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1687, 10 (Lyon)
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Texte
Claudius
Francifcus
Meneſtrier
So- cietatis JESU Bibliothecam
Collemunere
locupletavit
.
gii Lugdunenfis
SS .Trinitatis pio hoc
807156
MERCURE
AR
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
OCTOBRE
Colleg. Lugd. IS. Trinit
fair JejuCat. Inc.
THER
A LYON
Chez THOMAS AMAUERY fue
Merciere , au Mercure Galant.
M. DC. LXXXVII.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
D
Avis pour placer les Figures..
Lpla
'Air qui commence par , La
laifirde yous torreſt unplaiste
extrême,doit regarder la pag. 84.
La Médaille qui repreſentele .
PrinceCharles de Lorraine doit
regarder la page 166 .
L'Air qui commence par ,
Non,vous ne m'aimezplus ,Bergere
doit regarder la page 250 ..
Le Libraire au Lecteur .
Cam
Omme l'on ne parle par tout que
de l'Operade Mrsle Guay & la
Croix, quiſe devoit representer à Lyon ,
le 15. de ce Mois. Ils font en état de le
faire, mais pour mettre cette premiere
repreſentation dans ſa derniere perfe
Etion ce neſera qu'au commencement de
Decembre. Je ne doute pas fur ce que
l'on vous en a mandéque vous n'y veniez
avec vos amis en grands nombres
vous devez croire par des connoiffeurs
qui en ont vû quelques Fragmens qui
disent qu'il ne se peut rien voir de plus
juste &de mieux executé.
L'on distribuërafans faute le Journal
des Sçavans aprés la S. Martin.
LIVRES NOUVEAUX
du Mois d'Octobre 1687 ..
Iaionarium novum Latino Gal-
Diciona D. Societatis
; 1
Jeſus , à l'uſage de Monſeigneur le Duc
de Bourgogne , in 4. 8. livres.
Le Droit de la Guerre & de la Paix ,
parMr Grotius diviſé en trois Livres ,
ou il explique le Droit de nature , le
Droit des gens , & les principaux
Points du Droit public , ou qui concerne
le Gouvernement public d'un Etat ,
traduit du Latin en François, par Mr de
Courtin , 2. v. 4. 12. liv.
Recueil Hiſtorique de la Vie & des
Ouvrages desplus celebres Architectes,
parM. Felibien , in 4. 4. liv.
Reciieil de pluſieurs pieces d'Eloquen-
&de Poëfie preſentées à l'Academie
Françoife,pour les prix de 1687. avec
les Difcours prononcés le même jour ,
in 12. 25.f.
Relation de l'Inquifition de Goa , 12 .
2२०0.. f.
Diſcours prononcez à la preſentation
des Lettres de provifion de Meſſire
Michelle Tellier en l'Office de Chancelier
de France au Parlement le 20.
Janvier, & à la Cour des Aydes, le 18.
Mais 1678. par M. Pageau Avocat au
Parlement, 12. 15.f.
MERCURE
GALANT
OCTOBRE
10 .
LYON
1893
4
E fuis bien- aiſe , Ma-
I dame , de pouvoir fatisfaire
voſtre curiofité
, & vous faire
trouveren meſme temps l'Eloge
du Roy au commencement
de cette Lettre . Ce que je vous
ay dit dans ma derniére , du
Panegyrique de ce Prince qui
fut prononcé le jour de la Feſto
Octobre 1687. A
2 MERCURE
reux
de Saint Loüis , dans l'Egliſe
Cathedrale de ſaint Pierre de
Poitiers , au ſuiet de la Statuë
qui lui a été élevée dans la Place
Royale de la méme Ville ,
vous a fait naiſtre l'envie de le
voir & je fuis affez heu-
د pour vous le pouvoir
envoyer entier. Il eſt du
Pere Chefnon Jefuite, Docteur
& Profeffeur en Theologie.
Vous ſçavez le zele extraordinaire
que cette ſçavante
Compagnie marque en tous
lieux pour le Roy , & que cet
illuftre Corps n'eſt compoſé
que de perſonnes d'un mérite
diftingué. En effet on peut
dire , que ſi l'on ne peut ſe difponſerde
faire preuve de Nobleſſe
pour rentrer dans de
certaines Communautez ; il
fautpour étre receu dans celle
GALANT. 3
là avoir autantd'eſprit , que ſi
l'on étoit obligé d'en faire des
preuves , & je puis meſme
ajoûter que l'on en fait , quoy
que les Statuts ne le portent
pas. Vous vous ſouvenez que
je vous ay déja dit que le Pére
Cheſnon avoit pris pourtexte
de cet excellent Panegyrique,
ces paroles de S. Mathieu ,
qui avoient un entier raport
àſon ſujet. Dequiest cette Image?
Ils repondirent de Cefar. Alors il
leur dit , Rendezdonc à Cesar ce
qui est à Cesar &à Dieu ce qui eft
à Dieu. Voicy de quelle maniere
il continua .
Il faut , Meſſieurs , ſe teniraux
bornes que nostre Evangile nous pref.
crit , & quelque honneur qu'on donne
au plus grand des Rois , ilnefaut
pas le confondre avec ce culte fingu.
Lier qu'on ne doit qu'à Dieu ſeul.
A 2
4 MERCURE
LOUIS LE GRAND regnesur toute
la terre par la force de ſes Exemples
& par les influences de ſa Sageſſe,
mais il n'est pas immense. La Hol
lande , la Flandre , l'Espagne , l'Ita
lie , l'Allemagne , toute l'Europe
tremble au ſeul bruit de fon nom,
mais il n'est pas tout puiſſant . Il eft
digne de l'immortalité , & merite
de vivre toûjours dans la memoire
deshommes , il n'est pas éternel. Il
est Grand , mais c'eſt de vous , Ômon
Dieu , qu'il tient sa grandeur , & il
Se fait bien plus d'honneur d'estre
voſtre Sujet , que d'estrenoſtre Maiſtre
. Ce n'est donc pas , Seigneur, pour
vous ravir cettegloire que vous ne
cédez àperſonne , que nous érigeonS
aujourd'huy une Statue à l' Auguste
Monarque que vous nous avez don
ne ; mais c'est au contraire pourre
connoistre la grace que vous noUS
avezfaite de nous foumettre à luy,
-
GALANT.
&puis que c'est par une mesme loy
que vous nous commandez de vous
craindre & d'honorerle Roy ,ceſevoit
manquer , de vous rendre ce
qu'on vous doit , fi nous ne luy rendions
pas ce que nous luy devons.
C'est pourquoy , Meſſicurs , neprenons
point d'ombrage de la celebrité
de ce jour. Que rien ne trouble la
joye de ce Triomphe , & afſuronsnous
que le Cielapprouve encore plus
quenousnefaiſons ; le defſſein d'une
pompe si raisonnable &fi juste. Fe
contribueray de ma part à cette
Feſte , en vous proposant les motifs
qui font les plus propres àvous in-
Spirer lessentimens que vous devez
avoir. Le premier motifſeprend de
voſtre devoir. Le ſecond , de vostre
honneur&de vostre gloire. Le troifiéme
, de voſtre interest . Le devoir
vous oblige d'ériger une Statuë en
L'honneur du Roy , puis qu'il faut
A 3
6 MERCURE
qu'ily ait dans cette Ville un monument
éternel des graces tres-particulieres
que vous avez recenë de
Sa Majesté. La gloire & l'honneur
vous invitentà ériger une Statuë aн
Roy , puis que la Statuë du plus
grand Roy du monde , fera auffi le
plusgrandornement de voſtre Ville.
L'interest & l'amour du bien public
vous engagent enfin à ériger cette
Statuë, puis qu'en donnant au Roy
cette marque de vostre affection&
de vostre attachementàfonſervice,
vous attirerez fur vous sa faveur,
& tout les avantages d'une prote-
Etion finguliere. Reddite ergo
quæ funt Cæfaris , Cæfari , &
quæ funt Dei , Deo.
Il n'y eut jamais de Monarque
qui meritaſt mieux que LOUIS LE
GRAND les honneurs que nous luy
rendons aujourd'huy . On trouve en
luyun affemblage de toutes les ver
GALANT.
2
tus , &fi cefut une eſpece de Monfire
, que cette Statuë bizarre qui
eſtoit composée de tous les Metaux,
ce feroit au contraire unejuste ex.
preffion des éminentes qualitez du
Roy, defaire labaſe , ou du moins la
matiere defa Statuëde celles de tous
les plus grands Heros. On voit tout
à lafoisdans cet incomparable Prince
laſageſſe deJustinien , la pietéde
Theodofe , le zele & la religion de
Constantin , lamoderation des Antonins
, la bonté de Trajan , la maieſté
d' Auguste, & lavaleur de Cefar.
Il est cet Alexandre pour quile
Monde Seroit trop petit , s'il regloit
fes deſirs par l'étenduë de fapuisfance;
cet Hercule qui a veritablement
réuny les Mois , qui asoutenu
Le Ciel en protegeant l'Eglise , &
qui adéfait une infinitéde Monstres
exterminant les Pirates , en détruifant
l'Hereſie , en aboliſſant les
A 4
MERCURE
Duels, l'Impieté , les Blasphémes ,
les Ennemis de Dieu & de l'Estat .
Cen'est pas affez , il faut parler du
Roy comme on parle des Causes les
plus univerſelles ; & fi l'Ecriture a
pû comparer la capacitéde l'esprit
de Salomon à la vaſte étenduë des
rivages de la Mer, il faut dire que
l'espritde LOUIS LE GRAND est
un Ocean qui embraſſe tout , quiſe
fait des noms dans tous les Pays , &
qui par des conduits Secrets porte
Jes influences dans les lieux les
plus éloignez . Ilfaut dire que c'est
un Soleil dont tous les mouvemens
font reguliers , dont toutes les voyes
font lumineuses , qui répandſa vertu,
sonfeu &sa lumiere iusqu'aux
extremitez du Monde , & iusque
dans le Ciel meſme , que c'est une
intelligence qui donne le branle à
toutes lesgrandes affaires , & qui a
toûjours la meilleure part en tout ca
GALANT.
و
quisefait deplus confiderable dans
l'Univers.
Mais outre les raiſons communes
qui obligent generalement tous les
François à laiſſer des Monumens
éternels des grandes actions de
LOUIS LE GRAND , vous avez
des obligations particulieres de le
faire , pour reconnoistre les graees
extraordinaires que vous avez receues
de Sa Maiesté. Ceseroit affez.
pourvous enperfuader, de vous mettre
devant lesyeux ces Illustres Per-
Sonnes qui tiennent sa place dans
Le Gouvernement de cette Province,
& qu'Elle vous a choisies par un
deſſeinſipoſitifde vous obliger&de
vousfaireplaisir. Ilfuffiroit de vous
fairemention de sét admirable Pre-
Lat , que tant de vertus éminentes,
fur tout une extreme bonté , rendent
ſiſemblable au Prince des Pasteurs,
Le Sauveur du Monde ; mais c'est
AS
ΟΙ MERCURE
1
tout
particulierement pour le rétabliſſement
de la Religion dans ce Pays.
que vous devez au Roy ce Monument
de reconnoissance quevous luy
avez destiné dans la Statue qui
Se doit ériger auiourd'huy en fon
honneur. Vous en tomberez d'ac
cord , Meſſieurs ,fi vous faitesreflexion
que comme ily a peu de Villes
que le Cielait autant favoriséesque
la voſtre par des graces extraordi
naires , on s'est creu obligé de
temps d'établir de certaines celebri
tez , pour conferver la memoire de
ces grands bien-faits , & pour en
marquerſa reconnoiſſance. Une fois
tous les ans Meffieurs le Maire aver
les Echevins vont à S. Hilaire rendre
au Saint de folemnelles actionsdegraces
de cette lumiere miracu
leuse qu'on vit autrefois fortir de
SonEglife ,& qui montra au grand
Clovis l'Ennemy qu'il devoit vainGALANT.
LI
ere,la Religion qu'ildevoit embras-
Ser &aux Poitevins le Royque le
Ciel leur donnoit , & auquel ils ſe
Soumirent. Tous les ans, le Lundyde
Pasques , il se fait une proceffion
Generale pour celebrer le miracle.
que firent vos trois grands Prote
iteurs , lors que paroiſſant fur vos.
murs en desfigures glorieuses, ildéfirentuneArmée
d'Ennemisqui étoit
àvos portes. Chaque année le ſeptième
de Septembre , tous les Ordres
s'aſſemblent pour remercier Dieufolemnellement
de la protection qu'il
donna à vos Peres contre l'Admiral
de Coligny , & contre un Party ,
qui graces à Dieu &au Roy , n'a
plus denomdans ce Royaume. Pluſieursfois
l'année l'on voit triompher
dans vos ruës l'Image de la Vierge
avec les Clefs de vostre Ville , dont .
cette Mere de Mifericorde eut la
bonté de ſeſaiſir pour prevenir la
trahison d'un miserable qui vou-
A6
72 MERCURE
loit ouvrir vos Portes à un Ennemy
qui étoit autour de vos murs.Seroit...
il donc dit, Meſſieurs , que le retabliſſement
de la Religion danscette
Province fut une grace qu'on feroit
moins obligéde reconnoistre que toupes
celles dont je viens deparler , &
s'il faut la reconnoistre , peut on le
faire avec bien-feance ſi l'on ne voit
dans les Etabliſſemens qu'on fern
pour cela , l'Image d'un Prince à qui
l'on doit tout lefuccésde cette grande
affaire ? Seroit - il dit que dans
une Ville , où l'on voit l'Effigie de
Constantin , où l'on voit encore, dans
les débris des. Aqueducs &des Am--
phiteatres , les fuperbes restes de la
grandeur Romaine , onne vistpas la
Statue de Destructeur de l'Heresie,
du Protecteur de la Religion , da
Conquerant de deux millions d' Am
mes ? Seroit-il dit enfin , que dans
une Province où le grand Cardinalt
GALANT. rg
de Richelieu qui en estoit , à fait
venir les Statues d'un Neron , d'un
Tibere & de tant d'autres Princes
qui ne nous, font rien , nous
ne verrions pas celle d'un Prinae
àqui nous devons tout ? En veri
téle Ciel ' ne nous pardonneroit jamais
une ſi lâche indifference&une
fi noire ingratitude ; & le grand
Saint Loüis dont l'Eglise celebre
aujourd'huy la memoire ,& qui в
traversé tant de Mers , & donné
tant de Bataillespour la Converfion
des Infidelles , vangeroit infailliblement
l'injurequenousferionsà un
Monarque qui fait la plus grande
gloire defonfangfur la terre. Qu'il
partage volontiers , ce grand Saint
Les honneurs de ce jour avec cet
Auguste Fils; &s'ilest vray que les.
Anges du Seigneur font defi grandess
Festes pour la Conversion d'un Pea
cheur ; qu'elle complaisancen'auront
14 MERCVRE
4
22
pas ces Bienheureux Esprits,pour un
Prince quia étěduſi conſiderablemet
l'Empire du SauveurduMonde par
le nombre prodigieux des Converfionsqu'ilafaites
? Certainement ce
n'estpresque pas ànous qu'ilappartient
de celebrerles actions de Loüis
Le Grand; nos Concerts , nos feux
d'artifice , nos Eloges , nos voeux
mesme &nos prieres font defoibles
expreſſions de fon merite ; il n'y
a que le Ciel quifçache rendre justi
ceàſa vertu ; & fi le Seigneur cut
autrefois de l'admiration pour un
Capitaine qui avoit lafoy des Patriarches
, ne doutons pasqu'iln'en
ait auſſipourun Roy qui ale Zeledes
Apoftres,qui conſacre à Dieutoutfon
pouvoir,& qui ne veut regner que
pour lefairefervir avecplus d'autorité.
C'est donc le Ciel mesme qui
nous apprend qu'il est de nostre deGALANT.
-55
voir d'honorer noſtre Maistre. Voyons
maintenant combien ileſt denostre
honneur & de nostre gloire , de le
faire.
Comme ce droit naturel que nos
Rois ont de regner , leur donne dés
leurnaiffance un certain panchant à
aimer leurs Sujets , leurs Sujets ausi
naiffent avec une certaine corres
pondance de coeur qui les attache
leursfouverains , comme auxprincipes
naturels de leur bonheur , &
Isur inspire pour eux un amour, qui
paroist plûtoſt une impreſſion de la
Nature, qu'un effet de la reflexion.
De fi belles inclinations ſe trouvent à
la veritédans tout ce qu'ilyadeveritables
François , mais l'on peut dire
nobles & genereux Poitevins, que
Le Roy n'a point de Sujets plus illuſtres
que vous à cet égard , & que
fuParis eftle Chefde la Capitale
du Royaume , Poitiers en est le coeur
16 MERCURE
par la fidelité , &par l'attachement
qu'ila toûjours marqué pour
fon Roy.Je n'ay quefaire de rappeller
cesfâcheuſes conjonctures où la France
s'est trouvée ſi ſouvent de tristes
idées ne feroient que troubler laferenité
d'un jour qu'on deſtine tout entier
à la joye. Ilsuffit de dire que
les ocasions qui ont estéles plusfunestes
à la fidelité desautres peuples,
n'ont Servy qu'à faire paroiftre
la voſtre avec plusd'éclat. L'on
diroit mesme que c'est le deſtinpar
ticulier de Poitiers,den'avoiriamais
d'autres Souverains que nos Rois..
LeCiel qui fit autrefois un miracle
pourfoumettre cette Ville à leur Em
pire, en a fait souvent d'autres pour
L'y conferver lors que la force& la
violence l'en ont voulu foustraire.
Nest- il doncpas , Meffiours, de vo
ſtre gloire, qu'une fidelitéfi admirable
&fi éprouvée , foit marquée
GALAN T.
17
parquelque Monument éclatant qui
enfoit comme leſceau éternel & public
? Et s'il est vray d'ailleurs que
cette belle vertu nepeut vous faire
plus d'honneur que par l'attachement
qu'elle vous donne pour laper-.
fonnefacrée de Loüis le Grand , il
s'enfuit aussiqu'ellenepeut estremar.
quéepar unſceau plusfacré&plus
auguste , que par la Statuë de ce
Monarque . Vous avezpar ce moyen
l'avantage de voir vostre Histoire
confondue aveccelle d'un Prince que
vtura toûjours dans la memoiredes
hommes ; vostre gloire fera mes
lée avec la fienne , & l'Eloge de
voſtre fidelité ne durerapas moins
qne celuy defon Regne. D'ailleursfo
c'est le plus beaux droitdes Peuples
de rendre iuſtices aux Grands , en
laiſſant à la poſterité de iustes idées
& de fidelles memoires de leurs mexite
, vous ne pouvez donner une
18 MERCVRE
preuvequi vous ſoit plus honorable ,
devoštre discernement& de vostre
équité , qu'en laiſſant un monument
fingulierde l'eſlime, du respect &de
l'admiration que vous avez toûjours
cuë pour Loüis le Grand. Ily a de la
stupidité à voirpaßerJansreflexion
les merveilles d'un Regne si admi
rable. Il y va de la iuſtice de tenir
compte à la posterité de tout ce que
fait ce Monarque ; le monde ne peut
ſepaſſerdefon Histoire ,& ilſemble
qu'onse faitplus ou moins de réputation
feion qu'on prend plus ou moins
de part à ſa gloire & à ses interefts
. C'est pour cela qu'un des plus
grands Heros de la France , après
s'estre rendu digne des plus grandes
récompenfes que la valeur
puiſſemeriter , a cru que l'amour &
l'attachement qu'ila toûjours eupour
le Roy , estoit la qualité qui pouvoit
tefaire confiderer davantage , &
GALANT. 19
qu'ilne pouvoit rienfaire de mieux
pourſapropre gloire , que de laiſſer
dans la Statuë qu'il a érigée àson
Prince , legage éternel de cette affeetion
si inſte &fi heroïque , qu'il
amarqué en toutes occafionspourfa
Perſonnefacrée .Ce n'est pas,incom
parable Monarque , qu'on pretende
representer entierement les éminentes
vertus de Vostre Maieste par les
Statues qu'on luy érige. Ce rayon de
la Divinité qui éclate fur vostre
front , &qui fait qu'on est toujours
vostre Suiet par inclination ,
lors qu'onn'apas te bonheurde l'estre
parfanaissance ; cet airnaturelde
grandeur qui vous distingue de tous
les autres hommes font des traits que
tous les efforts de l'Artnesçauroient
exprimer ,& qu'il faut absolument
referver à la main de ce Dieu qui
vous a fait ce que vous estes. Neanmoins
comme on ne laiſſe pas de com
20 MERCURE
:
noître les grands mouvemens du Soleil
par les ombres meſmes & les perfe-
Etions infinies du Createur ,par les
foibles Images qu'onvoit de luy dans
les Creatures , vostre Statue aussi
nous fera reſouvenir de ce qu'elle
ne sçauroit nous dire elle entretiendrales
grandes idées que nous avons
de vos veetus; elle excitera plus nos
esperances , & nous la regarderons
toûjours comme un signe de bonheur
qui nous promet la protection
finguliere de Vostre Maieste.
Pour vous perfuader, Meſſieurs ,
qu'il n'est rien que vous nepuiſhez
efperer de la bonté de nostre Monarque,
ilsuffiroit de vous dire que vôtre
Ville est remplie des bienfaits de nos
Rois ,& que tout ce que l'onyvoit
de plus beau , &de plus oonſiderable,
& de cette affection particuliere
qu'ils ont toûtours euë pour voOUS
N'est- ce pas de cetteſource que vienGALANT.
21
nent ces Privileges qui font de nobles
de tous vos Echevins & de vostre
Maire,la Capitaine de cette Ville ,
&lepremier Baron de la Province ?
Nest-ce pas de ceete mesme source
que vient cet illustre Prefidial , qui
est absolument le plus confiderable
qui ſoit en France , foit par l'étenduë
de sa Jurisdiction , ſoit
par le nombre & par la qualité de
Ses luges , foit par les marques
d'honneur qui luifont particulieres,
foit parle merite deſes Chefs , que
le Roy mesme a jugez dignes des
Prerogatives les plus honorables&
les plusfingulieres ? N'est- cepasencore
de ce mesme principe que vous
tenez cettefameuse Vniverſité qui
est une des grandes lumieres de
ce Royaume , un ſi ſolide appuy
de la Religion , & qui a donné à
à cet Augušte Chapitre , d'ailleurs
fi recommandable par la pieté , &
22 MERCURE
par les autres qualitez des perfonnes
qui le compoſent , un chefo
des Dignitez qui font fi utiles
à l'Eglise par tous les Secours
qu'on peut attendre d'une capacité
extraordinaire d'une vie tres- exemplaire
, & d'un zele tres- éclairé ?
Iene dis rien de ce noble Chapitre
de S. Hilaire enrichi des liberalitezdu
grand Clovis , & dont nos
Rois font les Abbez. Ie ne parle
point de celui de Sainte Radegonde
dotépar Clotaire , le laiſſe cegrand
nombre d'Abbayes Royales que nos
Monarques ontfondées, &que l'experience
de nos jours fait voir ,
qu'ils ne confient qu'à desperſonnes
d'une qualité éminente , & d'une
vertu consommée. Lelaiße tout cela
, &je ne m'attache pas mesme
à vous faire valoir les grandes
avances que le Roy a faites en voftre
faveur. L'ay quelque chose de
L
GALANT. 23
plus particulier à vous dire , c'est
que Loüis le Grand estantle Monarque
du monde le plus ſenſible
àtout ce qui vient d'un bon coeur ,
& d'une veritable affection pourfa
Perſonne ; ilfera fans doute touché
de toutes les marques d'attachement
que vous lui avezdonnées en cette
occaſion. On lui en fera un rapport
exact , & cet illustre Ministre qui
aménagési avantageusement les
diſpoſitions où il vous a trouvez
d'honorer vostre Prince , fera tout
réussirpour vaſtre bien,& vous atti -
rera de graces quifurpaſſeront infiniment
tout ce que je vous pourrois
promettre. C'étoit uneſuperstitions
des anciens Empereurs , de tenir
dans leur Cabinet une Statuë qu'ils
appelloient la fortune de l'Empire
,mais nous avons lieu de croi
re que la Statuë du Roy fera un fignede
bonheur pour vous , &fi je
24 MERCURE
دينع
l'ofe dire, la fortune de ſtre Ville ,
& qu'aiant déja fait text de bien
à cet excellent Ouvrier qui l'a en
trepriſe &finie avec tant de gloire
elle étendra sa vertu fur tout le
monde,&fera la ſource éternelle
d'une felicité publique. Nous Sçavons
, incomparable Monarque , la
complaisance que vous avez evë
pour ceHeros , qui a faità Paris
dans la Place des Victoires , ce qué
l'on fait aujourd'hui à Poitiers dans
LaPlace Royale. Pourriez-vous dono
n'aimer pas une Province, où le peuple
mesme sçaitprendre des fenti
menssi genereux , & imiter lesfontimens
des Heros ? Le Clergé, la Noblesse
, le Peuple , tout s'est déclaré
dans cette occasion , tout a parlé,
tous les coeurs se font ouverts &
L'onaven juſques à la plus tendre
Ieuneſſe marquerpour vous une ardeur
digne de vostre bonté&devô
tre
GALANT. 25
tre complarfance . Ce sont ces veues
&ces corviderations qui ont inspiré
le deffein de cette celebrité , à celuy
qui en est le principal Auteur ,&
comme cet illustre Ministre a toûjours
cherché les moyens d'accroiſtre
le bonheur , la gloire , & la beauté
de voſtre Province , il a cru ve pouvoir
rien faire de plus avantageux
pour vous , que de vous infinuer dans
l'esprit dumeilleur Prince dumonde,
& dont il connoist le naturel , par
l'experience qu'il a de fes bontez ,
&par le bonheur qu'il a eu de luy
plaire en tout ce qu'il a fait pour
luy. Une politiquefifage doit forvir
de regle à nostre conduite , & nous
perfuader que nous ne sçaurionsétablir
nos esperances ſur unfondement
plus folide que sur celuy de nostre
obeiffance , & d'un attachement inviolable
à la Sacrée Perſonne du
Roy. Ce sont les mesures que la Pro-
Octobre 1687 . B
26 MERCURE
vidence a priſes pour nous conduire
ànoſtrefin: & ces efpritsfeditieux
&inquiets qui cherchent les moyens
d'estre contens ailleurs que dansleurs
dependance , neſont pas moins deraisonnables
que s'ils cherchoient à
vivreſous un autre Ciel , & dans
un autre Monde que celuy- cy. Ces
veritez font encore plus ſenſibles
Sous le Regne de Loüis le Grand ,
&l'estat floriſſant où ce Monarque
àmis la Religion & l'Estat , est
une preuve éclatante que lesinterêts
publics ne pourroient estre en de
meilleures mains , & que c'est de
luyſeul qu'on pouvoit attendre de
fi grands fuccés. De là vient que le
chemin le plus cours pour arriver
àla gloire , c'est de travaillerfous
les ordres & par la direction de
cet admirable Prince. Nous voyons
tous les jours des François trouver
dans leur obeiſſance des ſuccès qui
GALANT.
