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1688, 11 (partie 1, complétée par les Affaires du temps) (Lyon)
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7.86 Mo
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269
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EXBIBLIOTHECA
AUGUSTINIANA
LVGDUNENSI


807156
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
NOVEMBRE
LEDE
THEQUE DELA
BIBLH
*
88 .
LYON
VILLE
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY , rua
Merciere au Mercure Galant.
M. DC. LXXXVIII.
AVEC PRIVILEGE DU ROT


LE LIBRAIRE
AU
LECTEUR.
L'o N achevera d'imprimer
dans lemois de Fevrier à Lyon
chez le Sieur Amaulry toutes les
Oeuvres d'Etmulerijopera Medica
, en deux gros Volumes Infolio
augmenté de prés de la moitie tout
racomodé , & traduit tous les mots
Allemans en Latin , ce fera un
Ouvrage de Medecine dans ſa
derniere perfection .
L'on distribuë le Journal des
Sçavans pour huit fols chaque
cahier. L'on vend les Almanachs
A
3
2
de Milan de 1689. 20. fols ,&la
Connoissance des Temps auffi pour
20. fols.
L'on distribuë auſſi dans la
mesme Boutique de toutes fortes
de grands Almanachs de Paris
&de toutes fortes de belles Heures
impreſſion & relieure de Paris ,
avec des Fermoirs d'argent & autres.
TABLE.
2
I
Morts.
Fable.
3
140
Fondation du College Mazarini.20
Ieude la Guerre.
7,3
Le Papillon & l' Abeille. 85
Histoire.
J 95
Servicefait à Troyespour M.le Ma--
refchal Duc de Vivonne . 1771
Benefices donnezpar le Roy. 129
Caprice. 133
Réjouiſfiancesfaites en plusieurs Vilbes
de France pour la prise de Philisbourg.
137
Роёте. 138
Discours touchant les Droitsde Madamefur
la ſucceſſion defewM.
l'Electeur Palatinſon Fiere. 152
TABLE .
Ouvrageſur l'ancienTestament depuisla
Creation du Monde.163
Benediction. 164
AutresMorts. 165
Nouvelles du Siege de Negrepont .
152
Ouverture du Parlement & de la
Cour des Aydes. 193
M. de Foulé de Martangis est
renvoyéAmbassadeur en Danemarc.
199
Modes nouvelles. 200
Noms de ceux qui ont deviné les
Enigmes. 204
Enigmes nouvelles. 206
Affaires d'Angleterre. 207
RetourdeMonseigneurle Dauphin.
225
Declaration de la guerre contre la
Hollande. 226
Prix d'Eloquence &de Poësie proTABLE.
posez parl'Academie Françoise
pour l'année 1689 . 227
Troisième Articlede Morts. 228
Fin de la Table.
Avis pour placer les Figures ..
L'air nouveau , qui commence
dans ces lieux doit regarder la
P96..
Lafig. doit regarderlap. 198.
L'air qui commence ,Allez jeunes
Guerriers , doit regarderlap. 150..
:
LIVRES NOUVEAUX
qui se trouvent à Lyon , chez le
Sieur AMAULRY Libraire , depuis
1688. jusqu'à present.
Euvres mélées de Mr. S. Euvremont
Oaugmenté de plus d'untiers, inquarte
6. liv.
Nouvelle Methode du Blafon du Pere
Meneſtrier, avec 31. Figures en taille-douce
in 12. 2. liv.
Affaites du Temps concernant , la
France , Rome , l'Allemagne , l'Hollande
& Cologne , avec l'entrepriſe du Prince
d'Orange contre l'Angleterre , indouze ,
3.vol.3. liv.
Ordonnance de Loüis XIV. touchant la
Marine inquarto , 4. 1. 10. f.
Utilite des Voyages & de l'avantage que
la recherche des Antiquitez procure aux
Sçavans , indouze , 2. v. 4.1.10.f.
Hiſtoire du Cardinal Mazarin , par M.
Auberi , indouze, 1. v. 5.1.
Diſcours fur la bion feance avec desMaximes
& des reflexions tres-importantes&
tres- necsſſaires pour reduire cette verta en
uſage , indouze , 1. 1. 10. f.
Catalogue.
Hiſtoire desVariations des Egliſes Proreſtantes
, par M. l'Evefque de Meaux , inquarto
, 2. v. 12. 1 .
Les Idilles de Theocrite , rraduites de
Grec en Vers François avee des Remarques,
indouze , 3. 1.
Nouvelles Conversations de Mademoiſelle
Scuderivindouze, 2.v. 4. 1 .
Lettres àune Dame de Province ſur les
Dialogues d'Eudoxe & de Philante,indouze
20. fols.
Recücil des Curiofitez de Lemery , indouze
, 2.v. 3. 1. 3
Oeuvres de Mr. Pradon , avec Regulus ,
indouze , 3.1.
Ocuvres de Mr. Capiſtron , indouze, 4.1 .
La Fefte de Chantilly , faite pour Mr. le
4
Prince , indouze, 15. f.
Les Ocuvres de Mademoiselle Bernard ,
contenant le Comte d'Amboiſe , indouze ,
2.v. 2.1. 10, fols.
Le malheur de l'Amour où Leonord d'Yvré
, indouze , 10. f.
Le Prince Eſclave par Mr. Prelchac , indouze,
10. f.
Hiftoire de la Monarchie Françoiſe , où
Relation de tout ce qui s'eſt paſſé depuis
1643. juſqu'en 1688, indouze , 2.v. 4.1.
Almanachde Milan pour 1689. 10. f.
La connoiſſance des temps pour 1689,
20. fols.
LesOcuvres de Mr. Poiſſon , indouze ,
2.7.3.1,
Le Dictionnaire Hiſtorique deMorery ,
fol.3.v. augmenté 45. 1.
Catalogue.
Le ze.tome ſe ſepare pour 15.1.
Diflertation ſur la Goute tant la chaude
que la froide , ind. 20. f.
Traité des Operations de Chirurgie, ind .
20. fols.
Chimie charitable des Dames , indouze
30. fols.
Du Bon- heur & du malheur du Mariage,
ind. 2. v. 2. 1 .
Reflexions ſur l'uſage preſent de laLangue
Françoiſe ou Remarques nouvelles&
Critiques touchant ia Politeſſe du Langage,
ind. 2. liv.
Differtations ſur les Urines , ind, 20.f.
Sentimens de Clearque ſur les Dialogues
d'Eudoxe &de Philante , ind. 20.f.
Le Cour de Geometrie Pratique par le
Sieur du Torar , ind. 20. f.
Nouvelle Vies des Saints pour tous les
Jours de l'Année augmenté de tous les
Saints nouvellement Canoniſez , l'éloge de
leurvertu principale tiré dé l'Ecriture Sainte
&des Priere pour chaque Saint , in octa-
VO, 4. V. 12.1.
Eftat preſent de l'Egliſe & de la Colonie
Françoiſe dans la nouvelle France , par Mr.
l'Evefque de Quebec , in- octavo , 2.1.
Dictionnaire des termes propres deMarine
avec lesPavilions& les Enſeignes que
chaqueNation porte en Mer , deſignez &
blafonnez ,8. 3. 1 .
Panegyriques des Saints de Mr. Lamons
inoctavo , 3.1,
Anatomie du Corps humain, avec les
Remedes des maladies du Corps humain ,
8. 2.7. 8. 1.
Catalogue.
Le Manuel de Pictete avec des Reflexions
tirées de la Morale de l'Evangile , indouze,
3. livres.
Ricard des Subtitutions , infolio 15.1.
Hiſtoire de Loüis onziéme de Mr. Varillas,
in 4. 2. v. 12.1 .
Idem indouze 4. vol. 7. liv.
Hiſtoire des Hereſics de Mr. Varillas ,
tome s. & 6. 18. liv.
Idem 12. tome 9.10. 11. & 12. ind.
4. v. 7. liv.
Homme de Cour par M. Amelot de la
Houſſave , ind. 2. 1 .
Caractere de Theopraſte avec les Mooeurs
de ce Siecle , ind. nouvelle Edition augmenté
, 20. f.
Antiquité des Temps , ind. 2. 1. 10. f.
Parfait Mareſchal Soleiſel 4. nouvelle
Edition , 8. liv.
Uſage du Caffé par Mr. de Blegny , avec
14. Figuresen taille-douce , 30. f.
LesOeuvres du R. Pere Menestrier , contenant
,
La nouvelle Methode du Blafon , ind:
2. livres.
LesPreuves de Nobleſſe , ind. 2. v. 4. liv.
LesOrigines duBlaſon , ind. 2.7.4. liv.
Traité de Chevalerie , ind. 2. liv..
Les Oeuvres de.Meſſieurs de Corneille ,
ind. 9. v. 18. 1.
Chimie de l'Emery , nouvelle Edition
augmenté, in-octavo , 3.1.
Les amitiez mal- hemeuſes Hiſtoire Defpartes
, ind. 20. f.
Lettres Spirituelles du R. Pere Epiphane
Loüis Abbé regulier d'Etival , ind. 30. F.
Catalogue.
Deſcription Hiſtorique du Royaume de
Macacar par Mr. Gervaiſe , ind. 30. f..
Recücil des Edits , Declarations , Arreſts
& autres pieces , coucernant les Duëls &
rencontres , ind. 3. 1 .
Les Oeuvres de Mr de Fontenelle , Nereu
deMeſſieurs de Corneille contenant ,
Les Dialogues des Morts, ind. 2.v. 30. f.
Entretiens ſur la pluralité des Mondes,au
gmenté d'une fixiéme nuit , ind. 30. f.
Jugemens de Pluton ſur les Dialogues
desMorts, ind. 30. f.
Lettres du Chevalier d'Her , indouze ,
2. v. 3. liv .
Hiſtoire des Oracles, ind. 30. f.
Sermons fur les veritez Chrêtiennes &
morales fur les vertus & ſur les vices , fur
les Commandemens de Dieu & fur les couſeils
de l'Evangile , ſur tous les devoirs de
laReligion& fur tous les ſujets qui ſe traitent
en Chaire pour la converſion des pecheurs
, & pour la perfection des Juſtes par
Monfieur de la Volpiliere Docteur en Theologie,
8. 4. v. 12. 1.
Le parfait Notaire Apoftolique & Procureur
des Officialitez & cours Eccleſiaſtiques
contenant la maniere d'obtenir des benefices
, de les conſerver & autres choſes ,
inquarto 6. liv.
Harangues fur toutes fortes de Sujets
avec l'art de les compoſer dedié à Monfeigneur
leChancelier, inquarto6. liv.
Pareres ou avis & conſeils ſur les plus
importantes matieres du commerce par Me
Jacques Savary , inquatto 6. liv.
*
Catalogue.
La nouvelle Juriſprudence ſur le faitdes
chaſſes dedié à Monfieur le premier Prefi
dent , ind. 2.v.4.1.
Veritable conduite à la Confeſſion par
Mr.Coquelin,inſeize 15. f.
Diſcours Satyrique &Moraux ou Satyres
generales , par Mr Petit de Roüen , indouze
20. fols.
La liberté des Dames , ind. 20. f.
Hiſtoire de l'Ethiopie Orientale , ind .
30. fols.
La voye qui conduit au Ciel où L'avantcoureur
de l'éternité parordre de Madame
laDauphine , ind. 2. 1.
Contes & Hiftoriettes Divertiſſantes tirées
du Sieur Guichardin & autres, indouze
30. fols
Traité de l'élevation de l'Ame à Dieu par
les creatures composé par le Cardinal Bellarmin
traduction nouvelle , ind . 2 l.
L'art de Plairedans la Converſation, ind
30. fols.
Deſcriptiondela Louiſane nouvellement
decouverte ou Sud - oüeft de la nouvelle
France par ordre du Roy avec la Carte du
Païs,les Moeurs & la maniere de vivre des
Sauvages , ind. 2. 1. 3
LaBibliotheque Canonique contenant
par ordre Alphobetique toutes les matiere
Eccleſiaſtiques & Beneficiales par Mr BlondeauAvocat
en Parlement , fol. 30.1.
Traité ſingulier des Regales ou des
Droits du Roy ſur les Benefices Ecclefiaſtiques
, enſemble la Conference ſur l'Edit
duContrôle & la declaration des Infinua
Catalogue. 7
tions Eccleſiaſtiques , par Mr PinſſonAvocat
enParlement , 4. 2.v. 12.1 .
Historica Ecclefiaftica veteris Testamenti
Autora R.P.F. natali Alexandro Ordinis , FF.
Pradicatorum , 8. 6.v. 18.liv .
Le demeſlez de l'Eſprit&du Iugement ,
par Mr le Pays , ind. 20. f.
De la veritable Religion ,
Vaſſor de l'Oratoire , 4. 7. 1.
par le Pere le
Nouvelle Bibliotheque des Autheurs de
Mr Dupin , 8. 3. v. 13. 1. 10.f.
Hiſtoire de Philippe de Valois&du Roy
Ican , par Mr l'Abbé Choiſy , 4. 5.1 .
Hiſtoire Natarelle & Politique du Royaume
de Siam , 4.5.1-
Tobie ludith & Efther traduit en François
in 8. 4. liv.
Traité duMiniſtere des Paſteurs parMr.
l'Abbé de Fenelon , 12. 30. f.
Reflexion fur ce qui peut plaire, indouze
2. Volumes 3, 1. 10. f.
Nouvelle maniere de fortifier les Places
tirées des Methodes du Chevalier Deville
du Comte de Pagan,& de Monfieur de
Vauban , avec des remarques ſur l'ordte
renforcé ſur lesdeſſediinnss duCapitaineMarchil,&
fur ceux de Monfieur Blondel ſuivie
dedeux nouveaux deſſeins avec pluſieurs
figures , in octavo 31.
Tractatus de Vfura Fænore item , do
ufuraria trium contractuum Pravitate, in quo
Catholica veritas Scriptura Sacra oraculis ,
Conciliorum Canonibus , Decretis summorum
Pontificum , unanimi ac perpetuo Sanctorum
Patrum confenfu , ac demum naturali Lege ,
8 Catalogue.
Regiisque Conftitutionious confirmatur : Et ad
verfus Carolum Molinaus , Claudium Salmafium
, Auctorem Libelli du Traité de la Pratique
des Billets acdemum adverfus Viros Politicos,
caterosque omnes Ufurarum patronos defenditur.
Item , in qua Libellus de aquitate
trium Contractuum adverfus Differtationem
nostram de Usuraria trium Contractuum pra
vitateſcriptus confutatur. Auctore Iacobo Gait .
te , Sacra Facultatis Parifienfis Doctore ,
Canonico Lucionenfi . 4.6. liv.
L'on achevera d'imprimer dans le mois
de Fevrier prochain chez le Sieur Amaulry
toutes les Ocuvres d'Etmuller & qui contiennent
un Corps complet de Medecine ,
à ſçavoir , une Theorie , une Pratique , un
Corps de Chirurgie& un de Pharmacie ,
ſoitGalenique , ſoit Chimique; avec quantiré
de diſſertations Medicophiſiques, cette
Edition ſera beaucoup plus ample , plus
correcte & en meilleur ordre que les deux
qu'on a fait en Allemagne, on a meſme foin
de traduire tous les termes Allemans qui
s'y trouvent en Latin &d'expliquer tous les
caracteres de Chimie , dont ſe livre eſt extremement
chargé auſſi en Latin , ce qui
faitqu'on eſpere que cette Editionſerad'un
uſage beaucoup plus facile ¡que toutes les
autres. Ellecontiendra 2.gros vol.infolio .
1
1
<
3
MERCUR
GALANTE LYON
*1893*
NOVEMBRE 1688 .
E S conquestes que
la France a faites depuis
deux mois , ne
doivent pas moins
faire admirer le Roy , que tout
ce que ce Monarque a fait de
grand pendant une longue
fuite de Victoires . Toute ſon
application n'alloit qu'à maintenir
l'union parmy les Prin-
Νου . 1688 . A
DE
E
MERCURE
ces Chreſtiens , & à travailler
à l'affermiſſementde la veritable
Religion dans ſon Royaume
, lors qu'il s'eſt vû tout à
coup traverſé par des Puiſſances
quine doivent point avoir
d'autre choſe à faire fur la terre
, que de s'emploier à l'entretenir.
Les ligues de ceux qui
profeſſent une Religion contraire
, ont auſſi contribué à le
tirer de l'eſtat tranquille où il
vouloit demeurer. On a attaqué
ſes Amis & fes Alliez ; on
l'a menacé , on a fait publiquement
le denombrement des
Troupes preſtes à marcher
contre luy ; on l'a enfin forcé à
prendre les armes . On avoit
cru le ſurprendre , mais ſes
affaires étant toujours en bon
ordre , il a prévenu ceux qui
s'eſtoient flatez de laccabler,
どん
GALANT.
3
&il l'a fait au grand étonnementde
toute l'Europe , & des
jaloux de ſa gloire. Ainfi on
en a rehauffé l'éclat quand on
a voulu le diminuer , & les
entrepriſes que l'on formoit en
ſecret contre ce Prince , ont
eſté cauſe des nouveaux triomphes
qui l'élevent davantage .
Vous verrez tous ces mouvemens
decrits en corps hiſtorique
dans les deux volumes des
Affaires du Temps : cependant
comme l'abondance de la
matiere m'obligea le dernier
mois de remettre quelques articles
de Morts juſqu'à celuycy
, ce ſera par là que je commenceray
cette Lettre. Voicy
les noms des perſonnes confiderables
que l'on a perduës
avant le mois où nous ſommes .
Meſſire Charles d'Harcourt,
1
A 2
4
MERCURE
Comte de Beuvron , cy-devant
Capitaine des Gardes du
Corps de Monfieur. La Maifon
dontil eſtoit , eſt une des
plus anciennes du Royaume, &&
fort eſtimée par les alliances
qu'elle a faites avec ce qu'il y
en a de plus illuſtres en France
& en Angleterre. Elle a donné
des premiers Officiers de nos
Rois , pluſieurs Prelats de
distinction , & de grands & fignalez
Generaux d'Armées.
CetteMaiſon s'eſt partagée en
diverſes branches , qui ont
poſſedé pluſieurs Comtez &
Marquiſats,&des Seigneuries
confiderables . Celle de Beuvron
a eu divers Lieutenans
Generaux dans la haute Normandie.
Harcourt porte de
gueules à deuxfaces d'or.
Meire Henry , Marie le
GALANT.
5.
Clerc , Seigneur du Tremblay
Baſoche , Saint-Remy , & autres
lieux , Maistre des Requeſtes
. Il eſtoit d'une ancienne
Famille , qui a donné pluſieurs
Officiers au Parlement , Grand
Conſeil,&autres Compagnies
Superieures . Iean le Clerc ,
Seigneur du Tremblay Procureur
General au Grand Confeil
, eſtoit Pere de Jean le
Clerc, Seigneur du Tremblay,
que Charles IX. fit Conſeiller
au Parlement de Paris en 1564.
Il fut depuis Preſident aux
Requeſtes du Palaisdu meſme
Parlement , & épouſa Dame
Marie de la Fayette , Fille de
Meſſire Claude de la Fayette,
Seigneur de Saint - Romain ,
donteſt venu Charles leClerc,
Seigneur du Tremblay , Gouverneur
de la Baſtille à paris.
A 3
6 MERCURE
T
Le Clerc du Tremblay porte
d'argent , au Chevron d'azur , accompagné
de trois rofes de gueules .
Meffire François du Gué ,
receu en 681. preſident en la
Chambre des Comptes de Paris
, aprés avoir eſté Conſeiller
au Grand Confeil , & auparavant
Conſeiller au Parlement
de Grenoble. Il eſtoit
Fils de feu Meſſire François du
Gué , Conſeiller d'Estat ordinaire
, & Intendant de Iustice
en Lionnois , & de Dame Angelique
Turpin , qui estoit
Soeur de Madame la Chanceliere
le Tellier. Son Ayeul,
Meſſire François du Gué , étoit
Maiſtre des Comptes à Paris .
De ſon grand Oncle Gaspard
du Gué , Seigneur de Bagnols ,
font venus les du Gué de Bagnols
, dont deſcend Meffire
GALANT. ブ
,
Dreux Loüis du Gué de Bagnols
, Maiſtre des Requeſtes,
&Intendantde Juſtice en Flandre.
La Famille des du Gué eſt
alliée aux Feideau - Guins
Sarrus , Charrier , de Saint
Julien de Moncy , de Baillon ,
de Flechieres , & autres , &
porte d'azur au Chevron d'or accompagné
de troisétoiles de mesme,
celle de la pointe furmontée d'une
couronne d'or . Monfieur le prefident
duGué qui vient de déceder
, avoit épousé la Fille
aiſnée de feu Meſſire Anne de
paris Confeiller en la Grand'-
Chambre du parlement , Soeur
de Meffire pierre de Paris , à
preſent Conſeiller en la Cinquiéme
Chambre des Enqueſtes
, & Niece de Meffire , François-
Auguſte de paris Prefident
en la Chambre des
A 4
8 MERCURE
ان
}
Comptes de paris. La Soeurde
Madame la preſidentedu Gué
a épousé Meſſire pierre de Berulle
, Maistre des Requeſtes
& Intendantde Juſtice en Auvergne
.
Madame la preſidente de
Meſmes , Elle étoit Fille de
Meſſire Macé Bertrand , Seigneur
de la Baziniere prevoſt
des Ordres du Roy , & Treforier
de l'Epargne. Feu Meffire
Jean- Jacques de Meſmes fon
Mary , prevoſt des Ordres de
Sa Majesté , prefident auMortierdu
parlement de paris , qui
étoit de l'Academie Françoiſe,
étant mortau commencement
de cette année , on a parlé alors
de ſa Famille & de ſon merite
particulier.
Dame Loüiſe Girard de la
Cour des Bois , Femme deMelGALANT.
و
fire Nicolas - Loüis de Bailleul,
Marquis de Château- Gontier,
Conſeiller au Parlement de
Paris en la premiere Chambre
des Enqueſtes receu en ſurvivance
de la Charge de Prefident
au Mortier du meſmeParlement
, de Monfieur le Prefident
de Bailleul fon Pere. Elle
étoit Fille de Meſſire Loüis
Girard , Seigneur de la Cour
des Bois , Maistre des Requeſtes
depuis l'année 1654.& auparavant
Conſeiller au Grand
Conſeil. Son Ayeul Henry
Girard , Sieur du Tillay , étoit
Maiſtre des Requeſtes ,& fon
Oncle Charles Girard , Seigneur
du Tillay , étoit Prefidenten
laChambre des Comp
tes de Paris . Son grandOncle
Loüis Girard , Seigneur de
Villetaneuſe, a eſté procureur
AS
دوم
2
10 MERCURE
1
General en la Chambre des
Comptes , dont eſt venu Meffire
Antoine Girard , Seigneur
de Villetaneuſe , Procureur
General en la Chambre des
Comptes. La Famille de Girard
eſt alliée au Duc de Brancas
, de Villars & aux Familles
de Merle, Refuge , de Bailleul,
Royer , Cotignon - de -Chauvry
, de Faucon de Ris , de
Bernieres , Amelot , Briconnet;
de Seve , Girardin , &
autres. Quant à celle de Bailleul
Meſſire Loüis de Bailleul,
Pere de Monfieur de Château
Gontier , Prefidentau Mortier
du Parlement de paris depuis
l'année 1652. exerce cette
Charge avec une telle exactitude
, qu'il s'y eſtacquis une
eſtime univerſelle à l'imitation
de feu Meffire Nicolas de Bail
GALANT.
leul fon Pere Baron de Château-
Gontier , Seigneur de
Vattetot ſur Mer , Sofy-fur-
Seine , Prefident au Mortier
au meſme parlement , Sur-Intendant
des Finances de France
, Chancelier de la Reyne
Anne d'Autriche , aprés avoir
eſté Confeiller au Parlement
de paris , Maiſtre des Requeſtes
, Prefident au Grand Confeil
, Lieutenant Civil , & prevoſt
des Marchands à Paris. Il
avoit eſté auſſi Ambaſſadeur
pour Sa Majesté vers Monfieur
le Duc de Savoye , & employé
en pluſieurs Negociations
d'Etat , où il a fait paroiſtre ſes
rares qualitez ,& fon zele pour
le ſervice du Roy. Bailleul
porte parti d'Hermines & de
Gueutes.
Dame Jeanne Chouayne
A6
12 MERCURE
Elle étoit Femme de Meſſire
René de Pajot , Seigneur de
Pleüy , Limermon , Bohardier,
Cordon & autres lieux. Confeiller
en la Cour des Aydes.
Il eſt d'une ancienne Famille
de Beauvoiſis , qui depuis le
regne de François I. a donné
des Maiſtres des Requeſtes , &
des Conſeillers aux Parlemens
des Paris & des Mets , en la
Cour des Aydes & autres
Compagnies Superieures. Son
Pere étoit feu meſſire Andréde
Pajot , Seigneur de Ploüy ,
Limermon Cordou , &c. Premier
preſident en la Cour des
Monnoyes. Jeanne Marchand
ſa Mere , étoit Soeurde la premiere
Femme de Monfieur le
Chancelier Boucherat. De
pajot porte d'azur , au chevron
d'or accompagnéde trois rofes de
mesme.
GALANT.. 13
/
Dame Jeanne de Montecor..
Elle étoit Femme en ſecondes
noces de Meſſire Gabriel de
Jonvelle , Capitaine Exempt
des Gardes du Corps du Roy ,,
& auparavant Veuve de Meffire
Louïs de Lataignant , Seigneur
deBaronville , le Pleffis,
Grangemenant& autreslieux,
Conſeiller en la grand' Chambre
du Parlement de paris ,
lequel eſtoit perede Monfieur
de Latignant , à preſent Con--
feiller en la deuxième Chambre
des Enquestes , & Frere
de Madame Poucet; qui avoit
épousé feu Monfieur Poncet,
Confeiller d'Etat , & au. ConſeilRoyal
des Finances..
Il eſt dangereux en toutes
choſes d'avoir un Concurrent :
trop puiffant. Ce que la Fable
qui fuit nous dit dell'amour,
ſe peut appliquer à l'ambition.
:
14
MERCVRE
Dans les grands deſſeins , ce
luy qui a le plus de credit fait
fuccomber toûjours le plus
foible.
LE MILAN ; LE MOINEAU
ET L'HIRONDELLE ..
M
FABLE .
د
Oment fatal malheureux
jour ,
où l'homme s'aveuglant luymesme.
Se fit un bien suprême
Des tourmens de l'Amour ?
Ab pourquoy faut- il que l'on aime ?
Pourquoy le Cielveut -il que chacun
ait son tour ?
Vn Moineau , dit la Fable , aimoit
une Hirondelle
GALANT.
D'un feu d'autant plus fort qu'il
étoit tout nouveau .
