→ Vous voyez ici les données brutes du contenu. Basculez vers l'affichage optimisé.
Nom du fichier
1688, 08 (Lyon)
Taille
7.06 Mo
Format
Nombre de pages
249
Source
Année de téléchargement
Texte
EX BIBLIOTHECA
AUGUSTINIANA
LVGDUNENSI


807156
* MERCURE
4
GALANT
DEDIE'A
MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
AOUST 1688 .
THEANE
E
LYON
VILLE
*
1893-3
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY , ruë
Merciere au Mercure Galant .
M. DC . LXXXVIII .
AVEC PRIVILEGE DU ROY..

*********
TABLE..
}
Relude..
Sonnet.
2
Ouvrage qui fut lû à l'Academie
Françoise le jour de la Reception
de Monfieur de la Cha
pelle..
Discours qui a emporté le prix de
l'Eloquence à l'Academie Royaled'Angers.
1.2
Suite des Avis aux Ioueurs d'E
chets.
43
Dialogue d'un Catholique & d'un
4
Protestant touchant le Livre de
Monsieur de Meaux , intitu
leHiſtoire des Variations. 57
Reiouiffances faites à la Hage
pourla naiſſance du Prince de
Galles.
La bleſſure imaginaire.
ファ
67
(
3
TABLE.
Oraiſonfunebre.
Morts.
84
25
Lettre écritede Naples 106
Relation universelle de l'Afrique
ancienne&moderne. 125
Nouvelle Carte du cours du Da.
nube faite par le Pere Coronelli.
133
Histoire, 137
Discours fait à l'Academie de
Ville - franche par Monsieur
Bernard de Hautmont de Saumur
le jour deſareception . 156
Réjouiſſances faites au College de la
Nation Ecoſſorſe,pour la naiſſance
du Prince de Galles. 162
Grande Feste donnée par Milord
Staffort pour la mesme naiſſan.
се.
172
Reconiſſances faites à Rome fur le
mesme fuiet. $4
Audience donnée au General de
:
TABLE.
l'Abbé Fagon.
l'ordre de la Doctrine Chre
Stienne.
-
186
Etabliſſement d'une nouvelle Ecole
de Mathematique. 187
Theses foutenues par Monsieur
188
Campement des Troupes dela Mai-
Sondu Roy dans la plaine d'Acheres.
196
Mariage de Mademoiselle de Boucherat.
197
Hiftoire de Normandie. 199
L' Arithmetique raisonnée. 201
Benefices donnez. 204
Enigmes nouvelles. 205
Versfur la mort du celebre Arlequin.
217
Mariage de Monfieur le Duc d'EStrées
& de Mademoiselle de
Vaubrun.
218
Eveſchez d'Hildesheim , de Mun.
fter, & de Liege remplis. 219.
TABLE
Nomsdesnouveaux Officiers Gene
raux.
Festede Chantilly...
123
12
Finde la Table..
MERCURE
MERCURE
GALANT
TH
AOUST
=
LYON É
1688
L faut l'avouer, Ма-
dame , nous ſommes
heureux de vivre
dans un Climat temperé
, & ſous le regne d'un
Roy qui nous feroit de beaux
jours , fi la Saiſon nous en refuſoit.
Un Canton de Champagne
en eut de méchans au
commencement de cet Eſté ; il
Aoust 1688 . A
MERCURE
fut ruiné par la grefle . Sa Majeſté
n'eut pas plûtoſt eſté
avertie de cette perte , qu'Elle
fongea à la reparer par une
ſomme confiderable qu'Elle
envoya auſſi- toſt à Monfieur
de Miromenil , Intendant de
la Province, pour eſtre diſtribuée
à ceux qui avoient le
plus ſouffert. C'eſt ainſi que ce
Monarque fait non ſeulement
de beaux jours , mais meſme
une heureuſe année à un Peuple
qui s'eſtoit vû en danger
d'en paſſer une méchante.
Voicy un Portrait de ce grand
Prince dans un Sonnet de
Monfieur l'Abbé le Houx.
FStrefage entouttemps, rendre
à tous la justice
Etendreſes bontez jusqu'àses Ennemis
,
GALANT. 3
Faire parses vertus la candeur de
Ses Lys ,
Avoirplus depanchant au pardon
qu'auSupplice.
Entrer auchamp deMars lepremier
dans la lice ,
Remplir le monde entier defesfaits
inouis ,
Acquerir à fon Dieu de nouveaux
coeursSoumis,
C'estlà le vray secret d'avoir le
Cielpropice.
Alexandre , Cefar , Scipion l'A
fricain ,
Sont autant de grands noms qui
n'ont rien que de vain ,
Ils ont couvert de sang presque
toute la terre.
Mais l' Auguste Loüisparfesrares
exploits ,
Aa
4.
MERCVRE
Neut jamais de pareil dans la
Paix , dans la Guerre ,
Etse verra toûjours le modelle des
Rois.
Il ſeroit bien mal - aiſé de
dire plus en moins de paroles .
Cependant , quoy que ce Sonnet
diſe beaucoup , il eſt impoſſible
que Monfieur l'Abbé
le Houx ait dépeint en quatorze
Vers toutes les vertus d'un
Prince , dont il n'y a point
d'Hiſtorien qui puiſſe ſe vanter
d'écrire la Vie, ſans oublier
un nombre infiny d'actions ,
qui ſe perdent dans la foule de
ce qu'il fait tous les jours de
grand , & qui ſerviroient à
faire briller 1 Hiſtoire de beaucoup
de Souverains , dont ils
feroient les plus éclatans endroits
. Aufſi peut- on dite que
GALANT .
5
tous les François touchez pour
luy du plus tendre amour ,
font les meſmes voeux , que
Monfieur Boyer a faits dans
les Vers qui furent leus à l'Academie
Françoiſe, le jour que
Monfieur de la Chapelle y fut
receu. Je vous les envoye ,
eftant fortperfuadé qu'ils vous
paroiſtront tres -dignes de leur
Auteur , & des applaudiſſemens
que leur donna une
nombreuſe Aſſemblée.
PRIERE POVR LEROY.
Seigneur, partes bontez; as Roy
tout estsoumis ,
Etses Maux , &ſes Ennemis.
Maisquoy qu'ilsoit par toutſuivy
de la victoire,
Affezſouvent le peril d'un grand
Ray.
A 3
6 MERCURE
Affez souvent ses maux qui nous
combloient d'effroy ,
Ont éprouvéſa force enfaveur de
Sagloire.
C'estoit pour tes regards unſpešta.
cle charmant ,
Grand Dieu , de voirLoüis Souffrir
fi constamment ,
De le voir quand chacunsoupiroit
de triſteffe ,
Deſa vertu se faire unferme appuy
,
Etfans faire paroiſtre ou deſordre,
ou foibleffe ,
Garder toujours auprés de luy
La vigilance & la ſageſſe ;
Mais c'est de quoy cent fois tous les
coeurs ont tremble ;
Par les soins de l'Estat il peut estre
accable:
Si la douleur ſe joint à ce fardeau
fi rude ,
Atout ce que demande un devoir
rigoureux ,
GALANT.
7
Et cette noble inquietude
De rendre ſes Peuples heureux.
Defon activité nul mal ne le difpense,
Fidelle à ſon devoir , fidelle àſa
puissance ,
LOVIS n'imite point ces foibles
Souverains ,
Qui n'ont d'autre grandeur que le
pouvoir suprême ,
Ilregne par luy ſeul , il est grand
par luy mesme ,
Et tout le poids du Sceptre est porté
parsesmains.
Lors que tu luy fais part de tagrandeur
immense ,
Veux- tu qu'ilfoit sujetàla commune
loy ?
Nul ne peut avoir avec toy
Une parfaite reſſemblance.
Nul ne peut s'affranchir de la neceffiué
D'aller au terme ooù chacunſe doit
rendro
A4
8 MERCVRE
LOVIS est né mortel,Sonfort est li
mité ;
Mais avec tant de maresté
A des fiecles entiers ne sçauroitil
s'étendre ?
Et ceparfait Herosn'a-t-ilpas merité
- Quesur luy tu daignes répandre
Un rayon d'immortalite ?
Voy les miracles de fa vie ,
Vois àses pieds l'Orgueil, la Fureur
& l'Envie ,
Ces Monstres accablez de honte&
de douleur ,
Voy cent Peuples divers unis contre
la France ,
Ou confondus par fa clemence ,
Ou furmontez parsa valeur.
Voy LOVIS , quelque ardeur qu'il
Sente pour la gloire ,
Malgré l'orgueil qu'inſpire la victoire
,
Toujours fage Monarque , & mo
deste Vainqueur.
A
GALANT. و
Que l'Univers le demande pour
Maistre ,
Sans s'ébloüir de ſa grandeur ,
Tu le verras , grand Dieu, toujours
te reconnoistre
Pour la source de fon bonheur ,
Et quoy qu'il tienne toutde tafeule
faveur,
Ilte croit moins devoir que de l'avoirfait
naiſtre
Roy deſespaſſions&Maistre defon
coeur.
Vainqueur des paſſions &Maistre
de luy-mesme ,
Sans orgueil,Jansfoibleſſe il regne
noblement ,
Ilse fait aimer tendrement ,
Ilse fait craindre autant qu'on
l'aime
Il charme en mesme temps,&fait
tremblerſaCour...
Un attrait invincible
Une grandeur terrible.
A
10 MERCURE
1
Lefont dans tous les coeurs triom
pher chaque jour.
Il a fceu joindre pour sa gloire
La Paix avec la Victoire ,
La Terreur avec l'Amour .
Mais c'est trop peu, Seigneur:fans
employer ta foudre ,
Voy de sa pieté l'effort victorieux,
Elle vient de reduire en poudre
Mille Titans audacieux .
L'Erreur nous infectoit parses noirs.
artifices:
Sous LOVIS mesme culte avecmef.
mes. Autels ,
Et tu reçois par tout des honneurs
immortels
Du plus parfait des Sacrifices .
Ainsitu vois , Seigneur , qu'il n'est
rienſous les Cieux
Qui soit li grand , si prétieux ,
Si digue de tes foins qu'une teſte ſi
chere.
Regle ſur ſes vertus le nombre de
Ses ans
GALANT. Ir
Qu'ilfoit heureux autant qu'ilnous
est necessaire ,
Et nereleve plusny dufort , ny dis
temps...
Je vous ay appris que Monfieur
de la Granche, Avocat au
Parlement , avoit remporté le
prix de l'Eloquence a l'Academie
Royale d'Angers. Les fages
Ordonnances du Roy pour
la reformation de la Juſtice , &
l'établiſſement des Leçons publiques
du Droit François
dans les Univerſitez du Royaume
, estoient le ſujet qui avoit
eſté preſcrit à ceux qui voudroient
le diſputer ;& comme
ill'a traité fort heureuſement,
vous ferez bien aiſe de voir fur
cette matiere l'Eloge du Roy
qu'on ne peut affez loüer..
:
A 6
14 MERCURE
S
DISCOURS
Qui a remporté le Prix d'Eloquence
à l'Academic
: Royaled'Angers.
MESSIEURS ,
Deux fortes de Puiſſances concourent
à l'affermiſſement d'un Empire,
celle des Loix , la premiere
Sertàen étendre les bornes&àre
pouffer les efforts des Ennemis , la
Seconde regne fur les coeurs des
Suiets , en leur inspirant pour leur
Prince des ſentimens de respect&
d'amour. L'une ramene au devoir
lesfactieux & les rebelles ; l'autre
y retient ceux qui feroient tentez
d'enfortir, oupar la vûëdes recom
GALANT. 13
penses , ou par l'apprehension des
peines : celle là rend le Souverain
redoutable àses voisinspar lenombre
de ses conquestes ; celle- cy luy
attire la veneration des peuples
qui luy ſont ſoûmis par la force de
SaJustice.
Comme la France peutſevanter
àjuste titre qu'elle est parvenuë
Sous leregnede LOUIS LE GRAND
àunſihaut point degloire , qu'elle
donne de la jalousie à toute l'Europe
, & qu'elle fait l'admiration
de toutes les Nations étrangeres , il
faut avoüer auſſi que ce grand
Princey a fait fleurir plus qu'aucun
autre ces deux nerfs de l'Etat
politique , par la fermeté de fon
courage , & par l'équité naturelle
defa conduite qui est comme la me
fure& le comble defes autresver
tus.
Jamais Conquerant n'a porte
14
MERCVRE
plus loin la terreur de ses armes,
jamais Legislateur n'a donné plus
d'autorité àſes ſages Ordonnances
: car aprés avoir triomphe dés
Le berceau où ila efté élevé au milieu
des trophées & des victoires ,
après avoir pris tant de villes م&
gagnè tant de batailles dans un âge
où fules Céfarfoûpiroit au pieds de
laſtative d'Alexandre , de n'avoir
encore rien fait de mémorable ,
après avoir heureusement vaincu
tous fes Ennemis domestiques &
étrangers , protege si puiſſamment
fes Alliez , agrandi fes Etats par
la conqueste de tant de Provinces,
rendu libre le commerce des mers
aboli les duels , && détruit l'heresie
enfin après avoir merité l'estime&
L'amourdes vaincuspar la modera
tion qu'il a gardée dans ſes victoires,&
employé la renomméeàporter
le bruit de fon grand nomchezles
GALANT.
IS
vers
peuples les plus reculez de l'Unice
Prince inimitable s'est
fervi utilement de la paix glorieuse
qu'il a accordée àses voisins comme
du moyen le plus propre pour reformer
la Iustice par de ſages Ordonnances
, qui en ont corrigé les abus ,
&pourfaciliter l'étude de lafurif
prudence par l'établiſſement des
Leçons publiques du Droit François
dans les Univerſitezde fon
Royaume.
Quel prodige ,Meſſieurs, devoir
que ce Grand Roy foit nonseule
ment devenu le premier homme de
fonEtat, autant par l'excelence de
fon genie , qu'il l'est parla dignité
de ſon auguste perfonne , maisqu'il
ait bienencore voulu communiquer
les lumieres qu'il a acquiſes parune
longue experience &parses occupations
continuelles , àceux dont les
jugemens devoient, décider dess
16 MERCVRE
biens , de la vie , &de l'honneur
defes Peuples!
Ony , Messieurs nous sommes
redevables à la vigilance de nôtre
incomparable Monarque de ces
établiſſemens fi utiles à toutes fortes
de profeſſions , qui ſont comme
autant de ſources fecondes , d'où
l'on tire les Sujets qu'on voit dans
la fuite élevez aux premieres
Charges.
Quel heureux ficcle pour tous
seux qu'une louable émulation rem
plis du defir de ſe ſurpaffer les uns
les autres dans les états differens
où la providence les appelle !Graces
au Ciel,ſousle regne de LOUIS
LE GRAND l'Eglise, la lustice,
L'Ordre militaire ;&la Republique
de lettres trouvent une égale prote
Etion. Dans l'Eglife, quede Seminaires
, de Pasteurs & de Prelats !
Dans les armes , combien de lieux
GALANT.
17
destinez par un pur effet de la li
beralité de ce Prince magnanime ,
pour y faire l'apprentiſſage d'unfi
penible exercice ! Que d'illustres
Academies établies par ſes ordres ,
poury faire fleurirles Langues , les
Sciences & les beaux Arts ! Mais
fur tout que d'habiles Maîtres dans
La Iurisprudence Romaine & Françoise,
entretenus àſes depens , pour
enrichir avec profusion des tresors
du Droit Civil & Canonique les
perſonnes qui aspirent à l'honneur
de la Magistrature ! Que d'Edits
publiez sur toutes fortes de ma.
tieres , pour ſervir de regles àleurs
déciſions , &pour les épurer de l'ignorance
de l'efprit aussi bien que
de la corruption du coeur !
Le Magistrat est l'ame de la loy :
c'est luy qui en doit découvrir le
veritable sens , lorſque deux fubtils
Adversaires s'efforcent de luy
18 MERCURE
donner une fauſſe interpretation
pour l'attirer chacun dans fonparty
, plûtoſt par lagrément du dif
cours, que par la folidité du rai-
Sonnement ; mais combien d'opinions
differentes paroiſſent diviſer
entr'eux les plus sçavans Jurifconfultes
: Nesemble- t'il pas quecette
contrarieté d'avis foit un écueil fatal
, où laraiſon ſouvent incertaine
devroit faire un malheureux naufrage
?Cependant , Meſſieurs , une
témerité infuportable avoit avengle
les hommesjuſques à s'imaginer
qu'ils pouvoient estre les interprezes
de ces Oracles de l'antiquité ,
lors qu'ils n'avoient qu'àpeine esté
inftruits des premiers élémens de la
Jurisprudence , & comme s'ils euffent
eu une foience infufe du Droit
avant que d'en avoir aprofondi les
difficultez , ils ne faisoient aucun
fcrupule de s'engager dans lespre
GALANT.. 19
mieres Charges de la Robe , & de
s'ériger en maîtres fouverains du
bon ſens & de la raison. Qu'un
tel abus produiſort de dangereuses
fuites , & que pour le reformer ,
nostre auguste Prince a ſagement
étably dans les Univerſitezde fon
Royaume des guides fiälles qui
tinfſent en main le flambeau de la
verité , afin de conduire dans les
routes les plus fecretes de la Jufti.
ce , la leuneſſe presomptueuse , qui
fans de tels fecours se feroit jettée
malheureusement dans les affreux
précipices de l'erreur !
Tout le monde ſçait que le bandeau
dont on couvre ordinairement
lesyeux de la Iustice , est le Cymbole
de l'indifference de cetteDéeffepour
les qualitezdes perſonnes qui ontdes
pretentions à decider devant elle, &
que la balace qu'on luy met dans la
main, est unemarque évidente qu'el
20 MERCURE
lepéfe avec égalité le droit duplus
foible contre celuy du plusfort :mais
parun étrange renversement d'un ft
belordre , ne pouvoit - on pas dire ,
Meffieurs , que ce mesme bandeau ne
nous representoit rien autre chose
que l'aveuglement des luges ignorans
,& que cette balance qui pan.
che toûjours plus d'un costé que de
l'autre , lors qu'elle n'a pour tout
foûtient qu'une main chancelante
au milieu des tenebres,n'avoit point
d'autre rapport qu'à la fatale prévention
qui les entraiſnoit dans
l'erreur , avant que leplus iuste des
Rois eust employé ſes ſoins pour rétablir
dans l'esprit des Magistrats
La puretéde la doctrine ,& dans
leur coeur le parfait equilibre d'une
volonté constante& invariable
quand ils'agit de rendre à un chacun
ce qui luy appartient legitimewent
?
GALANT. 21
Loin donc d'unregne si heureux
l'ambition & la brigue , qui donnoient
autrefois l'entrée aux Dignitez
les plus éminantes de l'Etat fuweſtes
fources de tant de defordres fi
préjudiciables au Public ! Ces deux
voyes également dangereuses&criminelles
ont esté condamnées par
nostre grand Legislateur , qui afait
tant deſages Declarations , pour obli–
ger tous ceux qui pretendent à la
gloire de la pourpre , ou seulement
aux degrez neceſſaires pour y parvenir
, d'employer trois années entieresà
l'étude de la Iurispruden.
dans les Ecoles publiques ; afin
que s'eftant fortifiez du bonfens م&
de l'esprit des Loix , ils en puffent
faire dans la ſuite une iuste appli
cation aux especesparticulieres qui
Se presenteroient à leurs lugece,
mens.
L'illustre Chancelier de ce
22 MERCURE
grand Prince , qui est l'interpretede
fes intentions , ledépositaire defon
autorité ,&le principal Ministre
defa iustice , leſeconde fidellement
dansſes deſſeins ; il ne diſpenſeſes
graces qu'avec prudence ,& il en
prive ceux qu'il en trouve indi.
gnes ; ilveut mesme que les personnes
qui aspirent aux Charges de
Judicature , & qui enpoursuivent
les proviſions , luidonnent des préiugezfavorables
de leur capacité ,
pardes témoignages authentiques
de leur affiduité au barreau pendant
un temps afſz confiderable
pour les preparer à ces Emplois .
Peut- on prendre plus deprecaution
pour orner tous les Tribunaux de
Magistrats sçavans &incorrupti
bles ?N'avons- nouspas lieu d'eſpever
, Meſſieurs , qu'onne rendraplus
à l'avenir que des oracles dans le
Temple facré de Themis , puis que
:
GALANT .
23
La Puiſſance qui la protége , exige
de tous ceux qui veulent
Se revestir de fon auguste Sacerdoce,
des exercices si nobles &fi
Laborieux ?
Sil'on a fait autrefois desplaintes
que cette Divinité indignée de
l'injustice des hommes , avoit quitté
la terre où elle estoit méconnuë ,
pour trouver un azile plus afſſurė
dans le Ciel , ne pouvons nous pas
dire aujourd'huy que LOUIS LE
GRAND l'en a heureuſement rappelléepourpreſider
avec luy dansſes
Conſeils , puis que toutes les refolutions
qui s'y prennent n'ont d'autre
finque le bien public & le repos de
l'Etat?
Que dis je ? Comme fiſon autoritè
estoit tropfoible pour perfuader,
ilveut nous animer parson exemple
à l'amour de la Iustice ; c'est en sa
perſonne sacrée que nous la voyons
24
MERCVRE
briller dansfon plus pur éslat. En
effet , quelque penetration qu'il ait
dans toutes fortes d'affaires , il fuit
toûjours dans les choses importantes
les ſages avis de ceux dont la probité
luy est connue , & qu'il honore
defa confiance , Faut-ilrefoudre la
Guerre ou conclure la Paix , ilfait
exactement diſputer les motifs de
l'une & de l'autre en presence des
plus experimentezdefon Royaume.
Faut- il decider des differends de
l'Eglise on preſcrire des loix pour y
faire obſerver une exacte difcipline
, il convoque une Affemblée
des plus conſiderables du Clergé, &
ilregle ses sentimensſur leurs deliberations
; tant il est vray de dire
qu'il ne veut jamais que ce quiest
estimé le plus equitable. Faut-il
enfin terminer une conteftationfameuſe
dont l'evenement devoit luys.
produire pluſieurs millions ; quelque
iufte
2
GALANT.
25
juste qu'elle paroiſſe en ſa faveur,
il craint que la trop grande complaisance
des principaux Officiers
defon Conſeil, ou que le trop grand
attachement qu'ils ont àſonſervicene
luy attire la pluralité des
Suffrages , plutost parzele pour les
droits de fa Couronne , que par le
motif d'une équité scrupuleuse ; il
les exhorte puiſſamment à les don
ner avec une liberté toute entiers,
&fur te partage des opinions , il
decide hautement en donnant sa
voix contre luy - même , pour lefoulagement
d'un grand nombre de
Familles , dont il prefere le repos à
Ses propres interests ; & c'est par
là qu'il nous fait affezconnoistre
que les cauſes du fiſe ne ſont iamais
moins favorables que fous les bons
Princes.
Toutfuperieur qu'il soità la loy,
puis qu'il a droit de la donner aux
Aouſt 1688 . B
26 MERCURE
autres , & de s'en dispenser par
Son autoritéSouveraine , il s'yfou.
met volontiers le premier , & il
nous inspire par une action figenereuse&
fi éclatante un eſprit éloigné
des preventions joint à un caur
parfaitement deſintereſſé , qualitez
heroïques qui font , à proprement
parler, les bafes de la Justice,
mais qui font fi negligées par la
pluſpart des hommes.
En effet , Meſſieurs , l'amour
propre &le panchant naturel que
nous avons à nousflater , nousfont
Souvent mépriser les opinions des
autres ; un secret orgueil nousfuggere
sans cesse , que noſtre ſentiment
est toujours le meilleur ; ou ft
nous sommes deſabusez de nos erreurs
par laforcede laraiſon , nous
nous perfuadons qu'il eſt de nostre
honneur de foutenir les prejugez
dont nousnoussommes d'abord laifGALANT
.
27
SezSeduire ,fur tout quand noſtre
-interest a donné lieu àun enteſtement
fipernicieux , c'est alors que
nousnevoulons plus rien écouterque
les moyens qui fervent à l'établir,
&que nous devenons des lugespaffionnezdans
nostre propre cause ;
c'est alors que si nous avons quelque
autorité fur les autres , au lieu de
L'employer à la protection des plus
foibles contre l'oppreſſion des plus
forts, nous en abusons en nostrefaveur,
en colorant d'ordinaire d'un
pretexte specieux & apparant, ce
qui n'est dans le fond qu'une extréme
injustice. Mais qui ne rougiroit
d'un aveuglement fi etrange.
aprés que le Soleil de la France afi
heureusement diffipe tous les faux
ioursdontnous nous larfſions aupa.
ravant eblouir ?
