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1688, 07 (Lyon)
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EXBIBLIOTHECA
AUGUSTINIANA
LVGDUNENSI
A
807156
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN..
JUILLET 1688
LYON
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY , ruë
Merciere au Mercure Galant.
M. DC. LXXXVII.
AVEC PRIVILEGE DUROY
子子子子子子
LE LIBRAIRE
AV LECTEUR..
E fuis obligez d'avertir le
Lecteur que je faisjimprimer
Ettmüleri opera omnia me-
Aica,augmenté de beaucoup
de la derniere impreffion de Francfort,
quieftfiremplyde fautes d'impreſſion ,.
&de tranſpoſitions , j'ay fait traduire
tous les mots Allemands en Latin ,
ce qui eft fineceffaire en France ,
Italie , Eſpagne & a ceux qui n'entendent
pas l'Allemand. Jy faisajoûter
beaucoup de choſes curieuſes par
undes plus habiles Medecins de France
,qui veut bien avoir la bonté de ſe
donner cette peine pour le Public
j'y feray même ajouter des Figures en
raille- douce. le donne cet avis au
Public afin qu'il ne ſe laiſſe pas trom--
Per...
2
Catalogue.
L'on continue à diſtribuer le Tour
nal des Savans pour. 8. f. chaque
cahiers .
LIVRES NOUVEAUX
du Mois de Iuillet 1688 .
dHongrie tome ſixiéme 30.
HISTOIRE d
Les cinq premier tome ſetrouventdans
la même Boutique.
La Relation Univerſelle de l'Afrique
ancienne & Moderne , diviſée en quatre.
parties, dans la premiere partieon décrit...
l'Egipte , la Barbarie , le Biledulgerith , ou
Numidie & leZahara oule Defert ſous le
nom du Pais des Blancs ; dans la ſeconde
on traitedu Païs des Noirs , c'eſt-à-dire ,
de la Nubic, de la Nigritie , de la Guinée ,
&c. On donne dans la troifiéme une defcription
de la haute & baffe Ethiopie , &
dans la quatriéme des principales Ifies qui
ſe trouvent fituées aux environs de l'Afrique
, de tout avec beaucoup de neucté
d'exactitude , de fidelité & d'une maniere
agreable & utile à toutes fortes de
gens. Pourn'oublier rien dans lacompofi-.
tion de cet Ouvrage , on l'a enrichi de plufieurs
Figures en taille douce , de quinze :
Cartes de Geographics fort regulieres , &
armorices ſuivant les Etats qu'elles reprefentents
de pluſieurs tables generales
Catalogue
particulieres de chaque Etat & Region ,
Ony voit la Politique & l'interêt des Sou
verains , la Geographic & l'Hydrographic ,
P'Hiſtoire naturelle & civile , les Moeurs ,
Loix , Coutumes , Langues , Religions ,.
Commerce , Animaux , Plantes , Mineraux
Salines , Carrieres, Pierreries ,Montagnes ,
Caps , Côtes , ce que le Roy à fait de remarquable
dans les Royaumes de Fez &de
Maroc , dans les Repúbliques de Salé ,,
d'Alger de Tunis, de Tripoli, de Barca , de
l'ifle de Chio , aux environs des Dardanelles,
devant Genes à l'ocaſion des Corſaires
deBarbarie. On s'étend beaucoup furMadagascar
au ſujet de la Compagnie Françoiſe
des IndesOrientales , & fur l'Ile de
Malthe en faveur de Meſſieurs les Cheva
liers de S.lean de Ierufalem , depuis leur
inſtitution par FrereGerard de Martegues
Jeur Fondateur& leur premier grandMaitre
juſqu'à Carafa qui Gouverne aujou--
d'hay cet Ordre illuftre , & enfin fur ce
qu'ilyade remarquable , tant dans la terre
forme quedans les Iles de cette troifiéme
partie de laterre &c. indouze 4 v. 8.1 .
৯
L'Arithmetique raiſonnée , Enrichie de
pluſieurs figures , qui font clairement comprendreungrand
nombre de demonftrations
qui contribuent beaucoup à la perfectionde
cétOuvrage,qu'ona diviſéen eing Traités.
Le premier comprend les quarre Regles
fondamentales , qu'on peut facilement
aprendrepar. la fſimple lecture de ce Livre
coutes fortes de Reductions , de parties
23
Catalogue..
Aliquotes , de Multiplications composées
&generalement tout ce qui eſt neceſſaire,
au Commerce.
Le fecond concerne les Fractions , qu'on
trouveratres - faciles,par les demonſtrations
qu'on en adonnées.
Le troiſieme contient les regles de trois
fimple,directe , inverſe compoſée, coniointe,
decompagnie , diſcuſſion de banqueroute ,..
les regles de fauſſes ſupoſitions , la regle
d'aliage fimple &compoſée , les progref
fionsArithmetique&Geometrique, le rout
bien démontré..
Onvoitdans le quatriémer, l'extraction :
desRacines quarrée , & Cubique , dont la
demonſtration ne laiſſe aucun doute à l'efprit.
LeCinquiéme & le dernier ne peut être
que tres-bien recen , puis qu'il comprend
trois nouvelles Methodes pour le Toifé&
l'Arpentage , &laujage , qui ſont ſi faciles,
qu'il ſuffit de les lire pour les comprendre ,
& fi conciſesqu'on fait avec une vingtaine
deFigures ce qu'on ne fauroit faire , par la
voyeordinaireavec deux mille. Enfin on ne
propoſe riendans cérOuvrage dont on ne
donne en même tems la demonftration , &
qu'on ne juſtific par des preuves convain
cantes. Indouze. 30. f..
Traité fingulier des Regales, ou des Droits
duRoy,fur lesBenefices Eccleſiaſtiques avec
P'Inventaire des Pieces quiy fervent depreuves.
Enſemble la Conference ſur l'Edit du
Contrôle,&la declarationdes infinuations
Catalogue:
Eccleſiaſtiques,avec pluſieurs autres inftru--
Xions fur les matieres Beneficiales, Par
Me François Pinſſon , ancien Avocat en Par
lement , diviſé en deux tomes inquarto ,..
12. liv.
Viage de l'inſtrument univerſel pour
refoudre promptement & tres-exactemene
tous les problemes de la Geometrie pratie
quéſans aucun calcul parMonfieur Ozanan,
13. Laliv..
L'Hiſtoire de ce qui s'eſt paſſe de plus
remarquable dépuis 1642.juſqu'en 1688.12.
2. V.4. liv
La Geneſe avec des reflexions qui éclairciſſent
ce qu'il y a de plus difficile dans de
ſens litteral Traduction nouvelle par M. des
Couſtures 12, 4. v. 8live.
La mort d'Ambiorixene vangée par celle
de IulesCefar afſaſſiné par Brutus, indouze,
10. fols.
En attendantdans pes dejoursl'hiſtoire
de LouisXI. 4. 2.vipar M. de Varillas 12.1.
L'Hiſtoire des Hercfies in4.tom. 5.& 6.
parM.de Varillas...
La veritez de la Religion in 4.8 . 1.
Et les oeuvres de S. Euvremont in 4
augmentez de plus de la moitié.
Divinité de icſus Chriſt par ſesOcuvres.
Dialogue ſur les matieres Morales .
Homelics fur les Commandemens de
Dicu 12.
La nouvelle Methode du Blaſon , par le
Reverend Pere Menestrier , dedié à
à.Monseigneur le Duc de Bourgogne , avec
39. Figures en taille-douce , augmenté des s
deux tiers , indouze ,40. f...
Avis pour placer les Figures ..
'Air qui commence par Tu
Loutesaplaisirlesdouceur
doit regarder la page 59
La Planche du Feu doit re
la page 235 ..
L'Air qui commence par
Amour , que tes doit regarder la
page 246 .
MERCURE
THEQUE DELA
TEYON GALANT
JUILLET 1688 .
E ROY fait tant de
choſes dignes d'eftre
remarquées , que
quelque foin queje
prenne de les ramaffer toutes ,
il eſt impoffible qu'il ne m'en
échape,je ne dis pas quelquesuns
, mais même un fort grand
nombre.Comme il eſt toujours
temps de les apprendre à ceux
qui n'en ſont pas informez, &
Iuillet 1688 . A
2 MERCURE
qu'il n'importe pas pour l'Hiftoire
que ce qui s'eſt paſſé dans
un mois , ne ſoit ſceu que dans
un autre ,je me croiray toujours
obligé de vous écrire ce
que vous ignorerez , meſme
long- temps aprés que les choſes
que vous ne ſçaurez pas ,
auront eſté faites ſur tout à
l'égard de ce qui regarde noſtre
grand Monarque. Vous avez
ſceu qu'il eut quelques accés
de Fiévre le mois dernier. Ces
accés le prirent dans le temps
de la Pentecofte , qui eſt une
des Feſtes auſquelles il a accoutumé
detoucherles Malades.
Il en eſtoit venu un grand
nombre ; & comme c'eſt mê .
me une fatigue pour luy ,
quand il ſe porte le mieux ,
que de toucher cinq ou fix
cens perſonnes , ceux qui ont
ſoin d'une ſanté ſi précicuſe
GALANT. 3
à l'Etat , s'oppoſerent à l'ardeurde
ſon zele , de forte que
Sa Majeſté ordonna que tous
les Malades qui s'eſtoient rendus
à Versailles . ſeroient défrayez
pendant huit jours ,
parce qu'Elle eſperoitfaire ſes
devotions dans ce temps - là, &
pratiquer enſuite cet acte de
charité ; mais ce Prince n'eftantpas
encore remis de ſon in.
difpofition lors que ces 8.jours
furent paſſez , fes Medecins
jugerent qu'il devoit plutoſt
travailler à reprendre ſes forces
que de s'expoſer à eſſuyer
des fatigues qui auroient pu
luy redonner ſes premiers ac
cés. Ainſi il refolut de renvoyer
les Malades ; mais par
une bonté toute genereuſe il
fitdiſtribuer à chacun l'argent
quileur pouvoit eſtre necef-
A 2
4 MERCURE
faire pour s'en retourner , &
l'éloignement des lieux en regla
la fomme .Cette action , ainſi
qu'une infinité d'autres dont
elle eſt la ſuite , aſſure au Roy
avec beaucoup de justice , le
furnom de Grand que tout le
monde luy donne.
Jamais on n'a mieux marqué
le merite que renferme ce titre
de Grand , que fit Monfieur
Corbet , Bachelier de Sorbonne
& Curé d'Erennes , dans
une Feſte qui fut celebrée le
jour de S. Yves , par les ſoins
de Monfieur de S. Gervais
Procureur du Roy de la Ville
de Falaiſe en Normandie. Il y
avoit convié toute la Nobleſſe,
&tout ce qui ſe trouva dePerfonnes
confiderables aux environs.
Toute la luſtice y aſſiſta
en robes, au nombre de ſoixan-
د
GALANT .
te ou quatre- vingt tant Officiers
qu'Avocats , avec plus
de cent Eccleſiaſtiques . La
Ceremonie ſe fit dans l'Egli
ſe de la Trinité où l'on entendit
une fort bonne Muſique.
Monfieur Corbet eſtant monté
en Chaire , prit pour texte
ces paroles de la Geneſe , Fai
Sonsl'Homme à noſtreimage& reffemblance
, & fit connoiſtre
qu'un vray Magiſtrat portoit
l'Image de ce qu'il y a de
plus auguſte dans le Ciel,&
de plus grand ſur la terre ,
c'eſt à dire , dela puiſſance de
Dieu , & de celle de Loüis
le Grand . Il prouva par de juftes
comparaiſons & par un raiſonnement
ſolide , que les luges
portoient l'Image de la
grandeur de Dieu ; mais lors
qu'il voulutprouver qu'ils por
A 3
6 MERCVRE
toient également l'Image du
Roy,qui eſt ce qui ſe peut trouver
de plus grand dans toute la
terre , il dit qu'il s'eſtoit autrefois
étonné pourquoy ce Monarque
, aprés tant de Batailles
gagnées , tant de Victoires
remportées , tant de Provinces
conquiſes ,aprés avoir donné
la paix à toute l'Europe,& eſtre
devenul'admiration de l'Univers
par tant de faits heroiques
, ne portoit pas le nom
d'invincible& de Conquerant,
plûtoſt que celuy de Grand ;
mais que fon étonnementavoit
ceffé lors qu'en cherchant l'idée
d'un parfait Monarque , il
n'avoit pu le trouver que dans
la grandeur ; qu'il falloit qu'un
Roy fuſt grand de ce qui fait la
grandeur de l'homme , à l'égard
de Dicu , c'est- à- dire , la Religion
à l'égard de luy méme ,
GALANT. 7
c'eſt à dire la ſageſſe , à l'égard
des hommes, c'eſt àdire la puiffance.
Il fit connoiftre ces trois
fortes de grandeur unies dans
la ſacrée perſonne du Roy.
Il dit qu'il eſtoit Grand de ce
qui fait la grandeur de l'homme
à l'égard de Dieu puis
qu'outre que ce qui regarde
la Religion luy avoit toujours
eſté commun avec les Rois fes
Predeceffeurs , par les titres
communs de Fils aiſnez de l'Egliſe
& de Princes tres Chreftiens
, il s'eſtoit entierement
appliqué à étouffer l'Hereſie
dans ſon Royaume , ſans avoir
cherché dans ce faint ouvrage
que la reparation des Autels ,
la gloire de Dieu , & le falut
de ſes Peuples ; qu'il eſtoit
Grandde ce qui fait la grandeur
de l'homme à l'égard de
A 4
8 MERCURE
luy - meſme , puis que ſa ſageſſe
qu'admiroit toute la terre , le
rendoit l'ame de fon Confeil ,
les delices de ſes Sujets , & la
terreur de ſes Ennemis, en forte
que demeurant toujours
maiſtre de luy -même , il eſtoit
clement dans ſes Victoires ,
moderé dans ſes triomphes , &
pacifique au milieu de ſes conqueſtes
enfin qu'il eſtoit Grand
de ce qui fait la grandeur de
l'homme à l'égard des hommes,
puis que tout ce que l'Antiquité
nous apprend de la puiffance
des Alexandres & des.
Cefars ; n'avoit rien qui ne
fuſt inferieur à la ſienne , qui
obligeoit de grands Rois à luy
envoyer demander ſon amitié
des exttremitez du Monde.
Il ajoûta que cette triple grandeur
le communiquoit aux
GALAN Τ .
9
- Iuges , lors qu'ils luy preſtoient
le ſerment de fidelité entre les
mains des Officiers de ſon Par
lement, parce qu'il vouloit que
dans tous leurs jugemens ils
n'euffent pour guide que fa
Religion , pour modelle que
ſa ſageſſe ,& pour limites que
celles de ſa puiſſance. Aprés
que cette Ceremoniefutachevée
, Monfieurle Procureurdu
Roy conduifit tout le Corps
de luſtice dans un appartement
tendu de bleu parfemé
de Fleurs de lys , où l'on fervit
un repas avec autant de magnificence
que de propreté ,
Madame de Saint Gervais fa
Femme,regala de ſon côté tou
tes les Dames chez elle , &l'on
n'entenditde toutes parts que
des Violons meſlez de cris de
Vive leRoy
A
10 MERCURE
Comme chacun travaille
diverſement à la gloire de ce
Prince , aprés vous avoir parlé
d'un ouvrage d'Eloquence , je
puis vous en faire voir un de
Poësie , dont Monfieur l'Abbé
deMaumener eſt l'Auteur. La
Gloire & le Genie qu'il y fait
parler,meritentbien que vous
ayez de l'attention pour ce
qu'ils diſent.
Q
LA GLOIRE.
1 ET.
LE GENIE..
Vand LOVIS animéd'une
iustevangeance
Au gré de sa valeur étendoit fa
puiſſance,
Et que feul ildomptoit tant d'Ennemis
divers
GALANT.
Ilſevainquit luy mesme,&calma
l'Univers,
Est- ce ainsi,s'écria la Gloire qui
l'anime ,
Que cefameux Heros me cherit&
m'estime?
Compagneſi fidelle attachéeàfes
pas,
Manquay-je de leſuivre aumilien
des Combats?
Quand ilofadu Rhim tenter l'af.
freux paſſage .
Du Chef& des Soldats j'échauffois
le courage ?
Quand il ofa braver l'orgueil des
Elemens ,
Ie fis tout obeir àses commande.
mens.
Le Comtois alarmévitfousſescoups
terribles
Tomber pendant l'hyver fes Rocs
inacceffibles .
Belge, Ibere , Germain , Bataver
éperdus,
A6
12 MERCVRE
Malgrévoſtre unionvous fuftes con
fondus..
Lorsque lefront couvert d'une noble
pouffiere
Iefrayois le chemin àfon ardeur
guerriere
Qù n'ay-je pointſemé le bruit defa
valeur ?
Du Midy jusqu'àl'Ourse on connoist
Sagrandeur;
Genes humiliée, Algerencorfumante
Ontreßenty les coups de sa main
foudroyante,
2
Et loin de conſommerſes rapides
proiesss...
Quandil peut tout foumettre,il accorde
in Paix.
Cette indigne Rivale, à mes yeux
preferée .
Me bannit defon coeur où l'estois
adorée
Et LOUIS par mes mains tant de
fois couronné
GALANT.
13
Dédaigne les Lauriers dont je l'a
vois ornée !
C'est ainsi qu'elle parle au celeste
Genie,
Dépositaire heureux d'une fi belle
vie..
A ces mots le Genie attentif,
Surpris
Voulut par cedifcours raffurerfes
efprits.
Connois mieux un Heros que l'Uni
vers admire
ودم
Dit-il , & ne crains rien ſous fore
heureux Empire.
It Sfaitl'art d'accorder I's armes&
les Loix ,
Es pour luy la Paix mesme est fes
condeen exploits.
S'ilfi regner te calme au milieu de
laguerre ,
Au milieude la paix ilfait trembler
baterre
Ceffe-t- il d'étalerfur l'Empire des
CRUX
14
MERCVRE
Le terrible appareilde ſes fameuse:
Vaisseaux?
N'a-t-ilpas en tout temps denom
breuſes Armées ,
Aux penibles travauxfans ceffe ac
coutumées ?
Bien loin que la moleffe entre dans
Sesplaisirs,
Iln'est pas moins actif en reglant:
fesdefirs ..
Sa prudence est laloy quefa valeur
écoute 6
Et moins il fait de bruit , &plus
onle redoute..
Dans ce calme profond l'Univers
alarmé ,
Graint toujours un Vainqueur qu'il
voit toujours armé
Ses Ecoles de Mars si justement
vantées (domptées .
L'ornement &l'appuy des Provincess
Ouvrent àla Noblesse au milieu de
haPaix
GALANT..
In champ que luy fermoient tant
d'Ennemis défaits ..
C'est là quemon HerosSans bruit ..
Sans funerailles ,
Cultive la valeur dans l'effroydes
Batailles,
Et que Marsà l'Oliveuniſſant les
Lauriers
Ceint doublement le front de ces
jeunes Guerriers..
Voy les fur des Courſiers partant de
laBarriere
D'un airpleinde fierté fournir une
carriere
ود
Les armesàlamain s'exerceravect
art
Tracer le juste plain d'un orgueilleux
Rampart ,
Et malgrélaſplendeur d'une illuftre
naiſſance ,,
Apprendre àcommander par leurs
obeiffance;
Sans craindre les chateurs,fans
craindre les frimats
'n6 MERCURE
Remplir tous les devolrs du moindre
des Soldats ..
Koy les pour adoucir un firude exer
sice ,
Unir l'art de la danse à l'art de la
Malice ,
Et fous un Prince aimable autaut
queredoute ,
Accorder.la douceur avecla majesté.
Epriſe in ustementdela pompe Romaine
Tú couronnoisiadis cette vdreſſe inhumaire,
Qui vouloit dans lefang de fes
Gladiateurs,
Aguerrir la leuneffe en corrompante
lesmoeurs.
Dans desicux innocens Louis plus
magnifique ,
Sçait instruire &) çait plaire en
fagepolitique ,
Humanise àson gré le Demon dess
combats20
GALANT. 17
Etfçait regler le coeur en exerçant
lebras.
Le barbare Duel,l'audacieuxBlafe
phéme
Redoutent deſes loix lamaieftèfuprême
,
Et des facrez Autelsle culterétably
,
Est l'ouvrage étonnant de ce Prince
accomply .
C'est peu qu'auprès des murs d'une
Superbe Ville
L'invalide Soldat trouve un Royal
azile ;
LOVIS ne borne passa liberalité
Acombler de bienfaits ceux qui
Font merité ,
De l'arbitre du Ciel imitant la
conduite ,
Parſes dons prevenans il forme le
merite
Tant de jeunes Guerriers dans les
beauxArtsinstruits
18 MERCURE
De leurs efprits formezluy devront
tous les fruits.
• Rienn'échape àſes ſoins ;favaſte
prévoyance
Veut encor du beau Sexe affurer
l'innocence.
Tantoft sa main Royale anime la
valeur ,
Tantoſt ellefoutient la timide pudeur,
Tu verras élever un pompeux êdifice
,
Et former pour l'Etat une chaste
Milice ,
Quiſans fortir du monde en fuire
Les abus,
Etjoindre l'art deplaire auxfolides
vertus..
Les Graces , de ces lieux hostesses
fortunées ,
Par lamainde LOVES s'y verront
couronnées ;
La Chaſteté tranquille y regnera
toujours
GALANT. 19
Sans craindre l'indigence & les
folles amours,
Parmy tantde grandeur , tant de
magnificence ,
Eft-ilquelque vertu qui n'ait sa
récompense.
Quel Demon oferoit y troubler la
pudeur ,
Quand pour mieux afſurer fa paix
Son bonheur ,
Leplusfagedes Rois au beau Sexe
destine
In modelle parfait, uneilluftreHe
roine ,
Qui joint au bel efprit le fublime
Sçavoir , را
Et l'éclat des grandeurs aux regles
du devoir?
A bien former les moeurs de la jeune
Nobleffe,
Qu'il est beau de la voirsignaler
Sa tendreſſe,
Etpar mille faveurs , mille foins
genereux,
20 MERCUR E
Vanger d'un fort ingrat les Peres
malheureux !
Quene luy devront point tantd'illuftre
Familles ,
Quefa bonté foulage en élevant
leurs Filles ?
Que ne luy devront pas tant de
dignes Sujets ,
Sur qui dans l'avenir elle étendfes
bienfaits ?
Voy comme àses costez une Troupe
1
shoifte,
Entrer dans les ſentiers ou favoix
la convie ,
Tantoſt ens'exerçant avec dexterité
Le Canevas en main dompte l'oiſiveté
;
Tantoſt en ſe moſlant avec le Choeur
des Anges ,
Celebre du Tres - haut les divines
lowanges ,
Et tantoſt meditant avec soumisfion
GALANT. 21
Remplit tous les devoirs de la Religion
.
Ainsi , Gloire , LOVIS juſte dansſa
conduite ,
Diſpenſe les emplois , couronne le
merite ,
Serend de l'Univers & l'amour &
l'effroy ,
Etse montreun bon Pere aussi-bien
qu'un bon Roy ,
Est ceaffezpour calmer tessoupçons
&ta crainte ?
Tereſte- t- il encor quelquefuietde
plainte ,
Et Loüis agiſſant dans un noble repos
Sans forcer de ramparts est -ilmoins
un Heros ?
Ade nouveaux proietsfon grand
coeur me rappelle ,
Adieu , Gloire , il eſt temps de luy
marquer ton zele ;
22 MER CURE
Fais par tout retentir ſes exploits
inouis.
A ces hautes vertus ie reconnois
LOVIS.
Dit-elle, allons allons en tous lieux
faire entendre
Ceque la terre admire, &nesçauroit
comprendre.
LOVIS,fans me confondre avec un
fauxhonneur ,
Connoist parfaitement ma folide
grandeur .
Decent piegesfecrets parſes ſoins
delivrée,
Libre ie puis voler inſqu'au Ciel
Empirée,
Etdanscebeaufeiour consacrer les
hautsfaits
D'un Roy , Grand dans la guerre,&
plus Granddans lapaix.
Il n'y a point de plaiſirs qui
conviennent mieux aux PrinGALANT.
23
ces,& fur tout lors qu'ils font
jeunes , que le divertiſſement
de la Chaſſe , parce qu'il eſt
neceſſaire qu'ils ſe faſſent une
habitude des fatigues afin
qu'ils puiſſent ſupporter plus
aiſement celles de la guerre.
Comme la Chaſſe en eſt une
Image , il ſemble qu'ils foient
plus naturellement portez à
ce plaiſir,que ceux qui menent
une vie particuliere;&c'eſt par
cette raiſon que Monſeigneur
leDauphin cherche à le prendre
dans tous les lieux des environs
de Versailles & de Paris
, où la Chaſſe eſt la plus belle.
La Foreſt de Livry eſtant
des plus propres pour cela ce
Prince y va chaffer fort fouvent,&
il couche meſmequelquefois
chez Monfieur Sanguin
,Marquis de Livry , Pre
24
MERCVRE
mier Maistre d'Hoſtel de Sa
Majeſté . Vous pouvez croire ,
Madame , que ceMarquis reffent
cet honneur comme il le
doit. L'envie d'y répondre
d'une autre maniere qu'en
donnant à manger à Monfeigneur
, ce qu'il ne peut faire à
cauſe que la Table de ce Prince
le ſuit partout , & qu'il ne
veut point permettre qu'on
faſſe de la dépenſe pour luy
dans aucun des lieux qu'il
honore de ſa preſence , le fit
travailler ſecretement à quelques
divertiſſemens pour l'en
regaler enle ſurprenant , mais
quelque ſecret qu'on eût exigé
touchant les appreſts de cette
Feſte , il fut impoſſible de les
avancer ſans qu'il échapaſt à
quelqu'un de ceux qu'on y employoit.
C'eſt ce qui arrive
ordi
GALANT .
25
コ
1
ordinairement dans toutes les
choſes qu'on est obligé de confier
à un grand nombre de
gens . Monseigneur eſtant allé
chaffer à Livry , & coucher
enfuite chez Monfieur Sanguin
, fut informede ce qu'on
ypreparoit. Comme on n'eut
plus aucun ſecret à garder , on
travailla librement , & cela
donna moyen de rendre la Feſte
plus magnifique qu'elle n'euſt
pû eſtre ſi on euſt toujours
eſté contraint. Lejour deſtiné
- pour la donner, qui fut le trente
du dernier mois , Monſei
gneurarriva à Livry furla fin
de l'apreſdînée , accompagné
de Monfieur le Duc de Vandofme
, de Monfieur le Grand
Prieur , dela plus grande partie
des Seigneurs qui ontaccouſtumé
de le ſuivre enqua-
Iuillet 1688 . B
24 MERCVRE
mier Maistre d'Hoſtel de Sa
Majeſté . Vous pouvez croire ,
Madame , que ce Marquis refſent
cet honneur comme il le
doit . L'envie d'y répondre
d'une autre maniere qu'en
donnant à manger à Monfeigneur
, ce qu'il ne peut faire à
cauſe que la Table de ce Prince
le ſuit partout , & qu'il ne
veut point permettre qu'on
faſſe de la dépenſe pour luy
dans aucun des lieux qu'il
honore de ſa preſence , le fit
travailler ſecretement à quelques
divertiſſemens pour l'en
regaleren le ſurprenant , mais
quelque ſecret qu'on eût exigé
touchant les appreſts de cette
Feſte , il fut impoſſible de les
avancer ſans qu'il échapaſt à
quelqu'un de ceux qu'on y employoit.
C'eſt ce qui arrive
ordi
GALANT .
25
ordinairement dans toutes les
choſes qu'on est obligé de confier
à un grand nombre de
gens. Monseigneur eftant allé
chaffer à Livry , & coucher
enfuite chez Monfieur Sanguin,
fut informede ce qu'on
y preparoit. Comme on n'eut
plus aucun ſecret à garder , on
- travailla librement , & cela
donna moyen de rendre la Feſte
plus magnifique qu'elle n'euſt
pû eſtre ſi on euſt toujours
efté contraint. Lejour deftiné
pour la donner, qui fut le trente
du dernier mois , Monfeigneur
arriva à Livry ſur la fin
de l'apreſdînée , accompagné
de Monfieur le Duc de Vandofme
, de Monfieur le Grand
Prieur , dela plus grande partie
des Seigneurs qui ontaccouſtumé
de le ſuivre en qua-
Iuillet 1688 . B
26 MERCURE
lité de Menins,&de plufieurs
autres perſonnes diftinguées.
Ce Prince alla d'abord ſe repoſeraux
Appartemens ,& fe
mit aujeu peu de temps aprés .
Les divertiſſemens qu'on luy
avoit preparez , eſtant en eſtat
de commencer , il fortit pour
les aller prendre , & paſſa par
un lieu delicieux , appellé
[Allée des Chevrefeuils . C'eſt
un lieu fort agreable , & dont
un coſté eſt remply de tresbeaux
Berceaux. Ils estoient
alors tous fleuris ,& il ſembloit
quela nature s'intereſſant aux
plaiſirs, de Monſeigneur avoit
fait exprés pour le recevoir ,
ce que la dépenſe & l'art avec
tout le zele imaginable , auroient
entrepris inutilement.
Ce Prince eſtant au bout de
cette allée , entra dans une au-
۲۰
GALANT, 27
1
tre longue de quatre cens toi-
-ſes ,& de dix-huit delargeur ,
au milieu de laquelle eſt un
Tapis de Gazon large de
vingt- trois pieds . Au milieu
de cette belle allée eſtoient à
droite & à gauche un grand
nombre d'Orangers qui en formoient
une nouvelle , & faifoient
une agreable perſpective
de Fleurs,juſquesau Theatre
, qui eſtoit au bout. Les
Caiſſes de tous ces Orangers
eſtoient peintes en Porcelaines,
& repreſentoient les chiffres
de Monſeigneur , & plufieurs
Deviſes à la gloire de ce
Prince. Au devant du Theatre
eſtoit le haut -Dais . Vous ſcavezqu'on
nomme ainſi la placedu
Roy , &des Princes du
rangde Monſeigneur.Ce haut
1
لا
1
A
B 2
28 MERCURE
Dais eſtoit élevé , & on y montoit
par trois marches de
Gazon. En deçà , & aux deux
coſtez il y avoit deux grandes
Arcades de feuillées . Dans le
milieu de leurs ceintres eftoient
des cartouches rehauſſez
d'or , aux Armes de MonfeigneurleDauphin
avec des Feſtons
attachez aux deux cổ-
ſtez , & des Luſtres de criſtal
pendoient au milieu de ces
Feſtons. Chaque coſté du haut
Dais eſtoit rempli d'Orangers ,
&comme on avoit choiſy ceux
où il y avoit le plus de Fleurs
tout le haut- Dais eſtoit parfumé
de la douce odeur qui en
fortoit. Il y avoit encore de chaque
coſté du Theatre deux
Arcades pareilles à celles que je
د
GALANT. 29
1
de
le
Tei
ا
e
0
viens de vous décrire , & ces
Arcades eſtoient proche de la
charmille à cauſe de la largeur
du Theatre. Entre chaqueArcade
on avoit rangé des Orangers
tout le long de la charmille
, & il y avoit des Luſtres
pendus au deſſus de chaque
Oranger. L'Orcheſtre eſtoit
caché d'une hauteur de Gazon
figuré en conſole , ſur laquelle
testoit un rang de pots deFleurs
qui faiſoit face à Monſeigneur.
Tout le Theatre eſtoit compoſe
de Berceau de feüillées , reveſtus
de Fleurs , & de Feſtons ,
& garnis de Luftres , & de
t chiffres de ce Prince pareils à
ceux qui rempliſſoient les premiers
Berceaux. Il y en avoit
UX auſſi dans l'enfoncement du
Theatre , de forte que tous ces
12
S
US
en
a
L
B 3
30 MERCURE
Berceaux formoiet preſque un
cercle tout couvert de Fleurs
& de chifres , & tout brillant
de l'éclat des lumieres , & de
celuy des cristaux des Luſtres .
Ainſi en quelque endroit que
l'on fuſt placé , ſoit de coſté ,
foit de face , on eſtoit toûjours
vis à vis les ouvertures de
quelques arcades. Au milieu
de chaque ouverture on voyoit
un Oranger tout couvert de
fleurs , directement au deſſous
d'un Lustre de criſtal . Les
caiſſes de tous ces Orangers
eſtoient peintes en Porcelaine
& tout ce qu'elles reprefentoient
regardoit la gloire de
Monſeigneur. Vis à vis des
trumaux de verdure , dont
chaque berceau eſtoit ſeparé ,
on avoit placé des eſcabelons ,
qui estoient auſſi peints en PorGALANT.
3L
5
a
celaine , & qui portoient chacun
une Girandole d'argent
garnie de bougies . Tout le devant
du Theatre estoit bordé
de gazon, dans lequel on avoit
piqué une infinité de fleurs.
Monseigneur s'eſtant placé
dans le milieu du haut-Dais ,
les plus belles Voix & les meilleurs
Danfeurs de l'Academie
de Muſique commencerent le
Prologue. Ils reprefentoient
les Habitans de Livry . Quelques-
uns d'entre- cux avoient
des rateaux , & d'autres des ciſeaux
de Jardinier , & tous enſemble
ſembloient travailler à
l'ornement d'un Jardin.En effet
on le voyoit s'embellir à meſure
qu'ils donnoient leurs foins
pour le parer , s'il m'eſt permis
de parler ainſi . Les uns achevoient
d'attacher des ſeſtons ;
B 4
32
MERCURE
d'autres rangeoient des Orangers
, & d'autres ſe ſervant de
leurs cizeaux pour tondre les
paliſſades , les faifoiene mozvoir
felon la cadence des Violons
, pendant que ceux qui
avoient des rateaux emportoient
avec ces inſtrumens, les
feüilles que les autres avoient
fait tomber. Voicy les Vers
qui furent chantez dans ce
Prologue.
Deux Jardiniers & une Jardiniere.
Travaillons , hastons -nous ,
Diſpoſons ces ombrages ;
Nos fleurs y répandront leurs parfums
les plus doux ,
Travaillons ,haftons-nous.
Deux- Jardiniers .
Les fleurs & les feüillages
Sont de nos Villages
GALANT ..
33
コ
de
S
コ
S
S
Les ornemens les plus beaux ,
Les fleurs & les feüillages
Sont la pompe de nos hameaux.
Choeur .
Travaillons , hastons nous ,&c.
Un Jardinier..
Venez petits Oiseaux ,
Venez dans ces Bocages ,
Faites les retentir de vos tendres
ramages,
Etde nos chants nouveaux.
Choeur.
Travaillons , hatons- nous,&c
Vn Jardinier ..
Ces lieux n'ont pas-
L'éclat pompeuxdes Villes ,.
Ces lieuxn'ont pas ..
DeSuperbes appas..
Le Choeur .
Ces lieux n'ontpas, & c...
Vn Iardinier.
Mais les Amansſont icyplus transquilles
BS
34
MERCVRE
Et les Amours
Trouvent de plus beauxjours.
Deux Jardiniers .
Mais les Amans , &c .
Le Choeur.
Ces lieux n'ont pas
L'éclat pompeux des villes
Ces lieux n'ont pas
DeSuperbes appas ;
Mais les Amansfont icy plustran.
quilles
Et les Amours
Trouvent de plus beaux jours.
Vn lardinier .
Que nos foins faſſent naistre
De nouveaux appas en oes
lieux ;
Nousy voyons paroiſtre
Vn Prince glorieux.
Quenos foins faffent naistre
De nouveaux appas en ces
lieux.
GALANT.
35
S
.
J.
t
ر
Vne Jardiniere.
S'il trouve peu d'attraits dans ce
Sejour champestre .
-Noftre zele du moins attirera ſes
yeux .
Vn Iardinier.
Il est dufangdes Dieux ,
Son heroïque ardeur le fait affez
connoiſtre ;
Mais sa bonté nous montre encore
mieux
Qu'il est du fang des Dieux..
Choeur .
Il est du fangdes Dieux ,&c .
Ces Vers qu'on trouva fort
agreables , & entierement convenables
au ſujet, avoient eſté
mis en Muſique par Monfieur
Colaſſe , l'un des quatre Maiſtres
de Muſique de la Chapelle
du Roy. Vous devez eſtre
perfuadée qu'un homme qui a
B6
36 MERCVRE
eſté jugé digne d'une telle
Charge , ne sçauroit rien faire
que de bien . Comme Monfieur
de Livry ne vouloit donner aucun
divertiſſement à Monfeigneurqui
ne fuſt nouveau , &
qu'il n'avoit pas eu le temps de
faire faire une piecede Theatre
, il en choiſit une qui parut
nouvelle à ce Prince , parce
qu'il ne l'avoit veuë que dans
ſagrande jeuneſſe. Cette piece
eſtoitdu fameux Moliere , &
n'avoit point eſté joüée depuis
fort longtemps , qu'elle fut repreſentée
dans un Balet de Sa
Majeſté . On y fit des intermedes
nouveaux , qu'on accommoda
à la venuë de Monſcigneur
à Livry .Les Comediens
Italiens en firent de ſi divertiſſans
, qu'on pourroit dire
que l'Aſſemblée en fut fati
GALANT.
37
S
guée à force de rire. Monfieur
Pecour parut dans quelquesunsd'une
maniere tres - agreable
. Toutes les Entrées qu'on
danſa dans cette Feſte,eſtoient
de ſa compoſition . La pluſpart
des Acteurs du Prologue , parurent
encore à la fin de la
Piece. Voicy ce qu'ils chanterent.
I. BERGER .
Redoublons nos foins empreſſez
Les yeux d'un Prince aimable
Sur nos jeux ſe ſont abaiſſez ,
Redoublons nos foins empreſſez.
S'il nous honore encor d'un regard
favorable ,
Nous ferons bien recompenfez
Redoublons nos foins empreſſez
Vne Bergere.
Que nostre Zelese (ignale ,
Qu'ils'efforce àparoiſtre encor plus
éclatant
38 MERCURE
Quellegloire est égale
Au prix qui nous attend !!
Choeur.
Que nostre zele sesignale ,&c.
Vne Bergere..
Quittons des chants où regnoit la
tendreſſe.
Vn Berger.
Elevens , élevons les tons de nos.
Hautbois.
Tous deux..
Et rediſons fans ceſſe ,
Quel Hofte glorieux a viſité noss
bois.
Le Chooeur.
Quittons des chants où regnoit
latendreſſe,
Elevons , élevons les tons de nos
Hautbois,
Et rediſons fans ceffe
QuelHofteglorieux a viſiténos bois .
VnBerger..
Bergers, quelledouceur extrême
GALANT.
39
Quand nous nous vanterons de cet
honneur suprême
Aux Bergers des Hameauxvoifins!
Bergers , quelle douceur extrême
Quandnousnousvanterons de nos
heureuxdeſtins ?
Le Choeur.
Quittons des chants , & c.
Vn Berger.
Voſtre destinée est tropbelle,
Lieux ruſtiques , Iardins par nos
foins cultivez ,
Gardez la memoire immortelle
De l'honneur que vous recevez
Le Chooeur.
Vostre destinée , &c.
Ce divertiſſement qui pa
rut tres bien imaginé , donna
beaucoup de plaifir , & on
écouta la Muſique avec grande
attention , parce que le
40
MERCURE
temps eſtoit ſi beau , qu'il fem--
bloitavoir contribué à la Feſte ..
L'Aſſemblée eſtoit choiſie , &
n'eſtant point trop nombreufe
, il n'y eut perſonne incommodé
, quoy qu'on le foit fort
ſouvent dans les divertiſſemens
de cette nature , qui font
preſque toûjours eſſuyer plus
de fatigue qu'on n'y goûte de
plaifir.
Toute la Compagnie s'eſtant
levée , Monſeigneur retourna
par la meſme allée ou eſtoit le
Theatre , &marcha au milieu
de ce beau tapis de gazon ,
dont je vous ay déja parlé , &
qu'on avoit bordé d'Orangers.
Lors qu'il fut environ aux
trois quarts de cette allée , ca
Prince tourna dans celle des
Chevrefeüils , qu'il trouva
zoute illuminée de groffes lu--
GALANT.
4T
mieres , qui avoient eſté placées
au bas des boules des Chevrefeüils
& des Ifs . Comme
l'éloignement fait paroiſtre
joint cequi eſt ſeparé, on n'ap .
percevoit aucune distance en .
tre ces lumieres , & elles formoient
deux groſſes lignes de
feu fi brillantes , qu'elles éclairoient
toute l'Allée. On paſſa
de là dans une autre , qui bien
qu'on n'y euſt pas mis de lumieres,
étoit neanmoins éclairée
par celles du Parterre dont
je vous vais faire la defcription
, & dans lequel Monſeigneur
entra en quittant cette
Allée. Les arbres qui regnoiétle
longde trois des quatre
faces de ce Parterre, étoient
éclairez d'une maniere toute
differente de l'Illumination
de l'Allée des Chevrefeüils.
42
-
MERCURE
Les lumieres y estoient belles
& groffes , & dans le Parterre
elles eſtoient élevées , moins
groffes , & en plus grand nombre
. On y voyoit une infinité
de Luftres de criſtal , garnis de
bougies , qui pendoient entre
tous les arbres . Quoy qu'il
ſemble qu'on ne puiffe rien
ajoûter à cette Illumination , la
quatriéme face qui étoit à l'oppoſite
de Monseigneur , eſtoit
beaucoup plus éclatante. Elle
repreſentoit un Arc de triomphe
, avec une Architecture
toute profilée de lumieres . On.
voyoit dans l'arcade du milieu
, un grand Chifre de ce
Prince qui en eſtoit formé , &
le deſſus de la meſme arcade
eſtoit terminé par une grande
Couronne auſſi toute de lumieres.
Entre cet Arc de Triomphe
J
GALANT .
43
& la Table de Monfeigneur, il
y avoit un Baſſin qui en eſtoit
aufſi bordé , de forte que de
quelque coſté que ce Prince
jettaſt les yeux il voyoit des
lumieres differemment arran
gées , dont la verdure recevoit
une vivacité qui la rendoit
encore plus agreable à la veuë
que pendant le plus beau jour.
Tandis que Monſeigneur étoit
à table , & que fes yeux étoient
occupez par des paliſſades , &
par des morceaux d'architecture
formez de lumieres , fon
odorat par les Fleurs qui rempliſſoient
le lieu où il eſtoit , fon
gouſt par les mets qu'on luy
ſervoit , tous ceux dont l'Orcheſtre
avoit eſté remply pendant
la Comedie , ayant paffé
par un chemin plus courtque
- celuy qu'on avoit fait prendre
44
MERCURE
à Monseigneur , pour luy faire
voir l'Illumination de l'Allée
des Chevrefeüils , ſe trouverent
placez avec tous leurs.
Inſtrumens , derriere la Table
de ce Prince , lors qu'il arriva
pour fouper . Ainfiil y eutpendant
ce repas dequoy fatisfaire
en meſme temps , l'oüye,
l'odorat , la veuë & le gouft .
Monfieur de Livry avoit donné
ordre qu'on ſerviſt des tables
pour tous ceux qui furviendroient
, & qui n'eſtoient
pas attendus à cette Feſte . On
en ſervit auſſi pluſieurs pour
tous ceux qui avoienteſté employez
dans le divertiſſement ,
& il y en eut qui furent remplies
de ſoixante perſonnes .
Monſeigneur alla encore à la
Chafſe le lendemain aux envicons
de Livry , revint diſner
GALANT.
45
dans le Chaſteau ,d'oùil partit
extrémement fatisfait du divertiſſement
que Monfieur le
Marquis de Livry luy avoit
donné , aprés l'en avoir remercié
avec cet air de bonté qui
luy eſt ordinairc. Auſſi peuton
dire qu'il ne manquoit rien
à cette Feſte . Elle estoitgalante
, magnifique , & bien entenduë.
Tout ce qui avoit eſté
projetté fut executé dans le
temps , rien ne fit attendre, il
n'y eut point de confufion , &
il parut que tout répondoit au
zele de Mr de Livry , & aux
foins de Mr Berrin,Deſſinateur
ordinaireduCabinet de S. M.
Comme il a l'eſprit fecond
il a beaucoup inventé pour
cette Feſte , ce qui n'eſt pas
ſurprenant , puis qu'il nous a
ſouvent fait voir de grandes
46 MERCVRE
choſes en de pareilles occafions.
Quelques jours aprés ,
la Comedie , le Prologue , &
les Intermedes qui avoient été
repreſenté à Livry , ſervirent
de divertiſſement à Marly , ce
que marque le plaisir qu'il
avoit donné la premiere fois ,
puis qu'il ne fut demandé que
fur le bien qu'en avoient dit
ceux qui s'eſtoient trouvez à
cette Feſte.
,
Meſſire Michel Lambrect
Abbé General de Sainte Croix
de la Ville de Huy , Pays de
Liege , Chef d'Ordre confiderable
de Chanoines Reguliers
qui portent ce nom , eftant arrivé
en cette Ville pour faire
ſa viſitedans le Prieuré de Sainte
Croix de la Bretonnerie , fut
conduit quelques jours aprésà
l'audience du Roy , par Mon-.
GALANT.
47
fieur de Bonneüil , Introducteur
des Ambaſſadeurs. Sa Majeſté
le receut avec beaucoup de
bonté , & luy fit l'honneur de
luy accorder ſa protection pour
toutes les Maiſons de fon Ordre
en France , & particulierement
pour celle de Sainte-
Croix de la Bretonnerie , qui
reconnoiſt S. Loüis pour fon
Fondateur . Le meſme jour il
fut conduit à l'audience de
Madame la Dauphine
Monſeigneur le Duc de Bourgogne
, de Monfeigneur le
Duc d'Anjou , & de Monfeigneur
le Duc de Berry. Il étoit
accompagné du Pere le Doux,
Docteur de Sorbonne , Prieur
de Sainte Croix,&de pluſieurs
Religieux , & fut reconduit
icy avec les Carroffes du Roy
& de Madame la Dauphine ,
د
de
48
MERCVRE
par le meſime Monfieur de
Bonneüil qui eſtoit venu le
prendre . Il retourna enſuite à
Verſailles , dont Sa Majeſté
ordonna qu'on lay fiſt voir
toutes les magnificences , &
qu'on fiſt jouër les eaux .
Depuis que la Guerre s'eſt
renouvellée entre les Venitiens&
les Othomans,il ne s'eft.
preſque point paſſe de Campagne
, ſans que je vous aye fait
ſçavoir les noms des Commandeurs
& des Chevaliers de
Malthe qui expoſent leur vie
tous les ans pour la cauſe commune
. Ils le font avec tant
d'intrepidité & de valeur ,
qu'on voit bien qu'ils font deſtinez
à combatre pour la Foy ,
pendant que la pluſpart des
autres ne penſent qu'à acquerir
de la gloire , & à défendre
leur
.
GALANT.
49
leur Patrie. le vous envoye les
noms de tantde braves Defen-
☑ſeurs de la Religion qui doivent
ſervir cette année dans
l'Armée des Venitiens ; mais
je ne vous répons pas qu'il n'y
en ait beaucoup de défigurez .
Le Memoire que j'en ay receu
n'eſt pas d'une écriture aſſez
distincte , pour deviner aiſé.
ment ceux qui ne font pas
generalement connus. Le ſens
fait trouver la ſuite d'un difcours
, mais quand des noms
propres font mal écrits , il eſt
impoſſible qu'on n'y prenne
fort ſouvent des lettres pour
d'autres.
1
Inillet 1688. C
50
MERCURE
***********
DES
LISTE
COMMANDANS
Des Galeres de Malte
, pour
la Campagne de l'année 1688.
R le Bailly d'Armenie
Spinelli , General , Galere
Capitane , Napolitain .
Monfieur le Commandeur de
Ses - Maiſons , Capitaine , Galere
S. Gregoire Patronne ,
François.
Monfieur le Chevalier Solaro
, Capitaine, Galere S. Loüis,
Piedmontois .
Monfieur le Chevalier Peri
to , Capitaine , Galere Magiſtrale
, Portugais.
Monfieurle Chevalier de la
GALANT.
Vieuville , Capitaine , Calere
S.Paul, François.
Monfieur le Chevalier de
Reggio , Capitaine , Galere
l'Anonciata , Sicilien .
1 Monfieur le ChevalierHerbeſtein
, Capitaine , Galere S.
Antoine , Allemand .
Monfieur le Chevalier Cae
raccioli ,Capitaine ,Galere S.
Pierre , Napolitain .
4
e
Liste des Commandans & officiers
,& Chevaliers qui compo-
Sent le Bataillon de Malte pour
la mesmeCampagne.
Monfieur le Commandeur
de Meſchatin de la Langue
d'Auvergne , General .
Meſſieurs les Chevaliers de
Mareuil , LieutenantGeneral,
deFrance.
De Luſignan Lezé Colonel,
de France .
C 2
52
MERCVRE
De Herbeſtein , Colonel ,
Allemagne.
De Bourdilx ,Sergent Major,
Arragon .
De Ceyre , Sergent Major ,
Provence.
De la Varenne, Porte-Etendard
.
Auvergne.
De la Ferté , Provediteur
duBataillon , France ,
De Denoiſe , Ayde Major ,
D'Aygeville , Ayde Major ,
France.
Provence.
Baron , Ayde- Major. Provence.
Colomb , Ayde - Major , Provence.
Archembredi
, Ayde de
Camp, Italie.
Camp.
De Roqueſpine , Ayde de
De Tierſanville , Ayde de
France.
Camp , France,
1
GALANT. 1 53
De l'Eſcheraine , Ayde de
Camp ,
Provence
De Thury , Ayde de Camp.
France.
GARDES ETENDART ,
Meffieurs les Chevaliers ,
De Sares . Provence.
DeRobien , France.
De Rouville , Provence.
Camarata , Italie.
De S.Pomeq , Provence .
De Chasteau - Brudan , Auvergne.
De Bragelongne , France.
D'Hoquincourt ,
CAPITA INES ,
France.
Messieurs les Chevaliers.
De Voyer Paulmy, des Grenadiers
, France.
De l'Eſpinaſſe , des Fuſeliers
, Auvergne.
De Montonneau , Capitaine
d'une Compagnie , France.
C3
54
MERCURE
De Paredes , Italie.
De Ponte , Italie.
De Vincenzo , Italie.
De Falk , Allemagne.
De la Penou , Provence,
Davila , Castille.
De Pinto , Caſtille.
De Barlot , France ..
De Sainte - Croix, Provence.
De Baleſter , Arragon..
De Broiſſia , Auvergne.
De Paris- Fontaine , France.
De Ventura , Italie..
De Madeii , Italie.
De Faella , Italie.
' LIEUTENANS ,
Messieursles Chevaliers ,
De Lommieres , des Grenadiers
,
Du Terrail , Sous - Lieut.des
Grenadiers,
Provence.
Provence.
De Boufſolle , Sous -Lieut.
des Grenadiers, Provence..
GALANT
55
-
Du Ché , Lieutenant des
Fuſeliers , Auvergne.
De Launay , Sous-Lieutenant,
Provence.
Du Perou , Sous - Lieut.
Auvergne.
De Biffy , Lieutenant de
Compagnie , France.
Altieri , Italic.
De Lafcaris , Provence.
Hierepopoli , Italie.
Schemefink , Allemagne .
DesPrez , Auvergne.
De Garay , Caftille.
De Froulay , France.
De Blanés , Arragon.
De Sarfay , Auvergne.
De Barbançois , Auvergne .
De Silos , Dalie.
San -Biazi , Italie..
Guerardini ,
Guiral:
De Bairy,
Italie.
: Arragon.
Auvergne .
C4
56 MERCVRE
Chevaliers Volontaires qui font
dans le Bataillon , quine
Sont pas Officiers.
Langue de Provence.
Mrs les Chevaliers de Roffer.
De Peyet.
Du Castelet l'aifné .
Du Caſtelet le Cadet.
Aubin.
Auvergne.
DeMongon,
De S. Hilaire .
De Corin.
Morgon.
De la Valette.
DeBlonay .
DeMartel .
France.
De Lamoignon.
Le Maiſtre .
La Mothe.
De Camilly.
De Couneraille.
GALANT.. 57
De Crevecoeur.
La Tour- Landry.
DeMefgrigny.
De Couloners,
De Coulombier .
De Lantage.
Doria Braffeuſe..
De Biffy.
De la Luzerne.
De S. Heron .
De Boyer.
Arquier.
Langue d'Italie,
Marcherelli ..
Devarca ..
Arragon..
Efclava..
Zamora.
Allemagne,
Ranfifol..
Caftille..
Bustamante..
• Mirabol ..
G
58
MERCURE
De Guzman .
Outre ces Chevaliers , ila
y en a qui doivent reſter ſur
les Galeres ; comme Meſſieurs
les Chevaliers d'Avernes , de
la Mothe , Hotot , & autres
juſqu'au nombre de quarante.
Chacun d'eux demande àdefcendre
à terre , mais comme ils
faut qu'il en demeure ſur les
Galeres , on les fait tirer aus
fort pour ſçavoir ceux qui
ferontdu Bataillon ..
Vous vous connoiſſez ſi bien
en Muſique , qu'il me ſeroit
inutile de vous vanter l'Air
nouveau que je vous envoye
noté,&dont voicy leparoles.
رو
ars
CA
VILLE
YON
*1893*
21
σι
99
$1
que
C
58
De
ye
les
les
la
jul
Cl
ce
fa
G
fo
fe
c
i
I
GALANT.
رو
AIR NOVVEA V.
à
Trgoûtes à plaisir les douceurs
du Printemps ,
Tu m'entretiens toûjours d'unefai
Sonfi belle ,
Et tu ne me dis rien , cruelle,
Quirende mes deſirs contens .
Languiray-je toûjours dans une
vaine attente ?
Ne donneras- tu rien à mes soins
amoureux?
N'es - tu fi belle&ficharmante
Quepourfairedes malheureux?
