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807156
MERCURE
GALANTEOTHEQ
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
'DE
LA
MARS 168
*
18033
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY , ruë
Merciere au Mercure Galant .
M. DC. LXXXIX
AVEC PRIVILEGE DU ROT.
*******市尚未来版
Le Libraire au Lecteur.
'On continue à distribuër le
Semainespourfixfols chacun.
LIVRES NOUVEAUX
dumois de Mars 1689.
Affaires du Temps concernant
la France , Rome ,
l'Allemagne , l'Holande &
Cologne , avec l'entrepriſe
du Prince d'Orange en
Angleterre , juſqu'au premier
Avril & l'arrivée du
Roy d'Angleterre en Irlande
, indouze , s. volum. 5.
liv.
Le cing & fixiéme volume
de l'Hiſtoire des Herefies
de Varillas , inquarto ,
2. V. 12. 1.
Diſcours fur la bienſeeance
, ind. 1. 1.10.
Oeuvres meſlées de Saint
Evremont , tome 13. & 14.
ind. 2. 1 .
La Morale univerſelle ,
ind.2.1.
L'Eloquence de la Chaire
&du Barcau , ſelon les principes
les plus folides de la
Retorique facrée & profane
ind. 2. I.
Hiſtoire de l'origine des
Dixmes , des Benefices &
des autres biens temporels
de l'Eglise , ind. 20. f.
Sentimens fur le miniftere
Evangelique , avec des Keflexions
ſur le ſtile de l'Ecriture
Sainte & fur l'Eloquence
de la Chaire , ind. 2. 1.
Veritables penitens , ind...
12.1.5.f.
Reflexion ſur l'uſage de laa
Langue Françoiſe , indouze
2. liv..
Campagnede Monſeigneurr
le Dauphin , ind. 20. f.
Eſther Tragedie repreſentée
à S. Cir , chez Madame de
Maintenon , par. M. Raci
ne , ind. 30. f.
Geographie de Robbé augmentée
, ind. 2. vol . avec
pluſieurs figures, 6. 1 .
Entretiens touchant l'en-..
trepriſe du Prince d'Orange
fur l'Angleterre, où l'on prouve
que cette action fait porter
aux Proteſtans les caracteres
d'Anti - chriſtianiſme , que
M.Jurieua reproché à l'Eglife
Romaine , dédiéau Roy de la
Grand' Bretagne, ind. 2.1..
9
Avis pourplacerlesFigures.
L'Air qui
commence par,
Bien- heureux celuy qui n'afpine,
doit regarder la page 59.
La Medaille doit regarder
la page 126 .
L'air qui commence par ,
Preſſez decrnelles douleurs,doit
regarder lapage 299.
MERCURE
GALAN
MARS
LYON
DE
LA VIL
E
Ly a des actions fi
# 1 genereuſes , & qui
font voir tant de
grandeur d'ame
qu'elles n'ont pas beſoin
qu'on les faſſe remarquer ,
pour attirer des loüanges à
ceux qui les font. La maniere
dont le Roy a receu Leurs
Majeſtez Britanniques dans
Mars 1689 . A
2 MERCVRE
ſes Etats , eſt de ce nombre ,
ainſi qu'elle eſt au deſſus de
toutes fortes d'expreffions , &
vous avoüerez que Monfieur
Marcel a eu raiſon d'en parler
comme il a fait dans le
Sonnet que vous allez lire .
AU ROY,
Sur l'azile donné au Roy
d'Angleterre.
A
Prés millehauts faits d'èter.
nelle memoire ,
Quiporteront ton nom au boutde
l'Univers ;
Aprés mille Ennemis vaincus , &
mis aux fers
Monumens immortels de ton allguste
Histoire.
GALANT.
Aprésavoirdétruit la Secte laplus
noire
Que l'on ait iamais veu s'élever
des Enfers
Le Cielpour couronner tant de tra
vaux divers ,
Vient d'ajouter encore unrayon à
tagloire.
Quelque grands qu'à nos yeux paroiſſenttels
exploits.co
VnHeros telque Toy peut impofer
desloix
Auxmains des Conquerans la vi-
Etoire estfacile.
Mais d'un Roi détrôné,qu'on pourfuit
en tous lieux ,
Te declarer l'appuy , luy donner un
azile
C'est estre quelque chose entre le s
Rois & Dieu.
A 2
4
MERCVRE
Il eſt vray que nous ne
voyons point de Souverains
qui puiſſent eſtre comparez
àLOUIS LE GRAND,
& que ceux meſmes qui ſont
le plus jaloux de ſa gloire ,
n'en mettent aucun en paralelle
avec lay. Puis que j'ay
commencé cette Lettre en
vous en parlant à l'occaſion
de l'Angleterre , je crois que
vous ne ſerez pas fachée de
voir ces autres Vers du Pere
Buffier , Jeſuite.
GALANT.
SUR L'ARRIVE'E
DU PRINCE DE GALLES
en France.
ODE
Lors que jeſens à voſtrevuë ,
Prince , je ne sçay quoy qui m'agite
le coeur ,
Est-ce le doux effet d'une joye im.
preveuë ?
Est-ce le mouvement d'une tendre
douleur ?
Dans unſejourfeur&tranquille
Nous vous voyons enfin ; c'estoient
là tous nos voeux ;
Mais belas quelque beau que
puiſſe eſtre un asi le ,
Un afile toujours nous marque un
malheureux.
A 3
6 MERCURE
•Ne tirons pourtat point d'augures
De l'injuste deſtin qu'ont cuvos
premiers mois ;
Dans les plus grands Heros lestri
ftes avantures
OntSouvent devancé les plus bewa
reux exploits.
En un estat plus pitoyable
Se trouvafurle Nill'Enfant, par
qui le Ciel
Vouloit excuter le deffein adorable
De confondre l'Egypte, &vanger
Ifraël.
泰
Tous deux perdus en apparence,
Vous estes exposez àlamercy des
flots و
Mais une maindivine aprit voftre
défens
Contre un Peuple infidelle , & le
danger des eaux .
GALAN T.
7
Vous eſtes loin du precipice ,
Malgré tousles efforts de l'Enfer
en couroux ;
Il ſe déchaîne en vain ; LOVIS
vous est propice ,
Prince, iln'est plus permisde rien
craindre pourvous.
SageMonarque de la France ,
Que le Cielfitfur terre arbitre des
destins,
Ilvous a confiélafuprêmepuiſſan-
се ,
Vous l'employez toujours pourfes
justes deſſeins.
Renverſez un projet impie ,
Soûtenezd'un grand Royles droits
les plusfacrez ,
Domptezencor l'erreur , domptez
la perfidie ,
C'est ce que veutle Cicl, c'est ce
que vous ferez
A A
8 MERCVRE
Vous voulez bien qu'aprés
vous avoir parlé d'un jeune
Prince heureux d'avoir trouvé,
etraite auprés d'un grand
Roy , je vous parle d'un au--
tre encore plus heureux de
l'avoir pour Pere. C'eſt de
Monſeigneur le Dauphin . Je
n'ay pu depuis quatre mois
vous faire part de tous les
Vers que l'on a faits à ſa gloire,
parce que j'en avois affez
pour remplir toutes mes Lettres
; ainſi j'ay cru vous en
devoir donner moins àla fois
& vous en envoyer plus fouvent.
En voicy de Mr Magnin
, de l'Academie Royale
d'Arles . Cer illuſtre Auteur
a ſouvent remporté des Prix
& merité les éloges que vous
luy avez donnez .
5
GALANT.
و
S
SUR
LES CONQUESTES
DE
MONSEIGNEVR
LE DAUPHIN .
ODE.
Avere fois lors que la
Gloire
Me demandoit quelquesVers
l'allois , Filles de Memoire ,
Confulter vos chants divers.
Ie voyois par mille exemples
Que tout couroit à vos Temples
Implorer quelquefecours ;
Mais jevous le disſansfeindre .
Non , vous nesçauriez atteindre
A la carriere ouje cours..
Lene sçaysi jem'égare,
AS
10 MERCURE
Mais dans mon volfans pareil',,
Sijay le destin d'icare ,
Ie vais plus prés du Soleil .
L'apperçois l'Aigle timide
De la hauteur où me guide
L'ardeur dont je suis épris
Ses foibles aisles s'abaissent ,
Etfes regards me paroiffent:
Epouvantez &Surpris..
C'est la conqueste étonnantes
Detoutle Palatinat ,.
Quiſans doute l'épouvante..
Etfait que le coeur luy bat ..
La lâcheté de Bifance
Ayant enflé sa puiſſance .
Elle ne s'attendoit pas
D'avoir en cherchant querelle
Parune audace nouvelle ,
Deux Grands LOVIS furles bras.
Elle croyoit , affermie
Par quelques exploits guerriers.
Trouver la France endormie
GALANT. Th
A l'ombre defes Lauriers ;
Mais on ne peutla furprendre
Philisbourg vient de l'apprendre
Endépit de ses marais ,
Et l'Europe en ces alarmes ,
Pourra suger si nos armes
S'envoüllent pendant la Paix
Le Heros dont lavaillance
Acimentéfon repos ,
Lamétparsa vigilance
Acouvert defes Rivaux .
Et forméparſa ſageſſe
Le Dauphin qui s'intereffe ,..
Et qui s'expoſe pour nous
Parfa premiere conqueste
Fait déiatourner la teste
Anos superbes laloux.
Peut- estre l'ont -ils pû croive
Que ce Dauphin genereux
Voudroit toujours defa gloire
Goûter le repos heureux ;
Quele Grand Lonis luy-mefme
A6
12 MERCVRE
Dont lasagesse est extrême
Craindroit de lehazarder ,
Mais voicy comme il raisonne..
S'ilveut porter la Couronne ,
Qu'il apprene àla garder.
Qu'il aillefur la frontiere
Où l'on ne le connoist pas ,
Montrerde quelle maniere
Il défendra fes Elats.
Il est vray que de la France
Layvedouble la puissance
Par mille exploits glorieux ,
Mais lagrandeur de courage
Que je luy laiſſe en partage
Laut encor mille fois mieux.
A ces mots pourſe refoudre
Perdit il un feul moment ?
L' Aigle qui porte la foudre
Fend les airs moins bruſquement.
Apeine il part deVersailles ,
Lion apprend que les murailles.
Ontfait bréche àPhilisbour.g..
GALANT ..
3
Tout ſe rend, les Places fortes
Ouvrent à l'envy les portes ,
Et le voilà de retour..
Tandis que la Benomme
Par des recits étonnans
Conte à l'Europe alarmée
Tous ces exploits surprenans
LOVIS prepare des Festes
Pour honorer les Conquestes
Du Heros qu'il a formé.
Il. l'embraffe , il le carreſſe ,
Etdefatendrejeunesse ,
Voit tout le monde charmé.
Cent fois plus heureux qu' Auguste
Que Trajan , que Constanstin
Faveur rare,mais tres - juſte
Il renaist dansſon Dauphin..
S'il monte dansſa carriere
Etde fon charde lumiere.
S'il luy cedele Timon..
Son coup d'effaynous enseigne
23
Qu'ilne faut pas que l'on craigne
La cheute de Phaeton..
4 MERCVRE
}
و٠
Comme il n'y a rien
de plus precieux que la
fanté , on prend toujours
beaucoup de plaifir àlire ce
qui peut donner des lumieres
pour la conſerver.
C'eſt ce qui m'engage à vous
envoyer la Lettre ſuivante
qui a cité fort approuvée .
Elle eſt de M. de Rhodes
dont je vous ay parlé déja
pluſieurs fois à l'occaſion des
caux minerales qu'il a imitées
, & qu'il continuë de
faire boire à Lion avec beaucoup
de fuccés . Vous
devez point douter de la.
verité des chofes que cette
Lettre contient , puis que Mr
de Berule , Intendant de la
Province où elles ſe font pafſées
, a bien voulu permettre
qu'elle ait paru fous fon
nom.
ne
GALANT. 15
A MONSIEUR
DE BERVLE .
Vicomte de Guyencour , &
Intendant dans les Pro--
vinces de Lionnois , Forefts
, & Beaujolois..
MONSIEUR,
L'honneur que vous m'avez
fait de me parler quelquefois des
eaux chaudes minerales artificielles
que je fais preparer , de
vouloir être informé de leurs
effets, de leur donner vostre approbation
, & mesme d'avoirtrouvé
bon que Mademoiselle de
Berule les ait bües ,m'engage
à vous rendre compre du fuccés:
16 MERCURE
.
qu'elles ont eu l'Autonne derniere
, & dans lesſaiſons prece
dentes. J'avoue que je n'aurois
pas ofé prendre la liberté de
vous écriresur cesujet dans la
crainte de vous détourner de vos
occupations importantes , fije ne
Sçavois que pour vous en délaffer
vous prenez quelquefois plaisir à
descendre dans les raisonnemens,
& dans les experiences de Phifique
, dont les miſteres ne vous
Sontny cachez ny difficiles à pe-
&si je ne vous avois
ſouvent entenduloüer ceux qui
s'appliquent à enrichir la Medecine
de nouvelles Découvertes
utiles au public ; & c'est effecti
vement à quoy les premiers
Maistres de cette Science travailloient
fans relaſche , &à
quoy ils invitoient leurs fuccef-
Seurs à s'appliquer,la vie leur
netrer
: و
GALANT .
17
paroiffant trop courte , & cette
Science d'une trop grande étendive
.
Nous reusfirions heureusement
dans nos recherches , si nous
Sçavions imiter dans nos études
de Phiſique , ce que vous prati.
quez si parfaitement dans la
politique ; je veux dire , raporter
au bien public tous nos travaux
particuliers , & estre fortement
animezcomme vous de ce Zele
ardent que vous faites paroiſtre
pour le bien des peuples , & dont
vous venez encore tout recemment
de donner des marques en
foulageant tant de mal- heureux
que le Ciel avoit affligez
Ce font -là dessentimens dignes
des ames élevées , & nées
pour gouverner les hommes , dont
on voit tant d'exemples dans
vostre illustre Maiſon ; vous en
18 MERCVRE
ກ Soûtenez noblement la gloire
& on admire en vous toutes les
qualitez des personnes rares
qu'elle a données à l'Eglise &
à l'Etat.
Le plaisir defaire vostre eloge
m'entraineroit aisément ,si je ne
Sçavois que ce dessein est trop
grand pour moy , & queje dois
feulement vous rendre compte
des effets de mes eaux . Il est vray
que je ne les ay fait prendre à
personne qui n'en ait este query.
ou confiderablement soulagé ;
mais en vous raportant en détail
leurs bons effets je me vois obli
gé de vous dire د qu'elles en
ont produit un fort mauvais fur
l'esprit d'un Anonime ; qui les
a attaquées par des écrits imprimez
. Elles meriteroient fans
doute d'estre decriées , fi elles
avoient causé les mauvais effets
GALAN T. 19
qu'il leur attribuë , & je me
condamnerois moy-mesmesij'avois
esté affez temeraire pour
ordonner un remede mal-faisant
à quantitéde personnes , parmi
lesquelles ily en aplusieurs d'une
qualité ,& d'un merite distingué,
fur tout Mademoiselle de Berule ,
qui est en toutes choses digne
fille d'un Pere tel que vous
C'est ce qui m'oblige à prouver
par la raison &par l'experience,
que c'est avec une extréme injustice
que cet Auteur anonime
entreprend de décrier unremede
dont ilne connoist pas la compofition
, & dont les bons effets.
luy font de la peine. Vous en
jagerez, Monsieur , aprés que je
vous auray fait le détail des
chofes suivantes.
L'Auteur de la nature fournit
Liberalement des eaux en tous
20 MERCVRE
lieux , comme un element neceffaire,
fans lequel les autres principes
ne sçauroient estre unis
pour la formation des mixtes, &
fans lequel ils resteroient comme
des parties percluſes & paralitiques
en la Nature. Outre cette
union que les eaux procurent ,
elles arrétent le mouvement impetueux
des Efprits ; elles temperent
l'ardeur des fouffres ; elles fervent
de vehicule aux fels , &
avec la terre elles composent tous
les mixtes de ce monde inferieur.
Ilsemble que ce divin Ouvrier
adisposé l'interieur de la terre ,
comme un grand Laboratoire
pour les former, que lefeu central
éleve en vapeurs , & distille les
eaux des Mers les plus profon
des , que les rochers quifont fur
la furface de la terre,ſont comme
le chapiteau de ce grand
GALANT. 21
م
alambic , & que les ouvertures
paroù elles jaliffent , en font les
becs qui forment les fontaines ,
les ruiſſeaux , & les rivieres
Ne diroit- on pas mesme que
le Soleil éleve ces mesmes eaux
dans les airs , pour les rectifier ,
qu'il les filtre , & les fublime
jusqu'à la region des nuées , où
il les digere , & les remplit de
Son efprit univerſel , d'où il les
laiſſe tomber en rosées & en
pluyes , pour la fecondité de la
terre , lesquelles operations il renouvelle
tres-ſouvent pour les
perfectionner par de nouvelles
cohabitations.
Ce principe nous est neceſſaire
pour temperer les chaleurs qui
nous consument , pour éteindre
la forf qui nous preffe , pour la
digestion de nos alimens , pour
la filtration du chile , pour la
22 MERCVRE
2
circulation du sang , pour la Separation
de fes parties inutiles.
L'eau tempere la bile exaltée
les acides , & les alchalis predominans
cauſent mille maux
&met toutes les parties dans leur
ordre& dans leur juſteſituation,
Le grand Maistre qui nous
donne l'eau pour la formation
des corps ,& la conſervation
de la ſanté , nous en fournit un
tres grand nombrepour la guerifon
de plusieurs maladies .
Comme elles ont leurs cours
dans les canaux ſoûterrains , elles
trouvent dans leurs routes
diverſes vapeurs minerales , di .
vers fucsfalins,ſoufreux,bitumineux
, metalliques , les uns
tendres& liquides auſquels elles
s'uniffent facilement , les autres
plus folides qu'elles diſſolvent ,
& dont elles s'approprient les
vertus.
GALANT. 23
Les unes font froides à leur
Source , les autres chaudes , &
les autres tiedes , toutes participant
de divers mineraux que
la Nature prepare dans ſon ſein ,
comme dansſes fourneaux , dans
lesquels elle allume ſes feux &
les graduë pour ſes diftillations .
Sublimations ,& autres operations
dans lesquelles elle fepare
ce qu'ily a de malin , de cauftique
& d'indigeste , pour n'y laif-
Serque ce qui est propre &Salu .
taire , & ainsi leur usage est
heureux, n'estant impregnées que
de mineranx doux , & on s'en
fert utilement pour la guerifon
deplusieurs maladies .
Le concours des Malades à ces
Piscines , les cures merveilleuses
qu'elles procurent tous les jours ,
Sont une preuvecertaine de leur
bonté , les Curieux y vont mesme
24
MERCVRE
pour les admirer , & tâcher de
découvrir ce que le divin Ou.
vrier y a mis pour les rendre
Salutaires si leur chaleur
provient des feux foûterrains
ou des acides & alchalis , ou d'un
mélange de particules minerales
calcinées.
Nostre grand Monarque qui
afait l'établiſſement de l'Academie
des Sciences , quifait fournir
aux frais des experiences qui
s'y font journellement avec fa
magnificence ordinaire , a donné
1 les moyens aux Sçavans de cette
fameuse Compagnie, de travailler
avec empreffement à découvrir
les fecrets de la Nature . Ils
ont donné leurs foins , leurs études
, leurs reflexions pour décou
vrir les principes des eaux minerales
les plus renommées. Ils ont
esté à leurs fources , il les ont
fait
GALANT.
25
fait transporter , illes ont examinées
par la veuë ,par legoust,
par la distillation , &par diffe.
rentes fermentations ; ils ont
cherché dans leur refidence les
mineraux & les metaux dont
elles font chargées , pour connoiftre
ce qui les rend fi utiles , &
donner le moyen aux Curieux
d'en faire deſemblables .........
Auffi plusieurs Medecins ont
travaillé , & ontcru que ces mineraux
ne font pas si ensevelis
dans les entrailles de la terre,
qu'on n'en puisse recouvrer de
Semblables , & imiter la Nature
dansſes préparations. Ilssefont
Servis utilement de l'art qui ſe
pare le pur de l'impur ,& aprés
avoirexaltėles parties utiles an
degré de leur perfection , ils en
ont fait un mélange avec les
eaux de pluye de fontaine ,
Mars 1689 . B
26 MERCURE
dont ils ont vû des ſuccés auſſi
heureux que des naturelles.
On s'eft attaché fingulierement
à imiter les eaux froides ,
aigreletes. Pluſieursy ont réüſſi ,
& en ont composé qui ne cedent
point aux naturelles , pour ra
fraiſchir , ouvrir , purger , &
pour d'autres indications ; mais
il n'est pas venu à ma connois-
Sance , qu'on ait tâché d'imiter
les eaux chaudes naturelles..
Tay cru qu'on en pouvoit compoſer
de chaudes auſſi- bien que
de froides , en ſe ſervant des
principes qui entrent dans les
naturelles , lesquelles pourroient
agir efficacement pour lefoulagement
de ceux qui ne pouvant
pas entreprendre de longs &
penibles voyages , estoient privez
de leur secours.
f'ay cru qu'on pouvoit difGALANT.
27
foudre dans des eaux de pluye
de fontaine ,tisane , ou autres
Liqueurs , des mineraux ouverts
&preparez , tels qu'ilsse trouvent
dans les eaux chaudes naturelles
, que l'estomach peut digererfans
peine , qui peuvent
adoucir les levains aigris , &
lesfels trop penetrans ,fans laisfer
aucune impreſſion ; qu'on y
peut méler des liqueurs fpiritueuses
& autres Substances
puresSeparées des parties inuti
les, des fouffres doux & agreables
dans une juſte proportion
aux forces aux temperamens
& aux causes des maladies ,
pour diffoudre les phlegmes &
les tartres, purger les humeurs
cacochimes , & pour purifier le
chile ,le sang & la limphe .
leur procurer un cours & un
mouvement naturel , & donner
A
B 2
28 MERCURE
aux eſprits les moyens d'agir
avec liberté , & une nouvelle
vigueur.
Ces esprits font un amas de
petits corps d'une fubtilité &
d'une vitesse inconcevable qui
donnent le branle aux autres
principes du corps naturel , la
vie , le sentiment , l'accroiffement
& la perfection aux corps
animez , qui font formez des
plussubtiles parties du fang vo-
Latilisé , &filtrédans le cerveau
d'où ils partent continuellement
pour donner à toutes les parties
de la machine le mouvement &
la direction .
Ces esprits ainſi diſtribuez
dans toutes les parties travaillent
differemment . Les uns dans
l'estomach y pétriffent les alimens
, diftribuent les levains
font la digestion , la fermentaGALANT
.
2-9
zion , lesfeparations des parties
inutiles , portent le chile dans
les canaux dufang, les autres
font la circulation & les recti.
fications de cette liqueur pourprée
en feparant les ſoufres impurs
, les alkalis les acides , &
les ferofitez fuperflues , chacun
par son émonctoire pour donner
au Sang sa pureté;&le mettre
en estat de fournir au coeur l'aliment
neceſſaire à la flame de
vie ; les autres fubliment au
cerveau ce sang allumé dans
le coeur , pour fournir des re-
- crues neceffaires à la diſſipation
continuelle de cette matierefubtile.
Il n'arrive que trop ſouvent
que ces mesmes esprits occupez
àces operations naturelles , de
qui la Chimie a pris ce qu'elle a
de meilleur , font diſſipez par la
B
3
30
MERCVRE
chaleur ou engourdispar le froid,
que l'excès des alimens ,comme
le défaut leur nuit également ;
que les idées defagreables , &
les paffions violentes leur caufent
de fortes tempestes ; &
troublent toutes leur economie.
Ils sont souvent détournez
de leurs fonctions ou accablez
lors que l'estomach , les vifceres
nourriſfiers , ou les vaiſſeauxse
trouvent embaraffez par quantité
d'humeurs indigeftes , par des
foufresimpurs , par des acides
piquans ,par des alkalis acres
& caustiques , pardes fels corrofifs
, par des tartres groffiers , des .
Serofitezexceſſives , quantité de
vers ou autres corps étrangers ,
qui canfent la dépravation du
chile , les fontes ou les coagulations
du sang , ou de la liqueur
nerveuse , les embarras , & tes
GALANT.
31
obstructions des vaisseaux &
des émonctoires , qui empeſchent
La transfusion des parties cacochimes
, desquelles le retour &
le mélange dans lesang, cause
fes éfervescences ,ſesſimptomes
&fa confusion.
C'est alors que lespartiesSpiritueuses
, commede fagesMagiftrats
, par une prompte immiſſion
tâchent de remettre les
humeurs rebelles dans leur devoir,
en les châtiant , corrigeant,
Separant ,les exilant on chaſſant
dans les voyes qui fervent aux
grandes évacuations.
Mais il arrive ſouvent que
ces parties cacochimes & étrangeres
leur reſiſtent ; qu'elles s'irri
tent loin de s'appaiser ; qu'elles
ne se separent ny ne fortent.
Alors les eſprits les attaquent plus
fortement , & les reduisent à
B4
32
32 MERCURE
leur devoir , & quand ils ne
fontpas les plus forts , ilsfuccombent
, comme quand ilsfont
attaquez les premiers dans leur
fort par des vapeurs , des exha
laiſons on des humeurs malignes ,
par des idées terribles qui leur
caufent l'épouvante & l'horreur
desmouvemens dereglez dont ils
font afforblis , & quelquefois opprimez
entierement.
Comme la nature&fes esprits,
nesont pas souvent affez forts ,
pour resister à des ennemis fo
puffasss , la Medecine luyfournit
une infinité de remedes pour
la défendre. Elle luy donne des
purgatifs des diuretiques
fudorifiques pour la dégager ;
elle l'aide de cordiaux pour la
fortifier , d'aperitifs , de specifiques
pour appaifer la violence
des levains ,& subvenirfingu.
د
des
GALANT .
33
,
lierement à diverſes parties af-
Aigées & luy communique
quantité d'autres remedes dont
nous voyons tous les jours des
effets falutaires.
Entre une infinité de medicamens
qu'elle propose pour la
guerifon des maladies chroni--
ques ,
les eaux minerales ont
toujours tenu un des premiers
rangs , & principalement les
chaudes naturelles que l'on va
boire à leur fource ,&les chau--
des artificielles qui ont des vertus
semblables , qui ne cedent
point aux premieres , ayant un
égale vertu d'ouvrir, de purger
de fortifier.
Elles ouvrent en détrempant
les tartres , & les mucilages
divifant leurs parties , rompant
Leur union donnant une autre
diſpoſition à tous ces corps étran
Bi
34
MERCVRE
eaux
,
gers qui font l'embarras des
vaiſſeaux , elles émouſſent les
pointes & les coupans de leurs
fels , qui trouvent dans ces
& dans les particules
minerales des pores , d'une figureproportionnée
à les recevoir,
& qui faisant avec elles une
nouvelle alliance , se détachent
du chile , du ſang , & de la
limphe qui gemiffoientſous leur
tyrannie , & qui n'en recevant
plus d'incommodité reprennent
leur cours naturel , & leur premiere
diſpoſition.
&
Mais comme cen'est pas assez
que ces humeurs indigestes &
cacochimes foient feparées des
naturelles , fi elles ne font bannies
& purgées , autrement elles
cauſeroient de nouveaux troubles
dans leſang , & de nouveaux
embarras dans les vaif-
を.
GALANT.
35
feaux, ces eaux artificielles purgent
par les voyes des grandes
évacuations, ce qu'elles ont trouvé
d'impur dans leurs routes
qui cauſoit la confuſion dans les
humeurs , &redonnent ainsi la
tranquillité & la paix à toute
la machine,& la liberté & les
moyens aux esprits de recommencer
leurs fonctions.
N'est - ce pas les fortifierque de
lear ôter ce qui les empèche d'a
gir, N'est-ce pas fortifier les organes
que de les débaraſſer , en
ôtant à l'estomach ce qui l'empe- -
che de digerer ,aux canaux ce
qui arreſte le cours des humeurs
aux émonctoires ce qui les retient
de filtrer & feparer les
parties fuperfluës du fang ? En
ôtant l'embarras de l'uterus ne
facilite- t-onpasfes regles ,&fes
fonctions ? N'aide-t-on pas àla
B160
36
MERCVRE
respiration & à la voix en déga
geant les canaux des poulmons
&les fonctions des sens , de l'è
magination , & de la memoire
ne font - elles pas meilleures
quand les esprits ont leur pure.
té , & leur mouvement libre
dansun cerveau dégagé ? Tous:
ces Secours font procurez par les
eaux artificielles de mesme que
par les naturelles , qui circulantavec
leſang , nettoyent &purgent
ce qu'elles trouvent d'im_
pur , & les artificielles ont cet
avantagefur les naturelles , que
celles- cy font toujours les mef
& que celles- là peuvent:
estre composées differemment ,
On peut augmenter ou diminuerla
quantité des principes qui les
compoſent , & les proportionner:
aux forces , à l'age , & au
semperament les Malades ; on
mes
GALANT.
57.
:
peut y ajouter utilement quell
ques fels , ou autres principes tirezde
la botanique , qui ayant
esté fublimez du dedans de la.
terre à ſa ſuperficie , font par
de reiterées operations Sublimez
dans les vegetanx : mais tout
cela demande une connoiffance
un discernement , & une application
bien differente de celles
d'un homme qui se contenteroit
de méter de l'eau avecdufel.
Iepourrois mefervir de pla
freurs raisons & autoritez denos
Anciens , & de nos Modernes ,
pour établir ce que j'ay avancé
de mes eaux minerales artificiel .
les ,& de leurs vertus , quand
elles font proportionnées aux :
constitutions de ceux qui les
prennent , & aux causes des
maladies ; mais après les raiſon
memens generaux que je vienses
a
38 MERCVRE
de faire là-deſſus , je me conten--
teray d'envenir à l'experience ,
qui fera voir qu'elles ne caffent
point la poitrine , &n'affoiblis-
Sentpoint l'estomach , ny les autres
parties nourriſſieres, ainsi que
l'Anonime veutle faire croire :
qu'au contraire elles sont tresutiles
pour lesfoibleſſes , les indigestions
,& les douleurs d'estomach.
Elles temperent ses fermens
trop piquans , elles facilitent
la diſſolution & la digestion
des alimens , elles aident au chile
àſeſeparerdes partiesfuperfluës,
& à luy procurer un coulant
plus libre par les veines lactées,
pour arriverplusfacilement aux
Souclavieres ,&s'y mêler avec
lefang. Elles ne ſont pas moins
utiles aufang ; elles rendent fa
circulation plus aisée,elles enle
vent les obstructions qui empef..
1
1
GALANT .. 399
chent laseparation de fes parties
bilieuſes , atrabilaires &
Sereuſes , par les émonctoires de
Stinezà cette æconomie , &purgent
fort doucement ; ainſi elles
Sont tres-propres pour les maux
d'estomach , de foye , de rate
dereins , de mere , pour les opi.
lations , les coliques & les op- -
preſſions. Elles diſſipent les va
peurs qui naiſſent d'un ſang indigefte
, & cacochime , qui cau.
fent les maux de teste , les pefanteurs
, les mélancolies , les
vertiges , les convulsions ,d'où il !
arrive que les esprits animaux
plus subtils & plus dégagez ..
agiſſent avecplus d'activité dans
toutes leurs fonctions ...
Dans cette Automne derniere
1688 ..
Le Pere Perier , General dess
Minimes ,les a priſes..
40
MERCVRE
Mademoiselle de Rostain, pour
ia Seconde fois.
Mademoiselle love..
Madame Vaginai , la Procu
reuſe du Roy , pour la quatrième
fois.
M. Durand , Avocat Generat
du Parlement de Dijon .
Madame de Grangeac , Liew
tenante Generale de Bourg.
M. de Chastenay , Prefident
au Parlement de Dombe.
Madamoiselle de Chaftènay ,
faFille.
Madamede Port , Superieure
de Sainte Ursule de Bourg.
Mrde Laurencin .
Madame la Conseillere Du--
zour , pour la troisièmefois.
Madame du Rofier.
Mademoiselle Croston ,
S. Estienne.
de
Madame Pichon , Religieuse.
AlAnticaille...
GALAN T.
41
Mr l'Abbé lanoray.
Mademoisellede Prangin , de
Dauphiné.
Dans le Printemps dernier.
Madame la Marquise de senofan
lesprit. 1
Mademoiselle de Fontenay ,
de la Kalette,
Mr Croppet pour laSeconde
fois...
Madame Trunel , Religieuse
de l'Anticaille.
Madame Recordon,de Vienne.
Madame Porroy la Veuve..
Mademoiselle de Saint Toire.
Mr Boüilloud de la Roche , la
Confeiller.
ne
Mademoiselle Berge, deVien
Le Pere Henry 6 Correctean
des Pexes Minimes de Lion..
M. le Comte de Beauchans
d'Avignon
42 MERCV RE
Madame Tamiſſier ,de Bourg .
Mademoiselle de Porcet , de
Bourg..
M. de Baret..
Madame Blauf la Conseillere..
Le Pere le Marchand , Provincial
des Celestins.
Le PerePerouse
des Celestins.
Sacristin
Dans les deux Saiſons de
l'année derniere.
M.le Confeiller Chollier.
:
Madamela Comtessede Ché--
me..
Madamela ComteſſedeBielle,
deLorraine.
Mademoiselle de Dortan de
Bugey..
M. de Machecot , Conseiller
au Parlement de Dijon.
M. de S. Hilaire , Secretaire
de Mr de Harlay , Confeiller
d'Etat...
GALANT.
43
Madame de Broſſes la Confeillere
,deDijon .
Madame Languet , la Procu
reuſe Generale de Dijon .
Madame de Bussi Rabutin ;
Religieuse de l'Abbaye de Saint
Iulien de Dijon..
Madame la Marquise de
Saint Forjeux.
Madame de Saint Romain .
M. Durand de, Chalons, Receveur
des Decimes de Bourgogne...
M. de Seve , LieutenantGe
neral.
M. Ferrari , Avocat du parlement
de Paris.
M. Duxio
l'Election .
M. Amaulry ,
Confeiller dans s
En Automne 1686 .
Mademoiselle de Roſtin , de
Forests , estoit tourmentée d'un
mal de teste des plus cruels de...
44
MERCVRE
puis deux ans fans rélache , qui
l'avoit reduite dans une mais
greur extreme ,fans avoir på
estrefoulagéepar aucun remede ,
en forte qu'elle estoit refolüe à
Se faire trepaner , ſuivant l'avis
deſes Medecins ; elle vint à
Lion boire de ces eaux ,
gueritheureusement.
&
Madame de Loyaille , Religieuse
de Sainte Marie de Be.
lay , vint en la mesme faison
dans le Couvent des Dames de
l'Anticaille de fon Ordre. Elle
estoit paralitique , & épileptique
depuis fix ans , elle fut fort foulagée
d'abord par la boiſſon de
ces eaux , & les ayant beuës
une feconde fois dans le printems
ſuivant elle querit parfaitement,
Mademoiselle Seigle , fille du
fieur Seigle ruë Saint lean àla
GALANT ..
45
chaffe Royale , estoit malade depuis
deux ans de frequentes
convulfions , de maux d'estomach
continuels , & de vomiſſemens
d'une matiere comme de la cendre
avec des particules noires
comme du charbon aprés tous
Ses repas . Le mesme remede la
guerit dans le mesme temps.
Mademoiselle Meget ,
Merciere au Mercure galant ,
malade de violens maux de mere ,
avec opreffions , palpitations, fre.
quentes fincopes , & pluſieurs
autres accidens qui la tenorent au
lit depuis trois ans , trouvaſaguerifon
dans ces eaux dans cette
mesme automne.
ruž
Mr Colet de Dijon atteint de
fincopes , palpitations , opreſſions
depuis un an attendant tous les
jours fa derniere heure , guerit
de mesme dans le printems fuivant.
د
46 MERCURE
Madame Perouse de Vienne,
en automne 1687. malade depuis
deux ans de vomiſſemens conti
nuels , opreſſions , fincopes , douleurs
, & tensions des vifceres
nourriffieres , guérit de ſes maux,
acquit une diſpoſition à avoir
des enfans , ayant eu depuis une
heureuse grossesse, & un heureux
accouchement au grand contentement
de sa famille.
Mr le Comte de Beauchans,
dans le mois de May dernier,
vint d'Avignon boire de
ces eaux pour de frequentes palpitations
, pour une fupreſſion
d'urine , pour laquelle on luy
avoit conſeillé de se faire tailler,
& s'en retourna dans une parfaitequerifon.
Madame Blauf , la Confeillere,
les prit dans la mesme faifon
, pour des maux d'estomach
GALANT.
47
&de colique alternatifs & continuels,
les autres remedes luy
ayant esté inutiles depuis un an ,
guerit parfaitement.
Mademoisellede Chastenay
avoit perdu la voix depuis plus
d'un an , & avoit une toux
continuelle ; elle a recouvre la
parole ; & perdu la toux le mois
d'Octobre dernier par l'usage de
ces eaux .
Madame de Perne d'Epinac
Religieuse à Saint Pierre , les a
priſes ily a peu de jours pour de
cruels maux d'estomach , coliques,
dégousts & autres accidens , par
le conſeil de Meſſieurs Falconet
Marquis fes Medecins , &
ena esté guerie dés les premiers
jours qu'elle les a beuës .
Madame Pichon , malade
d'opilations depuis fept ans
Mademoisellede Fontenay ma-
۱۰
48
MERCVRE
lade des mêmes maux depuis trois
ans , & Mademoiselle de Prangin
depuis un an , avec de tres - cruels.
accidens , ont trouvé leurquerijom
dans ces eaux , les autres remedes
leur ayant esté inutiles .
: Je pourrois nommer beaucoup
d'autres personnes qui les ont
priſes toutes avec ſuccès , & qui
répondroient pour moy , à la
calomnie de l'Auteur anonime ,
qui publie hautement qu'on se
garde d'ufer demes eaux , parce
qu'elles font extrêmement malfaisantes.
Il avance fauffement qu'on
promet deguerir toutes fortes de
maladies par ce remede , & dans
un autre endroit de fes écrits ,
qu'on promet de querir les fiévres.
Cette fuppofition est mée expreſſement
; jamais on n'a pensé
qu'il y eust un remede univerfel,
GALANT.
49
-
-
fel , les causes des maladies estant
infiniment differentes & Souvent
opposées, ce qui fait dire à un
fçavanthomme que la Medecine
n'est qu'une conduite fage
&prudente . Pour ce qui est de la
fièvre, c'est une exaltation defou
fredont les parties dans un mou
vement rapidecauſent l'efferves
cencede toute la mafſe du sang ,
& elle demande d'autres remedes.
Cet Auteur dit encore qu'il a
fait l'analyse de ces eaux contrefaites,
qu'elles n'ont pas la refidence
des eaux chaudes naturelles
,& qu'il ne s'étonne pas
fi elles ont fi confiderablement.
affoibli l'estomach , & les parties
nourriffieres . Elles n'ont pas
la mesme reſidence , je l'avonë ,
ny les eaux minerales naturelles
non plus puisées en differentes
fources. Faut il conclurre de là
Mars 1689 . C
50
MERCURE
qu'ellesfont nuisibles ?
-
S
elles
Ilne parle pas plus juste dans
la recherche des principes des
eaux chaudes naturelles , voulant
que la nature leur communique
feulement des baumes
& des particules onctueuses ,
Comment donc feroient
aperitives , & comment purgeroient
elles avec tant de douceur,
ſi elles estoient privées des Principes
qui leur communiquent ces
vertus ; & pourquoy ne veut - il
pas qu'ily ait des particules bal-
Samiques dans les nostres ? Auroient
- elles gueritant de convul.
fions,fortifiétant de nerfs,rétabli
tant d'estomachs dereglez,fi quelquesparticulesSpiritueuses
n'entrent
pas dans leur compoſition.
Il pretend que Mr Vuillis
Sçavant Medecin d'Angleterre ,
s'est retracté par une lettre , des
,
GALAN T.
51
eaux aigreletes chalibées artifi.
cielles , qu'il a trouvées , & defquelles
il s'est fervi ſi ſouvent ,
pour la gueriſonde plusieurs macomme
nous lisons dans
Ses écrits. Cependant cette lettre
imaginaire ne se trouve point
dans tout le corps de ses onladies
vrages.
,
Enfin lafſé de médire en pro-
Se , il appelle les Muſes à fon
Secours : mais comme les Vers
qu'il leur fait prononcer ont
esté composez pour d'autres que
pour moy , ayant paru imprimez
dans l'histoire des ouvrages des
Sçavans du mois de Mars 1638 .
page 328. je n'ay pas cru devoir
repondre à ce trait de Parasite.
Tel estlefort de ceux quimettent
au jour quelque nouvelle
Découverte , Ils sont exposez à
La critique & àla censure , &
C3
5.2
MERCURE
certainement ils auroient tort
de trouver mauvais qu'on dist
Sonsentiment (ur leurs ouvrages ,
mais il feroit à souhaiter que
seux qui s'érigent en cenfeurs ,
confultaſſent la justice & la
verité , plustost que des paſſions
qui les aveuglent.
σ C'est en vous , Monsieur
qu'on trouve cette équité , &
c'estàvous auſſi que j'appelle de
L'injuste accusation qu'on a faite
contre ces eaux , mesoumettant à
tout ce que vous prononcerez ,
avec le mesme respect qui me
fara éire toute ma vie , Vostre
&c.
Le Roy a donné le commandement
du Havre de
Grace à M. le Comte de Lomont
Colonel du Regiment
d'Infanterie de Ponthieu. Il
eſt Frere de feu M.le Marquis
GALANT. 53
t
de Trichateau , qui estoit
Maréchal de Lorraine , &
qui mourut General Major
de l'Armée que feu Monfieur
l'Electeur de Cologne
avoit miſe ſur pied pendant
le dernier Siege de Luxembourg.
Leur nom eſt du Chaſtelet
, Maiſon illuftre , originaire
de Lorraine, & defcenduëdes
Ducs de ce nom.Jean
du Chastelet , Seigneur de
Thou , Bifayeulde Monfieur
le Comte de Lomont , en fit
bien voir la grandeur,dans les
preuves qu'il fut obligé de
faire au mois de Novembre
1585. pour eftre receu Chevalier
de l'Ordre du Saint
Eſprit . Monfieur le Marquis
du Chastelet , qui a
épousé Mademoiselle de Bellefond,
Fille du Maréchal de
1
C 3
54
MERCVRE
ce nom eſt defcendu de
د
l'aiſné de cette Maiſon . Il eſt
Coufin Germain de celuy
dont je vous parle, & ils font
tous deux petits Fils d'Errard
du Chastelet , qui mourut
Grand Maréchal , & Chefdu
Conſeil des Ducs de Lorraine.
Tout le monde regarde
le commandement du Havre
de Grace , comme une marque
d'une grande diſtinction .
Cette Place , qui eſt unedes.
Clefs de la France , & une
des plus importantes dans la
conjoncture des affaires , fait
bien connoiſtre l'eſtime & la
confiance dont Sa Majesté
honore Monfieur de Lomont.
En effet , il n'ya guere d'Officiers
en France auſſi appliquez
,& qui ayent ſervy avec
plus de zele. Il fut inſtalé
GALANT.
55
dans la Charge de Bailly du
Pays d'Auxois en 1686.enla
place de Mr le Marquis de
Trichateau fon Frere , & Mr
Lemurier, Seigneur de Beauvais
, Maire de la Ville de Semeur
, qui le harangua , fit
paroiſtre ſon éloquence dans
ledétailde ſes actions. Il parla
du combat de Seinſen prés
Philisbourg , & de la Bataille
d'Emſem prés de Strasbourg ,
où il s'eſt trouvé dans ſes premieres
Campagnes , de l'attaquede
Turquen , qui futpriſe&
forcée , & pour laquelle
il avoit eſté commandé en
qualité deCapitaine desGre
nadiers,des Sieges de Dinan,
du Chaſteau d'Huy , de Limbourg
, de Condé , de Bouchain
, d'Here , de Boüillon ,
du ſecours de Maſtric , & des
C 4.
56 MERCVRE
Deux Ponts , des Sieges de
Valenciennes , de Cambray ,
de ſaint Omer , de faintGuillain
, de Gand , d'Ipre ; de la
Bataille de Montcaſſel , du
combat d'Offembourg en
Allemagne , du paſſage de la
rapide Riviere de Kins qu'il
paſſa trois fois en un jour
ayant l'eau juſqu'aux aiffelles
,& enfin du fameux Siege
de Luxembourg , qui font
les glorieuſes occafions où
Mr le Comte de Lomont à
verſe fon fang pour l'Eftat ,
& ſignalé fon zele pour le
ſervice du Roy. A l'égard
de ſa Maiſon , voicy de quelle
maniere il en parla. Je n'ay
pour donner une idée de l'excel
lence de vostre noblesse , qu'à
retracer icy cetre longue fuite
de Ducs de Lorraine dont vous
GALANT.
57
estes defcendu , je n'ay qu'à expojer
aux yeux du public le
blaſon de vos armes ; qu'à faire
remarquerle Mantean Ducal
& cette Couronne , qui en font
comme les ornemens infeparables
, qu'à jetter les yeux fur ces
trois Fleurs de Lys qui y tiennent
la place des Alerions , &
dont le glorieux échange exprime
mieux que je ne puis dire ,
toute la grandeur , de vostre
Maiſon , puis que les Lis , comme
parle l'Ecriture , font plus
pompeusement & plus richement
veflus que ne fut jamais
Salomon dans toute sa gloires
que la France , à qui le Cielen
afait present ,a ſcen les porter
àun fihaut point de grandeur ,
qu'iln'y a point aujourd'huy de
Nation fur la Terre qui ne les
respecte que les Aigles, les
CS
98
MERCV RE
و
نم
Alerions ,lesLyons , & les plus
redoutables animaux sont obligez
de flechir devant la Majesté
de nos Lys , que lafacrée
Maison Royale de France qui
les porte pour ses armes
qui en a fait un present à la
Maison du Chastelet , est las
plus ancienne la plus illustre
& la plus puissante Maifon
de celles qui dominent aujourd'huy
dans toutes les parties
du monde
Le Grand cet
. و
& que Louis
Invincible Mo
narque qui regne dans l'esprit &
dans le coeur de tous les hom.
mes , ou par l'amour de sa bonté,
ou par l'admiration de sa Justice,
ou par la crainte de sa puissance
les a ornez de tant de triomphes
& tant de victoires , & les
a eslevezsur tant de trophées ,
que voulant leur faire reprendre
THEONE
DELA
S
LYON
*
1883
*
19
us, la
Sques
dans
croy
ſchée
Air
Qui n'empesche point
C
V
n'afpire
umie
de fa
entrephées.
re reprendre
GALANT.
19
le chemin d'où ilfont venus , la
vevëne peut plus porter jusques
à leur élevation .
Comme nous ſommes dans
un temps de Sainteté ,je croy
que vous ne ſerez pas faſchée
que je vous envoye un Air
conforme à ce temps .
AIR NOUVEAV .
Blen. heureux celuy qui n'afpire
Qu'à vivre ſous le doux empire
D'unDieu,dont il reçoit la lumie
re du jour ;
Qui prend toûjours la loy de Sa
volonté ſainte ,
Et pour luy dans ſon ame entretient
une crainte
Qui n'empesche pointfon amour-
CG
60 MERCVRE
i
1
১
Ces paroles ſont de feuMr
Godeau , & Mr de Bacilly
qui les a miſes en air , les a
choifies dans ſes Ouvrages
par la difficulté qu'il y a
d'en pouvoir trouver de cette
nature. Vous ſçavez qu'il a
parfaitement réuffi dans ces
fortes d'Airs , & qu'il en a
fait plus de cinquante avec
de feconds couplets en diminution
. La nouvelle Edition
qui en a eſté faite depuis
quelques mois n'eſt pas
reconnoiſſable , tant elle dif
fere des precedentes , tant
pourles correctionsque pour
les augmentations. Ce font.
deux Livres parfaitement
bien gravez , que debite le
SrGuerout. Tous les petits
Airs font à trois Parties avec
leurs feconds couplets. Le
GALANT. 61
1
nombre des grands eft fort
augmenté , & preſque tous
ceux qui avoient paru aupa.
ravant , font changez de bien
enmieux , & meſme pour les
paroles. Il y a entre autres an
Recit de trente Vers done
tout le monde eſt charmé ..
On le compare aux plus belles
Scenes des Opera , fur
tout quand il eſt chanté par
l'Auteur , qui invite les Cus
rieux à venir entendre ces.
Airs de vive voix , pour en
avoir une entiere intelligence.
Il faut vous faire encore:
part de quelques Ouvrages
qui ont eſté faits à la gloire
deMonſeigneur le Dauphin..
Ainſi ceux qui manquent au
Reeüeil que j'en ay fait à
la fin de la Relacion que je
62 MERCVRE
vous ay envoyée de la Campagne
de ce jeune Prince ,
vous les trouverez répandus
dans mes Lettres ordinai--
res . En voicy un de Mr de
Maumenet , Chanoine de
Beaune..
******
A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
Sur ſon Retour des Con.
queſtes d'Allemagne..
ODE .
OVS de qui les nobles veilles,
Ont éternisé LOVIS ,
Doctes Soeurs ,àses merveilless
Meslez cellesdefon Fils..
4 4
GALANT.
633
Aujourd'huy brillant de gloire
Sur le char de la Victoire ,.
Il revient ce Fils Vainqueur ;
Sur fon front que ceint Bellone ,
Ajoutez une couronne ,
Qu'attend de vousſa Valeur.
Et vous, Naiades plaintives ..
Dont Mars troubia lerepos ,
Quand la Seine de ſosrives ,..
Vit éloigner ce Heros.
Vous , Nymphes de nos Bocages ,
Quiſous leursfombres feüillages,
Soupiriez pour ſon retour ;
Calmez vos vives alarmes ,
Et ne verſez plus de larmes ,
Dans ce tranquilleSéjour.
Lepuiſſant Dieu des batailless ,
Qui préſidoit àsonfort ,
Au milieu des funerailles ,
L'a garanty de la mort.
Le voicy ce jeune Alcide ,,
Qui d'un courage intrepide...
64
ME'R CURE
Vole au milieu des hazards ,
Et qui dans une Compagne ,
De l'orguilleuse Allemagne
Abbat les plus hauts ramparts.
Quin'euft cru ,voyant les ligues
De tant d'Ennemis jaloux ,
Qued'enrompre les intrigues
C'estoit faire affezpour nous ?
Et toutefois , fans attendre
Qu'ils ofent rien entreprendre
Sur nos climats fortunez,
Mon Hérosporte la guerre ,
Etfait gronderſon tonnerre
Chezces Peuples étonnez .
