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1689, 02 (partie 1, complétée par les Affaires du temps) (Lyon)
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me,
Ex or ano
RP. Cland . Franı. Menermer
Soc.Jem
807156
MERCURE
Colleg.Lugo, S. Trinil,
GALANT
Soc. yepe caf.inc.
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
FEVRIE I
LYON
A. LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY , ruë
Merciere au Mercure Galant .
-
M. DC. LXXXIX.
AVEC PRIVILEGE DU ROT.
***やややややややややや
*************
LE
Aura
LIBRAIRE
au Lecteur.
OVS recevrez le Fournal
des Scavans pour
fix fols chacun , il n'y
que trois cahiers comme
cy - devant. Vous me demandez
un memoire de toutes les Oenvres
de Monsieur Varillas avec
le prix , je vous l'envoye avee
la quatrième partie des Affaires
duTemps jusqu'au premierjourde
Mars.
LIVRES
A
NOVVE AVX
du Mois de Feurier.
Ffaires du Temps , concernant
la France, Rome,
l'Allemagne , l'Holande &Cologne
, avec l'entrepriſe du
Prince d'Orange en Angleterre&
tout ce qui s'eſt paſſé
de plus remarquable juſqu'au
premierMars ,indouze 4. vol.
4. 1. tous les volumes ſe ſeparent
pour 20. f. chacun .
Methode pour apprendre
facilement la Geographie , par
Monfieur Robbe avec plufieurs
figures en taille douce
troifiéme Edition , revue &
augmentée de pluſieurs choſes.
confiderables & d'une table
و
desMatieres , in 12. 2.volum.
6. liv.
L'Art de la Guerre, augmen
té , ind. 30, f.
L'Eloquence de la Chaire &
du Barrean. 1.
Oeuvres de M. de Varillas ,
contenant,
L'Hiſtoire de Charles neuf ;
4.2.v. 12. liv.
+Idem ind. 3.2.3.1.10.f.
Hiſtoire de François premier
4. 2. V. 12.J..
Idem ind. 4. v.6.1.3
Education d'un Prince , par
Varillas ,ind. 1. vV.3. 1.
Hiſtoire des Hereſies , inquarto
6. v . 36.1...
-Idem ind. 12. 21.
Hiſtoire de Loüis douzićme,
inquarto 3. v. 18.1.
-Idemind. 6. v. 10. 1.10 .
:
Politique de la Maiſon d'Autriche
, ind. 30. f.
Réponſe à M. Burnet par
Varillas , inoctavo 3.1 .
Hiſtoire de Loüis onziéme ,
4. 2. V. 12. 1 .
Tous les Ouvrages ſe vendent
à Lyon , chez le Sieur
Amaulry tous entiers ou ſeparés.
Relation Univerſelle de l'Afrique
ancienne & Moderne ,
où l'on voit toutes les Conquêtes
que le Roy a fait contre les
Corfaires der Barbaric , avec
qua
quantité de figures en tailledouce
, ind.4.v.8.1.
Methode du Blaſon, nouvelle
Edition augmenté de plusde la
moitié avec 3.2.figures en taille
douce , ind. 40 f.
Sentimens fur les myſteres
Evangeliques.
Homelies de S. Jean Chryfoftome
, 8 .
Efther Tragedie de M. de Racine.
ind. 30. f.
Entretien touchant l'entrepriſe
du Prince d'Orange fur
la Grande Bretagne , ind. 2.1 .
Prieres de l'Ecriture Sainte ,
ind.
Latreiziéme partie des Oeuvres
de S. Euremont , ind.qui
ſera le 7. tome des 12 .
TABLE .
Prelude Vers au Roy,
1
3
Reception de M.Bofquillon àl'Academie
de Soißons. 6
Madrigal. 7
Letre qui n'est composée que de mois
d'une syllabe. 10
L'Art de naviger. 18.
Audience de Congé donnée à M. le
Baron Spaheim . 87
Paraphrafe allegorique aux Victor.
res de Monfcigneurte Dauphin. 90
Reception de M. de Cailliere&de
M.l'Abbé Renaudot à l' Academie
Françoife. 101
Hiſtoire 105
Mariage du Prince de Toscane &
de la Princeſſe de Baviere. 125
Morts
163
M. Rossignol receu President en la
TABLE .
Chambre des Comptes. 182
M. le Boindre receu Conseiller au
Parlement . 183
Cure de S. Sulpice reſignée. 183
Privileges de la Ville de Riom en
Auvergne. 184
Statuë élevée à lagloire du Roy.185
Nouvelles Cartes du Pere Coronelli.
193
Discours de M. deCaillieres àl'A
cademie Françoiſe. 194
Mariage de M.leComte deRousfi
& de Mademoiselle d'Arpajou.
210 ,
Divertiſſemens du Carnaval. 211
Mort de la Reyne d'Espagne. 216
EnigmeNouvelle. 222
Officiers Generaux. 224
Nouvelles d'Allemagne. 227
Affaires d'Angleterre. 232
Mort deM.lePresident Barentin .
238
Finde la Table.
Avis pourplacer les Figures.
Es Jettons doivent regarder
la page 88 .
L'air qui commence par ,
Amour tous tes plaisirs nesontqu'imaginaires
, doit regarder la
page 124.
L'air qui commence par ,
Riezfivous eſtesſage,doit regarder
la page 224.
MERC.
MERCURE
⇒ LYON É
*
GALANT 1803
FEVRIER 1685.
E Roy ne fait rien
qui ne foit digne
d'eſtre admiré de
toute la terre. Vous
avez vû juſqu'où ſa moderationa
eſté , lors que pouvant
ajoûter conqueſte à conqueſte ,
ila renoncé à desavantages qui
Juy eſtoient ſeurs en continuant
la guerre , pour avoir
Fev. 1689 . A
C 2 MERCVRE
celuy de rendre le calme à
toute l'Europe. La conduite
de ſes Ennemis l'a forcé de
reprendre les armes. Il n'a
qu'à paroiſtre à la teſte de ſes
Troupes pour ſe couvrir d'une
nouvelle gloire , & il aime
mieux la faire tomber fur
Monſeigneur le Dauphin ,
qui animé de l'exemple de
cetinvincible Monarque , ne
ſçauroit manquer de triompher
ſous ſes ordres . Sa Majeſté
les donne toûjours avec
une telle prudence , que le
fuccés n'en eſt jamais incertai,
n C'eſt ce qui a donné
lieu aux Vers que vous allez
lire. Mr Blanchard qui en eſt
l'Auteur , en a receu beaucoup
de loüanges .
GALANT.
AU ROY.
SUR LA CONQVESTE
dePhilifbourg.
Malgré l'ardeur de ton
courage,
Monarque toûjoursgrand , toûjours
victorieux ,
Ioüiffant en repos de tes fait glo-
Abandonne ton Fils au beau feu de
Ta gloire deſormais ne peut aller
rieux ,
Sonage.
plus loin. :
Reglefans te mouvoir , le destin de
La France ,
Solence.
Et s'ilfaut du Batave arrester l'in-
(Soin.
Ton intrepide Fils fe charge de ce
A2
C MERCVRE
4
Voy ce jeune Heros triompher de
l'audace
Des Ennemis liguez , jaloux de ta
grandeur .
Animeſes deßeins , laiſſe agirfon
grand coeur ,
Les Cefars n'ont rien fait que fa
valeur n'efface .
Conduitpar tafageſſe, & tonfoudre
à lamain
CeHeros fait trembler & Batave
&Germain 1
Et tousſes mouvemens ont dûfaire
connoistre
Qu'en luy les coups d'eſſay font de
vrais coups de Maistre
Aprés cesgrands exploits que nefera
t-ilpas ?
Quenedevons-nouspas attendre
De ton genie & defon bras ?
Tout vaplier , toutva se rendre.
Tes Ennemis vaincus , rampans ,
hamiliez ,
GALANT.
S
Pour conferver lapaix que ta bonté
leur donne ,
Signeront de leurfang les droits de
ta Courone ,
Et des Princes heureux d'eſtre tes
Alliez;
Mais dans ces grands succés je
crains leur impuissance;
Ilsvont ſurprendre ta clemence ,
Enlever à ton Fils la moiſſon de
Lauriers
Quiflattesa valeur &tes braves
guerriers ,
Parla Paix,feule obstacleàſagloire
naiſſante.
Pourpunir les deſſeins de leur ligue
tremblante,
LaiſſeagirtonjeuneHeros.
Grand Roy , laiſſe éclaterfes actions
Sublimes ;
La longue prix & le repos
Sont l'Ecüeil dangereux des Princes
magnanimes .
A- 3
6 MERCURE
,
Mr Boſquillon , Auteur de
divers Ouvrages que vous
avez leus avec plaifir , & entre
autres de la traduction d'une
Oraifon funebre latine de
feu Mr le Chancelier dont
je me ſouviens que je vous
ay envoyé de tres beaux morceaux
eſt preſentement de
l'Academie de Soiffons. Ily
fut receu le premier jour de
Decembre de l'année der-
د
niere , & le compliment qu'il
fic à ceux qui compoſent
cette Illuſtre Compagnie ,
receut de grands applaudiſſemens
. Mr l'Abbé de Hericour
, qui ſe trouvoit alors
Directeur , luz répondit avec
beaucoup d'éloquence &
d'honneſteté . Le meſme jour
ce nouvel Academicien leut
à la Compagnie ce Madrigal
GALANT . 7
د
&
-de ſa compofition ; il fut
extremement applaudy
l'on ne s'étonna point qu'il
euſt este favorablement receu
des Perſonnes Auguſtes pour
qui il a eſté fait."
A MONSEIGNEUR
LE. DAUPHIN
Sur ſes premieres Conqueſtes.
Prince, que vos deſtins font
LeMonarquepuissant quifaittrem.
bler la terre
Remet envos mainsfon tonnerre
Vous punirez les injustes Rivaux ,
Vous marchezfur ſes pas , vous
volez à la Gloire
A 4
C 8 MERCVRE
Vous faites les doux ſoinsde l'aimable
VICTOIRE ,
Voussçavez foudroyerle Rampart
leplusfort.
Vous bravezles ſaiſons, vous affrontez
lamort ,
Surles coeurs des soldats vous avez
tout empire ,
Rienne peut reſiſter àvos genereux
coups.
La France vous benit , l'Univers
vous admire
Et LOVIS eft content devous.
Il y a quelque- temps que
des perſonnes d'eſprit ayant
commencé une converſation
aſſez enjoüée la firent tomber
inſenſiblement ſur la
quantité de Monoſillabes
qu'il y a dans noſtre Langue.
On ajoûta , que quoy que le
nombre en ſoit fort grand
GALANT.
१ .
,
il y auroit peut eſtre de l'impoſſibilité
à faire un Diſcours
où il n'entraſt que de ces
fortes de mots. Un homme
de la Compagnie fut plus
hardy que les autres , & entreprit
d'en venir à bout. Il
tint parole & apporta dés
le lendemain la Lettre dont
je vous envoye une copie.
Cette nouveauté a quelque
choſe derare , & merite bien
que vous en faſſiez parc à
vos Amies. Des Dames qui
ſe trouverent à cette lecture
ſoûtinrent que cette maniere
d'écrire ne pouvoit eſtre employée
pour elles , à cauſe
des mots d'amour , de paſſion ,
de tendreſſe , qui estoient des
expreffions ſignificatives , aufquelles
il ſeroit facheux de
renoncer. Le Champ eſt ou-
Α
C FO MERCURE
vert , & ceux qui voudront
en faire l'eſſay ſur des matieres
galantes , nous apprendront
fi la choſe eſt auſſi
difficile qu'on le pretend.
DISCOURS
Qui n'eſt compoſe que de
motsd'une ſeule fillabe.d
I
E fus à Saint Cloud , mon cher,
que le Duc , que tu ſçais qui
eft he Fils du Fils d'ugrand Roy, &
guin'a qu'un pen plus de deux fois
fixans ,fit un Fort , dont il fit (eut
le plan , tant il est vif , & (cait
tout ce qui est de ce bel Art. Il leprit,
par jeu , en trois jours : & il nous à
fait voir par ce coup , qu'il a plus
de coeur qu'il n'est grand , & que sa
GALANT. rf
le voit un jour dans un vray camp;
furle bord de la Lys , ou du Rhin,
on du Po , ou vers Saint Jean de
Luz, ou vers le Sas de Gand , Hoin ,
Ath, ou Bins. Mars tout Mars qu'il
est , n'a pas fait ce que je crois
que ce Duc peut dans dix ans ;
si dans ce temps-là ilne bat
les Turcs , plus que n'ont fait les
gens du Nort à Gran ; & ceux
de Saint Mare , sur mer , & à
Clim , je veux voir à ſec le fond
où eft mis le Pont neuf.
Quand le Fort fut pris , je vis
dans le Camp un dard de bois d'If
àfix rangs de cloux d'or , & dont
le fer est tres- fin fe le pris , &je
m'en ſers quand je vais feul aux
champs , & il fut bon pour moy que
ie l'eus ce jour-là; car ie fus au
bout du Pont qui est fort long ,&
pour le grand chaud qu'il fit tout
le iourie me mis tout nud dans le
A
C 12 MERCVRE
bain , prés d'un pré plus pleinde
iong fec , que de vray foin. Jen'y
fus pas long temps , que ie visua
Loup tout gris , vers les murs du
bois , qui ne me fit point de peur,
quoy qu'il fust fort gros , & qu'il
ne fuſt pas loin de moy. Jefors du
bain d'un plein faut , ie me vests,
&i'y coursàgrands pas , mon dard
àlamain , & mon cor au col;&ie
n'eus pasfi- toſt dit d'un ton haut&
clair , Au loup , au loup , & joint
ces mots au fan de mon cor ,qu'ilse
mit dans les bleds : &dans la peur
qu'il eut ,it ne vit pas un gros tronc
qui le fit choir. Quandie le vis à
bas, ie le pris par le poil , mes
gands aux mains , de peur de fes
dens ; & quoy qu'il fust fort , &
qu'ilfist tout ce qu'ilput , ie le mis
àmort en un clin d'oeil, d'unseut
coup de mondard.
Quand il fut mort , ie le fis voir
GALAN T. 13 .
àtous ceux de Saint Cloud:ony court
detous les Bourgs qui n'en sont pas
loin,& l'on me met dans la main
de bon or , & qui est de poids , &
des oeufs frais dans mon fac , &
L'on fait voirpar làque j'ay fait un
grandgain , & pour eux , &pour
moy.
Iln'y a eu que les gensdu Roy qui
ant ſoin du bois & des Cerfs , qui
m'ont fait un tour qui n'est pas bon,
carils ont mis un des leurs auguet
dans un coin , pour voirfice que j'ay
pris estun Loup , ou un Cerf , & ce
fou qui ne voit pas trop clair , caril
n'a qu'un oeil , croit que c'est un
Daim. Il me dit donc d'un ton qui
ne me plut pas , & tout en feu ,
Qu'as tu là ? je crois que c'est un
Daim ,rens-le , ou tu es mort , car
je veux qu'ilfoit veu de tout ce
qu'il y a de gens qui ont de bons
yeux.
14 MERCURE
Iefais voir à tous ceux qui font
dans le bois ,que ce qu'ildit eftfaux,
je le mets enſes mains ; ille prend ,
il le voit , & il n'en est pas moins
fou pour ce que je dis , & ce qu'il
voit : carfur le champ il me rompt
fixdens d'un grand coup de poing :
ce qu'il n'a pasſi- toftfait , que ie
mets mon dard& mon cor à bas , ie
le prens par les mains , &lebas
tant que ie tords ſes doigts , fes
bras , &fon col , &iefendsfi fort
fon nez, qu'il en fort plus defang
que d'un boeuf quand on le met à
mort, & le mal qu'ilfent,fait qu'il
court à son tour plus fort que le
Loup.
ilfait de grands cris , & s'en
plaint àtous ceux qu'il voit ; mais
ont s'en rit , &l'ong dit qu'ilest le
feul quia tort de ce qu'il m'afait
&de ce qu'il a pris un Loup pour
un Daim , qui a un bois aufront ,&
GALANT.
qu'un Loupn'enapoint. Il dit qu'il
a eu plus de cent coupsſur l'oeil dont
il voit clair , fur le dos ,fur les
reins , bref,fur toutle corps , mais
on fait le fourd à tant de mots qui
font voir ce qu'il est ,&fijay mal
fait, moy qui ne veux que la paix
pour tout.
Mais quand ilvoit que nul ne
leplaint il s'en va au Bourg où il
boitdu vin blanc , qu'on dit qui eft
d'un tres- bon goust , mais qui est si
fort, qu'ilfait du mal & on le boit
pur , & fans qu'on ait pris un peu
-depain&de la chair , ou des noix.
&il en boit tant qu'ilperd le ſens,
qu'il n'a pas trop bon quand iln'a
pasbuer quand il est si soû qu'il
n'en peut plus , je le mets fur un
lit, cù il dort en porc tout le jour ,
&quoy qu'il fort plus queux qu'un
rat , on dit qu'il en boit tous les jours
plus de irois pots tout pleins , G
C 16 MERCVRE
qu'il dort au prix , & c'est ce qui
fait qu'il estgras à lard , &fi l'on
n'ena soin , il est plus près de sa
fin que l'on ne croit.
2
On m'a dit qu'il y a neuf ou
dix jours qu'il est plus doux
qu'il ne boit plus de vin , & qu'il le
haïtplus que la mort, qu'il est longtemps
à jeun les bras en croix , qu'il
fait des voeux pour moy , & pour
tous ceux dequi il a eu dumal ,&رم
àqui il en afait ; que fou coeur est
pur dansla foy , & droit dans ce
que veut la loy ; qu'il fait tout ce
qu'on a pu voirdans les plus grands
Saints ; en un mot , qu'il est mort à
tout . Il estdonc Saint , dis tu ? Ilest
vray, fais ce qu'il fait , & tute
mets dans ce rang, & croy-moy,mon
Cher,toutàtoy.
Il n'y a jamais eu tantde
Vaiſſeaux en Europe que
GALANT.
17
l'année derniere د
& fi l'on
en peut juger par l'apparence,
il y en aura encore plus l'Eſté
prochain. Cela m'engage à
vous faire part d'un Ouvrage
fort curieux , dans lequel il
eſt traité de tout ce qui re.
garde la Navigation . C'eſt
une matiere d'une fort grande
étenduë , & qui doit faire
plaiſir non ſeulement à ceux
du meſtier , mais meſme aux
indifferens , puis qu'ibeſt fort
agreable de ſçavoir un peu
de tout pour en pouvoir
parler dans le monde quand
l'occaſion s'en offre .
CI MERCVRE
**************
DE L'ART DE NAVIGER.
ENNtre les Arts qui font
eſtimez les plus neceſſaires
aux hommes , celuy de
la Navigation a eſté un des
premiers & des principaux .
L'obligation qu'il y avoit de
traverſer les Rivieres , de pafſer
dans les Ifles , & en d'autres
lieux , tant pour le Commerce
que pour la communication
des Habitans , les a
portez à inventer des machines
flotantes & capables de
les foûtenir ſur les eaux , pour
les tranſporter d'un bord à
l'autre avec ce qu'ils vou,
loient y conduire , & cela ſe
falſoit alors fans aucun Pi-
د
4
こ
GALANT.
19
lote. De là font venus les
Rats- d'eaux , les Bacs , les
Pontons les Canots les
Gondoles , les Balons , les
Nacelles
, & une infinité
d'autres Barques , auſquelles
on a donné divers noms felon
l'uſage & les Regions où elles
ont eſté inventées , & ces
Vaiſſeaux pour la pluſpart
eftoient ordinairement faits
tout d'une piece , comme de
troncs d'arbres creuſez , d'écorces
& de roſeaux , y en
ayant d'une groſſeur & d'une
grandeur ſuſſiſante pour cela .
D'autres eſtoient faits de
joncs pliez & joints enfem.
ble ; quelques - uns de bois
de ſciage & de planches
chevillées & d'autres de
cuir coafu & endurcy . Il y
én avoit qui eſtant faciles à
,
?
20 MERCVRE
1
plier , ſe pouvoient aiſement
tranſporter d'un lieu à l'autre
ou que l'on pouvoit porter
en leur eftat , comme encore
aujourd'huy les Canots dans
les Indes , & les Balons dans
le Royaume de Siam , ou les
Gondoles à Veniſe &les
Pontons ailleurs .
د
Comme l'ufage de tous ces
Vaiſſeaux n'eſtoit d'ordinaire
que pour le courant des Rivieres
, ou pour leur trajet ,
on n'avoit beſoin pour les
conduire que de perches , de
rames , de cordages , de moulinets
, on de voiles ; on y
employoit les uns & les autres
en ces premiers temps ,
& l'on voit encore dans les
Païs qu'on d'écouvre denouveau
, que leurs Habitans en
ufent prefque tous de la mefme
maniere.
GALANT. 21
د
Il y a auſſi des lieux vers
le: Nort comme dans la
Norvegue & dans la Groelande
, où les Vaiſſeaux à
cauſe des glaces ſont ſi portatifs
, qu'on les fait gliſſer
fur les neges pour les tranfporter
de Riviere à autre ,
fans aucun débris , & versla
Mer Glaciale ; les Pyrates y
ont des Vaiſſeaux de cuir fi
bien fermez , qu'ils n'ont pas
de peine à les faire entrer
profondement dans l'eau , &
pendant la nuit ils ſe gliſſent
ſous les grands Vaiſſeaux ,
les percent au fond de cale ,
& les font ſubmerger , pour
y exercer enſuite leur brigandage.
Voilà pour ce qui re
garde la conſtruction
matiere & l'usage des premiers
Vaiſſeaux .
د
la
22 MERCVRE
د
On tient generalement que
les Egyptiens ont eſté les
premiers qui ayent inventé
l'uſage de ces petits Vaiſſeaux ,
par la neceſité qu'ils avoient
de s'en ſervir en certaine faifon
de l'année , à cause des
inondations ordinaires que
le Nil fait tous les ans dans
leur Pais en forte que toutes
les terres en ſont couvertes
; ce qui oblige les Habitans
à y faire des Tranchées
& des Foffez pour faciliter
les écoulemens de l'eau , &
à ſe retirer avec leurs Familles
& leurs Troupeaux fur les
éminences de leurs Terres ;
car ce Fleuve ne croift qu'à
une certaine meſure de hauteur.
Les Venitiens outre leurs
Gondoles , ſe ſervent encore
GALANT.
23
aujourd'huy de cette forte de
petits Vaiſſeaux , qu'ils appellent
Fifolera , ils font extremement
legers , & vont
anili viſte que le vent ; c'eſt
pour la chaſſe de certains oiſeaux
qu'ils appellent. Fifold .
& qui ſe fait ſur l'eau avec
affez de divertiſſement. Outre
ce nom qu'ils donnent à leurs
Vaiſſeaux , ils les appellent
Fuſolera à cauſe de leur viteſſe
, ou parce qu'ils reſſemblent
à des fuſeaux , eſtant
ronds & pointus par les deux
bouts ; ou comme les Balons
de Siam cymbala , longs &
ronds .
د
Les Syriens & les Affricains
avoient emprunté l'uſage de
leurs Vaiſſeaux des Egyptiens
toutefois pour l'art de naviger
, comme il eſtoit rude
24
MERCVRE
-
& groſſier en ce temps-là ,
chaque Nation y ajoûta du
fien ſelon l'occafion & fui- د
vant que leur propre experience
leur en donnoit lieu ;
mais ce n'eſtoit pas encore
pour faire des voyages de
long cours , ny pour s'expoſer
aux vents , & anx tempeſtes.
Ils ne faifoient que
coſtoyer les rivages fans
entrer en pleine Mer
cherchoient ſeulement leur
ſeureté en navigeant.
د
&
Il y a diverſité d'opinions
entre les Auteurs à l'égard de
ceux qui ont eſté les premiers
Inventeurs de la conſtruction
des grands Vaiſſeaux ,& des
inftrumens qui fervent à la
Navigation . Quelques - uns
tiennent qu'Atlas inventa les
Navires & Part de naviger';
&
GALANT.
25
:
:
& d'autres diſent que ce furent
les Tyriens .
Enſuite les Copéens , habitans
de la Beotie prés du
Fleuve Cephife , trouverent
l'uſage des Rames & des Avi
rons . Dedale inventa le Maſt
&les Antennes ; Icare , fon
Fils , les Voiles . Les Tyrreniens
forgetent les Ancres ;
Anacharfis fit les Harpons ,
& Pericles les Crocs & les
Agrafes , pour ſervir dans les
combats de mer. Les Platéens
compafferent les premiers la
juſte largeur des Vaiſſeaux ,
car auparavant ils eſtoient
tous bien plus longs que larges
, & toutefois capables de
recevoir beaucoup de perſonnes
& de bagage , felon la
longueur des arbres , des roſeaux
ou des écorces dont
Fev. 1689 . B
26 MERCVRE
ils eſtoient conſtruits .
د
;
Quant à la difference des
Vaiſſeaux , & à leurs équipages
, on donne à Tiphis
T'honneur d'avoir inventé
l'art & les regles de bien naviger
& de conduire le
gouvernail comme un bon
Pilote, Minos compoſa le
premier l'Armée Navale. Eole
enſeigna aux Nautonniers la
maniere de gouverner les
Voiles . Enfin on ajoûta tant
de découvertes à la Navigation
, qu'elle commença à
devenir plus parfaite , & alors
le defir de connoiſtre les
Regions & les Peuples , porta
ceux qui en avoient déja quelque
experience à paſſfer en des
Païs un peu plus éloignez , &
à y tranſporter des vivres &
d'autres choses neceſſaires ,
GALAN T. 27
pour établir une eſpece de
commerce .
Entre ces Vaiſſeaux qui
commençoient déja à pouvoir
ſouffrir la Mer , les Galeres
femblerent d'un uſage
affez commode pour leur le
gereté & pour leur vitefſe.
Diodore dit que Seſoftris Roy
d'Egypte , & Succeſſeur de
Mocris , a eſté le premier de
tous qui ſe ſoit fervy de Galere
,& qu'ayant dompté les
Habitans d'autour de la Mer
Rouge , il tacha de conduire
un Canal navigable depuis le
es Nil juſqu'à cette Mer.
ゼニ
Thucydide rapporte que
1. Damaſe d'Eritée inventa
e la premiere Galere à deux
5 bancs , & Aminocle de Corinthe
, celle qui eſtoit à trois.
Aristoté a écrit que les Car-
}
28 MERCURE
thaginois formerent celle qui
en avoit quatre. Neficton de
Salamine en fit une de cinq ;
& felon le témoignage de
Polybe , les Romains furent
les premiers qui firent conftruire
une Armée navale de
cente forte de Vaiſſeaux, dans
l'appareil de guerre contre
les Carthaginois. Xenagoras
de Syracuſe inventa des
Galeres à fix bancs . Mneſigethon
en compoſa juſqu'a
dix Alexandre le Grand ,
juſqu'à douze. Ptolemeus Soter
en fit faire une juſqu'à
quinze , Ainſi le progrés s'en
augmentoit de temps
temps , & felon les experiences
& la force des Vaiſſeaux
qui devoient tenir la mer ,
& y refifter , & alors les rames
eſtoient autant en uſage
que les voiles.
en
GALANT.
29
4
i
1
د
Mais quand le bruit ſe fut
répandu par toute la Grece
que Jaſon commandé par le
Roy Pelias devoit entreprendre
un grand voyage par
mer , pour aller en la Colchi-
( de à la conqueſte de la Toiſon
d'or , toute la Fleur de la
jeuneſſe de Grece voulut avoir
part à cette famenſe navigation
dont tout le monde parloit.
C'eſt ainſi qu'en uſent
■ les Volontaires dans les grandes
Expeditions. Le nombre
en fut de cinquante- quatre,
des plus braves & des plus
confiderables de la Grece.
A ce ſujet on conſtruiſit
une Galere à trente bancs de
chaque coſté , ce qui n'avoit
point encore eſté fait juſques
alors. Ce fut Argus Fils d'Areftor
, qui en fut l'Archite-
B 3
30 MERCVRE
د
د
د
cte, & qui luy donna de fon
nom celuy d'Argo & ceux
qui le monterent furent delà
appellez Argonautes fi lon
en croit Apollonius le Rho .
dien . Toutefois Diodore dit
que ce
Vaiſſeau fut ainſi
nommé à cauſe de ſa legereté
; & Ciceron affure que
cette Galere portoit ce nom
àcauſe de celuy des Grecs
qui s'appelloient alors Argives
, dunom de la Ville d'Argos
dont ils estoient originaires
; Typhis comme Pilote
pour ſon experience , prit la
conduite de ce Vaiſſeau , qui
a eſté ſi renommé dans la
Grece , & qui pour ainfi dire ,
a merité d'eſtre tranſporté
dans le Ciel , poury faire une
constellation entre les autres
Aftres.
GALANT. 31
Moreri dans ſon Dictionnaire
hiſtorique , marque que
cette Navigation ſe fit en
l'année 2762. de la Creation
du monde , s'il y a quelque
ombre de verité en cette hiſtoire
fi fabuleuſe. Tout le
miſtere de cette Conqueſte
n'eſtoit que le ſecret & la
découverte de la Pierre Philofophale
, que les Anciens
couvroient des voiles de cette
Fable.
Mais quelque éclat que cette
Navigation ait eu , & quoy
qu'on l'éleve au deffus de
toutes les autres entrepriſes ,
د
maritimes elle n'eſt preſque
rien à l'égard de ces grandes
Navigations qui ſe ſont faites
depuis dans toutes les mers
les plus vaſtes , & juſques aux
Regionsles plus reculées , &
B 4
32
MERCURE
C
dont la découverter n'a pù
P
ſe faire ſans le ſecours de
l'Aimant & l'uſage de la
Bouffole.
Les bancs des Galeres s'augmenterent
encore de nombre
, puiſque Ptolomeus Philadelphus
en fit faire une de
quarante , & Ptolomeus Philopator
, furnommé Triphon,
une autre de ſoixante.
Mais de quelle quantité de
Vaiſſeaux , & de quelle grandeur
,Xerxes , Roy des Perſes ,
ne couvrit- il pas l'Helleſpont
avec ſon Armée navale ? Le
nombre en eſtoit du moins
de mille. Quelle hauteur
quelle force & quelle profondeur
n'avoient pas lesNavires
, dont il fit faire un pont
lié de chaiſnes pour joindre
l'Afie à l'Europe . Toutefois
•
GALANT.
33
•
-
-
-
د
avec ce grand appareil de
guerre ſur mer , il fut vaincu
par Themistocle prés de Salamine
, & contraint de ſe ſau-
-ver avec une petite Barque .
Aprés tout l'on remarque
qu'en ces temps- là les Pilotes
n'avoient point d'autres gui .
des que leur experience , la
découverte des Ifles & des
Terres qu'ils avoient euxmême
veuës , desGolphes où
ils étoient arrivez , des bancs
&des écueils qu'ils avoient
évitez,des Reduits &des Sinus
qu'ils connoiffoient , & l'obſervation
des Eſtoiles qui leur
ſervoient à fe conduire ; &
quand ils avoient perdu leur
tramontane , ils couroient rif
que de faire naufrage. Jufques
alors les Cartes marines
& les Mappemondes n'é-
B5
34
MERCVRE
C
toient point en uſage ; auffi
leurs Navigations n'eſtoientelles
pas fort grandes , & les
naufrages pouvoient eſtre afſez
frequens , puis qu'il ſe
falloit aſſurer ſur la force de
ſes bras , fur l'induſtrie des
Nautonniers , fur la conduite
des voiles & des rames , pour
ſe tirer des écueils , des bancs
de ſable , & des détroits perilleux
quand on y tomboit.
Aufli remarque-ton que
la pluſpart faisoient ferrer
leurs Vaiſſeaux fur le devant
& fous la carene , pour les rendre
plus ſolides contre les va.
gues , & pour en empeſcher
Le débris contre les rochers
cachez.
On donnoit auſſi ancienment
des noms ſpecieux aux
Vaiſſeaux les plus confideraGALANT.
35
2
bles , comme on le voit au
combat naval décrit par Virgile
dans le cinquiéme livre
de ſon Eneïde , où il nomme
trois Vaiſſeaux la Balene , le
Centaure & la Chymere. Et
aujourd'huy encore à Venife
n'y a-til pas le Bucentaure ,
qui eſt un Vaiſſeau de folemnité
& d'apparat , d'une prodigieuſe
grandeur , qui ſe démonte
& qu'on remet en
eſtat quand le Doge fait la
ceremonie d'aller épouſer la
Mer. De meſme dans les Armées
navales il y a des Vaif
feaux qu'on nomme le Grand
,
Amiral , le Vice
Capitane ,&c.
- Amiral ,la
Les Anciens enavoient encore
de differente nature , les
uns de charge , & les autres de
guerre. Les premiers eſtoient
B 6
36 MERCVRE
C
ordinairement plats , & fervoient
au paſſage des gens
de guerre , du bagage , des
harnois & des chevaux . Ce
fut Hippius de Tyr qui les
inventa , & on les appelloit
Hippagines , non pas de fon
nom , mais du mot Grec de
cheval . Les autres qui fervoient
dans les combats de
mer , eſtoient gros & ronds
munis de becs de fer & pointus
, pour percer de roideur
ceux des Ennemis à force de
bras , & par la violence des
rames , & les couler à fond.
Auſſi eſtoient - ils appellez
rostrata naves Navires à bec.
De là eſt venu chez les Romains
, que le Senat eſtoit
appellé Rostra ,& que pro roftris
dicere , veutdire haranguerdevant
le Senat parce que quand
GALANT.
37
les Romains avoient pris des
Vaiſſeaux à bec ſur les Ennemis
dans quelque combat
-on leur coupoit ce bec , &
on l'attachoit le long du
Barreau où ſe faisoient les
harangues , & où ſe vuidoient
les cauſes;de meſme que l'on
attache aux voûtes des Temples
les Drapeaux & les Etendards
qu'on prend ſur les
Ennemis.
&
Ces meſmes Vaiſſeaux de
guerre avoient auſſi des Tourelles
ſur la poupe , d'où la
Milice combattoit à coups
de dards & de fléches
jettoit des feux & d'autres
machines de guerre dans les
Vaiſſeaux des ennemis , commedit
le meſme Virgile dans
la peinture qu'il fait du combat
naval de l'Empereur Au
•
38 MERCVRE
guſte contre
Cleopatre.
Antoine &
Ces Vaiſſeaux avoient encore
les Pavoiſades , qui eftoient
des ceintures de boucliers
rangez ſur le bord
avec lesquels la Milice fe
mettoit à couvert contre les
traits des ennemis ; & l'uſage
s'engarde encore maintenant
dans les grands Vaiſſeaux de
guerre ,mais plûtoſt par parade
qu'autrement. Ce font
de grandes ceintures d'étofe
ordinairement d'écarlate ;
auſquelles on donne le nom
de Pavefades , par le changement
de quelques Lettres.
Il faut maintenant parler
de l'uſage de la Boufſole , qui
eſt la conduite la plus reguhere
, dont les Pilotes ſe fervent
avec le ſecours de la
GALANT.
39 .
Carte ou Mappemonde , pour
faire de grands voyages par
mer , & elle n'a eſté découverte
que depuis trois ou quatre
cens ans par le moyen de l'Aiman
, il eſt facile de croire ,
comme j'ay dit , que l'on ne ſe
conduiſoit ſurmer auparavant
que par ſa propre experience
par les vents &par les Aftres
: ce qui fe remarque dans
toute la Navigation des Anciens.
Mais il femble que la Divi
ne Providence avoit renfer.
mé tout le fecret de la Bouffole
dans le ſeul Aiman ; car
en effet ſans le ſecours de
cette Pierre , l'uſage n'en aus
roit pas eſté connu. La Bouffole
que les Latins appellent
Acus Magnetica , navicularia ,
Aiguille aimantée , ou Pixis
•
40 MERCVRE
5
nautica , à cauſe de ſa boëte ,
eſt un inſtrument fort neceffaire
à la navigation . C'eſt
une découverte des derniers
fiecles dont les Anciens
n'ont point eu l'uſage. Il eſt
vray que les vertus & les facultez
de l'Aiman leur ont
eſté connuë , en ce qu'il attire
à foy le fer ; mais ils n'ont
pas ſceu que ce meſme fer
touché de l'Aiman euſt une
proprieté pour ſe tourner vers
le Nord & le Midy ; & c'eſt
là cette noble connoiſſance ,
qui a ſervy à découvrir les
nouveaux Mondes , les fles
inconnuës , les Nations les
plus éloignées ; & pour ainſi
dire , à enrichir l'Europe par
le commerce & par les frequentes
navigations qui ſe
font faires , & fe font encore
GALANT.
41
en toutes les parties du
monde.
,
Quoy que les Anciens
ſceuffent les vertus de l'Aiman
, & qu'ils en ayent écrit
comme Ariftote , Platon
Pline , & pluſieurs autres dont
nous parlerons , on ne voit
rien dans leurs écrits de la
Bouffole , & le temps que l'on
commença à ſe ſervir dans
l'Europe de l'Aiman au lieu
de Bouſſole , eſt environ dés
l'an 1260. que Paul Venitien ,
ayant fait un voyage dans la
Chine , en apporta le ſecret ,
Les Chinois s'en ſervoient
de cette maniere . Ils ſuſpendoient
un morceau de la
pierre d'Aiman far un morceau
de Liege , & le laiſſoient
flotter ſur l'eau dans un Baffin
ou un Cuveau
:
, & ce
42 MERCVRE
Liege avec l'Aiman ne man
quoit pas de tourner du
coſté du Nort. C'eſtoit - là
leur Boufſole qui leur faiſoit
connoiſtre l'Etoile polaire ,
& la maniere de conduire
leurs Vaiſſeaux fur la Mer ,
ce qui a duré chez eux jufques
au milieu du fiecle precedent.
:
Ce meſme uſage de cette
forte de Bouſſole a duré auſſi
en Europe un affez longtemps
, juſqu'à ce qu'un certain
Flavius Melphitanus ,
trouva le ſecret de la Bouf.
fole , & par cet inſtrument
il donna moyen aux Eſpagnols
de naviger au nouveau
Monde , & d'y découvrir
la Caſtille d'or , & d'autres
parties de l'Amerique ,
comme la Riviere de Plata
GALAN T. 43
د
en
& de Parana ; c'eſt ce que
rapporte Petrus Cicza
fon traité de la Marine Collenutius
dans ſon Hiſtoire de
Naples en fait auſſi mention ?
& fovias appelle la Bouſſole ,
la regle des Nautonniers ou
de la Marine .
Mais d'autres attribuent
cette découverte à un certain
Jean Gira , natif du Bourg
d'Amalphi dans la Campanie
au territoire de Rome ,
environ l'an 1300. Cela a du
raport avec ce qu'en écrit
Collenutius . Toutefois il ſe
peut faire que ce Gira ne
trouva ſeulement que le
fecret de faire la Boufſole ;
c'est à dire de faire la Boëtte
& de ſuſpendre les aiguilles
aimantées ſur un pivot , pour
Ieur donner le mouvement
44
MERCVRE
,
de- qu'elles ont. Mais on
mande fi le Lys qui ſe
met en toutes les Boufſoles
pour marquer le Pole ou le
Nort en conduisant l'aiguille
fur ce Lys qui eſt la
marque du Midy , n'eſt pas
un indice , que les François
ont trouvé le ſecretde mettre
les Bouſſoles dans leur
perfection , car toutes les
Boufſoles font marquées de
cette fleur Royale , & meſme
en quelque Païs que ce ſoit
quel'on en faſſe , pour une inſtruction
generale on y ajoûte
ce Lys .
Auſſi eſt- ce depuis ce tempslà
, que l'Art de naviger a
acquis de la perfection , & eſt
en fi grande eſtime chez toutes
Jes Nations qu'on a tâché dans
les deux derniers Siecles à le
GALANT.
45
porter à ſon plus haut point de
perfection , & qu'enfin ſous le
Regne de LoüIS LEGRAND ,
on a propoſé des recompenfes
confiderables pour ceux qui
y feroient quelques nouvelles
découvertes .
En effet , comme le com .
merce unit les Nations les plus
éloignées , & n'en faitpreſque
pour ainſidire qu'un ſeulpeuple
, qu'il porte les richeſſes
dans les lieux les plus infertiles
qu'il y répend l'abondan
ce , & qu'il fait voir les Indes
Orientales & Occidentales , la
Chine &le Perou dans l'Europe
, ne doit-on pasdire que la
Bouffole , qui fait tantde merveilles
, eſt un ouvrage & un
miracle de l'Art , puiſque c'eſt
fur elle que l'onaſſeure ſa vie,
ſesbiens & fa fortune , & que
46 MERCVRE
l'on va fur toute forte de Mers
par ſon ſecours , auſſi aiſement
&avec autant de ſeureté que
ſur terre, & qu'enfin l'on attire
les peuples les plus Barbares ,
& les moins civilisez à des
connoiſſances qu'ils n'auroient
jamais cuës , & à des alliances
qui ne ſe ſeroient jamais
faites , témoins les Ambaſſfadeurs
d'Ardra dans la Guinée,
ceux de Moſcovie , d'Alger,
de Maroc,de Fez , & de nouveau
ceux de Siam
d'autre?
د
&
Comme l'aiguille aimantée
eſt la principale partie & la
plus noblede la Bouffole , on
doit avoir un grand ſoin de la
mettre dans ſa perfection , &
dans une liberté qui la laiſſe
bien agir. L'aiguille ayant eſté
frottée de l'Aiman , acquiert
GALANT.
471
les meſmes proprietez que cette
pierre renferme en ſoy , &
les conſerve des Siecles entiers .
La Boëte où elle doit eſtre
enfermée , eſt ordinairement
de bois , ronde on guarrée ;
il n'importe , mais fur tout il
faut ſe donner de garde de
n'y mettre aucun clou de fer ,
puis qu'il feroit une attraction
de l'aiguille. La grandeur
de la Boëte ſera de cinq
ou fix pouces de diamettre..
On planteraaŭ milieu un pi.
vot à angles droits fait de
cuivre , c'eſt la matiere la plus
propre décrivant avec le
Compas un Cercle Concen
trique en la meſme Boëte.
Ceux de Marseille ont acquis
la reputation d'y travailler
excellemment,
Au retour des grands voya48
MERCVRE
ges , on doit laiſſer les Bouffoles
en leur état & dans leurſituation
naturelle ; elles ne
ſe gaſtent pas pour eſtre dans
le repos , Quelques - uns attachent
la roſe avec l'aiguille
pour luy donner plus ſe fermeté
; celle d'un Cadran ſolaire
eſt trop vive pour un
Vaiſſeau qui eſt toujours
dans l'agitation , & on auroit
peine à s'y regler . Pour la
figure de l'aiguille aimantée ,
cela dépend des habiles Arti
fans , qui en connoifſfent les
defauts& la perfection ..
7
)
On a remarqué du moins i
vingt declinaiſons de l'Aiman
ou de la Bouſſole , c'eſt à
les habiles Pilotes prennent ordinairement
garde , pour ſe
regler ſur leurs Cartes& affcurer
leur Navigation , les ſçaquoy
vans
GALANT...
49
vans Auteurs enſeignent à les
corriger.
د
Toutes les Nations de l'Europe
ſe ſont accordées à diviſer
l'horiſon en trente deux,
Rumbs , qui ſont autant de
routes differentes que le
Vaiſſeau doit ſuivre par le
moven de la Bouſſole , eſtant:
pouffé du vent. Chaque
Rumb ou route eſt éloignée
l'une de l'autre de onze degrez
& un quart ; & quoy
que cette diviſion puiſſe s'étendre
juſqu'à trois cens foixante
degrez , la premiere, eſt
l'ordinaire de tous les Pilotes
& fur laquelle ils ſe reglent ;
& leurs Cartes ſont marquées
de ces trente-deux Rumbs
qui font les vents ces
Veuts font les routes qui regardent
les parties du mon-
Février 1689. C
1
MERCVRE
de. Je laiſſe aux Curieux à
viſiter les Cartes , & à en ap.
prendre les noms qui y font
marquez , & principalement
ſur la Bouffole .
L'aiguille , de la Bouffole ,
ayant acquis la meſme vertu
de l'Aiman qui l'a touchée ,
la conſerve dans cette admirable
& furprenante proprieté
, qu'elle tourne naturellement
un de ſes bouts au Nore
&l'autre au Sud , qui luy eſt
oppoſé , & le Lys qui eſt en
la Rofe regarde toujours le
Nort ainfi en ſuivant les lignes
qui font marquées en la
Bouffole ſeulement avec .
l'oeil on peut connoiſtre
en tout temps l'endroit de
l'horifon , les quatre Vents
principaux , & pareillement
tous les autres.
,
د
GALANT . SI
L'avantage que l'on tire
de la Bouffole , qui rend lar
conduite du Vaiſſeau tresaiſée
, eſt qu'elle reprefente
toutes les routes dans la mefme
difpofition qu'elles font
en effet , & l'experience & la
pratique en font connoiſtre
la verité.
C'eſt une choſe merveilleuſe
, & qui donne un grand
avantage à la Navigation ;
que par la conduite de la
Bouſſole , le Pilote peut tellement
gouverner ſon Vaifſeau
, dans les plus épaiſſes
tenebres de la nuit - qu'il n'a
beſoin ny des Aſtres ny de
lumiere , & meſme il le gouverne
auffi-bien eſtant dans
le fond de cale ; que s'il eſtoit
fur la poupe ou fur le tillac.
Il ne leur importe de voir la
C 2
t MERCV RE
52
Mer , ou de ne la pas voir
non plus que le Ciel , ny aucune
Eſtoile remarquable
qui puiſſe luy deſigner quelque
Region ou Cap.
Les habiles Pilotes portent
quelquefois plus d'une Boufſole
, ou une pierre d'Aiman
dans leurs voyages de long
cours , à cauſe des accidens
qui font à craindre , & c'eſt
une précaution qu'il eſt bon
d'avoir. Ce n'eſt pas que l'aiguille
d'un Cadran ne puſt
ſervirde Bouſſole en cas de ne
ceffité , pourvû qu'on la mette
fur du liege flotant fur de
l'eau dans un grand vaſe , cat
elle marquera toûjours le
Nort , ou l'Eſtoile polaire.
C'eſt comme les Anciens en
ufoient...
Si l'Aiman ou l'aiguille
GALANT . 531
aimantée de la Bouſſole n'avoit
point de declinaifon
l'art de la Navigation ſeroit
sentierement aſſure en fon
principe ; & le Vaiſſeau fuivant
fa ligne marquée par le
vent ou le Rumb , ne s'écarteroit
jamais de ſa route , ce
qui ne ſe peut faire fans décliner.
Safad
Enfin , comme je l'ay déja
dit , il y a un grand nombre
de declinaiſons que les Cartes
enſeignent , & les Auteurs
qui les marquent dans
leurs traitez , font à confulter.
Comme l'aiguille de la
Bouffole a les mesmes vertus
& proprietez que l'Aiman ,
il eſt à propos de parler de
cette Pierre , pour faire l'union
de l'une avec l'autre .
50 Pluſieurs Auteurs ont écrie
C3
54
MERCVRE
de la nature & des vertus de
l'aiman à l'égard du fer qu'il
attire , & en font un prodige
de nature. S. Auguſtin meſme
en ſaCité de Dieu , Ifidore .
Platon & Theophrafte en
diſent des merveilles , & pour
la découverte Nicander
& Pline aprés luy rapportent
qu'il fut trouvé par hazard
de cette maniere.
Un Pasteur nommé Magnet
menant paiſtre ſon
troupeau fur le mont Ida en
Phrygie , s'appercent que le
ferde fa houlette & les clouds
de ſes fouliers le tenoient arreſté.
Il en fut furpris , & en
avertit ſes Compagnons , qui
eurent la curioſité de tirer
guelques- unes de ces Pierres
du lieu où elles eſtoient , &
d'en faire l'experience , ce
GALANT.
551
qui ayant réufſi , ils nomme
rent l'aiman Magnes ; du
nom de ce Paſteur , & ce nom
luy eſt demeuré depuis en
Latin. La choſe ſe divulgua
& cette vertu cachée & fecrete
fut ainſi découverte.
D'autres donnent le nom
de Magnes à l'aiman , de
celuy de Magnefie , Ville de
Macedoine , tirant vers le lac
Babeis , où il ſe trouve fur le
mont appellé Capo virihmi
de Natolie , d'autres le nom
men encore Heraclion du
nom de la Ville d'Heraclée
parce qu'on y en trouve aux
environs , ou du nom d'Hercule,
àcauſe de ſa force attrative
envers le fer .
و
2
Sotachus fait cinq efpeces
d'Aiman , & les diviſe de
cette forte , le premier qui
C
2
MERCVRE
,
vient d'Ethiopie , le ſecond
qui ſe trouve en Phrygie ou
àGapo- Virillichi,le troifiéme
prés d'Echium , Ville de Beotie
, le quatrième à Alexandrie
de Troade & le cinquiéme
à Capo de S. Georgio
delguiefco , à une lieue & demie
de Prague. Il y en a demafle
& de femelle , dont les
vertus ſont differentes . On
en voit de diverſe couleur
; mais le bleu eſt le plus
excellent & le plus precieux
de tous. Il s'en trouve de
cette eſpece en une Contrée
fablonneuſe appellée Zimiris.