LetendreMoineaun'aimoit qu'elle,
Et l'Hirondelle auſſin'aimoit quele
Moineau
5
Helas ! qui n'eust pas cru qu'une
flamefi belle
Devoit aux inconftans faire un iour
laleçon?
Mais en vain cherchons- nous , en
vain cherchera- t - on ,
Pour trouverſur la terreune chaifne
eternelle.
Vn Milan malheureusement
Vit l'Hirondelle , & se fit fon
Amant.
Maistreſſe d'un Milan ! Dicu,
quelle fortune !
Et qui n'enferoit pas tenté
Le Moineau si chery fut bien- toft
maltraitté ,
Saflame devient importune ;
4
16 MERCVRE
Car quand on a de la beauté,
Etqu'onvoitàsespieds ceque cha--
cun revere ,
On nese fait pas une affaire
De deux grains d'infidelité.
Le malheureuxseplaint ; l'Hirondelles'offenfe
D'entendre condamner ses feux;
Quoyquefansmarchanderonfaffe
une inconstance
Vn réproche est toujoursfacheux.
Auſſi-toft la Belle en colere
Va trouver le Milan, qui pourla
fatisfaire,
En fe vangeant de cet Oiseau,
Devora le pauvre Moineau..
Ce que l'amourad'agreable ,
Ses plaisirs,fes fauſſes douceurs,
Nos Amans le goutoient , ils y
noyoient leurs coeurs ,
Leur bonheurſembloit veritables
Mais a t-on jamais veu quelque
bonheur parfait ?
1
GALANT .
7
Dans l'empire d'amour tout est
changeant, tout palle ,
Telbrûloit le matin qui leſoir eft de
glace,
On brûle pour un autre objet.
Ce que l'Hirondelle infidelle
Avoit faitàl'egarddefon premier
Amant ,
C'est ce que le dernier,par un prompt
changem w
Fit à l'égard de l'Hirondelle.
Ilceffe de l'aimer ,& sa brulante
ardeur
Dégenere en indifference ,
Contre un coupsi mortel la Belle
fans défense
N'en putfoûtenir la douleur .
Soyons ,ſoyons constans quand l'amour
nous engage,
On negagne rien à changer ?
Oufinous noussentons un coeur le
ger,volaze,
18 MERCURE
Ne nous tarfſons point engager.
Lahaine , le dépit , la rage , l'injustice,
Le desespoir& le trépas ,
Toutfuit un amoureux caprice,
Etl' Amour est toûjours ou coupable,
ou complice ,
De tous les crimes d'icy bas..
Enfin le College Mazarin ,
on des Quatre Nations dont
on parledepuis vingt- ſeptans,
vient d'eſtre ouvert. Comme
on y enſeigne gratis , & qu'il
eſt avantageuſement placé ;
toutes les Claſſes y font remplies
d'un nombre preſque
incroyable d'Ecoliers , parce
que beaucoup ont moins de
chemin à faire que s'ils alloient
àl'Vniverſité. Il s'eſt trouvé un
fortgrand concours de perſonnes
diftinguées aux Diſcours
GALANT. 19
:
qui ſe ſont faits à l'ouverture
de ce College. Le Principal , le
Regent de Philofophie , &
celuy de Rethorique ont parlé,
&tous leurs Difcours ont eſté
tres-bien receus du Public.Celuy
qu'a fait Monfieur l'Abbé
de Fourcy qui enſeigne la
Rethorique luy a attiré beaucoup
de louanges. L'Vniverſité
en Corps a pris folem.
nellement poffeffion du College
, & on ne doit point douter
que les ſuites n'en ſoient heureuſes
, puiſque Meſſieurs de
Sorbonne en ont la direction ..
Cetilluſtre Corps eſt ſi remply
de Doctrine & de probité ,
qu'on ne luy a jamais diſputé
ces grands avantages ; auſſi ne
luy a - t - on veu jamais rien
faire qui n'y ſoit conforme.
Ie croy que vous ne ferez pas
20 MERCURE
fachée d'apprendre tout ce qui
s'eſt paſſe touchant la Fonda-.
tion de ceCollege,& les changemens
qu'ona jugé à propos
d'y faire , fans lesquels l'Vniverſité
n'auroit pû l'admettre
dans ſon Corps. Chacun en
parle ,&peu de gens ſçaventà
fond comment& pourquoy il
a eſté étably. On en ſera pleinement
inſtruit en liſant les
Pieces qui ſuivent.
FONDATION.
DU COLLEGE
P
MAZARIN I..
Ardevant Nicolas le Vaſſeur.
&François le Foüin , Notaires
GALANT. 21
t Gardenotes du Roy nostre Sire au
Chastelet de Paris,ſouſſignez. Fut
preſent tres.Illustre&Eminentissime
Monseigneur Jules Cardinal
Mazarini , Duc de Nivernois
d'Onzois, Pair de France, estantde
present en son appartement au
Chafteau de Vincennes , lequel a
deslaré que depuis longtemps il
avoitfait deſſein d'employer en des
oeuvres de pieté& de charité une
Somme confiderable des grands
biens qu'il a receus de la divine
bonté , & de la magnificence du
Roy , depuis qu'ilal'honneurd'estre
employéauxplus importantes affaires
de Sa Maieste. Qu'afinde parvenirà
l'execution dece deffeinpar
une fondation qui puſt estre à la
gloire de Dieu ,& à l'avantagede
l'Etat , il avoit fait de temps en
temps unamas de deniers comptans
par des économies & des épargnes
22 MERCURE
desEffets à luy appartenant ; mais
qu'ayant connu parexperience qu'il
estoit absolument neceſſaire d'avoir
un fond afſuréde referve poursubvenir
aux incertitudes des évene_
mens& aux occaſions preſſantes &
inopinées , principalement durant
uneguerre tres facheuse , &contre
de puiſſans Ennemis , &fon Eminenoe
ſcachant que les Finances du
Royn'estoient point en estat de donnerun
si promptſecours , a confervéses
épargnes pour en fecourir le
Roy, s'ilen estoit besoin , & pour
Soutenir & défendre la grandeur
du Royaume en cas de necessité.
Les fuccés n'estant pas toujours
* avantageux , la guerre que Sa
Majestéavoit trouvée ouverte lors
defon avenement à la Couronne,
ayant esté terminée par une Paix
glorieuse , qui est entierement deuë
•à la Bontè divine , aux Victoires
GALANT.
23
-des armes du Roy, à la pieté de Sa
Maiesté,& àla tendreſſe qu'elle à
pour ses peuples ; ayant plu à Sa
Maicštéde donner part de ce grand
ouvrage à son Eminence , qui y a
employé tout ce qui estoit enfonpouvoir
, mondit Seigneur ne croyant
plus que Sa Maiefté puisse estre
preffée d'aucuns mauvais accidens
&pouvant mesmefoulager notablement
ſes Peuples , à quoy Elle a
déia travaillépar des retranchemens
de dépense de fon Etat , au
moyen de cette Paix generale qui
produit un calme fiheureux à toute
la Chreftienté estimequ'ilpeut fai
re maintenaut l'employ de ses
deniersſuivantſes premiers deſſeins
depieté&de charité, Comme il a
toujours ses pensées attachées aux
reconnoissances qu'il doit au Roy,
& à ce qui peut produire un plus
grand bien& un plus grand hon
24 MERCVRE
neur au Royaume , il aproposé àSa
Majesté le deffein qu'ilavoit d'éta
blir de ses effets un college & une
Academie pour l'instruction des
Enfansqui auroient pris naiſſance
àPignerellesſon territoire,& aux
vallées y jointes , aux Provinces.
d'Alface& aux Pays d'Allemagne
contingus ; en Flandre , en Artois ,
enHainaut , &en Luxembourg, en
Rouffillon , en Conflans ,&cn sardaigne
, en ce qui est reduit sous
L'obeissance du Roy , parle Traite
faità Munster le 24.Octobre 1648 .
&par celuy de la Paix generale
fait en l'Isle appelléedes Faifans,
le 7. Novembre 1659. Que comme
toutes ces Provinces font nouvellement
venues ou retournées ſous la
puiſſance du Roy , il eſtoit à propos
delesy conferverparles moyens les
plus convenables. Qu'on pouvoit
Les affermir , & les lier au service
de
1
1
GALANT. 25
de Sa Majesté en établiſſant dans
la Ville de Paris, qui est la Capitale
du Royaume , e leſeiour ordinaire
des Rois Tres- Chrestiens , un College&
une Academie , poury nourrir
, élever & inſtruire gratuitement
des Gentilhommes & des
Enfans des principaux Bourgeois
des Villes des Nations cy-deßus.
Qu'on pouvoit auffi leur apprendre
Les veritables Sentimens du Chriſtianisme,
la pureté de la Religion,
La conduite des moeurs,& les Regles
de la difcipline ,n'y ayant point de
lieu où toutesces chofes foient avec
tantd'avantage que dansce Royaume.
Que pendant ces instructions,
ceux desNations cy-deſſus connoistront
ce qui est neceffaire à leur
Salut , aux Sciences &à la police,
&combien il est avantageux d'eftre
foumisàunsigrand Roy, Que ceux
qui auroient ainſi pris leur éduca-
Nov. 1688 . B
26 MERCVRE
tionen France , portercient ce qu'ils
y auroient appris au Pays de leur
naiſſance quand ilsyretourneroient,
& que par leurs exemples ils y en
pourroient attirer d'autres pour
venir recevoir ſucceſſivement les
mesmes instructions & les pareils
Sentimens. Qu'enfin toutes ces Provinces
deviendroient Françoiſespar
leur propre inclination aussi bien
qu'elles le font maintenant par la
domination de sa Maiesté. Aquoy
mondit Seigneurle Cardinal Duc,
par l'affection qu'il a euë au lieu de
Sa naiſſance vouloit ioindre les
Italiens de l'Estat Ecclesiastique,
pour les obliger de plus enplus à con .
tinuer leur zele au fervice de la
France.
Le Roy ayant fait paroiſtre qu'il
agresit fort ce deffein , & que
Les deniers des Epargnes de fon
Eminence y fuſſent plûsoft emGALANT.
27
لا
-
ployezque non pas à toutes autres
chofes, ayant aussi Sa Maiesté approuvé
la reſolution qu'a priſeſon
Eminence , deioindre audit College
La Bibliotheque des Livres dont il a
- fait l'amas depuis pluſieurs années,
de tout ce qui a esté trouvé deplus
rare & de plus curieux , tant en
France qu'en tous les Pays étran
gers , où il a ſouvent envoyé des
personnes tres - capables pour en
faire la recherche , afin d'en faire
une Bibliotheque publique pour la
commodité& pour la satisfaction
des Gens de Lettres , fon Eminence
ayant mesme pris le deſſein d'élire
Safepulture au College des Nations
cy-deſſus ; mondit Seigneur Cardi
nal Duc a fondé , & fonde par ces
preſentes , sous le bon plaisir de
Sa Maieste , un College & une
--Academie Sous le nom & titre de
- Mazarinis ; c'est àsçavoir , le Col-
لا
B 2
28 MERCURE
lege defoixante Ecolurs , qui ſe.
ront des Enfans des Gentilshommes
ou des principaux Bourgeois de Pigneroles
, ſon territoire , & les valléesy
iointes , & de l'Etat Eccleſiaſtique
en Italie des Provinces
d'Alface , & autres Pays d'Allemagne
contigus ; de Flandre, d'Artois
, de Hainaut & de Luxembourg
; de Rousfilon , de Conflans
&de Sardaigne , en ce qui est reduit
fous l'obeiſſance du Roy par
les Traitezfaiis à Munster , & en
l'Isleappellée des Faifans , les 24.
Octobre 1648. & 7. Novembre
1659. & l'Academie de quinze
perſonnes , qui seront titées dudit
College des quatre Nations cy-def-
Sus.
Quedesfoixante Ecoliers dudit
College , ily aura quinze de Pignevolles
; territoire & Vallées yiointes
, &de l'Etat Ecclefiaftique en
GALANT.
29
- Italie préferant ceux de Pignerolles
, territoire & vallées y jointes,
à tous les autres ; les Romains enfuite
, & en defaut d'eux , ceux des
autres Provinces de l'Etat Ecclefia-
1ſtique en Italie. Quinze du Pays
d'Alface,& autres pays d' Allemagne
contingus. Vingt du pays de
Flandre , Artois , Hainaut &
Luxembourg ; & dix du pays de
Rouffillon , Conflans & Sardaigne.
Les quinze perſonnes pour l'Academie
feront tirées du College,
- Sans aucune distinction defaites
Nations ; & fi le College n'en peur
fournir un si grand nombre
furplus jusques audit nombre de
quinzefera pris de perſonnes d'icel
les Nations , encore qu'elles n'ayent
point étudié audit College.
.
,
le
Les foixante Ecoliers du College,
- les quinze perſonnes de l'Academie
feront logez , nourris &
B3 .
30
MERCVRE
instruits gratuitement , au moyen
de la preſente fondation .
Les Gentilshommes feront toujours
preferez aux Bourgeois , tant
pour le College que pour l'Academie
, & ceux qui auront le plus
longtemps étudié au College , preferezà
ceux quiy auront moinsétudié
, pour estre admis en l' Academie
, pourven que ceux qui auront
le plus étudié foient également
propres pour l'Academie.
Son Eminencefereferve le nom
&le titre de Fondateur dudit College&
de l' Academie, àſon defaut
l'aisné de ceux qui porteront fon
nom &fes Arnies, aurales mesmes
droits , avec toutes les prérogatives
des Fondateurs.
Son Eminence , ou à son defaut
l'aisné de ceux qui porteront
Sonnom&fes Armes , aura la nomination
des soixante Ecoliers du
GALANT.
3 F
4
College, &des quinze de l'Acade
mie , fans neanmoins qu'il puiſſe
estre nommé aucune autre perſonne
1 que des Nations & qualiteZoy defsus
,& aux conditions cy-devant
énoncées. Il aura pareillement la
nomination de l'Ecuyer de l'Academie..
Mondit Seigneurle Cardinal
Duc Supplie tres- humblement sa
Majestéque la preſente fondation
Soit en ſa protection perpetuelle ,
&des Roisſes Succeffeurs .
Son Eminence prie auffiMeſſicurs
lesGens du Roy du Parlement , de
veiller à la conſervation de la prefente
Fondation , tant pourle College&
pour la Blibliotheque , que
pour l'Academie , de les viſiter
quandil leur plaira, &de s'enfaire
representer les Reglemens , ce
qu'ils pourrontfaireàtoujours, conjointement
oufeparément.
B 4
32
MERCVRE
Son Eminence prie encoreMeffieurs
de la Maison & Societé de
Sorbonne , que les douzeplus anciens
Docteurs de ladite Maison & Societé
qui y feront actuellement de
meurans , &non d'autres , ayent la
direction generale dudit College ,
&de la Bibliotheque ,& que ces
douze nomment incontinent après
que l'établiſſement en fera fait ,
quatre Docteurs tels qu'illeur plaira
deladite Maison & Societé de
Sorbonne , pour estre les Inspecteurs
dudit College,&de la Bibliotheque,
desquels quatre Inspecteurs ily en
aura deux qui n en feront lafonction
que pendant deux années aprés
l'établiſſement ; & que de deux ans
en deux ansily en aura deux nommezau
lieu des deux qui en devront
Sortir, enforte que desdits quatre
Inspecteurs ily en ait toujours deux
anciens & deuxnouveaux.
GALANT.
33
Si aucuns des inspecteurs décedoient
durant le temps de leurs
fonctions, les Nominateurs enpourront
nommer d'autres pour achever
le temps de lafonction du de
cedé,&fons priez de ce faire inceffamment
, afin que les places
Jovent toujours remplies.
Mondit Seigneurle Cardinal
Ducprie que ledit College ſoit du
Corps del'Univerfiué , pour enfaire
un membre , & iouir des mesmes
privileges & avantages en commun
, outre ceux qu'il plaira àSas
Majestéde luy attribuer en particulier,&
que l'Academie ait les
mesmes droits que les autresAcademies.
L'établiſſement dudit College,
auquel la Bibliotheque eft iointe
& de l'Academie ,fera fait fous
le bon plaifirdu Roy , en la Ville
Cité on Univerſité, ou aux Faux-
BS
34 MERCURE
bourgs de Paris ,en mesme ou divers
lieux , le tout selon que les
Executeurs de la presente fondation
cy-après nommer, le trouveront
plus àpropos.
- Le College fera composé d'un
Grand Maistre , qui fera Docteur
de la Maison & Societé de Sorbonne
, & qui aura lafuperiorité ,intendance&
direction sur tous les
autres Offiiers du College & de la
Bibliotheque , &fur tous les Ecoliers
d'un Procureur commun , qui
fera Docteur ou Bachelier de ladite
Maison & Societé de Sorbonne ,
fetonqu'ilplaira auxNominateurs,
de quatre Principaux, &de quatre
Sous- Principaux.
Le Grand- Maistre , en cas
d'absence , maladie , ou legitime
empefchement , pourra commettre
selle perfonne quebon lay semblera,
pour avoir en fon lieu pareille fu
GALANT.
35
periorité , intendance , & dire-
Etion.
Le Procureur commun fera les
receptes &dépenses dudit College,
fans toutefois qu'ilpuiſſe faire aucune
dépense extraordinaire , que
de l'ordreparécritdu Grand-Maiftre
, dont l'ordre suffira jusques à
Laſomme de cent livres ; & en cas
de plus grande dépense extraordi
naire , fera pris l'ordrepar écrit ,
tant du Grand- Maistre , que des
quatre Inspecteurs de la Maiſonde
Sorbonne..
Le Principal &le Sous - Principal
de Pignerolles,terroir&val-
Lees y jointes , & des Italiens de
L'Etat Ecclesiastique , feront de
L'ordre des Religieux Theatins,&
choisis partes Vocaux de la Maifonde
Sainte Anne la Royale de la
fondation de ſon Eminence , & en
cas qu'ils soient refuſans de nom-
B6
36
MERCURE
mer , ou qu'il n'y ait pas nombre
fuffisant de Religieux dudit Ordre,
fost de ladite Maison où d'autres ,
les Nominateurs de la Societé&
Maison de Sorbonne pourront aussi
nommer le Principal , & le ſous-
Principal , ou l'un d'eux pour ladite
Nation , ainsi que des autres.
3
Les Principaux des autres Nationsferont
Bacheliers de la Maison
de Sorbonne , & les Sous-Principaux
tels qu'il plaira aux Nominateurs
, pourvû qu'ils soient du
nombre des Suppoſts de l'Univerſité
de Paris i les uns & les autres nommez
par les douze anciens de la
Maison & Societé de Sorbonne
comme il est dit cy deſſus .
Plus ily aura audit College huit
Claffes& autant de Regens,fiavoir
, fix d'Humanitez , & deux
de Philofophie, tous lesquels Regens
feront Bacheliers en Theologie ,&
GALANT.
37
5.
*
.
nommez par le Grand-Maistre.
Il y aura un Chapelain auffi
nommé par le Grand- Maistre,de
telle qualité qu'il luy plaiva .
: Les Serviteurs communs dudit
College feront auſſi nommez par le
Grand Maistre , &le Principalde
chaque Nation nommera les Servi
teurs particuliers pour lefervice de
LaNation.
Nefera fait aucune distinction
des Nations pour tous les Officiers
oy -deſſus , tant communs que particuliers.
3
Les Nominateurs de la Maifon
& Societé de Sorbonne , les
Grands Maistres & lesprincipaux
Jont priezde n'avoir aucunes confiderations
que de nommer les plus
capables , eu égard à la fonction à
laquelle ceux qui feront nommez ,
devront estre employez , &de pren
dre garde que les pursſentimens de
3:8 MERCVRE
la Religion ,&la probitė des moeurs
Soientjoints à la suffisance.. 1
Les Ecoliers de chaque Nation
Seront regis& gouvernez par les
Principaux & sous - Principaux
établis pour leurs Nations ; chacun
fous Principalfoumis àfon Principal,
&les Principaux mesme des
Religieux de l'Ordre des Theatins
fonmis au Grand-Maistre .
Les Officiers d'une Nationferont ina.
dépendans des autres,&toussoumis
àla ſuperioritéintendance&dire-
Etion du Grand- Maitre,comedit eft.
LeGrand- Maistrefera Soumis
aux quatre Inspecteurs ,& ceuxcy
aux douze plus anciens Docteurs
dela Maison & Societéde Sorbon.
ney demeurans..
Les comptes du College feront
rendus par le Procureur commив
d'iceluy en la presence du Grand-
Maistre ,&des quatre principaux
GALANT. 39
pardevät les quatre Inspecteurs, qui
pourront visiter le College&laBibliotheque,
quand bon leurſemblera..
Al'égard de la Bibliotheque,
ily aura un Bibliothecaire qui fera
auſſi nomme par les douze anciens
Docteurs de la Maison & Societé
de Sorbonne , y demeurans ,un ſous-
Bibliothecaire , & deux ferviteurs
de la Bibliotheque , lesquelsfous-
Bibliothecaire &ferviteurs feront
choisis par le Bibliothecaire ,qui
endemeurera responsable.
Le Bibliothecaire fera tenu se
charger des Livresdela Bibliothequé
, dont il fera Inventaire ou
recollement de celuy qui en aura esté
fait , dequoy il donnera trois Copies
fignées de luy, l'une entre lesmainsde
Meſſieursles Gens du Roy au
Parlement , une autrequi feramiſe
enla Bibliothque de laMaison&
Socictéde Sorbanne , & une autre
40
MERCURE
entre les mains du GrandMaistre
du College..
Sera pareillement fait un Inventaire
ou Memoire des Manuserits
Grecs & Latins que mondit
Seigneur le Cardinal Ducdonne audit
College , avecfa Bibliotheque
des Livres imprimez.
Sera aussi fait un Memoire des
tablettes , tables , armoires , bancs
&fieges fervant à ladite Bibliotheque
, que Son Eminence donne
encore par ces presentes..
Veut Son Eminence que ladite
Bibliothequefoit ouverte à tous les
Gens de Lettres deux fois parchacune
semaine , à-teljour qu'ilfera
avisé par les quatre Inspecteurs,
& parle Grand Maistre dudit
College...
Ily aura al Academie un Ecuyers
un Creat , un Maistre àdanser , un
Maistre tant àfaire des Armes
GALANT. 41
qu'à voltiger , un Maistrede Mathematique
, & les Serviteurs ne
ceffaires.
L'Ecuyer fera nommé par Son
Eminence , ou par l'aisué de ceнх
qui porterontfonnom &fes Armes,
&les autres Officiers nommez par
l'Ecuyer.
Les quatre Inspecteurs & le
Grand Maistre pourront faire les
Reglemens pour la Police particu
liere du College & de la Bibliotheque
, & l'Ecuyer ceux de la Police
particuliere de l'Academie.
Quant aux Reglemens generaux,
ils feront faitspar Son Eminence
, ou par l'aisné de ceux qui
porterontfon nom&fes Armes ,à
la charge d'estre veus; sçavoirpour
le College & la Bibliotheque par
les douze anciens Docteurs de la
Maison & Societé de Sorbonne ,y
demeurant & ceux de l'Academie
42
MERCURE
par deux. Ecuyers des Academies
duRoy.
Les Reglemenstant generaux
que particuliers , pourront estre
changez fuivant les occurrences
parles personnes &selon lesformes
cy-deſſus , mais àlacharge qu'il ne
Seraapporté aucun changement au
deſſein principal de la preſente
Fondationny aux intentions de mon
dit Seigneur Cardinal Duc.
Mondit Seigneur suplie tresbumblement
Sa Maiesté d'agréer
&autoriser la presente Fondation
avec toutes ses circonstances&dé.
pendances , & d'en accorder toutes
Lettres neceſſaires , avec les
droits , exemptions , & privileges
qu'il luy plaira , & que les Lettres
enfoient verifices & registrées au
Parlement de Paris , aux autres
Compagnies Souveraines,&par
GALANT.
43
toutailleurs où beſoinfera.
Pour faire l'achapt des places
neceffaires à l'établiſſement dudit
College , de la Bibliotheque &de
l'Academie , payement des droits
d'amortiſſement & indemnite ; baftimens
, emmeublemens, ornemens,
linge d'Eglife , chevaux pour l'Academic
, uſtanciles , & toutes autres
dépenses , &pour lesſubſiſtances
dudit College&de l'Academie?
mefme & pour l'achapt de quelques
livres pendant l'année, afin d'estre
ajoûtez à la Bibliotheque , mondit
Seigneur le Cardinal Duc veut que
fur les plus clairs de ſes deniers
comptans defes æconomies & épar
gnes dont il est cy - devant fait
mention &deſes autres effets , il
foit pris deux millions de livres,
&icelleSomme miſe entre lesmains
des Sieurs Executeurs de la presen
44
MERCURE
te Fondation , par les ordres defquelsferont
faits les achats baftimens
& autres dépenses , selon
qu'ils jugeront le tout plus à propos,
&conformement auxintentions que
Son Eminence leur a déclarées .
Que tout ce qui restera de ladite
fomme de deux millions de livres
aprés le payement des places, baſtimens&
autres chofes neceſſaires
pour l'entier établiſſement , Sera
mis en fonds d'heritages ou rentes
par les mains desdits Sieurs Executeurs
, pour fubvenir à la subfistance
, reparations , & entretenement
dudit College, de la Bibliotheque
, & de l' Academie.
Plus mondit seigneur le Cardinal
Duc donne audit College ,
Bibliotheque & Academie , quavante-
cing mille livres de rente à
luy apartenantfur l'Hôtel de Ville
GALANT...
45
de Paris,de la nature qu'ellesfont,
dontil ne se paje à present que
quinze mille livres effectives par
chacun an , Jans autres garanties
defdites rentes , sinon qu'elles luy
appartiennent.
Etd'autant que ce que deſſus no
pourra fatisfaire à l'entier établiſſement
& à la ſubſistance de la
preſente Fondation, mondit Seigneur
le CardinalDucsupplie tres hum
blement Sa Majesté que le revenu
temporelde l'Abbaye de Saint Michelenl'Herm
, dont ſon Eminen
ce est preſentement titulaire , en
quoy que ledit revenu puiffe confiſter,
foit uny audit College , Bibliotheque
&Academie ,& que mesme
le titre de ladite Abbaye ,foit
Supprimé , y ayant affez de confiderations
particulieres pour ladite
union &Suppression , en refervant
46 MERCURE
unesomme telle qu'il fera ordonné
par sa Majesté pour l'entretenement
des bastimens &pour le nombre
des Prestres feculiers que Sa
Majesté jugera necessaires poury
faire leſervice divin , & Subvemir
aux frais dudit Service , fuppliant
tres humblement Sa Maiestéque
les Prêtres ſeculiersy foient
commis par les quatre Inspecteurs
dudit College , &que lesdits Preftresfoient
revocables àvolonté.