Apeineon le voit paroiſtre
Sur les Rivages du Rhin ,
Quesonbrass'y fait connoistre
A l'injuſte Palatin .
Philisbourg de qui l'audace
Veut du coup quila ménace
Sauverſes fuperbes Tours ;
Philisbourg que tout l'Empire
GALANT. 65
Eut tantde peine à reduire ,
Est reduit enpeu de jours .
Confeffez , Germain , Ibere ,
Que les douceurs de la Paix ,
De fon invincible Pere
N'ontpasbornéles hauts faits ,
Que pour vous reduire en poudre
Iln'a qu'à prêterſafondre
Afon Fils victorieux ,
Etque malgréles tempeftes ,
On ne vitjamais nos teftes
S'éleverfiprés des Cieux.
En vain la Hollande ingrate
Ofeattenterfurles Rois ,
Malgré l'espoir qui laflatte ,
Ilsfauront vanger leurs droits
Déjala Mer mutinée ,
D'une triste destinée
Mépace fon armement ,
Et mieux que les vents & l'onde
Le plus puiſfant Roy du monde
En promet le châtiment..
66 MERCVRE
Dauphin , c'est par ta vaillance,
Que tous ces fiers Ennemis ,
A l'Empire de la France
Severront bientôtföumis ,
Ilsdoutoient que ton courage
Fist pourſon apprentissage
Defi rapides projets ;
Mais la prompte Renommée ,
De ta Valeur animée
Leurs a montré les effets.
Philisbourgqu'elleavûprendre
Enest l'aſſuré garant.
Manhein n'attendpourse rendre
Quel'aspectdu Conquerant.
Frenkendal ouvrefes portes
Et tes fuperbes Cohortes
Alloient fondre en cent climats ,,
Si ta Valeur équitable ,
Autant qu'elle est redoutable >
N'avoit arreſté leurs bras..
C'est cenoble caractere
Depuiſſance& d'équité ,
Qui te rend digned'un Pere ,
1
GALANT. 67
Si digne d'estre imité ;
Etfi ton coeur magnanime;
Qu'unsibeau modele anime ,
Ne bornoit point tesgrandeurs ,
Tun'auroispas l'avantage ,
D'estre la parfaite image
Duplusjuste des Vainqueurs.
Bon Prince , &grand Capitaine
Comme luy dans les combus
Tuvas partager la peine ,
Et le danger des Soldats;
Et tandis que la Victoire ,
Couronnant leurfront de gloire ,
Paye leurs travaux guerriers ,
Tes dons redoublent l'envie ,
Qu'ils ont d'immoler leurvie
Pour acquerir des Lauriers ...
C'est ainsi que sur la terre
Iupiternefait jamais
Tomberfon bruyant tonnerre ..
Sans ywerferfesbien-faits..
Defa dextre menaçante ,
68 MERCVRE
Part une pluye abondante
Pourfertilifer les Champs ,
Tandisque fes coups terribles ,
Sur des rocs inaccessibles ,
Voncfoudroyer les Titans.
Unique but dema Lyre ,
LOVIS , le plus grand des Rois ;
Quene doit point cet Empire ,
Ates glorieux exploits ?
C'est peu de voir l'abondance ,
L'ordre & la magnificence ,
I triompherſous ta loy:
Tufis pour nous davantage
En inſpirant ton courage
Ace Filsdigne de toy .
Permets que ma main fidelle ,
Dansune illustre Avenir ,
De ſa grandeur immortelle ,
Consacre leſouvenir.
Quand du bruit defa loüange ,
De la Seine jusqu'au Gange,
Iefais retentir les airs 2.
GALANT. 69
1
Pendis plus pour ta memoire ,
Que fi je traçois l'histoire.
Detes triomphes divers.
Les deux Sonnets que j'ajoûte
ſont ſur la meſme matiere
. L'Auteur n'a voulu
marquer fon nom que par
ces Lettres , L. D. M. C. D. В.
A MONSEIGNEUR
Dauphinimpatient de courir à
la Gloire ,
Tu goûtois à regret les douceurs de
la Paix ,
Quand Bellonne propice àtesnobles
fouhaits
Lespalmes à lamaint'apelleàla
Victoire.
Tu cours, &ce Rampartfifameux
dans l'Histoire ,
70
MERCVRE
Philisbourg en tombantfurpris de
tes hauts faits
Confefle que ton bras parses premiers
effais
Montre ànos Ennemis ce qu'ils ne
pouvoient croire.
Le Rhin ,à ton aspect , croyant
voirce Heros ,
Qui la foudre àla mainoſafendre
fes flots ,
Tremble que ta Valeur ne s'y
frayeun paſſage;
Etbien- toftle Germain par ton
brasfurmonté
Pourfauver ſes Etats ,&fléchir
ton courage ,
N'auraque lemoyen d'implorer ta
( bonté.
GALANT.
71
A MrleDuc de Montauſfier."
Lluftre , Montanßer qu'une
gloirefolide
Fit voler pour ton Princeau milieu
des hazards ,
Et qui toûjours chery de Minerve
&deMars ,
Sceus ioindre au beleſprit le cou
rage intrepide.
Voy cejeune Dauphin , de qui tu
fus leguide ,
Les armes à la main défierles Ce-
Sars.
L'orgueilleux Philisbourg luy foûmetſes
ramparts ,
Et tout tremble à l'aspect de ce
nouvel Alcide .
Que ne fera- t- ilpoint dans la
fuite des temps ,
72
MERCURE
Si déja fa Valeur par cent faits
éclatans
Afur les bords du Rhin consacré
Samemoire?
Il ne manquoit plus rien à ton
fortfortuné,
Après avoir brillé dans leſein de
laGloire,
Que d'y voir ce Heros de palmes
couronné.
Les quatre volumes que je
vousay envoyez depuis deux
ans , du voyage que les Ambaſſadeurs
de Siam ont fait en
France , vous ont amplement
inſtruite de ce qui regarde
cette Nation . Ces Ambaffadeurs
eſtantretournezauprés
du Roy leur Maiſtre , luy firent
connoiſtre la grandeur
du Roy , & ce Monarque fut
fa
GALANT. 73
fort touché des honneurs
que Sa Majesté leur avoit fait
rendre depuis qu'ils eſtoient
entrez dans ſes Etats , qu'il
reſolutde recevoir des Troupes
Françoiſes dans les meilleures
de ſes Places , & ne
fongea plus qu'à entretenir
une alliance , dont il eſperoit
beaucoup d'utilité & d'appuy.
Comme il venoit d'envoyer
uneAmbaſſade des plus
folemnelles, il crutne devoir
faire partir que des Envoyez
par les Vaiſſeaux qui avoient
ramené ſesAmbaſſadeurs jufques
àSiam:mais il les chargea
de preſens pour toute la
Maiſon Royale.Ces Envoyez
venoient auſſi enFrancepour
faire avancer quantité d'Ouvrages
pour Sa Majesté Siamoiſe
, que ſes Ambaſſadeurs
Mars 1689 . D
74 MERCVRE
1
د
y avoient fait commencer
pendant leur ſejour. C'eſt
pourcela qu'un nominé Racan
, l'un des Mandarins qui
les avoient accompagnez , a
eſté choisi pour le ſecond
envoyé. Ils ont amené avec
euxquelques Tunquinois&
comme il leur eſtoit auſſi
ordonné d'aller à Rome , &
de revenir enſuite à Paris
ils y ont eſté conduits par le
Pere Tachard leſuite , qui a
fait deux fois le voyage de
Siam Celuyde Paris à Rome
ne regardant point Sa Majeſté,&
n'eſtant qu'une Commiffion
particuliere dont ils
ſe ſontacquitez,je vous diray
ſeulement que le 26.Novembredernier
ils arriverent à
Cannes àdeux lieu ës de Grace
; & s'y embarquerent fur
GALAN T.
75
deux Felouques qui les porterent
le lendemain à Ville
Franche,petite Ville de Piedmont
, de la dépendance du
Duc de Savoye. Ils allerent
de là à Monaco , Placetresforte
par ſa ſituation eſcarpée
de toutes parts . Elle n'eſt acceſſible
quedu coſté du Port ,
où l'on a pratiqué un chemin
dans la montagne , qui eſt
meſme fort difficile à monter.
Il n'y a rien de remarquable
dans l'enceinte que le Palais
du Prince , quieſt fort
confiderable par la beauté de
ſes meubles. La Garniſon eſt
de fix cens hommes François
, qui font à la ſolde de
Sa Majeſté. Il y a de plus une
Compagnie de cent Suiſſes ,
qui compoſe la Garde du
Prince. La coſte depuis Mo-
D2
76 MER CURE
naco juſqu'à San - Remo paroiſt
inculté & aſſez deſerte.
La premiere Ville qu'ils y virent
fut Menton , à quatre
milles de Monaco. C'eſt la
derniere de la dépendance de
cePrince. Ils virent enſuite
Vintimille , Ville appartenante
au Prince qui porte ce
nom. Elle eſt ſur le panchant
d'une colline , & leur parut
aſſez belle par le grand nombre
de maiſons qu'ils découvrirent.
Ses murailles ſont de
pierre de taille , avec desBaſtions
de diſtance en diſtance.
La Fortereſſe eſt ſur le haut
de la montagne , & commande
la Ville. Aprés qu'ils eurent
doublé le Cap de San-
Remo , ils entrerent dans le
Port. Cette Ville eſt fort agreable,&
ornée de pluſieurs
GALANT .
77
- Palais , & de tres- belles maifons
. Ils pafferent à Oneil ,
: qui eſt de la dépendance du
Duc de Savoye , &allerent
coucher à Arais , petite
Ville de la Repuplique de
Gennes , & fort peu confiderable.
Ils en partirent le
lendemain au matin ,& fur
leshuitheures ils entendirét
unbruitfourd, comme celuy
d'une Armée navale qui ſe
feroit battue à trois ou quatre
lieuës de là. On leur dit que
ce bruit venoit des flots dela
Mer , qui entroit avec impetuoſité
dans les cavernes affreuſes
du Cap de Final qui
eſt entierement creux. Ils y
paſſerent àla portée dupiſtolet
, & virent la Ville qui luy
a donné ſon nom. On ne
découvre que deux Forteref
D3
78 MERCVRE
ſes , l'une fur le haut , & l'autre
ſur le panchant d'une
Montagne qui couvre la Ville.
Il y a ſeulement ſur la
plage prés de cent maiſons
affez belles , & entre autres
un Arc de triomphe , qu'on
dit avoir eſté élevé pour faire
honneur à l'Imperatrice ,
quand elle y paſſa en prenant
la route de Vienne. Le 30. les
Mandarins arriverent à Noly
de là à Savone , l'une & l'autre
de la dépendance deGennes
. Il y a un Eveſque à Noly .
L'Egliſe eſt petite , mais fort
belle & bien ornée. Le 2 .
de Decembre ils entrerent
dans le Port de Gennes
d'où eſtant partis deux jours
aprés , la Mer fut fi groſſe
qu'elle les obligea de relaſcher
à Camoglio , petit
د
2
GALANT.
לפ
Bourg à demy lieuë de là ,
où il y a ſeulement un Port
pour les Barques. Ils eurent
beaucoup de peine a y entrer,
& le vent contraire n'ayant
point ceſſé pendant huit
jours , le Pere Tachard écrivit
au Confulde la Nation
Françoife àGennes, le priant
de leur vouloir fournir des
voitures pour faire le reſte
du voyage par terre. On leur
envoya douze chevaux , &
trois mulets pour leurs hardes,
mais les chemins ſe trouverent
ſi peu pratiquables ,
qu'ils furent contraints de
reprendre deux Felouques à
Rapaolo , qui n'eſt éloigné
de Camoglio que de deux
lieuës . Enfin ils arriverent à
Ligourne , qui eſt une Place
tres bien ſituée. Elle eſt de la
D 4
80 MERC VRE
dépendance du Grand Duc
de Toscane , & a un bon
Port , & une tres -belle rade..
Les maiſons en ſont bien
baſties , & les ruës fort larges
. Sa fituation au milieu de
l'Italie la rend extrémement
riche par la commodité du
Commerce. Toutes les Nations
de l'Europe y ont chacune
leur Conful particulier.
Elle est peuplée d'Etrangers ,
& fur tout de François , qui
font, à ce qu'on aſſure,plus de
la quatrième partiede ſes babitans.
Il y a une Citadelle à
l'entrée du Port. Le Grand
Duc y entretient fix cens
hommes de garnison , &
quatre ou cinq cens dans la
Ville . On voit ſur le Port
une Statuë de marbre blanc
du Prince Ferdinand ,Grand
GALANT. 81
Duc de Tofcane , élevée ſure
un Piedeſtal de mefme matiere
dedix ou douze pieds
de haut . Elle eſt debout avec
quatre Eſclaves de bronze
affis fur le quatre coins du
Piedestal les mains liées derriere
le dos par une chaîne
qui deſcend des pieds du
Prince. Ils partirent de Ligourne
le 16. Decembre; &
arriverent ce meſme jour à
Piombino . C'eſt un Château
affez malen ordre , ſitué
fur une Montagne , au bas
de laquelle eſt un grand
Bourg avec un petit Port:
pour les Barques. Ils ſe rendirentdelà
à Porto Hercole ,
éloigné de Piombino de foixante
& dix milles . Ce poſte
qui appartient au Roy d'Ef
pagne , eft extremement for-
DS
?
82 MERCURE
tifié . On y voit trois bonnes
Fortereſſes ſur trois Montagnes
qui environnent la Ville.
Elle eſt ſituée au bas fur
le Port. Les Barques & les
petits Vaiſſeaux y font en
ſeureté , mais les gros ont
peine à y demeurer . Toute
la Coſte depuis Ligourne
juſqu'àCivita- Vechia poroiſt
inculte & deferte , & l'on
dit meſme que l'air y eſt fort
mal fain . On y voit pour.
tant quelques Villages difperſez
dans la Campagne , &
fur les collines avec des Tours
d'eſpace en eſpace ſur le rivage
, afin que le plat païs &
les Felouques qui ſonten mer
foient averties le jour par un
coup de canon
par des feux , que l'on découvre
un Corſaire ſur les
& la nuit
GALANT. 83
coſtes . Le 18. le Pere Tachard
ayant remis les Mandarins
entre les mains du Conſul de
Erance à Civita-Vechia partitdans
une caleche pour ſe
rendre à Rome. Civita - Ve.
chia eſt une Ville qui dépend
du Pape. Le Port eft affez
grand & commode , & les
gros Vaiſſeaux y peuvent entrer.
Entre les deux Corps
de Garde qu'il faut paffer
avant qu'on entre en la Ville,
il y a un Baffin où ſont cinq
Galeres de Sa Sainteté . Sitoſt
qu'on fut averty par
L'arrivée du Pere Tachard
que les Mandarins venoient
par mer , on depeſcha Meſ
fager ſur Meſſager pour en
avoir des nouvelles , mais
on n'apprit que le 21. qu'ils
cfſtoient à trois milles de
D
84 MERCVRE
Rome. Aufſi - toſt Mr. Cibo,,
envoya deux Caroſſes de la
part du Pape pour les recevoir
, Mr. le Cardinal d'Eſtrées
en envoya auſſi un ,
& il y en eut encore quelques
autres. Ils furent receus
par un Gentilhomme de Sa
Sainteté , qui les conduifit
ainſi juſques au logis
qu'on leur avoit preparé .Hs.
furent traitez avec beaucoup
de magnificence & fervis à
table par les premiers Officiers
de Mr.le Cardinal Cibo,
će qui a toûjours continué
juſqu'à leurdepart. Ily avoit
fon Maistre d'Hoſtel , fon
Ecuyer tranchant qui coupoit
les viandes & les partageoit
, fix Gentilhommes &
plus de quinze Domeſtiques,
les uns pour la table , & les
GALANT.
85
6
6
autres pour preparer tout .Le
bruit s'eſtant répandu dans
toute la Ville , que l'un d'eux
eſtoit Fils du Roy de Siam
& les autres , des premiers
Seigneurs de fa Cour , &
qu'ils venoient pour ſe faire
baptifer par le Saint Pere
il n'y eût perſonne qui n'accouruſt
pour les voir.. La
foule fut telle qu'on fut obligé
de demander des Suiſſes
pour empeſcher la confufion
. L'Audience leur ayant
eſté promiſe pour le 23. à
deux heures aprés midy , on
demeura d'accord des honneurs
que l'on rendroit à la
Lettre du Roy de Siam ,& à
celuy qui la porteroit. Ce
jour là, le Secretaire de Mrle
Cardinal Cibo vint les prendre
avec deux Carroffes,dont
86 MERCVRE
1
l'un eſtoit tout garny de rubans
noirs . Mr le Marquis
de Lavardin , Ambaſſadeur
de France , leur en envoya
un autre remply de Gentilshommes
François qui ſe trouverent
toûjours au devant
d'euxen entrant & en fortant-
Les Mandarins eſtoient habillez
de drap avec un galon,
d'or large de trois doigts ſur
les couſtures & au bas du
Juſte- au - corps. Ils portoient
furla teſte un bonnet en piramide
fait de mouſſeline tresfine
, avec un cercle d'or tout
autour. Il eſtoit auſſi large de
trois doigs , & retenu par un
cordon d'or attaché ſous le
menton . Le Pere Tachard
entra le premier dans le Car--
roffe , & les Mandarins enfuite.
Le premier portoit une:
GALAN Τ.. 87
caffette de verny , garnie de
plaques d'argent , dans laquelle
eſtoit la Lettre du
Roy. Le ſecond tenoit un
coffret de Filigrane d'or peſant
environ quinze livres..
C'eſtoit le preſent de ſa Majeſté
Siamoiſe. Le troiſième
portoit une autre boëte d'argent
, ouvrage du Japon avec
un grand baffin de filigrane
auſſi d'argent , le tout peſant
environ vingt livres ..Ils furentainſi
conduits au Palais ,,
au milieu preſque de tous les
Habitans de Rome de toutes
fortes de conditions . Ils entrerent
par la grande portedu
Palais où ils trouverent les
Suiſſes de Sa Sainteté rangez
en haye juſques au pied d'un
grand eſcalier . Ils y deſcendirent
de Carroffe ,& furent
88 MERCVRE
1
receus parMr Cibo , Frere du
Cardinal de ce nom ,quiétoit
ſuivy du Capitaine des
Suiffes . Ils trouverentdansla
première Salle les Domeſtiques
de Sa Sainteté qui s'étoient
placez des deux coſtez.
&dans la ſeconde estoient
ſes Gardes , tous botez , & le
piſtolet à la main , dont ils
firent une décharge pour les
faluer. Enfuite ils entrerent
dans l'antichambre , où tous
les premiers Officiers duPape
les receurent. On fit avertir
Sa Sainteté qu'ils estoient
venus , & un moment aprés
ils furent introduits dans la
Salle d'audience . Le S. Pere:
eſtoitaſſis dans ſa Chaiſe accompagné
de huit Cardinaux
ſçavoirMrs Ottoboni,Chigi,.
Barberino , Azzolino ,AlGALANT.
89
tieri , d'Eſtrées , Colomna', &
Caſanate. On mit les prefens
fur une petite table , & enfuite
le Pere Tachard , en
qualité d'Envoyé , ayant fait
les trois genuflexions ordinaires
au milieu des deux
Maiſtres des ceremonies , bai
fa les pieds de Sa Sainteté ,&
s'eſtant retiré à coſté , il commença
ſa harangue à genoux
en diſant , Beatiffimo Padre..
Le Pape qui voulut luy faire
honneur , le fit lever , & ce
Pere continua de luy parler
Italien . Voicy une traduction
fidelle de ſon Dicours ..
T
Res-Saint Pere ,
Les Benedictions tres-particulieres
que la Providence divine
répand for fon Eglife avea
१०
MERCURE
ne nous per. tant de profusion ,
mettent pas de douter que Diew
n'ait choisi Voſtre Sainteté dans
ces derniers fiecles , pour réünir
tout l'Univers dans ſon bercail.
Nous voyons fous ce faint Pon.
tificat les Heretiques les plus
opiniâtres chassez ou convertis
Les Royaumes qui s'estoient feparez
avec tant de ſcandale
xéunis à l'Eglise , & soumis à
fon autorité ; les Ennemis les plus
redoutables du nom Chrestien,
presque tous exterminez , on fi
affoiblis , qu'ils n'attendent que
ledernier coup pour achever leur
ruine ; mais ce qui est deplus
extraordinaire , & fans exemple
, & qui estoit refervé comme
un privilege dû àVostre Sainteté
, c'est qu'un des plus grands
Rois de l'Orient , encore Payen
prévenu & extraordinairement.
touché, nonpas tant de l'éclat de
GALANT.
9r
fa dignité es de ſa prééminence ,
que dela sainteté de ſavie, & de
la grandeur deſes vertus perſonnelles,
ce grand Roy , dis -je , ma
chargéde venir defa part demander
à Voštre Sainteté fon amitié ,
-L'aſſurer de ses respects , & luy
offrir ſa protection royale pour
tous les Predicateurs de l'Evan.
gile , & pour tous les Fidelles,
avec des fentimens qu'on trouve
àpeine dans la Cour des Princes
Chreftiens. Ce puiſſant Roy com.
mence déja à se faire instruire,
Il dreſſe des Autels &des Eglifes
au vray Dieu ; il demande des
Miſſionnaires sçavans & zelez ;
il leur fait baſtir des. Maiſons
& des Colleges magnifiques ; il
nous donne tres -ſouvent des audiences
fecretes & tres-longues,
& nous fait meſme rendre des
honneurs qui font de la jalousie
92
MERCVRE
aux principaux Ministres de fa
Secte , pour qui il avoit autrefois
une veneration fuperftitieuse. Si
Dieu écoute nos voeux , où plûtoft
s'il exauce les larmes & les
prieres de Vostre Sainteté , car ce
Sera fans doute par unesi puis-
Sante intercefſſion que s'achevera
ce grand miracle , je veux dire
la conversion de ce Monarque
que de Rois , de Prince , &
de Peuples , ou Soumis à fon
Empire , ou qui admirent fafageffe,
& fe gouvernent par ses
conseils , fuivront un si grand
exemple Certes, Tres Saint Pere,
jamais l'Evangile n'a eu de fi
grandes ouvertures pour s'établir
Solidement , &se répandre dans
cette partie de l'Orient la plus
vaſte & la plus peuplée. Pour
moy , je regarde deja cette Lettre
Royale que ie viens presenter
GALANT .
93
2 2012
à Vostre Sainteté de la part du
Roy de Siam ces prefens qu'il
luy a destinez , & ces Mandarins
auſquels il a ordonné de
Se presenter à ses pieds
feulement comme des témoignages
finceres de la reconnoiffance
& du profond respect de ce
Prince , mais encore comme des
engagemens de sa foumiſſion,&
fi je l'ofe dire , comme des premices
deſes hommages & de fon
obeiſſance.
Le Pere Tachard ayant
achevé , voulut ſe remettre à
genoux pour entendre la réponſe
de Sa Sainteté , mais le
S.Pere l'obligea de ſe relever,
& fit voir par là l'eſtime qu'il
faifoit du Roy de Siam. Les
Mandarins firent auſſi leurs
civilitez . Tous les troiseſtant
entrez enſemble immediate94
MERCVRE
ment aprés le Pere Tachard
&ayant mis leurs preſens fur
une petite table , comme je .
l'ay déja - dit , les deux derniers
commencerent à lever
leurs mains jointes au front ,
& ayant incliné la teſte , ils
ſe mirent à genoux , & baifſeret
enſuite leur viſage contre
terre , ce qu'ils reitererent
trois fois . Pendant ce temps
le premier Mandarin eſtoit
debout , tenant la Lettre du
Roy fon Maiſtre ſous un
bandage d'un precieuxvernis
du Japon. Cette Lettre eſtoit
gravée ſur une feüille d'or
longue d'un pied & demy ,
qu'attachoit un ruban bleu ,
enrichy de fleurs d'or & d'argent
, le tout dans une boëte
d'or en cilindre , excepté le
couverclequi estoit en piraGALANT
.
95
-
mide , orné de fleurs email-
= lées de pluſieurs couleurs.
Les Mandarins avancerent
- juſqu'au milieu de la Salle ,
où ils firent les meſmes reverences
, & enfin une troifiéme
lors qu'ils furent aux
pieds de Sa Sainteté . Alors le
premier d'entre- eux mit la
boëte entre les mains du Pere
Tachard , fit ſes genuflexions
avec tous les autres , premierement
à la Lettre qu'il quit-
- toit , & enſuite à Sa Sainteté,
= & s'approchant l'un aprés
l'autre , ils ſe proſternerent à
ſes pieds en forte que lebout
de leurs bonnets touchoit ſa
robe. Le Pere Tachard ouvrit
la boëte , & en ayant tiré la
Lettre du Roy de Siam , il la
preſenta au Pape qui la reccut
avec une affez grande mar
96 MERCURE
que de joye. Elle commençoit
par ces paroles, qui font
les qualitez de ce Prince, ſans
pourtant que l'on y puiſſe
donner aucune explication .
Som Dei pra Tchau Si a jou
Thia Puiai.
Viu ires Saint Pere Innocent
XI.
Cette Lettre a eſté traduite
litteralement , & contenoit
ce qui fuit.
D
E's noſtre avenement à cet.
te Couronne , le premierfoin
que nous eusmes ,fut de connoistre
les plus grands Princes de l'Europe,&
d'entretenir avec eux de
mutuelles correspondances , afin
d'en tiver la connoissance & les
lumieres neceffaires à nostre conduite
. Voftre Sainteté prevint &
remplit nos defirs par son Bref
Pontifical ,
GALANT.
97
Pontifical , qui nous fut preſenté
parDomFrancisco Pallud , Evefque
d'Heliopolis , avec un prefentdigne
de l'auguste personne
qui nous l'envoyoit , que nous
reçûmes auffi avec une ioye
toute particuliere de nostre coeur.
Nous envoyames quelque temps
aprés nos Ambassadeurs pour aller
Salüer vostre sainteté , luy
porternoftre Lettre Royale avec
quelques prefens & établir
entre nous une amitié aussi unie ,
que l'est une fcüille d'or bien
polie ; mais comme depuis leur
départ on n'en a receu aucune
nouvelle , nous nous trouvons
obligez de renvoyer le Pere
Tachard , Jefuite , en qualité de
noſtre Envoyé Extraordinaire
auprés de Voftre Sainteté , pour
établir entre Elle & Nous cette
bonne correspondance que nos
Mars 1689 .
E
98 MERCVRE
premiers Ambassadeurs estoient
chargez de nous ménager , &
nous rapporter inceſſamment des
nouvelles de l'heureuse Santé de
Vostre Sainteté. Ce Pereprendra
la liberté de l'aſſeurer de nostre
part , que nous donnerons une
entiere protection à tous ces
Peres , & à tous les Chrestiens ,
foit qu'ils soient nos sujets , on
qu'ils demeurent dans nos Etats
oumesme qu'ils reſident en quetque
autre Pays que ce foit de
cet Orient , les secourant conformement
à leurs besoins quand
ils nous feront ſçavoir leurs neceffitez
ou qu'ils en feront
naistre l'occaſion. Ainsi Vostre
Sainteté peut estre en repos de
ce coste-là , puis que nous voulons
bien nous charger de ces
Soins. Ce mesme Pere Tachard
aurathonneur d'informer Voftre
Shinteté des autres moyens qui
LYON
* 1893
GALANT.
à
dan
convienent à cette fin fa
ordres que nous luy en aver
nez. Nous la prions de domen
ce Religieux une entiere
creance fur ce qu'il luy repre-
Sentera,& derecevoir les pre-
Sens qu'il luy portera , comme des
gages de nostre fincere amitié.
laquelle durera juſques àl'Eternité.
Dieu , Createur de toutes
choſes , conſerve Vostre Sainteté
pour la défenſe de ſon Eglife ,
enforte qu'Elle puiſſe voir cette
mesme Eglise augmenter ,& se
répandre avec une heureusefer.
tilité dans toutes les parties de
l'Univers . C'est le veritable defir
de celuy qui est ,
Tres- Saint Pere ,
De VOSTRE SAINTETE' ,
Le tres-cher & bon Amy.
Au bas de cette Lettre il y
avoit à coſté pour toute f
E 2
100 MERCURE
?
gnature , Phaul Kon . C'eſt un
des noms de M. Conſtance ,
qui figne les Lettres du Roy,
comme font icy les Secretaires
d'Estat . Aprés qu'elle eut
eſté donnée à Sa Sainteté,les
Mandarins ſe leverent , &
allerent tous trois à reculons
prendre les Prefens . Le Premier
prit le Coffret de Philigrane
d'or , qui eſtoit celuy
du Roy , & ſe tint toûjours
debout tant qu'il l'eut entre
les mains . Les deux autres
prirent le Preſent de Mr
Conſtance , Miniſtre de Sa
Majesté Siamoiſe , & chacun
les ayant donnez au Pere
Tachard , qui les preſentá à
Sa Sainteté , ils firent leurs
foumiſſions , & demeurerent
en ſuite à genoux pendant
toute l'audience qui dura pré
GALANT. 101
e
d'une heure. Le Pape fit plu-
Geurs queſtions à ce Pere fur
l'estat du Royaume de Siam
& témoigna eſtre fort touché
de la bonté du Roy , & du
zele de ſon Miniſtre pour la
Propagation de la Foy, aprés
quoy ayant oſté ſon Etolle ,
il ſe retira pour confiderer à
loiſir les Preſens qu'il venoit
de recevoir. Le Pere Tachard
& les Mandarins demeurerent
avecles Cardinaux qui
les entretinrent affez longtemps
, & aprés cela ils allerent
voir Mr le Cardinal
Cibo , premier Miniſtre de
Sa Sainteté. On les remena à
leur logis avec les meſmes
ceremonies . Le 24. ſur les fix
heures du foir , on les mena
voir une Feſte qu'on 'faiſoit
aux Cardinaux , dont ſeize
E 3
102 MERCVRE
affifterent à une Muſique
qu'on leur fit entendre. Ils
virentenſuite unetable toute
couverte de Triomphes faits
de fucre , c'eſt à dire des
Chars , des Vaiſſeaux , des
Animaux , & autres Figures
On envoye cela à tous les
Cardinaux , aprés qu'ils ont
fait là une legere collation,
que le premier Miniſtre leur
donne. Le jour de Noël , ils
viſiterent les plus belles Egliſes
de Rome , & le 27. les
Tonquinois eurent audience
On y obferva les meſmes
choſes qu'à celle des Mandadarins
. Ils trouverent le Pape
feul , & aprés que le Pere
Tachard eut fait ſa Harangue
ils allerent l'un aprés l'autre
baifer les piedsde Sa Sainteté
Les autres jours furent emGALANT.
103
1
1
ployez à voir le Vatican , &
les Palais des Princes , qui
font magnifiques par les
Tableaux & par les Antiques
que l'on y voit en grand
nombre. Le 5 , de Janvier ils
allerent tous enſemble prendre
congéde Sa Sainteté. On
les y conduiſit dans trois Carroffes
, & on leur fit les mefmes
honneurs qu'ils avoient
reçus la premiere fois . Le
Pape eſtoit ſeul dans faCham
bre. Les Mandarins , apres y
avoir demeuré une demyheure
à genoux laſſez de
cette poſture, commencerent
à ſe mettre ſur les coudes ,
& Sa Sainteté qui en voulut
fçavoir la raiſon , l'ayant appriſe
du Pere Tachard , les
congedia en leur donnant à
chacun fix Medailles de ſon
E
104
MERCURE
Portrait , trois d'or & trois
d'argent. Enfuite on fit approcher
les Tonquinois , aufquels
Elle donna fa benediction
avec un Chapelet &
une Medaille d'or à chacun.
Le 28. ils allerent viſiter les
ſept Egliſes dans un Carroſſe
à fix chevaux de MrleCardinal
d'Eſtrées ,& à leur re
tour ils trouverent pluſieurs
grandes caſſettes , couvertes
de brocard à fleurs or & argent
, garnies de galons , toutes
remplies de confitures ;
deux autres plus petites de
bois d'ébene,ornées de Fleurs
rapportées de pluſieurs couleurs
, pleines d'eſſence ; un
autre petit coffre où eſtoit le
Corps de Saint Modeſte, avec
quantité d'autres Reliques ;
une caffette remplie d'Agnus
GALANT.
105
Dei , & un coffret de criſtal
où il n'y avoit que des Cordiaux.
C'eſtoit le preſent du
Pape au Pere Tachard Sa
Sainteté luy donna auſſi ſon
Portraitenrichy dePierreries
&une Lunette de vingt pieds
peur porter au Roy de Siam..
Elle y ajoûta un Chapeletde
Lapis garny d'or , avec une
Medaille pour Mr Conſtance,
lameſme choſe pour Madame
Conſtance ſa Femme &quan--
tité d'Indulgences . Le 7. Janvier
lesMandarins &lesTon--
quinois partirent de Rome
dansdes Calechespour ſe rendre
àCività Vecchia oùdeux
VaiſſeauxMaloüins les attendoient.
Le Pere Tachard ne
partit que le 6. & le jour precedentl'Intendant
de la Maifon
du Pape luy apporta les
Es
106 MERCURE
Brefde Sa Sainteté , qui estoit
fur du parchemin dans une
boëte d'or quarrée , avec ſes
Armes deſſus & fon nom def.
fous . Ils s'embarquerent à
Cività Vecchia aprésy avoir
receu de grands honneurs
&trouverent dans leursVaifſeaux
toutes fortes de proviſions
qu'on y avoit apportées
de la part du Pape.
وه
Lors qu'ils furent de retour
, ils eurent audiencede..
Sa Majeſté; ne l'ayant pas euë
avant leur depart de Paris
pourRome parce que le Roy
eſtoit à Fontainebleau , &
Monſeigneur le Dauphin en
Allemagne . Comme le Roy
de Siam ſouhaite avoir une
Compagnie de François pour
Gardesdu Corps, on en a levé
cent icy , & ils feront com
GALANT..
107
mandez par Mr d'Eragny ,
que Sa Majesté a nommé , &
qui a eſté autrefois Capitaine
au Regiment des Gardes . Ils
font veſtus de rouge avec un
gros galon d'or , & bien armez
. Le Roy de Siam leur
fornira des chevaux qu'il
entretiendra , en forte que
fans en avoir aucun ſoin , ils
n'auront qu'à les prendre à
l'Ecurie lors qu'ils devront
monter à cheval . Ces cent
Gardes font partis avec les
Envoyez , & pluſieurs Vaifſeaux
de la Compagnie , qui
eſt fort fatisfaitede fon commerce
; s'en retournent avec
eux. Monfieur , qui avoit receu
quantité de prefens du
Roy de Siam , en a renvoyé
de fort beaux , & en grand
nombre..
E6
108, MERCVRE
Je vous envoye un Ouvra
ge fort galant ſur une Fontaine
, qui attireroit un grand
nompre de Beuveurs , ſi l'on
ſçavoit où ſes caux ſe trouvent,
mais on n'en aqued'artificielles
, & leur uſage ne
donne pas un ſecours de longue
durée.
LA FONTAINE
de Jouvence.
Vpiter qui de l'Empirée
Avoit chaffé Saturne& Rhée ;;
Qui par un attentat doublement
criminel
S'estoitſaiſiſur eux du Trônepa-.
ternel ,
Et qui ,ſuivant lecours desabonnefortune.
Soumettoit en Tyran, tousleMon
de àfes loix
GALANT.
109
Se vit enfin forcé par Pluton &
Neptune
Delepartager entre eux trois.
Neptune pourfon los eut le Sceptre
Aquatique,
Et regnafurtoutes les Mers
Pluton , content du fien , prit le
titre emphatique
DegrandMonarque des Enfers..
Iupiter, pourfon droit d'aiſneſſe
Eut le reste de l'Univers ,
Etfeignit mefme avec adreffe
De s'envoirfans chagrin dépoüillédesdeux
tiers ..
Cependant,enfecretoutréde cette
( perte ,
De ceux qui lacaufoient ilvouloit
Sevanger. )
Mais quoy? les attaquer tous deux
àforce ouverte ,
Ily trouvoit trop de danger...
Ainfirecourant à la ruse ,
IlflatteNeptune l'abuse
110 MERCVRE
Et , d'accord avec luy, fait l'esta
bliſſement
De lafontaine de louvence.
Cette Source d'abord paruiSans
confequence,
On s'en loüa par tout ,&l'on crût
Seulement
Quepropice àlarace humaine,
Illuyfaisoit cenouveau don ;
Mais elleestoit un fruit defon
adroite haine ,
Ilsevangeoitparelle ,&parelle
Pluton
Eaſt inſenſiblementveuſapper&
détruire
Lefondement deſon Empire;
Car l'homme, quoyque némortel,
S'y dépouilloit deſavieilleſſe ,
Et trouvoitdansſfeseaux uneverte
jeunesse
Qui le rendoit comme eternel,
Deforte qu'à lafin les droits de ce
Monarque,
GALANT .. JI
Se trouvant affoiblis par le peu de
Mourans ,
Et par l'oiſiveté de lafatale Barque,
Il euft estéfacile au Vainqueurdes
Géans
De reprendrefur luy ,Sans Sujets,,
Sansfinances,
-Ce que laseule violence
Avoit arrachédefa main..
Pluton détruit, Neptune en vain
Eust voulu faire resistance ;
Ses Monstres marinsſes Tritons,
Ses rochers menaçans,ſes abysmes
profonds ,
L'auroient veuforcéde luyrendre
Ges humides Estats qu'ils n'au.
roient pû deffendre.
Mais Pluton s'estant apperceu
Du tort que fon Royaume avvite
dija recen
De cette fameuse Fontaine ..
Consulta le prudent:Minos.
12 MERCVRE
Vostre Majestéfouterraine ,
Repondit- il en peu de mots
Sçait que jamais un Dieun'est en
droit de défaire
>
Cequ'une autre Deitéfait ,
Etqu'ilpeut seulement endétruire
l'effet;
Ainsi pourvous tirerd'affaire ,
Mon avis eft grand Roy qu'ilferoit
àpropos
De commettre au plus viste un
Dragonàlagarde
De ces rajeuniſſantes eaux.
Alorsje ne crois pas que quel
qu'un ſe hazarde
D'enapprocher encor;lapeurqu'
on en aura,
Surmontera bien tost celle de la
vieilleffe ,
Et, quelque attrait qu'ait la
jeunesse,
Telqui courroit aprés ,ſurſes pass
reviendra..
GALANT .
113
Ce conſeil eſtoit falutaire ;
Leſage Pluton le ſuivit ,
Et leshommes enfin que lafrayeur
Saifi
Moururent, comme à l'ordinaire...
Ce Monstre affreux lesfit trembler
Les infirmitezdu vieil âge
Leurparurent bien moinsfuneftes
que fa rage ,
Et, trouvant à s'en conſoler
Par cette conduite prudente ,
Quifuit ou qui donne les ans,
On les vit , mesme en cheveux
blancs ,
Sortir d'une façon riante
De la jeuneſſe petulante .
Mais le beausexe moins poliron
Allatoûjours à la Fontaine,
Etde cet infernal Dragon
Sans craindre la brûlante haleine
Crût qu'ilvaloit autant s'exposer
à perir
Que voir , mesme avant fon
Autonne
114 MERCURE
Refroidırles Amans quefon Printemps
luy donne ,
Et que luy Seul pentretenir .
Cet Ouvrage eſt de Mr de
Vin , dont vous en avez déja
veu pluſieurs.Celuy qui vous
a tant pleu au commencement
de ma Lettre de Decembre
, & qui a pour titre,
Philisbourg pris par Monfeigneur
le Dauphin , en vingt
jours de tranchées ouvertes
eſtoit encore de luy. Je ne
l'ay appris qu'aprés que je
vous l'ay envoyé , & je prens
cette occafion de vousledire
afin de luy rendre la justice
qu'on luy doit.
Il eſt vray que les paroles
dont vous me parlez ſur les
Conqueſtes de Monſeigneur,
font chantées icy detout le
GALANT .
Fry
monde . Comme elles ſont de .
venuës par là preſque populairesj'avois
negligé de vous
en donner une copie , quoy
que dans leurs genre elles
ayent leur agrément . Cependant
puisqu'elles font ſouhairées
avectantd'empreſſement
dans voſtre Province , voicy
dequoy fatisfaire ceux quiles
demandent.
Monseigneur est donc de retour
Duvoyagede Philisbourg ,
Le Palatin ne le tient guerre .
Laire la laire lan laive
Laire la laive lan la.
Quelplaisirpour ce nouveau Mars,
De voirqu'affrontant les hazards.
Tout luy cede commeàfon Perei
Laire la , OcCo..
116 MERCVRE
Le coeur charmédeses hautsfaits,
Mille Beautez plus que jamais
Vont prendre leſoin de lux plaire
Laire la ,&c.
Mais pour elles je crains bienfort
Qu'animéd'unplus beau transport
La gloire ne luy foit plus chere.
Laire la, &c.
Que les Bergers denos cantons
Craindront pour leurs pauvres
MOUIONS !
De Loups il neprendra plus guere.
Laire la , c
Ce leune Mars dans les combats
S'en va faire plus de fracas ,
Qu'Achileautrefois n'enputfaire
Laire la , &c.
LeRhindansſesflots écumeux
GALANT .
117
Craint de fentir encor desfoux
Il tremble comme un pauvre here.
Laire la , &c .
Ondit qu'au milieu defes eaux
Lefront tout couvert de rozeaux ,
Ce grand Fleuvese desespere.
Laire la , &c.
Sesyeux ont eftè les temoins
Des Exploitsfameux, &dessoins
Du Fils aussi bien que du Pere.
Lairela , &c .
Ce beau coup d'effay ſurſes bords ,
Fait voirque de plus grandsefforts
Vontfuivre cette ardeur guerriere
Laire la ,&c.
1
Vous aurez déja ſans doute
appris que Mrle Maréchal de
Duras , qui avoit un Brevet
de Duc , a eſté reconnu au
18 MERCURE
L
Parlement en cette qualité.
Comme il a rendu de longs
& de fignalez ſervices auRoy
depuis un fort grand nombre
d'années , & qu'il ſe trouvoit
- occupé des foins de ſon depart
pour aller commander
en Allemagne, Sa Majesté fit
ſçavoir à Meſſieurs du Parle
ament , que ce Duc ne pourroit
avoir le temps de leur
rendre les viſites que l'uſage
& la civilité veulent qu'on
leurrende en des occafions
de cette nature , & qu'Elle
l'en diſpenſoit. Elle leur fit
dire auſſi qu'il luy avoit ordonné
de ne rien donner pour
les droits qui ſe payent ordinairement
pour ces fortesde
receptions . Meſſieurs du Parlement
receurent ces ordres
avec tout le reſpect imagiGALAN
T. 119
د
| nable , & fe firent un plaifir
fingulier de l'obeiſſance .
Ainſi ils ne ſe contenterent
pasdeles executer avec toute
la ponctualité poſſible , mais
Mrle premier Preſident, pour
marquer plus de ſoumiſſion
aux ordres de Sa Majesté
alla luy- meſme , lors que la
choſe fut faite , en porter les
expeditions à Mr de Duras,
auquel le Roy , avec les manieres
honneſtes qui luy font
finaturelles , dit de luy- même
quelques jours aprés , &
fans que ce Duc luy euſt demandé
aucune choſe , qu'il
croyoit qu'il voudroit bien
que ſon Fils fuſt Duc , & dés
lors le Fils fut receu à la place
du Pere , Sa Majesté ayant
reſervé à ce Maréchal Due ,
& à la Duchelle ſa Femme
120 MERCV RE
tous les honneurs que ceux
de leur rang ont accoutumé
d'avoir au Louvre . Ce jeune
& nouveau Duc ; qui eſt un
des hommes de France le
mieux fait & qu'on pourroit
dire des plus beaux , ſi c'eſtoit
une qualité par laquelle un
homme meritaſt d'eſtre loué,
diſputa le prix dans le dernier
Carrousel , quoy qu'il
n'euſt pas encore dix - ſept
ans ,& l'on crut meſme longtemps
qu'il l'emporteroit. Il
vient d'épouſer Mademoiſel .
le de la Mark , qui eſt une ri.
che Heritiere , & tres -bien
faite . Elle a beaucoup d'efprit
, mais de cet eſprit ſage &
de bon gouſt qu'on ne peut
trop eſtimer &poffede toutes
les qualitez qu'un honneſte
homme peut ſouhaiter dans
une Femme .
La
GALANT. 121
La Maiſon de la Mark eit
tres illuftre , & a produit de
grands hommes . Engilbert I.
dunom , Comte de la Mark ;
mourut en 1277. Everardde
la Mark acheta en 1424. la
Seigneurie de Sedan de Loüis
de Braquemont ſon Beaufrere.
Robert de la Mark IV. du
nom , Duc de Buillon , Ма-
réchal de France , époufa en
1538. Fraçoiſe de Brezé Comteſſe
de Maulevrier , & il en
eutRobertDuc deBuillon , &
Charles Robert , Comte de
Maulevrier La Brache de Robert
s'eſt éteinte par la mort
de Charlote de la Mark , Ducheſſe
de Buillon , Princeffe
de Sedan , qui mourut en
1564. ſans laiſſer d'Enfans; fit
Henry de laTour, Vicomte de
Turenne, Mareſchal de Fran-
Mars 1689 . F
122 MERCURE
ce, qu'elle avoit épousé trois
ans auparavant , heritier de
tous ſes biens Charles Robert
de la Marck , Comte de Maulevrier
ſecond Fils de Robert
IV. Mareſchal de France , fut
Perrede Henry Robert de la
Mark , Comte de Braine , Baron
de Serignan & Capitaine
des cent Suiſſes du Roy , qui
mourut en 1652. ayant eu de
Marguerite d'Autun Fille de
Jacques Sieur de Chanclos ,
&d'Iſabelle de Pluviers , Robert
, mort en enfance Marie
Charlote premiere femme de
René del Hoſpital , Marquis
de Choiſy , & Louiſe de la
Mark , mariée en 1633. avec
Maximilien Eſchallarts Marquis
de la Boulaye , & morte
en 1668. Ses Enfans ont pris
le nomde la Marck .
GALANT. 123
Depuis que je vous ay envoyé
une Liſte des Officiers
generaux , on m'aſſure qu'on
en a augmenté le nombre.
Voicy les noms des derniers.
On a encore donné deux
Lieutenans generaux à Mr le
Mareſchal de Humieres , qui
font Mr de Gournay & Mr
Daugé.
Onen a auſſi ajouſté deux
àceux qui doivent commander
ſous Mr le Mareſchal de
Lorge , ſçavoir Mr de Genlis,
&Mr de la Feüillée . Mr de
Bulonde ſera Lieutenant general
en Bretagne , ſous Mr
le Mareſchal d'Eſtrées. Mr
deRevel ſervira dans le reſte
de la Province ſous Mr le
Duc de Chaunes On a auſſi
nommé Mr Arnofini pour
fervir fous Mr le Duc de
>
F2
124 MERCVRE
1
:
Noailles , outre ceux que je
vous ay déja marquez .
Les Mareſchaux de Camp de
Mr le Mareſchal de Lorge ,
feront.
Mr leChevalier de Grignan.
Mr de Ruſca ,
Mr de Grillon ,
Mr de Vins ,
Mr de la Hoguette ,
Mr de Feuquieres .
Il y aura pluſieurs Camps
volants .
Mr de Chamilly en commandera
un à Strasbourg ,
dont il eſt Gouverneur.
Mr de Monclar , un en Alface
, dont- il eſt Lieutenant
general.
Mr de Catinat un dans ſon
Gouvernement de Luxembourg.
Mr de Biſſi , un en Lorraine,
GALANT.
125
dont il eſt Lieutenant de Roy.
Mr de Montal, un à Mont-
Royal , dont il eſt Gouverneur
.
Mr de Sourdis, un à Bonn .
Mrde Renty , un en FrancheComté
, dont il eſt Lieutenant
de Roy .
Mr le Marquis d'Uxelles ,
un à Mayence , & Mr de
Choiſi , tres habile Ingenieur
fervira dans cette Ville-là.
Mr de Laré , Mareſchal de
Camp , commandera les
Troupes de Dauphiné .
Quand tous ces Braves ſeroient
nommez pour commander
dans tous les lieux
que je viens de vous marquer
, ce n'eſt pas à dire que
ces choſes ne puiſſent chager
au comencement de la Campagne
, ſelon la ſituation des
F3
126 MERCVRE
affaires .Les lumieres du Con
feildu Roy font grandes , &
tout ce qu'on y reſout reuffit:
Je vous ay déja mandé
qu'on fait frapper une ſuite
de Medailles qui repreſenterent
toute la vie de ce grand
Monarque , & je vous en ay
envoyé pluſieurs ſuivant
qu'elles ſont tombées entre
mes mains , & non pas ſelon
le temps de ſes actions . Quelques
ſoins que j'euſſe pris
pour vous les donner dans un
ordre plus exact , il m'auroit
eſté impoſſibled'y reuſſir entierement,
puis qu'on ne les a
pas meſme frapées toutes
ſelon qu'elles doivent eſtre
miſes pour faire voir de ſuite
eette merveilleuſe Hiſtoire.
Ainſi vous ne devez pas
vous étonner ſi je vous en829-
13.3
9.43.
212-42-13
ma
•
SOLIS
ORTVS
5.32GALLICI.
SEPT-V- HORSCI-MIRAXILAN
VERD-M-DCXXXVII
2
Doliuarfecit
DEL
ALLE
LYON
1893*
GALAN T.
127
voye aujourd'huy , la Medaille
qui a eſté faite pour
marquer la naiſſance de Sa
Majesté , & qui doit eſtre
placée à la teſte de toutes .
Elleeſt de Mr de la Haye ,
tres- habile dans cet Art , &
dont nous avons les coins de
pluſieurs autresMedailles qui
regardent la vie de ſaMajeſté.
L'exemple de Mr Peliffon
qui nous a donné l'Hiſtoire
de l'Academie Françoiſe ,
vient d'eſtre ſuivy par Mrde
Hericourt , Academicien de
Soiffons , à l'égard de celle
de ſa Compagnie. Elle est
écrite en Latin , & il explique
dans la Preface ce qui
l'a obligé de ſe ſervir de cette
Langue plutoſt que de la
Françoiſe , à la pureté & à
l'embelliſſement de laquelle
F 4
128 MERCURE
دد
il ſemble que toutes les Academies
ayent pour but de
travailler.Ceux qui aimentla
belle Latinité prendront
beaucoup de plaifir à la le-
Aure de cette Hiſtoire. Le
ſtile en eſt vif , aifé & ferré
& fait connoiſtre que c'eſt.
avec beaucoup dejustice que
ceux qui ont le bon gouſt de.
cette Langue , diſent qu'elle a
eſté autrefois une ſource feconde
dela plus fine politeſſe.