Le blane n'a pas tant de force,
& les Italiens l'appellent. Calamita
bianca. Ce n'eſt pas
qu'il n'y en ait en Allemagne
d'excellent ; mais le meilleur
eſt celuy qui attire le fer d'un
GALANT.
57
こ
coſté ,& lerepouffe de l'autre.
Ainſi dans l'Aiman la partie
Boreale qui actire le fer ,doit
regarder la Boreale , de meſme
que l'auſtrale qui le repouſſe ,
doit regarder l'auſtrale.
L'Aiman que l'on nomme
Theamedes& que les Allemans
appellent Ein Blefer , n'est pas
fune efpece differente; car tout
Aiman qui attire le fer , &
montre les plages du monde
par une de fes parties , le
repouffe de la partie oppoſée.
On voit ainſi dans l'Aiman
que les parties oppofées font
des effets differens . ;
C'eſt une erreur que les
Vaiſſeaux qui ont des cloux
de fer , demeurent attachez à
une Montagne vers le Nort
s'ils en approchent de trop
prés , à cauſe de l'Aiman
C
2
158
MERCVRE
:
où
qui s'y trouve ,& qu'ils ont
peine à s'en tirer ; mais c'eſt
une merveille qu'un fer libre
& plus leger qu'une pierre
d'Aiman , y court naturellement
, & tâche de s'y joindre,
& file fer eſt attaché & plus
peſant que la pierre , l'Aiman
court au fer & s'yjoint.......
Il faut pour la conſervation
de l'Aiman qu'il foit enfermé
dans la limaille de fer ,
il conferve ſes forces
augmente , & en fait fa nourriture
; & de plus il communique
ſa vertu au fer , comme
on le remarque aux anneaux
d'une chaiſne , dont l'un attire
l'autre parce que la
vertu de l'Aiman tranfpire ,
&paſſe au travers de chaque
anneau jufqu'au bout de la
chaifne ,& dans l'eſtenduë ou
,
les
GALANT.
591
cercle de ſon activité. Dans
cette attraction il eſt neceffaire
que l'Aiman ſoit plus
peſant que le fer , autrement
l'Aiman iroit au fer mais
quoy qu'il en ſoit , c'eſt toûjours
l'Aiman qui attire felon
le ſentiment de tous ceux
qui en ont écrit.
,
Ce qui eſt encore de plus
merveilleux , l'aiman ne laifſe
pas d'attirer le fer au tras
vers du bois , de la pierre &
du verre meſme , & ces corps
ne mettent point d'obstacle
à ſa vertu attractrice . Cette
vertu naturelle reſſemble à
la lumiere , qui paſſe au travers
des corps diaphanes &
tranſparans , ou au fon qui
traverſe les corps les plus ſolides
,& vient fraper les oreilles
; mais c'eſt une choſe af-
C6
160 MERCURE
>
ſés étonnante que l'Aiman
ayant tant de ſimpathie avec
le fer , ſe fortifiant dans ſa
limaille , & y acquerant mefme
de nouvelles forces il
n'agit pas également en toutes
ſes parties , que d'un coſté
il l'attire , & de l'autre il te
repouffe . D'où luy vient cer
amour & cette averſion en
un meſme temps ? Ce ſont
des merveilles qui doivent
eſtre admirées des hommes
& qui ne sçauroient eſtre
connues.
L'on pourroit douter ſi l'Aiman
ſouhaite s'unir au fer
ou le fer à l'Aiman pour ſe
reveſtir de ſes vertus , comme
font , attirer un autre fer
& montrer les plages du
monde , & cette proprieté
eſt ſans doute la plus belle
>
GALANT. 61
la plus curieufe & la plus
admirable , puis que par le
moyen d'une aiguille aimantée
, enfermée dans une Bouffole
, l'on trouve le pole , l'on
connoiſt le point arctique &
l'antarctique , l'on parcourt
toutes les Mers auſſi-bien la
nuit que le jour , & l'on peut
adreſſer des routes ſans erreur
à toutes les parties du
monde , & meſme juſqu'aux
Antipodes.
Voicy une experience affez
aisée pour connoiſtre
dans une pierre d'Aiman le
point boreal , & le point auſtral.
Il faut la mettredans une
-écuelle de bois ſur une eau
repoſée dans un baffin . Cette
écuelle tournera affez longtemps
ſur l'eau juſqu'à ce que
le point boreal de la pictreait
62 MERCVRE
trouvé le pole boreal , & alors
elle s'y arreſtera , & cela donnera
lieu de diftinguer dans
l'Aiman la partie boreale &
lauſtrale. La meſme experience
ſe peut encore faire avec un
filet , car ſi vous ſuſpendez une
pierre d'aiman , elle tournera
long temps juſqu'à ce
qu'elle ait trouvé ſon pole .
Il en eſt de meſme de l'ai
guille aimantée enfermée
dans fa Bouffole & poſée fur
ſon pivot , elle ne ſe repofera
pas qu'elle n'ait trouvé fon
Nort , & en le montrant elle
montre toutes les autres parties
du monde dans le meſme
temps . Elle a la meſme activité
que l'Aiman , & la garde
pendant tout un fiecle fans
en eſtre dépoüillée ,à moins
de quelque accident , comme
du feu.
GALAN Τ.
,
6633
Il y a encore un moyen de
découvrir le point concentrique
de l'Aiman . Il faut
mettre un fer ſur un ais bien
poly,& luy preſenter la pierre
d'Alman. Alors on y verra
le point d'attraction & d'activité
, d'abord le fer tremblera
& fuivra l'Aiman pour
s'y attacher . C'eſt une merveille
que l'eſprit de l'Aiman
s'épanche fur le fer fitoſt
qu'il en eſt touché , &dans
fon irradiation il ſe forme
un cercle où s'étend ſa vertu
inſpirée.
Theophrafte Paracelſe écrit
que les forces de l'Aiman .
peuvent eſtre augmentées à
l'infiny , juſqu'à arracher un
cloud attaché dans une muraille
, ce qu'il a meſme experimenté.
64
MERCVRE
Claudien qui a écrit du
temps de l'Empereur Theodoſe
en l'année 427. a fait
tune admirable defcription
de la pierre d'Aiman & de
fes vertus enune de fes Epigrammes
. Il la reprefente
fous la figure de la Déeſſe
Venus , & le fer ſous celle du
Dieu Mars , & nous donne
une merveilleufe peinture de
leur ſimpathie & de leur amour.
Aufi n'yat il rien de
plus éclatant en la nature ,
& qui paroiffe plus aux yeux
que cette vive impreffion gui
regne entre cette pierre &. le
fer. On ſe ſert de cet exemple
pour montrer qu'il peut y
avoird'autres fimpathies en la
Nature , finon auth fortes ,du
moins approchantes , telle que
la poudre de ſimpathie parle
GALANT.
65
1
vitriol Romain avec le ſang
d'uneplaye.
On tientqu'Albert le Grand,
qui a traité de l'Aiman avoit
auſſi la connoiſſance de la
Bouſſole. C'eſt la pensée de
Cardan au 7. liv . de la Sub .
tilité , où il parle amplement
des vertus & des proprietez
de l'Aiman , de ſa décou
verte , de ſes effets & de ſes
eſpeces .
Jean Baptiste Porta , Napolitain
, a fait un traité particulier
des merveilles de cette
Pierre . Zuingerus en parle
beaucoup en fon Theatre de
la Vie humaine , mais jamais
perſonne n'en a pû découvrir
la caufe , & Dieu a voulu
que ce fecret demeuraft
caché dans la nature.
Anfelme Boëce de Bort ,
66 MERCVRE
en ſon hiſtoire des Pierres
Precieuſes , qu'il dédia à l'Empereur
Rodolphe II. dont il
eſtoit Medecin , & qu'il mit
en lumiere l'an 1914. comme
auſſi dans les Commentaires
qu'il a faits fur la Pratique
dorée de Jean Stocher , imprimez
à Leyde l'an 1634.
parle à fond de l'Aiman ; &
lepréfere meſme à toutes les
Pierre les plus precieuſes
pour ſes vertus & fes proprietez.
Il dit que les unes ne
font que pour la couleur , le
briliant & la beauté , & pour
plaire aux yeux , &l'autre
pour ravir l'eſprit .
Mais à propos de la Bouffole
, il y a encore une autre
merveille , que pluſieurs Pilotes
ont' obſervez dans leurs
Navigations.C'eſt que quand
le Vaiſſeau a paſſé au delà de
GALANT.
,
67
C
la Ligne meridionalela Bouffole
ſe ſent affoiblir , & panche
du coſté du Pole Antarctique
, comme s'il y avoit
une autre montagne d'Aiman
dans l'extremité de lAmerique
vers le Pole Auſtral , qui
l'attiraſt, cette quatrième partie
du Monde n'eſtant pas encore
entierement découverte.
Quelques uns meſmetiennent
qu'ily en peutavoir une , par
les declinaiſons qu'ils remarquent
en la Boſſole au delà de
la Ligne ; mais cette Bouſſole
reprend toutes les forces ſi- toft
que le Vaifſeau retourne au
defſſous de la Ligne , en tirant
un peu vers le Nort : & par là
on préfume que cette aiguille
aimantée regarde plûtoſt les
Polesque les plages du monde .
Ceux qui ont navigé le plus
68 MERCVRE
prés vers l'Amerique , ſe ſont
apperceus que leur Bouffole
declinoit de quelques degrez
contre l'Occident , & ils ont
remarqué cela ſur leurMappemonde
par les hauteurs du Pole
Auſtral .
Comme le rond de la terre
eſt divisé dans ſa Sphere en 360 .
-degrez , & la Carte des Pilotes
en 32. Vents , qui font autant
de plages , il leur eſt facile de
voir combien ils s'écartent de
leur route , & de là reprendre
par le ſecours de leur Bouffſole ,
en fupputant les degrez. Cette
aiguille fert auſſi de guide ſur
la terre ; ayant un Cadran ſo-
-laire , on y remarque le Nort ,
Den la faiſant tourner ſur la
pointe du Midy , qui eſt la
Fleur de Lys : & en connoiffant
le Nort, on connoiſt les
GALANT. 69
autres parties , le Midy , Orient
& l'Occident. On peut
meſme par ſon ſecours traverſer
les plus vaſtes landes & les
plus grandes foreſts , l'aiguille
marquant toûjours le Pole Artique
. La Bouſſole ſert auſſi à
l'Ichnographie , qui eft tracer
&décrire la figure d'une Ville,
le plan d'un Chaſteau , ou d'une
terre , ou d'un autre lieu
par ſes éminences , & par les .
reduits , en ſe ſervant de pals
ou de pieux pour marquer les
distances .
L'on a inventé encore beaucoup
d'autres ſecrets curieux
par l'uſage de la Bouffle , &
divers Jeux d'eſprit qui furprennent
ceux qui n'en ſcavent
pas le ſecret , & qui ſe
perfuadentqu'il y a de la magie
ou de l'enchantement . Boëtius
170 MERCVRE
新
en rapporte de fort fubtils en
fon hiſtoire des Pierreries , au
chapitre de l'Aiman .
Il nous rette à voir quelques
Navigations des plus celebres
qui ſe ſont faites depuis la découverte
de cette Bouffole.
Celle de Criſtophle Colomb ,
natif de Gennes , ne ſe fit que
plus de cent quatre-vingt ans
aprés ; il découvrit la quatriéme
partie du monde , qui eſt
l'Amerique , & ce futl'an 1492 .
Cette partie fut ainſi nommée
d'Americus Vespatim de Florence,
qui y fit voile enſuite , & l'an
1519.FerdinandMagellantrouva
le détroitqui porte ſon nom,
Magellanique , & fit le circuit
du monde. Mais aujourd'huy
la Navigation eſt élevée à un
point où elle n'avoit point
encore monté , & la France a
GALANT. 71
ſes Typhis & ſes Argonautes,
qui n'apprehendent point les
écueils les bancs , & les autres
perils de la Mer. Le nombre
s'en augmente tous les
- jours , leur experience les rend
- maiſtres dés leurs premiers
voyages. De plus on ne peut
donner affez deloüanges aux
habiles Coſmographes &
- aux illuſtres Mathematiciens ,
dont les Ouvrages celebres
- ont beaucoupſervy à la Navigation;
les Atlasque l'on a faits
en Hollande , pour la defcription
des Mers , des Regions
& des Terres'; fout encore
d'un grand ſecours aux ha
biles Pilotes .
J'ajoûte icy pour la curioſité
de ceux qui voudront
s'inſtruire de tout ce qu'on
peat connoiſtre ſur la Navi72.
MERCVRE
gation , & fur toutes les parties
qui la regardent , un Catalogue
des Auteurs les plus
fameux qui ont écrit de cette
matiere.
Pierre Nonius , celebre Ma-
2
en thematicien Portugais
l'année 1530. fit un Livre de
la Navigation, divisé en deux
parties , où il traite des Cartes
marines , & des inſtrumens
qui ſervent pour trouver l'élévation
du Pole : il y explique
la nature des Lignes Loxodromiques
, quels font les inſtrumens
les plus propres pour
faire une heureuſe navigation ,
& les Regles que l'on doit ſuivre
pour le meſme effet . De
plus , il donne ſolution aux
queſtions qu'Alphonse,Sofa
luy propoſe ſur ſes doutes qui
regardent les vents & le lever
du
1
GALANT.
73
du Soleil . Il fautde la penetration
pourun ſi ſçavantAuteur,
dont les queſtions ſont curieuſes.
Pierre Medina ; Eſpagnol ;
mit au jour en l'année 1561 .
un traité en ſa langue , divi,
ſe en huit livres , où il expoſe
les principes de la Sphere ,
&ſurtout ceux qui regardent
la Navigation. Il parle de la
Mer , des courans , des bancs
< de ſable les plus fameux , des
• preſages de la tempeſte , des
- vents & de leur cours , de la
hauteur des Etoiles , del'éleva-
S
4
1 tion du Pole ,de la declinaiſon
- du Soleil , & de celles de la
Bouffole ; de la Lune & de
= ſes effets à l'égard du flux ,
des connoiſſances parfaites
du Calendrier , & d'autre qui
regardent la Marine.CetOu-
Fev.1689 . D
74
MERCVRE
vrage a ſemblé affez curieux
pour avoir eſté traduit en François
par Nicolas du Dauphiné
, Geographe du Roy . Onl'a
imprimé à Lyon.
Iacques Severtius , donna
au Public en l'année 1598 .
un Livre intitulé de Orbe
catoptrico où l'Auteur explique
pluſieurs choſes qui
regardent la parfaite Navigation
& les regles que
l'on y doit ſuivre.
Jean Garcia , furnommé
Ferdinand , mit en lumiere
en l'année 1598.1un Traité
fort curieux pour les Pilotes
& pour la conduite des Vaifſeaux
où ſont expliquées
diverſes matieres , comme la
declinaiſon du Soleils
maniere de prendre les latitudes
par la hauteur de l'Ela
GALANT..
75
-
-
toile polaire ; & ce qui eſt
de plus curieux , c'eſt la defcription
preſque entiere des
coſtes de France , d'Eſpagne ,
& de Flandre , & de leurs,
Ports. :
André Garcia Ceſpedes ,
natif d'Eſpagne , produiſit en
l'année 1606. en ſa Langue ,
un Livre qui porte pour titre
Regimento de Navigacion , di-,
viſé en deux Parties . Il y enſeigne
les principes de la Sphere
, & ajoûte les Tables des
declinaiſons du Soleil , & la
maniere de trouver la hauteur
du Pole par l'Etoile polaire De
plus , il apprend les pratiques
de l'Astrolabe , de l'Arbaleſte ,
& de pluſieurs autres inftrumens
neceſſaires à la Sphere &
à la Marine. Ilfait une entiere
deſcription de la Boufſole ,&
D 2
76 MERCVRE
de la maniere de s'en ſervir , &
s'étend ſur pluſieurs autres particularitez
qui la regardent.
Il traite de l'Hydrographie ,
&des ſecrets pour la pratiquer;
& inſtruit à faire des
Cartes . Ce Livre est fort recherché.
Simon Stevin , Mathematicien
du Prince d'Orange ,
en l'année 1608. fit paroiſtre
fes Memoires , diviſez en fix
Livres. Il y traite de la Navigation
& de tout ce qui la
regarde , & de la Geographie ,
& fur tout il parle de la Navigation
Loxodromique &
circulaire; il y enſeigne l'u-
Lage de l'Aiman & de la Bouffole
, & de ſes declinaiſons ,
avec les pratiques & connoiffances
du flux & reflux .
Guillaume. Gilbert , Me
GALANT.
77
decin de Londres , en l'année
1610. mit au jour un traité de
l'Aiman , où ſelon les principes
de la Phyſique , il parle
de ſa nature & de ſes effets ,
& des moyens de s'en ſervir.
Cet Ouvrage eſt Latin & fort
curieux. C'eſt un des premiers
qui ait traité à fond de cette
pierre.
Villebrordus Snellius , en l'année
1620. fit paroiſtre fon
Livre, intitulé Typhis Batavus ,
il donne une parfaite connoiſſance
des Lignes Loxodromiques
, & en explique la
nature avec beaucoup de ſolidité
; il y ajoûte la methode
de les reduire en tables ; c'eſt
juſqu'à preſent celuy qui en
a parlé le plus à fond.
Le cours de Conimbre pasut
en 1625. Il y eſt traité de la
D3
78 MERCURE
nature des vertus & des proprietez
de l'Aiman , & de la
Bouffole.
Nicolas Cabée leſuite , mit
au jour en l'année 1629. fa
Philofophie Magnetique , où
ſelon les principes de la Phiſique
, la nature , & les vertus
de l'Aiman ſont expliquées ,
&les ſecrets de la Bouſſole .
د
Adrianus Metius donna
en l'année 1631. un traité du
premier Mobile , diviſé en
cing Livres , où il enſeigne
la Methode de naviger par
le Globe , & pour l'uſage des
Pilotes il y donne une Table
des Lignes Loxodromiques
qui eſt d'une grande érudition
& utilité. C'eſt la premiere
qui ait paru .
lean Taffin , Geographe du
Roy , en l'année 1633. donna
GALANT.
79
au Public des Cartes des
coſtes de la Mer Mediterranée
& de l'Oceane , ce qui
eſt d'une merveilleuſe commodité
pour laNavigation.
Georges Fournier , leſuite ,
en l'année 1640. fit paroiſtre
fon Hydrographie en François
, où il traite de l'Art de
naviger , & de quelques particularitez
qui regardent la
Marine.
,
:
Barthelemy Morifot en
l'année 1645. fit imprimer à
Dijon fon Livre intitulé Orbis
maritimus . On y voit tout
ce qui s'eſt paſſe de plus
confiderable fur la Mer , tant
en Navigation , qu'en Combats
; & tout y eſt traité
d'une maniere hiſtorique Cer
Ouvrage eſt fort agreable &
fortutile.
D 4
C 80 MERCVRE
Jean Grandamy , leſuite ,
mit en lumiere en l'année
1646. un traité tres - curieux ,
où il fait voir par une nouvelle
demonſtration l'immobilité
de la terre par le moyen
de l'Aiman . Il détruit par là
toutes les opinions de ceux
qui ont tenu le contraire , &
enſeigne une methode d'avoir
la Ligne du Midy Magnetique
fans aucune déclinaiſon
. Ses experiences font
admirables , & ſes demonftrations
claires .
Nicolas Zuchi , de Parme,
Jefuite , publia en l'année
1649. un traité de l'Aiman ,
qui eſt auſſi fort curieux. Il
en explique tous les effets
&les fonde ſur des raiſons ;
&en produit des experiences
ſans approfondir la cauſe pri-
,
GALAN T. 8n
mitive
la finale..
6 ne s'attachant qu'à
Nous avons auſſi un excellent
Traité de l'Aiman du
ſçavant Kirker leſuite , & Bibliothecaire
du Vatican. Cet
Ouvrage eſt remply d'experiences
tirées de cette Pierre
& enrichi de figures , mais il
s'attache plûtoſt aux prati-
- ques , qu'à donner l'explica-
- tion de ſa nature. Ce fut en
l'année 1654. qu'il parut..
Bernard Varenius
donna en 1660. fa Geographie
Univerſelle , où il traite
de la Navigation affez amplement
, & donne l'explication
I des Lignes Loxodromiques ..
Iean Riccioli , de Ferrare ,
Iefuite , en l'année 1661. fic
voir le jour à ſaGeographie ,,
où il ajoûte un traité de la
1
DS
nous
82 MERCVRE
Navigation . Cet Ouvrage eſt
diviſé en neuf Livres ? il y
joint les Tables Loxodromiques
, explique clairement la
Navigation circulaire , enſei .
gne la plus grande partie des
Problêmes nautiques ,& donne
la maniere de faire des
Cartes hydrographiques .
La meſme année il parut
un Cours Mathematique de
Gaſpar Schotus , leſuite , où il
traite de l'art de naviger , &
de l'Hydrographie affez clairement
mais avec peu de
démonstrations .
د
Mr Denis , Preſtre , Hydrographe
& Profeffeur Royal
à Dieppe , en l'année 1666.
commença à donner au Public
ſes Ouvrages par un traité
de l'Aiguille aimantée ou
de la Bouffole. Ilenſeigne les
GALANT. 83
コ
| -
6
moyens de trouver diverſes
declinaiſons de l'Aiman , avec
des Tables des amplitudes
ortives .
Le meſme Mr Denis , en
l'année 1668 , fit imprimer uns
façon nouvelle de naviger par
nombres , c'eſt à dire , par Sinus
, qui pût ſeulement ſervir
dans les Navigations de brief
cours &non pas dans leslõgues.
En la mesme année Vincent
Leontaut mit au jour un
traité de l'Aiman , dans lequel
il fait voir les directions
de la Bouffole d'une maniere
nouvelle & folide. Cet Ou
vrage eſt d'un grand ſecours
pour la Navigation circulaire
& Loxodromique .
Le meſime Mr Denis , en
l'année 1669. donna au Public
un traité intitulé , Dif
D6
84 MERCVRE
cours de la déclinaison du Soleit.
Il ſert dans la Navigation à
obſerver la latitude en diverſes
manieres ,
2
Le meſme Auteur en l'année
1673. mit au jour un autre
Livre qui porte pour titre
L'art de naviger en ſa plus haute
perfection où il enſeigne à
trouver facilement les latitudes
Claude
د
- François Millet
Dechales , lefuite , en l'année
1677. fit imprimer fon
Livre intitulé , l'Art de naviger
, demontré par principes , &
confirmé par plusieurs obfervations
tirées de l'experience. Cet
Ouvrage eſt des plus ſolides
& eſt diviſé en ſept Livres ,
avec quantité de figures pour
l'intelligence , & des Tables
fort amples. Il y traite des,
GALANT.. 8J
!
grandeurs des Navires , avec
pluſieurs circonstances de la
Navigation ſur les Rivieres
& fur les Canaux , amplement
de la Bouſſole & de ſa conftruction
,de la Sphere & de la
maniere d'obſerver la hauteur
des Aſtres , des Lignes Loxo-
{ dromiques , des Cartes hyi
drographiques ,des Latitudes
_& des Longitudes , enfin du
flus & du reflus de la Mer.
1
1
Mais outre tous ces Auteurs
que nous venons de citer il y
en a encore d'autres qui_ont
traité de la Navigation , ſçavoir
Pierre Appian ,Rodericus
Zamoranus ; André Gafpar
Ceſpedius , Du Regime de la
Navigation , Bartholomaus Cref-
-. centius , de Nautica Mediterra.
nea ; Augustin Casareus , Rober
tus Dudlé , de arcanis, maris.
C 86 MERCVRE
, Iacques Colomb dans le
Flambeau de la Navigation
le Livre intitulé la Colomne
د
>
flamboyante , Pierre Herigon
en ſon Cours de Mathematique
, lean lanſon , dans ſon
Introduction au Monde maritime
, le P. Merſenne . Minime
, dans ſon Iftiodromie
Lazarus Baytius de re navali .
l'ay leu en manufcrit le
Phare de la Mer , du Sr Brebyon
, Avocat à Dieppe , qui
mourut lors qu'on en imprimoit
la premiere feüille. Cet
Ouvrage eſtoit diviſé en fix
Livres , & de voit avoir trente
fix grandes figures ; le Sieur
Bilaine en devoit faire l'impreffion.
Il y eſt traité à fond
de la Sphere , & de tout ce
quiregarde une parfaite Navigation.
Il y a eſperance que
GALANT . 87
1
en
fes Heritiers le feront mettre
lumiere dans quelque
temps. Il avoit ſes atteſtations
de Mrs les Mathematiciens
de Paris.
Toutes les recherches que
vous venez de lire ſur l'Arz
de la Navigation , ont eſté
faites par Mr Rault de Roüen,
dont je vous ay déja envoyé
. pluſieurs Ouvrages que vous
avec eſtimez . On eſt toujours
obligé à ceux qui par de femblables
foins facilitentau Public
ces fortes de connoiſſances
, & qui luy épargnent les
longues lectures qu'il feroit
beſoin de faire , pour s'in
ſtruire un peu à fond fur les
matieres de cette nature .
Mr le Baron de Spanheim ,
Envoyé Extraordinaire de
88 MERCVRE
Brandebourg , a eu audience
de congé de Sa Majesté , &
de toute la Maiſon Royale
. Le Roy luy dit que Mr.
l'Electeur ſon Maiſtre connoiſtroit
mieux un jour ſes
veritables intereſts ; que pour
lay il avoit toûjours recherché
la paix de l'Europe , &
qu'il ne ceſſeroit point de
travailler pour en maintenir
la tranquillité. Il marqua à
cet Envoyé qu'il eſtoit fatiffait
de ſa conduite, Mr Spanheim
a demeuré en France
pendant pluſieurs années , &
a pris plaiſir à y voir ſouvent.
les perſonnes diftinguées par
leur eſprit.
Comme je vous envoye
tous les ans les lettons nouveaux
, voicy ceux qui ont
eſté frapez cette année .. Je
68
ele
IX
és
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res
REQUE
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LYON
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varez un julte rappo
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les [
leur
(
tous
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en z cette annee .. J
GALANT . 89
n'ay fait graver que les Deviſes
. Vous n'ignorez pas que
la face droite repreſente ceux
que ces Jettons regardent.
le ne doute point qu'aprés
vous eſtre fait un ſi grand
plaiſir des divers Ouvrages
que je vous ay envoyez fur
les Conqueſtes de Monfeigneur
le Dauphin , vous ne
foyez extremement fatisfaite
de celuy que vous allez lire.
Il eſt de Mr l'Abbé de Viani ,
Prieur de l'Egliſe de S. Iean
d'Aix , qui l'a adreſſé à Mr
le Duc de Montauſier. C'eſt
la Paraphrafe Allegorique
d'un Pſeaume que David
compoſa pour ſouhaiter à
fon Fils Salomon , les vertus
qui luy estoient neceſſaires
pour bien regner. Vous y
verrez un juſte rapportà tout
1
१०
MERCVRE
ce qui est connu de la piete
& des vertus admirables de
noſtre Auguſte Monarque
C'eſt une matiere inépuiſable
, & qui renouvelle de
jour en jour.
PAR APHRASE
ALLEGORIQUE
Aux Victoires de Monſeigneur
le Dauphin .
DU PSEAUME LXXI .
Donne, Seigneur ,
au Fils du
plus grand de nos Rois
L'Amour ferme & constant de tes
divines Loix ;
Fais quefans s'écarter de la droite
Iustice ,
Au Pauvre ilſoit toûjours favora.
ble & propice ,
GALANT. 91
Et que ses lugemens des Peuples
adorez ,
Contre l'oppreſſion les rendent afſurez
.
Fais que ceux qu'un haut Rang at
tache àfa Perfonne ,
Soûtenant à l'envy le poids de la
Couronne ,
Enfaſſent respecter l' AugusteMaiesté,
Bien moins par leur Valeur que par
leur Pieté;
Et que les Magistrats qui dans leur
Rang Suprême ,
Ont le facré dépost des droits du
Diademe ,
Pouſſez de ton eſprit , remplis de
leur devoir ,
En Sçachent menager le ſouverain
pouvoir?
Nous verrons dans ces lieux la Valeur,
la Puiſſance,
- Faire regner la Paix , la Vertu, l'Abondance.
92 MERCVRE
Nous verrons un grand Roy , leplus
grand des Guerriers ,
De la main deſon Fils recevoir des
Lauriers ;
Etfentir le transport de cette douce
gloire ,
Que donne aux Jeunes Coeurs la
premiere Victoire .
Nous verrons ce Vainqueur par fes
premiers exploits ,
Regler des opprimezles legitimes
droits;
Et par les beaux efforts de ſavaleur
guerriere
Retablir dansſes biens une Auguste
Heritiere
C'est en vain , Philisbourg , que
ceint de toutes parts ;
Pardes Marais profonds,par defermes
Remparts ,
Tu méprifois les coups de la fiere
Tempeste:
De ce jeune Heros tuſeras la Con-
( queste
GALANT.
93
1
Et de ton Defenseur le nomfifort
vanté ,
Serendra plus celebre àla poſterité ,
D'avoir pû quelques jours arrester
Son audace ,
Que d'avoirfurmonté les efforts de
la Thrace.
Manbeinfuivra ta cheute,&fon
fier Palatin
Fuyant de fes Estats le rigoureux
deftin ,
Après avoir causé cette cruelle
guerre,
Sentira lepremier les éclatsdu Tonnerre.
Malgréses Bastions&ſesſuperbes
Forts,
Frankendal tombera fous les nobles
efforts
D'un Heros qui suivant ſa courſe
glorieuse ,
Rangeraſousfes Loix & le Rhin &
la Meuse.
C
94 MERCVRE
En vain , fier Hollandois de fa
grandeurjaloux ,
Tute crois dans tes eaux à couvert
defes coups ;
Onafcûte dompter malgré tesfortes
..... Digues ,
Ettrancherpar le Fertes Traitez
tes Ligues ,
Et te donnant la Loy dans tes propres
Etats ,
Te rendre le mépris de tous les Potentats.
ト
Qu'infidelle àfon Sang , à son
Pere perfide.
Ton ingrat Protecteur medite un
Parricide ;
Quefier de ces Vaiſſeaux, plein de
vaſtes projets
د
Ii arme contre un Royſes rebelles
Sujets ; 1
Par Ses premiers fuccés s'accoutu
mans au crime ;
Qu'iltraite ensupposé l'heritierlegitime
,
GALANT.
95
Et de la calomnie empruntant le
pinceau , :
1 Qu'ilattaquefanshonteunEnfant
au Berceau ,
Le Ciel pour le punir formera des
orages;
Et le Prince animé par tant d'heureux
préſages ,
Ecrafera ce Monstre ennemy de la
Foy ,
Etfur Son Trône AugusteaffermiraceRoy
Rome de ces hauts faits heureu-
Sementfurprise,
Voyant dans ce Heros le ſoutien de
l'Eglife, 20
De tous nos démélez oubliant le
malheur ,
De monRoy , de ſon Fils beniva la
Kaleun pa
"C'est alors que LOUIS au deſſus
Aide l'Envie
Prolongeant par son Fils la gloire
deSa Vie ,
96 MERCURE
Formera par ses foins des Princes
genereux ,
Etse verra revivre encordans ſes
Neveux ,
Dont la pofterité des fiécles reverée,
Aura du Firmament l'eternelle
durée;
Et toûjours plus feconde en Héros
immortels ,
Expoſera ſon Sang en faveur des
4 Autels ;
Et par elle bientoft , les Sultans de
Bisance ,
Malgré tous leurs efforts , & leur
vaste puiſſance , :
Verront par les rayons de ce Soleil
naissant,
Obscurcir à jamais leur funeste
Croiffant .
Ce DAUPHIN que la France&
que le Monde admire ,
Des Fleuves& des Mers bornera
Son Empire , 4
!
Et
GALANT .
97
Etfes jaloux craignant la force de
Son bras ,
Baifcront par refpect la trace defes
pas.
Les Flotes de Siam à travers les
orages
Porteront leurs Treforsfurnos heu
reux Rivages ,
Et les Barbares Rois des Peuples
bafanez ,
Seront à ses genoux humblement
profternez 1
"Le Pirate d'Alger cent fois plus
redoutable
Autimide Marchand qu'un écücil
effroyable ,
Sous les débris fumansdeſes Murs
embrafez ,
Se reverra puny des maux qu'il a
caufez .
Des méchants ilfera l'impitoyable
fuge ,
Des pauvres opprimez il fera le
refuge ,
Fcv . 1689 . E
98
MERCVRE
Contre leurs ennemis il fera leur
apuy ;
Et leur état abject Sera grand devant
luy .
L'Indien par fon Or viendra le
reconnoistre ,
Et les Peuples divers voulant l'avoir
pour Maistre .....
Par de riches Tributs obligeront
leurs Rois
Devenirpromptement se foumettre
àses Loix.
Sous un Kegnesi faint,fi remply
de Justice ,
La Vertu ſous ses pieds fera trem.
blerle Vice..
Nos mont's où ne croiſſfoient que
d'arides buiſſons ,
Produiront fans travail de fertiles
moiſſons ,
Et ceux dont Dieu benit le chafte
Mariage ,
De Vertueux Enfans auront le doux
CODE Dpartage ,
9 LYON
*1899*
THEQUE DE
GALANT.
Qui repeuplant nos Camps
bravesfoldats ,
bigo
demyg
Deviendront lefoûtiende cesmaſtes
Etats.
Aprés tant de bonheur , ce Prince
incomparable
Aura dans l'Univers une gloire
durable.
Ses Ennemis frapez de ſa vive
Splendeur,
Tenteront vainement d'affoiblirsa
grandeur ,
On le verra briller d'une égale
lumiere ,
Tant que l' Aftre du jourfournirasa
carriere.
N
Grand Dieu , de qui les Rois ont
toute leur grandeur ,
Afin qu'un Monde entier t'adore
avec ardeur,
Conferve dans LOVIS ton plus
parfait ouvrage ;
Conferve en fon DAUPHIN Sa
refſfemblante image ;
*
E2
100
MERCVRE
Par Eux ton facré Nom des Mortels
respecté,
Regneradansſon lustre & dans ſa
Majesté.
Illustre MONTAUSIER , dont
l'ame genereuse
A toûjours protege la Vertu malheureuse;
Toj qui receus du Ciel la Candeur ,
La Bontè ,
Et du monde naissant l'antique
Probité ;
Quand des Cygnes fameux , qui
charment tes oreilles ,
De ton jeune Heros annoncent les
merveilles ,
Daigne encor écouter ce qu'aux
bords du Jourdain
V'n Saint Roy prononça par un
esprit Divin ,
Et ne refuse pas de presenter au
PRINCE ,
GALANT. FOI
Ce tribut qui luy vient du fond
d'une Province.
د Le Lundy 7. de ce mois
Mrde Cailliere , & Mrl'Abbé
Renaudot furent receus à
l'Academie Françoiſe le premier
, en la place de Mr Quinault
, & le ſecond , en celle
- de Mr Doujat , & comme ils
fuccedoient à deux grands
= hommes , dont le merite reconnu
de tout le monde , leur
fourniſſoit une tres-belle matiere
& que d'ailleurs ils
- avoient à ſoutenir le choix
que l'Academic avoit fait
d'eux dans un temps où elle
avoit l'entiere liberté de ſes
fuffrages, il vous eſt facile de
penſer de quelle beauté furent
les Difcours qu'ils firent pour
remercier cette illuſtre Com
د
E 3
102 MERCVRE
1
pagnie de les avoir admis
dans ſon Corps . Mr Charpentier
, qui comme Doyen ſe
trouva chargé de la parole ,
au defaut de Mr de Villayer ,
Directeur , & de Mr Racine,
Chancelier , qui ne purent ſe
trouver à cette Aſſemblée
leur répondit avec une éloquence
qui ne ſurprit point ,
parce qu'elle luy eſt ordinaire :
mais qui ne laiſſa pas de luy
attirer beaucoup d'applaudiſſemens
. Comme il eſt à préſumer
que ces trois Difcours ſeront
bien - toſt donnez au Public ,
ſelon la coutume , je ne vous
rapporteray aucun des endrois
que l'on en a retenus , de peur
de les affoiblir par le changement
des termes, qu'il ſeroit au
moins fort difficile de mettre
dans le meſme arrangement...
GALANT. 103
Cette Seance finit par la lectare
de quelques Ouvrages
particuliers . Mr de Benferade
leat des Vers qu'il avoit faits
fur la priſe de Philiſbourg;
Mr le Clerc , un Sonnet fur ce
que l'homme eſt capable
d'entreprendre , Mr l'Abbé
Regnier une Verſion en
Proſe Françoiſe , de ſon excellent
Panegyrique du Roy
en Vers Latins , & Mr l'Abbé
de la Vau , des Vers François
de Mr Boyer , pour mettre au
deſſous d'une Statuë de Sa
Majefté .
,
+ Quant aux deux nouveaux
Academiciens , Mr de Cailliere
, dont le Pere eſtoit
Gouverneur de Cherbourg ,
a eſté employé en Savoye ,
en Baviere , & en Pologne.
Il a beaucoup d'Amis &
د
E 4
104
MERCVRE
ſçait les belles Lettres autant
que les peut ſçavoir un homme
du monde qui n'en fait
point profeſſion , ou du moins
ſi peu , qu'il n'y a que le zele
qu'il a pour le Roy qui ait pû
l'obliger à ſe_rendre Auteur ,
mais la vie de ce Monarque eſt
ſi remplie de merveilles , que
ceux qui ne ſe ſont jamais mêlez
d'écrire , ſe ſont trouvez
habiles pourle loüer.
Mr l'Abbé Renaudot eſt
Petit- fils du fameux Theophraſte
Renaudot qui a
inventé la Gazette. Il travail.
,
>
le à cet Ouvrage , qui eſt
d'autant plus difficile que
les Nouvelles y devant toujours
eſtre reſſerrés à cauſe
du peu d'étendnë qu'on a
pour en parler , ceux qui y
travaillent ne peuvent leur
GALANT. 105
}
donner de tour où leur éloquence
ait de l'étenduë . Ils
peuvent encore bien moins
y employer les raiſonnemens,
pour faire paroiſtre leur efprit.
Les grands foins que Mr
l'Abbé Renaudot donne à
cet Ouvrage , ſont cauſe que
le Public n'en a jamais eu de
luy d'une autre nature. :
tour
Il y a ſouvent de la bizarrerie
dans nos sentimens , &
ce qui a rompu depuis peu
un mariage qui estoit
preſt de ſe conclurre , en eft
une preuve affez extraordinaire.
Une Demoiselle , tourà
fait maiſtreſſe de ſes vo
lontez par la complaiſance
que ſa Mere avoit pour elle ,
ſe voyoit recherchée de tous
coſtez. Ses manieres enga-
Ε
106 MERCVRE
geantes & honneſtes charmoient
tous ceux qui la connoiſſoient
; elle estoit jeune
& brillante , & comme les
moindres chofes paroiſſent
ſpirituelles quand elles font.
dites par une jolie perſonne,
l'enjoüement de fon humeur
paſſoitpour vivacité d'eſprit ,
& pour peu qu'elle parlaſt ,
elle donnoit un grand agrément
à la conversation . Elle
avoit perdu ſon Pere dés ſes.
premieres années , & fa Mere
ne ſe trouvant pas encore
dans un âge extremement
avancé , conſervoit toujours.
du gouſt pour le monde , &
voyoit avee plaisir que fa
Fille luy attiraſt bonne compagnie.
Son intereſt n'eſtoit
pas de la marier ſi toſt. Elle:
jugeoit bien que dés qu'elles
GALANT. 107
ne l'auroit plus avec elle , les
viſites cefferoient , & qu'en
ſe hâtant de choiſir un Gendre
, elle chaſſeroit tous ceux.
qui s'empreſſoient à la divertir.
Ainfi la Belle trouvant
dans tous les Amans
qui ſe declaroient , quelque
defaut qui l'en dégoûtoit ,
eſtoit plûtoſt applaudie que
combattuë par ſa Mere , qui
luy conſeilloit toujours de ſe
défier des mouvemens de fon
coeur , & de n'écouter que fa
raiſon , quand elle voudroit
penfer à un établiſſement..
Elle estoit d'ailleurs naturellement
affez incapable de
s'attacher , & fi elle avoit
quelque penchant c'eſtoit
pour les gensd'Epée en general
; un homme de Robe luy
eſtoit inſupportable , & elle
E6
108 MERCURE
n'en voyoit point qu'elle n'éloignaſt
par ſa froideur. Il arriva
cependant qu'un homme de
ce caractere entrepritde vain .
cre cette averfion . Il avoit
beaucoup d'eſprit & de bien ,
&eſtoitconſeiller dans un Parlementdes
plus éloignez . Une
affaire d'un mediocre intereſt
qu'il eſtoit venu terminer
avec des Particuliers , le retenant
à Paris depuis quatre
mois, il luy pritenvie de courir
le Bal avec un de ſes Amis au
commencement du Carnaval.
Ils ſe déguiſerent fort proprement
, & aprésavoir eſté en
pluſieurs endroits , il finirent
par une Affemblée où la Belle
eſtoir . Le Conſeiller fut frapé
d'abord de ce qu'il vit de piquanten
ſa perſonne. La parure
luy avoit donné des beautez
GALANT. 109
nouvelles , & ne trouvant rien
plus digne de l'occuper le reſte
du foir , il s'approcha d'elle aprés
que ſon Amy luy eutdit
qui elle eſtoit. Il l'entretint fort
longtemps , & s'il fut content.
de ſon eſprit , elle ne le fut pas.
moins de la maniere delicate
& fine dont il tourna mille
choſes obligeantes que l'honneſteté,
ou plutoſt un commencement
d'amour luy faiſoit dire
LaBelle qui s'en trouvoit agrea..
blement flatée,aprés avoir foutenu
avec beaucoup d'enjoücment
une converſation de plus
d'une heure , eut envie de voir
àqui elle avoit affaire. Elleluy
dit plaiſamment qu'il ſuffifort
d'eſtre fille pour ſe montrer
curieuse , & le preſſa tellement
d'oſter ſon maſque , qu'il
MERCURE
fut obligé de la fatisfaire. Il
eftoit bien fait & fon viſage
avoit je ne ſçay quoy de noble
qui prevenoit tout le monde
en ſa faveur . Commeil luy
eſtoit entierement inconnu ,
elle voulut ſçavoir davantage ,
&ſon accentlui marquantqu'il
eſtoit d'une Province éloignée,
elle le pria de luy apprendre
ce qui l'avoit fait venir à
Paris , & s'il avoità y demeurer
long - temps . Il l'aſſeura qu'il
iroit chez elle luy en rendre
compte , & il en obtint la permiffion
. Lors qu'il fut forty du
Bal , il fit force queſtions à fon
Amy furla conduite & fur le
bien de la Demoiselle . Il n'entendit
rien que d'avantageux
de l'un& de l'autre , & cet Amy
le voyant dans quelque deſſein
de ſe faire une affaire ferieuſe
GALANT. THI
de l'attachement qu'il auroit
pour elle , l'avertit du peu de
fuccés qu'il en devoit eſperer
par le dégouſt qu'elle avoit
toûjours fait voir pour les gens.
de Robe. Le Conſeiller crut
qu'avec un peu de ménagement
il viendroit àbout de cet
obſtacle , & que s'il pouvoit ,
en habit de Cavalier , luy faire
prendre pour luy quelque favorable
impreſſion , la connoif
ſance qu'elleauroit enſuite de
la verité , ne détruiroit point
les ſentimens qu'il auroit fait
naiſtre. Dans cette penſée il
prit un Juſte - au - corps fort
brodé , un Chapeau avec des
plumes , & ce qui pouvoirconvenir
le mieux à un Cavalier ;
& commeil avoitun Frere qui
avoit ſuivy la profeſſion des
armes ,& qu'ils eftoient affez
112. MERCVRE
reſſemblans de traits & de taille
, il réſolut de paſſer pour
luy. Dans cet équipage il alla
rendre viſite à la Belle , & en
fut receu avec tout l'accueil
que la bien- feance luy pouvoit
permettre. Il fit connoiſtre d'abord
la Maiſon dont il étoit,dit
qu'il avoit un Ainé receu Conſeiller
depuis fix ans , & que
pour luy , ayant prit employ
parmy les Troupes dans ſa plus.
grande jeuneſſe , il n'avoit encore
foupiré que pour la gloire ,
mais qu'il craignoit bien que
fon coeur ne fuſt forcé de chan.
ger d'objet. Cette douceur
ne fuſt pas perduë . On la releva
d'une maniere qui luy
fit connoiſtre que ſes affiduitez
ne déplairoient pas. Il
en eut beaucoup pour cette
aimable perſonne , qui en
GALANT. 113
د
&
peu de temps le rendit fort
amoureux . Il ſe déclara
luy offrit tous les avantages
qu'elle pouvoit eſperer d'une
perſonne qui avoit un bien
confiderable. Quoy qu'elle
ne le regardaſt que comme
Cadet , elle avoit lieu d'eſtre
fatisfaite , puis que par les informations
qu'elle avoit fait
faire fort ſoigneuſement dans
la Province , il eſtoit conftant
que ce Cadet joüiſſoit de plus
de vingt mille livres de rente;
ce qui estoit tres -accommodant.
Une ſeule choſe luy caufoit
de l'embarras . Toutes les
Lettres qui parloient du Cavalier
, luy apprenoient que le
plaifir de paroiſtre luy avoit
toûjours fait faire une fort
groſſe dépenfe , & fi d'un
coſté elle ne pouvoit blâmer
114 MERCVRE
un panchant ſi noble , elle
apprehendoit de l'autre , que
pour ſoûtenir la meſme dépenſe
, il ne s'aviſaſt de la
releguer dans quelque Terre
où elle feroit reduite à vivre
fort refferrée. Elle ſçavoit
que quantité d'Officiers en
uſent de cette forte. Ils met .
tent leurs Femmes ſur le petit-
pied , tandis qu'ils confument
la plus grande partie
de leur bien à ſervir le Roy
avec éclat , & fi quelquefois
un Gouvernement les en indemnife
leurs plus beaux
jours font paſſez quand elles
partagent la bonne fortune
qui arrive à leurs Maris , &
en l'attendant elles
د
menent
une vie fort deſagreable .
Malgré toute la juſtice quela
Belle eſtoit forcée de rendre
GALANT .
115
-
1
1
e
S
:
au merite de ſon Amant , fon
cooeur eſtoit toûjours tout à elle,
& l'amour n'ayant point de
part au choix qu'elle devoit
faire pour fon établiſſement ,
ne combatit point ces reflexions.
Elles l'emporterent fur
fon panchant naturel , & luy
firent prendre une reſolution
dont on ne l'auroit jamais
creüe capable. Ce fut d'exiger
du pretendu Cavalier qu'elle
voyoit ſi rempli d'amour , de
luy prouver l'entiere ſoumiffion
qu'il juroit avoir à ſes volontez
, en renonçant àl'épée ,
& choiſiſſant une Charge dans
la Robe , qui l'Empecheroit de
continuer les grandes depenſes
qu'il avoit accouſtumé de faire
à l'Armée . Elle ne pouvoit ſe
figurer qu'il y euft aucune
honte pour elle dans ce chan
116 MERCVRE
gement de gouft , puis qu'on
ne pourroit luy reprocher que
ce fuſt l'amour qui l'y euſt reduite
,& qu'on verroitau contraire
qu'elle auroit eu aſſez de
pouvoir pour metamorphofer
un homme de guerre , ce qui
devoit eſtre un grand triomphe
pour ſa vanité. Elle demanda
l'avis de ſa Mere , qui
ne manqua pas de la confirmer
dans ce deffein , ne
doutant point que la propoſition
ne fuſt rejettée par ſon
Amant , & que ſon refus ne
rompiſt le mariage. Le mefme
jour , elle s'expliqua avec
le faux Cavalier qui la prefſoit
toûjours de conclure , &,
ne voulant pas luy laiſſer voir
qu'une raiſon d'intereſt fuſt
cauſe de ce qu'elle avoit à
luy demander , elle luy dit
GALANT. 117
د
d'une maniere flateuſe qu'il
eſtoit ſi bien venu à bout de
toucher ſon coeur , qu'il y
avoit mis des ſentimens trop
tendres pour luy & qu'il
luy eſtoit impoſſible de conſentir
à le laiſſer dans un
employ dangereux qui l'obligeoit
d'expoſer ſa vie à
cous momens ; qu'ainſi c'etoit
à luy à examiner s'il
l'aimoit aſſez pour la vouloir
acheter aux deſpens d'un peu
de gloire , parce qu'à moins
qu'elle ne le viſt reveſtu de
quelque Charge qui l'arreſtant
auprés d'elle luy donnaſt
lieu de vivre en repos , elle
ne pouvoit ſe reſoudre à l'épouſer.
Imaginez - vous combien
le Conſeiller eut de joye .
Il ſe voyoit hors de l'embarras
où lemettoit la neceſſité de de-
د
118 MERCVRE
clarer qu'il n'eſtoit point un
homme d'épée ; il avoit d'ailleurs
le plaiſir de connoiſtre
par la crainte de la Belle qu'elle
avoit le coeur veritablement
touché , puis qu'elle nauroit
pas pris tant d'intereſt à la
conſervation de ſa vie , ſi elle
n'euſt eu de la tendreſſe pour
luy. Il l'aſſeura qu'elle pouvoit
ordonner de ſa fortune
& quel'avantage deluy plaire
eſtoit le ſeul qu'il enviſageoit .