Etfi tout ce que deſſus n'estoit
point encore trouvé ſuffifant par les
fieurs Execateurs du ladite Fondation
, mondit Seigneurle Cardinal
Duc Supplie encore tres- humblement
Sa Majesté d'y joindre &
unir quelque autre Benefice , avec
pareillefuppreſſion de titre , ou au
tres conditions , afin que ladite
Fondation que fon Eminence a esti
GALANT .
47
mec utile & avantageuse à la Religion
au Royaume, puisse sub-
Sister à jamais .
Sa Majesté est auffi tres-humblementsuppliée
de faire expedier
les Brevets , Lettres , & autres
Actes neceſſaires pour l'executionde
tout ce que deffus , d'en fairefaire
les instances à Rome parses Am
baſſadeurs ,& que le tout foit fait
homologué , confirmé , verifié &
registrépar tout oùbeſoinſera , afin
quelapreſente Fondation,& l'execution
d'icelle puiſſe eſtre faite ,
entretenue , & executé à iamais.
Et pour Executeurs de ladite
Fondationjuſques à l'actuel Etabliſſement
du College, de la Bibliotheque
&de l' Academie , mondit
Seigneurle Cardinal Duc nomme
Mesfire Guillaume de Lamoignon ,
4
48
MERCVRE
Chevalier, Confeiller du Royenfes
Confeils, premier Prefident au Parlement
; Mesfire Nicolas Fouquet,
auffi Confeiller du Roy en tous fes
Confeils , Procureur general de Sa
Majesté , & Surintendant des
Finances de France;Meſſire Michel
leTellier , Confeiller du Roy enfes
Confeils , Secretaire d'Etat & des
Commandemens de sa Majesté ;
Mesfire Zongo Ondedet , Evesque
de Frejus , & Mesfire Jean - Baplifte
Colbert , Confeiller du Roy
enfes Conseils, Intendant des maifons&
affaires deſon Eminence .
Ausquels fleurs. Executeurs &
à chacun d'eux les uns en l'absence
des autres , monait seigneur le
Cardınal Duc donne pouvoir de
faire & agir tout ce qui fera neceßaire
pour l'entiere execution de
la preſente Fondation , tant pour
l'achapt
GALANT.
49
pour l'achapt des places que pour
les bastimens communs & particuliers
, Eglife , & toutes les cho
fes en dependantes en la forme &
maniere & en tel lieu que lesdits
Sieurs Executeurs aviseront , &
Pour les nourritures , retributions ,
apointemens , gages , (alaires des
Officiers du College,de la Bibliotheque
& de l' Academie , & d'enfaire
le partage entre lesdits Officiers ,
ainſi que lesdits Sieurs Executeurs
verront bon eſtres ?
En cas de deceds d'aucuns defdits
Sieurs Executeurs , des furvivans
en nommeront d'autres
en la place des decedez , en
telle forte que le nombre foit
toûjours complet , iuſques à ce que
la preſente Fondation foit actuellement
& entierement executée.
৮.১২
3
ديف
Cequi a esté ainsi dicté&nom-
Nov. 1688.88rgi
50
MERCURE
!
mépar mondit Seigneurle Cardinal
Duc ausdits Notaires , ſous fignez
&par l'un d'eux , l'autrepreſent.
releu à Son Eminence,qui a déclaré
que telle est fa volontépour valoir
parformede disposition testamen
taire à cause demort ou autrement,
en la meilleureforme que faire fe
peut ,& que s'il manque quelque
-chosepour l'execution, & interpretation
defavolonté,ils'en remet entierement
aux ordres qui feront
donnez par leſdit Sieurs Executeursde
lapresente Fondation,lefquels
ilveut eſtreſuivisenticrement
&en toutes chosesfans aucunere-
Servé ,tout ainsi que si son Eminence
l'avoit Elle-mefme ordonné .
Cefut fait, dicté,nommé& releu,
commedeffus audit Château de Vincennes
, en l'appartement de Son
Eminence l'an 1661. le 6. jour de
Mars avant mily , & asigné ,
LE VASSEUR , &LE FOIN.
GALANT.
5
par
En conſequence de cette
Fondation faite l'an 1661. le
Roydonna des Lettres patentes
au mois de luin de l'année
1665. Elles commençoient
un Eloge du Cardinal Mazarin
, enſuite de quoy il y en
avoit un autre dela Fondation
qu'il venoit de faire , fur quoy
aprés avoir fait un détail de la
mefme Fondation , le Royen
ordonnoitl'enregistrement,
Parlement , à la Chambre des
Comptes , & à la Cour des
Aydes, comme d'une Fondation
cenſée , & reputée Royale
, ce qui fut executé.
au
En l'année 1674. le 22. Octobre
, les Executeurs du Teſtament
du Cardinal Mazarin
preſenterent requeſte à Mefſieurs
de l'Univerſité , par laquelle
après avoir expoſé la
1
C2
52
MERCVRE
Fondation , & fait un éloge
de l'Univerſité , ils la requeroient
d'incorporer le College
dans ſon Corps en la maniere
accoutumée , & de le mettre
ſous ſa direction & difcipline
pour le faire joüir des mefmes
privileges , droits& avantages
dont joüiffent les autres
Colleges.
Toutes les Facultez & les
Nationsqui compoſent l'Vniverſité
donnerent leurs avis
fur cette requeſte , & ne conſentiroient
à ce qu'on exigeoit
d'eux que ſous certaines conditions.
Je ne vous les marque
point ,parce que vous les connoiſtrez
aisément en examinant
la Fondation avecles Lettres
patentes que vous allez
lire
GALANT.
53
LETTRES PATENTES
du mois de Mars 1688 .
Portant Reglemens pour le
College Mazarin.s
LOUISpar lagrace deDieu
varre , A. tous preſens & àvenir
, Salut . Les importans ſervices
que nous à rendus , & à
noſtre Etat , noſtre coufin le
Cardinal Mazarin, nous ayant
engagez d'accorder noſtre protection
au College qu'il a fondédans
noſtre bonne Ville de
Paris,nous avons cru n'en pouvoir
donner des marques plus
certaines qu'en faiſant nousmeſmes
les Reglemens necef-
C3
54
MERCURE
faires pour rendre cet établiſſe.
ment parfait .ACES CAVSES,
& aprés nous eſtre fait repreſenter
le Testament de noſtre
ditCoufin, l'Acte de fondation,
enſemble nos Lettres patentes
du moisdeJuin 1665. de noſtre
certaine ſcience , pleine puiffance
& autorité Royale,Voulons
&bordonnons ce qui enfuit
, c'eſt à ſçavoir , que 4
LeCollegefera compoſé de
foixante Ecoliers,Gentilshom
mes ou Enfans des principaux
Habitans , vivant noblement
dans les lieux cy- aprés nommez
ſans que fous quelquepretexte
que ce ſoit on puiſſe tenir
d'autres penſionnaires dans
ledit College.
La nommination des Ecoliers
GALANT...
55
5
appartiendra à l'aisné male de
la Maiſon de Mazarini en
qualité de Fondateur , & au
défaut de mâle , ou s'il ne remplitpoint
les places de perſonnescapables,
quatre mois aprés
qu'il fera averty de la vacance
par leGrand - Maiſtre , ladite
nomination & entiere provifion
nous ſeradévoluë de plein
droit. III .
Les Nobles feront preferez
pour la nomination à ceux qui
ne le feront pas,quoy qu'il n'y
ait entre eux aucune distintion
dans le College , quand
ils y auront eſté receus.
IV.
Les preuves de l'âge, du lieu
de la naiſſance , de la nobleſſe
& des autres qualitez neceffaires
, feront examinées par
quatre Docteurs de la Maiſon
C4
56 MERCURE
:
&Societé de Sorbonne , & par
le Grand - Maistre du College.
V.
Nul ne ſera pourveu deſdites
places ; s'il n'eſt au moins
âgé de dix ans accomplis , &
nul n'y ſera receu après avoir
atteint l'âge de quinze.
VI.
Les ſoixante Ecoliers feront
choifis , ſçavoir vingt de nos
Provinces d'Artois, Cambray,
Flandre , Hainaut & Luxembourg
; quinze d'Alface, Strafbourg
,& Pays d'Allemagne ,
& Franche-Comté ; quinze de
Pignerolles & Vallées qui y
fontjointes , Cazal, & de l'Etat
Eccleſiaſtique , en telle ſorte
que ceux de Pignerolles & de
Cazal foient préferezaux autres,&
à leur defaut les Romains
préferez à ceux de l'Etat
GALANT. 57
Eccleſiaſtique ; dix de Rouſſil -
lon , Conflans & Sardaigne. -
VII .
S'il ne s'en trouvepas le nom
bre ſuffisant defdites Provinces
, en ce cas nous pourronsen
choisir d'autres lieux de
noſtre Royaume , aprés que
pendant quatre mois les places
auront vaque,& que l'aiſné de
la Maiſon de Mazariniaura en
le temps d'en nommer des lieux
déſignez dans la Fondation .
VHI..
Tous lesdits Ecoliers feront
inſtruits , logez , nourris &
meublez gratuitement tant en
fanté qu'en maladie pendant le
cours ordinaire des Claſſes ,&
leur ſera donné à chacun la
fomme de cent livres tous les
ans pour les habits & linges
de leurs perſonnes.
58 MERCURE
I X.
Il y aura pour leGouvernement
du College un grand
Maiſtre qui ſera auſſi principal
, Docteur de la Maiſon &
Societé de Sorbonne, un Procureur
Docteur ou Bachelier
de ladite Maiſon , un fous-
Principal , quatre fous Maiftres
& un Chapelain.
4
X
Le Grand- Maiſtre nomme
ra le ſous - Principal , les ſous-
Maiſtres , le Chapelain , &
tousles Regens , & pourra les
deſtituer quand il le jugera à
propos.
X I.
Le ſous- Principal ſera au
moins Bachelier dela Maiſon
de Sorbonne; mais à l'égard des
fous-Maiſtres & des Regens,
il ſuffit qu'ils foient du Corps
de l'Univerſité.
GALANT
رو
XII.
Dérogeant à cetégard à l'article
de la Fondation , par lequel
il eſtoit dit que le Princicipal
& les ſous- Principaux de
la Nation Italienne feroient
Theatins ..
XIII.
Le College ne ſera pointdiſtingué
par Nations , & il n'y
aura d'autre difference entre
les Ecoliers que l'âge & les
Claffes.
XIV.
A
a
Les Ecoliers pourront eſtre
renvoyez du College pourleurs
mauvaiſes moeurs par le
Grand- Maistre , de l'avis des
quatre Inſpecteurs aprés avoir
averty les parens , & leNominateur
de les retirer.
XV.
Il y aura neufClaſſes dans le
C 6
60 MERCVRE
د College fix d'Humanitez ,
deux de Philofophie , & une de
Mathematique ; mais il y aura
deux Regens de Rethorique,
dont l'un enſeignera le matin,.
& l'autre l'apreſdinée , ainſi
qu'il ſera reglé par le Grand.
Maiſtre .
:
XVI.
- Le nomination de tous les
Serviteurs appartiendra au
Grand- maiſtre ſeul , mais ceux
qui auront ſoin de l'oeconomie
de la Maiſon feront nommez
deconcertpar le Grand Maiftre
& le Procureur,
XVII .
Le Procureur fera les receptes
& dépenſes ordinaires .
XVIII .
Il ne pourra faire les extraor
dinaires que par l'ordre par
écrit duGrand- Maiſtre & des
GALANT. 61
د
quatre Inſpecteurs pourra
neantmoins fur le ſimple ordre
par écrit du Grand- Maistre ,
employer juſques à la ſomme
de cent livres.
ΧΙΧ.
Le Procureur rendra fes
comptes tous les ans pardevant
les Inſpecteurs en preſence du
Grand Maiſtre ..
XX.
Il aura ſous luy un homme
pour foliciter les affaires & agir
fous fes ordres, dont le choix&
ladeſtitution luy appartiendra .
ΧΧΙ .
Le Bibliothecaire ſera nommé
par la Maiſon & Societé de
Sorbonne,& choiſi autant qu'il
ſe pourra du nombre des Doteurs
de la Maiſon ..
XXII.
Il aura la nomination d'un
62 MERCVRE
J
fous-Bibliothecaire,&de deux
ſerviteurs , qui n'auront d'autre
ſoin que celuy de la Bibliotheque
, leſquels il pourra deſtituer
lors qu'il le jugera à
propos.
XXHI .
LeBibliothecaire ſe chargera
par inventaire des Livres de la
Bibliotheque , des Manufcrits
&des meubles qui y doivent.
eſtre deſtinez .
XXIV.
La Bibliotheque ſeraouverte
au Public deux jours la ſemaine
, le Lundy & le Jeudy , depuis
huit heures dumatinjufques
à dix heures & demie; &
depuis deux heures aprés midy
juſques à quatre en hiver , &
juſques à cinq en Eſté..
XXV ..
Le Bibliothecaire , le ſous
GALANT.M 63
Bibliothecaire , &les deux ferviteurs
feront tenus de ſe trou-.
verdans la Bibliotheque aux
jours &heurescy deſſus marquez
, pour donner les Livres
qui ferontdemandez , & pour
veiller qu'il ne foient gâtez ou
emportez .
XXVI .
Il ſera fait aux frais du College
quatreExemplairesduCatalogue
de la Bibliotheque dont
un demeurera dans la Bibliotheque
, le ſecond ſera donné à
nos Avocats & Procureurs General
du parlement , le troiſiéme
ſera mis das laBibliotheque
de Sorbonne , & le quatrième
demeurera entre les mains du
Grand Maiſtre du College.
XXVII.
LeProcureurdu Collegedonnera
tous les ans millelivres
64 MERCURE
au Bibliohecaire pour augmenter
la Bibliotheque à la charge
de rendre compte de l'employ
pardevant le Grand Maistre &
les quatre Inſpecteurs duCollege
, qui pourront , quand ils le
jugeront à propos, viſiter la Bibliotheque
.
XXVIII.
Le Grand Maistre & le
Procureur , & le Bibliothecaireſeront
perpetuels,& leur nomination
appartiendra à la Maifon
& Societé de Sorbonne.
ΧΧΙΧ.
La Maiſon & Societé de
Sorbonne aura la direction ge
nerale de tout le College à l'effet
dequoy elle nõmera quatre
Docteurs qui aurontla qualité
d'Inſpecteurs du College, & en
feront pendant quatre ans ſeulement
les fonctions , s'il n'eſt
2
GALANT.
65
jugé à propos de les continuer.
XXX .
Le Grand Maiſtre aura la
ſuperiorité & la préſeance fur
tous les Officiers du College ,&
aprés luy leProcureur fi ce n'eſt
que le Bibliothecaire étantDo.
teur , ſoit plus ancien que le
Procureur,auquel cas leBibliothecaire
aura ſeulement la préfeance.
ΧΧΧΙ .
Les Inſpecteurs viſiteront le
plus ſouvent qu'ils pourront le
College , y décideront avec le
Grand Maiſtre toutes les affaires
qui regarderōt la difcipline
recevrontles plaintes , entendrontles
comptes du Procureur
&tiendront la main à l'execu
tion de la Fondation .
XXXII .
Les quatre Inſpecteurs ne
66 MERCURE
fortiront point enſemble de
charge ; mais il en demeurera
toujours deux anciens avec les
deux qui feront nouvellement
élus..
:
ΧΧΧΙΙΙ .
Les Reglemens qui feront
jugez neceſſaires dans la ſuite
des emps , feront faits par l'aifné
de la Maiſonde Mazarini ,
avec l'avis de la Maiſon de
Sorbonne ; mais ils ne pourront
eftre executez qu'ils ne foient
confirmez par nos Lettres patentes..
XXXIV .
:
Enjoignons à nos Avocats
&Procureur general , de viſiter
le plus ſouvent qu'ils pourront
leCollege, ſoit feparément
ou conjointement , & de tenir
lamain à l'execution de la Fondation
, à l'effet dequoy ils fe-
1
GALANTI 67
ront repreſenter les Regiſtres
&comptes du Procuteur,fans
qu'ils puiſſent neanmoins commettre
par ladite viſite perfonne
en leur place .
XXXV.
On pourra recevoir dans les
Claſſes du College d'autres Ecoliers
que les Penfionnaires
fans qu'ils foient tenusde donner
aucun falaire aux Maiſtres
qui les enſeigneront .
XXXVI.
Et pour engager davantage
ceux quiaurontſoin du College,&
quiy enſeigneront,Nous
voulons qu'il foit donnéfur les
revenus dudit College tous les
ans au Grand Maiſtre quinze
eens livres ,au fous- Principal
fix cens livres , aux quatre
fous - Maiſtre chacun quatre
cens livres ; aux deux Regens
68 MERCVRE
de Philofophie , & aux deux de
Rhetorique chacun mille li .
vres ; aux Regens de Seconde
& de troifiéme chacun huit
cens livres ; aux trois autres
Regens chacun fix cens livres ;
au Regent de Mathematique
fix cens livres ; au Bibliothecaire
onze cens livres ; au ſous-
Bibliothecaire cinq cens livres
; aux deux Garçons fervant
la Bibliotheque chacun
centcinquante livres ; au Chapelain
trois cens livres ; au
Procureur onze cens livres ; à
unAgent ſous luy trois cens livres
; le tout ontre le logement
dans le College qui leur fera
marqué , & la nourriture qui
leur fera fournie convenablement
en commun ...
XXXVII .
• Sera auſſi donné au Sieur de
GALANT. 69
la Poterie , qui a eu le ſoin des
Livres juſques à preſent , la
ſomme de huit cens livres par
chacun an pendant ſa vie , en
confiderationdes ſervices qu'il
a rendus au College .
XXXVIII .
Voulons que le College porte
le nom de Mazarini , & qu'il
jouiſſe de tous les droits qui
appartiennent aux Maiſons de
Fondation Royale , & en conſequence
l'avons déchargé de
tous les droits qui nous auroient
pu appartenir , ou à nos
Fermiers , pour l'acquifition
des places ſur leſquelles il eſt
baſty , ſoit à titre de quint , &
de lots & vente , d'amortiſſement
ou d'indemnité.....仙
XXXIX.
Dérogeons à tout ce qui
pourroit eſtre contraireau pre
70 MERCURE
ſent Reglement dans la Fondation
, & nommément à l'établiſſement
d'une Academie ,
pour apprendre l'exercice Militaire
, nonobſtant ce qui eſt
porté par nos Lettres patentes
dumois de Juin 1665 .
XL.
Et pour les choses qui ne
font contenues dans nos Lettres
, ordonnons que leditCollege
ſera gouverné par les Statuts
de l'Univerſité de Paris ,
dont il fait partie, & que tous
les Officiers dudit College
jouiffent des droits & privileges
qui appartiennent aux
Principaux & Regens de l'Vniverſité
de Paris . SI donnons
en mandement à nos amez &
feaux les Gens tenant noſtre
iCour de Parlement , Chambre
des Comptes , & CourdesAyGALANT.
71
des à Paris , que ces preſentes
ils ayent à registrer & faire
executer ſelon leur forme &
teneur, ceſſant& faiſant ceffer
tous troubles & empefchemens
qui pourroienteſtre mis
ou donnez au contraire : Car
tel eſt noſtre plaiſir.Et afin que
ce ſoit choſe ferme & ſtable à
toujours , nous avons fait
mettre noftre Scel à ceſdites
Preſentes . Donné à Versailles
aumois deMarslan de grace
mil fix cens quatre vingthuit
, & de noſtre regne le
quarante cinquiéme. Signé,
LOVIS,& plus bas,par leRoy,
Phelippeaux. Et à coſté . Vifa,
Boucherat : & au deſſous , Pour
Lettres patentes portant regle.
ment pourle College Mazarin
-& fcellees en lacs de ſoye du
grand Sceau de cire verte.
72 MERCURE
Ces nouvelles Lettres ont
eſté enregiſtrées au Parlement
, à la Chambre des
Comptes , & à la Cour des
Aydes . Le Roy s'eſt donné
la peine de faire luy meſme
ces Reglemens , aprés avoir
examiné les articles de laFondation
qui ne pouvoient fubſiſter
, en incorporant le
College dans le Corps de
I'Vniverſité.
> La Guerre eſtant de ſaiſon ,
vous ne ferez pas fafchée
d'en voir un Jeu qui a eſté
inventé fur les Echecs. Les
divers avis que je vous ay
envoyez fur ce dernier jeu
vous ont affez pleu pour me
>
faire croire que vous vous
ferez un plaisir de mettre en
uſage les regles de celuy-
су
LE
1
GALANT .
73
LE IEV
DE LA
GUERRE.
4 I..
E Champ de Bataille eſt
Lun Damier de huit ligne
en longueur & de huit en
largeur.
IF.
Le Jeu eſt compoſé de quarante
huit pieces en tout ; chaque
party en a vingt quatre ;
ſçavoir huit grandes , & feize
petites.
ΙΙΙ .
Les grandes font le Roy ,
le General , deux Mareſchaux ,
deux Colonels & deux Enſeignes
, qui font tous poſtez
Νου . 1688 .
D
74
MERCURE
fur la premiere ligne , le Roy
& le General au milieu , fes
deux Mareſchaux à leurs
coſtez , enfuite les deux Colonels
, & puis les deux En .
ſeignes.
I V.
Les petitespieces ſont huit
Cavaliers qui occupent la
ſeconde ligne ; & huit Fantaſſins
qui occupent la troifieme.
V.
Le premier des Cavaliers
eſt placé au milieu d'eux devant
le Roy , & s'appelle le
Capitaine de la Cavalerie. Il
doit eftre d'une Figure ſem.
blable aux autres Cavaliers
mais un peu plus grande .
VI .
Le premier des Fantaſſins
eſt placé au milieu d'eux de-
:
GALANT.
75
vant le General , & s'appelle
le Capitaine de l'Infanterie.
Il doit eſtre auſſi d'une figure
ſemblable aux autres , mais
un peu plus grande .
VII .
La marche du Roy eſt
comme celle du Roy aux
Echecs , c'eſt à dire en quarré
& en pointe , ne faiſant
gu'un pas à la fois à l'entour
du quarré où il eſt , & prenant
toutes les pieces du party
contraire qu'il trouve auprés
de ſoy ſans qu'elles
foient défenduës .
VIII .
La marche du General eſt
comme celle de la Dame aux
Echecs , c'eſt à dire en quarré
& en pointe , pouvant faire
autant de pasà la fois qu'il
trouvera de quarrez libres , &
D 2
76 MERCURE
prenant d'un bout à l'autre
d'une ligne les pieces ennemies
qu'il trouvera découvertes
dans ſa marche .
ΙΧ.
La marche des deux Ма-
reſchaux eft comme celle des
Foux aux Echecs , c'eſt à dire
en pointe ſur les quarrez
noirs , celuy qui eſt ſur le
noirs & fur les quarrez blancs
& celuy qui eſt ſur le blanc
prenant ce qu'ils trouvent
dans leur marche d'un bout
àl'autre .
Χ.
La marche des deux Colonels
eft comme celle des Cavaliers
aux Echecs د
c'eſt à
dire en ſautant en quatre de
blanc en noir , & de noir en
blanc , & prenant ce qu'ils
trouvent en leur faut du
4
GALANT.
77
party contraire. Il leur eſt
permis de ſauter par deſſus
les autres pieces .
ΧΙ .
د
La marche des deux Enſeignes
eft comme celle des
Tours aux Echecs c'eſt à
dire en quarré , faiſant un ou
deux ou pluſieurs pas devant
ou en arriere , ou à coſté ſile
chemin eſt libre , & prenant
ce qu'ils trouvent en leur
marche.
:
:
XII .
La marche des Cavaliers
cft comme celle des Pions
aux Echecs , c'eſt à dire marchant
devant eux en quarré ,
& prenant en pointe à coſté
d'eux. Ils ne font qu'un pas
chaque fois , excepté le premier
coup qu'ils commen
D3
78 MERCVRE
cent à marcher ; ils peuvent
en faire deux , paſſant par
deſſus les Fantaſſins .
XIII .
La marche des Fantaſſins
eft comme celle des Pions
aux Dames , c'eſt à dire marchant
en pointe fur les quarrez
noirs , ceux qui ſont ſur
le noirs & fur les quarrez
blancs ceux qui ſont ſur le
blanc. Ils ne font qu'un pas à
chaque fois , excepté quand
ils prennent & qu'ils ſautent
par deſſus la piece qu'ils
vont prendre. Ils pourront
faire des coups de deux &
de trois fur les petites pieces
ſeulement , & quand ils en
auront pris une grande , ils ne
pourront en prendre à meſme
temps une petite , mais ils
pourront bien en prendre
une petite & une grande.
GALANT.
79
XIV.
La marche du Capitaine de
la Cavalerie eſt comme celle
des autres Cavaliers , excepté
qu'ils pourra reculer , & prendre
en reculant auſſi - bien
aux
qu'en avançant de la meſme
maniere que les Pions
Echecs , c'eſt à dire prenant
en pointe à coſté & marchant
devant ſoy , ou en arriere
du quarré.
X V.
د
La marche du Capitaine
de l'Infanterie eſt comme
celle des Fantaſſins , excepté
qu'il pourra reculer comme
un Pion damé , marchant , &
prenant en pointe en ſaurant
pardeſſus ſa piece.
XVI.
Le Roy peut-eſtre attaqué
& enfermé , mais il ne peut
D 4
80 MERCURE
ettre pris & oſté du Jeu.
Quand il eſt enfermé en ſorte
qu'il ne puiſſe remuer , on
doit dire Victoire , la Bataille
eſtant gagnée & la Victoire
remportée. Quand il eſt at
taqué par quelque piece que
ce ſoit , excepté par un Fantaffin
, il faut dire , attaque au
Roy , car il doit remuer alors
ou ſe couvrir de quelque
piece , ne fuft - ce que d'un
Fantaffin
emporter la
piece qui l'attaque avant que
d'en joüer d'autres , & quand
il ſe trouvera ſous le faut
d'un Fantaſſin , il ne remuera
point , fuſt- ce meſme fous
celuy du Capitaine ; mais il
fera obligé de rendre un des
Cavaliers ou un des Fantaſſins
qu'il aura pris dans le party
contraire , & qui fera placé
, ou
GALANT. 81
incontinent ſur la troiſieme
ou quatrième ligne de ſon
Camp , en un lieu neantmoins
où il n'attaque point
d'autres pieces ; s'il n'a point
pris encore ny de Cavaliers
ny de Fantaſſins à l'autre , il
donnera undes ſiens que l'on
oſtera du Jeu .
XVII.