Le digne heritier de Louis le
Iuste n'eust pas esté content s'il
A
B 2
28 MERCVRE
n'eust encore recherché les moyens
de remedier aux abus que la mo
leſſe des Magistrats ; & l'usage
corrompu des temps malheureux
Sembloient avoir autoriſez.
Vous le sçavez, Messieurs avant
la nouvelle Ordonance les procéspa.
roiſſoient immortels : les particuliers
incertains de leur fortune , étoient
obligezde facrifier une partie de
leurs biens à l'avidité de ceux qu'ils
employoient pour recouvrer l'autre ,
seux qui estoient les iniustes usurpateurs,
ſe promettoient d'en pouvoir
impunément continuer la
poffeffion pendant le cours de leur
vie , par des procedures dont la
longueur (i prejudiciable à l'Etat,
estoit tolerée malgré toute la vigilance
des Peres de familles , ils ne
voyoient qu'àpeine la fin d'une conteſtation
commencéde leur vivant:
leurs veuves &leurs enfans per
GALANT.
29
doient ſouvent avec eux l'efperance
de pouvoir conſerver leurs patrimoines
, lors qu'ils avoient quelques
droits à demeler avecde fa.
cheux adverfaires , qui se prévalant
de leur foibleſſe & de leur
peu d'experience , les confumoient
en frais avant qu'ils fuſſent
en estat d'éclaircir leurs prétentions.
Cettefage Ordonnancea pourven
à ces dereglemens , quimonaçoient
deremettre les chofesdans l'ancien
cabos d'où elles avoient esté tirées ,
&en abrogeant toutes lesformalitez
inutiles, elle n'a introduit dans
L'ordre judiciaire que celles qui
ontparu d'une neceffitéabfoluë.
L'Ordonnance pour les maticres
criminelles a esté ensuite mise au
jour ; il enaparu d'autres pour lè
commerce & pour la guerre , de
forte que l'Etat reformé par des
B3
30
MERCVRE
remedefifalutaires, a pris une nou
vellefacefous cegrand Prince,qui
facrifie ſes veilles pourle repos&...
laconſervation defes Peuples.
3
Un autre abus qui s'estoit gliffé,
ne produiſoit pas des ſuites moins
fâcheuses que celles que j'ay dėja.
remarquées : c'eſtoit le prix exceſſif
des Charges des Compagnies fuperieures
, qui ne recevant plus d'autre
estimation que celle que le capricedes
hommes leur donnoit n'étoient
poffedées que par les plus ambitieux
, &ſouvent par les Suiets les
plus indignes , tandis que ceux qui
eſtoſent capables de les remplir avec
honneur , mais qui n'estoient pas
egalement avantagez des biens de
la fortune , estoient obligez, pour
ainſi dire , d'enfouir leurs talens
, & de demeurer inutiles à
l'Etat. Nostre Auguste Prince a
remedié à ces defordres, en fixant à
GALANT.. 31
un prix certain ces eminentes di
gnitez pour lesquelles tes particuliers
facrifioientsi avidement leurs
patrimoines.
Ilſembloit que lamême chosene
futpas à craindre pour les Offices de
moindre valeur , & particulierement
pour ceux dont l'employ paroît
leplus mercenaire ,&dont on laif-
Soit l'estimation libre dans le commerce
, mais l'experience afait con
noiſtre le contraire, par les plain--
tes frequentes des personnes qui
chargeoient ces fortes de gens du
Soin de leurs affaires , on a découvert
que l'incertitude du prix de
ces Offices,&que lesſommes extraordinaires
aufquelles ils avoient
estéportez, donnoient lieu à ceux
quiles achetoient , de vendre trop
cherement leur ministere au Public,
&même d'en abuſer ſouvent par
un grand nombre de procedures
inutiles..
B 4
3.2
MERCVRE
Ce nouvel inconvenient estoit
trop dangereux pour échaper à l'exactitude
du GENIE de la France,
qui en limitant le prix de ces
Charges , &les droits de ceux qui
S'en trouvoient reveſtus , a donné
en mesme temps un frein à leur
avarice , qu'ils ne pouvoient contenter
qu'à la foule des particu.
liers , & il leur a fourny les moyens
de devenir plus honnestes gens ,
pour peu qu'ils veüillent correspondre
à ses bonnes intentions .
• Parleray - je icy , Messieurs ,
d'un nombre presque infiny d'Edits
& de Declarations qui ont estèpu
bliées par fes ordres , pour fervir
d'interpretation à ce qui pouvoit
paroistre douteux dans ces Ordonnances
, ou pour restablir le bon or
dre & la difcipline dans toutes
fortes d'estats ? Les bornes que voussavez
preſcrites à ce discours ne
GALANT.
33
m'en donnent pas la liberté ; un
volume ne peut fuffire pour renfermer
les feules Declarations qui ont
eſtéfaires dans le deſſein de rapelerſes
Sujets Protestans à laperitable
Religion ; ouvrage si difficile "
&fi perilleux à la Monarchie ,
qu'aucun des Rois ses predeceffeurs
n'a osé l'entreprendre ,& c'est en
cela que LOUIS LE GRAND nous
a donné enſa perfonne un exemple:
admirable de pieté , de justice , &
degenerosité tout ensemble , per--
Suadé qu'il estoit que les interests
de fa Couronne estoient moins à
ménager pour luy , que ceux du
Ciel dont il l'avoit recevë ..
Faut-il s'étonner aprés tant de
merveilles ,que ce Princefoit com.
me l'abregé& le centre de toutes s
les vertus qu'on a vû fi partagérs
dans les grands Hommes de l'An--
ziquité ? Mais comment n'estrepas
Bus
34
MERCURE
Surpris devoir ce que toute la terrene
peut entendre qu'avec admiration.
En effet , Meſſfieurs , LOVIS
LE GRAND est un Capitaineexperimentéà
la teſte deſes Armées ,
c'estun cheféclairé au milieu defes
Conseils, c'est un Legislateur équitable
dansfon lit de fustice , c'est un
Roy & un Pere tout ensemble àl'égard
deſes Peuples, c'est un Pasteur
charitable qui conduit avecſeureté
ceux qui s'étoient malheureusement
égaré.
Comme on ne voit plus ſous lay
la vertu ſans recompense , ny le vicefans
châtiment, tous les membres
du corps politiqueſont dans une fubordination
mutuelle qui en fait
P'harmonie & la beauté, Graces à
ceHeros,on nevoit plus regner la licencedans
les Armes , l'insolence
dans la Populace, l'ignorance dans
l'Eglife , my la brigue dansla MaΣ
35
GALANT..
1
gistrature; une discipline exacte a
fait revivredans tous ces differens
estats l'innocence & la pureté des
moeurs c'est pourquoy,Meſſieurs,nous
devons dire qu'on nepeut meriter
Les graces de nostre auguste Prince
quepar une ſage conduite , parce
que comme la Iustice est la regle de..
Ses actions elle est aussi la mesure
defes bienfaits.
Certes , Messieurs ,si l'on doitse
conformerà l'exmple du Souverain,..
il estoit raisonnable que les rares
vertus de ce Heros ne fuffent pas
oiſives nysteriles , mais que par de
favorables influences elles communicaſſent
leurs qualitez à ceux qui
non feulement ont l'honneur d'ap- -
procher deplus prés defa Perſonne
Sacrée,mais encore à ceux quisont
dans un ordre inferieur,
Poffidonius croyoit avec raiſon
que le Siecle d'or estoit ainsi appel-
B6
36 MERCVRE
lé,parce que les Rois de ces temps
heureux estoient les plus fages de.
leurs Etats , & que les Sujets àqui
ils avoient confié les gouvernemens ,
de leurs Provinces,& l'administra.
tion de la luſtice: estoient aussi les
plus vertucux ; je suis persuadé,
Messieurs , quefi cet ancien vivoit -
aujourd'huy parmy nous , il ne
donneroit point d'autre nom- au
regne de Louis le Grand, confiderant
les qualitez heroiques de cet
auguste Monarque ,& le merite
accomply de ses fidelles Miniſtres.
Sans aller chercher plus loin des
preuves de la verité que j'avance,
il suffit , Messieurs , de jetter les
yeuxsur vostre illustre Academie,
dont les membres font tous animez
de l'esprit & de la iustice de ce
grand Prince à qui elle est redevable
de son établ fement : en
effer ,on voit 1 parmy, vous dess
GALANT..
37
perſonnes habiles dans toutes fortes
de Sciences , & distinguées dans
chaque profeffion , qui en foutiennent
avec, éclat les differens caracteres.
Monfieur de Nointel que je vois
à vostre teste , & qui preſide à
l'administration de la Iustice , de
la Police , & des Finances dans
toute l'étenduëde vostre Generali-..
té, montre bien par l'équité defa
conduite , quele Prince qui l'a bo-..
nové de cet employ sçait faire un
indicieux discernement des prin--
cipaux Officiers qui doivent fouteniravec
luy le peſant fardean de
Sa Couronne , l'aider de leurs con-
Seils,&partager avec luy la glosxe..
de ſes travaux..
Ceferoit icy un beauchamp pour
metendre sur les talens extraordinaires
de cet illustre Intendant ,
fur sonapplication continuelle aux
38 MERCURE
affaires ,fur la penetration defon
esprit , &fur les soins qu'il prend
de faire rendre une exacte iustice
dans la province qui a esté confiéeà
Savigilance , aussibun quesur l'amour
qu'ila pour les Lettres , &
Surles témoignages d'estime dontil
honore ceux quiles cultivent ,fifa :
modestie ne me preſcrivoit en
mesme temps des barnes qu'il ne
mestpas permis de paſſer..
Qui nevoit que la gloire de fon
Maistre est un des attraits qui le
touche leplus vivement , puis qu'il
anime à la publier,les plus eloquen--
zes plumes ,par l'efperance de rem
porter les prix que fa liberalité
propose?
Le m'apperçois aussi , Messieurs ,
que vousm'imposez un pareilfilen.
ce , parce que vous n'eſtes ſenſibles
comme luy qu'au plaisird'entendre,
oules Eloges denostregrandMonar-...
3
GALANT.. 39
que , ou des voeux pour sa prof-
Sperite.
Seigneur , qui protegezles Rois
& les Princes de la terre, c'est à
vous que la France s'adresse pour
vous demander la confervation de
celuy qui a toûjours paru si Zelé
pour vos interests : à quelque haut
degré de puissance que LOUIS
LE GRANDfoit parvenu , il s'en,
reconnoist redevable àvos bontez,
&iln'a triompbé de tant d'Ennemis
quepour vous offrir avecplus de
reconnoiffance tous lesfruits de fes
Conqueftes. Prolongez , Seigneur ,
les jours d'un Prince fi accomply ,
faites qu'animéfans ceſſe devostre
esprit ilcontinué de le communiquery
aux Peuples que vous luy avez
Soumis ,&que la durée de fon regne
affure la gloire&l'honneur de
la Keligion,le repos de l'Eglife ,
la felicitédefes Suiets
7
40
MERCURE
Inde salus regni , & Relligionis
bonos..
Les Avis que j'ay employez
dans ma Lettre du mois de
Juin , au nombre de cinquante
& un , pour inſtruire plus
particulierement les Joüeurs
d'Echets en ont attiré une
ſuite que je vous envoye, avec
cequi m'a eſté écrit fur ce fujet.
Les loüanges qu'on donne
à ce noble Jeu , vous convaincront
mieux de ſon excel--
lence.
CeE que vous avez remarqué ,
Monsieur , dans vostreMex--
cure de Juin , est tres -vray , que
le leu des Echets est le plus ancien,
Le plus univerſel , & le plus bonneste
de tous les leux . Et il eft
T
4.1
GALANT.
wray encore ১ ce que l'on cherche
dans le jeu qu'il afes utilitez,
mais d'une maniere noble , & bien
differente de ce gain intereſſsé que
Pavarice cherche dans les autres
Ieux. C'est une recompense , cesont
des faveurs dont la fortune afouvent
honoré ceux qui sçavoient ce
Ieu eminemment . Le loveur fameux
du tems paffe,dont le non étoitBoi ,.
& quel'on appelloit communement .
Il Siracufano, fut en grande estime
à la Cour de philippe 11. qui
luy fit de grands honneurs & de
riches prefens . Il fut aussifort con-
Sideré àRome du Pape Urbain VIII.
de qui il recent pluſieurs largeſſes ,
& qui le cheriffoit à un point ,
qu'il luy fit offrir un Eveſché , s'il
vouloit se faire d'Eglife. Enfin il
n'yeut pas jusqu'aux Infidelles qui
ne recompenfaffent le merite de
fon lens car estant tombé entre les.
42
MERCURE
mains des Turcs qui l'avoient fait
esclave, ils n'exigerent de luy d'autre
rançon pour sa liberté , que
L'avantage de joüer avec luy durant
quelque temps , &le profit
qu'ils firent parson moyen dans la
fience de ce fou , qu'il poffedoit en
perfection . Il faudroit un grand
nombre d'années pour arriver au.
méme degré que luy ; maisfiles bons
Foüeurs des differens lieux où va
voſtre Mercure , dont les aisles te
portent audelà de l'Europe ,y vouloient
contribuër chacun de ses re-.
marques, on feroit un progrés confiderable
dans ce leu , où la pluspart
des gens demeurent bornezà
un certain point , Sans le pouvoir
paſſer, faute d'en avoir laſcience..
Voicy quelques nouveaux Avis que
vous pourrez joindre , s'il vous
plaift , aux autres , dans lesquels
il s'est coulé quelques fautes d'im--
preſſion , mais qui peuvent estre ai...
GALANT.
43
fémentcorrigées par ceux qui pratiquent
ce leu.
SUITE DES AVIS
aux Joücurs d'Echets.
LII..
Pluſieurs picces de l'autre
prochant de voſtre Roy , font
dangereuſes , il faut , fi l'on
peut, les éviter.
LIII.
Un pion fort avancé,& foû
tenu parun autre pion, ou par
une autre piece , incommode
fort le jeu de l'autre , & le met
en alarme continuelle.
LIV.
Il y a des rencontres de jeu,
oùleRoy de l'autre eſtant enfermé
dans ſes pieces & dans
les voſtres , vous pourrez avec
unChevalier ſeul luy donner
mat.
44
MERCUR E
LV.
Joüez quelquefois dés le
commencement du jeu , tous
les meſmes coups que l'autre
tant que vous le pourrez,pour
déconcerter ſon jeu,oudécouvrir
ſes deſſeins .
LVI.
Lors quele Roy de l'autre a
roqué avant vous , allez auſſitoſt
à luy en avançant vos
pions , pour donner l'aſſaut à
fon quartier
LVII.
Ne mettez point ſur la fin
du jeu deux Chevaliers l'un
devant l'autre , ou ſur un mefme
travers ; car s'ils font attaquez
parune tour , ou par un
fou , l'un d'eux ne pourramanquer
d'eſtre pris .
LVIII..
Lors que les deux jeux font
:
45
GALANT.
le
S
ſi ſerrez par la liaiſon des
pions , qu'on ne peut preſque
ny avancer ny reculer , cherchez
le moyen de vous faire
paſſage pour aller prendre les
pions par derriere ; & vous
détruirez lejeu de l'autre.
LIX.
C'eſt l'ordinaire , quand on
prend , de commencer par
lever la piece de l'autre , mais
ily adu danger à le faire , car
dés que vous l'avez levé, vous
eſtes obligé de la prendre ; il
eſt plus ſeur de commencer par
joüer la voſtre . Cela fait quelquefois
entrevoir la mépriſe,&
on en eſt quitte alors à joüer ſa
piece , ſans prendre celle de
l'autre que l'on n'avoit pas touchée.
LX.
Lors que ſur la fin du jeu
46
MERCURE
1
voſtre Tour n'eſt point ſoûtenuë
, donnez - vous de garde
de mettre au devant d'elle,dans
la meſmerangé , unFou ou un
Chevalier , parce que l'autre
en mettant ſa Tour pour prendre
voſtre piece , vous ne ſcau-.
riez retirer la voſtre , & amenant
encore une autre piece
dontil fortifie ſa Tour,prendra
infailliblement celle que vous
avez miſe devant voſtre Tour .
LXI .
Lors que voſtre Tour eſt en
priſe par celle de l'autre vers
la fin du jeu , il vaut mieux
la retirer , que de l'appuyer
de voſtre Roy , car fi l'autre
peut donner échec à voſtre
Roy il l'obligera de s'éloigner
de voſtre Tour , & ainſi
elle fera priſe ſe trouvant fans
défenſe.
GALANT.
47
LXII .
Lors que vous menez un
pion à dame , & que la Tour
del'autre empeſche voſtre pion
d'y arriver , en ſe mettant dans
la derniere cafe de la meſme
rangée, pouffez - y voſtre Tour,
à la caſe qui eſt de biais à voſtre
pion , car il faudra qu'il prenne
voſtre Tour , & vous luy prendrez
la ſienne par voſtre pion ;
qui au moment deviendra une
Dame.
LXIII .
Lors qu'il ne vous reſte
qu'une Tour avec voſtre Roy,
& à l'autre un pion qu'il mene
à Dame dans la derniere
ligne avec ſon Roy , ſi vous
n'avez pu le prendre , & qu'il
ſoit preſque à la derniere cafe,
au lieu de vous attacher davantage
à ce pion pour le
48 MERCURE
prendre , laiſſez le aller à Dame
, s'il ſe trouve que ſon Roy
aille dans la meſme rangée où
ille couvre , & l'a vous luy
donnerez mat avec voſtre
Tour , ayant diſpoſe voſtre
Roy d'une maniere qui empeſche
le Roy de l'autre , qui
eſten échec, de fortir de la rangée
où votre Tour l'a matté.
LXIV.
Lors qu'on vous veut emppeefſcchheer
un pion de faire une
Dame , en mettant une Tour
derriere pour le prendre , au
moins lors qu'il ſera à la derniere
cafe , tachez de mettre
dans la meſme rangée une de
vospieces par derriere , & qui
ſe trouve par ce moyen entre
voſtre pion , & la Tour de l'autre
, & vous arriverez à faire
une Dame.
2
LXV.
GALANT. 49
LXV.
Nevous tourmentez point
de vouloir donner mat avec
deux Chevaliers qui vous reftent
ſeuls avec leRoy , car cela
ne ſe peut; mais vous pouvez
donner mat avec un Chevalier
& un Fou , & pour en venir à
bout il faut mener le Roy dans
undes coins de l'Echiquier, qui
ſoit de la couleur de voſtre Fou ,
pour quoy faire il faut en avoir
appris la route .
LXV I.
On ne peut matter avec la
Tour ſeule un Roy à qui il
reſte un Chevalier , ſi on ſçait
fuir comme il faut : mais on
matte un Roy , auquel il reſte
un Fou , ſi l'on peut reduire
ceRoy dans le coin qui eſt de
la couleur de ſon Fou .
Aoust 1688 .. C
50
MERCURE
LXVII.
On ne peut conduire àDame
le pion de la Tour qui reſte
ſeul, ſi le Roy de l'autre ſe trouveſur
le chemin,quand meſme
on auroit un Fou qui ſeroit
blanc, lors que la derniere cafe
eſt noire; & de meſme ſile Fou
eſt noir ; & la derniere caſe eſt
blanche.
LXVIII.
Lors qu'il y a deux pieces
à prendre , choiſiſſez celle qui
endommage le plus le jeu de
Pautre.
LXIX.
Si c'eſt à vous à jouër , &
qu'une de vos pieces donne
fur une de celles de l'autre
faites , fi vous le pouvez , donner
encoreſur la meſme pieceune
des voſtres ; & qui mette
en échec enſemble le Roy
GAL ANT.
-
=
de l'autre, & vous prendrez ſa
piece.
LXX.
Les échecs que la Dame
qui vient de loin donne de
prés , font fort dangereux .
LXXI .
Ne fouffrez point que le
Fou de l'autre ſe campe à la
troifiéme caſe de voſtre Tour ,
du coſté que vous avez roqué,
car il ſe tient là , pour aider à
ſa Dame à vous matter.
LXXIJ
DeuxChevaliers qui s'ap.
prochent enſemble doivent fai
recraindre , car l'un ou l'autre
pourra faire fon coup , ſi vous
ne les écartez .
LXXIII .
Quand l'autre a roqué , que
le pionde fon cheval eſt avancé
d'une cafe ,& que le Fou de
C2
52
MERCURE
ſon Roy ſe trouve en la place
de ce pion , tirez vaſtre Dame
avec le Fou dela mesme couleur
que le fien , & pouffez ce
Fou à la troiſième caſe de ſa
Tour , s'il prend voſtre Fou
avec ſon Fou , vous prendrez
le ſien avec voſtre Dame , &
voſtre Chevalier qui doit
avoir fait une premiere démarche
dans la veuë de ce deſſein ,
en faiſant une ſeconde qui
donne ſur lepion de la Tour de
l'autre, vous luy donnerez enſuite
mat avec voſtre Dame.
LXXIV.
د
Quand voſtre Tour n'étant
pas foutenue peut prendre
une piece de l'autre que
vous pouvez prendre auſſi
avec un Chevalier ou un Fou ,
il faut prendre cette piece
avec la Tour , & non avec le
GALANT.
53
2
Fou ou le Chevalier , car il
pourroit venir ſur voſtre Fou
ou fur voſtre Chevalier avec
fa Tour , & avançant une autre
de ſes pieces , il prendroit
infailliblement la voſtre , qui
ne pourroit ſe tirer de la rangée
ſans faire perdre voſtre
Tour.
LXXV.
*
Eſtant ſur la fin du jeu , ne
joüez preſque aucune piece ,
ſoit Tour , ou Fou , ou Chevalier
, ſans qu'elle ſoit foutenuë
,de peur que l'autre en
donnant échec à voſtre Roy ,
neprennedumeſmecoupvoftrepiece.
LXXVI.
Si le Roy de l'autre a roqué ,
&qu'il ait un Fou ou un Chevalier
à la troiſiéme caſe de la
Tour , il faut le prendre ſi vous
C3
54 MERCVRE
le pouvez , parce qu'en reprenant
voſtre piece avecle pion
qui eſt devant ſon Roy , il dé -
couvre ſon Roy , & fon pion
meſme ſe double , ce qui gâte
fort fon jeu .
LXXVII.
Lorsqu'on vous donne une
piece à prendre pour rependre
enſuite la voſtre il vautmieux
fouvent laiſſer l'autre prendre
le premier , parce qu'en prenant
aprés luy , vous avancez
voſtre jeu parla démarche
de celle qui prend.
LXXVIII.
Le moyen de ſe défendre
du gambit , eſt de ſoutenir le
pion qui a pris par le pion du
Chevalier du Roy avancé de
deux cafes & celuy- là par le
pion de la Tour avancé d'une
cafe ; puisavancer une caſe le
9
GALANT .
55
pion du Fou de la Reine.Enfuite
vous pouvez faire fortir ce
Fou là contre le Fou de l'autre,
& voſtre Dame ſe plaçant enfin
à coſté de voſtre Roy , le
deffein du gambit ſe trouve
avorté .
LXXIX.
Lors que vous eſtes à l'extremité
,& dans le moment
de fouffrir mat , s'il ſe trouve
que vous puiſſiez donner échec
à l'autre , quoy que cet
échec vous paroiſſe d'abord
inutile, continuez - letant que
vous pourrez , cela fait naiſtre
quelquefois unmoyenineſperé
de donner mat àl'autre dans
le temps que vous vous croyez
perdu.
LXXX.
Si l'autre ayant pouffé au
4
G4
56 MERCVRE
commencement le pion de ſon
Roy deux cafes , & vous de
méme le voſtre , il pouſſe enfuite
le pion de ſa Dame deux
caſes ne manquez pas de le
prendre , car autrement il le
pouſſeroit une caſe , & eſtant
avancé&foutenu pourroit encore
aller plus loin,& feroit capable
de vous faire perdre la
Partie.
Le livrede Monfieur l'Evê
que de Meaux intitulé Hi-
Stoire des Variations , ayant
fait beaucoup de bruit , & la
reputation de cet Ouvrage
s'eſtant répandue auſſi loin que
celle de cet Illuſtre Prélat , on
en a tiré dequoy, attaquer les
Proteftans avec beaucoup d'avantage.
C'eſt cequi a donné
lieu au Dialogue que vous
allez lire.
