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1688, 09 (Lyon)
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EX BIBLIOTHECA
AUGVSTINIANA
LVGDUNENSI


807156
MERCUR E
GALANT
DE
LA
DEDIE' A
LE DAUPHIN
SEPTEMBRE 1688.
LYON E
1803
MONSEIGNEUR
175/2
PREQUE
DE
LA
A. LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY
Merciere au Mercure Galant .
M. DC . LXXXVI11 .
AVEC PRIVILEGE DU ROY

LE LIBRAIRE
Au LECTEUR,
L
On continue à distribuer le
Fournal des Sçavans pour 8.5.
chaque Cahier & l'on le diftribuë
chaque Semaine.
LIVRES NOUVEAUX
liv .
T
du Mois de Septembre 1688.
Obie Judith &Efther traduit
en François , in8.4.
Homelies ou inſtructions
familieres fur les Commandemens
de Dieu & de l'Eglife ,
12.30. fols . ,
Traité du Miniſtere des
a 2
LE LIBRAIRE
Pafteurs par Monfieur l'Abbé
de Fenelon , 12.30 . f.
Reflexion fur ce qui peut
plaire , indouze 2. volumes
3.1. 10. f.
Hiſtoire de la Monarchie
Françoife , contenant ce qui
ſi eſt paſſe de plus remarquable
depuis 1643. juſqu'en 1688 .
12. 2. V. 4.1 .
L'Hiſtoire du Cardinal Mazarin
par Monfieur Aubery
Avocat au Parlement , 12. 2. V.
4.1 . 10. f.
Nouvelle maniere de fortifier
les Places tirées des Methodes
du Chevalier Deville
du Comte de Pagan , & de
Monfieur de Vauban ,avec des
remarques ſur l'ordre renforce
ſur les deſſeins du Capitaine
Marchi , & fur ceux de Mr
Blondel ſuivie de deux nou
AU LECTEUR .
veaux deſſeins avec pluſieurs
figures , in octavo 3. 1 .
Tractatus de vfura & Fanore
item , de ufuraria trium contra-
Etuum Pravitate , in quo Catholica
veritas Scriptura Sacra oraculis
Conciliorum Canonibus
د
Decretis
Summorum Pontificum , unanimi
ac perpetuo Sanctorum Patrum confenfu
, ac demum naturali Lege,
Regiifque Conftitutionibus confirmatur
: Et adverfus Carolum Molineum,
Claudium Salmafium,Auitorem
Libelli du Traité de la
Pratique des Billets ac demum
adverfus Viros Politicos, caterofque
omnes Ufurarum Patronos defendi
zur. Item , in quo Libellus de equi
tate trium Contractuum adverfus
Differtationem noftram de Ufuraria
trium Contractuum pravitatefcriptus
confutatur. Auctore Iacobo
Gaitte, Sacra Facultatis Parifienã
LE LIBRAIRE
fis Doctore , & Canonico Lucionenfi.
4.6. liv .
Selecta Hiſtoria Ecclefiafticaveteris
testamenti capita &in loca
ejusdem infignia differtationes Hiftorica
Chronologica critica Autore
R. P. F. natali Alexandro ordinis
F. F. Predicatorum , 8. 6. vol. 18
livres.
Divinité deleſus - Chriſt par
ſes Oeuvres , 12.2.1 .
Relation univerſelle de l'Afrique
Ancienne & Moderne
avec pluſieurs figures en taille
douce , indouze , 4. volumes
8. liv .
L'Arithmetique Raiſonnée
diviſée en cinq Traité avec
un Traité du toiſage &du laujage
, 12.30 . f.
La Feſte de Chantilly , avec
tout ce qui s'eſt paffé touchant
les affaires de Rome ,
indouze.
AU LECTEVR..
Nouvelle Bibliotheque des
Auteurs Eccleſiaſtiques , par
Monfieur L. Dupin , tome 3 .
4. liv. 10. f. les deux premiers
volumes ſe trouvent
auſſi dans la même Boutique,
pour 8. liv . 10. f. les deux.
TABLE .
I
Portrait de Louisle Grand.2
Extraits de pluſieurs Discours prononcezen
divers lieux le jourde
la Fefle de Saint Louis .
Spectacle donné à Poitiers .
8
21
Fort attaquépar Monsieur le Duc
de Chartres.
Epithalame.
Morts.
29
45
55
Vaiſſeauxde la Compagnie des Indes
Orientales de France de retour
avec leur Cargaison .
63
Retourdes Vaiſſeaux de Hollandedu
meſme licu avec leur Cargaiſon. 66
Voyagefurla Mer d'Amour.Dialoque.
72
LettredeM.de ComiersàMadame
TABLE .
de la Sabliere , touchant la conduite
des Eaux ,
Ezlogue.
Histoire.
97
129
144
Ce qui s'est passé à l' Academie de
Ville Franche le jour de la Feſte
de Saint Louis . 165
Explication de la Thefe dedié au
Roy , Soûtenuë aux
liers.
Corde.
170
Ce qui s'est passé aux Theatins le
jour de la Naiſſance du Roy,
179
Monsieur l'Abbede Louvois répond
à toutes les questions qu'on luy
fait fur la Chronologie Geographie
, Fable,Histoire ,& Criti
que. 180
Charges& Regimens donnezpar le
Roy. 181
Remerciement envoyé à Mrs de
l'Academie de Ville- Franche, 184
TABLE .
Sujets des prix proposez parM. de
I' Academie d'Angers pour l'an
née prochaine. 187
Avis aux gens de Negoce. 189
Hiſtoire de la Monarchie Françoife.
193
Arrestpar lequelle Roy permet la
fortiedes bleds hors du Royaume
.
195
Autres Morts. 200
Gouvernemens donné à Monfieur
le Marquis d'Aubigné , & à
Monsieurle Marquis de Tilladet.
208
Mort de Monsieur le Maréchal
Duc de Vivonne.
215
Charge de General des Galeres don
née àM. le Ducdu Mayne. 216
Gouvernement de Champagne&de
Briedonné à Monfieur de Luxembourg.
ibid.
Montdu GeneraldesTheatins.217
TABLE.
Prise de Bellegrade.
Article des Enigmes.
218
225
Affairesdu temps. 229
Avis.
230
Finde la Table.
Avis pour placer les Figures.
L
'Air qui commence par
D'un oeil indifferent vous
,
voyez
ma langueur ,doit regarder la
page 91
La Médaille doit regarder la
page 193
LaChanſonqui commencepar
Quiveut vivrefans peine,doit
regarder la page 228
MERCURE
MERCURE
GALAN
*
LYON
SEPTEMBRE 1688 .
Oicy Madame , un
nouveau Portrait du
Roy que je vous envoye.
L'admiration que vous
avez toûjours euë pour les
grandes qualitez de cet auguſte
Monarque , me perfuade aiſément
que je ne puis commencer
ma Lettre d'une maniere
plus agreable pour vous. Mon-
Septembre 1688 . A
1
MERCURE
ſieur Boſquillon dont je vous
ay déja envoyé pluſieurs Ouvrages
, eſt l'Auteur de celuycy.
Tous ceux qui l'ont veu en
ont eſté fort contens , & vous
avez le difcernement trop
juſte , pour n'y découvrir pas
les meſmes beautez qu'ils y
onttrouvées.
PORTRAIT
DE
LOUIS LE GRAND .
Stre Roypar meriteautant que
parnaiſſance ;
Avoir un front auguste,un air majestueux
;
Effacertoutparsa prefence ;
GALANT.
3
Gouverner fes Sujets avec pleine
puiſſance,
Et regnerſurſoy mesme encor plas
que fureux , ( estime
Refufer aux Flaccursfes graces,fon
Estre liberal , magnanime ,
Heureuxdansfes projets ,plus modere
qu'heureux ;
Reverer la raison, ignorer les ca.
prices ;
Eſtre ſobre au sein des delices ;
Pourproteger fes Peuples,fes Amis,
Rendrefes interests àsa bonté foumisi
Sefaire craindre en Maitre,&cherir
commeun Pere ;
Recompenfer par choix , & punir
Sans colere;
Du Courageux brutal ramener la
fureur
Aux vrais termes de la valeur ;
Auprès dubien de la Veuve timide;
Et dafoible Orphelin ,
A 2
MERCVRE
Reduire la Chicane avide
Afecher de rage & de faim ;
Rendre muet le Demon du blafpheme
:
Forcer , au moins , l'Impieté
Arechercher l'obscurité
Pour outragerla Majestéſupreme ;
Former parfa ſageſſe &ses nobles
travaux ,
Ses Miniſtres ;ſes Generaux ;
Defes Etats bien loin reculer les
frontieres ;
Sans regarder ſon rang s'exposer
auxhazards ;
Soumettre en peu de jours des Provinces
entieres
Malgré les Elemens , les ſaiſons les
rampars ;
D'un monde d'Ennemis vainqueur
de toutes parts ,
Tout chargé de Lauriers , & tout
couvert de gloire.
Faire monter la Paixfurfon char
de victoire;
GALANT.
5
Fairefleurir les Sciences,lesArts:
Enrichir les Sçavans, étendre les
Sciences ,
Rétablir, conferver l'ordre dansſes
Finances ;
Dreffer des Iardins somptueux ;
Bâtir en mille & mille lieux
De fuperbes Palais , des Temples
venerables ,
Des Forts , des Places imprenables;
Faire changer de face à l'Univers ;
Couvrir d'amples torrens lesplusfea
ches campagnes
Abaiffer à fon grétes plus hautes
montagnes ;
Elever les Vallons , & reunir les
Mers;
Décider des deſtins du monde
Et voir des Souverainsembraſſerſes
genoux
Pour calmer fon juſte couroux
Sans perdre d'un Chrestien l'humilitéprofonde;
A 3
6 MERCURE
Empefcherque la Pauvreté
Nepuiffe d'un beauSangSouiller la
pureté
Avoir le coeurvaſte , droit & fincere
;
Par sa bonté temperer sa grandeur
,
Eftre toûjours d'égalehumeur .
Toûiours ſenſible à la misere s
Parſes bienfaits eſtre l'oeil&le
bras
Defesvaillans & malheureux Soldats
Charmer les Roisjusqu'au bout de
la terre :
Sur l'une & l'autre Mer voirfes
nombreux Vaiſſeaux
Faire la feureté de l'Empire des
eaux:
Nourrir en pleine paix de puiſſantes
Armées ,
Dans l'austere devoir les tenirrenfermées
,
GALANT.
7
Autour defes terribles Camps
Par les feuls Laboureurs voirmois
Sonner les champs ;
Estre agſfant,tranquille , impenetrable
;
- Mesme dansson reposfe rendre redoutable
;
Sans employer la flame ny lefer
Exterminer une Hydre épouvan
table ,
Que danssa raze avoit vomy
l'Enfer ;
Ciel, quel éclat !que cette Image
est belle!
Cet amasde Vertus &defaitsinouis
D'unHerosachevépresente le modelle,
Mais ilne montrepas la moitié de
LOVIS.
La Feſte de S. Loüis que
nous avons euë ſur la fin du
dernier mois , a donné ſujet à
A4
8 MERCURE
1
degrands Eloges de Sa Majesté.
Monfieur l'Abbé Cappeau précha
ce jour-là à S. Cyr , où
Madame de Maintenon ſe fit
porter en Chaiſe , quoy qu'elle
n'euſt pas encore forty de ſon
appartement depuis fon indifpofition
, dontelle n'eſtoit pas
alors tout-à - fait guerie. Le
nom & le merite de cet Abbé
vous doivent eſtre connus . Il
me ſouvient de vous en avoir
parlé à l'occafion de quelques
diſcours qu'il a faits avec applauditſement
, & entre autres
deux fermons de S. Loüis,préchez
aux leſuites de la ruë S.
Antoine en 1683. & l'autre à
l'Academie Françoiſeen 1685 .
toujours differens& également
beaux. Il prit pour texte dans
ce troiſième ces paroles tirées
du Livre des Rois chap. 7.
GALANT.
و
Firmabo regnum ejus ; j'affermiray
fon Royaume ,& il fit voir que
non feulement l'accompliſſede
cette promeſſe faite àDavid
ne ſe terminoit pas à Salomon ,
&qu'il romboit fur I. C. & fur
fon Eglife , mais qu'il ſe renouvelloit
encore aujourd'huy ;
toutes les fois que les faints
Rois élevoient des Temples au
vrayDieu , parce que ſa divine
& toute- puiſſante protection
paſſoitde leur perfonne à celle
de leurs Enfans juſqu'à leur
poſteritéla plus reculée.
Qui de vous , poursuivit- il
ne me prévient pas fur l'exemple
de Saint Louis , qui comme un autre
David , brûlant du defir d'éle
ver des Temples au vray Dieu,
quoy que cette gloire fust reservée
àses Succeſſeurs , meritaneanmoins
que Dieu affermist & immortali
A
10 MERCVRE
fast fon Royaume. Vous sçaver.
quelfust fon zele pour la gloire &
pour les interests de 7. C. ce qu'il
fit dansfes Etats , ce qu'ilentreprit
dans les Regions les plus éloignées
Firmabo regnum ejus , &vous
n'ignorez pas qu'ontre la récompen-
Je qu'il en reçoit dans le Ciel, jamais
Prince nefut plus honoré par
Ses vertus fur la terre ,& quciamais
Royaume Chreftien n'a recew
du Cielune plus longue&plus beurenfe
fuite de benedictions que le
Royaume de Saint Loüis , Firmabo
regnum ejus.
Ce fut le ſujet de fa divifion
, par laquelle il s'engagea
de prouver , comme il fit par-.
faitement bien que Saint
Loüis avoit affermy leRoyaume
de I. C. par la pratique &
parl'exemple des vertus Chrêtiennes
, & que J. C. avoit af
GALANT . 11
fermy le Royaume de Saint
Loüis , en luy faiſant conſerver
& augmenter toutes ſes vertus
, en les rendant hereditaires
& immortelles dans ſa Famille.
En parlant de Blanche
de Caſtille , qui eut beaucoup
de part aux premiers évenemens
du regne de S. Loüis , &
à toutes ſes grandes vertus , il
fit cette reflexion. Que les ames
de ce caractere doñées d'un esprit
de difcernement , capables des plus
grandes choses , &ne trouvant rien
qui les rebute & qui les arreste
affables , bienfaisantes , magnifiques
, charitables iusqu'à la profua
fion , plus modeftes qu'élevées
meritant toûjours de l'estre parleur
vertu , plus qu'elles nesçauroient
jamais l'eſtrepar la plus éclatante
fortune; faisant mesme oublier lo
nom de fortune , enforse qu'onne
A6
2012 MERCVRE
2 s'entretienne par tout que de leur
vertu ; que les ames de ce caractere
font de grands & rares presens du
Ciel ! Qu'ellesfont utiles à l'Etat
&à l'Eglife . Nous voyons auſſique
la Providence les reserve à des
temps & à des Princes heureux. Et
fur ce que S. Loüis remitdans.
ſon premier luſtre la beauté &
la pureté de la Religion Catholique
dans une Province de
ſon Royaume , que les Albigeois
avoient infectée de leurs
erreurs , continuant la mesme
figure , il ajoûta , Quelle felicité
pour des Chrestiens de vivre ſous un
Roy qui ne regarde comme ennemis
irreconciliables que les ennemis de
l'Eglise , & qui ne combattant dans
lesHeretiques que l'Herefie , reconnoist
& reçoit ſes Suiets fidelles
avec une bonté de Pere , & une
magnificence de Roy un moment
GALANT.
13
2
aprés qu'il les a traitez en Enfans
rebelles pour lesquels on voit
bien qu'il confervoit toujours une
tendreſſfeSecrete , quoy que leur égarement
de forçast,pour ainsi dire,à
les châtier. Aprés ce détail exact
& noble de la Vie de S. Louis,,
d'où il paſſa toujours tres-delicatement
& tres- folidement
àſes applications morales pleines
d'onction , & tres- propres
pour ſon auditoire , il dit. Comme
Dieu recompense ordinairement
Les Peres dans la personne des En.
fans, & qu'il donne presque toujours
aux Enfans des Saints des
témoignages de bonté plus ſenſibles
qu'aux Saints mesme , LOVIS LE
GRAND a recen & de ſes Suiets
des Etrangers , plus d'hommages
que S. Louis ;il a eu plus de bon
beur , plus de fuccés, & plus de
puiſſance. Saint Louis a défendu les
14 MERCURE
Duels, Loüisle Grand les a abolis ;
S. Louis a chaffèles Heretiques d'u
ne Province deſes Etats ; Loüis le
Grand de tout ſes Etats , Saint
Louis a porté voulu rétablir la
Loyde I. C. audelà des Mers,Loüis
le Grandl'afait établir,&lafait
fleurir au milicu des Nations ,quả
nonfeulement ne connoiffent point
F. C. maisqui estoient àpeine connues.
Plaiſeà Dieu qu'ainsi que S..
Louis fut Grand & merita cer
auguste nom, Loüis leGrandmerite
le nom de Saint. Graces vous en
foient renduës , mon Sauveur. Vous
avez déja prévenu , & en quelque
façon remply nossouhaits;& que
nedevons- nous pasattendre de ces
espritde paix , de moderation , de
suftice, de pieté&dezele de cet
te grandeur d'ame qui est une difposition
fi prochaine àl'humilité,
de cette condiction fincerede Reli
GALANT.
gion , qui est lefondement d'une foy
parfaite ,de cette profonde vene
ration pour Dieu , de cette tendreffe,
de cettevivacité pourles interests
de l'Eglise de cettefidelitèàlagrace
qui estune caution& une af-
Surancedeplus grandes &de nouvelles
graces ausquelles nous deurons
de jour en jour les progrés
heureuxque nos Neveux nommeront
les Miracles du long, heureux&
pieux regne de Lois le Grand ? Le
lieu où ie fuis , rappelle dans ma
memoire une circonstance de la Vie
de S., Louis , trop naturelleà mon
Suietpournepasyentrer,&enfaire
un des principaux ornemens.S.Louis
a fondé des aziles où les pauvres
trouvent encore un Pere ,lesaveu..
gles un Guide,les ignoransunMai-
Stre, les Sçavans une retraite ,&
lesViergesun Défenseur ,& outre
Jes Maisons Religieuses,les Tem
16 MERCURE
ples& les Hôpitaux , qui font &
quiferont àjamais des mouvemens
immortels deſapieté&de ſon zele,
il s'appliquoit en particulier àfaire
instruire , élever ,&établir felon
leur condition , les Filles que la mort
oule malheur de leurs Parens abandonnoit
à la corruption du
fiecle. Combien la pieté & la magnificence
toute Royale qui éclate
dans cette Maison est-elle conforme
à lapieté&à lamagnificence du
Saint qui en est le Protecteur ? Et
combien la main dont Dien set
Servy pouroperer un oeuvre qui luy
eftfi agreable,merite- t- elle de loua
ges , d'applaudiſſemens &de benedictions
! Vierges Chreftiennes , ce
doit eftre le fuiet de vostre recon
noiffance & de vos prieres dans cet
auguste Sanctuaire où vous venez
tous les jours rendre graces à Dieu
devous avoir tirées,quelques unes
GALANT.
17
de l'erreur toutes du danger où vous
eſtiez de vous perdre dans le monde,
faute desfoins & desſecours que la
Nature vous a heureusement refu.
fiz , pour vous les rendre plus precieux
envous lesfaisanttenirde la
Gracc.
Le mefme jour , Feſte de
S. Louis , l'Academie Françoiſela
folemniſa dansla Chapelle
du Louvre avec les mesmes
ceremonies qu'elle a accoûtumé
de faire tous les ans . Monfieur
l'Archeveſque de Paris ,
qui estoit alors Directeur de
cette celebre Compagnie , y
afſiſtaen Camail& en Rochet.
Pendant la Meſſe qui fut celebrée
par Monfieur l'Abbé de
Lavau,l'un des Academiciens,
on entendit une excellente
Muſique de la compoſition de
18 MERCURE
Monfieur Oudot. La Meffe
finie , Monfieur l'Abbé Rofe :
Neveu de Monfieur Rofe,Prefidenten
la Chambre des Comptes,
& Secretaire du Cabinet,
du Roy , prononça le Panegyrique
de S. Louis avec une
éloquence digne de l'Illustre
Aſſemblée qui l'écouta , &qui
eſtoit fort nombreuſe. Il prit
ces paroles pour ſon texte,
Non eſt inventusfimilis illi qui confervaret
legem Excelfi, & diviſa
fon Difcours en deux Parties .
Il fit voir dans la premiere que
S. Loüis avoit toujours eſté
fidelle à Dieu au milieu des
grandeurs &de la profperité;
&dans la ſeconde , qu'il luy
avoit eſté également fidelle
dans ſes malheurs & dans les
humiliations . Comme il fit une
peinture fort vive de tous les
GALANT . 19
foins que ce ſaint Roy avoit
pris pour empeſcher les blafphêmes
pour défendre les
duels , & pour s'oppoſer à l'herefie
, ſa matiere le porta naturellement
à parler des merveilleuſes
actions du Roy , &
il le fit d'une maniere fine &
delicate,qui contenta fort tous
fes Auditeurs. Il dit en parlanz
de l'Academie Françoiſe, dont
ce grand Prince vouloit bien
eſtre le Protecteur , que Saint
Louis avoit auſſi étably une
Academie , mais qu'elle estoit
de Theologiens. Il fut aifé
de connoiſtre qu'il partoit du
College de Sorbonne , fondé
en 1252. par Robert de Sorbonne
, Aumônier & Confeffeur
de ce faint Roy , qui par
ſesbien- faitsluy avoit donné
un fort grand éclat. Monfieur
20 MERCVRE
, en
l'Archeveſque eſtant Provifeur
de Sorbonne,& Directeur,
comme je l'ay dit , de l'Academie
Françoiſe , cela luy donna
ſujet de dire qu'il voyoit
bien que toutle monde attendoitl'éloge
de ce grand Prelat.
Ce fut un tableau dont il ne
fit qu'ébaucher les traits
marquant en peu de mots qu'il
n'y avoit perſonne qui ne fuſt
inſtruit de ſa profonde érudition
; de cette fervente pieté
qui luy faifoit donner tous ſes
foins à maintenir la ſaineDif.
cipline de l'Eglife,de ces grandes
& fublimes qualitez qui
luy faifoient meriter la confiance
du Roy ; mais le peu
qu'il dit fut ſi bien tourné,que
lors qu'il eut ajoûté que la modeſtie
de cet Illuſtre Prelat
l'obligeoit à ſupprimer quanGALANT
. 21
tité de choſes glorieuſes que la
force de la vérité auroit tirées
deſabouche, s'il n'euſt pas eſté
preſent , ce ne furent qu'applaudiſſemens
de toutes parts
qui luy donnerent le temps de
reprendre haleine. Il continua
avec une égale ſfatisfaction de
fon Auditoire;& lors qu'il eut
achevé , Monfieurl'Archevefque
donna la Benediction .
L'éloge de Sa Majesté ſe fit
enbeaucoup de lieux le jour
de la meſme Feſte . Il ne fut pas
oublié à Poitiers dans le Panegyrique
Latin de Saint Louis
queprononça cejour- là le Pere
Brillac, Iefuite. Tous les Corps
de la Ville y aſſiſterent.ce qu'ils
firent encore le lendemain à
une Tragedie qui fut repreſentée
dans le College des Iefuites
pour la diſtribution des
22 MERCURE
Prix . Monfieur Foucault ,Intendant
de laProvince, qui les
a fondez , rendra fon nom bien
cher à Poitiers , puis qu'outre
qu'on doità ſes ſoins & à fon
zelela Statuëdu Roy qu'on y
a fait élever, cette diſtribution
de Prix fera qu'on s'y ſouvien -
dra toûjours de l'amour qu'il
a pour les belles Lettres .
Ie ne vous dis rien de la
Tragedie , non plus que de
beaucoupd'autres qui ont eſté
repreſentées dans le meſme
temps en divers Colleges des
Peres Jeſuites . Tout ce qu'ils
font eſt remply d'eſprit ,& l'on
trouve toûjoursdequoy admirer
dans toutes les choſes qu'ils
inventent pour ces fortes de
Spectacles . Cependant quoy
queje me taiſe ſur cet article ,
l'intereſt que vous prenez à
GALANT.
23
cequi regarde la gloire du Roy
m'oblige à vous dire que la
Tragedie du College de Poitiers
dont je viens de vous parler,
fut meſlée d'un magnifique
Ballet , dont quatre Divinitez
firent l'ouverture. Mars , la
Paix , Themis , & la Religion ,
vinrent diſputer enſemble la
gloire d'avoir le plus contribué
à donner au Roy le ſurnom
deGrand, Mars entra precedé
dedeux Trompetes,& furieux
decequ'on oſoit luy conteſter
cet honneur. La Paix pretendit
avoir ſujet de l'en exclure,
puis que LoüIS LE GRAND
l'avoit banny de la France.