275
feroient honneur à des Souverains ,
&faire des actions qu'on n'attribueroit
jamais àdes Sujets , s'ils avoient
un autre Maistre que lenostre.Que
toutes ces raiſons nous perfuadent
donc de contribuer avec plaisirà la
celebrité de ce jour. L'intereſt nous
y engage , la gloire nous y invite , le
devoir nousy oblige. Vous le devez ,.
Pasteurs du Troupeau du Seigneur ,
Ouvriers Evangeliques vous le devez
, puiſque les conquestes de vô
tre Zele , font les effets de celuy du
plus Chreftien de tous les Roys. Vous
le devcz , brave & genereuſe Nobleſſe
, puis qu'en exterminant les
Duels , il aſcen vous faire unſujet
d'opprobre de ce point d'honneur qui
estoit si funeste à vostre falut. Vous
le devez , Iuges & Magistrats,puis
qu'il vous a donné des Loix qu'on
peut nommer le Trésor de la Iuftice.
Vous le devez, Profeffeurs des Scien-
B 2
28 MERCUREces
& Maistres des beaux Arts,
puisque l'esprit n'a iamais receu de
plus. grands honneurs que sous les
auspices d'un Prince ſi ſage & si
éclairé.Vous le devez , vous qui étes
dans le negoce , &qui avez le ma.
niment du Commerce. C'est pour vouς
qu'il a fait tant de Ports , qu'il a
détruit les Pirates , qu'il a reüny les
Mers. Vous le devez enfin , leſte &
floriſſante ieuneſſe ; &fi l'ardeur
que vous faites paroiſtre , vous rend
fi aimables , & seconde si bien les
inclinations de ceux qui vous instruifent
,fçachez que vous ne sçauricz
commencer trop toft à aimer un Prince
qui vous aimesi tendrement ,
qui a fait dans tous ſes Etats de fi
merveilleux Eſtabliſſemens pourvôtre
éducation. Mais enfin , Seigneur,
puiſque ce Monarqueſi parfait &fi
admirable est vostre Creature , &
que c'est vous qui nous l'avez donné ,
GALANT. 29
c'eſt auſſi à vous ſeul que nous nous
adreſſons pour ſa confervation . Vous
l'avez rendu neceſſaire ànostre bonheur
, &sa vie nous eft infiniment
plus chere & plus precieuse que
toutes les graces qu'il nous a faites.
Confervez- le donc , mon Dieu , pour
les intereſts de voštre Eglife , & pour
le bonheurde la France. Beniffezles
grands deffeins qu'il aformezsur la
Converſion des Peuples de l'Orient ,
& enfin , aprés une longue & heureuſe
fuite d'années , introduisez- le
dans ce Royaume qui ne finira jamais.
i
Ie ne vous dis rien de ce cet
Eloge , puis qu'ayant autant de
penetration que vous en avez
pour découvrir toutes les beautez
des Ouvrages que je vous
envoye , ce ſeroit faire tort à
vôtre jugement que de les loüer.
B 3
30 MERCURE
Ie vous diray ſeulement que ce
Panegyrique du Roy charma fi
fort toute l'Aſſemblée , que le
choix que Monfieur Foucault
avoit fait du Pere Chefnon
pour le prononcer , receut une
approbation generale.La grande
partque cet Intendant avoit
à la Feſte , & à tout ce qui l'avoit
cauſée , luy avoit acquis
le droit de ſe meſler de beaucoup
de choſes qui la regardoient
, & meſme de les regler.
Voicy encore quelques
Deviſes qui ont eſté faites à
l'occaſion de la Statuë qui fait
aujourd'huy l'ornement de la
Place Royale de Poitiers.
Vn Stile qui marque les
heures dans un Cadran folaire
avec ces mots , Ipfa vel um
bra regit , pour marquer que la
Statuë , qui n'eſt que comme
GALANT . 31
l'ombre du Roy , ne laiſſera pas
de tenir les Peuples dans le
dévoir , & toutes choſe en bon
ordre .
Vn Parelie formé dans une
nuée , Alium non reddit Imago ,
pour faire entendre quede méme
qu'un parelie ne sçauroit
eſtre que l'image du Soleil ,
cette Statuë ne peut l'eſtre que
du plus grand de tous les Monarques.
Des Coqs qui chantent au
lever du Soleil , Degener est quisquis
non cantat, pour faire connoiſtre
que tous les François
reffentent une joye toute par
ticuliere , lors qu'ils voyent
rendre à leur Prince les hommages
qui luy ſont dûs ...
Pluſieurs Aigles qui repren
nent leurs plumes au Soleil, virus
animoſque refumunt . Les Peu-
1
B 4
32
MERCURE
ples ſemblent reprendre une
nouvelle vigueur à la veuë d'u .,
ne Statuë qu'ils regardent comme
un figne de leur bonheur .
Un Feu d'artifice avec ces
mots , Et placet , & terret , pour
marquer le caractere particulier
de la majesté du Roy , dont
la veuë fait le plus grand plaifir
de ceux qui ont l'avantage
de l'approcher , & qui leur infpire
en meſme temps le plus
profond reſpect .
Diverſes Lignes qui aboutiſfent
au meſme centre.Huc omnes
recidunt , pour montrer l'empreffement
de tout le monde à témoigner
ſon zele pour la gloire
de Sa Majeſté .
J'ajoûte un Madrigal qui a
eſté fait fur cette Statuë .
"
GALANT.
33
CETair fi grand, cette mine
heroïque,
CetteTaille & ce Portfi pleins de
majesté ,
Diſentaffez fans qu'on l'explique
Que c'est LOUIS LE GRAND qu'on
a reprefenté.
L'ouvrier travaillant fur ce divin
modelle ,
N'a pourtant pas gravé ce qu'il a
de plus grand , 1.
Son Air ,fon Fort ,faTaille, tout
Surprend ,
Mais for Ame est encore & plus
grande&plus belle.
Ilauroit ce Sculpteur , fait voir
en ce Portrait
S'ilen euft pû donner quelque marque
fidelle ,
Ceque jamaislemonde avû de plus
parfait de
BS
34 MERCURE
+
د
La continuation des grandes
choſes que le Roy fait tous les
jours , eſt cauſeque l'uſage s'eſt
inſenſiblement introduitde fai
re le Panegyrique de cet Auguſte
Monarque dans toutes les
Villes de France , le jour de la
Feſte de S. Loüis avec celuy
de ce Saint. C'eſt ce qui fut fait
le 25. Aouſt dernier , dans la
Chapelle de l'Hôpital General
de Perigueux , où il y eut des
Prieres publiques pour le Roy..
Elle estoit tres -bien ornée , &
fut remplie des perſonnes les
plus confiderables de la Ville..
Les Directeurs de cerHoſpital,..
à la teſte deſquels eftoit Monfieur
de Chaftillon , premier
Preſident , n'oublierent rien
pour rendre la Feſte des plus
éclatantes. Les Compagnies du
Regiment de Flandre qui vou
GALANT.
35
✓lurent y prendre part , ſe miprendre
rent ſous les armes dans la court
de l'Hôpital , & firent pluſieurs
décharges en ſalüant le Buſte
du Roy. Les Officiers du Prefidial
& du Corps de Ville ,
s'eſtant rendus dans laChapelle
à l'heure de Veſpres , le Pere
Voiſin leſuite , fameux par diverſes
pieces d'Eloquence qu'il
a faites à la gloire du Roy ,
prononça le Panegyrique de
S. Loüis , auquel il meſla celuy
de Sa Majesté , & il employa
un ſtile fi noble & fi naturel
dans cet Eloge , qu'il fut applaudy
de tous ceux qui l'entendirent.
Lors qu'il fut forty
de Chaire , on donna la Benediction
, & cette folemnité ſe
termina par les cris de Vive le
Roy , que les Compagnies &les
Particuliers firent retentir au
1
B 6
36 MERCURE
bruit des Boëtes , &d'une triple
falve du Canon . i
Si tantde Predicateurs prennent
l'occaſion de faire le Pane---
gyrique de Sa Majesté , on peut
dire que l'Egliſe a ſujetdeprendre
part aux loüanges qu'on luy
donne, puis que ce pieux monarque
travaille de toutes manieres
pour la Religion , & qu'il
s'en declare hautement le Protecteur
parmy les Princes & les
Peuples les plus éloignez . Entre
tant de preuves que l'on en
pourroit donner , il ne faut que
voir, ce qu'il a fait depuis peu
en faveur des Catholiques de !
la grande Armenie , à la demande,
des Religieux de Saint
Dominique, qui eftantles feuls
Ecclefiaftiques de ce païs- là en
ont le gouvernement ſpirituel
depuis trois cens ans , ou enGALANT.
37
viron. Le Bienheureux Barthelemy
, ſurnommé le Petit ,Religieux
de cet Ordre , du Convent
de Bologne , ayant efté
ſacré Archeveſque ſous le Pape
Jean XXII. s'en alla avec fon
Compagnon Pierre d'Arragon
, dans la grande Armenie ,
pour tâcher d'éclairer les Infidelles
Maiſtres du pays , & les
Schifmatiques qui yfont en fort
grand nombre , & qui eſperoient
reduire à l'unité de la
Foy Catholique. Aprés les avoir
long-temps inſtruits , ils
recueillirent une affez riche
moiſſon de leurs travaux Apoſtoliques
, fur toutdans la Province
de Nahcivan,oùils trouverent
les peuples plus difpoſez
àſe ſoumettre à l'Egliſe Romaine.
Ils y baſtirent meſme
douzeConvents de leur Ordre,
38 MERCVRE
--
dont les Religieux enſeignent..
les enfans , pour avoir de quoy :
payer le Tribut , & fubfifter ;
& comme ils ne font pas en
grand nombre horsle Convent
où reſide l'Archeveſque , leurs
Diſciples chantent avec eux
l'Office divin , & mefme ontle
ſoin de ſe trouver à Matines ,
quoy qu'on les chante à minuit.
Tous les Catholiques , à
l'exception des Malades, ſe rendent
dans leur Eglife , pour y
aſſiſter les Dimanches & les
Feſtes . Ce petit Troupeau a
ſubſiſté juſques à preſent ſous
la conduite de ces Peres malgré
les perſecutions des Infidelles
Mahometans & des Schifmatiques,
qui ne fontpas moins leurs
ennemis. Une des plus grandes
qu'ils ayent fouffertes depuis
leur établiſſement , vint il y a
GALAN T.
39
quelques années , du Prince de
Nahcivan , qui ayant peine à
fouffrir les Chreftiens , & encore
plus les Catholiques , parce
qu'il eſt de la Secte de Mahomet
, cherchoit ſans ceſſe à
les opprimer. Les Catholiques
ſe voyant pouffez à bout , &
abandonnez de tous les Princesleurs
voiſins,eurent recours
à la pieté finguliere& àla puifſante
protection de LOUIS LE...
GRAND , auquel ils députerent
leur Archevefque , appellé
Matthieu Araniſez
grand Religieux , & homme
d'une rare vertu , qui ayant
expoſe les afflictions& les miferes
que ſon Troupeau enduroit
de la part du Prince de
Nahcivan , obtint de Sa Majeſté
une Lettre adreffée au Roy
de Perfe , pour retirer les Ca
tres40
MERCURE
tholiques de l'oppreſſion où ils
eſtoient , & les mettre, comme
ils l'avoient demandé , immediatement
ſous l'authorité de
ce Roy , ce qui leur fut auſſitoſt
accordé. Mais peu de temps...
aprés , il s'éleva une nouvelle
& furieuſe perfecution contre
les Catholiques , parce que le
Prince de Nahcivan ſcachant
les mauvais offices qu'ils luy
avoient rendus , recommença
àles inquieter plus qu'auparavant
, quoy que ſous main ,&
ſeulement par le miniſtere de
ceux qui gouvernoient de la
part du Roy de Perſe , auquel
legrand éloignemet dela Cour
ne permettoit pas qu'ils euſſent
recours . Cela les obligea de
nouveau à implorer la protection
de Sa Majesté Tres Chrétienne
, qui repreſentant au
:
GALAN Τ.
41
Roy de Perſeles vexations que
fouffroient les Catholiques de
Nahcivan, de la part des Turcs,
&fur tout des Princes voiſins ,
obtint de luy qu'ils feroient à
l'avenir ſous la conduite du
Grand Viſir de Tauris , qui
n'en eſt pas éloigné, mais comme
on ne laiſſoit pas de faire
encore de nouvelles peines aux
Fidelles de Nahcivan , ils envoyerent
en France Monfieur
Piquer , Eveſque de Cefaropolis
, & le Roy eut la bonté de
le députer à celuy de Perfe
pour luy recommander fortement
tous les Catholiques demeurans
dans ſes Etats ,& particulierement
tous ceux de la
Province de Nahcivan . Ce Prelat
s'eſtant acquité avec beaucoup
de zele de la commiſſion
qu'il avoit , obtint pour ceux-
,
42
MERCURE
cy un Privilege ; par lequel il
a eſté ordonné qu'aucun des
Sujets du Roy de Perſe , ſoit
Prince, foit Commandant d'Armée
, ſoit Vice -Roy , Soldat ,
ou quelque autre Officier que
ce puiſſe eſtre , ne pourra ſous
aucun pretexte ſe meſler de
leurs affaires , ou de leur gouvernement
, à la reſerve du
Grand Viſir , qui doit eſtre ,
non pas un Juge fevere , mais
un Protecteur favorable pour
eux. Ce Privilege qu'ils ont par
écrit , porte encore , que fi
quelque autre pretendoit àleur
gouvernement , fous quelque
cauſe ou pretexte que ce fuft
les Catholiques auroient le pouvoir
de ſe défendre juſqu'à les
fraper , & mefme les emprifonner.
Ils ont eu une autre preuve
GALANT. 43
^ fort confiderable de la bonté du
Roy Tres - Chreftien , en ce que
ceux de cette Province de Nahcivan
ont un temps déterminé
pour porter le Tribut à la Cour ,
& ce temps eſtant paffé , il faut
payer le double;de forte qu'une
Ville qui devra ſfix mille écus ,
fi elle differe de payer , eſt taxée
à douze mille . Les Catholiques
eſtant tombez deux fois
dans le cas , on leur a remis
cette double paye à la recommandation
du Roy de France,
lequel a accordé depuis peu au
Pere Provincial d'Armenie ,
venu pour cela à Paris , une
Lettre adreſſée encore au Roy
de Perſe , pour demander qu'on
les exemtaſt ainſi que tous les
Catholiques de Nahcivan , des
impoſts que les Officiers du
Roy exigeoient d'eux à fon
44 MERCURE
infceu , & qu'on leur rendiſt les
eaux qui leur avoient eſté
oftées par leurs voiſins , ce qui
leur cauſoit un grand préjudi -
ce. C'est ainſi que LOUIS LE
GRAND ſe montre le Proteteur
de tous les Catholiques ,
non ſeulement dans l'Europe ,
mais encore par toute la Terre.
J'ay bien cru ,Madame,qu'en
vous mandant la derniere fois ,
que lors que l'Academie fit la
diftribution des prix,Monfieur
de Fontenelle avoit remporté
celuy d'Eloquence , & Mademoiſelle
des Houlieres celuy
de Poësie , je vous engagerois à
me demander quelque choſe de
particulier des deux Ouvrages
qui leur ont fait meriter ces
Prix.Il y a tant de beautez dans
l'un & dans l'autre , que tout ce
que je vous en dirois ne rem-
A
GALANT.
45
pliroit pas l'idée , que je voudrois
vous en faire avoir. Ainfi
j'aime mieux vous les envoyer
entiers , afin que vous en puiffiez
juger par vous- mefme.Les
Ouvrages de cette force font.
toûjours dignes d'eſtre confer .
vez . Voicy celuy de Monfieur
de Fontenelle .
?
DE LA PATIENCE ,
& du Vice qui luy eſt ..
contraire.
Velque pen d'usage que l'homme
fasse de Ses lumieres pour
s'étudierfoy mesme , il découvre les
foibleſſes& les déreglemens dont il
est remply : aussi- toſt ſaraiſon cherche
àyremedier , touchée naturellement
d'un defirde perfection qui luy
46 MERCURE
veste de l'ancienne grandeur où elle
s'est venë élevée . Mais que peutelle
maintenant , incertaine , avengle,
pleine d'erreurs , digne elle - méme
d'estre comptée pour une des mi-
Seres de l'homme ? Elle ne sçait que
combattre des defauts par des defauts,
ou querir des paſſions par des
paſſions ; & lesvains remedes qu'elle
fournit font des maux d'autant
plus grands &plus incurables ,qu'elle
estintereſſée à ne les plus reconnoiſtre
pour des maux , & qu'elle s'est
Seduite elle- mesme en leurfaveur.
En vain pendant plusieurs
fiecles , la Grece si fertille en
Esprits subtils , curieux & inquiets,
produisit ces Sages , quifai-
Soient une profeſſion témeraire d'en-
Seigner à leurs difciples l'art de vivre
heureux , & de se rendre plus
parfaits ; en vain la diverſité infinie
de leurs fentimens , qui fera à
jamais la honte des foibles lumicres
GALANT. 47
naturelles , épuisa tout ce que laraifon
humaine pouvoit pour les hommes
: l'effet des plus grands efforts de
la Philofophie nefut que de changer
les vices que produit la nature cor
rompuë , en de fauſſes vertus , qui
estoient , s'il se peut , des marques
encore plus certaines de corruption.
Unhomme du commun , ou ignore, ou
reconnoiſtſes défauts avec affez de
Simplicité, pour les rendre en quelque
Sorte excuſables, au lieu qu'un Philo-
Sophe Payen , fier d'avoir acquis les
fiens àforce de meditations & d'étude,
leur donnoit tousfes applaudiffe-
-mens.
Ces defordres que la raison humaine
causoit dans la Grece , où elle
regnoit avec toute la hauteur dont
elle est capable quand elle vient àſe
méconnoiſtre, les leçons trompeuſes
qu'elle envoyoit de là cheztous les
Peuples du Monde , quine les recevoient
qu'avec trop de do ilité,
48 MERCVRE
ne furent pasfans doute les moindres
motifs qui inviterent la Raisoneternelle
à descendre fur la terre. Si
d'un coſtéchez les luiſs les fameuses
Semaines de Daniel qui expirosent ,
&le Sceptre de Iuda qui avoit paßé
dans des mains étrangeres , pres-
Soient le Liberateur fi longtemps
promis & attendu ,il est certain que
d'un autre costé les Grecs livrezjusque-
là à des erreurs orgueilleuses , &
à une ignorance contente d'elle-mêdemandoient
également le
Meſſie par leurs besoins , quoy qu'ils
nefuffent pas en droit de l'attendre.
Dieu le devoit aux uns pour dégagerfa
paroletant de fois donnéepar
La bouche de ſes Prophetes ; & il le
devoit , cefemble , aux autres pour
Satisfaire àfabonté , quine les pouvoitfouffrirplus
long-temps dans les
égaremens de leur ſageſſe. Il falloit
aux uns un Monarque qui s'établiſt
2. oh oh girl, a un Empire
me ,
८
GALANT.
-49
Empire tout divin ſur les Nations ;
un grand Prestre qui leur enseignast
Les veritables Sacrifices & ilfalloit
aux autres un Sage,dont ils reçuſſent
des preceptesſolides , un Maiſtre qui
leur apportaft toutes les connoiſſances
, après lesquelles ils foûpiroient
depuis fi long- tems.
د
Il parut donc enfin parmy les
hommes , ce Meffie si ardemment
defiré d'unseul Peuple , &fi necef.
faireà tous. Alors les idées & du
vray & du bien nous furent revelées
Sans obscurité& Jans nuages ; alors
disparurent tous ces phantoſmes de
vertus qu'avoit enfantezl'imagination
des Philofophes ; alors desremedes
tout divins furent appliquezavecefficace
à tous les maux qui nous
fontnaturels.
Arrestons nos yeux en particulier
fur quelqu'undes effets que produit
La nouvelle Loy annoncée par Iefus-
Octobre 1687. C
1
50 MERCURE
Christ. L'impatience dans les maux
est peut- estre un des vices auſquels
la nature nousporte , &leplusgeneralement;
& avec le plus de force,
& ilnya point devertu à laquelle
la Philofophie ait plus aspirequ'àla
patience ;fans doute , parce qu'il n'y
en a aucune ny plus neceſſaire à la
malheureuſe condition des hommes,
ny plus capable d'attirer une distin-
Etion glorieuse à ceux qui auroient
pû l'acquerir. Cette impatience de
la nature &lafauſſe patience de la
Philofophie nousferviront d'exem
ples de l'heureux renouvellement qui
ſe fit alors dans l'Univers. Voyons
comment la veritable patience inconnuë
juſque- làfur la terre , prit
ta place de l'une de l'autre. N'ayons
point de honte d'envisager de
prés, &d'étudier nos miferes ; cette
venë , cette étude fervira à nous
convaincre des bienfaits du Redempteur.
GALANT.
I. POINT.
Quel est ce mouvementimpetueux
de nostre ame qui s'irrite contre les
maux qu'elle endure , & qui s'agite
comme pour en ſecoüerlejoug?Pourquoy
tâcher à les repouffer loin de
nous par des efforts violens,dont nous
Sentons en mesme temps l'impuiſſance
? Pourquoy prendre à parte ou
desAftres , qui n'ont en aucune forte
contribué à nos malheurs , ou une
Fortune & des Destins , qui n'ont
point d'estre hors de nostre imagination
? Que veulent dire cesplaintes
adreßées à mille obiets dont elles
nepeuvent estre écoutées ? Que vent
dire cette espece de fureur où nous
entrons contre nous-mesmes , moins
fondée encore que tous ces autres emportemens
? Soulageons - nous nos
maux , ou les redoublons - nous ?
Malheureux , si nous n'avons que
des moyens fi faux & si peu rai-
1
C 2
52
MERCURE
Sonnables pour les foulager ! Infen-
Sez , si nous les redoublons ! mais
quel Sujet d'en douter ? Il n'est que
trop feur que nous redoublons nos
maux. Cet effort que nous faiſons
pour arracher le trait qui nous blefse,
l'enfonce encore davantage ;
l'ame se déchire elle- mefme par cette
nouvelle agitation , & lemouve
ment extraordinaire où ellese met
excitant ſaſenſibilité , donne plus
de priſe fur elle à la douleur qui la
tourmente.
Cependant ny la honte de ſuivre
des mouvemens déreglez ,ny la crain
te d'augmenter le ſentiment de nos
maux , ne reprime en nous l'impatience.
On s'y abandonne d'autant
plusfacilement, que la voixfecrete
de nostre conscience ne nous la reproche
presque pas ,& qu'il n'y a
point dans ces emportemens une injustice
évidentequi nous frape, &
こ ن
GALANT.
53
-
;
t
A
ا
OS
4-
ell
ylo
qui nous en donne de l'horreur. Au
contraire , il semble que le mal que
nous souffrons nousjustifie ,ilſemble
qu'il nous diſpenſe pour quelque
temps de la neceſſité d'eštre raifonnables.
N'employe- t- on pas mesme
quelque forte d'art pour s'exempter
de rougir de ce defaut , &pour s'y
pouvoir livrerfans fcrupule ? NeJe
deguife- t-on pas souvent l'impatiencefous
le nom plus doux de vi-
-vacité ? Il est vray qu'elle marque
toûjours une ame vaincuë par fes
maux, & contrainte de leur ceder ;
mais ily a des malheurs auſquels
les hommes approuvent que l'on ſoit
Sensiblejusqu'à l'excés ,& des éve
nemens où ils s'imaginent que l'on
peut avec bien-feance manquer de
forces , & s'oublier entierement .
C'est alors qu'il est permis d'aller
Ở
jusqu'àse faire un merite de l'im-
Patience ,& quel'on ne renonce pas
C3
54 MERCVRE
4
àen estre applaudy. Quil'eust crû
que ce qui porte le plus le caractere
de petiteffe de courage, pustjama's
devenir unfondement de vanité?
La Religion ſeule pouvoit remedier
à un defaut fi enraciné dans
la nature , & quelquefois autorisé
par nos fauſſes opinions. Elle nous
apprend , pour reprimer en nous
l'impatience toûjours nuisible& in-
Senfée , que nous sommes tous pecheurs
, que nous devons une expiation
àla justice divine ; que tous
les maux que nous ſommes capables
de fouffrir , nous les avons meritéz.
Quelle étrange confolation , à enju
ger felon les premieres idées qui se
prefentent ! Quoy , nous ne serons
pas seulement malheureux
Serons encore obligez de nous croire
coupables ? Nous perdrons jusqu'au
droit de nous plaindre , nos foûpirs
ne pourront plus eftre innocens ? En-
, nous
GALANT.
55
core un coup , quelle étrange confolation!
C'en est une cependant , & folide
&efficace. Quelques tristes queparoiſſent
quelquefois les veritez qui
nous viennent du ciel , elles n'en
viennent que pour noſtre bonheur&
nostre repos . In Chreftien vivement
persuadé qu'il merite les maux qu'il
Souffre , est bien éloigné de les redoubler
par des mouvemens d'impatience.
Il est juste que la revolte
de nostre ame contre des douleurs
deuës à nos pechez ,foit punie par
l'augmentation de ces douleurs mêmes
: mais on se l'épargne en se
Soûmettant fans murmure au châtiment
que l'on reçoit . Ce n'est pas
queles Chrestiens cherchent à ſouffrir
moins , c'est que d'ordinaire les
actions de vertu ont des recompen-
Ses naturelles qui en font infeparables.