Le General peut eſtre attaqué
& pris partoutes fortes
de pieces , excepté par les Fantaſſins
qui l'obligeront feulement
à remuer quand il devroit
eſtre pris par une autre
piece. Le Capitaine meſme
de l'Infanterie ne ſe pourra
prendre. Cependant ſi quelqu'un
d'eux le met en impuiſſance
de remuer , il fera
pris & mis au nombre des
Prifonniers . Quand on l'at
D
82 MERCURE
taquera par un Fantaſſin , it
faut dire , attaque au General.
XVIII .
Les Mareſchaux , les Colonels
& les Enſeignes pourront
eſtre attaquez & pris
par toutes fortes de pieces
mefme par les Fantaſſins ; mais
quand ils ſeront pris par ceuxcy
ou par leur Capitaine , ils
ſeront ſeulement ſequeſtrez
auprés du Jeu comme Priſonnier
de Guerre , & chacun
d'eux ſera rendu à chaque attaque
qui fera faite ,aprés leur
priſe , au Roy du party quiles.
aura pris , & fera remis au leu
quand & en quel lieu il plaira
au party à qui il fera rendu ,
pourveu qu'il le place de ſon
coſté en deça de la ligne qui
fepare les deux Camps. Il ne ſe
placera qu'aprés que le Roy
GALANT. 83
ſe ſera ofté de l'attaque , & fi
en le plaçant il attaque quelque
piece de l'autre , cela luy
vaudra un coup joué ,autrement
non .
ΧΙΧ.
Si un ſimple Fantaſſin peut
arriver ſur la ligne des maiſtreſ
ſes pieces , à moins qu'il ne
ſoit enlevé à meſme temps on
luy rendra ſon Capitaine , ou
celuy des Cavaliers fil'un ou
l'autre a eſté pris , & il ſera mis
en ſa place. Si aucun de ces
deux Capitainesn'a eſté pris ,
ou ofté hors du Ieu , il
emportera & mettra au nombre
des Priſonniers unc
des grandes pieces du party
contraire , la plus proche de
- luy , pourveu que ce ne foit
D 6
84 MERC VRE
pas leGeneral ,& fe retirera
meſme temps dans ſon Camp
en un lieu où il n'attaque
aucune piece de l'autre , ſans
que ce retour ſoit compté pour
un coup joué . Si c'eſt le General
qui eſt plus proche de
luy , il en prendra un autre .
XX.
Quand un Cavalier , fuftce
meſme le Capitaine , arrivera
fur la premiere ligne ,on
luy rendra une des grandes
pieces prifes , ou une autre qui
fera miſe en ſa place.
La Fable qui fuit vous fera
connoiſtre le defaut de bien
des gens, qu'une vaine curio--
fité engage à parcourir tous les
Livres , &qui ne faiſant que
les effleurer , perdentbien du
temps , & ont toûjours l'eſprit
vuide.Elle eſt du Pere Comire,
(
85
GALANT.
Jeſuite, qui l'a adreſſée en Vers
Latins à Monfieur l'Abbé
Huet , nommé à l'Eveſche de
Soiffons , & comme il réüſſic
admirablement dans les Ouvrages
de cette nature ,elle a
trouvé auffi - toſt un Tradu-
Aeur.
LE PAPILLON
ET L'HABEILLE .
T & Papillonflatte
fes aisles,
du brillant de
Et l'Abeille occupée aux travaux
de fon mict ,
Koloient au point du jour sur les
fleurs les plus belles
Que produitle secours de laTerre
&du Cieka
86 MERCVRE
Le premier admirant la pompeuse
abondance ,
Autant que l'éclat de ces fleurs
Que l'Aurore par complaisance
Daigne tous les matins embellis de
fes pleurs,
Tint à l'Abeille ce langage.
Flattons nous,mon aimable Soeur,
De profiter de l'avantage
Que nousprometdu iour l'agreable
douceur.
Aufſi- toft ilse porte où son plaisir
l'attire,
Ilvole impunément fans choix &
fansdeffein
Surtant de beautezqu'il admire,
Et qu'un vaste Parterre enferme
dansſonſein.
Luymefme on te prendroitpour une
fleur volante ,
Tantſesaisles ont de rapport
A la diverfitė flotante
Desfleurs qu'undoux Zephire agite
fans effort..
GALANT. 87
Quelquefois d'une Violette
Ilrefpire en passantle parfumprecieux
, :
Tantoſt l'accücil delicieux
D'une Rofeentre-ouverte àcontreremps
l'arrefte ;
Puis d'un vol carreſſant il paye ses
faveurs;
Tantoſt d'un beau Soucy dontla
fraiſcheur le flatte
Ilfuce avidement la feüille délicate
Eblowy de tant de couleurs ,
Du belor d'une Narciffeilva chercherla
coupe,
Retiré qu'il est dans ſon fond
Ils'enyvre en cachette au milieu de
laTroupe.
Auſſi toſt d'un ſommeil profond
Sur lafraische Anemone au reposil
Sedonne..
Son vol estpour ces fleurs , tantoft
prompt , tantoſt lent. :
Carreffant , importun, inquiet, in-
Solent
88 MERCURE
Illes cherche ,illes abandonne,
Et toûjoursfes derniers defirs
Luy font perdre le gouftde ses premiers
plaiſirs .
L'Abeille cependant dans un tra.
vailfemblable
S'occupe d'un ſoin plus loüable ,
Peu fatisfaite des odeurs
Oud'un fard qui se borne à la fuperficie;
Elle affiege toutes ces fleurs
Commefileurs beautela mettoient
enfuric.
Dans l'ardeurde fonmouvement
Elle murmure inceſſamment
Et ioignant le doux à l'utile
Elle travaille obſtinément
Au nectarprecieux qu'un air par &
tranquille
Dans lefond de cesfleurs transpire
obligeamment ;
Par tout où du matin l'innocente
xofée
GALANT . 89
4 1
Humecte lejaune Saffran ,
Ou dufombre Hiacinte , ou du Lis
transparent
La feüille paroist arrosée ,
Elleycourt, elleyvole avec empres-
Sement ,
Etgroſſe du fut qu'elle en tire
Elle vient le placer dansſon Appartement
Pour enfaireà loisir &Son miel&
Jacire;
Sans paſſerpar mépris le rampans
Serpolet ,
Ou la champestre Sarriete ,
Sans negliger du Thim l'innocente
fleurette ,
Elle en vole par tout laſubſtance &
le lait.
Precieuse ou commune, éclatante ou
petite ,
Il n'est plante ny fleur dontſonſoin
neprofite.
Deja l'Aſtre fâcheux qui ramene la
nuit
१०
MERCURE
Deffendoit aux mortels le travail
&le bruit ,
Quand le Papillon hors d'haleine
Fatigué defes jeux &deſes vains
détours , :
Trouval' Abeille dans la Pleine ,
Ou pourferetirer elle avoit prisfon
COUYS.
Aussi tostilluy tint ce langage en
colere.
Esprit d'attachement&de groffiereté,
Ton travail inutile &ta stupidité
T'ontfaitperdre aujourd'huy d'une
indigne maniere
Les plaiſirs d'un jour enchanté.
,luy répondit l'Abeille Non non
avecfierté ,
Mes travaux nefont pas frustrez
de recompenfe ,
I'ay plus gagné quetune penfes,
lesçais mieux menager les momens
quetu pers.
GALAN Τ .
91
Ie travaille ama cire au lever de
l'Aurore ,
Pour offrir des flambeaux aux
grands Dieux que j'adore ,
Je prepare du miel au Maistre que
jefers ,
Sans m'oublier moy - mesme & mon
propre avantage ,
Ie trouve heureusement dans la
douceur du jour ,
Tout ce qui peut estre d'usage
Pour prevenir dufroid l'incommode
retour.
Mais pour toy , Papillon paresseux
&volage ,
Tune t'es attiré par ta legereté
Que le pitoyable dommage
D'une penible oiſiveté.
Par là chacun de nous comprend
la difference
De l'esprit curieux & de l'esprie
Seavanti
92
MERCVRE
L'un ſe nourrit de la ſubſtance ,
Et l'autrene prend que du vent .
Ce defordre est commun autant que
déplorable ,
Mille esprits curieux enteſtezfans
raiſon
D'une folle demangeaison
D'effleurer les Auteurs en déviennent
la Fable.
On peut fans y mettre du ſien ,
Appeller ces esprits Papillons de
Parnaffe,
Esprits à qui toutplaist &que rien
n'embarrasse ,
Mais qui paſſantsur tout n'entrent
jamais en rien ;
Sans ordre & fans deſſein ils parcourent
les Livres ,
Par leur impatience ils en perdent
le cours ,
Etrangers en tous lieux ,ignorans
pour toûjours
Et moins remplis qu'ils ne font
yures ,
GALANT . 93
Ingenieux à tout gaster ,
Ils recherchent l'odeur& laiſſent la
Substance ,
Ils payent àgrands frais une illustre
ignorance ,
Et voltigeant par toutfansjamais
s'arrester ,
Apeine à chaque Auteur Semblent
- ilsse prester ;
Maisle Sage imitant le travail ,
la prudence ,
Et la foigneuse prévoyance
Par où l'ardente Abeille infulte l'avenir
,
Contente son esprit & meuble sa
memoire
D'un ſolide ſavoir qui releve ſa
gloire ,
Et dont il a fceu ſe munir.
Soit au plus doux Printemps defa
belle jeunesse ,
Soit auplus fort Eftédeſes boüillans
defirs
94 MERCURE
Soit qu'un âge plus meur arreſteſes
plaifirs
Il profite fansfin,&se remplitSans
ceffe.
C'est toy, que ces emplois occupent
dignement ,
Sage & sçavant Huet , c'est pour
toy que l'Hymmette
Sur fon double ſommet produit
l'herbe molette ,
Et le parfum du Thim ,fon plus bet
ornement ;
Komeſurſesſaintes Collines
Prepare à ta moifſſon les plantes les
plus fines;
Pour toy l'immortelle Sion ,
Et le facré Liban exerçent leurs
largeſſes ,
Et font couler leur miel avecprofusion
,
* Montagne de Grece chargée
de fleurs .
GALANT .
95
-C'est toy qu'avecplaisir ils comblent
toy qu'avecplaisi
de richesses .
Pourfuis dans tes emploisfi doux,
figlorieux ,
Achevede charmer les hommes &
les Dieux,
Ecris jusqu'à la fin d'une si belle
f
vie.
L'Hyver des ans n'est point pour
toy ,
Ton espritne peut estre e(claveſous
fa loy ,
LaMithre nefera qu'en augmenter
l'envie.
Ieune aux approches de la mort,
Et triomphant des destinées ,
Quand un Siecle complet achevera
ton fort ,
Tes écrits sçauront bien dementir
lesannées.
96 MERCVRE
Ie vous envoye un Air nouveau
de la compofition deMonſieur
Martin , qui a donné depuis
peu au Public des Airs
ſerieux & Bachiques à deux
& à trois parties , meſlez de
Simphonies en Trio pour les
violons& pour les flutes que
debite le ſieur Guerout . Les
Vers ne sçauroient manquer
de vous plaire , puis qu'il font
d'une perſonne de voſtre ſexe
dont vous avez admiré plu .
ſieurs Ouvrages. C'eſt Mademoiselle
des Houlieres qui
les a faits . La beauté de fon
genie eſt trop connue pour
vous en rien dire davantage..
AIR NOUVEAU.
Ans ces lieux révons à
D
fir
loiſir ,
Rien n'ypeut troublerle plai-
Helas!
GALANT. 97
Helas! que ce Berger charmant
De penserau Berger que j'aime.
Ne pense- t- ilàmoy de mesme !
Qu'ily penseroit tendrement !
Il n'yarien qui éclaire tant
l'eſprit que l'amour , & pour
peu qu'un Amant ſoit ſecondé
dans les entrepriſes
qu'il fait pour obtenir ce qu'il
aime , il eſt malaiſé qu'il ne
reuffiffe . Vn Cavalier , amoureux
depuis long- temps d'une
Fille fort bien faite , & dont
les manieres & le tour d'efpritavoient
pour luy ce charme
engageant qui fait les étroites
liaiſons , eſtoit venu à
bout de luy plaire. Outre
qu'il avoit du bien & de la
naiſſance , elle luy voyoit
tout ce qu'on peut ſouhaitter
dans un honneſte homme
Νου . 1688 . E
د
1
98
MERCURE
1
& les fentimens qu'il avoir
pour elle le rendant digne de
ceux qu'elle avoit pour luy ,
ſi elle euſt eſté en pouvoir
de diſpoſer d'elle meſme fon
conſentement pour l'époufer
euſt ſuivy de prés le don de
fon coeur. Le Cavalier avoit
gagné l'eſprit de la Mere,&
comme elle eſtoit dans ſes,
intereſts elle avoit mis en
uſage toutes fortes de moyens
pour obliger ſon Mary à le
choiſir pour fonGendre , mais
tous ſes efforts n'avoient rien
produit. C'eſtoit un Negociant
eſtimé fort riche , &
qui ne faiſoit que preſcher
miſere. L'avarice le poſſedant
juſques à l'excés , il cachoit
avec grand ſoin les bonnes
affaires où il avoit part , &
lors qu'il faifoit la moindre
ΠΕΔΙΕ
LYON
118
*1
*1893*
E
GALANT.
LUE OP
perte , c'eſtoient des inte
qu'il portoit par tout
il avoit beau dire qu'il eſtoit
ruiné on le connoiſſoit , &
ce qu'ildiſoit de fon malheur
ne lay oſtoit rien de ſon credit.
L'épargne avec laquelle il
vivoit luy attiroit à toute
heure des reproches de femme.
Elle estoit portée à la
dépenſe , & c'eſtoit pour elle
un grand ſujet de chagrin de
ne pouvoir luy faire entendre
raiſon ſur l'aveuglement qu'il
y avoit a vouloir toujours
amaſſer du bien pour n'en
point jouir. Lors que fa Fille
cut douze ans quoy qu'elle
fuſt ſa ſeule heritiere , il la mit
dans un Convent , & noublia
rien de ce qu'il crut pouvoir
l'engager à eſtre Religicuſe.
Il ne la voyoit jamais
E 2
100 MEROVRE
{
qu'il ne luy fiſt quelque fermon
fur les vanitez du monde.
La Belle avoit de Vefprit
& ſa Mere qui la vouloit
avoir auprés d'elle , liy donnant
d'autres leçons , elle l'écouta
trois ou quatre ans
comme eſtant fort diſpoſée à
profiter des avis qu'il luy
donnoit. Le temps s'avançant
toûjours , la preſſa enfin de
ſedeclarer , fur ce qu'elle étoit
en âge de prendre l'habit , &
alors avec un air fort modeſte
, elle répondit à ce Pere
avare qu'elle eſtoit fort perfuadée
que le monde n'avoit
rien que de mépriſable ,
&que tout ce qu'on y pouvoit
trouver de plus attirant
-n'eſtoit que ſotife & que bagatelle
, mais qu'afin d'en
eftre mieux convaincuë , il
2
GALANT. JOI
,
luy eſtoit important de s'en
détromper par elle meſme
& de bien connoiſtre ce qu'
elle avoit deſſein de quitter.
Ce raiſonnement qu'il n'attendoit
pasluy fit dire qu'elle
devoit prendre garde que
l'envie de voirle monde pour
le quitter ſans regret eſtoit
une tentation des plus dangereuſes
,mais ce fut en vain
qu'il la combattit. La Belle
demeura ferme dans ſa refolution
,& quoy qu'il puſt faire
pour la retenir dans le Convent
, il fut obligé de la reprendre.
Elle ne fut pas
long-temps avec ſa mere ſans
donner des marqués de l'éloignement
qu'elle avoit pour
la retraite . Ses airs , ſes manieres
, & la joye que luydonnoient
toutes les parties de
E 3
102 MERCURE
plaifir dont on la mettoit ,
eſtoient d'une Fille qui n'avoit
aucun deffein de s'enfermer
dans un Cloiſtre ,ille vit
avec douleur , & pour la punir
de ne s'eſtre pas voulu
faire une vocation de complaifance
, & pour fatisfaire
enmême temps à ſon avarice,
il reſolut de ne la point marier
. Ainfitous les partis qui
ſe preſenterent furent rejettez
. Il pretextoit fon refus
du mauvais eftat de ſes affaires
, qui ne luy permettoient
pas de faire la moindre avan.
ce ,& ilajoûtoit que fa Fille
eſtant encore fortjeane , rien
ne le preffoit de s'en défaire.
Ce fut dans ce temps que le
Cavalier dont j'ay commencé
à vous parler , prit de l'a
mour pour elle ; il tâcha de
GALANT.
103
l'en convaincre par mille
ſoins obligeans , & le
temps n'ayant fervy qu'à
s'accroiſtre par l'entiere connoiffance
qu'il eut de tout
ce qu'elle valoit , il luy demanda
la permiſſion de ſe
declarer. Elle luy fut accordée
de concertavec la mere , quoy
qu'avec peu d'efperance qu'il
fuſt mieux receu que ceux qui
avoient fait avant luy une
pareille démarche. Comme il
avoit plus d'amour que tous
les autres , & un amour ou
l'intereſt n'avoit point de
part , il ſe tint fort ſeur de
reuſſir en ſe montrant preſt
de l'épouſer ſans aucune dot ,
mais la generofité luy for
inutile. Le Pere ne s'en laiſſa
point toucher. Sa Fille eſtoit
toujours coupable pour luy ,
E 4
104 MERCURE
& il ne pouvoit luy pardonner
ſa fortie hors du Convent.
Cette reſiſtance à ſes volonzez
luy avoit fait prendre de
l'averſion pour elle. Il agit
fur ce principe , & s'abandonnant
à ſes ſentimens bizarres
,il dit que c'eſtoit perdre
une Fille que de la marier
à dix ſeptans , parce qu'elle
n'eſtoit pas encore capable de
fe connoiſtre , & que quand
la fienne en auroit vingtcinq
, il fongeroit à luy trou-
✓ verun party. Sa femme s'emporta
avec chaleur contre un
caprice ſi peu ſouſtenable , &
les veritez qu'elle luy dit ſur
les raiſons cachées de
injuſte refus , ne ſervirent
qu'à augmenter ſa méchante
humeur. Il ne voulut plus
ſouffrir l'affiduité du Cavacet
GALANT. 105
lier , & toute la grace qu'elle
obtint pour luy , ce fut qu'il
pourroit encore de temps en
temps les venir your comme
amy. Cette contrainte n'eut
pas l'effet qu'il s'eſtoit pro
mis . Les deux Amans s'enflamerentdavantage
, & com:
mela Mere les favoriſoit , ils
ſe jurerent qu'ils ne ceſſe .
Foient jamais de s'aimer.
Heureuſement. le Pere, avoit
une étroite liaiſon d'intereſt
avec une autre Negociant de
la Ville , dont la Femme étoit
extrémement amie de la
fienne. Elles ſe voyoient fouvent
, & ce fut chez cette
Amie que le Cavalier continua
devoir ſa.Maiſtreſſe . Le Pere
qui ſe donnoit tout entier à
fon commerce , n'examinoic
point ce qui ſe paſſoit &fans
ES
1
106 MERCVRE
وب
s'embaraſſer des ſentimens de
ſa Fille , il luy ſuffiſoit de ne
rien voir qui puſt luy bleffer
les yeux , & d'avoir fi bien
écarté tous ſes Amans que
perſonne ne luy parloit plus
de la marier. Elle recevoir
toujours mille ſoins du Cavalier
, accompagnez des plus
tendres aſſeurances qu'il puſt
luy donner de ſa paffion , &
s'il n'oſoit la voir chez fon
Pere plus ſouvent que tous
les mois, cequ'il faifoit regulierement
pour conferver avec
luy quelque habitude qui
puſt luy ſervir dans lebeſoin,
il avoit d'affez frequentsten .
dez vous chez la perſonne
qu'ils avoient miſe dans leur
confidence . C'eſtoit elle qui
faifoit toutes les parties de
promenade & de divertiſſeGALANT.
107
2.
ment., Le Cavalier ne manquoit
jamais à s'y trouver , &
c'eſtoient toujours de feſtes
galantes dont il prenoit ſoin
en Amant paffionné . Cependant
on n'oublioit rien pour
gagner l'efprit da Pere , mais
il avoit une obſtination in
vincible , & fa Fille , faute de
vouloir ſe faire Religieufe ne:
ſe pouvoit racommoder avec
luy. On parloit toujours des
moyens de le reduire , chacun
en propoſoit tour à tour ,
enfin une partie faite par hazard
en fit imaginer un qu'on
refolut de mettre en pratique.
La Ville où il demeuroit étoit
une Ville Maritime &la
peſche des Thons qu'on faifoit
alors à deux lieües de-là
le long de la coſte attiroir
beaucoup de monde. Le Ne
E 6
108 MERCURE
gociant de ſes Amis eſtant
allé luy rendre viſite avec ſa
Femme , le diſcours tomba fur
cette peſche ,& le temps eſtant
fort beau , on propoſa pourle
lendemain d'aller prendre ce
plaifir. On vouloit qu'il fuft
de la partie , & fa Fille qui tâchoit
toûjours de l'adoucir ,
fit ce qu'elle put pour l'y engager
; mais comme il falloit
faire la dépenſe d'un Bateau ,
& fe charger de quelques provifions
pour le difner , parce
qu'on devoit partir dés le
matın , il fut bien- aiſe que le
tout tombaſt fur fon Amy
à qui il laiſſa la conduite des
trois Femmes. Le Cavalier
ayanteſté averty de cette par-.
tie , dont on n'oſa le mettre
de peur qu'il ne fuſttrop remarqué
, pria le Conducteur
GALANT. 109
フレッ
de la Troupe de l'obligera
deſcendre à une Maiſon qu'il
avoit vers ce lieu-là , aprés
qu'ils auroient jouy de la
peſche. La choſe ſe fit, com
me il l'avoit ſouhaité . Il eſtoit
encore bonne heure lors
qu'on eut vû prendre quantité
de Thons , & quoy que
l'on ſe fuſt préparé à un re
gale d'Amant , parce qu'on
ne doutoit pas qu'on ne le
trouvaſt en ce lieu-là , on fus
ſurpris de la maniere galante
dont il receut ſa Maſtreſſes
Rien ne coute quand on aime
fortement, Concerts , Voix
Muſique , tout fut employé
& aprés qu'on eut paffé quelque
temps à voir fa maifon
qui estoit fort belle , & meu
blée tres - proprement , il fit
fervir un Ambigu des mieux
و
HO MERCVRE
ordonnez . On ſe donna à la
joye, & il en fit tant paroiſtre,
que chacun la parcagea . On
ſouhaitoit qu'une fi. agreable
journée ne finiſt point , lors
que tout d'un coup on enten -
dit les vents qui ſoufloient , &
la Mer qui mugiffoit.Ce mauvais
temps chagrina les Dames.
Elles craignirent que l'orage
ne leur fiſt courir quelque
riſque à leur retour , &
elles le craignirentencoreplus
lors qu'on cut fait venir les
trois Matelots qui avoient la
conduite du Bateau. Il leur
parut qu'on avoit trop bien
executé les ordres que le Cavalier
avoit donnez de les faire
boire , & ils eurent beau les
affurer qu'en tenant toujours
la coſte ils vaincroient les vagues
, elles ne voulurent point.
GALANT.
s'en raporter à cette affiurance,
&dirent qu'il falloit chercher
quelque voiture pour s'en retourner
par terre . L'Amy qui
les avoit amenées, tomba d'ac
cord que ce ſeroit le plus feur,
& il ajoûta qu'en prenant la
Mer, il eſtoit à craindre que la
tempeſte ne les pouſſaſt aſſez
loin , pour tomber entre les
mains des Corfaires qui faifoient
fouvent des courſes le
longdela coſte. Sa Femme qui
avoit l'efprit fort vif, ſe mit à
rire auſſi oſt ,&dit que leperil
dont il venoit de parlerluy
avoit fait naiſtre une pensée
qui pourroit produire quelques
choſe d'avantageux pour les
deux Amans . C'eſtoit de des
meurer tous cachez fort à leur
aiſe deux ou trois jours chez
le Cavalier , aprés quoy fon
DI 2 MERCURE
Mary retourneroit ſeul dans le
Bateau,&ſuppoſeroit une ren
contre de Turcs , qui ſe ſeroient
faifis des trois Femmes,
& qui l'auroient renvoyé pour
aporter leur rançon qu'on feroit
monter à une ſomme confiderable
; que le Pere de la.
Belle n'oſant abandonner ſa
Femme & fa Fille,ſe refoudroit
à donner une partie de la ſom ..
me,& que leCavalierluy allant.
offrir ſa bourſe pour fournir le
reſte,pourroit l'engager àcon.
fentir à fon mariage. L'expedient
réjoüit la Compagnie..
Le Cavalier qui en fut charmé
, pria la Mere de ne s'y pas,
. oppoſer. On examina ce deffein
à fond , & aprés qu'on
eut long- temps raiſonné fur la
maniere de le faire réuffir , il
fut arreſté que le Cavalier reGALANT
.
113
tourneroit à la Ville,afin d'em
peſcher que ſon abfence ne filt
foupçonner qu'oneuft concer.
té cette avanture. Il prit toas
les foins requis pour faire que
rien ne manquaſt aux Dames
dont il s'éloigna avec beaucoup
de chagrin,& on s'affura
des trois Matelors , qu'il fuo
aiſé de gagner. Ils dépendoient
de celuy qui devot mener
l'intrigue ,& ils allerent cacher
leBateau à un lieu qu'ils con
noiffoient fort enfoncé dans
la coſte. Le Cavalier rentra
le foir- meſme dans la Ville
&ſe montra endifferens lieux,
mais ce ne fut que le lendemain
qu'il ouitparler de la petite
Troupe qui n'eſtoit point
revenue. Le Negociant paroif
fant fort allarmé,alla s'en informer
àtous ceux qu'il ſceutqui
114 MERCURE
avoient eſté prendre le jour
précedent le divertiſſement
de la mesme Peſche. Chacun
luy dit qu'ony avoit veu fon
Amy avec les trois Dames ,
& que puis qu'ils n'estoient
point revenus avant le gros
temps, il y avoit bien à craindre
que leur Eatteau n'euft
pery. Onle crut d'autant plus
facilement, qu'on eut nouvelles
certaines dans le meſme
temps qu'il s'en eſtoit perdu
pluſieurs de Peſcheurs par
la violence de la tempeſte. Le
bruie du malheur qu'on pretendoit
luy eſtre arrivé , s'eftant
répandu preſque auffi toſt
partoute la Ville , on alla chez
huy detoutes parts luy faireles
complimens de condoleance,
qui font ordinaires dans ces
fortes d'occaſions . LeCavalier
GALANT
115
ne
y alla comme les autres , & eur
leplaiſirde recevoir pour rés
ponfe,qu'ilavoit ſujet de prendre
partà ſa perte, puis que ſa
perfeverance l'avoit fait refou
dre à confentirà fon mariage
dans fort peu de temps. Quoy
qu'il affectaſt de témoigner
beaucoup de douleur , on
laiſſoit pas de démêler qu'il ſe
confoloit de n'avoir plus ny
Femme ny Fille , parce que cet
accident, qu'ildifoit chreftien
nementqu'il falloit ſouffrir de
la main de Dieu , luy épar
gnoit beaucoup de dépense
qu'elles l'obligeoient de faire.