Themis& la Religion ſoûtinrent
leurs avantages , & fur
l'émulation que ce differend
produiſit entre eux , chacun
ayant publié les grandes chefes
24
MERCURE
que cet Auguſte Monarque
avoit faites en ſa faveur , enfin
pour le terminer on convint
dedonner la préference à celuy
qui réüfiroitle mieux dans
une Feſte qu'ils feroient à ſon
honneur. Ils en furent tous
d'accord, & cette agreable conteſtation
fit diviſerle Balet en
quatre parties; compoſées chacune
de cinq Entrées . Mars
parut dans la premiere , accompagné
de quatre Guerriers
qui portoient chacun un bouclier
ſur lequel eſtoit peinte
une Deviſe ſur les Conquestes
de LOUIS LE GRAND. Ils firent
la premiere Entrée de cette
partie. La ſeconde fut de Vulcain
, fuivy des Forgerons qui
avoient forgé les Bombes , les
Carcaffes , les Mortiers , & les
autres armes extraordinaires ,
par
GALANT.
25
parleſquelles le Roy s'eſt rendu
ſi redoutable. Aprés eux
parutNepune amenant quatre
Tritons , & cette troifiéme
Entrée rendoit témoignage des
Combats de Mer. La quatriéme
eſtoit compoſée de Peuples
vaincus, qui étoient contraints
deconfeffer qu'ils avoient contribué
malgré eux à la gloire
de cet incomparable Monarque.
Dans la derniere on vitla
Fortune , la Victoire , la Gloire
& la Renommée , qui publioient
à l'envy qu'il n'eſtoit
jamais plus Grand que durant
laGuerre.
Les cinq Entrées de la feconde
partie de ce Ballet furent.
I. La Paix conduiſant les Graces
, qui ſe vantoient d'avoir
trouvé le ſecretde faire triompher
LOUIS LE GRAND da
Sept. 1688 . B
26 MERCURE
(
د
coeur de ſes Sujets .comme
Marsl'avoit fait triompher des
Etrangers . II . Apollon amenant
la Mathematique, la Poëfie,
l'Histoire & la Philofophie,
qu'un regne auffi pacifique
que celuy du Roy fait fleurir
juſqu'à le diſputer à l'Antiquité
. III . Pallas accompagnée
de quatre Arts qu'on a perfectionnez
pendant la Paix ; la
Peinture, la Sculpture , la Mufique
,& les Exercices Militaires
IV . L'Opera , la Danſe , &
la Manufacture. V. Le Commerce,
Thetis repreſentant la
jonction des deux Mers , des
Rivieres tranſportées & changées
en Jets d'eau & en Caſcades
, & ces Jets d'eau conduits
par Neptune & par Protée , ce
qui exprimoit parfaitement
les merveilles d'un regne où la
Paix triomphe.
GALANT.
27
La troiſieme Partie regardoit
Themis.En voicy les cinq
Entrées. I. La luſtice revenant
du Ciel , précedée de quatre
Nymphes qui portoient les
marques de ſa dignité. II. La
Diſcorde, la Chicane, la Fraude
& l'Vfure vouloient maintenir
leur poſſeſſion , mais la
Iuſtice les releguoit aux Enfers.
III . L'Union , la Droiture,
la Bonne Foy , & la Confcience
venoient au ſecours de la
Justice , & la faiſoient triompher
ſous les aufpices de
LOUIS LE GRAND . IV . Des
Nations venoient avouer les
unes que la Juſtice du Roy les
avoit rétablies aux dépens de
ſes conquétes; les autres qu'el
les avoient ſenty ſa Justice,
quand elles n'avoient pas youlu
déferer à la raiſon. V. Des
&
B2
28 MERCURE
Sujets du Roy venoient publier
qu'ils ne vouloient point
d'autre Juge qu'un Prince qui
ſçait ſe condamner luy-même
en ſa propre caufe.
Dans la quatriéme partie I.
La Religion conduiſoit des
Sacrificateurs pour rétablir le
culte divin , & rendre le Roy
auſſi Grand dans le Ciel qu'il
l'eſt ſur la terre. II . LeDuel, le
Blaſphême , la Débauche , &
l'Atheiſme paroiſſoient ; la
Religion les chaſſoit honteuſement.
III . L'Hereſſe entroit
avec ſes Furies , & après une
foible reſiſtance , elle expiroit
à la veuë du Portrait du Roy
queluy preſentoit la Religion .
IV. la Science , la Force , la
Prudence & la Liberalité offroientd'effacer
les veſtigesde
l'Herefic. Des Nations EtranGALANT.
29
geres venoient avouer qu'elles
eſtoient obligées à Loüis le
Grand , qui malgré leur éloignement
les avoient éclairées
des lumieres de la Verité.
Aprés toutes ces Entrées. Il y
ent un Ballet General , où tous
les Monarques à qui l'on a donné
autrefois le furnom de
GRAND , venoient feliciter
Ie Roy , & reconnoiſſoient
qu'aucund'eux n'avoit porté ſi
juſtement ceglorieuxtitre.
Comme on a toujours eſté
per
perfuadé qu'il falloit joindre
la pratique à la Theorie , &
que l'âge ny les occafions ne
permettent pas à Monfieur le
Duc de Chartres d'aller faire
fon apprentiſſage dans les
Armées , il ne pouvoit recevoir
de plus utiles leçons qu'en
formant un fort , comme il a
B 3
30
MERCURE
fait depuis peu . Cela luy apprend
la maniere de fortifier
des Places, celle de les attaqucr
&de les defendre . Ce jeune
Prince étant né pour avoir le
commandement dans les Armées
, eſt fort à louer de ce
qu'il rapporte fos études à tout
ce qui regarde la guerre . Je
vous ay déja parlé de fes grandes
qualitez . Il a une vivacité
d'eſprit ſurprenante , il raiſonne
avectoute la folidité d'une
perfonne fort au deſſus de ſon
âge , & je vous puis donner
pourexemple du profit qu'il ti -
re de ſes lectures , qu'aprés
avoir len les Commentairesde
Cefar , il ſe plaiſt dans les heu -
res de ſon divertiſſement, à repreſenter
la diſpoſition de l'Armée
de cet Empereur, à conſtruire
le Pont qu'il décrit , &
GALANT. 31
à deſſiner ſans aucun Maiſtre .
Pour ce qui eſt des Mathematiques
, il doit étre ſurprenant
qu'il ait appris en un an l'Arithmetique,
la Geometrie, & les
Fortifications , non pas fuperficiellemét,
mais à fond,quoi que
ſes autres occupations ne luy
permettent pas de donner plus
de deux ou trois heures par
ſemaine. Vous ſçavez que le
Chaſteau de S. Cloud eſt ſur la
pente d'une Montagne , qui a
les agrémens du couvert , de
la veuë & deseaux . Monfieur
& Madame y vontpaſſer quelque
temps , pendant la belle
Saifon ,& Monfieur le Duc de
Chartres les y accompagne. Le
Fortdontj'ay commencé à vous
parler , fut conſtruit dans l'Iſle
de Saint Cloud , qui eſt agreable
à cauſe de la Riviere , des
Allées qui l'environnent , &
B 4
32
MERCURE
de l'ombre que la Montagne
lay procure dans le temps de
la recreation de ce jeune Prince.
Monfieur de la Berthiere ,
ſon Sous -Gouverneur , recent
l'ordre de Monfieur pour faire
élever ce Fort , & Monfieur
Sauveur , ſon Maiſtre de Mathematique
, en donnales defſeins
, qu'il fit executer à Mr
le Duc de Chartres , d'abord
fur le papier , & enſuite ſur
le terrein . On eut en cela deux
choſes en veuë ; l'une , de luy
montrer les parties d'un Fort
dans les proportions ordinaires
,& l'autre , de le conſtruire
d'une maniere à pouvoir foutenir
l'attaque que l'on avoit
refolu de faire. C'eſt pourquoy
l'on fit un pentagone,dont deux
tenailles gardoient les proportions
de celles des Places ordinaires
, en reduiſant la toiſe
GALANT.
33
1
- audemy- pied ; & les trois autres
tenailles n'avoient qu'un
- fimple parapet aſſez élevé pour
couvrir les afſiegez juſqu'aux:
épaules. Monfieur le Duc de
Chartres traça la Place avec
une prefence d'eſprit qui furpritceux
qui ſçavoient qu'il
n'en avoit jamais veu faire
que furle papier.. Il traça les
foffez,les orillons , les tenail
les dans, le foſſe , la demy--
lune ſimple , la demy- lune te
nailleé , l'ouvrage à corness
avec leurs foffez & leurs cona
trefcarpes . Il en regla les profils.
Monfieur Sauveur cut lan
conduite de cette Place , &ena
fon abfence,Monfieur de Villeferme
,qui s'eſt attaché au jeu
ne Prince , & dont le Pere eſtr
un des Exempts , fit executer
cetOuvrage avec une affiduis
B
34 MERCURE
té & une adreſſe extraordinaire
, & il en leva le plan. Comme
cette attaque n'eſtoit que
pour l'inſtruction de S. A. R..
on ne voulut repreſenter pour
cette premiere fois que les
principales actions d'un Siege,
où ce Princepouvoit avoir part
en ſa perſonne , & on negligea
les autres choſes, qui,quoy
qu'effentielles dans un veritable
Siege , n'eſtant pas fi mar
quées , auroient trop partagé
fonattention , & auroient demandé
non ſeulement plus de
temps qu'on n'avoit deſſein
d'en mettre , mais encore plus
de monde , & un plus grand
lieu. On choiſit le 6. 7.d'Aouſt
pour l'attaque ,& elle fut commencée
ſur les fix heures du
foir , afin que l'ombre de la:
montagne diminuaſt la cha
GALANT..
35
D
Di
ود
leur,& pour ménager letemps,
on prépara le matin les épaulemens
, les batteries,& meſme
les tranchées qu'on remplit
ſeulement de faſcines. Le preemier
de ces deux jours , on
garnit la Place d'Infanterie &
de Cavalerie pour en foutenir
le Siege . Monfieur Boulau
Ecuyer de Monfieur , qui a
eſté Capitaine dans le Regiment
d'Anjou , eſtoit le Gouverneur
Monfieur de Villefer
me fut l'Ingenieur , & cut la
conduite de l'Artillerie. Mon--
fieur le Duc de Chartres avoitt
pour Lieutenans Generaux ,
| Monfieur de la Berthiere qui
a fervy longtemps dans les
Armées , & Monfieurde Rof
taing, ancien Officier,& Majon
dans le Regiment de Bourbon
B6
36 MERCURE
nois. Son Ingenieur general fut
Monfieur Sauveur , qui a merité
l'honneur d'eſtre ſon Maiftre
de Mathematiques , aprés
s'eſtre attiré l'eſtime des Miniftres
&de feu Monfieur le Prince
; il les avoit montrées à feu,
Monfieur le Comte de Vermandois
, & enſuite à Monfieur le
Duc. Il avoit ſous luy Monfieur
Treſaguet , qui,quoy que fort
jeune , montre auſſi les Mathematiques
avec beaucoup de .
reputation . Les Troupes ordonnées
pour l'attaque du Fort .
s'eſtant trouvées ſur les cing :
heures du ſoir dans les Jardins.
qui en eſtoient proches, Mon,
ſieur le Duc de Chartres ſe mit
à la teſte de la Cavalerie qui
n'eſtoit compoſée que desGardes
deMonfieur.Il donna ordre
àl'infanterie de le ſuivre . Des.
GALANT.
37
-

Soldats du Regiment de Bourbonnois
la compofoient. Il paſſa
le Pont , & alla les poſter au
bout de l'Ifle du coſté de S.
Cloud , derriere un rideau qui
les mettoit à couvert du Fort.
Enſuite ce Prince , precedé de
quatre Gardes l'épée à la main,
& accompagné de ſes Lieutenans
generaux , de ſon Ingenieur
general , & de quelques
autres,alla reconnoiſtre le Fort
pour ſe déterminer à l'endroit
par lequel il ſeroit plus à propos
qu'il en ordonnaſt l'atta
que. La Garniſon qui avoit
eſté fort tranquille juſque là,,
commença à tirer , & à faire
un fort grand feu . S.A.R. tint
conſeil à fon retour ,& il fute
arreſté qu'on attaqueroit le
Fort par le front qui eſt du
caſté de S.Cloud.On fit appor..
38
MERCURE
ter des fafcines , & l'on fit faire
quantité de gabions . Enfin
lors qu'on eut donné tous les
ordres neceſſaires , on com--
mença à élever quatre pieces
deCanon fur le rideau , & un
épaulement ſur la droite dans.
le vallon . Ce fut entreces deux
Ouvrages que l'on ouvrit la
Tranchée , & on l'avoit déja
pouffée affez loin , lors que
ceux de la garniſon ayant fait
une fortie , renverſerent les
Travailleurs fur les Soldats qui
les foutenoient , & poufferent
les Affiegeans aſſez avant , mais
la Garde de la Cavalerie qui
eſtoit à la teſte de la Tranchée ,
s'avança au grand trop, & repouffa
les Aſſiegez jufque fur
la Contreſcarpe . Ils ſe retirerenten
affés bon ordre , & alors ,
it y cut un fort grand feu de
GALANT..
39
la Place& des dehors , tant du
Canon que de la Mouſqueterie.
La meſme choſe fut faite
du coſté des Afſiegeans . On reparala
tranchée que les Soldats
de la Garniſon avoient comblée
à moitié , & l'on pouffa
deux rameaux , l'un vers la
droite, dont Monfieur Sauveur
prit la conduite , &l'autre à la
gauche , dont Monfieur Trefaguet
fut chargé. Lors qu'ils.
furent pouſſez affez avant,Mofieur
le Duc de Chartres don .
na ordre qu'on fiſt les détache.
mens pour attaquer la contrefcarpe
par les deux endroits , &
le Lieutenant General de Garde
, fuivy de l'Ingenieur , de
tous les Volontaires ,& des Soldats
commandez , aprés avoir
fait faire un grand feu de la
tranchée , & jetter quantité
40 MERCURE.
وو
fitde
Grenades , s'attacha à faire:
faire le logementde la contreſcarpe.
Pour cela chacun porta
une fafcine,& l'Ingenieur eſtat
foûtenu d'un détachement
qu'on luy avoit donné
achever par les Travailleurs ..
Meſſieurs les Princes de Hanover
& d'Epinoy , Meſſieurs
de Bethune ,& pluſieurs autres.
Seigneurs eſtoiente du
nombre des Volontaires . Dans
ce temps là , le Commandant
du Fort ſe voyant preſſé , fit
battre la chamade , & dire à S.
A. R. que ſi dans vingt quatre
heures il ne recevoit point de
fecours , il feroit la Capitulation
pour luy remettre laPlace...
Il demanda une tréve , pendant
laquelle tous actes d'hoftilite
ceſſeroient de part &. d'autre ,
&l'on donna des offages pour:
cela
GALANT.
44
Le lendemain Monfieur le
Duc de Chartres ayant eu
avis qu'il arrivoit du ſecours
pourla Ville, envoya un Corps
de Cavalerie avec ordre de le
comper ; mais le Gouverneur
s'eſtant apperceu de ce mouvement
, fit avancer ſa Cavalerie
qui s'oppoſa à la premiere,
& à la faveur de laquelle le
fecours entra. Elle ſe retira
enfuite ſous le Canon de la
Place , qui faiſant feu furla
Cavalerie des Affiegeans l'obligea
de ſe retirer. Pendant
qu'on eſtoit auxmains de part-
&d'autre , Monfieur le Duc de
Chartres ne put moderer l'ardeur
de ſon courage. Il fe laiſſa
emporter àſon propre mouvement
,& ayant mis l'épée àla
main,il pouſſa ſon cheval pour
aller combattre à la teſte des
42
MERCURE
fiens;mais Monfieur de la Berthiere
qui ne lequittoit point,
luy fit remarquer qu'il n'eſtoit
pas du devoir d'un General de
ſe mettre à la teſte d'un Détachement.
Le ſecours eftant
entré dans la Ville , la tréve
ceffa , & alors on dreſſa deux
Batteries , l'une vers la droite
pourbattre la face de la demy-
June , & l'autre vers la gauche
pour battre la face du baſtion
qui défendoit celle de la demy.
June.On perfectionnales logemens
de la contreſcarpe qu'on
joignit aux deux rameaux par
deux lignes de communication.
On fit enſuite trois demyſapes
dans la contreſcarpe de
la demy - lune , par leſquelles
on entra dansle chemin couvert.
On s'en rendit maiſtre
l'épée à la main , & l'on s'y
GALANT. 43
=
logea. La defcentedu foſſé fut
faite à la faveur du Canon ,
de la moufqueterie & des Grenades
, & l'on tâcha de prendre
la demy lune , mais ies
Affiegez qui s'eſtoient retranchez
vers la gorge de cette
demy lune , fortirent fur les
Affiegeans , & les obligerent
de ſe retirer dans le foflé de la
meſme demy-lune où ils fe retrancherent.
Cette tentative
n'ayant pas eu de fuccés , on
fut obligé de prendre le party
d'attacher le Mineur , mais un
orage eſtant ſurvenu dans ce
temps là , Monfieur fit ceffer
le reſte du Siege. Le jour ſuivant
8.d'Aouſt, S. A.R. fit joüet
la Mine qui eut l'effet qu'on
en avoit attendu . Elle renverſa
la terre dans le foſſe; & fit
une ouverture du tiers de la
44 MERCURE
face delademy- lune.10 .Monfieur
le Duc de Chartres rendit
compte au Roy de l'attaque
de ce Fort , & il le fit avec tant
de preſence d'eſprit , que Sa
Majesté conceut de grandes
efperances de ce jeune Prince,
& en fit paroiſtre beaucoup de
joye. A
Ievous envoye un Epithalame
dont vous aimerez le ſtile .
latout ce qu'on peut ſouhaiter
dans un ouvrage de cette
nature.. le ne puis vous dire
pour qui il a eſté fait .. Tout ce
que marque le Memoire qu'on
m'en donne , c'eſt que l'Auteur
atres-bien rencontré dans les
Portraits des Intereſſez , que
l'Aſtre qui paroiſt àlafineſt un
des premiers & des plus celebres
Conſeillers d'Etat , & que
Licidas & Amarante en rele
GALANT.
45
vent , l'un en qualité de Juge,
& l'autre en qualité de Vaſſale.
১১
EPITHALAME .
Tout auſſi- toft que le monde fut

....
D'un peu bien loin je tire mon
exorde,
Lecteurimpatient,vous eſtes étonné,
Point de chagrin,dans un moment
j'aborde.
Auffi- toft donc que le mondefutné,
Depar l' Amourun ordre fut donné
Dans l'air,fur laterre,fur l'onde,
Enfindans tous les coins & les recoinsdu
monde ,
Quetous Coeurs prefens, à venir,
Euſſent àse ranger ſous fon obeis-
Jance ,
D'éternellesfroideurs menaçant de
punir
46 MERCURE
Tous ceux qui par fierté , mépris on
negligence
Oferosenty contrevenir.
Les autres Dieux s'en offenſerent,
Contre l'Amour ils cabalerent.
Mars, Minerve, Bacchus , chacun
fitfonparty ,
Mais enfin eux - mesmes cederent,
Tous en eurent_le démenty.
Voilàl'Amour declaré Maistre
De tous lescoeurs de l'Univers .
En uray Tyran il sefait reconoistre,
On n'entend plus parler que defeux.
que defers.
Les Coeurs en prennent l'épouvante ,
Il n'en est pas un qui ne tente
Deſe ſouſtraire aux rigueurs de fes
Loix ,
Mais leur effort est inutile ,
Illescherche par tout , il court de
Ville en Ville ,
Envain s'enfuit - on dans les bois .
C'est là queson pouvoir éclate davantage
,
GALANT.
47
Mainte Bergere au coeurſauvage
Là dépouillantſa cruauté ,
Ecoute fon Berger à la commodité
Et du gazon & de l'ombrage.
Conclufion ; l'Amour , hetas !
Surtous les Coeurs établitſon empire
,
Nul depuis ne s'en put dédire.
Si quelqu'un avoit deu ne s'y foumettre
pas.
C'estoit lecoeurde Licidas.
Licidas ; on leſçait,désfa plus tendre
enfance
Contre l'Amour mit fon coeur en
defense,
Et voulant ne levoirfoumis
Qu'auxdivines Loix de Themis,
Son coeurà toute autre rebelle
A la feule Themis parut toujours fi
delle.
,
Auſſi toſt qu'il entendſa voix ,
Atoute autre ilferme l'oreille.
En vain dans nos Maiſons , dans
nos champs , dans nos bois
48 MERCVRE
L'affreuse Discorde reveille
De chimeriques droits ,
Licidas prend la balance & le poids,
Ilpeſe tout d'une main équitable.
L'intereft vainement veut pefer
quelquefois ;
Point d'interest , pas pour un
Diable ,
Ilſçait trop cequ'ila promis
AThemis.
Cependant malgré sapromesse ,
L'Amour (Sauftous les droits de la
juste Déesse )
Pretend au coeur de Licidas.
Ilyfait quelque tentative ;
Mais le timide coeur s'esquive
Derriere Barthole & Cujas,
L'Amourle laiſſfe, ilne le preſſepas.
Quoy qu'il en ait juré la perte
Ilne veut pas le prendre à force
ouverte ;
Il s'écarte , ou du moins il en fait
lesemblant ,
1
Et
GALANT.
49
Et laiſſe en paix ce coeur tremblant
Dans quelque temps Licidas Se
raffeure ,
Et lors qu'ilse croit bien romis ,
Ilpartpour ceHameaupar ordrede
Themis.
Il tientfa libertè bienfoure,
Ilpart , l'Amouren a le vent.
Ilprend auffi- toft le devant
Etvient tout droit chez Amarante
Amarante , autre indiffereme.
Elle est l'honneur de ceHameau ,
Son fang en est le plus pur ,te plus
beau ,
De nos beautez elle est la plus cham
mante ;
Mais fon coeur tout entier auxfoins
defon Troupeau ,
N'avoit pas de l'Amour receu la
moindre atteinte .
Nos Bergersfans l'aimer n'ont jamais
pu la voir ,
Ils l'aimoient tous , & l'aimoient
Sans eſpoir,
Septembre 1688 . C
50
MERCURE
S'ilssoupiroient ce n'estoit qu'avec
crainte;
Mais attendez
beau jeu.
vous allez voir
د
L'Amour ( je l'ay dit depuis peu ).
Devance Licidas & vient tout droit
chezelle .
Adroitement s'introduit dans son
coeur ,
En chaſſe toute la froideur ,
Il ſubſtitue une flamme nouvelles
Il s'en afſeure enfin, &paſſe dans
Sesyeux ,
Commodement s'y met en sentinelle
Licidas cependant arrive dans ces
lieux ,
Ilparoist devant noſtre Belle ;
Laiſſe échaper un regard curieux
L'Amournedemande pas mieux
De ce regard ilſuit la trace ,
Il entreà la ſourdine au coeur de
Licidas , (glace;
Dans un moment en fond toute la
GALAN T.
51
Regards reiterez, Soupirs , tendres
helas,
Des deux coſtez ne manquent pas.
Quoyfi-tost ! la raison.... vous me
la donnez bonne ,
Vrayment , c'est bien là qu'onrai-
Sonne .
Lors que l' Amour affiege un coeur,
Ouy lors qu'ill'affiege enperſonne
Le plutost qu'ilse rend, c'est ma foy
lemeilleur.
Tout franc, l'Amour est un terrible
Sire.
De nos deux coeurs de marbre ilfait
deux coeurs de cire,
Les fait brûler d'une fi vive ardeur
,
Que l'on alloit voir fondre & l'un
& l'autre coeur,
Sans lefecours de l'Himenée ,
Qui nepouvantfouffrir que Coeurs
brûlent en vain ,
Voulut de ces deux coeurs unir la
destinée
C 2
52 MERCURE
L'amour approuve ce deſſein ,
Il consent qu' Hymen les uriff .
Que dis-je il y consent je bien
Qu'il veut luj -mesme en server le
lien.
Il jeure , & veut que tout periſſe
Plutoſt que ces chaſtes Amours.
L'Amour ne dis pas vray toujours ;
Maisdans le cas,verité toute pure.
L'ay trouvé dans un examen
Que l'Amour n'estjamais parjure
Quand il s'accorde avec l'Hymen .
Ils font d'accord, je viens de vous
1
ledire. [heureux
Vit - on jamais deux Amans plus
L'Amour , l'Hymen , tout conspire
poureux.
Ouy pourvous. Amans tout confpire.
Vn Aftre chery du Soleil
Pouravoir beaucoup de lumiere ,
Qu'il appelle dans son confeil
Lors qu'il commence ſa carriere ;
Vn Astre, dis- je , qui fur nous
GALANT.
53
Preſide avec pleine puiſſance ,
Quiloin de nos Hameaux détournant
l'inclemence
Du Ciel quelquefois en souroux,
Fait de nostre Climat ,le Climat le
plus doux,
Verſeſur vos Amours une heureuse
: influence ,
Vivez , vivez , heureux Amans
Vivez, que par des noeudsfi forts
&ftcharmans,
L'Amour dans tous les coeurs con
firmesa puiffance.
Profitez deſes doux momens ,
Faites voir qu'il n'est passi tyran
qu'on le pense ,
Et que leplus leger deses plaifirs
balance
Leplusinde deſes tourmens.
