne , je vous
promis de vous en parler plus
amplement , & pour VOUS
tenir parole , je vous diray
qu'on y trouve le Blaſon où
GALANT.. 109
lés Armes de toutes les Provinces
que le Rhin baigne,
avec les Plans des Places fortés
ſituées ſur ce Fleuve &
aux environs. Les Cartouches
qui enferment ces Plans font
compofez de Figures Allego .
riques qui regardent l'Hiſtoire
du Temps , & de Medailles
des grands hommes qui ont
fait des actions remarquables.
fur ſes Frontieres. Il y a des divifions
nouvelles qui n'ont:
paru dans aucune Carte. Cellecy
fait connoiſtre par qui
les Provinces on Etats qu'elle
renferme ſont poſſedez , de
quel Cercle ils font , & les
lieux où les Batailles confiderables
ont eſté données .
Elle est tres - bien gravée , &
peut fatisfaire les Curieux de
HO MERCURE
Geographie , d'Histoire , de
Blafon , de Fortifications &
d'Allegories . La Defcription
qui ſe met à coſté eſt auſſi
nouvelle que particuliere..
Monſeigneurle Dauphin a reocu
l'Auteur fort obligeamment
, & comme ce Prince
a eſté tres- fatisfait de l'Ouvrage
, il y a ſujet de croire
que le Public regardera ce
morceau de Geographie comme
un des plus exacts
peut eſtre le plus beau qu'on
ait encore veu fur ce ſujer.
Aufſi at- il fait meriter à
fon Auteur le titre de Geo.
graphe de Monſeigneur le
Dauphin , comme on le peut
voir dans ſon Privilege.Pour
la commodité des Officiers
d'Armée, cette Carte ſe ſepare
&
GALANT.. ITE
en trois , & quoy que colée
fur de la toile , ces trois parties
ſe peuvent porter dans.
la poche. Alors on en donne
deſcription la dans unpetit
Livre parce qu'elle n'eſt
point à coſté des Cartes faites
pour porter dans la poche ,
comme elle eſt à coſté de
celles qui font pour les Cabi--
nets & les Galeries.
"
L'Academie des Rocovriti
de Padouë eſt ſi celelebre
qu'on peut dire à la gloire
des perſonnes qui la compofent
, qu'il fuffit d'en eſtre
pour ſe voir univerſellement
eſtimé. Cette ſçavante Com--
pagnie n'a aucun égard au
Sexe. Elle est perfuadée avec
beaucoup de justice que le
merite & l'eſprit fente des
112 MERCVRE
deux Sexes . C'eſt auſſi pour
cette raiſon qu'elle reçoit également
les , Hommes & les
Femmes Illuftres . Telles font.
Mademoiselle de Scudery ,
Madame des Houlieres , Madame
Daffier , Madame de
Châte ; celle- cy autrefois fi
connue sous le nom de Madamede
Ville Dieu , & cellelà
fous celuy de Mademoiselle
le Fevre . Cet honneur estoit
biendeu à Madame de Saliez
Viguiere d'Alby. Elle a esté
proclamée depuis
temps Academicienne par
tous les fuffrages de la Compagnie.
Le docte Mr Patin ,
dont la Fille eſt auſſi Academicienne
, fit publiquement
l'éloge de cette Heroïne
parla ddee fa naiſſance ,de
de
&
de fa
GALANT.
1134
vertu , de ſon genie & de fes
Ouvrages , d'une maniere qui
fit admirer fon eloquence .
5
Le Jeudy 17. du dernier
mois ; Mr Dalibert , un des
premiers Officiers de la Reine
de Suede fit une grande
Feſte à Rome dans l'Eglife
de la Maiſon Profeſſe des
Peres lefuites dediée au Nom
de IESUS , au ſujet de la
convalefcence de cette Prin
ceffe . L'Egliſe qui est une
des plus belles de la Ville ,
eftoit tenduë des plus riches
Tapiſſeries de la Reine , avec
des Vaſes d'argent remplis
de bouquets & de fleurs fur
les corniches & fur les piedeſtaux.
Il y eut une excellente
Muſique & une Simphonie
des plus belles. L'E114
MERCVRE
১
veſque de Verceil celebra la
Meffe douze Cardinaux
y aſſiſterent, avec une affluence
de monde incroyable. Le
foir le Palais de la Reine
fut illuminé & toutes les J
ruës des environs , de meſme
que toutes celles qui conduifent
de cePalais à l'Eglife de
IESUS . Le Dimanche ſuivant
,tous les Marchands Ouvriers&
Artiſans qui travaillent
pour cette Princeſſe , firent
auſſi une fuperbe Feſte
dans l'Egliſe de S. Salvator in
Lauro yoù il y eut encore une
fort belle Muſique. llsavoient
fait orner la façade de l'Egliſe
de toiles peintes , avec
quantité de figures , de Medaillons
,&de Deviſes ,&des
Feſtons de fleurs ſous les
GALANT.
115
voûtes& ſous les arcades.
Je vous parlay il y a deux
mois de l'Emblême Enigma
tique miſeau haut de la
Theſede Mrde Roviere , Apoticaire
ordinaire des Camps
& Armées du Roy , pour la
distribution & confection
de la Theriaque. L'explication
qui en a eſté faite ayant extremement
plû , j'ay cru devoir
vous en faire part. Cette
Eſtampe reprefente Eſculape
Enfant , qu'une des Heures ,
par l'ordre d'Apollon , prefente
au Centaure Chiron ;
pour l'élever. On y voit un
Temple d'Eſculape dans une
fle , & au deſſus eſt dépeinte
la Conftellation du Serpentaire
, que les Grecs nomment
Ophiuchus. Au deça
116 MERCURE
du Temple eſt un Champ
remply d'arbriſſeaux odoriferans
& de plantes atomatiques
; parmy defquelles on
voit quelques Viperes ; &
de l'autre coſté eſt un Defert
plein de fables , où il y a
auffi des Viperes . Le devant
de la Planche eſt orné de
pluſieurs fortes de plantes
Medicinales . Au haut paroiſt
la Deviſe du Roy. Ce deſlein
eſt tiré de l'Histoire & de la
Mythologie, Apollodore dit
qu'lſchys , Roy d'Arcadie ,
Fils d'Elatus , épouſa Coronis ,
Fille de Phlegyas , Rov des
Orchomeniens , qui estoient
des Peuples du Peloponneſe
en Grece . Cette Princeſſe
avoit eſt,é aimée d'Apollon ,
& meſime estoit enceinte ,
GALANT.
117
avant ce mariage avec Ifchys .
Apollon ne put vaincre fon
-déplaifir & tranſporté de
fureur , refolur d'ofter la
vie à celle qui l'avoit abandonné.
Il luy bperça le ſein
de pluſieurs fléches : mais
il ſe laiſſa toucher par les
plaintes de cette Princeſſe
mourante , qui le pria de
conferver fon enfant. Auffitoſt
qu'elle eut jettéle dernier
foupir, il le tira de fon ventre ;
&l'ayant nommé Efculape , il
le donna à une des Heures qui
le porta à Chiron , le plus
ſage des Centaures , pour avoir
ſoin de fon éducation puis il
fit allumerlebucher pour bra .
ler le corps de ſa Mere , ſuivant
la ceremonie des Anciens. Ce
que dit Ovide que ce fut Apol
118 MERCUR E
lon quile porta, ſe doit entendre
, qu'il en donna l'ordre ,
& c'eſt une expreſſion figurée.
Les Poëtes font les Heures
filles de lupiter & de Themis,
& Officieres du Soleil , dont
elles accompagnent le Char ,
C'eſt pour cela qu'on les voit
dans cette Eſtampe aux deux
coſtez du Char d'Apollon .
Chiron eſt repreſenté ſelon
la fiction des Poëtes . La
verité eſt que les Centaures
furent des Peuplesde la Theffalie
, qui inventerent l'art de
dompter & de monter les
chevaux ,& qui parurent d'abord
comme des Monſtres
moitié hommes & moitié
chevaux , à ceux qui les virent
de loin. Chiron ſe rendit
illuſtre parmy ces peuples ,
GALANT. 119
د
ce
non ſeulement par ſa pru.
dence & par ſa juſtice , mais
aufſi par ſa ſcience & par les
belles connoiſſances qu'il eut
dans la Medecine , la Chirurgie
, & l'Astrologie
qui le fit choiſir pour eſtre
Precepteur d'Achille , de lafon
,& particulierement d'Efculape.
Il ne faut donc pas
croire qu'ils ont une caverne
pour retraite comme
Ovidele dit; ce n'eſt qu'une expreſſion
conforme à la fiction
Poëtique. Le Temple eſt placé
dans une petite Ifle , parce
que les Romains en baſtirent
un à l'honneur d'Ef
culape dans l'iſle du Tibre à
Rome. Cette Iſſe , qui estoit
nommée Infula Tiberina , eſt
appellée aujourd'huy l'iſſe de
,
2:0 MERCURE
S. Barthelemy ſous le Mont
Aventin ou de Sainte Sabine .
On y joignoit à la Statuë d'E
culapela figure d'un Serpent ,
parce queles Romains crurent
qu'il avoit pris cette figure ,
lors, qu'on l'apporta d'Epidaure
. Valere Maxime , &
Aurelius Victor rapportent
que la Ville de Rome eſtant
affligée de peſte , l'an 461. de
la fondation de cette Ville, les
Preſtres des faux Dieux con.
fulterent les Livres des Sibylles
,& y trouverentque l'untque
moyen d'arrefter cette
defolation eſtoit d'apporter
à Rome la Statue d'Efculape
que Ton adoroit à Epidaure.
( Ovide dit que l'on alla conſulter
l'Oracle d'Apollon à
Delphes qui répondit la mês
,
me
GALANT.
autres
,
me choſe . Aufſi-toſt on députa
Q. Ogulnius avec neuf
Citoyens Romains
pour aller à Epidaure, Ville du
Peloponnese, appellée aujourd'huy
Pigrada ou Efculapio
dans la Morée , vers le golphe
d'Engia. Les Epidauriens
conduifirent les Ambaſſadeurs
dans le Temple d'Efculape
, où pendant que les
Principaux de la Ville conteſtoient
ſur la maniere de
contenter les Romains , un
gros Serpent fortit de la place
où eſtoit la Statue d'or de
ce Dieu repreſenté comme un
homme ; & paſſant par le milieu
de la Ville , alla ſe placer
fur la poupe du Vaiſſeau des
Ambaſſadeurs . Ceux cy leverent
l'anchre , & firent voi-
Avril 1689 . F
122 MER CVRE
,
le à Rome , où ce Serpent ſe
retira dans l'Iſle du Tibre , &
y reprit une forme humaine.
La peſte , ajoûtent ces Hiſtoriens
, ayant ceſſé en mefme
temps , on y bâtit un Temple
àEſculape. Ceux qui ont fait
reflexion ſur ce changement
d'Eſculape diſent qu'il ſe
transforma en Serpent , pour
marquer la prudence qui eſt
neceſſaire à un Medecin ( car
le Serpent en eſt le ſymbole )
ou parce que l'on compoſe
les remedes les plus falutaires
avec la chair des Viperes ,
comme rapporte Pline l'Hiſtorien.
L'homme qui paroiſt
fur une nuë , tenant un Serpent
, repreſente la Conſtellation
d'Ophiuchus ou du
Serpentaire , en laquelle Efeu
GALANT. 123
lape fut changé , ſelon les
Poëtes . Cette Conſtellation
ſe leve avec le Scorpion & le
Sagittaire , & fe couche au
lever des Gemeaux du Cancer
,& du Lion . L'Homme a
dix- sept Eſtoiles , & le Serpent
qu'il tient , ena vingt-trois .
Les Mythologiſtes diſent
qu'Eſculape voulant gucrir
Glaucus , Fils de Minos Roy
de l'Ifle de Crete [ maintenant
Candie un Serpent s'approcha
tenant une herbe , & la
mit fur la teſte d'Eſculape ,
qui ſe ſervat de cette herbe
& en guerit Glaucus s ce
qui donna lieu aux Mede-
-cins d'employer dans les remedes
les Serpens &les Viperes
: & ce Serpent , dit
Hygin , fut placé dans la Con-
F 2
124
MERCVRE
ſtellation d'Ophiuchus . On
voit déja que tout cecy a un
merveilleux rapport à la Vipere
, & à la Theriaque . Ef.
culape marque la Vipere. Il
eſt vray que les Hiſtoriens
Romains rapportent en general
qu'il parut fous la figure
d'un Serpent ; mais il
y a lieu de croire que c'eſtoit
une Vipere , puis que la Vipere
a des proprietez qai la
rendent plus propre que les
autre Serpens , a eſtre le ſymbole
d'uneDivinité,&principalement
d'une Divinité que
l'on faifoit préſider à la Medecine.
On remarque auſſi
que quelques Peuples adoroient
la Vipere , & n'adoroient
pas les Serpens.communs
entre autres les LiGALAN
Τ.
125
thuaniens , au rapport de Cromere.
Vipera Lithuanorum olim
Numen. Les Lithuaniens ,peuples
de Pologne ; receurent
la Foy en 1386. mais auparavant
ils adoroient la Vipere
comme une Divinité. Tout
le monde ſçait qu'Apollon
eſt le Dieu de la Medecine &
de la Pharmacie , dont la The.
riaque , compoſée de la Vipere
, eſt le plus excellent Remede.
C'eſt en effet le Soleil
qui donne la force aux Plantes
Medicinales , & les bonnes
qualitez aux Viperes . Chiron
reprefentele Medecin &
l'Apothicaire ; car il eſtoit
l'un & l'autre ; & c'eſt luy
qui a donné fon nom à la
grande & à la petite Centaurée.
Une des Heures preſente
F 3
126 MERCVRE
Efculape , parce qu'il y a des ,
temps & des heures à obferver
pour le choix des 'Viperes .
La pluſpart croyent qu'il faut
choiſir de Printemps ,& quelques
uns ſont d'avis que l'Automne
eſt auſſi un temps favorable.
Ce n'eſt pas affez
d'avoir égard à la Saiſon , il
faut encore diftinguer les divers
temps de cette Saiſon ;
comme le mois d'Avril
د
au
Printemps , & la vendange en
Automne. Il eſt meſme neceffaire
d'obſerver l'heure :
les Viperes que l'on prend
aprés le Soleil levé ont de
meilleures qualitez que celles
que l'on prendroit dans les
autres heures du jour . On a
repreſenté des Viperes dans
un champ remply de plantes
GALANT.
127
aromatiques ,&d'autres dans
une terre fablonneuse & ſterile
, pour marquer les deux
differences de Viperes , dont
parle Alexandre ab Alexandro ,
lors qu'il dit que dans PArabie
les Viperes n'ont point de
venin mortel , parce qu'elles
fe nourriffent d'herbes odoriferantes
: & que dans l'Afrique
, leur haleine ſeule eſt un
poifon. Au devant de la Figure
, le Peintre a ingenieufement
repreſenté la pluſpart
des plantes dont la Theriaque
est compoſée , & que l'on
joint à la chair des Viperes.