La Mer s'eſtant montrée affez
calme aprés trois joursdetem
peſte, l'Amy du Negociant revint
feul dans fon Barteau
comme on l'avoit projetté. On
ne l'avoit pas plûtoſt veu par
116 MERCURE
roiſtre, que tout le monde s'afſembla
autourde luy pour ſçavoir
fon avanture. Il s'acquitta
admirablement bien du conte
qu'il avoit étudié. Il dit que le
vent s'eſtant élevé tout d'un
couple jour de la Peſche , ſes
Matelous avoiem eſté emportez
malgré eux en pleine Mer;
que lors qu'ils voyoient àtous
momens les flots ouverts pour
les engloutir , une Tartane
s'eſtoit avancée vers eux ; que
foixante & cinq Corſaires
Turcs,ou Algeriens, y avoient
parule fabre àla main , & les
avoient faits eſclaves ; qu'ils
avoient d'abord tourmenté
leurs Matelots pour ſçavoir qui
ils eſtoient , & qu'ayantappris
par eux qu'ils ſe méloient du
negoce , ils avoient fixé leur
rançon à cent mille francs,que
GALANT 117
fi - toft que l'orage avoit ceffé ,
ils l'avoient renvoyé dans le
Bateau afin qu'il puſt leur apporter
cette ſommes que pour
luy il aimoit mieux qu'il luy
en contaſt cinquante mille
francs , que de laiſſer ce qu'il
avoit de plus cher dansl'eſclavage
, & qu'il venoit deman
der å ſon Amy les autres cinquante
mille francs pour luy
ramener ſa Femme & fa Fille.
Cette nouvelle qu'on fit courir
anffitoft de bouche en bouche
luy avoit eſté portée avant qu'il
allaſt chez luy. Ille trouvadans
un deſeſpoir inconcevable, &
fes lamentations firent connoiſtre
qu'une Rançon à payer
eſtoit pour luy un malheur
plus grand que la veritable
mort de ſa femme & de ſa fille;
il ſembloit même que celuy
18 MERCVRE
eſtoit quelque forte de chagrin
d'apprendre que l'une & lautre
eſtoit encore vivante.Il dit
d'abord avec une eſpece de
fureur , que puis qu'on ſçavoit
le lieu où l'on trouveroit ces
miferables Corſaires il les falloit
aller attaquer , & qu'il ne
ſeroit pas difficile de ſe rendre
Maistre d'une Tartane. On
luy répondit que c'eſtoit un
feur moyen pour envoyer les
trois femmes en Barbarie,puis
qu'ils ne manqueroient pas de
prendre la fuitedés qu'ils pour
roient découvrir qu'on viendroit
à eux avec des forces
qu'ils auroient à craindre.Cette
raiſon le fit acquiefcer,mais
elle ne leput convaincre de la
neceſſité qu'il y avoit de
ner les cinquante mille francs
qu'on luydemandoit.ll dit que
don
GALANT.
149
de quelque façon que ce fuſt,
il ne pouvoit éviter d'avoir le
chagrin de laiſſer ſa Femme
&fa Fille eſclaves , puiſque
les pertes qu'il avoit faites
depuis cinq ou fix années ne
luy permettoient pas de les
racheter au prix où leur Rançon
avoit eſté miſe. Son amy
qui témoignoit une extréme
impatience d'aller porter ſa
part aux Corſaires qui ne
vouloient pas attendre longtemps
,offrit de luy avancer
ce qui devoit luy revenir
d'une affaire qu'ils avoient
faite enfemble depuis peu de
temps , & deux Marchands
qui ſe trouverent chez luy,
& qui luy devoient payer
dans fix mois de certaines
ſommes , voulurent bien les
donner ſur l'heure pour le
)
120 MERCURE
tirer de l'embarras où il ſe
trouvoit. Le tout montoit environ
àdix mille écus , qu'il
eſtoit an deſeſpoir qu'on luy
fiſt avoir comptant ; il fut
contraint d'abandonner cette
fomme , quoy qu'avec de
longs gemiſſemens , & il proteſtoit
qu'il luy eſtoit impofſible
de fournir le reſte quand
le Cavalier entra. Il luy expliqua
douloureuſement les
angoiſſes qu'il fouffroit
le Cavalier l'ayant conſolé le
plus humainement qu'il luy
fut poſſible le pria de
trouver bon qu'il luy apportaſt
ce qui manquoit au paye.
ment qu'il falloit faire, & qu'il
regardaſt ſa Fille comme eſtant
déja ſa femme , puis qu'il luy
avoit declaré le jour precedent
le deſſein où il eſtoit de la luy
faire
د
&
GALANT. 121
1
faireépoufer. Cette offre luy
fuſt le ſujet d'une extrême
joye au milieu de ſon chagrin.
Il l'embraſſa pluſieurs fois ,&
aprés l'avoir loué d'une generoſité
fi peu attenduë , il dit
pour la reconnoiſtre que ſa
Fille qui le ruinoit par ladeteſtable
demangeaiſon qu'elle
avoit euë de voir une peſche,
ne meritoit pas qu'on la tiraſt
des mains des Corſaires. H
vouloit leur aller porter l'argentluy
meſme,croyant,quel
que Barbares qu'ils fuffent,que
Paffliction ou ils le verroient
les obligeroit de ſe contentor
de la moitié de la ſomme.Son
Amy& feignit d'y confentir ,
mais ſans répondre qu'ils ne
l'enlevaſſent pas pour tirer de
aluy une ſeconde Rançon , par
ce qu'iln'y avoit point de plus
Νου. 1688 . F
122 MERCURE
grand malheur que d'avoir affaire
àdes Infidelles.La frayeur
le prit ,& il jugea à propos d'a
bandonner tout à la conduite
de ſon Amy , qui s'en re
tourna le ſoir dans ſon Bateau
, & alla trouver les Dames
. Ses Matelots avoient
tenu le meſime langage , & ſe
plaignoient du rigoureux
traitement que leur avoient
fait les Corſaires pour les forcerde
parler. Ainfi il n'y avoit
aucun lieu de douter de l'avanture.
Le lendemain toute
la Troupe revint , & les
Femmes, joüerent parfaitement
bien leur perſonnage.
Toutes leurs Amics les allerent
embraſſfer au Port. C'é.
toit entre elles à qui peindroit
mieux l'extreme frayeur
que plus de ſoixante vilains
5.
GALANT.
123
1
1
1
1
t
2
1
e
Turcs leur avoient causée.
Il ſembloit qu'elles fuſſent
encore dans leurs mains , tant
elles montroient une imagination
vivement frapée de
ce qu'un voyage en Barbarie
leur avoit fait craindre . Vous
pouvez aisément vous figu
rer de quelle maniere l'avare
Negociant recent ſa Femme
& fa Fille . Il s'emporta
juſques à l'excés & ce
fut fur tout contre la derniere
qu'il fit éclater ſon refſentiment.
C'eſtoit particulierement
pour la divertir
qu'on avoit fongé à faire la
partie de peſche qu'il payoit
fi cherement & la regardant
comme la cauſe de tous
ſes malheurs par le refus obſtiné
qu'elle avoit fait de paffer
ſa vie dans un Convent ,
د
F 2
124 MERCURE
و
aprés luy avoir défendu pendant
pluſieurs jours de ſe
montrer devant luy il dit
brutalement à ſa Femme ,
qu'il l'avoit promiſe au Cavalier
, & qu'il pouvoit s'en
charger quand il voudroit ,
fans qu'on luy demandaſt autre
choſe que fon conſentement
pour le mariage , parce
qu'il n'avoit pas mesme un
babità luy donner. Le Cavalier
qui l'auroit priſe pour
rien , & à qui le faux conte
des Corſaires falſoit toucher
les dix mille écus qu'on luy
avoit arrachez , profita de
ſon dépit , & fit avec grande
joye toute la dépenſe de la
Noce. Le Pere pour qui la
veuë de ſa Fille eſtoit un
fupplice , ne voulut pas s'y
trouver , & tomba dans un
GALANT.
125
1
chagrin dont tout ce qu'on
put luy dire ne fut point capable
de le faire revenir. Il
parloit ſans ceſſe de l'argent
qu'on luy avoit fait donner ,
& ce qui augmenta ſon defefpoir
, la tentation que les Femmes
eurent de parler fut cauſe
qu'il leur échapa quelques paroles
, qui firent dire que l'avanture
des Turcs pouvoit
bien n'eſtre pas vraye. Le bruit
en vint juſqu'à luy , & on luy
en fit quelque raillerie. Les
plus fortes aſſurances que fon
Amy luy peut donner du contraire
n'eurent point aſſez de
force pour luy oſter de l'eſprit
qu'il avoit eſté dupe ; & enfin
foitqu'on l'euſt trompé ou non ,
n'ayant beſoin ny de Femme
ny de Fille , il les devoit laiſſer
enlever aux Turcs , s'il eſtoir
F3
126 MERCURE
vray qu'ils les euſſent erës
en leur pouvoir , & preten.
doitavoir fait une fort grande
fottiſede donner dix mille
écus. Le repentir qu'il en
eut ne luy laiſſa plus goû
ter de repos , & enfin à force
de ſe chagriner il fut ſaiſi
d'une fievre violente qui luy
fit tourner l'eſprit. Il ne reſiſta
que fort pen de jours , &
s'aviſa de mourir , quoy qu'il
cuft pu encore s'en paffer
pendant un affez grand nombre
d'années , puis qu'il laiſſa
pour plus de cent mille écus
d'effets ,&que c'eſtoitdequoy
vivre. Sa ſucceſſion accom
moda la Mere & la Fille , qui
ſe voyant delivrées d'un
homme qui les contraignoit
entoutes chofes , ne donnerent
à fa mort que des larGALANT.
127
1
T

mes de bien -A ſeance. Elles
n'eurent pas beſoin de beaucoup
de temps pour les ef
fuyer , & la vie tranquille
qu'elles commencerent à mener
enſemble , les eut bien.
toſt confolées de cette perte.
Le Maire & les Eſchevins
de la Ville de Troye , Capitale
de Champagne , ont donné
des marques du zele qu'ils
ont toujours eu pour Mr le
Maréchal Duc de Vivonne , ..
qui étoitleurGouverneur , en
faiſant faire ſes obſeques avec
beaucoup de magnificence...
On les commença le 3. dece
mois par le ſon des Cloches
de toutes les Eglifes , & ce
fon continua juſqu'au lende
main midy . La Ceremonie ſe
fit dans la Cathedrale. Elle
eſtoir toute tenduë de drap
128 MERCURE
noir depuis le haut juſqu'en
bas , dans la Nef & dans le
Choeur , avec une bande de
velours noirau milieu , & un
tres - grand nombre d'Ecuffons
aux armes du Défunt . Il
y avoit une Chapelle ardente,
éclairée d'une infinité de
Cierges blancs furdes Chandeliers
d'argent. Mr le
Doyen celebra la Meſſe , qui
fut chantée par une excellente
Mufique. M. l'Eveſque de
Troye y aſſiſta , avec le Maire
& les Eſchevins , qui ſe rendirent
à l'Eglife , precedez
de huit Compagnies , & la
Bourgeoiſie ſous les Armes,
avec leurs quatre Sergens &
Huiffiers de Ville , reveſtus
de deüil. Ils eſtoient ſuivis du
Corps & des Officiers de quartier.
Ceux du Prefidial ,de la
-
GALANT
129
-
Prevoſté , de l'Election , & du
Grenier à Sel y affifterent auſſi ..
Le Roy fit au commencement
de ce mois la diſtribution
des Benefices qui é
toient vacans ; & comme Sa
Majesté choiſit toujours de
dignes ſujets pour les graces
qu'il luy plaiſt de faire , Elle
donna.
A Mr l'Abbé de S. Viance
l'Abbaye de Beaulieu
Ordre de Saint Benoist Dioceſe
de Limoges . Il eſt frere
de Mr de Saint Viance
Lieutenant des Gardes du
Corps.
A M. l'Abbé de Geneſt ,
l'Abbaye de Saint Vailemer,
Ordre de Saint Auguſtin
Diocese de Boulogne, Son
eſprit a paru par ſes Ouvrages.
Il a remporté le prix de
130 MERCVRE
l'éloquence à l'Academie
Françoiſe , & a fait une tresbelle
Epiſtre en Vers à M. de
la Baſtide , pour l'exhorter à
prendre le party de revenir à
Ja vraye Eglife . On le trouve
ſi inſtruit dans l'Hiſtoire &
dans la Geographie ; qu'on
le mit auprés de Madame la
Ducheſſe , & depuis le mariage
de cette Princeſſe il a
eſté mis auprés de Mademoiſelle
de Blois , où il reuſſit
avec beaucoup d'avantage,
A M. l'Abbé Balon l'Abbaye
de Saint Leonard de
Ferrieres Ordre de Saint
د
Bepoift , Dioceſe de Poitiers .
Ileft Fils d'un Huiſſier de la
Chambre , qui à la Pepiniere,
c'eſt à dire le foin & la
garde des Arbres qui fervent
aux Maiſons Royales .
,
1
GALAN Τ. 131
A M. l'abbé de Buffi
Rabutin , le Prieuré de Noſtre
- Dame de Leſpan , Dioceſe
d'Auxerre. Il eſt Fils de
Mr de Buſſi Rabutin , de l'Academie
Françoiſe , qui a eſté
Meſtre de Camp de la Cavalerie
, & dont les Ouvrages
font l'éloge.
A Mr l'abbé de Canillac
le Prieuré de la Bajaſſe.
Il eſt d'une des plus illuſtres
Maiſon du Royaume. Mr
ſon Frere , Exempt des Gardes
du Corps , a beaucoup fervy
& a receut diverſes bleffures
.
A Dom Charles Hamnotte
, l'Abbaye Reguliere de
Choques , Ordre de S. Auguſtin
, Diocese de Saint Omer.
Il eſtoit Prieur de cette mef.
me Abbaye..
132 MERCURE
fon
د
A Madame d'Auſſonville
de Vaubecourt , l'Abbaye de
Sainte Hoilde , Ordre de Cifteaux
, Dioceſe de Toul. Elle
eſtoit Prieure dans cette Mai-
& a un fecond Frere ,
Aumônier du Roy depuis
deux ans. Il s'eſt acquis une
grande eſtimedans la Faculté
de Theologie , auprés de tous
ceux qui l'ont vû furles bancs.
A Madame le Peletier
Soeur de Mr le Contrôleur
General , l'Abbaye de Noſtre.
Dame de Troyes , Ordre de
Saint Benoist. Elle estoit
Prieure de la Ville l'Eveſque ,
& a mené une vie fort exemplaire.
Ainſi les Religieuſes
qu'ellequitte ne la perdront pas
fans regret.
Les Vers que vous allez lire
font fort eſtimez . Il ne faut pas
s'étonner
GALANT. 133
s'étonner s'ils plaiſent , puis
qu'ils font de Mademoiselle
des Houlieres.
CAPRICE,
Vels font encore les maux
QuLe Cielmeprepare?
que
D'où vient que je verſe des
pleurs?
D'un Deftin cruel& bizare.
Ie n'ay déja que trop éprouvé les
rigueurs.
Queiete crains , Amour ! tumepa
rois terrible.
Tournefur d'autres coeurs tes invincibles
traits ;
Ames malbeurs rens-toy fenfible
,
Et de mon foible coeur ne trouble
point la paix.
Nov. 1688 . G
4
134 MERCURE
Ainfi s'entretenoit uniour
L'aimable Iris au bord d'une Fontaine.
Ses charmes ,ſes malheurs ont redoublé
lahaine
Que j'avois déia pour l'Amonr.
RE'PONSE
Sur les meſmes Rimes .
A
Ourquoy vous figurer que le
:
Cielvousprepare
Des maux qui meritent vos
pleurs ?
D'un deſtin cruel &Bizare
Aprèsavoiréprouvéles rigueurs,
Pourquoy craindre l'Amour?qu'àt-
il defi terrible ?
Ceffezd'apprehenderſes traits
Ilsçaura vous rendre ſenſible ,
Et laiſſer vostre coeur en paix.
GALANTA
135
Iris,cela vous doitsuffire,
Envain l'Amourfoûmet leshommes
&les Dieux ;
Si voſtre coeur manquoit à son
empire ,
Il en seroit moins glorieux.
Rendez - vous à la Loy commune
Moins aveugle que la Fortune ,
Amour ne cherche point à vous
perfecuter,
Ces charmes puiſſfans, ah , laiſſezvoussurprendre.
Es quels nouveaux transports
viennent vous agiterher it
Ce qu'en vous l'Amour sçait répandre.
Sur la raisonva l'emporter.
Vous ne pouvez plus vous dé
fendre ; C
Du moins avant que de vous
rendre ,
G 2
136
MERCVRE
Daignez un momentm'écouter
Banifſſezpar pitié cetteidéeagrea.
ble.
Qui vient détruire mon espoir.
Qu'Oronte me déplaiſt lors qu'il
vousſemble aimable.
Que ieSerois heureux de ne iamais
le voir!
Qu'Oronte est pour moy redoutable
Quefon bonheur me touche vivement!
I'en meurs de depit & de
honte.
Ab, quelfatal engagement .
Si vostre coeur est pour Oronte ?
Ainſiſe plaignoit l'autre iour ,
Tircis au bord d'une Fontaine ,
Où pour Oronte il montroit moins
dehaine,
Que pour Iris il ne montroit
d'Amour, १
GALANT.
137
Je ne vous parleray point
des réjouiſſances qui ont eſté
faites à Paris pour la Priſe de
Philisbourg , parce qu'elles
feront compriſes dans la Lertre
particuliere qui contiendra
toute la Campagne deMonfeigneur
, mais Chartres ayane
eſté des premieres à fuivrel'exemple
de cette grande Ville,
il eſt juſte de la distinguer dans
cette Lettre. Le 11.dece mois,
jour de Saint Martin , les Habitans
s'eſtant rendus en ar
mes ſur les deux heures aprés
midy dans la Place de l'Hoſtel
de Ville ,& dans les ruës voifines
, ſous le commandement
de Monfieur de Magny, Major
de la Ville , furent diviſez en
trois Corps diftinguez par des
Drapeaux que les principales
Communautez avoient fait
G3
138 MERCURE
faire exprés,& par les anciens
Drapeaux de la Ville qui font
portez en de pareilles occafions
. Cette Milice , au nombre
de quinze cens hommes ,
s'avança juſqu'au devant de la
principale portede l'Egliſe Ca
thedrale de Noftre-Dame , où
elle fut rangée en bataille , &
preceda le Corps de Ville , qui
eſtoit conduit par Monfieur
Nicole , premier. Preſident ,
Lieutenant General , & Maire
perpetuel de la Ville , & qui
entra dans l'Eglife , où s'étoient
rendus les Corps du
Prefidial , de l'Election , & des
Juges Confuls. Le Le Te Deum
fut chanté enmeſmetemps par
une excellente Muſique , meflée
de voix & d'inſtrumens
avecun motet compoſé fur ce
fujet. Toutes les falves & def
,
GALANT. 139
charges de Mouſqueterie qui
ſe firentpendant ce temps, ren,
- dirent la ceremonic tres-au-
- guste. Quand elles fut achevée
, le Corps de Ville s'en re
tournaal'Hoſtel de Ville , devant
lequel on alluma un grand
= feu , & à l'inſtant ou ouvrit
quatre fontaines de vin , qui
coulerent juſqu'à la nuit , au
commencement de laquelle il
cut des feux de joye dans tou
tesles ruës , & un nombre infini
d'illuminations aux fenê .
tres. Cette premiere rejoüiffance
fut terminée par un feu
d'artifice que les Maire &
Echevins firent joüer dans la
place publique , & par un Ballet
que les principales Dames
danſerent dans la grande Salle
de l'Hoſtel de Ville. Le Dimanche
ſuivant les Artiſans ſe
G4
140
MERCURE
mirent encore ſous les armes ,
& le Corps des Marchands
aprés avoir fait allumer un
grand feu de joye , en fit joüer
un d'artifice. Cela fut accompagné
de tout ce qui peut marquer
une entiere réjouiſſance .
Le 17. du mesme mois , les
Marchands , Juge & Confuls
de la meſme Ville , firent une
feſte particuliere pour laquelle
Monfieur Camiaille , Juge en
exercice, donna tous les ordres
que l'on pouvoit ſouhaiter. Il
diſpoſa la marche des fix Corps
felon leurs rangs ; ceux qui
prirent les armes fuivirent
leurs Capitaines , Enſeignes &
Sergens , qui les diſpoſerent
en haye dedans & dehors la
grande Cour de l'Hoſtel ordinaire
des Marchands , au fon
desTambours & des Hautbois
GALANT.
141
de la Ville .Dans la reveuëqui
s'en fit les trois premiersCorps
furent à la teſte , les trois autres
à la queue , chacun ſous
fes Enſeignes , & dans le milieu
eſtoit le Corps Conſulaire,
qui faisoit un nombre confiderable
d'anciens Juges & de
Confuls , tous veſtus de noir
fort proprement. Sur les deux
heures aprés midy , les Marchands
armez s'étendirent à
dix pas de la porte de leurHô
tel , pour preceder le Corps
Conſulaire , qui ſuivit Mon
fieur Camiaille Juge & fes
Conſeillers . On alla au Palais
Epifcopal , où trols Salves de
Mouſqueterie farent tirées
dans la grande Cour', & enfuite
on ſe rendit en l'Egliſe
des Cordeliers , où les Reli
gieux entonnerent leTeDeumy ,
GS
142
MERCURE
qui fut fuivi de l'Exaudiar.
Cela eſtant fait , on prit lechemin
de la grande Place des
Halles , où le feu de joye eſtoit
dreſſé. Il avoit vingt pieds d'élevation
, & la Figure d'une
Tourelle quarrée. Il fut allumé
au bruit des tambours , dcs.
Hautbois , & de diverſes defcharges
qui furent faites par la
milice Marchande. Monfieur
Camiaille Juge , avec tous
ceux qui l'accompagnoient ,
s'eſtant acquité de cette ceremonie
, fut reconduit dans le
mefme ordre à l'Hoſtel ordinaire
des Marchands . La court
qui estoit ornée des armes du
Roy & de ſon Alteſſe Royale ,
comme Duc de Chartres , pa
fut le ſoir fort illuminée . Il y
cut un grand regale donné , &
une fontaine de vin coula par
GALANT. 143
-
S
5
deux canaux differens . Sur les
fept heures la meſme milice
Marchande , qui conduifit ſon
Chef aux flambeaux, retourna
dans la grande Place des Halles
, dans le milieu de laquelle
on avoit dreſſé une maniere de
Fortereſſe de forme triangulaire
, furmontée d'un Soleil.
Trois roües qui ſortoient des
trois angles , avec toute cette
machine remplie de feux d'ar
tifice, de petards , &de quantité
de longues fufées , firent un
effet fort divertiſſant..
Le jour de la Feſte de S.Martin
le Te Deum fut auſſi chanté
pour la méme occaſion dans
l'Egliſe Cathedrale de Bourgesi
Monfieurl'Intendantde la Pro
vince y aſſiſta à la teſte du
Prefidial , ainſi que tous les
Corps de Juſtice de la Ville..
G
144
MERCURE
Enſuite on alluma un grand
Feu dans la Place Ducale , &
tous les Habitans en figne de
réjouiſſance en allumerent le
foir devant leurs portes avec
quantité d'illuminations .
La meſme Ceremonie a eſté
faite à Retel . Les Echevins
Gouverneurs de la Ville s'étant
rendus en corps dans l'Egliſe
principale , aſſiſterent au
TeDeum , avec les Officiers du
Bailliage & de l'Election aufi
en Corps . Enſuite les Echevins
allumerent un grand Feu dreſſé
devant l'Hostel commun de la
Ville. La Compagnie des Arquebuziers
eftoit ſous lesArmes
, & fit plufieurs décharges
de Moufqueterie , aprés quoy
les Echevins donnerent un
grand Regale dans l'Hoſtel de
Ville , où la ſanté du Roy , &
GALANT.. 145
1
!
L
celle de Monſeigneur furent
beuës aux acclamations de
toute l'Affemblée..
La Chambre des Comptes
de Bretagne établie à Nantes ,
qui ſignala ſon zele avec tant
d'éclat lors que toute la France
rendit graces à Dieu du recouvrement
de la Santé du
Roy, fi precieuſe à tous ſes Sujets,
a voulu donner des témoignages
particuliers de ſa joye
pourles conqueſtes de Monſeigneur.
Ainfi elle ne s'eſt pas
*contentée d'aſſiſter au Te Deum
qu'on a chanté dans laCathedrale;
elle ſe rendit le Lundy
15. de ce mois en habits de
ceremonie dans le Palais de
la Chambre , d'où elle alla fur
les trois heures apres midy , à
l'Egliſe des Cordeliers , où le
Te Deum & l'Exaudiat furent
146 MERCURE
chantez par une excellente
Muſique , accompagnée d'une
fimphorie charmante. On alla
de là à l'Hoſtel de Mride la
Buſnelais , premier Prefident
de la Chambre, d'où deux fontaines
de vin coulerent le reſte
dujour. Surl s ſept heures du
foir, toute la Compagnie , avec
Monfieur le Marquis de Molac
; Lieutenant general de
Bretagne & Gouverneur da
Nantes , & pluſieurs autres
Perſonnes de qualité de l'un&
de l'autre fexe , ſe rendit dans
des Maiſons devant la Place
la plus proche de cet Hôtel..
On y avoit preparé un Feu
d'artifice qu'on fit jouer au
bruit du Canon , & d'une infinité
de cris de Vive le Roy ,
_ aprés quoy on retourna dans
le meſme Hoſtel, qu'on trou
GALANT. 147
va illuminé par dedans &
par dehors , & où cette illuſtre
. Compaguie fut regalée
avec beaucoup de magnificence.
On fit diverſes décharges
d'une groſſe Artillerie
, dans le temps qu'on but
la ſanté du Roy & celle de
Monseigneur. On danſa aprés
foupé , & chacun fortit entierement
fatisfait des manieres
obligeantes de Monfieur le
-premier Preſident. La Chambre
des Comptes de Bretagne
dont il eſt le Chef, eſt unedes
plus anciennes Compagnies
Superieures du Royaume. Elle
a été établie parles Ducs Souverainsde
la Province .C'étoit
elle qui compoſoit leur Confeil
, & elle estoit le premier
Tribunal du Pays , lors qu'-
Anne de Bretagne,heritiere du
148 MERCVRE
Duché , épouſa Charles VIH.-
& Loüis XII . La Province ayant
eſt unie à la Couronne par le
mariage de cette Princeſſe , on
regla cette Compagnie ſur le
pied de la Chambre des Comptes
de paris. Elle a toujours
conſervé depuis ce tempslà
un profond reſpect & une
fidelité inviolable pour nos
Rois..