Meſſire Iean de Heiff, Seigneur
de Kogenheim , RefidentenlaCourde
France pour
C 3
54
MERCURE
Monfieur l'electeur Palatin ,
eſt mort icy depuis peu de
temps. Il a fait un Traité de
l'Empire , où il remarque avec
beaucoup d'exactitude toutes
les ceremonies qui ſe font à
P'Election d'un Empereur , &
tous les droits des Electeurs &
des Princes d'Allemagne.
J'oubliay le mois paffé à
vous parler de la mort de Meffire
Pierre le Févre , Seigneur
de la Faluere , arrivée à Tours
le 29. de Juillet. Il eſtoit Chanoine
de l'Egliſe de S. Martin
de la meſme Ville depuis prés
de trente ans , & Confeiller
honoraire au Grand Confeil ,
où pendant vingt ans il s'eſtoit
attiré l'eſtime de tout ce Corps,
& la confiance des Parties par
ſa grande penetration jointe
àune grande integrité. Aufſi
GALANT.
55
fut- il extremement regretéde
route cette auguſte Compas
gnie , qu'il ne quitta que pour
confacrer le reſte de ſa vieà
la priere auprés du tombeau de
S. Martin , fi renommé autrefois
qu'on y venoit en foule de
route la terre. LeRoy ,que ſa
pieté y conduiſit en 1650. y
futreceu,& prit la place d'Abbé
&de Chanoine, à l'exemple de
fes Prédeceſſeurs . Ce Prince
eſtant Majeur y retourna en
1652. & préta le ferment accoûtumé
en cette qualité. Ce
que l'on publie de beaucoup
de Saints qui ont finy leurs
jours dans le meſme endroit ,
peut facilement inſpirer un def.
ſein ſemblable à Monfieur l'Abbé
de la Faluere. Jamais on ne
vit ane reſidence plus accomplie
que celle qu'il y a faite.
C4
-56
MERCURE
Il a donné à ſa mort des marques
duzele qu'il avoit pour
un ſi ſaint lieu , en laiſſant dequoy
embellir les Autels qui
font autour du tombeau de S.
Martin. Tout le monde le regrete
à Tours. Les Familles
trouvoient en luy l'Arbitre de
leurs differends , les Pauvres
un Pere,les Maiſons Religieuſes
un Protecteur , l'Egliſe de S.
Martin unfidelle Miniſtre &
un rare exemple de vertu. Il
eſtoitauſſi Prevoſt de Miley , &
Frere aifné de Meſſire René
le Fevre de la Faluere , Prefident
en la quatriéme Chambre
des Enquestes du Parlement
de Paris , & aujourd'huy
premier Preſidentau Parlement
de Bretagne , & Monfieur de
la Faluere, Doyen des Conſeillers
dece meſme Parlement .La
GALAN T.
57
Famille de la Faluere porte de
gueule à trois bandes d'or. Elle a
donné pluſieurs Conſeillers aux
Parlemens de Paris & de Bretagne.
Meſſire Henry de Refuge eſt
mort auſſi dés le mois paffé. Il
avoit eſté receu Conſeiller au
Parlement de Paris le 17. Iuillet
1624. & eſtoit Conſeiller
honoraire en la Grand Chambre.
Vous pouvez parlà juger
de fon âge. Il poſſedoit les Abbayes
de Morigny & de S. Ci--
bar d'Angouleſme. L'ancienne
Famille de Refuge , originaire
de Bretagne , dans l'Eveſché de
Leon,porte d'argent à deux facess
de gueules à deux Givres de Sinople
posez en pal , afrontez& bro
chantssurle tout. Alain de Re
fuge, Sieur de Menehez,épou--
fa Thiephaine du Chaſtel
Goo
58 MERCVRE
Soeur du grand Tanneguy du
Chaſtel , dont vint Gauvain de
Refuge,qui fit ſon teſtamenten
1388. Son Fils lean de Refuge
futGouverneur d'Aften Piedmont
, & Chancelier du Duc
d'Orleans.Raoul de Refuge fut
Echanfon & Maiſtre d'Hoſtel
du Roy Loüis XII . Pierre de
Refuge fut Chanoine en l'Egliſe
de Paris , & Preſident aux
Enquestes du Parlement ſous
François I. Monfieur le Marquis
de Refuge , fort intelligent
en la connoiffance delHiſtoire
, eſt de cette Famille,qui
adonné pluſieurs perſonnes
confiderables dans l'Epée &
dans la Robe , & qui eſt alliéc
aux Allegrain d'Elbene , Pre.
voſt de S. Cyr , Choart de Buzenval
, Believre, Hennequin ,
Grangier de Liverdis , Berziau,
&autres.
GALANT.
19 .
l'ay encore à vous parler de
la mort deDame Marie de Harlus
de Vertily , Dame d'Orme,
Femme de Meſſire Loüis de
Picot, Vicomte de Dampierre,
morte le 9. du derniermois en
fon Chaſteau d'Orme . Elle avoit:
des qualitez tres - confiderables,
le coeur bien fait , & une gran
deur d'ame qui a éclaté en plufieurs
rencontres avec beaucoup
de gloire pourelle , felon
les differentes fituations où
Monfieur de Dampierre fon
Mary s'eſt veu en France , en
Allemagne , en Hongrie , & à
Conſtantinople. Elle estoit de
l'ancienne Famille de Harlus
en Valois , qui porte d'azur à
trois Aigles volans d'or, deux &
un. Les Barons de Givroye font
de la meſme Famille. Feu Mon.
ſieurde Vertilly fon Pere, laiffa
60 MERCURE
huit Filles , remarquables toutes
par leur beauté. Madame
deDampierre n'avoitque trente-
haitans quand elle eſt.morte
. Les autres font Madame de
Fonvannes , & Madame d'Yverny.
Ce font les ſeules qui
foient reſtées dans le monde .
Elles ont pour Freres Monfieur
le Comte de Harlus , Meſtre
de Camp de Cavalerie , Monfieur
le Chevalier de Harlus de
Vertilly , Major du Regiment
du Roy , &Monfieur l'Abbé de
Harlus , Chanoinede Verdun .
Cette Famille , quia poffedé
autrefois la Sirerie de Cramailles
premiere Baronnie de
Valois , s'allia ſous le regne de
Loüis XI . avec l'ancienne Famille
des le Pere en Valois
د
Seigneurs de la Grand'Maiſon,
Cramailles , S. Marc , Leau , &
GALANT. 61
autres lieux , dont font venus.
les Averdet de la Chaize , &
Chippard , Seigneurs de la
Grand'Maiſon , & Vicomtes
de Cramailles en Valois. Elle
eft encore alliée à celles d'Aunay
, d Argillieres , de Bourg
&deMeniſſon Sainte- Maure
Quant à la Maiſon de Pis
cot , Vicomtes de Dampierre
, elle porte d'or au Chevron
d'azur , accompagné de trois fal
lots de mesme , allumez de gueulesau
chefde gueules, Loüis Picot,
Vicomte de Ronnay , Baron de
Dampierre & de Sompuis en
Champagne , fut receu Confeiller
au Parlement de Parisen
1497. & depuis il fut premier
Preſident en la Cour des Aides..
Il mourut en 1540. aprésavoir
épousé Catherine Picart , de
l'ancienne Famille des le Pi622
MERCURE
cart à Paris , de labranche de la
Grange Nevelon . C'eſt d'eux
que defcendent les Picot , Seigneurs
d'Amboiſe , Santeny ,
Dampierre Azonville , & S.
Leger. lean Picot eſtoit Prefidentaux
Enqueſtes du Parle--
mentde Paris , & mourut en
1563. Les le Picot font alliez
aux Bourdin , de Marle , de
Larche,de Chaumont,de Dauray
, Baillot , quinot, & autres ..
Il eſt arrivé depuis peu de
Surate ,Coſtede Coromandel,,
Bengale , & Siam , pluſieurs,
Vaiſſeaux pour la Compagnie
des Indes Orientales de France.
J'ay accoutumé de vous en
envoyer la Cargaifon depuis
quelques années. Voicy celle
des Vaiſſeaux dont je viens de
vous parler. Mefſicurs les Dis
recteurs de laCompagnie ven--
GALANT. 63
dront toutes ces Marchandises.
dans la Ville de Roüen , le 19..
Octobre prochain. Les Magazins
feront ouverts ,& les Marchandiſes
expoſées aux Marchands
, depuis le 14. du mefme
mois d'Octobre juſques au
19. incluſivement.
SÇAVOIR ,
32600 livres de Poivre.
21250 liv. deCauris .
11350 liv . deCaffé ...
80000 liv. Bois de Sapan..
100 liv . Bois de Chine.
6500. liv. d'Indigo .
1500 liv. de Boras en pierre..
1460 liv. Gomme-gutte.
100 liv . Cheron.
120 liv. de Benjoin.
500 liv . The de Chine.
6500liv. Dents d'Elephans,
en 271.pieces.
42 Barces deCamphre.
64 MERCVRE
480 Onces de Muſe du
Tunquin ..
2400 Peaux de Rets...
*1700 livres de Soye eſcruë..
rooon liv.de Soyede Bengalle...
6000liv. de Soye de Chine.
1000 Pieces Armoſins diver--
ſes couleurs ....
1000 Ps dits à carreaux .
116 Ps Satins blancs de
Chine.
900 Ps Satins Bottonis.
290 Ps Satins Calquers .
290 Ps Taffetas Calquers..
97 Ps Attelas rayez ,
89 Psditto à fleurs d'or...
120 Ps Quinkas .
160 Ps Chaquelas .
600 Ps Soucis.
150 Ps Guingans..
1400 Ps Nillaës .
85 Couvertures de Satin
picquées.
GALANT. 65
270 Ps Toilles picquées de
Soye.
1000 PS Mouchoirs
Soye.
de
24200 Ps Doutys blancs divers
320 Ps Baffetas blancs étroits.
30500 Ps Salempouris blancs
2700 Ps Guinées blanches.
400 PS Betilles Chavonis.
2000 Ps Betilles tarnatanes ..
2000 PS ditto de 16.aunes .
960 ps ditto de 20.aunes.
I1383Ps Mallemolle.
600 Ps Caffes Bengalle ...
600 ps Doria .
280 ps Tangers.
800 PS Amans .
1400PS Sanas .
400 PS dittes de Montepour.
1000 PS percalles.
66 MERCURE
1200 PS Mauris .
8900 PS Coutelines diverſes ..
porcelaines diverſes ..
1. Cabinetde la Chine .
Differentes étoffes & autres Marchandises
de la Chine,dont l'onn'a
point encore lesfactures..
le vous envoye auſſi un
eftat de ce qui eſt arrivé en
Hollande ſur onze Vaiſſeaux.
de cette Republique. Cela
vous paroiſtra beaucoup ,mais
c'eſt peu pour un Etat dont
toute la richeſſe eſt dans le
Commerce. Le retour de la Flote
Hollandoiſe a ſouvent valu
douze millions de livres à l'Etat
, mais le Commerce y diminuë
tous les jours , & les Mar.
chandifes apportées par ces
derniers Vaiffeaux ne montent
a guere plus de trois millions
de livres ..
GALANT .. 67
CARGA GENERALE
de onze Navires de retour des
Indes Orientales , partis de Batavia
le 1. Decembre 1687. &
-
quelques autres de Ceylan le 22.
Janvier 1688 .
3772096 livres poivre brun
300000 liv. Cloux de Giroffle...
258000 liv . NoixMuscades..
92477 liv . Macis.
512000 liv. Canelle.
2216800 liv. Salpestre.
13350 liv . Noix confites.
138105 liv . Eftain de Siam..
1149 13 liv. Indigo Lauro .
308375 liv . Bois de Sapan de
Siam .
282600 liv. Bois de Sappan
de Bimacs .
32000liv. Bois d'Ebeine .
145814 Bois de Caleatours.
22384 liv . de Cartamom.
102982 liv. de Cauris.
68 MER CURE
691 liv. Cocque huile de
Canelle..
15498 liv. Aloës..
2001 liv. Cire à cacheter..
737 liv. Benjuyn .
4785 liv . Borax .
192 liv .Onces Ambre gris
134 liv.. Catti muſc de
Tonquin.
5 liv. Perles à piler.
sliv.Semences de perles..
25300 liv . Sucre en poudre.
67733 liv . Catti , Soye de
Chine.
33315 liv. Soye de Bengale..
7587 liv. Fil de Floret .
20210 liv. Fil de cotton...

7898 ps . Armoſins .
148 ps Etoffe de Soye de
differentes couleurs .
770 ps Pelins blancs de la
Chine figurez ..
2354ps Pelins à fleur de Ton.
quin...
GALANT. 69
1
4111 ps . Dito unies .
400 ps. Gilams blanc
grands.
grands .
300 ps.Dito commune fort
18co Dito petits .
2151 ps. Panſies blanc de la
Chine.
1119 ps . Dito blanc petits.
133 ps . Mangatys figurez .
3000 pѕ. Носкies de Tonquin.
900 ps . Siourons .
23
1
2 ps . Habits & étoffes
d'or de Surate pour
montre .
2000 ps . Lymenias.
2000 ps. Golgas.
1400 ps . Taffa de Foula .
1030 ps . Chits de patena .
13620 ps . Chits peints de
diverſes fortes .
85020 ps. Toiles de Guinée.
70
MERCVRE
40800 ps . Salampouris de
diverſes ſortes .
7840 ps Parcallen .
1400 ps Mouris blanche.
800 ps Dito roge.
100 ps Hamans .
100 ps Samen.
Ioo ps . Otiſaels .
1927 ps . Alibanées .
137 ps . Alegias de Bengale.
367 ps . Maberte Banys
Bengale.
5840 ps. Bafras de diverſes
Sortes.
960 ps Cambayen .
980 ps Cambaye on Iupes
deFemme.
755 ps Robes de nuit &
Cambaye .
1100 ps . Gattas ,
3440 ps . Caetchies larges .
3280 ps . Caetchies de
Pieremoenemolan .
GALANT.
71
14Ko ps . Dongays .
880 ps. Ikendan Doeperys
1750ps Mouchoirs de diverſes
fortes .
15200 ps . Corroots .
8080 ps . Bherms-
10040 ps . Niquanias.
6000 ps . Siadder Borael.
2400 ps . Тареkankenias.
1600 ps. Kannekyns .
$600 ps . Toile à Voile de
diverſes ſortes .
7100 ps. Habits d'Eſclaves.
600 ps . Fotas de Bengale.
Notta 1. Catty eſt liv.
5
Il y a des gens qui imaginent
agreablement , & qui ont un
talent particulier à peindre
les choſes dont ils entreprennent
de nous donner des idées .
C'eſt ce qu'a fait fort heureu72
MERCVRE
ſement l'Auteur du Dialogue
que vous allez lire .
VOYAGE SUR LA MER
d'Amour .
DIALOGUE.
DAMETAS .
AH : mon cher Coryden, vous voilà enfin de retour
; voſtre longue abfence
nous a fait beaucoup fouffrir .
Nous craignions de ne vous
revoir jamais . Venez que je
vous embraffe .
ALEXIS .
En verité vous n'aimez
د
guere vos Amis, puis que vous
avez pû les abandonner auſſi
longtemps que vous avez fait,
CORT
GALANT .
73
CORYDON .
Ne croyez pas que je vous
aye oubliez un ſeul moment.
Vous eftes ceux de mes Amis
quej'aime le plus. l'ay regreté
mille fois le temps qui me privoit
de vos agreables entretiens
;mais j'eſtois embarqué
furla Merd'Amour,où les tem
peſtes & les orages m'ont ſi fort
tourmenté , que ſans les ſoins
officieux du Deſabuſement ,je
croyque je n'en ſerois jamais
forty. DAMETAS .
Il y a toujours des ames genereuſes
qui noustirentdesmauvais
pas où la jeuneſſe nous a
pouſſez ; mais,mon cher Corydon
, qui ne s'intereſſeroit pas
àvous ſervir?Vous eſtes le Fils
de celuy qui gouverne nosHameaux
; la reputation s'eſt répanduë
juſques aux rivages
Sept. 1688 . D
74
MERCURE
de laMer d'Amour , & comme
vous eſtes ſon image , que vous
avez ſes vertus ,ſes talens & ſes
bonnes qualitez , je m'étonne
que le ſeul Deſabuſement ſe
ſoit empreſſé à vous ſecourir .
CORYDON.
C'eſt à luy , Dametas , que
j'ay la principale obligation de
mon falut ; mais à la verité
quelques autres y ont contribué
, & je puis dire que l'Inégalité
d'humeur ( car il y'a'encorel'inégalité
de condition )
ayant ſollicité l'indifference ,
& celle- cy le Depit , enfin la
Raiſon eſtant ſurvenuë , elles
ont toutes contribué à me donner
pour Protecteur le Deſabuſement
, à la faveur duquel
je me ſuis mis dans l'Efquifde
P'Abſence , & montantle long
du fleuve de l'Oubly , je me
GALANT.
75
5
fuis enfin trouvé au Port de
= l'entiere Liberté .
ALEXIS.
Ce que vous nous dites ,
Corydon , demande un plus
ample éclairciſſement , & vous
nous ferez un plaifir extrême ,
ſi vous voulez prendre la peine
de nous le donner .
CORYDON .
Pourrois - je refuſer à mes
Amis la choſe meſme la plus
difficile ? Mais pour fatisfaire
vos deſirs , il faut vous dire
ce que c'eſt que la Mer d'Amour
, comment on s'y embarque
, les perils qu'on y rencontre
, & les offices que le Deſabuſement
m'a rendus pour
m'en faire fortir. Lors qu'on
s'approche des rivages de cette
Mer , les objets des choſes
inanimées ; auffi bien que les
D 4
76 MERCURE
Graces , vous invitent à vous
y embarquer. L'eau paroift
belle , & transparente, les Zephirs
y font reſpirer un air
doux ,& la tranquillité ſemble
y devoir regner éternellement.
Les Tritons, les Nereides , les
Nymphes , & mille petits Amours
viennenten foule vous
faire un accuëil honneſte qui
vous engage inſenſiblement à
laNavigation .J'eſtois ily atrois
ans le Garde fidelle des troupeaux
de Palemon , mon Pere.
La paſſion que javois deles rendre
gras , me portoit quelquefois
à les conduire dans des paſturages
éloignez , d'où je ne
revenois qu'aprés une longue
abſence. Les Bergers qui m'accompagnoient
, alloient prendre
de temps en temps les proviſions
dont j'avois beſoin , &
GALANT.. 17
en luy portant des nouvelles
dema ſanté ilsiinſtruiſoientde
mes foins à élever ſes Troupeaux.
Unjour que j'avois pris
la routed'une montagne couverte
de grands arbres toufus
& verdoyans , fur laquelle je
n'avoisjamais eſté, j'apperceus
un Loup qui emportoit une
Brebis du coſté de la Plaine où
- j'eſtois. Vn Berger grand &
bien fait le pourfuivoit avec
ſes chiens , & s'intereſſoit à la
ravoir ; je courus au Loup , & je
fus affez heureux pour ne luy
pas laiſſer enlever ſa proye . Je
luy tiray une fléche qui luy
eſtant entrée dans le coeur ,
fit tomber mort. Le Berger à
qui j'avois rendu ce bon office
m'en remercia avec des tranfports
qui me firent voir que
je l'avois extremément obligé.
le
۱
D
3
78 MERCVRE
'Il me dit que la Brebis appartenoit
à la Nymphe de l'Engagement
, qu'il eſtoit le Ber.
ger Occaſion , & qu'il me conjuroit
de prendre le party de
paffer la montagne avec mes
Troupeaux ; qu'au delàje verrois
une Plaine ſpacieuſe parſemée
de fleurs , dont l'herbe
odoriferante engraiſſoit le bétail
en peu de temps , qu'elle
eſtoit le ſéjour des Nymphes ,
& le plus beau qui fuſt dans le
monde. Il ajoûta tant de choſes
, & me preſſa de ſi bonne
grace , que m'abandonnant à
ſa conduite je fis prendre à
mes Troupeaux le chemin de
la Foreſt. Lors que ie fus au
milieu de la montagne , ie
rencontray un Berger nommé
la Repugnance , qui mefit repentir
de la legereté que j'aGALAN
T.
79
:
i
1
vois euë à ſuivre l'Occaſion ;
mais le Berger de la Curioſité
eſtant ſurvenu , me fit méprifer
les avis de celuy- là , & je
pourſuivis ma route. J'eſtois
déja bien avant ſur le ſommet
de la montagne, & je commençois
meſme à deſcendre du
coſté du ſéjour des Nymphes ,
quand je ſentis que je reſpirois
un air tout different de
celuy de ma naiſſance . Eſtant
dans la Plaine , je vis pluſieurs
Nymphes , les unes veſtuës
modeſtement n'ayant que des
habits de couleur brune , mais
fort propres , & qui voulant
affecter de paroiſtre dans une
grande retenuë , & dans une
auſtere vertu , ne laiſſoient
pourtant pas de donner à des
Bergers des marques ſecrettes
d'une coqueterie achevée ; les
D4
80 MERCURE
,
autres estoient libres , carreffant
indifferemment tout le
monde. Celles- cy danſoient
celles-là avoient des entre
tiens particuliers ; quelquesunes
paſſoient le temps à chan -
ter , d'autres à jouër des Inſtrumens
; enfin c'eſtoit une
eſpece de cahos , où la confufion
charmante en apparence ,
renverſoit mon eſprit , & luy
déroboit la liberté d'un difcernement
raiſonnable qu'il auroit
voulu faire fur ce qu'il
voyoit. Mon habit eſtoit d'une
toile de fin lin de coton
garny for toutes les coutures ,
de quantité de noeuds de petits
rubans couleur de cerife,
& bleu mourant entremeſlez .
Ma ſuite , & mes Troupeaux
eſtoient en grand nombre , &
fur ces apparences on me crut
د
GALANT .
un Berger de merite , & de
distinction . L'Occaſion me
preſenta aux Nymphes , & le
BergerHazard qui eſt toujours
officieux , me rendit ſes ſer
vices avec beaucoup d'affiduité&
d'affection . Ilme dit qu'il
ſe mêloit preſque toujours du
choix qu'un Berger devoit
faire d'une Nymphe , & il fit
tomber le mien fur Angelique.
Elle a la taille aiſee & affez
belle ; elle est noire comme cel
les qui ont eſté toute leur vie
expoſées aux ardeurs du Soleil.
Elle a l'humeur enjouée ;
& coquette; un certain mouvement
de teſte qu'elle fait en
parlant , ne luy donnant pas
toute la grace qu'elle auroit
fans cela , ne luy oſte pas auſſi
un petit agrément que l'on y
trouve pour peu qu'on s'y ſoje
D
82 MERCURE
Elle
accoûtumé . Elle prévient les
gens par honneſteté mais elle
eſt tellement enteſtée des gran .
deurs , que si elle écoute quelques
Bergers , ce ne font que
ceux qui peuvent contribuer
à ſon divertiſſement .
eut pour moy de fort grands
égards , & mes aſſiduitez à luy
offrir mes ſervices gagnerent
ſon amitié . Aprés cela on ne
vit dans la plaine que des parties
de Chaſſe , de Danſes , de
Feſtins , de Concerts & de tous
les plaiſirs que l'Amour peut
inſpirer, J'eſtois venu bien
muny d'argent , & la dépenſe
que je faifois plaiſoit à la
Nymphe . Ce fut alors que
nousmontâmes ſur la Mer d'Amour
. Elle renferme quatre
Ifles . Nous découvrimes d'abord
celle de l'Indifference , &
GALANT. 83
nous lacoſtoyâmes ſans y en.
trer. Nous viſmes enſuite celle
des Plaiſirs , où nous miſmes
pied à terre. J'y paſſay les premiers
jours de la maniere du
monde la plus agreable . Ce
ne furent que proteſtations
reiterées du plus tendre amour.
Angelique m'aſſuroit
que ſon coeureſtoit à moy.Elle
ſe plaiſoit à mele dire à toute
heure,& ſes careſſes continuel .
les me donnoient lieu de me
croire le plus heureux de tous
les Bergers .De l'Iſle des Plaiſirs
nous voguâmes vers celle de
l'Inquietude , & je m'apperceus
preſque auſſi - toſt que ceux qui
Ja viennent habiter , reffentent
l'effet du nom qu'elle porte. I'y
fus agité de diverſes paffions ,
toutes causées par l'amour.
Tantoſt je me figurois que la
D6
84 MERCURE
belleNymphe neme ſeroitpas
toûjours fidelle , & c'eſtoit un
juſte preſſentiment de ce qui
eſtoit preſtde m'arriver. Tantoft
jediſois qu'elle auroit peine
à quitter la Mer d'Amour
pour me ſuivre dans nos Hameaux
. Quelquefois confiderant
combien les grandeurs
avoientde charmes pour elle ,
je ne pouvois croire qu'elle
confentiſt à ſe renfermer dans
une petite contrée pour yfinir
ſes jours avec moy. D'autres.
objets , d'autres mouvemens,&
d'autres penſées vinrentm'accabler
enſuite , & me traverſer
l'eſprit. Feſtois réveur , je ne
dormois plus à peine pouvoisjeprendre
quelque nourriture.