Al'égard de la Deviſe du
Roy , puis que ſelon la penſée
du P. Bouhours , la Deviſe
eſt une Metaphore peinte qui
repreſente un objet par un
F4
128 MERCVRE
autre avec lequel il a de la
reſſemblance , on a eu ſujet
de peindre icy le Soleil , dont
on ſçait que le mot eſt , Nec
pluribus impar , afin de marquer
que le Roy eſt un Soleil
qui a affez de lumiere pour
éclairer non ſeulement plufieurs
Parties du monde . mais
auſſi toutes les Sciences &
tous les Arts . Si Apollon ,
ſelon les Poëtes . eſt le Dieu
de la Medecine & de la Pharmacie
, LOUIS LE GRAND
eſt veritablement le Protecteur
& le Reſtaurateur de
ces Sciences , par le foin qu'il
veut bien prendre de faire
diſtribuer à ſes Sujets & aux
Etrangers les plus excellens
&les plus rares Remedes , &
fur tout la Theriaque , dont
GALANT. 129
la diſpenſation & la compoſi .
tion ſe font en prefence des
Magiſtrats à qui le Roy a
donné l'autorité de regler ce
qui regarde la ſeureté &
l'avantage du Public , & fous
les aufpices de Mr Daquin ,
premier Medecin de Sa Majeſté,
En vous parlant il y a un
mois de la reception qui avoit
eſté faite au Roy d'Angleterre
, dans tous les lieux
où paſſa ce Prince pour ſe
rendre à Breſt , je vous en.
voyay la pluſpart des complimens
qui luy avoient efté
faits par les divers Corps qui
eurent l'honneur de le ſaluer
Vous m'avez marqué en avoir
receu beaucoup de plaifir ,&
comme celuy du Pere Del
Es
130
MERCVRE
peuch , Preſtre de l'Oratoire ,
& Recteur de l'Univerſité
d'Angers , m'eſt tombé depuis
entre les mains , je ne
veux pas vous priver de la fatisfaction
que vous aurez à le
lire. Sa Majesté Britannique
en fut tres contente , & fur
l'approbation generale qu'il
recent , l'Univerſité aſſemblée
en Corps , à la teſte duquel
il fut prononcé , ordon .
na qu'il feroit mis dans ſes
Regiſtres . En voicy les ter
mes.
SIRE.
2
Si dans le renversement étrange
des Loix humaines & divines
qui se fait aujourd'huy ...
il nous eſtuit permis de concevoir
quelque ioje , l'unique que nous
GALANT. 131
pourrions reſſentir dans l'excés
de nos déplaisirs , feroit d'avoir
l'honneur de falüer Vostre Maiesté
, & de voir dans la Personne
d'un si grand Prince l'intrepide
Défenseur de nos Autels &
Le Heros de la Religion . lamais
rien n'a paru de fi grand que
ce que vous avez fait dans l'une
& dans l'autre fortune , toutours
égal , toutours ferme , toujours
bienfaisant , preſt à abandonner
le Trône plutoſt que d'abandonner
voſtre Religion , & preft à re
monterfur le Trône pour la défenſe
de la mesme Religion . Nous n'avons
presque point esté surpris de voir
Vostre Maieste attaquée par de
perfides Ennemis. C'est la fatalité .
Stre , des Princes incomparables &
des souverains ialoux de la gloire
des Aurels ,d'avoir à combattre&
F6
132 MERCVRE
àvaincre des Tyrans. Les Constantins
ont eu des Maxences, les Theodofes
ont eudes Maximes & des
Eugenes , qui curent l'infolence de
monter iusquesur le Trône , mais
leur cheuteſuivitde prés leur élevation
,& dans leur iuste infortune
il ne leur refta que la triſte confolation
d'avoir osé combattre contre
les Heros . Telle fera , Sire , la fortune
de cet iniufte vfurpateur ,de
ce Roy de Theatre qui viole teme.
rairement les droits les plusfacrez ,
l'Univerſitéd' Angers qui prend
la liberté de vous offrir fes treshumbles
respects , &qui a cent fois
consacrésavoix à vos louanges ,fe
prépare à celebrer l'heureux rétabliſſement
de vostre Maiesté , qui
est l'unique obiet deſesvoeux.
Rien ne doit ſurprendrede
GALANT.
133
ce qui est cauſé par l'amour.
Il agit differemment felon
que les coeurs ſont diſpoſez ,
& il y a ſouvent de l'étoile
dans les liaiſons qu'il forme...
Un Cavalier tout plein de
merite , & dont la naiſſance
eſtoit ſouſtenuë par un bien
confiderable , eſtant allé voir
un jour une Dame de fes
Amies , trouva chez elle une
fort jolie Perſonne dont il fut
touché . Ce n'eſtoir pas une
beauté reguliere ; mais il y
avoit un tel agrément , & fur
fon vilage , & dans ſes manieres
, qu'elle en effaçoit de
plus belles qu'elle. Il s'attacha
à l'entretenir , & fon efprit
qui luy parut doux &
infinuant , fut un nouveau
charme que entraina ſa rai134
MER CVRE
fon . Elle estoit avec ſa Mere
dont la ſageſſe & l'honneſteté
fervoient d'aſſeurance au Cavalier
des ſoins qu'elle avoit
donnez à l'éducation de fa
Fille. Quand elles furent
parties , le Cavalier qui demeura
ſeul avec la Dame luy
fit force queſtions ſur tout ce
qu'elle ſçavoit de cette aimable
Perfonne , & il les fit
d'un air empreffe qui luy fit
connoiſtre , que la curiofité
qu'il luy marquoit eſtoit
un commencement d'amour.
Elle luy dit en riant qu'elle
voyoit bien qu'il la trouvoità
ſon gré , & il ne luy cacha pas
que ſi elle avoit effectivement
autant d'eſtimables qualitez
que cette premiere veuë luy
en avoitfait paroiſtre , il feroir
GALANT..
133
1
tout fon bonheur de s'engager
avec elle. La Dame voyant
qu'il luy parloit ſerieuſement,
lay reponditde la meſme forte ,
& aprés luy avoir parte de la
Demoiselle comme de la per
fonne la plus accomplie , & la
plus capable de rendre un ma--
ry heureux , elle ajouſta que
s'il regardoit ſes avantages du
coſté de la fortune , elle craignoit
qu'il ne fiſt un mauvais
choix ; que la Belledépendoit
d'un Père avare ,
qui quoy que tres - riche
ne luy feroit pas une grande
avance , & que lors qu'il
feroit mort , deux Fils qu'il
avoit partageroient ſa fucceffion,
fans qu'elle y euſt preſque
aucune part , toutes ſes Terres
د
13.6 MERCVRE
eſtant ſituées dans des Provin
ces où la Coutume eſtoit fort
contraire aux Filles . L'avis ne
pût rien ſur l'eſprit du Cavalier.
Il pria la Dame de luy procurer
ſouvent la veuë de la
Belle,afin que la cõnoiſſantparfaitement
il puſt juger s'ils eftoient
nez l'un pour l'autre. La
Dame eut avec plaifir la complaiſance
qu'il luy demandoit.
Elle fervoit une Amie qui meritoit
bien qu'on l'obligeaſt , &
aprés l'avis donné ſur l'avarice
du Pere , elle n'avoit rien à ſe
reprocher. Les entreveuës ſe
firent d'abord ſans marquer aucun
deſſein . On s'abandonna à
d'agreables conversations , &
le Cavalier fut Payé des ſoins
qu'il prenoit de chercher à
plaire , par tout ce que labien
GALANT.
137
feance fouffroit qu'on luy
montraſt de reconoiffance. Jl
demeura bien toſt convaincu
de tout le merite qu'il avoit
cru dans la Belle , & s'appliquant
à étudier ſes plus fecrets
fentimens,il n'eut pas de peine
àdécouvrir quils luy estoient
favorables . La Mere qui avoit
vû naiſtre cette paffion avec
plaifir , entra avec une joye
extréme dans les mesures qui
étoient à prendre pour engager
fon Mary à l'approuver . Il fut
refolu qu'on luy feroit un ſecret
de ce qui s'étoit paffé chez
la Dame , & qu'un des Amis
du Cavalier troit le trouver
pour luy demander ſa Fille, ſans
faire connoiſtre que les choſes
fuſſent deja auſſi avancées
qu'elles l'eſtoient du coſté du
138 MERCVRE
4
ceoeur. C'eſtoir un homme
bizarre , & s'il euſt appris que
dans une affaire de cette importance
on cuſt ofé prendre
quelque engagementſans luy ,
il auroit cru ſon autorité bleffee
, & il n'en euſt pas fallu davantage
pour luy faire refuſer
fon conſentement.Tout ſe paffa
comme on l'avoit arreſté , &.
lePere trouvantle party d'autant
plus avantageux qu'on
luy témoigna qu'il ſeroit maitre
de tout , ne balança point
àdonner parole . Il recent enfuire
le Cavalier de la maniere la
plus civile & la plus fatisfailante
, & le preſenta à ſa Femme
& à ſa Fille , comme une
perfonne qui ne leur eſtoit
connue que de nom . If leur
marqua le deſſein où il eſtoit
GALANT. 139
d'en faire fon Gendre , & leur
demanda pour luy des honneſtetez
où elles eſtoient toutes
diſpoſées. La Belle autoriſée
par là dans ſa paſſion
s'y abandonna fans plus garder
de referve ſur ſes fentimens.
Le procedé genereux
du Cavalier , qui pour s'attacher
à elle n'avoit aucun
égard à fes intereſts , meritoit
bien qu'elle lay donnaſt ſon
cocur tout entier. Ils ſe firent
les plus fortes proteſtations
d'une tendreſſe eternelle , &
la Mere qui estoit charmée
de leur union , ne contribua
pas peu à la confirmer. Il
n'eſtoit plus queſtion que de
figner les articles. On le de.
voit faire au premier jour .
lors qu'un facheux Incident
140 MERCVRE
en fit differer la ceremonie.
le Pere eut avis que ſon Fils
aifné , qui eſtoit Volontaire
dans les Troupes ; avoit eſté
tué en quelque rencontre , &
fon Cadet tomba preſque en
même temps dangereuſement
malade. Il n'y avoir aucune
apparence de parler de noces
dans un temps où l'on pleuroit
l'un , & où tout estoit à
craindre pour l'autre . On
n'oublia rien pour le ſauver ,
& le Cavalier qui prévoyoit
fon malheur s'il arrivoit qu'il
mouruft , faifoit fans ceſſe des
voeux pour le ſuccés des remedes,
mais ils furent inutiles.
Sa fiévre qui n'eſtoit d'abord
que double tierce, ſe changea
en continue , & aprés avoir
reſiſté un mois entier , il laiſſa
:
GALAN T.
141
ſa Soeur unique heritiere. Il
n'auroit pas eſté ſurprenant
que l'on euſt remisle mariage -
aprés un temps ſuffiſant pour
ſe conſoler de la double perte
qu'on venoit de faire ; mais le
Cavalier que l'on avoitd'abord
regardé comme un party fort
confiderable , ceſſoitde l'eſtre
pour une fille qui devoit avoir
vingt- cinq mille livres de rente
,& fon Pere qui commença
à prendre des veuës proportionnées
à ce grand bien, trouva
à propos de le prier de ſe
retirer. Sa Femme tâcha de
faire valoirla generoſité qu'il
avoit euë de facrifier au plaifir
d'entrer dans ſon alliance tous
les avantages qu'il euſt pû
trouver ailleurs , lors qu'il s'eftoit
contenté de cequ'on vou142
MERCURE
loit donner à ſa Fille, & preten
dit qu'on le devoit reconnoif.
tre par des ſentimens qui répondiſſent
aux fiens , mais tout
cequ'elle put dire ne fitqu'aigrir
ſon Mary , & malgré ſes
remontrances , le Cavalier fut
congedie. Ce ne fut pas fans
qu'il euſt la joye de recevoir
dela bouche meſime de ſa Maiſtreſſe
toutes les aſſurances qui
pouvoient ſervir à adoucir ſon
malheur. La Mere qui en fut
témoin luy permit d'attendre
d'elle tout le ſecours qu'il en
pouvoit ſouhaiter ; & comme
on avoit fait à toutes les deux
d'expreſſes défenſes dele plus
voir , la crainte d'accroiftre
Ja mauvaiſehumeur du Pere ,
fi parſon éloignement il ne le
gueriſſoit pasde tous les ſoup
GALANT.
143
çons qu'il pouvoit avoir , le fit
refoudreàſe retirer dans une
Terre qu'il avoit àtrente liûës
de Paris .Les adieux furent fort
tendres . Ildit à la Bellequ'il ne
valoitpas qu'elle renõçaſtpour
luy àune grade fortune,& plus
il fut genereux,plus il la trou
va conſtante dans les ſentimens
qui luy eſtoient dûs. Ils
conviprét du conſentement de
la Mere qu'ils s'écriroient fort
ſouvent par le moyen de la
Dame , leur commune Amie ,
& rien n'eſtant ny plus enga
geant ny plus flateur que les
Letres , l'abſence ne fit qu'-
augmenter leur paſſion. Il ſe
paſſa une année entiere , pendant
laquelle le Cavalier fit
fecretement deux ou trois
voyages à Paris . Il y voyoit
144
MERCURE
ſa Maiſtreſſe un jour chez
cette commune Amie , & s'en
retournoit le lendemain . Pluſieurs
perſonnes d'un rang
distingué la recherchoient ;
mais heureuſement pour elle ,
fon Pere ſe trouvoit toujours
embaraſſe ſur le choix , &
le plaiſir de demeurer maiſtre
de ſon bien , l'empefchait de
ſe hater de la marier. Sa Femme
y contribuoit en ſe ren
dant difficile pour la conferverau
Cavalier , ſans pourtant
qu'elle puſt voir par où elle
pourroit faire reuffir ſes eſperances.
Tandis qu'il vivoit
ainfi retiré , il vit arriver chez
luy un de ſes Amis, intimes
qu'il n'avoit point vu depuis
quatre ans . C'eſtoit un homme
d'une Maiſon fort confiderable,
4
GALANT.
145
derable , & qui prenoit le
nom de Marquis à juſte titre.