GALANT. 57
S
a
:
DIALOGVE
D'un Chatolique & d'un
Proteftant .
LE CATHOLIQUE.
Ene doute point , Monsieur
que la curiofitéqui vous est naturelle
, ne vous ait fait lire se
que Monsieur l'Evesque deMeaux
a écrit depuis peu de temps sur les
Variations . de Livre a receu de
grands éloges des Perſonnes les
plus distinguées , foit en France
foitenAngleterre.
LE PROTESTANT.
Les loiianges&les applaudif-
Semens qu'on luy a donnez de tous
coftez ,ne m'ont pas empesche de
Le lixe; mais je vous avoue que je
C-35
18 MERCVRE
ne l'ay leu qu'avecchagrin. L'Auteury
fait voir par tout qu'il est
nostre Ennemy capital.
LE CATHOLIQUE .
Cependantsi vous voulez bien
estre fincere,vous demeurerez d'accord
qu'il n'avance rien de luymesme
, & qu'il ne vous bat que
par vos propres armes ,& parvoς.
actes publics.
LE PROTESTANT..
Appellez - vous nous battre
avec nos armes , que de nousfaire
dire ce qu'il luy plaist,&d'habiller
nos Auteurs àsa mode ?
LE CATHOLIQUE
Je vois bien que vous n'avez pas
leu le Livre des Variations avec
soute l'attention qu'il merite ; fi
cela, estoit , vous rendriez afſurément
plus de justice à la fincerité
de fon Auteur . Il est vray qu'il
vous pouſſe vigoureusement , &
GALANT.
59
qu'il vous force iuſques dansvos
retranchemens . C'est ce qui me
fait esperer que vous entrerezdans
une capitulation raisonnable ,
que vous rendrez bien- toft la Pla..
ce..
LE PROTESTANT..
Bon , vous n'y estes pas encore..
Attaquer nostre Religion par les
changemens qu'onluy impure , c'est
justement vouloir prendre un Châ
zeau par les gironettes.
LE CATHOLIQUE ..
Vous pensez plaiſamment , mais
vous ne pensez pas juste , car à
parler fans raillerie , n'appellez--
vous pas s'attacher au corps de la
Place , & fapper les fondemens
d'une Religion , que de l'attaquer
par les changemens qu'elle a foufferts
dans l'effentiel & dans les
Symboles de fa Foy ? Tant de Va-
G6
60 MERCURE
riations differentes nous la font
voir comme un fameux theatre
d'inconstance & d'erreur. C'est
auſſi cette instabilité perpetuellede
vostre pretenduë Religion , qui
obligea il y a déja pluſieurs an
néesune Perſonne d'unrave merite
& d'une profonde érudition , d'abiurer
l'hereſie de Calvin, de faire
connoistre au Roy que Sa Maiesté
n'estoit pas obligée de tenirſa parole
Royale àfes Suiets Protestans,
parce qu'ils avoient changé plu .
fieurs fois de Confeffion de foy , &
qu'ilsn'estoient plus dans lamesme
Religion où Elle avoit promis de
les laiſſer enpaix. Que dites-vous
àcela?
LE PROTESTANT..
Je répons que tout cela me pa
roiſtroit fort suspect,si ie ne connoiffois
vostre probité ; mais tous ce
que vous dites contre nous nous le

GALANT. 6
pouvons dire contre vous- mefmes.
LE CATHOLIQUE ..
P
Point du tout , onle peut dire,
mais on ne le Sauroitjamais prouwer.
Nous n'avons garde de changer,
nous nous trouvons trop bien des
Veritez que nous profefſons. La
Religion Chretienne est simple &
précise enfes dogmes , commeparle
AmmianMarcellin .Lefeul symbole.
deNicéea toûjoursfervi dans l'Ories
& dans l'Occident , de témoignage
authentique contre tousles Ariens..
Laregle de la Religion , dit Tertullien
eft immuable ,&nese reforme
point. L'Eglife Catholique quifait
profeſſion de ne dire & de n'ensei
gner que ce qu'elle a recen , ne va
rie jamais; & au contraire , l'He
refie qui a commencépar innover
change toûjours...
62 MERCURE
LE PROTESTANT ..
Monsieur Furien vous fera voir
le contraire; il donnerale change à
Monfieur de Meaux , er il ne demeurera
pas fur la replique ; carde
bonne foy , s'il ne répondoit pas fo--
Lidement & fortement , nous fe--
rions de grands fous de tenir encoreferme
pour un party qui comme le
Cameleon , & le Prothée de la Fableprend
toutesfortes de couleurs
de figures differentes ..
LE CATHOLIQUE .
Ie ne doute pas que vostre infa
tigable. Monfieur Iuricu ne réponde,
mais je doute qu'il le faſſe außi
fotidement que vous le promettez ;
car quoy qu'il ait beaucoup de feu ,
de doctrine , & d'éloquence , le cas
ractere veritable de fon esprit eft
d'estre injurieux , fatyrique , ou ---
trant souvent les matieres , &
pour le bien definir en peu de mots,,
GALANT. 63
ilpique plus qu'il ne persuade ,&
ébloüit au lieu d'éclairer. Ce n'est
Pas affez de parler beaucoup , un
grand. verbiage n'est propre que
pour impofer auxfoibles &tromper
les ignorans . In multiloquio non
deerit mendacium, dit le Sage;
mais il est neceſſaire de bien parler...
de dire toûjours la verité.
LE PROTESTANT.
Nous pretendons que Monsieur
Iurien dit la verité ,& qu'il frape
toujours le but ; mais ie voy bien
que vous voulezfaire tomber infenfiblement
noſtre conversationfur
la Controverse..
LE CATHOLIQUE .
Pardonnez- moy , ce n'est pass
là mon deſſein , quoy que selon le
Sentiment de S. Augustin , quand
la verité Catholique est attaquée
& combattue àforceouverte ,cha-..
cun doit prendre les armes , les pluss
64
MERCURE
foibles auffi- bien que les forts, afin
qu'eſtant tous unis enſemble , l'er..
reur soit univerfellement con..
fondue.
LE PROTESTANT .
Que produira toute cette guer--
re , & qui mettra fin à tous nos
combats?
LE CATHOLIQUE .
C'eſt où je veux venir. Ily a
déja longtemps qu'on s'échauffe &
qu'on dispute de part &d'autres
L'un dit pour , & l'autre contre
mais qui a raiſon , & qui nous
mettra iamais d'accord ?
LE PROTESTANT.
Cefera l'Ecriture..
LE CATHOLIQUE ..
Nous pretendons qu'elle nous eft
favorable, mais qui nous en dé
couvrirale vray sens ?
LE PROTESTANT .
Le Saint Esprit.
GALANT. 65
LE CATHOLIQUE .
Vous avez raiſon , mais oùse
trouve le S. Esprit , finen dans
l'Eglife Catholique , qu'ilapromis
d'aſſiſter iusqu'àla fin desfiecles ?
En effet ,y a-t- il une Religion plus
folide que celle qui est bâtie fur
la pierre vive , sur la foy de
Saint Pierre qui ne manquera
jamais , qui confſse un seul Dieu
en trois Perſonnes , & qui met
toute son efperance en 7.C. Seul
qu'elle regarde commeson unique
Mediateur & Son seul Sauveur ?
Voilà la Foy orthodoxe , la Foy des
Apostres , la Foy de nos Peres , la
Foy des Conciles , &particulierement
celle du Concile de Trente ,
que vous ne pouvezsouffrir.
LE PROTESTANT .
Ouy, mais quedites - vous du culte
Superstitieux que vous rendez
aux Saints , de la Confeſſion auriculaire
,&de la Realité?
66 MERCURE
LE CATHOLIQUE .
Iesçavois bien quevous enviendriezlà
, mais ie vous declare que
nous n'adorons point les Saints ,&
que si nous les honorons d'un culte
Religieux, ilnefait nonplus de tort.
àceluy que nous devons à Dieufeul,
que l'amitié que nous avons pour
nos amis,& que l'honneur & le refpeft
que nous rendons à nos parens.
Pour la Confession , bien loin quelle
me paroisse une gesne de confcience
commevous dites,i'y trouve au con
traire une paix intericure&un repos
inexplicable. Qu'on en pense ce
que l'on voudra , ie parle fincerement
. A l'égard de la Realité ,ie
m'en tiens à la seule parole du
Sauveur du monde sans vouloir
trop rafiner & Sans écouter làdeſſus
l'explication des hommes. Ie
foumets maraison àla foy ,i'adore
se que je ne puis comprendre , &
ر
GALANT. 67
il me souvient toûjours des paroles
de l' Ange Gabriel , non eft impoſibile
apud Deum omne
verbum. Mais ce qui me tient le
plus au coeur , c'est de voir que fur
lefait de la Realité vousvous ac
commodez plutoſt avec un Lutherien
qui vous est étranger , qu'u
vecmoy qui fuis vostre Amy ufquead
aras .
LE PROTESTANT .
Ievous reconnois volontiers pour
mon Amy,mais nos Freresne laiffent
pas degemir en France ,& il
me semble qu'on devroit avoir
égard à la fermeté qu'ilsfons paroiſtre.
LE CATHOLIQUE .
Fausse fermeté que celle - là.
Ne vous y trompez pas les Infidelles
ne souffrent ils pas tous
les jours des courmens inouis pour
Leur fausse Religion ? & qui ne
3
68 MERCURE
1
fçait que les Donatistes du temps
de S. Augustin , forcerent la clemance
de l'Empereur Theodofe de
donner contre eux des Arrests de
mort ; tant ils estoient remuans
opiniatres& rebelles àfes ordres ,
& tant ils avoient envie de mourir
pour avoir la gloire qu'on diſt d'eux
qu'ils avoient l'Eglise Catholique
de leur coſté! Nesçavez- vous pas
avec S. Cyprien , que cen'estpas la
peine,mais la bone cauſe quifait le
veritable martyre?le plains effecti
vement vos pauvres Freres abusez
qui font la duppe de vos Ministres
fugitifs qui crientfans ceffe , mais
de bien loin , Aſſemblez vous,
& ſouffrez; ſemblables aux Pha--
rifiens ,ils imposent aux autres un
joug cruel , & ils ne veulent pasy.
toucher du bout du doigt, ily a plus
d'onze cens ansqu'un Conciled'Ag--
de nous a declaré qu'iln'y avoit
GALANT.. 69
point d'Assemblée plus legitime que
celle quife doit faire dans les Pavoiſſes.
C'est là où les Chrestiens
doivent s'affembler,& non pas dans
les campagnes, comme destroupeaux
de beſtes sauvages. Ce font
ces Affemblées illegitimes ,fources
de rebellion &femences de revoltes,
qu'ilfautfair,parce qu'elles font
defendues par les loix des Princes
àqui noussommes obligez d'obeïr ,
comme dit S. Paul , &non pas à
des hommes particuliers que l'inzerest
ou la paſſion dominent , &
qui n'ont aucune autorité legitime.
Croyez -moy , n'abusez pas de la
longue patience & de la douceur
incomparable de nostre Roy Tres-
Chreftien , qui vous traite platoft
en Pere charitable &bien-fai-
Sant , qu'en Juge severe& rigoureux
. Ne prêtezpas l'oreille à ces
esprits mauvais, àces discoursfla-
:
70
MERC VRE
teurs , à ces Lettres Pastorales , qui
ne tendent qu'à vous corrompre le
coeur, & à surprendre vostre efprit.
Ecoutez plutoſt l'avis important
du grand Apoftre dont vous
reverez les Ecrits , lors qu'il dit en
parlant au Theffaloniciens , Rogamus
autem vos , Fratres , per
adventum Domini , & noftræ
Congregationis in ipfum , ut
non cito moveamini à veſtro
ſenſu , neque terreamini , neque
per ſpiritum , neque per
fermonem , neque per epiftolam.
: LE PROTESTANT .
Voila ce qui s'appelle prefcher.
Tout cequi paroistfort ,&je m'en
Sens vivement touché , je vous
proteste que ie m'en vais penfor
ferieusement à tout ce que vous
m'avezdit .
GALANT . 71
2
0
a
et
C
۲۰
a
LE CATHOLIQUE .
Et moy ie m'en vais prier
Dieu qu'il vous faſſe connoistre la
verité , cependant croyez- moy , lifezencoreunefois
ce beau Livre des
Variations. l'espere que par cette
Seconde lecture vous direz, puis
quema Religion est fiincertaine&
fivariable , ie la quittepour m'attacher
à la verité folide. C'est ce
que ie vous souhaitede tout mon
coeur.
Le 19. du mois paſſe,Monſieur
le Marquis d'Albyville ,
Envoyé Extraordinaire d'Angleterre
, fit à la Haye de
grandes réjoüiſſances pour la
naiſſance du Prince de Galles.
Il en fit rendre graces à
Dieu le matin , & l'Office fut
celebré folemnellement avec
une excellente Muſique , се
qui dura juſques à midy , &
72
MERCURE
fut accompagné d'une ſalve
resterée de quelques petites
pieces de Canon , qui avoient
eſté placées ſur les bords du
Canal , ou Vivier , aprés quoy
cet Envoyé donna un repas
ſplendide. Monfieur le Comte
d'Avaux Ambaſſadeur de
France, s'y trouva , ayant eſté
invité à cette Feſte , auſſi bien
que Monfieur le Chevalier
Crampricht , envoyé extraordinaire
de l'Empereur,& membrede
ſon conſeil privé ;Monfieur
le Baron Kracgh, Envoyé
de Dannemarck . Monfieur
Moreau , Seigneur de Vertilly .
Envoyé de Pologne ; Monſieur
Norf, Reſident de Cologne
; & Munster , & Monfieur
d'Outremont Envoyé du
Chapitre de Liege , avec di-
,
verſes autres Perſonnes des
plus
GALANT.
73
f
plus diftinguées . Le ſoir Monſieur
le Marquis d'Albyville
regala lesDames d'une Magnifique
Collation , elles eurent
enſuite le divertiſſement d'un
Feux d'artifice. Toute la Mai -
fon fut illuminée depuis le
haut juſqu'au bas , & l'on fit
paroiſtre une infinité de lumieres
dans une petite tour
en forme de dôme . Au deffus
de la porte on avoit écrit en
lettres d'or ,
Vivat à Deo datus Princeps
Vuallia , totaque regia profapics.
Au milieu du Vivier eſtoit
élevé un Echafaut ou Amphitheatre,
qui fut éclairé de tous
coſtez . On y voyoit un arc de
triomphe à pluſieurs portes ,
avec un Chevalier, S. Georges
foulantà ſes pieds un Dragon
horrible. Pluſieurs Pyramides
Aouft1688 . D
74
MERCVRE
repreſentoient dans les coins ,
les Royaumes de la Couronne
de la grande Bretagne , & entre
ces piramides il y avoit diverſes
aifles d'oiſeaux pour
ſignifier la Foy , l'Eſperance , la
Charité , la luſtice, la Conſtance,
laPrudence,la Loyauté,& la
Verité. Au deſſus , dans la Friſe
meſme de l'Arc de triomphe ,
eſtoient ces autres mots ,
Fulcimentum Troni Patris &
mei , Religio & Libertas.
Quatre colomnes d'ordre Corinthien
avec leurs piedeſtaux
foutenoient la Couronne d'Angleterre.
Entre ces colomnes
eſtoit un Globe du monde, ſur
lequel on avoit repreſenté les
Lignes Horizontale & Equinoctiale
, & l'on y liſoit ces
mots , Augusto & Iacobo maguo
proles din vivas. Au defGALANT.
75
,
ſus on voyoit paroiſtre un
Enfant , tenant d'une main un
Sceptre, pour ſignifier le Gouvernement
du Roy d'Angleterre
; & de l'autre une branche
d'Olive , pour marquer la
Paix & la Mifericorde. Surla
teſte de cet Enfant & au
deſſous de la Couronne Royale
, deux autres Enfans qui
avoient des aiſles ſe tendoient
la main l'un à l'autre , & tout
autour de cet Ouvrage , au
deſſus & audeſſous d'une baluſtrade
on liſoit encore , luftitia
& Veritas exemplata funt . Le
Feu d'artifice eut tout l'effet
quel'on en pouvoit attendre ,
& fatisfit pleinement un nom.
bre infiny de Spectateurs . On
fit couler pour le Peuple pluſieurs
fontaines de vin , & on
diſtribua de l'argent à tous les
Pauvres.
D2
76 MERCURE
Il y a des gens fur qui l'imagination
eft puiſſante , &
l'hiſtoire que Monfieur De
Vin a miſe en Vers en eſt une
preuve. Les noms en font
faux , mais la choſe eſt veritable;
vous la trouverez agreablement
contée ,& vous n'aurez
pas de peine à y reconnoiſtre
ce tour aiſé qui vous
a tant plu dans tous les autres
Ouvrages de ce meſme Auteur.
LA BLESSURE
IMAGINAIRE.
✓Ne troupes de francs Bourgeois ,
Gensde commerce de pratique,
GALANT. 77
Dans une Place ancienne&publique
,
Attendant le Souper s'aſſembloit
autrefois.
Là ,Selon la foible rubrique ,
L'un daubant surle Magistrat ,
Se plaignoit deſes injustices ,
Et parloit hautement de l'abus des
Epices.
Là, l'autre reformant l'Etat ,
Aux icunesTonſurez ôtoit les Be
nefices .
Lesdonnoit aux Sçavans aux Vieillards
, aux Devots ,
Regloit les Droits du Roy , abaiffoit
les Imposts ,
Et critiquoitle Ministere.
Là , chacun d'uneminefiere
Battoit l'Ennemy fans danger ,
Affiegeoit une Place , en conduiſoit
l'attaque ,
Et,fans avoiriamais veuny Camp,
ny Barraque ,
D3
78 MERCURE
Sur la Breche alloit ſe loger.
Enfin la Troupe pacifique
S'échauffant dansſa politique ,
Vn Soldat en paſſant donna ,mais
par hazard ,
Un coup de coude auſieurAfcard,
Quifeul on loindecetteplace ,
Jamais n'eûtſans doute eu l'audace
Depayer, comme ilfit , ce coup d'un
grandSouflet.
Sa compagnie officieuse
Applaudit aux efforts desamain
vigoureuse ,
Et contre unhommeſeul hardie&
courageuse ,
Luy dit qu'ilavoit fort bien-fait.
Le Soldat qui trop foible en vain
s'enScandalife ,
Et qui ne peut pour cette fois
Se vanger de tant de Bourgeois ,
Leur veut au moins cauferquelque
Surprise;
Il prend Son Mousquet , tire en
l'air
GALANT.
79
Et fuit viste comme un éclair,
Jamais une jeune Bergere
Qui l'oeil fur fon Berger , l'oreille
àfa chanson,
Reçoit ſur la verte fougere
D'un Air tendre & nouveau lapremiere
leçon ; [Tonnerre
Iamais, dis- ie , Bergere eut- elle du
Tant de peur qu'eut Afcard de ce
coupdeMousquet ?
Sa frayeur fut telle en effet ,
Que s'en croyant atteint ,il trem.
ble ,il tombe àterre ,
Crieàl'aide, ausecours , demande
un Confeffeur ,
Et lefront degouttant d'une froide
Sueur ,
Se fait d'un Chirurgienporterdans
la Boutique.
CeDocteur de Saint Coſme estoit un
harangueur ,
Qui joyeux de cette pratique ,
Luy dit , Soyez , Monsieur , le bien
venu , courage ,
1
D4
1
80 MERCVRE
On vous traitera bien ceans ,
Et pour les coups de feu j'ay de fort
bons Onguens,
En verité c'est grand dommage.
Quel coquin de Soldat ! quelmaraut
quel brutal !
Ilest vray que cesgens n'aiment que
le carnage ,
Mais enfin voyons voſtre mal ;
Garçons , mon Bistoury , mon Bandage
, ma Scie ,
Des Ciseaux , & de la charpie ;
Coupons , Scions , tranchons ; ça ,
quel endroit , Monsieur ,
Abeſoin de noſtreſervice ?
Aces mots maſſacransAfcarplein
de frayeur ,
Du bout du doigt montraſa cuiffe.
Le Chirurgien la dépoüilla ,
Et luy dit en riant,que me donnezvous-
là ?
Iamais gigot plus gras ,jamais cuiffe
plus faine.
GALANT. 81
Voyez l'autre , dit le piteux ,
Car ſans doute à l'une des deux
Lesuis bleßé. Dieu ! quellepeine
Vous me faites : Ouf, ouf ! haye !
plus bellement !
La cuiffe gauche viſitée
Nese trouva pas plus blessée
Que la droite , pas seulement
Contufion , égratigneure.
Morbleu, quelignorant,s'écrie alors
Afcard ,
Prens tes lunettes,vieux penard,
Le n'en ſçais pas l'endroit, mais je
gage ,&jeiure
Que j'ayfur moy quelque bleſſure,
Car enfin de douleur la teste en feu
me fend ,
Ie me sens bien ,& plus cemal qui
me devore
EstSecret &caché,plus ilfaut qu'il
Soit grand ,
Voy, regarde, examine encore.
Ab , i'ay le doigt deſſus , répond le
Chirurgien
Ds
82- MERCVRE
En luy touchant lefront, maiscene
fera rien ,
Deux ou trois priſes d'Elebore
Vous feront,Monsieur,tres-grand
bien ,
Vostre mal est imaginaire.
Quoy donc, me ferois - ie trompe ,
Repliqua le Viſionnaire !
Il me semble pourtant que le coup
m'a frapé ,
Et que ie ne m'abuse quere.
Enfin , ſur ſon certificat
Se tâtant , &voyant ſon corps en
bon état ,
Voüais , ah , parbleu , dit - il , la
plaisante avanture !
Le me croyois blessé, j'en aurois fait
gageure;
Mais comment se peut-ilque ie ne
lefois point?
Ilfaut donc qui ceſoit Maupoint
•C'estoit un de la compagnie ,
Car quandle coup tiraie levis prés
demoy
2
THEQUE DE
BIBLIO
LYON
*
1893
VILL
83
prie.
eudetoy,
xiefuis
ie.
Air de
illy. Je
rez pas
les pa
AU
Bergere
ndre &
affez mes voeux ,
re
их.
mefaire
Seconde
D6
82
En luy to-
Jera
Deux of
Vous fer
bien
Vostre
Quoy do
Repliqu
Il me fem
ma
Et que i
Enfin,
Se tâtant
bon ét
Voüais , a
plais
Lemecroyo
gage
Mais com
lefoi
Ilfaut
C'estoit 2
Car quand Le coup tiraie le vis prés
demo
GALANT. 83
004
Qu'on levisite , ie vous prie.
Quoy,turis ? maugré bleude toy,
Meurs, puis que tu le veux,iefuis
bien fou , ma foy ,
Dem'embarafſferde ta vie.
Je vous envoye un Air de
Monfieur de Montailly. Je
croy que vous n'en ferez pas
moins contente que des paroles.
]
AIR NOUVEAU.
'Aime une charmante Bergere
Dont l'air est affez tendre &
doux ,
Mais ce qui medesespere ,
Mon Rival est fon époux.
Mon embarras n'est pas de me faire
aimer d'elle ,
son panchant en fecret feconde
affezmes voeux ,
D6
84 MERCURE
i
Mais ce qui nous retient tous
deux ,
C'est qu'ilfaut pourm'aimer qu'elle
fou infidelle.
L'eſtime generale que Monfieur
le Tellier, Chancelier de
France , s'eſtoit acquiſe par
ſes rares qualitez , a fait rendre
àſa memoiretous les honneurs
qu'un grand homme peut at
tendre. Sa mort fut regardée
comme une perte publique.
