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1688, 12 (partie 1) (Lyon)
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EX BIBLIOTHECA
AUGUSTINIANA
LVGDUNENSI
MERCURE07156
1
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
DECEMBRE
#1893*
MP
MVIED
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY , ruë
Merciere au Mersure Galant.
M. DC. LXXXVI11 .
AVEC PRIVILEGE DU ROT
1
1
TABLE.
Rélude.
Préludes
r
Discoursfur lemouvement des
armes de Loüisle Grand. 2:
Philisbourg pris parMonseigneurLe
Dauphin en 20. jours de tranchées
ouvertes .
14
Eloge du Roy prononcéà Arvas . 22.
Réjouiſſancesfaites à Grenoble poar
la prise de Philisbourg.
Autres faites à Avignon.
Extrait de Sermon .
242
32
34
Ce qui s'est paßéà l'Academie de
Ville-francheà la Reception de
M.Chaffebras de Cramailles. 36
Autres Reiouiſſances faites en di
verſes Villes du Royaume fur la
priſe de Philisbourg.
Mariage de Mademoiselle de Vil
}
Odefur lemesmeſujet, 653 65
leroy:
75
Ganal pour la communication du
1
t
TABLE..
Languedoc avec le Roussillon.77
Voyage de Hollande en Vers.
Sonnet.
१०
93
Histoire allegorique de la Guerre du
Dauphin &de l'Aigle. 96
Troisième Article des Réioviſſances
faites pourlaprise de Philisbourg.
171
Agrément de la Charge d'Avocat
Generalau Parlement de Guionne
, donnée à M. Dalon , Fils du
premier President du Parlement
deNavarre. 73
Le Medecin pour les Maladies do
temps. Dialogue...
Hiftoire.
175
185
Editdu Roypour la Creation de cinq
cens mille liures de rente. 209
Reglement pour la levée des Milices.
Morts.
21
219
Suite des Affaires du Temps. 220
Fin de la Table.
MERC.
MERCURE
BEQUE DEC
GALANTE LYON
DECEMBRE 1688
* 193
*
,
A Gloire du Roy
eſt dans un ſi haut
degré d'élevation
que les perſonnes
meſmes qui ſemblent n'eſtre
pas nées pour mettre la main a
laplume,trouvent l'eſprit & les
forces neceſſaires quand il s'agit
d'admirer ce grandMonarque&
de faire ſon éloge Je vous
Decembre 1688. A
2 MERCVRE
F
ay déja envoyé un Ouvrage
deMadame de Pringy ſur ſes
grandes Actions; en voicy un
ſecond qui ne luy a pas moins
acquis de gloire que le premier.
DISCOURS
1 SUR
LE MOUVEMENT
DESPARMES
DE LOVIS LE GRAND.
101
AValeursta
2..
faftice,Gota Vic
Monarque, il a dans fourepos auſſi
agiſſant que paisible triomphe de
cout Ennemis differens. Les plus
JRRRRRR 3R3
GALANT.
forts ont succombé sous la Iustice
deſes loix , & la Paix venoit de
faire paroiſtrefes grandeurs quand
l'audace temeraire de l'Etranger
l'a obligé a exercerſa justice, comme
il exerçoitsa bonté. La conduite
defes Voisins l'amis dans la neceſſite
d'emporter encore des Victoires par
les Armes ainsi qu'il avoit fait
autrefois. Commele Triomphe ac
compagne toujours sa volonté, il
vient de commander,&il a vainen.
Le jeune bras dont ils'estfervy pour
vaincre estoit fort ,& cet auguste
Fils qui vient de commander en
obeiſſant , s'est ouvertun Camp de
Laurier dontil revient tout couvert.
Quelplaisir pournostre Monarque
de voir quefa gloire éclate
dans ce qu'il produit.comme dans ce
qu'il poſſede, & quefon Fils n'estpas
moins remply de fes vertus que de
L
4 MERCVRE
Jonfang. Sa joye doit égalerſavictoire
pendant que la grandeurdefes
exploits égale lafainteté defesaca
tions & nous obligede dire auiourd'huy
deſa perſonne Sacrée ce qui
dit autrefois de faint lean- Baptiste
par la bouche de Dieu mesme , Entre
tous les Mortels il n'en eſt
point de plus grand que
LOVIS ,puis quesa bonté en fait
le plus grand des hommes , & Sa
iuſtice leplus grand des Rois .
Tous les prodiges que nous voyons
font des effets de la bonté de nostre
Monarque . Le blasphème puny ,
I'Hereſie éteinte ,le Duel aboly , le
Regneaimable de la Paix qui n'est
interrompu queparde iustes combats
que la valeurſçait soutenir & la
victoire couronnerzles Peuples charmezde
leur bonheur&deses bienfaits
, la terre retentiſſante de sa
renomméele Ciel mesme auteurde
GALANT
fa gloire &Satisfait defes vertus,
toutes ces merveilles nous marquent
Sa bonté ; bonté que le Cielbenit&
favorife, quefes Ennemis nemépri-
Sent qu'à leur confusion , &queses
Peuples reffentent avec abondance;
bontè auſſimanifeſtéedans laguerre.
qu'elle a estéviſibledans la Paix.
Cen'est point affez du repos merveil.
leux denostre Monarque, ſon action
n'estpasmoins admirable. Les Puif
Sances de l'Enfer ont esté vaincuës
dansfa tranquillité , celle de la
Terre lefont au premiermouvement
deses armes. L'esprit duTres-Haut
qui le fait agir,lefait vaincre, cerne
le rend redoutable que pour mieux
apprendrequ'il est bon . Maispour
quoy faut- il que l'iniustice & la
temcritè deſes Ennemis obligentSa
bontéà nepouvoir paroître que par
le ministere de sa puiſſance ? Ne
s'est- il point affezfait connoistre
A 3
6 MERCVRE
1-3
pour ne laiffer aucunſuiet dedouter
de laluſtice de ſes intentions ? Ignorans
de la verité,lifez les fautes
que vousfaitesdans les vertus que
Louis pratique , &ſouvenez- vous
que la guerre qu'ilsoutient avec
tantde gloire couvre dehonte ceux
qui en font la cause. Il est iustedans
fes demandes& constant dans ses
progrés &toute lapuiſſance divine
ne permettra iamais qu'on oprime...
celuy dont lafoy s'est communiquée ,
& quiafait rendreauvraj Dieuk
culte refusé depuis plus d'un fiecle.
Tout étonné de fon Zele l'Enfer a
grondé quand il aéteint l'Hereſie ,
& tout affligédesapuiſſance l'Ennemy
a resisté àla iustice de ses
ordres ; efforts inutiles des demons
&des hommes . Louis eft armé de ce
glaiveà deux tranchants , dont il
est parlé dans l'Ecriture ; il abat
d'un costél'orgueil des demons ,&
4
GALANT 78
Ciel
de l'autre la temerité des hommes,
& sa puiſſance Sçait foutenir la
iuštice de les droits,commeſapieté
Sçait Souštenir la veritédeſa Reli
gion . C'est un Prince à qui le
à reservé l'accomplisfement de
tant de grandes oeuvres que fes
Predeceſſeurs n'ont ofé entreprendre
; il est né pour la gloire de l'Eglife
& de la France,& s'ilne
commandequ'à cettepartie de l'Europe
qui luy estsoumise ; ce n'est pas
qu'il ne pust commander à tout l'Univers
. S'ilavoit autant d'ambition
qu'il a de puiſſance , ilfiroit un autre
Alexandre par les conquestes ,
mais ſes deſirs font bornez , si son
meritene l'est pas. Content des Peuples
qui luy sontsoumis ilne defire
point de commander au reste des
hommes , pendant que le reste des
hommes pour estre heureux doit defirerde
luy obeir , mais fans penetrer
les secretsde la Providence qui
A4
8 MERCVRE
a donné la sagesse à LOUIS LE
GRAND fans luy aſſujettir tout
l'Univers,nous pouvons dire qu'el
estoit de la gloire du Tres-Haut de
donner au Fils aisné de l'Eglise
cette rare qualitéde pouvoir borner
Sapuiſſance , comme il la pouvoit
étendre , & que pendant qu'ilpeut
tout conquerir, il est plus admirable
de le voirſerenfermer dans les
bornes de fa raison que dans celles
du monde. Combien la modestie , la
douceur&la clemence ont- elles de
part dans tous ſes Exploits , tant
guerriers que pacifiques ! Il épargne
la honte à ses ennemis ,
menage le fang de fes sujets , &
trouve autant de plaisir à vendre
Sa gloire éternelle qu'éclatante.
C'étoit un Prince tel que luy que te
Peuple d'Iſraëlſouhaitoit quand il
crioit avec gemiſſement pour demanderà
Dieu un Roy, mais ilnous
GALANT
4
aeste referué, ceMonarque incom
parable. C'est nous qui connoissons
Ses vertus merveilleuses,& quifom
mes les témoins quesabonté en fait
leplus grand desHommes. Peuples
Etrangers , apprenez que fajustice
en fait le plusgrand des Rois.
Connoiſſez les grandeurs de noftre
Monarque ,foibles Défenseurs d'un
party injuste , &ingez de la iuftice
deſes intentions par celle defes or
dres que vous estes affez heureux
pour recevoir prefentement. Vous
apprenez par l'experience ce que
vous sçavez par la renommée,&
vous dépendezà preſent de ce Roy
quipeut compter danssa vie autant
de prodiges que d'actions , de ceRoy
dont laiuffice est univerſelle conftante
merveilleuse ; univerſelle
parson étenduë ; constante par sa
durées merveilleuse par ses effets.
Quelle étenduë de inflice peut aller
plus loin que celle de LOUIS LE
T
1 A
JO MERCURE
4
GRAND ? Il la rend à Dieu en le
faisant adorerpartousſes Peupleszit
Larend aux hommes par l'integrité
deſes iugemens;ilſe la rend à laymesme,
nefavorisant point ſes interests;
maissi l'étenduë deſa iustice
doit surprendre,ſaconstancene doit
pasmoins étonner. S'il a pu dans
Sa plus grande tranquillité terraſſer
les hidrės infernales du Duel , du
Blaspheme & de l' Herefie , que ne
peut- ilpoint lors qu'ilest chargé de
leursdépoüilles &victorieux de leur
malignité ? L'envie a beaumurmurer,&
tout l'Univers s'armer contre
luy,le Ciel quilefait entreprendre,
le foûtient , comme il eſt iuſte dans
Ses deffeins , il est constant dansses
victoires,& s'ilsçait confondre l'Enferžil
peut punirles hommes ennemi
de l'Etat,qui sçavez iusques où va
laforcedesa bonsé , pourquoy voulez
- vous éprouver iusques où va
la rigueurde fa inſtice ? Ne sçau-
7
GALANT.. 1
riez-vous êtreſages par connoiſſancefans
le devenir par punition, &
la ſageſſe chez vous fera - t - elle
toujours un effet de la peur & jamais
un effet de l'amour ? Songez
que le Cielqui rend le bras de
Louisfifort, acreèſon coeurfi iuste
&fibon , qu'il voudroit qu'il n'y
eust iamais d'offense ,ou bien que
Sa iustice luy permiſt de tout pardonner
; mais cette iustice est trop .
constante pour luy permettre depar
donner ce qui merite d'estre puny..
Elle est iustice en tout temps; comme
elle l'eft fur toutes choses ; fa
perpetuité est unieà son étenduë ,
&fi elle doit étonner , parce qu'
elle est univerfelle & constante
elle doit charmer, parce que les
offers qu'elle produit fout admirables.
Nous voyons ce Prince craint
dans la Paix ,estre chery dans la
Guerre , & devenir en mesmo
A6
12 MERCURE
temps le Protecteur deſes Peuples ,
&le Défenseur de l'Etranger. Nous
levoyonsfouteniravecZele la cauſe
du Tres haut , defendre avec chaleurles
droits des Princesfes Alliez,
convaincre l'Etranger defon ingratitudeparfon
malheur. Nous le
voyons moderé dansſes entrepriſes,
modeste dans fes conquestes , &
digne parSesvertus de poſſeder une
vie qui fust Immortelle aussi- bien
quefa gloire. Toutes ces merveilles
font les effets de cette justice , que
la pofterité admirera , aussi - bun
que nous , de cette iustice que Louis
Le Grandfait voir dansſaperſonne,
&qui le rendun Roy redoutable
à l'infidelité ,& digne de l'encens
des luftes. Les travauxde ce grand
Princefont le bonheur de la terre
&contribuent à lagloire du Ciel;
ilest un Monarque paisible&guerrier
tout ensemble,quiporte aufaGALANT.
13
1
lut en procurant la felicité,&qui
Se peut dire Grand par sa bonté,
puis qu'elle luy donne tant de gloire,
&Grand parSaiuštice qui luy procure
tant de victoires , & qui nous
obligent àconfefferfans cesse qu'entre
tous les Mortels iln'en est point
de plus Grand , que l'incompara.
ble LOVIS.
Aprés vous avoir fait part
d'an éloge du Roy en Profe ,
je vous envoye un Ouvrage
en Vers , où vous trouverez
les louanges de ce Prince ingenieuſementmeflées
avec cel.
les de Monſeigneur le Dauphin.
14 MERCURE
PHILISBOVRG
Pris par Monseigneur leDauphin,
en vingtjours deTranchées
ouvertes , le premier
Novembre 1688 .
APaix faisoitfentirſes dou-
LAPaix
S
fes charmes ;
Loindu tumulte & des alarmes
Nous cultivions tous les beaux .
arts,
Et nostre Muse , qui deMars
Ne craignoit plusla violence
Nes'occupoit enfon loiſir
Que de LOVIS , & du plaisir
Que répand en tous lieux ſon au
gustepresence.
Luy-mesmejouiſſoitde cet heureux
repos
GALANT. 15
Qu'aux deſpens de fa propre
gloire
Avoient produit partout ſes ſoins
& Ses Travanx ;
Luy-mefmequi pouvoitgroſſir encor
l'Histoire .
Deſes Heroïques Exploits ,
Et porter bien plus loin ses armes
&fes loix ;
Luy mesme,dis- je, enfin qui voyoit
la Victoire
Toûjours attachéeàsespas ,
Moderoit fon ardeur&retenoitfon
bras.
Content , Ialoux defon Ouvrage
Cegrand Roy, ce Heros qui desfes
jeunes ans
Avoit jusques icy fait voir tant de
courage,
Nesedémentoit point , &propre à
tous les temps ,
Se montroit dansſon Louvre aussi
prudent&Jage
16 MERCURE
Qui intrepide &plein de valear
Quandde l'Europe entiere il dom--
ploit lafureur...
Ton repos n'estoit point unrepos de
paresse ,
Qu'unehumeur oiſive autrefois
Faisoit,&faitencor chercheratant.
de Rois ;
La nonchalance&lamoleffe
Virent leurs doux plaisirs , & leur
attraitflatteur
Faire de vains efforts pourSeduire
Son coeur ,
Et pendant cettepaixfanoble vigitance
Reformoit les Abus , & banniſſoit
l'Erreur ,
Qui depuis plus d'un ficcle empot
Sonnoit la France...
Son active tranquillité
Contre luy fait enfin agir le mesme
GALANT.
17
Qu'il vit naiſtre autrefois de fa
prosperité; (raze
De ses vieux ennemis elle excite la
Et quelque utile qu'à l'un d'eux
Ait estéce repos qui leur bleſſe les
yeux ,
Loin de continuer d'entirer avantage
,
Il aime mieux du Tuys exposer au
ravage
Ses nouveaux &foibles Sujets,
Que ne pas troubler cette paix
Dont LOVISasceu faire unfipieux
ufage.
Mais ceHeros de ce jaloux
Deconcerte, provient les coups
Et , pour les faire enfin retomberfur
luymesme, :
Fait marcher sur les bords du
Rhin ,
L'Heritier de fon Diademe.
Pouvoit - il mieux choisir ? En
vain
18 MERCURE
La nature &la politique
Vouloient , loindes dangers , qu'il
tinfſt ce fils Unique ;
Vojant éclater dans sesyeux
Gebeau , ce noble feu , cette ardeur
heroïque
Qu'ilsentit des l'Enfance , & qui
defes Ayeux
Coule encor dansſes propres vei
nes ,
Ilcrut ne riſquer rien ; & que tous
Ses combats
1
Cuoiont EM
Seemani fursespas
Autant de Victoires certaines .
泰
Lefoinqu'àleformerLOVIS luymesme
prit
Luy répondoit de ce préſage ,
Et , quoy que Philisbourgfuft fon
apprentissage,
Ilne s'estpoint trompédans le choix
qu'il enfit.
Quelqueforte quefust la Place,
GALANT. 19
Ce digne Fils,qui dans la Chaße
Tant de foisde la Guerre avoit fait
des eſſais,
En ordonne l'attaque,&malgréses
Marais
Dont pendant plus d'un an elle crut
Se défendre ,
Laforce en vingt joursdeferendre.
La terreur qu'en tous lieux répand
Sonjeune bras ,
Caufe
Ennemic
priſe ,
rella Com
41414
Que tremblant par avance,Heidelberg
neveut pas
Voir,àſa propregloire , enfanglantersa
priſe
11 ferendde luy- mefme, &Manheim
tientsipeu ,
Que parfafoible resistance,
Ondiroit quepourluy la Guerren'est
qu'un jer ,
20 MERCURE
Et qu'au bruit de fon nom chacun
foitfans deffense.
A ce début , grandRoy , tu reconnois
ton sang,
Et tu vois à l'air qu'il s'y prend
Qu'à vaincre instruit sur ton
-modelle
CeFils fuit àgrands pas la gloire
qui l'appelle.
Sans chercher des perilsſi loin
Ilpouvoit , content de la tienne,
Remettrefur un autre unft penible
Soin;
Etfurles Rivesde la Seine
Tranquille&fans travail jouir de
travaux; t
Mais fuyant ce honteux repos ,
Il'en veut une qui ſoitfienne ,
Ettel que cet ambitieux
Qui pleuroit en fecret des exploits
de fon Pere ,
Ilcroyoit que LOVIS plus grandque
tous lesdeux
4
GALANT. 21
Ne luy Laifferoit rien àfaire.
表
Ah ! s'il commence ainsi ,grand
Roy,
Etfifon ardeurheroïque
Met ainſi toûjours en pratique
Les leçons qu'ilrecent de toy ,
Quelsmiracles un jour n'en dois - th
pas attendre!
Ces redoutables Ennemis
Qui,fiers d'avoir reduit en cendre
Bude , Belgrade , Effech , vouloient
flêtrir nos Lys,
Bien- soft n'oferont plus l'attendre,
Ils le prendront pour le Dieu
Mars,
Ils fuiront, & malgré leurs orgueilleaxramparts,
Ton Fils ira plus viſte ,& plus loin
qu'Alexandre.
Puiſſe dans ton pieux plaisir
22 MERCURE
Le Cielte donner ce plaisir
Erjusqu'au fiecle entier porter ta
bellevie!
Tes Lauriers t'avoient déja mis
Au deſſus des coups de l'envie ;
Ilne te reſtoit plus qu'àvoir cedigne
Fils
Par ceux qu'il te moiſſonne en
Gore ,
Forcertonpeuple qui t'adore
A redoubler pour toy ses vaux &
Ses fouhaits.
Parla ſi lareconnoiſſance
Qu'impriment dans nos coeurs les
biens que tu nousfais,
Peut te plaire , toute la France
Est preste àſigner de fonfang
Qu'elle doit à LOUIS LE
GRAND
Son bonheur ,fon repos , &fa ma
gnificence.
Le 25. du mois paffe , le
GALANT.
23
Pere de Juilly leſuite, Regent
de Rhetorique dans le College
d'Arras , y prononça une
Harangue Latine à la loüange
du Roy , qu'il diviſa en
deux parties . Il montra dans la
premiere que la moderation
de Sa Majesté luy avoit fait
differer longtemps à reprendre
les armes , mais qu'enfin
fa prudence les luy avoit remiſes
en main , pour prevenir
par la prise de Philifbourg
le deſſein de ſes Ennemis
. Il fit voir dans la feconde
, que la ſageſſe de ce grand
Monarque paroiffoit encore
dans le choix qu'il avoit fait
de Monſeigneur le Dauphin
pour luy confier la conduite
de cette entrepriſe , voulant
parlà faire connoiſtre à toute
la terre , ce que valoit un
24
MERCVRE
Fils dont il connoiſſoit déja
tout le merite. La Piece finit
par un Eloge à Monseigneur
le Dauphin , & fut receuë
avec l'applaudifſſement general
d'une Afſſemblée fort
nombreuſe.
Le 17. du meſme mois , la
Ville deGrenoble , Capitale
du Dauphiné , s'intereſſant
particulierement à la gloire
de Monseigneur le Dauphin ,
dont cette Province a l'honneur
de porter le nom , ſe mit
ſous les armes pour marquer
la joye que luy donnoît la
reduction de philisbourg. Mr
le Marquis de Saint André-
Virieu ; premier Preſident ,
&Commandant dans le Dauphiné
en l'abſence , de Mrs
les Gouverneur & Lieutenant
160
General , toujours zelé zele pour
tout
-
GALAN T.
25
tout ce qui regarde le Roy ,
fit le jour précedent la harangue
ordinaire à l'ouverture
du Parlement. Il repreſentad'abord
les qualitez neceſſaires
aux Magiſtrats pour.
bien adminiſtrer la Iuftice ,
& s'étendit enſuite ſur les
loüanges de Sa Majesté & de
Monſeigneur , en faiſant voir
quelajuſtice , la moderation,
la ſageſſe & la prudence de
noſtre Auguſte Monarque
devoient eſtre leur modelle.
Il finit par tous les ſujets
d'admiration que Monfeigneur
le Dauphin a donnez
pendant le Siege ; & n'oublia
aucune de ces manieres pleines
de grandeur & toutes
charmantes , qui luy ont acquis
l'eſtime & l'amour de
toutes les Troupes. Mr le
Decembre 1688 . B
26 MERCURE
Marquis de Saint André traita
ce jour là le Parlement
avec ſa magnificence ordi.
naire , & donna ſes ordres à
l'Hoſtel de Ville & à la Milice
pour les réjoüiſſances
que l'on remettoit au lendemain.
Les Tambours s'eſtant
aſſemblez dés ſept heures du
matin , battirent la Generale
dans tous les quartiers. Les
Bontiques furent fermées , &
àmidy les onze Compagnies
ayant Mr Reynaud qui faifoit
la fonction de Colonel
à leur teſtes avec les autres
Capitaines , ſe rendirent à la
Place du Breüil , où elles farent
rangées par Mr de la
Frecy , Major. De là elles allerent
occuper les rues qui
ſont depuis le palais juſques
GALANT.
27
,
à l'Eglife Cathedrale , où elles
firent deux hayes , au milieu
deſquelles paſſerent les Corps
qui aſſiſterent au Te Deum.
Mrs de l'Hoſtel de Ville en
Robes Confulaires furent les
premiers à s'y trouver , avec
leurs Valets de Ville & Pertuiſaniers
& des Violons ,
& des Hautbois. Un peu
après le Parlement arriva
en robes rouges , ainſi que
Mrs de la Chambredes Comptes
avec leurs robes de velours
noir. Chaque Corps
eſtoit devancé de ſes Huif-
Gers & Secretaires . La Compagniedes
Archers de la Mareſchauffée
ſe trouva auſſi à
cette ceremonie. Mr le premier
Preſident de S André
eſtoit à la teſte du Parlement
, & Mr Bouchu , Inten-
B 2
28 MERC VRE
le
dant de la Province , auſſi en
robe rouge , marchoit à fon
rang , M. le Comte de Ferrieres
, Preſident aux Comptes
eſtoit à la teſte de ce Corps
qui ſuivoit immediatement
Parlement. Si toſt qu'ils fu .
rent placez , Mr le Cardinal le
Camus Eveſque de Grenoble,
avec ſa Crofſe , ſon Maſſier ,
& pluſieurs Chanoines qui
eſtoient allez le prendre ,vint
occuper ſa place , ordinaire
fous ſon Dais , d'où il entonna
le Te Deum. Lors qu'il
fut fini , & qu'on eut fait les
prieres accouſtumées pour le
Roy , les Compagnies de la
Milice ſe camperent à la Place
de S. André où eſtoit un
bucher , conſtruit des plus
hauts Pins que l'on avoit pû
trouver dans les Montagnes
GALANT. 29
voiſines . Les rameaux de ces
Arbres toûjours verds &
d'une hauteur extraordinaire
, faisoient un tres-bel effet.
Ils eſtoient ornez de pluſieurs
figures de Dauphins , le tout
de l'invention de Mr Honnord
,l'un des Confuls de la
Ville. Sur les quatre heures,
Mr le Marquis de S. André ,
en robe rouge& avec le mortier
de Preſident , mit le feu
à ce Bucher. Il y vint ſuivi
de la Maiſon Confulaire ;
avec les Valets de Ville
Pertuiſanniers Violons & ون
Hauthois & devancé des
Officiers de la Milice en cet
ordre . Les Capitaines marchoient
immediatement avant
luy , precedez des onze
Drapeaux & des Tambours,
devant leſquels on voyoit les
Lieutenans . Vingt deux Ser-
B 3
24 MERCURE
gens alloient deux à deux
avec leurs Hallebardes devant
ces derniers , & ceux cy
eſtoient devancez de la Compagnie
des Archers , ayang
Mr Reymond leur Officier à
leur teſte . Tout cela formoit
un cercle qui tournant trois
fois d'un pas grave & majeftueux
autourdu bucher , attiroit
les regards d'un nombre
infini de peuple qui s'eſtoit
placé juſque ſur les toits . La
Moufqueterie fit pluſieurs
falves , & les Violons & les
Hautbois ſe firent long-temps
entendre. Le feu fini , Mr le
Comte de Marcieux , Gouverneur
de Grenoble د
&de
la Vallée voiſine , alla à l'Arſenal
, où il fit tirer les Canons
, les Boëtes & la Moufqueterie
de la Garnison. Le
;
GALANT.
37
foir on vit des Illuminations
à toutes les fenestres de la
Ville , & l'on remarqua entre
autres celles de Mrle Cardinal
le Camus , de Mr le
premier Preſident de Saint
André de l'Hoſtel de Ville ;
deMr le Comte de Vireville,
de Madame la Marquiſe de
la Baume de Madame de
Mistral , de Mr de Bagnol ,
fon Fils , Officier aux Gardes,
de Mr de Serviens , Fils du
défunt Ambaſſadeur à Thurin
, & du Clocher de Saint
André . Celles de Mr de Serviens
eſtoient de bougies en
grand nombre , & avec une
figure faite en ſimmetrie fur
fon portail. Sur les dix heures
il y eut bal à l'Hoſtel de
Ville , avec un concert d'Inſtrumens
, & l'on tira quan
B4
32 MERCVRE
tité de fuſées volantes . La
pluſpart de Mrs du Chapitre
de S. André , fondez par un
des anciens Princes Dauphins,
ſe croyant particulierement
obligez de prendre part à la
joye publique , ſe trouverent
àce concert dans un appartement
particulier.
Le 14. les Confuls d'Avignon
, qui avoient donné
leurs ordres pour une pareille
rejouiffance , firent chanter
le Te Deum , en Muſique
dans l'Eglife de Noſtre Dame
au bruit des boëtes & de la
Mouſqueterie. Une fontaine
de vin coula tout le jour &
un grand Arc de Triomphe
orna la face de l'Hoſtel de
Ville. On alluma le ſoir un
Feudevant le Palais , & toute
la Ville fut illuminée. On vit
A
GALANT. 33
4
un nombre infini de lumieres
à la Maiſon de Ville avec
douze girandoles , chacune
de cent fuſée ſur le haut de
la Tour de l'Horloge. Le lendemain
Mr Crozet Buiſſon ,
Primicier de l'Univerſité dela
meſme Ville , fit rendre de pareilles
actions de graces à Dieu
dans l'Egliſe de S. Didier qui
eneſt la paroiſſe. Il s'y rendit
fur les cing heures du foir , accompagné
des Docteurs &
Regens des trois Facultez de
Theologie , Droit Civil &
Canon , & Medecine &
precedé d'un grand nombre
de Hautbois. Cette Eglife
eſtoit éclairée d'une infinité
de flambeaux , & ornée de
riches Tapiſſeries , & de ce
que Mrs du Chapitre avoient
de plus precieux en argente-
As
34
MERCVRE
rie. Le Te Deum fut chante
par une Muſique compofée
de voix choiſies , & aprés
les Oraiſons accouſtumées
pour la proſperité de Sa Majeſté
, on donna la Benediction
du Saint Sacrement au
bruit de l'Artillerie . De là
Mr le Primicier alla dans le
mefme ordre à la Place de
l'Univerſité où il mit le feu
àun grand bucher qui avoit
eſté dreſſé vis à vis les Ecoles
publiques. Les cris de Vive le
Roy pouſſez de tous coſtez par
lePeuple ,furent meſlez avec
le fon des Hautbois
Tambours & des Trompettes
. Quantité de fuſées volantes
parurent en l'air ,& il
y eutle ſoir une grande illumination
par toute la Ville.
Tout parle des Victoires
>
des
GALANT.
35
de Monseigneur , & on luy
donne des loüanges juſque
dans la Chaire . Le Pere Caffe,
Religieux de l'Obſervance
de faint François , de la Province
d'Aquitaine l'ancienne,
homme d'un merite diſtingué
, prefchant au Convent
des Cordeliers de Paris le
jour de ſainte Elifabeth, aprés
s'eſtre étendu ſur la picté de
cette Sainte , dit que par les
Alliances que ſon Sang avoit
avec les Maiſons Imperiales,
d'Orient & d'Occident , nous
luy devions deux Auguſtes
Reynes , Anne d'Auſtriche
qui nous a donné le plus
grand Roy de la terre , &
Marie Thereſe , dont la miemoire
fera dans une éternelle
benediction . Elle nousa , dit il,
laiſſé un Heros , qui dans les pre-
B. 6
39 MERCURE
1
miers effſais de sa valeur a pris
les Villes les plus fortes en un
temps où elles paroiſſoient le plus
imprenables qui a chaſsé nos plus
redoutables ennemis des lieux
où ils estoient le mieux retranchez
, & qui jette tous les jours
àpleines mains parlarapidité de
Jes conquestes , des Palmes & des
Lauriers fur la Couronne toujours
triomphante de Louisle Grand.
Je vous parlay il y a quelque
temps de la diſtribution
des prix d'Eloquence & de
Poësie que Mr l'Archeveſque
de Lion , Protecteur de l'Academie
de Villefranche en
Beaujollois , & ceux qui compoſent
cette Academie firent
le jour de S. Louis dernier à
Mr Magnin , Ancien Conſeiller
au Prefidial de Macon,
& à Mr Livonier Pocquet ,
GALANT.
37
Conſeiller au Prefidial d'Angers
. Ces pris font une Medaille
d'or à Chacun. Elle repreſente
d'un coſté le Buste du
Roy , & autour Ludovicus magnus,&
au reversil y a une roſe
de diamans avec ces mots , mutuo
clarefcimus igne , qui eſt la
deviſe de l'Academie .
Mr de la Barmondiere de
Saintfons , recommandable
par ſa vertu & par fa pieté ,
qui estoit frere de Mr de la
Barmondiere Curé de S. Sulpice
à Paris , ayant laiſſe par
ſa mort une place vacante en
cette Academie , Mr Chaffebras
de Cramailles , dont
vous avez veu pluſieurs Ouvrages
;a eſté éleu en ſa place
au retour de ſon voyage d'Italie.
Voicy le compliment
2
☑
38 MERCVRE
qu'il fit à ces Illuſtres Academiciens
.
MESSIEURS ,
Quand ie confidere le rang où
Vousvenez de m'élever , &laplace
avantageuse que ie tiens de vostre
generosité , je suis étonné de
la bardieſſe que j'ayeuë d'accepter
ces marques de bien veillance dont
vous m'honnorez . Vous n'avez confulté
que vostre inclination bienfaisante
quand vous m'avez admis
dans vostre illustre Compagnie
mais cela ne m'empeſche pas de voir
tout l'éclat qui l'environne , &
connoiffant ma foibleſse iay funct
d'apprehender d'estre ébloüy de vos
lumierespour avoir voulu men approcher
de trop prés
Je vous aryoue , Messieurs qu'a
yant tou ours eu une aff ction particuliere
pour les bellesLettres
1
39%
GALANT
:
r
vous ay regardez comme desmodelles
parfaits que ie devois ſuivre ,&
i'ay connu qu'ilfalloit venir en ce
lieu pour apprendrelaverta& l'és
loquence , & que vostre celebre
Academie estoit la source où l'on
pouvoit puiſerſcurement cequ'ily
a de plus par &de plus poly dans
noftre Langue. Ie sçavois bien que
vous rendiez iustice au merite ,
cependant ie n'ofois me promettre
que vous deuſſiezcouronner figenes .
renfement mes defirs & mes intentions.
En effet , ne font -ce pas là
des marques d'une bonté toure par....
ticuliere ? Vous me recevez au
nombre de vos Illuftres Confreres
dans le temps que ie m'adreſſe à
vous comme à mes Maistrés . Vous
mefastes iouir des fruits & desa
vantages de la Victoire avant que
d'avoir combartu , & vous me placez
dans le Temple de la Gloire
40
MERCURE
quandjen'ofois presque en aborder
Qùy , Meſſieurs , vostre Accademie
Se peut appeller le Temple de la
Gloire , de quelque costé qu'on la
confidere , l'onn'y voit rien que de
merveilleux . Son institution est
des plus nobles ; elle est établie nom
Sculement pour la pureté de la Lanque
& pour celle des moeurs , mais
encore pour éternifer les actions =
glorieuses du plus grandMonarque
de l'Univers . Vous , Meſſieurs , qui
formez cette Compagnie , vous en
foutenez admirablement l'éclat
l'on vous a choisis parmy les plus
beaux esprits du fiecle ,& voſtre
digne Protecteur acheve de luy
donner le brillant ; ilattire le ref
pect& l'admiration de tout lemonde.
Auffi, Messieurs , falloit- il des
Suiets de vostre merite pour la rendre
fifameuse. Le Public regarde
GALANT.
4
wos belles productions comme autant
de trefors dont vous avezfait
une nouvelle découverte. Vos Poësies.
ont cet avantage qu'elles plaisent
& qu'elles inſtruiſent , ony remarque
un feu divin qui penetre iufqu'aufondde
l'ame. On trouve dans
vos manieres d'écrire la iuſteſſe des
Sentimens , des expreffions claires
& brillantes ; un ſtile noble &relevè
, & generalement tout ce qui
donne de la grace& de la beauté
aux Ouvrages ; mais ce que l'on ad .
mire encore plus , c'eſt l'adreſſe que
vous avez de donner un tour ga-
Lant auxsujets les plus ferieux.
Ie me trouve agreablement engagéà
parler icy de vostre illuſtre
Protecteur qui foûtient fi di .
gnement la grandeur de fon cara-
Etere. Son sçavoir , ſa prudence
& sa conduite l'ont rendu digne
des grands emplois dont Sa Maiste
42
MERCURE
)
la honoré , quand il n'auroit pas
toutes lesqualitez quifont un grand
Prelat , fon nom seulferoitson éloge.
Il est d'une Maison qui à fourny
à l'Etat pluſieurs fuiets de remarque
, qui ont estétoûjoursfidellesa
leurs Princes , & qui ont donné des
preuves de leur courage dans toutes
les occaſions. François I. & less
autres Rois ſes Suceffeurs ont reconnuences
grands hommes un esprit
fi desintereſſsé & un attachement
fifort au fervice de la Couronne ,
qu'ils leur ont confiéles affaires dis
Royaume les plas importantes ,&
les ont honorez des principales
Charges & des plus hautes Dignitez
..
Il eſtoit à propos que des Genies
auſſi rares que les vostres, Meſſieurs,
fußent unis à un Protecteurfi accomply
pour inſtruire la renommée
des Exploits glorieux de Loüis le
GALANT.
43
Grand. Comme tout ce qu'il fait
est au deſſus du merite des Heros
que l'Histoire nous vante , il falloit
auſſfides personnes au deffus du commun
pou transmettreà la posterité
par leursécrits lesfaitsſurprenans
de cegrand Prince. Toutefavie est
un tissu de merveilles qui confond
Ses Ennemis ,&qui les met dans la
derniere ſurpriſe . Ils s'étonnent de
le voir marcher tranquillement
dans des endroits perilleux malgré
larigueur des ſaiſons les plusfacheafes
; ils ne peuvent comprendre
que les Nations les plus éloignées ,
traverſent les mers pour venir ren
dre les hommages &lesfoumiſſions
denësàfagrandeursuprême,& à
SonAugusteMaiesté , Gils voyent
avec envie que tous les Souverains
unis ensemble ont esté obligez de
Luy ceder , & de le reconnoistre
pour l'arbitre de la Paix &de la
Guerre.
44 MERCUR E
Ils nedoivent point eſtre ſurpris
de ces prodiges ,faprudence & Sa
justice attirent la benediction du
Cielfur fon Royaume&SurSa Per-
SonneSacrée. Ses Sujets le cheriffent
&le reverent , parce qu'il agagné
leur coeur , & qu'il necherche qu'à
procurer leur felicité. Les gens de
Lettres & les Sçavans abandonnent
Leur Patrie pour le venir chercher ,
parce qu'il estle Protecteur des
Sciences & des Arts. Les Catholi
ques le reconnoiffent pour le Défenfeur
de la Religion , parce qu'il a
terrassé l'Herefie.
Je ne puis finir ce diſcours,Meffieurs,
fansregreterlaperte de cet
Academicienſizelédont i'ay l'hon.
neur d'occuper la place. Ilestoit confiderable
par son érudition autant
que parfaſageſſe & par sa pieté,
quifontdes vertus hereditairesdans
Sa Famille. Son affabilité & sa
GALANT. 45
probité le faisoient rechercher de
toutes les personnes de merite , &
l'on peut dire fans le flater qu'il
vivoit dans le monde selon l'Esprit
deDieu.
Apresent, Messieurs , comment
vous témoigner ma reconnoissance
pour tant de graces que vous m'avez
faites ? je n'ay pas de termes
affez forts ny proportionnez à la
grandeur du bienfait que j'ay receu
de vous ,mais j'espere que vous recevrez
en recompenseun coeurentierement
soumis , &que vous imiterez
la conduite de ce Roy de Perfe
qui diſoit qu'il n'estoit pas moins
genereux aux ames bien nées de
recevoir de petits presens que d'en
faire degrands.
Monfieur de la Roche Pon
cić, Directeur de l'Academie
46 MERCURE
a fait la réponſe ſuivante à ce
compliment...
MONSIEUR ,
La qualité de Directeur que le
fortm'afait avoir depuis peu dans
noftre Academic , mesle avec le
plaisir & l'honneur qu'elle me pro.
cure beaucoup de défiance&d'apprehension
. En effet , commedés les
premierspas de mon employeje me
trouve obligé de répondreà vostre
Discours ,ie mesens fi foible pour
lefaire dignement , que i'ay tour
fuies d'en craindre lefuccès. Vostre
Piece est si belle&fi forte , que
i'auraypaine à rencontrer des ornemens&
des pensées qui luy foient
proportionnées, &lepeude lumieres
que i'ay vafans doute ceffer par
l'éclatſurprenant des vostres.
Quand nostre Compagnie , Monficur,
avoulu vous donnerdes Let
GALAN T.
47
tres, ellen'apas couronnéseulement
des deſirs & des intentions, comme
vous dites , mais en vous rendant
justice elle a couronné le vray
merite qui éclate depuis fi longtemps
dans vostre ancienneMaison.
&elle ne vousfait iouir des fruits
dela victoire,pour mefervirdu nom
quevous donnezàsespresens , qu'aprésdes
longs travaux, elle ne vous
place dans le Templede la Gloire ,
qu'après que voſtre vertu s'en est
faitl'ouverture.
Il eſturay que nostre Institution
n'est pas des moins nobles , puis que
noftre Academie est établienonſeulement
pour lapureté de la Langue,
&pour celles des moeurs , mais encorepourfacrifierſes
veilles & ses
plus grandes ocupations àimmortalifer
lagloire du plus grand Royde
laterre, &nous reconnoifſſons qu'une
fi haute entrepriſe ſeroit d'un
48 MERCVRE
the
pords ſous lequelnousſuccomberions,
si nous n'eſtions foutenus par la
force de nostre incomparable Protecteur
, dont le'genie fi rare &
ſi relevé peut par un seul de fes
rayons communiquer les qualitez
neceffaires àla Compagnie dont il
estle Chef, pour la conduite &
l'execution d'un si beau deffein.
En effet ,sa penetration accompagné
de tant de vertus morales,
politiques & Chrestiennes ,
&soutenuë , d'une si longue experience
, l'ont rendu digne des
plus grands Emplois de l'Etat
&de la Religion. Son illustre
Maiſon toniours fidelle à nos
Princes , en a affermy la tranquilitè&
le retabliſſement dans le
fiecle où les revolutions fembloient
tout renverfer.
Nous avions beſoin de cet appuy
pour ofer entreprendre de publier les
exploits
GALANT.
49
exploits glorieux du Heros qui efface
toute la gloire de ceux que l'Histoire
afi fort élevez, du Heros qui
n'a point d'égalparmy les hommes
vivans , du Heros enfin à qui les
plusgrands Princes de la terre envoyent
faire des hommages , &
que les Nations des climats les
plus reculez viennent voir par ada
miration ; mais nous avions beſoin
d'un Academicien , comme vous ,
Monfieur , qui parses curieuses &
Scavantes Relations nousfait voir
les divers Fays & les differens
Peuples fur lesquels ont Regné les
Cefars & les Alexandres , pour
découvrir en mesme temps leur
abaiſſement , par une reflexion
avantageuse fur l'élevation de
Loüis le Grand , & pour faire
connoistreparla difference de leur i
domination & de celle de nostre
Prince, l'avantage que nous avons
Decembre 1688 . C
4
50
MERCURE
furles Nations ausquelles les Heros
del'Antiquité ont commandé.
C'estpar ce genrefingulier d'écri
re qu'une Plume comme la vostre
fera voir le nom de nostre Compagniepartoute
l'Europe, Cefont les
avantages que nous commençons à
tirer de voſtre talent,parla com.
munication de vos lumieres ,fuivant
lesens de nostre Devise , &
c'est une grande confolation pour
elle,que laplace de Mr de la Barmondiere
Saint Fonds, homme de
naiſſance ; d'une folide Science ,&
d'unepietéexemplaire, foitremplie
par ane personne qui luy fuccede
avec tant de belles qualitez , que
nous n'avons qu'à faire des voeux
pour vous poffeder plus longtemps .
pourleſoutien de nostre Societé,&
pour lagloire des Lettres.
Le 11. de ce mois le Te
GALANT .
55
د
Deum fut chanté pour la reduction
de Philisbourg dans
l'Egliſe Cathedrale de Vannes
en Bretagne. Le Parle.
ment y aſſiſta avec le Prefidial
, le Corps de Ville &
toutes les Communautez . On
avoit élevé un grand bucher,
où Mr le Marquis de Coetlogon
, Lieutenant de Roy des
Eveſchez de Rennes , Vannes
, S. Malo , Dol , & Gouverneur
de Rennes , Mr Dou
del Seneſchal & Preſident du
Prefidial , & Mr de la Coudraye
Ragot Sindic de la
Ville , mirent le feu en preſence
d'un nombre infini de
perſonnes que cette Feſte
avoit attirées des environs .
Elle fut accompagnée de feux
d'artifice , & de quantité de
coups de canon. Les belles &
د
C2
52
MERCVRE
magnifiques fontaines qu'on
a faites depuis peu à Vannes,
& dont les ſources en ſont
éloignées de plus de deux
lieuës , furent converties en
vin pendant vingt -
heures.
quatre
La meſme Ceremonie ſe fit
le 14. à Nogent- le-Roy. La
plus grande partie des Bourgeois
ſe mit ſous les armes,
& aprés qu'on eut chanté le
Te Deum , dans l'Eglife , les
Preſtres reveſtus de chapes &
precedez par la Croix allerent
mettre le feu à une haute Pyramide
qui avoit eſte élevée
dans le Carrefour. Toute la
Ville fut illuminée preſque
en un moment !, & pendant
que le feu de joye bruloit
on chanta l'Exaudiat pour la
conſervation du Roy & de
,
GALANT.
53
toute la Maiſon Royale , au
bruit des canons du Chaſteau ,
& de la décharge de la moufqueterie
, qui ne ceſſa point
tant que l'action dura .
Le Jeudy 18. Mr Thouret ,
Procureur du Roy à Clermont
en Beauvoiſis , & Subdelegué
de Mr l'Intendant
de Soiffons , fit faire des réjouiſſances
publiques. Tous
les bourgeois ſe mirent ſous
les armes , & firent une décharge
genérale de la Moufqueterie
pendant le Te Deum
qui fut chanté dans la principale
Eglife , où le Bailliage ;
l'Election , & les autres Corps
affifterent , On fit enſuite un
Feu de joye dans la grande
Place de Clermont
parler des Illuminations
fans
&
des autres feux que firent les
C3
54
MER CVRE
particuliers . La Feſte ſe termina
par des Feſtins publics
& par des Bals , où Madame
Thourer د Femme de
Mr le Procureur du Roy
parut beaucoup par ſon agrément
& par ſes manieres honneftes
.
Le 18. il y eut des rejouiffances
extraordinaires à Dijon
pour cette meſme conqueſte
. Au milieu d'un grand
Theatre percé de huit Arcades
,& enrichy de tous les
ornemens de l'Architecture,
s'élevoit fur une grande baſe
un piedeſtal octogone
lequel eſtoit poſée la figure
Equestre de Monſeigneur le
Dauphin , couronné de Lauriers
,& conduit par la Victoire
. Ce piedeſtal eſtoit accom-
.pagné de quatre grandes Figu--
د
fur
GALANT .
55
res. La premiere eſtoit d'une
femme tenant des couronnes
& des palmes , pour reprefenter
l'amour de la Gloire. La
ſeconde estoit encore d'une
Femme tenant de ſa main un
Epervier , qui eſt celuyde tous
les Oifcaux qui vole avec le
plus de viteſſe , comme leDauphin
qui eſtoit à ſes coſtez nage
avec le plus de force. Elle
avoit un foudre dans l'autre
main , & comme l'éclair qui
fort de la foudre part avec une
promptitude ſans égale , tout
cela ſignifioit l'ardeur
preffée avec laquelle le Heros
qui eſt animé par la gloire
court au champ d'honneur.La
troifiéme Figure repreſentoit
la Valeur tenant une Maffuë
qui eſt le Symbole de la force
du courage , & la quaem-
C4
56 MERCURE
trième la Liberalité , qui eſt
une vertu par laquelle le Heros
excite les Soldats au combat
, & les recompenſe lors
qu'ils ont vaincu. Elle eſtoit
figurée par une Femme tenant
une corne d'abondance & un
compas. Quatre Piédeſtaux
ornez de toutes parts & portent
des Trophées d'Armes ,
eſtoient aux quatre angles du
Theatre . Sur la premiere face
de Piédeſtal octogone
lifoit ce Vers .
, on
Hoc Surgente , ferox toto Germania
Rhono.
Intremuit.
Sur la Seconde.
Patrem fequitur jam pasfibus
aquis.
Sur la Troiſiéme. :
Vincendi hac funt praludia
mundi.
GALANT.
57
Sur la Quatrième.
Ad Rhenum Victor celebrat natale
triumphis.
Ce dernier Vers marquoit
le triomphe de Monſeigneur
dans philisbourg à pareil jour
que celuy de ſa naiſſance. Sur
les quatre faces de la baſe de
ce Piédeſtal ſe liſoient les
vers ſuivans par rapport aux
quatre Figures ...
Sur la premiere
Admirez , admirez ce triomphe
nouveau.
Quel obies à vos yeux parutiamais
plus beau
Que ce jeune Heros conduit par
laVictoire ?
Que par tout son grand nom retentiſſe
ence iour
Et que pour luy nos coeurs seni
tent autant d'amour ,
Que le fien en fent pour lo
Gloire.
C
58 MERCVRE
Sur la ſeconde .
L'oiseau perce les airs , le Poif-
Sonfend les flots ,
L'Eclair part de la nuë avec
,
dans
moins de viteſſe ,
Que ce Prince qui court
l'ardeur qui lepreſſe ,
Au comble de la gloire ou ten .
dent les Heros.
Sur la troifiéme .
Quel éclat ne fait pas l'eſſay de
Sa valeur
Si tost qu'au champ de Mars il
brillefous les armes ?
Le Germain qu'il combat ,cede à.
fon bras vainqueur
Par tout il jette la terreur.
Et l'infolent Batave en est dans
Lesalarmes
Sur la quatrième.
Ce n'est pas seulement par sa
bonté Royale ,
Par les biens qu'il répand d'une
main liberale ,
GALANT.
19
Qu'on voit de ſes Soldats le
courage excité,
Partageant avec eux le danger
&lapeine,
Son exemple feul les entraine
Plus quefa liberalité.
Proche le bord du Theatre
il y avoit quatre Emblemes
Le premier eſtoit un Soleil
hors de l'horifon , & s'élevants
avec ces paroles.Non omnis ad
bucſeſe explicat ardor .
Leſecond , un Marais remply
de joncs , dont la Deviſe
eſtde pouvoir eſtre pliez , mais
non pas rompus , Flectimur , nee
frangimur. Vn Dauphin à travers
qui les abaiſſoit , & les
rompoit , & ces mots pourame,
Flectet& franget.
L'Aigle Imperiale faiſoit le
troifieme . Elle avoit une de fes
teſtes & une de ſes ailes abaif-
C6
60 MERCURE
ſées du coſtéd'un Dauphin qui
la regardoit , & l'autre teſte
droite , comme l'autre aile
éployée du coſté d'un Croiſſant
à Demy renverſé , ſignifiantl'Empire
entre la France
&la Porte vaincu par la premiere
, & vainqueur de la ſeconde.
Ces paroles luy fervoientd'ame.
Vincit & vincitur .
Le Roy des Abeilles condui .
fant un Efraim , & repreſentant
Monſeigneur à la teſte des
Troupes faiſoit le dernier Emblême
, & avoit ces mots pour
ame. Exemplo stimulat .
Quatre Tableaux eſtoient
attachez ſur les pilaſtres qui
faifoient le milieu du Theatre
, & feparoient les arcades .
Dans le premier on lifoit ces
Vers.
:
GALAN Τ. 61
Ne nous étonnons pas qu'une
prompre victoire.
Soumette à ce Heros Philisbourg
aviourd'huy .
Pour d'autres ce seroit le com.
ble de la gloire ( luy
Et ce n'est qu'un essay pour
Il faut à sa valeur des matieres
plus amples ,
Animé du beau Sang du plus :
parfait des Rois ,
Orné de ses vertus , instruit par
Ses exemples,
Tout l'Univers armé flechi
: roitſousſes loix.
Ceux- cy lifoient dans le
ſecond au ſujet de l'Aigle
de l'Empire .
Entre l'Othoman & la France
Je connois bien que mon destin
Est d'estre Vainqueur à Bifance
,
Et vaincu sur les bords dis .
Rhin.
62 MERCURE
Dans la troiſiéme ..
Le jour qu'à ce Heros Philif
bourg fut foumis ,
Fut le jour glorieux qui mar...
qua Sa naiſſance ,
Iour heureux à la France
Etfatalàſes Ennemis ..
Dans le quatriéme .
Ciel , de nostre Monarque augmente
les beaux iours ,
Nostre bonheur dépend d'en voir
croiftre le cours.
Que chargé de Lauriers , & tout
couvert de gloire
Il goute les doux fruits de ses
faits éclatans ,
Tandis que l'on verra fon Dauphin
tous les ans
Couronné comme luy des mains
de la Victoire.
Le Feu qui avoit eſté dreſſé
fur ce Theatre , fut tiré aprés
qu'on eut chanté le Te Deum..
GALANT.
63
,
dans l'Egliſe de la Sainte Chapelle
avec beaucoup de ceremonie
, à la quelle la Simphonie
& la Muſique donnerent
un grand éclat . Les Bourgeois
ſe mirent ſous les armes par
ordre de Mr Ioly ancien
Maiſtre des Comptes , & Vicomte
Majeur de la Ville.