Une complaiſance ſi aveugle
qui eſt la marque d'un excés
d'amour , la flata ſenſiblement.
Elle s'en fit un honneur
, & fcent bon gré à ſes
charmes de la victoire qu'ils
luy faifoient obtenir. Cependant
comme elle vouloit autre
choſe que des paroles , &
que les effets feuls luy pouGALANT.
119
voient répondre de tout le
pouvoir qu'elle avoit ſur ſon
Amant, elle le pria de voir ce
qui le pouvoit accommoder
dans la Robe afin de luy oſter
la tentation où il pourroit
eſtre , aprés l'avoir épousée.
de ne point changer de profeſſion
. Tout ce qu'elle luy
dit là - deſſus pendant huit
jours , fat fi fort & ſi preſſant ,
qu'il ne crut aucun peril à luy
dire que rien ne devoit retarder
leur mariage , puis qu'il
eſtoit ce qu'elle vouloit qu'il
fuft. En faite il luy expliqua
latromperie que fon amourluy
avoir fait faire ,lors qu'on avoit
voulu luy perfuader qu'elle ne
pouvoit fouffrir que les gens
d'epée ,& il accompagna tout
cequ'il luy dit pour excuſer
fon deguisement , de tant de
:
120 MERCV RE
د
marques d'une vive paſſion ,
qu'il ne douta point que la faute
dont ildemandoit pardon ,
ne fuſt oubliée ſans peine par
le motif qui l'avoit cauſée.
Il en arriva pourtant tout autrement.
La Belle rougit , demeura
reſveuſe & pria le
Conſeiller de luy donner le
reſte du jour pour demeſler
divers ſentimens , qui ſe
detruifoient les uns les autres
, & qu'elle ne connoiſſoit
pas affez elle-mefme . Ainfi il
fut obligé de la quitter ſans
ſçavoir à quoy devoit aboutir
ſa reſverie. Elle demeura dans
de cruelles agitations. Un
Cavalier devenu homme de
Robe par le pouvoir qu'elle
auroit pris fur ſes volontez ,
luy parut fort different de
celuy que fon propre choix
avoit
GALANT. 121
avoit attaché à cette profeſſion .
Elle ſe repreſenta combien il
devoitluy eſtre honteux qu'on
puſt dire dans le monde que
l'amour ou l'intereſt , & peut-
-eftre tous les deux enſemble ,
- l'auroient obligée à changer de
= ſentimens , aprés l'éloignement
= qu'elle avoit toujours faic
voir pour toutes les perſonnes
de Magiftrature. D'ail-
- leurs , ſon Amant l'avoit
- trompée & il luy ſembla
qu'elle ne pouvoit fans abaifſement
ſe rendre la recom->
penſe de ſa tromperie. Mille
autres choſes luy pafferent
dans l'eſprit. Un homme qui
avoit eu l'adreſſe de ſe déguifer
fi bien , devoit manquer
de fincerité en toutes
choſes ; & elle voyoit à craindre
que ſa paffion eſtant uſée
Fev.1689.
2
F
122 MERCVRE
د
en le
par le mariage , ce qui n'arrive
que trop ordinairement ,
il ne fuſt tout autre qu'il ne
s'eſtoit fait connoiſtre . Le plus
chagrinant de tout , c'eſtoit de
s'être vantée qu'elle luy faiſoit
changer d'inclination
reduiſant à quitter les armes ,
&que ce fuſt elle qui paruſt en
avoir changé pour luy.C'eſtoit
un affront qu'elle voulut s'épargner
, & ces differentes
confiderations, luy en firent
prendrele deſſein ſi fortement ,
que fon Amant luy ayantdemandé
le lendemain ce qu'elle
avoit reſolu , elle ne balança
point à luy répondre
qu'elle feroit toujours gloire
d'eſtre ſon Amie mais
quejamais elle ne ſeroit ſa Femme.
Les raiſons quila portoient
à ce changement , furent enGALANT.
123
ſuite expliquées . Le Conſeiller
crut d'abord qu'elle vouloit
l'éprouver , & il ne pouvoit
comprendre qu'elle euſt ſouhaité
le voir dans l'eſtat où il
eſtoit , & qu'elle puſt luy en
faire un crime. Elle renonçoit
à un Party fort avantageux , &
ne pouvoit ſe mettre au deſſus
d'une formalité ridicule. Ily
avoit en cela beaucoup de caprice
, & quand il vit qu'elle
y perſiſtoit obſtinément malgré
tout l'amour qu'il avoit
pour elle , il fit agir ſa raiſon
pour s'en guerir. Il crut meſme
que celuy eſtoit une eſpece
de bonheur de n'avoir point à
paſſer ſa vie avec une perſonne
capable d'une bizarrerie
auſſi forte que celle qui l'obligeoit
à cette rupture. Il prit
congé d'elle pour s'en retour.
F 2
124
MERCVRE .
ner dans ſa Province , & la laifſadansl'entiere
liberté de faire
tel choix qu'elle voudroit. Il ne
laiſſa pas de ſouffrir beaucoup ,
parce qu'il n'eſt pas aiſe de ſe
défaire d'une forte paſſion .
Heureux celuy qui peut en
ſauver ſon coeur , & qui ne
ſçait point par experience que
lesdouceurs de l'amour ne font
la plufpart qu'imaginaires .
C'eſt là- deſſus qu'on a fait les
Vers que vous allez lire ; ils
ont eſté mis en air par un de
nos plusſçavans Muſiciens.
AIR NOUVEAU.
AMour
tous tes plaiſirs ne
font qu'imaginaires ,
Ne viens point surprendre mon
coeur ,...
Sous tes esperances legeres...
7
ic , pour faire la dema
cette Princefſſe , arriva
25
at
145
e
Is
و
ir
e
n
e
F3
124
ner
fad
tel
laif
par
dé
H
fat
le:
la
C
V
01
n
oeur ,
tes esperanees legeres.
GALANT.
125
- Si tu devenoisſon vainqueur ,
Ilne feroit jamais dans un estat
paisible ,
Tu luy verrois former mille impor
tuns defirs ,
Et tu le trouverois peut- estre plus
Sensible,
Atespeines qu'à tes plaiſirs.
Vous avez ſceu le mariage
du Prince de Toscane , Fils
du Grand Duc de Florence ,
avec la Princeſſe Yoland Beatrix
, Soeur de Mr l'Electeur
de Baviere , & de Madame
-la Dauphine ; il faut vous en
dire les particularitez . Le
Marquis Corſini , Grand Veneur
& Miniſtre d'Estat y
ayant eſté envoyé en qualité
d'Ambaſſadeur Extraordinaire
, pour faire la demande de
cette Princeſſe , arriva le 17 .
F 3
126 MERCVRE
Novembre à Sentilm , éloigné
d'un mille de Munic
où le Comte Kamauſer , Che-
,
valier de la Clef d'or , Conſeiller
d'Estat du Prince Clement
de Baviere , & Commiſſaire
delegué , ſe rendit
le meſme jour avec dix
Caroffes . Ce Comte ayant
avecluy trois Ecuyers de Son
Alteſſe Electorale de Bavieres
, fut receu par l'Ambaſſadeur
au haut du degré. Voicy
dans quel ordre on arriva
a Munic. Les Cerroſſes du
Comte Kamaufer , du Comte
de Praiſi , Grand Maréchal
de Cour , du Comte Fugher,
premier Gentilhomme de la
Chambre ; du Baron Laibefing
, Conſeiller d'eſtat ; du
Preſident de la Chambre , &
du Preſident du Conſeil AuGALANT
. 127
lique , marchoient les premiers
. Ils eſtoient vuides , &
precedoient quatre autres
Carroffes de la Cour. Dans le
premier eſtoient le Maiſtre
de Chambre , le Grand Ecuyer
, & le Majordome de
l'Ambaſſadeur avec un Ecuyer
; dans le ſecond , le
Comte Strozzi , le Chevalier
Alemanni & un autre Écuyers
dans le troiſieme , le Sr Fe
deric Ricci , le Marquis Patrizzi
, Secretaire du Grand
Duc , & un troiſiéme Ecuyer ,
& dans le quatrième , le Marquis
Corfini , Ambaſfadeur ,
& le Comte Kamaufer , qui
ne voulut point ſe mettre à
coſté de luy. Le Carroſſe de
fon Excellence marchoit enfuite
, puis les Pages à cheval
, & après eux tous les gens
1
t
F4
128 MERCVRE
de livrée . Deux autres Car-
د
د
roffes de l'Ambaſſadeur fuivoient
, avec ſa Litiere , onze
Caleches & douze Mulets
chargez de bagage. Eftant
arrivé à la Porte de la Ville ,
il trouva la Milice rangée en
ordre , battant le Tambour
& fut conduit au Palais avec
le meſme Cortege. Les Hallebardiers
eſtoient rangez de
chaque coſté de l'eſcalier , &
d'autres occupoient tous les
Corridors. Les Archers de la
Garde du Corps de Son A. Ε .
eſtoient partagez par toutes
les Salles . L'Ambaſſadeur fut
receu au haut du degré par le
Maréchal de la Cour , & à la
porte de l'Antichambre , par
le premier Gentilhomme de
la Chambre . Mr l'Electeur
eſtoit hors la porte de la ſeGALANT
.
129
conde. Il avança deux pas ,
Pas
& aprés qu'il en eut eſté
ſalüé, il ſe retira à main gauche,
faiſant figne à l'Ambaſſadeur
qu'il euſt à s'avancer ſur la
droite . Il s'en excuſa par une
profonde reverence. Ainfi Mr
l'Electeur paſſa devant , & fon
Excellence le ſuivit , laiſſant
par reſpect un peu d'intervalle
entre eux . Les Chaiſes estoient
égales , miſes en travers fur le
marche- pied . Son Alteſſe fit
couvrir l'Ambaſſadeur , aprés
quoy le Chevalier Montemagni
, & les autres Gentilshommes
qui l'avoient accom
pagné , firent la reverence à
ce Prince. Au fortir de cette
Audience , il fut accompa-
-gné par Mr l'Electeur juſqu'à
la porte del'Antichambre , &&
conduitenſuite par le premier
F
30
MERCURE
Gentilhomme de la Cham
bre , & par le Maréchal de la
, aux mefmes lieux où
ils l'avoient eſté recevoir. De
Cour
là il alla chez Madame l'Eletrice
,& y fut receuavec les
mêmes honneurs. Il la trouva
debout ſous un Dais , au milieu
d'un double rangde Dames
, Elle s'avança trois pas ,
& avant que de parler , elle
l'obligea de ſe couvrir. Enfuite
il viſita le Prince Clement
qui fortit plus loin
hors de la porte de la premiere
Antichambre , que n'avoit
fait S. A. E. Les inſtances
de luy ceder la main furent
reiterćes pluſieurs fois
& l'Ambaſſadeur s'en excufa
avec le meſme respect. Il
acheva ſes viſites par celle
mu'il rendit à la Princeſſe.
ود
1
7
GALANT. 131
Elle obſerva les meſmes démarches
que Madame l'Ele,
trice , & il trouva les Dames
rangées auprés d'elle dans le
meſime ordre . On luy donna
un appartement dans le Palais
, compoſé d'une Salle
d'une Antichambre , & d'une
Chambre d'audience avec un
Dais , ſous lequel eſtoit une
petite table , un tapis de pied,
&deux chaiſes de velours. A
coſté eſtoit une autre chambre
où il coucha Il fut fervy à
tablepar quatre Pages d'honneur
de Mr l'Electeur , & par
les trois Ecuyers qui avoient
accompagné le Comte Kamaufer
, lors qu'il avoit eſté
le recevoir à Sentilm. Son
Excellence ayant eſté invitée
⚫à voir l'eſſay d'un Carrousel ,
ſe rendit à l'appartement de
E6
132 MERCVRE
Mr l'Electeur , qui le mena
d'abord à la Meſſe. Il entra
dans un balcon , où il y avoit
un tapis , avec un carreau , &
un fauteüil en face de l'Autel
, au coin des feneſtres des
Princes qui estoient du coſté
de l'Evangile. Ce Balcon ſe
trouva rempli des Seigneurs
de cette Cour. La Meſſe finie,
on alla au lieu du ſpectacle ,
Mr l'Electeur ayant le Prince
Clement à ſa droite , & l'Ambaſſadeur
à ſa gauche. Aprés
cela on prit le divertiſſement
de la Comedie . La Chaiſe de
fon Excellence eſtoit placée
fur l'eſtrade des Princes , avec
cette feule difference que celles
de Leurs Alteſſes eſtoient
directement tournées vers le
theatre , & celle de l'Ambaffadeur
eſtoit de coſté &
GALANT. 133
1 ceffe
fans bras . Il cut une Audience
particuliere de la Prin-
, en laquelle ſa Dame
d'honneur le vint recevoir à la
porte de la Chambre , & l'accompagna
de meſme en fortant.
Il viſita auſſi le Prince
de Neubourg , & fut receu par
fon Maiſtre de Chambre au
milieu du degré , & par ce
Prince à la porte de la Chambre
qui donnoit fur le degré.
Il ne voulutpoint non plus accepter
la main que cette Alteſſe
s'efforça deluy ceder.
Le 21. les Epouſailles ſe
firent dans la Chapelle qui
eſt au bout de la grande
Salle . Aprés les Chevaliers de
la Cour , marchoit ſon A.Ε.
ayant l'Ambaſſadeur à ſa
droite , & le Prince de Neubourg
à ſa gauche. Madame
1
134 MERCVRE
l'Electrice & la Princeſſe de
Baviere ſuivoient accompagnées
de toutes les Dames
Les Archers eſtoient rangez
par les Corridors , avec des
livrées neuves d'un drap bleu
galonné d'argent Le Prince
Clement ſe trouva à la porte
de la Chapelle en habit de
ceremonie , & donna de l'eau
benite aux Princes & à fon
Excellence. Il avoit avec luy
l'Eveſque ſuffragant dePraiffing
en habits Pontificaux
qui donna trois coups d'encenſoir
à leurs Alteffes , &
deux à l'Ambaſfadeur. Ce Prelat
fitla fonction de la ceremonie
de l'anneau . Du coſté de
l'Evangile leurs Alteſſes Eleetoralesavoient
deux Fauteüils
fur une eſtrade aſſezélevée. La
Princeſſe , ayantle Prince de
GALANT.
135
Neubourg à ſa gauche , eſtoit
vis à vis de l'Autel, &du coſté
de l'Epiſtreon voyoit l'Ambafſadeur
entre la Princeſſe & le
Prince Clement , mais reculé
deux pas en arriere. il avoit
un tapis , & un carrean avec
une chaiſe de velours noir ;
toutes les autres estoient de
velours rouge. On chanta le
Te Deum & la ceremonie
eſtant achevée , la Princeffe
ſe retira dans ſon appartement
, où tous les Princes
Fallerent complimenter , ainſi
que l'Ambaſſadeur. On foupa
dans la mefme Salle où
cette ceremonie avoit eſté
faite. La Princeſſe de Baviere
eut la premiere place , puis
Electeur
د
l'Electrice le
Prince Clement & le Prince
de Neubourg. L'Ambaſſa
136 MERCVRE
1
deur fut preſent à une partie
de ce repas , demeurant toûjours
convert , & fut. traité
enſuite magnifiquement.
Vingt perſonnes des plus
qualifiées prirent place à la
table , & entre autres le premier
Miniſtre & le Maistre
de Chambre de Mr l'Electeur.
Il fut ſervi par un Ecuyer
& par des Pages , & les
Gens de livrée ſervirent les
autres. Il y eut le foir une Serenade
. Le Theatre qu'on avoit
élevé pour cette feſte , eſtoit
dans un petit jardin du Palais
où l'on avoit dreſſe une tente
remplie de feüilles d'or ,
& illuminée d'une infinité de
lambeaux & de divers luftres
de Cristal. Au deſſuseſtoient
deux loges pour cent Muficiens
qui chanterent tout ce qui
,
GALANT. 137
pouvoit convenir au ſujet de
cette Feſte.
Le 23. on eut le plaiſir du
Carrousel. Il commença par
un excellent concert de Mufique.
La Decoration du
Theatre où il fut fait , repreſentoit
le Jardin des Heſperides
. Mr l'Electeur & le
Prince Clement y parurent
enſemble avec beaucoup d'avantage
, le premier montrant
tant d'adreſſe & de bravoure
en l'exercice du dard ,
de la lance , du piſtolet & de
l'épée , qu'il fut aiſé de juger
combien ce Prince eſt redoutable
à ſes Ennemis lors qu'il
eſt en campagne . Il y eut bal
au Palais le foir de cemeſme
jour. Mr l'Electeur l'ouvrit
avec la Princeſſe de Toscane .
Madame l'Electrice danſa
138 MERCVRE
auſſi , mais fort peu à cauſe de
ſa groſſeſſe .
,
Le 24 fon Alteſſe Electorale
donna à diſner à l'Ambaſſadeur
. Le Prince de Neubourg
& cinq Chevaliers
de la Cour furent du repas.
Son Excellence y eut la quatriéme
place , & une chaiſe
pareille à celles de Leurs Alteffes
; celles des autres n'a
voient point de bras . Il y eut
le foir un nouveau concert
& aprés ſouper des feux d'artifices
. Le 25. au matin , l'Am.
baffadeur prit l'audience de
congé , & annonça le depart
pour le lendemain. Le peuple
accourut pour voir partir la
Princeſſe , qui en fortant de
la porte de la Ville fut faluée
d'une décharge de tout le
Canon . Elle estoit dans le
2
GALANT.
139
-
Carroffe de Madame l'Eletrice.
Leur ſeparation qui ſe
- fit à un mille de Manic , fut
accompagnée de larmes. Le
- 27. on pourſuivit le voyage
avec un grand nombre de
Carroffes , & le 28. au foir on
arriva à Mittevald ſur les confins
de la Baviere. Mr l'Ele-
- cteur s'y eſtoit rendu à cheval
, avant l'arrivée de la
- Princeffe , & ce fut là que
l'Ambaſſadeur preſenta à Son
Alteffe Electorale le Marquis
Ferdinand Capponi , premier
Gentilhomme de la
Chambre , le Marquis Ferdinand-
Alexandre de Gondy ,
Cop piere ou Grand Echanſon ,
le Marquis Hippolite Antoine
Bagnefi Grand Equier
Tranchant , & aprés eux les
Pages deſtinez pour ſervir la
,
د
140
MERCV RE
Princeſſe de Toſcane. Si toſt
qu'elle fut arrivé à Mittevald
ſon Excellence luy preſenta
la Marquiſe Bichi , ſa
premiere Dame d'honneur , &
pluſieurs autres Dames , qu'elle
receut avec de tres - grandes
marques de bonté. Le 29. au
matın . Mr. l'Electeur ſe ſepara
de cette Princeſſe , aprés un
adieu fort tendre , & retourna
àMunic. Elle paſſa le meſme
jour devant la Fortereſſe de la
Chiuſa , qui appartient àl'Empereur
,& fut ſaluée d'une décharge
de vingt quatre pieces
de Canon . Un peu plus
toin , elle receut une Lettre
de l'Empereur , qui envoya
la complimenter. Elle coucha
le foir à Sefelt , & le lendemain
eſtant à un demy mille
d'Inſpruch , elle apperceut la
GALANT. 141
:
Reine Doüairiere de Pologne
, qui venoit à ſa rencontre
, ſuivie de douze Carroſſes ,
& accompagnée d'un grand
nombre de Soldats. Sa Majeſté
ayant mis pied à terre ,
- embraſſa la Princeſſe , & l'obligea
de monter dans ſon
Carroſſe , où la Reine prit la
premiere place. La Princeſſe
ſe mit auprés d'elle dans le
fond , & lors qu'elles entrerent
↓ dans la Ville , le Canon commença
à tirer avec quantité
de Boëtes . La Milice eſtoit
rangée en haye ſous les armes
juſques au Palais ; où les
Gardes & Trabans les accompagnerent.
Elles furent ſaluées
en y entrant d'une décharge
de Mouſqueterie. La Princeſſe
trouva l'appartement qu'on
luy avoit préparé remply de
10
1
142 MERCVRE
Nobleffe , & la Reine la quitta
un quart d'heure aprés l'y
avoir conduite. Elle receut
un compliment de la part
du Prince Charles de Lorraine
, qui quoy qu'il fuſt en
convalefcence , ne pouvoit
encore quitter le lit. La Princeſſe
luy envoya faire compliment
aprés , par le Marquis
Ferdinand Gondi. Les
deux petits Princes aiſnez
vinrent enſuite la ſaluër , &
refuſerent les chaiſes qui leur
furent preſentées. Le complimentleur
fut rendu en fon
nom par le Marquis Patrizzi
qui alla les viſiter de ſa part.
Peu de temps aprés elle ſe
rendit chez la Reine , qui la
recent à la porte de ſon antichambre
, eftant environnée
d'un fort grand nombre de
GALANT.
143
Dames chargées de pierreries .
Elles difnerent ſeules , & furent
ſervies par les Dames de
la Cour. l'Ambaſſadeur alla
incognito rendre viſite au Prince
Charles de Lorraine , qui
le fit aſſeoir dans un fauteuil ,
& lay témoigna beaucoup
de joye du mariage du Prince
de Toscane avec la Princeſſe
de Baviere. Le premier jour
de Decembre, la Reine Doüairiere
de Pologne & cette
Princeſſe demeurerent au
Palais , où il y eut Bal aprés
ſoupé . La Princeſſe danſa avec
les deux petits Princes ,& le
ſoupé fut fervy enſuite dans
l'appartement de la Reine. Le
lendemain elle monta dans le
Carroſſe de Sa Majeſté , qui la
conduifit à un mille de la Ville ..
CeCarroſſe eſtoit precedé de
,
144
MERCVRE
,
ſeize autres remplis de Seigneurs
& de Dames de la Cour.
La Milice eſtoit rangée de la
meſme forte qu'au jour de
l'entrée de la princeſſe. On
tira encore tout le Canon de
la Ville ,& lors que la Reine
l'eut quittée au commencement
de la Montagne elle
entra en Litiere , & continua
ſa route à Motter , puis à
Sterzing. Le 6. elle arriva à
Bolzano , dont le Gouverneur
vint la recevoir à un mille
avec trois Carroſſes remplisde
Seigneurs ,& quantité de Milice
qui environna la Litiere , &
la conduiſit juſqu'au lieu où
elle devoit loger. Elle y fut recenë
au bruit d'une décharge
de Boëtes. Le mauvais temps
l'obligea de s'y arrêter le 7 .
Elle ſe fit apporter quantité
de
GALANT .
145
- de choſes de la Foire qui ſe
tenoit ce jour là , & fit des
- preſens à la Marquiſe Bichi ,
: & aux autres Dames , qui
■ luy avoient eſté envoyées par
= le Grand Duc , de ce qui pouvoit
leur eſtre propre. Le 8 .
- jour de la Conception , elle
fit ſes devotions dans la Chapelle
du Palais , & partit l'apréſdînée
. Le Gourverneur qui
la fit ſalüer en ſortant d'une
pareille decharge de Moufqueterie
& de Boëtes , l'ayant
accompagnée juſqu'à deux
milles de là , luy laiſſa continuer
ſon voyage. Le 10. elle
arriva à Trente , & fut auffitoſt
complimentée de la part
de l'Eveſque du lieu , qui luy
envoya un regale de quarante
baſſins de toutes fortes de rafraiſchiſſemens
. Le 11. au foir
Février 1689 .
G
146
MERCVRE
Le
en paſſant devant une Fortereſſe
qu'on appelle Beſeno, elle
fut faluée de pluſieurs coups
de Canon & receut les mêmes
honneurs en entrant à Rovereto
, où elle fut logée au
Palais de l'Empereur .
Comte Kinighil , Commiffaire
de Sa Majesté Imperiale ,
& le Dépoſitaire Imperial , la
complimenterent à Borghetto,&
Elle trouva fur toute
la route un tres grand con.
cours de Peuple . Le Marquis
Carlotti la regala ſplendidement
à Caprino ,& à un mille
hors de Verone , cette Princeſſe
rencontra la Marquiſe
Canoffa , la Comteſſe Monti ,
la Comteffe Verita avec ſa
Fille qui venoient la ſalüer ,
ſuivies de pluſieurs autres
Carroſſes remplis de Sei
GALANT .
147
- gneurs , parmy leſquels eſtort
le Marquis Allegri , envoyé
par la Republique pour luy
faire compliment. Elle trouva
les Milices des Gardes
ſous les armes à la porte de
la Ville , & une foule de
Peuple dans toutes les ruës.
- Le Palais du Marquis Carlotti
, où elle alla deſcendre ,
eſtoit plein de Dames qui
l'attendoient magnifiquement
parées . Les Recteurs
envoyerent à ce Marquis un
regale de rafraichiſſemens
pour cette Princeſſe , qui fit
des liberalitez au Maistre
d'Hoſtel qui l'accompagna .
& à ceux qui l'apporterent.
Le Duc de Modene luy dépeſchale
Marquis Gherardini
pour l'inviter à paſſer dans
ſes Etats , dequoy elle s'ex-
Gz
:
148
MERCVRE
,
cuſa avec beaucoup de civi
lité. Il y eut Comedie le ſoir
& le 16. le Marquis Carlotti
luy donna le Bal qui fut ou
vert par un concert de Mufique.
La Princeſſe qui eſtoit
incognito , ne volut point y
danſer , & ſe tint ſous la
porte de la premiere Antichambre
avec le Prince Clement
fon Frere , qui l'avoit
toûjours accompagnéejufque
la.Ils ſe ſeparerent le
lendemain avec de grandes
démonstrations de douleur
&de tendreſſe . Eſtant arrivée
à Oſtilia , elle y fut logée
dans une maiſon magnifiquement
meublée que luy avoit
fait preparer le Duc de Mantoue.
Ce Prince vint la viſiter
en poſte le 19. Le Marquis
Ferdinand Capponi , &
d'autres Seigneurs le receu
GALANT. 149
rent lors qu'il defcendit de
cheval , &le Marquis Corfini
, Ambaſſadeurs , qui l'artendoit
au haut du degré , le,
conduifit à la chambre de
la Princeſſe , avec laquelle il
demeura un demy- quart
d'heure , l'un &l'autre eftant,
affis . Elle logea à la Mirandole
chez le Comte Boretti ,
& fut invitée à un Bal où
elle alla incognito& maſquée ,
ſuivie de la Marquiſe Bichi
& d'autres Dames . Elle ne
vit ny le Duc ny la Ducheffe
de la Mirandole , parce qu'ils
eſtoient indiſpoſez mais trois
de leurs Fils ſe trouverent à
ce Bal où s'eſtant placez
ſans aucun ordre , ils s'approcherent
d'une maniere libre
& dégagée du lieu où eſtoit
cette Princeſſe , & luy firent
د
G3
1
150 MERCVRE
,
compliment. La choſe ſe paſſa
comme en l'autre Bal , & elle
n'y danſa point. A trois milles
de Buon-porto le Comte
Negrelli vint au devant d'elle
avec trois Carroſſes à fix
chevaux Le Duede Modene
qui l'avoit envoyé , vint la
vifiter luy meſme à Buonporto
, où elle logea au Palais
du Marquis Rangoni . Le
22. elle prit la route de Bologne
, &elle en eſtoit à deux
milles , lors qu'elle rencontra
le Prince Ican Gaſton de
Toscane , ſecond Fils du
Grand Duc , qui deſcendit
de Carroſſe pour luy faire
compliment. Aprés qu'ils ſe
furent tirez d'un paſsage dangereux
où il luy donna la
main il s'avança pour ſe
trouver à la porte du Palais
1
GALANT.١٩٢
du Comte Ranuzzi , où quantité
de Seigneurs & de Dames
attendoient cette Princeffe.
Le 23. elle recent les preſens
du Grand Duc , qui conſiſ
toient en un fort grand nom.
bre de pierreries. Le matin le
Cardinal Legat luy envoya
faire compliment , qu'elle luy
fit rendre par le Marquis Federic
Ricci . Cette Eminence
luy envoyaauſſi un fort beau
regale de toutes fortes de rafraichiſſemens
. L'apréſdinée ,
on luy donna ledivertiſſement:
d'un Tournoy. Il y avoit fix
Quadrilles . Le Chef de chacune
eſtoit aſſiſté de deux
Parrains , & de quatre Chevaliers
. Deux Meſtres de Camp
avoient l'oeil à tout. Chaque
Quadrille ſe promena ſeule
une fois l'une aprés l'autre le
G4
152 MERCVRE
long de la Galerie. Elle eſtoit
precedée de Pages à cheval
avec des lances , & fuivie de
quantité de gens de livrée , ce
qui faisoit un trés bel effet.
Elles ſe diviſerent enfuite , &
chacundes fix Chevalierscourut
cinq fois.la Cariere eſtant
finie , il's firent tous le tout du
Theatre , & s'arreſterent devant
la Loge où eſtoient la
Princeffe de Toscane &vle
Prince lean Gaston , les fix
Chevaliers au milieu . La di
verfité des habits tres- riches
&des livrées qui ſe mélerent
enſemble, jointe à la fierté des
Chevaliers dont les fix Quadrilles
estoient compoſées , formoit
un tres - beau ſpectacle.
Le foir il y eut Bal,& les principales
Dames s'y trouverent
richement parées , & veſtuës
GALANT.
153
à la Françoiſe. Leurs Alteſſes
danſerent une fois enſemble ,
&la Princeffe danſa deux fois
avec d'autres. Toutes les Dames
ſe tinrent debout par refpect
chaque fois qu'elle danſa
Le 24. au foir, elle alla aux Iefuites
, où ſe recitoit un Dialogue
ſur le miſtere de la Nativité
,& ce fut là qu'elle vit le
Cardinal Legat qui luy fit compliment
, ainſi qu'au Prince
Iean Gaston . Le 26. elle coucha
à Loiano,& le 27.à Firenzvola
, où toute la Milice la réceut
ſousles armes avec des
ſalves reïterées. Le Marquis
Riccardi , grand Ecuyer du
Grand Duc vint en ce lieu là
pour luy faire compliment au
nom du Prince ſon Maiſtre ,
de la Grand Duchefſe Vittoria,
&du Prince fon Epoux , que
G
154
MERCVRE
quelques accés de fiévre avoient
empeſché de venir incognito
à Bologne , comme il
l'avoit reſolu . Un peu aprés le
Marquis Alexandre Capponi ,
grand Majordome du Cardinal
de Medicis , vint luy faire
de ſa part de ſemblables
complimens. Cette princeffe
eſtant partie le 28. au matin
pour ſe rendre à Florence
trouva au haut de la Montagne
del Giogo une Compagnie de
trois cens Carabins qui firent
pluſieurs décharges pour la
falüer. Ils l'accompagnerent
juſqu'à Scarperie, oùtoutes les
Milices eſtoient rangées dans
la grande Place , & dans les
ruës oùelle devoitpaffer.Ainfi
ce ne furentque falves detoutes
parts -De là elle vint coucher
à San Piero. Lors qu'elle
GALANT.
155
fut àla venë du pont qui eſt
ſur la Riviere de Sieve, la Citadelle
baſtie ſur une Colline
ſous laquelle eſt San Piero , fit
une décharge de tout ſon Canon
,&de quantité de Boëtes .
Le 29. le prince de Toſcane
ariva au meſmelieu,& il diſna
avecla princeſse , apres quoy
ce prince partitpour l'aller attendre
en ſa belle maiſon de
pratolino , où le Grand Duc
&le prince Cardinal eſtoient
déja arrivez . La princeſſe s'y
rendit un peu avant le Soleil
couché , & le Grand Duc
l'ayant receuë àla deſcente du
Carroffe , la conduifit à l'appartementqui
luy eſtoit pre--
paré. Il retourna le ſoir à Florence
, & le prince Cardinal
demeura à pratolino . Cette
G6
156 MERCURE
Eminence en partitdés le lendemain
un peu avantelle,ainſi
que le prince de Toscane ,
le prince Jean Galton , & la
Princeſſe eſtant arrivée à Florence
incognito , trouva en deſfcendant
de Carroſſe à une pors
te d'un petit degré du Palais,le
Grand Duc , la princeſſe ſa
Fille , & les trois princes ſes
Fils , qui la conduifirent en
fon Appartement , à l'entrée
duquel elle fut receuë par la
Grand Ducheffe Vittoria , que
fon grand âge avoitempefchée
de deſcendre au bas du degré.
L'Appartement eſtoit richement
meublé , & illuminé par
tout , & il ſe trouva remply de
toute la Cour,& de partie de la
Nobleffe . Le 31.ſe paſſa en vifites
reciproques , & à dépe
cher un Courrier à Munich ,2
4
)
GALAN T. 157
pour y porter la nouvelle de
fon heureufe arrivées ,
Lejour de ſon Entrée publique
à Florence ayant eſté arreſté
au 9 de lanvier & toutes
choſes s'étant trouvées proſtes
pour cela; la Princeffe paſſa par
la porte à Pinti , & ayant fair
le tour d'une Eglife , appellée
la Madonna della Toffa , elle
arriva au Pont rouge , d'où
elle ſe rendit au lieu où elle
devoit eſtre couronnée . On
y avoit dreſſé un Autel richement
orné avec fix flambeaux
d'or. Elle ſe mit à
genoux devant cet Autel , &
le Grand Duc luy mit la
Couronne fur la teſte ; elle
luy avoit eſté prefentée par
un Prelat dans un baffin d'or..
Enfaite l'Archeveſque de Siene
y mit la main , & finit la
fonction par quelques prieres
8. MERCVRE
د
Cette ceremonie eſtant achevée
, on vit commencer la
Cavalcade . Quatre Commandeurs
à cheval marchoient à
la teſte ; puis on voyoit l'Etendard
& les fix grands
Flambeaux d'argent de la
Cathedrale avec l'Etendard.
de l'Abbaye , dont tous les
Religieux ſuivoient. Ils precedoient
le Clergé des Paroiſſes
& des Egliſes Collegiales
. Celuy de la Cathedrale
marchoit le dernier avec
les huit Chantres ordinaires ,
ayant leurs maſſes d'argent
& reveſtus de Chaſubles.
Aprés cux venoit la Cavalerie
, ſeparée en huit Compagnies
, chacuned'une couleur
differente . Huit Trompettes
la precedoient avec trois Sergens
Generaux , & trois de
GALANT.
199
S
ن
ſes principaux Officiers , qui
avoient tous une belle ſuite
de livrée . Les Cuiraffiers alloient
quatre à quatre , &
chaque Compagnie avoit
deux Trompettes avec fon
Capitaine à la teſte. On voyoic
enfuite douze Trompettes
ayant les livrées du Prince
de Toſcane &deux cens
Chevaliers habillez ſuperbement
, & tres bien montez
Leur ſuite eſtoit des plus éclatantes.
Les Marquis Corfi &
Salviati eſtoient les Meſtres
de Camp. Sur la fin de laCa..
valcade parurent douze Maffiers
à cheval , avec leurs
maſſes d'argent , & des habits
de velours cramoiſi . Six Commandeurs
eſtoient auſſi à
cheval ayant un manteau
violet , & une baguette à la
160 MERCV RE
main . Immediatement aprés
eux venoient les chanoines
de la Cathedrale ſur des mules
qui avoient des houſſes
noires . Ils eſtoient veſtus de
leurs habits ordinaires , avec
le chapeau de Protonotaire
Apoftolique fur la Calote , &
precedoient vingt Prelats pareillement
montez ſur des
mules , & avec des Surplis ,
le petit manteau , & leurs
chapeaux comme de coutume.
LaCavalcade des Evêques
ayant paſſé , on vit venir les
Gardes du Prince de Toſcane,
& un peu aprés le Prince
Iean Gaſton à cheval en habit
de campagne , & accompagné
de deux Ecuyers avec
des Pages , & autres gens de
livrée. Enfuite parut le Princede
Toſcane auifi à cheval »
GALANT. 161
4
& avec deux Ecuyers. Il eftoit
en habit de Ville , environné
d'un tres -grand nombre
de Pages . Sa livrée eſtoit
à la Françoiſe. A quelque diſtance
ſuivoit la Princeffe de
Toſcane , ayant la Couroune
en teſte . Son habit eſtoit de
toile d'argent brodée d'or ,
avec le manteau ſemblable
Elle estoit dans une maniere
de Litiere découverte , portée
par deux males.blanches .
Trente- deux jeunes Gentilshommes
magnifiquement veſtus
, & tous de meſme parure
,portoient le Dais tour à
tour , huit à la fois . On y avoit
attaché quatre cordons fur
les coins. Le Marquis Corfini
, Ambaſfadeur , &le Chevalier
Piere: Capponi , Maitre
de Chambre de la Prin
162 MERCVRE
ceſſe , marchoient à coſté du
Dais , & derriere eſtoient les
principaux du Senat , montés
fur de beaux chevaux. Ils
marchoient devant le Carroſſe
de la Princeſſe , d'une
richeſſe extraordinaire , dans
lequel eſtoir la Marquiſe Bichi
ſa Dame d'honneur.
Aprés celuy là paroiffoit celuy
des Dames , puis deux
autres Carroffes de cette même
Princeſſe , & un fort grand
nombre de ceux de la Cour ,
Elle arriva dans cet ordre à la
Cathedrale , où l'Archevef.
que de Florence en habits
pontificaux , la receut à la
porte de l'Eglife Elle fut
conduiteau Choeur , & lors
que chacun eut pris ſa place ,
ce Prelat entonna le Te Deum
On retourna de là au Palais
,
GALANT. 163
dans le meſme ordre de Cavalcade,
tant pour la Cavalerie
que pour les Prelats & les
Chanoines . Le Grand Duc
qui l'atendoit , luy donna la
main , & la conduifit juſqu'en
ſon appartement. Lors qu'elle
entra au Palais , les deux Fortereffes
tirerent tout leur Canon.
Le 10. elle alla vifiter
l'Eglife de l'Annonciade' , &
ſe laiſſa voir au Peuple dans
la place de Sainte Croix. Le
ſoirde ce meſme jour l'on fit
des Illuminations par toute
la Ville , & il y eut des Feux
de joye au Palais pendant
trois jours .
l'ay à vous apprendre la
mort de pluſieurs perſonnes
conſiderables , que nous avons
perduës ces deux derpiers
mois. En voicy les 1
4
164 MERCVRE
noms & les qualitez .
Charles , ſecond , du Nom ,
Duc de la Vieuville , Cheva- )
lier. des Ordres du Roy. Il
eſtoit Commandant au haut
& pas Poitou , Laudunois &
Chaſtelraudois , & auſſi des
Ville & Chaſteau de Fontenay
le Comte , & a ſignalé
ſon courage & rendu des preuves
de ſa valeur en diverſes.
occaſions, ayant été Meſtre de
Camp du Regiment de Picar
die , Lieutenant general en
Champagne , & Marechal des
Camps & armées du Roy . Il a
eſté Chevalierd'honneur dela
Reine , & choiſi pour eſtre
Gouverneur de Monfieur le
Duc de Chartres. Il avoit épouſeFrançoiſe-
Marie de Vienne
de Chaſteauvieux , Fille unique
de feu René de Vienne de
:
GALANT. 1
165
Chaſteauvieux , dont il a eu
pluſieurs enfans . L'aiſné eſt
René- François , Marquis de
la Vieuville Chevalier d'honneur
de la Reine en ſurvivancede
Monfieur ſon pere Gouverneur
de Poitou , cydevant
Colonel du Regiment de Navarre
; le ſecond , Charles .
Emanuel de la Vieuville Comte
de Vienne,Mestre de Camp
du Regimentde Cavalerie du
Roy, qui s'eſt mariéen la Maifon
de Mittes de Chevrieres
de faint Chaumont; le troifiéme
François Marie de la
Vieuville , Abbé de Savigny
, & de Saint Maurice , &
lequatrième , le Chevalier
de la Vieuville . Il y a
cutrois Filles Religieuſes en
l'Abbaye de Noftre-Dame de
Meaux,où l'ainée eſt Abbeſſe .
166 MERCVRE
د
Le pere de Monfieur le Duc
de la Vieuville eſtoit Charles ,
premier du nom Duc de la
Vieuville , Baron de Rugle ,
Chevalier des Ordres du Roy ,
Capitaine desGardes du Corps
Grand Fauconnier de France,
Sur- Intendantdes Finances ,&
Lieutenan Generalen Champagne
, & Rhetelois , qui a eu
cing Enfans de Marie Bouhier
, Damde Beaumarchais ,
ſçavoir Charles Duc de la
Vieuville qui vient de mourir
, Charles François de la
Vieuville Eveſque de Renne;
le Chevalier de la Vieuville
mort au Siege d'Eſtampes
, & deux Filles , dont l'une
eſtoit Abbeſſe de Noſtre - Dame
de Meaux , l'autre épouſa
Monfieur leDuc de Bour nonville,
Gouverneur de Paris ,
GALANT.. 167
& Chevalierd'honneur de la
Reine. L'Ayeul de ce meſme
Duc de la Vieuville , fut Robert,
Marquis de la Vieuville,
Baron de Rugle , Vicomte de
Farbus , Chevalier des Ordres
du Roy , Grand Fauconier de
France, Gouverneur de Me
zieres & Lieutenant General
du Païs de Rethelois. Il eut
deux femmes ,& de la premiere
qui estoit Guillemettede Boffut
, nâquit Henriette de la
Vieuville qui épouſa le Seigde
S. Lambertde la Maiſon de
Ioyeuſe . Et de la ſeconde Femme
qui estoit laqueline d'O ,
de l'ancienne maison d'O de
Normandie , nâquit Charles
premier Ducde la Vieuville.
Le Bifaïeul de celuy dont je
vous apprens la mort , eſtoit
Pierre de la Vieuville , Sei
168 MERCURE
-
gneur de Farbus & de Royaucourt
, Chevalier de l'Ordre
du Roy & Gouverneur de
Mezieres Cette Maiſon de la
Vieuville eſt originaire des
Pais bas , dont les aiſnez ſont
Seigneurs de Steenvvood.
Elle porte écartelé au 1. & 4.
facé d'or & d'azur de huit pieces
àtrois annelets degucules brochants
fur la premiere &ſeconde face qui
est la Vicuville. Au 2.& 3. dbermines
au chef endenté de gueules
qui est d'O ; ſur le tout d'argent à
Septfeüilles de houx d'azur. 13. 3 .
& 1. qui est Coskier.
Dame Marie de Bordeaux
Fille de Meſſire Guillaume de
Bordeaux , Intendant des Finances
, & Veuvede Meſſire
Jacques Sanguin , Seigneur de
Livry,premier Maiſtre d'Hôtel
du Roy . La facilité de ſon
humeur
GALANT. 169
4
humeur & fa generofité naturelle
luy avoient acquis un
fort grand nombre d'Amis de .
l'un & de l'autre Sexe , à la
Cour & à la Ville , qu'elle a
ſceu conferver juſqu'à ſa mort
Son Fils eſt Loüis Sanguin.
Marquis de Livry , Capitaine
des Chaſſes de la Forest de
Livry&Bondy , premier Maiſtre
d'Hôtel du Roy , & Meſtre
de Camp d'un Regiment
-de Cavalerie , qui a epoufé
Marie Antoinette de Buau-
- villiersenbrille de feu M. le
Duc de Saint Aignan. Cette
Famille des Sanguin a donné
depuis le Regne de Loüis XII.
pluſieurs Prefidens aux Enqueſtes
, Conſeillers au Parlement
& à la Cour des Aydes de
Paris , Prevoſt des Marchands,
comme auſſi divers Eveſques
deSenlis .
Fo.108
F
H
170 MERCVRE
Dame Marie de Modene ,
Femme d'Emanuel , Marquis
d'Alegre. Je vous ay déja parlé
pluſieurs fois de l'antiquité
de cette Maiſon ...
Demoiſelle Claude - Fran-
•çoiſe Phelypeaux , Fille d'An.
toine Phelypeaux , Seigneur
du Verger , Intendant de Juſtice
en Bourbonnois , & auparavant
Conſeiller au Parlement
. Son Ayeul eſtoit Remond
Phelypeaux , Seigneur
d'Herbault , la Vrilliere & du
Verger, Tréſorierdes Parties
Cafuelles, puis: Tréſorier de
l'Epargne , & enſuite Secretaire
d'Etat ; & fon Ayeule ,
ClaudeGobelin, Fille de Baltazar
Gobelin , Tréſorier de
l'Epargne , puis Preſident en
la Chambre des Comptes de
Paris ,& d'Anne de Raconis,
d'une ancienne Famille de Sa
GALANT.
171
voye , alliée à celle de Lingendes.
Elle avoit pour Oncles
Baltazar Phelipeaux, Seigneur
d'Herbault, Conſeiller au Parlement
, Tréſorier de l'Epargne
, puis Conſeiller d'Etat,&
Loüis Phelypeaux de la Vrilliere
, Secretaire d'Etat , Prevoſt&
Grand Maiſtre des Ceremonies
des Ordres du Roy ,
donteſt venu Monfieur de la
Vrilliere de Chateauneuf,Secretaire
d'Etat & des Ordres
de SalMajesté ; Michel Phely.
peaux de la Vrilliere , Archeveſque
& Patriarche de Bourges
,& Primat des Aquitaines,
& Madame la Comteſſe de
Tonai - charante. Les Tantes
de feu Mademoiselle phelypeaux
du Verger, furent Anne
phelypeaux , Femme d'Henry
du Buade , Comte de palluau
H2
172
MERCVRE
Frontenac ,
Gouverneur de
Saint Germain en Laye , premier
maître d'Hôtel du Roy ;
Marie phelypeaux , Femme
d'Henry de Neuville , Comte
de Bury ; Claude phelypeaux ,
remme de lacques du Bled ,
Marquis d'Uxelles & Yſabelle
phelypeaux , Femmede Loüis
deCrevant , Marquis de Humieres
. Son grand Oncle fut
paul phelypeaux , Seigneur
de pontchartrain , Secretaire
d'Etat , qui eut un Fils & trois
Filles d'Anne Beauharnois de
Miramion . Le Fils fut Loüis
phelypeaux de pontchartrain ,
prefident en la Chambre des
Comptes , qui de Dame Sufanne
Talon , Fille de Monfieur
Talon , Avocat General
au parlement de Paris , a eu
Loüis Phelypeaux de Ponchartrain
, Premier Preſident an
GALANT.
173
-1
Parlement de Bretagne , puis
Intendant des Finances , dont
les grands emplois prouventle
merite . Les Filles ont eſté mariées
dans les Familles de Bignon
. Habert de Montmor
Mangot de Villarceau , de Hodic,&
autres fort confiderables .
Henry de Bullion , Seigneur
de Fontenay , Courcy & Bouzonville
, Conſeiller en la
Grand Chambre du Parlement
de Paris , où il fut recen en
1647. Il avoit épousé la ſoeur
de Meſſire Charles de Vaſſan ,
Preſident en la Chambre des
Comptes , & auparavant Conſeiller
au Parlement de Paris .
Leur Fils eſt Iean - Loüis de
Bullion , receu en 1681. Conſeiller
en la Cour des Aydes .
Cette famille qui eſt originaire
de la Ville de Maſcon , a donné
H 3
174
MERCVRE
Ican de Bullion , Maiſtre des
,
Requeſtes , qui épouſa Charlote
de la Moignon , ſoeur de
Chreſtien de la Moignon
Seigneur de Baſville , Prefidentau
Mortier au Parlement
de Paris , & Tante de Guillaume
de la Moignon premier
Preſident dans ce meſime
Parlement. De ce mariage nâquit
Claude de Bullion Seigneur
de Bonnelles , Chancelier
des Ordres du Roy , Prefident
au Mortier du Parlement
de Paris , Sur- intendant des
Finances de France , employé
en pluſieurs Negociations d'E
tat , & Ambaſſades par le Roy
Louis le Juſte. Il épouſa Angelique
Favre Niece de
,
Nicolas Brulart , Seigneur de
Sillery , Chancelier de France,
dont il cut quatre Fils & une
GALANT.
175
د
Fille , ſçavoir Noël de Bullion
Marquis de Bonnelles , qui à
épousé Charlotte de Prie , fille
du Marquis de Tourcy , allié à
laMaiſon'de Saint Gelais de
Luzignan ; François de Bullion ,
Seigneur de Mont- Loüet
premier Ecuyer de la
Grande Ecurie du Roy ;
Pierre de Bullion , Abbé de
Saint Pharon de Meaux ,
Claude de Bullion , Seigneur
de Long cheſne , & Marie de
Bullion, Femme de Pompone
de Beliévre , Ambaſſadeur en
Angleterre , Preſident au
Mortier au Parlement de Paris
, puis premier Preſident au
mefme parlement , qui eſtoir
petit fils de Pompone de Be
lievre , Chancelier de France.
De cette ramillie eſt Charles-
Denis de Bullion , Marquis
de Gallardon & de Bonnelles,
H4
176
MERCVRE
à preſent prevoſt de paris . De
Bullion porte d'azur au Lion
d'or , iſſant de trois ondes d'ar.
gent écartelé d'argent à la bande
de gueules , accompagné de fix
coquilles de mesme.
François Fraguier , Sei
gneur de Long- perier & de
Quincy , Doyen des Conſeillers
Clercs du parlement de
paris . Il eſt mort âgé de quatre-
vingt-trois ans , & avoit
eſté receu Conſeiller en 1641 .