Tous les Corps ordonnerent
des pompes funebres , pour
luy rendre les derniers devoirs
; & aprés que l'Egliſe &
laRobe eurent donné des marques
éclatantes de leur douleur
, l'Univerſité n'oublia rien
pour marquer fon zele parun
Service qu'elle fit celebrer ſolemnellementpour
le repos de
GALANT . 85
fon Ame, le 8. Fev . 1686. dans
l'Eglife de Sorbonne.Monfieur
Herſan , Profeſſeur Royal de
l'Eloquence , y prononça en
Latin l'Oraiſon Funebre de ce
digne Chef de la luſtice , &je
vous parlay en ce temps-là de
l'approbation generale qu'elle
avoit receuë. Les grandes
beautez qu'on y remarqua ,
firent donner beaucoup de
loüanges à ſon Auteur , &c'eſt
ce qui est cauſe que nous la voyons
depuis peu de jours traduite
en François. Celuy qui
nous a fait ce preſent , nous
cache ſon nom ſous ces deux
lettres M. B. mais il ne peut
nous cacher qu'il poſſede parfaitement
toutes les fineſſes
de noſtre Langue , & le plaifir
que l'on prend à lire cette excellente
tradution > ne nous
86 MERCURE
laiſſe point douter qu'elle ne
conſerve toutes les graces de
l'Original . CetteOraiſon contient
trois parties.Dans la premiere
, l'Auteur nous fait voir
l'égalité de feu Monfieur le
Tellier dans ſa vie active , &
voicy de quelle maniere le
traducteur nous a peint la
Cour. Aprés nous avoir marqué
le temps où le feu Roy
l'appella au Miniſtere ; Cet homme
iufte, dit- il, fe regardoit dans
laCourcommefar un Theatre où la
Vertu paroiſt ordinairement étrangere
, & où tous les Vices illuftres
fe montrent avec pompe & avec
éclat. Il voyoit qu'il avoit à foutenir
un rôle bien difficilefur cette,
Scene , où les intrigues font ſans
nombre , où regnent les defiances
, les trabiſons , des commerces
d'infodelite entretenus d'un
GALANT.
87
air de bonne foy ; l'Esperance , le
defeſpoir ; la haine implacable ,
La colere vive ; les vangeancesfecretes
, les civilitez exterieures de
grands deſſeins , de plus grand defirs
; beaucoup d'oftentation , peu
de verité, une habile diffimulation,
uneambition fans bornes . Ilſentoit
affez la difficulté qu'il ya de fe
conferver par sa feule innocence
parmydes hommes ; auprès de qui
les vices & les vertus font également
dangereuses ; l'exactitude à
accomplir ſes devoirs est exposée à
l'envie , la negligence au blâmes
laſeverité eſt odieuse ; la douceur
eft nuisible , lafincerité peu seure,
dont les discours font autant de
pieges , & qui tournent en ridicule
ceux qu'ils y ont fait tomber. Il
Scavoit avec quelle soupleffe ces
gens- là se transforment en mille
manieres differentes , il avoit re88
MERCURE
marqué que leurs visagesse démonte
comme il leur plaiſt , qu'ils
changent d'exterieur &de langageselon
le temps ; qu'ils s'attachent
à la fortune naiſſante , qu'ils flatent
celle qui s'agrandit , qu'ils
adorent celle qui est elevée auplus
haut degré ; qu'ils abandonnent
celle qui chancelle, enfin qu'ils perfecutent
celle qui est ruinée. Gens
qui ne connoissezpoint la Cour,voila
ceque vous ne pourrez croire.Gens
quui la connoiſſez , voilà ce que vous
nesçauriez jamais affez déplorer.
Dans la ſeconde partie qui
traite de la Moderation de
Monfieur le Tellier dans ſa
plus haute fortune , le Traducteur
a rendu en ces termes
ce que Monfieur Herſan a
marqué de ſon élevation à la
Dignité de Chancelier. Voila ,
dit- il, comme I heureuſe vieilleffe
de Monfieur le Tellierſe nourrif
GALANT. 89
foit de la gloire & de la vertu de
Ses Fils, bornant à cet uniqueplaifir
toutes ses esperances. Alors il
S'enfermoit dans le fond de fa retraite
comme dans un tombeau
parſemé de Fleurs &de Couronnes,
& s'y enterroit tout vif. Il n'avoit
jamais affecté aucuns honneurs ;
alors il les écartoit tous avecſoin ,
de crainte qu'une foule importune
ne vinst troubler la tranquillitéde
fon innocente vie. Précautionvaine
! LOUIS qui connoist fi bien le
merite , qui le recompenje fi magnifiquement
, l'appelle à lafuprêmeMagistrature
,& ce Prince
nomme pour fon Chancelier celuy
pour qui nous faiſions tous des voeux
fecrets. L'homme qui estoit tout au
Roy par sa fidelité incbranlable ,
tout au Peuple par son incroyable
humanitéfut étably comme un Mediateur
entre le Roy &le Peuple.
१०
MERCURE
En ce jour tant souhaité , avancé
par les prieres & par les deſirs de
tous les François , vit- on quelqu'un
garder lefilence ? Quelqu'un putilrenfermer
ſa joye ? Yeut- il quel.
qu'un qui n'en donnaſt que de foi .
bles marques ? Qu'il foit, difonsnous
, comme diſoient autrefois les
Romains de leur Valere , Qu'il
foit le Juge de tous , luy qui eſt
le meilleur de tous ; qu'il ſoit
le Juge du Senat , luy qui n'a
aucun défaut ; qu'il ſoit l'arbitre
de nos vies luy dont la
vie eſt ſans tache & fans reproche.
Ainsi se rejoüiſſoient en
particulier&en public, les Grands,
les Petits , les Amis & les Estrangers.
Il estoit le seul qui fem.
bloit se chagriner des careſſes que
luy faisoit la fortune. Il rougis-
Soit en quelque forte , & faisoit
presque des reproches àſa vertu ,
GALANT. وا
des grands , mais legitimes honneurs
qu'on luy rendoit. Ilsefit autour
de luy un grand changement ,
mais il ne s'en fit aucun en luy.
Dans fon nouvel estat de vie , il
garda toujours la mesme maniere
د
de vivre & la retenue d'un
homme privé. Quoy que Chancelier,
il conferva toujours le mesme
visage , le mesme esprit . Il fut
toûjours ce même LE TELLIER ,
ferieux avec douceur ,gay avec
dignité , affable avec une ſeverité
careſſante ; chery des Grands ,
agreable au Peuple , simple Sans
baſſeſſe , moderé sans oftentation ,
mais plus il eſtoit moderé , plus il
attiroit nos reſpects , nos loüanges ,
nos admirations ; plas nous nous
empreſſions de l'honorer malgré
toute sa resistance , au bazard
d'exciter preſque ſa colere.
La Pieté exemplaire de Mr
92 MERCVRE
د
le Tellier dans ſa mort bienheureuſe
faiſant le ſujet de la
troiſième partie de cette Orai -
fon Funebre l'Auteur qui
nous a peint ce grand comme
toujours égal , toûjours moderé
, nous fait un Portrait admirable
de fon entiere reſignationdans
ces derniers momens
de ſa vie. Il dit que la France
luy paroiffant purgée par la
défaite de l'Hereſie , fur laquelle
ſa main avoit ſervy à
lancer la foudre , il jugea qu'il
n'y avoit plus rien à faire pour
luy ,& qu'il craignit de dégenerer
s'il faiſoit encore quelque
choſe , & de fouïller par
quelque action terreſtre , ſa
main conſacrée par cette prefcription
de l'Impieté . Ce jour
mesme , dit ſon Traducteur ,
futle commencement deson éterniGALANT
.
93
té bienheureuse , vers laquelle il
s'avança toujours depuis à grands
pas. Il revint malade en cette Ville,
afin de mourir dans le ſein de
Sa Patrie , mais il revint avec un
iugement plus fort , à mesure que
les forces deson corps diminuoient.
Son esprit n'estoit point usė par
l'âge , appesanty par la maladie ,
éteint par la langueur ; au contraire
, recevant de nouvelles lumieres
, & une nouvelle vigueur
des années & de l'infirmité , nonfeulement
il voyoit mourirfon corps
à chaque moment , mais mesme il
Seréioüiffoit de demeurer pour en
voir en quelqueforte les funerailles
, & pour le conduire presque au
tombeau . Mais ce qu'ily eut d'admirable
en Monfieur leTellier, c'est
que ne l'ayant pas affez connu iufqu'alors
, il nous parut beaucoup
plus élevé & beaucoup plus ,
94
MERCURE
grand dans la mort mesme. Nous
avions veu tres -fouvent les dehors
de cet homme mais nous n'en
2
avions preſque point encore veu
l'interieur. Il estoit tellement for
tifié desa modestie contre tout ce
que la loüange humaine a d'attraits
, qu'il ne vouloit pas luymesme
sçavoir combien il estoit
grand , & que les autres ne le
pouvoient sçavoir qu'avecpeine. Il
est vray qu'il luy échapoit tous les
tours, ou sans y penser , ou malgré
luy ,comme des éclats & des étincelles
de ses vertus cachées , mais
tout cela ne nous le montroit que
par parties , & ne l'expoſoit qu'en.
éloignement à nos admirations. La
mort ſeule qui ensevelit toutes les
grandeurs ,plaça Monfieur le Tellier
dans une espece de nouveau
iour. Elle luy arracha les voiles
dont il couvroitfes bonnes oeuvres;
GALANT. 95
elle nous fit connoistreſon eſprit celefte
; elle nous ouvrit le Sanctuaire
de fa fainteté ſecrete ; enfin elle
developa à nos yeux dans ce dernier
acte de sa vie , ses vertus
interieures , & renfermées avec
tant de foin. Voilà , Madame ,
des traits d'éloquence qui font
connoiſtre combien le Public
eſt obligé à celuy qui a bien
voulu nous donner en noftre
Langue cette belle piece de
Monfieur Herſan . Je n'ay point
fait difficulté de les rapporter ,
ſçachant que l'admiration que
vous avez toujours euë pour
les grandes qualitez de feu
Monfieur le Tellier , vous les
fera lire avec plaifir .
Nous avons perdu depuis
peu de temps pluſieurs Dames
d'une naiſſance fort confiderable.
En voicy les noms .
96 MERCUR E
Dame Suzanne Charlotte
deGramont. Elle estoit veuve
de Meſſire Henry Mitte de
Chevrieres Marquis de Saint
Chaumont , & Fille d'Antoine
de Gramont Thoulougeon ,
Souverain de Bidache , Comte
de Guiche & de Louvigni ,
Capitaine de Cinquante hommes
d'Armes des Ordonnances
de Sa Majesté , Gouverneur
de Bayonne & des Pays
adjacents , & de Claude de
Montmorency ; Fille de Louïs
de Montmorency Seigneur de
Bouteville & de Precy , Comte.
Souverain de Luſſe,Chevalier
de l'Ordre du Roy , Bailly &
Gouverneur de Sanlis , vice-
Amiral de France. Son ayeu
eftoit Philbert de Gramont ,
Comte deGuiche , tué au Sie
gede la Fere en Picardie . Son
Frere
GALANT.
97
Frere aifné Antoine Duc de
Gramont , Pair & Maréchal
de France , Chevalier des
Ordres du Roy, Souverain de
Bidrebe , Comte de Guiche &
de Louvigni , Gouverneur &
Lieutenant General aux Royaumes
de Navarre & Bearn,
Villes & Citadelle de Bayonne
, Pays de Labour , & Saint
Jean Pied- de- port Colonel da
Regiment des Gardes de Sa
Majesté , eſt mort en 16-8 . &
a laiſſe de Dame Françoife-
Marguerite du Plefis de Chivry
, de l'illuftre Maiſon
de Richelieu , Antoine Charles
de Gramont , à preſent
Duc de Gramont & Pair
de France , pourveu des mêmes
Gouvernemens de Monfieur
le Maréchal de Gramont
fon Pere . Madame la
Aoust 1688 . E
98 MERCURE
Marquise de Sain-t Chaumont
avoit encore pour Frere , Philibert
Comte de Gramont, qui
a épousé Dame Elifabeth Hamilton
, Dame du Palais de la
Reine , & pour Soeurs , Anne-
Loüiſe de Gramont , mariée à
Iſac de Pas , Marquis de Feuquieres
, morte en 1666. &
Françoiſe - Marguerite , Femme
de philippes , Marquis de
Lons en Bearn . Feu Meſſire
Henry Mitte de Chevrieres
Marquis de S. Chaumont , &
Comte de Miolans , Mary de
Dame Susanne - Charlotte de
Gramont , eſtoit Fils de Melchior
Mitte de Chevrieres ,
Marquis de S. Chaumont ,
Chevalier des Ordres du Roy-
& d'Iſabeau de Tournon , &
Petit fils de Jacques -mitte de
Cheveres, auffi Marquis de ;
BIBLIO
LYON
*1893*
GALAN T.
THEQUR
DE
ق و
S. Chaumont , & Chevalier
des mêmes Ordres , Grait
porte écartelé au 1. d'or au Lyon
d'azur, armé & lampaſſéde gueules
, au 2. & 3 de gueules à trois
fléches d'or ferrées & empenées
d'argent , mises en pal qui est
After , au 4. d' Aure qui porte d'or
au Levrier rampant de gueules ,
accole defableà la bordure deméme
, chargée de huit befans d'orfur
Le tout de gueulesà trois faces ondées
d'argent , qui est de Thoulongeon
, écartele de gueules à trois
Fumelles d'argent , qui est de Saint
Cheron. Mitte Chevrieres por .
te écartelé au 1. & 4. d'argent
aufautoirde gueules, à la bordure
de fable chargée de huit Fleurs de
Lys d'or , au 2. bandé d'or & de
gueules de fix pieces , contre- écartelédegueules
à un Aigle d'argent,
au 3. d'or à la bande de gueules ,
Ez
100 MERCVRE
C
contre- écartelé d'or au chevron de
Sabie , fur le tout d'argent à la
face de gueules party d'azur .
Dame Marie de Neuville .
Elle étoit veuve en premieres
noces d'Alexandre de Bonnes
Comte de Tailart , dont eſt
venuë Madame la Marquiſe
de la Baume , & ayant épousé
enfuite Louis de Champlais,
Marquis de Courcelles , elle
ena en Monfieur de Marquis
de Courcelles , & Monfieur
l'Abbé de Courcelles . Elle
eſtoitFille deCharles de Neuville
, Marquis de Ville- roy ,
Baron d'Alincourt , Chevalier
des Ordres du Roy , Gouverneur
de Lyon & du Lionnois
, Foreſts & Beaujolois , &
de Jacqueline de Harlay ,Fille
de Nicolas de Harlay , Baron
de Sancy , Colonel General
GALATN. IOI
:
des Suiffes , & petite fille de
Nicolas de Neuville , Marquis
de Villeroy , Baron d'Alincourt
, Seigneur de Magny,
Miniftre , Secretaire d'Etat, &
Grand Treſorier des Ordres
du Rov , & de Madeleine de
l'Ansbeſpine de Chaſteauneuf,
Fille de Claude de l'Abefpine
, Secretaire d'Etat. Le
Frere aifnéde MadamelaMar:
quiſe de Courcelles , eſtoit
Nicolas de Neuville , Duc de
Villeroy , Pair & Maréchal de
France , Chevalier des Ordres
duRoy , Gouverneurde Lion ,
du Lionnois , Foreſts & Beau
jolois , mort Chef du Conseil
Royal des Finances de Sa Majeſté
, qui de Dame Madeleina
de Crequi ; ſeconde Fille
de Charles Sire de Crequi ,
Duc de l'Eſdiguieres , Pair&
1
:
E 3
102 MERCVRE
Maréchal de France,a eu François
de Neuville , Duc de Villeroy
; Pair de France , Gouverneur
du Lionnois , Foreſts
Beaujolois . Les autres Freres
de cette Marquiſe ſont Meſſire
Camille de Neuville , Archeveſque
& Comte de Lion , Primat
des Gaules , Commandeur
des Ordres du Roy , &
Lieutenant General au gouvernement
du Lionnois , Foreſts
& Beaujolois , & Meffire
Ferdinand de Neuville, Evefque
de Chartres .
Dame Marie de Castelnau .
Elle estoit veuve de Philbert
de Thurin , Marquis de Ceton
, Seigneur de Glay- les-
Eſtilleux , Rouperou, leMets,
le Maréchal , Dordive , Saint
Pierre , la Noüaille , & Soeur
de Jacques Marquis de Caſtel
GALANT. 103
nau , Maréchal de France ,
Gouverneur de Brest , iſſu de
l'ancienne Maiſon des Seigneurs
de Castelnau en Bigor
re , & mort en 1658. d'un coup
de Mouſquetade qu'il receut à
la priſe d'un Fort prés de Dun.
Kerque. Caſtelnau porte ésartelé
au 1. & au 4.d'azur au Château
d'argent , à trois dongeons couverts
avec leurs giroüettes , qui eft
Castelnau ; au 2.& 3. de la Loubere,
quieft d'or àdeux Louves defable ,
fur le tout de Leves , qui est d'or à
trois chevrons defable.
Dame Jeanne Liquet. Elle
eſtoit Veuve de François Lanier
, Baron de Sainte Gemme,
qui avoit eſté employé pour le
Roy en pluſieurs negociations
d'Etat , en Portugal , vers les
Suiffes , & autres Nations ,
dont il s'eſt fidellement acquit
E
4
104
MERCVRE
té , & eſt morte en la Ville
d'Angers , âgée de quatrevingt-
trois ans. La Famillede
Lanier , ancienne en ce lieulà
, a donné pluſieurs Chanoines
& Dignité à l'Eglife
d'Angers , des Preſidens , Lieutenans
Generaux , & antres
Officiers au Prefidial & à la
Sénéchauffée d'Angers ,& des
Maires à la Ville . Il y en a eu
aufi pluſieurs Conſeillers au
Grand Confeil , & aux Parlemens
de Paris & de Bretagne.
Elle eſt alliée aux Ayrault ,
Grimaudet , Loüet , Boileve ,
Gourreau , Conſtantin, de la
Brunetiere & autres . C'eſt de
cette Famille qu'eſt venuë
Marie Lanier , Veuve de Fran .
çois de Montholon , Seigneur
d'Aubervilliers , Doyen des
Avocats du Parlement de Pa..
3
GALANT.
103
ris . Je croy vous avoir déja
dit que c'eſtoit un homme illuftre
en ſa Profeſſion par fa
grande probité, par ſa capacité
extraordinaire , & par la naiffance
, eſtant le Chefde l'ancienne
Maiſon de Montholon
en Bourgogne , qui a donné
un Cardinal , des Chevaliers
deMalthe , des Ambaſſadeurs ;
deux Gardes des Seeaux , des
Conſeillers d'Etat , des Prefidens
au Mortier , des Confeillers
& Avocats Generaux aux
Parlemens de Paris & de Bourgogne
, des Maiſtres des Requeſtes
, & autres diftinguez
parleurs merites . Lanier porte
d'azur à feize carreaux d'or posez
en fautoir , cantonné de quatre
Aiglettes d'argent.
le vous ay déja parlé af
fez amplement du Tremble--
ES
106 MERCURE
1
ment de Terre arrivé à Naples
. Cependant comme les
nouvelles Relations qu'on
m'en a données ſont remplies
de circonstances que vous
pouvez ignorer , je vous en
fais part. On publie icy que
lo nombre des perſonnes qui
ont eſté accablées ſous la ruine
des édifices tombez , n'eſt
pas ſigrand qu'on l'a dit d'abord
, mais toutes les Lettres
parlent toujours de la meſme
forte.
ANaples le 8. Juin 1688 .
SAmedy dernier 5. fuin , veilà
21. le de la Pentecofte
heures , le temps estant un peu
obfcur , onreffentri icy par l'espace
d'un Credo un horrible Tremble.
ment de terre , qui fit craindre à
GALANT. 107
chacun une mort prochaine& inevitable
. Toutle monde commença
àfuirdans les Places publiques ,&
àlacampagne les uns fermant à
la hâte les maisons &les Boutiques
&pluſieursles laiſſant ouvertes.Ce
fut un defordre inconcevable
puis que personne ne se trouvoit
en seureté dans les maisons ny
dans les églises , qui ont toutes esté
ébranlées & entre- ouvertes,&qui
tombent continuellement . Le magnifique
Dôme de la grande Eglife
de la Maison Profeſſe des Peres fe-
Suites est tombé , és a tué quatre
de ces Peres qui estoientau Confeffionnal.
On nesçait pas le nombre
desperſonnes qui se font trouvées
accabléesſous les ruines d'unemontagne
de pierres qui compofoient
ceDome, &dont le pavéde l'Eglife
a estéremply. La cheute de ces pierres
a perdu une Bibliotheque fort
A
E6
108 MERCVRE
confiderable , dont tous les Livres
oni esté endommagez. Le Portail eft
aussi ebranlé& entre - ouvert &le
Clocherprest à tomber. Cette Egli-
Se estoit le plus bel ornement de la
Ville de Naples , toute revestuë de
marbre, dorures,& peintures excel
lentes: Celles de la voûte entre
autres , estoient du Cavalier Lan
franc , d'an prix inestimable, & il
faudroit des ſommes immenfes pour
la restablir. Uneautre Eglise des
mesmes Peres , appelléele Vieux
Jesus, a estéau fifort endommagée.
LeVestibule&le Portailde S. Paul
desTheatins , oùily avoit une an
cienne Arcadedu Temple de Castor
&de Pollux , foutenuë de groſſes
colomnes de marbre , font tombez
entierement à la referve dequatre
colomnes ,& ont accabléungrand
nombre de personnes , à cause du
Marchéquiſe tenoit dans la Place
GALANT.. 109
qui eft vis à vis . Un Dortoir de
l'Eglise des Saints Apoftres , ap
partenant aussi aux Theatins , est
tombé , & les autres edifices font
fort ébranlez . L'Eglise des Reli
gieuses de S. Gaudioso eft presque
route detruite , & le Refectoire de
Saint Dominique Majeur , fondé
parle Roy Charles d'Anjou , est
tombé. Une partie de l'Eglise de
Saint Laurent de l'Ordre de Saint
François, eft auſſi ruinée. Le Pupitre
de Saint Pierre dans l'Ara
cheveſché, est tombé ,& la mu
raille d'une grande partie de l'Egli
fe entre ouverte. Un costé d'un
Palais proche S. Dominique s'est
precipité , & a tué plusieurs Por
teurs de chaises dans la Place , &
autres. Enfin il n'y any Palais , ny
Eglife, ny maiſon particuliere qui
n'ait esté endommagée avec des
breches& ouvertures visibles , qui

110 MERCURE
les mettent en danger de tomber ,
chaque moment.
Monsieur le Cardinal Pignatelli,
noſtre Arhevesque , plein de zele
& de pieté , alla vifiter & confo
ler pluſieurs Monafteres de Reli
gieuses affligées , & il accorda à
tous les Religieux & Confeffeurs
qu'il rencontra , le pouvoir d'absou .
dre des cas reſervez pour la veille
&le jourde la Pentecoste , & il
envoya le méme ordreà toutes les
Eglifes où les Preštres confeffoient.
Ils y resterent toute la nuit
dans les rues onne vit que des Proceffions
de toutesfortesde Religions
&Confreries , avec un nombre in
finy de Peuple , qui par toutes les
marques d'une vray componction
& d'un repentir fincere , tâchoit
d'apaifer la colere de Dieu. Les uns
portoient de pesantes croix fur les
د نم
épaules, d'autres se chargeoient le
GALANT .
cou de chaiſnes de fer & de groſſes
pierres ; d'autres repandoient des
cendres fur leurs teftes , ou se couronnoient
d'épines , d'autres enfin
Se flagelloient d'une maniere trescruelle
plusieurs enfans de l'un &
de l'autre sexe alloient en troupes
la corde au cou , criant mifericorde
par toute la Ville. Enfin il au
roit fallu estre plus que barbares
pourn'estre pas attendry d'un ſpe-
Etacle fi touchant , & que les cris,
Lessoupirs , la nuit & la confufion
rendoient plus affreux. La pluspart
de la Nobleſſe fortit de Naples , &
fe tint àla campagne ſous desTentes
& des Baraques qu'on avoit
dreßées pour estre à couvert. Une
infinité de Dames & d'autres perfonnes
se retirerent fous des Pavil
lons &dans leurs Carroſſes aumilieu
des Places les plus amples.
Le lendemain , Dimanche de la
IT2 MERCURE
les
Pentecofte , à neuf heures , c'est
trois heures au matin , le Tremblement
redoubla , mais d'une seule
Secouſſe qui dura longtemps. Ellefit
tomber quelques édifices des plus
endommagez . On continua les Confeffions
& Communions ,
Proceffions de mefme que le jour
précedent. L'apreſdinée il arriva
un Courrier de Benevent , Ville Pa
paleà trente milles d'icy , qui nous
apprit que cette Ville estoit entierement
abismée du mesme Tremblement
, avec perte de plus de fix :
mille perfonnes , &qu'il n'en estoit
pas reſtè fix cens en vie. Toutle
Palais Archiepifcopaleſtiombe ,&
afait perir tous ceux quiy étoient,
àla reservede Monsieurle Cardis
nal Orfini de Gravini , Archeves
que qui en est échapécommeparmiracle
, dangereusement bleſſéala
teste &àl'épaule.