Dans les quatre Magiftratures
que fon merite luy a procurées
, il a eu l'honneur de
preſider ſouvent à de pareilles
réjouiſſances ,& d'y marquer
ſon zele , qui n'eſt pas
moins grand pour le ſervice
du Roy que pour le bien du
Peuple. Ilmit le feu au Theatre
,eſtant à la teſte des Magiſtrats
, qui tous en general
& en particulier د ont ſceu
parfaitement foutenir en cette
occafion comme ils ont
3
64 MERCURE
fait en toutes les autres. , ce
caractere d'amour , de tendreſſe
& de veneration pour
la perſonne ſacrée, de Sa
Majesté , par lequel, ainſi que
par une fidelité inviolable la
Ville de Dijon a toujours
cherché à ſe diftinguer. La
ceremonie du Feu fut accompagnée
du bruit des Tambours
, & du ſon des Trompettes
,& ſuivie d'Illumination
, & de décharges frequentes
de la Milice,& d'une
infinité d'autres marques
d'allegreſſe . Jay oublié de
vous dire que le deſſein de ce
Feu , les Emblêmes & les Vers
eſtoient de Mr Moreau Avocat
General de la Chambre
des Compres de Dijon .
Le détail de cette Feſte ne
peut eſtre mieux ſuivy que
1
GALANT .. 65
1
de l'Ode que je vous envoye..
Elle eſt de Mr de Haumont ,
de l'Academic de Villefranche.
t
ODE
A MONSEIGNEVR
Sur la Priſe de Philisbourg.
Deja les Filles de Mémoire,
Se laſſant d'un trop long repos
Se plaignoient à tous les Heros
Qu'ils ne couroient plus àla Gloire..
LOVIS defes vaillantes mains
Avoit defarmé les Humains ,
Et donné la paixà laTerres
On ne cuëillois plus de Lauriers
Et les Peuples loin de la Guerre
Repofoient fous les Oliviers...
66 MERCURE
D'une flame pure & feconde
Le Soleil brilloit aux Mortels ,..
L'encens fumois fur les Autels ,
Etfaisoit le bonheur du Monde...
Tout estoit calme en l'Univers ,
La Diſcorde estoit dans les fers ,
Et gemiffort parmy la poudre
Seulement les bords Africains
Fumoientencore de la Foudre
Dont LOVIS punit les Mutins..
22
Tout d'un coup la France étonnée
Devoir troublez tous les Etats ,
Connoist les fecrets attentats
Dela Diſcorde déchaisnée.
Est ce peu ( dit- elle ) à mes yeux
Peuplesforbles &factieux ,
D'avoir ofé lever la teste?
Et ne craignezvous plus les coups
Que le Roy des Lys vous appreſte
Si vous r'allumezson couroux ?
Malgrécette voix menaçante
Lafureurſaiſit tous les Coeurs,
GALANT .
67
1
Lesvaincus contre les Vainqueurs
Forment une ligue impuiſſante.
LeBatave&fes Matelots
Déjase commettent aux flors ,
LeDanubefremit de haine ,
Et l'Ebre , le Tibre & le Rhin
Dela Tamiſe&de la Seine
Ofent infulterle Destin.
Tandis que LOVIS confidere
18
Dans ces dures extremitez,
Et les Peuples & les Citez
Sur qui doit tomber ſa coleres
IlLance en courouxſes regards
Vers ces redoutables Ramparts
Entourez d'un MaraisSuperbe ,
Malgré ce naturel fecours ,
Il veut les égaler à l'heure ( Tours .
Qu'on voit naiſtre au pied de leurs
Afin qu'àses voeux tout réponde,
Il fait choix d'Illustres Guerriers ,
Qui centfois couverts de Lauriers
Ontveu ſous luy trembler le Monde
A leur tefte marche un DAVPHIN
68 MERCVRE
1
Qui fierde fon beureux Deftin
Se prepare àvangerla Terre ;
Et LOVIS pour ſes grands deffeins
Laiffe fans regret fon Tonnerre
Paffer en de plus jeunes mains.
Affez dans l'Europe alarmée
Son bras agraveſes hautsfaits ,
Affez en Guerre , affez en Paix
Aretentyfarenommée.
Il ouvreàce jeune Vainqueur
Un beau champ degloire & d'honneur
D'aifeceHeros ensoupire,
Et fent des tranſports inoüis
Defaire connoistre à l'Empire
Ce que peut le Fils de LOUIS.
Pouffé d'un moinsboüillant courage,
D'une moins vive ambition ,
Iadis le jeune Scipion
Voguavers les Murs de Carthage.
lamais dansies Champs Phrygiens
Achille nefut aux Troyens
Plusfatal & plusredoutable 3
GALANT. 69
Qu'aux Campagnes de Philisbourg
Cejeune Mars eftformidable
Auxnouveaux sujetds e Neubourg.
Si- toft qu'il paroit en Campagne
Alateſte des legions,
On voit trembler les Nations ,
Et fremirla fiere Allemagne.
Epris d'une ardente valeur
Ilſeme en tous lieux la terreur ,
LesAlpes en font étonnées ,
Et déja le bruit de fon nom
Paſſant delà les Pyrenées
Alarme ce triſte Canton.
Philisbourg tout seul immobile
Dort au centre defes Marais ,
Ilattend ceHeros de prés
Et demeure ferme & tranquille .
Ses inexpugnables Ramparts
Qui s'elevent de toutes parts
Semblent mépriſerſes approches ,
Mais on les verra démolis ,
Etſous le débrisde leurs Roches
90
MERCVRE
Leurs Défenseurs ensevelis.
Cejeune Guerrier intrepide
Cherche en arrivant les Combats ,
Ilmarche d'un fuperbe pas
Plusfier &plusferme qu'Alcide.
Pleind'ardeur il court aux Travaux
Affronter les lieux les plus chauds ,
L'air autour s'embrase& s'allume
LaTerregemit&seplaint ,
Et de l'Atrain qui vole &fume
Déia plus d'un Brave eft atteint.
C'eſt icy qu'on vit occupée ,
Grand Prince,auxyeux de l'Univers
En mille & mille endroits divers
Et ta Sageffe & ton Epée.
Ton courage ofe tout tenter ,
Ton braspeut tout executer ;
Ata voixon lance lafoudre ;
Sur tes pas tes vaillans Guerriers ,
Couverts de fiu ,de fang, de poudre
Cherchent la mort ou des Lauriers.
Que cejour parut effroyable
GALANT .
A ces Bastions obſtinez,
Et que tes Travaux fortunez
Firent voir ton bras redoutable !
71
Le tonnerre de ton Canon
Meflé de l'effroy de ton Nom
Etonne ces superbes Maſſes ,
Et l'on voit ces fermes Ramparts
Sous les Bombes ,ſous les Carcaffes ,
Se diſſoudre de toutes parts.
Ce Fort ceintde vastes abismes
Commence à tremblerfous tes coups,
Lesfiers Germains de ton couroux
Craignent d'estre enfin les Victimes.
L'art, la Nature , & leur valeur
Les afſuroient contre la peur
Detes attaquesvigoureuses ;
Cependant en deux fois dix jours
Tu vois fous tes armes heureuſes
Tomber leur valeur & leurs Tours .
Maisfe ce jourvit ta vaillante
Dompter d'orgueilleux Ennemis
Onvit auffi leurs coeursfoûmis
72
MERCURE
Eprouver sa clemence.
Tu dépoüilles cettefierté
Que porteun Vainqueur irrité,
Tu combles les tiens de richeſſes ,
Ettufais d'un bras genereux ,
Par ton courage & tes largeſſes
Et desvaincus , & des heureux.
Philisbourg ouvre enfinſes portes
Et ceint d'un immortel Laurier
On y voit entrer ce Guerrier
Suivy de ſes fieres Cohortes .
Il foule ces murs démolis ,
Ily fait arborer les Lys
Dont l'odeur est fatale à l'Aigle,
Elle quitte les bords du Rhin ,
Que ne reçoit plus d'autre regle
Que dece jeune Souverain.
Du fon des Tambours , des
Trompettes
On entendretentir les Airs ,
Icy refonnent les Concerts
Et des Flûtes & des Musettes .
La
GALANT .
73
La timide Echo dans les bois
Commence à reprendre ſa voix
Pour y publier ſes merveilles ;
Et par tout l'éclat deſes faits
Charme les coeurs & les oreilles
Dans la Ville & dans les Forests.
Calloipe alors étonnée
Grand Prince , du bruit de ton Nom
,
Court &vole aufacré Vallon
Pourychanter ta destinée.
Elle me trouvafurses pas
Tout ravy des brillans appas
De ta jeune& divine audace .
l'avois encor la Live en main ,
Viens,fuis- moydit- elle au Parnafſe
Ieveux t'en montrer le chemin .
La Sçavante Troupe animée
Déjafur des tons differens
Qu'on chantera dans tous les temps
Travailloit à tarenommée.
Déia l'heroïque Clie
Traçoit auxHeros pour tableau
Decembre 1688. D
74
MERCVRE
L'hiſtoire de ta belle vie ,
Therpſicore , Euterpe , Eraton ,
Compoſoient avecque Thalie
De pompeux Balets enton Nom .
Lamagnifique Melpomene ,
Par destraits & vifs & nouveaux,
Preparoit d'illuftres Travaux ,
Dont tu verras briller la Scene.
Mais Valliope dans ſes Vers
Qui raviront tout l'Univers
L'emportoit avec Polymnie ,
Et d'un accent melodieux
S'accordant avec Vranie
Elevoit ton Nom jusqu'aux Cieux .
Ton Destin que les Museschantent
sur des tonsfi forts &figrands ,
Effacera les Conquerans
Que Rome&qu' Athenes nous vantent.
Tu sçaurasmefler aux Lauriers
Les Myrres & les Oliviers ,
GALANT.
75
D'un bras vainqueur calmer la
Terre ;
Et tu feras par tes hauts faits
Plus qu'Alexandre dans la Guerre,
Etplus qu' Auguste dans la Paix ,
Mais pour mieux affeurer ta
gloire ,
Et par un effort souverain
Voir ton Nom gravésur l' Airain
AuSacréTemple de Memoire ;
Offre à ta valeur les exploits
Du plus magnaniwe des Rois
QueleMonde admire & revere ;
Imiteſesfaits inoüis;
Pourfaire tout ce qu'on peut faire ,
Ilnefaut qu'imiter LOUIS.
Mademoiselle de Villeroy
a épousé Mr le Comte de Prados
Grand , Fils de Mr le Marquis
de Laſminaſſe , Grand
de Portugal . Ce mariage s'eſt
fait par Procureur , qui eſtoit
D2
76 MERCURE
د
Mr le Comte d'Armagnac ,
Oncle de la Mariée ; qui comme
vous ſcavez , eſt Fille de
François de Neuville , Duc
de Villeroy , Pair de France ,
&de Marie de Coſſe , Fille
de Loüis de Coſſe , Duc de
Briffac , Pair de France , & de
Marguerite de Gondy , Fille
de Henry de Gondy Duc
de Rez , Pair de France , &
de Renée de Cepor. Mademoiſelle
de Villeroy eſt grande
, bien faite , & âgée de
quinze à ſeize ans. Elle fut
mariée à la Paroiſſe d'Argenteüil
parce qu'elle eſtoit
Penſionnaire au Convent des
Filles de Saint Bernard du
meſme lieu , & elle y rentra
enſuite pour y demeurer jufqu'au
jour de ſon depart pour
le Portugal . Il y a toujours
و
GALANT .
77
eu beaucoup de Filles de ditinction
dans ce Convent
à cauſe qu'elles y ſont fort
bien élevées .
Ce que je vais vous appren
dre feroit une grande nouvelle
à donner dans un autre
Etat , ou fous un autre regne
que celuy du Roy , on en feroit
grand bruit ; on regarderoit
cela comme un prodige ;
on vanteroit l'Etat où ſe feroit
cet Ouvrage , & le Prince
qui y regneroit alors s'attireroit
de grandes loüanges ;
mais nous ſommes tellement
accoutumez à voir des chofes
extraordinaires qu'on fait
peu de bruit de la pluſpart.
Ainſi ſi je ne prenois foin
de vous mander qu'on va faire
un Canal dans le Rouſfillon
, pour la communication
D 3
78 MERCURE
4
de ce Pays- là avec le Languedoc
, beaucoup de gens l'ignoreroient
comme vous . Cependant
ce grand Ouvrage ſe
fait , non pas en temps de
Paix , mais en temps de guerre
, & dans un Etat où la jalouſie
qu'on a du grand Roy
qui y gouverne , a fait liguer
contre luy la plus grande partie
des Souverains de l'Europe.
Mais en France tout marche
d'un pas égal en quelque
temps que ce ſoit tant l'abondance
y regne , & tant les
Finances y font bien adminiftrées
. Je vousay parlé dans
pluſieurs Lettres des beautez
du Canal de Languedoe , qui
fait l'union de l'Ocean avec
la Mediterranée , ouvrage que
Lules Ceſar avoit projetté ,
tandis que les Gaules recon-
,
GALANT.
79
noiſſoient l'Empire Romain,
& qui avoit encore eſté dans
l'idée des Rois Predeceſſeurs
de Sa Majesté , comme onle
voit dans les Memoires du
Cardinal de Joyeuse. Le defſein
qu'on pretend executer,
eſt de faire une faignée à ce
Canal , par le moyen de laquelle
on le joindra à la Riviere
de Narbonne , où cette
faignée le conduira , en forte
que quand cela ſera fait ; on
pourra dire avec verité que
par cette voye le Canal du
Rouiſillon communiquera avecl'Ocean
. Il aura cet avantage
, qu'il eſt conceu pour
de plus grands deſſeins que
celuy du Languedoc , puis
qu'il ne tend qu'à la gloire &
au bon fuccés des armes de
Sa Majesté , au lieu que l'au-
D4
80 MERCURE
د
tre n'a eſté fait que pour la
feule commodité du com.
merce. Le projet de celuycy
a eſté formé par Mr le
Preſident de Trobat , Intendant
de Rouſſillon , dont le
zele pour la gloire & le fervice
du Roy fournit toujours
à ſon imagination des
inventions nouvelles pour faire
paroiſtre avec plus d'éclat
l'inviolable attachement qu'-
il a pour les intereſts d'un fr
grand Monarque . Divers motifs
ont porté à faire une entrepriſe
de cette nature. La
Catalogne n'eſt pas un Pays
ſi facile que la Flandre , pour
faire paſfer les vivres & les
munitions de guerre. Lear
montagnes dont il eſt tout
heriffé & les Miquelets qui
les rempliſſent , ont trop fou-
د
GALANT. S
vent donné lieu à l'enlevement
de nos Convois , ce qui
a reduit les armées de Sa
Majeſté à des extrémitez bien
facheuſes de forte que
quand de ſemblables contre
temps nous font arrivez ,
on n'a pu reparer ces pertes
que fort difficilement , & avec
des longueurs prejudiciables
au ſervice de Sa Majefté. ON
n'avoit pu juſqu'icy apporter
de remede que par terre
ou par mer. Le voyage de
terre par Narbonne eſt trop
long pour pouvoir donner
un ſecours auſſi prompt qu'il
le faudroit dans ces fortes de
rencontres . La mer a des
orages & des écueils , & d'ailleurs
les courſes que les Mal
lorquins font ſur cette Coſte
rendent le fecours mal affeu
DS
82 MERCURE
ré , puis qu'il eſt ſujet à de
grands riſques . Ainfi il falloit
une voye plus ſeure &
plus courte ; & qui le miſt à
couvert de ces divers inconveniens.
On l'a trouvé dans
le deſſein du Canal de communication
avec le Languedoc.
On recouvrira par ce
moyen l'abondance & les
proviſions que le Rouffillon
ne sçauroit fournir dans ſa
petiteſſe ; outre que ce Canal
peut fervir encore en temps
de paix pour les avantages
du commerce , c'eſt à dire
pour faire paſſer toutes les
Marchandises & denrées
dont la voiture couſte extremement
par terre. Il commencera
au Village de S.
Hippolire à deux grandes
licuës de Perpignan. Sa lon-
د
GALANT. 83
-
-
comgueur
ſera depuis ce Village
juſqu'au port de la Nouvelle,
qui eſt à deux licuës de Narbonne
, en ſe ſervant des eaux
des Eſtangs de Salces , de leucate
, de la Palme de Bages
& de celles de la mer avec
laquelle ces Etangs ſe communiquent.
Le tout
prend cing grandes lieuës en
droite ligne , qui font 13360 .
toiſes de travail. Ce travail
ſe doit diftinguer en deux
parties ; l'une qui concerne le
Rouffillon , & l'autre qui regarde
le Languedoc. Celle
qui concerne le Rouſſillon ,
&qui eſt de trois mille toiſes ,
eſt depuis le Village de faint
Hippolite , juſques à l'Iſle de
Vie. C'eſt une petite Ifle placéesentre
les Eſtangs de Salees&
de Leucate , vis à vis
D6
84 MERCVRE
2
la Croix du Mal - pas , plantée
dans le chemin de Fitou , où
l'on a toujours marqué la ſeparation
du Rouffillon avec
le Languedoc. De cette partie
il y en a moitié terre &
moitié Eſtang. La partie de
terre eſt depuis le meſme village
de S. Hyppolite juſques
au bord de l'Eſtang de Salces
qui eſt environ onze
cens toiſes , où l'on a com
mencé déja de faire l'excavation
dans la plaine , laquelle
ferade cinq pieds au deſſous
de la ſurface des eaux de
l'Eſtang de Salces , dans le
temps meſme que les eaux ſe
trouveront les plus baſſes . La
largeur du Canal par en bas
fera de trente pieds faiſant
cinq toiſes la furface de
Peau aura huit toiſes deux
د
GALANT. 85
pieds , & les bords de part &
d'autre feront faits en talus
en obſervant qu'ils foient
doubles de la profondeur du
Canal , & que la hauteur du
Canal ſoittoujours reglée fur
lahauteur du terrain ; c'eſt à
dire qu'aux endroits où le
Canalaura dix pieds de profondeur
au deſſous du terrain ,
les talus ſerontde cinq pieds
faiſant toute la largeur par en
haut de ſoixante & dix
pieds , & qu'aux endroits où
il n'aura que huir pieds de
profondeur , feront de ſeize
pieds , & la largeur fera par
en haut de 62. pieds . On
a faitdéja une rigole au milieu
de ce Canal , pour avoir
le niveau de l'eau de l'Etang
de Salces ; cette rigole , eft
environ de deux pieds de lar
86 MERCURE
geur , à laquelle auſſi bien
qu'au reſte de l'ouvrage travaillent
tous les jours , à la re
ſerve des Dimanches , quatre
Compagnies du Regiment de
Zurloben étranger
brigades des troupes Francorſes
de la garniſon du Château
de Salces ...
2
& deux
De l'emboucheure de l'E--
tang de Salces , on continuera
le canal en droite ligne pour la
partie du Roufſilonjuſqu'àl'If--
le de Vic , en approfondiſſant
l'Etang aux endroits , où il ne
ſe trouvera pas un fond d'eau..
ſuſſiſant pour porter les Barques
, ce qui ſe fera en creufant
le fond de l'eau juſqu'à
cinq pieds plus bas que le niveau
des plus baſſes eaux de
l'Etang par des pentons , & en
lui donnant comme deſſustren..
GALANT. 87
te pieds de largeur dans le fond
Les terres qu'on tirera de cette
excavation feront portées par
des barques ou trebuchers le:
long des bords de l'Etang de
Salces du coſté du village de
Garcieux à mille toiſes de diftace
duCanal.Il eſt à remarquer
qu'on mettra aux embouchures .
de chaque côté de cet Etang de
grandes perches, pour ſervir de
fignaux ou marques à la faveur
deſquels les barques puiffent ſe
conduire dans un élement qui
ne laiſſe pas reconnoiſtre de...
traces.
La partie du Canal qui concerne
le Languedoc , dont la direction
appartiendra à Monficur
de Baſville , comme Intendant
de cette Province là ,,
eſt depuis l'iſſede Vic juſqu'à
la Nouvelle , & ce travail fera
88 MERCVRE
de
censtoiſes ,
auſſi partie ſur l'eau & partie
fur la terre ; celuy qui ſera fait
fur l'eau , doit eſtre depuis cette
meſme Ifle de Vic juſqu'aur
Pont de Leucate qui faitlebord
de l'Etang du mefmenom ,
la longueur de ſeptmille toiſes
il ne faudra approfondir de la
maniere que je l'ay marqué ,
qu'environ quatre cens
le ſurplus contenant une affez
grande quatité d'eau pour porter
les barques ,& l'on y mettra
auſſi des fignaux pour les conduire.
La partie de terre ſera
depuis ce Pont de Leucatejuſ
qu'au Cap de Romain , entrele
Capde la Franqui & la mer dur
coſté du Levant , & le Village
dela Palme , du côté du couchant
, de la longueur de quatre
mille toiſes , où quoyque ce
Canal doive paſſer dans un
! 89. GALANT.
partie de l'Etang de la Palme
il faudra neanmoins creuſer &
approfondir de la maniere que
je l'ay dit , parce que cette partie
d'Etang ſe trouve le plus
ſouvent à ſec dans l'Eré , & ainfi
on la traitera comme terrain ,
& depuis le Cap de Romain
juſquà la Nouvelle qui eſt de
quatorze cens toiſes , comme
on ne trouvera que du terrain,
il faudra neceſſairement approfondir.
On eſpere que cet ouvrage
fera parfait dans trois
ans .
La ſituation des affaires me
permet de vous envoyer des
Vers d'un des hommes de
• Francequia le plus d'eſprit. Il
les fit à ſon retour d'un voyage
de Hollande. Je ne doute point
qu'ils ne vous plaiſent , puis
que ceux qui ont le gouſt le
و
90
MERCVRE
plus delicat ſe ſont empreffez
pour en avoir des copies .
******小山市
VOYAGE
DE HOLLANDE .
Vand dans ces Paysau ni
VAUX
Dont laterreen peril estplus baſſe
que l'eau ,
Ievis trente Villes rustiques
Former un seul Estat d'autant de
Republiques ,
Oùchacun est Maistre chezfoy .
Ce peuple me parut dans ces lieux
aquatiques ,
In reste libertindes Grenoüilles an.
tiques
Quine voulurent point de Roy.
L'Etas eftfi chargédedettes
GALANT . 91
Et les sujets d'Impoſt , de Tailles .
de Traites ,
Qu'aſſurément c'est àbon droit
Quele Sage Etranger s'étonne ,
Que l'on puiffepayer tous les ans ce
qu'il doit
Et l'autrefournirce qu'il donne.
LaTerreingrate à leur égard
Ne leur a fait aucune part
De ces biens dont ailleurs on la trouve
remplie ,
Et cependant ces bonnes gens
*Onttant faitparleur industrie
Qu'ils ont abondamment les besoins
de la vie
Endepitdes quatre Elemens.
Sansfaste &Sansmagnificence ..
Contentsd'une agreable&fimple
propreté,
On voit cequi ne peut ailleurs eftre
imité ,
92
MERCVRE
Etquipaffe toutecroyance ,
Lesricheſſesfansvanité ,
La libertéſans inſolence ,
LaMaltotefanspauvreté.
De maudits Chariots , invention
du Diable,
Sont lavoiture abominable
Où l'on vous roue impunement ;
Mais qu'ellequ'enfoit tamiſere,
Cettetorture eft neceffaire
Pour preparer les gens à fouffrir
constamment ,
L'inevitable barbarie
Qu'on éprouve infailliblement
Arrivant à l'Hostellerie .
Chacuny croitce qu'illuyplaift,
Et peut paroiſtre tel qu'il eſt,
Sans craindre en l'expliquant , la
cenfure publique ;
Et l'exactefoûmiſſions.
GALANT .
93
Augouvernement politique ,
Et lafeule Religion
Dont on exige la pratique.
En unmot fans perdre letemps
En descriptions inutiles ,
Rien n'estsi joly que les Villes ,
Plusgroffier que les Habitans
J'ajoute un Sonnet de Monſieur
l'Abbé Flanc , qui s'adreſſe
aux Hollandois.
PEuples dont la raison dans l'orgueil
s'est perduë ,
Vous dont les noirs projets font enfin
découverts ,
Quel azile aurez vous lors qu'un
trifterevers
Rendra de vos deſſeins l'audace confonduë
?
Voſtre temerité par tout est répanduë
94
MER CUR E
Ces intrigues , cesfoins, ces mouvemens
divers ,
Ce nombre de Vaisseaux dont vous
couvrez les Mers ,
1 .
Irritent de LOVIS lafoudreſuſpenduc.
Ce Roy dont la valeur vous adéja
Soumis
Nevous regardoit plus comme ſes
Ennemis ,
De ce rare bonheur vous perdez la
memoire.
Perfides , redoutezfon invincible
bras , (toire
Aßeurédesfuccés , chery de la Vic-
Ilplanteta fes Lys au coeur de vos
Etats.
Je vous envoye un Ouvrage
Allegorique , dont la lecture
vous doit donner beaucoup de
GALANT .
95
plaifir . Elle a de quoy attacher ;
auſſi cet Ouvrage eſt - il d'un
homme qui a l'eſprit auſſi inventif
, que ſon ſçavoir eſt
profond , & qui ayant fort fouvent
loüé le Roy , l'a toujours
fait avec des manieres ingenieuſes
, nouvelles , & remplies
d'invention . Il ne part rien de
ſa Plume qui ne divertiſſe ; &
n'inſtruiſe en meſme temps ,
parce qu'il y mefle beaucoup
d'érudition.
96 MERCVRE
HISTOIRE
ALLEGORIQUE
De la Guerre du Dauphin
de l'Aigle.
A Paix regnoit depuis
Dieux. Ils n'avoient rien
omis de ce qu'ils pouvoient
afin de profiter des beaux
jours , qu'ils tenoient uniquement
de la bonté du Soleil .
Cet Aſtre incomparable, infiniment
plus grand & plus
puiſſant que tous les autres,
faiſoit l'admiration& le charme
de toute la terre. Il y eſtoit
parfaitement
GALANT.
97
د
parfaitement connu , & l'on
ſçavoit qu'il eſt le maiſtre des
temps , de la nature & des
ſaiſons ; qu'il donne le mouvement
principal à ce qui ſe
fait d'excellent dans le monde
, qu'il bannit les tenebres,
qu'il chaſſe la triſteſſe des
Cieux mefines qu'il diffipe
le chagrin des eſprits des
hommes par ſes influences
favorables : enfin , que les autres
Aſtres empruntent de
luy leur clarté, qu'il voit tout ;
qu'ilpenetre toutes chofes , &
que c'eſt à la faveur de ſes
lumieres qu'on peut dire que
l'on decouvre beaucoup.
Tout cela eſtoit connu des
Dieux , qui s'accoutumerent
peu à peu à concevoir du
chagrinde voir dans un autre
ce merite qu'ils n'avoient pas
Decembre 1688 . E
98 MERCVRE
eux-meſmes . La jalousie eft
de toutes les Aſſemblées , &
ſe trouve auſſi -bien dans celle
des Dieux que parmy les
hommes. On ſçait que lors
que les perſonnes celeftes
écoutent une fois les murmu
re des paſſions , elles les laiffent
agir dans la ſuite avec
toute la vigueur poſſible.
Auſſi la jaloufie dont je
parle , & qui s'éleva contre le
Soleil fut violente , mais elle
fut fecrete . On uſa de toute
forte de ruſes &d'artifices
pour la cacher ; & on ſe reſo-
Jutde ne la faire éclater qu'à
coupſeur.
Promethee fat chargé du
foin de faire réuffir toutes les
intrigues , dont onteſt capable
de ſe ſervir lors que l'on THEMICSolute
que
LYON
E
ſa paffion. Cet
GALANTANEM
*1893號
Infidelle n'cut poin
aux punitions qu'il avoit ro
ceuës du Ciel , pour avoir
eſté ſi peu fincere , & de fi
mauvaiſe foy . Comme ſon
eſprit le portoit à brouïller
& meſme lors qu'il paroiſſoit
agir de meilleure foy , il entra
avec joye dans cette nouvel
le Ligue ,dont il fut l'ame &
leprincipal mouvement.
4 Il ne s'agiſſoit plus que de
trouver des Dieux qui vouluffenty
entrer,ce qui eſtoit aſſez
difficile,parce qu'elle ſe formoit
contre le Soleil. Ceux qui eftoient
aſſez injuſtes pour ne
le pasaimer , le craignoient,&
tous ſçavoient par experience
qu'on n'avoit jamais attaqué
cet Aſtre impunément. On ne
laiſſa pas de gagner l'aigle ,
en luy inſpirant d'abord , que
detout le Ciel perſonne n'avoit
E 2
100 MERCVRE
plus d'intereſt que luy à s'oppofer
aux grandes profperitez
du Soleil , qu'il avoit en ſa dif
poſitionles foudres & le credit
de Iupiter ,que l'un de ſes plus
beaux appanages eſtoit de pouvoir
regarder fixement le Soleil
,& que ſes aifles luy pourroient
eſtre d'un grand ſecours
pour s'élever au deſſus de cet
Aftre .
T
L'aigle cependant ne pouvoit
entrer dans ces raiſons . Il
ſe ſouvenoit encore de ce qu'il
luy en avoit coûté pour avoir
voulu approcher trop prés du
Soleil . Les grandeurs apparentes
dont on le flattoitpour l'engagerdans
une guerreſanglante
, nel'aveugloientpoint tellement
qu'il ne reconnuſt ſa
propre foibleffe. Sa premiere
réponſe fut que tous les hon-
2
GALANT 101
1
1
neurs dont on l'amuſoit n'eftoient
pas capables d'affoiblir
ſa raiſon ,qu'il ſe faiſoit juftice;
qu'à la verité on l'avoit flatré
depuis long-temps de pour
voir foûtenir les regards du
Soleil ; Mais à dire vray , que
c'étoit un pur compliment que
cela ; qu'il ſe trouvoit obligé
de leur declarer de bonne foy
qu'ayant voulu preſenter cinq
ou fix Aiglons vis à vis le Soleil
, il avoit eſté témoin non
ſeulementde leurfoibleſſe,mais
encorede la ſienne propre. De
plus, qu'il avoit une méchante
proprieté qu'ils luy cachoient
avec ſoin , qui eſt que fi-toſt
que ſon fiel paroiſſoit au dehors
, on s'en ſervoit pour découvrir
avec plus de facilité les
choſes lesplus cachées. Qu'au
a Ælian. 1. 1. c. 430
E 3
102 MERCURE
reſte ils devoient faire attention
, qu'il eſtoit de leur Societé,
non pas par nature,mais
ſeulement par Election , ce qui
le faifoit ſouvenir du reſpect
qu'il eſtoit obligé d'avoir pour
lesDieux du premier rang , &
de ſa propre foibleſſe qui ne
luy permettoit pas de pouvoir
rien entreprendre de luy mefme.
Qu'il eſtoit de plus trop oc
cupé àſoûtenir la querelle qu'il
avoit depuis long temps avec
la Lune,& qu'on l'avoit aſſeuré
que le Soleil avoit de grandes
forces en main , entre autres
celles d'Hercule qui luy avoit
toûjours eſté fatal , & que s'ils
eſtoient capables de ſe laiſſer
vaincre par une raiſon de generoſité,
il les prioit de ſe ſouvenir
que le Soleil luy avoit
autrefois procuré de grands
GALANT.
103
avantages b dans une guerre
qu'il avoiteu à ſoûtenir contre
la Lune , & que meſme depuis
peu cet Aſtre ſi bien - faiſant
l'avoit voulu aſſiſter dans ſa
diſgrace , & l'avoit plaint dans
fon malheur.
, on ne
Ces raiſons de l'Aigle étoient
tres -juſtes , mais lors qu'on a
deſſein de broüiller
s'arreſte pas à la justice . Un
Aiglon entre autres qui n'avoit
pu regarder le Soleil , &
qui s'eſtoit voulu faire un établiſſement
confiderable aux
dépens de ce bel Aſtre , ſe lia
plus que jamais avec Promethée
, & les autres Jaloux de la
gloire du Soleil .Avec toutes les
précautions que l'on prit pour
engager l'Aigle dans la querelle
, on n'auroit jamais réüffi
b.En 1664. en Hongrie.
E 4
104 MERCURE
dans ce deſſein , ſi l'on ne ſe
fuſt avisé d'un moyen infaillable
.
La Riviere de Lethé eſtoit
d'un uſage merveilleux pour
favoriſer la malice de ceux qui
vouloient la guerre. On ne la
pouvoit recommencer avec
fuccés contre le Soleil , puis
qu'on avoit tant perdu toutes
les fois qu'on avoit oſé l'entreprendre
. Mais il falloit oublier
tout cela , & le faire oublier
à tous ceux qu'on vouloit
engager dans le party .Les
maux paffez devoient eſtre
effacez de la memoire , & on
eſtoit contraint pour attaquer
le Soleil de ne ſe plus ſouvenir
de toutes les bontez qu'on
venoit d'en recevoir , & même
qu'on devoit la Paix parmy
les Dieux à la generofité de
cet Aftre.
GALANT.
105-
On fit donc couler adroitement
dans les Etats del'Aigle
un bras de la Riviere de
Lethefi fameuse de tout
temps parmy lesDieux. Tous
les Autbeurs conviennent de
la proprieté qui eft naturelle
àcette eau quieſt de faire oublier
à ceux qui en boiventle
bien & le mal paſſes afin que
lesames que l'on vouloit envoyer
dans des corps mortels.
ne puſſent ſe ſouvenirdes
biens qu'ils avoient déja goûtez
dans l'autre vie , ou du
mal qu'ils avoient enduré
pendant qu'ils animoient
d'autres corps.
Voilà juſtement la ſource
du malheur de l'Aigle cil
s'amuſa luy & ſes Aiglons à
c Méchant conseil de S. M. I. composépour
la pluſpart d'Etrangers.
Es
106 MERCURE
boire de l'eau de Lethé , qui
ſembloit fi douce ,& qui luy
fit oublier entierement ce
qu'il avoit receu de la generoſité
du Soleil ,& ce qu'il luy
en avoit coûté lors qu'il l'avoit
offenſé .
४ Il ſe laiſſa donc aller au
torrent ,& cette petite troupe
de Dieux s'eſtant aſſemblée ,
on convint des moyens d'attaquer
le Soleil , ſans avoir la
précaution d'examiner ſi l'on
pourroit en venir à l'execu
tion.d
- Le Soleil cependant qui
donne le mouvement à tous
les corps Celeſtes , & qui leur
fert de regle , n'avoit garde
d'ignorer ce qui ſe meditoit
contre luy. Il fut averty de
tout , & fes lumieres mirent
dLigue d'Ausbourg.
GALANT. 107
en évidence les tenebres les
plus profondes d'un projet ſi
injuſte. Il ſe contenta d'en
punir les auteurs autant qu'il
eſtoit neceſſaire ſeulement ,
pour leur faire reconnoiſtre
leur faute. Il fit ſentir fon feu
à des Divinitez ingrates , &
ſe rendit Maiſtre de pluſieurs
demeures qui estoient de l'appanage
de ces meſmes Divinitez.
f
C'en eſtoit affez pour faire
rentrer les mutins dans leur
devoir ; mais quand on court
de ſoy meſme à ſa perte , que
ne fait on point pour l'avan
cer ? Ces aveugles reconnoif
foient leur foibleſſe , ils la ve-
40
e Villes bombardées en 1683 .
1684. t
4
f Prise de plusieurs Villes en 1683-
1684 .
E6
108 MERCURE.
noient de ſentir plus quejamais
, rien n'eſtoitcapable de
leur apprendre leurs propres
intereſts quele Soleil meſme .
Il leur avoit déja donné la paix,
&il la leur rendit encore malgré
eux , il le fit parce que
c'eſtoit l'avantage de fes Ennemis.
Ainſi après un orage qui ne
promettoit que des foudres &
des tonnerres , on vitleCiel
plus beau & plus ſerein que jamais,&
le Soleil envoyant des
rayons favorables forma de
nouveau un Arc-en-Ciel qui
fut le gage & lamarque afſeurée
de la paix qu'il vouloit donner.
a
On admira avec juſtice une
fi grande moderation , & lea
Ennemis meſmes , quoy que
a Treve Generale de 1684.
GALANT... ro,
fort jaloux de la gloire du Soleil
, ne purent s'empeſcherde
le combler d'éloges. A la faveurde
cette paix l'Aigle contiuua
de s'établir avec ſuccés :
dans l'empire de la Lune , &
ſelon toutes les apparences, les
Dieux alloient gouter longtemps
les fruits d'un repos
qu'ils tenoient de la generoſité
de leur Bien- faicteur , mais que
ne peut pas uneDivinité mas
ligne , qui ne cherche qu'à
regner aux dépens detout ce
qu'il y a de plus ſacré dans le
monde ? Promothée eſtoic
toujours luy meſme , & il ne
put fouffrir plus long temps
que les Dieux fuſſenten paix
parce qu'il trouvoit ſon profit
dans la guerre. L'Aigle & les
*Aiglons retournerentau Fleuvede
Lethé qui arrofoit leurs
ΙΠΟ MERCVRE
Etats;ils oublierent tout le paſſe
& les Divinitez jalouſes recommençant
leurs cabales &
leurs brigues , on s'aſſembla
dans les contours de la maifon
de l'Aigle , à peu prés vers
l'endroit où Promethée a eſté
relegué pour avoir voulu
prendre du feu au Chariot du
Soleil .
د
Ce fut là gque l'on convint
de s'attaquer à la Majeſté de
cet aftre incomparable. Lés
Dieux liguez s'accorderent à
ſe ſecourir mutuellement , &
promirent de ne point deſiſter
qu'ils ne ſe fuſſent ſaiſis de toute
la lumiere du Soleil. A peine
cetaccord fut- il fait ,que Promethée
qui dans le fond ne ſe
g A Minden , où l'on a conclu une
Ligue contre la France.
GALANT. IF
:
recherchoit que lay meſme , &
quin'étoit pas en luy- meſme
fort Amy de l'Aigle , portant
encoreh des marques de laperſecution
qu'il avoit autrefois
enduréede ſa part; cet infidelle,
dis -je,trompa toute la Troupe
avec qui il avoit traité ,&
tournanttoutd'un couples forces
qu'il avoitjuré d'employer
au ſervice de ſes Alliez , il s'a
viſa d'entreprendre un nouveau
larcin .
LesDieux liguez reconnoiffanttroptardqu'ils
avoient eſté
jouez , ne ſe corrigerent pas
pour cela , & faiſantune nouvelle
cabale , ils ſe determineh
L'Aigle avoit receu commandement
de Jupiter de tourmenter jour & nuit
Promethée en luy rongeant le foye.
i Ligue de Magdebourg le 20. Oftobre
1688. (
MERCVRE
rent à pourſuivre leur entrepriſe
contre le Soleil. Cet Aftre
eneutavis, & ne voulant pas
laiſſer impunie la tomerité de
ces broüillons , il reſolut de les ..
prévenir dans l'execution.
UnejeuneDivinité remplie
de merite luy parut digne de
ſervir à un ſi glorieux deſſein ..
C'eſtoit le. Dieu Dauphin
dont on relevoit les belles
qualitez dans toutes les affemblées
du Ciel , & par toute
la Terre. Outre ſa naiſſance
Royale qui luy avoit procuré
le rang parmy les Dieux , il
avoit encore acquis cet honneur
par ſa propre vertu . / Le
Soleil le choifit donc pour
1.Le. Dauphin fut mis aurang des
Dieux & des Aſtres , pour son amitié
envers les bommes, V. Rhodig. Higin .
Varron lib.2 . de re ruſt..
GALANT. 113
eſtre le Défenſeur de ſa gloire .
Il eſpera beaucoup de ce
choix , & il ne ſe trompa
point dans l'attente où il
eſtoit de luy voir operer de
grandes choſes.
>
د
Auſſi , le Dieu Dauphin
a mille belles perfections qui
le rendent incomparable. Il
n'a point de fiel , toûjours
bien faiſant envers les hommes
qu'il cherit tendrement
& dont il eſt reci
proguement aimé , avec une
reconnoiſſance qu'il n'eſt pas
facile d'exprimer. Mais fans
m'arreſter icy à décrire les
admirables perfections du
Dieu Danphin ; que le détail
'de ſes grandes actions prouvera
mieux dans la ſuites il
fuffit preſentement de marquer
le veritable motif qui
2
114 MERCURE
porta le Soleil à ſe ſervir de
luy dans la guerre de l'Aigle.
On fçait qu'Apollon , qui
n'eſtautre que le Soleil , porteluy-
même le nom de Dauphin
, & affecte de le prendre
en pluſieurs rencontres principalement
lors qu'il ſe fit
voir à ceux de Gnoſe m qui
luy dreſſerent un Temple.
Heliodore attribuë à cet aftre
le nom de Dauphin à cauſe
de ſes Victoires. Il y a plus ;
Apollon ſous la forme du
Dauphin , ou ſelon ceux qui
pretendent ſçavoir cette hiſtoiredans
ſon veritable ſens,
ce Dauphin envoyé par luy
fut le conducteur de la flote
des Grecs , qu'il preſerva du
naufrage , & qu'il conduifit
heureuſement au Golphe de
mHomer, hymn. Apoll..
GALANT. 115
1
Criſſe en la Phocide , où l'on
conſerve par des monumens
publics la reconnoiſſance de
cette merveille.
•
Tout cela fait voir le rapport
qu'il y a du Soleil avec
le Dauphin ; fans parler de
la justice qu'il y avoit de ſe
confier à la bravoure de celuy
qui eſt l'ennemy declaré des
Crocodiles , qu'il deffait
toûjours ,& des Biſes , qu'il
a fi glorieuſement vaincuës
autant de fois qu'il lesa com
batuës ; principalement dans
'Helleſpont ; comme nous
l'apprenons de Bellonius , qui
n Plutarch.in lib.Vr.animal...
• Le Dauphin est ennemy du Crocodile,
ſymbole de la perfidie, &de la Biſe
qui ne l'attaque que lors qu'ellese voit
plusforte, ce qui est une marque de la
cheté&deſurpriſe.
116 MERCVRE
affure avoir eſté témoin de ce
fameux combat..
C'en eſt aſſez pour juſtifier
le choix que le Soleil fit
du Dauphin pour mettre
l'Aigle à la raiſon . Pendant
que Promothée éprouvoit les
injuresdu temps& les atteinres
facheuſes d'un remords
qui le rongeoit , le Dauphin
diſpoſoit ſes troupes pour
n'eſtre pas ſurpris de l'Aigle ,
& meſme afin de le prevenir.
Il ne s'amuſa pas tant à en
lever de nombreuſes, qu'à faire
une armée d'élite & remplie
de Divinitez qui euſſent un
parfait merite , ſcachant que
le courage & l'experience ſont
plus utiles à un Chef que le
grand nombre. La reſolution
fut priſe d'attaquer les Estats
GALANT.
117
de l'Aigle par l'endroit où le
Aeuve Alphée p les ſépare de
ceux du Soleil . Le Dauphin
marqua cet endroit pour le
theatre de ſes premieres conqueſtes
, parce que l'eau de ce
fleuve eſtant tres - propre à la
nourriture des Oliviers qui
croiffent fur ſes bords avec
une facilité merveilleuſe , ce
Dieu bien faiſant vouloit faire
comprendre à ſes ennemis,que
. ſes demarches nétoient que
pour les contraindre à demeurer
en paix , s'ilsavoientencore
quelque ſoin de leurs avantages.
1
:
1
1
1
S
LaFlote fut équipée en trespeu
de temps , & on ne doit
p Le fleuve Alphée est le ſymbalede
la paix , &peut marquer auſſi les Villes
que le Roy a fait fortifier ,pour obliger
PAllemagne à se tenir dansſes justes limites.
18 MERCVRE
pas s'étonnerque le DieuDauphin
eſtantle Roy de la mer ,
commeil paroiſt par pluſieurs
monumens qui nous reſtent ,
tout cequ'ily a de propre à la
guerre luy fut apporté prefque
auſſi- toſt qu'il eut declaré
fendeſſein.Toute ſa Flote étoit
compoſée de vingt- trois Vaifſeaux
de Guerre ſans parler
des Barques ,Brulots,Baſtimens
de charge , & autres propres à
fon entrepriſe.
De tous lesDieux qui s'of
frirent à ſon ſervice ,& qu'il
voulut bien aſſocier à la participation
de ſa gloire , il.compoſa
fon Armée,dont chaque
Divinité cut un Vaiſſeau à
commander.
GALANT .
119
}
CHEFS ET VAISSEAVX
DE L'ARMEE DAUPHINE .
1. L'AMIRAL, commandé
par le Dieu Dauphin , ayant
pour Pavillon , d'azur à un
Dauphin d'argent.
2.L'INVINCIBLE ,commandé
par Mars , ayant pour Pavillon
, d'azur au Soleil d'or. Ce
Pavillon estoit commun à tout
le reſte de la Flote. :
3. L'ECLAIRE' , commandé
parMercure.
4. LE VIGOUREUX , commandé
par Neptune .
5. L'ARDENT , commandé
par Vulcain.
6. LE SAGE , commandé
par Pallas . :.
7. LE LIBERAL , commandé
par lesGraces.
120 MERCVRE
8. LA SUBORDINATION ,
commandé par Efculape.
9.L'EQUITABLE , comman -
dé par les Heures.
1.10. L'ABONDANCE , commandé
par Ceres .
11. LE VAILLANT, commandé
par Theſce.
12. LE FORT , commandé
parHercule.
13.L'INTREPIDE, commandé
par les Cyclopes.
14. LE PRUDENT, commandé
par Protée.
15. LE PAGIFIQUE , commandé
par Iris .
16. LE RECONNOISSANT ,
commandé parMelicerte.
17. L'HONNESTE HOMME ,
commandé par Orphée .
18. LE CALME, commandé
parEole.
19.LE VIGILANT, commandé
par Vliſſe .
20.LA
GALAN Τ . 111
20. LA PROBITE ,commandé
par Deucalion .
21. LE VENGEUR , commandé
par Nemesis .
22. LA RECOMPENSE , commandé
par Arion .
23. LA CONSTANCE , com 、
mandé par Ocean.
Aprés que l'on eut ainſi diſtribué
les Vaiſſeaux à chaquec
Chef, le Dieu Dauphin alla
prendre congé du Soleil, pour
-recevoir ſes ordres touchant
l'ouverture de la Campagne.
Cet Aſtre admirable eſtoit
alors revêtu d'une majesté extraordinaire
, & environné
d'un brillant ſans pareil. Sa
chevelure eſtoit répanduë
avec profuſion, pour affurer le
Dauphin que ſes lumieres &
ſes conſeils ne luy manqueroient
pas . Une maniere de
Decembre 1688 . F
122 MERCURE
Couronne d'or en forme de panier
luy couvroit la teſte , q ce
qui eſtoit un ſymbole du feu
tout ſpirituel dont le Soleil eſt
compoſe , ſa cuiraſſe le faiſoit
voir comme un Mars . Une
Victoire repreſentée au bout
d'une lance qu'il tenoit de la
main droite , pour faire entendre
que tout eſt ſoûmis
à la vertu du Soleil , qui tient
la Victoire entre ſes mains.
De la main gauche il prefentoit
au Dauphin un bouquet
de fleurs , ce qui luy promettoit
l'abondance & la fatisfaction
qu'il alloit goûter
dans ſon entrepriſe. Des Aigles
qui estoient à ſes pieds
donnoient déja une eſperan.
q Cette description du Soleil est tirée
de Macrobe ,de Lucien , & des autres
qui ont écrit de cet Aftre.
GALAN Τ.
123
-
S
ce fort juſte de la prochaine
défaite de l'Aigle & des Aiglons.
Le Soleil voulant honorer
le merite de chaque Chef ,
d'une marque de distinction
particuliere , leur fit preſent
à tous d'un riche rondache ou
écu, repreſentant leurs armes ,
qu'il avoit fait peindre par le
confeil de Mercure .
Le Dauphin trouva ſur ſon
Ecuſſon , qui eſtoit orné de
pierreries, un Soleil d'or en champ
d'azur. Il n'eſt pas beſoin d'expliquer
pourquoy ces Armoiries
luy furent données en
partage .
Mars, d'or à unfoudre degueules
posé en pal. On fçait affez que
l'or ſignifie l'éclat , qui eſtauſſi
marqué par le foudre , dont on
a voulu distinguer le Dieu
F 2
124
MER CVRE
Mars , invincible & veritable
foudre de guerre ; il eſt de
gueules , qui fignifie Chevalerie.
Mercure , d'argent à un caducée
dont la verge est d'or , & les
deuxferpens d'azur. Le fond d'argent
marque la verité des lumieres
& des avis que doit avoir
un General, la verge d'or
avec combien de fidelité il eſt
fervy , & l'azur des ferpens la
reputation de ſes belles actions.
Neptune d'or à la fafce degueules.
On peut avec juſtice
attribuer une vigueur infatigable
à Neptune , qui eſt toujours
au milieu des eaux . L'or
eſt le ſymbole de cette force
ou vigueur , tres bien repreſentée
par la fafce & par la couleur
rouge.
:
Vulcain , d'argent à un brafier
GALANT . 123
:
de feu au naturel , l'écu feme de
boulets de Canon de fable , au chef
couſu d'or à une épée& une pique
posées enfautoir , au naturel.
Pallas , d'hermines au chefd'or.
La ſageſſe s'exprime par l'hermine.
Le chef marque la conduite
; il eſt d'or , qui montre
que cette fageffe ou conduite a
lajustice avec elle..
LesGraces, d'argent à une main
adextrée & ouverte d'or. Quoy
que l'on ſe ſerve pour l'ordinaire
des graces pour exprimer
l'agrément , qui étoit tresaffeurement
dans ſa perfection
parmy noſtre illuſtre Armée ,
| nous nous arrêtons icy à mar
quer par les Graces la liberalité
, qui eſt ſignifiée par la
main ouverte d'or, fondée auffi
fur l'argent qui luy ſert de
champ.
F 3
126 MERCURE
Efculape, de sable à trois Abeilles
au naturel. 2. 1. Eſculape fignifie
temperament de l'air &
fubordination reciproque de
tous les membres au Chef.
Voilà un des plus forts refforts
qui eſt abſolument neceſſaire
pour le mouvement regulier
d'une Armée. Le Sable & les
Abeilles font la figure de cette
fubordination fi generale dans
l'Armée du Dauphin .
Les Heures, d'or à un Laurier
as naturel. L'or repreſente la
justice , dont le Laurier eſt auſſi
le Hieroglyphe.
Cerés , d'argent à une Gerbe
d'or, à enquerir. Lors qu'il y a
dans une Armoirie une couleur
fur une autre couleur , ou
unmetal ſur un autre metal ,
comme dans l'exemple prefent,
GALANT. 127
,
que la Gerbe d'or eſt ſur un
fond d'argent , on dit que c'eſt
une Armoirie à enquerir , ce
qui ſignifie que ceconcours de
deux metaux,ou de deux couleurs
, eſtant extraordinaire &
contre les regles du Blafon
l'Armoirie a eſté accordée pour
quelque évenement extraordinaire
. C'eſt auſſi ce qui obligea
le Soleil de donner à Cerés
cesArmes de grande diſtintion,
pour marquer l'abondance
d'argent , & de toutes proviſions
, qui estoit admirable
dans ſon Armée , pendant que
les Partiſans del'Aigle & des
Aiglons affectoient de publier
par tout , que le Soleil nepourroit
jamais ſoûtenir la depenſe
neceſſaire pour faire la Guer
re.
Theſée ,defable à un Alerion
F4
128 MERCVRE
d'azur ,à enquerir. Tous conviennent
que la vaillance de
Theſée parut principalement
dans les Victoires qu'il remporta
contre ceux qui prenoient
ce qui ne leur appartenoit
pas . L'Alerion eſt un petit
Aigle fans bec & fans ongles,
deſtiné particulierement pour
fignifier la défaite de quelque
Prince de l'Empire . L'azur eft
le fimbole de la Victoire ,& le
fable de la grandeur de Thefée.