Son Fils eſt Nicolas Fraguier
receu Conſeiller au Parlement
de paris en la premiere
Chambre des Enquestes le
31. lanvier 1676. Sa Fille a
épousé Henry Feideau , Seigneur
de Calende , preſident
en la quatriéme Chambre du
parlement de paris , & cydevant
Conſeiller au Grand
Confeil.
2
GALANT. 177
د
Iean -Baptiste Ravot , Seigneur
d'Ombreval , premier
Avocat General du Roy en
la Cour des Aydes à paris .
Il eſtoit Fils de feu Mr
Ravot , Seigneur d'Ombreval
premier preſident au
parlement de Metz , & auparavant
Avocat General en la
Cour des Aydes de paris .
L'un & l'autre a fait paroiſtre
la force de ſon genie & fa
grande capacité en l'exercice
de ces Charges pour le ſervice
deRoy.
Charles Bailly , Seigneur
de Saint Mars , Maistre des
Comptes à paris , où il fut
receu en 1655. Tout ceux de
cette Famille ont toujours
fervi nos Rois avec autant
de fidelité que de zele. Son
pere Charles Bailly , étoit auffi
H5
148 MERCURE
,
د
Maiſtre des Comptes à paris
Son Ayeul Charles Bailly
fur prefident en la mefme
Chambre des Comptes . Son
Biſayeul aprés avoir fait paroiſtre
ſa capacité en la fonction
d'Avocat y fut auſſi re.
seu preſident. Mr Bailly de
Saint Mars qui vient de mourir
a eu plufieurs Freres &
Soeurs ſçavoir Guillaume
Bailly , Confeiller d'honneur
au grand Confeil , où il a eſté
Avocat General; Thomas Bailly
, Maistre des Comptes à Pa
ris , où il fut receu en 1649 ;
Alexandre - Paul Bailly d'Avrilly,
Gentilhomme ordinaire
de Monfieur , Frere du Roy
Monfieur l'Abbé Bailly employé
aux Miſſions Etrangeres,
Monfieur Bailly , Capitaine ;
Madame Lallemand, veuve du
4
ز
GALANT.
179
1
Conſeiller au Parlementde Paris
,dont la Fille a épousé Mr de
Leſſeville, Prefident en la Cinquiéme
des Enqueſtes, & Madame
Bitaut , qui avoit épousé
Feu Mr Bitault , Conſeiller au
Grand Confeil , dont eſt venu
Mr Bitault , auſſi Conſeiller au
Grand Confeil.
Edmond de Fieux , Marquis
de Muis , Bonnemare & autres
lieux , Maiſtre des Requeſtes.
Feu Mr l'Eveſque& Comte de
Toul eſtoit fon Frere...
Jean- Baptiste le Boulanger ,
auffi Maiſtre des Requeſtes .
Pierre Cherré , Seigneur de
Lorreau , cy - devant Maiſtre
des Comptes à Paris. Il eſtoit
pere d'Estienne . Joſeph Cherré
, Seigneur de Lorreau , receu
Maistre des Comptes à Paris
en 1661. & Frere d'Ilac
H 6
180 MERCVRE
Cherré , Seigneur de la Houſ
ſaye , auſſi Maiſtre des Comptes
à Paris , receu en 1652 ..
Dame Anne Larcher , Femme
de Meſſire Jacques Pollart
Seigneur de Villequoy - les
Bois , S. Martin, Villarſault &
Chavenay , Conſeiller en la
premiere Chambre des Enqueſtes
.
Dame Suſane le Piccart ,
Femme de Meſſire Charles le
Cointe , Seigneur de Barentin
& du Meſnil les Selliés,Grand-
Maiſtre , general Reformateurdes
Eaux & Foreſts au dépar
tementde Normandie ..
Dame Marie Boyetet ,Femme
de Meſſire Nicolas pichon
Maiſtre des Comptes.
Amador de : Gombault
Gentilhomme ordinaire de la
Maiſon du Roy , & Envoyé
GALANT. 181
Extraordinaire en Italie , où il
a negocié pluſieurs affaires
pour le ſervice de Sa Majesté.
Antoine de Courſon , Seigneur
deCaillavel,Gouverneur
de la Ville de Dax,& Capitaine
au Regiment des Gardes du
Roy..
"
Mr l'Abbé de Fieubet , Fils
d'Annede rieubet de- Launac,
Maistre des Requeſtes & Neveu
de Gaſpart de Fieubet
Conſeiller d'Estat ordinaire
Chancelier de la Reine ., Cette
Famille adonné des premiers
Preſidens au parlement de
Toulouſe , Conſeillersd'Estat,
Maiſtres des Requeſtes , Treforiers
de l'Epargne ,&autres
de confideration dans laRobe.
La Femme de feu Mr Nicolai,.
premier Preſidenten la Chambre
des Comptes , portoit le
182 MERCURE
nom de Fieubet.
Jacques Helo , Avocat au
parlement de Paris. Ileftoitde
Bretagne,& fort eſtimé.
J'apprens tout preſentement
une autre mort qui vous furprendra.
C'eſt celle de Madame
laMarquiſe de la Vieuville
Femme de Mr le Marquis dela
Vieuville , Fils aiſné du défunt
Duc. Elle a eſté attaquéede la
petite verole qui l'a emportée
en fort peu de jours . Elle s'appelloit
Anne - Lucie de la
Mothe , & eſtoit Niepce de
Madame la Maréchalle de la
Mothe.
Meffire Bonaventure Roffignol
, qui estoit Conſeiller
en la premiere Chambre
des Enqueſtes , a eſté receu
preſident en la Chambre des
Comptes , à la place de feu
GALANT. 183
Mr le prefident du Gué. Il
eſt Fils de feu Mr Roffignol ,
Maiſtre des Comptes .
و
Meffire Francois le Boin
dre , Fils de Meffire Jean le
Boindre Confeiller en la
Grand Chambre du parlement
de paris , a eſté receu
Conſeiller dans le mefme
Parlement.
a
La Cure de Saint Sulpice ,
dont Mr le Boltu de la Barmondiere
, Docteur en Theo .
logie fait les fonctions
pluſieurs années avec une af
fiduité & une édification finguliere
a eſté reſignée depuis
peu de temps àMr Baudran
, qui eſt du Seminaire
de cette meſme paroiſſe , où
il a fait paroiſtre beaucoup
de vertu & de pieté.
Je ne ſqay ſi je vous ay
184 MERCVRE
parlé des avantages dont
joült preſentement la Ville
de Riom , où les Robes Confulaires
ſont de damas violet.
On doit aux Conſuls de l'année
derniere , non ſeulement
le Brevet par lequel Sa Majeſté
leur a fait preſent de
ces marques d'honneur & de
dignité , mais encore les Let
tres patentes qui confirment
les prerogatives & les privileges
que les Rois ſes predeceffeurs
ont accordez à la
meſme Ville , d'eſtre la Capitale
du Duché d'Auvergne ,
le premier Siege de la Juſtice
qui s'exerce dans toute la
Province , & le lieu del'Af
ſemblée generale de toute
la Nobleſſe du Pays , dans la
convocation du Ban & Arriereban
. Dans la derniere
GALANT.
185
Audience Senechale , aprés
que Mr Toutée eut parlé ſur
ce ſujet & que Mr de la
Lande ancien Avocat du
Roy eut requis l'enregiſtrement
du Brevet , & des Lettres
patentes , Mr de Combes,
Lieutenant General en la Senechauffée
d'Auvergne , prononça
un tres beau Diſcours
qu'il finie par l'Eloge du Roy ,
& par celuy de Monſeigneur
le Dauphin , qui s'eſt acquis
le nom de LOUIS LE
HARDY dans ſa premiere
Conqueſte , qui feroit le
Chef d'oeuvre des Capitaines
les plus conſommez dans l'art
'de la Guerre .
L'uſage d'élever des Monumens
publics à la gloire des
grands hommes , comme on en
dreſſoitdans l'ancienne Grece,
186 MERCVRE
&dans l'ancienne Rome, ayant
ceffé pendant pluſieurs fiecles ,
il falloit un Monarque qui furpriſt
tout l'Univers pardes ac
tions auſſi étonnantes que celles
qu'on voit faire tous le jours
à LOUIS LE GRAND ,
pour le rétablir. Cet uſage a
donc recommencé , mais ce
n'eſt encor que pour ce Monarque.
Toutes les Provinces
de ſon Royaume luy font éle
ver des Statuës équestres , ou
en pied , accompagnées de
pluſieurs autres Figures pour
leur fervir d'ornement
pour marquer la gloire de ce
grand Roy. Pluſieurs Villes
en leur particulier ont fait
faire de ces grands monumens
, & elles ont eſté imitées
par des Communautez
des meſines Villes , qui en
1
&
GALANT. 187
F
ont fait auſſi élever dans les
lieux de leurs Aſſemblées , à
proportion de leur pouvoir ,
✓ & de la grandeur de ces lieux :
ceux qui n'ont pû faire faire
des Figures . entieres , ayant
fait faire des Buftes. Quelques
particuliers ont fait la
# mefme choſe. Les Grands
Seigneurs ont commencé , &
ils ont eſté ſuivis de ceux qui
n'avoient pas moins de zele ,
quoy qu'ils fuſſent d'un rang
moins élevé. Mr du Bois ,
Controleur de la Maiſon de
Madame la Dauphine , a eſté
= de ce nombre & Monfei-
+
1
1
1
6
gneur le Dauphin accompagné
de Madame la Princeſſe
de Conty & d'un grand
nombre de Seigneurs&deDames
de la Cour , luy fit l'honneur
de venir chez luy le 6
f
188 MERCVRE
de cemois pour voir la Statuë
qu'il a fait faire. Elle repreſente
le Roy qui foule aux
pieds l'Herefie . Elle eſt de
huit pieds de haut , & habillée
à la Romaine. La Statuë ,
& l'Herefie qui paroiſt terraffée
ſous ſes pieds , font d'un
ſeul bloc de marbre . Cet
Ouvrage eſt de Mrle Comte ,
excellent Sculpteur. Il a employé
tous ſes ſoins ,& toute
fon application pour la rendre
parfaite , mais il n'a pas
voulu finir le viſage , & l'a
laiſſe à la rape , pour attendre le
jugement de ceux qui ſont capables
d'en bien décider. Cependant
il a fait un Mafque ,
que Monseigneur qui eſt fort
bon Connoiffeur , tant par ſon
bon gouſt naturel , que parce
qu'il deſigne parfaitement
GALANT. 189
bien,& qu'il a beaucoup d'Antiques
, a trouvé fort reſſemblant;&
c'eſt ſur le modelle de
ce Maſque que Mr le Comte
achevera le viſage de la figure
duRoy.
Voicy trois Inſcriptions Latines
& une Françoiſe qui ont
eſté faites pour eſtre gravées
fur le piedeſtal .
1.
Per te Relligio tot ab hostibus una
triumphat.
11.
Hoc Monstrum , indignante Erebo ,
Sub vincula miſi.
111.
Populi amor ,
Gentium terror ,
Hoftium debellator ,
Harefeos domitor.
190
MERCURE
:
IV.
Après avoir éteint leflambeau de
la guerre ,
LOUIS fur les Enfers détourna
fon tonnerre ,
Et ce Monstre sent fois vainement
combattu ,
Eft le Monstre odieux dont il purgea
la terre ,
Et lefruit que le Ciel voulut defa
vertu .
On n'a encore fait choix
d'aucune , & ceux qui ont du
talent pour les Ouvrages de
cette nature , ſont priez d'en
envoyer. Il n'importe que ces
Inſcriptions ſoient en Profe
ou en Vers , en Latin ou en
François , pourveu qu'elles
foient courtes.
Le Roy a fait preſent àMonſieurdu
Bois de trois Medailles
GALANT. 191
d'argent , pour mettre dans le
foc de la Statuë.Le revers de la
premiere repreſente la Religion
qui couronne Sa Majesté,
avec ces mots , Ob decies centena
millia Calvinianorum ad Ecclefiam
revocata. Celny de la ſeconde
eſt la ruine des Temples , &
autour , Templis Calvinianorum
everfis . Le revers de la troiſiéime
eſt l'Hereſie détruite , &
l'Eglife Triomphante avec ces
paroles ,Harefis extincta. +
Mr du Bois à fait frapper
en bronze ces meſmes Medailles
, & les a miſes toutes
trois dans le Piedeſtal . Il en
fera faire une quatriéme dont
la face droite repreſentera le
Roy , ainſi que toutes les Medailles
qui regardent ce Monarque.
La Statuë que Mr du
Bois a faite ſera au revers , &
192
MERCV RE
ces mots autour. Car. du Bois .
guererin hoc monumentum erexit
A. R. S. H. 1688. Cette Medaille
accompagnera les trois
autres dans le foc & dans le
Piedeſtal .
Lors que Monſeigneur monta
en Carroffe en ſortant de chez
Mr du Bois , il fut ſalué de pluſieurs
coups de Canon , & d'un
grand nombre de Boëtes qui
étoient dans le Jardin du palais
Royal , & comme ce prince alla
à l'opera ce jour là , le meſme
Canon ,& les meſmes Boëtes
firent encoreunedécharge lors
qu'il en fortit , Mr du Bois ne
pouvant le remercier que par
là de l'honneur qu'illuy avoit
fait . Il témoigna encore ſa joye
fur les dix heures du ſoir par
un grand nombre de fuſées volantes
qu'il fit tirer
Les
GALANT.
193
*
Les Cartes du Pere Coro-
+
nelli ont tant de ſuccés
que vous ferez bien aiſe d'apprendre
qu'il en a fait de
nouvelles , ſçavoir l'Europe ,
& l'Affrique , les deux Ameriques
, la partie Occidentale
de la nouvelle France avec
une Carte de la Hollande.
On affeure qu'elles font, tou .
tes fort juſtes , & qu'elles
contiennent des choſes tresparticulieres
, & tres curieuſes
que l'on n'a point encore
ſceuës . Elles ſe vendent chez
le Sieur Nolin , ſur le Quay
del'Horloge du Palais .
On vient de me donner
une Copie du Diſcours que
Mr de Callieres prononça à
l'Academie Françoiſe le jour
qu'il y fut receu , & je vous
l'envoye , afin que vous ne
foyez pas plus longtemps
Février 1689 . I
L
194
MERCVRE
privée du plaifir de connoiſtre
par la beauté des
pensées , & par les traits d'Eloquence
dont il l'a remply ,
combien il a répondu dignes
ment au choix qu'on a fait de
Juy , pour ſucceder à Mr Quinault.
C'eſtde cet illuſtre Academicien
qu'il parle au commencementde
ce Diſcours..
REMERCIEMENT
De Mr de Caillieres à Meſſieurs
de l'Academie Françoiſe.
MESSIEURS, :
L'honneur que je reçois aujourd'huy
excite en moy des paſſions
bien differentes. Il me comble de
joje de me voir admis dans une
compagnie aussi celebre que la vôtre
, & ilme donne unejuste crainte
de ne pouvoirremplir dignement
GALANT .
195
tous les devoirs quevous m'imposez
par unsi grand bienfait.Vous m'avez
choisi pour ſuccederà un Academicien
illustre par la beauté & la
- fecondité de son genie , par le tour
heureux & natureldeses productios
parfa douceur,parsapoliteſſe, &par
- Ses autres qualitez perſonnelles qui
-vous le font justement regreter.Vous
m'avez aſſocié aux premiershommes
de l'Estat , & aux plus fublimes
Genies de noſtrefiecle , & vous
m'avez , pour ainſi dire , adopté
dans la Famille des Muses , pour
me faire part de leurs tresors , dont
vous êtes les proprietaires legitimes,
& les justes diſpenſateurs.
Comment pourray- je , Meſſicurs,
-vous témoigner toute la reconnoiffance
que je vous dois , pour des
graces fi grandes &fi peu meritées?
Jen'en apperçois qu'unſeulmoyen ,
qui est de vous persuader que j'en
connois le prix. Permettez moy
1 2
196 MERCURE
donc , Meſſicurs , pour fatisfaire en
quelque forte àmes obligations de
rendre le témoignage quiest dû au
merite extraordinaire de vostre
illustre Compagnie , & de vous
renouveller le ſouvenir agreable
des grandes utilitez que la France
a tirées defon institution.
L'Academiea esté instituée pour
perfectionner l'Eloquence & la
Poësie Françoise , en travaillant à
la pureté & à l'élegance de nostre
Langue.Avantſon établiſſement,le
ſtiledenos Peres tenoit encore de la
rudeſſe &du mauvais goustdesfiecles
precedens. Lesuns cherchans à
S'exprimer dans le genrefublime
affectoient des discours quindez
enflez par des figures ourées
& par des termes tirez des
Langues mortes , qui les jettoient
dans l'obscurité. Les autres penfant
égayer leur maniere de parler &
d'écrire rempliffoient leurs discours
GALANT. 197
& leurs Ouvrages de jeux de mots,
d'équivoques,de Proverbes & d'autres
puerilitezfort éloignées de l'éloquence
majestueuse des anciens
OrateursGrecs & Latins .
L'Academie a purgé l'Eloquence
Françoise de ces defauts differens
quiregnent encore chezles Nations
voisines . Elle l'aforméesur le modelle
de ces grands Originaux de
l'Antiquitéqui font laregle certaine
du bon goust & de la vraye elo.
quence ; elle l'a reduite dans les
bornesde la droite raison , dont il
ne luy est plus permis defortir pour
courir aprés les pointes , &pour ſe
parerdu brillant de quelquesfauffes
pensées. Elle l'a renduesimple, naturelle
, aisée , & cependantvive ,
noble & élevée dansſaſimplicité ;
& elle a enfin atteint cepoint de
justelle & de perfectionfi difficile à
trouver dans ce bel art, leplus utile
I 3
198 MERCVRE
le plus excellent de tous les arts,
qui ayant pour but de plaire& de
perfuader , diſpoſe à son grè des
coeurs & des volontez des hommes ,
guiles a tirez des forests pour les
faire vivre heureusement sous de
justes loix , qui aprés avoir fondé
les Societez , les Filles & les Etats,
a poly leurs moeurs , élevé leurs
Sentimens & leurs pensées , qui est
l'organe &l'interprete de la raison,
&qui instruit & perfectionne la
raison mesme.
a
La Poefic encore plus élevée que
l'Eloquence, doit aux excellens Ouvrages
de plufieurs de vos celebres
Academiciens , cettebeauté , cette
insteffe ,&cetteperfection où nous
lavoyons aniourd'huy en France.
Iln'y a presque point d'especes de
Poësie dont leurs Ouvrages nesoient
de parfaits modelles. Les unsont
porté lagloire du Theatre François
GALANT.M
auplushautpoint
où elle
pui1803
mais monter. Les autres ont excelle
dans la fine raillerie , & dans le
tour ingenieux des pensées , dans
la delicateſſe, la tendreſſe , & la
naïveté des sentimens , dans la
beauté& la vivacité des defcriptions
, & ces excellens Ouvrages
font également élevez , folides ,
Sçavans &polis.
La Poësie aesteappelléepar toute
l'Antiquité le langage des Dieux
pourfaire connoiſtre qu'elle a quel.
que chosede divin. Elleéleve l'efprit
, elle touche , elle échauffe le
coeurparses entousiasmes . Ceshommes
faints animezde l'esprit de
Dieu ,&fur toutle Roy Prophete
s'en est fervy utilement pour nous
annoncer les plus grandes veritez,
&pour nous exciter àla Penitence
par son exemple.
L'esprit de tenebres a emprunté
14
200 MERCVRE
les
Les charmes de ce belart pour tromper
les hommes plus efficacement ,
par les Oraçles qu'il attribuoit à
leurs fauffes Divinitez ,
grandes actions des Heros sefont
perpetuées dans la memoire des
hommes , par les excellens Poetes
qui les ont celebrées.
C'est ce qui fit regreter à Alexandre
le Grand den'avoirpas un
homme pour immortaliſerfa gloire
demesme qu Homere avoit immortalisécelle
d' Achille,& c'est ce qui
donna à ce Maistre de l'Univers
une veneration ſi parfaite pour les
écrits de ce grand Poete , qu'il les
portoit par tout avec luy dans cette
riche caffette qu'il avoit trouvée
parmy les depoüilles de Darius ,
disant qu'ilne pouvoit placer affez
richement le plus precieux & le
plus parfait ouvrage de l'esprit bumain.
と
GALANT . 201
Le Cardinal de Richelieu ce
Sublime genie qui a fait deſigrandes
choses pour la gloire de l'Etat
& poursa propregloire , aparfaitement
connu l'importance & la
neceſſité de cultiver l'Eloquence &
la Poësie Françoises. Il a crû , à
L'exemple du Grand Alexandre ,
qu'il neſuffiſoit pas de faire des actions
dignes d'une eternellememoire
, s'ilne formoit des efprits capables
de les fairepaſſer àla posterités
il a travaillé avec fuccés à former
des Homeres & des Demosthenes ,
en creant l' Academie..
Vous estes , Messieurs, les dignes
Succeffeurs de ces grands Hommes ,
& vous remplissez heureusement
par vos differenstalens l'attentede
voſtre Fondateur ,ainsi que celle
de ceſage Chancelier qui luyafuccedé
dans la protection de vostre
Compagnie , & dont la memoire:
I5
202 MERCVRE
vous est encoresi vive & fi precieufe
.
و
Les Politiques ont iudicieusement
remarqué que les Etats confervent
d'ordinaire l'esprit deleurs
Fondateurs que ceux qui ont
esté établis par des Conquevans
, ont continué après eux à
étendre leurs Conquestes ; vousju
lifiez , Messieurs la verité de
cette maxime , vous avez non
Seulement herité de l'esprit & des
lumieres de ces deux excellens
Ministres qui ont esté les Inſtitutours
de l'Academie , mais vous
avez étendu conſiderablement ſes
limites.
Ouy , Meffieurs ,je le puis dire à
voſtre gloire , & les Manes de ces
deux grands Hommes n'en feront
pointjaloux , ils n'ont veu l'academie
que dans ſon Enfance , ils
luy ont appris ,pour ainsi dire , a.
GALANT.
203
marcher dans le chemin de l'Eloquence
; mais les excellens Ouvrages
- de plusieurs membres de vostre Illuſtre
Corps ont affeuré ses pas ,&
lay ont acquis cette vigueur, cette
force & cette grandeur qui ne se
trouvent que dans l'âge parfait .
C'est à cette perfection où vous
l'avez élevée qu'elle doit le comble
de lagloire dont elle jouitdepuis que
Leplus grand des Roisl'ajugée digne
dela loger danssonpropre Palais ,
& qu'il a joint à tous ses glorieux
titres,celuy de Protecteur de l'Aca
demie Françoise.
Vous aurez trouvé , Meſſieurs,
en cet Auguste Protecteur' tout ce
qui pouvoit exciter vos defirs &
remplir vos plus ambitieuses efperances
, vous y avez trouvé un
Monarque accomply , qui vous
donne une ample&illustre matiere
d'épuiſer toutes les forces de l'Elo
L6
204
MERCURE
quence & de la Poesie , pour racon
teràla posteritéses actions inimitables.
Heureux, de pouvoir élever vos
idées au plus haut point de perfe-
Etion , où elles puiſſent jamais monter
en les formant sur un Prince
donné du Ciel , pour faire l'admiration
& les delices de la terre , un
Prince toûjours victorieux & toû
jours moderé , toûjours clement ,ge...
nereux & équitable , qui en s'éle-..
vant au deſſus des autres Princes
par ses heroïques vertus , a au
même temps élevé & perfectionné
toute la Nation Françoise , qui l'a
renduë si celebre , nonseulement
dans la guerre par ses victoires
Surprenantes , mais encore dans les
Sciences & dans les beaux Arts,
où nos François parses soins & par
fes bien-faits excellent aujourd'huy
fur toutes les Nations.
ي
GALANT. 205
C'est icy , Messieurs , qu'estant
animépar leſouvenir d'une approbation
auffi glorieuse que celle que
vous avez donnéeàmon Panegirique
du Roy , je me fens excitéà
vous faire un nouveau crayon des
vertus de ce Heros.
Avouspeindreſavaleur semblable
à un torrent impetueux qui
entraîne , qui ravage , qui détruit
tout ce qui s'oppojeàses efforts.....
Avous representertousfes Ennemis
vaincus , les uns captifs ou
foûmis , les autres effrayez&éperdus
, chercher follement leurfalus
dans l'inondation de leur propre
Raïs, &ne le trouver que dans la
clemence du Vainqueur...
Avousle representer avec un.
vifage auffitranquille&auſſiſerein
aumilien desplus grands perils نم
dansla chaleur defes plus grandes
victoires , que lors qu'aprés fon re..
206 MERCVRE
tourdeses glorieuses Campagnes ,il
a receu les témoignages de vostre
admiration & de vostre joye pour
des fuccés ſi ſurprenans .
A vous montrer cet arbitre de la
Faix & de la Guerre, preferantle
plaisir d'eſtre l'Auteur du bonheur
public à l'avantage de foûmettre
tant de Nations intimidées par le
bruit de fes exploits , & à vous le
montrer enfin par cette preuve fi
extraordinaire de sa moderation ,
de mefme que par toutes ses autres
vertus ,leſeul digne de donner des
Loixàtoute la Terre.
Que s'il vient de reprendre les
armes , ce n'est que pour rétablir le
repos public ,que desesprits inquiets
&jaloux de fa gloire ont troublé
par de noirs artifices , par desdef-
Seins injustes, & par des entrepriſes
odieuſes . Ils ne les ont pas plutoſt
faitparoistre que fans fortirde la
GALANT.. 207
tranquilité dont il jouit àl'ombre
de fes Lauriers, il leur afaitsentir
la pesanteur de famain ..
UnHeros Naiſſant animé de fon
•esprit & de son courage prend au
milicu de l'Hiver les Places les plus
imprenables , il foumet en moins
d'unmois de grandes& riches Prom
vinces , & semblable àcette vive
image que te Soleil imprime de
luy mesmedans la nuë , &quifait
paroiſtre à nos yeux un Second Soleil
, il montre à la terre un autre
LOUIS.
Un Grand & vertueuxMonarque
eft opprimépar d'infames trabiſons
&par la revolte dénaturée de fes
propres enfans,le Roy luy tend les
bras , il le reçoit avec toute la tendreſſe
d'un veritable & genereux
Frere, & il est prest d'employersa
main toûjours victoriense pour le
relever..
208 MERCVRE
Mais , Messieurs , puisque vous
avez bien voulu me recevoir dans
voſtre illustre compagnie , ie dois
avant toutes choses travailler à
profiter de vos sçavantes instru-
Etions &de vostre exemple pour me
rendre plus digne de publier avec
vous les vertus de nostreHeros.
Quel bonheur pour moy de pouvoir
deformais ioindre ma voix à
vos sçavans concerts, pourchanter
Les actions heroiques de L'AUGUSTE
LOUIS , mais quelle gloire
pour vous d'eſtre feurs d'immorta-
Lifervos noms en eternisant leſien!!
Vosexcellens ouvrages qui raconteront
à la posterité les merveilles
deJon vegne , feront des titres authentiques
de la politeſſe dont la
France jouit ,& des beaux &feconds
genies qu'elle a produits en
cefieclefiéclairé ,ficcle feul digne
d'estre comparé au fiecle D' AVGUSTE.
GALANT. 209
ie crois , Messieurs , que vosss
avonerez fans peine que c'est à la
protection que le Roy donne aux
belles Lettres , que la France a la
premiere obligation de cette politeffe
que vous repandez sur toute
la Nation Françoise, de mesme que
nous devons àſaſageſſe , àsavaleur&
àson humeur bienfaisante
toutes les profperitez de l'Estat .
Pour moy , Meffieurs , qui ay tant
de raiſons de m'intereſſfer en vostre
gloire , je publieray toûjours avec
autant de joye que de ſourmiffion ,
que c'est àvoſtre ſeule generosité
que je dois le choix dont vous m'avez
honoré , & que quelques témoignages
que je puiffe jamais vous
donner de ma reconnoiffance , ils
feront toûjours au deſſous du prix
& de la grandeur de vostre bienfait.
Mr le Comte de Rouſſi a
210 MERCVRE
د
épousé Mademoiselle d'Arpajou
Fille de Madame-la
Ducheſſe d'Arpajou , Dame
d'honneur de Madame la
Dauphine. Ils furent fiancez
le 7. de ce mois dans le cabi .
net de cette Princeſſe , & mariez
le lendemain en l'Eglife
de la Paroiſſe. François de
Roïe de la Rochefoucaud ,
Comte de Rouffi dont je د
vous parle , eſt Fils de Frideric
Charles de Roïe de la
Rochefoucaud , General des
Troupes de Dannemarck , &
Chevalier de l'Ordre de l'Elephant
,& d'Iſabelle de Durfortde
Duras .
Comme la France n'a des
ennemis que pour augmenter
ſa gloire , que plus elle
ena , plus on la voit triomphante
, & que les peuples
GALANT. 211
y
en
ſe repoſent ſur les ſoins du
Koy toûjours vigilant , toûjours
prudent , & toûjours
victorieux il y a eu beaucoup
de divertiſſemens dans le
temps du Carnaval. Les Bals
ont eſté frequens à paris , &
chacun en a donné de magnifiques
felon fa qualité. Il
a eu deux au palais
Royal donnez par Monfieur
le Duc de Chartres , avec
toute la magnificence qu'on
devoit attendre d'un Prince
né d'un Pere auſſi galant qu'il
eſt ſomptueux en toutes choſes.
Auſſi l'a t- on regardé en
cette occafion , quoy que les
Bals fuſſent au nom du Fils .
Ce jeune Prince y parut avec
toute la bonne grace qui lay
eſt ſi naturelle. Monſeigneur
le Dauphin y vint deguiſe &
212 MERCURE
il s'y trouva un nombre infini
de perſonnes diftinguées
dela Cour & de la Ville .
6
Mr le Duc de la Feüillade
en a auſſi donné un , qui fut
ouvert par Monfieur de Chartres
& par Mademoiselle . Il
y avoit huit pieces , & une Galerie
manifiquement parées
& tout ce qui ſervoit à les orner
fut trouvé d'un tres - bon
gouft. Monseigneur le Dauphin
s'y divertit beaucoup , &
y parut ſous divers habits,
Il y eut un grand repas aprés
minuit, appellé medianoche ,
Le Balet dont je vous ay
fait la deſcription le mois
paſſe ,& qui avoit eſté préparé
pour le retour de Monſeigneur
, a eſté danſé deux
fois chaque ſemaine à Trianon
pendant tout le CarnaGALANT.
213
repre
val , & l'Opera de Thetis &
de Pelée y a eſté joüé avec
les habits. Je dis avec les ha
bits , parce que des Opera
qui ont eſté faits pour Paris ,
ne font ordinairement repreſentez
qu'en concert à la
Cour. Monseigneur eſtoit
venu voir pluſieurs fois cet
Opera , mais le Roy & Madame
la Dauphine ne l'avoient
point encore vû , & les
applaudiſſemens qu'ils y donnerent
furent remarquez de
tout le monde. Sa Majesté
choiſit les ſcenes qui luy plûrent
davantage , pour eſtre
chantées dans les Concerts
qui ſe font à Verſailles les
jours d'appartement. La Tragedie
d'Eeſther dont je vous
ay déja parlé, a auſſi été repreſentéedeux
fois la ſemaine à
214
MERCURE
S. Cir pendant le Carnaval.
Le Roy a honoré de ſa preſencela
plus grande partie des
repreſentations. Tout ce qu'il
y a de perſonnes diftinguées
à la Cour & à Paris , prenoient
un ſi grand plaisir à
voir cette Piece , & en eſtoient
ſi édifiez , que chacun auroit
voulu eſtre receu à la voir
autant de fois qu'elle a eſté
repreſentée ; mais pour eviter
la confufion qui n'auroit pas
manqué d'arriver on n'y
entroit point ſans eſtre nommé
, de forte qu'il ne s'y
trouvoit qu'autant de monde
que le lieu en pouvoit contenir
; ainſi jamais on n'a
goûté aucun divertiſſement
ny avec plus de tranquillité,
ny avec plus de plaifir. Il a
fait verſer beaucoup delar-
د
GALANT.
215
mes , & inſpiré des ſentimens
tout Chreſtiens. Le jeu des
Actrices a charme , & Madame
de Quelus s'y eſt fait
admirer. Je vous ay déja parlé
des Choeurs , mais ſans
vous dire que la Muſique
en eſtoit de Mr Moreau ; elle
a plu à tous ceux qui l'ont
entenduë. Elle entroit parfaitement
bien dans le ſens des
paroles & exprimoit ſi naturellement
ce qu'elles ſignifioient
, que plus on l'entendoit
, & plus on y prenoit de
plaifir . On preparoit de grandes
Mafcarades à Versailles
pour les deux derniers jours
du Carnaval , maisla nouvelle
de la mort de la Reine d'Efpagne
yayant eſté ſceuë le
Dimanche , tous les divertifſemens
cefferent des le mef
০৬
,
216 MERCVRE
1
.
me jour , & la douleur prit
la place de la joye.
Cette Princefle mourut le
12. de ce mois , d'un vomiffe .
ment qui luy dura douze
heures , & jamais auparavant
elle n'avoit eu une ſanté plus
parfaite. Elle estoit née le 17.
Avril 1662. de Phillippes de
France , Duc d'Orleans , Fils
du Roy Loüis XIII . & d'Anne
d'Autriche , & Frere unique
de Sa Majesté , & d'Henriette-
Anne d'Angleterre , Fille de
Charles I. Koy de la Grand'
Bretagne, de Henriette Marie
de France que ce Prince avoit
épousée en premieres Nopces
le 31. Mars 1661. Le 31. Aouſt
1679. elle épousa Charles II .
Roy d'Eſpagne, Filsde Phillippes
1 V. Roy d'Eſpagne & de
Marie-Anne d'Auſtriche, Fille
de
GALANT. 217
de l'Empereur Ferdinand III .
& Soeur de l'Empereur aujourd'huy
regnant. Ie ne vous dis
rien des pompes de ce Mariage
, dont je vous envoyay en
cetemps là un volume particulier
& tres -curieux . On
admira de quelle maniere
l'envie d'obeïr & de fatisfaire
à ſon devoir , la fit ſe reſoudre
à s'éloigner d'une Cour
auſſi agreable que celle de
France , & où l'on vit ſans
contrainte , & avec une honneſte
liberté , pour s'accou-
- tumer aux manieres Eſpagnoles
beaucoup moins divertiſſantes
& plus reſſerrées .
La docilité de ſon eſprit , &
une bonté toute engageante ,
luy firent meriter l'amour &
la confiance de ce jeune Roy,
Fev.1689 . K
:
218 MERCVRE
& l'eſtime general des peuples.
Elle a toûjours travaillé ,
& travailloit encore au moment
de ſa mort , pour maintenir
latranquillité , & aſſeurer
la paix à l'Epagne . On
y auroit. eu grand beſoin de
ſes conſeils quand cette Couronne
ſe déclara ſi mal à pro-.
pos pendant la derniere Guer
re ; ce qui la mit dans un
precipice dont elle auroit
cu de la peine à ſe tirer , ſi
le Roy ne luy cuſt fait éviter
ſa ruine entiere par la bonté
qu'il eut de donner alors la
Paix à toutes les Puiſſances
de l'Europe , qui s'eſtoient
liguées contre la France. le
puis dire icy , & peut eſtre
n'eſt- il pas hors de ſujet , que
deux choſes empefchent orGALANT.
219
,
dinairement le bien d'un
Etat , la paſſion que quelques
membres de cet Etat ont
pour d'autres Nations , foit
qu'ils y foient nez foitqu'ils
ayent des intereſts qui les
portent à ſervir ces Nations
au prejudice de leur Propre
Patrie , ou parce que les troubles
leur font utiles ,& qu'ils
viennentà bout de leurs defſeins
pendant les deſordres.
Ces perſonne-là aiment rarement
l'union des Rois avec
les Reynes leurs Femmes .
Tout eela eſt general , & c'eſt
veu dans une infinité de
Royaumes. Ainſi quand je
parle de la forte , je ne pretens
point entrer dans l'Hiſtoire
d'aujourd'huy: Elle ap
partient aux fiecles futeurs ,
Κι
1
220 MERC VRE
&ce n'eſt jamais que dans ce
tems là que les grandes veritez
ſont dévoilées , la poſterité
rendant juſtice à chacun. Je
vous diray ſeulementicy , que
la Reine d'eſpagne eſt morte
avec l'eſtime & le coeur du
Roy fon Epoux , & en travaillant
à l'empeſcher de tomber
dans un precipice , où d'autres
par des veuës particulieres,
avoient peut- eſtre deſſein
de le pouffer. Sa mort doit fervir
d'exemple, aux Femmes
Chreftiennes. Elle eſt morte
maiſtreſſe d'elle - mesme , ſe
poſſedant malgré les douleurs
qu'elle fentoit , pardonnant à
ſes Ennemis,& ne voulant pas
mefme croire qu'elle en euſt.
Toute laFrance , toute l'Eſpagne
, ou plûtoſt toute l'Europe
GALAN T. 221
-
-
د
la pleure . La Cour en a pris un
grand deüil Monfieur qui l'aimoit
fort tendrement , & avec
qui elle vivoit d'une maniere
qui charmoit tout le monde
eſt inconfolable de ſa perte ,
ainſi que Madame qui ne sçauroit
arreſter ſes larmes . Si - toft
que ce Prince cut appris fa
mort,il donna ſes ordres pour
luy faire faire un Service dans
la Chapelle de S. Cloud, ce qui
fut executé peu de jours aprés .
L'Enigme propoſée le dernier
mois , avoit eſté faite far
les Souliers. Ceux qui ont trouvé
ce mot ', font M. l'Epinay
Buret de Vitré en Bretagne ;
Meſdemoiselles le Vaſſeur , la
jeune de Lisieux & du Boquet
; le Mouton de la ruë
Berifi ; le Limaçon de la ruë
Tirechape;l'Inſenſible de la ruë
K 3
222 MERCVRE
Saint Chriſtophe la Fidelle
Paralelle & la meilleure
amie , & le Patron fans patronnage.
Voicy une nouvelle Enigme
dont l'Auteur ne m'a
point fait connoiſtre ſon
..nom .
***********
ENIGME.
Ovelque obfcur que je puiſfo estre
A cesmarques aisément
Vous pourrez me reconnoistre.
Je Suis horrible ou charmant ,
Quelquefois dans unmoment
Ie reçois & ie perds l'estre .
De petit iedeviensgrand ,
Nulpourtant ne me voit croiſtre.
GALANT . 223
Si deux ont un differend ,
Iefuis le tiersfans paroiſtre.
Vn Bucheron contre un bestre
Et le Marefchalferrant
Sous mille coups mefont naiſtre.
fe cours avec un torrent ,
Ie fuis par tout le tonnere.
Un poltron qui n'est pas fourd ,
Ie le fais aller grand erre.
Lanuit m'abat & m'atterre ,
Ie renais au point du jour.
Dés qu'à table on caffe un verre ,
I'en donne avis alentour .
Ie regne dans l'Angleterre ,
Sans abandonner Fribourg ,
Iefuisfans ceffe à la Guerre
I'habite le carrefour ,
Les Hales plus que la Cour ;
Iln'est nul coin fur la terre
Où ic ne faſſe feiour
Les paroles du ſecond Air
K 4
224 MERCVRE
nouveau que je vous envoye ,
donnent un conſeil utile à
toutes les Belles .
AIR NOUVEAU.
Rrez,si vous eftes faze Riez , trop aimable Iris ,
Rien ne vous fied davantage ,
Et le coeur leplus sauvage :
Est charmé d'unſi beau ris .
On vient de nommer des
Officiers generaux .
Monfieur le Maréchal Duc
deDuras doit commander fur
le Rhin . Les Lieutenans generaux
font ,
Mr le Comte de Choiſenil .
M. le Comte d'Auvergne .
M. le Duc de Villeroy .
M. le Baron de Monclar.
M. le Marquis de Bouflers .
S...
a
S
2
S
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1
del
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A
M
GALANT.
225
M. le Marquis de Tilladet.
M. le Duc de Vandofme .
Mareſchauxde Camp.
M. le Comte de Teſſé .
M. le marquis de Beuvrond'Harcourt.
{
M. le Comte de Tallard,
M. de Vivans .
M. de Neuchelles .
M. le Marquis de S. Gelais.
M. de Biſſi commandera
en Lorraine,
M. de Sourdis , dans le Pays
deCologne.
M. de Chamilly à Strasbourg.
M. de Montal , à Mont- Royal.
M. Catinat à Luxembourg .
M. le Marquis d'Uxelles à
Mayence.
M. le Maréchal de Humieres
commandera l'Armée de
Κ
f
226 MERCVRE
Flandre . Ses Lieutenans
Generaux font ,
M. le Comte de Maulevrier.
vir le Duc de Choifeüil ,
M.le Comte de Monbron .
M. le Chevalier de Tilladet,
Les Maréchaux de Camp ne
ſont pas encore nommez.
Mr le Maréchal de Lorge
commendera en Guyenne ,&
aura pour Lieutenans Gencraux,
Mrde Calvo.
Mr de loyeuſe.
M. de Rubantel,
M. de S. Rut.
M. le Marquis de laTrouffe..
Les Maréchaux de Camp
ne ſont pas encore nommez.
M. le Duc de Noailles
commandera en Rouffillon
& aura ſous luy ,
2
GALANT..
)
227
M. de Chaferon.
M. de Riverolles .
M. de Langaleric.
Avant que de finir cer Ar-
` ticle , il faut vous parler de la
ſituation des affaires d'Allemagne.
L'Empereur n'a four.
ny qu'une partie des Regimens
qu'il s'eſtoit engagé
d'envoyer ſur leRhin , & ces
Regimens qui devoient eſtre
de douze cens hommes , ne
font que de huit. Les Princes
Catholiques s'en plaignent ,
& les Proteftans s'en réjoüiffent
, parce qu'eſtant par là
les plus forts , ils pourront
agir un jour contre l'Empire ,
fuivant que le Prince d'Orange
ſera affermy en Angleterre,,
ou non. Le Clergé demande
K6
228 MERCVRE
la Paix avec la France ,& refuſe
de contribuer à une
guerre qui ne peut eſtre que
fatale à la Religion ,& fervir à
l'affermiſſement d'un Ufurpateur
en Angleterre , & à l'en .
tiere deſtruction de la Religion
Catholique dans les
trois Royaumes . Les Electeurs
& les autres Souverains Proteſtans
d'Allemagne eſtant
fuperieurs en forces aux Ca
tholiques , cherchent encore
à les affoiblir par toutes fortes
de moyens . Ils demandent
des Contributions aux Villes
Allemandes , qui non ſeulement
en ont déja payé aux
François , mais qui leur doivent
encore donner de l'argent
pour retirer leurs Oftages,
de forte que ces Villes deGALANT.
229
clarent que bien loin d'en pouvoir
fournir, elles ne peuvent
foutenir la Guerre ſi l'Empire
ne leur en donne .C'eſt ce qu'il
n'eſt pas en eſtat de faire , ny
meſme d'empeſcher pour furcroift
de malheur, que les Proteſtans
n'achevent de les ruiner
en logeant leurs Troupes
dans leur territoire . Ainfi ce
grand nombre d'Alliez unis
contre la France , ne produit
qu'un cahos qui ruine une
partie de l'Empire , & affoiblit
la Religion Catholique. Cela
fait qu'il eſt abſolument neceſſaire
pour le bien de la Religion,&
pour ſauver l'Empire,
quele Roy triomphe des Ennemis
que ſa gloire luy a ſuſcitez
en Allemagne,puis qu'il
n'y a que ce Monarque qui foit. >
230 MERCVRE
eſtat aujourd'huy d'impofer
encore la paix , de calmer
l'Europe , de ſecourir les op
primez , de rétablir les Souverains
, & de faire refleurir la
Religion Catholique , malgré
les Princes Catholiques meſmes
qui plus enteſtez du deſir
de s'élever , que de leur Religion
, ſacrifient leurs Etats , &
cequ'ils doivent à Dieu , pour
travailler à l'abaiſſement de la
gloire d'un Monarque , dont
ils rehauffent toujours l'éclat
lors qu'ils cherchent à l'affoiblir.
Sa Majesté Britanique donnal'Ordre
d'Angleterre àM.
le'Comte de Lauſun , le 24 de
cemois ,& ce Monarque l'honorameſme
dela Medaille de:
l'Ordre qu'il portoit entourée
GALANT.. 23D
d'un fort grand nombre de
beaux Diamans. Il vint le lendemain
à Paris, & fit ſes devotions
àNôtre Dame.Il y fut receu
par Monfieur l'Archevefque
qui estoit reveſtu Pontificalement
, & qui le conduiſit
juſqu'à fon Prie - Dieu , ayant
ladroite fur ce Prince ſuivant
l'uſage, lors que les Prelats font
en habits Pontificaux , mais il
eutla gauche au retour , parce
qu'il n'avoit plus alors ny la
Mitre ny la Croſſe . Sa Majesté
alla à l'Archeveſché où Elle de
meura quelque temps. Le mêmejour
Elle difna chez Monfieur
le Comte de Lauſun , où
le repas ne futpas moins bien
entendu quemagnifique.L'apreſdinée
ce Monarque rendit
viſite à Mademoiselle d'Or..
232
MERCURE
leans à Luxembourg , & au
fortir de l'Apartement de cette
Princeſſe , il paſſa dans celuy
de Madame de Guiſe , où ſe
trouva Madame la Grand Ducheſſe.
Il y avoit un monde
infini dans tous les lieux où
il alla , & toutes les ruës par
leſquelles il paſſa en estoient
remplies.Il entra à Paristrompettes
fonantes . & les Gardes
du Roy qui l'accompagnoient
ayant l'épée haute .
Al'égard des Affaires d'Angleterre
, je ne vous en feray
point icy de détail , puis que
je le referve pour la cinquiéme
partie des Affaires du
temps,avec les raiſons contraires
àtoute ce qui a eſté fait.
On n'avoit pour but que de
parvenir à ce qui fut arreſté
GALANT.
233
le 16. de ce mois qui eſt que
le prince , & la Princeſſe d'Orange
ſeroient couronez Roy
&Reine d'Angleterre . Le 17 .
il fut reſolu qu'ils feroient
proclamez le lendemain. Ainſi
rien de ce que le Princed'Orange
a dit pour s'infinuer en
Angleterre n'eſt arrivé. Ses
écrits & fes paroles ne faifoient
retenir tout ce Royaume que
du defir qu'il avoit de faire
convoquerunParlement libre,
& il n'a rien oublié pour
faire que l'Aſſemblée qui en
tient lieu , ne fuſt compoſée
que de Proteftans & de ſes
creatures . Il s'eſt toûjours attaché
à publier qu'il n'en
vouloit point à la Couronne ,
& cependant il travailloit
fous main à ſe faire nommer
234
MERCVKE
Roy. Si cela n'avoit pas eſté ,
il auroit perſiſté à dire qu'il
n'eſtoit pas venu pour detrôner
le Roy ſon beau- pere
& auroit ſeulement travaillé
à l'affermiſſement de la Religion
Proteftante , & à l'union
des Peuples avec leur
Souverain legitime , en refufant
la Couronne, Quoy que
ce Prince ſoit parvenu au
rand qu'il ſouhaite , il a eſté
nommé Roy avec tant de
violence &par un ſi petit
nombre , qu'il l'eſt beaucoup
moins , aujourd'huy que le
Monarque qui s'eſt veu contraint
de ſortirde ſes Etats.
د
Les Nouvelles d'Angleterre
de du 21. portent , que le
Prince d'Orange n'avoit
point encore eſté proclamé ,
GALANT.
235
comnon
ſeulement parce que les
capitulations n'eſtoient pas
reglées ,mais auſſi parce qu'on
ne ſçavoit comment dreſſer
l'Acte , Un Peuple emporté
l'a nommé Roy , avant que
d'avoir pu convenir
ment le Trône eſt vacant , &
tous les Jurifconfultes ne ſçavent
quel tour donner à une
choſe qui ne sçauroit eſtre.
Auffi beaucoup de Seigneurs
&de Prelats ont ils proteſté
contre la Declaration qui admet
cette vacance. Trenteciny
de la Chambre des Seigneurs
ſe ſont retirez , quoy
que dans cette Convention
elle n'ait pas eſté de la moi.
tié de ce qu'elle doit eſtre
dans un Parlement , où elle
eſt toujours de plus de deux
236 MERCVRE
cens . Il y a auſſi des Villes
qui n'ont point envoyé de
Députez , de forte que tout
ne ſe fait que par des Proteſtans
, & par la ſeule Chambre
des Communes , qui ne s'eſt
relâchéeen rien de ce qu'elle
avoit promis au Prince d'Orange.
Selon toutes les Lettres
du 14. ce Prince fut proclamé
le 23. & la Proclamation
portoit Acause de la désertion
du Roy. Aucun Duc , à l'exception
du Duc de Nolfoc ,
ny aucun Evefque n'y affiſterent.