Le Printemps dont il eft
parlé dans cette Chanſon , &
qui eſt venu fort tard cette année
, m'engage à vous faire
partd'unDialoguedans lequel
un Pinçon ſe plaint de la trop
longue abſence d'une Fauvet-
1
G6
60 MERCURE
te. Ses plaintes ſontagreables ,
& vous avoüerez que Monſieur
Boſquillon , dont vous
avez déja veu des Ouvrages
fort galans a grand ſujet de ſe
déclarer Auteur de celuy.cy .
SUR LE RETOUR
DE LA
Du Jardin de l'Hostel :
FAUVETE
D. C.
Le Pinçon.
Epuis te retour du Prin
temps ,
Ien'ayfait que compter les beures
les momens ,
Que Soupirer apres vostre prefence.
GALAN T. 61
Ah, cher Fauvette , l'absence
Eft le plus grand mal des Amans.
La Fauvette .
Que direz - vous de l'inconstance ?
LePinçon .
Quoy,vous cefferiez de m'aimer?
La Fauvette.
Je me plais à vous voir prompt à
vous alarmer.
Ayez toujours mesme ardeur ,
mesme zele ,
Et vous me trouvereztoujours ten
dre &fidelle .
Le vous ay fait pouffer quelques
Soupirs ,
Le l'ay fait à defféin.
Le Pinçon.
Que vous estes cruelle ?
LaFauvette.
L'amourlanguit quand il estfans
defirs;
In coeur trop toft content se dérobe
àfes chaiſnes?
62: MERCURE
Onnegoustebien lesplaiſirs.
Que quandils ont coutédes peisnes..
LePinçon.
Que celuyde vous voirm'eſt doux!:
Vous ne fustes iamais plus belle&
plus charmante.
La Fauvette..
Vostreflâme est constante ,
Iefuisfatisfaite de vous.
Le Pinçon .
Ietrouve en vous tout ce qui peut
meplaire.
La Fauvetre....
Il n'estrien que je vouspréfere..
Le Pinçon.
Vous seule alumeztous mesfeux..
La Fauvette .
L'Oiseau du Maistre du Tonnerre
N'a rien auprés de vous qui pust
toucher mes voeux.
Le Pinçon& la Fauvette..
Rediſons donc cent fois dans nos
chants amoureux
GALANT. 635
S'il est quelques Oiseaux plus com.
nus *fur la terre ,
Iln'en est point de plus heureux.
* La Fauvette de l'illuſtre Sapho..
On croit toûjours le plus
tard qu'on peut les nouvelles
qui viennent de loin , lors
qu'elles annoncent quelque
grand malheur , & c'eſt par
cette raiſon que quelques uns
cherchent a douter de ce que
je vous ay mandé de la ruine :
preſque entiere de la Ville de
Lima , caufée par un tremblementde
terre. Quoy que pluſieurs
Lettres de la Jamaïque
confirment cette nouvelle
qu'on n'a encore euë que par
la voye d'Angleterre,ils diſent
que celles de Panama, qui font
preſque de meſme datte n'en
font point de mention,& qu'il
64 MERCVRE
n'eſt pas poſſible que ce tremblement
eſtant arrivé le 23 .
d'Octobre , le dommage qu'il
a cauféle meſmejour en differens
endroits du Perou fort
éloignez de Lima , y ait eſté
ſceu le 29.du meſme mois,qui
eſt le jour de la datte d'une
Lettre dont on a icy une copie
,& quia eſté écrite à Li--
ma mesme , par le Commiffaire
general de l'Ordre de
Saint François . Ainfiils attendent
le retour des premiers
Vaiſſeaux pourdonner croyance
àce que l'on enpublie.Mais
s'il y a quelque incertitude
dans ce tremblement , il n'y
en a point dans celuy de Na+
ples. Le temps ayant commencé
à s'obfcurcir le Samedy s..
du mois paſſé à dix heures du
matin , il y eutune premiere
5
GALANT .
65
}
ſecouſſe qui ne dura qu'un moment
, mais fur les deux heures
aprés midy elle fat ſi violente
, qu'elle ébranla toutes
les maiſons juſqu'aux fondemens.
Les uns coururent dans
les grandes Places , les autres à
la campagne , & perfonne ne
ſçavoit où ſe mettre en ſeureté.
La cheute des toits accabla
pluſieurs perſonnes qui
eſtoient ſorties dans l'eſperance
de pouvoir gagner un lien
découvert.On vitauffitoſt une
infinité de Peuple en habits de
penitens. Les uns avoient un
Chapelet à la main & la corde
au cou & les autres foutenoient
de grandes croix , &
crioient mifericorde .Monfieur
le Cardinal Pignatelli,Archeveſque
de Naples , alla dans
tous les quartiers avec fes
د
66 MERCURE
Eccleſiaſtiques , pour donner
à tout le monde les ſecours
fpirituels qu'on pouvoit attendre
d'un Prelat auſſi zelé ; il
exhortoit à la penitence , &
envoyoit des Religieux pour
affiſter ceux qui ſe trouvoient
àdemy écraſez ſous les ruines.
On publia par ſon ordre que
tous les Preſtres avoient pouvoir
d'abſoudre des cas refervez
. Il n'y avoit point d'endroits
où ils ne fuffent occupez
à confeffer , & les cris du peuple
ſe joignant au bruit que
faifoient la cheute des Palais
& des Eglifes , on peut dire
qu'on n'ajamais entendu parler
d'une déſolation pareille..
Le Giefu novo , qui estoit une
des plus belles Egliſes d'Italie,.
à laquelle on avoit travaillé
prés de cent ans , & qui avoit
GALANT. 67
couté plus d'un million d'or à
baſtir , a eſté extraordinairement
endommagé. Il appar .
tient aux Jeſuites . Deux de
ices Peres qui estoient au Con-
■ feſſionnal , & le Sacriftain fu-
■ rent ensevelis ſous les ruines
avec plus de cent perſonnes.
Le comble de la grande Coupole
que le Chevalier Lanfranc
- avoit peinte, & les trois autres
Coupoles qui estoient à coſté,
tomberent avec le clocher &
la façade de l'Eglife .Celle de S.
Paul , qui eſt deſſervie par les
Theatins , fut auſſi extreme-
: ment endomagée par la cheute
de quatre grandes colomnes
fort anciennes , comme celle
de la Rotonde de Rome , qui
entraifnerent une partie de la
façade de la meſme Eglife..
C'eſtoit un reſte d'un ancien
1
68 MERCURE
Temple de Caſtor & de Pollux .
Plus de trois cens perſonnes y
perirent , & cent quatre - vingt
dans celle des Saints Apoſtres
qui fut entierement ruinée ,
auſſi - bien que l'Eglife des Religieuſes
de Sainte Gaudioſe ,
& le Refectoire des Dominicains
: le ne parle point de
pluſieurs autres où il n'y ent
pas un moindre dommage. Il
tomba quinze Palais , & plus
de deux cens Maiſons qui
écraferent quantité de monde.
Le 6. jour de la Pentecofte , ce
terrible tremblement recommença
fur les onze heures. Il
creva l'ancienne Egliſe des Iefuites
, & fit tomber un fort
grand nombre de pierres, avec
la moitié d'une grande Corniche
de Saint Pierre le Martir
- qui eſt aux lacobins. Amidy
GALANT. 69
2
2
e
le petit Convent des Carmelites
fut renverſe , & l'on vit
tomber le meſme jour quatorze
petites Egliſes qu'on appelle
Compagnies. Ce ne fut
pas ſans enfevelir quantité de
malheureux . La crainte d'eſtre
accablé , obligea la pluſpart
des Habitans d'abandonner
leurs Maiſons . Ils allerent fur
la Plage de la Chiaia , & en
d'autres endroits découverts ,
où les uns coucherent dans
leurs Carroffes , & les autres
ſous des Tentes. Le 7. il y eut
une nouvelle ſecouſſe qui
acheva de faire tomber beaucoup
de Maiſons dont les fondemensavoient
eſté ébranlez .
Elle ne ceſſa que vers le foir ,
mais en même temps il s'éleva
un vent fort impetueux,qui fut
70 MERCURE
accompagné de tonnerres &
d'eclairs , avec une pluye mélée
de grefle d'une groſſeur
extraordinaire , ce qui cauſa
un grand préjudice aux biens
dela Terre. Le 10. & le 14.
de ce meſme mois , pluſieurs
Maiſons furent encore abatuës
, & la frayeur continuë
toûjours. Onſe ſouvient d'un
ſemblable tremblement qui
commença le 15. de Decembre
1456. Il dura toute la Lune , &
cela fait craindre aujourd'huy
aux Napolitains que la mefme
choſe n'arrive . On attribuë
ces rudes ſecouſſes aux
feux que jette ordinairement
le Mont Veſuve , & qui n'éſtant
point fortis depuis quelque
temps , font croire qu'ils
ont pris une autre route. Ils
peuvent avoir preſſe l'air , qui
GALANT.
71.
e
ニュ
en
4
a
i
1
re
&
لا
el
1-
X
110
S
S
1
ſe trouvant condenſé fait le
tremblement de terre , l'air ne
pouvant faire de pareils efforts
à moins que d'eſtre pref.
fé. Les Proceſſions ont eſté
continuelles depuis ce tempslà
, & comme le peuple y a
toûjours aſſiſté en foule , ſe
donnant la difcipline , & couvertde
chaiſnes , Monfieur le
Cardinal Pignatelli a eſté obligé
de les défendre , pour prévenirles
defordres qui en pouvoient
arriver. Ce Aeau de
Dieu qui a fait voir tant de
penitens , n'a pas empeſché
pluſieurs fcelerats d'aller piller
les maiſons qu'ils trouvoient
abandonnées . Le Viceroy y a
donné ordre , & comme la plûpart
des ruës font remplies de
pierres & d'autres demolitions
, il les fait enlever par
72 MERCVRE
des Eſclaves font employez à
ce travail. Il n'y a que les principaux
de la Ville à qui il ſoit
permis d'aller en carroſſe jufqu'à
ce que la terre ſoit bien
raffermie ; encore a-t- il ordonné
que ces caroffes marcheront
fort lentement. Il eſt auſſi
défedu de faire aucune décharge
dans le Port ſous quelque
pretexte que ce ſoit,decrainte
que les maiſons qui font encoredebout
, n'en foient ébranlées.
Toutes celles qui ſembloient
menacer ruine ont eſté
viſitées par les Architectes ,
qui font abattre les unes ,&
étayer les autres . Le prix du
bois de charpente , des pierres
, & autres materiaux commençant
à devenir excefiifà
cauſe du beſoin qu'on en avoit,
il acſté trouvé à propos de le
fixer.
Dans
GALANT.R
73
Dans le meſme temps que
le tremblement de terre com .
mença à Naples , la Ville de
Benevent en fut entierement
renverſée , en forte que de fix
mille Habitans quel'on y comproit
, il ne s'en ſauva qu'un
tres - petit nombre. Monfieur
le Cardinal Vrfin , Archevefque
, futretiré comme par miracle
, de deſſous les debris de
fon Palais , dont les ruines ac..
cablerent deux de ſes Domeſtiques
qu'on trouva auprés
deluy Il fut fortbleffé à la teſte
&au bras , & fe fit porter à la
campagne prés de Monteſar
chio , où il demeura dans une .
cabane à exhorter & à confo
ler le peuple qui venoit le chercherdetoutesparts.
Benevent,
qui eſt environ à trente milles
de Naples, appartient auPape.
Inillet 1688 . D
12
74 MERCURE
10
Elle a titre de Duché . La Principauté
en fut donnée par
l'Empereur Henry III. dit le
Noir , au Pape Leon I X. qui
eſtoit ſon Parent, &qu'il avoit
élevé au Pontificar. Les Villes :
d'Aviano , de Mirabella , &
quelques autres , ont auſſi eſté
toutes rreennversées avec le
Bourg de Saret. Il eſtoit extremement
peuplé , & apparte
noit auDuc de Matalona .
La Carte generale contenant
les Mondes celeſte , terreſtre,
& civil , que Monfieur lau
geon avoit promis il y a deux
ans de donner au Public , eft
achevée. Cet ouvrage, qui eſt
auſſi agreable que nouveau,
donne une parfaite intelligence
de la Sphere , une connoiffance
nette de la Geographie
generale,&une idée raiſonna-
...
1
GALANT.
75
ble à toutes fortes de perſonnes
de ce que le Monde eſt &
a eſté juſques à preſent. Il eſt
compoſé de deux parties . La
premiere , qu'on peut appeller
ſuperieure , contient les
Mondes celeſte & terrestre ,
c'eſt à dire , l'eſſentiel de la
Sphere , de l'Aftrologie ,& la
poſition des Terres & des
Mers , le tout à la faveur de
ſept figures de l'invention de
l'Auteur , & de plufieurs ornemens
tous utiles. La premiere
deces ſept figures , appellés le
Siſtême du Soleil , montre le
Point des Equinoxes & des
Solſtices ; la domification des
Planettes ; ce qui fait que le
Soleil s'éloigne & s'aproche
de la Terre , & l'endroit du
Monde que le Soleil , &
la Lune parcourent cha
D 2
76 MERCURE
que jour . Elle eſt placée entre
lesdeux Hemispheres,touchar
par les extremitez les deux
Tropiques,pour faire l'officede
l'Ecliptique ordinaire des Cartes
qu'on a ofté de celle-cy.
La ſeconde , qui eſt au deſſus
de la premiere , appellée le Siſtême
de la Lune , fait voir
ſenſiblement la cauſe des deux
Eclypſes , l'accroiſſement & le
décroiſſement de lumiere de
cette Planette , ſes aſpects differens
, & le temps qu'ellemer
à faire ſes revolutions .La troiſieme
, qui eſt des Siſtêmes du
Monde , fait connoiſtre en
quoy ils conſiſtent , & qui en
ont eſté les Auteurs. La quatrième
, appellée des heures
civiles montre par l'heure
qu'il eſt icy , celle qu'il doit
eſtre chez tous les Peuples qui
GALANT .
77
-
.
ont commencé leur jour au lever
ou au coucher du Soleil ,
à minuit , ou à midy. La cinquiéme
, qui eſt des jours planetaires
, marque la ſucceſſion
neceſſaire des jours de la femaine
, c'est - à- dire, pourquoy
Mardy fuitLundy ,& non pas
Jeudy ny Samedy , & la Planete
qui domine à chaque heure
du jour & de la nuit. Lafixié--
me appellée des années civi
les , montre toutes les Nations
du monde qui ont commencé
leurs annéesatrx Equinoxes &
aux Solſtices ; l'Epacte de chaque
année , la lettre Dominicale
, & la revolution de tout
le Cycle. La ſeptième enfin
appellée des Orizons , fait voir
quel eſt l'Orizon ſenſible & le .
rationel ; ce que c'eſt que Diamette,
Semidiametre , & Cir--
D3
78 MERCURE
conference de la terre ; le
Point de l'exaltation & de la
dépreſſion des Planetes , avec
le lieu de leur triſteſſe & de
leur joye . Toutes ces figures
font exterieures àd'autres ornemens
qui enferment laGeographie
de l'un & de l'autre
Hemisphere . C'eſt là que ſont
placez tous les vents dans les
Points du Monde , d'où ils
viennent , avec leurs noms ,,
tant anciens que modernes ;les
climats ſoit de demy- heures ,
foit de vingt jours , avec leur
largeur , & de combien y font
les grands jours , avec une explication
de tous les Cercles ,
Poles , Zones , & autres choſes
de la Sphere , dans vingt-quatre
compartimens , entre lefquels
font poſez tous les aſterifmes
avec le nombre des.
GALANT.
79
4
Eſtoiles qui les compofent. La
feconde partie de cette Carte
qui fert de baze à la premiere ,
&qui renferme le Monde civil
, eſt une galerie fermée par
des colomnes d'ordre Corinthien
. On y voit les quatre
grands Fondateurs des Religions
, avec les principales Seêtes
de chacune ; le commencement
des grands Empires &
des Republiques ; ceux qui ont
fait de grandes découvertes ;
le principe des Philoſophes ,
tant anciens que modernes ,
fur la nature ;les définitions
des termes les plus neceſſaires
de la Geographie , & une defcription
generale de tous les
principaux Etats du Monde ,
comme on les connoiſt à prefent.
Voilà en gros ce que contient
un ouvrage environ de
D4
၁ MERCURE
N
trois pieds & demy de haut
fur un peu moins delarge, qui
eſt encore plus beau à voir
qu'à s'imaginer. Son Auteur
qui depuis douze ans ne ceſſe
de rendre ſenſibles par toutes
fortes de moyens, les Sciences
qu'il a acquiſes par ſes continuelles
applications , a refolu
de donner au Public tous les
ans , s'il ſe peut , un ouvrage
de la force de celuy - cy. C'eſt
pourquoy il ſupplie ceux qui
approuveront ſon deſſein , de
luy faire part de leurs lumieres
fur toutes fortes d'Arts &
de Sciences , & de luy faire la
grace de luy envoyer desMemoires
des choſes qu'ils juge.
ront plus dignes de remarque,
particulierement ſur toutesles
parties de Mathematique , fur
I'Hiſtoire , la Geographie , &
P
GALANT. 81:
la Navigation.Cette Carte qui
ſe vend à Paris , dans la ruë
S. Iacques , proche S. Yves , &
fur le Quay des Morfondus,
n'eſt pas ſeulement à ſouhaiter
pour les connoiſſances
qu'elle donne.Comme elle fait
beaucoup de plaifir à voir ,
elle peut fervird'un ornement
agreable dans tous les endroits
qu'on voudra parer utilement.
Le 24. du mois paffé, Monfieur
l'Electeur de Brandebourg ;
receut à Berlin l'hommage de
ſes Sujets avec de grandes ceremonies.
A fept heures du
matin on preſcha fur ce ſujet :
dans toutes les Eglifes , aprés
quoy la Nobleſſe de's Villes &
dela campagne s'affembla dans
une des Sales du Chaſteau . Le
nouvel Electeur s'y plaça fur
un Trêne couvert de velours
Ds
3
82 MERCURE
noir , qui estoit ſous un grand
Dais ,& autour duquel ſe mirent
cinquante Gardes du
Corps armez de Pertuiſanes ..
Chacun d'eux avoit un manteau
noir , avec le nom & les
armes de l'Electeur en broderie
d'or , Les Princes ſes Freres,
le Prince d'Anhalt, Lieutenant
au Gouvernement Electoral
les principaux: Officiers, du
Conſeil d'Etat & de Guerre ,
ceux des Troupes avec les perſonnes
de qualité les plus confiderables
, & pluſieurs Miniſtres
Etrangers demeurerent
debout aux deux coſtez de ce
Trône. MonfieurFuchs,Membre
du Confeil Privé & Secretaire
d'Etat , fit un beau difcours
aux Etats Provinciaux ,
pour les remercier au nom de
Son Alteſſe Electorale de ce
GALANT. 83
1
qu'ils eſtoient venus ſi promptement,
& en ſi grand nom -
bre , & pour leur témoigner
qu'Elle ſe promettoit d'eux
toutes les marques de fidelité
& de zele qu'ils luy devoient
rendre comme à leur legitime
Seigneur & Prince hereditaire.
Il leur repreſenta pour les
y engager davantage , la ma
niere douce & agreable du
Gouvernement des Electeurs
& Princes de ſa Maiſon , fes
Predeceffeurs , & le bonheur
dont les Peuples avoient jouy
ſous leur regne , particulierement
fous celuy du dernier
Electeur fon pere. Il les affura
que Son Alteſſe eſtoit reſoluë
de les conſerver dans la poſſef.
fion de leurs privileges & de
leurs biens , ainſi que dans la
liberté de confcience pouc
D6
84 MERCURE
toutes les choſes. qui regar
doient leur Religion . Aprés
cediſcours , lesEtats prêterent
le ferment accoutumé , & enfuite
Monfieur l'Electeur paſſa
à un Echafaut dreſſe vis à vis
de la place du Chasteau ,
couvert pareillement de ven.
lours noir , où il y avoit en
core un Trône , ſur lequel il
ſe plaça. Les Bourgeois de ſept
Villes Capitales de l'Electorat,
de la Marche de Brandebourg,
& des autres fituées en deçà
de l'Oder , estoient dans cette
Place & chacune avoit des
manteaux Jongs. Deux Efcadrons
ayant des Carabines,
chargées àbales , eſtoient rangez
dans la mesme Place , depuis
le grand Pont juſqu'au
chemin appellé le: Stechbahn ,
ou chemin du pic. Il y avoir
GALANT 85
auſſr-un Regiment de Dragons.
le long de la ruë qui va à la
Gathedrale. Les Compagnies
des Gardes faisoient haye de
puis le quartier de la Franchiſe
juſqu'à celuy de Plaiſance ,
ayant pareillement leurs ar
mes chargées à bales , & il y
avoit fur les ramparts cent pieces
de Canon chargées à boulet
,& la bouche tournée vers
la Ville . Monfieur Fuchs, fie
aux Bourgeois un autre dife
cours fur ce qu'ils devoient à
leur Souverain , & Monfieur
Schurdlo , Bourgmestre ,y réponditau
nom des Corpsaveo
degrands témoignages de leur
foumiffion & de leur obeïffan
ce . Ces difcoursfinis , ils prê
terent le fermenten la maniere
ordinaire , & on fit trois dé
charges du Canon , &trois fal
:
(
86 MERCVRE
ves de la Mouſquetterie. La
Nobleffe,& les principaux des
Bourgeois furent traitez à
vingt-huit tables avec beaucoup
de magnificence , pendant
que quatre Aigles aux
armes Electorales , & dreſſées
au milieu de la Place ou Château
, répandoient pour le peupledu
vin blanc & du vin rouge.
Ces Aigles étoient entre
quatre Figures ,dont l'une repreſentoit
l'Efperance ſous un
arc de triomphe, pour marquer
celle qu'avoienties Sujets d'un
bon- heur parfait ſous le regne
de leur nouvel Electeur , qui
de fon coſté devoit tout attendrede
leur fidelité &de leur
zele. La ſeconde qui reprefentoitla
Paix ſignifioitla tranquillité
du meſme regne. La
sroifiéme étoit une Cerés ,&
GALANT.. 87
vouloitdire que les ſoinsde ſon
Alteſſe Electorale, mettroient
l'abondance dans tous ſes Etats.
On reconnoiſſoit la Prudence :
dans la derniere Figure
elle deſignoit la ſageſſe avec.
laquelle ce Prince, gouverneroit
ſes ſujets..
د
&
Quelque tranquilité que la
Paix établiſſe dans les Villes, ce
n'eſt point là qu'on la gouſte
purement. Elle y eſt toujours,
troublée par le bruit & par
le monde , & la Solitude
qui fait qu'on eſt tout à
foy , peut ſeule donner ce
calme qu'on ne trouve pointt
parmy le tumulte ,&l'embarras
des affaires . C'eſt ce qui
eſt décrit agreablement dans
l'Idille nouveau que je vous
envoye, & où je ſuis ſeur
que vous trouverez de gran
$
888 MERCURED
des beautez . Cet Ouvra
,
L
ge merite d'autant plus d'eſtre
conſervé que les premiers ,
Vers font voir qu'il a eſté fair
par une perſonne de voſtre
Sexe.
LA SOLITUDE .
Harmante&paisible Rea
Que de voſtre douceur je connois
bien le prix ,
Et queje conçois demépris,
Pour les vains embarras dontjeme
Suisdéfaite!
Quefous ces Chesnes verts.jepaſſe
d'heureuxjours!
Dans ces lieux écartez que laNas
ture est belle !
Rien ne la défigure , elle garde
toûjours
La mesme autorité, qu'avant qu'on
euft contre elle
Imaginé des Laix LinutileSecoursa
GALANT. 89
Ityle Cerf, l'Agneau , le Pan , la
Tourterelle,
Pour la poſſeſſion d'un champ ou
d'un verger ,
N'ont point ensemble de querelle
Nul bien ne leur est étranger.
Nal n'exerce sur eux fon pouvoir
tyrannique .
Ilsneſe doivent point de respect ny..
deſoins ,
Ge n'est que par les noeuds de l'amour
qu'ils font joints ,
Et d'Ayeux éclatans aucun d'eux
ne se pique.
Helas ! pourquoy faut-ilqu'àces
Sauvages lieux
Soient refervez des biens ſidoux ,
fiprecicux?
Pourquoy n'y voit- on point d'Avare,
deParjure?
N'est ce point qu'entre vous ,tran
quilles Animaux
१०
MERCURE
Tous les biens sont communs , tous
lesrangsfont égaux,
Et que vousne fuivez que lafeule
nature :
Elle estfage chezvous , qui n'estes
point contraints
Par une Lay bizarre & dure.
Quelle erreur a pu faireappeller les
Humains
Le chef- d'oeuvre accomply defes
Sçavantes mains ?
Que pourse détromper de cesfauffes
chimeres
Qui nous rendentſi fiers ,ſivains ,
Onvienne mediter dans ces lieux
Solitaires.
Avec étonnement jevoy
Que le plus petit des Reptiles
Cent fois plus habile que moy,
Trouve pour tousfes maux des remedes
utiles .
Qui de nous ,dans le temps de la
prosperité,
GALANT.
Al'active Fourmy reffemble ?
Avoirfa prévoyance ,ilſemble
Qu'elle aitde l'avenirpercé l'obfcurité
,
Et qu'estani au deſſusde lafoibleſſe
humaine ,
Elle ne faflepoint de cas ,
Detout cequ'étale d'appas,
Lavolupté qui nous entraîne.
Quels Etatsfont mieux policez
Que l'est une ruche d'Abeilles ?
C'est là que les abus neſeſontpoint
gliffez
Et que les volontez en tout temps
fontpareilles.
DeleurRoyqui les aime elles font
befoutien,
On fent leur aiguillon dés qu'on
chercheàluynuire.
Pour les chastier iln'a rien ,
Il n'est Roy que pour les conduire,
Et que pour leur faire du bien..
92
MERCVRE
P
En vain noſtre orgüeilnous engage,
Aravaler l'instinct qui dans chaquefaifon
,
Alahonte de la Raison ,
Pour tous les Animaux est un guidefifage...
Ah , n'avons- nous pas deu nous
dive mille fois,
En les voyant estre heureux fans
richeffeو
Habilesſans étude ,équitablesſans
loix ,
Qu'ilspoſſedent feul la ſageſſe ?
Iln'en estpresque point dontl'hommen'ait
receu..
Des leçons qui l'ont fait rougir de
Sa foibleffe ,
Etquoy qu'ils'applaudiffe , il doit
àleur adreffe
Plusd'un art , queſans eux iln'au
roitjamaisfceu..
!
ン
GALANT.
1
93
Innocens Animaux , qu'elle reconnoissance
Avons- nousdetantdebien-faits?
Pourvous payer les biens que vous
nous avez faits,
Nousvousfacrifions à nostre intemperance.
Quelle inhumanité ! quelle lache
fureur!
Iln'est pointd'animal dont l'homme
n'adouciffe
Labrutale & farouche humeur,
Et de l'homme il n'estpoint d'animal
quiflechiffe
Le cruel &Superbe coeur,
De queldroit de quel front eftce
que l'on compare
Ceux à qui la Nature a fait un coeur
barbare
Aux Ours,aux Sangliers , aux
Loups ?
94
MERCVRE
Ilsfont moins barbares que now.
Font- ils éprouver leur colere
Que lors que d'un Chaffeur avide
& temeraive,
Le fer ennemy les atteint ,
Ou que lors que la faim les preſſe &
les contraint
De chercher à lafatisfaire ?
Vaste & Sombre Forest , leur Sejour
ordinaire ,
N'est - ce en vous traverſant que
leur rage qu'on craint ?
Helas ! combien de fois cette nuit
infidelle
Que vous offrez contre l'ardeur ,
Dont au milieu du jour le Soleil
étincelle,
A.t. elle esté fatale à la jeune pudeur?
Helas combien de fois complice
Et de meurtres , & de larcins ,
A- t- elle dérobé deBrigans , d' Affaffins
,
GALANT.
95
Et d'autres Scelerats auxyeux de la
Iustice ?
Combien avez- vous veu de fois
Le Frerc armé contre le Frere ,
Fairefaire du fang laforce & tendre
voix ,
Et dans l'heritage d'un Pere
Par lecrime acquerir de legitimes
droits ?
Parlez, Forests ; jadis une de vos
Semblables
Daigna plus d'une fois répondre à
des Mortels.
Quelles fureurs auſſi coupables
Pouvans- nous reprocheràvos Hoftes
cruels? [Soudaine
Si quelquefois entre eux une rage
Les porte à s'arracher le jour ,
Ce n'eft point l'intereſt l'ambition ,
la haine
Qui les anime, c'est l'amour.
LuySeal leurfait troubler vostrefacréfilence
;
96
MERCVRE
Amoureux , Rivaux, & Ialoux.
Leur coeur ne peut fouffrir la moindre
preference ,
La mort leur ſemble un fort plus
doux.
D'unefi belle excuse au durfiecle où
nousfommes,
On ne peut déguiſer les maux que
nous faisons ;
Non , de meurtres ſanglans ,des
noires trahisons
L'amour nefournit plus aux hommes
:
Les viclens confeils, ny les tendres
raiſons.
Rien ne ſçauroit eſtre plus
utile qu'une Methode complete
de l'Art du Blafon , qui
apprenne à expliquer exactement
, & en termes propres ,
les Emaux , les Figures , & les
ornemens dont les Armoiries
font
GALANT.97
ſont compoſées , & qui fafle
connoiſtre la diſpoſition & les ..
attributs de chacune de ces
Figures . Le Pere Menestriert
Iefuite , qui eſt parfaitement
inſtruit de toutes ces chofes ,
en donna une abregée il y a
plus de vingt ans . On en a fait
quantité d'impreffions,& comme
on l'a copiée , & contrefaite
endifferents lieux , les Li
braires yont mis de leur chef
des armoiriesde quelques Maifons
peuconnues & pou illuft
tres. Elle fut imité en 1671 ,
porta le titre de Methode Royale,
facile&historique du Blafon avec
L'origine des Armes desplus Illuftres
Etats & Familles de l'Europe,
On s'y ſervit des meſmes Figures
que ce Pere avoitdonnées.
dans ſon Abregemethodique ,
&l'on y laiſſa toutes les fautes
Iuillet 1688. E
*
98 MERCURE
que les Imprimeurs avoient
faites en diverſes éditions.
L'année ſuivante il parut une
nouvelle Methode que fon
Autheur nomma Heraldique. II
y employa plus de centArmoiries
ſous des noms ſuppoſez de
Juron , de Gontin , de Melet
de Ralet ,de Mintes , de Melin
, de Raban , de Joubles, de
Jagon , & c . & crut éviter par
là les reproches que le Public
luy auroit pu faire , s'il s'eſtoir
ſervy des meſmes exemples .
qui avoient eſté donnez dans
la premiere Methode , ſans
avoir cherché à les déguiſer.
Il a pris quantité de noms de
Terres pour des noms deMaiſons,
ce qui pouvant confondre
la connoiſſance du Blaſon,
eſt d'une dangereuſe confe .
quence C'eſt ce qui a obligé le
২
GALANT.
d'une ma
Pere Menestrier à fatisfathe
l'impatience qu'avoit lePublic
d'avoir quelque choſe de plust
achevé fur cette matiere. Aint
filarevcu ce qu'il avoit faie
&vientde nous le donner dans
un autre ordre , &
niere bien plusamples, fous to
titre d'abregé Methodique des
principesHeraldiques , ou du veri
table Art du Blafon. Il s'attache
uniquement dans ce Livre à
l'Art deblafonneundines fortes
d'Armoiries donne dest
exemples & des Figures pour
parvenir àla connoillance ene
tiere du Blafon& dela fcience
Heraldique. Comment ne fuffit
pas de ſçavoir expliquer sen
termes propres toutes fortes
d'Armoiries,& qu'ondoit s'accoûtumer
à connoistre des Fa
milles parleurs Armoiries , 2
Ez
-
100 MERCVRE
les Armoiries parles Famillos ,
il donne pluſieurs manieres de
fixer l'imagination fur cela , &
finit par des Dialogues fur l'Art
duBlaſon,qui inſtruiſentbeaucoup
& facilement. Il y a dans
ce Volume cinq cens Armoiries
gravées avec présde deux
cens Figures qui entrent dans:
les Armoiries , de ſorte qu'eftant
extremement augmenté ,
&n'ayant preſque rien de
vieux que ſon titre,il peut paffer
pour nouveau .& tenir lieu
de tous ceux qui ont jamais
eſté faits ſur le Blafon. CeLivre
qui a eſté imprimé àLyon
par le Sieur Amaulry , ſe vend
àParis chez le Sieur Guerout,
CourtDauphine.
Cet Article me donne ſujet
devous parlerd'un Reglement
qui vient d'eſtre fait,&dont
GALANT.
1
C
ceux qui font des Livres, auſſi
bien que ceux qui font la depenſe
de les imprimer , doivent
tirer de grands avantages
, fi routes les Communautez
de Libraires imitent ceux
de Bordeaux . Il n'eſt pas fort
étonnant que les Auteurs perdent
leur peine ,& les Libraires
leurs frais , quand ils donnent
au Public de méchans
Livres, mais il eft fâcheux que
la meſme choſe arrive pour de
bons Ouvrages , & cependant
il n'y a rien de plus ordinaire
. Un Libraire eft preſque affure
de perdre toûjours , de
quelque nature que foient les
Livres qu'on luy donne à imprimer.
Les méchans demenrent
dans ſa Boutique , & les
bons luy ſont volez, puisqu'on
les imprime incontinent , non
E 3
Q2 MERCURE
ſeulement dans les PaysEtrangers
, mais meſme en pluſieurs
Villes de France. Al'égarddes
Etrangers , il eſt impoffible d'y
apporter du remede , & jufqu'icy
il a eſté extrêmement
difficile d'en trouver pour ce
qui regarde la France. Les Libraires
de Provinces n'ont
guere fait imprimer de Livres
des Libraires de Paris , qu'ils,
n'ayent impunément jouy de
leur vol. Leurs Confreres ſe
font contentez de les blâmer ,
& auroient cru faire une malbonneſteté
s'ils les avoient accuſez.
Ainfi il falloit envoyer
de Paris des Officiers de Justice
pour ſurprendre les coupables
, & ceux du Pays , loin de
vouloir ſervir de témoins contre
eux , cherchoient à les garantir
des peines qui font por-
GALANT.
гоз
rées par les Privileges . C'étoie
par là que l'impunité regnoit
fur cette eſpece de crime , & fi
ce defordre necontinuë point,
on enfera redevable à la Communauté
des Libraires de Bordeaux,
qui s'eft reſoluë à donner
l'exemple là- deſſus . Il y
avoit long-temps qu'elle fouhaitoit
le retranchement de
ect abus , & qu'elle voyoit
avec déplaifir les Libraires fes
voiſins , & quelques- uns de
fes Confreres de la meſme Ville
, profiter du bien d'autruy
fans aucun ferupule , &
richir par un vol dont tout le
Corps eſtoitaccuſé.Enfin aprés
des deliberations de pluſieurs
années , deux Sindics intelli.
gens , & auſſi actifs que bien
intentionnez eftant aujours
d'huy à la teſte de cette Coms'en-
E4
104 MERCVRE
munauté , on a de nouveau
agité l'affaire , & le ſieur de la
Cour , l'un des deux Sindics ,
a eſté envoyé pour propofer à
Monfieur le Chancelier les
moyens d'arreſter le cours des
Livres qui paſſent dans leRoyaume
, dont les uns font pernicieux
, & les autres contrefaits
fans égard aux privileges
, & pour demander quelques
Reglemens touchantleur
Communauté.Cet illustre Magiftrat
toujours preſt à écouter
ce qui regarde le bien de la
France , a témoigné de la joye
de voir que des Libraires qu'on
pouvoit tous accuſer de debiter
en fecret des Livres contrefaits
ou défendus , demandoient
eux- meſimes qu'on remediaſt
à ces defordres , & il leur a
accordé toutes les expeditions
GALANT. 105
১
neceſſaires , que le Parlement
de Guyenne doit confirmer..
Comme il faudra qu'ils vifitent
tous les Livres , leurs
Confreres qui feront trouvez
en faute , n'auront à ſe plains
dreque de la mauvaiſe foy qui
les aura engagez à continuer
l'ufage des contrefaçons.Par là
il ne ſe gliſfera plus que tresdifficilement
des Livres contre
la Religion , contre l'Etat , &
contre les bonnes moeurs ,&
lesCommunautez deLibraires
des autres Provinces ne pouvant
ſe difpenfer de ſuivre le
meſme Reglement, qu'il eſt à
croire qu'on leur fera obſerver
de gré ou de force , chacun
tirera , du moins en France
du profit de ſon travail , & de
la dépense que l'on aura faire
pour le mettre au jour , ce qui
ES
106 MERCURE
fera entreprendre plus d'Ou
vrages , & fera cauſe que les..
Libraires n'épargneront rien.
pour faire de belles impreffions
, au lieu que les Livres ,
contrefaits font la pluſpart fur
de tres - vilain papier ,& remplis
de fautes . C'eſt une obligation
qu'aura le Public aux:
Libraires de Bordeaux. Quand,
jevous parlede ceux qui contrefont
les Livres, de leurs
Confreres , je n'y comprens
point les Libraires de Paris..
Tout le monde ſçait qu'ils ne
font point de ce nombre . On
contrefait, leurs Impreffions ,
& on les envoye dans les Pays
Etrangers , & dans toutes les
Provinces de France, mais ces
Provinces, n'impriment rien
qu'ils vouluſſent contrefaire..
le vous envoyay, le mois
GALANT..
107
S
S
-
F
S
S
e
コ
و
S
د
paffé uneRelation affez ample
de la rencontre des Vaiſſeaux
du Roy , commandez par Mr
le Chevalier de Tourville , &
de ceux de Papachin ,Vice-
Amiral d'Eſpagne .. En voicy
une autre qui vient de bon
lieu , & de perſonnes qui doivent
ſçavoir la verité elle eſt
fouvét difficile àdeveloper, fur
tout lors que les choſes ſe font:
paſſe dans deslieux éloignez ,,
& qu'on n'en peut avoir de
nouvelles que par les Intereffez,
qui n'ont point de témoins.
de leurs actions . Tout ce qu'on
peut faire alors , & de voir de
quelle maniere ils parlent tous,
&c'eſt pour cela que je vous;
envoye la Relation que vous
allez lire . Ie la laiſſe telle qu'elle
m'a eſté donnée ſans y rien
ajouter , & fans en rien rewancher..
EG
108 MERCURE
L
1
E. 2. de ce mois Monfieur te
Chevalierde Tourville accom
pagné de Monsieur de Chasteaurenaud
& de Monsieur le Comte
d'Estrées , appercent d'affez loin
deux Vaiſſeaux que l'éloignement
empefcha d'abord de reconnoiſtre;
mais le Pavillon qu'ils mirent pers
de temps aprés , nous apprit que
c'estoient Vaisseaux d'Espagne. Ils
estoient commandez par le Vice-...
Amiral Papachin qui renenoit de
Naples. Ilnous reconnut pour Vaiffeaux
François , & comme nous
eſtions fort loin au vent , nous fufmes
obligez d'arriver vent arriere
pour aller à eux. Papachin cargua
fa grande Voile dés qu'ilvit noftre
deffein, & continuafaroute àpetites
Voiles. Lors que Monsieur de .
Tourville se trouva affezprés il
envoyaSa Tartanepourluy deman
2
GALANT. 109
der le Salut , & Papachin luy nyant
repondu fort fièrement qu'il n'avoit
point d'ordre pour cela ,&qu'ileust.
àferetirer, Monsieur de Tourville
qui ſceut sa réponſepar unsignal
que fit la Tartane, arriva fur luy
à la portée du pistolet & luy donna
toute sa bordée , à quoy Papachis.
répondit de la fienne. Monfieur de
Tourville paſſa de l'avant ,&Papachin
après avoirun peu arrivé,
luy redonnauneſeconde bordée,
&aussi- tost revint pour gagner le
ventà Monfieur de Tourville qui
avoit paſſe de l'avant ,&il lesit
effectivement , car après avoir
amaréSagrande Voile , ilfe trouva
beaucoup au vent de luy . Monficur
de Chasteau - renaud qui fuivo'r
Manfieur de Tourville , reprit ſa
placefi- toft qu'il eut paffé de l'avant
, & après avoir combattu
quelque temps de fort prés , il fuen
HO MERCVRE
affezbeureux pour deſmaſter defon
grand Maisle Vaisseau. de Papachın.
Cependant:MrleComte
d'Estrées s'estoit attaché seul à
L'autre Vaisseau , & s'en estoit ren--
du Maistre après avoir combattu
pendant trois heures. Il avoit déja
dans fon bord le Capitaine avec -
tous les Officiers , & aussietost it
envoya le Sicur Rouffetà Monsieur
deTourville qui faisoit un bord pourſe
rapprocher de Papachin , avec
ordre de luy apprendre l'estat où
étoient les choses . Monfieur de Tourville
envoya Son Lieutenant au
bord de Papashin , pour luy décla
ver qu'ilfalloit qu'il faluast.com..
me il avoit veu fon fecond Navire
pris , & qu'il ne sçavoit ce qu'on
avoit refola de faire de luy , ilfue
fort aise d'en estre quitte àfi bom
marché. Il tint confeil avec fes
Officiers , & demanda àfon Equi ...
GALANT LILA
page s'il vouloit faluer. On luy ré
pondit qu'ony , & il falua de neuf
coups qu'on luy rendit . San Navire
eſtoit de 66. pieces de Canon,
de joo . homines d'Equipage ,
L'autre de 4 pieces de Canon ,
de 350. hommes . Celuy de More
fieur deTourville est un Navirede
60. pieces de Ganon , & de 375 .
hommes d'Equipage . Ceuxde Monfieur
de Chafteau-renaud & de
Monsieurle Comte d'Estrées font
égaux ; chacun de 40. pieces de
Canon & 230. hommes . On ne
peut sçavoir precisement combien
les Espagnols ont perdu de gens ;
mais il est constant qu'ilen ont per.
du beaucoup , & qu'ils ont estéextrememeni
maltraitez. Les Mateloss
Oftendoisde ce Vaisseau ont dit
ades gens dumême Pays qui étoient
au bordde Monsieur le Comte d'Efirées
qu'il avoient currente-cing:
112 MERCVRE
hommes de tuez& autant de blef
Sez. Pourle Vaisseau , il estoit cri
bléde coups , il n'y avoit pasplace
pour davantage.
C'eſt un terrible affaire que
l'enteſtement.On en prend fur
bien des chofes , mais il n'y
en eut jamais de plus dangereux
que celuy des Vers...
Quantité de gens ſe meſtentd'enfaire
qui en font tres mal
&de toutes les eſpeces de cerveaux
gâtez , il n'ien apoint de
plus difficiles à raccommoder...
N'ayant point d'oreille pour
distinguer labonne ou la mauvaiſe
cadence , ils font incapables
de s'appercevoir en
quoy ceux qui ontun veritable
genie l'emportent fureux,
& perfuadez qu'il n'y a qu'à
mettre douze fallabes enfemble
,ils continuent toûjours à
**
GALANT.. 113.
1
4
mal faire , & accuſentd'ignorance
ou d'injuſtice , les Leteurs
ou Auditeurs trop finceres
, ou peu complaifans qui
les veulent détromper. Une
fincerité de cette nature a fait
trembler deux Amans qui
s'aimoient fort tendrement ,
& a penſé leur couter tout le
repos de leur vie. Ils eſtoient
affez le fait l'un de l'autre .
Tous deux avoient de l'eſprit ,
tous deux des manieres engageantes
, & fi la fortune cuſt
mis autant de rapport entre
eux du coſté du bien , que la
nature paroiſſoit en avoir mis
pour les belles qualitez , rien
n'euſt pu mettre de l'incerti
tude dans leur bonheur , mais
le Cavalier dépendoit. d'un
Pere , qui eſtant fort riche ,
cherchoit un party propor114
MERCURE
C
tionné ,& les avantages de la
Demoiselle n'eſtoient pas confiderables
, à moins qu'on ne
fift parler un Oncle dont elle
heritoit , & qui ne menaçoit
pas de mourir ſi - toſt. Il avoit
eſté dix ou douze ans Mary
tres marry , & ce qu'il avoit
fouffert d'une Femme fortbizarre
, qui eſtoitmorte ſans luy
procréer lignée , luy avoit ofté
le gouſt d'en avoir. Il s'en tenoit
au veuvage , & cet eſtat
le rendoit heureux depuis fi
long- temps , qu'on eſtoit perfuadé
qu'il ne le changeroit
pas, mais ce n'eſtoit pas affez.
que des eſperances pour le
Pere de l'Amant , il vouloit
quelque choſe de ſolide ; &
pour donner lieu au Mariage,
il falloit que l'oncle fiſt quelque
avance à ſa Niepce. II
GALANT.
AS
こ
avoit beaucoup d'argentcom.
prant ,& il auroit pû luy donner
vingt mille écus ſans eſtre
reduit à aucun emprunt.Ainfi
la Demoiselle employa tout ce
qu'elle avoit d'Amis pour tâcher
de le gagner. On lay remontra
que comme elle eſtoit
fon heritiere , il ne devoit rien
fouhaiter plus fortement que
de joüir du plaifir de la voir
danson établiſſement confiderable
mais tout ce qu'on put
luy dire ne l'obligea point à
ouvrir ſa bourſe. Il répondit
qu'il falloit le laiſſer vivre , &
que fa Niepce ne manqueroit
point d'Amans qui voudroient.
bien attendre ſa fucceffion
avec patience , ſans demander
qu'il ſe dépoüillaſt. L'obſtination
qu'il euſt à ne rien donner
, fut d'autant plus ſenſible
116 MERCURE
A
à l'Amant , que ſon Pere qui
eſtoit imperieux , vouloit abfolument
qu'il ſe mariaft , &
le preffoit de choiſir entre deux
ou trois perſonnes qu'il luy
propofoit. Comme le Cavalier
eſtoit fort infinuant, cela luy
fit prendre le deffein de faire
fa cour à l'oncle de ſa Maîtreſſe
, pour voir ſi à force d'être
complaiſant il ne pourroit
pas s'en faire aimer. On fait
faire aux gens tout ce que l'on
veut , quand on les prend par
leur foible. La Belle à qui il
parla de fon entrepriſe , luy dit
que s'il vouloirqu'elle réuſſiſt,
il falloit qu'il le flataſt ſur une
choſe où ſon peu de complaiſancequ'elle
commençoit à fe
reprocher , luy pouvoit bien
avoir attiré la dureté qu'il
marquois-pour elle ; qu'ilavoit
GALANT.
117
pour fon malheur la demangeaiſon
de faire des Vers, qu'il
l'en avoit cent fois étourdie ,
mais qu'elle les avoit toûjours
trouvez a differens de ceux
des jolies chanſons qu'on luy
apprenoit , qu'elle n'avoit pû
ſe reſoudre à les loüer , ce qui
l'avoit obligé plus d'une fois à
luy direrudement qu'elle n'aimoit
pas les belles choſes. Le
Cavalier fur fort content de
l'avis. Il ſe reſolut d'en profiter
, & fçachant combien les
Vers font chers ordinairement
àceluy qui les enfante , il ſe
rendit affidu auprés de l'Oncle
, & ne douta point qu'en
ſe contraignant à luy applaudir
ſur ſa folie , il ne ſe miſt
afſſez bien dans ſon eſprit ,
pour obtenir de luy ce qu'on
Louhaitoit. Illuy en coûtoit du
Γ18 MERCURE
temps , & beaucoup d'ennny,
parce que l'oncle eſtoit un fort
grand parleur , & qu'ayant une
memoire confufe de tout ce
qu'il avoit leu , il ſe plaifoit
à faire parade de pluſieurs choſes
qu'il croyoit ſçavoir ,mais
il s'apperceutbien toft que les
loüanges dont il luy eftoit prodigue
, commençoient à faire
effet. Il admiroittoutes les fot
tiſes qui luy échapoient ,&
ne ceſſoit de luy direqu'il avoit
peine à comprendre comment
à fon âge on pouvoit avoir un
fi grand feu . Loncle l'embraf
foit,&pour ſe faire louer encore
davantage , il difoit av
Cavalier qu'ilvoyoitbienqu'ilt
avoit le gouft tout autre que
la pluſpare des jeunesgens quis
ne s'attachoient qu'à la baga
telle ,& qu'il vouloitlay mom
GALANT.
119
=
trer des Vers qui luy feroient
voir s'il eſtoit encore inſpiré
des Muſes. Le Cavalier qui
l'attendoit là , ne laiſſa pas échaper
une occafion fi favorable.
Ils'écria mille fois , repeta
des Vers qu'il pommoit
incomparables , & dit qu'on'
n'en pouvoit faire de fibeaux
fans entouſiaſme. L'oncle eftoit
dans une joye qu'on ne
ſçauroitexprimer.Il prevenoit
l'applaudiſſement en le preparant
à écouter quelque choſe
qui luy paroiſtroit d'une
beauté finguliere , & voulant
quelaPoëfie l'emportaſt ſur les
plus fublimes Connoiffances ,
il ajoûtoit que ſans vanité il
avoit là - deſſus des avantages
qui n'eſtoient pas communs
à beaucoup de gens. Le Cavalier
, malgré tout ce qu'il
120 MERCURE
ſouffroit d'eſtre reduit à loüer
de méchantes chofes , fut forr
ravy de voir ſes affaires pren -
dre un fibon train. Ilne ſe contenta
pas d'agir par luy - mefme,
il crut qu'un peu de ſecours
ne luy nuiroit pas ,& pratiqua
quelques-uns de ſes Amis qu'il
mena chez l'Oncle , & qui ofcant
bien inſtruits de ce qu'ils
avoient à faire lors qu'il leur
liroit ſes Vers , ne manquerent
pas de l'accabler d'applaudiſſemens
. Ce fut affez pour
luy renverſer l'eſprit. Il devint
plus fou qu'il n'avoit encore
eſté , & ne paſſoit plus de jour,
fans s'appliquer à quelque
nouvel Ouvrage. Les fauffes
rimes ne l'arreſtant pas , il faiſoit
ſouvent juſqu'àdeux cens
Vers en un ſeul matin,& cette
fecondité portoit ſes intereſ-
م
fez
GALANT.
(
fez Admirateurs à de plus
grandes exclamations. Le Cavalier
qui diſoit toûjours que
la Poësie avoit quelque choſe
dedivin , acheva de le gagner
en le priant de l'initier dans
ſes miſteres , & de luy apprendre
comment il falloit faire un
Sonnet ou un Madrigal . II
triompha de ſe voir choiſi
pour Maiſtre , & commença à
luy donner des leçons ſur le
nombre des fillabes & fur la
ceſure. Le Cavalier en mettoit
exprés une de moins en beaucoup
de Vers , & tâchoit d'en
faire de plus méchans que les
fiens ce qui lay eſtoit fore
mal- aifé , quoy qu'il ne fuſt
pas né Poëte. C'eſtoit un charme
pour le galant homme que
deluy montrer en quoy il manquoit
, & lors qu'il l'eut veu
Juillet 1688 .
F
122 MERCURE
1
profiter des regles qu'il luy
donnoit avec de grands termes
affectez , il dit par un emportement
de joye dont il ne put
ſe rendre le maiſtre , qu'il meritoit
d'être ſon Neveu , &
que s'il vouloit luy promettre
de faire des Vers toute ſa vie,
il donneroit à ſa Niece les 20.
mille écus qu'on luy avoit demandez
. Vous pouvez juger
file Cavalier y confentit. On
en porta parole à fon Pere ,
ſans luy découvrir d'où venoit
ce changement , à la faveur
des Muſes & d'Apollon
tout fut conclu de parole
, & le jour pris pourdref-
* fer le Contrat de mariage. Jamais
Amans ne furent plus
fatisfaits ; mais quoy qu'il n'y
euſt aucune apparenice que
leur bonheur deuſt eſtre trouGALANT.
183
Y
الا
e
&
e
0.
er
blé , il fut traverſé par un incident
qu'on n'attendoit pas.
L'Amant fut obligé de faireun
Voyage de deux jours , & pendant
ce temps , l'Oncle qui ne
ceſſoit point de faire des Vers,
&qui en eſtoit infatué, s'aviſa
d'en faire ſur une choſe dont
tout le monde parloit dans la
Ville; & les faiſoit copier , il
les envoya ſans nom dans un
paquet cacheté au Pere du
Cavalier. Il vouloit ſçavoir ce
qu'il en diroit ſans en connoi.
fſtre l'Auteur ; nedoutant point
qu'il n'en fuſt charmé ,& qu'il
n'euſt pour un ſi heureux talent
la meſme admiration que
ſon Fils luy avoit fait tant de
fois paroitre. Le hazard voulut
qu'étant allé ce jour là dans
unemaiſon où il y avoit bonne
Compagnie , le Pere duCava
F2
124
MERCVRE
lier y arriva , & le difcours
eſtant tombé ſur les Vers , il dit
qu'il ne ſçavoitpas ſi on avoit
pretendu ſe moguer de luy ;
mais qu'on luy en avoit envoyé
d'auſſi deteſtables qu'on
en pouvoit faire ſans luy en
avoir marqué l'Auteur. En
meſme temps il les tira de ſa
poche , & lors qu'il en eut leu
dix ou douze , il demanda dans
quelle Fontaine empeſtée le
malheureux Poëte qui les
avoit faits , pouvoit avoirbeu .