On nepeut estre dans uneſain-
Y
C4
56 MERCURE
te diſpoſition à fouffrir , que l'on ne
diminuë la rigueur des souffrances.
On'ne peut y confentir ſans les foulager;
& lors que nous nousrangeons
contre nous - mesmes du party de la
justice divine , on peut dire que nous
affoibliſſons en quelqueforte le pouvoir
qu'elle auroit contre nous .
Faut-il que je mette außi au nombre
des motifs de patience que la
Religion nous enſeigne , les biens
eternels qu'elle nous apprend à meriter
par le bon usage de nos maux ?
Sont - ce veritablement des maux ,
que les moyens d'acquerir ces biens
celestes qui ne pourront jamais nous
eftre vavis ? Souffre - t - on encore
quand on lesenvisage , & leur idée
laiſſe- t- elle dans nostre ame quelque
place à des douleurs & foibles
&paſſageres ? Ah ! il ſemble qu'ils
nous empefchent bien plûtoſt de les
fentir, qu'il nenous aident à les en
durer...
GALANT. 037.
Tel a esté l'art de la bontéde
Dieu, que dans les punitions mesme
que fa colere nous envoye , elle a
trouvé moyen denousyménager une
Source d'un bonheur infiny. Recevons
avec une foûmiſſion ſincere de
fi juſtes punitions , & elles deviendront
auſſi toſt des ſujets de recompense.
Nous n'aurons passeulement
effacénos crimes , nous aurons acquis
un droit à la souveraine felicité.
Aveuglement de la nature , lumieres
celestes dela Religion , que vous
estes contraires ! La nature parfes
mouvemens deſordonnez augmente
nos douleurs ,& la Religion les met ,
pour ainſi dire , àprofit , par la patience
qu'elle nous inspire. Si nous
encroyons l'une , nous ajoutons à des
maux neceſſaires un mal volontaire z
&fi nous suivons les instructionsde
l'autre, nous tirons de ces mauxneceffaires
les plus grands de tous les
biens.
C
S
58
MERCURE
Auſſi la patience Chreftienne
n'est-elle pas une simple patience,
c'est un veritable amour des douleurs.
Si on ne portoit pas fa veue dans
cette eternité de bonheur dontelles
nous offurent la joüiffance, onseborneroit
à les recevoir fans murmure,
commedes chatimens dont on eft digne
par ses pechez ; mais des que
L'on regarde le prix infiny dont elles
Sontpayées , on ne peut plus queles
recevoir avecjoye comme des graces,
dont on eft indigne. De là naiffoient
ces merveilles dont les Annales des
Chrestiens font remplies ; cette tranquilité
dont les Saints ont jouy au
milieu méme des plus apres tourmës;;
cette égalitéparfaite qu'ils ont toû
jours vene entre les biens & les
maux. Que disie , égalité ? cette
préference qu'ils ont toûjours donnée
auxmaux fur les biens ; ces heureux
exces de patience qu'ils ont poußez
と
GALANT. 59
juſques à ofer appeller fureux les
maux que la main de Dieu leur
refuſoit.
Quel Spectacle fut ce pour le
monde corrompu que la naiſſance asu
Chriftianiſme ! On voit paroiſtre
tout àcoup&se répandre dans l'Vnivers
des hommes qui diſconviennent
d'avec tous les autres fur les
principes lesplus communs; des hom
mes qui reiettent tout ce qui est recherché
avec le plus d'ardeur,&qui
ont un amourfincerepour tout ce que
les autres fuyent. Les plaintes font
un langage qui leur est inconnu ,ſi ce
n'est dans la prosperité. Ils nese
contentent pas d'avoir au milieu des
malheurs une constance inébranlable
,ils ont une ioye qui va ſouvent
iuſqu'àdes tranſports , s'ils ne s'offrent
pas d'eux - mesmes aux tourmens
&à la mort , ils se contraignent,
la cruauté de leurs ennemisfe
C6
60 MERCURE
८
méprend eternellement. On leur donne
pour Supplices que ce qu'ils fouhaitent.
Quels sont ces prodiges,
devoient dire les Payens ? Quel est
ce renversement ? Les biens & les
maux ont- ils changéde nature ?Les
hommes en ont-ils changé eux- mêmes
? Cet étonnement futfans doute
d'autant plus grand que l'on voyoit
les Philoſophes , qui iusque - là
avoient paru eftre en poſſeſſion de
toutes les vertus & de toutes les veritez,
confondus , & dans leur speculation
, &dans leur pratique , par
denouveaux Philoſophes incompa
rablement plus parfaits . Ce furent
ces derniers Sages , ou plutoſt ce fut
Leur Maistre celeste que détruifit les
fauffes especes de patience établies
par des Sages trompeurs , & plus
vicieuses peut- eftre que l'impatience
mesme naturelle aux hommes ,
qui n'ont que leurs paſſions pour
guides.
GALANT. 6
II . POINT.
Famais la raiſon humainen'a fait
eclater tant d'orgueil ,&n'alaiffé
voir tant d'impuiſſance que dans la
Secte des Stoïciens . Ces Philofophes
entreprirent de perfuader aux hommes
que leur propre corps estoit pour
eux quelque chose d'étranger , dont
les interests leur devoient estre indifferens
, & que les douleurs qui
affligeoient ce corps, estoient ignorées
par le Sage , qui se retranchoit entierement
dans ta partiefpirituelle
detuy- mesme. Ainsi le Stoïcien ve
gardoit les maux avec dedain com
me des ennemis incapables de luy
nuire ,&ilfe paroit d'une patience
fastueuse, fondéefur l'impassibilité
dont la Secte ſeflatoit. Souffrir avec
constance eustesté quelque chose de
trop bumain , il ne souffroit point..
femblable à Iupiter mesme dont il
62 MERCURE
n'avoit lieu d'envier ny les perfe-
Etionsny le bonheur.
Iusqu'où vous égarez- vous , foibles
eſprits des hommes ,quand vous
estes abandonnez à vous- mefmes ?
Quoy,il s'agitdefoulager les bleſſures
que nous recevons tous les jours ,
nous les recevos,nous engemiſſons,&م
-on n'y trouve point d'autres remede
que de nous foûtenir que noussommes
invulnerables? trop heureux encorefi
-nous pouvions entrer dans cette illufion
& en profiter ; mais fi ces vaines
idées élevent pour quelquesmomens
& enflent l'imagination Seduite
, on est aussi-tost rappellé au
Sentiment deses mauxpar lanature
plusforte&plus puissante, &filopiniâtreté
du party dont on a fait
choix , maintient encore dans l'efprit
cette fuperbe speculation , le
coeur la dement & la condamne.
Quand ce Stoicien preßépar la douGALANT.
63
leur d'une maladie violente s'écrioit
, en s'adreſſant à elle ; Jen'a
voüeray pourtant pas que tu
fois un mal ; Cet effort qu'il fai
Joit pour ne le pas avoüer , ce deſaveu
mesme apparent n'estoit-cepas
un aven er le plus fort & le plus
fincere qui pust iamais estre ?
Loin du Chriftianisme ane erreur
si contraire aux fentimens
naturels , & un orgueilfi indigne
d'une raiſon éclairée . La patience
des Chreftiens n'est point fondée
fur ce qu'ils s'imaginent estre
au deſſus des douleurs , ilssouffrent,
ils avoüent qu'ils souffrent ; maislo
foûmiſſion qu'ils ont pour celuy qui
Les fait iustement fouffrir ; mais le
prix qui est proposéà leurs fouffrances
produit cette constance , cecal
me , cette joye qui ontſi ſouvent arraché
à leurs Perfecuteurs de l'admiration
& du respect. Ils ne re-
1
64 MERCVRE
tiennent point leurs plaintes &
leurs gemiſſemens , par la craintede
deshonorer le party qu'ils font profeſſion
deſuivre, mais la divine Re-
-ligion qu'ilsfuiventprevient en eux
les plaintes & les gemiſſemens par
lesSaintes pensées dont elle lesremplit.
Ils font tels au dedans d'euxmesmes
que les Stoiciens avoient
beaucoup de peine à paroiſtre au
dehors , tranquilles & vainqueurs
de la douleur qu'ils endurent. Ils
font ce que toute laPhilofophie ellemesme
ne sçauroit affez admirer
auſſiſenſibles que les autres hommes
àtoutes les miferes humaines , plus
Satisfaits au milieu des plus grandes
miferes , que s'ils estoient les plus
heureux des hommes.
Iln'ya rienoù la patience éclate
avec plus d'avantage , quedans
les injures. Un Stoicien offensé ne
confervoit un exterieur paisible
GALANT.
65
que parce qu'il s'élevoit ausfi- toft
dans fon coeur au deſſus de celuy qui
l'avoit offense , & quelquefois même
par un superbe jugement ofoit
le degrader de la qualité d'homme;
insulte qu'on faitsans danger àfon
ennemy , vangcance impuiſſante qui
ne laiſſe pas de conſoler l'orgueil.
Vn Chrestien se met dansson coeur
au deſſous de tous les hommes ,&
cependant il a au milieu des outrages
une heroïque tranquillité qui te
met au deſſus deſes ennemis. Innocent&
heureux artifice que lagrace
nous enseigne ! Sans prendre une
fierté mal fondée ,fans affecter une
fauſſe inſenſibilité , nous n'avons
qu'à nous humilier ſous lamain du
Createur pour estre Superieurs aux
creatures. Nous n'avons qu'àlaref.
pecter dans les instrumens qu'elle
-employe , pour estre à l'épreuve des
plus rudes coups que les hommes
66. MERCURE
puiſſent nousporter. Iln'y en a point
qui n'ayent affez de pouvoir pour
nous faire souffrir ; mais il n'y en a
point qui en ayent affez pour troubler
noftre repos. Lors que leurs bras font
tournezcontre nous , un bras plus
puiſſant qui les fait agir , ſe montre
auxyeux de nostre foy , tient nos douleurs
dans le respect , &reprime toute
l'agitation qu'elles produiroient
dans nostre ame. Les injustices que
nous avons à effuyernese preſentent
plus à nous comme des évenemens qui
partent de la méchanceté des hommes
;& qui doivent exciter en nous
de la haine & de l'indignation, nous
remontons plus haut , & d'une venë
plus éclairée nous découvrons que ces
mesmes évenemens nous viennent du
Ciel ,& comme de iuftes châtimens
quidemandent de lafoumiſſion , &
comme des ſuiets de merite qui demandent
des actions de graces...
GALANT.
67
Ce n'estoit pas ainsi qu'en jugeoient
la plupart des Philoſophes,
perfuadez que toutes chofes étoient
gouvernées par une fatalité aveugle,
immuable, neceſſaire, de laquelle
Partoient indifferemment & les
biens & les maux. Il est vray qu'ils
fefoumettoient à elle dans les malheurs
, & quelquefois avec affez de
resolution ;mais quelle estoit cette
efpece de patience ? Une patience
d'esclaves attachez à leur chaiſne ,
&fuiets à tous les caprices d'un
Maistre impitoyable; une patience
quin'estantfondée quefur l'inutilité
de la révolte , arreste durement
les mouvemens de l'ame , & au lieu
de la corſoler y laiſſe un chagrin
Sombre&farouche , en un mot , un
deſeſpoir un peu raisonné , plutost
qu'une vraye patience.
Graces à nostre auguste Religion ,
nous sçavons que nous ne dependons
L
f
68 MERC VRE
point d'un deſtin aveugle qui nous
emporte & nous entraiſne invinci
blement. Nos malheurs ne viennent
point de l'arrangement fortuit de
ce qui nous environne ; une Intelli.
gence eternelle , non moins puiſſante
quele paroiſſoit aux Philoſophes
leur fatalité imaginaire , mais de
plus souverainement ſage , preſide
àtout . Ce bras dont nous reſpectons
les coups , est un bras qui nous di-
Stribue les maux même ſelon nos be-
Soins&Selon nos forces , qui , àproprement
parler , ne nous envoye que
des biens ; c'est le bras d'un Pere ,
nous souffrons comme des enfans ,
Seurs de la bontéde celuy qui nous
fait souffrir , & non point comme
des esclaves aſſujettis à toutes les
Frigueurs les plus bizarres & les plus
cruelles: ce n'est point l'inutilité de
la revolte qui nous arreſte , c'en est
l'injustice ,& nostre patience est une
GALAN Τ . 69
veritable foûmiſſion d'esprit qui répand
dans le coeur une confolation
presque aussi douce , si je l'ofe le
dire , que la joüissance mesme du
bien.
Tels font les effets que produit
chez les Chreftiens le divin exemple
de la patience qui leur fut proposé ,
lors que le fuste , lefeul Fuste qui l'ait
jamais esté par luy- mesme,se vitfur
le point d'expier lespechez du Genre
humain . Abandonné de toute la Nature
, hormis de quelques Disciples
qui n'avoientplus que peu d'inſtans
à luy estre encore fidelles ,frapé de
l'affreuſe idée d'un ſupplice égale
ment honteux & cruel qui luy estoit
destiné , il s'adreſſe àfon Pere celefte.
Il luy demande que s'ileftpof
ſible les tourmens qu'il envisage luy
Joient épargnez , & un fouhait que
la grandeur de ſes tourmens déja
prefens àses yeux rendoit fi legiti
70 MERCURE
me , un souhait plus legitime encore
par l'innocence de celuy qui le faifoit
, un souhait où la moderation
éclate juſque dans les termes qui
l'expriment , est cependant reprimé
dans le même moment par uneſoûmiſſion
entiere , sans reserve aux
deffeins de Dieu . Que ta volonté
foit faite , dit Jesus- Christ à fon.
Pore , & quelle volonté ? Combien
Sçavoit - il qu'elle estoitſevere &rigoureuse
à son égard ! il ſe voyoit
livré à la Iustice irritée , il voyoit
la bonté entierement suspendue , ccpendant
pour fatisfaire aux devoirs
de l'obeiſſance d'un Fils , ilfoufcrit
àSa propre disgrace , &fon unique
Soulagement au milieu deſes douleurs
les plus vives,&de tourner les
yeuxfurla main dont il les reçoit .
Il foupira encoreſur la croix , il
Se plaignit d'avoireſté abandonné
defon Pere; mais il ne murmuroit
GALANT.
L
71
pas de cette extrême rigueur , ilnous
marquoit seulement combien il y
étoitfenfible. Les Philofophes pretëdoient
à une impaſſibilité , qui dans
l'état où nous sommes ne peut s'accorder
avec la nature humaine , &fe-
Sus- Christ ne voulut pas ioüir de celle
qu'il eust pûrecevoir de fa Divinité.
Ilfouffrit lesplus cruelsfupplices
pour laiſſer unexemple qui convint
à des hommes neceſſairement
Sujets à la douleur.Il prit toutenoftre
ſenſibilitépour nous porter avec plus
de force à l'Imitation de sa patience.
Inspireznous , Verbe incarné ,
cette heroique vertu si éloigné de la
corruption qui nous est devenuenaturelle
,&de la fauſſe perfection à
laquelle la Philosophie aspiroit.Daignez
nous inftruire dans la ſcience
de Souffrir , Science toute celeste ,
&qui n'appartient qu'à vos Dis.
72
MERCURE
ciples. Toutle cours de vostre vie
nous en donne d'admirables leçons ;
mais comment les mettre en pratique
fans lesecours de vostre grace?
C'est vous ſeulfur qui nous pouvons
prendre une veritable idée des vertus,
& c'est vous ſeul encore de qui
nous pouvons recevoir la force de les
Suivre, vous qui estes la raison &
la ſageſſe de vostre adorable Pere ,
devenez auſſi la nostre pour regler.
les emportemens aufquels la nature
s'abandonne dans les afflictions. Ne
permettez , Seigneur, à votreJusti
ce de les faire tombersurnous , que
quand vous aurez mis dans nostre
ame les diſpoſitions neceſſaires pour
enprofiter ,&nnee nous envoyez tous
les maux dont nous sommes dignes ,
qu'en nous donnant en mesmetemps
un courage vrayment Chrétien .
Depuis que les Prix onteſté
donnez ,
GALANT.
73
donnez , on a ſceu que les deux
Difcours qui ont concouru fur
cette meſme matiere , eſtoient ,
l'un de Monfieur l'Abbé Raguenet
, & l'autre de Monfieur
de Clerville. Ils meritent l'un
& l'autre de grandes loüanges ,
ayant écrit d'une maniere tresnoble
, & fait le portrait de la
Patience Chreftienne avecdes
traits vifs qui la font aimer.Le
ſujet que Meſſicuts de l'Academie
avoient donné pour le Prix
de Poësie , eſtoit l'éducation de
la Nobleffe dans les Ecoles des
Gentilshommes , & dans la
Maiſon de S. Cir. Vous ſeriez
contente de la maniere dont
Mademoiselle des Houlieres l'a
traité , quand meſme l'eſtime
que vous avez pour ſon nom ,
& l'intereſt que vous devez
prendre à tout ce qui fait hon-
Octobre 1687 . D
74 MERCURE
neur à voſtre Sexe ne vous
2
engageroient pas à lire cet Ouvrage
avec plaifir .
ODE
Sur le ſoin quele Roy prendde
l'éducation de la Nobleſſe .
T
Oy , par qui les Mortels rendent
leurs noms celebres ,
Toy , que j'invoque icy pour la premiere
fois ,
De mon efprit confus diſſipe les tenebres
,
Et foûtiens ma timide voix.
Le projet que je fais est hardy , je
l'avouë,
Il auroit effrayéle Pasteur de Man.
touë
Et i'en connois tout le danger.
Mars , Apollon ,pour toy fi ie Suis
inspirée ,
GALAN T.
75
Mes Vers pourront des fiens égaler
la durée;
Haftez - toy , viens m'encourager.
Dieu du jour , tu me dois le fecours
que j'implore ,
C'est ce Heros si grandfi craint dans
l'Univers ,
Le Protecteur des Airs , LOVIS que
l'on adore ,
Que ic veux chanter dans mes
Vers.
Depuis que chaque jour tu fors dis
Sein de l'onde ,
Tu n'as rien veu d'égal dans l'un
& l'autre monde ,
Ny fi digne du ſoin des Dieux. -
C'est peu pour en parler qu'un langage
ordinaire ,
6
Et pour le bien loüer , ce n'est point
affez faire ,
Dés que l'on pourra fairemieux.
D 2
76 MERCURE
IlSçait que triompher des erreurs&
des vices ,
Répandre la terreur du Gange aux
flotsglacez ,
Elever en tous lieux depompeuxEdi
fices
Pour un grand Royn'estpas asse.z.
Qu'ilfaut pourbien remplir cefacré
caractere,
Qu'au deſſein d'arracherSon Peuple
àlamisere ,
Cedent tous les autres proiets ,
Et que, quelque fierté que leTrône
demande ,
Il faut àtous momens quefa bonté
le rende
Le Pere de tous ſes Suiets.
Apeine a- t-il calme les troubles de
laTerre ,
GALANT. 77
Que cefageHeros confulte avec la
Paix ,
Les moyens d'effacer les horreurs de
la Guerre
Par de memorables bienfaits.
Ildérobe les coeurs de sa jeune Nobleffe
Aux funestes appas d'une indigne
moleffe ,
Compagne d'un trop long repos.
France ,quels foins pour toy prend
ton auguste Maistre !
Ils s'en vont pour jamais dans ton
Seinfaire naistre
Un nombre infiny de Heros.
Il établit pour eux des Ecolesſçavantes
Où l'on regle à lafois le courage &
les moeurs ,
D'où l'on les fait entrer dans ces routes
brillantes
D 3
78
MERCURE
Qui menent aux plus grands
honneurs .
On leur enfeigne l'art de forcer des
murailles ,
De bien affeoir un Camp , de gagner
des batailles ,
Et de défendre des remparts.
Dignes de commander au fortir de
l'enfance,
Ils verront la Victoire attachéeàla
France
Neſuivre que fes Etendars ?
Tel cet Estre infiny dont LOUIS
est l'Image,
Par lessecrets refforts d'un pouvoir
absolu ,
Des differens perils où la miſere engage
Sceut delivrerfont Peuple élû.
Long-temps dans un defertſous de
fidelles Guides
GALANT. 79
Il conduifit fes pas vers les Vertus
folides ,
Sources des grandes actions ,
Et quandil'eut acquis de porfattes
lumieres
Il luy fit fubjuger des nations entieres
,
Terreur des autres Nations.
Mais c'est peu pour LOVIS d'élever
dansſesPlaces
A
Les Filsde tant de vieux & fidelles
Guerriers,
Qui dans les champs de Mars, en
marchantfurſes traces ,
* Ont fait des moiſſons de lauriers.
Pour leurs Filles il montre autant
de prévoyance
Dans l'afileſacré qu'il donne à l'innocence
Contre tout ce qui la détruit ;
Et par les foins pieux d'une illuftre
Perſonne
D 4
80
MERCURE
Que le Sort outragea , que la Vertu
couronne
Vnfi beau defſein fut conduit.
Dans un fuperbe enclos où laſageſſe
habite,
Où l'on fuit des Vertus le sentier
épineux ,
D'un âge plein d'erreurs mon foible
Sexe évite
Les égaremens dangereux.
D'enfans infortunez cent Familles
chargées ,
Duſoin de les pourvoirse trouvent
Soulagées ,
QuelSecours contre unfort ingrat?
Par luy ce Heros paye en couronnant
leurs peines
Lefang dont leurs Ayeux ont épuisé
leurs veines
Pour la défenſe de l'Etat.
GALANT. 81
Ainsi dans les jardins l'on voit de
jeunes Plantes ,
Qu'on nepeut conſerver quepardes
Soinsdivers,
Vivre & croiſtre à l'abry des ardeurs
violentes
Et de la rigueur des Hyvers.
Par une habile mainfans ceffe cultivées,
Et d'une cau vive&pure au beſoin
abreuvées ,
Elles fleuriſſent dans leurs temps :
Tandis qu'à la mercy des ſaiſons
orageuses
Les autres au milieu des campagnes
pierreuſes
Seflétriſſent dés leur Printemps..
Mais quel brillant éclair vient de
fraper ma vevë !
D
82 MERCURE
Qui m'appelle ? qu'entens-ie ? &
qu'est- ce que ie voy ?
Mon coeur est transporté d'une ioge
inconnue
Quels font ces preſages pourmoy?
Ne m'annoncent - ils point que je
verray la cheute
Des celebres Rivaux avec qui je difpure
L'honneur de la lice où je cours ?
Que de gloire& quel prix ! fi le
Ciel me l'envoye
Le Portrait de LOVIS à mes regards
en proye
PRIERE POUR LE ROY
A
1
H ! Se gneur , pour LOVIS ne
nous alarme plus,
Content de nos foupirs n'en exige
point d'autres;
Mais pourquoy te laffer par desvoeux
fuperflus ?
Tes interests icy font joints avca les
noftres.
GALANT. 83
Que pour luy donc , Seigneur , ta
main daigne s'armer ;
Conferve- nous long-temps un ſi digne
Monarque ,
Tel que tu pris pour nous le ſoin de
le former ;
Qu'on le puiſſe toûjours reconnoistre
à tamarque ,
Soit qu'ilse faſſe craindre, ou qu'il
Sefaſſe aimer.
Je vous envoye une Chanfon
à deux couplets . Monfieur
Malo a fait les paroles du premier
, & celuy qui les a miſes
en air , a fait celles du ſecond,
auſquelles il a joint la diminution
, ce que vous n'avez point
encore veu dans aucun des
Airs nouveaux que je vous ay
envoyez . Il vous eſt aiſe de
voir par là que je vous parle de
cet illuftre Maiſtre en Muſique
D 6
84 MERCURE
1
dont le Public a veu tant de
beaux Ouvrages , & qui veut
bien prendre foin à l'avenir de
me fournir tous les mois des
Airs , ou de ſa compoſition , ou
de celle des plus habiles Muficiens
que nous ayons .
AIR NOUVEAU.
Eplaisirextremes
Eplaisir de vous voir est un
Mais il est dangereux de s'enlaiffer
charmer.
Vous sçavez trop vous faire aimer
,
Et vous ignorez comme on aime...
Je ſçay qu'en vous voyant on voit la
beauté mesme ,
Qu'un feulde vosregards suffit pour
enflamer ;
Mais quefert- il de vous aimer
Si vousignorez commeon aime ?
851
ine
,
un
OU
de
S
IBLIOTHEQUR
18
LYON
*1893
uis
qui
len
lu-
Out
ins
talus
de
ze
IItâ
talle , & depuis ce temps il a conferé avec les plus habiles
Rabins de l'Europe , pour
cher de s'éclaircir fur quelques
points qui luy faifoient peine,, & fur leſquels ſes propres lumieres
, quoy que tres - fortes
n'avoient pûle fatisfaire.Il pric
4
84
do
be
bi
m
Ai
de
fic
]
Et vous ignorez comme on aime.
Je ſçay qu'en vous voyant on voit la
beauté mesme ,
Qu'un feulde vosregardssuffit pour
enflamer;
Mais quefert- il de vous aimer
Si vousignorez comme on aime ?
১
GALANT. 85
Il s'eſt fait à Avignon une
Converfion remarquable d'un
Juif nommé Angelo Pace , ou
Mordacai Schalom , natif de
Sienne , & élevé à Piſe depuis.
l'âge de dix ans . Ses Parens qui
font gens riches n'ayant rien
voulu épargner pour ſon éducation
, avoient employé tout
ce qu'il y a de ſçavans Rabins
dans les Ecoles des Juifs d'Italie
, pour le rendre un des plus
doctes & des plus éclairez de
cette Religion . Il y a quatorze
ans ou environ qu'il quitta l'Italie
, & depuis ce temps il a
conferé avec les plus habiles
Rabins de l'Europe , pour tâ--
cher de s'éclaircir fur quelques
points qui luy faifoient peine ,,
& fur leſquels ſes propres lumieres
, quoy que tres - fortes
n'avoient pûle fatisfaire .Il pric
86 MERCURE
enfin le deſſein d'aller à Paris ,
&de traverſer toute la France ,
pour voir ſi quelqu'un luy donneroit
l'entier éclairciſſement
de ſes doutes , & ce fut dans
Avignon qu'il trouva le repos
d'eſprit qu'il ſouhaitoit. Il y vit
des perſonnes éclairées qui le
tirerent de ſes embarras , & le
convainquirent par raiſons &
par doctrine . Il les pria de le
preſenter à Monfieur l'Archevefque
, ne doutant pas qu'il
ne vouluſt bien prendre le ſoin
de le faire inſtruire , & de regler
la ceremonie de ſon Baptême.