Les dernieres Nouvelles
font que la Princeſſe
d'Orange eſtoit arrivée
Angleterre. Ie me tais fur
tout cela , parce que j'aurois
trop à dire.
en
Hier Dimanche , Sa MaGALANT
. 237
jeſté partit de Verſailles aprés
le Sermon' , & alla à S. Germain
dire adieu au Roy
d'Angleterre , qui eſtoit venu
prendre congé d'Elle le jour
precedent. Ce Prince eſt party
aujourd'huy pour ſe tendre
à Breſt avec beaucoup de
diligence . On croit qu'il ira
de la en Irlande , où ſes Fidelles
Sujets l'appellent , afin
qu'animez par ſa prefence ils
puiſſent mieux ſe défendre
de l'oppreſſion dont ils ſe
voyent menacez . Le Comte
de Tirconnel Vice - Roy
de ce Royaume , a défait
un grand party qui s'eſtoit
armé pour les intereſts du
Princed'Orange , & il a pris ou
tué pluſieurs Officiers.Les Irlandois
font nez Catholiques ,
,
238 MERCVR E
&ce Prince leur veut oſter la
liberté de conscience dans le
temps qu'il ne preſche que
la liberté . Monfieur le Comte
de Mailly a eſté nommé par
le Roy , pour faire rendre
au Roy d'Angleterre dans
toutes les Villes de France
où il paſſera les meſmes
honneurs qu'on rendroit à ſa
perſonne. Monfieur le Comte
d'Avaux l'accompagne en qualité
d'Ambaſſadeur Extraordinaire.
د
On vient de m'apprendre
que Monfieur le Preſident Barentin
a eſté trouvé mort aujourd'huy
dans ſon Carroſſe.
Je ſuis, Madame, Voſtre , &c .
FIN.
10
LYON
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Hiſtoire de François premier
4. 2. V. 12.J..
Idem ind. 4. v.6.1.3
Education d'un Prince , par
Varillas ,ind. 1. vV.3. 1.
Hiſtoire des Hereſies , inquarto
6. v . 36.1...
-Idem ind. 12. 21.
Hiſtoire de Loüis douzićme,
inquarto 3. v. 18.1.
-Idemind. 6. v. 10. 1.10 .
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Politique de la Maiſon d'Autriche
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Réponſe à M. Burnet par
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Entretien touchant l'entrepriſe
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la Grande Bretagne , ind. 2.1 .
Prieres de l'Ecriture Sainte ,
ind.
Latreiziéme partie des Oeuvres
de S. Euremont , ind.qui
ſera le 7. tome des 12 .
TABLE .
Prelude Vers au Roy,
1
3
Reception de M.Bofquillon àl'Academie
de Soißons. 6
Madrigal. 7
Letre qui n'est composée que de mois
d'une syllabe. 10
L'Art de naviger. 18.
Audience de Congé donnée à M. le
Baron Spaheim . 87
Paraphrafe allegorique aux Victor.
res de Monfcigneurte Dauphin. 90
Reception de M. de Cailliere&de
M.l'Abbé Renaudot à l' Academie
Françoife. 101
Hiſtoire 105
Mariage du Prince de Toscane &
de la Princeſſe de Baviere. 125
Morts
163
M. Rossignol receu President en la
TABLE .
Chambre des Comptes. 182
M. le Boindre receu Conseiller au
Parlement . 183
Cure de S. Sulpice reſignée. 183
Privileges de la Ville de Riom en
Auvergne. 184
Statuë élevée à lagloire du Roy.185
Nouvelles Cartes du Pere Coronelli.
193
Discours de M. deCaillieres àl'A
cademie Françoiſe. 194
Mariage de M.leComte deRousfi
& de Mademoiselle d'Arpajou.
210 ,
Divertiſſemens du Carnaval. 211
Mort de la Reyne d'Espagne. 216
EnigmeNouvelle. 222
Officiers Generaux. 224
Nouvelles d'Allemagne. 227
Affaires d'Angleterre. 232
Mort deM.lePresident Barentin .
238
Finde la Table.
Avis pourplacer les Figures.
Es Jettons doivent regarder
la page 88 .
L'air qui commence par ,
Amour tous tes plaisirs nesontqu'imaginaires
, doit regarder la
page 124.
L'air qui commence par ,
Riezfivous eſtesſage,doit regarder
la page 224.
MERC.
MERCURE
⇒ LYON É
*
GALANT 1803
FEVRIER 1685.
E Roy ne fait rien
qui ne foit digne
d'eſtre admiré de
toute la terre. Vous
avez vû juſqu'où ſa moderationa
eſté , lors que pouvant
ajoûter conqueſte à conqueſte ,
ila renoncé à desavantages qui
Juy eſtoient ſeurs en continuant
la guerre , pour avoir
Fev. 1689 . A
C 2 MERCVRE
celuy de rendre le calme à
toute l'Europe. La conduite
de ſes Ennemis l'a forcé de
reprendre les armes. Il n'a
qu'à paroiſtre à la teſte de ſes
Troupes pour ſe couvrir d'une
nouvelle gloire , & il aime
mieux la faire tomber fur
Monſeigneur le Dauphin ,
qui animé de l'exemple de
cetinvincible Monarque , ne
ſçauroit manquer de triompher
ſous ſes ordres . Sa Majeſté
les donne toûjours avec
une telle prudence , que le
fuccés n'en eſt jamais incertai,
n C'eſt ce qui a donné
lieu aux Vers que vous allez
lire. Mr Blanchard qui en eſt
l'Auteur , en a receu beaucoup
de loüanges .
GALANT.
AU ROY.
SUR LA CONQVESTE
dePhilifbourg.
Malgré l'ardeur de ton
courage,
Monarque toûjoursgrand , toûjours
victorieux ,
Ioüiffant en repos de tes fait glo-
Abandonne ton Fils au beau feu de
Ta gloire deſormais ne peut aller
rieux ,
Sonage.
plus loin. :
Reglefans te mouvoir , le destin de
La France ,
Solence.
Et s'ilfaut du Batave arrester l'in-
(Soin.
Ton intrepide Fils fe charge de ce
A2
C MERCVRE
4
Voy ce jeune Heros triompher de
l'audace
Des Ennemis liguez , jaloux de ta
grandeur .
Animeſes deßeins , laiſſe agirfon
grand coeur ,
Les Cefars n'ont rien fait que fa
valeur n'efface .
Conduitpar tafageſſe, & tonfoudre
à lamain
CeHeros fait trembler & Batave
&Germain 1
Et tousſes mouvemens ont dûfaire
connoistre
Qu'en luy les coups d'eſſay font de
vrais coups de Maistre
Aprés cesgrands exploits que nefera
t-ilpas ?
Quenedevons-nouspas attendre
De ton genie & defon bras ?
Tout vaplier , toutva se rendre.
Tes Ennemis vaincus , rampans ,
hamiliez ,
GALANT.
S
Pour conferver lapaix que ta bonté
leur donne ,
Signeront de leurfang les droits de
ta Courone ,
Et des Princes heureux d'eſtre tes
Alliez;
Mais dans ces grands succés je
crains leur impuissance;
Ilsvont ſurprendre ta clemence ,
Enlever à ton Fils la moiſſon de
Lauriers
Quiflattesa valeur &tes braves
guerriers ,
Parla Paix,feule obstacleàſagloire
naiſſante.
Pourpunir les deſſeins de leur ligue
tremblante,
LaiſſeagirtonjeuneHeros.
Grand Roy , laiſſe éclaterfes actions
Sublimes ;
La longue prix & le repos
Sont l'Ecüeil dangereux des Princes
magnanimes .
A- 3
6 MERCURE
,
Mr Boſquillon , Auteur de
divers Ouvrages que vous
avez leus avec plaifir , & entre
autres de la traduction d'une
Oraifon funebre latine de
feu Mr le Chancelier dont
je me ſouviens que je vous
ay envoyé de tres beaux morceaux
eſt preſentement de
l'Academie de Soiffons. Ily
fut receu le premier jour de
Decembre de l'année der-
د
niere , & le compliment qu'il
fic à ceux qui compoſent
cette Illuſtre Compagnie ,
receut de grands applaudiſſemens
. Mr l'Abbé de Hericour
, qui ſe trouvoit alors
Directeur , luz répondit avec
beaucoup d'éloquence &
d'honneſteté . Le meſme jour
ce nouvel Academicien leut
à la Compagnie ce Madrigal
GALANT . 7
د
&
-de ſa compofition ; il fut
extremement applaudy
l'on ne s'étonna point qu'il
euſt este favorablement receu
des Perſonnes Auguſtes pour
qui il a eſté fait."
A MONSEIGNEUR
LE. DAUPHIN
Sur ſes premieres Conqueſtes.
Prince, que vos deſtins font
LeMonarquepuissant quifaittrem.
bler la terre
Remet envos mainsfon tonnerre
Vous punirez les injustes Rivaux ,
Vous marchezfur ſes pas , vous
volez à la Gloire
A 4
C 8 MERCVRE
Vous faites les doux ſoinsde l'aimable
VICTOIRE ,
Voussçavez foudroyerle Rampart
leplusfort.
Vous bravezles ſaiſons, vous affrontez
lamort ,
Surles coeurs des soldats vous avez
tout empire ,
Rienne peut reſiſter àvos genereux
coups.
La France vous benit , l'Univers
vous admire
Et LOVIS eft content devous.
Il y a quelque- temps que
des perſonnes d'eſprit ayant
commencé une converſation
aſſez enjoüée la firent tomber
inſenſiblement ſur la
quantité de Monoſillabes
qu'il y a dans noſtre Langue.
On ajoûta , que quoy que le
nombre en ſoit fort grand
GALANT.
१ .
,
il y auroit peut eſtre de l'impoſſibilité
à faire un Diſcours
où il n'entraſt que de ces
fortes de mots. Un homme
de la Compagnie fut plus
hardy que les autres , & entreprit
d'en venir à bout. Il
tint parole & apporta dés
le lendemain la Lettre dont
je vous envoye une copie.
Cette nouveauté a quelque
choſe derare , & merite bien
que vous en faſſiez parc à
vos Amies. Des Dames qui
ſe trouverent à cette lecture
ſoûtinrent que cette maniere
d'écrire ne pouvoit eſtre employée
pour elles , à cauſe
des mots d'amour , de paſſion ,
de tendreſſe , qui estoient des
expreffions ſignificatives , aufquelles
il ſeroit facheux de
renoncer. Le Champ eſt ou-
Α
C FO MERCURE
vert , & ceux qui voudront
en faire l'eſſay ſur des matieres
galantes , nous apprendront
fi la choſe eſt auſſi
difficile qu'on le pretend.
DISCOURS
Qui n'eſt compoſe que de
motsd'une ſeule fillabe.d
I
E fus à Saint Cloud , mon cher,
que le Duc , que tu ſçais qui
eft he Fils du Fils d'ugrand Roy, &
guin'a qu'un pen plus de deux fois
fixans ,fit un Fort , dont il fit (eut
le plan , tant il est vif , & (cait
tout ce qui est de ce bel Art. Il leprit,
par jeu , en trois jours : & il nous à
fait voir par ce coup , qu'il a plus
de coeur qu'il n'est grand , & que sa
GALANT. rf
le voit un jour dans un vray camp;
furle bord de la Lys , ou du Rhin,
on du Po , ou vers Saint Jean de
Luz, ou vers le Sas de Gand , Hoin ,
Ath, ou Bins. Mars tout Mars qu'il
est , n'a pas fait ce que je crois
que ce Duc peut dans dix ans ;
si dans ce temps-là ilne bat
les Turcs , plus que n'ont fait les
gens du Nort à Gran ; & ceux
de Saint Mare , sur mer , & à
Clim , je veux voir à ſec le fond
où eft mis le Pont neuf.
Quand le Fort fut pris , je vis
dans le Camp un dard de bois d'If
àfix rangs de cloux d'or , & dont
le fer est tres- fin fe le pris , &je
m'en ſers quand je vais feul aux
champs , & il fut bon pour moy que
ie l'eus ce jour-là; car ie fus au
bout du Pont qui est fort long ,&
pour le grand chaud qu'il fit tout
le iourie me mis tout nud dans le
A
C 12 MERCVRE
bain , prés d'un pré plus pleinde
iong fec , que de vray foin. Jen'y
fus pas long temps , que ie visua
Loup tout gris , vers les murs du
bois , qui ne me fit point de peur,
quoy qu'il fust fort gros , & qu'il
ne fuſt pas loin de moy. Jefors du
bain d'un plein faut , ie me vests,
&i'y coursàgrands pas , mon dard
àlamain , & mon cor au col;&ie
n'eus pasfi- toſt dit d'un ton haut&
clair , Au loup , au loup , & joint
ces mots au fan de mon cor ,qu'ilse
mit dans les bleds : &dans la peur
qu'il eut ,it ne vit pas un gros tronc
qui le fit choir. Quandie le vis à
bas, ie le pris par le poil , mes
gands aux mains , de peur de fes
dens ; & quoy qu'il fust fort , &
qu'ilfist tout ce qu'ilput , ie le mis
àmort en un clin d'oeil, d'unseut
coup de mondard.
Quand il fut mort , ie le fis voir
GALAN T. 13 .
àtous ceux de Saint Cloud:ony court
detous les Bourgs qui n'en sont pas
loin,& l'on me met dans la main
de bon or , & qui est de poids , &
des oeufs frais dans mon fac , &
L'on fait voirpar làque j'ay fait un
grandgain , & pour eux , &pour
moy.
Iln'y a eu que les gensdu Roy qui
ant ſoin du bois & des Cerfs , qui
m'ont fait un tour qui n'est pas bon,
carils ont mis un des leurs auguet
dans un coin , pour voirfice que j'ay
pris estun Loup , ou un Cerf , & ce
fou qui ne voit pas trop clair , caril
n'a qu'un oeil , croit que c'est un
Daim. Il me dit donc d'un ton qui
ne me plut pas , & tout en feu ,
Qu'as tu là ? je crois que c'est un
Daim ,rens-le , ou tu es mort , car
je veux qu'ilfoit veu de tout ce
qu'il y a de gens qui ont de bons
yeux.
14 MERCURE
Iefais voir à tous ceux qui font
dans le bois ,que ce qu'ildit eftfaux,
je le mets enſes mains ; ille prend ,
il le voit , & il n'en est pas moins
fou pour ce que je dis , & ce qu'il
voit : carfur le champ il me rompt
fixdens d'un grand coup de poing :
ce qu'il n'a pasſi- toftfait , que ie
mets mon dard& mon cor à bas , ie
le prens par les mains , &lebas
tant que ie tords ſes doigts , fes
bras , &fon col , &iefendsfi fort
fon nez, qu'il en fort plus defang
que d'un boeuf quand on le met à
mort, & le mal qu'ilfent,fait qu'il
court à son tour plus fort que le
Loup.
ilfait de grands cris , & s'en
plaint àtous ceux qu'il voit ; mais
ont s'en rit , &l'ong dit qu'ilest le
feul quia tort de ce qu'il m'afait
&de ce qu'il a pris un Loup pour
un Daim , qui a un bois aufront ,&
GALANT.
qu'un Loupn'enapoint. Il dit qu'il
a eu plus de cent coupsſur l'oeil dont
il voit clair , fur le dos ,fur les
reins , bref,fur toutle corps , mais
on fait le fourd à tant de mots qui
font voir ce qu'il est ,&fijay mal
fait, moy qui ne veux que la paix
pour tout.
Mais quand ilvoit que nul ne
leplaint il s'en va au Bourg où il
boitdu vin blanc , qu'on dit qui eft
d'un tres- bon goust , mais qui est si
fort, qu'ilfait du mal & on le boit
pur , & fans qu'on ait pris un peu
-depain&de la chair , ou des noix.
&il en boit tant qu'ilperd le ſens,
qu'il n'a pas trop bon quand iln'a
pasbuer quand il est si soû qu'il
n'en peut plus , je le mets fur un
lit, cù il dort en porc tout le jour ,
&quoy qu'il fort plus queux qu'un
rat , on dit qu'il en boit tous les jours
plus de irois pots tout pleins , G
C 16 MERCVRE
qu'il dort au prix , & c'est ce qui
fait qu'il estgras à lard , &fi l'on
n'ena soin , il est plus près de sa
fin que l'on ne croit.
2
On m'a dit qu'il y a neuf ou
dix jours qu'il est plus doux
qu'il ne boit plus de vin , & qu'il le
haïtplus que la mort, qu'il est longtemps
à jeun les bras en croix , qu'il
fait des voeux pour moy , & pour
tous ceux dequi il a eu dumal ,&رم
àqui il en afait ; que fou coeur est
pur dansla foy , & droit dans ce
que veut la loy ; qu'il fait tout ce
qu'on a pu voirdans les plus grands
Saints ; en un mot , qu'il est mort à
tout . Il estdonc Saint , dis tu ? Ilest
vray, fais ce qu'il fait , & tute
mets dans ce rang, & croy-moy,mon
Cher,toutàtoy.
Il n'y a jamais eu tantde
Vaiſſeaux en Europe que
GALANT.
17
l'année derniere د
& fi l'on
en peut juger par l'apparence,
il y en aura encore plus l'Eſté
prochain. Cela m'engage à
vous faire part d'un Ouvrage
fort curieux , dans lequel il
eſt traité de tout ce qui re.
garde la Navigation . C'eſt
une matiere d'une fort grande
étenduë , & qui doit faire
plaiſir non ſeulement à ceux
du meſtier , mais meſme aux
indifferens , puis qu'ibeſt fort
agreable de ſçavoir un peu
de tout pour en pouvoir
parler dans le monde quand
l'occaſion s'en offre .
CI MERCVRE
**************
DE L'ART DE NAVIGER.
ENNtre les Arts qui font
eſtimez les plus neceſſaires
aux hommes , celuy de
la Navigation a eſté un des
premiers & des principaux .
L'obligation qu'il y avoit de
traverſer les Rivieres , de pafſer
dans les Ifles , & en d'autres
lieux , tant pour le Commerce
que pour la communication
des Habitans , les a
portez à inventer des machines
flotantes & capables de
les foûtenir ſur les eaux , pour
les tranſporter d'un bord à
l'autre avec ce qu'ils vou,
loient y conduire , & cela ſe
falſoit alors fans aucun Pi-
د
4
こ
GALANT.
19
lote. De là font venus les
Rats- d'eaux , les Bacs , les
Pontons les Canots les
Gondoles , les Balons , les
Nacelles
, & une infinité
d'autres Barques , auſquelles
on a donné divers noms felon
l'uſage & les Regions où elles
ont eſté inventées , & ces
Vaiſſeaux pour la pluſpart
eftoient ordinairement faits
tout d'une piece , comme de
troncs d'arbres creuſez , d'écorces
& de roſeaux , y en
ayant d'une groſſeur & d'une
grandeur ſuſſiſante pour cela .
D'autres eſtoient faits de
joncs pliez & joints enfem.
ble ; quelques - uns de bois
de ſciage & de planches
chevillées & d'autres de
cuir coafu & endurcy . Il y
én avoit qui eſtant faciles à
,
?
20 MERCVRE
1
plier , ſe pouvoient aiſement
tranſporter d'un lieu à l'autre
ou que l'on pouvoit porter
en leur eftat , comme encore
aujourd'huy les Canots dans
les Indes , & les Balons dans
le Royaume de Siam , ou les
Gondoles à Veniſe &les
Pontons ailleurs .
د
Comme l'ufage de tous ces
Vaiſſeaux n'eſtoit d'ordinaire
que pour le courant des Rivieres
, ou pour leur trajet ,
on n'avoit beſoin pour les
conduire que de perches , de
rames , de cordages , de moulinets
, on de voiles ; on y
employoit les uns & les autres
en ces premiers temps ,
& l'on voit encore dans les
Païs qu'on d'écouvre denouveau
, que leurs Habitans en
ufent prefque tous de la mefme
maniere.
GALANT. 21
د
Il y a auſſi des lieux vers
le: Nort comme dans la
Norvegue & dans la Groelande
, où les Vaiſſeaux à
cauſe des glaces ſont ſi portatifs
, qu'on les fait gliſſer
fur les neges pour les tranfporter
de Riviere à autre ,
fans aucun débris , & versla
Mer Glaciale ; les Pyrates y
ont des Vaiſſeaux de cuir fi
bien fermez , qu'ils n'ont pas
de peine à les faire entrer
profondement dans l'eau , &
pendant la nuit ils ſe gliſſent
ſous les grands Vaiſſeaux ,
les percent au fond de cale ,
& les font ſubmerger , pour
y exercer enſuite leur brigandage.
Voilà pour ce qui re
garde la conſtruction
matiere & l'usage des premiers
Vaiſſeaux .
د
la
22 MERCVRE
د
On tient generalement que
les Egyptiens ont eſté les
premiers qui ayent inventé
l'uſage de ces petits Vaiſſeaux ,
par la neceſité qu'ils avoient
de s'en ſervir en certaine faifon
de l'année , à cause des
inondations ordinaires que
le Nil fait tous les ans dans
leur Pais en forte que toutes
les terres en ſont couvertes
; ce qui oblige les Habitans
à y faire des Tranchées
& des Foffez pour faciliter
les écoulemens de l'eau , &
à ſe retirer avec leurs Familles
& leurs Troupeaux fur les
éminences de leurs Terres ;
car ce Fleuve ne croift qu'à
une certaine meſure de hauteur.
Les Venitiens outre leurs
Gondoles , ſe ſervent encore
GALANT.
23
aujourd'huy de cette forte de
petits Vaiſſeaux , qu'ils appellent
Fifolera , ils font extremement
legers , & vont
anili viſte que le vent ; c'eſt
pour la chaſſe de certains oiſeaux
qu'ils appellent. Fifold .
& qui ſe fait ſur l'eau avec
affez de divertiſſement. Outre
ce nom qu'ils donnent à leurs
Vaiſſeaux , ils les appellent
Fuſolera à cauſe de leur viteſſe
, ou parce qu'ils reſſemblent
à des fuſeaux , eſtant
ronds & pointus par les deux
bouts ; ou comme les Balons
de Siam cymbala , longs &
ronds .
د
Les Syriens & les Affricains
avoient emprunté l'uſage de
leurs Vaiſſeaux des Egyptiens
toutefois pour l'art de naviger
, comme il eſtoit rude
24
MERCVRE
-
& groſſier en ce temps-là ,
chaque Nation y ajoûta du
fien ſelon l'occafion & fui- د
vant que leur propre experience
leur en donnoit lieu ;
mais ce n'eſtoit pas encore
pour faire des voyages de
long cours , ny pour s'expoſer
aux vents , & anx tempeſtes.
Ils ne faifoient que
coſtoyer les rivages fans
entrer en pleine Mer
cherchoient ſeulement leur
ſeureté en navigeant.
د
&
Il y a diverſité d'opinions
entre les Auteurs à l'égard de
ceux qui ont eſté les premiers
Inventeurs de la conſtruction
des grands Vaiſſeaux ,& des
inftrumens qui fervent à la
Navigation . Quelques - uns
tiennent qu'Atlas inventa les
Navires & Part de naviger';
&
GALANT.
25
:
:
& d'autres diſent que ce furent
les Tyriens .
Enſuite les Copéens , habitans
de la Beotie prés du
Fleuve Cephife , trouverent
l'uſage des Rames & des Avi
rons . Dedale inventa le Maſt
&les Antennes ; Icare , fon
Fils , les Voiles . Les Tyrreniens
forgetent les Ancres ;
Anacharfis fit les Harpons ,
& Pericles les Crocs & les
Agrafes , pour ſervir dans les
combats de mer. Les Platéens
compafferent les premiers la
juſte largeur des Vaiſſeaux ,
car auparavant ils eſtoient
tous bien plus longs que larges
, & toutefois capables de
recevoir beaucoup de perſonnes
& de bagage , felon la
longueur des arbres , des roſeaux
ou des écorces dont
Fev. 1689 . B
26 MERCVRE
ils eſtoient conſtruits .
د
;
Quant à la difference des
Vaiſſeaux , & à leurs équipages
, on donne à Tiphis
T'honneur d'avoir inventé
l'art & les regles de bien naviger
& de conduire le
gouvernail comme un bon
Pilote, Minos compoſa le
premier l'Armée Navale. Eole
enſeigna aux Nautonniers la
maniere de gouverner les
Voiles . Enfin on ajoûta tant
de découvertes à la Navigation
, qu'elle commença à
devenir plus parfaite , & alors
le defir de connoiſtre les
Regions & les Peuples , porta
ceux qui en avoient déja quelque
experience à paſſfer en des
Païs un peu plus éloignez , &
à y tranſporter des vivres &
d'autres choses neceſſaires ,
GALAN T. 27
pour établir une eſpece de
commerce .
Entre ces Vaiſſeaux qui
commençoient déja à pouvoir
ſouffrir la Mer , les Galeres
femblerent d'un uſage
affez commode pour leur le
gereté & pour leur vitefſe.
Diodore dit que Seſoftris Roy
d'Egypte , & Succeſſeur de
Mocris , a eſté le premier de
tous qui ſe ſoit fervy de Galere
,& qu'ayant dompté les
Habitans d'autour de la Mer
Rouge , il tacha de conduire
un Canal navigable depuis le
es Nil juſqu'à cette Mer.
ゼニ
Thucydide rapporte que
1. Damaſe d'Eritée inventa
e la premiere Galere à deux
5 bancs , & Aminocle de Corinthe
, celle qui eſtoit à trois.
Aristoté a écrit que les Car-
}
28 MERCURE
thaginois formerent celle qui
en avoit quatre. Neficton de
Salamine en fit une de cinq ;
& felon le témoignage de
Polybe , les Romains furent
les premiers qui firent conftruire
une Armée navale de
cente forte de Vaiſſeaux, dans
l'appareil de guerre contre
les Carthaginois. Xenagoras
de Syracuſe inventa des
Galeres à fix bancs . Mneſigethon
en compoſa juſqu'a
dix Alexandre le Grand ,
juſqu'à douze. Ptolemeus Soter
en fit faire une juſqu'à
quinze , Ainſi le progrés s'en
augmentoit de temps
temps , & felon les experiences
& la force des Vaiſſeaux
qui devoient tenir la mer ,
& y refifter , & alors les rames
eſtoient autant en uſage
que les voiles.
en
GALANT.
29
4
i
1
د
Mais quand le bruit ſe fut
répandu par toute la Grece
que Jaſon commandé par le
Roy Pelias devoit entreprendre
un grand voyage par
mer , pour aller en la Colchi-
( de à la conqueſte de la Toiſon
d'or , toute la Fleur de la
jeuneſſe de Grece voulut avoir
part à cette famenſe navigation
dont tout le monde parloit.
C'eſt ainſi qu'en uſent
■ les Volontaires dans les grandes
Expeditions. Le nombre
en fut de cinquante- quatre,
des plus braves & des plus
confiderables de la Grece.
A ce ſujet on conſtruiſit
une Galere à trente bancs de
chaque coſté , ce qui n'avoit
point encore eſté fait juſques
alors. Ce fut Argus Fils d'Areftor
, qui en fut l'Archite-
B 3
30 MERCVRE
د
د
د
cte, & qui luy donna de fon
nom celuy d'Argo & ceux
qui le monterent furent delà
appellez Argonautes fi lon
en croit Apollonius le Rho .
dien . Toutefois Diodore dit
que ce
Vaiſſeau fut ainſi
nommé à cauſe de ſa legereté
; & Ciceron affure que
cette Galere portoit ce nom
àcauſe de celuy des Grecs
qui s'appelloient alors Argives
, dunom de la Ville d'Argos
dont ils estoient originaires
; Typhis comme Pilote
pour ſon experience , prit la
conduite de ce Vaiſſeau , qui
a eſté ſi renommé dans la
Grece , & qui pour ainfi dire ,
a merité d'eſtre tranſporté
dans le Ciel , poury faire une
constellation entre les autres
Aftres.
GALANT. 31
Moreri dans ſon Dictionnaire
hiſtorique , marque que
cette Navigation ſe fit en
l'année 2762. de la Creation
du monde , s'il y a quelque
ombre de verité en cette hiſtoire
fi fabuleuſe. Tout le
miſtere de cette Conqueſte
n'eſtoit que le ſecret & la
découverte de la Pierre Philofophale
, que les Anciens
couvroient des voiles de cette
Fable.
Mais quelque éclat que cette
Navigation ait eu , & quoy
qu'on l'éleve au deffus de
toutes les autres entrepriſes ,
د
maritimes elle n'eſt preſque
rien à l'égard de ces grandes
Navigations qui ſe ſont faites
depuis dans toutes les mers
les plus vaſtes , & juſques aux
Regionsles plus reculées , &
B 4
32
MERCURE
C
dont la découverter n'a pù
P
ſe faire ſans le ſecours de
l'Aimant & l'uſage de la
Bouffole.
Les bancs des Galeres s'augmenterent
encore de nombre
, puiſque Ptolomeus Philadelphus
en fit faire une de
quarante , & Ptolomeus Philopator
, furnommé Triphon,
une autre de ſoixante.
Mais de quelle quantité de
Vaiſſeaux , & de quelle grandeur
,Xerxes , Roy des Perſes ,
ne couvrit- il pas l'Helleſpont
avec ſon Armée navale ? Le
nombre en eſtoit du moins
de mille. Quelle hauteur
quelle force & quelle profondeur
n'avoient pas lesNavires
, dont il fit faire un pont
lié de chaiſnes pour joindre
l'Afie à l'Europe . Toutefois
•
GALANT.
33
•
-
-
-
د
avec ce grand appareil de
guerre ſur mer , il fut vaincu
par Themistocle prés de Salamine
, & contraint de ſe ſau-
-ver avec une petite Barque .
Aprés tout l'on remarque
qu'en ces temps- là les Pilotes
n'avoient point d'autres gui .
des que leur experience , la
découverte des Ifles & des
Terres qu'ils avoient euxmême
veuës , desGolphes où
ils étoient arrivez , des bancs
&des écueils qu'ils avoient
évitez,des Reduits &des Sinus
qu'ils connoiffoient , & l'obſervation
des Eſtoiles qui leur
ſervoient à fe conduire ; &
quand ils avoient perdu leur
tramontane , ils couroient rif
que de faire naufrage. Jufques
alors les Cartes marines
& les Mappemondes n'é-
B5
34
MERCVRE
C
toient point en uſage ; auffi
leurs Navigations n'eſtoientelles
pas fort grandes , & les
naufrages pouvoient eſtre afſez
frequens , puis qu'il ſe
falloit aſſurer ſur la force de
ſes bras , fur l'induſtrie des
Nautonniers , fur la conduite
des voiles & des rames , pour
ſe tirer des écueils , des bancs
de ſable , & des détroits perilleux
quand on y tomboit.
Aufli remarque-ton que
la pluſpart faisoient ferrer
leurs Vaiſſeaux fur le devant
& fous la carene , pour les rendre
plus ſolides contre les va.
gues , & pour en empeſcher
Le débris contre les rochers
cachez.
On donnoit auſſi ancienment
des noms ſpecieux aux
Vaiſſeaux les plus confideraGALANT.
35
2
bles , comme on le voit au
combat naval décrit par Virgile
dans le cinquiéme livre
de ſon Eneïde , où il nomme
trois Vaiſſeaux la Balene , le
Centaure & la Chymere. Et
aujourd'huy encore à Venife
n'y a-til pas le Bucentaure ,
qui eſt un Vaiſſeau de folemnité
& d'apparat , d'une prodigieuſe
grandeur , qui ſe démonte
& qu'on remet en
eſtat quand le Doge fait la
ceremonie d'aller épouſer la
Mer. De meſme dans les Armées
navales il y a des Vaif
feaux qu'on nomme le Grand
,
Amiral , le Vice
Capitane ,&c.
- Amiral ,la
Les Anciens enavoient encore
de differente nature , les
uns de charge , & les autres de
guerre. Les premiers eſtoient
B 6
36 MERCVRE
C
ordinairement plats , & fervoient
au paſſage des gens
de guerre , du bagage , des
harnois & des chevaux . Ce
fut Hippius de Tyr qui les
inventa , & on les appelloit
Hippagines , non pas de fon
nom , mais du mot Grec de
cheval . Les autres qui fervoient
dans les combats de
mer , eſtoient gros & ronds
munis de becs de fer & pointus
, pour percer de roideur
ceux des Ennemis à force de
bras , & par la violence des
rames , & les couler à fond.
Auſſi eſtoient - ils appellez
rostrata naves Navires à bec.
De là eſt venu chez les Romains
, que le Senat eſtoit
appellé Rostra ,& que pro roftris
dicere , veutdire haranguerdevant
le Senat parce que quand
GALANT.
37
les Romains avoient pris des
Vaiſſeaux à bec ſur les Ennemis
dans quelque combat
-on leur coupoit ce bec , &
on l'attachoit le long du
Barreau où ſe faisoient les
harangues , & où ſe vuidoient
les cauſes;de meſme que l'on
attache aux voûtes des Temples
les Drapeaux & les Etendards
qu'on prend ſur les
Ennemis.
&
Ces meſmes Vaiſſeaux de
guerre avoient auſſi des Tourelles
ſur la poupe , d'où la
Milice combattoit à coups
de dards & de fléches
jettoit des feux & d'autres
machines de guerre dans les
Vaiſſeaux des ennemis , commedit
le meſme Virgile dans
la peinture qu'il fait du combat
naval de l'Empereur Au
•
38 MERCVRE
guſte contre
Cleopatre.
Antoine &
Ces Vaiſſeaux avoient encore
les Pavoiſades , qui eftoient
des ceintures de boucliers
rangez ſur le bord
avec lesquels la Milice fe
mettoit à couvert contre les
traits des ennemis ; & l'uſage
s'engarde encore maintenant
dans les grands Vaiſſeaux de
guerre ,mais plûtoſt par parade
qu'autrement. Ce font
de grandes ceintures d'étofe
ordinairement d'écarlate ;
auſquelles on donne le nom
de Pavefades , par le changement
de quelques Lettres.
Il faut maintenant parler
de l'uſage de la Boufſole , qui
eſt la conduite la plus reguhere
, dont les Pilotes ſe fervent
avec le ſecours de la
GALANT.
39 .
Carte ou Mappemonde , pour
faire de grands voyages par
mer , & elle n'a eſté découverte
que depuis trois ou quatre
cens ans par le moyen de l'Aiman
, il eſt facile de croire ,
comme j'ay dit , que l'on ne ſe
conduiſoit ſurmer auparavant
que par ſa propre experience
par les vents &par les Aftres
: ce qui fe remarque dans
toute la Navigation des Anciens.
Mais il femble que la Divi
ne Providence avoit renfer.
mé tout le fecret de la Bouffole
dans le ſeul Aiman ; car
en effet ſans le ſecours de
cette Pierre , l'uſage n'en aus
roit pas eſté connu. La Bouffole
que les Latins appellent
Acus Magnetica , navicularia ,
Aiguille aimantée , ou Pixis
•
40 MERCVRE
5
nautica , à cauſe de ſa boëte ,
eſt un inſtrument fort neceffaire
à la navigation . C'eſt
une découverte des derniers
fiecles dont les Anciens
n'ont point eu l'uſage. Il eſt
vray que les vertus & les facultez
de l'Aiman leur ont
eſté connuë , en ce qu'il attire
à foy le fer ; mais ils n'ont
pas ſceu que ce meſme fer
touché de l'Aiman euſt une
proprieté pour ſe tourner vers
le Nord & le Midy ; & c'eſt
là cette noble connoiſſance ,
qui a ſervy à découvrir les
nouveaux Mondes , les fles
inconnuës , les Nations les
plus éloignées ; & pour ainſi
dire , à enrichir l'Europe par
le commerce & par les frequentes
navigations qui ſe
font faires , & fe font encore
GALANT.
41
en toutes les parties du
monde.
,
Quoy que les Anciens
ſceuffent les vertus de l'Aiman
, & qu'ils en ayent écrit
comme Ariftote , Platon
Pline , & pluſieurs autres dont
nous parlerons , on ne voit
rien dans leurs écrits de la
Bouffole , & le temps que l'on
commença à ſe ſervir dans
l'Europe de l'Aiman au lieu
de Bouſſole , eſt environ dés
l'an 1260. que Paul Venitien ,
ayant fait un voyage dans la
Chine , en apporta le ſecret ,
Les Chinois s'en ſervoient
de cette maniere . Ils ſuſpendoient
un morceau de la
pierre d'Aiman far un morceau
de Liege , & le laiſſoient
flotter ſur l'eau dans un Baffin
ou un Cuveau
:
, & ce
42 MERCVRE
Liege avec l'Aiman ne man
quoit pas de tourner du
coſté du Nort. C'eſtoit - là
leur Boufſole qui leur faiſoit
connoiſtre l'Etoile polaire ,
& la maniere de conduire
leurs Vaiſſeaux fur la Mer ,
ce qui a duré chez eux jufques
au milieu du fiecle precedent.
:
Ce meſme uſage de cette
forte de Bouſſole a duré auſſi
en Europe un affez longtemps
, juſqu'à ce qu'un certain
Flavius Melphitanus ,
trouva le ſecret de la Bouf.
fole , & par cet inſtrument
il donna moyen aux Eſpagnols
de naviger au nouveau
Monde , & d'y découvrir
la Caſtille d'or , & d'autres
parties de l'Amerique ,
comme la Riviere de Plata
GALAN T. 43
د
en
& de Parana ; c'eſt ce que
rapporte Petrus Cicza
fon traité de la Marine Collenutius
dans ſon Hiſtoire de
Naples en fait auſſi mention ?
& fovias appelle la Bouſſole ,
la regle des Nautonniers ou
de la Marine .
Mais d'autres attribuent
cette découverte à un certain
Jean Gira , natif du Bourg
d'Amalphi dans la Campanie
au territoire de Rome ,
environ l'an 1300. Cela a du
raport avec ce qu'en écrit
Collenutius . Toutefois il ſe
peut faire que ce Gira ne
trouva ſeulement que le
fecret de faire la Boufſole ;
c'est à dire de faire la Boëtte
& de ſuſpendre les aiguilles
aimantées ſur un pivot , pour
Ieur donner le mouvement
44
MERCVRE
,
de- qu'elles ont. Mais on
mande fi le Lys qui ſe
met en toutes les Boufſoles
pour marquer le Pole ou le
Nort en conduisant l'aiguille
fur ce Lys qui eſt la
marque du Midy , n'eſt pas
un indice , que les François
ont trouvé le ſecretde mettre
les Bouſſoles dans leur
perfection , car toutes les
Boufſoles font marquées de
cette fleur Royale , & meſme
en quelque Païs que ce ſoit
quel'on en faſſe , pour une inſtruction
generale on y ajoûte
ce Lys .
Auſſi eſt- ce depuis ce tempslà
, que l'Art de naviger a
acquis de la perfection , & eſt
en fi grande eſtime chez toutes
Jes Nations qu'on a tâché dans
les deux derniers Siecles à le
GALANT.
45
porter à ſon plus haut point de
perfection , & qu'enfin ſous le
Regne de LoüIS LEGRAND ,
on a propoſé des recompenfes
confiderables pour ceux qui
y feroient quelques nouvelles
découvertes .
En effet , comme le com .
merce unit les Nations les plus
éloignées , & n'en faitpreſque
pour ainſidire qu'un ſeulpeuple
, qu'il porte les richeſſes
dans les lieux les plus infertiles
qu'il y répend l'abondan
ce , & qu'il fait voir les Indes
Orientales & Occidentales , la
Chine &le Perou dans l'Europe
, ne doit-on pasdire que la
Bouffole , qui fait tantde merveilles
, eſt un ouvrage & un
miracle de l'Art , puiſque c'eſt
fur elle que l'onaſſeure ſa vie,
ſesbiens & fa fortune , & que
46 MERCVRE
l'on va fur toute forte de Mers
par ſon ſecours , auſſi aiſement
&avec autant de ſeureté que
ſur terre, & qu'enfin l'on attire
les peuples les plus Barbares ,
& les moins civilisez à des
connoiſſances qu'ils n'auroient
jamais cuës , & à des alliances
qui ne ſe ſeroient jamais
faites , témoins les Ambaſſfadeurs
d'Ardra dans la Guinée,
ceux de Moſcovie , d'Alger,
de Maroc,de Fez , & de nouveau
ceux de Siam
d'autre?
د
&
Comme l'aiguille aimantée
eſt la principale partie & la
plus noblede la Bouffole , on
doit avoir un grand ſoin de la
mettre dans ſa perfection , &
dans une liberté qui la laiſſe
bien agir. L'aiguille ayant eſté
frottée de l'Aiman , acquiert
GALANT.
471
les meſmes proprietez que cette
pierre renferme en ſoy , &
les conſerve des Siecles entiers .
La Boëte où elle doit eſtre
enfermée , eſt ordinairement
de bois , ronde on guarrée ;
il n'importe , mais fur tout il
faut ſe donner de garde de
n'y mettre aucun clou de fer ,
puis qu'il feroit une attraction
de l'aiguille. La grandeur
de la Boëte ſera de cinq
ou fix pouces de diamettre..
On planteraaŭ milieu un pi.
vot à angles droits fait de
cuivre , c'eſt la matiere la plus
propre décrivant avec le
Compas un Cercle Concen
trique en la meſme Boëte.
Ceux de Marseille ont acquis
la reputation d'y travailler
excellemment,
Au retour des grands voya48
MERCVRE
ges , on doit laiſſer les Bouffoles
en leur état & dans leurſituation
naturelle ; elles ne
ſe gaſtent pas pour eſtre dans
le repos , Quelques - uns attachent
la roſe avec l'aiguille
pour luy donner plus ſe fermeté
; celle d'un Cadran ſolaire
eſt trop vive pour un
Vaiſſeau qui eſt toujours
dans l'agitation , & on auroit
peine à s'y regler . Pour la
figure de l'aiguille aimantée ,
cela dépend des habiles Arti
fans , qui en connoifſfent les
defauts& la perfection ..
7
)
On a remarqué du moins i
vingt declinaiſons de l'Aiman
ou de la Bouſſole , c'eſt à
les habiles Pilotes prennent ordinairement
garde , pour ſe
regler ſur leurs Cartes& affcurer
leur Navigation , les ſçaquoy
vans
GALANT...
49
vans Auteurs enſeignent à les
corriger.
د
Toutes les Nations de l'Europe
ſe ſont accordées à diviſer
l'horiſon en trente deux,
Rumbs , qui ſont autant de
routes differentes que le
Vaiſſeau doit ſuivre par le
moven de la Bouſſole , eſtant:
pouffé du vent. Chaque
Rumb ou route eſt éloignée
l'une de l'autre de onze degrez
& un quart ; & quoy
que cette diviſion puiſſe s'étendre
juſqu'à trois cens foixante
degrez , la premiere, eſt
l'ordinaire de tous les Pilotes
& fur laquelle ils ſe reglent ;
& leurs Cartes ſont marquées
de ces trente-deux Rumbs
qui font les vents ces
Veuts font les routes qui regardent
les parties du mon-
Février 1689. C
1
MERCVRE
de. Je laiſſe aux Curieux à
viſiter les Cartes , & à en ap.
prendre les noms qui y font
marquez , & principalement
ſur la Bouffole .
L'aiguille , de la Bouffole ,
ayant acquis la meſme vertu
de l'Aiman qui l'a touchée ,
la conſerve dans cette admirable
& furprenante proprieté
, qu'elle tourne naturellement
un de ſes bouts au Nore
&l'autre au Sud , qui luy eſt
oppoſé , & le Lys qui eſt en
la Rofe regarde toujours le
Nort ainfi en ſuivant les lignes
qui font marquées en la
Bouffole ſeulement avec .
l'oeil on peut connoiſtre
en tout temps l'endroit de
l'horifon , les quatre Vents
principaux , & pareillement
tous les autres.
,
د
GALANT . SI
L'avantage que l'on tire
de la Bouffole , qui rend lar
conduite du Vaiſſeau tresaiſée
, eſt qu'elle reprefente
toutes les routes dans la mefme
difpofition qu'elles font
en effet , & l'experience & la
pratique en font connoiſtre
la verité.
C'eſt une choſe merveilleuſe
, & qui donne un grand
avantage à la Navigation ;
que par la conduite de la
Bouſſole , le Pilote peut tellement
gouverner ſon Vaifſeau
, dans les plus épaiſſes
tenebres de la nuit - qu'il n'a
beſoin ny des Aſtres ny de
lumiere , & meſme il le gouverne
auffi-bien eſtant dans
le fond de cale ; que s'il eſtoit
fur la poupe ou fur le tillac.
Il ne leur importe de voir la
C 2
t MERCV RE
52
Mer , ou de ne la pas voir
non plus que le Ciel , ny aucune
Eſtoile remarquable
qui puiſſe luy deſigner quelque
Region ou Cap.
Les habiles Pilotes portent
quelquefois plus d'une Boufſole
, ou une pierre d'Aiman
dans leurs voyages de long
cours , à cauſe des accidens
qui font à craindre , & c'eſt
une précaution qu'il eſt bon
d'avoir. Ce n'eſt pas que l'aiguille
d'un Cadran ne puſt
ſervirde Bouſſole en cas de ne
ceffité , pourvû qu'on la mette
fur du liege flotant fur de
l'eau dans un grand vaſe , cat
elle marquera toûjours le
Nort , ou l'Eſtoile polaire.
C'eſt comme les Anciens en
ufoient...
Si l'Aiman ou l'aiguille
GALANT . 531
aimantée de la Bouſſole n'avoit
point de declinaifon
l'art de la Navigation ſeroit
sentierement aſſure en fon
principe ; & le Vaiſſeau fuivant
fa ligne marquée par le
vent ou le Rumb , ne s'écarteroit
jamais de ſa route , ce
qui ne ſe peut faire fans décliner.
Safad
Enfin , comme je l'ay déja
dit , il y a un grand nombre
de declinaiſons que les Cartes
enſeignent , & les Auteurs
qui les marquent dans
leurs traitez , font à confulter.
Comme l'aiguille de la
Bouffole a les mesmes vertus
& proprietez que l'Aiman ,
il eſt à propos de parler de
cette Pierre , pour faire l'union
de l'une avec l'autre .
50 Pluſieurs Auteurs ont écrie
C3
54
MERCVRE
de la nature & des vertus de
l'aiman à l'égard du fer qu'il
attire , & en font un prodige
de nature. S. Auguſtin meſme
en ſaCité de Dieu , Ifidore .
Platon & Theophrafte en
diſent des merveilles , & pour
la découverte Nicander
& Pline aprés luy rapportent
qu'il fut trouvé par hazard
de cette maniere.
Un Pasteur nommé Magnet
menant paiſtre ſon
troupeau fur le mont Ida en
Phrygie , s'appercent que le
ferde fa houlette & les clouds
de ſes fouliers le tenoient arreſté.
Il en fut furpris , & en
avertit ſes Compagnons , qui
eurent la curioſité de tirer
guelques- unes de ces Pierres
du lieu où elles eſtoient , &
d'en faire l'experience , ce
GALANT.
551
qui ayant réufſi , ils nomme
rent l'aiman Magnes ; du
nom de ce Paſteur , & ce nom
luy eſt demeuré depuis en
Latin. La choſe ſe divulgua
& cette vertu cachée & fecrete
fut ainſi découverte.
D'autres donnent le nom
de Magnes à l'aiman , de
celuy de Magnefie , Ville de
Macedoine , tirant vers le lac
Babeis , où il ſe trouve fur le
mont appellé Capo virihmi
de Natolie , d'autres le nom
men encore Heraclion du
nom de la Ville d'Heraclée
parce qu'on y en trouve aux
environs , ou du nom d'Hercule,
àcauſe de ſa force attrative
envers le fer .
و
2
Sotachus fait cinq efpeces
d'Aiman , & les diviſe de
cette forte , le premier qui
C
2
MERCVRE
,
vient d'Ethiopie , le ſecond
qui ſe trouve en Phrygie ou
àGapo- Virillichi,le troifiéme
prés d'Echium , Ville de Beotie
, le quatrième à Alexandrie
de Troade & le cinquiéme
à Capo de S. Georgio
delguiefco , à une lieue & demie
de Prague. Il y en a demafle
& de femelle , dont les
vertus ſont differentes . On
en voit de diverſe couleur
; mais le bleu eſt le plus
excellent & le plus precieux
de tous. Il s'en trouve de
cette eſpece en une Contrée
fablonneuſe appellée Zimiris.
Le blane n'a pas tant de force,
& les Italiens l'appellent. Calamita
bianca. Ce n'eſt pas
qu'il n'y en ait en Allemagne
d'excellent ; mais le meilleur
eſt celuy qui attire le fer d'un
GALANT.
57
こ
coſté ,& lerepouffe de l'autre.
Ainſi dans l'Aiman la partie
Boreale qui actire le fer ,doit
regarder la Boreale , de meſme
que l'auſtrale qui le repouſſe ,
doit regarder l'auſtrale.
L'Aiman que l'on nomme
Theamedes& que les Allemans
appellent Ein Blefer , n'est pas
fune efpece differente; car tout
Aiman qui attire le fer , &
montre les plages du monde
par une de fes parties , le
repouffe de la partie oppoſée.
On voit ainſi dans l'Aiman
que les parties oppofées font
des effets differens . ;
C'eſt une erreur que les
Vaiſſeaux qui ont des cloux
de fer , demeurent attachez à
une Montagne vers le Nort
s'ils en approchent de trop
prés , à cauſe de l'Aiman
C
2
158
MERCVRE
:
où
qui s'y trouve ,& qu'ils ont
peine à s'en tirer ; mais c'eſt
une merveille qu'un fer libre
& plus leger qu'une pierre
d'Aiman , y court naturellement
, & tâche de s'y joindre,
& file fer eſt attaché & plus
peſant que la pierre , l'Aiman
court au fer & s'yjoint.......
