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1689, 01 (Lyon)
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Eur. 511m
1689,1
Mercure
< 36624555180012 S
< 36624555180012
Bayer. Staatsbibliothek

MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
JANVIER 1689.
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY , ruë
Merciere au Mercure Galant..
M. DC . LXXXIX.
AVEC PRIVILEGE DU RO
Bayerische
Staatsbibliothek
München
LE LIBRAIRE
: au Lecteur.
On donnera dans quinzejours le
Temps: qui contiendra tout ce que
le Prince d'Orange a fait en Angleterre
, & autres circonstances très- curieuſes.
Ceux qui voudront les Mercures
dans les Provinces envoyront fix
mois ou une année d'avances:l'on les
leur envoira par la commodité qu'ils
ordonneront, le prix ſera toûjours de
20. fols chaque volume.
L'on diſtribuera les Journaux des
Scavans pour 8. ſols chaque cahier.
L'on prie d'affranchir les ports delettres
quand on demandera des Mercures
.
LIVRES NOUVEAUX
du Mois de Janvier 1688.
Hiſtoire de Louis XI. par Mr
Varillas , Inquarto 2. volumes 12 liv.
La vie de S. Louis , par
de Choify, inquarto s . 1 .
LaGaide Spirituelle du R.P. Loiiis
Dupont de la Compagnie de Jeſus ,
traduit par le PereBrignon de lamef
á 2
me compagnie , in octavo 2. vol 6.1.
Traité de l'Ortographe Françoiſe,
ou l'Ortographe en ſa pureté. 12.20.f.
De l'Education des Eccleſiaſtiques,
dans les Seminaires , indouze 2.1.
Maxime Chreſtienne de Craffet.
indouze 2. 1.
Prieres pour la Meſſe , inſeize ro.f.
Diſcours fur la bien- ſeance, 12.2.1.
Affaires du Temps concernant la,
France , Rome , l'Alemagne , l'Holande
, Cologne ; avec l'entrepriſe du
Prince d'Orange en Angleterre . Indouze
trois volumes 3. l. le quatriéme
volume ſe diftribuera dans 15. jours
pour 20.f..
Campagne de Monſeigneur avec le
Siege de Philisbourg & autres places.
Indouze 20.f.
Le Dictionnaire Hiſtorique deMoreri
, fol.en 3. vol. 45 1 .
Le troiſiéme ſe vend ſeparé pour 1 5 .
Ceux qui voudront tous les Mercu
res ou du moins cinquante à la fois
des vieux , l'on leur en fera une compoſition
honneſte , pour un pluspetit
nombres il eſt inutile de le demander
à moins de 20. f. chaque volume..
ءذ MERC
4
JAVAM
MERCURE
GALANT.
JANVIER
2
1689.
E ne puis , Madame ,
commencer ma Lettre
d'une maniere
plus noble , ny qui vous donne
un plus veritable ſujet
d'admirerle Roys qu'en vous
faiſant part de ce que Monfieur
l'Abbé du Jarry luy fait dire
par l'Eglife . Tous ſes Ouvrages
font fort eſtimez , & l'heu-
Janvier 1689. A
2 MERCVRE
i reux talent qu'il a pour les
Vers, l'a mis au nombre de ceux
qui ont le plus libre accés auprés
des Muſes. Vous en jugerez
en lifant ceux- cy.
L'EGLISE
AU RO Υ.
GrandRoy,lors qu''en tes mains
fumoit encor la foudre ,
Qui de cent murs brifez ne laiſſa
que la poudre ,
Que d'un peuple hautainles Chefs
humiliez.
tes pieds ,
De leur orgueilpuni rongiſſoient à
Et que des Nationsſur leurs bords
fugitives ,
Tonbras me confacroit les dépoüilles
captives;
GALANT.
3
Loin du bruit des combats i'ay cru
que d'autres voix.
Devoient chanter l'éclat decesfanglans
exploits.
Mais quandtu fais tomber tous
ces murs facrileges,
Où l'Erreur ufurpad'iniuſtes privileges;
Quetamaina triomphante ofe mettre
lefer
Acet arbre fatal que fit germer
l'Enfer ;
Qu'en tes wastes Etats un ſurpre.
nant prodige
D'un culte criminel ne laiſſe aucun
vestige:
le dois juſques aux Cicux élever la
grandeur;
D'unregne quimerendmapremiere
Splendeur
Etquand tout retentit du bruitde
tes loüanges ,
•Matth. c. 5.
Az
4
MERCVRE
L'entré dans des concerts où se mêlent
les Anges.
Le doigt de Dieubfur toyse décou
vre à nosyeux ,
Ton heureuse naiſſance estun present
des Cieux.
An pied de ton berceau la victoire
fit croiſtre
Das lauriers que depuis chaque jour
a veu croiſtre ;
le poids
Par force ou par amourtout afenty
Dusuprême afcendant qui fait fubire
tes Loix :
Aux climats ennemis dans tes Fro
vinces calmes ,
L'Olive fur ton front se mêle avec
les palmes :
MaisleCiel de ton nom repandant
la terreur ,
Préparoit ton courage à terraſſer
l'Erreur ,
b Exod. c. 8. dan
GALANT.
:
Ton bras me faisoit vaincre en gagnant
des batailles ,
Relevoit les Autels , foudroyant les
murailles ,
Et le Monstre fatal à tes pieds
abatu 1
Fait voir que ton courageafervy ta
vertu .
C'est ainsi qu'autrefois par d'éclatantes
marques ,
Ce Dieu qui dansſes mains tient le
coeur des Monarques ,
Diftingua ce cHeros,qui fidelleàfes
loix
Répara lepremier l'opprobre de la
Croix,
Etpurgeant l'Universde cent cultes
frivoles ,
Al'aspect du vray Dieu fit tomber
les Idoles.
-Trompeuſes viſions des Prophetes
menteurs ,
•Constantin le Grand .
A 3
6 MERCVRE
Songes extravagans ,fantômesſeducteurs,
Quiflatant danssa chûte uneſecte
infidelle ,
Promettez à cette bydre une teste
nouvelle ,
Déja nous avons vû ces temps évanouis
,
Qui bornoient dans leur cours les
exploits de LOVIS.
Le Ciel a démenty des préſagesfunestes:
L'Erreur avûtomberſes déplorables
reftes ,
Les Vieillards ſous fon joug font
honteux de blanchir;
Lesjeunes dans mes bras viennent
s'en affranchir ;
De mes troupeaux accrûs mes Temples
se rempliffent ,
Denouvelles moiffons les champsfacreziaumffent
;
GALANT.
7
Lesfugitifs laffez d'un exil criminel
Reviennent dà l'envi dansleſein
paternel,
Etpardes traits divins reconnoiſſans
leur merc ,
Renoncent pour iamais à l'esclave
étrangere..
Qu'un amas inconnu d'aveugles
dispersez
Puiseune cau corrompuë en des canaux
percez ,
Les fontaines de vie e aux enfans
découvertes ,
Leur font abandonner des citernes
defertes:
Au bord des vives eauxparlaGrace
conduits ,
Defongermeimmortel ils cultivent
lesfruits ,
d Luc.c.rs.
Jerem. c. 5 .
A 4
8 MERCURE
Et d'un lait tout divin nourris dans
l'innocence ,
Réparent le poifonfatalàleur naifz
fance. Janrateg 1
Fugitifs obſtinez , quiun vain espoir
Seduit ,
Vous échapez en vain au bras qui
vous poursuit : 1957
Ouvrez les yeux ; voyez ſous l'effert
des orages
Tomber des vains mortels lesfragiles
ouvrages
Pendant que ceux du Cielfde torrens
inondez
Subsistent fur la pierre oùDieu lesal
fondez
Telle aft fur les Saints monts'gl'ine
branlable Eglise,
Pareille à ce's rochers on bavaguefe
brife,
fMatth . c. 7 .
g Pf. 86 . *
GALANT.
Et la fureur desflors qui l'ofent attaquer
Cede au termefatali que Dieuſçait
teur marquer .
O vous , qui fur vos jeux où voſtre
erreur l'attache ,
Remettez,le bandeau quandle Ciel
l'en arrache ,
D'une Secte quimeurt dansſes reftes
errans ,
Distinguezcette loy qui dompta les
Tyrans.
Dufangqu'ilsrépandoient laſemence
feconde
Remplit de mes enfans tous les cli
mats dumonde :
-
D'un Martyr immote te glorieux
tombeau
D'un Peuple de Chrestiens devenoit
leberceau ,
Etdes fiècles nombreux ont veu ma
foy naiſſante,
blob 38 . AS
10 MERCURE
:
Toniours perfecutée , & toûjours
triomphante.
Ainsi jusqu'à ce jour le Ciel dans
tous les temps
Fit briller sur mon front des ſignes
éclatans:
Un mortel ne peut rien contre une
loy divine ,
Et l'erreur par sa fin marquc fon
origine.
Après ce que tes soins , grand
Prince, ont fait pour moy ,
Quelle gloirele Ciel doit- il verfer
furtoy?
Déja ton fier Dauphini, ſuivant tes
nobles traces ,
Se rend maistre des coeurs en foûmettant
les Places :
Ce jeune Conquerant , fur qui de
toutes parts
L'Univers attentif arreſtoitſes regards
,
Sur la priſe de Philisbourg.
GALANT.
.
Qui de tes grands exploits inftruit
désson enfance,
Avoit à foûtenir le poids de ſa
naissance ,
Apeine a- t- il receu lafoudredetes
mains ,
Qu'ilenaterrafféles Rampartsdes
Germains,
Que sa valeur naiſſante àPhilifbourgfatale
,
Afufpendu le volde l'Aigle Impe.
riale ,
Et fait d'abordfentiràdefiers ennemis
,
Que le grand coeur du Pere agiffſoit
dans le Fils .
Tu pouvois , affeuréd'une prompte
conqueste ,
Dece nouveau laurierparer encor
ta teste.
Dés que tu le voudras , parde plus
grands efforts ,
A6
12 MERCURE
Le Rhin te reverra triomphantfur
Jes bords
Sansautre changement que lagloire
nouvelle
Qu'ajoute chaque jour à tavie im
mortelle :
Mais tun'as pu laiſſer dans unplus
long repos
Heros;
L'impatiente ardeur de ce jeune
Tu fais que fa valeur qui gemiſſoit
captive ,
Moiffonne des Lauriers,dont la tien-
Tu veux bien de ion Fils reccuoir
nese prive .
aviourd'huy
Un rayon de l'éclat que turépands
für luy , דננ

Et Souffrir deformais qu'entre vous
la victoire
Commence d'établir un commercede
gloire.
AGADANT . 13
ای
1!
4
Rourfuy res faints proieks, Prince
religieux;
Sois des oeuvres du Ciell'instrument
glorieux : yot as sh
Da plus Chrestiendes Roisfoutiens
l'auguste titres & пода
Prens fur des droits douteux ta
Et banté pour arbitres on si
Dupupille opprimé fais te fermefupsukposob
zafi
Eclaire un Peuple affis dans l'ombre
detamonts , 2000 )
Freviens l'écueilfazalois la pudeun
Del'oiseauraviſſeur garantis laaor
lambeshiol cors stora
Etpar les fons d'un coeur que Dien
51 11fit à tonigré,1015 co xab
Affeure à l'innocence in Afilefacrés
Par tout où ton nom vole erigeran
Ciel des temples petoyou
Gant. Zaches vart supστος
14
MERCURE
Inſtruistes souverainspard'immor-
Etreçoy tous les voeux que pour prix
:
tels exemples,
de za for
àSon Roy.
Doitl'Eglise àfon Fils &la France
J
1
Je ne remplirois ma Lettre
que des réjoüiffances auſquel
les les Conqueſtes de Monſeigneur
le Dauphin ont donné
occafion, ſi je voulois vous entretenir
de ce qu'elles ont fait
fairedans toute la France.Ainfi
pour ne pas pouffer cette ma
tiere trop loin , je me contenteray
de vous parler encore de
deux ou trois Villes , dont le
zele vous fera juger de celuy
des autres. Troye s'eſt diſtinguée
par un feu d'artifice , où
lamagnificence n'a pas moins
paru que l'invention. La maGALANT.
avoit été dreſſée vis à vis
l'Hoſtel de Ville . Au milieu
eſtoit un Hercule qui atterroit
un Taureau , le tenant de la
main gauche par une corne,&
montrant de la droite l'autre
corne arrachée , avec cette fin
de Vers ,A primo diſce futura. Le
Taureau eſtoit peint en cou.
leur d'eau , & Hercule avoit
une cotte d'armes ſemée de
Fleurs de Lys &de Dauphins.
Vous ſçavez , Madame , que
la Fable nous apprend que ce
vaillant Fils de Jupiter combattit
contre le Fleuve Achelous
transformé en Taureau;
& qu'il luy arracha une de ſes
cornes. On peut dire de la
mſme forte que Monseigneur
le Dauphin a écorné le Rhin
parla priſe de Philisbourg , &
des autres Places dont il s'eſt
16 MERCURE
rendule Maiſtre. Le Theatre
avoit quatre faces , à chacune
defquelles on voyoit une des
Millesqui ont eſté priſes . Tout
selareſtoit orné de pluſieurs
Deviſes ,dont voicy les principales.
Un Aigle qui voloit bas ,
ayant une aifle preſque déplumée
,& ſes plumes fe difperfant
en l'air . UnDauphin
leregardoit ayant la tefte hors
de l'eau avec ces paroles ,
Mergerur cui penna desft.di
Un Aigle avec fon foudre , &
un Dauphin dans l'eau , Invaf.
fumfulmen in unda C
Un Soleil, & un Aigle qui
voloit à l'oppoſite, Degener eft
qua non hunc afpicitanotan m
Un Soleil , & un Dauphin
couronné paroiffant dans Peau
His Caloille Sole 200
GALANTM 17
.
On tira des fuſées toute la
nuit, & tous les Capitaines
dos quattiers firent des feux
dejoye devant leurs maiſons .!
Il y eut encore, des Illuminations
par toute la Ville . sinve
Les Magiſtrats de Luzy ont
fair auflide grandes réjouillances.
On avoit dreſſé, dans la
principale Place de la Ville
un piedestal haut & large de,
djx pieds en chaque quarré,
& four ce piedestal estoit une
pyramide de quinze pieds de
hauteurm terminée par un
Soleil d'or, dont les rayons
illuminoient la Place de tous
les coſtez . On avoit mis deux
Lions à deux des coins de la
piramide fur le piedestal , l'un
peint de gueules au champ
d'or ,& l'autre d'onau champ
d'azur Leppus representer,desi
.
1
18 MER CVRE
deux plus confiderables Pro- .
vinces des Pays-bas. Ils paroiffoient
expirans , & on lifoit au
basces paroles , Nos pudeat fine
Sole mori . Deux Aigles qu'on
voyoit ſur les deux autres
coins ſembloient s'élever, vers
le Soleil . Ces mots eſtoient au
deſſous , Quantum diſtamus ab
illo, Monſeigneur le Dauphin
eſtoit peint en Generaliffime
autour de la pyramide avec
Monfieur le Maréchal de Duras
, & ſes Lieutenans Generaux
, auſquels il montroit
avec un baſton de commandement
l'inutile effort des
Aigles , avec ces paroles , Tolluntur
in altum , ut lapſu graviore
ruant. Toute la pyramide étoit
garnie de feux d'artifice , de
fuſées ,& de grenades. Meffieurs
Repous , Ballard , Mi-
,
GALANT. 19
,
raut , & Coujar , ayant fait
mettre les Habitans ſous les
armes allerent au logis de
Monfieur Nault , Chaſtelain,
premier Magiſtrat de la Ville,
chez qui tous les autres s'étoient
aſſemblez . Ils firent faire
une décharge de Moufqueterie
, & les conduiſirent
en tres- bel ordre à la Place,
où aprés qu'ils en eurent fait
trois fois le tour au bruit des
tambours , des Fifres , des
Hautbois , &des Muſettes , le
Chaſtelain précedé des Sergens
de Ville , ayant chacun
un flambeau àla main , mit le
feu à la droite , & les autres
Magiſtrats le mirent aprés luy
aux autres endroits. Pendant
que les grenades & les fuſées
faifoient leur effet , le Soleil
qui eſtoit à la pointe de la
20 MERCURE
piramide parut tout en feu,
mais fans brûler , & l'on fut
furpris de voir au milieu trots
Fleurs de Lys auffi en feu ,&
ces mots en lettresd'or , Fraterno
&fimili candore corrufcant :
Les Lions& les Aigles ayant
esté confumez le Soleil de
meura encore tout lumineux
plus dedeuxheures ,fans qu'il
fuft endomagé par les flames .
Les Magistrats furent reconduits
chez le Chaſtelain , qui
leur donna un magnifique repas,
auffi bien qu'alaNobleſſe.
Il fut fuivy d'un grand Bal ,
où toutes les Dames avoient
eftéinvitées. Le lendemain on
chantale Te Deum dans l'Eglife
principale , où affifterem les
Magiftrats , conduits encore
par les Habitans en armes .
Marseille a fait voir dans le
GALANT 21
mefme temps ce qu'il ferpit
malaiſé de voir ailleurs, c'eſtà
dire, quarante Galerséglais
rées d'un nombre infipy de
lumieres qui faisoient un des
plus beaux ſpectacles du mon
de. Tous les maſts , tous les
cordages , toutes les rames , la
Poupe , la Prouë ,& les yoiles
eſtoient remplies de lampions,
Monfieurle Lieutenant General
avoit fait dreffer un tres ,
beau Feu d'artifice , qu'il fit
tirer,ſur les ſept heures du foir.
Les quarante Galeres l'accompagnerent
de trois décharges
de Canon & de Mouſqueterie.
Tous les Capitaines & Officiers,
firent auſſi allumer des
fenx devant leurs maiſons.
Monfieur le Comte du Luo,
Frere de Monfieur l'Eveſque
deMarseille , ſe diſtingua par
22 MERCURE
ticulierement dans cette réjouiſſance.
Il eſt de l'ancienne
& illuftre Maiſon de Vintimil .
le , & on peut dire qu'il a herité
de toutes les vertus de ſes
Anceſtres. Ila donné des marques
de ſa valeur& de ſon zele
enpluſieurs occaſions , tant fur
mer que fur terre , & entre autresdans
la memorable Bataille
deCaſſel , où il perdit le bras
droit. Pour marquer ſa joye
de la priſe de Philiſbourg , il
fit illuminer la façade de ſa
maiſon qui eſt environ de
douze toiſes , & les deux ailes
qui en ont preſque autant , &
qui forment une belle & grande
cour. Cette cour eſt fermée
par une double muraille
enrichie des ornemens de
l'Architecture. Comme la porteeſt
plus exhauffée , ce fut là
GALANT. 23
qu'on éleva un gradTableau ,
haut de dix pieds , & large de
einq. Jl repreſentoit Monfeigneur
le Dauphin couronné
de Laurier dans un char de
triomphe , où la Victoire eſtoit
enchaiſnée par un pied , ce qui
l'empechoit de voler. Dans le
Tableau meſmeſe liſoient ces
Vers , qui ſembloient fortir de
la bouche de la Victoire .
Du bonheur de LOUIS trop
foibles Envieux.
Craignez de fon Dauphin l'heureuſedestinée
;
Par un Arrest du Ciel, àfon Char
gloricux
Je me vois moy- mesme en.
chaisnée.
Les Armes du Roy & de
Monſeigneur estoient à coſté
du Tableau dans des cartouches
ſeparéz ,& au deſſous du
24
MERCURE
Tableau on yoyoit celles de
Monfieur³le Gomte du Lua.
La porte eſtoit ornée d'un arc
de laurier , & deux grandes
pyramides, huminenſass'éle
voientau milieu de la murail .
le. L'une eſtoit à la droite ,
toute parfeméde Fleurs de Ly's ,
&l'autred la gauchen, pleine
de Dauphins. Toutes les deux
brilloient de lumieres ,&chal
cune avoit deux Villes à fes
coſtez , ſçavoir Philisbourg ,
Manhein , Frankendal& Hei
delberg. Au deffous des Villes
&des pyramides , eſtoient cas
douze deviſes & Emblemes à
la gloire de Monſeigneur le
Dauphin . soulind.
Va Aiglon regardant le Soleil
& ces mots . Non degener. A
-Mn. Aiglon portant la Foudre
de Jupiter, Quo me juſſaJovis..
Vn
GALANT دارم
Vne Torrenttombant d'une
Montagne ,& emportant tout,
pour faire voir la rapidité de
ſes Conqueſtes , Currendo obftantia
vincit, & 1000
Vn Lyonceau entrant dans
la Lice , qui eſt entourée d'autres
Animaux , Urget inventa&
patrius vigor .
Vo Belier abattant du premier
coup un pan de muraille
pour marquer ſa premiere
Campagne , Impetu primo.
Vn Heliotrope ou Tournesol,
Sequitur veftigia Solis .
Vn Soleil naiſſant dans le fr
gnede la Canicule, Splendet&
urit ab ortu.
Vn Cadran Solaire . Mi reggoalfuo
corfo. :
Jupiter déguisé en Taureau ,
folatrant auprés d'Europe ,Non
l'ho ancora , ma t'havero.
Janvier 1689 . B
:
है
26 MERCURE
Vne épine naiſſante , Non
primanajce che punge.
Vn foudre parmy les eaux
du Ciel pour marquer que
Monseigneur a pris Philisbourg
malgré les pluyes , Non
me extingue.
Vn Dauphin dans le Rhin,
Cercoilmar Germanico .
Toutes ces Deviſes avoient
des Cadres de Lauriers , aind
que quatre grands Tableaux
qui bouchoient les feneſtres)
des aifles qui tournent dans la
ruë , & qui repreſentoient la
Renommée , la Peinture , la
Poësie , & la Sculpture avec
ces Inſcriptions.
LA RENOMMEE .
Afervir fupiter &le Dieu
des Combats,
Je n'ay jamais ev tant à faire
Qu'à compter les exploits & du?
Fils& du Pere.
:
GALANT.1
27-
Ie me laſſeàsuivre leurs pas ;
Pour remplir de leur nom l'un &
l'autreHemisphere
Mes cent voix ne suffisent pas
LA POESIE:
Queje le vois avec plaifir 3
Parſesfaits étonnans remplirnoſtre
: efperance! 4
Mes Vers dès sa plus tendre en-s
fance.
Ont ſouvent charmé fon loiſir
Qué par eux les temps à venir
Admirent ſa valeur& ma recon
noiſſance.
LA PEINTURE ayant le Portrait
de Monſeigneur devant
ſes yeux& une toile d'attentes
àcoſté. 14
Le voilà ceHeros chery de la
Victoire , "
Mon zeleà tout moment vient me
Solliciter
De tracer les hauts faits quile
B 2
28 MERCURE
couvrent de gloire:
Afon preffant defirje tache àre-
Sister:
Iz les vois déja peints au Temple de
Memoire
Sous des traits que mon art nesçauroitimiter.
LA SCULPTURE frappant fur
un bloc de Marbre.
Pour fairefon Portrait fidelle.
Ieſçais que je travaille en vain.
Quel art , quelle ſcavante main.
Peus donner du relief àfa gloive
immortelte!
:
Vn Feu: d'artifice s'élevoit
au milieu de la ruë devant le
Tableau de Monſeigneur le
Dauphin. C'eſtoit une grande
Couronne Imperiale avec ſes
ornemens, que ce Herosmontroit
d'une main. Tous les
Tableaux estoient illuminez
GALANT .
29
par derriere
د
ce qui faifoit
د
que les Figures paroiſſoient
s'en détacher . Mr. le Lieutenant
General des Galeres
tous les Officiers , & une grand
nombre de Peuple vintent
voir tirer ce Feu d'artifice ,
aprés qu'on eut fait joüer ce
luy des Galeres .
Toutes les autres Villes de
France ont auſſi montré un
fort grand Sempreffement
pour marquer leur joye de
la priſe de Philisbourg , mais
je ne puis que rendre juſtice
en general à leur zele. Il a
ſans doute eſté grand , & l'on
voit par là que le Roy ſe
peut tout promettre de l'ardent
amour & de la fidélité de fes
Sujets . Comme l'un égale l'autre
, la France n'eſt point un
Eftat qui ſoit en danger d'eſtre
B 3
$30 MERCURE
envahy ,& quiconque ſe propoſera
de l'attaquer , ne le fera
jamais qu'à ſa honte..
J'oubliay le mois paffé de
vous apprendre la mort de Mr
le Marquis d'Eſprés. L'eſtime
qu'il s'eſtoit acquiſe de tous
ceux qui le connoiſſoient, leur
laiſſe un regret tres ſenſiblede
ſa perte. Sa ſanté qui depuis
pluſieurs années étoit devenuë
fort foible & fort languiſſante,
l'ayant obligé de quitter le fervice
où il s'eſtoit diftingué dans
l'employ de Lieutenant Colo
nel du Regiment d'Auvergne,
il ſe retira à Mafcon, Comme
les premieres perſonnes de la
Ville&de la Province s'affembloient
affez ordinairement
chez luy , on y trouvoit tous
les innocens plaiſirs qui peuvent
occuper agreablement
GALANT. 31
une Compagnie nombreuſe . Il
eſt mort au retourdes Eaux de
Bourbon que les Medecins luy
avoient ordonné de prendre.
Il eſtoit de l'ancienne Maiſon
de Thibaut -Tullon de laquelle
je vous ay autrefois
parlé , en vous apprenant le
mariage de Mrde la Roche-
Tullon fon Frere , avec Mademoiselle
de Beaumanoir de
la Maiſon de Lavardin. Il
avoit épousé l'Heritiere du
Terrau en Charolois , de la
Maiſon d'Arieloup , dont la
Mere deſcendoit de la Soeur
du Mareſchal de S. André
C'eſtoit pour cela que Mr
d'Eſprés plaidoit il n'y a pas
long- temps au Parlement de
Paris pour des biens de la
fucceffion de ce Mateſchal
quoy que mort il y a plus de
,
B 4
13:2 MERCVRE
1
cent ans . Il laiſſe de cette
Femme pluſieurs Enfans ,
dont les Aifnez font Capitaines
dans le Regiment de
Piedmont auprés de Mr le
Marquis de Rebbé , dont ils
font proches parents . La Mere
de Mr le Marquis d'Eſprés
dont je vous apprens la mort ,
Leſtoit,Niece de Claude de
Rebbe Commandeur des
Ordres du Roy , Archevoſque
de Narbonne , & Hugue ſecond
du nom , Seigneur de
Tullon , fon grand-Pere ,avoit
épousé Jacqueline Charreton
, Fille du Seigneur de
la Terriere. Il appartenoit par
ces alliances aux premieres
Maiſons de la Cour & de la
Robe. Ses Predeceſſeurs étoient
auſſi alliez aux Maifons
de Viry , Gayand , de

GALANT . 433
:
Laurencin , de Nagu Varennes
, de Charreton de la Salle ,
de Saint Romain , d'Apchon' ;
& de pluſieurs autres des
plus Illuſtres des Provinces
du Lyonnois & du Beaujollois.
:
:
On a perdu environ dans
le meſme temps le Pere Giry
, Exprovincial des Minimes
de la Province de France.
Comme toute ſa vie n'a eſté
qu'une pratique continuelle
de vertu , fa morta eſté aufh
celle des Juſtes , c'eſt à dire ,
toute precieuſe devant Dieu.
Il eſtoit âgé de cinquantequatre
ans , dont il en avort
paffé trente-cinq dans l'Ordre
duquel il avoit embraſſe la
Regle , & illes a paſſez d'une
maniere fi religieuſe , ſi ſain
te& fi exemplaire , qu'on peut
1
BS
34 MERCURE
& la
dire que dans tout le cours
de ſa vie , & dans les differens
emplois qu'il a cus , il a
toûjours confervé la meſme
ſimplicité , la meſme ferveur ,
la meſme exactitude
meſme regularité pour l'obſervance
qu'il avoit pendant
ſon Noviciat. Sa capacité , &
la ſageſſe qui paroiſſoit dans
toutes ſes démarches , le firent
d'abord choifir pour enfeigner
aux jeunes Religieux la
Philofophie , & enfuite la
Theologie. Il termina ſes le-
Aures par une Thefe dédiée
au Roy , qu'il foûtint au
Chapitre general de l'Ordre
tenu à Marseille en 1667. où
par ſon érudition inguliere
jointe àune modeſtie admirable,
il s'acquit l'eſtime & l'approbation
d'une nombreuſe
GALANT.