Il avoit paſſe tout ce temps
à Rome , & ayant appris que
le Cavalier eſtoit à ſa Terre ,
il venoit luy faire part de
tout ce qui luy eſtoit arrivé
dans fon voyage. Sa veuëluy
cauſa beaucoup de joye , &
il l'arreſta chez luy le plus
long - temps qu'illuy fut pof
fible , ſans luy découvrir ce
qui l'avoit obligé à quitter
Paris. Malgré toute l'amitié
qui les uniſſoit , il crutdevoir
ce ſecret à ſa Maiſtreſſe. Ilne
ſçavoit pas comment tourne
roient les chofes , & le meilleur
eſtoit de ſe taire . Il vivoit
dans cette Terre avec une
Soeur qui eſtoit Veuve , & le
repos attaché à la retaite étoit
le pretexte dont il ſe ſervoit
Avril 1689 . G
146 MERCURE
pour y demeurer. Le Marquis
partit , & il y avoit déja deux
mois qu'il l'avoit quitté , lors
qu'il revint le trouver un
foir pendantque la nuit eſtoit
fort obfcure. Le Cavalier
crut qu'il venoit encore paſſer
huit ou dix jours avec luy , &
il s'en faiſoit un fort grand
plaifir ; mais le Marquis ayant
demandé à luy parler en particulier
, luy dit qu'il l'avoit
choiſi comme l'homme du
monde en qui il ſe confioit
le plus pour laiſſer entre ſes
mains un depoſt conſidera
ble , & qui luy eſtoit de la
derniére importance. Il s'agiſſoit
d'une Demoiselle qu'il
avoit enlevée depuis trois
jours. Il avoit marché toujours
de nuit , afin qu'on ne
6
GALANT. 147
,
puſt ſçavoir quelle route il
avoit priſe & il l'amenoit
chez luy , où elle devoit demeurer
cachée auprés de ſa
Soeur , tandis qu'il employeroit
ſes Amis pour obliger
fes Parens de conſentir , fon
mariage. Le Cavalier ayant
ſceu qu'il l'avoit laiſſée dans
un Carroſſe avec ſeure garde
à deux cens pas de chez luy ,
pria ſa Soeur d'aller lay offrir
tout ce qui pouvoit dépéndre
d'elle , & de la conduire
dans l'appartement qu'il alloit
luy faire preparer , & où
l'on convint qu'on ne laifferoit
entrer que des Domeſtiques
de confiance , ſans pourtant
leur dire ce qui obligeoit
à ne la pas laiſſer voir. La
Dame fit ce que ſouhaitoit
G2
148 MERCURE
fon Frere , & le Marquis la
mena où le Carroſſe eſtoit
arreſté. La Demoiselle enicvée
ne répondit autre choſe
au compliment de la Dame
qui l'aſſura de ſes ſoins dans
tout ce qui pourroit la ſatiſfaire
, finon qu'elle la prioit
de la ſecourir contre la violence
qui luy eſtoit faite. Elle
defcendit en meſme temps ,
&la ſuivit ſans rien dire davantage.
Le Marquis fit auſſitoſt
partir le Carroffe , & fe
faiſant attendre par deux ou
trois de ſes gens auſſi bien
montez que luy , il vint retrouver
le Cavalier , pour luy
dire adieu , eſtant reſolu de
marcher tout le reſte de la
nuit , afin de pouvoir paroiſtre
le lendemain dans quelque
GALANT. 149
٢٠
lieu affez éloigné , pour empeſcher
qu'on ne ſoupçonnaſt
que ce fuſt chez ſon Amy
qu'il cuit mis la Belle. LeCavalier
ayant demandé ſi elle avoit
conſenty à l'enlevement ,
il luy répondit que quand il
avoit tâché de s'en faire aimer
, elle luy avoit marqué
qu'un premier engagement
ne permettoit pas qu'elle l'écoutaſt
; qu'il s'eſtoit enſuite
declaré avec ſon Pere ,& que
fur le refus de l'un & de l'autre
, on luy avoit conſeillé
de l'enlever , parce qu'elle
avoit beaucoup de bien ; que
quoy qu'elle cuſt de grands
agrémens dans ſa perſonne , il
luy avoüoit que les avantages
qu'il trouvoit en l'épouſant ,
eftoient l'unique motif de la
G3
150
MERCVRE
réſolution qu'il avoit priſe ,
qu'il ſçavoit bien qu'on l'alloit
poursuivre comme auteur
du rapt parce qu'un Laquais
qui avoit fuy quand il avoit
fait l'enlevement , avoit pu le
remarquer , mais qu'il eſtoit
d'une naiſſance affez diſtinguée
pour croire que les Parens
, après avoir fait un peu
de bruit , ſeroient ravis d'affoupir
l'affaire , que fon alliance
leur feroit honneur ,&
qu'un homme comme luy n'avoit
pas à craindre qu'on le refuſaſt
quand on connoiſtroit
le peu de ſuccés qu'auroient
les pourſuites , que cependant
il luy laiſſoit menager l'eſprit
de la Belle , & qu'ayant pour
luy autant d'amitié qu'il en
avoit , il ne doutoit point
1
GALANT.
1
qu'il ne vinſt à bout de lau
convaincre que le feul party
qu'elle avoit à prendre aprés
l'eclat d'un enlevement, estoit
d'entendré raiſon de bonne
grace , en declarant quand il
en ſeroit beſoin , qu'elle vouloit
bien eſtre ſa Femme ;
qu'il viendroit ſçavoir dans
quelques jours l'effer qu'au
roient cu les remonstrances
& luy apprendre ce qu'il auroit
fait de ſon coſté , pour
mettre l'affaire en termes
d'eſtre accommodée . Le Cavalier
l'aſſeura que fes intereſts
eſtant les fiens , il at
giroit comme pour luy- meſme,
quoy qu'il fuſt faché d'avoir à
combattre un coeur qui n'eſtoit
pas libre , parce que les premieres
impreſſions s'effaçoient
G4
152
MERC VRE
toûjours difficilement. Le Marquis
partit ſans vouloir revoir
la Belle pour ne pas l'aigrir par
ſa prefence. Elle s'eſtoit emportée
toutes les fois : qu'il
s'eſtoit montré pendaut le
voyage ; & il ſe flata qu'il la
trouveroit adoucie àfon retour
Sitoſt qu'il eut pris congé de
ſon Amy , le Cavalier alla
dans l'appartement où ſa Scoeur
eſtoit demeurée auprés de la
Belle. La fatigue d'un voyage
fort precipité & fait de nuit ,
& l'affliction où elle étoit
l'avoient obligée à ſe jetter
fur un lit où la lumiere
ne donnoit que foiblement , &
comme il venoit la conſoler , à
peine eut il commencé ce
qu'il avoit à luy dire , qu'elle
pouffa un grand cry , & fele-
-
,
ي ف
GALANT.. 153
vatoutd'un coupavecdesmarques
d'une ſurpriſe extraordinaire.
C'eſtoit ſa Maiſtreſſe enlevée
par ſon Amy. lugez ce
que produiſit un évenementſi
peu attendu. Le Cavalier avoit
dela peine àcroire ſes yeux,&
la Belle qui ſe voyoit au pouvoir
d'un homme qu'on avoit
trompé & qui en devoit garder
du reſſentiment , ſe ſeroit
perfuadé que l'enlevement
auroit eſté fait pour luy fi la
conduite pleine de reſpect
qu'il avoit toûjours tenuë ,
ne l'euſt empeſchée de luy
imputer une violence de cette
nature. Tout fut éclaircy ;&
on ne pouvoit aſſez admirer
ce que le hazard venoiz de
faire. La Belle repritunair de
gaycté qui fit paroiſtre le plai
2
G
154
MERCVRE
fir qu'elle ſentoit de ſe voir
en lieu où elle estoit aſſeurée
qu'on la laiſſeroit maiſtreſſes
abſoluë de ſes volontez. Elle
demanda d'abord qu'on la remiſt
chez fon Pere , mais le
Cavalier luy ayant fait voir
qu'il ne le pouvoit que de
concert avec ſon Amy,& qu'il
falloit prendre pour cela de
grandes précautions qui feroient
peut-eftre utiles au ſucy
cés de leur amour ,, elle luy
abandonna le ſoin de ſa deſtinée
, & ſe conſola dans
fon malheur , puis qu'il étoite
adoucy par le plaifir de navoir
à redouter aucune contrainte..
Le Frere & la Soeur n'oublie--
rent rien de ce qui pouvoitt
contribuer à luy donner de la.
joye . Ils paſſoient les jours
1
GALANT.
155
entiers dans ſa chambre , ou
la menoient à la promenade
dans quelque endroit retiré ,
& comme il eſt rare de s'en
nuyer avec ce qu'on aime ,
elle trouvoit ſa captivité fort
agreable. Les fermens de fidelité
& de conſtance furent
mille fois reïterez , & par un
ſecret preſſentiment , ils ne
pouvoient s'empeſcher de
croire qu'il feroient, enfin
heureux . Trois ſemaines s'é
tant paffées de la forte , le
Marquis revint un ſoir chez
le Cavalier , lors que la nuit
eſtoit déja aſſez avancée. IlI
voulut encore l'entretenir en
particulier , & luy dit aprés
l'avoir embraffé , qu'il ne doutoit
point que la Demoifelle
qu'il avoit laiſſée chez lay ne
G60
>
C
1
196 MERCVRE
luy euſt appris qui elle eſtoit ;
que ſans luy nommer fon
Pere , il luy avoit parlé la premiere
fois de l'enlevement
qu'il avoit fait comme d'une
affaire qu'il ſeroit aifé d'accommoder
; mais que ce Pere
homme incapable d'eſtre gouverné
, eſtoit fi fort aveuglé
dans ſa fureur , que non ſeulement
il promettoit ſa Fille à
quiconque pourroit la tirer
d'entre ſes mains ,mais qu'il
faifoit contre luy les plus
facheuſes pourſuites , qu'ainfi
n'ayant plus aucune eſperance
de le fléchir , il ne pouvoit
fortir d'embarras qu'en forçant
fa Fille à l'épouſer ; qu'il la
meneroit chez luy où il la fe
roit reconnoiſtre pour ſa Femme
,& qu'aprés le mariage il
A
GALANT. 157
ne craignoit point qu'on euſt
affez de credit pour le faire
rompre , qu'il venoit ſçavoir
ce qu'il avoit fait pour luy ,&
ſi ſes ſoins avoient mis la
Belle dans des diſpoſitions
qui luy fuſſent favorables .
Le Cavalier ne balança point
ſur la reſolution qu'il avoit
à prendre. Il luy répondit
qu'eſtant incapable de manquer
à l'amitié , il luy laifferoit
une entiere liberté de
s'aſſurer du coeur de la Belle ,
mais qu'il n'avoit pu choiſir
perſonne qui fuſt moins propre
que luy à luy inſpirer les
fentimens qu'il luy fouhaitoit.
Là-deſſus il luy conta
l'engagement qu'ils avoient
prislun pour l'autre , & aprés
luy avoir exageré le deſeſpoir
MERCVRE
où la rupture de ſon mariage
l'avoit réduit , il ajoûta que
s'il pouvoit eſtre affez heureux
pour obliger l'aimable
perſonne qu'il luy avoit mife
entre les mains ,à ſe declarer
en ſa faveur ,quoy qu'il en
duſt reffentir toute la dou
leur imaginable , il facrifieroit
ſes intereſts à ce qu'il devoit
àtous les deux mais qu'il le
prioit de le diſpenſer de travailler
luy meſme à ſa perte;
& de s'attirer le juſte mépris
de celle qu'il aimoit uniquement
, en preferant l'amitié à
ce que l'amour exigeoit de
lay. Ce difcours fut faitd'une
maniere ſi vive , que le
Marquis en demeura penetré ..
Il comprit toute la force de
la paſſion de fon Amy , &
GALANT..
159
comme il n'avoit enlevé la
Demoiselle que par des veuës
d'intereſt , ſans que l'amour .
y euſt grande part , il auroit
eu à fe réprocher une injuſtice
indigne de l'amitié qu'ils
s'eſtoientjurée , s'il euſt voulu
luy ofter un bien qui devoit
faire tout le bonheur de
fa vie. D'ailleurs on ne poц-
voit adoucir le Pere , doncs
les procedures, l'obligeoiento
à ſe tenir toujours en eſtate
de n'eſtre points arrefté. La
Fille dont il ne pouvoit eſpe..
rer de toucher le coeur ,nefſtoit
plus en fon pouvoir , &
quand il auroit voulu, s'ens
refaifir pour la mettre par dan
force dans la néceffité de
l'époufer , il n'y avoittarcune
apparence que fon Amyy
i
160 MERCURE
qui ne vivoit que pour elle,
euſt pu conſentir à l'expofer
à la violence. Ainfi prenant
le party d'eſtre genereux
, qui fatisfaifoit ſagloire
, & le tiroit d'embarras ,
il ceda toutes ſes pretentions
à ſon Amy , & luy dit d'une
maniere obligeante , qu'il avoit
peine à ſe repentir d'un
enlevement dont il pouvoit
tirer de grands avantages ,
puis que dans la ſituation où
eſtoient les chofes il n'y
avoit qu'àbien ménager l'efprit
du Pere pour luy faire
prendre une reſolution favorable
à ſon amour. En mefme
temps , il le pria d'aller
preparer la Belle à fouffrir fa
veuë , afin que l'ayant obligée
à luy pardonner il puſt exa-
د
GALANT. 161
د
miner avec eux ce qu'il feroit
à propos de faire pour affcurer
leur bonheur. La Belle
ravie de cet heureux changement
, recent le Marquis avec
autant de joye & d'honneſteté
qu'elle luy avoit d'abord marqué
d'indignation. Il demeura
deux jours dans cette maiſon ,
& le reſultat du Conſeil qu'ils
tinrent enſemble fut que
le Cavalier iroit à Paris , ſe
prevaudroit de la difpofition
où il trouveroit le Pere. Il ſe
fit menerchés luy par une perſonne
qui pouvoit beaucoup
fur fon eſprit , & tourna fon
compliment fur ce qu'étant
toûjours demeuré le meſme;
il ne ſe pouvoit qu'il n'eut été
ſenſiblement dans le déplaiſir
que luy cauſoit le malheur qui
162 MERCVRE
luy eſtoit arrivé . Le Pere s'emporta
avec fureur contre le
Marquis , proteſtant qu'il ne
ſeroit jamais fatisfait qu'il ne
luy euſt fait couper la teſte .
Il ajoûta qu'il reconnoiſſoit la
main de Dieu qui le puniſſoit
de ce qu'il l'avoit trompé ſur
le mariage de ſa Fille &
que s'il pouvoit la retirer des
mains du Marquis , il eſtoit
preſt à la luy donner , & à
reparer par là l'injustice que
l'ambition luy avoit fait faire..
Le Cavalier voulant profiter
de ce mouvement , répliqua
qu'il eſtoit venu le chercher
exprés pour luy offrir ſes ſervices
qu'il connoiffoit non
ſeulement le Marquis , mais
aufli tous ceux en qui il avoir
quelque confiance qu'il dé
GALANT. 163
couvriroit le lieu où il avoit
mis ſa Fille , & qu'ayant toujours
pour elle le meſme refpefct
& la mefme paſſion , il
eſtoit ſeur de l'obliger à la
rendre , ou de l'enlever du
lieu où elle ſeroit ,s'il s'obſtinoit
à la vouloir retenir. Le
pere le conjura de ne point
perdre de temps , & luy donna
de ſi fortes aſſeurances
qu'il n'avoit envie de la retrouver
que pour luy en faire
un don , qu'il ne put douter
qu'il ne luy parlaſt ſincerement.
Il partit le lendemain ,
& ayant rejoint le Marquis
à une Terre où il s'eſtoit retiré
il luy rendit compte
de tout ce qu'il avoit fait.