Nous fortiſmes de cette Ifle, &
en paſſantpar le Détroit d'Attachement
, l'eau de la Mer ſe
GALANT. 83
troubla. Alors Angelique ne
fut plus la meſme. Ieluy remar -
quay de l'indifference ,& fes
manieres me firent connoiſtre
qu'elle avoit banny de ſon ſouvenir
toutes les promeſſes
qu'elle m'avoit faites.Vn Pilos
te , nommé la Vanité , avoiten
l'adreſſe de luy parler en fecret
, & de luy dire que nous
allions aborder dans l'iſle des
Grandeurs , où le Dieu Pan
étendoit ſon Empire ſur les
hommes comme fur les
animaux. Il la prevint fur
toutes choſes qui pouvoient
l'en dégoûter , & luy avoüa
qu'il eſtoit mal fait , laidde vifage
, petit & boiteux qu'il
avoit les yeux bordez d'un rouge
pourpré , & que ſes cheveux
eſtoient droits & longs , mais
il l'aſſura en meſime temps,que
>
86 MERCURE
quoy qu'il fuſt extremément
ſerieux , il eſtoit paffionné pour
les Nymphes , & qu'il ne manqueroit
pas de l'aimer en la
voyant , parce qu'il aimoit ſans
ſe mettre en peine d'approfondir
le merite. L'eſperance du
haut rang où elle devoitmonter
ſi elle estoit Maiſtreſſe d'un
Dieusluy fit concevoir du mépris
pour moy. Nous entrâmes
dans le Port de l'iſſe , où Pan
qui ſe promenoit ordinairement
fur le rivage, recent Angelique
avecune froideur digne
de ſa grotesque Divinité.
Ie ne pus m'empefcher de ſourire
en le voyant ; il s'en apperceut,&
par un branlement de
teſte , il en marqua ſon chagrin.
Il preſenta cependant à
la belle Nymphe une main veluë
pour la conduire ,& aprés
GALANT.
87
qu'il l'eut menéeen ſon Palais
qui estoit couvert de joncs marins
, je rencontray l'Inegalité
qui me fit connoiſtre celle qui
eſtoit entre Pan & moy , &
entre le merite dont illuy plaiſoit
de me flatter , & le proce
dé condamnabledelaNymphe.
Elle me mit enſuite entre les
bras de l'Indifference , qui
m'apprit à ne me point tourmenter
d'un changement qui
me dégageoir d'une Volage ,
& le Dépit s'eſtant empreſſé
àme rendre fes offices, ie fuivis
les conſeils qu'il me donna de
la mépriſer. Enfin la Raiſon
m'ayant fait remarquer vifiblement
que cette perfide ſuivoit
une Idole , & qu'aux dépens
de ſa gloire & des fermens
qu'elle m'avoit faits ,
ébloüie par de fauffes appa
88 MERCURE
rences , elle conſentoit à m'abandonner
, moy qui pouvois
&la rendre heureuſe ,& la faire
Maiſtreſſe d'une infinitéde
Troupeaux , & d'un Hameau
confiderable, leDeſabuſement .
furvint qui me fit refondre à
ne la revoir iamais. Elle fut
avertie de mon deſſein qui luy
donna de la confufion ,& de la
douleur . Elle me fit rappeller
fecretement , & fit ſes efforts
pour me faire croire quei'aurois
toûjours place dans fon
coeur; mais voulant ſe conferver
le nom de Déeſſe; elle me
laiſſa aller , & ie montay fur
l'eſquif de l'Abſence pour me
ſauver par le Fleuve de l'Oubly
qui aboutit en ce lieu làà
l'ifle des Grandeurs.Je ne m'ar.
reſte point à vousdire quej'appris
du Deſabuſement qu'elle
GALANT. 89
S
t

eſtoit la plus coquette de tontes
les Nymphes ; mais vous
ſçavez que fa malice me fufci
ta de rudes tempeſtes qu'elle
obligea le Dieu Pan à faire
mourir la plus grande partie de
mes Troupeaux , &que l'ay eu
des peines qu'on ne sçauroit
exprimer à trouver le portde
la Liberté. Enfin le Defabufe
ment m'en a fait venir à bout,
& ie fuis arrivé auprés de vous,
mes chers Amis , aprés trois
ans d'abfence , fort reſolu de
fuir à iamais la rencontre de
l'Occafion , & de ne plus menbarquer
fur la Mer d'Amour..
ALEXIS .
Je ſuis d'avis , Coridon, que
pour éviter un malheur ſemblable
nous nous faſſions dreffer
une Piramide au milieu de
la Plaine , afin d'avertir nos...
१०
MERCVRE
Bergers de s'éloigner de l'Occaſion
qui vous a renduun fi
dangereux ſervice .
DA METAS.
Et moy , je me charge d'y
fairegraver ces Vers qu'ils ne
pourront lire fans fonger plus
d'une fois à la reſolution qu'ils
voudroient prendre de quitter
nos Hameaux.
Si l'Occaſion ſe preſente
Pour te conduire en des lieux in.
connus ,
Fais par tis voeux Soumis que les
Dieux prevenus
Rompent le charme qui t'enchante
; 30
Quifuit l'occaſionſur la Mer de
l'Amour
Ne sçauroit avoir un beau jour.
6 Les Amans ſont bien àplaindre
,ils ne font jamais contens.
mois que le premier
S
he fontjamais contens.
GALANT .
91
A
L'Infidelité faitſouffrir les uns,
& il en eſt d'autres que l'Indifference
accable . C'eſt ce
que vous connoiſtrez en lifant
: les Versde l'Air nouveau que
je vous envoye.
AIR NOUVEAU.
D'Vn oeil indifferent vous voyez
ma langueur.
Helas! eft ce le prixde mon amour
fidelle ?
د
Qui ne croiroit , Iris en vous
voyant fi belle ,
Que la pitié , que la douceur
Regnent dans vostre coeur ?
Cet Air eſt de Monfieur de
Bacilly, qui vient de nous donner
un ſecond Livre de ſes
Airs ſpirituels . Il y a déja deux
mois que le premier a paru, &
92 MERCUR E
1
,
je vous en ay parlé dans ma
Lettre de Itrillet. Cette édition
eſt beaucoup plus ample &
plus correcte , que celle qur
avoit eſté déja faite de ces mê
mes Airs comme on le peus
voir par l'Avis qu'on trouvera
à la fin , avec une Table des
changemens & des augmentations
jointe à la graveure,
qui eſt bien plus fine ; de forte
que cet Ouvrage eſt prefentement
dans une perfection toute
autre qu'on ne l'avoit veu
iuſques icy: Il ſe debite chez.
le Sieur Guerout , Libraire au
Palais , ainſi que l'Art de chanter
du meſme Auteur , & tous
les autres Livres de ſa compofition
, qui font au nombre de
vingt , tous differens , avec les
Airs de Monfieur Lambert ,
gravez. par Richer:
GALANT.
97
Jay encore à vous entretenir
d'eaux , où plutoſt le ſçavant
Monfieur Comiers vous
en va entretenir pour moy.
Il me ſuffit de vous le nommer
-pour faire lire avec plaifir la
Lettre qui fuit. C'eſt une réponſe
qu'il fait à Monfieur
Bernier touchant la conduite
de la Riviere d'Eure à Verfailles
.
:
Sept. 1688 .
E
198 MERCURE
A MADAME
A
LYON DE LA
SABLIERE
.
803
1
Voicy , Madame,la Seconde Let
tre que vousrecevez d'un Aveugle
, pour lequel vous eustes il y a
deux ans la bonté de folliciter afin
dele faire recevoirdans les Incurables,
Depuis un mois il loge , en
payant, dans une des Maiſons du
Roy , que Saint Loüis fit bâtir pour
Quinze vingts Aveugles. I'ysuis ,
Madame,commele Paralitique prés
delaPiscine , non habeo hominem,
je n'ay personne qui parle
pour moy , car je pourrois esperer de
la bontéde Sa Majestéun Brevet,
pour estre receu Confrere dans cet
Hôpital Royal ; ne pouvant plus
1
depuis
GALANT.
ON
La perte de ma vevëtradi317714
deS.
ler de mesmains , à l'exemple
Paul,pourn'estre à charge àperfonne.
Ma paſſion dominante m'a toй-
jours porté à Sacrifier mes veilles ,
mon bien & ma vie à la recherche
&auſoûtien de la verité,lors qu'et.
le a regardé les interests de l'Eglife,
ceux du Roy ow du Public.
Envoicy un échantillon,qui concerne
la conduite que Sa Majesté
fait faire de la Riviere d'Eure à
Versailles. Les deux propoſitions de
Monfieur Bernier publiées dans
leMercure de Février dernier , La
premiere ,que dans le Canal du .
Languedoc, qui fait la communication
des deux Mers, il y en
avoit un particulier de fix à ſept
lieuës de long de pur niveau ,
où l'eau couloit d'un bout à
l'autre fans aucune pente , &la
Seconde, qu'il n'euſt pas eſtébeſoinde
ſe mettre ſi fort en pei-
E 2
100 MERCURE
>
ne , comme on a fait,de niveler ,
pour faire venir la Riviere
d'Eure à Versailles , font tres
contraires aux loix de la Nature
àl'usage & à l'experience de tous
les fiecles ; il eſtoit neanmoins à
-craindre, quefur le dire de Monfieur
Bernier , homme de poids & de merite
, quelqu'un ne tombaſt dans
l'erreur , & n'entrepriſtàſa ruine
la conduite de l'eau par des Canaux
ou Aqueducs , fans aucune pente.
Je me sens obligé de faire part
au public dans le Mercure de May
dernier , de ma Lettre écrite à
MrHardy , Seigneur de Beaulieu,
dans laquelle j'ay demontré , que
l'eaunepeut couler d'un bout à l'autre
d'un Canal,fansaucune pente,&
que le nivellement estd'une necessité
abfoluë pour la conduite des eaux.
MonfieurBernier neputgouter mes
démonstrations geometriques , &
pour appuier ses deux propoſitions ,
W
GALANT . ΙΟΙ
ilsavisa de les rendre éclatantes
par vostre illustre nom , Madame ,
en vous les dédiant pour étrennes
dans le Iournal des Sçavansdu 16 .
Juin dernier. Les veritables Sçawans
font bien aiſes qu'il vous ait
choiſie pour arbitre de nostre differend
, puis que rien n'échappe à
voſtre penetration d'esprit , & que
vous estes la Femmeforte de lafainte
Ecriture, & la Minerve denoftre
Siecle. F'espere , Madame , que
vous ne refuſerez pas audience àun
homme qui a toute la veneration
possible, pour Platon , pour Socrate,
pour Monsieur Bernier, mais encore
plus pour la verité.
Je reconnois , que Monsieur Bernier
parle bien , quand il dit dans
lapage 26. ligne 24. du Journal
du 16. Juin , que tout ſon eſprit
eſt Aſiatique , c'est à dire ,fin &
délicat , mais pour mefervir de ſes
proprestermes , je ne luy celeray pas,
E 3
102 MERCURE
qu'il parle encore piusefte , quand
il dit dans la page 28. ligne 25 .
que la nature ne ſuit pas toujours
ſes raiſonnemens. l'ajouteray
à cela , qu'il nous obligeroit
d'expliquer ce qu'il dit dans lapage
25. ligne 30. que la chauſſée du
Reſervoir foûtient le poids de
plus de douze cens mille muids
d'ean; carparquel privilege a-tildéchargéle
fond du refervoir de
tout le poids de l'eau, qu'il foûtient ?
Sa Philofophie Ageometrique pourra-
t-elle bien déterminer la quan
titédu poids que foûtient la Chauffée,
& quelle épaisseur ou force on
luy doit donner ?
Venons à la question. Monsieur
Bernier a donné toute une autre
faceàsapremiere Lettre , pour por.
ter quelque remedepalliatif à l'erreur
deses deux propofitions. Puisqu'il
n'a pas voulu se rendreà la
GALANT.
103
force des démonstrations geometriquesde
ma premiere Lettre ,jeveux
le payeren belle&bonne Physique,.
afin qu'à l'avenir il tienne pour
axiome , qu'unbon Mathematicien
eſt toûjours & partout tres. bomPhyficien
, mais qu'on ne peut estre
Phyficienſans estre Geometre,Astronome
& Mathematicien , puis qu'il
eft dit dans le Chapitre 11. de la
Sageffe , que Dieu a diſpoſé toutes
choſes en poids , nombre &
meſure , quifont les trois parties
pures de la Mathematique ; car.
dansl' Arithmetique nous confiderons
la quantité difcrete , dans la
Geometrie la quantité continue,&
enfin dans la Statique la quantité
de la puiſſance ou force du poids ,
&fes effets dans la Nature & dans
toures les Machines , de quelque
genrequ'elles soient .
Venons aufait dont il est question.
Voicy les termes par lesquels Mon-
E 4
164
MERCURE
fieur Bernier s'explique dans le
Journal des Scavants du Lundy 16.
Juin 1688. I'en corte les pages, &
je diftingue ce qu'il dit par articles.
afin d'y répondre de mesme .
Dans la page 28. ligne 13. je
ne veux pas dit- il , oublier une
circonstance tres conſiderable ,
en ce qu'elle regarde ceux qui
s'occupent à la conduite des
eaux. Le fait eſt , qu'entre le
grand nombre des differents
Canaux , qui font le Canal entier
du Languedoc , il y en a un
de fix à ſept lieuësde long,dans
lequel l'eau coule d'un bout
à l'autre de pur niveau fans
aucune pente. Or cela eſtant ,
ajoute-t-il, il n'euſt pas eſté beſoin
de ſe mettre tant en peine,
comme on a fait , de la pente.
neceſſaire pour faire venir la
Riviere d'Eure àVerſailles ,puis
qu'une mediocre chûte d'eau ,
GALANT.
105
dans un Canal de niveau auroit
ſuffy . Il est vray , conti
nue- t-il , que n'ayant pas de
pente , l'eau ne coulera pas ti
viſte; mais ſi l'on fait un canal
plus large , & que l'on donneainfi
plus de face à l'eau , on
remediera infailliblement à
l'inconvenient.
Pour répondre à Monsieur Bernier
, je poſe pour axiôme incon
testable, qu'ilfaut estre assuré d'un
fait avant que d'en chercher la
cause , afin d'éviter le ridicule,
d'avoir trouvé la cause de ce qui
n'est point. Ce malheur arriva plai.
Jamment à cesſages Philofophesde
la Grece , qui difputant avec chaleurcommentun
Figuier avoit porté
des figues quiſentoient le miel apren
terentà vive à la Servante qui les
avoit miſes auparavant dans une
ruche à miel. Ainsifouvent ,dum
E
4
106 MERCURE
latent veræ caufæ , finguntur
inanes: Ainfi autrefois des Phyficiens
de grandnom crurent avoir
fort bien trouvé pourquoy les lieux
Souſterrains font chauds en Hiver
&froids en Esté. Mais depuis quel
ques années de grands Mathematiciens
, veritablement Phyſiciens ,
ont trouvépar le Thermometre ,que
Le degré de chalear y est toujours
égal.
Les opinionsde Monficur Bernier
ont la mesmeinfortune. Ilafuppofé
que ce Canal defix àfeptlieues de
long , estoit depur niveau & enfuite
ila employé tout ſon eſprit Afiatique,
pour chercher comment l'eau
couloit d'un bout à l'autre.
1. Ie nie formellement , que ce
Canalfoit de pur niveau , car ou il a
eftéformětelpar la Nature , ou par
L'art. Si la Nature l'a formé tel ,
Monsieur Bernier devoit auparaGALANT.
107
è
e
l
-
e
vant s'en affurer , &nous dire par
quel moyen il l'avoit examiné ,&
reconnu estré de pur niveau ; autrement
on pourra dire que les lits des
ruiſſeaux qui coulent après avoir
faits tournerles rouës verticales des
Moulins font de pur niveau Sans
aucune pente parce que,
on, l'eau qui est tombéede la furface
Superieure d'un étang, ou refervoir
fur la roue des Moulins,y roule fans
pente...
dirat-
Ie dis qu'aucune industrie bumaine
ne peut avoir fait ce Canal
de pur niveau,quiseroit uneportion
de lafurface du globe de la terre,dot
l'axe ou diametre est de 2865.lieuës
puis que mesme on nesçauroit former
un arcde quelques minutes d'un
corcle de demy- lieuë de diametre.On
D reconnoist cette difficulté , lors qu'il
s'agit de travailler dans la précision
4-
E6
108 MERCVRE
requiſe comme font Meſſieurs de
Divinis , Campani , Borelli , &
Monfieur Hartfoëker , unverre
Segment d'une boule qui auroit cent
pieds de diametre , pourſervir de
verre objectifaux grandes Lanettes
pour contempler les Aftres.
Peut êtreMonfieur Bernier dira,
que par la vingt. unième propofitiondu
troifiéme des El mens d'Eu .
clide , on peut former fur un plan
d'un pied de large une portion du
cercle de plus grand diametre , que
n'est l'axe de la terre par le moyen
d'un faux Equerre , faisant tourner
fes deux branchesſur les deux points
extrémes de la corde de l'arc. Mais
buire que dans lapratique,les branches
de cet instrument roulant contre
des aiguilles ou cloux cilindriques ,
la ligne que l'angle traceroit,feroit
d'un autre genre de ligne que la
circulaire la difficultéferoit infurGALANT.
109
montable defaireprécisément l'an
glerequis,&cet expedient est inutiledans
la construction d'un Canal
depur niveau,quandmesme iln'auroit
que cent pieds de longucur.
de
Voicy pourtant la manierefacile
reconnoistre ,fo le lit ou fond de
ce Canal defept lieuës de long eft
depur niveau. Le Canal estant remplyd'eau
,&fes deux boutsfermez
demaniere qu'aucune cau n'entre
& n'en forte , il aurasa surface
Superieure de pur & naturelniveau,
&par confequent ,file lit ou fond
du Canal eſtauſſi de pur niveau
fa furface sera concentrique à la
furfaceSuperieure del'eau. Donc la
bauteur perpendiculaire de l'eau
Serapartout égale ,&la fonde doit
partout donner mesme hauteur ou
profondeurd'eau.
Voicy encore lamaniere facilede
construireun Canal de sept lieuës
110 MERCVRE
de longueur , qui ſoit par toutphy
fiquement de pur niveau. Le Canal
estant faitsans avoir égard aux
inégalitezdeſonfond,pourveu que
le bord foit par tout suffisamment
haut, remplissezle Canal d'eau ,
aprés quoy dans un temps calme ,
&en la mesme heure, fi on marque
près à prés la hauteur de
L'eau de chaque costéle longdesmu--
railles de deux bords , &l'eau estant
enfuite retirée hors du Canal ,si on
fait leplan cu fond du Canal fuivant
les deux lignes,ce Canal fera
de pur niveau. Un semblable Canal
d'environ trente lieuësfur un cercle
meridien ,ſerviroit àmesurerprécisément
la longueur d'un degré
d'un grand cercle de la terre.
Monsieur Bernier,fur cettefauf
Se supposition , que l'eau couloit
fans aucune pente d'un bout àl'au
tre d'un Canalde purniveau ,defix
GALANT.
àfept lieuës de long , conclut qu'il
n'euſt point eſté beſoinde ſe
mettre tant en peine , comme
ona fait , de la pente neceſſaire
pour faire venir la Riviere
d'Eure à Verſailles,puis qu'une
mediocre cheute d'eau dans un
Canal auroit ſuffi...
Cette consequence est vicieuse en
toute la Logique; car quand mesme
ilferoit vrayqu'une mediocre cheu
te d'eau dans un canal de niveau
auroitfuffi , il eust toûjours esté abfolument
neceffaire de niveler , pour
reconnoiſtre quel endroit de la Ri
viere d'Eure estoit de niveau
avec le refervoir de Versailles ,&
pour trouver ces deux points également
distans du centre de la terre ,
il auroit fallu centfoisplus de temps
&depeine. De plus , quand mesme
la Physique de Monsieur Bernier
auroitpu déterminer ces deux points
ΠΙΣ MERCVRE
par quelle industrie auroit ilpûconduire
ce Canal de purniveau ?
Monfieur Bernier ayant reconnu ,
Sifon Canaln'a point de pente, l'eau
ne coulera pas fi viſte , il ajoûte. Si
lon fait un Canal plus large ,
& que l'on donne ainfiplus de
face à l'eau , on aura remedié
parfaitement à l'inconvenient .
C'eſt icy où l'infallibilité de Mr
Bernier est infailliblement àbout ,
carfon Canal de niveau d'Eure à
Verfailles , d'environ vingt lieuës
de long estant tres - large , & l'eau
ayanttres peude hauteur ,la terre
enemboiroit la plus grande partie ,
la chaleur en foroit autant exha
ler, le vent ,l'air , & les mouches ,
comme on dit , en boiroient lereste..
Outre que le remede de donner une
Itgrandeface au Canalcentupleroit
la dépense , puis qu'en pluſieursen.
droits cet Aqueduc a plus de hauseur
que n'en ont les Tours deNoftre
GALANT.
113
Dame, & qu'il faudroitle faire
centfois pluslarge. Lefruit que le
Royaurois tiredu voyage de Monfieur
Bernieren Languedoc ,&de
fa belle remarque , qu'il dit eſtre
de conſequence à ceux qui
s'occupent à la conduite des
caux ,feroit d'augmenter cent fois
ta dépense de plusieurs centaines
de millions ,pourfaire ce Canal&
Aqueduc,qui n'auroit amené l'eau
de la Riviere d'Eure à Versailles ,
qu'aux Festes folemnelles des Katendes
Grecques.
MonsieurBernier , pour appuyer
ſa propoſition , fait un tas defup.
poſitions ſur le roulement d'une
goutte ou boulette d'eau . Cela m'oblige
d'établir des veritez fondamentales
de la Physique. Tous Liquides
, excepté l'Ether , ont de même
que les corps folides , des filamens
, fibres , ou parties rameuses
114
MERCVRE
par lesquelles elles s'accrochent &
font un riſſfu. ledonneà ces parties
lhantes le nom de Viſcoſité , qui lie
les parties fenfibles , & les tiens
attachées ensemble , & les réunit
facilement , lors qu'elles fontdifpercées,
cequ'on voit arriver aux
gouttes d'eau ou deMercure.. Cette
viſcoſité ou adberence reſiſte à la
force du poids qui travaille pour
disjoindre les partiesſenſibles d'une
boulette de Mercure , ou d'une
goutte d'eau. Elle attache encore
L'eau aux bois fecs , àlapierre , au
verre , aux feuilles , &c. Les
gouttes d'eau demeurentſuſpenduës
aux feuilles des arbres , & au bec
de l'Alambic , d'où elles ne tombent
que lors que la groffeur en a auzmente
suffisamment le poids pour
rompre ce lien de leurs parties. C'est
pourquoy par la diftillation les partics
ignées ayant découpé ces parties
rameuſes , les gouttes tombent
GALANT.
115
pluspetites du bec de l'Alambic , ce
qu'on remarque tres- évidemment
en la distillation de l'esprit de vin
rectifié, dont les parties ſenſibles
fontſi détachées &deſunies, quefi
on enjette en l'air,iln'en tombe rien
àterre. Ainfiles partiesſenſiblesſe
defuniſſent,s'épanchent, & par leur
extrêmepetiteffe,s'infinuetpartout,
&détrempent le noir de fumée, ce
quel'eau communene peut faire.
le dis qu'une goutte d'eau n'est
passpherique, car te cercle vertical
&les paralelles voisins de part
d'autre ont leurs parties inferieures
plus preffées par la plus grande
hauteur de l'eau , que nefont les
parties des moindres paralelles plus
prés des poles de l'axe horisontal
s'affaiffant davantage,lagoutte
d'eau toucheparunplan,&non par
unseul point , & de plus , par le
principe univerſel d'Archimede,les
parties les plus preffées pouffent les
116 MERCURE
moins preffées , & ainsi la goutte
d'eau s'allonge horisontalement ,
& par consequent n'estant plus
Spherique elle est incapable de faire
sur une furface de pur niveau ,
les mouvemens que Monsieur Bernier
Suppose.
Tout ce queje viensde dire démontre
l'inutilitédes quatre ſuppofitions
qu'ilfait dans les pages 28 .
29 .
1. Unegoutte d'eau estant mise
fur un planà niveau d'un pied en
quarré d'une pierre bien licée , elle
S'yattachera , &cettegoutte d'eau
nesera pasun globule d'eau .
2. Pouffant cette gourte d'eau
elle ne roulera pas , n'estant pas
Spherique , mais elle feraune trainée
le long de la pierre , en s'épan
chant.
3. Un bout de ce Canal de pierre
liceestant bouché ,fiun pouce d'eau
GALANT.
117
y tombe , je dis qu'elle s'éparpillera
en gouttelettes , qui s'attacheront
en differens endroits de ce Canal.
