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1687, 11 (Lyon)
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1
MERCURE
807156
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE
NOVEMBRE IG
LIOTHEODS
BIBL
F.DE
LY
DELA
LYON
*1893 **
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY , rue
Merciere , au Mercure Galant.
M. DC. LXXXVII.
AVEC PRIVILEGE DU ROΥ.

LE LIBRAIRE AU
LECTEUR.
ES repetitions de l'Opera ,
de Meſſieurs le Quay& la
Croix , qui se font en cette
Ville quatre fois la Semaine;
font affezconnoître à ceux qui les voyent
qu'il n'y a aucune difference de leur
Opera à celuy de Paris , & il est à prefent
en état d'estre represente , ainsi
vous advertirez vos amis ay venir en
grands nombres puiſqu'il ny a plus de
remiſes , vous admirerez les Acteurs &
Actrices & les Danseurs où il nese peut
rien voir de plus beau &de plus magnifique
tant pour la propreté deshabits
que des Décorations & l'on ne pouvoit
s'imaginer que l'on cù pû voir en
Province un Opera si bien executé.
2
********
?
LIVRES
A
NOUVEAUX
du Mois Novembre 1687.
Lmanach de Milan pour l'Année
1688. 20. f.
Almanach de Liege pour l'Année
1688. 15. fols..
Connoiffance des temps pour l'Année
1688. 20. f.
Recueildes pieces de l'Academie,&
Difcours prononcez à la repreſentation
des Lettres de proviſion de Monfieur
le Chancelier , in 12.15 . Γ.
Relation de l'Inquifition de Goa , reveu
corrigé & augmenté de pluſieurs
Chapitre,avec pluſieurs figures en taille
douce , in 12.40. f.
Meditations pour tous les Jours de
l'Année fur les Evangiles de chaque
Semaine , ouvrage tres-utile non-feulement
aux perſonnes Religieuſes,& à
celles qu cherchent Dieu dans le monde,
mais auſſi aux Predicateurs , & particulierement
aux Curez par Meſſieurs
de Port Royal , 12. 5. v. 7. 1. 10. f.
L'Attrition fuffiſante pour ta remiffon
des Pechez dans le Sacrement de
S
PReinde
TABLE .
14
Ce qui s'est passé dans l'Academie
de Villefranche , à la reception
de Monsieur l'Abbe Baudry ,
avec le Difcours qu'il a prononcé.
7
Plaintes des Palatines contre la
Mode , Dialogue , 14
Réponse d'une Demoiselle à
qui on conseille d'aimer , Stances..
31
Réponſes aux Reflexions & Doutes
del' Anonime , furl'âge de qua .
tre cens ans de Louis Gaf
do.
Nouvelles de alt.
60
Traduction de la Fable du Papil-
Lon , & de l' Abeille du Pere
Gomire.. 70
TABLE.
Entrée de Monsieurle Marquis de
Dangeauà Tours. 76
Baptefme du Fils de Monfieur le
Comtede Lohkvic ..
Morts.
79
81
Feste donnée parMonsieur le Marquis
du Tremblay. 95
Institution de deux nouvelles
Claſſes , faite parle Roy
dans le College de Bordeaux. 97
Lettre en Vers ..
Histoire.
98
104
Journal du Voyage des Ambas.
fadeurs de Siam , depuis Brest
juſques au Cap de Bonne.Efpe.
rance, avec ce quis'est passé pendant
lefejour qu'ils ont fait au
Cap.. 120
ticularitez touchantle Cap
Ac
DU
Lettre des
Amuaffadeurs , écrite Efperance. 147
dudit Cap à M. Torf.
149
Benefices donnez par le Roy.
C161
TABLE.
Monfieur Dumont est pourvû de la
Charge d' Ecuyer du Roy , vacan
te , par la mort de Monsieur
le Comte de Clermont - Tonnerve,
162
AutresMorts. 163
Méprise faite le mois passé touchant
un Panegyrique du Roy,prononcé
à Perigueux . 164
Nouvelles Pieces de Claveffin ,
deM. le Begue. 165
Etat des affaires des Venitiens ,
&de l'Empereur contre les Turcs,
avec une descriptionde la Ville
d'Athenes. 165
Ce qui s'est passéà l'ouverture du
Parlement,&à celle des Audiences
. 180
Opera d'Achille &de Polixene.
183
Liste des Chevaliers de Malthe,
qui ont esté tuez, & bleſſez au
Siegede Castelnovo. 189
TA BLE.
Bistribution des Benefices vacants,
aux Cardinaux de la derniere
promotion. 193
Cloches tenues par. Monseigneur
le Dauphin & Madame la
Dauphine. 194
Affaires d'Alger. 195
Noms de ceux qui ont expliqué
lesEnigmes . 196
Enigmes. 199
Estat des affaires des Turcs.
203
Mariagede Monfieur le Comte de
Tonnerre...
Conclusion.
Fin de la Table.
208
210
MERC.
MERCURE
GALAN
LYON
NOVEMBRE 1687 .
J
E ne vous ay point
parlé , Madame , de
ce qui s'eſt paffé à
Fontainebleau pendant
le fejour qu'y a fait Sa
Majesté . Les affaires & les divertiſſemens
occupent ordinairement
toutes les Cours
& celle de France eſtant la plus
nombreuſe , la plus magnifi-
Novembre 1687 , A
2 MERCURE
que ,& la plus galante , on peut
dire que tous les honneſtes
plaiſirs ne la ſuivent pas feulement
par tout , mais auſſi qu'elle
les fait naiſtre dans tous les
lieux où elle ſe tsouve . A l'égard
des affaires', celles d'un
grandRoyaume ſont toûjours
enaffez grand nombre , & affez
de confequence pour occuper
entierement le Prince qui le
gouverne ; mais il yaplus aujourd'huy
. Le haut point de
gloire' où le Roy a mis la France
, & où il s'eſt mis luy- mef
me , fait qu'il eſt inceſſamment
appliqué pour le Repos de l'Europe
, & pour y maintenir la
Paix qu'ila bien voululuy procurer.
Ce qu'il y ade ſurprenant
, c'eſt que de tant de grandes
affaires , qu'il régle dans les
differens Conſeils qu'il tient
GALAN Τ.
3
tous les jours , aucune ne devient
publique , tant le ſecret
eſt religieuſement gardé par
ſes Miniſtres ; & c'eſt pour
cette raiſon que je ne vous
ay rien mandé de Fontainebleau
. D'ailleurs vous ſçavez ,
Madame , que je ne parle jamais
de ce qui regarde l'Estat , qu'aprés
les évenemens, ne voulant
point me meſler de deviner
comme beaucoup d'autres qui
yréuffiſſentaſſez mal. J'avouë
que j'aurois pû vous dire quelque
choſe des divertiſſemens
que l'on a pris , mais je ne vous
en auroit rien appris de nouveau
, en vous diſant qu'ila cu
alternativement Comedie Fran.
çoiſe , & Italienne , differens
&differens Jeux Concerts د
dans les Appartemens , ainſi
diverſes Chaffes aux environs
A 2
4 MERCURE
de cette Maiſon Royale. Le
Roya pris quelquefois ce plaifir
, ce qui fait voir la ſanté parfaite
dont ce Monarque jouit ,
puis qu'il faut de la vigueur
pour cet exercice. Quoy qu'il
n'ait eu nul attachement pour
tous les autres plaiſirs , il n'a pas
laiſſe de ſe montrer à quelquesuns
, mais ſeulement autant
qu'ils estoit beſoin pourles faire
prendre à ceux de ſa Cour.
Ce Prince a donné beaucoup de
temps pour écouter les Commiſſaires
qui ont eſté de ſa part
dans toutes les Provinces du
Royaume , pour le foulagement
des Peuples . Illes a oüis dans
fon Confeil ,& les aentretenus
en particulier , c'eſt tout ce que
je puis vousen dire prefentement
, & c'eſt beaucoup.
Comme Madame la DauphiGALANT.
5
ne aime extremement la Mufique,&
qu'elle s'y connoiſt parfaitement
pluſieurs Muficiens
ont travaillé pour la divertir fur
de petits Ouvrages en maniere
d'opera & ces Ouvrages ſe ſont
trouvez remplis de beaucoup
de choſes agreables , tant pour
la Muſique que pour les Vers.
Cette Princeſſe eſtant d'une
pieté exemplaire , qui l'engage
à faire fouvent ſes Devotions ,
lePere Frey , Jeſuite Allemand,
fut appellépour la confeffer à la
Feſte de tous les Saints. Lors
qu'il entra chez Madame la
Dauphine, on ne le vit pas plûtoſt
qu'on luydemada comment
il fe portoit , & il répondit que
ſa ſanté ne s'eſtoit jamais trouvée
meilleure . Cependant il fut
attaqué d'Apoplexie en commençant
à parler à cette Prin
L
A 3
6 MERCVRE
ceſſe , qui le ſoûtient elle meſme
pour l'empécherde tomber .Il en
mourut quatre heures aprés .
Une mort ſi prompte & fi impreveuë
au milieu de la Cour, y
peut eſtre auſſi utile,queles plus
preſſant Sermons, à ceux qui ne
penſent point qu'il faut mourir.
La quantité de matiere qui a
remply mes dernieres Lettres ,
ne m'a point laiſſe trouver de
place pour vous parlerde ce qui
ſe fit le jour de Saint Loüis ,
dans l'Academie de Ville franche
en Beaujolois . Cette Compagnie
receutdans ſon Corps
un nouvel Academicien. Ce fut
Monfieur l'Abbé Baudry,Prieur
de S. Thibau , Paſteur tres - zelé
, & homme d'un grand merité.
Son Remerciement que
allez lire vous convaincra de
Con éloquence , & fi vous vous
GALANT.
7
ſouvenez de divers ouvrages
de Poësie que je vous ay envo .
yez de ſa façon dans pluſieurs
de mes Lettres , vous demeurerez
d'accord que c'eſt avec raiſonqu'onle
tient auſſi bonPoëte
que grand Orateur.
あれれれれれれれれれ
REMERCIMENT
A Meſſieurs de l'Academie
de Villefranche,
MESSIEURS,
N'attendez pas de moy un Remerciement
digne de la grace que
vous me faites ; il faudroit que
j'euffe receu vos talens avecvos bien
faits , &qu'en me donnant uneplace
dans vostre Academie
m'cuffiezfaitpartde vostre éloquen-
, VOUS
A 4
8 MERCURE
ce. J'aurois du moins la confolation
de vous payer en belles paroles : mais
je me ſens fi éloigné de cet avantage,
quej'ay peur que mon Remerciement
nesoit une preuvede mon infuffisance
, &que les mesmes termes
qui vous doivent marquer ma reconnoiſſance
, ne vous faſſent connoiftremon
incapacité.
car Sça-
L'honneur que vous m'avezfait,
me donneroit sans doute une joye
parfaite , si elle n'estoit troublée par
la crainte que j'ay de ne pouvoir
répondre à voſtre choix
chant bien que c'est un coup de la
Fortune, & non pasun effet de mon
merite ,j'aysujet d'apprehenderque
fon caprice ne traverſe le bonheur
mesme , qu'elle a fait naistre , &
que mon élevation ne ſerve enfin
qu'àrendre ma chûte&plus lourde,
&plus honteuse.
Mais ilfera,peut - estre , Mef
GALANT.
09
fleurs decettegrace , comme de cellesdu
Cict; qui font des changemens
merveilleux dans lesſujets les plus
rebelles , & quisçavent éclairer les
aveugles. C'est ce qui mefait croire ,
qu'estant au milieu de tant de lu
mieres , je feray penetre de quel-.
ques uns de vos rayons ,& que ne.
pouvant imiter vos admirables genies
, les exemples que j'auray tous;
les jours devant les yeux, m'exciteront
du moins à lesfuivre .
Tout le monde ſçait, Meſſieurs ,
que vostre Assembléen'est composée
que de personnes choisies , parmy
lesquelles les vertus n'excellent pas
moins que les Sciences , & que c'est
une Ecole facréoù l'on apprend également
àvivre selon Dieu ,& à
parter felon les hommes. Ony voit
des Ecclefiaftiques quiajoûtent tous
Les tours aux preuves qu'ils ontfaites
leurs Nobleffe, de celles de leurs Ver
As
{
10 MERCURE
tus . Ony remarque des furifconfultes
consommez,&des luges incorruptibles
, qui entre les Loix , dont
ilsfont les interpretes &les Deposi
taires , s'en font une dene ſeiamais
démentir duferment qu'ils ont fait
àDieu, de la fidelité qu'ils ont voüée
au Prince ,& de la iuflice qu'il doivět
au Peuple. On y trouvede ces hom.
mes rares , qui montrent par leurs
Ouvrages qu'il est des muſes Cavalieres
, qui ont l'art de ioindre les.
Lauriers de Mars avec ceux d'Apollon
, & qui font l'alliance des
Armes & des Lettres. C'estce qui
fait paroiſtrela beautéde ce celebre
Corps , qui par l'agreable diverſité
des Genies qui le compofent ,forme
une harmonie admirable & un concert
charmant ,ſemblable à celuyde
la Nature , dont les Estres, diffe
rens n'ont qu'une meſmefin , qui est
la gloire de leur divin Auteur ,&
GALANT. 11
s'accordent ,pour ainſi dire , dans
leur propredifcordance pour luy fai
re un facrifice des qualitezqui les
distinguent . Ne semble- t- il pas ,
Messieurs que LOUIS LE
GRAND ait fait voſtre Etablif-
Sement sur ce modelle , & que ces
SublimesEsprits quirempliffent voftre
Academie,conspirent tous àfaire
Son Tableau,&s'étudient à y appliquer
des couleurs differentes , à proportion
de la diverſité de fesbelles
actions & de fes belles vertus éclatantes?
En effet , Meſſieurs,voſtreſcavante
Compagniene fournit- ellepas à
Sa Majesté des fuiets capables de
faire le recit fidelledeſes Conquestes?
Neluy donne- t- ellepas desperſonnes
distinguées dans l'Eglife , pour publier,
fon zele & fa piete ? Ne
luy prefente-t-elle pas des Magiſtrats
qui font valoirſes Loix &fes
Ordonnances ? Vous avez parmy
A6
12 MERCURE
vous , Messieurs, d habiles Historiens
qui travaillent aimmortaliſer
fes merveilles parleurs Ecrits , &نم
L'onpeut dire que vos plumes & νος
Languesfont entierement consacrées
àla gloire du plus fage & duplus
grand Princede l'Univers.
Quel éloge ne merite point Mon-
Seigneur l'Archevesque de Lyon , cet
illustre Prelat dont la naſſance &
le merite en ont fait une des plus folides
colomnes de l'Eglije ? C'est le
Chef precieux qui donnele mouvement
à ce Corps admirable , & qui
-par l'influence defavertu , qu'il luy
communique , fait qu'il ne produit
vien que de noble , &qui nefort digne
de la grandeurdeſon ſuret.
No croyez pas , Mſſieurs , queie
pretende icy faire votre Panegyri
qu" , ny le ſien , vos Ouvrages font
tous les jours cet office , &il ne fort
riende vos mains qui m'exprime
GALANT.
13
-
- mieux ce que vous estes , & ce que
vous valez , que toute l'éloquence
des Orateurs.
Si ie prends la liberté de dire
-quelque chose à voſtre avantage ,
c'est mon devoir qui m'y oblige, c'est
le respect qui m'y engage , c'est
la verité qui me dicte ces paroles
,& qui me contraint de rendre
le témoignage que tout homme d'honneur
doit au vray merite.
Je voudrois bien qu'une autre
occaſion que celle d'un Remerciment
, me pust donner lieu de joindre
quelques effets à mes foibles paroles
, vous verriez des marques particulieres
d'une reconnoiffance extréme
, & ie vous ferois reconnoistre
que de toutes les choſes du monde quż
m'intereffent , il n'en est point qui
me touche plus ſenſiblement que voftre
gloire ,à laquelle i'avovë , Meffieurs,
que se ne puis cõtribuerque par
mes respects &par mes obiſſances.
14 MERCURE
La Mode a toûjours eſté
traitée de bizarre ,& la pluſpart
des chofes n'ayant cours en
France qu'autant qu'elle les
foûtient , il ne faut pas s'étonner
des plaintes que l'on fait
contre elle dans le Dialogue
qui fuit.
۱
PLAINTES
DES PALATINES
contre la Mode.
LA MODE.
E'ST donc une reſolution
priſe que voſtre ſortie du
Royaume, & vous voulez quit.
ter le plus beau Pays du monde
, pour aller chercher unétabliſſement
ailleurs ?
GALANT. 15
=
LA PALATINE .
Je ne diſpute point ſi laFrance
eſt le plus beau Pays du
monde ; ce que je ſoûtiens, c'eſt
- qu'il y a tres - peu de fond à
faire fur voſtre amitié .
LA MODE.
Quelle bruſquerie , & que je
la trouve injufte : Voſtre faveur
a duré prés de dix ans ,
n'est- ce pas beaucoup ?
LA PALATINE .
Voilà qui est fort conſolant.
LA MODE .
Confolant ! bien d'autres s'en
confoleroient, témoin les Juſteau
corps , qui ſe ſont vûs ſi
fort careſſez des Dames , &
dont la bonne fortune ceſſa tout
d'un coup.
LA PALATINE .
Aufſijene ſçay pas ou vous
aviez l'eſprit de permettre cet
16 MERCVRE

uſage. Il eſtoirdu dernier ridiculede
voir un mefme habit
commun aux deux Sexes.
LA MODE .
N'uſons point , je vous prie ,
de ces odieux reproches , vous
n'y trouveriez pas voſtre compte.
Rien n'eſt ridiculede ce
quipeut avoir ma protection',
demefmeque tout devient dégoûtant
fi - tofſt queje la retire ..
LA PALATINE .
Cela est bon pour ces ajuſtemens
fardez , que vous introduiſez
fi malà propos dans la
galanterie . Pour ce qui eft de
moy , la difference eſt toute entiere.
LA MODE .
A ce que je voy , vous ne
manquez pas debonne opinion
de vous -mefme .
LA PALATINE ........
Ie ne crois pas donner dans
GALAN T.
17
une vaine complaifance , que
de m'imaginer quejefuis d'une
naiſſance plus relevée , & d'un
plus grand fecours aux Dames
que tout ce petit peuple d'orne-
- mens innutiles que vousſoûtenez
fi fort.
LA MODE .
Vous voilà furieuſemententeſtée
de la nobleſſe de voſtre
Famille.
LA PALATINE .
Pas trop , ce me ſemble , puis
qu'il eſt certain que ma race eſt
des plus anciennes. Elle a rendu
des ſervices fort confiderables
, & c'eſt ce qui l'a toûjours
élevée aux premieres dignitez
.
LA MODE.
Quelle groſſe troupe de
vanteries .
LA PALATINE .
:
Vous ne pouvez pas igno
18 MERCURE
rer que je fuis de la tres illuſtre
Famille des Fourrures , choifies
dés la naiſſance du monde pour
reveſtir le premier des Mortels.
Pluſieurs fiecles ſe paſſe .
rent fans que l'on reconnuſt
d'autres veſtement que les
noſtres; c'eſt ce que vous ne
pouvez contredire.
LA MODE.
A ce compte , vous vollà
bien élevée au deffus des
étoffes .
LA PALATINE .
Iln'ya point de comparaiſon.
LA MODE.
Qui vous l'a dit ?
LA PALATINE .
Plutarque , qui aſſeure dans
ſes difcours de table , que les
Peuples de toutes les partiesdu
monde , avant l'uſage des étofes
, s'habiloient de peaux : ce
GALANT. 19
que Tacite marque auſſi en par-
☐ lant des Allemands , & Properce
l'aſſure des Romains .
LA MODE .
Vous vous piquez donc auſſi
de bel eſprit ?
LA PALATINE .
Je ne dis que ce que j'ay
trouvé dans les Titres honorables
de noſtre Famille , & ce
quej'ay appris dans une infinité
de Ruelles , de Cercles &
d'Aſſemblées , où j'ay aſſiſté
depuis dix ans. ¥
LA MODE .
Quand ce ne ſeroit qued'en
avoir tant appris , vous devriez
eſtre contente de voſtre fortune
; mais enfin vos Anceſtres
furent contraints de déchoir de
leur élevation ?
LA PALATINE .
Point du tout , ils ont foûtenu
20 MERCURE
leurgloire fans aucune interruption
depuis la naiſſance du
monde juſqu'à preſent.
LA MODE.
2
...Cela eſt fort glorieux pour
vous .
LA PALATINE.
Ne vous en raillez point Les
Empereurs, & les Rois , dés les
premiers fiecles prirent l'Hermine
pour l'ornement de leur
Pourpre & deleurs Manteaux,
ce qui fut permis depuis aux
Souverains , aux Princes , &
auxDucs.
LA MODE.
Je l'avouë , mais n'eſt-ce
point dégenerer qued'eſtre au
ſervice des Supoſts de l'Univerfité
&des Medecins ?
LA PALATINE .
:
Le merite de la Science l'égale
aux premieres dignitéz
;
GALANT. 21
ainſi bien loin de nous en faire
un reproche , on nous en faitun
= honneur. Les anciens Philofophes
Indiens alloienten public
couvertsde peaux de Cerf&de
Daim; à preſent mefme la Iuſtice
reſpecte les Fourures , qui
fervent auſſide diſtinction aux
Princes , & à pluſieurs autres
- Membres de l'Eglife .
LA MODE.
Les Dames n'auront elles
rien ?
LA PALATINE .
Autrefois les Veuves portoient
pendant les premiers
quarante jours de leur deüil,
= des robes noires bordées
-d'Hermines ce que pluſieurs
obfervent encore aujourd'huy
. Je dis plus , il n'ya
qu'un fiecle que cette pratique
eſtoit preſque inviolable àtou-
د
22 MERCURE
tes les Femmes & à toutes les
Filles.
LA MODE .
Cependant hors certaines
Dignitez qui ont retenu les
Fourures , vous devez convenir
qu'on ne vous confidere
plus.
LA PALATINE .
Je n'en conviens point. Aujourd'huy
que les etoffes ont
unefi grande faveur , le luxe
n'a pas encore tellement ſeduit
les hommes , qu'il ne s'en trouve
une grande partie qui ſe
reveſte de peaux.
LA MODE .
Parexmple .
LA PALATINE .
Les Septentrionaux pour la
pluſpart , les Moſcovites , les
Hongrois les Polonois د
les
Tartares , les Tranſilvains , &
une infinité d'autres .
GALANT . 23
LA MODE .
Tous ces avantages de vos
parens n'empeſchent pas vôtre
diſgrace.
LA PALATINE .
Je l'avouë , quoy qu'au pis
aller j'aye un grand recours aux
Manchons ; qui ſont les Chefs
de noſtre branche de cette façon
, il y a peu de perſonnes qui
ſe puiſſent paſſer de nous , ſoit
que nous ſoyons Palatines ou
Manchons .
LA MODE .
C'eſt le meilleur party que
vous puiſſiez prendre pour faire
plaifir aux Fichus .
LA PALATINE .
Qu'ils ont bon air , vos Fichus
! Que les Dames ſont jolies
avec un tel ornement !
LA MODE .
Plus que vous ne voulez
24 MERCURE
croire . Il est vray que leur
couleur avec une maniere de
lifiere ne plaifoit pas d'abord .
A preſenton en eſt plus content
depuis que j'ay trouvée le moyen
d'ajouter une legere broderie
aux extremitez .
LA PALATINE .
Vos broderies n'ont rien de
comparable à noſtre beauté
parce qu'eſtant belles fans fard,
nous ne ſommes point alterées
par l'artifice.