GALANT.
173
Le Lundy 7. le tremblementse
fit encoresentir à onze heures ; c'est
cing heures au mavin , ce quifut
cauſe qu'onvities Proceffions encore
plus nombreuses qu'auparavant..
Elles for rendent toutes à la Ca..
thedrale , devant laquelle au mi
luu de la Place on a exposé le
Chef, & une phiole pleine dufang
de Saint Janvier Martyr , Prote-
Etour de la Ville , & Monsieur le
Gardinal Pignatelli , nostre Ar
chevesque, qui est toûjours en orai
fon àune finestre de fon Palais ,
donne la benediction au peuple à
mesure qu'il paſſe ..
Aujourd'huy Mardy 8. de Fuin,
onn'aveſſenty aucun tremblement
deterre , maislacrainte & le trouble
ne nous quittent point ,&la
terreur est si grande , que de cing
cens mille perfonnes quifont forties
de cette ville , il n'y en est pas ren
114
MERCVRE
tre cinquante mille . On entend
proche de Naples un grand bruit
comme d'un Fleuve qui roule , fans
qu'on puiſſe découvrir ny ce que
c'eſt , ny d'où cela vient . Monsieur
le Marquis de S. Estienne , nostre
Vice- roy , dont le Palais a esté fost
endomagé , a faitestimer le dommage
arrivé par la ruine des Edi
fices publics & particuliers , & les
plus habiles Architectes aſſurent
qu'ily a pour plus de dix millions
d'écus ou Ducats de perte. Oncroit
que le nombre des Morts est de fix
mille. Il peut estre encore plus
grand , parce qu'on en déterre à
toute heure qui ont esté accablez
par le renversement des Edifices .
Ce matin on a trouvé deux Enfans
, le Frere & la Soeur , de treize
à quatorze ans , en parfaite ſanté
dans les ruines de leur maison . On
a fermé presque toutes les Eglifes ,
GALANT.
115
à cause du danger qu'ily a qu'elles
ne tombent sur ceux qui y
entrent.
On a en avis que Monsieur le
Cardinal de Gravine s'est fait
transporter à la campagne proche
de Monteſarchio , àhuit milles de
Benevent , où il a fait conduire
quelques Religieuses échapées du
tremblement ; mais toutes bleffées ,
&quelques-unes moribondes . Cette
Eminence presche & console le
Peuple dans une méchante cabane.
Iln'y a eu qu'un seul de ses gens
tué, mais tous les autres font estropiez,
& l'on confirme la destruction
totale de la Ville de Benevent.Cel-
Les d' Averſa, Salerne ,la Cave ,
quelques autres ,font presque entieremens
ruinées , & l'on apprehen
de la defolation de la Calabre, cette
Province estant fort sujette aux
tremblement de terre.....
16 MERCURE
Voicy l'Extrait d'une autre
Lettre écrite à Rome le 15 de
Juin .
Le Tremblement de terre se fit
fentiren cette Ville le 5.de ce mois
à 21. heures , mais si doucement
que peu de gens s'en font apper.
çeus ,& il n'a causé aucun dommage.
Hier il arriva icy un Cou
rier de Naples , qui nous fit ſça.
voir que ce Tremblement s'y estoit
fait encore sentir le 11. & avoit
jetté à bas quelques édifices déja
ébranlez qui avoient cause lamort
de plusieurs personnes. Il ajouta
que le mesme jour il eſtoit survenu
une pluyesi grande meflée degrefle,
qu'elle avoit entraînéplusieurs Baraques
, &cauſe de grands dommages
, l'eau qui est entrée dans
les crevaſſes des Baftimens ayant
achevé de les ruiner , de forte que
cette miferable Ville est en danger
GALANT.
117
d'estre pertuë fans reſſource , plas
de deux cens mille perſonnes l'ayant
abandonnée, quoy que lapluspart
foient destituées de tout fecours,
ce qui met tout le pays dans
la derniere conſternation.Le Tremblement
cause de grands prejudices
à plusieurs Seigneurs , & fur tout
au Duc de Matalone on Monteleon
, qui perd la valeur de qua
-torze mille Ecus de rente par la
ruine defon Palais ,& de huit de
fesTerres ou Seigneuries qui ont
-eftè abismées. Legros Bourgde Co.
rito est du nombre , & l'on compte
dix mille perſonnes des Vaſſaux de
ce Duc qui ont pery dans cettefun
neste occasion . C'est un des plus
grands Seigneurs d'Espagne , il eft
parent de Monsieur le Cardinal Pi
gratelli dont il porte le nom.Par
I' Alliance d'Hector Pignatelli avec
Jeanne d'Arragon , Ducheffe de
118 MERCURE
Terranova , il a herité de grands
biens dans le Royaume de Naples ,
dont il est grand Chambellan , ſans
parler des Terres qui viennent de
Son costé , & qui font fort nombreuſes.
La perte que les Peres Ie-
Suites ont faite paſſe cinq cens
mille écus . On nereconnoist presque
plus rien dans l' Abaye de S. Severin
, dont les Religieuxse font difperfez
de toutes parts. La Chartreuse
de S. Martin , l'une desplus
magnifiques que ces Peres ayent
en Italie , est extremement endommagée
, le tremblement ayant
presque renversé toutes leurs murailles
. Les Villes de Fano &
de Faenza ont außi reſſenti de
rudesfecouſſes , dont la derniere a
beaucoupfouffert ; ily en a mesme
qui affurent qu'elle est presque ruinée.
On dit qu'il n'est resté qu'une
Eglise& uneseule maison de touGALANT
. 119
1
te la Ville de Benevent . L'on compte
Seulement cinq cens perſonnes échapées
defix mille. On a éprouvé de
grandsfleaux de la colere de Dieu
dans la campagne aussi bien que
dans les Villes . Il y a eu de grands
orages fur la Mer ,dont l'on pre
tend que le lit a estéagité par de
rudes ſecouſſes , qui ont fait foulever
les eaux .Une espece d'Ouragan
s'est élevé sur terre ', avec des
vents horribles qui ont renversé
les Pavillons &les Casemates de
ceux quisefont refugiezà la campagne.
La terre s'est entr'ouverte
pourvomir des fleuves de flames
Soufrées ,fi puantes qu'elles infe-
Etoient tous les environs , & qui
Sembloient poursuivre ceux qui
fuyoient des Villes. La pluye &la
grefle ont presque tout ruiné les
biens de la terre , &par un prodigequi
n'est presque point marqué
120 MERCURE
dans l'Histoire ; onavû naiſtré des
Montagnes où ily avoit des Val
lees , & il y a preſentement des
Lacs& des Vallées dans des endroits
où nous avions vû des Montagnes
. Un Pere Jesuite a mandé
icy à un de ses Confreres que deux
Montagnes ont changédeſituation ,
font aujourd'huyfort proches l'une
de l'autre, au lieu qu'elles étoient
fort éloignées auparavant, ce qui
Se peut iustifierpar l'Histoire , où
l'on trouve que dans les Pays qui
Jontſujets aux violences de l'Ouragan,
l'on n'y est pas surpris pendant
que ces tempestes durent, d'y
voir les Montagnes agitées &vo
guantes fur la terre , sije puis parler
ainsi , de mesme que des Vaiffeaux
sur la mer. L'Abbaye du
Mont caffin, quoy que bastre furun
vos , n'a pas esté exempte des
Secouffes ; elles ont esté si rudes,
quen
GALANT. 121
qu'en plusieurs endroits de cette
Maiſon les voûtes & les murailles ,
font entr'ouvertes. Cette fameuse
Abbaye, Chef d'une Congregation
de S. Benoist en Italie , fut fondée
par le Patriarche de fon Ordre . Il
yapeu d'Eglises dans le monde qui
ayent tant de prerogatives , si l'on
en croit quelques Historiens qui en
ont écrit. Ils disent qu'elle a cu
autrefois dans sa dépendance ,
quatre Eveſchez , deux Duchez ,
autant de Principautez , & vingt
Comtez ; que fa Seigneurie s'étendoit
dans trente (ix Villes , deux
cens cinquante Chasteaux ,vingttrois
Ports de Mer ,& trente- trois
1fles . Ie ne parle point des Bourgs ,
Villages , Fermes , Moulins , &
Terres , dont le nombreva juſques
àmille : c'est affez de remarquer
-que ces Religieux pretendent avoir
eu autrefois mille cinq cens Eglifes
Aouſt 1688 . F
122
MERCURE
Sous leur Iurifdiction. Sicela paroist
extraordinaire pour une Abbaye ,
lesTitres que les Abbez du Mont-
Caſſin ont pris ne sont pas communs.
Ilsse trouvent qualifiez de
Patriarche de la Sainte Religion
, Abbez du Sacré Monaſtere
de Caſſin , Ducs & Princes
de tous les Abbez & de
tous les Religieux , Vice .
Chanceliers du Saint Empire
dans l'Italie , Chanceliers des
Royaumes de Hierufalem ,des
deux Siciles & de Hongrie ,
Comtes& Gouverneurs de la
Campanie , des Terres de Labour
, & de la Province Maritime
, Vice -Empereurs , &
Princes de Palx. Quant à ce
qu'on dit que le tremblement de
Naples est le plus horrible tremblement
de terre qui se foit vû , je
eroy que c'est l'effet d'une frayeur
GALANT. 123
qui groffit extrêmement les objets ,
dans ceux qui font témoins desaccidens
extraordinaires ; ou platost
lafuite d'unefacilite merveillenfe
que nous avons d'encherir fur le
naturel. On a de la complaijancé
de s'estre trouvé à des occaſions
fingulieres. On se fait un merite
de les augmenter , & c'est la source
de l'inquietude que doivent avoir
ceux qui travaillent à l'Histoire.
La verité est que le tremblement
de terre arrivéà Naples n'est pas
-de ces événemens dont l'on ne peut
trouver deſemblables dans l'Hiſtoire
, puis que sans aller chercher
bien loin , nous liſons dans t'abregė
de la Bysantine de Nicephore ,
que la Terre s'eſtant ouverte
de toutes parts en Syrie l'an
de grace 750. pluſieurs Villes
furent abıſmées , d'autres renverſées
,& quelques-unes qui
F2
124 MERCURE
:
eſtoient fur des hauteurs furent
tranſportées dans des
plaines éloignées de fix milles
de leur fituation. Ceux quiattribuent
ce tremblement de terre
dontle Royaume de Naples vient
d'estre afflige , à une cauſe naturelle
, pourroient bien se tromper ,
fi ce que l'on nous écrit eft veritable
touchant la corruption generale
qui estoit dans ce Pays,où l'on vivoit
plus mal qu'à Sodome. Un
Religieux Carmede Naples arrivé
depuis peu à Rome, àdit au Procureur
General deſon Ordre , qu'on
avoit apporté en peu de jours fix
Hofties consacrées dans leur Convent.
Vn Prestre Espagnol étably
dans cette ville- là , estant touché
des remords de fa conscience , a
confeßé qu'il faisoit trafic de ces
Saintes Hofties qu'il vendoit un
écu piece, pour servir à des cho-
.
GALANT.
125
fes abominables,&principalement
à des fortileges qu'ils faifoient pour
gagner au jeu & aux Loteries. Il
s'est trouvé jusques àdix huit de
ces Hosties consacrées , que des
particuliers qui les avoient achetées
sont restituée à des Ecclefiaftiques.
T
Comme vous avez quantité
de Curieux dans voſtre
Province , vous les pouvez
avertir qu'on vient d'imprimer
un Livre , qui apprend
tout ce que l'on peut ſçavoir
de la plus grande preſqu'Isle
de l'Univers , & de ce vaſte
Pays desBlancs , & des Noirs,
qu'on dit avoir eſté le fameux
partage de Chan , Fils de Noé.
Monfieur de la Croix qui en
eſt l'Autheur , l'a diviſé en
quatre gros Volumes in douze
F 3
126 MERCURE
& intitulé , Relation universelle
del'Afrique Ancienne & Moderne
. Comme pour bien juger
des parties , il faut connoiſtre
le rapport qu'elles ont avec
leur tout , aprés un difcours
preliminaire ſur les Principes
de la Sphere il donne une
idée generale de l'Europe de
l'Afie , de l'Amerique , & des.
Terres Polaires , afin qu'on
en puiſſe mieux diftinguer
l'Afrique. Pour cola il a fait
graver le Siſteme du monde
ſuivant l'opinion la plus receuë
, un Globe terrestre , une
Sphere , un Planiſphere , &
une Bouffole où il a marqué
les noms des Vents qui font
enuſageſur l'Ocean & fur la
Mediterranée ce qui eſt d'une
grande utilité pour la Cofmo-
3
GALANT. 127
graphie , & pour les Livres
de certe nature. Il entre enfuite
dans la Relation univerſelle
de l'Afrique,tant ancienneque
moderne ſelon les Autheurs
qui en ont le mieux écrit , il y
ajoûte ce qu'il a pû reconnoiftre
de veritable &d'important
dans quelques nouvelles Relations
qui luy ont eſté communiquées.
Le premier Volumede
ce grandOuvrage contient
la deſcription du Pays
des Blancs , c'eſt àdire de l'E .
gipte,de la Barbarie , du Biledulgerid
ou Numidie , & du
Zahara ou Defert. Le ſecond
traite du Pays des Noirs , qui
comprend la Nubie , laNigritie
, la Guinée , &c. On apprenddans
le troifiéme ce que
c'eſt que la haute & la baffe
Ethiopie, & le quatriéme fait
F 4
128 MERCVRE
connoiſtre les principales Ifles
qui font ſituées aux environs
de l'Afrique. On trouve dans
cemeſme volume un granddétailde
l'Ifle de Malthe , & l'on
y voit l'inſtitution des Chevaliersde
Saint Iean de Hierufalem
, par Frere Gerard de
Martegues , leur prémier
Grand Maiſtre , & leur progrés
juſqu'au grand Maiſtre
Caraffa qui gouverne aujourd'huy
cet Ordre illuftre. On
y parle auſſi de Madagascar ,
de l'étenduë de ſes Provinces
, & des Dians ou Grands
qui regnent maintenant en
Souverains dans cette Ifle , e
qui pretendent eſtre deſcendusdes
Arabes . Les Agens de
la Compagnie Françoiſe des
Indes Orientales n'y ayane
pas eu beaucoup de ſuccess,
GALANT. 129
l'Auteur en découvre la raifon
&propoſe en mefme temps les
moyens de s'y rétablir plus
heureuſement. Ce qui vous
plaira fur toutes chofes , c'eſt
quel'on y voit un abregé hiſtorique
de ce que le Roy a fait
de memorable dans les Royaumes
de Fez & de Maroc , dans
les Republique de Salé , d'Alger
, de Tunis , de Tripoli , de
Barca , dans l'Iſfle & au Port de
Chio , aux environs des Dardanelles
, devant Genes , &
fur toute la Mediterranée à
l'occaſion des Corſaires de Barbarie
& des Ennemis de l'Etat,
avec des Reflexions & des Retres
- confiderables
marques
fur Madagascar & fur Alger. II
eſt certain qu'on n'a point encore
veude Relation de l'Afri
que ſi étenduë , fi exacte , &
F
130 MERCVRE
tibien circonstanciée que cel
le- cy. La Chronologie y eſt
obſervée auffi - bien que l'ordre
Geographique & Hydrographique.
On y voit ladécadence
des Empires ; les revolutions.
des principaux Etats; la fucceffion
& le changement des.
plusılluftres Familles ; la poli-.
tique & l'intereſt des Souverains
; les ceremonies nuptiales
& funebres de chaque Nation
; les moeurs , Loix , Coû
tumes , Gouvernemens , Religious
, Richeffes , Langues ,
Commerce, Habits, Revenus,
Nourriture de divers Peuples;
la deſcription du Terroir , des .
Montagnes, des Foreſts , des
Caps , des Coſtes , des Mers
des Lacs , Etangs & Marais ,
des Rivieres , des Fontaines ,
des Animaux; des Plantes ,
4

ود
GALANT.
131
les
desMineraux & Metaux ; des
Carrieres , des Salines ; des
Pierres pretieuſes, & de quan.
tité d'autres choſes remarquables
. Ainſi l'on peut dire qu'il
y a dans cet Ouvrage dequoy
fatisfaire toutes fortes de perſonnes
, particulierement
Princes, les Politiques, lesPhilofophes
, les Medecins , les
Miſſionnaires , les Negocians,
les Intereſſez de la Compagnie
des Indes ,& ceux qui veulent
voyager par mer & par terre,.
L'autheur declare qu'il s'eſt
ſervy principalementdes Vo--
yageurs François , Portugais,
Hollandois & Flamans ,& que
Daper luy a fourny quantité
de choſes . Il a pris ce qu'ila
trouvé de confiderable & de
conforme à la verité dans tout
ce qu'ils ont écrit , & en a fore
F6
132
MERCURE
mé un Livre , qui bien que
different de tous ſes Origi
naux par l'ordre , la methode
&le tour qu'il y a donné , ne
laiſſe pas de contenir ce que
les autres ont de bon & de fo
lide ; il a mesme éclaircy des
choſes qui avoient paru juf
qu'à preſentdouteuſes & chimeriques
, & a fait connoiſtre
qu'elles eſtoient veritables.Ce
Livre eſt enrichy de pluſieurs
Figures en Taille -douce , de
Cartes de Geographie fort regulieres
& armoriées ſuivant
les Etats qu'ellesreprefentent,
&de quantité de tables generales
& particulieres de chaque
Region. Le ſtile en eſt
clair& propre au ſujet , tour
y eft écrit fuccinctement
la maniere qu'on prononce en
faveur des Provinciaux &des
&de
GALANT..
133
Etrangers ,& comme la lecture:
de ce grandOuvrage doit étre:
d'une grande utilité , pour en
faire tirer plus facilement tous
les avantages qu'on s'en peut
promettre , on a pris ſoin de
le diſtinguer par Livres,Cha--
pitres , Sections & Articles
avec le Numero à la marge , &
les matieres contenues en cha--
que page , afin de fervir de
memoire locale àceux qui ne
retiennent pas aisément ce
qu'ils ont leu .. Il a eſté impri
mé à Lyon , aux frais du Sr
Amaulry Libraire,& il ſe vend
àParis chez le Sr Guerout
Court- neuve du Palais , an
Dauphin.
• Le Pere Coronelli fi connu
par les belles Cartes qu'il nous
a données depuis quelque
temps ,& dont je vous ay en
3:4
MERCURE
tretenue dans pluſieurs de mes
Lettres vient de mettre au
jour une grande Carte du
Cours du Danube , que l'on
trouve tres - exacte. La partie
Orientale de ce Fleuve eſt
fort differente de ce qui a paru
juſques à preſent, mais vous
devez eſtre perfuadée qu'il n'a
pas fait ces changemens fans
raiſon &qu'on luy a donné làdeſſus
des Memoires qui viennent
de bonne main. Quelques
perſonnes avant ſouhaité d'avoir
les plans ou profils des
principales Villes qui ſont ſituées
ſur leDanube ou aux environs
, on a cru devoirles fa
tisfaire , & l'on en a mis quel--
ques- uns autour de cette Carte.
Outre l'explication des
principaux lieux de chaque
Ville , vous y trouverez un
GALANT..
135 .
petit diſcours hiſtorique , qui
ne vous déplaira pas , mais ce.
que vous devez fur tout remarquer
, c'eſt une petite Carte du
Détroit & des environs de
Conſtantinople.Vous y verrez
la ſituation des lieux de plaiſance
qui ſontaux environs de
cette fameuſe Ville , & cette
Carte doit ſervir beaucoup à
l'intelligence des Relations
nouvelles de la Turquie.Ceux
qui voudront avoir plus en
detail la Hongrie , l'Esclavonie
, & la Dalmatie , prendront:
les Cartes particulieres que le
Pere Coronelli enadreſſées , &
dont je vous ay entretenuë
dans ma Lettredu moisdeMay
dernier. Lemecontentay alors
de vous dire en general qu'il
avoitdonné une Carte de Fran .
ce en une feuille , & qu'elle
:
136 MERCVRE
eſtoit fort eſtimée à la Cour
ce qui eſt veritable;mais aprés
l'avoir examinée plus à loiſir ,
jay remarqué qu'elle contient
pluſieurs particuliaritez qui ne
font pas meſme ſur les plus
grandes Cartes que l'on en a
venës . Celles cy ſont diviſées
en douze Gouvernemens generaux
, & le Pere Coronellias
trouvé plus à propos de diviſer
la ſienne en Gouvernemens de
Provinces , parce qu'on en a
tous les jours beſoin & que
pour peu que l'on voye lemonde
,il feroit honteux de les
ignorer. Il ne s'eſt pas contenté
de marquer ces Gouvernemens
Generaux de Provinces ,
il a mis auſſi les Places où il y
a des Gouvernemens particus
liers , ce qui n'avoit point encore
eſté obſervé fur aucune
GALANT. 37
T
Carte generale , ny meſme fur
les Particulieres des Provinces
Comme le nombre de ces Gouvernemens
particuliers eft fort
grand,le Pere Coronelli en peut
avoir oublié quelques- uns ;
ainſi on l'obligera de luy en
donner avis . Il faut s'adreſſer
pour cela au Sieur Nolin qui
vend & fait graver toutes les
Cartes de cetAutheur. Il demeure
à Paris fur le Quay
de l'Horloge du Palais , à l'Enſeigne
de la Place des victois
res.
Quelques douceurs que l'on
trouve dans l'amour , elles
commencent à n'eſtre plus fi
ſenſibles dés qu'il les faut.
acheter aux dépens de l'intereſt.
Cela fe voittous les jours,
& c'eſt ce que vous allez encore
mieux connoiſtre par
L'avanture qui fuit..
138
MERCURE .
4
Une jeune Demoiselle,
ayantde l'eſprit ,& cherchant
à voir toutes les perſonnes
qui en avoient , ſe laiſſa gagner
aux proteſtations d'un
Chevalier fort bien fait ,
dont les manieres engageantes
& honneſtes eurent
pour elle un charme admirable.
Il parloit bien , il écrivois
juſte , & faifoit des Vers badins
mieux qu'homme du monde.
Il avoit d'ailleurs aſſez de bien
pour pouvoir pretendreque fa
recherche ne déplairoit pas.
Il s'engagea fur cette eſperan-
& s'apperceut en fort peu de
temps que la Belle n'eſtoitpas
fâchée qu'il s'engageast ; mais
cen'eſtoit pasaſſez qu'elle luy
futfavorable; elle dépédoit d'ú
Perequi n'ayant qu'elle d'Enfans,
s'eſtoit mis en teſte de la
GALANT. 139
marier à ſa fantaisie. Il eſtoir
veuf, affez avancé en âge , &
avost vingt mille écus en argent
comptant qu'il luy deftinoit
en attendant fa fucceffion
. Cette avance eſtoit connuë,
& accommodoit le Cavalier.
Comme il y avoit grande
égalité entre les parties du
coſté du bien & de la naiſſance
, & que fes foins eftoient
receus aſſez agreablement
pour luy donner lieu deſe remir
ſeur du coeur de la Belle ,
il crut que pour eftre heureux
, il ne luy reſtoit qu'a
faire parler au Pere. Il employa
un de ſes Amis, & par la
réponſe qu'on luy fit , il eut le
déplaifir de connoiſtre qu'il
s'eſtoit flaté. Le Pere le remercia
par cet Amy de l'honneur
qu'il vouloit faire à fa
140 MERCURE
Fille , & le pria de n'y poine
penſer , parce qu'il avoit un
autre deſſein . Il la fit venir en
meſme temps , & aprés unc
longue remontrance fur ce
que les gens qui faifoient profeſſion
de bel eſprit demeuroient
toûjours dans unméme
eftat , & ne ſongeoient point
à leur fortune , il luy défenditde
revoir le Cavalier. Elle
voulut prendre le party de fon
Amant , mais plus elle fit connoiſtre
qu'il avoit touché fon
coeur , plus il reïtera ſes défenfes
, avec menaces de luy
Ster toute ſa tendreſſe ſi elle
oſoit luy deſobeir. Il eſtoit
imperieux , & il y auroit eu
du peril pour elle à s'oppoſer à
ſes volontez. Ainſi elle n'oſa
plus recevoir aucune viſite du
Cavalier ; mais comme las
GALANT. 144
mour s'augmente par la con
trainte , elle trouva moyen de
le voir chez une Amie , &
leurs entreveuës furent ſi ſecrettes,
que le Pere ne put découvrir
qu'ils ſe voyoient. Ils
ſe promirent de s'aimer toûjours
,& perfuadez qu'avec le
tempsils vaincroient l'obstacle
qu'ils trouvoient à leur bonheur
, ils s'affermirent dans
leur paffion , tandis qu'ils feignoient
d'en eſtre gueris . La
Belle n'euſt pas laiſſe de ſe croire
heureuſe , ſi elle euſt pudemeurer
en cet eſtat , mais fon
Pere ne fut pas content de l'arracher
à ce qu'elle aumoit , il
voulut luy faire époufer un
homme fort haiffable , & qui
n'avoit point d'autre merite
que d'avoir déja du bien , &
d'eſtre fort propre à en amaf
142 MERCURE
fer. Il avoit de grands talens
pour entrer dans les affaires ,
& il y estoit déja embarqué
d'une maniere qui faisoit juger
qu'il iroit loin. La Belle
pria ſon Pere de ne luy point
envier le plaiſir de reſter Fille ,
&la reſiſtance qu'elle apporta
à ſon mariage , ne luy fit que
trop connoiſtre qu'elle aimoit
toûjours le Cavalier. Il luy en
fit des reproches , & luy dit
d'un ton d'aigreur , qu'il ſçavoit
mieux qu'elle ce qui
eſtoit de ſes avantages , &
qu'il n'aimoit pas qu'on lay
reſiſtaſt . Si ce contre temps
la faifoit ſouffrir , elle
trouvoit la peine moins rude
par la joye de marquer
à ſon Amant combien fon
amour étoit fincere.Ces témoignages
de fidelité augmenen
GALANT.