4. Suppoſons avec luy dans le cas
dont il est question , que dans un
Canal de pur niveau de fix àſept
Lieuës de long, l'eau d'un Canal fu
perieur y entre,y tombe ,ySoit pouffee,
je dis que cette eau s'épanchera
s'attachera àla teſte du fond du
Canal, & iln'y aura point de globules
Spheriques d'cau . Partant il
tient inutilement , que la petiteſſe,
la poliſſure ,& confequemment la
volubilitédes corpuscules ou globules
d'eau , est telle qu'ils couleront ou
rouleront d'un bout du Canal àl'autre.
Deplus , quand mesmeles gouttes
d'eau demeureroient Spheriques
Sans s'attacher fur le plandu Canal
, & qu'elles pourroient rouler
quelque temps ſans s'arrester ny se
reioindre , & ne faire qu'un corps à
&
118 MERCURE
leur premier attouchement , je dis
que quelque impulsion qu'on leur
donne , elles ne rouleront pas bien
loin .
I. Parce que toutes les parties
d'un Liquidefont entre ellesen continuelmouvement,&
diminueroient
celuy de l'impulsion , àquoy le mou
vement de reffort desparties qui auroient
receu le chos , & le tremouffement
des parties contribueroit auſſi.
2. Ces globules d'eau acrocheroient
bien- toſt les corpuscules voltigeans
dans l'air ; par l'addition desquels
-cesglobules d'eauperdant leurſphericité
, perdroient aussi toute leur
volubilité.
3. Quandtout ce que deſſus ne
fuffiroit pas,ie dis que lemouvement
d'impulsion comuniqué à un globule
d'eauferoit tres-foible ; & que par
conſequent ilfiniroit bien - toft,ayant
àforcer l'entrelaſſement des parties
de l'air opposé au paſſage.
GALANT. 119
!
4- MonsieurBernier, pourexpli
querfapensée,dit dans la mesme
page 29. Que fi la ſurfaceſpheriquede
la terre eſtoit parfaitement
polie , & qu'on fiſt roulerune
boule auſſi parfaitement
polie d'un pole à l'autre que
fur la ligne equinoxiale,la boule
rouleroit continuellement ,
de façon qu'ayant fait le tour
de la terre , elle en recommenceroit
un autre , continuant ſon
mouvement ſur la meſme ligne
ſans jamais s'arreſter.
Ie dis , que le Globe de la terre
estant tel qu'ildit, il auroit veritablement
une infinité d'infinité de
cercles pour le pretendu perpetuel
roulement defa boule , car elles'uferoit
bien- toſt ſur le cercle de fon
mouvement, & deviendroit un plan
Semblable au Zodiaque , pendant
que la lignedumouvement dugrand
120
MERCURE
cercle de la terreſe caveroit,puisque
mesme l'eau qui tombe goutte àgoutse
, perce le plus dur Rocher.
Non vi ſed ſæpe cadendo .
Ajoûtezà cela , que la dificulté
d'écarter l'air dans son paſſage ralentivoit
peu à peu son mouvement,
puis que l'air est moins liquide que
l'eau , ce qu'on prouve par pluſieurs
experiences faciles , comme d'un
tuiau de verre de deux pieds de long ,
de quatre lignes d'ouverture à un
bout & capillaire à l'autre extremi
té; car ayant mis quelques pouces
d'eau par la grande ouverture , elle
ne pourra tomber, & ensuite l'ayant
renversé l'eau n'en tombera pas ,
parceque l'air ne la pourra ſuivre
par ce trou capillaire, de mesme que
l'eau n'aura på descendre , l'air
n'ayant pufortirpar ce trou capillai
requ'aprés en estre forty en bullules
par lesecouement de l'eau, carpour
lors
GALANT. 121
i
lors elle en coulepar goutelettes . A.
joûtons encore la plus granderefi
ſtancede l'air plus groſſier, qui nous
oblige de racourcir le pied aſtronomique
de I horlogeàpendule,n'ayant
à Louveau de Siam que trois pieds
fix lignes & demie de longueur , qui
est deux lignes plus court qu'à Paris.
Voilà donc bien- vost en repos ce perpetuel
mouvement de la boule de
Monsieur Bernier faisant le tour de
laterre.Jen'en dis pas de meſmeſi
cette boule traverſoit laterre dans
unpuits fait suivant un Diametre.
Maison aura peut - estre un mouvement
perpetuel purement artificielpar
mon doubletuyau de Mercure
l'un dans l'autre mis en pendule
, par l'endroit de la hauteur
perpendiculaire du Mercure quieft
dans le tuyau interieur , dont i'ay
parlė dan le fournal des sçavansdu
11. May 1676. parce qu'il est à
Sept. 1688 . F
122 MERCURE
l'épreuve de toutes les demonftrations
, qu'on a jusqu'icy apportés
contre la poſſibilité du mouvement
perpetuel.Car dans mon pendule de
Mercure, tant lepoids de la partie
inferieure qui est audeſſous au mouvement
de vibration , que le poids
de la partie fuperieure augmente
toujours en defcendant , & diminuë
toujours enremontant . On peut ausf
avoir uue espece de mouvement perpetuel
tres-fenſibleſuivant lafigure
6. de mon Homme Artificiel ,
Prophete Phiſique du changement
des temps qui est dans le Mercure
du mois de Mars 1683 .
Eufin Monfieur Bernier dit , Remarquons
, que l'eau tombant
du Canal fuperieur,ſe fait ellemefme
une pente , en faiſant
une continuelle tumeur , &
qu'aina les corpufcules d'eau
roulent & coulent vers le bour
GALANT. 123
4
duCanal qui ſera libre & ouvert.

Cela arrivera , bien que l'autre
bout du canalfoitfermé, nonparle
roulement des corpuscules de l'eau ,
mais parce qu'eſtant plus élevéeà
lateſtedu Canal, elle s'épanche م&
coule d'un lieu plus haut dans un
licu plus bas , & à mesure que l'eau
du CanalSuperieur par ſa cheute
augmente la hauteur de celle qui est
à la teste du Canal inferieur , la
hauteur de l'eau y croiffant pas à
pas,coule ensuite par une continuelle
pente à l'autre bout du Canalin
ferieurpretendude niveau, & l'eau
atoutefahauteur àla teſte du Canal
long- temps avant qu'ilen arri
ve la moindre goutte à l'autre
bout.
Iln'ya rien de particulier , de
dire , que l'eau tombant d'enhaut
dansun Canal aille fortir par l'au-
F 2
124
MERCVRE
tre bout , après quele Canal aur
eſtéremply ,& qu'on aura debouché
ce bout ; car l'eau en tombera de
haut en bas. Le fond du Canal eft
indifferent , puis qu'estant unefois
remply, l'eau continuant d'y tomber
d'enhaut , la méme choſe arrivera,
bien que le Canalfuft au milieu , &
en pluſieurs autres endroits de profondeur
immense , & quand même
àla teſte du Canal qui reçoit l'eau
qui tombe , le fond feroit de cent
toifes plus bas que le fond de l'autre
bout du Canal par lequel l'eau
doitfortir , pourveu que la hauteur
des bords à la teſte du Canal , ſoit
plus haute, c'est à dire plus éloignée
du centre de la terre , que le bord de
l'autre bout du Canal, par lequel
l'eau doitfortir.
Monsieur Bernier dit dans la
page 29. ligne 29. que les corpufcules
d'eau , à cauſe de leur
GALANT. 125
peſanteur , ne sçauroient fe
trouver dans un panchant ,
qu'ils ne tombent & ne roulent.
Mais l'experience eft contrai.
re ; car une goutte d'eau estant mise
fur unbois fec , ou sur laglace d'un
miroir, elle s'y attachefifort,qu'lle
neroule ny ne tombe , nonobstant
le penchant.
Dans la page 30. ligne 5. ildit ,
qu'une goutte d'eau miſe ſur
la furface d'un baſſin à niveau ,
coulera vers le bout ouvert .
Ie dis que cette goutte d'eau s'attachera
& ne roulera qu'aprés que
d'autres gouttes d'eau s'estant réunies
aux premieres , en auront formé
de fi groſſes , que le poids ou la
force de lapesanteur des parties qui
ne touchent point le plan,ſera ſuffisantà
rompre le lieu qui lesattachoit
aux autres parties , dont la
colomne est appuyéesur le fond du
T
F3
126 MERCVRE
baffin..Ainfi fes parties détachées
tombant de plus haut s'attachent
encore au fond , & ainsi de ſuite.
D'où je conclus , qu'aucune goutte
d'eau ne peut rouler fur un plande
niveau , & que l'eau du baſſin étant
à niveau , celle qui tombera aprés
avoir jailly en l'air ne roulera pas
fur l'autre ; mais augmentantle
poids de la hauteur des colomnes
d'eau du baſſin ,fur lesquelles les
gouttes tombent , elles s'enfoncent
au lieu de rouler , & ces colomnes
estant plus preffées , pouſſent vers
le bord voiſin les colomnes moins
preſſees , & ainsi de ſuite ; defor
teque l'eau plusproche des bords du
baſſin s'épanche d'abord, & nonpas
celle qui est immediatement tombée
dans le baſſin , aprés avoir j'ailly
en l'air.
Enfin Monfieur Bernierſerend&
la verité , lors que danslapage 30.
GALANT.
127
ligne 10. il dit que l'eau coule,
pour peu qu'il y ait de pente
ou d'impulfion . Je dis pourtant ,
quefon prétendu Canal de niveau
estant plein à égale hauteur dans
chaque bout,l'impulsion qu'on feroit
à l'eau à un bout de ce long Canal
, ne se feroit point reſſentir à
L'eau de l'autre bout de ce Canal..
Ainsi, Madame ,ſans avoir égard
àce que Monsieur Bernier adit ,
qu'un Canal de niveau auroit
fuffi , on continue l'Aqueduc ,pour
la conduitede la Riviere d'Eure d
Versailles , donnant environ dix
pouces de pente pour chaque lieuë .
Cet ouvragefeulfurpafferatout ce
qu'autrefois lesSept Merveillesdu
monde ont eu de grand . Auſſi est - ce
L'ouvrage d'un Roy , qui par tout
& en toutes chofes est toûjours
GRAND. In omnibus ubique
& femper LuDOVICus
F4
128 MERCURE
MAGNUS. Jesuis , Madame
voſtre , &c.
L'Aveugle COMIERS , Preſtre,
Docteur en Theologie.
le vous envoye une Eglogue
qui a eſté faite par un Amant
fort paffionné . Les Vers vous
le feront aisément connoiſtre.
Ils font fort tendres , & marquent
le deſeſpoir d'un coeur
veritablement touché d'amour .
Cette Eglogue eſt d'un jeune
Chevalier,qui aimoit une perfonne
toure charmante , &
d'une naillance tres- confiderable.
Ils furent trahis par une
Confidente qui découvrit le
fecret de leur tendreſſe , & on
mit la Demoiselle dans unConvent
auprés d'une Tante Religieufe.
GALANT.
129
茶茶茶茶茶茶茶黎黎
DAPHNIS.
EGLOGUE.
AUpied des Monts fameux,
d'où le paiſible Orance ,
Vers les murs de Limpha coule
dans le filence ,
Le coeur remply d'ennuis, fur
fes doux chalumeaux ,
L'infortuné Daphnis, oubliant
ſes Troupeaux,
Chantoit ſon triſte amourpour
fadivine Aftrée.
Les Bergers aſſemblez de toute
la contrée ,
Touchez de ſon malheur ,ran
gez autour de luy ,
Tâchoient de ſoulager fon
amoureux ennuy .
E
1
130
MERCVRE
Le Berger Alcidon , & le Berger
Tytire ,
Plus ſenſibles au mal qui cauſoir
ſon martyre ,
Tour à tour à l'envy luy tenoient
ce diſcours .
Pour un mal fi cuiſant , vain &
foible fecours .
ALCIDON .
Daphnis , quelle douleur jour &
nuit vous transporte ?
D'où vient cette triſteſſe & cette
amour fi forte ?
Quels charmes, quels appas , quelle
heureuseBeaute
De vôtre coeur enfin defarme la fier
te?
Vous juriez autrefois , que l'amoureuſeflame
Iamais defes ardeurs n'embraseroit
vostre ame.
Vous Soûpirez pourtant .
GALANT.
131
DAPHNIS.
Ainsi le veut Amour.
Chacun s'engage enfin ,&Soupireà
Son tour.
TYTIRE ..
O Daphnis , ô Daphnis , quel excés
defolie !
Quelle vaine fureur d'un esprit
qui s'oublie!
Tes Troupeaux dans les Bois errant
abandonnez .
Que tes voeux à Philis nesont-ils
deſtinez ,
Philis , de qui l'humeur moinsfiere
& moins volage ,
D'un coeur comme le tien recevroit
mieux l'hommage !
DAPHNIS..
En vain j'oppoſerois contre un fi
doux poifon ,
Vn vemede charment , qui n'estplus
de Saiſon
Periffent les troupeaux , periffe la
nature,
E6
132
MERCURE
Ah !fi je vous pouvois faire icy la
peinture
Del'objet raviſſant dont jeſuis en
chantè ,
Blâmeriez - vous l'ardeur dont je
fuis transporté?
Telle qu'aux plus beauxjours , fur
les vertes prairies
Au retour du Printemps , nouvellez
ment fleuries ,
L'aimable MARGVERITE étale
fes couleurs ,
Et remporte le prix dans l'Empire
des fleurs ;
Telle... Quel nom , grands Dieux ,
a frapė mes oreilles !
Un doux raviſſement m'inspire des
merveilles .
C'est la Reine des fleurs , c'eſt le
charme des yeux ,
C'est l'amour de la Terre,& lagloive
des Cieux.
Elle paſſe en blancheur les plus
belles Naïades
4
GALANT.
133
1
Et dispute de prix à leur chaftes
oeilades ,
Mille jeunes ZephirsSoupirent à
l'entour ;
Et le Soleilluy rit d'un regard plein
d'amour.
Telle, & plus belle encor , la Nym
phe que j'adore ,
Surpaſſe les beautez de la naiſſante
Aurore.
Les graces , les amours ,les jeux&
les appas ,
Ouvolent autour d'elle ou n'aiſſent
Sousfes pas
IamaisDeeffe cut - elle une taillefa
fine,
Cescharmes nompareils , cettegrace
divine ,
Outant d'atraitsfont joints à tant
de majesté ;
Et dans un air fi doux, tant d'ai
mable fierté ?
Laneige deſonſein , qui toute neige
efface ,
134
MERCURE
Aux Rofes de fa bouche ajoute plus
degrace.
Lefeu deSesregards ,& l'éclat de
Sesyeux,
Forment un iour plus beau , que la
clartédes Cieux ..
Ab, mon coeurtu le ſçais ; l'Aftre
qui luit au monde
Brille d'un feu moins pur, mesme
au fortir de l'onde.
C'eſtvous , divins regards ; c'eft
vous , beauxyeux charmans ,
Sources de mon bonheur ,sources de
mes tourmens ,
Qui miſtes dans monsein un feu
dont ladurée
Le veut disputer mefme aux feux:
de l'Empirée.
Quy , ce sont ces beaux yeux .....
Ah ! mortel ſouvenir
D'un bonbeur paſſager , qui ne peur
revenir!
Tel, que l'on voit l'éclair, qui devance
la Foudre
GALANT.
135
Briller dedans la nuë ,& puis reduire
en poudre ,
Et chênes orgueilleux , & Monts
audacieux ,
Dont le Sommet hautain s'éleve
iusqu'aux Cieux...
Ie ne vous verray plus beaux
Aftres de ma vie ;
Voilàde quel ſuccès mon amour e
Suivie..
eft
Vu affreux desespoir , une eternelle
nuit
Sont d'un feu si charmant l'unique
digne fruit...
Aussi bien , iuste. Ciel , d'une telle
disgrace
Vous avez dû punir ma facrilege
audace ,
D'avoir ofé porter mes voeux infqu'aux
Autels
D'une jeune Beauté , digne des Im
mortels.
36
MERCURE
TYTIRE .
N'ayez point de regret , ô Bergere
adorable ,
De ietter sur Daphnis un regard
favorable;
La Bergere Philis en a bienfait autant,
Philis , qu'il n'aimoit pas ; Philis
qui l'aimoit tant.
ALCIDON.
Nevous repentez pas , ô miracle
des Belles ,
D'avoirle coeur ſenſibleà ses peines
mortelles ,
E' Auroreaima Cephale , & Venus
Adonis,
Diane Endymion ;
Daphnis :
aimez, aimez
DAPHNIS .
Pour le moins unefois dites.moy,
je vous aime ,
Et ie ſuis trop heureux dans mon
malheur extréme...
GALANT. 137
Ah! non , non oubliez l'Amant
infortuné.
Qu'à des maux éternels le Ciel a
destiné.
Permettez seulement , jeune
charmante Aftrée ,
Qu'en secret , de mon coeur vous
foyezadoré';
Que gravéfur lelièrre , & chanté
dans mes Vers,
Vostre nom retentiſſe au bout de
l'Univers .
Quelquefois les doux chants de nos
tendres Musettes
Egalent les Clairons & le fon des
Trompettes.
Phebus & les neufSoeurs m'inspi
rent quelquofeis ,
A chanter les hautsfaits des Heros
&des Rois.
Lesſiecles à venir connoistront do
ſtre gloire ;
Et sçauront de mes feuxla déptorable
histoire ,
138 MERCURE
Comme tout plein de gloire , &
dèia prés du port ,
Vn orage impréveu vient me donner
lamort.
Vn monstre , une prefides ... ab
Souvenir funeste
ALCIDON .
De cemalheur, de grace , appre
nez - nous le reste.
DAPHNIS .
Lediray_ie , Alcidon ? D'un beau
feu confumé
(On se trompe en aimant ) j'aimois
j'estois aimé.
Ma Bergere en Secret recevoit mes
hommages;
Et de fon amitié je recevois des
gages;
Mais Nife nous trabit. Qui l'eust
pensé,grands Dieux ,
Nife, la iuste horreur de la Terre,
&des Cieux.
Tout eſpoir m'eſt ôté. LaBeautéqui
m'enchante
GALANT .
139
Eft livrée au pouvoir d'une barbare
Tante,
Vestale impitoyable , & dont iamais
le coeur
N'éprouva de l' Amour la peine &.
la douceur,
Ah ! quel coeur de rocher , & plus
dur qu'une ſouche ,
Neseferoit fondis , lors quefa belle
bouche
Me dit de cette voix,fource demille
amours.
Adieu , Daphnis , adieu , mais
adieu pour toujours
Grands Dieux , qui connoiſſez la
grandeur de maflame ,
Voyez le trait mortel qui me déchire
L'ame ;
Vous ne pouvezchanger mon destin
ny monfort ,
Maisvous pourriez finir mes tourmenspar
lamort.
Et vous , unique objets du mal qui
140
GALANT.
me poffede ,
Me laissezvous ainſi ſans espoir
Sans remede?
20
Il me faut doneſubir voſtre injustes
rigueur ,
Perir de defefpoir ainſi que de lan-
1 guer!
Dont voſtremain apûfigner l'ordre
barbare ,
Qui de vous pourjamais , ingrate .
mesepare!
Pardon , fi ie me plains de vostre
cruauté.
Ah ! je me reconnois ie l'ay bien
merité.
Vous estes de mesfeux l'innocente
victime;
On la punit pour moy maflamefait
Son crime,
On la retient captive , on redouble
lesfers
Decelle que devroit adorer l'Univers
Fous toutes,qui craignezque
ma divine Aftree ,
GALANT .
141
Ne brûle tous les coeurs ,furla Terre
adorée ,
Cachez bien ce Soleir , renfermez
Sesappas.
Car qui pourroit lavoir , & ne l'adorer
pas ?
Ah! voilà lefuiet de ma douleur
profonde;
Moys'ay contédes pleurs aux plus
beaux yeux du monde .
Belle Aſtrée, excusezl'excés de ma
douleur.
Pleurastes - vous fur vous , ou bien
furmon malheuл ?
Ces larmes qui couloientde ces vives
fontaines ....
Ah ! ces larmes estoient le purSang
de mes veines,
Et je respire encor !
ALCIDON
InfortunéBerger.
Maisje te plains en vain.
TYTIR E.
143
MERCURE
lamort....
TITIR E.
Le temps, qui change tout, changera
voſtre fort .
DAPHNIS .
Ceffez de me flater d'une vaine
esperance.
Ah ! parlez- moy plûtoft du prix de
ma constance ,
D'aimer autant que i'aime ,&d'aimerſans
espoir ;
D'aimer autant que l'aime , &
daimer ſans la voir.
Allez, Allez , Bergers ;faffele Ciel
propice .
Que vostre coeur iamais n'éprouve
un tel fupplice.
Ainfi parla Daphnis . Les
pleurs & les fanglots
Mêlez à ſes ſoûpirs entre- coupoient
ſes mots :
De ſa juſte douleur Echo parut
atteinte.-
:
T
GALANT.
142
Pourquoy tant s'affliger ?
Daphnis,iln'est pas temps de perdre
l'esperance ?
Ilfaut de cet Argus tromper lavi.
gilance.
C'est ainsi que Medée endormit
pour lafon .
Le Dragon qui veilloit àgarder la
Toifon .
DAPHNIS .
Il n'y faut plus penſer ; ainſi
le veut Aftree ,
Elle, dont levouloir m'est une Loy
Sacrée
Mais au fond de mon coeur ie luy
dreſſe un Autel ,
Où fumera pour elle un encens immortel.
1
C'est làqu'au plus haut licu ie mettray
fon Image ,
I'y viendray l'adorer , luy rendre
mon hommage ,
Luydiremes douleurs, &cependant
GALANT.
144
Les Zephirs ſe taifoient pour
écouterſa plainte .
Les ruifſſeaux d'alentour couloient
plus doucement,
Et tout , juſqu'aux Rochers ,
reffentit ſon tourment,
Ie vous parlay ily a quelque
temps d'un mariage qui avoit
penſe eſtre rompu à cauſe
qu'on n'avoitpas approuvédes
Vers , faits par un Oncle qui
promettoit vingt mille écus à
ſa Niepce , en attendant ſa ſucceffion
, & j'ay aujourd'huy à
vous apprendre qu'on en a
effeſtivement rompu un fans
nul ſujet que celuy d'une conteſtation
ſurvenuë pour un
ſeul mot. Une jolie Dame, demeurée
Veuve affez jeune .
faifoit bruit également par fa
beauté &par fon eſprit. Comme
GALANT.
145
me elle l'avoit extremement
vif, fon Pere qui l'aimoit fort
tendrement , avoit pris ſoin de
le cultiver dés ſon plus bas âge
& luy voyant beaucoup de
facilité à concevoir toutes les
choſes dont il luy donnoit une
premiere teinture , il s'eſtoit
faitun plaifir de luy apprendreluy-
meſme la Langue Latine.
Elle y avoit réuſſi parfaitement
, & ce fut un premier pas
qui la fit entrer dans la connoiſſance
de l'Histoire , des
Mathematiques ,& de la Phyfique.
L'application qu'elle y
donna fut fi heureuſe , qu'elle
n'eut pas lieu de s'en repentir,
mais elle comprit en mefme
temps qu'il n'y avoit rien qui
fuſt plus à fuir pour une perſonne
de ſon ſexe que la reputation
d'eſtre ſçavante ,&
Sept. 1688 . G
146 MERCURE
pour éviter ce ridicule , elle
cacha fi bien ce qu'elle ſçavoit
qu'il cuſt eſté difficile de s'appercevoir
qu'elle euſtrien appris.
C'eſtoient des trefors
qu'elle tenoit enterrez par
modeſtie , & dont elle ne tiroit
que ce qui pouvoit luy polir
l'eſptit.Ainſi quand la converſationtomboit
ſur ces fortes de
matieres , elle gardoit le filence
, ou la détournoit adroitement.
Vne conduite ſi judicieuſe
luy acqueroit encore
plus d'eſtime, parce qu'on n'ignoroit
pas qu'elle euſt mieux
parlé qu'un autre de toutes les
choſes qu'elle feignoit de ne
pas ſçavoir. Son mary qu'elle
avoit perdu depuis trois ans,
luy avoit laiſſe beaucoup de
bien , & l'on peut aiſement
s'imaginer qu'eſtant fort riche,
GALANT.
147
&ayant d'ailleurs tout le merite
dont je viens de vous parler
, elle ne pouvoit manquer
de gens qui s'attachaſſent à
elle. La difficulté eſtoit de s'en
faire aimer. Son gouſt ſe reglant
ſur ſes lumieres & fur fon
difcernement, on auroit tâché
inutilement de l'ebloüir . Elle
penetroit d'abord le foible de
ſes Amans , & cela tenoit fes
ſentimens ſuſpendus. Sa delicateſſe
ſur un choix fi impor
tant , ne fit pointde peur à un
Gentilhomme fort convaincu
de cequ'il valoit. Il avoit du
bien&de la naiſſance , & s'ef
toit acquis une reputationd'efprit
qui le faiſoit écouter comme
un oracle , &quitenoit en
= reſpect les demy - Sçavans ,
: quand illuy plaifoit de deve--
loper la moindre partiede ſa
G 2
148. MERCURE
,
profonde érudition. Ce que
les endroits obfcurs des Auteurs
Grecs & Latins ont de
plus impenetrable n'avoit
rien pour luy de difficile; illes
débroüilloit admirablement
& quelque barbare que puſt
eſtre un mot , il en connoiffoit
toute la vertu & toute
la force . Il avoit donné à ces
grandes connoiſſances une
partie de ſes plus belles années
& enfin , quoy que l'amas de
cette ſcience abſtruſe ſemblaſt
demander qu'il ſe gardaſt tout
entier pour elle , la tentation
le prit de ſe marier. Les louanges
qu'il avoit ſouvent entendu
donner à la jeune Veuve,
luy firent croire que c'eſtoit
fon fait. Ileut enviede la voir,
&on le fit venir en un lieu où
l'on ſçavoit qu'elle devoit ſe
GALAN T.