LA MODE .
On ne vous accordera pas
facilement cette perfection , &
mefme il y a de grandes plaintes
contre vous .
LA PALATINE .
Tout au plus , de quelques
precicuſes pour qui vous avez
cutrop de complaifance , & qui
font la cauſe de mon exil.
LA
GALANT.
25
A
LA MODE .
Ce n'eſt point moy , il y a plus
de cinq ans qu'on ſe plaint de la
-groſſe dépenſe que vous obligez
de faire.
LA PALATINE .
Voilà juſtementune des raiſons
ridicules qu'aportoit il y a
huit jours une de vos Precieu-
-ſes, criant à ſa Suivante : Manon
, que ze ne voye plus isy de Palatine,
ellem'eſſauffe telop , me falit
la golze: & coutebeaucoup.Apoltemoymon
Fiffu.
LA MODE.
Etde la taille , vous n'en dites
rien ?
LA PALATINE.
Ie n'en pourrois rien dire
qui ne fuſt à la confufion des
Dames. Si quelques - unes perdent
avec moy fort peu de
leur agrément , une infinité
Novembre 1687 , B
26 MERCURE
d'autres me font redevables
du bon air qu'elles ont , outre
que la modeſtie eſt dans mes
-intereſts . Avec tout cela depuis
que je n'ay plus pour elles le
charme de la nouveauté , elles
ont recours à de vains pretextes
d'épargne & de propreté
-pour trouver de faux- fuyans,
afin de couvrir leur legereté ou
leur ingratitude .
LA MODE .
Ne craignez - vous point de
vous perdre tout- à-fait en foutrageant
le beau Sexe , dont
vous avez encore beſoin ?
LA PALATINE.
l'avoue que les Dames ont un
grand pouvoir pour mettre en
credit tout ce qu'elles favoriſent.
Elles donnent le poids à
la nouveauté , mais enéchange,
n'est-ce pas à ce Sexe que l'on
GALANT.
27
eſt redevable de la furieuſe legereté
qui domine par tout; en
France principalement ; qui eft
le lieu où ſe déploye l'Etendart
del'inconſtance , & qui infpire
ce mauvais exemple à tout le
reſte de l'Europe .
LAMODE .
Ce reproche m'attaque principalement
, & n'eſt que l'effet
de voſtre chagrin .
LA PALATINE .
Puis que vous ſentez ceque
je viens de dire , que n'en profitez-
vous ? Arreſtez cette démangeaiſon
prodigieuſe de
changer. Les habits qui estoient
hier du bon gouft , font aujourd'huy
du vieux monde. Cene
font ny les taches ny le long ufage
, ny le mal entendu , mais
la ſeulemode qui les fait rejetter
. On ſe laiſſe alier à la vanité
B 2
28 MERCURE
qui préfere la foye , quoy que
ce ne ſoit que l'excrement d'une
Chenille aux precieuſes
Fourures qui font l'Ouvrage
meſme du Souverain de tous
les Eftres .
LA MODE .
Courage , pauvre Palatine,
vous chantez comme le Cigne
mourant.
LA PALATINE .
Nous rentrerons en grace
plûtoſt que vous ne croyez .
La chaleur que nous apportons,
rend noſtre retour neceffaire .
Nous adouciſſons la peau , nous
deffendons les Dames contre
les fluxions inſeparables de
Thyver ; c'eſt enfin par noſtre
ſecours que le ſang s'entretient
dans une heureuſe tranquillité
qui rend les eſprits toujours
purs, qui reluiſant furle viſage
GALANT. 29
luy inſpirent des traits plus fins,
& luy donnent un vermeil admirable.
LA MODE .
Cependant il ne paroiſt pas
que l'on foit perfuadé de tous
ces avantages . Souvenez - vous
quelors que j'entreprisde vous
produire au monde , j'eus beſoin
de toute la bonté d'une
grande Princeſſe. Elle vous don.
na fon nom , vous parûtes alors
ce que vous n'eſtiez pas , & à
preſent que l'on a changé de
ſentiment , je ne voy guere de
retour pour vous ...
LA PALATINE ,
Erreurtoute pure ! l'on ſedeſabuſera
bien- tôt pour peu que
vous vouliez me ſecourir. Repetez
cent fois aux Dames de
France que lors qu'elles me mi-
- ret en vogue.ce fut pour bannir
les mouchoirs de cou àjour qui
B 3
30 . MERCURE
:
ne s'accomodoient guere avec
la pudeur. Dites leurs que ces
Fichus ne couvrent que mollement
, & à demy , que je fuis
propre à leur rendre de plus
grands ſervices ; & que ſi elles
ont un coeur genereux , elles,
font obligées de ſe ſouvenir
-qu'étant pour la pluſpart femmes
ou fillesde Heros, ellesdoivent
ſe faire un honneur de me
reprendre, puis queje reprefente
aſſez bien , les dépoüilles &
les Victoires remportées par ces
demy-Dieux , ſous la conduite
du plus grand de tous les Rois
dumonde.
Je vous envoye de tres - jolis
Vers , dont l'Autheur ne m'eſt
point connu ie ne ſçay pourquoy
il cache ſon nom , puis
qu'ils font ſi bien tournez qu'il
n'y a perſonne qui ne deuſt faire
gloirede les avouer.
GALAN T. 31
RESPONSE
d'une Demoiselle à qui on
conſeille d'aimer.
J
STANCES.
Evoudrois aimerà
Jeſuivrois vos conſeils , heureusede
m'y rendre,
mon tour ,
e
Si l'on avoit autant de plaisir en
Amour ,
Qu'on a depeine às'en défendre.
Onréfout aisément une jeuneBeaute
Afouffrir des Amansqui tâche à luy
plaire ,
Et toute la difficulté, (faire.
N'est quefur le choix qu'ilfaut
Nom laiſſons toucher noftre coeur,
{
B4
32 MERCURE
Ilnefaut pas trop nous contraindre
:
Cen'est pas l'Amour qui fait peur ,
Mais les Amans qui font àcraindre.
Si nous faisons des mècontens ,
Ilsfont la cauſede leurs peines ;
Et s'iln'estoit point d'inconſtans ,
Il ne feroit point d'inhumaines.

QuandSoumis à nos pieds vous venez
nous flatter
D'une seure&pleine Victoire ,
Quel plaisir de vous écouter !
Quelchagrin den' ofer vous croire!
Apeine sommes-nous d'accord ,
Que vos veux inconstans viennent
troubler la Feſte ;
Vous ne pouvez aimer que iusqu'à
la conqueste
Nous voulons par malheur aimer
iusqu'à la mort.
GALANT.
33
Ne nous blâmezdonc point d'estre
pourvous trop fieres ,
C'eſt vous qui nousycontreigne.z
Nous souffrons toûjours les premieres
Lesrigueurs dont vous vousplaignez
D'un nouvel Amant qui foûpire
D'Abord onſe trouve affez bien.
Maislemeilleurnevaut plusrien
Dés qu'il a tout ce qu'il defire.
C'est ainsi que i'ay veu trahir.
La ieune Amarillis , & la credule
Aminte;
Gueriffez moyde cettecrainte,
Al'amourauffi-toft ie confens d'obeïr.
Jevous parleray dans ma Lettre
du mois d'Avril del'âge de
B
34 MERCURE
7: 400. cens ans de Louis Galdo
qui avoit paſſe à Veniſe quelques
mois auparavant , & qui
avoit preſque auſſi- toſtdiſparu
de peur d'y eſtre arreſté . Cela
donna lieu au ſçavant M. de
Comiers de parler de ceux qui
ont vécu un tres - grand nombre
d'années , des moyens de vivre
long- temps , & de la Medecine
univerſelle . Il fit là-deſſus les
trois curieux Traitez que je
vous ay envoyez & donna à
la fin ſon ſecret d'une Medecine
univerſelle , qui non ſeulement
receut de tres-grands applaudiſſemens
, mais à laquelle j'ay
appris qu'on a travaillé en France
& chez pluſieurs Princes de
l'Europe.Vn Anomine a fait des
Reflexions fur ces Difcours ,&
comme je vous envoye tout ce
qui ſe faitde curieux,fans pré"
GALANT.
35
dre party,je vous ay fait part
de ces Reflexions , c'eſt par la
meſme raiſon queje vous envoye
aujourd'huy ce que Monſieur
de Comiers y a répondu .
RESPONSE
Aux Reflexions & Doutes de
l'Anonime , fur l'age de
quatre cens ans de LOUIS
GALDO.
LA Medecine Univerſelle pour
pendaranjteupnleursi&eursprfioelcolnegse,resltaune
choſeſi importante à tous les hommes
, queje me fens obligé de querir
les Doutes que les Reflexions de
I'Anonime peuvent avoirfait naiſtre
dans l'esprit du Public. Geft
pourquoy je dois y répondre en peu
B 6
36 MERCURE
demots , & article par article à la
maniere du Cardinal d Offat.
L'Anonime demande des
preuves autentiques de l'âge
de quatre cens ans de Louis
Galdo,dont a parlé la Gazette
de Hollande du Jeudy 3. Avril
168. & fe fondant fur un pafſage
mal expliqué du 3. verſet
du chapitre 6. de la Geneſe , il
dit que lorsque les Hiſtoriens
ont fait mention des hommes ,
qui aprés le Deluge ont veſcu
plus de fix- vingts -ans, ils n'ont
fait les années que de trois
mois.
Ieſouhaiterois avec luy pouvoir
donner des preuves de l'âge de quatre
cens ans de Louis Galdo ,auſſi
authentiques que celles de Sem,
d' Arphaxad de Salé, d'Heber ,
autres , que la Sainte Ecriture enla
Genese chap. 11. dit avoir vefcu.
GALANT. 37
aprés le Deluge; sçavoir Sem, 504.
ans, Arphaxad 358. Salé433.Heber
464. &c. toutes leurs années estant
auffi longue que les nostres , & composées
de douze mois ; ce que je pretens
justifierpar le calculmesmeque
Moyfe en a fait dans la Geneſe
chap. 6. dans l'Histoire du Deluge .
Ievoudrois encorepourlafatisfactio
de l' Anonime , que Louis Galdo eust
donnépar écrit des preuves de fon
âge de 400. ans, ausfiincontestables
que celles que le Cenſeur donna à
l'Empereur Claude , de l'âge de cent
cinquante ansde TitusFullonius de
Bologne , ou aussi fortes que celles
que j'ay données de l'âge de l'Anglois
Thomas Par , qui naquit
en 1483. & avoit cent cinquante
deux ans lors qu'il fut prefenté à
Charles I. Roy d'Angleterre, le 9.
Octobre 1635. & qui mourutle 24.
Novembre de la même année,&en
38 MERCURE
moins de demi- heure , fans qu'il
euſtſenty auparavant aucune douleur
qui le menaçaſt desa fin ; ou
des preuves auſſi indubitables que
celles que deux Historiens modernes
Sçavoir Ferdinand Castanede au 8.
liv. & Pierre Maffée au Ii. liv.
de leur Hiſtoire de Portugal , ont
données d'un noble Indien , qui ra
jeunitpar troisfois pendant les trois
cens quarante ans qu'ilvêcut. Cette
Histoire est tres-authentique , puis
queMendozanous affure in Viri.
dario , an 4. liv, problème 17. que
pluſieurs leſuitès ont veu , connu &
parléà cet Indien troisfois rajeuny ,
ce qu'ils ont attesté par leurs Lettres
. Onne peut auffi mettre endoute
ce que Monsieur Rudbecks , Profoffeuren
l'Université d'Upfal, dit
dansfon Atlantica , que dans ce
Siecle on a veu & verifié , qu'en
Suede un homme avoit vécu cent
GALANT.
39
cinquante-fix ans,&un autre deux
cens quarante , qui avoit vû juſsqu'àlaſeptréme
generation. Iefouhaiterois
enfin auſſique parun Edit
du Roy tous les Curez fiffent un
rapport bien verifié du grand âgede
pluſieurs de fes Surets.
2. L'Anonime dit que ce
Loüis Galdo , qui a fait voir à
Veniſe ſon portrait fait par
le Titien eſt peut- eſtre
un homme tres - reſſemblant à
ce portrait , ou que ce portrait
eſt d'un Pinceau de quelque
Moderne , qui a étudié la maniere
du Titien .
Cette poſſibilité d'un peut estre ,
n'est pas fuffisante pour donner un
démenty aplusieurs Sçavans témoius
oculaires à Venise , qui aurovent iuge
fi ce Portrait est d'un Moderne ,
ى ن م
cette ſuppoſition n'auroit pas donné
liemà Louis Galdo de diſparoistre de
40
MERCVRE
lamesme Ville. On ne doit non plus
confiderer ce que l'Anonime dit ,
qu'un impoſteur voulut abuſer les
peuplesparSareſſemblance avec leur
Roy ; car il entend parler de Dom
Sebastien de Portugal , qu'on avoit
crû pery en Afrique dans la Bataille
contre les Maures. Ce Dom Sebastien
nepaſſe pour ufurpateur de la qualité
de Roy,que parmy ceux qui l'envoulurent
priver pour usurper Son
Royaume.
L'Anonime n'oſe nier ouvertement
que nos premiers
Peres ont vêcu pendant pluſieurs
fiecles , mais ildoute que
leurs années fuſſent auſſi, longues
que les noſtres , & dit que
cette diſcuſſion demanderoit
un juſte volume .
Je reduit ce juste volume de dif
cuffion en peu de lignes tirées de la
Geneſe,pourdémontrer que les anGALAN
Τ. 41
د
nées des Patriarches étoient compo-
Sées de douze mois , & auſſi longues.
que les nostres. Moyse qui a fait
l'Histoire du Deluge , dit dans la
Genesechapitre 7. v. 11. que le Deluge
commença le 17. jour dufecond
mois de la 600. année de l'âge de
de Noë ; & au v.24. que les eaux
couvrirent la terre pendant cent
- cinquante jours ; & au chap.8 . v.3 ,
qu'aprés cent cinquante jours les
eauxcommencerent à diminuer; & .
au 4. verfet , que le 27. jour du
feptième mois , l'Arche de Noë s'arreſta
ſur les montagnes d'armenie,
&que le premier jour du dixième
mois les ſommets des hautes montagnes
commencerent à paroiſtre , &
que quarante iours aprés qui estoit
parconfequent le 10.iourdu onZiéme
mois , Noë envoya le Corbeau , &
aprés luy la Colombe , pour le premierefois
,&encoreſept iours aprés
42
MERCVRE
).
pour lasecondefois , ce qui estoit par
confequent au 24. iour duonziéme
mois , & qu'il attendit encoreſeptiours
, ce qui est un iour après les
douze mois quifirent l'annéeentiere.
C'est pourquoy Moyfe conclut dans
le mefme chapitre 8. v.13 . que le
premier iour du premier mois de
l'année 601. de Noë , la furface
de laterreparutfeche, ce qui arriva
en l'année du monde 1637. d'où ie
conclus auſſifans autredifcuffion,que
c'est un article defoy que les années
des Patriarches étoient auffi longues
que les nostres, &composéesdedouze
mois.
-L'Anonime dit , que la vie
des Patriarches n'eſtoit lon .
gue , qu'afin de peupler laterre
en accompliſſant le Precepte,
croiffez & multipliez, qu'il
affure eſtrele Commandement
du Sauveur , & que la brieveté
de nos jours n'a eſté cauſée
GALANT . 43
ז
ne
ept
Les
ere.
cle
riva
que par la corruption de noſtre
eſprit devenu chair.
Iln'ya que les Patripatiani qui
puiffent s'imaginer que le Sauveur
du monde ait fait le Commandement
de croistre & de multiplier; car ce
Commandement fut fait à Adam&
sde àNoe , comme il eft portédans l'anface
cienTestament enla Geneſe chap. I.
v. 25. &reïteré à Noé& àſes Enon
is fans enfortant de l' Arche comme on
que lit en la Genefe chapitre 8.0.17.6
aneet le Sauveur n'a parlé que dans le
ngues Nouveaux Testament . Cela est fi
Louzt vray , que S. Paulécrivant auxHebreux
, employe d'abord les termes
a vit fuivans: Dieu ayant parlé autre
Jon fois à nos Peres en diverſes occafions
,& en diverſes manieres
par les Prophetes , nous a parlé
en ces derniers temps par ſon
Fils. Quand à ce qu'il dit que la
brieveté de nos joursn'a esté causée
a ter.
recequ'il
ment
rieve.
caufée
1
44 MERCURE
que par la corruption de nostre eſprit
qui est devenu chair , il nous doit expliquer
comment l'esprit des hommes
devenu chair depuis le Deluge ,&
comment lefpirituelest devenumateriel
,pourfaire ensuite , felon ce
qu'il dit que tout l'homme devienne
promptement mortel.
L'Anonime pour nier que
Loüis Galdo ait déja veſcu
quatre cens ans , dit que les
Patriarches ont veſcu bien
long-temps , parce que Dieu
leur avoit donné une plus
grande quantité d'humide radical
; qu'Adam a eſté creé de
Dieu avec un temperament
parfait & que ſes enfanslere-.
ceurent de luy comme un heritage
precieux qui fut conſervé
à leur pofterité ; & qu'ainſi elle
a diminué peu à peu.
Si ce raisonnement estoit bon ,
GALANT. 45
Adam auroit plus vescu qu'aucun
deſes descendans , ce qui n'est pas,
puis que la Sainte Ecriture dans la
Genese chap.s. vers.s.nous apprend
qu'Adam n'a vescu qui neuf cens
trente ans , & dans le verſ. 20.
elle dit que Fared mourut âgé de
26.2 . ans , & par confequent âgée
de trente-deux ans plus qu' Adam,
&au mesmechap. verf.27. elle dit
que Mathusalem qui mourut en
- l'année 1656. du monde, & au premier
mois de l'annéedu Deluge en
avescu neufcens foixante- neufqui
font trente - neufans , plus qu' Adam
mesme. Et Noë qui mourut trois cens
-cinquante ans après le Deluge , âgé
de neuf cons cinquante & un an ,a
veſcu vingt ans plus qu'Adam.
L'Anonime dit que la vie des
Patriarches eſtoit tres-longue,
parceque la terre produiſoit des
alimens d'un meilleur fuc ,
46 MERCURE
dautant , dit- il, queles eaux du
Deluge , & le débordement de
la Mer , n'avoient pas encore
corrompu ſes entrailles , que
l'air eſtoit bien plus pur qu'à
preſent; que les influences du
Ciel eſtoient plus douces , & les
Aſtres plus obligeans .
C'est àluy à prouverque les Alimensfuſſent
de meilleur fuc avant
le Deluge , puis qu'au contraire la
Sainte Ecriture nous dit dans la
Genese, chap.3.v.17 . que Dieujettant
Adam hors du Paradis Ter
restre ,maudit la Terre dans le travaildes
Hommes , &ordonna qu'elle
ne produiroit qu'épines &chardons:
Maledicta terra in opere tuo
ſpinas & tribulos germinabit
tibi, & bien loin que les eaux du
Deluge ayent corrompu les entrailles
de la terre, c'eſt par les pluyes qu'elle
devient fertile estant aydée de la
GALANT . 47
chaleur du Soleil , temoin encore
l'inondation du Nilà laquelle l'Egypte
doit sa grande fertilité , &
le ris qui est untres -bon aliment ne
croit que dans des parterres d'eau.
Bien que depuis trente cinq ansje
nesuis pas novice Astronome-Phifiens,
ilme feraplaisir de démontrer
que les Aftres estoient plus obligeant
avant le Deluge ; que l'air estoit
bien plus pur ,&qu'il y a d'autres
influences fur laTerre quela chaleur
du Soleil &le preſſement de
la Lanefur nostre Atmosphere , & il
meSouvient que Salomon qui dans
le Livre de la Sageſſe chap.7.verf.
20. dit , que Dieu luy a donnélaveritableſcience
de toutes choses , ne
parle point d' Astrologieny d'influen
ce des Aftres , mais seulement que
Dieu luy a appris la diſpoſition des
Aftres&leur mouvement qui est la
frience Astronomique.
)
48 MERCURE
L'Anonime employe mal le
decret que Dieu prononça en
l'année du monde 1536.120.ans
avant ledeluge contre tous les
Habitansde la terre en ces termes,
dans la Geneſe chap . 3. v . 3 .
que la vie des hommes ne ſeroit
plus que de fix- vingts ans .
Dieu neprononçace decret , delebo
hominem quem ereavi ,
à facie terræ , que pour marquer
que dansfix-vingts ans pendant lef.
quels Noé fit l'Arche , il feroit perir
par leseaux du deluge toute la méchante
Generationprovenuë du mariage
des Enfans de Dieu , avec les
Filles des Hommes ; c'est à dire des
des aiſnez qui estantſeparezdu reſte
hommes , & consacrez à
Sans connoistre Pere ny Mere, commefut
depuis Melchifedech pour offrir
continuellement des Sacrifices à
Dieu , rompirent leur Celibat,&fi-
Dien ,
rent
GALANT. 49
-rent ceffer le service Divin ; &
comme par la corruption les meilleu_
res choses deviennent les pires , corruptio
optimi peſſima ,les Enfans
de cette perverfe Generation furent
desGeansen l'énormitéde leurs crimes;
Noc eftant resté le ſculinste avec
Sa Famille. Ainsi cette menaçante
restriction de la vie des hommesà
fix-vingts ans,de mesme que les qua
rante iours accordez à Ninive neſe
doit entendre que du temps que Dicu
accordoit auxhommes pourse reconnoiſtre
&pour rentrer en grace avec
luy par la Penitence.
1
1
t
J'ay lû autrefois dansla Cronologie
de Funccius le mesme senti
ment dans les termes fuivans. Hoc
anno mundi 1536. incipiunt
illi centum&vigentianni ,quos
Deus dedi mundo pro tempore
refipifcentiæ.
St le décret de fix - vingts ans
Novemb. 1687 . C
SO
MERCVRE
avoit esté fait contre les hommes qui
devoient vivre aprés le Deluge,il
auroit esté bien-toft démenty parce
qui est écrit dans le 11. chap , de la
Genefe , où Moyfe dit que Sem Fils
de Noé, vefiut quatre cens deux ans
après le Deluge,car il auroit veſcu
282. ans au delà des fix - vingts
ans portez par le decret de Dieu.
Ildit encore qu' Arphaxad qui nâ
quit deux ans aprés le Deluge veſcat
trois cens trente- huit ans, ce qui
feroit deux cens dix- huit ans au
delà desfix-vingts portezpar le decret
de Dieu .
Que si l'Anonime veut encore
Soûtenir que bien qu'il foit porté
parla Sainte Ecriture que ces an .
néesestoient égales aux nôtres , &
composées de douze mois ,
elles
n'estoient pourtant ( comme il dit)que
de trois mois ,je luy appofcray que
Moiſe dans le douziéme Verfet du
er.da
GALANT.
SI
mefine Chapitre 4. afſeure qu'Arphaxad
en l'âge de trente - cinq ans
cût fon fils Salé , & des trente- cinq
ans à trois mois l'année en oftant
trois ans pour les neufmois de la
groffeffe de fafemme ,il ne reſteroit
que trente deux ans composez de
trois mois , qui ne feroient que huit
de nos années , & par consequent
Arphaxad enſa huitième année au
roit engendre son fils Salé,
Moyfedit encore dans le mesme
Chapitre 4. que Salé vécut quaire
cens trente-trois ans , es qu'en sa
trentiéme année ,il avoit cufon fils
Heber. C'est pourquoy si ces trente
- années n'estoient que de trois mois
chacune en ayant ofté trois ans pour
les neufmois de lagroſſeſſe de lamere
d'Heber , il ne reſteroit que vingt-
Sept ans de trois mois chacun, qui ne
feroient que fix ans & neuf mois
des nostres , tellement que Saléavant
C2
2 MERCURE
ſa ſeptième année auroit engendre
Sonfils Heber.