&de cette urbanité tant van .
tée , dont il feroit à ſouhaiter
que l'on s'appliquaſt à renouveller
le caractere . MrdeHericourt
nous fait voir d'abord
l'Academie de Soiſſons dans.
ſa naiſſance , lors qu'eſtant
entré dans un commerce d'étude
particulier avec Mr
Bertrand , Bailly , du Comté
GALANT. 129
de Soiffons , Mr Guerin , A-,
vocat du Roy au Prefidial
2
& Mr Morant , Officier de
l'Election ils commencerent
en 1650. à s'affembler
tous les Mercredis, pour parler
enſemble de tout ce qu'ils
avoient leu & compoſe pendantla
ſemaine. Ils ſe preſcrivoient
les matieres ſur lefquelles
ils devoient écrire,&
de fi loüables occupations ne
pouvoient manquer de produire
un bon effet. En 1652 .
ilsaſſocierent à leurs Conferences
Mr Hubert, Treſorier.
de France ; Mr Haſterel de
Preaux , Confeiller au Prefidial
, Mrle Sueur, Avocat au
Parlement , & enſuite Mr Paret
, Capitaine de Cavalerie
&Mr Arnoul Eccleſiaſtique..
Leurs aſſemblées firent bruit,
ES
130
MERCVRE
& Mr Partu , de l'Academie
Françoiſe , qui en entendit
parler , les exhorta par fes
Lettres à continuer ce qu'ils
avoient commencé ſi heu-..
reuſement , & meſme il con--
tribua par ſes conſeils à les
mettre dans le vray chemin
de l'Eloquence. Le nom
d'Academiciens, qu'il leur
donnoit les flatoit extremement
, & cela les fit penſer
à obtenir des Lettres du Roy
pour avoir la permiſſion de
s'aſſembler en un certain
nombre . Ils engagerent Mrs
de l'Academie Prançoiſe à
leur eſtre favorables dans cette
entrepriſe , en les affurant
qu'ils choiſiroient un Proteteur
dans leur Corps. Mr.
le Chancelier Seguier ne
voulut point confentir à leur
GALANT.
131
établiſſement , & ce refus ne
fut point capable de les rebuter
. Ils aſſocierent encore Mrs
Gilluy & Hebert, Chanoines
de l'Egliſe Cathedrale ; Mrs
de Preaux & Quinquet,Conſeillers
au Prefidial, Mrs Durand
& Berthemet , Avocats
au Parlement, Monfieur Coufin,
Docteur de Sorbonne,Mr
de Froidour , Lieutenant general
au Bailliage de la Fere ,&
Mr Delfauls , Preſident au
Prefidial . Enfin au mois de
Iuin 1674.le Roy leur accorda
des Lettres patentes , par leſquelles
il leur fut permis de
s'aſſembler au nombre de vin .
gt ſous le nom de l'Academie
de Soiſſons , à la charge d'envoyer
tous les ans le jour de
la Feſte de S. Loüis, al' Academie
Françoiſe, un Ouvrage en
F69
132 MERCVKE
Vers ou en Proſeſur telle matiere
qu'ils voudroient choifir
, comme par une maniere
de tribut . Mr le Cardinal d'Eſtrées
, l'un des quarante de la
meſme Academie , fut nommé
par ces meſmes Lettres ,
pour Protecteur de celle dont
ils obtenoient l'établiſſement..
Ce Cardinal avoit aſſiſté ſou -
vent à leurs Affemblées lors
qu'il n'eſtoit encore qu'Evef
que de Laon , & ils l'avoient
toujours ſouhaité pour Chef,
s'ils pouvoient jamais réuffir
dans leurs deſſeins. En 1679 ...
Mr Morant Eccleſiaſtique ,
futreceu au nombre de ces
illuftres Academiciens. Mr
le Vaffeur , Prieur d'Ouchies
en 1681. & Mr l'Abbé de Hericourten
1682. Cet Abbé eſt
Fils de celuy qui a donné au
1 133
GALANT.
و
Publicl'Histoiredontje vous
parle , & dans laquelle vous
trouverez toutes ces chofes
rapportées au longavec beau.-
coup de netteté & de grace ,
auffi - bien que pluſieurs autres
particularitez de la mef
me Academie. Mr de Hericourt
a groſſi ſon Livre ,
de quantité de Lettres La--
tines écrites à ſes Amis
auſquelles il ena ajoûté plufieursen
Grecavec la tradu
Aion Latine. Je ne vous dis
rien de ſa profonde érudition
. Outre un fort grand
nombre de Sçavans qui en
rendent témoignage , tout ce
qui part de fa plume eſt un
éloge qui paſſe toutes les
loitanges que je pourrois luy
donner...
Quant au Livre imitulé ,,
134 MERCURE
Entretiens touchant l'entrepriſe
du Prince d'Orangeſur l'Angleterre
, dont vous me demandez
des nouvelles, je ne ſuis
point étonné que vous ayez
cru qu'il renferme la meſme
matiere que j'ay traitée dans
les Affaires du temps ... Il eſt
vray que ledeſſein de cePrince
adonné lieu à ces Entretiens
, mais ils ne roulent
point ſur ce qui s'eſt fait de
puis qu'il eſt arrivé enAngle--
terre... Ce ſont des raiſonnemens
qu'on fait ſeulements
fur ce qui regarde la Religion,
ſans que l'on entre dans
aucun des faits. Ainfi cet
Ouvrage eſt diviſe en cinq
Dialogues entre Demophile
& Theotime. Vous pouvez
connoiſtre par la fignification
de ces deux Noms , quel
GALANT.
1357
eft le caractere de l'un & de
l'autre. Dans le premier de
ces Dialogues on fait voir
parde ſolides raiſons que les
Proteftans ont toutes les mar--
ques d'Anti - Chriftianiſme
que M. Iurieu pretend que
l'on doit trouver dans l'Egliſe
Romaine. En effet , iln'y
a rien de plus déteſtable que
de favorifer un Prince dont
on voit que le ſeul but eſt
d'envahir un Royaume fur
fon legitime Souverain
l'Auteur de cet Ouvrage an
raiſon de dire que c'eſt un
crime qui en entraiſne aprés
luy quantité d'autres Cependant
les Refugiez de France
n'ont pas fait fcrupule de ſe
donner au Prince d'Orange
pour foûtenir ſes ambitieux
defſeins. Le Maréchal de
د
८
136 MERCVRE
Schomberg a eſté nommé
par la Princeſſe ſa Femme
pour poursuivre ſes pretentions
injuſtes en la place du
Prince s'il arrivoitqu'il morruſt
avant l'execution de fes
projets. Les Proteftans d'Angleterre
ont eſté incontinent
diſpoſez à la révolte. L'Elec--
teur de Brandebourg fourny
des Troupes ,le Roy de Suede
s'eſt engagé d'en donner , &
on affure queleDucde Vvirtemberg
a contribué plus de
mille chevaux àcette manie--
rede Croiſade. Voilà comme
tous les Proteſtans ont fermé
les yeux ſur l'énormité du
crime qu'ils commettent lors
qu'ils aident à dépoſſeder un
Roypour mettre ſaCouronne
ſur la reſte d'un Ufurpa--
teur..Tous les autres Dialo
GALANT.
137
gnes ſont traitez avec beancoup
de force & d'efprit.
Dans le ſecond , entre autres
marques d'Anti- Chriftianifme
que l'on fait voir dans
les Proteftans , on juſtifie que
l'eſprit de perſecutiona toujours
eſté en eux , & que Luther
& les autres ont jugé les
Heretiques dignes de mort.
On y rapporte que pendant
les Guerres de France pour la
Religion le Prince de Condé
ayant proposé à trois Miniſtres
qui paſſoient pour moderez
, s'il devoit continuer
la guerre pour obtenir la confirmation
de l'Edit de Janvier
ils luy répondirent qu'il y eftoit
obligé; qu'enfuite ſoixande&
douze Miniſtres s'aſſemblerent
pour convenir des
conditions ſans leſquelles on
138 MERCVRE
ne devoit point pofer les armes
, & que l'une eſtoir , que
les Athées, les Libertins, les Trini.
taires & les Anabaptiftes fuſſent
chaſtiez publiquement , ce qui
faitconnoiſtre , non ſeulement
que les Proteftans croyoientalors
qu'on devoitpunir
exemplairement ces He--
retiques , mais encore qu'ils
ſe croyoient obligez de demander
à main armée qu'on
en fiſt le chaſtiment. Aprés
que dans le troiſième de ces
Dialogues , on a fait voir la
fauſſeté des predictions de
M. Iurieu au ſujetdela France
, on y examine la Lettre
de Pierre Charpentier , Proteſtant
, écrite en 1672. ſous
ce titre , Lettre de Pierre Charpentier
Iurifconfulte , adreſſséeà
François Portes Candiois, par laGALANT
.
139
quelle il montre que les perfecutions
des Eglises de France font:
avenuës, non par lafaute de ceux
qui profeſſoient la Religion, mais
de ceux qui nourriſſoient les factions
& conſpirations appellées
la Caufe. On continue dans le
Dialogue ſuivant à examiner
le reſte de la Lettre de Charpentier
, & l'on y voit quels
eſtoient les deteſtables def
feins du party des Pretendus
Reformez de France , contre
l'Etat & contre la Maiſon
Royale , & enfin on fait voir
dans le dernier , que les Pro .
teſtans , ſoit Lutheriens , foite
Zuingliens , ou Calviniſtes
ont eſté les premiers à prendreles
armes contre les Catholiques
; d'où l'Auteur con--
clut que jamais l'Anti-Chriftianiſme
ne s'eſt montré pluss
140 MERCVRE
ouvertement que dans l'entrepriſe
du Prince d'Orange ,
&dans ſes ſuites ; que l'eſprit
de perſecution paroiſt manifeſtement
dans les mauvais
traitemens qu'on fait aux
Catholiques d'Angleterre
fans aucune autorité legitime
, & contre l'intention du
Roy , de forte que Monfieur
Iuricu ayant affeuré quele ca.
ractere de cruauté& de perſecutionfait
un préjugé si puissant,
que pour celafeui ilquitteroitune
Religion dans laquelle ilferoit né,
devroit ſe tenir preſentement
obligé d'abandonner ſa
Communion , s'ilvouloit tenir
parole. Il finit en faiſant
connoiſtre que les Puritains
ou purs Calviniſtes n'en veulent
pas moins aux Epiicopaux
qu'aux Catholiques ,&
GALAN Τ . 141
- qu'il ne ſe peut qu'ils ne re
cherchentl'extirpation de la
Religion Anglicane , qui approche
plus de la Catholique
que de la Puritaine,non ſeulement
parce qu'elle a conſervé
la Hierarchie , les ceremonies
, & preſque tout
l'exterieur de la veritable
Religion ,Juſqu'à une eſpece
d'adoration de l'Euchariftie ,
que l'on reçoit à genoux ſelő
la Lithurgie Anglicane, mais
encore parce qu'elle convient
dans les mémes principes
avec l'Eglife , recevant tout
enſemblel'Ecriture & la Tra .
dition, comme luges des
Controverſes , au lieu que les
Puritains avec les Anabaptiſtes
, les Sociniens , & pluſieursautres
Heretiques , ne
reconnoiſſent que l'Ecriture.
142 MERCURE
Voilàles principalesmatieres
du Livre dont vous souhaités
eſtre informée. La lecture
n'en peut eſtre que d'une fort
grande utilité , outre que les
traits d'Hiſtoire que l'on y
trouve par tout , le diverſifient
agreablement .
Le S. Guerout , Libraire
court neuve du Palais , commence
à debiter un Livre
nouveau qu'on trouve fort
curieux. Il porte pour titre ,
Guerres des Tures avec la Polcgne
la Moscovie , & la Hongrie;
&l'on doit d'autant plus ajoû.
ter de foy à toutes les particularitez
de ces Guerres, qu'elle
ſont décrites par Mr de la
Croix , qui ayant eſté Secretairede
l'Ambaſſade de France
à la Porte , a eſté témoin
de la plus grande partie de
GALANT.
143
ce qu'il rapporte. Il commence
par l'Ambaſſade que
le Roy de Pologne envoya à
l'Empereur Othoman , pour
demander l'abandonnement
des Coſaques , à qui Sa Hauteſſe
avoit promis ſa prote.
ction. Il pourſuit par le voyage
de Vviſoski , Internonce
de Pologne , fa reception , ſes
audiances , ſes negociations,
décritle Siege & la priſe de
Caminiek ,& paſſant à l'élection
du Roy lean parla mort
du Roy Michel , il en rapporte
les circonstances,& fait
la deſcription de la Ctetie de
Pologne , & de la maniere
dont elle ſe tient. En parlant
dela Guerre des Turcs avec
la Moſcovie , il donne l'Hif
toire de Georges Kemielnisk
qui s'eſtoit fait Caloyer ,
144 MERCURE
aprés avoir quitté le commandement
des Coſaques ,
qu'il avoit eu par la mort du
Prince fon Pere.Ses diverſes
avantures y font expliquées ,
& cette Guerre finit par la
priſe de Gzegrim , & par la
retraite des Tures qui refolurentde
la porter en Hongrie.
L'Auteur explique les
veritablesmotifs qui les obligerent
à entreprendre le Siege
de Vienne , &ditbien des
chofes qui n'ont point eſté
connuës juſques à preſent ,
touchant la mort du Grand
Viſir Cara Mustapha,
Il me reſte à vous parler
d'un Ouvrage dont vous
pourrez juger par vous meſme
, puis que je vous en envoyeune
copie . Ila receu icy
beaucoup de loüanges , & je
fuis
GALAN T. 145
2
fuis fort ſeur que vous le trouveriez
d'un fort bon gouft
quand je ne vous dirois pas
que c'eſt Mr le Pays qui en
eſt l'Auteur . Vous connoifſez
ſon ſtile enjoué . Aprés
beaucoup de pourſuites pour
l'obliger à payer une ſomme
tres - confiderable dont un
Traitant pretendoit le rendre
garant , il en a eſté enfin
déchargé par un Arreſt du echarge
Confeil , & c'eſt là - deſſus
qu'ila faitles Vers que vous
allez lire . C
A M. Le CONTROLEUR
General.
APrès de fi longues allarmes,
La paix est chez moy de retour
,
Mars 1689 . G
145 MERCVRE
Le dors lanuit,je ris le jour,
Du repos je fens tous les charmes.
Enfin me voila déchargé
Du procés où i'estoisplongé.
Quandtoutprest àfaire naufrage
LeSecours arrive à propos ,
Plus on a tremblé dans l'orage ,
Etmieuxon goûte le repos.
Seigneur,puis- ieſans vous deplai
Vous faire unrecit ingenu (re
De l'estat où je me suis vu
Pendant le cours de mon affaire?
D'un air inquiet i'obſervois
Tous les Huisfiers que je trouvoise
Certain Ecrit,figné Coquille,
M'ayant declaré debiteur ,
Le Fort l'Evesque &la Bastille
Atous momens me faisoient peur.
Mon destin estoit déplorable.
Me connoissant , quile croira ?
Ie languiffois à l'opera ;
L'estois réveur & triſte à table
GALANT. 147
Dans lapeur d'une garnison
l'avois démeublema maison ;
Mavaiſſelle craignant la guerre,
Eſtoitdans un Couvent voisin :
L'estois reduit aux plats de terre,
Ainsiqu'un pauvre Capucin.
Au grenierma Tapisserie
Eftoit à la mercy des Rats :
Ikn'avois chés moi que deux draps
- Avec un lit de Friperie.
Dans ce lit, au lieu de dormir,
Iepaſſois la nuit à gemir ,
Mafrayeur n'avoit point de trêve
Le matin, dans mon Oraison ,
Ie difois , mon Dieu , ie me leve
Pour coucherpeut-estre en Prison.
Quelquefois au fortde mes peines,
Mecroyant déiaprisonnier ,
Avec de l'encre & du papier
L'eſperois adoucir mes chaines.
L'y pretendois tracer en vers
Demon Roy les Exploits divers :
G2
148 MERCURE
Mais en prison peut-on écrive?
Monfeubien toft sy fiût éteint
C'est- làiustement qu'onpeutdire
Que le Poëte est fort contraint .
Lenesçaypoint chanteren cage,
Legrandairplaist aux vieux Oi-
Seaux.
Les champs , les Bois& les ruif-
Seaux
Excitent mon plus doux ramage.
On eft toûjours deconcerté ,
Si l'onne chante en liberté.
La Priſon arrestant ma veine ,
Eût enfevely montalent :
D'Hélicon la docte Fontaine
N'eſtpure&vive qu'en coulant
Pourfuir,jeſentois quelque en vie
D'allerà laCour de Turin ;
I'y croyois pouvoirſans chagrin
Paſſer lereſte de ma vie.
Le Prince m'y fit autrefois
L'honneur de medonnerſa Croix;
GALANT.
149
!
fi
On m'y promettoit un azile
Avec des plaisirs fans effroy:
Mais un François est- il tranquile
Quandil est si loin de fon Roy ?
Ie n'ay iamais pû m'y reſondre.
Quitter Paris m'affligeroit ;
Et l'or dre qui men banniroit ,
Pour moy feroit un coup defoudre.
Lors que je voy le Grand Loüis ,
Quoyque mes yeux foient ébloüis ,
Il me semble que ie poſſede
Lebien qui fait tous mes deſirs,
Etsa prefence est un remede
Qui change mes maux enplaiſirs.
Lefeul aspect de son visage
Enfollicitant mon Procés ,
M'en promettoit un bon succés ,
Etfortifioit mon courage.
Iedifois après l'avoirvu ,
Dans ces lieux regne la vertu ,
On n'yfouffre point d'iniuftice ;
D'un Roy fi bon ,ſi douxfigrand.
G3
50
MERCVRE
LeConseilmefera propice ,
Etmon bon droit m'en est garant.
Ainsimalgré la defiance ,
Dont quelquefois i'eſtoissurpris
L'ay demeuréfermeà Paris
Entre la crainte & l'esperance ;
Trop heureux d'avoir attendu
L'Arrest qui vient d'estre rendu,
Qui finitma peine cruelle ,
Qui varétablir ma ſanté ,
Qui me rend mon lit,mavaiſſelle,
Mon repos & maliberté.
It'est vray,mon bien est modique:
Mais puis-iemeplaindre auiourd'huy
?
Seigneur , iefuis fous vostre appuy,
L'exerce un Employpacifique.
Fort peuſenſible àl'interest ,
Affez riche par mon Arrest,
Iene porte envie àpersonne ,
Et ie me croy fibien traité .
GALANT.
151
Qu'ilmesemble que l'on me donne
Tout ce qu'on ne m'a point ôté.....
De mes luges toute mavie
Iepretens chanter l'équité
Si haut , que la Pofterité
De leur vertufera ravic.
Sons un Roy infle & genereux
Leurfortfera toûjours heureux :
On inge affez par leur conduite
Iusqu'on doit aller leur bonheur
Dans une Cour , cùle merite
Neprutmanquerd'éire enfaveur.
L'Amour fincere eſt ſouvent
récompensé , & les obſtacles
ne font quelquefois
que mieux affermir le bonheur
qu'il doitattendre. Vne
jeune Demoiselle , toute aimable
par les agrémens de ſa
perfonne, & plus encore par
labeauté de ſes fentimens,
G4
152 MERCURE
menoit une vie afſez retirée.
Quoy que ſa fortune fuft fort
peu confiderable, on ne laifſoit
pas de la voir contente ,
&comme elle ne fouhaitoit
jamais que ce qui eſtoit proportionné
aux esperances
que fon estat luy pouvoit permettre
, elle estoit heureuſe,
parce qu'elle ſçavoit ſe regler.
La douceur de ſon efprit
répondoit à celle qu'on
voyoit ſur ſon viſage , & il
euſt eſté fort malaiſé que ſon
merite ne luy enſt pas attiré
grand nombre d'Amans , fi
elle euſt voulu le faire connoiſtre
, mais ſa Mere qui ne
luy avoit jamais donné que
des leçons de vertu , lay en
inſpiroit l'heureuſe pratique ,
& les Coquettes , dont elle
trouvoit la conduite infup-
)
GALANT .
153
portable , eſtoient pour elle
un miroir qui luy apprenoit
à ne pas tomber dans leurs
defauts . Ainfielle paſſoitla
pluſpart des jours à travailler
auprés de ſa Mere , & nerecevoit
aucunes viſites par le
peu de ſoin qu'elle prenoit à
s'en procurer. Elle cut pourtant
beau ſe tenir cachée; le
hazard ladécouvrit à un Cavalier
d'une Province des
plus éloignées , qui eſtant
venu loger vis à vis de ſa
maiſon , l'apperceutun jour
à la fenestre. Il la trouva toute
aimable, & l'ayant venë ainſi
pluſieurs fois ,quoy qu'elle ſe
retiraſt fi- toſt qu'elle remar
quoit qu'on s'attachoit à la
regarder , il ne put plus refiſteràl'enviedela
connoiſtre
Ily fut porté avec beaucoup
G
154
MERCVRE
plus d'ardeur,lors que l'ayant
entenduë chanter un foirs
que la nuit avoit déja com--
mencé , il ſe ſentit entraîné
vers elle par ce nouveau char
me. Comme il avoit de l'ef
prit,& de cet efprit du monde
qui ſe fait aimer par tout ,
celuy fut aſſez pour santroduire
chez cette aimable perfonne,
que le pretextedu voifinage.
Sa Merecrut que
l'honneſteté demandoit d'elle
qu'elle accordaſt à un Etranger
qui nedevoit paffer à Pa--
ris qu'un mois ou deux, ce
qui auroitpû tirer à
confe
quenaccee ,, fi elle l'euft foufferr
à un autre. Il alloit chezelle
la pluſpart des foirs & la converſation
ſe faiſant toujourss
en preſence de laMere, fans..
qu'il ſemblaſt ſouhaiter du
GALANT.
155
.
particulier avec la Fille , ny
l'une ny l'autre ne s'imagina
qu'il euſt autre veuë dans
l'empreſſement qu'il leur témoignoit,
quede paſſer quelques
heures avec moinsd'ennuy
qu'il n'euſt fait dans une
Auberge. Ily futtrompéluymefme
, & il ne connut les ,
ſentimens qu'il avoit pour
cette charmante Fille , que
lors que la Mere luydemanda
fon avis ſur un mariage
qu'on luys propofoit..
Elle ne luy en parla que com.
me le croyant aſſez de ſes ,
Amis pour luy donner un
confeil fincere. En effet elle
eftoit bien éloignée de croire
qu'ily deuſt prendre intereft :
quepar le ſeul avantage de
fa Fille. Il n'avoit marqué
pour elle que ce qu'un hom
G66
156 MERCVRE
me galant fait paroiſtre
en general pour tout le beau
Sexe. Elle n'avoit que fort
peude bien à luy donner , &
elle ſçavoit que le Cavalier
eſtoit fort riche. Outre une
Terretres - confiderable dont
il jouiffoit,il avoit pour plus
de cent mille écus de pretentions
fort bien fondées , &
il n'eſtoit à Paris que pour
recouvrer des Pieces qui luy
eſtoient neceffaires pour en
affurer l'effet. Il parut emba..
raffé ſur le conſeil qu'on luy
demandoit . Il s'informa du
bien de l'Amant , & le trou
vantmediocre , il dit qu'avec
du merite , de la jeuneſſe &
de la beauté , il n'y avoitrien ,
qu'on ne duſt attendre
quand on pouvoit ne ſe pas
haſter de faire un choix. Le
س ا م
GALANT.
5
こ
lendemain , il pria la Fille de
ne luy point déguiſer ſi elle
ſentoit fon coeur porté à ce
mariage. Elle , ne fit point:
difficulté, de luy avoüer
qu'ayant beſoin de quelque
établiſſemeur pour reparer
fon peu de fortune , cette :
ſeule veuël'engageoisdécour
ter les propoſitions qui luy
eſtojent faites . Le Cavalier
ne luy dit rien davantage ,&:
paffa encore trois jours fans
luy expliquer ſes ſentimensi
mais enfin voyant la, choſe
en elatde ſe conclure , il ne
luy fut plus poſſible de meta
tre des bornes à ſa paſſion.
Il luy, declara qu'il eſtoit
éperduement amoureuxd'elle
,&que fielle vouloit rompre
avec l'Amant qui ſe preſentoit
, & luy accorder la
138 MERCVRE
temps de venir à bout de fon
procés , il viendroitla rendre
maiſtreſſe de ſafortune, comme
elle l'eſtoit déja de ſon :
coeur. Il parloitsde bonne
foy,ainfi il ne faut pas s'étonner
s'il perfuada.La Belle luy
repreſentale tort qu'ilauroit :
deluy faire perdre ce qu'elle
neretrouveroitpeut eſtre pas
aiſément & il luy mit l'eſprit
en repos , en luy faiſant les
plus tendres proteſtations de
fidelité & de conſtance. II
l'obligea de conſentir à ſe
faire peindrepour luy donner
fon portrait , & elle voulut
bien recevoir le fien. Il laa
quitta avec promeſſe de terminer
ſes affaires au plûtoſt ,
&de venir traiter d'une Charge
qui l'attachant à la Cour ,
le dégageroit de la Province.
GALANT..
159
!
Eſtant arrivé chez luy , il ne
fongea plus qu'à pourſuivre
fon procés , dans lequel il
s'agiſfoit de la meilleure partie
de fon bien. La violence :
de ſa paſſion luy fit chercher
les voyes les plus promptes de:
ſe mettre hors d'affaires , & fi i
fesParties euſſent eſté raifonnables
, il leur cuſt eſté aifé
d'obtenir un accommodement
avantageux , mais le :
creditde quelques perſonnes ,
d'un rang distingué , qui prenoient
leurs intereſts , leur
faifant croire infaillible le
gain de leur cauſe , il fallur
qu'un Arreſt de Parlement:
endécidaſt. Le Cavalier chercha
de l'appuy contre unefi
fortebrigue ,& jetta les yeux
fur l'homme de la Province ,
cle plus puiffant&le plus
160 MERCVRE
,
conſideré. Le moyen eſtoit
fortſeur , mais les meſures
qu'il prit pour cela le jetterent
dans un embarras terrible.
C'eſtoit un Marquis d'uneMaiſon
fort illuftre, &qui
ayant une Fille , cuſt eſté
bien aiſe de la marier ſans ſe
dépoüiller de rien. Elle avoie
plus d'eſprit que de beauté
&on conſeilla au Cavalier de
feindre d'avoir de l'amour
pour elle . Ces apparences
plûrent au Marquis ; il s'employa
de tout fon pouvoir
pour le Cavalier , qui ne
croyant hazarder que des
complaiſances , rendoit à ſa
Fille des foins affez affidus .,
Ils eſtoient favoriſez , & on
luy donnoitles occaſions les
plus commodes pour le teſtea
teſte. Les procedures avan
GALANT. гбл
coient toujours , & de la ma
niere qu'on avoit tourné les
choſes , les cent mille écus
luy eſtoieur preſque affurez .
Comme il ne faisoit aucune
declaration préciſe , le Marquis
, homme adroit & viofent
, l'ayant trouvé feul un
jour dans la chambre de ſa
Fille , luy dit que la conduite
qu'il avoit tendëavecelle de
puis quelque temps , faifoir
courirdes bruits dans la Ville
qu'il eſtoit temps d'étouffer ,
qu'elle estoitd'une naiſſance
à ne pas fouffrir qu'on l'expo .
faſt au ſoupçon d'aucuneigar
lanterie , qu'il ne l'avoit receu
favorablement chez luy,
& fervy, dans ſon affaire que
dans la penſée qu'il l'épouse :
roit , qu'il n'avoit fait aucu ,
ne démarche qui n'euſt done.
162 MERCURE
né lieu de croire qu'il en avoie
le deffein , & que le ſervice
qu'illuy rendoit en luy faifant
gagner un procés de la
plus haute importance ; meritoit
bien qu'il le reconnuſt
par ce mariage , fur tout lors
qu'il devoit tenir à honneur
d'eſtre ſon Gendre .Le Cavalier
étourdy du coup , eſſaya
de ſe remettre,en demandant
au Marquis qu'il luy donnaft
quelques jours pour luy ré
pondre poſitivement Le Marquisluy
en voulutbien accor.
derhuit,mais à la charge que
pendantce temps il prendroit
chez lay un appartement , &
qu'il fongeroit aux clauſes
qu'il trouveroit à propos que
l'on employaſt dans le Contrat.
Cette violence cachée
fous de beaux dehors mit le
GALANT. 163
Cavalierau deſeſpoir. Il connut
la faute qu'il avoit commiſe
, & il n'y voyoit aucun
remede. Le Marquis aprés
s'eſtre declaré comme il avoit
fait , n'eſtoit point homme
à ſe relâcher. Il pretendoit
que cequ'il devoit à ſon honneur
,luy impoſoit la neceffité
de ce mariage , & ce qu'il
pouvoit auprés des luges ,
faifoit voir Comolier la בוו
perte deſon procés inévita
ble , s'il ſe défendoit d'époufor
faFille , quand mefme on ,
l'auroit laiſſe en liberté de le
faire , ce qui n'eſtoit pas..
Toutes ces raiſons l'obligerent
à ceder , fans faire con
noiſtre qu'il ne cedoit qu'à
la force . Le mariage ſe fit , &
le procés fut jugé enſuite a
fon avantage. Il cut de grands
164 MERCURE
biens,mais ils n'eurent point
de quoy ſatiſfaire un coeur 〈
tout remply d'amour. Il écrivit
à la Belle les cruelles circonſtances
de ce qui venoir
de luy arriver,& ille fit d'une
maniere touchante qui l'auroit
perfuadée de ce qu'il
fouffroit , fi la confideration
de fon malheurneleuſt empeſchée
de s'occuper d'autre
chofe.Elle perdoit tin Amant.
qui l'ayant fait renoncer àun
établiſſement quiluy conve
noit, l'avoit reduite à ne pouvoir
plus s'arracher du coeur
la paſſion qu'il y avoit mife ,&
qui l'abandonnant pour toujours
, vouloit qu'elle cruſt
qu'il fuſt encore plus à plaindre
qu'elle . L'eſtat où elle ſe
vit , la fit s'emporter contre
tous les hommes , & rien
2.
GALANT.
165
n'euſt pû la convaincre que
leCavalierne l'euſt pas trahie
volontairement , s'il ne l'euft
tirée d'erreur par un procedé
qui n'a point d'exemple. Un
Gentilhomme la vint trouver
de ſa partavec une Lettre,par
laquelle il luy mandoit , que
puis que ſamauvaiſe deſtinée
ne luy avoit pas permis de
s'unir à elle , il vouloit au
moins luy faire voir que jamais
amour n'avoit eſté ny
plus fincere ny plus veritable
que le ſien que pour l'indemniſer
de l'Amant qu'elle avoit
perdu pour luy , il luy envoyoit
dix mille écus , qui
pourroient en peu de temps
luy faire trouver un party
plus digne d'elle ; qu'il la
conjuroit par toute l'eſtime
qu'elle luy avoit montrée,de
166 MERCURE
ne les pas refuſer, &que quelques
marques gu'elle puft
jamais luy demander de l'in -
tereſt qu'il prenoit en elle, il
feroit tout fon bonheur de la
fatisfaire.Ce qu'elle liſoit luy
parut ſi peu croyable, qu'elle
ne ſceut que répondre au
Gentilhomme , & elle ſe vit
le lendemain compter les dix
mille écus ſans étre perfuadée
que ce ne fuſt pas une illufion.
C'eſtoit pourtantun prefent
réel ,& le Cavalier eſtant
fortriche ,& la Demoifelle
peu accommodée elle jugea à
propos de l'accepter. Elle s'en
fit un merite auprés de luy,
enluy répondant aprés beaucoup
de loüanges fur fageneroſité,
qu'elle en feroit un uſage
contraire à celuy quil
luy marquoit , & que puis
GALANT. 167
1
qu'il la mettoit en eſtat,par le
ſecours qu'il voloit bien luy
préter,de n'avoir beſoin d'aucun
établiſſement,le malheur
de ne pouvoir eſtre à luy
l'empefchoit d'eſtre jamais à
perſonne. Cette afſſeurance
qu'il n'euſt oſé demander,luy
donna beaucoup de joye ,
mais en meſme temps elle
redoubla ſa paſſion , non pas
que la Belle l'autoriſaſt à la
conferver;mais plus il la connoiſſoit
digne d'eſtre aimée ,
plus cellequi étoit cauſe qu'il
n'avoit pu eſtre heureux, luy
eſtoit infupportable. Il ne
luy parloit jamais , & fi le
nom de la Femme qu'elle
portoit malgré luy , l'obligeoit
d'avoir pour elle des
égards d'honneſteté , il lay
eſtoit impoffible de luy don168
MERCVRE
!
ner des marques d'amour.
Cette froideur eſtoit remarquée
, & faifoitbeaucoup de
peine à ceux qui les fouhaitoient
dans l'union . I a Belle
en futavertie par le Gentilhomme
, & à peine elle eut
appris cette eſpece de divorce
, que jugeant bien qu'elle
yavoit part ,elle s'empreſſa.
d'y remedier. Ses premieres
Lettres n'eurent point d'effer
Il luy oppofoit toujours la
violence qu'on luy avoit fai -
te ,& ne pouvoit concevoir
qu'elle puſt exiger de luy
avec juſtice qu'il euſt de l'amourpour
une Femme qui le
rendoit le plus malheureux
de tous les hommes ; mais
enfin elle luy peignit ſi vive-
*ment l'obligation où il eſtoit
de vaincre l'averſion qui luy
donnoit
GALANT.
donnoit de l'éloignement
pour elle , & luy fit fi bien
connoiſtre que ce n'eſtoit
qu'à ce prix qu'elle pouvoit
luy répondre d'une éternelle
amitié , qu'il refolut de la
croire. Ainſi l'envie de luy
plaire luy fit obtenir ſur ſon
eſprit ce que perſonne n'avoit
encore pusgagner. Il
commença àmontrer plus de
complaiſance pour ſa Femme,&
on fut furpris de voir
entre eux une haiſon qu'on
ne devoit plus attendre . La
Dame elle-meſme ne ſçavoit
à quoyattribuer un fi heureux
changement,& un jour
qu'elle pria ſon Mary de luy
apprendre ce qui l'avoit engagé
à luy rendreſa tendreſſe
il répondit qu'il vouloit luy
aire voir la perſonne qui a-
Mars 1689 . H
170 MERCURE
voit fait ce miracleAprés luy
avoir conté en peu de mots
ſon engagement avec la Belle ,
il luy montra ſon portrait, &
luy leut toutes les Lettres
qu'elle luy avoit écrites pour
l'obliger à vivre avec elle
dans une parfaite intelligence.
La Dame fut charmée de
ſa vertu , & luy marqua l'admiration
qu'elleluy cauſoit ,
en luy demandant ſon amitié
par une Lettre auffi enga.
geante que ſpirituelle. Vous
jugez bien que la Belle répondit
comme elle devoit à
ces avances. Il s'établit entre
elles en fort peu de temps un
agreable commerce
Dame l'employa à mille com.
,
& la
miſſions pour elle& pour ſes
Amies. Vne ſimpatie ſecrete
qu'augmentoit de jour en
نا
GALANT.
171
jour la connoiſſance qu'elles
ſe donnoient de leurs fenti .
mens , les attachoit l'une à
l'autre , quoy que la grande
diſtance des lieux les empeſ.
chaſt de fe voir, & aprés que
trois années ſe furent paſſées
de cette forte , ſans que la
Belle euſt voulu fonger à ſe
marier, quelques partis qui ſe
fuſſent preſentez , une affaire
affez preſſante appellant le
Cavalier à Paris , la Dame
voulut l'y accompagner pour
avoir la joye de voir l'Amie
qu'elle s'eſtoit faite. Ce fut
un redoublement d'eſtime
qui ne ſe peut concevoir lors
que la pratique leur eut fait
connoiſtre l'une à l'autre tout
lemerite qui ne leur eſtoit
qu'imparfaitement connu.La
Dame loüa ſon Mary fur fon
3
Η 2
172
MERCVRE
bon gouft , & comme l'estat
où il ſe trouvoit demandoit
de luy beaucoup de referve ,
il ſe conduiſoit auprés de la
Belle d'une maniere obligeante
, qui ſansloy marquer une
paſſion blamable , luy faifoit
voir le pouvoir qu'elle avoit
toujours fur lay. Les deux
Amies devinrent infeparables
, &dans le temps que la
neceſſité du retour leur faiſoitſentird'avance
le chagrin
de ſe quitter , la Dame fut at .
taquée d'une fiévre qui mit
bientoſt ſa vie én peril. La
Belle en parut inconfolable ,
& ne s'empreſſa pas moins la
nuit que le jour à luy rendre
tous les foins qui la pouvoient
foulager , mais lamalignité
dela fiévre vainquit
l'artdes Medecins , & on fut
GALANT. 173
contraint de luy declarer
qu'elle devoit ſonger à mourir.
Dans ce triſte eſtat , ne
voyant plus rien à efperer ,
elle dit à ſon Mary , que puis
que l'obstacle qu'elle avoit
mis à l'engagement qu'il
avoit avec la Belle, ceſſoit par
ſa mort , elle le prioit de l'épouſer
, n'y ayant perſonne
qui fuſt plus digne de luy.
Elle expira dans ce ſentiment
&ce ne fut pas fans conter
beaucoup de larmes & à fon
Mary , & à la Belle. Ils donnerent
à leur fincere douleur
tout le temps que la bienſeance
pouvoit exiger , &
l'amour qui estoit plûtoſt
aſſoupy qu'éteint , s'eſtant
réveillé fans peine dans le
coeur de tous les deux , ils
eurent enfin la joye de ſe
Η 3
174
MERCVRE
voir unis comme ils l'avoient
ſouhaité. Le mariage ſe fit
un des derniers jours du Carnaval
, & pluſieurs perſonnes
confiderables qui ſe trouverent
à cette ceremonie , peuvent
répondre de la verité de
l'avanture.
Comme la derniere fois je
ne vous dis que fort peu de
choſe des marques de piété
quele Roy d'Angleterredonna
deux jours avant ſon départ
pour Breſt , en venant
faire ſes devotions à Noftre
Dame , ce ſera par là que je
commenceray ce que vous.
attendez de moy fur fon
voyage , afin de vous le donner
entier en un ſeul article ..
Ce Monarque vint à Paris le
25. du Mois paffé , & il y
entra accompagné des Gar
GALANT. 175
des du Roy qui avoient l'épée
nuë. Il ſe rendit à la
Cathedrale , où Mr l'Archeveſque
en Chape & en Mitre.
à la teſte des Chanoines , &
précedé de ſa Croix & de fa
Croſſe , le receut à la grande
porte dela Nef en dedans
fous les Orgues . Sa Majesté
s'eſtant miſe à genoux fur un
carreau que luy preſenta un
des Chanoines , ce Prelatluy
donna de l'Eau benite , puis
la vraye Croix à baifer , que
leTreforier reveſtu d'étolete.
noit toute preſte,& luy fit enfuite
une harangue avecl'éloquence
qui luy eſt ſi naturelle.
Le Roy répondit en peu
de paroles , mais obligeantes,
& alla au Choeur , où il ſe mit
à genoux ſur un Prié-Dieu
preparé devant le grand Au
H4
176 MERCVRE
tel qu'on avoit orné d'un pa
rement de velours brodé de
Perles. Un peu aprés il alla.
au lieu nommé le Reveſtiaire
&defcendit juſqu'en la derniere
Sacriftie desChanoines.
où l'on avoit mis un tapis de
pied &des paremens au Confeffionnal
. Il y fut conduit
par Mr l'Archeveſque , qui
tenoit la droite à cauſe de ſes
habits Pontificaux , On ferma
la porte , & le Roy fe
confeſſa au Pere Freville , fon
confeffeur ordinaire eſtant:
party ce jour là pour Breft.
Pendant ce temps , Mrl'Archeveſque
ſe mit en Rocher.
& en Camail, & en cet habit
il accompagna le Roy de la
Sacriſtie au Choeur,entenane
pour lors la gauche. Mrl'Abbé
Parfait , l'Ancien Chanoi
GALANT.
177
ne , commença la Meſſe qu'il
celebra à voix baffe , aprés
avoir ſalüé Sa Majesté Britannique
par une inclination.
Là , le Roy s'appercevant que
Mrl'Archeveſque qui s'eſtoit
mis à genoux à demy tourné
présle Prie- Dieu à gauche ,
eftoitfans carreau , luy en fit
apporter un , mais ce Prelat
ne s'en voulut point ſervir .
Aprés l'Evangile , les deux
Beneficiers qui ſervoientdAcolytes
en Chapes , vinrent
apporter le texte à Mr l'Archeveſque,
quil'ayant ouvert
le donna à baifer au Roy. A
l'Offertoire les Acolytes revinrent
au Prié -Dieu ,&ap
porterent cinq petits Pains
fur la Palle ; Mrl'Archevel
que fit l'eſſay , rompant avec
cuxundeces cingPainsdont
H
178
MERCVRE
il mangea. Le Roy en defigna
un des autres , que l'un
des deux Acolytes reporta
feul au Celebrant furla Palle
L'autre Acolyte porta auChe-.
vecier les autres Pains . On
chantoit cependantun Preaume
en Muſique , Quatre En--
fans de Choeur eſtant venus .
pour l'Elevation avec des
Hambeaux firent enſemble:
une profonde inclination:
vers l'Autel , & s'eſtant retournez
en dedans vers le
Roy , ils luy firent tous une
profonde genuflexion ſansſe:
courber. Après l'Agnus Dei ,
Mt l'Archeveſque conduifit
le Royal'Autel marchant à
ſa gauche. Sa Majesté ayant
receu la Communion , fuc
encore reconduite au Prić--
Dieu par ce Prelat..On fon
GALANT. 1790
gea trop tard à donner au
Roy l'ablution dans unCalice
, ſuivant l'usage de l'Egliſe
de Paris , ce qui auroit eſté
preſenté par un Chanoine
Diacre avec une ſerviette ſur
fon bras gauche , Aprés la
Communion , les Enfans de
Choeur ayant faitles meſmes
reverences à l'Autel & au
Roy, ſe retirerent,& on chanta
le Dominefalvum. Le Celebrant
, avant que de donner
la benediction , fit une inclination
à Mr l'Archeveſque &
au Roy enſemble , & lors
qu'il eut achevé la Meſſe , il
vint ſans quitter ſa Chafuble
preſenter au Roy le Corporal
plié qu'il luy donna à baifer.
Cela eſtant fait , Sa Majesté
ſe leva , & toujours accompagnée
de Mrl'Archeveſque,
H 6
180 MERCURE
&fuivie des Chanoines , Ellealla
prier à la Chapelle de la
Vierge,ſur un Prié Dieu pre--
paré , aprés quoy Elle ferendit
àl'Archeveſche, où ayant
traverſé pluſieurs Sales , &.
chambres , Elle entra dans
celle decePrelat qui demeura
avec Elle , ainſi que plufieurs
Chanoines , Mr de Lauzun, à
qui le Roy avoit donné ce
jourlal'Ordrede la Iarretiere,
Mr l'Eveſque de Chester , Mr
le Prince de Richemont , ne
veu de Sa Majefté Britanni
que,MileMarquis deChan--
valon , Neven de Mr l'Archeveſque
, &Mr de S. Vian-.
ce , Lieutenant des Gardes .
Onypreſenta au RoydesCa--
rafes fur une Soucoupe.Ce
Monarque but un coup , &
mangea un peu de pain , Me
GALANT. 1811
de S. Viance diſant que c'eſtbit-
là le premier morceau
que Sa Majesté enſt mangé
depuis vingt- quatre heures .
Là , le Roy pria Mol'Archeveſque
de venir difner avec
luy chez Mr. de Lauzun , & :
pendant qu'ileſtoit alle changer
d'habit , ce Prince ditaux :
Chanoines qu'ily avoit eu das
leurs Corps un deſes proches
Parens , parlant de Mr Stuart
d'Aubigny , & il ajoûta qu'il.
feJouvenoit de Mr. de Van--
tadour qu'il avoit vû parmy .
eux , & qu'il avoit fort connu
durant les cinqans qu'ilavoit :
autrefois paffez à Paris ; puis
il changea de discours , &
parlant du temps , il dit qu'il
n'avoit de sa vie Souffert unfe
grandfroid que le jour qu'il arrive
à Ambleteuse; où il fit une
?
ر
182 MERCVRE
lieuë entiere àpied..Mr l'Ar--
cheveſque eftante rentré , le
Roy luy preſenta M. de Cheſter
, & M. l'Archeveſque en
luy preſentant un peu aprés
M. de Chanvalon ſon Neveu,
qui eſt Mouſquetaire luy
dit que le premier coup de
Mouſquet qu'il tireroit ,feroit
pour le ſervice de SaMajeſté
Britannique. Alors le
Roy d'Angleterre dit à ce
Prelat le deſſein qu'il avoit
fait de partir inceffamment
pour l'Irlande , où il iroit en
poſte juſqu'à Brest. M. l'Archeveſque
ſe mit'enfuite fur
les loüanges du jeune Prince
de Richemont qui eſtoitprefent
, & le Roy dit que ce
qu'il luy fouhaitoit le plus ,
eſtoit qu'il euft toujours la
crainte de Dieu. Il ditencore
GALANT.. 183
pluſieurs choſes qui faifoient
voir en luy ungrand fond de
pieté , ce qui avoit déja fort
paru dans la manieredont on
l'avoit vů prierDieu durant
là Meſſe. En fortant, ce Prince
trouva M. l'Archeveſque de
Reims , & luy parla quelque
temps . M. l'Archeveſque le
conduifit à la portiere du Caroffe
: qui estoit un de ceux
du Roy , on ne portoit point
ſa queuë , ny celle de M. de
Reims qui vint auſſi juſquelà.
Le Roy d'Angleterre ſe
mit ſeul au fond , Mr de
Lauzun , deux Milords , &
Mr de S. Viance monterent
dans le Caroſſe du Roy. Sa
Majesté Britannique eſtant:
arrivée chez Mr de Lauzun ,
on y fervit auſſi- toſt un repas .
fort magnifique. L'apréſdif
184 MERCURE
{
f
1
née Elle alla rendre viſite à.
Luxembourg à Mademoifelle
d'Orleans , à Madame
la Grand' Ducheſſe,& à Madame
de Guiſe. L'empreſſement
que les Peuples eurent
pour voir ce Monarque , attira
par tout une telle foule ,..
que ne pouvant paſſer par
quelques ruës , il fut obligé
de tourner par d'autres . Il ne
revint le foir à S. Germain
qu'à prés de dix heures , & il
y trouva un fort grand nom--
bre de perſonnes qui l'y attendoient
, & qui le virent
fouper . Le 26. il alla à Verfailles
prendre congé de Sa
Majesté , qui le jour ſuivant
vint luy dire adieu à S. Germain.
Ces deux grands Princesſe
dirent des choſes fort :
tendres,& le 28.le Roy d'AnaGALANT.
185
gleterre qui devoit aller coucher
à Orleans , paſſa encore
par Paris,où les acclamations
du Peuple luy firent connoiſtre
les voeux qu'on faifois
pour l'heureux ſuccés deſon
voyage. Il alloit en poſte dans
une Caleche , ayant à ſa ſuite
quinze ou vingt perſonnes .
Les principaux eſtoient Milord
Melford ; Milord Amazor,
Frere du Duc de Norfolc ,
Mr Staffort& Bedille , un pe
tit Page d'honneur , & trois
Pages de la Chambre , avec
Mrle Comte de Mailly quià
eu ordre de Sa Majesté de l'ac
compaguer dans ſon voyage,,
& de luy faire rendre dans
toutes les Villes les honneurs
qui luy fontdûs.Sa chaiſe s'.é.
tant rompue dans la foreſt à
trois lieuës d'Orleans,Mon186
MERCURE
fieur de Creil , Intendant de
ร la Province qui l'attendoit
à une lieuë & demie
de la Ville , en fut averty ,
&vint promptement au devant
de Sa Majesté , avec ſes
Caroffes , dontil , y en avoir
trois à fix chevaux. Il eſtoit
à la teſte des Bourgeois , diviſez
en dix Compagnies faifant
ſept à huit mille hommes,
& formant une double
haye de prés de deux lieuës
de long.On peut dire qu'il fut
ſuivy de toute la Vile qui ſe
trouva ſur ſa route , à pied, à
cheval&en caroffe . Les deux
Compagnies des Maréchaufſées
qui estoint à la teſte de
tout, ſous les ordres de Mrde
laMouchererie,mirentl'épée
nuë à la main dés qu'elles
apperceurent leRoy , & fui
GALANT. 187
virent , précederent , ou côtoyerent
le Carroſſe où ce
Monarque monta.Mr deCreil
l'ayanttrouvé à pied , luy fit
fon compliment, & aprés que
Sa Majeſteluy eut répondu
obligeamment, Elle montaen
Caroffe , & ordonnaà Mr de
Mailly , au Milord Melford,
& à Mr de Creil d'y monter,
& peu aprés de ſe couvrir.
L'air retentitd'un cry general
& perpetuel de Vive le Roy
& tout estoit éclairé par des
lambeaux.Ce Prince en marqua
une fatisfaction extraordinaire
, & Mr de Creilayant
pris de la occafion de luy
9
dire qu'il n'eſtoit pas furprenant
que la veuëd'un ſi grand
Roy cauſaſt tant de joye , de.
manda grace à Sa Majesté
pour un Gentilhomme An188
MERCV RE
glois nommé Eyton , qui
avoit eſté arreſté la veille , &
qu'on devoit transferer le
lendemain à la Baſtille en
vertu d'une Lettre de Cacher,
àcauſe qu'il avoittenu quelques
diſcours peureſpectueux
fur ce qui la regardoit. Le
Roy répondit en ordonnant
àMr de Creil de le mettre en
libette , qu'il eſtoit bien aiſe
de faire connoiſtre à tous les
Anglois qu'il n'avoit point
d'autre intention que de leur
faire du bien . Il entra dans
Orleans à 7. heures & demie
au bruitde pluſieurs Boëtes ,
& ayant apperceu Mrs de
Ville qui luy venoient preſenter
les Clefs , il fitarreſter
le Caroffe , & écouta avec
une bonté toute particuliere.