149
T
trouver. La Dame à qui l'on
n'avoit rien dit de cette partie
parla naturellement,& comme
elle estoit d'une humeur fort
enjqüée, elle plaiſanta fur bien
des chofes,maisd'une maniere
fine,qui faifoit connoiſtre combien
elle avoitl'eſprit aife . Le
Cavalier eut toujours les yeux
attachez furelle, & aprés qu'il
l'eut bien examinée , il ſe retira
ſans s'eſtre fait remarquer
que par ſes regards. On luy
dit fon nom luy eſtant connu
par toutes les choſes qu'on
publioit de luy dans le monde;
quelle trahiſon , dit- elle ! Vous
me deviez avertir , je me ſerois
bien gardée de parler. Me
voilà perduë . Je n'ay dit que
des folies & on fait mal fes
affaires avec Meſſieurs les Sça-
2
G3
150
MERCURE
vans , quand on s'éloigne un
moment du ſtile fublime . On
T'aſſura que le Cavalier eſtoit
moins terrible qu'elle ne
croyoit,& elle fut fort ſurpriſe
le lendemain quand on luy vint
dire qu'il devoit luy rendre
viſite dés ce meſme jour , &
qu'il en eſtoit tellement charmé
, qu'il ne tiendroit qu'à elle
qu'il ne l'épouſaſt , Cela luy
fit dire qu'elle voyoit bien que
les grands eſprits eſtoient au
deſſus de la bagatelle ; qu'un
autre avant que de s'embarquer
, auroit voulu la connoiftre
, pour ſçavoir ſi elle eſtoit
d'une humeur qui luy convinſt
; mais que pour luy , à
qui le temps eſtoit precieux,il
alloit droit àla choſe ſans s'arreſter
à cette menuë formalité
Cependant comme on luy deGALANT.
151
A
i
1
T
manda ſerieuſement ſi elle voudroit
ſonger à luy ,elle répondit
qu'elle n'alloit pas ſi viſte,
& que quelque reputation que
le Cavalier ſe fuſt acquiſe,tout
le merite qu'on luy donnoit
n'empeſchoit pas qu'elle n'en
vouluſtjuger par elle meſme ;
que lebel eſprit, & fi elle oſoit
le dire, le grand eſprit n'eſtoit
point eſprit pour elle , qu'il
falloit l'avoir aiſe , infinuant
& commode,& que ce qu'elle
avoit remarqué de certains
Sçavans , ſur qui leur trop de
ſçavoir avoit répandu un ſombre
defagreable qui les rendoit
rudes dans la converfations
, & ne leur laiſſoit nulle
politeſſe , la faifoit ſe défier de
ſa nouvelleconqueſte , qu'elle
en diroit ſa penſée aprés cinp
où fix viſites , & juſque-là ,
G4
152
MERCURE
pointd'engagementde partn'y
d'autre . Le Cavalier vint , il
s'humaniſa , & pleut affez à la
Dame, Illa trouvoit belle ; &
l'amour adouciſſant ce que les
Livres luy avoient pu mettre
de farouche dans l'eſprit , elle
demeura perfuadée qu'un Sçavant
pouvoit eſtre fait comme
un autre homme. Il s'accoûtuma
à ſes manieres , &
ayant eſté inſtruit de ſon goût,
il l'étudia si bien , qu'on eufſt
ditqu'il oublioit que ce n'étoit
pas pour l'amour qu'il eſtoit
né. S'il s'échapoit quelquefois
fur des matieres trop hautes,
elle luy diſoit agreablement
qu'il ne falloit pas qu'il ſe fift
perdre de veuë, & le ramenant
à un entretien de ſocieté elle
luy oſtoit ceje ne ſçay quov de
dur , dont on ne peut ſe défaire
'GALANT .
153
1
qu'en pratiquant le beau monde.
Inſenſiblement il toucha la
Dame comme eile l'avoit tou .
ché.llsavoienttous deux beaucoup
d'eſprit ,& l'eſprit contribuant
à rendre la vie heureuſe
, ils crurent qu'ils ne pouvoient
rien faire de mieux que
de la paſſer enſemble. Ils convinrent
des articles , & le jour
avoit eſtédéja arreſté entr'eux
pour les dreſſer , lors qu'un
miferable mot renverſa tour.
La Dame avoit du monde chez
elle ,& l'entretien ayant roule
ſur l'Histoire , quelqu'un demanda
au Cavalier quel eſtoit
le langage le plus ordinairedes
Lacedemoniens . Il répondit
qu'ils avoient toûjours mis en
uſage la Dialecte Dorique.Cela
ne fonnant pas bien aux oreillesde
la Dame, la Dialecte Dorique
, dit- elle ? la Dialecte
G
154 MERCURE
:
Dorique ! Oüy, Madame,pourfuivit
le Cavalier , la Dialecte
Dorique ; Que vous a fait cette
malheureuſe Dialecte pour
en eſtre ainſi choquée ? l'en
fuis choquée , dit la Dame , à
cauſe que j'ay toûjours entendu
dire un Dialecte , & non pas
une Dialecte. Vous n'y prenez
pas garde , Madame , repliqua
Je Cavalier en prenant un air
fort ſerieux. C'eſt un motGrec
qui a toûjours eſté feminin.
Ah, Monfieur , reprit la Dame
en riant , que je vous tiens malheureux
de ſçavoir le Grec ,
j'entens , le ſçavoir parfaitement
, car ce que vous dite me
le fait ſentir. Le Grec eſt aſlurément
quelque choſe de fort
beau. Il faut bien que cela foit ,
puiſque tout ce que j'ay veu
d'habiles gens me l'ont tou
jours dit. Cependant en me
GALANT.
155
montrant des choſes fort fades:
traduites du Grec en noſte
Langue,& dontje n'eſtois nul--
lement touchée , ils n'avoient
rien autre choſe à me dire pour
me les faire trouver admirables
, finon que cela eſtoit divin
en Grec , d'oùje puis conclure
quele Grec gaſte l'eſprit,
puis qu'il fait que tous ceux qui
le ſçavent parfaitement,en font
tellement charmez , que s'applaudiſſant
d'entendre une
Langue qui paſſe pour la Langue
des Sçavans , ils admirent
ce qui ne merite aucune admiration,
parce qu'ils ont le plaiſir
dele lire en Grec. le voy bien ,
Madame , dit le Cavalier , en
s'échaufant, que vous prenez
le party de ceux qui ont l'impertinence
de dire qu'il y ena
dans Homere & dans Theo
G6
156 MERCVRE
crite .Cela meriteroit ...Ne vous
fâchez point, interrompit-elle .
Bien loin d'eſtre deleur fentiment,
il ne tiendra pas à moy
qu'on ne les condamne à toutes
les peines que peut meriter le
crime de leze antiquité . Les
Anciens font les anciens ,jeles
croy incomparables , & les raiſons
d'arbres , de fibres ,& generalement
toutes celles qu'on
peut apporter contre eux me
ſemblent tres - valablement détruites
, en diſant que ce ne
ſont point des raiſons. Les petits
Modernes font ridicules
quand ils s'attaquent
grands Anciens . Ils font obligez
de les croire ſans défauts;
mais je ne puis m'empeſcher de
vous le dire , je me trouve un
peu embarraffée à l'égard de
Theocrite depuis qu'on nous
aux
GALANT . 157
l'a donné en vers François . le
l'ay leuavecun empreſſement
extraordinaire ne doutant.
point ſur la foy de ſon grand
nom que je n'y trouvaſſe des
choſes toutes charmantes. l'ay
eu beau chercher,je n'ay pû les
découvrir. D'où vient cela ? Je
fuis fort feure qu'il eſt admirable
en Grec. Tous les Vers du
Traducteur me ſemblent fort
beaux& tres bien tournez . Sa.
Traduction eſt des plus fidelles,
à ce qu'on m'a dit. J'eſtois charméede
tout ce qu'a écritTheocrite
quand je ne l'entendois
pas ,& je ceffe de l'admirerdés
qu'on me le fait entendre.l'imputerois
cela à mon méchant
gouſt , ſi j'eſtois ſeule de ce ſentiment
; mais je l'ay fait voir
àquantité de perſonnes qu'on
٢٠٠٠
58 MERCVRE
eſtime pour l'eſprit , & tous,
L'ont trouvé ſi ennuyeux ,que
n'en ayant pûlier que cinq ou
fix pages , ils ont plaint leTraducteur
de la peine qu'il s'eſt
donnée de l'habiller à grands
frais à la Françoiſe pour leperdrede
reputarion parmy nous ..
Cela me ſurprend , & à vous
dire le vray , je ne ſcay plus où
j'en fuis . Ilme ſemble ,ditalors
un des Amis de la Dame, qu'on
peut aisément rendre raiſon de
ce qui vous paroiſt ſi ſurprenant.
Les Vers Grecs qui font
fi beaux pour ceux qui ont le
bonheurde les entendre, le font
ordinairement bien plus par
leur fon qui eſt tres - harmonieux
, que par les choſes fines
& bien penſées qu'ils expriment
, & comme il eſt impoſſible
de traduire ce ſon enFranGALANT.
159
çois avec les paroles Grecques,
cela est cauſe que ce qui eſt ſi
charmant en Grec ne l'eſt point
en noſtre Langue. Le Cavalier
prit la défenſe du Grec avec
beaucoupde chaleur ,& laDame
l'ayant laiſſé parler quelque
temps ; venons au fait , luy
dit-elle, vous pouſſez trop loin
la digreſſion. Ie vous foûtiens
que malgré le Grec, noſtre Langue
veut que nous diſions le
Dialecte Dorique.Et pourquoy
répondit- il , s'attribueroit-elle
un droit que la Latine ne s'eſt
pointdonné ? Elle a fait Diale-
Etus feminin , quoy que la terminaiſon
en foit maſculine.
Laiſſons là vos feminins , &
voſtre Dialectus répliqua la
Dame. Il ſuffit que l'uſage ait
decidé pour le Dialecte. Je n'en
conviens pas , dit le Cavalier;
160 MERCURE
&s'il eſtoit vray que cela fuft;
il feroit d'une grande confequence
de s'oppoſer à un uſage
fi pernicieux . Il n'y a , reprit la
Dame , que Meſſieurs de l'Acadimie
Françoiſe qui le puiſſent
faire ,& je ſuis fort afſeurée
qu'ils nele font pas .Cette queftion
a déja fait naiſtre une premiere
dispute où j'ay eu part.
Comme j'ay quelques Amis
parmy ces Meſſieurs , je priay
l'un d'eux de voir dans leur
Dictionnaire ce qu'ils diſent
dece mot , & il rapporta que
l'Academie le fait masculin ,
fans ajoûter que quelques- uns
le croyent feminin , ce qu'ils
ne manquent jamais de marquer
ſur les mots dont l'uſage
eſt conteſté. Ils feront de
celuy-cy ce qu'il leur plaira,
dit fort bruſquement le Cava
GALANT.
fier. Rien ne pourra m'empeſcher
de dire toûjours la
Dialecte comme je dis un Comete
& un Planete , parce que
le Grec fait ces deux mots
mafculins . Et moy , repliqua
Ia Dame d'un ton affez fier, je
vous affcure que vous direz le
Dialecte , la Comete & la plapete
, où que nous ne ferons
pas contens l'un de l'autre. Il
feroit bien injufte , luy dit- il
tout irrité , que vous vouluffiez
exiger de moy , ce que
mon honneur ne fouffre pas
que je vous accorde. Il finit
ces mots d'un ton de dépit, qui
fit connoiſtre qu'il ne ſe poſſedoit
pas,&dans la crainte qu'il
eut qu'on ne le poufſaſt plus
loin, il fortit au meſme inſtant
fans attendre de reponſe. On
ſe mit à rire de ſa colere , & le
A
162 MERCVRE
bruit de leur querelle s'eſtant
repandu , un de ſes Amis vine
le lendemain trouver la Dame
pour la diſpoſer à recevoir le
Cavalier fans aigreur. Il luy
conſeilla de ne luy plus parler
de fa Dialecte , parce qu'il le
voyoit fi obſtiné là deſſus qu'il
ne croyoit pas qu'on lay puſt
faire quitter ſon enteſtement.
La Dame qui ne pretendoit
point ceder ſur une choſe ; où
elle ſe tenoit aſſeurée d'avoir
raiſon , dit à cet Amy , qu'elle
avoit cru obliger leCavalier, en
ſouhaitant qu'il parlaſt comme
parloittoutlemonde;mais que
puis qu'il oſoit luy refuſer de
la complaifance pour un mot
lors qu'il eſtoit encore fon
Amant elle craignoit , s'il devenoit
ſon Mary , qu'il ne luy
vouluft apprendre le Grec , ce
GALANT. 163
}
qui ſeroit un forr grand malheur
pour elle , & qu'ainſi elle
le prioit de ne ſe pas ſouvenir
qu'ils ſe fuſſent rien promis .
Pluſieurs perſonnes s'employe
rent pourle raccommdement,
mais ils perdirent leur peine..
Elle tint ferme , & ne voulut
point renoüer l'affaire.
Le 25. du mois paffé Mef
fieurs de l'Academic de Villefranche
en Beaujolois , celebrerent
la Feſte des. Louis avec
uu éclat extraordinaire. Ils
avoient choiſi ce jour- là pour
élever le Buſte du Roydans la
Salle de l'Academie , & la ceremonies
fut commencée par
une Meſſe folemnelle qu'ils al
lerent entendre dans l'Eglife
Collegiale , ou l'on chanta les
Priere publiques pour Sa Majeſté.
Enfuite le Panegyrique
164. MERCURE
du Saint fut prononcé par le
Pere Chaſtelain Deſſertine ,
Jefuite , avec de grands applaudiffemens
d'une aſſemblée fort,
nombreuſe. L'apréſdinée,Meffieurs
lesAcademiciens ſe rendirentaulieu
ordinaire de leur
Conferences , qui eſt la belle
& grande Salle de Monfieur
Beſſie du Peloux , Secretaire
perpetuel de cette Academie ,
qui parmy pluſieurs beaux
talens , a celuy de conduire
ces fortes de Feſtes avec beaucoup
de magnificence. LeBuste
du Roy eſtoit élevé fur un Piedeſtal
attaché à la muraille à
dix pieds de hauteur du parterre
,& cinq du plancher ſous
un riche Dais. Dans les bas
reliefs du Buſte , qui eſt l'ouvrage
du SieurChabry, habile
Sculpteur de Lyon , on avoit
GALANT.
165
écriten lettres d'or les deux
Quadrains que vous allez lire;
la premiere de Monfieur de
Buffy , Directeur de la Compagnie
,& l'autre de Monfieur
l'Abbé Baudry , Academicien.
C'eſt là ce grand Heros , le modelle
des Rois ;
C'eſt luy qui des Cefars efface la
memoire.
Le Cielcede àfesvoeux , les Hom.
mes à ſes Loix ,
LaNatureàfon bras ,&le Temps
àSagloire.
Pour ériger un Trône à la Ma
jestémesme ,
Est-ilun lieu plus haut que ce front
& cesyeux ,
Et pour du monde entier porter le
Diademe,
Peut- on trouver un Chef qui le
meritemieux ?
166 MERCURE
Le Portrait de Mademoiselle
d'Orleans , Baronne de Beaujolois
, éoit élevé de huit pieds
dans la meſme Salle , ſur une
belle & riche toilette de fatin
blanc en broderie d'or. Celuy
de Monfieur l'Archeveſque de
Lion , Protecteur de cette Academie
, eſtoit placé de l'autre
coſté au lieu ordinaire. Sitôt
que Monfieur l'Abbé Baudry
cut ſaluë le Buſte du Roy ,
écrivit cet autre Quadrain .
De concert l'Art & la Nature
Semblent s'eftre épuisez parun effort
égal,
L'un en faisant cette Figar
L'autre anformart l'Original.
Cette Salle futbien toſt remplie
d'une Aſſemblée tres- Illuſtre
, compoſée de quantité de
GALAN Τ. 167
perſonnes diftinguées de l'un
& de l'autre Sexc . Les Academiciens
fortant de leur Bibliotheque
, allerent prendre leurs
places le lon d'une grande
table couverte d'un riche tapis
de Perſe. Monfieur de Buffy,
comme Directeur de l'Acade.
mie , en fit l'ouverture par un
beau Diſcours , dans lequel il
fit voir en peu de mots que
LOUIS LE GRAND remplifſant
toute la terre du bruitde
fes merveilleuſes actions & de
l'éclat de ſon nom , faiſoit l'occupationcontinuelle
des Aca
dimiciens , dont l'eſprit s'étoit
ſouvent trouvé accablé de ſes
idées , le ſujet en eſtant fi relevé
, que leur penetration ne le
pouvoitſuivre. Ilajoûta qu'ils
alloient reprendre de nouvelles
forces à l'exemple de la Sta
468 MERCVRE
tuë de Memnon , qui ne ren
doit jamais un plus agreable
fon , que lors qu'elle eſtoit frap
pée des rayons du Soleil ;
qu'ainſi l'Academie , honorée
de la venë du Buſte du Roy,
que la France regardoit comme
fon Soleil , verroit répandre
ſes rayons ſur tous ſes
Membres , pour les animer à
rendre des fons dignes de la
gloire de leur incomparable
Heros ,& que pour cela , la
Compagnie avoit prié Monfieur
l'Abbé Baudry , & Monfieur
de Montofan de donner
des preuves de leur ardeur &
de leur zele refpectueux pour
ce grand Monarque. Alors
Monfieur de Montofan com ..
mença à parler de fes grandes
qualitez , & fit un Difcours
rémply d'éloquence qui dura
une
GALANT. 169
une demy- heure. Il y fit entrer
léloge de Mademoiselle d'Orleans
,& le toucha d'une maniere
fort délicate . Ce fut le
ſujet que prit il y a trois ans
Monfieur de la Barmondiere,
l'un des Academicions , pour
un diſcours de demy heure
qu'il prononça le jour de S.
Loüis dans la mefme Salle ,
dont il s'aquitta , comme en
toutes occafions , avec une approbation
generale. Monfieur
l'Abé Baudry fit part à la Com
pagnie d'une Ode de deux cens
quarante Vers , qui fut extré
mement applaudie , en forte
qu'il receurent l'un & l'autre
toutes les loüanges qui leur
eſtoient deuës. Aprés cela on
leut les ouvrages qui au fugement
de l'Academie avoient
Sept. 1688 .
H
170
MERCURE
merité les prix qu'elle avoit
propoſez de deux belles Medailles
d'or du Roy à ceux qui
réüſſitoient le mieux dans l'Eloquence
& dans la Poësie, ſur
les ſujets que je vous marguay
dans ma Lettre du mois d'Avril
. Le premier fut remporté
par Monfieur de Livoniere
Pocquier , de l'Academie Royale
d'Angers , & l'autre par
Monfieur Magnin , de l'Academie
Royale d'Arles , &
ancien Conſeiller à Macon.
,
La Theſe dédiée au Roy , &
ſoûtenuë le ro. du mois paſſé,
au Grand Convent des Cordeliers
de Paris a fait trop de bruit
dans le monde , & a eſté trop
applaudie des Savans , pour ne
vous en point parler. Afin que
GALANT.
171
vous puiſſiez prendre une idée
parfaite de cette Action , vous
remarquerez , Madame , que
les Religieux de chaque Nation
de l'Ordre de S. François,
ayant accoutumé dans leurs
Chapitres generaux de ſoûtenir
une Theſe à la gloire de
leurs Souverains,le Pere Claude
Fraſſeu , Docteur de Paris,
ancien Profeſſeur en Theologie
, & Definiteur general de
l'Ordre , affez connu par les
Livres qu'il a donnez au Public
fur la Philoſophie , la
Theologie , & les curieuſes
recherches de ce qu'il y a de
plus miſterieux dans la Bible
, eut ordre du Pere General
, & l'agrément du
Roy , pour preſider à la Theſe
qui devoit eſtre réponduë à
Rome ſous l'auguſte nom de
H 2
172 MERCURE
de
Sa Majeſte , comme il avoit
preſidé à celle qui fut ſoûtenuë
àTolede il y a fix ans , en prefence
& avec l'approbation
prés de deux mille Religieux
qui y estoient aſſemblez de
toutes les parties du monde.
Mais comme la gloire de cette
action dépendoit particulierement
de la diſpoſition de la
Theſe , & de la capacité de
celuy qui devoit la foutenir , il
crut qu'il feroit avantageux à
l'honneur de la France , de la
diſpoſer d'une maniere , que
les Nations Etrangeres qui
la liroient ,y puffent apprendre
la methode de traiter les
dogmes de la Foy & les veritez
de la Theologie , dans
un ordredégagé des queſtions
inutiles , du ſtile barbare , &
dela confuſionquel on trouve
GALANT. 173
dans la pluſpart des Anteurs
qui ont traité ces matieres.
C'eſt auſſi ce que l'on peut remarquerdans
cette excellente
Theſe. Comme elle a pour
titre ces paroles du Cantique,
Quis paffitur inter lilia ? on y
voit d'abordl'éloge des Lys de
laFrance , & le bonheur qu'ils
ont de naiſtre ſous les auſpices
& ſous la protection de Loürs
LE GRAND , qui les a heureufement
dégagez des épines de
l'Hereſie, qui terniſſoit en partie
l'éclat de leur blancheur,&
diminuoit beaucoup l'odeur
qu'ils répandent dans toute la
terre. Cela eſt expliqué dans
la vignette gravée delicate .
ment , qui repreſente le Sauveurdu
monde au milieu d'un
champ ſemé de Lys , diſant à
fesApoſtres ces paroles de l'EH3
174 MERCURE
vangile , Confiderate lilia quomo.
do crefcunt . On y voit auſſi la
figure de S. Michel, Protecteur
de la France , qui tient l'hydre
de l'Hereſie abatuë ſous
ſes pieds. On déclare enſuite
l'excellence de laTheologie en
general , faiſant voir les trois
ſources d'où s'écoulent toutes
ſes veritez , qui font la Sainte
Ecriture , la Tradition , & les
ſentimens des ſaints Docteurs
de l'Eglise , qui l'ont défenduë
dans tous les Siecles , avec la
critique fur leurs ouvrages.
Toutes les difficultez qui ſe
peuvent rencontrer dans la
Theologiedogmatique , hiſtorique
, & morale y ſont enſuite
propoſées & refoluës avec une
netteté&une érudition merveilleuſe,
ce qui a fait dire anx
plus éclairez dans ces matieGALANT.
175
res , que cette Theſe eſt une
Encyclopediede ce qu'il y a de
plus beau & de plus ſçavant
dans tous les Livres ſacrez &
prophanes , qui ont traité de
noſtre Religion . Ce qu'il y a
de plus remarquable , c'eſt que
ces ſujets y font touchez avec
tantde circonſpection , qu'elle
a eſté examinée par le Sindic
de la Faculté de la Theologie
de Paris , & par le Maiſtre du
facré Palais à Rome , fans que
ces deux grands hommes fi
éclairez & fi exacts en leurs
fonctions , ayent rien trouvé
à y cenfurer. D'abord qu'elle
parut àRome,elle y fut recherchée
avec ardeur par toutce
qu'il y avoit de gens d'érudition
, qui ſouhaitoient qu'elle
y fuſt ſoutenuë au plutoſt , afin
H 4
176
MERCVRE
d'y profiter des lumieres du
Pere Seraphique Crouzeil ,
Religieux d'une profonde do-
Arine , que le Pere Fraffen
avoit choiſi comme le plus capable
de foûtenir la gloire de la
France dans la Capitale duMōde
Chrêtien,& devant des Religieux
de toutes les Nations
du Monde ; mais des raiſons
importantes ayant fait changer
de fentiment aux Religieux
François qui aſſiſtoient
à Rome au Chapitre General,
Dieu a permis que cette belle
action qui s'y devoit faire
le Mardy de la Pentecoſte ; ait
été reſervée pour Paris ,où l'on
pouvoit mieux juger de fon
excellence . Elle y a auſſi receu,
l'applaudiſſement d'un grand
nombre de Prelats , de gens de
qualité , de Religieux de tous
GALANT. 177
les Ordres , & particulierement
de tout ce qu'il y a de
plusſçavans hommes en cette
Ville , qui furent également
furpris de voir en méme temps
une Piece achevée de l'Eloquence
la plus délicate dans le
Panegyrique du Roy que le
Soutenant y fit , & les fruits
d'une eſtude conſommée ? En
effet, il réponditavec une admirable
facilité àtous les Argumes
qui luy furent propofés
fur ce qu'il y a de plus curieux ,
& de plus difficile à demeſler
dans les Autheurs facrez &
prophanes , & dans la plus fub
tile Theologie.C'eſt ce quituy
a fait meriter tous les Éloges
que fes Auditearsluy ont donnez
en publiant,que ſon action
eſtoit une des plus éclarantes
&des plus belles qu'on ait fai
H
178
MERCVRE
tes depuis un Siecle. Le Roy a
eu auſſi la bonté de luy en marquer
ſon agrément , &de l'afſeurer
de ſa protection Royale .