35
Aſſemblée. Aprés cela on luy
donnalesMaiſons particulieres
à gouverner,& dans la ſuiteon
luy confia le ſoin de toute la
Province.Ilen a eu deux fois la
conduite en qualité deProvin
cial,& fon humilité eſtoit telle,
que meſme dans le temps qu'il
exerçoit cette Charge , il n'y
avoit perſonne qu'il ne regardaſt
beaucoup au deſſus de
luy , tant il avoit des ſentimens
abjets de luy - mefme. Son oraifon
& fon occupation enDieu
eſtoit preſque continuelle , &
il ſeroit difficile de porter la
mortification plus loin qu'il a
fait. Je ne vous dis riende fon
amour pour la pauvreté , ny
de ſon obeïfſfance.C'eſtoit enlui
une vertu ſi parfaite , quaprés
eſtre forty des Charges où il
avoit eſté employé , il eſtoit
B 6
36 MERCURE
toujours preſt à toutes les cho
ſes que l'on pouvoit ſouhaiter
de luy, en forte qu'il eſtoit impoſſible
aux Superieurs de penetrer
où fon inclination le
portoit , puis qu'il n'en montroit
aucune que celle de faire
ce qui luy eſtoit ordonné . On
n'a vu dans ſaderniere maladie
& à ſa mort , que le mefme
eſprit qui l'a fait agir
pendant la vie. Il a eu toujours
une fi grande tranquillité
qu'encore que les douleurs
qu'il fouffroit fuſſents
fort aiguës on n'a jamais
entendu fortir aucune plainte
de ſa bouche , ny appercea
le moindre mouvement d'im
patience. Bien loin de chercher
de petits foulagemens
dans I entretien des creatures,
il ſe plaignoit quelquefois obli-
2.
GALANT.
37
geamment que les viſites de
civilité qu'on luy rendoit , &
les afſliduitez qu'on avoit pour
l'aſſiſter , luy déroboient des
momens qui luy eſtoient précieux
, & qu'il croyoit ne devoir
employer qu'à s'occuper
de ſon Dieu , & à ſe laiffer
penetrer de ſon amour. Il étoit
Fils de feu Monfieur Giry ,
Avocat au Confeil , & l'un des
plus anciens membres de l'Academie
Françoiſe,
Le Roy pour marquer l'extréme
fatisfaction qu'il a receuë
du retour de Monſeigncur
le Dauphin aprés fes
glorieuſes conqueſtes , a fait
danſer un Balet dans l'agreable
Palais de Trianon , que
l'on a tant de raiſon d'appeller
le Palais de Flore. C'eſt
auffi le nom qu'a eu ce Balet
38 MERCVRE
qui fut danſé les de ce mois.
Le theatre ne pouvoit avoir
de plus ſuperbe décoration
que Trianon meſme. L'éclat
des marbres , & des beautez
de l'architecture attachent
d'abord la venë fur cette
grande façade appellée le Periftile
, & le plaifir redouble
lors que par l'ouverture de
fes arcades entre pluſieurs
rangs de riches colomnes, on
découvre ces fontaines , ces
jardins , & ces Parterrestoujours
remplis de toutes fortes
de fleurs . C'eſt alors que l'on
oublie qu'on eſt au milieude
Fhyver , ou bien l'on croit
avoir eſté tranſporté tout
d'un coup en d'autres climats
, quand on voit ces delicieux
objets qui marquent
fi agreablement la demeure
de Flore .
GALANT.
39
1
retour
La premiere Entrée eſtoit
de Naïades & de Silvains
qui venoient fe réjoüir du
de Monſeigneur le
Dauphin. Mademoiselle Brion
qui repreſentoit une Naïade,
parut d'abord en chantant
ces Vers .
C'est l'ordre de LOVIS , fignalons
noſtre zele. :
Au retourdu Heros quefon amour
rappelle.
Le Choeur des Naïades &
des Silvains répondit.
O doux
jour !
momens ! ô favorable
Du Dauphin triomphant celebrons
le retour.
Aprés une danfe des Silvains,
le Choeur reprit.
Chantons , danfons ,
Que l'Echo réponde
Anos chansons,
40
MERCURE
1
Que l'onde
Sélance dans les airs ;
Que fon bruit réponde
Anos concerts,
.....Alors on entendit ומ
Chooeur chantant derriere le
Theatre.
Victoire,victoire, victoire.
& la Renommée repreſentée
par Mademoiselle Varango ,
parut , & chanta les Vers qui
fuivent
L'ay franchy les monts & les
mers , ; :
Ic viens d'apprendre à l'Univers
Desfuccés qu'ilne pouvoit croire.
L'Auguste Heros des François
Trouve un Imitateur de ses fameux
exploits. 1.
Le Choeur ayant repeté ,
Victoire , Victoire,la Renommée
continua .
Sur ces bords où LOVIS triom
pha mille fois ,
GALANT. 41
Son Filsfuit aujourd'huy lestracesdefagloire...
Le Choeur repeta ces derniers
Vers , & enfuite on vit
entrer Minerve & Bellone ; la
premiere repreſentée par Mademoiselle
de la Lande , &
l'autre par Mademoiselle Rebel.
Voicy le recit que fit Minerve.
Flore tient icy fon Empire
Ses dons precieux
I charment les yeux
Et parfument l'air qu'on respire
Nostre icune Heros dans ces lieux
favoris i
Deſes heureux exploitsva recevoir
leprix.
Réposons nous ,fiere Bellonne ,
Le Nekre&le Rhinſontſoumis.
Que LOVIS parle,qu'il ordonne,
On voit tomber les Ramparts Ennimis
A
42 MERCURE
Mais le plus grand plaisir que ce
Succés luy donne ,
C'estdevoir triompher Son Fils.
Bellonne luy répondit ce qui
fuit.
Minerve , vos ſoins fidelles
Ontguide ce reune Vainquear ,
-Vous imprimez dansſon coeur
Del'Auteur defes iours les vertas
immortelles ,
Toutes deux chanterent enfuite
.
Ah , quel bonheur pour ce Fils
genereux
D'avoir ce parfait modelle !
O Pere trop heureux
D'en voir une Image fidelle!
Ah , quel bonheurpour ce Fils ge-
:
nereux !"
O Pere trop heureux !
Ces deux derniers Vers
ayant été repetez par le choeur,
Minerve pourſuivit de cette
forte.
GALANT.
43
:
Pourfaire à l'Univers connoistre
un Fils qu'il aime ,
Fourle rendreàson tour& craint
&renommé,
LOVIS retient ce brasàvaincre accoutumé,
1
Et s'eſt privé de triompher luymesme
,
Il donne à ce cher Fils fon fort
victorieux ,
Sa puiſſance fuprême
Ses conſeils,fon esprit , fon exemple
, &fes Dieux .
:
Bellone reprit , & chanta ces
autres Vers .
Aufeul nom de LOVIS toute la
terre tremble ;
Et que feront encor cent peuples
étonnez.
De voir un Fils qui luy reffemble ?
Nous les verrons tous deux , nous
lesverrons ensemble ,
Vainqueurs fortunez,
Au boutdumonde couronnez.
44
MERCURE
Les Nymphes de Flore& les
Zephirs parurent icy eftant
appellez par ces Vers que
chanta Minerve.
Vous ,Nymphes de Flore,
Vous agreables Zephirs ,
Parez , ornez ces lieux ; qu'ils
foientplus beaux encore ;
De ce grand Roy Secondezles defirs.
Une Nymphe de Flore repreſentée
par Mademoiselle
Guignard, finit cette Entrée en
chantant ces Vers.
Seiour pompeux& tranquille
Où nous paſſons les jours ainſi que
des momens ,
Fontaines , Iardins , Peristile ,
Palais plein d'agremens ,
Dont laroyalemain àqui tout es.t
facile
Dansſes nobtes délaſſemens ,
Atracé les ornemens ,
GALANT.
45
!
Montreztous vos attraits charmans.
Flore , repreſentée par Mademoiselle
de Blois , & accompagnée
de deux de ſes Nymphes
qui estoient Mademoiſelje
d'Armagnac & Mademoiſellede
la Vrillere , ouvrit la ſeconde
Entrée. Quatre Zephirs
dançans les ſuivoient. Mademoiſelle
Guignard , Nymphe,
&Mr Matos , Zepbir , chanterent
d'abord ces Vers.com
Al'aspectde Flore
Haſtezvous d'éclore.
Venzenfes belles mains ,
Moiffons odorantes ,
Richeſſes riantes
Roses,jaſmins,
Anemones, Amarantes ,
Aimables fleurs , venez orner
Le front victoricux qu'elle veus
COUYOnner .
1
46 MERCVRE
Mademoiselle Chappe , autre
Nymphe de Flore,continua
par les Vers qui ſuivent .
Tout fleurit furnos rivages ,
Nos Iardins font toujours verds.
Iamais destristes Hyvers
Nousneſentons les outrages
Noftre Printemps dure toujours,
Nous n'avons que de beaux
jours.
Ces autres Vers furent chantez
par Mademoiselle Guignard
ſeule.
Quel'ame est icy contente!
Tout nousrit, tout nous enchante,
Le cielrépand fur nous
Ce qu'il a de plus doux.
Dans ces retraites aimables
Les biensfont purs & durables.
Le Cielrépand fur nous
Cequ'il a deplus doux.
Le Choeur de Nymphes &
1
:
GALANT. 47
1
de Zephirs repeta , A l'aspect
de Flore &c. & cela finit la feconde
Entrée.
La troiſiéme eſtoit compoſée
de Diane que repreſentoit
Madamela Princeſſe de Conty,
accompagnée de ſes Nymphes&
d'un grand nombre de
Chaſſeurs chantans &dançans .
Endimion , Chaffeur , chanta
le premier , & fit entendre ces
Vers.
Iamaisduhaut deſa carriere
Sur ce Trône d'argent dontfeparent
Les Cicux ,
Dianen'avoit à nos yeux
Répandu tant delumiere.
T
14
Iamais ,quand de la nuit perçant
les fombres voiles
Elle regne entreles Etoiles,
Elle ne tintmieuxà son tour
La placede l'Aſtre du iour.
3
48 MERCVRE
Deux Nymphes de Diane
pourſuivirent par ceux- cy.
:
Surles Autels
Qu'Ephesenousvante,.
A-t-elle ainfiravy tous lesMortels?
O vous Delos , vous
mante ,
:
Bois d'Eri-
D
Avez- vous pu la voirsi charmante
?
Surles Autels...
Qu'Ephese nous vante ,
:
A-t elle ainfiravy tous les Mortels
?
د
Une autre Nymphe de la
ſuite de Diane , repreſentée
par Mademoiselle de la Lande ,
chanta ce qui ſuit , en s'adreſ
fant aux Nymphes & aux
Chaffeurs .
<
Nymphes diligentes
Qui fuivezles loix
DelaDeeffe desBois,
!
Renow
GALANT.
49
Renouvellons les Chaffes triom_
phantes,
Oùdeſes attraits
Diane embellit nos Forests ,
Renouvellons nos Festes éclatantes.
Et vous qui du repos dédaignez la
douceur, (cerivage
Chaffeurs tant celebrez, venez sur
Voirl'heroique Chaffeur
A qui vous devez vostre hommage.
Loin des affreux dangers occupez
Jonlotfir
Parun nobleplaisir.
-Cephale parutauſſi- toſt avec
Hippolite ,& chanta cesVers.
Le Dain timide &la BicheSauvage
N'évitoient iamais
L'atteinte de mes traits ;
Maisdeſes dardsilfait un autre
4 usage ,
il abatfousses coups fameus
Janvier 1689 . C
:
50
MERCURE
Des Peuples belliqueux .
Voicy ceux qui furent chan
tez par Hippolite .
いい
L'exerçois comme luy dans les bois
Solitaires
Cesvertusfinceres
Qui regnent parmy les Silvains,
Loin du commerce des Humains,
Maisjen'ay point appris , en cet
estat paisible ,
Aforcer desramparts ;
l'ignorois les vertus queson coeur
invincible
Exerce aux champs de Mars.
Le chant de ces deux illuſtres
Chaſſeurs fut fuivy d'un
Choeur qui repeta ces paroles .
Renouvellons les Chaffes triomphantes
,
Où de fes attraits
Diane embellit nos Forests ;
Renouvellons nos Festes éclatantes :
DecejeuneHeros occupons le loiſir
GALANT.
51
Par un nobleplaisir.
La quatriéme Entrée eſtoit
celle de la Gloire , reprefentée
par Madame la Ducheſſe.
Madame de Valentinois ,Madame
de Florenſac , & Mademoiselle
d'Ufez l'accompagnoient
en qualité d'Amazones.
Il y en avoit pluſieurs autres
, qui eſtoient des Amazones
chantantes,& parmy elles
Meſdemoiselles la Lande &
Varango , repreſentoientPentefilée
& Antiope. Il y avoit
auſſi pluſieurs Heros chantans
&danfans,& parmy eux Vlyſſe
& Cyrus , l'un repreſenté par
M. Morel , & l'autre par M.
Cebret. Pentefilée chanta la
premiere en s'adreſſant à la
Gloire.
r
Reine desgrandes ames ,
;
Unique objet des plus nobles
Vainqueurs ,
C2
MERCVRE
52
Gloire , qui de tes belles flâmes
Brûles fans ceffe leurs coeurs
Toy qui leur fais trouver une vie
immortelle ,
Toy du plus grand des Rois la compagnefidelle
.
Et qui l'as couronné de ses plus
noblesprix ,
Dans ce parfait Heros tu vois un
tendre Pere ,
Tu luy deviens encor plus chere
Lors que tu couronnes fon Fils.
Le Choeur ajoûta.
OGloire éclatante !
Gloire brillante !
Nousſuivrons toujours tes pas.
OGloire charmante !
Nous ſuivrons jusqu'au trépas
Tes triomphans appas.
Aprés celaPentefilée &Antiope
chanterentenſemble.
Prince heureux ,le Dauphin t'imite.
GALANT. 53
Tes premiers Sujets
Sont ceux qu'un plus beau zele
excite
Afuivre tes noblesproiets.
Ces Princes brillans de ta gloire,
CesHerosformez de tonsang ,
Comme auprés de ton Trône ,au
Templede Memoire.
Tiennent le premier rang.
Pentefilée chanta ſeule enſuite,&
appella ainſi les Heros.
Vous que la Gloire a iadis cou
ronnez,
Venez , Heros ; venez, a
Voyez pour nos Guerriers quel triomphes'appreſte
,
Voyezdans cette heureuse Feste
Les biens qui leur font destinez
Vliſſe s'avança , & ſe fit connoiſtre
en chantant les Vers
ſuivans ..
Quel doux transport , & grand
Roy,
C 3.
54 MERCURE
Devoirun Fils digne de toy ,
QueTelemaque ainſi pour mesyeux
eur decharmes !
Queje verſay de douces larmes !
Quel doux transport , o grand
Roy
De voirun Fils digne de toy !
Cyrus continua par ces
Vers.
Vn filence profond couvrit ma
noble audace.
Dauphin , ainsi que vousdans les
Sombres Forefts,
En s'occupant àla Chaffes
Cyrus d'un grand defſſein déguiſſa
tes apprests.
Remply de ce beau feu dont l'ardeur
vous inspire.
Ie partis du fond des Bois
Pour courir auxplus grands exploits,
sion
Ei renverſer un Empire ..
Aprés que l'un& l'autre eut
:
T
GALANT. 55
chanté, Penteſilée ajoûta .
Ces Heros , Gloire immortelle ,
Qui s'immolerent pour vous ,
Ne vous vivent point fi belle
Que vous l'estes parmy nous.
S'ils ont bravé tant d'alarmes
Pourvostrenom glorieux ,
Qu'euffent- ilsfait pour les charmes
Que vous montrezà nosyeux ,
Le Choeur chanta enſuite.
OGloireéclatante
Gloire brillantes का
Nousſuivrons toûjours tes pa
こ• Gloire charmante ,
Nousſuivrons iusqu'au trépas
Tes triomphans appas.
Lafureursanglante
Des cruels Combats,
Lachaleur brûlante
La froidcur glaçante
Desplus affreux climats ,
C4
56 MERCURE
DeBellonne ttoonnnnaannttee,,
De lafoudre devorante
Les bruyans éclats ,
De la terre tremblante
L'horrible fracas ,
Ne nousempefcheront pas..
Deſuivreses pas.
• Gloire brillante ,
Gloirecharmante,
Noussuivrons iusqu'au trépas
Tes triomphans appas.
La joye accompagnée des
Plaifirs , faifoit la cinquiéme
Entrée , &chanta d'abord ces
Vers .
La loye & les Plaifirs
Viennent en ce beau iour combler
tous vos defirs .
Les Grandeurs , les Festes pompeufes
Iamaisfans nousne seroient beureuſes...
GALANT
57
C'eſt nous qui dans les Cieux
Prefidons aux Festes des Dieux.
Trois Plaiſirs firent enfuite
entendre ces Vers .
Rien n'est égal aux douceurs
Des Plaiſirs quiſuivent la Gloire,
Rien n'est égal aux donceurs
Que la Victoire
Metdans les nobles coeurs.
Aprés que ces trois Plaiſirs
eurent chanté , unautre Plaifirrepreſenté
par M. du Four ,
chanta ſeul ces autres Vers .
Fameux Heros ,
Auplaisir l'honneur vous mene ,
Vn douxrepos
Suit le danger & la peine.
Lesplaiſirs lesplusdoux ,
Nobles Coeurs , font pour vous.
4
Voicy lejour , ôdivine Princeſfe,
Quedemandoit voſtreinste tem
dreffe.
Gs
38 MERCURE
Que de plaisir sent vostre coeur
De revoir ce Vainqueur !
Le Choeur ayant ajoûté ,
Qu'ildoit plaire àvosyeux
Ce Vainqueur glorieux !
Vn Trio répeta.
CeHerosglorieux,
Qu'il doit plaireàvos yeux !
La Loye & un Plaifir fermoient
cette Entrée par les
Vers ſuivans.
Danssa crainte un veritable amou
Répand deslarmes
Mais ensuite un heureux retour
Aplusdecharmes.
Après qu'on a pturé dansses tendres
douleurs ,
Deioye&de plaisir on verfe ausfe
des pleurs. 2
La fixieme &derniere En
trée eſtoit generale, c'eſt àdire,
compoſée de Flore , de Diane,
delaGloire , & de leur ſuite.
LeChoeur chanta d'abord..
GALANT. 65
:
La loye&les Plaisirs
Viennent en ce beau iour combler
tous vosdefirs.
Lesplaiſirs les plus doux,
Nobles Coeurs font pour vous.
.. Ecun grand Choeur ajoûta.
Vous grand Roy vous , Dauphin,
digne Fils d'un tol Pere
Viveztoujours heureux , & triomphez
toujours.
Que le Ciel constant àvousplaire
Iamais nechange te cours
De ces beaux jours
Vivez, triompheztoujours .
3
Que vos Heros naiſſans , que
l'Auguste Princeffe
Qui les donne à vostre tendreſſse,
Poffedentavec vous ce bonheurplein
d'attraits.
Qu'une Felicitéfi douce &ficharmante
:
C6
60 MERCVRE
Tous les tourss'augmente.
Qu'elle ne finiferamais .
>
La Muſique des Vers de
ce Balet a eſté faite par Mr
de la Lande , l'un des quatre
Maistres de Muſique de la
Chapelle du Roy. Il doit eſtre
d'un merite fort reconnu
puisque Sa Majesté luy vient
de donner la Surintendance
de Sa Mufique qu'avoit le
jeune Mr de Lully qui eſt
mort fur la fin du mois paflé.
Les Entrées du mesme Ballet
font de Mr de Beauchamp ,
qui depuis un tres grand
nombre d'années a eſté τοῦ-
jours employé à travailler
aux Balets daRoya
4
Je ne puis finirun fr grand
article de Muſique fans vous
faire part d'un air nouveau
de
Mr
atre
la
ſtre
u ,
cot
nce
le:
eft
Té.
et
d
4
f
S
コー
autres . Comme la matie
eſt belle , l'ouvrage feron
plus beagles Affaires du
Leme contrain le me con treme
maisje me contr belle Eris

69
roit il bienquevae
4
6
sepour
Jan.co
Je ne puis fioirunfi grand
idle de Muſique fans vous
ire part d'un air nouveau
GALANT. 61
८ de Mr de Bacilly. En voicy
les paroles 10470000
AIR NOUVEAU.
I
5.
Emecontrains inceſſamment..
Pourcacbermonamourextrême
Maisje me contrainsvainement ,
On dit par tout que jevous aime.
Belle Iris,ſepourront il bien
Que vous seule n'en ſcenſficz
rien ?
Monſeigneur le Dauphin
s'eſt acquis une ſi haute reputation
dans ſa premiere Campagne
, qu'il y a peu de gens.
de Lettres qui ne ſe ſoient fait
un plaisir d'écrire à ſa gloire.
Jaymelé ma voix à celle des.
autres . Comme la matiere
eſt belle , l'ouvrage feroit
plus beag & les Affaires du
62 MERCURE
Temps m'avoient laiſſé plus
de loiſir pour y donner da
derniere main . On y remarquera
ſeulement mon I zele
pour unPrince auquel je ſuis
attaché ; c'eſt tout ce que j'ay
pretendu faire voir, ate "
**********
ELOGE
DE MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
J
Amais: Monarque ne s'e-
3ftoit veu dans un fi haut
degré d'élevation , que l'Au
guſte Souverain qui gouverne
aujourd'huy la France. Ses
fages Ordonnances l'avoient
fait mettre au rang des plus
GALANT. 63
.
juſtes Princes , & fa valeurau
nombre des plus fameux
Conquerans. Sa picté l'avoit
fait placer parmy ceux dont
on revere le plus les vertus ,
& toutes les actions enſem
ble luy avoient fait meriter
le ſurnom de Grand. Rien
ne manquoit à ſa gloire & à
fon bonheur , & l'eſtat où ce
Prince avoit mis la France ,
faiſoit qu'elle estoit elle- meſme
étonnée de ſa propre
grandeur. Elle ne s'eſtoit jamais
veuë & puiſſante , &
n'auroit oſe penſer qu'elle
euſt deu faire tant de conqueſtes
, & triompher ſeule
de l'Europe entiere ,n'ayant
jamais eſté ſi redoutable ſous
aucun de fes Monarques .
Cependant quoy que le glorieux
Conquerant qui l'a mie
A
64 MERCVRE
ſe en cet eftat paruſt eſtre au
deſſus des ſouhaits , & qu'il
n'euſt rien à defirer pour ſa
gloire , il luy manquoit une
choſe pour ſa propre fatisfaction
, qu'il n'eſtoit point le
maiſtre d'acquerir. Rien ne
luy eſtoit impoſſible , fi l'on
en excepte l'avantage de fe
donner luy meſme , ce qui
paroiſſoit n'eſtre pas en ſon
pouvoir. Il falloit que toute
la terre connuſt qu'il avoit
un Fils digne de luy , & cela
dépendoit de ce Fils ſeul ,qui
pouvoit donner au plus grand
Prince du monde l'unique
choſe qu'il avoit à ſouhaiter.
Il devoit apprehender qu'elle.
ne luy manquaſt puis qu'il
ſemble que par une deſtinée
fatale aux plus puiſſans Rois,
& aux hommes du plus grand
GALANT. 65
merite , ils n'ont eu juſques
icy que des Enfans , qui au
licu de les imiter , n'ont pas
meſme marché de bien loin
fur leurs traces . Si ces grands
hommes ont eſté Conquerans
, & ont vaincu par la
force de leur courage , leurs
Enfans ont eſté ſans cooeur ,
& n'ont point cherché la
gloire , ou s'ils ont brillé du
coſté de l'eſprit , les Enfans de
ces Peres fipeſtimez & fi
utiles à l'Etat , n'ont ſouvent
paffé que pour des ſtupides .
L'Antiquité eſt pleine de ces
exemples ; de forte qu'on peut
dire que lors que le Ciel a
comblé le Roy de tous les
avantages qui ont fait ſeparément
la grandeur & la
gloire de tous ceux qui ont
eſté élevez au Trône , il a
66 MERCVRE
voulu pour le diftinguer de
tant de Souverains & le
récompenfer de ce qu'il a
fait pour l'Eglife ; luy donner
un Fils digne de luy ; &
ce Fils glorieux a l'avantage
de mettre le comble au bonheur
de fon Pere & de luy
faire acquerir en l'imitant
&en ſuivant fos leçons , ce
qu'il n'euſt pas eſté au pouvoir
de ce Monarque d'obtenir
fans luy , quoy qu'il foit
le plus grand, des hommes ,
& le plus puiſſant de tous les
Rois. Encore que Monfeigneur
le Dauphin ſe ſoit mis
au deſſus de tous les Eloges,
en rendant le bonheur du
Roy accomply , & en s'approchant
de ce qu'il y a de
plus parfait fur la terre , mon
zele ne me permet pas de me
GALANT. 67
taire ſur ſes premieres Conqueſtes.
Il eſt cependant aſſez
difficile d'en parler à cauſe de
l'abondance de la matiere , ce
Prince ayant fait paroiſtre pendant
une ſeule Campagne qui
n'a pas duré un mois , fi on en
excepte le temps qu'il a employé
pour ſe rendre à l'Armée,
&pour en revenir , non ſeulement
toute l'experience d'un
grand Capitaine , mais ayant
auſſi mis en pratique toutes les
vertusque l'on pouvoitſouhaiterdans
un Heros de ſon âge.
Ces fortesde vertus ne ſervent
pas moins àconquerir des Places
que les forces les plus redoutables
, puis qu'il n'eſt rien
qu'on ne furmonte avec les
coeurs des Soldats , & qu'un
Prince qui joint toutes les
qualitez d'honneſte homme à
68 MERCURE
celles de grand Capitaine , attire
, les loüanges de ſes Ennemis
meſmes , & l'eſtime de l'Vnivers.
la
Le Roy qui joüit d'une
ſanté parfaite , eſtoit ſeur de
vaincre en ſe mettant à la
teſte de ſes Troupes , & l'on
ne doit pas douter qu'en
nommant Monſeigneur le
Dauphin pour commander
en ſa place , il ne connuſt
toute lagrandeur ,&toute
bonté de l'ame de ce Prince
infatigable , & qu'il ne fuſt
affure qu'en courant vers la
gloire , il ne feroit aucun faux
pas qui puſt retarder d'un
ſeul moment l'execution des
projets qu'il avoit arreſtez
avant le depart de ſon auguſte
Fils . Ce jeune Heros
avoit à ſoûtenir tout ce qui
GALANT. 69
s'eſt fait de grand du coſté
des armes ſous le regne du
Roy. Le plus grand Capitaine,
auroit deu trembler ;
mais le Fils de LOUISLE
GRAND ſentant couler le
meſme ſang dans ſes . veines ,
& l'exemple & les leçons de
cet admirable modelle des
Rois ayant profondement gravé
dans ſon coeur tout ce
qu'il devoit faire pour l'imiter
, marqua fur le point de
partir une joye ſi grande & fi
naturelle , qu'elle fit connoiſtre
qu'il eſtoit ſeur de vaincre
, & couroit à la victoire .
Ce Prince attendoit ce moment
avec impatience , parce
que quelque temps avant
qu'il partiſt , le Roy luy avoit
communiqué ſon ſecret , mais
comme il imite ce Monar70
MERCURE
1
que en toutes choſes. il avoit
ſceu cacher les mouvemens
de joye qu'il reſſentoit dans
le fond de fon ame afin
d'empeſcher qu'on ne penetraſt
ce qui luy avoit eſté
confié. Tout fit connoiftre
l'excés de cette joye quand
le jour de ſon depart eut eſté
declaré. On la remarqua dans
fes paroles , elle anima toutes
fes actions , elle fit briller ſes
yeux d'un nouveau feu , &
répandit fur toute ſa perſonne
un certain air qu'il eſt
malaiſé de décrire , & qu'on
ne peut avoir que lors qu'on
eſt vivement touché d'une
choſe qu'on a ſouhaitée avec
ardeur , & qui cauſe une extrême
ſatisfaction . Cette joye
fut un'heureux augure qui fit
voir que ce Prince marcheGALANT
.
71
roit ſur les traces du Roy ,
que la gloire alloit unir ceux
que le ſang avoit joint , de fi
prés ,& que le Fils auroit une
glorieuſe place dans l'hiſtoire
du Pere , dans cette hiſtoire
fameuse que la poſterité ne
pourroit jamais croire , files
hiſtoires de la pluſpart des
Souverains de la terre ne parloient
à l'avantage de ce Monarque
,les unes en publiant
ſes victoires ,& les autres fa
magnificence & fes vertus .
C'eſt pour eſtre placé auprés
de ce Prince dans un ſi grand
nombre d'hiſtoires , que le
jeune Heros dont j'entreprens
d'ébaucher l'Eloge ,
vient de ſe couvrir de gloire.
Quoy que fa joye euft redoublé
au moment de ſon depart
, & qu'elle euſt eſté fi
72 MERCURE
د
forte , qu'il n'y avoit pas lieu
de penſer qu'elle puſt s'accroiſtre
elle parut neanmoins
s'augmenter à meſure
qu'il approcha du lieu où
l'attendoit la victoire. Il
marcha ſi viſte que les équi
pages ne purent le ſuivre , &
monta à cheval le jour qu'il
devoit arriver au Camp , fi
toſt que la plus foible lumiere
cut commencé à par
roiſtre. A peine y eut il eſté
receu , qu'au lieu d'aller prendre
du repos ,il voulut dés
ce moment viſiter les poſtes,
& aller reconnoiſtre Philifbourg.