L'Auteur fort ſurpris de voir
ſes Vers traitez ſi cruellement ,
voulut ſçavoir en quoy il les
trouvoit deteſtables , & celuy
qui les attaquoit ayant répondu
qu'ils ne valoient pas qu'on
perdiſt du temps à les examiner
, parce qu'il n'y avoit ny
tour , ny élevation , ny bon
GALANT. 125
fens , l'Auteur ſoutint qu'ils
eſtoient tres - bons, & pria tous
ceux qui ſe trouverentpreſens
de vouloir dire ce qu'ils en
penſoient. Comme il en parloit
avec chaleur , & que la plupart
fçavoient qu'il ſe meſloit de
Poëhe , on connut bien qu'il y
prenoit intereſt. Ainfi il les
preſſa inutilement de s'expliquer.
Les uns ſe teurent , les
autres dirent qu'ils ne s'y connoiſfoient
pas , & chacun ſe
divertit de cette querelle.
L'Attaquant ne voulut point
fe dédire. Il continua de blamer
les Vers comme eſtant
méchans en tout , & l'Auteur
qui les pretendit toûjours admirables
, ſe prevalant de
l'honneſteré que les témoins
de leur differend avoient euë
pour luy , en refuſant d'en
F3
126 MERC VRE
eſtre les Juges , s'adreſſa à un
Cavalier qu'il vit entrer afin
qu'il prononçaſt ſur ſes Vers.
C'eſtoit un des Amis de l'Amant
, qui fçachant combien
il luy étoit important qu'il en
diſt du bien , ne manqua pas.
d'y trouver mille beautez . Le
Pere indigné de fa baſſe complaiſance
, commençoit à s'échauffer
, & il auroit fait unė
cruelle Satyre fur les méchans
Poëtes , s'il n'euſt eſté averty
par quelques coups d'oeil du
Cavalier , & interrompu en
meſme temps par l'Auteur des.
Vers que les loüanges qu'il venoit
de recevoir , avoient fort
encouragé ; & qui ditd'un ton
fort fier qu'il falloit eſtre ignosant
de la derniere ignorance
pour ne les pas admirer , qu'il
vouloit bien qu'on ſceuſt que
GALANT.
127
c'eſtoit luy quiles avoit faits ,
& que bien loin de vouloir
faire aucune avance à ſa Niece
, il déclaroit que s'il falloit
fon conſentement pour la marier
, jamais il ne ſouffriroit
qu'elle époufaſt le Fils d'un
homme qui ſçavoit ſi peu ce
que c'eſtoit que de faire de
bons Vers . La- deſſus il fortit
tout en colere , ſans que perſonne
le puſt retenir. Son extravagance
fut un grand ſujet
de rire pour tous ceux qui l'avoient
veuë , & on admira la
rage qu'avoient de certaines
gens de vouloir ſe faire Poë .
tes en dépit des Muſes . Cependant
comme il paroiſſoit
piqué au jeu , on crut à propos
de travailler à raccommoder
l'affaire . Le Pere eſtant
riche n'en eſtoit embarraſſe
F4
128 MERCVRE
que pour fon Fils dont il con
noiſſoit l'amour. Il avoit pour
luy beaucoup de tendreffe , &
il luy fachoit qu'une folie de
cette nature rompift une affaire
qu'il tenoit certaine.
L'Amy fut prié d'aller trouver
l'Oncle , & de luy reprefenter
qu'il ne devoit pas prendre
garde àcequ'avoit dit un homme
, qui n'ayant jamais eu
affez de genie pour faire des
Vers , ne pouvoit pas s'y connoiſtre
. Il alla chez luy , & le
tourna de toutes manieres
mais il n'en eut point d'autre
réponſe , finon qu'il falloit que
fon Ennemy euſt l'efprit méchant
, & qu'un homme qui
par malice blamoit de bons
Vers , eſtoit capable de caufer
de grands defordres dans une
Famille. Le Fils revint , &apGALANT.
129
prit avec douleur le renverſement
de ſes affaires . Il alla
chez l'Oncle,& aprés luy avoir
fait de longues prieres fans
rien obtenir , illuy demanda
s'il vouloit l'abandonner , luy
qu
qui ayant bien voulu luy ſervir
deMaiſtre, lay avoit déja donné
de ſi utiles leçons . Cette
raiſon l'ébranla , & fon Amy
qui avoit tâché de luy rendre
office avant ſon retour, le vo
yantpreſt de ſe rendre, acheva
de l'adoucir , en luy promet
tant pour cet Amant defolé
qu'il feroit un Poëme à ſa
loüange. L'Oncle confirmala
parole qu'il avoit donnée pour
le mariage , pourveu qu'on luy
fiſt une fatisfaction propor
tionnée à l'iniure. Elle ne fut
pasaifée àregler. LePeredon
noit la carte blanche , & cere
130
MERCVRE
accommodement eſtant une
ſeconde folie de l'Auteur des
Vers , il ne refuſoit aucune
condition,mais l'Offenſe trouva
de grandes difficultez dans
cette affaire . Il voulut qu'on
en dreſſaſt un écrit pour eſtre
ſigné de douze témoins , devantqui
la reparation ſe feroit.
Il demandoit d'abord que le
Pere roconnût qu'il avoit blafmé
ſes Vers , faute de ſçavoir:
comment il en falloit faire &
cela ne luy paroiffaut pointt
affez fort pour le genre de l'offenſe
, il fut enfin arreſté aprés
pluſieurs allées&venues qu'il
declareroitt en prefence de
douze des meilleurs Poëtes,
qu'on pourroit trouver , que
sémerairement & malicieuſe
mental avoit dit que les Vers
de l'oncle estoient mechans
GALANT. 137
encore qu'il euſt toutes les lumieres
neceſſaires pour s'y
bien connoiſtre , de quoy il ſe
repentoit ,luy en demandant
pardon , & promettant d'ap--
prouver toute ſa vie les Vers
qu'il voudroit bien luy montrer.
Le jour fut choisi pour cet
accord qu'il eut grand ſoin de
faire figner; aprés quoy il regala
magnifiquement les dou.
ze Poëtes qu'il avoit pris pour
témoins . Il ſe plaça au bout de
la table , & pour marquer la
victoire qu'il venoit de remporter
, it mit une couronne
de Laurier fur fa teſte. Le
Pere & l'Amant furent du repas
.On y but à la ſanté d'Apol--
lon & de chacune des Muſes,
& l'on debita grand nombre de:
Vers. Iugez fi on manqua à les
approuver. Le Contrat de ma
F66
132 MERCURE
riage fut figné le lendemain ,
& l'on en fit la ceremonie peu
de jours aprés . L'Amant fort
content de poſſeder ce qu'il
aime , a la fatigue d'écouter
fouvent de mauvais Ouvrages
qu'il eſt contraint de louër , à
cauſede la fucceffion qu'il at
tend ,& que l'Oncie pourroit
luy oſters'il n'avoit pas cette
complaiſance; mais il ne fçauroit
avoir celle de perdre du
temps à faire des Vers , & il
ſe défend des reproches qu'on
luy fait de ne tenir pas ce qu'il
apromis , fur les embarras - det
fon employ, qui étant confiderable,
neluy laiſſe pas d'heures
inutiles,
Comme la nouvelle de la
naiſſance du Prince de Galles
ne fut feeuë icy le mois dernier
que lors qu'il fallut ache
GALANT. 133
wer ma Lettre,je n'eus le temps
que de vous l'apprendre , &
je n'entray dans aucun détail
de ce qui ſe paſſa à l'occaſion
de cette naiſſance. On peut
dire que ce Prince eſtoit ex
tremement ſouhaité , non ſeulement
par leurs Majeſtez Britaniques
, mais encore par tous
les Anglois quidefirent la tran
quillité des trois Royaumes ,
&par tout ce que l'Europe a
de perſonnes raiſonnables. Le
bruit s'eſtant répandu dans
Londres le matin de cette
grande journée ,que la Reine
eſtoit en travail , le peuple pa
rut comme immobile & affoupy.
On euſt dit qu'il compatiffoit
aux douleurs que fentoit
cette Princeffe , & que
Pattention qu'il preſtoit à ce
qui devojc arriver , l'avoit
1
134
MERCURE
laiſſe ſans parole. Si - toſt qu'on
cut publié qu'il venoit de naître
un Prince , ce peuple rewinttout
à coup de ſon affoupiſſement
, & plufieurs ayant
couru au Palais où il eſtoit né ,
demanderent avec empreſſementà
le voir. Cela doit paroître
extraordinaire , puis que
des perſonnes quin'ont aucun
rang , ne vont pointainſi chez
leur Souverain, & qu'un Prin
ce , lors qu'il ne fait que de
naiſtre , n'eſt point en estac
d'eſtre vû de tant de monde ,
du moins pendant un longtemps
, car ce qui a eſté une
fois commencé par le Peuple .
ne finit point , chacun voulant
imiter ce qu'il a vu faire aux
antres . Les Gardes avoient
beancoup de peine à repouffer
cette multitude empreſſce , &
3
GALANT.
139
le Roy voyant du zele dans,
fon obſtination , faisoit entrer
luy- meſme beaucoup de ceux:
qui n'avoient pu les fléchir; de
forte qu'il ſe trouva ſouventz
mêlé parmy cette populace. Il
yen eut meſme beaucoup qur
dirent que le Fils d'un Prince fi
intrepide , & qui a de fi grandes
qualitez , pouvoit devenir
un jour un grand:Monarque ,
furtout s'il pouvoit eſtre élevé
par le Roy d'Angleterre ,
comme il y avoit beaucoup
d'apparence , ce Prince eſtant
encore affez jeune pour luy
apprendre à regner. On ne
peut douter que dans unPays
où toutes les Religions font
permiſes , il n'y euſt beaucoup
de perſonnes parmy ce Peuple,
qui en ſuivoient de differentes.
Ainfi on connut par laques
136 MERCURE
1
ceux qui n'eſtoient pas de celle
du Roy , ne pouvoient refuſer
leur eſtime & leur amour à un
Monarque digne d'admiration
en qui l'on n'ajamais remarqué
de foibleſſes,qui ſoutient la dignité
de ſon rang avec tout l'éclat
, & toute la grandeur d'ame
qu'on peut ſouhaiter dans
un grand Prince ; qui ſçaitaccommoder
l'affabilité & la dou
ceur avec la majesté attachée
au Trône , & que le Ciel protege
fi viſiblement.Outre ceux
du Peuple qu'on laiſſa entrer
pour voir le jeune Prince , il y
avoit encore beaucoupde perſonnes
de la premiere qualité.
qui s'eſtoient trouvées à l'accouchement
de la Reine . On
n'attendit pas que la nuit fuſt
venue pour faire des feux de
joye ; on en alluma avant co
GALANT.
137
temps - là , & on en fit de fi
grands , que tel qui avoin à
peine de quoy acheter une
charettée de Bois , la brûla entiere.
On But à la Santé du
jeune Prince de Galles , & on
donna tous les témoignages
d'allegreſſe qui estoient deus
à cette heureuſe naiſſance . On
éleve ce Prince d'une maniere
dont l'uſage n'eſt pas general ,
mais dontquelques Anglois ſe
font bien trouvez , ayant remarqué
que les Enfans s'élevoient
mieux de cette maniere
, & qu'il en mouroit
moins. On appelle cette façon
de les élever les nourrir à la cuitier.
Au lieu de leur donner à
teter , on leur fait prendre de
l'eau d'orge avec du lait.
La nouvelle de la naiſſance
de ce Prince fut à peine arri
138 MERCURE
vée en France , que Monfieur
Skelton , Envoyé Extraordinaire
d'Angleterre , en fit part
au Roy , & à toute la Maiſon
Royale. Il avoit envoyé demander
audiencele jour precedent
par ſon Secretaire , &
il fut conduit dans toutes les
formes par Monfieur de Bonneüil
, Introducteur des Ambaſſadeurs.
Il eſtoit accompagné
de pluſieurs Milords Anglois,
& entre autres desDucs
de Norfolc & de S. Albans . Sa
Maieſté luy dit que fa joye estoit
si grande qu'elle ne le cedoit qu'à
celledu Royfon Frere. Cet Envoyé
fut ſplendidement regalé par
l'ordre du Roy avec toute ſa
ſuite aprés l'audience.Madame
la Dauphine qui ne s'eſtoit
point levée, parce qu'elle avoit
refolu de ne voir perſonne ce
GALANT: 139
jour-là,dit qu'encore qu'ellen'eust
pas accoutumé de permettre qu'on
entra dans fa Chambre pendant
qu'elle estoit au lit , cette nouvelle
luy estoit ft agreable qu'elle ne pouvoit
s'empefcher de l'apprendre de
La bouche mesme de l'Envoyé , نم
de luy en témoignerſa joye. Monfeigneur
le DucdeBourgogne
ditdeluy meſme, que pourfaire
voir la fienne il feroit faire dés le
foir mesme un grand feu dans la
court du Chasteau de Versailles.
Monfieurl'Abbéle Houx dont
les Vers Latins ſont ſieſtimez ,
a fait ceDiſtique ſur cette naiffance.
Fortunata novo Regina puerpera
partu!
Divina enixa es Relligionis
opus.
En voicy un autre de ce
mefme Abbé.
140 MERCURE
Nofce triumphantem partununc,
Anglia, Matrem .
Hac Christo & Regi pariundo
reftituit rem.
Les . de ce mois , les Religieuſes
Angloiſes du Fauxbourg
Saint Antoine rendirent
graces à Dieu de ce qu'il avoit
accordé un Prince aux fouhaits
de l'Angleterre. lamais
leur Egliſe n'avoit eſté nyfi
bie ornée ny fi éclairée qu'elle
le fut cejour- là . Il y eut le matin
une Meſſe ſolemnelle , &
l'apreſdinée un Te Deum, & un
Salut en Mufique. Elle estoit
de la compofition de Monfieur
Oudor, Maistre de la Mufique
des Peres Jefuites de la Maifon
de Saint Loüis. Monfieur
l'Eveſque de Senez y officia
en habits Pontificaux ,& cette
ceremonie ſe fit en preſemGALANT
. 141
ce de Monfieur le Prince de
Richemont. Monfieur Skelton
, Envoyé Extraordinaire
d'Angleterre en cette Cour ,
s'y trouva avec Milord Hoord,
Frere de Monfieur le Duc de
Noceforc , Envoyé Extraordinaire
à Rome , Milord Staffort ,
& un tres -grand nombre de
perſonnes de qualité,François
&Anglois. Sur les dix heures
du foir , il y eut un Feu d'artifice
dans la Court au dehors
de leur Convent , & ellesfirent
des liberalitez à ceux du
peuple de leur voiſinage , qui
ſe preſenterent pour les recevoir.
Le zele de ces Religieuſes
eſt à eſtimer , puis que depuis
vingt ans qu'elles ſe ſont
établies icy , elles ont eu un
Salut tous les Vendredis dans
leur Egliſe avec Expoſition ,
142
MERCVRE
pour demander à Dieu la Con -
verſion des Heretiques , ce
qu'elles continueront juſqu'à
ce qu'il luy ait plu de les
exaucer.
Les Religieuſes Auguſtines
Angloiſes établies dans le
Fauxbourg Saint Victor , ont
faitde ſemblables prieres pour
la naiſſance du Prince , & elles
les ont continuées trois jours,
pendant leſquels elles ont marqué
leur joye par des Feux.
Elles les finirent par de Te
Deum.
Le 8. il y eut des prieres en
actions de graces pour le mefme
ſujet dans la Chapelle du
College des Ecoſſois , par les
ſoins du Principal , &elles
furent ſuivies le ſoir de réjoüiffances
publiques . Vn tresgrand
nombre de lampes éclaiGALANT
.
143
roit la façade du College , &
dans la Place voiſine qui eſtoit
auſſi toute éclairée , on avoit
dreſſé une grande Piramide
qui fut fort illuminée . Elle eftoit
ornée d'Emblemes & de
Deviſes à l'honneur de Sa
Majesté Britanique , &du jeune
Prince de Galles. Monfieur
l'Envoyé d'Angleterre s'y
trouva avec Monfieur le Duc
deNorfolc , & quantité de perſonnes
diftinguées .On fit jouer
un Feu d'artifice , & ce divertiſſement
fut accompagné
d'une magnifique Collation.
Les Irlandois des Colleges des
Lombard & de Montaigu ont
rendu les meſmes actions de
graces dans leur Chapelle.
Lejour précedent, Monfieur
Gorman , Superieur du Seminaire
de Sainte Anne la Roya
144
MERCVRE
ledes Irlandois de la Ville de
Bordeaux, avoit fait une grande
Feſte , pour rendre graces
àDieu de cette meſme naiffance.
Monfieur d'Allaire ,
Grand Vicaire de la Cathedrale
, celebra la grand Meſſe,
& le Te Deum fut chanté enfuite
par une tres bonne Muſique
, au bruit de pluſieurs falves
de Canon. Les Superieurs
de chaqueOrdre Eccleſiaſtique
y aſſiſterent avec quantité de
perſonnes confiderables . Le
foir , les Marchands Anglois
& Hibernois , entre lesquels
eſtoient Meſſieurs Henry , la
Vic , Poucere,Dekaler & Koane
, donnerent un grand Feftin
,& il futſuivy de pluſieurs
Feux d'artifice fur les bords de
la Riviere & fur la Riviere
mefme , accompagnez de décharges
GALAN T.
145
charges de Canon , qui durerent
une grande partie de la
nuir.
Ce meſme jour , Meſſieurs.
Patrice Lambert , & Patrice
Deans , Irlandois , marquerent
leur joye par une grande Meſſe
qu'ils firent chanter à Saint
Malo dans l'Egliſe de S. Servan
, apres quoy ils donnerent
un grand regale à bord de la
Fregate nommée , le Marchand.
Il y fut tiré plus de deux cens
coups de Canon ; & le ſoir ils
terminerent la réjoüifſance ,
par un tres-beau feu de joye,
orné de toute forte de fufées
figurées , avec l'applaudiſſement
de toute la Ville .
Les meſmes Prieres ont eſté
faites à Rheims , au College de
Saint Patrice , Patron d'Irlande.
Inillet 1688. G
18.
146 MERCURE
Vous avez ſçeu que Monſieur
de la Chappelle , Secretaire
des Commandemens
de Son Alteſſe Sereniffime
Monfieur le Prince de Conty,
avoit eſté nommé pour remplir
la place qui vaquoit à l'Academie
, par la mort de Monſieur
l'Abbé de Furetiere. Ily
fut receu le Lundy 12. de ce
mois & le difcours qu'il y
prononça recent beaucoup
d'applaudiſſemens. lene vous
en diray pas davantage , puis
que je vous l'envoye entier.
Vous y trouverez en original
les beaux endroits dontje vous
entretiendrois , ſi je ne vous
en envoyois pas une copic.
د
GALANT. 147
MESSIEURS,
Si les mouvemens du coeur pou
voient suppléer aux lumieres de
l'esprit, l'honneur que vous mefaites
aujourd'huy ne jetteroit pas
dans mes pensées le defordre&la
confuſion dont je ne puis les developer.
Je sçay que cet honneur eft
d'un prix infiny ,&s'il fuffifoit de
le connoistre pour le meriter ,je ne
rougirois pas à la veuë de ceux à
qui j'en suis redevable , honteux
de ne pouvoir donner des expreſſions
àmareconnoiſſance.
Eh ! comment en pourrois - je
trouver ? A peine initié dans les
misteres du Parnasse ( s'ilm'estpermis
de me fervir de ces termes)par
quelques Ouvrages que je n'ose pas
mesme avoüer, tant ilme paroiſſent
peu dignes du rang que je viens oc-
G
1
14.8 MERCURE
cuper, & connu Seulement par les
bontez d'un grand Prince que je
n'ay pas meritées,je me trouve élevé
au plus haut degré d'honneur ,
où la vertu fincere , l'Erudition
profonde , l'Eloquence parfaite
puiſſent élever ceux que l'étude
des belles Lettres distingue du reſte
des hommes ; je m'y regarde exposé
aux yeux de toute la France , comme
ſur un Theatre magnifique , où
tout ce quifrape mes yeux , étonne
mon esprit , &glace ma voix .
Ce filence profond que gardent
autour de moy tant d'Hommes illustres,
accoutumez à se faire admirer
lors qu'ils parlent, ce concours
extraordinaire de toutes fortes de
perſonnes , à qui vous ouvrez au
jourd'huy les portes de cet auguste
Tribunal des Muses , tous ces regards
attachez & confondus fur
moy , qui preſentent aux miens au
GALANT .
149
tant de Juges que j'ay d'Auditeurs,
zuges inflexibles , & prests fur de
qu'ils vont entendre à approuver
ou à condamner vostre choix ; enfin
, la dignité de ses lieux , &
plus encore la maieste de celuy ,
qui , quoy qu'absent , les remplir
toujours , dont l'image sacréepréfide
à toutes vos Affemblées , les
échauffe , les anime de cet esprit
de grandeur , & de droiture qui
èclate dans toutes ses actions.
Quel spectacle pour un homme
qui connoist sa foibleffe , & à qui
vostre gloire est encore plus chere
que la ſienne ! J'oſe le dire , Mefſieurs
, il eſtoit de vostre interest
que fur le pretexte ſpecieux des occupations
que me donne , ſur tout
en ce temps- cy , mon attachement
affidu auprés d'un Prince que l'ay
l'honneur de servir , ie fuſſe dif
penséde la loy commune qui m'obli-
G3
ESO
MERCURE
ge auiourd'huy à vousparleren public
; mais puis qu'il ne m'est pas
permis de violer un usage obſervė
depuis si longtemps avec tant d'éolat
, puiffele Genie de ce fameux
Cardinalà qui cet auguste Corps
doit sa naiſſance , m'inspirer ce
qu'il faut que ie diſe , de mesme
que longtemps aprés fa mort ila
encore conduit les affaires de cet
Empire floriſſant , & donné le
mouvement à celles de toute l'Europe
, tant les mesures qu'il avoit
priſes estoient longues & iuftes , &
les fondemens qu'il avoit iettez
estoient folides &affurez. Son nom
au deſſus de tous les eloges , imprimeà
ce qu'il a fait un caractere de
gloire, qui par ceſeul titre attire
avec iufſtice à cette illustre Compa
gnie la veneration de tous les eſprits;
mais vous n'eſtes point de ces Enfans
oififs , qui fiers de la dignité
GALNAT.
ISF
de leur naiſſance, & ensevelis dans
un honteux loiſir , penſentſucceder
à la reputation de leurs Peres com.
me à un heritage ,fans imiter leurs
Vertus.
Vous avez encore plus acquis
qu'on ne vous a laiſſe ; vous avez
mesme augmenté la gloire de vostre
Fondateur , en meritant que l'invincible
Monarque qui regne aujourd'huy
ne dedaignast pas d'estre
vostre Protecteur , ny de remplir
une place que deux de ſes Suiets
ont occupée avant luy , commafi ce
grand Prince , après avoir portéla
France à un degré de puiſſance,
auquelle Cardinal de Richelieu
luy- mesme , tout vaste &tout élevéqu'il
estoit dansses proiets ,n'a
jamais portèſes esperances nyfes
veûës , commesi, dissie ; il s'estoit
fait un plaisir de donner la per.
fectionà tout ce que ce celebreMis
G4
192 MERCURE
nistre n'avoit fait que souhaiter
pour couronner en mesme temps
La vertu d'un grand homme , &
faire connoistre la fuperiorité du
genie des Rois fur celuy de leurs
Swiets.
Après tout , quelque éclatant
que foit l'estat ou se voit auiour
d'huy l'Academie , souffrezque ie
wous rapelle avec quelque plaisir
celay où elle estoit en naiſſant ;
Souffrezque je vous faſſe ſouvenir
de ces premiers temps dont voſtre
bistoire afait une fiagreable peinzure
, temps heureux où l'estime
reciproque , l'amitié defintereffée,
L'étroite union des coeurs faisoient
le principal ornement de l'Academic.
Alors nulle infidelitén'avoit
encore obligé l'Academie à retrancher
aucundeses Membres , & nul
autre avant moy , en prenantfa
GALANT..
153
place parmy vous , n'avoit eſté reduit
à deplorer les égaremens de
Son Predeceffeur, au lieu de donner
des loüanges à son merite , & des
pleurs à sa memoire.
Alors un mesme esprit animoit
tous les Membres de ce grand
Corps , un mesme coeur les faisoit
mouvoir ; nulle intrigue fecrette,
nulle crainte , nulle defiance, nalle
jaloufiene les diviſoit" ; chacun regardoit
les interests des autres com
me lesfiens propres , & les affaires
de chaque Particulier devenoient
celles de tout le Corps..
Je ne sçaysi mes expreſſions répondent
à mon idée ; mais l'avouë
qu'ilse forme dans mon esprit une
image fiparfaite & fi gratieusede
ces premiers temps que l'ay peine
àl'en détacher.
Cependant qu'on ne croye pas
que je nevous la presenté icy , cette
G
154 MERCVRE
heureuſe image , que comme une de
ces admirables Antiques dont le
goust a pery avec ceux qui les ont
faites , & dont ceux qui ont tra
vaillé d'aprés n'ont donnéque des
copies , plus propres àfaire admirer
Les anciens Ouvriers , qu'ànous confolerde
leur perte..
Non, Messieurs , cettefimplicité
noble de nos Peres , cet esprit d'u
nion & de concorde n'est point éteint
parmy vous ; il est environne de
mille autres qualitez plus brillan
tes , qui en quelque maniere ledérobent
aux yeux , mais il n'en eft
Pas moins réel ny moins effectif, &
vons confervez encore au Louvre la
mesme pureté que vous aviezdans
leTempledeThemis .
C'est ainsi que i'appelle laMai-
Son quivous fervit de retraite apres
la mort du Cardinal de Richelieu
Le Palais d'un des plus illustres
GALANT.
155
Chefs que la Iustice ait samais cus
en France , n'est pas indigne d'un
titre si auguste.
Combien estoit - il au deſſus des
autres hommes , cet homme mer.
veilleux , que la multitude des affaires
dans la distribution de la
Justice commune ne laſſa ny nedégouta
point , que lepoids des grandes
chofes dans le Conſeil de nos
Rois n'accabla ny ne deconcerta
iamais , également fublime , également
admiré dans les plus grands
& dans les moindres emplois ! Ingez
de ce que fut Monfieur Seguier
par ce qui a fuivy sa mort , &
reparéfå perte. Loüis , l'Invincible
Louis a bien voulu estre fon Suc
ceffeur.
Qu'il me foitpermis ici , Meffieurs
, quoy que ie connoiffe mon
peu de forces pour une fi haute
entreprise , qu'il me foit permis dee
G6
156 MERCVRE
rendre à cet Auguste Protecteur leiufte
tribut d'admiration & de
louanges que luy rendentſes Ennemis
mesmes , si toutefois il est en--
core des hommes sur la terre à qui
on puiſſe donner cenom,affez aveugles
& témcraires pour ne pas ref
pecter sa puissance formidable
affez pervers & barbares pourne
pas adorer fes vertus ..
N'attendez pas que je vousentretienne
de ses conquestes , ny de
-Ses autres actions encore plus éclatantes
que ſes Victoires . N'atten .
dez pas que raſſemblant tous les
traits de fa gloire en un seul Tableau
,ie vous represente les bornes
de fon Estat pouffées au delà des
Pretentionsdefes Ayeux ; les Peuples
nouveaux acquis àfon Empire 3
lesEtats les plus éloignezhumiliez
& tremblans ; les voiſins étonnez
Soumis; la terreurde fon nom
GALANT.. 157
portée aux deux bouts du Monde
les Pays inconnus à l'Europe avant
Luy , pleins du bruit de fes exploits
&de l'admiration deſa grandeur,
la paix , l'abondance & la trans
quillité affermies dans fon Royau
me , tandis que les horreurs de la
guerre menacent ou defolent les au
tres Empires ;le Commerce renda
libre àſes Suiets danstoutes les par
ties de l'Univers ; la Iustice & les
Loix rétablies , la Religion prote
gée, l'Hereſie détruite..
Sans entreprendre de parcourir
toute cette fuite de merveilles ,je
tâcheray feulement de vous faire
remarquer en luy un caractère de
perfection quim'a toûjours frapé ,
&qui me semble élever fa gloire
infiniment au deſſus detout ce qui
afait le comblede celle des autres.
Eneffet ,d'autres ont esté Conquevans
avant luy , mais its ont boxne
158
MERCURE
leurs veues& leurs projets àgagner
des Batailles,&à prendre des Vil--
les , LOUISvaplus loin.
Confiderez encore auiourd'huy ,
pluſieurs fiecles aprés la mort de
ces fumeux Vainqueurs , les Païs
où ilssefont signalez. Ce ne font
que ruines affreuſes,que restes épouvantables
de carnage & d'incen--
die , que deserts d'autant plus hor--
ribles , qu'ils ont esté autrefois habitez
, & qu'on n'y trouve plus que
quelques miferables refugiez ſous
de triſtes mazures vwils gemiffent.
&n'entendentprononcer qu'enfremiſſant
le nom de ces Conquerans ,
qui ne sont louez & admirez que
dansles lieux où ils n'ont jamais
efté,& regardez les Pays que Louis s
a conquis ,Villes floriſſantes ,Bastimensſuperbes
qui les embelliffent,
Fortifications magnifiques qui les
ornent & qui les défendent, Peuples
beureux& enric his qui beniffent à
GALANT ...
159
1
toute heure le moment oùils ont esté
Soûmisàſa domination ..
On diroit qu'il a voulu- faire
pour chaque Place:aioûtée àfon
Empire , ce dont un des premiers *
Maistres du monde faisoitsaprincipalegloire
pour Rome Seule qu'il
Sevantoit d'avoirtrouvée de bri
que , &d'avoir renduë de marbre..
La mesme fingularité glorieuse
Je trouve dans tout le reste de ses
actions. S'il détruit parla juste rigueur
de ſes Loix la fureur des*
Duelsiufques alors impunie en France,
il en imprime en mesme temps
l'horreur dans tous les coeurs par
L'ardeur de luy plaire, quefes bon--
tezinspirent àſes Suiets ,& il at...
tache la honte àce qui faisoit aus
trefois lagloire des plus braves .
Si fes Vaisseaux vont ſous un aus
tre Ciel porter la gloire deson nom ,
itentreprend auſſi cost d'y fairecon160
MERCVRE
noiſtre &adorer celuy duvray Dieu
Enfin , s'il détruit entierement.
une Herefie également fatale à l'Etat&
pernicieuse à la Religion ,
également forte par lenombre de
fes Sectateurs , &par la fubtilité
de fes faux principes , il déracine
des ſemences d'erreurs presque imperceptibles
; qui cachées auiourd'huy
fous des apparences ſpecicufes
,deviendroient un jour de veritables
Heresies ,si sa sagessen'ésouffoit
ces Monstres en naissant .
tant il est vray quele Ciel luy a
donné d'agir , d'ordonner , de voir
au delà des lumieres des autres
hommes.
Iem'imagine, Messieurs qu'en ce
moment où l'idée de la grandeurde
ce Roy , toûtours victorieux , hono
rant cette Compagnie de ſa prote-
Etion , se preſente toute entiereà
vos esprits , vous me croyez pluss
GALANT. 161
accablé de vostre gloire , & plus
penetréque iamais du peu de raifon
que j'avois d'aspirer à l'honneur
que vous m'avezfait.
C'est au contraire en ce moment
que ie deviens plus bardy , & que
ie trouve qu'il m'estpermis de voUS
dire que i'ay merizé la place que
vous m'avezaccordéc. le mefouvies
que le Prince à qui ie dois vos bontez
a l'honneur d'appartenir à LOVIS
LE GRAND , & de là me vient
cette espece de preſomption qui fied
bien quelquefois , & au vray merire,
& à la vrayevertu . Ouy , MS
fieurs quand je ſonge à celuy qui
me donne à vous , iefuis digne de
vous. Au lieu des talens que voUS
cherchez, & que vous ne trouvez
point en moy , ie vous apporte l'am
mitié de ce grand Prince , dont il
m'a ordonné de vous affurer , ami
162 MERCVRE
tie precicuſe , qui faisoit autrefois
la ioye & les delices du fameux
Horosfon Oncle,dont la Francepleure
encore la perte ,& dont tous les
ficcles publieront la gloirefans' la
pouvoirjamais égaler.
Il'eſtoit ,vous leſçavez , un des
plus chers objets de l'estime & des
tendres affections de cet Onde fi ad.
mirable , & qu'il fouffre que se le
dife , cette estime ni cette affection
n'estoient point aveugles , il a paru
digne en effet des foins & de l'attachement
du grand Prince de Conde.
Quand j'oferois entreprendre de
vous faire son éloge , & dem'abandonner
aux mouvemens de mon
coeur , après la défenſe qu'ilm'en a
faite ,ie ne sçay si ie pourrois rien
aioûteràce que je viens devous dire,
nydeplus glorieux pour luy , ny
de plus univerſellement avoué de
toutle monde ..
GALANT. 163
.
1
Mais ilne m'a permis, Meffieurs,
de vous parler de luy que pour vous
faire des remercimens , & vous
aſſurer qu'il veut bienprendre part
à l'obligation que je vous ay , dont
ie ne perdray iamais leſouvenir &
dont la reconnoiffancefera ausfilom
que que ma vie.
Vous ſçavez que l'Acade
mie change tous les trois mois
de Directeur , & que c'eſt le
fort qui en decide. Monfieur
Charpentier pour qui il s'étoit
déclaré , eſtoit alors à la teffe
de cette celebre Compagnie ;
ainfice fut luy qui répondit à
Monfieur de la Chapelle. Il y a
longtemps que les excellens
Ouvrages qu'il a donnez au
Public , vous ont fait connoiſtre
ſon merite. Aprés qu'il eut
ceſſe de parler , on eut le plaifir
d'entendre une Epiſtre en
Vers de Monfieur Perrault ,
F64 MERCVRE
qu'il adreſſe à Monfieur de
Fontenelle, Elle fut lûë par
Monfieur l'Abbé de la Vau , &
receu un applaudiſſement general
. Le méme Monfieur de
la Vau lût enſuite une Pricre
pour le Roy , auffi en Vers, de
Monfieur Poyer , & la feance
finit par la lecture que fit Monſieur
leClerc d'une Paraphrafe
del' Exaudiat. Ils receurentl'un
& l'autre les louanges qu'ils
meritoient . Voicy l'Ouvrage
deMonfieur Perrault.
GALANT .
165
j
LE GEΝΙΕ ,
t DE
EPISTRE
A MONSIEUR
FONTENELLE.
COMME
on voit des Beautez
Sans grace&fans appas ,
Qui furprennent les yeux , mais
qui ne touchent pas ,
Ou brille vainement sur un jeune
visage
De la rose & du lys le pompeux
assemblage ,
Oùsous un front ferein de beaux
yeuxsefont voir
Comme des Rois captifs ,fans force
&Sans pouvoir :
166
MERCURE
Tels on voit des Esprits au deſſus
du vulgaire,
Qui parmi cent talens n'ont point
celuy de plaire.
En vain,cher Fontenelle,ils favent
prudemment
Employer dans leurs vers jusqu'au
moindre ornement,
Prodiguer les grands mots
figuresfublimes ,
,
les
Et porter à l'excés la richefſſe des
rimes;
On baille , on s'affſoupit ,&tout cet
appareil
Aprèsun long ennuy cause enfin le
Sommeil.
Il faut qu'une chaleur dans l'ame
répanduë ,
Pour agir au dehors , l'eſleve &la
remue ,
Luy fourniſſe un discours qui dans
chaque Auditeur
Ou de force ou de gré trouve uns
approbateur ,
GALANT .
167
Qui ſaiſiſſe l'esprit,le convainque
& le pique ,
Qui deridele front du plus Sombre
Critique;
Et qui par la beautédeses expreffions
Allume dansle coeurtoutes lespaffions
.
C'est ce feu qu'autrefois , d'une
audace nouvelle ,
Promethée enleva de lavoûte éter
nelle ,
Et que le Ciel répand,fansjamais
s'épuiser ,
Dans l'ame des Mortels qu'ilveut
favorifer.
L'homme , fans ce beaufeu qui l'é
claire & l'épure ,
N'est que l'ombre de l'homme &fa
vaine figure ,
Il demeure inſenſible à mille doux
appas
Que d'un oeil languiſſans il voit &
nevoit pas,
168 MERCURE
Des plus tendres accords lesfçavau
tes merveilles
Frapantfans le charmerſesſtupides
oreilles ,
Et les plus beaux objets qui paßent
parsessens ,
N'ont tous pour sa raiſon, que des
traits impuiſſans ;
Il luymanque ce feux , cette divive
flame,
L'esprit de fon esprit , & l'ame de
Son ame,
Que celuy qui poſſede un donfi
precieux ,
D'un accens eternel en rende grace
aux Cieux;
Eclairépar luy - mefme&fans étude
habille ,
Il trouve à tous les Arts une route
facile (venir
Lesçavoir leprevient &semble luy
Bien moins defon travailque defon
Souvenir.
Sans
GALANT. 169
Sanspeine ilfe fait jour dans cate
nuit obfcure
On se cache à nosyeux la Secrette
Nature
Il voit tous les refforts qui meuvent
L'Universa
Etsi le fort l'engage au doux meftiers
des vers,
Parluy mille beautez à toute heure
Sont venës
Que les autres Mortels n'ontjamais
apperçeves
Quelque part qu'au mmaattiinn il dedouure
des flgurs
Il voit la jeune Aurore y répandre
des pleursετού
Siliette fes regards fur les plaines
humides ,
Ily voit se ioüer lesvertes Nerej
des, (rens tons
Etfon oreille entend tous les diffe-
Quepouffent dans les airs les Conques
de Tritonsona
Juillet 1688
170 MERCURE
Silpromensses pas dans une foreft
Sombre ,
Ily voit des Silvains & des Nymphesfans
nombre, 1
Qui toutes l'arcem main ,le carquoissur
le dos (échos ,
De leurs cors enroüez reveilles les
Etchaſſant àgrand bruit vont ter
miner leur course
Au bord des claires eaux d'une
bruyante ſource. 1
Tantoſt il les verrafans arc&Sans
-carquois
Danfer durant la nuit au filence
desbois, ( danse legere
Et fous les pas nombreux de leur
Faire à peine plierla mousse& la
fougere,
Pendant qu'aux mesmes lieux le
refte des Humains C
Ne voit que des chcureuils , des
biches&des dains
C'est dans ce feu facré que germe
Eloquence,
GALANT .
1
}
Qu'lle y forge fes traits , Sanoble
vehemence ,
Qu'elley rend ses discours fi brillans
& fi clairs ;
C'est ce for qu formoit la foudre &
Les éclairs
Dont le fils de * Xantippe & le
grand Demosthenes
Effrayoient à leur gré tout le peuple
d' Athenes .
C'est cette même ardeur qui donne
aux autres Arts
Ce qui merite en eux d'attirer nos
regards,
Qui feconde,produit parses vertus
Secrettes
Les Peintres , les Sculpteurs , les
Chantres les Poëtes,
Tous ces hommes enfin en qui l'ors
-Vn merveilleux sçavoir qu'on ne
voit regner
peut enfeigner,
*Periclés.
UneSaintefureur ,uneſage manier
H
172
MERC VRE
Et tous les autres dons qui forment
Le Genie .
Au deſſus des beautez , au deſſus
des appas
Dont on voit fe parer la Nature
icy -bas .
Sont dans un grand Palais foigneu-
Sement gardées
De l'immuable Beau les brillantes
idées ;
Modelles eternels des travauxplus
qu'humains
Qu'enfantent les esprits ou que
forment les mains.
Coux qu'anime & conduit cette
flame divine
Qui du flambeau des Cieux tire
Son origine ,
Seuls y trouvent accés,&par d'heureux
efforts
Yviennent enlever mille riches tré
fors.
Les celebres Mirons , les illustres
Apelles
GALANT.
173
Y prirent à l'envy mille graces now
velles ,
Ces charmantes Venus, ces Iupiter's
tonnans
Où l'on vit éclater tant de traits
étonnans ,
Que la Nature mefme enfes plus
beaux Ouvrages
Ne peut nous en donner que de fot
bles images .
Ge fut là qu'autrefois ſans l'usage
des youx ,
DuSiege d'Ilion le Chantre glorieux
Découvrit de fon Art les plus faorez
myberes .
Et prit deſes Heros les divins caracteres
Ce fut tà qu'il forma la vaillance
d'Hector ,
Le courage d'Ajax , le bon sens de
Neftor ,
Du fier Agamemnon la conduiteSe
vere
H-3
17.6
MERCURE
Et du fils de Thetis l'implacable
colere;
liffe y fut conceu toûjours fage&
prudent ,
Therſite toûjours lâche & toûjours
impudent .
Dans ce mesmefejour tout brillant
de lumieres ,
où l'on voit des obiets les images
premieres,
Ilſcent trouver encor tantde va
rietez ,
Tant defaits merveilleuxſagement:
inventez ,
Quemalgrédesfoonntteemmppss l'ignorance
profonde..
Deson temps trop voisinde l'enfance
du monde,
Malgré de tous ſes Dieux les difcours
indecens,
Ses redites fansfin ,ſes contes land.
guiſſans.
Dont l'harmonieuxfon neflatteque
l'oreille
GALANT.
Et qu'il laiſſe échapper quand fa
Muse Sommeille ,
En tous lieux on l'adore , en tous
lieux fes écrits
D'un charme névitable enchantent
Les esprits.
C'est là que s'élevoit le Heros de
ta race
Corneille, dont tu fuis la glorieuse
trace.
C'est là qu'en cent façons fous des
fantômes vains
S'apparoiſſoit à luy la Vertu des
Romains ,
Qu'habile il en tira ces vivantes
images
Qui donnent tant de pompe àses
divins ouvrages,
Et qu'il releve encor par l'éclat de
Sesvers,
Delices de la France & de tout
l'Univers...
En vain quelques Auteurs dont
La Mufe sterile
H4
178 MERCURE
N'eût iamais rien chanté fansHo
mere & Virgile ,
Pretendent qu'en nos jours on fe
doit contenter
De voir les Anciens & de les imi
ter,
Qu'en leurs doctes travaux font
toutes les Idées
Que nous donne le Ciel pour estre
regardées ,
Et que c'est un orgueil aux plus
ingenieux ,
De porter autre part leur efprit&
leurs yeux.c
Combienfans lefecours de ces rares
modelles
27
nouvelles ?
3
En voit- on s'élever par des routes .
Combiende traits charmans semez
dans tes écrits ,2
Ne doivent qu'à toy ſeul & leur
estre & leur prix ?
N'a-t- on pas vû des Morts aux
rives infernales
GALANT.
179
Briller de cent beautez toutes originales,
Et plaire aux plus cigarins fans
:: redire en françois 1
Ce qu'un aimable Grec leur fit dive
autrefois ?
Del'Eglogue, en tes vers , éclate le
merite,
Sans qu'il en couste rien au fameux
Theocrite
Qui jamais ne fit plaindre un
amoureux destin ,
D'un ton fi delicat ,fi galant&fi
fin.
Pour toy , n'en doutons pas trop
heureux Fontenelle
Des nobles fictions la source est
éternelle 1
Pour toy , pour tes égaux , d'un
inimuable cours
Elle coule fans cesse & coulera
toujours
H
180 MERCURE
: Cette Epiſtre vous fait voir
que Monfieur Perrault perſiſte
afoûtenir que les Mordernes
qui ont du Genie , peuvent
faire quelque choſe de tresbon
fans imiter ſervilement
les Anciens. Il fait imprimer
un Ouvrage en Proſe intitulé ,
Paralelle des Anciens & des Mo
dernes en ce qui regarde les Arts&
des Sciences,Comme il traite cette
matiere à fond , vous aurezz
le plaisir de voir l'injuſtice des
preventions où ſont quantité
de gens à l'égard des uns & :
des autres.
lene puis finir cet Article
d'Academic ſans vousapprendre
que Monfieur Guyonner
de Verron,Academicien d'Arles
, a eſté receu dans celle des
Ricourati de Padoue , à la place
de feu Monfieur le Duc de So.
Aiguan
A
GALANT. 184
e
コ
لا
2
Le bruit qui avoit couru il
y'a longtemps que Monfieur
LarcherPreſident en la Chambre
des Comptes de Paris,avoit
épousé Mademoiselle de Donon
la Montagne , dont le Pere
eſtoit Treforier general de
l'Artilerie de France, s'eſt enfin
trouvé veritable,& ce mariage
qu'on avoit tenu ſecret , aeſté
declaré depuis peu de jours...
La Maiſon de Donon eſt originaire
de Champagne,& apour
Armes trois Hures de Sanglier de
fable en champ d'or ,&pourfupposts
deux Levretes. Elle est alliée
à des perſonnes des plus
confiderables de la Robe & de
l'Epée , & pluſieurs de ce nom
ont poſſedédesCharges impor.
tantes dans la Maiſon de nos
derniers Rois .
Monfieur le Prince de Cour
H6
182 MERCVRE
renay époufa ces jours paf
fez Madame la Preſidente le
Brun. La naiffance de ce Prince
eft fi connue, qu'il me feroit
inutile de vous en parler .Ileft
tres-bien fait& fa bonne mine
foutient fa naiſſance. Madame
la Prefidente le Brun eſt de la
Maiſon de Pleſſis - Besançon,
dontil y a eu un Ambaffadeur
àVenife .Monfieur le Brun fon
premier Mary, eſtoit Preſident
auGrand Confeil , & Maistre
des Requeſtes , parce que fans.
Cette derniere Charge on ne
peut poſſeder la premiere .
Environ au meſme temps
que se fit ce mariage , mouru
Tent Monfieur l'Abbé Faget
ancien Agent general duClergéde
France ,& Monfieur-Lorenchet
, Avocat Generalde la
TrueReine
GALANT. 18
C. Le Royayant arreſtéleMa
riagede ſon Alteſſe Sereniffime
Monfieur le Prince de Conty,
avec Mademoiſeile de Bourbon
, & que la ceremonie des
Fiançailles ſe feroit le 28. du
mois paflé , ce Prince & cette
Princeſſe ſe rendirent ce jour
là à quatre heures aprés midy
dans l'Appartement de Madarme
la Dauphine. Monfieur le
PrincedeConty eſtoiten manteau
,& avoit un habitde brocard
à fond brū ,& à fleurs d'argent
tout couvert d'un point
d'Eſpagne d'or meſlé d'un pen
d'argent. La doublûre du man
teau estoit d'une étoffe couleur
de roſe à fleurs d'argent,
& ce Prince avoit une garniture
& un bouguer de plumes
de la mefme couleur, avec une
tres, belle attache deDiamans
184 MERCURE
Il avoit à ſon pourpoint des
Emeraudes & des Diamansau
lieu de boutons , & le grand
air qui luy eſt ſi naturel eſtant
relevé par tout ce qu'une magnifique
parure luy pouvoit
donnerd'éclat , ce Prince attira
les yeux de toute la Cour,
qui ne pouvoit ſe laſſer d'admirer
fa bonne mine...
Mademoiselle de Bourbon
avoitun habit de taffetas noir
bordéd'oravecunpeu de ſoye
couleur de feu ; le corps eſtoic
dela meſme étoffe , mais avec
une broderie meſlée de Dia--
mans , & de Rubis. La jupe :
eſtoit blanche bordée d'or ,
meflée d'un peu de couleur de
feu. Elle avoit une mante de
brocard d'or , dont la quenë
choit portée par Mademoiselle
de Condé , fa Socur. La joge
GALANT 185
modeſte qui paroiſſoit dans fes
yeux la rendit encore plus
brillante , & lors qu'on la vit
paroiſtre , il y eut detous coſtez
de voix qui loüoient fona
air , fa bonne grace , & tous les
agremens de ſa perſonne qui
avoit cejour là un certain brillant
qui ſe faiſoit remarquer.
Les Fiancez traverſerent l'Ap
partement de MadamelaDaud
phine& la Galerie , où toute:
laCour qui s'étoit parée à l'occafion
de cette ceremonie , fee
trouvoit en haye pour les attendre
, & pour ſe rendre avec
eux dans le Cabinet du Roy......
Le Contrat y fut ſigné par Sa
Majesté,Monſeigneur leDau--
phin , Madame la Dauphine,
Monfieur , Madame , Mon
ſicur le Duc de Chartres , ८.
par tout de reſte de laMaifona
186 MERCVRE
Royale , aprés que Monſieur
le Marquis de Seignelay
, Secretaire d'Etat , qui a
la Maiſon du Roy dans fon
Département , en ent fait la
lecture , ſuivant ce qui ſe pratique
en de pareillesoccafions-
-Cela eſtant fait , Monfieur l'Eveſque
d'Orleans , premier
Aumônier du Roy , fitla ceremonie
des Fiançailles .
Le lendemain toute la Maifon
Royale , & toute la Cour
magnifiquement parée s'étant
trouvée àla Meſſedu Roy , се
meſme Prelat fit ensprefence
deSa Majesté la ceremonie dos
Epouſailles. Mademoisellede
Bourbon avoit un habit de
brocardd'argent, dont le corps
eſtoit brodé de perles , & de
Diamans. Le reste del'habit
eſtoit chamaré de point d'h
4
GALANT. 187
pagne d'argent , & la juppe de
meſme étoffe garnie de meſme .
Cette Princeffe avoit une
coeffure toutede perles. Mademoiselle
de Condé portois
encore fa queüe ce jour là..
-Monfieur le Prince de Coni
by avoit un habit noir brodé
d'or , & garny de rubans coul
leur de feu , avec un bouquet
de plumes de la meſme couleur;
les boutons de fon pourpoint
eſtoient de Dramans . L'aprefdinée
ce Prince receut ſes vifi
tes dans l'Appartement de fon
Alteffe Sereniffime Monfieur
le Prince , où l'on avoit pre
paré toutes chofes pour le coucher
des Epoufez . Aprés le
Soupé , le Roy deſcendit dans
eet Appartement. Il fuffit que
vous fçachiez qu'il eſt à Mon.
fieur lePrince pour eftre per
183 MERCURE
fuadée que tout y eſtoit magnifique
& de bon gouft , puis
qu'il eſt mal aiſé de voir éclater
plus de grandeur , & plus
de galanterie que dans toutes
les chofes qui regardent ce
Prince. Monfeigneur le Dauphin
, Madame la Dauphine,
Monfieur , Madame , & toute
la Cour ſuivirent le Roy dan's
ce meſme Appartement. La
Toilette de Madame la Prin
ceſſe de Conty eſtoit dans la
Chambre de Monfieur le Prince
, où les Mariez devoient
coucher. Cette Toilette fut
admirée de toute la Cour. Le
deſſus eſtoit de drapd'orbrodé
d'or & de perles , & le Miroir ,
les quarrez , les boëres , les
baffins & les flacons , de vermeil
doré , le tout d'un tresbel
ouvrage , & de fort bon
GALANT. 189
goût. Le deſſous de la Toilette
eſtoit garny d'un point de
France fi haut qu'on ne voyoit
point de toile. Il y avoit ſous
cette Toilette un Tapis de velours
vert garny d'une creſpine
d'or. Le lit eſtoit de velours
cramoifi à bandes boodees
d'or , & doublé d'une moire
d'or , brodée d'argent. Le foubaſſement
eſtoit de point de
France , &la courte pointe en
eſtoit auffi garnie.
On avoit mis la Toilette de
Monfieur le Prince de Conty
dans un Cabinet joignant la
Chambre où ce Prince devoit
coucher. Elle estoit d'un brocard
d'or mélé de couleur de
feu , &de vert , mais ſi agreable
quele Royen remarqua la
beauté. Sa Robe de Chambre.
eſtoitde meſme étoffe , & tout
IG0
MERCVRE
fon deshabillé ſi bien entendu
& fi magnifique , qu'il attira
les yeux de toute la Cour . Le
Roy fit l'honneur à ce Prince
de luy donner ſa chemiſe , &
Madame la Dauphine , la donnà
à Madame la Princeſſe de
Conty. Cot honneur fut aca
compagné pour l'un & pour
l'autre de toutes fortes de marques
de joye de bonté : & d'agrement
dela part de Sa Majeſté
& de Madame laDauphine.
Aprés que Madame la Princeffede
Conty eut eſté miſe au lit,
le Roy y conduifit Monfieurle
Prince de Coty .Ces nouveaux
Mariez receurent encore le
lendemain des viſites dans le
mefme appartement. Le Roy
leur fit l'honneur de les aller
voir à l'iſſue de ſon difner.
Monſeigueur le Dauphin étant
GALANT.
191
àLivry ce jour- là leur rendit
vifite à Paris . Madame la Dauphine
leur fit le meſme honneur
à Verſailles le jour que le
Roy y alla , & ils furent viſitez
de toute la Maiſon Royale
avant que de venir à Paris , &
de tout ce qu'il y avoit de perfonnes
diſtinguées à la Cour.
Ils partirent de Verſailles l'a-
- préſdinée du jour ſuivant,pour
ſe rendre icy à l'Hoſtel de
Conty. Monſeigneur avoit refolu
de venir voir ce jour là
Monfieur le Prince & Madame
la Princeſſe de Conty ,
ce qui fut cauſe qu'on travailla
avec toute la diligence poſſible
aux appreſts d'une Feſte proportionnée
à la promptitude
avec laquelle il falloit s'y préparer
, & qui , quoy que belle,
eſtoit encore au deſſous du
192
MERCVRE
zele de Monfieur le Prince de
Conty,& de ce qu'il auroit fait
s'il avoit eu plus de temps .
Monſeigneur arriva ſur les
cing heures du foir , & fut
receu à la defcente de ſon Carroſſe
, par Monfieur le Prince,.