Sa Majesté ayant donné ordre
à Monfieur l'Archeveſque de
Paris de tenir ſa place durant
la Theſe, ce Prelat y aſſiſta avec
quantité de Perſonnes d'un
ragdiſtingué .On croyoit avoir
pleinement fatisfaitaux defirs
du public par le grand nombre
de Copies de cette Theſe qui
ont eſté diſtribuées icy , & à
Rome ; mais comme elle eſt
encore demandée par pluſieurs
Perſonnes,tant de la Ville , que
des Provinces ,le ſieur Bonard
Graveur en taille douce , l'a
fait imprimer de nouveau afin
dela diſtribuer à ceux qui voudront
l'avoir , ildemeure ruë
Saint Jacques. !
GALANT.
179
د
Les . de ce mois , jour de la
Naiſſance da Roy , le Pere
Alexis du Buc , Superieur des
Theatins fit chanter une
Meſſe folemnelle dans leur
Eglife , en action de graces du
precieux don qu'il a pleu àt
Dieu de faire ce jour- là à la
France. Le ſoir il y eut un Salut
, precedé d'un Eloge de
S.M. que ce meſme Pere prononça.
Il fit voirdans ceGrand
Prince une ame non ſeulement
Royale , mais encore Sacerdotale
, puifque les foins qu'il
prend tous les jours ne ſe bornent
pas à l'aggrandiſſement.
de fon Empire,& à la tranquili
té de ſesPeuples , mais qu'un
zele plein de pieté le fait s'occuper
ſans ceſſe de ce qui re.
garde le culte de Dieu , en forte
qu'il eſt venu à bout d'a
H6
180 MERCURE
neantir la fauffe Religion qui
s'étoit repandë depuis fi longtemps
dans ſes Etats , & qu'il
y a fait triompher la verité
avec tant de gloire. Il finit en
exhortant tous ſes Auditeurs
à demander à Dieu la confervation
d'une ſanté dont dépend
tout le bonheur des François.
&qui fert de fondement à nos
plus ſolides eſperances .
Le Samedy 28.du paffé,Monfieur
l'Abbé de Louvois qui
dans un âge fort peu avancé
a déja donné tant de fujets de
parler de luy avec éloge , fit
connoiſtre les heureux progrés
qu'il fait dans les belles Lettres
en repondant avec une vivacité
& une prefence d'eſprit
admirable à toutes les que
Aions de Chronologie,deGeographie
, de Fable , d'Histoire
"GALANT. 18г
&de Critique, qui luy furene
faites fur Virgile. Il ſe trouva
un nombre infiny de perſonnes
diftingué & de Sçavans
à l'Hostel de Louvois; qui furent
témoins de cet exercice ,
&ne purent fe laſſer dedonner
des loüanges à ce jeune Abbé
fur la nouvelle gloire que ceste
action luy fit remporter.
LeRoy a donné à Monfieur
le Marquis de Villars , Fils de
Monfieur le Marquis de Villars
; qui s'eſt diſtingué en
pluſieurs Ambaſſades dans les
premieres Cours de l'Europe,
l'agrément pour la Charge de
Commiſſaire general de la
Cavalerie legere , & a mis fon
Regiment au nombre de
vieux Corps,ſous le nomd'An .
jou ; Monfieur le Marquis de
Blancheforta eſté pourveu de
182 MERCURE
ce Regiment. Ils ont l'un &
l'autre vefcu juſqu'icy d'une
maniere qui donne fujet de
croire qu'ils ſerviront le Roy
avecbeaucoup de zele, de fidelité
,& de courage. Monfieur
le Marquis de Blanchefort eſt
Fils de feu Monfieurle Maréchal
de Crequi , & comme il eſt
formé d'un ſang tout genereux
, il n'y a point à douter
qu'il ne marche fur les traces
d'un fillustre Pere,& qu'ayans
toute la fageſſe qu'on peut fouhaiter
dans un homme de fon
âge , il ne ſe diſtigue beaucoup
dans lemonde .
L'eſprit de Monfieurle Marquisde
Villars eſt connu il ya
longtemps. Il a eſté envoyé
àla Cour de l'Empereur , pour
faire des complimens de condoleance
ſur la mort de l'Im-.
GALANT. 183
peratrice. Son courage luy fit
demander permiſſion de faire
quelques Campagnes enHongrie.
ll l'obtint, il s'y diftingua,
&la valeur& ſa vigilance le firent
choiſir par Monfieur l'Electeurde
Baviere pour l'un de
ſes Aides de Camp. Son trop
de merite cauſa ſon retour en
France , mais comme les Perfonnes
de distinction y font .
toujours eſtimées , & que le
Roy ne laiſſe point fans de
grands Emplois ceux qui les
meritent, il vient d'eſtre élevé
à la Charge de Commiſſaire
general de la Cavalerie legere,
aprés avoir receu d'autres graces
de Sa Majesté , qui luy ont
donné moyen de parvenir à
ce poſte.
Ie vous ay déja marquéque
Monfieur de Livoniere Poc184
MERCURE
quet , Confeiller au Prefidial
d'Angers , & l'un des trente
Academiciens de la mêmeVil-/
le , avoit remporté un des prix
que Meſſieurs de l'Academie
Royale de Villefranche
diftribuerent le 25. du mois
paſſfé . On me donne preſentement
une Copie de la Lettre
qu'il leur a écrite , aprés avoir
fceu qu'ils luy avoient adjugé
ce prix. En voicy les termes..
MESSIEURS,
C'estoit une chosefiglorieusede
remporter le prix dans les Jeux
Olimpiens, que Ciceron dit en quel
que endroit , que cet honneur n'é
toit pas moins estimé chez les Grecs
que celuy du Triomphe à Rome.
Cependant la recompense du Vainqueur
n'estoit qu'une fimple bran
GALANT.
185
che d'Olivier ; c'estoit une populace
ignorante qui estoit juge de lavi
Etoire , & l'on ni disputoit que de
la force , ou de l'adreſſe du corps .
L'honneur que vous m'avez fait,
Messieurs , en m'aiugeant unde vos
Prix ,farpaſſe d'autant plus ecluy
de ces anciens Vainqueurs , que l'or
eft plus precieux que le bois , que les
exercices de l'espritfont audeſſus
de ceux du corps , & qu'il estplus
glorieux d'estre couronné par le
jugement de perſonnes choifies , &
d'un merite tres - distingué , que par
le fuffrage de la multitude. Ainsi,
Mesficurs , trouvez bon , que fans
examiner ſi je dois cet avantage à
lafoibleſſe de mes Competiteurs ,on
àmes propres forces , je m'abandonne
au transport de la joye que
ie reffens . Mais si la gloire , dont
vous me comblez est extréme , ersi
ien connois toute lexcellence ,ie
186 MERCURE
puis vous affurer , Meſſieurs , que
ma reconnoiffance eft encore plus.
grande. lefuis li penetré des vifs
Sentimens quelle m'inspire , que
dans la crainte où je suis , de ne
pouvoirtrouver des termes quiy répondent
, & de l'afforblir par l'expreffion
, je demeure dans le filence
& me contente de vous protester ,
Messi urs , que pendant toute ma
vie mon occupationfera dechercher
les occafions dem'acquiter des obli
gations que je vous ay. Heureux ,
fi ie pouvois quelque iour devenir
affez eloquent , pour contribuer
quelque chose àla gloire de vostre
Illustre Compagnie ; ou perfuader
dumoins par mes ſervices chacun
devous en particulier , que iefuis,
comme ic le dois avec toute forte
d'estime & de veneration ,
MESSIEURS ,
Vostre tres , &c.
GALANT.
187
En vous parlant de l'Academie
Royale d'Angers , je ne
dois pas oublier à vous apprendre
, qu'elle propoſe deux
Prix ; l'un pour celuy qui réüffira
le mieux dans la compoſition
d'un Diſcours François,
dont le ſujet ſera ; l'Application
du Rty à se faire informer des be-
Joins defes Peuples, & ày pourvoir;
l'autre pour la Poëfie Françoiſe
dont le ſujet ſera ; La jonction
des deux Mers. Ces deux Prix
qui ſont deux Médailles d'or
donnée par Monfieur deBeaumont
d'Autichamp , Lieutenant
de Roy au Gouvernement
des Ville & Chaſteau
d'Angers , l'un des trente Academiciens
, feront diſtribuez
dans l'Academie le 14.May de
l'année prochaine 1689. Le
Diſcours ne ſera au plus que
188 MERCURE
d'une demy heure de lecture.
Les Vers n'excederont point le
pombre de cent. Onlaiſſe aux
Auteurs le choix de la meſure
des Vers.lls marqueront leurs
pieces par une Deviſe ſans y
mettre de nom,& elles finiront
par une Priere pour le Roy.
Toutes perſonnes feront receuës
à pretendre à ces Prix ,
à la reſerve des trente Academiciens
, qui en feront les Juges.
Les pieces ſeront affranchies
de port , & miſes dans le
dernier de Mars de l'année
prochaine entre les mains de
Monfieur Goureau , ancien
Conſeiller au Prefidial d'Angers,
l'un des deux Secretaires
de l'Academie demeurant dans
la même Ville ;il en donnera
fon receu à ceux qui le fouhaiteront;
on n'en recevraplus
GALANT . 189
aprés le dernier de Mars paffé.
Comme il y a beaucoup de
Sçavans dans voſtre Province,
il y auſſi des gens de Negoce,
&je croy, Madame , que vous
leur ferez plaifir de les avertir
que Monfieur Savary vient de
donner au Publicun Livre qui
leur ſera d'une grande utilité.
Ila pour titre , Pareres , ou Avis
&Conseils fur lesplus importantes
matieres du Commerce . Il contient
la reſolution des queſtions
les plus difficiles ſur les
Banqueroutes & Faillites ; des
Lettres & Billets de change ;
des ordres fans datte , & fans
expreſſion de valeur ; des Signatures
en blanc , des Novations
des Lettres & Billets
de change; de celles qui font
tirées ou acceptées par des
Femmes en puiſſance de Mary ;
190 MERCVRE
de minorité des Tireurs ; des
differentes Societez ; de la
competence des Juges-Confuls,
& pluſieurs autres queſtions
touchant le fait du Commerce.
C'eſt une ſuite du Parfait Negociant
, que l'Auteur fit imprimer
en 1675. & qui fut fi bien
receu non ſeulement en France,
mais encore dans les Pays
Etrangers , que dés l'année ſuivante
on en imprima àGeneve
une Traduction en Allemand .
La premiere édition ayant eſté
fort promptement debitée , Mr
Savary augmenta confiderablement
la ſeconde , particulierement
de pluſieurs Pareres ou
Avis qu'il avoit donnez ſur diverſes
queſtions de Negoce ,
touchant lesquelles il avoit eſté
confulté , & cet Ouvrage fut
traduit en Italien , en HollanGALANT.
191
dois & en Anglois . Il y a grande
apparence que celuy- cy n'aura
pas un moindre ſuccés. Si le
premier a étably des maximes
& des regles à un Negociant
pour ſe conduire dans ſon commerce
( ce font les termes dont
ſe ſert Monfieur Severt , Avocat
au Parlement , dans le témoignage
qu'il rend de ce Livre
) l'autre luy enſeignera la
maniere de les mettre en pratique
, & les exemples qu'il y
trouvera feront également profitables
aux Marchands pour ſe
diriger , & aux Juges Confuls
pour ſe déterminer dans les
queſtions differentes qui ſe
preſentent. Les Conſultations
de l'auteur font appuyées de
ſolides raiſons , & les arreſts
& les lugemens qui les ont ſuivies
marquent l'eſtime que
1
192
MERCURE
l'on en doit faire .Le mot Farere
eſt Italien , & comme ur Negociantcommence
à répondre
à la demande qui luy eſt faite
par , Mi pare , il me semble , la
pratique du Negociant , principalement
pour les Lettres de
change , nous eſtant venuë
d'Italie , l'on a conſervé prefque
par toutes les Villes du
Royaume l'uſage des Pareres,
qui font les avis des Negocians
qui tiennent lieu d'actes
denotorieté lors qu'on les donne
de l'autorité du Conſervateur
, ou bien d'une Conſultation
particuliere pour apuyer
ledroitde celuyqui confulte .
Quant à vous Madame , je
nedoute point que vous ne lifiez
avec beaucoup de plaifir
le Livre nouveau que le Sieur
Barbin vient de mettre en
vente
GALANT.
193
vente ſous le titre deHistoirede
la Monarchie Françoise . Il eſt de
Mr de Riencourt , Correcteur
des Comtes ,& contient toutes
les merveilles du Regne
du Roy. le vous dis par ce ſeul
mot tout ce qui peut eſtre dit
d'avantageux pour un 'Livre.
L'ouvrage dont je vous parle
eſt divisé en deux volumes .
On trouve dans le premier
tout ce qui s'eſt paſſé de plus
remarquable depuis la mort
du feu Roy , qui arriva le 14.
May 1643. juſqu'en 1654. Et
le ſecond renferme tout ce qui
s'eſt fait depuis l'année 1654 .
juſqu'en 1688 .
Je vous envoye le reversd'une
Medaille , dont le Portrait
duRoy fait la face droite.Vous
ſçavez qu'il eſt a toutes les
Medailles qui regardent l'Hi-
Sept. 1688 . I
194
MERCVRE
ſtoire de ce Monarque. le vous
l'ay deja envoyé cing ou fix
fois , lors que j'ay fait graver
des Medailles qui avoient rapport
à ſes actions , & je n'ay
ceffé de le faire qu'à cauſe que
ce ſeroit vous envoyer toujours
le meſme Portrait, cequi
ſeroit inutile , puis que ce Portrait
ne change pas comme
les revers. le croy vous avoir
marqué dans quelque autre
Lettre, que j'en uſerois de cette
forte , & je ne vous le repete
aujourd'huy que parce que
pluſieurs perſonnes, qui apparemment
ne les ont pas veuës
toutes , demandent pourquoy
je ne fais graver que les revers
de pluſieurs Medailles qu'ils y
trouvent. Il y a autour de celuyque
vous voyez , Ornatâ&
ampliatâ urbe. On y remarque
GALANT.
195
les portes de S. Denis & de S.
Martin , qui ſont des Chefd'oeuvres
d'Architecture & de
Sculpture ,& qui ſurpaſſentde
beaucoup celles de l'ancienne
Rome, ſi nous en croyons ceux
qui en ont écrit , & ce qui en
eft reſté . Ce que l'on voit dans
le reſte de ce revers marquela
Ville de Paris , & l'abondance
qu'on en voit inſeparable par
les ſoins du Roy , ſous le regne
duquel elle a receu de nou-
-veaux ornemens ayant eſté
conſiderablement augmentée ,
àquoy ce grand Prince a beaucoup
contribué.
-Nous venons de voir un
nouvel effet de ces meſmes
ſoins , qui font que la France
eſt dans une profperité ſi en-
-ticre. Non ſeulement elle a
tout ce qui peut eſtre neceſſai-
12
196 MERCURE
:
re pour la vie , mais bien loin
d'eſtre obligée de rien emprunter
de ſes voiſins , elle eſt
en eſtat de leur fournir de
quoy vivre , & particulierement
des bleds , dont on manque
preſque toûjours dans la
plus grande partie de l'Europe.
Comme Sa Majesté penſe à
tout , Elle a voulu que ſes Sujets
profitaſſent de cette heureuſe
abondance , & s'eſtant
fait repreſenter l'Arreſt rendu
en ſonConſeil le 15.Iuin dernier
, par lequel Elle a permis
àtous ſes Sujets des Provinces
de Normandie, Picardie, Soifſonnois
, Champagne , Bourgogne
; Berry , Bourbonnois ,
Orleans , Touraine , Anjou ,
Poitou ,Xaintonge,Pays d'Aunis
, Auvergne , & Languedoc
,de vendre & faire fortir
GALANT. 197
par les bureaux établis aux extremitez
de ces Provinces ,
leurs bleds, Fromens , Meteils,
& autres grains , pour eſtre
portez en tels Royaumes,Etats
& Provinces qu'ils aviſeront
bon eſtre , ſans payer aucuns
droits de fortie juſques au premier
du mois d'Octobre prochain
ſur ce quiluy a eſté rapporté
que la derniere recolte a
eſté très abondante , & qu'il
reſte encore quantitéde grains
de celle de l'année 1687. le
Roypar Arreſt de ſon Conſeil
d'Estat tenu à Versaillesle 31 .
du mois paſſfé , a permis &
permet à tous ſes Sujets des
meſmes Provinces , de continuer
à faire fortir leurs Bleds ,
Fromens , Metcils , & autres
grains , ſans qu'on les puiſſe
obliger à payer aucun droits ,
I3
198 MERCURE
& Sa Majesté donne moyen
par là à tous ceux qui s'en
trouveront chargez , de s'en
défaire à leur avantage . Cette
permiſſion eſt renouvellée
pour fix mois ; c'eſt à dire ,
depuis le premierdu mois prochain
juſqu'au premier d'Avril-
1689. avec ordre aux Fermiers
des Fermes unies de Sa
Majefté , & à leurs Commis
de délivrer tous Congez &
Paffeports neceſſaires fans en
exiger aucune choſe , à peine
d'eſtre contraints à la reſtitution
de ce qu'ils auroient reczu.
"2
Le 9. de ce mois, Monfeigneur
le Dauphin accompagné
de pluſieurs Seigneurs ,
alla prendre le divertiſſement
OTHEQUE
a Chaſſe
aAnet
. Il y
ademouré
4. jours entiers , pen me
ON
E
GALAN T. 199
dant leſquels il a eſtédeux
tirer , & deux fois à la
FORSTHEQUE
ChaLYON
P
du Loup . La Comedie eſtoid
plaifir du foir. Elle aeſte repre
ſentée chaque jour devant ce
Prince , qui fut logé dans un
Appartementd'une tres- grande
magnificence , & où l'on
peut dire qu'il ne manquoit
rien, ſoit pour la peinture, foit
pourladorure . La beauté des
meubles répondoit parfaitement
à ces ornemens. Monfieur
le Duc de Vandoſme a
fait accommoder cet Appartement
exprés , pour recevoir
Monſeigneur toutes les fois
qu'il voudra venir chaffer à
Anet, qui eſt un lieu fort commode
, & fort agreable pour
prendre ce divertiſſement .
Dame Jeanne - Catherine-
Henriete d'Orleans de Rothe-
1 4
200 MERCURE
$
eſt morte depuis peu de temps .
Elle avoit épousé en premieres
Noces Mr le Marquis de Bethune,
Guidon des Gendarmes
du Roy , dont la Maiſon eſt
affez connuë par les divers
Officiers qu'elle a donnez à la
Couronne, & enſecondes, meffire
Claude - François Bourdin,
Marquis d'Aſſy , Seigneur de
Santor , Meffieres , Egremont ,
le Fort- Marot , & c . premier
Capitaine au Regiment de
Vermandois . De la Maiſon des
Marquis d'Affy , du nom de
Bourdin , qui porte d'azur à
trois teftes de Daim d'or , deux en
chef, une en pointe , font les
Marquis de Villaines , Gouverneurs
de Vitry le- François .
Entre les Perſonnes confiderables
de cette Famille , il y a eu
Jacques Bourdin , Secretaire
GALANT. 201
d'Estat ſous Henry II . François
II. & Charles IX. qui
époufa Marie Bochetel , Fille
de Guillaume , Secretaire d'Eſtat
, & de Marie de Morvillier
, Soeur de Jean , Eveſque
d'Orleans , Garde des Sceaux
de France. Il mouruten 1567 .
Il y a eu encore Gilles Bourdin
, qui fut choiſi entre un
tres- grand nombre de celebres
Avocats qui fleuriſſoient de
fon temps , pour remplir la
Charge de Procureur General
au Parlement de Paris . Il l'exerça
fort long temps avec
grande réputation d'une profonde
doctrine & d'une vertu
finguliere , & mourut d'apoplexie
en 1170. âgé ſeulement
de cinquante- trois ans. Les
Bourdin font alliez aux Brinon
, Bochetel , Faier , Cauz
LS
202 MERCURE
chon -d'Anglure , le Fevre-de-
Guibermenil , Fuſée , Gilbertde-
Voiſins , & Hurault.Madame
la Marquiſe d'Aſſy , dont
je vous apprens la mort, eſtoit
de la Maiſon des Marquis
d'Orleans - de- Rothelin , Barons
de Varenguebec , Comtes
de Neaufle & Hugueville,
defcendus de celle d'Orleansde-
Longueville , dont eſtoit
Leonor d'Orleans , Marquis de
Rothelin , Lieutenant general
de l'Artillerie de France , mort
au Siege de la Rochelle en
1628.
Cette mort a eſté ſuivie de
celle de Meſſire FrançoisRené
du Bec- Creſpin - Grimaldi ,
Marquis de Vardes & de la
Boffe , Comte de Moret , Seigneur
de Montmorin , Chevalier
des Ordres du Roys
GALANT.
203
Lieutenant general de ſes Armées
, Gouverneur d'Aiguemortes
, cy- devant Capitaine
des cent Suiſſes de la Garde du
Roy , arrivée le 3. de ce mois.
C'eſtoit un homme tres -bien
fait , & qui avoit infiniment
de l'efprit . Il avoit épouséDame
Catherine Nicolaï , Fille
d'Antoine Nicolai , premier
Prefident en la Chambre des
Comptes, & de Marie Amelot,
De ce Mariage eſt venuë une
Fille unique , Marie-Elifabeth
du Bec Creſpin - Grimaldi
Femme de Loüis de Rohan-
Chabot, Duc de Rohan , Pair
de France , Vicomte de Leon ,
Comte de Porhouët , Marquis
de Blain , de Montlieu , & de
S.Aulaye,dont eſt ſorty Loüis
deB. ctagne de Rohan- Chabot.
Prince de Leon .Le Bec est une
2
I. 6
204 MERCURE
ancienne Baronnie de Normandie
, dans le Pays deCaux.
Il ya auſſi une Abbaye de ce
nom , qui fut fondée en 1077 .
par Helvin , l'un des Fils de
Creſpin , dit Anſgotus.Ontient
quela Maiſon du BecCreſpin ,
Marquis de Vardes , Seigneurs
Baron du Bec - Creſpin , Dangu
, Eſtrepagny & Varangebec
, d'où ſont ſortis beaucoup
degrands Perſonnages qui ont
ſignaléleur zele au ſervice de
nos Rois,& qui ontétéConnêtables
hereditaires de Normandie,
tire ſon originede cet Anfgot,
Fils puiſné de Grimaldus ,
Prince Souverain de Monaco,
&deCreſpine , Fille de Raoul,
premier Duc de Normandie.
L'Aifné s'appelloit Guy Grimaldi
, & c'eſt de luy que font
deſcendus les Princes Souve
GALANT. 203
rains de Monaco juſqu'à Honoré
Grimaldi II.du nom,Prince
deMonaco,Duc de Valentinois
, Pair de France , Chevalier
des Ordres du Roy , qui
chaſſa les Eſpagnols de ſon
Eſtat pour ſe mettre ſous la protection
du feu Roy.CetHonoréGrimaldi
eut de la Princeſſe
Hippolite Trivulſe , Hercule
Grimaldi ,Prince de Monaco,
qui de la Princeſſe Aurelia
Spinola , a eu Loüis Grimaldi ,
Filleul du Roy né en 1642. &
qui eſt aujourd'huy Prince de
Monaco ,Duc de Valentinois
Marquis de Baих& Comte de
Carlades. Il a épouséCharlote-
Catherine de Gramoni , morte
en 1678. & il en a cu
Antoine de Grimaldi Duc
de Valentinois , Colonel du
6
206 MERCVRE
du Regiment de Soiffonnois ,
Monfieur le Chevalier de Monaco
, Mademoiselle de Monaco
, appellée Marie - Charlote
Grimaldi ,& une Fille Religieufe
.. Grimaldi porte fusée d'argent
& de gueules .
Pour ce qui est d'Anſgoth
Grimaldi , puiſné deGuy Gri.
maldi , il s'établit en Normandie
, & c'eſt de luy qu'on tient ,
comme jel'ay déja dir , que la
Maiſon du Bec Creſpin eſt venuë
.Jean du Bec, Sieur de Bouvry
, épouſa en 1441. Marguerite
de Roncheroles , Dame de
Vardes , & laiſſa Charles du
Bec I. du nom , Chevalier de
S. Michel , & Vice Amiral de
France , marié avec Madeleine
de Beauvillier Saint Aignan ,
dont il eut trois Fils , Charles
II ..Baron de Bouvry, thilipes,
GALANT.