Il ſçavoit que le Roy
n'avoit jamais affiegé de Places
en personne , fans avoir
eſté luy-meſme les reconnoiſtre
, en s'expoſant à tous les
perils qui font à craindre en
C
de
GALANT.
73
de pareilles occaſions , Mr le
Marquis d'Arquien , Frere
de la Reine de Pologne ,
ayant eſté tué auprés de ce
Monarque lors que Sa Majeſté
alla reconnoiſtre Rhimberg.
Ainsi l'on peut dire
que Monseigneur le Dauphin
a imité le Roy dés le premier
pas qu'il a fait dans le
chemin de la gloire , & qu'il
s'eſt expoſé au peril dés ſa
premiere démarche dans le
champ de Mars. Ce Prince
continua à n'avoir aucun
ménagement pour ſa perfonne
; il a paru infatigable au
travail , & d'un fang froid
pour le peril qu'il feroit difficile
d'exprimer , & qu'on
connoiſtra mieux en apprenant
tout ce qu'il a fait. Il
alloit tous les jours à la teſte
Janvrier 1689 . D
74
MERCVRE
de la tranchée , & viſtoit
toutes les attaques , & le parc
de l'Artillerie. Il voyoit
monter les gardes ; il ſe faifoit
inftruire de tout ce qu'il
ne pouvoit voir par luy-même
, & donnoit exactement
ſes ordres ſur tout ce qui
concernoit le Siege. On l'a
veu aller ſouvent à la tranchée
, meſme avec les Sa
peurs . Quand il avoit refolu
quelque attaque confiderable
, il prenoit le ſoin de
Lentrepriſe ſur luy , afin que
rien ne manquaſt. Il donnoit
ſes ordres pour faire tout
preparer & mangnoit les endroits
où l'on trouveroit tout
ce qui pouvoit eſtre neceſſaire,
de forte que les Troupes eſtant
feares que toutes les choſes
dont elles pourroient avoirbe
GALAN T.
75
foin , leur feroient fournies
pour les expeditions qu'elles
devoient faire , elles y alloient
avec une ardeur qui faiſoit
voir qu'elles eſtoient aſſurées
de vaincre & quand des
Troupes ont cette pensée , &
qu'elles font échauffées du
defir de plaire à leur General,
elles ne manquent jamais de
venir à bout des entrepriſes
les plus difficilles. Ce Prince
faifoit toutes ces choſes d'une
maniere ſi aisée & fi
naturelle,que le Capitaine, le
plus confómmé dans le métier
de la Guerre, n'auroit pu s'en
acquitter mieux , & quoy que
le peril doive étonner ceux
qui n'y font point accoutumez
, & que la fermeté qu'ils
témoignent lors qu'ils s'y trouvent
expoſez , vienne de leur
D2
76 MERCURE
raiſon , on connut bien que
celle de ce jeune Heros venoit
entierement de ſon ſang. Dés
ſa premiere Campagne il a
paru grand Capitaine , & Soldat
intrepide. On a remarqué
en luy toute la prévoyance
du Chefle plus prudent , il a
joint la ſageſſe à la vivacité du
courage ; il a fait voir de la vigilance
ſans fatiguer les Troupes,
& ila enfin trouvé le ſecret
d'épargner le ſang & d'avancer
beaucoup , ayantpris en vingt
jours une Place , devant laquelle
le grand Gustave a demeuré
dix huitmois. Ce Prince
euſt pu l'emporter encore
plûtoſt , s'il n'euſt pas voulu
ménager ſes Troupes . Un autre
ſe ſcroit peut eſtre laiſſé
ébloüir par le glorieux avantage
d'une action fi éclatante
:
GALANT...
77
& fi extraordinaire, qu'à peine
la poſterité y auroit pu ajoûter,
foy . La France ne manque ,
point d'hommes , il n'avoit
qu'à en expoſer un plus grand
nombre, & quand il en auroit
pery davantage , on n'auroitt
pas fceu s'il auroit pu épargner.
ce ſang ou non ; mais ſa bonté
a prévalu ſur tout ce qui pouvoit
donner de l'accroiſſement
àſa gloire. Les plaiſirs l'attendoient
à Versailles, il n'a point
cu d'empreſſement pour y
venir joüir du frait de ſes travaux,&
il a mieux aimé triompher
plus tard & gagner les
coeurs de toute l'Armée eni
emportant une des plus fortes
Places de l'Europe. Cet Auguſte
General a ſceu inſpireraux
Troupes une paſſion ſi arden- b
te pour luy , qu'il eſt ſeur de
L
D 3
78
MERCVRE
la victoire , en quelque lien
qu'il puiffe alier , & quelques.
ennemis qu'il puiffe avoir à
combattre ; de fortequ'on ne
peut douterqu'il ne faffe plus
de conqueſte avec un petit
nombre de Soldats , que ceux
qui luy oppoſeroient des Armées
formidables. Ainsi la
premiere Campagne de Mont
ſeigneur le Dauphin doit faire
doublement craindre les Ennemis
de la France. Ils n'ap
prehendoient que le Roy ,
maisle Prince qui marche aujourd'huy
fur les traces de cer
Auguſte Pere, leur fait voir
deux Conquerans au lieudun
qui fçauront toujours forcer la
victoire àſuivre leurspas .
4 Pendant que le Vainqueur
dePhilisbourgépargnoitle ſang
des Troupes , il n'en expofoit
GALANT. 79
pas moins le ſien , & il le farfoit
fi naturellement qu'on
pourroit dire qu'il trouvoit des
charmes dans le peril.Il eſt dif
ficile d'aimer davantage le
meſtier de laGuerre ,& de's'y
attacher plus fortement. Ce
Prince dit quelque- temps a
prés fon arrivée au Camp, qu'il
avoittoûjours bienpensé qu'un Siege
luy donneroit du plaisir , mais
qu'iln'avoitpas cru en devoirpren
dreautant qu'ilen reffentoit.Auffi
ceux qui avoientl'honneur de
commander ſous ſes ordres , fe
fervoient ils ſouvent d'artifi
cepourempefcher qu'il ne fuft
continuellement exposé aux
perils les plas évidents ; mais
leRoy ayant appris qu'il uſoir
de ſon autorité pour les affronter,
& qu'on faifoir mal fa cour
lors qu'on luy donnoit des rai-
4
D4
80 MERCVRE
fons pour empefcher qu'il ne
s'expoſaſt , envoya des ordres
abfolus pour retenir la boüillante
ardeur de cejeune Con.
querant. S'il avoit donné des
marques d'une intrepidité extraordinaire
, il fit voir ſon
eſprit ,& ſa ſoumiſſion dans
la réponſe qu'il fit à Sa Majeſté.
Il luy marqua d'abord en
termes fort refpectueux & fort
ſoûmis , le chagrin que ſes ordresluy
caufoient , mais il ajoûta
qu'il s'en confoloit parce
qu'il eſperoitfairevoir enluy obeif.
Jant, desmarques de ſaſoumiſſion ,
&donner en mesme temps l'exemple
de l'obeiſſance qu'on tuy devoit
Le Siege eſtant ſur le point
de finir lors que l'ordre duRoy.
arriva , il reſtoit peu de perils ;
à eſſuyer ; ainſi l'on peutdire
que Monseigneur le Dauphin
3
せい
:
A
1
GALANT. 813
a eſté expoſé preſque pendant
tout le Siege. τωp cauchoq
La grande valeur & l'expe
rience conſommée dans le meſ
tier de la Guerre , ne ſuffifent
pas toujours àunGeneral pour
venir à bout d'une entrepriſen
Il peut donner de bons ordres ,
mais s'il n'eſt aimé il peut eſtre
mal obey;il peut ſe battre avec
toute la valeur poſſible & n'et
ſtre pas ſecondé . Un Chet ,
aimé anime tous les coeurs
d'une Armée , & donne de la
force à tous les bras. J'ay déja11
marqué combien Monfer
gneur leDauphineſtoit chery, {
ou plûtoſt adoré de toute l'Armée
, s'il m'eſt permis de parler
ainfi. Cette louange luy eſt
bien duë , puis que ce Prince
imite parfaitementle Roy, qui
n'a jamais rien die publique
DS
-
829 MERCURE
ment qui ait pu deſobliger
perſonne , qui loind'accabler
les malheureux , cherche à
excuſer leurs fautes , & qui n'a
jamais puny lors qu'il a eru
pouvoir pardonner , ce quia
fouventfait dire, qu'ilfalloirque
ceux qui avoient encoura fon in
dignation fufſent bien coupables.
Monseigneur le Dauphin qui
a le mefme caractere de bonté,
s'est fait aimer de toutes les..
Troupes par une infinité
d'endroits qui meritent d'être
remarquez .
On ne peut porter plus
loin la generofité que ce
Prince a faittant qu'a duré
la Campagne , n'ayant pas
laiffe paffer un ſeul jour fans
répandre ſes bienfaits à pleines
mains. Il donnoit à tous
les Bleffez ,& n'attendoit pas
4
:
GALANT.. 813
qu'on luy demandaſt. Il fai
foit diſtribuer de groſſes ſommes
pour des Corps entiers...
Les Gardes de Tranchée fe
reffentoient tous les jours de
ſes liberalitez . Des qu'il ap
prenoit que quelqu'un s'eſtoie
diftingué , il lay faifoit recevoir
la recompenſe de ſa valeur
, & donnoit meſme aux
perſonnes de qualité qui a
voient receu quelques bleffures
, parce qu'on peut avoiri
beſoin d'argent lors qu'on eſt
malade , & qu'on se trouve
dans un Pays éloigné. Ces
dons eſtoient accompagnez
de manieresqui charmoient ,
&qui faisoient oublier la violence
du mal à ceux que les
plus vives douleurs tourmentoient.
Ces confolations é
toient ſuivies d'autres encore
1
D 6
84 MERCURE
plus touchantes . Ce Prince
viſitoit non ſeulement tous
les Bleſſez de la premiere:
qualité mais on l'a meſme
veu faire l'honneur aux Subalternes
d'aller juſque chez
eux lors qu'ils eftoient d'un
merite diſtingué.
Outre les largeſſes que ce
Prince genereux a faites aux
Soldats bleffez , il alloit viſiter
les Hôpitaux , & avoit la
•bonté d'entrer dans le détail
du foin qu'on prenoit de la
gueriſon de ceux que leurs
bleffures y retenoient. Il ordonnoit
que les Soldats qui
avoient beaucoup fatigué
dans la Tranchée , fuſſent
mieux nourris que pele
font ordinairement ceux qui,
n'ont point effuyé ces grandes
fatigues , ce qui faifoin
1.
4
1
ل
GALANT. 85
qu'ils reprenoientleurs forces
d'une Tranchée à l'autre.
Ainſi on peut dire que ce
Prince empeſchoit que les
Soldats ne devinſſent malades
& que les Malades
ne mouruffent. Auffipleuroient
ils de joye en le
voyant. Pluſieurs ont refusé
fon argent , pour faire voir
que le zele qu'ils avoient pour
luy , les engageoit plus que
l'intereſt à expoſer leur vie
pour le ſervice du Roy , & du,
Prince dont l'intrepidité &
les genereuſes bontez leur
donnoient de jour en jour de
nouveaux ſujets de l'admirer..
Il ne ſe contentoit pas de faire
tout le bien qui estoit en
fa puiſſance , & d'honorer &
récompenſer le merite , il awoit
encore la bonté d'écrire,
86 MERCURE
tres ſouvent au Roy en faveur
de eeux qui ſo diſtinguoient
extraordinairement,
Il rendoit justice à chacun
fans avoir égard au rang , &
if le faiſoit avec d'autant plus
de joye , qu'il eſtoit perfua
de qu'il ne pouvoit faire un
plaiſir plus ſenſible à Sa Majeſté
, que de luy faire connoiſtre
ceux qui faisoient
des actions extraordinaires ,
& de luy demander des récompenfes
pour ces genereux
défenſeurs de l'Etat. Cet aimable
Conquerant ne parloit
jamais de luy dans toutes fes
Lettres , elles faifoient voir
fon efprit & fa genereuſe
bonté pour les autres ,
il prenoit plaiſir à vanter les
actions ; de maniere qu'on
n'auroit point ſeeu les fen-
4
dont
1
GALANT. 87
il
nes , fila Renommée n'avoit
pris foin de les publier Ilt
n'avoit point d'autres occu
pations que de travailler pour
fa gloire , & pour le bien
des Troupes , & ſes libera
litez paroiſſoient inépuifables
; mais lors qu'on luy
demandoit des graces ,
n'accordoit rien fans en écri
re au Roy , & répondoit ,
qu'il n'estoit à l'Armée que pour
commander pour Sa Majesté ,
& pour obeïr à ses ordres ,
qu'il luy doriroit pour les rece
voir , & apprendre ses volontez
Cela redoubloit l'admiration&
la haute eſtime qu'on
avoit pour ce Prince , & le
faiſoit aimer davantage &
c'eſt ce qui a fait dire qu'il
eſtoit d'un caractere à foutenir
tout le poids de la plus
4
88 MERCURE
brillante gloire ; fans qu'elle .
fuft capable ny de l'accabler ,
ny meſme de l'ébloüir. La
genereuſe fierté qui l'anime ,
&le noble mépris des perils
les plus apparens , n'ont pas
moins éclaté en luy dans les
occafions les plus dangereuſes.
Il les a pouffez juſques
où le plus grand & le plus
intrepide coeur les peut porter
. Ce Prince ſeul avoit de
la fermeté quand toute l'Armée
eſtoit ſaiſie de crainte
&que tout trembloit juſqu'à
Verſailles , où l'on n'ouvroit ,
aucunes Lettres ſans reſſentir
tous les mouvemensque cauſent
ordinairement de grandes
alarmes. Cette intrepidité
accompagnée de toute
prudence & de toutes les
qualités qu'on peut fouhai-
6
la
ور
GALANT... 89
ter dans le plus grand Capitnine
a plus jetté de confternation
dans les coeurs des
Ennemis que la priſe de Philisbourg
, quelque confiderable
que foit cette Place ,&
de quelque importance qu'-
elle leur fuſt . Ce que ce
Prince vient de faire leur apprend
que rien ne luy refiftera
, qu'il n'y a point d'entrepriſe
dont il ne puiſſe venir
à bout , & que lors qu'il
ſuit les leçons du Roy ,& qu'ilki
marche ſur ſes gloricufes traces
, ils auront encore à ſe.
défendre de ce Monarque
meſme dans les endroits où
il ne ſera pas .
La haute réputation que
Monſeigneur le Dauphin s'eſt
acquiſe dans toute l'Europe ,
& parmy les Troupes , a fait
१०
MERCURE
rentrer les Ennemis em euxmefmes
pour faire reflexion:
fur le ridicule de leurs penſées
chimeriques , & de leurs
føles idées , lors qu'ils ſe
perfuadoient qu'ils pouvoient.
vanger leur gloire des affronts .
qu'elle a receus par leurs pertes
paſſécs. Ils ont fait des
projets , ils ſe ſont liguez
fourdemein , ils ont commencé
des levées , & ſe ſont
preparez à nous ſurprendre ,
mais le Roy toujours vigilant
, & toujours actif pour
le bien de ſon Etat , qui n'i
gnore rien de tout ce qui ſe
paſſe chez ſes Ennemis , &&&
qui connoiſſant beaucoup
mieux qu'eux leurs propres ;
forces ſçait qu'elles font .
beaucoup au deſſous de leurs :
projets , & fort inferieures à
GALANT
92
leurs mauvais deſſeins , par
une conduite toute pruden
te ,&par une ſage prévoyance
a travaillé a diffiper cei
qu'ils meditoient contre la
France. Ce Monarque a pris)
dans fon. Cabinet de juſtes:
meſures contre la hardieſſe
de leurs projets; fon Auguſte
Fils a marché par ſes ordres, ill
aporté la terreur chez ſesEnnemis
, la gloire l'a accompa
gné ,la victoire l'a fuivy, & il
a non ſeulement fait évanouir .
tous les deſſeins de ces Enne..
mis , politiques mal habiles ,
& qui devoient accabler la
France en la furprenant , mais
il leur adonné lieu de ſe repentir
de leur temerité mal
foutenue , & les a contraints ,
au lieu d'executer les vaſtes
projets qu'ilsavoient conceus,
92
MERCVRE
à nous ceder des Places qu'ils
eſtimoient imprenables , &qui
devoient leur ſervir pour ſe défendre,
& pour nous attaquer.
Le digne Fils de Loüis le
Grand , en ſe couvrant d'une
immortelle gloire par de i
grands fuccés , dans une ſaiſon
où le Roy feul a ſecu triom .
pher des Elemens , & apprendre
aux François qu'ils pou
voient vaincreen tout temps,
aparu auſſi infatigable que ce
Monarque,que les plus rigoureux
hyvers n'ont jamais pa
arreſter un moment lors qu'il
voloit à la victoire. Que ne
luy devons nous point pour
nous avoir donné un Prince
qui luy reſſemble ſi parfaitement,
qui joint à la grandeur
de courage une bonté toute
genereuſe & toute charmante,
GALANT.
93
qui avec un air affable & des
manieres engageantes , nous
fait voir , quand il eſt à propos,
ſans quitter ce caractere de
douceur , tout Loüis le Grand
dans ſa plus haute majeſté ;
qui ſçait en meſme temps conſerver
dans ſon coeur ,& faire
paroiſtre ſur ſon viſage,& dans
tout ſon air & toutes ſes manieres,
l'auguſte & fiere majeſté
neceſſaire aux grands Rois, &
la bonté qui doit regner dans
leur ame pour le bien de leur
Etat , & le bonheur de leurs
Sujets ,parce qu'un Prince qui
peut tout , veut ſouvent tout
ce qu'il peut,lors qu'il ne ſçait
pas fe moderer ,& qu'il n'a pas
un fond de bonté naturelle ,
&c'eſt ce qui fait les Tirans,&
rendles Sujets malheureux.
Monseigneur le Dauphin n'i-
L
94
MERCVRE
mite pas ſeulement leRoy par
ce noble caractere de bonté ,
que toute ſa perſonne & toutes
ſes manieres découvrent ,
fans qu'il lefaſſe deſcendre de
la majeſté que da grandeur
de fon rang l'obligeà conferver
, mais il a auffi toutes les
vertus politiques&morales de
ce modelle des Souverains. Il
fçait vaincre en genereux
Conquerant ; il ſçait obeir aux
loix du Ciel , & commander
aux hommes. Il ſçait ſe faire
aimer & craindre , diftinguer
le merite , diſſimuler ce qu'il
eſt à propos de taire , cacher
les ſecrets qu'il eſt important
de ne point découvrir , & fe
rendre ſi impenetrable là-deffus
, qu'il ne donne pas mesme
Lieude deviner qu'il eſt dépofitaire
de quelque fecret. Il ſe
GALANT.
95
plaiſt à faire du bien , & à préwenir
les ſouhaits de ceux
qu'il veut gratifier. Il prend
plaifir aux exercices fatigans,
afin de s'y endurcir pour fervir
l'Etat , ce qui luy a fait
fupporter avec une vigueur fi
maſle &une ſanté ſi parfaite
les violentes fatigues qu'il a
eſſuyées pendant la glorieuſe
Campagne qu'il vient de faire.
Il eſt jeune & fage , il eſtpuiffant
, & fçait ſe moderer ; il
écoute avant que de décider,
il aime à faire du bien , & ne
faitjamais de mal. Enfin ilimite
Loüis leGrand , c'eſt à dire,
le plus grand des hommes &
leplus parfait des Roissaufr
ce Monarque , aprés l'avoir
mis entre des mains capables
de l'élever , & de le faireparoiſtre
un jour tout ce que nous
さい
96 MERCVRE
le voyons aujourd'huy , a
achevé luy-mefme par fon
exemple , & par ſes leçons ,
une éducation qui embellira
fon hiſtoire , & qui n'appren .
dra pas moins aux Souverains
qui ontdes Enfans , ce qu'ils
doivent faire , qu'il ſervira de
modelle aux plus ſages Potentats...
Aprés ce que le Roya fait
pourle repos & pour la gloire
de la France , nous n'avons
plus de voeux à faire , &
nous ne pouvions plus rien
ſouhaiter de ce grand Prince ;
finon qu'il priſt ſoin de nous
donner un Fils formé fur fon
exemple , qui joigniſt la prudenceà
la valeur ; la bonté &
la pieté aux vertus guerrieres,
la douceur àla majeſté , l'hu
milité à la grandeur,& qui fuft
en
GALANT.
97
en meſme temps l'admiration
& la terreur de l'UniversNous
avons tout cela dans l'auguſte
Dauphin qui vient de porter
l'effroy dans toute l'Allemagne
, d'agrandir nos Frontieres,
de fermer les paſſages qui reftoient
à nos Ennemis pourentrer
en France , de jetter le defordre
& la confuſion parmy
eux , & de les faire repentirde
leurs impuiſſantes Ligues,dont
le mauvais ſuccés les couvre
de honte , & fait connoiſtre
leur foibleſſe contre le plus
grand Monarque qui ait eſté
* ſur le Trône depuis pluſieurs
fiecles . En effet , rien n'eſt ſi
furprenant que de voir que
par la maniere toute merveil
leuſe dont il å regné depuis
qu'il gouverne parluy-meſme,
il ait mis la France en eſtar
Janvier 1689 . E
98 MERCURE
de reſiſter ſeule à toutes les
Puiſſances de l'Europe , de le
faire avecavantage,& de remporter
furtant d'ennemis d'éclatans
& de ſignalez triomphes.
Nous avonslieu d'eſperer
que la vie de l'infatigable
Fils de ce redoutable Monarque
, ne ſera pas moins pleine
demerveilles que celle de ſon
Auguſte & toûjours victorieux
Pere.Son intrepidité luy a déja
faitdonner le ſurnom de Loüis
le Hardy. Si des ſa premiere
Campagne il a merité un nom
quile couvrede gloire , & qui
le rend redoutable , on doit
croire qu'eſtant formé d'un
fang qui ne s'eſt jamais dementy
, & que le travail , &
les perils n'ont point étonné,
lors qu'il s'eſt agy d'acquerir
de la gloire , il la cherchera
GALANT.
وو
د
toûjours avec le meſme em-
• preſſement qu'il vient de faire
paroiſtre & volera avec la
meſme rapidité , lors qu'il fera
queſtion d'entrer dans le
Champ de Mars & de faire
que la ſuite de ſes exploits
réponde à de fi glorieux commencemens
. Ce prince a non
ſeulement rempli toutcequ'on
avoit lieu d'attendre de fon
fang , & de fon éducation ,
mais il a meſme fait des choſes
qui ont furpaffe de beaucoup
toutcequ'on en pouvoit
efperer. Son rang luy avoit
faitdonner le commandement
de l'Armée ; ſon intrepide
valeur , ſon extrême vigilanće
, ſon activité , ſa continuelle
application , ſa prefence
dans tous les lieux où
celle d'un General eſt ne-
E 2
100 MERCURE
د
ceffaire , ſes ſoins à s'informer
de tout à ſe faire rendre
compte , à voir plus par luymeſme
que par autruy , &
à faire enfin toutes les fonctions
d'un grand Capitaine ,
& d'un General conſommé
par l'experience , l'ont rendu
par fonpropre merite , & par
la parfaite connoiſſance qu'il
s'eſt acquiſe du meſtier de la
Guerre , auſſi capable de
l'employ de General , que ſa
naiſſance le rendoit digne de
ce nom , qui honore toujours
celuy qui en eſt reveſtu , &
à qui un Prince ne fait pas
toujours , honneur.
qu'on puiſſe commander des
Armées ſans s'expoſer à des
perils manifeſtes , & qu'un
General ſoit plus utile en
Quoy,
donnant fes ordres , qu'en ſe
GALANT. ICI
il
trouvant luy- meſme à toutes
les occafions perilleuſes,
noſtre intrepide Heros a crû
que dans ſes premieres Campagnes
, s'il ne voyoit tout
par luy- mefme ſans avoir égard
aux dangers , quelque
apparens qu'ils fuffent
n'auroit pas toute l'experience
neceffaire pour commander
, & pour vaincre à
l'avenir ; ainſi il affrontoit
les perils à chaque moment
du jour , au lieu que les Volontaires
n'eſtoient expoſez
que les jours que leurs Regimens
montoient la Tranchée.
Tout le Camp retentiſſoit
des loüanges que les
Troupes donnoient à ce
Prince , les Ennemis meſmes
n'ont pûluy en refuſer , & l'on
doit croire que ſi par une
E 3
102 MERCVRE
د & bonté toute genereuſe
dont on n'a point encore vû
d'exemple , le Roy en facri
fiant ſes propres intereſts , a
donné la Paix à l'Europe , la
valeur de Monſeigneur le
Dauphin la forcera à la demander.
La joye que ce Prince
a donnée au Roy eſt ſi
grande , que la France luy en
eſt redevable , puis qu'elle
peut aider à prolonger les
jours d'un Monarque qui l'a
renduë fi redoutable , & qui
l'a mife dans le plus haut degré
de gloire ; d'un Monarque
qui fait toute ſa joye &
toutes ſes delices , & pour
qui elle donneroit tous ſes
trefors ,& verſeroit tout fon
ſang ; d'un Monarque qui
peut encore luy eſtre ſi utile ,
& dont elle ſouhaiteroit que
: :
GALANT. 103
,
les jours duraſſent autant que
la gloire de ce Prince vivra
dans la Poſterité & qu'-
elle conſervera la reconnoifſance
de tout ce qu'il a fait
pour ſon accroiſſement pour
faire fleurir chez elle les Arts
& le Commerce pour la
rendre glorieuſe& tranquille ,
abondante en toutes chofes ,
redoutable à ſes Ennemis , &
l'admiration de l'univers . Il
n'y a point à douter que les
jours d'un Fils qui a fi heureuſement
travaillé à faire
prolonger ceux d'un tel Pere ,
par la joye & la fatisfaction
qu'il luy donne , ne foient
augmentez . C'eſt ce qui a
cauſé en France une allegreſſe
ſi univerſelle aprés la priſe de
Philisbourg ; c'eſt ce qui a
fait allumer les feux que nous
E 4
104 MERCURE
avons vûs ; c'eſt ce qui a produit
les acclamations de tous
ceux qui ont pû parler , &
les éloges de tous ceux qui
ont pû écrire , tout a publié
les loüanges de ce jeune
Conquerant ; le plus grand
des Rois a eſté au devant de
luy , chacun s'eſt empreſſe
pour le voir on a verſé
des larmes de joye
ce triomphe a eſté infiniment
plus glorieux & plus
ſenſible à cet aimable Prince,
que toutes les victoires qui
venoient de luy acquerir une
gloire qui vivra dans tous les
fiecles , puis qu'on lira les
Conqueſtes de ce Prince dans
l'hiſtoire de LOUIS LE
GRAND.
&
Je croy vous faire plaiſir
d'ajouter à cet Eloge des ג
GALANT.
105
Vers qui ont eſté eſtimez
de tout le monde. Vous dire
qu'ils ſont de Mr Boyer , de
l'Academie Françoiſe , c'eſt
vous affeurer de leur beauté.
Vous ſçavez que tout ce qui
part de luy , a ce caractere
noble qui eſt tant à ſouhaiter
, & qu'il eſt ſi mal-aifé
d'acquerir. Vous y trouverez
un paralelle fort ingenieux
dés deſſeins formez こ
د contre
l'Angleterre , avec ce qui
s'eſt paſſé du coſté de Philifbourg.
106 MERCURE
?
SUR LA CAMPAGNE
DE MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
M
STANCES.
:
VSE , qui vois LOVIS reprendre
fon Tonnere ,
Tandis qu'on voit ailleurs s'élever
une Guerre , :
Dont l'appareil terible étonne nos
regards , [meraire,
Compare l'attentat d'un Peuplete-
A ce beaumouvement d'un Monarque
& d'un Pere ,
Quandil a pourfon Fils ouvert le
Champ de Mars.
"?
Làl'infolent orgüeil arméd'une
imposture
GALANT. 197

Injurieuse aux Loix,au Trone,à la
Nature,
Pouſſe jusques au bout la barbare
fureur .
Icy la genereuse & Sage Politique
Arme pour l'Equitéle Courageberoique
,
Et l'Amour de la Gloireanime la
Valeur
Sous lepoids étonnantd'une Flote
nombreuſe ,
levoy de l'Oceangemirl'Ondeécumeuse
,
:
A
Etfremir du Complot desfiers Republiquains.
Des Secours mandiez, des Troupes
zamassées
Qu'àsuivreleurs Drapeanse on a
presque forcées ,
Vontportersur un Roy leurs parricides
mains .