Hercules , d'or à deux colom.
nesposées en pal. Les colomnes
d'Hercules font trop fameuſes
pour qu'il ne les ait pas euës
pour en compoſer ſes armes..
L'or eſtauſſi le ſymbole de la
force , de meſme que le ſinople.
Les Cyclopes , degueules à un
GALANT...
129
Lion d'or paſſant ou leopardé. L'in.
trepidité eſt ordinairement exprimée
ſous la figure du Lion,
les émaux font auſſi choiſfis
pour marquer cette vertu .
Prothée, defableà un serpent
zortille au naturel, la reste entourée
du reſte de son corps . Le Sable
marque la prudence ,dont le
Serpenteſt la figure
Iris , coupé d'or de gucules &
d'azur à une branche d'olive de
finople en pal brochant fur le tout .
Ces émaux favoris de l'Iris
avec l'Olive font des fignes de
paix que le Soleil offre à l'Aigle.
Melicerte , d'azur à un Dau
phin. Melicerte à de trop grandes
obligations au DieuDauphin
pour n'en avoir pas la reconnoiffance
qui eſt exprimée
dans ſes Armes . L'azur & l'ar--
F6
130
MERCVRE
gent témoignent fincerité&la
nobleſſe de ce Heros qui doit
la vie à celuy pour qui il eſt
preſt par unjuſte retourde tout
facrifier.
>
Orphée, de Vair. Cette fourure
eſt le ſimbole de ce que nous
appellons honneſte- homme
& dont Orphée fait gloire.
Eole , de Sable à un Griffon
d'argent. Ce Dieu est le Hieroglyphe
de la moderation
& du calme , puis qu'eſtant
Roy des vents & des tem
peſtes , c'eſt luy qui les fait
rentrer dans leur demeure
pour rendre le repos à tous
les Elemens. L'ennemy qu'-
Eole kavoit à combattre
eſtant fort dans toutes ſes
demarches , il fut arreſté qu'-
on prendroit le Griffon pour
* L'Ennemy d' Eole , c'est Orion que
l'on dit estre la matiere des vents ,
pluies &des tonnerres.
/
>
des
GALANT. 131
armes ; parce que cet animal,
ſoit qu'on le croye fabuleux
ou veritable , eſt deſtiné pour
marquer la tromperie desennemis.
Le ſable & l'argent
fignifient la tranquillité .
Uliffe , d'argent à un coq
d'azur. Le Coq eſt le fimbo.
le de la vigilance , qui eſt
auſſi exprimée par les émaux.
Deucalion , d'argent à un
coeur ouvert au naturel. Ce que
l'on appelle probité confifte
dans un coeur au naturel , &
incapable de tromper.
Nemefis , de gueules àun Le-
Zard de simple posé en pal. Le
Lezard ennemy du Serpent
&vangeurde la perfidie avec
laquelle il conſpire contre la
vie de l'homme , fut donné
à Nemefis , pour l'animer à
concourir avec les autres Di-
F6
132 MERCURE
vinitez , à la gloire du Dau
phin. Legueules , ou couleur
rouge , avec le finople mar
que la vaillance & la force .
Arion , de gueules à un chevron
d'argent. Le Chevronfignifie
protection & recom
penſe qui anime le Soldat. La
richeſſe eſt exprimée par l'ar-.
gent,& l'amour qui est l'effer
de la recompenſe par le
rouge , ou gueules.
Ocean , d'argent à un Pal
de fable. La conſtance & la
fermeté font marquées par
le Pal ,& par la couleur noire
ou de fable ; mais cette con
ftance & cette fermeté doiventeſtre
fondées ſur la veris
ré c'eſt ce qui eſt ſignifié
parl'argent.
Toute la Troupe ayantreceu
ſes armes , chacun ſelon
GALANT.
133
for caractere , on fut plûtoſts
far les frontieres de l'Aigle :
qu'il n'eut pensé à ſe mettre
en défenſe. Toute la terre .
fut extrémement étonnée
que cetOiſeau de Jupiter euſt ,
choqué le Soleil avec tant de
hauteur ; fans prendre plus
de ſeuretez pour ſa conſervation
... S'il eſtoit pourtant permis
de l'excuſer dans cette
faute , on pourroit dire qu'il
fut feduit par les Divinitez .
avec qui il avoit fait alliance...
• Iunon reſtoit Fille de Saturne
, qui estoit d'une ambition
&d'une ingratitude. fans
exemple. Ses manieres étoient.
imperieuſes,& elle faifoit voir.
dans toutes les actions une certaine
confiance que l'on appel
Junon est la Figure de l'air.
1
134
MERCURE
leroit avec raiſon temerité .
Elle ſe vantoit d'avoir les
playes & les grefles en ſa difpoſition
, en forte qu'elle eſpe->
roit avec un ſecours ſi foible
éteindre tout le feu du Soleil .
Pluton , f qui estoit auſſi
Enfant de Saturne , & Frere
de Jupiter , eftoit amy de l'Aigle
; & ne cherchoit pas la
guerre,parce qu'il trouvoit fon
principal credit & foutien t
dans la paix . C'eſt pour cela
qu'afin de demeurer en repos
chez luy , il tâchoit d'exciter
le trouble autre part. Il y a plus,
il n'aimoit pas le Soleil , qui
l'avoit mis à la raiſon dans un
differend particulier qu'ils avoient
eu , & comme les vain-
{ Pluton est pris pour la terre , & it
eft le Dieu des richefſſes & des Enfers.
&Pluton est nourry par la paix.
!
GALANT.
135
cus confervent toujours unc
fecrete envie contre le vainqueur
, Pluton fut meſlé dans
beaucoupde parties qui ſe formerent
contrele Soleil,&promit
toujours de fournir une
partie des frais .
La Fortune fut le troiſiéme
foutien de l'Aigle , mais comme
c'eſt l'inconſtance mefme ,
quoy qu'elle cuſt témoigné
affez de bonté pour l'Aigle &
pour les Aiglons,dans un voyage
qu'ils venoient de faire dans
l'Empire de la Lune , cette infidelle
ne les vit pas plûtoſt
attaquez de l'Armée Dauphi
ne,qu'elle leur tourna ledos.
Ainfi le Dauphin , qui eſt
lePrince des Dieux Marins ,
& le plus prompt & le plus
rapidede tous dans la couruArift.
lib.9.de bist.animal.c.48 .
136 MERCVRE
ſe , eſtant heureuſement ſecondé
de ſes Chefs, fit une diligence
incroyable ,&defcendit
ſans peine dans les Etats de
l'Aigle avec ſa Flote , quieſtoit
auffi belle qu'on en cuſt vû de
longtemps.
Avant que de m'engager
dans le détail du debarques
mentde la Flote. Dauphine , il
eft neceffaire de donner une
peinture de la frontiere des
Etats de l'Aigle . Le Fleuve
Alphée x l'arroſoit , parce que
le Soleil l'y avoit fait venir.
La Riviere de Lethe traver
ſoit entre deux montagnes , &
venoit ſe perdre dans le fleuve
x Nous avons dit que la paix est repreſentée
par cefleuve , qui peut bien
marquer les Places que le Roy afortifiées
aux environs du Rhin pour maintenir
les. Allemands en paixo
GALANT. 117
4
Alphée.On découvroitd'abord
laCitadelle d'Orion , qui estoit
à-droite de la Riviere de Lethe ,
& un peu plus loin que les
bords du Fleuve . Trois Tours
qui avoient affez d'apparence,
maistres foibles en effet , faifoientle
principalde cette Gitadelle..
Vn peu audeſſus on voyoit
le fort de Promethée , qui ef---
toit un polygone. On avoir
placé au deſſous un Bataillon.
des TroupeadePandion,ypoun
garder les dehors. C'eſt tout ce
qui faifoit la force des Etats de
l'Aigle. Il est vray qu'une mon..
tagne d'une hauteur prodi.
gieuſe avoit dequoy donnerde
la crainte à ceux qui ſe laiffenttromper
par les apparen--
thenes
Pandion estoit l'usurpateur d'A
138 MERCVRE
ces.On l'appelloit la Montagne
de Tantale .
Vn peu à droite on en découvroit
une autre qui n'étoit
pas ſi haute ,& que l'on nomme
, Mont de Chimere ,& dans
l'extremité encore plus à droi .
te paroiſſoient les Monts de
Fortune.
Ala gauche de la Montagne
deTantale,s'élevoient de petits
monts appellez de la fatyre &
deslibelles,dont on avoit beau .
coup vanté la force & ladéfen.
ſe, auſſi bien quedes autres fortifications
de la Frontiere des
Eſtats de l'Aigle; mais les coureurs
que le Dieu Dauphin
envoya ,& que l'on appelloit
Equité , Lumiere , Verité &
Amour , du Prince , reconnurent
ſans peine qu'il n'y pourroit
avoir que le prejugé qui
GALANT .
139
1
fuſt capable de faire valoir la
force de ces monts de libelles &
de Satyre .
Il eſtoit auſſi fort à propos ,
avant que de faire le débarquement
, deſçavoir des nouvelles
plus certaines de l'eſtat des
Monts de Fortune. L'aigle
faiſoit un grand fond fur les
forces de cette Reyne. Pour ne
pas déguiſer la verité elle eſtoit
à craindre , puis qu'il eſt aſſez
difficile de la gagner quand
elle eſt contraire , ſoit qu'on
s'y prenne par la douceur , ou
qu'on luy déclare une Guerre
ouverte .
Nemefis fut dépeſchée avec
fon Vaiſſeau pour aller fur le
bord du rivage qui termine
les Monts de Fortune ; elle fit
voir un Drapeau blanc pour
fignal de paix. La Fortune
140
MERCVRE
parut , Nemefis luy dépeſcha
la Profperité , avec qui la
Fortune avoit lié amitié depuis
le commencement. Celle-
cy qui eſt toûjours fort
éloquente , fiu valoir le mépris
que l'Aigle avoit fait de la
puiſſance du Soleil , & de la
valeur de ſes Troupes , aprés
en avoir receu des marques
ft ſenſibles . On n'oublia pas
l'alliance qui avoit eſté jurée
depuis filong - temps entre
le Soleil & la Deeffe Fortune ,
dont le Dieu Dauphin venoit
demander la continuation
avec des promeſſes ſolides de
reconnoiſtre ſincerement les
ſervices rendus .
5.
2.
Ce Traité n'avoit garde de
manquer ; il ſe faifoit entre
des Deeſſes qui eſtoient amies
depuis long- temps outre qu'il
GALANT .
141
n'y a rien de fi facile au Soleil
que de gagner les cooeurs. La
Fortune pour marquer qu'elle
agifſſoit de bonne foy , paſſa
dans le Vaiſſeau du DieuDauphin
, pourne le point quitter
, voulant avec la Proſperité
combattre à ſes coſtez.
Nemefis cependant fut laifſée
avec ſon Vaiſſeau au pied
des Monts de Fortune pour
tenir cet Estat dans le reſpect,
& le Dauphin eſtant aſſeuré
de fon entrepriſe , en commença
l'execution de cette
maniere .
Cerés qui commandoit l'Abondance
, fut envoyée à la
teſte du débarquement , afin
que rien ne manquaſt aux
Troupes . C'eſt ainſi que le
Soleil a contume d'en uſer
dans toutes ſes entrepriſes ,
142
MERCURE
qui font infaillibles , parce
qu'avant que de les commencer
, il n'omet rien de ce qui
peut en affeurer le ſuccés .
د
Mercure alloit enſuite,montant
l'Eclairé dont toutes
les Troupes avoient ſoin
d'obſerver exactement toutes
chofes , & d'en donner avis
au Dauphin , qui jugea à propos
d'envoyer Theſce a qui
commandoit le Vaillant. Il
eut ordre d'obſerver le Fort
de Promethée , ce qu'il fit
avec tant de vaillance & de
conduite , qu'ayant fait une
décharge de tout fon canon,
il mit en deroute les Troupes
de Pandion , qui couvroient
le Fort , dont on ne recent auaTheſée
est l'ennemy des ingrats , ینم
de ceux qui s'emparent de ce qui ne leur
appartient pas.
GALANT.
143
cun dommage.
Hercules 6 montoit la For-
,
ce , & s'avança au bord du
Fleuve pour commencer le
débarquement. Il le fit avec
beaucoup de fuccez , faiſant
d'abord deſcendre le Bataillon
de Bondroit qui alla
auſſi toſt ſe poſter entre la
Riviere de Lethe , & la Citadelle
d'Orion , où ilſe fortifia
parfaitement. Il eſtoit à
peine diſpoſe en ordre de Bataille
, qu'il vit devant luy un
grand front , qui groſſiſſoit à
meſure , & qui faifoit mine
de vouloir combattre. On
vint au qui vive ,& le Soleil
qui éclairoit de ſes lumieres
le Champ de Bataille , reconnût
que c'eſtoit le Bataillon
b Hercules montra aux hommes à
bastir des Villes , & les exercices du
corps.
1
44
MERCURE
des Halcions , qui avoiem
eu ſi peu de moderation que
de ſe vouloir égaler aux
Dieux . C'eſt ce qu'il regarda
d'un oeil de pitié & de compaſſion
pour leur aveuglement
, & il les changea en
Aiglons afin de les punir de
leur hardieffe.
L'Amiral monté par le
Dieu Dauphin , paroiſſoit enfuite
; foutenu d'un coſté de
Mars, qui commandoit a l'Invincible
, & de Prothée Capitaine
du Prudent Celuy cy
eſtoit un Dieu de grande
wertu ,& qui avoit cela de
c Les Halcions ſe voulant égaleraux
Dieux ,furent changez en Oiseaux. Ils
estoient amis de Junon. V. Heſander.
d Le Soleil , ou Apollon , a souvent
pres la figure de Mars , ily en a qui ne
font qu'un, du Soleil& de Mars. 4
propre
GALANT.
145
propre , qu'il changeoit de
forme ſelon qu'il le jugeoit à
propos . C'eſt pour cela que le
Dauphin voulut toujours l'avoir
avec ſoy , & ilen fit un
uſage admirable dans toute
la ſuitede cette guerre ; eftant
grand & remply de Majesté ,
lors qu'il avoit à traitter avec
les Dieux, unpeu plus ouvert
avec les Officiers , & -populaire
avec les Soldats qu'il
cheriffoit , & dont il eſtoir
aimé & reveré juſqu'à Kadozation
, s'il leur cuſt eſté permis
.
A 13
,
Mais ce qui étonna beau
coup tous les Dieux , & même
les Ennemis du Soleil
ce fut de voir qu'Iris commandant
le Pacifique eſtoic
toujours aux coſtez du Dauphin
pour offrir la Paix àl'Ai-
Decembre 1688. G
८
146 MERCURE
gle , en cas qu'il la vouluſt accepter
, ſe montrant par tout
avec tant d'apparence & de
diſtinction qu'il eſtoit libre de
la trouver pour peu qu'on s'empreſfaſt
de le faire .
د
eſtoicut
Les Cyclopes e qui montoient
l'Intrepide
auſſi fort proches de l'Amiral .
Ils avoient ſoin de fournir au
Dauphin les foudres; les éclairs
&les tonnerres , en ſorte que
leurVaiſſeau eſtoit tout en feu.
On voyoit à gauche l'Equité
que les Heures f commandoient
.Elle estoient appliquées
principalement à faire obfereLes
Cyclopesfont les vapeurs qui ne
peuventse diſſoudre en l'air que par la
shaleur du Soleil.
f Les Heures font fille de Jupiter &
de Themis. On les nomme Eunomie ,
Dicé,&Inne.
GALANT.
147
A
CC
ver l'exacte diſcipline dans
l'Armée,& à maintenir la juſticc&
la paix, fans parler de leur
principale fonction , qui eſt
d'apporter toujours aux hommes
quelque choſe de nouveau.
:
Efculape , montant la Subordination
, eſtoit rangé ſur
la meſme ligne. Son employ
eſtoit de regler tout dans un
-ordre égal ,& d'avoir foin que
ſon Epouſe Hyfiché , ou Santé
(d'autres difent qu'elleeſt ſa
Fille ) ſe trouvaſt par tout , &
empefchaft la maladie d'approcher
de l'Armée du Dauй-
phin.
Les Graces commandoient
le Liberal. &Elles font Fillesdu
gAntimache tres- ancien poëte,dit que
lesGracesfont le Symbole de la liberalité.
1
G2
-148 MERCVRE
Soleil auſſi bien qu'Eſculape Ce
n'eſtoit pas ſeulement pour
maintenir le bon air & l'agré.
mentdans la perſonne duDieu
Dauphin , qu'il les avoit dans
fon Armée,mais encore pour y
faire regner la liberalité , qui
eſt l'une de ſes vertis favorites:
leur Vaiſſeau eſtoit toujours
en action , & combattoit
•avec beaucoup de bonheur la
pauvreté de l'Aigle & des Aiglons.
Pallas b qui commandoit le
Sage , ſuivoit les Graces. La
Milice de ſon Vaiſſeau eſtoit la
Force meſme , puis qu'avec le
ſecours de ces Troupes conduites
par la Sageffe, elleavoit
déja défait autrefois ,& misen
déroute les Geans. Auſſi ſes
h Pallas fille de Jupiter , ſans mere ,
est lafigure de la Sageffe.
GALANT. 149
Soldats estoient entierement
armez depuis la tête juſqu'aux
pieds ,& ne contribuerent pas
peu aux victoires du Dauphin ,
qui avoit raiſon de faire confiſter
unebonne partie de ſes
forces dans ſa propre fageſſe .
Le Vigoureux monté par
Neptune , fermoir cette premiere
ligne de la gauche. On
ſeait affez combien ce Dieu
eſt dévoüé i auDauphin,dont
ila pris ſouvent la figure ,&
qu'il eſtoit venu ſervir pour
affeurer toute fon Armée contreles
injures & les mauvais
traitemens de l'eau ..
50
i Neptune estoit ſouvent repreſentéfous
lafigure du Dauphin.On peut voir cette
ceebre Medaille de Neron , avec cette
infcription , Nero. Cland. Cafar Aug..
G.P.M.T.P.J.P..
*
G3
150 I MERCURE
/
Melicertek s'eſtoit poſté avec
fon Vaiſſeaule Reconnoiſſant,
à la droite du Dauphin , afin
de mourir plûtoſt à ſes coſtez ,
que de l'abandonner , eſtant ,
trop penetré des obligations
qu'ilavoit à ſon Bienfaicteur ,
de qui il tenpit la vie,auſti - bien
que toute la troupe , qui estoit
compoſée de Soldats enrichis
des preſens du Soleil ou du
Dauphincter @vobi
Ocean eſtoit ſur la meſme.
ligne un peu à coſté , commandant
la Conſtance , ayant Orphée
auprés de luy qui montoit
l'Honneſte - homme. Ce
Dieu ſi celebre pour avoir ap-
K. Melicerte , ou Palamon , ayant esté
recueilly &ſauvé du naufrage par un
Dauphin , en conferva toute savie la reconnoissance.
GALANT.
15
}
paifé les Enfers,eſtoit Fils d'Apollon.
Il fut tres équitable ,
non ſeulement envers les autres
, mais auſſi envers ſoymefme
,& fut choiſidu Dauphin
pour avoir l'inſpection
furles Soldats , pour leur apprendre
pluſieurs chofes tresutiles
, principalement l'honneſteté
que l'on voit regner
parmy les peuples du Soleil ,
fans parler du ſoin qu'il pritde
chanter en Vers les glorieux
faits du Dieu Dauphin & des
autres Heros .
: Arion s'eſtoit rendu fort
agreable au Dauphin , qui en
eut tant de reconnoiſſance ,
qu'il le ſauva du naufrage.
On peut dire que le ſoin que
le Dauphin ſe donnoit de récompenfer
la vertu & le merite
, luy acquit le coeur &
G4
352
MERCURE
les ſervices de tous. Auſſi c'eft
le ſecret de regner avec fucces
, & le Soleil ſçait mieux
que perſonne mettre cette
vertu en uſage..
Uliſſe comuniquoit ſa vigilance
à toutes les Troupes,&
Deucalion , qui montoit la:
Probité , conſervoit par toute
P'Armée cette ſageſſe que le
Dieu Dauphin luy inſpiroit.
Un fi bel ordre ayant eſté étably',
& toutes chofes eſtant
preveuësd'unemaniere ſi prudente
, le Dauphin plus vif&
plus diligent non ſeulement
m que l'oiseau , mais encore
qu'une fléche , fit avancer ſes
troupes . L'Armée fit le débarquement
fans peine , & fe mie
1 Deucalion fut sauvé du deluge univerfel
, &est la figure de la probite
mPlin. lib.9.
GALANT.
153
Ten bataille ſur les bords du
Fleuve , puis gagna petit à
petit fur le haut de la montagne.
Tytie avec un petit corps
d'armée voulut savanceerrpour
nous faire teſte ; mais ce Chef
ayant trop bonne opinion de
fon merite &de ſa puiſſance ,
avoit negligé l'équité & les
autres vertus , ce qui le rendit
odieux aux fiens , qui lacherent
pied aprés la premiere décharge.
Ainſi l'imprudentTytie
n fut contraint de cederau
Soleil , qui le regardant en face,、
l'abbatitàſespieds.
On n'eut pas de peine enfuite
de rompre le bataillon
des Titans qui s'eſtoient joints
å Tytie. Jupiter qui n'eſtoits:
nTytie qui estoit Geant , fut vainen
parato Soleilma
G
154 MERCURE
A
pas content d'eux , & même
qui paroiſſoit outré de leur temerité
, parce qu'ils s'étoient
revoltez contre luy , ſe joignit
au Soleil , les écrafa de fes foudres
, & tout le mal qu'ils pretendoient
fufciter au Soleil fe
tomba fur eux , & fur la terre
feule , qui vit former du fang
de leurs bleſſures , une quantité
de viperes, de ferpens, d'a
raignées , & d'autres animaux,
qui ne firent tort qu'à ceu
qui ne voulurent pas s'endonner
de garden ut
Vulcain cependant fut
mandé pour aller bombarder
243**eafeq92 22g 311944 24?4?
•LesTitans font ainsi marquez dans
la Fable ,& peuvent fort bien represen
zer les Protestans , dont la deronte pa
produit que des libelles &des invectives
empoisonnées,dont le venin nepeut nuire
qu'à ceux qui le veulent biem
comol
GALANT.
151
les Monts libelles & les Monts
de Satyre. Il trouva dans ſon
chemin une troupe de Soldats
pque Junon avoit poſtez pour
luy difputer le paſſage dans le
détroit. Vulcain réponditavec
tant de vigueur par fes bombes
, fon canon & toute fon
artillerie , que Iunon & toute
ſa troupe furentdéfaites.Ainfi
on conduifit fans aucun empeſchement
les brulots,& tout
l'artifice , afin de bombarder
les Eſtats des libelles & de la
fatyre qui furent tous brûlez
&reduits en cendre . W
Aprés cette expedition , &
lors que la Coſte fur preſque
toute nettovée , on vit accou
rir un fecours d'Eumenides,q
P. Junon engendre les pluyes & less
grefles&est lafigure de l'air.
qLes Puries,dont leprincipal employ
eft d'exciter des remords de conscience.
156
MERC VRE
qui ne venoient pas feule--
ment pour eſtre témoins de
la défaite de l'armée de Tystie
, & du Bataillon des Ti ..
tans , mais encore plus pour
tourmenter l'Aigle & les Aiglons
, en excitanten eux de
fenfibles remords , & les fai
fant repentirde leur entrepris
ſe temeraire .
:
C'eſt ainſi que le Dieu Dauphin
rempliſſoit les Estats de
l'Aigle de terreur , & qu'iltravailloit
à étendre l'Empire da
Soleil. Les Dieux eſtoient ravis
d'admiration & d'étonne..
ment de luy trouver tant de :
vertus heroïques . Il eſt vray
qu'ils ſçavoient fore bien que
les démarches de ce jeune .
Heros faifoient la regle cer-...
taine du calme & des tem--
x Cal. Rhodig. & Ionston..
GALANT
157
peſtès de lamer , qu'il eſt plus
grand dans l'Empire du Sos
leilyque par tout ailleurs , &
qu'on ſe fert de luy pour exprimer
la viteſſe & la prudence
, mais ils n'avoient pas
encore eſté témoins par eux
meſmes de fa force incompa
rable ,& de l'intrepidité avec
laquelle il vole au combat ,
enforte que rien ne pouvoio:
refifter à ſes armes .
Auffi , ne fut-il pas plustoſt
le maiſtre de cette Coſte,
qu'il fie combler le fleuve do
Lethe , qui avoit eſté ſi fatal
**l'Aigle & aux Aiglons.
[ Gesner dit qu'il est plus grandfur
les Portsde France..
t C'est ce qui a rendu cette Sentence
feſtina lente fi agreable aux Empereurs
Romains,& fi celebre dans les
medailles, où le Dauphin eft peint asta.
chéàuneAncre...
১
158 MERCURE
Ils commencerent à ſe forvenir
du paſſé , & à ſe le repreſenter
vivement , pendant
que le Dauphin tourna fes
armes du coſté de la Citadelle.
d'Orion.
Nous avons déja remarqué
qu'elle eſtoit défenduë par
trois Tours & qui ne firentpas
peur à ceux qui furent com--
mandez pour l'attaqueron.
s'en rendit maiſtre en peu de
temps , à la faveur de la force
& de la chaleur du Soleil , qui
ne fut pas peu furpris de voir
qu'une Place qu'il avoit élevée
luy meſme , x oſaſt ſerevolter
contreluy... 21
LaCitadelle d'Orion eſtant
u Les Vents , les Pluyes & les Ton
nerres.
C'est le Soleil qui attire & qui éleve
les vapeurs, dontseforment lespluyes.
GALANT.
159
reduite , on s'approcha d'uns
gros qui paroiſſoit à la hauteur
du fort de Promethee ,
au deſſous du Mont de Chimere.
On le rompit facilement
parce qu'il eſtoit commandé
par Amphion , qui
avoit fait grand fond fur fa
profperité , fans femettre en
peine de fe fortifier , ou de
prendre avantage du poſte où
il eſtoit . C'eſt ainſi que fa prefomption
le rendit temeraire,
& luy attira juſtement fon
malheur?
Dans tous ces differens mou--
vemens il ne ſe pouvoit pas
faire qu'on ne perditdu mon-.
de , où qu'il n'y en euft de
bleſſe ; mais le Dauphin dont
la tendreſſe eſt admirable enversles
fiens , & envers ceux
qui font ou foibles ou blef
1605 MERCURE
ſez , ſe trouvoit par-tout
pour ſecourir & pour confoler
luy- mefme tous ceux qui
enavoientbeſoin... ,
On admira avec juſtice
une ſi grande bonté , dont
on avoit pen va d'exemples
juſque- là , en forte meſme.
que les Malades ſouhaitoient
avec paffion de s'expoſer encore
tout de nouveau , dans
l'eſtat pitoyable où ils étoient
, pour le ſervice d'un
Heros qu'ils atmoient fince
rement , & qui les combloitt
desbienfaits & de liberalitez.
La Victoire z cependant
eſtoit dans des inquietudess
mortelles pour ſon cher Dau.
y Elian. 1. s . c. 6. Ariftot. de
319
anım.
2 Madame la Dauphine se nommo
Victoire, told το τους ωρ
GALANT. 164
phin. Cette incomparable
Déeſſe avoit entieremene
quitté l'Aigle , pour s'attacher
au Soleil , auprés de qui
elle eſtoit demeurée pendant.
tous ces mouvemens . La Renommée
luy diſoit tous les
jours cent belles choſes de
noſtre jeune Heros ,elle en
reflentoit une joye inconcevable
, mais elle n'avoit aucun
repos , juſqu'à ce qu'elle
cuſt le plaifir de revoir ce
qu'elle aimoit..
Pendant qu'elle estoit dans,
des inquietudes terribles pour,
la confervation de ſon cher
Dauphin , elle recent une lettre
que Mercure luy, écrivoit, &
qu'il luy envoyoit exprés,
par la Verité. Elle ouvrit.cerse
lettre , & y trouva, ce qui
faic
A
162 MERCVRE
LETTRE DE MERCURE
A LA VICTOIRE.
Pa
:
Reparez ,incomparable Déeffe,
des Lauriers & des Couronnes
pour noftre ieune Heros , qui vous
estsicher. It achevefa courseglorieuſe,
dans laquellenousne l'avons
Suivi que de loin. La Renommée
vous en aura sans doute beaucoup
appris , maisla Verité , que jevous
envoye , vous en dira encore davantage.
Il n'ya que fort peu de
temps qu'il fait la guerre , & il
Semble qu'iln'ait jamaisfait autre
chose, enforte que tout ceque nous
pouvons , c'est de l'admirer. Vous
L'allez revoir aussi tendre que jam
::
4
GALANT.
163
mais pour vous a & pour les prea
cieux gages de vostre chaſte amour.
Tout cede à laforce deſon bras,&
c'est un digne Fils du Soleil.
La Victoire ſe raffura aprés
la lecture de cette Lettre , & le.
Dauphin dont l'intelligence
eſt b admirable , ſe trouvoit
dans tous les lieux où ſa prefence
eſtoit neceſſaire . Il donnoit
ordre à tout , & il eſtoit
le premier , non ſeulement aux
attaques , mais auſſi dans tout
ce qu'il y avoit de plus perilleux.
Son ſoin s'étendoitjuſque
fur les Morts , dont il faifoit ,
a Ælian , Aristote & Ionſton remarquent
que le Dauphin a une tendreſſe
admirable pour les fiens , mais principa
lement pourses petits.
b Ælian lib.11.c.2 .& Plutarque...
164 MERCVR
luy meſmeb faire les funerail--
les,ſetonle rangdes perſonnes..
Rien ne s'oppoſoitplus à fes
armes que le Fort de Promethée
,& la Batterie de Borée .
Il envoya reconnoiſtre le Fort
de Promethee , on l'inveſtic
&on tailla en pieces un Bataillon
,des Troupes de Pan
dion; qui s'eſtoitavancé pour
en diſputer les dehors . On
dreſſad'abord les Batteries contre
le Fort , qui ne ſe défendit
preſque point, on monta en
meſme temps à l'aſſaut ,& on
trouva qu'il n'y avoit ancunes
Troupes pourgarderde Fort;&
que Promethée s'en eſtoit
ſervy pour allers'emparerd'un
autreEtat, pendant qu'il amufoit
ſes Alliez d'une protection.
puiſſante qu'il n'avoit pas enb.
Ioan. Tzetzes , Arift. & Ælian..
GALANT. 165
vie de leur donner.
La Batterie que Borée avoit
élevée au bord du Fleuve Alphée
, voulut au moins avoir
la gloire de ſe défendre , mais
Eole , que le Dauphin avoir
envoyépour l'attaquer,la prefſa
tellement qu'il s'en renditle
maiſtre en tres - peu de temps.
Ons'empara enſuite du mont c
deTantale avec autant de facilité
que l'on diffipa quelques
Avanturiers que l'on avoit
poſtez aux avenuësdu mont de
Chimere.
C'eſt où ſe termina ladéfenſe
de l'Aigle & des Aiglons ,
dont toutes lesFortereſſes furét
c Le Mont de Tantale est la figure de
l'ingratitude des Confederezdont le Roy
pouvoit interrompre les Victoires, & que
Sa Majesté à voulu fecourir dans burs
besoins.
66 MERCVRE
> priſes , les Troupes vaincuës ,
&la défaite auſſi generale &
auſſi parfaite que le Soleil le
pouvoit ſouhaiter. On en verramieux
toutes les démarches
&tous les mouvemens par la
figure que nous en donnons .
Toutayant cedé aux armes
victorieuſes du Dieu Dauphin
, on ne parloit que de
ſes glorieux exploits . Il eſtoit
•ſouhaité avec ardeur du So
leil &de tous les Dieux , non
• ſeulement parce qu'il eſtoit
generalement aimé, mais auſſi
parce que ſes nouvelles conqueſtes
l'avoient rendu plus
cher aux Dieux & aux hommes
, qu'il honore d'une amitié
à toute particuliere.
d Tous ceux qui ont écrit du Dauphin
remarquent son amour admirable envers
LesHommes.
1
1
THEQUE DE
LYONE
:
>
GALANT. 167
Auſi lors qu'il retourna
tout couvert de gloire , le Soleil
& la Victoire allerent au
devant de luy ; il en fut receu
avec toutes les marques
de tendreſſe & de joye que
l'on peut s'imaginer , ſans les
pouvoir décrire pendant
que les Muſes e qui luy font
attachées d'une maniere toute
particuliere , ſe mirent à
chanter ſes triomphes . On
luy prepara des concerts parce
qu'il les aimef beaucoup,
& tous les Heros voulurent
prendre dans la ſuite pour la
distinction de leurs armes &
e Le Dauphinselon un Autheur , est
appelle Musée, parce qu'il est dans le
Ciel composé de neuf Etoiles qui font
lesneufMuses.
f Selon d'autres Autheurs , il aime
beaucoup la Musique..... 1
168 MERCURE
:
bouclierslag figure du Dauphin
dontlagloire eſt audeſſus
de nos éloges , non ſeulement
dansl'Empire du Soleil , mais
encore chez ſes propres ennemis.
Ie ne doute point , Madame,
que cette Relation Allegori--
que du Siege de Philisbourg
ne vous ait encore paru plus
agreable que je ne vous l'ay
fait eſpereren vous preparant
à la lire. Tout ce qui est ingenieuſementraconté
a toujours
eſté de vostre gouft , & il me
paroiſtqu'il ne manque rien à
cet Ouvrage de ce qui peut
vous le faire aimer. On a fair
encore de grandes réjoüiffan .
ces pour cette Conqueſte en
beaucoup de Villes .
Pliffe avoit un Dauphin furfon bouclierfelon
Pierius. Hefiode dit qu'Hercules
avoit deux Dauphinsfur fon Ecu.
Le
GALANT. 169
و
Le 21. du mois paffé le Chapitre
, & la Communauté de
Morlaix firent chanter le
Te Deum dans l'Eglife Collegiale
de Noſtre Dame du
Mur. Mr Dizeul , Doyen du
Chapitre , fit paroiſtre ſon
zele , comme il l'a deja fait
en diverſes occafions , pardes
deſſeins qui ſe rapportoient
au temps , & qui fürent repreſentez
dans de grand'sCartouches
environnez de Trophées.
On les plaça fur le
frontispice du Portail. Dans
le premier eſtoit un Soleil
naiſſant qui fortoit des ombres
, & d'où partoient des
feux & des foudres qui tomboient
fur une Ville avec ce
Vers. ::
Magnum principium. Quid now
Speramus eundo ?
Decembre 1688. H
170 MERCURE
Dans le ſecond on voyoit
Monſeigneur peint au milieu
de ſes Conqueſtes avec ces
mots. Tentantis preludia Martis.
Dans le troiſiéme , ce Prince
tenoît une épée en ſa main
droite ,& un rameau d'Olive
en ſa gauche , avec cette Deviſe
,Bellat pacis amare.
Le quatrième repreſentoit la
Religion diſant à l'Europe
armée.
Jurgia jam ceffent , & quod
nuncinftat ,agamus.
Dans le cinquiéme la France
adreſſoit ce Vers à la Religion
,
Sentio quodfentis , dic cur mihi
facta repugnax.
Et la Religion répondoit ,
Dextera nostra fuit Gallia
femper erit.
د
GALANT. 171
Dans le fixiéme Cartouche
un Jupiter couronné lançoit
des foudres fur des Geans qui
efcaladoient un Trône avec
ce Vers .
Confilii , horrendique furoris
pramia iusta .
Mr du Portſmeur , Syndic ,
n'oublia rien de ſon miniftere
pour faire dreſſer le Fea
de joye. Il fur allumé au
bruit de pluſieurs deſcharges
de Mouſqueterie .
2
د
Le 23. Madame de Berthemet
Soeur de Madame de
Saint Poüange & Abbeffe
de faint Loüis de Vernon ;
fit rendre les mefmes actions
de graces dans ſon Eglife , qui
eſtoit extremement parée &
illuminée . Le Te Deum qu'on
y chanta avec grande Muſique
& Simphonie , fut ſuivy de
H 2
172 MERCVRE
Motets & de Prieres pour la
confervation de Sa Majeſté.
Le Corps de luſtice s'y trouva
en Robes de ceremonie , &
toute la Ville s'y rendit en
foule. En ſuite on alluma un
grand Feu devant l'Abbaye
par l'ordre de cette illuftre
Abbeffe ; qui fit diſtribuer
du vin au Peuple , pendant
queles Boëtes & les décharges
demouſqueterie ſe firent entendre.
Le 30. l'Abbé General de
l'Ordre de S. Antoine ; aprés
avoir fait faire folemnellement
la mesme ceremonie
dans l'Egliſe de ſon Abbaye,
aux décharges de pluſieurs
Boëtes , fit faire une diſtribution
de pain & de vin à un
grand nombre de Pauvres de
1
GALANT.
173
la Ville & des environs ,qur
avoienteſté avertis .
Mr Dalon , premier Prefi
dent du Parlement de Navarre
, obtint fur la fin du dernier
mois ,l'agrément de la
Charge d'Avocat General au
Parlement de Guyenne, pour
Mr Dalon ſon Fils, quoy qu'il
n'ait pas encore vingt deux
ans . Le Pere avoit exercé cet
te meſme Charge avec bearcoup
de reputation avant que
d'eſtre premier Preſident au"
Parlement de Navarre , & le
Fils qui a extremement de
l'eſprit, donne de fort grandes
efperances.
Je vous envoye une Piece
que vous trouverez tresagréable.
Elle est de Mr l'Abbé
de la Chaiſe. Il fuppofe
H3
174
MERCURE
qu'un fameux Medecin de
Salerne fut confulté la veille
de la Touſſaint , par pluſieurs
Perſonnes de differentes
Nations. La premiere qu'il
fast parler , eſt un Vieillard
Romain qui marche
grande peine , & qui entre
dans la chambre du Mededin,
ſoûtenu par deux hommes
qui luy donnent la main.
Peut- eftre que le changement
de ſituation des affaires
empeſchera que la Piece
ne vous paroiſſe auſſi juſte
qu'elle estoit dans le temps
qu'elle a eſté faite mais à la
regarder par rapport ,
que nous avons veu , il ne ſe
peut que vous ne la trouviez
fort ſpirituelle , & pleine
d'invention .
avec
à ce
GALAN Τ .
175
LE MEDECIN
Pour les Maladies duTemps.
LE VIEILLARD ROMAIN.
Ene puis
puis plus faire aucune demarche
de moy- mesme , & les
perſonnes que vous voyez fur lefquelles
je m'appuye , m'ont fait
faire un faux pas,dontje commence
à reffentir de grandes incommoditez.
Quoy que je m'aperçoive bien
que j'ay beſoin de remedes , je ne
puis me refoudre à vous en demander,
car j'ay toûjours esté d'humeur
à ne vouloir point m'en servir.
Ainsi je vous priefeulement de me
direceque vouspensez de mon mal.
:
Η 4.
176,
MERCVRE
Le Medecin .
Ilfera long, les fuites en feront
facheuses , & ce qui vafans doute.
vous furprendre , c'est que je prevoy
quesi l'on n'y donne ordre prompte...
ment , elles pourront durer plus que
votre vie.
Le François.
T'ay sans doute une santé bien.
confirmée , mais cependant je voj
qu'ilse forme uncertain amasd'humeurs
, qui pourroit tomber avec le
temps sur quelque partie de mon
corps. I'ay deja pris quelques remedes
de precaution. Neferoit ilpoint
bonde continuer ?.
Le Medecin .
Continuez comme vous avez com.
mencé. Il est plus facile de fermer
la Bergerie que d'en chaffer le Loup
quand unefois ily est entré, & vous
avez tant defois éprouvé les pilulles
GALANT . 177
dont vous vous fervez,que vous ne
poovezpas douter qu'elles n'ayents
un bon effet .
Les Allemans paroiffent en
Troupe, l'un d'euxen conduit
le Chef,& les autres le ſuivent
LeChef des Allemans .
F'allay autrefois fur le Rhin où
jemeportay fort mal. Ma fanté
s'eftoitretablie ſurle Danube;mais
on m'engage imprudemment à revenirfur
le Rhin , & je m'apperçoy
déja que mon mal recommence. fe
trouvois fur le Danube d'une certaine
buile de lauriers ,qui mefat-
Joit des merveilles , mais jamais ie
n'en ay pu trouverſur le Rhin . Se
pourroit- il faire que j'y en rencontrafe
, oùn'y a-t- il point quelque
aurrefortede medicamment quifuft
proprepour ma maladie ?
H
178 MERCURE
Le Medecin.
L'air du Rhinvousſera toûjours
pernicieux ; ly croift des lauriers ,
mais il se trouve là des des voisins
quine manquentiamais de les enlever,
&iln'y a pas iusqu'à leurs
enfans quines'en chargent. Cependant
ils n'en font part qu'à ceux
de leur cabale ; ainfiie ne voy rien
qui puiſſe vous estre icy falutaire
que l'huile d'Olives ,dont je vous
conseille l'usage autant que vous
pourrez
!
-L'Allemand conducteur.
Ma maladie est subite , & ce
qu'il y a de facheux c'est que les
precautions , que j'avois priſes pour
l'empefcher , me l'ont attirée. On
m'a faigné d'abord , mais je ne
m'en porte que plus mal. Ie vous
demande un prompt remede, parce
que mes douleurs mepreſſent vive.
ment.
GALANT . 179
Le Medecin .
Et moy , iene puisſi toftvous en
donner. La faignée vous est contraire
, & quant à vous purger,
j'ay peur que la maladie d'elle mcfme
ne vousfaſſe que trop d'évacuation
. Ce que jepuis vous conseiller
preſentement , en attandant que
i'en aye veu les fuites , c'est d'user
de rafraichiſſement , autant que
vous le pourrez,car j'aygrandpeur
que vous ne soyezenfin tourmenté
d'unegrande chaleur d'entrailles .
Les Allemans de la fuite .
I'ay la Fiévre bienforte....
L'ay un grand mal de coeur...
Le Medecin qui les interrompt.
Meffieurs, comme i'ay donné cette
journée à toutes les Nations, ie
ne puis pas vous entendre chacun
en particulier ,parce que vous estes
H 6
180 MERCVRE
trop grand nombre de la voſtre , &
demain ieneferaypas visible:Ainsi
vous trouverezbon que je vous re-...
mette au jour des Morts..
L'Eſpagnol .
Je nesuis point encore malade ,
mais ie crains extremement de le
devenir , parce que iefuisfortfuiet
àgagner le mald'autruy ,Gil me
Souvient qu'iln'y a pas long.temps
que voulant aſſiſter les autres , ie
fusnonſeulementpris deleur mala.....
die ,mais bien plus , chacun ſetira,
comme il put d'affaires ,& l'on me
fit payerpour tous . Ce que je vous
demande donc,quant àprefens , ce
Sont des preservatifs contre la contagion
.
Le Medecin .
६
Tenez-vous clos & couvert man .
gez vos chaponsfans Oranges,&
s'ily a quelquesAigles chez- vous 3
GALANT 1.81 ມ
ga'on leur donne inceſſamment l'effor.
Iln'y a rien qui ſoit fi capable
devous apporter le mauvais air...
L'Anglois ..
f
Mamaladie est proprement une
douleur d'entrailles , & qui viene 试
de deux caufes ; l'une interne, &
l'autre étrangere . Ce que te
crains leplus ce font de ces maux,
qu'on appelle traîtres; deft à dire
de ces fluxions qui tombent tout
d'un coup fur les parties où elless
font le moins attendues. Chacun dit
que mon mal est grand , mais l'ayy
lecoeur bon , &point de fiévre .
Le Medecin .
Il faut travailler differemment
à lacuredevostre maladie . Ce qui
vient d'unecause.estrangere,ſe doit
repousserpar des remedes forts &
vigoureux , & ce qui vient d'une
cauſe interne,pardes palliatifs .La a
182 MERCURE
Saignéeest le premier remede qu'il
faudra tenter , & i'efpere qu'elle
vousferafavorable . Unebonnepurgation
vous gueriroit , car vous avez
besoin d'une grande évacuation ;
mais il n'en est pas encore temps.
On voit icy paroiſtre une
Femme que conduit moitié par
force un Cavalier qu'elle nomme
fon Fils , & c'eſt ce Cavalier
qui parle le premier.
Le Fils aîné de Hollande.
C'eſtoitsans doute la Colique ,
que i'avois ces jours paffez, car
i'eſtois bien tourmenté des vents.
mais le principalde mes maux ,
celuy quifans doute est la source de
tous les autres , c'est un appetit extremement
deregle , qui fait que
ie m'aperçoy mesme aff Souvent
que sans ypenser ,ieprens desmorceauxfi
gros que je ne sçaurois les
avaler.
:
GALANT .. 183
Le Medecin.
Cetappetit immoderévous iouëra
Sansdouted'unmauvais tour.quand
vous y penſerez le moins , carcommevous
en prenez plus que vousn'en
pouvezdigerer , une bonne fois la
chaleur naturelle accablée d'untrop
grand fardeau s'éteindra tout d'un
coup en vous , & vous serezétouffé
en un instant.
La Hollande .
l'eus il y a quelque temps une
grande maladie dont ie penſay mox_
vir,& ie voy que ie commence à ref
Sentiruneagitationd'humeurs toute
pareilleà celle qui la preceda. Ce
que je vous diray tout bas , c'est que
celuy qui vient de parlerà vous,qui
est mon Fils aisné , fous pretexte
de vouloir prendre soindemoy.penſa
me faire mettre en curatelle ,& ie
crains encore cela plus que mon mal...
4
184 : MERCVRE
Le Medecin..
Vous eſtes menacée d'une grande
resheute , qui apparemment fera
plus dangereuseque n'estoit lapre--
miere Maladie. Pour ce qui estd'ef--
tre mife en curatelle ,outre ce que
ie reconnois dans vostre phiſionomie,
iene sçay quet égarement dans
voftre conduite , quime fuit affez
ingerque ceque vous craignezarri
vera, mais ienesçaispas quel fera
voftre Curateur.
Le Suedois...
Fe fuis matade il y a quelque
temps,mais ie me trouvay bientoß
gucriparleſoin d'un genereux
Medecin ,qui paya mesme dusien
tonte la dépense de mon retabliſſe--
ment. Cependant ie l'ay quittémal
àpropos , Giay pris unregime de
vivretout contraireà celuy que ie
ſuivois autrefois. le voybien qu'une
GALANT. 183:
maladie nouvelle me menace. Que.
dois- ie faire pour m'engarantir ?
: LeMedecin .
l'ay feeu vostrepremiere maladie,,
&ie sçay comme vous avez recom..
penſe vostre Medecin ; ainſi vous
voudrez bien que je me dispense
de l'estre,&queie vous priedepor..
ter vostre confultation ailleurs .
,&
LeMedecin ſe leve en tournant
le dos au Suedois
prend congé de la Compa-.
gnie.
On a beau s'imaginer fur
differentes épreuves qu'oneſt
à couvert des ſurpriſes de,
l'Amour , on du moins qu'on
n'aimera, qu'autant
pourra s'en faire un plaifir..
Il eſt un moment fatal pour
ceux meſmes qui ſçavent le :
mieux ſe ſervir de leur raiſon.
qu'on
186 MERCURE
& quand ce moment eſt arrivé
, on eſt la dupe de ſa
confiance , & ce qui n'avoit
eſté juſque- là qu'un amuſement
de galanterie , devient
tout d'un coup un engage .
ment de neceſſité . Un Cavalier
fort bien fait , ayant du
bien & de la naiſſance , ſe ſentit
d'abord touché de la paf.
fion qui eſt naturelle auxjeunes
gens ; il ne fongea qu'à
acquerir de la gloire. Ainſi la
Guerre s'eſtant allumée en
France , il y prit employ ,& les
actions d'éclat qu'il fit , le mirent
bien toſt au nombre de
ceux dont on parle avec le plus
de distinction . Un certain air
martial,qu'on ne manqueguere
d'acquerir en ſuivantla profefſion
des Armes , commença à
GALANT. 187
luy donner une fierté noble
qui releva fort ſa bonne mine,
&la reputation qu'il s'acquit
dans ſes premieres Campagnes
luy ayant fait prendre des ſentimens
de luy- meſme auſſi élevez
que fon courage, il crut
pouvoir afpirer à tout , & il ne
s'arreſtoitl Hyver dans aucune
Ville , où il n'entrepriſt auprés
du beau Sexe quelque importante
Conqueſte. La facilité.
qu'il trouvoit à réüſſir , luy
perfuada que les ſoûpirs eftoient
inutiles pour venir à
bout d'un coeur , quand on
l'attaquoit de bonne grace ,&
le triomphe ne luy couſtantpas
beaucoup , il ne ſe ſentoit piquéen
aimant que du plaifir
de la nouveauté . La paix s'eftant
faite , il luy pric envie de
188 MERCURE
voir differentes Cours. Il em
ploya trois ou quatre années à
fes vovages , & cette étude du
monde fortifia fon merite par
des agrémens , qui le fitents
écouter favorablement de toures
les Belles à qui ilvoulu rendre
quelques ſoins. Il revintent
France dans le deſſeinde fon-.
ger à un établiſſement. En paffant
par une Ville celebre , il
ſe ſouvint qu'un Officier de ſes
intimes Amis y avoit un employ,
conſiderable. Il alla le
voir, &cet Amyle retint chez
luy , en l'aſſeurant qu'il trouveroitdequoy's'occuperagreablement
en ce lieu là , puis
qu'il y verroit quantité de jo--
lies Femmes.Deux jours aprés,
comme c'eſtoit la ſaiſon du
Garnaval, il le mena àun Bal
4
GALANT. 189
qu'on donnoit à uneDame des
premieres de la Ville. Ils n'y
furent pas fi toſt entrez , que
le Cavalier parcourut des yeux
toute l'Aſſemblée, & ayant eſté
frappé de la beauté d'une aimable
Brune , il s'approcha
d'elle , & s'attacha à l'entrete
nir pendant tout le Bal . Il luy
trouva de l'eſprit , des manieres
fort honneſtes , mais fieres
en meſme temps , & quoy que
ce fuſt un caractere tout nouveau
pour luy , ſi ſa vanité en
fut choquée , il ne laiſſa pas de
redoubler ſon eſtime pour cette
belle Perfonne. Leur entretien
fut ſouventinterrompu , parce
qu'on la faiſoit danſer à toute
heure. La Belle s'en acquiton
admirablement , & aprés avoir
danſé avec pluſieurs autres ,
190
MERCURE
elle prit le Cavalier , en luy
diſant qu'elle vouloit le recompenſer
par là du temps qu'il
venoit de perdre à luy conter
des douceurs . Le Bal finit ,& le
Cavalier qui s'en retourna
avec ſon Amy , luy demanda
qui estoit cette agreable Perſonne.
Il apprit de luy qu'elle
demeuroit avec ſon Pere , qui
l'avoit promife à un Marquis
qu'elle devoit épouſer à ſon retourd'un
voyage où ſes affaires
l'avoient appellé . Son Amy luy
dit encore , que quoy qu'elle
cuſt mille belles qualitez
quand elle feroit fans aucun
engagement, il ne luy conſeilleroit
pas de s'y attacher, parce
que ſon Pere ne luy permettoit
de recevoir aucune viſite,
& que d'ailleurs elle estoit d'u-
د
GALANT. 191
ne ſi grande fierté, que le Marquis
qu'elle pouvoit regarder
déja comme ſon Mary , tout
plein de merite qu'il eſtoit ,
n'avoit encore pu obtenir d'elle
de luy faire avoüer qu'elle
eſtoit ſenſible à ſon amour.
Toutes ces difficultez furent
une amorce pour le Cavalier.
Il entreprit de les vaincre , &
ayant ſceu que la belle Brune
voyoit ſouvent une Dame
chez qui ſon Amy alloit quelquefois,
il le pria de luyen donner
la connoiſſance. Il fut introduit
chez cette Dame , &
eſtant d'une humeur tresagreable
& infinuante , il s'y
rendit ſi familier en fort peu
de temps , qu'il y pouvoit aller
à toute heure. Ainsi la Belle
n'y venoit jamais qu'il ne s'y
192 MERCVRE
trouvaſt . Elle estoit fiere , il la
combattit par la fierté , & en
de vantant avec enjouëment
d'avoir un coeur auffi invincibleque
le ſien, il luy fit naiſtre
l'envie de mettre ſa gloire à
l'aſſujettir Ils ſe dirent mille
choſes fines & fpirituelles , &
commencerent à s'aimer veritablement
, lors qu'ils croyoient
eſtre toujours libres, &
ne faire que chercher à triompherl'undel'autre.