Les meſmes actions de gra--
ces onte eſté rendus en l'Abbaye
de Gomer - Fontaine .
Madame de Medavi de Grancey
qui en eſt Abbeffe , en
avoit donné les ordres. Aprés
le Te Deum il y eutdes Prieres
&une Proceffion pour la ſanté
&profperité du Roy & de
Monfeigneur , ce qui fut fait
avec beaucoup de devotion &
de pieté..
1
:
GALANT.
149
La Conqueſte de Philisbourg
adonné lieua de grandes
réjouiſſances qui on eſté
faites en differens lieux . Le
zele de Madame la Ducheffe
Doüairiere de Ventadour s'eſt
diftinguée par celle qu'elle a
fait faire dans ſon Château de
Vigny. Monfieur de Riants ,
ancien Procureur duRoy au
Chaſtelet de Paris , n'a pas
oubliéde marquerſajoye dans
la meſme occafion:, par une
Feſte particuliere .
4 Le 17. de ce mois , le Pere
Sonning , lefuite , Regent de
la Seconde dans le College
de Louis le Grand ,y fit prononcer
un Poëme Heroïque
de ſa compoſition ſur la Priſe
de cette importante place. Il
fut écouté avec beaucoup de
plaifir,& recent d'une aſséblée.
150
MERCVRE
fort nombreuſe tous les applaudiſſemens
qu'il pouvoit attendre.
Il s'y trouva pluſieurs perſonnes
de qualité & d'érudition
. La Salle estoit fortillu
minée , & l'ony voyoit quantité
d'Inſcriptions & de Deviſes
à la gloire de Monſeigneur
leDauphin...
L'Air dont vous allez lire:
les paroles ne peut eftre plus
nouveau , puis qu'il a eſté fait
fur le depart de ce prince pour
philisbourg . Il eſt de Monfieur
Champenois,Maiſtre de Muſique.
AIR NOUVEAU.
ALlez , ieunes Guerriers , allez
chercher lagloire ,
Un nouveau Mars vous mene à
La Victoire
GALANT . 151
Iln'estpoint d'Ennemis
Qui devant luy nefoientfoûmis.
Tout va trembler
rendre ,
tout va fe
Et c'est affezqu'il foit le Fils.
Du Grand LOVIS
Pour ofer tout entreprendre.
1
: Je vous envoye un Ouvral
ge que chacun recherche , &
qui vient de tomber entre mes
mains. C'eſt un Ecrit touchant
les Droits de Madame ſur la
Succeffion de feu Monfieur
l'Electeur palatin fon Frere . Il
n'y a rien de plus curieux , ny
qui ſoit plus de ſaiſon . Il s'agit
d'une choſe qui fait l'entretien
de tout le monde .& que quantité
de gens ignorent. Ie ne
voudrois pas meſme vous aſſurer
que Madame n'euſt point
encore d'autres raiſons pour
152
MERCVRE
les apuyer; ainſi ſans preter
dre qu'on doive borner par là
les droits de cette princeffe ,
je vous fais part de l'Ecrit qui
s'eſt fait fur ce ſujet , & que
jay oüy fort eſtimer , par des
perfonnes qui connoiffent à
fond ces fortes de matieres , ſur
leſquelles elles peuvent eſtre
confultées.
LYON
;
LES DROITS
DE MADAME 1
Sur pluſieurs Fiefs , Terres ,
& Seigneuries , faiſant partie
dela ſucceſſion de Monfieur
Electeur Palatin .
E Duc de Neubourg doit
Hans conteftation beriter de
GALANT .
153
T
la Dignité Electorale , de la
nouvelle Charge de Grand Tre-
- Sorier de l'Empire , & des Terà
res qui composent l'Electorat. Ce
droit est établi par une diſpoſition
du Traire de Munster, confirmative
de plusieurs Actes , & entre autres
de plusieurs investitures fimultanées
, par lesquelles l'Ainé de la
Branche de Neubourg comme l'At
né de toutes les autres Branches
de la Maiſon Palatine ,après
l'Electorale , est appellé à cetteſucceſſion,
encas de l'extinction
de l'Electorale. Pour ce qui est du
grand Vicariat de l'Empire , c'eft
une contestation entre les électeurs
Palatin&de Baviere qu'iln'estpas
encore terminée.
A l'égard des meubles apparsenansàfeu
Monsieur l'Electeur , il
pouvoity avoir quelque contestation
entre les deux Electrices veuves,
F
154
MERCURE
l'une Mere , & l'autre épouse du
Defunt , & Madame la vieille
Douairiere estant morte depuis la
mort de fon Fils ,& la jeune ayant
eſtéfatisfaite par les repriſes de
JonContratde mariage &pourses
autres pretentions , les meubles de...
lafucceffion defeu Monsieur l'Electeur
Palatin , ont esté delivrez au
Sr Moras , envoyé par Monsieur
dans le Pays , Monsieur le Duc de
Neubourg , aujourd'huy Electeur
Palatin , les a cedezfans beaucoup
de peine. l'ay ouy dire que lesElecteurs
Palatins du Rhin poffedoient
quelques biens Allodiaux , mais je
n'en ſçais aucun détail. Depuis l'établiſſement
de la Province qui
compoſe l'Electorat Palatinat du
Rhin , les Electeurs sefont mis en
poffeffion de quantité de Fiefs , de
Terres & de Seigneuries quinedé.
pendent point de cet Electorat,
GALANT .
155
I
1 comme font ceux de Simmeren , de
Deux Ponts , de Lucz , d'Elstein ou
la petite Pierre , de Cafe- Loutre ,
d'Ingelshein , d'Oppenhein , de
Neubourg, de Sulzbach , d'Amberg
&c. qui font venues aux Comtes
Electeurs par mariage, par Contrat
d'acquisition , ou par engagement.
Kaisers- Lautern , que nous appellons
Cafe- Louire en François ,
& Lutræ Cæſx , ou plustoft Cæ
farex en Latin, est une autre Ville
capitale d'unBailliage qui en porte
le nom. Elle est environ à unejournée
au delà de la Sare , & à fix
lievës de Hombourg. L'Electeur Pa-
- latin , comme Seigneur de Cafelontre
afeance aux Dietes Imperiales
dans le College des Princes. Cette
Ville& fon Bailliage ont appartenu
à l'Empire & à l'Empereur immediatement
, mais en 1405. ils furent
engagez par l'Empereur &
156 MERCURE
par l'Empire à l'Electeur Palatin,
Monsterus en parlant de Kaisers-
Lautern dans sa Cosmographie y
ajoute les Villes d'Ingelshein &
d'oppenheim &dit que le prix de
l'engagement fur de cent mille Florins,
c'est à dire de deux cens mille
livres monnoye de France , mais il
datte cet engagement de l'année
1402. Commeles engagemens peuvent
paffer aux Femmes , je crois
que Madame peut heriter de ces
trois Seigneuries.
Ingelheim est une petite Ville ou
un Bourg , à une demic- lieve en
deça du Rhin , entre Majence &
Binghem. Elle est celebre à cause
que l'Empereur Charlemagne y a
pris naiſſance. Oppenheim est une
Ville proche du Rhin entre Vvorms
&Maience. On dit que fafitua
tion reſſemble à celle de lerufalem.
Simmeren est une Seigneurie avec
Titre
GALANT. 157
Titrede Principautéſituée dans le
Huns-Buck entre le Rhin & la
Nahe , & du costé de Binghem.
Au commencement du quinziéme
Siecle, cette Seigneurie fut engagée
par le Comte Grouguart qui en
estoit Seigneur , à l'Empereur Rupert,
Electeur&Comte Palatin du
Rhin , pour la fomme de fix cons
mille livres , c'est à dire douze cens
mille livres monnoye de France , &
ensuite transportée au Prince par
un Contrat de vente pure&fimple .
Depuis elle a esté donnée pluſieurs
fois en partage à deux enfans puisnez
des Electcurs. Monfieur l'Ele
Eteur Palatin dernier mort , estoit
en poſſeſſion de Simmeren quand il
- mourut. Si les Fiefs qui paffont
en differentes Maisons par acqui
fition , peuvent appartenir à des
Femmes , la Seigneurie &Princi
pauté de Simmerinc doit appartenirà
Madame.
Nov. 1688. H
(
158 MERCVRE
Spanheim, ou sponheim,est une
Comté firmée aussi dans le Huns.
Buk , divisée en Comité citerieure
Gulterieure. La citerieure eft vers
le Levant , & du coſtédu Rhin , un
peuen deçà de Maience. La Ville
deCreutzenach en est la principale
La Comté ulterieure est du coſté du
Conchantfurla Moselle. La Ville
de Trabach qui eftfur cette Riviere
de Mofelle au deſſous de Treves ,
eftdans cette Comtéulterieure. La
Comté citerieure de Spanbeim eft
Subdivisée en cing portions , dont
I'Electeur Palatin en poffede crois ,
le Marquis de Bade les deux
autres. Lamesme Villede Creutzenach
eft entre les mains de ces deux
Princes. La Comte ulterieure de
Spanheim est auſſifubdivisée, mais
Seulement en deux parties , dont
l'une appartient au mesme Marquis
de Bade , & l'autre est au
GALANTI
159
-
1
1-
1
A
Marquis de Birkenfeld , qui tient
fa Chancellerie en laVille deTrarbach.
Toute la Comté de Spanheim
a eu autrefois fes Comtes particuliers
, quifurent partagez en deux
branches , dont l'une finit en Eli-
Zabeth , Heritiere d'une partie de
ce Comté, & l'autre fut éteinte
par la mort du Comte fean qui la
poſſedoit. Elizabeth dernierede fa
branche, Comteffe d'une partie de
la Comté de Spanheim , & Dame
de Creutzenach , estant Veuve de
Rupert Pipan , Comte Palatım , qui
mourut fans Enfansen 1416.Jant
beaucoup d'affection pour la Maifon
Palatine , donna par testament
à Loüis le Barbu , Electcur Palatin ,
&à ses Heritiers , fais hæredibus
, dit Munsterusen parlant de
Creutzenach, ta portion qu'ellepoffedoit
en cette Comté, & les Electeurs
Palatins en ont jouy depuis
H 2
160 MERCVRE
fort paisiblement. Le Comte Jean ,
dernier de l'autre branche , estant
mort außi fans Enfans en 1437.
fa fucceffion , & par confequent
tout ce qu'il poſſedoit en la Comté
de Spanheim paſſa au Marquis de
Bade,&aux deux Comtes de VVeldens
, parle moyen deses deux Tantes
, Soeurs de Son Pere , dont une
appellée Mechilde avoit épousé
Rodolphe , Marquis de Bade ; &
l'autre nommée Lorette, avoit esté
mariée à Henry Comte de VVel
dens.
Les Marquis de Bade Succeffeursde
Rodolphe, comme Heritiers
deMechilde, ontjouy fans contestation
de la portion du Comté de
Spanheim qui paſſa en leur Maison
aprés la mort du Comte Jean ,
ils en jouiffent encore à present.
Henry Comte de Vueldens , Mary
de Lorette , en eut un Fils nommé
GALANT . 1614
Frideric qui ne laiſſa qu'une Fille
appellée Anne. CetteFillefutHeritierode
tous les biens de fon Pere
Frideric.& entre autres delaComić
de Vveldens&de ce qu'il poſſedoit
en laComte deSpanheim.Elle épousa
Etienne, Comte Palatin de Deux
Ponts.Leurfecond Fils eut enparta.
ge les Comtez de Deux Ponts , de
Vueldens , & la partiede celle de
Spanheim qui avoit appartenu àſa
Mere ,fon Frere ainé ayant eu en
partage la Duché ou Principauté
de Simmeren. Iene parle point des
! Terres qui font au delà du Rhin,
dont quelques- unesſont paſſsées dans
laMaiſon Palatine par acquisition,
comme la Ville de Schieffen , & le
Chasteau de Stralnberg, que Sifroy
de Stralnberg vendit en 1347. à
Rupert l'ancien, EleEtcur Palatin .
Par ce discours on voit clairement
que la Comté de Spanhein est un
4
H3
162 MERCVRE
Fefqui passe aux Femmes ,puisque
nous en avons rapporté quatre quis.
l'ont poffedée , & qui l'ont portée
aux Maifons Palatine & de Bade.
Si l'on obiecte que ces Dames ont
herité de cette Comté par l'extin-
Etiondes maſles , on peut répondre
quel'espece d'Elizabeth fait voir le
contraire, puis qu'elle en poffedoit
une partie , pendant que le Comte
Iean, Parent dernier mort des An
ciens Comtes, estoit en poffeſſion d'une
autre partie. Par mon discours
je fais voir anſſi que la Comté de
Vueldens paſſe aux Femmes,maisje
ne croispas que Madamey ait aucune
pretention , non plus que fur
les portions de laComte de Spanheim
qui appartiennent au Prince de
Birckenfeld er au Marquis de Bade
,parce qu'elles n'ont iamais esté
à la branche Electorale Palasine.
Les Droits de Madame , à l'égard
44
GALANT 1:631
de la Comté de spanbrim , font
Seulement fur trois cinquièmes de bai
Comté Ulterieure. Ie ne parle point
de Deux- Ponts,delapetite- Pierre,
de Neubourg, de Fultzbach ល
- Sur lesquels Madame ne pretend
rien , parce que ce sont despartages
écheus à des puiſnez de la Maijon
Rabatine. zirah sevaDIN
Le Pere Alexandre , laco
bin du grand Convent ,Do
teur en Theologie de la Faculté
de Paris, cut l'honndur
il y a fort peu de temps de
preſenter au Roy l'Ouvrage
qu'il a donné and Public for
l'Ancien Teſtament , depuis
la Creation du Monde. Sa
Majesté receut ſon preſentavec
beaucoup de bonté & de té
moignages d'eſtime pour l'An
teur. CetOuvrage,où l'Hiſtoi-
Η 4
164 MERCURE
re eſt éclaircie par des Remar
ques& par des Differtations ,
eſtoit tres - dignede fuivre ce.
luy qu'il avoit entrepris fur
toute l'Hiſtoire Eccleſiaſtique,
depuis la naiſſance du Sauveur
duMonde , juſqu'au commencement
de ce Siecle , & qu'ila
achevée depuis deux ans , en
vingt fix volumes ," aprés un
long & tres - penible travail .
Meſſire Loüis de Peſtivien
de Cuvilly , Abbé Regulier de
la Royale Abbaye de Saint
Leger d'Ebreule , de l'Ordre
de ſaint Benoist , Diocese de
Clermont en Auvergne , fut
beny le 17.du mois paffé , dans
l'Egliſe du College deCluny.
Heſtoit aſſiſté de Mel'Abbé de
la Charité , & de Monfieur
l'Empereur , Crand-Prieurde
2
GALANT. 169
l'Abbaye de Cluny. Monfieur
de Coëtlogon , Eveſque de S.
Brieu , fit la ceremonie ,qui
fut tres celebre & tres - éclatante.
Il y eut un fort grand
concoursde monde. La Maiſon
de Peſtivien eſt originaire
de Bretagne . On trouve des
marques glorieuſes de ſa
nobleſſe dans l'Hiſtoire de cette
Province , principalement
dans un fameux combat ,où les
Anceſtres de Monfieur l'Abbé.
d'Ebreule ſe ſont distinguez .
Les Scavans ont fait une
grande perte en la perſonne
de Meffire Charles du Freſne ,
Seigneur du Cange . Treſorier
de France à Amiens , qui mourut
icy le 23. du mois paſſe
-âgé de 78.ans. Il s'eſtoit acquis
une connoiſſance ſi profonde
& fi particuliere dans la plus
H
166 MERCURE
fecrete Antiquité , qu'aucun
autre ne l'a furpaffé dans cette
ſcience . Il nousen a donné des
marques dans ſesOuvrages fur
1Hiſtoire de France,& fur celle
de Conſtantinople. Ses deux
Gloſſaires ſur la Langue Greque
& fur la Langue Latine ,
nous ont developé une infinité
de termesanciens & particuliers
, qui avoient eſté inconnus
juſqu'à nos jours. On
ne peut s'imaginer la quantité
de Manuscrits & de Livres
imprimez qu'il a leus.Il accompagnoit
ce rare ſçavoir d'une
pieté finguliere , d'une affabilité,&
d'une verta accomplie.
Il nâquit le 18.Decembre1610.
d'une ancienne Famille d'Amiens
qui avoit déja donné
pluſieurs perfonnes ſçavantes
dans les Lettres ,& qui estoit
GALANT. 167
5
originaire de Montreüil , où
lean du Freſne poſſedoit l'Office
de Prevoſt de la Ville en
1351. Il ent pour Fils Guillebertdu
Freſne Chaſtelain de
la meſme Ville ,& Capitaine
d Infanterie , qui par ſes fervices
merita des Lettres de
Noble fſe du Roy Ican en 1336 ..
Feu Monfieur du Cange en
avoitrecouvré les Originaux
à la Chambre des Comptes
par la communication qu'il a
euë des Chartres & Titres de
cette Chambre , dont il s'eft
- ſervy utilementdansles Livres
- qu'il a donnez au Public.
Meffire Macé Bertrand, Sei
gneur de la Bafiniere , cy - devant
Prevoſt & Maistre des Ce...
remonies des Ordres du Roy,
&Treforier de fon Epargne ,
mourutenviron dans le meſme
H6
168 MERCURE
temps . Madame la Preſidente
de Meſmes morte fort peu de
jours avant luy , eſtoit ſa Fille.
Il eut pour Pere Meffire Macé
Bertrand , Seigneur de la Bafiniere
, auſſi Treſorier de l'Ἐ-
pargne , & pour Mere Marguerite
de Verthamon , d'une
Famille qui a donné pluſieurs
Confeillers d'Etat , Maiſtres..
des Requeſtes , Conſeillers au
Parlement de Paris , & aux.
Compagnies Superieures.
Le s . de ce mois mourut
aufi Meffire Philippes lacques,
Secretaire du Roy ,
Greffieren chefdu Parlement
deParis . Il avoit exercé cene
Charge de Greffier depuis
1674. Il a laiſſe plufieurs Enfans
, dont l'un eſt Meffire Philippes
lacques , Seigneur de
Vitry,Conſeillerenla premic-
:
GALANT. I169
1
t
1
re Chambre des Enquêtes.Ma
dame Morant,Femme de Monfieur
Morant , premier Prefident
au Parlement de Toulou- :
ſe , cy- devant Intendant de
Iaſtice en provence , eſt auffi
faFille.
4
Cette mort fut ſuivie de
celle de Dame Anne -Marie
de Beauvilliers , Fille d'Honorat
de Beauvilliers, Comte de
S. Aignan , Meſtre de Camp
de la Cavalerie legere de Fran- 1
ce , & Lieutenant general de:
Berry , & de Jacques de la
Grange , fieur de Montigny ,
Maréchal de France , & Soeur
de feu Monfieur le Duc de S..
Aignan . Elle estoit Dame d'Atour
de la feuë Reine , & avoit
épousé en 1629. Hippolite de
Bethune , Comte de Selles , dit.
le Comte de Bethune , qui a
A
170 .
MERCVRE
eſté Chevalier d'honneur de la
Reine Marie-Thereſe d'Auftriche
,& qui ayant eſté hono.
ré en 1661. du Collier de
l'Ordre , mourut en 16.65 .
Pluſieurs Enfans font fortis
de ce mariage , & entre autres
, Armand de Bethune ,
Evefque du Puy , & François ,
Marquis de Bethune , Chevalier
des Ordres de Sa Majesté ,
&fon AmbaſſadeurExtraordinaire
enPologne. Il a des Enfans
de Dame Loüife - Marie
de la Grange- Arquian , Fille
d'Antoine de la Grange, Marquis
d'Arquian , & Soeur de la
Reine de Pologne. Madame la..
Comteffe de Bethune eſt morte..
de la petite verole,âgée de foi---
xante & dix huit ans .
Il me reſte à vous appren
GALANT 171
dre la mort de Monfieur Catherinot
, Avocat du Roy au
Prefidial de Bourges . Il a fait
paroiſtre la forcede ſon genie,
&ſa ſcience particuliere dans
la Jurisprudence & dans l'Hiſtoire
en pluſieurs occafions
pour le ſervice du Roy , ainfi
qu'en pluſieursOuvrages qu'il
adonnez au Public.
Depuis pluſieurs mois il s'eft
die quantité de Nouvelles de
Negrepont ,& parmy quelques
veritez on a raporté beaucoup
de Fables. Je ne vous ay rien,
voulu mander touchant le Siege
de cettePlace,ſans en avoir
ſceu des particularitez que je
vous puffe affeurer eftre veritable
, &dont vous ne puſſiez
dogter vous - meſime. Je vous
envoye une Lettre de Mr le
Commandeur de Cany , Secre
172 MERCURE
taire de Monfieur le Grand-
Maiſtre , écrite à Monfieur le
Commandeurd'Auvergne, Vicaire
general de Monfieur le
Grand Prieur de France. On
aprend non ſeulement toutela
ſuite du Siege dans cette Lettre
, mais on a encore le plaiſir
de voir que celuy qui l'a écrite
rend juſtice à tous les Bra- ;
ves. Je fupprime le commencement
de la Lettre, pour venir ,
à ce qui regarde uniquement
les affaires de la guerre.
E
De Malthe ce 9. Octobre 1688.
Ledébarquement de nosGaleres
3 Juillet avec peu de reſiſtance de la
part des Ennemis , & l'Armée de
Venise commandée parle Generat
Konigsmarck estoit environ deſeize
mille hommes de bonnes Troupes,
:
GALANT . 173
la pluſpart Allemands. Le Doge
Morosini ayant fait toutes les diligences
poffibles pour avoir cette
année des forces plus confiderables
que les precedentes , n'avoit pu les
ramaffer plutoſt par le retardement
- des Convois , ce qui n'apas esté peu
préjudiciable audeffein qu'on avoit
en fur Negrepont , puis que par ce
- moyen les Turcs avoient au tout
loisir de s'y bien fortifier. Comme
les premieres Lettres qui font la
Relation du débarquement de nos
Galeves ont este perduës ,nous n'en
Sçavons pas bien distinctement les
particularitez ; ce que je puis feulement
vous en dire , est qu'on eut
d'abord un contre-temps fachcux
par les vens contraires , qui empescherent
la groffe Armée c'est à dire
Les Vaisseaux & autres Bastimens
de charge quiportoient le Canon ,
Les Mortiers,& le gros des Muni
1
:
1741
MERCURE
tions; d'aborder à terre jusqu'au
23. Fuillet , de maniere qu'on fut
obligé de camper pendant dixjours
Sans rien entreprendre , ne s'étant
rien paffé de confiderable pendant
ce temps là , que des efcarmouches:
presque continuelles des Tures qui
cauferent beaucoup de fatigues ,
mais peu de dommage.NoftreBataillon
qui estoit en tres-bon ordre,
& plus fort qu'il n'avoit jamais
efté , fit dans le débarquement &
dans toutes les autres occafions tout
ce qui se pouvoit faire... Il eſtoit ,
comme vous sçavez , composéd'environ
stx- vingts Chevaliers , &
de goo. Soldats , commandépar le
Chevalier de Meschatin ,in qualitédegeneralde
Terre , &par le
Chevalier de Mareuil, Lieutenant
General. On l'avoit divisé en deux
Corps , chacun desquels avoit fon
Major,ſes Capitaines , &autres
GALANT.M
1931
t
1.
}

Officiers , dont le détailferoit trop
longà vous faire.Dans lespremiers
jours , les Chevaliers de Lusignan
& de Lannet furent legerement
bleffez , & on perdit quelques Sol
dats. Les Turcs cependant n'avoient
pas perdu de temps pourſe vetrancher.
La fituation de la Place leur
en avoit donné le moyen , veu que
du coſté de terre ferme , à laquelle
elle est attachée par le Pont, l'attaque
en est presque impoffible , la
teste du Pont estant deff ndue par
un affez bon Fort , qui auroit fait
perdre beaucoup de temps si on em
• avoit fait l'entreprise;& da costé
des terres de l'iſte vers lesquelles
s'étend son circuit , encore qu'elle
ne foit fortifiée que par des mu
railles à l'antique , avec de groffes
Tours & un simple Foffé, elle est
neanmoins environnée de Collines
& autres lieux d'accés difficile
176. MERCURE
entre lesquels il y a un Fauxbourg
où les Ennemis s'estoient retranchez
par de tres-grands travaux où ils
avoient plus de trentepieces deCanon
en batterie , ce qui mettoit les
nostres dans l'impoſſibilité de s'approcherdela
Place qu'on ne les cuft
auparavant forcez dans leur rétranchement
. Auffice fut le deffein
qu'onsepropofa aussi cost que nostre
Canon & nos Munitions furent
débarquées ; mais comme dans l'état
où estoient les Turcs , le Doge
ny le Marefchal de Conigsmarkne
jugerent pas qu'on pust aller à eux
àdécouvert , il fut refolu d'ouvrir
la Tranchée le plus près d'eux qu'il
ferois possible , & de dreffer en diligence
des Batteries pour les in.
commoder , fur quoy on s'attacha
premierement àfortifiernôtreCamp
pour empefcher les ſurpriſes,&nos
Travauxs'estant ensuitefort avan.
GALANT . 177
cez iusqu'au 29. Juillet , le Doge
alla les viſiter en personne & enfut
fort fatisfait. Le 30. Iuillet les
Batteries aussi bien que les autres
Mortiers à brufler commencerent à
faire beaucoup d'effet .
Le mesme iour nostre Bataillon
eſtant de Garde aux Tranchéesque
nos gens avoient confiderablement
avancéespendant la nuit, les Turcs
Sortirent de leurs Travaux au point
du jour au nombre d'environ mille
hommes , parmy lesquels ily avoit
quelque Cavalerie pour attaquer
les noftres ,mais ilsfurent repouffex
avec vigueur , & contraints de s'en
retourner sans rien faire de confiderable.
Nous y eusmes quelques
Soldats tuez & plusieurs bleſſez.
Le Chevalier de Montoneau , un
de nos Capitaines ,le fut dange
reusement, & mourut dix ou douze
jours aprés. Le Chevalier de Paris178
MERCURE
Fontaine, auffi Capitaine,fut bleſſe
àlajambe dont il est presquequery.