Comme le Pere avoit foubaité
qu'il luy fiſt ſcavoir
,
H
164
MERCURE
Teſtat des chofes , il luy écrivit
d'abord qu'il avoit trouvé
le Marquis dans une obſtination
extraordinaire , & que
peut-eſtre il ne luy feroit pas
ſi aiſe qu'il l'avoit cru de découvrir
où il avoit mis ſa Fille .
Il luy manda quelques jours
aprés qu'il le voyoit un peu
ébranlé , & qu'il ſembloit ſe
refoudre à luy ceder ce qu'il
connoiſſoit qu'il ne pouvoit
obtenir que par la force , mais
qu'il avoit peine à croire qu'on
euſt un veritable deſſein de
confentir à un mariage qui
avoit eſté rompu . Ces Lettres
furent ſuivies d'une negociation
particuliere. Un Gentilhomme
envoyé par le Marquis
vint trouver le Pere , & l'affura
de ſa part qu'il eſtoit preſt
1
GALAN Τ .
165
delay ramener ſa Fille, s'il vouloit
bien luy donner parole
qu'il la feroit époufer au Cavalier.
Il luy déclara en meſme
temps qu'il pretendoit la difputer
à tout autre , & qu'il
trouveroit moyen de ſoutenir
ce qu'il avoit fait. Le Marquis
eſtoit bien moins riche que le
Cavalier , & le Pere ne trouva
pas qu'il deuſt balancer , puis
qu'on luy laiſſoit le choix. Il
s'acquitoit de ce qu'il devoit
à l'un , & ſe vangeoit en quelque
façon de l'autre ; puis
qu'il faiſoit avorter ſon entrepriſe.
Il dõna au Gentilhomme
les ſeuretez qu'il luy demanda,
On ceſſa toutes pourſuites,
& la Demoiselle fut remenée
chez ſon Pere . Elle obtint de
luy qu'il conſentiroit à voir
166 MERCVRE
le Marquis , & il fut prié du
mariage qui ſe fit enfin avec
tout l'éclat que demandoit
une ſi riche Heritiere.
Vous avez ſouvent entendu
parler du changement des-
Monoyes d'argent de Naples.
Vous en verrez tout le particulier
dans la Lettre que Mr
Chaffebras de Cramailles qui
a eſté ſur le lieu , en a écrite
à Mr Menage un des plus
ſcavans Hommes de noſtre
Siecle. Voicy ce qu'elle
contient.
د
Usage qu'on a eu àNaplesde-
Tofage
puis long- temps denneepoint pefer
les Monnoyes d'argent , quoy
qu'on les peſe dans les principales
Villes d'Italie quand elles ne paroisfent
pas de poids , & le peu de ſoin
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GALANT. 1
167
que l'on a pris d'observer la rondeur
& la beauté des Especes qui
ont estéfabriquées toutes irregulieres
, diſſemblables & mal formées ,
ajant donné occaſion à quantité
de faux Monnoyeurs & Billonneurs
de les rogner , l'abus est venu à un
tel point, qu'ils'en est trouvé beaucoup
qui ne pesoient pasle quart,ny
mesme la fixiéme partie du poids
qu'elles doivent avoir par les Ordonnances
. Cela commença à faire
grand tort au commerce il ya huit
ou neuf ans, les Marchands refusant
derecevoir l'argent des Particuliers,
&les Banquiers n'en voulant plus
faire tenirdans les autres Villes à
moins d'un gros interest , de forte
que cette Ville fi marchande étoit
en estat de ſe ruiner peu à peu ,si
l'onn'y euft apporté un prompt remede.
Le Marquis de Los Vellez
168 MERCUR E
Vice-RoydeNaples ,fut le premier
qui chercha les moyens de remedier
à ce defordre. Il fit afſsembler en
1682. tous les Officiers de la Monnoye
avecplusieurs Perſonnes intelligentesfur
ce fait , &aprés avoir
eu diverſes conferences avec eux , il
refolut dedécrier toutes ces vieilles
Especes d'argent, &d'en faire battre
de nouvelles qui imitaſſent la
perfection des Louis d'or & des
Louis d'argent de France. Pour cela
il se fit apporter quelques- uns de
ceux que l'onfabriquafous le regne
de L'ouis le fuste , & au commencementdu
regne de Louis le Grand,
qui surpassent en beauté toutes
les Munnoyes de de l'Europe. Mr
Chaffibras du Breau mon Pere , que
le Roy avoitnommépour l'établis-
Sement de la Monnoye du Moulin
dans toutle Royaume , fut bien
aife
GALANT. 169
J
aiſe pour la gloire de la France ,&
pour s'aquiter dignement de la
Commiſſion dont Sa Majesté l'avoit
honoré , que les Monnoyes de deux
fi grands Monarques puflentservir
d'exemples & de modelles dans les
• Siecles à venir .
Le Marquis de Liche ayant fuccedé
au Marquis de Los- Velez
dans la Vice- Royauté de Naples
* commença en 1683. à faire battre
de cette nouvelle Monnoye , mais
il trouva plus de difficulté qu'il ne
• pensoit dans l'execution de ce def
fein, àcausede la porte que le Peu-
-ple eust estéoblige de fouffrir dans
Le decry des vieilles Efpeces , qui
auroit esté à plus de foixante pour
cent,fi en les changeant à la MOR
noye on eust rendufeulement lava
Leur de l'argent suivant le poids
du mare , ainsi qu'il s'est toujours
pratiqué en de pareilles occafions,
Avril 1689.
H
4
1
170
MERCVRE
1
!
Y
i
D'ailleurs il voyoit la Populace
preſte à se revolter dans la crainte
où chacun estoit defaire une perte
fi considerable. C'est pourquoy après
avoir envoyé divers Memoires à
Madrid , & avoir receu un plein
pouvoir de la Cour d'Espagne de
-terminer cette affaire en la maniere
qu'ille jugeroit àpropos , il nomma
des Commiſſaires pour compofer
un Confeil particulier où il fit
trouver les Chefs des principaux
Tribunaux , les Sieges de la Nobleffe
& des Deputez particuliers de la
Ville ,& là il fut arreſté que l'on
continueroit ,la Fabrique des nouvelles
Monoyes d'argent , & qu'on
changeroit les vieilles pour le prix
courant où elles estoient fans en rien
diminuer ; & afin de fubvenir aux
frais de la Fabrique de la nouvelle
GALANT 171
Monnoye , & de remplacer le dechet
qu'ily avoit dans la Fonte des
vieilles , qui estoient rognéespour
lapluſpart de plus de deux tiers de
leur poids , il ordonna qu'on leveroit
diverſes Impoſitionsfurle Sel,
fur le sucre , & fur quantité de
Marchandises & denrées étrangeres,
afin que chacun contribuaft par
ce moyen à cettte depenſeſans s'en
apercevoir.
Cependant ces imposts ne purent
Se leversi promptement qu'il l'auroit
voulu. On voyoit tous les jours
naiſtre denouveaux embarras , &
leMarquisde Liche eſtant mort lors
que cette affaire estoit preste à se
terminer ,le Connestable Colonne
futnommépar interim , en atten
dant que le Comte de Saint Iſtevan .
nouveau Viceroy , fust arrivéà Naples.
Cet Interregnen'ayant estéque
H 2
1172
MERCVRE
1
L
८
de trois mois , il ne fut pas au pouvoir
du Conneſtable Colonne de
regler une affaire de cette impor
tance ensi peude temps , mais en
fin le Comte de Saint Istevaneftant
arrivé à Naples au mois de Février
de l'année derniere 1688. il s'y appliqua
avec tant de vigueur & de
fuccés , qu'il l'a enfin conclue dans
les premiers mois de cette année
1689. où l'on a commencé àdiftri
buer an Peuple unegrande quantité
de ces nouvelles Monnoyes , au lieu
desvicilles que l'on fond journellemant
. Ces nouvelles especes d'argentfont
au nombre de quatre, qui
font icy reprefentées dans leur juste
grandeur.
*
1. Le Ducaton , qu'on appelle
improprement Ecu , du poids de dix
Carlins, qui font environ trois livres
cingfols monnoye de France. IlreGALANT.
173
-
,
profonte d'uncoté le Buste du Roy
d'Espagne , avec le Collier de la
Torfon , & pour legende , Carolus
fecundus , Dei gratia
Hifpaniarum & Neapolis
Rex Au revers est la Couronne
& le Sceptre d'Espagne , avec
les deux Hemispheres du Globe
terrestre ,& pour devise , Vnus
non fufficit. Au bas est le mil
lesime , qui est l'année de la fabrique.
2. Le Patacque, on Demy-
Ducat , du prix de cinq Carlins .
On y voit de mesme le Buste du
Roy d'Espagne , & la legende
Carolus fecundus ,Dei gratiâ
Hifpaniarum & utriufque Siciliæ
Rex , où il est à remarquer
que Naples est entendu
Sous ces mots de l'une & de
l'autre Sicile. Le revers est une
H 3
774
MERCURE
Femme aſſiſe ſur la partie du
Globe terrestre où est l'Italie.
Elle tient de la main droite un
bouclier , oùsont les Armes d'Efpagne
& de Sicile , & une palme
de la gauche , & pour Devise ,
Religione & gladio ,
millefime.
avec le
3. Le Tari , de deux Carlins ,
où d'un costé est l'Ecu des Armes
d'Espagne avec ses alliances
entouré du Collier de la Toiſon
la Couronne d'Espagne au
deſſus , & pour legende , Carolus
fecundus , Dei gratia Hifpaniarum
Neapoliſque Rex .
Au revers est la partie de l'He .
misphere' où sont les Royaumes
que Sa Majesté Catholique pof-
Sede en Europe ,
avec la Conronne
d'Espagne , accompagnée
d'une corne d'abondance & d'un
GALANT.
175
faiſſeau de verges pareil à celuy
que les Licteurs portoient devant
les Confuls Romains , & pour
Devise ,His vici & regno.
4. Le Carlin , qui est la di
xième partie du Ducat , & qui
revient environ à fix fols & den
my de nostre monnoye. Il repre..
Sente le Buste dis Roy d'Espagne ,
&la legende , Carolus ſecundus
Dei gratia Rex Hifpaniarum
& Neapolis. Au rivers est un
Lion quise repose , & qui ſemble
garder la Couronne & le
Sceptre d'Espagne qui font au
devant , avesla Devise , Majeſtate
ſecurus. Le millefime eft
Sous l'Exergue , c'est à dire fous
La petite ligne qui est au bas de
la monnoye , & qui ba termine
enfaçon de terrein.
Les autres Monnoyes qui ont
H4
176
MERCVRE
cours presentement à Naples ,
font lesfuivantes.
Monnoyes d'or.
Le Tari , qui vaut quinze à
feize Carlins , monnoye de Naples
, & environ une demi-Pi..
ſtole de nostre monnoye. Il y
d'un costé leBuste du Roy d'Efde
l'autre l'Ecu de
pagne ,
Ses Armes.
1. Monnoyes de Billon
& de Cuivre.
Le Cavallo , qui est la plus
petite , vaut la douziéme partie
d'un grain . C'est environ
les deux tiers d'un denier de
France Elle est rare .
La piece de deux Cavalli ,
on en voit encore fort peu.
La piece de trois Cavalli ,
où est la Croix de Jerusalem ,
avec la Devise , In hoc figno
vinces.
GALANT.
177
La piece de quatre Cavalli ,
Le Tournois , ou Demi - grain
qui vautfix Cavalli .
د
2
Le Tournois & Demi 018
Demi publique , où est la Croix
de zerusalem. Il vaut neufCavalli.
Le Grain , où sont les Armes
de Ierusalem & de Sicile. Il
vaut deux Tournois.
La Publica del Ré,fur laquelle
est écrit Publica commoditas .
Ellevaut trois Tournois , qui re
viennent environ à un fol de la
monnoye de France.
La Publica del Popolo , du
mesme prix. Elle fut fabriquée
dans le temps de la révolte de
Mazaniel. On y voit des branches
d'Olivier & des gerbes de
bled entrelaffées ,& la deviſe ,
Η
178 MERCVRE
Monnoyes Imaginaires.
C'est à dire ,les Monnoyes qui
ne font point réelles & effecti-
& qui ne fervent qu'à
faire les comptes , comme font
en France les Pistoles , les livres,
&les deniers.
ves
Le Cinquina , qui vaut cing
Tournois , qui font environ deux
Carolus de noftré monnoyes ,
Les Monnoyes d'argent
décriées ſont ,
٠٤٠
Le vicil Ducat , de dix Carlins.
Le vieil Patacque on Demi-
Ducat , que le menu Peuple appelle
Cianfrone.
La Nove - di - cinque , qui
valoit neuf Cinquines , on vingtdeux
grains & demy.
Le vieil Tari , de deux Carlins.
GALANT.
179
La piece de quinze grains.
La Cinque-di - cinque , qui
valoit cing Cinquines ,
grains& demy.
Le vieil Carlin .
ou douze
La Tre-di-cinque , qui valoit
trois Cinquines ou Sept
grains & demy ,
Les principales Monnoyes
Etrangeres qui ont cours à Na
ples, fontles Louis d'or de France
5 les Pistoles d'Espagne , les
Zecquins de Venise ,& generalement
toutes les monnoyes d'or
d'Italie ; & pour l'argent , les
Piastres , les Testons & les
Tules de Rome ; les Ducatons de
Milan & les Reales d'Espagne.
L'Academie Royale d'Arles
propoſe un Prix , qui ſera un
tres -beau Portrait de Monfe
H6
180 MERCVRE
gneur le Dauphin , pour celuy
qui fera la plus belle Ode
Françoiſe , Sur la fatisfaction
que le Roy a d'avoir un Fils
digne de luy , & fur les premieres
Conquestes de ce jeune
Heros. Les Vers n'excederont
point le nombre de cent . On
les fera de telle meſure qu'on
voudra , & l'on finira par une
courte Priere àDieu pour Sa
Majesté. , & pour la Famille
Royale. Les Auteurs mettront
au lieu de nom une Deviſe
à la gloire de Monseigneur.
On les prie d'affranchir leurs
Pieces de port, & de les adreſſer
avantle dernier Juin de la preſente
année 1689. à Mrle Marquis
de Robias d'Eſtoublon
Secretaire perpetuel de l'Academie
Royale , en ſon Hôtel à
>
GALAN T. 18г
Arles lequel fait ladépenſe de
ceTableau , qui fera accompagné
d'une riche bordure. La
distribution s'en fera publiquement
le jour de Saint
Louis , Feſte de LOUIS LE
GRAND . Toutes fortes de
perſonnes feront reçuës à
pretendre à ce Prix , à la reſerve
des quarantes Academiciens
, qui en feront les Juges.