Il faut pour la conſervation
de l'Aiman qu'il foit enfermé
dans la limaille de fer ,
il conferve ſes forces
augmente , & en fait fa nourriture
; & de plus il communique
ſa vertu au fer , comme
on le remarque aux anneaux
d'une chaiſne , dont l'un attire
l'autre parce que la
vertu de l'Aiman tranfpire ,
&paſſe au travers de chaque
anneau jufqu'au bout de la
chaifne ,& dans l'eſtenduë ou
,
les
GALANT.
591
cercle de ſon activité. Dans
cette attraction il eſt neceffaire
que l'Aiman ſoit plus
peſant que le fer , autrement
l'Aiman iroit au fer mais
quoy qu'il en ſoit , c'eſt toûjours
l'Aiman qui attire felon
le ſentiment de tous ceux
qui en ont écrit.
,
Ce qui eſt encore de plus
merveilleux , l'aiman ne laifſe
pas d'attirer le fer au tras
vers du bois , de la pierre &
du verre meſme , & ces corps
ne mettent point d'obstacle
à ſa vertu attractrice . Cette
vertu naturelle reſſemble à
la lumiere , qui paſſe au travers
des corps diaphanes &
tranſparans , ou au fon qui
traverſe les corps les plus ſolides
,& vient fraper les oreilles
; mais c'eſt une choſe af-
C6
160 MERCURE
>
ſés étonnante que l'Aiman
ayant tant de ſimpathie avec
le fer , ſe fortifiant dans ſa
limaille , & y acquerant mefme
de nouvelles forces il
n'agit pas également en toutes
ſes parties , que d'un coſté
il l'attire , & de l'autre il te
repouffe . D'où luy vient cer
amour & cette averſion en
un meſme temps ? Ce ſont
des merveilles qui doivent
eſtre admirées des hommes
& qui ne sçauroient eſtre
connues.
L'on pourroit douter ſi l'Aiman
ſouhaite s'unir au fer
ou le fer à l'Aiman pour ſe
reveſtir de ſes vertus , comme
font , attirer un autre fer
& montrer les plages du
monde , & cette proprieté
eſt ſans doute la plus belle
>
GALANT. 61
la plus curieufe & la plus
admirable , puis que par le
moyen d'une aiguille aimantée
, enfermée dans une Bouffole
, l'on trouve le pole , l'on
connoiſt le point arctique &
l'antarctique , l'on parcourt
toutes les Mers auſſi-bien la
nuit que le jour , & l'on peut
adreſſer des routes ſans erreur
à toutes les parties du
monde , & meſme juſqu'aux
Antipodes.
Voicy une experience affez
aisée pour connoiſtre
dans une pierre d'Aiman le
point boreal , & le point auſtral.
Il faut la mettredans une
-écuelle de bois ſur une eau
repoſée dans un baffin . Cette
écuelle tournera affez longtemps
ſur l'eau juſqu'à ce que
le point boreal de la pictreait
62 MERCVRE
trouvé le pole boreal , & alors
elle s'y arreſtera , & cela donnera
lieu de diftinguer dans
l'Aiman la partie boreale &
lauſtrale. La meſme experience
ſe peut encore faire avec un
filet , car ſi vous ſuſpendez une
pierre d'aiman , elle tournera
long temps juſqu'à ce
qu'elle ait trouvé ſon pole .
Il en eſt de meſme de l'ai
guille aimantée enfermée
dans fa Bouffole & poſée fur
ſon pivot , elle ne ſe repofera
pas qu'elle n'ait trouvé fon
Nort , & en le montrant elle
montre toutes les autres parties
du monde dans le meſme
temps . Elle a la meſme activité
que l'Aiman , & la garde
pendant tout un fiecle fans
en eſtre dépoüillée ,à moins
de quelque accident , comme
du feu.
GALAN Τ.
,
6633
Il y a encore un moyen de
découvrir le point concentrique
de l'Aiman . Il faut
mettre un fer ſur un ais bien
poly,& luy preſenter la pierre
d'Alman. Alors on y verra
le point d'attraction & d'activité
, d'abord le fer tremblera
& fuivra l'Aiman pour
s'y attacher . C'eſt une merveille
que l'eſprit de l'Aiman
s'épanche fur le fer fitoſt
qu'il en eſt touché , &dans
fon irradiation il ſe forme
un cercle où s'étend ſa vertu
inſpirée.
Theophrafte Paracelſe écrit
que les forces de l'Aiman .
peuvent eſtre augmentées à
l'infiny , juſqu'à arracher un
cloud attaché dans une muraille
, ce qu'il a meſme experimenté.
64
MERCVRE
Claudien qui a écrit du
temps de l'Empereur Theodoſe
en l'année 427. a fait
tune admirable defcription
de la pierre d'Aiman & de
fes vertus enune de fes Epigrammes
. Il la reprefente
fous la figure de la Déeſſe
Venus , & le fer ſous celle du
Dieu Mars , & nous donne
une merveilleufe peinture de
leur ſimpathie & de leur amour.
Aufi n'yat il rien de
plus éclatant en la nature ,
& qui paroiffe plus aux yeux
que cette vive impreffion gui
regne entre cette pierre &. le
fer. On ſe ſert de cet exemple
pour montrer qu'il peut y
avoird'autres fimpathies en la
Nature , finon auth fortes ,du
moins approchantes , telle que
la poudre de ſimpathie parle
GALANT.
65
1
vitriol Romain avec le ſang
d'uneplaye.
On tientqu'Albert le Grand,
qui a traité de l'Aiman avoit
auſſi la connoiſſance de la
Bouſſole. C'eſt la pensée de
Cardan au 7. liv . de la Sub .
tilité , où il parle amplement
des vertus & des proprietez
de l'Aiman , de ſa décou
verte , de ſes effets & de ſes
eſpeces .
Jean Baptiste Porta , Napolitain
, a fait un traité particulier
des merveilles de cette
Pierre . Zuingerus en parle
beaucoup en fon Theatre de
la Vie humaine , mais jamais
perſonne n'en a pû découvrir
la caufe , & Dieu a voulu
que ce fecret demeuraft
caché dans la nature.
Anfelme Boëce de Bort ,
66 MERCVRE
en ſon hiſtoire des Pierres
Precieuſes , qu'il dédia à l'Empereur
Rodolphe II. dont il
eſtoit Medecin , & qu'il mit
en lumiere l'an 1914. comme
auſſi dans les Commentaires
qu'il a faits fur la Pratique
dorée de Jean Stocher , imprimez
à Leyde l'an 1634.
parle à fond de l'Aiman ; &
lepréfere meſme à toutes les
Pierre les plus precieuſes
pour ſes vertus & fes proprietez.
Il dit que les unes ne
font que pour la couleur , le
briliant & la beauté , & pour
plaire aux yeux , &l'autre
pour ravir l'eſprit .
Mais à propos de la Bouffole
, il y a encore une autre
merveille , que pluſieurs Pilotes
ont' obſervez dans leurs
Navigations.C'eſt que quand
le Vaiſſeau a paſſé au delà de
GALANT.
,
67
C
la Ligne meridionalela Bouffole
ſe ſent affoiblir , & panche
du coſté du Pole Antarctique
, comme s'il y avoit
une autre montagne d'Aiman
dans l'extremité de lAmerique
vers le Pole Auſtral , qui
l'attiraſt, cette quatrième partie
du Monde n'eſtant pas encore
entierement découverte.
Quelques uns meſmetiennent
qu'ily en peutavoir une , par
les declinaiſons qu'ils remarquent
en la Boſſole au delà de
la Ligne ; mais cette Bouſſole
reprend toutes les forces ſi- toft
que le Vaifſeau retourne au
defſſous de la Ligne , en tirant
un peu vers le Nort : & par là
on préfume que cette aiguille
aimantée regarde plûtoſt les
Polesque les plages du monde .
Ceux qui ont navigé le plus
68 MERCVRE
prés vers l'Amerique , ſe ſont
apperceus que leur Bouffole
declinoit de quelques degrez
contre l'Occident , & ils ont
remarqué cela ſur leurMappemonde
par les hauteurs du Pole
Auſtral .
Comme le rond de la terre
eſt divisé dans ſa Sphere en 360 .
-degrez , & la Carte des Pilotes
en 32. Vents , qui font autant
de plages , il leur eſt facile de
voir combien ils s'écartent de
leur route , & de là reprendre
par le ſecours de leur Bouffſole ,
en fupputant les degrez. Cette
aiguille fert auſſi de guide ſur
la terre ; ayant un Cadran ſo-
-laire , on y remarque le Nort ,
Den la faiſant tourner ſur la
pointe du Midy , qui eſt la
Fleur de Lys : & en connoiffant
le Nort, on connoiſt les
GALANT. 69
autres parties , le Midy , Orient
& l'Occident. On peut
meſme par ſon ſecours traverſer
les plus vaſtes landes & les
plus grandes foreſts , l'aiguille
marquant toûjours le Pole Artique
. La Bouſſole ſert auſſi à
l'Ichnographie , qui eft tracer
&décrire la figure d'une Ville,
le plan d'un Chaſteau , ou d'une
terre , ou d'un autre lieu
par ſes éminences , & par les .
reduits , en ſe ſervant de pals
ou de pieux pour marquer les
distances .
L'on a inventé encore beaucoup
d'autres ſecrets curieux
par l'uſage de la Bouffle , &
divers Jeux d'eſprit qui furprennent
ceux qui n'en ſcavent
pas le ſecret , & qui ſe
perfuadentqu'il y a de la magie
ou de l'enchantement . Boëtius
170 MERCVRE
新
en rapporte de fort fubtils en
fon hiſtoire des Pierreries , au
chapitre de l'Aiman .
Il nous rette à voir quelques
Navigations des plus celebres
qui ſe ſont faites depuis la découverte
de cette Bouffole.
Celle de Criſtophle Colomb ,
natif de Gennes , ne ſe fit que
plus de cent quatre-vingt ans
aprés ; il découvrit la quatriéme
partie du monde , qui eſt
l'Amerique , & ce futl'an 1492 .
Cette partie fut ainſi nommée
d'Americus Vespatim de Florence,
qui y fit voile enſuite , & l'an
1519.FerdinandMagellantrouva
le détroitqui porte ſon nom,
Magellanique , & fit le circuit
du monde. Mais aujourd'huy
la Navigation eſt élevée à un
point où elle n'avoit point
encore monté , & la France a
GALANT. 71
ſes Typhis & ſes Argonautes,
qui n'apprehendent point les
écueils les bancs , & les autres
perils de la Mer. Le nombre
s'en augmente tous les
- jours , leur experience les rend
- maiſtres dés leurs premiers
voyages. De plus on ne peut
donner affez deloüanges aux
habiles Coſmographes &
- aux illuſtres Mathematiciens ,
dont les Ouvrages celebres
- ont beaucoupſervy à la Navigation;
les Atlasque l'on a faits
en Hollande , pour la defcription
des Mers , des Regions
& des Terres'; fout encore
d'un grand ſecours aux ha
biles Pilotes .
J'ajoûte icy pour la curioſité
de ceux qui voudront
s'inſtruire de tout ce qu'on
peat connoiſtre ſur la Navi72.
MERCVRE
gation , & fur toutes les parties
qui la regardent , un Catalogue
des Auteurs les plus
fameux qui ont écrit de cette
matiere.
Pierre Nonius , celebre Ma-
2
en thematicien Portugais
l'année 1530. fit un Livre de
la Navigation, divisé en deux
parties , où il traite des Cartes
marines , & des inſtrumens
qui ſervent pour trouver l'élévation
du Pole : il y explique
la nature des Lignes Loxodromiques
, quels font les inſtrumens
les plus propres pour
faire une heureuſe navigation ,
& les Regles que l'on doit ſuivre
pour le meſme effet . De
plus , il donne ſolution aux
queſtions qu'Alphonse,Sofa
luy propoſe ſur ſes doutes qui
regardent les vents & le lever
du
1
GALANT.
73
du Soleil . Il fautde la penetration
pourun ſi ſçavantAuteur,
dont les queſtions ſont curieuſes.
Pierre Medina ; Eſpagnol ;
mit au jour en l'année 1561 .
un traité en ſa langue , divi,
ſe en huit livres , où il expoſe
les principes de la Sphere ,
&ſurtout ceux qui regardent
la Navigation. Il parle de la
Mer , des courans , des bancs
< de ſable les plus fameux , des
• preſages de la tempeſte , des
- vents & de leur cours , de la
hauteur des Etoiles , del'éleva-
S
4
1 tion du Pole ,de la declinaiſon
- du Soleil , & de celles de la
Bouffole ; de la Lune & de
= ſes effets à l'égard du flux ,
des connoiſſances parfaites
du Calendrier , & d'autre qui
regardent la Marine.CetOu-
Fev.1689 . D
74
MERCVRE
vrage a ſemblé affez curieux
pour avoir eſté traduit en François
par Nicolas du Dauphiné
, Geographe du Roy . Onl'a
imprimé à Lyon.
Iacques Severtius , donna
au Public en l'année 1598 .
un Livre intitulé de Orbe
catoptrico où l'Auteur explique
pluſieurs choſes qui
regardent la parfaite Navigation
& les regles que
l'on y doit ſuivre.
Jean Garcia , furnommé
Ferdinand , mit en lumiere
en l'année 1598.1un Traité
fort curieux pour les Pilotes
& pour la conduite des Vaifſeaux
où ſont expliquées
diverſes matieres , comme la
declinaiſon du Soleils
maniere de prendre les latitudes
par la hauteur de l'Ela
GALANT..
75
-
-
toile polaire ; & ce qui eſt
de plus curieux , c'eſt la defcription
preſque entiere des
coſtes de France , d'Eſpagne ,
& de Flandre , & de leurs,
Ports. :
André Garcia Ceſpedes ,
natif d'Eſpagne , produiſit en
l'année 1606. en ſa Langue ,
un Livre qui porte pour titre
Regimento de Navigacion , di-,
viſé en deux Parties . Il y enſeigne
les principes de la Sphere
, & ajoûte les Tables des
declinaiſons du Soleil , & la
maniere de trouver la hauteur
du Pole par l'Etoile polaire De
plus , il apprend les pratiques
de l'Astrolabe , de l'Arbaleſte ,
& de pluſieurs autres inftrumens
neceſſaires à la Sphere &
à la Marine. Ilfait une entiere
deſcription de la Boufſole ,&
D 2
76 MERCVRE
de la maniere de s'en ſervir , &
s'étend ſur pluſieurs autres particularitez
qui la regardent.
Il traite de l'Hydrographie ,
&des ſecrets pour la pratiquer;
& inſtruit à faire des
Cartes . Ce Livre est fort recherché.
Simon Stevin , Mathematicien
du Prince d'Orange ,
en l'année 1608. fit paroiſtre
fes Memoires , diviſez en fix
Livres. Il y traite de la Navigation
& de tout ce qui la
regarde , & de la Geographie ,
& fur tout il parle de la Navigation
Loxodromique &
circulaire; il y enſeigne l'u-
Lage de l'Aiman & de la Bouffole
, & de ſes declinaiſons ,
avec les pratiques & connoiffances
du flux & reflux .
Guillaume. Gilbert , Me
GALANT.
77
decin de Londres , en l'année
1610. mit au jour un traité de
l'Aiman , où ſelon les principes
de la Phyſique , il parle
de ſa nature & de ſes effets ,
& des moyens de s'en ſervir.
Cet Ouvrage eſt Latin & fort
curieux. C'eſt un des premiers
qui ait traité à fond de cette
pierre.
Villebrordus Snellius , en l'année
1620. fit paroiſtre fon
Livre, intitulé Typhis Batavus ,
il donne une parfaite connoiſſance
des Lignes Loxodromiques
, & en explique la
nature avec beaucoup de ſolidité
; il y ajoûte la methode
de les reduire en tables ; c'eſt
juſqu'à preſent celuy qui en
a parlé le plus à fond.
Le cours de Conimbre pasut
en 1625. Il y eſt traité de la
D3
78 MERCURE
nature des vertus & des proprietez
de l'Aiman , & de la
Bouffole.
Nicolas Cabée leſuite , mit
au jour en l'année 1629. fa
Philofophie Magnetique , où
ſelon les principes de la Phiſique
, la nature , & les vertus
de l'Aiman ſont expliquées ,
&les ſecrets de la Bouſſole .
د
Adrianus Metius donna
en l'année 1631. un traité du
premier Mobile , diviſé en
cing Livres , où il enſeigne
la Methode de naviger par
le Globe , & pour l'uſage des
Pilotes il y donne une Table
des Lignes Loxodromiques
qui eſt d'une grande érudition
& utilité. C'eſt la premiere
qui ait paru .
lean Taffin , Geographe du
Roy , en l'année 1633. donna
GALANT.
79
au Public des Cartes des
coſtes de la Mer Mediterranée
& de l'Oceane , ce qui
eſt d'une merveilleuſe commodité
pour laNavigation.
Georges Fournier , leſuite ,
en l'année 1640. fit paroiſtre
fon Hydrographie en François
, où il traite de l'Art de
naviger , & de quelques particularitez
qui regardent la
Marine.
,
:
Barthelemy Morifot en
l'année 1645. fit imprimer à
Dijon fon Livre intitulé Orbis
maritimus . On y voit tout
ce qui s'eſt paſſe de plus
confiderable fur la Mer , tant
en Navigation , qu'en Combats
; & tout y eſt traité
d'une maniere hiſtorique Cer
Ouvrage eſt fort agreable &
fortutile.
D 4
C 80 MERCVRE
Jean Grandamy , leſuite ,
mit en lumiere en l'année
1646. un traité tres - curieux ,
où il fait voir par une nouvelle
demonſtration l'immobilité
de la terre par le moyen
de l'Aiman . Il détruit par là
toutes les opinions de ceux
qui ont tenu le contraire , &
enſeigne une methode d'avoir
la Ligne du Midy Magnetique
fans aucune déclinaiſon
. Ses experiences font
admirables , & ſes demonftrations
claires .
Nicolas Zuchi , de Parme,
Jefuite , publia en l'année
1649. un traité de l'Aiman ,
qui eſt auſſi fort curieux. Il
en explique tous les effets
&les fonde ſur des raiſons ;
&en produit des experiences
ſans approfondir la cauſe pri-
,
GALAN T. 8n
mitive
la finale..
6 ne s'attachant qu'à
Nous avons auſſi un excellent
Traité de l'Aiman du
ſçavant Kirker leſuite , & Bibliothecaire
du Vatican. Cet
Ouvrage eſt remply d'experiences
tirées de cette Pierre
& enrichi de figures , mais il
s'attache plûtoſt aux prati-
- ques , qu'à donner l'explica-
- tion de ſa nature. Ce fut en
l'année 1654. qu'il parut..
Bernard Varenius
donna en 1660. fa Geographie
Univerſelle , où il traite
de la Navigation affez amplement
, & donne l'explication
I des Lignes Loxodromiques ..
Iean Riccioli , de Ferrare ,
Iefuite , en l'année 1661. fic
voir le jour à ſaGeographie ,,
où il ajoûte un traité de la
1
DS
nous
82 MERCVRE
Navigation . Cet Ouvrage eſt
diviſé en neuf Livres ? il y
joint les Tables Loxodromiques
, explique clairement la
Navigation circulaire , enſei .
gne la plus grande partie des
Problêmes nautiques ,& donne
la maniere de faire des
Cartes hydrographiques .
La meſme année il parut
un Cours Mathematique de
Gaſpar Schotus , leſuite , où il
traite de l'art de naviger , &
de l'Hydrographie affez clairement
mais avec peu de
démonstrations .
د
Mr Denis , Preſtre , Hydrographe
& Profeffeur Royal
à Dieppe , en l'année 1666.
commença à donner au Public
ſes Ouvrages par un traité
de l'Aiguille aimantée ou
de la Bouffole. Ilenſeigne les
GALANT. 83
コ
| -
6
moyens de trouver diverſes
declinaiſons de l'Aiman , avec
des Tables des amplitudes
ortives .
Le meſme Mr Denis , en
l'année 1668 , fit imprimer uns
façon nouvelle de naviger par
nombres , c'eſt à dire , par Sinus
, qui pût ſeulement ſervir
dans les Navigations de brief
cours &non pas dans leslõgues.
En la mesme année Vincent
Leontaut mit au jour un
traité de l'Aiman , dans lequel
il fait voir les directions
de la Bouffole d'une maniere
nouvelle & folide. Cet Ou
vrage eſt d'un grand ſecours
pour la Navigation circulaire
& Loxodromique .
Le meſime Mr Denis , en
l'année 1669. donna au Public
un traité intitulé , Dif
D6
84 MERCVRE
cours de la déclinaison du Soleit.
Il ſert dans la Navigation à
obſerver la latitude en diverſes
manieres ,
2
Le meſme Auteur en l'année
1673. mit au jour un autre
Livre qui porte pour titre
L'art de naviger en ſa plus haute
perfection où il enſeigne à
trouver facilement les latitudes
Claude
د
- François Millet
Dechales , lefuite , en l'année
1677. fit imprimer fon
Livre intitulé , l'Art de naviger
, demontré par principes , &
confirmé par plusieurs obfervations
tirées de l'experience. Cet
Ouvrage eſt des plus ſolides
& eſt diviſé en ſept Livres ,
avec quantité de figures pour
l'intelligence , & des Tables
fort amples. Il y traite des,
GALANT.. 8J
!
grandeurs des Navires , avec
pluſieurs circonstances de la
Navigation ſur les Rivieres
& fur les Canaux , amplement
de la Bouſſole & de ſa conftruction
,de la Sphere & de la
maniere d'obſerver la hauteur
des Aſtres , des Lignes Loxo-
{ dromiques , des Cartes hyi
drographiques ,des Latitudes
_& des Longitudes , enfin du
flus & du reflus de la Mer.
1
1
Mais outre tous ces Auteurs
que nous venons de citer il y
en a encore d'autres qui_ont
traité de la Navigation , ſçavoir
Pierre Appian ,Rodericus
Zamoranus ; André Gafpar
Ceſpedius , Du Regime de la
Navigation , Bartholomaus Cref-
-. centius , de Nautica Mediterra.
nea ; Augustin Casareus , Rober
tus Dudlé , de arcanis, maris.
C 86 MERCVRE
, Iacques Colomb dans le
Flambeau de la Navigation
le Livre intitulé la Colomne
د
>
flamboyante , Pierre Herigon
en ſon Cours de Mathematique
, lean lanſon , dans ſon
Introduction au Monde maritime
, le P. Merſenne . Minime
, dans ſon Iftiodromie
Lazarus Baytius de re navali .
l'ay leu en manufcrit le
Phare de la Mer , du Sr Brebyon
, Avocat à Dieppe , qui
mourut lors qu'on en imprimoit
la premiere feüille. Cet
Ouvrage eſtoit diviſé en fix
Livres , & de voit avoir trente
fix grandes figures ; le Sieur
Bilaine en devoit faire l'impreffion.
Il y eſt traité à fond
de la Sphere , & de tout ce
quiregarde une parfaite Navigation.
Il y a eſperance que
GALANT . 87
1
en
fes Heritiers le feront mettre
lumiere dans quelque
temps. Il avoit ſes atteſtations
de Mrs les Mathematiciens
de Paris.
Toutes les recherches que
vous venez de lire ſur l'Arz
de la Navigation , ont eſté
faites par Mr Rault de Roüen,
dont je vous ay déja envoyé
. pluſieurs Ouvrages que vous
avec eſtimez . On eſt toujours
obligé à ceux qui par de femblables
foins facilitentau Public
ces fortes de connoiſſances
, & qui luy épargnent les
longues lectures qu'il feroit
beſoin de faire , pour s'in
ſtruire un peu à fond fur les
matieres de cette nature .
Mr le Baron de Spanheim ,
Envoyé Extraordinaire de
88 MERCVRE
Brandebourg , a eu audience
de congé de Sa Majesté , &
de toute la Maiſon Royale
. Le Roy luy dit que Mr.
l'Electeur ſon Maiſtre connoiſtroit
mieux un jour ſes
veritables intereſts ; que pour
lay il avoit toûjours recherché
la paix de l'Europe , &
qu'il ne ceſſeroit point de
travailler pour en maintenir
la tranquillité. Il marqua à
cet Envoyé qu'il eſtoit fatiffait
de ſa conduite, Mr Spanheim
a demeuré en France
pendant pluſieurs années , &
a pris plaiſir à y voir ſouvent.
les perſonnes diftinguées par
leur eſprit.
Comme je vous envoye
tous les ans les lettons nouveaux
, voicy ceux qui ont
eſté frapez cette année .. Je
68
ele
IX
és
ad
res
REQUE
ur
1-
LYON
ne
*1879 Ite
1
re.
F
1
1
varez un julte rappo
,
an
Mr
eft
ue
id
à
Cus
C 88
Bran
de c
de 1
le. 1.
l'Ele
noifl
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ché
qu'il
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cct
fait
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pen
T
a pr
les [
leur
(
tous
veal
en z cette annee .. J
GALANT . 89
n'ay fait graver que les Deviſes
. Vous n'ignorez pas que
la face droite repreſente ceux
que ces Jettons regardent.
le ne doute point qu'aprés
vous eſtre fait un ſi grand
plaiſir des divers Ouvrages
que je vous ay envoyez fur
les Conqueſtes de Monfeigneur
le Dauphin , vous ne
foyez extremement fatisfaite
de celuy que vous allez lire.
Il eſt de Mr l'Abbé de Viani ,
Prieur de l'Egliſe de S. Iean
d'Aix , qui l'a adreſſé à Mr
le Duc de Montauſier. C'eſt
la Paraphrafe Allegorique
d'un Pſeaume que David
compoſa pour ſouhaiter à
fon Fils Salomon , les vertus
qui luy estoient neceſſaires
pour bien regner. Vous y
verrez un juſte rapportà tout
1
१०
MERCVRE
ce qui est connu de la piete
& des vertus admirables de
noſtre Auguſte Monarque
C'eſt une matiere inépuiſable
, & qui renouvelle de
jour en jour.
PAR APHRASE
ALLEGORIQUE
Aux Victoires de Monſeigneur
le Dauphin .
DU PSEAUME LXXI .
Donne, Seigneur ,
au Fils du
plus grand de nos Rois
L'Amour ferme & constant de tes
divines Loix ;
Fais quefans s'écarter de la droite
Iustice ,
Au Pauvre ilſoit toûjours favora.
ble & propice ,
GALANT. 91
Et que ses lugemens des Peuples
adorez ,
Contre l'oppreſſion les rendent afſurez
.
Fais que ceux qu'un haut Rang at
tache àfa Perfonne ,
Soûtenant à l'envy le poids de la
Couronne ,
Enfaſſent respecter l' AugusteMaiesté,
Bien moins par leur Valeur que par
leur Pieté;
Et que les Magistrats qui dans leur
Rang Suprême ,
Ont le facré dépost des droits du
Diademe ,
Pouſſez de ton eſprit , remplis de
leur devoir ,
En Sçachent menager le ſouverain
pouvoir?
Nous verrons dans ces lieux la Valeur,
la Puiſſance,
- Faire regner la Paix , la Vertu, l'Abondance.
92 MERCVRE
Nous verrons un grand Roy , leplus
grand des Guerriers ,
De la main deſon Fils recevoir des
Lauriers ;
Etfentir le transport de cette douce
gloire ,
Que donne aux Jeunes Coeurs la
premiere Victoire .
Nous verrons ce Vainqueur par fes
premiers exploits ,
Regler des opprimezles legitimes
droits;
Et par les beaux efforts de ſavaleur
guerriere
Retablir dansſes biens une Auguste
Heritiere
C'est en vain , Philisbourg , que
ceint de toutes parts ;
Pardes Marais profonds,par defermes
Remparts ,
Tu méprifois les coups de la fiere
Tempeste:
De ce jeune Heros tuſeras la Con-
( queste
GALANT.
93
1
Et de ton Defenseur le nomfifort
vanté ,
Serendra plus celebre àla poſterité ,
D'avoir pû quelques jours arrester
Son audace ,
Que d'avoirfurmonté les efforts de
la Thrace.
Manbeinfuivra ta cheute,&fon
fier Palatin
Fuyant de fes Estats le rigoureux
deftin ,
Après avoir causé cette cruelle
guerre,
Sentira lepremier les éclatsdu Tonnerre.
Malgréses Bastions&ſesſuperbes
Forts,
Frankendal tombera fous les nobles
efforts
D'un Heros qui suivant ſa courſe
glorieuse ,
Rangeraſousfes Loix & le Rhin &
la Meuse.
C
94 MERCVRE
En vain , fier Hollandois de fa
grandeurjaloux ,
Tute crois dans tes eaux à couvert
defes coups ;
Onafcûte dompter malgré tesfortes
..... Digues ,
Ettrancherpar le Fertes Traitez
tes Ligues ,
Et te donnant la Loy dans tes propres
Etats ,
Te rendre le mépris de tous les Potentats.
ト
Qu'infidelle àfon Sang , à son
Pere perfide.
Ton ingrat Protecteur medite un
Parricide ;
Quefier de ces Vaiſſeaux, plein de
vaſtes projets
د
Ii arme contre un Royſes rebelles
Sujets ; 1
Par Ses premiers fuccés s'accoutu
mans au crime ;
Qu'iltraite ensupposé l'heritierlegitime
,
GALANT.
95
Et de la calomnie empruntant le
pinceau , :
1 Qu'ilattaquefanshonteunEnfant
au Berceau ,
Le Ciel pour le punir formera des
orages;
Et le Prince animé par tant d'heureux
préſages ,
Ecrafera ce Monstre ennemy de la
Foy ,
Etfur Son Trône AugusteaffermiraceRoy
Rome de ces hauts faits heureu-
Sementfurprise,
Voyant dans ce Heros le ſoutien de
l'Eglife, 20
De tous nos démélez oubliant le
malheur ,
De monRoy , de ſon Fils beniva la
Kaleun pa
"C'est alors que LOUIS au deſſus
Aide l'Envie
Prolongeant par son Fils la gloire
deSa Vie ,
96 MERCURE
Formera par ses foins des Princes
genereux ,
Etse verra revivre encordans ſes
Neveux ,
Dont la pofterité des fiécles reverée,
Aura du Firmament l'eternelle
durée;
Et toûjours plus feconde en Héros
immortels ,
Expoſera ſon Sang en faveur des
4 Autels ;
Et par elle bientoft , les Sultans de
Bisance ,
Malgré tous leurs efforts , & leur
vaste puiſſance , :
Verront par les rayons de ce Soleil
naissant,
Obscurcir à jamais leur funeste
Croiffant .
Ce DAUPHIN que la France&
que le Monde admire ,
Des Fleuves& des Mers bornera
Son Empire , 4
!
Et
GALANT .
97
Etfes jaloux craignant la force de
Son bras ,
Baifcront par refpect la trace defes
pas.
Les Flotes de Siam à travers les
orages
Porteront leurs Treforsfurnos heu
reux Rivages ,
Et les Barbares Rois des Peuples
bafanez ,
Seront à ses genoux humblement
profternez 1
"Le Pirate d'Alger cent fois plus
redoutable
Autimide Marchand qu'un écücil
effroyable ,
Sous les débris fumansdeſes Murs
embrafez ,
Se reverra puny des maux qu'il a
caufez .
Des méchants ilfera l'impitoyable
fuge ,
Des pauvres opprimez il fera le
refuge ,
Fcv . 1689 . E
98
MERCVRE
Contre leurs ennemis il fera leur
apuy ;
Et leur état abject Sera grand devant
luy .
L'Indien par fon Or viendra le
reconnoistre ,
Et les Peuples divers voulant l'avoir
pour Maistre .....
Par de riches Tributs obligeront
leurs Rois
Devenirpromptement se foumettre
àses Loix.
Sous un Kegnesi faint,fi remply
de Justice ,
La Vertu ſous ses pieds fera trem.
blerle Vice..
Nos mont's où ne croiſſfoient que
d'arides buiſſons ,
Produiront fans travail de fertiles
moiſſons ,
Et ceux dont Dieu benit le chafte
Mariage ,
De Vertueux Enfans auront le doux
CODE Dpartage ,
9 LYON
*1899*
THEQUE DE
GALANT.
Qui repeuplant nos Camps
bravesfoldats ,
bigo
demyg
Deviendront lefoûtiende cesmaſtes
Etats.
Aprés tant de bonheur , ce Prince
incomparable
Aura dans l'Univers une gloire
durable.
Ses Ennemis frapez de ſa vive
Splendeur,
Tenteront vainement d'affoiblirsa
grandeur ,
On le verra briller d'une égale
lumiere ,
Tant que l' Aftre du jourfournirasa
carriere.
N
Grand Dieu , de qui les Rois ont
toute leur grandeur ,
Afin qu'un Monde entier t'adore
avec ardeur,
Conferve dans LOVIS ton plus
parfait ouvrage ;
Conferve en fon DAUPHIN Sa
refſfemblante image ;
*
E2
100
MERCVRE
Par Eux ton facré Nom des Mortels
respecté,
Regneradansſon lustre & dans ſa
Majesté.
Illustre MONTAUSIER , dont
l'ame genereuse
A toûjours protege la Vertu malheureuse;
Toj qui receus du Ciel la Candeur ,
La Bontè ,
Et du monde naissant l'antique
Probité ;
Quand des Cygnes fameux , qui
charment tes oreilles ,
De ton jeune Heros annoncent les
merveilles ,
Daigne encor écouter ce qu'aux
bords du Jourdain
V'n Saint Roy prononça par un
esprit Divin ,
Et ne refuse pas de presenter au
PRINCE ,
GALANT. FOI
Ce tribut qui luy vient du fond
d'une Province.
د Le Lundy 7. de ce mois
Mrde Cailliere , & Mrl'Abbé
Renaudot furent receus à
l'Academie Françoiſe le premier
, en la place de Mr Quinault
, & le ſecond , en celle
- de Mr Doujat , & comme ils
fuccedoient à deux grands
= hommes , dont le merite reconnu
de tout le monde , leur
fourniſſoit une tres-belle matiere
& que d'ailleurs ils
- avoient à ſoutenir le choix
que l'Academic avoit fait
d'eux dans un temps où elle
avoit l'entiere liberté de ſes
fuffrages, il vous eſt facile de
penſer de quelle beauté furent
les Difcours qu'ils firent pour
remercier cette illuſtre Com
د
E 3
102 MERCVRE
1
pagnie de les avoir admis
dans ſon Corps . Mr Charpentier
, qui comme Doyen ſe
trouva chargé de la parole ,
au defaut de Mr de Villayer ,
Directeur , & de Mr Racine,
Chancelier , qui ne purent ſe
trouver à cette Aſſemblée
leur répondit avec une éloquence
qui ne ſurprit point ,
parce qu'elle luy eſt ordinaire :
mais qui ne laiſſa pas de luy
attirer beaucoup d'applaudiſſemens
. Comme il eſt à préſumer
que ces trois Difcours ſeront
bien - toſt donnez au Public ,
ſelon la coutume , je ne vous
rapporteray aucun des endrois
que l'on en a retenus , de peur
de les affoiblir par le changement
des termes, qu'il ſeroit au
moins fort difficile de mettre
dans le meſme arrangement...
GALANT. 103
Cette Seance finit par la lectare
de quelques Ouvrages
particuliers . Mr de Benferade
leat des Vers qu'il avoit faits
fur la priſe de Philiſbourg;
Mr le Clerc , un Sonnet fur ce
que l'homme eſt capable
d'entreprendre , Mr l'Abbé
Regnier une Verſion en
Proſe Françoiſe , de ſon excellent
Panegyrique du Roy
en Vers Latins , & Mr l'Abbé
de la Vau , des Vers François
de Mr Boyer , pour mettre au
deſſous d'une Statuë de Sa
Majefté .
,
+ Quant aux deux nouveaux
Academiciens , Mr de Cailliere
, dont le Pere eſtoit
Gouverneur de Cherbourg ,
a eſté employé en Savoye ,
en Baviere , & en Pologne.
Il a beaucoup d'Amis &
د
E 4
104
MERCVRE
ſçait les belles Lettres autant
que les peut ſçavoir un homme
du monde qui n'en fait
point profeſſion , ou du moins
ſi peu , qu'il n'y a que le zele
qu'il a pour le Roy qui ait pû
l'obliger à ſe_rendre Auteur ,
mais la vie de ce Monarque eſt
ſi remplie de merveilles , que
ceux qui ne ſe ſont jamais mêlez
d'écrire , ſe ſont trouvez
habiles pourle loüer.
Mr l'Abbé Renaudot eſt
Petit- fils du fameux Theophraſte
Renaudot qui a
inventé la Gazette. Il travail.
,
>
le à cet Ouvrage , qui eſt
d'autant plus difficile que
les Nouvelles y devant toujours
eſtre reſſerrés à cauſe
du peu d'étendnë qu'on a
pour en parler , ceux qui y
travaillent ne peuvent leur
GALANT. 105
}
donner de tour où leur éloquence
ait de l'étenduë . Ils
peuvent encore bien moins
y employer les raiſonnemens,
pour faire paroiſtre leur efprit.
Les grands foins que Mr
l'Abbé Renaudot donne à
cet Ouvrage , ſont cauſe que
le Public n'en a jamais eu de
luy d'une autre nature. :
tour
Il y a ſouvent de la bizarrerie
dans nos sentimens , &
ce qui a rompu depuis peu
un mariage qui estoit
preſt de ſe conclurre , en eft
une preuve affez extraordinaire.
Une Demoiselle , tourà
fait maiſtreſſe de ſes vo
lontez par la complaiſance
que ſa Mere avoit pour elle ,
ſe voyoit recherchée de tous
coſtez. Ses manieres enga-
Ε
106 MERCVRE
geantes & honneſtes charmoient
tous ceux qui la connoiſſoient
; elle estoit jeune
& brillante , & comme les
moindres chofes paroiſſent
ſpirituelles quand elles font.
dites par une jolie perſonne,
l'enjoüement de fon humeur
paſſoitpour vivacité d'eſprit ,
& pour peu qu'elle parlaſt ,
elle donnoit un grand agrément
à la conversation . Elle
avoit perdu ſon Pere dés ſes.
premieres années , & fa Mere
ne ſe trouvant pas encore
dans un âge extremement
avancé , conſervoit toujours.
du gouſt pour le monde , &
voyoit avee plaisir que fa
Fille luy attiraſt bonne compagnie.
Son intereſt n'eſtoit
pas de la marier ſi toſt. Elle:
jugeoit bien que dés qu'elles
GALANT. 107
ne l'auroit plus avec elle , les
viſites cefferoient , & qu'en
ſe hâtant de choiſir un Gendre
, elle chaſſeroit tous ceux.
qui s'empreſſoient à la divertir.
Ainfi la Belle trouvant
dans tous les Amans
qui ſe declaroient , quelque
defaut qui l'en dégoûtoit ,
eſtoit plûtoſt applaudie que
combattuë par ſa Mere , qui
luy conſeilloit toujours de ſe
défier des mouvemens de fon
coeur , & de n'écouter que fa
raiſon , quand elle voudroit
penfer à un établiſſement..
Elle estoit d'ailleurs naturellement
affez incapable de
s'attacher , & fi elle avoit
quelque penchant c'eſtoit
pour les gensd'Epée en general
; un homme de Robe luy
eſtoit inſupportable , & elle
E6
108 MERCURE
n'en voyoit point qu'elle n'éloignaſt
par ſa froideur. Il arriva
cependant qu'un homme de
ce caractere entrepritde vain .
cre cette averfion . Il avoit
beaucoup d'eſprit & de bien ,
&eſtoitconſeiller dans un Parlementdes
plus éloignez . Une
affaire d'un mediocre intereſt
qu'il eſtoit venu terminer
avec des Particuliers , le retenant
à Paris depuis quatre
mois, il luy pritenvie de courir
le Bal avec un de ſes Amis au
commencement du Carnaval.
Ils ſe déguiſerent fort proprement
, & aprésavoir eſté en
pluſieurs endroits , il finirent
par une Affemblée où la Belle
eſtoir . Le Conſeiller fut frapé
d'abord de ce qu'il vit de piquanten
ſa perſonne. La parure
luy avoit donné des beautez
GALANT. 109
nouvelles , & ne trouvant rien
plus digne de l'occuper le reſte
du foir , il s'approcha d'elle aprés
que ſon Amy luy eutdit
qui elle eſtoit. Il l'entretint fort
longtemps , & s'il fut content.
de ſon eſprit , elle ne le fut pas.
moins de la maniere delicate
& fine dont il tourna mille
choſes obligeantes que l'honneſteté,
ou plutoſt un commencement
d'amour luy faiſoit dire
LaBelle qui s'en trouvoit agrea..
blement flatée,aprés avoir foutenu
avec beaucoup d'enjoücment
une converſation de plus
d'une heure , eut envie de voir
àqui elle avoit affaire. Elleluy
dit plaiſamment qu'il ſuffifort
d'eſtre fille pour ſe montrer
curieuse , & le preſſa tellement
d'oſter ſon maſque , qu'il
MERCURE
fut obligé de la fatisfaire. Il
eftoit bien fait & fon viſage
avoit je ne ſçay quoy de noble
qui prevenoit tout le monde
en ſa faveur . Commeil luy
eſtoit entierement inconnu ,
elle voulut ſçavoir davantage ,
&ſon accentlui marquantqu'il
eſtoit d'une Province éloignée,
elle le pria de luy apprendre
ce qui l'avoit fait venir à
Paris , & s'il avoità y demeurer
long - temps . Il l'aſſeura qu'il
iroit chez elle luy en rendre
compte , & il en obtint la permiffion
. Lors qu'il fut forty du
Bal , il fit force queſtions à fon
Amy furla conduite & fur le
bien de la Demoiselle . Il n'entendit
rien que d'avantageux
de l'un& de l'autre , & cet Amy
le voyant dans quelque deſſein
de ſe faire une affaire ferieuſe
GALANT. THI
de l'attachement qu'il auroit
pour elle , l'avertit du peu de
fuccés qu'il en devoit eſperer
par le dégouſt qu'elle avoit
toûjours fait voir pour les gens.
de Robe. Le Conſeiller crut
qu'avec un peu de ménagement
il viendroit àbout de cet
obſtacle , & que s'il pouvoit ,
en habit de Cavalier , luy faire
prendre pour luy quelque favorable
impreſſion , la connoif
ſance qu'elleauroit enſuite de
la verité , ne détruiroit point
les ſentimens qu'il auroit fait
naiſtre. Dans cette penſée il
prit un Juſte - au - corps fort
brodé , un Chapeau avec des
plumes , & ce qui pouvoirconvenir
le mieux à un Cavalier ;
& commeil avoitun Frere qui
avoit ſuivy la profeſſion des
armes ,& qu'ils eftoient affez
112. MERCVRE
reſſemblans de traits & de taille
, il réſolut de paſſer pour
luy. Dans cet équipage il alla
rendre viſite à la Belle , & en
fut receu avec tout l'accueil
que la bien- feance luy pouvoit
permettre. Il fit connoiſtre d'abord
la Maiſon dont il étoit,dit
qu'il avoit un Ainé receu Conſeiller
depuis fix ans , & que
pour luy , ayant prit employ
parmy les Troupes dans ſa plus.
grande jeuneſſe , il n'avoit encore
foupiré que pour la gloire ,
mais qu'il craignoit bien que
fon coeur ne fuſt forcé de chan.
ger d'objet. Cette douceur
ne fuſt pas perduë . On la releva
d'une maniere qui luy
fit connoiſtre que ſes affiduitez
ne déplairoient pas. Il
en eut beaucoup pour cette
aimable perſonne , qui en
GALANT. 113
د
&
peu de temps le rendit fort
amoureux . Il ſe déclara
luy offrit tous les avantages
qu'elle pouvoit eſperer d'une
perſonne qui avoit un bien
confiderable. Quoy qu'elle
ne le regardaſt que comme
Cadet , elle avoit lieu d'eſtre
fatisfaite , puis que par les informations
qu'elle avoit fait
faire fort ſoigneuſement dans
la Province , il eſtoit conftant
que ce Cadet joüiſſoit de plus
de vingt mille livres de rente;
ce qui estoit tres -accommodant.
Une ſeule choſe luy caufoit
de l'embarras . Toutes les
Lettres qui parloient du Cavalier
, luy apprenoient que le
plaifir de paroiſtre luy avoit
toûjours fait faire une fort
groſſe dépenfe , & fi d'un
coſté elle ne pouvoit blâmer
114 MERCVRE
un panchant ſi noble , elle
apprehendoit de l'autre , que
pour ſoûtenir la meſme dépenſe
, il ne s'aviſaſt de la
releguer dans quelque Terre
où elle feroit reduite à vivre
fort refferrée. Elle ſçavoit
que quantité d'Officiers en
uſent de cette forte. Ils met .
tent leurs Femmes ſur le petit-
pied , tandis qu'ils confument
la plus grande partie
de leur bien à ſervir le Roy
avec éclat , & fi quelquefois
un Gouvernement les en indemnife
leurs plus beaux
jours font paſſez quand elles
partagent la bonne fortune
qui arrive à leurs Maris , &
en l'attendant elles
د
menent
une vie fort deſagreable .
Malgré toute la juſtice quela
Belle eſtoit forcée de rendre
GALANT .
115
-
1
1
e
S
:
au merite de ſon Amant , fon
cooeur eſtoit toûjours tout à elle,
& l'amour n'ayant point de
part au choix qu'elle devoit
faire pour fon établiſſement ,
ne combatit point ces reflexions.
Elles l'emporterent fur
fon panchant naturel , & luy
firent prendre une reſolution
dont on ne l'auroit jamais
creüe capable. Ce fut d'exiger
du pretendu Cavalier qu'elle
voyoit ſi rempli d'amour , de
luy prouver l'entiere ſoumiffion
qu'il juroit avoir à ſes volontez
, en renonçant àl'épée ,
& choiſiſſant une Charge dans
la Robe , qui l'Empecheroit de
continuer les grandes depenſes
qu'il avoit accouſtumé de faire
à l'Armée . Elle ne pouvoit ſe
figurer qu'il y euft aucune
honte pour elle dans ce chan
116 MERCVRE
gement de gouft , puis qu'on
ne pourroit luy reprocher que
ce fuſt l'amour qui l'y euſt reduite
,& qu'on verroitau contraire
qu'elle auroit eu aſſez de
pouvoir pour metamorphofer
un homme de guerre , ce qui
devoit eſtre un grand triomphe
pour ſa vanité. Elle demanda
l'avis de ſa Mere , qui
ne manqua pas de la confirmer
dans ce deffein , ne
doutant point que la propoſition
ne fuſt rejettée par ſon
Amant , & que ſon refus ne
rompiſt le mariage. Le mefme
jour , elle s'expliqua avec
le faux Cavalier qui la prefſoit
toûjours de conclure , &,
ne voulant pas luy laiſſer voir
qu'une raiſon d'intereſt fuſt
cauſe de ce qu'elle avoit à
luy demander , elle luy dit
GALANT. 117
د
d'une maniere flateuſe qu'il
eſtoit ſi bien venu à bout de
toucher ſon coeur , qu'il y
avoit mis des ſentimens trop
tendres pour luy & qu'il
luy eſtoit impoſſible de conſentir
à le laiſſer dans un
employ dangereux qui l'obligeoit
d'expoſer ſa vie à
cous momens ; qu'ainſi c'etoit
à luy à examiner s'il
l'aimoit aſſez pour la vouloir
acheter aux deſpens d'un peu
de gloire , parce qu'à moins
qu'elle ne le viſt reveſtu de
quelque Charge qui l'arreſtant
auprés d'elle luy donnaſt
lieu de vivre en repos , elle
ne pouvoit ſe reſoudre à l'épouſer.
Imaginez - vous combien
le Conſeiller eut de joye .
Il ſe voyoit hors de l'embarras
où lemettoit la neceſſité de de-
د
118 MERCVRE
clarer qu'il n'eſtoit point un
homme d'épée ; il avoit d'ailleurs
le plaiſir de connoiſtre
par la crainte de la Belle qu'elle
avoit le coeur veritablement
touché , puis qu'elle nauroit
pas pris tant d'intereſt à la
conſervation de ſa vie , ſi elle
n'euſt eu de la tendreſſe pour
luy. Il l'aſſeura qu'elle pouvoit
ordonner de ſa fortune
& quel'avantage deluy plaire
eſtoit le ſeul qu'il enviſageoit .
Une complaiſance ſi aveugle
qui eſt la marque d'un excés
d'amour , la flata ſenſiblement.
Elle s'en fit un honneur
, & fcent bon gré à ſes
charmes de la victoire qu'ils
luy faifoient obtenir. Cependant
comme elle vouloit autre
choſe que des paroles , &
que les effets feuls luy pouGALANT.
119
voient répondre de tout le
pouvoir qu'elle avoit ſur ſon
Amant, elle le pria de voir ce
qui le pouvoit accommoder
dans la Robe afin de luy oſter
la tentation où il pourroit
eſtre , aprés l'avoir épousée.
de ne point changer de profeſſion
. Tout ce qu'elle luy
dit là - deſſus pendant huit
jours , fat fi fort & ſi preſſant ,
qu'il ne crut aucun peril à luy
dire que rien ne devoit retarder
leur mariage , puis qu'il
eſtoit ce qu'elle vouloit qu'il
fuft. En faite il luy expliqua
latromperie que fon amourluy
avoir fait faire ,lors qu'on avoit
voulu luy perfuader qu'elle ne
pouvoit fouffrir que les gens
d'epée ,& il accompagna tout
cequ'il luy dit pour excuſer
fon deguisement , de tant de
:
120 MERCV RE
د
marques d'une vive paſſion ,
qu'il ne douta point que la faute
dont ildemandoit pardon ,
ne fuſt oubliée ſans peine par
le motif qui l'avoit cauſée.