Moyse ajoûte que Heber vefcut
quatre censfoixante & quatre ans ,
cequi est trois cens quarante- quatre
ans au delàdu decret de Dieu defixwingts
ans ; & qu'il avoit eu fon
Fils Phaleg en fa trente &unième
année quiseroit avant la huitiéme
desnostres.
Moyse au vingt - quatrième
verf. du mesme Chapitre , dit que
Nachor âgédevingt neuf ans eut
fon Fils Phuré. C'est pourquoy si ces
années n'estoient que de trois mois ,
de vingt- neufen oftant trois anspour
les neuf mois de la groſſeſſe de la
Merede Phuré , Nachor l'auroit engendréen
la vingt -fixiéme de ces
années-làde trois mois chacune , ce
qui seroit à l'âge defix ans &demy
des nostres .
Enfin,si Dieu par ce decret po
GALANT.
53
fitif avoitfixé à fix -vingts ans la
longueurde lavie des hommes d'u
prés le Deluge , il auroit encore efté
dimentyparla plus longue vie de
pluſieurs millions d'hommes. Ilfuffit
d'employer les cent cinquante ans de
laviedeTitus Fullonius, ſous l'Empereur
Claude , les cent quarante
ans de Galienle Medecin,les trois
'cens quarante de l'Indien trois fois
rajeuny ; les cens cinquante& cent
cinquante-fix ans des deux Suedois
du commencement de ce Siecle ; &
enfin les cent cinquante- deux ansde
l' Anglois Thomas Par , qui mourut
en 1635,
L'Anonime employe le 10.
verf. du 89. Pſeaume , dans le-.-
quel David ne donne que
foixante & dix ans à la vie ordinaire
des hommes , ajoûtant
que ſi celledes plus robuſtės va
juſques à quatre- vingts ans,&
C3
43
MERCURE
au delà , ce n'eſt que pour aug.
menter leurs peines & leurs
douleurs , Dies annorum noftrorum
Septuaginta anni , si autem in potentatibus
octoginta anni & amplius
, eorum labor & dolor.
Si Dieu avoit fait son decret de
fix-vingts anspour les hommes d'aprés
le Deluge , David de fon autoritéauroit
abregé lavie des hommes
en la fixant pour l'ordinaire à
foixante& dix ans ,& à quatrevingt,
sice n'est que fon amplius ,
c'est à dire ,fon & plus , s'entende
pour pluſieurs Siecles .
David moraliſe dans cePfean
me , & n'a pas pretendu faire un
article de Foy , outre qu'il a dit luymesme
que tout homme est menteur,
dans le Credidi. D'ailleurs fi ce
que dit David que la vie des hommes
n'est que defoixante & dix , ou
quatre-vingts ans,estoit un Arrest.
GALANT
55
il auroit eſté violé par un million
d'hommes , par Titus Pullonius ,qui
vefcut cent cinquante ans du temps
de l'Empereur Claude , comme ja
l'ay déja dit , par Galien , grand
Medecin Dogmatique , qui veſcut
Bent quarante ans,ivüiſſant toniours
d'une parfaite Santé fans aucune
- incommodité de la vieilleffe ; pax
Thomas. Par Anglois qui veſout
cent cinquante.deux ans fans allcune
maladie ny douleur qu'une
beure avantfa mort qui arriva le
24. Novembre 1635. & outre un
million d'autres , par Monsieur le
Maistre Bourgeois de Paris , quiy
mourut au mois de Fevrier 1683 .
-âge de cent dixhuit ans ,fe portant
encore fort bien quelques jours avant
fa mort.
L'Anonime s'imagine que
la Medecine estoit dans for
premier luftre. Ildevroit appuyer
C4
56 MERCURE
ce qu'il avance de quelque probas
bilité,car voicy une preuve contraire.
Adam estant né pour estre im.
mortel , n'avoit pas besoin de l'Art
de la Medecine ; aussi Dieu ne luy
enseignapas lenom ny la vertu des
Plantes , maisfeulement le nom des
Oiseaux,des Animaux &des Bestes
de la Terre ;& Dieu pour remede
Souverain à tous les maux , avo: t
planté l'Arbre de vie au milieu
du Paradis de volupté.sinfi Adam
n'auroitpas eu besoin de l' Art dis
Medecins s'il n'eust esté chaße du
Paradis Terrestre , &fifon entrée
n'eust esté deffenduë par le glaive
de feu d'un Cherubin , de peur, comme
dit Dies dans la Genese,chap. 3.
vers. 22. qu'en mangeant du fruits
de l'Arbre de vie ilne devinst immortel
ne førte fumat de ligno
vitæ ,& comedat , & vivat in
æternum , ce qui est une preuve
:
GALANTA
57
1
incontestable que pardes choses na
turelles on peut prolongersa viependant
unelongue fuite de Siecles.Des
1 plus ,ſi Adam avoit receu de Dien
l'Art delaMedecine , ilferoit venupar
tradition à la connoiffance du
Peuple d'Israël , ce qui n'est pas ,
puisque Salomon dansfon Livre de
la Sagesseau chap. 3. nous affeure
que Dieu luy avoit donné la science
des vertus des Racines , virtutes
radicum.stop tag
+
1
L'Anonime ; ajoûteque tout
ce que peuvent faire l'Art &
la Medecine , c'eſt de ménager
le principede vie , & non pas
de le produire de nouveau ,les
alimens ne reparant jamais ce
qui fe perd , de meſime,ajoûtet-
il , que l'eau rendle vin plus
foible en l'augmentant.
Sile fuc des alimens l'affoiblit
commel'eau affoiblit levin, qu'ilne
Cs
58 MERCURE
mange plus. Ajoûter de l'eau au vin
n'est pas ajouter du vin au vin, &
&puisque la nature change l'eau
envin, &feulement parla chaleur,
en embarraſſant la matiere des rayons
du Soleil , & les fixant avec
l'eau , estant filtrée à travers des
pores du ſep de la vigne , pourquoy
la nature de l'homme ne pourra-t
ellepas changer une partie du fuc
des alimens , & en produire de nou->
veau leprincipe de vie, puisque par
le mariage on produitaux Enfans ce
mesme principe de vie ? Cette ré
ponſe estsans réplique
Jepourrois raporter icy le témoignagedu
R. Claude d'Abbeville
Capucin ,dans fon Histoire de la
Miſſion en l'iſte de Maragnan au
Brefil , imprimée à Paris àlaBible
d'or en l'année 1614. Ce bon Pert
nous affeure dans le chap. 23. qu'au
Kilage de Coyieup on baptifa
GALANT.
59
1
Sou - Ovaffou - Ac , quifignifie en
leur Langue , Cerf- cornu , déja âge
de 160. ans. Et au chap. 44. il af
Seure avoir veu plusieurs de ces Indiens
Occidentaux dans cette Isle de
Maragnan , âgez de 180. ans, & il
remarque àce propos que loada Pon..
tife avescu 130. ans , Mardochée
150. & que S. Simeon à l'âge de
120. ans fut crucifié. On lit que la
Sibille Cumaneveſcut plus de trois
cens ans. Ilraporte ausfique lean de
Stamp ou des Temps âgéde 361. an ,
mourut l'an 1140. du temps de Godefroy
premier. Il dit encore que les
Vieillards de Maragnan à l'agede
200. ansn'ontpresque point de poils
blanes & ne deviennent point
chauves.
T
Enfin nonobstant les reflexions&
tes doutes de l'Anonime , Lovis Gal
do demeurera agé de quatre cens
ans ,puis qu'on peut menager, aug
a
C6
60 MERCURE
menter & renouveller noštre humide
radical par les raisons quejeviens
demarquer,&par tout ce que j'ay
dit & rapporté dans les trois parties
de ma Lettre concernant la Medecine
Univerſelle , où ie renvoyé le Lecteur.
Ie le prie de me pardonner la
longueurde maréponse. Le l'aurois
faiteplus courte,fii'en avois eu le
temps, fi la pertede ma veuë ne
m'impoſoit pas la neceſſuede mefervir
d'un Scribe.
COMIERS D'AMBRUN ,
Prevoſt de Ternant.
Les François ſont en poffeffion
de vaincre par tout,& les avantages
que les dernieres Nouvelles
receuës de Canada , nous
apprennent qu'ils ont remportez
ſur la Nation la plus ennemie
des Algonquins ,& des
autres Sauvages qui vivent
GALANT. 61.
ſous la protection de la France,
enfont une preuve glorieuſe.
Le Canada eſt ungrand Pays de
l'Amerique Septentrionale ,&
comme les François , qui commencerent
à le découvrir en
1504. en occupent la plus grande
partie , & qu'ils y ont differentes
Colonies, onluy a donné
le nom de Nouvelle France.
Jean Verrazan, Florentin , prit
poſſeſſion de cepays au nomde
✓ François I. en 1525. & ayant
eſté ſurpris quelque temps.
aprés par les Sauvages , ils le
mangerent , la coûtume de la
pluſpart de ces Nations eftant
demanger la chair de leurs Ennemis
qui ont eſté pris en
Guerre. Jacques Quartier , de
S. Malo , foûmit ces meſmes
Terres en 1534, mais les François
ayant neglige ces Naviga-
D
ل م
10
62 MERCURE
tions , n'y retournerent qu'a
l'occafion de la Floride , qui
eſt un autre Pays de la meſme
Amerique Septentrionale , fitué
fur leGolphede Mexique.
Il receut ce nom de Ferdinand
Soto , ou parce qu'il y arriva le
jour de Paſques Fleuries , ou
parce qu'en arrivantil ytrouva
les campagnes couvertes de
Fleurs. Les François y allerent
en 1562. fous leRegne de Charles
IX. & ayant repris leurs
premiers deſſeins pourleCanada
, on y envoya en 1604
une Colonie qui s'eſt toûjours
augmentée. Outre pluſieurs
Miſſions , quelques
ſiaſtiques de France en entreprirent
une en 1640. pour
ce Pays- là ,& elle a produit
avec le tempsde fruits tres.con
fiderables.Un grand nombrede
es BealeLi
GALAN T
Sauvages ont receu les lumieres
de la Foy , & on continuë toûjours
àles éclairer avec beau
coup de fuccés. Ona baſty pluſieurs
Villes. L'eveſque de Canada
fait ſa reſidence dans la
principale que l'on appelle
Quebec. Elle eft fur la grande
Riviere de Canada , ou de S.
✓ Laurent , avec une Fortereffe
Cette Riviere , qui paſſe pour
une des plus belles du monde ,
a deux cens braſſes de profondeur,
& vingt - cinq ou trente
lieuës de largeur à ſon emboucheure
, où eft le Golphe de S.
- Laurent , & enſuite des Ifles de
Terre- neuve. On dit que fon
- cours eſt déja connu de prés
-de cinq cens lieuës. Les Iro-
-quois , qui paffent pour la Na
tion la plus feroce de tout le
pays , continuant , malgré lesi

64 MERCURE
Traitez de paix reïterez pluſieurs
fois , à exercer toutes les
hoſtilitez poffibles contre les
Algonquins , Amis des François,
ce qui apportoit un grand
préjudice au Commerce de la
Colonie , il fut réſolu que l'on
iroitleur faire la guerre. Ainfi
lesTroupes furent aſſemblées à
Montréal , dont Monfieur le
Chevalier de Caillieres eſt
Gouverneur. Elles conſiſtoient
enhuit cens hommes de Troupes
reglées , outre huit cens
Habitans , commandez par les
Gentilshommesdu Pays ,& fix
cens Sauvages. Il va trois ou
quatre ans que le Roy envoya
en Canada quatorze Compagnies
d'Infanterie,qui font huit
cens hommes , & il y en a encore
envoyé cette année un
pareil nombre . On compte
;
GALANT
65.
auſſi environ deux mille Sauvages
Amis , qui font devenus
| tres- bons Soldats , & c'eſt de
quoy ſe mettre à couvert des
infultes de leurs Ennemis,quelque
barbares qu'ils foient .
Monfieur le Marquis de De .
✓ nonville , Gouverneur de la
Nouvelle France, ſe mit à la tête
des Troupes que je viens de
vous marquer , & ayant commencé
ſamarche le 13. de luin
dernier , il ſurprit ſur ſa route
deux cens Iroquois , tant hommes
que femmes & enfans. Il
les fit tous prifonniers;& aprés
avoir ſurmonté avec beaucoup
de peineles cheutes de la gran-
- de Riviere de S. Laurent , il
arriva le 2. de Juillet au Fort
- Frontenac , à l'entrée du Lac,
Ontario . Ce Fort a receu ce
- nom de Monfieur le Marquis de
66 MERCURE
C
Frontenac , qui a eſté Gouverneur
de la Nouvelle France
pendant pluſieurs années. Lors
que Monfieur le Marquis de
Denonville fut en ce licu-là ,
il apprit qu'il trouveroit Mefſieurs
de Tonti, de la Foreft, dal
Lud ,& de laDurantaye à Nigara
, où ils eſtoient arrivezl
avec fix cens hommes , partie
François , & partie Sauvages
Niagara eſt au bout de ce mef.
me Lac Ontario. Il s'embarqua
deux jours après avec toutes
les Troupes , & pour faire le
trajet du Lac, il ſe ſeryit de deux
Barques armées , de deux cens
Bateaux plats , & de pluſieurs
Canots.Il y employa huit jours,
& mit pied à terre à l'emboucheure
de la Riviere de Sonontoüan
, ſans trouver perſonne
1
GALANT. 67
- qui l'en empeſchaft. On tint
confeil ,& on trouva à propos
d'agir d'abord contre les Sonontoüans.
Les Iroquois que l'on
dit eſtre au nombre de quatre
mille , font diviſez en cinq
Cantons ,& celuy des Sonontoüans
eſt non ſeulement le plus
puiſſat,mais encorele plus ſujet
à ſe mutiner. Leurs Bourgades
fortifiées de doubles paliſſades,
eſtoient à ſept lieuës de l'endroit
où l'on avoit débarqué.
Ce fut là que l'on marcha en fort
bon ordre. L'avant- garde eſtoit
1. commandée par Monfieur le
Chevalier de Caillieres , l'arric
re-garde , par Monfieur leChevalier
de Vaudreüil ; & Monſieur
de Tonti eſtoit à la reſte de
toutes les Troupes , avec ſoixante
& dix hommes.Quelques
François & Sauvages eſtoient
68 MERCURE
détachez à droite & à gauche &
Monfieur Peret , qui avoit ordre
de découvrir commandoir
trente hommes qu'il faifoit marcher
devant lui . Quand à Monſieur
le Marquis de Denonville,
il avoit un détachemet de Gens
choiſis , afin de pouvoir ſe trouver
par tour. Lors qu'on fut en
veuë de la premiere Bourgade ;
trois cens Iroquois , que cinq
cens autres qui s'étoient mis en
embuſcade derriere deux collines
dontle chemin eſtoit bordé,
ſoûtenoient àquelque diſtance,
firent une fort grande décharge
ſur Monfieur de Tonti ,mais
la vigueur avec laquelle il les
chargea les mitdans un tel defordre,
qu'ils furent contraints
de prendre la fuite.Onles pourſuivit
pendant quelque temps ,
& on alla auſſi loin que la conGALANT.
69
را
st
noiſſance que l'on avoit du
Paysle pouvoit permettre.Quarante
cinq Iroquois furent tuez
&on en bleſſa plus de ſoixante.
On perdit le Sous-Lieutenant
de la Compagnie de Monfieur
de Tonti , avec quatre François,
&quatre Sauvages .Il y eut quatorze
bleſſez , parmy leſquels ſe
trouvale Pere Angeran Iefuite.
Depuis ce combat on a mis lefeu
aux quatre Bourgades des Iroquois
, & comme on a brulé
tous leurs bleds & toutes leurs
provifions , ils auront peine à ſe
rétablir. On en amene cinquante
ou foixante en France , que
l'on deſtine aux Galeres , pour
voir s'ils y feront propres . Le
reſte des Priſonniers a eſté conduit
à Quebec , avec les Fcmmes
& les Enfans . Monfieur le
Marquis de Denonville a laiſſé
MERCURE
des Troupes à Niagara qu'il a
fait fortifier , & enfuite il eſt retourné
au Fort Frontenac .
L'Air nouveau dont vous
allez lire les paroles , eſt d'un
tres habile Maiſtre , & vous -
n'en douterez pas quand vous
l'aurez parcourut.
AIR NOUVEAU.
I'
Aimois Iris ,je
ment...
l'aimois tendre.
P
Mais l'Ingrate reçoit les voeux d'un
autre Amant ,
Et ne ſonge plus qu'à luy plaire.
Ie puis aisément la changer ,
Et me vanger
De cette infidelle Bergere ;
Mais puis-je trouver aisément
Vnobjet comparable à cet objet char

mant ?
:
GALANT
71
!
Le Pere Comire leſuite , qui,
s'eſt acquis tant de reputation
par la beauté de ſes Vers Latins
, a fait une rable fur le Papillon
, & fur l'Abeille. Elle eſt
extremementeſtimée , & il ne
faut pas s'en étonner , puis que
tout ce que nous avons vu de
luy , a ce tour aifé & naturel
que tout le monde recherche ,
qu'il eſt ſi difficile d'attraper .
M. Petit de Roüen a fait la
traduction de cette rable avec
beaucoup de fidelité , & je croy
que vous n'aurez pas moins de
plaifir à la lire , que vous en
avez receu des Dialogues Satyriques
& Moraux , dont il eft
l'Autheur , & qui ont eſté fr
- approuvez du Public. Son jugement
en cela ſe trouve tous
les jours conforme à ce qui en
A
72
MERCURE
fut dit d'avantageux ily a quelque
temps dans laRepublique
des Lettres .
LE PAPILLON
ET LABEILLE.
DAns
FABLE
unjardin delicieux
Vn Papillon tout glorieux
Deſe voirdes aifles dorées ,
Etfuperbement empourprées ,
Admiroit labeauté des fleurs
Demillefortes de couleurs ,
Aquil Aurore avecſes larmes
Avoit donné denouveaux charmes ,
Et qu'ellerépanduit exprés
Pour leur rendrele teint plowfrais.
Atheure que Phébus s'éveille
Prés de luyse trouve une Abeille
1
A
GALANT.
73
,
A laquelle il dit chere Soeur ,
Goûtons,goûtons la douce odeur ;
De ces fleurs dont en abondance
Flore icy s'est mise en dépenses
D'unefirare volupté
Rendons noſtre coeur enchanté.
Auffi-toft s'elevant de terre
Ilvoltigefur le Parterre.
On eust dit , le voyant en l'air
D'unefleurqui sçavoit voler ,
Tantfes couleurs d'or & vermeilles.
1 celles des fleursfont pareilles.
Il les eflcurortseulement ,
Sans deßein , fans difcornement.
Qu lquefois fur la Violite ,
Charmé de l'odeur, il se jette ;
Quelquefois il barse en passant
Vn bouton de Rofe na'ſſant ;
Et le mouvement de les aisles
Excite un vent auſſiaoux qu'elles.
Sur chaque flourdece Lardin
Ilvole comme un vray Badın
Novembre 1687 , D
A
4
1
3
74
MERCURE
Les foulant toutes fans malice.
De l'Oeillet il court au Narciffe ,
Puis poussé d'un nouveau defir
Sur l'Anemone il va dormir ,
Mais fon Sommeil ne dure guere ;
Et d'une inquiete maniere ,
Opiniâtre , ſans répos.
Defleurs il change à tous propos.
De les carreffer il s'empreſſe;
Mais incontinent il les laiſſe.
Pour toutes ainſi tour à tour
Son dégoust fuccede àl' Amour.
Tandis que ce foufe tourmente
L'Abeille beaucoup plus prudente .
EtSçachant mieux ce qu'ellefait ,
Desfleurs nefait pas un joüet ,
Etde leurs odeurs les plusfines
Ne réjoüitpasſesnavines ,
Ny vevolepasà l'entour
Vainement tout le longdu jour ;
Maiscommeun Ouvrierhabile,
Meſlant l'agreableàl'ntile ,
Elleprend la Cire&le Miel
GALANT . 75
Quefur leur teint répand le Ciel ,
Dont l'influence les arrofe ,
Pillele Crocus ,& la Rofe ,
L'Iris , l'Hyacinte & le Lys ;
Puis s'envolant dans le pourpris
Defon petit Palais Rustique ,
Avec grandfoinelle s'applique
Aferrer tout ce doux butin
Dont le Serpolet &le Thim ,
La Lavande ,&la Marjolaine
Rendent enfin sa Ruche pleine.
Le foir vint , fon travail ceffa,
Quandle Papillon , las,paſſa
Auprés de l' abeille chargée
Des dons de la douceRofée.
Illuy dit . Espritmal tourné ,
Néfous un Aftre infortuné.
Quoy? perdre une telle journée.
Sans en l'air t'eſtre promenée !
Ie nem'en repens nullement ,
Repondit - ellefagement.
Auiourd'huy par men industrie .
Demiel ie me trouvegarnie ,
D2
76 MERCVRE
Dont mon Maiſtre ſe nourrira ,
Et la Cire meferviva
D'offrande à la Troupe immortelle.
Enfin, à mes emplois , fidelle ,
Donnant tout mon temps & mes
Soins
IeSçay pourvoirà mes beſoins.
Mais vous , àquoy s'est terminée
Cetteheureuse ,& belle journée ?
Parlons avec fincerité.
Lefruit de vostre oiſiveté
Est ( choſe qui vous doit déplaire )
D'estrefatiguéfans rienfaire.
Par cecy l'on voit nettement
Combien est grand l'éloignement
D'une Eſtude laborieuse,
Et d'une vaine& curieuse.
Ie vous aurois parlé dans
ma Lettre du dernier mois , de
l'Entrée de Monfieur le Marquis
de Dangeau , Gouverneur.
de Touraine , dans la Ville de
GALANT.
Tours
,
ſi l'abondance de la
matiere fur des articles tres
longs , ne m'en euſt pas empeſché.
Meſſieurs de la Maréchauffée
l'allerent prendre àfa
Maiſon de campagne , qui est à
quelques lieuës de cette Villelà
, & marcherent au devant
de fon Caroſſe , autour duquel
eſtoient les Gardes de ce Gouverneur
, accompagnez de leur
Capitaine & de deux Ecuyers .
Monfieur l'Intendantalla à une
lieuëde la Ville , d'où il fortit
cinquante à foixante Caroſſes ,
pour aller au devant de ce Marquis.
Toutesles Compagnies ,
qui ſe montoient à dix mille
- hommes , & qui estoient diſtinguées
par des rubans de differentes
couleurs , fortirent une
demy lieuë hors de la Ville . On
alla deſcendre à l'Hoſtel du
D3
78 MERCURE
Gouverneur . Toutes les Dames
de Tours ſe trouverent
dans la premiere Sale , & il y
avoit des Violons dans la ſeconde.
Elles paſſerent dans la
troiſiéme avec Monfieur le
Marquis de Dangeau , & Madame
la Marquiſe ſa Femme
, & l'on y commença une
converſation qui ne put eſtre
que ſpirituelle , puis que
Monfieur de Dangeau y avoit
la meilleure part. Elle fur interrompuë
par des complimens
que le Corps de Ville vint luy
faire par labouche de fon Maitre.