Evi
3
108 MERCU RE
Cependant un Heros plein d'une
noble audace ,
Soûtenant hautement la gloire de
fa Race ,
Va punir l'Injustice&la Temerité,
Et menant avec luy la Force & la
Sageffe ,
Vange les Droitsfacrezd'unegrande
Princeffe ,
Etdufuperbe Rhin abbaiſſe lafierté
Quandle Bataveauxsoins d'une
Entrepriſe horrible
Sacrifieun Commerce abondant &
paisible Rois
Et bravefierement la puiſſancedes
Nostre jeuneHerospoursuivant, Sa
Carrier,e
A chaque pas qu'il fait recule la
Frontiere,
Et marque chaque instant par d'il
Luftres Exploits.
GALANT . 109
Tremblez , fiers Ennemis du Ponvoir
Monarchique ,
Quivoulez envahir le Thrône Britannique
,
Pour tourner ſur LOVIS un impuif-
Santcouroux.
Son Fils va chaftier voſtre jalou
Serage,
Ilafur Philisbourg effayéfon Cou
rage,
Et lefoudre vangeur qui doit tomberfurvous.
LOUIS à qui toûjours la Victoire
eft fidelle ,
La cedant à fon Fils qui ſoûpire
pour elle,
Se fait par cet effort un triomphe
Plus beau. 2
Ces Combats , ces Exploits,cette
:
Gloire qu'ilaime ,
Illes veut retracer dans un autre
T
Luy mesme
по MERCVRE
Et donneràses yeux un spectacle
nouveau .
Gardez de vousflatter sur quelque
difference :
Le Fils avec le Pere a tropderef-
Semblance ,
Ilamefme Afcendant,mesmeNom,
mesme Coeur.
Meſurez l' Avenirſur cequ'ilvient
de faire ,
Etvoyez dans ce Filsſidignedefon
Pere ,
Le Second que le Ciel donne àvoftre
Vainqueur.
Vous esperezen vain aux difgraces.
communes ,
Aux prompts abbaiſſemens des plus
hautes Fortunes ,
De nos prosperitezrien ne borne le
I CONTS Y ( Oracles ;
LeDestindeLOVISdement tous vos
GALANT.:
C'est unfonddeGrandeur,de Gloire
de Miracles ,
Quine tarit jamais , & qui greffit
toûjours.
Voicy d'autres Vers adreffez
auRoy par M. de la Vie,
fur la premiere Campagne de
ce jeune Prince
Grand Roy,
de l'vnivers &la
mour , & l'effroy ...
Quine visjamaisfousta loy ,
Changer l'inconstante Victoire ,
Quandfur les pas d'un Fils tu luy
dis de courir
Tufais en commençantfa gloire
Que la tiennenepeut perir.
De ta vertu,de ton empire ,
Ilparoist à lafois l'beritierglorieux:
Il charme nos coeurs & nosyeux
Par tout ce qu'entoy l'on admire.
112 MERCVRE
Taforce, ta clemence , & ton rare
bonheur ,
Ton infatigable valeur ,
Vainquent en luy plus que luymesme
;
Tabonté,tasagesse ,& ta grande
équité
En luy gouverneront de mesme ,
Nostreheureuse pofteritė.
Ainsi le bonheurde la France ,
Afſuré deformais ; rend nos defirs
contens;
On levoit au deſſus & dufort &du
temps ,
Comme l'on y voit ta puiſſance.
Son Superbe Ennemyſiſouvent terraffe,
Se vangeoit toujours du paffé ,
Par un avenir en idée ;
Mais il voit , en tombant fous ce
nouveau Vainqueur ,
Lavanité de ſapensée ,
Et la fuite defon malheur
GALANT. 113
Vncoup d'eßay Iny fait connoistre ,
Que le Heros , par qui tu l'abas
auiourd'huy ,
Devenant nostre ferme appuy ,
Sera fon invincible Maistre.
Déja , malgré l'hyver , par mille
beaux exploits,
Dans l'espacepresque d'unmois,
De lauriers il couvre sa teſte;
Bien -toft , s'il achevoit le cours de
fes hauts faits ,
L'Europe feroit sa Conqueste ,
Et tes Ennemistes Sujets .
Mais fais qu'à l'exemple du Pere,
Le Fils , grandenvaleur , &plus
grand en vertu ,
Ayant veu ce qu'il pourroit faire ,
Soit fatisfait de l'avoir pu.
En vous parlant des Vers
qui ont eſté faits fur cette heu114
MERCVRE
reuſe Campagne , je croy vous
devoir entretenir d'une autre
choſe , qui contribuera ſans
doute à faire connoiſtre combien
le ſuccés ena eſté important.
Chacun ayant fait paroiſtre
ſon zele pour la gloire
de Monſeigneur le Dauphin ,
felon ſon genie & fon talent,
Monfieur Bonart a donné au
Public une Eſtampe dela priſe
de Philisbourg , d'aprés le
Tableau qu'il en a luy -mefme
peint. C'eſt un Ouvrage conſiderable
pour la grandeur &
pour fon travail , & qui eſt
dans le gouſt de ceux de cette
nature qui ont eſté faits par les
plus grands hommes. Auſſi
Monſeigneur le Dauphin , à
qui l'Auteur a eu l'honneur de
le preſenter , en a t- il eſté ſatisfait.
Comme ce Prince deſſine
GALANT.
parfaitement bien & qu'il
fçaitmême graver,il juge tresbien
de ces fortes d'ouvrages ,
&en connoiſt toutes les beautez
& tous les defauts. Cette
Eſtampe ſe vend ſur le Quay
des Morfondus , aux quatre
Vents. ر
L'eſprit des hommesdevient
plus fubtil de jour en jour ; il
n'y a point d'art qui ne leur
doive ſa perfection , & on eſt
furpris de leur voir toujours
trouver de nouveaux moyens
pour faire apprendre les Sciences
en peu de temps , & pour
éclaircir tout ce qui peut faire
naiſtre des difficultez en quelque
matiere que ce puiſſe
eſtre. Il vient de paroiſtre une
Table perpetuelle des quatre
principales Phaſes ou apparitions
de la Lune, par laquelle
116 MERCVRE
ſans aucun calcul , & fans aucune
fupputation , mais par le
ſeul aſpect , on connoiſt pour
tout temps les jours des mois
où arrivent les nouvelles , &
les pleines Lunes , les premiers
& derniers quartiers ,
comme auſſi le lieu du Ciel
où elle ſe trouve dans le
temps de ces apparitions ; on
y trouve auſſi où le Soleil
eſt placé dans le Ciel au
temps de ces quatre Phaſes
de la Lune. Si cette Table
eſt bien recenë du Public
comme il y a fort grande apparence
, l'Auteur en promet
d'autres qui font toutes difpoſées
, & qui tous les jours
à perpetuité , par le ſeul afpect
, marqueront l'âge de la
Lune , & fon lieu , auſſi bien
que du Soleil dans le Ciel .
:
,
GALANT. 117
Le Roy a donné le Gouvernement
de Guyenne , qui
vaquoit depuis la mort de
Mr le Duc de Roquelaure , à
Mr le Comte de Toulouſe ,
Amiral de France. Les Princes
d'une auſſi haute naiffance
que la ſienne font ſi con
nus , qu'il me ſeroit inutile
de vous en parler . Sa Majesté
a auſſi nommé Mr le Maréchal
de Lorge pour commander
dans la mesme Province
juſqu'à ceque ce jeune Prince
foit en âge de faire les fonctions
de Gouverneur. Ce Maréchal
n'eſt pas ſeulement .
grand Capitaine du coſté du
courage , mais encore ducoſté
des manieres de faire la guerre,
s'eſtant appliqué à étudier
celles de feu Mr de Turenne
fon Oncle. La retraite qu'il,
118 MERCVRE
fit aprés la perte de ce grand
homme , avec une Armée
abattuë de douleur , & à qui
la conſternation oftoit la
force & le courage , a paffé
pour une des plus ſages & des
plus grandes actions , qu'un
Capitaine conſommé dans le
métier de la guerre puiſſe jamais
faire.
Mr l'Abbé de la Perouze ,
Doyen de la Savoye, ayant à
la priere de Meſſieurs de Dijon
, engagé Mrs les Abbez
Brunet , du Flos , dela Ruë ,
Vivans , & les autres Docteurs'
qui l'avoient accompagné en
la derniere Miſſion de S. Paul
à Paris , à en entreprendre une
ſemblable en cetteVille Capita
lede Bourgogne,il la commença
lepremter Dimanche de l'Avent
, & elle n'a eſté termiGALANT.
119
!
née que depuis fort peu de
jours. Dieu y a tellement ré-..
pandu ſa benediction , que
dés deux heures du matin les
Peuples accouroient en foule
à la porte de l'Egliſe pour y
retenir leur place au moment
qu'elle s'ouvroit , ſans que la
rigueur de la ſaiſon fiſt relacher
leur ferveur. Meſſicurs
du Parlement ordonnerent
que l'Audience ſe tiendroits
plûtoſt , afin qu'ils puſſen:t
affiſter au Sermon de dix
heures ; outre ceux du matin
, il y en avoit deux autres
le foir. Il s'est fait pendant
ce temps pluſieurs retraites
generales de perſonnes
de tous Erats , dont la
moindre a eſté de plus de
mille perfonnes. Ae ne vous 1
rapporte point icy les prodi.
5
120 MERCURE
gieuſes reſtitutions qui ont
eſté faites , ny les reconciliations
preſque ineſperées dont
on eſt venu heureuſement à
bout. Ce détail pourroit faire
peine aux perſonnes interefſées
, quoy qu'on ne les nommaſt
point. C'eſt la foixante
& dixiéme Miſſion que Mr
l'Abbé de la Perouze a entrepriſe
depuis vingt - quatre
ans qu'il eſt Docteur de la
fameuse Maiſon de Sorbonne .
Le 13. de ce mois , il ſe fit
une grande Ceremonie dans
l'Egliſe de Saint Nicolas du
Chardonet , à l'occaſion du
Baptefme de trois Turcs
dont l'un nommé Mehemet ,
natif de Thunis , eſt âgé de
cinquante cing ans , & en apaſſe
vingt- fix eſclave à Gen- :
nes. Le ſecond nommé Ibrahim
IGALANT. 121
him , qui eſt d'Alexandrie en
Egypte , & âgé de vingt fix
ans , ayant communiqué au
Conful François l'envie qu'il
avoit d'embraſſer la Foy
Chreftienne ,dgagna de nuit
à la nâgepun Vaiſſeau qui
eſtoit hors da Port à la
rade ; & paffa en France , &
le troifiément qui s'appelle
Achmet matif de Biſerte ; &
-âgé de vingt deux ,ans fut
pris prés de Barcelone par les
Eſpagnols qui le vendirent
aux Genoislie chez lesquels
cilna aſté eſolaves trois ans .
Leur bonne fortune les ayant
fait venir à Paris ,ils s'adrefferent
am Pere Verdun , Reli-
-gieux ldu Grand Convent de
l'Obfervance de S. François ,
de Toulouſe , qui travaille
depuis longtemps avec des
Janvier 1689 . F
122 MERCURE
-
ſoins infatigables , & avec
tane d'utilité pour la confervation
des Saints Lieux , &
pour le ſecours des Religieux
de fon Ordre qui les deſſer-
Event , auſſi bien que pour
tous les Catholiques de la
Terre-Sainte. Ce Pere a fait
voir par l'ardente charité qui
l'a porté à inſtruire les trois
Tures que je viens de vous
nommer , que rien ne le touche
plus ſenſiblement que la
converfion de ees Infidelles
parmy leſquels il a vécu trois
ou quatre années , & Dieu a
beny ſi viſiblement les foins
qu'il a pris de leur expliquer
nos plus auguſtes miſteres ,
qu'en deux mois d'inſtruction
ils ont paru ſçavans
dans les veritez de noſtre
Foy ,& dans les points prin-
,
2
4
GALANT.
123
,
cipaux de la Religion Chreſtienne
dont ils n'avoient
pas auparavant les moindres
principes . La Ceremonie de
leur Baptefme ſe fit à trois
heures aprés midy , en prefence
d'un nombre preſque
infiny de témoins. Des Perfonnes
de la premiere qualité
leur ſervirent de Parrains &
de Marraines. Mehemet fat
nommé François , Ibrahim
Charles , & Achmet Antoine.
LeBaptefine fait, le Pere Verdun
leur! fit un Difcours en
Italien , pour leur faire comprendre
l'excellence du Sacrement
qu'ilsvenoientde recevoir
,& l'obligation qu'ils
avoient de ſe ſervir utilement
de la grace qu'il avoit pleu à
Dieu de leur faire. Ils fontaux
Nouveaux Convertis , où ils
F 2
124 MERCURE
ont eſté placez par le zele
de Mr'le Theologal , Adminiftrateur
de cette Maiſon .
:: Comme le Roy n'a rien
ſouhaité avec plus d'ardeur
que de voir la Religion Catholique
regner feule dans
tout fon Royaume , ce Monarque
continuant ſes bontez
pour les Nouveaux Conevertis
, altoujours foin qu'il
dedtrouve un fond fuffiſant
pour le payement de leurs
Penſions . Après avoir pourveu
au quartier d'Avril de
ces Penſions par les deniers
qui pouvoient eſtre entre les
mains de ceux qui avoient
eſté commis à la regie des
biens des Confiftoires & des
Miniftres ;& autres de laReligion;
Pretenduë Reformée
qui font fortis du Royaume ,
GALANT.M 1251
dans les Provincesde Langue- 1
doc & de Provence , & dans
les Generalitez de Mets,Lion,
& Chalon , Sa Majesté voulant
pourvoir,jau payement dub
quartierde Iuillet ſur les fonds
qui font entre les mains de
ceux qui ont fait la regie des
meſmes biens dans les Genesi
ralitez de Roüen , Caën , Bordeaux
, Montauban , Limoges, t
Tours , Amiens , Poitiers , &
Dijon , & dans les Provinces
de Dauphine & de Flandres au
départementde Lille ,a ordon-l
né que les Commis prepoſez:
à la regie de ces biens dans}
ces Provinces & Generalitez
ferontobligez de remettre in
ceffamment entre les mains
de M. Clement, chacun à pro-)
portion de ce qu'ils peuvent
avoir touché la fomme de
F3
126 MERCURE
:
121855. livres , pour eſtre em.
ployée au payement du quar-,
tier de Juillet , ſuivant l'eſtat
quia eſté arreſté de ces fortes
dePenfions, montant à la mefme
fomme . Cela eſt expliqué
plus au long dans l'Arreſt du
Conſeil d'Estat du Roy, donně
le dece mois d
-De toutes les paſſions ,l'Amour
est celle qui donne lieu
à plus de bizarres avantures ,
je vais vousen apprendre une
aſſez finguliere. Vne Demoifelle
fort bien faite , ayant atteint
l'age' de vingt deuxans
ſans s'eftre hâtéede ſe marier ,
parcequ'elle estoit difficilefur
lechoix,ferencontra un jour
chez une Dame , où eſtoit un
Cavalier qui avoit entendu
parler d'elle pluſieurs fois d'une
maniere fort avantageuſe.
:
GALANT . 127
-
Elle n'avoit point de Mere , &
comme beaucoup de ſageſſe
regloit ſa conduite , fon Pere
la laiſſoit vivre ſur ſa bonne
foy,& s'eſtoit contentéde met
tre auprés d'elle pour la bienſeance,
uneFemme affez âgée
qui l'accompagnoit par tout où
elle vouloit aller. Le Cavalier
qui depuis longtemps avoit
grande envie de la connoiſtre,
ne laiſſa pas échaper l'occaſion
de s'affurer par luy meſme
du merite de cette aimable
perſonne. Il s'attacha à l'entretenir
, & luy prouya un tour
d'eſprit agreable remply
d'honneſteté , qui paſſoit ena
core ce qu'ilen avoit ouy dire .
Cette conversation l'autoriſa à
luy rendre une viſite peu de
jours aprés. Il eut tout fajet
d'en eſtre content , & fes ma
nieres nobles & touchantes luy
F4
728 MERGVRE
ayant gagné le coeur, les ſoins
qu'il continua de lay rendre
autoient eſté des plus affidus ,
A'elle euſt voolu'y confentir ;
mais comme il n'eſtoit pas f
aiſe de luy donner de l'amour
que d'en prendre enda voyant,
quelques proteſtations qu'il
puſtluy faire que s'il avoit le
bonheur de ne luy déplaire
pas , elle pouvoit ordonner de
ſa deſtinée , elle le pria de la
voir plus rarement, afin que
fa paſſion nelaveuglaſt pas ,&
que demeurant toujours le
maiſtre de ſa raiſon , comme
elle pretendoit l'eſtre de la
fienne ,ils pulſem examiner
faus nulle furpriſes'ils feroient
affez le fait l'un delautre
pour ſe rendre heureux en
s'époufant. Cette retenuë ne
fit que l'enflamer davantage;
fon coeur eſtoit tout occupé
GALANT 129
d'elle , & n'ayant pu obtenir
la liberté de la voir auſſi ſouventqu'il
le ſouhaitoit, il cher
cha à ſe foulager en
luy, écrim
vant , il avoit un talent partis
culier pour bien tourner un
Billet, & il eſpera que s'il pouvoit
l'engager à luy repondre,,
il aſſeureroit en quelque forte
le ſuccés de ſon amour . La
Belle receut ſa Lettre dans le
temps qu'une jeune Veuve de
ſes intimes Amies eſtoit avec
elle , & elle ne pretendoit que
luy faire faire une honneſteté
de bouche , quand fon Amie
la preſſa de luy répondre . Elle
repliqua qu'elle n'écrivoit jamais
, & que les Lettres les
plus innocentes, montrées indiſcretement,
faisoient ſouvent
faire de ſi méchans contes ,
qu'elle avoit bien reſolu de ne
s'expoſer jamais à un chagrin
Fs
130 MERCVRE
1
de cette nature.La jeuneVeuve
qui écrivoit agreablement ,
prit la plume à fon refus , &
quoy que la Belle s'obſtinaſt
d'abord à s'y oppofer , elle l'obligea
enfin de ſouffrir qu'elle
répondiſt pour elle. Cette
tromperie ne luy devoit rien
faire apprehender de facheux.
LaLettre ne pouvoit lay eſtre
imputée, puis qu'elle n'eſtoit
pas de ſon écriture , & quand
le Cavalier auroit cu l'indif
cretion de la faire voir , loin
d'en tirer aucun avantage , il
n'en pouvoit attendre que la
honte de s'eſtre vanté d'une
faveur qu'on ne luy auroit
point faire. I fut charmé de
cetre réponſe. Quoy que les
termes fuſſent allez generaux,
ily avoit une fineſſle d'eſprit
qui redoubla fon amour.Il crut
meſme y découvrir quelques
GALANTA 134
ſentimens qui le flaterent , c
rien neluy avoit jamais caufé
tantde joye. Il ne manqua pas
le lendemain d'aller voir la
Belle qui ne voulut point le
détromper,& qui recent pour
ſon compte toutes les loüanges
qu'il luy donna fur fa
maniere d'écrire . Il eut
grand ſoin de continuer ce
commerce de Billets. La Belle
ſouffroit que la jeune Veuve y
répondiſttoutes les fois qu'elle
fe trouvoit chez elle dans le
moment qu'ils luy eſtoient ap .
portez ,& elle trouvoit quel
que pretexte pour ſe défendre
d'écrire dans les autres
temps. Le Cavalier reliſoit
cent fois toutes les réponſes
qu'il croyoit eſtre de cette aimable
perſonne ,& il les regardoit
comme autant de gages
qui luy répondoient de fon -
FG
132 MERCURE
bonheur. Il fut croublé par un
Rivaldangereux,qui fut receu
de la Belleaffez favorablement
Ilavoit du bien &de la nailfance,
& il eſtoit fait d'une maniere
à ne pas rendre des foins
inutilement.Ses viſites devinrent
ſuſpectes au Cavalier. 11
contraignit d'abord fon chagrin
, & le laiſſa enſuite éclater
fur fon visage fans ofer s'en
plaindre à celle qui le caufoir.
Il ne put enfin s'empeſcher
d'en témoigner quelque choſe
àla jeune Veuve dont il s'étoit
fait amy , & prit le party de
luy écrire tout ce qu'il fouffroit
quand il trouvoit fonRival
chez fa Maiſtreſſe , dans la
penſée qu'elle lay laiſſeroit lire
fes Lettres ; & que les tendres
expreſſions dont il ſe ſervoit,
feroient capables de toucher
fon coeur. La Dame ne voulant
:
2
GALANTM 133
pas luyidaire connoiſtre la
tromperie qu'on luy avoit fai
te , employoit la main de fa
Suivante pour hiy répondre,
& tâchoit de bonne foy à luy
rendre les bons offices qu'il
exigeoit d'elle. Son Amie qui
neſe laiſſoit point preoccuper
par l'amour ; & qui vouloit
choiſir , à ſon avantage , trouvoit
fortmauvais que le Cava-t
lier ofaft condamner les hon-t
neſtetez qu'elle avoit pour ſon
Rival . Les plaintes qu'il ſe
hazarda à luy en faire lnymefme
, marquoient un caractere
d'emportement & dejalouſie
qui ne l'accommoda pas .
Elie luy dit qu'il ne pouvoit
prendre une plus méchante
voyepour ſe faire aimer , que
de vouloir agir avec tyrannie,
& qu'il priſt garde qu'une con
134 MERCURE
duite ſi peu raiſonnable pourroitne
fervir qu'à avancer les
affaires de celuy qu'il eſſayoit
de détruire. Ils eurent enfemble
pluſieurs differens fur ce
Rival trop bien écouté ,& la
jeune Veuve empefchoit fouventqu'ils
ne ſe brouillaſſent
avec trop d'aigreur , mais enfin
comme il ne put moderer
ſa jaloufie , la Belle ſe trouva
ſifatiguée de ſes plaintes , que
jugeantqu'unhomme qui n'étant
encore que ſon Amant
vouloit l'obliger de fe conformer
à fes caprices en uſeroit
avec une autorité infupportable
quand il feroit fon
époux, elle reſolut delay oſter
toute l'eſperance qu'il avoit
conceuë. Elle ne fongeoità ſe
marier que pour eſtre heureufc,
& les reproches continuels
GALAN T. 131
5
-
-
:
qu'il prenoit déja la liberté de
luy faire,luy faifoient connoiftre
que ſa conduite , toute reguliere
qu'elle aſtoit , ne le
fatisferoit pas. Ce qu'elle avoit
refolu fut executé , & dés le
premier demeſlé qu'ils eurent,
elle le pria de changer en amitié
les ſentimens qu'il avoit
pour elle . Elle ajouſta que fur
ce pied- låelle le verroit toû
jours avec plaifir ,parce qu'el
le avoit pour luy une veritable
eſtime , mais qu'aprés la connoiſſance
qu'illuy avoit donnéede
fon caractere , il ne devoit
pas attendre qu'elle s'aimaſt
aſſez peu , pour vouloir
paſſer ſa vie avec un homme
dont l'humeur n'avoit aucun
rapportà la ſienne.LeCavalier
fit toutcequ'il pûtpourl'adouciri
il employa fon Amic 2
136
MERCVRE
& il n'y eut point de ſoûmilion
qui ne fuſt miſe en
ufage , mais tous ſes efforts
farent inutiles , ellendemeura
inebranlable , & il fut contraint
de renoncer aux pretentions
qu'il avoitieuës. Il
allas'en conſoler chez la jeune
Veuve. Elle avoit de l'agrément
& beaucoup d'eſprit ,
& comme une paffion en
guerit ſouvent une autre , infenſiblement
il prit plaifir à
la voir. Il s'expliqua , il fut
écouté , & le ſeul obſtacle
qu'il trouvoit à fon bonheur
venoit de la crainte que la
Dame avoit qu'il ne fuſt toajours
touché de la Belle. Il la
voyoit encore quelquefois , &
elle lay oppofoit que c'eſtoit
un feu caché fous la cendre.
Il l'affeura qu'il n'alloit chez
t
4
GALANT.
137
elle de temps en temps que
par une pure bien ſeance , &&
pour l'empefcher de croire
que le dépit euſt ſuccedé à
l'amour , & qu'il ne fuſt pas
entierementdégagé. Sur cette
eſperance la jeune Veuve ,
à qui le Cavalier ne déplaifoit
paspalla demander à fon
Amie ce qu'elle voliloit qu'
elle fiſt de luy , parce qu'il
l'accabloid de viſites , & la
voyant rire de cette demanə
de , elle luy confia les fortes
proteſtations qu'il luy faifoid
d'un attachement fincere &
tendre. La Belle répondit
qu'elle n'avoit qu'elle mef
me à confulter , & que ſi ſon
caractere jaloux & bizarre ne
luy faifoiriopoint de peine ,
elle pouvoir faivre fon panchant
fans craindrende luy
138 MERCVRE
cauſer le moindre chagrin.
Leur mariage fut arreſté en
fort peu de temps ,& ils en
remirent la concluſion au
retour d'un voyage de deux
on trois mois quede Cavalier
fut contraint de faire pour
un procés évoqué par ſes
Patties à un Parlement fort
éloigné. Ils ſellpromirent de
s'écrire fort, ſouvent , & ils
fe tinrent parole. La Dame
continua d'emprunter la main
de ſa Suivante , parce que ne
luy ayant dien appris de la
tromperie qu'on luy avoit
faite touchant les réponſes
qu'il croyoit savoir receuës
de la Demoiselle , elle trouà
propos de ne luy
dire qu'elles eſtoient de ſon
écritures qu'aprés que le mariage
ſeroit fair. Il y avoit
ya
GALANT. 1394
5
trois ſemaines que le Cavalier
eſtoit party ;& la jeune Veuve
en avoit déja receu plufieurs
Lettres , quand fon Amie
l'eſtant venuë voir , luy
en montra une qu'elle avoit
receuë de luy le jour precedent.
Ce n'eſtoit qu'un com.
pliment de civilite , dont la
Dame ne ſe ſeroit point in- !
quietée s'il l'eaſt écrit à toute
autre mais il luy parut
qu'à fon égard, ce form obli
geant eſtoit un reſte d'amour ,
& un mouvement jaloux qui
la ſaiſit auſſi toſt luy fit
prendre le deſſein d'approfondir
les plus fecrets ſentimens
du Cavalier. Elle eut
cependant l'adreſſe de déguiſer
ſa ſurpriſe , & en affectant
un air enjoue , elle demanda
à fon Amie fi elle vouloit la
,
,
1401 MERCVRE
1
charger de ſa réponse. La
Belle luy dit qu'elle devoit
croire que n'ayant jamais écrit
au Cavalier , elle le feroit
encore bien moins après leur
rupture. Si toſ,t qu'elle fut
partie , la jeune,Veuve qui
s'eſtoit flatée de poffeder tout
lecoeur de fon Amant , your
Int (cavoir ce quien eſtoit.j
L'occaſion eſtoit belle pour
découvrir, avec une entiere
certitudo, il l'avoit trom-
Pés GALINY Dorant, qu'il ne
cefferoit jamais de l'aimer .
Elle prit la plame , & luy
ecrivit au nom de la Demoifelle
La Lestre, porteit que
Igs,marques de ſouvenir qu'il
venoit de Juy donner luy
estoient fort agreables , quoy
elle cuftlieu de ſe plaindre
de ce qu'il s'estoit refolu fi
?
1
GALANT.
141
promptement à n'eſtre que
fon Amy ; qu'un coeur bien
touché eſtoit incapable de
changer de ſentimens , qu'ellel'éprouvoit
par ceux qu'el
le confervoit toujours , &
que fi elle lay avoit caufé
quelques chagrins , il luy feroit
peut eſtre aiſe de les reparer
, ſi l'engagement qu'il
avoit pris , ne l'avoit pas miſe
hors d'eſtat de luy marquer
tout ce qu'elle eſtoit pour
luy . Elle finiſſoit en luy donnant
une adreffe particuliere ,
afin que fon nom ne paroiffant
point ſur l'envelope ,
ſes Lettres ne fuffent pas
en peril d'eſtre ſupriſes par
les Curieux. Le Cavalier donna
dans le piege , & le moyen
qu'il eust pu s'en garantir ?
Ilvitala meſme écriture des
142
MERCVRE
premiers Billets qu'il avoit
receus , & n'ayant point à
douter que ce ne fuſt celle
de la Demoiselle , il s'abandonna
à toute la joye que
peut cauſer une chofe
qu'on ſouhaite avec ardeur ,
& que l'on n'oſe eſperer.
Sa premiere paſſion ſe réveilla
tout à coup. La precaution
de vouloir éviter les
Curieux ſembloit l'aſſeurer
qu'on avoit un veritable deffein
de renoüer avec luy . Il
releut vingt fois la Lettre , &
tout remply d'une eſperance
flareuſe il fit réponſe ſur
l'heure felon l'adreſſe qu'on
avoit pris ſoin de luy marquer.
Il ſe ſervit de termes
ſi tendres , & employa des
expreſſions ſi vives , qu'il fur
aiſe de connoiſtre que c'e-
د
GALANT.