Il en arriva pourtant tout autrement.
La Belle rougit , demeura
reſveuſe & pria le
Conſeiller de luy donner le
reſte du jour pour demeſler
divers ſentimens , qui ſe
detruifoient les uns les autres
, & qu'elle ne connoiſſoit
pas affez elle-mefme . Ainfi il
fut obligé de la quitter ſans
ſçavoir à quoy devoit aboutir
ſa reſverie. Elle demeura dans
de cruelles agitations. Un
Cavalier devenu homme de
Robe par le pouvoir qu'elle
auroit pris fur ſes volontez ,
luy parut fort different de
celuy que fon propre choix
avoit
GALANT. 121
avoit attaché à cette profeſſion .
Elle ſe repreſenta combien il
devoitluy eſtre honteux qu'on
puſt dire dans le monde que
l'amour ou l'intereſt , & peut-
-eftre tous les deux enſemble ,
- l'auroient obligée à changer de
= ſentimens , aprés l'éloignement
= qu'elle avoit toujours faic
voir pour toutes les perſonnes
de Magiftrature. D'ail-
- leurs , ſon Amant l'avoit
- trompée & il luy ſembla
qu'elle ne pouvoit fans abaifſement
ſe rendre la recom->
penſe de ſa tromperie. Mille
autres choſes luy pafferent
dans l'eſprit. Un homme qui
avoit eu l'adreſſe de ſe déguifer
fi bien , devoit manquer
de fincerité en toutes
choſes ; & elle voyoit à craindre
que ſa paffion eſtant uſée
Fev.1689.
2
F
122 MERCVRE
د
en le
par le mariage , ce qui n'arrive
que trop ordinairement ,
il ne fuſt tout autre qu'il ne
s'eſtoit fait connoiſtre . Le plus
chagrinant de tout , c'eſtoit de
s'être vantée qu'elle luy faiſoit
changer d'inclination
reduiſant à quitter les armes ,
&que ce fuſt elle qui paruſt en
avoir changé pour luy.C'eſtoit
un affront qu'elle voulut s'épargner
, & ces differentes
confiderations, luy en firent
prendrele deſſein ſi fortement ,
que fon Amant luy ayantdemandé
le lendemain ce qu'elle
avoit reſolu , elle ne balança
point à luy répondre
qu'elle feroit toujours gloire
d'eſtre ſon Amie mais
quejamais elle ne ſeroit ſa Femme.
Les raiſons quila portoient
à ce changement , furent enGALANT.
123
ſuite expliquées . Le Conſeiller
crut d'abord qu'elle vouloit
l'éprouver , & il ne pouvoit
comprendre qu'elle euſt ſouhaité
le voir dans l'eſtat où il
eſtoit , & qu'elle puſt luy en
faire un crime. Elle renonçoit
à un Party fort avantageux , &
ne pouvoit ſe mettre au deſſus
d'une formalité ridicule. Ily
avoit en cela beaucoup de caprice
, & quand il vit qu'elle
y perſiſtoit obſtinément malgré
tout l'amour qu'il avoit
pour elle , il fit agir ſa raiſon
pour s'en guerir. Il crut meſme
que celuy eſtoit une eſpece
de bonheur de n'avoir point à
paſſer ſa vie avec une perſonne
capable d'une bizarrerie
auſſi forte que celle qui l'obligeoit
à cette rupture. Il prit
congé d'elle pour s'en retour.
F 2
124
MERCVRE .
ner dans ſa Province , & la laifſadansl'entiere
liberté de faire
tel choix qu'elle voudroit. Il ne
laiſſa pas de ſouffrir beaucoup ,
parce qu'il n'eſt pas aiſe de ſe
défaire d'une forte paſſion .
Heureux celuy qui peut en
ſauver ſon coeur , & qui ne
ſçait point par experience que
lesdouceurs de l'amour ne font
la plufpart qu'imaginaires .
C'eſt là- deſſus qu'on a fait les
Vers que vous allez lire ; ils
ont eſté mis en air par un de
nos plusſçavans Muſiciens.
AIR NOUVEAU.
AMour
tous tes plaiſirs ne
font qu'imaginaires ,
Ne viens point surprendre mon
coeur ,...
Sous tes esperances legeres...
7
ic , pour faire la dema
cette Princefſſe , arriva
25
at
145
e
Is
و
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n
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F3
124
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tel
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H
fat
le:
la
C
V
01
n
oeur ,
tes esperanees legeres.
GALANT.
125
- Si tu devenoisſon vainqueur ,
Ilne feroit jamais dans un estat
paisible ,
Tu luy verrois former mille impor
tuns defirs ,
Et tu le trouverois peut- estre plus
Sensible,
Atespeines qu'à tes plaiſirs.
Vous avez ſceu le mariage
du Prince de Toscane , Fils
du Grand Duc de Florence ,
avec la Princeſſe Yoland Beatrix
, Soeur de Mr l'Electeur
de Baviere , & de Madame
-la Dauphine ; il faut vous en
dire les particularitez . Le
Marquis Corſini , Grand Veneur
& Miniſtre d'Estat y
ayant eſté envoyé en qualité
d'Ambaſſadeur Extraordinaire
, pour faire la demande de
cette Princeſſe , arriva le 17 .
F 3
126 MERCVRE
Novembre à Sentilm , éloigné
d'un mille de Munic
où le Comte Kamauſer , Che-
,
valier de la Clef d'or , Conſeiller
d'Estat du Prince Clement
de Baviere , & Commiſſaire
delegué , ſe rendit
le meſme jour avec dix
Caroffes . Ce Comte ayant
avecluy trois Ecuyers de Son
Alteſſe Electorale de Bavieres
, fut receu par l'Ambaſſadeur
au haut du degré. Voicy
dans quel ordre on arriva
a Munic. Les Cerroſſes du
Comte Kamaufer , du Comte
de Praiſi , Grand Maréchal
de Cour , du Comte Fugher,
premier Gentilhomme de la
Chambre ; du Baron Laibefing
, Conſeiller d'eſtat ; du
Preſident de la Chambre , &
du Preſident du Conſeil AuGALANT
. 127
lique , marchoient les premiers
. Ils eſtoient vuides , &
precedoient quatre autres
Carroffes de la Cour. Dans le
premier eſtoient le Maiſtre
de Chambre , le Grand Ecuyer
, & le Majordome de
l'Ambaſſadeur avec un Ecuyer
; dans le ſecond , le
Comte Strozzi , le Chevalier
Alemanni & un autre Écuyers
dans le troiſieme , le Sr Fe
deric Ricci , le Marquis Patrizzi
, Secretaire du Grand
Duc , & un troiſiéme Ecuyer ,
& dans le quatrième , le Marquis
Corfini , Ambaſfadeur ,
& le Comte Kamaufer , qui
ne voulut point ſe mettre à
coſté de luy. Le Carroſſe de
fon Excellence marchoit enfuite
, puis les Pages à cheval
, & après eux tous les gens
1
t
F4
128 MERCVRE
de livrée . Deux autres Car-
د
د
roffes de l'Ambaſſadeur fuivoient
, avec ſa Litiere , onze
Caleches & douze Mulets
chargez de bagage. Eftant
arrivé à la Porte de la Ville ,
il trouva la Milice rangée en
ordre , battant le Tambour
& fut conduit au Palais avec
le meſme Cortege. Les Hallebardiers
eſtoient rangez de
chaque coſté de l'eſcalier , &
d'autres occupoient tous les
Corridors. Les Archers de la
Garde du Corps de Son A. Ε .
eſtoient partagez par toutes
les Salles . L'Ambaſſadeur fut
receu au haut du degré par le
Maréchal de la Cour , & à la
porte de l'Antichambre , par
le premier Gentilhomme de
la Chambre . Mr l'Electeur
eſtoit hors la porte de la ſeGALANT
.
129
conde. Il avança deux pas ,
Pas
& aprés qu'il en eut eſté
ſalüé, il ſe retira à main gauche,
faiſant figne à l'Ambaſſadeur
qu'il euſt à s'avancer ſur la
droite . Il s'en excuſa par une
profonde reverence. Ainfi Mr
l'Electeur paſſa devant , & fon
Excellence le ſuivit , laiſſant
par reſpect un peu d'intervalle
entre eux . Les Chaiſes estoient
égales , miſes en travers fur le
marche- pied . Son Alteſſe fit
couvrir l'Ambaſſadeur , aprés
quoy le Chevalier Montemagni
, & les autres Gentilshommes
qui l'avoient accom
pagné , firent la reverence à
ce Prince. Au fortir de cette
Audience , il fut accompa-
-gné par Mr l'Electeur juſqu'à
la porte del'Antichambre , &&
conduitenſuite par le premier
F
30
MERCURE
Gentilhomme de la Cham
bre , & par le Maréchal de la
, aux mefmes lieux où
ils l'avoient eſté recevoir. De
Cour
là il alla chez Madame l'Eletrice
,& y fut receuavec les
mêmes honneurs. Il la trouva
debout ſous un Dais , au milieu
d'un double rangde Dames
, Elle s'avança trois pas ,
& avant que de parler , elle
l'obligea de ſe couvrir. Enfuite
il viſita le Prince Clement
qui fortit plus loin
hors de la porte de la premiere
Antichambre , que n'avoit
fait S. A. E. Les inſtances
de luy ceder la main furent
reiterćes pluſieurs fois
& l'Ambaſſadeur s'en excufa
avec le meſme respect. Il
acheva ſes viſites par celle
mu'il rendit à la Princeſſe.
ود
1
7
GALANT. 131
Elle obſerva les meſmes démarches
que Madame l'Ele,
trice , & il trouva les Dames
rangées auprés d'elle dans le
meſime ordre . On luy donna
un appartement dans le Palais
, compoſé d'une Salle
d'une Antichambre , & d'une
Chambre d'audience avec un
Dais , ſous lequel eſtoit une
petite table , un tapis de pied,
&deux chaiſes de velours. A
coſté eſtoit une autre chambre
où il coucha Il fut fervy à
tablepar quatre Pages d'honneur
de Mr l'Electeur , & par
les trois Ecuyers qui avoient
accompagné le Comte Kamaufer
, lors qu'il avoit eſté
le recevoir à Sentilm. Son
Excellence ayant eſté invitée
⚫à voir l'eſſay d'un Carrousel ,
ſe rendit à l'appartement de
E6
132 MERCVRE
Mr l'Electeur , qui le mena
d'abord à la Meſſe. Il entra
dans un balcon , où il y avoit
un tapis , avec un carreau , &
un fauteüil en face de l'Autel
, au coin des feneſtres des
Princes qui estoient du coſté
de l'Evangile. Ce Balcon ſe
trouva rempli des Seigneurs
de cette Cour. La Meſſe finie,
on alla au lieu du ſpectacle ,
Mr l'Electeur ayant le Prince
Clement à ſa droite , & l'Ambaſſadeur
à ſa gauche. Aprés
cela on prit le divertiſſement
de la Comedie . La Chaiſe de
fon Excellence eſtoit placée
fur l'eſtrade des Princes , avec
cette feule difference que celles
de Leurs Alteſſes eſtoient
directement tournées vers le
theatre , & celle de l'Ambaffadeur
eſtoit de coſté &
GALANT. 133
1 ceffe
fans bras . Il cut une Audience
particuliere de la Prin-
, en laquelle ſa Dame
d'honneur le vint recevoir à la
porte de la Chambre , & l'accompagna
de meſme en fortant.
Il viſita auſſi le Prince
de Neubourg , & fut receu par
fon Maiſtre de Chambre au
milieu du degré , & par ce
Prince à la porte de la Chambre
qui donnoit fur le degré.
Il ne voulutpoint non plus accepter
la main que cette Alteſſe
s'efforça deluy ceder.
Le 21. les Epouſailles ſe
firent dans la Chapelle qui
eſt au bout de la grande
Salle . Aprés les Chevaliers de
la Cour , marchoit ſon A.Ε.
ayant l'Ambaſſadeur à ſa
droite , & le Prince de Neubourg
à ſa gauche. Madame
1
134 MERCVRE
l'Electrice & la Princeſſe de
Baviere ſuivoient accompagnées
de toutes les Dames
Les Archers eſtoient rangez
par les Corridors , avec des
livrées neuves d'un drap bleu
galonné d'argent Le Prince
Clement ſe trouva à la porte
de la Chapelle en habit de
ceremonie , & donna de l'eau
benite aux Princes & à fon
Excellence. Il avoit avec luy
l'Eveſque ſuffragant dePraiffing
en habits Pontificaux
qui donna trois coups d'encenſoir
à leurs Alteffes , &
deux à l'Ambaſfadeur. Ce Prelat
fitla fonction de la ceremonie
de l'anneau . Du coſté de
l'Evangile leurs Alteſſes Eleetoralesavoient
deux Fauteüils
fur une eſtrade aſſezélevée. La
Princeſſe , ayantle Prince de
GALANT.
135
Neubourg à ſa gauche , eſtoit
vis à vis de l'Autel, &du coſté
de l'Epiſtreon voyoit l'Ambafſadeur
entre la Princeſſe & le
Prince Clement , mais reculé
deux pas en arriere. il avoit
un tapis , & un carrean avec
une chaiſe de velours noir ;
toutes les autres estoient de
velours rouge. On chanta le
Te Deum & la ceremonie
eſtant achevée , la Princeffe
ſe retira dans ſon appartement
, où tous les Princes
Fallerent complimenter , ainſi
que l'Ambaſſadeur. On foupa
dans la mefme Salle où
cette ceremonie avoit eſté
faite. La Princeſſe de Baviere
eut la premiere place , puis
Electeur
د
l'Electrice le
Prince Clement & le Prince
de Neubourg. L'Ambaſſa
136 MERCVRE
1
deur fut preſent à une partie
de ce repas , demeurant toûjours
convert , & fut. traité
enſuite magnifiquement.
Vingt perſonnes des plus
qualifiées prirent place à la
table , & entre autres le premier
Miniſtre & le Maistre
de Chambre de Mr l'Electeur.
Il fut ſervi par un Ecuyer
& par des Pages , & les
Gens de livrée ſervirent les
autres. Il y eut le foir une Serenade
. Le Theatre qu'on avoit
élevé pour cette feſte , eſtoit
dans un petit jardin du Palais
où l'on avoit dreſſe une tente
remplie de feüilles d'or ,
& illuminée d'une infinité de
lambeaux & de divers luftres
de Cristal. Au deſſuseſtoient
deux loges pour cent Muficiens
qui chanterent tout ce qui
,
GALANT. 137
pouvoit convenir au ſujet de
cette Feſte.
Le 23. on eut le plaiſir du
Carrousel. Il commença par
un excellent concert de Mufique.
La Decoration du
Theatre où il fut fait , repreſentoit
le Jardin des Heſperides
. Mr l'Electeur & le
Prince Clement y parurent
enſemble avec beaucoup d'avantage
, le premier montrant
tant d'adreſſe & de bravoure
en l'exercice du dard ,
de la lance , du piſtolet & de
l'épée , qu'il fut aiſé de juger
combien ce Prince eſt redoutable
à ſes Ennemis lors qu'il
eſt en campagne . Il y eut bal
au Palais le foir de cemeſme
jour. Mr l'Electeur l'ouvrit
avec la Princeſſe de Toscane .
Madame l'Electrice danſa
138 MERCVRE
auſſi , mais fort peu à cauſe de
ſa groſſeſſe .
,
Le 24 fon Alteſſe Electorale
donna à diſner à l'Ambaſſadeur
. Le Prince de Neubourg
& cinq Chevaliers
de la Cour furent du repas.
Son Excellence y eut la quatriéme
place , & une chaiſe
pareille à celles de Leurs Alteffes
; celles des autres n'a
voient point de bras . Il y eut
le foir un nouveau concert
& aprés ſouper des feux d'artifices
. Le 25. au matin , l'Am.
baffadeur prit l'audience de
congé , & annonça le depart
pour le lendemain. Le peuple
accourut pour voir partir la
Princeſſe , qui en fortant de
la porte de la Ville fut faluée
d'une décharge de tout le
Canon . Elle estoit dans le
2
GALANT.
139
-
Carroffe de Madame l'Eletrice.
Leur ſeparation qui ſe
- fit à un mille de Manic , fut
accompagnée de larmes. Le
- 27. on pourſuivit le voyage
avec un grand nombre de
Carroffes , & le 28. au foir on
arriva à Mittevald ſur les confins
de la Baviere. Mr l'Ele-
- cteur s'y eſtoit rendu à cheval
, avant l'arrivée de la
- Princeffe , & ce fut là que
l'Ambaſſadeur preſenta à Son
Alteffe Electorale le Marquis
Ferdinand Capponi , premier
Gentilhomme de la
Chambre , le Marquis Ferdinand-
Alexandre de Gondy ,
Cop piere ou Grand Echanſon ,
le Marquis Hippolite Antoine
Bagnefi Grand Equier
Tranchant , & aprés eux les
Pages deſtinez pour ſervir la
,
د
140
MERCV RE
Princeſſe de Toſcane. Si toſt
qu'elle fut arrivé à Mittevald
ſon Excellence luy preſenta
la Marquiſe Bichi , ſa
premiere Dame d'honneur , &
pluſieurs autres Dames , qu'elle
receut avec de tres - grandes
marques de bonté. Le 29. au
matın . Mr. l'Electeur ſe ſepara
de cette Princeſſe , aprés un
adieu fort tendre , & retourna
àMunic. Elle paſſa le meſme
jour devant la Fortereſſe de la
Chiuſa , qui appartient àl'Empereur
,& fut ſaluée d'une décharge
de vingt quatre pieces
de Canon . Un peu plus
toin , elle receut une Lettre
de l'Empereur , qui envoya
la complimenter. Elle coucha
le foir à Sefelt , & le lendemain
eſtant à un demy mille
d'Inſpruch , elle apperceut la
GALANT. 141
:
Reine Doüairiere de Pologne
, qui venoit à ſa rencontre
, ſuivie de douze Carroſſes ,
& accompagnée d'un grand
nombre de Soldats. Sa Majeſté
ayant mis pied à terre ,
- embraſſa la Princeſſe , & l'obligea
de monter dans ſon
Carroſſe , où la Reine prit la
premiere place. La Princeſſe
ſe mit auprés d'elle dans le
fond , & lors qu'elles entrerent
↓ dans la Ville , le Canon commença
à tirer avec quantité
de Boëtes . La Milice eſtoit
rangée en haye ſous les armes
juſques au Palais ; où les
Gardes & Trabans les accompagnerent.
Elles furent ſaluées
en y entrant d'une décharge
de Mouſqueterie. La Princeſſe
trouva l'appartement qu'on
luy avoit préparé remply de
10
1
142 MERCVRE
Nobleffe , & la Reine la quitta
un quart d'heure aprés l'y
avoir conduite. Elle receut
un compliment de la part
du Prince Charles de Lorraine
, qui quoy qu'il fuſt en
convalefcence , ne pouvoit
encore quitter le lit. La Princeſſe
luy envoya faire compliment
aprés , par le Marquis
Ferdinand Gondi. Les
deux petits Princes aiſnez
vinrent enſuite la ſaluër , &
refuſerent les chaiſes qui leur
furent preſentées. Le complimentleur
fut rendu en fon
nom par le Marquis Patrizzi
qui alla les viſiter de ſa part.
Peu de temps aprés elle ſe
rendit chez la Reine , qui la
recent à la porte de ſon antichambre
, eftant environnée
d'un fort grand nombre de
GALANT.
143
Dames chargées de pierreries .
Elles difnerent ſeules , & furent
ſervies par les Dames de
la Cour. l'Ambaſſadeur alla
incognito rendre viſite au Prince
Charles de Lorraine , qui
le fit aſſeoir dans un fauteuil ,
& lay témoigna beaucoup
de joye du mariage du Prince
de Toscane avec la Princeſſe
de Baviere. Le premier jour
de Decembre, la Reine Doüairiere
de Pologne & cette
Princeſſe demeurerent au
Palais , où il y eut Bal aprés
ſoupé . La Princeſſe danſa avec
les deux petits Princes ,& le
ſoupé fut fervy enſuite dans
l'appartement de la Reine. Le
lendemain elle monta dans le
Carroſſe de Sa Majeſté , qui la
conduifit à un mille de la Ville ..
CeCarroſſe eſtoit precedé de
,
144
MERCVRE
,
ſeize autres remplis de Seigneurs
& de Dames de la Cour.
La Milice eſtoit rangée de la
meſme forte qu'au jour de
l'entrée de la princeſſe. On
tira encore tout le Canon de
la Ville ,& lors que la Reine
l'eut quittée au commencement
de la Montagne elle
entra en Litiere , & continua
ſa route à Motter , puis à
Sterzing. Le 6. elle arriva à
Bolzano , dont le Gouverneur
vint la recevoir à un mille
avec trois Carroſſes remplisde
Seigneurs ,& quantité de Milice
qui environna la Litiere , &
la conduiſit juſqu'au lieu où
elle devoit loger. Elle y fut recenë
au bruit d'une décharge
de Boëtes. Le mauvais temps
l'obligea de s'y arrêter le 7 .
Elle ſe fit apporter quantité
de
GALANT .
145
- de choſes de la Foire qui ſe
tenoit ce jour là , & fit des
- preſens à la Marquiſe Bichi ,
: & aux autres Dames , qui
■ luy avoient eſté envoyées par
= le Grand Duc , de ce qui pouvoit
leur eſtre propre. Le 8 .
- jour de la Conception , elle
fit ſes devotions dans la Chapelle
du Palais , & partit l'apréſdînée
. Le Gourverneur qui
la fit ſalüer en ſortant d'une
pareille decharge de Moufqueterie
& de Boëtes , l'ayant
accompagnée juſqu'à deux
milles de là , luy laiſſa continuer
ſon voyage. Le 10. elle
arriva à Trente , & fut auffitoſt
complimentée de la part
de l'Eveſque du lieu , qui luy
envoya un regale de quarante
baſſins de toutes fortes de rafraiſchiſſemens
. Le 11. au foir
Février 1689 .
G
146
MERCVRE
Le
en paſſant devant une Fortereſſe
qu'on appelle Beſeno, elle
fut faluée de pluſieurs coups
de Canon & receut les mêmes
honneurs en entrant à Rovereto
, où elle fut logée au
Palais de l'Empereur .
Comte Kinighil , Commiffaire
de Sa Majesté Imperiale ,
& le Dépoſitaire Imperial , la
complimenterent à Borghetto,&
Elle trouva fur toute
la route un tres grand con.
cours de Peuple . Le Marquis
Carlotti la regala ſplendidement
à Caprino ,& à un mille
hors de Verone , cette Princeſſe
rencontra la Marquiſe
Canoffa , la Comteſſe Monti ,
la Comteffe Verita avec ſa
Fille qui venoient la ſalüer ,
ſuivies de pluſieurs autres
Carroſſes remplis de Sei
GALANT .
147
- gneurs , parmy leſquels eſtort
le Marquis Allegri , envoyé
par la Republique pour luy
faire compliment. Elle trouva
les Milices des Gardes
ſous les armes à la porte de
la Ville , & une foule de
Peuple dans toutes les ruës.
- Le Palais du Marquis Carlotti
, où elle alla deſcendre ,
eſtoit plein de Dames qui
l'attendoient magnifiquement
parées . Les Recteurs
envoyerent à ce Marquis un
regale de rafraichiſſemens
pour cette Princeſſe , qui fit
des liberalitez au Maistre
d'Hoſtel qui l'accompagna .
& à ceux qui l'apporterent.
Le Duc de Modene luy dépeſchale
Marquis Gherardini
pour l'inviter à paſſer dans
ſes Etats , dequoy elle s'ex-
Gz
:
148
MERCVRE
,
cuſa avec beaucoup de civi
lité. Il y eut Comedie le ſoir
& le 16. le Marquis Carlotti
luy donna le Bal qui fut ou
vert par un concert de Mufique.
La Princeſſe qui eſtoit
incognito , ne volut point y
danſer , & ſe tint ſous la
porte de la premiere Antichambre
avec le Prince Clement
fon Frere , qui l'avoit
toûjours accompagnéejufque
la.Ils ſe ſeparerent le
lendemain avec de grandes
démonstrations de douleur
&de tendreſſe . Eſtant arrivée
à Oſtilia , elle y fut logée
dans une maiſon magnifiquement
meublée que luy avoit
fait preparer le Duc de Mantoue.
Ce Prince vint la viſiter
en poſte le 19. Le Marquis
Ferdinand Capponi , &
d'autres Seigneurs le receu
GALANT. 149
rent lors qu'il defcendit de
cheval , &le Marquis Corfini
, Ambaſſadeurs , qui l'artendoit
au haut du degré , le,
conduifit à la chambre de
la Princeſſe , avec laquelle il
demeura un demy- quart
d'heure , l'un &l'autre eftant,
affis . Elle logea à la Mirandole
chez le Comte Boretti ,
& fut invitée à un Bal où
elle alla incognito& maſquée ,
ſuivie de la Marquiſe Bichi
& d'autres Dames . Elle ne
vit ny le Duc ny la Ducheffe
de la Mirandole , parce qu'ils
eſtoient indiſpoſez mais trois
de leurs Fils ſe trouverent à
ce Bal où s'eſtant placez
ſans aucun ordre , ils s'approcherent
d'une maniere libre
& dégagée du lieu où eſtoit
cette Princeſſe , & luy firent
د
G3
1
150 MERCVRE
,
compliment. La choſe ſe paſſa
comme en l'autre Bal , & elle
n'y danſa point. A trois milles
de Buon-porto le Comte
Negrelli vint au devant d'elle
avec trois Carroſſes à fix
chevaux Le Duede Modene
qui l'avoit envoyé , vint la
vifiter luy meſme à Buonporto
, où elle logea au Palais
du Marquis Rangoni . Le
22. elle prit la route de Bologne
, &elle en eſtoit à deux
milles , lors qu'elle rencontra
le Prince Ican Gaſton de
Toscane , ſecond Fils du
Grand Duc , qui deſcendit
de Carroſſe pour luy faire
compliment. Aprés qu'ils ſe
furent tirez d'un paſsage dangereux
où il luy donna la
main il s'avança pour ſe
trouver à la porte du Palais
1
GALANT.١٩٢
du Comte Ranuzzi , où quantité
de Seigneurs & de Dames
attendoient cette Princeffe.
Le 23. elle recent les preſens
du Grand Duc , qui conſiſ
toient en un fort grand nom.
bre de pierreries. Le matin le
Cardinal Legat luy envoya
faire compliment , qu'elle luy
fit rendre par le Marquis Federic
Ricci . Cette Eminence
luy envoyaauſſi un fort beau
regale de toutes fortes de rafraichiſſemens
. L'apréſdinée ,
on luy donna ledivertiſſement:
d'un Tournoy. Il y avoit fix
Quadrilles . Le Chef de chacune
eſtoit aſſiſté de deux
Parrains , & de quatre Chevaliers
. Deux Meſtres de Camp
avoient l'oeil à tout. Chaque
Quadrille ſe promena ſeule
une fois l'une aprés l'autre le
G4
152 MERCVRE
long de la Galerie. Elle eſtoit
precedée de Pages à cheval
avec des lances , & fuivie de
quantité de gens de livrée , ce
qui faisoit un trés bel effet.
Elles ſe diviſerent enfuite , &
chacundes fix Chevalierscourut
cinq fois.la Cariere eſtant
finie , il's firent tous le tout du
Theatre , & s'arreſterent devant
la Loge où eſtoient la
Princeffe de Toscane &vle
Prince lean Gaston , les fix
Chevaliers au milieu . La di
verfité des habits tres- riches
&des livrées qui ſe mélerent
enſemble, jointe à la fierté des
Chevaliers dont les fix Quadrilles
estoient compoſées , formoit
un tres - beau ſpectacle.
Le foir il y eut Bal,& les principales
Dames s'y trouverent
richement parées , & veſtuës
GALANT.
153
à la Françoiſe. Leurs Alteſſes
danſerent une fois enſemble ,
&la Princeffe danſa deux fois
avec d'autres. Toutes les Dames
ſe tinrent debout par refpect
chaque fois qu'elle danſa
Le 24. au foir, elle alla aux Iefuites
, où ſe recitoit un Dialogue
ſur le miſtere de la Nativité
,& ce fut là qu'elle vit le
Cardinal Legat qui luy fit compliment
, ainſi qu'au Prince
Iean Gaston . Le 26. elle coucha
à Loiano,& le 27.à Firenzvola
, où toute la Milice la réceut
ſousles armes avec des
ſalves reïterées. Le Marquis
Riccardi , grand Ecuyer du
Grand Duc vint en ce lieu là
pour luy faire compliment au
nom du Prince ſon Maiſtre ,
de la Grand Duchefſe Vittoria,
&du Prince fon Epoux , que
G
154
MERCVRE
quelques accés de fiévre avoient
empeſché de venir incognito
à Bologne , comme il
l'avoit reſolu . Un peu aprés le
Marquis Alexandre Capponi ,
grand Majordome du Cardinal
de Medicis , vint luy faire
de ſa part de ſemblables
complimens. Cette princeffe
eſtant partie le 28. au matin
pour ſe rendre à Florence
trouva au haut de la Montagne
del Giogo une Compagnie de
trois cens Carabins qui firent
pluſieurs décharges pour la
falüer. Ils l'accompagnerent
juſqu'à Scarperie, oùtoutes les
Milices eſtoient rangées dans
la grande Place , & dans les
ruës oùelle devoitpaffer.Ainfi
ce ne furentque falves detoutes
parts -De là elle vint coucher
à San Piero. Lors qu'elle
GALANT.
155
fut àla venë du pont qui eſt
ſur la Riviere de Sieve, la Citadelle
baſtie ſur une Colline
ſous laquelle eſt San Piero , fit
une décharge de tout ſon Canon
,&de quantité de Boëtes .
Le 29. le prince de Toſcane
ariva au meſmelieu,& il diſna
avecla princeſse , apres quoy
ce prince partitpour l'aller attendre
en ſa belle maiſon de
pratolino , où le Grand Duc
&le prince Cardinal eſtoient
déja arrivez . La princeſſe s'y
rendit un peu avant le Soleil
couché , & le Grand Duc
l'ayant receuë àla deſcente du
Carroffe , la conduifit à l'appartementqui
luy eſtoit pre--
paré. Il retourna le ſoir à Florence
, & le prince Cardinal
demeura à pratolino . Cette
G6
156 MERCURE
Eminence en partitdés le lendemain
un peu avantelle,ainſi
que le prince de Toscane ,
le prince Jean Galton , & la
Princeſſe eſtant arrivée à Florence
incognito , trouva en deſfcendant
de Carroſſe à une pors
te d'un petit degré du Palais,le
Grand Duc , la princeſſe ſa
Fille , & les trois princes ſes
Fils , qui la conduifirent en
fon Appartement , à l'entrée
duquel elle fut receuë par la
Grand Ducheffe Vittoria , que
fon grand âge avoitempefchée
de deſcendre au bas du degré.
L'Appartement eſtoit richement
meublé , & illuminé par
tout , & il ſe trouva remply de
toute la Cour,& de partie de la
Nobleffe . Le 31.ſe paſſa en vifites
reciproques , & à dépe
cher un Courrier à Munich ,2
4
)
GALAN T. 157
pour y porter la nouvelle de
fon heureufe arrivées ,
Lejour de ſon Entrée publique
à Florence ayant eſté arreſté
au 9 de lanvier & toutes
choſes s'étant trouvées proſtes
pour cela; la Princeffe paſſa par
la porte à Pinti , & ayant fair
le tour d'une Eglife , appellée
la Madonna della Toffa , elle
arriva au Pont rouge , d'où
elle ſe rendit au lieu où elle
devoit eſtre couronnée . On
y avoit dreſſé un Autel richement
orné avec fix flambeaux
d'or. Elle ſe mit à
genoux devant cet Autel , &
le Grand Duc luy mit la
Couronne fur la teſte ; elle
luy avoit eſté prefentée par
un Prelat dans un baffin d'or..
Enfaite l'Archeveſque de Siene
y mit la main , & finit la
fonction par quelques prieres
8. MERCVRE
د
Cette ceremonie eſtant achevée
, on vit commencer la
Cavalcade . Quatre Commandeurs
à cheval marchoient à
la teſte ; puis on voyoit l'Etendard
& les fix grands
Flambeaux d'argent de la
Cathedrale avec l'Etendard.
de l'Abbaye , dont tous les
Religieux ſuivoient. Ils precedoient
le Clergé des Paroiſſes
& des Egliſes Collegiales
. Celuy de la Cathedrale
marchoit le dernier avec
les huit Chantres ordinaires ,
ayant leurs maſſes d'argent
& reveſtus de Chaſubles.
Aprés cux venoit la Cavalerie
, ſeparée en huit Compagnies
, chacuned'une couleur
differente . Huit Trompettes
la precedoient avec trois Sergens
Generaux , & trois de
GALANT.
199
S
ن
ſes principaux Officiers , qui
avoient tous une belle ſuite
de livrée . Les Cuiraffiers alloient
quatre à quatre , &
chaque Compagnie avoit
deux Trompettes avec fon
Capitaine à la teſte. On voyoic
enfuite douze Trompettes
ayant les livrées du Prince
de Toſcane &deux cens
Chevaliers habillez ſuperbement
, & tres bien montez
Leur ſuite eſtoit des plus éclatantes.
Les Marquis Corfi &
Salviati eſtoient les Meſtres
de Camp. Sur la fin de laCa..
valcade parurent douze Maffiers
à cheval , avec leurs
maſſes d'argent , & des habits
de velours cramoiſi . Six Commandeurs
eſtoient auſſi à
cheval ayant un manteau
violet , & une baguette à la
160 MERCV RE
main . Immediatement aprés
eux venoient les chanoines
de la Cathedrale ſur des mules
qui avoient des houſſes
noires . Ils eſtoient veſtus de
leurs habits ordinaires , avec
le chapeau de Protonotaire
Apoftolique fur la Calote , &
precedoient vingt Prelats pareillement
montez ſur des
mules , & avec des Surplis ,
le petit manteau , & leurs
chapeaux comme de coutume.
LaCavalcade des Evêques
ayant paſſé , on vit venir les
Gardes du Prince de Toſcane,
& un peu aprés le Prince
Iean Gaſton à cheval en habit
de campagne , & accompagné
de deux Ecuyers avec
des Pages , & autres gens de
livrée. Enfuite parut le Princede
Toſcane auifi à cheval »
GALANT. 161
4
& avec deux Ecuyers. Il eftoit
en habit de Ville , environné
d'un tres -grand nombre
de Pages . Sa livrée eſtoit
à la Françoiſe. A quelque diſtance
ſuivoit la Princeffe de
Toſcane , ayant la Couroune
en teſte . Son habit eſtoit de
toile d'argent brodée d'or ,
avec le manteau ſemblable
Elle estoit dans une maniere
de Litiere découverte , portée
par deux males.blanches .
Trente- deux jeunes Gentilshommes
magnifiquement veſtus
, & tous de meſme parure
,portoient le Dais tour à
tour , huit à la fois . On y avoit
attaché quatre cordons fur
les coins. Le Marquis Corfini
, Ambaſfadeur , &le Chevalier
Piere: Capponi , Maitre
de Chambre de la Prin
162 MERCVRE
ceſſe , marchoient à coſté du
Dais , & derriere eſtoient les
principaux du Senat , montés
fur de beaux chevaux. Ils
marchoient devant le Carroſſe
de la Princeſſe , d'une
richeſſe extraordinaire , dans
lequel eſtoir la Marquiſe Bichi
ſa Dame d'honneur.
Aprés celuy là paroiffoit celuy
des Dames , puis deux
autres Carroffes de cette même
Princeſſe , & un fort grand
nombre de ceux de la Cour ,
Elle arriva dans cet ordre à la
Cathedrale , où l'Archevef.
que de Florence en habits
pontificaux , la receut à la
porte de l'Eglife Elle fut
conduiteau Choeur , & lors
que chacun eut pris ſa place ,
ce Prelat entonna le Te Deum
On retourna de là au Palais
,
GALANT. 163
dans le meſme ordre de Cavalcade,
tant pour la Cavalerie
que pour les Prelats & les
Chanoines . Le Grand Duc
qui l'atendoit , luy donna la
main , & la conduifit juſqu'en
ſon appartement. Lors qu'elle
entra au Palais , les deux Fortereffes
tirerent tout leur Canon.
Le 10. elle alla vifiter
l'Eglife de l'Annonciade' , &
ſe laiſſa voir au Peuple dans
la place de Sainte Croix. Le
ſoirde ce meſme jour l'on fit
des Illuminations par toute
la Ville , & il y eut des Feux
de joye au Palais pendant
trois jours .
l'ay à vous apprendre la
mort de pluſieurs perſonnes
conſiderables , que nous avons
perduës ces deux derpiers
mois. En voicy les 1
4
164 MERCVRE
noms & les qualitez .
Charles , ſecond , du Nom ,
Duc de la Vieuville , Cheva- )
lier. des Ordres du Roy. Il
eſtoit Commandant au haut
& pas Poitou , Laudunois &
Chaſtelraudois , & auſſi des
Ville & Chaſteau de Fontenay
le Comte , & a ſignalé
ſon courage & rendu des preuves
de ſa valeur en diverſes.
occaſions, ayant été Meſtre de
Camp du Regiment de Picar
die , Lieutenant general en
Champagne , & Marechal des
Camps & armées du Roy . Il a
eſté Chevalierd'honneur dela
Reine , & choiſi pour eſtre
Gouverneur de Monfieur le
Duc de Chartres. Il avoit épouſeFrançoiſe-
Marie de Vienne
de Chaſteauvieux , Fille unique
de feu René de Vienne de
:
GALANT. 1
165
Chaſteauvieux , dont il a eu
pluſieurs enfans . L'aiſné eſt
René- François , Marquis de
la Vieuville Chevalier d'honneur
de la Reine en ſurvivancede
Monfieur ſon pere Gouverneur
de Poitou , cydevant
Colonel du Regiment de Navarre
; le ſecond , Charles .
Emanuel de la Vieuville Comte
de Vienne,Mestre de Camp
du Regimentde Cavalerie du
Roy, qui s'eſt mariéen la Maifon
de Mittes de Chevrieres
de faint Chaumont; le troifiéme
François Marie de la
Vieuville , Abbé de Savigny
, & de Saint Maurice , &
lequatrième , le Chevalier
de la Vieuville . Il y a
cutrois Filles Religieuſes en
l'Abbaye de Noftre-Dame de
Meaux,où l'ainée eſt Abbeſſe .
166 MERCVRE
د
Le pere de Monfieur le Duc
de la Vieuville eſtoit Charles ,
premier du nom Duc de la
Vieuville , Baron de Rugle ,
Chevalier des Ordres du Roy ,
Capitaine desGardes du Corps
Grand Fauconnier de France,
Sur- Intendantdes Finances ,&
Lieutenan Generalen Champagne
, & Rhetelois , qui a eu
cing Enfans de Marie Bouhier
, Damde Beaumarchais ,
ſçavoir Charles Duc de la
Vieuville qui vient de mourir
, Charles François de la
Vieuville Eveſque de Renne;
le Chevalier de la Vieuville
mort au Siege d'Eſtampes
, & deux Filles , dont l'une
eſtoit Abbeſſe de Noſtre - Dame
de Meaux , l'autre épouſa
Monfieur leDuc de Bour nonville,
Gouverneur de Paris ,
GALANT.. 167
& Chevalierd'honneur de la
Reine. L'Ayeul de ce meſme
Duc de la Vieuville , fut Robert,
Marquis de la Vieuville,
Baron de Rugle , Vicomte de
Farbus , Chevalier des Ordres
du Roy , Grand Fauconier de
France, Gouverneur de Me
zieres & Lieutenant General
du Païs de Rethelois. Il eut
deux femmes ,& de la premiere
qui estoit Guillemettede Boffut
, nâquit Henriette de la
Vieuville qui épouſa le Seigde
S. Lambertde la Maiſon de
Ioyeuſe . Et de la ſeconde Femme
qui estoit laqueline d'O ,
de l'ancienne maison d'O de
Normandie , nâquit Charles
premier Ducde la Vieuville.
Le Bifaïeul de celuy dont je
vous apprens la mort , eſtoit
Pierre de la Vieuville , Sei
168 MERCURE
-
gneur de Farbus & de Royaucourt
, Chevalier de l'Ordre
du Roy & Gouverneur de
Mezieres Cette Maiſon de la
Vieuville eſt originaire des
Pais bas , dont les aiſnez ſont
Seigneurs de Steenvvood.
Elle porte écartelé au 1. & 4.
facé d'or & d'azur de huit pieces
àtrois annelets degucules brochants
fur la premiere &ſeconde face qui
est la Vicuville. Au 2.& 3. dbermines
au chef endenté de gueules
qui est d'O ; ſur le tout d'argent à
Septfeüilles de houx d'azur. 13. 3 .
& 1. qui est Coskier.
Dame Marie de Bordeaux
Fille de Meſſire Guillaume de
Bordeaux , Intendant des Finances
, & Veuvede Meſſire
Jacques Sanguin , Seigneur de
Livry,premier Maiſtre d'Hôtel
du Roy . La facilité de ſon
humeur
GALANT. 169
4
humeur & fa generofité naturelle
luy avoient acquis un
fort grand nombre d'Amis de .
l'un & de l'autre Sexe , à la
Cour & à la Ville , qu'elle a
ſceu conferver juſqu'à ſa mort
Son Fils eſt Loüis Sanguin.
Marquis de Livry , Capitaine
des Chaſſes de la Forest de
Livry&Bondy , premier Maiſtre
d'Hôtel du Roy , & Meſtre
de Camp d'un Regiment
-de Cavalerie , qui a epoufé
Marie Antoinette de Buau-
- villiersenbrille de feu M. le
Duc de Saint Aignan. Cette
Famille des Sanguin a donné
depuis le Regne de Loüis XII.
pluſieurs Prefidens aux Enqueſtes
, Conſeillers au Parlement
& à la Cour des Aydes de
Paris , Prevoſt des Marchands,
comme auſſi divers Eveſques
deSenlis .
Fo.108
F
H
170 MERCVRE
Dame Marie de Modene ,
Femme d'Emanuel , Marquis
d'Alegre. Je vous ay déja parlé
pluſieurs fois de l'antiquité
de cette Maiſon ...
Demoiſelle Claude - Fran-
•çoiſe Phelypeaux , Fille d'An.
toine Phelypeaux , Seigneur
du Verger , Intendant de Juſtice
en Bourbonnois , & auparavant
Conſeiller au Parlement
. Son Ayeul eſtoit Remond
Phelypeaux , Seigneur
d'Herbault , la Vrilliere & du
Verger, Tréſorierdes Parties
Cafuelles, puis: Tréſorier de
l'Epargne , & enſuite Secretaire
d'Etat ; & fon Ayeule ,
ClaudeGobelin, Fille de Baltazar
Gobelin , Tréſorier de
l'Epargne , puis Preſident en
la Chambre des Comptes de
Paris ,& d'Anne de Raconis,
d'une ancienne Famille de Sa
GALANT.
171
voye , alliée à celle de Lingendes.
Elle avoit pour Oncles
Baltazar Phelipeaux, Seigneur
d'Herbault, Conſeiller au Parlement
, Tréſorier de l'Epargne
, puis Conſeiller d'Etat,&
Loüis Phelypeaux de la Vrilliere
, Secretaire d'Etat , Prevoſt&
Grand Maiſtre des Ceremonies
des Ordres du Roy ,
donteſt venu Monfieur de la
Vrilliere de Chateauneuf,Secretaire
d'Etat & des Ordres
de SalMajesté ; Michel Phely.
peaux de la Vrilliere , Archeveſque
& Patriarche de Bourges
,& Primat des Aquitaines,
& Madame la Comteſſe de
Tonai - charante. Les Tantes
de feu Mademoiselle phelypeaux
du Verger, furent Anne
phelypeaux , Femme d'Henry
du Buade , Comte de palluau
H2
172
MERCVRE
Frontenac ,
Gouverneur de
Saint Germain en Laye , premier
maître d'Hôtel du Roy ;
Marie phelypeaux , Femme
d'Henry de Neuville , Comte
de Bury ; Claude phelypeaux ,
remme de lacques du Bled ,
Marquis d'Uxelles & Yſabelle
phelypeaux , Femmede Loüis
deCrevant , Marquis de Humieres
. Son grand Oncle fut
paul phelypeaux , Seigneur
de pontchartrain , Secretaire
d'Etat , qui eut un Fils & trois
Filles d'Anne Beauharnois de
Miramion . Le Fils fut Loüis
phelypeaux de pontchartrain ,
prefident en la Chambre des
Comptes , qui de Dame Sufanne
Talon , Fille de Monfieur
Talon , Avocat General
au parlement de Paris , a eu
Loüis Phelypeaux de Ponchartrain
, Premier Preſident an
GALANT.
173
-1
Parlement de Bretagne , puis
Intendant des Finances , dont
les grands emplois prouventle
merite . Les Filles ont eſté mariées
dans les Familles de Bignon
. Habert de Montmor
Mangot de Villarceau , de Hodic,&
autres fort confiderables .
Henry de Bullion , Seigneur
de Fontenay , Courcy & Bouzonville
, Conſeiller en la
Grand Chambre du Parlement
de Paris , où il fut recen en
1647. Il avoit épousé la ſoeur
de Meſſire Charles de Vaſſan ,
Preſident en la Chambre des
Comptes , & auparavant Conſeiller
au Parlement de Paris .
Leur Fils eſt Iean - Loüis de
Bullion , receu en 1681. Conſeiller
en la Cour des Aydes .
Cette famille qui eſt originaire
de la Ville de Maſcon , a donné
H 3
174
MERCVRE
Ican de Bullion , Maiſtre des
,
Requeſtes , qui épouſa Charlote
de la Moignon , ſoeur de
Chreſtien de la Moignon
Seigneur de Baſville , Prefidentau
Mortier au Parlement
de Paris , & Tante de Guillaume
de la Moignon premier
Preſident dans ce meſime
Parlement. De ce mariage nâquit
Claude de Bullion Seigneur
de Bonnelles , Chancelier
des Ordres du Roy , Prefident
au Mortier du Parlement
de Paris , Sur- intendant des
Finances de France , employé
en pluſieurs Negociations d'E
tat , & Ambaſſades par le Roy
Louis le Juſte. Il épouſa Angelique
Favre Niece de
,
Nicolas Brulart , Seigneur de
Sillery , Chancelier de France,
dont il cut quatre Fils & une
GALANT.
175
د
Fille , ſçavoir Noël de Bullion
Marquis de Bonnelles , qui à
épousé Charlotte de Prie , fille
du Marquis de Tourcy , allié à
laMaiſon'de Saint Gelais de
Luzignan ; François de Bullion ,
Seigneur de Mont- Loüet
premier Ecuyer de la
Grande Ecurie du Roy ;
Pierre de Bullion , Abbé de
Saint Pharon de Meaux ,
Claude de Bullion , Seigneur
de Long cheſne , & Marie de
Bullion, Femme de Pompone
de Beliévre , Ambaſſadeur en
Angleterre , Preſident au
Mortier au Parlement de Paris
, puis premier Preſident au
mefme parlement , qui eſtoir
petit fils de Pompone de Be
lievre , Chancelier de France.
De cette ramillie eſt Charles-
Denis de Bullion , Marquis
de Gallardon & de Bonnelles,
H4
176
MERCVRE
à preſent prevoſt de paris . De
Bullion porte d'azur au Lion
d'or , iſſant de trois ondes d'ar.
gent écartelé d'argent à la bande
de gueules , accompagné de fix
coquilles de mesme.
François Fraguier , Sei
gneur de Long- perier & de
Quincy , Doyen des Conſeillers
Clercs du parlement de
paris . Il eſt mort âgé de quatre-
vingt-trois ans , & avoit
eſté receu Conſeiller en 1641 .
Son Fils eſt Nicolas Fraguier
receu Conſeiller au Parlement
de paris en la premiere
Chambre des Enquestes le
31. lanvier 1676. Sa Fille a
épousé Henry Feideau , Seigneur
de Calende , preſident
en la quatriéme Chambre du
parlement de paris , & cydevant
Conſeiller au Grand
Confeil.
2
GALANT. 177
د
Iean -Baptiste Ravot , Seigneur
d'Ombreval , premier
Avocat General du Roy en
la Cour des Aydes à paris .
Il eſtoit Fils de feu Mr
Ravot , Seigneur d'Ombreval
premier preſident au
parlement de Metz , & auparavant
Avocat General en la
Cour des Aydes de paris .
L'un & l'autre a fait paroiſtre
la force de ſon genie & fa
grande capacité en l'exercice
de ces Charges pour le ſervice
deRoy.