Monfieur le Duc , & Monfieur
le Prince de Conty. Il monta
d'aborddans l'appartemet haut
qui donne ſur le lardin , ce qui
le rend fort agreable. Comme
le jour estoit encore grand , on
ne le voyoit briller que par l'é .
clat de ſes meubles , qui ſont
fort magnifiques. Il eſt compoſé
d'un grand Salon , d'une
tres belle antichambre , d'une
grande chambre , d'une plus .
petitepour coucher,& dedeux
fort beaux Cabinets , le tout
formant une tres - belle enfilade,&
aboutiſſant à un grand
GALANT . 193
baffin fur l'eau , qui donne un
agrément merveileux à tout
cet appartement. A coſté du
dernier des deux Cabinets on
trouva une Collation compofée
de tout ce que la ſaiſon
avoit pu fournir de plus rares
fruits,&de toutes fortes d'eaux
glacées , & de liqueurs . On
paſſa enfuite dans un grand
falonéclairé par un fort gran'd
nombre de Lustres ,de Girandoles
,& de flambeaux , où un
divertiſſementen forme d'Opera
avoit eſté preparé. Ce Salon
eſtoit partagé en déux . Il
yen avoitune moitié pour les
Spectateurs ,& l'autre étoit occupée
par le Theatre. Comme
le terrein manquoit,Monfieur
Berrin avoit trouvé
moyen d'épargner celuy qui
auroit eſté neceſſaire pour fai194
MERCVRE
1
re un Orchestre , & avoit fair
faire trois Amphiteatres ſur le
Theatresun de chaque coſté,&
un autre dans le fond. Ils
eſtoient dans des manieres de
Corridors , avec des appuys
ou Baluſtres pardevant , fur
leſquels on voyoit de fort
beaux Tapis. Toute la Muſique
eſtoitdans les Amphiteatres
des coſtez , & la Simphonie
dans celuy du fonds , de
forte qu'elle estoit également
entenduë de tout le monde.,
QuandMonſeigneur futplacé,
on tira des rideaux qui eftoient
au devant du Theatre
au lieu de toile ,& l'on fut furpris
de voir un nombre infiny
de perſonnes magnifiquement
veſtuës, repreſentant pluſieurs
Divinitez qui devoientſervir
d'acteurs à une maniere d'Epicalame.
GALANT. 195
Cet ouvrage mis en Muſique
par Meſſieurs de Lully eſtoit
de la compoſition de Monfieur
dela Chapelle , Secretaire des
Commandemens de Monfieur
lePrince de Conty qui avoit
le ſoin ,& la conduite de toute
laFeſte. Minerve parut d'abord,
&chanta ces vers qui ſervirent
de Prologue.
D
Ieux des Arts
Temple
, occupez au
deMemoire
Aconsacrer à l'immortalité ,
Le nom d'un Roy dont lesfaits &la
gloire
Paroîtront unprodige à la posterité ,
Ceffons de celebrer ses travaux, fes
merveilles ,
L'Univers a tremblé , les Peuples
font foumis ;
Le Vainqueur regne en paix, &na
plus d'Ennemis ;
Iuillet 1638 . I
196 MERCURE
Ses bontez fes exploits ont épuisé
nos veilles.
Il nous permet d'interrompre en
ce jour ,
Les Soins que nous prenons pourſa
gloire immortelle
Et veut qu'icy l'Hymen , d'accord
avec l'Amour ,
Chante les doux plaisirs d'une ar
deur mutuelle ,
Qui joint aux noeuds du sang une
chaîne nouvelle.
On vit enſuite paroitre Apollon
qui fit cette Scene avec Minerve.
APOLLON.
Je quitte les Valons facrez ,
Qù je tiens mon Empire ,
Et je viens avec vous ordonner &
conduire
Tout l'appareil des Ieux qu'icy vous
celebrez .
GALANT.
197
MINERVE .
Ab , qu'ils auront de charmes&de
gloire !
Apollon vient luy-mesmeaugmenter
leurs appas ,
Etles Filles de Memoire
Accompagnent ſes pas .
APOLLO N.
Vous leſçavez , Minerve, & leſoin
qui me preſſe ,
Comme moy vous intereffe.
Que ne devons - nous point à ce
fangglorieux ,
Dont les Heros s'affemblent en ces
lieux !
Apollon&Minerve ayant repeté
enſemble ces deux derniers
Vers, la Suite de l'un & de
l'autre fit une entrée de Ballet ,
aprés quoy Apollon reprit.
Muses, Dirux,sur qui je preſide,
Je vous laisse en cebeaux Séjour ,
Venezparoiſſeztous ; venez ſuivez .
IAmour,
I 2
198 MERCVRE
--Tous les lieuxfont charmans quand
l'Amour fert de guide.
Ceprologue eſtant finy , l'A .
mour vint chanter ces Vers,
qu'il adreſſe aux jeux & aux
plaiſirs qui l'accompagnoient.
Aimables ieux, suivezmes pas,
Doux plaisirs , redoublez vos
charmes,
Offreztous vos appas
T
Adeux coeurs dont l'Hymen a finy
les alarmes .
C'eſtdeformais dans ceféiour
Que je veux établir ma Cour,
Preparez degalantes Festes
Pour celebrer l'Hymen de cesheureux
Epoux ,
Dans les lieux où vous estes
Tous les momensſont doux.
Il y eut icy une Entrée de Balet,
& la Nuit eſtant ſurvenuë,
commença par ces Vers tout le
divertiſſement qui ſuit.
X
GALAN T.
Qui vient troubler la
cet azile?
BIBLIO
18
paix de
Mortels , finiſſez ces Concertss
Loüiffezdu repos tranquille
E
HTT
70
E
Que je donneà tout l'Univers.
La Nuitſeplaiſt dans lefilence,
Elle finit du jour les penibles travaux.
N'oppofez àfes loix aucune refiftance,
CouronneZvous de ſes pavots.
Cedez à leur paiſible & douce violence
,
Goûtezles charmes du repos.
L'AMOUR.
Charmante Nuit , Secondez mon
envie
Pourplaire àdeux Epoux fortis du
Sang de Mars
l'ayraſſemble de toutes paris.
Tout ce qui peut formerlaplus douce
harmonie,
Charmante Nuit , secondez mon
enviex
13
200 MERCURE
LA NUIT.
Fayez ,fuyezde ceſéjour ,
Sommeil , portez ailleurs unſecours
neceffaire ;
Voſtre Empirene dure quere
Dansles lieux où regne l' Amour.
L'AMOV R.
Laiſſons dormir l'inutile Vieilleſſe.
Dont la tendreffe
Se perd en vains defirs.
L'uniquefoinde la leunesse
Eſt de veiller ſans ceſſe,
Et de chercher toujours l'amour &
les plaisirs,
La Nuit & le Choeur.
Laiffons dormir l'inutile Vicilleffe.
Heureux Epoих ,
L'Amour veille avec vous.
L'AMOVR .
Le plus puiſſant des Dieux a celebrė
luy-mesme
Cet Hymen plus heureux que celuy
de Thetis ..
GALANT . 201
Rien n'en trouble la paix ny la douceur
extreme ,
Et l'Amour & l'Hymen font pour
jamais unis.
DEVX PLAISIR S.
Chantons la douce intelligence
Où ces Dieux vivront deformais
C'est àvous que l'on doit cette henreuſe
aliance ,
Tendres Epoux , goutez.en lis
altraits,
L'AMOVR .
Pour leur marquer mon Zele & ma
reconnoissance
L'invente un Divertissement
Digne ,ſi je le puis , de leur plaire
in moment ,
L'ay beſoin de vostre aſſiſtance ,
Et la Nuit est plus propre aux plaifirs
de l'Amour
Que le brillant éclat du jour.
LANVIT.
Les Graces & l'Hymen icy viennent
ensemble.
14
202 MERCURE
Quel bonheur les affemble
L'AMOV R.
En faveur des nouveaux Epouх
L'or tonne aux Graces de leſuivre,
Ah, s'il est douxde vivre ,
Ce ne dost estre qu'avec vous,
Venez , aimable Hymen , que rien
ne noussepare ;
Venez prendre part aux plaiſirs
De la Feste queje prepare ,
Et rayons deformais que lesmémes
defirs.
La Nuit & deux Plaiſirs .
Regnez, charmant Hymen , couronnezla
tendreſſe
De tous les coeurs que l'Amour
bleffe.
Aimables Dieux, ne vous quittez
iamais;
Quevôtre Empire aura d'attraits !
Regnez, charmant Hymen, couronnezla
tendreffe
De tous les coeurs que l'Amour
bleffe.
GALANT... 203
L'HYMEN.
Pourlesfidelles Amans.
L'Amourn'est pointſausalarmes,
Leurs plaiſirs les plus charmans
Leur couſtent toûjours des larmes;
Mais quand l'Hymen unit tous leurs
momens,
L'Amourn'a plus quedes charmes
Pour les fidelles Amans,
L'AMOUR & L'HYMEM,
Que nostre intelligence est belle!
Qu'elle soiteternelle..
L'HYMEN
Mais qu'entens-je ? Iunon vient
dans ce bean séjour.
Que d'éclat que de gloire & de
magnificence !.
JVNON
Que j'aime à voir l'intelligence ,
Où l'Hymen est avec l'Amour !
Ces Epoux, dont la chaine aujourd'huy
vous raffemble ,
Sont dignes des foins glorieux
204 MERCVRE
De tous les Immortels ensemble,
Voyez ce que je fais pour eux.
Je vais rendre eternel vostre inno-
1
cent commerce ,
Pour affeurer leurs plaiſirs ,
Fuyez, chagrins , fuyez; tristes
Soupirs;
Dans leur aimable ardeurque rien
ne les traverſe ,
Et que tout flare leurs defirs
L'AMOV R.
Iunon dans nos Ieux s'intereffe,
Qu'ils auront de charmes divers!
Montrez vostre allegreffe,
Redoublez vos concerts.
Il ſe fit icy une troiſiéme En
trée de Balet.
JVNON.
Sortez du noirféiour , haftez-vous
de me plaire ,
Pluton répondez àmavoix.
PLUTON.
A quoy te fuis-je neceffaire ?
GALANT . 205
Commande ; mon Empire est soumis
à tes loix,
IVNON.
L' Amourcelebre une Feste nouvelle ,
Ie partagefes foins , j'autorise fon
Zele ,
Eloignez de ces lieux ce qui pourroit
troubler
Les innocens plaisirs qu'il a scen
raffembler...
Dans l'affreuse épaisseur de vos
funestes ombres ,
Enchainezla Discorde & les Soupçonsjaloux,
Allezrevoir l'horreurde vos demeu
resfombres
Dieu des Enfers allez, protegez.
nous.
PLVTON.
le t'obeis , ievais dans leurs Antres
funebres
Accabler fous les fers ces Monstres
:
odieux;
D'eternelles tenebres ,.....
1
206 MERCURE
Et rienne troublera les ieux
Dela Feste quetu celebres.
Noirs Ministres de mon courroux,
Suivezmespas, préparez vous,
Venezdans nos priſons les plus
Impenetrables
Enſevelir pour iamais
Les Ennemis detestables
De l'Amour & de la Paix.
L'AMOV R.
La Diſcorde, la Ialoufie
Neſuivrontiamais vos pas;
Heureux Epoux , ioüißez des
appas
D'une innocente vie.
JVNON.
Aimable Nuit , tandis qu'en ces
momens
Ie comble de douceurs cet heureux
hymenée
Pour accomplir cette journée
Fais par quelques Songes charmans
,
Predire à ces tendres Amans
GALANT.
207
Le bonheurde leur destinée.
LA NVIT .
Doux Enfans du Sommeil , agreable
mensonges ,
Par qui les Mortels enchantez,
De leuss biens à venirſçavent les
veritez,
Répondezà ma voix , accourez ,
heureux Songes
Montrez à ces Epoux de combien
de beaux jours,
De combien de bonheur partoutfera
Suivie
La plus heureuse & la plus belle
vie
Dont la Parque iamais puiſſe filer
le cours.
Premier SONGE heureux,
Pour vos coeurs enflamez
Ne. craignez point les noeuds dons
L'Hymen vous enchaine ,
Ils font exempts de toutes peines
Sous fes plus douces loix l'Amour
les a formez
208 MERC VRE
Pour vos coeurs enflamez
Deuxième SONGE heureux .
Princeffe , vostre Epoux fera touiours
aimable ,
Et vous aurez toujours le pouvoir
de charmer .
Est- il un bien plus desirable
Que d'avoir en tout temps de quoy
Se faire aimer ?
LA NVIT.
Les Ris , les Plaiſirs & les Jeux
Yous comblent de douceurs extrémes
, Σ
Vostre deſtin eſt plus qu'heureux
Etplus beau que celuy des Dieux
msmes.
L'Amour Sans ceffe offre à vos
voeux
Les Ris , les Plaisirs ,& les feux-
L'AMOUR & L'HYMEN
Hos vertus ont des Dieux attiré la
prefence , 4
Et merité leur fecours
GALANT. 209
Heureux Epoux , que leur puiſſance
Veille à iamais sur vos beaux
jours.
Vne GRACE.
Princeſſe aimable , l'Amour vous
favorife ,
Dans ces plaiſirs l'Hymen vous
autorise
Cedezà leurs transports ,goustezen
les douceurs,
Vous regnez sur tous les coeurs...
Fillede la vertu mesme
Vous marchezsur sespas
Vous avez fesfolides appas;
Que vous rendez heureux le Heros
qui vous aime ...
Chantons,chantonsſa gloire, &fon
bonheur extrême .
Vn PLAISIR & une GRACE.
• Ciel prens Soin de leurs defti
nées ,
Quepour eux tes faveurs
Ne foient jamais bornées.
210 MERCVRE
Dans les plaisirs , dans les hon
neurs
Fais couler toutes leurs années ..
L'AMOUR..
Uniſſons- nous , offrons nos leux les
plus charmans
Adeux Epoux toûjours amans.
N'oublions rien pour plaire
Dans ces aimables lieux ,
Rien nenous est contraire;
On y voit briller desyeux
Plus beaux que la lumiere ..
Dont ſe parent les Cieux .
N'oublions rien pourplaire..
Vn PLAISIR..
Que l'Amour ad'attraits
Pour un coeur qu'il inspire!"
Heureux quifent.fes traits,
Trop heureux qui soupire !
Ne nous laffons iamais
Defuivrefon empire..
Il y eut encore icy une en
trée de Balet..
GALANT. 211
Vne GRACE .
L'Hymen a cent douceurs
Pour uncoeurquil'appelle;
Il bannit les rigueurs
D'une Beaute cruelle ,
Et charme les langueurs
D'un coeur tendre &fidelle .
Cedez à voštre tour ,
Beautez à qui tout cede .
Faut- il qu'en ce beau jour
Lacrainte vous poffede ?
Des maux que fait l'Amour
L'Hymen est le remede.
L'HYMEN .
Vivez , heureux Epoux ,
Dans une paix profonde ,
Soyez toûjours comblezde nos biens
lesplus doux ,
Vivez, heureux époux, pourlebonheurdu
monde ,
Donnez- luy des Heros qui foient
dignes de vous.
212 MERCVRE
Le Choeur repete les deux
derniers Vers , comme il en
avoit repeté pluſieurs autres
en divers endroits que j'ay cru
inutile de vous marquer.
Cedivertiſſement eſtant finy
Monſeigneur traverſa le méme
Apartement par lequel il
avoit déja paſſé . Il eſtoit éclai .
ré par un tres - grand nombre
de Luftres , de riches Girondoles
,& de Flambeaux de vermeil
doré, de ſorte que la grande
quantité de lumieres qui
faifoient éclater les meubles
dont cette longue enfilade étoit
ornée, la rendoient toute differente
de ce qu'elle avoit paru
lors qu'on y avoit paſſé la premiere
fois .Monſeigneur eſtant
deſcendu de cet Apartement,
trouva d'abord un petit Salon
GALANT. 213
qui n'eſtoit orné que de Bufets
chargez de Criſtaux , de Vaſes.
de vermeil doré , & de lumiere.
Il entra de la dans une longue
Sale qui pouvoit paffer pour
une Galerie , elle eſt de plein
pied du jardin , & c'eſt par cette
Sale qu'on entre dans l'Apartement
bas. Il y avoit outre les
- Luſtres qui l'éclairoient un
- nombre infiny de lumieres
dont la diſpoſition avoit quelque
choſe d'auſſy galant qu'extrordinaire
.Quãtité de Quaiffes
d'Orangers eſtoient ran
gées des deux coſtez de la Sale
,& on en avoit mis vis - à- vis
de chaque trumeau & dans
tous les Angles . Ces Quaiffes
étoiết toutes couvertes de toile
d'argent . On voyoit au pieds
de chaque arbre une petite
214
MERCURE
Montagne de verdure toute
remplie de Fleurs . Vn Feſton
d'autres Fleurs tournoit en
montant autour de la tige de
chaque Oranger , & couvroit
ce qui fervoit d'appuy à une
Girandole de cristal , qui s'élevoit
au deſſus de ſon ſommet ,
& qui estoit environ à ſept
pieds de haut. Les Orangers
eftoient tout couverts de
Fleurs , & de Fruits , & l'Art
joint à laNature ſembloit avoir
pris plaifir à les en charger.A
l'un des bouts de cette Sale
eſtoitune table carrée couverte
d'un tapis magnifique fur
lequel il y avoit encore quatre
Quaiſſes pareilles aux precedentes
, quatre Girandoles de
pieces de toutes fortes de couleurs
, & un Miroir qui faiſoit
paroiſtre une ſeconde Sale , &
GALANT. 215
repreſentoit un Buſte de feu
Monfieur le Prince qui eſtoit
à l'autre bout. Ce Buſte qui
eſtoit de front eſtoit ſur un
Scabelon de marbre ,& fi refſemblant
qu'il frapa d'abord
tous ceux qui le virent. Il y
avoit deux Tables au milieu
de cette Sale' , de dixhuit
couverts chacune. De
cette Sale Monſeigneur entra
dans une autre carrée.
Elle eſtoit éclairée par quatre
Girandoles portées ſur quatre
Orangers , ornez comme ceux
dontje viens de vous parlet.
On avoit placé ces Orangers
aux quatte coinsde la Sale . Il y
avoit quatre autres Girandolesdans
le meſme lieu , poſes
fur quatre Gueridons , dont
deux eſtoientaux coſtez de la
216 MERCURE
cheminée , & les deux autres
aux coſtez d'un Miroir placé
entre deux croiſees Huit
grandes Plaques d'argent portant
de groſſes bougies fervoient
encore d'ornement à
cette Sale , ainſi que deux Portraits
qu'on y voit ſeuls ; l'un
eſtoit du Roy , & l'autre de
Monseigneur. Ce fut dans ce
lieu que ce Prince mangea , à
une grande table à pans ralongez
, & qui eſtoit de vingt
quatre couverts. Les Dames
mangerent avec Monſeigneur.
Ie ne vous décris point le
repas. Vous pouvez bien vous
imaginer que tout y fut delicat
, & en abondance & qu'on
n'avoit rien oublié de tout ce
quela ſaiſon pouvoit fournir
de plus rare. De cette Salle où
l'on mangea , on paſſa dans un
GALANT.
217
,
où
petit Cabinet tout garny de
Glaces peintes , de forte qu'on
n'y voyoit que des Glaces , de
la Peinture ,& de l'or. Rien
ne pouvoit eſtre plus galant ,
plusriant , & plus magnifique.
Aprés qu'on eut admiré ce
Cabinet , la Compagnie ſe difperſa
dans trois autres
eſtoient des tables pour toutes
fortes de Jeux. Tous ces Cabinets
eſtoientornez & éclairez
de differentes manieres. Cet
appartement qui eſt remply de
croiſées en forme de portes
vitrées , parleſquelles on entre
dans le Jardin ,tiroit un nouvel
agrément de l'Illumination
que l'on voit par ces croisées ,
& qui paroiſſoit encore plus
belle qu'elle n'avoit fait de
l'appartement bas qui donne
dans ce lardin il y avoit une
218 MERCURE
د
,
tres - grande quantité d'Oran -
gers qui formoient un grand
demy cercle. Ils eſtoient tous
chargez de fleurs& de fruits ,
qui faisoient un agreable mélange
avec les lumieres vives
dont les quaiſſes étoient toutes
bordées . Ces quaiſſes eſtoient
auſſi jointes par des filets des
meſmes lumieres qui regnoient
haut & bas le long de
l'eſpace qui les ſeparoit
dans le milieu de ces eſpaces
entre deux Orangers , eſtoit
une Girandole garnie de bougies
qui s'élevoient au deſſus
du ſommet des Orangers. Dans
le fond du demy cercle qui
s'étendoit juſques au bout du
Iardin , il y avoit une piramide
de lumieres de vingt-cinq
pieds de haut , qui finiſſoit par
une Fleur de lys. L'Allée qui
regnoit
GALANT. 219
S
regnoit au bout , non pas en
perſpective mais dont on
,
voyoit tout un côté paroiſſoit
auſſi toute brillante , par un
nombre infinyde Luſtres qui
eſtoient ſuſpendus entre tous
les arbres . LeBaffin qui fait le
centre du Parterre , & qui ſe
trouvoit au milieu du demy
cercle , eſtoit également bordé
de lumieres vives : On avoit
pris ſoin d'en envoyer dans
toutes les maiſonsde la ruë de
Guenegault , qui font au delà
du Iardin , & qui donnent au
deſſus des arbres,afin quel'lllu .
mination fuſt continuée auſſi
loin que la veuë pouvoit s'étendre
. Ces maiſons eftant
illuminées juſqu'aux toits , &
l'éclat des appartemens de
l'Hoſtel de Conty éclairez de
la maniere que je viens de vous
Iuillet 1688 . K
220 MERCURE
龙
décrire répondant à cette Illumination
, on ne voyoit que
lumieres de quelque coſté
qu'on fe tournaſt . Tout cela
eſtoit du deſſein de Monfieur
Berrin. Monseigneur s'en retourna
à Verſailles aprés
avoir témoigné toute la fatisfaction
poffible d'un regale fi
complet.
د
La Modeſtie de Monfieur le
Prince de Conty , qui tâche à
détourner toutes les loüanges
qu'il ſçait qu'on luy veutdonner
, m'empefche de m'étendre
icy fur toutes celles qui luy
font deuës , & je ne les toucheray
que legerement , &
ſeulement pour fuivre la regle
que j'ay obſervée depuis douze
ans que je vous écris , qui
eft de vous entretenir du merite
de ceux dont je vous apGALANT.
221
a
1
S
prens le mariage ou la mort.
Je ne vous diray point que Mr
le Prince de Conty a toute la
valeur qu'on peut ſouhaiter
dans un grand Prince , puis
qu'il n'a laiſſe paſſer aucune
occafion de courir à la gloire ,
quelque perilleuſe qu'elle fuſt,
fans l'embraſſer avec toute la
chaleur , que demandoit l'ardeur
genereuſe du ſang dontil
eft forty. le n'entre point dans
le détail de ſes actions. Ce n'eſt
pas icy le lieu d'en parler . Ge
Prince eſt encore ſi jeune ,
qu'il y a ſujet de croire qu'elles
nemanquerontpas de fournir
dequoy groffir l'Histoire
du regue le plus floriſſant& le
plus beau qu'on ait jamais veu
☐☐dans aucun Empire de la Terre.
Lalectureluy fait beaucoup
de plaifir , & comme il vou-
H
i K2
222 MERCVRE
droit ne rien ignorer , il ne
s'attache qu'aux Livres qui
peuvent luy apprendre quelque
choſe. Il aime toutes les
perſonnes d'un merite diſtingué
, ſes manieres font engageautes,&
fa fermeté eſt grande
à ſoûtenir ce qu'ila une fois
entrepris. On a peu ven de
Princes de fon âge dont les affaires
ſoient mieux reglées.
Cela vient de ce qu'il ſçait ſe
moderer quand il n'eſt pas en
eſtat de faire les choſes qu'il
ſouhaite avec le plus de paſſion .
Cette ſageſſe , & cet empire
fur luy meſme ont quelque
choſe de ſi ſingulier , & de fi
nouveau , que plus on y fera
1 de reflexion , plus on trouvera
qu'une conduite ſi ſage & i
prudente rend ce Prince digne
GALANT. 223
de loüanges . Il en eſt peu qui
en meritent de ce coſté là , &
c'eſt d'où vient la ruine des
plus Illuſtres Maiſons . Enfinje
puis dire pour achever fon
éloge , ce qui ſeul en vaudroit
un tout entier , qu'il avoit merité
l'eſtime de feu Monfieur
le Prince , dont les vives lumieres
ſont connues , & cela
dans les derniers jours de ſa
vie, c'est - à- diredans un temps,
où le détachement qu'on a du
monde, fait qu'on juge de tout
avec moins de prevention
fur tout lors qu'il s'agit dedonner
ſon eſtime .
Ie vous parleray peu deMadame
la Princeſſe de Conty, &
cependant je vous en diray
beaucoup , puisqu'on ne sçauroit
donner de plus grandes
K3
224 MERCVRE
louanges à une Femme qu'en
diſant qu'elle a l'eſprit parfaitementbien
tourné , & toute
la prudence & tout le bon
goût imaginable. Ces qualitez
fontfi naturelles à cette Princeſſe
, qu'on peut dire qu'elles
font nées avec elle ; auſſi ne
peut on laconnoiſtre ſans l'aimer.
Elle a de plus une bonté
engageante qui acheve de gagnerles
coeurs Enfin , elle eſt
digne Fille de Madamela Princeffe
, dont la douceur & la
vertu , font connuës & eftimées
de toute la Terre .
Quoy que vous ayez déja
veu dans cette Lettre un long
article touchant la naiſffance
du Prince deGalles , & les ré
jouiſſances qu'elle a fait faire
en divers endroits, jedois vous
donner icy une continuation
GALANT. 225
de ce meſme article , dont je
n'avois pas les particularitez
lors que je l'ay commencé.
Monfieur Skelton , au retour
des Audiences qu'il eut à Verfailles
, donna les premieres
marques de ſa joye , en traitant
tous les Anglois de qualité qui
eſtoient à Paris , & refolut de
faire un Feu d'artifice afin que
le Public y puſt prendre part.
Comme il ſçavoit bien que
toutes les Feſtes conſiderables
qui ſe font en France eſtoient
de l'invention de Monfieur
Berrin , il le pria d'avoir ſoin
de la Decoration de ce Feu ,
& ne luy donna que fort peu
detemps pour y faire travailler
, quoy qu'il ſouhaitaſt quelque
choſe qui répondiſt à la
grandeur de fon zele. Le jour
qu'il regalalePublic de ce ſpe-
K-4
226 MERCURE
dtacle , il le fit annoncer des ſix
heures du matin , par un grand
nombre de Boëtes . Elles recommencerentſur
le midy ,&
le Peuple en fut plus particulierement
informé par deux
Fontaines de vin qui coulerent
ce jour- là , & pendant une
grande partie de la nuitdevant
l'Hôtelde Monfieur l'Envoyé.
Vn peu avant qu'on tirak le
Feu , il fit ſervir une magnifi .
que Collation aux Miniſtres
des Princes Etrangers , à pluſieurs
Dames de qualité Antgloiſes
& Françoiſes , & generalement
à tous ceux qui avoient
eſté conviez , dont le
nombre montoit à prés de deux
cens perſonnes . Tout eſtant
preſt pour tirer le feu ,Monfieur
Skelton qui demeure proche
de l'Hoſtel deConty , ſoachant
GALANT .
227
que Madame la Princeſſe de
Conty y eſtoir avec Madame
la Princeffe, & Madame laDucheffe
, en uſa d'une maniere
fort honnefte & fort galante ,
Illeur envoya Monfieur Lochement
,fon Ecuyer , pour
ſçavoir d'elles quandelles vouloient
que l'on commençaſt à
allumer .Elles répondirent fort
obligemment à cette honneftetédont
elles le remercietent ,
& dirent que puis qu'il vouloitbien
avoir cette déference,
elles luy demandoient encore
une demy- heure. Pendant ce
semps lePeuple quirempliſſoit
la Place où le Feu estoit dref.
ſe ,ſedivertiſſoita voir l'illumination
du Logis de Monfieur
Skelton ainſi qu'à entendre
lesHaut bois , les Timbales
, & les Trompertes. Lat
K
228 MERCURE
demy heure queles Princeſſes:
avoient demandée s'eſtant
écoulée , on alluma , non pas
l'Artifice ſuivant ce qui s'eſt
toujours pratiqué , mais les
lumieres dont l'architecture de
cet édifice eſtoit toute profilée
, de forte que longtemps
avant que l'Artifice jouaſt ,
cet édifice parut tout brillant ,
& tout couvert d'un nombre:
infinyde lumieres, fans portant
qu'aucun membre de l'architecture
en fuſt caché . Ainfi
toutes les parties de ce grand
corps ſe voyoient diſtinctement.
Ie paſſe à la deſcription
de tout l'édifice , & des Deviſes&
Inſcriptions. Les unes
&lesautres font de Monfieur
Lochement dont je viens de
vous parler , ainſi que tout ce
quiles concerne dans l'article:
GALANT .
229
}
que vous allez lire ,& fur lequel
je n'ay fait aucun raiſonnement
demoy-mefme..
L'Edifice qui reprefentoit
le Temple de la Vertu , & dont
l'Architecture eſtoit d'un or.
dre Dorique parce que les an
ciens l'ontattribué à la Valeure
& à la Prudence , s'élevoit
àpres de cinquante pieds de
hauteurdepuis le rez de chaufſée
juſques au fommer de la
Couronne ,& fortoitd'une plate
forme de cinq pieds de haut,
qui estoit enfermée d'une ba-
Juſtrade , entrecoupée de Pié--
deſtaux , portant des Vaſes do .
rez , avec un Efcalier de huit
marches, fur douze pieds d'ou--
verture de face. Huit pilaſtres
iſolez de marbre de dif.
ferentes couleurs portoient
la façade , au deſſus de la-
C
K6
230
MERCVRE
24
quelle , comme au milieu de
la friſe , eſtoient repreſentées.
les Armes de leurs. Majeftez
Britanniques dans un Ecu diviſé
en deux parties égales .. Entre
les pilaſtres eſtoient des
Piedeſtaux avec des Statuës de
marbre blanc. Au milieu du
Portique paroiſſoit la Religion
foulant aux pieds l'Herefie
& tenant d'une main leCalice,
& de l'autre la Croix qu'elle
appuyoit fur un Bouclier au
chiffre du Roy d'Angleterre..
Ce Bouclier eſtoit à ſes pied's
pour marque de la protection
qu'il luy donnoit. Dans lePiedeſtal
de cette Figure on voyoit
pour Deviſe un Aiglon droit
au Soleil avec ces mots, Digna
proles, ce qui marquoitl'eſperace
que les Peuples doivent concevoir
de la Naiſſance du Prince
GALANT. 231
deGalles , fortant d'un Pere
qui le conduira à la Gloire.On
faifoit auffi allufion par cet
Aigle , à l'Aigle blanche , qui
compoſeune partiedes Armo1-
ries de la Matſon d'Eſt dont la
Reine d'Angleterre eſt ſortie,
pour faire entendre que le jeunePrince
fera le digne heritier
desVertusde la Reine ſa Mere ..
Achacun des Angles de l'Edifice
estoit une Statue. Celle
du côté droit reprefentoit la
Force appuyée ſur une colomne
, & à côté gauche eſtoit la
Prudence. L'une & l'autre tenoit
un Bouclier où étoient
gravées les Armes du jeune
Prince. On liſoit ces
deux Vers Latins fur la Corniche
,
Marmora dura cadunt ; Virtus;
es.t Machina , per quan
232
MERCURE
JACOBI rapide Nomen ad
Astra volat .
Au deſſus de la Corniche étoit
un Artique portant un grand
Piédeſtal , orné d'un bas relief
d'un Combat fur Mer , & fur
ce Piédeſtal on voyoit poſé un
Galbe qui portoit de chaque
côté une Renommée ſonant de
laTrompette ,pour faire entendre
juſqu'où va la gloire da
RoydAngleterre. Dans le milieu
on voyoit une Deviſe de
bas relief. C'eſtoit un Soleil
naiſſant, & qui chaſſoit les Oifeaux
de nuit. Ces deux mots>
luy ſervoient d'ame : Excacat
candore
, pour marquer que:
comme le Soleil naiſſant chaſſe:
les Hiboux & réjouit ceux
qui attendent fon lever , de
mefme le Prince de Galles ,
avec la qualité d'Heritier de la
GALANT. 233
Couronne , diffipera les vains
projets des Ames mal intentionnées
, & affermira le zele
de ceux qui font profeſſion
d'être fidelles Sujets . Sur ce
meſme piédeſtal eſtoit élevée
une Couronne de huits pieds.
de diametre qui repreſentoit
celle d'Angleterre. Elle eſtoit
portée par deux Lions & par
deux Licornes , & formée de
lumieres vives quila rendoient
toute brillante. Le reſte de l'Architecture
en étoit auſſi tout
porfilé , pour marquer l'éclat
du glorieux Regne de lacques
II. & l'on voyoit des trophées
d'Armes furtous les piédeſtaux
qui estoient ſur la corniche..
Dans le contour ſuivoient
les Médailles entourées de feſtons
de Palmes &de Lauriers,
234 MERCURE
16
attachez entre les Pilaſtres. La
premiere contenoit la rebellion
du Duc de Monmouth
figurée par les Geans,entaſſant
montagnes fur montagnes
pour faire'la guerre à Iupiter
qui les foudroye , & qui les
étouffe entre les rochers . On y
liſoit ces paroles , Inculmine
fulmen. La ſeconde estoit un
Sceptre entortillé de Laurier
&dont un bout touche la terre
, & l'autre les nuées avec
ees mots , Pro Deo de Populo
pour fignifier que tous les deffeinsdu
Roy d'Angleterre ne
tendent qu'àla gloire de Dieu
&au bonheur de fon Peuple..
La troifiéme qui repreſentoir
une nacre de perles voguant
furla Meravec ces mots. The
fauro gravida , marquoit que la
Ricine avoit porté un Trefor
DELAVU
LYON
BIBLIO
*
1883 *
;
>
2
at
P
li
m
pc
1
et
lit
fu
Sc
&
re
ce
po
fei
&
La
un
fu
-
Sau
Re
GALANT.
235
qui doit faire les delices de
l'Angleterre . On voyoit enfin
dans la quatrième une Rofe
partie blanche & partie rouge ,
dont fortoit un Marsavec ces
mots E rosa Mars , pour faire
connoitre que le Prince de
Galles marchantunjour ſur les
traces du Roy fon Pere , fera
un Mars comme luy . La Rofe
blanche & rouge fait voir la
réunion des deux Maiſons
d'Yorc & de Lancastre , dont
Jaques II. aujourd'huy reguant
eftheritier.
Je vous envoye une eſtampe
du Feu , que j'ay fait graver
beaucoup plus exacte & mieux
travaillée, que celle qui courut
parmy le Peuple le jour du
Spectacle . Lors qu'il fut finy ,
Monfieur Skelton fit continuer
l'Illumination & les Fontaines
236. MERCVRE
+
de vin tout le reſtede la nuit ,
& partit de Paris , avec tous
ceux qu'il avoit conviez, pour
ſe rendreau Chaſteau de Montrouge.
On y fervitun magnifique
Soupé ſur quatre tables
dequarante couverts chacune.
Les plats furent portez par cent
Suiffes , auſon des Violons &
des Hautbois , auſquels répondoient
les Timbales , & les-
Trompettes . Il y avoit cent
Boëtes dans le Jardin . On en
fit pluſieurs décharges lorsque
l'on butla ſanté des deux Rois,
&desMaiſons Royales . Toute
lacourt duChaſteau eſtoitilluminée
, & il y avoit au milieu
une piramide delumieres , où
eſtoient repreſentées les Armes
d'Angleterre , d'Ecoffe
& d'Irlande . On voyoit un
Cheſneau deſſus,en memoire
GALANT
237
de celuy qui garantit le
fen. Roy d'Angleterre de lat
pourſuitede ſes Ennemis trois
Couronnes eſtoient attachées
à ce Cheſne , & il avoit fur le
fommet de la piramide un Lion
armé , qui tenoit trois épées
nuës avec ces mots , Nemo me
impune laceffir. Cette grande
Feſte ſe termina par un Bal
qui durajuſques à cinq heures
du matin. Le ſoir ſuivant, Mr.
l'Envoyé regala pluſieurs autres
perſonnes qui n'avoient.
pu avoir place à ce grand repas
cequi ſe fit encore avec beaucoup
de magnificence , & au
bruit des Boëtes & de pluſieurs
Inſtrumens . On nedevoit pas.
moins attendre d'un Miniſtre
auſſi genereux & auſſi zelé pour
la gloire de fon Prince , & qui
s'eſt dignement acquitté &
238 MERCVRE
avec applaudiſſement , desdifferens
emplois qu'il a eus , à
Vienne , à Hambourd , aux
Cours des Princes de la Baffe-
Saxe , & en Hollande , où avec
les manieres genereuſes d'un
homme tout magnifique , ila
fait voir qu'il avoit toutesles
qualitezd'un parfait Ambaſſadeur.
Voicy, Madame; ce que vous
me demandez il y a longtemps ,
je veux dire, la ſixième Partiede
'Histoire des Troubles de Hongrie,
Elle contient tout ce qui s'eſt
paſſe pendant l'année entiere
de 1687. tant du coſté des Imperiaux
, que de celuy des
Othomans , la Bataille que ces
Infidelles perdirent auprés de
Mohats , les diverſes Conquêtes
de l'Empereur avecla reddition
d'Agria ; le Couronne.
GALANT. 239
コ
-
ment de l'Archiduc Iofeph ,
aujourd huy Roy de Hongrie ,
la Dépoſition de Mahomet IV .
l'élevation de Soliman III . &
les malheurs cauſez à Conſtantinople
par la revolte des Troupes.
Cette ſixiéme Partie ſe
vendchez les Sieurs de Luines
& Guerout , Marchands Libraires
à Paris , qui debitent
les cicq premieres .
,
La nouvelle Carte de la Gre-
CC tirée des Memoires de
Monfieur l'Abbé Baudrand ,
embellie du profil des principales
Villes conquiſes par les
Venitiens , ſe vend chez le
Sieur Deſgranges , à l'entrée
du Quay de l'Horloge du Pa--
lais,du coſté du Pont au Change
, avectoutes fortes de Cartes
de Hollande, & autres des plus
nouvelles . Il y a autour de cel
250
MERCVRE
cy 21. Places ou profils de toutes
Villes de la Grece .
Depuis qu'on imprime la
Muſique , perſonne ne s'eſtoit
encore avisé de faire imprimer
des Airs ferieux & Bachiques
à deux ou trois Parties
, mélées de ſimphonies &
&d'accompagnemens , de maniere
qu'on puiſſe jouër tout
un Livre de fuite , fans trou-
-ver deux Airs d'une mefme
modulation , C'eſt ce que vient
de faire M. Martin , qui a donné
au Public un Livre qu'il a
compoſé exprés pour former un
petit concert. Chaque recitou
Trio chantant eſt precedé d'une
petite fimphonie , come Ouvertures,
Chacones Rondeaux ,
& autres petites Pieces de caprice,
propres pour les Violons
&pour les Flûtes avec des acGALANT.
251
-
compagnemens dans tous les
Recits ; & afin de faciliter le
concert , il les a fait imprimer
en quatre Parties , & a joint à
la Baffe continue tous les Recits
chantans en partition,pour
plaire aux perſonnes qui peuvent
s'accompagner elles-mêmes
du Claveſſin , du Theorbe,
ou dela Baſſe de Viole . Ces Livres
ſe debitent chez le Sieur
Guerout, Court-neuve du Palais.
Voicyles Nos de ceux qui ont
expliqué la premiere Enigme
du mois paſſe ſur te Fichu ,qui en
étoit le vray mot. Meſſieurs
Coüeffé de Loir Hongnant , du
_ Montrel , Carrere ; Blondeau;
Chicolay Sieur de Goubertin ;
le Directeur du Godgar; I. L.
le chef des Mécontens de la
Ruë Hautefueille; R.RlOi420
MERCURE
ſeaule plus volage de la Foreſt
de Rez ; Thibaut ; l'Ingenieux
des petits ponts de Caën ; l'Illuſtre
Berger Nicaiſe ; Tresruant
loüeur d'Echets ; Le
grand Scamandius ; Silvio Seigneur
de Brademort ; l'apoticaire
de Montagné & fa Belle
de la Ruë du Beau ſejour ;
l'Eminante Vertu du Cerf- volant
, & fon aimable foeur ; la
Ioye du Monarque , & fon indifferente
Voiſine ; la face la
plus copieuſe ; la Scoeur aux
ttois Peucelles ,& fa charmante
Confine des Singes de Chartres
; la belle Pleureuſe de la
Prairie de Troyes : la charmante
Theano ; la belle Maguelonne
: la grande Anacorette :
les deux foeurs du Pavillon
Royal de la ruë S. Martin : M.
L. L la plus ſolitaire de la ruë
S.
GALANT. 241
S. Chriſtophle : M. A. G. la plus
charmante voix de la ruë S.
Nicolas I. E.F. l'indifferente
beautéde la ruë des DeuxPortes
; la veuve de Rhedon au
mary vivant .
La ſeconde a eſté expliquée
fur la Selle à cheval par le petit
J. de la ruë S. Severin :le Chevalier
du Firmament : Antoinette&
Marie Bellier du Quav
de la Tournelle : Lifete & Cathin
Machine : & la Cloche
fidelle de la rue Pierre Sarrazin.
Monfieur Bouchet , ancien
Curé deNogentle Roy, a trouvé
le vray ſens des deux Enigmes
, auſſi bien que Meſſieurs
l'Abbélegros tuë des Barteries
àRouen :Digeon de la Fontainc
des BlancsManteaux : le Riche
& Mademoiſelle Juillet du
Juillet 1688 . L
252
MERCURE
Quay des Morfondus : Collin
de la broſſe grand Bailly de
Montrefort : Firmini ruë de
Gévres : le proche voiſin de
la nouvelle Place Royale de
Poitiers : le Diamant dans le
fumier , & l'inconſtant fon
frere , de la rue d'Avignon :
l'Apollon des ſept Muſes : le
Chevalier de Lorgnettes : l'in- ,
ſtrument de la Melancholie : le
Valet déguisé , tous ces quatre
derniers de la ruë S. Iean de
Beauvais : le faiſeur d'Horofcopes
de la rue Chartiere :
Monfieur du Coeur volant de
la meſme ruë : le Maitre au
langage des yeux & fon Ecolicre
: l'Abbé de la Hure amant
de ſa belle coufine de la Montange
Sainte Geneviève : Giroflée
: Anfelme de la ſocieté
des bons beuveurs : l'heureux
:
:
GALANT.
253
-
cordon des belles de Bayonne :
le Chaudronnier nocturne ,
fans malle ni feraille : le coeur
à la Royale du culde ſac S. Hilaire
: le celeſte Allobroge de
Lion : l'aimable Camus de la
ruë fainte Anne : le fils du plus
proche voiſin de l'Amant froid
de la rue de la Juifverie:le voifin
de l'Amant inconſtant de la
Place Maubert
:
L'aimable
Louiſon de la rue des Vrfalines
de Chartres : l'Amant des
belles Chirurgiennes , l'Amie
desjeunes Muſes : l'aimable &
ſpirituelle Fauché , de la rue
S. Honoré : la belle & aimable
M. N.à l'Anagramme Tu merite
magrace : l'impatiente brune;
la veuve ſans pareille de la rue
deTournon : les Precieuſes en
rognures de la Cour d'Albret :
la petiteveuve badine de la
L2
244 MERCURE
montagne fainte Genevieve :
& la Sultane teſte verte de la
rue Coupe- gorge . F
le vous envoye deux Enigmes
nouvelles , La premiere
eſt deMonfieur Bandinucey de
Lion , & la ſeconde de Monſieur
Lourdet.
ENIGME.
E Cequi medonne la naissance
Habitevalons & Coteaux.
I'aydes Freres en abondance ,
Mais la pluſpart en grandeur inégaux.
Nul travailn'est égal au nostres
Nous courons dans tout l'Univers,
Etjamaison ne vit par voyages divers
Des Freres ſi ſouvent éloignez l'un
de l'autre
Noussommes quelquefois au milieu
des combats ,
GALANT.
145
Attaquez,defendus parde vaillans
Soldats.
Mais de leurs plus grands coupsnous
bravons lafurie,
Nous n'avons que deux Ennemis ,
A chacun d'eux nous sommes tous
Soumis
Quand l'un a te deſſus , ce n'est
pointraillerie
Rienne peut plus nousfecourir,
Ilfaut perir.
AUTRE ENIGME .
DE l'esprit & du corpsi'entretient
l'embonpoint.
F'étalefur le teins & les Lis & les
Rofes
Et celuy qui nem'a point
N'est pas riche, quandmesme ilau
roittoutes choses.
l'eſpere que vous me tiendrez
compte du ſecond Air
L3
246 MERCVRE
2
nouveau que je vous envoye
gravé , & dont voicyles pa
roles .
AIR NOUVEAU.
A
Mour , que tes feux sont à
craindre !
Vn coeur les reçoit aisément ,
Maislas! que ce coeur est à craindre
Lors qu'il voudroit ;&nesçaitpas
comment
Les éteindre.
Ces paroles& cet Air font du
fameux M. de Bacilly,qui a fait
Spirituels
graver depuis peu fes Airs
Spirituels tout autrement
qu'ils n'eſtoient,non ſeulement
pour la graveure , mais pour
quantité de changemens &
d'augmentations , dont il eſt
parlé dans un diſcours qui eſt
1
247
la
gra
m
vais de. cell
4
2
246
nouv
gravé
roles.
A
Vn ci
Maisla
Lors qu
Ces
fameu:
graver
Spiritu
qu'ils n
pour 1
quanti
d'augm
parlédans un discours qui eſt
GALANT.
247
وھ
àla findu Livre.Entre les Airs
nouvellement ajoûtez , il ya
un Recitatif à la maniere des
Scenes des Opera. Quant aux
Airs qui ont paru dans les Edi-
-tions precedentes , ils font tel-
* lement changez, tant pour les
premieres que pour les ſeconds
coupletsqu'ils ne font preſque
pas reconnoiſſables . Il n'y a
point à douter qu'ils ne foient
receus faverablement par tout,
& mefme dans les Monaſteres
de Religieuſes , puis que le
- nom de Monfieur l'Archevef
que de Paris à qui ils font de
diez , leur y donnera l'entrée.
Ce Livre ſe vend chez le Sieur
Guerout , Court neuve du Palais.
En attendantun plus grand
détaildes affaires de Siam ,je
vais vous faire part de celles
L4
248 MERCURE
qui ont eſté apportées par M.
Sebret , qui arriva icy dans le
melme temps que je finis ma
Lettre. Il partit de Louveau ,
heu de plaisance du Roy de
Siam, le 12. Decembre de l'année
derniere ,& arriva par terre
au Port & Ville de Berghi , à
la coſte de Tenafferin,verscollede
laMer Indienne,au deſſus
de Malaca , où il conduifit
Monfieur Bruant , avec fixvingt
Soldats François , pour
prendre poffeſſion de cette Placeau
nom duRoy Tres Chrétien
, auquel le Roy de Siaml'a
dépoſee avec Bancon pour ſeu
reté de l'Alliance des deux
Rois . Monfieur Sebret s'embarqua
à la coſte Merghi dans
un Vaiſſeau de la Compagnie ,
& paſſa àla coſte de Bengale ,
où s'eſtoit rendu Monfieur du
GALANT.
249
Quefne Guitton , Capitaine
Commandantdu Vaiſſeau l'oifeau
, felon l'ordre qu'il avoit
receude l'y venir trouver,pour
allerde là ens'en retournanten
France viſiter les Etabliſſemens
&Comptoirsde la Compagnie
dans les coſtes des Indes Orientales.
Monfieur Des-landes
Boureau qui eſtoit venu à Siam
de Pondacheri où il eſtoit Di-
Arecteur , s'embarqua dans ce
meſme Vaiſſeau pour accom-
-pagnerMonfieur Sebret. M.du
Queſne mit à la voile le 15 .
ou 16. de ce mefme mois ,&
eſtant party de Siam , il paſſa
-parla coſtede Malaca , & fit
route vers Berghi , peu éloigné
de Tenafferin , ayant laiſſe
Monfieur de VaudricourtGeneral
de la Flote du Roy , en
eſtatde mettre auffi à la voile
250
MERCVRE
pour le retour avec Monfieur
de la Loubaire ; Envoyé de
France ,le Pere Tachard Sapereur
des Iefuites qui devoient
demeurer tant à Siam
qu'à Louveau ,& douze Mandarins
Siamois , que leur Roy
envoye en France avec quantité
de prefens &de marchandifes
.On a laiſſé la FlûtelaNormande
pour la ſeureté de l'éta
bliſſement des François en ce
Royaume là ,& on attend les
trois autres Vaiſſeaux , Monfieur
Sebreta eu nouvelles pendantlaroutequ'unde
cesVaifſeaux
qui s'eſtoit feparé de la
Flote attendoit les deux auantres
auCapde Bonne Eſperance.
M. des Fargues a pris
poffeffionde la Ville de Bancoc,
& l'a fortifiée à la Françoife.
Monfieur Conſtance Falcon
GALANT.
257
Miniſtre , & Favory de Siam,
s'eſt aſſocié pour cent mille
écusdans la Compagnie Francoiſedes
ndes . Le Pere Rochet
Lyonnois , & qui a eſté
Profefſfear des Mathematiques
àToulon dans les EcolesRoyales
, eſt mort à Siam, aufli bren
qu'un Ingenieur fort habile
que Monfieur Seignelay y avoitenvoyé,&
un Lieutenant
d'une des Compagnies d'Infanterie.
Le pere Tachart, qui
eſtavec Monfieur de Vaudricourt&
Monfieur de la Loubaire
eſt chargé des Lettres des
François & de celle des Peres
de la Compagnie. On les luya
miſes entre les mains à cauſe
que Monfieur Sebretqui avoit
pris une route differente , &
qui devoit eſtre plus longue
croyoit que la Flore le devan
252
MERCVRE
!
ceroit, mais elle eſt partie plas
tard qu'il ne l'avoit cru , &
d'ailleurs fon ſejour dans les
coftesd Malabar & Coromandel
, a eſté moinslongqu'il n'y
avoit apparence qu'il feroit , à
cauſequ'il atrouvé le Roy de
Golconde priſonnier & fes
Etats envahis par le Mogol , ce
qui l'a fait revenir plutoſt.
Le Tremblement de terre
arrive à Naples , dont je vous
ay parlé dans le commencementde
ma Lettre , a continué,
& j'aurois encore beaucoup
de choſes à vous en dire,s'il me
reſtoirde la place. Je vous parlerois
auſſi de cequi s'eſt paffé
devant alger , & des luges que
Sa Majesté vient de nommer
pouraller en diverſes provinces
, mais comme j'ay accoutumé
d'entrer dans le détail de
3
GALANT.
258
tout ce queje vous écris je ſuis
obligé de referver toutes ces
choſes pour le mois prochain
avec beaucoup d'autres , ainſi
que pluſieurs Ouvrages curieux
, & quelques , nouveaux
avistouchant le Icu des Echets,
Quant à ce qui regarde les
Nouvelles de Turquie , je continuë
d'amaſſer des Memoires
fur tout ce qui s'y paſſe , pour
joindre dans quelques mois
une quatrième Lettre aux trois
que vous avez déja recenës de
moy & qui contiennent l'Hiſtoire
entiere de Mahomet IV.
depoffedé ; & de Soliman III.
à preſent regnant. Je ſuis
Madame , voſtre , & c .
AParis ce 31. Juillet 1688 .
Comme on n'a jamais aſſez
de ſoin de bien écrire les noms
255
MERCURE
propres, on a mis dans leMercure
de luin , en parlant d'un
Sermon préché le Mardy Saint
dans la Cathedrale de Troyes,
Monfieur l'Abbé Remond , au
lieu de Remond. Il eſt Chanoine
de l'Eglifo de S. Urbain.
On a mis auſſi ſur l'article
d'une traduction de vers Ita-.
liens qui eſtoit du Fils de Mr
reau , Avocat general de la
Chambre des Comptes de Dijon
; elle eſt de M. ſon Frére.
P
TABLE.
Rrelude.
Discours quifait voir le
I
merite
enfermé dans le titre de grand. 4
La Gloire& le Genie. 10
Descriptien de la Feste de Livry. 22
Audiences donnéesà l'Abbégeneral
de Sainte Croix. 46
Noms detous les Commandeurs , &
Cheus de Malthe qui font
andola Campagne cette ne contre
a
TABLE.
lesTurcs. 48
Dialogue du Pinçon &de la Fau
vette,furle retour de la Fauvette
du Jardin de l'Hostel de C. 60
Temblement de terre arrivez à Naples.
63
Cartegenerale,contenant Is Mondes
Celeste, terrestre , & cvil. 74
Hommage rendu à M. l'Electeur de
Brandebourg parses sujets. 81
La Solitude , Idille. 88
Methode completede l'Art du Bla-
Son. 96
Nouveau Reglement utile à ceux
qui font profeffion de Lettres ,&
qui les aiment. 100
Nouvelle Relation touchant la derniere
rencontre des Vaiſſeaux
François & espagnols. 106
}
Histoire, 112
Ce qui s'estpasséen Angleterre àla
Naiſſance du Prince de Galles,&
les réjoiſſances faites à Paris .
&en pluſieurs Villes de France ,
fur cesujet. 12
TABLE.
Cequis'estpasséàl'Academis Fran.
çoise , le jour de la reception de
M. de la Chapelle , avec leDifcours
qu'ila prononcé. 147
Le Genie , Ouvrage de M. Perrault.
Mariages,
165
181-
Tout ce qui s'est passé au Mariagede
Monfieur le Prince de Conty. 183
Reception que ce PrincefaitàMonfeigneur
, qui lui fait l'honneur
de le venir voir à l'Hostel de
Conty. 190
Epitalame enforme d'OperaparM.
de laChapelle. 195
Autre article touchant les réjouis-
Sances faites à Paris,pour lanaif-
Sance du Prince de Galles. 233
6. Partie des Troubles de Hon . 238
Gartenouvellede laGrece.
239
Livres de Musique de M. Martin.
Enigmes.
Nouvelles de Siam.