Mr de Montaigu Maire , qui
GALANT. 189
eſtant accompagné de Mrs
Reynard de Senonville,Toinard
, de la Joüy , Troflard,
Echevins , & Charon , Secretaire
, les luy preſenta dans
un baffin de vermeil. Le Roy
luy dit , aprés les avoir priſes
dans ſa main , & s'eftre découvert
; Je vous remercie ,
Monficur, elles sont en de bonnes
mains , le Roy me fait bien de
l'honneur. Il les remit enſuite
dans le baſſin ,& eſtant arrivé
chezM.de Creil qui luy avoit
fait préparer la Maiſon, il remarqua
que ſes Armes avoiét
eſté miſes au deſſus de la porte
, comme il les avoit déja
veuës au deſſus de celle de la
Ville.Il defcendit au pied du
grand Efcalier , où Madame
de Creil le recent accompagnée
de pluſieurs Dames. Il
190
MERCVRE
,
la baifa , ainſi que Madame
la Marquise de Montpipaux,
&Madame de Ville- chauve ,
&faisantune inclination aux
autres il traverſa pluſieurs
chambres fort éclairées , & fe
retira un moment dans celle
oùil devoit coucher. Ce fut
là que Mr de Creil luy preſenta
Mrde Villechauve,Brigadier
des Armées du Roy ,
àla teſte des Gentilshommes
de la Province. Ce Monarque
le reconnut pour l'avoir vu
autrefois ſervir lors qu'il n'éſtoit
que Duc d'Yorc. Mrs de
Ville curent encore l'honneur
de le ſaluër dansle méme
lieu , en luy faiſant des
preſens de Vin & de Cotignac.
Le Chapitre de Sainte
Croix, Cathedrale de la Ville
, &celuy de S. Aignan , le
GALANT.
191
Prefidial ,les Treſoriers de
France , la Prevoſté , Vniverſité
, & pluſieurs Ordres
Religieux luy furent auſſi
preſentez par Mr de Creil.Le
Roy dit à ceux de S. Benoist
que l'Angleterre leur eſtoit
redevable de la Foy qu'ils y
avoient preſchée les premiers
Il ſe mit à table , & le repas
qui eſtoittout en poiſſon fut
auſſi propre que ſplendide
pour le peu de temps qu'on
avoit eu à le preparer. Il
n'y avoit qu'un couvert pour
Sa Majesté ſous un magnifique
Dais; mais Elle ordonna
que l'on en miſt d'autres ,
pour Milord Melfort, Milord
Amazor , Mr le Comte de
Mailly , Mr Staffort ,'Mr de
Creil,&Mrs de Villechauve,
le Comte du Brueil, Lieute192
MERCURE
r
nantColonel des Dragons de
Languedoc& de Beauregard,
cy- devant premier Capitaine
des Grenadiers dans le Regiment
de Picardie ,& Gou-
*verneur du Fort François . Sa
Majesté fut gardée par la
Compagnie du Guet , commandée
par Mr de Maſſuere
qui pritl'ordre. Tous les Seigneurs
Anglois & les Officiers
de la Maiſon du Roy
qui l'avoient ſuivi , trouverent
chacun leur chambre
autourde cellede SaMajesté.
Ce Prince quijeûne regulierement
, ne voulut prendre
que duThe.Le lendemain au
matin il alla entendre la
Meſſeaux- Preſtres de l'Oratoire,
où le Pere de l'Epiniere
1
leharanguaen ces termes .
:
SIRE
GALANT. 193
SIRE ,
Nous sommes infiniment redevables
à voſtre piete auſſibien
qu'à la Providence , qui par une
diſpoſition favorable nous donne
L'occaſion , & en mesme temps
l'honneur d'aſſurer Vostre Majesté
de nos profonds respects.
Iene puis rien dire dans la con .
joncturepreſente deplus glorieux
pourElle ,finonque vos interests
Sont ceuxde Dieu , que la guerre
que vous allezentreprendre est
celle du Dieu des armées , que
vos Amisſont ceux qui font attachez
àſonſervice , &vos Ennemis
ceux qui veulent renverfer
Ses Autels , &s'opposeràson au
torité ſupréme. Cela estant, quel
les faveurs ,quelle protection , &
quelle prosperité ne doit pas attendre
du Ciel Vostre Majesté :
Mars 1689 . I
194
MERCURE
C'est tout dire que prenant le
party de Dieu, il est obligé de
prendre le vostre. Allez , grand
Roy,Sur cette afſurance comme
un autre lofué, donner des com.
bats , & remporter des victoires,
paroiſtre devant vos Ennemis ,&
les renverſer ; allez vous prefenter
àvos rebelles Sujets,& lesforcerpar
voſtre valeur à recevoir
laLoy qu'ils ontrejettée avec au
tant d'infidelité que d'inſolence.
Toute l'Europe , ou plûtoſt tout
le Monde Catholique ,fait des
voeux pour vostre prosperité , &
tous les Preftres de l'Eglise de
Dieuſont autant de Moyfes qui
doivent lever les mains au Ciel
pour le bon fucces de ses armes.
Soyez perfuadé , Sire , que ceux
del' Oratoire dans cegrand nombre
s'acquitteront de ce devoir;
ils le feront autantpar inclina
GALANT.
195
tion que par iustice ,faisant une
profeſſion particuliere d'eſtre dans
le profond respect qui est deu à
vostre Maiesté,vos tres - humbles
& tres- obeiſſansferviteurs.
Au fortirde l'Egliſe le Roy
monta en chaiſe pour aller
coucher à Tours, aprés avoir
fait mille honneſtetez à Mr
de Creil. Il y fut receu le ſoir
au bruit du Canon par M. le
Marquis de Rafilly , Lieutenant
general pourle Roy en
Touraine , qui eſtoit allé au
devant de ce Monarque à
trois lieuês de la Ville , accompagné
de la Nobleſſe , &
ſuivyde ſes Gardes & de la
Maréchauffée . Mr l'Arche
veſque de Tours , & Mr de
Miromenil Intendant , eftoient
avec ce Marquis. Sa
I 2
196 MERCVRE
Majesté ſtant arrivée à la
premiere porte de l'enceinte
de la Ville,y receutles complimens
& les preſens des
Echevins.LaBourgeoiſie ſous
les armes formoit une double
haye , & par tout où il
paſſa il y eut des Illuminations
aux feneſtres . On luy
avoit preparé un appartementau
logisde Mr de Rafilly
, & à la defcente du Caroſſe
il trouva Madame la
Marquiſe de Rafilly , & Madame
de Miromenil , qu'il
falüa.Toutes les Compagnies
en corps le vinrent complimenter
; aprés quoy on fervit
diverſes tables pour Sa
Majeſté & pour les Seigneurs
de ſa ſuite. Le Mercredy 2 .
de ce mois , le Roy entendir
la Meſſe auConvent des laGALANT.
197
cobinsavec la Muſique de la
Cathedrale , & partit de
Tours à fix heures du matin .
La Bourgeoisie eſtoitſous les
armes comme le jour precedent
, & Mr de Rafilly conduiſit
Sa Majesté avec le meſme
cortege juſqu'au meſme
lieu où il l'avoit eſté recevoir
Ce Prince arriva à Angers .
fur les 5.heures aprés midy.II
yentra ſuivi de foixante ou
quatre - vingt Gentilshommes
& Cavaliers , ayam chacun
l'épée nuë , qui estoient
allez l'attendre à Sorges,Village
éloigné d'Angers d'une
grande lieuë,& à la teſtedefquels
eſtoit M. du Pleſſis de
Coſme,Gentilhomme diſtingué
, & ancien Officier de
Cavalerie . M. d'Autichamp ,
13
198 MER CVRE
Lieutenant de Roy de la Ville
& du Chaſteau , & M. de
la Feauté,Maire,à la teſte du
Corps de Ville, ſe trouverent
àla porte de S. Aubin , où ce
dernier preſenta au Roy les
Clefs de la Ville , qu'il prit
&& rendit en meſme temps..
On luy offrit un Dais magnifique,
que ce Prince refuſa
Il alla de là au bruit du Canon
&des Boëtes deſcendre
a l'Hostel de Ville,au travers
d'une double haye de Milice.
Toutes les Compagnies l'y
complimenterent , & Mr Petrineau
, l'un des Secretaires
de l'Academie Royale d'Angers
,luy parla ainſi à la teſte
defon Corps.
SIRE ,
A
Il est juste qu'au bruit des
GALANT.
OTHE
199
LYON
acclamations publiques ,les hom
mes de Lettres viennent à leur
tour rendre à vos vertus le culte
qu'on leur doit, Spectateursattentifs
de tout ce quiſe paſſe de
grand dans le monde , nous revoyons
dans vostre Perſonne facrée
les fameux Heros de l'Angleterre
Chrestienne , qui facrifioient
toutes leurs grandeurs à la
Religion , également contens de
fortir du combat ou Vainqueurs
ou Martirs. La Foy , fifervente
alors dans vos Etats , n'a trouvé
d'azile que dans vostre caur , &
vostre bras luy suffira. Le Ciel
eftirop interessé dansvoſtre querele
pour l'abandonner. Vous
avez tout hazardé pour luy , il
combattra pour vous. Vostre
Majesté porte avec Ellele destin
du Chriſtianisme , le fuccés répondraalajustice
& à la grana
14 .
200 MERCVRE
deur de l'entreprise. Henry VII.
l'un de vos Predeceſſeurs , qui
Sesignala comme vous , par une
heroique pieté , partit autrefois
de Brest avec de moindres avantages
, & par un feul combat
il s'aſſura la Couronne que vous
portez. Voilà , Sire , le fort qui
vous attend. La Renommée nous
apprendra bien - 10ft des actions
dignes de voſtre intrepidité &
de vostre constance , qui fait au .
jourd'huy l'admiration de l'Univers
, & le spectacle le plus
beau que le Terre puiſſe donner
aux Cieux. Ce font , Sire , les
prèſages & les voeux de nostre
Academie.
Ce Prince ſoupa ſur les huit
heures , & M. de la Feauté ,
Maire , le fervit à table. Il
prit enſuite une heure ou
GALANT. 201
*
deux de repos , & environ à
minuit il s'embarqua ſur la
Riviere pour defcendre à
Nantes . Toutes les Perſonnes .
de qualité l'accompagnerent
juſques au Port , où il fut
ſuivi d'un nombre infiny de
peuple avec des acclamations
extraordinaires .
Le Jeudy 3 Sa Majesté Britannique
coucha àla Roche-
Bernard ,& en eſtant partie
de tres -grand matin le jour
ſuivant, Elle arriva ſurles dix
heures un peux en deçà des
Fauxbourgs de Vennes. Elle
y trouva des Relais , & plufieurs
Caroſſes remplis deDames
, que l'envie de voir ce
Prince avoit attirées. Le Senéchaldu
Prefidial le complimenta
, & enfuite luypreſenta
une Femme originaire
Ils
202
MERCURE
paffa
d'Irlande , mariée en ce lieu
là. Le Roy marqua de la joye
de voir une peſonne qui eftoit
d'un Pays où fes ſujets.
font les plus fidelles de ſes .
trois Royaumes. Il paſſa par
les Fauxbourgs fans s'arreſter
&alla coucher à Nantes . Il y
fut receu aux acclamations .
du Peuple , & ce Monarque
entendantcrier , Vive le Roy ,
dit à ceux qui entouroient
fon Caroffe ; dites la Foy Ca
tholique pour laquelle ie vais
combattre . Mr le Comte de
Molac,Gouverneur du Chaſteau
de Nantes ,luy fit fervir
un Soupé tres - magnifique.
C'eſt un homme qui
fait tout avec éclat , & qui
vitd'une maniere fort digne
de ce qu'il eſt. SaMajesté fut
complimentée de tous les
GALANT.
203
Corps , & le Pere Blot , Superieur
du College des Peres
de l'Oratoire , luy parla en
ces termes ...
SIRE.
Vostre Maieste ayant Scen
joindre un courage extraordinaire
, qu'Elle asignaléen tant
d'occaſions glorienses , à un si
grand Zele pour la Religion ,
qu'il n'a jamais eu d'exemple ,
nous pouvonsfans doute la con.
fiderer comme un portrait fidelle
de cefaintRoy , qui estant felon
le coeur de Dieu , freutsi bien
accorder une valeur heroique
avec unepietéfervente.
Ce n'a esté , Sire , qu'avec
un extrême déplaisir que nous
avous vû jusqu'aux plus facheuſes
avantures de David, renouvellées
dans votre Maiesté.
1163
204 MERCVRE
Ce genereux Prince , aprés avoir
eſté plus d'une fois obligéfous
le regne de fon Predeceffeur , à
chercher un azile dans les Pays
étrangers contre la fureur defos
Ennemis ,ſe vit contraint , pendant
qu'il regnoit luy = mesme ,
d'abandonner ſa Capitalepar la
perfidie& la révolte que letraiſtre
Absalon avoit inspirée àfes
Sujets : mais comme la grandeur
de cefaint Roy ne fut éclipsée que
quelques momens ,& que la victoire
entiere qu'ilremportafurfon
Peuple rebelle le fit remonter fur
le Trône plus glorieux qu'il n'y
avoit iamais paru ,nous ne dou
tons point que Dieu n'acheve
le portrait du courageux & fidelle
David dans vostre Maieste
&que son courage invinciblene
falsesouffrir à un usurpateur
denaturé la peineque meritel'eGALANT.
205
normité d'un attentat inspiré par
l'ambition , prétextepar lafauſſe
Religion ,& executé par la tra-.
bison . C'est ce que tous les bons ,
François esperent de la justicex
du Ciel , & c'est ce que toute la
Congregation de l'oratoire ne
ceffera point de demander par de.
ferventes prieres. Pluſt à Dies
que nous puſſions donner à voſtre
Maiesté des marques plus fenfibles
du tres - profond respect
dont nos coeurs feront toujours .
remplis pour Elle ..
Je ne vous dis rien deMr le
Ducde Chaunes. Vous jugez
bien qu'eſtantGouverneurde
la Bretagne , Il n'a pas man
quéde faire rendre à ce Prince
tous les honneurs qu'il
pouvoit attendre , & que fa
magnificence a éclaté dans
206 MERCVRE
cette reception. Le Vendredy
5. ſur le midy le Roy
entra à Quimper au bruit du
Canon , trouvales Habitans
ſous les armes Quarante
Gentilshommes bien montez
qui eſtoient allez au devant
de Sa Majesté environnoient
ſa Caleche tenant l'épée nuë.
Mr l'Eveſque de Quimper &
fon Chapitre , la receurent
dans le Palais Epifcopal , &
l'aſſurerent de leurs Prieres
pour la profperité de ſes Armes
, ce qu'il eutun foin par- -
ticulier de leur demander.
Les autres Corps firent auffi
leurs complimens à cePrince
tandis qu'il mangea un peu
de fruit , le jeûne étroit qu'il
obſerve l'obligeant de ſe reſerver
à ſouper à Breſt. Il ne
donna quele tems de prendre
GALANT ..
207
d'autresChevaux pourrentrer
dans ſa Caleche. Mrle Ducde
Bervic ſon Fils naturel , l'avoitattendu
deux jours en ce
lieu là , & eſtoit allé pluſieurs
fois au devant de luy avec
Mr de Quimper for de faux
avis de fon arrivée. LeRoy
remercia fort ce Prelat des
préparatifs qu'il avoit faits
pour luydonner à ſouper. Mr
le Duc de Bervic qu'il avoitt
regalé magnifiquement pendant
ces deuxjours,auſſi bien
que Mr le Comte d'Avaux &
les autres Grands Seigneurs :
qui estoient venus avant ce
Monarque , l'en avoit entretenu,
Mrl'Eveſque de Quim--
per a joint aux acclamations
publiques , une Proceffion &
desPrierespendant huitjours
afind'attirer le ſecours duCiel
(
208 MERCVRE
pour l'heureux fuccés de
ſesdeſſeins.Le ſoir Sa Majesté
arriva à Breſt , accompagnée:
de Mr le Mareſchal d'Eſtrées .
qui l'avoit eſté recevoir à
Lanveoë: de l'autre coſté de
la rade à trois lieuës de la..
Ville , avec une Fregate, une..
Galiote& toutes les Chalou--
pes des Vaiſſeaux Elle fut fa--
luée à ſon paſſage de toute
l'Artillerie des meſmes Vaif--
ſeaux, auſſi bien que par celle
du Chaſteau Mr le Comte de
Bethune Chefl'Eſcadre, & Mr
des Cluſeaux Intendant dela.
Marine,ſe trouveretà la defcente
, & ce Prince fut recen
par Mrl'Eveſquede Leon,quis
eſtoit en habits Pontificauxà
la teſte du Clergé. Il ſe rendite
au logis qu'on luy avoit pre--
paré, au travers d'une double
GALANT. 207
haye de la Bourgeoiſie rangée
fous les armes , Il y ſoupa en
public, & fitmettre à ſa table
MrleDuc de Bervvich. Mrle
Mareſchal d'Eſtrées , & les..
Officiers Generaux dela ма-
rine avec ceux que SaMajeſté
luy a donné pour l'accompagner
en Irlande . La Garnifon
du Chaſteau luy fervit
deRegimentdesGardes & fit
fentinelle , & les Gardes ма-
rines firent les fonctions de
Gardes du Corps . Toutes les
Compagnies de la Ville le
complimenterent, &le 6. Mr
de Saint Coſme Harſcouet,
LieutenantCivil & Criminel
au Siege Royal de Morlaix,
luy parla ainſi à la teſte des
Deputez de la meſme Villes
2.10 MERCURE
ne
SIRE ,
Mavoix tremblante , & non
accoutumée à se faire entendre
aux Rois , marque sensiblement
à Vostre Majesté lessentimens
de'respectes d'admiration dont
nos esprits & nos coeurs font
penetrez à la veuë de tant de
caracteres de grandeur ,de fageffe
& de fermeté qui reluifent
en vostresacrée Person--
malgré cette fortune maraftre
dont les coups n'ont Servi
que pour en relever davantage
l'éclat. Je n'entreprens pas , Sire,.
voſtre Eloge. C'est un Ouvrage an
deſſus de mes forces, lafeulepensee
men fait trembler ; & Caffiodore,
cet illuftre Secretaire d'un
Empereur Romain , m'apprend
que magna negotia magnis
egent adjutoribus . S'il n'appartient
qu'aux Rois de bienparlerde
la Royauté, il n'appartient
GALANT. 211
auſſi qu'à eux de lower ceux qui
font élevez à cette dignité émi
nente , qui est le miroir de la Di
vinité. Le Monarque dontnous
avons le bonheur d'estre les
Suiets,ce Roy orné de toutes les
qualitez qui font un Princepar
fait , qui Sçait miduxque tout le
reste des hommes connoistre &
estimer laversa &le vray merite,
a marquépar l'attachement , &
par la bonne intelligence qu'il a
toujours enë avec V. M. qu'il.
vous regardoit pourle Prince de
l'Europe le plus digne d'estre affis
au Trône. C'eſt là , Sire , le plus
juste Panegyrique de vos royales
vertus. Ce Prince a le difcerne...
ment si juste , qu'il ne se trompe
jamais . C'est aussi le juste fujer
des acclamations & des réjoüif
fances univerſelles que toute la
France vous marques elle veus .
212 MERCURE
Seconder ſon Roy dans la rece
ption qu'il vous a faite , & fors
Peuple s'eftimant heureux de viwrefousfonregne
, ne ſonge qu'à
honorer ce qu'il eſtime. Le chan
gement arrivé dansvôtrefortune,
n'en apoint apporté au coeurde ce
genereux Monarque, parce que
vos malheurs n'ont rien diminué.
de vos vertus . Vous avez trouvé
enluyl Amy le plus genereux de
l'Europe , & il a trouvé envous le
Prince qui meritoit le mieux de
reffentirles effets deſa generosité:
Ce qui vous arrive n'est pas un
effet de vostre malheur ny de la
destinée,mais uncoup de la Providence
du Dieu qui tienten fes
mains les coeurs des Rois Ce Dien
qui vous avoit destiné pour porter
trois Couronnes , & qui n'avoit
rien épargné pourformer en vous
un Prince accomply & Selon fon
GALANT.
213
coeur , vousa trouvé trop parfait
pour ne vous laisser regner que
fur des Peuples devoyez ; il a
permis que leur rebellion vous ait
donné lieu de les conquerir , afin
que vostre conſtance & l'ardeur
de voſtre zele leurfaſſe ouvrir les
yeux fur les veritez d'une Religion
qu'ils ont voulu abolir jus
que dans le coeur de leur Souvez
rain. C'est un ouvrage pour lequel
ilvous avoit refervé depuis
plus d'un fiecle , comme il avoit
destiné nostre pieux Monarque
pour un pareil chef- d'oeuvre par
des routes differentes. Allez donc,
grand Roy , non seulement à la
conqueſte de ces trois Couronnes
terrestres , mais encore à celle de
cetteCouronne immortellede gloire,
que vous fera obtenir le retabliſſement
de la veritable Religio
dans vos Etats. Cefont des con
214
MERCVRE
questes afſurées . Loüis le Grand
vous ſeconde , & le Ciel intereßé
dans vostre querelle , confondra
l'vfurpateur de vostre Trône,
& le rendra le jouet de la for.
tune , qui ne l'a élevé fur le
Theatre de l'Univers, que pour
faire connoistresa perfidie , &
enfuite le précipiter dans le plus
honteux abaiſſement. Ce font les
voeux , Sire , de vostres humbles,
tres obeiffans & tres formis ferviteurs,
les Habitans de la Ville
de Morlaix .
Le meſme jour, Sa Majesté e
qui alla voir les Vaiſſeaux ,
monta fur le S. Michel , que
commande Mr Gabaret,Chef
d'Efcadre , & enfuite ſur le
Vaiſſeau de M. Forant , auffi
Chef d'Efcadre , & le ſoir
Elle viſita les Magaſins de
GALANT.
215
l'Arsenal de la marine. Le
lendemain Elle s'embarqua
pour partir le 8. dés que
le jour parohtroit , mais le
vent ayant changé , il n'a
pû partir que le 17. Comme
fon embarquement& le nom
des Vaiſſeaux & Commandans
, regarde l'Hiſtoire rai
fonnée, on trouvera tout cela
dans la cinquiéme partie des
Affaires du Temps. l'ajoûteray
ſeulement que pendant
le ſejour de ce Prince à Breſt
toute la Nobleſſe des enviros
eſt venuë le ſaluër; qu'on l'a
receu avec de tres grandes
acclamatios dans tous lesendroits
où il a eſté , qu'il a
admiré le bon ordre qu'ona
étably dans toutes les chofes
qui regardent la Marine ,&
qu'il agagne le coeur de tous
216 MERC VRE
les François , par les grandes
marquesdebonté qu'il a données
.
Ie vous ay parlé de la Staruë
de Sa Majesté , foulant
l'Hereſie aux pieds , que Mr
du Bois , Contrôleur de la
Maiſon de Madame la Dauphine
, a fait faire. On a demandé
des Inſcriptions pour
les graver fur le piedestal ,
ſelon le choix qui enſera fait.
Voicy celles que cet avis m'a
faitenvoyer.
I
Sesfublimes vertus ,fes éclatans
exploits,
Le vendoient des Heros le plus
parfait modelle ,.
Lors que ce Monstre affreux
expirantfous ses Loix ,
Viut achever sa gloire , & la
vendre immortelle.
IL.
i
GALANT.. 217
II.
Terrarum pestem Lodoix dum
mittit averno ,
Se terris munus fic probat effe
Poli.
III.
LUD. XIV 3
MAGNUS UNDIQUE.
Etverus
SuperHarefim
HEROS.
IV.
Sous fes pieds triomphans Louis
tient abaiffée
L'Hereſie à iamais parfon bras
terraffée. ८
Ce Monstre au desespoir , pour
håterfon deftin ,
S'arrache les cheveux , boit fon
proprevenin ;
Maismalgrésa fureur, ce Heros
immobile
Iouitdefa victoire ,&demeure
tranquille.
Mars 1689 . K
1218 MERCURE
V.
LUDOVICVS XIV.
Hoc Monstrodomito ,
Magnus, Rex,Chriftianiffimus.
Il estparson haut rang, Roy
Grand, &Tres Chreftien.
Ill'est encor bienplus parsa fage
conduite,
Mais peut- il mieux unir tous
ces grands noms aufien.
Que lors que parses Loix l'Herefic
est détruite?
VI .
Hoftibus , una fides , everfis
reftat habenda ,
Nunc uno , Lodoix , numine
Relligio.
Ceux qui ont expliqué l'E.
nigme du mois paſſe ſur le
Bruit , qui en eſtoit le vray
mot , font M. Dagouſt d'Olieres
, Chevalier de S. Iean
GALANT .
219
de Ierufalem , Gentilhomme
Provençal , âgé de quinze ans
Coudreau , Penſionnaire au
College de la Fléche ; A. P.
Boiſtel ; de S. Romain de la
rue S. Severin;de la Freſnaye
du College de Navarre; Lourdet;
du Boufquet , natif de
Coviſon en Languedoc ; du
Roſey le jeune , de Lisieux ;
de la Valaiſerie , de Caën :
D. S. I. de Chevrigny : le
Cointre des Perrex : du Perrier
: le Chevalier du Tile
d'Iſſoudun : l'Abbé des fept
Voyes: C. L. Hutuge d'Orleans:
le Chevalier de Boifdenier
de la Memberolle, proche
deTours : T. G. ou la Perle
nouvelle venuë de la rue
Montmartre : celuy qui taic
fon nom , de Paris ; l'Indifferent
de la rue Perpignant: le
K 2
220 MERCV RE
Conqueranten Campagne ,
Amant de toutes les Belles :
le plus jeune des quatre Freres
de la rue Bourlabbé : le
petit Mitron du Bal dela rue
des Saints Peres : le Portier
volontaired'une grandeMaifon
: le plus teſtu de la rue
du gros Horloge de Roüen :
leViſage ſans pitié , de Rennes
en Bretagne :Meſdemoifelles
Cherry & de Ville bonnede
la rue de Bourbon:Gangié
de Soiſſons: la charmante
Angelique de Dormans : la
Belle aimée & la charmante
Brune de la rueaux Fers : la
belleProcureuſe aux Comptes
rue des deux Boules : la
Belle Infante de la rue S.
Chriſtophle ; la Veuve ſans
pareillede la ruede Tournon :
la Veuve à l'Anagramme ,
GALANT. 221
Monpartage te guerit:& le petit
Brunet , fon Amant. La Societé
de l'Hôtel de Portugal.
Naſſau àGeneve La nouvelle
fiancée de Lyon .
L'Enigme nouvelle que je
vous envoye eſt de Mr Rault
de Roüen.
ENIGME.
Efuis uncomposéde douceur&
de charmes ,
LesDieux pour me former s'intereffent
pourmoy ,
Neptune par Samer m'offre je ne
Sçay quoy ,
Cybelle parsonfein, l'Aurorepar
Ses larmes .
Minerve par ses fruits fournit
une liqueur ;
Vertumneparses donsſemetde la
Partie
K 3
1222 MERCVRE
Bacchusparses raisins y meste un
peu d'aigreur,
Et de tout leurmélange on mevoit
affortie.
泰
Fait-on quelque Regal , quelque
noble festin ,
On m'invite auſſi tost pour venir
la table ;
Ie n'y bois , ny ne mange ,& vois
plus d'une main
Qui s'arme contre moysfuis ie pas
miferable?
Voicy un ſecond Air,conforme
à la ſainteté du temps
Il eſt encore de M. de Bacilly
fur des paroles de monsieur
Godeau.
4
AIR NOUVEAV.
i
PReffedecruelles douleurs.
3
le
Co
LYON
G
a
IS
e
S
e
IsS
e
n
n
K4
८
1
GALANT. 223
Qui nefont avec moy ny depaix,
nyde tréve ,
O Dieu , qui peux finir le cours de
mes malheurs ,
Encette extremitémon coeuràtoy
s'éleve :
L'implore ton secours,fans craindre
qu'unrefus
Rende mon visage confus.
1
:
Il n'y a pointde Peuples fi
laborieux que les François ,
ny qui ſoient plus prompts à
embraffer toutes les occafions
qui fe preſentent , de faire
paroiſtre leur efprit , &d'eftre
utiles à leur Patrie. Des
qu'ils ont cru que la Guerre
devoit s'allumeravecles En.
nemis de la gloire du Roy, ils
ont cherché les moyens de
marquer leur zele,les uns en
une chofe , & les autres en
K4
224 MERCURE
une autre. Il y ena qui ont
employé leur induſtrie à faire
des Cartes qui puſſent ſervir
à tous les Commandans , je
vous ay déja parlé de pluſieurs
, & j'ay encore à vous
entretenir aujourd'huy de
trois . La premiere eſt une
Carte particuliere du Dioceſe
de Coutances en Baſſe
Normandie . On l'eſtime une
des plus belles Pieces de
Geographie qui ayent paru
juſques à preſent. Elle eſt de
quatre feuilles , dont il y en
adeux qui contiennent toute
la grand' terre de cet Eveſché
& dans les deux autres font
les Iſles de Ierſay,Grenezey,
& les autres Iſles adjacentes
tenuës à preſent par les Anglois,&
qui ont fait autrefois
partie de cemefme Diocese. 1
GALANT.
225
Outre les Villes , Bourgs ,
Paroiſſes , Abbayes, Chapelles
quel'on marque dans les
Cartes particulieres , on voit
dans celle- cy tous les Châſteaux
& autres Maiſons conſiderables
des Seigneurs &
Gentilshommes , les Hameaux,
toutes les hauteurs &
abaiſſemens du terrain ,jufques
aux moindres ruiſſeaux
les grands chemins,avec tout
ce qui regarde la Marine , les
bancs de fable , Rochers
Baffes ,Courans , & autres recherches
curieuſes. Enfin il
eſt aisé de voir en l'examinant
, que M. Mariette de la
Pagerie,Gouverneur de Mile
Marquis de Beringhen , qui
en eſt l'Auteur , n'a epargné
ny ſes ſoins ny la dépenſe
pour en faire un Ouvrage ac:
K
L
226 MERCURE
comply. Cette Carte ſe debite
chez le Sr Langlois , ruë
Saint lacques , à la Victoire ,
La fituation preſente des affaires
d'Angleterre , & les
menaces ridicules des Proteſtans
de deſcendre en France,
la doivent faire rechercher .
Ce n'eſt pas qu'outre cela elle
ne ſoit tres-curieuſe, & d'une
grande utilité pour ceux
que leurs affaires engagent à
connoiſtre le Pays. D'ailleurs
elle ne peut eſtre que tresbien
receuë des Amateurs de
la Geographie , qui veulen.
ſe rendre ſçavans dans tout
cequi regarde cette Science.
La ſeconde de ces Cartes
eſt deMr desGranges , Geographe
, demeurant ſur le
Quay de l'Horlogedu Palais,
à la Renommée. C'eſt le
GALANT.
227
Cours du Khin , tiré ſur des
memoires juſtes & approuvez
des meilleurs Auteurs,&
leplus ample & le plus exact
qu'on ait encore vû. Cette
Carte eſt embellie des plans
& profils de trente fix dess
principales Villes.On y trou
ve auffi les Paysbas François
& Eſpagnols , qui ne font
dans aucune autre Carte du
Cours du Rhin , avec toutes
les routes depuis Paris julqu'en
Allemagne & dans les
Pays bas . On vend auffi dans
le meſme lieu la Carte particulieresdu
Palatinat du
Rhin, pareillement embellie
desplans & profils de Phi
lisbourg,& autres Villes conquiſes
par Monſeigneur le
Dauphin
La troifiéme eſt un tres
K6
228 MERCVRE
grand ouvrage de Mr de Fer ,
qui demeure ſur le Quay de
l'Horloge , à la Sphere Royale.
C'est une Carte des Frontieres
de France , & d'Allemagne
, deſſus & aux envi
rons du Rhin. Elle eſt en trois
feüilles , qui ſe peuvent joindre&
feparer , fuivant qu'on
le jugera le plus à propos . La
premiere qui eſt celle d'en
haut eſt intitulée , Les Provin
ces Unies des Pays-bas , connues
Sous le nom de Hollande. La ſeconde
partie qui eſt celledu
milicu comprend un grand
pombre de divers Etats , ſçavoir
une partie des Pais bas
Catholiques , du Cercle de Vestphalie,
le Cercle Electoral du
hhin , une partie des Cercles.
du Haut- Rhin && de Souabe ,
&quelques Eftats reunis àla
GALAN T. 229
France , comme la Lorraine ,
L'Alsace , &c. La troifiéme
feüille , qui eft celled'en bas,
contient la Franche Comté
ou le Comté de Bourgogne , les
Suiffes avec leurs Alliez &
leurs Sujets ; le Comté de
Montbeliart , la partie meridionale
de l'Alsace & le
quartier des Villes Forestieres
6. le reſerve pour le mois
prochain beaucoup de chofes
curieuſesque j'ay encore
à vous dire touchant cette
derniere Carte.
ラッ
Je finisma Lettre du mois
paffé en vous apprenant la
mort de Meſſire Honoré
Barentin , Seigneur d'Hardiviliers
, Maiſtre des Requeſtes
, Preſident au Grand
Confeil. C'eſt une Charge
qu'ila exercée depuis l'année
240 MERCURE
1665. avec beaucoup de ca
pacité &d'eſtime. Il eſtoit
auparavant Conſeiller dans
le meſme Corps . Il mourut
ſubitement d'une apoplexie
de fang dans le Grand Confeil
, en y rendant la juſtice
avec ſon équité ordinaire.
Les Enfans qu'ila laiſſez ſont
tous dans unegrandejeuneſſe
Madamela Preſidente Baren .
tin ſaVeuve , eſt Fille de feu
Mr Perrot de la Grand Maifon
, Confeiller en la Grand
Chambre du Parlement de
Paris . La Famille des Baren .
tin porte d'azur à trois faces ,
la premiere d'or , les deux autres
ondées , furmontées de trois
étoiles d'or en chef. De cette
Famille estoient Défunts
Charles Barentin Maitre
d'Hoſtel du feu Roy , CharGALANT.
231
lesBarentin , Maistre des Re .
queſtes , & Honoré Barentin ,
Seigneur de Charonne, Confeillerd'Estat.
Le Frere de M ..
le Preſident Barentin qui
vient de mourir eſt MrBarentin
, Conſeiller en la
Grand Chambre . Sa Soeur
avoit épousé feu Mr le Marquis
de Souvré de Courtenvaule,
dont la Fille unique eſt
Femme de M. de Louvois
Miniſtre & Secretaire d'Etat,
Chancelier des Ordres du
Roy , Sur Intendant de ſes..
Baſtimens , Arts & Manufa
Aures , & Sur- Intendant des
Poſtes de France . La Famille
desPerrot , Seigneurs de Fercourt
& la Malmaiſon
donné depuis le regne de
François I.pluſieurs Preſidens
aux Enquestes , Maiſtres des
د
a
252 MERCURE
T
Requeſtes , Conſeillers au
Parlement& aux Coursſuperieures
, & Chevaliers de
Malthe.. Elle porte d'azur à
deux Croiſſants adoſſez en pal
d'or au chef d'argent chargé de
trois Aigles de fable.
Charles -Henry de Cler-
Seigneur de
mont , Marquisde Crury&
de Vouilars
Ravieres , & autres lieux
mourut en ſon Chaſteau de
Vouilars au Comté de Bourgogne
, le 19. du derniermois..
Il eſtoit Fils de Roger de
Clermont & d'Elizabeth de
Pernes , & l'aiſné de la ſeconde
Branche de cette illuſtre
Maiſon , dont le nom
ſeul fait un magnifique élogé.
Après avoir ſervi vingts
fix ans dans des Emplois proportionnez
à ſa naiſſance , il
GALANT .
253
épouſa Elizabeth de Marſol ,
Dame d'une haute vertu , &
d'un merite auſſi diſtingué ,
que ſa Maiſon l'eſt entre les
plus confiderables de Bourgogne.
Il laiſſe deux Fils &
une Fille .
Mr Coquart de la Motte ,
Archidiacre de Jofas , Chanoinede
l'Egliſe de Paris , &
Abbé de S. Martin de Mafſay
, eſt mort aufſi depuis
peu. Comme ce mot de Joſas
vous peut arreſter , je vous
diray que l'Egliſe de Paris a
trois Archidiaconez ; celuy
de Paris , qui eſt nommé
Grand Archidiacre de Paris;
celuy de Jofas, qui eſt le nom
d'un Village aux environs de
Verſailles , où s'étend cet
Archidiaconé &dont dé-
,
pend auſſi Saint Germain en
234 MERCVRE
Laye , & le troiſieme , l'Archidiacrede
Bric.On ne ſcauroit
remplir les fonctions
•d'un Archidiaconé avec plus
d'exactitude que faifoit Mr
l'Abbé de la Motte. Il a
réuny du temps que Mr de
Perefixe eſtoit Archeveſque
de Paris,beaucoup de choſes
qui en avoient eſté démem
brées ,&-ce Prelat le fit un
des principaux Executeursde
fon teftament. Il a fait beaucoup
de Legs pieux , dont
ily ena un fort confiderable
à l'Hoſtel Dieu , & il a fondé
un Obit à perpetuité dans
l'Egliſe Noſtre - Dame. Mr
l'Archeveſque voulantique
fon Archidiaconé fuſt rem
ply par un homme de merite&
d'une grande vertu , a
choiſi Mr de la Barde , preGALANT.
235
mier Preſident aux Enquestes
Frerede Mr dela Barde , qui
a eſté pendant pluſieurs années
Ambaſſadeuren Suiſſe&c
Mrl'Abbé Moreau , Fils de M.
Moreau, premier Medecin de
Madame la Dauphine ,aleſté
pourvûdelaChanoinie parce
Prelat , à la recommandation
deMadame laDauphine.
Les dernieres nouvelles
qu'on a cuës de Conſtantinople
nous ont appris que
Mr Girardin , Ambaſſadeur
de France , y est mort d'une .
retention d'urine , dans le
mois de Janvier. Il y eſtoit
toujours demeuré ſans avoir
eſté à Andrinopledepuis que
leGrand Seigneur y faitfon
fejour. Vous ſçavez qu'il avoit
eſté Conſeiller au Parle
ment ,& enſuite Lieutenante
236 MERCVRE
1
Civil au Chaſtelet de Paris.
Il eſtoit Fils de Madame Girardin
, qui s'eſt remariée à
M. Girard de la Cour des
BOIS , Maiſtre des Requeſtes
MadameGirardin ſa Femme ,
eſt Fille de Mr Ferrand Lieutenant
Particulier au Chaſtelet
, & Soeur de M. Ferrand ,
Preſident à la premiere
Chambre des Requeſtes du
palais , de M. Ferrand , Lieutenant
particulier au Chaftelet
, & de Madame de la Faluere
, Femme de Mr de la Faluere
, premier preſident au
parlement de Bretagne .M. le
Blanc, Maistre des Requeſtes
qui a eſt fi long temps Intendant
en Normandie , vient
d'eſtre nommé pour l'Ambaffade
de Conſtantinople.
le ne vous feray pas un
GALANT.
237
long article des nouvelles
d'Angleterre, ne voulant rien
repeter de ce qui eſt dans la
cinquiéme partie desAffaires
du Temps. Le prince d'Orange
s'eſt trompé lors qu'il
a cru que la Convention ſeroit
auſſi prodigue d'argent
qu'elle l'a eſté de fuffrages
pour lemettre ſur le Trône ,
& il luy a fait tant de de.
mandes à la fois qu'elle s'en
eſt veuë comme accablée, ce
qui n'a pas accommodé ſes
affaires Il a demandé vingt
mille hommes tant Cavalerie
qu'Infanterie pour envoyer
en Irlande une Flotte qui
puſt empeſcher les Vaiſſeaux
de France d'y paſſer , en ſe
joignant à celle des Hollandois
, & fix cens mille livres
Sterlin pour indemnifer les
238 MERCURE
mefmes Hollandois de la dépenfe
qu'ils ont faite à équiper
la Flote , avec laquelle il
eſt deſcendu en Angleterre .
Jugez a combien monte cette
ſomme qui va à treize fois
fix censmille livres . Ila auffi
demandé huit mille hommes:
pour envoyer en Hollande
ſelon le Traité de Nimegue,
parce qu'il pretend, comme
Roy d'Angleterre eſtre garand
de la Paix,qu'il dit avoir
د
eſté rompuë par la France,
bien que ſon invaſion en
Angleterre ,de concert avec
la Maiſon d'Auſtriche , quelques
Electeurs pluſieurs
Princes d'Allemagne , & les
Hollandois , afin de s'unir
tous pour attaquer enſuite le
Roy , ait engagé ceMonarque
à ſe mettre en eſtat de
GALANT .
239
n'en rien craindre , & de prevenir
les infolentes menaces
que faifoient les Proteftans
de defcendre en ce Royaume
avecdes Armées fomidables.
Leurs defcentes paroiffent
encore affez éloignées , &
plufieus François on paſſe les
Mers fans qu'il ait paru
qu'aucun de ces Proteftans
qui mettentleur bravoure à
menacer , ait oſé venir de ce
coſté - cy.S'ily en a quelquesunsquiquittent
l'Angleterre
ils ne le feront quepour prendre
la fuite en Hollande avec
moins d'appareil qu'ils n'en
font fortis. Outre tant de
Troupes & d'argent que le
Prince d'Orange demande
aux Anglois , il a encore expoſé
à la Convention qu'il
avoit fait un Traité un peu
240 MERCURE
avant ſon départde Hollande
pour donner aux Etats un
fecours confiderable , auffitoſt
qu'il auroit retably les
Affaires d'Angleterre. On
voit par là qu'il penſoit à la
Couróne; que les Hollandois
n'ont pas dit vray lors qu'ils
ont voulu faire croire dans
toutes les cours de l'Europe ,
qu'ils preſtoient du ſecours
au Prince d'Orage pour une
affaire àlaquelle ils n'avoient
aucune part,& que lors qu'ils
ſe ſont recriez ſur l'injustice
dela Déclaration de Guerre
que laFrance leur a faite,leur
chagrin n'eſtoit que de ſe
voir prevenus , puis qu'ils
n'attendoient tant de fortes.
deſecours du Prince d'Orange&
d'Angleterre , que pour
faire cette Decclaratiou les
premiers .
GALANT.
241
,
premiers. Au milieu de tant
de demandes faites à la Convention
, les Amis de ce
Prince de concert avec
luy , ont encore propoſé de
luy donner un ſubſide extraordinaire
de deux millions
de livres Sterlin, Voilà comme
bien ſouvent la profperité
aveugle & fait trop tenter.
Cette propoſition a achevé
d'aigrir les eſprits, Pluſieurs
l'ont rejettée , & quelquesuns
ſe ſont retirez dans leurs
Terres , en proteſtans qu'ils
n'en payeroient jamais rien.
Mr Seimour est de ce nombre.
C'eſt un homme fort
confiderable , & qui a eſté
Orateur d'un Parlement. On
a accuſé pluſieurs du party
du Prince d'Orange d'avoir
Mars 1689 . L
242 MERCVRE
conſeillé au Roy une partie
des choſes contenues dans
les griefs que la Convention
adonnez contre Sa Majeſté.
Ces Seigneurs ſe ſont plaints
au Prince d'Orange , parce
qu'ils n'ont rien fait que de
concert avec luy , en donnant
des conſeils à ce Monarque
qui luy devoient attirer
la haine des peuples , &
donner lieu à tout ce qu'a
faitle prince d'Orange; mais
cette intrigue eſtoit un ſecret
pour les Communes qui ne
pouvoit eſtre confié à tant
de gens. Titus Oats paroiſt
digne d'occuper la Convention.
Elle reçoit ſes Requétes
& veut bien donner ſon
temps à revoir ſon Procés.
Ainfi cette Aſſemblée ille
GALANT. 243
gitime croit avoir droit de
revoir ce qu'a fait un Parle.
ment legitimement convoqué,&
ce qui a eſté approuvé
par pluſieursautres.LesTroupes
quittent le Prince d'Orange
en plus grande quantité
à la fois qu'elles ne l'ont
joint aprés fa deſcente. Cinq
mille hommes qu'il vouloit
envoyerenEcoſſe pour yfaire
foûtenir ſes interêts,ont tou's
deſerté en meſme temps , &
ont pris party pour le Roy ;
l'un d'un coſté ,& l'autre de
l'autre , dans les lieux où il y
a des Troupes afſſemblées
pour Sa Majeſté. La pluſpart
des Officiers de celles qui
font destinées pour la Hollande
ont auſſi deferté,&huit
Officiers du Regiment de
L2
244 MERCVRE
Grafton ont renduleursCommiſſions;
de forte qu'on a eſté
obligé de le caffer. Pluſieurs
ont ſuivy leur exemple, & on
ne voit par tout que defertion
ouCommiſſions renduës .
On a propoſe de punir de
mortceux qui les rendroient
Quand ce traitement, entierementcontraire
à l'uſage en
pourroit intimiderquelquesuns
, on eſt mal ſervy lors
qu'on veut l'eſtre de force.
Toutes les priſons ſont pleine;
ceux qui les rempliſſent
ne ſerviront pas le Prince
d'Orange , au contraire ils
ferontbeaucoup crier leurs
Parens & leurs Amiscontre
le Gouvernement. Le Comte
deDevonshire,qui eſt un des
plus riches Seigneurs d'AnGALANT.
245
1
gleterre , a rendu ſes commiſſions
pour lever deux Regimens
à ſes frais . Cet exemple
a porté beaucoup d'autres
moins en estat de le faire,
de rendre auffi celles qu'ils
avoient. Sa Majeſté Britanni.
que a fait afficher à Londres
une proclamation, qui portes
qu'Elle caffe la Convention ,
qu'Elle donne une Amnistie de
tout le passé , à la referve de
dix - sept personnes qu'on ne
nomme pas , & que si on n'executefes
ordres , Ellefera obli
géedesefervirdeTroupes Etrangeres,
à quoy on ſçait qu'Elle a
toûjours eu grande repugnance.
LeComte de Tirconnel n'a
pas ſeulement mis l'Irlande
en eſtat de ſe défendre , mais
encore de donner du ſecours
L3
246 MERCVRE
àceux qui font fidelles au
Roy en Ecoffe & en Angleterre.
Cela renferme tout ce
qu'on pourroit dire de luy &
de ceRoyaume- là. Les Proteſtans
ont marqué autantde
joye que les Catholiques lors
qu'ils y ont vû arriver le Roy
Quant à l'Ecoffe , elle faitparoiſtre
le mefme zele , & la
Duc de Gourdon qui a toujours
conſervé le Chaſteau
d'Edimbourg pour le Roy , y
amis un bon Commandant
en ſa place ,& en eſt forty ,
pour aller ſe mettre à la teſte
de fix mille hommes qui ont
pris les armes pour cePrince.
On aſſeure meſme preſentementque
les Lettres que le
Prince d'Orange avoit envoyées
enEcoffe pour faire
GALANT.
247
aſſembler la Convention , ont
eſté brulées par l'Executeur
de la Haute luſtice , ſuivant
l'ordre de pluſieurs Seigneurs
& Deputez , qui ſe font afſemblez
, à Edimbourg. Ie
fuis , Madame, Voftre , &c .
AParis ce 31. Mars 1689...
APOSTILE .
Les Lettres d'Angleterredu
28.Mars, portent que le Com--
te de Devonshire, s'eſt retiré
dans ſes terres aprés avoir dit
hautement , que le prince
d'Orange n'avoit rientenude
ce qu'il avoit promis ,& que
ce Comte a eſte ſuivy d'environ
quarante Seigneurs; que
le parlement n'avoit encore
rien refolu touchant les de-
L4
248 MERCVRE
د
mandes du prince d'Orange;
qu'on fermoit preſque tous
les jours les boutiques dans
quelque quartier de Londres.
à cauſe du defordre qui y
arrivoit , que les Aprentifs
n'ayant rien à faire pendant
ce temps là il s'en eſtoit
trouvé qui avoient formé une
efpece de Convention en
deriſion de celle qui ſe tient
à Londres ,& qu'ils y avoient
condamnélEveſque de Londre
à eſtre degradé à cauſe
qu'il avoitparu à cheval avec
unjuſte- au - corps bleu ,& l'épée
au coſté , que le prince
d'Orange prevoyat bien qu'il
feroit obligé à combattre ,a.
voit refolu de faire retirer la .
princeſſe ſa femme en Hollande
, mais qu'il vouloit ſçaGALANT.
249
voir auparavant ſi on l'y recevroit
en Reine,& qu'il faifoitfaire
des balots dans toutes
les maiſons Royales des
plus precieux meubles qu'il
y avoit trouvez ; j'ay ſceu
ce dernier article par an
hommequi les avus .
On n'avoit encore ſçeudes
nouvelles de l'arrivée de Sa
Majesté Britannique en Irlande
que par les Lettres
d'Angleterre , mais le Fils ,
de M. Gabaret , a apporté
auRoy des nouvelles de cette
arrivée , & du retour des
Vaiſſeaux de Sa Majesté à
Breſt . Comme le Roy ſeul à
reçû des Lettres , je ne sçaurois
encore vous dire le détail
de ce qui s'eſt paſſé en
Irlande , mais on confirme
250
MERCVRE
tout ce que vous avez apris
touchant les acclamations
avec lesquelles le Roy d'Angleterre
a eſté reçû. On dit
que les peuples ſe ſont jettez
àl'eau pour avoir la joye de
le voir plûtoſt.
THEQUE
BIBLIO
LYON
1893*
DE
FIN
E
TABLE
Prelude.
THEQUE
Sonnet
YON
2
Ode.
Autre.
Lettre àMr deBerule.. 15
• Commandement du Havre de
Gracedonnéà Mrle Comte de
Lomont. 52
Ode. 62
Voyage des Envoyez de Siam à
Rome... 72
Haranguefaite au Pape par les
Envoyez .
89
Traduction de la Lettre du Royde
Siam au Pape. 95
La Fontainede louvance. 108
Parolesfur les Conquestes deMon-
Seigneur. 114
TABLE.
MariagedeMrle Duc deDuras.
117
Officiers generaux nouvellement
nommez. 123
Histoire de l'Accademiede Soif-
Sons 127
Entretiens touchant l'entrepriſe
du Prince d'Orange sur l'An.
gleterre. 133
Guerre des Turcs avec la Pologne ,
laMofcovie ,&la Hongrie. 142
Ouvrage de Mrle Pays. 145
Histoire. 151
Tout ce qui s'est pallé au voyage
du Roy d'Angleterre depuisfon
départ insquesàBrest avecles
Harangues qui luy ont esté
faites. 174
Inſcriptionspourla Statuëdu Roy.
que Mr. du Bois Guerin afait
faire. 216
Articledes Egnimes. 221
TABLE
Cartes Nouvelles .
Mort.
223
229
Mr le Blanc est nommé Ambaſſa.
deur pour Constantinople. 235
Suite des affaire d'Angleterre.