143
ſtoit le coeur qui les fourniffoit.
La Dame qui avoit pris
de juſtes meſures , ne manqua
pas de recevoir cette
Lettre. Elle y remarqua avec
chagoin que fon Amie eſtoit
toujours aimée en fecret , &
quoy qu'il luy fuſt facheux
de renoncer à l'amour du
Cavalier , elle reſolut de n'en
eſtre pas la dupe. La maniere
dont il s'expliquoit luy fit
comprendre qu'il n'y avoit
rien de plus dangereux que
d'épouſer un homme prévenu
d'une forte paſſion qu'un.
nouvel engagement n'avoit
pu éteindre , & ne fongeant
plus à le conſerver pour fon
Amant , elle voulut pouffert
l'infidelité qu'il commençoit
àluy faire , juſqu'au plus haut
point où il pouvoit la por-
:
/
144
MERCVRE
ter . Elle luy manda qu'elle
eſtoit fort fatisfaite des affurances
d'amour qu'elle recevoit
de luy , & qu'elle avoit
beaucoup de panchant à y
répondre , mais qu'elle eſtoit
combattuë par le doute où
elle eſtoit qu'il vouluſt quitter
la Dame pour luy redonner
toute ſa tendreſſe . Le Cavalier
ne balança point fur
le facrifice qu'on luy demandoit
,& comme pour le tenir
tout- à- fait certain , on voulut
avoir toutes les Lettres que
la jeune Veuve luy avoit é
crites , il eut l'imprudence
de les envoyer. La Damequi
ſedonnoit certe Comedie , auroit
fenty vivement l'outrage
qu'il luy faifoit , ſi l'affarance
de l'en voir pany ſeverement
ne l'euft confolée.
Tandis
1
GALANT. 149
Tandis qu'elle luy écrivoit
ainſi de fa main pour la Demoiselle
, elle ſe ſervoit de
celle de ſa Suivante pour luy
écrire en ſon propre nom.
Ce qu'il y eut de plaiſant ,
c'eſt qu'à meſure que les Lets
tres qu'il croyoit venir de
ſon Amie eſtoient pleines de
tendreſſe , celles qu'il adreſſoit
à la jeune Veuve , marquoient
le degouſt d'une perſonne qui
les écrivoit avec contrainte.
Elle ſe divertiſſoit à luy en
faire de legers reproches , &
il s'excuſoit fur ce qu'un
procés ne met pas les gens
de bonne humeur. Il accom
moda le ſien , & relâcha même
de ſes droits , par l'impatience
qu'il avoit de retourner
auprés de la Belle. Il revint
tout triomphant , & ne
Janvier 1689 . G
ISO MERCURE
doutant point de ſa conquefte.
L'amour luy épargnoit
les remords de fon infidelité
, & il alla d'abord chez
la Belle dont il eſperoit un
accueil charmant . Il fut fort
furpris quand tout au contraire
il s'en vit receu avec
beaucoup de froideur. Elle
lui demanda s'il avoit veu fon
Amie , & fur la réponſe qu'il
luy fit qu'il ſçavoit trop bien
aimer pour en avoir eu aucune
penſée , elle tomba dans
un tel étonnement qu'elle demeura
muette. Tout ce qu'il
luy dit ne ſervit qu'à augmenter
cet étonnement. Elle
n'y comprenoit rien ,& comme
il ne s'expliquoit pas
nettement', parce qu'il croyoit
eſtre entendu aprés les Lettres
qu'il prétendoit avoit d'elle ,
GALANT.
151
l'embarras de cette Belle
Perſonne devenoit toujours
plus grand; Elle ne fut éclaircie
de rien , à cause de l'arrivée
du Rival qui avoit eſté
la cauſe de leur rupture. La
Belle qui le devoit épouſer
dans quatre jours , luy fit des
honneſtetez fi obligeantes ,
que le Cavalier n'en put eſtre
le témoin. Il fortit deſeſperé
& dit ſeulement tout bas à
la Belle , qu'elle auroit peuteſtre
lieu de ſe repentir de ſa
tromperie. Une menace ſi
bruſque mit le comble à fa
furpriſe. Elle crut qu'en chan-
- geant d'air il avoit perdu
l'eſprit ; & ne ſçavoit à quoy
imputer un procedé qui luy
paroiſſoit fi extravagant. Il
alla chez une perſonne par
qui il pouvoit apprendre en
G 2
152
MERCVRE
quels termes la Demoiſelle
eſtoit avec ſon Rival . On luy
dit que les articles eſtoient
ſignez , & que le mariage ſe
devoit faire au premier jour.
Il ne comprit rien de ſon
coſté à une conduite fi peu
ordinaire . La Demoiselle
dont les manieres honneſtes
eſtoient estimées de tout le
monde , luy avoit toujours
paru incapable d'un tour pareil
à celuy qu'on luy jouoit ,
& en cherchant pourquoy
elle le traitoſt ſi indignement
, il crut que tout cela
s'eſtoit fait pour obliger ſon
Amant , qui par haine ou par
caprice pouvoit avoir exigé
de fon amour un traitement
i injurieux. Il ne voyoit pas
pourtant quel intereſt luy
avoit fait ſouhaiter qu'il traGALANT.
153
د
hiſt la jeune Veuve. Il n'y
avoit qu'à ne point troubler
leur union & il n'euſt jamais
repris de nouvelles ef
perances . Quoy que la maniere
dont elle avoit agy avec
luy le touchaſt ſenſiblement ,
il ne put s'imaginer qu'elle
cut pris plaifir à le broüiller
avec ſon Amie. Le lendemain
il alla chez elle comme ne
faiſant que d'arriver. Les reflexions
qu'elle avoit faites
l'ayant renduë maiſtreſſe de
l'émotion qu'elle devoit avoir
en le revoyant , elle le
felicita d'un air tranquille ſur
ſon racommodement , & luy
dit en meſme temps qu'elle
n'auroit jamais cru qu'il euſt
vou'u la facrifier à une perſonne
dont il n'eſtoit que
trop ſeur qu'il ne pouvoit
G3
154 MERCVRE
eſtre aimé. Le Cavalier
n'ayant rien à répondre à ce
reproche , garda un profond
filence , & la Dame luy porta
le dernier coup en luy montrant
toutes les Lettres qu'il
avoit écrites , & à ſon Amie ,
& à elle - meſme. Il s'écria
qu'il n'y avoit jamais eu une
telle trahifon & perfuadé
par ce qu'il voyoit que la
Demoiselle avoit tout remis
entre les mains de la Dame ,
il fortit tout en fureur fans
chercher à s'excuſer. Il connut
bien qu'il luy feroit impoſſible
d'en venir à bout , &
dans ce mefme moment il
alla trouver la Belle. Il fit paroiſtre
tant d'emportemens
dés qu'il commença à luy
parler , que pour en pouvoir
démeſler la cauſe elle refolut
GALANT. 155
de l'écouter ſans l'interrompre.
Il lay reprocha l'artifice
de ſes Lettres , pour tirer de
luy celles qu'elle avoit voulu
qu'il luy envoyaſt de la
jeune Veuve , & ajoûta qu'en
les publiant il la couvriroit
de honte. La Demoiselle demanda
à voir ces Lettres , &
les ayant luës avec beaucoup
de ſurpriſe , elle l'aſſura qu'il
n'y en avoit aucune que fon
Amie n'euſt écrite. Elle luy
conta ce qui s'eſtoit fait touchant
ſes premiers Billets , &
luy avoua qu'ayant receu une
de ſes Lettres un peu aprés fon
départ , elle l'avoit leuë à la
jeune Veuve , proteſtant que
c'eſtoit la ſeule qu'elle euſt
euë de luy pendant ſon
voyage , & que puis qu'elle
luy avoit promis de le regar
G4
156 MERCURE
der toujours comme ſon A
my , il luy faifoit une grande
injure , s'il luy croyoit
l'ame affez mal faite pour
avoir contribué à la tromperie
dont il ſe plaignoit ;
qu'elle eſtoit au defeſpoir
qu'on euſt employé fon nom
pour l'abufer , & qu'en toute
occaſion elle luy donneroit
avec plaifir des marques de
fon eſtime . Le Cavalier convaincu
qu'il n'avoit aucun
ſujet de ſe plaindre d'elle
voulut entrer dans les ſentimens
que ſes fauſſes Lettres
avoient remis dans ſon coeur ,
& la Belle l'arreſta en
priant de vouloir bien s'en
teoir aux termes dont ils
eſtoient convenus , puis qu'-
elle eſtoit preſte à ſe marier
& que tout ce qu'il pourroit
>
le
:
GALANT. 157
luy dire de ſa paſſion ſeroit
inutile. Il ſe voyoit dans une
facheuſe ſituation. Les charmantes
eſperances qu'il avoit
repriſes eſtoient perduës
pour toujours. Il n'avoit rien
à attendre de la jeune Veuve ,
à qui il avoit fait un outrage
qui ne pouvoit eſtre reparé ,
& il auroit eu luy - meſme
beaucoup de peine à luy pardonner
l'eſtat malheureux où
elle l'avoit reduit , en rallumant
une flame qu'il eſtoit
contraint d'éteindre encore
une fois . Dans ces agitations
il ne trouva pointde plus ſeur
moyen d'oublier tous ſes chagrins
,que de ſe donner entierement
à la gloire. On fe
preparoit pour aller à Philisbourg
, il prit party dans les
Troupes , & ſe rendit devante
G
158 MERCURE
cette Place , où il a fait d'aſſez
belles actions pour n'avoir pas
laiſfé ſon nom inconnu .
J'oubliay le mois paſſé de
vous dire que le Pere Mourgues
Jeſuite , avoit fait l'ouverture
des Ecoles de Mathematique
à Poitiers devanttous
les Ordres de la Ville , & en
prefence de Monfieur l'Intendantd'une
maniere fort ſpirituelle
. Cet illuftre Profeſſeur
expoſa à l'Aſſemblée la place
dePhilisbourg, qui eſt un heptugone
qu'ilavoit fait relever
tres proprement en bois , &
dans de juſtes meſures. Tous
les Baſtions étoient couverts .
de leurs demy - lunes & les
courtines garnies de leurs ravelins
. On y voyoit l'ouvrage
couronné & l'ouvrage à cor-
Inc & dans le centre du
Fort, au lieu marqué pour la

GALANT.
159
ی
place d'Armes , on avoit mis
la Medaille de Monſeigneur
Je Dauphin , où eſtoit la Deviſe
dece Prince. C'eſt l'Etoile
du matin avec un Soleil ſur
l'horiſon . Cette Etoille qui eſt
nommée Lucifer , ſe fait voir
feule dans le Ciel affez longtemps
aprés le lever du Soleil.
Ces paroles ſervoient d'ame à
ceCorps; Coram micat uni. Comme
le Pere Mourgues ſçait parfaitement
les belles Langues, il
a fait auſſi une Deviſe Italienne
à la gloire de cejeune Conquerant
,& je vous l'envoye . Le
Corpseſt un Aigle portant un
foudre dans ſes ſerres , & ce
mot pour ame . Par Giove all'armi
. L'explication eſt fort juſte
& l'application ne l'eſt pas
moins.
: Euggi l'Aquile inermi »
Imbelio Stuolo ,
G6
100 MERCURE
Che ti vien ſopra il Rè de
l'Aria, e parmi
Degno dell'alto .
all'armi , al valo ,
Impero ১৯
Al volo Aquila si ; pur
Giove all'armi ..
Le vous envoye une Medaille
qui a eſté frapée à l'occaſion
de la Naiſſance du Prince de
Galles. Elle s'explique aſſez
d'elle - mesme ſans qu'il foit
beſoin queje vous donne aucun
éclairciffement fur cetouvrage.
En vous parlant de ce
jeune Prince ,je me souviens
d'un Sonnet qui a eſté fort applaudy
de toutela Cour , &
que vous ferez, bien aiſe de
voir. Il fut preſenté au Roy
par Monfient l'Abbé Flanc , le
lendemain de l'arrivée du Roy
d'Angleterre , auprés de Sa
Majesté.
BRITANNIARUM
IID.
G.
IACOBUS
FELICITAS
*
*
IMPERATOR
PUBLICA
.
OBFELICISS: M.BRIT.PRINC.NATIV:20 ION
1688
IGVITUSIQBOMARCDALBYVILL
LT SAROM IMFAPUDBAT.
ABLE SIXC: C.C.

GALANT. I161
Le Roy d'Angleterre ,
AU ROY
SONNET.
1
Ror, Protecteur des Rois dans
leur adverſité ,
Ie fondefur toyfeut toutemon espe=
rance ,
Ie viens dans mes malheurs implo
ver ta vangeance
Contre lefacrilege & l'infidelité..
L'ay maintenu la Paix par mon autorité,
Les plus fiers Potentats briguoient
mon alliance.
Etdans ce haut degré de gloire &
depuissance ,
Tout ſembloit confpirer à ma fes
licité..
162 MERCVRE
Cependant au milieu de magrandeurfupréme.
Abandonné , trabi , je perds le
Diademe
Ce terrible attentat fait horreur
aux Mortels.
1
Contre un Vfurpateur,Grand Prin
ce, prens ta foudre ,
Reduisdans mes Etats ces Rebelles
en poudre ,
Vange les droits facrez du Trône &
desAutels..
Je vous parlay il y a deux
ans de la Theriaque , que fit
Monfieur de Roviere , & vous
appris beaucoup de choſes curieuſes
fur ce ſuiet. Il n'en fit
alorsque fix à ſept cent livres
peſant , mais ce grand remede
aeſté trouvé ſi bon , & a proGALANT.
163
duit des effets ſi évidens pour
la ſanté , qu'on peut dire qu'il
apreſque redonné la vie à des
perſonnes du Sang Royal , de
forte que n'en ayant plus que
fort peu , & ce remede étant
recherché avec empreſſement,
il en va faire quatorze censlivres
ſous les auſpices de Monfieur
le premier Medecin du
Roy. Comme il n'ya rien de
plus beau , & de plus curieux
à voir que les choſes qui compoſent
ce remede , elles feront
expoſées à la cenſure du public
chez Mr de Roviere . On
y verra ce qu'il y a jamais eu
de plus rare dans cette compoſition
, au defaut dequoy on
n'a ſouvent pas fait difficulté
de ſubſtituer d'autres Simples .
Il faut vous apprendre ce que
c'eſt que certe ſubſtitution,que
164 MERCURE
la neceſſité oblige de permertre.
Lors qu'ileft abſolument
impoſſible de trouver quelqu'une
des drogues qui doivent
entrer dans la Theriaque.
on permet d'en mettre quelque
autre à la place , qui ait une
vertu approchante de cellequi
manque . On verra parmy les
choſes rares qu'on prepare
pour ce grand remede , beaucoup
de Falcitis ,& de Baume
de Judée , ainſi que toutes les
Fleurs neceffaires,comme dans
leur premiere beauté , par les
foins que Mr de la Roviere a
pris d'entrerenir commerce
avec ceux qui en ont dans les
Indes . La Salle ſera ouverte le
10.00 12. de Fevrier prochain ,
& on y verra ce curieux appareil
pendant le reſte dumois
LePublic fera averty par un
GALANT. 165
Imprimé fur ce ſujet.
LeRoyayant receu Chevaliers
de l'Ordre du Saint Eſprit,
le jour de la Pentecoſte de l'année
1686 Monfieur leDuc de
Chartres , Monfieur le Duc ,
Monfieur le Prince de Conty,
& Monfieur le Duc du Mayne,
je vous parlay dans mes
Nouvelles du mois de Juin de
la meſme année , de l'inſtitα-
tion de cet Ordre , & vous
envoyay une copie des Lettres
qu'on endreſſa dans le temps
qu'il fut creé. J'entray dans le
détail de ce qui s'obſerve pour
les preuves , & pour l'atteſtation
de vie & des moeurs ; je
vous fis une defeription des
habits,& des ceremonies qu'on
pratique à la reception des
Chevaliers , & vous envoyay
quelques uns des. Statuts de
166 MERCVRE
l'Ordre. Ainſi je ne vous repeteraypoint
toutce que je vous
ay déja écrit là-deſſus , puis
queſi vous voulez vous en rafraiſchir
la memoire , vous
n'avez qu'à relire la Lettre
dans laquelle je viens de vous
dire que toutes ces choſes ſont
contenuës. Cependant comme
je dois vous entretenir de la
derniere promotion ,je vous
marqueray ſeulement icy les
noms & les qualitez de ceux
qui viennentd'entrerdans cet
Ordre,& ne leurdõneray point
d'autre rang que celuy dans
lequel ils ont eſté nommez .
Cesar d'Eſtrées , Cardinal,
cy-devant Eveſque & Ducde
Laon , Pair de France.
Pierre , Cardinal de Bonzi,
Archeveſque de Narbonne ,
Conſeiller du Roy en ſes Con
GALANT. 167
ſeils , & Preſident né des Etats
de la Provincede Languedoc .
Charles - Maurice le Tellier,
Archevesque Duc de Reims
premier Pair de France.
Pierre du Cambout de
Coiflin , premier Aumônier
du Roy , Eveſque d'Orleans.
Louis- Jofeph , Duc de Vendofme
& de Mercoeur, Pair de
France , Prince d'Annet & de
Martigues Gouverneur &
Lieutenant general en Provence
, Lieutenant general des
Armées du Roy.
د
Loüis de Lorraine , Grand
Eſcuyer de France , Gouverneur
& Lieutenant general de
la Province d'Anjou , grand
Senechal hereditaire de Bourgogne.
Henry de Lorraine, Comte
de Brionne , receu en ſurvi
168 MERCVRE
vence de la Charge de Grand
Ecuyer de France , & du Gouvernement
d'Anjou .
Le Prince Philippes de
Lorraine .
Charles de Lorraine, Comte
deMarfan .
Charles , Seigneur de la
Trimoüille , Duc de Toüars ,
Pair de France , Prince de Talmont
, Comte de Laval , premier
Gentilhomme de la
Chambre du Roy .
Emanuel de Cruffol , Duc
d'Uſez , Pair deFrance; Prince
de Soyon , Comte de Cruſſol
&autres lieux , Gouverneur
& Lieutenant general des Provinces
de Xaintonge & d'Angoumois
.
Maximilien Pierre -François
de Bethune,Duc de Sully,Pair
de France . Prince Souverain
GALANT . 169
d'Henrichemont& de Boisbelle
, Marquis de Rofny & autres
lieux , Gouverneur &
Lieutenant General au Païs
Vexin , Ville & Château de
Mante
Armand- Iean du Pleſſis; Duc
de Richelieu & de Fronſac ,
Pairde France.:
François , Duc de la Rochefoucaut
, Pair de France , Prince
de Marcillac , Grand Veneur
, &Grand Maiſtre de la
Garderobe.
Loüis de Grimaldi , Prince
deMonaco , Duc de Valentinois
, Pair de France.
François Annibal d'Eſtrées
de Lauzieres , Duc d'Eſtrées ,
Pair de France , Marquis de
Coeuvres Gouverneur &
Lieutenant general au Gouvernement
de l'Ile de France .
,
170
MERCVRE
Antoine , Charles , Duc de
Gramont , Pair de France,Souverain
de Bidache , Gouverneur
de Navarre , & Païs de
Bearn , de la Ville & Citadelle
de Bayonne , & de Saint Jean
de Pied de Porc-
Armand Charles , Duc de
Mazarin , de la Meilleraye
& de Mayenne , Pair de France
, Prince de Portien , Comte
dela Fere &de Marle ,Gou .
verneur de la haute & baffe Alface
, & de la Ville & Château
de Brizac .
François de Neufville , Duc
de Villeroy & de Beaupreau ,
Pair de France, Lieutenant general
des Armées de Sa MajeſtéGouverneur
de la Ville
de Lyon , païs Lionnois , Foreſts
& Beaujolois .
paul, Duc de Beauvilliers &
GALANT .
171
de Saint Agnan , pair de France
, premier Gentilhomme de
la Chambre du Roy , Chef du
Conſeil Royalde ſes Finances,
Gouverneur & Lieutenant general
au Gouvernement du
Havre de Grace,& païs en dépendans
, Capitaine & Gouverneur
des Ville & Château
de Loches & Beaulieu .
Henry- François de Foix de
Candalle , pair de France, Duc
de Randan.
Leon potier , Duc de Gefvres
, pair de France , premier
Gentilhomme de la Chambre
du Roy , Conſeiller de Sa
Majesté en ſes Conſeils d'E .
tat & privé , Lieutenant general
en ſes Armées , Gouverneur
& Lieutenant general
de la Ville , prevoſté &
Vicomté de Paris , Gouver172
MERCVRE
,
neur & grand Bailly du Païs
de Valois Gouverneur du
Château & Capitainerie
Royale de Monceaux .
Anne Jules ; Duc de Noailles
, Pair de France , Comte
d'Ayen & autres lieux ; premier
Capitaine des Gardes
du Corps du Roy , Commandant
en Chef en Languedoc
, Gouverneur & Liéu .
tenant general des Comtez
& Vigueries de Rouffillon
Conflans & Cerdagne , Gouverneur
particulier des Ville
, Château , & Citadelle
de Perpignan ; Lieutenant
general des Armées de Sa
Majeſté .
د
,
Armand du Cambouti
Duc de Coflin Pair de
France , Comte du Cambout ,
de Crecy , & autres lieux ;
Lieute
GALANT .
173
Lieutenant general des Armées
du Roy.
Cefar- Auguste د
Duc de
Choiseuil , Pair de France ,
Comte du Pleſſis Praflain
Lieutenant general des Armées
du Roy.
,
,
Loüis Marie d'Aumont de
Rochebaron , Duc d'Aumont
, Pair de France , Marquis
d'ifle & autres lieux
pemier Gentihomme de la
Chambre du Roy Gouverneur
de Boulogne & du Boulonois.
,
François -Henry de Montmorency
de Luxembourg ,
Duc Pair & Mareſchal de
France ; Capitaine des Gardes
du Corps du Roy ; Gouverneur
& Lieutenant general
és Provinces de Champagne
& de Brie .
Janvier 1689 . H
174
MERCVRE
2
,
François d'Aubuſſon de la
Feüillade , Vicomte d'Anbuffon
Comte de la Feüillade
, Marquis de Boiſi , Baron
de la Borne premier
Baron de la Marche , Duc
de Roanez , Pair & Marefchal
de France , Colonel du
Regiment des Gardes Françoiſes
, Gouverneur du Dauphiné.
Charles Honoré d'Albert ,
Duc de Chevreuſe , Pair de
France Capitaine Lieutenant
des Chevaux Legers de
la Garde du Roy .
,
Bernardin Gigault , Marquis
de Bellefons , premier
Maréchal de France د premier
Ecuyer de Madame la
Dauphine.
Loüis de Crevant d'Humieres
Maréchal de France ,
3
GALANT .
175
-
General des Armées de Sa
Majesté , grand Maiſtre , Capitaine
general de l'Artillerie
de France , Gouverneur &
Lieutenant general enla Province
de Flandres , Gouverneur
de la Ville & Citadelle de
Lifle , & de la Ville &Château
de Compiegne.
Jacques - Henry Durfort ,
Duc de Duras , Pair , & Maréchal
de France , Capitaine
des gardes du Corps du Roy,
Gouverneur & Lieutenant general
duComté de Bourgogne,
& de la Ville & Citadelle de
Beſançon.
Guy -Alphonse de Durfort ,
Comtede Lorge & de Quintin
, Vicomte de Pommery ,
Maréchal de France , Capitaine
des Gardes du Corps du
Roy .
H 2
176 MERCURE
Armand de Bethune , Duc
de Charoſt , Pair de France,
Lieutenant general en Picardie
, Gouverneur de la Ville &
Citadelle de Calais , & du Fort
deNiculay .
Jean d'Estrées , Comte d'Eſtrées
, premier Baronde Boulenois
, Vice - Admiral , & Maréchal
de France , Viceroy de
l'Amerique.
Charles , Duc de la Vicaville
, Pair de France; couverneur
& Lieutenant general du
haut & bas Poitou Gou-
د
verneur de Monfieur le Duc
de Chartres .
Jean Baptiste de Caſſagnet,
Marquis de Tilladet , Lieutenant
General des Armées du
Roy , Capitaine Colonel des
cent Suiſſes de ſagarde .
Loüis de Caillebot , Marquis
:
GALANT. 177
de la Salle, Maistre de la Garderobe
du Roy.
Iacques- Louis , Marquis de
Beringhen , Comte de Chateauneuf
& du Pleiſis - Bertrand
, Gouverneur des Citadelles
& Fort Saint Lean de
Marseille , premier Ecuyer de
Sa Majesté.
د
Philippes de Courcillon ,
Marquis de Dangean , Comte
deMefle & de Cirray , Baron
de Sainte Hermine , de Saint
Amant , & de Breffoire , Seigneur
de Chaufferoye & de la
Bourdaifiere, Conſeiller duRoi
en ſes Conſeils Gouverneur
de Touraine , & Gouverneur
dela Ville & du Chaſteau de
Tours, Chevalier d'honneurde
Madame la Dauphine , & l'an
des gentilhommes d'honneur
de Monſeigneur le Dauphin. -
Philbert, Comte de grand-
H 3
178 MERCURE
mont , Seigneur de Semeac ,
Hybos & Sarrovilles , cydevant
Gouverneur des païs
d'Aunis & dela Rochelle .
Loüis Françoisde Bouflers ,
Marquis de Bouflers , Lieute.
nant General des Armées du
Roy, Colonel Generaldes Dragons
de France,& Gouverneur
deLorraine.
François de Harcourt,Marquis
deBeuvron & de la Mailleraye
, Comte de Sezanne ,
Conſeiller d'honneur au Parlement
de Roüen , Gouverneur
du vieux palais de la meſme
Ville , & Lieutenant general
pour le Royau Gouvernement
de Normandie .
Henry de Mornay , Marquis
de Monchevreüil , Capitaine
&Gouverneur de S. Germain
en Laye.
GALANT.
179
Edoüard François Colbert ,
Comte de Maulevrier , Lieutenant
General des Armées du
Roy , Gouverneur de la Ville
& Citadelle de Tournay.
Iofeph de Pons , Baron de '
Montclar , Mestre de Camp de
la Cavalerie Legere , Lieutenant
general des Armées du
Roy,grand Bailly de Haguenau
, & Commandant en Alface.

Henry Charles,Sire de Beau
manoir , Marquis de Lavardin,
& autres lieux , Lieutenantgeneral
au Gouvernement de la
haute & baſſe Bretagne , Ambaſſadeur
extraordinaire de
France à Rome .
pierre , Marquis de Villars ,
Lieutenant general des Armées
du Roy ,Conſeiller en fon
Confeil d'Etat cy - devant
Ambaſſadeur extraordinaire
د
4
H4
180 MERCURE
pour Sa Majesté dans les Cours
de Savoye , d'Eſpagne & de
Dannemark .
Adheimar de Monteil de
Grignan,Comte dudit Grignan
&autres Places , Lieutenant
general pour Sa Majesté en
Languedoc .
Claude de Choiſeuil , Comte
de Choiſeuil , Gouverneur
de Langres & de Saint Omer,
Lieutenant , general des Armées
du Roy .
Jacques de Matignon ,
Comte de Thorigny , Meſtre
de Camp du Regiment de
Cavalerie de Sa Majeſté .
2 Jean Armand de Ioyeuſe
Lieutenant general des Armées
du Roy , Gouverneur
de la Ville & Citadelle de
Nancy.
François de Calvo , LieuGALANT.
181
3
tenant general des Armées
du Roy , Gouverneur d'Aire.
Charles d'Aubigné , Mar
quis d'Aubigné , & Gouverneur
d'Aigues Mortes..
Charles de Montſaunin
Comte de Montal , Lieutenant
general des Armées du
Roy , & Gouverneur de Mont
Royal.
Claude de Thyard , Comte
de Biſſy , Baron de Pierre , de
Charny , Lieutenant general
des Armées de Sa Majeſté , &
de ſes Provinces de Lorraine
& Païs Barrois , & Gouver
neur de la Ville & Chasteau
d'Auxonne.
Antoine Ruzé Marquis
Deffiat , Chilly, Long -jumeau ,
& autres lieux. , grand Bailly
& Gouverneur des Ville &
Chaſteau de Montargis..
H
182 MERCVRE
: François de Montbron ,
Comte de Montbron , Lientenant,
general des Armées
du Roy , Lieutenant general
au gouvernement de Flandres
, & Gouverneur de Cambray.
Philippes - Auguſte le Hardy
, Marquis de la Trouſſe
Capitaine Lieutenant des
Gendarmes de Monseigneur
leDauphin. Lieutenant genetal
des Armées du Roy , &
Gouverneur d'Ypres.
2
Lieu-
François de Moneſtay
Comte de Chazeron
tenant general des Armées
du Roy de la Province de
Rouffillon & Païs adjacens ,
Commandant en chef les
Troupes de Sa Majeſté aux
meſmes lieux Gouverneur
de Brest....