Le Chevalier Dom Felix de
Gufman fut auffi bleſſsé , mais fans
danger, aprés quoy noſtre Bataillon
acheva de mettre uneforte Redoute
en deffense, fur laquelle on
éleva une Batterie quifut en estat
de tiver des le 31. Juillet , & qui
incommoda fort les Ennemis Cefut
alors que l'on commençaàéprouver
les funestes effets du mauvais air
de ce Païs-là, par une tres grande
quantitédeMalades qu'ily eut pendant
ces derniers jours dans toute
'Armée. LeChevalier de Mefchatin
,Geveral de Terrede nos Traupes
, les Chauatiors de Lusignan &
d'Efstein , Commandans de Bataildon
, le Chevalier de Ceyre,Maior,
&plus de 40. autres Chevaliers
furent de cenombre, avec une grande
quantitéde nos Soldats , ce qui
GALANT.
179
affoiblit tout d'un coup entierement
nostre Bataillon; mais ce qui avoit
au moins donnéquelque confolation
fut, que le 26. Juillet on avoit veu
arriver quatre Galeres deux
Vaiſſeaux du Grand Duc, qui por.
toient fepta hait cens hommes de
bonnes Troupes, avec ungrandnombre
de Bombes & de Mortiers. La
maladie continua de lamesmeforce
iusqu'au 7. Aoust. Le Mareschalde
Conigsmarken fut attaqué comme
les autres, ce qui causa un sensible
deplaifir dansle Camp , veu la
confiance que toute l'Armée avoit
en luy. Monsieur le Prince deTurenne
tomba auffimalade au grand
déplaisir de nos Chevaliers , avec
lesquels il vouloit bien se joindre
dans toutes les occafions quife pre
Sentoient. Ce qui reſtoit de noſtre
Bataillon , qui estoit alors fous le
commandement du Chevalier de
180 MERCVRE
Ayde
Marcüil , Lieutenant General de
Terre,monta ce ſoir la Tranckée ;
mais il estoit fi fort affoibly parla
maladie qu'iln'y porta point noſtre
Eſtendard comme à l'ordinaire , &
il ne s'y paſſa rien de confiderable,
fi ce n'est que le Chevalier de
Pouffemothe- Thierfanville ,
de Camp , y fut legerement bleßé
au bras ; le Chevalier de Mareüil
s'y distingur beaucoup. Bien
que nos Travaux fussent en un
eſtat qui donnoit lieu d'entreprendre
l'attaque generale des retranchemens
des Turcs , on se trouva
forcede differerà causedu defordre
que caufoit tous les jours lamaladie
dontpresque tous les OfficiersGeneraux
furent attaquez , & parti
culierementle Prince de Brunswick,
leRograve,&leMarquis de Courbon.
Le 12. d' Aouſt les Turcs firen't
unefortie qui fat vigoureusement
Soûtenuë
GALAN T. 181
Joûtenuë parle Chevalier deVoyer
de Paulmy , Capitaine des Grena
diers de Maltbe , qui commandoit
alors la teſte de la Tranchée.
Le 17. iour auquel les troupes de
Florence avoient montè la tranchée,
les Turcs fortirent au nombre
de prés de trois mille par plusieurs
endroits , mais particulierement du
costé des Florentins, qui nonobstant
les témoignages qu'ils avoient donnez
de leur bravoure en d'autres
- occasions , se trouvant surpris en
- celle- cy ,plierent avec affezde facilité,
ce qui apant donnéde tahar
dieße aux enum's quifontterribles
lors qu'on s'ébranle devant eux ,
- couperent en peu de temps upe
quantité confiderable de teftes , &
ils auroient sans doute pouffe les
chofes plus loin ,s'ilsn'avoient eßé
attaquez parlesnaſtres .LeCheva-
Nov16881
182
MERCURE
lier de Mareuil, Lieutenant General
, ayantseulement auprés de lug
huit ou dix Chevaliers , & environ
cent Soldats ,qui elloit tout ce
quise trouvoit alors en bonne fanté,
accompagné de Monfieur le Prince
d'Harcourt , qui voulut bien se
joindre à luy , donna avec la derniere
bravoure le premier mouve
ment à cette attaque , dont les
Turcs furent fi fort étonnez qu'ils
ne fongerent plus qu'à fuir & à
regagner leurs travaux fort à la
baste avec une perte confiderable
desleurs. Monfieur le Prince d'Harcourtyreceut
un coup de mousquet
dans le poignet , dont on espere
qu'il n'y aura nullefuite dangereu-
Je , & il a l'avantage que toutes
les lettres que nous avons receues
ne font remplies que de la belle action
qu'ilfit en ce roncontre, leChewalier
des Mareüilen ayant aussi
L
GALANT 183
1
+
T
receu les complimens du Doge&de
toute l'Armée,
Il arrivadans ce temps- là 1500
bons hommes commandez parle
Prince de Vvirtembergb . On tint
conseil de guerre pour refoudre ce
qu'ily avoit àfaire , & on se determina
à donner l'affaut general
aux retranchemens des Turcs , d'où
il estou abfolument neceffaire de
Les chaffer pour pouvoir preſſer la
Place. Le commandement de cette
entrepriſe fut donné au General
MajorHorn, tous les autres Officiers
estant bors d'état d'agir , &
Le Chevalier de Marüil eftant
enfintombemalade comme les autxes;
le Chevalier de Voyer Paulmy
fut destinépour commander les reſtes
de nostre Bataillen ...
Cefut le 20. Aoust que se fit
cette entrepriſe importante , dans
laquelle pour caufer de la diver
I 2
184 MERCVRE
fion aux Turcs ,le Doge fit débarquerun
gros de l'Armée de Mer qui
devoit les attaquer d'un coſté pendant
que nos Troupes de Terre lear
donneroient l'Affaut en divers
autres endroits. LesEnnemisfirent
d'abordune refistance trés - vigoureuse&
repousserent les nostres par
deux fois le Chevalier de Voyer , à
la teſte d'environ vingt Chevaliers,
&de 110. Soldats qui restoientfur
pied du Bataillon , auquelse joignit
Monfieurle Prince de Turenne
qui se trouvoit reštably defa maladie
, mena trois foisfes gens à ta
charge,&forma toniours uneforte
oppoſition , mais enfin , tuy d'un
cofte des Troupes Allemandes de
l'autre , ayant forcé les paliffades,
en commençaày entrer de tontesparis
,&on remporta une Victoire
tres complette , les Turcsayant esté
forcez de fuir avec une confufion fi
GALANT 185
grande, que plusieurs qui se trouvoient
du coſté dela Mer,yayant
eftèrencontrezparles Troupes debarquées
de l'Armée Navale ,
Se precipiterent les uns før les autres
dans la mer , en forte qu'ily en
cat un grand nombre de noyez . Il en
demeura d'ailleurs quantité fur
La place , & plaſieursfarentfaits
esclaves. On se rendit maistre de
tout le canon, qui conſiſtoit à prés
de 40. pieces , dont il y en avoit
20.degros canon qu'on tourna aussi-
Loft contre la Ville ,& nos Maltois
avec quelques autres troupes , em
porterent entr'autres un Fortin qu'a
voient les Turcs &une de leur batteries
qui y estoit dreffée, avec une
grande perte de ces infidelles ; mais
auffi le Chevalier de Voyer y fut
blesse d'un éclat de grenade à la
main droite , de laquelle il a perdu
deux doits,& s'est acquis co sous
13
1861 MER-CVRE
les rencontres beaucoup degloire.Le
Chevalier de la Varenne yfut blessé
d'un coup de mousquet au travers
du corps , dont il mourut quelques
jours aprés. Le Chevalier de Thier.
fanville fut blessé d'un autre coup
de mousquet dans le ventre dont on
craint les fuites , ce qui nous cause
un ſenſible déplaisir , ce Chevalier
estant aimé de tous ceux qui le connoiſſent
; le Chevalier de Coultron,
dangereusement blessé d'un coup de
monſquet dans les deux jambes ; le
Chevalier de Crevecoeur,d'un coup
de fabre sur l'épaule , & de quelgues
coups de pierre dont il est hors
de danger ; les Chevaliers Danne-
> ville , de Chasteau - Baudeau , de
Doria , Brasseuse & Chartier ,
Servant d'Armes , bleſſez , mais
hors de danger ; un Gentilhomme
Volontaire , nommé Leſpinas,blessé
d'un éclat de Grenade , mais hors
GALANT 187
205
de danger , & environ vingt de
Soldats tuez & cinquante
blessez. Monsieur le Prince de Turenne
qui se distinguoit heureusement
dans cette occasion comme
dans toutes les autres , y receut un
coup de mousquetdans le bras , dont
on le dit fans danger. Les Tures
perdirent entre autres Mustaphan
Pacha, en reputation parmy eux ,
qui commandoit dans les Retranchemens
, le Fils du Seraskier& un
Aga des taniſſaires , qui demeurerent
parmyles Morts dans le Fortin,
emportépar le Chevalier de Voyer.
Le mesmejour il arriva un Convoy
de Venise de 1500.Hommes des
Troupes de Daymotaſt qui rejouit
fort toute l'Armée,laquelle s'occupa
àpouffer en diligence des tranchées
pour s'attacher au foffé de la Ville,
où les ennemis nonobstant leur defaite
temoignerent la derniere con-
14
188 MERCURE
stance, ayant fait unefortie le 22 .
Avuft où le Prince de VVirtemberg
fut mortellement bleffé. 1
Le Chevalier de Bourdille Maimorquin
, Maior da Bataillon ,
estant remis de fa maladie , en eut
le courmandement en la place du
Chevalier de Voyer , mais estant
depuis retombé malade, il est prefentement
commandé par le Chevalier
de Broſſia , qui, comme vous
fçavez, est un denos Capitaines.
Le 28. le Doge envoya fommer les
Affiegez, qui ne repondirent que
parunfort grandfeu ,enforte qu'on
n'eut plus d'autre pensée que d'avancer
nos travaux le plus promptement
que l'on pourroit.
Les dernieres Lettres que nous
avons receues vont jusques au 11 .
Septembre. Jusque là les ennemis
paroiſſoient toujours estre fermes ,
Ibrahim Pacha qui commande dans
GALANT . 189
laPlace , ayant declaré , dit- on ,
qu'il veut la deffendre juſques àla
mort, encore qu'elle foit toute ren
verfée par les Bombes , &qu'il ait
perdu les plus braves deses gens.
Nos travaux juſques au 11. n'en
estoient qu'à la defcente du foßé ,
&cependant malgré toutes les dif
graces de la maladie & l'opinia
ſtreté des Infidelles , on esperoit
estre dans peu de jour en estat d'attacher
le mineur , & on pretend
toûjoursserendre maistre de la Place.
Laverité eft, que si les Tures du
dehors avoient autant de courage
que ceux du dedans ,on tiendroit la
chofe tres- difficile ,parce qu'iln'est
pas au pouvoir des noftres d'empes
cher qu'ils ne jettent desfecours par
le costédu Pont qui est attachéàla
terreferme,mais on affure que quad
le Serakier qui est en campagne
vicut détacher quelques troupes
IS
190 MERCURE
pour les ietter dans la Place,elles
fuient aussi- soft à la montagne ,
&ainſion ſepersfitade toujours que
L'entrepriſe reuſſira , d'autant plus
qu'ilsemble que la fraicheur de la
faiſon aitarresté le cours des maladies
,&que les malades reprennent
leurs forces. Cependant ces
maladies pous ont emporté de la
Languede Provence les Cheval ers
de Ceyre , Daiguille , & de Caste
letle cadet , de la Langue d' Avergne
, les Chevaliers de Mongon
l'Arsné , du Tiraille Cadet ,
Saint Hilaire , de la Langue de
France,les Chevaliers des Proquepine
, le Maistre & de Coulonce
avecun Prestre de Provence nommè
Principal qui efloit Pricur du
Bataillon ; de la Langue d'Italie
les Chevaliers de Medicis, de Silos
&de Fayella ; de la Langued'Allemagne
les Chevaliers de Falx &
7 :
GALANT.
191
qui font
Deſeſtein,de la langue de Caſtille
Les Chevaliers D. Joachim Bustamente
, Dom Luanpuitos Portugais
Gun Prestre Maltois , auffi Prieur
duBataillon , ce qui fait en tout
18. fans compter les Chevaliers
de la Varenne , Porte Estendart
de la Langue d'Auvergne &
deMontoneau , Capitaine de la
Langue de France
morts de leurs bleſſures , ce qui se
monte en tout au nombre de 20.
dont plusieurs font entierement regrettez:
Messieurs de Meſchatin&
de Mareüil ſont convalefcens , ce
dernier m'ayant écrit luy- mesme..
Le Chevalier de Lusignan n'estoit
pasencore hors de danger , ce qui
me fait une peine extreme,Gil en
reste encore quelques autres fort
mal, mais graces à Dieu iln'en tom.
boit presque plus de malades. Il est
arrivé une Lettre de l'Isle deMile
16
192
MERCVRE
du 24. Septembre , qui porte que le
bruit court que leMarefchaldeKonismark
estoit mort defa maladie,
ce qui feroit tres-facheux ,&que
juſques au 20. Septembre la Place
tenoit encore fans que nous ſcachions
preciſement l'estat oùelle est.
Nos lettres du 11. Septembre nous
marquent encore que le 8. on avoit
tenté l'attaque d'une Tour de la
Ville qui parorfoit fort ruinée du
canon,mais que la shofen'avoitpas
reuſſi, &qu'un Comte de Vvaldeck,
confiderable parmy les Allemans ,
avoit effé tué en cette occafion.
:
C'est , Monfieur , tout ce que
je puis vous mander fort à la
baste , attendu qu'il arrive un
Vaiſſeau qui s'arreste peu , ce qui
m'obligede faire cette Lettre leplus
promptement qu'ilm'eſt poſſible, ie
fouhaiterois vous avoir mandé la
conclufion. Monfieur le Bailly spe
GALANT.
193
nelli , noftre General, a receu tous
tes honneurs poſſibles de Monfieur le
Doge, & il s'est acquis auſſi l'estime
& l'approbation de tous nos Chevaliers
qui nous en écrivent mille
biens. C'estun avantage confidera
ble pour l'ordre , quand en de paveilles
occafions ilfe trouve des Generaux
qui ayent autant de grandes
qualitez que luy. le fuis,Vostre
tres,&c.
Le ch . Fr. I. Bap deCany.
Il y a douze ans queje vous parledel'ouverture
du Parlement
qui ſe fait tous les ans le lendemain
de la S. Martin; cela
m'empeſche d'entrer aujourd'huy
dans le detail de ce qui
s'ypaffe. La Moffequi eft toujours
folemnelle ce jour-là , a
eſté celebrée cette année par
Monfieur l'Eveſque Duc de
194
MERCURE
Laon . On entra enſuite dans
la Grand Chambre , & Monfieur
le premier Préfident l'a-
-yant remercié au nom de la
Cour ce Prelat luy fitauſſiavec
beaucoup d'éloquence un remerciement
du choix que la
Cour avoit fait de luy ;il y mê
la un éloge du Parlement',
qui fut extrémement applaudy.
Aprés cela Monfieur le premier
Preſident traita laCompagnie
avec beaucoupde magnificence.
Le meſme jour , la Courdes
Aidesfitl'ouverturede ſes Audiences.
Monfieur le Camus ,
premier Preſident, & Monfieur
du Bois , Avocat general , parlerent
tous deux fur la preven- ,
tion. La matiere eſt belle ,
& rien n'eſt tant à craindre
pour les Parties que des Iuges
qui ſe laiſſent prévenir ; cette
GALANT.
595
1
matiere eſt auſſi du temps ,&
fans les preventions de quelquesPuiſſances
, contre des
perſonnes d'un merite émi
nent , la guerre ne ſeroit pas
auſſi allumée dans l'Europe ,.
que nous l'y voyons preſentement
M. du Bois , aprés avoir
fait un éloge du Roy convenable
à ſon ſujet , y. fit entrer
fort à propos celuy de Monſeigneur
le Dauphin. Il marqua
le bonheur duRoy d'avoir pour
Fils un Prince ſi digne de luy
& fit voir que ce bon - heur,
avoir manqué à Auguſte & à
l'Empire.
Le Lundy. 22. du mesmo
mois , on fit dans la Grand'-
Chambre l'ouverture des Audiences
. Monfieur le premien
Preſident yparla peu ,& fe fio
admirer à fon ordinaire par fon
196 MERCURE

ſtile ferré, vif& brillant.Monfieur
l'Avocat general de Lamoignon
y fitun fort beau difcours
fur le repos. Il fit voir
qu'un Juge accablé d'affaires
ne les examinoit pas affez
falloit du repos pour y bien
ybien travailler , & s'étendit
fur l'uſage quel'on devoit faire
de ce repos . Il s'étendit encore
beaucoup fur les loüanges de
Monſeigneur le Dauphin. Il
parla de ſa premiere Campagne
qui l'a couvert de gloire,&
dit quec'eſtoit un effet de la
prudence du Roy ,&de la valeur
de Monſeigneur. Il fic.
voir que parmy tous ceux qui
ont merité le nom de Grand ,
Dien &la nature n'avoient
mis que leRoy au deffus de
cePrince.
Le Mercredy fuivant,MonGALANT.
197
fieur l'Avocat general Talon
fitla Mercuriale.Je vous ay déja
expliqué pluſieurs fois ce que
c'eſt que.Mercuriale ,& vous
ay dit qu'elleavoitprisla placedesremontrances
qu'onfaifoit
aux luges dans l'origine de
ces fortes de difcours . Comme
il n'en eſt plus beſoin , parce
que nous vivons dans un Sie
cled'où l'ignorance eft bannie,
on apris depuis pluſieurs an
nées , les matieres du temps ,
&les loianges du Prince pour
continner ces difcours. Monfieur
Talonmarqua désle commencement
de celuy qu'il fit ,
qu'il ne pouvoit tirer de fon
fonddequoy entretenir une ſi
belle Affemblée ,&qu'il eſtoit
épuisé. Il tomba encore fur
une partie des affaires du
Temps , qu'il expliqua d'une
198 MERCURE
maniere allegorique & fort
adroite.Ses Auditeurs en purent
faire l'explication chacun
felon leur efprit. Il repaf
ſa enfuite toutes les affaires
que la France a euës avec la
Cour de Rome depuis plufieurs
années ,& fit voir la prudente
conduite & la pieté du
Roydanstontes ces affaires - là.
Hidit que la pietéde cePrince
avoir efté caufe de toutes fes
victoires ,& paſſa de la aux
loüanges de Monſeigneur le
Dauphin, fur leſquelles il trouvadequoy
s'étendre avec beaucoup
de justice :
Le vous envoye uneMedaille
de Monfieur lurieu , que j'ay
fairgraver. Vous trouverez un
Pautre Portrait de ce Miniſtre
dans la troiſième partie des
Affaires du Temps , quim'empêGALANT
B
THEQUE DE
199
thede vous en rien dire
lamais homme n'a tante
de Lettres Pastorales que luy.
Il'en a accablé les nouveaux
Convertis de France; & pendant
qu'il eſt fort à ſon aiſe , &
que rien ne luy manque , il
leur conſeille toujours de s'affembler,&
d'expoſer leurs vies,
&leurs biens ..
E
Monfieurde Foullé de Martangis,
Marquisde Prunevaux,
Maistre des Requeſtes , qui
avoit déja eſté Ambaſſadeur
Extraordinaire duRoy enDanemark
, y eſt retourné avec
le meſme titre. Quand un auſſi
grand Prince que leRoy ſe ſert
deux fois de la meſine perſonne
pour le même employ, c'eſt
une marque qu'il eſt ſatisfait
de ſes ſervices ..
- Je n'ay pas beaucoup de
200 MERCVRE
choſes à vous dire touchant
les Modes nouvelles,dont j'ay
accoûtumé de vous entretenir
au commencement de
chaque ſaiſon. On porte les
habits de Campagne de Drap
gris de Fer , enrichis de
Boutons &de Boutonnieres ,
avec un paſſepoil ſeulement
auxCouſtures. Les poches de
ces habits font encore en pates
,& les Veſtes ſont du méme
Drap , enrichies de Galon
d'or ou d'argent , oubien d'Agrémens
en Boutonnieres . On
porte toujours les Habits de
d'orà toutes les extremitez.Le
Drap rayé , avec une Broderie
plein du Juſte-au - corps , eſt
d'une Broderie delicate appli-
Veſtes ſont toujours tres - riches,
& d'étofos d'or ou d'arquée
ſur les rayes du Drap. Les
GALANT. 201
gent,ou brodées ſelon le gouſt,
particulierement quand l'Habit
ne l'eſt pas. Les Culotes
fontbrodées comme le Iuſteau-
corps , & les poches coupées
enlong. Les Juſte au corps
ſe portent un peu moins larges
par en bas. Quant aux Habits
de Bal pour la Cour, la plupart
font d'étofes à fond d'or tresriches
, brodées d'argent aprés
coup. Les Manches deces Habits
ne ſe coupent point en
Botes; on les enrichitde Dentelles
d'argent , & de rubans
tres riches , & l'on fait des
Noeuds d'épaule du meſme
Ruban. La Veſte & les Chaufſes
ſe fond d'une étofe à fond
d'argent , enrichie d'une Bro-
-derie d'or tres- delicate .
Les Femmes ne portent plus
de Sultanes , mais des Man202
MERCURE
teaux ouverts avec un ply par
devant ,& deux par derriere,
& des manches roulées . Les
•Veſtales font encore à lamode,
-& on les borde fort peu ; les
manches font relevées par
devantavec un Bouton ,& un
Gland ;on taille ce Gland à la
place des Boutonieres. On
porte ces Veftales à Manches
demy-longues avec des Ama-
-dis, boutonnez devant, &derriere
.On ne met plus lesEtofes
-des lupes en cerceau, mais on
les chamarre de Galon à Point
d'Eſpagne , avec des veloutez
brodez de deux creſtes au cô-
-té. Ces veloutez ſont couleut
Ide feu& or , & lestreſtesd'or.
On en voit pourtantquelquesunes
avec des laffis de rubans .
On porte toujours des Enga-
-geantes , au lieu des ManchetGALANT...
203
tes , exceptés avec les Habits
noirs. LesEtofes qu'on porte le
plus font raſée,d'or &d'argent,
on de ſoye raſée , la couleur,
la plusà la mode eſt la couleur
de fen, ou le bleu celeste. On
voit beaucoup de Campanes
dans les deffeins des Etofes,&
travaillées avecal Etoferol
1
Comme on découvre tous
les jours quelque nouvelle proprieté
à la peau d'Obufer ,
qu'on trouve par experience
auffi utile qu'agreable, on continue
àla Courd'en porter des
manchons . Le Sieur du Tremble
en a auffi fait pour les Da-
* mes, & a en l'honneur d'en preſenter
un à Madame la Dauphine
, qui l'a agree. L'inclination
de cette Princeſſe a eſté
ſuivie de celle de toutes les
Dames de la Cour , ainſi ces
coduca
204
MERCVRE
manchons plaiſent fort , quoy
que lajolouſiede quelques- uns
ait tâché de détruire cettemode
, mais ils n'on pu y réuffir.
Les Vërs estoient levraymot
de la premiere Enigme du
dernier mois , & ce mora eſté
trouvé par Meſſieurs l'Abbé
Verdoyé, Chanoinede l'Egliſe
Cathedrale de S. Pierre de
Vienne: F. Bla: cfor : P. B. R!
de poitiers , à l'anagrame pour
estre bon & cher, le Gentilhom
me Bourgeois de Saint Denise
l'incommode à la grand barbe :
le Clere du Jeu du monde de
Lion traduità Marseille : RR
Loyfeau de la Foreſt de Rez,
prix depuis peu dans les filets:
J. L. chefdes Mécontens de la
ruë Hatue- feüille : le Singe
de la mefmeruë: & le Surtout
des beaux eſprits de la ruë de
Bourbon
GALANT. 18
Bourbon : Meſdemoiselles de
Villebonne : & de V. B. la plus
charmante Voix de la ruë Sv
Nicolas , quartier de la Place-
Maubert : M. L. L. la plus foli
taire de la rue ſaint Chriſto:
phle : J. E. F.la plus indifferente
Beauté de la rue Pavée derriere
l'Hoſtel de Bourgogne :
l'aimable Manon du Balcon de
la ruë faint Antoine : la nouvelle
Muſede la ruë des prouvaires
: la Veuve ſans pareille
dela ruede Tournon ; l'incomparable
Veuve de l'Image Noſtre
Dame , l'aimable Aurore
fa Fille, &M. A.G.
La ſeconde a eſté expliquée
fur le chemin , par l'Amant
paſſionné de la Veuve à l'anagramme
... & parle Conſeiller
du Bas étage de la rue duMou-
Nov. 1688 . K
206 MERCURE
lin. Ces deux derniers ont aufi
expliquée la premiere dans ſon
vray ſens .
Voicy les deux nouvelles
Enigmes . La premiereeſtde
Vertonne
Sphinx.
& l'autre du
ENIGME.
E vous reſſemble , Iris , ie ne me
• trompe pas ,
Nous sommes froids & durs , avec
beaucoup d'appas ,
Etfatiguonsſouvent lapatience ,
Des gensqui font les delicats ;
Mais voicy nostre difference ,
C'est quemalgrémaresistance ,
Onfait de moy tout ce qu'on
GALANT.
207
Avec le temps & la perseverance
Au lieu, qu'on dit, qu'Amour
ine peut ,
N'y defes traits, ny deſaflame
Faireimpreſſionfurvostreame.
AUTRE ENIGME .
Efuis formée
JE pointes.
de trois on quatre
T'en ay troisdans leventre,& quo
tre dans le coeur;
Etbien que la Vertu tienne mesfor.
cesiointes ,
Con'est rien qu'àdemy que ie ſuis
en honneur.
Rien n'eſtant ſi extraordinaire
que l'entrepriſe du Prince
d'Orange , ny plus contre
ledroitdes gens, le defir d'ap-
K2
208 MERCVRE
prendre quelle ſuite a ſon defſein
, a eſté ſi grand, & l'eſt encore
aujourd'huy,qu'on épuiſe
tous les jours ce qu'on peut
ſçavoir ſur cette matiere , de
forte que les nouvelles d'un
jour ſont à peine nouvelles le
lendemain pour quelques Perſonnes
.Cela eſt cauſe queje ne
vous apprendray preſque rien
de nouveau ſur ce grand article,
dont le troiſiéme Volume
des affaires du Temps contient
toute l'intrigue. Je ne
laiſſeray pourtant pas de vous
dire quelques particularitez
qui ont eſté omiſes dans les
nouvelles qui ont paru,& d'en
reprendre ſuccinctement ledétail
, afin de les placer dans
leur rang.Obsa
La Flote Hollandoiſe étant
GALANT. 209
ſur le point de faire voile en
Angleterre , les Etats ordonnerent
un jour de jeuſne & de
prieres , pour le ſuccés de cette
entrepriſe.Dans ces fortes d'oc.
cafions on fait d'ordinaire un
Sermon ſur le ſujet de l'affaire
dont il s'agit , & ces fortes de
Sermons font beaucoup plus
longs que les noſtres. Le Miniſtre
Menard , fils d'un Tailleur
de Paris , preſcha ce jour- là à
la Haye, & fit voir que le defſein
du Prince d'Orange devoit
reuſſir , parce que juſquelà
tout y avoit contribué. Il
entra dans toutes les chofes
qu'il prétendoit luy avoir eſté
favorables , & en finit le dénombrement
, en diſant que
le temps qui avoit eſté tresmauvais
, & contraire depuis
K 3
210 MERCVRE
cing ou fix ſemaines , avoit
changé tout à coup, fi- toſt que
tout s'eſtoit trouvé preſt pour
le départ de la Flote. Après ce
Sermon il fitune Priere à Dieu
fuivant l'uſage ordinaire des
Proteftans . Ces fortes de Prieres
doivent eſtrecompoſées de
Paffages de la Sainte Ecriture.