Le Corps de Medecine arri .
ve enſuite & fut ſuivy de
pluſieurs autres . On alla le
foir ſouper chez Monfieur l'In .
tendant. Ce Repas fut magnifique
; il y eut grand Bal aprés
le Soupé , & grande Collation
,
GALANT.
75
1
pendant le Bal. Monfieur le
Marquis de Dangeau a tenu
table dans tout le temps qu'il
a demeuré à Tours. Toute la
Nobleſſe de la Province a eſté
manger chez luy,& il en eſt parby
avec un applaudiſſement
general.. : 1
Lamême raiſon de l'abondancedela
matiere m'a faitdifferer
juſqu'icy à vous parler d'un
celebre Baptefme qui fe fit ily a
quelque temps dans l'Egliſe de
S. Sulpice.On y baptifa le Fils
de Monfieur Ferdinand Venceflas
Comte de Lobkovic ,
Gentilhomme de la chambre de
l'Empereur , & fon Envoyé en
France , &de Madame Maric
Comteffe de Lobkovic , née
Comteffe de Dietrichi. Le Parrain
eſtoit Monfieur le Prince
Philippe de Savoye , Abbé de
D4
80 MERCURE
Saint Pierre de Corbie , &
Compte du même lieu , de S.
Medard de Soiſſons , & de Noſtre
Dame du Gaſt , & la Marraine
, Madame la Princeſſe
Loüife Chriſtine de Savoye ,
veuve de Monfieur le Prince
Ferdinand , Maximilien , Maggrave
Souverain de Bade Baden.'
ll y eut quelques dificultez
touchant les neuf noms que
Monfieur le Comte de Lobkovic
ſouhaitoit que l'on donnaſt
à fon fils , parce que tous les
Curez de Paris , ont ordre de
Monfieur l'Archeveſque de ne
point fouffrir qu'on en doune
un ſigrand nombre. Il falut aller
à l'Archeveſché pour remedier
à cet obſtacle , il fut
levé en confideration de Monfieur
le Comte de Lobkovic . Les.
noms que l'on donna à l'Enfant
GALANT. 81
font , Louis , Philipe , François
Augustin, Gaetan, Faustine, Iofeph,
Balthazar , & Gabriel.
l'ay à vous apprendre quelques
morts arrivée le mois paffé
, & je commence par celle
de Dame Anne Urfule de Coffé ,
de l'Illustre Maiſon des Ducs
de Briffac . Elle mourut le 20.
Octobre dans ſon Château de
Daillon , en donnant toutes les
marques de la meſme picté qui
la faifoit diftinguer pendant ſa
-vie. Elle avoit épousé en premieres
nopces. Monfieurde la
Porte de Veſins d'une ancienne
Maiſon d'Anjou , quia detres--
grandes alliances , & s'eſtoit
mariée en fecondes nopcesavec
- Monfieur le Marquis de Chau--
ſerais qui ſortoit de la Maiſon
du bas Berry & de Lufignan..
Le Pere Rapin Jefuite mou
DS
82 MERCURE
rut icy fur la fin du meſme mois.
Je me preparois à vous en faire
l'éloge , lors qu'il m'en eſt tombé
un entre lesmains auquelje
n'ay rien àajoûter.Il paroitique
celuy qui l'a dreſſe le connoif.
foit tres - parfaitement .. La maniere
dont il eſt écrit me perfua
de ſans peine qu'il vient , comme
on me l'a dit d'un excellent
homme du mefme Ordre .. En
voicy les termes. Le Pere René
Rapin de la Compagnie de J Esus
, né à Tours , eſt mortà Paris
le 27. d'Octobre 1687. en la
foixante- fixiémcannée de fon
age , d'une eſpece d'apoplexie
jointeàun commencement de
paralyfie qui l'a faitlanguirprés
de deux mois .. C'eſt une perte
confiderable pour fon Ordre
dont il eſtoit un des principaux
ornemens : car il avoit d'excel
GALAN T.
83
lentes qualitez;ungenie heureux
pour les Sciences , un naturel
fait pour la vertu, une humeur
douce,une probité exacte,
un tres-bon ſens ,&le meilleur
coeurdu monde Sa phyſionomie
ſage & fpirituelle , ſon air humain
& affable , ſes manieres
- ſimples & modeftes luy ga
gnoient d'abord l'eſtime & la
bienveillancede tous ceux qui.
- le voyoient, plus on le pratiquoit
, plus on découvroit en
luy un fond de raiſon &&de bon
té qui ne ſe rencontrent guere
ailleurs.Il eſtoit naturellement
honneſte , & il s'eftoit fore
poli dans le commerce des
Grands quil'onthonorédeleur
amitié , & auprés deſquels fes
Supérieurs l'ont attaché plus
d'une fois : mais fa politeffe
n'avoit rien qui ne convinſt à
D6
84 MERCURE
ſa profeſſion. Il eſtoit officieux
au-delà de ce qu'on peut
croire , prenant plaifir à obliger
, & obligeant de bonnegrace
, prévenant les prieres
& les defirs ,& fervant avec
chaleur juſqu'aux inconnus
par le ſeul principe d'une inclination
bienfaiſante. Auffr
nly cût- il peut-eſtre jamais un
amy plus genereux ny plus
tendre ; plus fidelle , ny plus
appliqué à remplir tous les devoirs
, toutes les bienfeances de
l'amitié . Les gens du monde,
le regardoient comme un par-,
fait homme d'honneur ,& les
gens de Lettres comme un des
plus beaux eſprits de noftre
Siecle.Il a excelle dans la Poëfie
Latine ,& les ouvrages, que
nous avons de luy en ce genre,,
onerendu fon nom celebre par
هم
GALANT. 83
toute l'Europe . Les Sçavans-one
admiré entre autres fon Poëme
des Jardins,& l'ontjugé un chefd'oeuvredigne
du fiecle d'Auguſte
,& dignede Virgilemef
me.Quoy que la langue de Virgile
& de Ciceron fuſt preſque
la fienne ,& qu'il en euſt fait
fon euide principale dés ſe:s
premieres années , il connoif-
-foit toutes les beautez de la
- noſtre ; & ce qu'il a écrit en
François , a une élegance par
ticuliere. Il s'eſtoit rempli l'ef
prit de toutes les belles con
- noiſſances ,& rien ne marque
mieux ſon érudition que
Les Réflexions sur l'Eloquence , furr
-la Poësie ,fur la Philofophie, &fur
Histoire avec les Comparaisons
de Virgile &d'Homere , de Demof
thene& de Ciceron , da Platon &
d'Ariftote , de Thucydide & de
t
86. MERCURE
Tite-Live. Mais ſes vertus chrétiennes
& religieuſes le rendent
encore plus eſtimable que
fes talens naturels & Irumains.
Il a cûdes fon enfance une pureté
de moeurs & une délicateſſe
de confcience qui l'ont
accompagné juſqu'àla fin de la
vic.. Sa picté paroiſſoit fur fon
viſage &dans ſes difcours;& ce
n'eſtoit que pour inſpirer à
tout le monde ce qu'il ſentoit
des choſes de Dieu , que de
temps en temps il compofoit
des Livres de dévotion.. Le
dernier,deLa Vie des Predestinez
qu'il fiten ſortantd'une longue
maladie , furle fruit des refle
xionsd'un Malade tout occupé
de l'Eternité , & eft plein des
veritez de laFoy les plus fubli
mes & les plus touchantes. I
avoituneardeur extréme pour
F
GALANT. 87
" laconverfion des Calviniſtes
& il s'en expliquoit dans les
rencontresd'une façon pathetique,
toutmoderé & tout paiſible
qu'ileſtoit. Il a écrit fur ce
ſujet des Lettres fort vivesà
diverſes perſonnes qui estoient
engagées dans l'erreur ; & il a
cûle bonheur d'en retirer quel
ques unes d'un merite extraordinaire
qui ont pris confianse
en luy , qui ont ſuivy ſes
conſeils ,& qui vivent ſelon tou
tes les regles de la ſageſſe chrêtienne..
Son zele pour les inte
reſts de la Religion,&pourl'ho
neur de fa Compagnie luy fit
entreprendre il y a plus de 20..
ans,un grandou vrage où il a travaillé
conſtamment ſans nulle
efperance de le voir paroiſtre,&
que Dieu luy a fait la grace d'a
cheveravant ſa mort. Il aimoit
88 MERCURE
fortle travail;& comme il eſtoit
deſtiné par ſa vocation à l'avancementde
la gloire deDieu
& au ſervice du prochain , il
fe croyoit obligé en confcience
d'employer le temps utilement
dans ces veuës-là , il ne ſçavoit
ce que c'étoit que dele perde,
&il faut qu'il ait eſté extrémement
laborieux pour avoir donnétant
de Livres aux publicavec
une ſanté auffi délicate que
lafienne . La maladie qui nous
l'a enlevé n'eſt venuë que de
trop d'application. Il commençoit
un nouvel ouvrage lors
qu'il eſt tombé malade ;& on
peut dire qu'il auroit vécu plus
long-temps felon toutes les apparences
, s'il ſe fuſt plus menagé.
Il eſtoit humble dans ſes
fentimens & dans ſa conduite ,
n'ayant que de petites idées de
GALANT. 89
hiy-mefme mépriſant lemonde
d'autant p us qu'ille connoiffoit
davantage , & n'eftimant
veritablement que ce qui eſt
grand devant Dieu. Il vouloit
particulierement le bon
ordre , & les moindres relachemens
de la difcipline Ec.
cleſiaſtique ou Regulière exciteroient
en luy des mouvemens
d'une fainte indignation .
lédifioit beaucoup dans la converſation
; où il parloit peu ,
toûjours ſagement , & d'une
maniere religieufe ; charitable
au reſte & preft en tout temps à
fecourir les malheureux . Comme
il avoit par tout du credit &
des amis mille gens s'adreſſoiens
à luy dans leurs befoins , & en
recevoient de bons offices , ou
du moins de la confolation . II
s'eſt appliqué aux bonnes coeuwres
tant que ſa ſanté le luy a
१०
MERCVRE
permis. Il alloit confeffer les
malades de l'Hotel Dieu regulierement
toutes les ſemaines ,
avant que fes incommoditez
l'euſſentreduirà une langueur
dont il n'eſt jamais bien revenu,
mais qui ne l'empêchoit pas ,
quand il eſtoir à la campagne
, de confeffer & d'inftruire
les pauvres gens .On ne peut
s'imaginer juſqu'onalloit ſa patience
, fa tranquillitédans des
conjonctures defagreables , &
fur tout dans des infirmitez facheuſes.
Au temps de fa longue
maladie il ſentoit fouvent des
douleurs aiguës fans ſe plaindre
& fans en dire prefque rien à
ceux qui avoient le plus de part
àſa confiance, ne voulantavoir
que Dieu pour témoin de ce
qu'il fouffroit ,& perfuadé que
lebonheurd'un Chrétien eſtde
GALANT. 94
fouffrir dans le filence. Il prenoitun
jour tous les mois pour
fe préparer àla mort par un pe
it exercice qu'il avoit compo .
ſe luy-meſme pour fonuſage,
& il faifoit la Retraire de chaque
année ,comme s'il euft deû
mourir aprés l'avoir faite. Un
tel homme doit eſtre regretté
de tout le monde , il vit
re dans le coeur de ſes amis;&
ſes ouvrages , ſes vertus te feront
vivue dans la mémoire de
tous les fiecles ..
nco-
Le meſme jour que les Jefuites
firent cetteperte, l'Ordre des
-Capucins ,& particulierement
la Province de Paris , en fit une
confiderable en la perſonne du
Pere Nicolas d'Amiens , qui eft
mort dans leur Convent de S..
Honoré , âgé de quatre vingtsun
an.. Il en avoit paffe foi
92
MERCVRE
xante & trois en Religion , &
plus de quarante dans toutes les
Charges , ayant eſté Lecteuren
Philofophie ; & en Theologie ,
Gardien pluſieurs fois dans les
principaux Convents de la
Province , Confeffeur des Capucins
de Paris & d'Amiens ,
Définiteur plus de vingt- cing
ans , Provincial quatre fois,
Commiſſaire general en Champagne
, Lorraine , Touraine &
Bretagne. Dans tous ces divers
Emplois il a toûjours fait paroiftre
beaucoup de prudence,
une force d'eſprit admirable, &
un zele extraordinaire pour
toutes les Obfervances regu
lieres ,qu'il a gardées luymeſime
juſqu'à la fin de ſa vie , tant de
nuit que de jour,avec une exa-
Aitude ſurprenante . Quoy
qu'il fuſt dans un age.extre
GALANT.
93
mementavance , il eſt plûtoſt
mort de maladie que de vicillene,
puis qu'on peut dire que
dans un bon corps il avoit un
bon eſprit, qu'ila confervé avec
la meſme vigueur & la même
force juſqu'à fon dernier foûpir.
Ses qualirez fingulieresle rendoient
capable de gouverner
l'Ordre entier. On ne remplic
point ſi ſouvent les premieres
Dignitez d'un grand Corps
qu'on n'ait un merite oùBenvie
ne peut atteindre,c'eſt à dire ,
vray , folide & incontestable,&
que ce merite ne fout accompa
gné d'une affabilné qui garne
les coeurs , mefme do ceux qui
en font jaloux , &qui ſemblent
eſtre nez avec un eſprit de cabale.
107
On a cu auffiinouvelles de- lamort
de Meffire Florentin de
94 MERCURE
Hanon de-Lamivoye-de Joüy,
Abbé de Baſſe -fontaine , &
Grand - Vicaire de Monfieur
l'Evefque de Troye.C'eſtoit un
Gentilhomme d'une des premieres
Maiſons duSoiſſonnois ,
mais moins confiderable par
cet endroit que par ſa haute
vertu . Ilfurd'abord Chanoine
de l'Eglise de Troye , enfuite
Theologal , puisGrand-Archidiacre
de la meſme Eglife. La
place de Grand Doyen eſtant
demeurée vacante , leChapitre
ne trouva perſonne plus capable
de la remplir que Monſieur
deLamivoye. Il en a fait
toutes les fonctions avec
fuccés pendant prés de vingt
années , enfin ne croyant plus
devoir enviſager autre choſe
que le ſouverain bien , il ſe
démit il y a environ un an ,du
GALANT.
95
grand Doyenné , en faveur de
Meffire Pierre de Vienne, Docteur
de Sorbonne , Prieur de
Foucheres , jeune homme d'un
merite diftingué ,Fils de Monſieur
de Vienne , cy - devant.
Lieutenant particulier au Châtelet
,& Frere de Monfieur de
Giraudot , Conſeiller au Parlement.
Aprés cette démiſſion ,
Monfieur de Lamivoye ſe rerira
à fon Abbaye de Bafiefontaine
, que Monfieur l'Evefque
de Tournay venoit de
luy remettre avec l'agrément
du Roy. Il y eſt mort dans une
haute eſtime de vertu , & fort
regretté de tous ceux qui connoiffoient
fon merite .
La France eſt ſi floriſſante ,
que les Particuliers , j'entens
les Perſonnes d'une qualité
diftinguée , mais au deſſous
96
MERCURE
,
des Princes , Ducs & Pairs, &
Maréchaux de France , font
des Feſtes qui ſont ſouvent inconnuës
hors des lieux où elles
font données , & qui paroiftroient
beaucoup dans les Eftats
de pluſieurs Souverains . Celle
quifut faite au commencement
de ce mois chez Monfieur du
Tremblay Maistre des Requeſtes
, en ſon Château du
Tremblay , eſt de ce nombre.
Elle commença la veille de S.
Charles Borromee , Feſte de
Monfieur le Marquis duTremblay
, par une illumination au
Chaſteau qui porte ce meſme
nom. On y vit briller plus de
douze cens Bougies . Il y eut
un grand Repas , une fortbelle
fimphonie , un Feu d'artifice ,
& tout cela fut fuivy du Bal.
Le lendemain on chanta une
Meffe
GALANT:
97
2
Meſſe en Muſique. L'Aflemblée
fut nombreuſe,& compofée de
Perſonnes de qualité de l'un &
de l'autre ſexe .Vous ſqavez que
le Chaſteau du Tremblay eſt
tres - beau , & qu'ilaeſté baſty
ſur le modelle de celuy de
Luxembourg. Monfieur du
Tremblay , Gouverneur de la
Baſtille , Grand pere de celuy
dontje vous parle , l'a extremement
embelly. Il eſtoit Frere du
Pere Iofeph , Capucin , quia
eu fi grande part aux affaires
fous le Miniſtre de Monfieur
le Cardinal de Richelieu .
Le Roy qui veille fans ceſſe
aux beſoins de ſes Sujets , &
qui ne cherche que leurs avantages
, a inſtitué deux nouvelles
Claſſes dans le College de
Bordeaux , appellé le College
de Guyenne. Il y a des gages
Novemb . 1687 . E
98 MERCURE
confiderables pour les Profefſeurs
, dont l'un enſeignera la
Langue Angloiſe , & l'autre la
Langue Hollandoife. Monfieur
l'Abbé Bardin , que fon merite
a fait choifir pour eſtre Principal
de ce College , aura la
direction fur ces nouveaux
Profeffeurs
,
comme il l'a for
tous les autres.On prétend que
ce College est le plus ancien du
Royaume . Ce qu'il yade certain
, c'eſt qu'on y a veu paroiftre
de tres-grands hommes
pour les Lettres , comme Aufons,
Buchanan , Muret , Scaliger,&
c. Il n'y a que cent ans
qu'il eſtoit le ſeul College de
toute la Provincede Guyenne,
&il en a retenule nom. Toutes
les Claſſes y font enſeignées
par de tres -habiles Profeſſeurs .
Ilyen a une de Mathematique,
HEAK NA
LYON
*7893*
GALANT. 99
fondée par feu Monfieur de
Candale Eveſque d'Aire. Les
- Maire & Iurats de Bordeaux
en ſont les Patrons , & ce ſont
cux qui nomment à la Principalité
quand elle vaque.
1
i
Il n'y a pas toûjours de la
honte à fuir ,& quelquefois la
prudence engage à ſe ſervir de
cette précaution . Vous en
tomberez d'accord quand vous
aurez leu la Lettre qui fuit.
Elle eſt de Monfieur Devin ,
dont je vous ay déja envoyé
pluſieurs Ouvrages que vous
avez leus avec plaiſir.
Q
?
A. M. P. L. M.
*1893
Vand j'allay pour vous voir,
une pieuse affaire
Vous obligeabien- toft à fortir de
chez vous ,
Ez
100 MERCURE
Etvous me dites d'un ton doux;
Ma prefence , Damon , eft ailleurs
neceffaire ,
On m'attend, je vous quitte,&vôtre
hornesteté
Veut bien me pardonner cette incivilité
;
Mais restezicy , je vous prie ,
Ma Fille,àmon defaut , voustiendra
compagnie ,
Etje vous la donne à garder.
Agarder ? Quelemploy terrible ?
Oferoit on s'y hazarder ,
Tout barbon que l'on foit en est-on
moins fenfible ,
Et feroit- il judicieux
Dese commettre seul au feu defis
beaux yeux ?
C'est ce qu'on ne fait pointfans un
grain de folie ,
Etien'aypas encor perdu tout mon
bon fens.
D'une jeune Beautéplus la Chambre
est remplic .
GALAN Τ . 101
t
Autour d'elle , en unmot , plus elle
voit de gens ,
Et plus de ses regards laforce est
affoiblie
Répandus , partagez fur differens
obiezs ,
On n'en craint presque plus lesfunestes
effets ,
L'atteinte en est beaucoup moins
rude
Maisfur un pauvre malheureux
Ramaſſezpar lafolitude,
Alors ilsredouble leursfeux.
Et telleaufond d'un miroircreux.
Est l'ardeur du Soleil quand elle est
réunie ,
On ne peut la fouffrir. Mais vous ,
Sage Vranie, i
Ne comprites- vous point à quel affreuxdanger
L'honneurdevostre confiance
M'expoſoit ? non.fans doute, ilm'cust
couté trop cher ,
E 3
102 MERCURE
Et vous en cuffiezfait un cas de
conscience,
Icme perdois ; aussi bien loin de m'en
charger ,
Ce peril, qui plus jeune, eust eu pour
moy des charmes ,
Mecaufa pour lors tant d'alarmes
2
Quejecrus parlafuite , &fortant
furvospas,
Devoirdefes beaux yeux éviter les
appas.
Il estvray qu'en vostre presence
LacharmanteAspasie en modere les
coups.
Etqu'alors , parrespectpour vous ,
Elleépargne les gens de vostre connoiſſance
;
MaisjeSçay pendant vostre ab.
fence
Qu'elle enmenagepen les traits ,
Et , maintenant quadragenaire
GALANT .
103
Etplus timide que jamais ,
Ie n'ofaypas en temeraire
M'expoferteste-à- teste à toute lew
douceur.
Ellecuft voulu peut- estre eſſayerfur
mon coeur
Ce que pour l'avenir elle peut s'en
promettres
Elle eust voulupeut - estre àses loix
lefoûmettre. >
Que dis je ? Elle l'eustfait , & j'en
eus lafrayeur. 1
A quoy donc pensiez-vous , helas !
Sage Vranie,
Quand vous vouluſtes m'engager
Agarder la ieune Aspasie?
D'unſoin leger&doux cruftes- vous
me charger, :
Ou comptiez- vous sur la ſageſſe
D'un homme telque moy déia vieux
&grifon?
En ay- jeplus que Salomon . 2
E 4
104 MERCURE
Qui , tout plein qu'il en fut ne fut
passans foibleſſe ?
De quelleutilité fut-elle aux deux
Vieillards
Qui par de trop tendres regards
Affaillirent au Bain Suzanneà de-
тупиё ?
Ah? moins âgé, moinssage qu'eux,
L'aurois eu moins de retenuë ,
Et me livrant moy-mesmeaux traits
deſes beauxyeux,
L'estois .... car Aspasie estplus jeune
& plus belle.
Que ne fut l'abjetde leurs voeux.
Moy la garder ? Non , non ; hé qui
m'eustgardé d'elle ?
2. On ſe montre liberal quelquefois
à peu de frais , & c'eſt
ce qui est arrivé depuis quelque
temps à un Cavalier , qui
croit , entre autres maximes
qu'il obſerve avec les Femmes ,
GALANT. 105
e
(
que c'eſteſtre dupe que de faire
des preſens.Il voyoituneDame
fort bien faite avecaffez d'aſſiduité
, pour luy donner lieu de
croire qu'il en eſtoit amoureux ,
Cependant , quoy qu'ilen connuſt
toute la beauté & tout le
merite , il n'eſtoit point homme
à prendre un attachement
de coeur , & s'illuy rendoit des
ſoins plus particuliers qu'à
toutes les autres chez qui il
avoit accés , il ne le faiſoit que
parce qu'ayant à paſſer fix mois
dans le mefine lieu où eſtoit la
Dame , il luy trouvoit des
manieres douces , & un tour
d'eſprit qui convenoient à fon
caractere . Il luy propoſoit de
temps en temps quelque partie
de plaifir , & il s'en tiroit toujours
en galant homme ; mais
il bornoit là toute la dépenſe
Es
106 MERCVRE
1
qu'il faiſoit pour elle , & ce
n'eſtoit pas ce que la Dame euſt
voulu . Sil'envie qu'on témoignoit
de luy plaire avoit quel.
que choſequi flatoit ſa vanité,
elle n'en goûtoit le charme que
par l'efperance que les ſentimens
qu'elle inſpiroit , ne ſe
termineroit pas à des démonf
trations ſteriles , &n'ayant en
veuë que ſon intereſt,les plus
agreables divertiſſemens qu'on
luy pouvoit procurer , ne la
touchoientpoint, s'ils n'eſtoient
ſuivis de quelque marque folidedel'amitié
qu'on avoit pour
elle. Le Cavalier découvrit
bien- toſt ſon foible, mais comme
il n'avoit aucun deſſein de
gagner fon coeur,il alla toûjours
fon train ordinaire ,& fouſtint
fans s'ébranler toutes les attaques
qui luy furent faites pour
GALANT. 107
l'engager à luy faire voir par
des preuves effectives qu'il l'ef
timoit veritablement Enfin
tous les efforts de la Dame
eſtant inutiles , & le Cavalier
continuant àſe retrancher ſup
quelque partie de promenade ,
dans laquelle il ne s'agiſſoitque
-d'un repas ,elle tourna ſes prétéfions
ſur un fort beau Diamant
qu'il portoit toûjours,& que fix
autres qui estoient autour,fembloient
encore rendre plus brillant.