247
Fin de la Table .
MERCURE
GALANTEOTHEQ
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
'DE
LA
MARS 168
*
18033
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY , ruë
Merciere au Mercure Galant .
M. DC. LXXXIX
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LIVRES NOUVEAUX
dumois de Mars 1689.
Affaires du Temps concernant
la France , Rome ,
l'Allemagne , l'Holande &
Cologne , avec l'entrepriſe
du Prince d'Orange en
Angleterre , juſqu'au premier
Avril & l'arrivée du
Roy d'Angleterre en Irlande
, indouze , s. volum. 5.
liv.
Le cing & fixiéme volume
de l'Hiſtoire des Herefies
de Varillas , inquarto ,
2. V. 12. 1.
Diſcours fur la bienſeeance
, ind. 1. 1.10.
Oeuvres meſlées de Saint
Evremont , tome 13. & 14.
ind. 2. 1 .
La Morale univerſelle ,
ind.2.1.
L'Eloquence de la Chaire
&du Barcau , ſelon les principes
les plus folides de la
Retorique facrée & profane
ind. 2. I.
Hiſtoire de l'origine des
Dixmes , des Benefices &
des autres biens temporels
de l'Eglise , ind. 20. f.
Sentimens fur le miniftere
Evangelique , avec des Keflexions
ſur le ſtile de l'Ecriture
Sainte & fur l'Eloquence
de la Chaire , ind. 2. 1.
Veritables penitens , ind...
12.1.5.f.
Reflexion ſur l'uſage de laa
Langue Françoiſe , indouze
2. liv..
Campagnede Monſeigneurr
le Dauphin , ind. 20. f.
Eſther Tragedie repreſentée
à S. Cir , chez Madame de
Maintenon , par. M. Raci
ne , ind. 30. f.
Geographie de Robbé augmentée
, ind. 2. vol . avec
pluſieurs figures, 6. 1 .
Entretiens touchant l'en-..
trepriſe du Prince d'Orange
fur l'Angleterre, où l'on prouve
que cette action fait porter
aux Proteſtans les caracteres
d'Anti - chriſtianiſme , que
M.Jurieua reproché à l'Eglife
Romaine , dédiéau Roy de la
Grand' Bretagne, ind. 2.1..
9
Avis pourplacerlesFigures.
L'Air qui
commence par,
Bien- heureux celuy qui n'afpine,
doit regarder la page 59.
La Medaille doit regarder
la page 126 .
L'air qui commence par ,
Preſſez decrnelles douleurs,doit
regarder lapage 299.
MERCURE
GALAN
MARS
LYON
DE
LA VIL
E
Ly a des actions fi
# 1 genereuſes , & qui
font voir tant de
grandeur d'ame
qu'elles n'ont pas beſoin
qu'on les faſſe remarquer ,
pour attirer des loüanges à
ceux qui les font. La maniere
dont le Roy a receu Leurs
Majeſtez Britanniques dans
Mars 1689 . A
2 MERCVRE
ſes Etats , eſt de ce nombre ,
ainſi qu'elle eſt au deſſus de
toutes fortes d'expreffions , &
vous avoüerez que Monfieur
Marcel a eu raiſon d'en parler
comme il a fait dans le
Sonnet que vous allez lire .
AU ROY,
Sur l'azile donné au Roy
d'Angleterre.
A
Prés millehauts faits d'èter.
nelle memoire ,
Quiporteront ton nom au boutde
l'Univers ;
Aprés mille Ennemis vaincus , &
mis aux fers
Monumens immortels de ton allguste
Histoire.
GALANT.
Aprésavoirdétruit la Secte laplus
noire
Que l'on ait iamais veu s'élever
des Enfers
Le Cielpour couronner tant de tra
vaux divers ,
Vient d'ajouter encore unrayon à
tagloire.
Quelque grands qu'à nos yeux paroiſſenttels
exploits.co
VnHeros telque Toy peut impofer
desloix
Auxmains des Conquerans la vi-
Etoire estfacile.
Mais d'un Roi détrôné,qu'on pourfuit
en tous lieux ,
Te declarer l'appuy , luy donner un
azile
C'est estre quelque chose entre le s
Rois & Dieu.
A 2
4
MERCVRE
Il eſt vray que nous ne
voyons point de Souverains
qui puiſſent eſtre comparez
àLOUIS LE GRAND,
& que ceux meſmes qui ſont
le plus jaloux de ſa gloire ,
n'en mettent aucun en paralelle
avec lay. Puis que j'ay
commencé cette Lettre en
vous en parlant à l'occaſion
de l'Angleterre , je crois que
vous ne ſerez pas fachée de
voir ces autres Vers du Pere
Buffier , Jeſuite.
GALANT.
SUR L'ARRIVE'E
DU PRINCE DE GALLES
en France.
ODE
Lors que jeſens à voſtrevuë ,
Prince , je ne sçay quoy qui m'agite
le coeur ,
Est-ce le doux effet d'une joye im.
preveuë ?
Est-ce le mouvement d'une tendre
douleur ?
Dans unſejourfeur&tranquille
Nous vous voyons enfin ; c'estoient
là tous nos voeux ;
Mais belas quelque beau que
puiſſe eſtre un asi le ,
Un afile toujours nous marque un
malheureux.
A 3
6 MERCURE
•Ne tirons pourtat point d'augures
De l'injuste deſtin qu'ont cuvos
premiers mois ;
Dans les plus grands Heros lestri
ftes avantures
OntSouvent devancé les plus bewa
reux exploits.
En un estat plus pitoyable
Se trouvafurle Nill'Enfant, par
qui le Ciel
Vouloit excuter le deffein adorable
De confondre l'Egypte, &vanger
Ifraël.
泰
Tous deux perdus en apparence,
Vous estes exposez àlamercy des
flots و
Mais une maindivine aprit voftre
défens
Contre un Peuple infidelle , & le
danger des eaux .
GALAN T.
7
Vous eſtes loin du precipice ,
Malgré tousles efforts de l'Enfer
en couroux ;
Il ſe déchaîne en vain ; LOVIS
vous est propice ,
Prince, iln'est plus permisde rien
craindre pourvous.
SageMonarque de la France ,
Que le Cielfitfur terre arbitre des
destins,
Ilvous a confiélafuprêmepuiſſan-
се ,
Vous l'employez toujours pourfes
justes deſſeins.
Renverſez un projet impie ,
Soûtenezd'un grand Royles droits
les plusfacrez ,
Domptezencor l'erreur , domptez
la perfidie ,
C'est ce que veutle Cicl, c'est ce
que vous ferez
A A
8 MERCVRE
Vous voulez bien qu'aprés
vous avoir parlé d'un jeune
Prince heureux d'avoir trouvé,
etraite auprés d'un grand
Roy , je vous parle d'un au--
tre encore plus heureux de
l'avoir pour Pere. C'eſt de
Monſeigneur le Dauphin . Je
n'ay pu depuis quatre mois
vous faire part de tous les
Vers que l'on a faits à ſa gloire,
parce que j'en avois affez
pour remplir toutes mes Lettres
; ainſi j'ay cru vous en
devoir donner moins àla fois
& vous en envoyer plus fouvent.
En voicy de Mr Magnin
, de l'Academie Royale
d'Arles . Cer illuſtre Auteur
a ſouvent remporté des Prix
& merité les éloges que vous
luy avez donnez .
5
GALANT.
و
S
SUR
LES CONQUESTES
DE
MONSEIGNEVR
LE DAUPHIN .
ODE.
Avere fois lors que la
Gloire
Me demandoit quelquesVers
l'allois , Filles de Memoire ,
Confulter vos chants divers.
Ie voyois par mille exemples
Que tout couroit à vos Temples
Implorer quelquefecours ;
Mais jevous le disſansfeindre .
Non , vous nesçauriez atteindre
A la carriere ouje cours..
Lene sçaysi jem'égare,
AS
10 MERCURE
Mais dans mon volfans pareil',,
Sijay le destin d'icare ,
Ie vais plus prés du Soleil .
L'apperçois l'Aigle timide
De la hauteur où me guide
L'ardeur dont je suis épris
Ses foibles aisles s'abaissent ,
Etfes regards me paroiffent:
Epouvantez &Surpris..
C'est la conqueste étonnantes
Detoutle Palatinat ,.
Quiſans doute l'épouvante..
Etfait que le coeur luy bat ..
La lâcheté de Bifance
Ayant enflé sa puiſſance .
Elle ne s'attendoit pas
D'avoir en cherchant querelle
Parune audace nouvelle ,
Deux Grands LOVIS furles bras.
Elle croyoit , affermie
Par quelques exploits guerriers.
Trouver la France endormie
GALANT. Th
A l'ombre defes Lauriers ;
Mais on ne peutla furprendre
Philisbourg vient de l'apprendre
Endépit de ses marais ,
Et l'Europe en ces alarmes ,
Pourra suger si nos armes
S'envoüllent pendant la Paix
Le Heros dont lavaillance
Acimentéfon repos ,
Lamétparsa vigilance
Acouvert defes Rivaux .
Et forméparſa ſageſſe
Le Dauphin qui s'intereffe ,..
Et qui s'expoſe pour nous
Parfa premiere conqueste
Fait déiatourner la teste
Anos superbes laloux.
Peut- estre l'ont -ils pû croive
Que ce Dauphin genereux
Voudroit toujours defa gloire
Goûter le repos heureux ;
Quele Grand Lonis luy-mefme
A6
12 MERCVRE
Dont lasagesse est extrême
Craindroit de lehazarder ,
Mais voicy comme il raisonne..
S'ilveut porter la Couronne ,
Qu'il apprene àla garder.
Qu'il aillefur la frontiere
Où l'on ne le connoist pas ,
Montrerde quelle maniere
Il défendra fes Elats.
Il est vray que de la France
Layvedouble la puissance
Par mille exploits glorieux ,
Mais lagrandeur de courage
Que je luy laiſſe en partage
Laut encor mille fois mieux.
A ces mots pourſe refoudre
Perdit il un feul moment ?
L' Aigle qui porte la foudre
Fend les airs moins bruſquement.
Apeine il part deVersailles ,
Lion apprend que les murailles.
Ontfait bréche àPhilisbour.g..
GALANT ..
3
Tout ſe rend, les Places fortes
Ouvrent à l'envy les portes ,
Et le voilà de retour..
Tandis que la Benomme
Par des recits étonnans
Conte à l'Europe alarmée
Tous ces exploits surprenans
LOVIS prepare des Festes
Pour honorer les Conquestes
Du Heros qu'il a formé.
Il. l'embraffe , il le carreſſe ,
Etdefatendrejeunesse ,
Voit tout le monde charmé.
Cent fois plus heureux qu' Auguste
Que Trajan , que Constanstin
Faveur rare,mais tres - juſte
Il renaist dansſon Dauphin..
S'il monte dansſa carriere
Etde fon charde lumiere.
S'il luy cedele Timon..
Son coup d'effaynous enseigne
23
Qu'ilne faut pas que l'on craigne
La cheute de Phaeton..
4 MERCVRE
}
و٠
Comme il n'y a rien
de plus precieux que la
fanté , on prend toujours
beaucoup de plaifir àlire ce
qui peut donner des lumieres
pour la conſerver.
C'eſt ce qui m'engage à vous
envoyer la Lettre ſuivante
qui a cité fort approuvée .
Elle eſt de M. de Rhodes
dont je vous ay parlé déja
pluſieurs fois à l'occaſion des
caux minerales qu'il a imitées
, & qu'il continuë de
faire boire à Lion avec beaucoup
de fuccés . Vous
devez point douter de la.
verité des chofes que cette
Lettre contient , puis que Mr
de Berule , Intendant de la
Province où elles ſe font pafſées
, a bien voulu permettre
qu'elle ait paru fous fon
nom.
ne
GALANT. 15
A MONSIEUR
DE BERVLE .
Vicomte de Guyencour , &
Intendant dans les Pro--
vinces de Lionnois , Forefts
, & Beaujolois..
MONSIEUR,
L'honneur que vous m'avez
fait de me parler quelquefois des
eaux chaudes minerales artificielles
que je fais preparer , de
vouloir être informé de leurs
effets, de leur donner vostre approbation
, & mesme d'avoirtrouvé
bon que Mademoiselle de
Berule les ait bües ,m'engage
à vous rendre compre du fuccés:
16 MERCURE
.
qu'elles ont eu l'Autonne derniere
, & dans lesſaiſons prece
dentes. J'avoue que je n'aurois
pas ofé prendre la liberté de
vous écriresur cesujet dans la
crainte de vous détourner de vos
occupations importantes , fije ne
Sçavois que pour vous en délaffer
vous prenez quelquefois plaisir à
descendre dans les raisonnemens,
& dans les experiences de Phifique
, dont les miſteres ne vous
Sontny cachez ny difficiles à pe-
&si je ne vous avois
ſouvent entenduloüer ceux qui
s'appliquent à enrichir la Medecine
de nouvelles Découvertes
utiles au public ; & c'est effecti
vement à quoy les premiers
Maistres de cette Science travailloient
fans relaſche , &à
quoy ils invitoient leurs fuccef-
Seurs à s'appliquer,la vie leur
netrer
: و
GALANT .
17
paroiffant trop courte , & cette
Science d'une trop grande étendive
.
Nous reusfirions heureusement
dans nos recherches , si nous
Sçavions imiter dans nos études
de Phiſique , ce que vous prati.
quez si parfaitement dans la
politique ; je veux dire , raporter
au bien public tous nos travaux
particuliers , & estre fortement
animezcomme vous de ce Zele
ardent que vous faites paroiſtre
pour le bien des peuples , & dont
vous venez encore tout recemment
de donner des marques en
foulageant tant de mal- heureux
que le Ciel avoit affligez
Ce font -là dessentimens dignes
des ames élevées , & nées
pour gouverner les hommes , dont
on voit tant d'exemples dans
vostre illustre Maiſon ; vous en
18 MERCVRE
ກ Soûtenez noblement la gloire
& on admire en vous toutes les
qualitez des personnes rares
qu'elle a données à l'Eglise &
à l'Etat.
Le plaisir defaire vostre eloge
m'entraineroit aisément ,si je ne
Sçavois que ce dessein est trop
grand pour moy , & queje dois
feulement vous rendre compte
des effets de mes eaux . Il est vray
que je ne les ay fait prendre à
personne qui n'en ait este query.
ou confiderablement soulagé ;
mais en vous raportant en détail
leurs bons effets je me vois obli
gé de vous dire د qu'elles en
ont produit un fort mauvais fur
l'esprit d'un Anonime ; qui les
a attaquées par des écrits imprimez
. Elles meriteroient fans
doute d'estre decriées , fi elles
avoient causé les mauvais effets
GALAN T. 19
qu'il leur attribuë , & je me
condamnerois moy-mesmesij'avois
esté affez temeraire pour
ordonner un remede mal-faisant
à quantitéde personnes , parmi
lesquelles ily en aplusieurs d'une
qualité ,& d'un merite distingué,
fur tout Mademoiselle de Berule ,
qui est en toutes choses digne
fille d'un Pere tel que vous
C'est ce qui m'oblige à prouver
par la raison &par l'experience,
que c'est avec une extréme injustice
que cet Auteur anonime
entreprend de décrier unremede
dont ilne connoist pas la compofition
, & dont les bons effets.
luy font de la peine. Vous en
jagerez, Monsieur , aprés que je
vous auray fait le détail des
chofes suivantes.
L'Auteur de la nature fournit
Liberalement des eaux en tous
20 MERCVRE
lieux , comme un element neceffaire,
fans lequel les autres principes
ne sçauroient estre unis
pour la formation des mixtes, &
fans lequel ils resteroient comme
des parties percluſes & paralitiques
en la Nature. Outre cette
union que les eaux procurent ,
elles arrétent le mouvement impetueux
des Efprits ; elles temperent
l'ardeur des fouffres ; elles fervent
de vehicule aux fels , &
avec la terre elles composent tous
les mixtes de ce monde inferieur.
Ilsemble que ce divin Ouvrier
adisposé l'interieur de la terre ,
comme un grand Laboratoire
pour les former, que lefeu central
éleve en vapeurs , & distille les
eaux des Mers les plus profon
des , que les rochers quifont fur
la furface de la terre,ſont comme
le chapiteau de ce grand
GALANT. 21
م
alambic , & que les ouvertures
paroù elles jaliffent , en font les
becs qui forment les fontaines ,
les ruiſſeaux , & les rivieres
Ne diroit- on pas mesme que
le Soleil éleve ces mesmes eaux
dans les airs , pour les rectifier ,
qu'il les filtre , & les fublime
jusqu'à la region des nuées , où
il les digere , & les remplit de
Son efprit univerſel , d'où il les
laiſſe tomber en rosées & en
pluyes , pour la fecondité de la
terre , lesquelles operations il renouvelle
tres-ſouvent pour les
perfectionner par de nouvelles
cohabitations.
Ce principe nous est neceſſaire
pour temperer les chaleurs qui
nous consument , pour éteindre
la forf qui nous preffe , pour la
digestion de nos alimens , pour
la filtration du chile , pour la
22 MERCVRE
2
circulation du sang , pour la Separation
de fes parties inutiles.
L'eau tempere la bile exaltée
les acides , & les alchalis predominans
cauſent mille maux
&met toutes les parties dans leur
ordre& dans leur juſteſituation,
Le grand Maistre qui nous
donne l'eau pour la formation
des corps ,& la conſervation
de la ſanté , nous en fournit un
tres grand nombrepour la guerifon
de plusieurs maladies .
Comme elles ont leurs cours
dans les canaux ſoûterrains , elles
trouvent dans leurs routes
diverſes vapeurs minerales , di .
vers fucsfalins,ſoufreux,bitumineux
, metalliques , les uns
tendres& liquides auſquels elles
s'uniffent facilement , les autres
plus folides qu'elles diſſolvent ,
& dont elles s'approprient les
vertus.
GALANT. 23
Les unes font froides à leur
Source , les autres chaudes , &
les autres tiedes , toutes participant
de divers mineraux que
la Nature prepare dans ſon ſein ,
comme dansſes fourneaux , dans
lesquels elle allume ſes feux &
les graduë pour ſes diftillations .
Sublimations ,& autres operations
dans lesquelles elle fepare
ce qu'ily a de malin , de cauftique
& d'indigeste , pour n'y laif-
Serque ce qui est propre &Salu .
taire , & ainsi leur usage est
heureux, n'estant impregnées que
de mineranx doux , & on s'en
fert utilement pour la guerifon
deplusieurs maladies .
Le concours des Malades à ces
Piscines , les cures merveilleuses
qu'elles procurent tous les jours ,
Sont une preuvecertaine de leur
bonté , les Curieux y vont mesme
24
MERCVRE
pour les admirer , & tâcher de
découvrir ce que le divin Ou.
vrier y a mis pour les rendre
Salutaires si leur chaleur
provient des feux foûterrains
ou des acides & alchalis , ou d'un
mélange de particules minerales
calcinées.
Nostre grand Monarque qui
afait l'établiſſement de l'Academie
des Sciences , quifait fournir
aux frais des experiences qui
s'y font journellement avec fa
magnificence ordinaire , a donné
1 les moyens aux Sçavans de cette
fameuse Compagnie, de travailler
avec empreffement à découvrir
les fecrets de la Nature . Ils
ont donné leurs foins , leurs études
, leurs reflexions pour décou
vrir les principes des eaux minerales
les plus renommées. Ils ont
esté à leurs fources , il les ont
fait
GALANT.
25
fait transporter , illes ont examinées
par la veuë ,par legoust,
par la distillation , &par diffe.
rentes fermentations ; ils ont
cherché dans leur refidence les
mineraux & les metaux dont
elles font chargées , pour connoiftre
ce qui les rend fi utiles , &
donner le moyen aux Curieux
d'en faire deſemblables .........
Auffi plusieurs Medecins ont
travaillé , & ontcru que ces mineraux
ne font pas si ensevelis
dans les entrailles de la terre,
qu'on n'en puisse recouvrer de
Semblables , & imiter la Nature
dansſes préparations. Ilssefont
Servis utilement de l'art qui ſe
pare le pur de l'impur ,& aprés
avoirexaltėles parties utiles an
degré de leur perfection , ils en
ont fait un mélange avec les
eaux de pluye de fontaine ,
Mars 1689 . B
26 MERCURE
dont ils ont vû des ſuccés auſſi
heureux que des naturelles.
On s'eft attaché fingulierement
à imiter les eaux froides ,
aigreletes. Pluſieursy ont réüſſi ,
& en ont composé qui ne cedent
point aux naturelles , pour ra
fraiſchir , ouvrir , purger , &
pour d'autres indications ; mais
il n'est pas venu à ma connois-
Sance , qu'on ait tâché d'imiter
les eaux chaudes naturelles..
Tay cru qu'on en pouvoit compoſer
de chaudes auſſi- bien que
de froides , en ſe ſervant des
principes qui entrent dans les
naturelles , lesquelles pourroient
agir efficacement pour lefoulagement
de ceux qui ne pouvant
pas entreprendre de longs &
penibles voyages , estoient privez
de leur secours.
f'ay cru qu'on pouvoit difGALANT.
27
foudre dans des eaux de pluye
de fontaine ,tisane , ou autres
Liqueurs , des mineraux ouverts
&preparez , tels qu'ilsse trouvent
dans les eaux chaudes naturelles
, que l'estomach peut digererfans
peine , qui peuvent
adoucir les levains aigris , &
lesfels trop penetrans ,fans laisfer
aucune impreſſion ; qu'on y
peut méler des liqueurs fpiritueuses
& autres Substances
puresSeparées des parties inuti
les, des fouffres doux & agreables
dans une juſte proportion
aux forces aux temperamens
& aux causes des maladies ,
pour diffoudre les phlegmes &
les tartres, purger les humeurs
cacochimes , & pour purifier le
chile ,le sang & la limphe .
leur procurer un cours & un
mouvement naturel , & donner
A
B 2
28 MERCURE
aux eſprits les moyens d'agir
avec liberté , & une nouvelle
vigueur.
Ces esprits font un amas de
petits corps d'une fubtilité &
d'une vitesse inconcevable qui
donnent le branle aux autres
principes du corps naturel , la
vie , le sentiment , l'accroiffement
& la perfection aux corps
animez , qui font formez des
plussubtiles parties du fang vo-
Latilisé , &filtrédans le cerveau
d'où ils partent continuellement
pour donner à toutes les parties
de la machine le mouvement &
la direction .
Ces esprits ainſi diſtribuez
dans toutes les parties travaillent
differemment . Les uns dans
l'estomach y pétriffent les alimens
, diftribuent les levains
font la digestion , la fermentaGALANT
.
2-9
zion , lesfeparations des parties
inutiles , portent le chile dans
les canaux dufang, les autres
font la circulation & les recti.
fications de cette liqueur pourprée
en feparant les ſoufres impurs
, les alkalis les acides , &
les ferofitez fuperflues , chacun
par son émonctoire pour donner
au Sang sa pureté;&le mettre
en estat de fournir au coeur l'aliment
neceſſaire à la flame de
vie ; les autres fubliment au
cerveau ce sang allumé dans
le coeur , pour fournir des re-
- crues neceffaires à la diſſipation
continuelle de cette matierefubtile.
Il n'arrive que trop ſouvent
que ces mesmes esprits occupez
àces operations naturelles , de
qui la Chimie a pris ce qu'elle a
de meilleur , font diſſipez par la
B
3
30
MERCVRE
chaleur ou engourdispar le froid,
que l'excès des alimens ,comme
le défaut leur nuit également ;
que les idées defagreables , &
les paffions violentes leur caufent
de fortes tempestes ; &
troublent toutes leur economie.
Ils sont souvent détournez
de leurs fonctions ou accablez
lors que l'estomach , les vifceres
nourriſfiers , ou les vaiſſeauxse
trouvent embaraffez par quantité
d'humeurs indigeftes , par des
foufresimpurs , par des acides
piquans ,par des alkalis acres
& caustiques , pardes fels corrofifs
, par des tartres groffiers , des .
Serofitezexceſſives , quantité de
vers ou autres corps étrangers ,
qui canfent la dépravation du
chile , les fontes ou les coagulations
du sang , ou de la liqueur
nerveuse , les embarras , & tes
GALANT.
31
obstructions des vaisseaux &
des émonctoires , qui empeſchent
La transfusion des parties cacochimes
, desquelles le retour &
le mélange dans lesang, cause
fes éfervescences ,ſesſimptomes
&fa confusion.
C'est alors que lespartiesSpiritueuses
, commede fagesMagiftrats
, par une prompte immiſſion
tâchent de remettre les
humeurs rebelles dans leur devoir,
en les châtiant , corrigeant,
Separant ,les exilant on chaſſant
dans les voyes qui fervent aux
grandes évacuations.
Mais il arrive ſouvent que
ces parties cacochimes & étrangeres
leur reſiſtent ; qu'elles s'irri
tent loin de s'appaiser ; qu'elles
ne se separent ny ne fortent.
Alors les eſprits les attaquent plus
fortement , & les reduisent à
B4
32
32 MERCURE
leur devoir , & quand ils ne
fontpas les plus forts , ilsfuccombent
, comme quand ilsfont
attaquez les premiers dans leur
fort par des vapeurs , des exha
laiſons on des humeurs malignes ,
par des idées terribles qui leur
caufent l'épouvante & l'horreur
desmouvemens dereglez dont ils
font afforblis , & quelquefois opprimez
entierement.
Comme la nature&fes esprits,
nesont pas souvent affez forts ,
pour resister à des ennemis fo
puffasss , la Medecine luyfournit
une infinité de remedes pour
la défendre. Elle luy donne des
purgatifs des diuretiques
fudorifiques pour la dégager ;
elle l'aide de cordiaux pour la
fortifier , d'aperitifs , de specifiques
pour appaifer la violence
des levains ,& subvenirfingu.
د
des
GALANT .
33
,
lierement à diverſes parties af-
Aigées & luy communique
quantité d'autres remedes dont
nous voyons tous les jours des
effets falutaires.
Entre une infinité de medicamens
qu'elle propose pour la
guerifon des maladies chroni--
ques ,
les eaux minerales ont
toujours tenu un des premiers
rangs , & principalement les
chaudes naturelles que l'on va
boire à leur fource ,&les chau--
des artificielles qui ont des vertus
semblables , qui ne cedent
point aux premieres , ayant un
égale vertu d'ouvrir, de purger
de fortifier.
Elles ouvrent en détrempant
les tartres , & les mucilages
divifant leurs parties , rompant
Leur union donnant une autre
diſpoſition à tous ces corps étran
Bi
34
MERCVRE
eaux
,
gers qui font l'embarras des
vaiſſeaux , elles émouſſent les
pointes & les coupans de leurs
fels , qui trouvent dans ces
& dans les particules
minerales des pores , d'une figureproportionnée
à les recevoir,
& qui faisant avec elles une
nouvelle alliance , se détachent
du chile , du ſang , & de la
limphe qui gemiffoientſous leur
tyrannie , & qui n'en recevant
plus d'incommodité reprennent
leur cours naturel , & leur premiere
diſpoſition.
&
Mais comme cen'est pas assez
que ces humeurs indigestes &
cacochimes foient feparées des
naturelles , fi elles ne font bannies
& purgées , autrement elles
cauſeroient de nouveaux troubles
dans leſang , & de nouveaux
embarras dans les vaif-
を.
GALANT.
35
feaux, ces eaux artificielles purgent
par les voyes des grandes
évacuations, ce qu'elles ont trouvé
d'impur dans leurs routes
qui cauſoit la confuſion dans les
humeurs , &redonnent ainsi la
tranquillité & la paix à toute
la machine,& la liberté & les
moyens aux esprits de recommencer
leurs fonctions.
N'est - ce pas les fortifierque de
lear ôter ce qui les empèche d'a
gir, N'est-ce pas fortifier les organes
que de les débaraſſer , en
ôtant à l'estomach ce qui l'empe- -
che de digerer ,aux canaux ce
qui arreſte le cours des humeurs
aux émonctoires ce qui les retient
de filtrer & feparer les
parties fuperfluës du fang ? En
ôtant l'embarras de l'uterus ne
facilite- t-onpasfes regles ,&fes
fonctions ? N'aide-t-on pas àla
B160
36
MERCVRE
respiration & à la voix en déga
geant les canaux des poulmons
&les fonctions des sens , de l'è
magination , & de la memoire
ne font - elles pas meilleures
quand les esprits ont leur pure.
té , & leur mouvement libre
dansun cerveau dégagé ? Tous:
ces Secours font procurez par les
eaux artificielles de mesme que
par les naturelles , qui circulantavec
leſang , nettoyent &purgent
ce qu'elles trouvent d'im_
pur , & les artificielles ont cet
avantagefur les naturelles , que
celles- cy font toujours les mef
& que celles- là peuvent:
estre composées differemment ,
On peut augmenter ou diminuerla
quantité des principes qui les
compoſent , & les proportionner:
aux forces , à l'age , & au
semperament les Malades ; on
mes
GALANT.
57.
:
peut y ajouter utilement quell
ques fels , ou autres principes tirezde
la botanique , qui ayant
esté fublimez du dedans de la.
terre à ſa ſuperficie , font par
de reiterées operations Sublimez
dans les vegetanx : mais tout
cela demande une connoiffance
un discernement , & une application
bien differente de celles
d'un homme qui se contenteroit
de méter de l'eau avecdufel.
Iepourrois mefervir de pla
freurs raisons & autoritez denos
Anciens , & de nos Modernes ,
pour établir ce que j'ay avancé
de mes eaux minerales artificiel .
les ,& de leurs vertus , quand
elles font proportionnées aux :
constitutions de ceux qui les
prennent , & aux causes des
maladies ; mais après les raiſon
memens generaux que je vienses
a
38 MERCVRE
de faire là-deſſus , je me conten--
teray d'envenir à l'experience ,
qui fera voir qu'elles ne caffent
point la poitrine , &n'affoiblis-
Sentpoint l'estomach , ny les autres
parties nourriſſieres, ainsi que
l'Anonime veutle faire croire :
qu'au contraire elles sont tresutiles
pour lesfoibleſſes , les indigestions
,& les douleurs d'estomach.
Elles temperent ses fermens
trop piquans , elles facilitent
la diſſolution & la digestion
des alimens , elles aident au chile
àſeſeparerdes partiesfuperfluës,
& à luy procurer un coulant
plus libre par les veines lactées,
pour arriverplusfacilement aux
Souclavieres ,&s'y mêler avec
lefang. Elles ne ſont pas moins
utiles aufang ; elles rendent fa
circulation plus aisée,elles enle
vent les obstructions qui empef..
1
1
GALANT .. 399
chent laseparation de fes parties
bilieuſes , atrabilaires &
Sereuſes , par les émonctoires de
Stinezà cette æconomie , &purgent
fort doucement ; ainſi elles
Sont tres-propres pour les maux
d'estomach , de foye , de rate
dereins , de mere , pour les opi.
lations , les coliques & les op- -
preſſions. Elles diſſipent les va
peurs qui naiſſent d'un ſang indigefte
, & cacochime , qui cau.
fent les maux de teste , les pefanteurs
, les mélancolies , les
vertiges , les convulsions ,d'où il !
arrive que les esprits animaux
plus subtils & plus dégagez ..
agiſſent avecplus d'activité dans
toutes leurs fonctions ...
Dans cette Automne derniere
1688 ..
Le Pere Perier , General dess
Minimes ,les a priſes..
40
MERCVRE
Mademoiselle de Rostain, pour
ia Seconde fois.
Mademoiselle love..
Madame Vaginai , la Procu
reuſe du Roy , pour la quatrième
fois.
M. Durand , Avocat Generat
du Parlement de Dijon .
Madame de Grangeac , Liew
tenante Generale de Bourg.
M. de Chastenay , Prefident
au Parlement de Dombe.
Madamoiselle de Chaftènay ,
faFille.
Madamede Port , Superieure
de Sainte Ursule de Bourg.
Mrde Laurencin .
Madame la Conseillere Du--
zour , pour la troisièmefois.
Madame du Rofier.
Mademoiselle Croston ,
S. Estienne.
de
Madame Pichon , Religieuse.
AlAnticaille...
GALAN T.
41
Mr l'Abbé lanoray.
Mademoisellede Prangin , de
Dauphiné.
Dans le Printemps dernier.
Madame la Marquise de senofan
lesprit. 1
Mademoiselle de Fontenay ,
de la Kalette,
Mr Croppet pour laSeconde
fois...
Madame Trunel , Religieuse
de l'Anticaille.
Madame Recordon,de Vienne.
Madame Porroy la Veuve..
Mademoiselle de Saint Toire.
Mr Boüilloud de la Roche , la
Confeiller.
ne
Mademoiselle Berge, deVien
Le Pere Henry 6 Correctean
des Pexes Minimes de Lion..
M. le Comte de Beauchans
d'Avignon
42 MERCV RE
Madame Tamiſſier ,de Bourg .
Mademoiselle de Porcet , de
Bourg..
M. de Baret..
Madame Blauf la Conseillere..
Le Pere le Marchand , Provincial
des Celestins.
Le PerePerouse
des Celestins.
Sacristin
Dans les deux Saiſons de
l'année derniere.
M.le Confeiller Chollier.
:
Madamela Comtessede Ché--
me..
Madamela ComteſſedeBielle,
deLorraine.
Mademoiselle de Dortan de
Bugey..
M. de Machecot , Conseiller
au Parlement de Dijon.
M. de S. Hilaire , Secretaire
de Mr de Harlay , Confeiller
d'Etat...
GALANT.
43
Madame de Broſſes la Confeillere
,deDijon .
Madame Languet , la Procu
reuſe Generale de Dijon .
Madame de Bussi Rabutin ;
Religieuse de l'Abbaye de Saint
Iulien de Dijon..
Madame la Marquise de
Saint Forjeux.
Madame de Saint Romain .
M. Durand de, Chalons, Receveur
des Decimes de Bourgogne...
M. de Seve , LieutenantGe
neral.
M. Ferrari , Avocat du parlement
de Paris.
M. Duxio
l'Election .
M. Amaulry ,
Confeiller dans s
En Automne 1686 .
Mademoiselle de Roſtin , de
Forests , estoit tourmentée d'un
mal de teste des plus cruels de...
44
MERCVRE
puis deux ans fans rélache , qui
l'avoit reduite dans une mais
greur extreme ,fans avoir på
estrefoulagéepar aucun remede ,
en forte qu'elle estoit refolüe à
Se faire trepaner , ſuivant l'avis
deſes Medecins ; elle vint à
Lion boire de ces eaux ,
gueritheureusement.
&
Madame de Loyaille , Religieuse
de Sainte Marie de Be.
lay , vint en la mesme faison
dans le Couvent des Dames de
l'Anticaille de fon Ordre. Elle
estoit paralitique , & épileptique
depuis fix ans , elle fut fort foulagée
d'abord par la boiſſon de
ces eaux , & les ayant beuës
une feconde fois dans le printems
ſuivant elle querit parfaitement,
Mademoiselle Seigle , fille du
fieur Seigle ruë Saint lean àla
GALANT ..
45
chaffe Royale , estoit malade depuis
deux ans de frequentes
convulfions , de maux d'estomach
continuels , & de vomiſſemens
d'une matiere comme de la cendre
avec des particules noires
comme du charbon aprés tous
Ses repas . Le mesme remede la
guerit dans le mesme temps.
Mademoiselle Meget ,
Merciere au Mercure galant ,
malade de violens maux de mere ,
avec opreffions , palpitations, fre.
quentes fincopes , & pluſieurs
autres accidens qui la tenorent au
lit depuis trois ans , trouvaſaguerifon
dans ces eaux dans cette
mesme automne.
ruž
Mr Colet de Dijon atteint de
fincopes , palpitations , opreſſions
depuis un an attendant tous les
jours fa derniere heure , guerit
de mesme dans le printems fuivant.
د
46 MERCURE
Madame Perouse de Vienne,
en automne 1687. malade depuis
deux ans de vomiſſemens conti
nuels , opreſſions , fincopes , douleurs
, & tensions des vifceres
nourriffieres , guérit de ſes maux,
acquit une diſpoſition à avoir
des enfans , ayant eu depuis une
heureuse grossesse, & un heureux
accouchement au grand contentement
de sa famille.
Mr le Comte de Beauchans,
dans le mois de May dernier,
vint d'Avignon boire de
ces eaux pour de frequentes palpitations
, pour une fupreſſion
d'urine , pour laquelle on luy
avoit conſeillé de se faire tailler,
& s'en retourna dans une parfaitequerifon.
Madame Blauf , la Confeillere,
les prit dans la mesme faifon
, pour des maux d'estomach
GALANT.
47
&de colique alternatifs & continuels,
les autres remedes luy
ayant esté inutiles depuis un an ,
guerit parfaitement.
Mademoisellede Chastenay
avoit perdu la voix depuis plus
d'un an , & avoit une toux
continuelle ; elle a recouvre la
parole ; & perdu la toux le mois
d'Octobre dernier par l'usage de
ces eaux .
Madame de Perne d'Epinac
Religieuse à Saint Pierre , les a
priſes ily a peu de jours pour de
cruels maux d'estomach , coliques,
dégousts & autres accidens , par
le conſeil de Meſſieurs Falconet
Marquis fes Medecins , &
ena esté guerie dés les premiers
jours qu'elle les a beuës .
Madame Pichon , malade
d'opilations depuis fept ans
Mademoisellede Fontenay ma-
۱۰
48
MERCVRE
lade des mêmes maux depuis trois
ans , & Mademoiselle de Prangin
depuis un an , avec de tres - cruels.
accidens , ont trouvé leurquerijom
dans ces eaux , les autres remedes
leur ayant esté inutiles .
: Je pourrois nommer beaucoup
d'autres personnes qui les ont
priſes toutes avec ſuccès , & qui
répondroient pour moy , à la
calomnie de l'Auteur anonime ,
qui publie hautement qu'on se
garde d'ufer demes eaux , parce
qu'elles font extrêmement malfaisantes.
Il avance fauffement qu'on
promet deguerir toutes fortes de
maladies par ce remede , & dans
un autre endroit de fes écrits ,
qu'on promet de querir les fiévres.
Cette fuppofition est mée expreſſement
; jamais on n'a pensé
qu'il y eust un remede univerfel,
GALANT.
49
-
-
fel , les causes des maladies estant
infiniment differentes & Souvent
opposées, ce qui fait dire à un
fçavanthomme que la Medecine
n'est qu'une conduite fage
&prudente . Pour ce qui est de la
fièvre, c'est une exaltation defou
fredont les parties dans un mou
vement rapidecauſent l'efferves
cencede toute la mafſe du sang ,
& elle demande d'autres remedes.
Cet Auteur dit encore qu'il a
fait l'analyse de ces eaux contrefaites,
qu'elles n'ont pas la refidence
des eaux chaudes naturelles
,& qu'il ne s'étonne pas
fi elles ont fi confiderablement.
affoibli l'estomach , & les parties
nourriffieres . Elles n'ont pas
la mesme reſidence , je l'avonë ,
ny les eaux minerales naturelles
non plus puisées en differentes
fources. Faut il conclurre de là
Mars 1689 . C
50
MERCURE
qu'ellesfont nuisibles ?
-
S
elles
Ilne parle pas plus juste dans
la recherche des principes des
eaux chaudes naturelles , voulant
que la nature leur communique
feulement des baumes
& des particules onctueuses ,
Comment donc feroient
aperitives , & comment purgeroient
elles avec tant de douceur,
ſi elles estoient privées des Principes
qui leur communiquent ces
vertus ; & pourquoy ne veut - il
pas qu'ily ait des particules bal-
Samiques dans les nostres ? Auroient
- elles gueritant de convul.
fions,fortifiétant de nerfs,rétabli
tant d'estomachs dereglez,fi quelquesparticulesSpiritueuses
n'entrent
pas dans leur compoſition.
Il pretend que Mr Vuillis
Sçavant Medecin d'Angleterre ,
s'est retracté par une lettre , des
,
GALAN T.
51
eaux aigreletes chalibées artifi.
cielles , qu'il a trouvées , & defquelles
il s'est fervi ſi ſouvent ,
pour la gueriſonde plusieurs macomme
nous lisons dans
Ses écrits. Cependant cette lettre
imaginaire ne se trouve point
dans tout le corps de ses onladies
vrages.
,
Enfin lafſé de médire en pro-
Se , il appelle les Muſes à fon
Secours : mais comme les Vers
qu'il leur fait prononcer ont
esté composez pour d'autres que
pour moy , ayant paru imprimez
dans l'histoire des ouvrages des
Sçavans du mois de Mars 1638 .
page 328. je n'ay pas cru devoir
repondre à ce trait de Parasite.
Tel estlefort de ceux quimettent
au jour quelque nouvelle
Découverte , Ils sont exposez à
La critique & àla censure , &
C3
5.2
MERCURE
certainement ils auroient tort
de trouver mauvais qu'on dist
Sonsentiment (ur leurs ouvrages ,
mais il feroit à souhaiter que
seux qui s'érigent en cenfeurs ,
confultaſſent la justice & la
verité , plustost que des paſſions
qui les aveuglent.
σ C'est en vous , Monsieur
qu'on trouve cette équité , &
c'estàvous auſſi que j'appelle de
L'injuste accusation qu'on a faite
contre ces eaux , mesoumettant à
tout ce que vous prononcerez ,
avec le mesme respect qui me
fara éire toute ma vie , Vostre
&c.
Le Roy a donné le commandement
du Havre de
Grace à M. le Comte de Lomont
Colonel du Regiment
d'Infanterie de Ponthieu. Il
eſt Frere de feu M.le Marquis
GALANT. 53
t
de Trichateau , qui estoit
Maréchal de Lorraine , &
qui mourut General Major
de l'Armée que feu Monfieur
l'Electeur de Cologne
avoit miſe ſur pied pendant
le dernier Siege de Luxembourg.
Leur nom eſt du Chaſtelet
, Maiſon illuftre , originaire
de Lorraine, & defcenduëdes
Ducs de ce nom.Jean
du Chastelet , Seigneur de
Thou , Bifayeulde Monfieur
le Comte de Lomont , en fit
bien voir la grandeur,dans les
preuves qu'il fut obligé de
faire au mois de Novembre
1585. pour eftre receu Chevalier
de l'Ordre du Saint
Eſprit . Monfieur le Marquis
du Chastelet , qui a
épousé Mademoiselle de Bellefond,
Fille du Maréchal de
1
C 3
54
MERCVRE
ce nom eſt defcendu de
د
l'aiſné de cette Maiſon . Il eſt
Coufin Germain de celuy
dont je vous parle, & ils font
tous deux petits Fils d'Errard
du Chastelet , qui mourut
Grand Maréchal , & Chefdu
Conſeil des Ducs de Lorraine.
Tout le monde regarde
le commandement du Havre
de Grace , comme une marque
d'une grande diſtinction .
Cette Place , qui eſt unedes.
Clefs de la France , & une
des plus importantes dans la
conjoncture des affaires , fait
bien connoiſtre l'eſtime & la
confiance dont Sa Majesté
honore Monfieur de Lomont.
En effet , il n'ya guere d'Officiers
en France auſſi appliquez
,& qui ayent ſervy avec
plus de zele. Il fut inſtalé
GALANT.
55
dans la Charge de Bailly du
Pays d'Auxois en 1686.enla
place de Mr le Marquis de
Trichateau fon Frere , & Mr
Lemurier, Seigneur de Beauvais
, Maire de la Ville de Semeur
, qui le harangua , fit
paroiſtre ſon éloquence dans
ledétailde ſes actions. Il parla
du combat de Seinſen prés
Philisbourg , & de la Bataille
d'Emſem prés de Strasbourg ,
où il s'eſt trouvé dans ſes premieres
Campagnes , de l'attaquede
Turquen , qui futpriſe&
forcée , & pour laquelle
il avoit eſté commandé en
qualité deCapitaine desGre
nadiers,des Sieges de Dinan,
du Chaſteau d'Huy , de Limbourg
, de Condé , de Bouchain
, d'Here , de Boüillon ,
du ſecours de Maſtric , & des
C 4.
56 MERCVRE
Deux Ponts , des Sieges de
Valenciennes , de Cambray ,
de ſaint Omer , de faintGuillain
, de Gand , d'Ipre ; de la
Bataille de Montcaſſel , du
combat d'Offembourg en
Allemagne , du paſſage de la
rapide Riviere de Kins qu'il
paſſa trois fois en un jour
ayant l'eau juſqu'aux aiffelles
,& enfin du fameux Siege
de Luxembourg , qui font
les glorieuſes occafions où
Mr le Comte de Lomont à
verſe fon fang pour l'Eftat ,
& ſignalé fon zele pour le
ſervice du Roy. A l'égard
de ſa Maiſon , voicy de quelle
maniere il en parla. Je n'ay
pour donner une idée de l'excel
lence de vostre noblesse , qu'à
retracer icy cetre longue fuite
de Ducs de Lorraine dont vous
GALANT.
57
estes defcendu , je n'ay qu'à expojer
aux yeux du public le
blaſon de vos armes ; qu'à faire
remarquerle Mantean Ducal
& cette Couronne , qui en font
comme les ornemens infeparables
, qu'à jetter les yeux fur ces
trois Fleurs de Lys qui y tiennent
la place des Alerions , &
dont le glorieux échange exprime
mieux que je ne puis dire ,
toute la grandeur , de vostre
Maiſon , puis que les Lis , comme
parle l'Ecriture , font plus
pompeusement & plus richement
veflus que ne fut jamais
Salomon dans toute sa gloires
que la France , à qui le Cielen
afait present ,a ſcen les porter
àun fihaut point de grandeur ,
qu'iln'y a point aujourd'huy de
Nation fur la Terre qui ne les
respecte que les Aigles, les
CS
98
MERCV RE
و
نم
Alerions ,lesLyons , & les plus
redoutables animaux sont obligez
de flechir devant la Majesté
de nos Lys , que lafacrée
Maison Royale de France qui
les porte pour ses armes
qui en a fait un present à la
Maison du Chastelet , est las
plus ancienne la plus illustre
& la plus puissante Maifon
de celles qui dominent aujourd'huy
dans toutes les parties
du monde
Le Grand cet
. و
& que Louis
Invincible Mo
narque qui regne dans l'esprit &
dans le coeur de tous les hom.
mes , ou par l'amour de sa bonté,
ou par l'admiration de sa Justice,
ou par la crainte de sa puissance
les a ornez de tant de triomphes
& tant de victoires , & les
a eslevezsur tant de trophées ,
que voulant leur faire reprendre
THEONE
DELA
S
LYON
*
1883
*
19
us, la
Sques
dans
croy
ſchée
Air
Qui n'empesche point
C
V
n'afpire
umie
de fa
entrephées.
re reprendre
GALANT.
19
le chemin d'où ilfont venus , la
vevëne peut plus porter jusques
à leur élevation .
Comme nous ſommes dans
un temps de Sainteté ,je croy
que vous ne ſerez pas faſchée
que je vous envoye un Air
conforme à ce temps .
AIR NOUVEAV .
Blen. heureux celuy qui n'afpire
Qu'à vivre ſous le doux empire
D'unDieu,dont il reçoit la lumie
re du jour ;
Qui prend toûjours la loy de Sa
volonté ſainte ,
Et pour luy dans ſon ame entretient
une crainte
Qui n'empesche pointfon amour-
CG
60 MERCVRE
i
1
১
Ces paroles ſont de feuMr
Godeau , & Mr de Bacilly
qui les a miſes en air , les a
choifies dans ſes Ouvrages
par la difficulté qu'il y a
d'en pouvoir trouver de cette
nature. Vous ſçavez qu'il a
parfaitement réuffi dans ces
fortes d'Airs , & qu'il en a
fait plus de cinquante avec
de feconds couplets en diminution
. La nouvelle Edition
qui en a eſté faite depuis
quelques mois n'eſt pas
reconnoiſſable , tant elle dif
fere des precedentes , tant
pourles correctionsque pour
les augmentations. Ce font.
deux Livres parfaitement
bien gravez , que debite le
SrGuerout. Tous les petits
Airs font à trois Parties avec
leurs feconds couplets. Le
GALANT. 61
1
nombre des grands eft fort
augmenté , & preſque tous
ceux qui avoient paru aupa.
ravant , font changez de bien
enmieux , & meſme pour les
paroles. Il y a entre autres an
Recit de trente Vers done
tout le monde eſt charmé ..
On le compare aux plus belles
Scenes des Opera , fur
tout quand il eſt chanté par
l'Auteur , qui invite les Cus
rieux à venir entendre ces.
Airs de vive voix , pour en
avoir une entiere intelligence.
Il faut vous faire encore:
part de quelques Ouvrages
qui ont eſté faits à la gloire
deMonſeigneur le Dauphin..
Ainſi ceux qui manquent au
Reeüeil que j'en ay fait à
la fin de la Relacion que je
62 MERCVRE
vous ay envoyée de la Campagne
de ce jeune Prince ,
vous les trouverez répandus
dans mes Lettres ordinai--
res . En voicy un de Mr de
Maumenet , Chanoine de
Beaune..
******
A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
Sur ſon Retour des Con.
queſtes d'Allemagne..
ODE .
OVS de qui les nobles veilles,
Ont éternisé LOVIS ,
Doctes Soeurs ,àses merveilless
Meslez cellesdefon Fils..
4 4
GALANT.
633
Aujourd'huy brillant de gloire
Sur le char de la Victoire ,.
Il revient ce Fils Vainqueur ;
Sur fon front que ceint Bellone ,
Ajoutez une couronne ,
Qu'attend de vousſa Valeur.
Et vous, Naiades plaintives ..
Dont Mars troubia lerepos ,
Quand la Seine de ſosrives ,..
Vit éloigner ce Heros.
Vous , Nymphes de nos Bocages ,
Quiſous leursfombres feüillages,
Soupiriez pour ſon retour ;
Calmez vos vives alarmes ,
Et ne verſez plus de larmes ,
Dans ce tranquilleSéjour.
Lepuiſſant Dieu des batailless ,
Qui préſidoit àsonfort ,
Au milieu des funerailles ,
L'a garanty de la mort.
Le voicy ce jeune Alcide ,,
Qui d'un courage intrepide...
64
ME'R CURE
Vole au milieu des hazards ,
Et qui dans une Compagne ,
De l'orguilleuse Allemagne
Abbat les plus hauts ramparts.
Quin'euft cru ,voyant les ligues
De tant d'Ennemis jaloux ,
Qued'enrompre les intrigues
C'estoit faire affezpour nous ?
Et toutefois , fans attendre
Qu'ils ofent rien entreprendre
Sur nos climats fortunez,
Mon Hérosporte la guerre ,
Etfait gronderſon tonnerre
Chezces Peuples étonnez .