Le Marquis
revint , & ce fut alors que le
Cavalier ſe tint aſſeuré de fa
victoire. Il vit la Belle dans un
chagrin qu'elle n'avoit point
encorefait paroiſtre ,& l'ayant
preſſée de luy en dire la cauſe ,
elle ne put ſe défendre de luy
avoüer qu'elle ſentoit plus de
repugnance pour le mariage
qu'ellen'avoit encore fait. C'ef
toit
GALANT. 193
toit aſſez luy en dire pour luy
donner lieu de ne point douter
de fon bonheur. Elle voulut
pourtant détourner ce qu'il
pouvoit croire à ſon avantage ,
en luy diſant qu'an peude re-
Aexion adouciroit le dégouſt
que luy cauſoit un engagement
qui devoit eſtre éternel.
Cependant elle continuadefe
chagriner .Le Cavalier demenra
dans ſa premiere pensée ,
&pour ſe mieux aſſeurer de
ſes veritables ſentimens, il gagna
une Demoiselle qui la fervoit
, & apprit d'elle qu'il ne
luy déplaiſoit pas. Aprés luy
avoir donné trois ou quatre
Lettres dont il nepun avoir de
reponſe, il ménagea fi bien fon
eſprit , qu'elle lay promit dele
faire entrer ſecretement dans
la chambre de ſa Maiſtreſſc.
Decembre 1688. I
94 MERCURE
Elle prit ſon temps pour cette
entreveuë , & feignit qu'elle
s'expoſoit pour le ſervir au
peril d'eſtre chaſſée. La Belle
montra une fort grande colere,
gronda la Suivante , querella
le Cavalier ,& enfin confentit
à luy donner une fort longue
audience. Illuy fit les plustendres
proteſtations ,& vaincuë
par tout ce qu'il luy dit de
paſſionné , elle ne luy cacha
pas qu'elle auroit beaucoup
moins d'éloignement pour le
mariage , ſi c'eſtoit à luy que
fon Pere l'euſt promife. Il ſe
jetta à ſes pieds , luy jura un
amour inviolable , & n'oublia
rien de ce qui pouvoit l'en
perfuader. Il la vit encore trois
ou quatre fois de la meſme forze
, & ils arreſterent que tandisqu'elle
tâcheroit de gagnor
GALANT.
195
A
du temps , il ſe ſerviroit de
quelque Amy pour dégoûter
le Marquis fur les froideurs
qu'elle luy faiſoit paroiſtre. Le
Marquis à qui elles devenoient
infupportables, voulut découvrircequi
pouvoit les cauſer ,
&comme un Amant a les yeux
ouverts ſur tout,il s'apperceut
quele Cavalier voyoit ſaMaiftreffe
chez la Dame qui s'eſtoit
faite Amie de l'un &de l'autre .
Il n'eut pasbeſoind'en apprendre
davantage pour demeurer
convaincu qu'on le trahiffoit.
Il s'abandonna àtoute la haine
qu'unRival peut inſpirer , &
un jour ſur les onze heures
du foir , lors qu'il paſſoit ſeul
dans la ruë de ſa Maiſtreſſe
dans le deſſein de ſe retirer, il
vit un homme qu'on faisoit
entrer chez elle. Quoy que la
12
196 MERCVRE
Lune éclairaſt , il eſtoit trop
loin pour en pouvoir diſtinguer
les traits. Sa jaloufie luy
peignit ce que c'eſtoit , & il
reſolut de ne pointpartirde là
qu'il n'euſt vû la fin de cette a
vanture.Ildemeura deux heures
caché , & l'on vint remettre
le Cavalier dans la rue,ſans
que la porte fiſt preſque aucun
bruit. Il reconnut ſon Rival,
& ſon deſeſpoir ne luy laiſſant
point garder de meſures , il
courut à luy l'épée à la main.
Le combat fut rude, & ne finic
que pardeux grandesbleſſures
qui laiſſerent le Marquis nâgeantdans
ſon ſang. Il paſſa
du monde qui prit ſoin de
luy, tandis que le Cavalier ſe
retira. Il conta à ſon Amy ce
qui venoit de luy arriver , &
cetAmyqui étois puiſſant&
GALANT. 197
fort confideré dans la Ville ,
Faffeura qu'il n'avoit rien à
craindre chez luy , pourveu
qu'il ſe tinſt caché . Le Marquis
dont les bleſfures ſe trouvoient
fore dangereuſes , ſe
condamna luy mefme à mourir
, pour épargnerla gloire de
fa Maiſtreſſe , il cacha le ſujet
de fon combat. Il excuſa méme
le Cavalier autant qu'il luy
fut poffible , en ſe declarant
l'aggreſſeur , fur quelques parolesdont
il s'eſtoit chagrinė
mal à propos ; mais cela n'empeſcha
pas que ſes Parens ne
fiffent faire de grandes infor- >
mations ,& qu'iln'y cuſt d'abord
un Decret contre celuy
qui l'avoit bleſſé.Chacun refſentit
cet incident ſelon l'intereſt
qu'il y prenoit. La Belle
jugeant que le Cavalier ſeroit
१
I3
198 MERCURE
obligé de quitter la Ville , ne
pouvoit ſe conſoler d'avoir
engagé ſon coeur inutilement.
Son Pere qui perdoitun Gendre
dont l'alliance luy euſt fait
honneur , entroit dans les ſentimens
de ceux qui euſſent
voulu voir perir le Cavalier,
&le Cavalier dont les obſtacles
redoubloient la paffion ,
demeura plus reſolu que jamais
de pouffer à bout fon
entrepriſe. Il écrivit à la Belle
par la voye de ſa Suivante
, & luy donna de ſi fortes
aſſeurances d'une conſtance
éternelle, qu'elle n'eut plusque
le déplaiſir de ne le point voir .
Si ſa veuë luy devoit eſtre un
ſujet de joye , elle n'en fut pas
longtemps privée. Comme il
eſtoit auſſi hardy qu'amoureux,
il manda à la Suivante qu'il ſe
GALANT. 199
trouveroit au rendez - vous ordinaire
à une certaine heure
de la nuit , & quoy que fon
Amy luy puſt dire pour l'empécherde
fortir il voulut fatisfaire
ſon amour Il eſt vray qu'il ſe
déguiſa d'une maniere qu'il
euſteſté malaiſé de le reconnoiſtre.
Il pritl'habitd'un Valet
, alla ſans perruque avec des
cheveux fort courts ,& mic
une large emplaftre qui faifoit
paroiſtre qu'il n'avoit qu'un
oeil. Dans cet équipage il pa
rut charmant aux yeux dela
Belle , qui ne cherchoit point
d'autre bonheur que de s'en
voir fortement aimée. Quelques
jours aprés il ſe fervit du
méme déguiſement pour ſe pro
curer la meſmejoye,mais l'évenement
n'en fut pas heureux.
A peine eſtoit- il avec la Belle,
14
200 MERCURE
que desDames qui arriverent
lors qu'elles estoient le moins
attenduës, les mirent tous deux.
dans un fort grand embarras..
H fat obligé pour n'eſtre point.
vûde ſe cacher promptement
derriere unetapiſſeriequilaiffoit
du vuide entrelamuraille.
Comme laBelle avoitde la voix
& qu'elle aimoit la Muſique ,
eesDames lavenoient prendre
pour la mener avec elles à un
Concert qui ſe faisoit dans le
voiſinage. Elle voulut ſe défendre
de cette partie fur ce
qu'il eſtoit tard, & que for
Pere trouveroitmauvaisqu'elle
fortiſt ; mais les Dames entreprirent
d'avoir ſon conſen.
sement, &deux d'entre elle.s.
eſtant allées le trouver , elles.
l'amenerent dans la chambre
de ſa Fille , à laquelle il or
:
GALANT. 201
donna d'aller prendre le plaifir
qu'elles luy offroient. Toutes
les raiſons qu'elle apporta pour
ſediſpenſer d'avoircette complaiſance
, ne luy ſervirent de
rien; elles l'enleverent malgré
elle, & tout ce qu'elle put faire
en les ſuivant , ce fut d'avertir
ſa Demoiselle par un coup
d'oeil qu'elle luy laiſſoit le ſoin
de faire fortir le Cavalier..
Malheureuſement ſon Pere
ayant trouvé ſur ſa tableun livre
nouveau dont il avoit enrendu
parler , il en voulut lire
quelque choſe ,& pendant ce...
temps, un petit chien qui avoit
toûjours dormy , s'aviſa d'aller
derriere la tapiſſerie , & fentant
un homme qui luy eſtoit
inconnu , il ſe mit à aboyer de
toute ſa force. La peur ſaiſit ft
fort la Suivante , qu'elle de
159
202 MERCVRE
meura comme immobile. Le
Pere prit la chandelle pour aller
voir à qui le chien en avoit,
& le Cavalier qui ne pouvoit
ſe tirer d'affaire qu'en fuyant ,
fortit bruſquement , & gagna
la porte. Le Pere courut aprés
criant au voleur fur le degré.
Ses cris attirerent le Cocher ,
&tout ce qu'il y avoit de Domeſtiques
qui mirent la main
fur le Cavalier. L'éclat auroit
perdu ſa Maiſtreſſe , & il aima
mieux ſe laiffer prendre fans.
bruit , que de ſe défendre
peut eſtre inutilement. Il crut
qu'il en feroit quitte pour être
traité comme un voleur ; &
qu'aprés qu'on l'auroit foüillé
pour voir s'iln'emportoit rien,
on ſe hâteroit de le mettre dans
la ruë ; mais la chose tourna
autrement qu'il ne penſoit; le
GALANT.
203
1
méchant habitqu'il avoit pris,
l'emplâtre dont il s'eſtoit défiguré
le viſage , & le lieu où
il venoit d'eſtre découvert ,
donnoient lieu de croire qu'il
s'eſtoit caché pour quelque
méchant deſſein , & lors qu'il
cut effuyé quantité d'injures
qu'il écouta fort patiemment ,
il vit arriver un Officier de
Juſtice que le Pere avoit envoyé
querir ſecretement. Il fut
mis entre ſes mains , & quoy
qu'il puſt faire pour gagner,
cet Officier , il fallut qu'il ſe
laiſſaſt conduire en prifon . Jugez
du deſeſpoir de la Belle ,
quand à fon retour elle apprit
cette avanture.Le lendemain,
elle en fit donner avis à l'Amy
du Cavalier,& il chercha auffi
toſt à remedier à ce malheur
mais eſtant accouru àla prifon,
16
204
MERCVRE
il trouva que tout avoit changé
de face. Le Cavalier avoit
eſté reconnu pour ce qu'il
eſtoit ,& on neleretenoit pas..
comme voleur , mais comme
ayant tué le Marquis , qui
eſtoit mort le jour precedent.
L'affaire qui auparavant avoit
eſté en termes d'accommodement
, receur de grandes difficultez
. Les Parens du Mortfe
voyant maiſtres de la perſonne
du Cavalier , inſiſterent à luy
faire faire ſon Procés , & fi
le credit de ſon Amy n'euft
apporté quelque obſtacle à la
chaleur des pourſuites , le Jugement
euſt pu eſtre prompt.
L'Amour de la Belle ne put
demeurer plus long temps.
fecret. Le déguisement du
Cavalier caché dansſa Chambre
, & ce qui s'eſtoit paffé
GALANT. 205
H
entre luy& le Marquis , en
eſtoient des preuves qu'on ne
pouvoit conteſter. Son Pere
luy fit de rudes reproches , &
lamenaça de ſe joindre à ceux
qui pourſuivoient fon Amant.
Elle ſouſtint ce revers
avec beaucoup de courage ,
& n'ayant à fe reprocher du .
coſté de ſa conduite qu'un
peu trop de complaiſance où :
le vray merite l'avoit enga
gée, elle reſolut de faire voir
qu'elle estoit digne de l'attachement
du Cavalier. C'eſtoit
pour elle qu'il s'eſtoit mis
dans le malheureux eſtat où il
fetrouvoit ; elle crut qu'il y
alloit de ſa gloire de népargner
rien pour l'en retirer , &
elle en fit fon unique foin.
Aprés avoir bien examiné
quel en pouvoit eſtre le plus
206 MERCURE
2
four moyen , elle alla le voir
dans la prifon , accompagnée
de la Demoiselle qui estoit
entrée dans le ſecret de leur
amour. Cette marque de tendreſſe
mit le Cavalier dans
une joye incroyable , mais il
en recent encore une plus forte
, puis qu'elle voulut qu'il
priſt les habits de faSuivante
qui devoit tenir ſa place tandis
qu'ils fortiroit avec elle..
Sa taille eſtoit propre à faire
reudir ce hardy deſſein. H
fe déguifa , marcha derriere
elle avec des coëfes baiſſées
qui luy cachoient une partie
du viſage ,& trompa ainſi les
Guichetiers qui creurent que
c'eſtoient les meſmes Femmes...
qu'ils venoient de voirentrer.
Ils ſe ſeparerent à deux ruës.
de là avec de nouvelles proGALANT.
207
t
reſtations de s'aimer juſqu'au
tombeau , & la Belle qui n'avoit
ſouhaité uniquementic
que de mettre fon Amant en
ſeureté , abandonna le reſte
àla deſtinée . La colere de fon
Pere eſtant à craindre pour
elle aprés une affaire d'un fi
grand éclat , elle jugea à propos
de ne point rentrer chez
luy. Elle s'eſtoit aſſeuré une
place dans un Convent , &
eſtant allée s'y enfermer , elle
luy fit dire que le feul party .
qu'elle avoit à prendre , eſtoit
d'y paſſer ſa vie s'il ne vouloit
pas que leCavalier devinſt
fon Gendre. Cette declaration
l'embaraſſa . Il aimoit fa
Fille , & ne pouvoit ſe reſou
dre à s'en feparer. L'affaire
du Cavalier fut accommodée.
Ses Parties le voyant
208 MERCVRE
hors de priſon voulurentbien
écouter les propoſitions qui
lear furent faites . Le Marquis
avoit prié en mourant qu'on
ceſſaſt de le poursuivre , & fon
Amy qui prenoit fortement
fes intereſts , ſe ſervit ſi bien
de ſon credit , qu'il mit la
choſe aux termes qu'il fouhaitoit.
Si toſt que le Cavalier
fut libre , il fit parler
au perede ſa Maiſtreſſe , quit
ne voyant point d'autre
moyen d'obliger ſa Fille à re--
venirconfentir enfin à ſon mariage.
Il fut celebré avec une
égale fatisfaction des deux
Amans. Elle ne s'eſt point
encore dementie , & il ſeroit.
difficile de trouver une union
plus parfaite.
Le Roy toûjours vigilant
pour ce qui regarde le bien .
GALANT. 209
de ſes Peuples , a fait publier
unEdit par lequel Sa Majestés
declare que les Ennemis de
l'Estat l'ayant engagée à prevenir
par une Guerre neceffaire
les ligues & les projets
qu'ils forment depuis long.
temps , Dieu avoitbeny fi vi
fiblement fes armes , qu'Elle
avoit lieu d'eſperer qu'Elleles :
forceroit encore une fois à
conſentir à la paix , mais qu'-.
une ft juſte entrepriſene pouvant
eſtre ſoutenuë fans des
dépenſes extraordinaires , &
fon intention eſtant d'employer
toutes fortes de voyes.
pour ménager ſes Peuples
meſme de ſouffrir plûtoſtquel--
que diminution de ſes Revenus
, que d'avoir recours à des
levées extraordinaires . Elle
avoit jugé à propos de rece
10 MERC VRE
voir les Deniers qui luyétoiet
volontairement offerts pourr
eſtre employez en conſtitution
de rentes fur la Ville de Paris ..
Dans ce deſſein ,Elle a ordon .
né qu'il ſera vendu & aliené
la ſomme de cinq cens mille li
vres actuels & effectifs de rent
te, dont les conſtitutions ſe--
ront faites par les Prevoſt des
Marchands & Echevins , d
ceuxde ſes Sujets qui les voudront
acquerir, pour les avoir
&prendre fur tous les deniers
provenansde ſes Droits d'Aides
& de Gabelles , qu'elle
déclare ſpecialement par pris
vilege affectez , obligez & hy-
< potequez au payement& continuation
de ces rentes . Cet
Edit a eſté enregiſtré au Parlement
, à la Chambre desi
Comptes ,& à la Cour des AiGALANT.
211
des , & il y a un empreſſements
extraordinaire à porter ſes deniers
à l'Hoſtelde Ville à caufe
dela feureté .
C'a eſté dans la meſme veuë
de veillerau bien de ſes Sujets ,
que Sa Majesté a fait un Reglement
du 29.du mois paſſé pour
lever dans pluſieurs Provinces.
de ſon Royaume des Regimens
de Milice d'Infanterie , qui
foient en estat de marcheraux
lieux où Ellele jugera à propos
pour la ſeureté de ſes Places ,
tant Frontieres que Maritimes.
Ce Reglement porte que les
Intendans & Commiſſaires
départis pour cette levée , s'appliqueront
à regler les Paroiſſes.
qui doivent fournir les Soldats
qui compoſeront les Regi .
mens & les Compagnies , en
forte que fi par l'eſtat qui
212. MERCVRE
1
leur eſt adreſſé , le Roy ne
demande que fix cens hommes
d'uneGeneralité ,&qu'elle
ſoit compoſée de neuf cens
Villages , ils commenceront à
faireun estat detrois cens Villages
les plus foibles de leur
département ,&qu'enfuite ils
feront des eſtats de cinquante:
Villages chacun ,lesquels cinquante
Villages fourniront les
hommes d'une Compagnie ,
obfervant qu'ils ſoientde proche
en proche , afin que lors
qu'onvoudraaffembler laCompagniean
centre de ces Villages,
les Soldats , s'il eſt poſſible ,
ne foient point obligez de découcher
, ou toutau plus qu'ils
ne découchent qu'une nuit
pour s'y rendre . Geluy que la
Paroiffe voudra preſenter pour
fervir dans la Milice , doit eſtre,
GALANT..
213
au moins âgé de vingt ans , ou
n'enpasavoir plus de quarante.
Il ne faut point qu'il fost marié,
&on luy doit fournir les habits
, & les armes neceſſaires
deſquelles il ſe ſervira , en attendant
que Sa Majeſté ait envoyé
desMouſquets pour eſtre
diſtribuez à chacun. Les Licutenans
de ces Compagnies
feront choiſis parmy la Nobleffe
ou gens vivant noblement
, faiſant leur demeure à
portéedes Villagesqui doivent
fournir la Compagnie , âgez au
moins de vingt-deux ans , &
s'il ſe peut , qui ayent ſervy.
Ceux quiont eu employ dans
les Troupes , ou qui ſont dans
les Compagnies de Gentilshommes
Cadets , doivent eſtre
preferez à ceux qui n'ont point
ſervy. Al'égard des Capitai
214
MERCURE
nes , Aides - Majors, Lieutenans
Colonels & Colonels , l'intention
de Sa Majesté eſt qu'ils
foient choiſis parmy ceux qui
ont ſervy , foit dans ſes Troupes,
foit dans les Compagnies
de ſa Maifon. Voicyl'eſtat des
Milices que l'on doit mettre fur
pied. :
Dans laGeneralité de Paris,
il feralevé deux Regimens de
quinze Compagnies chacun,
chaque Compagnie de cinquante
hommes , les Officiers
non compris , faiſant tant en
Sergens que Soldats le nombre
dequinze cens hommes. 4
Dans celle de Soiffons , un
Regiment de quinze Compagnies
, faiſant ſept cens cinquantehommes.
:
Dans celle d'Amiens un
-Regiment d'un pareil nombre
GALANT .
215
deCompagnies; ſeptcens cinquante
hommes.
Dans celle de Roüen , deux
Regimens de quinze cens
hommes .
Dans celle de Caën , un
Regiment de dix- huit Compagnies
; neuf cens hommes.
Dans celle d'Alençon
Regiment auſſi de dix- huit
Compagnies ; neufcens hom-
-mes.
, un
Dans celle de Chalons,deux
Regimens de dix - huit Com .
pagnies chacun; dix-huit cens
hommes.
Dans celle de Dijon , un
Regiment de vingt Compagnies
, mille hommes .
Dans celle d'Orleans , un
Regimentde dix huit Compagnies;
neuf cens hommes .
Dans celle de Moulins , un
1216 MERCURE
:
Regiment de dix huit Compagnies
; neufcens hommes .
Dans celle de Tours ,
un
Regiment de vingt Compagnies
; mille hommes.
Dans la Bretagne quatre
Regimens de vingt Compagnies
chacun ; quatre mille
hommes.
Dans la Generalité de Poitiers
, un Regiment de quinze
Compagnies ; ſept cens cinquante
hommes.
Dans celle de Limoges , un
Regiment de quinze Compagnies
ſept cens cinquante
hommes.
Dans celle de Rion un
,
Regiment de quinze Compagnies
; fept cens cinquante
hommes.
Danscellede Lyon,unRegimentdedix
Compagnies;mille
hommes.
Dans
GALANT.
217
Dans celle de Grenoble , un
Regiment de dix-huit Compagnies
; neuf cens hommes.
Dansla Provence , un Regiment
de vingt Compagnies ;
mille hommes .
Dans la Generalité deMontauban
, trois Regimens de
quinze Compagnies chacun ,
deux milledeax censcinquante
hommes.
Dans celle de Bordeaux,
trois Regimens de quinze
Compagnies chacun ; deux
mille deux cens cinquante
hommes ... JONG
Ce font trente Regimens ,
faiſant vingt-cinq mille cinquante
hommes.
Ilyacaune nouvelle Ordonnance
du 15. de ce mois.
Elle porte qu'ayant eſté repreſenté
au Roy , que dans
Decembre 1688. K
218 MERCURE
les Provinces & Generalitez
de fon Royaume , où les levées
deMilice doivent étre faites , if
y ades Paroiſſes extremement
fortes,leſquelles ſelon leReglement
dont vous venez de lire
l'Extrait , ne ſont obligées que
de fournir chacune un homme;
quoy qu'il ſoit juſte qu'elles
ayent plus de charge que les
Paroiſſes , qui ſont plus foibles,
&qui doivent fournir chacune
un homme Sa Majeſté a ordonné
,que nonobſtant ce qui eſt
porté par ſonReglement du 29 .
Novembre , toute Paroiffe des
Generalitez où la levée de Milice
a eſté ordonnée , qui ſera
cottiſée pour ſa part de la taille
à plusde quatre mille livres,
ſera obligée de fournir deux
hommes de milice ; celle qui
en portera fix mille , en four
GALANT. 219
nira trois ,& ainſi toûjours en
augmentant les hommes de
deuxmille livres en deux mille
livres, en fortequ'une Paroiffe
qui portera vingt mille livres
de Taille, ſera tenüe de fournir
dix hommes. Cela produira
une augmentation fort confiderable.
Monfieur de Francine , Sei
gneur de Grand Maiſon , eſt
mort depuis peu de jours. Il
eſtoit Prevoſt General de l'Iſle
de France , Intendant general
des Eaux de Sa Majesté ,Maréchal
de Bataille de la Milice
de Paris , & Major de la mefme
Ville. Son eorps a eſté
porté à S. Eustache , où il eſt
démeuré en depoſt juſqu'à ce
qu'on letranſporte à une Terre.
Toute la Compagnie fuivit
le Convoy les armes traif
K
-
2
2-20 MERCVRE.
nantes , & les Officiers ayant
leurs baſtons couvertsde crefpe.
Son cafque & les autres
ornemens de ſes Charges furent
portez , couverts auffi de
crefpe , & pofez fur fon cercueil.
Iln'y a plus de Surintendant
de la Muſique du nom de
Lully.Le Fils qui eſtoit reveſtu
decetteChargepar la mort du
fameux Monfieur de Lully ,a
déja ſuivy ſon Pere , quoy
qu'il fuſt encore toutjeune .
Depuis les trois Volumes
que je vous ay envoyez touchant
les Affaires du Temps ,
on peut dire que celles d'Angleterre
ont changé de face ,
puis que le Party du Prince
d'Orange s'eft declaré en abandonnant
le Roy ; que quelques
uns de ceParty ontpoufle
GALAN T. 221
د
leur rebellion juſqu'à vouloir
livrer ce Monarque à fon Ennemy
, & que toute l'Angleterre
a paru tout à coup en
armes , les uns pour le Prince
d'Orange & les autres en
demandant un Parlement libre
, ſans avoir d'intelligence
avec ce Prince. le croy que
vous attendez que je vous parle
plus au long de ces Nouvelles
,& que je vousentretienne
meſme fur ces grands évenemens.
C'eſt ce que je vais faire,&
le détail s'en trouvera
avec ce que j'ay à vous en
dire.
Je vous ay fait voir dans la
réponſe que j'ay faite au Manifeſte
du Prince d'Orange ,
qu'on ne devoit point douter
* qu'il n'euſt un puiſſant Party
en Angleterre ; mais la diffe
K 3
222 MERCURE
rence eſt grande d'y avoir eſté
appellé , comme il le pretend,
ou d'avoir brigué pour y eſtre
appellé , comme il a fait. Son
ambition connuë par toutes
fes démarches preſque dés le
berceau , afin de pouvoir commander
avec une autorité abfoluë
, empeſche que cette verité
ne foit miſe en doute. Ce
Prince , après avoir examiné
pendant pluſieurs années ,quels
pays pourroit ſervir de theatre
àfon ambition & quel pretexte
il pourroit avoir pour la
couvrir , trouva que l'Angleterre
luy fourniſſoit de ſeurs
moyens pour parvenir à ſon
but , parce qu'il n'y a rien que
l'on ne puiſſe tenter lors que la
Religion fert de pretexte , &
d'ailleurs le Peuple Anglois
aime fort la nouveauté .
GALANT..
223
こeuAl'égard des Grands, on ne
peut dire que la Religion les
fafſe veritablement agir. Il y en
apeu qui en ſoient affez fincerement
penetrez , pour rifquer
leur vie & leurs biens ,
afin de maintenir celle qu'ils
profeſſent,& il ne fautque voir
la maniere dont ils s'acquittent
des devoirs qu'elle leur prefcrit
, pour découvrir ce qu'ils
croyent. La Religion ayant
ſervi de pretexte au Prince
d'Orange , pour ſeduire les
Grands d'Angleterre , ils ont
eſté bien-aiſes qu'on ait cru
que c'eſt à ces raiſons qu'ils ſe
fontrendus;mais ils en avoient
une autre que je vais expliquer.
Ceux qui favoriſent l'invaſion
d'un Ufurpateur , ſe
perfuadent non ſeulement que
leur fortune augmentera ,
mais qui regneront fous
K 4
224
MERCURE
luy,& ne luy laifferontqu'une
puiſſance apparente,parce que
'Ufurpateurleur ayant obligation
, & leur devant tout , il
ne ſera pas en droitde leur refuferaucune
choſe. Hs penfent
d'ailleurs que l'apprehenfion
continuelle qu'il doit avoir
qu'on ne le traite comme ila
traité ceux dont il a ufurpé
l'autorité , luy fera accorder les
chofes qu'il ne fcroit pas pour
cux , s'il oſoit en croire fon
peu de reconnoiffance. Cela
arrive ordinairement lors
qu'un Vfurpateur manque de
force & de fermeté , mais on
voit peude ces grands coupa
bles,&de ces Heros du crime
démentir leur caractere , &
marquer de la foibleſſe, quand
ils ont pu faire couronner
leurs injuſtices. Ils en ſçavent
MERCURE 225
plus que ceux qui leur ontaidé
à s'élever. Comme on n'aume
pointà voir les perſonnes à qui
l'on doit tout, ils ſçavent les
éloigner ou s'en défaire,& n'ignorēt
pas quela politique veut
qu'on les facrifie , eſtant vrayfemblable
que des traiſtres ne
feront pas fcrupule d'abandonner
un Vfurpateur aprés qu'ils
ont trahy lâchement leur Sou .
verain. C'eſt pour cela que dés
qu'un Vfurpateur eſt parvenu
au rang qui luy a coutédes cri ->
mes , il commence fon regne
par l'exil ou par l'effufion dur
fangde ceux qui ont contribué
davantage à fon élevation.Vn
homme de ce caractere qui a
la force enmainiquidoiteraindre
pourſa vie,& quin'aaucuns
égards , ne manque jamais de
pretextes& croit mefme,faire
226 MERCURE
un acte de justice , qui luy at
tire des loüanges , lors qu'il
facrifie les traîtres . Il ſe défait
auſſi de tous ceux dont il croit
avoir lieu de ſe défier , il ſuppoſe
des crimes , & des confpirations
comme faiſoitCrom.
vel, & quand on penſe goûter
le calme qu'on voit qui commence
à s'établir aprés la tempeſte
, le ſang coule de toutes
parts , & l'ufurpateur ne cherche
qu'à détruire les membres
d'un Eftat qui font enpouvoir
de nuire au chef. Il ſoupçonne
tous les honneſtes gens d'avoir
intelligence avec leurveritable
Souverain , & de le
vouloir ſervir , & fur ce ſimple
foupçon il les croit dignes
de mort. Voilà ce qui arrive
dans tous les Etats , où il y a
des Vfurpateurs. Voilà ce
GALANT. 227
qu'on adéja vû arriver en An
gleterre , & voilà le fort qut
luy eſt encore preparé. Elle
doit meſme attendre quelque
choſe de pire à cauſe de ſesdifferentes
Religions . On menage
à preſent ceux de la Religion
Anglicane afin qu'ils aident
à deſtruire la Religion
Catholique, mais il eſt à croire
que les Proteſtans qui ne sçauroient
ſouffrir d'Eveſques , ne
manqueront pas d'attaquer un
jour la Religion Anglicane.On
n'en peut douter puifque non
ſeulement ils font les plus forts
dés aujourd'huy , mais encore
parce que la Religion Proteſtante
doit eſtablir fon empire
en Angleterre , que le Prince
d'Orange qui s'en dit le Chef
ydoit demeurer comme Pro
K6
228 MERCVRE
:
tecteur de cette Religion ,
que les Proteftans qui font
difperfez en divers cadroits
del'Europe , font eftat de s'y
venir establir des que l'antorité
du Prince d'Orange y paroiſtra
affermie. Aini lear
nombre doit eſtre dix fois aufli
grand que celuy du party de
ceux qui font de la Religion
Anglicane , & comme en matiere
de Religion on eſt trop
obſtiné pour cederau nombre,
voilàun ſecond ſujet d'un carnage
perpetuel en Angleterre.
La Religion fera répandre du
fang pour ſes intereſts ,& le
Prince d'Orange pour le fien
&les Etrangers y feront en
plus grand nombre que les Anglois
naturels . Il s'y meflera
auli un jour un party pour le
د
GALANT. 229
Roy d'Angleterre qui fera celuy
de la Justice , de forte que
Fon peut jugerdés à préſent ,.
que pour peu que le Prince
d'Orange s'eſtabliſſe en Angleterre
, on verra couler le
fang de ce peuple pendant plufleurs
années ,& regner la dif
corde avec la confufion, ce qui
fera cauſe qu'on ne sçaura
comment y fervir Dieu , ny
quel Souverain y reconnoi
ftre. Je ne parle point icy par
un eſprit prophetique ny pour
avoir lieu de faire un raifon
nement fur les nouvelles cou-)
rantes. Qu'on life toutes les
Hiſtoires qui parlentdes revo
lutions ,arrivée dans les plus
grands Empires , ainſi que
chez les Souverains qui ne
ſont pas du premier ordre , &
230 MER CVRE
•l'on verra que de tels évene
mens ont toûjours eſté ſuivis
de malheurs ſemblables à ceux
dont l'Angleterre paroiſt menacée.
Il n'y a perfonne qui ne demeure
d'accord que le motif
de la Religion ne ſert que de
pretexte à l'ambition du Prince
d'Orange. Tout homme qui
agit veritablement par ce feul
principe , a d'autres manieres,
& ſes actions ne démentent
point fes paroles . Enfin quand
on entreprend de ſouſtenir la
cauſe de Dieu , on n'a que
Dieu ſeul devant les yeux , &
on ne fait rien de ce qu'il defend.
Les Perſonnes des Rois
font facrées ,on les doit hon
rer de quelque Religion qu'ils
foient , ſuivant ce que Dieu a
GALANT.
23
>
dit , qu'il faut rendre àCefar ce
qui appartient à Cefar.Pour eſtre
d'une Religion contraife , on
ne doit point attenter à la vie
des Souverains , & il n'y a aucune
Religion qui le permette.
Cependant le Prince d'Orange
protege deux Scelerats qui ont
attenté à la vie de deux Rois ,
auſquels il eſt uny par le ſang
&parune alliance preſque auffi
forte. Il devoit les faire punir,
& s'employer luy-meſme pour
leur fupplices , ſi les Bourreaux
luy euffent manqué , quand
meſme il auroit cu guerre avec
la Grande Bretagne. Ce ſont
neanmoins ſes Conſeillers , ſes
Miniſtres, ceux qui compofene
ſes Manifeſtes ,& les Apoſtres
dont il ſe fert pour prefcher
des Peuples qui les auroient
232 MERCURE
vûs au gibet , ſi leur fuite ne
les euſt pas dérobez à cette
honte. On ne peut douter de
la vehemence de cesOrateurs,
à parler & à écrire contre le
Roy d'Angleterre , puis qu'ils
ne pouvoient revoir leur Païs
qu'en le calomntant & en travaillant
à ſa perte. Ils y vont.
triompher , & pour leur propre
intereſt tâcher d'exciter de la
haine dans les coeurs des peuples
contre leur legitime Sou-
-verain. Si le feuldefirde regner
ne faifoitepas agir le Prince
d'Orange , il ne feroit jamais
party de Hollande , puis qu'avant
fon départ Sa Majefté
Britannique avoit remis au
mefme eſtat toutesles choſes ,
pour lerétabliſſement deſquelles
il publie qu'il a armé. Ce
1
GALANT.. 233
$
6
qu'il y a de furprenant, c'eſt
qu'il ſe ſoit trouvé quelqu'un
qui ait cru que la Religion le
faifoit agir. On n'avoit point
veu juſque- là que la Religion.
l'euſt empêché de faire tout ce
qui le pouvoit élever , & il a
toujours paffé ſur tous les ſcrupules
qu'elle peut jetter dans.
une ame , d'une maniere à farre
voir clairement qu'elle n'a
aucune part dans ſes entreprifes.
On pentaffurer auffi qu'il
n'employe ce grand nom de
Religion que pour le faire fervir
à ſa politique , & l'on n'en
doutera pas quand on examinera
ſon procedé.Vous ſçavez
qu'il avoit pratiqué des gens
qui devoient luy livrer leRoy
d'Angleterre , & qui avoient
concerté de s'en faifir pendant
234 MERCURE
que ce Roy viſiteroit un des
quartiers de ſon armée , &
qu'un ſaignement de nez qui
luy dura quelques jours ayant
empêché qu'ils ne fiſt cette viſite
, celuy qu'il y envoya découvrit
la trahifon . On peut
voir ſi cela s'accorde avec les
proteſtations que le Prince
d'Orange avoit faites qu'il n'en
vouloit point à ce Monarque.
Dans les plus cruelles guerres
& entre des ennemis , qui ſe
ſont donné l'un àl'autre de juſtes
ſujets de ſe haïr, on en uſe
plus genereuſement. Chacun
ſouhaite de voir ſon ennemy
l'épée à la main & de le vaincre
,mais on ne voudroit pas
employer la trahifon pour en
triompher , & l'on ne fait enlever
que des ſcelerats & des
GALANT.
235
criminels. Ce n'eſt pas qu'il
n'arrive quelquefois qu'on enlevedes
quartiers entiers d'une
armée,avec le Commandant,&
le Prince meſme quand il s'y
trouve , mais on doit alors regarder
cela comme une action
de guerre , & quand le Prince
eft pris, il l'eſt par ſes ennemis,
& non par des Sujets corrompus
pour le livrer. Si ceux du
Roy d'Angleterre s'eſtoient
révoltez contre luy , à qui ce
Monarque auroit- il deu demander
du ſecoursqu'au Prince
d'Orange ? & qui auroit deu
luy en donner plûtoſt qu'un
Prince de ſon ſang , qui en même
temps ſe trouve ſon Gendre
? Tout ce qu'auroit pû fairele
Prince d'Orange , auroit
eſté de tâcher d'obtenir bean236
MERCVRE
C
1
coup de choſes en faveur de ſa
Religion, & de fatisfaire ainſi
fon honneur , ſon devoir , fon
Beau pere , ſa Religion , &
meſme les Peuples , contre lefquels
il auroit eſté appellé.
Voilà ce qui luy auroit fait
meriter l'eſtime de toute la terte
, au lieu qu'il ne peut eſtre
regardé que comme un Vfurpateur
par ceux meſmes de fon
party , l'action qu'il vient de
faire n'eſtant autre choſe dans
le fond, quelques noms dont
on la puiſſe appeller , & quelques
couleurs qu'elle puiffe recevoir.
Il n'y a que détours ,
furpriſes , mauvaiſe foy , union
de Scelerats , fuppofitions. On
viole les loix du fang,&celles
de l'honneur & de l'alliance ;
on laiſſe contre toute forte d'uGALANT.
237
fage , des Ambaſfadeurs à la
Cour du Roy d'Angleterre
pour le mieux tromper , &
pour luy dire que l'on ne veut
point de guerre ; on entre enfuite
chez luy pour la luy dé
clarers on boit auffi- toſt à ſa
ſanté , en diſant qu'on n'a aucun
deſſein de lay nuire , &
dans le même temps on veut
fe faire rendre par les Magiſtrats
les mefmes honneurs
que l'on rend au Roy ; on ſe
faifit des deniers Royaux , on
commande , on agit en Souverain,
on cherche le Monarque
qu'on feignoit de ne vouloir
point attaquer , on ſeduit
ſes propres Gardes & fes Favoris
pour les engager à le livrer;
on demande un Parlement
l'épée à la main , pour luy
238 MERCURE
faire faire tout ce qu'on voudra
, & tout ce qu'un amas de
Traiſtres ont concerté,& comme
il faut ébloüir les Peuples
parquelque choſe qui les flatte,
on ajoûte le mot de libre à ce
Parlement dans le même temps
qu'on eſt aſſez aveuglé pour
faire connoiſtre , qu'on a pris
des meſures , pour le forcer à
ne faire que ce qui a eſté concerté
dans le temps qu'on a refolu
l'armement , & arreſté la
perte du Roy.
Cependant à bien examiner
toute la conduite du Roy , &
ce qui s'eſt paſſé depuis le commencement
de ſon Regne , on
trouvera que les Anglois n'ont
point de ſujet de s'en plaindre .
Si - toſt que le Roy. Charles II .
fonFrere fut mort , il déclara
GALANT.
239
د & ileſtoitCatholique
hefme avant que le Parlement
faſt aſſemblé. Ainsi le Parle .
ment a non ſeulement confenty
qu'il profeſſaſt cette Reli
gion ; mais meſme il l'a couronné
comme Catholique , &
toute la Nobleſſe du Royaume
a aſſiſté à cette ceremonie. Les
Proteſtans qui ont commencé
à travailler ſecretement à fa
perte , lay eſtoient redevables
de ce qu'ils profeſſoient leur
Religionfi paiſiblement , &
par la liberté de confcience
qu'il avoit donnée il
avoit tellement étably la
tranquillité parmy les Peuples
, qu'il recevoit tous
les jours des Adreſſes qui luy
marquoientleur reconnoiſſance.
Ces Adreſſes ſont ſignées
د
240
MERCVRE
d'un fi grandnombre de gens,
que leParlement ſoit compos
ſe d'autres perſonnes que de
ceux par qui elles ont eſté ſignées,
de fortequ'ils ne ſe pour
Font plaindre du Roy ſans ſe
condamner eux - meſmes . Si
cela arrive ,'on verra par là que
ceParlementine fera pas libre.
Ceux qui ſe plaignent de ce
Monarquedifent qu'ila donné
diverſes Charges aux Catholiques
, mais fa l'on examine
leurs plaintes,ontrouveraqu'il
leur en pouvoit donner.comme
aux autres , puis que la
liberté de confcience eſtoit
permife; mais que cependant
il n'avoit égard qu'au feul
merite& à ceux qui ſervoient
bien l'Etats qu'il donnoit indifferemment
les Charges à
des
4
GALANT.
241
desperſonnes de Religion differente
, & qu'il y avoit beaucoup
moins de Catholiques
que d'autres qui en fuſſent
pourveus. Il eſt vray qu'il y a
des gens ſidéraisonnables
qu'ils ſouhaitoient quelesGatholiques
n'en cuffent point ,
ce qui neſe pouvoit accorder
avec la liberté de confcience.
Le Parlement , en couronnant
le Roy comme Catholique?
pouvoit bien croire qu'il ne
les maltraiteroit pas plus que
les autres. On ne peut accufer
ce Prince d'avoir rien fait con
tre les autres Religions ,& les
Proteftans s'en doivent louer.
Lors qu'ilen eft venu en Angleterre
des Pays Etrangers, il
leur a donné de l'argent de fa
bource ,& aſouvent ordonné
Decembre 1688 . L
242 MERCVRE
desCollectes .Enfin l'Angleterre
jouiſſoit d'un calme dont
elle eſtoit bien éloignée , du
temps que l'on pourſuivoit les
Nonconformiſtes. C'eſt une
choſe qui nepeut eſtre miſe en
doute; auſſi les Peuples n'ontils
eu aucune part à ce qui
vientd'eſtre fait ,& n'eſtoient
point du complot. Le prince
d'Orange l'a tramé avec les
Grands ſeuls , il a ſceu les ſeduire
pour les faire ſervir à
fon élevation contre toutes
fortes de droits. Il n'avoit pas
d'abord beſoin des peuples , il
luy ſuffifoit d'avoir une Armee,
& les Grands pour luy.
Quand on a commencé une
entrepriſe avecde pareilles forces,
les peuples effrayez cedent
au torrent , moitié par crain-
د
GALANT. 243
te,& parce qu'ils s'y voyent
contraints ,moitié parce qu'on
leur perfuade que c'eſt pour
leur avantage , & le tout enſemble
, parce que ne pouvant.
refiſter à leurs Gouverneurs ,
& aux Seigneurs dont ils dépendent
, ils veulent éviter
leur ruine. Cela s'eſt vu dans
l'arrivée du Prince d'Orange
en Angleterre ; les peuples qui
n'eſtoient point d'intelligence,
&qui estoient contens de leur
Souverain,ontd'abord tenu fer
me , mais quandilsont vu que
tous lesGrands groſſiſſoient le
Party de ce prince,& qu'ils eftoient
trahis, ils ont cedé à la
force,parce qu'ils n'ont pû faire
autrement ; mais ils feront un
*jour au deſeſpoir lors qu'ils
verront qu'on les vondra fore
L2
244 MERCURE
cer tous d'embraſſer la Religion
Proteftante . Le Prince d'Orange
qui ne pretend pas ſeulement
eſtre Souverain d'Angleterre
, mais qui comme
Chef de la Religion Proteſtante
, veut eſtre Souverain
de tous les Souverains qui la
profeſſent , nepourroit meriter
ce titre avec justice , s'il fouffroit
d'autres Religions dans
les Etats où il veut regner comme
Chef des Proteftans . Ainſi
quoy que ce Prince ſoit né
fujet & dépendant d'un petit
nombre de Provinces révoltées
contre leur Roy legitime , &
habitées par des Marchands ,
ſon ambition fait qu'il ſe regarde
déja comme Souverain de
tousles Princes Proteſtaps,non
ſeulement en qualité de Roy
GALANT.
245
d'Angleterre , mais encore en
qualité de Chef & de Protecteurde
tout ce qu'ilya de Proteſtans
. Ceux de ſonParty publient
déja que lors que tous les
Souverains qui profeſſent cette
Religion , uniffant leurs forces
fous ce Chef, auront executé
leurs deſſeins dans un
Royaume où on ne les craint
guere, ils feront reſtituer les
Temples aux proteſtans de
Hongrie ,& rendront l't mpire
alternatif , entre les Catholi
ques & les Proteftans. Je ſçay
bien que le Prince d'Orange
n'eſt pas en état de faire connoiſtre
qu'il ait ces penfées ,
mais il préfume affez de luy
mefme pour les avoir , & l'on
ne s'y doit non plus fier qu'aux
Etats ,' puis qu'on ne les doit
e
L3
246 MERCVRE
regarder que comme le Corps
&le Chef. Ils font dire dans
toutes les Cours parleurs Ambaſſadeurs
, que l'affaire d'Angleterre
n'eſt qu'une affaire de
Religion qui ne regarde point
les Princes, Catholiques. Ils
diſoient la même choſe au Roy
d'Angleterre , pour le tromper&
pour endormir ſa vigilance.
Ils vouloient lay perfuaderque
leur armement nele
regardoit pas ; ils l'affuroient
qu'ils vouloient vivre en bonne
intelligence avec luy ,& ne
retiroient point leur. Ambaffadeur
afin de le mieux ſurprendre.
Ceux que les Etats
veulent abufer aujourd'huy
n'ontqu'à donnerdans les'mef.
mes pieges , & à laiſſer forti..
fier la puiſſance du Prince d'O
1
J
LA
AGALANT. 247
او
range , ils aurontunjour tout
fujetde ſe repentir de leur credulité
, ce prince l'ayant pris à
l'égard de la Religion fur un
pied à croire pouvoir un jour
attaquer avec juſtice tout ce
qui ne fera pas de la proteſtante.
Cependant il n'y a point
d'honneſtes gens de quelque
Religion qu'ils ſoient , qui ne
doivent avoüer , que l'entrepriſe
du prince d'Orange eftantun
attentat qui ne peut
eſtre justifié , la Religion proteſtante
ſe trouvera dans tous
les Siecles noircie du crime
qu'il vient de commettre . Il ſe
regarde déja luy meſme comme
coupable par la crainte qu'il a
d'eſtre puni , & perſonne n'a la
} liberté de luy ' parler , qu'il n'y
ait quatre Gardes entre luy&
L 4
2.48 MERCVRE
celuy qui luy parle. Cette
crainte , dont les tirans ont
toûjours eſté agitez , & qui les
empechez de joüir tranquillement
du fruit de leurs crimes,
marque qu'il ſe croit luy-mesme
criminel , & qu'ila merité
ce qu'il craint ; mais comme
fon ambition demeſurée eſt ce
qui l'a faitagir , il a commencé
à le faire paroître en faiſant
attendre pendant cinq quartd'heures
le prince de Danemark
dans ſon antichambre ,
lors quece prince abandonna
le Roy pour le venir trouver.
Les Grands d'Angleterre doiventjuger
par là de quelle mas
niere ils ſeront traitez , quand
fon autorité ſera affermie , &
s'ils ne les épargne pas ,les peuplesdoivent
s'attendre à vivre
i
GALANT. 249
dans l'esclavage , & à pis encore
s'ils n'ont une aveugle obeïfſance
, car le caracterede ce
Princeeſt de vouloir eſtre ainſi
obey , & qui n'eſt pasentierement
foumis à ſes ordres courc
les riſques que chacun ſçait ,
& que n'ont pû éviter de
grands hommes d'une ſageſſe ,
&d'une probité reconnuë.
Il faut avoüer que ceux qui
veulent juſtifier un méchant
party s'aveuglent ſouvent &
découvrent leurs méchantes
intentions , par les choſes meſmes
qu'ils croyent devoir fervir
àles cacher. Dela maniere
que le Prince d'Orangea publié
qu'il eſtoit appelléen Angleterre
, il n'y a perſonne qui
n'euſt dû croire que tous les
peuples ſçavoient ſa venue,&
250
MERCVRE
qu'ilsl'avoientappellé .Cependant
tout le contraire a paru
par les libelles qu'il a fait ſemer
d'abord pour les ſeduire , &
par le peu de diſpoſition qu'il
a trouvé parmy eux à le favor
rifer aprés ſa deſcente juſqu'a
ce qu'ils ſe ſoient vûs trahis
par les Grands. Le Prince
d'Orange en faiſant ainſi ré
pandre des écrits ſeditieux ,
les gens debon ſens pouvoient
aiſement connoiftre par là-que
fes démarches eſtoient contraires
àce qu'il avoit dit , &
qu'en s'aveuglant luy- meſme
il vouloit apprendre aux Peuples
ce qu'ils n'auroient pas
dû ignorer , s'il euſt eſté vray
qu'il euſt eſté d'intelligence
avec des Grands pour le faire
venir enAngleterre..
GALANT. 251
Ce qui fait encore voirquele
Prince d'Orangen'avoit point
d'autre deſſein que d'envahir
l'Angleterre ſous pretexte de
Religion , c'eſt que n'eſtant
venu,diſoit il , que pour faire.
convoquerun parlement libre.
Il devoit être content aprés .
la convocation que le Roy en
a faste. Il avoit obtenu par là
plus qu'il n'avoisdemandé.Ce
Parlement devoit eſtre libre à
l'égard du Roy. , que preſque
tous les Grandsavoient quitté,,
&ilnedevoit point croire que
ce Monarque ſans puiſſance
cuſt pu empefcher la liberté
des fuffrages. Il devoit meſme
eſtre compoſe de tous ceux
quiavoient quitté ſon party ,
la proclamation de ce parle
:
252
MERCURE
ment renfermant une Amniſtie
pour eux , de forte qu'il
auroit eſté remply de perſonnesqui
auroient eſté affidées
au prince d'Orange , & foutenu
par fon Armée ; ceperdant
tout cela ne luy ſuffiſoit
pas , &comme il avoit reſolu
de perdre le Roy, ou de luy
faire abandonner l'Angleterre,
il apprehendoit que la fermeté
de ce Monarque ,& la justice
deſes raiſons , ne le justifiafſent
dans le parlement , c'eſt
pourquoy à mesure qu'ila obtenu
ce qu'il a ſouhaité , il a
voulu davantage.
le finis par la fuite de la
Reyne d'Angleterre , & fon
arrivée en France avec le prin
ce deGalles , & par l'infortuGALANT.
253
nedu Roy dont le malheur fait
triompher ſes Ennemis . Ie
n'entre point icy dans le détail
de cette fuite&ne disrien
de lamaniere dont on pretend
que le Roy a eſté arreſté . La
Reyne & le prince de Galles
font en France; le Roy n'a pu y
paſſer, cela ſuffit pour l'Hiſtoire
. La maniere dont les choſes
ſe ſont paffées , peut émouvoir
les coeurs , & je la laiſſe
pour ſervirde matiere aux con
verſations. J'auray aſſez à faire
a parler des faits principaux ,
& à demefler les miſteres de
laPolitique. Je ſuivray le mois
prochain ce que je vous en ay
donné dans les trois Volumes
des Affaires du Temps,& vous
en entretiendray dans ma Lettre
ordinaire comme j'ay fait
dans celle- cy.
254
MERCVRE
le remets l'article des Enigmes
juſqu'au temps où j'auray
moins à vous dire touchant la
Guerre.le vous ay déja envoyé
uneChanſon ſur les Conqueſtes
de Monſeigneur le Dauphin
dans la relation de ſa
premiereCampagne. En voicy
une ſeconde d'un habile Maiſtre.
AIR NOUVEAU.
Helas ! que ces jours estoient
beaux :
Que iepaffoisfeul avec elle!
Mesyeux charmez en la voyant
fibelle
Promettoient àmon coeur milleplaifirsnouveaux
,
Etienefongeois pas qu'une abfence
cruelle :
GALANT. 255
Meconfervoit un jour une douleur
mortelle .
Helas! que ces jours estoient
beaux
Que iepaſſois seul avec elle !
Je ſuis , Madame , Voftre,
&c.
THEAUT
FLYON
*
1393
Avis pour placer les Figures.
L
A Planche doit regarder la
page 166.
La Chanfon qui commence
par , Helas que cesjours estoient .
beaux.doit regarder la page 255 .