Elle le tira pluſieurs fois
du doigtdu Cavalier pour le
mettre au fien , en louant to
jours le feu qu'il jettoit ,&elle
luy dit un jour qu'elle vouloit
s'en parer pendant quelque
temps . Le Cavalier le ſouffrit ,
fans luy faire là deſſus le compliment
qu'auroit fait un homme
auffi amoureux , qu'elle
1
E6
10% MERCURE
croyoit qu'il fuft d'elle.Comme
elle vouloit le mettre en eſtat
de n'ofer reprendre fon Diamant,
elleluy fit certaines avances
qui l'embaraſſerent , parce
qu'iltrouvoit un grand inconvenient
à en profiter . Il crut à
propos de Lembaraffer elles
meſme , en n'y répondant que
par des honneſtetez qui luy
oſterent le droit qu'elle vouloitacquerir.
Ce procedé ayant
rompu ſes meſures , elle ſe vit
obligéede rendre le Diamant.
Ce ne fut pas toutefois fans
garder quelque eſperance de
réuſſir dans fon entrepriſe. Les
Connoiffeurs par qui elle l'avoit
fait examiner , le faifoient
valoir deux cens Loüis , & un
Bijou d'un prix fi confiderable
avoit pour elle un attrait ſenfible.
Le trop de ménagement
GALANT. 109
du Cavalier , qui negligeoitles
favorables diſpoſitions où il
pouvoit voir qu'on eſtoit pour
luy , n'empeſcha point qu'elle
ne receuſt toûjours ſes viſites
avec un empreſſement qui marquoit
de la tedreſſe . Le Cavalier
eſtant convaincu que l'intereſt
ſeul luy faifoit faire ces fortes
d'avances , & qu'elle n'avoit
enviede donner que pour s'établir
un certain empire qui
l'auroit renduë maiſtreffe de
beaucoup de choſes,ſe tint plus
que jamais ſur ſes gardes pour
s'exempter de toute foibleſſe.
On ne laiſſoit pas d'attaquer
toûjours le Diamant. On le
prenoit , on le gardoit quelques
jours , & en le rendant on luy
diſoit qu'un bijou ſemblable
avoit plus d'éclat au doigt d'une
femme , qu'en celuy d'un
110 MERCURE
homme. Il détournoit le difcours
, ou faisoit ſemblant de ne
point entendre; mais enfin on
commençoit à pouſſer ſi loin la
choſe , que la ferme reſolution
qu'il avoit priſe d'eſtre iné .
branlable , ſe trouvant déconcertée
par le redoublement des
attaques , il crut qu'il eſtoit
temps de pourvoir à la ſeureté
de fon Diamant. Il le fit ofter
de la Bague où il eſtoit enchaf.
ſé ,& l'on y en mit un faux ,
taillé avec tant d'adreſſe , qu'étant
tout ſemblable , & de la
meſme groffeur , il auroit falu
s'y bien connoiſtre pour remarquer
qu'il jettoit un feu
moins vif. Peu de jours aprés
la Dame ſe mit ſur ſa bellehumeur
, & aprés un entretien
affez familier , elle tira de fon
doigt un Diamant de dix Loüis
GALANT.
qu'elle portoit ordinairement ,
&demanda au Cavalier comme
en badinant , s'il en vouloit
faire une échange avec le ſien.
Le Cavalier eut dans ſa réponſe
toute l'honneſteté qu'elle
ſouhaitoit. Il luy dit du ton le
plus obligeant , que fi fon Diamant
luy avoit paru d'un affez
grand prix pour l'ofer offrir à
une Dame dont le merite ne
pouvoit eſtre égalé , il y avoit
long-temps qu'il l'auroit priée
de le vouloir accepter , mais
quelepreſentluy ſemblanttrop
mediocre , il avoit eu beſoin
de la propofition qu'elle venoit
de luy faire , pour ſe hazarder
à luy dire qu'elle en pouvoit
diſpoſer ſouverainement. L'échange
fe fit au grand contentement
de la Dame , qui s'aplaudiſſant
d'avoir enfin reüffi
112 MERCURE
dans ſon deffein , imputoit à la
galante generofité du Cavalier ,
ce qu'il diſoit avec verité du
peu de valeur de ſon Diamant.
Elle ſe fit un plaifir de le porter,
& ceux qui luy avoient ven
pluſieurs fois cette Bague au
doigt , perfuadez que c'eſtoit
la mefme , ne prirent pointgarde
que le Diamant eſtoit changé.
La difcretion du Cavalier
a ſupprimé ce qui ſuivit cet
échange , & l'hiſtoire ne dit
point s'il tira quelque avanta,
ge de ſa pretenduë liberalité.
Il mit au boutde ſon petit doigt
la Bague que la Dameluy avoit
donnée, ayant ſa réponſe toute
préte , s'il arrivoit qu'elle ſe
plaigniſtdu faux Diamant.Come
les fix qui estoient autour
valoient du moins celuy de la
Dame,il n'avoit point de ſcru
GALANT.
113
pule à faire de la tromperie.Aufſi
les affaires qui le retenoient
en celica- là eſtant terminée, il
prit congé d'elle , en l'aſſeurant
qu'il garderoit avec ſoin la Bague
qu'il emportoit comme un
gage precieux de ſon amitié.
La Dame répondit à ce compliment
en termes fort obligeans,
& elle euſteſté long temps dans
l'erreur ſi l'envie d'avoir un
Lit , qui estoit un meuble préferable
à une Bague, ne luy cuft
faitnaiſtre le defir de ſe défaire
de fon Diamant. Elle chercha
àle vendre , & fut fort ſurpriſe
quand on l'aſſeura qu'il eſtoit
faux . Elle s'adreſſavaux Connoiffeurs
qui luy avoient dit
qu'ils valoit deux cens Loüis ,
& ils luy foûtinrent ſi fortement
que si c'eſtoit la meſme
Bague , on en avoit changé le
114
MERCURE
gros Diamant , qu'elle demeura
perfuadée du tour que le Cavalier
luy avoit joüé. Le dépit
d'avoir eſté la dupe d'un homme
qu'elle avoit tantmenage pour
n'en rien tirer d'utile , luy fit
ſentir vivement le temps qu'el-
Je avoit perdu à de veines complaiſances
. Il falut pourtant
s'en conſoler,& faire un ſecret
de la tromperie , qui ne pouvoit
eſtre ſceuë fans luy faire
tort. Un an ſe paſſa ſans qu'elle
entendiſt parler du Cavalier,
mais enfin quelque affaire
J'ayant appellée à Paris , où elle
devoit faire un long ſéjour , le
hazard voulut que preſque
auſſi -toſt elle le rencontra chez
une Dame à qui elle eſtoit allée
rendre viſite. Illuy témoigna
beaucoup de joye de la revoir
, & ſe diſant toûjours fort
GALANT.
115
de ſes Amis , quoy qu'il ne puſt
luy donner que d'aſſez foibles
excuſes d'avoir negligé de luy
écrire, il eutde l'empreſſement
à s'informer où elle logeoit. La
:Dame qui n'eſtoit pas faſchéc
d'avoir un éclairciſſement avec
luy , l'inſtruiſit de ſon quartier ,
& il alla chez-elle dés le len-
-demain. Il commença à ſe mer-
-tre ſur le piedd'une liaiſon familiere
comme il s'eſtoit yen
ailleurs avecelle ,&le diſcours
ayat tourné de maniere qu'elle
pouvoit luyparlerdu Diamant,
elle affecta un air enjoüé pour
luy demander s'il ſe ſouvenoit
qu'ils euſſent fait un échange,&
s'il croyoit y avoir perdu. Le
Cavalier ne ſe déconcerta
point. Il luy répondit qu'il voyoit
bien qu'elle vouloit luy
faire un reproche de luy avoir
donné un Diamant faux , mais
116 MERCURE
qu'elle ne l'avoit pû ignorer
quand elle luy avoit propoſé
l'échange , puis qu'elle l'avoit
porté tant de fois avant quede
luy faire connoiſtre qu'elle vouloit
le garder. Il ajoûta qu'elle
ne devoit pas avoir oublié qu'il
luy avoit dit en y conſentant ,
que file preſent n'avoitpas eſté
ſi mediocre, il l'auroit prié pluſieurs
fois de l'accepter; qu'il l'avoit
reçû,d'une belle Dame,qui
ne s'eſtant pas trouvée en pouvoir
de luy en faire un plus confiderable
,avoit, exigé de luy
qu'il porteroit cette Bague pour
mieux ſe ſouvenir d'elle , &
qu'au moins le ſacrifice qu'il
n'avoit point balancé à luy en
faire , devoitdonner à ce Diamant
un prix qu'il n'avoitpas
deluy meſime. La Dame ayant
comprispar cette réponſe tout
GALANT. 117
T
le caractere du Cavalier, ne luy
voulut point donner l'avantage
de lay laiſſer voir qu'elle avoit
connu que pour la tromper , il
avoit fait oſter le bon Diamant .
Elle feignit de croire ce qu'il
diſoit aprés quelques viſites
encore affez affiduës qu'elleluy
ſoufrit , ayant mis ſa liberalité
à de nouvelles épreuves qui
n'eurent aucun effet , elle reſolut
de le bannir. Elle Employa
pour cela un air froid & ferieux
qui luy fit bien- toft connoiſtre
que fes agreables complaifance
s'étoient refervées à d'autre
qu'à luy , & que fi elle avoit
quelques dons à faire , ce n'étoit
qu'a ceux qui luy en faifoient.
Enfin fatiguée d'avoir
auprés d'elle un homme dont la
conduite luy marquoit affez
qu'elle n'avoit rien à efperer ,
}
118 MERCURE
elle prit l'occaſion de rompre
fur un leger different qui fur.
vint entre eux . Elle le priat de
nela plus voir,&le Cavalier qui
ne vouloit point achepter ſes
bonnesgraces , prit party ail.
leurs fans chercher à l'adoucir,
&n'eutpas beaucoup de peine
à ſe conſoler de la voir donner
dans de nouvelles intrigues.
Je vous manday le mois paflé
des Nouvelles de l'arrivée au
Cap de Bonne- Efperance , des
fix Vaiſſeaux qui recondui
fent à Siam les Ambaſſadeurs
de ce Royaume là, qui estoient
venus en France. Ie vous appris
en meſme temps le débarquement
des Ambaſſadeurs &
des Troupes , & ce qui s'eſtoit
paſſé à cedebarquement , ainfi
que le bon traitement qui avoit
eſté fait aux François par les
GALANT . 119
Hollandois . Ie reprens aujourd'huy
de plus haut ce qui regarde
ce Voyage : & vous en en-
Evoye un Iournal tres - curieux ,
qui commence au jour que la
Flote partir de Breſt , & finit à
celuy du rembarquement au
Cap de Bonne - Efperance . Ce
Iournal a eſté envoyé par Monfieur
Mafurier , Gentilhomme
Lionnois , qui eſt allé à Siam
avec Monfieur de Farges , &
qui fait connoiſtre ſon eſprit
par les remarques judicieuſes
qu'il a faites , & fon intelligence
dans la Marine , par la maniere
dont il s'explique ſur toutes
les choſes qui la regardent.
Voicy comme il parle dans la
Deſcription qu'il a envoyée de
ce Voyage .

1,20 MERCURE
A
Prés avoir demcuré 24.jours
dans la rade de Brest , Nous
Sommes enfin partis le premier jour
de Mars 1687. fur les onze heures
du matin pour faire le voyage de
Siam. Noftre Efcadre estoit composée
de fix Vaiſſeaux , dont le moindre
estoit la Maligne , cette Fregate
legereduport de cent cinquante-tonneaux
, quiy alla avec Monſicur le
Chevalur de Chaumont , & le plus
grand efloitle Gaillard , nostre
commandant, du port de quatre cens
Soixante tonncaux. Voicy leNomde
cesfix Vaisseaux & des Officiers en
chefqui lecommandoient. Le Gaillard,
l'Oiseau , la Loire , la Normande
, le Dromadaire & la
Maligne.LeGaillard estoit commandé
par Monsieur de Vaudricourt,
commandant l'Escadre , fon
Second Capitaine estoit Monfieur de
Saint
6
GALANT. 121
1
Σ
Saint- Clerc ;fon Lieutenant Monſieur
de la Leine ; ſes Enseignes ,
Messieurs Chamaureau &Lombut.
L'Oiseau estoit commandé par
Monsieur du Quesne,ſes Lieute
nans estoient Monsieur Descartes,
&Monfieur de Bonneüil;Ses Enfei
gnes , Monsieur de Tiva , & Monfieur
de Freteville. La Loire estoit
commandée par Monsieur de loyeu-
Se;fon Lieutenant . Monfieur de la
Croiſſeriere,Son Enseigne , Monsieur
de Chistery. La Normande estoit
commandée par Monfieur de Courſel;
Son Lieutenant , Monsieur du Tarte
,Son Enseigne , Monsieur de la
Machefoliere . Le Dromadaire
estoit commandé par Monsieur
d'Endeve ; fon Lieutenant , Monfieur
de Mareilly , ſon Enseigne ,
Monfieur de Vieuchant . La Maligne
estoit commandéparMonfieur
de Perriere,Son Lieutenant Mon-
Novemb. 1687.
F
122 MERCVRE
ſicur de la Lie fervant de Lieutenant
, de premier Pilote & d'Enfeigne.
Le lendemain fecond jour du
mois de Mars , nous miſmes à la voile&
partiſmes de Camarrest , qui
est une petite rade à trois lieuës de
Brest , où nous avions moüillé le foir
precedent pour attendre la Maligne
qui fortit feulement ce jour-là
du Portde Brest , & nous paſſâmes
au large avec un vent arriere qui
nous fit bien -toſt perdre la terre de
vûe . Le Mardy 3. vers une heure
aprés Midy , nous rencontrâmesune
Flutte Holandoiſe qui paſſa ſans
nous falüer , parce qu'elle n'avoit
point de Canon. Le Vendredy 6. nous
nous trouvâmes à la hauteur du Cap
de Finisterre &avionsfaitselon l'e-
Stime du Pilote cent vingt ou cent
trente lieves. Le même jour sur les
- dix heures du matin , nous rencon
GALANT..
123
tramosune Flutte Angloise , qui ne
fit que paffer fort prés de nous &م
nous falüer en mettantſon pavillon ,
àquoi nous répondiſmes de même en
mettant le nostre.
Le Samedy 7. nous eusmes un
vent de Nord-Nord- est qui nous donna
un tres-gros temps, jusqu'au Lundy
au foir , ce qui nous fit perdre
la Loire , une de nos Flûtes , ſans
Sçavoirce qu'elle estoit devenuë . Le
13. Nousfilmes rencontre d'une Barque
Angloise , dans laquelle il n'g
avoit que fix ou sept homme , elle
nous aborda fur les trois heures dua
Soir , commesi elle nous avoit voulu
parler , ce qu'elle fit effectivement
, & nous apprit qu'elle étoit
partie depuis quinze jours de
Briſco en Illande , & s'en alloit
aux Isles de Madere chargée
de harang & de beuf Salé. Elle
fut deux jours à notre route ,jus-
F2
124 MERCURE
qu'à ce qu'ellese trouva à la hauteur
de ces ifles . Le 15. nous decouuriſmes
une Isle nommée Porto
Santo , qui est une Isle deferte , &
fans autres animaux que des Ca
nards & des Lapins , & nous ne
l'approchâmes que de trois lieuës. Le
17. Il nous mourut un Matelot. Le
18. Nous découvriſmes une des Iſles
des Canaries nommée l'iſle de Salvago,
& cefut environ fur les fept
heures du matin,en étant encore éloignez
de 9.à 10. lieuës . Le 19.environ
à la même heure nous apperçûmes à
nôtre horison deux bastimens que nous
crûmes Corfaires Saltins. Nous nous
Separâmes auſſi toft de nostre Escadre
pour en aller reconnoiſtre un mais
aprés avoir couru quelque tems def.
Sus nôtre Capitaine aima mieux con.
tinuerfaroute,&fit aussitôt reviver
de bord,fans avoir esté affez prés de
ce bastiment pour l'avoir pů feure
GALANT.
125
ment reconnoistre , mais comme ilvenoit
en dépendantfur nous , il vint
paffer s.ou 6 beures après ,fort proche
de nostre Vaisseau avec le pavillon
d'Angleterre , er il paſſa ſansque
nous luy donnaſſions aucunes marques
de ce que nous eſtions. Levingt nous
nous trouvâmes entre l' Iſle de Palme
l'Isle de Gomorre , estant àla hauteur
de vingt- huit degrez & à prés
de cinq cens lievës de Brest. L'ifle de
Palme est une fort grande iſtes, dont
les terresſontfertiles & abondantes
en toutes fortes de danrées , habitees
en pluſieurs endroits parles Efpagnols
à qui elle est. Le mesme jour
fort tari,nous reconnûmes à quelques
lieuës de là l'Ile de Fer ; ily avoit
deux jours que nousestions dans les
vents Alifezqui font des vents qui
nemanquentjamais deregner en une
pareille faifon dans ces paſſages là .
Ils continuerent àventerfibeau &
F3
126 MERCURE
bonfrais , qu'ils nous faisoientfaire
jusqu'à quatre lieües par heure.
Le 22. nous paffâmes le Tropique
Ở le 24. noire Capitaine fit met
tre la Chaloupe dehors pour aller
à bord du Gaillard , à deffein de
demander au Commandant s'ilpouvoit
faire de l'eau au Capvert , à
la hauteur duquel nous nous trouvions
pour lors , craignant de n'en
avoir pas suffisamment pour arriver
jusqu'au Cap de bonne Eſperance,
mais comme il vouloit profiter
du vent favorable que nous
avions , il ne lui permit point d'y
moüiller. Quatre jours aprés nous
cûmes un calme qui nous tint cinq
jours. Pendant ce temps - lànous
vismes differents poiſſons fans en
pouvoir prendre aucun. Nous vimes
encore dans ces mesmes parages
quantité de poiſſons volans
mesme ily en eut quelques - uns qui
, &
GALANT.
127
donnerent dans nos voiles. Cesont
des poiſſons de la groſſeur d'anHarang,
n'ayant que deux nagcoires
affez grandes , qui leur fervent à
nager dans l'eau , & à voler dehors
, pour éviter les Bonnittes &
les Requains qui les poursuivent
&s'en nourriffent. Ces Requainsfurent
les poiffons que nous viſmes le
plus souvent. Itsfont fortgrands,&
extrêmement dangereux pour ceux
qui malheureusement fe laiffent
tomber à la Mer , estant bien plus
avides de la chair humaine , que de
toute autre forte d'apast , & bien
Souvent ils emportent une jambe on
la moitié du corps a un homme , lors
qu'ils le trouvent dans l'eau , vif ou
mort. Le 29.nôtre Capitainesefervant
de l'ocaſion que lui donnoit le
calme , envoya la Chaloupe à bord
du Dromadaire , pour porter des
Lettresà quelques uns des Officiers
F4
128 MERCURE
qui nous apprirent dans leurs réponfes
la maladie de trente ou quarante
des lours , tant Matelots que Soldats
, & la perte de deux Matelois
qui se noyerent en manoeuvrant ,
d'un grand coup de vent , que nous
avions eu le 8. du mesme mois.
Comme il est fort rare dans un
endroit comme celuy cy,des'aquitter
des Offices ordinaires que l'on dit
dans nos Paroißespendant la Semai.
ne Sainte , d'une maniere auſſi edifiante
qu'on lefit dans notre bord,&
que les Officiers les plus anciens dans
la Marine , affeurentnel avoir pas
veu depuis qu'ils n'avigent ,je croy
qu'ilnefera pas hors de propos d'en
dire icy quelque chose. Il est vray
quenous attribuâmes la plus grande
partiede la gloire qui fut renduë à
Dieu dans cefainttemps , aux Soins
particuliers , & aux peines que se
donnerent avec un Zele ardent les
GALANT.
129
:
1
Peres Iefuites , que nous eusmesle
bonheur d'avoir dans noftre Bord.
Pendant toute cette semaine , nous
cûmes exactement tous les jours Sermon
, & les Offices ordinaires de ce
tempsy furent regulierement obfervez
. Le Mercredy , Jendy & Vendredy
Saint nous chantamestenebres
du Jeudy au Vendredy le faint Sacrement
fut exposé pendant vingtquatre
heures , le lendemain Vendredy
, nous eufmes lefermon fur ia
Paſſion , par un de ces Peres
l'applaudiſſement de tous ceux du
Vaisseau , & le Samedy , & le Di
manche de Pâques , il y eut grand
Meſſe avec laſimphonie des Violons,
des Hautbois , & Flûtes douces.
avec
Le premier d'Avril nous nous
trouvâmes à la hauteur de buit dea
grez quarante minutes , &le calmnous
tint dans ce mesme endroit
pendant quinze jours . Le 2. nous eûmes
vifite des Officiers du Droma
F5
130
MERCVRE
daire , & le 3. Monfieur de Farges
Generaldes Troupes qui vont à Siam,
vint difner à noſtre Bord. On l'y
recent avec toute lapropreić& ton
te la magnificence poſſible dans un
endroit comme celuy-cy. L'aprésmidy
se paſſa auieu de la Baffette.
Le 5. nous priſmes deux fort gros
Requains, fur lesquels nous trouvions
des poiſſons attachez , que les
Marins appelent Suffets . Ils font
de lagroſſeur d'une Sardine , & ne
quittent point cet animal qu'il ne
Soit mort. Depuis le s . iusqu'au 7 .
nous nous trouvaſmes àpic du Soleil,
c'està dire , qu'il eſtoit fiperpendiculairement
fur nous qu'il nous fut
impoſſible de prendre hauteur pendant
ces deux joursparce qu'à midy,
qui est l'heure où l'on prendhauteur,
le Soleilne faisoit aucune ombre , ce
qui nous fit ſentir de tres - grandes
chaleurs. Tout l'Equipage enSouffrit,
GALANT. 131
par la fois qu'il reſſentoit de ces
grandes chaleurs . Le 8. il nousvint
un peu de vent , qui nous fit trouver
le lendemain à deux degrez une
minute du pic. Le 9. nous harponnasmes
des Marſoins , qui font de
fort grospoiſſons. Cet animal est à
peuprés dela figure d'un cochon, &
ceux que nous prenions estoient de
deux & trois cens pesant. Ila le
Sang chaud,& il n'y a guere de difference
de sa chair à celle d'un
Boeuf. Le lendemain nous priſmes une
Dorade, qui est un poiſſon tout doré,
& presque de mesme figure que
l'Alofe. Il est tres -bon à manger
Le 11. nous découvriſmes à nostre
horifon un Vaiſſeau que les calmes
nous empefcherent de pouvoir reconnoiſtre
, & tous les vents que nous
avions dans ces endroits cy , ne venoient
que par coups , & nousobli
geoient àferrergeneralement toutes
nos voiles.