Charles Bailly , Seigneur
de Saint Mars , Maistre des
Comptes à paris , où il fut
receu en 1655. Tout ceux de
cette Famille ont toujours
fervi nos Rois avec autant
de fidelité que de zele. Son
pere Charles Bailly , étoit auffi
H5
148 MERCURE
,
د
Maiſtre des Comptes à paris
Son Ayeul Charles Bailly
fur prefident en la mefme
Chambre des Comptes . Son
Biſayeul aprés avoir fait paroiſtre
ſa capacité en la fonction
d'Avocat y fut auſſi re.
seu preſident. Mr Bailly de
Saint Mars qui vient de mourir
a eu plufieurs Freres &
Soeurs ſçavoir Guillaume
Bailly , Confeiller d'honneur
au grand Confeil , où il a eſté
Avocat General; Thomas Bailly
, Maistre des Comptes à Pa
ris , où il fut receu en 1649 ;
Alexandre - Paul Bailly d'Avrilly,
Gentilhomme ordinaire
de Monfieur , Frere du Roy
Monfieur l'Abbé Bailly employé
aux Miſſions Etrangeres,
Monfieur Bailly , Capitaine ;
Madame Lallemand, veuve du
4
ز
GALANT.
179
1
Conſeiller au Parlementde Paris
,dont la Fille a épousé Mr de
Leſſeville, Prefident en la Cinquiéme
des Enqueſtes, & Madame
Bitaut , qui avoit épousé
Feu Mr Bitault , Conſeiller au
Grand Confeil , dont eſt venu
Mr Bitault , auſſi Conſeiller au
Grand Confeil.
Edmond de Fieux , Marquis
de Muis , Bonnemare & autres
lieux , Maiſtre des Requeſtes.
Feu Mr l'Eveſque& Comte de
Toul eſtoit fon Frere...
Jean- Baptiste le Boulanger ,
auffi Maiſtre des Requeſtes .
Pierre Cherré , Seigneur de
Lorreau , cy - devant Maiſtre
des Comptes à Paris. Il eſtoit
pere d'Estienne . Joſeph Cherré
, Seigneur de Lorreau , receu
Maistre des Comptes à Paris
en 1661. & Frere d'Ilac
H 6
180 MERCVRE
Cherré , Seigneur de la Houſ
ſaye , auſſi Maiſtre des Comptes
à Paris , receu en 1652 ..
Dame Anne Larcher , Femme
de Meſſire Jacques Pollart
Seigneur de Villequoy - les
Bois , S. Martin, Villarſault &
Chavenay , Conſeiller en la
premiere Chambre des Enqueſtes
.
Dame Suſane le Piccart ,
Femme de Meſſire Charles le
Cointe , Seigneur de Barentin
& du Meſnil les Selliés,Grand-
Maiſtre , general Reformateurdes
Eaux & Foreſts au dépar
tementde Normandie ..
Dame Marie Boyetet ,Femme
de Meſſire Nicolas pichon
Maiſtre des Comptes.
Amador de : Gombault
Gentilhomme ordinaire de la
Maiſon du Roy , & Envoyé
GALANT. 181
Extraordinaire en Italie , où il
a negocié pluſieurs affaires
pour le ſervice de Sa Majesté.
Antoine de Courſon , Seigneur
deCaillavel,Gouverneur
de la Ville de Dax,& Capitaine
au Regiment des Gardes du
Roy..
"
Mr l'Abbé de Fieubet , Fils
d'Annede rieubet de- Launac,
Maistre des Requeſtes & Neveu
de Gaſpart de Fieubet
Conſeiller d'Estat ordinaire
Chancelier de la Reine ., Cette
Famille adonné des premiers
Preſidens au parlement de
Toulouſe , Conſeillersd'Estat,
Maiſtres des Requeſtes , Treforiers
de l'Epargne ,&autres
de confideration dans laRobe.
La Femme de feu Mr Nicolai,.
premier Preſidenten la Chambre
des Comptes , portoit le
182 MERCURE
nom de Fieubet.
Jacques Helo , Avocat au
parlement de Paris. Ileftoitde
Bretagne,& fort eſtimé.
J'apprens tout preſentement
une autre mort qui vous furprendra.
C'eſt celle de Madame
laMarquiſe de la Vieuville
Femme de Mr le Marquis dela
Vieuville , Fils aiſné du défunt
Duc. Elle a eſté attaquéede la
petite verole qui l'a emportée
en fort peu de jours . Elle s'appelloit
Anne - Lucie de la
Mothe , & eſtoit Niepce de
Madame la Maréchalle de la
Mothe.
Meffire Bonaventure Roffignol
, qui estoit Conſeiller
en la premiere Chambre
des Enqueſtes , a eſté receu
preſident en la Chambre des
Comptes , à la place de feu
GALANT. 183
Mr le prefident du Gué. Il
eſt Fils de feu Mr Roffignol ,
Maiſtre des Comptes .
و
Meffire Francois le Boin
dre , Fils de Meffire Jean le
Boindre Confeiller en la
Grand Chambre du parlement
de paris , a eſté receu
Conſeiller dans le mefme
Parlement.
a
La Cure de Saint Sulpice ,
dont Mr le Boltu de la Barmondiere
, Docteur en Theo .
logie fait les fonctions
pluſieurs années avec une af
fiduité & une édification finguliere
a eſté reſignée depuis
peu de temps àMr Baudran
, qui eſt du Seminaire
de cette meſme paroiſſe , où
il a fait paroiſtre beaucoup
de vertu & de pieté.
Je ne ſqay ſi je vous ay
184 MERCVRE
parlé des avantages dont
joült preſentement la Ville
de Riom , où les Robes Confulaires
ſont de damas violet.
On doit aux Conſuls de l'année
derniere , non ſeulement
le Brevet par lequel Sa Majeſté
leur a fait preſent de
ces marques d'honneur & de
dignité , mais encore les Let
tres patentes qui confirment
les prerogatives & les privileges
que les Rois ſes predeceffeurs
ont accordez à la
meſme Ville , d'eſtre la Capitale
du Duché d'Auvergne ,
le premier Siege de la Juſtice
qui s'exerce dans toute la
Province , & le lieu del'Af
ſemblée generale de toute
la Nobleſſe du Pays , dans la
convocation du Ban & Arriereban
. Dans la derniere
GALANT.
185
Audience Senechale , aprés
que Mr Toutée eut parlé ſur
ce ſujet & que Mr de la
Lande ancien Avocat du
Roy eut requis l'enregiſtrement
du Brevet , & des Lettres
patentes , Mr de Combes,
Lieutenant General en la Senechauffée
d'Auvergne , prononça
un tres beau Diſcours
qu'il finie par l'Eloge du Roy ,
& par celuy de Monſeigneur
le Dauphin , qui s'eſt acquis
le nom de LOUIS LE
HARDY dans ſa premiere
Conqueſte , qui feroit le
Chef d'oeuvre des Capitaines
les plus conſommez dans l'art
'de la Guerre .
L'uſage d'élever des Monumens
publics à la gloire des
grands hommes , comme on en
dreſſoitdans l'ancienne Grece,
186 MERCVRE
&dans l'ancienne Rome, ayant
ceffé pendant pluſieurs fiecles ,
il falloit un Monarque qui furpriſt
tout l'Univers pardes ac
tions auſſi étonnantes que celles
qu'on voit faire tous le jours
à LOUIS LE GRAND ,
pour le rétablir. Cet uſage a
donc recommencé , mais ce
n'eſt encor que pour ce Monarque.
Toutes les Provinces
de ſon Royaume luy font éle
ver des Statuës équestres , ou
en pied , accompagnées de
pluſieurs autres Figures pour
leur fervir d'ornement
pour marquer la gloire de ce
grand Roy. Pluſieurs Villes
en leur particulier ont fait
faire de ces grands monumens
, & elles ont eſté imitées
par des Communautez
des meſines Villes , qui en
1
&
GALANT. 187
F
ont fait auſſi élever dans les
lieux de leurs Aſſemblées , à
proportion de leur pouvoir ,
✓ & de la grandeur de ces lieux :
ceux qui n'ont pû faire faire
des Figures . entieres , ayant
fait faire des Buftes. Quelques
particuliers ont fait la
# mefme choſe. Les Grands
Seigneurs ont commencé , &
ils ont eſté ſuivis de ceux qui
n'avoient pas moins de zele ,
quoy qu'ils fuſſent d'un rang
moins élevé. Mr du Bois ,
Controleur de la Maiſon de
Madame la Dauphine , a eſté
= de ce nombre & Monfei-
+
1
1
1
6
gneur le Dauphin accompagné
de Madame la Princeſſe
de Conty & d'un grand
nombre de Seigneurs&deDames
de la Cour , luy fit l'honneur
de venir chez luy le 6
f
188 MERCVRE
de cemois pour voir la Statuë
qu'il a fait faire. Elle repreſente
le Roy qui foule aux
pieds l'Herefie . Elle eſt de
huit pieds de haut , & habillée
à la Romaine. La Statuë ,
& l'Herefie qui paroiſt terraffée
ſous ſes pieds , font d'un
ſeul bloc de marbre . Cet
Ouvrage eſt de Mrle Comte ,
excellent Sculpteur. Il a employé
tous ſes ſoins ,& toute
fon application pour la rendre
parfaite , mais il n'a pas
voulu finir le viſage , & l'a
laiſſe à la rape , pour attendre le
jugement de ceux qui ſont capables
d'en bien décider. Cependant
il a fait un Mafque ,
que Monseigneur qui eſt fort
bon Connoiffeur , tant par ſon
bon gouſt naturel , que parce
qu'il deſigne parfaitement
GALANT. 189
bien,& qu'il a beaucoup d'Antiques
, a trouvé fort reſſemblant;&
c'eſt ſur le modelle de
ce Maſque que Mr le Comte
achevera le viſage de la figure
duRoy.
Voicy trois Inſcriptions Latines
& une Françoiſe qui ont
eſté faites pour eſtre gravées
fur le piedeſtal .
1.
Per te Relligio tot ab hostibus una
triumphat.
11.
Hoc Monstrum , indignante Erebo ,
Sub vincula miſi.
111.
Populi amor ,
Gentium terror ,
Hoftium debellator ,
Harefeos domitor.
190
MERCURE
:
IV.
Après avoir éteint leflambeau de
la guerre ,
LOUIS fur les Enfers détourna
fon tonnerre ,
Et ce Monstre sent fois vainement
combattu ,
Eft le Monstre odieux dont il purgea
la terre ,
Et lefruit que le Ciel voulut defa
vertu .
On n'a encore fait choix
d'aucune , & ceux qui ont du
talent pour les Ouvrages de
cette nature , ſont priez d'en
envoyer. Il n'importe que ces
Inſcriptions ſoient en Profe
ou en Vers , en Latin ou en
François , pourveu qu'elles
foient courtes.
Le Roy a fait preſent àMonſieurdu
Bois de trois Medailles
GALANT. 191
d'argent , pour mettre dans le
foc de la Statuë.Le revers de la
premiere repreſente la Religion
qui couronne Sa Majesté,
avec ces mots , Ob decies centena
millia Calvinianorum ad Ecclefiam
revocata. Celny de la ſeconde
eſt la ruine des Temples , &
autour , Templis Calvinianorum
everfis . Le revers de la troiſiéime
eſt l'Hereſie détruite , &
l'Eglife Triomphante avec ces
paroles ,Harefis extincta. +
Mr du Bois à fait frapper
en bronze ces meſmes Medailles
, & les a miſes toutes
trois dans le Piedeſtal . Il en
fera faire une quatriéme dont
la face droite repreſentera le
Roy , ainſi que toutes les Medailles
qui regardent ce Monarque.
La Statuë que Mr du
Bois a faite ſera au revers , &
192
MERCV RE
ces mots autour. Car. du Bois .
guererin hoc monumentum erexit
A. R. S. H. 1688. Cette Medaille
accompagnera les trois
autres dans le foc & dans le
Piedeſtal .
Lors que Monſeigneur monta
en Carroffe en ſortant de chez
Mr du Bois , il fut ſalué de pluſieurs
coups de Canon , & d'un
grand nombre de Boëtes qui
étoient dans le Jardin du palais
Royal , & comme ce prince alla
à l'opera ce jour là , le meſme
Canon ,& les meſmes Boëtes
firent encoreunedécharge lors
qu'il en fortit , Mr du Bois ne
pouvant le remercier que par
là de l'honneur qu'illuy avoit
fait . Il témoigna encore ſa joye
fur les dix heures du ſoir par
un grand nombre de fuſées volantes
qu'il fit tirer
Les
GALANT.
193
*
Les Cartes du Pere Coro-
+
nelli ont tant de ſuccés
que vous ferez bien aiſe d'apprendre
qu'il en a fait de
nouvelles , ſçavoir l'Europe ,
& l'Affrique , les deux Ameriques
, la partie Occidentale
de la nouvelle France avec
une Carte de la Hollande.
On affeure qu'elles font, tou .
tes fort juſtes , & qu'elles
contiennent des choſes tresparticulieres
, & tres curieuſes
que l'on n'a point encore
ſceuës . Elles ſe vendent chez
le Sieur Nolin , ſur le Quay
del'Horloge du Palais .
On vient de me donner
une Copie du Diſcours que
Mr de Callieres prononça à
l'Academie Françoiſe le jour
qu'il y fut receu , & je vous
l'envoye , afin que vous ne
foyez pas plus longtemps
Février 1689 . I
L
194
MERCVRE
privée du plaifir de connoiſtre
par la beauté des
pensées , & par les traits d'Eloquence
dont il l'a remply ,
combien il a répondu dignes
ment au choix qu'on a fait de
Juy , pour ſucceder à Mr Quinault.
C'eſtde cet illuſtre Academicien
qu'il parle au commencementde
ce Diſcours..
REMERCIEMENT
De Mr de Caillieres à Meſſieurs
de l'Academie Françoiſe.
MESSIEURS, :
L'honneur que je reçois aujourd'huy
excite en moy des paſſions
bien differentes. Il me comble de
joje de me voir admis dans une
compagnie aussi celebre que la vôtre
, & ilme donne unejuste crainte
de ne pouvoirremplir dignement
GALANT .
195
tous les devoirs quevous m'imposez
par unsi grand bienfait.Vous m'avez
choisi pour ſuccederà un Academicien
illustre par la beauté & la
- fecondité de son genie , par le tour
heureux & natureldeses productios
parfa douceur,parsapoliteſſe, &par
- Ses autres qualitez perſonnelles qui
-vous le font justement regreter.Vous
m'avez aſſocié aux premiershommes
de l'Estat , & aux plus fublimes
Genies de noſtrefiecle , & vous
m'avez , pour ainſi dire , adopté
dans la Famille des Muses , pour
me faire part de leurs tresors , dont
vous êtes les proprietaires legitimes,
& les justes diſpenſateurs.
Comment pourray- je , Meſſicurs,
-vous témoigner toute la reconnoiffance
que je vous dois , pour des
graces fi grandes &fi peu meritées?
Jen'en apperçois qu'unſeulmoyen ,
qui est de vous persuader que j'en
connois le prix. Permettez moy
1 2
196 MERCURE
donc , Meſſicurs , pour fatisfaire en
quelque forte àmes obligations de
rendre le témoignage quiest dû au
merite extraordinaire de vostre
illustre Compagnie , & de vous
renouveller le ſouvenir agreable
des grandes utilitez que la France
a tirées defon institution.
L'Academiea esté instituée pour
perfectionner l'Eloquence & la
Poësie Françoise , en travaillant à
la pureté & à l'élegance de nostre
Langue.Avantſon établiſſement,le
ſtiledenos Peres tenoit encore de la
rudeſſe &du mauvais goustdesfiecles
precedens. Lesuns cherchans à
S'exprimer dans le genrefublime
affectoient des discours quindez
enflez par des figures ourées
& par des termes tirez des
Langues mortes , qui les jettoient
dans l'obscurité. Les autres penfant
égayer leur maniere de parler &
d'écrire rempliffoient leurs discours
GALANT. 197
& leurs Ouvrages de jeux de mots,
d'équivoques,de Proverbes & d'autres
puerilitezfort éloignées de l'éloquence
majestueuse des anciens
OrateursGrecs & Latins .
L'Academie a purgé l'Eloquence
Françoise de ces defauts differens
quiregnent encore chezles Nations
voisines . Elle l'aforméesur le modelle
de ces grands Originaux de
l'Antiquitéqui font laregle certaine
du bon goust & de la vraye elo.
quence ; elle l'a reduite dans les
bornesde la droite raison , dont il
ne luy est plus permis defortir pour
courir aprés les pointes , &pour ſe
parerdu brillant de quelquesfauffes
pensées. Elle l'a renduesimple, naturelle
, aisée , & cependantvive ,
noble & élevée dansſaſimplicité ;
& elle a enfin atteint cepoint de
justelle & de perfectionfi difficile à
trouver dans ce bel art, leplus utile
I 3
198 MERCVRE
le plus excellent de tous les arts,
qui ayant pour but de plaire& de
perfuader , diſpoſe à son grè des
coeurs & des volontez des hommes ,
guiles a tirez des forests pour les
faire vivre heureusement sous de
justes loix , qui aprés avoir fondé
les Societez , les Filles & les Etats,
a poly leurs moeurs , élevé leurs
Sentimens & leurs pensées , qui est
l'organe &l'interprete de la raison,
&qui instruit & perfectionne la
raison mesme.
a
La Poefic encore plus élevée que
l'Eloquence, doit aux excellens Ouvrages
de plufieurs de vos celebres
Academiciens , cettebeauté , cette
insteffe ,&cetteperfection où nous
lavoyons aniourd'huy en France.
Iln'y a presque point d'especes de
Poësie dont leurs Ouvrages nesoient
de parfaits modelles. Les unsont
porté lagloire du Theatre François
GALANT.M
auplushautpoint
où elle
pui1803
mais monter. Les autres ont excelle
dans la fine raillerie , & dans le
tour ingenieux des pensées , dans
la delicateſſe, la tendreſſe , & la
naïveté des sentimens , dans la
beauté& la vivacité des defcriptions
, & ces excellens Ouvrages
font également élevez , folides ,
Sçavans &polis.
La Poësie aesteappelléepar toute
l'Antiquité le langage des Dieux
pourfaire connoiſtre qu'elle a quel.
que chosede divin. Elleéleve l'efprit
, elle touche , elle échauffe le
coeurparses entousiasmes . Ceshommes
faints animezde l'esprit de
Dieu ,&fur toutle Roy Prophete
s'en est fervy utilement pour nous
annoncer les plus grandes veritez,
&pour nous exciter àla Penitence
par son exemple.
L'esprit de tenebres a emprunté
14
200 MERCVRE
les
Les charmes de ce belart pour tromper
les hommes plus efficacement ,
par les Oraçles qu'il attribuoit à
leurs fauffes Divinitez ,
grandes actions des Heros sefont
perpetuées dans la memoire des
hommes , par les excellens Poetes
qui les ont celebrées.
C'est ce qui fit regreter à Alexandre
le Grand den'avoirpas un
homme pour immortaliſerfa gloire
demesme qu Homere avoit immortalisécelle
d' Achille,& c'est ce qui
donna à ce Maistre de l'Univers
une veneration ſi parfaite pour les
écrits de ce grand Poete , qu'il les
portoit par tout avec luy dans cette
riche caffette qu'il avoit trouvée
parmy les depoüilles de Darius ,
disant qu'ilne pouvoit placer affez
richement le plus precieux & le
plus parfait ouvrage de l'esprit bumain.
と
GALANT . 201
Le Cardinal de Richelieu ce
Sublime genie qui a fait deſigrandes
choses pour la gloire de l'Etat
& poursa propregloire , aparfaitement
connu l'importance & la
neceſſité de cultiver l'Eloquence &
la Poësie Françoises. Il a crû , à
L'exemple du Grand Alexandre ,
qu'il neſuffiſoit pas de faire des actions
dignes d'une eternellememoire
, s'ilne formoit des efprits capables
de les fairepaſſer àla posterités
il a travaillé avec fuccés à former
des Homeres & des Demosthenes ,
en creant l' Academie..
Vous estes , Messieurs, les dignes
Succeffeurs de ces grands Hommes ,
& vous remplissez heureusement
par vos differenstalens l'attentede
voſtre Fondateur ,ainsi que celle
de ceſage Chancelier qui luyafuccedé
dans la protection de vostre
Compagnie , & dont la memoire:
I5
202 MERCVRE
vous est encoresi vive & fi precieufe
.
و
Les Politiques ont iudicieusement
remarqué que les Etats confervent
d'ordinaire l'esprit deleurs
Fondateurs que ceux qui ont
esté établis par des Conquevans
, ont continué après eux à
étendre leurs Conquestes ; vousju
lifiez , Messieurs la verité de
cette maxime , vous avez non
Seulement herité de l'esprit & des
lumieres de ces deux excellens
Ministres qui ont esté les Inſtitutours
de l'Academie , mais vous
avez étendu conſiderablement ſes
limites.
Ouy , Meffieurs ,je le puis dire à
voſtre gloire , & les Manes de ces
deux grands Hommes n'en feront
pointjaloux , ils n'ont veu l'academie
que dans ſon Enfance , ils
luy ont appris ,pour ainsi dire , a.
GALANT.
203
marcher dans le chemin de l'Eloquence
; mais les excellens Ouvrages
- de plusieurs membres de vostre Illuſtre
Corps ont affeuré ses pas ,&
lay ont acquis cette vigueur, cette
force & cette grandeur qui ne se
trouvent que dans l'âge parfait .
C'est à cette perfection où vous
l'avez élevée qu'elle doit le comble
de lagloire dont elle jouitdepuis que
Leplus grand des Roisl'ajugée digne
dela loger danssonpropre Palais ,
& qu'il a joint à tous ses glorieux
titres,celuy de Protecteur de l'Aca
demie Françoise.
Vous aurez trouvé , Meſſieurs,
en cet Auguste Protecteur' tout ce
qui pouvoit exciter vos defirs &
remplir vos plus ambitieuses efperances
, vous y avez trouvé un
Monarque accomply , qui vous
donne une ample&illustre matiere
d'épuiſer toutes les forces de l'Elo
L6
204
MERCURE
quence & de la Poesie , pour racon
teràla posteritéses actions inimitables.
Heureux, de pouvoir élever vos
idées au plus haut point de perfe-
Etion , où elles puiſſent jamais monter
en les formant sur un Prince
donné du Ciel , pour faire l'admiration
& les delices de la terre , un
Prince toûjours victorieux & toû
jours moderé , toûjours clement ,ge...
nereux & équitable , qui en s'éle-..
vant au deſſus des autres Princes
par ses heroïques vertus , a au
même temps élevé & perfectionné
toute la Nation Françoise , qui l'a
renduë si celebre , nonseulement
dans la guerre par ses victoires
Surprenantes , mais encore dans les
Sciences & dans les beaux Arts,
où nos François parses soins & par
fes bien-faits excellent aujourd'huy
fur toutes les Nations.
ي
GALANT. 205
C'est icy , Messieurs , qu'estant
animépar leſouvenir d'une approbation
auffi glorieuse que celle que
vous avez donnéeàmon Panegirique
du Roy , je me fens excitéà
vous faire un nouveau crayon des
vertus de ce Heros.
Avouspeindreſavaleur semblable
à un torrent impetueux qui
entraîne , qui ravage , qui détruit
tout ce qui s'oppojeàses efforts.....
Avous representertousfes Ennemis
vaincus , les uns captifs ou
foûmis , les autres effrayez&éperdus
, chercher follement leurfalus
dans l'inondation de leur propre
Raïs, &ne le trouver que dans la
clemence du Vainqueur...
Avousle representer avec un.
vifage auffitranquille&auſſiſerein
aumilien desplus grands perils نم
dansla chaleur defes plus grandes
victoires , que lors qu'aprés fon re..
206 MERCVRE
tourdeses glorieuses Campagnes ,il
a receu les témoignages de vostre
admiration & de vostre joye pour
des fuccés ſi ſurprenans .
A vous montrer cet arbitre de la
Faix & de la Guerre, preferantle
plaisir d'eſtre l'Auteur du bonheur
public à l'avantage de foûmettre
tant de Nations intimidées par le
bruit de fes exploits , & à vous le
montrer enfin par cette preuve fi
extraordinaire de sa moderation ,
de mefme que par toutes ses autres
vertus ,leſeul digne de donner des
Loixàtoute la Terre.
Que s'il vient de reprendre les
armes , ce n'est que pour rétablir le
repos public ,que desesprits inquiets
&jaloux de fa gloire ont troublé
par de noirs artifices , par desdef-
Seins injustes, & par des entrepriſes
odieuſes . Ils ne les ont pas plutoſt
faitparoistre que fans fortirde la
GALANT.. 207
tranquilité dont il jouit àl'ombre
de fes Lauriers, il leur afaitsentir
la pesanteur de famain ..
UnHeros Naiſſant animé de fon
•esprit & de son courage prend au
milicu de l'Hiver les Places les plus
imprenables , il foumet en moins
d'unmois de grandes& riches Prom
vinces , & semblable àcette vive
image que te Soleil imprime de
luy mesmedans la nuë , &quifait
paroiſtre à nos yeux un Second Soleil
, il montre à la terre un autre
LOUIS.
Un Grand & vertueuxMonarque
eft opprimépar d'infames trabiſons
&par la revolte dénaturée de fes
propres enfans,le Roy luy tend les
bras , il le reçoit avec toute la tendreſſe
d'un veritable & genereux
Frere, & il est prest d'employersa
main toûjours victoriense pour le
relever..
208 MERCVRE
Mais , Messieurs , puisque vous
avez bien voulu me recevoir dans
voſtre illustre compagnie , ie dois
avant toutes choses travailler à
profiter de vos sçavantes instru-
Etions &de vostre exemple pour me
rendre plus digne de publier avec
vous les vertus de nostreHeros.
Quel bonheur pour moy de pouvoir
deformais ioindre ma voix à
vos sçavans concerts, pourchanter
Les actions heroiques de L'AUGUSTE
LOUIS , mais quelle gloire
pour vous d'eſtre feurs d'immorta-
Lifervos noms en eternisant leſien!!
Vosexcellens ouvrages qui raconteront
à la posterité les merveilles
deJon vegne , feront des titres authentiques
de la politeſſe dont la
France jouit ,& des beaux &feconds
genies qu'elle a produits en
cefieclefiéclairé ,ficcle feul digne
d'estre comparé au fiecle D' AVGUSTE.
GALANT. 209
ie crois , Messieurs , que vosss
avonerez fans peine que c'est à la
protection que le Roy donne aux
belles Lettres , que la France a la
premiere obligation de cette politeffe
que vous repandez sur toute
la Nation Françoise, de mesme que
nous devons àſaſageſſe , àsavaleur&
àson humeur bienfaisante
toutes les profperitez de l'Estat .
Pour moy , Meffieurs , qui ay tant
de raiſons de m'intereſſfer en vostre
gloire , je publieray toûjours avec
autant de joye que de ſourmiffion ,
que c'est àvoſtre ſeule generosité
que je dois le choix dont vous m'avez
honoré , & que quelques témoignages
que je puiffe jamais vous
donner de ma reconnoiffance , ils
feront toûjours au deſſous du prix
& de la grandeur de vostre bienfait.
Mr le Comte de Rouſſi a
210 MERCVRE
د
épousé Mademoiselle d'Arpajou
Fille de Madame-la
Ducheſſe d'Arpajou , Dame
d'honneur de Madame la
Dauphine. Ils furent fiancez
le 7. de ce mois dans le cabi .
net de cette Princeſſe , & mariez
le lendemain en l'Eglife
de la Paroiſſe. François de
Roïe de la Rochefoucaud ,
Comte de Rouffi dont je د
vous parle , eſt Fils de Frideric
Charles de Roïe de la
Rochefoucaud , General des
Troupes de Dannemarck , &
Chevalier de l'Ordre de l'Elephant
,& d'Iſabelle de Durfortde
Duras .
Comme la France n'a des
ennemis que pour augmenter
ſa gloire , que plus elle
ena , plus on la voit triomphante
, & que les peuples
GALANT. 211
y
en
ſe repoſent ſur les ſoins du
Koy toûjours vigilant , toûjours
prudent , & toûjours
victorieux il y a eu beaucoup
de divertiſſemens dans le
temps du Carnaval. Les Bals
ont eſté frequens à paris , &
chacun en a donné de magnifiques
felon fa qualité. Il
a eu deux au palais
Royal donnez par Monfieur
le Duc de Chartres , avec
toute la magnificence qu'on
devoit attendre d'un Prince
né d'un Pere auſſi galant qu'il
eſt ſomptueux en toutes choſes.
Auſſi l'a t- on regardé en
cette occafion , quoy que les
Bals fuſſent au nom du Fils .
Ce jeune Prince y parut avec
toute la bonne grace qui lay
eſt ſi naturelle. Monſeigneur
le Dauphin y vint deguiſe &
212 MERCURE
il s'y trouva un nombre infini
de perſonnes diftinguées
dela Cour & de la Ville .
6
Mr le Duc de la Feüillade
en a auſſi donné un , qui fut
ouvert par Monfieur de Chartres
& par Mademoiselle . Il
y avoit huit pieces , & une Galerie
manifiquement parées
& tout ce qui ſervoit à les orner
fut trouvé d'un tres - bon
gouft. Monseigneur le Dauphin
s'y divertit beaucoup , &
y parut ſous divers habits,
Il y eut un grand repas aprés
minuit, appellé medianoche ,
Le Balet dont je vous ay
fait la deſcription le mois
paſſe ,& qui avoit eſté préparé
pour le retour de Monſeigneur
, a eſté danſé deux
fois chaque ſemaine à Trianon
pendant tout le CarnaGALANT.
213
repre
val , & l'Opera de Thetis &
de Pelée y a eſté joüé avec
les habits. Je dis avec les ha
bits , parce que des Opera
qui ont eſté faits pour Paris ,
ne font ordinairement repreſentez
qu'en concert à la
Cour. Monseigneur eſtoit
venu voir pluſieurs fois cet
Opera , mais le Roy & Madame
la Dauphine ne l'avoient
point encore vû , & les
applaudiſſemens qu'ils y donnerent
furent remarquez de
tout le monde. Sa Majesté
choiſit les ſcenes qui luy plûrent
davantage , pour eſtre
chantées dans les Concerts
qui ſe font à Verſailles les
jours d'appartement. La Tragedie
d'Eeſther dont je vous
ay déja parlé, a auſſi été repreſentéedeux
fois la ſemaine à
214
MERCURE
S. Cir pendant le Carnaval.
Le Roy a honoré de ſa preſencela
plus grande partie des
repreſentations. Tout ce qu'il
y a de perſonnes diftinguées
à la Cour & à Paris , prenoient
un ſi grand plaisir à
voir cette Piece , & en eſtoient
ſi édifiez , que chacun auroit
voulu eſtre receu à la voir
autant de fois qu'elle a eſté
repreſentée ; mais pour eviter
la confufion qui n'auroit pas
manqué d'arriver on n'y
entroit point ſans eſtre nommé
, de forte qu'il ne s'y
trouvoit qu'autant de monde
que le lieu en pouvoit contenir
; ainſi jamais on n'a
goûté aucun divertiſſement
ny avec plus de tranquillité,
ny avec plus de plaifir. Il a
fait verſer beaucoup delar-
د
GALANT.
215
mes , & inſpiré des ſentimens
tout Chreſtiens. Le jeu des
Actrices a charme , & Madame
de Quelus s'y eſt fait
admirer. Je vous ay déja parlé
des Choeurs , mais ſans
vous dire que la Muſique
en eſtoit de Mr Moreau ; elle
a plu à tous ceux qui l'ont
entenduë. Elle entroit parfaitement
bien dans le ſens des
paroles & exprimoit ſi naturellement
ce qu'elles ſignifioient
, que plus on l'entendoit
, & plus on y prenoit de
plaifir . On preparoit de grandes
Mafcarades à Versailles
pour les deux derniers jours
du Carnaval , maisla nouvelle
de la mort de la Reine d'Efpagne
yayant eſté ſceuë le
Dimanche , tous les divertifſemens
cefferent des le mef
০৬
,
216 MERCVRE
1
.
me jour , & la douleur prit
la place de la joye.
Cette Princefle mourut le
12. de ce mois , d'un vomiffe .
ment qui luy dura douze
heures , & jamais auparavant
elle n'avoit eu une ſanté plus
parfaite. Elle estoit née le 17.
Avril 1662. de Phillippes de
France , Duc d'Orleans , Fils
du Roy Loüis XIII . & d'Anne
d'Autriche , & Frere unique
de Sa Majesté , & d'Henriette-
Anne d'Angleterre , Fille de
Charles I. Koy de la Grand'
Bretagne, de Henriette Marie
de France que ce Prince avoit
épousée en premieres Nopces
le 31. Mars 1661. Le 31. Aouſt
1679. elle épousa Charles II .
Roy d'Eſpagne, Filsde Phillippes
1 V. Roy d'Eſpagne & de
Marie-Anne d'Auſtriche, Fille
de
GALANT. 217
de l'Empereur Ferdinand III .
& Soeur de l'Empereur aujourd'huy
regnant. Ie ne vous dis
rien des pompes de ce Mariage
, dont je vous envoyay en
cetemps là un volume particulier
& tres -curieux . On
admira de quelle maniere
l'envie d'obeïr & de fatisfaire
à ſon devoir , la fit ſe reſoudre
à s'éloigner d'une Cour
auſſi agreable que celle de
France , & où l'on vit ſans
contrainte , & avec une honneſte
liberté , pour s'accou-
- tumer aux manieres Eſpagnoles
beaucoup moins divertiſſantes
& plus reſſerrées .
La docilité de ſon eſprit , &
une bonté toute engageante ,
luy firent meriter l'amour &
la confiance de ce jeune Roy,
Fev.1689 . K
:
218 MERCVRE
& l'eſtime general des peuples.
Elle a toûjours travaillé ,
& travailloit encore au moment
de ſa mort , pour maintenir
latranquillité , & aſſeurer
la paix à l'Epagne . On
y auroit. eu grand beſoin de
ſes conſeils quand cette Couronne
ſe déclara ſi mal à pro-.
pos pendant la derniere Guer
re ; ce qui la mit dans un
precipice dont elle auroit
cu de la peine à ſe tirer , ſi
le Roy ne luy cuſt fait éviter
ſa ruine entiere par la bonté
qu'il eut de donner alors la
Paix à toutes les Puiſſances
de l'Europe , qui s'eſtoient
liguées contre la France. le
puis dire icy , & peut eſtre
n'eſt- il pas hors de ſujet , que
deux choſes empefchent orGALANT.
219
,
dinairement le bien d'un
Etat , la paſſion que quelques
membres de cet Etat ont
pour d'autres Nations , foit
qu'ils y foient nez foitqu'ils
ayent des intereſts qui les
portent à ſervir ces Nations
au prejudice de leur Propre
Patrie , ou parce que les troubles
leur font utiles ,& qu'ils
viennentà bout de leurs defſeins
pendant les deſordres.
Ces perſonne-là aiment rarement
l'union des Rois avec
les Reynes leurs Femmes .
Tout eela eſt general , & c'eſt
veu dans une infinité de
Royaumes. Ainſi quand je
parle de la forte , je ne pretens
point entrer dans l'Hiſtoire
d'aujourd'huy: Elle ap
partient aux fiecles futeurs ,
Κι
1
220 MERC VRE
&ce n'eſt jamais que dans ce
tems là que les grandes veritez
ſont dévoilées , la poſterité
rendant juſtice à chacun. Je
vous diray ſeulementicy , que
la Reine d'eſpagne eſt morte
avec l'eſtime & le coeur du
Roy fon Epoux , & en travaillant
à l'empeſcher de tomber
dans un precipice , où d'autres
par des veuës particulieres,
avoient peut- eſtre deſſein
de le pouffer. Sa mort doit fervir
d'exemple, aux Femmes
Chreftiennes. Elle eſt morte
maiſtreſſe d'elle - mesme , ſe
poſſedant malgré les douleurs
qu'elle fentoit , pardonnant à
ſes Ennemis,& ne voulant pas
mefme croire qu'elle en euſt.
Toute laFrance , toute l'Eſpagne
, ou plûtoſt toute l'Europe
GALAN T. 221
-
-
د
la pleure . La Cour en a pris un
grand deüil Monfieur qui l'aimoit
fort tendrement , & avec
qui elle vivoit d'une maniere
qui charmoit tout le monde
eſt inconfolable de ſa perte ,
ainſi que Madame qui ne sçauroit
arreſter ſes larmes . Si - toft
que ce Prince cut appris fa
mort,il donna ſes ordres pour
luy faire faire un Service dans
la Chapelle de S. Cloud, ce qui
fut executé peu de jours aprés .
L'Enigme propoſée le dernier
mois , avoit eſté faite far
les Souliers. Ceux qui ont trouvé
ce mot ', font M. l'Epinay
Buret de Vitré en Bretagne ;
Meſdemoiselles le Vaſſeur , la
jeune de Lisieux & du Boquet
; le Mouton de la ruë
Berifi ; le Limaçon de la ruë
Tirechape;l'Inſenſible de la ruë
K 3
222 MERCVRE
Saint Chriſtophe la Fidelle
Paralelle & la meilleure
amie , & le Patron fans patronnage.
Voicy une nouvelle Enigme
dont l'Auteur ne m'a
point fait connoiſtre ſon
..nom .
***********
ENIGME.
Ovelque obfcur que je puiſfo estre
A cesmarques aisément
Vous pourrez me reconnoistre.
Je Suis horrible ou charmant ,
Quelquefois dans unmoment
Ie reçois & ie perds l'estre .
De petit iedeviensgrand ,
Nulpourtant ne me voit croiſtre.
GALANT . 223
Si deux ont un differend ,
Iefuis le tiersfans paroiſtre.
Vn Bucheron contre un bestre
Et le Marefchalferrant
Sous mille coups mefont naiſtre.
fe cours avec un torrent ,
Ie fuis par tout le tonnere.
Un poltron qui n'est pas fourd ,
Ie le fais aller grand erre.
Lanuit m'abat & m'atterre ,
Ie renais au point du jour.
Dés qu'à table on caffe un verre ,
I'en donne avis alentour .
Ie regne dans l'Angleterre ,
Sans abandonner Fribourg ,
Iefuisfans ceffe à la Guerre
I'habite le carrefour ,
Les Hales plus que la Cour ;
Iln'est nul coin fur la terre
Où ic ne faſſe feiour
Les paroles du ſecond Air
K 4
224 MERCVRE
nouveau que je vous envoye ,
donnent un conſeil utile à
toutes les Belles .
AIR NOUVEAU.
Rrez,si vous eftes faze Riez , trop aimable Iris ,
Rien ne vous fied davantage ,
Et le coeur leplus sauvage :
Est charmé d'unſi beau ris .
On vient de nommer des
Officiers generaux .
Monfieur le Maréchal Duc
deDuras doit commander fur
le Rhin . Les Lieutenans generaux
font ,
Mr le Comte de Choiſenil .
M. le Comte d'Auvergne .
M. le Duc de Villeroy .
M. le Baron de Monclar.
M. le Marquis de Bouflers .
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GALANT.
225
M. le Marquis de Tilladet.
M. le Duc de Vandofme .
Mareſchauxde Camp.
M. le Comte de Teſſé .
M. le marquis de Beuvrond'Harcourt.
{
M. le Comte de Tallard,
M. de Vivans .
M. de Neuchelles .
M. le Marquis de S. Gelais.
M. de Biſſi commandera
en Lorraine,
M. de Sourdis , dans le Pays
deCologne.
M. de Chamilly à Strasbourg.
M. de Montal , à Mont- Royal.
M. Catinat à Luxembourg .
M. le Marquis d'Uxelles à
Mayence.
M. le Maréchal de Humieres
commandera l'Armée de
Κ
f
226 MERCVRE
Flandre . Ses Lieutenans
Generaux font ,
M. le Comte de Maulevrier.
vir le Duc de Choifeüil ,
M.le Comte de Monbron .
M. le Chevalier de Tilladet,
Les Maréchaux de Camp ne
ſont pas encore nommez.
Mr le Maréchal de Lorge
commendera en Guyenne ,&
aura pour Lieutenans Gencraux,
Mrde Calvo.
Mr de loyeuſe.
M. de Rubantel,
M. de S. Rut.
M. le Marquis de laTrouffe..
Les Maréchaux de Camp
ne ſont pas encore nommez.
M. le Duc de Noailles
commandera en Rouffillon
& aura ſous luy ,
2
GALANT..
)
227
M. de Chaferon.
M. de Riverolles .
M. de Langaleric.
Avant que de finir cer Ar-
` ticle , il faut vous parler de la
ſituation des affaires d'Allemagne.
L'Empereur n'a four.
ny qu'une partie des Regimens
qu'il s'eſtoit engagé
d'envoyer ſur leRhin , & ces
Regimens qui devoient eſtre
de douze cens hommes , ne
font que de huit. Les Princes
Catholiques s'en plaignent ,
& les Proteftans s'en réjoüiffent
, parce qu'eſtant par là
les plus forts , ils pourront
agir un jour contre l'Empire ,
fuivant que le Prince d'Orange
ſera affermy en Angleterre,,
ou non. Le Clergé demande
K6
228 MERCVRE
la Paix avec la France ,& refuſe
de contribuer à une
guerre qui ne peut eſtre que
fatale à la Religion ,& fervir à
l'affermiſſement d'un Ufurpateur
en Angleterre , & à l'en .
tiere deſtruction de la Religion
Catholique dans les
trois Royaumes . Les Electeurs
& les autres Souverains Proteſtans
d'Allemagne eſtant
fuperieurs en forces aux Ca
tholiques , cherchent encore
à les affoiblir par toutes fortes
de moyens . Ils demandent
des Contributions aux Villes
Allemandes , qui non ſeulement
en ont déja payé aux
François , mais qui leur doivent
encore donner de l'argent
pour retirer leurs Oftages,
de forte que ces Villes deGALANT.
229
clarent que bien loin d'en pouvoir
fournir, elles ne peuvent
foutenir la Guerre ſi l'Empire
ne leur en donne .C'eſt ce qu'il
n'eſt pas en eſtat de faire , ny
meſme d'empeſcher pour furcroift
de malheur, que les Proteſtans
n'achevent de les ruiner
en logeant leurs Troupes
dans leur territoire . Ainfi ce
grand nombre d'Alliez unis
contre la France , ne produit
qu'un cahos qui ruine une
partie de l'Empire , & affoiblit
la Religion Catholique. Cela
fait qu'il eſt abſolument neceſſaire
pour le bien de la Religion,&
pour ſauver l'Empire,
quele Roy triomphe des Ennemis
que ſa gloire luy a ſuſcitez
en Allemagne,puis qu'il
n'y a que ce Monarque qui foit. >
230 MERCVRE
eſtat aujourd'huy d'impofer
encore la paix , de calmer
l'Europe , de ſecourir les op
primez , de rétablir les Souverains
, & de faire refleurir la
Religion Catholique , malgré
les Princes Catholiques meſmes
qui plus enteſtez du deſir
de s'élever , que de leur Religion
, ſacrifient leurs Etats , &
cequ'ils doivent à Dieu , pour
travailler à l'abaiſſement de la
gloire d'un Monarque , dont
ils rehauffent toujours l'éclat
lors qu'ils cherchent à l'affoiblir.
Sa Majesté Britanique donnal'Ordre
d'Angleterre àM.
le'Comte de Lauſun , le 24 de
cemois ,& ce Monarque l'honorameſme
dela Medaille de:
l'Ordre qu'il portoit entourée
GALANT.. 23D
d'un fort grand nombre de
beaux Diamans. Il vint le lendemain
à Paris, & fit ſes devotions
àNôtre Dame.Il y fut receu
par Monfieur l'Archevefque
qui estoit reveſtu Pontificalement
, & qui le conduiſit
juſqu'à fon Prie - Dieu , ayant
ladroite fur ce Prince ſuivant
l'uſage, lors que les Prelats font
en habits Pontificaux , mais il
eutla gauche au retour , parce
qu'il n'avoit plus alors ny la
Mitre ny la Croſſe . Sa Majesté
alla à l'Archeveſché où Elle de
meura quelque temps. Le mêmejour
Elle difna chez Monfieur
le Comte de Lauſun , où
le repas ne futpas moins bien
entendu quemagnifique.L'apreſdinée
ce Monarque rendit
viſite à Mademoiselle d'Or..
232
MERCURE
leans à Luxembourg , & au
fortir de l'Apartement de cette
Princeſſe , il paſſa dans celuy
de Madame de Guiſe , où ſe
trouva Madame la Grand Ducheſſe.
Il y avoit un monde
infini dans tous les lieux où
il alla , & toutes les ruës par
leſquelles il paſſa en estoient
remplies.Il entra à Paristrompettes
fonantes . & les Gardes
du Roy qui l'accompagnoient
ayant l'épée haute .
Al'égard des Affaires d'Angleterre
, je ne vous en feray
point icy de détail , puis que
je le referve pour la cinquiéme
partie des Affaires du
temps,avec les raiſons contraires
àtoute ce qui a eſté fait.
On n'avoit pour but que de
parvenir à ce qui fut arreſté
GALANT.
233
le 16. de ce mois qui eſt que
le prince , & la Princeſſe d'Orange
ſeroient couronez Roy
&Reine d'Angleterre . Le 17 .
il fut reſolu qu'ils feroient
proclamez le lendemain. Ainſi
rien de ce que le Princed'Orange
a dit pour s'infinuer en
Angleterre n'eſt arrivé. Ses
écrits & fes paroles ne faifoient
retenir tout ce Royaume que
du defir qu'il avoit de faire
convoquerunParlement libre,
& il n'a rien oublié pour
faire que l'Aſſemblée qui en
tient lieu , ne fuſt compoſée
que de Proteftans & de ſes
creatures . Il s'eſt toûjours attaché
à publier qu'il n'en
vouloit point à la Couronne ,
& cependant il travailloit
fous main à ſe faire nommer
234
MERCVKE
Roy. Si cela n'avoit pas eſté ,
il auroit perſiſté à dire qu'il
n'eſtoit pas venu pour detrôner
le Roy ſon beau- pere
& auroit ſeulement travaillé
à l'affermiſſement de la Religion
Proteftante , & à l'union
des Peuples avec leur
Souverain legitime , en refufant
la Couronne, Quoy que
ce Prince ſoit parvenu au
rand qu'il ſouhaite , il a eſté
nommé Roy avec tant de
violence &par un ſi petit
nombre , qu'il l'eſt beaucoup
moins , aujourd'huy que le
Monarque qui s'eſt veu contraint
de ſortirde ſes Etats.
د
Les Nouvelles d'Angleterre
de du 21. portent , que le
Prince d'Orange n'avoit
point encore eſté proclamé ,
GALANT.
235
comnon
ſeulement parce que les
capitulations n'eſtoient pas
reglées ,mais auſſi parce qu'on
ne ſçavoit comment dreſſer
l'Acte , Un Peuple emporté
l'a nommé Roy , avant que
d'avoir pu convenir
ment le Trône eſt vacant , &
tous les Jurifconfultes ne ſçavent
quel tour donner à une
choſe qui ne sçauroit eſtre.
Auffi beaucoup de Seigneurs
&de Prelats ont ils proteſté
contre la Declaration qui admet
cette vacance. Trenteciny
de la Chambre des Seigneurs
ſe ſont retirez , quoy
que dans cette Convention
elle n'ait pas eſté de la moi.
tié de ce qu'elle doit eſtre
dans un Parlement , où elle
eſt toujours de plus de deux
236 MERCVRE
cens . Il y a auſſi des Villes
qui n'ont point envoyé de
Députez , de forte que tout
ne ſe fait que par des Proteſtans
, & par la ſeule Chambre
des Communes , qui ne s'eſt
relâchéeen rien de ce qu'elle
avoit promis au Prince d'Orange.
Selon toutes les Lettres
du 14. ce Prince fut proclamé
le 23. & la Proclamation
portoit Acause de la désertion
du Roy. Aucun Duc , à l'exception
du Duc de Nolfoc ,
ny aucun Evefque n'y affiſterent.
Les dernieres Nouvelles
font que la Princeſſe
d'Orange eſtoit arrivée
Angleterre. Ie me tais fur
tout cela , parce que j'aurois
trop à dire.
en
Hier Dimanche , Sa MaGALANT
. 237
jeſté partit de Verſailles aprés
le Sermon' , & alla à S. Germain
dire adieu au Roy
d'Angleterre , qui eſtoit venu
prendre congé d'Elle le jour
precedent. Ce Prince eſt party
aujourd'huy pour ſe tendre
à Breſt avec beaucoup de
diligence . On croit qu'il ira
de la en Irlande , où ſes Fidelles
Sujets l'appellent , afin
qu'animez par ſa prefence ils
puiſſent mieux ſe défendre
de l'oppreſſion dont ils ſe
voyent menacez . Le Comte
de Tirconnel Vice - Roy
de ce Royaume , a défait
un grand party qui s'eſtoit
armé pour les intereſts du
Princed'Orange , & il a pris ou
tué pluſieurs Officiers.Les Irlandois
font nez Catholiques ,
,
238 MERCVR E
&ce Prince leur veut oſter la
liberté de conscience dans le
temps qu'il ne preſche que
la liberté . Monfieur le Comte
de Mailly a eſté nommé par
le Roy , pour faire rendre
au Roy d'Angleterre dans
toutes les Villes de France
où il paſſera les meſmes
honneurs qu'on rendroit à ſa
perſonne. Monfieur le Comte
d'Avaux l'accompagne en qualité
d'Ambaſſadeur Extraordinaire.
د
On vient de m'apprendre
que Monfieur le Preſident Barentin
a eſté trouvé mort aujourd'huy
dans ſon Carroſſe.
Je ſuis, Madame, Voſtre , &c .
FIN.
10
LYON
Qualité de la reconnaissance optique de caractères