AUGUSTINIANA
LVGDUNENSI
MERCURE07156
1
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
DECEMBRE
#1893*
MP
MVIED
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY , ruë
Merciere au Mersure Galant.
M. DC. LXXXVI11 .
AVEC PRIVILEGE DU ROT
1
1
TABLE.
Rélude.
Préludes
r
Discoursfur lemouvement des
armes de Loüisle Grand. 2:
Philisbourg pris parMonseigneurLe
Dauphin en 20. jours de tranchées
ouvertes .
14
Eloge du Roy prononcéà Arvas . 22.
Réjouiſſancesfaites à Grenoble poar
la prise de Philisbourg.
Autres faites à Avignon.
Extrait de Sermon .
242
32
34
Ce qui s'est paßéà l'Academie de
Ville-francheà la Reception de
M.Chaffebras de Cramailles. 36
Autres Reiouiſſances faites en di
verſes Villes du Royaume fur la
priſe de Philisbourg.
Mariage de Mademoiselle de Vil
}
Odefur lemesmeſujet, 653 65
leroy:
75
Ganal pour la communication du
1
t
TABLE..
Languedoc avec le Roussillon.77
Voyage de Hollande en Vers.
Sonnet.
१०
93
Histoire allegorique de la Guerre du
Dauphin &de l'Aigle. 96
Troisième Article des Réioviſſances
faites pourlaprise de Philisbourg.
171
Agrément de la Charge d'Avocat
Generalau Parlement de Guionne
, donnée à M. Dalon , Fils du
premier President du Parlement
deNavarre. 73
Le Medecin pour les Maladies do
temps. Dialogue...
Hiftoire.
175
185
Editdu Roypour la Creation de cinq
cens mille liures de rente. 209
Reglement pour la levée des Milices.
Morts.
21
219
Suite des Affaires du Temps. 220
Fin de la Table.
MERC.
MERCURE
BEQUE DEC
GALANTE LYON
DECEMBRE 1688
* 193
*
,
A Gloire du Roy
eſt dans un ſi haut
degré d'élevation
que les perſonnes
meſmes qui ſemblent n'eſtre
pas nées pour mettre la main a
laplume,trouvent l'eſprit & les
forces neceſſaires quand il s'agit
d'admirer ce grandMonarque&
de faire ſon éloge Je vous
Decembre 1688. A
2 MERCVRE
F
ay déja envoyé un Ouvrage
deMadame de Pringy ſur ſes
grandes Actions; en voicy un
ſecond qui ne luy a pas moins
acquis de gloire que le premier.
DISCOURS
1 SUR
LE MOUVEMENT
DESPARMES
DE LOVIS LE GRAND.
101
AValeursta
2..
faftice,Gota Vic
Monarque, il a dans fourepos auſſi
agiſſant que paisible triomphe de
cout Ennemis differens. Les plus
JRRRRRR 3R3
GALANT.
forts ont succombé sous la Iustice
deſes loix , & la Paix venoit de
faire paroiſtrefes grandeurs quand
l'audace temeraire de l'Etranger
l'a obligé a exercerſa justice, comme
il exerçoitsa bonté. La conduite
defes Voisins l'amis dans la neceſſite
d'emporter encore des Victoires par
les Armes ainsi qu'il avoit fait
autrefois. Commele Triomphe ac
compagne toujours sa volonté, il
vient de commander,&il a vainen.
Le jeune bras dont ils'estfervy pour
vaincre estoit fort ,& cet auguste
Fils qui vient de commander en
obeiſſant , s'est ouvertun Camp de
Laurier dontil revient tout couvert.
Quelplaisir pournostre Monarque
de voir quefa gloire éclate
dans ce qu'il produit.comme dans ce
qu'il poſſede, & quefon Fils n'estpas
moins remply de fes vertus que de
L
4 MERCVRE
Jonfang. Sa joye doit égalerſavictoire
pendant que la grandeurdefes
exploits égale lafainteté defesaca
tions & nous obligede dire auiourd'huy
deſa perſonne Sacrée ce qui
dit autrefois de faint lean- Baptiste
par la bouche de Dieu mesme , Entre
tous les Mortels il n'en eſt
point de plus grand que
LOVIS ,puis quesa bonté en fait
le plus grand des hommes , & Sa
iuſtice leplus grand des Rois .
Tous les prodiges que nous voyons
font des effets de la bonté de nostre
Monarque . Le blasphème puny ,
I'Hereſie éteinte ,le Duel aboly , le
Regneaimable de la Paix qui n'est
interrompu queparde iustes combats
que la valeurſçait soutenir & la
victoire couronnerzles Peuples charmezde
leur bonheur&deses bienfaits
, la terre retentiſſante de sa
renomméele Ciel mesme auteurde
GALANT
fa gloire &Satisfait defes vertus,
toutes ces merveilles nous marquent
Sa bonté ; bonté que le Cielbenit&
favorife, quefes Ennemis nemépri-
Sent qu'à leur confusion , &queses
Peuples reffentent avec abondance;
bontè auſſimanifeſtéedans laguerre.
qu'elle a estéviſibledans la Paix.
Cen'est point affez du repos merveil.
leux denostre Monarque, ſon action
n'estpasmoins admirable. Les Puif
Sances de l'Enfer ont esté vaincuës
dansfa tranquillité , celle de la
Terre lefont au premiermouvement
deses armes. L'esprit duTres-Haut
qui le fait agir,lefait vaincre, cerne
le rend redoutable que pour mieux
apprendrequ'il est bon . Maispour
quoy faut- il que l'iniustice & la
temcritè deſes Ennemis obligentSa
bontéà nepouvoir paroître que par
le ministere de sa puiſſance ? Ne
s'est- il point affezfait connoistre
A 3
6 MERCVRE
1-3
pour ne laiffer aucunſuiet dedouter
de laluſtice de ſes intentions ? Ignorans
de la verité,lifez les fautes
que vousfaitesdans les vertus que
Louis pratique , &ſouvenez- vous
que la guerre qu'ilsoutient avec
tantde gloire couvre dehonte ceux
qui en font la cause. Il est iustedans
fes demandes& constant dans ses
progrés &toute lapuiſſance divine
ne permettra iamais qu'on oprime...
celuy dont lafoy s'est communiquée ,
& quiafait rendreauvraj Dieuk
culte refusé depuis plus d'un fiecle.
Tout étonné de fon Zele l'Enfer a
grondé quand il aéteint l'Hereſie ,
& tout affligédesapuiſſance l'Ennemy
a resisté àla iustice de ses
ordres ; efforts inutiles des demons
&des hommes . Louis eft armé de ce
glaiveà deux tranchants , dont il
est parlé dans l'Ecriture ; il abat
d'un costél'orgueil des demons ,&
4
GALANT 78
Ciel
de l'autre la temerité des hommes,
& sa puiſſance Sçait foutenir la
iuštice de les droits,commeſapieté
Sçait Souštenir la veritédeſa Reli
gion . C'est un Prince à qui le
à reservé l'accomplisfement de
tant de grandes oeuvres que fes
Predeceſſeurs n'ont ofé entreprendre
; il est né pour la gloire de l'Eglife
& de la France,& s'ilne
commandequ'à cettepartie de l'Europe
qui luy estsoumise ; ce n'est pas
qu'il ne pust commander à tout l'Univers
. S'ilavoit autant d'ambition
qu'il a de puiſſance , ilfiroit un autre
Alexandre par les conquestes ,
mais ſes deſirs font bornez , si son
meritene l'est pas. Content des Peuples
qui luy sontsoumis ilne defire
point de commander au reste des
hommes , pendant que le reste des
hommes pour estre heureux doit defirerde
luy obeir , mais fans penetrer
les secretsde la Providence qui
A4
8 MERCVRE
a donné la sagesse à LOUIS LE
GRAND fans luy aſſujettir tout
l'Univers,nous pouvons dire qu'el
estoit de la gloire du Tres-Haut de
donner au Fils aisné de l'Eglise
cette rare qualitéde pouvoir borner
Sapuiſſance , comme il la pouvoit
étendre , & que pendant qu'ilpeut
tout conquerir, il est plus admirable
de le voirſerenfermer dans les
bornes de fa raison que dans celles
du monde. Combien la modestie , la
douceur&la clemence ont- elles de
part dans tous ſes Exploits , tant
guerriers que pacifiques ! Il épargne
la honte à ses ennemis ,
menage le fang de fes sujets , &
trouve autant de plaisir à vendre
Sa gloire éternelle qu'éclatante.
C'étoit un Prince tel que luy que te
Peuple d'Iſraëlſouhaitoit quand il
crioit avec gemiſſement pour demanderà
Dieu un Roy, mais ilnous
GALANT
4
aeste referué, ceMonarque incom
parable. C'est nous qui connoissons
Ses vertus merveilleuses,& quifom
mes les témoins quesabonté en fait
leplus grand desHommes. Peuples
Etrangers , apprenez que fajustice
en fait le plusgrand des Rois.
Connoiſſez les grandeurs de noftre
Monarque ,foibles Défenseurs d'un
party injuste , &ingez de la iuftice
deſes intentions par celle defes or
dres que vous estes affez heureux
pour recevoir prefentement. Vous
apprenez par l'experience ce que
vous sçavez par la renommée,&
vous dépendezà preſent de ce Roy
quipeut compter danssa vie autant
de prodiges que d'actions , de ceRoy
dont laiuffice est univerſelle conftante
merveilleuse ; univerſelle
parson étenduë ; constante par sa
durées merveilleuse par ses effets.
Quelle étenduë de inflice peut aller
plus loin que celle de LOUIS LE
T
1 A
JO MERCURE
4
GRAND ? Il la rend à Dieu en le
faisant adorerpartousſes Peupleszit
Larend aux hommes par l'integrité
deſes iugemens;ilſe la rend à laymesme,
nefavorisant point ſes interests;
maissi l'étenduë deſa iustice
doit surprendre,ſaconstancene doit
pasmoins étonner. S'il a pu dans
Sa plus grande tranquillité terraſſer
les hidrės infernales du Duel , du
Blaspheme & de l' Herefie , que ne
peut- ilpoint lors qu'ilest chargé de
leursdépoüilles &victorieux de leur
malignité ? L'envie a beaumurmurer,&
tout l'Univers s'armer contre
luy,le Ciel quilefait entreprendre,
le foûtient , comme il eſt iuſte dans
Ses deffeins , il est constant dansses
victoires,& s'ilsçait confondre l'Enferžil
peut punirles hommes ennemi
de l'Etat,qui sçavez iusques où va
laforcedesa bonsé , pourquoy voulez
- vous éprouver iusques où va
la rigueurde fa inſtice ? Ne sçau-
7
GALANT.. 1
riez-vous êtreſages par connoiſſancefans
le devenir par punition, &
la ſageſſe chez vous fera - t - elle
toujours un effet de la peur & jamais
un effet de l'amour ? Songez
que le Cielqui rend le bras de
Louisfifort, acreèſon coeurfi iuste
&fibon , qu'il voudroit qu'il n'y
eust iamais d'offense ,ou bien que
Sa iustice luy permiſt de tout pardonner
; mais cette iustice est trop .
constante pour luy permettre depar
donner ce qui merite d'estre puny..
Elle est iustice en tout temps; comme
elle l'eft fur toutes choses ; fa
perpetuité est unieà son étenduë ,
&fi elle doit étonner , parce qu'
elle est univerfelle & constante
elle doit charmer, parce que les
offers qu'elle produit fout admirables.
Nous voyons ce Prince craint
dans la Paix ,estre chery dans la
Guerre , & devenir en mesmo
A6
12 MERCURE
temps le Protecteur deſes Peuples ,
&le Défenseur de l'Etranger. Nous
levoyonsfouteniravecZele la cauſe
du Tres haut , defendre avec chaleurles
droits des Princesfes Alliez,
convaincre l'Etranger defon ingratitudeparfon
malheur. Nous le
voyons moderé dansſes entrepriſes,
modeste dans fes conquestes , &
digne parSesvertus de poſſeder une
vie qui fust Immortelle aussi- bien
quefa gloire. Toutes ces merveilles
font les effets de cette justice , que
la pofterité admirera , aussi - bun
que nous , de cette iustice que Louis
Le Grandfait voir dansſaperſonne,
&qui le rendun Roy redoutable
à l'infidelité ,& digne de l'encens
des luftes. Les travauxde ce grand
Princefont le bonheur de la terre
&contribuent à lagloire du Ciel;
ilest un Monarque paisible&guerrier
tout ensemble,quiporte aufaGALANT.
13
1
lut en procurant la felicité,&qui
Se peut dire Grand par sa bonté,
puis qu'elle luy donne tant de gloire,
&Grand parSaiuštice qui luy procure
tant de victoires , & qui nous
obligent àconfefferfans cesse qu'entre
tous les Mortels iln'en est point
de plus Grand , que l'incompara.
ble LOVIS.
Aprés vous avoir fait part
d'an éloge du Roy en Profe ,
je vous envoye un Ouvrage
en Vers , où vous trouverez
les louanges de ce Prince ingenieuſementmeflées
avec cel.
les de Monſeigneur le Dauphin.
14 MERCURE
PHILISBOVRG
Pris par Monseigneur leDauphin,
en vingtjours deTranchées
ouvertes , le premier
Novembre 1688 .
APaix faisoitfentirſes dou-
LAPaix
S
fes charmes ;
Loindu tumulte & des alarmes
Nous cultivions tous les beaux .
arts,
Et nostre Muse , qui deMars
Ne craignoit plusla violence
Nes'occupoit enfon loiſir
Que de LOVIS , & du plaisir
Que répand en tous lieux ſon au
gustepresence.
Luy-mesmejouiſſoitde cet heureux
repos
GALANT. 15
Qu'aux deſpens de fa propre
gloire
Avoient produit partout ſes ſoins
& Ses Travanx ;
Luy-mefmequi pouvoitgroſſir encor
l'Histoire .
Deſes Heroïques Exploits ,
Et porter bien plus loin ses armes
&fes loix ;
Luy mesme,dis- je, enfin qui voyoit
la Victoire
Toûjours attachéeàsespas ,
Moderoit fon ardeur&retenoitfon
bras.
Content , Ialoux defon Ouvrage
Cegrand Roy, ce Heros qui desfes
jeunes ans
Avoit jusques icy fait voir tant de
courage,
Nesedémentoit point , &propre à
tous les temps ,
Se montroit dansſon Louvre aussi
prudent&Jage
16 MERCURE
Qui intrepide &plein de valear
Quandde l'Europe entiere il dom--
ploit lafureur...
Ton repos n'estoit point unrepos de
paresse ,
Qu'unehumeur oiſive autrefois
Faisoit,&faitencor chercheratant.
de Rois ;
La nonchalance&lamoleffe
Virent leurs doux plaisirs , & leur
attraitflatteur
Faire de vains efforts pourSeduire
Son coeur ,
Et pendant cettepaixfanoble vigitance
Reformoit les Abus , & banniſſoit
l'Erreur ,
Qui depuis plus d'un ficcle empot
Sonnoit la France...
Son active tranquillité
Contre luy fait enfin agir le mesme
GALANT.
17
Qu'il vit naiſtre autrefois de fa
prosperité; (raze
De ses vieux ennemis elle excite la
Et quelque utile qu'à l'un d'eux
Ait estéce repos qui leur bleſſe les
yeux ,
Loin de continuer d'entirer avantage
,
Il aime mieux du Tuys exposer au
ravage
Ses nouveaux &foibles Sujets,
Que ne pas troubler cette paix
Dont LOVISasceu faire unfipieux
ufage.
Mais ceHeros de ce jaloux
Deconcerte, provient les coups
Et , pour les faire enfin retomberfur
luymesme, :
Fait marcher sur les bords du
Rhin ,
L'Heritier de fon Diademe.
Pouvoit - il mieux choisir ? En
vain
18 MERCURE
La nature &la politique
Vouloient , loindes dangers , qu'il
tinfſt ce fils Unique ;
Vojant éclater dans sesyeux
Gebeau , ce noble feu , cette ardeur
heroïque
Qu'ilsentit des l'Enfance , & qui
defes Ayeux
Coule encor dansſes propres vei
nes ,
Ilcrut ne riſquer rien ; & que tous
Ses combats
1
Cuoiont EM
Seemani fursespas
Autant de Victoires certaines .
泰
Lefoinqu'àleformerLOVIS luymesme
prit
Luy répondoit de ce préſage ,
Et , quoy que Philisbourgfuft fon
apprentissage,
Ilne s'estpoint trompédans le choix
qu'il enfit.
Quelqueforte quefust la Place,
GALANT. 19
Ce digne Fils,qui dans la Chaße
Tant de foisde la Guerre avoit fait
des eſſais,
En ordonne l'attaque,&malgréses
Marais
Dont pendant plus d'un an elle crut
Se défendre ,
Laforce en vingt joursdeferendre.
La terreur qu'en tous lieux répand
Sonjeune bras ,
Caufe
Ennemic
priſe ,
rella Com
41414
Que tremblant par avance,Heidelberg
neveut pas
Voir,àſa propregloire , enfanglantersa
priſe
11 ferendde luy- mefme, &Manheim
tientsipeu ,
Que parfafoible resistance,
Ondiroit quepourluy la Guerren'est
qu'un jer ,
20 MERCURE
Et qu'au bruit de fon nom chacun
foitfans deffense.
A ce début , grandRoy , tu reconnois
ton sang,
Et tu vois à l'air qu'il s'y prend
Qu'à vaincre instruit sur ton
-modelle
CeFils fuit àgrands pas la gloire
qui l'appelle.
Sans chercher des perilsſi loin
Ilpouvoit , content de la tienne,
Remettrefur un autre unft penible
Soin;
Etfurles Rivesde la Seine
Tranquille&fans travail jouir de
travaux; t
Mais fuyant ce honteux repos ,
Il'en veut une qui ſoitfienne ,
Ettel que cet ambitieux
Qui pleuroit en fecret des exploits
de fon Pere ,
Ilcroyoit que LOVIS plus grandque
tous lesdeux
4
GALANT. 21
Ne luy Laifferoit rien àfaire.
表
Ah ! s'il commence ainsi ,grand
Roy,
Etfifon ardeurheroïque
Met ainſi toûjours en pratique
Les leçons qu'ilrecent de toy ,
Quelsmiracles un jour n'en dois - th
pas attendre!
Ces redoutables Ennemis
Qui,fiers d'avoir reduit en cendre
Bude , Belgrade , Effech , vouloient
flêtrir nos Lys,
Bien- soft n'oferont plus l'attendre,
Ils le prendront pour le Dieu
Mars,
Ils fuiront, & malgré leurs orgueilleaxramparts,
Ton Fils ira plus viſte ,& plus loin
qu'Alexandre.
Puiſſe dans ton pieux plaisir
22 MERCURE
Le Cielte donner ce plaisir
Erjusqu'au fiecle entier porter ta
bellevie!
Tes Lauriers t'avoient déja mis
Au deſſus des coups de l'envie ;
Ilne te reſtoit plus qu'àvoir cedigne
Fils
Par ceux qu'il te moiſſonne en
Gore ,
Forcertonpeuple qui t'adore
A redoubler pour toy ses vaux &
Ses fouhaits.
Parla ſi lareconnoiſſance
Qu'impriment dans nos coeurs les
biens que tu nousfais,
Peut te plaire , toute la France
Est preste àſigner de fonfang
Qu'elle doit à LOUIS LE
GRAND
Son bonheur ,fon repos , &fa ma
gnificence.
Le 25. du mois paffe , le
GALANT.
23
Pere de Juilly leſuite, Regent
de Rhetorique dans le College
d'Arras , y prononça une
Harangue Latine à la loüange
du Roy , qu'il diviſa en
deux parties . Il montra dans la
premiere que la moderation
de Sa Majesté luy avoit fait
differer longtemps à reprendre
les armes , mais qu'enfin
fa prudence les luy avoit remiſes
en main , pour prevenir
par la prise de Philifbourg
le deſſein de ſes Ennemis
. Il fit voir dans la feconde
, que la ſageſſe de ce grand
Monarque paroiffoit encore
dans le choix qu'il avoit fait
de Monſeigneur le Dauphin
pour luy confier la conduite
de cette entrepriſe , voulant
parlà faire connoiſtre à toute
la terre , ce que valoit un
24
MERCVRE
Fils dont il connoiſſoit déja
tout le merite. La Piece finit
par un Eloge à Monseigneur
le Dauphin , & fut receuë
avec l'applaudifſſement general
d'une Afſſemblée fort
nombreuſe.
Le 17. du meſme mois , la
Ville deGrenoble , Capitale
du Dauphiné , s'intereſſant
particulierement à la gloire
de Monseigneur le Dauphin ,
dont cette Province a l'honneur
de porter le nom , ſe mit
ſous les armes pour marquer
la joye que luy donnoît la
reduction de philisbourg. Mr
le Marquis de Saint André-
Virieu ; premier Preſident ,
&Commandant dans le Dauphiné
en l'abſence , de Mrs
les Gouverneur & Lieutenant
160
General , toujours zelé zele pour
tout
-
GALAN T.
25
tout ce qui regarde le Roy ,
fit le jour précedent la harangue
ordinaire à l'ouverture
du Parlement. Il repreſentad'abord
les qualitez neceſſaires
aux Magiſtrats pour.
bien adminiſtrer la Iuftice ,
& s'étendit enſuite ſur les
loüanges de Sa Majesté & de
Monſeigneur , en faiſant voir
quelajuſtice , la moderation,
la ſageſſe & la prudence de
noſtre Auguſte Monarque
devoient eſtre leur modelle.
Il finit par tous les ſujets
d'admiration que Monfeigneur
le Dauphin a donnez
pendant le Siege ; & n'oublia
aucune de ces manieres pleines
de grandeur & toutes
charmantes , qui luy ont acquis
l'eſtime & l'amour de
toutes les Troupes. Mr le
Decembre 1688 . B
26 MERCURE
Marquis de Saint André traita
ce jour là le Parlement
avec ſa magnificence ordi.
naire , & donna ſes ordres à
l'Hoſtel de Ville & à la Milice
pour les réjoüiſſances
que l'on remettoit au lendemain.
Les Tambours s'eſtant
aſſemblez dés ſept heures du
matin , battirent la Generale
dans tous les quartiers. Les
Bontiques furent fermées , &
àmidy les onze Compagnies
ayant Mr Reynaud qui faifoit
la fonction de Colonel
à leur teſtes avec les autres
Capitaines , ſe rendirent à la
Place du Breüil , où elles farent
rangées par Mr de la
Frecy , Major. De là elles allerent
occuper les rues qui
ſont depuis le palais juſques
GALANT.
27
,
à l'Eglife Cathedrale , où elles
firent deux hayes , au milieu
deſquelles paſſerent les Corps
qui aſſiſterent au Te Deum.
Mrs de l'Hoſtel de Ville en
Robes Confulaires furent les
premiers à s'y trouver , avec
leurs Valets de Ville & Pertuiſaniers
& des Violons ,
& des Hautbois. Un peu
après le Parlement arriva
en robes rouges , ainſi que
Mrs de la Chambredes Comptes
avec leurs robes de velours
noir. Chaque Corps
eſtoit devancé de ſes Huif-
Gers & Secretaires . La Compagniedes
Archers de la Mareſchauffée
ſe trouva auſſi à
cette ceremonie. Mr le premier
Preſident de S André
eſtoit à la teſte du Parlement
, & Mr Bouchu , Inten-
B 2
28 MERC VRE
le
dant de la Province , auſſi en
robe rouge , marchoit à fon
rang , M. le Comte de Ferrieres
, Preſident aux Comptes
eſtoit à la teſte de ce Corps
qui ſuivoit immediatement
Parlement. Si toſt qu'ils fu .
rent placez , Mr le Cardinal le
Camus Eveſque de Grenoble,
avec ſa Crofſe , ſon Maſſier ,
& pluſieurs Chanoines qui
eſtoient allez le prendre ,vint
occuper ſa place , ordinaire
fous ſon Dais , d'où il entonna
le Te Deum. Lors qu'il
fut fini , & qu'on eut fait les
prieres accouſtumées pour le
Roy , les Compagnies de la
Milice ſe camperent à la Place
de S. André où eſtoit un
bucher , conſtruit des plus
hauts Pins que l'on avoit pû
trouver dans les Montagnes
GALANT. 29
voiſines . Les rameaux de ces
Arbres toûjours verds &
d'une hauteur extraordinaire
, faisoient un tres-bel effet.
Ils eſtoient ornez de pluſieurs
figures de Dauphins , le tout
de l'invention de Mr Honnord
,l'un des Confuls de la
Ville. Sur les quatre heures,
Mr le Marquis de S. André ,
en robe rouge& avec le mortier
de Preſident , mit le feu
à ce Bucher. Il y vint ſuivi
de la Maiſon Confulaire ;
avec les Valets de Ville
Pertuiſanniers Violons & ون
Hauthois & devancé des
Officiers de la Milice en cet
ordre . Les Capitaines marchoient
immediatement avant
luy , precedez des onze
Drapeaux & des Tambours,
devant leſquels on voyoit les
Lieutenans . Vingt deux Ser-
B 3
24 MERCURE
gens alloient deux à deux
avec leurs Hallebardes devant
ces derniers , & ceux cy
eſtoient devancez de la Compagnie
des Archers , ayang
Mr Reymond leur Officier à
leur teſte . Tout cela formoit
un cercle qui tournant trois
fois d'un pas grave & majeftueux
autourdu bucher , attiroit
les regards d'un nombre
infini de peuple qui s'eſtoit
placé juſque ſur les toits . La
Moufqueterie fit pluſieurs
falves , & les Violons & les
Hautbois ſe firent long-temps
entendre. Le feu fini , Mr le
Comte de Marcieux , Gouverneur
de Grenoble د
&de
la Vallée voiſine , alla à l'Arſenal
, où il fit tirer les Canons
, les Boëtes & la Moufqueterie
de la Garnison. Le
;
GALANT.
37
foir on vit des Illuminations
à toutes les fenestres de la
Ville , & l'on remarqua entre
autres celles de Mrle Cardinal
le Camus , de Mr le
premier Preſident de Saint
André de l'Hoſtel de Ville ;
deMr le Comte de Vireville,
de Madame la Marquiſe de
la Baume de Madame de
Mistral , de Mr de Bagnol ,
fon Fils , Officier aux Gardes,
de Mr de Serviens , Fils du
défunt Ambaſſadeur à Thurin
, & du Clocher de Saint
André . Celles de Mr de Serviens
eſtoient de bougies en
grand nombre , & avec une
figure faite en ſimmetrie fur
fon portail. Sur les dix heures
il y eut bal à l'Hoſtel de
Ville , avec un concert d'Inſtrumens
, & l'on tira quan
B4
32 MERCVRE
tité de fuſées volantes . La
pluſpart de Mrs du Chapitre
de S. André , fondez par un
des anciens Princes Dauphins,
ſe croyant particulierement
obligez de prendre part à la
joye publique , ſe trouverent
àce concert dans un appartement
particulier.
Le 14. les Confuls d'Avignon
, qui avoient donné
leurs ordres pour une pareille
rejouiffance , firent chanter
le Te Deum , en Muſique
dans l'Eglife de Noſtre Dame
au bruit des boëtes & de la
Mouſqueterie. Une fontaine
de vin coula tout le jour &
un grand Arc de Triomphe
orna la face de l'Hoſtel de
Ville. On alluma le ſoir un
Feudevant le Palais , & toute
la Ville fut illuminée. On vit
A
GALANT. 33
4
un nombre infini de lumieres
à la Maiſon de Ville avec
douze girandoles , chacune
de cent fuſée ſur le haut de
la Tour de l'Horloge. Le lendemain
Mr Crozet Buiſſon ,
Primicier de l'Univerſité dela
meſme Ville , fit rendre de pareilles
actions de graces à Dieu
dans l'Egliſe de S. Didier qui
eneſt la paroiſſe. Il s'y rendit
fur les cing heures du foir , accompagné
des Docteurs &
Regens des trois Facultez de
Theologie , Droit Civil &
Canon , & Medecine &
precedé d'un grand nombre
de Hautbois. Cette Eglife
eſtoit éclairée d'une infinité
de flambeaux , & ornée de
riches Tapiſſeries , & de ce
que Mrs du Chapitre avoient
de plus precieux en argente-
As
34
MERCVRE
rie. Le Te Deum fut chante
par une Muſique compofée
de voix choiſies , & aprés
les Oraiſons accouſtumées
pour la proſperité de Sa Majeſté
, on donna la Benediction
du Saint Sacrement au
bruit de l'Artillerie . De là
Mr le Primicier alla dans le
mefme ordre à la Place de
l'Univerſité où il mit le feu
àun grand bucher qui avoit
eſté dreſſé vis à vis les Ecoles
publiques. Les cris de Vive le
Roy pouſſez de tous coſtez par
lePeuple ,furent meſlez avec
le fon des Hautbois
Tambours & des Trompettes
. Quantité de fuſées volantes
parurent en l'air ,& il
y eutle ſoir une grande illumination
par toute la Ville.
Tout parle des Victoires
>
des
GALANT.
35
de Monseigneur , & on luy
donne des loüanges juſque
dans la Chaire . Le Pere Caffe,
Religieux de l'Obſervance
de faint François , de la Province
d'Aquitaine l'ancienne,
homme d'un merite diſtingué
, prefchant au Convent
des Cordeliers de Paris le
jour de ſainte Elifabeth, aprés
s'eſtre étendu ſur la picté de
cette Sainte , dit que par les
Alliances que ſon Sang avoit
avec les Maiſons Imperiales,
d'Orient & d'Occident , nous
luy devions deux Auguſtes
Reynes , Anne d'Auſtriche
qui nous a donné le plus
grand Roy de la terre , &
Marie Thereſe , dont la miemoire
fera dans une éternelle
benediction . Elle nousa , dit il,
laiſſé un Heros , qui dans les pre-
B. 6
39 MERCURE
1
miers effſais de sa valeur a pris
les Villes les plus fortes en un
temps où elles paroiſſoient le plus
imprenables qui a chaſsé nos plus
redoutables ennemis des lieux
où ils estoient le mieux retranchez
, & qui jette tous les jours
àpleines mains parlarapidité de
Jes conquestes , des Palmes & des
Lauriers fur la Couronne toujours
triomphante de Louisle Grand.
Je vous parlay il y a quelque
temps de la diſtribution
des prix d'Eloquence & de
Poësie que Mr l'Archeveſque
de Lion , Protecteur de l'Academie
de Villefranche en
Beaujollois , & ceux qui compoſent
cette Academie firent
le jour de S. Louis dernier à
Mr Magnin , Ancien Conſeiller
au Prefidial de Macon,
& à Mr Livonier Pocquet ,
GALANT.
37
Conſeiller au Prefidial d'Angers
. Ces pris font une Medaille
d'or à Chacun. Elle repreſente
d'un coſté le Buste du
Roy , & autour Ludovicus magnus,&
au reversil y a une roſe
de diamans avec ces mots , mutuo
clarefcimus igne , qui eſt la
deviſe de l'Academie .
Mr de la Barmondiere de
Saintfons , recommandable
par ſa vertu & par fa pieté ,
qui estoit frere de Mr de la
Barmondiere Curé de S. Sulpice
à Paris , ayant laiſſe par
ſa mort une place vacante en
cette Academie , Mr Chaffebras
de Cramailles , dont
vous avez veu pluſieurs Ouvrages
;a eſté éleu en ſa place
au retour de ſon voyage d'Italie.
Voicy le compliment
2
☑
38 MERCVRE
qu'il fit à ces Illuſtres Academiciens
.
MESSIEURS ,
Quand ie confidere le rang où
Vousvenez de m'élever , &laplace
avantageuse que ie tiens de vostre
generosité , je suis étonné de
la bardieſſe que j'ayeuë d'accepter
ces marques de bien veillance dont
vous m'honnorez . Vous n'avez confulté
que vostre inclination bienfaisante
quand vous m'avez admis
dans vostre illustre Compagnie
mais cela ne m'empeſche pas de voir
tout l'éclat qui l'environne , &
connoiffant ma foibleſse iay funct
d'apprehender d'estre ébloüy de vos
lumierespour avoir voulu men approcher
de trop prés
Je vous aryoue , Messieurs qu'a
yant tou ours eu une aff ction particuliere
pour les bellesLettres
1
39%
GALANT
:
r
vous ay regardez comme desmodelles
parfaits que ie devois ſuivre ,&
i'ay connu qu'ilfalloit venir en ce
lieu pour apprendrelaverta& l'és
loquence , & que vostre celebre
Academie estoit la source où l'on
pouvoit puiſerſcurement cequ'ily
a de plus par &de plus poly dans
noftre Langue. Ie sçavois bien que
vous rendiez iustice au merite ,
cependant ie n'ofois me promettre
que vous deuſſiezcouronner figenes .
renfement mes defirs & mes intentions.
En effet , ne font -ce pas là
des marques d'une bonté toure par....
ticuliere ? Vous me recevez au
nombre de vos Illuftres Confreres
dans le temps que ie m'adreſſe à
vous comme à mes Maistrés . Vous
mefastes iouir des fruits & desa
vantages de la Victoire avant que
d'avoir combartu , & vous me placez
dans le Temple de la Gloire
40
MERCURE
quandjen'ofois presque en aborder
Qùy , Meſſieurs , vostre Accademie
Se peut appeller le Temple de la
Gloire , de quelque costé qu'on la
confidere , l'onn'y voit rien que de
merveilleux . Son institution est
des plus nobles ; elle est établie nom
Sculement pour la pureté de la Lanque
& pour celle des moeurs , mais
encore pour éternifer les actions =
glorieuses du plus grandMonarque
de l'Univers . Vous , Meſſieurs , qui
formez cette Compagnie , vous en
foutenez admirablement l'éclat
l'on vous a choisis parmy les plus
beaux esprits du fiecle ,& voſtre
digne Protecteur acheve de luy
donner le brillant ; ilattire le ref
pect& l'admiration de tout lemonde.
Auffi, Messieurs , falloit- il des
Suiets de vostre merite pour la rendre
fifameuse. Le Public regarde
GALANT.
4
wos belles productions comme autant
de trefors dont vous avezfait
une nouvelle découverte. Vos Poësies.
ont cet avantage qu'elles plaisent
& qu'elles inſtruiſent , ony remarque
un feu divin qui penetre iufqu'aufondde
l'ame. On trouve dans
vos manieres d'écrire la iuſteſſe des
Sentimens , des expreffions claires
& brillantes ; un ſtile noble &relevè
, & generalement tout ce qui
donne de la grace& de la beauté
aux Ouvrages ; mais ce que l'on ad .
mire encore plus , c'eſt l'adreſſe que
vous avez de donner un tour ga-
Lant auxsujets les plus ferieux.
Ie me trouve agreablement engagéà
parler icy de vostre illuſtre
Protecteur qui foûtient fi di .
gnement la grandeur de fon cara-
Etere. Son sçavoir , ſa prudence
& sa conduite l'ont rendu digne
des grands emplois dont Sa Maiste
42
MERCURE
)
la honoré , quand il n'auroit pas
toutes lesqualitez quifont un grand
Prelat , fon nom seulferoitson éloge.
Il est d'une Maison qui à fourny
à l'Etat pluſieurs fuiets de remarque
, qui ont estétoûjoursfidellesa
leurs Princes , & qui ont donné des
preuves de leur courage dans toutes
les occaſions. François I. & less
autres Rois ſes Suceffeurs ont reconnuences
grands hommes un esprit
fi desintereſſsé & un attachement
fifort au fervice de la Couronne ,
qu'ils leur ont confiéles affaires dis
Royaume les plas importantes ,&
les ont honorez des principales
Charges & des plus hautes Dignitez
..
Il eſtoit à propos que des Genies
auſſi rares que les vostres, Meſſieurs,
fußent unis à un Protecteurfi accomply
pour inſtruire la renommée
des Exploits glorieux de Loüis le
GALANT.
43
Grand. Comme tout ce qu'il fait
est au deſſus du merite des Heros
que l'Histoire nous vante , il falloit
auſſfides personnes au deffus du commun
pou transmettreà la posterité
par leursécrits lesfaitsſurprenans
de cegrand Prince. Toutefavie est
un tissu de merveilles qui confond
Ses Ennemis ,&qui les met dans la
derniere ſurpriſe . Ils s'étonnent de
le voir marcher tranquillement
dans des endroits perilleux malgré
larigueur des ſaiſons les plusfacheafes
; ils ne peuvent comprendre
que les Nations les plus éloignées ,
traverſent les mers pour venir ren
dre les hommages &lesfoumiſſions
denësàfagrandeursuprême,& à
SonAugusteMaiesté , Gils voyent
avec envie que tous les Souverains
unis ensemble ont esté obligez de
Luy ceder , & de le reconnoistre
pour l'arbitre de la Paix &de la
Guerre.
44 MERCUR E
Ils nedoivent point eſtre ſurpris
de ces prodiges ,faprudence & Sa
justice attirent la benediction du
Cielfur fon Royaume&SurSa Per-
SonneSacrée. Ses Sujets le cheriffent
&le reverent , parce qu'il agagné
leur coeur , & qu'il necherche qu'à
procurer leur felicité. Les gens de
Lettres & les Sçavans abandonnent
Leur Patrie pour le venir chercher ,
parce qu'il estle Protecteur des
Sciences & des Arts. Les Catholi
ques le reconnoiffent pour le Défenfeur
de la Religion , parce qu'il a
terrassé l'Herefie.
Je ne puis finir ce diſcours,Meffieurs,
fansregreterlaperte de cet
Academicienſizelédont i'ay l'hon.
neur d'occuper la place. Ilestoit confiderable
par son érudition autant
que parfaſageſſe & par sa pieté,
quifontdes vertus hereditairesdans
Sa Famille. Son affabilité & sa
GALANT. 45
probité le faisoient rechercher de
toutes les personnes de merite , &
l'on peut dire fans le flater qu'il
vivoit dans le monde selon l'Esprit
deDieu.
Apresent, Messieurs , comment
vous témoigner ma reconnoissance
pour tant de graces que vous m'avez
faites ? je n'ay pas de termes
affez forts ny proportionnez à la
grandeur du bienfait que j'ay receu
de vous ,mais j'espere que vous recevrez
en recompenseun coeurentierement
soumis , &que vous imiterez
la conduite de ce Roy de Perfe
qui diſoit qu'il n'estoit pas moins
genereux aux ames bien nées de
recevoir de petits presens que d'en
faire degrands.
Monfieur de la Roche Pon
cić, Directeur de l'Academie
46 MERCURE
a fait la réponſe ſuivante à ce
compliment...
MONSIEUR ,
La qualité de Directeur que le
fortm'afait avoir depuis peu dans
noftre Academic , mesle avec le
plaisir & l'honneur qu'elle me pro.
cure beaucoup de défiance&d'apprehension
. En effet , commedés les
premierspas de mon employeje me
trouve obligé de répondreà vostre
Discours ,ie mesens fi foible pour
lefaire dignement , que i'ay tour
fuies d'en craindre lefuccès. Vostre
Piece est si belle&fi forte , que
i'auraypaine à rencontrer des ornemens&
des pensées qui luy foient
proportionnées, &lepeude lumieres
que i'ay vafans doute ceffer par
l'éclatſurprenant des vostres.
Quand nostre Compagnie , Monficur,
avoulu vous donnerdes Let
GALAN T.
47
tres, ellen'apas couronnéseulement
des deſirs & des intentions, comme
vous dites , mais en vous rendant
justice elle a couronné le vray
merite qui éclate depuis fi longtemps
dans vostre ancienneMaison.
&elle ne vousfait iouir des fruits
dela victoire,pour mefervirdu nom
quevous donnezàsespresens , qu'aprésdes
longs travaux, elle ne vous
place dans le Templede la Gloire ,
qu'après que voſtre vertu s'en est
faitl'ouverture.
Il eſturay que nostre Institution
n'est pas des moins nobles , puis que
noftre Academie est établienonſeulement
pour lapureté de la Langue,
&pour celles des moeurs , mais encorepourfacrifierſes
veilles & ses
plus grandes ocupations àimmortalifer
lagloire du plus grand Royde
laterre, &nous reconnoifſſons qu'une
fi haute entrepriſe ſeroit d'un
48 MERCVRE
the
pords ſous lequelnousſuccomberions,
si nous n'eſtions foutenus par la
force de nostre incomparable Protecteur
, dont le'genie fi rare &
ſi relevé peut par un seul de fes
rayons communiquer les qualitez
neceffaires àla Compagnie dont il
estle Chef, pour la conduite &
l'execution d'un si beau deffein.
En effet ,sa penetration accompagné
de tant de vertus morales,
politiques & Chrestiennes ,
&soutenuë , d'une si longue experience
, l'ont rendu digne des
plus grands Emplois de l'Etat
&de la Religion. Son illustre
Maiſon toniours fidelle à nos
Princes , en a affermy la tranquilitè&
le retabliſſement dans le
fiecle où les revolutions fembloient
tout renverfer.
Nous avions beſoin de cet appuy
pour ofer entreprendre de publier les
exploits
GALANT.
49
exploits glorieux du Heros qui efface
toute la gloire de ceux que l'Histoire
afi fort élevez, du Heros qui
n'a point d'égalparmy les hommes
vivans , du Heros enfin à qui les
plusgrands Princes de la terre envoyent
faire des hommages , &
que les Nations des climats les
plus reculez viennent voir par ada
miration ; mais nous avions beſoin
d'un Academicien , comme vous ,
Monfieur , qui parses curieuses &
Scavantes Relations nousfait voir
les divers Fays & les differens
Peuples fur lesquels ont Regné les
Cefars & les Alexandres , pour
découvrir en mesme temps leur
abaiſſement , par une reflexion
avantageuse fur l'élevation de
Loüis le Grand , & pour faire
connoistreparla difference de leur i
domination & de celle de nostre
Prince, l'avantage que nous avons
Decembre 1688 . C
4
50
MERCURE
furles Nations ausquelles les Heros
del'Antiquité ont commandé.
C'estpar ce genrefingulier d'écri
re qu'une Plume comme la vostre
fera voir le nom de nostre Compagniepartoute
l'Europe, Cefont les
avantages que nous commençons à
tirer de voſtre talent,parla com.
munication de vos lumieres ,fuivant
lesens de nostre Devise , &
c'est une grande confolation pour
elle,que laplace de Mr de la Barmondiere
Saint Fonds, homme de
naiſſance ; d'une folide Science ,&
d'unepietéexemplaire, foitremplie
par ane personne qui luy fuccede
avec tant de belles qualitez , que
nous n'avons qu'à faire des voeux
pour vous poffeder plus longtemps .
pourleſoutien de nostre Societé,&
pour lagloire des Lettres.
Le 11. de ce mois le Te
GALANT .
55
د
Deum fut chanté pour la reduction
de Philisbourg dans
l'Egliſe Cathedrale de Vannes
en Bretagne. Le Parle.
ment y aſſiſta avec le Prefidial
, le Corps de Ville &
toutes les Communautez . On
avoit élevé un grand bucher,
où Mr le Marquis de Coetlogon
, Lieutenant de Roy des
Eveſchez de Rennes , Vannes
, S. Malo , Dol , & Gouverneur
de Rennes , Mr Dou
del Seneſchal & Preſident du
Prefidial , & Mr de la Coudraye
Ragot Sindic de la
Ville , mirent le feu en preſence
d'un nombre infini de
perſonnes que cette Feſte
avoit attirées des environs .
Elle fut accompagnée de feux
d'artifice , & de quantité de
coups de canon. Les belles &
د
C2
52
MERCVRE
magnifiques fontaines qu'on
a faites depuis peu à Vannes,
& dont les ſources en ſont
éloignées de plus de deux
lieuës , furent converties en
vin pendant vingt -
heures.
quatre
La meſme Ceremonie ſe fit
le 14. à Nogent- le-Roy. La
plus grande partie des Bourgeois
ſe mit ſous les armes,
& aprés qu'on eut chanté le
Te Deum , dans l'Eglife , les
Preſtres reveſtus de chapes &
precedez par la Croix allerent
mettre le feu à une haute Pyramide
qui avoit eſte élevée
dans le Carrefour. Toute la
Ville fut illuminée preſque
en un moment !, & pendant
que le feu de joye bruloit
on chanta l'Exaudiat pour la
conſervation du Roy & de
,
GALANT.
53
toute la Maiſon Royale , au
bruit des canons du Chaſteau ,
& de la décharge de la moufqueterie
, qui ne ceſſa point
tant que l'action dura .
Le Jeudy 18. Mr Thouret ,
Procureur du Roy à Clermont
en Beauvoiſis , & Subdelegué
de Mr l'Intendant
de Soiffons , fit faire des réjouiſſances
publiques. Tous
les bourgeois ſe mirent ſous
les armes , & firent une décharge
genérale de la Moufqueterie
pendant le Te Deum
qui fut chanté dans la principale
Eglife , où le Bailliage ;
l'Election , & les autres Corps
affifterent , On fit enſuite un
Feu de joye dans la grande
Place de Clermont
parler des Illuminations
fans
&
des autres feux que firent les
C3
54
MER CVRE
particuliers . La Feſte ſe termina
par des Feſtins publics
& par des Bals , où Madame
Thourer د Femme de
Mr le Procureur du Roy
parut beaucoup par ſon agrément
& par ſes manieres honneftes
.
Le 18. il y eut des rejouiffances
extraordinaires à Dijon
pour cette meſme conqueſte
. Au milieu d'un grand
Theatre percé de huit Arcades
,& enrichy de tous les
ornemens de l'Architecture,
s'élevoit fur une grande baſe
un piedeſtal octogone
lequel eſtoit poſée la figure
Equestre de Monſeigneur le
Dauphin , couronné de Lauriers
,& conduit par la Victoire
. Ce piedeſtal eſtoit accom-
.pagné de quatre grandes Figu--
د
fur
GALANT .
55
res. La premiere eſtoit d'une
femme tenant des couronnes
& des palmes , pour reprefenter
l'amour de la Gloire. La
ſeconde estoit encore d'une
Femme tenant de ſa main un
Epervier , qui eſt celuyde tous
les Oifcaux qui vole avec le
plus de viteſſe , comme leDauphin
qui eſtoit à ſes coſtez nage
avec le plus de force. Elle
avoit un foudre dans l'autre
main , & comme l'éclair qui
fort de la foudre part avec une
promptitude ſans égale , tout
cela ſignifioit l'ardeur
preffée avec laquelle le Heros
qui eſt animé par la gloire
court au champ d'honneur.La
troifiéme Figure repreſentoit
la Valeur tenant une Maffuë
qui eſt le Symbole de la force
du courage , & la quaem-
C4
56 MERCURE
trième la Liberalité , qui eſt
une vertu par laquelle le Heros
excite les Soldats au combat
, & les recompenſe lors
qu'ils ont vaincu. Elle eſtoit
figurée par une Femme tenant
une corne d'abondance & un
compas. Quatre Piédeſtaux
ornez de toutes parts & portent
des Trophées d'Armes ,
eſtoient aux quatre angles du
Theatre . Sur la premiere face
de Piédeſtal octogone
lifoit ce Vers .
, on
Hoc Surgente , ferox toto Germania
Rhono.
Intremuit.
Sur la Seconde.
Patrem fequitur jam pasfibus
aquis.
Sur la Troiſiéme. :
Vincendi hac funt praludia
mundi.
GALANT.
57
Sur la Quatrième.
Ad Rhenum Victor celebrat natale
triumphis.
Ce dernier Vers marquoit
le triomphe de Monſeigneur
dans philisbourg à pareil jour
que celuy de ſa naiſſance. Sur
les quatre faces de la baſe de
ce Piédeſtal ſe liſoient les
vers ſuivans par rapport aux
quatre Figures ...
Sur la premiere
Admirez , admirez ce triomphe
nouveau.
Quel obies à vos yeux parutiamais
plus beau
Que ce jeune Heros conduit par
laVictoire ?
Que par tout son grand nom retentiſſe
ence iour
Et que pour luy nos coeurs seni
tent autant d'amour ,
Que le fien en fent pour lo
Gloire.
C
58 MERCVRE
Sur la ſeconde .
L'oiseau perce les airs , le Poif-
Sonfend les flots ,
L'Eclair part de la nuë avec
,
dans
moins de viteſſe ,
Que ce Prince qui court
l'ardeur qui lepreſſe ,
Au comble de la gloire ou ten .
dent les Heros.
Sur la troifiéme .
Quel éclat ne fait pas l'eſſay de
Sa valeur
Si tost qu'au champ de Mars il
brillefous les armes ?
Le Germain qu'il combat ,cede à.
fon bras vainqueur
Par tout il jette la terreur.
Et l'infolent Batave en est dans
Lesalarmes
Sur la quatrième.
Ce n'est pas seulement par sa
bonté Royale ,
Par les biens qu'il répand d'une
main liberale ,
GALANT.
19
Qu'on voit de ſes Soldats le
courage excité,
Partageant avec eux le danger
&lapeine,
Son exemple feul les entraine
Plus quefa liberalité.
Proche le bord du Theatre
il y avoit quatre Emblemes
Le premier eſtoit un Soleil
hors de l'horifon , & s'élevants
avec ces paroles.Non omnis ad
bucſeſe explicat ardor .
Leſecond , un Marais remply
de joncs , dont la Deviſe
eſtde pouvoir eſtre pliez , mais
non pas rompus , Flectimur , nee
frangimur. Vn Dauphin à travers
qui les abaiſſoit , & les
rompoit , & ces mots pourame,
Flectet& franget.
L'Aigle Imperiale faiſoit le
troifieme . Elle avoit une de fes
teſtes & une de ſes ailes abaif-
C6
60 MERCURE
ſées du coſtéd'un Dauphin qui
la regardoit , & l'autre teſte
droite , comme l'autre aile
éployée du coſté d'un Croiſſant
à Demy renverſé , ſignifiantl'Empire
entre la France
&la Porte vaincu par la premiere
, & vainqueur de la ſeconde.
Ces paroles luy fervoientd'ame.
Vincit & vincitur .
Le Roy des Abeilles condui .
fant un Efraim , & repreſentant
Monſeigneur à la teſte des
Troupes faiſoit le dernier Emblême
, & avoit ces mots pour
ame. Exemplo stimulat .
Quatre Tableaux eſtoient
attachez ſur les pilaſtres qui
faifoient le milieu du Theatre
, & feparoient les arcades .
Dans le premier on lifoit ces
Vers.
:
GALAN Τ. 61
Ne nous étonnons pas qu'une
prompre victoire.
Soumette à ce Heros Philisbourg
aviourd'huy .
Pour d'autres ce seroit le com.
ble de la gloire ( luy
Et ce n'est qu'un essay pour
Il faut à sa valeur des matieres
plus amples ,
Animé du beau Sang du plus :
parfait des Rois ,
Orné de ses vertus , instruit par
Ses exemples,
Tout l'Univers armé flechi
: roitſousſes loix.
Ceux- cy lifoient dans le
ſecond au ſujet de l'Aigle
de l'Empire .
Entre l'Othoman & la France
Je connois bien que mon destin
Est d'estre Vainqueur à Bifance
,
Et vaincu sur les bords dis .
Rhin.
62 MERCURE
Dans la troiſiéme ..
Le jour qu'à ce Heros Philif
bourg fut foumis ,
Fut le jour glorieux qui mar...
qua Sa naiſſance ,
Iour heureux à la France
Etfatalàſes Ennemis ..
Dans le quatriéme .
Ciel , de nostre Monarque augmente
les beaux iours ,
Nostre bonheur dépend d'en voir
croiftre le cours.
Que chargé de Lauriers , & tout
couvert de gloire
Il goute les doux fruits de ses
faits éclatans ,
Tandis que l'on verra fon Dauphin
tous les ans
Couronné comme luy des mains
de la Victoire.
Le Feu qui avoit eſté dreſſé
fur ce Theatre , fut tiré aprés
qu'on eut chanté le Te Deum..
GALANT.
63
,
dans l'Egliſe de la Sainte Chapelle
avec beaucoup de ceremonie
, à la quelle la Simphonie
& la Muſique donnerent
un grand éclat . Les Bourgeois
ſe mirent ſous les armes par
ordre de Mr Ioly ancien
Maiſtre des Comptes , & Vicomte
Majeur de la Ville.