:
:

F 6
A
132
MERCURE
3
Le 19. nous nous trouvaſmes ſous
la Ligne , & Mrs les Marins ne
manquerent pas à garder les ceremonies
qu'ils ont accoutumé d'obferver
toutes les fois qu'ils la paſſent ,à
l'égard de ceux qui ne l'ont pas encere
paffée de mesme qu'ils le font
au Tropique, & à certains Détroits.
C'est une Ceremonieprofane & ridi
cule , mais inviolable parmy eux.
Chaque Nation la pratique diver-
Sement, mesme les Equipages d'une
mrsme Nation nela pratiquent pas
tous d'une mesme maniere. Les Fran
çois l'appellent Baptefme , & voicy
la maniere, dont elle s'obferua
dans noſtre Bord. On rangea tant à
Bas -bord qu'à Scribord , qui font
les deux coſtez du Vaiſſeau , des
Bailles & des Cuvettes pleines
d'eau de Mer , & bordez par des
Matelots rangez en haye chacun un
Seau plein d'eau en main.Ce premier
:
GALANT .
133
$
appareil n'est que pour l'Equipage ,
( c'est à dire , Pilotes, Soldats, & com .
me tous ceux quin'ont point passé la
Lignefont obligez sans aucune re-
Serve de recevoir ce Baptefme les
uns après les autres &effuyant tous
ces Sceaux d'eau sur leur corps ; il
y eut une maniere de le donner proportionnée
& convenable auxper-
Sonnes de distinction qui se trouverent
dans noſtre bord , comme estoient
Meſſieurs les Envoyez, Officiers de
Vaisseau , Officiers d'Infanterie , &
autres Paſſagers.
Ceux qui font ordinairement com
mis pour exercer cette forte de
Comedie ,font quatre des premiers
Pilotesſuivis de huit ou dix Matelots.
Après s'estre barboüillez & reà
vestus de cables , capots , & autres
fortes de hardes propres à les rendre
ridicules le premier Pilote tenant
en main quelque livre de marine om
134 MERCURE
de pilotage ,fait preſterſur ce livre
fermentàtous ceux qui reçoivent le
Baptéme,&jeurerhautement qu'autant
defois que l'occaſionſe prefentera
d'en baptiser d'autres,ils le feront
avec les mesmes ceremonies que
l'on obferve pour eux ; mais comme
leur intention n'est autre que defaire
unecertainesomme d'argent, on se
rachette de ces rafraiſchiſſemens ,
&on reçoit le Baptême enſelavant
Seulement les mains dans un baſſin .
Ainsi l'on preſte leferment ,& l'on
paye enmesme temps chacun felon
Son pouvoir. On commença par
Meffieurs les Ambassadeurs , mais
cefut chacun dans leur chambre,&م
non pas au pieddu grand maft comme
tous les autres. Les Pilotes firent
prés de vingtpistoles de ce rachat de
ceremonie. Le 22. nous harponnâmes
un fort gros Marſoin , dans lequel
nous trouvames un jeune marſonGALANT.
135
neau. Nous allions du ventde Nordeft
depuis cinq jours,à trois lieuës
&trois lieues demieparheure.
LeFeudy premierjour de May ,
nous nous trouvâmes par 13. degrez
33. minutes . Le lendemain le vent
devint frais extraordinairement en
nous portant toûjours à noſtre route,
ce qui nous donnoit à tous unegran
de ioyepar l'envie que nous avions
-d'arriver au Cap. Le 30. nostre
Capitaine avec quelques uns de nos
Officiers s'en allerent à bord du Gaillard
, pour joüer àla baffette , &
rapporterent cent cinquanteécus de
gain . Le mesmeiour le Pere Tachard
avec quelques Iefuites vinrent du
Gaillard rendre visiteàMonfieur
Ambassadeur. Lelendemain,onzié
me du mesme mois nous euſmes une
Eclypse de Soleil , & il fut caché
feulement d'un tiers. Le 13. i'allay
an Gaillard pour voir Meſſieurs
136 MERCURE
:
les Ambassadeurs Siamois, par l'ordre
de Monfieurde la Louberenoſtre
Ambassadeur.Ferevins dans nostre
chaloupe avec Monfieur de Farges
General des troupes, & quatre Officiers
, tant du Bord que des troupes,
qui vinrent diſner avec nostre Capitaine
, on les traita magnifiquement
. L'aprés midyſe paſſa à iouër
à la baſſette , & noftre Capitaine
yfit un gainfort considerable. Le 16.
unvent du Sudun quart de Sud nous
donna pendant deuxfois vingt-quatre
heures unfort grostemps qui nons
fitperdre la Normande pour deux
iours seulement . Le 18. Feste de la
Pentecoste , nous nous trouvâmes
par les 33. degrez moins 3. minutes,
& 600. lieues Seulement éloignez
du Cap de Bonne - Esperance. Ce
mesme jour nous eusmes grande
Miſſe dans nostre Bord avec la Sim.
phonie des violons , & Monsieur
GALANT .
137
Sebret renditle Pain benit, ayant
cu le chanteau du jour de Pasques ,
ce qu'il fit d'une maniere fort propre.
Le 19.il nous mourut un Soldat.
Les Pilotes ne nous faiſant plus qu'à
quatre cens lieuës du Cap , le vent
ſe mit à l'ouest & fi frais , qu'il
nous faifoit faire prés de trois lieuës
& demie par heure . Le 10. de Juin .
presque tous nos Pilotesſe trouve.
rent à terre , & nous ne la découvrions
point encore , mais le 11 ,
furle Midy , nous commençâmes
à la voir , & ce fut pour nous un
ſujet de joye inconcevable , ayant étė
depuis cent trois jours à la voilefans
toucher terre , & quatre - vingtdix'jours
fans la voir. Enfin le mesme
jour ſur les quatre heures , nous
mouillâmes dans la rade du Cap de
Bonne- Efperance , & le lendemain
nous ſaluâmes la Fortereſſe de ſept
coups de Canons ; elle nous rendit le
138
MERCURE
Salut coup par coup . Le Couverneur
nousy afait millehonneſtetez ,avec
des preſens de boeufs , moutons, herbages
, & autres fortes de rafraifchiſſemens
, dont il a fait present
à Messieurs nos Envoyez , & à
quelques uns des Capitaines de nôtre
Escadre. Le 15. Meſſicurs les
Ambassadeurs Siamois allerent à
terrepour voir Monfieur le Gouverneur
du Fort & en fortant de leur
Bord, ils furent faluezpar chaque
Vaiſſeau de nostre Escadre de neuf
coups de Canon . Le 18. ils vinrent
diſner à nostre Bord , & lors qu'ils
Sortirent fur les trois heures aprés
Midy , nous les faluames de neuf
coups deCanon.
Quoy que cette Relation ait
eſté envoyée entiere , il eſt aiſé
de voir que Me Mafurierla
écrite à meſure que les chofes
ſe ſont paffées. En voicy la
GALANT. 139
fuite qui a eſté faite ſur le point
du rembarquement au Cap de
Bonne-Efperance.
Comme je vous envoyeſeparément
une Relation de nostre Voyage , il
feroit inutilede repeter icy bien des
chofes en voulantvous apprendre ce
qui s'eſt paſſédepuis noſtredépartde
Brest. Noftre navigation a esté la
plusheureuse du monde , & nos Pilotes
se font trouvezfi inste à leur
point , que tout leur erreur n'a pas
eftéde plus de vingtou trente lieuës,
ce qui est fort rare. Le II . de fain
nous arrivaſmes à la Rade du Cap
de bonne Esperance , où nous moüillames
le mesme iour fur les quatre
heures du foir. Je crois que vous
Sçavez que cefont les Hollandoisqui
Sont Maistres de cet endroit. Ils furent
un peu surpris de nous voir arriver
fix Vaiſſeaux , n'estant pas
accoûtumezà en voir un si grand
140
MERCVRE
nombre à la fois , ce qui les a tenus
inquiets & fur leurgardes tout le
temps que nous, y avons esté. Mrle
Gouverneur nous y a receus fort honnestemens.
Nous y avons trouvéd'af-
Sezbons rafraichiſſemens , & au
delàde ce que nous nous étions proposé,
tant enberbages , qu'en boeufs
& moutons , dont M.le Gouver
neur a fait de fort gros prefens ,
& entre autres à notre ſeul Bord,
de trois boeufs & dix huit moutons ,
&huit grandes corbeilles d'herbages.
Lereſte qui nous a été neceſſaire
, nous l'avons acheté&fort cherement.
La defcription de cet endroit
peut se faire en peu de mots. Ce
n'est qu'un Vilage affez petit , dont
les Maiſons font fort baſſes & fort
foibles , baſties ſeulement de brique.
La plupart des Habitans font Hollandois
, & le reste des Negres ,A
quelque distance delà,dansune efGALANT.
141
pece de prairie , font les premiers
Habitans de ce lieu , qu'on nomme
Outantos, qui est, je crois , la Na
tion du monde la plus infame. Се
font gens extrêmement noirs , qui
n'ont pour vêtement qu'une peau
de mouton , & pour maison qu'une
cabane de jonc , où ils vivent confu-
Sément hommes ,femmes , & enfans ,
ne mangeant que de la viande des
Animaux qu'ils trouvent morts
d'eux - mêmes. Le Mary pour se
rendre agreable à ſa Femme ſe
graiſſe de vieille ordure , & fur
tout du fang de quelque animal. Ils
laiſſent couler & fecher ce sang
fur eux. Leurs cheveux , qui font
pareils aux cheveux des Maures,
Sont frotez d'une certaine compofition
de noir avec de la graiffe , &
il pendent quantité de quoquillages,
de cloux & de pieces d'airain . Les
Femmes , outre les mesmes ornemens
144 MERCURE
A
des hommes, ont cela de plus , qu'elles
s'entourent les bras & les jambes
des boyaux des moutons qu'ils man .
gentpours'enservirdenourriture lors
qu'elles se trouvent engagées dans
les deferts.
:
Fay oublié de vous dire qu'en
arrivant à la rade du Cap , nousy
trouvaſmes la Loire , cette Flutte
que nous avions perduë dans le coup
de vent que nous euſmes par le travers
du Cap- verd ;il y avoitfeulement
trois jours qu'elle estoit mouillée
dans la rade, lorſque nous y
arrivaſmes .
د
Pendant le temps que nous avons
esté icy il s'est fait quelque
chaſſe avec les fils de Monsieur
de Farges , General des troupes
; il y eſt auſſi venu luy - même,
Nous avons tué quantité de gibier
parce qu'il s'en trouve extraordinairement
dans les endroits où MonGALANT.
145
Sieur llee Gouverneur du Cap nousfaisoit
menerpar des tireurs de volée qu'il nous
donnoit. Le gibier que nous y trouvions
estoit des Chevreüils & des Gaſelles ,qui
font des animaux plus gros que les Chevreüils
, mais de mesme qualité,des Fai-
Sans , Perdrix , & Cocqs de Brüieres en
tres- grand nombre .A la derniere chaffe
que nous fiſmes avec Mefſſieurs de Farges
, nous y priſmes fix Chevreüils &
I trente cing pieces de gibier , tant en
Perdrix qu'en Faifans on Coys de
brüieres .
,
Comme les Relations des
meſmes endroits faites par
divers Voyageurs onttoûjours
quelque choſe de different , &
que ſouvent dans un mesme
Païs , les uns font des remarques
que les autres ne font pas,
&voyent des choſes pour lefquelles
ces derniers n'ont point
de curiofité , j'ay cru vous devoir
encore faire part d'une
Lettre qui esttombée entre mes
144 MERCURE
:
2
mains , & qui eſt ſur le mefme
ſujet que la precedente.
Quoy que la matiere n'en foit
pas nouvelle , tout ne laiſſera
pas d'en paroiſtre nouveau . II
ne vous fera pas difficile de
onnoiſtre qu'elle eſt d'un des
Peres Iefuites qui font allez à
Siam en qualité de Miffiorinaires.
A L'ABAYE DE LATABLE
au Cap de Bonne Efperance
, ce 24. Juin 1684 .
H
Vit jours aprés noſtre départ
de Brest , ayant doublé le Cap
de Finisterre , nous effuyasmes une
tempeste de deuxiours , qui nous mit
en fi grand danger, que nostre mast
estant éclaté parle pied , on eut
recours aux prieres , en attachant
une
GALANT.
145
une Image de nostre Apostre S. Xavier
, par l'interceffion duquet nous
fusmes garantis. f'avoue que ie me
crus bien desfois preſtàperir.Après
cet accident nous eûmes une navigation
affez heureuse , &fans les
Flûtes de nostre Escadre , Bastimens
fort difficiles à la voile , nousferions
arrivez prés d'un mois plûroft , nonobſtant
quinze jours ou troisfcmaines
de calme , ſous la Ligne. Ainsi
nous aurions fait encore plus de diligence
qu'au premier Voyage. Leretardement
de nos Fluftes , qui ne
font point agreables pour ces voya
ges de long cours , à caufe quc pour
Se conformer à leur voiture on est
obligé d'aller lentement , nous fai
Soit croire noftre voyage perdu pour
cette année, mais , graces à Dien ,
nous commençons à mieux esperer,
voila la moitié de nostre coursefaite,
&mesme affez doucement. le ſuis
Novemb . 1687 . G
146 MERCVRE
dans un bon Vaisseau , & avec de
tres-honnestes gens. Dans le beau
temps , fur toutſous la Ligne , nous
nous rendiſmes viſite de Bord d
Bord. Monfieur des Farges est venu
Souventnousvoir. Nous avons beu
enſemble à voſtreſantéſur les Bords
distinguez, aussi bien qu'avec Mon-
Sieur Bruant. C'est un homme de
coeur , &qui passepour unedes meil.
Leures Teſtes que nous ayons parmy
les Officiers des Troupes . Lefejour du
Cap est charmant , & l'établiſſement
des Hollandoisyest parfaite.
ment beau. Touty abonde, la chaffe,
lepoiſſon ,le bled , le vin , les fruits,
les legumes , les beftiaux , belles
caux, beaux lardins , Habitans en
fortgrand nombre, un Fort regulier
de cinq Bastions , & une quantité
prodigieuse de gibier. Meſſieurs nos
Officiers enont rapporté beaucoup
en quatre ou cingfois qu'ils ont esté
GALANT.
147
2
à la Chaffe . Le Commandeur du
Fort , nommé Vadestes amy des
François,leurfournissot quinze ou
vingt Chevaux avec des Chiens , &
ily a eu une grande déconfiture de
Gibier. Monfieur du Bruant qui a
avancé dans les terres , est enchantéde
ce Pays- là.La terrey est admi
rable , les moutons gros & grands
comme des Aſnes & des Boeufs , qui
ont cela de particulier qu'estant at
telez à des Chariots ,ils vont aussi
viſte que les meilleurs chevaux de
Carroffe. Les Sauvages Outentos
Sont les plus infames & les plus laids
de toute la Terre habitable . On n'en
apas affZdit dans toutes les Peintures
qu'on a faites d'eux. Ils vont
tout nuds, nefe couvrant que ce que
la nature apprend à cacher, &dans
lefroid ilssefervent d'une peau de
Moutonou d'Ours qu'ils mettentfur
leurs épaules comme un Manteau.
G2
148 MERCVRE
Ilssefrottent de graffe buiteuse &
puante avec du charbon pilé&font
hideux à voir &àfentir.Les Femmes
ont dans leurs cheveux qui font
comme de la laine de Mouton , noirs
& huileux de leur vilaine graiffe
puanic , des coquillages & des jettons
de cuivre rouge. Elles entoriillent
le gras de leurs jambes de
boyaux de toutes fortes d'Animaux ,
& quand ils font ſecs , elles en font
unregale à leurs Maris les bonnes
Festes. Leurs Cazesfont baſſes , couvertes
de nattes de jons. Elles font
Sept ouhuitfemmes avec un homme
dans ces Cazes. Ils travaillent
quelque-fois pour les Hollandois afin
d'avoir dequoyſe ſaouler ,mais dés
qu'ils font ſaouls,ils ne veulent rien
faire.Adouze ans lesfemmes ont des
enfans , & des qu'ils sont nez, ils
courent &grimpent comme de plus
grands enfans. le montay avant hier
GALANT. 149
fur la montagne de la Table , d'où
je vis omnia regna mundi. Cette
expedition est une folie , car il faut
grimper de rocherenrocher par des
herbes , & par un chemin le plus
roide dumonde. Il faudroit estre che
vreau pour bien monter sur cette
affreuse montagne. Le cheminest de
quatre ou cing heures. Tout est
Roc platſur la Table du coſté du
Nord. Ily aſur le Roc une espece de
Marais , car cene ſont que joncs ,
& de l'eau . Le paffage de la Mer
du coſté du Nord dei'ifle Robin , est
beaucoup plus grand que l'autre par
ou nous sommes enttrreezz dans la
Baye de la Table. Je vis une
plus belle Baye & plus grande ,
- paralelle à celle de laTable. S'il eust
- fait un plus beau jour , j'en aurois
traceune Carte exacte mais je ne
pus faire qu'un crayon leger &àla
- baste. Dans de certains momens je
G3
150
MERCURE
Ledécriray plus au net.
Ily auroit bien des choses à vous
dire de ce pays ,ſi le temps me le
permettoit , auſſi- bien que de nostre
occupation fur les Vaiſſeaux . Nous
y avons commencénostre Miffion par
des Predications frequentes aux
Soldats & aux Matelots. Les Officiers
y donnent un grandexemple,&
les prieres yfont reglée comme dans
un Seminaire . Tous les jours au
matin onfait la Priere , & l'on dit
plusieurs Meſſes . Nous avons eule
bonheur de la dire tous les jours,
hors trois fois quele temps Eftoit
trop rude. L'apréſmidy nous eftions
trois à faire le Catechisme dans trois
poftes differens . Sur les cing heures
l'on fait la Priere comme dans tous
les Vaiſſeaux du Roy , & à huit
heures on chante les Litanies dela
Sainte Vierge , & l'on fait faire l'examen
de conscience ; aprés, quoy
GALANT. 151
nous nous partageons par bandes
pourfaire dire le Chapelet tout haut
aux Soldats & aux Matelets , les
Officiers ſe mettent souvent de la
partie ,& cela finit toûjours par un
petit mot qui regarde te falut. Le
reſte du temps eft employéà l'Etude.
Le foir &le matinnous avonsfait
une leçon de Fortification &de Geometrie
aux Officiers & aux Cadets
qui viennent écrire comme des Ecoliers.
On vient me demander mes
Lettres, car l'on met à la Voile.auray
l'honneur de vous écrire dans
quatre mois ſi Dieu nous continue on
vent favorable. L'on nous menace
de Mers fort rudes juſques à Bantam
; mais de Bataviaà Siam,de
fort belles . Dieu nous y conduise .
C'est parle Vaisseau la Maligne
que l'on a trouvé à propos de renvoyer
en France , que je vous écris.
Foubliois une circonstance à vous
G.4
152 MERCURE
remarquer affez effentielle. C'est
que la Flûte le Dromadaire qui
dans la tempeste du Cap de Finifterre
s'estoitseparée denostreEsca
dre ſans que nous l'ayons pu réjoin.
dre , arriva le 9. Juin au Cap deux
jours avant noftre Flotte. Les Hollandois
alarmez de cette arrivée,
avoient mis en déliberation de ne
leur point permettre de mettre à
terre leurs Malades ; mais par le
respect qu'ils curent pour les Vaif-
Seaux de Sa Majesté, la chose fut
accommodée au contentement des uns
&des autres . L'on avoit beſoin de
trouver un tel azile aprés une route
fi longue, car les Equipages & les
Soldats estoient malades , & l'airde
la terre& les bonnes nourritures les
ont remis en fort peu de temps.Nous
avons laißé le Pere de Chatsau Cap
tombémalade depuis noſtre débarquement.
Il estoit desesperé quand
GALANT.
153
nous mifmes à la voile. Ce seroit
une grandeperte que cefaint Miffionnaire:
Je dois ajouter icy qu'on lit
dans une autre Lettre écrite
par une perſonne qui a auſſi
monté au haut de la Montagne :
dont il eſt parlé dans celle-cy ,
que ceux qui avoient entrepris
de monter au fommet d'un
lieu fi élevé , étant environ aux
trois quarts de la Montagne,
entendirentun fortgrand bruit;
& virent tomber des pierres ,
qui paroiffoient plûtoſt étre
jettées , que tomber naturellement.
Ils s'arreſterent , & demeurerent
quelque temps incertains
s'ils acheveroient leur
voyage ; mais enfin la fermeté
Françoiſe l'emporta fur la crain-
& ils poursuivirent leur
chemin. Ils trouverent au haut
te
,
Gs
154
MERCURE
de ce lieu , un fi grand nombre
de Singes , qu'on peut dire qu'il
y en avoit une armée. Les François
commencerent à déliberer
s'ils tireroient fur ces animaux,
& peut- eftre auroient-ils fait
une décharge , ſi l'un d'eux ne
ſe fuſt ſouvenu , que quand les
Singes voyent leur fang , ils ſe
jettentfur ceux qui les ont bleffez
, & que les autres , s'il s'en
trouve quelque nombre , s'y
jettent pareillement. Les Singes
ſe retirerenten faiſantgrand
bruit , & defcendirent par un
autre endroit de la Montagne.
On trouva auſſi ſur le haut de
cette même Montagne beaucoup
d'offemens de divers Animaux.
-Quoy que ce ſoit une choſe
fort extraordinaire de voir des
Ambaſſadeurs de Siam en Fran-
2
GALANT.
155
ce , on n'a pas dû neanmoins
en eſtre ſurpris , puis que ſous
un Regne aufli merveilleux que
celuy du Roy , on ne voit que
des choſes ſurprenantes . Quelques
honneurs que l'on ait rendusà
ces Ambaſſadeurs , on n'a
rien fait au delà de ceux que
l'uſage a établis , mais eſtant
venus de fort loin , on ne doit
pas s'étonner s'ils ont ſouhaité
de voir ce qui ne sçauroit être
inconnu à la pluſpartdes Princes
del'Europe , & des Souverains
meſme. Vous ſçavez, Madame
, que l'uſage s'y eſt étably
de venir voir la Cour de France,&
faire fes exercices à Paris
. Ainfi il ſe trouve rarement
qu'il y ait quelque choſe qui
n'ait pas été veu par des Ambaſſadeurs
d'Europe. Il n'en
eſtoit pas de meſme de ceux de
G6
156 MERCURE
Şiam , à qui tout ce qu'il y a de
rare & de curieux en France
devoit eſtre nouveau . C'eſt ce
qui les a portez à demander à le
voir, & comme en l'examinant,
ils ont fait paroiſtre beaucoup
d'eſprit. & de bon gouft , on
leur a montré avec grand ſoin
tout cequi meritoit d'eſtre veu..
Ce ſoin qu'on a eu de fatisfaire
leur curioſité , a donné lieu à
mes quatre Volumes de leur
Ambaſſade , ou tout ce qu'ils
ont vû eſt exactement décrit,
& tout ce qu'ils ont dit,marqué
juſqu'à la moindre parole . S'il
ont charmé tout le monde par
leur eſprit & par leur honnê
teté pendant le ſejour qu'ils
ont fait en France , l'éloigne
ment des lieux ne leur a rien
fait oublier de leurs engagean .
tes manieres. On le peut voir
LYON
*
1993*
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1
mef

GALANT..