On aura ſoin de faire tenir
le Portrait ſans aucun port ,
à celuy qui ſera victorieux ,
en quelque endroit qu'il
puiſſe eſtre . On s'adreſſera
pour cet effet au meſme Secretaire
perpetuel de l'Acade
mie , aprés neanmoinnss que
l'Auteur du Mercure aura
fait ſçavoir la déciſionau
Public felon les nouvelles
d'Arles.
t
182 MERCURE
9
Le 14. Fevrier , le Cardinal
Pio, Eveſque de S.Sabine , Pro
tecteur des Royaumes &Etats
Hereditaires de l'Empereur &
de l'Empire ainſi que des
Etats de la Couronne d'Arragon
& des Egliſes Royales de
Naples ,mourut à Rome d'un
catarre fuffocatif , à l'âge de
foixante & fept ans. Le 12. il
avoit encore celebré la Meſſe,
&beaucoup écrit à la Cour
Imperiale & en Efpagne. Le
13. il receut le Viatique, mais
le mal s'accreut avec tant de
violence , qu'il ne luy fut
pas poſſible de faire fon Teſtament
, ce qui fait craindre
qu'il n'en arrive un grand
préjudice à Sa Maiſon , qui
bien que puiſſante en biens
patrimoniaux ne laiſſe pas
GALANT .
183
d'avoir des Charges confiderables.
Ses Heritiers ab inteftat
font Dom Enée Pio , ſon
Frere , & le Prince de Saint
Gregoire , fon Neveu , qui
luy ont fait faire des Obſeques
magnifiques , en l'Eglife
de la Maiſon Profeſſe des le
fuites. Il y fut porté le 15. &
y demeura expoſe tout le
jour ſuivant. Le foir on l'in
homa auprés du Cardinal fon
Oncle en prefence du ſacré
College. Il eſtoit de Ferrare ,
Creature du Pape Innocent
X. & avoit eſté creé Cardinal
en 1654. Si toſt qu'il fit mort,,
le Marquis de Cogolludo ,
Ambaſſadeur de Sa Majesté
Catholique, alla en fon Palais
&s'y faifit de tous les papiers.
&Chifres qui regardoient les
184 MERCVRE
Affaires d'Allemagne & d'Efpagne.
L'Eveſché de Sabine
vacant par ſa mort , a eſté opté
par le Cardinal Altieri , auquelle
droit d'anciennetédonnoit
le pouvoir de le choiſir . Il
vaque auſſi par la meſme mort
une neuvième place dans le
Sacré College , & feize mille
écus annuels de revenus Eccleſiaſtiques
, outre les Protections
dont je viens de vous
parler . Celles des affaires d'Aragon
, de Valence , de Catalogne
, & des Egliſes de la nomination
Royale du Royaume
de Naples avec celle des Pays
hereditaires , avoit eſté donnée
à ce Cardinal aprés lamort
du Cardinal d'Arach & il
avoit en la protection desaffaires
de l'Empire aprés celledu
,
GALANT. 185
Cardinal Landgrave de Heſſe,
Voicyles noms des perfonnes
confiderables de l'un & de
l'autre Sexe, mortes icy depuis
peu de temps.
Meffire Antoine Ferrand ,
Seigneur de Villemilan , ancien
Lieutenant particulierau Chaſtelet
de Paris. Il eſtoit âgé de
86.ans , & avoit eſté Avocat
du Roy des Treſoriers de France
à Paris . Son Pere eſtoit autfi
Lieutenant Particulier au Chaſtelet.
Il laiſſe pluſieursEnfans
entre autres Michel Ferrand,
Lieutenant Particulier au même
Châtelet , & à preſentPrefidenten
la permiere Chambre
des Requeſtes du Palais; François
Antoine Ferrand , à preſentLieutenant
Particulier au
Châtelet , &deux Filles , l'une
186 MERCVRE
1
mariée à Mr Girardın , more
Ambaſſadeur pour Sa Majeſté
au Levant , dont je vous
parlay le mois paſſé , & l'autre
àMr de la Faluere , premier
Preſident au Parlement de
Bretagne . De cette Famille
de Ferrand qui a donné divers
Officiers au Parlement ,
eſtoit feu Meſſire Michel Ferrand
, Doyen des Conſeillers
du Parlement de Paris .
Madame Tallemant , Veuve
deMr Tallemant , Maiſtre:
de Requeſtes , mortele 6. de
ce mois. Elle estoit Fille de
Mr de Montauron , ſi fameux
par ſes liberalitez , & par cet
te grandeur d'ame qui luy fit
faire la fortune de pluſieurs
perſonnes & negliger la
fienne. Il eſtoit de l'illuſtre
GALANT. 187
Maiſon de Puget de Toulouſe
, dont il y a preſentement
un Preſident au Mortier , qui
afuccedé à un Pere & à un
Ayeul reveſtus de la meſme
dignité. La Mere de Madame
Tallemant eſtoit de cette mê.
me Maiſon , Fille de Mr de
Puget de Pomeuſe ", Treforier
de l'Epargne , & Niece
de Meſſire .... Puget , Evef
que de Marseille Cette Maifon
eſt originaire de l'ancienne
Maiſon de Puget , de Pro->
vence , qui eſt d'une Nobleſſes
fort diftinguée par les Emplois
, par les Charges , & par
Jes Exploits militaires . Feu
Mr Tallemant fon Mary ,
eſtoit d'une Famille fort connuë
& fort eſtimée. Il avoit
toutes les qualitez d'un bon
188 MERCVRE
!
Juge & d'un parfaitement
honneſte homme. Il s'eſt fignalé
par les Intendances de
Languedoc , de Provence &
de Guyenne , en des temps
difficiles , où il a ſceu tou-
1
t
jours ſe conduire d'une maniere
ſi ſage , fi honneſte , &
fi deſintereffée , qu'il y a toujours
veſcu, avec l'agrément
de la Cour & l'eſtime des
Peuples . Le Mary & la Femme
ayant beaucoup d'eſprit ,
de probité ,& de politeſſe, s'é--
toient fait tous deux un nom
fort confiderable , & s'eſtant
acquis quantité d'Amis pendant
leur vie ,on ne doit pas
s'étonner s'ils ont eſté gene.
ralement regretez , ils ontlaifſe
deux garçons &deux Filles,
L'aiſné eſt Pierre Tallemant ,
1
GALANT. 189
د
Ecuyer- & le Cadet Paul Tal .
lemant , Prieur de Sauffeufe .
Il eſt de l'Academie Françoiſe
, & les excellens Difcours
qu'il y a prononcez en plufieurs
occafions au nom de
ce Corps illuftre ont fait
affez voir combien il eſt digne
de la place qu'il y tient.
Les Filles font Louiſe Tallemant
,Religieuse de la Viſitation
& Angelique Tallemant
, Veuve de Meffire Hubert
de Puget , Seigneur de
Chasteau - neufde Provence.
Meſſire Henry Laiſné , Aumônier
du Roy . Il eſtoit ancien
Abbé Commendataire de
l'Abbaye Royale de Noſtre-
Dame d'Ardenne lez Caën , &
Prieurde Mareüil , Bonneüil ,
Chaſteauneuf& Mauleon.
د
190
MERCURE
Meſſire Loüis Bruant des
Carrieres , Seigneur de Berengeville
, la Rivierere ,& autres
lieux , & ancien Maiſtre
ordinaire en la Chambre des
Comptes . Il avoir eſté Reſident
du Roy à Liege , & eſt
mort âgé de ſoixante & dixhuitans.
Maſſire François de Bourlon
de Choiſy , Ecuyer ordinaire
du Roy , Seigneur de
Croix - Fontaine . Sa Famille
eſt aſſez connue pour avoir
donné pluſieurs Officiers an
Parlement & à la Chambre
des Comptes. Feu Mr de Bourlon
, Eveſque de Soiſſous, fignala
ſon zele ordinaire en vifitant
luy-mefme en perſonne
les Peſtiferez de ſon Dioceſe,
pour s'acquitter des fonctions
GALANT.
de ſa Charge en les exhortant
&leur adminiſtrant tout ce qui
leur eſtoit neceſſaire .
Dame Suzanne de Catelan.
Elle estoit Veuve de Meffire
Alexis de Sainte-Maure,Comte
de Jonſac, Lieutenant General
pour le Roy des Provinces
de Xaintonge & Angoumois,
Madame la Marquiſe d'Aubeterre
eſt ſa Fille. Feu Mr le
Comte de Jonſac , fon Mary ,
eſtoit de l'ancienne Maiſon de
Sainte Maure , ſi confiderable
par les grands Hommes qu'elle
a donnez . Vous ſçavez que Mr
leDuc de Montaufier qui en
eſt , a un merite extraordinaire.
: Mr le Comte de Nancré.
Il eſtoit Lieutenant general
des Armées du Roy , & Gou
192 MERCUR E
verneur d'Arras , & l'avoit
eſté auparavant des Villes
d'Ath & du Queſnoy. Les marques
éclatantes de courage
qu'il a données en beaucoup
d'occaſions , font ſon éloge. Il
eſtoit de la Famille des Dreux,
d'où font venus divers Archidiacres
, Sous - Chantres &
Chanoines pour l'Eglife de
Paris, des Maiſtres des Requeſtes,
Conſeillers aux Parlement,
Grand Confeil , Chambre
des Comptes , & autres
Compagnies ſuperieures & Avocatsgenerauxen
la Chambrede
Paris . Elle eſt alliée aux
Forget , Aubery , L'huillier ,
d'Aligre, d'Aubray , Charpentier
, Turquant, de Beloy , du
Lac , de Paris , du Gué de Berulle
, & autres Familles confi
derables
GALANT.
193
Robe. Dreux porte d'azur au
chevron d'or , accompagné de deux
rofes d'argent en chef , & d'un
Soleil d'or en pointe.
Comme malgré l'avis qui eſt
au commencement de toutes
mes Lettres , on neglige toujours
d'écrireles noms propres
en caracteres fort aiſez à lire,
vous ne devez pas vous étonners'il
s'y rencontre toujours
quelque faute. On m'en a fait
remarquer deux dans un article
du mois paſſé qui regar.
de la mort de Charles-Henry
de Clermont. Ona mis Marquis
de Crury, an lieu de crufy,
& qu'il épouſa Elizabeth de
Marfol , au lieu de mettre ,
Elizabeth de Maſſol.
Quant à ce que vous vous
étonnez qu'en vous parlant de
Avril 1689. I
194 MER CVRE
1
Mr de la Barde qui a eu l'Archidiaconé
de feu Mr de la
Motte , j'ay donné un premier
Preſident aux Enqueſtes , vous
n'avez du entendre par là que
le plus ancien Preſident des
Enqueſtes , puis qu'il n'y a que
leCorps entier du Parlement
qui ait un premier Preſident.
Il est vray que Mr de Maupcou
eſtant le plus ancien , preſide
avant Mrdela Barde , qui eſt
Fils ,& non pas Frere de Mr
de la Barde , autrefois Ambaffadeur
pour le Royen Suiffe.
Ces jours paſſez , le St Thomaffin
, Graveur ordinaire du
Roy , preſenta à Sa Majeſté
une grande Eftampe qu'il a
gravée avec beaucoup de delicateſſe
d'aprés le Tableau de
Mr Mignard , où la Famille
GALANT. 195
de Monseigneur le Dauphin
eſt repreſentée. Toute la Cour
donna de grands applaudiffemens
à cette Eſtampe. ainſi
qu'aux Vers Latins de Mr de
Santeüil qui font au bas , & à
la belle traduction que Mr
Perault , de l'Academie Françoiſe
, en a faiteen Vers François.
Il en a auſſi preſenté
pluſieurs autres à la Maiſon
Royale , toutes dans de magnifiques
bordures . Cette entrepriſe
eſtoit grande à caufe
du long travail , & difficile
pour la reſſemblance. Ceux
de vos Amis qui recherchent
les Ouvrages de cette nature ,
trouveront l'Estampe dont je
vous parle chez celuy qui l'a
gravée , ruë des Noyers , au
Buſte du Roy , & chez le Sr
I 2
4 196 MERCURE
Boudot , Libraire , ruë Saint
Jacques au Soleil d'or.
Je viens aux Benefices dont
je vous ay deja dit que Sa
Majeſtea fait la diſtribution ,
Sçavoir ;
A Mr l'Abbé de Vieuxbourg
, l'Abbaye de S Martin
de Malay , Ordre de S.
Benoist , Dioceſe de Bourges .
Il eſt petit Fils de Madame
la Chanceliere , & a fait voir
en pluſieurs occaſions qu'il
ne degenere point de ſesAn .
ceſtres , qui ont remply des
charges confiderables & de
grands emplois dans les negociations
avec un éclat & un
deſintereſſement qui ſerviront
toûjours de modelle à ceux à
qui le Roy confiera des commiſſions
ſemblables. Il eſt Li
GALANT.
197
centié en Theologie , & on a
lieu d'eſperer qu'il ſera un jour
un des plusgrands ornemens de
cette ſçavante Faculté , confultée
dans tous les temps , fur
les queſtions les plus épineuſes
qui regardentla Foy ou la
difcipline de l'Eglife , & dont
les déciſions ont toûjours eſté
receuës comme des Oracles .
A Mrl'Abbé de la Fueillée ,
l'Abbaye de Solognac , "Ordre
de Saint Benoist , Diocefe
de Limoges. Il faut ignorer l'hiſtoire
de ce temps- cy pour ne
pas ſçavoir le merite de ceux
gui portent ce nom ,& les fervices
qu'ils ont rendus . Il ne
faut pas s'étonner fi cet Abbé
a eu part aux graces du plus
juſte des Princes , puis qu'il a
d'ailleurs dans ſa perſonne de-
13
1
198 MERCURE
1
!
quoy ſe les attirer .
A Mr l'Abbé de la Meſſeliere
, l'Abbaye de Charroux ,
Ordre de Saint Benoist , DiocedePoitiers.
Il eſt Frere de
Mr de la Meſſeliere , Exempt
des Gardes du Corps de la
Compagnie de Noailles , qui
aprés avoir eſté nourry'Page
de la grande Ecurie ,a preferé
l'honneur de ſervir auprés de
la perſonne du Roy , que ſon
zele pour ce Princeneluypermettroit
pas de quitter de veuë
s'il eſtoit le maistre de ſe choifir
des emplois , à tout ce que les
ambitieux defirent le plus pour
faire une plus grande fortune ..
Il eſt de l'Illuſtre Maiſon des.
Frotiers , originaires de Bourgogne
, & établis depuis pluheurs
fiecles en Poitou , Berry
1
GALANT. E
N
&la Marche,où ils ont
des Terres tres - confiderables
Ils ont eu auſſi des Compagnies
de cent & de cent cinquante
hommes d'armes dont ils one
été Capitaines,& ont comman
dé dans ces trois Provinces
pour le fervice de nos Rois ,
avecles titresles plus honorables
qu'on donnoit dans ce
temps- là. On n'a qu'à lire les
Hiſtoires generales , & celle
des grands Ecuyers de France,
& l'on trouvera ce qu'eſtoient
les Ayeux de Mrdela Meffeliere
ſous Charles VII . & en .
fuite,le rang qu'ils ont eu dans
la Maiſon de Henry III. Duc
d'Anjou . CetAbbé appartient
à ce qu'il y a de plus diſtingué
enFrance ,& particulierement
auxMaiſons de Preüilly,Bran-
14
200 MERCVRE
che Cadette de la Maiſon de
Vendoſme non Royale , Amboife
, Maillé Brezé , la Ferce ,
& Polignac . Mr l'Abbé de la
Meſſeliere eſt eſtimé de toutes
les perſonnes de ſa Province
qui ſçavent connoiſtre le vray
merite ,& fur tout de Monfieur
l'Eveque de Poitiers , dont
le difcernement eſt juſte , &
qui en a rendu témoignage.