Il avoit ſujet d'en juger
ainſi . Ce Prelat , qui eſt d'une
des plus illuftres Maiſons de
Ferrare , & qui vient des Comtes
de Montecatini , a toûjours
fait profeſſion de la pieté la plus
exemplaire. Il ſe voia àDieu
GALANT. 87
dés fon bas âge , & prit l'habit
de Chartreux dans la grande
Chartreuſe de Grenoble. Aprés
yavoir demeuré quelque temps
retiré du monde , fes rares qua
litez le rendant neceſſaire au
bien de tout l'Ordre , il fut
choiſi pour en remplir les places
les plus confiderables , &
particulierement celle de ProcureurGeneral
de tout l'Ordre .
En fuite il fut fait Archeveſque
d'Avignon , & quoy que fon
caractere le diſpenſe de l'aufterité
de la regle des Chartreux,
il n'a rien voulu en relâcher ,
& obferve dans toute fa rigueur
l'abſtinence perpetuelle des
viandes. Il eſt d'une profonde
capacité , & a des ſoins fi vigilans
pour tout fon Diocese ,
qu'on peut dire qu'il fait en
meſme temps l'office & d'Evê
88 MERCVRE
quuee & de Curé , voulant eſtre
appellé à tous les Malades de
la Ville , ſans meſme en excepter
les plus pauvres . Il les confole
, leurdonne ſa Benediction
Paftorale , & cette bonté luy
gagne les coeurs de tous les Peuples
. Ce digne Prelat n'eut pas
plûtoſt ſceu le deſſeinde celuy
dont je vous parle , que ravy de
voir de ſi belles diſpoſitios dans
un jeune homme de vingtquatre
ans , d'un eſprit ſublime
, d'un naturel fort doux , il
le mit entre les mains de Monfieur
Rouffet , Preſtre d'Avignon;
qui excelle enla connoif
fance de l'Hebreu & du Chaldéen
,& qui ſçait à fond les Ce--
remonies de L'Eglife , ſerefervant
de faire enſuite publiquement
celle du Baptefme dece
Neophite. Madame la Princeffe
GALAN Τ. 89
d'Harcourt qui eſt depuis quelque
temps en ce Pays -làdans le
Convent des Religieuſes du
premierMonaftere de la Viſitatation
, confentit à luy ſervir de
Marraine . Vous ſçavez , Madame
, que cette Princeſſe , mariée
à Monfieur le Prince
d'Harcourt de la Maiſon de
Lorraine , eſt de celle d'Ornano
la plus illuſtre d'Italie , & qui
deſcend dela Maiſon des Colomna
, où il y a eu Afcanio &
Jeroſme Colomna qui ont remply
ſi dignement leur rang
dans le SacréCollege des Cardinaux
, ainſi que pluſieurs autres
Cardinaux & Souverains Pontifes
de cette meſme Maiſon.En
814. du temps que Charlemagne
regnoit Hugues Colomna ,
à la perfuafion d'Eſtienne I V.
chaſſa les Sarrazins du Royau
१० MERCURE
me de Corſe , & y fut proclamé
Seigneur & Liberateur avec
titre de Comte Souverain . Ily
laiſſa un Fils qui ſe rendit fa- ,
meux dans la Guerre , & qui fut
orné des dépoüilles de l'Empire.
C'eſt de luy que la Maiſon
de Meſſieurs d'Ornano tire fon
origine,& que Madame la Princefled'Ornano
Comteſſe d'Harcourt
, eſt deſcenduë .
Le choix du Parrain fit naître
quelque embarras. On avoit
prié Monfieur le Vice - Legat
de le vouloir eſtre, mais il pouvoit
ſurvenir des difficultez
dans le temps de la ceremonie
du Baptefme entre ce Prélat , &
Monfieur l'Archeveſque d'Avignon
, qui ne ſe trouvent
preſque jamais en un meſme
lieu à cauſe de la préſeance.Le
Pere Louïs d'Amena, Religieux
:
4
GALANT. 91
de l'étroite Obſervance de S.
François , Auditeur de Monſieur
l'Archeveſque , & l'un
des plus ſçavans hommes de ce
Siecle , regla toutes chofes d'une
maniere ſi judicieuſe , qu'il
ne pouvoit eſtre fait aucun préjudice
aux pretentions de l'un
ny de l'autre. Ainfile 17.Aouſt
fut choisi pour eſtre le jour de
cette Ceremonie. Monfieur le
Vice- Legat qui s'eſt diſtingué
dans toutes les occaſions qui
s'en font offertes , voulut marquer
ſon vray caractere en celle-
cy , non ſeulement comme
Vicaire Apoftolique , Vicelegat,
Gouverneur , &Intendant
General en cet Etat pour Sa
Sainteté , mais encore comme
une perſonne qui s'eſt toûjours
foûtenuë par ſa qualité , & par
fon propre merite. Il ordonna
92
MERCURE
que l'Egliſe des Cordeliers ,
l'une des plus grandes & des
plus belles qui ſoient en France
, & que Monfieur l'Archeveſque
avoit choiſie pour y
baptifer ce Neophite , fuft toute
tenduë de ſes plus magnifiques
Tapiſſeries , & que l'on
paraſt ſomptueuſement l'Autel.
Il fit garder la place au devant
de cette Egliſe par trois Compagnies
de fon Infanterie , & la
porte par une autre de ſa Garde
Suiffe . Ce Prelat , qui s'ap .
pelle Balthasar Cenci , eſt un
des plus accomplis Prelats qui
fervent l'Eglife. Sa pieté , ſa
douceur , & fon fublime ſçavoir
le font admirer de tout le
monde . Sa naiſſance ne le rend
pas moins conſiderable . Il eſt
d'une Maiſon qui a donné plufieurs
Cardinaux au SacréCol
GALAN Τ .
93
lege , & dans laquelle le Pape
Ican X. creeé l'an 912. fait un
tres - bel ornement. Il eſtoitRomain
,&tint le Saint Siege feize
ans , pendant lesquels il
gouverna avec force . Il chaffa
les Sarrazins de l'Estat Ecclefiaftique
, & mourut l'an 928 .
aprés avoir couronné l'Empereur
Berenger. Honoré III . qui
fut creé Pape à Peruſe l'an 1216.
homme genereux ,pieux & fçavant,
gouverna & deffendit l'Egliſependant
plus dedix ans ,
dans le temps que les Sarrazins
l'attaquoient avec plus de
violence.Il couronna deux Empereurs,
& confirma les ordres
des quatre Mendians .
Le Dimanche 17. Aouft
eſtant arrivé , Monfieur l'Archeveſque
d'Avignon qui fait
toutes les fonctions de fon cara94
MERCURE
tere avec éclat , partit de ſon
Palais Archiepifcopal ſur les
quatre heures , accompagné de
Monfieur l'Abbé de Cabanes ,
Prevoſt de ſa Metropolitaine ,
& de tout ce qu'il y a de perſonnes
diftinguées dans ſon Clergé
qui eſt fort nombreux , & alla
aux Cordeliers . On l'y reveſtit
deſes habits Pontificaux , & a
prés qu'on eut chanté en Mufique
les Pfeaumes marquez dans
le Rituel pour ſervir de preparation
à cette Ceremonie , il
defcendit de ſon Trône pour
aller à la porte de l'Eglife , où
elledevoit être commencée. Il
y arriva en meſme temps que
s'y rendit Monfieur le Vice-
Legat , accompagné de fes Officiers
tant d'épée que de Robe
, & de toute la Nobleffe ,
precedé par fa Garde Suiffe , &
:
GALANT .
95
ſuivy par celle de ſes Gardes å
cheval , de Chevaux Legers ,
outre une vingtaine de Carroffes
, & douze Eſtafiers . Dans le
meſme temps parut Madame la
Princeſſe d'Harcourt en Chaiſe
, precedée de douze Valets
de Pieds . Elle estoit ſuivie de
dix ou douze Carroffes où
eſtoient les Dames les plus
qualifiées de la Ville. Monfieur
le Marquis de Brancas qui a
l'honneur d'appartenir à Madame
la Princeſſe d'Harcourt
fa Belle-fille , luy donna toûjours
la main , & Mesdames les
Marquiſes de Cereſte , de Rochefort
& de Brancas ,auſſi-bien
que Mademoiſelle de Brancas
l'accompagnerent. Toutes choſes
eſtant ainſi diſpoſées, Monfieur
l'Archeveſque commença
la ceremonie par les Exorcifmes
96 MERCURE
hors la porte de l'Egliſe où Monſieur
le Vice- Legat & Madame
la Princeſſe d'Harcourt luy preſenterent
le Neophite. Il eſtoit
veſtu tres - proprement d'une
moire de ſoye blanche , avec les
boutons & les agrémens de mefme.
Il avoit un Caſtor blanc , &
tout le reſte de l'aſſortiſſement
eſtoit de cette meſme couleur.
M.l'Archeveſque ayant demandé
au Parrain & à la Marraine
le nom qu'il vouloient qu'on
luydonna , aprés pluſieurs complimens
de part& d'autre , Madame
la Princeſſe d'Harcourt
pria M. le Vicelegat , qu'on le
nommaſt Balthafar Alfonſe . Le
premier de ces deux noms eſt
celuy de ce Prelat , & le ſecond ,
celuy de Monfieur le Prince
d'Harcourt , Fils de cette Princeſſe.
Après celaMonfieur l'Archeveſque
GALANT.
97
cheveſque nomma toûjours
celuy que l'on baptifoit Balthafar
- Alphonſe. Tant que dura la
Ceremonie , douze Valets de
Pied tinrent chacun un grand
flambeau de cire blanche allumé
, & plus de cent Muſiciens
avec des Violons , des Hautbois
, & pluſieurs autres Inſtrumens
, chanterent divers
Motets de la Compoſition de
Monfieur Petit , Maiſtre de
Chapelle de l'Eglife Metropo-
- litaine d'Avignon. Aprés le
-Baptefme on chanta un Te Deum,
& les Violons de la Ville mélez
avec ceux de Monfieur
Gautier , Maiſtre de l'Academie
Royale de Muſique établie
à Marseille , joüerent differentes
Pieces qui charmerent plus
de douze mille perſonnes qui
eſtoient preſentes . La Feſte fut
Octobre 1687 .
E
98 MERCURE
terminée par une ſalve de la
Mouſqueterie , & par la décharge
de vingt- quatre Boëtes
rangées dans la Place au devant
de l'Eglife , le long du Canal de
la Riviere de Sorgue.
Je m'acquitede ce queje vous
promis la derniere fois , touchant
les honneurs funebres
rendus dans la Ville d'Arles à
la memoire de Monfieur leDuc
de S. Aignan , & comme la Relation
en a eſté faite par Monſieur
Gifon , l'un des Academiciens
de l'Academie Royale
établie en cette Ville - là , &
qu'il ne doit pas eſtre permis
de faire des changemens dans
l'Ouvrage d'un homme de ce
caractere, je vous l'envoye telle
qu'elle m'a eſté donnée . En
voicy les termes .
DB
LIVILLE
NOA
DELU
VILLE
GALANT.
A Nobleſſe du fang
FOUR
LI
BIBLIC
fort élevez au deſſus du vulgaire
, on ne doit pas eſtre ſurpris
que l'Academie Royale
d'Arles , que Sa Majeſté a declaré
par ſes Patentes ne vouloir
eſtre compoſé que de Gentils .
hommes , par un privilege à
ce Corps d'une finguliere diftinction
, ſe ſoit toûjours extremementſignalée
dans toutes les
occafions outle devoir l'a engagée
de ſe montrer en public.
Elle le fit en dernier lieu ,
d'une maniere ſi éclatante pour
l'heureuſe convalefcence de Sa
Majesté , qu'outre l'avantage
qu'elle eut de gagner les devās
fur toutes lesCopagnies de certe
Province , qui ſe fignalerent
en cette occafion , elle aſſortie
E 2
100 円MERCURE
fibien fon deffein à la dignité
-du ſujet,qu'on demeura pleinement
convaincu que tout ce
que des Gens d'efprit & de qualité
veulent entreprendre , porte
un caractere bien diferent à
tout ce que les autres peuvent
imaginer. Les curieux pourront
en juger aujourd'huy par
la magnificence avec laquelle
Meſſieurs de l'Academie Royale
ont tâché de rendre leurs devoirs
funebres à la memoire de
Monfieur le Duc de S. Aignan
leur Protecteur. A peine eurent-
ils appris dans cette Compagnie
la nouvelle de ſamort ,
pardes Lettres qui furent écritesde
Paris à Monfieurle Marquis
de Robias - d'Eſtoublon , Secretaire
perpetuel , & à Mon.
fieur Giffon fon Subſtitut , Mr
jeMarquis de Chateau Renard
GALANT. 101
eur confrere , député de cette
Compagnie , & d'ailleurs treseftimé
& chery de ce Duc , que
l'Aſſemblée fut extraordinairement
convoquée , pour regler
tout ce qu'on auroit à faire en
cette occafion pour donner au
Public les marques les plus fenfibles
& les plus éclatantes de la
douleur de l'eſtime,de la gratitude,&
de la veneratio qui font
duës à la memoire de ce grand
homme . Aprés pluſieurs propoſitions
; il fut arreſté que l'on
iroit faire part à Monfieur l'Archeveſque
de la triſte nouvelle
que l'Academie venoit de recevoir
, & qu'on répondroit par
cette marque de reſpect , a toutes
les bontez dont ce digne
Prelat , auſſi -bien que Monfieur
ſon Coadjuteur , l'ont toûjours
honorée ; aprés quoy il fut re-
E 3
102 MERCURE
*
folu d'ordoner generalement
des Prieres & des Sacrifices
pour le repos de l'ameduDéfuntdans
toutes les Paroiffes &
Communautez Religieuſes de
laVille.Cependant Meſſieursles.
Recteur & Officiers de la Compagnie
des Penitens bleus , qui
fontde fondation Royale,pouffez
d'un zele & d'une honneſteté
toute particuliere, vinrent
offrir à Meſſieurs de l'Academie
leur Chapelle, leurs foins ,
& leurs ſervices pour la Ceremonie
funebre que l'on projettoit
d'une maniere ſi engageante
, qu'il auroit eſté bien difficile
de ne pas ſe prevaloir d'une
auſſi heureuſe diſpoſition , pour
aſſortir avec toute la magnificence
poſſible,les deſſeins qu'on
avoit formez pour honorer la
memoire d'un fi grand Prote
GALANT .
103
Aeur. Cette Chapelle ( c'eſt
ainſi qu'on appelle generalement
toutes les Egliſes où Mefſieurs
les Penitens s'aſſemblent)
eſt d'une propreté & d'une
ſtructurela plus reguliere que
l'on puiſſe voir. Elle est percée
au milieu de la voûte par un
grand Dôme , environné de
fenêtrages , qui repandent un
agreable jour dans tout le reſte
de la Nef. Cette diſpoſition du
lieu parut d'abord ſi favorable à
toutes les idées que l'on avoit
conceuës d'un magnifique
Mauſolée , que l'on détermina
de l'éleverjuſqu'au haut de ce
Dôme , pour luy donner un ordre
&une diſpoſition à laquelle
il puſt ſervir de couronnement .
On entre dans cette Egliſe par
une Antichapelle , qui s'étend
en un long Portique juſqu'à la
d
E 4
104 MERCUR 。
maiſtreſſe porte qui ab utit à la
ruë . Il ſeroit difficile de represē.
ter avec quel ſoins & qu'elle
diligence on entreprit de parer
cette Egliſe d'une tenture de
drap noir , depuis le haut de la
Nef juſques au bas , de meſme
que l'Antichapelle & le Portique.
Tous les bancs qui les environnent
en furent auſſi couverts
, de maniere qu'on ne
ſçauroit concevoir l'idée d'un
plus pompeux & plus lugubre
appareil , que celuyde ce lieu .
Mais comme on avoit refolu de
mettre en üſage tous les affortimens
qui pourroient en
augmenter la magnificence , on
fit appliquer contre cette Tapiſerie
noire de grands Squeletes
de reliefpeints en griffailles,
plantezſur des piedeſtaux proportionnez
à la hauteur des FiGALANT
. 10
20
gures qui estoient toutes de
differentes attitudes , rangées
autour de l'Egliſe à deux toiſes
&demie les vines des autres , &
foutenant chacune quelque
quartier de ſepulcre ſur la reſte
avec un bras élevé pour l'appuyer
, fur lequel on lifoit en
forme d'inſcription - quelques
paroles ou Sentences convenables
au fujetde cette Ceremonie.
Deux bandes de velours
noir s'étendoient au deſſus de
ces Coloffes , tout autour de
l'Eglife , de l'Antichapelle & du
Portique , ornées d'un double
rang de riſches Ecuffons de la
Maiſon de l'illustre Défunt , &
d'autres remplis de toutes ſes
Alliances , rangez alternativementavec
celuyde l'Ac.Royale
quieft chargé de deux Lauriers
verdoyans , plantez fur un tere
Es
106 MERCVRE
tre au naturel entre- laſſant
د
2
leurs branches , & furmontez
d'un Soleil rayonant , avec cette
Deviſe , foventur eodem. Dans la
feconde bande de velours on
avoit placé d'eſpace à autre
avec les armes de noſtre illuftre
Protecteur , des teſtes de mort
couronnées à la ducale , des
Deviſes & des Emblèmes avec
des Oſſemens paſſez en fautoir,
entremêlez de tous les ſymboles
les plus convenables à la
grandeur de ce Heros. Le reſte
paroiſſoit parfemé d'une infinité
de larmes d'argent d'une
diſpoſition tres - recherchée , &
d'un effet admirable .On voyoit
enfuite tout autour de la Tapiſſerie
une tres -grande quantité
de belle Deviſes , d'Emblemes
, & de Hierogliphes , que
l'on avoit diſpoſées à pouvoir
GALAN Τ .
107
du
être lûës & admirées ſans peine
de tous les Curieux & les Sçavans
. Le Portrait au naturel de
Monfieur le Duc de S. Aignan ,
qui eſt un chef- d'oeuvre de la
plus ſçavante Peinture , & un
glorieux preſent dont Monfieur
Giffon , de l'Academie Royale,
ſe vit honoré à Paris des propres
mains de ce Duc , fut expoſe au
milieu de l'Egliſe , àl'opoſite
Bureau que l'on avoit deſtiné
pour la Sceance de Meſſieurs
de l'Academie . Sa riche bordure
dorée , couvertes d'un creſpe
noir tout pliffé & pratiqué par
les bouts en feſtons , ſembloit
eſtre ſoutenue dans ſes quatre
coins, par quatre petits Amours
pleurans qui enviſageoient le
Mausolée , & embraſſoient une
Urne fumante . Vis- à - vis de ce
Portrait , on voyoit parmy les
E 6
108 MERCURE
par
Emblèmes & les Deviſes qu'on
y avoit placées , un grand Tableau
auſſi environné d'un crêpe
pliſſé en bordure , reprefentant
l'Academie Royale
des Figures , des Hierogliphes,
& des ſymboles tres - curieux
& tres - recherchez , par un affemblage
de Vers retrogrades ,
&de tant de differentes beautez
, qu'il ſemble que cet Ouvrage
, que le Pere Hyacinte
Recolet a dedié à l'Academie ,
eſt le dernier effort de l'eſprit
humain . Il y a diſpoſé les Armes
de chaque Academicien ,
avec une Deviſe tirée des Pieces
qui les compoſent , au haut
deſquelles celles de Monfieur
le Duc de S. Aignan ſont ſupportées
par Mars & par Minerve
, qui femblent vouloir
les apprendre au Temple de la
GALANT.
109
Gloire , qu'on y voit reprefenté
d'un deſſein & d'un pinceau
tres-delicat .
Comme je me ſuis propoſé
de donner une idée generalede
la diſpoſition du lieu avantque
de venir au détail des autres
aſſortimens de cette pompe ,
je vous diray que les troisgrandes
Portes par où il falloit paffer
avant que d'entrer à l'Egliſe
, avoient chacune leurs Ornemens
particuliers . Celle de
la ruë eſtoit garnie d'un drap
noir , qui formoit tres regulierement
toutes les beautez de
fon Architecture . Son fronton
& fon couronnement eſtoient
ſoûtenus à la place des Pilaſtres
par deux gros Coloſſes ou Squeletes
deſſechez , portant fur la
teſte des baſes de colomnes briſées
, fur lesquelles on avoit
110 MERCURE
écrit ceVers Latin en gros caractere.
Ultima tela necis Heroum gloria
vincit.
Les Armes de Monfieur le Duc
de Saint Aignan dans un grand
ovale , ornées du Manteau Ducal
& des Ordres du Roy , &
environnées d'un grand crefpe,
eſtoient placées au haut de la
porte , fur un tapis de velours
noir , tout parfemé de chiffres
de fon nom & de larmes d'argent.
De cette porte on arrivoit
par un long Portique tout
drapé de noir , & enrichy d'Ecuſſons
, à celle de l'Antichapelle
, qui estoit à peu prés de
la meſme parure&de la même
diſpoſition ; la veuë de l'une &
de l'autre eſt terminée par un
Autel qu'on avoit couvert d'un
grand velours noir traverſé
GALANT. JIL
d'une croix de ſatin blanc, cantonnée
de quatre Ecuffons de
Monfieur le Duc Protecteur.
On avoit mis fix gros chandeliers
d'argent fur l'Autel , garnis
de flambeaux , & ornez d'Ecuffons
. A la droite de l'Antichapelle
, on voyoit la porte de
l'Egliſe toute reveſtuë d'un
drap noir comme les autres ,
mais beaucoup mieux ornée
par des lez de velours , étendus
à l'endroit des Pilaſtres
ſur leſquels on avoit appliqué
deux grands Squeletes ſupportant
des bazes où on liſoit cet
autre Vers ,
५
Vivitur ingenio , cetera mortis
erunt.
Le grand Tableau du ſymbole
de l'Academie , que nous avons
déja deſigné , eſtoit fur le haut
de cette porte , avec un grand
112 MERCURE
creſpe noir qui en couvroit la
bordure dorée , & trois Ecuffons
du défunt Protecteur
eſtoient rangez prés de ce Tableau
; deux à coſté , & l'autre
au deſſus . Deux grands bras
d'ébene ſupportant de gros
flambeaux , estoient aux deux
extremitez de cette porte , de
laquelle on découvroit à plein
tous les aſſortimens de l'Eglise
où le Service devoit eſtre fait ,
& l'Eloge funebre prononcé ,
& au milieu de laquelle on
avoit dreſſe le ſuperbe Maufoléedontje
vous ay parlé,& dont
je me ſuis refervé de vous faire
icy une deſcription feparée du
refte.
Il eſtoit élevé ſous le Dôme
de l'Egliſe ſur un carré en theatre,
de trois toiſes delongueur ,
& d'une & demie de hauteur ,
qui formoit une eſtrade élevée
GALANT . 113
fur quatre degrez , le tout
tendu d'an drap noir traînant
; la figure eſtoit carrée
& d'un double rang de colomnes
torſes . Quatre grandes
portes ornées de toutes
les beautez de l'Architecture
foûtenoient au deſſus de leur
friſe une voûte en Imperiale,
qui terminoit en pointe de
Diamant par un Piramidion ,,
fur lequel on voyoit en relief
un Genie ou Amour éploré ,
qui portoit fur ſa teſte une
urne brûlante à l'antique , &I
dans l'une de ſes mains un
Vaſe lacrimatoire,&un phare
allumé . Aux deux coſtez
des portes de ce Mausolée ,
y avoit à la place des pilaſtres
quatre grandes Figures de re
lief foutenuës fur des piedeſtaux
proportionez à leurhau.
114 MERCURE
teur au delà de nature, fur la
baſe deſquels on avoit gravé
en lettres d'or quatre Epitaphes
pour Monfieur le Duc
de S. Aignan , en quatre Langues
differentes qu'il entendoit
& parloit parfaitenient.
Ces Figures eſtoient comme
- quatre Veſtales pleurantes
ſous des habits Ingubres , tenant
d'une main unmouchoir
devant les yeux , && de l'autre
une Torche ou Flambeau
Mortuaire. On pretendoit
par là faire connoiſtre le
deüil & la triſteſſe des quatre
principales Academies
de France , qui ont paru fi
cheres à cet illuſtre Duc , &
qui avoient lieu de le regar .
der , ou comme Membre ,
ou comme Amy , ou comme
Protecteur & Chef de leurs
GALANT. 115
ou
Corps , telles que celles de
Paris , d'Arles , de Soiffons ,
& d'Angers ; quoy que peu
de perſonnes ignorent le
rang qu'il s'eſtoit acquis dans
toutes celles de l'Europe , &
fur tout en Italie , & en Angleterre
. Ces meſmes Figures
avoient auſſi rapport aux
quatre principaux Emplois ,
Titres éminens qu'il a
poſſedez dans le monde ; ſçavoir
de Duc & Pair de France
, de premier Gentilhomme
de la Chambre du Roy , de
Chevalier de ſes Ordres , &
d'Academicien & Protecteur
parfait ; c'est- à -dire , quela
Nobleſſe , la Valeur , l'Honneur
& les Lettres avoient
également contribué à le
faire devenir l'admiration
des Braves , le modele des
116 MERCURE
د on
Courtisans , le charme des
Spirituels , & l'Amour des
Sçavans de fon Siecle.