207
fucceſſivement Evefque de
Vannes & de Nantes, puis Archeveſque
de Reims , & Pierre,
Sieurde Vardes. Ce dernier
fut Pere de René I. Marquis
de Vardes , qu'on fitChevalier
des Ordres du Roy en
1619. & qui épouſa Helene
d'O, Fille de Charles , Sieur de
Franconville . De ce mariage
vineRéné du Bec II. dunom
Marquis de Vardes , Gouver
neur de la Chapelle ,& Che
valier d'honneur de Madame
la Ducheſſe d Orleans . René
II. épouſa laqueline de Bueil..
Comteſſe de Moret , de l'ancienne
Maiſon de Bueil-Sancerre,
ſi renommée en l'Hiſtoi
re ,& il en eut Monfieur le
Marquisde Vardes qui vient
de mourir, & Antoine, Comte
deMoret , Lieutenant general
208 MERCURE
des Armées du Roy; qui futtué
d'un coup de Canon en 1658 ..
au Siege de Gravelines.
La mort de Monfieur de
Vardes ayant fait vaquer le
Gouvernementd'Aigues-morte
en Languedoc , le Roy en a
pourveû Monfieur le Marquis
d'Aubigné . Vous vous eſtes
plainte pluſieurs fois que je
vous ay parlé de la pluſpart des
plus illuſtres Maiſons du Royaume
, & que je ne vous ay
encore rien dit de celle d'Aubigné.
Il eſt juſte qu'elle ait
fon tour , & que je vous
en parle à fond , comme j'ay
fait de quantité d'autres beaucoup
moins confiderables..
La difference que vous y
trouverez , c'eſt qu'on me
furprend quelquefois , &
GALANT.
209
qu'il ſe gliſſe des endroits peu
veritables dans quelques Genealogies
, mais je vous puis
affurer qu'il n'en eſt pas de méme
dans ce que je vous envoye
de la Maiſon d'Aubigné . Je
ne me fuis pas contenté de
donner tousmes foins à la recherche
de la verité ; j'ay voulu
confulter fur cet article ceux
qu'une longue experience a
misen droit de decider ſur ces
fortes de matieres. le n'ay demandé
que ce qu'ils peuvent
justifier par des titres inconteſtables
, & qui ne laiſſent
aucun moyen de douter de
ce que je vais vous dire. Aprés
que les Ducs,les Comtes ,& les
autres Grands de France afſemblez
à Noyon au mois de
May de l'an 987. eurent élevéHugues
Capet ſur le Trô
210 MERCURE
ne , & qu'ayant efté faits Souverains
des Provinces , & des
Gouvernemens , qui furent
la recompenſe de leur choix ,
&qu'ils netenoient avant cela
qu'à titre beneficiaire,& à vie,
ilseurent infeodé la pluſpart
des Terres qui relevoient de
leurs Jurisdictions , pour attacher
à leurs intereſts tous les
vaillans Hommes , dont le ſe.
cours eftoit neceffaire à la défenſe
de leurs Etats; tous ceux
qui furent gratifiez de ces
infeodations , eſtant par là devenus
Vaffaux de chacun des .
Princes , dont ils les avoient
requës , commencerent dans
le onzième Siecle à prendre
les noms des Domaines dont
on leur avoit abandonné la
proprieté , à condition de les
tenir en hommage, & moyenGALANT
. 211
nant de certaines redevances ;
& comme les Predeceffeursde
ceux qui portent encore le
nom d'Aubigné , prirent celuy
de cette Terre , dés le temps
quel'inſtitution des Fiefs établit
les Surnoms , & les rendit
enfuite hereditaires aux Familles
Nobles du Royaume ,
les Defcendans de cette Maifon
peuvent ſe vanter d'avoir
la meſme ancienneté que les
autres Maiſons les plus confiderables
de la Province d'Anjou
, où la Seigneried'Aubigné
eſt ſituée. Les Titres qui ſe
font confervez juſqu'a prefent,
font une preuve certaine
de la verité de cette origine ;
ils font connoiſtre que Geofroy
d'Aubigné poſſedoit cette
Terre en Sirerie l'an 1160. &
la qualité de Chevalier qu'il
212- MERCVRE
avoit acquiſe dans les occaſions
où il s'eſtoit fignalé , luy
eſtant donnée par les meſmes
cieres ,c'eſt untémoignagequ'il
avoit merité un honneur , qui
eſtoit autrefois la reconnoifſance
la plus glorieuſe des
actions de valeur que l'on
avoit faites à la Guerre. Jean ,
Sire d'Aubigné , marchant fur
les traces de ſon Pere , parvint
au meſme degré de Chevalier.
Un acte de l'an 1201. marque
qu'il en avoit alors le titre , &
les autres Seigneurs d'Aubigné
le rechercherent tellementpendant
un Siecle , qu'-
Olivier , Sire d'Aubigné , l'an
1255. Aimery , Sire d'Aubigné
l'an 1273. Guillaume
d'Aubigné , fon Fils , qui fut
marié la mesme année avec
Aliénore de Coëme , & Sava
,
GALANT.
213
fortirent
ry , Sire d'Aubigné , l'an 1329 .
en furent recompensez fucceffivement
; par les ſervices militaires
qu'ils avoient rendu .
Du mariage de ce Savary d'Aubigné
avec Honneur de la
Haye - Paſſavant
Olivier , Sire d'Aubigné , dont
la poſterité s'éteignit il y a 200.
ans ,& Pierre d'Aubigné , Seigneur
de la Touche d'Aubigné,
qui l'eut pour ſon partage,
& qui vivoit l'an 1341. Guion
d'Aubigné , Seigneur de la
Touche l'an 1374. ayant
épousé Jeanne de l'Epine, heritiere
de la Seigneurie de la
Jouffeliniere , Thibaud d'Aubigné
, ſon Petit fils , qui eſtoit
marié l'an 444. avec Jeanne ,
Dame de la Parniere, laiſſa
pluſieurs enfans , qui formerent
les branches des Seigneurs
214
MERCURE
de la Jouſſeliniere , de la Touche-
d'Aubiné , de la Rocheferiere
, du Boiſmoſé , de Montopin
, & de Brio. Celles des
Seigneurs de la Jouſſeliniere ,
depuis Barons de Sainte-Gemme,
finit l'an 1672. Loüis d'Aubigné
, Seigneur de la Touche
& du Ménil d'Aubigné , &
Baron de Tigni,eſt maintenant
le chef du nom& des Armes
de cette Maiſon par l'extinction
dela branche de Sainte-
Gemme & il eſt le Frere de
Claude- Maur d'Aubigné ,
Abbé de Poutieres en Champagne.
Loüis d'Aubigné , Seigneur
de la Rocheferriere ,
Cadet des Seigneurs de la
Touche-d'Aubigné eft Chef
de la ſeconde branche , & Pere
de Loüis d'Aubignédela Rocheferriere
, qui fut receuPage
GALANT .
215
du Roy dans la petite Ecurie ,
-au mois de Janvier de l'an
1683. Les Titres énoncez dans
les preuves de ſa Nobleſſe ,
qui ſont dans le Regiſtre de la
petite Ecurie , entre les mains
de Monfieur le Premier , &
qui ont eſté dreſſées par Monfieur
d'Hofier , Genealogiſte
de la Maiſon de Sa Majefté ,
ſuivant l'usage qui s'obſerve
toujours dans la grande & dans
la petite Ecurie , justifient que
ce Gentilhomme compte dix
huit degrez de Filiation conſecutive
depuis luy juſqu'àGeofroy,
Sired Aubigné,le premier
de ſes Anceſtres , qui vivoit
l'an 1160. avantage de naiſſan .
ce confiderable , que les premieres
Races du Royaume ne
fçauroient en fournir un plus
grand nombre. Quantauxau216
MERCVRE
tres branches de cette Maiſon,
celle des Seigneurs de Boifmoſé
, finit l'an 1628. Celle des
Seigneurs de Launay , leurCadets
, a paſſé dans la Maiſon de
S.Ofange; celle des Seigneurs
deMontepin fondit l'an 1563 .
dans les Seigneurs dela Vetouliere
, du ſurnom de le
Roy ; enfin celle des Seigneurs
de Brie a formé celle
des Barons de Surimeau en
Poitou , par le mariage qui
fut accordé le s. de luin de
l'an 1585. entre Susanne de
Léſai -de- Luſignan , Fille &
heritiere d'Ambroiſe de Leſaide-
Luſignan , Baron de Surimeau
, & de Renée de Vivonne
, Dame de Murçai avec
Theodore - Agrippa d'Aubigné
, Seigneur des Landes &
du Chaillou , Ecuyer d'Ecurie
du 1
GALANT.
213
du Roy Henry I V. alors Roy
deNavarre , Gentilhomme ordinaire
de ſa Chambre, Maref
chal de ſes Camps & Armées,
Gouverneur des Iſles & du
Chaſteau de Mailleſais , &
Vice-Amiral de Guienne & de
Bretagne , celebre par l'Hiſtoire
des Guerres de fon
temps , qu'il a écrites comme
une perſonne , qui par l'excellence
de ſon eſprit avoit cu
longtemps, comme il leditluymefme
, beaucoupde part dans
la faveur , & dans la confiance
la plus étroite du Roy Henry
IV. & avoit toûjours donné
de grandes preuves de la fermeté
de ſon courage dans toutes
les perilleuſes entrepriſes
qu'il avoit executées pour le
ſervice de ce Prince. Du mariage
de Theodore Agripa
Sept. 1688 .
K
214
MERCURE
d'Aubigné & de Susanne de
Leſai , fortirent entre autres
enfans , Conſtans d'Aubigné,
Barons de Surimeau , Gouver.
neur de Mailleſais l'an 1613.&
marié le 27. de Decembre de
l'an 1617. avecJeanne de Cardillac
, Fille de Pierre de Cardillac
, Seigneur de la Lane ,
Lieutenant au Gouvernement
du Chaſteau Trompette ,ſous
Monfieur d'Epernon , & de
Loüife de Montalambert , &
c'eſt d'eux que font iſſus Charles
, Comte d'Aubigné , &
Françoiſed'Aubigné, ſa Soeur,
Dame de Maintenon .
Le Gouvernement de Cognac
a eſté donné à Monfieur
le Marquis de Tilladet. le ne
vous repete pointce que je
vous ay dit de luy pluſieurs
fois. J'ajouteray ſeulement
GALANT . $ 21
213
que le rangde Lieutenant General
ou je vous appris le dernier
mois que le Roy l'aélevé,
marque les ſervices qu'il a rendus
dans les Armées de Sa
Majesté.)
Vous devez ſçavoir la mort
deMonfieurle Mareſchal Duc
de Vivonne. Ce ſeroit icy le
lieu de vous en parler , mais
comme une perſonne d'eſprit
& de merite , qui le connoifſoit
parfaitement , travaille à
faire un éloge , qui contiendra
quantité de choſes que vous
ferez bien aiſed'apprendre , je
me repoſe ſur cot éloge que
j'auray ſoin de vous envoyer
le mois prochain . Cette mort
ayant fait vaquer la Charge de
General des Galeres , le Roy
l'adonnée à Monfieur le Duc
du Maine. Si la naiſſance de oc
K 2
216 MERCVRE
Prince le rend tres conſiderable
, fon eſprit & ſes manieres
engageantes luy acquierent
l'eſtime & l'admiration de toute
la Cour..
LeGouvernement de Champagne
& de Brie vacant par la
mort de cemeſme Mareſchal , a
eſté donné à Monfieur le Mareſchal
Ducde Luxembourg.
Il eſt connu par ſes grands fervices,
& furtout par ſes Campagnes
de Hollande.
Nous avons auſſi perdu depuis
peu de jours un excellent
Homme que je vois regreté de
beaucoup de gens d'eſprit , &
de pluſieurs Perſonnes de diſtinction
, qui avoient pour luy
beaucoupd'eſtime. C'eſt Monfieur
Bernier, Docteur en Medecine
, fameux Voyageur, &
quia laiſſé dansles Indes OriéGALANT.
217
ralès une reputation qui fait
honneur à la France. Il a eſté
Medecin du Grand'Mogol , &
nous a donné l'Histoire de ce
qui regarde les vaſtes Etats de
ce Prince. Il eſtoit grand Philoſophe
. C'eſt de luy qu'il eſt par--
lé dans la réponſe de Monfieur
Comiers , qui eſt employée
dans cette Lettre .
Celle de Rome nous ont appris
que le Pere Charles Clodiniskt
, General des Clers Reguliers
des Theatins , mourut
le 10.de ce mois dans leurMaifon
de Saint Silvestre , âgé de
76. ans , dont il en avoit paſſé
54. dans la Religion. Il eſtoit
d'une des plus Illuſtres. Maiſon
de Pologne , & s'eſtoit rendu
tres - recommandable par fa
pieté finguliere,& par ſon zele
pour l'obſervance . Son rare
K 3
218 MERCURE
6
merite qui luy avoit attiré fa
bienveillance de fa Sainteté
Pavoit élevé à la Charge de
General de fon Ordre qu'il a
dignement remplie.
- La Feſte de Chantilly a répondu
à tout cequ'on en atten.
doit. Je ne vous en dis rien
dans cette Lettre , parce queje
vous en envoye une ſeconde
qui en contient toutes les particularitez
. J'y ay joint , comme
vous m'avez témoigné le
fouhaiter, une deſcription fort
exacte de toutes les beautez de
cettedelicieuſe Maiſon .
:
La terreur triomphe toû
jours quand on eft affez heureux
pour la pouvoir répandre
chez ſes Ennemis . Elle fert les
Allemans , & ofte le courage
auxTurcs Belgrade vientd'eltre
pris . Con'cuft pas eſté une
GALANT. 219
1.
C
choſe aiſee ſi les Armes ſenles
cuſſent decidé de cette Conqueſte.
Elles ont commencé
& les premieres Victoires des
Imperiaux ont eſté cauſe que
les dernieres leur ont peu coufté.
Quand la diviſion s'eſt miſe
une fois parmy ceux que l'on
attaque , & qu'ils ſe ſont prefque
tous égorgez eux- meſmes,
il eſt facile de triompher du
reſte , affoibly déja par la defolation
& l'épouvante.Ce n'eſt
pas que les Troupes qui ont
forcé Belgrade ne ſe ſoient acquis
beaucoup de gloire, puifque
leur courage a fait avancer
ce qu'ils auroient pû nedevoir
qu'à la terreur & au temps.
Elles ont pris cette Place d'affautapres
un Combat de plus
de cinq heures. Monfieur l'Electeur
de Baviere que le feu
K 4
220 MERCURE
continuel des Ennemisne put
retenir , monta deux fois à la
breche , & recent une legere
bleſſeure à la jouë . Les Imperiaux
ont eu grand nombredes
leurs tuez ou bleſſez . Le Comte
de Scherffemberg , leComte
Emanuel de Fuſtemberg ,
Fils aisné du Comte de Staremberg,&
MonfieurdeGournay
, Ayde de Camp General
font du nombre des premiers.
On a paffé tous les Infidelles au
fil de l'Epée Belgrade ou Albe-
Grecque,appellée par lesHongrois
NandorAlha , eſt ſituée
dans la Contrée dite Rafcie ,
un peu au deſſous du Con-
Auent de la Save & du Danube.
Sa grandeur est confiderable
,&la Colline fur laquelle
eſt cette Place , la rend extrémement
forte , Amurath II.
GALANT. 221
l'affiegea en 1442. & Mahomet
II. en 1456. mais l'un ny l'autre
ne la purentprendre . Soliman
II . l'emporta en 1521. &
depuis ce temps les Turcs en
eſtoient toûjours demeurez
Maiſtres , quelques efforts que
les Chreftiens euſſent faits
pour s'en reſaiſir
La premiere des deux dernieres
Enigmes a eſté expliquée
ſur l'Esperancequi en eftoit
le vray mot , par Meffieurs
Norbert de Beauvais, le Che
valier des trois Ecuffons de la
ruë de Bievre : le Chevalier le
Noir de la Place Maubert , le
Chevalier des Maronniers , le
Directeur du Palais de Bacchus
de la ruë de l'arbre - mort , l'Adorateur
Nocturne de la Belle
Cathos de la Greve : leGrand
Clere des Jeſuites ,l'invincible
ΚΣ
وگ
MERCURE
de la rue du Mail : Lamy fidelle
à l'anagrame bonté cherie , de
Poitiers : l'Amant qui atrouvé
le nom de ſa Maiſtreſſe dans
l'anagramme ton partagemequerit
. Tamiriſte le jeune de la ruë
de la Ceriſaye : les deux gros
Dodus de Belair : la plus Conſtante
Infortunée de la ruë
Grenier Saint Lazare : la belle
Libraire de la ruë de la Harpe :
laCharmante Conductrice de
la bande Jouyeuſe de la ruë de
Clery : la Spirituelle à l'anagramme
Beau merite yregne ,de
Poitiers.
Le vray mot de la ſeconde
qui estoit le Palais de la Bouche,
a eſtétrouvé par Meſſieurs
Raoul de Bordeaux , Bellet de
Sainte Foy :l'Abbé d'Harcourt:
ValentinMachaud , directeur
del'Academie du galant couGALANT.
223
finage & fa charmante couſine:
Claudine de Goelles de Mafcon
: & l'Apprentif-Chaſſeur
de Belair : le Paſſionné de la
Spirituelle,Monfieur Macet:&
l'Amant de l'aimable Vitraife
de Saint Malo , l'aimable Coufine
de la belle brune de la ruë
du Plaſtre : & la plus jolie veu
ve de la rue de Bourbon .
Ceux qui ont trouvé le vray
fens de l'une & de l'autre, font
Meſſieurs Lourdet : Digeon de
la ruë des Blancs Manteaux ::
du Pré-Henry : le plus petit
des Pages du Royde la ruëdes
Deux écus ; le petitChartrain
de la rue des Prouvaires : J. L.
Chefdes Mecontens de la ruë
Hautefeuille : R. R. L'oyſeau
le plus volage de la Foreſt de
Rez : le Tourangeau malgré
luy de la rue Fleurie , proche
K6
224 MERCVRE
les noirs Manteaux de Tours
le Voiſio du gros horloge de
Roüen : le Cherubinde la rue
Coquilliere , & le Seraphin de
la meſme maiſon. Meſdemoifelles
Marie Annedela Courty
Viole , rue Beaubourg : Bourgeois
de la Nocle , fur le Quay
de la Tournelle : la Déeſſe des
Paramirabo : Louiſe Lucie de
Surinam : l'Infortunée Diane
d'Aclean : la grande Brune à l'Anagramme
, Revenez beaux jours
filezde foye : le Berger Tircis ,
à l'Anagramme , Siecle d'amour:
la Blondine Scoeur du plus petit
des Pages du Roy : la Scoeur à la
belle main de Villenauxe : l'Incomparable
Compagnie de
Nefle : l'enjouée Manon de la
rue du Perray: les deux Scoeurs
du Pavillon Royal de la rue S.
Martin ,& leur infeparable
GALANT.
225
coufine : Monfieur L.L. la plus
Solitaire de la ruë S. Chriſtophle
: M.A.G.la plus charmante
voix de la rue S. Nicolas :
J. E. F. l'Indifferente beauté
dela rue Pavée derriere l'Hô
tel de Bourgogne : l'aimable
du Faux-bourg Saint Antoine,
à l'Anagramme , facrifions nes
caurs , & l'Inconfolable.
La premiere des deux Enigmes
nouvellesqueje vous envoye
eſt de Monfieur Digeon
laFontaine des Blancs - Manteaux.
2
ENIGME.
Ay du Pere du jour
beaudes Dieux
jaydu plus
L'éclat quifort de moy , j'en fuis la
vive image .
Monfort semblable au fien fait ...
qu'on m'aime en tous lieux,
226 MERCURE
Tout un Peuple ſeperden meren
dant hommage...
Jefais voir clairement, quoy que je
: Joisfansyeux,
Eft preste de mourir , on me voit davantage
i
Quandje parts d'icy bas ,jemonte
dansles Cieux ,
Et ne laiſſe aprés moy qu'un reste
Sans usage.
Mesmortels Ennemisfontlapluye
&levent..
Et tel qui me voit naiſtre , en peu
d'heuresSouvent
Mevoit auſſimourirparleur cruelle
envie..

C'est un Grand quimefert dans
l'Empire Iberois,..
f'aurois le neztrop long en presence
desRoys ,
:
GALANT. 227
S'ilne tranchoit lefil quifait durer
mavie.
AUTRE ENIGME.
Mon nom
On nom change comme le
temps,
Je parois moins à la Ville qu'aux
Champs.
Ieſuis malfait,ie le confeffe.
Une aisle un pied , fix bras que ie
*
hausse&i'abaiſſe
Aumoindre effort d'un fecours étranger
,
Tous ces membres unis forment mon
corps leger.
Jepaſſe mavertejeuneße
Aubord des eaux,meſmeau milieu
des Bois,
Mais dans mes deux divers emplois
Quelque rustique que je naiſſe ,
Fay l'avantage quelquefois
D'estre audeſſus desplus grand Rois.
228 MERCURE
Ovous , quivivezdans le crime
Mortels , pour vous fauver ducelefte
courroux ,
Is me rends toûjoursfa victime;
Quele Soleil dardesesfeux fur
vous ,
Ou qu'il marque autrement lafu.
reur qui l'anime ,
Jesuis , quoy qu'innocent en butte à
tousfes coups.
Je vous envoye un rondeau
mis en air par un de nos plus
habiles Maiſtres . Vous y trou
verez une maxime fort utile à
fuivre..
Qui veut vivre fans peine
Qu'ilvivesans amour.
Ce tyrannuit & jour
Reduitàlagesne
Sans espoir de retour.
Qui veut vivre fans peine ,
Qu'ilvive fans amour.
GALANT.
229
J'aurois beaucoup à vous
dire des affaires du temps,mais
le Memoire des Raiſons qui
ont obligé le Roy à reprendre
les armes , & qui doivent perfuader
toute laChreſtienté des
finceres intentions de Sa Majeſté
pour l'affermiſſement de
làtranquilité de l'Europe, vous
en fera plus ſçavoir , que je ne
pourrois vous en apprendre .
Cette piece vient d'eſtre renduë
publique auffi bien que la
Lettre du Roy à M. le Cardinal
d'Eſtrées . Je ne laiſſeray pas de
vous dire beaucoup de choſes
fur ces affaires , dans ma Lettre
qui ſervira de ſeconde Partie à
celle du mois prochain , & qui
contiendra non ſeulement tous
ce qu'aura fait Monſeigneur le
Dauphin depuis fon départ ,
mais encore beaucoup de cho230
MERCURE
1
fes qui l'on precedé. Le fuis
Madame , voſtre , &c .
A Paris ce 30. Septembre 1688-
Le Sr Guerout avertit qu'il
commence à debiter pluſieurs
Livres dont on a parlé dans les
Mercures precedens , &dont
des raiſons particulieres ont
faitdifferer la vente. Ces Livres
font,
• Relation univerſelle de l'Afrique
ancienne & moderne en quatre
gros volumes in douze. Cet
Ouvrage eſtde Monfieur de la
Croix ,qui s'eſt ſervy de tout
ce que les Voyageurs François
Portugais , Hollandois & Flamands
ont écrit de conſiderable
fur cette matiere. Daper
luy a fourny auſſi quantité de
chofes , & il en a formé un Livre,
qui contient tout ceque
les autres ont de ſolides & de
GALANT.
230
curieux ,quoy que l'ordre &
le tour en foient differens . Il
l'a enrichy de quatrevingt
figures .
AbregéMethodiquedes principes
Heraldiques , ou duveritable art du
Blafon , du Pere Menestrier
Jefuite . Ce Livre peut tenir
lieu de tous ceux qui ont jamais
eſté faits fur le Blafon
& l'on y trouvecing cens armoiries
gravées avec prés de
deux cens figures qui entrent
dans les Armoiries .Aprés avoir
donné des exemples & des figures
pour parvenir à la connoiffance
entiere du Blafon
& de la Sçience Heraldique, il
finit par des Dialogues fur cet
art , qui inſtruiſent beaucoup
&facilement .
9
HiftoireSommaire de Normandie
, par Monfieur de Maſſe232
MERCURE
ville. Elle contient l'ancien
Etat des Gaules &de fon Gouvernement,
& l'Etat de la Normandie
ſous la domination de
fes Ducs.
Ledit guerout avertit auſh
qu'il vend un Livre de M. Cufac
, quia eſté déja debité avec
fuccés par le feu Sr Blageard .
Il a pour titre , Traitéde la Tran-
Spiration des humeurs , ou la methodedeguerir
les Maladies fans
le ſecours de la frequenteſaignée ,
& inſtruitle Publicdes grands
effets de l'eſprit de vin compofé
, quien purifiant le ſang
& en le rafraichiffant ſans prefque
le tirer des veines contribuë
à la Gueriſon des Fiévres ,
de la pleurefie,de la fluxion ſur
la poitrine , de la perte de ſang ,
& generalement de tous les
maux dont la caufe peut tran--
fpirer.
GALANT .
233
On trouve preſentement
chez le meſme Guerout, l'Art
de laver, dont il a manqué pendant
quelque temps.
TRELUE
LYON
*
18930
FIN.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le