Apeineon le voit paroiſtre
Sur les Rivages du Rhin ,
Quesonbrass'y fait connoistre
A l'injuſte Palatin .
Philisbourg de qui l'audace
Veut du coup quila ménace
Sauverſes fuperbes Tours ;
Philisbourg que tout l'Empire
GALANT. 65
Eut tantde peine à reduire ,
Est reduit enpeu de jours .
Confeffez , Germain , Ibere ,
Que les douceurs de la Paix ,
De fon invincible Pere
N'ontpasbornéles hauts faits ,
Que pour vous reduire en poudre
Iln'a qu'à prêterſafondre
Afon Fils victorieux ,
Etque malgréles tempeftes ,
On ne vitjamais nos teftes
S'éleverfiprés des Cieux.
En vain la Hollande ingrate
Ofeattenterfurles Rois ,
Malgré l'espoir qui laflatte ,
Ilsfauront vanger leurs droits
Déjala Mer mutinée ,
D'une triste destinée
Mépace fon armement ,
Et mieux que les vents & l'onde
Le plus puiſfant Roy du monde
En promet le châtiment..
66 MERCVRE
Dauphin , c'est par ta vaillance,
Que tous ces fiers Ennemis ,
A l'Empire de la France
Severront bientôtföumis ,
Ilsdoutoient que ton courage
Fist pourſon apprentissage
Defi rapides projets ;
Mais la prompte Renommée ,
De ta Valeur animée
Leurs a montré les effets.
Philisbourgqu'elleavûprendre
Enest l'aſſuré garant.
Manhein n'attendpourse rendre
Quel'aspectdu Conquerant.
Frenkendal ouvrefes portes
Et tes fuperbes Cohortes
Alloient fondre en cent climats ,,
Si ta Valeur équitable ,
Autant qu'elle est redoutable >
N'avoit arreſté leurs bras..
C'est cenoble caractere
Depuiſſance& d'équité ,
Qui te rend digned'un Pere ,
1
GALANT. 67
Si digne d'estre imité ;
Etfi ton coeur magnanime;
Qu'unsibeau modele anime ,
Ne bornoit point tesgrandeurs ,
Tun'auroispas l'avantage ,
D'estre la parfaite image
Duplusjuste des Vainqueurs.
Bon Prince , &grand Capitaine
Comme luy dans les combus
Tuvas partager la peine ,
Et le danger des Soldats;
Et tandis que la Victoire ,
Couronnant leurfront de gloire ,
Paye leurs travaux guerriers ,
Tes dons redoublent l'envie ,
Qu'ils ont d'immoler leurvie
Pour acquerir des Lauriers ...
C'est ainsi que sur la terre
Iupiternefait jamais
Tomberfon bruyant tonnerre ..
Sans ywerferfesbien-faits..
Defa dextre menaçante ,
68 MERCVRE
Part une pluye abondante
Pourfertilifer les Champs ,
Tandisque fes coups terribles ,
Sur des rocs inaccessibles ,
Voncfoudroyer les Titans.
Unique but dema Lyre ,
LOVIS , le plus grand des Rois ;
Quene doit point cet Empire ,
Ates glorieux exploits ?
C'est peu de voir l'abondance ,
L'ordre & la magnificence ,
I triompherſous ta loy:
Tufis pour nous davantage
En inſpirant ton courage
Ace Filsdigne de toy .
Permets que ma main fidelle ,
Dansune illustre Avenir ,
De ſa grandeur immortelle ,
Consacre leſouvenir.
Quand du bruit defa loüange ,
De la Seine jusqu'au Gange,
Iefais retentir les airs 2.
GALANT. 69
1
Pendis plus pour ta memoire ,
Que fi je traçois l'histoire.
Detes triomphes divers.
Les deux Sonnets que j'ajoûte
ſont ſur la meſme matiere
. L'Auteur n'a voulu
marquer fon nom que par
ces Lettres , L. D. M. C. D. В.
A MONSEIGNEUR
Dauphinimpatient de courir à
la Gloire ,
Tu goûtois à regret les douceurs de
la Paix ,
Quand Bellonne propice àtesnobles
fouhaits
Lespalmes à lamaint'apelleàla
Victoire.
Tu cours, &ce Rampartfifameux
dans l'Histoire ,
70
MERCVRE
Philisbourg en tombantfurpris de
tes hauts faits
Confefle que ton bras parses premiers
effais
Montre ànos Ennemis ce qu'ils ne
pouvoient croire.
Le Rhin ,à ton aspect , croyant
voirce Heros ,
Qui la foudre àla mainoſafendre
fes flots ,
Tremble que ta Valeur ne s'y
frayeun paſſage;
Etbien- toftle Germain par ton
brasfurmonté
Pourfauver ſes Etats ,&fléchir
ton courage ,
N'auraque lemoyen d'implorer ta
( bonté.
GALANT.
71
A MrleDuc de Montauſfier."
Lluftre , Montanßer qu'une
gloirefolide
Fit voler pour ton Princeau milieu
des hazards ,
Et qui toûjours chery de Minerve
&deMars ,
Sceus ioindre au beleſprit le cou
rage intrepide.
Voy cejeune Dauphin , de qui tu
fus leguide ,
Les armes à la main défierles Ce-
Sars.
L'orgueilleux Philisbourg luy foûmetſes
ramparts ,
Et tout tremble à l'aspect de ce
nouvel Alcide .
Que ne fera- t- ilpoint dans la
fuite des temps ,
72
MERCURE
Si déja fa Valeur par cent faits
éclatans
Afur les bords du Rhin consacré
Samemoire?
Il ne manquoit plus rien à ton
fortfortuné,
Après avoir brillé dans leſein de
laGloire,
Que d'y voir ce Heros de palmes
couronné.
Les quatre volumes que je
vousay envoyez depuis deux
ans , du voyage que les Ambaſſadeurs
de Siam ont fait en
France , vous ont amplement
inſtruite de ce qui regarde
cette Nation . Ces Ambaffadeurs
eſtantretournezauprés
du Roy leur Maiſtre , luy firent
connoiſtre la grandeur
du Roy , & ce Monarque fut
fa
GALANT. 73
fort touché des honneurs
que Sa Majesté leur avoit fait
rendre depuis qu'ils eſtoient
entrez dans ſes Etats , qu'il
reſolutde recevoir des Troupes
Françoiſes dans les meilleures
de ſes Places , & ne
fongea plus qu'à entretenir
une alliance , dont il eſperoit
beaucoup d'utilité & d'appuy.
Comme il venoit d'envoyer
uneAmbaſſade des plus
folemnelles, il crutne devoir
faire partir que des Envoyez
par les Vaiſſeaux qui avoient
ramené ſesAmbaſſadeurs jufques
àSiam:mais il les chargea
de preſens pour toute la
Maiſon Royale.Ces Envoyez
venoient auſſi enFrancepour
faire avancer quantité d'Ouvrages
pour Sa Majesté Siamoiſe
, que ſes Ambaſſadeurs
Mars 1689 . D
74 MERCVRE
1
د
y avoient fait commencer
pendant leur ſejour. C'eſt
pourcela qu'un nominé Racan
, l'un des Mandarins qui
les avoient accompagnez , a
eſté choisi pour le ſecond
envoyé. Ils ont amené avec
euxquelques Tunquinois&
comme il leur eſtoit auſſi
ordonné d'aller à Rome , &
de revenir enſuite à Paris
ils y ont eſté conduits par le
Pere Tachard leſuite , qui a
fait deux fois le voyage de
Siam Celuyde Paris à Rome
ne regardant point Sa Majeſté,&
n'eſtant qu'une Commiffion
particuliere dont ils
ſe ſontacquitez,je vous diray
ſeulement que le 26.Novembredernier
ils arriverent à
Cannes àdeux lieu ës de Grace
; & s'y embarquerent fur
GALAN T.
75
deux Felouques qui les porterent
le lendemain à Ville
Franche,petite Ville de Piedmont
, de la dépendance du
Duc de Savoye. Ils allerent
de là à Monaco , Placetresforte
par ſa ſituation eſcarpée
de toutes parts . Elle n'eſt acceſſible
quedu coſté du Port ,
où l'on a pratiqué un chemin
dans la montagne , qui eſt
meſme fort difficile à monter.
Il n'y a rien de remarquable
dans l'enceinte que le Palais
du Prince , quieſt fort
confiderable par la beauté de
ſes meubles. La Garniſon eſt
de fix cens hommes François
, qui font à la ſolde de
Sa Majeſté. Il y a de plus une
Compagnie de cent Suiſſes ,
qui compoſe la Garde du
Prince. La coſte depuis Mo-
D2
76 MER CURE
naco juſqu'à San - Remo paroiſt
inculté & aſſez deſerte.
La premiere Ville qu'ils y virent
fut Menton , à quatre
milles de Monaco. C'eſt la
derniere de la dépendance de
cePrince. Ils virent enſuite
Vintimille , Ville appartenante
au Prince qui porte ce
nom. Elle eſt ſur le panchant
d'une colline , & leur parut
aſſez belle par le grand nombre
de maiſons qu'ils découvrirent.
Ses murailles ſont de
pierre de taille , avec desBaſtions
de diſtance en diſtance.
La Fortereſſe eſt ſur le haut
de la montagne , & commande
la Ville. Aprés qu'ils eurent
doublé le Cap de San-
Remo , ils entrerent dans le
Port. Cette Ville eſt fort agreable,&
ornée de pluſieurs
GALANT .
77
- Palais , & de tres- belles maifons
. Ils pafferent à Oneil ,
: qui eſt de la dépendance du
Duc de Savoye , &allerent
coucher à Arais , petite
Ville de la Repuplique de
Gennes , & fort peu confiderable.
Ils en partirent le
lendemain au matin ,& fur
leshuitheures ils entendirét
unbruitfourd, comme celuy
d'une Armée navale qui ſe
feroit battue à trois ou quatre
lieuës de là. On leur dit que
ce bruit venoit des flots dela
Mer , qui entroit avec impetuoſité
dans les cavernes affreuſes
du Cap de Final qui
eſt entierement creux. Ils y
paſſerent àla portée dupiſtolet
, & virent la Ville qui luy
a donné ſon nom. On ne
découvre que deux Forteref
D3
78 MERCVRE
ſes , l'une fur le haut , & l'autre
ſur le panchant d'une
Montagne qui couvre la Ville.
Il y a ſeulement ſur la
plage prés de cent maiſons
affez belles , & entre autres
un Arc de triomphe , qu'on
dit avoir eſté élevé pour faire
honneur à l'Imperatrice ,
quand elle y paſſa en prenant
la route de Vienne. Le 30. les
Mandarins arriverent à Noly
de là à Savone , l'une & l'autre
de la dépendance deGennes
. Il y a un Eveſque à Noly .
L'Egliſe eſt petite , mais fort
belle & bien ornée. Le 2 .
de Decembre ils entrerent
dans le Port de Gennes
d'où eſtant partis deux jours
aprés , la Mer fut fi groſſe
qu'elle les obligea de relaſcher
à Camoglio , petit
د
2
GALANT.
לפ
Bourg à demy lieuë de là ,
où il y a ſeulement un Port
pour les Barques. Ils eurent
beaucoup de peine a y entrer,
& le vent contraire n'ayant
point ceſſé pendant huit
jours , le Pere Tachard écrivit
au Confulde la Nation
Françoife àGennes, le priant
de leur vouloir fournir des
voitures pour faire le reſte
du voyage par terre. On leur
envoya douze chevaux , &
trois mulets pour leurs hardes,
mais les chemins ſe trouverent
ſi peu pratiquables ,
qu'ils furent contraints de
reprendre deux Felouques à
Rapaolo , qui n'eſt éloigné
de Camoglio que de deux
lieuës . Enfin ils arriverent à
Ligourne , qui eſt une Place
tres bien ſituée. Elle eſt de la
D 4
80 MERC VRE
dépendance du Grand Duc
de Toscane , & a un bon
Port , & une tres -belle rade..
Les maiſons en ſont bien
baſties , & les ruës fort larges
. Sa fituation au milieu de
l'Italie la rend extrémement
riche par la commodité du
Commerce. Toutes les Nations
de l'Europe y ont chacune
leur Conful particulier.
Elle est peuplée d'Etrangers ,
& fur tout de François , qui
font, à ce qu'on aſſure,plus de
la quatrième partiede ſes babitans.
Il y a une Citadelle à
l'entrée du Port. Le Grand
Duc y entretient fix cens
hommes de garnison , &
quatre ou cinq cens dans la
Ville . On voit ſur le Port
une Statuë de marbre blanc
du Prince Ferdinand ,Grand
GALANT. 81
Duc de Tofcane , élevée ſure
un Piedeſtal de mefme matiere
dedix ou douze pieds
de haut . Elle eſt debout avec
quatre Eſclaves de bronze
affis fur le quatre coins du
Piedestal les mains liées derriere
le dos par une chaîne
qui deſcend des pieds du
Prince. Ils partirent de Ligourne
le 16. Decembre; &
arriverent ce meſme jour à
Piombino . C'eſt un Château
affez malen ordre , ſitué
fur une Montagne , au bas
de laquelle eſt un grand
Bourg avec un petit Port:
pour les Barques. Ils ſe rendirentdelà
à Porto Hercole ,
éloigné de Piombino de foixante
& dix milles . Ce poſte
qui appartient au Roy d'Ef
pagne , eft extremement for-
DS
?
82 MERCURE
tifié . On y voit trois bonnes
Fortereſſes ſur trois Montagnes
qui environnent la Ville.
Elle eſt ſituée au bas fur
le Port. Les Barques & les
petits Vaiſſeaux y font en
ſeureté , mais les gros ont
peine à y demeurer . Toute
la Coſte depuis Ligourne
juſqu'àCivita- Vechia poroiſt
inculte & deferte , & l'on
dit meſme que l'air y eſt fort
mal fain . On y voit pour.
tant quelques Villages difperſez
dans la Campagne , &
fur les collines avec des Tours
d'eſpace en eſpace ſur le rivage
, afin que le plat païs &
les Felouques qui ſonten mer
foient averties le jour par un
coup de canon
par des feux , que l'on découvre
un Corſaire ſur les
& la nuit
GALANT. 83
coſtes . Le 18. le Pere Tachard
ayant remis les Mandarins
entre les mains du Conſul de
Erance à Civita-Vechia partitdans
une caleche pour ſe
rendre à Rome. Civita - Ve.
chia eſt une Ville qui dépend
du Pape. Le Port eft affez
grand & commode , & les
gros Vaiſſeaux y peuvent entrer.
Entre les deux Corps
de Garde qu'il faut paffer
avant qu'on entre en la Ville,
il y a un Baffin où ſont cinq
Galeres de Sa Sainteté . Sitoſt
qu'on fut averty par
L'arrivée du Pere Tachard
que les Mandarins venoient
par mer , on depeſcha Meſ
fager ſur Meſſager pour en
avoir des nouvelles , mais
on n'apprit que le 21. qu'ils
cfſtoient à trois milles de
D
84 MERCVRE
Rome. Aufſi - toſt Mr. Cibo,,
envoya deux Caroſſes de la
part du Pape pour les recevoir
, Mr. le Cardinal d'Eſtrées
en envoya auſſi un ,
& il y en eut encore quelques
autres. Ils furent receus
par un Gentilhomme de Sa
Sainteté , qui les conduifit
ainſi juſques au logis
qu'on leur avoit preparé .Hs.
furent traitez avec beaucoup
de magnificence & fervis à
table par les premiers Officiers
de Mr.le Cardinal Cibo,
će qui a toûjours continué
juſqu'à leurdepart. Ily avoit
fon Maistre d'Hoſtel , fon
Ecuyer tranchant qui coupoit
les viandes & les partageoit
, fix Gentilhommes &
plus de quinze Domeſtiques,
les uns pour la table , & les
GALANT.
85
6
6
autres pour preparer tout .Le
bruit s'eſtant répandu dans
toute la Ville , que l'un d'eux
eſtoit Fils du Roy de Siam
& les autres , des premiers
Seigneurs de fa Cour , &
qu'ils venoient pour ſe faire
baptifer par le Saint Pere
il n'y eût perſonne qui n'accouruſt
pour les voir.. La
foule fut telle qu'on fut obligé
de demander des Suiſſes
pour empeſcher la confufion
. L'Audience leur ayant
eſté promiſe pour le 23. à
deux heures aprés midy , on
demeura d'accord des honneurs
que l'on rendroit à la
Lettre du Roy de Siam ,& à
celuy qui la porteroit. Ce
jour là, le Secretaire de Mrle
Cardinal Cibo vint les prendre
avec deux Carroffes,dont
86 MERCVRE
1
l'un eſtoit tout garny de rubans
noirs . Mr le Marquis
de Lavardin , Ambaſſadeur
de France , leur en envoya
un autre remply de Gentilshommes
François qui ſe trouverent
toûjours au devant
d'euxen entrant & en fortant-
Les Mandarins eſtoient habillez
de drap avec un galon,
d'or large de trois doigts ſur
les couſtures & au bas du
Juſte- au - corps. Ils portoient
furla teſte un bonnet en piramide
fait de mouſſeline tresfine
, avec un cercle d'or tout
autour. Il eſtoit auſſi large de
trois doigs , & retenu par un
cordon d'or attaché ſous le
menton . Le Pere Tachard
entra le premier dans le Car--
roffe , & les Mandarins enfuite.
Le premier portoit une:
GALAN Τ.. 87
caffette de verny , garnie de
plaques d'argent , dans laquelle
eſtoit la Lettre du
Roy. Le ſecond tenoit un
coffret de Filigrane d'or peſant
environ quinze livres..
C'eſtoit le preſent de ſa Majeſté
Siamoiſe. Le troiſième
portoit une autre boëte d'argent
, ouvrage du Japon avec
un grand baffin de filigrane
auſſi d'argent , le tout peſant
environ vingt livres ..Ils furentainſi
conduits au Palais ,,
au milieu preſque de tous les
Habitans de Rome de toutes
fortes de conditions . Ils entrerent
par la grande portedu
Palais où ils trouverent les
Suiſſes de Sa Sainteté rangez
en haye juſques au pied d'un
grand eſcalier . Ils y deſcendirent
de Carroffe ,& furent
88 MERCVRE
1
receus parMr Cibo , Frere du
Cardinal de ce nom ,quiétoit
ſuivy du Capitaine des
Suiffes . Ils trouverentdansla
première Salle les Domeſtiques
de Sa Sainteté qui s'étoient
placez des deux coſtez.
&dans la ſeconde estoient
ſes Gardes , tous botez , & le
piſtolet à la main , dont ils
firent une décharge pour les
faluer. Enfuite ils entrerent
dans l'antichambre , où tous
les premiers Officiers duPape
les receurent. On fit avertir
Sa Sainteté qu'ils estoient
venus , & un moment aprés
ils furent introduits dans la
Salle d'audience . Le S. Pere:
eſtoitaſſis dans ſa Chaiſe accompagné
de huit Cardinaux
ſçavoirMrs Ottoboni,Chigi,.
Barberino , Azzolino ,AlGALANT.
89
tieri , d'Eſtrées , Colomna', &
Caſanate. On mit les prefens
fur une petite table , & enfuite
le Pere Tachard , en
qualité d'Envoyé , ayant fait
les trois genuflexions ordinaires
au milieu des deux
Maiſtres des ceremonies , bai
fa les pieds de Sa Sainteté ,&
s'eſtant retiré à coſté , il commença
ſa harangue à genoux
en diſant , Beatiffimo Padre..
Le Pape qui voulut luy faire
honneur , le fit lever , & ce
Pere continua de luy parler
Italien . Voicy une traduction
fidelle de ſon Dicours ..
T
Res-Saint Pere ,
Les Benedictions tres-particulieres
que la Providence divine
répand for fon Eglife avea
१०
MERCURE
ne nous per. tant de profusion ,
mettent pas de douter que Diew
n'ait choisi Voſtre Sainteté dans
ces derniers fiecles , pour réünir
tout l'Univers dans ſon bercail.
Nous voyons fous ce faint Pon.
tificat les Heretiques les plus
opiniâtres chassez ou convertis
Les Royaumes qui s'estoient feparez
avec tant de ſcandale
xéunis à l'Eglise , & soumis à
fon autorité ; les Ennemis les plus
redoutables du nom Chrestien,
presque tous exterminez , on fi
affoiblis , qu'ils n'attendent que
ledernier coup pour achever leur
ruine ; mais ce qui est deplus
extraordinaire , & fans exemple
, & qui estoit refervé comme
un privilege dû àVostre Sainteté
, c'est qu'un des plus grands
Rois de l'Orient , encore Payen
prévenu & extraordinairement.
touché, nonpas tant de l'éclat de
GALANT.
9r
fa dignité es de ſa prééminence ,
que dela sainteté de ſavie, & de
la grandeur deſes vertus perſonnelles,
ce grand Roy , dis -je , ma
chargéde venir defa part demander
à Voštre Sainteté fon amitié ,
-L'aſſurer de ses respects , & luy
offrir ſa protection royale pour
tous les Predicateurs de l'Evan.
gile , & pour tous les Fidelles,
avec des fentimens qu'on trouve
àpeine dans la Cour des Princes
Chreftiens. Ce puiſſant Roy com.
mence déja à se faire instruire,
Il dreſſe des Autels &des Eglifes
au vray Dieu ; il demande des
Miſſionnaires sçavans & zelez ;
il leur fait baſtir des. Maiſons
& des Colleges magnifiques ; il
nous donne tres -ſouvent des audiences
fecretes & tres-longues,
& nous fait meſme rendre des
honneurs qui font de la jalousie
92
MERCVRE
aux principaux Ministres de fa
Secte , pour qui il avoit autrefois
une veneration fuperftitieuse. Si
Dieu écoute nos voeux , où plûtoft
s'il exauce les larmes & les
prieres de Vostre Sainteté , car ce
Sera fans doute par unesi puis-
Sante intercefſſion que s'achevera
ce grand miracle , je veux dire
la conversion de ce Monarque
que de Rois , de Prince , &
de Peuples , ou Soumis à fon
Empire , ou qui admirent fafageffe,
& fe gouvernent par ses
conseils , fuivront un si grand
exemple Certes, Tres Saint Pere,
jamais l'Evangile n'a eu de fi
grandes ouvertures pour s'établir
Solidement , &se répandre dans
cette partie de l'Orient la plus
vaſte & la plus peuplée. Pour
moy , je regarde deja cette Lettre
Royale que ie viens presenter
GALANT .
93
2 2012
à Vostre Sainteté de la part du
Roy de Siam ces prefens qu'il
luy a destinez , & ces Mandarins
auſquels il a ordonné de
Se presenter à ses pieds
feulement comme des témoignages
finceres de la reconnoiffance
& du profond respect de ce
Prince , mais encore comme des
engagemens de sa foumiſſion,&
fi je l'ofe dire , comme des premices
deſes hommages & de fon
obeiſſance.
Le Pere Tachard ayant
achevé , voulut ſe remettre à
genoux pour entendre la réponſe
de Sa Sainteté , mais le
S.Pere l'obligea de ſe relever,
& fit voir par là l'eſtime qu'il
faifoit du Roy de Siam. Les
Mandarins firent auſſi leurs
civilitez . Tous les troiseſtant
entrez enſemble immediate94
MERCVRE
ment aprés le Pere Tachard
&ayant mis leurs preſens fur
une petite table , comme je .
l'ay déja - dit , les deux derniers
commencerent à lever
leurs mains jointes au front ,
& ayant incliné la teſte , ils
ſe mirent à genoux , & baifſeret
enſuite leur viſage contre
terre , ce qu'ils reitererent
trois fois . Pendant ce temps
le premier Mandarin eſtoit
debout , tenant la Lettre du
Roy fon Maiſtre ſous un
bandage d'un precieuxvernis
du Japon. Cette Lettre eſtoit
gravée ſur une feüille d'or
longue d'un pied & demy ,
qu'attachoit un ruban bleu ,
enrichy de fleurs d'or & d'argent
, le tout dans une boëte
d'or en cilindre , excepté le
couverclequi estoit en piraGALANT
.
95
-
mide , orné de fleurs email-
= lées de pluſieurs couleurs.
Les Mandarins avancerent
- juſqu'au milieu de la Salle ,
où ils firent les meſmes reverences
, & enfin une troifiéme
lors qu'ils furent aux
pieds de Sa Sainteté . Alors le
premier d'entre- eux mit la
boëte entre les mains du Pere
Tachard , fit ſes genuflexions
avec tous les autres , premierement
à la Lettre qu'il quit-
- toit , & enſuite à Sa Sainteté,
= & s'approchant l'un aprés
l'autre , ils ſe proſternerent à
ſes pieds en forte que lebout
de leurs bonnets touchoit ſa
robe. Le Pere Tachard ouvrit
la boëte , & en ayant tiré la
Lettre du Roy de Siam , il la
preſenta au Pape qui la reccut
avec une affez grande mar
96 MERCURE
que de joye. Elle commençoit
par ces paroles, qui font
les qualitez de ce Prince, ſans
pourtant que l'on y puiſſe
donner aucune explication .
Som Dei pra Tchau Si a jou
Thia Puiai.
Viu ires Saint Pere Innocent
XI.
Cette Lettre a eſté traduite
litteralement , & contenoit
ce qui fuit.
D
E's noſtre avenement à cet.
te Couronne , le premierfoin
que nous eusmes ,fut de connoistre
les plus grands Princes de l'Europe,&
d'entretenir avec eux de
mutuelles correspondances , afin
d'en tiver la connoissance & les
lumieres neceffaires à nostre conduite
. Voftre Sainteté prevint &
remplit nos defirs par son Bref
Pontifical ,
GALANT.
97
Pontifical , qui nous fut preſenté
parDomFrancisco Pallud , Evefque
d'Heliopolis , avec un prefentdigne
de l'auguste personne
qui nous l'envoyoit , que nous
reçûmes auffi avec une ioye
toute particuliere de nostre coeur.
Nous envoyames quelque temps
aprés nos Ambassadeurs pour aller
Salüer vostre sainteté , luy
porternoftre Lettre Royale avec
quelques prefens & établir
entre nous une amitié aussi unie ,
que l'est une fcüille d'or bien
polie ; mais comme depuis leur
départ on n'en a receu aucune
nouvelle , nous nous trouvons
obligez de renvoyer le Pere
Tachard , Jefuite , en qualité de
noſtre Envoyé Extraordinaire
auprés de Voftre Sainteté , pour
établir entre Elle & Nous cette
bonne correspondance que nos
Mars 1689 .
E
98 MERCVRE
premiers Ambassadeurs estoient
chargez de nous ménager , &
nous rapporter inceſſamment des
nouvelles de l'heureuse Santé de
Vostre Sainteté. Ce Pereprendra
la liberté de l'aſſeurer de nostre
part , que nous donnerons une
entiere protection à tous ces
Peres , & à tous les Chrestiens ,
foit qu'ils soient nos sujets , on
qu'ils demeurent dans nos Etats
oumesme qu'ils reſident en quetque
autre Pays que ce foit de
cet Orient , les secourant conformement
à leurs besoins quand
ils nous feront ſçavoir leurs neceffitez
ou qu'ils en feront
naistre l'occaſion. Ainsi Vostre
Sainteté peut estre en repos de
ce coste-là , puis que nous voulons
bien nous charger de ces
Soins. Ce mesme Pere Tachard
aurathonneur d'informer Voftre
Shinteté des autres moyens qui
LYON
* 1893
GALANT.
à
dan
convienent à cette fin fa
ordres que nous luy en aver
nez. Nous la prions de domen
ce Religieux une entiere
creance fur ce qu'il luy repre-
Sentera,& derecevoir les pre-
Sens qu'il luy portera , comme des
gages de nostre fincere amitié.
laquelle durera juſques àl'Eternité.
Dieu , Createur de toutes
choſes , conſerve Vostre Sainteté
pour la défenſe de ſon Eglife ,
enforte qu'Elle puiſſe voir cette
mesme Eglise augmenter ,& se
répandre avec une heureusefer.
tilité dans toutes les parties de
l'Univers . C'est le veritable defir
de celuy qui est ,
Tres- Saint Pere ,
De VOSTRE SAINTETE' ,
Le tres-cher & bon Amy.
Au bas de cette Lettre il y
avoit à coſté pour toute f
E 2
100 MERCURE
?
gnature , Phaul Kon . C'eſt un
des noms de M. Conſtance ,
qui figne les Lettres du Roy,
comme font icy les Secretaires
d'Estat . Aprés qu'elle eut
eſté donnée à Sa Sainteté,les
Mandarins ſe leverent , &
allerent tous trois à reculons
prendre les Prefens . Le Premier
prit le Coffret de Philigrane
d'or , qui eſtoit celuy
du Roy , & ſe tint toûjours
debout tant qu'il l'eut entre
les mains . Les deux autres
prirent le Preſent de Mr
Conſtance , Miniſtre de Sa
Majesté Siamoiſe , & chacun
les ayant donnez au Pere
Tachard , qui les preſentá à
Sa Sainteté , ils firent leurs
foumiſſions , & demeurerent
en ſuite à genoux pendant
toute l'audience qui dura pré
GALANT. 101
e
d'une heure. Le Pape fit plu-
Geurs queſtions à ce Pere fur
l'estat du Royaume de Siam
& témoigna eſtre fort touché
de la bonté du Roy , & du
zele de ſon Miniſtre pour la
Propagation de la Foy, aprés
quoy ayant oſté ſon Etolle ,
il ſe retira pour confiderer à
loiſir les Preſens qu'il venoit
de recevoir. Le Pere Tachard
& les Mandarins demeurerent
avecles Cardinaux qui
les entretinrent affez longtemps
, & aprés cela ils allerent
voir Mr le Cardinal
Cibo , premier Miniſtre de
Sa Sainteté. On les remena à
leur logis avec les meſmes
ceremonies . Le 24. ſur les fix
heures du foir , on les mena
voir une Feſte qu'on 'faiſoit
aux Cardinaux , dont ſeize
E 3
102 MERCVRE
affifterent à une Muſique
qu'on leur fit entendre. Ils
virentenſuite unetable toute
couverte de Triomphes faits
de fucre , c'eſt à dire des
Chars , des Vaiſſeaux , des
Animaux , & autres Figures
On envoye cela à tous les
Cardinaux , aprés qu'ils ont
fait là une legere collation,
que le premier Miniſtre leur
donne. Le jour de Noël , ils
viſiterent les plus belles Egliſes
de Rome , & le 27. les
Tonquinois eurent audience
On y obferva les meſmes
choſes qu'à celle des Mandadarins
. Ils trouverent le Pape
feul , & aprés que le Pere
Tachard eut fait ſa Harangue
ils allerent l'un aprés l'autre
baifer les piedsde Sa Sainteté
Les autres jours furent emGALANT.
103
1
1
ployez à voir le Vatican , &
les Palais des Princes , qui
font magnifiques par les
Tableaux & par les Antiques
que l'on y voit en grand
nombre. Le 5 , de Janvier ils
allerent tous enſemble prendre
congéde Sa Sainteté. On
les y conduiſit dans trois Carroffes
, & on leur fit les mefmes
honneurs qu'ils avoient
reçus la premiere fois . Le
Pape eſtoit ſeul dans faCham
bre. Les Mandarins , apres y
avoir demeuré une demyheure
à genoux laſſez de
cette poſture, commencerent
à ſe mettre ſur les coudes ,
& Sa Sainteté qui en voulut
fçavoir la raiſon , l'ayant appriſe
du Pere Tachard , les
congedia en leur donnant à
chacun fix Medailles de ſon
E
104
MERCURE
Portrait , trois d'or & trois
d'argent. Enfuite on fit approcher
les Tonquinois , aufquels
Elle donna fa benediction
avec un Chapelet &
une Medaille d'or à chacun.
Le 28. ils allerent viſiter les
ſept Egliſes dans un Carroſſe
à fix chevaux de MrleCardinal
d'Eſtrées ,& à leur re
tour ils trouverent pluſieurs
grandes caſſettes , couvertes
de brocard à fleurs or & argent
, garnies de galons , toutes
remplies de confitures ;
deux autres plus petites de
bois d'ébene,ornées de Fleurs
rapportées de pluſieurs couleurs
, pleines d'eſſence ; un
autre petit coffre où eſtoit le
Corps de Saint Modeſte, avec
quantité d'autres Reliques ;
une caffette remplie d'Agnus
GALANT.
105
Dei , & un coffret de criſtal
où il n'y avoit que des Cordiaux.
C'eſtoit le preſent du
Pape au Pere Tachard Sa
Sainteté luy donna auſſi ſon
Portraitenrichy dePierreries
&une Lunette de vingt pieds
peur porter au Roy de Siam..
Elle y ajoûta un Chapeletde
Lapis garny d'or , avec une
Medaille pour Mr Conſtance,
lameſme choſe pour Madame
Conſtance ſa Femme &quan--
tité d'Indulgences . Le 7. Janvier
lesMandarins &lesTon--
quinois partirent de Rome
dansdes Calechespour ſe rendre
àCività Vecchia oùdeux
VaiſſeauxMaloüins les attendoient.
Le Pere Tachard ne
partit que le 6. & le jour precedentl'Intendant
de la Maifon
du Pape luy apporta les
Es
106 MERCURE
Brefde Sa Sainteté , qui estoit
fur du parchemin dans une
boëte d'or quarrée , avec ſes
Armes deſſus & fon nom def.
fous . Ils s'embarquerent à
Cività Vecchia aprésy avoir
receu de grands honneurs
&trouverent dans leursVaifſeaux
toutes fortes de proviſions
qu'on y avoit apportées
de la part du Pape.
وه
Lors qu'ils furent de retour
, ils eurent audiencede..
Sa Majeſté; ne l'ayant pas euë
avant leur depart de Paris
pourRome parce que le Roy
eſtoit à Fontainebleau , &
Monſeigneur le Dauphin en
Allemagne . Comme le Roy
de Siam ſouhaite avoir une
Compagnie de François pour
Gardesdu Corps, on en a levé
cent icy , & ils feront com
GALANT..
107
mandez par Mr d'Eragny ,
que Sa Majesté a nommé , &
qui a eſté autrefois Capitaine
au Regiment des Gardes . Ils
font veſtus de rouge avec un
gros galon d'or , & bien armez
. Le Roy de Siam leur
fornira des chevaux qu'il
entretiendra , en forte que
fans en avoir aucun ſoin , ils
n'auront qu'à les prendre à
l'Ecurie lors qu'ils devront
monter à cheval . Ces cent
Gardes font partis avec les
Envoyez , & pluſieurs Vaifſeaux
de la Compagnie , qui
eſt fort fatisfaitede fon commerce
; s'en retournent avec
eux. Monfieur , qui avoit receu
quantité de prefens du
Roy de Siam , en a renvoyé
de fort beaux , & en grand
nombre..
E6
108, MERCVRE
Je vous envoye un Ouvra
ge fort galant ſur une Fontaine
, qui attireroit un grand
nompre de Beuveurs , ſi l'on
ſçavoit où ſes caux ſe trouvent,
mais on n'en aqued'artificielles
, & leur uſage ne
donne pas un ſecours de longue
durée.
LA FONTAINE
de Jouvence.
Vpiter qui de l'Empirée
Avoit chaffé Saturne& Rhée ;;
Qui par un attentat doublement
criminel
S'estoitſaiſiſur eux du Trônepa-.
ternel ,
Et qui ,ſuivant lecours desabonnefortune.
Soumettoit en Tyran, tousleMon
de àfes loix
GALANT.
109
Se vit enfin forcé par Pluton &
Neptune
Delepartager entre eux trois.
Neptune pourfon los eut le Sceptre
Aquatique,
Et regnafurtoutes les Mers
Pluton , content du fien , prit le
titre emphatique
DegrandMonarque des Enfers..
Iupiter, pourfon droit d'aiſneſſe
Eut le reste de l'Univers ,
Etfeignit mefme avec adreffe
De s'envoirfans chagrin dépoüillédesdeux
tiers ..
Cependant,enfecretoutréde cette
( perte ,
De ceux qui lacaufoient ilvouloit
Sevanger. )
Mais quoy? les attaquer tous deux
àforce ouverte ,
Ily trouvoit trop de danger...
Ainfirecourant à la ruse ,
IlflatteNeptune l'abuse
110 MERCVRE
Et , d'accord avec luy, fait l'esta
bliſſement
De lafontaine de louvence.
Cette Source d'abord paruiSans
confequence,
On s'en loüa par tout ,&l'on crût
Seulement
Quepropice àlarace humaine,
Illuyfaisoit cenouveau don ;
Mais elleestoit un fruit defon
adroite haine ,
Ilsevangeoitparelle ,&parelle
Pluton
Eaſt inſenſiblementveuſapper&
détruire
Lefondement deſon Empire;
Car l'homme, quoyque némortel,
S'y dépouilloit deſavieilleſſe ,
Et trouvoitdansſfeseaux uneverte
jeunesse
Qui le rendoit comme eternel,
Deforte qu'à lafin les droits de ce
Monarque,
GALANT .. JI
Se trouvant affoiblis par le peu de
Mourans ,
Et par l'oiſiveté de lafatale Barque,
Il euft estéfacile au Vainqueurdes
Géans
De reprendrefur luy ,Sans Sujets,,
Sansfinances,
-Ce que laseule violence
Avoit arrachédefa main..
Pluton détruit, Neptune en vain
Eust voulu faire resistance ;
Ses Monstres marinsſes Tritons,
Ses rochers menaçans,ſes abysmes
profonds ,
L'auroient veuforcéde luyrendre
Ges humides Estats qu'ils n'au.
roient pû deffendre.
Mais Pluton s'estant apperceu
Du tort que fon Royaume avvite
dija recen
De cette fameuse Fontaine ..
Consulta le prudent:Minos.
12 MERCVRE
Vostre Majestéfouterraine ,
Repondit- il en peu de mots
Sçait que jamais un Dieun'est en
droit de défaire
>
Cequ'une autre Deitéfait ,
Etqu'ilpeut seulement endétruire
l'effet;
Ainsi pourvous tirerd'affaire ,
Mon avis eft grand Roy qu'ilferoit
àpropos
De commettre au plus viste un
Dragonàlagarde
De ces rajeuniſſantes eaux.
Alorsje ne crois pas que quel
qu'un ſe hazarde
D'enapprocher encor;lapeurqu'
on en aura,
Surmontera bien tost celle de la
vieilleffe ,
Et, quelque attrait qu'ait la
jeunesse,
Telqui courroit aprés ,ſurſes pass
reviendra..
GALANT .
113
Ce conſeil eſtoit falutaire ;
Leſage Pluton le ſuivit ,
Et leshommes enfin que lafrayeur
Saifi
Moururent, comme à l'ordinaire...
Ce Monstre affreux lesfit trembler
Les infirmitezdu vieil âge
Leurparurent bien moinsfuneftes
que fa rage ,
Et, trouvant à s'en conſoler
Par cette conduite prudente ,
Quifuit ou qui donne les ans,
On les vit , mesme en cheveux
blancs ,
Sortir d'une façon riante
De la jeuneſſe petulante .
Mais le beausexe moins poliron
Allatoûjours à la Fontaine,
Etde cet infernal Dragon
Sans craindre la brûlante haleine
Crût qu'ilvaloit autant s'exposer
à perir
Que voir , mesme avant fon
Autonne
114 MERCURE
Refroidırles Amans quefon Printemps
luy donne ,
Et que luy Seul pentretenir .
Cet Ouvrage eſt de Mr de
Vin , dont vous en avez déja
veu pluſieurs.Celuy qui vous
a tant pleu au commencement
de ma Lettre de Decembre
, & qui a pour titre,
Philisbourg pris par Monfeigneur
le Dauphin , en vingt
jours de tranchées ouvertes
eſtoit encore de luy. Je ne
l'ay appris qu'aprés que je
vous l'ay envoyé , & je prens
cette occafion de vousledire
afin de luy rendre la justice
qu'on luy doit.
Il eſt vray que les paroles
dont vous me parlez ſur les
Conqueſtes de Monſeigneur,
font chantées icy detout le
GALANT .
Fry
monde . Comme elles ſont de .
venuës par là preſque populairesj'avois
negligé de vous
en donner une copie , quoy
que dans leurs genre elles
ayent leur agrément . Cependant
puisqu'elles font ſouhairées
avectantd'empreſſement
dans voſtre Province , voicy
dequoy fatisfaire ceux quiles
demandent.
Monseigneur est donc de retour
Duvoyagede Philisbourg ,
Le Palatin ne le tient guerre .
Laire la laire lan laive
Laire la laive lan la.
Quelplaisirpour ce nouveau Mars,
De voirqu'affrontant les hazards.
Tout luy cede commeàfon Perei
Laire la , OcCo..
116 MERCVRE
Le coeur charmédeses hautsfaits,
Mille Beautez plus que jamais
Vont prendre leſoin de lux plaire
Laire la ,&c.
Mais pour elles je crains bienfort
Qu'animéd'unplus beau transport
La gloire ne luy foit plus chere.
Laire la, &c.
Que les Bergers denos cantons
Craindront pour leurs pauvres
MOUIONS !
De Loups il neprendra plus guere.
Laire la , c
Ce leune Mars dans les combats
S'en va faire plus de fracas ,
Qu'Achileautrefois n'enputfaire
Laire la , &c.
LeRhindansſesflots écumeux
GALANT .
117
Craint de fentir encor desfoux
Il tremble comme un pauvre here.
Laire la , &c .
Ondit qu'au milieu defes eaux
Lefront tout couvert de rozeaux ,
Ce grand Fleuvese desespere.
Laire la , &c.
Sesyeux ont eftè les temoins
Des Exploitsfameux, &dessoins
Du Fils aussi bien que du Pere.
Lairela , &c .
Ce beau coup d'effay ſurſes bords ,
Fait voirque de plus grandsefforts
Vontfuivre cette ardeur guerriere
Laire la ,&c.
1
Vous aurez déja ſans doute
appris que Mrle Maréchal de
Duras , qui avoit un Brevet
de Duc , a eſté reconnu au
18 MERCURE
L
Parlement en cette qualité.
Comme il a rendu de longs
& de fignalez ſervices auRoy
depuis un fort grand nombre
d'années , & qu'il ſe trouvoit
- occupé des foins de ſon depart
pour aller commander
en Allemagne, Sa Majesté fit
ſçavoir à Meſſieurs du Parle
ament , que ce Duc ne pourroit
avoir le temps de leur
rendre les viſites que l'uſage
& la civilité veulent qu'on
leurrende en des occafions
de cette nature , & qu'Elle
l'en diſpenſoit. Elle leur fit
dire auſſi qu'il luy avoit ordonné
de ne rien donner pour
les droits qui ſe payent ordinairement
pour ces fortesde
receptions . Meſſieurs du Parlement
receurent ces ordres
avec tout le reſpect imagiGALAN
T. 119
د
| nable , & fe firent un plaifir
fingulier de l'obeiſſance .
Ainſi ils ne ſe contenterent
pasdeles executer avec toute
la ponctualité poſſible , mais
Mrle premier Preſident, pour
marquer plus de ſoumiſſion
aux ordres de Sa Majesté
alla luy- meſme , lors que la
choſe fut faite , en porter les
expeditions à Mr de Duras,
auquel le Roy , avec les manieres
honneſtes qui luy font
finaturelles , dit de luy- même
quelques jours aprés , &
fans que ce Duc luy euſt demandé
aucune choſe , qu'il
croyoit qu'il voudroit bien
que ſon Fils fuſt Duc , & dés
lors le Fils fut receu à la place
du Pere , Sa Majesté ayant
reſervé à ce Maréchal Due ,
& à la Duchelle ſa Femme
120 MERCV RE
tous les honneurs que ceux
de leur rang ont accoutumé
d'avoir au Louvre . Ce jeune
& nouveau Duc ; qui eſt un
des hommes de France le
mieux fait & qu'on pourroit
dire des plus beaux , ſi c'eſtoit
une qualité par laquelle un
homme meritaſt d'eſtre loué,
diſputa le prix dans le dernier
Carrousel , quoy qu'il
n'euſt pas encore dix - ſept
ans ,& l'on crut meſme longtemps
qu'il l'emporteroit. Il
vient d'épouſer Mademoiſel .
le de la Mark , qui eſt une ri.
che Heritiere , & tres -bien
faite . Elle a beaucoup d'efprit
, mais de cet eſprit ſage &
de bon gouſt qu'on ne peut
trop eſtimer &poffede toutes
les qualitez qu'un honneſte
homme peut ſouhaiter dans
une Femme .
La
GALANT. 121
La Maiſon de la Mark eit
tres illuftre , & a produit de
grands hommes . Engilbert I.
dunom , Comte de la Mark ;
mourut en 1277. Everardde
la Mark acheta en 1424. la
Seigneurie de Sedan de Loüis
de Braquemont ſon Beaufrere.
Robert de la Mark IV. du
nom , Duc de Buillon , Ма-
réchal de France , époufa en
1538. Fraçoiſe de Brezé Comteſſe
de Maulevrier , & il en
eutRobertDuc deBuillon , &
Charles Robert , Comte de
Maulevrier La Brache de Robert
s'eſt éteinte par la mort
de Charlote de la Mark , Ducheſſe
de Buillon , Princeffe
de Sedan , qui mourut en
1564. ſans laiſſer d'Enfans; fit
Henry de laTour, Vicomte de
Turenne, Mareſchal de Fran-
Mars 1689 . F
122 MERCURE
ce, qu'elle avoit épousé trois
ans auparavant , heritier de
tous ſes biens Charles Robert
de la Marck , Comte de Maulevrier
ſecond Fils de Robert
IV. Mareſchal de France , fut
Perrede Henry Robert de la
Mark , Comte de Braine , Baron
de Serignan & Capitaine
des cent Suiſſes du Roy , qui
mourut en 1652. ayant eu de
Marguerite d'Autun Fille de
Jacques Sieur de Chanclos ,
&d'Iſabelle de Pluviers , Robert
, mort en enfance Marie
Charlote premiere femme de
René del Hoſpital , Marquis
de Choiſy , & Louiſe de la
Mark , mariée en 1633. avec
Maximilien Eſchallarts Marquis
de la Boulaye , & morte
en 1668. Ses Enfans ont pris
le nomde la Marck .
GALANT. 123
Depuis que je vous ay envoyé
une Liſte des Officiers
generaux , on m'aſſure qu'on
en a augmenté le nombre.
Voicy les noms des derniers.
On a encore donné deux
Lieutenans generaux à Mr le
Mareſchal de Humieres , qui
font Mr de Gournay & Mr
Daugé.
Onen a auſſi ajouſté deux
àceux qui doivent commander
ſous Mr le Mareſchal de
Lorge , ſçavoir Mr de Genlis,
&Mr de la Feüillée . Mr de
Bulonde ſera Lieutenant general
en Bretagne , ſous Mr
le Mareſchal d'Eſtrées. Mr
deRevel ſervira dans le reſte
de la Province ſous Mr le
Duc de Chaunes On a auſſi
nommé Mr Arnofini pour
fervir fous Mr le Duc de
>
F2
124 MERCVRE
1
:
Noailles , outre ceux que je
vous ay déja marquez .
Les Mareſchaux de Camp de
Mr le Mareſchal de Lorge ,
feront.
Mr leChevalier de Grignan.
Mr de Ruſca ,
Mr de Grillon ,
Mr de Vins ,
Mr de la Hoguette ,
Mr de Feuquieres .
Il y aura pluſieurs Camps
volants .
Mr de Chamilly en commandera
un à Strasbourg ,
dont il eſt Gouverneur.
Mr de Monclar , un en Alface
, dont- il eſt Lieutenant
general.
Mr de Catinat un dans ſon
Gouvernement de Luxembourg.
Mr de Biſſi , un en Lorraine,
GALANT.
125
dont il eſt Lieutenant de Roy.
Mr de Montal, un à Mont-
Royal , dont il eſt Gouverneur
.
Mr de Sourdis, un à Bonn .
Mrde Renty , un en FrancheComté
, dont il eſt Lieutenant
de Roy .
Mr le Marquis d'Uxelles ,
un à Mayence , & Mr de
Choiſi , tres habile Ingenieur
fervira dans cette Ville-là.
Mr de Laré , Mareſchal de
Camp , commandera les
Troupes de Dauphiné .
Quand tous ces Braves ſeroient
nommez pour commander
dans tous les lieux
que je viens de vous marquer
, ce n'eſt pas à dire que
ces choſes ne puiſſent chager
au comencement de la Campagne
, ſelon la ſituation des
F3
126 MERCVRE
affaires .Les lumieres du Con
feildu Roy font grandes , &
tout ce qu'on y reſout reuffit:
Je vous ay déja mandé
qu'on fait frapper une ſuite
de Medailles qui repreſenterent
toute la vie de ce grand
Monarque , & je vous en ay
envoyé pluſieurs ſuivant
qu'elles ſont tombées entre
mes mains , & non pas ſelon
le temps de ſes actions . Quelques
ſoins que j'euſſe pris
pour vous les donner dans un
ordre plus exact , il m'auroit
eſté impoſſibled'y reuſſir entierement,
puis qu'on ne les a
pas meſme frapées toutes
ſelon qu'elles doivent eſtre
miſes pour faire voir de ſuite
eette merveilleuſe Hiſtoire.
Ainſi vous ne devez pas
vous étonner ſi je vous en829-
13.3
9.43.
212-42-13
ma
•
SOLIS
ORTVS
5.32GALLICI.
SEPT-V- HORSCI-MIRAXILAN
VERD-M-DCXXXVII
2
Doliuarfecit
DEL
ALLE
LYON
1893*
GALAN T.
127
voye aujourd'huy , la Medaille
qui a eſté faite pour
marquer la naiſſance de Sa
Majesté , & qui doit eſtre
placée à la teſte de toutes .
Elleeſt de Mr de la Haye ,
tres- habile dans cet Art , &
dont nous avons les coins de
pluſieurs autresMedailles qui
regardent la vie de ſaMajeſté.
L'exemple de Mr Peliffon
qui nous a donné l'Hiſtoire
de l'Academie Françoiſe ,
vient d'eſtre ſuivy par Mrde
Hericourt , Academicien de
Soiffons , à l'égard de celle
de ſa Compagnie. Elle est
écrite en Latin , & il explique
dans la Preface ce qui
l'a obligé de ſe ſervir de cette
Langue plutoſt que de la
Françoiſe , à la pureté & à
l'embelliſſement de laquelle
F 4
128 MERCURE
دد
il ſemble que toutes les Academies
ayent pour but de
travailler.Ceux qui aimentla
belle Latinité prendront
beaucoup de plaifir à la le-
Aure de cette Hiſtoire. Le
ſtile en eſt vif , aifé & ferré
& fait connoiſtre que c'eſt.
avec beaucoup dejustice que
ceux qui ont le bon gouſt de.
cette Langue , diſent qu'elle a
eſté autrefois une ſource feconde
dela plus fine politeſſe.