Dans les quatre Magiftratures
que fon merite luy a procurées
, il a eu l'honneur de
preſider ſouvent à de pareilles
réjouiſſances ,& d'y marquer
ſon zele , qui n'eſt pas
moins grand pour le ſervice
du Roy que pour le bien du
Peuple. Ilmit le feu au Theatre
,eſtant à la teſte des Magiſtrats
, qui tous en general
& en particulier د ont ſceu
parfaitement foutenir en cette
occafion comme ils ont
3
64 MERCURE
fait en toutes les autres. , ce
caractere d'amour , de tendreſſe
& de veneration pour
la perſonne ſacrée, de Sa
Majesté , par lequel, ainſi que
par une fidelité inviolable la
Ville de Dijon a toujours
cherché à ſe diftinguer. La
ceremonie du Feu fut accompagnée
du bruit des Tambours
, & du ſon des Trompettes
,& ſuivie d'Illumination
, & de décharges frequentes
de la Milice,& d'une
infinité d'autres marques
d'allegreſſe . Jay oublié de
vous dire que le deſſein de ce
Feu , les Emblêmes & les Vers
eſtoient de Mr Moreau Avocat
General de la Chambre
des Compres de Dijon .
Le détail de cette Feſte ne
peut eſtre mieux ſuivy que
1
GALANT .. 65
1
de l'Ode que je vous envoye..
Elle eſt de Mr de Haumont ,
de l'Academic de Villefranche.
t
ODE
A MONSEIGNEVR
Sur la Priſe de Philisbourg.
Deja les Filles de Mémoire,
Se laſſant d'un trop long repos
Se plaignoient à tous les Heros
Qu'ils ne couroient plus àla Gloire..
LOVIS defes vaillantes mains
Avoit defarmé les Humains ,
Et donné la paixà laTerres
On ne cuëillois plus de Lauriers
Et les Peuples loin de la Guerre
Repofoient fous les Oliviers...
66 MERCURE
D'une flame pure & feconde
Le Soleil brilloit aux Mortels ,..
L'encens fumois fur les Autels ,
Etfaisoit le bonheur du Monde...
Tout estoit calme en l'Univers ,
La Diſcorde estoit dans les fers ,
Et gemiffort parmy la poudre
Seulement les bords Africains
Fumoientencore de la Foudre
Dont LOVIS punit les Mutins..
22
Tout d'un coup la France étonnée
Devoir troublez tous les Etats ,
Connoist les fecrets attentats
Dela Diſcorde déchaisnée.
Est ce peu ( dit- elle ) à mes yeux
Peuplesforbles &factieux ,
D'avoir ofé lever la teste?
Et ne craignezvous plus les coups
Que le Roy des Lys vous appreſte
Si vous r'allumezson couroux ?
Malgrécette voix menaçante
Lafureurſaiſit tous les Coeurs,
GALANT .
67
1
Lesvaincus contre les Vainqueurs
Forment une ligue impuiſſante.
LeBatave&fes Matelots
Déjase commettent aux flors ,
LeDanubefremit de haine ,
Et l'Ebre , le Tibre & le Rhin
Dela Tamiſe&de la Seine
Ofent infulterle Destin.
Tandis que LOVIS confidere
18
Dans ces dures extremitez,
Et les Peuples & les Citez
Sur qui doit tomber ſa coleres
IlLance en courouxſes regards
Vers ces redoutables Ramparts
Entourez d'un MaraisSuperbe ,
Malgré ce naturel fecours ,
Il veut les égaler à l'heure ( Tours .
Qu'on voit naiſtre au pied de leurs
Afin qu'àses voeux tout réponde,
Il fait choix d'Illustres Guerriers ,
Qui centfois couverts de Lauriers
Ontveu ſous luy trembler le Monde
A leur tefte marche un DAVPHIN
68 MERCVRE
1
Qui fierde fon beureux Deftin
Se prepare àvangerla Terre ;
Et LOVIS pour ſes grands deffeins
Laiffe fans regret fon Tonnerre
Paffer en de plus jeunes mains.
Affez dans l'Europe alarmée
Son bras agraveſes hautsfaits ,
Affez en Guerre , affez en Paix
Aretentyfarenommée.
Il ouvreàce jeune Vainqueur
Un beau champ degloire & d'honneur
D'aifeceHeros ensoupire,
Et fent des tranſports inoüis
Defaire connoistre à l'Empire
Ce que peut le Fils de LOUIS.
Pouffé d'un moinsboüillant courage,
D'une moins vive ambition ,
Iadis le jeune Scipion
Voguavers les Murs de Carthage.
lamais dansies Champs Phrygiens
Achille nefut aux Troyens
Plusfatal & plusredoutable 3
GALANT. 69
Qu'aux Campagnes de Philisbourg
Cejeune Mars eftformidable
Auxnouveaux sujetds e Neubourg.
Si- toft qu'il paroit en Campagne
Alateſte des legions,
On voit trembler les Nations ,
Et fremirla fiere Allemagne.
Epris d'une ardente valeur
Ilſeme en tous lieux la terreur ,
LesAlpes en font étonnées ,
Et déja le bruit de fon nom
Paſſant delà les Pyrenées
Alarme ce triſte Canton.
Philisbourg tout seul immobile
Dort au centre defes Marais ,
Ilattend ceHeros de prés
Et demeure ferme & tranquille .
Ses inexpugnables Ramparts
Qui s'elevent de toutes parts
Semblent mépriſerſes approches ,
Mais on les verra démolis ,
Etſous le débrisde leurs Roches
90
MERCVRE
Leurs Défenseurs ensevelis.
Cejeune Guerrier intrepide
Cherche en arrivant les Combats ,
Ilmarche d'un fuperbe pas
Plusfier &plusferme qu'Alcide.
Pleind'ardeur il court aux Travaux
Affronter les lieux les plus chauds ,
L'air autour s'embrase& s'allume
LaTerregemit&seplaint ,
Et de l'Atrain qui vole &fume
Déia plus d'un Brave eft atteint.
C'eſt icy qu'on vit occupée ,
Grand Prince,auxyeux de l'Univers
En mille & mille endroits divers
Et ta Sageffe & ton Epée.
Ton courage ofe tout tenter ,
Ton braspeut tout executer ;
Ata voixon lance lafoudre ;
Sur tes pas tes vaillans Guerriers ,
Couverts de fiu ,de fang, de poudre
Cherchent la mort ou des Lauriers.
Que cejour parut effroyable
GALANT .
A ces Bastions obſtinez,
Et que tes Travaux fortunez
Firent voir ton bras redoutable !
71
Le tonnerre de ton Canon
Meflé de l'effroy de ton Nom
Etonne ces superbes Maſſes ,
Et l'on voit ces fermes Ramparts
Sous les Bombes ,ſous les Carcaffes ,
Se diſſoudre de toutes parts.
Ce Fort ceintde vastes abismes
Commence à tremblerfous tes coups,
Lesfiers Germains de ton couroux
Craignent d'estre enfin les Victimes.
L'art, la Nature , & leur valeur
Les afſuroient contre la peur
Detes attaquesvigoureuses ;
Cependant en deux fois dix jours
Tu vois fous tes armes heureuſes
Tomber leur valeur & leurs Tours .
Maisfe ce jourvit ta vaillante
Dompter d'orgueilleux Ennemis
Onvit auffi leurs coeursfoûmis
72
MERCURE
Eprouver sa clemence.
Tu dépoüilles cettefierté
Que porteun Vainqueur irrité,
Tu combles les tiens de richeſſes ,
Ettufais d'un bras genereux ,
Par ton courage & tes largeſſes
Et desvaincus , & des heureux.
Philisbourg ouvre enfinſes portes
Et ceint d'un immortel Laurier
On y voit entrer ce Guerrier
Suivy de ſes fieres Cohortes .
Il foule ces murs démolis ,
Ily fait arborer les Lys
Dont l'odeur est fatale à l'Aigle,
Elle quitte les bords du Rhin ,
Que ne reçoit plus d'autre regle
Que dece jeune Souverain.
Du fon des Tambours , des
Trompettes
On entendretentir les Airs ,
Icy refonnent les Concerts
Et des Flûtes & des Musettes .
La
GALANT .
73
La timide Echo dans les bois
Commence à reprendre ſa voix
Pour y publier ſes merveilles ;
Et par tout l'éclat deſes faits
Charme les coeurs & les oreilles
Dans la Ville & dans les Forests.
Calloipe alors étonnée
Grand Prince , du bruit de ton Nom
,
Court &vole aufacré Vallon
Pourychanter ta destinée.
Elle me trouvafurses pas
Tout ravy des brillans appas
De ta jeune& divine audace .
l'avois encor la Live en main ,
Viens,fuis- moydit- elle au Parnafſe
Ieveux t'en montrer le chemin .
La Sçavante Troupe animée
Déjafur des tons differens
Qu'on chantera dans tous les temps
Travailloit à tarenommée.
Déia l'heroïque Clie
Traçoit auxHeros pour tableau
Decembre 1688. D
74
MERCVRE
L'hiſtoire de ta belle vie ,
Therpſicore , Euterpe , Eraton ,
Compoſoient avecque Thalie
De pompeux Balets enton Nom .
Lamagnifique Melpomene ,
Par destraits & vifs & nouveaux,
Preparoit d'illuftres Travaux ,
Dont tu verras briller la Scene.
Mais Valliope dans ſes Vers
Qui raviront tout l'Univers
L'emportoit avec Polymnie ,
Et d'un accent melodieux
S'accordant avec Vranie
Elevoit ton Nom jusqu'aux Cieux .
Ton Destin que les Museschantent
sur des tonsfi forts &figrands ,
Effacera les Conquerans
Que Rome&qu' Athenes nous vantent.
Tu sçaurasmefler aux Lauriers
Les Myrres & les Oliviers ,
GALANT.
75
D'un bras vainqueur calmer la
Terre ;
Et tu feras par tes hauts faits
Plus qu'Alexandre dans la Guerre,
Etplus qu' Auguste dans la Paix ,
Mais pour mieux affeurer ta
gloire ,
Et par un effort souverain
Voir ton Nom gravésur l' Airain
AuSacréTemple de Memoire ;
Offre à ta valeur les exploits
Du plus magnaniwe des Rois
QueleMonde admire & revere ;
Imiteſesfaits inoüis;
Pourfaire tout ce qu'on peut faire ,
Ilnefaut qu'imiter LOUIS.
Mademoiselle de Villeroy
a épousé Mr le Comte de Prados
Grand , Fils de Mr le Marquis
de Laſminaſſe , Grand
de Portugal . Ce mariage s'eſt
fait par Procureur , qui eſtoit
D2
76 MERCURE
د
Mr le Comte d'Armagnac ,
Oncle de la Mariée ; qui comme
vous ſcavez , eſt Fille de
François de Neuville , Duc
de Villeroy , Pair de France ,
&de Marie de Coſſe , Fille
de Loüis de Coſſe , Duc de
Briffac , Pair de France , & de
Marguerite de Gondy , Fille
de Henry de Gondy Duc
de Rez , Pair de France , &
de Renée de Cepor. Mademoiſelle
de Villeroy eſt grande
, bien faite , & âgée de
quinze à ſeize ans. Elle fut
mariée à la Paroiſſe d'Argenteüil
parce qu'elle eſtoit
Penſionnaire au Convent des
Filles de Saint Bernard du
meſme lieu , & elle y rentra
enſuite pour y demeurer jufqu'au
jour de ſon depart pour
le Portugal . Il y a toujours
و
GALANT .
77
eu beaucoup de Filles de ditinction
dans ce Convent
à cauſe qu'elles y ſont fort
bien élevées .
Ce que je vais vous appren
dre feroit une grande nouvelle
à donner dans un autre
Etat , ou fous un autre regne
que celuy du Roy , on en feroit
grand bruit ; on regarderoit
cela comme un prodige ;
on vanteroit l'Etat où ſe feroit
cet Ouvrage , & le Prince
qui y regneroit alors s'attireroit
de grandes loüanges ;
mais nous ſommes tellement
accoutumez à voir des chofes
extraordinaires qu'on fait
peu de bruit de la pluſpart.
Ainſi ſi je ne prenois foin
de vous mander qu'on va faire
un Canal dans le Rouſfillon
, pour la communication
D 3
78 MERCURE
4
de ce Pays- là avec le Languedoc
, beaucoup de gens l'ignoreroient
comme vous . Cependant
ce grand Ouvrage ſe
fait , non pas en temps de
Paix , mais en temps de guerre
, & dans un Etat où la jalouſie
qu'on a du grand Roy
qui y gouverne , a fait liguer
contre luy la plus grande partie
des Souverains de l'Europe.
Mais en France tout marche
d'un pas égal en quelque
temps que ce ſoit tant l'abondance
y regne , & tant les
Finances y font bien adminiftrées
. Je vousay parlé dans
pluſieurs Lettres des beautez
du Canal de Languedoe , qui
fait l'union de l'Ocean avec
la Mediterranée , ouvrage que
Lules Ceſar avoit projetté ,
tandis que les Gaules recon-
,
GALANT.
79
noiſſoient l'Empire Romain,
& qui avoit encore eſté dans
l'idée des Rois Predeceſſeurs
de Sa Majesté , comme onle
voit dans les Memoires du
Cardinal de Joyeuse. Le defſein
qu'on pretend executer,
eſt de faire une faignée à ce
Canal , par le moyen de laquelle
on le joindra à la Riviere
de Narbonne , où cette
faignée le conduira , en forte
que quand cela ſera fait ; on
pourra dire avec verité que
par cette voye le Canal du
Rouiſillon communiquera avecl'Ocean
. Il aura cet avantage
, qu'il eſt conceu pour
de plus grands deſſeins que
celuy du Languedoc , puis
qu'il ne tend qu'à la gloire &
au bon fuccés des armes de
Sa Majesté , au lieu que l'au-
D4
80 MERCURE
د
tre n'a eſté fait que pour la
feule commodité du com.
merce. Le projet de celuycy
a eſté formé par Mr le
Preſident de Trobat , Intendant
de Rouſſillon , dont le
zele pour la gloire & le fervice
du Roy fournit toujours
à ſon imagination des
inventions nouvelles pour faire
paroiſtre avec plus d'éclat
l'inviolable attachement qu'-
il a pour les intereſts d'un fr
grand Monarque . Divers motifs
ont porté à faire une entrepriſe
de cette nature. La
Catalogne n'eſt pas un Pays
ſi facile que la Flandre , pour
faire paſfer les vivres & les
munitions de guerre. Lear
montagnes dont il eſt tout
heriffé & les Miquelets qui
les rempliſſent , ont trop fou-
د
GALANT. S
vent donné lieu à l'enlevement
de nos Convois , ce qui
a reduit les armées de Sa
Majeſté à des extrémitez bien
facheuſes de forte que
quand de ſemblables contre
temps nous font arrivez ,
on n'a pu reparer ces pertes
que fort difficilement , & avec
des longueurs prejudiciables
au ſervice de Sa Majefté. ON
n'avoit pu juſqu'icy apporter
de remede que par terre
ou par mer. Le voyage de
terre par Narbonne eſt trop
long pour pouvoir donner
un ſecours auſſi prompt qu'il
le faudroit dans ces fortes de
rencontres . La mer a des
orages & des écueils , & d'ailleurs
les courſes que les Mal
lorquins font ſur cette Coſte
rendent le fecours mal affeu
DS
82 MERCURE
ré , puis qu'il eſt ſujet à de
grands riſques . Ainfi il falloit
une voye plus ſeure &
plus courte ; & qui le miſt à
couvert de ces divers inconveniens.
On l'a trouvé dans
le deſſein du Canal de communication
avec le Languedoc.
On recouvrira par ce
moyen l'abondance & les
proviſions que le Rouffillon
ne sçauroit fournir dans ſa
petiteſſe ; outre que ce Canal
peut fervir encore en temps
de paix pour les avantages
du commerce , c'eſt à dire
pour faire paſſer toutes les
Marchandises & denrées
dont la voiture couſte extremement
par terre. Il commencera
au Village de S.
Hippolire à deux grandes
licuës de Perpignan. Sa lon-
د
GALANT. 83
-
-
comgueur
ſera depuis ce Village
juſqu'au port de la Nouvelle,
qui eſt à deux licuës de Narbonne
, en ſe ſervant des eaux
des Eſtangs de Salces , de leucate
, de la Palme de Bages
& de celles de la mer avec
laquelle ces Etangs ſe communiquent.
Le tout
prend cing grandes lieuës en
droite ligne , qui font 13360 .
toiſes de travail. Ce travail
ſe doit diftinguer en deux
parties ; l'une qui concerne le
Rouffillon , & l'autre qui regarde
le Languedoc. Celle
qui concerne le Rouſſillon ,
&qui eſt de trois mille toiſes ,
eſt depuis le Village de faint
Hippolite , juſques à l'Iſle de
Vie. C'eſt une petite Ifle placéesentre
les Eſtangs de Salees&
de Leucate , vis à vis
D6
84 MERCVRE
2
la Croix du Mal - pas , plantée
dans le chemin de Fitou , où
l'on a toujours marqué la ſeparation
du Rouffillon avec
le Languedoc. De cette partie
il y en a moitié terre &
moitié Eſtang. La partie de
terre eſt depuis le meſme village
de S. Hyppolite juſques
au bord de l'Eſtang de Salces
qui eſt environ onze
cens toiſes , où l'on a com
mencé déja de faire l'excavation
dans la plaine , laquelle
ferade cinq pieds au deſſous
de la ſurface des eaux de
l'Eſtang de Salces , dans le
temps meſme que les eaux ſe
trouveront les plus baſſes . La
largeur du Canal par en bas
fera de trente pieds faiſant
cinq toiſes la furface de
Peau aura huit toiſes deux
د
GALANT. 85
pieds , & les bords de part &
d'autre feront faits en talus
en obſervant qu'ils foient
doubles de la profondeur du
Canal , & que la hauteur du
Canal ſoittoujours reglée fur
lahauteur du terrain ; c'eſt à
dire qu'aux endroits où le
Canalaura dix pieds de profondeur
au deſſous du terrain ,
les talus ſerontde cinq pieds
faiſant toute la largeur par en
haut de ſoixante & dix
pieds , & qu'aux endroits où
il n'aura que huir pieds de
profondeur , feront de ſeize
pieds , & la largeur fera par
en haut de 62. pieds . On
a faitdéja une rigole au milieu
de ce Canal , pour avoir
le niveau de l'eau de l'Etang
de Salces ; cette rigole , eft
environ de deux pieds de lar
86 MERCURE
geur , à laquelle auſſi bien
qu'au reſte de l'ouvrage travaillent
tous les jours , à la re
ſerve des Dimanches , quatre
Compagnies du Regiment de
Zurloben étranger
brigades des troupes Francorſes
de la garniſon du Château
de Salces ...
2
& deux
De l'emboucheure de l'E--
tang de Salces , on continuera
le canal en droite ligne pour la
partie du Roufſilonjuſqu'àl'If--
le de Vic , en approfondiſſant
l'Etang aux endroits , où il ne
ſe trouvera pas un fond d'eau..
ſuſſiſant pour porter les Barques
, ce qui ſe fera en creufant
le fond de l'eau juſqu'à
cinq pieds plus bas que le niveau
des plus baſſes eaux de
l'Etang par des pentons , & en
lui donnant comme deſſustren..
GALANT. 87
te pieds de largeur dans le fond
Les terres qu'on tirera de cette
excavation feront portées par
des barques ou trebuchers le:
long des bords de l'Etang de
Salces du coſté du village de
Garcieux à mille toiſes de diftace
duCanal.Il eſt à remarquer
qu'on mettra aux embouchures .
de chaque côté de cet Etang de
grandes perches, pour ſervir de
fignaux ou marques à la faveur
deſquels les barques puiffent ſe
conduire dans un élement qui
ne laiſſe pas reconnoiſtre de...
traces.
La partie du Canal qui concerne
le Languedoc , dont la direction
appartiendra à Monficur
de Baſville , comme Intendant
de cette Province là ,,
eſt depuis l'iſſede Vic juſqu'à
la Nouvelle , & ce travail fera
88 MERCVRE
de
censtoiſes ,
auſſi partie ſur l'eau & partie
fur la terre ; celuy qui ſera fait
fur l'eau , doit eſtre depuis cette
meſme Ifle de Vic juſqu'aur
Pont de Leucate qui faitlebord
de l'Etang du mefmenom ,
la longueur de ſeptmille toiſes
il ne faudra approfondir de la
maniere que je l'ay marqué ,
qu'environ quatre cens
le ſurplus contenant une affez
grande quatité d'eau pour porter
les barques ,& l'on y mettra
auſſi des fignaux pour les conduire.
La partie de terre ſera
depuis ce Pont de Leucatejuſ
qu'au Cap de Romain , entrele
Capde la Franqui & la mer dur
coſté du Levant , & le Village
dela Palme , du côté du couchant
, de la longueur de quatre
mille toiſes , où quoyque ce
Canal doive paſſer dans un
! 89. GALANT.
partie de l'Etang de la Palme
il faudra neanmoins creuſer &
approfondir de la maniere que
je l'ay dit , parce que cette partie
d'Etang ſe trouve le plus
ſouvent à ſec dans l'Eré , & ainfi
on la traitera comme terrain ,
& depuis le Cap de Romain
juſquà la Nouvelle qui eſt de
quatorze cens toiſes , comme
on ne trouvera que du terrain,
il faudra neceſſairement approfondir.
On eſpere que cet ouvrage
fera parfait dans trois
ans .
La ſituation des affaires me
permet de vous envoyer des
Vers d'un des hommes de
• Francequia le plus d'eſprit. Il
les fit à ſon retour d'un voyage
de Hollande. Je ne doute point
qu'ils ne vous plaiſent , puis
que ceux qui ont le gouſt le
و
90
MERCVRE
plus delicat ſe ſont empreffez
pour en avoir des copies .
******小山市
VOYAGE
DE HOLLANDE .
Vand dans ces Paysau ni
VAUX
Dont laterreen peril estplus baſſe
que l'eau ,
Ievis trente Villes rustiques
Former un seul Estat d'autant de
Republiques ,
Oùchacun est Maistre chezfoy .
Ce peuple me parut dans ces lieux
aquatiques ,
In reste libertindes Grenoüilles an.
tiques
Quine voulurent point de Roy.
L'Etas eftfi chargédedettes
GALANT . 91
Et les sujets d'Impoſt , de Tailles .
de Traites ,
Qu'aſſurément c'est àbon droit
Quele Sage Etranger s'étonne ,
Que l'on puiffepayer tous les ans ce
qu'il doit
Et l'autrefournirce qu'il donne.
LaTerreingrate à leur égard
Ne leur a fait aucune part
De ces biens dont ailleurs on la trouve
remplie ,
Et cependant ces bonnes gens
*Onttant faitparleur industrie
Qu'ils ont abondamment les besoins
de la vie
Endepitdes quatre Elemens.
Sansfaste &Sansmagnificence ..
Contentsd'une agreable&fimple
propreté,
On voit cequi ne peut ailleurs eftre
imité ,
92
MERCVRE
Etquipaffe toutecroyance ,
Lesricheſſesfansvanité ,
La libertéſans inſolence ,
LaMaltotefanspauvreté.
De maudits Chariots , invention
du Diable,
Sont lavoiture abominable
Où l'on vous roue impunement ;
Mais qu'ellequ'enfoit tamiſere,
Cettetorture eft neceffaire
Pour preparer les gens à fouffrir
constamment ,
L'inevitable barbarie
Qu'on éprouve infailliblement
Arrivant à l'Hostellerie .
Chacuny croitce qu'illuyplaift,
Et peut paroiſtre tel qu'il eſt,
Sans craindre en l'expliquant , la
cenfure publique ;
Et l'exactefoûmiſſions.
GALANT .
93
Augouvernement politique ,
Et lafeule Religion
Dont on exige la pratique.
En unmot fans perdre letemps
En descriptions inutiles ,
Rien n'estsi joly que les Villes ,
Plusgroffier que les Habitans
J'ajoute un Sonnet de Monſieur
l'Abbé Flanc , qui s'adreſſe
aux Hollandois.
PEuples dont la raison dans l'orgueil
s'est perduë ,
Vous dont les noirs projets font enfin
découverts ,
Quel azile aurez vous lors qu'un
trifterevers
Rendra de vos deſſeins l'audace confonduë
?
Voſtre temerité par tout est répanduë
94
MER CUR E
Ces intrigues , cesfoins, ces mouvemens
divers ,
Ce nombre de Vaisseaux dont vous
couvrez les Mers ,
1 .
Irritent de LOVIS lafoudreſuſpenduc.
Ce Roy dont la valeur vous adéja
Soumis
Nevous regardoit plus comme ſes
Ennemis ,
De ce rare bonheur vous perdez la
memoire.
Perfides , redoutezfon invincible
bras , (toire
Aßeurédesfuccés , chery de la Vic-
Ilplanteta fes Lys au coeur de vos
Etats.
Je vous envoye un Ouvrage
Allegorique , dont la lecture
vous doit donner beaucoup de
GALANT .
95
plaifir . Elle a de quoy attacher ;
auſſi cet Ouvrage eſt - il d'un
homme qui a l'eſprit auſſi inventif
, que ſon ſçavoir eſt
profond , & qui ayant fort fouvent
loüé le Roy , l'a toujours
fait avec des manieres ingenieuſes
, nouvelles , & remplies
d'invention . Il ne part rien de
ſa Plume qui ne divertiſſe ; &
n'inſtruiſe en meſme temps ,
parce qu'il y mefle beaucoup
d'érudition.
96 MERCVRE
HISTOIRE
ALLEGORIQUE
De la Guerre du Dauphin
de l'Aigle.
A Paix regnoit depuis
Dieux. Ils n'avoient rien
omis de ce qu'ils pouvoient
afin de profiter des beaux
jours , qu'ils tenoient uniquement
de la bonté du Soleil .
Cet Aſtre incomparable, infiniment
plus grand & plus
puiſſant que tous les autres,
faiſoit l'admiration& le charme
de toute la terre. Il y eſtoit
parfaitement
GALANT.
97
د
parfaitement connu , & l'on
ſçavoit qu'il eſt le maiſtre des
temps , de la nature & des
ſaiſons ; qu'il donne le mouvement
principal à ce qui ſe
fait d'excellent dans le monde
, qu'il bannit les tenebres,
qu'il chaſſe la triſteſſe des
Cieux mefines qu'il diffipe
le chagrin des eſprits des
hommes par ſes influences
favorables : enfin , que les autres
Aſtres empruntent de
luy leur clarté, qu'il voit tout ;
qu'ilpenetre toutes chofes , &
que c'eſt à la faveur de ſes
lumieres qu'on peut dire que
l'on decouvre beaucoup.
Tout cela eſtoit connu des
Dieux , qui s'accoutumerent
peu à peu à concevoir du
chagrinde voir dans un autre
ce merite qu'ils n'avoient pas
Decembre 1688 . E
98 MERCVRE
eux-meſmes . La jalousie eft
de toutes les Aſſemblées , &
ſe trouve auſſi -bien dans celle
des Dieux que parmy les
hommes. On ſçait que lors
que les perſonnes celeftes
écoutent une fois les murmu
re des paſſions , elles les laiffent
agir dans la ſuite avec
toute la vigueur poſſible.
Auſſi la jaloufie dont je
parle , & qui s'éleva contre le
Soleil fut violente , mais elle
fut fecrete . On uſa de toute
forte de ruſes &d'artifices
pour la cacher ; & on ſe reſo-
Jutde ne la faire éclater qu'à
coupſeur.
Promethee fat chargé du
foin de faire réuffir toutes les
intrigues , dont onteſt capable
de ſe ſervir lors que l'on THEMICSolute
que
LYON
E
ſa paffion. Cet
GALANTANEM
*1893號
Infidelle n'cut poin
aux punitions qu'il avoit ro
ceuës du Ciel , pour avoir
eſté ſi peu fincere , & de fi
mauvaiſe foy . Comme ſon
eſprit le portoit à brouïller
& meſme lors qu'il paroiſſoit
agir de meilleure foy , il entra
avec joye dans cette nouvel
le Ligue ,dont il fut l'ame &
leprincipal mouvement.
4 Il ne s'agiſſoit plus que de
trouver des Dieux qui vouluffenty
entrer,ce qui eſtoit aſſez
difficile,parce qu'elle ſe formoit
contre le Soleil. Ceux qui eftoient
aſſez injuſtes pour ne
le pasaimer , le craignoient,&
tous ſçavoient par experience
qu'on n'avoit jamais attaqué
cet Aſtre impunément. On ne
laiſſa pas de gagner l'aigle ,
en luy inſpirant d'abord , que
detout le Ciel perſonne n'avoit
E 2
100 MERCVRE
plus d'intereſt que luy à s'oppofer
aux grandes profperitez
du Soleil , qu'il avoit en ſa dif
poſitionles foudres & le credit
de Iupiter ,que l'un de ſes plus
beaux appanages eſtoit de pouvoir
regarder fixement le Soleil
,& que ſes aifles luy pourroient
eſtre d'un grand ſecours
pour s'élever au deſſus de cet
Aftre .
T
L'aigle cependant ne pouvoit
entrer dans ces raiſons . Il
ſe ſouvenoit encore de ce qu'il
luy en avoit coûté pour avoir
voulu approcher trop prés du
Soleil . Les grandeurs apparentes
dont on le flattoitpour l'engagerdans
une guerreſanglante
, nel'aveugloientpoint tellement
qu'il ne reconnuſt ſa
propre foibleffe. Sa premiere
réponſe fut que tous les hon-
2
GALANT 101
1
1
neurs dont on l'amuſoit n'eftoient
pas capables d'affoiblir
ſa raiſon ,qu'il ſe faiſoit juftice;
qu'à la verité on l'avoit flatré
depuis long-temps de pour
voir foûtenir les regards du
Soleil ; Mais à dire vray , que
c'étoit un pur compliment que
cela ; qu'il ſe trouvoit obligé
de leur declarer de bonne foy
qu'ayant voulu preſenter cinq
ou fix Aiglons vis à vis le Soleil
, il avoit eſté témoin non
ſeulementde leurfoibleſſe,mais
encorede la ſienne propre. De
plus, qu'il avoit une méchante
proprieté qu'ils luy cachoient
avec ſoin , qui eſt que fi-toſt
que ſon fiel paroiſſoit au dehors
, on s'en ſervoit pour découvrir
avec plus de facilité les
choſes lesplus cachées. Qu'au
a Ælian. 1. 1. c. 430
E 3
102 MERCURE
reſte ils devoient faire attention
, qu'il eſtoit de leur Societé,
non pas par nature,mais
ſeulement par Election , ce qui
le faifoit ſouvenir du reſpect
qu'il eſtoit obligé d'avoir pour
lesDieux du premier rang , &
de ſa propre foibleſſe qui ne
luy permettoit pas de pouvoir
rien entreprendre de luy mefme.
Qu'il eſtoit de plus trop oc
cupé àſoûtenir la querelle qu'il
avoit depuis long temps avec
la Lune,& qu'on l'avoit aſſeuré
que le Soleil avoit de grandes
forces en main , entre autres
celles d'Hercule qui luy avoit
toûjours eſté fatal , & que s'ils
eſtoient capables de ſe laiſſer
vaincre par une raiſon de generoſité,
il les prioit de ſe ſouvenir
que le Soleil luy avoit
autrefois procuré de grands
GALANT.
103
avantages b dans une guerre
qu'il avoiteu à ſoûtenir contre
la Lune , & que meſme depuis
peu cet Aſtre ſi bien - faiſant
l'avoit voulu aſſiſter dans ſa
diſgrace , & l'avoit plaint dans
fon malheur.
, on ne
Ces raiſons de l'Aigle étoient
tres -juſtes , mais lors qu'on a
deſſein de broüiller
s'arreſte pas à la justice . Un
Aiglon entre autres qui n'avoit
pu regarder le Soleil , &
qui s'eſtoit voulu faire un établiſſement
confiderable aux
dépens de ce bel Aſtre , ſe lia
plus que jamais avec Promethée
, & les autres Jaloux de la
gloire du Soleil .Avec toutes les
précautions que l'on prit pour
engager l'Aigle dans la querelle
, on n'auroit jamais réüffi
b.En 1664. en Hongrie.
E 4
104 MERCURE
dans ce deſſein , ſi l'on ne ſe
fuſt avisé d'un moyen infaillable
.
La Riviere de Lethé eſtoit
d'un uſage merveilleux pour
favoriſer la malice de ceux qui
vouloient la guerre. On ne la
pouvoit recommencer avec
fuccés contre le Soleil , puis
qu'on avoit tant perdu toutes
les fois qu'on avoit oſé l'entreprendre
. Mais il falloit oublier
tout cela , & le faire oublier
à tous ceux qu'on vouloit
engager dans le party .Les
maux paffez devoient eſtre
effacez de la memoire , & on
eſtoit contraint pour attaquer
le Soleil de ne ſe plus ſouvenir
de toutes les bontez qu'on
venoit d'en recevoir , & même
qu'on devoit la Paix parmy
les Dieux à la generofité de
cet Aftre.
GALANT.
105-
On fit donc couler adroitement
dans les Etats del'Aigle
un bras de la Riviere de
Lethefi fameuse de tout
temps parmy lesDieux. Tous
les Autbeurs conviennent de
la proprieté qui eft naturelle
àcette eau quieſt de faire oublier
à ceux qui en boiventle
bien & le mal paſſes afin que
lesames que l'on vouloit envoyer
dans des corps mortels.
ne puſſent ſe ſouvenirdes
biens qu'ils avoient déja goûtez
dans l'autre vie , ou du
mal qu'ils avoient enduré
pendant qu'ils animoient
d'autres corps.
Voilà juſtement la ſource
du malheur de l'Aigle cil
s'amuſa luy & ſes Aiglons à
c Méchant conseil de S. M. I. composépour
la pluſpart d'Etrangers.
Es
106 MERCURE
boire de l'eau de Lethé , qui
ſembloit fi douce ,& qui luy
fit oublier entierement ce
qu'il avoit receu de la generoſité
du Soleil ,& ce qu'il luy
en avoit coûté lors qu'il l'avoit
offenſé .
४ Il ſe laiſſa donc aller au
torrent ,& cette petite troupe
de Dieux s'eſtant aſſemblée ,
on convint des moyens d'attaquer
le Soleil , ſans avoir la
précaution d'examiner ſi l'on
pourroit en venir à l'execu
tion.d
- Le Soleil cependant qui
donne le mouvement à tous
les corps Celeſtes , & qui leur
fert de regle , n'avoit garde
d'ignorer ce qui ſe meditoit
contre luy. Il fut averty de
tout , & fes lumieres mirent
dLigue d'Ausbourg.
GALANT. 107
en évidence les tenebres les
plus profondes d'un projet ſi
injuſte. Il ſe contenta d'en
punir les auteurs autant qu'il
eſtoit neceſſaire ſeulement ,
pour leur faire reconnoiſtre
leur faute. Il fit ſentir fon feu
à des Divinitez ingrates , &
ſe rendit Maiſtre de pluſieurs
demeures qui estoient de l'appanage
de ces meſmes Divinitez.
f
C'en eſtoit affez pour faire
rentrer les mutins dans leur
devoir ; mais quand on court
de ſoy meſme à ſa perte , que
ne fait on point pour l'avan
cer ? Ces aveugles reconnoif
foient leur foibleſſe , ils la ve-
40
e Villes bombardées en 1683 .
1684. t
4
f Prise de plusieurs Villes en 1683-
1684 .
E6
108 MERCURE.
noient de ſentir plus quejamais
, rien n'eſtoitcapable de
leur apprendre leurs propres
intereſts quele Soleil meſme .
Il leur avoit déja donné la paix,
&il la leur rendit encore malgré
eux , il le fit parce que
c'eſtoit l'avantage de fes Ennemis.
Ainſi après un orage qui ne
promettoit que des foudres &
des tonnerres , on vitleCiel
plus beau & plus ſerein que jamais,&
le Soleil envoyant des
rayons favorables forma de
nouveau un Arc-en-Ciel qui
fut le gage & lamarque afſeurée
de la paix qu'il vouloit donner.
a
On admira avec juſtice une
fi grande moderation , & lea
Ennemis meſmes , quoy que
a Treve Generale de 1684.
GALANT... ro,
fort jaloux de la gloire du Soleil
, ne purent s'empeſcherde
le combler d'éloges. A la faveurde
cette paix l'Aigle contiuua
de s'établir avec ſuccés :
dans l'empire de la Lune , &
ſelon toutes les apparences, les
Dieux alloient gouter longtemps
les fruits d'un repos
qu'ils tenoient de la generoſité
de leur Bien- faicteur , mais que
ne peut pas uneDivinité mas
ligne , qui ne cherche qu'à
regner aux dépens detout ce
qu'il y a de plus ſacré dans le
monde ? Promothée eſtoic
toujours luy meſme , & il ne
put fouffrir plus long temps
que les Dieux fuſſenten paix
parce qu'il trouvoit ſon profit
dans la guerre. L'Aigle & les
*Aiglons retournerentau Fleuvede
Lethé qui arrofoit leurs
ΙΠΟ MERCVRE
Etats;ils oublierent tout le paſſe
& les Divinitez jalouſes recommençant
leurs cabales &
leurs brigues , on s'aſſembla
dans les contours de la maifon
de l'Aigle , à peu prés vers
l'endroit où Promethée a eſté
relegué pour avoir voulu
prendre du feu au Chariot du
Soleil .
د
Ce fut là gque l'on convint
de s'attaquer à la Majeſté de
cet aftre incomparable. Lés
Dieux liguez s'accorderent à
ſe ſecourir mutuellement , &
promirent de ne point deſiſter
qu'ils ne ſe fuſſent ſaiſis de toute
la lumiere du Soleil. A peine
cetaccord fut- il fait ,que Promethée
qui dans le fond ne ſe
g A Minden , où l'on a conclu une
Ligue contre la France.
GALANT. IF
:
recherchoit que lay meſme , &
quin'étoit pas en luy- meſme
fort Amy de l'Aigle , portant
encoreh des marques de laperſecution
qu'il avoit autrefois
enduréede ſa part; cet infidelle,
dis -je,trompa toute la Troupe
avec qui il avoit traité ,&
tournanttoutd'un couples forces
qu'il avoitjuré d'employer
au ſervice de ſes Alliez , il s'a
viſa d'entreprendre un nouveau
larcin .
LesDieux liguez reconnoiffanttroptardqu'ils
avoient eſté
jouez , ne ſe corrigerent pas
pour cela , & faiſantune nouvelle
cabale , ils ſe determineh
L'Aigle avoit receu commandement
de Jupiter de tourmenter jour & nuit
Promethée en luy rongeant le foye.
i Ligue de Magdebourg le 20. Oftobre
1688. (
MERCVRE
rent à pourſuivre leur entrepriſe
contre le Soleil. Cet Aftre
eneutavis, & ne voulant pas
laiſſer impunie la tomerité de
ces broüillons , il reſolut de les ..
prévenir dans l'execution.
UnejeuneDivinité remplie
de merite luy parut digne de
ſervir à un ſi glorieux deſſein ..
C'eſtoit le. Dieu Dauphin
dont on relevoit les belles
qualitez dans toutes les affemblées
du Ciel , & par toute
la Terre. Outre ſa naiſſance
Royale qui luy avoit procuré
le rang parmy les Dieux , il
avoit encore acquis cet honneur
par ſa propre vertu . / Le
Soleil le choifit donc pour
1.Le. Dauphin fut mis aurang des
Dieux & des Aſtres , pour son amitié
envers les bommes, V. Rhodig. Higin .
Varron lib.2 . de re ruſt..
GALANT. 113
eſtre le Défenſeur de ſa gloire .
Il eſpera beaucoup de ce
choix , & il ne ſe trompa
point dans l'attente où il
eſtoit de luy voir operer de
grandes choſes.
>
د
Auſſi , le Dieu Dauphin
a mille belles perfections qui
le rendent incomparable. Il
n'a point de fiel , toûjours
bien faiſant envers les hommes
qu'il cherit tendrement
& dont il eſt reci
proguement aimé , avec une
reconnoiſſance qu'il n'eſt pas
facile d'exprimer. Mais fans
m'arreſter icy à décrire les
admirables perfections du
Dieu Danphin ; que le détail
'de ſes grandes actions prouvera
mieux dans la ſuites il
fuffit preſentement de marquer
le veritable motif qui
2
114 MERCURE
porta le Soleil à ſe ſervir de
luy dans la guerre de l'Aigle.
On fçait qu'Apollon , qui
n'eſtautre que le Soleil , porteluy-
même le nom de Dauphin
, & affecte de le prendre
en pluſieurs rencontres principalement
lors qu'il ſe fit
voir à ceux de Gnoſe m qui
luy dreſſerent un Temple.
Heliodore attribuë à cet aftre
le nom de Dauphin à cauſe
de ſes Victoires. Il y a plus ;
Apollon ſous la forme du
Dauphin , ou ſelon ceux qui
pretendent ſçavoir cette hiſtoiredans
ſon veritable ſens,
ce Dauphin envoyé par luy
fut le conducteur de la flote
des Grecs , qu'il preſerva du
naufrage , & qu'il conduifit
heureuſement au Golphe de
mHomer, hymn. Apoll..
GALANT. 115
1
Criſſe en la Phocide , où l'on
conſerve par des monumens
publics la reconnoiſſance de
cette merveille.
•
Tout cela fait voir le rapport
qu'il y a du Soleil avec
le Dauphin ; fans parler de
la justice qu'il y avoit de ſe
confier à la bravoure de celuy
qui eſt l'ennemy declaré des
Crocodiles , qu'il deffait
toûjours ,& des Biſes , qu'il
a fi glorieuſement vaincuës
autant de fois qu'il lesa com
batuës ; principalement dans
'Helleſpont ; comme nous
l'apprenons de Bellonius , qui
n Plutarch.in lib.Vr.animal...
• Le Dauphin est ennemy du Crocodile,
ſymbole de la perfidie, &de la Biſe
qui ne l'attaque que lors qu'ellese voit
plusforte, ce qui est une marque de la
cheté&deſurpriſe.
116 MERCVRE
affure avoir eſté témoin de ce
fameux combat..
C'en eſt aſſez pour juſtifier
le choix que le Soleil fit
du Dauphin pour mettre
l'Aigle à la raiſon . Pendant
que Promothée éprouvoit les
injuresdu temps& les atteinres
facheuſes d'un remords
qui le rongeoit , le Dauphin
diſpoſoit ſes troupes pour
n'eſtre pas ſurpris de l'Aigle ,
& meſme afin de le prevenir.
Il ne s'amuſa pas tant à en
lever de nombreuſes, qu'à faire
une armée d'élite & remplie
de Divinitez qui euſſent un
parfait merite , ſcachant que
le courage & l'experience ſont
plus utiles à un Chef que le
grand nombre. La reſolution
fut priſe d'attaquer les Estats
GALANT.
117
de l'Aigle par l'endroit où le
Aeuve Alphée p les ſépare de
ceux du Soleil . Le Dauphin
marqua cet endroit pour le
theatre de ſes premieres conqueſtes
, parce que l'eau de ce
fleuve eſtant tres - propre à la
nourriture des Oliviers qui
croiffent fur ſes bords avec
une facilité merveilleuſe , ce
Dieu bien faiſant vouloit faire
comprendre à ſes ennemis,que
. ſes demarches nétoient que
pour les contraindre à demeurer
en paix , s'ilsavoientencore
quelque ſoin de leurs avantages.
1
:
1
1
1
S
LaFlote fut équipée en trespeu
de temps , & on ne doit
p Le fleuve Alphée est le ſymbalede
la paix , &peut marquer auſſi les Villes
que le Roy a fait fortifier ,pour obliger
PAllemagne à se tenir dansſes justes limites.
18 MERCVRE
pas s'étonnerque le DieuDauphin
eſtantle Roy de la mer ,
commeil paroiſt par pluſieurs
monumens qui nous reſtent ,
tout cequ'ily a de propre à la
guerre luy fut apporté prefque
auſſi- toſt qu'il eut declaré
fendeſſein.Toute ſa Flote étoit
compoſée de vingt- trois Vaifſeaux
de Guerre ſans parler
des Barques ,Brulots,Baſtimens
de charge , & autres propres à
fon entrepriſe.
De tous lesDieux qui s'of
frirent à ſon ſervice ,& qu'il
voulut bien aſſocier à la participation
de ſa gloire , il.compoſa
fon Armée,dont chaque
Divinité cut un Vaiſſeau à
commander.
GALANT .
119
}
CHEFS ET VAISSEAVX
DE L'ARMEE DAUPHINE .
1. L'AMIRAL, commandé
par le Dieu Dauphin , ayant
pour Pavillon , d'azur à un
Dauphin d'argent.
2.L'INVINCIBLE ,commandé
par Mars , ayant pour Pavillon
, d'azur au Soleil d'or. Ce
Pavillon estoit commun à tout
le reſte de la Flote. :
3. L'ECLAIRE' , commandé
parMercure.
4. LE VIGOUREUX , commandé
par Neptune .
5. L'ARDENT , commandé
par Vulcain.
6. LE SAGE , commandé
par Pallas . :.
7. LE LIBERAL , commandé
par lesGraces.
120 MERCVRE
8. LA SUBORDINATION ,
commandé par Efculape.
9.L'EQUITABLE , comman -
dé par les Heures.
1.10. L'ABONDANCE , commandé
par Ceres .
11. LE VAILLANT, commandé
par Theſce.
12. LE FORT , commandé
parHercule.
13.L'INTREPIDE, commandé
par les Cyclopes.
14. LE PRUDENT, commandé
par Protée.
15. LE PAGIFIQUE , commandé
par Iris .
16. LE RECONNOISSANT ,
commandé parMelicerte.
17. L'HONNESTE HOMME ,
commandé par Orphée .
18. LE CALME, commandé
parEole.
19.LE VIGILANT, commandé
par Vliſſe .
20.LA
GALAN Τ . 111
20. LA PROBITE ,commandé
par Deucalion .
21. LE VENGEUR , commandé
par Nemesis .
22. LA RECOMPENSE , commandé
par Arion .
23. LA CONSTANCE , com 、
mandé par Ocean.
Aprés que l'on eut ainſi diſtribué
les Vaiſſeaux à chaquec
Chef, le Dieu Dauphin alla
prendre congé du Soleil, pour
-recevoir ſes ordres touchant
l'ouverture de la Campagne.
Cet Aſtre admirable eſtoit
alors revêtu d'une majesté extraordinaire
, & environné
d'un brillant ſans pareil. Sa
chevelure eſtoit répanduë
avec profuſion, pour affurer le
Dauphin que ſes lumieres &
ſes conſeils ne luy manqueroient
pas . Une maniere de
Decembre 1688 . F
122 MERCURE
Couronne d'or en forme de panier
luy couvroit la teſte , q ce
qui eſtoit un ſymbole du feu
tout ſpirituel dont le Soleil eſt
compoſe , ſa cuiraſſe le faiſoit
voir comme un Mars . Une
Victoire repreſentée au bout
d'une lance qu'il tenoit de la
main droite , pour faire entendre
que tout eſt ſoûmis
à la vertu du Soleil , qui tient
la Victoire entre ſes mains.
De la main gauche il prefentoit
au Dauphin un bouquet
de fleurs , ce qui luy promettoit
l'abondance & la fatisfaction
qu'il alloit goûter
dans ſon entrepriſe. Des Aigles
qui estoient à ſes pieds
donnoient déja une eſperan.
q Cette description du Soleil est tirée
de Macrobe ,de Lucien , & des autres
qui ont écrit de cet Aftre.
GALAN Τ.
123
-
S
ce fort juſte de la prochaine
défaite de l'Aigle & des Aiglons.
Le Soleil voulant honorer
le merite de chaque Chef ,
d'une marque de distinction
particuliere , leur fit preſent
à tous d'un riche rondache ou
écu, repreſentant leurs armes ,
qu'il avoit fait peindre par le
confeil de Mercure .
Le Dauphin trouva ſur ſon
Ecuſſon , qui eſtoit orné de
pierreries, un Soleil d'or en champ
d'azur. Il n'eſt pas beſoin d'expliquer
pourquoy ces Armoiries
luy furent données en
partage .
Mars, d'or à unfoudre degueules
posé en pal. On fçait affez que
l'or ſignifie l'éclat , qui eſtauſſi
marqué par le foudre , dont on
a voulu distinguer le Dieu
F 2
124
MER CVRE
Mars , invincible & veritable
foudre de guerre ; il eſt de
gueules , qui fignifie Chevalerie.
Mercure , d'argent à un caducée
dont la verge est d'or , & les
deuxferpens d'azur. Le fond d'argent
marque la verité des lumieres
& des avis que doit avoir
un General, la verge d'or
avec combien de fidelité il eſt
fervy , & l'azur des ferpens la
reputation de ſes belles actions.
Neptune d'or à la fafce degueules.
On peut avec juſtice
attribuer une vigueur infatigable
à Neptune , qui eſt toujours
au milieu des eaux . L'or
eſt le ſymbole de cette force
ou vigueur , tres bien repreſentée
par la fafce & par la couleur
rouge.
:
Vulcain , d'argent à un brafier
GALANT . 123
:
de feu au naturel , l'écu feme de
boulets de Canon de fable , au chef
couſu d'or à une épée& une pique
posées enfautoir , au naturel.
Pallas , d'hermines au chefd'or.
La ſageſſe s'exprime par l'hermine.
Le chef marque la conduite
; il eſt d'or , qui montre
que cette fageffe ou conduite a
lajustice avec elle..
LesGraces, d'argent à une main
adextrée & ouverte d'or. Quoy
que l'on ſe ſerve pour l'ordinaire
des graces pour exprimer
l'agrément , qui étoit tresaffeurement
dans ſa perfection
parmy noſtre illuſtre Armée ,
| nous nous arrêtons icy à mar
quer par les Graces la liberalité
, qui eſt ſignifiée par la
main ouverte d'or, fondée auffi
fur l'argent qui luy ſert de
champ.
F 3
126 MERCURE
Efculape, de sable à trois Abeilles
au naturel. 2. 1. Eſculape fignifie
temperament de l'air &
fubordination reciproque de
tous les membres au Chef.
Voilà un des plus forts refforts
qui eſt abſolument neceſſaire
pour le mouvement regulier
d'une Armée. Le Sable & les
Abeilles font la figure de cette
fubordination fi generale dans
l'Armée du Dauphin .
Les Heures, d'or à un Laurier
as naturel. L'or repreſente la
justice , dont le Laurier eſt auſſi
le Hieroglyphe.
Cerés , d'argent à une Gerbe
d'or, à enquerir. Lors qu'il y a
dans une Armoirie une couleur
fur une autre couleur , ou
unmetal ſur un autre metal ,
comme dans l'exemple prefent,
GALANT. 127
,
que la Gerbe d'or eſt ſur un
fond d'argent , on dit que c'eſt
une Armoirie à enquerir , ce
qui ſignifie que ceconcours de
deux metaux,ou de deux couleurs
, eſtant extraordinaire &
contre les regles du Blafon
l'Armoirie a eſté accordée pour
quelque évenement extraordinaire
. C'eſt auſſi ce qui obligea
le Soleil de donner à Cerés
cesArmes de grande diſtintion,
pour marquer l'abondance
d'argent , & de toutes proviſions
, qui estoit admirable
dans ſon Armée , pendant que
les Partiſans del'Aigle & des
Aiglons affectoient de publier
par tout , que le Soleil nepourroit
jamais ſoûtenir la depenſe
neceſſaire pour faire la Guer
re.
Theſée ,defable à un Alerion
F4
128 MERCVRE
d'azur ,à enquerir. Tous conviennent
que la vaillance de
Theſée parut principalement
dans les Victoires qu'il remporta
contre ceux qui prenoient
ce qui ne leur appartenoit
pas . L'Alerion eſt un petit
Aigle fans bec & fans ongles,
deſtiné particulierement pour
fignifier la défaite de quelque
Prince de l'Empire . L'azur eft
le fimbole de la Victoire ,& le
fable de la grandeur de Thefée.