143
toient ſa paſſion ,& toutes les
fois qu'il voyoit la Belle , c'eftoient
de nouvelles aſſurances
de n'aimer la vie que pour le
plaiſir de luy conſerver ſon
coeur. Les choſes eſtoient dans
l'eſtat que je vous marque ,
lors qu'elle ſe fit une Amie
d'une jeune Provinciale, dont
elle avoit entédu vanter le merite.
Elle estoit venuë de Normandie
pourſuivre un procés
avecuneTante,& logeoit dans
fon quartier. Sa beauté qui luy
attiroit beaucoup de regards ,
eſtoitle moindre de ſes avantages.
Elle ſçavoit peindre , elle
chatoitbien,& eſtoit d'une vivacitéd'eſprit
ſurprenate. Son
honneteté & ſadouceur la faifoient
aimer detous ceux qui
la voyoient , & il ne faut pas
s'étonner ſi la Belle pour qui
144
MERCURE
l'eſprit avoittant de charmes
prit pour cette aimable persone
tout l'attachementdont on peut
eſtre capable. Elles ſe voyoient
preſque tous les jours , & quelquefois
méme la Belle obtenoir
qu'elle en paſſaſt pluſieurs chez
ſon Pere , tandis que la Tante
donnoittout ſon temps à ſon
Procureur. Cette amitié étant
devenuë fort tendre , la belle
Provinciale entendit bien toſt
parler de la violence que l'on
vouloit faire à ſon Amie. Aucun
malheur neluy paroiſſant
plus grand que celuy d'eſtre
contrainte d'époufer un homme
que l'on n'aime pas , elle
luy conſeilla d'eſtre toûjours
ferme , & le Pere ayant voulu
l'employer pour gagner fa Fille
, il n'eſt rien qu'elle ne fift
pour le détourner d'une refolution
GALANT.
145
lution ſi contraire à fon repos;
mais s'il l'écouta ſans ſe facher
, il ne luy accorda rien.
Outre qu'il pretendoit que ſa
Fille manquoit de reſpect pour
luy par fa reſiſtance trop
opiniaftre , il diſoit toujours
qu'elle ne refuſoit de luy
obeïr , que pour ſe garder à
un Amant qu'il ne vouloit
pas qu'elle époufaft , & cette
penſée luy donnoit toujours
de l'emportement contre fa
Fille. Son Amie s'efforçoit de
l'adoucir , & un jour qu'elle
combattoit ſes ſentimens
avec autant d'eſprit que d'a .
dreſſe , il luy demanda fi elle
voudroit ſe marier ainſi d'elle
- meſme , malgré ceux pour
qui elle feroit obligée d'avoir
de la déference. Elle répondit
agreablement qu'elle eſtoit
Aoust 1688 . G
146 MERCVRE
fort à couvert d'eſtre tentée
de ſe révolter de la meſme forte
; que les Filles de Normandie
eſtant la pluſpart fans aucun
bien , n'avoient jamais à
choiſir , & que pour elle , elle
venoit achever de ſe dégouter
du monde , par toutes les peines
que cauſoit à ſa Tante la
pourſuite d'un Procés , pour
alleràfon retour ſe mettre dans
un Convent. On la railla fur
le deſſein qu'elle pretendoit
avoir de ſe faire Religieuſe ,
&elleditd'un air affez ſerieux ,
que c'eſtoit le ſeul party qu'elle
croyoitqu'il y euſt pour une
Fille , qui ayant de la naiſſance
; n'avoit pas dequoy la foutenir.
Toutſon enjoüement &
toute fon éloquence ne purent
tirer ſon Amie d'affaires . Le
Pere ne ſe rendit pointà ſes
GALANT.
147
1
raiſons , & crutluy donnerune
grande marque de complaiſance,
en luy promettant qu'en
confideration de l'intereſt qu'-
elle témoignoit y prendre , il
ſeroit deux mois fans preſſer
fa Fille , afin qu'elle euſt le
temps de ſe preparer à l'obeifſance
qu'elle luy devoit. La
Tante vint à bout de ſon procés
,& l'aimable Provinciale ,
aprés avoir fait ſes derniers
efforts pour fléchir le Pere ,
prit congé de ſon Amie avec
les plus tendres proteſtations
d'une amitié éternelle. Sitoft
qu'elle fut partie il voulu ufer
d'autorité pour le mariage de
faFille. Elle eut beau s'y oppoſerde
toute ſa force , il convint
de tout avec ſon pretendu
Gendre &luy donna jour
pour la ſignature duContrat.

G2
148 MERCVRE
Sa Fille fort effrayée ne ſceut
quel remede y apporter. C'eftoitun
ordre abſolu , perſonne
n'avoit affez de pouvoir fur
luy pour le faire revoquer , &
le ſeul moyen qu'elle voyoit
pourſe garantirde la violence,
eſtoit de ſe retirer dans un
Convent.Elle ne balança point
àprendre cette reſolution . Son
Amant l'en applaudit , & fon
Pere qui ne ſceut pendant
quelques jours ce qu'elle eſtoit
devenuë , fut fi irrité de fon
procedé , qu'il proteſta qu'il
l'en puniroit. Il apprit enfin
dans quel Convent elle eſtoit ,
par une Lettre fort refpectueuſe
qu'elle luy fit rendre , & qui
luy marquoit que lors qu'il s'agiſſoitde
ſa liberté ,&dubonheurde
toute ſa vie , elle avoit
eru que ſans manquer à l'obeif
GALANT. 149
fance qui luy eſtoit duë , elle
pouvoit prendre le party qu'elle
avoitpris,& que comme elle
feroitinexcuſable de vouloir ſe
marier malgré luy , illuy paroiſfoit
qu'ilne devoit pas s'attribuer
le pouvoir de la marjer
en dépit d'elle. Ce raifonnement
fut pouffé auprés
de luy par quelques Amis
qu'elle employa , & qui tâcherentde
le faire demeurer d'accord
qu'elle avoitagy en Fille
ſage qui ne voulantpas luydefobeir
en face, ny faire ce qu'il
exigeoit un peu tyranniquement
, avoit choisi pour ſe garantir
de ſa colere , le lieu qu'il
luy auroit luy-meſme donné
s'il n'euſt pas voulu la garder
auprés de luy . Il les écouta
tranquillement ,& toute la réponſe
qu'ils en eurent , ce fur
G3
150 MERCURE
qu'il alloit faire un voyage ,
qu'à fon retour , il feroit ſçavoir
ſes intentions à ſa Fille . Il
fut abſcent pendant trois ſemaines
, fans qu'elle puſt découvrir
ny quelles affaires l'avoient
obligée de quitter Paris
, ny en quel lieu il eſtoir
allé . Après cetemps-là on luy
vint dire qu'on la demandoit
& lors qu'elle ſe fut renduë au
Parloir elle fut fort étonnée d'y
trouver la jeune Provinciale
qui luy dit d'abord que non
ſeulement fon Pere la difpenfoit
de lay obeir fur le mariage
qui lui faifoit tant de peine ,
mais encore qu'il luy permettoit
d'épouſer leCavalier qu'elle
aimoit. Vne permiſſion ſi
peu attenduë jointe au plaifir
de voir fon Amie , la mit
dans une joye incroyable.
GALANT .
ISI
L'aimable Provinciale voyant
qu'elle s'y laiſſoit emporter
avec excés , luy dit qu'elle
craignoit bien de ne la pas
voirtoûjours ſi contente ; qu'il
eſtoit vray que c'eſtoit , elle
qui avoit reduit ſon Pere à
changer de ſentimens , mais
qu'elle n'avoit pu ſe rendre
maiſtreſſe de ſon eſprit qu'en
confentant à eſtre fa Femme
qu'il eſtoit venu la chercher
exprés pour luv propoſer ce
mariage ; que ſes Parens l'avoient
agréé , & que comme
il eſtoit fort naturel de ſe tirer
d'un eſtat fâcheux quand
on le pouvoit , ſon peu de
fortune ne luy avoit pas permis
d'examiner l'inégalité de
l'âge ; qu'aprés tout , puis qu'il
avoit deu ſe remarier , il valoit
autantqu'elle fuſt ſa Belle.
G4
152 MERCVRE
mere , qu'une autre perfonne
qui n'auroit pas eu toute l'amitié&
tous les ménagemens
qu'elle auroit pour elle. La
Belle apprit avec beaucoup de
furpriſe que fon Pere s'eſtoit
vangé d'elle par un fecondmariage
,& jugea en meſme temps
que les belles qualitez de fon
Amie avoient contribué à cette
vangeance .Cependantcomme
le mal eſtoit ſans remede,
& qu'on l'aſſuroit qu'il ne ſeroit
plus contraire à ſa paſſion.
lajoye qu'elle en reſſentit l'occupa
entierement , & elle ne
ſe remplit que de l'idée de fon
bonheur , fans fonger au préjudice
qu'elle recevoit du côté
de la fortune. Son Amant
ne receut pas cette fâcheuſe
nouvelle avec autant de tranquillité.
Il ſe ſervit de la li
L
153
GALANT.
berté qu'on luy donnoit de la
voir , pour luy témoigner le
déplaiſir qu'il avoit de ce que
ſa fermeté à réſiſter à ſon Pere
avoit eſté cauſe qu'il ſe fuft
remarié , & les aſſurances qu'il
luy avoit tant de fois données
d'une éternelle conſtance , ne
purent tenir contre le changement
arrivé dans ſes affaires
. Il ſceut que le Pere, avant
que d'épouſer la Provinciale ,
luy avoit donné les vingtmillo
écus qu'il deſtinoit à ſa Fille ,
& on ne pouvoit luy retran--
cher cette avance , ſans que
ſon amour diminuaſt. La Bel
le qui avoit de la fierté , aprés
luy avoir marqué qu'elle liſoit
dans ſon coeur , l'abandonnaà
la baſſeſſe de ſes ſentimens ,&
s'épargna les reproches qu'elle
cuft pu luy faire avec beau--
G
154
MERCURE
2
coup de justice. Il ne rompie
pas entierement avec elle
mais la froideur de ſes ſoins.
luy faifort affez connoiftre ce
qu'elle en devoit attendre , &
cette froideur augmenta beauconp
fi toſt qu'il fut ſeur de la
groffeffe de fa Belle -mere . Ce
fut alors qu'elle prit une reſolution
digne d'elle . Sans plus
vouloir revoir fon Amant, elle
demanda l'habit de Religieuf'e
,& il ne fit aucune démarche
pour la detourner de ce
deſſein. Ce procedé acheva de
la détromper du monde. Elle
le quitta fans aucun regret , &
un an aprés , elle fit profeſſion
avec undétachement quiédifia
tous ceux qui furent rémoins
de cette ceremonie. Le
Cavalier que l'intereſt gouvernoit
, a pris une Femme
GALANT.
155
qui luy a donné beaucoup de
bien , mais qui n'eſt confiderable
ny par la beauté , ny par
l'eſprit , ny par la naiſſance.
Je vous ay entretenuë pluſieurs
fois de l'Academie de
Villefranche , dont Monfieur
l'Archeveſque de Lyon eſt
Protecteur . On y a receu de.
puis peu de temps un Academicien
d'un grand merite.
C'eſt Monfieur Bernard de
Hautmont , de Saumur. Il
doit vous eſtre connu par di
verſes Pieces qu'il a données
au Public , & qui ont receu
beaucoup d'approbation , en.
tre autres un Poëme Heroïque
à la loüange du Roy , & um
Idille àMadame la Dauphine..
Voicvle Compliment qu'il fit
àMeſſieurs de l'Academie de
Villefranche, le jour qu'ils le
156 MERCURE
receurent dans leur Acade
mie.
MESSIEURS ,
que
Quand je confidere l'illu
fire Titre d'Academicien & les
qualitez extraordinaires qu'ilfaut
avoir pour lefoutenirdignement .
ce n'est , je vous l'avoüe
d'un pas timide & tremblant
que j'ose m'avancer pour prendre
uneplace que ie croyfipeumeriter..
En effet, Meſſieurs , je me trouvefi
fort an deſſous des Eloges quevous
me donnez , & du rang dont vous
daignez m'honorer , que bien loin,
que ce choix faffe naiſtre aucune
preſomption dans mon esprit , ily
jetteau contraire une confufionfecrete
de n'avoir pas dequoy repondre
pleinement àvoſtre estime , ny
dequoy remplir uneplace que tant
Mautres pourroient occuper pluss
GALANT. 117
+
justement. Cependant la foibleſſe
queje mesens dece coſté- là ne diminue
en aucune maniere l'extréme.
reconnoiffance que je vous dois ; &
ce qui me donne la bardieffe d'accepter
avec unſenſibleplaisir l'hon
neur qu'il vous a plû de me faire ,
c'est que je suis perfuadéque parmy
tant de qualitez éminentes de
Sçavoir , de probité , &de vertu
qui rendent voſtre Compagniefi ce
lebre &fi recommandable , il n'y
en a point qui y brillent avec plus
d'éclat que lezele dont elle est ani
mée pour la gloire&la SacréePer-
Sonne de nostre incomparable Mo
narque. C'estpar cet endroit,Mefſieurs
, que se me flare de quelque
merite , & que j'ose espererparmy
vous ce rang quele manque des
autres qualitez neceſſaires pouvoit
my faire refuser avec justice; &
Sima Muse&jeune&remetairee
158
MERCURE
a déja ofé prendre l'effor , &se
laiſſer emporter à l'ardeur ambitieuſe
dont elle brule pour la gloire
defon Roy , que n'ofera- t'elle point
fe promettre lors qu'elle se verra
Soutenuë de vostre zele , éclairée
de vos lumieres , encouragée par
vos exemples , & conduite par vos
confeils ? C'est dans vostre sçavan.
te Academie qu'elle trouvera une
vive ſource de pureté , de politeffe,
de sçavoir & de verité folides..
C'est là qu'elle se nourrira d'unfon
pur & brillant qui ne s'éteindra
qu'avec la vie , & c'est aux yeux
de cet illustre Prelat qui y preſide ..
&qui l'honore de ſa haute prote-
Etion , qu'elle s'efforcera de vous
plaire ,ne se proposant pour but
que l'imitation de fon zele , de fa
pieté,&de tant d'autres qualitek
excellentes qui enrichiffent ce Ge-.
mie fublime,& qui l'elevent fifors
GALANT. 159
au deſſus des autres . Quelle gloire
, Meffieurs , &quel avantagede
voirà voſtre teste l'auguste Primat
des Gaules , dontla hauteNaiffance
égale le merite extraordinaire
,& qui par un affemblage de
mille vertus éclatantes brille comme
un Aftre dans l'Eglise ,& répand
en mesme-tempsfur cette Affemblée
une lumierevive&feconde
qui la rend ſi venerable Que
pourroit-elle foubaiterdavantage?
Quelappuy plus ferme &plusfolide
,& quelle affection plus forte
pour ce qui regarde tous ses inte
rests ? La France n'oublira jamais
ce qu'elle doit aux Heros defon
illustre Maison ,& cette heureuse
Academie ne perdra jamais la memoire
des bienfaits de fon grand
Protecteur ;& fi les François doivent
à fon glorieux Frere l'éducation
de nostre Monarque, c'est àfon
digneChefquecettefameuseAca
160 MERCVRE
demie eft redevable de ſaſplendeur
&des graces & des privileges dont
il a plû au Roy de la favorifer.
C'est enfin l'heureux Canal par où
coulent dans ſon ſein les Benedi-
Etions du Cielo de la Terre ; ce
font les Benedictions répanduesfur
chaque membre de cette Compagnie
qui en entretiennent l'union
&la parfaite intelligence , qui en
banniſſent les diviſions qu'on voit
regner ailleurs avec tant descan.
dale , & qui n'en formant qu'un
Corps ne l'animent que d'un même
esprit , de pieté envers Dien ,de
zele pour la gloire du Roy ,&de
reconnoissance immortelle pour fon
genereux Protecteur. Permettezmoy,
Meſſicurs , de pouffer icy des
voeux pour la conservation d'une
testesi chere ,& de redoubler mess
prieres avec les vostres pour la
Santéprecieuse de nostre Augustee
GALANT. 16F
L
Monarque. Veuille le juſte Ciel ,
aprés l'avoir comblé de toutes les
vertus Heroïques & Chrestiennes ,
aprés l'avoir rendu les delices de
Ses Peuples , la terreur deſes Ennemis
l' Arbitre des Nations le
Restaurateur de l'Eglife , continuer
ces mêmes Benedictions ſurtou la
Maison Royalc; qu'elle soit comme
une tige dans le monde Chrestien
feconde en Heros qui foient dignes
de luy commander , & que fa durée
enfin égale celle de tous les
Siecles . fe fuis perfuadé que nos
iuſtes voeux feront exaucez , ils
font agreables au Ciel , & le Monarque
pieux qu'il nous a donné
nous en doit estre un preſage infaillible.
C'est maintenant ,Mésfieurs
, qu'en marchant fur vostraces
j'ay refolu de consacrer toutes
mes veilles à la loüange de ceHeres.
C'est parmy vous que j'espere
162 MERCURE
deformais trouver cette éloquence
vive & pure qui reponde à la di.
gnité d'un ſuiet si grand &fi relevé
, & c'est par cet endroit qu'en
fatisfaisantàmon devoir, &àmon
inclination naturelle , j'ay deſſein
de marquer aujage&docte Prelat
qui preſide à cette Affemblée mon
Zele & mon tres-profond respect ,
enmefme temps matres- humble
reconnoissance à vostre illustre
Compagnie de l'honneur qu'elle me
fait en ce iour , que j'estimeray le
plus heureux & le plus glorieuxde
ma vie.
Je vous marquay il y a un
mois que le College de la Na -
tion Ecoffſoiſe étably à Paris ,
avoit faitde grande réjouiſſances
pour la naiſſance du Prince
de Galles , mais je ne vousle
dis qu'en general. Commeles
GALAN T. 163
marques qu'il donnade ſajoye
font particulieres , vous ferez
bien - aiſe d'en apprendre
le détail. Monfieur Inneſe ,
Principal de ce Colege , avoit
choiſi le 8. de Juillet ,jour de
Sainte Marguerite , Reine &
Patronne d'Ecoffe, pour le jour
de cette Feſte . Elle commença
dés le matin par les prieres que
l'on fit dans la Chapelle , & le
foir tout ce qu'il y avoit icy de
perſonnes de qualité des trois
Royaumes , ſe rendirent au
College des Ecoffois , pour
prendre part au Spectacle qu'on
y avoit préparé . Il eſtoit compoſéd'un
feu d'artifice & d'une
grande illumination , & accompagné
d'une haute Piramide
, ornée de Deviſes &
d'Emblêmes , à l'honneur de
leurs Majeftez Britaniques ,&
164 MER CURE
د
&
du jeune Prince. Labaſe dela ,
Pyramide ou pluſtoſt de l'Obeliſque
eſtoit quarrée ,& avoit
ſept pieds de large
vingt ſept pied de haut, fans y
comprendre le coeur poſe ſur
la pointe qui eſtoit de trois
pieds , ny le Piedeſtal qui en
avoit douze de hauteur , de
forte que toute la machine s'élevoit
juſqu'à cinquante - deux
pieds.Tout cet Obeliſque, dont
les trois coſtez avoient eſté
remplis d'infcriptions , d'Armes
,de Figures & de Deviſes ,
& ornez de Feſtons , de Cartouches
& de feuillages , eſtoit
éclairé en dedans d'un nombre
infiny de Lampes , dont la lumiere
faifoit paroiſtre tous ces
ornemens . Le Piedeſtal eſtoit
conſtruit de la meſme ſorte
mais il ne paroiſſoit qu'en face,
GALANT. 165
&d'un ſeul coſté, ſon épaiſſeur
eſtant dérobée par la muraille
fur laquelle poſoit un des coſtez
ou la face de l'Obeliſque ,
derriere lequel on avoit rangé
trente- fix Boëtes ; dont on
fit pluſieurs décharges.Devant
ce meſme Obeliſque il y avoit
trois grands Soleils qui tournoient
fans ceſſe , & le coeur
qui avoit eſté placé dans le
haut , & que l'on voyoit toujours
brûler , repreſentoit l'ardeur
des voeux de tout le College
pour la profperité du jeu -
ne Prince qu'ils qualifioient
Prince d'Ecoffe , & Duc de
Rhoteſay , auſſi bien que Princede
Galles . Le long des murs
de la place qui eſtoit derriere
l'Obeliſque , on avoit allumé
des Lampes , auſſi -bien qu'aux
quatre rangs des Fenêtres qui
166 MERCVRE
ſont ſur la façade du College ,
ce qui faisoit un effet tresagreable
. Deux pyramides
couvertes de trophées s'élevoient
aux coſtez de l Obelifque
, fur le piedeſtal duquel
eſtoit cette Inſcription en lettres
d'or transparentes .
PRINCIPI IVVENTUTIS
MAGNÆ BRITANNIÆ
Votis Populorum debito ,
Tranquillitati Regnorum dato ,
Religionis firmamento ,
SPEI PUBLICÆ
Collegium Scotorum Parifienfe .
His Ignibusfeſtive
FERIATUR ,
Plura pro Regia Domo
Nonminusflagranti corde
JACULATU M.
Sur la face de l'Obeliſque
GALA NT.
167
qui regardoit le college on voyoit
la Figure de la Religion ,
hautede fix pieds , tenant d'unemain
la Croix , & de l'autredes
flammes ardentes . Elle
eſtoit accompagnéc d'une autre
Figure de meſme grandeur
repreſentant l'Eſperance , marquée
par une anchre à fes pieds
& par un Oiseau qu'elle tenoit
fur le poing. Plus haut
eſtoitun Cartouche orné,avec
cetteinſcription .
JACOBO MAGN. BRITAN.
REGI ,
VERO FIDEI DEFENSORI ,
Domum auctam .
SUCCESSION. CERTAM
SPES RATAS ,
CLIENS ,
Collegium Scotorum Parisinum
GRATYLATVR.
168 MERCURE
1
1
On y voyoit auſſi un Enfant
maillot , couché sur un en
grand carreau de velours à
groſſes houpes d'or , le tout entouré
du Collier d'Ecoffe,ou de
S.André, compoſé de Chardons
avec la Medaille de ce Saint ,
&ces mots en haut , Cuftodia
fida Cubilis , & en bas, Nemo me
impune laceffet. Ce même Enfant
ſe voyoit encore emmailloté,&
poſé de la même ſorte,le
tout entouré de l'Ordre de la
Jarretiere ſans la Deviſe ordinaire
,&plus bas ces mots ,
Honny foit quimal luy penje. Le
refte des ornemens de la face
confiftoit en deux Deviſes .
UneCoquille ou nacre de Perle
ouverte ,& montrantune grofſe
perle poſée ſur le bord de la
Mer , faifoit le corps de la premiere,
avec ces paroles Calis nutricibus
GALANT. 1691
tricibus , fur ce qu'on pretend
que la Perle eſt une produ-
Aion de la roſée du Ciel. Le
corps de l'autre eſtoit Chardon
, Devife ancienne des
Rois d'Ecoffe , & pour ame ,
In mei prafidium .