240
244
245
Articles pour le mois prochin. 2.46
AUGUSTINIANA
LVGDUNENSI
A
807156
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN..
JUILLET 1688
LYON
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY , ruë
Merciere au Mercure Galant.
M. DC. LXXXVII.
AVEC PRIVILEGE DUROY
子子子子子子
LE LIBRAIRE
AV LECTEUR..
E fuis obligez d'avertir le
Lecteur que je faisjimprimer
Ettmüleri opera omnia me-
Aica,augmenté de beaucoup
de la derniere impreffion de Francfort,
quieftfiremplyde fautes d'impreſſion ,.
&de tranſpoſitions , j'ay fait traduire
tous les mots Allemands en Latin ,
ce qui eft fineceffaire en France ,
Italie , Eſpagne & a ceux qui n'entendent
pas l'Allemand. Jy faisajoûter
beaucoup de choſes curieuſes par
undes plus habiles Medecins de France
,qui veut bien avoir la bonté de ſe
donner cette peine pour le Public
j'y feray même ajouter des Figures en
raille- douce. le donne cet avis au
Public afin qu'il ne ſe laiſſe pas trom--
Per...
2
Catalogue.
L'on continue à diſtribuer le Tour
nal des Savans pour. 8. f. chaque
cahiers .
LIVRES NOUVEAUX
du Mois de Iuillet 1688 .
dHongrie tome ſixiéme 30.
HISTOIRE d
Les cinq premier tome ſetrouventdans
la même Boutique.
La Relation Univerſelle de l'Afrique
ancienne & Moderne , diviſée en quatre.
parties, dans la premiere partieon décrit...
l'Egipte , la Barbarie , le Biledulgerith , ou
Numidie & leZahara oule Defert ſous le
nom du Pais des Blancs ; dans la ſeconde
on traitedu Païs des Noirs , c'eſt-à-dire ,
de la Nubic, de la Nigritie , de la Guinée ,
&c. On donne dans la troifiéme une defcription
de la haute & baffe Ethiopie , &
dans la quatriéme des principales Ifies qui
ſe trouvent fituées aux environs de l'Afrique
, de tout avec beaucoup de neucté
d'exactitude , de fidelité & d'une maniere
agreable & utile à toutes fortes de
gens. Pourn'oublier rien dans lacompofi-.
tion de cet Ouvrage , on l'a enrichi de plufieurs
Figures en taille douce , de quinze :
Cartes de Geographics fort regulieres , &
armorices ſuivant les Etats qu'elles reprefentents
de pluſieurs tables generales
Catalogue
particulieres de chaque Etat & Region ,
Ony voit la Politique & l'interêt des Sou
verains , la Geographic & l'Hydrographic ,
P'Hiſtoire naturelle & civile , les Moeurs ,
Loix , Coutumes , Langues , Religions ,.
Commerce , Animaux , Plantes , Mineraux
Salines , Carrieres, Pierreries ,Montagnes ,
Caps , Côtes , ce que le Roy à fait de remarquable
dans les Royaumes de Fez &de
Maroc , dans les Repúbliques de Salé ,,
d'Alger de Tunis, de Tripoli, de Barca , de
l'ifle de Chio , aux environs des Dardanelles,
devant Genes à l'ocaſion des Corſaires
deBarbarie. On s'étend beaucoup furMadagascar
au ſujet de la Compagnie Françoiſe
des IndesOrientales , & fur l'Ile de
Malthe en faveur de Meſſieurs les Cheva
liers de S.lean de Ierufalem , depuis leur
inſtitution par FrereGerard de Martegues
Jeur Fondateur& leur premier grandMaitre
juſqu'à Carafa qui Gouverne aujou--
d'hay cet Ordre illuftre , & enfin fur ce
qu'ilyade remarquable , tant dans la terre
forme quedans les Iles de cette troifiéme
partie de laterre &c. indouze 4 v. 8.1 .
৯
L'Arithmetique raiſonnée , Enrichie de
pluſieurs figures , qui font clairement comprendreungrand
nombre de demonftrations
qui contribuent beaucoup à la perfectionde
cétOuvrage,qu'ona diviſéen eing Traités.
Le premier comprend les quarre Regles
fondamentales , qu'on peut facilement
aprendrepar. la fſimple lecture de ce Livre
coutes fortes de Reductions , de parties
23
Catalogue..
Aliquotes , de Multiplications composées
&generalement tout ce qui eſt neceſſaire,
au Commerce.
Le fecond concerne les Fractions , qu'on
trouveratres - faciles,par les demonſtrations
qu'on en adonnées.
Le troiſieme contient les regles de trois
fimple,directe , inverſe compoſée, coniointe,
decompagnie , diſcuſſion de banqueroute ,..
les regles de fauſſes ſupoſitions , la regle
d'aliage fimple &compoſée , les progref
fionsArithmetique&Geometrique, le rout
bien démontré..
Onvoitdans le quatriémer, l'extraction :
desRacines quarrée , & Cubique , dont la
demonſtration ne laiſſe aucun doute à l'efprit.
LeCinquiéme & le dernier ne peut être
que tres-bien recen , puis qu'il comprend
trois nouvelles Methodes pour le Toifé&
l'Arpentage , &laujage , qui ſont ſi faciles,
qu'il ſuffit de les lire pour les comprendre ,
& fi conciſesqu'on fait avec une vingtaine
deFigures ce qu'on ne fauroit faire , par la
voyeordinaireavec deux mille. Enfin on ne
propoſe riendans cérOuvrage dont on ne
donne en même tems la demonftration , &
qu'on ne juſtific par des preuves convain
cantes. Indouze. 30. f..
Traité fingulier des Regales, ou des Droits
duRoy,fur lesBenefices Eccleſiaſtiques avec
P'Inventaire des Pieces quiy fervent depreuves.
Enſemble la Conference ſur l'Edit du
Contrôle,&la declarationdes infinuations
Catalogue:
Eccleſiaſtiques,avec pluſieurs autres inftru--
Xions fur les matieres Beneficiales, Par
Me François Pinſſon , ancien Avocat en Par
lement , diviſé en deux tomes inquarto ,..
12. liv.
Viage de l'inſtrument univerſel pour
refoudre promptement & tres-exactemene
tous les problemes de la Geometrie pratie
quéſans aucun calcul parMonfieur Ozanan,
13. Laliv..
L'Hiſtoire de ce qui s'eſt paſſe de plus
remarquable dépuis 1642.juſqu'en 1688.12.
2. V.4. liv
La Geneſe avec des reflexions qui éclairciſſent
ce qu'il y a de plus difficile dans de
ſens litteral Traduction nouvelle par M. des
Couſtures 12, 4. v. 8live.
La mort d'Ambiorixene vangée par celle
de IulesCefar afſaſſiné par Brutus, indouze,
10. fols.
En attendantdans pes dejoursl'hiſtoire
de LouisXI. 4. 2.vipar M. de Varillas 12.1.
L'Hiſtoire des Hercfies in4.tom. 5.& 6.
parM.de Varillas...
La veritez de la Religion in 4.8 . 1.
Et les oeuvres de S. Euvremont in 4
augmentez de plus de la moitié.
Divinité de icſus Chriſt par ſesOcuvres.
Dialogue ſur les matieres Morales .
Homelics fur les Commandemens de
Dicu 12.
La nouvelle Methode du Blaſon , par le
Reverend Pere Menestrier , dedié à
à.Monseigneur le Duc de Bourgogne , avec
39. Figures en taille-douce , augmenté des s
deux tiers , indouze ,40. f...
Avis pour placer les Figures ..
'Air qui commence par Tu
Loutesaplaisirlesdouceur
doit regarder la page 59
La Planche du Feu doit re
la page 235 ..
L'Air qui commence par
Amour , que tes doit regarder la
page 246 .
MERCURE
THEQUE DELA
TEYON GALANT
JUILLET 1688 .
E ROY fait tant de
choſes dignes d'eftre
remarquées , que
quelque foin queje
prenne de les ramaffer toutes ,
il eſt impoffible qu'il ne m'en
échape,je ne dis pas quelquesuns
, mais même un fort grand
nombre.Comme il eſt toujours
temps de les apprendre à ceux
qui n'en ſont pas informez, &
Iuillet 1688 . A
2 MERCURE
qu'il n'importe pas pour l'Hiftoire
que ce qui s'eſt paſſé dans
un mois , ne ſoit ſceu que dans
un autre ,je me croiray toujours
obligé de vous écrire ce
que vous ignorerez , meſme
long- temps aprés que les choſes
que vous ne ſçaurez pas ,
auront eſté faites ſur tout à
l'égard de ce qui regarde noſtre
grand Monarque. Vous avez
ſceu qu'il eut quelques accés
de Fiévre le mois dernier. Ces
accés le prirent dans le temps
de la Pentecofte , qui eſt une
des Feſtes auſquelles il a accoutumé
detoucherles Malades.
Il en eſtoit venu un grand
nombre ; & comme c'eſt mê .
me une fatigue pour luy ,
quand il ſe porte le mieux ,
que de toucher cinq ou fix
cens perſonnes , ceux qui ont
ſoin d'une ſanté ſi précicuſe
GALANT. 3
à l'Etat , s'oppoſerent à l'ardeurde
ſon zele , de forte que
Sa Majeſté ordonna que tous
les Malades qui s'eſtoient rendus
à Versailles . ſeroient défrayez
pendant huit jours ,
parce qu'Elle eſperoitfaire ſes
devotions dans ce temps - là, &
pratiquer enſuite cet acte de
charité ; mais ce Prince n'eftantpas
encore remis de ſon in.
difpofition lors que ces 8.jours
furent paſſez , fes Medecins
jugerent qu'il devoit plutoſt
travailler à reprendre ſes forces
que de s'expoſer à eſſuyer
des fatigues qui auroient pu
luy redonner ſes premiers ac
cés. Ainſi il refolut de renvoyer
les Malades ; mais par
une bonté toute genereuſe il
fitdiſtribuer à chacun l'argent
quileur pouvoit eſtre necef-
A 2
4 MERCURE
faire pour s'en retourner , &
l'éloignement des lieux en regla
la fomme .Cette action , ainſi
qu'une infinité d'autres dont
elle eſt la ſuite , aſſure au Roy
avec beaucoup de justice , le
furnom de Grand que tout le
monde luy donne.
Jamais on n'a mieux marqué
le merite que renferme ce titre
de Grand , que fit Monfieur
Corbet , Bachelier de Sorbonne
& Curé d'Erennes , dans
une Feſte qui fut celebrée le
jour de S. Yves , par les ſoins
de Monfieur de S. Gervais
Procureur du Roy de la Ville
de Falaiſe en Normandie. Il y
avoit convié toute la Nobleſſe,
&tout ce qui ſe trouva dePerfonnes
confiderables aux environs.
Toute la luſtice y aſſiſta
en robes, au nombre de ſoixan-
د
GALANT .
te ou quatre- vingt tant Officiers
qu'Avocats , avec plus
de cent Eccleſiaſtiques . La
Ceremonie ſe fit dans l'Egli
ſe de la Trinité où l'on entendit
une fort bonne Muſique.
Monfieur Corbet eſtant monté
en Chaire , prit pour texte
ces paroles de la Geneſe , Fai
Sonsl'Homme à noſtreimage& reffemblance
, & fit connoiſtre
qu'un vray Magiſtrat portoit
l'Image de ce qu'il y a de
plus auguſte dans le Ciel,&
de plus grand ſur la terre ,
c'eſt à dire , dela puiſſance de
Dieu , & de celle de Loüis
le Grand . Il prouva par de juftes
comparaiſons & par un raiſonnement
ſolide , que les luges
portoient l'Image de la
grandeur de Dieu ; mais lors
qu'il voulutprouver qu'ils por
A 3
6 MERCVRE
toient également l'Image du
Roy,qui eſt ce qui ſe peut trouver
de plus grand dans toute la
terre , il dit qu'il s'eſtoit autrefois
étonné pourquoy ce Monarque
, aprés tant de Batailles
gagnées , tant de Victoires
remportées , tant de Provinces
conquiſes ,aprés avoir donné
la paix à toute l'Europe,& eſtre
devenul'admiration de l'Univers
par tant de faits heroiques
, ne portoit pas le nom
d'invincible& de Conquerant,
plûtoſt que celuy de Grand ;
mais que fon étonnementavoit
ceffé lors qu'en cherchant l'idée
d'un parfait Monarque , il
n'avoit pu le trouver que dans
la grandeur ; qu'il falloit qu'un
Roy fuſt grand de ce qui fait la
grandeur de l'homme , à l'égard
de Dicu , c'est- à- dire , la Religion
à l'égard de luy méme ,
GALANT. 7
c'eſt à dire la ſageſſe , à l'égard
des hommes, c'eſt àdire la puiffance.
Il fit connoiftre ces trois
fortes de grandeur unies dans
la ſacrée perſonne du Roy.
Il dit qu'il eſtoit Grand de ce
qui fait la grandeur de l'homme
à l'égard de Dieu puis
qu'outre que ce qui regarde
la Religion luy avoit toujours
eſté commun avec les Rois fes
Predeceffeurs , par les titres
communs de Fils aiſnez de l'Egliſe
& de Princes tres Chreftiens
, il s'eſtoit entierement
appliqué à étouffer l'Hereſie
dans ſon Royaume , ſans avoir
cherché dans ce faint ouvrage
que la reparation des Autels ,
la gloire de Dieu , & le falut
de ſes Peuples ; qu'il eſtoit
Grandde ce qui fait la grandeur
de l'homme à l'égard de
A 4
8 MERCURE
luy - meſme , puis que ſa ſageſſe
qu'admiroit toute la terre , le
rendoit l'ame de fon Confeil ,
les delices de ſes Sujets , & la
terreur de ſes Ennemis, en forte
que demeurant toujours
maiſtre de luy -même , il eſtoit
clement dans ſes Victoires ,
moderé dans ſes triomphes , &
pacifique au milieu de ſes conqueſtes
enfin qu'il eſtoit Grand
de ce qui fait la grandeur de
l'homme à l'égard des hommes,
puis que tout ce que l'Antiquité
nous apprend de la puiffance
des Alexandres & des.
Cefars ; n'avoit rien qui ne
fuſt inferieur à la ſienne , qui
obligeoit de grands Rois à luy
envoyer demander ſon amitié
des exttremitez du Monde.
Il ajoûta que cette triple grandeur
le communiquoit aux
GALAN Τ .
9
- Iuges , lors qu'ils luy preſtoient
le ſerment de fidelité entre les
mains des Officiers de ſon Par
lement, parce qu'il vouloit que
dans tous leurs jugemens ils
n'euffent pour guide que fa
Religion , pour modelle que
ſa ſageſſe ,& pour limites que
celles de ſa puiſſance. Aprés
que cette Ceremoniefutachevée
, Monfieurle Procureurdu
Roy conduifit tout le Corps
de luſtice dans un appartement
tendu de bleu parfemé
de Fleurs de lys , où l'on fervit
un repas avec autant de magnificence
que de propreté ,
Madame de Saint Gervais fa
Femme,regala de ſon côté tou
tes les Dames chez elle , &l'on
n'entenditde toutes parts que
des Violons meſlez de cris de
Vive leRoy
A
10 MERCURE
Comme chacun travaille
diverſement à la gloire de ce
Prince , aprés vous avoir parlé
d'un ouvrage d'Eloquence , je
puis vous en faire voir un de
Poësie , dont Monfieur l'Abbé
deMaumener eſt l'Auteur. La
Gloire & le Genie qu'il y fait
parler,meritentbien que vous
ayez de l'attention pour ce
qu'ils diſent.
Q
LA GLOIRE.
1 ET.
LE GENIE..
Vand LOVIS animéd'une
iustevangeance
Au gré de sa valeur étendoit fa
puiſſance,
Et que feul ildomptoit tant d'Ennemis
divers
GALANT.
Ilſevainquit luy mesme,&calma
l'Univers,
Est- ce ainsi,s'écria la Gloire qui
l'anime ,
Que cefameux Heros me cherit&
m'estime?
Compagneſi fidelle attachéeàfes
pas,
Manquay-je de leſuivre aumilien
des Combats?
Quand ilofadu Rhim tenter l'af.
freux paſſage .
Du Chef& des Soldats j'échauffois
le courage ?
Quand il ofa braver l'orgueil des
Elemens ,
Ie fis tout obeir àses commande.
mens.
Le Comtois alarmévitfousſescoups
terribles
Tomber pendant l'hyver fes Rocs
inacceffibles .
Belge, Ibere , Germain , Bataver
éperdus,
A6
12 MERCVRE
Malgrévoſtre unionvous fuftes con
fondus..
Lorsque lefront couvert d'une noble
pouffiere
Iefrayois le chemin àfon ardeur
guerriere
Qù n'ay-je pointſemé le bruit defa
valeur ?
Du Midy jusqu'àl'Ourse on connoist
Sagrandeur;
Genes humiliée, Algerencorfumante
Ontreßenty les coups de sa main
foudroyante,
2
Et loin de conſommerſes rapides
proiesss...
Quandil peut tout foumettre,il accorde
in Paix.
Cette indigne Rivale, à mes yeux
preferée .
Me bannit defon coeur où l'estois
adorée
Et LOUIS par mes mains tant de
fois couronné
GALANT.
13
Dédaigne les Lauriers dont je l'a
vois ornée !
C'est ainsi qu'elle parle au celeste
Genie,
Dépositaire heureux d'une fi belle
vie..
A ces mots le Genie attentif,
Surpris
Voulut par cedifcours raffurerfes
efprits.
Connois mieux un Heros que l'Uni
vers admire
ودم
Dit-il , & ne crains rien ſous fore
heureux Empire.
It Sfaitl'art d'accorder I's armes&
les Loix ,
Es pour luy la Paix mesme est fes
condeen exploits.
S'ilfi regner te calme au milieu de
laguerre ,
Au milieude la paix ilfait trembler
baterre
Ceffe-t- il d'étalerfur l'Empire des
CRUX
14
MERCVRE
Le terrible appareilde ſes fameuse:
Vaisseaux?
N'a-t-ilpas en tout temps denom
breuſes Armées ,
Aux penibles travauxfans ceffe ac
coutumées ?
Bien loin que la moleffe entre dans
Sesplaisirs,
Iln'est pas moins actif en reglant:
fesdefirs ..
Sa prudence est laloy quefa valeur
écoute 6
Et moins il fait de bruit , &plus
onle redoute..
Dans ce calme profond l'Univers
alarmé ,
Graint toujours un Vainqueur qu'il
voit toujours armé
Ses Ecoles de Mars si justement
vantées (domptées .
L'ornement &l'appuy des Provincess
Ouvrent àla Noblesse au milieu de
haPaix
GALANT..
In champ que luy fermoient tant
d'Ennemis défaits ..
C'est là quemon HerosSans bruit ..
Sans funerailles ,
Cultive la valeur dans l'effroydes
Batailles,
Et que Marsà l'Oliveuniſſant les
Lauriers
Ceint doublement le front de ces
jeunes Guerriers..
Voy les fur des Courſiers partant de
laBarriere
D'un airpleinde fierté fournir une
carriere
ود
Les armesàlamain s'exerceravect
art
Tracer le juste plain d'un orgueilleux
Rampart ,
Et malgrélaſplendeur d'une illuftre
naiſſance ,,
Apprendre àcommander par leurs
obeiffance;
Sans craindre les chateurs,fans
craindre les frimats
'n6 MERCURE
Remplir tous les devolrs du moindre
des Soldats ..
Koy les pour adoucir un firude exer
sice ,
Unir l'art de la danse à l'art de la
Malice ,
Et fous un Prince aimable autaut
queredoute ,
Accorder.la douceur avecla majesté.
Epriſe in ustementdela pompe Romaine
Tú couronnoisiadis cette vdreſſe inhumaire,
Qui vouloit dans lefang de fes
Gladiateurs,
Aguerrir la leuneffe en corrompante
lesmoeurs.
Dans desicux innocens Louis plus
magnifique ,
Sçait instruire &) çait plaire en
fagepolitique ,
Humanise àson gré le Demon dess
combats20
GALANT. 17
Etfçait regler le coeur en exerçant
lebras.
Le barbare Duel,l'audacieuxBlafe
phéme
Redoutent deſes loix lamaieftèfuprême
,
Et des facrez Autelsle culterétably
,
Est l'ouvrage étonnant de ce Prince
accomply .
C'est peu qu'auprès des murs d'une
Superbe Ville
L'invalide Soldat trouve un Royal
azile ;
LOVIS ne borne passa liberalité
Acombler de bienfaits ceux qui
Font merité ,
De l'arbitre du Ciel imitant la
conduite ,
Parſes dons prevenans il forme le
merite
Tant de jeunes Guerriers dans les
beauxArtsinstruits
18 MERCURE
De leurs efprits formezluy devront
tous les fruits.
• Rienn'échape àſes ſoins ;favaſte
prévoyance
Veut encor du beau Sexe affurer
l'innocence.
Tantoft sa main Royale anime la
valeur ,
Tantoſt ellefoutient la timide pudeur,
Tu verras élever un pompeux êdifice
,
Et former pour l'Etat une chaste
Milice ,
Quiſans fortir du monde en fuire
Les abus,
Etjoindre l'art deplaire auxfolides
vertus..
Les Graces , de ces lieux hostesses
fortunées ,
Par lamainde LOVES s'y verront
couronnées ;
La Chaſteté tranquille y regnera
toujours
GALANT. 19
Sans craindre l'indigence & les
folles amours,
Parmy tantde grandeur , tant de
magnificence ,
Eft-ilquelque vertu qui n'ait sa
récompense.
Quel Demon oferoit y troubler la
pudeur ,
Quand pour mieux afſurer fa paix
Son bonheur ,
Leplusfagedes Rois au beau Sexe
destine
In modelle parfait, uneilluftreHe
roine ,
Qui joint au bel efprit le fublime
Sçavoir , را
Et l'éclat des grandeurs aux regles
du devoir?
A bien former les moeurs de la jeune
Nobleffe,
Qu'il est beau de la voirsignaler
Sa tendreſſe,
Etpar mille faveurs , mille foins
genereux,
20 MERCUR E
Vanger d'un fort ingrat les Peres
malheureux !
Quene luy devront point tantd'illuftre
Familles ,
Quefa bonté foulage en élevant
leurs Filles ?
Que ne luy devront pas tant de
dignes Sujets ,
Sur qui dans l'avenir elle étendfes
bienfaits ?
Voy comme àses costez une Troupe
1
shoifte,
Entrer dans les ſentiers ou favoix
la convie ,
Tantoſt ens'exerçant avec dexterité
Le Canevas en main dompte l'oiſiveté
;
Tantoſt en ſe moſlant avec le Choeur
des Anges ,
Celebre du Tres - haut les divines
lowanges ,
Et tantoſt meditant avec soumisfion
GALANT. 21
Remplit tous les devoirs de la Religion
.
Ainsi , Gloire , LOVIS juſte dansſa
conduite ,
Diſpenſe les emplois , couronne le
merite ,
Serend de l'Univers & l'amour &
l'effroy ,
Etse montreun bon Pere aussi-bien
qu'un bon Roy ,
Est ceaffezpour calmer tessoupçons
&ta crainte ?
Tereſte- t- il encor quelquefuietde
plainte ,
Et Loüis agiſſant dans un noble repos
Sans forcer de ramparts est -ilmoins
un Heros ?
Ade nouveaux proietsfon grand
coeur me rappelle ,
Adieu , Gloire , il eſt temps de luy
marquer ton zele ;
22 MER CURE
Fais par tout retentir ſes exploits
inouis.
A ces hautes vertus ie reconnois
LOVIS.
Dit-elle, allons allons en tous lieux
faire entendre
Ceque la terre admire, &nesçauroit
comprendre.
LOVIS,fans me confondre avec un
fauxhonneur ,
Connoist parfaitement ma folide
grandeur .
Decent piegesfecrets parſes ſoins
delivrée,
Libre ie puis voler inſqu'au Ciel
Empirée,
Etdanscebeaufeiour consacrer les
hautsfaits
D'un Roy , Grand dans la guerre,&
plus Granddans lapaix.
Il n'y a point de plaiſirs qui
conviennent mieux aux PrinGALANT.
23
ces,& fur tout lors qu'ils font
jeunes , que le divertiſſement
de la Chaſſe , parce qu'il eſt
neceſſaire qu'ils ſe faſſent une
habitude des fatigues afin
qu'ils puiſſent ſupporter plus
aiſement celles de la guerre.
Comme la Chaſſe en eſt une
Image , il ſemble qu'ils foient
plus naturellement portez à
ce plaiſir,que ceux qui menent
une vie particuliere;&c'eſt par
cette raiſon que Monſeigneur
leDauphin cherche à le prendre
dans tous les lieux des environs
de Versailles & de Paris
, où la Chaſſe eſt la plus belle.
La Foreſt de Livry eſtant
des plus propres pour cela ce
Prince y va chaffer fort fouvent,&
il couche meſmequelquefois
chez Monfieur Sanguin
,Marquis de Livry , Pre
24
MERCVRE
mier Maistre d'Hoſtel de Sa
Majeſté . Vous pouvez croire ,
Madame , que ceMarquis reffent
cet honneur comme il le
doit. L'envie d'y répondre
d'une autre maniere qu'en
donnant à manger à Monfeigneur
, ce qu'il ne peut faire à
cauſe que la Table de ce Prince
le ſuit partout , & qu'il ne
veut point permettre qu'on
faſſe de la dépenſe pour luy
dans aucun des lieux qu'il
honore de ſa preſence , le fit
travailler ſecretement à quelques
divertiſſemens pour l'en
regaler enle ſurprenant , mais
quelque ſecret qu'on eût exigé
touchant les appreſts de cette
Feſte , il fut impoſſible de les
avancer ſans qu'il échapaſt à
quelqu'un de ceux qu'on y employoit.
C'eſt ce qui arrive
ordi
GALANT .
25
コ
1
ordinairement dans toutes les
choſes qu'on est obligé de confier
à un grand nombre de
gens . Monseigneur eſtant allé
chaffer à Livry , & coucher
enfuite chez Monfieur Sanguin
, fut informede ce qu'on
ypreparoit. Comme on n'eut
plus aucun ſecret à garder , on
travailla librement , & cela
donna moyen de rendre la Feſte
plus magnifique qu'elle n'euſt
pû eſtre ſi on euſt toujours
eſté contraint. Lejour deſtiné
- pour la donner, qui fut le trente
du dernier mois , Monſei
gneurarriva à Livry furla fin
de l'apreſdînée , accompagné
de Monfieur le Duc de Vandofme
, de Monfieur le Grand
Prieur , dela plus grande partie
des Seigneurs qui ontaccouſtumé
de le ſuivre enqua-
Iuillet 1688 . B
24 MERCVRE
mier Maistre d'Hoſtel de Sa
Majeſté . Vous pouvez croire ,
Madame , que ce Marquis refſent
cet honneur comme il le
doit . L'envie d'y répondre
d'une autre maniere qu'en
donnant à manger à Monfeigneur
, ce qu'il ne peut faire à
cauſe que la Table de ce Prince
le ſuit partout , & qu'il ne
veut point permettre qu'on
faſſe de la dépenſe pour luy
dans aucun des lieux qu'il
honore de ſa preſence , le fit
travailler ſecretement à quelques
divertiſſemens pour l'en
regaleren le ſurprenant , mais
quelque ſecret qu'on eût exigé
touchant les appreſts de cette
Feſte , il fut impoſſible de les
avancer ſans qu'il échapaſt à
quelqu'un de ceux qu'on y employoit.
C'eſt ce qui arrive
ordi
GALANT .
25
ordinairement dans toutes les
choſes qu'on est obligé de confier
à un grand nombre de
gens. Monseigneur eftant allé
chaffer à Livry , & coucher
enfuite chez Monfieur Sanguin,
fut informede ce qu'on
y preparoit. Comme on n'eut
plus aucun ſecret à garder , on
- travailla librement , & cela
donna moyen de rendre la Feſte
plus magnifique qu'elle n'euſt
pû eſtre ſi on euſt toujours
efté contraint. Lejour deftiné
pour la donner, qui fut le trente
du dernier mois , Monfeigneur
arriva à Livry ſur la fin
de l'apreſdînée , accompagné
de Monfieur le Duc de Vandofme
, de Monfieur le Grand
Prieur , dela plus grande partie
des Seigneurs qui ontaccouſtumé
de le ſuivre en qua-
Iuillet 1688 . B
26 MERCURE
lité de Menins,&de plufieurs
autres perſonnes diftinguées.
Ce Prince alla d'abord ſe repoſeraux
Appartemens ,& fe
mit aujeu peu de temps aprés .
Les divertiſſemens qu'on luy
avoit preparez , eſtant en eſtat
de commencer , il fortit pour
les aller prendre , & paſſa par
un lieu delicieux , appellé
[Allée des Chevrefeuils . C'eſt
un lieu fort agreable , & dont
un coſté eſt remply de tresbeaux
Berceaux. Ils estoient
alors tous fleuris ,& il ſembloit
quela nature s'intereſſant aux
plaiſirs, de Monſeigneur avoit
fait exprés pour le recevoir ,
ce que la dépenſe & l'art avec
tout le zele imaginable , auroient
entrepris inutilement.
Ce Prince eſtant au bout de
cette allée , entra dans une au-
۲۰
GALANT, 27
1
tre longue de quatre cens toi-
-ſes ,& de dix-huit delargeur ,
au milieu de laquelle eſt un
Tapis de Gazon large de
vingt- trois pieds . Au milieu
de cette belle allée eſtoient à
droite & à gauche un grand
nombre d'Orangers qui en formoient
une nouvelle , & faifoient
une agreable perſpective
de Fleurs,juſquesau Theatre
, qui eſtoit au bout. Les
Caiſſes de tous ces Orangers
eſtoient peintes en Porcelaines,
& repreſentoient les chiffres
de Monſeigneur , & plufieurs
Deviſes à la gloire de ce
Prince. Au devant du Theatre
eſtoit le haut -Dais . Vous ſcavezqu'on
nomme ainſi la placedu
Roy , &des Princes du
rangde Monſeigneur.Ce haut
1
لا
1
A
B 2
28 MERCURE
Dais eſtoit élevé , & on y montoit
par trois marches de
Gazon. En deçà , & aux deux
coſtez il y avoit deux grandes
Arcades de feuillées . Dans le
milieu de leurs ceintres eftoient
des cartouches rehauſſez
d'or , aux Armes de MonfeigneurleDauphin
avec des Feſtons
attachez aux deux cổ-
ſtez , & des Luſtres de criſtal
pendoient au milieu de ces
Feſtons. Chaque coſté du haut
Dais eſtoit rempli d'Orangers ,
&comme on avoit choiſy ceux
où il y avoit le plus de Fleurs
tout le haut- Dais eſtoit parfumé
de la douce odeur qui en
fortoit. Il y avoit encore de chaque
coſté du Theatre deux
Arcades pareilles à celles que je
د
GALANT. 29
1
de
le
Tei
ا
e
0
viens de vous décrire , & ces
Arcades eſtoient proche de la
charmille à cauſe de la largeur
du Theatre. Entre chaqueArcade
on avoit rangé des Orangers
tout le long de la charmille
, & il y avoit des Luſtres
pendus au deſſus de chaque
Oranger. L'Orcheſtre eſtoit
caché d'une hauteur de Gazon
figuré en conſole , ſur laquelle
testoit un rang de pots deFleurs
qui faiſoit face à Monſeigneur.
Tout le Theatre eſtoit compoſe
de Berceau de feüillées , reveſtus
de Fleurs , & de Feſtons ,
& garnis de Luftres , & de
t chiffres de ce Prince pareils à
ceux qui rempliſſoient les premiers
Berceaux. Il y en avoit
UX auſſi dans l'enfoncement du
Theatre , de forte que tous ces
12
S
US
en
a
L
B 3
30 MERCURE
Berceaux formoiet preſque un
cercle tout couvert de Fleurs
& de chifres , & tout brillant
de l'éclat des lumieres , & de
celuy des cristaux des Luſtres .
Ainſi en quelque endroit que
l'on fuſt placé , ſoit de coſté ,
foit de face , on eſtoit toûjours
vis à vis les ouvertures de
quelques arcades. Au milieu
de chaque ouverture on voyoit
un Oranger tout couvert de
fleurs , directement au deſſous
d'un Lustre de criſtal . Les
caiſſes de tous ces Orangers
eſtoient peintes en Porcelaine
& tout ce qu'elles reprefentoient
regardoit la gloire de
Monſeigneur. Vis à vis des
trumaux de verdure , dont
chaque berceau eſtoit ſeparé ,
on avoit placé des eſcabelons ,
qui estoient auſſi peints en PorGALANT.
3L
5
a
celaine , & qui portoient chacun
une Girandole d'argent
garnie de bougies . Tout le devant
du Theatre estoit bordé
de gazon, dans lequel on avoit
piqué une infinité de fleurs.
Monseigneur s'eſtant placé
dans le milieu du haut-Dais ,
les plus belles Voix & les meilleurs
Danfeurs de l'Academie
de Muſique commencerent le
Prologue. Ils reprefentoient
les Habitans de Livry . Quelques-
uns d'entre- cux avoient
des rateaux , & d'autres des ciſeaux
de Jardinier , & tous enſemble
ſembloient travailler à
l'ornement d'un Jardin.En effet
on le voyoit s'embellir à meſure
qu'ils donnoient leurs foins
pour le parer , s'il m'eſt permis
de parler ainſi . Les uns achevoient
d'attacher des ſeſtons ;
B 4
32
MERCURE
d'autres rangeoient des Orangers
, & d'autres ſe ſervant de
leurs cizeaux pour tondre les
paliſſades , les faifoiene mozvoir
felon la cadence des Violons
, pendant que ceux qui
avoient des rateaux emportoient
avec ces inſtrumens, les
feüilles que les autres avoient
fait tomber. Voicy les Vers
qui furent chantez dans ce
Prologue.
Deux Jardiniers & une Jardiniere.
Travaillons , hastons -nous ,
Diſpoſons ces ombrages ;
Nos fleurs y répandront leurs parfums
les plus doux ,
Travaillons ,haftons-nous.
Deux- Jardiniers .
Les fleurs & les feüillages
Sont de nos Villages
GALANT ..
33
コ
de
S
コ
S
S
Les ornemens les plus beaux ,
Les fleurs & les feüillages
Sont la pompe de nos hameaux.
Choeur .
Travaillons , hastons nous ,&c.
Un Jardinier..
Venez petits Oiseaux ,
Venez dans ces Bocages ,
Faites les retentir de vos tendres
ramages,
Etde nos chants nouveaux.
Choeur.
Travaillons , hatons- nous,&c
Vn Jardinier ..
Ces lieux n'ont pas-
L'éclat pompeuxdes Villes ,.
Ces lieuxn'ont pas ..
DeSuperbes appas..
Le Choeur .
Ces lieux n'ontpas, & c...
Vn Iardinier.
Mais les Amansſont icyplus transquilles
BS
34
MERCVRE
Et les Amours
Trouvent de plus beauxjours.
Deux Jardiniers .
Mais les Amans , &c .
Le Choeur.
Ces lieux n'ont pas
L'éclat pompeux des villes
Ces lieux n'ont pas
DeSuperbes appas ;
Mais les Amansfont icy plustran.
quilles
Et les Amours
Trouvent de plus beaux jours.
Vn lardinier .
Que nos foins faſſent naistre
De nouveaux appas en oes
lieux ;
Nousy voyons paroiſtre
Vn Prince glorieux.
Quenos foins faffent naistre
De nouveaux appas en ces
lieux.
GALANT.
35
S
.
J.
t
ر
Vne Jardiniere.
S'il trouve peu d'attraits dans ce
Sejour champestre .
-Noftre zele du moins attirera ſes
yeux .
Vn Iardinier.
Il est dufangdes Dieux ,
Son heroïque ardeur le fait affez
connoiſtre ;
Mais sa bonté nous montre encore
mieux
Qu'il est du fang des Dieux..
Choeur .
Il est du fangdes Dieux ,&c .
Ces Vers qu'on trouva fort
agreables , & entierement convenables
au ſujet, avoient eſté
mis en Muſique par Monfieur
Colaſſe , l'un des quatre Maiſtres
de Muſique de la Chapelle
du Roy. Vous devez eſtre
perfuadée qu'un homme qui a
B6
36 MERCVRE
eſté jugé digne d'une telle
Charge , ne sçauroit rien faire
que de bien . Comme Monfieur
de Livry ne vouloit donner aucun
divertiſſement à Monfeigneurqui
ne fuſt nouveau , &
qu'il n'avoit pas eu le temps de
faire faire une piecede Theatre
, il en choiſit une qui parut
nouvelle à ce Prince , parce
qu'il ne l'avoit veuë que dans
ſagrande jeuneſſe. Cette piece
eſtoitdu fameux Moliere , &
n'avoit point eſté joüée depuis
fort longtemps , qu'elle fut repreſentée
dans un Balet de Sa
Majeſté . On y fit des intermedes
nouveaux , qu'on accommoda
à la venuë de Monſcigneur
à Livry .Les Comediens
Italiens en firent de ſi divertiſſans
, qu'on pourroit dire
que l'Aſſemblée en fut fati
GALANT.
37
S
guée à force de rire. Monfieur
Pecour parut dans quelquesunsd'une
maniere tres - agreable
. Toutes les Entrées qu'on
danſa dans cette Feſte,eſtoient
de ſa compoſition . La pluſpart
des Acteurs du Prologue , parurent
encore à la fin de la
Piece. Voicy ce qu'ils chanterent.
I. BERGER .
Redoublons nos foins empreſſez
Les yeux d'un Prince aimable
Sur nos jeux ſe ſont abaiſſez ,
Redoublons nos foins empreſſez.
S'il nous honore encor d'un regard
favorable ,
Nous ferons bien recompenfez
Redoublons nos foins empreſſez
Vne Bergere.
Que nostre Zelese (ignale ,
Qu'ils'efforce àparoiſtre encor plus
éclatant
38 MERCURE
Quellegloire est égale
Au prix qui nous attend !!
Choeur.
Que nostre zele sesignale ,&c.
Vne Bergere..
Quittons des chants où regnoit la
tendreſſe.
Vn Berger.
Elevens , élevons les tons de nos.
Hautbois.
Tous deux..
Et rediſons fans ceſſe ,
Quel Hofte glorieux a viſité noss
bois.
Le Chooeur.
Quittons des chants où regnoit
latendreſſe,
Elevons , élevons les tons de nos
Hautbois,
Et rediſons fans ceffe
QuelHofteglorieux a viſiténos bois .
VnBerger..
Bergers, quelledouceur extrême
GALANT.
39
Quand nous nous vanterons de cet
honneur suprême
Aux Bergers des Hameauxvoifins!
Bergers , quelle douceur extrême
Quandnousnousvanterons de nos
heureuxdeſtins ?
Le Choeur.
Quittons des chants , & c.
Vn Berger.
Voſtre destinée est tropbelle,
Lieux ruſtiques , Iardins par nos
foins cultivez ,
Gardez la memoire immortelle
De l'honneur que vous recevez
Le Chooeur.
Vostre destinée , &c.
Ce divertiſſement qui pa
rut tres bien imaginé , donna
beaucoup de plaifir , & on
écouta la Muſique avec grande
attention , parce que le
40
MERCURE
temps eſtoit ſi beau , qu'il fem--
bloitavoir contribué à la Feſte ..
L'Aſſemblée eſtoit choiſie , &
n'eſtant point trop nombreufe
, il n'y eut perſonne incommodé
, quoy qu'on le foit fort
ſouvent dans les divertiſſemens
de cette nature , qui font
preſque toûjours eſſuyer plus
de fatigue qu'on n'y goûte de
plaifir.
Toute la Compagnie s'eſtant
levée , Monſeigneur retourna
par la meſme allée ou eſtoit le
Theatre , &marcha au milieu
de ce beau tapis de gazon ,
dont je vous ay déja parlé , &
qu'on avoit bordé d'Orangers.
Lors qu'il fut environ aux
trois quarts de cette allée , ca
Prince tourna dans celle des
Chevrefeüils , qu'il trouva
zoute illuminée de groffes lu--
GALANT.
4T
mieres , qui avoient eſté placées
au bas des boules des Chevrefeüils
& des Ifs . Comme
l'éloignement fait paroiſtre
joint cequi eſt ſeparé, on n'ap .
percevoit aucune distance en .
tre ces lumieres , & elles formoient
deux groſſes lignes de
feu fi brillantes , qu'elles éclairoient
toute l'Allée. On paſſa
de là dans une autre , qui bien
qu'on n'y euſt pas mis de lumieres,
étoit neanmoins éclairée
par celles du Parterre dont
je vous vais faire la defcription
, & dans lequel Monſeigneur
entra en quittant cette
Allée. Les arbres qui regnoiétle
longde trois des quatre
faces de ce Parterre, étoient
éclairez d'une maniere toute
differente de l'Illumination
de l'Allée des Chevrefeüils.
42
-
MERCURE
Les lumieres y estoient belles
& groffes , & dans le Parterre
elles eſtoient élevées , moins
groffes , & en plus grand nombre
. On y voyoit une infinité
de Luftres de criſtal , garnis de
bougies , qui pendoient entre
tous les arbres . Quoy qu'il
ſemble qu'on ne puiffe rien
ajoûter à cette Illumination , la
quatriéme face qui étoit à l'oppoſite
de Monseigneur , eſtoit
beaucoup plus éclatante. Elle
repreſentoit un Arc de triomphe
, avec une Architecture
toute profilée de lumieres . On.
voyoit dans l'arcade du milieu
, un grand Chifre de ce
Prince qui en eſtoit formé , &
le deſſus de la meſme arcade
eſtoit terminé par une grande
Couronne auſſi toute de lumieres.
Entre cet Arc de Triomphe
J
GALANT .
43
& la Table de Monfeigneur, il
y avoit un Baſſin qui en eſtoit
aufſi bordé , de forte que de
quelque coſté que ce Prince
jettaſt les yeux il voyoit des
lumieres differemment arran
gées , dont la verdure recevoit
une vivacité qui la rendoit
encore plus agreable à la veuë
que pendant le plus beau jour.
Tandis que Monſeigneur étoit
à table , & que fes yeux étoient
occupez par des paliſſades , &
par des morceaux d'architecture
formez de lumieres , fon
odorat par les Fleurs qui rempliſſoient
le lieu où il eſtoit , fon
gouſt par les mets qu'on luy
ſervoit , tous ceux dont l'Orcheſtre
avoit eſté remply pendant
la Comedie , ayant paffé
par un chemin plus courtque
- celuy qu'on avoit fait prendre
44
MERCURE
à Monseigneur , pour luy faire
voir l'Illumination de l'Allée
des Chevrefeüils , ſe trouverent
placez avec tous leurs.
Inſtrumens , derriere la Table
de ce Prince , lors qu'il arriva
pour fouper . Ainfiil y eutpendant
ce repas dequoy fatisfaire
en meſme temps , l'oüye,
l'odorat , la veuë & le gouft .
Monfieur de Livry avoit donné
ordre qu'on ſerviſt des tables
pour tous ceux qui furviendroient
, & qui n'eſtoient
pas attendus à cette Feſte . On
en ſervit auſſi pluſieurs pour
tous ceux qui avoienteſté employez
dans le divertiſſement ,
& il y en eut qui furent remplies
de ſoixante perſonnes .
Monſeigneur alla encore à la
Chafſe le lendemain aux envicons
de Livry , revint diſner
GALANT.
45
dans le Chaſteau ,d'oùil partit
extrémement fatisfait du divertiſſement
que Monfieur le
Marquis de Livry luy avoit
donné , aprés l'en avoir remercié
avec cet air de bonté qui
luy eſt ordinairc. Auſſi peuton
dire qu'il ne manquoit rien
à cette Feſte . Elle estoitgalante
, magnifique , & bien entenduë.
Tout ce qui avoit eſté
projetté fut executé dans le
temps , rien ne fit attendre, il
n'y eut point de confufion , &
il parut que tout répondoit au
zele de Mr de Livry , & aux
foins de Mr Berrin,Deſſinateur
ordinaireduCabinet de S. M.
Comme il a l'eſprit fecond
il a beaucoup inventé pour
cette Feſte , ce qui n'eſt pas
ſurprenant , puis qu'il nous a
ſouvent fait voir de grandes
46 MERCVRE
choſes en de pareilles occafions.
Quelques jours aprés ,
la Comedie , le Prologue , &
les Intermedes qui avoient été
repreſenté à Livry , ſervirent
de divertiſſement à Marly , ce
que marque le plaisir qu'il
avoit donné la premiere fois ,
puis qu'il ne fut demandé que
fur le bien qu'en avoient dit
ceux qui s'eſtoient trouvez à
cette Feſte.
,
Meſſire Michel Lambrect
Abbé General de Sainte Croix
de la Ville de Huy , Pays de
Liege , Chef d'Ordre confiderable
de Chanoines Reguliers
qui portent ce nom , eftant arrivé
en cette Ville pour faire
ſa viſitedans le Prieuré de Sainte
Croix de la Bretonnerie , fut
conduit quelques jours aprésà
l'audience du Roy , par Mon-.
GALANT.
47
fieur de Bonneüil , Introducteur
des Ambaſſadeurs. Sa Majeſté
le receut avec beaucoup de
bonté , & luy fit l'honneur de
luy accorder ſa protection pour
toutes les Maiſons de fon Ordre
en France , & particulierement
pour celle de Sainte-
Croix de la Bretonnerie , qui
reconnoiſt S. Loüis pour fon
Fondateur . Le meſme jour il
fut conduit à l'audience de
Madame la Dauphine
Monſeigneur le Duc de Bourgogne
, de Monfeigneur le
Duc d'Anjou , & de Monfeigneur
le Duc de Berry. Il étoit
accompagné du Pere le Doux,
Docteur de Sorbonne , Prieur
de Sainte Croix,&de pluſieurs
Religieux , & fut reconduit
icy avec les Carroffes du Roy
& de Madame la Dauphine ,
د
de
48
MERCVRE
par le meſime Monfieur de
Bonneüil qui eſtoit venu le
prendre . Il retourna enſuite à
Verſailles , dont Sa Majeſté
ordonna qu'on lay fiſt voir
toutes les magnificences , &
qu'on fiſt jouër les eaux .
Depuis que la Guerre s'eſt
renouvellée entre les Venitiens&
les Othomans,il ne s'eft.
preſque point paſſe de Campagne
, ſans que je vous aye fait
ſçavoir les noms des Commandeurs
& des Chevaliers de
Malthe qui expoſent leur vie
tous les ans pour la cauſe commune
. Ils le font avec tant
d'intrepidité & de valeur ,
qu'on voit bien qu'ils font deſtinez
à combatre pour la Foy ,
pendant que la pluſpart des
autres ne penſent qu'à acquerir
de la gloire , & à défendre
leur
.
GALANT.
49
leur Patrie. le vous envoye les
noms de tantde braves Defen-
☑ſeurs de la Religion qui doivent
ſervir cette année dans
l'Armée des Venitiens ; mais
je ne vous répons pas qu'il n'y
en ait beaucoup de défigurez .
Le Memoire que j'en ay receu
n'eſt pas d'une écriture aſſez
distincte , pour deviner aiſé.
ment ceux qui ne font pas
generalement connus. Le ſens
fait trouver la ſuite d'un difcours
, mais quand des noms
propres font mal écrits , il eſt
impoſſible qu'on n'y prenne
fort ſouvent des lettres pour
d'autres.
1
Inillet 1688. C
50
MERCURE
***********
DES
LISTE
COMMANDANS
Des Galeres de Malte
, pour
la Campagne de l'année 1688.
R le Bailly d'Armenie
Spinelli , General , Galere
Capitane , Napolitain .
Monfieur le Commandeur de
Ses - Maiſons , Capitaine , Galere
S. Gregoire Patronne ,
François.
Monfieur le Chevalier Solaro
, Capitaine, Galere S. Loüis,
Piedmontois .
Monfieur le Chevalier Peri
to , Capitaine , Galere Magiſtrale
, Portugais.
Monfieurle Chevalier de la
GALANT.
Vieuville , Capitaine , Calere
S.Paul, François.
Monfieur le Chevalier de
Reggio , Capitaine , Galere
l'Anonciata , Sicilien .
1 Monfieur le ChevalierHerbeſtein
, Capitaine , Galere S.
Antoine , Allemand .
Monfieur le Chevalier Cae
raccioli ,Capitaine ,Galere S.
Pierre , Napolitain .
4
e
Liste des Commandans & officiers
,& Chevaliers qui compo-
Sent le Bataillon de Malte pour
la mesmeCampagne.
Monfieur le Commandeur
de Meſchatin de la Langue
d'Auvergne , General .
Meſſieurs les Chevaliers de
Mareuil , LieutenantGeneral,
deFrance.
De Luſignan Lezé Colonel,
de France .
C 2
52
MERCVRE
De Herbeſtein , Colonel ,
Allemagne.
De Bourdilx ,Sergent Major,
Arragon .
De Ceyre , Sergent Major ,
Provence.
De la Varenne, Porte-Etendard
.
Auvergne.
De la Ferté , Provediteur
duBataillon , France ,
De Denoiſe , Ayde Major ,
D'Aygeville , Ayde Major ,
France.
Provence.
Baron , Ayde- Major. Provence.
Colomb , Ayde - Major , Provence.
Archembredi
, Ayde de
Camp, Italie.
Camp.
De Roqueſpine , Ayde de
De Tierſanville , Ayde de
France.
Camp , France,
1
GALANT. 1 53
De l'Eſcheraine , Ayde de
Camp ,
Provence
De Thury , Ayde de Camp.
France.
GARDES ETENDART ,
Meffieurs les Chevaliers ,
De Sares . Provence.
DeRobien , France.
De Rouville , Provence.
Camarata , Italie.
De S.Pomeq , Provence .
De Chasteau - Brudan , Auvergne.
De Bragelongne , France.
D'Hoquincourt ,
CAPITA INES ,
France.
Messieurs les Chevaliers.
De Voyer Paulmy, des Grenadiers
, France.
De l'Eſpinaſſe , des Fuſeliers
, Auvergne.
De Montonneau , Capitaine
d'une Compagnie , France.
C3
54
MERCURE
De Paredes , Italie.
De Ponte , Italie.
De Vincenzo , Italie.
De Falk , Allemagne.
De la Penou , Provence,
Davila , Castille.
De Pinto , Caſtille.
De Barlot , France ..
De Sainte - Croix, Provence.
De Baleſter , Arragon..
De Broiſſia , Auvergne.
De Paris- Fontaine , France.
De Ventura , Italie..
De Madeii , Italie.
De Faella , Italie.
' LIEUTENANS ,
Messieursles Chevaliers ,
De Lommieres , des Grenadiers
,
Du Terrail , Sous - Lieut.des
Grenadiers,
Provence.
Provence.
De Boufſolle , Sous -Lieut.
des Grenadiers, Provence..
GALANT
55
-
Du Ché , Lieutenant des
Fuſeliers , Auvergne.
De Launay , Sous-Lieutenant,
Provence.
Du Perou , Sous - Lieut.
Auvergne.
De Biffy , Lieutenant de
Compagnie , France.
Altieri , Italic.
De Lafcaris , Provence.
Hierepopoli , Italie.
Schemefink , Allemagne .
DesPrez , Auvergne.
De Garay , Caftille.
De Froulay , France.
De Blanés , Arragon.
De Sarfay , Auvergne.
De Barbançois , Auvergne .
De Silos , Dalie.
San -Biazi , Italie..
Guerardini ,
Guiral:
De Bairy,
Italie.
: Arragon.
Auvergne .
C4
56 MERCVRE
Chevaliers Volontaires qui font
dans le Bataillon , quine
Sont pas Officiers.
Langue de Provence.
Mrs les Chevaliers de Roffer.
De Peyet.
Du Castelet l'aifné .
Du Caſtelet le Cadet.
Aubin.
Auvergne.
DeMongon,
De S. Hilaire .
De Corin.
Morgon.
De la Valette.
DeBlonay .
DeMartel .
France.
De Lamoignon.
Le Maiſtre .
La Mothe.
De Camilly.
De Couneraille.
GALANT.. 57
De Crevecoeur.
La Tour- Landry.
DeMefgrigny.
De Couloners,
De Coulombier .
De Lantage.
Doria Braffeuſe..
De Biffy.
De la Luzerne.
De S. Heron .
De Boyer.
Arquier.
Langue d'Italie,
Marcherelli ..
Devarca ..
Arragon..
Efclava..
Zamora.
Allemagne,
Ranfifol..
Caftille..
Bustamante..
• Mirabol ..
G
58
MERCURE
De Guzman .
Outre ces Chevaliers , ila
y en a qui doivent reſter ſur
les Galeres ; comme Meſſieurs
les Chevaliers d'Avernes , de
la Mothe , Hotot , & autres
juſqu'au nombre de quarante.
Chacun d'eux demande àdefcendre
à terre , mais comme ils
faut qu'il en demeure ſur les
Galeres , on les fait tirer aus
fort pour ſçavoir ceux qui
ferontdu Bataillon ..
Vous vous connoiſſez ſi bien
en Muſique , qu'il me ſeroit
inutile de vous vanter l'Air
nouveau que je vous envoye
noté,&dont voicy leparoles.
رو
ars
CA
VILLE
YON
*1893*
21
σι
99
$1
que
C
58
De
ye
les
les
la
jul
Cl
ce
fa
G
fo
fe
c
i
I
GALANT.
رو
AIR NOVVEA V.
à
Trgoûtes à plaisir les douceurs
du Printemps ,
Tu m'entretiens toûjours d'unefai
Sonfi belle ,
Et tu ne me dis rien , cruelle,
Quirende mes deſirs contens .
Languiray-je toûjours dans une
vaine attente ?
Ne donneras- tu rien à mes soins
amoureux?
N'es - tu fi belle&ficharmante
Quepourfairedes malheureux?