Sous cette Chapelle ardente ,
& fur cette Eſtrade
voyoit la Repreſentation
Mortuaire couverte d'un
grand Poëlede Velours noir
traverſé d'une large Croix
de moire d'argent , & orné
de quatre Ecuffons aux Armes
& aux Alliances du
Défunt. Une grande Couronne
Ducale de vermeil ,
voilée d'un crepe noir , eſtoit
poſée ſur un Carreau de Velours
noir houppé d'or , au
pied de ce Tombeau , avec
tous les autres ſymboles convenables
à ſes emplois & à
ſes Charges .La premiere face
de ce Mausolée eſtoit enrichie
de quantité de TroGALAN
Τ . 117
د
د
,
-phées qui environnoient le
grand Ecuffon de ſes Armes ,
à ſeize quartiers de ſes Alliances
, dont les principales
font , Huffon , Clermont
Poitiers , Babou , Gaudin ,
Robertet , Gaillard , Longieumeau
, la Grange , la
Marche Rochechoüard
Autri , Crenant , Brigüeil ,
la Jaille , Halluin , Crevecoeur
, &c . & fur le tout ,
facé d'argent & de Sinople à
fix Merletes de fable fur l'argent
, 3. 2. & 1. qui eſt de
Beauvilliers . La ſeconde face
eſtoit ornée de la Médaille
en Camayeu de cet illuſtre
Duc , avec quelques Deviſes
fur ſa Charge de Premier
Gentilhomme de la Chambre
du Roy. Ie vais vous les
rapporter icy , quoy que
18 MERCURE
pour éviter la longueur je
laiſſe la pluſpart des autres ,
dont beaucoup ayant été faites
par Mr. le Marquis de Robias
, par Mr le Marquis d'Eſtoublon
fon Fils , & par M.
l'Abbé Fleche de l'Academie
Royale font d'une beauté
, d'une recherche & d'une
regularité preſque inimitables
. Dans l'une de ſes Deviſes
paroiſſoitla belle Etoile
aux premiers rayons du Soleil
levantavec ce mot , Afon
Lever.
د
La meſme Etoile aux га-
yons du Soleil couchant faifoit
le Corps de la ſeconde
Deviſe , avec ces mots, Afon
Coucher.
La troifiéme reprefentoit
la Planette de Iupiter
avec les quatre petites Etoi .
GALANT.
119
د
les , qu'on appelleles Satellites
& ces paroles pour
ame , Ces quatre ne le quitent
point, ce qui faisoit alluſion à
l'employ des quatre Gentilshommes
de la Chambre . On
repreſentoit auſſi la pleine Lune
, avec ces mots ; C'est des
Quartiersle plus brillant , pour
faire comprendre que lors
queMonfieur le Duc de Saint
Aignan eſtoit en Quartier ,
toutes les Feſtes de la Cour
en paroiffoient& plus galantes
,&plus ſpirituelles . Sur la
troiſième face du Mauſolée
On voyoit les Armoiries de
ce meſme Duc fans écartelure
, avec le grand Manteau
Ducal & le Collier des Ordres
du Roy , dans des Couronnes
de Laurier , de Gramen;
de Chefne, Murales, &
110 MERCURE
Valleres . On y avoit marqué
en des Ovales qui bordoient
ces Ecuffons , les Profils en
Camayeu de differentes couleurs
, avec les noms fameux
de Vaudevranches , de Dole,
de Corbie , de Landrecy ,
d'Eymeries , de Barlemont ,
de Maubeuge , de Chinay ,
d'Yvoy , de Gravelines , de
Coſme , de Sink , de Sainte
Menehoud , de Steimbrun ,
de Chaſteau - porcien ,
Montmedy , & autres Places
qui ont ſervy de Theatre à
la valeur & à la gloire de
noftre Heros , & chaque action
où il s'eſt ſignalé avoit
donné lieu à de tres belles
Deviſes , qui mettoient fa
bravoure & fon courage dans
leur plus beau jour. La quatrième
face de ce Mausolée
de
eftoit
GALANT . 121
د
eſtoit enrichie d'un tres-beau
Cartouche , où l'on avoit dépeint
la Deviſe de l'Academie
Royale . Ce Cartouche
eſtoit rehauffé d'or & d'argent
environné du ſymbole
de toutes les Academies
Etrangeres , avec leſquelles
cet illuftreDuc étoit en commerce
d'efprit & d'amitié ;
comme ſi elles venoient faire
fumer leur encens au pied de
ſon tombeau .
Celle des Intronati de Sieune
, qui eſt la plus ancienne
que nous connoiſſions , eſtoit
repreſentée par ſon ſymbole,
qui eſt une Calebaſſe remplie
de Sel , avec ce mot. Meliora
latent.
Celle des Humoristes de
Rome , a une pluye formée
des vapeurs qui s'élevent de
Octobre 1687 . F
122
MERCURE
la Mer , & le mot, Redit agminedulci.
Les Gelati de Bologne , marquent
des arbres dépoüillez
de verdure durant l'Hyver ,
avec ce mot , Nec longum tempus.
Celle des Nascosti de Milan
eſt figurée par un Soleil
dans les broüillards,& ce mot,
Necdiu.
La Crufca de Florence , à
un Bluteau à paſſer la Farine,
avec ces mots , Ilpiu bel for ne
coglie. ة
}
Les obfcurs de Luques repreſentez
par un tas de charbons,
& ce mot , Coruscant accenfi.
→ Les Ardents de Naples , par
un Autel antique , avec la
Victime & le feu ; le mot eſt,
Non aliunde.
Les Adormentati de Genes
GALANT.
123
ont un Réveil , & ce mot ,
Sopitos fufcitat.
La Fuscina de Meſſine ,
une Forge & fon enclume ,
& ces mots , Formas vertit in
omnes,
Les Olympiques de Vicence,
le Cirque accompagné de ce
mot, Hocopus,hic labor.
Les Immobiles d'Alexandrie,
le Globe de la Terre avec ce
mot , Immota , nec iners.
On voyoit au bas de cette
face un grand Ovale ou l'Obelifque
& la Venus d'Arles
eſtoient repreſentées comme
des pieces conſiderables qui
ont donné lieu à cet illuftre
Protecteur de faire valoir auprés
de Sa Majesté , & la fidelité
de noſtre Ville , & le
zelede fon Academie Roya-
F20
124 MERCVRE
le. Ily avoit au bas de la Tapiſſerie
du Mauſolée , une
ceinture de velours noir
د
chargée des Armes de M. de
S.Aignan du ſymbole de l'Academie
Royale , & de quantité
de Deviſes hiſtoriques de
ſa vie alternativement rangées.
On y voyoit repreſenté
un grand Miroir avec ce
mot d'Horace , Quid deceat,
quid non.
Un Aigle ayant les yeux
attachez fur le Soleil , avec
ces mots Eſpagnols , A. tan
puros esplenderes, >
Par de fi purs rayons qui ne
feroit touche ?
Ce qui exprimoit fon zele
& fon attachement pour le
Roy.
Un Cadran au Soleil avec
ce mot d'Horace. Certa fides .
GALANT.
125
Toûjours à ſon devoir égalelement
fidelle.
Deux grands Palmiers pan.
chez l'un vers l'autre , quoy
que ſeparez par un bras de
Mer , avec ces mots , Poco
pueden las distancias,
50
Dans leur éloignement de coeur
ilsfont unis ,
pour marquer l'Alliance des
deux Academies, la Françoiſe
&la Royale d'Arles , contratée
par les ſoins de ce Duc.
Vn grand Cheſne dont le
tronc eft entr'ouvert , & fes
branches droite & fortes avec
ce mot , Vecchiaya virtuo.
Sa vigorofa . L'Academie
Royale avoit fait cette Deviſe
, pour ſignifier la belle
vieilleſſe de ſon illustre Protecteur.
Vnemain, ou dextrochere,
F 3
126 MERCURE
empoignant fortement une
épée ,& laiſſant tomber en
mefme temps une quantité
d'eſpeces ou pieces d'or, avec
ce Vers tiré des Poëfies du
Taffe ,
S'astringe alferro , &fi dilata
al oro
On avoit auſſi peint ſur ce
qui reſtoit de vuide dans les
quatre faces du Moufolée les
Deviſes que ce Duc avoit
portées & inventées en diverſes
Feſtes de la Cour.
Au grand Carroufel de
1662. il fit voir que les plus
adroits ne gagnoient jamais
rien avec luy , puis qu'il leur
enlevoit preſque toûjours le
prix; il portoit pour Deviſe
uu Laurier , qui eſt l'arbre
conſacre au Soleil , avce ce
mot, Sol.
GALANT.
127
Au fameux Carroufel de
la Quadrille des Romains ,
dans lequel le Roy qui en
eſtoit le Chef portoit un Soleil
pour ſa Deviſe,M. le Duc
de S. Aignan fit admirer ſon
adreſſe, de meſine qu'aux Feſtes
de Verſailles en l'année
1664. où il prit pour Devife
un Timbre d'Horloge , avec
ces mots Eſpagnols , De mis
golpes mi ruido.
Il fut fait Maréchal du
Camp de ſes Courſes, & il y
remporta le prix contre feu
M. le Marquis de Soyecour.
Il en difputa un autre avec.
Sa Majesté , & s'eſtima le plus
heureux des hommes , de
n'avoir pû eſtre vaincu que
par le plus grand Roy de la
Terre. Il fut l'ame des deux
derniers Carrouſels, par l'or
F4
128 MERCURE
donnance , & le deſſein qu'il
en fit ; il en fut auſſi le Maréchal
& le Juge , & dans
cette premiere, qualité il
porta pour Deviſe un gros
Diamant taillé à facetes ,avec
ces mots , Da ogni parte fiammeggia
, & pour afſortir l'autre
, on fit de tres beaux Vers
en fa faveur , qui peignoient
parfaitement bien le caractere
de ſa vie & de ſes qualitez
éminentes.
L'Academie Royale pour
marquer la peine qu'elle aura
à ſe conſoler de la perte d'un
findigne Protecteur , avoit
peint un grand Palmier , qui
met un tres - long temps à venir
& à porter ſon fruit , avec
ces mots , Post facula crefcit.
GALANT.
129
Le Ciel dans ceHeros tantdevertus
aſſemble , -1
Qu'on peut dire de luy comme
on dit du Palmier,
Il faut un siecle tout entier
Pour en faire un qui luy ref-
Semble
Enfin , pour ſignifier le
deüil des deux Academies ,
on avoit repreſenté une Foreft
de Lauriers , parmy lefquels
il y en avoit unqui paroiffoit
fec & abattu , furmontez
d'un Soleil rayonnant
, auquel ils adreſſfoient
ces paroles.
-Vivereni jabeas,fraternâ morte
perimus .
Sans le Soleilqu'ilnousfautfuivre
Luy, de qui dépend noſtrefort ,
Nous cefferons bien- toft de vivre ,
Carcommentſurvivre à ſamort ?
F
230
MERCURE
Il y avoit autour de ce
Mauſolée quarante gros flambeaux
pour aſſortir le nombre
de Meſſieurs de l'Academie
Françoiſe dont Monfieur le
Duc de S. Aignan eſtoit un
illuftre membre, & trente autres
fur le tour de la premiere
marche , qui portoient les
Ecuſſons des trente Academiciens
de l' Academie
Royale . Les autres marches
-de l'Estrade estoient chargéesd'une
infinité de Chandeliers
d'argent , garnis de
groffes bougies , & tout le
reſte du Mausolée estoit éclairé
d'un bout à l'autre
d'une maniere ſi bienentenduë
, qu'on ne sçauroit ſe repreſenter
la magnificence de
et appareil , à moins que de
l'avoir vû. Le grand Autel
GALANT.
131
* eſtoit voilé d'un velours noir
traverſé d'une large croixde
fatin blanc. On avoit placé
au milieu le grand Crucifix
d'argent qui ſert d'étendard
aux Proceſſions folemnelles
que font Meſſieurs les Penitens;
une tres-grande quan -
tité de Plaques d'argent en
augmentoient la parure de
chaque coſté. Il y avoit fix
gros Chandeliers auſſi d'argent
ſur l'Autel,avec fix flam.
beaux chargez d'autant d'Ecuſſons
du Défunt, & l'on
avoit poſté ſur les deux Credencesquifont
aux coſtez de
l'Autel,deux Anges derelief,
habillez enDalmatique, dont
l'un tenoit d'une main une
épée flamboyante ,&de l'autre
une couronne de Laurier
entremêlée d'étoiles d'or,
F6
132
MERCURE
avec ces mots tirez de l'Hiſtoire
des Rois. Pro Domino ,
Deo Exercituum. Le fecond
tenoit d'une main un Livre
ouvert , dans lequel on liſoit
ces paroles du meſme Livre
des Rois , Deus fcientiarum
Dominus eft, & de l'autre main
il tenoit une couronne de
Laurier , auſſi parfeméed'étoiles
, au bas de laquelle on
avoit écrit en Lettres d'or
le mot de l'Academie Francoife
,A L'IMMORTALITE .
On avoit diſpoſé du coſtéde
l'Autel une grande Table
couverte d'un tapis de velours
noir houppe & frangé
d'argent , & fur cette Table
eſtoient tous les aſſortimens
neceſſaires aux Offrandes ,
Abſolutions , Encenſemens ,
& Afperfions qui devoient
GALANT.
133
eftre faites en cette Ceremo
nie.
... Le jour en avoit eſté arrêté
au Mercredy 20. du mois
d'Aouſt , & dés le foir precedent
, elle fut annoncée par
le fon de toutes les Cloches
de l'Eglife Cathedrale , qui
fonnerent à volée pendant
une partie de la nuit,& tout
le lendemain matin , jufqu'aprés
le Service achevé. Cependant
ce meſme jour Meſ.
fieurs les Penitens bleus , qui
vouloient ſignaler enleur particulier
leur zele par leurs
prierės autant que par leurs
foins , allerent dés le grand
matin chanter l'Office des
Morts dans cette Chapelle
pour le repos de l'ame de M.
fe Ducde SaintAignan,& fur
les huit heures Meſſieurs de
4
134
MERCURE
l'Academie Royale , tous en
habit de deüil , s'y rendirent
enſemble , avec des témoignages
ſenſibles de la douleur
dont ils eſtoient penetrez.
Ils firent inviterà cette
Ceremonie lugubre Meſſieurs
les Confuls, qui s'y rendirent
auſſi en habit noir, & en chaperon
, accompagnez d'une
foule de Nobleffe , & aprés
qu'on les eut poſtez dans la
place d'honneur à coſté du
Maufolée , Meſſicurs de l'Academie
ſe rangerent de l'autre
à leur oppoſite , les uns &
les autres dans desbands faits
en Prié - Dieu , garnis d'un
drap noir trainant , & couverts
par deſſus d'un grand
velours noir , avec des car
reaux de meſme. On avoit
rangé la Muſique au fond
GALANT.
135
de l'Eglife , dans une Tribune
vis à-vis de l'Autel , d'où
elle eſtoit entenduë fans trouble
& fans embarras , en une
occafion où l'affluence du
monde ſembloit devoir faire
craindre un fort granddefor
dre. Ce fut Monfieur l'Abbé
de Quiqueran qui fit le Service.
Il eut pour ſes Aſſiſtans
pluſieurs autres Abbé de qualité
, qui firent paroiſtre de
l'empreſſement à rechercher
cet employ.Meſſieurs les Confuls
ſe prefenterent à l'Offrande,&
aprés eux M.le Chevalier
de Romieu,Directeur, &
M.ie Marquis deRobias d'Eſtoublon
, Secretaire de la
Compagnie,qui aſignalé éga
lementen cette occafion fon
grand coeur , fon efprit & fon
zele,pourhonorer lamemoi
L
136 MERCURE
rede ceProtecteur . La Meſſe
eſtant achevée , M. l'Abbé
Officiant , & ſes Aſſiſtans en
chape , vinrent faire les Prieres
, Encenfemens , & Abfolutions
accoûtumées autour
de la Repreſentation , avec
des ceremonies proportionnées
au rang du Défunt , &
pendant ce temps , la Mufique&
les Inftrumens ne cefferent
de faire retentir les
Airs les plus lugubres. Aprés
les dernieres Afperfions qui
furent faites enfuite parMrs'
les Confuls & par tous les
Academiciens, la Compagnie
ſe retira ; pour revenir au
meſme endroit ſur les quatre
heures , pour entendre
F'Eloge funebre, qui devoit
achever la. Ceremonie.
L'employ de ce Difcours a
GALANT.
137
voit eſté donné à Monfieur
de Manville , Avocat General
au Prefidial de cette Ville ,
parfait Academicien , & doüé
d'une éloquence , d'une grace
& d'une force d'eſprit prefque
inimitable. Auſſi fa reputation
attira une ſi grande
foule de Sçavans & de Curieux
; auffi bien que de Dames
les plus qualifiées de la
Ville,que quelque foin qu'on
euſt pris pour éviter l'affluen .
ce , elle y fut auſſi extraordinaire
, que le plaiſir qu'on ſe
propoſoit à entendre un ſi
agreable Orateur , parut un
moyen aſſuré pour faire ſupporter
fans peine les incommoditez
de la chaleur , & de
la foule. Cette prevention en
faveur de M. de Manville ne
fut pas la ſeule cauſe de ce
138 MERCURE
grand concours . On ſçavoit
que l'ouverture de cette
Seance devoit eſtre faite par
Monfieur le Chevalier de
Romieu . Directeur de l'Academie.
C'eſt un Gentilhomme
d'un gouſt auſſi delicat
que l'on en puiſſe trouver
pour les Ouvrages d'eſprit ,
& qui avec la juſteſſe de ſon
difcernement , a une maniere
de parler en public qui
porte le caractere d'un homme
de qualité , & celuy d'un
parfait Orateur. Dés que
Meſſieurs les Conſuls furent
placez dans des fauteüils
revêtus de deüil , à l'oppofite
du Bureau de l'Academie
, couvert d'un grand tapis
de drap noir , au milieu
duquel on avoitmis un grand
fauteüil , &deux autres aux
GALANT. 139
deux coſtez reveſtus de même
, l'un pour Monfieur le
Marquis de Robias -d'Eſtoublon
, Secretaire , & l'autre ,
pour Monfieurde Manville ,
& que les autres Academiciens
ſe furent rangez de
chaque coſté ſur de ſemblables
fauteüils , Monfieur le
Chevalier de Romieu commença
fon Diſcours,& le finit
avec toute l'approbation qu'il
pouvoit attendre d'un Auditoire
auſſi éclairé , & auſsi équitable
que celuy- là. Cefur
un ingenieux racourcy des
motifs qu'avoit l'Academie
d'honorer en ce jour la memoire
de Monfieur le Duc de
S. Aignan ſon Protecteur,& il
déſigna avectant d'adreſſe les
plus beaux endroits de ſa vie,
que fonElogeauroitparu par140
MERCURE
faitement afforty , s'il n'euſt
voulu procurer à la Compagnie
le plaiſir de le faire entendre
avec plus d'étenduë
de labouche de Monfieur de
Manville , à qui il s'adreſſa
pour le ſupplier de leprononcer.
L'attention de tout l'Auditoire
fut fi grande dés la premiere
ouverture qu'il en fit ,
qu'on demeura également
ſuſpendu par le recitdes merveilles
de noſtre Heros,& par
la force des expreſſions avec
leſquelles Mrde Manvilleles
dépeignit. Auſſi receut - il
tous les applaudiſſemens qui
eſtoient deus à la delicateſſe
de fon genie , & à ſon éloquence.
Voilà , Madame , ce que
Monfieur Giffon a écrit de
cette lugubre Ceremonie , à
GALANT.
141
laquelleje n'ay rien àajoûter,
finon que pendant que Monſieur
de Manville prononçoit
l'Eloge de Monfieur le Ducde
Saint Aignan , il s'éleva tout
à coup un orage , ou plûtoft
un combat ſi impetueux de
tous les vents , que les Baſtimens
en parurent ébranlez .
L'air en fut tout obfcurcy , &
en meſme temps le Tonnerre
entrant à la veuë de tout ce
monde aſſemblé , par une feneſtre
qu'on avoit laiſſée ouverte
au haut du Dôme à
cauſe de la chaleur , traverſa
l'Egliſe pour aller fraper un
jeune hommede vingt-trois
ans , par une autre feneftre
qui eſtoit à coſté de la Tribune
où l'on avoit placé la
Muſique. Vous pouvez juger
quel trouble cauſa dans
142
MERCVRE
tout l'Auditoire une mort fi
ſurprenante. Les Payens qui
n'élevoient leurs Heros dans
les Cieux qu'a travers les éclairs
, & les Tonnerres , n'auroient
pas manqué de pren.
dre un accident de cette nature
dans une ſemblable ос-
cafion , pour un indice aſſuré
de l'Apotheoſe qu'ils auproient
pretendu faire , mais
la ſuperſtition ne s'accorde
-point avec le Chriſtianiſme ,
-& nous ſommes convaincus
que l'on ne peut arriver au
Ciel que par les routes de la
pieté & de la vertu. Ce font
celles que Monfieur le Duc
de S. Aignan a toûjours ſui-
-vies, ayant donné juſqu'à fon
dernier moment des marques
-édifiantes d'une parfaite refignationaux
ordres deDieu.
:
GALANT.
143
C'eſt ce qui a donné lieu à
Madame de Saliez , Viguiere
d'Albi , de faire ce Madrigal
fur fa mort.
Du brave S. Aignan ne pleurez
plus lefort ,
Muses, ceDucsans vous rendSa
gloire immortelle ;
Maisvous,qui connoiſſez&Savie
&Sa more ,
Dites- nousſeulement laquelle est
la plus belle.
Mie Marquis de Robias ,
dont vous venez d'entendre
parler dans cette Relation ,
a fait fur ce meſme ſujet les
Vers que vous allez lire .
Tout le Parnaffe est invité
Ala tristefolemnité
Que feront àce Duc les Filles de
Memoire ,
Apollony preſidera ,
Etc'estau Temple de laGloire
Que le Service s'enfera.
2
144
MERCVRE
Voicy une Epitaphe pour
ce Duc , faite par Mademoiſelle
de Chance.
ز Sous ceſuperbe Monument
Repoſe de la Cour un illustre ornement
Ce Heros est mort pleindegloire.
Ilfut Protecteur des beauxArts,
Et joignit au mestier deMars
Celuy de FillesdeMemoire.
CegrandHommepouvoit mourir,
MaisSonnom ne pouvoitperir.
Mrs de l'Academie Royale
d'Arles eurent à peine achevé
de rendre ces dévoirs
funebres à ce Duc , que pour
fatisfaire à leur inclination
&à leurs Statuts , ils ſe virent
obligez de faire un autre
Service folemnel pour honorer
la memoire de Meſſire
Bertrand de Meyrand , Marquis
d'Ubaye & de Vacheres,
jeune
1
GALANT.
145
jeune Gentilhomme de 29.
ans , & l'un des plus accom .
plis de la Province pour le
corps & pour l'efprit. Ses
grandes qualitez accompagnées
de beaucoup de pieté ,
lui avoient attiré une telle
eſtime , qu'il eſtoit également
l'admiration des Gens
de bien & des Sçavans . Il fut
fait premier Conful ,& Gouverneur
de la Ville d'Arles
l'année derniere ,& il fit connoiſtre
dans cetemploysl'é
tenduë de fon zele pour le
bien de ſa Patrie,& fon intelligence
anx affaires . Le
talent admirable qu'il avoit
de parler en public avec une
grace & une force d'efprit
extraordinaire , obligea Mis
de l'Academie Royale , à fe
fervir de lay em plusieurs
Octobre 1687 . G
146 MERCURE
occaſions éclatantes , comme
ils firent dans la députation
des quatre Academiciens qui
allerent ratifier à Niſmes
l'Alliance des deux Academies
, en quoy il attira tous
les applaudiſſemens qu'il
pouvoit attendre. Il mourut
le 13. Aouſt dernier , d'une
cruelle maladie qu'il avoit
contractée par trop d'application
àfervir les Pauvres de
l'Hôpital , dont il eſtoit le
premier Recteur. Ce fut dans
l'Eglife des Recolets d'Arles ,
où ſon Corps eſt inhumé ,
que Meſſieurs de l'Academie
refolurent de faire faire un
Service le 22. du méme mois .
Dans le Presbitere qui eſt
fort large & feparé de la Nef
par une Balustrade que l'on
avoit abatuë , eſtoit dreſſée
:
GALANT. 147
une Repreſentation mortuaire
ſur une Eſtrade à deux
marches , couverte d'un Poële
de velours cramoiſy , barré
d'une grande Croix blanche
qui eſt un aſſortiment funebre
accordé par privilege à
ceux de la Famille de Monſieur
d'Ubaye . Il y avoit fur
les marches de cette Baluſtrade
quantité de Chandeliers
d'argent , garnis de groſſes
bougies , avecles Ecuſſonsdu
Défunt & del'Academie, accompagnez
de pluſieurs De
viſes. Tout le reſte du Pref.
bitere eſtoit couvert de drap
noir, juſqu'au delà de l'endroit
où Mrs de l'Academie
avoient diſpoſé leurs Places
. Douze gros Flambeaux
fur des Gueridons noirs en
vironnoient la Repreſenta-
G 2
148 MERCVRE
د
tion . Cependant les Aca
demiciens s'étant mis de
chaque coſté dans de grands
Fauteüils revêtus de noir
qu'on avoit rangez au dehors
du Presbitere; le ſervice& les
autres Ceremonies que l'on
pratique dans une pareille occafion,
n'erent pas eſté plûtôt
achevées que Mr le
Chevalier de Romieu prononça
avec un fuccés digne
de luy l'Eloge funebre du
Défunt , aprés quoi le Pére
Reſtaurand , Docteur de Sorbonne,
Predicateur ordinaire
de Madame la Ducheſſe de
Toscane , & cy-devant Provincial
de l'Ordre des grands
Auguftins , témoigna qu'il
feroit bien aiſe de faire éclateraux
yeux de Mrs de l'Academie
Royale des fenti
GALANT.
149 1
mens qu'il avoit pour eux ,
& pour l'Illuſtre Confrere
dont ils regretoient la perte,
ce qu'il fit par un Eloge Latin
, ou la force de fon genie
ne brilla pas moins que fon
érudiction.
Meſſire Joſeph d'Agoult
Baron d'Olieres , a eſté nommé
par le Roy pour remplir
la place de Meſſire Charles de
Glandeves Premier Senéchal
de Siſteron , mort depuis quelques
années dans un Voyage
de la Terre - Sainte ;
& fur les Proviſions dont
Sa Majesté l'honora au mois
d'Avril ,il s'est fait recevoir
aux Cours de Parlement , des
Comptes , & aux Bureau des
Tréſoriers de cette Province
en la Ville d'Aix .Quoi que
les Archives de cette Maifon ,
G3
150
MERCURE
ainſi que pluſieurs graves
Hiſtoriens justifient qu'elle
eſt une des plus anciennes &
des plus illuſtres de Provence,
ce queje vais vous en dire
ne fera pas tant pour vous
faire connoiſtre la Gencalogie
d'Agoult que pour vous
apprendre des chofes auſſi
agreables & auffi curieuſes
qu'on en puiſſe lire ailleurs .