:
2
GALANT. 183
es
es
Bernard de la Guiche
Comte de Saint Geran & de
Ja Paliffe , Lieutenant general
des Armées du Roy.
François d'Eſcoubleau de
Sourdis , Baron de Gaujac &
d'Eſtillée , Lieutenant general
des Armées du Roy .
Philippe- Emanuel - Ferdi.
nand - François de Crony ,
Comte de Solre & autres
lieux , Brigadier des Armées
du Roy , Colonel d'un Regiment
d'Infanterie .
André de Bathoulat de
, Coffade , Comte de la Vauguyon
, Marquis de S. Megrin ,
&autres lieux , Conſeiller ordinaire
d'Epée aux Conſeils
du Roy , ey-devant Am--
baſſadeur extraordinaire pour
Sa Majesté en Eſpagne.
Georges de Monchy , Mar-
H6
184 MERCVRE
quis d'Hoquincourt , Lieutenant
general des Armées de
Sa Majesté , Gouverneur des
Ville & Chasteau de Peronne ,
Bailly & Lieutenant general
au Bailliage & gouvernement
de Peronne Mondidier &
Roye.
Olivier de Saint Georges ,
Marquis de Verac , Baron de
la Roche de Bors & de Chafteau
Garnier , Lieutenant general
& Commandant pour
le Roy en Poitou .
René Martel Comte d'Arcy
, Ambaſſadeur extraordinaire
en Savoye .
Alexis-Henry Comte de
Chaſtillon & autres lieux
,
premier gentilhomme de la
Chambre de Monfieur , Frere
unique du Roy.
Nicolas du Blé , Marquis
GALANT. 185
1
2
S
d'Uxelles & de Cormatin
Gouverneur de la Ville &
Citadelle de Chalons fur
Saone Lieutenant general
des Armées du Roy ,& de fa
province de Bourgogne.
7
René de Froulay , Comte
de Teffé , Meſtre de Camp
general des Dragons de France
, Lieutenant general des
Armées du Roy , & des Païs
du Maine , perche & Laval .
Charles de Mornay , Marquis
de Vilarceaux , Capitaine
Lieutenant de la Compagnie
des Chevaux Legers de la
Garde de Monſeigneur le
Dauphin.
Charles d'Estampes , Marquis
de Mauny , la Ferté- Imbaut
& autres lieux , Capitaine
des Gardes du Corps
de Monfieur , erere unique
du Roy...
186 MERCVRE
1
7
lacinthe Quatre - Barbes ,
Marquis de la Rongere.
Comte de Saint Denis , du
Maine , & Chevalier d'honneur
de Madame la Ducheffe
d'Orleans .
Iean Daudibert , premier
Gentilhomme de la Chambre
de Mongeur le Prince
Comte de Luffan & autres
lieux.
,
le n'ay rien à vous dire
davantage de ces nouveaux
Chevaliers , finon que le Sr
de la Pointe en a fait graver
toutes les Armes &
Blazon ornez de leurs Supports
& Cimiers avec
leurs noms & qualitez tresfoigneuſement
recherchées
auſquelles il a ajoûté les
creations precedentes faites
par Sa Majesté , & que le
,
GALANT. 187
C
۱
S
sa
e
tout ſera donné au public
dans fort peu de temps.
Mr le Marquis de Mire
poix s'eſt marié depuis quelques
jours . Il eſt Gouverneur
du pais de Foix , & Cornette
de la Compagnie des Moufquetaires
, commandez par
Mr de Maupertuis. Vous ſçavez
, Madame , qu'il eſt de
la Maiſon de Vantadour , &
par conſequent d'une naiſſance
diftinguée. Son merite
l'eſt auſſi . On peut dire qu'il
n'a jamais eſté jeune , puis
qu'il n'a jamais fait aucune
action qui marquaſt de la
jeuneſſe ; auſſi a-t- il merité
l'eſtime du Roy. Il a épousé
Mademoiselle de Toucy
Fille de Mr le Duc de la Ferté
, & Petite fille de Madame
la- Maréchale de la Mothe
ون
2
188 MERCVRE
Gouvernante des Enfans de
France. Elle n'a pas encore
treize ans accomplis . On affure
qu'elle a tout le merite
qu'on peut avoir à cet âge ,
tant du coſté de l'eſprit que
de la beauté , & que fice merite
augmente , comme il y a
beaucoup d'apparence , ' elle
fera un jour une fort belle
figure dans le monde .
La nuitdu 6. au 7. de ce
mois , Mr le Marquis de Feuquieres
ſurprit la petite Ville
de Neubourg ſur l'Entz , à
deux lieuës de Phortzheim .
Des Dragons de Staremberg
s'y eſtoient retirez , apres avoir
fait main baſſe fur quelques
François la pluſpart
malades , qu'ils avoient trouvez
dans un poſte abandonné.
Ce Marquis ayant eſté aver-

GALANT. 189
1
ty qu'il devoit eſtre attaqué
dans le hen meſme où il a
attaqué les Ennemis , prit le
party d'en fortir , & leur laiſſa
dequoy boire & manger. Les
Dragons de Staremberg apprenant
qu'il n'y avoit plus
de François dans cette Place ,
ſe perfuaderent que la crainte
les avoit obligez de s'éloigner.
Ils profiterent des vivres
qu'ils n'avoient pas emportez
, & pendant ce temps,
Mr le Marquis de Feuquieres
revint fur ſes pas , & les furprit.
C'eſt ce qui a fait dire
à la Cour , qu'il y a du coeur
& de la teſte dans tout ce
qu'il entreprend. quelquesuns
de ces Dragons prirent
la fuite. Il fit paſſer tous les
autres au fil de l'épée , & amena
tous les chevaux à fon
quartier.
190 MERCURE
د
Le Roy a donné à Mr le
Comte d'Auvergne , la confiſcation
de la Principauté
d'Orange pour le recompenſer
de la perte du Marquifat
de Bergopſon , dont
la guerre que nous avonsavec
lęs Hollandois ne luy peut
permettre de joüir. C'eſt la
ſeconde grace que Sa Majefté
vient de faire à ce Comte,
omte,
puis qu'Elle l'avoit nommé
Chevalier de l'Ordre , & qu'-
Elle a bien voulu recevoir ſes
excuſes touchant les difficultez
ſurvenuës à cauſe du
rang. On ſcait qu'il eſt d'un
tres grand merite. Son intelligence
dans le métier de la
guerre eſt connuë ; il eſt bravc
& fage , & quand je diray
qu'il a la prudence & la valeur
des grands Capitaines 2
GALANT. 191
ב
<
on en demeurera d'accord ,
puis que ces qualitez ont
toujours eſté remarquées
dans ceux de ſon ſang. ここ
Les nouvelles publiques
vous auront appris que le
20. du mois paſſé deux
Vaiſſeaux du Royen prirent
deux Hollandois entre
Meffine & Livourne. Ils venoient
d'Alexandrette د
&
eftoient chargez de treize
cens balles de ſove ;
d'autres riches marchandises ,
eſtimées plus de quatre millions
de livres ; l'un eſtoit
armé en guerre & l'autre
Marchand. Mr de Septeme
qui commandoit
د
un des
deux Vaiſſeaux du Roy ,
enleva d'abord ce dernier
fans qu'il luy en coûtaſt
qu'un ſeul homme. L'Aqui192
MERCURE
د
ces
don que commandoit Mr
des Francs combatit pen.
dant trois heures le Vaiſſeau
de Guerre , qui fut enfin
pris aprés avoir perdu tous
ſes Mats. Quoy que
Vaiſſeaux foient à Sa Majeſté
, ils eftoient neanmoins
frettez par des Armateurs,
Ainfile gain fera partagé entre
pluſieurs particuliers qui
étoient intereſſez à l'armement
, & il en doit revenir au
Roy un million pour ſa part.
Cette priſe ne doit pas eſtre
feulement, regardée par les
quatre millions qu'y gagne la
France , mais il faut fonger
qu'elle eit encore plus préjudiciable
aux Hollandois qu'el.
Je ne nous eit avantageuſe.
On Thura déja pris cinquantetrois
autres Vaiſſeaux depuis
GALANT .
193
la rupture , ce qui eſt pour eux
un fort grand dommage , rien
n'eſtantſi nuiſible que la guerre
à des Peuples , dontle Commerce
fait le revenu. En leur
prenant ainſi des marchandiſes
, on leur ofte ce qu'elles
leur produiroient de profit une
autre année .
Le 11. decemois , on donna
icy la premiere repreſentation
d'un Opera nouveau , in
titulé Tetis & Pelee, Il eſt de
Monfieur de Fontenelle . Il ya
tant dedelicateſſe d'eſprit dans
tous ſes Ouvrages , qu'on ſe
promettoit beaucoup de celuycy
, & je puis dire que la beauté
de ſes Versa remply l'attente
de tout le monde. Les phis
tendres ſentimens du coeut y
font exprimez naturellement,
quoy que d'une maniere
194
MERCVRE
noble , & l'approbation generale
du public parle affez en fa
faveur pour me diſpenſer de lui
donner toutes les loüanges
qu'il merite. Quand au fpectacle
de cet Opera , il ne peut
eſtre que grand , puis que lupiter
& Neptune qui y font
Rivaux , peuvent remuer à
leur gré le Ciel , la Mer & la
Terre. Ainfi on n'y voit rien
de forcé . Les habits répondent
au ſpectacle & font magnifiques
, bien entendus , & convenables
aux perſonnages. Le
touta eſté fait ſur les deſſeins
de Monfieur Berrin
gnateur ordinaire du Cabinet
du Roy . Je vous ay parlé de
luy en pluſieurs occafions . La
Muſique eſt de Monfieur Colaſſe
, l'un des quatre Maiſtres
de Muſique de Sa Majesté.
د
DeffiGALANT.
195
On ſçait que le meriteta
donné ces places , & que ceux
qui y aſpiroient ont eſté enfermez
pour compofer. Les
habiles Connoiffeurs affenrent
que les endroits qui demandent
une belle Mufique
dans cet Opera , ſont ſi
bien pouſſez , qu'il eſt impoffible
de faire mieux . Le reſte
eſt traité comme il doit l'eſtre
dans les Ouvrages de cette nature
, & il feroit affez difficile
de faire autrement. Pour la
Simphonie, elle me paroiſt extremement
applaudie, par tous
ceux qui jagent de bonne foy ,
& fans preoccupation . Quand
je vous envoye de pareils articles
, & que je vous parle de
choſes dont je ne puis juger par
moy- mefme , vous devez eſtre
perfuadée que je vous mande
196
MERCVRE
le ſentiment le plus general .
Cet article de Muſique me
fait prendre l'occaſion de vous
faire partd'un ſecondAir nouveau
, qui eſt d'un excellent
Maiſtre .
AIR NOUVEAU.
:
On , je ne verray plus Silvie
;
Vnfort barbare l'aravie
Au milieu de ſes plus beaux jours .
Ie ne fentiray plus la douceur de
fes charmes,
Et lors quefes beaux yeu . Se ferment
pour toûjours ,
Les miens ne font ouverts que pour
verſer des larmes .
Il faut vous fatisfaire furles
vrais mots des Enigmes du
mois de Novembre que vous
avez
197
& qui
erfonde
la
le, elle
tant
Cette
poinne,&
こいい
quatre
yelle ,
mot
parce
ena
tvodans
de les
trent
que
l'on
jourirve.
que
L
196
le
fai
fai
ve
ма
Vn
Au
Ie
Et
Les
vra
GAL AN T. 197
avez envie de ſcavoir ,& qui
n'ont eſté trouvez de perſon-
Le Marbre estoit celuy de la
premiere. Pour la ſeconde, elle
eſtoit faite fur la lettre V. tant
conſonne que voyelle. Cette
lettre eſt formée detroispointes
quand elle eft conſonne ,&
s'écrit ainſi v ; elle a quatre
pointes quand elle eſt voyelle ,
#.Ainfil qui eſt dans le mot
ventre a trois pointes , parce
qu'il eſt conſonne , & il en a
quatre dans coeur oùil eſt voyelle.
Toutes les ſept font dans
le mot vertu , à cauſe que les
* deux ſortes d'a ſe rencontrent
dans ce mot , & il n'y en a que
quatre dans honneur , où l'on
trouve le ſeul voyelle.
-
Ie ne vous envoye aujourd'huy
qu'une Enigme,pour venir
plûtoſt au grand article que
Janvier 1689 . 1
198 MERCURE
je ſçay que vous attendez .
ENIGME.
Our ſommes dans l'humilité
saare this ependar :
Fait qu'on nous prend fans répugnance.
Quelques gens se privent de nous
Par un esprit de penitence ,
Les autres par neceffitė ,
Mais on peut dire en verité
Que c'est contre la bien.Seance.
Ce que je vous manday il
ya un mois touchant les Affaires
du temps , finifſſoit par
l'arrivée de la Reine d'Angleterre
en France , & par la
nouvelle qu'on receut que
le Roy avoit cſté arreſté
lors qu'il ſe preparoit à y paffer.
Je ne vous fis alors aucun
GALANT.. 199
détail de ces deux évenemens,
dont les veritables circonftances
ne pouvoient pas encore
eſtre ſceuës , & je n'avois
pas mesme deſſein d'y
entrer , croyant que je devois
paſſer ſous filence des chofes
où la majeſté des Rois paroiſt
abaffée. Cependant
comme l'infortune rehauſſe
l'éclat de la gloire , qu'elle
n'eſt jamais honteuſe à qui
ne s'en eſt point rendu digne,
& qu'elle ne fait rougir que
ceux qui la cauſent par des
moyens condamnables
me ſuis enfin reſolu de fatiffaire
voſtre curioſité , & de
vous faire voir le Roy & la
Reine d'Angleterre expoſez
pendant un rude hyver , dans
de foibles baſtimens , ſur un
Element où tout eſt à crain-
, je
Iz
200 MERCVRE
dre ; mais quoy qu'incertains
s'ils en ſeroient épargnez ,
plus glorieux & plus triomphans
dans leur malheur que
leurs Ennemis meſmes , puis
que leur vertu eſt admirée ,
& que l'on déteſte la perfidie
de ceux qui les perfecutent ,
les traiſtres n'eſtant pas meſme
aimez des Ambitieux qui
ont beſoin d'en eſtre appuyez
, & qui ne les flatent
que parce qu'ils leur font
utiles.
,
Le Roy d'Angleterre eftant
de retour à Londres
aprés que la plus grande partie
des Officiers de ſon Armée
l'eut abandonné ,& que
le Prince de Danemark ſe fut
retiré d'auprés de luy
nut par la ſituation où il
voyoit les affaires , qu'elles
T
,
con
GALANT. 101

it
103
les
ne pouvoient aller qu'en empirant
, ainſi il reſolut de
faire paffer la Reine , & le
Prince de Galles en France ,
&on en chercha dés lors les
moyens . Mr le Comte de
Lauſun eſtoit depuis quelques
mois en Angleterre. Le bruit
de la guerre qui s'y devoit
allumer , & le defir ardent
qu'il avoit de ſervir Sa Majeſté
Britannique qui l'honoroit
de ſa bien- veillance , l'avoient
fait partir pour fe rendre
auprés de ce Monarque.
Il y avoit alors à la Cour peu
de perſonnes en qui Sa Majeſte
ſe puſt confier , & quand
il y en auroit eu davantage ,
il auroit eſté mal - aiſé de
trouver un homme plus intelligent
, plus actif & plus
fidelle que Mr le Comte de
13
202 MERCURE
>
Lauſun , de forte qu'il ent
la plus grande part à tout
ce qui regarde cette fuite
qui fut concertée avec luy ,
& avec quelques uns des
Domeſtiques du Roy qui
luy eſtoient les plus affidez ,
On mit longtemps auparavant
des caroffes en relais fur trois
routes differentes , & ces caroſſes
eſtoient ſous le nom de
Monfieur de Lauſun. Ilavoit
eſté reſolu entre le Roy &
ceux qui estoient du ſecret ,
que la Reine & le Prince
de Galles s'embarqueroient
à Douvre ; mais Mr de
Laufun qui ſe donnoit de
grands mouvemens , pour
faire que ce deſſein réuſſiſt
heureuſement , apprit avant
le Roy mais ſeulement le
foir qui preceda la fuite de
,
GALANT. 203
:
autre
la Reyne , que la Ville de
Douvre avoit ſuivy l'exemple
de celles qui s'eſtoient
déja revoltées , ce qui fit
fonger à prendre un
party. Le Prince de Galles
avoit eſté ramené de Portsmouth
, & eftoit logé à Vvithal
dans l'appartement de
la Reyne. Le ſoir du 19. Decembre
, qui eſtoit le jour
choiſy pour l'évaſion de
cette Princeſſe , elle fortit
ſeule avec Mr de Lauſun ; le
Prince de Galles dont Mr
Riva Italien & Domestique
de la Reyne avoit ſoin , étoit
forty quelque temps auparavant
par un autre coſté. Il
leur arriva pluſieurs avantures
, tant avant que de monter
dans un Carroffe de
loüage qui les devoit con-
14
204
MERCVRE
duire , qu'aprés y eſtre montez
. Un homme qui ſortoit
d'un Cabaret avec une lanterne
, ayant entendu quelques
gens dans le chemin ,
vint pour les reconnoiſtre
avec ſa lumiere ; mais Mr
Riva l'étéignit en ſe laiſſant
adroitement tomber ſur luy.
Cet homme voulut quereller
; & on l'appaiſa à force
d'honneſtetez. On monta en
Carroſſe un moment aprés.
Mr de Lauſun s'eſtoit chargé
des pierreries de la Reyne
Mr de Saint Victor , Gentilhomme
François
Ecuyer de cette
6
& un
Princeſſe
nommé Leiboin , ſuivoient
le Carroſſe à cheval. Ils rencontrerent
quelques ROUliers
qui crierent que s'eſtosent
des Catholiques qui fuyoient .
GALANT.
205
,
& qui emportoient l'argent du
Royaume , & qu'il falloit les
affommer. On avança ſans les
écouter , & les Cavaliers qui
paſſerent au milieu d'eux
furent peu-eſtre cauſe que
leur infolence n'eut aucune
fuite. Cette illuftre Troupe
eut encore à eſſuyer une autre
avanture: un Chartier luy difputa
undéfilé, en diſant qu'ilne
vouloit pas cederàdes Catholiques.
Comme l'on craignoit les ineiden's
, tant à cauſe qu'on n'avoit
aucun temps à perdre ,
que parce qu'ils auroient peuteſtre
fait reconnoiſtrela Reyne
& le jeune Prince , on recula
, & l'on marcha autant
que l'on put hors du chemin
à travers les terres . On arriva
enfin au lieu de l'embarquement.
Tous ceux qui avoient
-
IS
206 MERCVRE
accompagné la Reyne monterent
fur un Yacht , dont le
Capitaine avoit ordre du Roy
de faire tout ce que Monfieur
de Lauſun luy ordonneroit.
Hs étoient environ quinze
perſonnes , ſçavoir ; la Reine,
le Prince de Galles , la Marquiſe
de Pouvis Gouvernante
du Petit Prince , Donna Vittoria
Montecuculy , Dame
d'Honneur de la Reyne , la
Nourrice du Prince , la Nourrice
ſeiche , qu'on appelle en
France la Remueuse,Monfieur
de Lauſun,Monfieur Leyborn,
Ecuyer,le Medecin, deux Aumôniers
, quelques Femmes
de la Reyne , Monfieur Riva ,
Monfieur du Four , appellé
Page de l'Escalier ſecret,& qui
a les meſmes fonctions qu'ont
icy les Huſſiers du Cabinet.
GALANT.
2.07
د
On avoit joint au Capitaine
du Vaiſſeau deux Capitaines
Catholiques , qui ſe ſe--
rolent rendus maiſtres du Baſtiment
, & l'auroient conduit
ſi on ſe fuſt apperceu qu'on
euſt voulu faire quelque trahifon
. Monfieur de Saint Vitor
fut le ſeul qui ne s'embarqua
point & il retourna à
Londres pour porter des nouvelles
au Roy de l'embarquement
de de la Reyne . La Navigation
fut aſſez heureuſe.
On découvrit de fort loin un
Vaiſſeau deGuerre qui estoit
à l'Ancre . On arriva fur les,
cinq heuresdu ſoir à la hauteur
des Dunes,& on y moüilla
afin d'y paſſer la nuit , à
cauſe du gros temps qui
empefchoit que l'on ne fift
voile. On fut inquieté pan
.16
208 MERCURE
۶
deux coups de Canon que
l'on entendit tirer. Ces deux
coups marquoient la retraite
de deux Fregates Angloiſes
que Milord d'Armout avoit
envoyées pour garder l'entrée
de la Tamiſe , dans le
deſſein , à ce qu'on croit
d'empeſcher que le Prince
de Galles ne ſortiſt d'Angleterre
. On entendit auſſi la
cloche de ces Fregates qui
fonnoit la Priere. Pour vous
faire bien entendre cet article
, il faut vous dire que
de meſme qu'on bat la retraite
pour les Soldats de
terre > afin que chacun fe
retire , on en obſerve une
auſſi ſur Mer qui eſt annoncée
par un ou deux coups
de Canon A l'égard du defſein
de Milord d'Armout
dont je viens de vous par-
7
GALANT.
209
Jer , il y a beaucoup d'apparence
qu'il eſtoit tel que
je vous le marque , puis que
le Roy d'Angleterre luy
ayant demandé qu'il fiſt paffer
le Prince de Galles en
France , il luy avoit fait réponſe
, quesi sa Majesté lefou
baitoit, il le tireroit de Portemouth
où il eſtoit alors pour l'amener à
Londres ; mais que pour le faire
paffer en France , il ne le pouvoit
.
Enfin le 1. au matin , jour
de S. Thomas , le Baſtiment
qui portoit la Reyne d'Angleterre
arriva à Calais , aprés
avoir couru rifque de faire
naufrage au Port , puis qu'il
s'en faut peu qu'il ne touchaſt
un bane qui en eſtoit à dix pasi
mais le Maistre du Paquetbot
qui ſe trouva là fort àpropos ,
210 MERCVRE
luy fervit de guide , & empefcha
par là ce malheur. Aprés
quela Reine fut débarquée ,le
Gapitaine du Yacht dit qu'il
fçavoit bien qu'il menoit cette
te Princeffe & le Prince de
Galles ,& qu'ill'avoit toujours
reconnu . Elle ne voulut point
queMonfieurle Duc de Cha.
roſt lay fiſt rendre aucunshonneurs
à Calais Lelogis de ce
Duc ne ſe trouva pas en état
de la recevoir , tout y étoit en
defordre & remply de maçons
à cauſe qu'on y baſtiſſoit , de
forte qu'elle alla loger chez
Monfieur Ponton , Procureur
du rov , où elle futtraitée par
les Officiers de Monfieur de
Charoft . Elle dit en ſe mettant
dans un fauteuil , Qu'ily avoit
trois mois qu'elle nes'estoit trouvée
fi en repos&fi fort enſeureté. La
GALANT. 211
119
de
ez
ur
Dat
de
ant
voit
vée
La
premiere choſe qu'elle fit lors
qu'elle fut arrivée , ce fut
d'aller entendre la Meſſe aux
Capucins. Monfieur le Duc
d'Aumont ayant ſceu qu'elle
eſtoit à Calais , fit prendre
les armes à toute la Nobleſſe
du païs , pour aller au
devant d'elle. Aprés qu'elle y
cut ſejourné deux jours , elle
en fortit au bruit de l'Artillerie
de la Ville & des Forts . Le
Prince de Galles eſtoit dans
un caroſſe qui en precedoit
trois autres , dans l'un deſquels.
eſtoit cette Princeffe . Ils
étoient entourez d'environ
cinquante Dragons & d'un
détachement de la Cavalerie
Boulonoife . Comme le Reine
devoit faire quelque ſejont à
Boulogne juſqu'à ce qu'on
euſt receu des nouvelles de la
212 MERCURE
Cour, elle demanda d'eſtre logée
au Convent des Urſelines;
mais Monfieur le Duc d'Aumont
buy ayant fait préparer
l'appartement de Madame la
Ducheſſe ſa femme, elle ne put
le refuter.Le Prince de Galles
futlogé dans celuy de Monſieur
le Duc d'Aumont. Quelques
mortelles inquietudes
dontcette Princeſſe fut agitée,
la majeſté parut toujours fur
fon vifage , & fi l'on y vit regner
la triſteſſe , elle eſtoit
meſlée avec la grandeur. Elle
mangea feule ; mais Monfieur
d'Aumont qui est magnifique
en toutes chofes ,fit ſervir pendant
huitjours qu'elle demeirra
à Boulogne, pluſieurs grādes
tables pour les Anglois & pour
les François. Cette Princeſſe
ſe laiſſoit rarement voir. On
GALANT.
213
6
10
110
Elk
ear
Der
ell
00
entroit chez le Prince lorsqu'-
elle n'y eſtoit pas ; mais elle
y alloit cinq ou fix fois par
jour ,& elle y vouloit eſtre
ſeule. Le 24. veille de Noël ,
elle entendit trois Meſſes aprés
minuit dans la Chapelle
du Chaſteau , & le lendemain
matin trois autres. Le jour de
S. Eſtienne , elle alla entendre
le Sermon à l'Egliſe Cathedrale
, &y fut conduite par Monſieur
le Ducd'Aumont ,& par
Monfieurle Comtede Lauſun ,
& le jour de S. Jean elle en -
tendit la Meſſe aux Capucins .
Ellen'a point forty pour aller
en aucun autre endroitjuſques
au jour qu'elle eſt partie pour
Montreüil . Pendant tout le ſeiour
qu'elle a fait à Boulogne ,
elle a eſté dans de cruelles inquietudes
, quoy qu'elle ais
214
MERCVRE
toujours caché ſa douleur en
public. Elle n'affectoit pas auſſi
de n'en point avoir , mais fon
air qui marquoit une tranquillité
, qui venoit plûtoſt de ſa
prudence que de la ſituation
où ſon eſprit ſe trouvoit . la faiſoit
admirer & plaindre davantage
. Elle eſtoit inquiete de ce
qu'elle ne recevoit point de
nouvelles du Roy ſon Epoux ,
qui luy avoitdit qu'elle en auroit
à Boulogne , & luy avoit
mefme fait efperer qu'il s'y
pourroit rendre . Cependant le
Roy ayant ſceu que cette Princeſſe
eſtoitarrivée en France ,
ce Monarque qui a toujours
eſté l'appuy des malheureux ,
& l'azile desopprimez , en refſentit
une jove proportionnée
au triſte étatoù il ſçavoitqu'elle
ſe trouvoit. Il eſtoit fâché de
GALANT.
215
202
quiide
l
Patice
la faidavan
e det
bine de
Ερους,
eenany
avoit
qu'il s'y
ndantk
trePria
France
,
toujours
cureux
,
en ref
rtionnée
oirqu'el
fached
ſa douleur ; mais il eſtoit ravy
d'en pouvoir en quelque forte
diminuer l'amertume , & de ce
que ſon malheur n'avoit pas
eſté juſques àluy faire voir fon
Fils entre les mains de ceux
quine cherchoient que fa perte.
Ce Prince regardant cette
Princeſſe comme ſi ſa fortune
n'avoit point changé , & qu'elle
euſt eſtédans la plus haute
profperité , voulut la recevoir
de la mefme maniere qu'il auroit
fait fi elle fuſt venuë en
France avec tout l'éclat qui
doit accompagner la majeſté
Royale; & pour cet effet ilvoulut
choiſir un homme diſtingué
par fon rang & par ſon eſprit ,
pour aller au devant d'elle , &
qui puſt foutenir un employ
d'autant plus difficile à remplir
qu'il faut eſtre pleinement in-
1
216 MERCVRE
ſtruit de beaucoup de choſes
pour ne point faire de fautes ,
àcauſe des difficultez qui s'y
rencontrent à chaque inſtant.
Il jetta les yeux fur Monfieur
le Marquis deBeringhen , fon
premier Ecuyer , & dit en le
nommant pour cette éclatante
fonction , que , que M. de Beringbenfon
Pere avoit cuun pareil
employ , lors que la Reine d'Angleterre
, Mere du Roy aujourd'huy
regnant, vint en France.CeMarquis
cut ordre de Sa Majesté
d'aller faire compliment de ſa
part à la Reine d'Angleterre ,
de luy mener ſa Maiſon , &de
l'accompagner. Cette Maiſon
confiſtoit en
Trois Carroſſes du Roy , chacun
à huit chevaux د
fans
y comprendre celuy de
Monfieur le Premier , qui eſt
GALANT.
217
tre,
iica
cha
toujours un des Caroſſes du
Roy , deux Ecuyers , huit Pages
, & douze Valets de pied.
Monfieur des .Viance Lieutenant
des Gardes du Corps ,
àlateſte de cinquante Gardes
avec un Exempt.
Deux Valets de chambre du
Roy& 2 Huiffiers de chambre.
Un Chapelain , & deux
Clercs de Chapelle .