Il eſt auſſi Frere d'un autre
Abbé de la Meſſeliere , Licentué
de Sorbonne ; Doyen
de Saint Hilaire le Grand de
Poitiers , qui aprés avoir fait
paroiſtre icy beaucoup d'efprit
& de ſçavoir pendane
qu'il eſtoit fur les banes , fair
voir dans la Compagnie où
il eſt , tout ce qu'un vray Eccleſiaſtique
peut marquer de
A
GALANT 201
}
4
pieté & de zele pour la difcipline
, qu'il rétablir avec un
tres- grand fuccés dans cette
Eglife où il s'introduiſoit
un peu de licence par l'abſence
ou par la maladie de
fesChefs. 1
A Mr Courcier ; l'Abbaye
de Sainte Croix de Talmond,
Ordre de Saint Benoiſt , Dioeeſede
Luçon. Il eſt Theologal
de Paris ,& on le connoiſt
par les Sermons qu'il a
faits dans la Metropole , &
en pluſieurs Egliſes fameufes.
On ne sçauroit avoir plus
d'eſprit & plus de doctrine ;
ny en faire un meilleur uſage.
Il eſt Superieur des Nouveaux
Convertis , & a ramené un
grand nombre d'Heretiques
à la veritable Eglife . On le
202 MERCURE
voit par tout où il s'agit de
Religion. Il eſt confulté par
les plus doctes , & il a eſté
nommé pour un des. Approbateurs
des Livres de do
Arine ; mais ce qui doit luy
donner un grand relief , c'eſt
l'applaudiſſement qu'eut Mr
l'Archeveſque de Paris , quand
il le choiſit pour Theologal.
A. Mr l'Abbé de Brizay ,
l'Abbaye de S. Pierre de Caunes
, Ordre de Saint Benoiſt
Dioceſe de Narbonne . Le
choix qu'il a pleu au Roy de
faire de luy pour cette Ab..
baye , ne sçauroit laiſſer douter
de fon merite. C'eſt tout
ce que je vous en diray preſentement
, n'ayant pas encore
reacu le Memoire que
Jattens.
GALANT.
203
دو
A Mr l'Abbé Beſſiere
l'Abbaye de Saint Sauve de
Montreüil , Ordre de Saint
Benoift , Dioceſe d'Amiens .
Il eſt Fils de Mr Beffiere , ce
fameux Chirurgien , qui a eu
l'honneur d'aſſiſter à l'Operation
que Mr Felix fit au
Roy il y a plus de deux ans..
& qui ne sçauroitavoir acquis
que tres juſtement la reputation
où il eſt d'un des meil-'
leurs Chirurgiens que nous
ayons & d'un fort honneſte
homme..
A Mr l'Abbé de Chaulnes,
l'Abbaye de Peffans , Ordre
de S. Benoist , Diocese d'Auch .
Il eſt Fils de Mr de Chaulnes ;
Maiftre des Requeſtes , Parent
de Mr de Tarbes , nommé à
l'Archeveſché d'Auch , dont
1
204
MERCVRE
il eſt Archidiacre. On ne
peut avoir l'eſprit ny plus.
agreable , ny plus cultivé. pendant
la reſidence qu'il a faite
dans l'Archeveſché d'Auch
avec Mr de Tarbes , il a aſſiſté
à des Miffions pour les Nou
veaux Catholiques , & fait
des Sermons d'une grande
utilité , mais on n'a qu'à entendre
ceux qu'il fait icy , & le
connoiftre particulierement ,
& l'on ne doutera pas qu'il
n'acquiere un jour d'autres
dignitez, que celle d'Abbé &
d'Archidiacre .
2
A Dom René du Bois l'Abbaye
reguliere de Chaloche
Ordre de Ciſteaux , Dioceſe
d'Angers . Il eſt Religieux
du meſme Ordre , où
la probité ,& l'habileté qu'il
GALANT 20
i
a toujours fait paroiſtre , luy
ont acquis une eſtime generale..
ود
21
Je ne vous ay encore rien
dit de la derniere action de
Mr le Marquis d'Uxelles , parce
que lors qu'on parle fur
les premiers bruits , on eftordinairement
mat informé
& quand on ne douteroit
pointqu'ils ne fufſent vrais
il eſt impoſſible que dans ces;
commencemens on ſoit affez
inſtruit du détail. Vous ſçavez
que Mt d'Uxelles eſt Licutenant
general , & qu'il a eſté
choiſi pour commander danss
Mayence , qui dans la fituation
où font les affaires , eft
un poſte tres important , &
qui n'a pû cître confié qu'à
un homme de l'intrepidité
206 MERCVRE
i
duquel on eſt aſſeuré , auſſibien
que de la parfaite connoiffance
qu'il doit avoir
dans le métier de la guerre..
Ce Marquis a fait voir en cette
occafion qu'il s'y appliquoit
entierement , & qu'il prend
tous les ſoins neceffaires pour
ſçavoir tout ce qui ſe paſſe
chez les Ennemis . Il fut averty
à propos que trois cens
hommes & quelques Dragons
des Troupes de Saxe avoient:
pafféleRhin vis à vis Geinfhein
, & qu'ils avoient commencé
à ſe retrancher à Ef
che , qui eſt un Village fortifié
par les eaux à cinq lieuës de
Mayence . Il envoya auffitoft
reconnoiſtre ce Village , &
donna enfuite ordre à Mr de
Gaſſion ,Brigadier de CavaleGALANT..
207
nie , d'aller l'inveſtir avce le
Regiment Royal Etranger de
Cavalerie , le Regiment de
Dragons de Barbefieux , Ca
valeric , deux Eſcadrons du
RegimentdeRoquelaure,avec
les Grenadiers des Regimens
de Navarre , Bourbonnois , du
Maine , la Couronne , Anjou ,
Iarfay , & Dauphin. Le lendemain
premier de ce mois , à la
pointe du jour , M. d'Uxelles
marcha avea un détachement
de deux cens hommes par Ba
taillon des meſmes Regimens,
& arriva ſur les huit heuresdu
matin. Il diſpoſa tout afin de
pouvoir monter à l'affaut. Il
fit faire les ponts & les fafcines:
neceſſaires, pour combler le
foflé , & pendant qu'on tra
vailloit à toutes ces chofes ,
208 MERCURE
il fit faire de petits détache
mens pour eſcarmoucher, afinst
que les Ennemis eftant harcelez,
& obligez à ſe défendre,
ne puſſent avoir le temps d'acheverles
retranchemens déja
commencez Cependantildonna
ſes ordres à l'infanterie
pour inveſtir le village , dont
les approches eſtoient tresdifficiles
, parce que le Rhin
groffiifoit d'un moment àl'autre
, & que l'inondation en
avoit rendu les environs prefque
tous impraticables , de forte
que s'ils avoienten feulementdeux
ou trois jours pour
fortifier ce poſte , il auroit eſté
impoſſible de les en chaffer à
caule des eaux qui l'environnent.
Mr d'Uxelles fit pouſſer
les chofes avectant d'ardeur 8
GALANT.
209
de conduite que fur la minurt
les Ennemis battirent la chamade
, & envoyerent unTambour
pour demander à capituler.
Il ne voulut les recevoir pour
qu'à difcretion , & ils furent
obligez de fe rendre. Il yavoit
trois cens hommes d'Infanterie
, cinquante Dragons bien
montez , neufOfficiers , & dix
huitTambours.Ils eſtoient tous
Saxons , bien armez & bien
veſtus , & le Commandant qui
paroiffoitun homme de coeur,
marqua qu'il étoit au deſeſpoir
d'eſtre forcé de ſe rendre . Ils
farent tous conduits à Mayerce
, aprés que Mr d'Uxelles
eut fait rafer ce lieu , parce
que les Habitans avoient appellé
les Ennemis , & favorifé
leur paſſage contre la parole
210 MERCVRE
qu'ils avoient donnée.
Le Roy qui ne laiſſe aucune
action de valeur ſans recompenſe
,& qui n'attend pas même
des années pour reconnoiſtreles
ſervices qu'on luy rend,
quelque jeunes que foient
ceux qui ſe ſignalent , a fait
Mr le Marquis de Caſtre Brigadier
d'infanterie, pour avoir
fait paroiſtre une intrepidité
&une bravoure extraordinaire
dans la derniere rencontre entre
les Troupes de Sa Majesté
& celles des Alliez prés de
Nuis. Ce Marquis eft Neveu
de Mr le Cardinal de Bonzi.
Le Jeudy 14. de ce mois ,
Mr l'Abbé de Louvois , qui
avoit déja ſatisfait publique.
ment en d'autres occaſions à
toutes les queſtions qui peuGALANT.
241
vent eſtre faites fur ce qu'il y
a de plus difficille dans Virgile
&dansHomere, fit une action
pareille touchant Theocrite.
Il y fit paroiftre une force &
une prefence d'efprit beaucoup
au deſſus de ſes années,
& la nombreuſe aſſemblée qui
s'y trouva , en ſortit tres- fatisfaite
. Comme c'eſtoit unexercice
de Lettres , il y avoit fait
inviter Meffieurs de l'Academie
Françoise , qui se purent
affez admirer la maniere vive
& fpirituelle dont il ſe tira de
toutes les objections qui luy
furent faites . Il eſt difficile
d'aller auffi loin dans un âge ſi
peu avancé. Quelques jours
aprés , ce jeune Abbé vint
remercier cet illuftre Corps.
dans une de ſes Seances , & il
312 MERCVRE
le fitd'un air libre & noble qui
répondoit dignement à ce qu'il
est né.
Monfieur le Prince d'Enrichemont
, connu par ſa naiffance
,par ſes anceſtres &par
ſa bonne mine époufa ces
jours paffez Mademoiselle de
Coiflin , Fille du Duc de ce
nom , & Niece de Mr l'Evefqued'Orleans,
premierAumonier
du Roy tous deux f
generalement eſtimez par le
caractere d'honneſte homme ,
qui eſt naturel à ceux de cette
Maiſon. Vousſcavez que M.
le Prince d'Enrichemont eft
Fils de Mr le Duc de Sully Pour
Mademoiselle de Coiſlin , je
n'entreprens point de parler de
fon merite , parce qu'il me feroit
impoſſible de vous marGALANT
.
213
quer affez tout le bien que l'on
en dit. Il n'y a jamais eu d'hu .
mur plus égale , de manieres
plus aitées & plus douces,d'efprit
plus porté àla complaifance,
ny une perſonne avec qui
il foit plus aisé de vivre. Sa
bonté & l'acquiefcement
qu'elle a toujours eu pour les
ſentimens des autres , ont fair
que ſes yeux n'ont jamais vû
que ce qu'on a voulu luy faire
voir , quoy que la penetration
de ſon eſprit luy fiſt découvrir
beaucoup davantage. Vous
jugez bien qu'une perſonnede
ce caractere ne sçauroit avoir
que beaucoup de ſageffe & de
verta.
Rien n'eſt plus inviolable
que la parole du Roy. Sa Majeſté
avoit promis à Mr l'E214
MER CURE
veſque de Beauvais , Pair de
France , la premiere place qui
vaqueroit de Commandeur de
l'Ordre du S.Efprit , & celle de
Mr de Grignan Archevesque
d'Arles,mort âgé de 86.ans, n'a
pas eſté plûtoſt à remplir, qu'-
Elle en apourvû cePrelat. Vous
ſçavez qu'il s'eſt extremement
diſtingué dans les Ambaſſades
qui luy ont eſté confiées. Son
grand merite , ſa vertu generalement
reconnuë , fon zele
ardent , & fon attachement inviolable
pour le ſervice du
Roy ,m'ayant donné fort fouvent
occaſion de vous en parler
,je n'ajoûteray rien aujour
d'huy à ce que je vous en ay
dit pluſieurs fois .
La Reine d'Eſpagne eſt morte,&
la paixdont joüiſſoit ce
GALANT.
215
à
Royaume ſemble avoir eſté enſevelie
avec elle . Les Eſpagnols
ont préferé les vaines efperances
dont les flate le renou
vellement de la guerre ,
tout ce qu'ils doivent craind'un
Ennemy , qui a toujours
triomphe de cet Etat , eſtant
certainqu'ils ont plus perdu
de Places fous le regne du Roi,
que ſous ceuxde tous les autres
Rois de France enſemble .
Enfin Sa Majeſté forcée par la
cõduite qu'onttenuëlesMiniſtres
Eſpagnols,s'eſt venë obligée
de leur declarer la guerre ,
& Elle en rend raiſon dans une
Ordonnance qui porte cette
Declaration . Iela referve auffibien
que ce que j'ay à vousdire
fur cette Ordonnance , pour
ma fixiéme Lettre ſur les Af216
MERCURE
faires du Temps , puis que
caue Hiſtoire n'eſt compoſée
que de pieces qui rendent
les faits que je rapporte inconteſtables
,& qui empeſcheront
la poſterité de former meſme le
moindre doute ſur la verité
des choses qu'elle contient.
L'eſpritde l'homme devient
plus fubtil de jour en jour,& on
abonde en inventions nouvelles.
Celle des Caroffes appellez
Inverfables & incabotables a quelque
choſe de ſurprenant . La
ſtructure en eſt des plus agreables
à voir , & tres - facile à entretenir
Le corps de ces fortes
de Caroſſes ne sçauroit jamais
pancher , quoy que le train
panche. Il a meſme cela de
particulier , que quand on a
ouvert les portieres, il demenre
GALANT. 217
te ferme comme un roc pour
recevoir ceux qui veulent y
prendre place , & on ne les a
pas plûtoſt ; refermées qu'il
reprend ſon branle. On en a
fait des épreuves que Sa Majetté
n'a pu voir qu'avec furpriſe.
On fit monter un de ces
Caroſſes ſur une hauteur confiderable.
On ofta exprés les
eſſes des deux rouës afin qu'
elles tombaſſent avec le train .