Ce fut vers l'an neuf cens
que cette Famille iſſue des
Princes de Saxe du cofté
paternel , & de ceux de Pomeranie
du maternel , vint
d'Allemagne en Provence ,
où elle a fait ſon ſéjour ordinaire
depuis ce temps -là. On
luy donne un commencement
qui à quelque conformité
avec celuy de Romulus,
& voicy ce qu'en publient
S
GALAN T.
151
4
Antoine du Pinet , Noftradamus
, Pithon , & une ancienne
Chronique écrite par
l'Eveſque de Stetin en Saxe ,
Hugues de Thrie Prince de
Saxe , eſtant devenu paſſionnément
amoureux de la
Princefle Valdulgue , Fille
d'Vneil Roy de Pomeranie ,
en obtintdes faveurs ſecretes
fur une promeffe de mariage .
Elle ſe trouva groſſe peu de
temps aprés , & la Reyne fa
Mere l'ayant découvert , la
fit enfermer dans un Château
, pour cacher fa honte ,
&pour la punir de ſon peu
de retenuë . Le terme de l'accouchement
eſtant venu, cette
Princeffe mit un Fils au
monde ,& dans la crainte
qu'elle eutque fa Mere ne le
fiſt enlever,& ne luy oftât la
G4
152
MERCURE
८
connoiſſance de ce qu'elle en
auroit fait , elle voulut qu'on
executaſt l'ordre qu'elle avoit
donné à ſa Gouvernante
de le faire prendre par un
Berger ,dont la Femme le devoit
nourrir ſecretement. Il
fut pourveu de tout ce qui
luy eſtoit neceſſaire & dans
le temps qu'on le deſcendoit
des fenestres de la Chambre
de la Princeſſe dans le Foffé
une Louve qui paſſa par là
le ravit d'entre les mains du
Berger , & l'ayant emporté
dans ſa Taniere , elle l'allaita
parmy ſes Louveteaux. Il arriva
quelque temps aprés , que
leRoy eſtant allé à la Chaſſe ,
découvrit la mefme- Louve .
Il pouffa fon cheval à tonte
bridejuſques à l'entrée de ſa
Taniere. Elle y fut tuée , &
GALANT.
153
८ l'on y
fain & auffi frais que s'il euſt
eſté mis entre les mains de la
Nourrice la plus vigliante .
Le bruit de cette avanture
s'étant répandu , le Berger
parla de ce qui luy eſtoit arrivé
,& la verité ayant eſté
reconnuë , le Roy ordonna
que le mariage entre ſa Fille
Valdugue & le Prince Hugues
de Thrie , ſeroit celebré
avec toute la magnificence
poñible. Il fit enfuite baptifer
l'Enfant , auquel on donna
le nom de Vuolf qui fignifie
Loup en Allemand , &
en perpetuelle memoire d'une
fi heureuſe naiſſance , on
baſtit par ſes ordres un fort
beau Chafteau appellé Goultnau
. La Princeſſe Valdulgue
me veſcut pas long - temps atrouva
l'Enfant auſſi
GS
4
154
MERCVRE
prés qu'elle cut eſté mariée ,
&Hugues de Thrie fon Mary
ayant épouſe en ſecondes
Noces la Fille de l'Empereur
de Conſtantinople , laiffa
pluſieurs Enfans de ſon ſecond
mariage.. Vvolf devenu
grand , fe mariaavec l'Infante
Sydrac , Fille du Roy
de Ruffie , & prit le Loup
pour ſes Armes à la place de
cellesde Saxe. On l'a blafonné
depuis de cette maniere
fçavoir , Porte d'or au Loup
raviſſant d'azur , armé & lampaſſe
de gueules , l'Ecu chargé
d'une Couronne Ducale
avec cette Deviſe au deſſus ,
Garde que dire , entouré de
deux Palmes de Sinople , &
au deſſous de l'Ecu ce Vers
pentametre..
"
GALANT. 155
Sanguinis attricem non pudet
effe tupam.03
De ce mariage ſortirent
deux enfans males , Pons &
Vvolf ſecond du nom. Pons
l'aifné ſuivit Conrad ;Roy
de Bourgogne & d'Arles , &
pour les grands ſervices qu'il
rendit contre les Sarraſins ,
qui avoient ufurpé la meilleure
partie de la Provence, il
receutde la liberalité de Conrad
, la Ville de Marseille en
Vicomté,dont luy & ſes Defcendans
jouiſfoient fouverainement
, puis qu'ils ſe quali.
fioient , par la graco de Dien
Vicomte de Marseille, à quoy il
ajoûta la Baronnie d'Olieres ,
Trets , Pourcioux , Mimet ,
Roucet. le Caſtelard , Toulon
, Yeres , Sixfourts , &
231
G6
156 MERCURE
quantitité d'autres Places qui
furent au nombre de quatrevingt
acquiſes ou par le don
des Princes, ou par la dot des
Femmes de leurs Defcendans .
C'eſt de ce Pons que font
iffus les Seigneurs Barons
d'Olieres,qui depuis l'an 9 24.
ont poſſedé la Ville de Marſeille
juſques à Raymond
d'Agoult , qui la vendit aux
Recteurs ,& ceux-cy la réunirentà
la Couronne en 1206.
Depuis ce premier Vicomte
juſqu'à Mr Iofeph d'Agoult,
à preſentBaron d'Olieres, &
encose Seigneur de quelques
unes deces Places , on juſti
fie qu'ilya eu plus de vingtdeux
generations. C
Vvolf ſecond dus nom ,
appellé autrement Agoult da
Loup, Cadetde Pons, vint en
Provence peu de temps aprés
GALANT.
197
fon Frere , avec Beroal de Saxe
ſon Cousin , qui ſe ſaiſit
de la Savoye , qu'on nommoit
alors la Morienne , &
ce Volf II. prit la Terre de
Sault, érigée depuis en Comté
avec fa Vallée , de laquelle
il joüit auffi en toute Souveraineté
, ainſi qu'il luy fut
permis par l'Empereur Henry
II . qui en 1004. le créa
Maréchal du facré Empire ,
comme il eſt juſtifié par la
donation en lettres d'or con
fervée dans les Archives de
Sault. A l'exemple de Beroal
qui quitta le nom de Saxe
pourprendre celuy de Comte
de Savoye , Volf fie baſtir
Goult en cette Province , &
laiſſa le nom de Thrie pous
prendre celuy d'Agoult , que
tous ceux de ces deux bran
3
$58 MERCURE
ches ont toûjours gardé . La
Terre de Sault , qui n'eſtoit
alors que Baronnie , fut érigée
en Comté par Charles IX.
en 1561.avec confirmation de
tous ſes anciens privileges .
Pluſieurs Enfans de cette Famille,
pendant qu'ils eſtoient
Vicomtes de Marseille , ont
eſté , les uns Archeveſques
d'Aix & d'Arles , les autres
Eveſques de Marseille , Sifteron
,Carpentras, & Abbez
de S. Victor , à laquelle Ab .
baye , & à celle deMont-major
d'Arles, ils ont donnéla
plus grande partiedes Prieurez
qu'elle poſſedent . Le PapeGoto,
nommé Clement V.
eſtoit de cette Famille , qui
eſt la premiere en rang des
vingt-huit Illuſtres de Provence
,auſquellesleRoyReGALANT..
159
né donna des Sobriquets.
Noftra Damus qui les rap
porte marque pour celle-cy.
Hospitalité & bonté d'Agoult,
Elle a auſſi donné un Grand-
Maiſtre de Malthe .
Le Mardy 9. du mois paſſe,
tous les Religieux Profez de
l'Abbaye de Grandmont, qui
feuls entre tous ceux de cet
Ordre, ont droit d'élire leur
Abbé & General , s'aſſemblerent
dans le Chapitre de cette
Abbaye au nombre de foixante-
neuf, avec une permiffion
du Roy par écrit , & en
prefence de M. de Saint
Comtais, Intendant en Limofin
, & Commiſſaire de Sa
Majesté pour afſſiſter à cette
élection , qui ſe fit par ferutins
en moins de deux heures
, Henry de la Marche de
160 MERCVRE
Iarnac , Religieux Preſtre de
cette Abbaye , & Prieur titulaire
de Grandmont en Bercé,
ayant eu cinquante - trois
fuffrages , le Prieur de Grandmont
, Preſident du Chapitre
, le proclama auffi - toft
Abbé , Chef & General de
tout l'Ordre , lamais élection
n'a eſté faite ſi paiſiblement,
ny ſi generalement approuvée.
Le Roy y donna fon
agrément le 22. du meſme
mois , par une Lettre qu'il fit
l'honneur d'écrire à tous les
Religieux Profez de cette
Abbaye . Le 26. ce General
eut celuy de ſaluër Sa Majeſté
, à laquelle il fut prefenté
par M. le Maréchal de
Humiere , dont il a l'avantage
d'eſtre parent . Le Roy,
aprés luy avoir marqué qu'il
GALANT. 161
t
eſtoit fort fatisfait & de fa
conduite & de ſon élection ,
l'exhorta d'entretenir le bon
Cordre parmy ſes Religieux,&
ſe recommanda à ſes prieres .
Ce General eſt un homme
qui a beaucoup de merite, de
pieté de capacité , & de naifſance.
Il ſe fit Religieux à
Grandmont en 1661. & depuis
ce temps - là ila toûjours
veſcu avec une regularité
trés - édifiante . En 1681. feu
Meſſire Alexandre Fremont ,
Abbé de Grandmont , & General,
qui mourut le 10. Iuillet
dernier , l'établit Superieur
à Grandmont en Bercé ,
& ce Prieuré eſtant demeuré
vacant deux ans aprés , le
méme Abbé , à qui pour
lors la collation en appartenoit
, l'on peurveur. De162
MERCURE
-
puis qu'il en eſt Prieur , il
a reparé les baſtimens qui
tomboient en ruine , & aremis
le bon ordre dans cette
Maiſon . Henry de la Marche
de larnac , nouveau General,
eſt Filsde Claude de la Marche
, Seigneur de larnac & de
Fins , Gentilhomme d'une
-tres ancienne Nobleſſe de
Poitou,& de FrançoiſeChamborant
: Fille de feu Monfieur
deClaviere ,& foeur de celuy
qui a eſté Gouverneur de
Philisbourg. Ils vivent encore
l'un & l'autre , quoy
qu'il y ait ſoixante & trois
ans qu'ils foient mariez . Ils
ont eu dix - neufEnfans , dont
il reſte encore cinq Garçons
& cinq Filles. Le plus jeune
a trente- cinq ans. L'Aiſne ,
qu'on appelle le Baron de
C
GALANT. 163
Fins,aprés avoir fait dix-huit
Campagnes , s'eſt retiré du
ſervice , & a épousé uneNiece
de feu Monfieur de Sainte
Maure , Gouverneur du Ha
vre. Il commanda auſſi une
Compagnie de Nobleſſe dans
le dernier Ban qui en a eſté
fait. Le ſecond , qui eſt Chevalier
de Malthe , aprés avoir
fait ſes Caravanes , & fervy
Volontaire dans les Armées
duRoy ,fait ſa ſeconde Campagne
dans le Bataillon de
Malthe qui est dans la Morée,
auſervice des Venitiens , où
il fert d'Aide de Camp. Il y
enavoitun autre , auſſi Chevalier
de Malthe , qui eſtant
alle en Candie avec les Officiers
Reformez , en attendant
qu'on euſt équipé une Galere
dont Sa Majeſté luy avoit
164 MERCURE
donné le commandement ,
fut tué le méme jour que l'on
perdit Monfieur de Beaufort .
Le troifiéme , qui n'eſt point
encore marié , commença à
porter le Mouſquet à l'âge de
dix ans , dans la Citadelle
de Marseille , ſous feu Mr de
Tuignon fon Oncle qui y
commandoit. Il fervit enfuite
de Sous - Lieutenant , & de
Lieutenaut d'Infanterie dans
le Regiment de Souches en
Flandre , & ſe trouva àl'attaque
d'Ardembourg
eut le bras caffé en deux endroits
, dontil eſt encore eftropié
. L'année ſuivante allant
réjoindre ſon Regiment
que l'on envoyoit en garnifon
dans le fort de Schens . H
paſſa àMaſtric dans le temps
quel'on faifoit l'ouverture de
ou il
GALANT. 165
, ala
Tranchée. Il la voulut voir
& il y receut un coup de
Moufquet , dont la bale
prés luy avoir fracaffé tou
te la machoire , coula le long
du gofier dans l'eftomac , où
elle eſt encore. Elle lui a fait
deux playes dont il ne guerira
jamais, une à la gorge& l'autre
par le dedans de l'eſtomac.
Les deux autres Garçons
ont quitté le monde.
Il y en a un Abbé de Grandmon
& General de tout
l'Ordre , comme je viens de
le dire , & l'autre qui eſt Religieux
Profés dans cette mê
me Abbaye , & fort diftingué
par ſon mérite , eſt prefentement
Prieur de S. Hilaire
de Grandmont en Bercé .
Il y a quatre Filles Religieufos
de l'Ordre de Fontevraut,
166 MERCURE
& une cinquiéme mariée .
Cette Famille est fort eſti -
mée , & a des Alliances avec
la pluſpart des grandes Maiſons
du Royaume. J'ai oublié
de vous dire que l'Ordre
de S. Eſtienne de Grandmont
eſt tout François , & qu'on y
reçoit aucun Etranger. Il
y a quarante - deux Maiſons
dans cet Ordre , trente- huit
d'Hommes & quatre de
Femmes. Les ſeuls Religieux
du Chef de l'Ordre , c'eſtà
dire,de la premiere Maiſon
de l'Ordre, éliſentle General.
Le nomme au Prieurez de
toutes les Maiſons à la reſerve
des quatre premiers
qui vaquent aprés l'élection
du General.C'eſt à luy que la
nomination enappartient,
د
Je vous envoye une Mer
GALANT. 167
daille frappé depuis peu de
tamps . La face droite reprefate
le Prince Charles de
Lorraine , & le revers fait voir
yael'on a fait la Medaille à
l'occafion des Conqueſtes de
Hongrie .
On écrit d'Aix en Provence
que la Mere Superieure
du Monastere de la Viſitation
de Sainte Marie, ayant
receut avis de la mort de Madame
la Ducheſſe de Modene
, par Madame de Venel,
SousGouvernante des Enfans
de France , elle & fes
Religieuſes ont fait faire dans
leur Egliſe un ſervice folemnel
, pour le repos de ſon
Ame , avec tout l'éciat que
J'on peut donner à une pompe
funebre. Elles ont voulu
s'aquiter par là de ce qu'el
268 MERCURE
les doivent à la memoire
d'une Princeſſe qui leur
à marqué ſon affection
par ſes bienfaits , tant en
divers dons , qu'en un preſent
de plus de dix mille
écus qu'elle fit employer à
l'Autel de marbre , & a d'autres
ornemens de leur Eglife .
Elle avoit fait pluſieurs fois
retraitte avec Madame ſa
Mere dans leur Monastere ,
d'où elle tira fept Religieuſes
pour la fondation qu'elle
a faitedans ſa Villede Modene
, qui eſt un établiſſementdigne
de ſa pieté & de
fa magnificence. Le Parlement
ſe trouva en Corps à
ce Service , auffi - bien que
Mrs du Chapitre de la Cathedrale
, & la Meffe à laquelle
une excellente:Mufique
GALANT. 169
que répondit , fut celebrée
par M. l'Abbé de Barreme ,
Confeiller au Parlement , &
Grand Vicaire de M. ГАг-
cheveſque d'Aix en fon abfence
. Le Choeur de l'Eglife,
la Nef & le frontiſpice du
Portail eſtoient tendus de
drap noir avec un lez de velours
tout autour , ſur lequel
eſtoient des Ecuſſons aux
Armes de Modene , de Martinoffi
,& de Mazarin. Il y
avoit une Repreſentation
magnifique , & une eſpece
de Mausolée couvert de velours
noir , avec quatre Ecuffons
en broderie d'or , &
au ſommet on avoit poſé un
Carreau de toile d'argent qui
ſupportoit une riche Conronne
Ducale, le tout couvert
d'un Creſpe trainant.
Octobre 1687 . H
-
170 MERCURE
Madame de Venel avoit eſté
Gouvernante de Madame la
Ducheffe de Modene .
2
J'ay à vous apprendre la
mort de Dame Marie-MargneriteGouffier
de Roüanez ,
arrivée le mois paffé. Elle
eſtoit Religieuſe de l'abbaye
de Malnouë , & eſt
morte aux Filles - Dieu de
Paris. Son humilité eſtoit
telle , qu'elle luy a fait refufer
les plus belles abbayes
du Royaume , qui luy ont
eſte offertes. Vous ne ſerez
pas ſurpriſe qu'on ait fort
ſouvent jetté les yeux fur
elle , quand il en a vaqué
quelqu'une de confiderable ,
puis qu'outre que ſa pieté
& fa vertu l'en rendoient
tres-digne , elle eſtoit Soeur
de feuë Madame la Ducheffe
7
GALAN T.
171
dela Feuillade , de l'ancienne
Maiſon de Gouffier. Le rang
qu'elle tient parmy les plus
illuftres de France, de la plufpart
deſquelles je vous ay
donné une aſſez exacte Genealogie
, m'engage à vous la
faire connoiſtre .
En l'année 846. Charles le
Chauve , Empereur & Roy
de France , reconnut par Lettres
patentes , qu'Egobart
Gouſfier eſtoit deſcendu par
mafles des Gouffier , Ducs
Souverains d'Aquitaine. II
eut un Fils de fon mefme
nom , qui fut Pere de Bouchart
Gouffier , Comte Palatin
de Melum,& Maiſtre de la
Chambre du Roy, comme les
Lettres le portent,& de Gombaut
Gouffier , Archeveſque
de Bordeaux. Yvon Gouffier
E 2
172
MERCURE
Fils de Bouchart, & Frere de
Vallerand Gouffier , Comte
de Melun , eſtoit Sous Camerier
du Roy. En 1033. il
épouſa Iudith , Fille du Vicomte
de Chateaudun . Herbert
Gouffier , fils d'Yvon ,
& Frere d'Arſude Gouffier ,
Comte de Foix , fut marié à
Berthe , Fille du Comte de
Melun . Guillaume Gouffier ,
Fils d'Herbert , eſtant mort
en la Guerre de la Terre-
Sainte l'an 1146. laiſſa Voyon
Gouffier , qui fut premier
Chambellan du Roy , & Frered'Aguerrand
Gouffier , Abbé
de S. Victor de Paris , &
qui d'alix , Fille du Comte
de Perche , eut Barthelemy
Gouffier.Celuy - cy, qui estoit
rere de Pierre Gouffier , Eveſque
deMeaux , & de HuGALANT.
173
!
:
:
, gues Abbé de Marmoutier
épouſa Marie de Luſignan
en 1191. & il en eut Raoul
Gouffier , qui épouſa la rille
de Jean Trinquam , Prince
Souverain de Beziers , &
Robert Gouffier , Eveſque de
Nantes & Patriarche de Jerufalem.
Jean Gouffier Fils
de Raoul, fut grand Pannetier
de France,& Pere deGeoffroy
Gouffier , qui en 1303. épouſa
Blanche de Chargines , & de
Regnault Gouffier , Abbé de
Saint Ioüin Jean Gouffier II .
du nom , fils de Geoffroy , &
Frere de Thibaut Gouffier ,
Grand Maréchal de France ,
& premier Ecuyer du Roy ,
Frere auffi d'Yvon Gouffier ,
Chevalier de l'Ordre Teutonique,&
de Madeleine Gouffier,
Abbeſſe de Poiſſy , épou-
Η 3
174
MERCURE
15
fa Agathe de la Jaille , & fut
tué à la Bataille de Poitiers .
Emery Gouffier ſon Fils, premier
Chambellan du Roy en
1411. eut pour Frere Philippe
Gouffier , Chevalier de
la Toiſon d'or. Guillaume
Gouffier II . du nom, Fils d'Emery,
Sieur de Boiſy, de Bonnivet
, &c. Grand Chambellan
du Roy Charles VII . &
premier Gentilhomme de la
Chambre , Gouverneur de
Languedoc , Senéchal de
Saintonge , épouſa Loüiſe
d'Amboiſe , Soeur de Georges
Cardinal , & il en eut
Pierre , tué à la Bataille de
Marignan , Loüiſe Religieufe
à Poiffy, & Madeleine mariée
à René le Roy Sieur de Chavigny.
Il prit une ſeconde
Alliance avec Philippe de
GALAN T. 175
Montmorency , Veuve de
Charles de Melun Sieur de
Nantoüillet; & de ce mariage
fortirent Artus , qui épouſa
Heleine d'Hongeſt , Dame
de Magny , Fille de Jacques
& de Marie de Mony , Guillaume
Sieur de Bonnivet ,
Amiral de France , Gouverneur
de Picardie & de Dauphiné,
tué à la Bataille de Pavie
; Adrien , qui en 1493. fut
Eveſque de Coutance , quoy
qu'âgé ſeulement de quatorze
ans , à cauſe de ſa haute
naiſſance , ainſi que portent
les Bulles , puis Evêque d'Albi
, enſuite Cardinal du titre
de Sainte Sabine, Legat à latere
en France , & Abbé de S.
Nicolas d'Angers & de Fécam;
Pierre , qui aprés le decés de
fon Frere Aimar , fut Abbé
Η 4
176 MERCURE
de Saint Denis & de Cluny ;
Charlote , Femme de René
deCoffé Sr de Briſſac , Grand
Pannetier & grand Fauconnier
de France , & Anne , mariée
à Raoul de Vernon , Sr
de Montreüil Bonin .Ce Guillaume
Gouffier fut Gouverneur
de Loüis XI . & il avoit
tellement gagné les bonnes
-graces du Roy Charles VII.
qu'il fut accufé de s'eſtre
fait aimer par magie. Il fut
remis dans ſes honneurs &
ſes dignitez , par Lettres du
3. Septembre 1467. Artus
Gouffier fon aifné , fut Gouverneur
de François I. grand
Maiſtre & grand Chambellan
de France, Bailly de Vermandois
, & Gouverneur de
Dauphiné.Il mourut à Montpellier,
Plenipotentiaire pour
GALANT. 177
faire la Paix entre le Roy ſon
Maiſtre , & Charles - Quint.
Guillaume de Croüy- Chevres,
negocioit pour ce derniers
, dont il avoit eſte auffi
Gouverneur. Claude Gouffier
, Fils d'Artus , & Frere
d'Helene Gouffier; mariée en
premiere Nopces à Loüis de
Vendoſme , Prince de Chabanois
, Vidame de Chartres.
& en ſecondes à François
de Clermont , Sieur de Draves
, fut grand Ecuyer de
France , & premier Duc de
Rouanez . Il mourut dans un
âge fort avancé aprés s'eſtre
marié cinq fois ; la premiere
avec lacqueline de la Tremoüille
, Dame de Chateaurenard
, dont il eut Claude ..
Femme de Leonor de Chabor
Comte de Charny , grand
H
178 MERCURE
Ecuyer de France ; la feconde
à Françoiſe de Bretagne
fille de René , Comte de
Ponthievre , & il en eut
Gilbert , Duc de Roüanez ,
qui épouſa Ieanne de Coffé ,
feconde Fille du Marefchal
de Briffac , Artus mort
fans pofterité & Claude
tige des Comtes de Caravas ,
la troiſième à Marie de Gagnon
, Fille de Iean , Sieur
de Saint Bohaire , dont ileut
Charles ; Chevalier de Malthe
, Louis qui fut Baron de
S. Loup , Paul , Sire de Pouſages
, & Claude mort ſans alliance
; la quatrième , àClaude
de Beaune , Fille de Lacques
, Baron de Samblançay
, General des Finances
de François I. & la cinquiéme
avec Antoinette de la TourGALANT.
179
,
Landry , Dame d'Honneur
de la Reyne Catherine de
Medicis , Fille de Jean,Comte
de Châteauroux , & d'Anne
Chabot . Loüis Gouffier ,
Duc de Roüanez Fils de
Gilbert, fut Gouverneur de
Poitiers , & épouſa Claude-
Eleonor de Lorraine , Dame
de Beaumefnil, Fille de Charles
de Lorraine I. du nom ,
Duc d'Elbeuf. Il eut pourEnfans
HenryGouffier,Marquis
de Boiſy , qui mourut avant
fon Pere , ayant eſté tué au
Combat de S.Iberquerque en
1639.Louis Gouffier,Ecclefiaſtique
, Artus , Marie Marguerite
, Femme d'André de
Chaſtillon , Marquis d'Argenton
, de la Maiſon des
Princes de Champagne , &
de Blois , & Charles , Com
H6
180 MERCVRE
2
Henri
te de Gonnor , qui mourut
en 1671. laiſſant deMadelaine
d'Abefac , Fille de Gabriel
, Marquis dela Douzo ,
Loüis -Charles Leornor, Marquis
de Curfé,& Loüis Chevalier
du Gonnor
Gouffier,Marquis de Boiſy ,é .
pouſa Anne Marie Hennequin,&
il en ent Artus II.MargueriteHenriette,
Abbeſſe de
la Trinité de Caën , & enſuite
de Beaulieu , prés de
Compiegne , Marie - Marguerite
, Religieuſes de Malnouë
, & Charlote , à laquelle
Artus ſon Frere , cy -devant
Gouverneur de Poitou , s'étant
faitEccleſiaſtique, a cedé
le Duché de Roüanez avec
tous fes autres biens. Elle fut
mariée le 9. Avril 1667. à
Françoisd'Aubuſſon ,Ducde
GALANT. 18г
la Feuillade , Pair & Maréchal
de France , & mourut il
y a quelques années .
Le 13. du mois paſſée ,jour
auquel on celebre la Feſte de
Saint Amé , Archeveſque de
Sens , il y eut en cette Ville
là une grande folemnité pour
la Reception d'une Relique
confiderable de ce Saint Prélat
, envoyée à l'Eglife de
Sens par Mrs les Doyen &
Chanoines de l'Eglife Collegialede
S. Amé de Douay en
Flandre , qui font les dépoſitaires
de ſon Corps. Mr l'Archeveſque
de Sens, pourmarquer
fon zele envers un
Saint dont il occupe le Siege,
ordonna une Proceſſion generale
du Clergé Seculier &
Regulier , à laquelle aſſiſterent
tous les Corps de la
182 MERCUR
Ville. La Relique y fut porrée
, & enfuite on l'expoſa
dans la Cathedrale à la veneration
des Fidelles , aprés
quoy la Meſſe fut celebrée
avec toutes les ceremonies.
que l'on obſervedansles grandes
Feſtes..