1575
par là Lettre qui fuir , écrites
par Me Torf, duCap de Bonne--
Eſperance. En voicy la tradu--
Aion tres - fidelle .
LETTRE.
De Oefpra Vifadfunt ToraRajatud
le Ocluan Callaja Ra--
jarnaitri Opatud le Occunfri
visa Ra Vacha Tritut à
Monfieur Torf , Gentil
homme de Sa Majefté
Tres- Chreftienne..
Affection que vous nous ave
témoignée pendant noſtreſéiour
en France ,nous fait croire que vous
ferezbienaised'apprendre que nous
nousſommes bien poxtez depuis noſtre
depart ,&que nous sommesarrivez
beureuſementicy, fans quepasmef
158 MERCURE
me aucun de nos Serviteurs ait ref
Jenty la moindre incommodité. Nous
attribuons le bonheur de nostre Navigation
aux faveurs extraordi
naires que nous avons receuës du
tres-grand Roy de France , & la jufte
reconnoissance que nous confervons
dans noſtre coeur , est ce qui
nous a prefervez de toute forte de
danger. Nous ne pouvons affeznous
lover des foins qu'ont pris de nous
Monfieur de Vaudricourt & les autres
Capitaines ,fur les Vaisseaux
desquels font embarquez les Mandarins
Siamois . Nous esperons arriver
dans trois mois à Siam , pour
porter au Roy nostre Maistre les
heureuſes nouvelles donc nous formmes
chargez. Comme nous vous affurons
que ny le temps ny l'éloignement
ne diminueront rien de l'affettion
que nous avons pour vous ,
nous vous prions auffi de nous confer
GALANT. 159
ver toûjours la voſtre. Nous écrivous
quelques lignes à Monfieurde
-Seignelay , & nous vous prions de
- vouloir bien faire nos civilitez
à Monsieur de Croiſſfy , au Pere de
la Chaise , àMonſicur leDuc de la
- Feuillade , & à Monsieur le Duc
de Noailles , à qui le peu de temps
que nous avons ne nousa paspermis
d'écrire. Nous vous prions auſſi de
les aſſurer de la continuation de nôtre
amitié, ainsi que toutes les per-
Sonnes qui nous ont donné des marques
de ta leur pendant nostre fejour
en France. Nous offrons nos refpects
à Dieu , & le prions de vous
conferver & de vous faire croiſtre
en dignité& honneurs . Outre la joye
que nous en reſſentirons , cela fera
mefme aussi fort avantageux aux
Siamois qui iront en France dans la
fuite. Nous nous afſurons qu'ils trouveront
toûjours en vous un tres ban
&fidelle Amy.
160 MERCURE
Cette Lettre a été écrite au Cap
de Bonne- Esperance , le 8. mois &
iour premier du décours de la Lune
de l'année Pitoſa Pafoc de l'Ere
2231. ce qui marque le 24. Iuin
1687 .
Rien n'eſt plus ſpirituel que
l'agreable maniere dont ces
Ambaſſadeurs parlent du Roy
dans cette Lettre . Ils n'oublient
aucune des principales Perfon--
nes à qui ils croyent avoir obligation
, & ils prient Mr Torf,
dont ils ont efte tres - fatisfaits ,
& avec qui ils doivent eſtre
plus familiers parce qu'il a toû
jours eſté auprésd'eux , de les
aſſurerde leur reconnoiffance.
Quoy qu'il paroiſſe dans cette
Lettre qu'ils n'ont pas écrit à
Monfieur de Croiſſy , à caufo
qu'ils ne croyoient pas avoir
toutle temps qui leur estoitne-
4-
GALANT.
ceſſaire pour faire une Lettre
qui marquaſt aſſez la confideration
& l'eſtime particuliere
qu'ils ont pour luy, ilsn'ontpů
neanmoins ſe reſoudre à laiffer
partir la Fregate qui devoit venir
en France , ſans écrire à ce
Miniſtre.
:
Le Roy a donné l'Abbaye de
Livry , Dioceſe de Paris à
Monfieur Seguier de la Verriere
, ancien Evefque deNiſmes,
& celle de Brebac à Monfieur
Abbé du Four , Frerede Mon
fieur Petit -Bourg, Inſpecteurde
Cavalerie..
LAbbaye de Noſtre - Dame
des Prez lez Troyes , qui eſtoit.
vacante parla mortde Madame
de Gondrin a eſté donnéeà
Madame de Laubardemont ,
Religieuſe de l'Abbayeau Bois..
Elle eſt Fille de Monfieur de
د
162 MERCURE
Laubardemont , Conſeiller d'E
ſtar.
Monfieur Dumont , Ecuyer
ordinaire de Monſeigneur le
Dauphin , a eſté pourvû d'une
des Charges d'Ecuyer du
Roy , vacante par la mort de
Monfieur le Comte de Clermont
Tonnerre. Rien ne sçauroit
égaler l'affiduité de Monfieur
Dumont pour le ſervice.
Il a été élevé Page de la Chambre
du Roy , & Monfieur Dumont
ſon Pere étoit'Sous-Gouverneur
de Sa Majefté.
J'ay à vous apprendre quel .
que choſe d'affez extraordinaire,
de la mort d'un Mary & d'une
Femme , arrivée depuis
cinq ou fix ſemaines dans un
Village du Dioceſede Laon en
Picardie . La Perfonne dont je
l'ay appris , la ſceu du Curé qui
GALANT . 163
les a aſſiſtez l'un & l'autre dans
les derniers momens de leur
vie. Ils étoient mariez enfemble
depuis plus de ſoixante ans.
Le Mary en avoit quatre vingtſept,&
la Femme quatre vingtcinq.
Aprés tant d'années paffées
dans une union parfaite ,
ils font tombez tous deux malades
le meſme jour , & comme
ils eſtoient couchez dans la
mefme chambre , & qu'ils s'étoient
preparez affez longtemps
à la mort , pour l'enviſager
fans trop de frayeur, le Mary
ayant perdu la parole , la
Femme qui étoit un peu mieux,
répondit pour luy avec les Afſiſtans
tandis qu'on lui donna
l'Extrême - Onction . Il revint
un peu à luy , & la Femme
ayantà ſon tour perdu la parole
, il luy rendit le meſime de
164 MERCURE
voir de charité dans l'adminiſtration
de ce mefme Sacrement.
Ainfi l'on peut dire qu'il
n'y a jamais eu de Mariez qui
fe foient fi bien acquittez des
promeſſes qu'on ſe fait en ſe
mariant , de s'aſſiſter l'un l'autre
juſques au dernier ſoupir. La
Femme mourut le foir , & le
Mary dans la nuit , & on lesa
enterrez enſemble ..
Je vous ay mandé dans ma
Lettre d'Octobre ce qui s'eſt
paſſe le jour de S. Loüis a Perigueux.
On y fit le Panegyrique
du Roy avec celuy de ce Saint,
mais ce ne fut point le Pere
Voiſin Jefuite qui le prononça,
comme je vous l'ay écrit , on
m'affure que ce fut le Pere
Meynard , alii Jefuite ; &Pro
feffeurdel Humanité. C'eſt un
jeune homme fort eſtimé par
GALANT. 165
les talens de l'eſprit , & qui donne
dans ſa Compagnie de tres.
grandes efperances.
L'ajouſteray à ce que je vous
dit la
ay derniere fois des Pieces
nouvelles de Claveſſin ,
compoſées par Monfieur le Begue
Organiſte du Roy , qu'elles
ſe vendent preſentement
chez Monfieur Leſclop , Fai.
ſeur d'Orgues , ruë au Maire ,
proche Saint Nicolas des
Champs. Vos amies feront
peut - être bien -aiſes de l'apprendre
, parce qu'il les envoye
dans toutes les Villes-du
Royaume , où elles ne font pas
moins eſtimées par la facilité
qu'il y ade les apprendre , qu'à
cauſe de leur extrême beauté .
Enfin la nombreuſe Armée
avec laquelle les Othomans
avoient ouvert laCampagne ,
166 MERCURE
ſe trouve reduite à un nombre
demutins qui ne reconnoiſſent
plus les ordres de la Porte , &
qui deſolent le pays qu'ils devroient
defendre . Le peu d'experience
des Turcs dans le métierde
la Guerre , joint à leur
peu de valeur , a eſté cauſe de
Ieurruine. La terreur s'eſt miſe
parmy eux , ce qui a fait ouvrir
les portes des Villes ,& la crainte
du chaſtiment ayant fuccedé ,
elle a cauſé une desobeïſſance ,
& une eſpece de confederation
, par laquelle ces Troupes
mutinées , ont cru qu'elles pouvoient
éviter la punition dont
leur lâcheté les rendoit dignes.
Pendant ce temps-là les Imperiaux
ont profité de leur avan .
tage , & preſque toute l'Eſclavonic
s'eſt rendaë . Ie n'ay ny
Siegesny Combats à vous dé
GALANT. 167
crire , toutes les Places ayant
ouvert leurs portes aux Trou-
-pes victorieuſes. LaTranfilvanie
a fait la meſme choſe ; mais
avec cette difference , qu'on
en laiſſe la poſſeſſion à fonPrin .
ce , pourvû qu'il donne des
quartiers d'hiver aux Troupes
Imperiales , avecla ſubſiſtance
dont on eft convenu. Ainſielles
ſe trouveront preſtes d'entrer
de bonne heure en Campagne
l'année prochaine. La terreur
apaflé juſques à Conſtantino.
ple , & les peuples ayant commencé
à ſe ſoûlever , il eſt à
croire qu'ils cefferont bien toſt
d'obeirau Grand Seigneur , de
meſme que les Troupes ont
ceffe de reconnoiſtre les ordres
du Grand Vifir.
Ie vous envoye le plan de
Castelnovo,& je n'yjoins point
168 MERCURE
encore laRelationde ce Siege,
qui devoiteſtre dans ma Lettre
de ce mois . Ie l'attens de Malthe
, avecles noms de tous les
Chevaliers qui ont eſté tuez
ou bleſſez pendant cette Cam
pagne , ainſi que de ceux qui
ſe ſont ſignalez . La renommée
apporte d'abord avec une viteſſe
extraordinaire les premieres
nouvelles d'une grande
Expedition ; mais il faut beaucoup
de temps pour travailler
aux détails ;& pour les verifier ;
& quand ceux qui veulent
bien ſe donner ce ſoin ont
achevé , il n'est pas fi facile
deles envoyer. Il faut traverſer
des Mers , & l'on est quelquefois
deux mois entiers à
Veniſe ſans recevoir des nouvelles
du Generaliſſime Moroſini
qui en donneroit prefque
GALANT. 169
que tous les jours ſi elles pou.
voient venir par terre .Les dernieres
ont confirmé la priſe de
Miſitra,dontje vous parlay amplement
il y a deux mois,dans
une Relation particuliere , intitulée
, Défaites des Armées
Othomanes par les Armées Chre-
Stiennes en Hongrie&danslaMo
rée,avee la prise de pluſieurs Places.
Comme celle d'Athenes
vient de reconnoiſtre la puiffance
des Venitiens , je vais
vous en faire la deſcription,
ainſi que j'ay déja décrit Patras,
Lepante, Castel Tornese , Corinthe,
Acrocorinthe , & Mifitra , dans la
Relation dontje viens de vous
parler .
Athenes eſt aſſez proche du
Golfe d'Engia , qui fait partie
de la Mer Ionienne. Elle est
Metropolitaine de l'Attique , &
Novemb.1687 . H
10 MERCVRE
la plus ancienneVille de toute
la Grece. LeRoy Cecrops en
fut Fondateur Theſée l'agrandit
, & obligea les Habitans
de la Campagne à s'y érablir.
La Citadelle eſt élevée fur
un Roc vif , & inacceſſible de
toutes parts , excepté du coſté
de l'Occident , par lequel on
y entre. Vers le Levant & le
Midy les Murailles forment les
deux pans d'un quarré. Celles
des deux autres coſtez ne font
pas firegulieres , parce qu'on a
efté obligé de s'accommoder à
l'irregularité du Roc qui leur
fertde fondement. Elle à mille
deux cens pas de tour. on découvre
au bas de la colline les
veftiges dune muraille fort élevée
, qui en entouroit autrefois
le pied , & en rendoit l'abord
plus difficile.Cette Citadelle
GALANT.
171
eſt dans une diſtance égale de
- deux éminences , l'une vers
le Sud-Oueſt & le Muſeum , qui
eſt de la meſme hauteur que la
Citadelle , & n'en est qu'à une
portée de Canon. L'autre eſt le
Mont Achenius , où l'on ne peut
tranſporter l'Artillerie pourbattre
la Ville , ny la Citadelle à
cauſe que le chemin en eſt trop
rude & trop eſcarpés & que fur
le haut il n'y a point de terrein
uny , mais une ſeule pente.
C'eſtoit où l'on adoroit autrefois
la Statuë de Iupiter. La
Ville eſt au Septentrion de la
Citadelle qui la couvre entierement
du coſté de la Mer , de
forte que les Voyageurs ont
lieu de croire qu'il n'y a poine
d'autres Maiſons que celles de
la Citadelle. Cela eſt cauſe que
ceux qui n'ont pas eu la curio
H2
172
MERCURE
fité de mettre pied à terre , ſe
font imaginé que toute la grandeur
d'Athenes eſtoit renfer.
mée dans ce Château . La fituation
de la Ville eſt admirable
pour la ſeureté des Habitans,
parce que le climat y étant
fortchaud , elle ſe trouve heureuſement
expoſée au Septentrion
. On y voit encore un
grand nombre d'Antiquitez, du
nombre deſquelles fontleTemple
de la Victoire d'ordre Ionique
, dont les Tures ont fait un
Magaſin de poudres.
L'Arſenal de Licurgue , d'ordre
Dorique, qui ſert de Magafin
pour les Armées .
LeTemple de Minerve, auſſi
d'ordre Dorique , dont ces Infidelles
ontfait uneMoſquée.
La Lanterne de Demofthene
qui eft aujourd'huy l'Hofpice
des Capucins.
GALAN T.
173
La Tour Octogone des Vens,
dudeſſein d'Andronico Cirefte ,
raportée par Vitruve dans ſon
Livredel Architecture .
Le Temple de Theſée.
Les Fondemens- de l'Arcopage.
Il y a quatre Moſqueés dansla
Ville , & une dans le Chaſteau .
La Ville eſt diviſée en huit
quartiers . Elle avoit autrefois
dansſes dépendances cent foi
xante& quatorze Villages , qui
n'étoient pas moins grands
chacun que la Ville meſme.
Athenes à eſté l'Ecole de la
Guerre ,&de toutes les vertus,
& la Mere des Sciences ; &
comme cette Ville eſt fort ancienne,
ſans examiner le temps
de ſa fondation , & de ceux qui
l'ontbaſtie , on peut remarquer
en general que le Royaume des
H3
174 MERCVRE
Atheniens commença l'an du
monde 2496. & dura 487. ans
fous dix ſept Rois , dont le premier
fut Cecrops , & le dernier
Codrus . A ceux cy fuccederent
des Archontes ou Preteurs
perpetuels qui exerçoiét
leur Magiftrature tant qu'ils
vivoient , il y en eut treize. Le
premier fut Medon , Fils de
Codrus , & le treiziéme Alcmeon.
Depuis ce dernier , les
Archontes n'exercerent plus
leursCharges que pendant dix
ans. Ils fuccederent les uns aux
autres au nombre de ſeptjaprés
quoy ces meſmes Archontes
furent rendus annuels.Dracon,
qui l'eſtoit l'an 136.de Rome,
établit des Loix fi feveres pour
ſes Citoyens,que leur exceſſive
rigueur fit dire à l'Orateur Demades
, qu'elles avoient eſté
GALANT. 7'5
1
écrites avec du fang. Solon ,
Archonte apres luy , en fit de
plus douces qui établirent le
gouvernement populaire. Pifiſtrate
ayant ufurpé la ſouvel
raineté d'Athenes , Hippias &
Hipparque ſes Fils luy fucce .
derent durant quatorze ans . Le
1 dernier fut tué par une faction
oppoſée , &Hippiasquiſe vit
chaffe d'Athenes , appella les
Perſes . Ils perdirent la Bataille
de Marathon , & dixians aprés
ils furent encore défaits à la Bataille
Navale donnée prés de
l'ifle de Salamine . Ces avan
tages que les Atheniens remporterent
fur eux , nendirent
leur Republiquetres- Horiſſanı
te . Lyſander , General des
Lacedemoniens , prit Athene,
dansla Guerre du Peloponese,
& l'on y établit trente Tyrans
qui furent chaffez par Thra-
1
1
H4
176 MERCURE
en
fibule , & par quelques autres ,
Athenes fouffrit ſous Alexandre
leGrand , & fous quelquesuns
de fes Succeffeurs. Demetrius
luy rendit ſa liberté , &
piqué enſuite de l'affront que
luy firent les Atheniens ,
refuſant de le recevoir aprés la
perte de la Bataille d'Ipſus en
Phrygie , il affiegea leur Ville,
& un an aprés l'avoir inveſtie ,
itla prit fur Lachares Athenien
, qui s'en eſtoit rendu le
Tyran. Aprés cela elle ſecoña
le joug des Macedoniens , &
ſubſiſta encore avec gloire par
la protection des Romains.Sylla
laprit ſur unde ſes Citoyens
nommé Ariſtion,qui s'en eſtoit
auſſi rendu le Tyran, & labandonna
au pillage . Malgré fon
malheur , la reputation qu'elle
avoit pour les Sciences , y atGALANT
.
177
1
0
tira encore les Doctes , & le
concours de ceux qui y vinrent,
fut ce qui la rétablit. Elle
ſe declara pour Pompée , & Cefar
qui eſtoit en droit de l'en
punir , après avoir gagné la
Bataille de Pharſale , luy pardonna
en prononçant ces paro
les fi celebres dans l'Histoire .
Que les Atheniens meritoient de
reffentir les effets defonindignation
, mais qu'en confideration du
merite des Morts , il faifoit grace
aux Vivans. Auguſte , &les
Empereurs ſuivans , eurent de
grands égards pour Athenes ,
qui fut priſe par les Scythes
ſous le regne de Galien, Cleodeme
d'Athenes , & Athenée
de Biſance ,les en chafferent.
L'Empereur Iuſtin tâcha de
la rétablirdans le ſiximé fiecle,
& depuis ce temps là, l'Histoire
Η
178 MERCURE
n'en dit preſque rien pendant
ſept, cens ans. Baudoüin IX.
du nom , Comte de Flandre ,
ayant eſté couronné Empereur
de Conftantinopleen 1204. les
Croiſez qui avoient eu part à
la priſe de cette Ville , diviſerent
les Eſtats des Grecs entre
cux , & Geoffroy de Villehardoüin
eut Athenes & l'Achaïe.
Baudoüin afliegea Athenes inutilement
en ce temps là c
Boniface l'emporta peu de
temps aprés . Depuis , le Duché
d'Athenes paſſa dans la
Maiſon de la Roche , Guillau
mede la Roche,Duc d'Athenes,
& Sire de Thebes , eſtant mort
vers l'an 100 fa Fille ou fa
Soeur porta ce Duche à Hugues
de Brienne , Comte de Brienne
& de Liches . De ce mariage
3
GALANT 179
L
vintGautier V. Pere de Gantier
V I. Comte de Brienne &
de Liches , Duc d'Athenes &
Conneſtable de France tué
en la Bataille de Poitiers , en
1356. ſansavoir laiſſe de poſterité.
Cependant les Arragonnois
ufurperentle Duché d'A
thenes; & aprés diverſes revolutions
, Rainier Acciaoli de
Florence , s'en rendit Maiſtre
&le ceda aux Venitiens. An
coine ,Bastard de Rainier s'y
rétablit & c'eſt fur fon Suc
ceſſeur que le redoutable Ma
homet II. Empereur des Turcs,
prit Athenes en 1455. Elle est
une desdeux eens Villes que
ce Sultan enleva aux Chret
tiens. Depuis ce temps là, elle
eſtoit toujours demeurée au
pouvoir des Infidelles ? Vector
Capella Tavoit furpriſe en
H 6
180 MERCURE
1464. mais comme il ne put
emporter le Chaſteau , il fut
contraintd'abandonner ſa Conqueſte.
Le lendemain de la Saint
Martin , on fit l'ouverture du
Parlement en la maniere acсоûtumée
. La Meſſe fut celebrée
dans la Grand Salle du Palais
par Monfieur l'Eveſque de
Xaintes , & chantée par pluſieurs
Choeurs de Muſique.
Tout le Parlement s'y trouva
en Corps , & enRobes rouges,
&cette Ceremonie eſtantachevée,
il ſe renditdans la Grand'-
Chambre avec l'Evêque qui
avoit officié . Ce Prelat leur fit
unCompliment,& fit en meſme
temps l'Eloge de la Justice.Ildit
qu'elleétoit le coeur le bras,& l'Esprit
deDieu , & s'eſtendit fort fur ces
trois points. Il alla enſuire dif
GALANT. 181
ner chez Monfieur le Premier
Preſident. Les Conviez s'y
trouverent en grand nombre ,
& le Repas fut fort magnifique .
Depuis ce jour juſques au premier
Lundy d'une ſemaine
fans Feſte , le Parlementn'entre
point , ce qui s'eſtant rencontré
leLundy 24. de ce mois , les
Audiences recommencerent .
Ce jour-là eſt appellé Iour des
Harangues,parce que Monfieur
lePremier Preſident , & Meffleurs
les Avocats Generaux en!
font chacun une. L'Aſſemblée
y eſt toûjours fort nombreuſe ,
&cela vient de ce quela plupart
de Meſſieursles Ducs &
Pairs , qui ont tous Seance au
Parlement , y font attirez par
le plaiſir qu'ils font ſeurs de recevoir
de ces Harangues. H
s'y trouve auffi beaucoup de
182 MERCURE
perſonnes de qualité ; & l'affluence
du Peuple du premier
ordre yoeſt toûjours grande.
Quoy que toutes les fois que
Monfieur l'Avocat General
Talon a parlé il ait toûjours
charmé fon Auditoire , on dic
qu'il s'eſt attiré cette année
des applaudiſſemens extraordi
naires. Il a fait l'Eloge de la
Moderation , ce qui luy a donné
lieu d'entrer dans les diffe
rens états de la vie ,où elle eft
leplus neceffaire , &de parler
enfuite de ceux qui l'ont fait
paroiſtre dans le plus haut degré.
Vous jugez bien qu'il pric
occafionde s'étendre fur laModeration
du Roy. La matiere
eſtoit ample & belle , & l'on ne
doit pas s'étonner qu'eſtant
traitée par un fi grand Orateur
avecune éloquence admirable,
4
GALANTM 183
le bruit s'en foit répandu lejour
meſme dans tout Paris .
Je vous ay ſouvent parlé de
Madame de Venelle , Sous
Gouvernante de Monſeigneur
le Duc de Bourgogne , & je
vous apprens aujourd'huy fa
mort , arrivée aprés une mala
die de peu de jours. Elle avoir
eſté Gouvernante des Nieces
de feu Monfieur le Cardinal
Mazarin. le ne vous dis rient
de fon meriteny de ſavvertu
quand on eft choisi pour l'inf
pirer aux autres , on doit en
avoir beaucoupo 3
-On a commencé a jonënicy
un Opera nouveau , intitulét
Achille&Polixene. L'ouverture,
&le premierActe font dela com-1
pofition de feu Monfieur de
Lully,&c'eſt le dernier Quyrage
de Muſique qu'il ait fair
184 MERCURE
avant ſa mort. Le Prologue &
les quatre derniers Actes ont
eſté compoſez par Monfieur
Colaſſe , l'un des quatre Maitres
de Muſique de la Chapelle
du Roy , & Eleve du même
Monfieur de Lully. La Piece eſt
de Monfieur Capiſtron , qui a
fait l'Opera d' Acis&de Galatée ,
& l'Idille qui fut chanté à Anet
pour le divertiſſement de Monſeigneur
le Dauphin , &que je
vous envoyay il y a quelques
mois. Quoyque MonfieurCapiſtron
ait fait beaucoup d'autresOuvrages
confiderables ,je ,
ne vous nomme que ces deuxlà,
parce que s'agiſſant icyd'opera,
jedois vous le faire connoiſtre
par les Piecesde fa façon
, qui onteſté mises enMufique.