Hercules , d'or à deux colom.
nesposées en pal. Les colomnes
d'Hercules font trop fameuſes
pour qu'il ne les ait pas euës
pour en compoſer ſes armes..
L'or eſtauſſi le ſymbole de la
force , de meſme que le ſinople.
Les Cyclopes , degueules à un
GALANT...
129
Lion d'or paſſant ou leopardé. L'in.
trepidité eſt ordinairement exprimée
ſous la figure du Lion,
les émaux font auſſi choiſfis
pour marquer cette vertu .
Prothée, defableà un serpent
zortille au naturel, la reste entourée
du reſte de son corps . Le Sable
marque la prudence ,dont le
Serpenteſt la figure
Iris , coupé d'or de gucules &
d'azur à une branche d'olive de
finople en pal brochant fur le tout .
Ces émaux favoris de l'Iris
avec l'Olive font des fignes de
paix que le Soleil offre à l'Aigle.
Melicerte , d'azur à un Dau
phin. Melicerte à de trop grandes
obligations au DieuDauphin
pour n'en avoir pas la reconnoiffance
qui eſt exprimée
dans ſes Armes . L'azur & l'ar--
F6
130
MERCVRE
gent témoignent fincerité&la
nobleſſe de ce Heros qui doit
la vie à celuy pour qui il eſt
preſt par unjuſte retourde tout
facrifier.
>
Orphée, de Vair. Cette fourure
eſt le ſimbole de ce que nous
appellons honneſte- homme
& dont Orphée fait gloire.
Eole , de Sable à un Griffon
d'argent. Ce Dieu est le Hieroglyphe
de la moderation
& du calme , puis qu'eſtant
Roy des vents & des tem
peſtes , c'eſt luy qui les fait
rentrer dans leur demeure
pour rendre le repos à tous
les Elemens. L'ennemy qu'-
Eole kavoit à combattre
eſtant fort dans toutes ſes
demarches , il fut arreſté qu'-
on prendroit le Griffon pour
* L'Ennemy d' Eole , c'est Orion que
l'on dit estre la matiere des vents ,
pluies &des tonnerres.
/
>
des
GALANT. 131
armes ; parce que cet animal,
ſoit qu'on le croye fabuleux
ou veritable , eſt deſtiné pour
marquer la tromperie desennemis.
Le ſable & l'argent
fignifient la tranquillité .
Uliffe , d'argent à un coq
d'azur. Le Coq eſt le fimbo.
le de la vigilance , qui eſt
auſſi exprimée par les émaux.
Deucalion , d'argent à un
coeur ouvert au naturel. Ce que
l'on appelle probité confifte
dans un coeur au naturel , &
incapable de tromper.
Nemefis , de gueules àun Le-
Zard de simple posé en pal. Le
Lezard ennemy du Serpent
&vangeurde la perfidie avec
laquelle il conſpire contre la
vie de l'homme , fut donné
à Nemefis , pour l'animer à
concourir avec les autres Di-
F6
132 MERCURE
vinitez , à la gloire du Dau
phin. Legueules , ou couleur
rouge , avec le finople mar
que la vaillance & la force .
Arion , de gueules à un chevron
d'argent. Le Chevronfignifie
protection & recom
penſe qui anime le Soldat. La
richeſſe eſt exprimée par l'ar-.
gent,& l'amour qui est l'effer
de la recompenſe par le
rouge , ou gueules.
Ocean , d'argent à un Pal
de fable. La conſtance & la
fermeté font marquées par
le Pal ,& par la couleur noire
ou de fable ; mais cette con
ftance & cette fermeté doiventeſtre
fondées ſur la veris
ré c'eſt ce qui eſt ſignifié
parl'argent.
Toute la Troupe ayantreceu
ſes armes , chacun ſelon
GALANT.
133
for caractere , on fut plûtoſts
far les frontieres de l'Aigle :
qu'il n'eut pensé à ſe mettre
en défenſe. Toute la terre .
fut extrémement étonnée
que cetOiſeau de Jupiter euſt ,
choqué le Soleil avec tant de
hauteur ; fans prendre plus
de ſeuretez pour ſa conſervation
... S'il eſtoit pourtant permis
de l'excuſer dans cette
faute , on pourroit dire qu'il
fut feduit par les Divinitez .
avec qui il avoit fait alliance...
• Iunon reſtoit Fille de Saturne
, qui estoit d'une ambition
&d'une ingratitude. fans
exemple. Ses manieres étoient.
imperieuſes,& elle faifoit voir.
dans toutes les actions une certaine
confiance que l'on appel
Junon est la Figure de l'air.
1
134
MERCURE
leroit avec raiſon temerité .
Elle ſe vantoit d'avoir les
playes & les grefles en ſa difpoſition
, en forte qu'elle eſpe->
roit avec un ſecours ſi foible
éteindre tout le feu du Soleil .
Pluton , f qui estoit auſſi
Enfant de Saturne , & Frere
de Jupiter , eftoit amy de l'Aigle
; & ne cherchoit pas la
guerre,parce qu'il trouvoit fon
principal credit & foutien t
dans la paix . C'eſt pour cela
qu'afin de demeurer en repos
chez luy , il tâchoit d'exciter
le trouble autre part. Il y a plus,
il n'aimoit pas le Soleil , qui
l'avoit mis à la raiſon dans un
differend particulier qu'ils avoient
eu , & comme les vain-
{ Pluton est pris pour la terre , & it
eft le Dieu des richefſſes & des Enfers.
&Pluton est nourry par la paix.
!
GALANT.
135
cus confervent toujours unc
fecrete envie contre le vainqueur
, Pluton fut meſlé dans
beaucoupde parties qui ſe formerent
contrele Soleil,&promit
toujours de fournir une
partie des frais .
La Fortune fut le troiſiéme
foutien de l'Aigle , mais comme
c'eſt l'inconſtance mefme ,
quoy qu'elle cuſt témoigné
affez de bonté pour l'Aigle &
pour les Aiglons,dans un voyage
qu'ils venoient de faire dans
l'Empire de la Lune , cette infidelle
ne les vit pas plûtoſt
attaquez de l'Armée Dauphi
ne,qu'elle leur tourna ledos.
Ainfi le Dauphin , qui eſt
lePrince des Dieux Marins ,
& le plus prompt & le plus
rapidede tous dans la couruArift.
lib.9.de bist.animal.c.48 .
136 MERCVRE
ſe , eſtant heureuſement ſecondé
de ſes Chefs, fit une diligence
incroyable ,&defcendit
ſans peine dans les Etats de
l'Aigle avec ſa Flote , quieſtoit
auffi belle qu'on en cuſt vû de
longtemps.
Avant que de m'engager
dans le détail du debarques
mentde la Flote. Dauphine , il
eft neceffaire de donner une
peinture de la frontiere des
Etats de l'Aigle . Le Fleuve
Alphée x l'arroſoit , parce que
le Soleil l'y avoit fait venir.
La Riviere de Lethe traver
ſoit entre deux montagnes , &
venoit ſe perdre dans le fleuve
x Nous avons dit que la paix est repreſentée
par cefleuve , qui peut bien
marquer les Places que le Roy afortifiées
aux environs du Rhin pour maintenir
les. Allemands en paixo
GALANT. 117
4
Alphée.On découvroitd'abord
laCitadelle d'Orion , qui estoit
à-droite de la Riviere de Lethe ,
& un peu plus loin que les
bords du Fleuve . Trois Tours
qui avoient affez d'apparence,
maistres foibles en effet , faifoientle
principalde cette Gitadelle..
Vn peu audeſſus on voyoit
le fort de Promethée , qui ef---
toit un polygone. On avoir
placé au deſſous un Bataillon.
des TroupeadePandion,ypoun
garder les dehors. C'eſt tout ce
qui faifoit la force des Etats de
l'Aigle. Il est vray qu'une mon..
tagne d'une hauteur prodi.
gieuſe avoit dequoy donnerde
la crainte à ceux qui ſe laiffenttromper
par les apparen--
thenes
Pandion estoit l'usurpateur d'A
138 MERCVRE
ces.On l'appelloit la Montagne
de Tantale .
Vn peu à droite on en découvroit
une autre qui n'étoit
pas ſi haute ,& que l'on nomme
, Mont de Chimere ,& dans
l'extremité encore plus à droi .
te paroiſſoient les Monts de
Fortune.
Ala gauche de la Montagne
deTantale,s'élevoient de petits
monts appellez de la fatyre &
deslibelles,dont on avoit beau .
coup vanté la force & ladéfen.
ſe, auſſi bien quedes autres fortifications
de la Frontiere des
Eſtats de l'Aigle; mais les coureurs
que le Dieu Dauphin
envoya ,& que l'on appelloit
Equité , Lumiere , Verité &
Amour , du Prince , reconnurent
ſans peine qu'il n'y pourroit
avoir que le prejugé qui
GALANT .
139
1
fuſt capable de faire valoir la
force de ces monts de libelles &
de Satyre .
Il eſtoit auſſi fort à propos ,
avant que de faire le débarquement
, deſçavoir des nouvelles
plus certaines de l'eſtat des
Monts de Fortune. L'aigle
faiſoit un grand fond fur les
forces de cette Reyne. Pour ne
pas déguiſer la verité elle eſtoit
à craindre , puis qu'il eſt aſſez
difficile de la gagner quand
elle eſt contraire , ſoit qu'on
s'y prenne par la douceur , ou
qu'on luy déclare une Guerre
ouverte .
Nemefis fut dépeſchée avec
fon Vaiſſeau pour aller fur le
bord du rivage qui termine
les Monts de Fortune ; elle fit
voir un Drapeau blanc pour
fignal de paix. La Fortune
140
MERCVRE
parut , Nemefis luy dépeſcha
la Profperité , avec qui la
Fortune avoit lié amitié depuis
le commencement. Celle-
cy qui eſt toûjours fort
éloquente , fiu valoir le mépris
que l'Aigle avoit fait de la
puiſſance du Soleil , & de la
valeur de ſes Troupes , aprés
en avoir receu des marques
ft ſenſibles . On n'oublia pas
l'alliance qui avoit eſté jurée
depuis filong - temps entre
le Soleil & la Deeffe Fortune ,
dont le Dieu Dauphin venoit
demander la continuation
avec des promeſſes ſolides de
reconnoiſtre ſincerement les
ſervices rendus .
5.
2.
Ce Traité n'avoit garde de
manquer ; il ſe faifoit entre
des Deeſſes qui eſtoient amies
depuis long- temps outre qu'il
GALANT .
141
n'y a rien de fi facile au Soleil
que de gagner les cooeurs. La
Fortune pour marquer qu'elle
agifſſoit de bonne foy , paſſa
dans le Vaiſſeau du DieuDauphin
, pourne le point quitter
, voulant avec la Proſperité
combattre à ſes coſtez.
Nemefis cependant fut laifſée
avec ſon Vaiſſeau au pied
des Monts de Fortune pour
tenir cet Estat dans le reſpect,
& le Dauphin eſtant aſſeuré
de fon entrepriſe , en commença
l'execution de cette
maniere .
Cerés qui commandoit l'Abondance
, fut envoyée à la
teſte du débarquement , afin
que rien ne manquaſt aux
Troupes . C'eſt ainſi que le
Soleil a contume d'en uſer
dans toutes ſes entrepriſes ,
142
MERCURE
qui font infaillibles , parce
qu'avant que de les commencer
, il n'omet rien de ce qui
peut en affeurer le ſuccés .
د
Mercure alloit enſuite,montant
l'Eclairé dont toutes
les Troupes avoient ſoin
d'obſerver exactement toutes
chofes , & d'en donner avis
au Dauphin , qui jugea à propos
d'envoyer Theſce a qui
commandoit le Vaillant. Il
eut ordre d'obſerver le Fort
de Promethée , ce qu'il fit
avec tant de vaillance & de
conduite , qu'ayant fait une
décharge de tout fon canon,
il mit en deroute les Troupes
de Pandion , qui couvroient
le Fort , dont on ne recent auaTheſée
est l'ennemy des ingrats , ینم
de ceux qui s'emparent de ce qui ne leur
appartient pas.
GALANT.
143
cun dommage.
Hercules 6 montoit la For-
,
ce , & s'avança au bord du
Fleuve pour commencer le
débarquement. Il le fit avec
beaucoup de fuccez , faiſant
d'abord deſcendre le Bataillon
de Bondroit qui alla
auſſi toſt ſe poſter entre la
Riviere de Lethe , & la Citadelle
d'Orion , où ilſe fortifia
parfaitement. Il eſtoit à
peine diſpoſe en ordre de Bataille
, qu'il vit devant luy un
grand front , qui groſſiſſoit à
meſure , & qui faifoit mine
de vouloir combattre. On
vint au qui vive ,& le Soleil
qui éclairoit de ſes lumieres
le Champ de Bataille , reconnût
que c'eſtoit le Bataillon
b Hercules montra aux hommes à
bastir des Villes , & les exercices du
corps.
1
44
MERCURE
des Halcions , qui avoiem
eu ſi peu de moderation que
de ſe vouloir égaler aux
Dieux . C'eſt ce qu'il regarda
d'un oeil de pitié & de compaſſion
pour leur aveuglement
, & il les changea en
Aiglons afin de les punir de
leur hardieffe.
L'Amiral monté par le
Dieu Dauphin , paroiſſoit enfuite
; foutenu d'un coſté de
Mars, qui commandoit a l'Invincible
, & de Prothée Capitaine
du Prudent Celuy cy
eſtoit un Dieu de grande
wertu ,& qui avoit cela de
c Les Halcions ſe voulant égaleraux
Dieux ,furent changez en Oiseaux. Ils
estoient amis de Junon. V. Heſander.
d Le Soleil , ou Apollon , a souvent
pres la figure de Mars , ily en a qui ne
font qu'un, du Soleil& de Mars. 4
propre
GALANT.
145
propre , qu'il changeoit de
forme ſelon qu'il le jugeoit à
propos . C'eſt pour cela que le
Dauphin voulut toujours l'avoir
avec ſoy , & ilen fit un
uſage admirable dans toute
la ſuitede cette guerre ; eftant
grand & remply de Majesté ,
lors qu'il avoit à traitter avec
les Dieux, unpeu plus ouvert
avec les Officiers , & -populaire
avec les Soldats qu'il
cheriffoit , & dont il eſtoir
aimé & reveré juſqu'à Kadozation
, s'il leur cuſt eſté permis
.
A 13
,
Mais ce qui étonna beau
coup tous les Dieux , & même
les Ennemis du Soleil
ce fut de voir qu'Iris commandant
le Pacifique eſtoic
toujours aux coſtez du Dauphin
pour offrir la Paix àl'Ai-
Decembre 1688. G
८
146 MERCURE
gle , en cas qu'il la vouluſt accepter
, ſe montrant par tout
avec tant d'apparence & de
diſtinction qu'il eſtoit libre de
la trouver pour peu qu'on s'empreſfaſt
de le faire .
د
eſtoicut
Les Cyclopes e qui montoient
l'Intrepide
auſſi fort proches de l'Amiral .
Ils avoient ſoin de fournir au
Dauphin les foudres; les éclairs
&les tonnerres , en ſorte que
leurVaiſſeau eſtoit tout en feu.
On voyoit à gauche l'Equité
que les Heures f commandoient
.Elle estoient appliquées
principalement à faire obfereLes
Cyclopesfont les vapeurs qui ne
peuventse diſſoudre en l'air que par la
shaleur du Soleil.
f Les Heures font fille de Jupiter &
de Themis. On les nomme Eunomie ,
Dicé,&Inne.
GALANT.
147
A
CC
ver l'exacte diſcipline dans
l'Armée,& à maintenir la juſticc&
la paix, fans parler de leur
principale fonction , qui eſt
d'apporter toujours aux hommes
quelque choſe de nouveau.
:
Efculape , montant la Subordination
, eſtoit rangé ſur
la meſme ligne. Son employ
eſtoit de regler tout dans un
-ordre égal ,& d'avoir foin que
ſon Epouſe Hyfiché , ou Santé
(d'autres difent qu'elleeſt ſa
Fille ) ſe trouvaſt par tout , &
empefchaft la maladie d'approcher
de l'Armée du Dauй-
phin.
Les Graces commandoient
le Liberal. &Elles font Fillesdu
gAntimache tres- ancien poëte,dit que
lesGracesfont le Symbole de la liberalité.
1
G2
-148 MERCVRE
Soleil auſſi bien qu'Eſculape Ce
n'eſtoit pas ſeulement pour
maintenir le bon air & l'agré.
mentdans la perſonne duDieu
Dauphin , qu'il les avoit dans
fon Armée,mais encore pour y
faire regner la liberalité , qui
eſt l'une de ſes vertis favorites:
leur Vaiſſeau eſtoit toujours
en action , & combattoit
•avec beaucoup de bonheur la
pauvreté de l'Aigle & des Aiglons.
Pallas b qui commandoit le
Sage , ſuivoit les Graces. La
Milice de ſon Vaiſſeau eſtoit la
Force meſme , puis qu'avec le
ſecours de ces Troupes conduites
par la Sageffe, elleavoit
déja défait autrefois ,& misen
déroute les Geans. Auſſi ſes
h Pallas fille de Jupiter , ſans mere ,
est lafigure de la Sageffe.
GALANT. 149
Soldats estoient entierement
armez depuis la tête juſqu'aux
pieds ,& ne contribuerent pas
peu aux victoires du Dauphin ,
qui avoit raiſon de faire confiſter
unebonne partie de ſes
forces dans ſa propre fageſſe .
Le Vigoureux monté par
Neptune , fermoir cette premiere
ligne de la gauche. On
ſeait affez combien ce Dieu
eſt dévoüé i auDauphin,dont
ila pris ſouvent la figure ,&
qu'il eſtoit venu ſervir pour
affeurer toute fon Armée contreles
injures & les mauvais
traitemens de l'eau ..
50
i Neptune estoit ſouvent repreſentéfous
lafigure du Dauphin.On peut voir cette
ceebre Medaille de Neron , avec cette
infcription , Nero. Cland. Cafar Aug..
G.P.M.T.P.J.P..
*
G3
150 I MERCURE
/
Melicertek s'eſtoit poſté avec
fon Vaiſſeaule Reconnoiſſant,
à la droite du Dauphin , afin
de mourir plûtoſt à ſes coſtez ,
que de l'abandonner , eſtant ,
trop penetré des obligations
qu'ilavoit à ſon Bienfaicteur ,
de qui il tenpit la vie,auſti - bien
que toute la troupe , qui estoit
compoſée de Soldats enrichis
des preſens du Soleil ou du
Dauphincter @vobi
Ocean eſtoit ſur la meſme.
ligne un peu à coſté , commandant
la Conſtance , ayant Orphée
auprés de luy qui montoit
l'Honneſte - homme. Ce
Dieu ſi celebre pour avoir ap-
K. Melicerte , ou Palamon , ayant esté
recueilly &ſauvé du naufrage par un
Dauphin , en conferva toute savie la reconnoissance.
GALANT.
15
}
paifé les Enfers,eſtoit Fils d'Apollon.
Il fut tres équitable ,
non ſeulement envers les autres
, mais auſſi envers ſoymefme
,& fut choiſidu Dauphin
pour avoir l'inſpection
furles Soldats , pour leur apprendre
pluſieurs chofes tresutiles
, principalement l'honneſteté
que l'on voit regner
parmy les peuples du Soleil ,
fans parler du ſoin qu'il pritde
chanter en Vers les glorieux
faits du Dieu Dauphin & des
autres Heros .
: Arion s'eſtoit rendu fort
agreable au Dauphin , qui en
eut tant de reconnoiſſance ,
qu'il le ſauva du naufrage.
On peut dire que le ſoin que
le Dauphin ſe donnoit de récompenfer
la vertu & le merite
, luy acquit le coeur &
G4
352
MERCURE
les ſervices de tous. Auſſi c'eft
le ſecret de regner avec fucces
, & le Soleil ſçait mieux
que perſonne mettre cette
vertu en uſage..
Uliſſe comuniquoit ſa vigilance
à toutes les Troupes,&
Deucalion , qui montoit la:
Probité , conſervoit par toute
P'Armée cette ſageſſe que le
Dieu Dauphin luy inſpiroit.
Un fi bel ordre ayant eſté étably',
& toutes chofes eſtant
preveuësd'unemaniere ſi prudente
, le Dauphin plus vif&
plus diligent non ſeulement
m que l'oiseau , mais encore
qu'une fléche , fit avancer ſes
troupes . L'Armée fit le débarquement
fans peine , & fe mie
1 Deucalion fut sauvé du deluge univerfel
, &est la figure de la probite
mPlin. lib.9.
GALANT.
153
Ten bataille ſur les bords du
Fleuve , puis gagna petit à
petit fur le haut de la montagne.
Tytie avec un petit corps
d'armée voulut savanceerrpour
nous faire teſte ; mais ce Chef
ayant trop bonne opinion de
fon merite &de ſa puiſſance ,
avoit negligé l'équité & les
autres vertus , ce qui le rendit
odieux aux fiens , qui lacherent
pied aprés la premiere décharge.
Ainſi l'imprudentTytie
n fut contraint de cederau
Soleil , qui le regardant en face,、
l'abbatitàſespieds.
On n'eut pas de peine enfuite
de rompre le bataillon
des Titans qui s'eſtoient joints
å Tytie. Jupiter qui n'eſtoits:
nTytie qui estoit Geant , fut vainen
parato Soleilma
G
154 MERCURE
A
pas content d'eux , & même
qui paroiſſoit outré de leur temerité
, parce qu'ils s'étoient
revoltez contre luy , ſe joignit
au Soleil , les écrafa de fes foudres
, & tout le mal qu'ils pretendoient
fufciter au Soleil fe
tomba fur eux , & fur la terre
feule , qui vit former du fang
de leurs bleſſures , une quantité
de viperes, de ferpens, d'a
raignées , & d'autres animaux,
qui ne firent tort qu'à ceu
qui ne voulurent pas s'endonner
de garden ut
Vulcain cependant fut
mandé pour aller bombarder
243**eafeq92 22g 311944 24?4?
•LesTitans font ainsi marquez dans
la Fable ,& peuvent fort bien represen
zer les Protestans , dont la deronte pa
produit que des libelles &des invectives
empoisonnées,dont le venin nepeut nuire
qu'à ceux qui le veulent biem
comol
GALANT.
151
les Monts libelles & les Monts
de Satyre. Il trouva dans ſon
chemin une troupe de Soldats
pque Junon avoit poſtez pour
luy difputer le paſſage dans le
détroit. Vulcain réponditavec
tant de vigueur par fes bombes
, fon canon & toute fon
artillerie , que Iunon & toute
ſa troupe furentdéfaites.Ainfi
on conduifit fans aucun empeſchement
les brulots,& tout
l'artifice , afin de bombarder
les Eſtats des libelles & de la
fatyre qui furent tous brûlez
&reduits en cendre . W
Aprés cette expedition , &
lors que la Coſte fur preſque
toute nettovée , on vit accou
rir un fecours d'Eumenides,q
P. Junon engendre les pluyes & less
grefles&est lafigure de l'air.
qLes Puries,dont leprincipal employ
eft d'exciter des remords de conscience.
156
MERC VRE
qui ne venoient pas feule--
ment pour eſtre témoins de
la défaite de l'armée de Tystie
, & du Bataillon des Ti ..
tans , mais encore plus pour
tourmenter l'Aigle & les Aiglons
, en excitanten eux de
fenfibles remords , & les fai
fant repentirde leur entrepris
ſe temeraire .
:
C'eſt ainſi que le Dieu Dauphin
rempliſſoit les Estats de
l'Aigle de terreur , & qu'iltravailloit
à étendre l'Empire da
Soleil. Les Dieux eſtoient ravis
d'admiration & d'étonne..
ment de luy trouver tant de :
vertus heroïques . Il eſt vray
qu'ils ſçavoient fore bien que
les démarches de ce jeune .
Heros faifoient la regle cer-...
taine du calme & des tem--
x Cal. Rhodig. & Ionston..
GALANT
157
peſtès de lamer , qu'il eſt plus
grand dans l'Empire du Sos
leilyque par tout ailleurs , &
qu'on ſe fert de luy pour exprimer
la viteſſe & la prudence
, mais ils n'avoient pas
encore eſté témoins par eux
meſmes de fa force incompa
rable ,& de l'intrepidité avec
laquelle il vole au combat ,
enforte que rien ne pouvoio:
refifter à ſes armes .
Auffi , ne fut-il pas plustoſt
le maiſtre de cette Coſte,
qu'il fie combler le fleuve do
Lethe , qui avoit eſté ſi fatal
**l'Aigle & aux Aiglons.
[ Gesner dit qu'il est plus grandfur
les Portsde France..
t C'est ce qui a rendu cette Sentence
feſtina lente fi agreable aux Empereurs
Romains,& fi celebre dans les
medailles, où le Dauphin eft peint asta.
chéàuneAncre...
১
158 MERCURE
Ils commencerent à ſe forvenir
du paſſé , & à ſe le repreſenter
vivement , pendant
que le Dauphin tourna fes
armes du coſté de la Citadelle.
d'Orion.
Nous avons déja remarqué
qu'elle eſtoit défenduë par
trois Tours & qui ne firentpas
peur à ceux qui furent com--
mandez pour l'attaqueron.
s'en rendit maiſtre en peu de
temps , à la faveur de la force
& de la chaleur du Soleil , qui
ne fut pas peu furpris de voir
qu'une Place qu'il avoit élevée
luy meſme , x oſaſt ſerevolter
contreluy... 21
LaCitadelle d'Orion eſtant
u Les Vents , les Pluyes & les Ton
nerres.
C'est le Soleil qui attire & qui éleve
les vapeurs, dontseforment lespluyes.
GALANT.
159
reduite , on s'approcha d'uns
gros qui paroiſſoit à la hauteur
du fort de Promethee ,
au deſſous du Mont de Chimere.
On le rompit facilement
parce qu'il eſtoit commandé
par Amphion , qui
avoit fait grand fond fur fa
profperité , fans femettre en
peine de fe fortifier , ou de
prendre avantage du poſte où
il eſtoit . C'eſt ainſi que fa prefomption
le rendit temeraire,
& luy attira juſtement fon
malheur?
Dans tous ces differens mou--
vemens il ne ſe pouvoit pas
faire qu'on ne perditdu mon-.
de , où qu'il n'y en euft de
bleſſe ; mais le Dauphin dont
la tendreſſe eſt admirable enversles
fiens , & envers ceux
qui font ou foibles ou blef
1605 MERCURE
ſez , ſe trouvoit par-tout
pour ſecourir & pour confoler
luy- mefme tous ceux qui
enavoientbeſoin... ,
On admira avec juſtice
une ſi grande bonté , dont
on avoit pen va d'exemples
juſque- là , en forte meſme.
que les Malades ſouhaitoient
avec paffion de s'expoſer encore
tout de nouveau , dans
l'eſtat pitoyable où ils étoient
, pour le ſervice d'un
Heros qu'ils atmoient fince
rement , & qui les combloitt
desbienfaits & de liberalitez.
La Victoire z cependant
eſtoit dans des inquietudess
mortelles pour ſon cher Dau.
y Elian. 1. s . c. 6. Ariftot. de
319
anım.
2 Madame la Dauphine se nommo
Victoire, told το τους ωρ
GALANT. 164
phin. Cette incomparable
Déeſſe avoit entieremene
quitté l'Aigle , pour s'attacher
au Soleil , auprés de qui
elle eſtoit demeurée pendant.
tous ces mouvemens . La Renommée
luy diſoit tous les
jours cent belles choſes de
noſtre jeune Heros ,elle en
reflentoit une joye inconcevable
, mais elle n'avoit aucun
repos , juſqu'à ce qu'elle
cuſt le plaifir de revoir ce
qu'elle aimoit..
Pendant qu'elle estoit dans,
des inquietudes terribles pour,
la confervation de ſon cher
Dauphin , elle recent une lettre
que Mercure luy, écrivoit, &
qu'il luy envoyoit exprés,
par la Verité. Elle ouvrit.cerse
lettre , & y trouva, ce qui
faic
A
162 MERCVRE
LETTRE DE MERCURE
A LA VICTOIRE.
Pa
:
Reparez ,incomparable Déeffe,
des Lauriers & des Couronnes
pour noftre ieune Heros , qui vous
estsicher. It achevefa courseglorieuſe,
dans laquellenousne l'avons
Suivi que de loin. La Renommée
vous en aura sans doute beaucoup
appris , maisla Verité , que jevous
envoye , vous en dira encore davantage.
Il n'ya que fort peu de
temps qu'il fait la guerre , & il
Semble qu'iln'ait jamaisfait autre
chose, enforte que tout ceque nous
pouvons , c'est de l'admirer. Vous
L'allez revoir aussi tendre que jam
::
4
GALANT.
163
mais pour vous a & pour les prea
cieux gages de vostre chaſte amour.
Tout cede à laforce deſon bras,&
c'est un digne Fils du Soleil.
La Victoire ſe raffura aprés
la lecture de cette Lettre , & le.
Dauphin dont l'intelligence
eſt b admirable , ſe trouvoit
dans tous les lieux où ſa prefence
eſtoit neceſſaire . Il donnoit
ordre à tout , & il eſtoit
le premier , non ſeulement aux
attaques , mais auſſi dans tout
ce qu'il y avoit de plus perilleux.
Son ſoin s'étendoitjuſque
fur les Morts , dont il faifoit ,
a Ælian , Aristote & Ionſton remarquent
que le Dauphin a une tendreſſe
admirable pour les fiens , mais principa
lement pourses petits.
b Ælian lib.11.c.2 .& Plutarque...
164 MERCVR
luy meſmeb faire les funerail--
les,ſetonle rangdes perſonnes..
Rien ne s'oppoſoitplus à fes
armes que le Fort de Promethée
,& la Batterie de Borée .
Il envoya reconnoiſtre le Fort
de Promethee , on l'inveſtic
&on tailla en pieces un Bataillon
,des Troupes de Pan
dion; qui s'eſtoitavancé pour
en diſputer les dehors . On
dreſſad'abord les Batteries contre
le Fort , qui ne ſe défendit
preſque point, on monta en
meſme temps à l'aſſaut ,& on
trouva qu'il n'y avoit ancunes
Troupes pourgarderde Fort;&
que Promethée s'en eſtoit
ſervy pour allers'emparerd'un
autreEtat, pendant qu'il amufoit
ſes Alliez d'une protection.
puiſſante qu'il n'avoit pas enb.
Ioan. Tzetzes , Arift. & Ælian..
GALANT. 165
vie de leur donner.
La Batterie que Borée avoit
élevée au bord du Fleuve Alphée
, voulut au moins avoir
la gloire de ſe défendre , mais
Eole , que le Dauphin avoir
envoyépour l'attaquer,la prefſa
tellement qu'il s'en renditle
maiſtre en tres - peu de temps.
Ons'empara enſuite du mont c
deTantale avec autant de facilité
que l'on diffipa quelques
Avanturiers que l'on avoit
poſtez aux avenuësdu mont de
Chimere.
C'eſt où ſe termina ladéfenſe
de l'Aigle & des Aiglons ,
dont toutes lesFortereſſes furét
c Le Mont de Tantale est la figure de
l'ingratitude des Confederezdont le Roy
pouvoit interrompre les Victoires, & que
Sa Majesté à voulu fecourir dans burs
besoins.
66 MERCVRE
> priſes , les Troupes vaincuës ,
&la défaite auſſi generale &
auſſi parfaite que le Soleil le
pouvoit ſouhaiter. On en verramieux
toutes les démarches
&tous les mouvemens par la
figure que nous en donnons .
Toutayant cedé aux armes
victorieuſes du Dieu Dauphin
, on ne parloit que de
ſes glorieux exploits . Il eſtoit
•ſouhaité avec ardeur du So
leil &de tous les Dieux , non
• ſeulement parce qu'il eſtoit
generalement aimé, mais auſſi
parce que ſes nouvelles conqueſtes
l'avoient rendu plus
cher aux Dieux & aux hommes
, qu'il honore d'une amitié
à toute particuliere.
d Tous ceux qui ont écrit du Dauphin
remarquent son amour admirable envers
LesHommes.
1
1
THEQUE DE
LYONE
:
>
GALANT. 167
Auſi lors qu'il retourna
tout couvert de gloire , le Soleil
& la Victoire allerent au
devant de luy ; il en fut receu
avec toutes les marques
de tendreſſe & de joye que
l'on peut s'imaginer , ſans les
pouvoir décrire pendant
que les Muſes e qui luy font
attachées d'une maniere toute
particuliere , ſe mirent à
chanter ſes triomphes . On
luy prepara des concerts parce
qu'il les aimef beaucoup,
& tous les Heros voulurent
prendre dans la ſuite pour la
distinction de leurs armes &
e Le Dauphinselon un Autheur , est
appelle Musée, parce qu'il est dans le
Ciel composé de neuf Etoiles qui font
lesneufMuses.
f Selon d'autres Autheurs , il aime
beaucoup la Musique..... 1
168 MERCURE
:
bouclierslag figure du Dauphin
dontlagloire eſt audeſſus
de nos éloges , non ſeulement
dansl'Empire du Soleil , mais
encore chez ſes propres ennemis.
Ie ne doute point , Madame,
que cette Relation Allegori--
que du Siege de Philisbourg
ne vous ait encore paru plus
agreable que je ne vous l'ay
fait eſpereren vous preparant
à la lire. Tout ce qui est ingenieuſementraconté
a toujours
eſté de vostre gouft , & il me
paroiſtqu'il ne manque rien à
cet Ouvrage de ce qui peut
vous le faire aimer. On a fair
encore de grandes réjoüiffan .
ces pour cette Conqueſte en
beaucoup de Villes .
Pliffe avoit un Dauphin furfon bouclierfelon
Pierius. Hefiode dit qu'Hercules
avoit deux Dauphinsfur fon Ecu.
Le
GALANT. 169
و
Le 21. du mois paffé le Chapitre
, & la Communauté de
Morlaix firent chanter le
Te Deum dans l'Eglife Collegiale
de Noſtre Dame du
Mur. Mr Dizeul , Doyen du
Chapitre , fit paroiſtre ſon
zele , comme il l'a deja fait
en diverſes occafions , pardes
deſſeins qui ſe rapportoient
au temps , & qui fürent repreſentez
dans de grand'sCartouches
environnez de Trophées.
On les plaça fur le
frontispice du Portail. Dans
le premier eſtoit un Soleil
naiſſant qui fortoit des ombres
, & d'où partoient des
feux & des foudres qui tomboient
fur une Ville avec ce
Vers. ::
Magnum principium. Quid now
Speramus eundo ?
Decembre 1688. H
170 MERCURE
Dans le ſecond on voyoit
Monſeigneur peint au milieu
de ſes Conqueſtes avec ces
mots. Tentantis preludia Martis.
Dans le troiſiéme , ce Prince
tenoît une épée en ſa main
droite ,& un rameau d'Olive
en ſa gauche , avec cette Deviſe
,Bellat pacis amare.
Le quatrième repreſentoit la
Religion diſant à l'Europe
armée.
Jurgia jam ceffent , & quod
nuncinftat ,agamus.
Dans le cinquiéme la France
adreſſoit ce Vers à la Religion
,
Sentio quodfentis , dic cur mihi
facta repugnax.
Et la Religion répondoit ,
Dextera nostra fuit Gallia
femper erit.
د
GALANT. 171
Dans le fixiéme Cartouche
un Jupiter couronné lançoit
des foudres fur des Geans qui
efcaladoient un Trône avec
ce Vers .
Confilii , horrendique furoris
pramia iusta .
Mr du Portſmeur , Syndic ,
n'oublia rien de ſon miniftere
pour faire dreſſer le Fea
de joye. Il fur allumé au
bruit de pluſieurs deſcharges
de Mouſqueterie .
2
د
Le 23. Madame de Berthemet
Soeur de Madame de
Saint Poüange & Abbeffe
de faint Loüis de Vernon ;
fit rendre les mefmes actions
de graces dans ſon Eglife , qui
eſtoit extremement parée &
illuminée . Le Te Deum qu'on
y chanta avec grande Muſique
& Simphonie , fut ſuivy de
H 2
172 MERCVRE
Motets & de Prieres pour la
confervation de Sa Majeſté.
Le Corps de luſtice s'y trouva
en Robes de ceremonie , &
toute la Ville s'y rendit en
foule. En ſuite on alluma un
grand Feu devant l'Abbaye
par l'ordre de cette illuftre
Abbeffe ; qui fit diſtribuer
du vin au Peuple , pendant
queles Boëtes & les décharges
demouſqueterie ſe firent entendre.
Le 30. l'Abbé General de
l'Ordre de S. Antoine ; aprés
avoir fait faire folemnellement
la mesme ceremonie
dans l'Egliſe de ſon Abbaye,
aux décharges de pluſieurs
Boëtes , fit faire une diſtribution
de pain & de vin à un
grand nombre de Pauvres de
1
GALANT.
173
la Ville & des environs ,qur
avoienteſté avertis .
Mr Dalon , premier Prefi
dent du Parlement de Navarre
, obtint fur la fin du dernier
mois ,l'agrément de la
Charge d'Avocat General au
Parlement de Guyenne, pour
Mr Dalon ſon Fils, quoy qu'il
n'ait pas encore vingt deux
ans . Le Pere avoit exercé cet
te meſme Charge avec bearcoup
de reputation avant que
d'eſtre premier Preſident au"
Parlement de Navarre , & le
Fils qui a extremement de
l'eſprit, donne de fort grandes
efperances.
Je vous envoye une Piece
que vous trouverez tresagréable.
Elle est de Mr l'Abbé
de la Chaiſe. Il fuppofe
H3
174
MERCURE
qu'un fameux Medecin de
Salerne fut confulté la veille
de la Touſſaint , par pluſieurs
Perſonnes de differentes
Nations. La premiere qu'il
fast parler , eſt un Vieillard
Romain qui marche
grande peine , & qui entre
dans la chambre du Mededin,
ſoûtenu par deux hommes
qui luy donnent la main.
Peut- eftre que le changement
de ſituation des affaires
empeſchera que la Piece
ne vous paroiſſe auſſi juſte
qu'elle estoit dans le temps
qu'elle a eſté faite mais à la
regarder par rapport ,
que nous avons veu , il ne ſe
peut que vous ne la trouviez
fort ſpirituelle , & pleine
d'invention .
avec
à ce
GALAN Τ .
175
LE MEDECIN
Pour les Maladies duTemps.
LE VIEILLARD ROMAIN.
Ene puis
puis plus faire aucune demarche
de moy- mesme , & les
perſonnes que vous voyez fur lefquelles
je m'appuye , m'ont fait
faire un faux pas,dontje commence
à reffentir de grandes incommoditez.
Quoy que je m'aperçoive bien
que j'ay beſoin de remedes , je ne
puis me refoudre à vous en demander,
car j'ay toûjours esté d'humeur
à ne vouloir point m'en servir.
Ainsi je vous priefeulement de me
direceque vouspensez de mon mal.
:
Η 4.
176,
MERCVRE
Le Medecin .
Ilfera long, les fuites en feront
facheuses , & ce qui vafans doute.
vous furprendre , c'est que je prevoy
quesi l'on n'y donne ordre prompte...
ment , elles pourront durer plus que
votre vie.
Le François.
T'ay sans doute une santé bien.
confirmée , mais cependant je voj
qu'ilse forme uncertain amasd'humeurs
, qui pourroit tomber avec le
temps sur quelque partie de mon
corps. I'ay deja pris quelques remedes
de precaution. Neferoit ilpoint
bonde continuer ?.
Le Medecin .
Continuez comme vous avez com.
mencé. Il est plus facile de fermer
la Bergerie que d'en chaffer le Loup
quand unefois ily est entré, & vous
avez tant defois éprouvé les pilulles
GALANT . 177
dont vous vous fervez,que vous ne
poovezpas douter qu'elles n'ayents
un bon effet .
Les Allemans paroiffent en
Troupe, l'un d'euxen conduit
le Chef,& les autres le ſuivent
LeChef des Allemans .
F'allay autrefois fur le Rhin où
jemeportay fort mal. Ma fanté
s'eftoitretablie ſurle Danube;mais
on m'engage imprudemment à revenirfur
le Rhin , & je m'apperçoy
déja que mon mal recommence. fe
trouvois fur le Danube d'une certaine
buile de lauriers ,qui mefat-
Joit des merveilles , mais jamais ie
n'en ay pu trouverſur le Rhin . Se
pourroit- il faire que j'y en rencontrafe
, oùn'y a-t- il point quelque
aurrefortede medicamment quifuft
proprepour ma maladie ?
H
178 MERCURE
Le Medecin.
L'air du Rhinvousſera toûjours
pernicieux ; ly croift des lauriers ,
mais il se trouve là des des voisins
quine manquentiamais de les enlever,
&iln'y a pas iusqu'à leurs
enfans quines'en chargent. Cependant
ils n'en font part qu'à ceux
de leur cabale ; ainfiie ne voy rien
qui puiſſe vous estre icy falutaire
que l'huile d'Olives ,dont je vous
conseille l'usage autant que vous
pourrez
!
-L'Allemand conducteur.
Ma maladie est subite , & ce
qu'il y a de facheux c'est que les
precautions , que j'avois priſes pour
l'empefcher , me l'ont attirée. On
m'a faigné d'abord , mais je ne
m'en porte que plus mal. Ie vous
demande un prompt remede, parce
que mes douleurs mepreſſent vive.
ment.
GALANT . 179
Le Medecin .
Et moy , iene puisſi toftvous en
donner. La faignée vous est contraire
, & quant à vous purger,
j'ay peur que la maladie d'elle mcfme
ne vousfaſſe que trop d'évacuation
. Ce que jepuis vous conseiller
preſentement , en attandant que
i'en aye veu les fuites , c'est d'user
de rafraichiſſement , autant que
vous le pourrez,car j'aygrandpeur
que vous ne soyezenfin tourmenté
d'unegrande chaleur d'entrailles .
Les Allemans de la fuite .
I'ay la Fiévre bienforte....
L'ay un grand mal de coeur...
Le Medecin qui les interrompt.
Meffieurs, comme i'ay donné cette
journée à toutes les Nations, ie
ne puis pas vous entendre chacun
en particulier ,parce que vous estes
H 6
180 MERCVRE
trop grand nombre de la voſtre , &
demain ieneferaypas visible:Ainsi
vous trouverezbon que je vous re-...
mette au jour des Morts..
L'Eſpagnol .
Je nesuis point encore malade ,
mais ie crains extremement de le
devenir , parce que iefuisfortfuiet
àgagner le mald'autruy ,Gil me
Souvient qu'iln'y a pas long.temps
que voulant aſſiſter les autres , ie
fusnonſeulementpris deleur mala.....
die ,mais bien plus , chacun ſetira,
comme il put d'affaires ,& l'on me
fit payerpour tous . Ce que je vous
demande donc,quant àprefens , ce
Sont des preservatifs contre la contagion
.
Le Medecin .
६
Tenez-vous clos & couvert man .
gez vos chaponsfans Oranges,&
s'ily a quelquesAigles chez- vous 3
GALANT 1.81 ມ
ga'on leur donne inceſſamment l'effor.
Iln'y a rien qui ſoit fi capable
devous apporter le mauvais air...
L'Anglois ..
f
Mamaladie est proprement une
douleur d'entrailles , & qui viene 试
de deux caufes ; l'une interne, &
l'autre étrangere . Ce que te
crains leplus ce font de ces maux,
qu'on appelle traîtres; deft à dire
de ces fluxions qui tombent tout
d'un coup fur les parties où elless
font le moins attendues. Chacun dit
que mon mal est grand , mais l'ayy
lecoeur bon , &point de fiévre .
Le Medecin .
Il faut travailler differemment
à lacuredevostre maladie . Ce qui
vient d'unecause.estrangere,ſe doit
repousserpar des remedes forts &
vigoureux , & ce qui vient d'une
cauſe interne,pardes palliatifs .La a
182 MERCURE
Saignéeest le premier remede qu'il
faudra tenter , & i'efpere qu'elle
vousferafavorable . Unebonnepurgation
vous gueriroit , car vous avez
besoin d'une grande évacuation ;
mais il n'en est pas encore temps.
On voit icy paroiſtre une
Femme que conduit moitié par
force un Cavalier qu'elle nomme
fon Fils , & c'eſt ce Cavalier
qui parle le premier.
Le Fils aîné de Hollande.
C'eſtoitsans doute la Colique ,
que i'avois ces jours paffez, car
i'eſtois bien tourmenté des vents.
mais le principalde mes maux ,
celuy quifans doute est la source de
tous les autres , c'est un appetit extremement
deregle , qui fait que
ie m'aperçoy mesme aff Souvent
que sans ypenser ,ieprens desmorceauxfi
gros que je ne sçaurois les
avaler.
:
GALANT .. 183
Le Medecin.
Cetappetit immoderévous iouëra
Sansdouted'unmauvais tour.quand
vous y penſerez le moins , carcommevous
en prenez plus que vousn'en
pouvezdigerer , une bonne fois la
chaleur naturelle accablée d'untrop
grand fardeau s'éteindra tout d'un
coup en vous , & vous serezétouffé
en un instant.
La Hollande .
l'eus il y a quelque temps une
grande maladie dont ie penſay mox_
vir,& ie voy que ie commence à ref
Sentiruneagitationd'humeurs toute
pareilleà celle qui la preceda. Ce
que je vous diray tout bas , c'est que
celuy qui vient de parlerà vous,qui
est mon Fils aisné , fous pretexte
de vouloir prendre soindemoy.penſa
me faire mettre en curatelle ,& ie
crains encore cela plus que mon mal...
4
184 : MERCVRE
Le Medecin..
Vous eſtes menacée d'une grande
resheute , qui apparemment fera
plus dangereuseque n'estoit lapre--
miere Maladie. Pour ce qui estd'ef--
tre mife en curatelle ,outre ce que
ie reconnois dans vostre phiſionomie,
iene sçay quet égarement dans
voftre conduite , quime fuit affez
ingerque ceque vous craignezarri
vera, mais ienesçaispas quel fera
voftre Curateur.
Le Suedois...
Fe fuis matade il y a quelque
temps,mais ie me trouvay bientoß
gucriparleſoin d'un genereux
Medecin ,qui paya mesme dusien
tonte la dépense de mon retabliſſe--
ment. Cependant ie l'ay quittémal
àpropos , Giay pris unregime de
vivretout contraireà celuy que ie
ſuivois autrefois. le voybien qu'une
GALANT. 183:
maladie nouvelle me menace. Que.
dois- ie faire pour m'engarantir ?
: LeMedecin .
l'ay feeu vostrepremiere maladie,,
&ie sçay comme vous avez recom..
penſe vostre Medecin ; ainſi vous
voudrez bien que je me dispense
de l'estre,&queie vous priedepor..
ter vostre confultation ailleurs .
,&
LeMedecin ſe leve en tournant
le dos au Suedois
prend congé de la Compa-.
gnie.
On a beau s'imaginer fur
differentes épreuves qu'oneſt
à couvert des ſurpriſes de,
l'Amour , on du moins qu'on
n'aimera, qu'autant
pourra s'en faire un plaifir..
Il eſt un moment fatal pour
ceux meſmes qui ſçavent le :
mieux ſe ſervir de leur raiſon.
qu'on
186 MERCURE
& quand ce moment eſt arrivé
, on eſt la dupe de ſa
confiance , & ce qui n'avoit
eſté juſque- là qu'un amuſement
de galanterie , devient
tout d'un coup un engage .
ment de neceſſité . Un Cavalier
fort bien fait , ayant du
bien & de la naiſſance , ſe ſentit
d'abord touché de la paf.
fion qui eſt naturelle auxjeunes
gens ; il ne fongea qu'à
acquerir de la gloire. Ainſi la
Guerre s'eſtant allumée en
France , il y prit employ ,& les
actions d'éclat qu'il fit , le mirent
bien toſt au nombre de
ceux dont on parle avec le plus
de distinction . Un certain air
martial,qu'on ne manqueguere
d'acquerir en ſuivantla profefſion
des Armes , commença à
GALANT. 187
luy donner une fierté noble
qui releva fort ſa bonne mine,
&la reputation qu'il s'acquit
dans ſes premieres Campagnes
luy ayant fait prendre des ſentimens
de luy- meſme auſſi élevez
que fon courage, il crut
pouvoir afpirer à tout , & il ne
s'arreſtoitl Hyver dans aucune
Ville , où il n'entrepriſt auprés
du beau Sexe quelque importante
Conqueſte. La facilité.
qu'il trouvoit à réüſſir , luy
perfuada que les ſoûpirs eftoient
inutiles pour venir à
bout d'un coeur , quand on
l'attaquoit de bonne grace ,&
le triomphe ne luy couſtantpas
beaucoup , il ne ſe ſentoit piquéen
aimant que du plaifir
de la nouveauté . La paix s'eftant
faite , il luy pric envie de
188 MERCURE
voir differentes Cours. Il em
ploya trois ou quatre années à
fes vovages , & cette étude du
monde fortifia fon merite par
des agrémens , qui le fitents
écouter favorablement de toures
les Belles à qui ilvoulu rendre
quelques ſoins. Il revintent
France dans le deſſeinde fon-.
ger à un établiſſement. En paffant
par une Ville celebre , il
ſe ſouvint qu'un Officier de ſes
intimes Amis y avoit un employ,
conſiderable. Il alla le
voir, &cet Amyle retint chez
luy , en l'aſſeurant qu'il trouveroitdequoy's'occuperagreablement
en ce lieu là , puis
qu'il y verroit quantité de jo--
lies Femmes.Deux jours aprés,
comme c'eſtoit la ſaiſon du
Garnaval, il le mena àun Bal
4
GALANT. 189
qu'on donnoit à uneDame des
premieres de la Ville. Ils n'y
furent pas fi toſt entrez , que
le Cavalier parcourut des yeux
toute l'Aſſemblée, & ayant eſté
frappé de la beauté d'une aimable
Brune , il s'approcha
d'elle , & s'attacha à l'entrete
nir pendant tout le Bal . Il luy
trouva de l'eſprit , des manieres
fort honneſtes , mais fieres
en meſme temps , & quoy que
ce fuſt un caractere tout nouveau
pour luy , ſi ſa vanité en
fut choquée , il ne laiſſa pas de
redoubler ſon eſtime pour cette
belle Perfonne. Leur entretien
fut ſouventinterrompu , parce
qu'on la faiſoit danſer à toute
heure. La Belle s'en acquiton
admirablement , & aprés avoir
danſé avec pluſieurs autres ,
190
MERCURE
elle prit le Cavalier , en luy
diſant qu'elle vouloit le recompenſer
par là du temps qu'il
venoit de perdre à luy conter
des douceurs . Le Bal finit ,& le
Cavalier qui s'en retourna
avec ſon Amy , luy demanda
qui estoit cette agreable Perſonne.
Il apprit de luy qu'elle
demeuroit avec ſon Pere , qui
l'avoit promife à un Marquis
qu'elle devoit épouſer à ſon retourd'un
voyage où ſes affaires
l'avoient appellé . Son Amy luy
dit encore , que quoy qu'elle
cuſt mille belles qualitez
quand elle feroit fans aucun
engagement, il ne luy conſeilleroit
pas de s'y attacher, parce
que ſon Pere ne luy permettoit
de recevoir aucune viſite,
& que d'ailleurs elle estoit d'u-
د
GALANT. 191
ne ſi grande fierté, que le Marquis
qu'elle pouvoit regarder
déja comme ſon Mary , tout
plein de merite qu'il eſtoit ,
n'avoit encore pu obtenir d'elle
de luy faire avoüer qu'elle
eſtoit ſenſible à ſon amour.
Toutes ces difficultez furent
une amorce pour le Cavalier.
Il entreprit de les vaincre , &
ayant ſceu que la belle Brune
voyoit ſouvent une Dame
chez qui ſon Amy alloit quelquefois,
il le pria de luyen donner
la connoiſſance. Il fut introduit
chez cette Dame , &
eſtant d'une humeur tresagreable
& infinuante , il s'y
rendit ſi familier en fort peu
de temps , qu'il y pouvoit aller
à toute heure. Ainsi la Belle
n'y venoit jamais qu'il ne s'y
192 MERCVRE
trouvaſt . Elle estoit fiere , il la
combattit par la fierté , & en
de vantant avec enjouëment
d'avoir un coeur auffi invincibleque
le ſien, il luy fit naiſtre
l'envie de mettre ſa gloire à
l'aſſujettir Ils ſe dirent mille
choſes fines & fpirituelles , &
commencerent à s'aimer veritablement
, lors qu'ils croyoient
eſtre toujours libres, &
ne faire que chercher à triompherl'undel'autre.