Je vous donne rarement
des nouvelles des Indes, mais
au moins je puis vous afſeurer
que quand je vous en
envoye , elles ſont toûjours
tres - veritables , puiſque je
prens ſoin de les copier
moy - meſme for l'original
des Lettres qui font venuës
de ce Pays - là . C'eſt ce que
j'ay encore fait par ces fragmens
, auſquels je ne change
rien. Ainſi vous ne devez
point mettre ce qu'ils contiennent
au nombre de ces
GALANT.
183
nouvelles, qui à force de paſſer
de bouche en bouche , font
toutes défigurées .
APondichery ce 20. Octobre 1686,
EsIndes
LET
nefont plus les Indes,
chosesy font tellement
changées , que les personnes qui y
font& ont le plus de connoiſſance
&dexperience , ont biende la pei
ne àſe tirer d'affaires. L'on ne sçait
de quel costé se tourner pour faire
valoirfon argent, car les Voyages qui
donnoient autrefois cent pour cent
de profit ; à peine aujourd'buy en
donent- ils dix.Le Roy de Perſe n'est
pas curieux comme l'estoientſes Predeceffeurs
, & il nefonge qu'àgroſſir
Son trefor. Le Mogol est obligé à
tant de dépense , que l'on peut dire
qu'il estpauvre avec tousſes grands
revenuss . Il fait mesme tout ce
qu'il peut pour perfuader à toutle
184 MERCVRE
monde qu'ila un grand mépris pour
tout ce qui sert à entretenir le luxe.
Les Princesſes Enfans &les grands
defon Empireſuivetſon exemple,
&n'ontpas aßezde bien pourfatisfaire
leur curiosité. Le Roy deGolconde
ne ſe foutient qu'avec peine,
&n'est pas peu embarrassé à trouverde
l'argentpourfournir au grand
Tribut que le Mogol exige de luy ,&
pour vous marquer que ce que je
vous dis approche affez de laverité,
c'est que le jeune Tavernien dr Zacara
qui ne manquent ny d'adreſſe
ny d'intrigues , n'ont jamais pú vendre
les belles pieces de lomailleries
qu'ils avoient apportées avec eux.
Ils les ont montrées dans toutes les
Coursde l'Orient , chacun les a admirées
, mais pour le prix , ils n'ont
jamais på en trouver un qui approchaft
de leurs esperances.
Kous aurezven dans quelques
GALANT. 185
unes de mes precedentes , que le Mogol
avoit fait affiéger la Ville de
Viſiapour parun des Princesses Fils,
&qu'il avoit esté obligé d'en lever
le Siege. Cet Empereur l'a envoyé
affieger pour la seconde fois . Ily est
venu en personne , & a enfin obligé
Le Roy de Viſiapour , jeune Prince
de dix-huit ou vingt ans qui s'y
estoit enfermé , de luy rendre cette
Capitale defes Etats, à compoſiten.
Ilest entre les mains du Mogol qui
le traite , à ce qu'on dit, affez bien.
Lapriſe de Viſiapour a donnéfin au
Royaume du mesmenom qui afleury
pendant deux ou trois Siecles , & qui
estoit encore ily a quinze ou vingt
ans redoutable à fes Voisins. Il est
connu dans pluſieurs Autheurs fous
le nom du Royaume de Bifnagar.
Le Mogol aprés cette expedition
s'eſt mis en marche ; l'on croit que
s'est pour venir à Golconde. Le
Roy n'y sçauroit tenir s'il est atta-
*
186 MERCURE
qué ,ilacceptera toutes les conditions
que l'on voudra luy preſcrive , &la
cofté de Coromandel eſtant de la dépendance
de ces deux Royaumes de
Viſiapour&de Golconde ,le Mogol
Se rendra Maistre de tout fi ce
Prince conduit luy-mesme Son Armée.
Sommagy Raya qui avoitfuccedé
au fameux Sivagy fon Pere ,
a eštétué par une confpiration des
principaux deſes Sujets. D'autres
disent que ç'a esté par un de fes
Officiers qui a voulu se vanger de
quelque galanterie que ce Prince
avoit avec sa femme. Ram Raia
Frere du dernier mort , a esté élevé
au Trône ,& comme il estfort jeune
&fans experience , on craint bien
que le Mogol ne le chaſſe de ſes
Etats.
Le bruit court que les Hollandos
font fort inquietez dans l'Isle de
Java, & qu'un certain Fugitif de
GALANT.
187
:
Bataviay a aſſembléquatre ou cing
mille hommes avec lesquels il fait
de grands defordres. L'on ajoûte
que le Conseil de cette Compagnie
ayant envoyé une Ambassade au
Mataram , qui se nomme Empereur
de l'ifle de Java , quoy qu'ilfoit depuis
quelques années tributaire de
la Compagnic Hollandoife ; l'Ambassadeur
qui estoit dans fon Palais
avec 76. Europeans, ayant apperceu
leFugitifdont je viens devousparler
, & l'ayant voulu arrester, cet
homme qui estoit bien fuivy , & qui
avoit preveu le coup ,fit main-baffe
Sur l'Ambassadeur &sur sa suite.
Vous aurez déja esté informéque les
Hollandois s'estoient emparez de la
Ville de Mafulipatan. Ils avoient
de grandes pretentions contre le Roy
de Golconde; mais l'on a esté étonné
qu'ilsſeſont tout à coup accommodez
moyennantfix -vingt millepagodes .
188 MERCURE
ou fix cens cinquante mille livres
payables en cinq ans. L'on croit que.
le foulevement arrivé en l'Ifle de
Iava , les a contraint de fouscrire
à cet accommodement qui ne leur est
pas avantageux , afin de pouvoir
réünir leurs forces , qui auroient esté
Sans cela trop difperfées.
Ie vous manday par ma Lettre
du 30. Septembre dernier , que les
Anglois avoient envoyédes Navires
armezen Guerre à Bengale pour ti
rerfatisfaction des avanies que les
Officiers du Mogol ont faites à leur
Compagnies. Nous n'avons pû bien
Sçavoir jusqu'à prefent quel ſuccès
a eu cette expedition , nous avons
Seulement appris qu'ils ont pluſieurs
Navires à Bengale, parmy lesquels
ily en a quatre de 60.à 76.pieces de
Canon ; que leur Milice monte
douze ou quinze cens hommes;qu'ils
ont battu les Mores en une rencon
GALANT. 189
tre , & que leur deſſein est de fortifier
l'Isle d'Angely , ou celle de Sa-
Igor qui font dansle Gange. L'on
écrit de Surate que les Anglois en
estoient fortis ,& qu'ils devoient se
- retirer à Bombaye qui leur appartient
; il y a apparence que ç'a esté
pour nese pas expoſer aux inſultes
qu'on auroit pû leur faire à cause de
la guerre qu'ils font à Bengale. Ils
ont publié qu'ils nese retiroient que
pour ſe parer des injustices que le
Gouverneur leur faisoit tous les
iours , & qu'ils vouloientfatisfaire
leurs Creanciers.
Ilà paßédepuis un mois &demy
par Pondichery un Pilote & trois
Matelots Anglois , qui nous ont dit
qu'ils avoient esté pris àla Baye de
Saint Augustinàl'oüeft de Madagascar,
par un Corſaire François qui
avoit déia pris un Navire Hollandois;
qu'ils s'estoient battus contre
190
MERCURE
ce Corsaire , & que leur Capitaine
&quelques autres Officiers avoient
esté tuez ; qu'il avoit ensuite esté
courir la coſte d' Arabie & la coſte
de Malabar, où il leur avoit donné
une Chaloupe avec laquelle ils avoient
gagné Ceylan , & ensuite la
cofte de Coromandel. Beur Navire
appartenoit à des Marchands des
Barbades , ils venoient à Madagascar
poury traiter des Noirs. L'on
croit que ce Corfaire a arme à Saint
Domingue , & que son équipage est
de Frisbustiers de diverſes Nations
ramaßées. Deux autres Corsaires
ont paru dans la Mer Rouge, où ils
prirentà la fin du mois d'Aouſt dernier
quelques Navires de Surate
for deux desquels ils trouverent
quatre cens mille écus en argent ou
marchandises. Cela a ietté la terreur
parmyles Marchands de cette
riche Ville,& fort allarmé les of
د
GALANT..
191
ficiers du Mogol qui pretendoient
rendre les trois Nations , Françoise ,
Angloiſe ,&Hollandoiſe , qui ont
leur Loge à Surate , responsables de
ces priſes . On avoit fait courir le
bruit que ces derniers Pirates étoient
Anglois, mais un Hollandois qui paffa
ily a quelques jours icy , nous dit
qu'ils estoient Danois.
Les pluyes ont manqué depuis
deux ans en ces quartiers , ce qui a
causé une telle famine , que je ne
croy pas que l'Histoire faſſe mention
d'une parcille. L'on pretend qu'il est
mort depuis Golconda juſques icy
plus de la moitié des Peuples. Madras
qui appartient aux Anglois,&
qui est à trois journées au Nord de ce
Comptoir, estoit la Ville la plus flo-
Tiffante & lamplus nombreuse en
Habitans de cette coste ; elle est à
prefent presque deferte. L'on nous a
écrit qu'ily avoit des jours où il étoit
192 MERCURE
mort cent cinquante perfonnes. Les
Peres & les Meres ont vendu leurs
Enfans presque pour rien , &plu .
ſieurs personnes ont achepté des Efclaves
pour un Ecu . Ce qu'il y a de
plus facheux , est que nous ne pouvons
esperer de pluyes que l'Hiver
prochain .
Il me feroit difficile de vous
exprimer combien les nouveaux
Convertis ſe fortifient
tous les jours dans la nouvelle
croyance qu'ils ont embraſſée.
On devoit eſtre perfuadé que
cela arriveroit à ceux qui voudroient
écouter,puis qu'il n'y a
que l'obſtination à fermer l'oreille
, & les yeux à la verité
qui empeſche de la découvrir.
Les nouveaux Réunis de
Ville de Niort en Poitou ,
ont écouté , & ils ont crus
& cela fait voir qu'on ne peut
entendre parlerla verité ſans
la
GALANT.
193
la reconnoiſtre. Ils eſtoient au nombre
de quatre mille , qui doivent au Roy ,
& au Pere le Blanc , Cordelier de la
Province de Touraine , les lumieres
qu'ils ont receuës . Ils ont fait connoiſtre
par un Placet à Monfieur l'Archeveſque
de Paris , qu'ils avoient eſté
édifiez de la conduite de ce Pere , &
inſtruits par ſes Sermons pendant l'Avent&
le Careſme dernier ; ce qui les
engageoit à le ſupplier d'obtenir du
Roy qu'il retournaſt auprés d'eux , afin
que dans les principales Feſtes de l'année
, il achevaſt de leur découvrir le
veritable ſens de l'Ecriture- Sainte , &
des Miſteres ſacrez ,& qu'en leur expliquant
les ceremonies de l'Eglife , &
de l'Office divin , il puſt les porter à la
penitence & à la ſanctification des
moeurs ; & donner à leurs confciences
le repos qu'ils cherchent. Monfieur
Augier de la Teraudiere leur a dreſſé ce
Placet, & a eſté député icy pour en folliciter
la réponſe. C'eſt un homme
d'un merite diftingué , dont je vous ay
parlé dans pluſieurs de mes Lettres, &
qui a déja eſté quatre fois Maire dela
Octobre 1687 ,
I
11
194
MERCVRE
Ville de Niort . Sa pieté eſt ſincere , &
ſon zele defintereſfé , ce qu'il a fait
connoiſtre dans le temps des Conver-
Gons , ayant travaillé à celle de prés de
vingt mille perſonnes. Comme leRoy
ne cherche que le ſalut des ames de ſes
Sujets , & qu'il ne luy importe par qui
ils reçoivent les lumieres dont ils ont
beſoin , ce Monarque a accordé à ces
heureux Réunis , le Pere qu'ils luy ont
faitdemander , & parce qu'eſtant Vicaire
de ſon Ordre au grand Convent
de Paris , cet Employ ſembloit l'y devoir
arreſter , Sa Majesté a ordonné
qu'on luy en conſervaſt les droits & les
privileges , pendant qu'un autre en feroit
les fonctions , n'eſtant pas juſte
que dans le temps qu'il ſerviroit le public
, il fuſt deſtitué d'un honneur qu'il
s'eſt attiré par ſon merite.
Ie vous ay promis le détail de ce qui
s'eſt paffé icy pendant le ſejour que les
Envoyez de Tripoli y ont fait , & je
n'ay garde de manquer à ma parole ,
puis qu'on ne voit point d'évenemens
pareils ſous les Regnes precedens. Ie
ne vous repete point ce que Monfieur
GALANT.
195
le Maréchal d'Eſtrées fit il y a deux ans
devant Tunis. le vous diray ſeulement,
qu'en conſequence du Traité qui y fut
conclu , le Dey , Divan ,& Milice de
Tripoli , ont envoyé deux des principaux
d'entre eux , nommez Khalil Aga,
Lieutenant du Bacha , & Heifer Aga,
Officier de Marine , pour venir offrir au
Roy en maniere d'Hommage & de
Tribut , au nom de ces trois Puiſſances
de leur Eftat , des Animaux des plus
curieux de leur Pays , & marquer par
là à Sa Majesté leur parfaite founif
fion. Ces Envoyez arriverent à Toulon
le 3. de May dernier , & y débarquerent
avec huit perſonnes de leur fuite ,
& Chelibi Halil , Fils du premier Envoyé.
Les Animaux qu'ils amenoient ,
eſtoient deux Dromadaires , fix Chevaux
, & des Autruches. Ily en avoit
encore de differentes eſpeces ,& forr
extraordinaires. Ces Envoyez furent
receus à Toulon de la part du Roy par
Monfieur de Vauvré , Intendant de la
Marine , & défrayez aux dépens de Sa
Majefté pendant quarante jours qu'ils
y ſejournerent , pour ſe repoſer ,
I 2
196 MERCURE
د
donner temps à ces Animaux de
ſe rétablir parce qu'ils avoient
beaucoup fouffert ſur la Mer. Ce
long ſejour leur laiſſa le temps de
voir le Port , les Vaiſſeaux du Roy , les
Arcenaux , & après avoir conſideré
l'ordre merveilleux avec lequel tout s'y
execute , ils dirent que chacun s'y appliquoit
en particulier , comme s'il n'avoit
point d'autre intention que celle d'employer
tout son temps &toute ſon induſtrie pour
le ſervice duplus grand , &du meilleur
Maistre dumonde. Quelque bon traitement
qu'on leur puſt faire pendant ces
40.jours,ils leur paruret fort longs , par
l'impatience qu'ils avoient de voir Il
gran Papas , ( c'eſt ainſi qu'ils nommoient
le Roy ) eſtant prévenus , difoient-
ils , qu'ils ne verroient rien de
fi beau dans leur Voyage. Ils partirent
enfin par ordre de la Cour , accompagnez
de Monfieur Magny , Officier de
Sa Majesté , employé dans la Marine
au Département de Toulon , qui fut
nommé pour les conduire , & du Sieur
Antonio Boyer , Malthois , qui leur
devoit ſervir d'Interprete dans la route.
GALANT. 197
Ils paſſerent à Aix en Provence , où ils
furent viſitez des principaux Officiers
du Parlement , & d'une grande partie
des Perſonnes de qualité de cette Ville
- là. Ils receurent les meſmes honneurs
dans les principales Villes de
leur paffage , & fur tout à Monteli.
mart , à Valence, & à Lyon. Ils ſejournerent
pluſieurs jours dans cette derniere
Ville , tant pour fatisfaire leur
curioſité ,& en voir les beautez , que
pour donner lieu à leur équipagede ſe
rafraîchir. On marqua auſſi beaucoup
d'empreſſement de les voir à Châlons
fur Saone & à Auxerre , & l'accueil
qu'on leur fit dans tous les lieux de
leur route , leur fit dire que c'eſtoit un
heureux pronoſtic de la bonne reception
que le Roy leur feroit. Leu
d'Aouſt ils arriverent à Charenton
d'où Monfieur Magny partit pour aller
rendre compte à Monfieur de Seignelay
de ce qui s'eſtoit paſſé. Ce Miniſtre le
fit retourner auprés de Envoyez , pour
y attendre les ordres du Roy. Ils y demeurerent
treize jours , pendant lef
quels plufieurs perſonnes de qualité de
I3
198 MERCVRE
Paris les allerent voir. Le 22. Monfieur
Magny receut ordre de les conduire à
Verſailles. Il les y mena le lendemain ,
&le jour ſuivant Monfieur de Seignelay
les preſenta à Sa Majeſté , dans le
temps qu'Elle ſortoit de la Meſſe. Le
premier Envoyé fit ſon Compliment
en Langue Turque , & Monfieur Dipy
l'interpreta en ces termes . Grand Monarque
de la Terre. Les Envoyez du Dei,
Divan ,& Milice de Tripoly viennent
pour presenter à Vostre Majesté , des
Chevaux , des Dromadaires , &d'autres
Animaux de leur Pays , comme un hommage
, & un tribut qu'ils offrent à Vostre
Majesté , & ils s'en retourneront trescontens
de l'honneur qu'ils ont eu d'avoir
paru devant le plus grand Roy dumonde.
L'accueil qu'ils receurent de ce
grand Monarque , leur fit connoiftre
qu'il eſtoit content des marques qu'ils
luy donnoient de leurs ſoumiſſions ,
& de leurs reſpects. Sa Majesté vit
enfuite les Animaux qu'ils avoient amenez
. UnMore âgé de 18. ans d'une
taille extraordinaire par ſa hauteur , &
par fa groſſeur , monta ſur un Dro
Π
GALANT. 199
madaire enharnaché à la modeldu
Pays , & il le fit galoper de to
force autour de la Court. Aprés cette
Cavalcade qui donna quelque plaifir
au Roy & à tous ceux qui estoient
prefens , ce Negre defcendit de ſon
Dromadaire , & comme il avoit remarqué
dans Sa Majesté cet air engageant
qui luy attire tous les coeurs ,
if crut que s'il prenoit la liberte de
luy baifer la main , ce Prince auroit la
bonté d'excufer ſa hardieſſe. Il eut cet
honneur , & baiſa enſuite la main de
Monſeigneur le Dauphin , &de Monſeigneur
le Duc de Bourgogne , auffibien
que celle de tous les Princes &
Seigneurs , qui avoient l'Ordre du
Saint Eſprit , dans la penfée qu'il
eut que ceux qui avoient un Cordon
bleu , devoient eſtre les premieres
perfonnes de la Cour. Le Roy eſtant
rentré , ces Envoyez ſe retirerent ,
remplis d'admiration pour ce Monarque
,& comblez de ſes bontez , & du
bon accueil de toute la Cour. Ils revinrent
deux jours aprés à Paris pour
y recevoir les Ordres du Roy , & y
14
200 MERCURE
voirtoutes les choſes qui font remarquer
ſa grandeur & fa puiſſance ,
ainſi que le genie , & l'adreſſe des
François . Meſſieurs Dipy ,& magny
prirent le ſoin de leur montrer tout ce
qu'il y a de plus curieux dans cette Capitale
du Royaume , & ils le prirent
d'une maniere qui fir connoiſtre leur
zele pour la gloire de Sa Majesté , &
pour celle de la France. Ils les menerent
au Louvre, où ces Envoyez virent
les Appartemens anciens , & nouveaux
, le Cabinet des Peintures , & la
Galerie d'Apollon. Ie ne vous décris
point tous ces lieux là ,pour ne vous
rien repeter , de ce qui eſt dans mes
quatre Volumes de l'Ambaſſade de
Siam en France. Ils pafferent enſuite
dans la Galerie baſſe du Louvre , où
leRoy loge les plus illuftres de chaque
Art, & ils entrerent chez Monfieur
Turet , fameux dans toute l'Europe
pour la bonté de ſes Pendules. Ils en
examinerent un grand nombre , & le
plaiſir qu'ils prirent à entendre parler
cer Illuſtre , fut cauſe , qu'ils demeurerent
chez luy pendant plus d'une heuGALANT.
201
2
A
re. Ils monterent enſuite dans la Gale-)
rie haute , dont la longueur les ſurprit
d'autant plus , que l'oeil n'en peut découvrir
le bout. Ils entrerent de là dans
les grands Appartemens du Chaſteau.
des Thuileries, que je vous ay déja décrit
,& de là dans la Salle des Machines
, ou les balcons , Galeries , & Plafons
dorez , aprés ce qu'ils avoient vû
dans l'un & l'autre Chaſteau , les furprit
de telle forte , qu'ils dirent que l'or
devoit estre en France le plus commun de
tous les Métaux.lls dirent auſſi qu'aprés
tout ce qu'ils avoient vû , ils estoient per-
Suadez que le Roy n'avoit qu'à ſouhaiter
une chose pour la voir auffi-toſt executée
&ils ajoûterent ,que la douceur & l'air
affable de ce grand Monarque meritoient
l'Empire de toute la Terre. Au fortir des
Thuileries ils allerent à l'Academie
Royale de Peinture,& de Sculpture ,
où ils furent reçûs par Monfieur le
Hongre , fameux Sculpteur qui faifoit
alors la fonction de Recteur de cette
Academie. Il ſeroit impoſſible de vous
marquer icy tout ce qu'ils dirent à l'avantage
du Roy ,& de la Nation. Us
Is
202 MERCURE
exam inerent tous les Ouvrages de
Pein ture , & de Sculpture lesuns aprés
les autres ,& dirent enſuite ,Qu'ils ne
doutoient point que tout ne fuſt poſſible
aux François , hors le secret de ne point
mourir. Ils virent encore ce jour-là la
Place des Victoires ,& ils ſe firent expliquer
toutes les Inſcriptions ,& les
Bas- reliefs ,& furent ſurpris d'apprendre
la jonction des deux Mers dont ils
n'avoient point encore entendu parler ,
ce qui les jetta dans un étonnement
inconcevable. Ils donnerent de grandes
loüanges à Monfieur de la Feuillade,
& dirent à Monfieur Dipy , qui
leur ſervoit d'Interprete , Qu'il n'y
avoit que LOVIS LE GRAND qui
pust veritablement faire le ſujet de leur
admiration , & ternirpar ses hauts faits
tamemoire du premier Alexandre ,voulant
faire entendre par la que le Roy
eſtoit le ſecond. Lors qu'ils furent à
I'Hoſtel Royal des Invalides , ils admirerent
l'ordreque l'on y obſerve pour
les Soldats bleſſez au ſervice de Sa Majeſté,&
le foin qu'ils virent quel'ony
prend pour ſubvenir à tous leurs be
GALANT.
203
ſoins , leur fit dire en propres termes ,
Quele Roy meritoit que tous ſes Sujetsfans
balancer , fiffent en tout rencontre
un Sacrifice de leurs personnes pour
Sa Majesté. Ils dirent à l'Hoſtel Royal
des Manufactures des Gobelins , que
la grandeur du Roy paroiſſoit par tout ,
&que rien n'estoit impoffible au genie,
àl'adreſſe des François. Ils admirerent
le Dôme du Val de Grace,& dirent de
l'Obſervatoire , que l'esprit des François
,& leur deſſein deſeperfectionner ,
lesportoient aux choses les plus élevées.lls
ont vû la Comedie,& l'Opera avec un
fort grand plaifir ,& ont dit que ces
Spectaclesparoiſſoient plûtoſt un enchanrement
qu'un effet de l'imagination des
Hommes. l'eſtois à l'Opera avec eux ,
&en les entretenant,j'eus le plaifir
de remarquer leur ſurpriſe. Ils me
dirent que s'ils estoient dans une Place
extremementfortifiée ,& dont les Remparts
fuſſent garnis de tout le Canon
neceſſaire pour sa deffense , ils ſeroient
feurs de faire toute la reſiſtance qu'on
pourroit attendre d'eux ; mais que s'ils
estoient attaquez par tous ceux qui com-
16
204 MERCVRE
fur
pofoient l'Opera , avec le mesme équipage,&
les mesmes charmes , ils ne
ſe deffendroient point , & auroient au
Contraire beaucoup de plaisirà ſe rendre.
Ils ont eſté à Sceaux voir la Maiſon de
M. le Marquis de Seignelay , où quoy
qu'ils n'y fuffent point attendus,& que
parconſequent il n'y eût point d'ordre
de les regaler , les Officiers de ce Marquis
ne laifferent pas de le faire. Ils
connoiffoient l'humeur magnifique de
leur Maiſtre , tout à l'égard
des Etrangers , &ils crurent endevoir
ufer de cette forte. Ie ne vous dis point
les louanges qu'ils donnerent aux
Eaux de certe belle Maiſon ; vous pouvez
vous l'imaginer par la deſcription
que je vous en ay donnée. Les .
Septembre Monfieur Magny ayant eu
ordre de ſe rendre le lendemain à la
Cour avec ces Envoyez , ils partirent
le 6. de Paris ,& pafferent par
Saint Cloud , pour y voir le Jardin de
Monfieur. Mademoiselle qui y eſtoir
alors, leur fit l'honneur de les recevoir ,
&de les faire conduire par les Offi
GALANT.
205
ciers de ſon Alteſſe Royale , dans tous
les endroits qu'elle jugea dignes de
leur curiofité. On fit joüer toutes les
Eaux ,& ils retournerent à Verſailles
charmez des honneſtetez de la Princeffe
,&de ce qu'ils avoient vû.