Je vous envoye ce dernier
Opera imprimé, & comme
GALANT. 185
vous en pourrez juger par
vous-meſme en le lifant,je n'ay
rien à vous en dire. Je l'ay
écouté avec grande attention ,
& fi je vous expliquois ce que
j'en penſe , il ſembleroit que je
voudrois prévenir les ſentimens
de ceux qui liſent mes
Lettres , & empeſcher que l'on
n'en jugeaſt autrement que
moy , il y auroit trop de vanité
à cela . I'ay ſujet de me défier de
mes lumières ,& fuis fort perſuadé
qu'il y a beaucoup de
gens plus éclairez que je ne le
fuis. Quant à la Muſique , &
au ſpectacle que vous ne pouvez
entendre ny voir , il faut
vous en dire davantage. Neanmoins
je parleray peu de la
Muſique , parce qu'elle n'a pas
un point fixe de bonté comme
beaucoup d'autres choſes. Le
286 MERCURE
dernier de ceux qui travaillent
en Muſique , compoſe ſouvent
felon les regles ainſique le plus
habile , & c'eſt ce qui eſt prefque
general dans toutes fortes,
d'Arts. Cependant il nes'enfuit
point que leurs Ouvrages.
foient également beaux. Tous
les hommes ſont compoſez des
meſmes parties , & quoy que
chacun ait tout ce qui eſt ne .
ceffaire pour former le corps
humain, on ne sçauroit dire
que tous les hommes foient
d'une égale beauté. On trouve
des traits plus reguliers dans les
uns que dans les autres ; illya
des beautez,blondes ; & des
beantez brunes; il yenade vives&
delanguiſſantes ,& parmy
tout cela il ſe rencontre
toûjours un certain je ne fçay
quoy qui frape dans celles qui
GALANT. 187
font les moins parfaites . Toutes
ces differentes beautez font
aimées ſelon le gouſt de ceux
qui les voyent. Il en eſt de meſme
à l'égard de la Muſique.
L'un veut du vif, l'autre veut
du languiſſant , l'un veut rire ,
l'autre veut pleurer , & cela eſt
cauſe que chacun juge de la
beauté d'un Ouvrage de Muſique
ſelon que cet Ouvrage eſt
conforme à ſon gouft. Ainfi
quoy que je puſſe dire de la
Muſique de Monfieur Colafſe
, ce que j'en dirois ne ſeroit
pas generalement receu ,
& un particulier ne doit jat
mais donner ſon ſentiment pour
regle ſur une choſe dont on peut
juger fi differemment. le puis
dire pourtant à l'avantage de
Monfieur Colaffe,qu'il eſt pref
que impoſſible qu'un homme
188 MERCVRE
qu'on a trouvéafſſez habile pour
remplir une des quatres place de
Maiſtre de Muſique dela Chapelle
du Roy , & qui a demeuré
pendant pluſieurs années avec
le fameux M.de Lully , n'ait pas
beaucoup de ſesmanieres ,& ne
faſſe pas de belles choſes. Auſſi
je vous diray , qu'il y en a dans
fon Opera , & qu'elles ont eſté
applaudies des Connoiffeurs .
Le reſte du ſpectacle eſt de
Monfieur Berrin , dont je vous
ay tres ſouvent parlé. Pluſieurs
Opera, les Carrousels , les Illuminations
de Versailles , la
Feſte de Seaux , & mille autres
choſes de cette nature , luy ont
acquis tant de réputationlà.
deſſus , & l'ont rendu ſi habile ,
qu'il ne fait rien qui ne ſoit d'un
tres bon gouft .C'eſt ce que l'on
a trouvédans les habits de l'aGALANT.
189
1
pera d'Achille & de Polixene , qui
ont receu un applaudiſſement
univerſel . Ils ont paru fort riches
, tres -bien entendus , &
ſuivant le caractere des Perſonnages
.
le reçois preſentement une
Liſtes des Chevaliers de Malthe
qui onteſté tuez ou bleſſez
au Siege de Castelnovo , &
jevous l'envoye ſans avoir le
temps de vous en rien dire davantage.
LE IOUR DU DEBAR QUE MENT
3. Septembre à Castelnovo
en Dalmatie.
Monfieur de la Brillane , mort
de ſes bleſſures . Provence.
Monfieur Richebourg , mort
France .
Monfieur Barrin,mort. France,
190 MERCURE
Monfieur Loumieres , bleffe
d'un coup de Moufquet au
bras . Provence.
Monfieur Belaceüil , bleſſé
d'un coup de moufquet à l'efpaule.
Auvergne.
Monfieur Carraffe , bleſſe à la
jambe. Italie.
LE 4. SEPTEMBRE.
د
Monfieur Ventury bleffe
d'un coup de Canon au talon.
Italie.
LE 8. A LA PRISE DV
Pofte prés du Chasteau .
Dom Bernardino Noira ,
mort .
Monfieur Caſtellane
Italic. :
Espagne.
, mort .
•Monfieur Bourguery , more.
Italie.
GALANT.. 191
Dom Jofeph Dolx , mort.
Espagne.
Monfieur Seſeval mort.
ر
France.
Monfieur Seires , bleſſé à la
teſte . Provence.
Monfieur Lusignan bleffé
د
aux coſtes . France.
Dom Tiburfio Dolx , bleſſé
à la cuiffe . Espagne.
Monfieur Javon, bleſſe àl'oeil.
Provence .
Monfieur Roquefpine, bleffé
à la jambe . France.
Monficur Carnerala , bleſſé
à la teſte . Italie.
Monfieur Sarraciny, bleſſeau
vifage. Italie.
Monfieur Marcelane , bleſſé
à l'épaule. Italie.
Monfieur Gramont , bleſſé à
la teſte.i Auvergne.
Monfieur Duché S. Tulien,
lebras caffé. Auvergne .
192 MERCURE
Monfieur Medecy , bleffé à
la main . Italie.
Monfieur Vicarij , bleſſé au
bras . Italic.
MonfieurFalconcery , bleffé
à la cuiffe. Italie.
LE 19. A LA TRANCHE.
de ſes bleſſures .
Monfieur Zondodari , mort
Le 28.àl'Affaut.
Dom Emanüel Bru , mort ,
Icalie.
Espagne.
Monfieur Cloſpac , bleſſe de
deux coups de mouſquet.
Allemagne.
Monfieur Chenau bleffé de
deux coups . Allemagne.
Monfieur du Terrail , bleſſe
au corps. Auvergne.
Mon
GALANT . 193
MonfieurGlandenez , bleſſe
àl'eſpaule.
Provence.
Monfieur la Varenne , bleſſé
àla tefte .
: A
Auvergne.
Monfieur d'Ocquincourt ,
bleſſé au ventre legerement.
France.
Parmy les Chevaliers que
je vous nommay dans ma
Lettre de Iuin , lorsque je vous
parlay de leur départ , j'employay
dans la Lifte Monfieur
le Chevalier de la Heraine ,
au lieu de Leſcheraine. Il eſt
aiſe de ſe tromper à des noms
propres que l'on neglige fouventde
bien écrire. Ce Chevalier
eft Fils de Monfieur le
Marquis de Lefcheraine, Commandanten
Savoye.
Le Pape a diftribué tous les
Novemb . 1687. I
194
MERCURE
Benefices vacants aux Cardinaux
de la derniere Promotion
, & Monfieur le Cardinal
Ranuzzy, Nonce en France,
a eu l'Archeveſche de -Bologne
, lieu de ſa naiſſance , qui
vaut quarante- cing mille livres
de rente . Cela marque la fatisfaction
que Sa Sainteté à receuë
de ſa conduite. Comme il
eſt extremement eſtimé icy ,
chacun s'empreſſe à luy faire
compliment.
Le 9. de ce mois Monfieur
J'Archeveſque de Sens avoit
deux Cloches à l'Hôpital
Royal de la Charité d'Avon,
lez - Fontainebleau. Monfeigneur
leDauphina eſté le Parrain
de l'une , & Madame la
Dauphine la Marraine. Ils vifiterent
enfuite les pauvres S
GALANT.
195
Malades à chacun deſquels ils
firent diſtribuer deux Loüis
d'or . Madame la Ducheſſe fut
la Marraine de la ſeconde
Cloche , & Monfieur le Duc
du Maine , le Parrain .
Les Algeriens qui ont eſté
juſqu'icy redoutables à toutes
les Nations ſur leſquelles
ils peuvent pirater , ſont dans
une crainte , & dans une furpriſe
où ils ne ſe ſont jamais
vûs , puis qu'il n'ya quetres .
peu de temps qu'ils n'avoient
point encore de nouvelles
des vingt- fix Vaiſſeaux qu'ils
ont en Mer. Leur déſolation
aura eſté grande , quand ils
auront appris que les Vaifſeaux
du Roy en ont pris
prés de la moitié ce qui eſt
pour eux une perte fi confi
12
196 MERCURE '
derable , qu'il eſt impoffibile
qu'ils s'en relevent que par
une longue fuite d'années de
Paix avec la France. Ce dernier
Vaiſſeau que Mr d'Anfreville
leur a pris ſe nomme
le Rofier. Il eſtoit armé de qua.
rante pieces de Canon. Monfieur
d'Anfreville le découvrit
furle Cap de Corſe fort prés
de terre , & ayant apprehendé
de le faire échouër , il feignit
de fuir à force de Voiles ,
laiſſant toûjours un cable
dans la Mer. L'Algerien le
crut Levantin , & il luy donna
la chaffe , mais lors qu'il
T'eut reconnu , il tacha de fe
fauver. Ce fut inutilement , il
eſtoit trop prés. Monfieur
d'Anfreville l'approcha , le canonna
, le démata , & s'en
1
GALANT. 197
rendit Maiſtre. Le Commandant
de ce Vaiſſeau eſtoit un
Renegat Flamand qui s'eſtconverty.
Ainsi , outre l'avantage
que leRoy remporte fur les Ennemis
, il a encore la fatisfaction
de rendre des Ames à
Dieu.
Un Vaiſſeau Marchandnommé
le Belifani , qui revenoit
d'Alexandrie en Egypte , &
qui eſtoit tres - richement chargé,
s'eſt deffendu contre un gros
Vaiſſeau d'Alger , & aprés l'avoir
fort maltraité il eſtarrivé
à bon Port.
Ceux qui ont expliqué la
premiere Enigme du dernier
mois fur l'eau de la Reyne deHongrie
qui en eſtoit le vray mot ,
font Meſſieurs Bouchet, ancien
Curé de Nogent le Roy ; Ma-
:
13
198 MERCURE
,
riel , Maiſtre à chanter àCaën ;
le Fiſcal du Pays Boutois;le plus
jeune Commis au Greffe Criminel
du Parlement; l'Homme
àTefprit droit , de la ruë de
'Arbrefec ; Tircis , fiecle d'amour
; Mademoiselle Viole
de la ruë Beaubourg; la Dame
Franco Batave , à l'Anagrame ,
Pure image de vertu ; La Déeſſe
Loüife Lucie de Surinam ; l'aimable
Darite , de la vieille ruë
du Temple ; la belle Marguerite,
de la ruë de Jouy ; faimable
Lolotte de Picardie , la Carpe
de la Riviere du Cher.
La ſeconde, dont le mot étoit
la Fraise , a eſté expliqué par
Monfieur du Val de l'Hermine
, cy-devant Gentilhomme
ordinaire de la Maiſon de Monſieur
; Tamiriſte , de la ruë de la
1
GALANT.
199
Cerifaye ; & le Conquerant
fans bruit.
Monfieur Hutuge d'Orleans
demeurant à Mets , & le Fidelle
Fanchon & fa belle Comme.
re , ont expliqué l'une & l'autre
dans leur vray fens . :
Je vous en envoye deux
nouvelle. L'Autheur de la pra -
miere n'a voulu ſe faire connoiſtre
que par le nom de la
Carpe de Riviere du Char. La
ſeconde eſt de Monfieur Digeondela
Fontaine des Blancs-
Manteaux.
ENIGME.
D'vn affemblage heureux plus
rare qu'onne penfe
l'ay toûjours tiré ma naiſſance;
Les Elemensen onteſtè de part :
14
200 MERCURE
Ou Souvent du Soleil la chaleur la
plusforse,
Mais du Sage Ouvrier menagée
avec art,
M'a donné'le corps que je porte.
Ceux quifont plus d'estat de laſincerité
,
N'aiment pas mafimplicité ,
Carmoinsj'en ay , plus on dit que
j'éclate.
Mais aux gens moinsfardez je puis
ledifputer ;
Car enparlant aux Roisſi quelquefois
je flate ,
Ien'aypas deffein deflater.
Du fond d'un antre obfcur où jefais
ma demeure ,
Le Sçavant me tire à toute
beure ,
Et me contraint d'obeir,àses loix..
GALANT. 201

Sans chagrin j'obeis , car ce qui me
console ,
B'est que fans avoir eu l'usage de la
υοίχ ,
Ilm'inspire de la parole.
Instrument innocent de cent millo
procés ,
L'enfais connoisſtre le fuccès ,
Sans avoir pu connoistre la jus
ftice.
Ie coucheſur un champ auſſi blanc
que du lait ,
C'est là que quelquefois par un noir
artifice
I
Le défait celuy qui m'a fait,
AUTRE ENIGME .
E fuis un arbre painfur qui
nefecueille ,
rien
Qui porte mes ramaux toûjours de
baurenbass
202 MERCURE
En tout temps dépoüill&&defruit
&de feüille ,
Auffi d'un tronc aride ils fortent en
untas.
Iefuis utileà tous , écoutez mon
usage ;
L'entre &fors tous les jours de la
chambredu Roy ,
Chaſſant tous lesobiets qui bouchent
mon paſſage ,
Etfais qu'onpeutdanferproprement
aprés moy.
Sans moy le petit peuple aimantpeu
tafageſſe ,
Oublieroit fon devoir , & l'auroit
negligė ;
Cinsi dans tout estat, mesme dans
la vieill ffé ,
Chacun doit à mes foinsse tenir
obligé.
Voicy un ſecond Air nou-
4
GALANT.
203
:
ة
L
veau , qui ne vous plaira pas
moins que le premier , qui a
eſté misau commencement de
cette Lettre .
AIR NOUVEAU.
A
:
Imer uneBeautéfevere
Sans espoirde guerirson amoureux
tourment ,
C'est le vray caractere
D'unmalheureux Amant .
Ab , s'il faut que l'Amour nous
entraisne!
S'il faut brûler ,s'ilfaut languir,
Du moins choiſiffons une chaifne
Qut traiſne aprésſoy le plaisir.
2
Ie ne puis fermer ma Lettre
ſans vous parler encore une
16
204 MERCURE
fois des affaires des Turcs. Ils .
onttres -mai défendu Athenes
dont je vous ay déja parlé, ſans
vous rien dire de ce qui s'eſt
paſſe à la priſe de cette Place...
Auſſi n'ya.t- il guere de détail à
en faire , puis qu'il n'a prefque
pas eſte beſoin d'un Siege.
dans les formes , & qu'elle s'eſt
renduë preſque auſſi- tôt qu'elle
a vû l'Armée Venitienne devant
ſes portes. La Garniſon
qui estoit des plus nombreuſes
, s'eſtant retireé dans le
Chaſteau , fit paroiſtre une
tres- forte reſolution de ſe défendre
. Cependant les Bombes
ayant mis le feu dans le Magazin
du Chaſteau , elle perdit
tout à coup la fermeté
qu'elle avoit montrée , & fe
rendit , à condition, que cha-
, 3
GALANT.
205
que Soldat emporteroit tout
ce qu'il pourroit porter. Elle
fut conduite à Smirne , avec
les Turcs naturels habituez
dans le païs ; mais il en reſta
plus de fix cens qui demanderent
à ſe faire Chreftiens ,
cequi eſt un tres - grand-avan .
tage pour la Religion ,&
doit faire benir les armes des
Venitiens . Il ſemble que les
Othomans foient inſenſibles
àces pertes , & qu'ils ne foient
touchez que de celles qu'ils
font enHongrie. Ils ſe flatent
qu'il leur ſera aiſe de reprendre
ce que les Venittens ont
conquis ; mais ils diſent qu'ils
aurontde la peine à faire la mefme
choſe en Hongrie . Il eſt
conſtantque leGrand Seigneury
s'eſt retiré de Conſtantinople...
On le croit à Burſe , mais on
+
206 MERCURE
n'en a pas une entiere ſeureté.
On dit que le Bacha Oſman qui
commande les Troupes mutinées
qu'on fait monter à
dix ou douze mille hommes ,
marche vers Conſtantinople
pour demander la tefte du
Grand Seigneur , & du Grand
Vifir ,& qu'il deſole tous les
lieux par où il paſſe , ce qui
ruinera beaucoup. le Pays ,
& l'empefchera de fournir des
vivres pour la Campagne prochaine
. L'Aga des Janiſſaires
eſtplusen deçà , & commande
le peu de Troupes qui reſtent ,
mais la foibleffe ,& la terreur
de ces Troupes , le manque de
toutes choſes depuis la bataille
de Harfajles Seditions de Conſtantinople.
qui les privent de
tout fecours , & mefme d'ordres
pour ce qu'elles ont àfaire , les
GALANT.
207
-
rendent non ſeulement inutiles
, mais y caufent une telle
defertion,qu'il vaudroit mieux
qu'elles ne fuſſent point en
Corps , parce que les Deferteurs
portent l'effroy dans tout
l'Empire Othoman, ce qui peut
eſtre cauſe de ſon entiere ruine
. On affeure que le Grand
- Seigneur n'a point trouvé
d'autre expedient pour avoir
- des Troupes capables de le
deffendre contre les Mutins ,
que de faire revenir celles qui
s'oppofent aux Polonois , &
de demander du ſecours aux
Tartares. L'Empereur s'eſt
prudemment ſervyd'un temps
ſi favorable pour faire couronner
l'Archiduc fon Fils Roy de
Hongrie. le vous parleray le
mois prochain de tout ce qui
ſe ſera paffé dans cette cere208
MERCURE

monie. Il ſembleque les affaires
des Othomans ne ſoient dans
lemauvais eſtat que je viens
de vous marquer , que pour
donner de la gloire au Comte
de Tekely ,& pour faire parler
de luy . Il ne perd point cou--
rage ,& s'il eſtoit dans un bon
party on ne pourroitluy refu
fer de l'eſtime. Il fait luy ſeul
plus que tout l'Empire Othor
man, ſa tefte & fon bras agiffent
toujours ; il continue d'avoir
des intrigues en Hongrie, & il
ofe paroſtre avec un Corps
de Troupes , pour tenter le
fecours des Places quien au--
ront le plus de beſoin.
-On parle d'un mariage qui
fera peut eſtre fait avant que
vous receviez ma Lettre.Monſieur
le Comte de Tonnerre ,
premier Gentilhomme de la
4
GALANT.
209
Chambre de Monfieur , doit
épouſer Mademoiselle de Manevilette
, Fille de feu Monſieur
de Manevilette , Secretaire
des Commandemens de:
Son Alteſſe Royale. Elle eſt belle
, bien faite , & elle a beaucoup
de bien. Avec tant d'avantages
de la nature & de la
fortune , il n'yaperſonne à qui
l'on ne puiſſe plaire..Monfieur
le Comte de Tonnerre eſt d'une
tres -grande naiſſance.. Je vous
ay ſi ſouvent parlé à fond de fa
Maiſon , que je ne vous en diray
rien aujourd'hny. Il eſt magnifique
& galant ; il a de la
vivacité , del'eſprit& du coeur.
Tout cela est fort connu , & il
n'eſt pas besoin d'en donnerde
preuves pour le faire croire ...
Toutes ſes actions le marquent
rous les jours &fon courage a
210 MERCURE
paru dans les dernieres Campagnes
qu'il a faites , où il a
eſté bleſſe en s'expoſant aux
perils les plus évidents .
Puis que l'Article de Moli-'
nos , dans ma derniere Lettre,
vous a paru curienx , j'eſpere
vous envoyer dans celle du
mois prochain , une exacte &
veritable Ralation de fon Procés
. Vous aurez avant ce temps
la Comedie du Chevalier à la
Mode , qu'on m'aſſeure devoir
eſtre debitée vers le cinq ou
fixième de Decembre . Plus on
voit cette Piece, plus on la veut
voir. Elle a eſté joüée à Verfailles
deux fois en huit iours
& l'onparle de l'y repreſenter
une troifiéme fois. Il ne faut
point d'autre marque de la bonté
d'un Ouvrage , puisqu'il eſt
certain que la Coura un cer-
>
GALANT. 211
tain bon gouft qui ne ſe trouve
point ailleurs , non pas mesme
parmy les Perſonnes qui ont
le plus de ſçavoir & le plus d'efprit.
le fuis ,Madame , voſtre ,
&c.
AParis, ce 30. Novembre 1687 .
T'ay oubliéde marquer qu'on s'est
trompe en mettant dans le dernier
Mercure que Monfieur de la Berthiere
estoit Precepteurde Monsieur
Le Ducde Chartres ; il est Sous Gouverneur
de ce jeune Prince,
DELA
LYONE
*/mo
Extrait du Privilege du Roy.
P Grace & Privilege du Roy , donné à
Chavillele18. Juillet 1683:Signe,Par
la
le Roy en ſon Conſeil lunquIERESA Il eſt
permis à 1. D. Ecuyer , Sieur de Vizé de
faire imprimer tous les Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , conten ant
pluſieurs Pieces , Relations, HiſtoiresAvantures
, & autres-Ouvrages hiſtoriques , curieux
& galans › pour la fatisfaction de
nôtre cher & tres amé Fils LE DAUPHIN,
pendant le temps & Eſpace de dix années
à compter du jour que chacun deſdits
Volumes ſera achevé d'imprimer
primerpour
premiere fois: Comme aufli défenſes ſont
faites à tous Libraires , Imprimeurs Graveurs
& autres , d'imprimer graver &debiter
ledit Livre ſans le confentement de
l'Expoſant,ny d'en extraire aucune Piece, ny
Planches fervant à l'ornement dudit Livre
meſme d'en vendre ſeparement,& de donner
à lire ledit Livre ; le tout à peine de fix
mille livres d'amende contre chacun des
contrevenans , & confiſcation des Exemplaires
, contrefaits ; ainſi que plus au long
l'eſt porté audit Privilege.
Registréfur leLivre de la Communauté le 14
Septembre 1683 .
Signé ANGOT , Syndic.
Et ledit Sicur I. D. Ecuyer , Sieur de
Vizé à cedé & tranſporté fon droit de
Privilege à Thomas Amaury , Libraire à
Lyon , pour en joüit , ſuivant l'accord fait
eatre'cux...
&
1
Avis pour placerles Figures.
L
'Air qui commence par ,
J'aimois Iris, je l'aimois tendrement
, doit regarder la page 70
Le Plan de Castelnovo , doit
regarder la page . 157
La Chanſon qui commence
par, AimeruneBeautéfevere, doit
regarder la page 205
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le