Vn Maiſtre d'Hoſtel , deux
Controlleurs , & deux Gentilshommes
ſervans avec les
Officiers de la Bouche & du
Gobelet,& de tous ceux qu'on
appelle des ſept Offices dans
la Maiſon du Roy .
Vn Maréchal des Logis , &
deux Fourriers . ?
Des Gardes de la Porte , &
un Exempt avec des Gardes
de la Prevoſté...
218 MERCVRE
Tout ce grand équipage partit
de Verſailles le 24. & arriva
Abbeville . le 28. Le 29.au
matin , Monfieur le Premier
ayant receu un Courrier de
M. le Duc d'Aumont , qui
luy marqua que la Reine devoit
partir le lendemain 30 .
jugea à propos de prendre la
poſte ,& de ſe rendre à Boulogne
pendant que les Equipages
continueroient leur
route , & s'avanceroient jufques
à Montreüil. Ainſi ce
Marquis preſenta dés Boulogne
la Lettre du Roy à la
Reine d'Angleterre , & luy
fit les complimens de Sa Majeſté.
Ils convenoient à l'état
où cette Princeſſe ſe trouvoit
,& rouloient ſur le chagrin
que le Roy avoit de
fon malheur , & fur la joye
GALANT . 219
4

Ma
rou
cha
joge
qu'il reſſentoit en meſme
temps de la voir en ſeureté ;
ainſi que fur des aſſurances
obligeantes de tous les ſervices
que ce Monarque lay
pourroit rendre. La Reine
répondit , qu'il y avoit longtemps
qu'elle estoit accoutumée
à recevoir des bien faits du Roy ;
mais qu'ils ne luy pouvoient
eſtre plus ſenſibles & plus necef-
Saires que dans cette occasion.
Voilà le ſens de ſon compliment
, qui fut plus étendu
, & prononcé d'une maniere
noble & touchante . Monſieur
le Premier luy fit auſſi
des complimens au nom de
Monſeigneur le Dauphin , &
de Madame la Dauphine, aufquels
elle répondit avec la
meſme grace & la meſme honneſteté
. Il alla auſſi faire les
220 MERCURE
complimens du Roy au Prince
de Gales , & fut receu chez ce
Prince par Madame la Marquiſe
de Pouvis , qui luy fit
rendre tous les honneurs qui
eſtoient deus à ſon caractere,
& au Monarque dont il eſtoit
envoyé.
>
د
د
Le 30. la Reine partit de
Boulogne pour ſe rendre à
Montreüil. Elle estoit dans
un des Caroſſes de M. le Duc
d'Aumont avec ſa Dame
d'honneur & fa premiere
Femmede chambre. Le Prince
de Galles eſtoit dans un
autre Caroſſe avec ſa Gouvernante
, ſa Nourrice , ſa Sous-
Gouvernante & ſa Remueuſe.
Mr le Premier , M.de Lauſun ,
un Ecuyer de la Reine , &
M. le Marquis de Montecuculi
, rempliſſoient un troiſieme
Caroffe.
GALANT. 221
Caroffe. Il y en avoit un quatriéme
, dans lequel eftoient
le Confeffeur , les Aumôniers
, & les Chapelains de la
Reine. Elle fut accompagnée
par la Nobleſſe & par la Milice
du Païs. Cette Princeſſe
fut faluée en arrivant par
tout le Canon de la Place ,&
trouva les Habitans ſous les
armes ,depuis la porte de la
Ville juſqu'à ſon logis , où
tous les Officiers de Sa Majeſté
l'attendoient , Mr le Premier
clayfierde nouveaux
complimens , & luy preſenta
la Maiſon du Roy. Elle répondit
en marquant toujours
da reconnoiffance qu'elle a
auvoit des bontez de ce Monarque
, & recent la Maiſon
Con qu'il luy envoyoit avec des
manieres tout-à-fait honne-
Janvier 1689 .
Pr
So
arol:
K
i
!
222 MERCVRE
ſtes Mr le Premier luy avoit
donné, la main droite à la
defcente du Caroffe , & Mr
de Laufon la gauche. Elle
foupa en particulier , & ne
patut point en public juſques
au lendemain matin , qu'elle
fortit pour aller à la Meſſe .
Elle continua famarche ce
jour là , & arriva à Abbeville
le 31. Elle fut reçuë à la porté
du Canon de la Ville par
quatre Compagnies de Bourgeois
ſous les armessil y en
avoit auffi une double haye
dans la Ville juſqu'à fon logis,
devant lequel eſtoit une
Compagnie du Regiment de
Navarre. Huit Compagnies
de Dragons ſuivoientlesGardes
du Corps qui marchoient
aprés le Caroffe de cette Princeffe.
Les Carroſſes avoientle
GALANT. 223
mefme rang , & eſtoient remplis
des meſmés perſonnes
que le jour precedent , à l'ex .
ception de Milord Melford ,
Secretaire d'Etat d'Ecoffe ,
quideſtoit venu trouver la
Reine à Montreüil. M. de
Lauſun & M. de Canaples
eſtoient avec M. le Premier
dans fon Caroffe. Les Bour
geois avoient refolu de faire
pluſieurs décharges ;
mais la Reine leur fit dire
qu'ils luy feroient plaifir de
retrancher cette ceremonic.
Elle ſejourna à Abbeville de
premier de Janvier , parce
qu'elle se trouva un peu in.
diſpoſée elle ne laiſſa pas
d'entendre la Meſſe , & de
commnunier dans l'Egliſe des
Carmelites , dont la Soeur de
Monfieur de Fienbereſt Supe-
L
K 2
224 MERCURE
rieure. Elle ne voulut point
qu'on luy fiſt de complimens
& s'excuſa meſime d'y recevoir
celuy de Mr l'Eveſque
d'Amiens db
Cette Princeſſe coucha à
Poixle 2. dece mois , & arriva
le lendemain à Beauvais fur
les quatre heures aprés midy.
Les Bourgeois estoient ſous
les armes ,& formoient une
double haye dans tous les
lieux où elle paſſa. Mr l'Eveſque
de Beauvais en habit
d'Eglife , & accompagné des
anciens du Chapitre , la receur
à la defcente de fon Caroffe
Le reste du Chapitre
s'eſtoit mis en haye pour l'attendre
dans la Salle duPalais
Epifcopal . Mrs du Prefidial,
&Mrs de Ville s'y trou
verent auffi ces derniers fi
X
GALANT..
225

rent les preſens accoutumez :
Le 4. la Reine aprés avoir
entendu la Meſſe dans ſon
appartement où elle fut cel
lebrée par fon Confeffeur ,
vint dans la Cathedralel en
tendre une ſeconde Meffe
baſſe , qui fut neanmoins accompagnée
de quelques motets
chantez par la Muſique
de cetteEglife . On avoit rell
folu de la haranguer , & de
lay faire les meſmes ceremonies
que lors qu'on receut
la Reine Mere d'Angleterre
en 1650. mais comme elle refuſa
ces honneurs,elle fut ſeulement
receuë par Monfieurde
Bauvais qui luy preſenta de
l'eau benite à la teſte de fon
Clergé. M. le Premier luy
donnala main jufques à fon
Prie- Dicu , où elle adora la
7
K 3
226 MERCVRE
vraye/Croix qui luy fut preſentée
parM. l'Eveſque . Elle
fut reconduite en marche de
Proceiſion, comme elle avoit
eſté amenée. Cette Princeffe
alla l'apréſdînée aux Filles de
S. François ,& apprit le même
jour fur les ſept heuresdu
foir des nouvelles du Roy
d'Angleterre , par le Chevalier
Schelton , Ecuyer du
Prince de Galles . Il faut ſçavoir
pour l'éclairciſſement de
cet article ,que le Jeudy 30.
Decemb.cette Princeſſe étant
fur le point de partir de Boulogne
fans avoir receu aucu-.
nes nouvelles de ce Monarque
ce qui l'inquietoit extremement;
on jetta les yeux
fur le Chevalier que je viens
de vous nommer comme
ſur un homme, intelligent
د
GALANT 227
pour en aller apprendre jufqu'en
Angleterredou il
n'eſtoit paffe que depuis
deux heures , & mefme de
la propre bouche duRoy , s'il
trouvoit que la choſe fuft pof- 1
fible. Il alla s'embarquera Of- v
tende,afin que s'il arrivoitqu'il
fuſt pris fur mer , on ne cruſt
pas qu'il venoitde France Son
voyage fut heureux,& it trouvamoyende
voir le Roy , & de
luy rendre une Lettre de la
Reine. Il en demandaréponſe,
& le Roy fans s'expliquer da
vantage , luy dit qu'il preno
droit ſoin de faire ſçavoir de
ſes nouvelles à la Reine. Cel
Chevalier retourna le lendéev
mainmatin dansle meſmelieu
où il avoit vû de Roy le jour
precedent ,& fur fort furpris
d'apprendre queace Princes'ef- I
T
K 4
228 MERCURE
toit ſauvé. Il attendit encore
quelque temps pour voir fi le
mefme malheur qui luy eſtoir
déja arrivé , ne le feroit pas
encore arreſter une ſeconde
fois , mais fitoft que la nouvellede
cette évasion fut confirmée
, il trouva moyen de
s'embarquer , & vint retrouverla
Reine àBeauvais . Il fut
arreſté à la portede l'Eveſché
où cette Princeſſe logeoit , &
conduitàMonfieur lePremier,
qui avoit prudemment ordonné
qu'on ne laiſfaſt entrer aucun
Anglois hors ceux qui
eſtoient connus pour eſtre de
la fuite de la Reine. Ce qui l'avoit
obligé de donner cet ordre
, c'eſt que depuisque cette
Princeſſe eſtoit en France , il
eſtoit arrivé d'Angleterre un
Preſtre Anglois , qui ſçavoit
GALANT 229
Y
tout ce qui s'étoit paſſé lors
que le Roy s'eſtoit échapé la
premiere fois , & qu'il avoit
eſté repris.On ne vouloit point
que ce preſtreluy parlaſt; mais
il promit ſi fortement de ne
rien dire de ce qu'il ſçavoit
qu'on luy permit de la voir.
Il n'avoitaucundeſſein de reveler
le ſecret ; mais la Reyne
ayant trop d'eſprit pour n'en
pas tirer tout ce qu'elle ſous
haitoit apprendre fut inge,
nieuſe ſur ce qui devoit accroiſtre
ſa douleur ,& engagea
fi bien le Preſtre à parler ,
qu'il avoua ce qu'il avoit refolu
detenir caché . Monfieur le
Premier à qui le Chevalier
Schelton fut amené ſe ſouvint
de l'avoir veu à Boulogne , &
le reconnut pour celuy que la
Reyneavoit envoyé en An-
Κ
230 MERCVRE
gleterre. Ce Chevalier ne fit
point de difficulté de luy apprendre
les bonnes nouvelles.
qu'il apportoit ,&M. le Premier
le mena auffi toſt à la
Reyne , Elle recent cette nou
velle avec une grandejoye ,
mais non pas avec toute celle
qu'elle auroit ſentic fi elle
avoit ſceule Roy ſon Epoux
hors des perils que l'on doit
toûjours apprehender quand
on eft fur Mer , puis que les
tempeſtes y ſurprennent fouvent
ceux qui s'y attendent le
moins , les dangers y eſtant à
craindre , mefme pendant le
plus grand calme
La Reyne partit de Beauvais
le s . de lanvier ,& la maniere
dont'elle parla à Monfieur l'Eveſque,
aprés l'avoirremercié,
fut admirée . Elle luy dit,,
IGADANT.
231
que ce qui luyfaisoit le plus de plaifir
dans la bonne reception qu'illuy
avoit faite , venoit de ce qu'elle
estoit persuadée qu'un homme qua
connoiffoit aussi bien le Roy que luy
& dont elle recevoit tant d'honneurs
, estoit affenré qu'il fuivoit
Ses intentions que comme elle
remarquoit par lacelles de SaMajesté,&
les bontez qu'il avoit pour
elle, elle en estoit vivement touchée,
&en reffentoit unveritable plaisir
CettePrinceffeobſervale vent
avant que de fortir de Beauvai's
,& le trouva propre pour
amener leRoyenBretagne ou
en Normandie , mais elle ne
laiſſa pas d'avoir beaucoup
d'inquietude , parce que ce
Prince auroit du eſtre arrivé
E avant celuy qui avoit apporté!
lanouvelle de ſon départ
• Avant que de finir l'article
K. 6
232 MERCVRE
de Beauvais ,je vous diray en
core une choſe qui s'y paſſa ,
&qui fertà confirmer la prefenced'eſpritdela
Reyne qui
a paru dans toutes les occafions
où elle a pula faire paroiftre.
Cette Princeſſe s'eſtant
attachée à regarder l'élevation ,
&la beauté de l'Egliſe deBeauvais
, elle ſe recria en donnant
des marques de fon admiration
Monfieur de Beauvais
qui estoitpreſent luy dit , que
cette Eglise n'estoit pas feulement
distinguée parla grandeur
de l'Edifice mais qu'elle l'estoit
encore davantageparle merite du
Clergé qui la defferdoit.CePrelat
entra meſme dans le caractere
de quelques- uns de ceux qui
le compofent,& la Reyne aprés
l'avoir écouté luy dit d'une
maniere auſſi honneſte que ſpiGALANT.
1233
-
!
:
rituelle, qu'elle n'estoit pointfur
priſede tout ce qu'il luy disoit de
ce Clergé, puis qu'il en estoit le
Chef. Cette Princeſſe arriva
les . à Beaumont , fort fatisfaitedes
honneurs qu'elle avoit
receus par tout où elle avoit
paffé. Monfieurele premier luy
preſentaMonfieur deBonneüil
Introducteur des Ambaffadeurs.
Ileſtoit neceſſaire qu'elle
le connut , parce qu'il devoit
conduire à fon Audience
un grand nombre de Seigneurs
&deGentils- hommes . Elle la
donna à Mõſieur d'Armagnac,
Grand Ecuyerde France qui
la complimenta au nom du
Roy & de Monfeigneur le
Dauphin . Ce Prince eſtoit
venu avecune nombreuſe ſaitedeGentilshommes,
dePages
&de Valets de pied ce qui
234
MERCUR
marquoit la grandeur du Monarque
qui l'avoit envoyé ,
L'éclat de ſa Charge , & fon
illustre naiſſance . La Reine
continua de fe faire admirer
par ſes réponſes toutes ſpirituelles
, & par une honneſteté
majestueuſe , s'il m'eſt permis
de parler ainfi. Elle fit voir
combien elle estoit reconnoiſſante
& fenfible aux grandesbontez
du Roy , & marqua
aufiien termes generaux la
conſideration qu'elle avoit
pour Monfieur d'Armagnac ,&
Feſtime qu'elle faisoit de fa perfonne.
On s'étonnera peuteſtre
que MonſeigneurleDau
phin n'ait envoyé perſonnede
fa part ; mais ce Prince n'ayant
point d'autre Maiſon que celle
du Roy, donttous lesOfficiers
le ſervent à meſure qu'ils for
HGALANT. 235
tent de quartier, n'envoye jamais
perſonne en ſon particuliér
ny de Caroſſes meſme au
devant des Ambaſſadeurs .
Monfieur le Marquisode
Dangeau eut enſuite audience,&
fit un compliment de la
part de Madame la Dauphine..
Son eſprit eſt ſi connus que
perſonne ne doutera qu'il ne
-s'en ſoit ſervy avantageuſement
en cette rencontre, pour
s'acquiter avec gloire de la
commiffion dont cette Princeffe
l'avoit honoré .
Monfieur le Marquis de
Chaſtillon , premier Gentilhomme
de la Chambre de
Monfieur, & Monfieur le Marquis
de la Rongere , Chevalier
d'honneur de Madame, eurent
enfuite audience de la part de
- curs Alteſſes Royales , & fu236
MERCVRE
rent pareillement preſentez
parMonfieur de Bonneüil. Ils
remplirent cette fonction d'une
maniere qui leur attira des
applaudiſſemens de tous ceux
qui furent preſens à cette audience
& la Reyne répondit
à leurs complimens comme à
L'ordinaire , c'eſt àdire que ſes
reponſes furent auſſi honneſtes
que fpirituelles . M. de Bonneuil
preſenta auſſi pluſieurs.
Gentilshommes , qui estoient
pareillement venus pour faire
compliment de la part des
Princes & des Princeſſes du
Sang. Son Alteffe Royale, Mademoiselle
d'Orleans , avoit
envoyé ſon premier Ecuyer.
M. de Sainte - Mefme étoit
venu dela part deMedame la
Grande Ducheffe , & M. de
Saint Marcel avoit eſté enGALANT.
237
i
voyé par Madame de Guife .
Il y avoit auſſi un Gentilhomme
dela part de Monfieur
le Prince de Conty . M. d'Ar
cy , Gentilhomme de Madame
la Princeſſe de Carignan , étoith
auſi envoyé de la part de cette
Princeffe , & de celle de Madame
la Princeſſe de Bade,&
de Meſdemoiselles de Soiffons &
&de CarignanoMy en avdiel.
encore de la part de Madame
la Ducheſſe de Verneuil , &
deMadame defianover. A me
fure queMonfieur deBonneuil
preſentoit tous ces Envoyez à
la Reine, & qu'il luy diſoit de
quellepart ils estoient venus,
M. le Premier qui eſtoit derriere
cette Princeſſe , les luy
faisoit connoiſtre par leurs
noms & par leurs qualitez . Ils
eurent tous lieu d'eſtre ſatis
faits de la réponſe. Ellereceut
238 MERCURE
tous leurs complimens debouts
&-quoy qu'ils roulafſent ſur le
meſme ſujet, & qu'elle euſt pu !
leur faire à tous la meſme réponſe
, elle en fit neanmoins
derdifferentes , mais dansle
meſme fens. Outre tous ces
complimens , Monfieur luy en
avoit envoyé faire juſques à
Boulogne par M. leChevalier
de Liſcouët. Monfieur lePrinco&
MeleDuc luy avoiét auſſi
envoyéun Gentilhomme juf-.
qu'au même lieu,& Madame la
Princeffe de Conty hay avoir
envoyé fon Ecuyer àAbbeville.
La nouvelle de l'arrivée du
Royd'Angleterre àAmblereuſe,
ayantefté receuë à Versailles ,
Male Marquis de Beringhen
l'apprit à Beaumont par un
Courrier queleRoy luy dépêcha
lloy a icvune choſe à re
marquer qui fait voir la ma-
..
GALANT.
239
niere obligeantedont S.M, fait
toutes chofes. Sur le premier
avis qu'on avoit eu à la Cour ,
que ce Monarque s'eſtoit
embarqué ,ton fit tenir un
Courrier tout preſt à partir ,
pour aller porter à la Reine
la premiere nouvelle de fon!
débarquement en France auf
ſi toſt qu'on l'auroit ſceuë
On s'étonnera de voir qu'on
ſe préparaſt à la faire ſçavoir
de Versailles à cette Princeſſe,
quil eſtant moins éloignée
du lieu d'où on l'attendoit
devoit vray - ſemblablement.
la recevoir avant que la Cour
en faſt intruite , mais outre.
qu'elle cſtoit hors du chemin
de la poſte ,le Roy eſt ſi bien
fervy, qu'on peut dire que ſes!
Courriers devancent meſme .
la Renommée,qui juſques icy
4
:
240 MERCVRE
arouvent fait tort aux affaires
des Souverains,en publiant .
tropde choſes qui ne devoient
d'abord eſtre ſceuës que d'enx :
c'eſt ce qui n'arrive plus en
France: frog
La Reyne eſtoit en prieres
lors que M. le premier entra
dans ſa Chambre , pour "luy
annoncer ce qui dévoit luy
eſtre fi agrable. Elle s'apperceut
d'abordqu'on entroit ,&
mefme avec un peu de precipitation
. Cela auroit pu luy
caufer de l'inquietude ; mais
Monfieur le premier ne luy
laiſſant point le temps de s'alarmer
, l'affeura que Sa Majeſté
Britannique eſtoit en
France. Elle dit auſſi- toſt , ſans
fonger à la perte de ſes trois
Royaumes,Mon Dieu ,je suis la
plus heureuse Femme du monde.
GALANT.
241
On ne peut rien ajoûter à la
joye qu'elle fentit. Elle parut
auſſi vive qu'elle estoit incere.
Cette Princeſſecut le mefime
jour une attaque de colique
nefretique à quoy elle est fu
jette , & dont lesdouleurs luy
durerent plus de trois heures.
M. le Marquis de Beringhen
receut un ſecond Courrier du
Roy une heure aprés le pre
mier , avec une Lettre de Sa
Majesté pour cette Princeffe ,
par laquelle il ſe réjouiffoit
avec elle de l'heureuſe arrivée
du Roy d'Angleterre en France.
Il receut auſſi un ordre par
le mefme Courrier , qui luy
marquoit d'aller toute la nuit
au devant de ce Monarque.Les
douleurs que la colique farfoit
fouffrir à la Reine estoient fi
violentes , que Monfieur le
242 MERCVRE
:
Premier nelay put rendre la
Lettre du Roy que deux heu
res aprés l'arrivée du Courrier,
ny luy dire le détail de l'évaſion
du Roy ſon Epoux , & de
fon heureux débarquement . Il
luy dit de la part de Sa
Majesté , lors qu'il luy remit
laLettre de ce Prince entre
les mains , qu'il auroit pû luy
écrire par le premier Courrier ;
mais qu'il avoit mieux aiméle
fairepartir fur le champ, que de
luyenvojer quelques snomens plus
tard les bonnes nouvelles qu'il
avoit à luy apprendre . Cette
Princeſſe parut toute penetrée
des manieres obligeantes de
Sa Majeſté . Toute la vie de ce
Monarque eſt pleine depareilles
actions qui le rendent auſſi
aimable qu'il eſt grand. Ce
font de ces chofes où l'histoire
GALANTA
243
n'entre point , & qui lediſtin
guent beaucoup da reſte des
Hommes, いい!
Monfieur le premier aprés
s'étre acquité de ſa commiffion
auprésde laReine d'Angleterre,
qu'il auroit conduite juf
qu'à S. Germain ſans les nom
-veaux ordres qu'vorecent gate
fongeaplus qu'à partir la nuit
mefme pour allerau devant de
ſa Majesté Britanique. La
Reine luy dit qu'elle alloit
écrire à ce Monarque , lil
attendit ſa lettre. Elletallay
donna une heure aprés en luy
diſant, avec une bonté,& une
honneſteré qu'il feroin diffici
le d'exprimer , Monfieurs ste
m'écris au Roy que pour luy parler
de vous & de tous les foins que
vous avezcu de moy dont je le prie
devous bien remercier. Illoy rens 4
244 MERCVRE
:
ditgraces de cette bonté avec
un profond reſpect , & prit
congé d'elle pour aller toute
la nuit au devant du Roy d'Anigleterre
shoh setups םדו
Le 6. cette Princeffe partitde
Beaumont pour ſe ren.
dre à S. Germain en Laye ,
dont le Roly avait faitx meubler
le Chasteau pour la loger
Ibb avoit d'abord fait
preparer celuy de Vincennes
mais ſa Majefté croyant l'air
de S. Germain meilleur pour
la ſanté du jeune Prince &
ce Chaſteau plus commode
pour voir la Reyne plus fouvent
, avoit changé de deffein.
Le Roy partit le meſme jour
de Versailles pour aller au
devant de cette Princeffe.
Il eſtoit accompagné de
Monfei
GALANT.
145
Monſeigneur le Dauphin , de
Monfieur , & des Princes ,&
principaux Seigneurs de la
Cour. Il s'avança juſques auprésde
Chatou , & les Gardes
du Corps , les Gendarmes ,
les Chevaux - Legers ,& les
deux Compagnies de Moufquetaires
s'étendoient dans
la plainedepuis le Pont du Pec
juſqu'à ce Village. Quoy que
leurs habits ordinaires foient
aſſez riches , & que le tout enſemble
produiſeun effet fort
éclatát, chacun s'eſtoit efforeć
ce jour là de ſe mettre propre
ment , & l'on peut dire que
tous les Officiers eſtoient ma
gnifiquement veſtus. Le Ca
roſſe de ſa Majesté ,& celuy où
eſtoit la Reyne d'Angleterre
ayant paru , chacun defcendit
Janvier 1689.
246 MERCURE
/
duſien , dans le meſme temps,
& le Roy & cette Reyne ſe
ſaluerent. LeRoy luy preſenta
Monſeigneur le Dauphin , &
Monfieur ,& la remit enſuite
dans le meſme caroſſe,où étant
auſſi-toſt monté il ſe plaça à ſa
gauche , & Monſeigneur le
Dauphin , & Monfieur ſe mirent
ſur le devant. Lors qu'on
fut arrivé à Ş . Germain ,le Roy
conduifit la Reyne dans l'apartement
qui luy avoit eſté
preparé. Il demeura quelque
temps en public avec elle
&luy preſenta Monfieur le
Prince , Monfieur le Duc , &
Monfieurle Prince de Conty .
Le Roy en prenant congé de
cette Princeſſe luy dit , qu'il
alloit voir le Prince de Galles pour
apprendre s'iln'estoit point fatigué
du voyage. La Reine voulut l'y

GALANT.
247
accompagner , & luy dit, qu'elle
avoit eſté ravie qu'il ne fust pas
en age de connoiſtreſes malheurs ;
mais qu'à present elle estoit bien
fâchée qu'il ne fust pas en état de
veconnoistre l'obligation qu'il luy
avoit. Le Roy revint enſuite à
Verſailles & laiſſa cette Princeſſe
dans l'admiration de ſes
manieres toutes engageantes ,
& qui avec le brillant de la
Majesté laiſſent paroiſtte un air
tout affable qu'il ſeroit difficile
d'exprimer . Ce Monarque de
fon coſté trouva beaucoup
d'eſprit & de grandeur d'ame
dans cette Princeſſe . Elle a
l'air noble ; toute penetrée
qu'elle eſt de ſa douleur , elle
n'en paroiſt point embaraffée.
Elle ſentbien ce qu'elle eſt , &
-quoy qu'elle ſoit fort honneſte,
elle ſçait placer ſes honneſte-
L 2
248 MERCURE
tez felon les gens & eſt tourà
faitmaiſtreffed'elle -meſme .
Ie viens à ce qui regarde
le Roy d'Angleterre , qui
eſtoit arrivé le 4. de ce mois
à Ambleteuſe. Comme on
eſtoit en inquietude pour ce
Prince ,& quefur l'avis qu'on
avoit receu de ſa ſortie de
Rochester on l'attendoit à
chaque moment dans tous les
Ports de France , le Capitaine
d'une Fregate qui estoit à
Ambleteuſe , envoya ſa Chaloupe
& fon Enſeigne pour
voir s'il
,
ne découvriroit
point quelque Baſtiment qui
puſt luy en apprendre des
nouvelles. Il rencontra Ic
Bateau dans lequel le Roy
eſtoit venu. Il eſtoit tres petit
, & fervoit à un Peſcheur
de Maquereaux. On appelle

GALANT.
249
tez.
ces Baſtimens Smaques Pon-
L'Enſeigne qui estoit
dans la Chaloupe cria d'abord
pour demander des nouvelles
de Sa Majefté Britannique.
Il n'y eut que le Roy qui parut
, mais il n'eſtoit pas
connu de cet Enſeigne . Tous
ceux qui estoient dans ſon
Baſtiment le trouvoient fi mal
que Sa Maieſté ſeule eſtoit
en estat de répondre, Le
Roy qui vouloit ſçavoir à qui
il avoit affaire , &s'il pouvoit
ſe découvrir ſeurement ,fit
pluſieurs queſtions à l'Enfeigne
; mais cet Enſeigne qui
n'avoit en teſte que de ſçavoir
des nouvelles de ce
Prince. continua toujours à
en demander fans répondre à
aucune des queſtions que le
Roy. lui faifoit luy - meſmes
L3
250 MERCVRE
de forte que ce Monarque.
connoiſſant l'obligeante impatience
de cet Enſeigne , &
jugeant qu'elle partoit d'un
zele fincere pour ſes intereſts.
crut qu'il pouvoit ſe declarer
fans peril , & dit qu'il
estoit luy- mesmele Roy dont on
luy demandoit des nouvelles
avec tant d'empreſſement. L'Enſeigne
fut ravi d'avoir trouvé
ce qu'on l'envoyoit chercher
,& le Roy ſe mit dans ſa
Chaloupe. Voilà ce qui a fait
dire preſque dans toutes les
Relations , que le Roy d'Angleterre
avoit trouvé une
Fregate Françoiſe en Mer
dans laquelle il s'eſtoit mis .
Comme Ambleteuſe eſt un
lieu fort peu habité , ce Prince
qui avoit eſſuyé de grandes
fatigues ; alla ſe repoſer quelGALANT.