Le Printemps dont il eft
parlé dans cette Chanſon , &
qui eſt venu fort tard cette année
, m'engage à vous faire
partd'unDialoguedans lequel
un Pinçon ſe plaint de la trop
longue abſence d'une Fauvet-
1
G6
60 MERCURE
te. Ses plaintes ſontagreables ,
& vous avoüerez que Monſieur
Boſquillon , dont vous
avez déja veu des Ouvrages
fort galans a grand ſujet de ſe
déclarer Auteur de celuy.cy .
SUR LE RETOUR
DE LA
Du Jardin de l'Hostel :
FAUVETE
D. C.
Le Pinçon.
Epuis te retour du Prin
temps ,
Ien'ayfait que compter les beures
les momens ,
Que Soupirer apres vostre prefence.
GALAN T. 61
Ah, cher Fauvette , l'absence
Eft le plus grand mal des Amans.
La Fauvette .
Que direz - vous de l'inconstance ?
LePinçon .
Quoy,vous cefferiez de m'aimer?
La Fauvette.
Je me plais à vous voir prompt à
vous alarmer.
Ayez toujours mesme ardeur ,
mesme zele ,
Et vous me trouvereztoujours ten
dre &fidelle .
Le vous ay fait pouffer quelques
Soupirs ,
Le l'ay fait à defféin.
Le Pinçon.
Que vous estes cruelle ?
LaFauvette.
L'amourlanguit quand il estfans
defirs;
In coeur trop toft content se dérobe
àfes chaiſnes?
62: MERCURE
Onnegoustebien lesplaiſirs.
Que quandils ont coutédes peisnes..
LePinçon.
Que celuyde vous voirm'eſt doux!:
Vous ne fustes iamais plus belle&
plus charmante.
La Fauvette..
Vostreflâme est constante ,
Iefuisfatisfaite de vous.
Le Pinçon .
Ietrouve en vous tout ce qui peut
meplaire.
La Fauvetre....
Il n'estrien que je vouspréfere..
Le Pinçon.
Vous seule alumeztous mesfeux..
La Fauvette .
L'Oiseau du Maistre du Tonnerre
N'a rien auprés de vous qui pust
toucher mes voeux.
Le Pinçon& la Fauvette..
Rediſons donc cent fois dans nos
chants amoureux
GALANT. 635
S'il est quelques Oiseaux plus com.
nus *fur la terre ,
Iln'en est point de plus heureux.
* La Fauvette de l'illuſtre Sapho..
On croit toûjours le plus
tard qu'on peut les nouvelles
qui viennent de loin , lors
qu'elles annoncent quelque
grand malheur , & c'eſt par
cette raiſon que quelques uns
cherchent a douter de ce que
je vous ay mandé de la ruine :
preſque entiere de la Ville de
Lima , caufée par un tremblementde
terre. Quoy que pluſieurs
Lettres de la Jamaïque
confirment cette nouvelle
qu'on n'a encore euë que par
la voye d'Angleterre,ils diſent
que celles de Panama, qui font
preſque de meſme datte n'en
font point de mention,& qu'il
64 MERCVRE
n'eſt pas poſſible que ce tremblement
eſtant arrivé le 23 .
d'Octobre , le dommage qu'il
a cauféle meſmejour en differens
endroits du Perou fort
éloignez de Lima , y ait eſté
ſceu le 29.du meſme mois,qui
eſt le jour de la datte d'une
Lettre dont on a icy une copie
,& quia eſté écrite à Li--
ma mesme , par le Commiffaire
general de l'Ordre de
Saint François . Ainfiils attendent
le retour des premiers
Vaiſſeaux pourdonner croyance
àce que l'on enpublie.Mais
s'il y a quelque incertitude
dans ce tremblement , il n'y
en a point dans celuy de Na+
ples. Le temps ayant commencé
à s'obfcurcir le Samedy s..
du mois paſſé à dix heures du
matin , il y eutune premiere
5
GALANT .
65
}
ſecouſſe qui ne dura qu'un moment
, mais fur les deux heures
aprés midy elle fat ſi violente
, qu'elle ébranla toutes
les maiſons juſqu'aux fondemens.
Les uns coururent dans
les grandes Places , les autres à
la campagne , & perfonne ne
ſçavoit où ſe mettre en ſeureté.
La cheute des toits accabla
pluſieurs perſonnes qui
eſtoient ſorties dans l'eſperance
de pouvoir gagner un lien
découvert.On vitauffitoſt une
infinité de Peuple en habits de
penitens. Les uns avoient un
Chapelet à la main & la corde
au cou & les autres foutenoient
de grandes croix , &
crioient mifericorde .Monfieur
le Cardinal Pignatelli,Archeveſque
de Naples , alla dans
tous les quartiers avec fes
د
66 MERCURE
Eccleſiaſtiques , pour donner
à tout le monde les ſecours
fpirituels qu'on pouvoit attendre
d'un Prelat auſſi zelé ; il
exhortoit à la penitence , &
envoyoit des Religieux pour
affiſter ceux qui ſe trouvoient
àdemy écraſez ſous les ruines.
On publia par ſon ordre que
tous les Preſtres avoient pouvoir
d'abſoudre des cas refervez
. Il n'y avoit point d'endroits
où ils ne fuffent occupez
à confeffer , & les cris du peuple
ſe joignant au bruit que
faifoient la cheute des Palais
& des Eglifes , on peut dire
qu'on n'ajamais entendu parler
d'une déſolation pareille..
Le Giefu novo , qui estoit une
des plus belles Egliſes d'Italie,.
à laquelle on avoit travaillé
prés de cent ans , & qui avoit
GALANT. 67
couté plus d'un million d'or à
baſtir , a eſté extraordinairement
endommagé. Il appar .
tient aux Jeſuites . Deux de
ices Peres qui estoient au Con-
■ feſſionnal , & le Sacriftain fu-
■ rent ensevelis ſous les ruines
avec plus de cent perſonnes.
Le comble de la grande Coupole
que le Chevalier Lanfranc
- avoit peinte, & les trois autres
Coupoles qui estoient à coſté,
tomberent avec le clocher &
la façade de l'Eglife .Celle de S.
Paul , qui eſt deſſervie par les
Theatins , fut auſſi extreme-
: ment endomagée par la cheute
de quatre grandes colomnes
fort anciennes , comme celle
de la Rotonde de Rome , qui
entraifnerent une partie de la
façade de la meſme Eglife..
C'eſtoit un reſte d'un ancien
1
68 MERCURE
Temple de Caſtor & de Pollux .
Plus de trois cens perſonnes y
perirent , & cent quatre - vingt
dans celle des Saints Apoſtres
qui fut entierement ruinée ,
auſſi - bien que l'Eglife des Religieuſes
de Sainte Gaudioſe ,
& le Refectoire des Dominicains
: le ne parle point de
pluſieurs autres où il n'y ent
pas un moindre dommage. Il
tomba quinze Palais , & plus
de deux cens Maiſons qui
écraferent quantité de monde.
Le 6. jour de la Pentecofte , ce
terrible tremblement recommença
fur les onze heures. Il
creva l'ancienne Egliſe des Iefuites
, & fit tomber un fort
grand nombre de pierres, avec
la moitié d'une grande Corniche
de Saint Pierre le Martir
- qui eſt aux lacobins. Amidy
GALANT. 69
2
2
e
le petit Convent des Carmelites
fut renverſe , & l'on vit
tomber le meſme jour quatorze
petites Egliſes qu'on appelle
Compagnies. Ce ne fut
pas ſans enfevelir quantité de
malheureux . La crainte d'eſtre
accablé , obligea la pluſpart
des Habitans d'abandonner
leurs Maiſons . Ils allerent fur
la Plage de la Chiaia , & en
d'autres endroits découverts ,
où les uns coucherent dans
leurs Carroffes , & les autres
ſous des Tentes. Le 7. il y eut
une nouvelle ſecouſſe qui
acheva de faire tomber beaucoup
de Maiſons dont les fondemensavoient
eſté ébranlez .
Elle ne ceſſa que vers le foir ,
mais en même temps il s'éleva
un vent fort impetueux,qui fut
70 MERCURE
accompagné de tonnerres &
d'eclairs , avec une pluye mélée
de grefle d'une groſſeur
extraordinaire , ce qui cauſa
un grand préjudice aux biens
dela Terre. Le 10. & le 14.
de ce meſme mois , pluſieurs
Maiſons furent encore abatuës
, & la frayeur continuë
toûjours. Onſe ſouvient d'un
ſemblable tremblement qui
commença le 15. de Decembre
1456. Il dura toute la Lune , &
cela fait craindre aujourd'huy
aux Napolitains que la mefme
choſe n'arrive . On attribuë
ces rudes ſecouſſes aux
feux que jette ordinairement
le Mont Veſuve , & qui n'éſtant
point fortis depuis quelque
temps , font croire qu'ils
ont pris une autre route. Ils
peuvent avoir preſſe l'air , qui
GALANT.
71.
e
ニュ
en
4
a
i
1
re
&
لا
el
1-
X
110
S
S
1
ſe trouvant condenſé fait le
tremblement de terre , l'air ne
pouvant faire de pareils efforts
à moins que d'eſtre pref.
fé. Les Proceſſions ont eſté
continuelles depuis ce tempslà
, & comme le peuple y a
toûjours aſſiſté en foule , ſe
donnant la difcipline , & couvertde
chaiſnes , Monfieur le
Cardinal Pignatelli a eſté obligé
de les défendre , pour prévenirles
defordres qui en pouvoient
arriver. Ce Aeau de
Dieu qui a fait voir tant de
penitens , n'a pas empeſché
pluſieurs fcelerats d'aller piller
les maiſons qu'ils trouvoient
abandonnées . Le Viceroy y a
donné ordre , & comme la plûpart
des ruës font remplies de
pierres & d'autres demolitions
, il les fait enlever par
72 MERCVRE
des Eſclaves font employez à
ce travail. Il n'y a que les principaux
de la Ville à qui il ſoit
permis d'aller en carroſſe jufqu'à
ce que la terre ſoit bien
raffermie ; encore a-t- il ordonné
que ces caroffes marcheront
fort lentement. Il eſt auſſi
défedu de faire aucune décharge
dans le Port ſous quelque
pretexte que ce ſoit,decrainte
que les maiſons qui font encoredebout
, n'en foient ébranlées.
Toutes celles qui ſembloient
menacer ruine ont eſté
viſitées par les Architectes ,
qui font abattre les unes ,&
étayer les autres . Le prix du
bois de charpente , des pierres
, & autres materiaux commençant
à devenir excefiifà
cauſe du beſoin qu'on en avoit,
il acſté trouvé à propos de le
fixer.
Dans
GALANT.R
73
Dans le meſme temps que
le tremblement de terre com .
mença à Naples , la Ville de
Benevent en fut entierement
renverſée , en forte que de fix
mille Habitans quel'on y comproit
, il ne s'en ſauva qu'un
tres - petit nombre. Monfieur
le Cardinal Vrfin , Archevefque
, futretiré comme par miracle
, de deſſous les debris de
fon Palais , dont les ruines ac..
cablerent deux de ſes Domeſtiques
qu'on trouva auprés
deluy Il fut fortbleffé à la teſte
&au bras , & fe fit porter à la
campagne prés de Monteſar
chio , où il demeura dans une .
cabane à exhorter & à confo
ler le peuple qui venoit le chercherdetoutesparts.
Benevent,
qui eſt environ à trente milles
de Naples, appartient auPape.
Inillet 1688 . D
12
74 MERCURE
10
Elle a titre de Duché . La Principauté
en fut donnée par
l'Empereur Henry III. dit le
Noir , au Pape Leon I X. qui
eſtoit ſon Parent, &qu'il avoit
élevé au Pontificar. Les Villes :
d'Aviano , de Mirabella , &
quelques autres , ont auſſi eſté
toutes rreennversées avec le
Bourg de Saret. Il eſtoit extremement
peuplé , & apparte
noit auDuc de Matalona .
La Carte generale contenant
les Mondes celeſte , terreſtre,
& civil , que Monfieur lau
geon avoit promis il y a deux
ans de donner au Public , eft
achevée. Cet ouvrage, qui eſt
auſſi agreable que nouveau,
donne une parfaite intelligence
de la Sphere , une connoiffance
nette de la Geographie
generale,&une idée raiſonna-
...
1
GALANT.
75
ble à toutes fortes de perſonnes
de ce que le Monde eſt &
a eſté juſques à preſent. Il eſt
compoſé de deux parties . La
premiere , qu'on peut appeller
ſuperieure , contient les
Mondes celeſte & terrestre ,
c'eſt à dire , l'eſſentiel de la
Sphere , de l'Aftrologie ,& la
poſition des Terres & des
Mers , le tout à la faveur de
ſept figures de l'invention de
l'Auteur , & de plufieurs ornemens
tous utiles. La premiere
deces ſept figures , appellés le
Siſtême du Soleil , montre le
Point des Equinoxes & des
Solſtices ; la domification des
Planettes ; ce qui fait que le
Soleil s'éloigne & s'aproche
de la Terre , & l'endroit du
Monde que le Soleil , &
la Lune parcourent cha
D 2
76 MERCURE
que jour . Elle eſt placée entre
lesdeux Hemispheres,touchar
par les extremitez les deux
Tropiques,pour faire l'officede
l'Ecliptique ordinaire des Cartes
qu'on a ofté de celle-cy.
La ſeconde , qui eſt au deſſus
de la premiere , appellée le Siſtême
de la Lune , fait voir
ſenſiblement la cauſe des deux
Eclypſes , l'accroiſſement & le
décroiſſement de lumiere de
cette Planette , ſes aſpects differens
, & le temps qu'ellemer
à faire ſes revolutions .La troiſieme
, qui eſt des Siſtêmes du
Monde , fait connoiſtre en
quoy ils conſiſtent , & qui en
ont eſté les Auteurs. La quatrième
, appellée des heures
civiles montre par l'heure
qu'il eſt icy , celle qu'il doit
eſtre chez tous les Peuples qui
GALANT .
77
-
.
ont commencé leur jour au lever
ou au coucher du Soleil ,
à minuit , ou à midy. La cinquiéme
, qui eſt des jours planetaires
, marque la ſucceſſion
neceſſaire des jours de la femaine
, c'est - à- dire, pourquoy
Mardy fuitLundy ,& non pas
Jeudy ny Samedy , & la Planete
qui domine à chaque heure
du jour & de la nuit. Lafixié--
me appellée des années civi
les , montre toutes les Nations
du monde qui ont commencé
leurs annéesatrx Equinoxes &
aux Solſtices ; l'Epacte de chaque
année , la lettre Dominicale
, & la revolution de tout
le Cycle. La ſeptième enfin
appellée des Orizons , fait voir
quel eſt l'Orizon ſenſible & le .
rationel ; ce que c'eſt que Diamette,
Semidiametre , & Cir--
D3
78 MERCURE
conference de la terre ; le
Point de l'exaltation & de la
dépreſſion des Planetes , avec
le lieu de leur triſteſſe & de
leur joye . Toutes ces figures
font exterieures àd'autres ornemens
qui enferment laGeographie
de l'un & de l'autre
Hemisphere . C'eſt là que ſont
placez tous les vents dans les
Points du Monde , d'où ils
viennent , avec leurs noms ,,
tant anciens que modernes ;les
climats ſoit de demy- heures ,
foit de vingt jours , avec leur
largeur , & de combien y font
les grands jours , avec une explication
de tous les Cercles ,
Poles , Zones , & autres choſes
de la Sphere , dans vingt-quatre
compartimens , entre lefquels
font poſez tous les aſterifmes
avec le nombre des.
GALANT.
79
4
Eſtoiles qui les compofent. La
feconde partie de cette Carte
qui fert de baze à la premiere ,
&qui renferme le Monde civil
, eſt une galerie fermée par
des colomnes d'ordre Corinthien
. On y voit les quatre
grands Fondateurs des Religions
, avec les principales Seêtes
de chacune ; le commencement
des grands Empires &
des Republiques ; ceux qui ont
fait de grandes découvertes ;
le principe des Philoſophes ,
tant anciens que modernes ,
fur la nature ;les définitions
des termes les plus neceſſaires
de la Geographie , & une defcription
generale de tous les
principaux Etats du Monde ,
comme on les connoiſt à prefent.
Voilà en gros ce que contient
un ouvrage environ de
D4
၁ MERCURE
N
trois pieds & demy de haut
fur un peu moins delarge, qui
eſt encore plus beau à voir
qu'à s'imaginer. Son Auteur
qui depuis douze ans ne ceſſe
de rendre ſenſibles par toutes
fortes de moyens, les Sciences
qu'il a acquiſes par ſes continuelles
applications , a refolu
de donner au Public tous les
ans , s'il ſe peut , un ouvrage
de la force de celuy - cy. C'eſt
pourquoy il ſupplie ceux qui
approuveront ſon deſſein , de
luy faire part de leurs lumieres
fur toutes fortes d'Arts &
de Sciences , & de luy faire la
grace de luy envoyer desMemoires
des choſes qu'ils juge.
ront plus dignes de remarque,
particulierement ſur toutesles
parties de Mathematique , fur
I'Hiſtoire , la Geographie , &
P
GALANT. 81:
la Navigation.Cette Carte qui
ſe vend à Paris , dans la ruë
S. Iacques , proche S. Yves , &
fur le Quay des Morfondus,
n'eſt pas ſeulement à ſouhaiter
pour les connoiſſances
qu'elle donne.Comme elle fait
beaucoup de plaifir à voir ,
elle peut fervird'un ornement
agreable dans tous les endroits
qu'on voudra parer utilement.
Le 24. du mois paffé, Monfieur
l'Electeur de Brandebourg ;
receut à Berlin l'hommage de
ſes Sujets avec de grandes ceremonies.
A fept heures du
matin on preſcha fur ce ſujet :
dans toutes les Eglifes , aprés
quoy la Nobleſſe de's Villes &
dela campagne s'affembla dans
une des Sales du Chaſteau . Le
nouvel Electeur s'y plaça fur
un Trêne couvert de velours
Ds
3
82 MERCURE
noir , qui estoit ſous un grand
Dais ,& autour duquel ſe mirent
cinquante Gardes du
Corps armez de Pertuiſanes ..
Chacun d'eux avoit un manteau
noir , avec le nom & les
armes de l'Electeur en broderie
d'or , Les Princes ſes Freres,
le Prince d'Anhalt, Lieutenant
au Gouvernement Electoral
les principaux: Officiers, du
Conſeil d'Etat & de Guerre ,
ceux des Troupes avec les perſonnes
de qualité les plus confiderables
, & pluſieurs Miniſtres
Etrangers demeurerent
debout aux deux coſtez de ce
Trône. MonfieurFuchs,Membre
du Confeil Privé & Secretaire
d'Etat , fit un beau difcours
aux Etats Provinciaux ,
pour les remercier au nom de
Son Alteſſe Electorale de ce
GALANT. 83
1
qu'ils eſtoient venus ſi promptement,
& en ſi grand nom -
bre , & pour leur témoigner
qu'Elle ſe promettoit d'eux
toutes les marques de fidelité
& de zele qu'ils luy devoient
rendre comme à leur legitime
Seigneur & Prince hereditaire.
Il leur repreſenta pour les
y engager davantage , la ma
niere douce & agreable du
Gouvernement des Electeurs
& Princes de ſa Maiſon , fes
Predeceffeurs , & le bonheur
dont les Peuples avoient jouy
ſous leur regne , particulierement
fous celuy du dernier
Electeur fon pere. Il les affura
que Son Alteſſe eſtoit reſoluë
de les conſerver dans la poſſef.
fion de leurs privileges & de
leurs biens , ainſi que dans la
liberté de confcience pouc
D6
84 MERCURE
toutes les choſes. qui regar
doient leur Religion . Aprés
cediſcours , lesEtats prêterent
le ferment accoutumé , & enfuite
Monfieur l'Electeur paſſa
à un Echafaut dreſſe vis à vis
de la place du Chasteau ,
couvert pareillement de ven.
lours noir , où il y avoit en
core un Trône , ſur lequel il
ſe plaça. Les Bourgeois de ſept
Villes Capitales de l'Electorat,
de la Marche de Brandebourg,
& des autres fituées en deçà
de l'Oder , estoient dans cette
Place & chacune avoit des
manteaux Jongs. Deux Efcadrons
ayant des Carabines,
chargées àbales , eſtoient rangez
dans la mesme Place , depuis
le grand Pont juſqu'au
chemin appellé le: Stechbahn ,
ou chemin du pic. Il y avoir
GALANT 85
auſſr-un Regiment de Dragons.
le long de la ruë qui va à la
Gathedrale. Les Compagnies
des Gardes faisoient haye de
puis le quartier de la Franchiſe
juſqu'à celuy de Plaiſance ,
ayant pareillement leurs ar
mes chargées à bales , & il y
avoit fur les ramparts cent pieces
de Canon chargées à boulet
,& la bouche tournée vers
la Ville . Monfieur Fuchs, fie
aux Bourgeois un autre dife
cours fur ce qu'ils devoient à
leur Souverain , & Monfieur
Schurdlo , Bourgmestre ,y réponditau
nom des Corpsaveo
degrands témoignages de leur
foumiffion & de leur obeïffan
ce . Ces difcoursfinis , ils prê
terent le fermenten la maniere
ordinaire , & on fit trois dé
charges du Canon , &trois fal
:
(
86 MERCVRE
ves de la Mouſquetterie. La
Nobleffe,& les principaux des
Bourgeois furent traitez à
vingt-huit tables avec beaucoup
de magnificence , pendant
que quatre Aigles aux
armes Electorales , & dreſſées
au milieu de la Place ou Château
, répandoient pour le peupledu
vin blanc & du vin rouge.
Ces Aigles étoient entre
quatre Figures ,dont l'une repreſentoit
l'Efperance ſous un
arc de triomphe, pour marquer
celle qu'avoienties Sujets d'un
bon- heur parfait ſous le regne
de leur nouvel Electeur , qui
de fon coſté devoit tout attendrede
leur fidelité &de leur
zele. La ſeconde qui reprefentoitla
Paix ſignifioitla tranquillité
du meſme regne. La
sroifiéme étoit une Cerés ,&
GALANT.. 87
vouloitdire que les ſoinsde ſon
Alteſſe Electorale, mettroient
l'abondance dans tous ſes Etats.
On reconnoiſſoit la Prudence :
dans la derniere Figure
elle deſignoit la ſageſſe avec.
laquelle ce Prince, gouverneroit
ſes ſujets..
د
&
Quelque tranquilité que la
Paix établiſſe dans les Villes, ce
n'eſt point là qu'on la gouſte
purement. Elle y eſt toujours,
troublée par le bruit & par
le monde , & la Solitude
qui fait qu'on eſt tout à
foy , peut ſeule donner ce
calme qu'on ne trouve pointt
parmy le tumulte ,&l'embarras
des affaires . C'eſt ce qui
eſt décrit agreablement dans
l'Idille nouveau que je vous
envoye, & où je ſuis ſeur
que vous trouverez de gran
$
888 MERCURED
des beautez . Cet Ouvra
,
L
ge merite d'autant plus d'eſtre
conſervé que les premiers ,
Vers font voir qu'il a eſté fair
par une perſonne de voſtre
Sexe.
LA SOLITUDE .
Harmante&paisible Rea
Que de voſtre douceur je connois
bien le prix ,
Et queje conçois demépris,
Pour les vains embarras dontjeme
Suisdéfaite!
Quefous ces Chesnes verts.jepaſſe
d'heureuxjours!
Dans ces lieux écartez que laNas
ture est belle !
Rien ne la défigure , elle garde
toûjours
La mesme autorité, qu'avant qu'on
euft contre elle
Imaginé des Laix LinutileSecoursa
GALANT. 89
Ityle Cerf, l'Agneau , le Pan , la
Tourterelle,
Pour la poſſeſſion d'un champ ou
d'un verger ,
N'ont point ensemble de querelle
Nul bien ne leur est étranger.
Nal n'exerce sur eux fon pouvoir
tyrannique .
Ilsneſe doivent point de respect ny..
deſoins ,
Ge n'est que par les noeuds de l'amour
qu'ils font joints ,
Et d'Ayeux éclatans aucun d'eux
ne se pique.
Helas ! pourquoy faut-ilqu'àces
Sauvages lieux
Soient refervez des biens ſidoux ,
fiprecicux?
Pourquoy n'y voit- on point d'Avare,
deParjure?
N'est ce point qu'entre vous ,tran
quilles Animaux
१०
MERCURE
Tous les biens sont communs , tous
lesrangsfont égaux,
Et que vousne fuivez que lafeule
nature :
Elle estfage chezvous , qui n'estes
point contraints
Par une Lay bizarre & dure.
Quelle erreur a pu faireappeller les
Humains
Le chef- d'oeuvre accomply defes
Sçavantes mains ?
Que pourse détromper de cesfauffes
chimeres
Qui nous rendentſi fiers ,ſivains ,
Onvienne mediter dans ces lieux
Solitaires.
Avec étonnement jevoy
Que le plus petit des Reptiles
Cent fois plus habile que moy,
Trouve pour tousfes maux des remedes
utiles .
Qui de nous ,dans le temps de la
prosperité,
GALANT.
Al'active Fourmy reffemble ?
Avoirfa prévoyance ,ilſemble
Qu'elle aitde l'avenirpercé l'obfcurité
,
Et qu'estani au deſſusde lafoibleſſe
humaine ,
Elle ne faflepoint de cas ,
Detout cequ'étale d'appas,
Lavolupté qui nous entraîne.
Quels Etatsfont mieux policez
Que l'est une ruche d'Abeilles ?
C'est là que les abus neſeſontpoint
gliffez
Et que les volontez en tout temps
fontpareilles.
DeleurRoyqui les aime elles font
befoutien,
On fent leur aiguillon dés qu'on
chercheàluynuire.
Pour les chastier iln'a rien ,
Il n'est Roy que pour les conduire,
Et que pour leur faire du bien..
92
MERCVRE
P
En vain noſtre orgüeilnous engage,
Aravaler l'instinct qui dans chaquefaifon
,
Alahonte de la Raison ,
Pour tous les Animaux est un guidefifage...
Ah , n'avons- nous pas deu nous
dive mille fois,
En les voyant estre heureux fans
richeffeو
Habilesſans étude ,équitablesſans
loix ,
Qu'ilspoſſedent feul la ſageſſe ?
Iln'en estpresque point dontl'hommen'ait
receu..
Des leçons qui l'ont fait rougir de
Sa foibleffe ,
Etquoy qu'ils'applaudiffe , il doit
àleur adreffe
Plusd'un art , queſans eux iln'au
roitjamaisfceu..
!
ン
GALANT.
1
93
Innocens Animaux , qu'elle reconnoissance
Avons- nousdetantdebien-faits?
Pourvous payer les biens que vous
nous avez faits,
Nousvousfacrifions à nostre intemperance.
Quelle inhumanité ! quelle lache
fureur!
Iln'est pointd'animal dont l'homme
n'adouciffe
Labrutale & farouche humeur,
Et de l'homme il n'estpoint d'animal
quiflechiffe
Le cruel &Superbe coeur,
De queldroit de quel front eftce
que l'on compare
Ceux à qui la Nature a fait un coeur
barbare
Aux Ours,aux Sangliers , aux
Loups ?
94
MERCVRE
Ilsfont moins barbares que now.
Font- ils éprouver leur colere
Que lors que d'un Chaffeur avide
& temeraive,
Le fer ennemy les atteint ,
Ou que lors que la faim les preſſe &
les contraint
De chercher à lafatisfaire ?
Vaste & Sombre Forest , leur Sejour
ordinaire ,
N'est - ce en vous traverſant que
leur rage qu'on craint ?
Helas ! combien de fois cette nuit
infidelle
Que vous offrez contre l'ardeur ,
Dont au milieu du jour le Soleil
étincelle,
A.t. elle esté fatale à la jeune pudeur?
Helas combien de fois complice
Et de meurtres , & de larcins ,
A- t- elle dérobé deBrigans , d' Affaffins
,
GALANT.
95
Et d'autres Scelerats auxyeux de la
Iustice ?
Combien avez- vous veu de fois
Le Frerc armé contre le Frere ,
Fairefaire du fang laforce & tendre
voix ,
Et dans l'heritage d'un Pere
Par lecrime acquerir de legitimes
droits ?
Parlez, Forests ; jadis une de vos
Semblables
Daigna plus d'une fois répondre à
des Mortels.
Quelles fureurs auſſi coupables
Pouvans- nous reprocheràvos Hoftes
cruels? [Soudaine
Si quelquefois entre eux une rage
Les porte à s'arracher le jour ,
Ce n'eft point l'intereſt l'ambition ,
la haine
Qui les anime, c'est l'amour.
LuySeal leurfait troubler vostrefacréfilence
;
96
MERCVRE
Amoureux , Rivaux, & Ialoux.
Leur coeur ne peut fouffrir la moindre
preference ,
La mort leur ſemble un fort plus
doux.
D'unefi belle excuse au durfiecle où
nousfommes,
On ne peut déguiſer les maux que
nous faisons ;
Non , de meurtres ſanglans ,des
noires trahisons
L'amour nefournit plus aux hommes
:
Les viclens confeils, ny les tendres
raiſons.
Rien ne ſçauroit eſtre plus
utile qu'une Methode complete
de l'Art du Blafon , qui
apprenne à expliquer exactement
, & en termes propres ,
les Emaux , les Figures , & les
ornemens dont les Armoiries
font
GALANT.97
ſont compoſées , & qui fafle
connoiſtre la diſpoſition & les ..
attributs de chacune de ces
Figures . Le Pere Menestriert
Iefuite , qui eſt parfaitement
inſtruit de toutes ces chofes ,
en donna une abregée il y a
plus de vingt ans . On en a fait
quantité d'impreffions,& comme
on l'a copiée , & contrefaite
endifferents lieux , les Li
braires yont mis de leur chef
des armoiriesde quelques Maifons
peuconnues & pou illuft
tres. Elle fut imité en 1671 ,
porta le titre de Methode Royale,
facile&historique du Blafon avec
L'origine des Armes desplus Illuftres
Etats & Familles de l'Europe,
On s'y ſervit des meſmes Figures
que ce Pere avoitdonnées.
dans ſon Abregemethodique ,
&l'on y laiſſa toutes les fautes
Iuillet 1688. E
*
98 MERCURE
que les Imprimeurs avoient
faites en diverſes éditions.
L'année ſuivante il parut une
nouvelle Methode que fon
Autheur nomma Heraldique. II
y employa plus de centArmoiries
ſous des noms ſuppoſez de
Juron , de Gontin , de Melet
de Ralet ,de Mintes , de Melin
, de Raban , de Joubles, de
Jagon , & c . & crut éviter par
là les reproches que le Public
luy auroit pu faire , s'il s'eſtoir
ſervy des meſmes exemples .
qui avoient eſté donnez dans
la premiere Methode , ſans
avoir cherché à les déguiſer.
Il a pris quantité de noms de
Terres pour des noms deMaiſons,
ce qui pouvant confondre
la connoiſſance du Blaſon,
eſt d'une dangereuſe confe .
quence C'eſt ce qui a obligé le
২
GALANT.
d'une ma
Pere Menestrier à fatisfathe
l'impatience qu'avoit lePublic
d'avoir quelque choſe de plust
achevé fur cette matiere. Aint
filarevcu ce qu'il avoit faie
&vientde nous le donner dans
un autre ordre , &
niere bien plusamples, fous to
titre d'abregé Methodique des
principesHeraldiques , ou du veri
table Art du Blafon. Il s'attache
uniquement dans ce Livre à
l'Art deblafonneundines fortes
d'Armoiries donne dest
exemples & des Figures pour
parvenir àla connoillance ene
tiere du Blafon& dela fcience
Heraldique. Comment ne fuffit
pas de ſçavoir expliquer sen
termes propres toutes fortes
d'Armoiries,& qu'ondoit s'accoûtumer
à connoistre des Fa
milles parleurs Armoiries , 2
Ez
-
100 MERCVRE
les Armoiries parles Famillos ,
il donne pluſieurs manieres de
fixer l'imagination fur cela , &
finit par des Dialogues fur l'Art
duBlaſon,qui inſtruiſentbeaucoup
& facilement. Il y a dans
ce Volume cinq cens Armoiries
gravées avec présde deux
cens Figures qui entrent dans:
les Armoiries , de ſorte qu'eftant
extremement augmenté ,
&n'ayant preſque rien de
vieux que ſon titre,il peut paffer
pour nouveau .& tenir lieu
de tous ceux qui ont jamais
eſté faits ſur le Blafon. CeLivre
qui a eſté imprimé àLyon
par le Sieur Amaulry , ſe vend
àParis chez le Sieur Guerout,
CourtDauphine.
Cet Article me donne ſujet
devous parlerd'un Reglement
qui vient d'eſtre fait,&dont
GALANT.
1
C
ceux qui font des Livres, auſſi
bien que ceux qui font la depenſe
de les imprimer , doivent
tirer de grands avantages
, fi routes les Communautez
de Libraires imitent ceux
de Bordeaux . Il n'eſt pas fort
étonnant que les Auteurs perdent
leur peine ,& les Libraires
leurs frais , quand ils donnent
au Public de méchans
Livres, mais il eft fâcheux que
la meſme choſe arrive pour de
bons Ouvrages , & cependant
il n'y a rien de plus ordinaire
. Un Libraire eft preſque affure
de perdre toûjours , de
quelque nature que foient les
Livres qu'on luy donne à imprimer.
Les méchans demenrent
dans ſa Boutique , & les
bons luy ſont volez, puisqu'on
les imprime incontinent , non
E 3
Q2 MERCURE
ſeulement dans les PaysEtrangers
, mais meſme en pluſieurs
Villes de France. Al'égarddes
Etrangers , il eſt impoffible d'y
apporter du remede , & jufqu'icy
il a eſté extrêmement
difficile d'en trouver pour ce
qui regarde la France. Les Libraires
de Provinces n'ont
guere fait imprimer de Livres
des Libraires de Paris , qu'ils,
n'ayent impunément jouy de
leur vol. Leurs Confreres ſe
font contentez de les blâmer ,
& auroient cru faire une malbonneſteté
s'ils les avoient accuſez.
Ainfi il falloit envoyer
de Paris des Officiers de Justice
pour ſurprendre les coupables
, & ceux du Pays , loin de
vouloir ſervir de témoins contre
eux , cherchoient à les garantir
des peines qui font por-
GALANT.
гоз
rées par les Privileges . C'étoie
par là que l'impunité regnoit
fur cette eſpece de crime , & fi
ce defordre necontinuë point,
on enfera redevable à la Communauté
des Libraires de Bordeaux,
qui s'eft reſoluë à donner
l'exemple là- deſſus . Il y
avoit long-temps qu'elle fouhaitoit
le retranchement de
ect abus , & qu'elle voyoit
avec déplaifir les Libraires fes
voiſins , & quelques- uns de
fes Confreres de la meſme Ville
, profiter du bien d'autruy
fans aucun ferupule , &
richir par un vol dont tout le
Corps eſtoitaccuſé.Enfin aprés
des deliberations de pluſieurs
années , deux Sindics intelli.
gens , & auſſi actifs que bien
intentionnez eftant aujours
d'huy à la teſte de cette Coms'en-
E4
104 MERCVRE
munauté , on a de nouveau
agité l'affaire , & le ſieur de la
Cour , l'un des deux Sindics ,
a eſté envoyé pour propofer à
Monfieur le Chancelier les
moyens d'arreſter le cours des
Livres qui paſſent dans leRoyaume
, dont les uns font pernicieux
, & les autres contrefaits
fans égard aux privileges
, & pour demander quelques
Reglemens touchantleur
Communauté.Cet illustre Magiftrat
toujours preſt à écouter
ce qui regarde le bien de la
France , a témoigné de la joye
de voir que des Libraires qu'on
pouvoit tous accuſer de debiter
en fecret des Livres contrefaits
ou défendus , demandoient
eux- meſimes qu'on remediaſt
à ces defordres , & il leur a
accordé toutes les expeditions
GALANT. 105
১
neceſſaires , que le Parlement
de Guyenne doit confirmer..
Comme il faudra qu'ils vifitent
tous les Livres , leurs
Confreres qui feront trouvez
en faute , n'auront à ſe plains
dreque de la mauvaiſe foy qui
les aura engagez à continuer
l'ufage des contrefaçons.Par là
il ne ſe gliſfera plus que tresdifficilement
des Livres contre
la Religion , contre l'Etat , &
contre les bonnes moeurs ,&
lesCommunautez deLibraires
des autres Provinces ne pouvant
ſe difpenfer de ſuivre le
meſme Reglement, qu'il eſt à
croire qu'on leur fera obſerver
de gré ou de force , chacun
tirera , du moins en France
du profit de ſon travail , & de
la dépense que l'on aura faire
pour le mettre au jour , ce qui
ES
106 MERCURE
fera entreprendre plus d'Ou
vrages , & fera cauſe que les..
Libraires n'épargneront rien.
pour faire de belles impreffions
, au lieu que les Livres ,
contrefaits font la pluſpart fur
de tres - vilain papier ,& remplis
de fautes . C'eſt une obligation
qu'aura le Public aux:
Libraires de Bordeaux. Quand,
jevous parlede ceux qui contrefont
les Livres, de leurs
Confreres , je n'y comprens
point les Libraires de Paris..
Tout le monde ſçait qu'ils ne
font point de ce nombre . On
contrefait, leurs Impreffions ,
& on les envoye dans les Pays
Etrangers , & dans toutes les
Provinces de France, mais ces
Provinces, n'impriment rien
qu'ils vouluſſent contrefaire..
le vous envoyay, le mois
GALANT..
107
S
S
-
F
S
S
e
コ
و
S
د
paffé uneRelation affez ample
de la rencontre des Vaiſſeaux
du Roy , commandez par Mr
le Chevalier de Tourville , &
de ceux de Papachin ,Vice-
Amiral d'Eſpagne .. En voicy
une autre qui vient de bon
lieu , & de perſonnes qui doivent
ſçavoir la verité elle eſt
fouvét difficile àdeveloper, fur
tout lors que les choſes ſe font:
paſſe dans deslieux éloignez ,,
& qu'on n'en peut avoir de
nouvelles que par les Intereffez,
qui n'ont point de témoins.
de leurs actions . Tout ce qu'on
peut faire alors , & de voir de
quelle maniere ils parlent tous,
&c'eſt pour cela que je vous;
envoye la Relation que vous
allez lire . Ie la laiſſe telle qu'elle
m'a eſté donnée ſans y rien
ajouter , & fans en rien rewancher..
EG
108 MERCURE
L
1
E. 2. de ce mois Monfieur te
Chevalierde Tourville accom
pagné de Monsieur de Chasteaurenaud
& de Monsieur le Comte
d'Estrées , appercent d'affez loin
deux Vaiſſeaux que l'éloignement
empefcha d'abord de reconnoiſtre;
mais le Pavillon qu'ils mirent pers
de temps aprés , nous apprit que
c'estoient Vaisseaux d'Espagne. Ils
estoient commandez par le Vice-...
Amiral Papachin qui renenoit de
Naples. Ilnous reconnut pour Vaiffeaux
François , & comme nous
eſtions fort loin au vent , nous fufmes
obligez d'arriver vent arriere
pour aller à eux. Papachin cargua
fa grande Voile dés qu'ilvit noftre
deffein, & continuafaroute àpetites
Voiles. Lors que Monsieur de .
Tourville se trouva affezprés il
envoyaSa Tartanepourluy deman
2
GALANT. 109
der le Salut , & Papachin luy nyant
repondu fort fièrement qu'il n'avoit
point d'ordre pour cela ,&qu'ileust.
àferetirer, Monsieur de Tourville
qui ſceut sa réponſepar unsignal
que fit la Tartane, arriva fur luy
à la portée du pistolet & luy donna
toute sa bordée , à quoy Papachis.
répondit de la fienne. Monfieur de
Tourville paſſa de l'avant ,&Papachin
après avoirun peu arrivé,
luy redonnauneſeconde bordée,
&aussi- tost revint pour gagner le
ventà Monfieur de Tourville qui
avoit paſſe de l'avant ,&il lesit
effectivement , car après avoir
amaréSagrande Voile , ilfe trouva
beaucoup au vent de luy . Monficur
de Chasteau - renaud qui fuivo'r
Manfieur de Tourville , reprit ſa
placefi- toft qu'il eut paffé de l'avant
, & après avoir combattu
quelque temps de fort prés , il fuen
HO MERCVRE
affezbeureux pour deſmaſter defon
grand Maisle Vaisseau. de Papachın.
Cependant:MrleComte
d'Estrées s'estoit attaché seul à
L'autre Vaisseau , & s'en estoit ren--
du Maistre après avoir combattu
pendant trois heures. Il avoit déja
dans fon bord le Capitaine avec -
tous les Officiers , & aussietost it
envoya le Sicur Rouffetà Monsieur
deTourville qui faisoit un bord pourſe
rapprocher de Papachin , avec
ordre de luy apprendre l'estat où
étoient les choses . Monfieur de Tourville
envoya Son Lieutenant au
bord de Papashin , pour luy décla
ver qu'ilfalloit qu'il faluast.com..
me il avoit veu fon fecond Navire
pris , & qu'il ne sçavoit ce qu'on
avoit refola de faire de luy , ilfue
fort aise d'en estre quitte àfi bom
marché. Il tint confeil avec fes
Officiers , & demanda àfon Equi ...
GALANT LILA
page s'il vouloit faluer. On luy ré
pondit qu'ony , & il falua de neuf
coups qu'on luy rendit . San Navire
eſtoit de 66. pieces de Canon,
de joo . homines d'Equipage ,
L'autre de 4 pieces de Canon ,
de 350. hommes . Celuy de More
fieur deTourville est un Navirede
60. pieces de Ganon , & de 375 .
hommes d'Equipage . Ceuxde Monfieur
de Chafteau-renaud & de
Monsieurle Comte d'Estrées font
égaux ; chacun de 40. pieces de
Canon & 230. hommes . On ne
peut sçavoir precisement combien
les Espagnols ont perdu de gens ;
mais il est constant qu'ilen ont per.
du beaucoup , & qu'ils ont estéextrememeni
maltraitez. Les Mateloss
Oftendoisde ce Vaisseau ont dit
ades gens dumême Pays qui étoient
au bordde Monsieur le Comte d'Efirées
qu'il avoient currente-cing:
112 MERCVRE
hommes de tuez& autant de blef
Sez. Pourle Vaisseau , il estoit cri
bléde coups , il n'y avoit pasplace
pour davantage.
C'eſt un terrible affaire que
l'enteſtement.On en prend fur
bien des chofes , mais il n'y
en eut jamais de plus dangereux
que celuy des Vers...
Quantité de gens ſe meſtentd'enfaire
qui en font tres mal
&de toutes les eſpeces de cerveaux
gâtez , il n'ien apoint de
plus difficiles à raccommoder...
N'ayant point d'oreille pour
distinguer labonne ou la mauvaiſe
cadence , ils font incapables
de s'appercevoir en
quoy ceux qui ontun veritable
genie l'emportent fureux,
& perfuadez qu'il n'y a qu'à
mettre douze fallabes enfemble
,ils continuent toûjours à
**
GALANT.. 113.
1
4
mal faire , & accuſentd'ignorance
ou d'injuſtice , les Leteurs
ou Auditeurs trop finceres
, ou peu complaifans qui
les veulent détromper. Une
fincerité de cette nature a fait
trembler deux Amans qui
s'aimoient fort tendrement ,
& a penſé leur couter tout le
repos de leur vie. Ils eſtoient
affez le fait l'un de l'autre .
Tous deux avoient de l'eſprit ,
tous deux des manieres engageantes
, & fi la fortune cuſt
mis autant de rapport entre
eux du coſté du bien , que la
nature paroiſſoit en avoir mis
pour les belles qualitez , rien
n'euſt pu mettre de l'incerti
tude dans leur bonheur , mais
le Cavalier dépendoit. d'un
Pere , qui eſtant fort riche ,
cherchoit un party propor114
MERCURE
C
tionné ,& les avantages de la
Demoiselle n'eſtoient pas confiderables
, à moins qu'on ne
fift parler un Oncle dont elle
heritoit , & qui ne menaçoit
pas de mourir ſi - toſt. Il avoit
eſté dix ou douze ans Mary
tres marry , & ce qu'il avoit
fouffert d'une Femme fortbizarre
, qui eſtoitmorte ſans luy
procréer lignée , luy avoit ofté
le gouſt d'en avoir. Il s'en tenoit
au veuvage , & cet eſtat
le rendoit heureux depuis fi
long- temps , qu'on eſtoit perfuadé
qu'il ne le changeroit
pas, mais ce n'eſtoit pas affez.
que des eſperances pour le
Pere de l'Amant , il vouloit
quelque choſe de ſolide ; &
pour donner lieu au Mariage,
il falloit que l'oncle fiſt quelque
avance à ſa Niepce. II
GALANT.
AS
こ
avoit beaucoup d'argentcom.
prant ,& il auroit pû luy donner
vingt mille écus ſans eſtre
reduit à aucun emprunt.Ainfi
la Demoiselle employa tout ce
qu'elle avoit d'Amis pour tâcher
de le gagner. On lay remontra
que comme elle eſtoit
fon heritiere , il ne devoit rien
fouhaiter plus fortement que
de joüir du plaifir de la voir
danson établiſſement confiderable
mais tout ce qu'on put
luy dire ne l'obligea point à
ouvrir ſa bourſe. Il répondit
qu'il falloit le laiſſer vivre , &
que fa Niepce ne manqueroit
point d'Amans qui voudroient.
bien attendre ſa fucceffion
avec patience , ſans demander
qu'il ſe dépoüillaſt. L'obſtination
qu'il euſt à ne rien donner
, fut d'autant plus ſenſible
116 MERCURE
A
à l'Amant , que ſon Pere qui
eſtoit imperieux , vouloit abfolument
qu'il ſe mariaft , &
le preffoit de choiſir entre deux
ou trois perſonnes qu'il luy
propofoit. Comme le Cavalier
eſtoit fort infinuant, cela luy
fit prendre le deffein de faire
fa cour à l'oncle de ſa Maîtreſſe
, pour voir ſi à force d'être
complaiſant il ne pourroit
pas s'en faire aimer. On fait
faire aux gens tout ce que l'on
veut , quand on les prend par
leur foible. La Belle à qui il
parla de fon entrepriſe , luy dit
que s'il vouloirqu'elle réuſſiſt,
il falloit qu'il le flataſt ſur une
choſe où ſon peu de complaiſancequ'elle
commençoit à fe
reprocher , luy pouvoit bien
avoir attiré la dureté qu'il
marquois-pour elle ; qu'ilavoit
GALANT.
117
pour fon malheur la demangeaiſon
de faire des Vers, qu'il
l'en avoit cent fois étourdie ,
mais qu'elle les avoit toûjours
trouvez a differens de ceux
des jolies chanſons qu'on luy
apprenoit , qu'elle n'avoit pû
ſe reſoudre à les loüer , ce qui
l'avoit obligé plus d'une fois à
luy direrudement qu'elle n'aimoit
pas les belles choſes. Le
Cavalier fur fort content de
l'avis. Il ſe reſolut d'en profiter
, & fçachant combien les
Vers font chers ordinairement
àceluy qui les enfante , il ſe
rendit affidu auprés de l'Oncle
, & ne douta point qu'en
ſe contraignant à luy applaudir
ſur ſa folie , il ne ſe miſt
afſſez bien dans ſon eſprit ,
pour obtenir de luy ce qu'on
Louhaitoit. Illuy en coûtoit du
Γ18 MERCURE
temps , & beaucoup d'ennny,
parce que l'oncle eſtoit un fort
grand parleur , & qu'ayant une
memoire confufe de tout ce
qu'il avoit leu , il ſe plaifoit
à faire parade de pluſieurs choſes
qu'il croyoit ſçavoir ,mais
il s'apperceutbien toft que les
loüanges dont il luy eftoit prodigue
, commençoient à faire
effet. Il admiroittoutes les fot
tiſes qui luy échapoient ,&
ne ceſſoit de luy direqu'il avoit
peine à comprendre comment
à fon âge on pouvoit avoir un
fi grand feu . Loncle l'embraf
foit,&pour ſe faire louer encore
davantage , il difoit av
Cavalier qu'ilvoyoitbienqu'ilt
avoit le gouft tout autre que
la pluſpare des jeunesgens quis
ne s'attachoient qu'à la baga
telle ,& qu'il vouloitlay mom
GALANT.
119
=
trer des Vers qui luy feroient
voir s'il eſtoit encore inſpiré
des Muſes. Le Cavalier qui
l'attendoit là , ne laiſſa pas échaper
une occafion fi favorable.
Ils'écria mille fois , repeta
des Vers qu'il pommoit
incomparables , & dit qu'on'
n'en pouvoit faire de fibeaux
fans entouſiaſme. L'oncle eftoit
dans une joye qu'on ne
ſçauroitexprimer.Il prevenoit
l'applaudiſſement en le preparant
à écouter quelque choſe
qui luy paroiſtroit d'une
beauté finguliere , & voulant
quelaPoëfie l'emportaſt ſur les
plus fublimes Connoiffances ,
il ajoûtoit que ſans vanité il
avoit là - deſſus des avantages
qui n'eſtoient pas communs
à beaucoup de gens. Le Cavalier
, malgré tout ce qu'il
120 MERCURE
ſouffroit d'eſtre reduit à loüer
de méchantes chofes , fut forr
ravy de voir ſes affaires pren -
dre un fibon train. Ilne ſe contenta
pas d'agir par luy - mefme,
il crut qu'un peu de ſecours
ne luy nuiroit pas ,& pratiqua
quelques-uns de ſes Amis qu'il
mena chez l'Oncle , & qui ofcant
bien inſtruits de ce qu'ils
avoient à faire lors qu'il leur
liroit ſes Vers , ne manquerent
pas de l'accabler d'applaudiſſemens
. Ce fut affez pour
luy renverſer l'eſprit. Il devint
plus fou qu'il n'avoit encore
eſté , & ne paſſoit plus de jour,
fans s'appliquer à quelque
nouvel Ouvrage. Les fauffes
rimes ne l'arreſtant pas , il faiſoit
ſouvent juſqu'àdeux cens
Vers en un ſeul matin,& cette
fecondité portoit ſes intereſ-
م
fez
GALANT.
(
fez Admirateurs à de plus
grandes exclamations. Le Cavalier
qui diſoit toûjours que
la Poësie avoit quelque choſe
dedivin , acheva de le gagner
en le priant de l'initier dans
ſes miſteres , & de luy apprendre
comment il falloit faire un
Sonnet ou un Madrigal . II
triompha de ſe voir choiſi
pour Maiſtre , & commença à
luy donner des leçons ſur le
nombre des fillabes & fur la
ceſure. Le Cavalier en mettoit
exprés une de moins en beaucoup
de Vers , & tâchoit d'en
faire de plus méchans que les
fiens ce qui lay eſtoit fore
mal- aifé , quoy qu'il ne fuſt
pas né Poëte. C'eſtoit un charme
pour le galant homme que
deluy montrer en quoy il manquoit
, & lors qu'il l'eut veu
Juillet 1688 .
F
122 MERCURE
1
profiter des regles qu'il luy
donnoit avec de grands termes
affectez , il dit par un emportement
de joye dont il ne put
ſe rendre le maiſtre , qu'il meritoit
d'être ſon Neveu , &
que s'il vouloit luy promettre
de faire des Vers toute ſa vie,
il donneroit à ſa Niece les 20.
mille écus qu'on luy avoit demandez
. Vous pouvez juger
file Cavalier y confentit. On
en porta parole à fon Pere ,
ſans luy découvrir d'où venoit
ce changement , à la faveur
des Muſes & d'Apollon
tout fut conclu de parole
, & le jour pris pourdref-
* fer le Contrat de mariage. Jamais
Amans ne furent plus
fatisfaits ; mais quoy qu'il n'y
euſt aucune apparenice que
leur bonheur deuſt eſtre trouGALANT.
183
Y
الا
e
&
e
0.
er
blé , il fut traverſé par un incident
qu'on n'attendoit pas.
L'Amant fut obligé de faireun
Voyage de deux jours , & pendant
ce temps , l'Oncle qui ne
ceſſoit point de faire des Vers,
&qui en eſtoit infatué, s'aviſa
d'en faire ſur une choſe dont
tout le monde parloit dans la
Ville; & les faiſoit copier , il
les envoya ſans nom dans un
paquet cacheté au Pere du
Cavalier. Il vouloit ſçavoir ce
qu'il en diroit ſans en connoi.
fſtre l'Auteur ; nedoutant point
qu'il n'en fuſt charmé ,& qu'il
n'euſt pour un ſi heureux talent
la meſme admiration que
ſon Fils luy avoit fait tant de
fois paroitre. Le hazard voulut
qu'étant allé ce jour là dans
unemaiſon où il y avoit bonne
Compagnie , le Pere duCava
F2
124
MERCVRE
lier y arriva , & le difcours
eſtant tombé ſur les Vers , il dit
qu'il ne ſçavoitpas ſi on avoit
pretendu ſe moguer de luy ;
mais qu'on luy en avoit envoyé
d'auſſi deteſtables qu'on
en pouvoit faire ſans luy en
avoir marqué l'Auteur. En
meſme temps il les tira de ſa
poche , & lors qu'il en eut leu
dix ou douze , il demanda dans
quelle Fontaine empeſtée le
malheureux Poëte qui les
avoit faits , pouvoit avoirbeu .
L'Auteur fort ſurpris de voir
ſes Vers traitez ſi cruellement ,
voulut ſçavoir en quoy il les
trouvoit deteſtables , & celuy
qui les attaquoit ayant répondu
qu'ils ne valoient pas qu'on
perdiſt du temps à les examiner
, parce qu'il n'y avoit ny
tour , ny élevation , ny bon
GALANT. 125
fens , l'Auteur ſoutint qu'ils
eſtoient tres - bons, & pria tous
ceux qui ſe trouverentpreſens
de vouloir dire ce qu'ils en
penſoient. Comme il en parloit
avec chaleur , & que la plupart
fçavoient qu'il ſe meſloit de
Poëhe , on connut bien qu'il y
prenoit intereſt. Ainfi il les
preſſa inutilement de s'expliquer.