Quatre perſonnes qui estoient
dedans ſe panchoient entie.
rement fur le coſté que ce
train devoit tomber &le
corps ne pancha pas de l'é.
paiſſeurd'un ſeul ponce. Il y
د
a encore une autre commodite
confiderable , c'eſt que
le train a beau cahoter , le
corps ne cahote point , &
Avril 1689 . K
218 MERCVRE
tous ceux qui ſont dedans, le
Cocher qui eſt ſur ſon Siege ,
&les Laquais qui ſont ſur le
devant& fur le derriere , n'entendent
aucun bruit des rouës
*meſme ſur le pavé le plus
rude. Aprés ces experiences
con doit demeurer d'accord
-de l'utilité de ces Caroſſes ,
qui épargnent le danger d'eſtre
tué ou eſtropié par les
cheutes frequentes & inopi-
* nées auſquelles les Carroſſes
-ordinaires ſont ſujets. On
ſe garantit encore d'avoir la
* teſte étourdie par des cahotemens
continuels ,&il y a beaucoup
d'apparence que cette
voiture étant auſſi ſeure qu'elle
eſt douce, ſera d'un fort grand
ufage. Mr le Maréchal d'Eſtrées
ayant demandé au Roy
GALANT. 219
pourvingt ansle Privilege de
la fabrique & de la vente des
Carroſſes , Caleches , Chaiſes
roulantes ,& autres voitures de
cette nouvelle invention, dites
Inverfables& Incahotables ,dans
tout ſon Royaume , Terres &
Païs de ſon obeſſance, Sa Majeſté
lay en a accordé le don
pardes Lettes patentes , enregiſtrées
au Parlement. Ledroit
eſt fixé à ſoixante livres pour
la permiſſion qu'on eft obligé
d'aller prendre au ſujet de la
fabrique & vente de chaque
voiture aux Bureaux établis
pour cet effet , à peine de trois
mille livres d'amende. Vous
remarquerez encore une cir
conſtance avantageuſe qui engage
le Public à ne pas differer
de s'en fervir , pour
K 2
210 MERCVRE
eſtre au plûtoſt hors de danger
de verſer & de cahoter.
C'eſt qu'en attendant que
ceux qui ont des Caroffes en
puiſſent avoir de cette fabrique
, ils pourront y faire appliquer
le ſecret à peu de frais ,
en payant le droit dont je
viens de vous parler....
Je ne puis finir ſans vous
parler encore des actions de
pieté qui ont eſté faites pendant
la Semaine Sainte. Monfieur&
Madame ont fait éclater
leur devotion , & remply
tous les devoirs de veritables
Chreſtiens. Ils ont eſté trescontens
des Predications du
PereGonnelieu ; leſuite , qui
preſchoit à Saint Eustache ,
& qui a eſté extrêmement
ſuivy , & applaudy pendant
GALANT. 1221
le Caresme. Le Pere Gaillard,
auffi Jeſuite , qui prêchoit à
S. Germain l'Auxerois dans
le meſme temps , s'eſt attiré
de nombreuſes Aſſemblées
& Monfieur le Duc de Chartres
l'a ſouvent eſté entendre
furble bruit de fa reputations
La Reyne d'Angleterre qui
s'eſtoit retirée aux Filles de
Sainte Marie de la Viſitation
de Chailloit pendant la Semaine
Sainte , comme je vous
l'ay déja appris , y entendit
le Sermon de la Paſſion de
Mr l'Abbé Capeau. Vous
ſçavez le grand merite de cee
Abbé qui a ſouvent eu l'honneur
de preſcher devant Sa
Majesté , qui a fait deux fois
le sermon de la Cene , &
qui en a fait pluſieurs à
K. 3
222 MERCVRE
Saint Cir. Vous vous fouvenez
des endroits de ſes
Sermons que je vous ay envoyez
, & dont vous m'avez
marqué tant de fatisfaction.
La Reyne d'Angleterre ayant
fait pluſieurs fois ſes Devotions
pendant ſon ſéjour dans
le Monastere de Chaillot , ne
laiſſa pas , eſtant retournée
à SaintGermain en Laye , d'y
faire fa Communion Pafcale
dans la Paroiſſe le Jeudy d'aprés
Paſques , & Elle y communia
par les mains de Mr
l'Abbé de Villeterre qui en
eft Curé. Cette Princeffe alla
voir le lendemain Madame la
Princeſſe palatine , Abbeffe
de Maubuiſſon , & elle y fut
traitée à diſner avec toute la
délicateſſe & toute la propreGALANT.
223
té imaginable. Elle ſe rendit
enfutie à Pontoiſe qui en eſt
tout proche ,& Mr de Monthiers
, Lieutenant General,l'y
complimenta à la teſte du
Corps de la Iuftice & de la
Ville. Ses réponſes ſpirituelles
& fes manieres honneſtes
luy attirerent l'admiration
& l'eſtime de tous
ceux qui curent l'avantage
de la voir. Elle aſſiſta à la
priſe d'Habit d'une Soeur de
Mr la Duc de Bervick dans
Je Monastere des Religieuſes
Angloiſes. Le Pere Bourda-
Jouë y preſcha avec l'éloquence&
la maniere édifiante
qui luy ſont ordinaires , & la
ceremonie fut faite par Mr
de Verthamont , Grand Vicaire
de Pontoiſe. Le jour
K 4
224 MERCVRE
fuivant , cette Princeſſe continuant
ſes vifites dans les.
lieux faints , alla voir le beau
Monaftere des Religieuſes de
Saint Dominique de Poiffy
où elle fut reçue par Madame
de Chaunes qui en eſt
Prieure perpetuelle. Elle viſita
cette Maifon , dans laquelle
on lay fervit une Collation
auffi magnifique qu'abondante.
Elle a encore renda
viſite à Madame la Dauphine ,
chez qui Monfeigneur le Dau- .
phin ſe trouva , & elle y fut
placée dans un Fauteüil entre
ce Prince & cette Princeffe . H
y avoit un Cercle de Duchef
fes , & les jeunes Princes s'y
rencontrerent La Conversatio
ayant duré une demy heure,
la Reyne fut reconduite par
GALANT.
225
Madame la Dauphine juſques
àla porte de la Chambre où
elle avoit eſté recuë. Mon
ſeigneur luy donna la main ,
&la reconduiſit juſqu'à fon
Carroffe. Le Roy qui arriva
de la Chaſſe dans ce temps là,
s'avança vers cette Reyne fuivant
les manieres honneſtes
qui lay font naturelles , &demeura
un moment avec elle .
Cette Princeffe ayant reſolu
de faire ſes devotions dans la
Cathedrale de Paris vine coucher
le 21. de ce mois au Monastere
de Chaillot , afin d'en
eſtre plus proche. Elle y vint
le lendemain 22. & Mr l'Archeveſque
reveſtu de ſes habits
Pontificaux la receut à la
teſtede ſon Clergé . Sa Majefté
fe mit d'abord à genoux ſur un
K
:
226 MERCVRE
carreau que luy preſenta un
des Chanoines ,& elle adora
la vraye Croix. Lors qu'elle ſe
fut relevée , ce digne Prelat
la complimenta.. Il auroit eſté
à ſouhaiter que ſon compli--
ment cuſt eſté entendude tous
ceux qui étoient accourus de
toutes parts pour la voir,&qui
venoient pour admirer une
Reinedont le courage&la pieté
ont paru avec tant d'éclat
dans une occaſion qui pouvoit
abattre les plus fermes,&laffer
lapatience de ceux qui enont
le plus. Mrl'Archeveſque donna
à cette Princeſſe les louanges
que meritoit fon heroïque
vertu , mais avec des termes fi
choiſis & une éloquence fi noble,&
qui convenoit ſi bien à
celuy qui eſt à la teſte duCler-
2
GALANT.
227
.
gé de France , qu'on ne sçauroit
aſſez l'admirer.Cette Reine
affligée y répondit avecma
jeſté , & aprés luy avoir témoigné
qu'elle eſperoit beaucoupde
ſes prieres & de celles
de ſon Clergé , diftingué
par ſa doctrine , par la pureté
de ſes moeurs , &par ſa pieté,
elle le pria de ne ſe pas laſſer
d'en faire pour la proſperité
du Roy ſon Seigneur , & le
fidelle Allié du Monarque qui
leur avoit donné un azile fi favorable.
Elle s'excuſa enſuite
d'avoir fait attendre ce Prelat ,
la foule qui s'eſtoit rencontrée
à fon paſſage , & qui avoit une
extrême impatience de la voir,
L'ayant fait arriver à Noſtre
Dame une heure plus tard
qu'ellen'avoit eſperé . Les com
K6
228 MERC VRE
plimens étant finis , la Reine
alla devant, la Chapelle de laa
Vierge , où on luy avoit préparé
un Priédieu.Mr-l'Arche.
veſque l'y ſuivit , & ſe retira
enfuite pourquitter ſes habits.
Pontificaux . Il revint peu de
temps aprés, en rochet & en
camail , & fervit Sa Majeſté..
omme il a accoutumé de ſervir
leRoy meſive. Elle communia.
àla premiere Meffe , celebrée
par Mr l'Abbé Parfait , le plus
ancien des Chanoines,& aprés,
cette Meffe , elle en entendit,
deux autres , avec une devorion
qui edifia toute l'affemblée
, & qui fit connoiſtre de
quelle maniere il faut aſſiſter à
ce faint Miſtere. Les Meſſes fi
nies , elle fit l'honneur à Me
l'Archeveſque de luy rendre
GALANT.. 229)
viſite , & comme la converſation
fut plus libre , elle y fic
paroiſtre tant d'efprit & tans
de grandeur , qu'ona cu raiſon
de dire que c'eſt veritablement
une Reine. Quand elle ſe ſepara
de ce Prelat , pour monter
en Caroffe , elle ſe mit à
genoux , & luy demanda fa
benediction. Une action fr
:
humble & fi Chreſtienne fur .
prit tous ceux qui étoient prefens
, & Mrl'Archeveſque méme
, qui vit rappeller par là la
memoirede ces temps heureux
pour l'Eglife , où les plus grandes
Reines & les plus puiſſantes
Imperatrices ſervoient de
leurs mains les Eveſques , regardant
en eux la Miffion que .
Dieu leur a donnée , & ce Prelat
ravy,d'une humilité fi ho
230 MERCURE
norable à l'Eglife , s'écria en
prononçant ces mots , dont le
miſtere n'eſt pas ignoré de
ceux qui ſe repaiſſent de la
lecture de l'Ecriture Sainte , fa
priete grand: Dieu en qui Vostre
Majestéa mis toute sa confiance,.
de rependre fur Elle abondamment
la rofée du Ciel&la graiffe de la
terre ,au nom du Pere , & du Fils,
&du Saint Esprit. Si ce Prelat
fit ſurpris la Reine admira ſa
prefence d'Eſprit& fes manieres
nobles & inimitables ,&
s'en alla bien confirmée dans la
haute opinion qu'elle en avoit
conccuë . L'apréſdinée elle rendit
viſité àMonfieur leDuc de
Chartres & à Mademoiselle..
Ce jeune Prince la vint rece--
voir au bas du grand Efcalier
accompagné de plus de cin
GALANT. 2:3
quante perſonnes de la premiere
qualité ,& de beaucoup des
grands Officiers de Monfieur..
Cette Princeſſe alla voir le méme
jour Mademoiselle d'orleans
au Palais de Luxembourg
, où elle futreceuë avec
tousles honneurs qu'on doit à
fon caractere ..
Si vous avez des Amis embarraſſez
fur les ufures qui
peuventeſtre permiſes , car le
mot d'uſure n'eſt pas toûjours,
pris en mauvaiſe part , je croy
que vous leur ferez plaifir de
les avertir que le S. Guerout ,
Libraire au Palais , débite un.
Livre , qui les retirera de tous
les doutesque le ſcrupule peut
faire former fur cette matiere..
Il a pour titre , Eclairciffement
nouveaufur le prest & l'interest :
23 2
MERCVRE
la lecture n'en peut eſtre que
d'une tres -grande utilité..
Le vray mot de l'Enigme du
mois paſſe qui estoit la salade ,
aeſté trouvé par Meſſieurs du
Perier ; Ralet ; Brunetde Tilly
Hutuge , d'Orleans ; R. Collas
de Blois; Meſdemoiselles Potange
, Cyprés de la ruë de
Bourbon la Spirituelle de la
meſme rue ; la Belle Conquerante
de Lifieux, les deux Soeurs
de la ruë Muret de Chartres; les
Phenix des Freres de la rue
des Provaires ; le Payſan de lan
Baſtille; le Mary de la belle Procureuſe
aux Comptes ; le Tribun
de Flandre , & ceux d'E
gypte & de la Place Maubert ;今
la Societé de l'Hôtel de PortugaiNaſſau
àGeneve; le Voiſin
inconnu de la bien- aimée
GALANT.
233
charmante brune de la ruë aux
Fers.
L'Enigme nouvelle que vous
allez lire eſt de la Bergere Fleurette
, Filie du défunt Berger
Fleurifte.
ENIGME.
M4 taille est grande & de
gagée ,
2
Legere d'autantplus quejefuis plus
âgée.
EC Sexe m'aime ,&j'ay l'honneur
De poffeder le costé de son coeur
Dans l'employ que je donne au
monde.
L'Epée & moy ne nous accordons
pas.
Le la traite de hauten bas.
Mes cheveuxfont d'emprunt, longs,
fins, de couleur blonde ,
234
MERCVRE
1.
Une treffe , un ruban tel qu'on veut
le choiſir.
Les lie & les arreste ,
Et bien ſouvent on prendplaisir
Ame les arracherpoil àpoid de la
teste.
l'ajoûte à la Gavotte de Mr
Martin que vous avez trouvée
au commencement de cette
Lettre , une Gigue du meſme
Auteur. C'eſtencore l'Amour
que l'on fait parler dans les
paroles qui ont eſté faites
pour en chanter l'air :
GIG VE ..
Demesfilets,
De mes lacets,
Demespiegesfecrets
Quifont faits22
THEQUE
DE
LA
LYON
*
1083
2
E
7
2
1
GALANT .
235
Tout exprés ,
Dans ces Forests ,
On nepeut aisémentſe défendre.
Sans y fonger chacun vient se
rendre
:
Dans mes filets ;
Sansy fonger chacun vienne se
prendre
Dansmes lacets.
Dans mespiegessecrets .
Quifontfaits
Tout exprés
Dansces Forefts.
On ne peut aisément se défendre
Demes lacets, c.
Quels doux moment !
Quels jeux charmans!
Quede contentemens
Raviſſans
Aux Amans
:
Quisont conftans !!
開
236 MERCURE
Mais ilfaut estre pris pour les
prendre.
Car onles perd atoûjours attendre
Ces doux momens , 4
Car on les perd ſans un amour
tendre
Ces jeux charmans ;
Tous ces contentemens..
Raviffans
Aux Amans
Qui sont constans ,
Mais il faut estre pris pour les
prendre,
Ces jeux charmans ,
Ious ces c
Je viens d'aprendre une
action des plus vigoureuſes
dont on ait jamais parlé. Le
16. de ce mois , à une heure
aprés minuit , deux mille
hommes d'Infanterie ſortis,
GALANT .
237
de Cologne , & quatre cens
chevaux des Troupes deBrandebourg
, commandez par
Mr Heiden leur Lieutenant
Colonel , avec deux mille
Païfans travailleurs , vinrent
pour ſurprendre une petite
Redoute de terre que les François
font conſtruire fur le
bord au delà du khin , vis à
vis de Bonn , pour défendre
le Pont volant qu'ils ontprés
de cette Ville-là.Les Ennemis
s'eſtant approchez le ventre
à terre juſques à vingt pas du
foſſé de la Redoute , qui eſt
remply de quatre pieds d'eau
la Sentinele qui estoit àl'entrée
apperceut une méché
allumée , & cria , Qui va là !