Ler ornemens du coſté droit
de l'Obeliſque eſtoient lesArmes
du Roy de la grandeBretagne
, & cinq Deviſes.
I. Un Elephant qu'on dit que
la Mere porte dix ans , & qui
envit trois cens , avec ces paroles
Lente venit , fed durat in
avum.
د
-II.UneChardon,Si colas, manfuefcet.
III. Une Etoile Favens hinc
Sidus amicis.
IV. Vne Comete. Hoftibus
hinc terror,
3
V. Vn Chardon. Non pungit
ni attrectes.
Aquſt 1688.
H
170 MERCURE
4
:
1
A coſté gauche de l'Obelifque
, eſtoient les Armes de la
Reine de la grande Bretagne,
écartélées de l'Empire , de Ferrare
, de Modenc , & d'Eſte ,
avec ces paroles de Lucain ,
Mutinaque labores Accedunt faitis,
pour montrer par une allufion
combien l'accouchement
d'une Princeſſe de Modene a
contribué au bonheur de l'Angleterre.
Il y avoit encore qua -
tre Deviſes.
I. Vne Licorne trempant le
bout de ſa corne dans une fontaine
, avec ces mots , Extinguam
quodcumque nocet.On ſçait
quelesAnimaux d'Afrique n'o ..
feroient boire des eaux infe-
Aées par les Serpens , qu'aprés
que la Licorne les a purifiées
par ſa corne&par fon eſſay .
II. Un Soleil naiſſant , Inpublica
commoda& Infans.
T
DEL
*
ne
ie
ti:
fit
ヒー-
le
1-
in
le
Cy
DS
&
e,
B

le
t
8
51
?
C
GALANT .
171
III . Vn Chardon. Armatus,
fed faluber intus. La Medecine
ſe ſert beaucoup de la graine
de Chardon benit .
IV. Vn Soleil naiſſant. Forti
mox luce calebit .
Le Feu fut tres -beau , & fit
un effet qui ſatisfit extremement
ceux que ce Spectacle
avoitattirez en foule.Il fat fuivyd'une
magnifique Collation
ſervieen ambigu dans la Salle
du College, par ordre , & aux
dépens de MonfieurTalon, Secretaire
du Cabinet du Roy,
qui dans toutes les occaſions
témoigne beaucoup de reſpect
pour Sa Majeſté Britannique,
& de zele pour la Religion
dans les Milions d'Ecoffe &
d'Irlande. Je vous envoye la
Planche qui a eſté gravée de
ceFeu. Vous y trouverez mar
H2
171 MERCURE
1
qué tout ce que je vous ay dit
de la Face de l'Obeliſque .
Milord Stafford , qui en
toutes fortes de rencontres
s'eſt toujours fait un plaifir
de faire connoiſtre Pintereſt
qu'il prend à la gloire & aux
avantages de ſa Patrie , fit icy
le 4. de ce mois une grande
Feſte pour cette meſme naiffance.
On tira un fort beau
feu d'artifice dans la Place qui
eſtdevant la terraſſe de ſon lardin.
La Façade de fon Hoſtel
eſtoit illuminée par un grand
nombre de Luftres qui renvoyoient
la lumiere dans des
: glaces de Miroir , & par des
$
Lanternes concaves d'une invention
finguliere. Ces Lanternes
ſembloient ne ſervir
qu'à l'ornement des Armes&
des Deviſes qui estoient expo
GALANT.
173
fées au deſſus de la porte , au
milieu d'un Arc de triomphe
furlequel étoit un Globe ſemé
de Lys & de Roſes avec un
Bouquet audeſſus des meſmes
Fleurs liées enſemble , & ces
paroles, hocnexu ligabitur orbis,
pour ſignifier par ces deux
Fleurs diferentes qui font les
Armes de France & d'Angleterre
, que l'union des deux
Nations ſera toujours redontable.
Ces mots , Dien & mon
droit qui font la Deviſe du Roy
d'Angleterre , eſtoient fur ces
Armes . On liſoit ce vers Latin
dans une Banderole qui eſtoit
fur celles de la Reyne d'Angleterre
.
Ortu magna , viro major , Sed
maxima partu.
Pour faire connoiſtre que fi
H
174
MERCVRE
cette Princeſſe eſt grande par
fa Naiſſance , elle eſt encore
plus grande par fon mariages
& tres grande par le prince
qu'elle donne à l'Angleterre .
Vneautre Banderole eſtoit fur
les Armes de ce jeune Prince,
avec une Deviſe qui convenoit
parfaitement à ce que faifoit
ce jour là le ſujet de la
Feſte de Milord Stafort & de
l'alegreſſe publique. Au tra.
vers de cette Decoration on
vit couler pendant tout lejour
des ſources de Vin qui attirerent
le Peuple de toutes
parts . Les avenuës de l'Hôtel
de ce Milord étoient gardées .
parun grand nombre de Suifſes
& par des Archers de Ville,,
afin que les Perſonnes confiderables
qui eſtoient priées de
ceite Feſte , y puſſent entrer
GALANT. 175
meufans
que la confufion les incommodaſt.
L'allée , les cours
& les efcaliers eſtoient remplis
d'illuminations , & les appartemens
richement
blez , comme ils le font ordinairement
. Il n'y avoit d'augmentation
que le nombre des
Lustres & des Girandoles.
L'Aſſemblée eſtoit fort belle ,
&deperionnes choifies. On y
vit entr'autres Monfieur le
Prince & Madame la Princeſſe
de Mekelbourg' , Madame la
Princeſſe d'izenghien Madame
la Ducheſſe de Valentinois
, Madame la Maréchale
d'Eſtrées , Monfieur l'Envoyé
d'Angleterre & Madame fa
Femme , Monfieur le Comte
deMorſtein ,pluſieursMilords
Anglois , & autres Perſonnes
de la premiere qualité des
H 4
-176 MERCVRE
deux Royaumes, Aprés que
tout ce beau monde ſe fut pro.
menédans les Appartemens ,
dont on admira la magnificence&
la richeſſe , on entra dans
une Salle où eſtoit une Table
à fer à cheval couverte d'une
quantité prodigieuſe de Mets ,
de confitures ſeches & liquides
, & de tout ce qui peur
compofer un magnifique Ambigu
, avec une abondance extraordinaire
de Vins exquis ,
& de toutes fortes de liqueurs .
Aux coins de la Salle étoient
des Bufets chargez de Pyramides
de fruits & de confitures ,
fur de petits Paniers dorez ou
argentez , & parfemez d'une
infinité de Fleurs . Outre cette
grande Table il y en eut de
particulieres pour les Appartemens
qui ſe trouvoient au
GALANT. 177
deſſus du Balcon preparé pour
voir le feu . Tout y fut fervy
tres-proprement & en abondance
,& rien n'y fut épargné
que l'eau , que l'on jugea à
propos de bannir de cette Feſte.
Aprés la collation, Milord
Stafford diftribua aux Conviez
quantité de Medailles
d'argent , qu'il a fait fraper
pour éternifer la memoirede
cetteheureuſe Naiſſance .D'un
coſté eſt un Hercule qui écraſe
des Serpents dans ſon Berceau:
avec ces mots, Monstris dantfu
nera cuna, &dans le revers on
voit les armes du Prince de
Galles. Ce font trois panachess
dans une Couronne ; on lit ces
mots au deffous , fulta tribus
metuenda corona. Ces trois Pa--
naches furents ajoûtées aux
Armes des Filsaifnez des Rois
H
178 MERCURE
d'Angleterre , par le Prince
Noir , Fils d'Edoüard III. qui
ayant gagné la Bataille contre
le Roy de Boheme , & l'ayant
tué de ſa propre main , ofta
de ſon caſque trois panaches
qu'il porta enſuitedans ſes Armes
, en y ajoûtant ces mots,
Io dien , qui veulent dire , fe
fuis fujet , pour marquer qu'il
combattoit pour le Roy ſons
Pere. Aprés la diſtribution des
Medailles , cette illuſtre com.
pagnie ſe rendit ſur les Balcons
d'où l'on devoit voir le
Feu. Le Theatre eſtoit fur fix
grands pilliers reveſtus de colomnes
&de pilaſtres marbrez ,
avec, leurs chapiteaux dorez ,
&des feſtons tout autour. On
y voyoit un Neptune avece
fon Trident , & les quatre
Elemens estoient aux quatre
3
GALANT .
179)
و
coſtez , avec des paroles qui
convenoient à chacun. Le
Feu y estoit reprefenté par
l'Enfer Religione Infernum
terruit ; l'Air par le Ciel , Pietate
coelum meruit ; l'Eau par
la Mer , Mare fub ipso tremuit .
& ces autres mots faifoientt
connoiſtre la Terre , Fortitu.
dine terrant domuit. Sur cha--
que Element eſtoit reprefen
tée la Vertu par laquelle lee
Roys d'Angleterre s'y eſtoit
rendu puiſſant. Au travers de
toutes ces Figures on décou
vroit la veritable Religion ,,
avec ces mots , Sua tenax , alienaindulgens
, pour dire que ce
Monarque eſt fortement attaché
à ſa Religion , quoy qu'il
foit indulgent pour les autres ..
Sur le devant du Theatre pa
roiſſoit une Hydre avec fes
H1 65
180 MERCURE
ſept têtes abbatuës ,& ces mots,
Fatalia monftris , pour fignifier
que ces roſes ,& tout ce grand
appareil marquoient. la deftruction
des monftres . Le
Peuple s'eſtant aſſemblé avec
une foule extraordinaire, cent
Boëtes qu'on avoit déja tirées,
à fix heures du matin& à midy
pour annoncer cette Feſte
furenttirées de nouveau pour
avertir que l'on alloit allumer:
le Feu. Il fut precedé de quatrevingt-
dix fuſées volantes,du:
premier ordre , & dura longtemps
avec l'admiration d'un
nombre infiny de Spectateurs
qui s'en retournerent fort
fatisfaitsde cegrand Spectacle..
Il ne finit qu'à uneheure aprés
minuit , depuis huit
heures juſqu'à la fin , ileut un
concert de toutes fortes d'inf
GALANT. 181
erumens. Les Timbales , les
Hautbois , les Trompettes ,&
les Violons ſe firent entendre
pendanttout ce temps. Mon
ſieur Donti , Gentilhomme
Italien , eſtant prié par des Da--
mes de faire des Vers fur la
magnificence de cette Feſte ,
dont il avoit eſté convié , fit
ceux- cy en Inpromptu . On les
trouva fort galans ,& ils meri .
tent que vous les voyiez.
Vous celebrez , Staffort , parmille
&millefeux
Leplaisirqu'onreſſent de l'auguste
naissance
D'unPrince qui comble nos voeux
Es de qui l'heureux fortflattenoſtre
esperance.
L'éclat de tantdefeuxdivers
Marquefes grandes avantures ,
Es leurs bruits differens font toutt
autantd'augures
182 MERCVRE
Du bruit dont ſes hautsfaits rem--
pliront l'Univers..
DanscetteFesteincomparable
VostreHostelretentit de concertsles
plus doux';
L'ordre,les ornemens,les Medailles ,
la Table
Tout est dignede luy,tout est digne
: devous
Milord Stafort avoit choiff
le 4. Aouſt pour donner ces
marques de ſon zele & de fa
joye ,parce qu'enAngleterre,
où l'on n'a point retranché les
10.jours qu'on a retranchez en
France , il eſtoit ce jour-là le
25. de Juillet , & par confequent
celuy de la Feſte de S.
Jacques , dont Sa Majesté Britanique
porte le nom. La Maifon
de ce Milord eſt une des
plus anciennes &des plus illu- -
3
3
GALANT.. 1835
fres de ce Royaume-là , &
comme elle a eu pluſieurs alliances
avec la Couronne , il
porte au premier, quartier les
Armes d'Angleterre , mais eftant
venu en France pendant
les derniers Troubles , & la
pretendue conſpiration des
Catholiques , il acru qu'il ne
devoit pas les mettre pour ne
point faire d'éclat. Lors qu'E--
doüard III qui commença àregneren
1326.établit l'Ordrede
S.George ou de la Jarretiere,un
Milord Stafford,dont eſt deſcedu
Milord Stafford d'aujour..
d'huy, fut l'un des 24.Gentilshommes
des plus qualifiez du
Royaume, qu'il choiſit & qu'il
appella les Fondateurs de la Iarretiere..
Un autre Milord de
cemeſme nom, fut Treſorier
de la Maiſon du Roy Edoüard
184 MERCVRE
le Confeſſeur , qui ayant veſcu
en perpetuelle continence avecEdgire
ſa femme , mourut
en 1066. laiſſant ſa Couronne
àGuillaume , Duc de Normandie
. Monfieur le Cardinal
Houvard eſt Cousin Germain
de Milord Stafford , ainſi que
l'Envoyé Extraordinaired'Angleterre
à Rome. Celuy quieſt
en la meſme qualité auprés
de Sa Majesté Catholique eſt
Cadetde ce Milord .
Ona eu icy nouvelles que
Monfieur le Cardinal Hovvard
de Norfolk , que je viens de
vous nommer; fit auſſi de grandes
réjoüiſſances à Rome le Sa--
medy 24. de luillet , pour la
naiſlance du jeune Prince de
Galles. Toute la façade de fon
Palais fut illuminée de Flam
beaux , on tira divers artifices ;
GALANT. 185
2
il y eut des Fontaines de vin
& on fitrôtifun Booeufentier ,
remply de poulets ,de chapons ,
dindons , & autres volailles
qu'on abandonna au Peuple
aprés qu'il fut cuit. On avoit
fait élever exprés dans la Piace
publique un grand foyer de
braife , au deſſus daquel le
Boeuf rotiſfort à une broche ,
dontles bouts que deux hommes
faifoient tourner , estoient
faiten formes de rouës .
Le lendemain Monfieur
l'Envoyé d'Angleterre quiporte
auſſi le nom de Houvard, fit
de pareilles réjouiſſances. On
rôtit auſſi un Boeufdevant fon
Hoſtel , & il fut abandonné à
ceux quien voulurent manger.
Ces fortes de Ceremonies
ſe pratiquent en Angleterre
dans toutes les Feſtes extraordinaires.
186 MERCURE
Le Pere Marc Antoine de
,
Roys ayant été élu General de
l'Ordre de la Doctrine Chrefſtienne
fut conduit à l'audience
du Roy le 11. de ce
mois . Sa Majesté qui avoit eſté
informée de fon merite , le receut
avec toutes les marques
d'eſtime & de confideration
qu'il pouvoit attendre . Il eſt de
la Provincede Languedoc , &
a paflé par toutes les Charges
de fa Congregatio.Ellefut fondéepar
le Bien- heureux Cefar
-de Bus,de la Ville de Cavaillon
en Provence ,& approuvée par
un Bref folemnel de Clement
VIII. La fin de cet Inſtitut eft
de catechifer le Peuple , &d'imiter
les Apoſtres en la methode
d'enſeigner les miſteres de
noſtre Foy. Paul V. par un au
ere Bref du 9. Avril 16 16. per
GALA NT. 187
mitaux Doctrinaires de faire
des voeux , & unit leur Compagnie
à celle des Clercs Reguliers
de Somaſque , pour
faire enſemble un Corps Religieux
ſous un méme General..
Ils en furent deſunis à la follicitation
de Sa Majesté , par un
troifiéme Bref que donna le
Pape Innocent X. le 30. Juillet
1647.Ils font depuis ce tempslà
une Congregation feparée
fous un General particulier ,
&François . Ils ont trois Provinces
en France ; celle d'Avignon
, qui aſept Maiſons &
dix Colleges ; celle de Paris ,
qui a quatre Maiſons & trois
Colleges,& celle de Toulouſe ,
qui a quatre Maiſons & treize:
Colleges..
Ona étably depuis peu de
tems une Ecole deMathemati
188 MERCURE
que dans l'Academie de Jully.
Cela s'eſt fait par les ſoins du
Pere Perdrigeon,Superieur.Le
Pere Fougeau , qui a eſté nommé
Profeſſeur de cette Ecole
en fit l'ouverture il y a quel-
-ques jours , par un diſcours
prononcé far ce fujct. L'Academiede
fully eft à fepr lieuës
de Paris auprés de Dammartin
, dans une charmante foli -
tude. Elle elt ancienne, & remplie
d'Enfans de qualité aufquels
on enfeigne les Humanitez
, les Mathematiques, le
Blazon , la Danſe , & tout ce
qui peut eſtre capable de les
former felon leur naiſſance.
On foûtient tous les ans un
fi grand nombre de Theſes à
Paris , & les Soutenans s'en
acquitent avec tant de gloire,
que ſi je vous parlois de toutes ,
GALANT. 189
i'aurois trop ſouvent les mémes
choses à vous repeter.
Cependant comme ieme ſuis
reſervé de vous entretenic
de celles qui ont quelque
choſe d'extraordinaire , ie me
trouve obligé de vous dire
que Monfieur l'Abbé Fagon,
Fils de Monfieur Fagon, premier
Medecin de la Reine
&des Enfans de France , en
ſouſtintdernierement au College
du Pleſſis , qu'on peut dire
de ce nombre. En Voicy l'explication.
Elles ſont dediées à
la Sageffe , qui eſt repreſentée
au milieu du Tableau ſous la
figure d'une belle Femme. Son
air eſt majestueux & modefte.
Elle eſt aſſiſe ſurunCube,pour
marquer ſa fermeté &fon égalité
. Son bras gauche eſt appuyé
ſur la Table des Com
190 MERCURE
mandemens de Dieu , où il eſt
écrit, Tu aimeras Dicu de tout ton
& ton prochain comme toymesme
, & elle tient un niveau:
de la meſme main , pour faire
voir que tous les mouvemens
de ſon coeur ſont déterminez
par la Loy divine. Vne Regle
& un Compas à ſes pieds, deſignent
la juſteſſe de ſes démarches.
Le Soleil paroiſt au haut
du Tableau , & de la main
droite elle luy preſente un Mi
roir qui refléchit une partie
des rayons dont elle eſt vivement
éclairée , vers un Antre
environné de broüillards . On
voit dans cet AntrelaCalomnie
effrayée de cette lumiere :
& qui en laiſſant tomber fon
maſque , & détournant fon
voile par le premier mouvement
de ſa ſurpriſe , fait voir
GALANT. 191
f
1
les Serpens dont ſa teſte eſt
heriffée . Vn Loup, & un Vautour
, ſymboles de violence &
de rapine , épouvantez par
cettemeſme lumiere,prennent
la fuite , & l'agneau & laColombe
échapez de leurs pourſuites
, trouvent un azile afſuré
auprés de la Sageſſe , laquelle
a le pied poſe ſur un
petit Cube , qui porte ces paroles
du Sage dans l'Eccleſiaſtique
: Vidi calumnias qua Sub Jole
geruntur , & lachrimas Innocentium.
J'ay obſervé les calomnies
qui ſe trament ſous le Soleil ,
& j'ay veu les larmes des Innocens
. Derriere la Sageſſe ,
l'ambition repreſentée par
une Femme qui a des aifles
garnies de plumes de Paon , &
qui eft chargée de pluſieurs
Couronnes , paroift renversée
192
MERCVRE
auprés de fon palais , & avec
elle ſes trefors , fon Hermine ,
&fon Encens . Ces mots tirez -
des Proverbes de Salomon ,
font écrits fur la Regle qui eft
aux pieds de la Sageffe , Melius
est parum cum justitia. Je ne veux
que la Mediocrité&la luftice.
VnEloge de la Sageſſe tiré du
Livre de la Sageſſe meſme , eſt
gravé ſur le Cube où elle eſt
aſſiſe. Eft in illa Spiritus intelligentia
,fuavis amans bonum , bene
faciens , benignus , ftabilis . Elle
eſt remplie d'intelligence ; (on
eſprit eft charmant droit
bien- faiſant , genereux , conſtant.
On doit avoüer que nonſeulement
l'invention & lefpritregne
dans tout cet ouvra
ge, maisque tout ce qu'il comprend
eſt fort ſagement imaginé.
Iln'y a perſonne qui ne
découvre
GALANT.
193
découvre que c'eſt une allegorie
, mais elle eſt faite avectant
dejuſteſſe , que ceux qui ſçaventun
peu le monde , & qui
connoiffent les perſonnes d'une
grande diſtinction voyent
d'abordà qui ces Theſes ſont
dediées ſous le nom de la Sageffe.
Cependant quelquejuſte
que foit l'allegorie , comme il
ſe trouve des gens qui faute
de s'appliquer à ces fortes de
peintures, ontde la peine à en
percerle myſtere. Ieme croi .
rois obligé de nommer icy la
Dame dont on a fi heureuſement
fait le portrait faiſant
celuyde la Sageſſe , ſi les preu .
ves particulieres que j'ay de
ſa modeſtie qui eſt connaëà
toute la terre , ne m'empefchoient
de le faire. Je vous
diray ſeulement pour vous la
faire connoiſtre , que la ſageſſe
Aoust 1688 . I
194 MER CURE
eſt encore plus éclatante que
fon élevation , que loin d'ai .
mer à joüir des avantages que
la fortune a procurez à fon
merite , elle fait fon unique
application de faire fleurir des
Ecoles de vertu & de pieté ;
qu'elle y paffe une partie de
fon temps ; qu'elle entre dans
tous les détails qui les regardent
, & qu'elle a fait ellemeſme
des maximes qui font
d'une grande utilité , & qui
conrfiment tout ce qu'ona dit
de ſa ſageſſe; qu'elle a confondu
l'ambition par une moderation
conſtante , qu'elle employe
tout fon credit pour foulager
les malheureux , & proteger
l'innocence contre l'oppreffion
& la calomnie, que ſa
porteeft fan's ceffe environnée
de Nobleſſe malheureſe qui
GALANT.
195
1
publie ſes loüanges ; qu'elle
en eſt comblée , quoy qu'on
ne puiſſe la chagriner davantage
que de luy en donner ;
qu'elle employe tous ſes momens
à ſervir ceux qu'elle reconnoift
avoir de veritables
beſoins , ce qu'elle fait de ſi
bonne grace , qu'elle ne veut
pas qu'on l'en remercie . Je ne
doute point que tout le monde
ne ſe la nomme aprés ce
portrait , que font d'elle tous
les jours mille & mille perſonnes
qui luy doivent la vertu
de leurs Enfans & le repos de
leur vie. Monfieur l'Abbé Fagon
, aprésavoir répondu d'unemaniere
qui luy attira beaucoup
d'applaudiſſement , fut
receu Maiſtre és Arts , & le
Pere Antecour , Religieux de
Sainte Geneviève , & Chancelier
de l'V niverſité , qui luy
12
196 MERCVRE
donna le Bonnet , fit un Eloge
de Monfieur Fagon ſon Pere,
qui fut écouté avecplaiſir.
Les Troupes de la Maiſon
du Roy ont campé pendant
trois ſemaines dans la Plaine
d'Acheres , & ont eſté commandées
à l'ordinaire par M.
le Duc de Noailles qui en eſt
general . Ces Troupes ſe ſont
trouvées fort leſtes & en bon
état. Il ſeroit difficile qu'elles
fuſſent autrement , puis qu'elles
ſçavent que le Roy les examine
toûjours avec ſoin , &
d'une maniere tres exacte . Ce
Prince en a fait la reveuë pluſieurs
fois , a donné des Penfions
àquarante- quatreMoufquetaires
des deux Compagnies.
Il a fait collation chez
Monfieur le Duc de Noailles
preſque toutes les fois qu'il
GALANT. 197
s'eſt donné la peine de venir
an Camp , & toute la Cour y a
ſouvent mangé lors qu'elle a
eſté s'y promener. CeDuctenoit
table ouverte à toutes les
heures du jour , & cela avec
toute la magnificence poſſible,
c'eſt à dire avec toute celle
qui luy eſt ordinaire.
Mademoiselle Boucherat ,
Fillede Monfieur Boucherat ,
Conſeiller honoraire au Parlement,
ſeul Frere de Mr leChancelier
, a épousé Mr de Lifle
Confeiller au Grand Confeil .