Les uns ſe teurent , les
autres dirent qu'ils ne s'y connoiſfoient
pas , & chacun ſe
divertit de cette querelle.
L'Attaquant ne voulut point
fe dédire. Il continua de blamer
les Vers comme eſtant
méchans en tout , & l'Auteur
qui les pretendit toûjours admirables
, ſe prevalant de
l'honneſteré que les témoins
de leur differend avoient euë
pour luy , en refuſant d'en
F3
126 MERC VRE
eſtre les Juges , s'adreſſa à un
Cavalier qu'il vit entrer afin
qu'il prononçaſt ſur ſes Vers.
C'eſtoit un des Amis de l'Amant
, qui fçachant combien
il luy étoit important qu'il en
diſt du bien , ne manqua pas.
d'y trouver mille beautez . Le
Pere indigné de fa baſſe complaiſance
, commençoit à s'échauffer
, & il auroit fait unė
cruelle Satyre fur les méchans
Poëtes , s'il n'euſt eſté averty
par quelques coups d'oeil du
Cavalier , & interrompu en
meſme temps par l'Auteur des.
Vers que les loüanges qu'il venoit
de recevoir , avoient fort
encouragé ; & qui ditd'un ton
fort fier qu'il falloit eſtre ignosant
de la derniere ignorance
pour ne les pas admirer , qu'il
vouloit bien qu'on ſceuſt que
GALANT.
127
c'eſtoit luy quiles avoit faits ,
& que bien loin de vouloir
faire aucune avance à ſa Niece
, il déclaroit que s'il falloit
fon conſentement pour la marier
, jamais il ne ſouffriroit
qu'elle époufaſt le Fils d'un
homme qui ſçavoit ſi peu ce
que c'eſtoit que de faire de
bons Vers . La- deſſus il fortit
tout en colere , ſans que perſonne
le puſt retenir. Son extravagance
fut un grand ſujet
de rire pour tous ceux qui l'avoient
veuë , & on admira la
rage qu'avoient de certaines
gens de vouloir ſe faire Poë .
tes en dépit des Muſes . Cependant
comme il paroiſſoit
piqué au jeu , on crut à propos
de travailler à raccommoder
l'affaire . Le Pere eſtant
riche n'en eſtoit embarraſſe
F4
128 MERCVRE
que pour fon Fils dont il con
noiſſoit l'amour. Il avoit pour
luy beaucoup de tendreffe , &
il luy fachoit qu'une folie de
cette nature rompift une affaire
qu'il tenoit certaine.
L'Amy fut prié d'aller trouver
l'Oncle , & de luy reprefenter
qu'il ne devoit pas prendre
garde àcequ'avoit dit un homme
, qui n'ayant jamais eu
affez de genie pour faire des
Vers , ne pouvoit pas s'y connoiſtre
. Il alla chez luy , & le
tourna de toutes manieres
mais il n'en eut point d'autre
réponſe , finon qu'il falloit que
fon Ennemy euſt l'efprit méchant
, & qu'un homme qui
par malice blamoit de bons
Vers , eſtoit capable de caufer
de grands defordres dans une
Famille. Le Fils revint , &apGALANT.
129
prit avec douleur le renverſement
de ſes affaires . Il alla
chez l'Oncle,& aprés luy avoir
fait de longues prieres fans
rien obtenir , illuy demanda
s'il vouloit l'abandonner , luy
qu
qui ayant bien voulu luy ſervir
deMaiſtre, lay avoit déja donné
de ſi utiles leçons . Cette
raiſon l'ébranla , & fon Amy
qui avoit tâché de luy rendre
office avant ſon retour, le vo
yantpreſt de ſe rendre, acheva
de l'adoucir , en luy promet
tant pour cet Amant defolé
qu'il feroit un Poëme à ſa
loüange. L'Oncle confirmala
parole qu'il avoit donnée pour
le mariage , pourveu qu'on luy
fiſt une fatisfaction propor
tionnée à l'iniure. Elle ne fut
pasaifée àregler. LePeredon
noit la carte blanche , & cere
130
MERCVRE
accommodement eſtant une
ſeconde folie de l'Auteur des
Vers , il ne refuſoit aucune
condition,mais l'Offenſe trouva
de grandes difficultez dans
cette affaire . Il voulut qu'on
en dreſſaſt un écrit pour eſtre
ſigné de douze témoins , devantqui
la reparation ſe feroit.
Il demandoit d'abord que le
Pere roconnût qu'il avoit blafmé
ſes Vers , faute de ſçavoir:
comment il en falloit faire &
cela ne luy paroiffaut pointt
affez fort pour le genre de l'offenſe
, il fut enfin arreſté aprés
pluſieurs allées&venues qu'il
declareroitt en prefence de
douze des meilleurs Poëtes,
qu'on pourroit trouver , que
sémerairement & malicieuſe
mental avoit dit que les Vers
de l'oncle estoient mechans
GALANT. 137
encore qu'il euſt toutes les lumieres
neceſſaires pour s'y
bien connoiſtre , de quoy il ſe
repentoit ,luy en demandant
pardon , & promettant d'ap--
prouver toute ſa vie les Vers
qu'il voudroit bien luy montrer.
Le jour fut choisi pour cet
accord qu'il eut grand ſoin de
faire figner; aprés quoy il regala
magnifiquement les dou.
ze Poëtes qu'il avoit pris pour
témoins . Il ſe plaça au bout de
la table , & pour marquer la
victoire qu'il venoit de remporter
, it mit une couronne
de Laurier fur fa teſte. Le
Pere & l'Amant furent du repas
.On y but à la ſanté d'Apol--
lon & de chacune des Muſes,
& l'on debita grand nombre de:
Vers. Iugez fi on manqua à les
approuver. Le Contrat de ma
F66
132 MERCURE
riage fut figné le lendemain ,
& l'on en fit la ceremonie peu
de jours aprés . L'Amant fort
content de poſſeder ce qu'il
aime , a la fatigue d'écouter
fouvent de mauvais Ouvrages
qu'il eſt contraint de louër , à
cauſede la fucceffion qu'il at
tend ,& que l'Oncie pourroit
luy oſters'il n'avoit pas cette
complaiſance; mais il ne fçauroit
avoir celle de perdre du
temps à faire des Vers , & il
ſe défend des reproches qu'on
luy fait de ne tenir pas ce qu'il
apromis , fur les embarras - det
fon employ, qui étant confiderable,
neluy laiſſe pas d'heures
inutiles,
Comme la nouvelle de la
naiſſance du Prince de Galles
ne fut feeuë icy le mois dernier
que lors qu'il fallut ache
GALANT. 133
wer ma Lettre,je n'eus le temps
que de vous l'apprendre , &
je n'entray dans aucun détail
de ce qui ſe paſſa à l'occaſion
de cette naiſſance. On peut
dire que ce Prince eſtoit ex
tremement ſouhaité , non ſeulement
par leurs Majeſtez Britaniques
, mais encore par tous
les Anglois quidefirent la tran
quillité des trois Royaumes ,
&par tout ce que l'Europe a
de perſonnes raiſonnables. Le
bruit s'eſtant répandu dans
Londres le matin de cette
grande journée ,que la Reine
eſtoit en travail , le peuple pa
rut comme immobile & affoupy.
On euſt dit qu'il compatiffoit
aux douleurs que fentoit
cette Princeffe , & que
Pattention qu'il preſtoit à ce
qui devojc arriver , l'avoit
1
134
MERCURE
laiſſe ſans parole. Si - toſt qu'on
cut publié qu'il venoit de naître
un Prince , ce peuple rewinttout
à coup de ſon affoupiſſement
, & plufieurs ayant
couru au Palais où il eſtoit né ,
demanderent avec empreſſementà
le voir. Cela doit paroître
extraordinaire , puis que
des perſonnes quin'ont aucun
rang , ne vont pointainſi chez
leur Souverain, & qu'un Prin
ce , lors qu'il ne fait que de
naiſtre , n'eſt point en estac
d'eſtre vû de tant de monde ,
du moins pendant un longtemps
, car ce qui a eſté une
fois commencé par le Peuple .
ne finit point , chacun voulant
imiter ce qu'il a vu faire aux
antres . Les Gardes avoient
beancoup de peine à repouffer
cette multitude empreſſce , &
3
GALANT.
139
le Roy voyant du zele dans,
fon obſtination , faisoit entrer
luy- meſme beaucoup de ceux:
qui n'avoient pu les fléchir; de
forte qu'il ſe trouva ſouventz
mêlé parmy cette populace. Il
yen eut meſme beaucoup qur
dirent que le Fils d'un Prince fi
intrepide , & qui a de fi grandes
qualitez , pouvoit devenir
un jour un grand:Monarque ,
furtout s'il pouvoit eſtre élevé
par le Roy d'Angleterre ,
comme il y avoit beaucoup
d'apparence , ce Prince eſtant
encore affez jeune pour luy
apprendre à regner. On ne
peut douter que dans unPays
où toutes les Religions font
permiſes , il n'y euſt beaucoup
de perſonnes parmy ce Peuple,
qui en ſuivoient de differentes.
Ainfi on connut par laques
136 MERCURE
1
ceux qui n'eſtoient pas de celle
du Roy , ne pouvoient refuſer
leur eſtime & leur amour à un
Monarque digne d'admiration
en qui l'on n'ajamais remarqué
de foibleſſes,qui ſoutient la dignité
de ſon rang avec tout l'éclat
, & toute la grandeur d'ame
qu'on peut ſouhaiter dans
un grand Prince ; qui ſçaitaccommoder
l'affabilité & la dou
ceur avec la majesté attachée
au Trône , & que le Ciel protege
fi viſiblement.Outre ceux
du Peuple qu'on laiſſa entrer
pour voir le jeune Prince , il y
avoit encore beaucoupde perſonnes
de la premiere qualité.
qui s'eſtoient trouvées à l'accouchement
de la Reine . On
n'attendit pas que la nuit fuſt
venue pour faire des feux de
joye ; on en alluma avant co
GALANT.
137
temps - là , & on en fit de fi
grands , que tel qui avoin à
peine de quoy acheter une
charettée de Bois , la brûla entiere.
On But à la Santé du
jeune Prince de Galles , & on
donna tous les témoignages
d'allegreſſe qui estoient deus
à cette heureuſe naiſſance . On
éleve ce Prince d'une maniere
dont l'uſage n'eſt pas general ,
mais dontquelques Anglois ſe
font bien trouvez , ayant remarqué
que les Enfans s'élevoient
mieux de cette maniere
, & qu'il en mouroit
moins. On appelle cette façon
de les élever les nourrir à la cuitier.
Au lieu de leur donner à
teter , on leur fait prendre de
l'eau d'orge avec du lait.
La nouvelle de la naiſſance
de ce Prince fut à peine arri
138 MERCURE
vée en France , que Monfieur
Skelton , Envoyé Extraordinaire
d'Angleterre , en fit part
au Roy , & à toute la Maiſon
Royale. Il avoit envoyé demander
audiencele jour precedent
par ſon Secretaire , &
il fut conduit dans toutes les
formes par Monfieur de Bonneüil
, Introducteur des Ambaſſadeurs.
Il eſtoit accompagné
de pluſieurs Milords Anglois,
& entre autres desDucs
de Norfolc & de S. Albans . Sa
Maieſté luy dit que fa joye estoit
si grande qu'elle ne le cedoit qu'à
celledu Royfon Frere. Cet Envoyé
fut ſplendidement regalé par
l'ordre du Roy avec toute ſa
ſuite aprés l'audience.Madame
la Dauphine qui ne s'eſtoit
point levée, parce qu'elle avoit
refolu de ne voir perſonne ce
GALANT: 139
jour-là,dit qu'encore qu'ellen'eust
pas accoutumé de permettre qu'on
entra dans fa Chambre pendant
qu'elle estoit au lit , cette nouvelle
luy estoit ft agreable qu'elle ne pouvoit
s'empefcher de l'apprendre de
La bouche mesme de l'Envoyé , نم
de luy en témoignerſa joye. Monfeigneur
le DucdeBourgogne
ditdeluy meſme, que pourfaire
voir la fienne il feroit faire dés le
foir mesme un grand feu dans la
court du Chasteau de Versailles.
Monfieurl'Abbéle Houx dont
les Vers Latins ſont ſieſtimez ,
a fait ceDiſtique ſur cette naiffance.
Fortunata novo Regina puerpera
partu!
Divina enixa es Relligionis
opus.
En voicy un autre de ce
mefme Abbé.
140 MERCURE
Nofce triumphantem partununc,
Anglia, Matrem .
Hac Christo & Regi pariundo
reftituit rem.
Les . de ce mois , les Religieuſes
Angloiſes du Fauxbourg
Saint Antoine rendirent
graces à Dieu de ce qu'il avoit
accordé un Prince aux fouhaits
de l'Angleterre. lamais
leur Egliſe n'avoit eſté nyfi
bie ornée ny fi éclairée qu'elle
le fut cejour- là . Il y eut le matin
une Meſſe ſolemnelle , &
l'apreſdinée un Te Deum, & un
Salut en Mufique. Elle estoit
de la compofition de Monfieur
Oudor, Maistre de la Mufique
des Peres Jefuites de la Maifon
de Saint Loüis. Monfieur
l'Eveſque de Senez y officia
en habits Pontificaux ,& cette
ceremonie ſe fit en preſemGALANT
. 141
ce de Monfieur le Prince de
Richemont. Monfieur Skelton
, Envoyé Extraordinaire
d'Angleterre en cette Cour ,
s'y trouva avec Milord Hoord,
Frere de Monfieur le Duc de
Noceforc , Envoyé Extraordinaire
à Rome , Milord Staffort ,
& un tres -grand nombre de
perſonnes de qualité,François
&Anglois. Sur les dix heures
du foir , il y eut un Feu d'artifice
dans la Court au dehors
de leur Convent , & ellesfirent
des liberalitez à ceux du
peuple de leur voiſinage , qui
ſe preſenterent pour les recevoir.
Le zele de ces Religieuſes
eſt à eſtimer , puis que depuis
vingt ans qu'elles ſe ſont
établies icy , elles ont eu un
Salut tous les Vendredis dans
leur Egliſe avec Expoſition ,
142
MERCVRE
pour demander à Dieu la Con -
verſion des Heretiques , ce
qu'elles continueront juſqu'à
ce qu'il luy ait plu de les
exaucer.
Les Religieuſes Auguſtines
Angloiſes établies dans le
Fauxbourg Saint Victor , ont
faitde ſemblables prieres pour
la naiſſance du Prince , & elles
les ont continuées trois jours,
pendant leſquels elles ont marqué
leur joye par des Feux.
Elles les finirent par de Te
Deum.
Le 8. il y eut des prieres en
actions de graces pour le mefme
ſujet dans la Chapelle du
College des Ecoſſois , par les
ſoins du Principal , &elles
furent ſuivies le ſoir de réjoüiffances
publiques . Vn tresgrand
nombre de lampes éclaiGALANT
.
143
roit la façade du College , &
dans la Place voiſine qui eſtoit
auſſi toute éclairée , on avoit
dreſſé une grande Piramide
qui fut fort illuminée . Elle eftoit
ornée d'Emblemes & de
Deviſes à l'honneur de Sa
Majesté Britanique , &du jeune
Prince de Galles. Monfieur
l'Envoyé d'Angleterre s'y
trouva avec Monfieur le Duc
deNorfolc , & quantité de perſonnes
diftinguées .On fit jouer
un Feu d'artifice , & ce divertiſſement
fut accompagné
d'une magnifique Collation.
Les Irlandois des Colleges des
Lombard & de Montaigu ont
rendu les meſmes actions de
graces dans leur Chapelle.
Lejour précedent, Monfieur
Gorman , Superieur du Seminaire
de Sainte Anne la Roya
144
MERCVRE
ledes Irlandois de la Ville de
Bordeaux, avoit fait une grande
Feſte , pour rendre graces
àDieu de cette meſme naiffance.
Monfieur d'Allaire ,
Grand Vicaire de la Cathedrale
, celebra la grand Meſſe,
& le Te Deum fut chanté enfuite
par une tres bonne Muſique
, au bruit de pluſieurs falves
de Canon. Les Superieurs
de chaqueOrdre Eccleſiaſtique
y aſſiſterent avec quantité de
perſonnes confiderables . Le
foir , les Marchands Anglois
& Hibernois , entre lesquels
eſtoient Meſſieurs Henry , la
Vic , Poucere,Dekaler & Koane
, donnerent un grand Feftin
,& il futſuivy de pluſieurs
Feux d'artifice fur les bords de
la Riviere & fur la Riviere
mefme , accompagnez de décharges
GALAN T.
145
charges de Canon , qui durerent
une grande partie de la
nuir.
Ce meſme jour , Meſſieurs.
Patrice Lambert , & Patrice
Deans , Irlandois , marquerent
leur joye par une grande Meſſe
qu'ils firent chanter à Saint
Malo dans l'Egliſe de S. Servan
, apres quoy ils donnerent
un grand regale à bord de la
Fregate nommée , le Marchand.
Il y fut tiré plus de deux cens
coups de Canon ; & le ſoir ils
terminerent la réjoüifſance ,
par un tres-beau feu de joye,
orné de toute forte de fufées
figurées , avec l'applaudiſſement
de toute la Ville .
Les meſmes Prieres ont eſté
faites à Rheims , au College de
Saint Patrice , Patron d'Irlande.
Inillet 1688. G
18.
146 MERCURE
Vous avez ſçeu que Monſieur
de la Chappelle , Secretaire
des Commandemens
de Son Alteſſe Sereniffime
Monfieur le Prince de Conty,
avoit eſté nommé pour remplir
la place qui vaquoit à l'Academie
, par la mort de Monſieur
l'Abbé de Furetiere. Ily
fut receu le Lundy 12. de ce
mois & le difcours qu'il y
prononça recent beaucoup
d'applaudiſſemens. lene vous
en diray pas davantage , puis
que je vous l'envoye entier.
Vous y trouverez en original
les beaux endroits dontje vous
entretiendrois , ſi je ne vous
en envoyois pas une copic.
د
GALANT. 147
MESSIEURS,
Si les mouvemens du coeur pou
voient suppléer aux lumieres de
l'esprit, l'honneur que vous mefaites
aujourd'huy ne jetteroit pas
dans mes pensées le defordre&la
confuſion dont je ne puis les developer.
Je sçay que cet honneur eft
d'un prix infiny ,&s'il fuffifoit de
le connoistre pour le meriter ,je ne
rougirois pas à la veuë de ceux à
qui j'en suis redevable , honteux
de ne pouvoir donner des expreſſions
àmareconnoiſſance.
Eh ! comment en pourrois - je
trouver ? A peine initié dans les
misteres du Parnasse ( s'ilm'estpermis
de me fervir de ces termes)par
quelques Ouvrages que je n'ose pas
mesme avoüer, tant ilme paroiſſent
peu dignes du rang que je viens oc-
G
1
14.8 MERCURE
cuper, & connu Seulement par les
bontez d'un grand Prince que je
n'ay pas meritées,je me trouve élevé
au plus haut degré d'honneur ,
où la vertu fincere , l'Erudition
profonde , l'Eloquence parfaite
puiſſent élever ceux que l'étude
des belles Lettres distingue du reſte
des hommes ; je m'y regarde exposé
aux yeux de toute la France , comme
ſur un Theatre magnifique , où
tout ce quifrape mes yeux , étonne
mon esprit , &glace ma voix .
Ce filence profond que gardent
autour de moy tant d'Hommes illustres,
accoutumez à se faire admirer
lors qu'ils parlent, ce concours
extraordinaire de toutes fortes de
perſonnes , à qui vous ouvrez au
jourd'huy les portes de cet auguste
Tribunal des Muses , tous ces regards
attachez & confondus fur
moy , qui preſentent aux miens au
GALANT .
149
tant de Juges que j'ay d'Auditeurs,
zuges inflexibles , & prests fur de
qu'ils vont entendre à approuver
ou à condamner vostre choix ; enfin
, la dignité de ses lieux , &
plus encore la maieste de celuy ,
qui , quoy qu'absent , les remplir
toujours , dont l'image sacréepréfide
à toutes vos Affemblées , les
échauffe , les anime de cet esprit
de grandeur , & de droiture qui
èclate dans toutes ses actions.
Quel spectacle pour un homme
qui connoist sa foibleffe , & à qui
vostre gloire est encore plus chere
que la ſienne ! J'oſe le dire , Mefſieurs
, il eſtoit de vostre interest
que fur le pretexte ſpecieux des occupations
que me donne , ſur tout
en ce temps- cy , mon attachement
affidu auprés d'un Prince que l'ay
l'honneur de servir , ie fuſſe dif
penséde la loy commune qui m'obli-
G3
ESO
MERCURE
ge auiourd'huy à vousparleren public
; mais puis qu'il ne m'est pas
permis de violer un usage obſervė
depuis si longtemps avec tant d'éolat
, puiffele Genie de ce fameux
Cardinalà qui cet auguste Corps
doit sa naiſſance , m'inspirer ce
qu'il faut que ie diſe , de mesme
que longtemps aprés fa mort ila
encore conduit les affaires de cet
Empire floriſſant , & donné le
mouvement à celles de toute l'Europe
, tant les mesures qu'il avoit
priſes estoient longues & iuftes , &
les fondemens qu'il avoit iettez
estoient folides &affurez. Son nom
au deſſus de tous les eloges , imprimeà
ce qu'il a fait un caractere de
gloire, qui par ceſeul titre attire
avec iufſtice à cette illustre Compa
gnie la veneration de tous les eſprits;
mais vous n'eſtes point de ces Enfans
oififs , qui fiers de la dignité
GALNAT.
ISF
de leur naiſſance, & ensevelis dans
un honteux loiſir , penſentſucceder
à la reputation de leurs Peres com.
me à un heritage ,fans imiter leurs
Vertus.
Vous avez encore plus acquis
qu'on ne vous a laiſſe ; vous avez
mesme augmenté la gloire de vostre
Fondateur , en meritant que l'invincible
Monarque qui regne aujourd'huy
ne dedaignast pas d'estre
vostre Protecteur , ny de remplir
une place que deux de ſes Suiets
ont occupée avant luy , commafi ce
grand Prince , après avoir portéla
France à un degré de puiſſance,
auquelle Cardinal de Richelieu
luy- mesme , tout vaste &tout élevéqu'il
estoit dansses proiets ,n'a
jamais portèſes esperances nyfes
veûës , commesi, dissie ; il s'estoit
fait un plaisir de donner la per.
fectionà tout ce que ce celebreMis
G4
192 MERCURE
nistre n'avoit fait que souhaiter
pour couronner en mesme temps
La vertu d'un grand homme , &
faire connoistre la fuperiorité du
genie des Rois fur celuy de leurs
Swiets.
Après tout , quelque éclatant
que foit l'estat ou se voit auiour
d'huy l'Academie , souffrezque ie
wous rapelle avec quelque plaisir
celay où elle estoit en naiſſant ;
Souffrezque je vous faſſe ſouvenir
de ces premiers temps dont voſtre
bistoire afait une fiagreable peinzure
, temps heureux où l'estime
reciproque , l'amitié defintereffée,
L'étroite union des coeurs faisoient
le principal ornement de l'Academic.
Alors nulle infidelitén'avoit
encore obligé l'Academie à retrancher
aucundeses Membres , & nul
autre avant moy , en prenantfa
GALANT..
153
place parmy vous , n'avoit eſté reduit
à deplorer les égaremens de
Son Predeceffeur, au lieu de donner
des loüanges à son merite , & des
pleurs à sa memoire.
Alors un mesme esprit animoit
tous les Membres de ce grand
Corps , un mesme coeur les faisoit
mouvoir ; nulle intrigue fecrette,
nulle crainte , nulle defiance, nalle
jaloufiene les diviſoit" ; chacun regardoit
les interests des autres com
me lesfiens propres , & les affaires
de chaque Particulier devenoient
celles de tout le Corps..
Je ne sçaysi mes expreſſions répondent
à mon idée ; mais l'avouë
qu'ilse forme dans mon esprit une
image fiparfaite & fi gratieusede
ces premiers temps que l'ay peine
àl'en détacher.
Cependant qu'on ne croye pas
que je nevous la presenté icy , cette
G
154 MERCVRE
heureuſe image , que comme une de
ces admirables Antiques dont le
goust a pery avec ceux qui les ont
faites , & dont ceux qui ont tra
vaillé d'aprés n'ont donnéque des
copies , plus propres àfaire admirer
Les anciens Ouvriers , qu'ànous confolerde
leur perte..
Non, Messieurs , cettefimplicité
noble de nos Peres , cet esprit d'u
nion & de concorde n'est point éteint
parmy vous ; il est environne de
mille autres qualitez plus brillan
tes , qui en quelque maniere ledérobent
aux yeux , mais il n'en eft
Pas moins réel ny moins effectif, &
vons confervez encore au Louvre la
mesme pureté que vous aviezdans
leTempledeThemis .
C'est ainsi que i'appelle laMai-
Son quivous fervit de retraite apres
la mort du Cardinal de Richelieu
Le Palais d'un des plus illustres
GALANT.
155
Chefs que la Iustice ait samais cus
en France , n'est pas indigne d'un
titre si auguste.
Combien estoit - il au deſſus des
autres hommes , cet homme mer.
veilleux , que la multitude des affaires
dans la distribution de la
Justice commune ne laſſa ny nedégouta
point , que lepoids des grandes
chofes dans le Conſeil de nos
Rois n'accabla ny ne deconcerta
iamais , également fublime , également
admiré dans les plus grands
& dans les moindres emplois ! Ingez
de ce que fut Monfieur Seguier
par ce qui a fuivy sa mort , &
reparéfå perte. Loüis , l'Invincible
Louis a bien voulu estre fon Suc
ceffeur.
Qu'il me foitpermis ici , Meffieurs
, quoy que ie connoiffe mon
peu de forces pour une fi haute
entreprise , qu'il me foit permis dee
G6
156 MERCVRE
rendre à cet Auguste Protecteur leiufte
tribut d'admiration & de
louanges que luy rendentſes Ennemis
mesmes , si toutefois il est en--
core des hommes sur la terre à qui
on puiſſe donner cenom,affez aveugles
& témcraires pour ne pas ref
pecter sa puissance formidable
affez pervers & barbares pourne
pas adorer fes vertus ..
N'attendez pas que je vousentretienne
de ses conquestes , ny de
-Ses autres actions encore plus éclatantes
que ſes Victoires . N'atten .
dez pas que raſſemblant tous les
traits de fa gloire en un seul Tableau
,ie vous represente les bornes
de fon Estat pouffées au delà des
Pretentionsdefes Ayeux ; les Peuples
nouveaux acquis àfon Empire 3
lesEtats les plus éloignezhumiliez
& tremblans ; les voiſins étonnez
Soumis; la terreurde fon nom
GALANT.. 157
portée aux deux bouts du Monde
les Pays inconnus à l'Europe avant
Luy , pleins du bruit de fes exploits
&de l'admiration deſa grandeur,
la paix , l'abondance & la trans
quillité affermies dans fon Royau
me , tandis que les horreurs de la
guerre menacent ou defolent les au
tres Empires ;le Commerce renda
libre àſes Suiets danstoutes les par
ties de l'Univers ; la Iustice & les
Loix rétablies , la Religion prote
gée, l'Hereſie détruite..
Sans entreprendre de parcourir
toute cette fuite de merveilles ,je
tâcheray feulement de vous faire
remarquer en luy un caractère de
perfection quim'a toûjours frapé ,
&qui me semble élever fa gloire
infiniment au deſſus detout ce qui
afait le comblede celle des autres.
Eneffet ,d'autres ont esté Conquevans
avant luy , mais its ont boxne
158
MERCURE
leurs veues& leurs projets àgagner
des Batailles,&à prendre des Vil--
les , LOUISvaplus loin.
Confiderez encore auiourd'huy ,
pluſieurs fiecles aprés la mort de
ces fumeux Vainqueurs , les Païs
où ilssefont signalez. Ce ne font
que ruines affreuſes,que restes épouvantables
de carnage & d'incen--
die , que deserts d'autant plus hor--
ribles , qu'ils ont esté autrefois habitez
, & qu'on n'y trouve plus que
quelques miferables refugiez ſous
de triſtes mazures vwils gemiffent.
&n'entendentprononcer qu'enfremiſſant
le nom de ces Conquerans ,
qui ne sont louez & admirez que
dansles lieux où ils n'ont jamais
efté,& regardez les Pays que Louis s
a conquis ,Villes floriſſantes ,Bastimensſuperbes
qui les embelliffent,
Fortifications magnifiques qui les
ornent & qui les défendent, Peuples
beureux& enric his qui beniffent à
GALANT ...
159
1
toute heure le moment oùils ont esté
Soûmisàſa domination ..
On diroit qu'il a voulu- faire
pour chaque Place:aioûtée àfon
Empire , ce dont un des premiers *
Maistres du monde faisoitsaprincipalegloire
pour Rome Seule qu'il
Sevantoit d'avoirtrouvée de bri
que , &d'avoir renduë de marbre..
La mesme fingularité glorieuse
Je trouve dans tout le reste de ses
actions. S'il détruit parla juste rigueur
de ſes Loix la fureur des*
Duelsiufques alors impunie en France,
il en imprime en mesme temps
l'horreur dans tous les coeurs par
L'ardeur de luy plaire, quefes bon--
tezinspirent àſes Suiets ,& il at...
tache la honte àce qui faisoit aus
trefois lagloire des plus braves .
Si fes Vaisseaux vont ſous un aus
tre Ciel porter la gloire deson nom ,
itentreprend auſſi cost d'y fairecon160
MERCVRE
noiſtre &adorer celuy duvray Dieu
Enfin , s'il détruit entierement.
une Herefie également fatale à l'Etat&
pernicieuse à la Religion ,
également forte par lenombre de
fes Sectateurs , &par la fubtilité
de fes faux principes , il déracine
des ſemences d'erreurs presque imperceptibles
; qui cachées auiourd'huy
fous des apparences ſpecicufes
,deviendroient un jour de veritables
Heresies ,si sa sagessen'ésouffoit
ces Monstres en naissant .
tant il est vray quele Ciel luy a
donné d'agir , d'ordonner , de voir
au delà des lumieres des autres
hommes.
Iem'imagine, Messieurs qu'en ce
moment où l'idée de la grandeurde
ce Roy , toûtours victorieux , hono
rant cette Compagnie de ſa prote-
Etion , se preſente toute entiereà
vos esprits , vous me croyez pluss
GALANT. 161
accablé de vostre gloire , & plus
penetréque iamais du peu de raifon
que j'avois d'aspirer à l'honneur
que vous m'avezfait.
C'est au contraire en ce moment
que ie deviens plus bardy , & que
ie trouve qu'il m'estpermis de voUS
dire que i'ay merizé la place que
vous m'avezaccordéc. le mefouvies
que le Prince à qui ie dois vos bontez
a l'honneur d'appartenir à LOVIS
LE GRAND , & de là me vient
cette espece de preſomption qui fied
bien quelquefois , & au vray merire,
& à la vrayevertu . Ouy , MS
fieurs quand je ſonge à celuy qui
me donne à vous , iefuis digne de
vous. Au lieu des talens que voUS
cherchez, & que vous ne trouvez
point en moy , ie vous apporte l'am
mitié de ce grand Prince , dont il
m'a ordonné de vous affurer , ami
162 MERCVRE
tie precicuſe , qui faisoit autrefois
la ioye & les delices du fameux
Horosfon Oncle,dont la Francepleure
encore la perte ,& dont tous les
ficcles publieront la gloirefans' la
pouvoirjamais égaler.
Il'eſtoit ,vous leſçavez , un des
plus chers objets de l'estime & des
tendres affections de cet Onde fi ad.
mirable , & qu'il fouffre que se le
dife , cette estime ni cette affection
n'estoient point aveugles , il a paru
digne en effet des foins & de l'attachement
du grand Prince de Conde.
Quand j'oferois entreprendre de
vous faire son éloge , & dem'abandonner
aux mouvemens de mon
coeur , après la défenſe qu'ilm'en a
faite ,ie ne sçay si ie pourrois rien
aioûteràce que je viens devous dire,
nydeplus glorieux pour luy , ny
de plus univerſellement avoué de
toutle monde ..
GALANT. 163
.
1
Mais ilne m'a permis, Meffieurs,
de vous parler de luy que pour vous
faire des remercimens , & vous
aſſurer qu'il veut bienprendre part
à l'obligation que je vous ay , dont
ie ne perdray iamais leſouvenir &
dont la reconnoiffancefera ausfilom
que que ma vie.
Vous ſçavez que l'Acade
mie change tous les trois mois
de Directeur , & que c'eſt le
fort qui en decide. Monfieur
Charpentier pour qui il s'étoit
déclaré , eſtoit alors à la teffe
de cette celebre Compagnie ;
ainfice fut luy qui répondit à
Monfieur de la Chapelle. Il y a
longtemps que les excellens
Ouvrages qu'il a donnez au
Public , vous ont fait connoiſtre
ſon merite. Aprés qu'il eut
ceſſe de parler , on eut le plaifir
d'entendre une Epiſtre en
Vers de Monfieur Perrault ,
F64 MERCVRE
qu'il adreſſe à Monfieur de
Fontenelle, Elle fut lûë par
Monfieur l'Abbé de la Vau , &
receu un applaudiſſement general
. Le méme Monfieur de
la Vau lût enſuite une Pricre
pour le Roy , auffi en Vers, de
Monfieur Poyer , & la feance
finit par la lecture que fit Monſieur
leClerc d'une Paraphrafe
del' Exaudiat. Ils receurentl'un
& l'autre les louanges qu'ils
meritoient . Voicy l'Ouvrage
deMonfieur Perrault.
GALANT .
165
j
LE GEΝΙΕ ,
t DE
EPISTRE
A MONSIEUR
FONTENELLE.
COMME
on voit des Beautez
Sans grace&fans appas ,
Qui furprennent les yeux , mais
qui ne touchent pas ,
Ou brille vainement sur un jeune
visage
De la rose & du lys le pompeux
assemblage ,
Oùsous un front ferein de beaux
yeuxsefont voir
Comme des Rois captifs ,fans force
&Sans pouvoir :
166
MERCURE
Tels on voit des Esprits au deſſus
du vulgaire,
Qui parmi cent talens n'ont point
celuy de plaire.
En vain,cher Fontenelle,ils favent
prudemment
Employer dans leurs vers jusqu'au
moindre ornement,
Prodiguer les grands mots
figuresfublimes ,
,
les
Et porter à l'excés la richefſſe des
rimes;
On baille , on s'affſoupit ,&tout cet
appareil
Aprèsun long ennuy cause enfin le
Sommeil.
Il faut qu'une chaleur dans l'ame
répanduë ,
Pour agir au dehors , l'eſleve &la
remue ,
Luy fourniſſe un discours qui dans
chaque Auditeur
Ou de force ou de gré trouve uns
approbateur ,
GALANT .
167
Qui ſaiſiſſe l'esprit,le convainque
& le pique ,
Qui deridele front du plus Sombre
Critique;
Et qui par la beautédeses expreffions
Allume dansle coeurtoutes lespaffions
.
C'est ce feu qu'autrefois , d'une
audace nouvelle ,
Promethée enleva de lavoûte éter
nelle ,
Et que le Ciel répand,fansjamais
s'épuiser ,
Dans l'ame des Mortels qu'ilveut
favorifer.
L'homme , fans ce beaufeu qui l'é
claire & l'épure ,
N'est que l'ombre de l'homme &fa
vaine figure ,
Il demeure inſenſible à mille doux
appas
Que d'un oeil languiſſans il voit &
nevoit pas,
168 MERCURE
Des plus tendres accords lesfçavau
tes merveilles
Frapantfans le charmerſesſtupides
oreilles ,
Et les plus beaux objets qui paßent
parsessens ,
N'ont tous pour sa raiſon, que des
traits impuiſſans ;
Il luymanque ce feux , cette divive
flame,
L'esprit de fon esprit , & l'ame de
Son ame,
Que celuy qui poſſede un donfi
precieux ,
D'un accens eternel en rende grace
aux Cieux;
Eclairépar luy - mefme&fans étude
habille ,
Il trouve à tous les Arts une route
facile (venir
Lesçavoir leprevient &semble luy
Bien moins defon travailque defon
Souvenir.
Sans
GALANT. 169
Sanspeine ilfe fait jour dans cate
nuit obfcure
On se cache à nosyeux la Secrette
Nature
Il voit tous les refforts qui meuvent
L'Universa
Etsi le fort l'engage au doux meftiers
des vers,
Parluy mille beautez à toute heure
Sont venës
Que les autres Mortels n'ontjamais
apperçeves
Quelque part qu'au mmaattiinn il dedouure
des flgurs
Il voit la jeune Aurore y répandre
des pleursετού
Siliette fes regards fur les plaines
humides ,
Ily voit se ioüer lesvertes Nerej
des, (rens tons
Etfon oreille entend tous les diffe-
Quepouffent dans les airs les Conques
de Tritonsona
Juillet 1688
170 MERCURE
Silpromensses pas dans une foreft
Sombre ,
Ily voit des Silvains & des Nymphesfans
nombre, 1
Qui toutes l'arcem main ,le carquoissur
le dos (échos ,
De leurs cors enroüez reveilles les
Etchaſſant àgrand bruit vont ter
miner leur course
Au bord des claires eaux d'une
bruyante ſource. 1
Tantoſt il les verrafans arc&Sans
-carquois
Danfer durant la nuit au filence
desbois, ( danse legere
Et fous les pas nombreux de leur
Faire à peine plierla mousse& la
fougere,
Pendant qu'aux mesmes lieux le
refte des Humains C
Ne voit que des chcureuils , des
biches&des dains
C'est dans ce feu facré que germe
Eloquence,
GALANT .
1
}
Qu'lle y forge fes traits , Sanoble
vehemence ,
Qu'elley rend ses discours fi brillans
& fi clairs ;
C'est ce for qu formoit la foudre &
Les éclairs
Dont le fils de * Xantippe & le
grand Demosthenes
Effrayoient à leur gré tout le peuple
d' Athenes .
C'est cette même ardeur qui donne
aux autres Arts
Ce qui merite en eux d'attirer nos
regards,
Qui feconde,produit parses vertus
Secrettes
Les Peintres , les Sculpteurs , les
Chantres les Poëtes,
Tous ces hommes enfin en qui l'ors
-Vn merveilleux sçavoir qu'on ne
voit regner
peut enfeigner,
*Periclés.
UneSaintefureur ,uneſage manier
H
172
MERC VRE
Et tous les autres dons qui forment
Le Genie .
Au deſſus des beautez , au deſſus
des appas
Dont on voit fe parer la Nature
icy -bas .
Sont dans un grand Palais foigneu-
Sement gardées
De l'immuable Beau les brillantes
idées ;
Modelles eternels des travauxplus
qu'humains
Qu'enfantent les esprits ou que
forment les mains.
Coux qu'anime & conduit cette
flame divine
Qui du flambeau des Cieux tire
Son origine ,
Seuls y trouvent accés,&par d'heureux
efforts
Yviennent enlever mille riches tré
fors.
Les celebres Mirons , les illustres
Apelles
GALANT.
173
Y prirent à l'envy mille graces now
velles ,
Ces charmantes Venus, ces Iupiter's
tonnans
Où l'on vit éclater tant de traits
étonnans ,
Que la Nature mefme enfes plus
beaux Ouvrages
Ne peut nous en donner que de fot
bles images .
Ge fut là qu'autrefois ſans l'usage
des youx ,
DuSiege d'Ilion le Chantre glorieux
Découvrit de fon Art les plus faorez
myberes .
Et prit deſes Heros les divins caracteres
Ce fut tà qu'il forma la vaillance
d'Hector ,
Le courage d'Ajax , le bon sens de
Neftor ,
Du fier Agamemnon la conduiteSe
vere
H-3
17.6
MERCURE
Et du fils de Thetis l'implacable
colere;
liffe y fut conceu toûjours fage&
prudent ,
Therſite toûjours lâche & toûjours
impudent .
Dans ce mesmefejour tout brillant
de lumieres ,
où l'on voit des obiets les images
premieres,
Ilſcent trouver encor tantde va
rietez ,
Tant defaits merveilleuxſagement:
inventez ,
Quemalgrédesfoonntteemmppss l'ignorance
profonde..
Deson temps trop voisinde l'enfance
du monde,
Malgré de tous ſes Dieux les difcours
indecens,
Ses redites fansfin ,ſes contes land.
guiſſans.
Dont l'harmonieuxfon neflatteque
l'oreille
GALANT.
Et qu'il laiſſe échapper quand fa
Muse Sommeille ,
En tous lieux on l'adore , en tous
lieux fes écrits
D'un charme névitable enchantent
Les esprits.
C'est là que s'élevoit le Heros de
ta race
Corneille, dont tu fuis la glorieuse
trace.
C'est là qu'en cent façons fous des
fantômes vains
S'apparoiſſoit à luy la Vertu des
Romains ,
Qu'habile il en tira ces vivantes
images
Qui donnent tant de pompe àses
divins ouvrages,
Et qu'il releve encor par l'éclat de
Sesvers,
Delices de la France & de tout
l'Univers...
En vain quelques Auteurs dont
La Mufe sterile
H4
178 MERCURE
N'eût iamais rien chanté fansHo
mere & Virgile ,
Pretendent qu'en nos jours on fe
doit contenter
De voir les Anciens & de les imi
ter,
Qu'en leurs doctes travaux font
toutes les Idées
Que nous donne le Ciel pour estre
regardées ,
Et que c'est un orgueil aux plus
ingenieux ,
De porter autre part leur efprit&
leurs yeux.c
Combienfans lefecours de ces rares
modelles
27
nouvelles ?
3
En voit- on s'élever par des routes .
Combiende traits charmans semez
dans tes écrits ,2
Ne doivent qu'à toy ſeul & leur
estre & leur prix ?
N'a-t- on pas vû des Morts aux
rives infernales
GALANT.
179
Briller de cent beautez toutes originales,
Et plaire aux plus cigarins fans
:: redire en françois 1
Ce qu'un aimable Grec leur fit dive
autrefois ?
Del'Eglogue, en tes vers , éclate le
merite,
Sans qu'il en couste rien au fameux
Theocrite
Qui jamais ne fit plaindre un
amoureux destin ,
D'un ton fi delicat ,fi galant&fi
fin.
Pour toy , n'en doutons pas trop
heureux Fontenelle
Des nobles fictions la source est
éternelle 1
Pour toy , pour tes égaux , d'un
inimuable cours
Elle coule fans cesse & coulera
toujours
H
180 MERCURE
: Cette Epiſtre vous fait voir
que Monfieur Perrault perſiſte
afoûtenir que les Mordernes
qui ont du Genie , peuvent
faire quelque choſe de tresbon
fans imiter ſervilement
les Anciens. Il fait imprimer
un Ouvrage en Proſe intitulé ,
Paralelle des Anciens & des Mo
dernes en ce qui regarde les Arts&
des Sciences,Comme il traite cette
matiere à fond , vous aurezz
le plaisir de voir l'injuſtice des
preventions où ſont quantité
de gens à l'égard des uns & :
des autres.
lene puis finir cet Article
d'Academic ſans vousapprendre
que Monfieur Guyonner
de Verron,Academicien d'Arles
, a eſté receu dans celle des
Ricourati de Padoue , à la place
de feu Monfieur le Duc de So.
Aiguan
A
GALANT. 184
e
コ
لا
2
Le bruit qui avoit couru il
y'a longtemps que Monfieur
LarcherPreſident en la Chambre
des Comptes de Paris,avoit
épousé Mademoiselle de Donon
la Montagne , dont le Pere
eſtoit Treforier general de
l'Artilerie de France, s'eſt enfin
trouvé veritable,& ce mariage
qu'on avoit tenu ſecret , aeſté
declaré depuis peu de jours...
La Maiſon de Donon eſt originaire
de Champagne,& apour
Armes trois Hures de Sanglier de
fable en champ d'or ,&pourfupposts
deux Levretes. Elle est alliée
à des perſonnes des plus
confiderables de la Robe & de
l'Epée , & pluſieurs de ce nom
ont poſſedédesCharges impor.
tantes dans la Maiſon de nos
derniers Rois .
Monfieur le Prince de Cour
H6
182 MERCVRE
renay époufa ces jours paf
fez Madame la Preſidente le
Brun. La naiffance de ce Prince
eft fi connue, qu'il me feroit
inutile de vous en parler .Ileft
tres-bien fait& fa bonne mine
foutient fa naiſſance. Madame
la Prefidente le Brun eſt de la
Maiſon de Pleſſis - Besançon,
dontil y a eu un Ambaffadeur
àVenife .Monfieur le Brun fon
premier Mary, eſtoit Preſident
auGrand Confeil , & Maistre
des Requeſtes , parce que fans.
Cette derniere Charge on ne
peut poſſeder la premiere .
Environ au meſme temps
que se fit ce mariage , mouru
Tent Monfieur l'Abbé Faget
ancien Agent general duClergéde
France ,& Monfieur-Lorenchet
, Avocat Generalde la
TrueReine
GALANT. 18
C. Le Royayant arreſtéleMa
riagede ſon Alteſſe Sereniffime
Monfieur le Prince de Conty,
avec Mademoiſeile de Bourbon
, & que la ceremonie des
Fiançailles ſe feroit le 28. du
mois paflé , ce Prince & cette
Princeſſe ſe rendirent ce jour
là à quatre heures aprés midy
dans l'Appartement de Madarme
la Dauphine. Monfieur le
PrincedeConty eſtoiten manteau
,& avoit un habitde brocard
à fond brū ,& à fleurs d'argent
tout couvert d'un point
d'Eſpagne d'or meſlé d'un pen
d'argent. La doublûre du man
teau estoit d'une étoffe couleur
de roſe à fleurs d'argent,
& ce Prince avoit une garniture
& un bouguer de plumes
de la mefme couleur, avec une
tres, belle attache deDiamans
184 MERCURE
Il avoit à ſon pourpoint des
Emeraudes & des Diamansau
lieu de boutons , & le grand
air qui luy eſt ſi naturel eſtant
relevé par tout ce qu'une magnifique
parure luy pouvoit
donnerd'éclat , ce Prince attira
les yeux de toute la Cour,
qui ne pouvoit ſe laſſer d'admirer
fa bonne mine...
Mademoiselle de Bourbon
avoitun habit de taffetas noir
bordéd'oravecunpeu de ſoye
couleur de feu ; le corps eſtoic
dela meſme étoffe , mais avec
une broderie meſlée de Dia--
mans , & de Rubis. La jupe :
eſtoit blanche bordée d'or ,
meflée d'un peu de couleur de
feu. Elle avoit une mante de
brocard d'or , dont la quenë
choit portée par Mademoiselle
de Condé , fa Socur. La joge
GALANT 185
modeſte qui paroiſſoit dans fes
yeux la rendit encore plus
brillante , & lors qu'on la vit
paroiſtre , il y eut detous coſtez
de voix qui loüoient fona
air , fa bonne grace , & tous les
agremens de ſa perſonne qui
avoit cejour là un certain brillant
qui ſe faiſoit remarquer.
Les Fiancez traverſerent l'Ap
partement de MadamelaDaud
phine& la Galerie , où toute:
laCour qui s'étoit parée à l'occafion
de cette ceremonie , fee
trouvoit en haye pour les attendre
, & pour ſe rendre avec
eux dans le Cabinet du Roy......
Le Contrat y fut ſigné par Sa
Majesté,Monſeigneur leDau--
phin , Madame la Dauphine,
Monfieur , Madame , Mon
ſicur le Duc de Chartres , ८.
par tout de reſte de laMaifona
186 MERCVRE
Royale , aprés que Monſieur
le Marquis de Seignelay
, Secretaire d'Etat , qui a
la Maiſon du Roy dans fon
Département , en ent fait la
lecture , ſuivant ce qui ſe pratique
en de pareillesoccafions-
-Cela eſtant fait , Monfieur l'Eveſque
d'Orleans , premier
Aumônier du Roy , fitla ceremonie
des Fiançailles .
Le lendemain toute la Maifon
Royale , & toute la Cour
magnifiquement parée s'étant
trouvée àla Meſſedu Roy , се
meſme Prelat fit ensprefence
deSa Majesté la ceremonie dos
Epouſailles. Mademoisellede
Bourbon avoit un habit de
brocardd'argent, dont le corps
eſtoit brodé de perles , & de
Diamans. Le reste del'habit
eſtoit chamaré de point d'h
4
GALANT. 187
pagne d'argent , & la juppe de
meſme étoffe garnie de meſme .
Cette Princeffe avoit une
coeffure toutede perles. Mademoiselle
de Condé portois
encore fa queüe ce jour là..
-Monfieur le Prince de Coni
by avoit un habit noir brodé
d'or , & garny de rubans coul
leur de feu , avec un bouquet
de plumes de la meſme couleur;
les boutons de fon pourpoint
eſtoient de Dramans . L'aprefdinée
ce Prince receut ſes vifi
tes dans l'Appartement de fon
Alteffe Sereniffime Monfieur
le Prince , où l'on avoit pre
paré toutes chofes pour le coucher
des Epoufez . Aprés le
Soupé , le Roy deſcendit dans
eet Appartement. Il fuffit que
vous fçachiez qu'il eſt à Mon.
fieur lePrince pour eftre per
183 MERCURE
fuadée que tout y eſtoit magnifique
& de bon gouft , puis
qu'il eſt mal aiſé de voir éclater
plus de grandeur , & plus
de galanterie que dans toutes
les chofes qui regardent ce
Prince. Monfeigneur le Dauphin
, Madame la Dauphine,
Monfieur , Madame , & toute
la Cour ſuivirent le Roy dan's
ce meſme Appartement. La
Toilette de Madame la Prin
ceſſe de Conty eſtoit dans la
Chambre de Monfieur le Prince
, où les Mariez devoient
coucher. Cette Toilette fut
admirée de toute la Cour. Le
deſſus eſtoit de drapd'orbrodé
d'or & de perles , & le Miroir ,
les quarrez , les boëres , les
baffins & les flacons , de vermeil
doré , le tout d'un tresbel
ouvrage , & de fort bon
GALANT. 189
goût. Le deſſous de la Toilette
eſtoit garny d'un point de
France fi haut qu'on ne voyoit
point de toile. Il y avoit ſous
cette Toilette un Tapis de velours
vert garny d'une creſpine
d'or. Le lit eſtoit de velours
cramoifi à bandes boodees
d'or , & doublé d'une moire
d'or , brodée d'argent. Le foubaſſement
eſtoit de point de
France , &la courte pointe en
eſtoit auffi garnie.
On avoit mis la Toilette de
Monfieur le Prince de Conty
dans un Cabinet joignant la
Chambre où ce Prince devoit
coucher. Elle estoit d'un brocard
d'or mélé de couleur de
feu , &de vert , mais ſi agreable
quele Royen remarqua la
beauté. Sa Robe de Chambre.
eſtoitde meſme étoffe , & tout
IG0
MERCVRE
fon deshabillé ſi bien entendu
& fi magnifique , qu'il attira
les yeux de toute la Cour . Le
Roy fit l'honneur à ce Prince
de luy donner ſa chemiſe , &
Madame la Dauphine , la donnà
à Madame la Princeſſe de
Conty. Cot honneur fut aca
compagné pour l'un & pour
l'autre de toutes fortes de marques
de joye de bonté : & d'agrement
dela part de Sa Majeſté
& de Madame laDauphine.
Aprés que Madame la Princeffede
Conty eut eſté miſe au lit,
le Roy y conduifit Monfieurle
Prince de Coty .Ces nouveaux
Mariez receurent encore le
lendemain des viſites dans le
mefme appartement. Le Roy
leur fit l'honneur de les aller
voir à l'iſſue de ſon difner.
Monſeigueur le Dauphin étant
GALANT.
191
àLivry ce jour- là leur rendit
vifite à Paris . Madame la Dauphine
leur fit le meſme honneur
à Verſailles le jour que le
Roy y alla , & ils furent viſitez
de toute la Maiſon Royale
avant que de venir à Paris , &
de tout ce qu'il y avoit de perfonnes
diſtinguées à la Cour.
Ils partirent de Verſailles l'a-
- préſdinée du jour ſuivant,pour
ſe rendre icy à l'Hoſtel de
Conty. Monſeigneur avoit refolu
de venir voir ce jour là
Monfieur le Prince & Madame
la Princeſſe de Conty ,
ce qui fut cauſe qu'on travailla
avec toute la diligence poſſible
aux appreſts d'une Feſte proportionnée
à la promptitude
avec laquelle il falloit s'y préparer
, & qui , quoy que belle,
eſtoit encore au deſſous du
192
MERCVRE
zele de Monfieur le Prince de
Conty,& de ce qu'il auroit fait
s'il avoit eu plus de temps .
Monſeigneur arriva ſur les
cing heures du foir , & fut
receu à la defcente de ſon Carroſſe
, par Monfieur le Prince,.