Ainſi pour en faire il n'ya qu'à
en choiſir beaucoup qui conviennent
au ſujet , & à leur
donner une liaiſon qui ne conſiſte
ſouvent qu'en exclamations,&
en apoftrophes à Dieu
& au Ciel, ce qui ne coute pas
beaucoup au Miniſtre , qui dit
de belles chofes, parce qu'elles
ne font pas de luy. Comme il
n'y a point de travail, celuy qui
a parlé avec le plus de fureur
& crié plus haut , emporte la
GALANTA ZIF
Joüange d'avoit le mieux réuffi
.On voitdans le troifiéme volume
des Affaires du Temps ,
l'injuſte &ridicule application
de chaque pafſage de la priere
faite par le Docteur Menard.
Le Prince d'Orange qui devoit
faire voile le 29. fit ſon adieu
auxEtats. Il leur parla en Souverain
de Hollande & en futur
Roy d'Angleterre, en Souverain
, pour leur faire prefeter
pendant ſon abfence , le Prince
de Valdec an Prince de Naf.
fau , quoy que le droit fuft
pour ce dernier; & en futur
Roy d'Angleterre ,en leur promettant
qu'il les aſſiſteroit
d'hommes & d'argent, s'il reuffiſoit
dans ſon deſſein. Quel
fuccés peut-il avoir qui lay
donne des Hommes &de l'arf
212 MERCURE
gent s'il reuſſit , à moins qu'il
ne devienne Roy , ſans quoy
il ne peut que dépenſerbeaucoup
fans rien retiter ? Il a trahy
ſon ſecret fans y penſer ,
quand il a parlé ainſi , mais les
ambitieux ont l'eſprit remply
de tant de choſes qu'ils s'aveuglent
quelquefois . Ce Prince
qui paroiſt ſouverain par les
dehors , ce qui fatisfait ceux
qui ne le ſont pas en effet , &
qui ade diverſesfortes de Gardes
que n'ont pas beaucoup de
Souverains de l'Europe,laiſſa à
la Princeſſe ſa Femme une
Compagnie de Suiſſes apellée à
Tocque de Velours & une Compagnie
de ſes Gardes à Cheval.
Voicy l'Estat de ſes Troupes
ſuivant la Liſte venuë de Hollande
, à laquelle on ajoutera
telle foy que l'on voudra.
GALANT . 243 21
CAVALERIE .
Les Gardes du Corps.
LaGarde de Benting.
Le Regiment de Vvaldeck.
Nafſau .
Monpoilyan .
Ginckel.
iv
Le Comte de Vander-Lip. )
Les Dragons de ſon Alteffe.
Les Dragons de Metrevvits.
Sgravvemoer .
Sapbroeck,
Floddorp .
Seyde .
Oye.
Suyleſtein.
T
INFANTERIE.
G.de Solms,leGarde 25.Comp.
Маскау 12.Соmp.. !!
Balfort 12.Comp.
Talmas 12. Comp.
Belleſes 12. Comp.
:
214
MERCVRE
Ѵаскор 12.Comp.
Panbroeck 10. Comp.
Berckevelt 10. Comp.
Holſtein 10. Comp.-
Vvirtemberg 12. Comp.
Hagendorf 10. Comp .
Fagel 10. Comp .
Naffou 10. Comp.
Carelſon 10. Comp .
Brander 10 Comp.
Prince de Berckevelt .
N
La Cavalerie conſiſtoit en
3660. hommes , & l'Infanterie
en 10672. ce qui faifost
14352.hommes .La Flote eſtoit
de ſoixante-cinq Navires de
guerre,de cinq cens Flutes ,de
foixante Pinaces,&de dix Brulots
.Elle estoit diviſée en trois
Efcadres .
PREMIERE ESCADRE .
Lieutenant Amiral Evertsz .
GALANT.. 215
!
Courtienne , 66. Canons .
Vice. Amiral Brakel , le
Maes , 68
Schout by Nacht , Dick
64. c.
CAPITAINES.
Rees de Rotterdam , Hons.
lordiik , 48.c.
Philip Vander Giiffe , Noort
Hollande ,46. c.
Brakel , Gorcum , 42.c.
Abraham Taelman , Edam ,
40.c.
Abraham Ferdinand van
Ziil Elsvvout , so.c. 4
Jean Kuyper , de Agatha ,
Soc.
Cornelis Moſſelman , del
Goes , 30.C.
Gerrit Hooft , Nimovegue
46.c.
Commandeur Polek, deGia
diov , 56.c.
:
K6
216. MERCURE
Adriaen Nohortey , Vul
penburg. 32.C.
SECONDE ESCADRE ..
Lieutenant Adm. General
Herbert , Leyden,6 4c.
Vice Amiral Van de Putte,
Berg, 60. c.
Schout by Nacht Evertsz
terVeer , 6.0.c.
CAPITAINES.
Philip Vander Goes , Sneech,
40. C.
Com ou Comte de Naſſau ,
Vriesland , 62. C.
Paulus Vander Duſſen , le
Haffevvint , 32.c.
Snet , Delft , 56. с.
Jan Ernst Van Baffe , Caftricum
, 50.c.
Juſtus Hogenhoeск ,
miaten , 36.c.
Da
Mais ,les armesde Hoorn , 44. C..
GALANT. 217
Pieter Decker , de Vreede
46. с..
lan Bovvens
56.C.
de Akerboon
Cornelis Vander Zaan , Hardervvisk,
44.c.
TROISIEME ESCADRE..
Lieut. Ad.Phil.de Allemonde
, Vtrecht , 66.c.
Vice-Amiral Gilles Schey ,
Les Armes d'Virecht , & paffe
fur le Navire la Puiſſelle de
Dort, 64. C.
Schout by N. Ger. Vander
Duffen , Zelande , 62.c.
CAPITAINES..
Pieter Laren Stad en landens
48.
Andries Stilte, out Carspel ,
36.
.. Dirck vander Nieuburgh ,
Asperen, 3.4.aliba
1
218 MERCVRE
De Liefde , Zelande , 46 ...
Vvillem Vander Zaan , Maria
Elifabeth , 46.
48 .
Heudrick Tol desBeemster
VanEde , Schieland , 50 ..
Dirck Schey , de luffr. An
na, 34
Arnold 'Manard , Schatter .
hoef, 46.
44.
Van Couvent , Rotterdam ,
Ily avoit encore huit Navires
de moins de trente pieces
de Ganon , ſçavoir ,
Capitain Ien lansz Bont ,
le Poftillion.
Gilles lansz du Pon , Kroonvoogel.
vis.
Vvollem banCars , leBraeck
Vvybrant Barentz le Paurv..
Hendrick de Veer,le Bruyn
GALANT. 219
Daniel Roucksz , Strommeliiz.
Klaes Bock , Neptune...
Jan Cortoίς.
Tous les Navires portoient
le Pavillon d'Angleterre ; entrelaffé
des Armes du prince
& de la Princeſſe d'Orange ,
au haut cette Deviſe , pro libertate
& Religione & au bas , le
maintiendray , quieſtla Deviſe
ordinaire des Princes d'Orange.
Si toſt que le Prince fut
monté fur fon bord , on déploya
le Pavillon qui estoit d'une
grandeur ſurprenante. Les
Trompettes , les Hautbois , &
les autres Inſtrumens deGuerre
, commencerent à ſe faire
entendre ,& auffi- toſt on mit
ala Voile. Ceuxqui partirent
:
220 MERCVRE
,
encore en meſme , temps que
lePrince d'Orange , font Monfieur
le Mareſchal de Schomberg,
le méme qui doit le commencement
de ſa fortune au
Royd'Angleterre,&qui en fut
fi bien receu ily a fort peu de
temps à ſon retour de Portugal
le Comte Charles ſon Fils;
Monfieur de Nivelles , Fils du
grand Bailly de Rotterdam
Monfieur de la Melonniere ;
Monfieur de l'Etang , que le
Prince d'Orange a fait Lieutenant
de la Compagnie de
ſes Gardes du Corps ; Monſieur
Sylvestre ſon Medecin
; le Docteur Burnet ,
pour luy ſervir de Miniſtre;
un Miniſtre Flamand, &le Miniſtre
Menard. Il a donné à
Monfieur de Schomberg , pour
2
!
221
GALAN Τ.
Miniſtre , le Fils du Miniſtre
Gilbert , dont le Pere eſt mort
à laHaye , depuis fix ſemaines.
Il partit auſſi environ quatre
cens Officiers François refugiez
, & deux cens Officiers
Anglois s'étoient retirez d'Angleterre,
& avoient fait croire,
que non ſeulement toutes leurs
Compagnies ſe trouveroient à
leur defcente , mais qu'elles
engageroient encore beaucoup
d'autres Troupes à les
futyre.
:
Voicy ce que portent d'autres
Memoires. Le Prince
d'Orange fit embarquer deux
Caleches, avec de grands équipages,&
quantité de chevaux,
le Maréchal de Schomberg ,
une Caleche ,& foixante chevaux
avec ſa Maiſon. Il y avoit
212 MERCVRE
}
auffi 45. pieces de Canon pour
le débarquement ,uue grande
quantité de Bombes & deGrenades
, & 12000. milliers de
poudre , fous la conduite de
M. Goullon Ingenieur , avec
tout l'équipage neceffaire pour
armer huit mille Cavaliers
qu'on s'eſtoit flaté de trouver
en débarquant- Il y avoit ſeulement
de quoy armer deux
mille hommes de pied , parce
qu'on avoit cru que les
Compagnies que les Capitaines
Anglois qu'on menoit,
avoientaſſeuré qui ſe trouveroient
à la defcente , y viendroient
armées .On avoit outre
cela embarqué tout l'équipage
dont on pouvoit avoir befoin
pour trois mille Matelots,
qui devoient changer d'habits
, & prendre les armes auffi
GALANT. 223
toſt aprés le débarquement
des Troupes . Le Vaiſſeau du
prince d'Orange avoit la Banderole
à double queuë longue
pardeſſus le pavillon du grand
Maft , & arboroit des Pavilions.
blancs aux Armes d'Angleterre.
On en mit de ſemblables à
tous les Vaiſſeaux de Guerre,
à la referve de ceux qui dépendent
de l'Amiral de Roterdam
, qui à la fortie de goerée
arborerent le Pavillon
rouge. La premiere Efcadre
leva l'Ancre la nuit du 29. au
30.Octobre. Le Prince d'Orange
qui vouloit tout voir partir,
ne mit à la voile qu'à trois
heures aprés midy.Il eſtoitenviron
àquinze lieuës, lors que
la tempête s'éleva.Il n'y a point
d'adreſſe donton ne ſe ſoit fer-
(
224 MERCURE
vy pour cacher la perte qu'elle
cauſa à la Flotte , & on y a fi
bien réüſſi , qu'on n'en a ſceu
la verité qu'aprés qu'elle a été
remiſe en Mer. Des nouvelles
ſeures nous ont appris qu'elle
avoit perdu huit Vaiſſeaux ,
beaucoup de Barques & de
Troupes , & plus de quinze
cens chevaux . Le Prince d'Orange
ne voulut pointprendre
terre , afin d'empeſcher les
Soldats de débarquer. Ils étoient
en ſi méchant eſtat ,&
fi mal nourris , que la pluſpart
auroient deferté , & détourné
ceux qui auroient fongé à
prendre party. Il fit des efforts
incroyables pour reparer ce
dommage , & en vint à bout
malgré tout l'accablement où
il ſe trouvoit , tant à cauſe de
GALANT. 225
la perte qu'il avoit faite , que
de l'aſme dont il eſtoit tourmenté.
Il fit prendre tous les
chevaux qu'on put trouver
dans le Pays , & on ſe ſaiſit
avec violence de pluſieurs Bâtimens
Marchands, & dequelques
Navires ſur leſquels on
mit des Matelots Hollandois ,
dont les Intereſſez & les Patrons
firent grand bruit. Avec
ce renfort le Prince d'Orange
remit à la Voileleri . Novembre.
Quoy que l'on ait dit de la
Flotte d'Angleterre , elle s'acquitta
tres bien de ſon devoir.
L'ordre qu'avoit l'Amiral, étoit
d'empeſcher que la Flotte de
Hollande n'entraſt dans la Tamiſe
, & il l'a empeſché . Il auroit
fait davantage ſans les
vents contraires . Il eut d'ail2:
6 MERCVRE
د
leursbeſoin de prudence , pour
fe garantir des pieges qu'on
s'efforça de luy tendre. Ainfi
cette Flote demeura fidelle à
ſon Roy ,& mépriſant les Lettres
du Prince d'Orange , elle
refuſa de ſe joindre à ſes Vaifſeaux.
Ce Prince n'ayant
pointdébarqué dans la Tamiſe,
parce qu'il auroit fallu forcer
la Flote d'Angleterre , ce qu'il
n'auroit pu faire fans perte ,
quoy que ſa Flotte fuſt plus
nombreuſe , à cauſe des Barques
qui portoient les Trou.
pes , dont la pluſpart auroient
couru grand riſque,alla débarquer
à Torbay aux environs
de Darmouth , à Lime , à la
Poole & aux environs.Comme
on n'avoitpas cru qu'ily mettroit
pied aterre , il n'y avoit
GALANT.
227
pointdeTroupes pour s'oppofer
à fa deſcenre. (Sid'un coſté
c'eſtoitun deſavantage pour le
Roy d'Angleterre , c'eſtoit un
avantage de l'autre , puis que
ceux qui s'entendoient avecle
Prince d'Orange , n'eſtoient
pointde cecoſté là.Dés que les
peuples eurent appris fon arrivée
, ils ſe preparerent à la
fuite. Ils défoncerent leur cidre&
leur biere ,& ſe retirerentdans
les montagnes avec
leurs troupeaux & leurs meilleurs
effets , en criant , Vive le
Roy , Six mille hommes qui
travailloient aux Mines d'Etain
, s'offrirent au Comte de
Bath,Lieutenant General de la
Province,& le Duc deBeaufort
diſpoſa les Habitans de Briſtol
à ſebien défendre. On afceu
{

228 MERCURE
}
encore depuis peu que cette
Ville demeureroit fidelle au
Roy. Il n'y eut pas juſque à la
Ville d'Exceter , qui eſt toute
ouverte , qui ne marquaſt
qu'elle vouloit faire reſiſtance .
Elledemanda du ſecours& ccla
nous fait connoitre que le
Prince d'Orange n'y eſt pas
entré du conſentement de ſes
Habitans. Comme il n'y trouva
point l'Eveſque qui s'en
eſtoit retiré , il fitarreſter ſon
Fils . Il demanda au Receveur
des Droits du Roy combien
il avoit d'argent dans ſes coffres
, & ce Receveur luy ayant
répondu que ce n'estoit pas à luy
qu'il en devoit rendre Compte, ce
Prince donna ordre de les enfoncer
,& traita mal le Maire
qui ne l'eſtoit pas venu trouver
۱
GALANT.
229
ver avecſes habits de ceremonic.
C'étoit commencer de
bonne heure à agiren Souve
rain , aprés avoir déclaré qu'il
n'en vouloit point à la Couronne.
Milord Cochester, qui
avoit perfuadé à fix vingtGardes
du Roy de le ſuivre , &
d'aller trouver le prince d'O .
range, fut arreſté par la Milice,
avec la pluſpartde ceux qui
l'accompagnoient. Le Roy
ayant envoyé à Salisbury fon
Regiment , celuy de Rocheſter
, & celuy de Cornbury ,
il ſetrouva dans ces Regimens
quelques Perſonnes gagnées
pour les conduire au Prince
d'Orange. Les plus zelez pour
le ſervicedeSa Majeſté s'étant
apperceus qu'on les détournoit
du lieu où ils devoient
Νον. 1688 . L
224
MERCURE
1
aller , & qu'on les vouloit
mener plus loin, s'arreſterent .
On voulut les forcer de paffer
outre ,& ils mirent le piſtolet
àla main pour s'en d'éfendre.
Ils étoient dans un défilé , où
ils ſe trouverent tout à coup
environnez de troupes que le
Prince d'Orange avoit envoyées
de concert avec ceux qui
les trahiſſoient , de forte que
la plus grande partie fut obligée
de marcher , maislapluſpart
ont abandonné le party
qu'on les avoit forcez de prendre
,& le Regiment duRoy eft
revenu tout entier. Voilà de
quelle maniere le Prince d'Orange
eſt appellé en Angleterre
, & le bien qu'ilyva faire.
Ilyportela guerre dans les formes
, il y va avec des armes
GALANT.
225
meurtrieres , des Bombes , &
desCanons. Il porte la terreur
à fon arrivée , au lieu d'y faire
naiſtre la joye. Il fait fuir les
Peuples , qui aiment mieux
perdre une partie de leurs
biens , que de recevoir de luy
la protection qu'il leur fait offrir.
Il n'a pu ſe rendre maiſtre
que d'une Ville qui ne pouvoit
ſe défendre , & s'il attire quelques
Soldats , ce n'eſt que par
ruſe ,par violence ,& par argent
, ainſi il eſt traité comme
ennemyparceux meſmes qu'il
veut faire croire qui l'ont appellé
Vous ſçavez le retour glorieux
de Monſeigneur leDauphin.
Je ne vous en dis rien
parce que fi je commençois à
vous en parler je ne pourrois
3
2L6 MERCVRE
retenir mon zele , ny arreſter
ma plume. le reſerve toute
cette belle & ample matiere
pour une Lettre particuliere
que vous recevrez le premier
Janvier. Elle contiendra toute
la premiere Campagne de ce
Prinoci, & j'y joindray une
partie des Ouvrages qui ont
eſté faits ſur ſes éclatantes
Conquestes..
Les Hollandois ayant joint
leurs Troupes à celles des
Ennemis du Roy , Sa Majesté a
cruque puis qu'il luy faifoient
laguerre,Elledevoitla leurdeclarer.
Ils ont commencé , Elle
achevera::
L'Academie Françoiſe a
fait publier que le 25. jour
d'Aouſt de l'année prochaine ,
elle donnera le prix d'éloquence
à celuy quiaura le mieux
:
GALANT.
217
renſſy dans un Diſcours dont
le ſujet , conformément àl'intention
de feu Monfieur de
Balzac, fera; Damerite& de la
dignitédu Martyre. Il faudra que
le Difcours ne ſoit que d'une
demy heuredelecture tout au
plus , & qu'il finiſſe , par une
courte Priere àJ. C. Le mefme
jour elle donnera un autre
prix pour la Poëfie Françoife ,
dont le ſujet , ſelon l'intention
de ceux qui l'ont envoye
, ſera ; Les Nations les plus
éloignées viennent rendre leurs
hommages au Roy. Son Zele &
&sessoins pour la Foy Chreftienne
s'étendent iusqu'aux extremitezdu
monde. Il fera permisd'y joindre
tel autre ſujetde loüange
qu'on voudra fur quelques
actions particulieres de Sa
L3
218 MERCURE
&
Majeſté , ou ſur toutes em
ſemble , pourveu qu'on n'excede
point cent vers
on y ajouſtera une courte
priere pour le Roy , & feparée
du Corps de l'Ou
vrage , & de telle meſure
qu'on voudra. Les pieces
feront fans nom , & feulement
avec un raſſage de l'Ecriture
Sainte pour la profe,
& telle Sentence qu'on voudra
pour la Poësie , & on ſera
obligé de les mettre dans le
dernier du mois de May
prochain , entre les mains de
Monfieur l'Abbé Renier , Secretaire
perpetuel de l'Academie
Françoiſe à l'Hoſtel
de Crequi ſur le Quay Malacqueſt.
Vendredy dernier 26. de 2
GALANT.
229
ce mois , cette illustre Compagnie
perdit Monfieur Quinault
, un des 40. Academiciens
qui la compoſent. Ses
Ouvrages font fon Eloge ,
&il n'y a perfonne qui ne demeure
d'accord qu'il eſtoit
tres - digne de la reputation
qu'il s'eſt acquiſe. Il a laiſſe
pluſieurs Pieces de Theatre
qui ont paru toutes avec
beaucoup de fuccés , mais il
s'eſtoit particulierement diſtingué
dans les Opera. Son
talent y eſtoit rare, & fi quelqu'un
eſt affez heureux pous
le pouvoir égaler dans ce gen
re de Poësie , ce qui paroiſt
mal - aifé , on peut dire que jamais
on ne le furpaffera. Tous
ſes Vers font naturels , propres
à chanter , &fi bientour
L4
230 MERCURE
nez qu'ils ſemblent avoir eſté
faits par les Muſes meſmes.
Monfieur Quinault n'eſtoit
pas moins eſtimable du coſté
de l'ame quede celuy de l'ef
prit Il a beaucoup de probité&
de droiture ,& on l'a toujours
veu honneſte , bienfaifant
, & d'une Societé aiſée &
tres agreable . Ainfi il eſt éga-
Iement régretté ,& à laChambre
des Comptes où il eſtoit
Auditear , & à l'Academie
Françoiſe.
Le lendemain 27.de ce mois
cette meſme Compagnie perdit
Monfieur Doujat
Doyen . Il l'eſtoit auſſi des
,
:
fon-
Profeſſeurs Royaux , & des
Docteurs Regents de la Facultéde
Droit en l'Univerſité
de Paris. Peut- eſtre l'eſtoit il
GALANT 231
encore des Avocats du parlement
de Toulouſe , où il eſtoit
né , en ayant prété le ferment
1637. & ensuite en celuy de
Paris en 1639. Il eſtoit l'Historiographe
Latin de Sa Majesté
& avoit eu l'honneur , il y a
vingt ans , de contribuer aux
Eſtudes de Monseigneur le
Dauphin , ſous Monfieur le
PrefidentdePerigny , Premier
Precepteur de ce Prince. Aufſi
avoit - il merité des penſions
confiderables de la Cour , du
Clergé & de Meſſieurs les
Chanceliers de France. le na
vous parle point de ſa Famille
qui a fourny des hommes qui
ſe ſont diftinguez depuis longtemps
dans l'Eglife & dans la
Robe. Meſſieurs Doujatde Paris
le reconnoiſſent pour leur
LS
232 MERCURE
parent. Ileſt mortage de79.ansy
& comme il eſt temps de finir
ma Lettre ,je vous renvoye à
ce que Monfieur Peliſſon a déja
écritde luy dans ſon Hiſtoire
de l'Academie Françoiſe , où
il a marqué une partie des Ouvrages
que Monfieur Doujat a
donnez au public,& à ce qu'on
nemanquera pas de dire d'un
fi habile homme , lors qu'on
remplira les places qu'il laiſſe
vacantes entre autres la Chaire
de Droit Civil & Canonique
, que Monfieur le Chancelier
a voulu qui fuſt miſe à
la diſpute. le ſuis , Madame ,
voſtre ,&c...
GALANT.
233
AVIS.
Sur L' Academie du Roy nouvel
lement rétablie à Lyon.
1. On avertitle Public par
ticulierement la Nobleffe , que
l'Academie du Roy eſt nouvellement
rétablie à Lyon depuis
un mois , par ordre de Sa
Majesté , en faveur de Mr. de
Pavan , Seigneur de Floratis ;
c'eſt un homme affez connu
dans la plupart de l'Europe ;
il eſt Italien ; il a été grand
Ecuyer de Mr. le Prince de
Brandebourg & a tenu l'Academie
Royale à Bruxeles en
Flandre , ſous la protection du
Prince de Parme; on a reconnu
234
MERCURE
fon merite en Auvergne en
qualité d'Ecuyer del Academie
du Royd'où on l'a obligé
devenir àLion aprés pluſieurs
instances& par ordre du Roy,
poury faire fleurir l'Academie.
2. On ne fait point dificulté
d'avancer que cete Academie
ad'auffi habiles Maitres qu'il y
ait en Franceson y aprend à
monter à cheval dans toute
forte de Manege;fur tout pour
ce qui concerne à manier de
bonne grace,un Cheval , à
courre la bague & les Tetes ,
àcombatre en particulier &
en general , à faire le coup de
piſtolet & à ſe ſervir adroitement
de l'épée dans la maniere
d'ataquer&de ſedéfendre,&c.
13. Outre le Manege on y
enfeigne les Mathematiques
GALANT. 235
dans toutes les parties neceffaires
aux Academiſtes & autres
Sciences ,qui ſontd'uſage
pour la guerre& pour d'autres
nobles profeſſions &c
4. Les autres Maîtres y font
tres habiles à montrer à faire
des armes à voltiger , à danfer
& à donner le bon air dans les
exercices qui regardent l'éducation
des Gentils -hom-
On a grand ſoin des Academiſtes
pour ce qui eſtde la
pieté , des mooeurs , de la nour
riture , du logement & gene,
ralement pour toutce qui peut
contribuer à former un honnête
homme. 7
6. Il y a un grand nombre de
Chevaux d'aſpagne, &autres
bons Chevaux, deux Maneges!
236 MERCURE
des plus beaux qu'il y ait en
Europe; l'un couvert & l'autre
découvert, dont l'eſpace d'une
grande étenduë & les carrieres
tres regulieres & fort
longues donnent la liberté de
faire toute forte de Manege. 11
5. On prend pour chaque
Academiſte interne avec un
valet douze cens livres,& mile
fans valet, dix louis d'or pour
les entrées , un loüis pour le
MeleCreat& un autre pourles
étriers tupo
8. Les externes payent fix
louis d'or le premier mois ,&
trois louisoles autres mois à
qui l'on n'enſeigne que le Manége
& à connoitre les chea
vaux
L
0
9.On doir être perfuadé que
l'onn'apasencore vu l'AcadeGALANT.
237
mie ſi bien établie à Lyon que
maintenant de quelque maniére
que l'on confidere ; c'eſt
ce qu'on justifiera dans les
ocaſions pour obliger la Nobleſſe
à s'y perfectionner fuivant
les exercices qui lui ſont
conformes à Lyon ce 10. Decembre
1688 .
THEQUE
LYON
*
193 *
FIN
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le