Comme on ne luy fit point
de réponſe , elle tira à la
د
238 MERCURE
i
1
1
méche , & tua un Grenadier
qui venoit ſonder le foſſé. Les
Ennemis ſe voyant découverts
, firent feu à la Redoute
Elle n'eſtoit gardée que par
ſoixante Soldats & quarante
Travailleurs , tous commandez
par Mr Racine , Capitaine
au Regiment de Vandofme.
Ils eſtoient ſoûtenus
par deux Détachemens de
Grenadiers , qui eſtoient dans
deux Bateaux couverts, poſtez
fur le Rhin par Mr de la Lande
Ingenieur , aux deux augles
de cette Redoute. Ces
deux Détachemens eſtoient
commandez , l'un par Mr Palas
, Capitaine Grenadier de
Thiange , & l'autre par M.
Siomet , Sous Lieutenant dans
ce meſme Regiment. Ces Dé
GALANT.
239
tachemens eſtoient fort neceffaires
en cet endroit- là ,&
on les y avoit mis avec grande
prévoyance. Il n'y avoit
que vingt - cinq Grenadiers
dans chaque Bateau , cependant
leurs décharges incommoderent
fort les Ennemis
*qu'ils prirent en flanc. Ceux
qui estoient dans Bonn s'étant
apperceus de l'opiniatreté
des Attaquans qui s'approchoient
pour combler ſe
foffe , & s'attacher aux paliſ
fades , Mr Raouffet , Gouverneur
, & Mr de Clerac , Lieutenant
de Roy de Bonn , avec
Mrs les Marquis de Thiange.
&de Magny Colonel , & trois
cens Grenadiers , monterent
fur le Pont volant pour paffer,
& fecourir la Redoute , mais
240
MERCURE
1
le Pont n'ayant pu aborder
de l'autre coſté auſſitoſt qu'il
auroit dû faire , à cauſe que
les grandes eaux avoient cm -
porté une partie des petits
Bateaux qui en foutenoient
la corde , ils ne purent eſtre
débarquez que lors que les Ennemis
, qui apparemment eurent
peur de ce ſecours ,& qui
avoient déja eu plus de cinquatehommes
tuez ſur la place
&plus de deux cens bleſſez ,
commencerent à ſe retirer. Ils
avoient déja donné trois Affauts
àla Redoute par un endroit
qui leur pouvoit ſervirde
bréche , cetie Kedoute n'eſtant
pas encore achevée de ce coſtélà.
Les Grenadiers que je vous
ay dit eſtre au nombrede trois
cens , & qui avoient mis pied à
terre
GALANT
241
terre par le plus grandbonheur
du monde , firent premierement
une décharge de leurs
Fufils ,& ayant misenfuite l'épée
à la main , ils contraignirent
les Ennemis à prendre la
fuite ,& à ſe ſauver de toutes
parts. Leur épouvante ne
ceſſa point pendanttoute toute
la journée , & elle futtelle ,
qu'ils ne ſe croyoient pas en
ſeureté , meſme dans Cologne.
Les François firent vingt
&un Priſonniers dont il y en
avoit ſeize de bleſſez. Il ſeroit
fort malaiſé de faire une dé
fenſe plus vigourcufe , laRedoute
ayant eſté attaquée plus
de trois heures ſans un moment
de relâche . Les Soldats
avoient confumé preſque toute
leur poudre , & Monfieur
Racine , leur Commandant ,
Avril 1689. L
242 MERCURE
:
les voulant encourager , leur
diſtribua trente piſtoles qu'il
avoit fur luy , & les engagea
à jetter continuellement des
Grenades. Ils devoient ſe défendre
l'épée à la main lors
qu'ils auroient tout à fait man
qué de Grenades & de poudre.
Monfieur Palare Capitainede
Grenadiers, fut bleſſe legerement
d'une balle de Moufquet
au deſſus de la mammellegauche
, & Meſſieurs Monfreau
, Lieutenant des Grenadiers
de Vandofme , & Siomet,
Sous Lieutenant de Tiange,
furent tuez avec deux Grenadiers.
Il n'y a en que huit
Grenadiers de bleffez dans la
Redoute& dans les Bateaux ,
qui furent tout percez de
coups de Moufquet & d'Arquebuſes
à croc chargées de
GALANT. 243
balles & de bout de fer de la
longueur du doigt , qui venoient
juſque dans Bonn ,
quoy que le Rhin fuſt entre
deux , & qu'il foit une fois plus
large en cet endroit là , que
n'eſt la Seine vis à vis de l'Arcenal.
Il eſt ſurprenant que
quatre mille quatre cens hommes
ayent eſte battus & mis
en fuite par quatre cens. Une
action dune vigueur ſi pen ordinaire
n'appartient qu'à des
François. Les Ennemis ont
perdu plus de trois cens hommes
, tant morts que bleſſez,
&Prifonniers , & quinze Of
ficiers , ſans compter pluſieurs
Soldats qui ont deſerté , la
déroute & l'épouvante ayant
eſté fi grandes , que chacun
ſe ſauva ſans ordre & par differentes
routes. Mr Heiden,
L2
244
MERCURE
leurCommandant, eut d'abord
la jambe caffée , & receut plufieurs
autres bleſſures , dout
il morut dés le meſme jour . Le
Roy a donné de grandes louanges
à l'action de Mr Racine.
Il eſt Fils d'un Conſeiller de
la Grand Chambre , & Frere
d'un Confeiller du Chaſtelet,
de ce meſme nom.
:
Je ne vous feray point un
long détail des affaires d'Angleterre
; je vous marqueray
ſeulement la ſituation où elles
ſe trouvent aujourd'huy. Le
Prince d'Orange eſtant aſſuré
qu'il y a pluseurs perſonnes
dans Londres qui ſont dans
les intereſts de leur veritable
Roy , reſolut de ſe ſervir d'une
adreſſe pour faire paſſer
avec plus de facilité dans le
Parlement pluſieurs choſes qui
GALANT.
245
luv eſtoient d'importance . Il
fit publier an Imprimé , au
bas duquel eſtoit ſa permiffion
, afin qu'on y ajoûtaſt
plus de foy. Cet Imprimé
contenoittoutes les particularitez
de la mort du Roy d'Angleterre
, qu'on ſuppoſoit arrivée
à Breſt . Son regne paroiffant
plus affeuré par là , il
vint à bout de ce qu'il fouhaitoit;&
comme la verité ſe
découvre toſt ou tard , deux
jours aprésil fitimprimer dans
la Cazette de Londres , que
cette fauſſe nouvelle avoit eſté
publiée par la ſurpriſe d'un
Imprimeur , qui avoit demandé
une permiffion pour
imprimer les circonstances de
la mort du Roy Jacques premier
, & qui avoit mis Jacques
fecond. Son couronnement ſe
L3
246 MERCVRE
de
fit vingt- quatre heures aprés
qu'on eut fait courir le bruit
de cette mort ſuppoſée. Il fut
couronné par l'Archeveſque
d'Yok aſſiſté de l'Eveſque de
Londres , l'Archevelque
Cantorbery qui devoit faire
cette fonction comme Primat
du Royaume , ayant genereufement
perfifté àdire, qu'aprés
avoir preſté ſerment au Roy
Jacques II. fon vray Maiſtre ,
&cu l'honneur de le couron
ner', il n'en pouvoit couronner
un autre. Ie vous ay da
peint le caractere de l'Evefque
de Londres en pluſieurs endroits.
Quant à l'Archevefque
de d'York , c'est celuy
qui estoit Eveſque d'Exeter
quand le Prince d'Orange
defcendit en Angleterre ,
qui pour couvrir l'intelligence
GALANT.
247
:
qu'il avoit avec ce Prince ,
preſcha d'abord contre luy
afin d'avoir lieu de ſe retirer à
Londres , feignant de vouloir
ſe mettre à couvert de ſa cole
re; mars c'eſtoit pour cabaler
fous main en ſa faveur. Le
Roy d'Angleterre croyant que
fon zele eſtoit veritable , luy
donna l'Archeveſché d'York
qui ſe trouva vacant. Cette
bonté ne le toucha point..
Il continua à chercher à nuire
à ſon bienfaicteur & a
bien voulu couronner ſop
Ennemy. Il n'y avoit qu'un
Traiſtre qui puſt couronner
un Ufurpateur , & qu'un
homme fans Religion qui
puſt l'aſſiſter . Mais quel couronnement
, & qu'en peuton
dire , finon que la victime
eſt couronnée ?
,
L4
248 MERCVRE
L'eſtat preſent des affaires
d'Ecoffe ne paroiſtra pas avantageux
à qui n'en jugera que
par les apparences , & par les
Letres d'Angleterre , d'où on
n'en laiſſe fortir aucune qui
diſela vérité . Il ſemble que la
Convention foit plus favorable
au Prince d'Orange qu'au
Roy, mais il ne faut pas s'en
étonner , la brigue effoit faite
de longue main pour ne faite
élire que des Non Conformiſtes
. Cela n'empéſche pas qu'e
tous les Evefques , & la plus
grandepartie des Seigneurs ne
foient pour le Roy. Tout ſe
fait dans la Convention contre
l'ufage & contre le droit ,
-& rien n'eſt valable. Ce
"Parlement ayant fes loix differentes
de celuy d'Angleterre
, il faut que les DélibeGALANT.
249
:
د
rations foient fignée par tout
le Corps , & non par un feul
pour tout , ce qui n'a pas eſté
fait. A l'égard de la Lettre
que la Convention a écrite
au Prince d'Orange , en ré
ponfe de celle qu'elle avoit
receuë de ce Prince , tous les
Evefques , & preſque tous les
Seigneurs ayant refuſé de la
figner les Non Conformi
ſtes de la Convention ont
obligé le Prefident de la ſigner
au nom de tous", &elle
aeſté ainſi envoyée afin qu'-
elle puſt ſervir au Prince d'O.
range pour l'avancement de
fes affaires à Londres , en difant
que ſes affaires vont bien
en Ecoffe , & qu'elle trompaſt
ceux qui ne ſçavent pas les
loix de ce Parlement. La declaration
que cette meſme
Ls
20 MERCVRE
Convention a faite du Trône
vacant , n'eſt pas plus valable ,
mais quoy qu'un tas de Seditieux
veüille tout emporter
de force , le Party du Roy
n'eſt pas moins puiſſant dans
le reſte du Royaume que ce.
luy du Prince d'Orange , &
le Duc de Gourdon continuë
toûjours avec beaucoup de fidelité
à défendre le Chasteau
d'Edimbourg ,
Depuis que le reſte desNon-
Conformistes qui s'eſtoient
retirez dans le Nord d'Irlande
, a eſté défait , ce Royaume
, quoy que tout en armes ,
joüit d'une heureuſe tranquillité
, & du plaifir de s'eſtre
acquitté de ſon devoir , & d'avoir
merité l'eſtime de toutes
les Nations de la terre ,& ne
fonge plus qu'à contribuer au
GALANT. 251
rétabliſſement de ſon Monarque
legitime , & pour cer
effet tout est en mouvement
dans cet Etat Le Roy a donné
une amniſtie dont les Preſbiteriens
jouiffent , & pluſieurs
d'entre eux paroiffent main
tenant auſſi zelez pour Sa Ma
jeſté que les Catholiques , &
les Proteftans Conformistes .
On en a neanmoins trouvé
encoré quelques uns qui depuis
l'amniſtie n'avoient pas
quitté les armes. Les uns ont
eſté condamnez à de groffes.
amendes , & les autres à eſtre
pendus ; mais le nombre en
eſtoit peu confiderable . Le
Roy a convoqué un Parlement
qui ſe doit tenir le 17.
du mois prochain . La Flote de
Breſt qui porte en Irlande des
armes , des hommes , & de
252
MERCVRE
د
د
P'argent , appareilla le 22. de
ce mois pour ſortir le Gouler,
& aller moüiller à Bartanne
à deux heuës de la grande
Rade de Brest afin d'eſtre
plus en estat de partir au pre.
mier bon vent , & comme il
a commencé le 24. à devenir
favorable , il eſt hors de doute
que la nouvelle du depart de
ces Vaiſſeaux ſera arrivée avant
que vous recevicz ma
Lettre. On a certitude que
cette Flote eſt compofée de
vingt- fix Vaiſſeaux , de quatre
Fregates , & de douze
Brulots,
Quoy que je vous aye marqué
la derniere fois que vous n'auriez
ma fixieme Lettre ſur les
Affaires du Temps que le premier
de Iuillet ,je vous l'envoyeray
un mois plûtoſt. Ainfi
2
GALANT. 253
vous la recevrez le premier de
Juin.ledécouvre tous lesjours
des choses fi curieuſes touchant
ce qui a donné Je branle
au mouvement qui agite aujour
d'huy toute l'Europe , que
je n'ay pas moins d'impatience
de vous les apprendre , que
vous m'en témoignez de les
ſçavoir.
Le Roy a fait Brigadiers de
Cavalerie MrleDucde Roque,
laure, & Mr le Comte de Nangis
; & Brigadiers d'Infanterie
M. le Comte Davegean , & Mr
deCreil, tous deux Capitaines
aux Gardes .
Lors que je ſuis preſt à finir
ma Lettre , on me donne la copie
da Compliment que Mr
l'Archeveſque fit à la Reyne
d'Angleterre en la recevant à
Noftre - Dame . Ce Prelat luy
254
MERCVRE
dit , Que le Dieu qu'elle venoit
adorer dans l'Eglise de Paris dediée
à l'honneur de la fainte Vierge ,
fe faisoit appellerdans les faintes
Ecritures ,le Roy de Roys , &le
Seigneur des Seigneurs qu'ilseplaifoit
à voir au pied deſes Autels les
grandeurshumiliées,&les Majefrezfoûmises
; Que le mesme Esprit
qui uniſſoitfi étroitement cette Princeffe
avec un des plus geneveux &
des plus grands Kors de la Terre,
lafaifoit participer au zele qu'il avoitfait
paroiftre dansce licu pour
le bien de la Religion , & àses autres
vertus chrestiennes ; Du'aussi
pendant que ce grand Prince travaillon
parsavaleur au recouvrement
deſes Royaumes , le Public la
regardoit comme une de ces illustres
conductrices du Peuple de Dieu , qui
n'estoit pas moins formidable àfes
A
GALANT.
255
:
Ennemis par la puiffance defes.tar.
mes & defes prieres , que par celle
de fes Soldars , & du nombre de fes
Armées ? Qu'au refte les larmes
qu'elle verſoit avec abondance avoient
leurs entrées dans le Ciel , &
qu'il ne doutoit pas que Dieu n'en
exauçast bien toft les clameurs ;
Qu'onles confidereroit moins d'orefnavant
comme lesſignes de fadouleur,
que comme des Trophées qu'ellesçauroit
él veràſa propregloire,
&mesme comme un monument de
la Victoire , qu'elle remporteroit
bien- toft fur les malheurs de fes
Peuples;Que c'estoit en cela que con
fiſtoient les veux de l'Eglise de Paris
, qui n'oſoitpas s'étendrefur les
louanges de ses vertus Royales , de
peur d'interrompre par un long difcours
les empreſſemensde sa pieté.
le ſuis , Madame , Voftruc.
LYON
FIN
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