Monfieur le Duc , & Monfieur
le Prince de Conty. Il monta
d'aborddans l'appartemet haut
qui donne ſur le lardin , ce qui
le rend fort agreable. Comme
le jour estoit encore grand , on
ne le voyoit briller que par l'é .
clat de ſes meubles , qui ſont
fort magnifiques. Il eſt compoſé
d'un grand Salon , d'une
tres belle antichambre , d'une
grande chambre , d'une plus .
petitepour coucher,& dedeux
fort beaux Cabinets , le tout
formant une tres - belle enfilade,&
aboutiſſant à un grand
GALANT . 193
baffin fur l'eau , qui donne un
agrément merveileux à tout
cet appartement. A coſté du
dernier des deux Cabinets on
trouva une Collation compofée
de tout ce que la ſaiſon
avoit pu fournir de plus rares
fruits,&de toutes fortes d'eaux
glacées , & de liqueurs . On
paſſa enfuite dans un grand
falonéclairé par un fort gran'd
nombre de Lustres ,de Girandoles
,& de flambeaux , où un
divertiſſementen forme d'Opera
avoit eſté preparé. Ce Salon
eſtoit partagé en déux . Il
yen avoitune moitié pour les
Spectateurs ,& l'autre étoit occupée
par le Theatre. Comme
le terrein manquoit,Monfieur
Berrin avoit trouvé
moyen d'épargner celuy qui
auroit eſté neceſſaire pour fai194
MERCVRE
1
re un Orchestre , & avoit fair
faire trois Amphiteatres ſur le
Theatresun de chaque coſté,&
un autre dans le fond. Ils
eſtoient dans des manieres de
Corridors , avec des appuys
ou Baluſtres pardevant , fur
leſquels on voyoit de fort
beaux Tapis. Toute la Muſique
eſtoitdans les Amphiteatres
des coſtez , & la Simphonie
dans celuy du fonds , de
forte qu'elle estoit également
entenduë de tout le monde.,
QuandMonſeigneur futplacé,
on tira des rideaux qui eftoient
au devant du Theatre
au lieu de toile ,& l'on fut furpris
de voir un nombre infiny
de perſonnes magnifiquement
veſtuës, repreſentant pluſieurs
Divinitez qui devoientſervir
d'acteurs à une maniere d'Epicalame.
GALANT. 195
Cet ouvrage mis en Muſique
par Meſſieurs de Lully eſtoit
de la compoſition de Monfieur
dela Chapelle , Secretaire des
Commandemens de Monfieur
lePrince de Conty qui avoit
le ſoin ,& la conduite de toute
laFeſte. Minerve parut d'abord,
&chanta ces vers qui ſervirent
de Prologue.
D
Ieux des Arts
Temple
, occupez au
deMemoire
Aconsacrer à l'immortalité ,
Le nom d'un Roy dont lesfaits &la
gloire
Paroîtront unprodige à la posterité ,
Ceffons de celebrer ses travaux, fes
merveilles ,
L'Univers a tremblé , les Peuples
font foumis ;
Le Vainqueur regne en paix, &na
plus d'Ennemis ;
Iuillet 1638 . I
196 MERCURE
Ses bontez fes exploits ont épuisé
nos veilles.
Il nous permet d'interrompre en
ce jour ,
Les Soins que nous prenons pourſa
gloire immortelle
Et veut qu'icy l'Hymen , d'accord
avec l'Amour ,
Chante les doux plaisirs d'une ar
deur mutuelle ,
Qui joint aux noeuds du sang une
chaîne nouvelle.
On vit enſuite paroitre Apollon
qui fit cette Scene avec Minerve.
APOLLON.
Je quitte les Valons facrez ,
Qù je tiens mon Empire ,
Et je viens avec vous ordonner &
conduire
Tout l'appareil des Ieux qu'icy vous
celebrez .
GALANT.
197
MINERVE .
Ab , qu'ils auront de charmes&de
gloire !
Apollon vient luy-mesmeaugmenter
leurs appas ,
Etles Filles de Memoire
Accompagnent ſes pas .
APOLLO N.
Vous leſçavez , Minerve, & leſoin
qui me preſſe ,
Comme moy vous intereffe.
Que ne devons - nous point à ce
fangglorieux ,
Dont les Heros s'affemblent en ces
lieux !
Apollon&Minerve ayant repeté
enſemble ces deux derniers
Vers, la Suite de l'un & de
l'autre fit une entrée de Ballet ,
aprés quoy Apollon reprit.
Muses, Dirux,sur qui je preſide,
Je vous laisse en cebeaux Séjour ,
Venezparoiſſeztous ; venez ſuivez .
IAmour,
I 2
198 MERCVRE
--Tous les lieuxfont charmans quand
l'Amour fert de guide.
Ceprologue eſtant finy , l'A .
mour vint chanter ces Vers,
qu'il adreſſe aux jeux & aux
plaiſirs qui l'accompagnoient.
Aimables ieux, suivezmes pas,
Doux plaisirs , redoublez vos
charmes,
Offreztous vos appas
T
Adeux coeurs dont l'Hymen a finy
les alarmes .
C'eſtdeformais dans ceféiour
Que je veux établir ma Cour,
Preparez degalantes Festes
Pour celebrer l'Hymen de cesheureux
Epoux ,
Dans les lieux où vous estes
Tous les momensſont doux.
Il y eut icy une Entrée de Balet,
& la Nuit eſtant ſurvenuë,
commença par ces Vers tout le
divertiſſement qui ſuit.
X
GALAN T.
Qui vient troubler la
cet azile?
BIBLIO
18
paix de
Mortels , finiſſez ces Concertss
Loüiffezdu repos tranquille
E
HTT
70
E
Que je donneà tout l'Univers.
La Nuitſeplaiſt dans lefilence,
Elle finit du jour les penibles travaux.
N'oppofez àfes loix aucune refiftance,
CouronneZvous de ſes pavots.
Cedez à leur paiſible & douce violence
,
Goûtezles charmes du repos.
L'AMOUR.
Charmante Nuit , Secondez mon
envie
Pourplaire àdeux Epoux fortis du
Sang de Mars
l'ayraſſemble de toutes paris.
Tout ce qui peut formerlaplus douce
harmonie,
Charmante Nuit , secondez mon
enviex
13
200 MERCURE
LA NUIT.
Fayez ,fuyezde ceſéjour ,
Sommeil , portez ailleurs unſecours
neceffaire ;
Voſtre Empirene dure quere
Dansles lieux où regne l' Amour.
L'AMOV R.
Laiſſons dormir l'inutile Vieilleſſe.
Dont la tendreffe
Se perd en vains defirs.
L'uniquefoinde la leunesse
Eſt de veiller ſans ceſſe,
Et de chercher toujours l'amour &
les plaisirs,
La Nuit & le Choeur.
Laiffons dormir l'inutile Vicilleffe.
Heureux Epoих ,
L'Amour veille avec vous.
L'AMOVR .
Le plus puiſſant des Dieux a celebrė
luy-mesme
Cet Hymen plus heureux que celuy
de Thetis ..
GALANT . 201
Rien n'en trouble la paix ny la douceur
extreme ,
Et l'Amour & l'Hymen font pour
jamais unis.
DEVX PLAISIR S.
Chantons la douce intelligence
Où ces Dieux vivront deformais
C'est àvous que l'on doit cette henreuſe
aliance ,
Tendres Epoux , goutez.en lis
altraits,
L'AMOVR .
Pour leur marquer mon Zele & ma
reconnoissance
L'invente un Divertissement
Digne ,ſi je le puis , de leur plaire
in moment ,
L'ay beſoin de vostre aſſiſtance ,
Et la Nuit est plus propre aux plaifirs
de l'Amour
Que le brillant éclat du jour.
LANVIT.
Les Graces & l'Hymen icy viennent
ensemble.
14
202 MERCURE
Quel bonheur les affemble
L'AMOV R.
En faveur des nouveaux Epouх
L'or tonne aux Graces de leſuivre,
Ah, s'il est douxde vivre ,
Ce ne dost estre qu'avec vous,
Venez , aimable Hymen , que rien
ne noussepare ;
Venez prendre part aux plaiſirs
De la Feste queje prepare ,
Et rayons deformais que lesmémes
defirs.
La Nuit & deux Plaiſirs .
Regnez, charmant Hymen , couronnezla
tendreſſe
De tous les coeurs que l'Amour
bleffe.
Aimables Dieux, ne vous quittez
iamais;
Quevôtre Empire aura d'attraits !
Regnez, charmant Hymen, couronnezla
tendreffe
De tous les coeurs que l'Amour
bleffe.
GALANT... 203
L'HYMEN.
Pourlesfidelles Amans.
L'Amourn'est pointſausalarmes,
Leurs plaiſirs les plus charmans
Leur couſtent toûjours des larmes;
Mais quand l'Hymen unit tous leurs
momens,
L'Amourn'a plus quedes charmes
Pour les fidelles Amans,
L'AMOUR & L'HYMEM,
Que nostre intelligence est belle!
Qu'elle soiteternelle..
L'HYMEN
Mais qu'entens-je ? Iunon vient
dans ce bean séjour.
Que d'éclat que de gloire & de
magnificence !.
JVNON
Que j'aime à voir l'intelligence ,
Où l'Hymen est avec l'Amour !
Ces Epoux, dont la chaine aujourd'huy
vous raffemble ,
Sont dignes des foins glorieux
204 MERCVRE
De tous les Immortels ensemble,
Voyez ce que je fais pour eux.
Je vais rendre eternel vostre inno-
1
cent commerce ,
Pour affeurer leurs plaiſirs ,
Fuyez, chagrins , fuyez; tristes
Soupirs;
Dans leur aimable ardeurque rien
ne les traverſe ,
Et que tout flare leurs defirs
L'AMOV R.
Iunon dans nos Ieux s'intereffe,
Qu'ils auront de charmes divers!
Montrez vostre allegreffe,
Redoublez vos concerts.
Il ſe fit icy une troiſiéme En
trée de Balet.
JVNON.
Sortez du noirféiour , haftez-vous
de me plaire ,
Pluton répondez àmavoix.
PLUTON.
A quoy te fuis-je neceffaire ?
GALANT . 205
Commande ; mon Empire est soumis
à tes loix,
IVNON.
L' Amourcelebre une Feste nouvelle ,
Ie partagefes foins , j'autorise fon
Zele ,
Eloignez de ces lieux ce qui pourroit
troubler
Les innocens plaisirs qu'il a scen
raffembler...
Dans l'affreuse épaisseur de vos
funestes ombres ,
Enchainezla Discorde & les Soupçonsjaloux,
Allezrevoir l'horreurde vos demeu
resfombres
Dieu des Enfers allez, protegez.
nous.
PLVTON.
le t'obeis , ievais dans leurs Antres
funebres
Accabler fous les fers ces Monstres
:
odieux;
D'eternelles tenebres ,.....
1
206 MERCURE
Et rienne troublera les ieux
Dela Feste quetu celebres.
Noirs Ministres de mon courroux,
Suivezmespas, préparez vous,
Venezdans nos priſons les plus
Impenetrables
Enſevelir pour iamais
Les Ennemis detestables
De l'Amour & de la Paix.
L'AMOV R.
La Diſcorde, la Ialoufie
Neſuivrontiamais vos pas;
Heureux Epoux , ioüißez des
appas
D'une innocente vie.
JVNON.
Aimable Nuit , tandis qu'en ces
momens
Ie comble de douceurs cet heureux
hymenée
Pour accomplir cette journée
Fais par quelques Songes charmans
,
Predire à ces tendres Amans
GALANT.
207
Le bonheurde leur destinée.
LA NVIT .
Doux Enfans du Sommeil , agreable
mensonges ,
Par qui les Mortels enchantez,
De leuss biens à venirſçavent les
veritez,
Répondezà ma voix , accourez ,
heureux Songes
Montrez à ces Epoux de combien
de beaux jours,
De combien de bonheur partoutfera
Suivie
La plus heureuse & la plus belle
vie
Dont la Parque iamais puiſſe filer
le cours.
Premier SONGE heureux,
Pour vos coeurs enflamez
Ne. craignez point les noeuds dons
L'Hymen vous enchaine ,
Ils font exempts de toutes peines
Sous fes plus douces loix l'Amour
les a formez
208 MERC VRE
Pour vos coeurs enflamez
Deuxième SONGE heureux .
Princeffe , vostre Epoux fera touiours
aimable ,
Et vous aurez toujours le pouvoir
de charmer .
Est- il un bien plus desirable
Que d'avoir en tout temps de quoy
Se faire aimer ?
LA NVIT.
Les Ris , les Plaiſirs & les Jeux
Yous comblent de douceurs extrémes
, Σ
Vostre deſtin eſt plus qu'heureux
Etplus beau que celuy des Dieux
msmes.
L'Amour Sans ceffe offre à vos
voeux
Les Ris , les Plaisirs ,& les feux-
L'AMOUR & L'HYMEN
Hos vertus ont des Dieux attiré la
prefence , 4
Et merité leur fecours
GALANT. 209
Heureux Epoux , que leur puiſſance
Veille à iamais sur vos beaux
jours.
Vne GRACE.
Princeſſe aimable , l'Amour vous
favorife ,
Dans ces plaiſirs l'Hymen vous
autorise
Cedezà leurs transports ,goustezen
les douceurs,
Vous regnez sur tous les coeurs...
Fillede la vertu mesme
Vous marchezsur sespas
Vous avez fesfolides appas;
Que vous rendez heureux le Heros
qui vous aime ...
Chantons,chantonsſa gloire, &fon
bonheur extrême .
Vn PLAISIR & une GRACE.
• Ciel prens Soin de leurs defti
nées ,
Quepour eux tes faveurs
Ne foient jamais bornées.
210 MERCVRE
Dans les plaisirs , dans les hon
neurs
Fais couler toutes leurs années ..
L'AMOUR..
Uniſſons- nous , offrons nos leux les
plus charmans
Adeux Epoux toûjours amans.
N'oublions rien pour plaire
Dans ces aimables lieux ,
Rien nenous est contraire;
On y voit briller desyeux
Plus beaux que la lumiere ..
Dont ſe parent les Cieux .
N'oublions rien pourplaire..
Vn PLAISIR..
Que l'Amour ad'attraits
Pour un coeur qu'il inspire!"
Heureux quifent.fes traits,
Trop heureux qui soupire !
Ne nous laffons iamais
Defuivrefon empire..
Il y eut encore icy une en
trée de Balet..
GALANT. 211
Vne GRACE .
L'Hymen a cent douceurs
Pour uncoeurquil'appelle;
Il bannit les rigueurs
D'une Beaute cruelle ,
Et charme les langueurs
D'un coeur tendre &fidelle .
Cedez à voštre tour ,
Beautez à qui tout cede .
Faut- il qu'en ce beau jour
Lacrainte vous poffede ?
Des maux que fait l'Amour
L'Hymen est le remede.
L'HYMEN .
Vivez , heureux Epoux ,
Dans une paix profonde ,
Soyez toûjours comblezde nos biens
lesplus doux ,
Vivez, heureux époux, pourlebonheurdu
monde ,
Donnez- luy des Heros qui foient
dignes de vous.
212 MERCVRE
Le Choeur repete les deux
derniers Vers , comme il en
avoit repeté pluſieurs autres
en divers endroits que j'ay cru
inutile de vous marquer.
Cedivertiſſement eſtant finy
Monſeigneur traverſa le méme
Apartement par lequel il
avoit déja paſſé . Il eſtoit éclai .
ré par un tres - grand nombre
de Luftres , de riches Girondoles
,& de Flambeaux de vermeil
doré, de ſorte que la grande
quantité de lumieres qui
faifoient éclater les meubles
dont cette longue enfilade étoit
ornée, la rendoient toute differente
de ce qu'elle avoit paru
lors qu'on y avoit paſſé la premiere
fois .Monſeigneur eſtant
deſcendu de cet Apartement,
trouva d'abord un petit Salon
GALANT. 213
qui n'eſtoit orné que de Bufets
chargez de Criſtaux , de Vaſes.
de vermeil doré , & de lumiere.
Il entra de la dans une longue
Sale qui pouvoit paffer pour
une Galerie , elle eſt de plein
pied du jardin , & c'eſt par cette
Sale qu'on entre dans l'Apartement
bas. Il y avoit outre les
- Luſtres qui l'éclairoient un
- nombre infiny de lumieres
dont la diſpoſition avoit quelque
choſe d'auſſy galant qu'extrordinaire
.Quãtité de Quaiffes
d'Orangers eſtoient ran
gées des deux coſtez de la Sale
,& on en avoit mis vis - à- vis
de chaque trumeau & dans
tous les Angles . Ces Quaiffes
étoiết toutes couvertes de toile
d'argent . On voyoit au pieds
de chaque arbre une petite
214
MERCURE
Montagne de verdure toute
remplie de Fleurs . Vn Feſton
d'autres Fleurs tournoit en
montant autour de la tige de
chaque Oranger , & couvroit
ce qui fervoit d'appuy à une
Girandole de cristal , qui s'élevoit
au deſſus de ſon ſommet ,
& qui estoit environ à ſept
pieds de haut. Les Orangers
eftoient tout couverts de
Fleurs , & de Fruits , & l'Art
joint à laNature ſembloit avoir
pris plaifir à les en charger.A
l'un des bouts de cette Sale
eſtoitune table carrée couverte
d'un tapis magnifique fur
lequel il y avoit encore quatre
Quaiſſes pareilles aux precedentes
, quatre Girandoles de
pieces de toutes fortes de couleurs
, & un Miroir qui faiſoit
paroiſtre une ſeconde Sale , &
GALANT. 215
repreſentoit un Buſte de feu
Monfieur le Prince qui eſtoit
à l'autre bout. Ce Buſte qui
eſtoit de front eſtoit ſur un
Scabelon de marbre ,& fi refſemblant
qu'il frapa d'abord
tous ceux qui le virent. Il y
avoit deux Tables au milieu
de cette Sale' , de dixhuit
couverts chacune. De
cette Sale Monſeigneur entra
dans une autre carrée.
Elle eſtoit éclairée par quatre
Girandoles portées ſur quatre
Orangers , ornez comme ceux
dontje viens de vous parlet.
On avoit placé ces Orangers
aux quatte coinsde la Sale . Il y
avoit quatre autres Girandolesdans
le meſme lieu , poſes
fur quatre Gueridons , dont
deux eſtoientaux coſtez de la
216 MERCURE
cheminée , & les deux autres
aux coſtez d'un Miroir placé
entre deux croiſees Huit
grandes Plaques d'argent portant
de groſſes bougies fervoient
encore d'ornement à
cette Sale , ainſi que deux Portraits
qu'on y voit ſeuls ; l'un
eſtoit du Roy , & l'autre de
Monseigneur. Ce fut dans ce
lieu que ce Prince mangea , à
une grande table à pans ralongez
, & qui eſtoit de vingt
quatre couverts. Les Dames
mangerent avec Monſeigneur.
Ie ne vous décris point le
repas. Vous pouvez bien vous
imaginer que tout y fut delicat
, & en abondance & qu'on
n'avoit rien oublié de tout ce
quela ſaiſon pouvoit fournir
de plus rare. De cette Salle où
l'on mangea , on paſſa dans un
GALANT.
217
,
où
petit Cabinet tout garny de
Glaces peintes , de forte qu'on
n'y voyoit que des Glaces , de
la Peinture ,& de l'or. Rien
ne pouvoit eſtre plus galant ,
plusriant , & plus magnifique.
Aprés qu'on eut admiré ce
Cabinet , la Compagnie ſe difperſa
dans trois autres
eſtoient des tables pour toutes
fortes de Jeux. Tous ces Cabinets
eſtoientornez & éclairez
de differentes manieres. Cet
appartement qui eſt remply de
croiſées en forme de portes
vitrées , parleſquelles on entre
dans le Jardin ,tiroit un nouvel
agrément de l'Illumination
que l'on voit par ces croisées ,
& qui paroiſſoit encore plus
belle qu'elle n'avoit fait de
l'appartement bas qui donne
dans ce lardin il y avoit une
218 MERCURE
د
,
tres - grande quantité d'Oran -
gers qui formoient un grand
demy cercle. Ils eſtoient tous
chargez de fleurs& de fruits ,
qui faisoient un agreable mélange
avec les lumieres vives
dont les quaiſſes étoient toutes
bordées . Ces quaiſſes eſtoient
auſſi jointes par des filets des
meſmes lumieres qui regnoient
haut & bas le long de
l'eſpace qui les ſeparoit
dans le milieu de ces eſpaces
entre deux Orangers , eſtoit
une Girandole garnie de bougies
qui s'élevoient au deſſus
du ſommet des Orangers. Dans
le fond du demy cercle qui
s'étendoit juſques au bout du
Iardin , il y avoit une piramide
de lumieres de vingt-cinq
pieds de haut , qui finiſſoit par
une Fleur de lys. L'Allée qui
regnoit
GALANT. 219
S
regnoit au bout , non pas en
perſpective mais dont on
,
voyoit tout un côté paroiſſoit
auſſi toute brillante , par un
nombre infinyde Luſtres qui
eſtoient ſuſpendus entre tous
les arbres . LeBaffin qui fait le
centre du Parterre , & qui ſe
trouvoit au milieu du demy
cercle , eſtoit également bordé
de lumieres vives : On avoit
pris ſoin d'en envoyer dans
toutes les maiſonsde la ruë de
Guenegault , qui font au delà
du Iardin , & qui donnent au
deſſus des arbres,afin quel'lllu .
mination fuſt continuée auſſi
loin que la veuë pouvoit s'étendre
. Ces maiſons eftant
illuminées juſqu'aux toits , &
l'éclat des appartemens de
l'Hoſtel de Conty éclairez de
la maniere que je viens de vous
Iuillet 1688 . K
220 MERCURE
龙
décrire répondant à cette Illumination
, on ne voyoit que
lumieres de quelque coſté
qu'on fe tournaſt . Tout cela
eſtoit du deſſein de Monfieur
Berrin. Monseigneur s'en retourna
à Verſailles aprés
avoir témoigné toute la fatisfaction
poffible d'un regale fi
complet.
د
La Modeſtie de Monfieur le
Prince de Conty , qui tâche à
détourner toutes les loüanges
qu'il ſçait qu'on luy veutdonner
, m'empefche de m'étendre
icy fur toutes celles qui luy
font deuës , & je ne les toucheray
que legerement , &
ſeulement pour fuivre la regle
que j'ay obſervée depuis douze
ans que je vous écris , qui
eft de vous entretenir du merite
de ceux dont je vous apGALANT.
221
a
1
S
prens le mariage ou la mort.
Je ne vous diray point que Mr
le Prince de Conty a toute la
valeur qu'on peut ſouhaiter
dans un grand Prince , puis
qu'il n'a laiſſe paſſer aucune
occafion de courir à la gloire ,
quelque perilleuſe qu'elle fuſt,
fans l'embraſſer avec toute la
chaleur , que demandoit l'ardeur
genereuſe du ſang dontil
eft forty. le n'entre point dans
le détail de ſes actions. Ce n'eſt
pas icy le lieu d'en parler . Ge
Prince eſt encore ſi jeune ,
qu'il y a ſujet de croire qu'elles
nemanquerontpas de fournir
dequoy groffir l'Histoire
du regue le plus floriſſant& le
plus beau qu'on ait jamais veu
☐☐dans aucun Empire de la Terre.
Lalectureluy fait beaucoup
de plaifir , & comme il vou-
H
i K2
222 MERCVRE
droit ne rien ignorer , il ne
s'attache qu'aux Livres qui
peuvent luy apprendre quelque
choſe. Il aime toutes les
perſonnes d'un merite diſtingué
, ſes manieres font engageautes,&
fa fermeté eſt grande
à ſoûtenir ce qu'ila une fois
entrepris. On a peu ven de
Princes de fon âge dont les affaires
ſoient mieux reglées.
Cela vient de ce qu'il ſçait ſe
moderer quand il n'eſt pas en
eſtat de faire les choſes qu'il
ſouhaite avec le plus de paſſion .
Cette ſageſſe , & cet empire
fur luy meſme ont quelque
choſe de ſi ſingulier , & de fi
nouveau , que plus on y fera
1 de reflexion , plus on trouvera
qu'une conduite ſi ſage & i
prudente rend ce Prince digne
GALANT. 223
de loüanges . Il en eſt peu qui
en meritent de ce coſté là , &
c'eſt d'où vient la ruine des
plus Illuſtres Maiſons . Enfinje
puis dire pour achever fon
éloge , ce qui ſeul en vaudroit
un tout entier , qu'il avoit merité
l'eſtime de feu Monfieur
le Prince , dont les vives lumieres
ſont connues , & cela
dans les derniers jours de ſa
vie, c'est - à- diredans un temps,
où le détachement qu'on a du
monde, fait qu'on juge de tout
avec moins de prevention
fur tout lors qu'il s'agit dedonner
ſon eſtime .
Ie vous parleray peu deMadame
la Princeſſe de Conty, &
cependant je vous en diray
beaucoup , puisqu'on ne sçauroit
donner de plus grandes
K3
224 MERCVRE
louanges à une Femme qu'en
diſant qu'elle a l'eſprit parfaitementbien
tourné , & toute
la prudence & tout le bon
goût imaginable. Ces qualitez
fontfi naturelles à cette Princeſſe
, qu'on peut dire qu'elles
font nées avec elle ; auſſi ne
peut on laconnoiſtre ſans l'aimer.
Elle a de plus une bonté
engageante qui acheve de gagnerles
coeurs Enfin , elle eſt
digne Fille de Madamela Princeffe
, dont la douceur & la
vertu , font connuës & eftimées
de toute la Terre .
Quoy que vous ayez déja
veu dans cette Lettre un long
article touchant la naiſffance
du Prince deGalles , & les ré
jouiſſances qu'elle a fait faire
en divers endroits, jedois vous
donner icy une continuation
GALANT. 225
de ce meſme article , dont je
n'avois pas les particularitez
lors que je l'ay commencé.
Monfieur Skelton , au retour
des Audiences qu'il eut à Verfailles
, donna les premieres
marques de ſa joye , en traitant
tous les Anglois de qualité qui
eſtoient à Paris , & refolut de
faire un Feu d'artifice afin que
le Public y puſt prendre part.
Comme il ſçavoit bien que
toutes les Feſtes conſiderables
qui ſe font en France eſtoient
de l'invention de Monfieur
Berrin , il le pria d'avoir ſoin
de la Decoration de ce Feu ,
& ne luy donna que fort peu
detemps pour y faire travailler
, quoy qu'il ſouhaitaſt quelque
choſe qui répondiſt à la
grandeur de fon zele. Le jour
qu'il regalalePublic de ce ſpe-
K-4
226 MERCURE
dtacle , il le fit annoncer des ſix
heures du matin , par un grand
nombre de Boëtes . Elles recommencerentſur
le midy ,&
le Peuple en fut plus particulierement
informé par deux
Fontaines de vin qui coulerent
ce jour- là , & pendant une
grande partie de la nuitdevant
l'Hôtelde Monfieur l'Envoyé.
Vn peu avant qu'on tirak le
Feu , il fit ſervir une magnifi .
que Collation aux Miniſtres
des Princes Etrangers , à pluſieurs
Dames de qualité Antgloiſes
& Françoiſes , & generalement
à tous ceux qui avoient
eſté conviez , dont le
nombre montoit à prés de deux
cens perſonnes . Tout eſtant
preſt pour tirer le feu ,Monfieur
Skelton qui demeure proche
de l'Hoſtel deConty , ſoachant
GALANT .
227
que Madame la Princeſſe de
Conty y eſtoir avec Madame
la Princeffe, & Madame laDucheffe
, en uſa d'une maniere
fort honnefte & fort galante ,
Illeur envoya Monfieur Lochement
,fon Ecuyer , pour
ſçavoir d'elles quandelles vouloient
que l'on commençaſt à
allumer .Elles répondirent fort
obligemment à cette honneftetédont
elles le remercietent ,
& dirent que puis qu'il vouloitbien
avoir cette déference,
elles luy demandoient encore
une demy- heure. Pendant ce
semps lePeuple quirempliſſoit
la Place où le Feu estoit dref.
ſe ,ſedivertiſſoita voir l'illumination
du Logis de Monfieur
Skelton ainſi qu'à entendre
lesHaut bois , les Timbales
, & les Trompertes. Lat
K
228 MERCURE
demy heure queles Princeſſes:
avoient demandée s'eſtant
écoulée , on alluma , non pas
l'Artifice ſuivant ce qui s'eſt
toujours pratiqué , mais les
lumieres dont l'architecture de
cet édifice eſtoit toute profilée
, de forte que longtemps
avant que l'Artifice jouaſt ,
cet édifice parut tout brillant ,
& tout couvert d'un nombre:
infinyde lumieres, fans portant
qu'aucun membre de l'architecture
en fuſt caché . Ainfi
toutes les parties de ce grand
corps ſe voyoient diſtinctement.
Ie paſſe à la deſcription
de tout l'édifice , & des Deviſes&
Inſcriptions. Les unes
&lesautres font de Monfieur
Lochement dont je viens de
vous parler , ainſi que tout ce
quiles concerne dans l'article:
GALANT .
229
}
que vous allez lire ,& fur lequel
je n'ay fait aucun raiſonnement
demoy-mefme..
L'Edifice qui reprefentoit
le Temple de la Vertu , & dont
l'Architecture eſtoit d'un or.
dre Dorique parce que les an
ciens l'ontattribué à la Valeure
& à la Prudence , s'élevoit
àpres de cinquante pieds de
hauteurdepuis le rez de chaufſée
juſques au fommer de la
Couronne ,& fortoitd'une plate
forme de cinq pieds de haut,
qui estoit enfermée d'une ba-
Juſtrade , entrecoupée de Pié--
deſtaux , portant des Vaſes do .
rez , avec un Efcalier de huit
marches, fur douze pieds d'ou--
verture de face. Huit pilaſtres
iſolez de marbre de dif.
ferentes couleurs portoient
la façade , au deſſus de la-
C
K6
230
MERCVRE
24
quelle , comme au milieu de
la friſe , eſtoient repreſentées.
les Armes de leurs. Majeftez
Britanniques dans un Ecu diviſé
en deux parties égales .. Entre
les pilaſtres eſtoient des
Piedeſtaux avec des Statuës de
marbre blanc. Au milieu du
Portique paroiſſoit la Religion
foulant aux pieds l'Herefie
& tenant d'une main leCalice,
& de l'autre la Croix qu'elle
appuyoit fur un Bouclier au
chiffre du Roy d'Angleterre..
Ce Bouclier eſtoit à ſes pied's
pour marque de la protection
qu'il luy donnoit. Dans lePiedeſtal
de cette Figure on voyoit
pour Deviſe un Aiglon droit
au Soleil avec ces mots, Digna
proles, ce qui marquoitl'eſperace
que les Peuples doivent concevoir
de la Naiſſance du Prince
GALANT. 231
deGalles , fortant d'un Pere
qui le conduira à la Gloire.On
faifoit auffi allufion par cet
Aigle , à l'Aigle blanche , qui
compoſeune partiedes Armo1-
ries de la Matſon d'Eſt dont la
Reine d'Angleterre eſt ſortie,
pour faire entendre que le jeunePrince
fera le digne heritier
desVertusde la Reine ſa Mere ..
Achacun des Angles de l'Edifice
estoit une Statue. Celle
du côté droit reprefentoit la
Force appuyée ſur une colomne
, & à côté gauche eſtoit la
Prudence. L'une & l'autre tenoit
un Bouclier où étoient
gravées les Armes du jeune
Prince. On liſoit ces
deux Vers Latins fur la Corniche
,
Marmora dura cadunt ; Virtus;
es.t Machina , per quan
232
MERCURE
JACOBI rapide Nomen ad
Astra volat .
Au deſſus de la Corniche étoit
un Artique portant un grand
Piédeſtal , orné d'un bas relief
d'un Combat fur Mer , & fur
ce Piédeſtal on voyoit poſé un
Galbe qui portoit de chaque
côté une Renommée ſonant de
laTrompette ,pour faire entendre
juſqu'où va la gloire da
RoydAngleterre. Dans le milieu
on voyoit une Deviſe de
bas relief. C'eſtoit un Soleil
naiſſant, & qui chaſſoit les Oifeaux
de nuit. Ces deux mots>
luy ſervoient d'ame : Excacat
candore
, pour marquer que:
comme le Soleil naiſſant chaſſe:
les Hiboux & réjouit ceux
qui attendent fon lever , de
mefme le Prince de Galles ,
avec la qualité d'Heritier de la
GALANT. 233
Couronne , diffipera les vains
projets des Ames mal intentionnées
, & affermira le zele
de ceux qui font profeſſion
d'être fidelles Sujets . Sur ce
meſme piédeſtal eſtoit élevée
une Couronne de huits pieds.
de diametre qui repreſentoit
celle d'Angleterre. Elle eſtoit
portée par deux Lions & par
deux Licornes , & formée de
lumieres vives quila rendoient
toute brillante. Le reſte de l'Architecture
en étoit auſſi tout
porfilé , pour marquer l'éclat
du glorieux Regne de lacques
II. & l'on voyoit des trophées
d'Armes furtous les piédeſtaux
qui estoient ſur la corniche..
Dans le contour ſuivoient
les Médailles entourées de feſtons
de Palmes &de Lauriers,
234 MERCURE
16
attachez entre les Pilaſtres. La
premiere contenoit la rebellion
du Duc de Monmouth
figurée par les Geans,entaſſant
montagnes fur montagnes
pour faire'la guerre à Iupiter
qui les foudroye , & qui les
étouffe entre les rochers . On y
liſoit ces paroles , Inculmine
fulmen. La ſeconde estoit un
Sceptre entortillé de Laurier
&dont un bout touche la terre
, & l'autre les nuées avec
ees mots , Pro Deo de Populo
pour fignifier que tous les deffeinsdu
Roy d'Angleterre ne
tendent qu'àla gloire de Dieu
&au bonheur de fon Peuple..
La troifiéme qui repreſentoir
une nacre de perles voguant
furla Meravec ces mots. The
fauro gravida , marquoit que la
Ricine avoit porté un Trefor
DELAVU
LYON
BIBLIO
*
1883 *
;
>
2
at
P
li
m
pc
1
et
lit
fu
Sc
&
re
ce
po
fei
&
La
un
fu
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Sau
Re
GALANT.
235
qui doit faire les delices de
l'Angleterre . On voyoit enfin
dans la quatrième une Rofe
partie blanche & partie rouge ,
dont fortoit un Marsavec ces
mots E rosa Mars , pour faire
connoitre que le Prince de
Galles marchantunjour ſur les
traces du Roy fon Pere , fera
un Mars comme luy . La Rofe
blanche & rouge fait voir la
réunion des deux Maiſons
d'Yorc & de Lancastre , dont
Jaques II. aujourd'huy reguant
eftheritier.
Je vous envoye une eſtampe
du Feu , que j'ay fait graver
beaucoup plus exacte & mieux
travaillée, que celle qui courut
parmy le Peuple le jour du
Spectacle . Lors qu'il fut finy ,
Monfieur Skelton fit continuer
l'Illumination & les Fontaines
236. MERCVRE
+
de vin tout le reſtede la nuit ,
& partit de Paris , avec tous
ceux qu'il avoit conviez, pour
ſe rendreau Chaſteau de Montrouge.
On y fervitun magnifique
Soupé ſur quatre tables
dequarante couverts chacune.
Les plats furent portez par cent
Suiffes , auſon des Violons &
des Hautbois , auſquels répondoient
les Timbales , & les-
Trompettes . Il y avoit cent
Boëtes dans le Jardin . On en
fit pluſieurs décharges lorsque
l'on butla ſanté des deux Rois,
&desMaiſons Royales . Toute
lacourt duChaſteau eſtoitilluminée
, & il y avoit au milieu
une piramide delumieres , où
eſtoient repreſentées les Armes
d'Angleterre , d'Ecoffe
& d'Irlande . On voyoit un
Cheſneau deſſus,en memoire
GALANT
237
de celuy qui garantit le
fen. Roy d'Angleterre de lat
pourſuitede ſes Ennemis trois
Couronnes eſtoient attachées
à ce Cheſne , & il avoit fur le
fommet de la piramide un Lion
armé , qui tenoit trois épées
nuës avec ces mots , Nemo me
impune laceffir. Cette grande
Feſte ſe termina par un Bal
qui durajuſques à cinq heures
du matin. Le ſoir ſuivant, Mr.
l'Envoyé regala pluſieurs autres
perſonnes qui n'avoient.
pu avoir place à ce grand repas
cequi ſe fit encore avec beaucoup
de magnificence , & au
bruit des Boëtes & de pluſieurs
Inſtrumens . On nedevoit pas.
moins attendre d'un Miniſtre
auſſi genereux & auſſi zelé pour
la gloire de fon Prince , & qui
s'eſt dignement acquitté &
238 MERCVRE
avec applaudiſſement , desdifferens
emplois qu'il a eus , à
Vienne , à Hambourd , aux
Cours des Princes de la Baffe-
Saxe , & en Hollande , où avec
les manieres genereuſes d'un
homme tout magnifique , ila
fait voir qu'il avoit toutesles
qualitezd'un parfait Ambaſſadeur.
Voicy, Madame; ce que vous
me demandez il y a longtemps ,
je veux dire, la ſixième Partiede
'Histoire des Troubles de Hongrie,
Elle contient tout ce qui s'eſt
paſſe pendant l'année entiere
de 1687. tant du coſté des Imperiaux
, que de celuy des
Othomans , la Bataille que ces
Infidelles perdirent auprés de
Mohats , les diverſes Conquêtes
de l'Empereur avecla reddition
d'Agria ; le Couronne.
GALANT. 239
コ
-
ment de l'Archiduc Iofeph ,
aujourd huy Roy de Hongrie ,
la Dépoſition de Mahomet IV .
l'élevation de Soliman III . &
les malheurs cauſez à Conſtantinople
par la revolte des Troupes.
Cette ſixiéme Partie ſe
vendchez les Sieurs de Luines
& Guerout , Marchands Libraires
à Paris , qui debitent
les cicq premieres .
,
La nouvelle Carte de la Gre-
CC tirée des Memoires de
Monfieur l'Abbé Baudrand ,
embellie du profil des principales
Villes conquiſes par les
Venitiens , ſe vend chez le
Sieur Deſgranges , à l'entrée
du Quay de l'Horloge du Pa--
lais,du coſté du Pont au Change
, avectoutes fortes de Cartes
de Hollande, & autres des plus
nouvelles . Il y a autour de cel
250
MERCVRE
cy 21. Places ou profils de toutes
Villes de la Grece .
Depuis qu'on imprime la
Muſique , perſonne ne s'eſtoit
encore avisé de faire imprimer
des Airs ferieux & Bachiques
à deux ou trois Parties
, mélées de ſimphonies &
&d'accompagnemens , de maniere
qu'on puiſſe jouër tout
un Livre de fuite , fans trou-
-ver deux Airs d'une mefme
modulation , C'eſt ce que vient
de faire M. Martin , qui a donné
au Public un Livre qu'il a
compoſé exprés pour former un
petit concert. Chaque recitou
Trio chantant eſt precedé d'une
petite fimphonie , come Ouvertures,
Chacones Rondeaux ,
& autres petites Pieces de caprice,
propres pour les Violons
&pour les Flûtes avec des acGALANT.
251
-
compagnemens dans tous les
Recits ; & afin de faciliter le
concert , il les a fait imprimer
en quatre Parties , & a joint à
la Baffe continue tous les Recits
chantans en partition,pour
plaire aux perſonnes qui peuvent
s'accompagner elles-mêmes
du Claveſſin , du Theorbe,
ou dela Baſſe de Viole . Ces Livres
ſe debitent chez le Sieur
Guerout, Court-neuve du Palais.
Voicyles Nos de ceux qui ont
expliqué la premiere Enigme
du mois paſſe ſur te Fichu ,qui en
étoit le vray mot. Meſſieurs
Coüeffé de Loir Hongnant , du
_ Montrel , Carrere ; Blondeau;
Chicolay Sieur de Goubertin ;
le Directeur du Godgar; I. L.
le chef des Mécontens de la
Ruë Hautefueille; R.RlOi420
MERCURE
ſeaule plus volage de la Foreſt
de Rez ; Thibaut ; l'Ingenieux
des petits ponts de Caën ; l'Illuſtre
Berger Nicaiſe ; Tresruant
loüeur d'Echets ; Le
grand Scamandius ; Silvio Seigneur
de Brademort ; l'apoticaire
de Montagné & fa Belle
de la Ruë du Beau ſejour ;
l'Eminante Vertu du Cerf- volant
, & fon aimable foeur ; la
Ioye du Monarque , & fon indifferente
Voiſine ; la face la
plus copieuſe ; la Scoeur aux
ttois Peucelles ,& fa charmante
Confine des Singes de Chartres
; la belle Pleureuſe de la
Prairie de Troyes : la charmante
Theano ; la belle Maguelonne
: la grande Anacorette :
les deux foeurs du Pavillon
Royal de la ruë S. Martin : M.
L. L la plus ſolitaire de la ruë
S.
GALANT. 241
S. Chriſtophle : M. A. G. la plus
charmante voix de la ruë S.
Nicolas I. E.F. l'indifferente
beautéde la ruë des DeuxPortes
; la veuve de Rhedon au
mary vivant .
La ſeconde a eſté expliquée
fur la Selle à cheval par le petit
J. de la ruë S. Severin :le Chevalier
du Firmament : Antoinette&
Marie Bellier du Quav
de la Tournelle : Lifete & Cathin
Machine : & la Cloche
fidelle de la rue Pierre Sarrazin.
Monfieur Bouchet , ancien
Curé deNogentle Roy, a trouvé
le vray ſens des deux Enigmes
, auſſi bien que Meſſieurs
l'Abbélegros tuë des Barteries
àRouen :Digeon de la Fontainc
des BlancsManteaux : le Riche
& Mademoiſelle Juillet du
Juillet 1688 . L
252
MERCURE
Quay des Morfondus : Collin
de la broſſe grand Bailly de
Montrefort : Firmini ruë de
Gévres : le proche voiſin de
la nouvelle Place Royale de
Poitiers : le Diamant dans le
fumier , & l'inconſtant fon
frere , de la rue d'Avignon :
l'Apollon des ſept Muſes : le
Chevalier de Lorgnettes : l'in- ,
ſtrument de la Melancholie : le
Valet déguisé , tous ces quatre
derniers de la ruë S. Iean de
Beauvais : le faiſeur d'Horofcopes
de la rue Chartiere :
Monfieur du Coeur volant de
la meſme ruë : le Maitre au
langage des yeux & fon Ecolicre
: l'Abbé de la Hure amant
de ſa belle coufine de la Montange
Sainte Geneviève : Giroflée
: Anfelme de la ſocieté
des bons beuveurs : l'heureux
:
:
GALANT.
253
-
cordon des belles de Bayonne :
le Chaudronnier nocturne ,
fans malle ni feraille : le coeur
à la Royale du culde ſac S. Hilaire
: le celeſte Allobroge de
Lion : l'aimable Camus de la
ruë fainte Anne : le fils du plus
proche voiſin de l'Amant froid
de la rue de la Juifverie:le voifin
de l'Amant inconſtant de la
Place Maubert
:
L'aimable
Louiſon de la rue des Vrfalines
de Chartres : l'Amant des
belles Chirurgiennes , l'Amie
desjeunes Muſes : l'aimable &
ſpirituelle Fauché , de la rue
S. Honoré : la belle & aimable
M. N.à l'Anagramme Tu merite
magrace : l'impatiente brune;
la veuve ſans pareille de la rue
deTournon : les Precieuſes en
rognures de la Cour d'Albret :
la petiteveuve badine de la
L2
244 MERCURE
montagne fainte Genevieve :
& la Sultane teſte verte de la
rue Coupe- gorge . F
le vous envoye deux Enigmes
nouvelles , La premiere
eſt deMonfieur Bandinucey de
Lion , & la ſeconde de Monſieur
Lourdet.
ENIGME.
E Cequi medonne la naissance
Habitevalons & Coteaux.
I'aydes Freres en abondance ,
Mais la pluſpart en grandeur inégaux.
Nul travailn'est égal au nostres
Nous courons dans tout l'Univers,
Etjamaison ne vit par voyages divers
Des Freres ſi ſouvent éloignez l'un
de l'autre
Noussommes quelquefois au milieu
des combats ,
GALANT.
145
Attaquez,defendus parde vaillans
Soldats.
Mais de leurs plus grands coupsnous
bravons lafurie,
Nous n'avons que deux Ennemis ,
A chacun d'eux nous sommes tous
Soumis
Quand l'un a te deſſus , ce n'est
pointraillerie
Rienne peut plus nousfecourir,
Ilfaut perir.
AUTRE ENIGME .
DE l'esprit & du corpsi'entretient
l'embonpoint.
F'étalefur le teins & les Lis & les
Rofes
Et celuy qui nem'a point
N'est pas riche, quandmesme ilau
roittoutes choses.
l'eſpere que vous me tiendrez
compte du ſecond Air
L3
246 MERCVRE
2
nouveau que je vous envoye
gravé , & dont voicyles pa
roles .
AIR NOUVEAU.
A
Mour , que tes feux sont à
craindre !
Vn coeur les reçoit aisément ,
Maislas! que ce coeur est à craindre
Lors qu'il voudroit ;&nesçaitpas
comment
Les éteindre.
Ces paroles& cet Air font du
fameux M. de Bacilly,qui a fait
Spirituels
graver depuis peu fes Airs
Spirituels tout autrement
qu'ils n'eſtoient,non ſeulement
pour la graveure , mais pour
quantité de changemens &
d'augmentations , dont il eſt
parlé dans un diſcours qui eſt
1
247
la
gra
m
vais de. cell
4
2
246
nouv
gravé
roles.
A
Vn ci
Maisla
Lors qu
Ces
fameu:
graver
Spiritu
qu'ils n
pour 1
quanti
d'augm
parlédans un discours qui eſt
GALANT.
247
وھ
àla findu Livre.Entre les Airs
nouvellement ajoûtez , il ya
un Recitatif à la maniere des
Scenes des Opera. Quant aux
Airs qui ont paru dans les Edi-
-tions precedentes , ils font tel-
* lement changez, tant pour les
premieres que pour les ſeconds
coupletsqu'ils ne font preſque
pas reconnoiſſables . Il n'y a
point à douter qu'ils ne foient
receus faverablement par tout,
& mefme dans les Monaſteres
de Religieuſes , puis que le
- nom de Monfieur l'Archevef
que de Paris à qui ils font de
diez , leur y donnera l'entrée.
Ce Livre ſe vend chez le Sieur
Guerout , Court neuve du Palais.
En attendantun plus grand
détaildes affaires de Siam ,je
vais vous faire part de celles
L4
248 MERCURE
qui ont eſté apportées par M.
Sebret , qui arriva icy dans le
melme temps que je finis ma
Lettre. Il partit de Louveau ,
heu de plaisance du Roy de
Siam, le 12. Decembre de l'année
derniere ,& arriva par terre
au Port & Ville de Berghi , à
la coſte de Tenafferin,verscollede
laMer Indienne,au deſſus
de Malaca , où il conduifit
Monfieur Bruant , avec fixvingt
Soldats François , pour
prendre poffeſſion de cette Placeau
nom duRoy Tres Chrétien
, auquel le Roy de Siaml'a
dépoſee avec Bancon pour ſeu
reté de l'Alliance des deux
Rois . Monfieur Sebret s'embarqua
à la coſte Merghi dans
un Vaiſſeau de la Compagnie ,
& paſſa àla coſte de Bengale ,
où s'eſtoit rendu Monfieur du
GALANT.
249
Quefne Guitton , Capitaine
Commandantdu Vaiſſeau l'oifeau
, felon l'ordre qu'il avoit
receude l'y venir trouver,pour
allerde là ens'en retournanten
France viſiter les Etabliſſemens
&Comptoirsde la Compagnie
dans les coſtes des Indes Orientales.
Monfieur Des-landes
Boureau qui eſtoit venu à Siam
de Pondacheri où il eſtoit Di-
Arecteur , s'embarqua dans ce
meſme Vaiſſeau pour accom-
-pagnerMonfieur Sebret. M.du
Queſne mit à la voile le 15 .
ou 16. de ce mefme mois ,&
eſtant party de Siam , il paſſa
-parla coſtede Malaca , & fit
route vers Berghi , peu éloigné
de Tenafferin , ayant laiſſe
Monfieur de VaudricourtGeneral
de la Flote du Roy , en
eſtatde mettre auffi à la voile
250
MERCVRE
pour le retour avec Monfieur
de la Loubaire ; Envoyé de
France ,le Pere Tachard Sapereur
des Iefuites qui devoient
demeurer tant à Siam
qu'à Louveau ,& douze Mandarins
Siamois , que leur Roy
envoye en France avec quantité
de prefens &de marchandifes
.On a laiſſé la FlûtelaNormande
pour la ſeureté de l'éta
bliſſement des François en ce
Royaume là ,& on attend les
trois autres Vaiſſeaux , Monfieur
Sebreta eu nouvelles pendantlaroutequ'unde
cesVaifſeaux
qui s'eſtoit feparé de la
Flote attendoit les deux auantres
auCapde Bonne Eſperance.
M. des Fargues a pris
poffeffionde la Ville de Bancoc,
& l'a fortifiée à la Françoife.
Monfieur Conſtance Falcon
GALANT.
257
Miniſtre , & Favory de Siam,
s'eſt aſſocié pour cent mille
écusdans la Compagnie Francoiſedes
ndes . Le Pere Rochet
Lyonnois , & qui a eſté
Profefſfear des Mathematiques
àToulon dans les EcolesRoyales
, eſt mort à Siam, aufli bren
qu'un Ingenieur fort habile
que Monfieur Seignelay y avoitenvoyé,&
un Lieutenant
d'une des Compagnies d'Infanterie.
Le pere Tachart, qui
eſtavec Monfieur de Vaudricourt&
Monfieur de la Loubaire
eſt chargé des Lettres des
François & de celle des Peres
de la Compagnie. On les luya
miſes entre les mains à cauſe
que Monfieur Sebretqui avoit
pris une route differente , &
qui devoit eſtre plus longue
croyoit que la Flore le devan
252
MERCVRE
!
ceroit, mais elle eſt partie plas
tard qu'il ne l'avoit cru , &
d'ailleurs fon ſejour dans les
coftesd Malabar & Coromandel
, a eſté moinslongqu'il n'y
avoit apparence qu'il feroit , à
cauſequ'il atrouvé le Roy de
Golconde priſonnier & fes
Etats envahis par le Mogol , ce
qui l'a fait revenir plutoſt.
Le Tremblement de terre
arrive à Naples , dont je vous
ay parlé dans le commencementde
ma Lettre , a continué,
& j'aurois encore beaucoup
de choſes à vous en dire,s'il me
reſtoirde la place. Je vous parlerois
auſſi de cequi s'eſt paffé
devant alger , & des luges que
Sa Majesté vient de nommer
pouraller en diverſes provinces
, mais comme j'ay accoutumé
d'entrer dans le détail de
3
GALANT.
258
tout ce queje vous écris je ſuis
obligé de referver toutes ces
choſes pour le mois prochain
avec beaucoup d'autres , ainſi
que pluſieurs Ouvrages curieux
, & quelques , nouveaux
avistouchant le Icu des Echets,
Quant à ce qui regarde les
Nouvelles de Turquie , je continuë
d'amaſſer des Memoires
fur tout ce qui s'y paſſe , pour
joindre dans quelques mois
une quatrième Lettre aux trois
que vous avez déja recenës de
moy & qui contiennent l'Hiſtoire
entiere de Mahomet IV.
depoffedé ; & de Soliman III.
à preſent regnant. Je ſuis
Madame , voſtre , & c .
AParis ce 31. Juillet 1688 .
Comme on n'a jamais aſſez
de ſoin de bien écrire les noms
255
MERCURE
propres, on a mis dans leMercure
de luin , en parlant d'un
Sermon préché le Mardy Saint
dans la Cathedrale de Troyes,
Monfieur l'Abbé Remond , au
lieu de Remond. Il eſt Chanoine
de l'Eglifo de S. Urbain.
On a mis auſſi ſur l'article
d'une traduction de vers Ita-.
liens qui eſtoit du Fils de Mr
reau , Avocat general de la
Chambre des Comptes de Dijon
; elle eſt de M. ſon Frére.
P
TABLE.
Rrelude.
Discours quifait voir le
I
merite
enfermé dans le titre de grand. 4
La Gloire& le Genie. 10
Descriptien de la Feste de Livry. 22
Audiences donnéesà l'Abbégeneral
de Sainte Croix. 46
Noms detous les Commandeurs , &
Cheus de Malthe qui font
andola Campagne cette ne contre
a
TABLE.
lesTurcs. 48
Dialogue du Pinçon &de la Fau
vette,furle retour de la Fauvette
du Jardin de l'Hostel de C. 60
Temblement de terre arrivez à Naples.
63
Cartegenerale,contenant Is Mondes
Celeste, terrestre , & cvil. 74
Hommage rendu à M. l'Electeur de
Brandebourg parses sujets. 81
La Solitude , Idille. 88
Methode completede l'Art du Bla-
Son. 96
Nouveau Reglement utile à ceux
qui font profeffion de Lettres ,&
qui les aiment. 100
Nouvelle Relation touchant la derniere
rencontre des Vaiſſeaux
François & espagnols. 106
}
Histoire, 112
Ce qui s'estpasséen Angleterre àla
Naiſſance du Prince de Galles,&
les réjoiſſances faites à Paris .
&en pluſieurs Villes de France ,
fur cesujet. 12
TABLE.
Cequis'estpasséàl'Academis Fran.
çoise , le jour de la reception de
M. de la Chapelle , avec leDifcours
qu'ila prononcé. 147
Le Genie , Ouvrage de M. Perrault.
Mariages,
165
181-
Tout ce qui s'est passé au Mariagede
Monfieur le Prince de Conty. 183
Reception que ce PrincefaitàMonfeigneur
, qui lui fait l'honneur
de le venir voir à l'Hostel de
Conty. 190
Epitalame enforme d'OperaparM.
de laChapelle. 195
Autre article touchant les réjouis-
Sances faites à Paris,pour lanaif-
Sance du Prince de Galles. 233
6. Partie des Troubles de Hon . 238
Gartenouvellede laGrece.
239
Livres de Musique de M. Martin.
Enigmes.
Nouvelles de Siam.
240
244
245
Articles pour le mois prochin. 2.46
Qualité de la reconnaissance optique de caractères