&de cette urbanité tant van .
tée , dont il feroit à ſouhaiter
que l'on s'appliquaſt à renouveller
le caractere . MrdeHericourt
nous fait voir d'abord
l'Academie de Soiſſons dans.
ſa naiſſance , lors qu'eſtant
entré dans un commerce d'étude
particulier avec Mr
Bertrand , Bailly , du Comté
GALANT. 129
de Soiffons , Mr Guerin , A-,
vocat du Roy au Prefidial
2
& Mr Morant , Officier de
l'Election ils commencerent
en 1650. à s'affembler
tous les Mercredis, pour parler
enſemble de tout ce qu'ils
avoient leu & compoſe pendantla
ſemaine. Ils ſe preſcrivoient
les matieres ſur lefquelles
ils devoient écrire,&
de fi loüables occupations ne
pouvoient manquer de produire
un bon effet. En 1652 .
ilsaſſocierent à leurs Conferences
Mr Hubert, Treſorier.
de France ; Mr Haſterel de
Preaux , Confeiller au Prefidial
, Mrle Sueur, Avocat au
Parlement , & enſuite Mr Paret
, Capitaine de Cavalerie
&Mr Arnoul Eccleſiaſtique..
Leurs aſſemblées firent bruit,
ES
130
MERCVRE
& Mr Partu , de l'Academie
Françoiſe , qui en entendit
parler , les exhorta par fes
Lettres à continuer ce qu'ils
avoient commencé ſi heu-..
reuſement , & meſme il con--
tribua par ſes conſeils à les
mettre dans le vray chemin
de l'Eloquence. Le nom
d'Academiciens, qu'il leur
donnoit les flatoit extremement
, & cela les fit penſer
à obtenir des Lettres du Roy
pour avoir la permiſſion de
s'aſſembler en un certain
nombre . Ils engagerent Mrs
de l'Academie Prançoiſe à
leur eſtre favorables dans cette
entrepriſe , en les affurant
qu'ils choiſiroient un Proteteur
dans leur Corps. Mr.
le Chancelier Seguier ne
voulut point confentir à leur
GALANT.
131
établiſſement , & ce refus ne
fut point capable de les rebuter
. Ils aſſocierent encore Mrs
Gilluy & Hebert, Chanoines
de l'Egliſe Cathedrale ; Mrs
de Preaux & Quinquet,Conſeillers
au Prefidial, Mrs Durand
& Berthemet , Avocats
au Parlement, Monfieur Coufin,
Docteur de Sorbonne,Mr
de Froidour , Lieutenant general
au Bailliage de la Fere ,&
Mr Delfauls , Preſident au
Prefidial . Enfin au mois de
Iuin 1674.le Roy leur accorda
des Lettres patentes , par leſquelles
il leur fut permis de
s'aſſembler au nombre de vin .
gt ſous le nom de l'Academie
de Soiſſons , à la charge d'envoyer
tous les ans le jour de
la Feſte de S. Loüis, al' Academie
Françoiſe, un Ouvrage en
F69
132 MERCVKE
Vers ou en Proſeſur telle matiere
qu'ils voudroient choifir
, comme par une maniere
de tribut . Mr le Cardinal d'Eſtrées
, l'un des quarante de la
meſme Academie , fut nommé
par ces meſmes Lettres ,
pour Protecteur de celle dont
ils obtenoient l'établiſſement..
Ce Cardinal avoit aſſiſté ſou -
vent à leurs Affemblées lors
qu'il n'eſtoit encore qu'Evef
que de Laon , & ils l'avoient
toujours ſouhaité pour Chef,
s'ils pouvoient jamais réuffir
dans leurs deſſeins. En 1679 ...
Mr Morant Eccleſiaſtique ,
futreceu au nombre de ces
illuftres Academiciens. Mr
le Vaffeur , Prieur d'Ouchies
en 1681. & Mr l'Abbé de Hericourten
1682. Cet Abbé eſt
Fils de celuy qui a donné au
1 133
GALANT.
و
Publicl'Histoiredontje vous
parle , & dans laquelle vous
trouverez toutes ces chofes
rapportées au longavec beau.-
coup de netteté & de grace ,
auffi - bien que pluſieurs autres
particularitez de la mef
me Academie. Mr de Hericourt
a groſſi ſon Livre ,
de quantité de Lettres La--
tines écrites à ſes Amis
auſquelles il ena ajoûté plufieursen
Grecavec la tradu
Aion Latine. Je ne vous dis
rien de ſa profonde érudition
. Outre un fort grand
nombre de Sçavans qui en
rendent témoignage , tout ce
qui part de fa plume eſt un
éloge qui paſſe toutes les
loitanges que je pourrois luy
donner...
Quant au Livre imitulé ,,
134 MERCURE
Entretiens touchant l'entrepriſe
du Prince d'Orangeſur l'Angleterre
, dont vous me demandez
des nouvelles, je ne ſuis
point étonné que vous ayez
cru qu'il renferme la meſme
matiere que j'ay traitée dans
les Affaires du temps ... Il eſt
vray que ledeſſein de cePrince
adonné lieu à ces Entretiens
, mais ils ne roulent
point ſur ce qui s'eſt fait de
puis qu'il eſt arrivé enAngle--
terre... Ce ſont des raiſonnemens
qu'on fait ſeulements
fur ce qui regarde la Religion,
ſans que l'on entre dans
aucun des faits. Ainfi cet
Ouvrage eſt diviſe en cinq
Dialogues entre Demophile
& Theotime. Vous pouvez
connoiſtre par la fignification
de ces deux Noms , quel
GALANT.
1357
eft le caractere de l'un & de
l'autre. Dans le premier de
ces Dialogues on fait voir
parde ſolides raiſons que les
Proteftans ont toutes les mar--
ques d'Anti - Chriftianiſme
que M. Iurieu pretend que
l'on doit trouver dans l'Egliſe
Romaine. En effet , iln'y
a rien de plus déteſtable que
de favorifer un Prince dont
on voit que le ſeul but eſt
d'envahir un Royaume fur
fon legitime Souverain
l'Auteur de cet Ouvrage an
raiſon de dire que c'eſt un
crime qui en entraiſne aprés
luy quantité d'autres Cependant
les Refugiez de France
n'ont pas fait fcrupule de ſe
donner au Prince d'Orange
pour foûtenir ſes ambitieux
defſeins. Le Maréchal de
د
८
136 MERCVRE
Schomberg a eſté nommé
par la Princeſſe ſa Femme
pour poursuivre ſes pretentions
injuſtes en la place du
Prince s'il arrivoitqu'il morruſt
avant l'execution de fes
projets. Les Proteftans d'Angleterre
ont eſté incontinent
diſpoſez à la révolte. L'Elec--
teur de Brandebourg fourny
des Troupes ,le Roy de Suede
s'eſt engagé d'en donner , &
on affure queleDucde Vvirtemberg
a contribué plus de
mille chevaux àcette manie--
rede Croiſade. Voilà comme
tous les Proteſtans ont fermé
les yeux ſur l'énormité du
crime qu'ils commettent lors
qu'ils aident à dépoſſeder un
Roypour mettre ſaCouronne
ſur la reſte d'un Ufurpa--
teur..Tous les autres Dialo
GALANT.
137
gnes ſont traitez avec beancoup
de force & d'efprit.
Dans le ſecond , entre autres
marques d'Anti- Chriftianifme
que l'on fait voir dans
les Proteftans , on juſtifie que
l'eſprit de perſecutiona toujours
eſté en eux , & que Luther
& les autres ont jugé les
Heretiques dignes de mort.
On y rapporte que pendant
les Guerres de France pour la
Religion le Prince de Condé
ayant proposé à trois Miniſtres
qui paſſoient pour moderez
, s'il devoit continuer
la guerre pour obtenir la confirmation
de l'Edit de Janvier
ils luy répondirent qu'il y eftoit
obligé; qu'enfuite ſoixande&
douze Miniſtres s'aſſemblerent
pour convenir des
conditions ſans leſquelles on
138 MERCVRE
ne devoit point pofer les armes
, & que l'une eſtoir , que
les Athées, les Libertins, les Trini.
taires & les Anabaptiftes fuſſent
chaſtiez publiquement , ce qui
faitconnoiſtre , non ſeulement
que les Proteftans croyoientalors
qu'on devoitpunir
exemplairement ces He--
retiques , mais encore qu'ils
ſe croyoient obligez de demander
à main armée qu'on
en fiſt le chaſtiment. Aprés
que dans le troiſième de ces
Dialogues , on a fait voir la
fauſſeté des predictions de
M. Iurieu au ſujetdela France
, on y examine la Lettre
de Pierre Charpentier , Proteſtant
, écrite en 1672. ſous
ce titre , Lettre de Pierre Charpentier
Iurifconfulte , adreſſséeà
François Portes Candiois, par laGALANT
.
139
quelle il montre que les perfecutions
des Eglises de France font:
avenuës, non par lafaute de ceux
qui profeſſoient la Religion, mais
de ceux qui nourriſſoient les factions
& conſpirations appellées
la Caufe. On continue dans le
Dialogue ſuivant à examiner
le reſte de la Lettre de Charpentier
, & l'on y voit quels
eſtoient les deteſtables def
feins du party des Pretendus
Reformez de France , contre
l'Etat & contre la Maiſon
Royale , & enfin on fait voir
dans le dernier , que les Pro .
teſtans , ſoit Lutheriens , foite
Zuingliens , ou Calviniſtes
ont eſté les premiers à prendreles
armes contre les Catholiques
; d'où l'Auteur con--
clut que jamais l'Anti-Chriftianiſme
ne s'eſt montré pluss
140 MERCVRE
ouvertement que dans l'entrepriſe
du Prince d'Orange ,
&dans ſes ſuites ; que l'eſprit
de perſecution paroiſt manifeſtement
dans les mauvais
traitemens qu'on fait aux
Catholiques d'Angleterre
fans aucune autorité legitime
, & contre l'intention du
Roy , de forte que Monfieur
Iuricu ayant affeuré quele ca.
ractere de cruauté& de perſecutionfait
un préjugé si puissant,
que pour celafeui ilquitteroitune
Religion dans laquelle ilferoit né,
devroit ſe tenir preſentement
obligé d'abandonner ſa
Communion , s'ilvouloit tenir
parole. Il finit en faiſant
connoiſtre que les Puritains
ou purs Calviniſtes n'en veulent
pas moins aux Epiicopaux
qu'aux Catholiques ,&
GALAN Τ . 141
- qu'il ne ſe peut qu'ils ne re
cherchentl'extirpation de la
Religion Anglicane , qui approche
plus de la Catholique
que de la Puritaine,non ſeulement
parce qu'elle a conſervé
la Hierarchie , les ceremonies
, & preſque tout
l'exterieur de la veritable
Religion ,Juſqu'à une eſpece
d'adoration de l'Euchariftie ,
que l'on reçoit à genoux ſelő
la Lithurgie Anglicane, mais
encore parce qu'elle convient
dans les mémes principes
avec l'Eglife , recevant tout
enſemblel'Ecriture & la Tra .
dition, comme luges des
Controverſes , au lieu que les
Puritains avec les Anabaptiſtes
, les Sociniens , & pluſieursautres
Heretiques , ne
reconnoiſſent que l'Ecriture.
142 MERCURE
Voilàles principalesmatieres
du Livre dont vous souhaités
eſtre informée. La lecture
n'en peut eſtre que d'une fort
grande utilité , outre que les
traits d'Hiſtoire que l'on y
trouve par tout , le diverſifient
agreablement .
Le S. Guerout , Libraire
court neuve du Palais , commence
à debiter un Livre
nouveau qu'on trouve fort
curieux. Il porte pour titre ,
Guerres des Tures avec la Polcgne
la Moscovie , & la Hongrie;
&l'on doit d'autant plus ajoû.
ter de foy à toutes les particularitez
de ces Guerres, qu'elle
ſont décrites par Mr de la
Croix , qui ayant eſté Secretairede
l'Ambaſſade de France
à la Porte , a eſté témoin
de la plus grande partie de
GALANT.
143
ce qu'il rapporte. Il commence
par l'Ambaſſade que
le Roy de Pologne envoya à
l'Empereur Othoman , pour
demander l'abandonnement
des Coſaques , à qui Sa Hauteſſe
avoit promis ſa prote.
ction. Il pourſuit par le voyage
de Vviſoski , Internonce
de Pologne , fa reception , ſes
audiances , ſes negociations,
décritle Siege & la priſe de
Caminiek ,& paſſant à l'élection
du Roy lean parla mort
du Roy Michel , il en rapporte
les circonstances,& fait
la deſcription de la Ctetie de
Pologne , & de la maniere
dont elle ſe tient. En parlant
dela Guerre des Turcs avec
la Moſcovie , il donne l'Hif
toire de Georges Kemielnisk
qui s'eſtoit fait Caloyer ,
144 MERCURE
aprés avoir quitté le commandement
des Coſaques ,
qu'il avoit eu par la mort du
Prince fon Pere.Ses diverſes
avantures y font expliquées ,
& cette Guerre finit par la
priſe de Gzegrim , & par la
retraite des Tures qui refolurentde
la porter en Hongrie.
L'Auteur explique les
veritablesmotifs qui les obligerent
à entreprendre le Siege
de Vienne , &ditbien des
chofes qui n'ont point eſté
connuës juſques à preſent ,
touchant la mort du Grand
Viſir Cara Mustapha,
Il me reſte à vous parler
d'un Ouvrage dont vous
pourrez juger par vous meſme
, puis que je vous en envoyeune
copie . Ila receu icy
beaucoup de loüanges , & je
fuis
GALAN T. 145
2
fuis fort ſeur que vous le trouveriez
d'un fort bon gouft
quand je ne vous dirois pas
que c'eſt Mr le Pays qui en
eſt l'Auteur . Vous connoifſez
ſon ſtile enjoué . Aprés
beaucoup de pourſuites pour
l'obliger à payer une ſomme
tres - confiderable dont un
Traitant pretendoit le rendre
garant , il en a eſté enfin
déchargé par un Arreſt du echarge
Confeil , & c'eſt là - deſſus
qu'ila faitles Vers que vous
allez lire . C
A M. Le CONTROLEUR
General.
APrès de fi longues allarmes,
La paix est chez moy de retour
,
Mars 1689 . G
145 MERCVRE
Le dors lanuit,je ris le jour,
Du repos je fens tous les charmes.
Enfin me voila déchargé
Du procés où i'estoisplongé.
Quandtoutprest àfaire naufrage
LeSecours arrive à propos ,
Plus on a tremblé dans l'orage ,
Etmieuxon goûte le repos.
Seigneur,puis- ieſans vous deplai
Vous faire unrecit ingenu (re
De l'estat où je me suis vu
Pendant le cours de mon affaire?
D'un air inquiet i'obſervois
Tous les Huisfiers que je trouvoise
Certain Ecrit,figné Coquille,
M'ayant declaré debiteur ,
Le Fort l'Evesque &la Bastille
Atous momens me faisoient peur.
Mon destin estoit déplorable.
Me connoissant , quile croira ?
Ie languiffois à l'opera ;
L'estois réveur & triſte à table
GALANT. 147
Dans lapeur d'une garnison
l'avois démeublema maison ;
Mavaiſſelle craignant la guerre,
Eſtoitdans un Couvent voisin :
L'estois reduit aux plats de terre,
Ainsiqu'un pauvre Capucin.
Au grenierma Tapisserie
Eftoit à la mercy des Rats :
Ikn'avois chés moi que deux draps
- Avec un lit de Friperie.
Dans ce lit, au lieu de dormir,
Iepaſſois la nuit à gemir ,
Mafrayeur n'avoit point de trêve
Le matin, dans mon Oraison ,
Ie difois , mon Dieu , ie me leve
Pour coucherpeut-estre en Prison.
Quelquefois au fortde mes peines,
Mecroyant déiaprisonnier ,
Avec de l'encre & du papier
L'eſperois adoucir mes chaines.
L'y pretendois tracer en vers
Demon Roy les Exploits divers :
G2
148 MERCURE
Mais en prison peut-on écrive?
Monfeubien toft sy fiût éteint
C'est- làiustement qu'onpeutdire
Que le Poëte est fort contraint .
Lenesçaypoint chanteren cage,
Legrandairplaist aux vieux Oi-
Seaux.
Les champs , les Bois& les ruif-
Seaux
Excitent mon plus doux ramage.
On eft toûjours deconcerté ,
Si l'onne chante en liberté.
La Priſon arrestant ma veine ,
Eût enfevely montalent :
D'Hélicon la docte Fontaine
N'eſtpure&vive qu'en coulant
Pourfuir,jeſentois quelque en vie
D'allerà laCour de Turin ;
I'y croyois pouvoirſans chagrin
Paſſer lereſte de ma vie.
Le Prince m'y fit autrefois
L'honneur de medonnerſa Croix;
GALANT.
149
!
fi
On m'y promettoit un azile
Avec des plaisirs fans effroy:
Mais un François est- il tranquile
Quandil est si loin de fon Roy ?
Ie n'ay iamais pû m'y reſondre.
Quitter Paris m'affligeroit ;
Et l'or dre qui men banniroit ,
Pour moy feroit un coup defoudre.
Lors que je voy le Grand Loüis ,
Quoyque mes yeux foient ébloüis ,
Il me semble que ie poſſede
Lebien qui fait tous mes deſirs,
Etsa prefence est un remede
Qui change mes maux enplaiſirs.
Lefeul aspect de son visage
Enfollicitant mon Procés ,
M'en promettoit un bon succés ,
Etfortifioit mon courage.
Iedifois après l'avoirvu ,
Dans ces lieux regne la vertu ,
On n'yfouffre point d'iniuftice ;
D'un Roy fi bon ,ſi douxfigrand.
G3
50
MERCVRE
LeConseilmefera propice ,
Etmon bon droit m'en est garant.
Ainsimalgré la defiance ,
Dont quelquefois i'eſtoissurpris
L'ay demeuréfermeà Paris
Entre la crainte & l'esperance ;
Trop heureux d'avoir attendu
L'Arrest qui vient d'estre rendu,
Qui finitma peine cruelle ,
Qui varétablir ma ſanté ,
Qui me rend mon lit,mavaiſſelle,
Mon repos & maliberté.
It'est vray,mon bien est modique:
Mais puis-iemeplaindre auiourd'huy
?
Seigneur , iefuis fous vostre appuy,
L'exerce un Employpacifique.
Fort peuſenſible àl'interest ,
Affez riche par mon Arrest,
Iene porte envie àpersonne ,
Et ie me croy fibien traité .
GALANT.
151
Qu'ilmesemble que l'on me donne
Tout ce qu'on ne m'a point ôté.....
De mes luges toute mavie
Iepretens chanter l'équité
Si haut , que la Pofterité
De leur vertufera ravic.
Sons un Roy infle & genereux
Leurfortfera toûjours heureux :
On inge affez par leur conduite
Iusqu'on doit aller leur bonheur
Dans une Cour , cùle merite
Neprutmanquerd'éire enfaveur.
L'Amour fincere eſt ſouvent
récompensé , & les obſtacles
ne font quelquefois
que mieux affermir le bonheur
qu'il doitattendre. Vne
jeune Demoiselle , toute aimable
par les agrémens de ſa
perfonne, & plus encore par
labeauté de ſes fentimens,
G4
152 MERCURE
menoit une vie afſez retirée.
Quoy que ſa fortune fuft fort
peu confiderable, on ne laifſoit
pas de la voir contente ,
&comme elle ne fouhaitoit
jamais que ce qui eſtoit proportionné
aux esperances
que fon estat luy pouvoit permettre
, elle estoit heureuſe,
parce qu'elle ſçavoit ſe regler.
La douceur de ſon efprit
répondoit à celle qu'on
voyoit ſur ſon viſage , & il
euſt eſté fort malaiſé que ſon
merite ne luy enſt pas attiré
grand nombre d'Amans , fi
elle euſt voulu le faire connoiſtre
, mais ſa Mere qui ne
luy avoit jamais donné que
des leçons de vertu , lay en
inſpiroit l'heureuſe pratique ,
& les Coquettes , dont elle
trouvoit la conduite infup-
)
GALANT .
153
portable , eſtoient pour elle
un miroir qui luy apprenoit
à ne pas tomber dans leurs
defauts . Ainfielle paſſoitla
pluſpart des jours à travailler
auprés de ſa Mere , & nerecevoit
aucunes viſites par le
peu de ſoin qu'elle prenoit à
s'en procurer. Elle cut pourtant
beau ſe tenir cachée; le
hazard ladécouvrit à un Cavalier
d'une Province des
plus éloignées , qui eſtant
venu loger vis à vis de ſa
maiſon , l'apperceutun jour
à la fenestre. Il la trouva toute
aimable, & l'ayant venë ainſi
pluſieurs fois ,quoy qu'elle ſe
retiraſt fi- toſt qu'elle remar
quoit qu'on s'attachoit à la
regarder , il ne put plus refiſteràl'enviedela
connoiſtre
Ily fut porté avec beaucoup
G
154
MERCVRE
plus d'ardeur,lors que l'ayant
entenduë chanter un foirs
que la nuit avoit déja com--
mencé , il ſe ſentit entraîné
vers elle par ce nouveau char
me. Comme il avoit de l'ef
prit,& de cet efprit du monde
qui ſe fait aimer par tout ,
celuy fut aſſez pour santroduire
chez cette aimable perfonne,
que le pretextedu voifinage.
Sa Merecrut que
l'honneſteté demandoit d'elle
qu'elle accordaſt à un Etranger
qui nedevoit paffer à Pa--
ris qu'un mois ou deux, ce
qui auroitpû tirer à
confe
quenaccee ,, fi elle l'euft foufferr
à un autre. Il alloit chezelle
la pluſpart des foirs & la converſation
ſe faiſant toujourss
en preſence de laMere, fans..
qu'il ſemblaſt ſouhaiter du
GALANT.
155
.
particulier avec la Fille , ny
l'une ny l'autre ne s'imagina
qu'il euſt autre veuë dans
l'empreſſement qu'il leur témoignoit,
quede paſſer quelques
heures avec moinsd'ennuy
qu'il n'euſt fait dans une
Auberge. Ily futtrompéluymefme
, & il ne connut les ,
ſentimens qu'il avoit pour
cette charmante Fille , que
lors que la Mere luydemanda
fon avis ſur un mariage
qu'on luys propofoit..
Elle ne luy en parla que com.
me le croyant aſſez de ſes ,
Amis pour luy donner un
confeil fincere. En effet elle
eftoit bien éloignée de croire
qu'ily deuſt prendre intereft :
quepar le ſeul avantage de
fa Fille. Il n'avoit marqué
pour elle que ce qu'un hom
G66
156 MERCVRE
me galant fait paroiſtre
en general pour tout le beau
Sexe. Elle n'avoit que fort
peude bien à luy donner , &
elle ſçavoit que le Cavalier
eſtoit fort riche. Outre une
Terretres - confiderable dont
il jouiffoit,il avoit pour plus
de cent mille écus de pretentions
fort bien fondées , &
il n'eſtoit à Paris que pour
recouvrer des Pieces qui luy
eſtoient neceffaires pour en
affurer l'effet. Il parut emba..
raffé ſur le conſeil qu'on luy
demandoit . Il s'informa du
bien de l'Amant , & le trou
vantmediocre , il dit qu'avec
du merite , de la jeuneſſe &
de la beauté , il n'y avoitrien ,
qu'on ne duſt attendre
quand on pouvoit ne ſe pas
haſter de faire un choix. Le
س ا م
GALANT.
5
こ
lendemain , il pria la Fille de
ne luy point déguiſer ſi elle
ſentoit fon coeur porté à ce
mariage. Elle , ne fit point:
difficulté, de luy avoüer
qu'ayant beſoin de quelque
établiſſemeur pour reparer
fon peu de fortune , cette :
ſeule veuël'engageoisdécour
ter les propoſitions qui luy
eſtojent faites . Le Cavalier
ne luy dit rien davantage ,&:
paffa encore trois jours fans
luy expliquer ſes ſentimensi
mais enfin voyant la, choſe
en elatde ſe conclure , il ne
luy fut plus poſſible de meta
tre des bornes à ſa paſſion.
Il luy, declara qu'il eſtoit
éperduement amoureuxd'elle
,&que fielle vouloit rompre
avec l'Amant qui ſe preſentoit
, & luy accorder la
138 MERCVRE
temps de venir à bout de fon
procés , il viendroitla rendre
maiſtreſſe de ſafortune, comme
elle l'eſtoit déja de ſon :
coeur. Il parloitsde bonne
foy,ainfi il ne faut pas s'étonner
s'il perfuada.La Belle luy
repreſentale tort qu'ilauroit :
deluy faire perdre ce qu'elle
neretrouveroitpeut eſtre pas
aiſément & il luy mit l'eſprit
en repos , en luy faiſant les
plus tendres proteſtations de
fidelité & de conſtance. II
l'obligea de conſentir à ſe
faire peindrepour luy donner
fon portrait , & elle voulut
bien recevoir le fien. Il laa
quitta avec promeſſe de terminer
ſes affaires au plûtoſt ,
&de venir traiter d'une Charge
qui l'attachant à la Cour ,
le dégageroit de la Province.
GALANT..
159
!
Eſtant arrivé chez luy , il ne
fongea plus qu'à pourſuivre
fon procés , dans lequel il
s'agiſfoit de la meilleure partie
de fon bien. La violence :
de ſa paſſion luy fit chercher
les voyes les plus promptes de:
ſe mettre hors d'affaires , & fi i
fesParties euſſent eſté raifonnables
, il leur cuſt eſté aifé
d'obtenir un accommodement
avantageux , mais le :
creditde quelques perſonnes ,
d'un rang distingué , qui prenoient
leurs intereſts , leur
faifant croire infaillible le
gain de leur cauſe , il fallur
qu'un Arreſt de Parlement:
endécidaſt. Le Cavalier chercha
de l'appuy contre unefi
fortebrigue ,& jetta les yeux
fur l'homme de la Province ,
cle plus puiffant&le plus
160 MERCVRE
,
conſideré. Le moyen eſtoit
fortſeur , mais les meſures
qu'il prit pour cela le jetterent
dans un embarras terrible.
C'eſtoit un Marquis d'uneMaiſon
fort illuftre, &qui
ayant une Fille , cuſt eſté
bien aiſe de la marier ſans ſe
dépoüiller de rien. Elle avoie
plus d'eſprit que de beauté
&on conſeilla au Cavalier de
feindre d'avoir de l'amour
pour elle . Ces apparences
plûrent au Marquis ; il s'employa
de tout fon pouvoir
pour le Cavalier , qui ne
croyant hazarder que des
complaiſances , rendoit à ſa
Fille des foins affez affidus .,
Ils eſtoient favoriſez , & on
luy donnoitles occaſions les
plus commodes pour le teſtea
teſte. Les procedures avan
GALANT. гбл
coient toujours , & de la ma
niere qu'on avoit tourné les
choſes , les cent mille écus
luy eſtoieur preſque affurez .
Comme il ne faisoit aucune
declaration préciſe , le Marquis
, homme adroit & viofent
, l'ayant trouvé feul un
jour dans la chambre de ſa
Fille , luy dit que la conduite
qu'il avoit tendëavecelle de
puis quelque temps , faifoir
courirdes bruits dans la Ville
qu'il eſtoit temps d'étouffer ,
qu'elle estoitd'une naiſſance
à ne pas fouffrir qu'on l'expo .
faſt au ſoupçon d'aucuneigar
lanterie , qu'il ne l'avoit receu
favorablement chez luy,
& fervy, dans ſon affaire que
dans la penſée qu'il l'épouse :
roit , qu'il n'avoit fait aucu ,
ne démarche qui n'euſt done.
162 MERCURE
né lieu de croire qu'il en avoie
le deffein , & que le ſervice
qu'illuy rendoit en luy faifant
gagner un procés de la
plus haute importance ; meritoit
bien qu'il le reconnuſt
par ce mariage , fur tout lors
qu'il devoit tenir à honneur
d'eſtre ſon Gendre .Le Cavalier
étourdy du coup , eſſaya
de ſe remettre,en demandant
au Marquis qu'il luy donnaft
quelques jours pour luy ré
pondre poſitivement Le Marquisluy
en voulutbien accor.
derhuit,mais à la charge que
pendantce temps il prendroit
chez lay un appartement , &
qu'il fongeroit aux clauſes
qu'il trouveroit à propos que
l'on employaſt dans le Contrat.
Cette violence cachée
fous de beaux dehors mit le
GALANT. 163
Cavalierau deſeſpoir. Il connut
la faute qu'il avoit commiſe
, & il n'y voyoit aucun
remede. Le Marquis aprés
s'eſtre declaré comme il avoit
fait , n'eſtoit point homme
à ſe relâcher. Il pretendoit
que cequ'il devoit à ſon honneur
,luy impoſoit la neceffité
de ce mariage , & ce qu'il
pouvoit auprés des luges ,
faifoit voir Comolier la בוו
perte deſon procés inévita
ble , s'il ſe défendoit d'époufor
faFille , quand mefme on ,
l'auroit laiſſe en liberté de le
faire , ce qui n'eſtoit pas..
Toutes ces raiſons l'obligerent
à ceder , fans faire con
noiſtre qu'il ne cedoit qu'à
la force . Le mariage ſe fit , &
le procés fut jugé enſuite a
fon avantage. Il cut de grands
164 MERCURE
biens,mais ils n'eurent point
de quoy ſatiſfaire un coeur 〈
tout remply d'amour. Il écrivit
à la Belle les cruelles circonſtances
de ce qui venoir
de luy arriver,& ille fit d'une
maniere touchante qui l'auroit
perfuadée de ce qu'il
fouffroit , fi la confideration
de fon malheurneleuſt empeſchée
de s'occuper d'autre
chofe.Elle perdoit tin Amant.
qui l'ayant fait renoncer àun
établiſſement quiluy conve
noit, l'avoit reduite à ne pouvoir
plus s'arracher du coeur
la paſſion qu'il y avoit mife ,&
qui l'abandonnant pour toujours
, vouloit qu'elle cruſt
qu'il fuſt encore plus à plaindre
qu'elle . L'eſtat où elle ſe
vit , la fit s'emporter contre
tous les hommes , & rien
2.
GALANT.
165
n'euſt pû la convaincre que
leCavalierne l'euſt pas trahie
volontairement , s'il ne l'euft
tirée d'erreur par un procedé
qui n'a point d'exemple. Un
Gentilhomme la vint trouver
de ſa partavec une Lettre,par
laquelle il luy mandoit , que
puis que ſamauvaiſe deſtinée
ne luy avoit pas permis de
s'unir à elle , il vouloit au
moins luy faire voir que jamais
amour n'avoit eſté ny
plus fincere ny plus veritable
que le ſien que pour l'indemniſer
de l'Amant qu'elle avoit
perdu pour luy , il luy envoyoit
dix mille écus , qui
pourroient en peu de temps
luy faire trouver un party
plus digne d'elle ; qu'il la
conjuroit par toute l'eſtime
qu'elle luy avoit montrée,de
166 MERCURE
ne les pas refuſer, &que quelques
marques gu'elle puft
jamais luy demander de l'in -
tereſt qu'il prenoit en elle, il
feroit tout fon bonheur de la
fatisfaire.Ce qu'elle liſoit luy
parut ſi peu croyable, qu'elle
ne ſceut que répondre au
Gentilhomme , & elle ſe vit
le lendemain compter les dix
mille écus ſans étre perfuadée
que ce ne fuſt pas une illufion.
C'eſtoit pourtantun prefent
réel ,& le Cavalier eſtant
fortriche ,& la Demoifelle
peu accommodée elle jugea à
propos de l'accepter. Elle s'en
fit un merite auprés de luy,
enluy répondant aprés beaucoup
de loüanges fur fageneroſité,
qu'elle en feroit un uſage
contraire à celuy quil
luy marquoit , & que puis
GALANT. 167
1
qu'il la mettoit en eſtat,par le
ſecours qu'il voloit bien luy
préter,de n'avoir beſoin d'aucun
établiſſement,le malheur
de ne pouvoir eſtre à luy
l'empefchoit d'eſtre jamais à
perſonne. Cette afſſeurance
qu'il n'euſt oſé demander,luy
donna beaucoup de joye ,
mais en meſme temps elle
redoubla ſa paſſion , non pas
que la Belle l'autoriſaſt à la
conferver;mais plus il la connoiſſoit
digne d'eſtre aimée ,
plus cellequi étoit cauſe qu'il
n'avoit pu eſtre heureux, luy
eſtoit infupportable. Il ne
luy parloit jamais , & fi le
nom de la Femme qu'elle
portoit malgré luy , l'obligeoit
d'avoir pour elle des
égards d'honneſteté , il lay
eſtoit impoffible de luy don168
MERCVRE
!
ner des marques d'amour.
Cette froideur eſtoit remarquée
, & faifoitbeaucoup de
peine à ceux qui les fouhaitoient
dans l'union . I a Belle
en futavertie par le Gentilhomme
, & à peine elle eut
appris cette eſpece de divorce
, que jugeant bien qu'elle
yavoit part ,elle s'empreſſa.
d'y remedier. Ses premieres
Lettres n'eurent point d'effer
Il luy oppofoit toujours la
violence qu'on luy avoit fai -
te ,& ne pouvoit concevoir
qu'elle puſt exiger de luy
avec juſtice qu'il euſt de l'amourpour
une Femme qui le
rendoit le plus malheureux
de tous les hommes ; mais
enfin elle luy peignit ſi vive-
*ment l'obligation où il eſtoit
de vaincre l'averſion qui luy
donnoit
GALANT.
donnoit de l'éloignement
pour elle , & luy fit fi bien
connoiſtre que ce n'eſtoit
qu'à ce prix qu'elle pouvoit
luy répondre d'une éternelle
amitié , qu'il refolut de la
croire. Ainſi l'envie de luy
plaire luy fit obtenir ſur ſon
eſprit ce que perſonne n'avoit
encore pusgagner. Il
commença àmontrer plus de
complaiſance pour ſa Femme,&
on fut furpris de voir
entre eux une haiſon qu'on
ne devoit plus attendre . La
Dame elle-meſme ne ſçavoit
à quoyattribuer un fi heureux
changement,& un jour
qu'elle pria ſon Mary de luy
apprendre ce qui l'avoit engagé
à luy rendreſa tendreſſe
il répondit qu'il vouloit luy
aire voir la perſonne qui a-
Mars 1689 . H
170 MERCURE
voit fait ce miracleAprés luy
avoir conté en peu de mots
ſon engagement avec la Belle ,
il luy montra ſon portrait, &
luy leut toutes les Lettres
qu'elle luy avoit écrites pour
l'obliger à vivre avec elle
dans une parfaite intelligence.
La Dame fut charmée de
ſa vertu , & luy marqua l'admiration
qu'elleluy cauſoit ,
en luy demandant ſon amitié
par une Lettre auffi enga.
geante que ſpirituelle. Vous
jugez bien que la Belle répondit
comme elle devoit à
ces avances. Il s'établit entre
elles en fort peu de temps un
agreable commerce
Dame l'employa à mille com.
,
& la
miſſions pour elle& pour ſes
Amies. Vne ſimpatie ſecrete
qu'augmentoit de jour en
نا
GALANT.
171
jour la connoiſſance qu'elles
ſe donnoient de leurs fenti .
mens , les attachoit l'une à
l'autre , quoy que la grande
diſtance des lieux les empeſ.
chaſt de fe voir, & aprés que
trois années ſe furent paſſées
de cette forte , ſans que la
Belle euſt voulu fonger à ſe
marier, quelques partis qui ſe
fuſſent preſentez , une affaire
affez preſſante appellant le
Cavalier à Paris , la Dame
voulut l'y accompagner pour
avoir la joye de voir l'Amie
qu'elle s'eſtoit faite. Ce fut
un redoublement d'eſtime
qui ne ſe peut concevoir lors
que la pratique leur eut fait
connoiſtre l'une à l'autre tout
lemerite qui ne leur eſtoit
qu'imparfaitement connu.La
Dame loüa ſon Mary fur fon
3
Η 2
172
MERCVRE
bon gouft , & comme l'estat
où il ſe trouvoit demandoit
de luy beaucoup de referve ,
il ſe conduiſoit auprés de la
Belle d'une maniere obligeante
, qui ſansloy marquer une
paſſion blamable , luy faifoit
voir le pouvoir qu'elle avoit
toujours fur lay. Les deux
Amies devinrent infeparables
, &dans le temps que la
neceſſité du retour leur faiſoitſentird'avance
le chagrin
de ſe quitter , la Dame fut at .
taquée d'une fiévre qui mit
bientoſt ſa vie én peril. La
Belle en parut inconfolable ,
& ne s'empreſſa pas moins la
nuit que le jour à luy rendre
tous les foins qui la pouvoient
foulager , mais lamalignité
dela fiévre vainquit
l'artdes Medecins , & on fut
GALANT. 173
contraint de luy declarer
qu'elle devoit ſonger à mourir.
Dans ce triſte eſtat , ne
voyant plus rien à efperer ,
elle dit à ſon Mary , que puis
que l'obstacle qu'elle avoit
mis à l'engagement qu'il
avoit avec la Belle, ceſſoit par
ſa mort , elle le prioit de l'épouſer
, n'y ayant perſonne
qui fuſt plus digne de luy.
Elle expira dans ce ſentiment
&ce ne fut pas fans conter
beaucoup de larmes & à fon
Mary , & à la Belle. Ils donnerent
à leur fincere douleur
tout le temps que la bienſeance
pouvoit exiger , &
l'amour qui estoit plûtoſt
aſſoupy qu'éteint , s'eſtant
réveillé fans peine dans le
coeur de tous les deux , ils
eurent enfin la joye de ſe
Η 3
174
MERCVRE
voir unis comme ils l'avoient
ſouhaité. Le mariage ſe fit
un des derniers jours du Carnaval
, & pluſieurs perſonnes
confiderables qui ſe trouverent
à cette ceremonie , peuvent
répondre de la verité de
l'avanture.
Comme la derniere fois je
ne vous dis que fort peu de
choſe des marques de piété
quele Roy d'Angleterredonna
deux jours avant ſon départ
pour Breſt , en venant
faire ſes devotions à Noftre
Dame , ce ſera par là que je
commenceray ce que vous.
attendez de moy fur fon
voyage , afin de vous le donner
entier en un ſeul article ..
Ce Monarque vint à Paris le
25. du Mois paffé , & il y
entra accompagné des Gar
GALANT. 175
des du Roy qui avoient l'épée
nuë. Il ſe rendit à la
Cathedrale , où Mr l'Archeveſque
en Chape & en Mitre.
à la teſte des Chanoines , &
précedé de ſa Croix & de fa
Croſſe , le receut à la grande
porte dela Nef en dedans
fous les Orgues . Sa Majesté
s'eſtant miſe à genoux fur un
carreau que luy preſenta un
des Chanoines , ce Prelatluy
donna de l'Eau benite , puis
la vraye Croix à baifer , que
leTreforier reveſtu d'étolete.
noit toute preſte,& luy fit enfuite
une harangue avecl'éloquence
qui luy eſt ſi naturelle.
Le Roy répondit en peu
de paroles , mais obligeantes,
& alla au Choeur , où il ſe mit
à genoux ſur un Prié-Dieu
preparé devant le grand Au
H4
176 MERCVRE
tel qu'on avoit orné d'un pa
rement de velours brodé de
Perles. Un peu aprés il alla.
au lieu nommé le Reveſtiaire
&defcendit juſqu'en la derniere
Sacriftie desChanoines.
où l'on avoit mis un tapis de
pied &des paremens au Confeffionnal
. Il y fut conduit
par Mr l'Archeveſque , qui
tenoit la droite à cauſe de ſes
habits Pontificaux , On ferma
la porte , & le Roy fe
confeſſa au Pere Freville , fon
confeffeur ordinaire eſtant:
party ce jour là pour Breft.
Pendant ce temps , Mrl'Archeveſque
ſe mit en Rocher.
& en Camail, & en cet habit
il accompagna le Roy de la
Sacriſtie au Choeur,entenane
pour lors la gauche. Mrl'Abbé
Parfait , l'Ancien Chanoi
GALANT.
177
ne , commença la Meſſe qu'il
celebra à voix baffe , aprés
avoir ſalüé Sa Majesté Britannique
par une inclination.
Là , le Roy s'appercevant que
Mrl'Archeveſque qui s'eſtoit
mis à genoux à demy tourné
présle Prie- Dieu à gauche ,
eftoitfans carreau , luy en fit
apporter un , mais ce Prelat
ne s'en voulut point ſervir .
Aprés l'Evangile , les deux
Beneficiers qui ſervoientdAcolytes
en Chapes , vinrent
apporter le texte à Mr l'Archeveſque,
quil'ayant ouvert
le donna à baifer au Roy. A
l'Offertoire les Acolytes revinrent
au Prié -Dieu ,&ap
porterent cinq petits Pains
fur la Palle ; Mrl'Archevel
que fit l'eſſay , rompant avec
cuxundeces cingPainsdont
H
178
MERCVRE
il mangea. Le Roy en defigna
un des autres , que l'un
des deux Acolytes reporta
feul au Celebrant furla Palle
L'autre Acolyte porta auChe-.
vecier les autres Pains . On
chantoit cependantun Preaume
en Muſique , Quatre En--
fans de Choeur eſtant venus .
pour l'Elevation avec des
Hambeaux firent enſemble:
une profonde inclination:
vers l'Autel , & s'eſtant retournez
en dedans vers le
Roy , ils luy firent tous une
profonde genuflexion ſansſe:
courber. Après l'Agnus Dei ,
Mt l'Archeveſque conduifit
le Royal'Autel marchant à
ſa gauche. Sa Majesté ayant
receu la Communion , fuc
encore reconduite au Prić--
Dieu par ce Prelat..On fon
GALANT. 1790
gea trop tard à donner au
Roy l'ablution dans unCalice
, ſuivant l'usage de l'Egliſe
de Paris , ce qui auroit eſté
preſenté par un Chanoine
Diacre avec une ſerviette ſur
fon bras gauche , Aprés la
Communion , les Enfans de
Choeur ayant faitles meſmes
reverences à l'Autel & au
Roy, ſe retirerent,& on chanta
le Dominefalvum. Le Celebrant
, avant que de donner
la benediction , fit une inclination
à Mr l'Archeveſque &
au Roy enſemble , & lors
qu'il eut achevé la Meſſe , il
vint ſans quitter ſa Chafuble
preſenter au Roy le Corporal
plié qu'il luy donna à baifer.
Cela eſtant fait , Sa Majesté
ſe leva , & toujours accompagnée
de Mrl'Archeveſque,
H 6
180 MERCURE
&fuivie des Chanoines , Ellealla
prier à la Chapelle de la
Vierge,ſur un Prié Dieu pre--
paré , aprés quoy Elle ferendit
àl'Archeveſche, où ayant
traverſé pluſieurs Sales , &.
chambres , Elle entra dans
celle decePrelat qui demeura
avec Elle , ainſi que plufieurs
Chanoines , Mr de Lauzun, à
qui le Roy avoit donné ce
jourlal'Ordrede la Iarretiere,
Mr l'Eveſque de Chester , Mr
le Prince de Richemont , ne
veu de Sa Majefté Britanni
que,MileMarquis deChan--
valon , Neven de Mr l'Archeveſque
, &Mr de S. Vian-.
ce , Lieutenant des Gardes .
Onypreſenta au RoydesCa--
rafes fur une Soucoupe.Ce
Monarque but un coup , &
mangea un peu de pain , Me
GALANT. 1811
de S. Viance diſant que c'eſtbit-
là le premier morceau
que Sa Majesté enſt mangé
depuis vingt- quatre heures .
Là , le Roy pria Mol'Archeveſque
de venir difner avec
luy chez Mr. de Lauzun , & :
pendant qu'ileſtoit alle changer
d'habit , ce Prince ditaux :
Chanoines qu'ily avoit eu das
leurs Corps un deſes proches
Parens , parlant de Mr Stuart
d'Aubigny , & il ajoûta qu'il.
feJouvenoit de Mr. de Van--
tadour qu'il avoit vû parmy .
eux , & qu'il avoit fort connu
durant les cinqans qu'ilavoit :
autrefois paffez à Paris ; puis
il changea de discours , &
parlant du temps , il dit qu'il
n'avoit de sa vie Souffert unfe
grandfroid que le jour qu'il arrive
à Ambleteuse; où il fit une
?
ر
182 MERCVRE
lieuë entiere àpied..Mr l'Ar--
cheveſque eftante rentré , le
Roy luy preſenta M. de Cheſter
, & M. l'Archeveſque en
luy preſentant un peu aprés
M. de Chanvalon ſon Neveu,
qui eſt Mouſquetaire luy
dit que le premier coup de
Mouſquet qu'il tireroit ,feroit
pour le ſervice de SaMajeſté
Britannique. Alors le
Roy d'Angleterre dit à ce
Prelat le deſſein qu'il avoit
fait de partir inceffamment
pour l'Irlande , où il iroit en
poſte juſqu'à Brest. M. l'Archeveſque
ſe mit'enfuite fur
les loüanges du jeune Prince
de Richemont qui eſtoitprefent
, & le Roy dit que ce
qu'il luy fouhaitoit le plus ,
eſtoit qu'il euft toujours la
crainte de Dieu. Il ditencore
GALANT.. 183
pluſieurs choſes qui faifoient
voir en luy ungrand fond de
pieté , ce qui avoit déja fort
paru dans la manieredont on
l'avoit vů prierDieu durant
là Meſſe. En fortant, ce Prince
trouva M. l'Archeveſque de
Reims , & luy parla quelque
temps . M. l'Archeveſque le
conduifit à la portiere du Caroffe
: qui estoit un de ceux
du Roy , on ne portoit point
ſa queuë , ny celle de M. de
Reims qui vint auſſi juſquelà.
Le Roy d'Angleterre ſe
mit ſeul au fond , Mr de
Lauzun , deux Milords , &
Mr de S. Viance monterent
dans le Caroſſe du Roy. Sa
Majesté Britannique eſtant:
arrivée chez Mr de Lauzun ,
on y fervit auſſi- toſt un repas .
fort magnifique. L'apréſdif
184 MERCURE
{
f
1
née Elle alla rendre viſite à.
Luxembourg à Mademoifelle
d'Orleans , à Madame
la Grand' Ducheſſe,& à Madame
de Guiſe. L'empreſſement
que les Peuples eurent
pour voir ce Monarque , attira
par tout une telle foule ,..
que ne pouvant paſſer par
quelques ruës , il fut obligé
de tourner par d'autres . Il ne
revint le foir à S. Germain
qu'à prés de dix heures , & il
y trouva un fort grand nom--
bre de perſonnes qui l'y attendoient
, & qui le virent
fouper . Le 26. il alla à Verfailles
prendre congé de Sa
Majesté , qui le jour ſuivant
vint luy dire adieu à S. Germain.
Ces deux grands Princesſe
dirent des choſes fort :
tendres,& le 28.le Roy d'AnaGALANT.
185
gleterre qui devoit aller coucher
à Orleans , paſſa encore
par Paris,où les acclamations
du Peuple luy firent connoiſtre
les voeux qu'on faifois
pour l'heureux ſuccés deſon
voyage. Il alloit en poſte dans
une Caleche , ayant à ſa ſuite
quinze ou vingt perſonnes .
Les principaux eſtoient Milord
Melford ; Milord Amazor,
Frere du Duc de Norfolc ,
Mr Staffort& Bedille , un pe
tit Page d'honneur , & trois
Pages de la Chambre , avec
Mrle Comte de Mailly quià
eu ordre de Sa Majesté de l'ac
compaguer dans ſon voyage,,
& de luy faire rendre dans
toutes les Villes les honneurs
qui luy fontdûs.Sa chaiſe s'.é.
tant rompue dans la foreſt à
trois lieuës d'Orleans,Mon186
MERCURE
fieur de Creil , Intendant de
ร la Province qui l'attendoit
à une lieuë & demie
de la Ville , en fut averty ,
&vint promptement au devant
de Sa Majesté , avec ſes
Caroffes , dontil , y en avoir
trois à fix chevaux. Il eſtoit
à la teſte des Bourgeois , diviſez
en dix Compagnies faifant
ſept à huit mille hommes,
& formant une double
haye de prés de deux lieuës
de long.On peut dire qu'il fut
ſuivy de toute la Vile qui ſe
trouva ſur ſa route , à pied, à
cheval&en caroffe . Les deux
Compagnies des Maréchaufſées
qui estoint à la teſte de
tout, ſous les ordres de Mrde
laMouchererie,mirentl'épée
nuë à la main dés qu'elles
apperceurent leRoy , & fui
GALANT. 187
virent , précederent , ou côtoyerent
le Carroſſe où ce
Monarque monta.Mr deCreil
l'ayanttrouvé à pied , luy fit
fon compliment, & aprés que
Sa Majeſteluy eut répondu
obligeamment, Elle montaen
Caroffe , & ordonnaà Mr de
Mailly , au Milord Melford,
& à Mr de Creil d'y monter,
& peu aprés de ſe couvrir.
L'air retentitd'un cry general
& perpetuel de Vive le Roy
& tout estoit éclairé par des
lambeaux.Ce Prince en marqua
une fatisfaction extraordinaire
, & Mr de Creilayant
pris de la occafion de luy
9
dire qu'il n'eſtoit pas furprenant
que la veuëd'un ſi grand
Roy cauſaſt tant de joye , de.
manda grace à Sa Majesté
pour un Gentilhomme An188
MERCV RE
glois nommé Eyton , qui
avoit eſté arreſté la veille , &
qu'on devoit transferer le
lendemain à la Baſtille en
vertu d'une Lettre de Cacher,
àcauſe qu'il avoittenu quelques
diſcours peureſpectueux
fur ce qui la regardoit. Le
Roy répondit en ordonnant
àMr de Creil de le mettre en
libette , qu'il eſtoit bien aiſe
de faire connoiſtre à tous les
Anglois qu'il n'avoit point
d'autre intention que de leur
faire du bien . Il entra dans
Orleans à 7. heures & demie
au bruitde pluſieurs Boëtes ,
& ayant apperceu Mrs de
Ville qui luy venoient preſenter
les Clefs , il fitarreſter
le Caroffe , & écouta avec
une bonté toute particuliere.