La ceremoniedu Mariage fut
faite la nuit du 16.au 17. de ce
mois ,par M.le Curé de S.Louis
dans la Chapelle de ce digne
Chefde la Justice . Comme il
eſt grand en tout ce qu'il fait, il
avoit dõné un ſoupé tresmagnifique,
aprés lequel il y eutdas
13
198 MERC VRE
+
i
F
fa Galerie une Symphonie fort
agréable & les divertiſſemens
que fa fageffe, & fa moderation
en toutes choſes luy pouvoient
permettre.. La Mariée eſt jeune
, belle & bien faite . Il me
feroit inutile de parler de fa
naiſſancesje vous l'ay fait affez
connoiſtre en vous apprenant
qu'elle porte le nom de Boucherat
, & qu'elle eſt Niece
de Monfieur le Chancelier..
Monfieur de Lifle qui l'a épouſée
estbien faitde ſa perſonne,
&fon merite va au delà defon
âge . Il a pour Beau- frereMonfieur
de Chaſteau Regnard
que le Roy vient de nommer à
l'intendance de Bourbonnois ,
Monfieur Brethe de Clermont,,
Confeiller au grand Confeil ;
Monfieur de Beaumont Maître
des Comptes ,& Maiſtre d'Hô
GALANT . 199
1
sel de la feuë Reyne , &
Monfieur le Clerc de Cambray
Roy.
Maistre d'Hotel du
かと
Je vous avertis quela premiere
partie de 1Hiſtoire
Sommaire de Normandie
vient d'eſtre donnée an public
par Monfieur de Maſſeville.
Il nous fait connoiſtre quantité
de chofes qui on eſte omifes
par l'Auteur de l'Inventaire ou
de l'Abregé de la meſme Hif
toire ,& comme Guillaume de
Jumieges qui l'a auffi écrite,ne
nous la donnée qu'une Hiſtoire
de trois Siecles , & que celle
de Monfieur de Manneval n'en
contient pas quatre , nous luy
ſommes obligez de ce qu'il a
bien voulu prendre ſoin de
nous apprendre ce que les autres
nous ont laiſſe ignorer.
14
200 MERCVRE
,
Cette premiere partie eſtdiviſée
entroislivres;le premier
traite de l'ancien eſtat des
Gaules & de leur gouvernementide
la valeur,du Genie,de
la Religion & des guerres des
Gaulois , & de l'établiſſement
de la Monarchie Françoiſe
vers l'an 400 juſqu'à l'arrivée
du fameux Raoul , Seigneur
Danois qui eſtant entré
en France par l'embouchure
de la Seine avec de nombreufes
Troupes , fit un traité avec
le Roy Charles le Simple , qui
luy donna Gille ſa ville en mariage
avec les Pays qui ſont
contenus entre la Mer , & les
Rivieres de Brefle , d'Epte,
d'Aure , & quelques autres , à .
condition de tenir cette étenduë
de Pays en forme de Duché
à foy & hommage de la
GALANT. 201
Couronne de France. Le ſecond
livre contient l'état de
la Normandie ſous la domina.
tion de ſes Ducs juſques à
Guillaumele Conquerant , &
le troiſieme , l'Estat de cette
meſme Province ſous la dominationde
ſes Ducs,Rois d'Angleterre.
Cette Hiſtoire eſt
pleine d'un ſi grand nombre
d'évenemens extraordinaires ,
& d'actions de valeur & de
courage , qu'on peut dire que
la connoiſſance n'en eſt pas
moins utile que curieuſe . Elle
ſe vend chez le Sr Guerout
Libraire, dans la Court- neuve
du Palais , qui débite auſſi
L'Arithmetique Raifonnée . Elle
eſt enrichie de pluſieurs rigures
, pour en faire mieux
comprendre les demonftrations
,& refoudre les difficul
IS
202 MERCURE
tez qu'on rencontre d'ordinai
redans les Livres de cette nature.
Il y a cinq Traitez dans
celuy- cy. Le premier contient
l'Addition , la Soustraction , la
Multiplication & la Divifion ,
avec toutes fortes de Redutions
de Parties aliquotes , &:
de Multiplications compoſées..
Le ſecond regarde les Fra-
Aions.On trouve dans le troifiéme
la Regle de trois ou de
proportion fimple , directe, in .
verſe , double , & compofée ,
la Regle conjointe, de compagnie
, & de difcuffion de banqueroute
les Regles de fauſſes.
ſuppoſitions , d'alliage ſimple
&compofé, &des progreſſions.
Arithmetique & Geometrique
Le quatrième fait voir l'extraction
des racines quarrée &
cubique d'une maniere claire
GALANT.
203
& demonſtrative ; & le cinquiéme
comprend une methode
univerſelle pour toute
forte de Multiplications qui
ont des fractions annexées à
des entiers , & trois nouvelles
methodes pour le Toiſé. Il n'en
faut pas dire davantage pour
faire connoiſtre l'utilité de ce
Livre...

Le mefme Libraire vend un
autre Livre qui doit eſtre recherché
de tout le monde , &
fur tout des Dames. Vous en
conviendrez quand je vous
auray appris qu'il a pour titre ,
Secrets concernant la Beauté & la
Santé. Il eſt de Monfieur de
Blegny,dont tous les Ouvrages .
ont cu un fortgrand fuccés.
Comme il eſt ſouvent parlé
de la Diette ou Aſſemblée de
Ratisbonne , les Curieux de
>
16
204
MERCURE
voſtre Province feront bien
aiſes d'apprendre quele Sieur
de Fer a faitgraver proprement .
une grande feüille qui porte
pour titre , lagrande Salle de Ratisbonne
,oùse trouve tout l'Empi
re affemblé àl'ouverture d'une Diete
, & lors que les Colleges desELecteurs,
des Princes & des Villes
veulent accorder leurs conclufions
particulieres pour en faire des generalesfur
les affaires qu'ilsy traitent.
Cette feüille ſe vend chez
l'Antheur fur le Quay de
l'Horloge du Palais à la Sphere
Royale,& chez le Sr Guerout:
Lers.de ce mois , jour dela
Feſte de l'Afſomption , le Roy
qui avoit fait fes devotions &
touché un grand nombre de
Malades , nomma à trois Evcfchez
; Sçavoir ,
Monfieur l'Abbé de la Lang
GALANT.. 205
qui eſtoirdéja Eveſque d'Aqs
àl'Eveſche de Bayonne. Il eſt
Fils du Prefident au Mortier
du Parlement de Bourdeaux,&
Frere de celuy qui reſte du
meſme nom. C'eſt un homme
de picté& de merite , & qui
depuis qu'il a eſté nommé
Eveſque d'Aqs a remply ſes
devoirs , en faiſant les fon-
Aions de Grand- Vicaire d'une
maniere qui luy a fait meriter
les premieres Dignitez
de l'Eglife..
Monfieur l'Abbé du Rivau, à
l'Eveſché de Sarlat. Il eſt de
Filluſtre Maiſon de Bauveau
fameuſe par ſon ancienneté &c
par ſes alliances, & particulierement
par celle de la Maiſon
de France . Sa devotion dans
laquelle on ne voit rien d'af
fecté , & fon érudition jointe
206 MERCVRE
11
àune grande humilité , lui ont .
acquis une eſtime generale. Il.
eſt Docteur de Sorbonne , &
Frere de Monfieur le Marquis,
du Rivau , Capitaine de cent
Suiffes de feu Monfieur.
Monfieur l'Abbé de Prugues
àl'Eveſché d'Ags. Ileſt Grand
Vicaire de l'Egliſe Cathedrale
d'Aire. Le meſme jour , Sa Majeſté
donna pluſieurs Abbayes,
ſçavoir,
L'Abbaye de S. Cibard , Ordre
de S. Benoiſt , Dioceſe
d'Angouleſme , à Monfieur
l'Abbé de Nancré . Il eſt Fils de
Monfieur de Nancré , Gouverneur
d'Arras , auparavant :
Capitaine au Gardes . C'eſt un
Gentil-homme de Poitou qui
atoujours ſervy avecbeaucoup
de valeur , & qui s'eſt acquis
une grande reputation,

GALANT.. 207
L'Abbaye de Morigny, Or--
dre de S. Benoiſt , Diocese de
Sens , à Monfieur l'Eveſque de
Bethleem .. Ce Prelat rend des
grands fervices dans les Diocefesde
Paris & de Chartres
L'Abbaye de S.Jean d'Ange--
ly , Ordre de S. Benoist Diocefe
de Chartres, à Monfieur
l'Abbé d'Hervault. Il eſt auditeur
de Rote pour la France,
& Fils de Monfieur le Marquis
d'Hervault , Lieutenant
de Roy de Touraine..
L'Abbaye de S.Eufebe ,Ordre
de S. Benoist , Diocese de
Beziers , à Monfieur l'Abbé
de Chalmaſel . Il eſt Filsde Mr
le Marquis de Chalmaſel , au
trefois Guidon des Gendarmes
, & le quatrième Comte
de Lion de cette Maiſon , qui
eſt une des meilleures da
108 MERCURE
Lionnois & du Beaujolois . If
eſt tres- bien fait ; & toutes
ſes manieres , auſſi bien que ſa
conduite , font dignes de fa
naiſſance.
L'Abbaye de S. Pierre & de
S. Paul de Jauvilliers , Ordre
de Prémonſtré , Diocese de
Toul , à Monfieur l'Abbé Ancel..
L'abbaye de Foreſt Monſtier
, Ordre de S. Benoist
Dioceſe d'Amiens,à Monfieur
l'Abbé Moreau. Ileſt Fils de
Monfieur Moreau , premier
Medecin de Madame la Dau
phine..
湯L'abbaye d'Ardorelles ,Ordre
de Ciſteaux , Diocese de
9 Caſtres , à Monfieur l'Abbé
Girard..
L'Abbaye de Chalivoy , du
mefme Ordre , Dioceſe de
4
GALANT.
209
Bourges , à Monfieur l'Abbé
de Baumont de Chantelou .
L'Abbaye de Blafimont,Ordre
de S. Benoist , Diocese de
Bazas, à Monfieur l'Abbé Rol.
Il eſt Aumônier de Monfieur
le Comte de Toulouſe .
L'abbaye de Suilly , Ordre
de S. Benoist , Diocese de
Tours , à Monfieur l'abbé
Converſet.
L'abbaye de la Reole , Ordre
de S. Benoist , Diocesede
Lefcar , à Monfieur l'Abbé de
Bolſunes. Il eſt Neveu deM
le Comte de Lauſum .
L'Abbaye de Clairmunſter,
Ordre de S. Benoist , à Monfieur
l'Abbé de Cartigny .
L'Abbaye de S. Georges,
Ordre de S. Benoist , Dioceſe
de Reims , à Madame du Halgoüet
de Cargret , Religicuſa
210 MERCURE
4
de cette Maiſon . Elle eſt Tante
de Madame la Ducheſſe
de Coiflin.
L'Abbaye Reguliere de Phelampin,
Ordre de S. Augustin,
Dioceſe de Tournay , au Pere
Auguſtin de Heddebault.
: L'Abbaye des Chanoineſſes
de Frauloutter , prés de Saar-
Loüis , à Dame Marie Sidou.
L'Abbaye de Felixpes , à
Dame Catherine Blemond ,
Pricure de cette Maiſon .
L'Abbaye Reguliere de S.
André aux Bois,Ordre de Premonſtré
, Dioceſe d'Amiens ,
au Pere André Thomas .
L'Abbaye d'Altorf , Ordre
de SaintBenoiſt , Diocese de
Strasbourg , au pere Virault ,
Religieux du meſme Ordre.
La Commanderie de Stefanffelden
, Ordre du S. Eſprit,,
GALANT. 211
Dioceſe de Strasbourg,au pere
François d'Augler,
Ceux qui ont expliqué la
premiere Enigme du mois pafſe
ſur le Vaiffean ou la Navire qui
en eſtoit le vray fens , font
Meſſieurs l'Epinay Buret de
Vitré : Digeon de la Fontaine
des Blancs-manteaux Kohic
Chretiende Morlaix : ValentinMachoud,
Directeur de l'Academie
du galant coufinage ,
&fa charmante Cousine Claudine
de Goelles de Mafcon ; le
p'us grand complaifant en
amour des Déeſſes de la ruë
Bailleul le Cadet des deux
Freres de Vitry- le- François :
Le Chevalier des Maronniers
de la ruë de l'arbre ſans feüilles
; le Beau & la Belle de la
meſme ruë : l'Abbé Silvain
Lazatin de la rue S. Sauveur
212 MERCURE
l'Infidelle à la Belle ... de la
ruë Sainte Croix de la Bretonnerie
: ranchon Dariolet de
la ruë Saint Martin : le beau
Clerc aux poches antiques de
la ruë de la Iuffienne : M. Μ.
à l'anagramme Tu merites ma
grace: la Soeur aux trois Pucelles
de la ruë Saint Denys ,
&fa charmante Couſine des
Singes de Chartres ; la Belle
aux beaux regards du Quay
des Auguſtins.६
Ils ont tous auſſi trouvéle
vray mot de la ſeconde qui
eſtoit la santé , auſſi - bien que
Meffieurs Bouchet , Ancien
Curé de Nogent le Roy :
Dóm Franciſco de Rableio ,
ruë Meurtriere . Joſeph Vanfnem
: ruë Cuiſante; le Che->
valier du bras d'argent ; le
Chevalier des Palmiers de la
GALANT . 213
Cour neuve du Palais , Firmi.
ni de la ruë de Geſvres : J.L.
Chefdes Mécontens de la ruë
Hautefeüille : R. R. l'Oyſeau
le plus volage de la Foreſt de
Rez : la precieuſe Ridicule
des quatre coins d'Orleans : la
Teſte noire de l'Oratoire : les
deux Soeurs du Pavillon Royal
de la ruë Saint Martin : &leur
inſeparable Coufine : M. L.L.
la plus Solitaire de la ruë ſaint
Chriftophle : M. A. G. la plus
charmante voix de la ruë faint
Nicolas , cy - devant de la ruë
du Meurier : & I.E.F. L'indifferente
Beauté de la ruë Pavée
prés l'Hôtel de Bourgogne.
La jeune Marianne de Raignac
dela Ville d'Agen : la jeune
Louiſe de M... Solitaire du
Paravis , & la Belle à l'Anagrame
, Non , ne m'éparguezpas , qui
1
214
MERCVRE
ont auſſi expliqué la premiere
Enigme fur le Navire , on cru
que la foje eſtoit le vray mot de
laſeconde. Il n'y convenoit pas
mal , puis qu'on peut dire que
fans lajoye on n'a rien& qu'elle
contribuë beaucoup à donner
de l'embonpoint .
La premiere des deux Enigmes
nouvelles que je vous envoye
, eſt de Monfieur la Cour
de Trafforets de Perigord ,
Docteur en Medecine.
ENIGM E.
E nais dès que je suis conceuë;
Quej'aille par Bourgs,parChateaux
,
sans qu'il me faille de chevaux,
Dans un instant j'y suis rendue.
CALANT.
215
Lors queie manque,belas ! tant pis ,
C'est un préſage qu'on eſt pris ;
Ie fuis fans membresſans visage,
Auſſimon Pere est tout eſprit ,
Iedonne toujours du courage ,
Si quelqu'un parle , ou s'ilécrit .
Sans moy l'on nefait nulle affaire,
Sije viens à meretirer ,
On commence à mal augurer
De tout ce qu'on pretendoit faire ,
le ne regne qu'un certain temps ,
Tantoſt un jour , tantoſt dix ans.
Ic ne poſſede rien au monde ,
Et cependant quand on me perd ,
Soit fur la terre , foit sur l'onde,
On attend un méchant deffert.
Aspire- t-on à quelque Charge ,
Veut- on arriver à bon port ,
Jusqu'àce qu'on ſeacheſonfort ,
F'en donne du long& du large.
On a beaufe fonder ſur moy ,
Je trompe ſans ſçavoir pourquoy.
Combien a -t- on veu de perſonnes
216 MERCVRE
۴
1
S'imaginer par mon moyen
Pouvoirobtenir des Couronnes?
Jeſuis vaine , c'est l'epithete
Qu'onme donne cent fois le jour ,
Lors quepar un trop mauvais tour.
Rien nevacomme on le proiette.
Le tâche icy de me cacher ,
Monnom tient ton ameincertaine;
Enle cherchant s'ilfait ta peine,
C'est moy qui te le fais chercher.
* AUTRE ENIGME .
TE porte le nom magnifique
D'un certain bien des grands Seigneurs,
Mais ie fuis bien plus pacifique ,
Quand ie iouis de mes honneurs ;
Auſſi lefortsi bien me cache
Quemon Maistre ne me peut voir,
Sifortementilnes'attache.
Devant laGlace d'un Miroir.
Tout
GALANT. 217
Tout le monde sçait que ie touche
Atout ce qui paſſe chezmoy ,
Mais je suis de si bonne foy ,
Que j'en retiens moins, qu'une
mouche.
Je vous envoye des Vers
qui ont eſté faits fur la mort
de l'inimitable Arlequin , arrivée
ce mois cy dans ſa 48 .
année . L'heureux talent qu'il
avoit de dire les choſes d'une
maniere agreable , l'a fait regreter
de tout le monde.
SUR LA MORT
du celebre Arlequin.
TEs plaiſirs le ſuivoient fans
Il repandoit par tout la jove &
l'alegreffe ,
Aouſt 1688 . K
218 MERCURE
4
Les leux avecles Ris naiſſorent def-
Jous fes pas ,
On ne pouvoit parer les traits de
Sa Satyre ,
Loin d'offenfer perſonne elle avoit
desappas;
Cependant il eſt mort , tout le mon
de en foûpire.
Qui l'eust jamaispenséſansſe de-
Sesperer
Que l'aimable Arlequin qui nous
atantfait rire,
D'enstfi - toft nous fairepleurer ?
Le 23. de ce mois Monfieur
le Duc d'Eſtrées épouſa Mademoiselle
de Vaubrun. Elle
eſtoit Fille de feu Monfieur le
Marquis de Vaubrun , Lieutenant
General des Armées du
Roy. Vous ſçavez que ce
Marquis eſtoit Fils de
GALANT. 219
f Monfieur le Comte de Nogent
, & que fa bravoure &
ſes grandes actions l'avoient
mis en eſtat de devenir un jour
Mareſchal de France .Monfieur
le Duc d'Estrées eſt Fils de feu
Monfieur le Duc d'Eſtrées ,
mort Ambaſſadeur à Rome, &
Neveu de Monfieur le Cardi .
nal d'Eſtrées & de Monfieur
le Maréchal d'Eſtrées , Vice-
Amiralde France. Je vous ay
tantde fois parléde cette Illuftre
Maiſon,& elle est d'ailleurs
ſi connue, qu'il me ſeroit inutile
de repeter ce que tout le
monde ſçait.
Le 18. du mois paſſé , le
Chapitre de la Cathedrale de
Hildesheim éleut pour Eveſque
Monfieur le Baron Jean
loſſe de Brabek poyen de la
K2
220 MERCVRE
:
meſme Eglife. Le 29. du mefme
mois , Monfieur le Comte
de Plettemberg fut fait Evef
que de Munster , & le 17. dece
mois , Monfieur le Baron d'Elderen
, fut éleu Evefque &
Prince de Liege par le Chapitre
de laCathedrale. Il eſtoit
Doyen de la meſmeEglife. Il a
foixante &quatorze ans,& eft
deBrabant. Ces trois Eveſchez
étoient vacants par la mortde
Monfieur l'Electeur de Cologne.
Quoy que les Troupesdu
Roy foient nombreuſes , Sa
Majeſté a trouvé à propos d'y
joindredix mille hommes de
pied, & fix mille chevaux , &
a ordonné lalevée . Elle a fait
auſſi des Officiers Generaux ,
&comme la France eſtremplie
GALANT. 221
de Perſonnes d'une grande diftinction
dans le métier de la
Guerre S. M.n'a pû s'empeſcher
d'en nommer un grand nombre.
En voicy les noms tels que je
les ay pu avoir en fermant ma
Letre Peut- être trouvera-t-on
qu'il y en a d'oubliez ; peuteſtre
auſſi qu'il s'y en eſt gliffé
quelqu'un pour qui cet honneur
est differé , & que vous
trouverez des noms propres ,
qui pour avoir eſté malécrits
déguiſeront les veritables . Je
ne marqueicy ny les rangs ny
les qualitez de la pluſpart. La
precipitation doit faire tout
excufer,&c'eſt toujours beaucoup
que de vous envoyer une
Liſte auſſi ample que celle-cy.
Tous ceux où ily a une L.&
unC.font Lieutenans Colonels
de leurs Regimens.
K 3
222 MERCVRE
Lieutenans Generaux.
Mrs ,Erlac , Suiffe.
De Vauban.
Du Mets , Lieutenant General
de l'Artillerie .
Le Chevalier de Tilladet .
De Birkenfelt.
deRenty.
DeBroglio...
De la Frizeliere .
De Rubantel ...
Reze ,Allemand.
Le Duc de Vandofme.
DeGournay.
DeRenel.
De Catinat.
Le Marquis d'Uxelle.
D'Auger .
De Bullonde.
De Jonvelle .
De S. Ruth .
F
De Vaneüil , Lieutenant des
Gardes.
GALANT . 223
Famechon .
De Lignery.
Maréchaux deCamp.
Mrs Arnophiny .
Bertillat .
De Vatteville .
Chevalier Duc .
De Mont- revel , Aide- commiſſaire
General .
De Tallard .
DeS . Gelais .
De la Valette.
Le Chevalier de Grignan .
La Fitte .
Du Bordage.
Vivans .
De Buzanval .
De Nonant.
De Maupertuis.
Veins .
De Seppeville.
Grillon.
De Riveroles .
K 4
224
MERCURE
De Teſſé .
De Briſſac, Majordes Gardes.
Dauberede.
Salis.
De Refuge.
Phiffer .
De Nefle .
Ximene , Colonel Royal
Rouffillon .
De la Hoguette .
De Congis .
Le Chevalier de Montchevreüil
.
De Maumont , Capitaine aux
Cardes , Inſpecteur.
De Larray.
De Harcourt..
DeCrenan .
Biſſy .
De Montigny.
De Bufca .
De Neufchelles .
Affelds .
GALANT.
225
Brigadiers de Cavalerie.
Mrs Marfin , des gendarmes:
De Lanion.
De Servon..
De Floreſac..
De Varennes ..
De S. Vallery ..
>
Beaupré ..
Lonmaria .
DeS. Germain
De Villars..
Marin des Gardes du Corps..
D'Imecourt.
DeLery.
De Bezons.
De Vignaud , L. desGardes du
Corps..
Le Chevalier de Gaſſion , L.
des Gardes du Corps .
La Mothe , des Chevaux Legers.
Bachevilliers L. du Chevalier
Duc..
Barbeziers , des Dragons ,
Pinſonnel , desDragon..
226 MERCURE
Brigadiers d'Infanterie.
Mrs Gredier le pere , Suiffe .
De Feuquieres.
De Medavid .
Defcor.
LeComte de Soiffons .
De Vaubecourt.
Du Clos .
DeTorcy.
De Genlis .
De Gandelus .
Le Chevalier Colbert.
DeMalauſe .
De S. Laurens .
DE Reynacd'Alface , L. C.
La Fare de la Fere , L. C.
Preſchac de Champagne, L. C.
D'Artagnan , Major des Gardes
Françoiſes .
De Seguiran , Capitaine aux
Gardes...
Du Perré Lionnois , L. C.
De Sandricourt de Picardie ,
L. C.
2
GALAN T. 227
Montaumer de la Marine
L. C.
,
Lombrail de Provence , L. C.
Je ne vous dis rien de la
grande Feſte que Monfieur
le Prince a donnée à Monſeigneur
le Dauphin dans
fa belle Maiſon de Chantilly
. Elle a dure huit jours ,
& elle estoit ſi bien ordonnée
qu'on peut dire que
l'on voyoit d'heure en heure
naiſtre de nouveaux plaifirs.
Il me faut pour en parler
beaucoup plus de temps
que je n'en ay puis que
cette Feſte ſeule ſuffit pour
remplir un Volumes ainſi
je la remets au
prochain , afin de n'oublier
rien de toutes les galantes circonſtances
dont elle a eſté accompagnée.
Je vous diray ce
mois
228 MER CVIRE
pendant que l'Opera nouveau
qu'on y a repreſenté fous le
titre d'Orontée , ſe vend chez
le Sieur Coignard ruë Saint
Jaques , à la Bible d'or. Je ſuis
Madame , Voftre , &c. THEQUR DELA
LYON
BIB
VILLE
*18933
AParis ce 31. Aout 1688
Avispour placerles Figures .
L
par 'Air qui commence
I'aime une charmante Bergere,
doit regarder la page 83..
La Planche du Feu doit regarder
la page 171 .
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le