251
A
ques heures chez un Ingenieur
. On apprit aprés qu'il
fut arrivé , tout ce qui s'étoit
paffé lors qu'il avoit fay de
Londres la premiere fois , &
de quelle maniere il s'eſtoit
ſauvé de Rochester. Il avoit
changé de chevelure dans cette
premiere fuite ,& avoit pris
d'aſſez juſtes meſures pour
n'eſtre point découvert. Il ſe
Fendir en effet juſques au lieu
où il devoit s'embarquer , &
s'embarqua meſine ſans eftre
reconnu , mais comme Sa Majeſté
entend fortbien la Mer ,
où Elle a commandé long
temps , Elle s'apperceut que le
Bateau , où Elle s'eſtoit mife
n'eſtoit pas aſſez leſté , & qu'il
ne pouvoit porter ſes voiles
Cela l'obligea de retournerd
serre pour prendre du Leſt Le
L 4 .
2
252
MERCURE
Païfans l'ayant pris , ainſi que
ceux qui l'accompagnoient ,
pour desCatholiques qui cherchoient
à ſe ſauver , s'attrouperent
dans le deſſein de les
maltraiter . On reconnut une
perſonne de ſa ſuite qui n'étoit
pas aimée , & peu de temps
aprés , le Roy ayant eſté reconnu
lay meſme il fut remené
à Londres avec tous les
honneurs dus à ſon caractere .
Comme c'eſt un Prince d'une
grande fermeté ,& qui eſtoit
fatisfait d'avoir fait ſauver la
Reyne & le jeune Prince , il
parut avec ſa tranquilité ordinaire
,&quoy qu'il euſt tout
à craindre de ſes Ennemis , il
dit le lendemain qu'il n'avoit
jamais si bien repoſequ'ilavoit fait
pendant la nuit.
Al'égard de ſa ſortie de Rochester,
elle n'a pas eſté ſi difficile qu'on ſe
GALANT.
253
l'eſt perſuadé , puis que ce Monarque
n'y eſtoit gardé que pour les formes.
Il avoit ſa Garde ordinaire ,& celle
que le Princed'Orange avoit envoyés
étoit dans la Ville. Ily avoit ſeule
ment deux ſentinelles des Gardes de
ce Prince à la porte du logis de Sa
Majeſté ; de forte qu'on euſt dit que
les Troupes du Prince d'Orange
étoient plûtoſt-là pour empeſcherque
lePeuple ne retinſt le Roy s'il avoit
envie de ſe ſauver , que pour luifere
vir d'obſtacte s'il prenoit le parry de
fairencore une fois , c'eſt cequi a fait
dire fort ſpirituellement à la Reine,
en parlant de l'évaſion du Roy, Qươn
n'auroit pas cru que le Prince d'Oran
ge&elle , euffent jamaisſouhaitté une
mesme chose. On avoir demandé un
Paffeport à ce Prince pour quelques
Catholiques qui vouloient fe retirer
d'Angleterre , & il en avoit donné un
qui n'eſtoit point remply , & qui
eſtoit entre les mains du Roy. Sa Majeſté
avoit fait retenir le Bateau dont
je vous ay déja parlé par un Capitaine
Catholique de la Flotte Angloife,
LS
254
MERCVRE
qui a auſſi paffé en France , & fortic
lanuit parune portede derriere qu'on
negardoit point. Elle s'embarqua
avec le Duc de Bervvick , ſon Fils na-.
turel , & avec ſon premier Valet de
Chambre qui eſt attaché àſa perſonne
, dés le temps que ce Monarque
n'eſtoit encore que Duc d'Yorc . On
l'appelleMr. Bill . Il eſt d'une des plus
anciennes maiſons d'Angleterre , où
ſes Anceſtres s'habituerent lors que
les Saxons vinrent pour envahir ce
Royaume. Il a l'honneur de manger
avec le Roy ,c'eſtun avantage qu'ont
en Angleterre ceux qui poffedent les
Charges de premiers Valets de Chambre.
Quoy que leRoi fuſt deguisé en
quelque maniere , il avoit ſes propres
cheveux , parce qu'ayant mis une perruque
noire la premiere fois qu'il voulut
s'embarquer , il apprehenda que
s'il en mettoit encore une , celane
fiſt ſouvenir de celle qu'on lui avoit
déja veuë Alufut obligé d'attendre
deuxMaréés pour fortirde la Tamife.
- Ce Prince s'eſtant repoſé à Ambletouſe
pendant quelques heures,voulues :
:
GALANT.
255
entendre la Meſſe, & l'euſt entenduë
dés qu'il arriva , s'il n'euſt pas eſté
trop matin pour trouver un Preſtre
tour preſt à la dire. Il eſt aiféde connoître
par tout ce que fait ce Prince ,
qu'il a pour la veritable Religion tout
le zele des anciens Anglois. On ſçait
qu'il n'y a jamais eu de Royaume plus
Catholique , qu'on l'appelloit autrefois
le Royaume desAnges, &que l'amour
& l'ambition l'ont inis dans l'état
où il ſe trouve aujourd'huy..
Monfieurle Duc d'Aumont ayant
apris l'arrivée du Roi d'Angleterre à
Ambleteufe , s'y rendit auſſi toft pendant
que toute la Nobleſſe & toute la
Milice du païs ,au moins tout ce qu'on
en put aſſembler dans le peu de temps
que l'on avoir, ſe preparoit à venir au
devant de ce Monarque. Ce Duc trouvant
fa Majesté à la Meſſe , ne voulut
point interrompre ſa devotion , & ne
ſe montra que lors que la Meſſe fur
achevée. Il lui fiuſon compliment, &
l'invita de venir à Boulogne , où il
lui avoit fait preparer à diſner. Ce
Prince qui avoit beaucoup d'impa-
L6
256 MERCVRE
tience de voir le Roi , & de rejoindre
la Reine ,& qui vouloit meſme coucherplus
loin que Boulogne , y vint
diſner. M le Comte de Maulevrier
qui eftoitàCalais s'y rendit,ainſi que
Meſſieurs de Crequy &de Moncaurel
,& de qu'il y avoit alors aux environsde
Nobleſſe plus diftinguée.Plufieurs
curent l'honneur de manger
avec ce Prince , & pendant le repas
qui fut grand , propre , & bien entendu
,on donna beaucoup de loüanges
à la magnificence de Me le Duc
d'Aumont. Elle avoit paru toûjours
égale pendant les huit jours de ſéjour
que la Reine avoiofair à Boulogne. Le
Roy en partit l'apreſdinée dans une
chaiſe roulante que ce Duc luydonna,
& vint coucher à Abbeville d'où il
partit le lendemain de fort bonne
heure , pour venir à Amiens. Monfieur
Dipitti , Lieutenant de Roy ,
avoit fait mettre dés le grand matin
les Bourgeois ſous les armes. U sy
trouva plus de quinze mille hommes.
Les quatre Compagnies privilegiées
ou des Chevaliers fortirent , & fe
GALANT.
257
?
mirent en batai le hors de la Ville.
Elles furent precedées par quelques
autres de Cavalerie qui estoient alors
dans la Place.La Bourgeoisie eſtoit en
haye depuis la porte du Faux-bourg
faint Pierrejuſqu'au Palais Epifcopal .
Mr Dipitti alla une lieuë au devant
du Roy , accompagné de pluſieurs
Officiers , de M Chauvelin , Intendant
de la Province , & de quantité
de Nobleſſe avec beaucoup de Jeuneſ
ſe à cheval . Il y avoit auſſi une infinité
de peuple à pied ,de forte que ce
Prince fut furpris de l'empreſſement
où l'on eſtoit de le voir. H fut falué
partout le canon de la Citadelle ,&
complimenté à la porte par le premier
Echevin à la teſte da Corps de Ville
en habitde ceremonie. Il traverſa.enfuite
une partie de la Ville pour fe
rendre à l'Eveſché , & il entendit re
rentir tous les lieux par où il paſſa des
acclamations des Peuples & des bene
dictions qu'ils lui donnerent. Monheur
l'Abbé de Brou , nommé à l'E .
veſché d'Amiens ſe trouva à la defcente
de fa chaiſe. Voici le ſens du
25-8 MERCVRE
compliment qu'il fit à ce Prince. Hdit
Que les visages&les acclamations pis.
bliques parloient affez pour exprimer la
joye que l'on reffentoit de joüir de fon
augustepresenceſansy mefler un discours
qui ne pouvoit estre que froid à l'égard
dusujet ,& qu'il ne pourroit faireſans
laiſſer échaper des soupirs.
Le Roi touché de la tendreffe des
peuples répondit à ce compliment
d'une maniere qui fit voir qu'il y étoit
ſenſible. Il entra enſuite dans l'Everché
, où il trouvale Preſidial , les Treføriers
de France & les Eleus qui eurent
l'honneur de le ſaluer. Le couvert
eſtoitdreſfé dans la troifiéme Sal--
le. Il n'y en avoit qu'un ; mais
ce Prince ſouhaita que l'on en miſt
pluſieurs autres. Il eſtoit preſt de ſe
mettre à table, lors que Madame l'Intendante
arriva. Il lui fit de tres grandes
honnêtetez lui donna beaucoup
de loüanges , & ſouhaita que les perſonnes
de distinction qui ſe trouverent
là , euffent l'honneur de manger
avec luy. Ainſi outre ſon Fils naturel ,
&M Bill , il fit mettre à Table M.
GALANT.
2392
d'Amiens , Mr l'Intendant , Mule
Lieutenant de Roi , Mole Marquis de :
Boulinvilliers , & Mr Deſcertaux. Ce
repas fut magnifique , & le Roi en fit..
compliment à M l'Evefque. Un moment
aprés qu'il fut hors de table , il
trouva Meſſieurs de Ville dans une
des Salles de l'Eveſché. Ilbleur dir ,
Qu'il estoit extremement ſatisfait de la
reception qu'ils luy avoient faile , qu'il
leur en estoit obligé , qu'il en parleroit
au Roy , & que la jove , & l'empreſſement
que tous les Habitans de la Ville
avoient temoignéà son arrivée , estoit
une, marque de leur fidelité pour leur
Prince ; puis qu'ils montroient tant de
zele pour ceux qu'ils sçavoient qu'il
eftimoit... Il pafla enſuite au travers
d'une double haye de milice qui estoit
encore ſous les armes , accompagné
des Officiers de la Place qui le conduifirent
hors de la Ville, où il trouva
de nouveau lesChevaliers en bataille,..
& Ja Marefchauffée qui l'avoit tous
jours precedé.
Monfieur Chauvelin receut leRoy
d'Angleterre àBreteüil,où il luy avoit
26.0 MERCVRE
fait préparer un magnifique appartequent,
& un grand fouper. M'leMarquis
de Beringhen , qui n'avoit oſé aller
plus loin de crainte de le manquer,
parce qu'il y a deux chemins , luy fit
compliment ence lieu-là de la part du
Roy , & lui marqua en luy rendant la
Lettre de ſa Majesté , la joye qu'Elle
reffentoit de ce qu'il eſtoit fi heureuſemét
arrivé en France, aprés tous les
perils qu'ils avoit courus. Il l'affura
de l'impatience où ce Prince étoit de
le voit &de l'embraſſer , & luy dit ,
que s'il avoit efte aſſuré de la route qu'il
devoit tenir , du jour defon depart ,&
de celuy defon arrivée ,il auroit envoyé
fa Maiſon au devant de luy, & qu'il y
féroit venu luy- meſme , comme il avoir
estéan devant de la Reine ; mais que
dans cette incertitude il n'avoit en que
Le temps de luy ordonner de partir en
pofte. Ce Monarque répondit , Qu'il
me douvoit aucunement de la bonne volonté&
de l'amitié du Roy , dont il
avoit en tant deſenſibles marques, &
qu'il eſperoit en remercier dans peu Sa
Majesté ,&luy temoigner luy-mefine
GALANT. 261
Sa rerannoiſſance. Il chargea Monfieur
le Premier de faire ſçavoir tout cela
au Roy par le Courrier qu'il alloit lui
dépeſcher , ſuivant l'ordre que luy en
avoit donné Sa Majeſté en l'envoyant
vers ce Prince.
Monfieur le Comte de Chaſtillon
&Mele Marquis de la Rongere , vin
rent juſques à Breteüil de la part de
leurs Alteffes Royalles Monfieur &
Madame , faire leurs complimens au
Roy d'Angleterre. Monfieur le Prince
y envoya auffi Mr de Vervillon.
2
Le Roi d'Angleterre diſna àCreil
le lendemain. Ce repas fut appreſté
par lesOfficiers de Mele Premier,& fe
irouva d'un ſi bon goût , qu'ils en re
ceurent des loüanges de ce Prince. 11
monta àClermont dans le Caroffe du
Roi que Mr le Premier avoit au voya
ge en allant an devant de la Reine, &
qu'on y avoit fait venir de Beauvais
toute la nuit. Mrle Premier & Mr le
Duc de Betvick entrerent dans ce Catoffe
avec SaMajesté , qui alla ainſi
juſqu'à S. Germain en Laye, avec des
attelages du Roi qu'on avoit mis en
162 MERCVRE
relais. Tout ſaint Denis étoit rempli
du peuple de Paris , qui marqua fa
joie par ſes acclamations lors qu'il vit
arriver Sa Majesté Britannique, ce qui
acheva de faire connoitre qu'il n'y a
point de Peuple au monde ſi fidelle
& li zelé que celui de France , ni qui
ſe plaiſe davantage à entrer dans tous
les ſentimens de ſon Roi. Tout fe
trouva rempli de peuple , de Carofles
pleinsde perſonnes de qualité ; & de
Cavaliers depuis Paris juſqu'à faint
Denis , & ce Prince n'entendit que
des acclamations , & ne vit que de la
joye fur tous les vifages. Sa Majesté
receut ce Monarque au milieu de la
Salle desGardes de ſaint Germain. La
joiequ'ils eurent de ſe voir parut dans
leurs embraſfades , qui furent reiterées
plufieurs fois. Leurs complimens
eſtant finis , le Roi mena Sa Majefté
Britannique dans la chambre de la
Reine fon Eſpouſe , qui eſtoit au lit,
& aprés y avoir demeuré quelque
temps , & l'avoir auſſi mené chez le
Prince de Galles , il s'en retourna à :
Verſailles..
GALANT. 163
Le 8. le Roy d'Angleterre vint l'a
préſdinéeà Verſailles rendre viſite à
Sa Majesté , ayant dans ſon Caroffe
Monfieur le Duc de Bervick , Monfieur
le premier , & Monfieur de Lau.
fun. Le Roy le recent à la porte de
la Salle des Gardes ; & le conduifit
dans ſon petit Salon , puis dans ſon
Cabinet , où ils demeurerent ſeuls
pendant plus d'une heure & demie.
Sa Majesté le conduiſit enſuite par
la grande Galerie à l'appartement de
Madame la Dauphine , qui l'attendoit
dans ſa chambre avec un fort grand
nombre de Dames. Cette Princeffe
eſtant avertie qu'il venoit par laGa
lerie , s'approcha environ à trois pas
de la porte. Le Roy d'Angleterre en--
tra , accompagné du Roy , de Monſeigneur
le Dauphin , & d'une tres
grande quantité de Seigneurs de la
Cour. Il baifa Madame la Dauphine:
des deux coſtez , & enſuite Madame
qui s'y trouva . Il baiſa aprés Monſei--
gneur le Duc de bourgogne, Monſei
gneur le Duc d'Anjou,&Monſeigneur
le Duc de Berry qui accompagnoient
264 MERCV RE
rous trois Madamela Dauphine. On
ne fut point affis .Madame la Dauphine
eſtoit du Coſté de la Balustrade , &
leRoy donnant toujours la droite au
Royd'Angleterre , eſtoit avec Monſeigneur
du coſté des feneftres. La
converſation dura un quart d'heure.
Ce Monarque prit congé pour aller
chez Monseigneur , qui un moment
auparavant eſtoit forty de chez Madame
la Dauphine ,pour l'aller attendie
dans fon Appartement. Le Roy
accompagna ce Monarque en fortant
juſqu'au haut du grand degré. Monfeigneurile
recent à la porte de la Salle
defes Gardes , & le Roy fit tomber la
converfation fur la Campagne de ce
jeunePrince,à qui il Jóna les loüanges
qui luy font duës;mais il luy dit enfuite,
Qu'il s'estoit trop exposé,& qu'à l'avenir
il devoit se ménager davantage.
Monseigneur luy répondit , avec
beaucoup de prefence d'eſprit , Qu'eftant
Duc d'Yoro il ne s'estoit pas moins
exposé lors qu'il combattoit dans les
Troupes de France. Le Roys repliqua
Qu'il n'estoit alors qu'un malheureux
GALANT. 265
Avanturier ,mais que comme il seroit
preſentement le plus ancien Lieutenant
General s'il avoit continue , il croyoit
que le Royleferoit Maréchal de Francr.
Monſeigneur le reconduifit juſqu'au
meſine lieu où il avoit eſté le
recevoir. Il alla enfuite chez Monſieur
: qui eſtant veritablement indifpoſégardoit
le lit ce jour- là . Comme
il eſtoit allez naturel de parler du
Prince d'Orange , ce qu'on en dit fit
tourner la converſation ſur la Bataille
de Caffel , & Monfieur fut loüé d'avoir
battu un Prince fi fier , & qui ne
manquoit ny de hardieffe ny de courage.
Ce Prince répondit là-deſſus ,
Qu'il voudroit qu'une semblable occafion
Se presenta encore , & qu'il exposeroit
volontierssa vie pour leſervice du Roy
d'Angleterre. Ce Monarque alla aprés
cela rendre viſite à Madame & s'en
retourna à Saint Germain. Monfieur
le Premier l'y accompagna , & luy dit
le ſoir en prenant congé de luy , que
la Maiſon du Roy qu'il avoit menée
au devant de la Reine , avoit ordre de
demeurer auprés de leurs Majeſteż
pour les ſervir.
267
MERCVRE
Le 9. Monseigneur le Dauphin fe
rendit à Saint Germain, & viſita leurs
Majeſtez Britaniques .
Le 10. Madame & Mademoiselle y
allerent auſſi ; & le 11. les Princeſſes
du Sang.
Le 13. amidy Monfieur les vifita pareillement
, & fſur les deux heures les
Princes du Sang firent les mêmesviſites.
Le meſime jour ſur les 4.heures du
foir,la Reine d'Angleterre vint àVerfailles.
LeRoy , Monseigneur le Dauphin
&Monfieur la receutent au haut
du grand Escalier. Elle parut ſe defendre
de prendre la droite de ſa
Majeſté. On luy avoit preparé un
fauteüil qui eſtoit à droite de celuy du
Roy , & elle s'y mit. La converſation
duraun quart d'heure ,& l'eſprit de
cette Princeſſe ſe montra auſſi brillant
qu'il avoit déjafait. Le Roy luy dir
Qu'il étoitsurpris del'entědreſi bieparlerFrançois,&
de ce qu'on ne luy remarguoit
aucun accent étranger.Elle réponditQu'elle
s'estoit toujours fenti de l'inclination
pour la France , & que c'estoit
de làque venoit lafacilité qu'elle avoit
GALANT. 266
enëà aprendre le François .Leur converfation
étant finie , le Roy la conduifit
chez Madamela Dauphine qui l'attendoitdans
ſa Chambre avec un tresgrand
nombre de Dames, qui estoient
fort parées .Quand cette Princeſſe fut
avertie que la Reinevenoit par la Galerie
,elle s'avança juſque dans la porre
. La Reine la baiſa d'un coſté , &
Madame la Dauphine luy donnant la
droite, la mena dans ſon grand Cabinet.
On y avoit preparé fix fauteüils ,
ſçavoir pour la Reine , Madame la
Dauphine , les trois jeunes Princes &
Madame. Celuy de la Reine eſtoit au
milicu de la chambre , & les autres
eſtoient tournez un peu du coſté
du fauteüil de cette Princeffe. Toutes
les Duchelles furent aſſiſſes. Madame
la Ducheſſe de Povvis , gouvernante
du Prince de Galles , & Madame la
Comteſſe deMontecuculi, une des Dames
d'honneur de la Reine , comme
eſtoienticy les Dames du Palais , puis
qu'elles ſont pluſieurs & qu'elles ſervent
par ſemaine, eurent des tabourets
. On s'étonnera que je donne icy
268 MERCVRE
le nom de Ducheſſe à Madame de
Povvis aprés l'avoir appellée pluſieurs
foisMarquiſe ; laraison de ce changement
eſt que leRoy d'Angleterre
depuis ſon arrivée à ſaint Germain a
recompensé le zele de,Monfieur de
Povvisſon mary en le faiſantDuc. La
converſation dura une demy-heure .
On fe leva , & Madame la Dauphine
conduifit la Reine juſqu'à la porte de
fon cabinet. Cette Princeffe alla enfuire
chez Monſeigneur qui la receut
àla porte de la Salle de ſes Gardes ,
& la reconduifit juſqu'au meſme en.
droit. Elle alla aprés chez Monfieur
& chezMadame qui luy firent tous les
honneurs dusà une Reine. On racon.
te mille choſes de l'esprit de cette
Princeffe . On a admiré toutes ſes
reparties ; mais elles font en trop
grand nombre pour pouvoir eſtre raportées
icy. Elle a trouvé les manieres
du Roy an deſſus de toutes les expref
fions, & a eſté touchée de la bonté de
fes Peuples.Les Troupes de la Maifon
de S.M. lui ont part d'une tres grande
beauté ,& ellea dir Qu'elle les esti
moit
GALANT.
271
moit encore davantage , parce qu'elle
estoit persuadée de leur zele & de leur
fidelité.
Cet article m'a mené ſi loin , qu'il
ne me reſte plusde temps ny de place ,
pour vous donner une ſuite des Affai
res d'Angleterre , que je devois continuer
en les reprenant où je les laiſſay
le dernier mois , & en les traitant de
la maniere que j'ay fait dans mes
trois Lettres qui ont pour titre ,Af
faires du Temps. Comme vous fouhaitez
avoir dans un ſeul Corps tout
ce qui regarde l'hiſtoire du Prince
d'Orange , afin de la trouver de ſuite,
ſans eſtre obligée de la chercher en
divers endroits ,je vous envoyeray le
mois prochain une quatriéme Lettre
fur ce ſujet. Je puis vous dire d'avance
qu'elle ſera remplie de pieces originales,&
ne ſera pas moins curieuſe que les
trois premieres qui ont eſté aſſez , heureuſes
,pour meriter l'eſtime de ceux
qui ont le plus de connoiſſance des
mouvemens qui agitent aujourd'huy
toute l'Europe.
Il y a des temps & des raiſons pour
toutes chofes , &elles ſont ſouvent
M
272 MERCURE
blâmées ou eſtimées , ſuivant qu'on a
égard à l'un & à l'autre dans ce que
l'on fait , & qu'on ſe ſert de tout ce
qui en peut faire valoir l'execution .
Tout cela ſe rencontre dans la Tragedie
d'Efter , qui a eſté repreſentée depuis
peu de jours à S. Cir. On voit
dans cette Maiſon trois cens jeunes
Filles , routes de qualité ; il faut que
lajeuneſſe ſe divertiſſe ; & particulierement
quand elle n'a pas renoncé au
monde , comme la plupart de ces jeunes
Demoïſeilles . Ceux qui en font
entierement retirez , dont l'âge eſt fort
avancé , & qui font meſime profeſſion
de mener une vie toute ſainte , ont des
heures pour leur recreation. Il ne fuffiſoit
pas d'en donner à cette jeunelle
toute vive , les perſonnes meures en
font un bon uſage. La jeuneſſe ,& fur
tout quand elle eſt en ſi grand nombre
les employe, àdes choſes differentes ;
mais quand le nombre eſt ſi grand , il
eſt mal-aiſé que tantde perſonnes s'en
fervent toujours également bien. Il y
a de la prudence , &de l'eſprit à trouver
une choſe generale,qui les occupe
toutes ,& long-temps & particuliere
GALANT . 273
ment dans un Carnaval , parce que
l'uſage ayant autoriſé les plaiſirs dans
cette ſaiſon , onn'en peut refuſer à la
jeunelle. C'eſt cequi a obligé l'illuſtre
Perſonne à qui toute la Nobleſſe de
France a de ſi grandes obligations du
foin qu'elle prend de l'éducation & de
lafortune de tantdejeunesperſonnes,
de faire faire une Tragedie pour eftre
repreſentée à S. Cir pendant le Carnaval,
par une partie de cettejeuneſſe.
Celas'eſt fait depuis pluſieurs fiecles,&
ſe fait encore dans des Convents tresauſteres
, où les Penfionnaires repreſentent
des Tragedies ſaintes . Quoy
que ces Pieces ne ſoient repreſentées
que peu de fois , & qu'elles durent
peu d'heures , on s'occupe à en parler
pendantpluſieurs mois , on ſe divertit
aux repetitions , on s'attache à la repreſentation
, & quand on eft ainfi
tout remply d'une choſe ſainte &
morale qui inſtruit en divertiſſant , &
qui entre dans l'eſprit parce qu'on s'y
plaiſt , on ne l'a point occupé par
d'autres choſes, qui nonſeulemet pourroient
n'eftre d'aucune utilité , mais
auſquellesmefine il ſeroit mieux de ne
M 2
274 MERCURE
le point appliquer. Le ſujet de la Tragedie
qu'on vient de repreſenter à S.
Cir , eft Efther , & elle a eſté faite par
Monfieur Racine. On peut juger par
la ſainteté du ſujet , des effets qu'il
pent produire dans les coeurs ,& de
labeauté de la Piece par le nom deſſon
Auteur. Auſſi le Roy qui l'a honorée
pluſieurs fois de ſa prefence , y a-t-il
pris tout le plaifir qu'il a toujours reffenty
en voyant les Ouvrages de
Monfieur Racine. Il y a des Choeurs
dans cette Piece de vingt - quatre
Fillesde S. Cir , faits par Monfieur
Moreau , qui ſont d'une grande
beauté,& fort utiles à celles qui prennent
le party de la Religion , puis
qu'elles apprennent par là à chanter ,
cequi eſt tres- neceſſaire dans les Con
vents.
Comme en vous parlant dans cette
Lettre de la derniere action de Mr de
Feuquieres,je vous en ay dit des chofes
donton me fait connoiſtre la fauſſeté ,
je vais vous appprendre de quelle maniere
elle s'eſt paſſée.LesAllemans qui
avoient quelque François entre leurs
mains , ayant ſurpris des malades dans
GALANT.
275
un poſte abandonné, eurent la eruauté
de couper la reſte aux uns , & d'écorcher
les autres. Monfieurde Feuquieres
indigné de cette Barbarie , alla
àNeubourg, où eſtoient les deux cens
Dragons qui l'avoient exercée. Il n'en
eſtoit qu'à deux lieuës , & eſtant party
à neuf heures du ſoir pour s'y rendre
, il fit rompre les portes avec des
haches,& autres inftrumens.Les deux
cens Dragons parurent avec leur
Commandant à leur teſte.Monfieur de
Feuquieres écarta avec ſa canne un
piſtolet que le Commandant tira fur
lay , Monfieur de Pauſay , ancien Capitaine
de ſon Regiment tira à ſon
tourunpiſtolet ,& le tua. On fit enfuitemain-
baſſe ſur tous les Dragons
dont il neſe ſauva que ſept, Monfieur
de Feuquieres fit quartier à deux qui le
demanderent à genoux , & donna le
cheval du Commandant à Monfieur
dePouſſay qui ſe ſignala en cette occafion.
Je ſuis ,Madame , voſtre , &c.
1
FIN.
TABLE.
Prelude 2
Festes Publiques. 14
Morts.
30
BaletdancéàTrianon.
33
Eloge de Monseigneur le Dauphin
37
Stances. 110
Autres. 111
Estampe de laprise de Philisbourg.
114
Table perpetuelle des quatre principales
Phaſes ou apparitions de
: la Lune.
τις
Gouvernement de Guyenne donnéà
Monsieurle Comte de Thoulou .
Se. 117
Miffion. 118
Baptemedetrois Turcs. 120
Arrest du Conseild'Estat . 124
Histoire. :
126
TABLE .
Ouverture d'Ecole de Mathematiques.
158
Preparation pour la Theriaque. 162
Noms ,surnoms , & qualitez de tous
les Chevaliers de l'Ordre de la
derniere promotion . 165
Belle action de Monsieur de Feuquieres
. 188
Confiscation de la Principauté d'Orange
donnée à Mr le Comte
d'Auvergne. : 190
Prise de deux Vaiſſeaux Holandois
193
Explication des deux Enigmes de
191
Opera nouveau.
Novembre.
Egnime nouvelle.
196
198
Suite des affaires d'Angleterre. ib .
Tragedie representée à S. Cir. Ju
Autre détail de l'Action de Mr de
Feaquieres . 74
Avis pourplacer les Figures.
L'Airqui commence par, le
me contrains inceſſamment doit
regarder la page 61 .
La Medaille doit regarder la
page 160.
2
LaChanſon qui commence
par , Nonje ne verray plus Silvie ,
doit regarderla page 196.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le