Mr de Montaigu Maire , qui
GALANT. 189
eſtant accompagné de Mrs
Reynard de Senonville,Toinard
, de la Joüy , Troflard,
Echevins , & Charon , Secretaire
, les luy preſenta dans
un baffin de vermeil. Le Roy
luy dit , aprés les avoir priſes
dans ſa main , & s'eftre découvert
; Je vous remercie ,
Monficur, elles sont en de bonnes
mains , le Roy me fait bien de
l'honneur. Il les remit enſuite
dans le baſſin ,& eſtant arrivé
chezM.de Creil qui luy avoit
fait préparer la Maiſon, il remarqua
que ſes Armes avoiét
eſté miſes au deſſus de la porte
, comme il les avoit déja
veuës au deſſus de celle de la
Ville.Il defcendit au pied du
grand Efcalier , où Madame
de Creil le recent accompagnée
de pluſieurs Dames. Il
190
MERCVRE
,
la baifa , ainſi que Madame
la Marquise de Montpipaux,
&Madame de Ville- chauve ,
&faisantune inclination aux
autres il traverſa pluſieurs
chambres fort éclairées , & fe
retira un moment dans celle
oùil devoit coucher. Ce fut
là que Mr de Creil luy preſenta
Mrde Villechauve,Brigadier
des Armées du Roy ,
àla teſte des Gentilshommes
de la Province. Ce Monarque
le reconnut pour l'avoir vu
autrefois ſervir lors qu'il n'éſtoit
que Duc d'Yorc. Mrs de
Ville curent encore l'honneur
de le ſaluër dansle méme
lieu , en luy faiſant des
preſens de Vin & de Cotignac.
Le Chapitre de Sainte
Croix, Cathedrale de la Ville
, &celuy de S. Aignan , le
GALANT.
191
Prefidial ,les Treſoriers de
France , la Prevoſté , Vniverſité
, & pluſieurs Ordres
Religieux luy furent auſſi
preſentez par Mr de Creil.Le
Roy dit à ceux de S. Benoist
que l'Angleterre leur eſtoit
redevable de la Foy qu'ils y
avoient preſchée les premiers
Il ſe mit à table , & le repas
qui eſtoittout en poiſſon fut
auſſi propre que ſplendide
pour le peu de temps qu'on
avoit eu à le preparer. Il
n'y avoit qu'un couvert pour
Sa Majesté ſous un magnifique
Dais; mais Elle ordonna
que l'on en miſt d'autres ,
pour Milord Melfort, Milord
Amazor , Mr le Comte de
Mailly , Mr Staffort ,'Mr de
Creil,&Mrs de Villechauve,
le Comte du Brueil, Lieute192
MERCURE
r
nantColonel des Dragons de
Languedoc& de Beauregard,
cy- devant premier Capitaine
des Grenadiers dans le Regiment
de Picardie ,& Gou-
*verneur du Fort François . Sa
Majesté fut gardée par la
Compagnie du Guet , commandée
par Mr de Maſſuere
qui pritl'ordre. Tous les Seigneurs
Anglois & les Officiers
de la Maiſon du Roy
qui l'avoient ſuivi , trouverent
chacun leur chambre
autourde cellede SaMajesté.
Ce Prince quijeûne regulierement
, ne voulut prendre
que duThe.Le lendemain au
matin il alla entendre la
Meſſeaux- Preſtres de l'Oratoire,
où le Pere de l'Epiniere
1
leharanguaen ces termes .
:
SIRE
GALANT. 193
SIRE ,
Nous sommes infiniment redevables
à voſtre piete auſſibien
qu'à la Providence , qui par une
diſpoſition favorable nous donne
L'occaſion , & en mesme temps
l'honneur d'aſſurer Vostre Majesté
de nos profonds respects.
Iene puis rien dire dans la con .
joncturepreſente deplus glorieux
pourElle ,finonque vos interests
Sont ceuxde Dieu , que la guerre
que vous allezentreprendre est
celle du Dieu des armées , que
vos Amisſont ceux qui font attachez
àſonſervice , &vos Ennemis
ceux qui veulent renverfer
Ses Autels , &s'opposeràson au
torité ſupréme. Cela estant, quel
les faveurs ,quelle protection , &
quelle prosperité ne doit pas attendre
du Ciel Vostre Majesté :
Mars 1689 . I
194
MERCURE
C'est tout dire que prenant le
party de Dieu, il est obligé de
prendre le vostre. Allez , grand
Roy,Sur cette afſurance comme
un autre lofué, donner des com.
bats , & remporter des victoires,
paroiſtre devant vos Ennemis ,&
les renverſer ; allez vous prefenter
àvos rebelles Sujets,& lesforcerpar
voſtre valeur à recevoir
laLoy qu'ils ontrejettée avec au
tant d'infidelité que d'inſolence.
Toute l'Europe , ou plûtoſt tout
le Monde Catholique ,fait des
voeux pour vostre prosperité , &
tous les Preftres de l'Eglise de
Dieuſont autant de Moyfes qui
doivent lever les mains au Ciel
pour le bon fucces de ses armes.
Soyez perfuadé , Sire , que ceux
del' Oratoire dans cegrand nombre
s'acquitteront de ce devoir;
ils le feront autantpar inclina
GALANT.
195
tion que par iustice ,faisant une
profeſſion particuliere d'eſtre dans
le profond respect qui est deu à
vostre Maiesté,vos tres - humbles
& tres- obeiſſansferviteurs.
Au fortirde l'Egliſe le Roy
monta en chaiſe pour aller
coucher à Tours, aprés avoir
fait mille honneſtetez à Mr
de Creil. Il y fut receu le ſoir
au bruit du Canon par M. le
Marquis de Rafilly , Lieutenant
general pourle Roy en
Touraine , qui eſtoit allé au
devant de ce Monarque à
trois lieuês de la Ville , accompagné
de la Nobleſſe , &
ſuivyde ſes Gardes & de la
Maréchauffée . Mr l'Arche
veſque de Tours , & Mr de
Miromenil Intendant , eftoient
avec ce Marquis. Sa
I 2
196 MERCVRE
Majesté ſtant arrivée à la
premiere porte de l'enceinte
de la Ville,y receutles complimens
& les preſens des
Echevins.LaBourgeoiſie ſous
les armes formoit une double
haye , & par tout où il
paſſa il y eut des Illuminations
aux feneſtres . On luy
avoit preparé un appartementau
logisde Mr de Rafilly
, & à la defcente du Caroſſe
il trouva Madame la
Marquiſe de Rafilly , & Madame
de Miromenil , qu'il
falüa.Toutes les Compagnies
en corps le vinrent complimenter
; aprés quoy on fervit
diverſes tables pour Sa
Majeſté & pour les Seigneurs
de ſa ſuite. Le Mercredy 2 .
de ce mois , le Roy entendir
la Meſſe auConvent des laGALANT.
197
cobinsavec la Muſique de la
Cathedrale , & partit de
Tours à fix heures du matin .
La Bourgeoisie eſtoitſous les
armes comme le jour precedent
, & Mr de Rafilly conduiſit
Sa Majesté avec le meſme
cortege juſqu'au meſme
lieu où il l'avoit eſté recevoir
Ce Prince arriva à Angers .
fur les 5.heures aprés midy.II
yentra ſuivi de foixante ou
quatre - vingt Gentilshommes
& Cavaliers , ayam chacun
l'épée nuë , qui estoient
allez l'attendre à Sorges,Village
éloigné d'Angers d'une
grande lieuë,& à la teſtedefquels
eſtoit M. du Pleſſis de
Coſme,Gentilhomme diſtingué
, & ancien Officier de
Cavalerie . M. d'Autichamp ,
13
198 MER CVRE
Lieutenant de Roy de la Ville
& du Chaſteau , & M. de
la Feauté,Maire,à la teſte du
Corps de Ville, ſe trouverent
àla porte de S. Aubin , où ce
dernier preſenta au Roy les
Clefs de la Ville , qu'il prit
&& rendit en meſme temps..
On luy offrit un Dais magnifique,
que ce Prince refuſa
Il alla de là au bruit du Canon
&des Boëtes deſcendre
a l'Hostel de Ville,au travers
d'une double haye de Milice.
Toutes les Compagnies l'y
complimenterent , & Mr Petrineau
, l'un des Secretaires
de l'Academie Royale d'Angers
,luy parla ainſi à la teſte
defon Corps.
SIRE ,
A
Il est juste qu'au bruit des
GALANT.
OTHE
199
LYON
acclamations publiques ,les hom
mes de Lettres viennent à leur
tour rendre à vos vertus le culte
qu'on leur doit, Spectateursattentifs
de tout ce quiſe paſſe de
grand dans le monde , nous revoyons
dans vostre Perſonne facrée
les fameux Heros de l'Angleterre
Chrestienne , qui facrifioient
toutes leurs grandeurs à la
Religion , également contens de
fortir du combat ou Vainqueurs
ou Martirs. La Foy , fifervente
alors dans vos Etats , n'a trouvé
d'azile que dans vostre caur , &
vostre bras luy suffira. Le Ciel
eftirop interessé dansvoſtre querele
pour l'abandonner. Vous
avez tout hazardé pour luy , il
combattra pour vous. Vostre
Majesté porte avec Ellele destin
du Chriſtianisme , le fuccés répondraalajustice
& à la grana
14 .
200 MERCVRE
deur de l'entreprise. Henry VII.
l'un de vos Predeceſſeurs , qui
Sesignala comme vous , par une
heroique pieté , partit autrefois
de Brest avec de moindres avantages
, & par un feul combat
il s'aſſura la Couronne que vous
portez. Voilà , Sire , le fort qui
vous attend. La Renommée nous
apprendra bien - 10ft des actions
dignes de voſtre intrepidité &
de vostre constance , qui fait au .
jourd'huy l'admiration de l'Univers
, & le spectacle le plus
beau que le Terre puiſſe donner
aux Cieux. Ce font , Sire , les
prèſages & les voeux de nostre
Academie.
Ce Prince ſoupa ſur les huit
heures , & M. de la Feauté ,
Maire , le fervit à table. Il
prit enſuite une heure ou
GALANT. 201
*
deux de repos , & environ à
minuit il s'embarqua ſur la
Riviere pour defcendre à
Nantes . Toutes les Perſonnes .
de qualité l'accompagnerent
juſques au Port , où il fut
ſuivi d'un nombre infiny de
peuple avec des acclamations
extraordinaires .
Le Jeudy 3 Sa Majesté Britannique
coucha àla Roche-
Bernard ,& en eſtant partie
de tres -grand matin le jour
ſuivant, Elle arriva ſurles dix
heures un peux en deçà des
Fauxbourgs de Vennes. Elle
y trouva des Relais , & plufieurs
Caroſſes remplis deDames
, que l'envie de voir ce
Prince avoit attirées. Le Senéchaldu
Prefidial le complimenta
, & enfuite luypreſenta
une Femme originaire
Ils
202
MERCURE
paffa
d'Irlande , mariée en ce lieu
là. Le Roy marqua de la joye
de voir une peſonne qui eftoit
d'un Pays où fes ſujets.
font les plus fidelles de ſes .
trois Royaumes. Il paſſa par
les Fauxbourgs fans s'arreſter
&alla coucher à Nantes . Il y
fut receu aux acclamations .
du Peuple , & ce Monarque
entendantcrier , Vive le Roy ,
dit à ceux qui entouroient
fon Caroffe ; dites la Foy Ca
tholique pour laquelle ie vais
combattre . Mr le Comte de
Molac,Gouverneur du Chaſteau
de Nantes ,luy fit fervir
un Soupé tres - magnifique.
C'eſt un homme qui
fait tout avec éclat , & qui
vitd'une maniere fort digne
de ce qu'il eſt. SaMajesté fut
complimentée de tous les
GALANT.
203
Corps , & le Pere Blot , Superieur
du College des Peres
de l'Oratoire , luy parla en
ces termes ...
SIRE.
Vostre Maieste ayant Scen
joindre un courage extraordinaire
, qu'Elle asignaléen tant
d'occaſions glorienses , à un si
grand Zele pour la Religion ,
qu'il n'a jamais eu d'exemple ,
nous pouvonsfans doute la con.
fiderer comme un portrait fidelle
de cefaintRoy , qui estant felon
le coeur de Dieu , freutsi bien
accorder une valeur heroique
avec unepietéfervente.
Ce n'a esté , Sire , qu'avec
un extrême déplaisir que nous
avous vû jusqu'aux plus facheuſes
avantures de David, renouvellées
dans votre Maiesté.
1163
204 MERCVRE
Ce genereux Prince , aprés avoir
eſté plus d'une fois obligéfous
le regne de fon Predeceffeur , à
chercher un azile dans les Pays
étrangers contre la fureur defos
Ennemis ,ſe vit contraint , pendant
qu'il regnoit luy = mesme ,
d'abandonner ſa Capitalepar la
perfidie& la révolte que letraiſtre
Absalon avoit inspirée àfes
Sujets : mais comme la grandeur
de cefaint Roy ne fut éclipsée que
quelques momens ,& que la victoire
entiere qu'ilremportafurfon
Peuple rebelle le fit remonter fur
le Trône plus glorieux qu'il n'y
avoit iamais paru ,nous ne dou
tons point que Dieu n'acheve
le portrait du courageux & fidelle
David dans vostre Maieste
&que son courage invinciblene
falsesouffrir à un usurpateur
denaturé la peineque meritel'eGALANT.
205
normité d'un attentat inspiré par
l'ambition , prétextepar lafauſſe
Religion ,& executé par la tra-.
bison . C'est ce que tous les bons ,
François esperent de la justicex
du Ciel , & c'est ce que toute la
Congregation de l'oratoire ne
ceffera point de demander par de.
ferventes prieres. Pluſt à Dies
que nous puſſions donner à voſtre
Maiesté des marques plus fenfibles
du tres - profond respect
dont nos coeurs feront toujours .
remplis pour Elle ..
Je ne vous dis rien deMr le
Ducde Chaunes. Vous jugez
bien qu'eſtantGouverneurde
la Bretagne , Il n'a pas man
quéde faire rendre à ce Prince
tous les honneurs qu'il
pouvoit attendre , & que fa
magnificence a éclaté dans
206 MERCVRE
cette reception. Le Vendredy
5. ſur le midy le Roy
entra à Quimper au bruit du
Canon , trouvales Habitans
ſous les armes Quarante
Gentilshommes bien montez
qui eſtoient allez au devant
de Sa Majesté environnoient
ſa Caleche tenant l'épée nuë.
Mr l'Eveſque de Quimper &
fon Chapitre , la receurent
dans le Palais Epifcopal , &
l'aſſurerent de leurs Prieres
pour la profperité de ſes Armes
, ce qu'il eutun foin par- -
ticulier de leur demander.
Les autres Corps firent auffi
leurs complimens à cePrince
tandis qu'il mangea un peu
de fruit , le jeûne étroit qu'il
obſerve l'obligeant de ſe reſerver
à ſouper à Breſt. Il ne
donna quele tems de prendre
GALANT ..
207
d'autresChevaux pourrentrer
dans ſa Caleche. Mrle Ducde
Bervic ſon Fils naturel , l'avoitattendu
deux jours en ce
lieu là , & eſtoit allé pluſieurs
fois au devant de luy avec
Mr de Quimper for de faux
avis de fon arrivée. LeRoy
remercia fort ce Prelat des
préparatifs qu'il avoit faits
pour luydonner à ſouper. Mr
le Duc de Bervic qu'il avoitt
regalé magnifiquement pendant
ces deuxjours,auſſi bien
que Mr le Comte d'Avaux &
les autres Grands Seigneurs :
qui estoient venus avant ce
Monarque , l'en avoit entretenu,
Mrl'Eveſque de Quim--
per a joint aux acclamations
publiques , une Proceffion &
desPrierespendant huitjours
afind'attirer le ſecours duCiel
(
208 MERCVRE
pour l'heureux fuccés de
ſesdeſſeins.Le ſoir Sa Majesté
arriva à Breſt , accompagnée:
de Mr le Mareſchal d'Eſtrées .
qui l'avoit eſté recevoir à
Lanveoë: de l'autre coſté de
la rade à trois lieuës de la..
Ville , avec une Fregate, une..
Galiote& toutes les Chalou--
pes des Vaiſſeaux Elle fut fa--
luée à ſon paſſage de toute
l'Artillerie des meſmes Vaif--
ſeaux, auſſi bien que par celle
du Chaſteau Mr le Comte de
Bethune Chefl'Eſcadre, & Mr
des Cluſeaux Intendant dela.
Marine,ſe trouveretà la defcente
, & ce Prince fut recen
par Mrl'Eveſquede Leon,quis
eſtoit en habits Pontificauxà
la teſte du Clergé. Il ſe rendite
au logis qu'on luy avoit pre--
paré, au travers d'une double
GALANT. 207
haye de la Bourgeoiſie rangée
fous les armes , Il y ſoupa en
public, & fitmettre à ſa table
MrleDuc de Bervvich. Mrle
Mareſchal d'Eſtrées , & les..
Officiers Generaux dela ма-
rine avec ceux que SaMajeſté
luy a donné pour l'accompagner
en Irlande . La Garnifon
du Chaſteau luy fervit
deRegimentdesGardes & fit
fentinelle , & les Gardes ма-
rines firent les fonctions de
Gardes du Corps . Toutes les
Compagnies de la Ville le
complimenterent, &le 6. Mr
de Saint Coſme Harſcouet,
LieutenantCivil & Criminel
au Siege Royal de Morlaix,
luy parla ainſi à la teſte des
Deputez de la meſme Villes
2.10 MERCURE
ne
SIRE ,
Mavoix tremblante , & non
accoutumée à se faire entendre
aux Rois , marque sensiblement
à Vostre Majesté lessentimens
de'respectes d'admiration dont
nos esprits & nos coeurs font
penetrez à la veuë de tant de
caracteres de grandeur ,de fageffe
& de fermeté qui reluifent
en vostresacrée Person--
malgré cette fortune maraftre
dont les coups n'ont Servi
que pour en relever davantage
l'éclat. Je n'entreprens pas , Sire,.
voſtre Eloge. C'est un Ouvrage an
deſſus de mes forces, lafeulepensee
men fait trembler ; & Caffiodore,
cet illuftre Secretaire d'un
Empereur Romain , m'apprend
que magna negotia magnis
egent adjutoribus . S'il n'appartient
qu'aux Rois de bienparlerde
la Royauté, il n'appartient
GALANT. 211
auſſi qu'à eux de lower ceux qui
font élevez à cette dignité émi
nente , qui est le miroir de la Di
vinité. Le Monarque dontnous
avons le bonheur d'estre les
Suiets,ce Roy orné de toutes les
qualitez qui font un Princepar
fait , qui Sçait miduxque tout le
reste des hommes connoistre &
estimer laversa &le vray merite,
a marquépar l'attachement , &
par la bonne intelligence qu'il a
toujours enë avec V. M. qu'il.
vous regardoit pourle Prince de
l'Europe le plus digne d'estre affis
au Trône. C'eſt là , Sire , le plus
juste Panegyrique de vos royales
vertus. Ce Prince a le difcerne...
ment si juste , qu'il ne se trompe
jamais . C'est aussi le juste fujer
des acclamations & des réjoüif
fances univerſelles que toute la
France vous marques elle veus .
212 MERCURE
Seconder ſon Roy dans la rece
ption qu'il vous a faite , & fors
Peuple s'eftimant heureux de viwrefousfonregne
, ne ſonge qu'à
honorer ce qu'il eſtime. Le chan
gement arrivé dansvôtrefortune,
n'en apoint apporté au coeurde ce
genereux Monarque, parce que
vos malheurs n'ont rien diminué.
de vos vertus . Vous avez trouvé
enluyl Amy le plus genereux de
l'Europe , & il a trouvé envous le
Prince qui meritoit le mieux de
reffentirles effets deſa generosité:
Ce qui vous arrive n'est pas un
effet de vostre malheur ny de la
destinée,mais uncoup de la Providence
du Dieu qui tienten fes
mains les coeurs des Rois Ce Dien
qui vous avoit destiné pour porter
trois Couronnes , & qui n'avoit
rien épargné pourformer en vous
un Prince accomply & Selon fon
GALANT.
213
coeur , vousa trouvé trop parfait
pour ne vous laisser regner que
fur des Peuples devoyez ; il a
permis que leur rebellion vous ait
donné lieu de les conquerir , afin
que vostre conſtance & l'ardeur
de voſtre zele leurfaſſe ouvrir les
yeux fur les veritez d'une Religion
qu'ils ont voulu abolir jus
que dans le coeur de leur Souvez
rain. C'est un ouvrage pour lequel
ilvous avoit refervé depuis
plus d'un fiecle , comme il avoit
destiné nostre pieux Monarque
pour un pareil chef- d'oeuvre par
des routes differentes. Allez donc,
grand Roy , non seulement à la
conqueſte de ces trois Couronnes
terrestres , mais encore à celle de
cetteCouronne immortellede gloire,
que vous fera obtenir le retabliſſement
de la veritable Religio
dans vos Etats. Cefont des con
214
MERCVRE
questes afſurées . Loüis le Grand
vous ſeconde , & le Ciel intereßé
dans vostre querelle , confondra
l'vfurpateur de vostre Trône,
& le rendra le jouet de la for.
tune , qui ne l'a élevé fur le
Theatre de l'Univers, que pour
faire connoistresa perfidie , &
enfuite le précipiter dans le plus
honteux abaiſſement. Ce font les
voeux , Sire , de vostres humbles,
tres obeiffans & tres formis ferviteurs,
les Habitans de la Ville
de Morlaix .
Le meſme jour, Sa Majesté e
qui alla voir les Vaiſſeaux ,
monta fur le S. Michel , que
commande Mr Gabaret,Chef
d'Efcadre , & enfuite ſur le
Vaiſſeau de M. Forant , auffi
Chef d'Efcadre , & le ſoir
Elle viſita les Magaſins de
GALANT.
215
l'Arsenal de la marine. Le
lendemain Elle s'embarqua
pour partir le 8. dés que
le jour parohtroit , mais le
vent ayant changé , il n'a
pû partir que le 17. Comme
fon embarquement& le nom
des Vaiſſeaux & Commandans
, regarde l'Hiſtoire rai
fonnée, on trouvera tout cela
dans la cinquiéme partie des
Affaires du Temps. l'ajoûteray
ſeulement que pendant
le ſejour de ce Prince à Breſt
toute la Nobleſſe des enviros
eſt venuë le ſaluër; qu'on l'a
receu avec de tres grandes
acclamatios dans tous lesendroits
où il a eſté , qu'il a
admiré le bon ordre qu'ona
étably dans toutes les chofes
qui regardent la Marine ,&
qu'il agagne le coeur de tous
216 MERC VRE
les François , par les grandes
marquesdebonté qu'il a données
.
Ie vous ay parlé de la Staruë
de Sa Majesté , foulant
l'Hereſie aux pieds , que Mr
du Bois , Contrôleur de la
Maiſon de Madame la Dauphine
, a fait faire. On a demandé
des Inſcriptions pour
les graver fur le piedestal ,
ſelon le choix qui enſera fait.
Voicy celles que cet avis m'a
faitenvoyer.
I
Sesfublimes vertus ,fes éclatans
exploits,
Le vendoient des Heros le plus
parfait modelle ,.
Lors que ce Monstre affreux
expirantfous ses Loix ,
Viut achever sa gloire , & la
vendre immortelle.
IL.
i
GALANT.. 217
II.
Terrarum pestem Lodoix dum
mittit averno ,
Se terris munus fic probat effe
Poli.
III.
LUD. XIV 3
MAGNUS UNDIQUE.
Etverus
SuperHarefim
HEROS.
IV.
Sous fes pieds triomphans Louis
tient abaiffée
L'Hereſie à iamais parfon bras
terraffée. ८
Ce Monstre au desespoir , pour
håterfon deftin ,
S'arrache les cheveux , boit fon
proprevenin ;
Maismalgrésa fureur, ce Heros
immobile
Iouitdefa victoire ,&demeure
tranquille.
Mars 1689 . K
1218 MERCURE
V.
LUDOVICVS XIV.
Hoc Monstrodomito ,
Magnus, Rex,Chriftianiffimus.
Il estparson haut rang, Roy
Grand, &Tres Chreftien.
Ill'est encor bienplus parsa fage
conduite,
Mais peut- il mieux unir tous
ces grands noms aufien.
Que lors que parses Loix l'Herefic
est détruite?
VI .
Hoftibus , una fides , everfis
reftat habenda ,
Nunc uno , Lodoix , numine
Relligio.
Ceux qui ont expliqué l'E.
nigme du mois paſſe ſur le
Bruit , qui en eſtoit le vray
mot , font M. Dagouſt d'Olieres
, Chevalier de S. Iean
GALANT .
219
de Ierufalem , Gentilhomme
Provençal , âgé de quinze ans
Coudreau , Penſionnaire au
College de la Fléche ; A. P.
Boiſtel ; de S. Romain de la
rue S. Severin;de la Freſnaye
du College de Navarre; Lourdet;
du Boufquet , natif de
Coviſon en Languedoc ; du
Roſey le jeune , de Lisieux ;
de la Valaiſerie , de Caën :
D. S. I. de Chevrigny : le
Cointre des Perrex : du Perrier
: le Chevalier du Tile
d'Iſſoudun : l'Abbé des fept
Voyes: C. L. Hutuge d'Orleans:
le Chevalier de Boifdenier
de la Memberolle, proche
deTours : T. G. ou la Perle
nouvelle venuë de la rue
Montmartre : celuy qui taic
fon nom , de Paris ; l'Indifferent
de la rue Perpignant: le
K 2
220 MERCV RE
Conqueranten Campagne ,
Amant de toutes les Belles :
le plus jeune des quatre Freres
de la rue Bourlabbé : le
petit Mitron du Bal dela rue
des Saints Peres : le Portier
volontaired'une grandeMaifon
: le plus teſtu de la rue
du gros Horloge de Roüen :
leViſage ſans pitié , de Rennes
en Bretagne :Meſdemoifelles
Cherry & de Ville bonnede
la rue de Bourbon:Gangié
de Soiſſons: la charmante
Angelique de Dormans : la
Belle aimée & la charmante
Brune de la rueaux Fers : la
belleProcureuſe aux Comptes
rue des deux Boules : la
Belle Infante de la rue S.
Chriſtophle ; la Veuve ſans
pareillede la ruede Tournon :
la Veuve à l'Anagramme ,
GALANT. 221
Monpartage te guerit:& le petit
Brunet , fon Amant. La Societé
de l'Hôtel de Portugal.
Naſſau àGeneve La nouvelle
fiancée de Lyon .
L'Enigme nouvelle que je
vous envoye eſt de Mr Rault
de Roüen.
ENIGME.
Efuis uncomposéde douceur&
de charmes ,
LesDieux pour me former s'intereffent
pourmoy ,
Neptune par Samer m'offre je ne
Sçay quoy ,
Cybelle parsonfein, l'Aurorepar
Ses larmes .
Minerve par ses fruits fournit
une liqueur ;
Vertumneparses donsſemetde la
Partie
K 3
1222 MERCVRE
Bacchusparses raisins y meste un
peu d'aigreur,
Et de tout leurmélange on mevoit
affortie.
泰
Fait-on quelque Regal , quelque
noble festin ,
On m'invite auſſi tost pour venir
la table ;
Ie n'y bois , ny ne mange ,& vois
plus d'une main
Qui s'arme contre moysfuis ie pas
miferable?
Voicy un ſecond Air,conforme
à la ſainteté du temps
Il eſt encore de M. de Bacilly
fur des paroles de monsieur
Godeau.
4
AIR NOUVEAV.
i
PReffedecruelles douleurs.
3
le
Co
LYON
G
a
IS
e
S
e
IsS
e
n
n
K4
८
1
GALANT. 223
Qui nefont avec moy ny depaix,
nyde tréve ,
O Dieu , qui peux finir le cours de
mes malheurs ,
Encette extremitémon coeuràtoy
s'éleve :
L'implore ton secours,fans craindre
qu'unrefus
Rende mon visage confus.
1
:
Il n'y a pointde Peuples fi
laborieux que les François ,
ny qui ſoient plus prompts à
embraffer toutes les occafions
qui fe preſentent , de faire
paroiſtre leur efprit , &d'eftre
utiles à leur Patrie. Des
qu'ils ont cru que la Guerre
devoit s'allumeravecles En.
nemis de la gloire du Roy, ils
ont cherché les moyens de
marquer leur zele,les uns en
une chofe , & les autres en
K4
224 MERCURE
une autre. Il y ena qui ont
employé leur induſtrie à faire
des Cartes qui puſſent ſervir
à tous les Commandans , je
vous ay déja parlé de pluſieurs
, & j'ay encore à vous
entretenir aujourd'huy de
trois . La premiere eſt une
Carte particuliere du Dioceſe
de Coutances en Baſſe
Normandie . On l'eſtime une
des plus belles Pieces de
Geographie qui ayent paru
juſques à preſent. Elle eſt de
quatre feuilles , dont il y en
adeux qui contiennent toute
la grand' terre de cet Eveſché
& dans les deux autres font
les Iſles de Ierſay,Grenezey,
& les autres Iſles adjacentes
tenuës à preſent par les Anglois,&
qui ont fait autrefois
partie de cemefme Diocese. 1
GALANT.
225
Outre les Villes , Bourgs ,
Paroiſſes , Abbayes, Chapelles
quel'on marque dans les
Cartes particulieres , on voit
dans celle- cy tous les Châſteaux
& autres Maiſons conſiderables
des Seigneurs &
Gentilshommes , les Hameaux,
toutes les hauteurs &
abaiſſemens du terrain ,jufques
aux moindres ruiſſeaux
les grands chemins,avec tout
ce qui regarde la Marine , les
bancs de fable , Rochers
Baffes ,Courans , & autres recherches
curieuſes. Enfin il
eſt aisé de voir en l'examinant
, que M. Mariette de la
Pagerie,Gouverneur de Mile
Marquis de Beringhen , qui
en eſt l'Auteur , n'a epargné
ny ſes ſoins ny la dépenſe
pour en faire un Ouvrage ac:
K
L
226 MERCURE
comply. Cette Carte ſe debite
chez le Sr Langlois , ruë
Saint lacques , à la Victoire ,
La fituation preſente des affaires
d'Angleterre , & les
menaces ridicules des Proteſtans
de deſcendre en France,
la doivent faire rechercher .
Ce n'eſt pas qu'outre cela elle
ne ſoit tres-curieuſe, & d'une
grande utilité pour ceux
que leurs affaires engagent à
connoiſtre le Pays. D'ailleurs
elle ne peut eſtre que tresbien
receuë des Amateurs de
la Geographie , qui veulen.
ſe rendre ſçavans dans tout
cequi regarde cette Science.
La ſeconde de ces Cartes
eſt deMr desGranges , Geographe
, demeurant ſur le
Quay de l'Horlogedu Palais,
à la Renommée. C'eſt le
GALANT.
227
Cours du Khin , tiré ſur des
memoires juſtes & approuvez
des meilleurs Auteurs,&
leplus ample & le plus exact
qu'on ait encore vû. Cette
Carte eſt embellie des plans
& profils de trente fix dess
principales Villes.On y trou
ve auffi les Paysbas François
& Eſpagnols , qui ne font
dans aucune autre Carte du
Cours du Rhin , avec toutes
les routes depuis Paris julqu'en
Allemagne & dans les
Pays bas . On vend auffi dans
le meſme lieu la Carte particulieresdu
Palatinat du
Rhin, pareillement embellie
desplans & profils de Phi
lisbourg,& autres Villes conquiſes
par Monſeigneur le
Dauphin
La troifiéme eſt un tres
K6
228 MERCVRE
grand ouvrage de Mr de Fer ,
qui demeure ſur le Quay de
l'Horloge , à la Sphere Royale.
C'est une Carte des Frontieres
de France , & d'Allemagne
, deſſus & aux envi
rons du Rhin. Elle eſt en trois
feüilles , qui ſe peuvent joindre&
feparer , fuivant qu'on
le jugera le plus à propos . La
premiere qui eſt celle d'en
haut eſt intitulée , Les Provin
ces Unies des Pays-bas , connues
Sous le nom de Hollande. La ſeconde
partie qui eſt celledu
milicu comprend un grand
pombre de divers Etats , ſçavoir
une partie des Pais bas
Catholiques , du Cercle de Vestphalie,
le Cercle Electoral du
hhin , une partie des Cercles.
du Haut- Rhin && de Souabe ,
&quelques Eftats reunis àla
GALAN T. 229
France , comme la Lorraine ,
L'Alsace , &c. La troifiéme
feüille , qui eft celled'en bas,
contient la Franche Comté
ou le Comté de Bourgogne , les
Suiffes avec leurs Alliez &
leurs Sujets ; le Comté de
Montbeliart , la partie meridionale
de l'Alsace & le
quartier des Villes Forestieres
6. le reſerve pour le mois
prochain beaucoup de chofes
curieuſesque j'ay encore
à vous dire touchant cette
derniere Carte.
ラッ
Je finisma Lettre du mois
paffé en vous apprenant la
mort de Meſſire Honoré
Barentin , Seigneur d'Hardiviliers
, Maiſtre des Requeſtes
, Preſident au Grand
Confeil. C'eſt une Charge
qu'ila exercée depuis l'année
240 MERCURE
1665. avec beaucoup de ca
pacité &d'eſtime. Il eſtoit
auparavant Conſeiller dans
le meſme Corps . Il mourut
ſubitement d'une apoplexie
de fang dans le Grand Confeil
, en y rendant la juſtice
avec ſon équité ordinaire.
Les Enfans qu'ila laiſſez ſont
tous dans unegrandejeuneſſe
Madamela Preſidente Baren .
tin ſaVeuve , eſt Fille de feu
Mr Perrot de la Grand Maifon
, Confeiller en la Grand
Chambre du Parlement de
Paris . La Famille des Baren .
tin porte d'azur à trois faces ,
la premiere d'or , les deux autres
ondées , furmontées de trois
étoiles d'or en chef. De cette
Famille estoient Défunts
Charles Barentin Maitre
d'Hoſtel du feu Roy , CharGALANT.
231
lesBarentin , Maistre des Re .
queſtes , & Honoré Barentin ,
Seigneur de Charonne, Confeillerd'Estat.
Le Frere de M ..
le Preſident Barentin qui
vient de mourir eſt MrBarentin
, Conſeiller en la
Grand Chambre . Sa Soeur
avoit épousé feu Mr le Marquis
de Souvré de Courtenvaule,
dont la Fille unique eſt
Femme de M. de Louvois
Miniſtre & Secretaire d'Etat,
Chancelier des Ordres du
Roy , Sur Intendant de ſes..
Baſtimens , Arts & Manufa
Aures , & Sur- Intendant des
Poſtes de France . La Famille
desPerrot , Seigneurs de Fercourt
& la Malmaiſon
donné depuis le regne de
François I.pluſieurs Preſidens
aux Enquestes , Maiſtres des
د
a
252 MERCURE
T
Requeſtes , Conſeillers au
Parlement& aux Coursſuperieures
, & Chevaliers de
Malthe.. Elle porte d'azur à
deux Croiſſants adoſſez en pal
d'or au chef d'argent chargé de
trois Aigles de fable.
Charles -Henry de Cler-
Seigneur de
mont , Marquisde Crury&
de Vouilars
Ravieres , & autres lieux
mourut en ſon Chaſteau de
Vouilars au Comté de Bourgogne
, le 19. du derniermois..
Il eſtoit Fils de Roger de
Clermont & d'Elizabeth de
Pernes , & l'aiſné de la ſeconde
Branche de cette illuſtre
Maiſon , dont le nom
ſeul fait un magnifique élogé.
Après avoir ſervi vingts
fix ans dans des Emplois proportionnez
à ſa naiſſance , il
GALANT .
253
épouſa Elizabeth de Marſol ,
Dame d'une haute vertu , &
d'un merite auſſi diſtingué ,
que ſa Maiſon l'eſt entre les
plus confiderables de Bourgogne.
Il laiſſe deux Fils &
une Fille .
Mr Coquart de la Motte ,
Archidiacre de Jofas , Chanoinede
l'Egliſe de Paris , &
Abbé de S. Martin de Mafſay
, eſt mort aufſi depuis
peu. Comme ce mot de Joſas
vous peut arreſter , je vous
diray que l'Egliſe de Paris a
trois Archidiaconez ; celuy
de Paris , qui eſt nommé
Grand Archidiacre de Paris;
celuy de Jofas, qui eſt le nom
d'un Village aux environs de
Verſailles , où s'étend cet
Archidiaconé &dont dé-
,
pend auſſi Saint Germain en
234 MERCVRE
Laye , & le troiſieme , l'Archidiacrede
Bric.On ne ſcauroit
remplir les fonctions
•d'un Archidiaconé avec plus
d'exactitude que faifoit Mr
l'Abbé de la Motte. Il a
réuny du temps que Mr de
Perefixe eſtoit Archeveſque
de Paris,beaucoup de choſes
qui en avoient eſté démem
brées ,&-ce Prelat le fit un
des principaux Executeursde
fon teftament. Il a fait beaucoup
de Legs pieux , dont
ily ena un fort confiderable
à l'Hoſtel Dieu , & il a fondé
un Obit à perpetuité dans
l'Egliſe Noſtre - Dame. Mr
l'Archeveſque voulantique
fon Archidiaconé fuſt rem
ply par un homme de merite&
d'une grande vertu , a
choiſi Mr de la Barde , preGALANT.
235
mier Preſident aux Enquestes
Frerede Mr dela Barde , qui
a eſté pendant pluſieurs années
Ambaſſadeuren Suiſſe&c
Mrl'Abbé Moreau , Fils de M.
Moreau, premier Medecin de
Madame la Dauphine ,aleſté
pourvûdelaChanoinie parce
Prelat , à la recommandation
deMadame laDauphine.
Les dernieres nouvelles
qu'on a cuës de Conſtantinople
nous ont appris que
Mr Girardin , Ambaſſadeur
de France , y est mort d'une .
retention d'urine , dans le
mois de Janvier. Il y eſtoit
toujours demeuré ſans avoir
eſté à Andrinopledepuis que
leGrand Seigneur y faitfon
fejour. Vous ſçavez qu'il avoit
eſté Conſeiller au Parle
ment ,& enſuite Lieutenante
236 MERCVRE
1
Civil au Chaſtelet de Paris.
Il eſtoit Fils de Madame Girardin
, qui s'eſt remariée à
M. Girard de la Cour des
BOIS , Maiſtre des Requeſtes
MadameGirardin ſa Femme ,
eſt Fille de Mr Ferrand Lieutenant
Particulier au Chaſtelet
, & Soeur de M. Ferrand ,
Preſident à la premiere
Chambre des Requeſtes du
palais , de M. Ferrand , Lieutenant
particulier au Chaftelet
, & de Madame de la Faluere
, Femme de Mr de la Faluere
, premier preſident au
parlement de Bretagne .M. le
Blanc, Maistre des Requeſtes
qui a eſt fi long temps Intendant
en Normandie , vient
d'eſtre nommé pour l'Ambaffade
de Conſtantinople.
le ne vous feray pas un
GALANT.
237
long article des nouvelles
d'Angleterre, ne voulant rien
repeter de ce qui eſt dans la
cinquiéme partie desAffaires
du Temps. Le prince d'Orange
s'eſt trompé lors qu'il
a cru que la Convention ſeroit
auſſi prodigue d'argent
qu'elle l'a eſté de fuffrages
pour lemettre ſur le Trône ,
& il luy a fait tant de de.
mandes à la fois qu'elle s'en
eſt veuë comme accablée, ce
qui n'a pas accommodé ſes
affaires Il a demandé vingt
mille hommes tant Cavalerie
qu'Infanterie pour envoyer
en Irlande une Flotte qui
puſt empeſcher les Vaiſſeaux
de France d'y paſſer , en ſe
joignant à celle des Hollandois
, & fix cens mille livres
Sterlin pour indemnifer les
238 MERCURE
mefmes Hollandois de la dépenfe
qu'ils ont faite à équiper
la Flote , avec laquelle il
eſt deſcendu en Angleterre .
Jugez a combien monte cette
ſomme qui va à treize fois
fix censmille livres . Ila auffi
demandé huit mille hommes:
pour envoyer en Hollande
ſelon le Traité de Nimegue,
parce qu'il pretend, comme
Roy d'Angleterre eſtre garand
de la Paix,qu'il dit avoir
د
eſté rompuë par la France,
bien que ſon invaſion en
Angleterre ,de concert avec
la Maiſon d'Auſtriche , quelques
Electeurs pluſieurs
Princes d'Allemagne , & les
Hollandois , afin de s'unir
tous pour attaquer enſuite le
Roy , ait engagé ceMonarque
à ſe mettre en eſtat de
GALANT .
239
n'en rien craindre , & de prevenir
les infolentes menaces
que faifoient les Proteftans
de defcendre en ce Royaume
avecdes Armées fomidables.
Leurs defcentes paroiffent
encore affez éloignées , &
plufieus François on paſſe les
Mers fans qu'il ait paru
qu'aucun de ces Proteftans
qui mettentleur bravoure à
menacer , ait oſé venir de ce
coſté - cy.S'ily en a quelquesunsquiquittent
l'Angleterre
ils ne le feront quepour prendre
la fuite en Hollande avec
moins d'appareil qu'ils n'en
font fortis. Outre tant de
Troupes & d'argent que le
Prince d'Orange demande
aux Anglois , il a encore expoſé
à la Convention qu'il
avoit fait un Traité un peu
240 MERCURE
avant ſon départde Hollande
pour donner aux Etats un
fecours confiderable , auffitoſt
qu'il auroit retably les
Affaires d'Angleterre. On
voit par là qu'il penſoit à la
Couróne; que les Hollandois
n'ont pas dit vray lors qu'ils
ont voulu faire croire dans
toutes les cours de l'Europe ,
qu'ils preſtoient du ſecours
au Prince d'Orage pour une
affaire àlaquelle ils n'avoient
aucune part,& que lors qu'ils
ſe ſont recriez ſur l'injustice
dela Déclaration de Guerre
que laFrance leur a faite,leur
chagrin n'eſtoit que de ſe
voir prevenus , puis qu'ils
n'attendoient tant de fortes.
deſecours du Prince d'Orange&
d'Angleterre , que pour
faire cette Decclaratiou les
premiers .
GALANT.
241
,
premiers. Au milieu de tant
de demandes faites à la Convention
, les Amis de ce
Prince de concert avec
luy , ont encore propoſé de
luy donner un ſubſide extraordinaire
de deux millions
de livres Sterlin, Voilà comme
bien ſouvent la profperité
aveugle & fait trop tenter.
Cette propoſition a achevé
d'aigrir les eſprits, Pluſieurs
l'ont rejettée , & quelquesuns
ſe ſont retirez dans leurs
Terres , en proteſtans qu'ils
n'en payeroient jamais rien.
Mr Seimour est de ce nombre.
C'eſt un homme fort
confiderable , & qui a eſté
Orateur d'un Parlement. On
a accuſé pluſieurs du party
du Prince d'Orange d'avoir
Mars 1689 . L
242 MERCVRE
conſeillé au Roy une partie
des choſes contenues dans
les griefs que la Convention
adonnez contre Sa Majeſté.
Ces Seigneurs ſe ſont plaints
au Prince d'Orange , parce
qu'ils n'ont rien fait que de
concert avec luy , en donnant
des conſeils à ce Monarque
qui luy devoient attirer
la haine des peuples , &
donner lieu à tout ce qu'a
faitle prince d'Orange; mais
cette intrigue eſtoit un ſecret
pour les Communes qui ne
pouvoit eſtre confié à tant
de gens. Titus Oats paroiſt
digne d'occuper la Convention.
Elle reçoit ſes Requétes
& veut bien donner ſon
temps à revoir ſon Procés.
Ainfi cette Aſſemblée ille
GALANT. 243
gitime croit avoir droit de
revoir ce qu'a fait un Parle.
ment legitimement convoqué,&
ce qui a eſté approuvé
par pluſieursautres.LesTroupes
quittent le Prince d'Orange
en plus grande quantité
à la fois qu'elles ne l'ont
joint aprés fa deſcente. Cinq
mille hommes qu'il vouloit
envoyerenEcoſſe pour yfaire
foûtenir ſes interêts,ont tou's
deſerté en meſme temps , &
ont pris party pour le Roy ;
l'un d'un coſté ,& l'autre de
l'autre , dans les lieux où il y
a des Troupes afſſemblées
pour Sa Majeſté. La pluſpart
des Officiers de celles qui
font destinées pour la Hollande
ont auſſi deferté,&huit
Officiers du Regiment de
L2
244 MERCVRE
Grafton ont renduleursCommiſſions;
de forte qu'on a eſté
obligé de le caffer. Pluſieurs
ont ſuivy leur exemple, & on
ne voit par tout que defertion
ouCommiſſions renduës .
On a propoſe de punir de
mortceux qui les rendroient
Quand ce traitement, entierementcontraire
à l'uſage en
pourroit intimiderquelquesuns
, on eſt mal ſervy lors
qu'on veut l'eſtre de force.
Toutes les priſons ſont pleine;
ceux qui les rempliſſent
ne ſerviront pas le Prince
d'Orange , au contraire ils
ferontbeaucoup crier leurs
Parens & leurs Amiscontre
le Gouvernement. Le Comte
deDevonshire,qui eſt un des
plus riches Seigneurs d'AnGALANT.
245
1
gleterre , a rendu ſes commiſſions
pour lever deux Regimens
à ſes frais . Cet exemple
a porté beaucoup d'autres
moins en estat de le faire,
de rendre auffi celles qu'ils
avoient. Sa Majeſté Britanni.
que a fait afficher à Londres
une proclamation, qui portes
qu'Elle caffe la Convention ,
qu'Elle donne une Amnistie de
tout le passé , à la referve de
dix - sept personnes qu'on ne
nomme pas , & que si on n'executefes
ordres , Ellefera obli
géedesefervirdeTroupes Etrangeres,
à quoy on ſçait qu'Elle a
toûjours eu grande repugnance.
LeComte de Tirconnel n'a
pas ſeulement mis l'Irlande
en eſtat de ſe défendre , mais
encore de donner du ſecours
L3
246 MERCVRE
àceux qui font fidelles au
Roy en Ecoffe & en Angleterre.
Cela renferme tout ce
qu'on pourroit dire de luy &
de ceRoyaume- là. Les Proteſtans
ont marqué autantde
joye que les Catholiques lors
qu'ils y ont vû arriver le Roy
Quant à l'Ecoffe , elle faitparoiſtre
le mefme zele , & la
Duc de Gourdon qui a toujours
conſervé le Chaſteau
d'Edimbourg pour le Roy , y
amis un bon Commandant
en ſa place ,& en eſt forty ,
pour aller ſe mettre à la teſte
de fix mille hommes qui ont
pris les armes pour cePrince.
On aſſeure meſme preſentementque
les Lettres que le
Prince d'Orange avoit envoyées
enEcoffe pour faire
GALANT.
247
aſſembler la Convention , ont
eſté brulées par l'Executeur
de la Haute luſtice , ſuivant
l'ordre de pluſieurs Seigneurs
& Deputez , qui ſe font afſemblez
, à Edimbourg. Ie
fuis , Madame, Voftre , &c .
AParis ce 31. Mars 1689...
APOSTILE .
Les Lettres d'Angleterredu
28.Mars, portent que le Com--
te de Devonshire, s'eſt retiré
dans ſes terres aprés avoir dit
hautement , que le prince
d'Orange n'avoit rientenude
ce qu'il avoit promis ,& que
ce Comte a eſte ſuivy d'environ
quarante Seigneurs; que
le parlement n'avoit encore
rien refolu touchant les de-
L4
248 MERCVRE
د
mandes du prince d'Orange;
qu'on fermoit preſque tous
les jours les boutiques dans
quelque quartier de Londres.
à cauſe du defordre qui y
arrivoit , que les Aprentifs
n'ayant rien à faire pendant
ce temps là il s'en eſtoit
trouvé qui avoient formé une
efpece de Convention en
deriſion de celle qui ſe tient
à Londres ,& qu'ils y avoient
condamnélEveſque de Londre
à eſtre degradé à cauſe
qu'il avoitparu à cheval avec
unjuſte- au - corps bleu ,& l'épée
au coſté , que le prince
d'Orange prevoyat bien qu'il
feroit obligé à combattre ,a.
voit refolu de faire retirer la .
princeſſe ſa femme en Hollande
, mais qu'il vouloit ſçaGALANT.
249
voir auparavant ſi on l'y recevroit
en Reine,& qu'il faifoitfaire
des balots dans toutes
les maiſons Royales des
plus precieux meubles qu'il
y avoit trouvez ; j'ay ſceu
ce dernier article par an
hommequi les avus .
On n'avoit encore ſçeudes
nouvelles de l'arrivée de Sa
Majesté Britannique en Irlande
que par les Lettres
d'Angleterre , mais le Fils ,
de M. Gabaret , a apporté
auRoy des nouvelles de cette
arrivée , & du retour des
Vaiſſeaux de Sa Majesté à
Breſt . Comme le Roy ſeul à
reçû des Lettres , je ne sçaurois
encore vous dire le détail
de ce qui s'eſt paſſé en
Irlande , mais on confirme
250
MERCVRE
tout ce que vous avez apris
touchant les acclamations
avec lesquelles le Roy d'Angleterre
a eſté reçû. On dit
que les peuples ſe ſont jettez
àl'eau pour avoir la joye de
le voir plûtoſt.
THEQUE
BIBLIO
LYON
1893*
DE
FIN
E
TABLE
Prelude.
THEQUE
Sonnet
YON
2
Ode.
Autre.
Lettre àMr deBerule.. 15
• Commandement du Havre de
Gracedonnéà Mrle Comte de
Lomont. 52
Ode. 62
Voyage des Envoyez de Siam à
Rome... 72
Haranguefaite au Pape par les
Envoyez .
89
Traduction de la Lettre du Royde
Siam au Pape. 95
La Fontainede louvance. 108
Parolesfur les Conquestes deMon-
Seigneur. 114
TABLE.
MariagedeMrle Duc deDuras.
117
Officiers generaux nouvellement
nommez. 123
Histoire de l'Accademiede Soif-
Sons 127
Entretiens touchant l'entrepriſe
du Prince d'Orange sur l'An.
gleterre. 133
Guerre des Turcs avec la Pologne ,
laMofcovie ,&la Hongrie. 142
Ouvrage de Mrle Pays. 145
Histoire. 151
Tout ce qui s'est pallé au voyage
du Roy d'Angleterre depuisfon
départ insquesàBrest avecles
Harangues qui luy ont esté
faites. 174
Inſcriptionspourla Statuëdu Roy.
que Mr. du Bois Guerin afait
faire. 216
Articledes Egnimes. 221
TABLE
Cartes Nouvelles .
Mort.
223
229
Mr le Blanc est nommé Ambaſſa.
deur pour Constantinople. 235
Suite des affaire d'Angleterre.
247
Fin de la Table .
Qualité de la reconnaissance optique de caractères