Le Marquis
revint , & ce fut alors que le
Cavalier ſe tint aſſeuré de fa
victoire. Il vit la Belle dans un
chagrin qu'elle n'avoit point
encorefait paroiſtre ,& l'ayant
preſſée de luy en dire la cauſe ,
elle ne put ſe défendre de luy
avoüer qu'elle ſentoit plus de
repugnance pour le mariage
qu'ellen'avoit encore fait. C'ef
toit
GALANT. 193
toit aſſez luy en dire pour luy
donner lieu de ne point douter
de fon bonheur. Elle voulut
pourtant détourner ce qu'il
pouvoit croire à ſon avantage ,
en luy diſant qu'an peude re-
Aexion adouciroit le dégouſt
que luy cauſoit un engagement
qui devoit eſtre éternel.
Cependant elle continuadefe
chagriner .Le Cavalier demenra
dans ſa premiere pensée ,
&pour ſe mieux aſſeurer de
ſes veritables ſentimens, il gagna
une Demoiselle qui la fervoit
, & apprit d'elle qu'il ne
luy déplaiſoit pas. Aprés luy
avoir donné trois ou quatre
Lettres dont il nepun avoir de
reponſe, il ménagea fi bien fon
eſprit , qu'elle lay promit dele
faire entrer ſecretement dans
la chambre de ſa Maiſtreſſc.
Decembre 1688. I
94 MERCURE
Elle prit ſon temps pour cette
entreveuë , & feignit qu'elle
s'expoſoit pour le ſervir au
peril d'eſtre chaſſée. La Belle
montra une fort grande colere,
gronda la Suivante , querella
le Cavalier ,& enfin confentit
à luy donner une fort longue
audience. Illuy fit les plustendres
proteſtations ,& vaincuë
par tout ce qu'il luy dit de
paſſionné , elle ne luy cacha
pas qu'elle auroit beaucoup
moins d'éloignement pour le
mariage , ſi c'eſtoit à luy que
fon Pere l'euſt promife. Il ſe
jetta à ſes pieds , luy jura un
amour inviolable , & n'oublia
rien de ce qui pouvoit l'en
perfuader. Il la vit encore trois
ou quatre fois de la meſme forze
, & ils arreſterent que tandisqu'elle
tâcheroit de gagnor
GALANT.
195
A
du temps , il ſe ſerviroit de
quelque Amy pour dégoûter
le Marquis fur les froideurs
qu'elle luy faiſoit paroiſtre. Le
Marquis à qui elles devenoient
infupportables, voulut découvrircequi
pouvoit les cauſer ,
&comme un Amant a les yeux
ouverts ſur tout,il s'apperceut
quele Cavalier voyoit ſaMaiftreffe
chez la Dame qui s'eſtoit
faite Amie de l'un &de l'autre .
Il n'eut pasbeſoind'en apprendre
davantage pour demeurer
convaincu qu'on le trahiffoit.
Il s'abandonna àtoute la haine
qu'unRival peut inſpirer , &
un jour ſur les onze heures
du foir , lors qu'il paſſoit ſeul
dans la ruë de ſa Maiſtreſſe
dans le deſſein de ſe retirer, il
vit un homme qu'on faisoit
entrer chez elle. Quoy que la
12
196 MERCVRE
Lune éclairaſt , il eſtoit trop
loin pour en pouvoir diſtinguer
les traits. Sa jaloufie luy
peignit ce que c'eſtoit , & il
reſolut de ne pointpartirde là
qu'il n'euſt vû la fin de cette a
vanture.Ildemeura deux heures
caché , & l'on vint remettre
le Cavalier dans la rue,ſans
que la porte fiſt preſque aucun
bruit. Il reconnut ſon Rival,
& ſon deſeſpoir ne luy laiſſant
point garder de meſures , il
courut à luy l'épée à la main.
Le combat fut rude, & ne finic
que pardeux grandesbleſſures
qui laiſſerent le Marquis nâgeantdans
ſon ſang. Il paſſa
du monde qui prit ſoin de
luy, tandis que le Cavalier ſe
retira. Il conta à ſon Amy ce
qui venoit de luy arriver , &
cetAmyqui étois puiſſant&
GALANT. 197
fort confideré dans la Ville ,
Faffeura qu'il n'avoit rien à
craindre chez luy , pourveu
qu'il ſe tinſt caché . Le Marquis
dont les bleſfures ſe trouvoient
fore dangereuſes , ſe
condamna luy mefme à mourir
, pour épargnerla gloire de
fa Maiſtreſſe , il cacha le ſujet
de fon combat. Il excuſa méme
le Cavalier autant qu'il luy
fut poffible , en ſe declarant
l'aggreſſeur , fur quelques parolesdont
il s'eſtoit chagrinė
mal à propos ; mais cela n'empeſcha
pas que ſes Parens ne
fiffent faire de grandes infor- >
mations ,& qu'iln'y cuſt d'abord
un Decret contre celuy
qui l'avoit bleſſé.Chacun refſentit
cet incident ſelon l'intereſt
qu'il y prenoit. La Belle
jugeant que le Cavalier ſeroit
१
I3
198 MERCURE
obligé de quitter la Ville , ne
pouvoit ſe conſoler d'avoir
engagé ſon coeur inutilement.
Son Pere qui perdoitun Gendre
dont l'alliance luy euſt fait
honneur , entroit dans les ſentimens
de ceux qui euſſent
voulu voir perir le Cavalier,
&le Cavalier dont les obſtacles
redoubloient la paffion ,
demeura plus reſolu que jamais
de pouffer à bout fon
entrepriſe. Il écrivit à la Belle
par la voye de ſa Suivante
, & luy donna de ſi fortes
aſſeurances d'une conſtance
éternelle, qu'elle n'eut plusque
le déplaiſir de ne le point voir .
Si ſa veuë luy devoit eſtre un
ſujet de joye , elle n'en fut pas
longtemps privée. Comme il
eſtoit auſſi hardy qu'amoureux,
il manda à la Suivante qu'il ſe
GALANT. 199
trouveroit au rendez - vous ordinaire
à une certaine heure
de la nuit , & quoy que fon
Amy luy puſt dire pour l'empécherde
fortir il voulut fatisfaire
ſon amour Il eſt vray qu'il ſe
déguiſa d'une maniere qu'il
euſteſté malaiſé de le reconnoiſtre.
Il pritl'habitd'un Valet
, alla ſans perruque avec des
cheveux fort courts ,& mic
une large emplaftre qui faifoit
paroiſtre qu'il n'avoit qu'un
oeil. Dans cet équipage il pa
rut charmant aux yeux dela
Belle , qui ne cherchoit point
d'autre bonheur que de s'en
voir fortement aimée. Quelques
jours aprés il ſe fervit du
méme déguiſement pour ſe pro
curer la meſmejoye,mais l'évenement
n'en fut pas heureux.
A peine eſtoit- il avec la Belle,
14
200 MERCURE
que desDames qui arriverent
lors qu'elles estoient le moins
attenduës, les mirent tous deux.
dans un fort grand embarras..
H fat obligé pour n'eſtre point.
vûde ſe cacher promptement
derriere unetapiſſeriequilaiffoit
du vuide entrelamuraille.
Comme laBelle avoitde la voix
& qu'elle aimoit la Muſique ,
eesDames lavenoient prendre
pour la mener avec elles à un
Concert qui ſe faisoit dans le
voiſinage. Elle voulut ſe défendre
de cette partie fur ce
qu'il eſtoit tard, & que for
Pere trouveroitmauvaisqu'elle
fortiſt ; mais les Dames entreprirent
d'avoir ſon conſen.
sement, &deux d'entre elle.s.
eſtant allées le trouver , elles.
l'amenerent dans la chambre
de ſa Fille , à laquelle il or
:
GALANT. 201
donna d'aller prendre le plaifir
qu'elles luy offroient. Toutes
les raiſons qu'elle apporta pour
ſediſpenſer d'avoircette complaiſance
, ne luy ſervirent de
rien; elles l'enleverent malgré
elle, & tout ce qu'elle put faire
en les ſuivant , ce fut d'avertir
ſa Demoiselle par un coup
d'oeil qu'elle luy laiſſoit le ſoin
de faire fortir le Cavalier..
Malheureuſement ſon Pere
ayant trouvé ſur ſa tableun livre
nouveau dont il avoit enrendu
parler , il en voulut lire
quelque choſe ,& pendant ce...
temps, un petit chien qui avoit
toûjours dormy , s'aviſa d'aller
derriere la tapiſſerie , & fentant
un homme qui luy eſtoit
inconnu , il ſe mit à aboyer de
toute ſa force. La peur ſaiſit ft
fort la Suivante , qu'elle de
159
202 MERCVRE
meura comme immobile. Le
Pere prit la chandelle pour aller
voir à qui le chien en avoit,
& le Cavalier qui ne pouvoit
ſe tirer d'affaire qu'en fuyant ,
fortit bruſquement , & gagna
la porte. Le Pere courut aprés
criant au voleur fur le degré.
Ses cris attirerent le Cocher ,
&tout ce qu'il y avoit de Domeſtiques
qui mirent la main
fur le Cavalier. L'éclat auroit
perdu ſa Maiſtreſſe , & il aima
mieux ſe laiffer prendre fans.
bruit , que de ſe défendre
peut eſtre inutilement. Il crut
qu'il en feroit quitte pour être
traité comme un voleur ; &
qu'aprés qu'on l'auroit foüillé
pour voir s'iln'emportoit rien,
on ſe hâteroit de le mettre dans
la ruë ; mais la chose tourna
autrement qu'il ne penſoit; le
GALANT.
203
1
méchant habitqu'il avoit pris,
l'emplâtre dont il s'eſtoit défiguré
le viſage , & le lieu où
il venoit d'eſtre découvert ,
donnoient lieu de croire qu'il
s'eſtoit caché pour quelque
méchant deſſein , & lors qu'il
cut effuyé quantité d'injures
qu'il écouta fort patiemment ,
il vit arriver un Officier de
Juſtice que le Pere avoit envoyé
querir ſecretement. Il fut
mis entre ſes mains , & quoy
qu'il puſt faire pour gagner,
cet Officier , il fallut qu'il ſe
laiſſaſt conduire en prifon . Jugez
du deſeſpoir de la Belle ,
quand à fon retour elle apprit
cette avanture.Le lendemain,
elle en fit donner avis à l'Amy
du Cavalier,& il chercha auffi
toſt à remedier à ce malheur
mais eſtant accouru àla prifon,
16
204
MERCVRE
il trouva que tout avoit changé
de face. Le Cavalier avoit
eſté reconnu pour ce qu'il
eſtoit ,& on neleretenoit pas..
comme voleur , mais comme
ayant tué le Marquis , qui
eſtoit mort le jour precedent.
L'affaire qui auparavant avoit
eſté en termes d'accommodement
, receur de grandes difficultez
. Les Parens du Mortfe
voyant maiſtres de la perſonne
du Cavalier , inſiſterent à luy
faire faire ſon Procés , & fi
le credit de ſon Amy n'euft
apporté quelque obſtacle à la
chaleur des pourſuites , le Jugement
euſt pu eſtre prompt.
L'Amour de la Belle ne put
demeurer plus long temps.
fecret. Le déguisement du
Cavalier caché dansſa Chambre
, & ce qui s'eſtoit paffé
GALANT. 205
H
entre luy& le Marquis , en
eſtoient des preuves qu'on ne
pouvoit conteſter. Son Pere
luy fit de rudes reproches , &
lamenaça de ſe joindre à ceux
qui pourſuivoient fon Amant.
Elle ſouſtint ce revers
avec beaucoup de courage ,
& n'ayant à fe reprocher du .
coſté de ſa conduite qu'un
peu trop de complaiſance où :
le vray merite l'avoit enga
gée, elle reſolut de faire voir
qu'elle estoit digne de l'attachement
du Cavalier. C'eſtoit
pour elle qu'il s'eſtoit mis
dans le malheureux eſtat où il
fetrouvoit ; elle crut qu'il y
alloit de ſa gloire de népargner
rien pour l'en retirer , &
elle en fit fon unique foin.
Aprés avoir bien examiné
quel en pouvoit eſtre le plus
206 MERCURE
2
four moyen , elle alla le voir
dans la prifon , accompagnée
de la Demoiselle qui estoit
entrée dans le ſecret de leur
amour. Cette marque de tendreſſe
mit le Cavalier dans
une joye incroyable , mais il
en recent encore une plus forte
, puis qu'elle voulut qu'il
priſt les habits de faSuivante
qui devoit tenir ſa place tandis
qu'ils fortiroit avec elle..
Sa taille eſtoit propre à faire
reudir ce hardy deſſein. H
fe déguifa , marcha derriere
elle avec des coëfes baiſſées
qui luy cachoient une partie
du viſage ,& trompa ainſi les
Guichetiers qui creurent que
c'eſtoient les meſmes Femmes...
qu'ils venoient de voirentrer.
Ils ſe ſeparerent à deux ruës.
de là avec de nouvelles proGALANT.
207
t
reſtations de s'aimer juſqu'au
tombeau , & la Belle qui n'avoit
ſouhaité uniquementic
que de mettre fon Amant en
ſeureté , abandonna le reſte
àla deſtinée . La colere de fon
Pere eſtant à craindre pour
elle aprés une affaire d'un fi
grand éclat , elle jugea à propos
de ne point rentrer chez
luy. Elle s'eſtoit aſſeuré une
place dans un Convent , &
eſtant allée s'y enfermer , elle
luy fit dire que le feul party .
qu'elle avoit à prendre , eſtoit
d'y paſſer ſa vie s'il ne vouloit
pas que leCavalier devinſt
fon Gendre. Cette declaration
l'embaraſſa . Il aimoit fa
Fille , & ne pouvoit ſe reſou
dre à s'en feparer. L'affaire
du Cavalier fut accommodée.
Ses Parties le voyant
208 MERCVRE
hors de priſon voulurentbien
écouter les propoſitions qui
lear furent faites . Le Marquis
avoit prié en mourant qu'on
ceſſaſt de le poursuivre , & fon
Amy qui prenoit fortement
fes intereſts , ſe ſervit ſi bien
de ſon credit , qu'il mit la
choſe aux termes qu'il fouhaitoit.
Si toſt que le Cavalier
fut libre , il fit parler
au perede ſa Maiſtreſſe , quit
ne voyant point d'autre
moyen d'obliger ſa Fille à re--
venirconfentir enfin à ſon mariage.
Il fut celebré avec une
égale fatisfaction des deux
Amans. Elle ne s'eſt point
encore dementie , & il ſeroit.
difficile de trouver une union
plus parfaite.
Le Roy toûjours vigilant
pour ce qui regarde le bien .
GALANT. 209
de ſes Peuples , a fait publier
unEdit par lequel Sa Majestés
declare que les Ennemis de
l'Estat l'ayant engagée à prevenir
par une Guerre neceffaire
les ligues & les projets
qu'ils forment depuis long.
temps , Dieu avoitbeny fi vi
fiblement fes armes , qu'Elle
avoit lieu d'eſperer qu'Elleles :
forceroit encore une fois à
conſentir à la paix , mais qu'-.
une ft juſte entrepriſene pouvant
eſtre ſoutenuë fans des
dépenſes extraordinaires , &
fon intention eſtant d'employer
toutes fortes de voyes.
pour ménager ſes Peuples
meſme de ſouffrir plûtoſtquel--
que diminution de ſes Revenus
, que d'avoir recours à des
levées extraordinaires . Elle
avoit jugé à propos de rece
10 MERC VRE
voir les Deniers qui luyétoiet
volontairement offerts pourr
eſtre employez en conſtitution
de rentes fur la Ville de Paris ..
Dans ce deſſein ,Elle a ordon .
né qu'il ſera vendu & aliené
la ſomme de cinq cens mille li
vres actuels & effectifs de rent
te, dont les conſtitutions ſe--
ront faites par les Prevoſt des
Marchands & Echevins , d
ceuxde ſes Sujets qui les voudront
acquerir, pour les avoir
&prendre fur tous les deniers
provenansde ſes Droits d'Aides
& de Gabelles , qu'elle
déclare ſpecialement par pris
vilege affectez , obligez & hy-
< potequez au payement& continuation
de ces rentes . Cet
Edit a eſté enregiſtré au Parlement
, à la Chambre desi
Comptes ,& à la Cour des AiGALANT.
211
des , & il y a un empreſſements
extraordinaire à porter ſes deniers
à l'Hoſtelde Ville à caufe
dela feureté .
C'a eſté dans la meſme veuë
de veillerau bien de ſes Sujets ,
que Sa Majesté a fait un Reglement
du 29.du mois paſſé pour
lever dans pluſieurs Provinces.
de ſon Royaume des Regimens
de Milice d'Infanterie , qui
foient en estat de marcheraux
lieux où Ellele jugera à propos
pour la ſeureté de ſes Places ,
tant Frontieres que Maritimes.
Ce Reglement porte que les
Intendans & Commiſſaires
départis pour cette levée , s'appliqueront
à regler les Paroiſſes.
qui doivent fournir les Soldats
qui compoſeront les Regi .
mens & les Compagnies , en
forte que fi par l'eſtat qui
212. MERCVRE
1
leur eſt adreſſé , le Roy ne
demande que fix cens hommes
d'uneGeneralité ,&qu'elle
ſoit compoſée de neuf cens
Villages , ils commenceront à
faireun estat detrois cens Villages
les plus foibles de leur
département ,&qu'enfuite ils
feront des eſtats de cinquante:
Villages chacun ,lesquels cinquante
Villages fourniront les
hommes d'une Compagnie ,
obfervant qu'ils ſoientde proche
en proche , afin que lors
qu'onvoudraaffembler laCompagniean
centre de ces Villages,
les Soldats , s'il eſt poſſible ,
ne foient point obligez de découcher
, ou toutau plus qu'ils
ne découchent qu'une nuit
pour s'y rendre . Geluy que la
Paroiffe voudra preſenter pour
fervir dans la Milice , doit eſtre,
GALANT..
213
au moins âgé de vingt ans , ou
n'enpasavoir plus de quarante.
Il ne faut point qu'il fost marié,
&on luy doit fournir les habits
, & les armes neceſſaires
deſquelles il ſe ſervira , en attendant
que Sa Majeſté ait envoyé
desMouſquets pour eſtre
diſtribuez à chacun. Les Licutenans
de ces Compagnies
feront choiſis parmy la Nobleffe
ou gens vivant noblement
, faiſant leur demeure à
portéedes Villagesqui doivent
fournir la Compagnie , âgez au
moins de vingt-deux ans , &
s'il ſe peut , qui ayent ſervy.
Ceux quiont eu employ dans
les Troupes , ou qui ſont dans
les Compagnies de Gentilshommes
Cadets , doivent eſtre
preferez à ceux qui n'ont point
ſervy. Al'égard des Capitai
214
MERCURE
nes , Aides - Majors, Lieutenans
Colonels & Colonels , l'intention
de Sa Majesté eſt qu'ils
foient choiſis parmy ceux qui
ont ſervy , foit dans ſes Troupes,
foit dans les Compagnies
de ſa Maifon. Voicyl'eſtat des
Milices que l'on doit mettre fur
pied. :
Dans laGeneralité de Paris,
il feralevé deux Regimens de
quinze Compagnies chacun,
chaque Compagnie de cinquante
hommes , les Officiers
non compris , faiſant tant en
Sergens que Soldats le nombre
dequinze cens hommes. 4
Dans celle de Soiffons , un
Regiment de quinze Compagnies
, faiſant ſept cens cinquantehommes.
:
Dans celle d'Amiens un
-Regiment d'un pareil nombre
GALANT .
215
deCompagnies; ſeptcens cinquante
hommes.
Dans celle de Roüen , deux
Regimens de quinze cens
hommes .
Dans celle de Caën , un
Regiment de dix- huit Compagnies
; neuf cens hommes.
Dans celle d'Alençon
Regiment auſſi de dix- huit
Compagnies ; neufcens hom-
-mes.
, un
Dans celle de Chalons,deux
Regimens de dix - huit Com .
pagnies chacun; dix-huit cens
hommes.
Dans celle de Dijon , un
Regiment de vingt Compagnies
, mille hommes .
Dans celle d'Orleans , un
Regimentde dix huit Compagnies;
neuf cens hommes .
Dans celle de Moulins , un
1216 MERCURE
:
Regiment de dix huit Compagnies
; neufcens hommes .
Dans celle de Tours ,
un
Regiment de vingt Compagnies
; mille hommes.
Dans la Bretagne quatre
Regimens de vingt Compagnies
chacun ; quatre mille
hommes.
Dans la Generalité de Poitiers
, un Regiment de quinze
Compagnies ; ſept cens cinquante
hommes.
Dans celle de Limoges , un
Regiment de quinze Compagnies
ſept cens cinquante
hommes.
Dans celle de Rion un
,
Regiment de quinze Compagnies
; fept cens cinquante
hommes.
Danscellede Lyon,unRegimentdedix
Compagnies;mille
hommes.
Dans
GALANT.
217
Dans celle de Grenoble , un
Regiment de dix-huit Compagnies
; neuf cens hommes.
Dansla Provence , un Regiment
de vingt Compagnies ;
mille hommes .
Dans la Generalité deMontauban
, trois Regimens de
quinze Compagnies chacun ,
deux milledeax censcinquante
hommes.
Dans celle de Bordeaux,
trois Regimens de quinze
Compagnies chacun ; deux
mille deux cens cinquante
hommes ... JONG
Ce font trente Regimens ,
faiſant vingt-cinq mille cinquante
hommes.
Ilyacaune nouvelle Ordonnance
du 15. de ce mois.
Elle porte qu'ayant eſté repreſenté
au Roy , que dans
Decembre 1688. K
218 MERCURE
les Provinces & Generalitez
de fon Royaume , où les levées
deMilice doivent étre faites , if
y ades Paroiſſes extremement
fortes,leſquelles ſelon leReglement
dont vous venez de lire
l'Extrait , ne ſont obligées que
de fournir chacune un homme;
quoy qu'il ſoit juſte qu'elles
ayent plus de charge que les
Paroiſſes , qui ſont plus foibles,
&qui doivent fournir chacune
un homme Sa Majeſté a ordonné
,que nonobſtant ce qui eſt
porté par ſonReglement du 29 .
Novembre , toute Paroiffe des
Generalitez où la levée de Milice
a eſté ordonnée , qui ſera
cottiſée pour ſa part de la taille
à plusde quatre mille livres,
ſera obligée de fournir deux
hommes de milice ; celle qui
en portera fix mille , en four
GALANT. 219
nira trois ,& ainſi toûjours en
augmentant les hommes de
deuxmille livres en deux mille
livres, en fortequ'une Paroiffe
qui portera vingt mille livres
de Taille, ſera tenüe de fournir
dix hommes. Cela produira
une augmentation fort confiderable.
Monfieur de Francine , Sei
gneur de Grand Maiſon , eſt
mort depuis peu de jours. Il
eſtoit Prevoſt General de l'Iſle
de France , Intendant general
des Eaux de Sa Majesté ,Maréchal
de Bataille de la Milice
de Paris , & Major de la mefme
Ville. Son eorps a eſté
porté à S. Eustache , où il eſt
démeuré en depoſt juſqu'à ce
qu'on letranſporte à une Terre.
Toute la Compagnie fuivit
le Convoy les armes traif
K
-
2
2-20 MERCVRE.
nantes , & les Officiers ayant
leurs baſtons couvertsde crefpe.
Son cafque & les autres
ornemens de ſes Charges furent
portez , couverts auffi de
crefpe , & pofez fur fon cercueil.
Iln'y a plus de Surintendant
de la Muſique du nom de
Lully.Le Fils qui eſtoit reveſtu
decetteChargepar la mort du
fameux Monfieur de Lully ,a
déja ſuivy ſon Pere , quoy
qu'il fuſt encore toutjeune .
Depuis les trois Volumes
que je vous ay envoyez touchant
les Affaires du Temps ,
on peut dire que celles d'Angleterre
ont changé de face ,
puis que le Party du Prince
d'Orange s'eft declaré en abandonnant
le Roy ; que quelques
uns de ceParty ontpoufle
GALAN T. 221
د
leur rebellion juſqu'à vouloir
livrer ce Monarque à fon Ennemy
, & que toute l'Angleterre
a paru tout à coup en
armes , les uns pour le Prince
d'Orange & les autres en
demandant un Parlement libre
, ſans avoir d'intelligence
avec ce Prince. le croy que
vous attendez que je vous parle
plus au long de ces Nouvelles
,& que je vousentretienne
meſme fur ces grands évenemens.
C'eſt ce que je vais faire,&
le détail s'en trouvera
avec ce que j'ay à vous en
dire.
Je vous ay fait voir dans la
réponſe que j'ay faite au Manifeſte
du Prince d'Orange ,
qu'on ne devoit point douter
* qu'il n'euſt un puiſſant Party
en Angleterre ; mais la diffe
K 3
222 MERCURE
rence eſt grande d'y avoir eſté
appellé , comme il le pretend,
ou d'avoir brigué pour y eſtre
appellé , comme il a fait. Son
ambition connuë par toutes
fes démarches preſque dés le
berceau , afin de pouvoir commander
avec une autorité abfoluë
, empeſche que cette verité
ne foit miſe en doute. Ce
Prince , après avoir examiné
pendant pluſieurs années ,quels
pays pourroit ſervir de theatre
àfon ambition & quel pretexte
il pourroit avoir pour la
couvrir , trouva que l'Angleterre
luy fourniſſoit de ſeurs
moyens pour parvenir à ſon
but , parce qu'il n'y a rien que
l'on ne puiſſe tenter lors que la
Religion fert de pretexte , &
d'ailleurs le Peuple Anglois
aime fort la nouveauté .
GALANT..
223
こeuAl'égard des Grands, on ne
peut dire que la Religion les
fafſe veritablement agir. Il y en
apeu qui en ſoient affez fincerement
penetrez , pour rifquer
leur vie & leurs biens ,
afin de maintenir celle qu'ils
profeſſent,& il ne fautque voir
la maniere dont ils s'acquittent
des devoirs qu'elle leur prefcrit
, pour découvrir ce qu'ils
croyent. La Religion ayant
ſervi de pretexte au Prince
d'Orange , pour ſeduire les
Grands d'Angleterre , ils ont
eſté bien-aiſes qu'on ait cru
que c'eſt à ces raiſons qu'ils ſe
fontrendus;mais ils en avoient
une autre que je vais expliquer.
Ceux qui favoriſent l'invaſion
d'un Ufurpateur , ſe
perfuadent non ſeulement que
leur fortune augmentera ,
mais qui regneront fous
K 4
224
MERCURE
luy,& ne luy laifferontqu'une
puiſſance apparente,parce que
'Ufurpateurleur ayant obligation
, & leur devant tout , il
ne ſera pas en droitde leur refuferaucune
choſe. Hs penfent
d'ailleurs que l'apprehenfion
continuelle qu'il doit avoir
qu'on ne le traite comme ila
traité ceux dont il a ufurpé
l'autorité , luy fera accorder les
chofes qu'il ne fcroit pas pour
cux , s'il oſoit en croire fon
peu de reconnoiffance. Cela
arrive ordinairement lors
qu'un Vfurpateur manque de
force & de fermeté , mais on
voit peude ces grands coupa
bles,&de ces Heros du crime
démentir leur caractere , &
marquer de la foibleſſe, quand
ils ont pu faire couronner
leurs injuſtices. Ils en ſçavent
MERCURE 225
plus que ceux qui leur ontaidé
à s'élever. Comme on n'aume
pointà voir les perſonnes à qui
l'on doit tout, ils ſçavent les
éloigner ou s'en défaire,& n'ignorēt
pas quela politique veut
qu'on les facrifie , eſtant vrayfemblable
que des traiſtres ne
feront pas fcrupule d'abandonner
un Vfurpateur aprés qu'ils
ont trahy lâchement leur Sou .
verain. C'eſt pour cela que dés
qu'un Vfurpateur eſt parvenu
au rang qui luy a coutédes cri ->
mes , il commence fon regne
par l'exil ou par l'effufion dur
fangde ceux qui ont contribué
davantage à fon élevation.Vn
homme de ce caractere qui a
la force enmainiquidoiteraindre
pourſa vie,& quin'aaucuns
égards , ne manque jamais de
pretextes& croit mefme,faire
226 MERCURE
un acte de justice , qui luy at
tire des loüanges , lors qu'il
facrifie les traîtres . Il ſe défait
auſſi de tous ceux dont il croit
avoir lieu de ſe défier , il ſuppoſe
des crimes , & des confpirations
comme faiſoitCrom.
vel, & quand on penſe goûter
le calme qu'on voit qui commence
à s'établir aprés la tempeſte
, le ſang coule de toutes
parts , & l'ufurpateur ne cherche
qu'à détruire les membres
d'un Eftat qui font enpouvoir
de nuire au chef. Il ſoupçonne
tous les honneſtes gens d'avoir
intelligence avec leurveritable
Souverain , & de le
vouloir ſervir , & fur ce ſimple
foupçon il les croit dignes
de mort. Voilà ce qui arrive
dans tous les Etats , où il y a
des Vfurpateurs. Voilà ce
GALANT. 227
qu'on adéja vû arriver en An
gleterre , & voilà le fort qut
luy eſt encore preparé. Elle
doit meſme attendre quelque
choſe de pire à cauſe de ſesdifferentes
Religions . On menage
à preſent ceux de la Religion
Anglicane afin qu'ils aident
à deſtruire la Religion
Catholique, mais il eſt à croire
que les Proteſtans qui ne sçauroient
ſouffrir d'Eveſques , ne
manqueront pas d'attaquer un
jour la Religion Anglicane.On
n'en peut douter puifque non
ſeulement ils font les plus forts
dés aujourd'huy , mais encore
parce que la Religion Proteſtante
doit eſtablir fon empire
en Angleterre , que le Prince
d'Orange qui s'en dit le Chef
ydoit demeurer comme Pro
K6
228 MERCVRE
:
tecteur de cette Religion ,
que les Proteftans qui font
difperfez en divers cadroits
del'Europe , font eftat de s'y
venir establir des que l'antorité
du Prince d'Orange y paroiſtra
affermie. Aini lear
nombre doit eſtre dix fois aufli
grand que celuy du party de
ceux qui font de la Religion
Anglicane , & comme en matiere
de Religion on eſt trop
obſtiné pour cederau nombre,
voilàun ſecond ſujet d'un carnage
perpetuel en Angleterre.
La Religion fera répandre du
fang pour ſes intereſts ,& le
Prince d'Orange pour le fien
&les Etrangers y feront en
plus grand nombre que les Anglois
naturels . Il s'y meflera
auli un jour un party pour le
د
GALANT. 229
Roy d'Angleterre qui fera celuy
de la Justice , de forte que
Fon peut jugerdés à préſent ,.
que pour peu que le Prince
d'Orange s'eſtabliſſe en Angleterre
, on verra couler le
fang de ce peuple pendant plufleurs
années ,& regner la dif
corde avec la confufion, ce qui
fera cauſe qu'on ne sçaura
comment y fervir Dieu , ny
quel Souverain y reconnoi
ftre. Je ne parle point icy par
un eſprit prophetique ny pour
avoir lieu de faire un raifon
nement fur les nouvelles cou-)
rantes. Qu'on life toutes les
Hiſtoires qui parlentdes revo
lutions ,arrivée dans les plus
grands Empires , ainſi que
chez les Souverains qui ne
ſont pas du premier ordre , &
230 MER CVRE
•l'on verra que de tels évene
mens ont toûjours eſté ſuivis
de malheurs ſemblables à ceux
dont l'Angleterre paroiſt menacée.
Il n'y a perfonne qui ne demeure
d'accord que le motif
de la Religion ne ſert que de
pretexte à l'ambition du Prince
d'Orange. Tout homme qui
agit veritablement par ce feul
principe , a d'autres manieres,
& ſes actions ne démentent
point fes paroles . Enfin quand
on entreprend de ſouſtenir la
cauſe de Dieu , on n'a que
Dieu ſeul devant les yeux , &
on ne fait rien de ce qu'il defend.
Les Perſonnes des Rois
font facrées ,on les doit hon
rer de quelque Religion qu'ils
foient , ſuivant ce que Dieu a
GALANT.
23
>
dit , qu'il faut rendre àCefar ce
qui appartient à Cefar.Pour eſtre
d'une Religion contraife , on
ne doit point attenter à la vie
des Souverains , & il n'y a aucune
Religion qui le permette.
Cependant le Prince d'Orange
protege deux Scelerats qui ont
attenté à la vie de deux Rois ,
auſquels il eſt uny par le ſang
&parune alliance preſque auffi
forte. Il devoit les faire punir,
& s'employer luy-meſme pour
leur fupplices , ſi les Bourreaux
luy euffent manqué , quand
meſme il auroit cu guerre avec
la Grande Bretagne. Ce ſont
neanmoins ſes Conſeillers , ſes
Miniſtres, ceux qui compofene
ſes Manifeſtes ,& les Apoſtres
dont il ſe fert pour prefcher
des Peuples qui les auroient
232 MERCURE
vûs au gibet , ſi leur fuite ne
les euſt pas dérobez à cette
honte. On ne peut douter de
la vehemence de cesOrateurs,
à parler & à écrire contre le
Roy d'Angleterre , puis qu'ils
ne pouvoient revoir leur Païs
qu'en le calomntant & en travaillant
à ſa perte. Ils y vont.
triompher , & pour leur propre
intereſt tâcher d'exciter de la
haine dans les coeurs des peuples
contre leur legitime Sou-
-verain. Si le feuldefirde regner
ne faifoitepas agir le Prince
d'Orange , il ne feroit jamais
party de Hollande , puis qu'avant
fon départ Sa Majefté
Britannique avoit remis au
mefme eſtat toutesles choſes ,
pour lerétabliſſement deſquelles
il publie qu'il a armé. Ce
1
GALANT.. 233
$
6
qu'il y a de furprenant, c'eſt
qu'il ſe ſoit trouvé quelqu'un
qui ait cru que la Religion le
faifoit agir. On n'avoit point
veu juſque- là que la Religion.
l'euſt empêché de faire tout ce
qui le pouvoit élever , & il a
toujours paffé ſur tous les ſcrupules
qu'elle peut jetter dans.
une ame , d'une maniere à farre
voir clairement qu'elle n'a
aucune part dans ſes entreprifes.
On pentaffurer auffi qu'il
n'employe ce grand nom de
Religion que pour le faire fervir
à ſa politique , & l'on n'en
doutera pas quand on examinera
ſon procedé.Vous ſçavez
qu'il avoit pratiqué des gens
qui devoient luy livrer leRoy
d'Angleterre , & qui avoient
concerté de s'en faifir pendant
234 MERCURE
que ce Roy viſiteroit un des
quartiers de ſon armée , &
qu'un ſaignement de nez qui
luy dura quelques jours ayant
empêché qu'ils ne fiſt cette viſite
, celuy qu'il y envoya découvrit
la trahifon . On peut
voir ſi cela s'accorde avec les
proteſtations que le Prince
d'Orange avoit faites qu'il n'en
vouloit point à ce Monarque.
Dans les plus cruelles guerres
& entre des ennemis , qui ſe
ſont donné l'un àl'autre de juſtes
ſujets de ſe haïr, on en uſe
plus genereuſement. Chacun
ſouhaite de voir ſon ennemy
l'épée à la main & de le vaincre
,mais on ne voudroit pas
employer la trahifon pour en
triompher , & l'on ne fait enlever
que des ſcelerats & des
GALANT.
235
criminels. Ce n'eſt pas qu'il
n'arrive quelquefois qu'on enlevedes
quartiers entiers d'une
armée,avec le Commandant,&
le Prince meſme quand il s'y
trouve , mais on doit alors regarder
cela comme une action
de guerre , & quand le Prince
eft pris, il l'eſt par ſes ennemis,
& non par des Sujets corrompus
pour le livrer. Si ceux du
Roy d'Angleterre s'eſtoient
révoltez contre luy , à qui ce
Monarque auroit- il deu demander
du ſecoursqu'au Prince
d'Orange ? & qui auroit deu
luy en donner plûtoſt qu'un
Prince de ſon ſang , qui en même
temps ſe trouve ſon Gendre
? Tout ce qu'auroit pû fairele
Prince d'Orange , auroit
eſté de tâcher d'obtenir bean236
MERCVRE
C
1
coup de choſes en faveur de ſa
Religion, & de fatisfaire ainſi
fon honneur , ſon devoir , fon
Beau pere , ſa Religion , &
meſme les Peuples , contre lefquels
il auroit eſté appellé.
Voilà ce qui luy auroit fait
meriter l'eſtime de toute la terte
, au lieu qu'il ne peut eſtre
regardé que comme un Vfurpateur
par ceux meſmes de fon
party , l'action qu'il vient de
faire n'eſtant autre choſe dans
le fond, quelques noms dont
on la puiſſe appeller , & quelques
couleurs qu'elle puiffe recevoir.
Il n'y a que détours ,
furpriſes , mauvaiſe foy , union
de Scelerats , fuppofitions. On
viole les loix du fang,&celles
de l'honneur & de l'alliance ;
on laiſſe contre toute forte d'uGALANT.
237
fage , des Ambaſfadeurs à la
Cour du Roy d'Angleterre
pour le mieux tromper , &
pour luy dire que l'on ne veut
point de guerre ; on entre enfuite
chez luy pour la luy dé
clarers on boit auffi- toſt à ſa
ſanté , en diſant qu'on n'a aucun
deſſein de lay nuire , &
dans le même temps on veut
fe faire rendre par les Magiſtrats
les mefmes honneurs
que l'on rend au Roy ; on ſe
faifit des deniers Royaux , on
commande , on agit en Souverain,
on cherche le Monarque
qu'on feignoit de ne vouloir
point attaquer , on ſeduit
ſes propres Gardes & fes Favoris
pour les engager à le livrer;
on demande un Parlement
l'épée à la main , pour luy
238 MERCURE
faire faire tout ce qu'on voudra
, & tout ce qu'un amas de
Traiſtres ont concerté,& comme
il faut ébloüir les Peuples
parquelque choſe qui les flatte,
on ajoûte le mot de libre à ce
Parlement dans le même temps
qu'on eſt aſſez aveuglé pour
faire connoiſtre , qu'on a pris
des meſures , pour le forcer à
ne faire que ce qui a eſté concerté
dans le temps qu'on a refolu
l'armement , & arreſté la
perte du Roy.
Cependant à bien examiner
toute la conduite du Roy , &
ce qui s'eſt paſſé depuis le commencement
de ſon Regne , on
trouvera que les Anglois n'ont
point de ſujet de s'en plaindre .
Si - toſt que le Roy. Charles II .
fonFrere fut mort , il déclara
GALANT.
239
د & ileſtoitCatholique
hefme avant que le Parlement
faſt aſſemblé. Ainsi le Parle .
ment a non ſeulement confenty
qu'il profeſſaſt cette Reli
gion ; mais meſme il l'a couronné
comme Catholique , &
toute la Nobleſſe du Royaume
a aſſiſté à cette ceremonie. Les
Proteſtans qui ont commencé
à travailler ſecretement à fa
perte , lay eſtoient redevables
de ce qu'ils profeſſoient leur
Religionfi paiſiblement , &
par la liberté de confcience
qu'il avoit donnée il
avoit tellement étably la
tranquillité parmy les Peuples
, qu'il recevoit tous
les jours des Adreſſes qui luy
marquoientleur reconnoiſſance.
Ces Adreſſes ſont ſignées
د
240
MERCVRE
d'un fi grandnombre de gens,
que leParlement ſoit compos
ſe d'autres perſonnes que de
ceux par qui elles ont eſté ſignées,
de fortequ'ils ne ſe pour
Font plaindre du Roy ſans ſe
condamner eux - meſmes . Si
cela arrive ,'on verra par là que
ceParlementine fera pas libre.
Ceux qui ſe plaignent de ce
Monarquedifent qu'ila donné
diverſes Charges aux Catholiques
, mais fa l'on examine
leurs plaintes,ontrouveraqu'il
leur en pouvoit donner.comme
aux autres , puis que la
liberté de confcience eſtoit
permife; mais que cependant
il n'avoit égard qu'au feul
merite& à ceux qui ſervoient
bien l'Etats qu'il donnoit indifferemment
les Charges à
des
4
GALANT.
241
desperſonnes de Religion differente
, & qu'il y avoit beaucoup
moins de Catholiques
que d'autres qui en fuſſent
pourveus. Il eſt vray qu'il y a
des gens ſidéraisonnables
qu'ils ſouhaitoient quelesGatholiques
n'en cuffent point ,
ce qui neſe pouvoit accorder
avec la liberté de confcience.
Le Parlement , en couronnant
le Roy comme Catholique?
pouvoit bien croire qu'il ne
les maltraiteroit pas plus que
les autres. On ne peut accufer
ce Prince d'avoir rien fait con
tre les autres Religions ,& les
Proteftans s'en doivent louer.
Lors qu'ilen eft venu en Angleterre
des Pays Etrangers, il
leur a donné de l'argent de fa
bource ,& aſouvent ordonné
Decembre 1688 . L
242 MERCVRE
desCollectes .Enfin l'Angleterre
jouiſſoit d'un calme dont
elle eſtoit bien éloignée , du
temps que l'on pourſuivoit les
Nonconformiſtes. C'eſt une
choſe qui nepeut eſtre miſe en
doute; auſſi les Peuples n'ontils
eu aucune part à ce qui
vientd'eſtre fait ,& n'eſtoient
point du complot. Le prince
d'Orange l'a tramé avec les
Grands ſeuls , il a ſceu les ſeduire
pour les faire ſervir à
fon élevation contre toutes
fortes de droits. Il n'avoit pas
d'abord beſoin des peuples , il
luy ſuffifoit d'avoir une Armee,
& les Grands pour luy.
Quand on a commencé une
entrepriſe avecde pareilles forces,
les peuples effrayez cedent
au torrent , moitié par crain-
د
GALANT. 243
te,& parce qu'ils s'y voyent
contraints ,moitié parce qu'on
leur perfuade que c'eſt pour
leur avantage , & le tout enſemble
, parce que ne pouvant.
refiſter à leurs Gouverneurs ,
& aux Seigneurs dont ils dépendent
, ils veulent éviter
leur ruine. Cela s'eſt vu dans
l'arrivée du Prince d'Orange
en Angleterre ; les peuples qui
n'eſtoient point d'intelligence,
&qui estoient contens de leur
Souverain,ontd'abord tenu fer
me , mais quandilsont vu que
tous lesGrands groſſiſſoient le
Party de ce prince,& qu'ils eftoient
trahis, ils ont cedé à la
force,parce qu'ils n'ont pû faire
autrement ; mais ils feront un
*jour au deſeſpoir lors qu'ils
verront qu'on les vondra fore
L2
244 MERCURE
cer tous d'embraſſer la Religion
Proteftante . Le Prince d'Orange
qui ne pretend pas ſeulement
eſtre Souverain d'Angleterre
, mais qui comme
Chef de la Religion Proteſtante
, veut eſtre Souverain
de tous les Souverains qui la
profeſſent , nepourroit meriter
ce titre avec justice , s'il fouffroit
d'autres Religions dans
les Etats où il veut regner comme
Chef des Proteftans . Ainſi
quoy que ce Prince ſoit né
fujet & dépendant d'un petit
nombre de Provinces révoltées
contre leur Roy legitime , &
habitées par des Marchands ,
ſon ambition fait qu'il ſe regarde
déja comme Souverain de
tousles Princes Proteſtaps,non
ſeulement en qualité de Roy
GALANT.
245
d'Angleterre , mais encore en
qualité de Chef & de Protecteurde
tout ce qu'ilya de Proteſtans
. Ceux de ſonParty publient
déja que lors que tous les
Souverains qui profeſſent cette
Religion , uniffant leurs forces
fous ce Chef, auront executé
leurs deſſeins dans un
Royaume où on ne les craint
guere, ils feront reſtituer les
Temples aux proteſtans de
Hongrie ,& rendront l't mpire
alternatif , entre les Catholi
ques & les Proteftans. Je ſçay
bien que le Prince d'Orange
n'eſt pas en état de faire connoiſtre
qu'il ait ces penfées ,
mais il préfume affez de luy
mefme pour les avoir , & l'on
ne s'y doit non plus fier qu'aux
Etats ,' puis qu'on ne les doit
e
L3
246 MERCVRE
regarder que comme le Corps
&le Chef. Ils font dire dans
toutes les Cours parleurs Ambaſſadeurs
, que l'affaire d'Angleterre
n'eſt qu'une affaire de
Religion qui ne regarde point
les Princes, Catholiques. Ils
diſoient la même choſe au Roy
d'Angleterre , pour le tromper&
pour endormir ſa vigilance.
Ils vouloient lay perfuaderque
leur armement nele
regardoit pas ; ils l'affuroient
qu'ils vouloient vivre en bonne
intelligence avec luy ,& ne
retiroient point leur. Ambaffadeur
afin de le mieux ſurprendre.
Ceux que les Etats
veulent abufer aujourd'huy
n'ontqu'à donnerdans les'mef.
mes pieges , & à laiſſer forti..
fier la puiſſance du Prince d'O
1
J
LA
AGALANT. 247
او
range , ils aurontunjour tout
fujetde ſe repentir de leur credulité
, ce prince l'ayant pris à
l'égard de la Religion fur un
pied à croire pouvoir un jour
attaquer avec juſtice tout ce
qui ne fera pas de la proteſtante.
Cependant il n'y a point
d'honneſtes gens de quelque
Religion qu'ils ſoient , qui ne
doivent avoüer , que l'entrepriſe
du prince d'Orange eftantun
attentat qui ne peut
eſtre justifié , la Religion proteſtante
ſe trouvera dans tous
les Siecles noircie du crime
qu'il vient de commettre . Il ſe
regarde déja luy meſme comme
coupable par la crainte qu'il a
d'eſtre puni , & perſonne n'a la
} liberté de luy ' parler , qu'il n'y
ait quatre Gardes entre luy&
L 4
2.48 MERCVRE
celuy qui luy parle. Cette
crainte , dont les tirans ont
toûjours eſté agitez , & qui les
empechez de joüir tranquillement
du fruit de leurs crimes,
marque qu'il ſe croit luy-mesme
criminel , & qu'ila merité
ce qu'il craint ; mais comme
fon ambition demeſurée eſt ce
qui l'a faitagir , il a commencé
à le faire paroître en faiſant
attendre pendant cinq quartd'heures
le prince de Danemark
dans ſon antichambre ,
lors quece prince abandonna
le Roy pour le venir trouver.
Les Grands d'Angleterre doiventjuger
par là de quelle mas
niere ils ſeront traitez , quand
fon autorité ſera affermie , &
s'ils ne les épargne pas ,les peuplesdoivent
s'attendre à vivre
i
GALANT. 249
dans l'esclavage , & à pis encore
s'ils n'ont une aveugle obeïfſance
, car le caracterede ce
Princeeſt de vouloir eſtre ainſi
obey , & qui n'eſt pasentierement
foumis à ſes ordres courc
les riſques que chacun ſçait ,
& que n'ont pû éviter de
grands hommes d'une ſageſſe ,
&d'une probité reconnuë.
Il faut avoüer que ceux qui
veulent juſtifier un méchant
party s'aveuglent ſouvent &
découvrent leurs méchantes
intentions , par les choſes meſmes
qu'ils croyent devoir fervir
àles cacher. Dela maniere
que le Prince d'Orangea publié
qu'il eſtoit appelléen Angleterre
, il n'y a perſonne qui
n'euſt dû croire que tous les
peuples ſçavoient ſa venue,&
250
MERCVRE
qu'ilsl'avoientappellé .Cependant
tout le contraire a paru
par les libelles qu'il a fait ſemer
d'abord pour les ſeduire , &
par le peu de diſpoſition qu'il
a trouvé parmy eux à le favor
rifer aprés ſa deſcente juſqu'a
ce qu'ils ſe ſoient vûs trahis
par les Grands. Le Prince
d'Orange en faiſant ainſi ré
pandre des écrits ſeditieux ,
les gens debon ſens pouvoient
aiſement connoiftre par là-que
fes démarches eſtoient contraires
àce qu'il avoit dit , &
qu'en s'aveuglant luy- meſme
il vouloit apprendre aux Peuples
ce qu'ils n'auroient pas
dû ignorer , s'il euſt eſté vray
qu'il euſt eſté d'intelligence
avec des Grands pour le faire
venir enAngleterre..
GALANT. 251
Ce qui fait encore voirquele
Prince d'Orangen'avoit point
d'autre deſſein que d'envahir
l'Angleterre ſous pretexte de
Religion , c'eſt que n'eſtant
venu,diſoit il , que pour faire.
convoquerun parlement libre.
Il devoit être content aprés .
la convocation que le Roy en
a faste. Il avoit obtenu par là
plus qu'il n'avoisdemandé.Ce
Parlement devoit eſtre libre à
l'égard du Roy. , que preſque
tous les Grandsavoient quitté,,
&ilnedevoit point croire que
ce Monarque ſans puiſſance
cuſt pu empefcher la liberté
des fuffrages. Il devoit meſme
eſtre compoſe de tous ceux
quiavoient quitté ſon party ,
la proclamation de ce parle
:
252
MERCURE
ment renfermant une Amniſtie
pour eux , de forte qu'il
auroit eſté remply de perſonnesqui
auroient eſté affidées
au prince d'Orange , & foutenu
par fon Armée ; ceperdant
tout cela ne luy ſuffiſoit
pas , &comme il avoit reſolu
de perdre le Roy, ou de luy
faire abandonner l'Angleterre,
il apprehendoit que la fermeté
de ce Monarque ,& la justice
deſes raiſons , ne le justifiafſent
dans le parlement , c'eſt
pourquoy à mesure qu'ila obtenu
ce qu'il a ſouhaité , il a
voulu davantage.
le finis par la fuite de la
Reyne d'Angleterre , & fon
arrivée en France avec le prin
ce deGalles , & par l'infortuGALANT.
253
nedu Roy dont le malheur fait
triompher ſes Ennemis . Ie
n'entre point icy dans le détail
de cette fuite&ne disrien
de lamaniere dont on pretend
que le Roy a eſté arreſté . La
Reyne & le prince de Galles
font en France; le Roy n'a pu y
paſſer, cela ſuffit pour l'Hiſtoire
. La maniere dont les choſes
ſe ſont paffées , peut émouvoir
les coeurs , & je la laiſſe
pour ſervirde matiere aux con
verſations. J'auray aſſez à faire
a parler des faits principaux ,
& à demefler les miſteres de
laPolitique. Je ſuivray le mois
prochain ce que je vous en ay
donné dans les trois Volumes
des Affaires du Temps,& vous
en entretiendray dans ma Lettre
ordinaire comme j'ay fait
dans celle- cy.
254
MERCVRE
le remets l'article des Enigmes
juſqu'au temps où j'auray
moins à vous dire touchant la
Guerre.le vous ay déja envoyé
uneChanſon ſur les Conqueſtes
de Monſeigneur le Dauphin
dans la relation de ſa
premiereCampagne. En voicy
une ſeconde d'un habile Maiſtre.
AIR NOUVEAU.
Helas ! que ces jours estoient
beaux :
Que iepaffoisfeul avec elle!
Mesyeux charmez en la voyant
fibelle
Promettoient àmon coeur milleplaifirsnouveaux
,
Etienefongeois pas qu'une abfence
cruelle :
GALANT. 255
Meconfervoit un jour une douleur
mortelle .
Helas! que ces jours estoient
beaux
Que iepaſſois seul avec elle !
Je ſuis , Madame , Voftre,
&c.
THEAUT
FLYON
*
1393
Avis pour placer les Figures.
L
A Planche doit regarder la
page 166.
La Chanfon qui commence
par , Helas que cesjours estoient .
beaux.doit regarder la page 255 .
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