,
Le jour ſuivant ,ils firent demander
à Sa Majesté la permifſion de la
voir diner , & de viſiter toutes les
beautez de Verſailles tant dedans
que dehors le Chaſteau ; ce qui leur
fut accordé. Ils commencerent par ce
qu'ils ſouhaitoient le plus , & virent
dîner le Roy , Ils regarderent avec une
application extraordinaire , tout ce
qui ſe paſſa pendant le dîner , & firent
de profondes reverences toutes les fois
que leRoy , Monſeigneur,& Madame
la Dauphine burent , mais ſeulement
aprés qu'ils eurentbû. Je ne vous dis
point l'étonnement que leur a caufe
tout ce qu'ils ont vû à Verfailles , puis.
qu'il me ſeroit impoſſible de vous l'exprimer
&que vous pouvez vous imaginer
les ſurpriſes que doivent caufer
Ies beautez de ce Château .Avant qu'ils
en partiſſent , Monfieur de Seignelay
206 MERCVRE
leur donna à chacun de la part du Roy
une chaiſne d'or , & une Medaille avec
le Portrait de Sa Majefté. On fit auſſi
des gratifications aux Officiers , & aux
Domeſtiques de la ſuite des Envoyez ,
proportionnées à ce qu'ils eſtoient . Ils
revinrent à Paris le 18.& le lendemain
ils écrivirent à Monfieur de Seignelay
la Lettre ſuivante , pour le remercier
des bons offices qu'il leur avoit rendus
auprés de Sa Majeſté.
:
ILLUSTRISSIME SEIGNEUR ,
Dieu veüille par fa puiſſancefuprème
conserver l'Empereur des
François , celuy qui par sa valeur
imperiale , fes forces invincibles ,
&ſes trefors inépuisables , fait
trembler toute l'Europe , quand il
luy plaist , & qui parsa glorieuse
protection peut faire le bonheur de
tous les Etats ſes voisins, quiferont
des amis de Sa Majesté. Nous Sçavons
bien que nous sommes redeva
3
GALANT.
207
bles au Dieu tres-haut , & à nostre
Protecteur auprès de luy de tout ce
qui nous arrive, anſſinous n'ignorons
pas , illuftriffime Seigneur , les obli
gations que nous vous avons des bons
offices que vous avez rendus à nostre
Patrie , & à nous en particulier ,
auprés du Roy , dont nous vous affeurons
que nous ne perdrons jamais
Leſouvenir. La grace que SaMajesté
a faite à Alfid Hhabit mon
Fils,de le gratifier de fa Medaille
enrichie d'une chaisne d'or , est une
autre faveur que vous luy avez
procurée,dont nous vous remercions
encore , ainsi que de ce que nostre
Secretaire& nos Serviteurs ont reaeu
par voſtre ordre du Sieur Magny.
Nous vous fupplions , instam
ment , Illuftriffime Seigneur , en nous
continuant voſtre appuy auprés du
Roy , d'obtenir de Sa Majesté la li
bertédefi.x Turcs esclaves dans
208 MERCURE
Ses Galeres, que nous luy avons demandez
depuis long-temps , & de
nous faire fçavoir la volonté de Sa
Majesté à Toulon , par Monsieur
Son Intendant de la Marine. Aprés
cela nous irons rendre témoignage
au Dey , Divan , & Milice de
Tripoli , de l'abondance des graces
dont le plus grand&leplus puiſſant
Monarquedu monde nous a honorez,
&des aſſiſtances ,& protection que
vous nous avez accordées auprès de
Sa Maještě , pour laquelle nous &
les nostres ferons toûjours remplis
d'une grande admiration , & de
tres-profonds refpects &soûmiffions.
Les Envoyezde Tripoli .
KHLIL AGA.
HEISER AGA.
Depuis le 19. juſqu'au 24. qu'ils
demeurerent à Paris , ils acheterent
pluſieurs choſes qu'ils n'ont pas en leur
Pays,&qu'ils ont trouvé eſtre d'un
wſage fort commode. Ils partirent ac
1
1
GALANT . 209
compagnez de M. Magny ,& du Sieur
Antonio Boyer Interprete , pour ſe
rendre à Toulon , & s'y embarquer ſur
un des Vaiſſeaux du Roy , qui les doit
conduire à Tripoli , où ils ne manqueront
pas de rendre compte de l'heu
reux ſuccés de leur Voyage.
Quoy qu'aucune affaire n'ait fait tant
de bruit depuis fort long- temps , que
celle du Docteur Michel Molinos,je ne
croy pas vous en devoir dire beaucoup
de choſes. Il y a des Sectes ſi ridicules,
que l'on n'y doit faire reflexión que
pour en rire , & pour en déteſter les
Auteurs. Le nombre de ces Sectes a
eſté ſi grand , qu'on rempliroit un
volume de leur ſeul dénombrement .
Cependant on a publié juſqu'au nom
de la pluſpart. La maniere de vivre de
Molinos pendant un grand nombre
d'années , nous fait connoiſtre que
c'eſtoit un homme fort ſenſuel & fort
addonnée aux Femmes . Il eſtoit Prêtre,
& ſon caractere ne luy fourniſſoit pas
les occaſions de contenter ſes deſirs ,
qu'ont les perſonnes du monde. Il faut
faire de la dépenſe & employer de
210
MERCURE
,
grands foins pour ſe faire aimer ; &
quand on pourroit en venir à bout , il
n'eſt pas toûjours aisé d'obtenir des
Femmes ce qu'on en ſouhaite. Molinos
en vouloit à tout le Sexe , & fa convoitiſe
le rendoit ſemblable au D. Juan
de la Comedie du Feſtin de Pierre ,
mais il n'en pouvoit joüer le perſonnage
publiquement , & il voyoit bien
que de la profeſſion dont il eſtoit ,il
ne le pouvoit joüer heureuſement en
particulier. C'eſt ce qui luy fit prendre
le deſſein de ſe faire Aureur d'une Secte
qu'il n'a inventée , que pour trouver
moyen d'accorder à fon temperament
rent ce qu'il luy demandoit ,& pour
avoir non ſeulement de l'argent en abondance
, mais toutes les chofes neceffaires
à la vie , ſans qu'il euſt beſoin
de les acheter. Il ſçavoit que la liberalité
eſt attachée aux Femmes devotes ,
fur tout fors qu'elles ſont perfuadées
que ce qu'elles donnent doit eſtre employé
pour leur falut , ou pour ſoulager
celuy qui travaille à les faire entrer
dans la voye de perfection, Molinos
mit tous les loins à s'en acquerir beau
GALANT. 211
coup de ce caractere , & à ſe faire eftimer
des gens de bien , par tous les dehors
trompeurs qui peuvent faire croire
de la vertu dans ceux qui ſçavent
diffimuler auffi adroitement qu'il faifoit,
ſe tenant certain que lors qu'on
s'eſt une fois acquis de la reputation
par ces faulles apparences,il n'eſt point
d'impietez que l'on ne puiffe cominettre
impunément. Toutes chofes ayant
-eſté ainſi préparées ,il commença à
infinuer ſes dogmes pernicieux à ſes
Devotes. Ils avoient pour fondement ,
qu'il faut s'aneantir pour s'unit à Dieu ,
-& demeurer enſuite en repos comme
un corps mort. Sur ce principe, ilprétendoit
que ce premier acte negatif
ayant annullé toutes les puiſſances de
l'ame, aucun acte poſitif n'eſtoit meritoire
, parce qu'il eſtoit contraire à
Paneantiſſement où l'on eſtoit ; mais
en excluant tout ce qu'il y a de bonnés
oeuvres , il donnoit une ouverture entiere
aux dereglemens les plus crimi
nels , puis que l'ame n'y prenant auch
ne part , pour ne point fortir de fon
repos , demeuroit toujours unie à Dieu,
212 MERCVRE
ſans s'inquieter de ce que faiſoit 'le
corps. C'eſt de là que ſes Sectateurs
avoient pris le nom de Quietiſtes. La
nouveauté ſe fait écouter ordinairement
, & comme elle attache , pour
peu qu'elle plaiſe , on y preſte encore
I'oreille plus volontiers. Auſſi tous les
Novateurs qui veulent faire ſuivre leurs
opinions , propoſent toûjours des
choſes beaucoup plus faciles que ce
que la veritable Religion nous enfeigne.
Ces opinions ſurprennent d'abord
, mais elles ne rebutent point ,
& dans le temps méme qu'on les
croit fauffes , on ſouhaiteroit qu'elles
fuffent vrayes , tant on ſe ſent de
diſpoſition à les embraſſer. Molinos
eſtant tout- à-fait infinuant ,n'a point
douté que l'art qu'il avoit de perfuader,
ne fiſt recevoir ſes Dogmes. Il
a d'abord propoſé le plaiſir auquel la
nature nous porte le plus ; mais comme
il n'auroit pas reuſſi par là , il à
donné en meſme temps des raiſonste
pour y faire voir de l'innocence , de
forte qu'on peut dire , qu'au lieu que
dans chaque Religion le mal deit
GALANT .
213
eſtre ſeverement défendu , toute la
doctrine n'alloit qu'à prouver qu'on ſe
devoit abandonner ſans referve aux
appetits les plus ſenſuels , & qu'il n'y
avoit aucun crime à faire ce qui nous
eſt défendu par les Loix & par l'Eglife .
La fauſſe & apparente fainteté de cet
impie , les douces & attirantes amor .
ces du plaifir , la foibleſſe de certains
eſprits trop credules , le peu de ſçavoir
& la fimplicité de beaucoup de Femmes
, & enfin les infinuantes& engageantes
manieres du Docteur , échaufé
d'une paſſion qui donne du feu & de
l'eſprit pour perfuader, ont fait croire à
celles du Sexe qui ſe ſont trouvées les
plus fragiles que les Dogmes de ce
Scelerat eſtoient affez bien fondez
pour eſtre ſuivis. S'ils l'ont eſté par
quelques hommes, ce n'a eſté que dans
la veuë qu'ils ont euë de pouvoir vivre
avecleurs Devotes , comme Molinos
vivoit avec les fiennes . Ces commerces
ont duré,mefme parmy ceux qui
ont reconnu la fauſſeté des opinions de
leur Seducteur. On ne doit pas en eſtre
furpris ; le plaiſir ne laſſe point ,la pe214
MERCURE
nitence eſt auſtere , & comme on ne
peut abandonner l'un ſans eſtre obligé
d'embraffer l'autre , on a de la peine à
s'y reſoudre.Je ne vous dis rien de plus,
parce qu'il n'eſt point permis d'entrer
dans aucune despropoſitionsde ce faux
Docteur . Elle font au nombre de ſoixante-
huit , mais ſi ridicules , fi contraires
au bon ſens , & tellement hors
de toute vray- ſemblance , que quand
laReligion ne s'y oppoſeroitpas, elles
ſeroient rejettées de ceux qui voudroient
vivre moralement bien . L'examen
en ayant eſté fait , aprés qu'on eut
découvert les erreurspernicieuſes qu'inſinuoit
Molinos, ily eut un Decretdon.
né le leudy 28. Aouſt, dans la Congregation
generale de l'Inquifition Romaine
& univerſelle , tenue dans le
Palais Apoftolique du Mont Quirinal ,
en prefence de Sa Sainteté , &de Mefſieurs
les Cardinaux , Inquifiteurs generaux
, députez particulierement du
faint Siege , contreles Erreurs de l'Herefie.
Ce Decret ayant eſté donné en
Langue Latine , je vous en envoye une
Traduction litterale...
GALANT .
215
Le devoir de la vigilance Aposto-
) lique estant d'ufer de rigueur pour
abolir la pernicieuse dépravation de
l'Hereſie , qui n'a eu que trop de
force en p'uſieurs parties du monde
au grand détriment des ames , afin
que par l'authorité & par la prudence
de celuy qui eſt aſſis dans la
Chaire de Saint Pierre , la malice
des Heretiques foit arreſtée dans les
premiers efforts qu'ils employent pour
faire recevoir leurs fauſſetez , &
que la lumiere des veritez Catholi
ques , brillant dans la fainte Eglife,
lafaſſe voirpurgéede toute l'excration
des faux Dogmes ; fur ce que
l'on a appris , qu'un certain Michel
Molinos , Fils de perdition ; avoit
enseigné des Dogmes pervers , tant
de boucche quepar écrit , & qu'il les
avoit reduits en pratique ,lesquels
preceptes de l'Oraison de Quietude
estant contre la Doctrine & contre
216 MERCURE
l'usage receu par les Saints Peres,
dés les premiers commencemens de
l'Eglise naiſſante , détournoient les
Fidelles de la vraye Religion , & de
la puretéde la pieté Chrestienne,&
les induiſoient en degrandes & treshonteuses
erreurs ; Nostre Saint Perè
le Pape Innocent XI. quine cherche
rientant qu'àfaire que les Ames des
Fidelles dont Dieu luy a commis le
Soin, estant purgées du venin des
opinions dangereuſes , puiſſent arriver
seurement au port ſouhaité de
Salut , après avoir entendu pluſieurs
fois dans une affaire de cette im-
Portance les eminens Cardinaux ,
Inquifiteurs Generaux dans toute la
Republique Chrestienne , &pluſieurs
Docteurs de la Sacrée Theologie,
avoirpris leurs avis tant de vive
voix quepar écrit , & les avoirſerieusement
examinez; après avoir
auſſi imploré l'aſſiſtaace du Saint
Esprit,
GALANT.
217
Esprit , pour venir à la condamnation
des 68. Propoſitions cy - aprés
écrites du mesme Michel Molinos,
duquels elles ont esté reconnuës pour
fiennes , &desquellesila esté luymesme
convaincu , & les a avoiüées,
comme ayant esté dictées , écrites,
communiquées , & crues par luy ,
fçavoir ; Les Propoſitions de
Molinos font employées en
Langue Italienne aprés ces paroles
, & le Decret eft continué
en ces termes ſuivant la traduction
qu'on en a faite .
Lesquelles 68. Propofitions , comme
estant des propoſitions heretiques,
Suspectes , erronées , Scandaleuses ;
blafphematoires , feditieuses qut
offensent les oreilles , & quiservent
à relaſcher &à renverſer la
Discipline Chreftienne , ensemble
tout ce qui a esté dit,écrit ou imprimé
fur cette matiere. Nostre Saint Pere
Octobre 1687.K
218 MERCURE
condamne, deffend abolit , & ofte le
pouvoir àtous &à chacun d'en parler
à l'avenir , ou d'autres choses
Semblables en quelque façon que ce
puiſſe eſtre, d'en écrire , d'en diſputer
, d'y croire , de les retenir , enfei
gner ou reduire en pratique. Ceux
qui contreviendront à cette Défense,
Sa Sainteté les prives àperpetuité
de toutesfortes de Dignitez; degrez ,
honneurs , Benefices & Charges ,
les déclare inhabiles à toutes chofes,
&les lie de ce lien d'anatheme , dun
quel aucun autre que le Souverain
Pontife Romain ne les puiſſe abfoudre
,si ce n'està l'article de la mort.
De plus , Sa Saintetésupprime &
condamne tous les Livres , & toutes
les Oeuvres du mesme Michel Molinos
en quelque lieu & en quelque
Langue qu'elles soient imprimées ,
comme auſſi tous lesmanuscrits qu'on
en peut avoir , & défend qu'aucun
de quelque rang, condition , ou estat
GALANT.
219
qu'ilfoit , quand mesme ilferoit digne
d'une distinction particuliere ,
ofe les imprimer ou faire imprimer
Jous quelque pretexte ou en quelque
Langue que cepuiffe estre , foit dans
les mesmestermes,foit en deſembla
bles ou équivalents , foitfans nom,
foit sous un nom feint ou étrangers
ny les lire ou retenir chezfoy Imprimez
ou Manuscrits ; mais ordonne
Sous les mesmes peines cy - deſſus
marquées , de lesporter incontinent,
& les remettre aux Ordinaires des
lieux ou Inquifiteurs de l'Hereſie ,
lesquels Ordinaires ou Inquifiteurs,
les brûleront ou les feront brûler auffitoft.
Signé , Alexander Speronus ,
Notaire de la Sainte Inquisition
Romaine & Univerſelle.
La Sentence rendue contre Molinos
par la Congregation de l'Inquifition,
avoit eſté prononcée le jour pre-
K
220 MERCURE
1
cedent ,& comine elle portoit entre
autres choſes qu'il feroit Abjuration
publique de toutes les Propoſitions
condamnées dans ſes Ecrits,ilfut amené
en Carroſſe le troiſième de Septembre
à l'Egliſe des Dominiquains , où le
Sacré College eſtoit aſſemblé. Il y
avoit auſſi pluſieurs Princes , Princeſſes
,& Daines de la premiere qualité
, ſans compterun nombre infiny
de perſonnes de toutes fortes d'eſtats.
On avoit preparé un Echaffaut afin
qu'il fuſt vû de toute l'affemblée , &
que ſon Procés qu'on y devoit lire tout
entier , fuſt mieux entendu. On l'y fit
monter. Il n'eſtoit vêtu que de ſa ſeule
Soûtane , & avoit les mains liées. Le
Barigel l'accompagnoit & un
Sbirre luy ayant mis ſon Manteau , &
donné un Cierge allumé , il ſalüa les
Cardinaux , avec un viſage qui ne
marquoit aucune alteration.La Lecture
du Procés dura deux heures. Elle
fut faite par quatre Dominiquains ,
qui ſe repoſoient de quart-d'heure en
quart d'heure chacun recommen- د
د
çant à lire à fon tour , & il demeura
GALANT. 221.
debour pendant tout ce temps. Le
grand nombre de crimes & d'impietez
dont ce Procés eſtoit remply ,
&que le Coupable avoit avoiez , fut
cauſe qu'on entendit retentir dans toute
l'Eglise , le fen , le fen , brûlez - le
vif. 11fit enſuite abjuration des Propoſitions
condamnées ,&la ſouſcrivit,
toûjours avec la meſme aſſeurance. Sa
Sentence luy fat luë aprés cela. Elle
portoit une Prifon étroite , formelle ,
& perpetuelle , fans efperance de
remiffion ; qu'il ſeroit ; obligé de ſe
confeffer quatre fois l'année , ſçavoir à
Paſques , à la Pentecofte , à la Feſte de
tous les Saints& à Noël ,& qu'il reciteroit
tous les jours de Symbole des
Apoſtres , & la troifiéme partie du
Roſaire. Le Prefident Commiſſaire de
l'Inquifition luy donna l'abſolution, &
luy mit un Scapulaite jaune avec une
Croix rouge devant & derriere. Cet
habit eſt appellé . Penitence , & Molinos
fera obligé de le porter juſques à
ſa mort. Toute cette fonction dura
trois heures & demie ,& il fut mené
àuneheure de nuit au Palais de l'In-
K 3
222 MRCUREE
1
quifition dans un Carroffe fermé &
environné de Gardes. Plus de mille
perſonnes le ſuivirent en criant toûjours
, le fen , lefeu , qu'on le brûle vif.
Il dit ſans s'ébranler de ces cris , il
faut les laiſſfer dire , voicy un jour
de Feste pour eux. En paſſantle Pont
Saint Ange , ſi la Soldateſque ne fuſt
accouruë il couroit riſque , au lieu du
feu , d'expier ſes crimes dans l'eau.
Eſtant arrivé au Palais , à peine luy
eut-on delié les mains , qu'il prit un
Eventail , & ſe fit du vent pour ſe rafraiſchir
, ſalüant d'une maniere libre,
&riante tous ceux qui estoient dans
Ja Salle. 11 connoiſſoit ſes impietez &
fes erreurs & ceux qui établiſſent
des Sectes , ayant la plupart des motifs
d'ambition , d'intereſt , oude plaifir ,
&trop d'eſprit pour y croire , il avoit
dit à ſes Sectateurs , perfuadé de la
punition dont il eſtoit digne , qu'ils
euſſent courage , & qu'ils tinſſent ferme
dansſa Doctrine, parce qu'il devoit estre
fait Prisonnier du faint Office , & y
Souffrir le martyre. Quoy qu'il cruſt en
échaper , il avoit ſa politique pour par-
,
GALANT. 223
ler de cette forte. En témoignant mépriſer
la mort , qu'il feignoit de croire
ſeure , il vouloit perfuader qu'il n'en
ſeignoit rien qui ne fût à ſuivre , &
fans doute on a fait voir beaucoup de
prudence , en ne le condamnant point
mourir , parce que ſes Partiſans auroient
pû dire qu'il ſeroitmort Martyr,
& le prendre pour un Prophete , à
cauſe qu'il l'avoit dit aux uns , & écrit
aux autres . Ce pardon a encore produit
un autre effet qu'on en attendoit , &
qui achevera de détruire entierement
cette Secte. C'eſt que Molinos commence
à ſe repentir tout de bon , &
que lors que ceux qu'il a attirez dans
fon party feront perfuadez de la ſincerité
de ſa Converfion , ils acheveront
d'eſtre détrompez , ſi pourtant il y en
a quelques- uns qui ne le ſoient pas en.
core tout- à-fait. Ce fameux Herefiarque
eſt un Preſtre d'Arragon , âgé de
ſoixante ans , d'une taille moins que
mediocre , & d'un viſage qui marque
de la gayeté. Il eſt fort gras par la vie
ſenſuelle qu'il a menée. Il y avoit 22 .
ans qu'il répandoit ſa doctrine à Ro
K 4
224
MERCURE
me, où il eſtoit eſtimé & reveré de tout
le monde , & mefme tenu pour un
grand Saint. Il avoit dans ſes Diſcours,
un ſi grand art de perfuader , qu'il venoit
à bout de tous ceux qu'il entreprenoit
de ſéduire , changeant de figure ,
& donnant des couleurs à ſes faux
Dogmes , ſelon la qualité des perſonnes.
Il a reconnu qu'il y avoit douze
ans qu'il ne s'eſtoit confefle ,& il ne
laiſſoit pas dedire la Meſſe. Il avoit tout
ce qu'on peut defirer , tant en argent
qu'en autres choſes. On luy a trouvé
trois àquatre mille piſtoles ,& douze
à treize mille Lettres , par leſquelles
on a connu le nombre & la qualité de
fes Sectateurs.
Je vous tiens parole touchant les
nouvelles de Siam, que je vous promis
le mois pallé , & vous envoye deux
Extraits de Lettres tombez entre mes
mains ſur la meſme affaire. Le premier
vient d'un lieu qui n'eſt éloigné que de
trois ou quatre journées de Siam ;&
l'autre eſt tiré d'une Lettre venuë de
Siam meſme. Vous les trouverez differens
en quelques endroits , mais vous
GALANT.
225
ne devez pas vous en étonner. Nous
voyons ſouvent que pluſieurs perſonnes
qui ont eux - meſmes vû ce qu'ils
racontent , le rapportentdifferemment.
Quoy qu'il en ſoit , à quelques doutes
prés , vous ne laiſſerez pas de connoiſtre
la verité du faitdontil s'agit.Si l'on
pouvoit aisément avoir des éclairciffemens
de fix mille lieuës , je vous envoyerois
une Relation plus reguliere..
Ce qui ſuit l'eſt pourtant affez pour
meriter d'eſtre lû.
On a envoyé de Siam à Paris un
détail de la Conspiration qu'un
Prince Macaffary a faite ,&com
me je croy qu'elle tombera entrevos
mains , je nevous en écris point toutes
les particularite.z.. Ie vous diray
feulement que ce Prince estoit Frere,
ou proche Parentdu Roy qui gouvernoit
l'Isle de Macaſſar lors que les
Hollandois s'en rendirent les Maiſtres
, & qu'il vint chercher azile
àSiam , où je l'ay vũ , ở où il vivoit
en personne privée. La Con-
K
226 MERCURE
Spiration ayant esté découverte, le
Roy de Siam envoya offrir la grace
ià tous ceux qui y avoient trempé,
&ils ne voulurent point l'accepter..
On reſolut de les forcer dans leur
Camp, qui est àun quart de lieuë de
la Ville Capitale. On envoya des
Troupes pour cela. Iln'y avoit que
deux cens Macaffars , quelques- uns
diſent meſme beaucoup moins ; mais
comme cefont de gens quine reculent
jamais quand ils ontmangéleur
Amphion ou Opium , &qu'ils sefont
determinez à mourir, onnepeut les.
exterminer qu'avec peine , & aprés
avoir perdu beaucoup de monde.Plufieurs
Anglois particuliers , & Serviteurs
du Royse trouverent das l'a-
Etion. Les Officiers de la Compagnie
&quelques autres Fraçoisvoulurent
estre de la partie. L'onfit la premiere
defcete dans le Campdes Macaffars
en petit nombre & fans ordre. L'on
GALANT. 227
fut repoussé&obligé de regagner les
Balons ou Chaloupes, Quatre François
y furent tuez ou noyez. Quelques
Anglois perirent de mesme. L'on ſe
rallia , &l'on y retourna avecplus
de monde & plus de precaution
qu'auparavant. Les Macaſſars se
batirent en desesperez; mais leur
Prince ayant esté tué d'un coup de
Mousquetpar un François , lapluspart
demeurerentfur laplace, & les
autres furent fait prisonniers. F'ay
entendu dire à des perſonnes qui s'é
toient trouvées en pluſieurs Combats,
qu'ils n'avoient jamais veu degens
fifurieux que ceux- là. Monfieur du
Hautmeſnil emmene avec luy les
deux Fils de ce Prince Macaffar. On
les envoye au Roy. le croy que cefont
les Peres Jefuites qui font chargez
deles presenter.
Voicy l'autre Extrait qui eft
beaucoup plus confiderable......
K 6
228 MERCURE
Ily a environ vingt-sept ansque
les Hollandois s'eſtant rendus Maiſtres
du pays de Macassar , qui est a
la pointe de l'Iſle Celebes , le Roy de
Macaffar fut obligé de se retirer
chez le Roy de Jambi , owil fut fort
bien receu , mais estant naturellement
fort remuant , il ne put s'empefcherde
cabaler contre ceRoy, qui
estoitson bienfaicteur.La chofeaiant
eſté découverte , on le fit mourir. Son
Fils alla ſe jetter aux pieds du Roy
de lambi , auquel il representa que
n'aiant point eu de part àla mauvaiſe
conduite de fon Pere,ilespe.
roit de ſa clemance qu'il n'en auroit
point àſon ſuplice. En effet le Roy
de Lambi donna à ce jeune Prince
Macaffar,nonseulement la permiffion
de se retireroù ilvoudrait avec
environ deux cent cinquante Macaſſars
qu'il avoit avec luy , mais
encore il leurfournit un Bastiment
GALANT. 219
pour aller dans les Estats du Roy de
Siam qui leur donna un Camp auprés
de laVille, pouryfaire commodement
leur reſſidence , de mesme
quepluſieurs autres Nations qui ont
desCamps autourde Siam. CePrince
Masaffar , fort Zelé Mahometan,
ayant cru découvrirdepuis environ
trois ans que le Roy de Siam
fongeoit àquiter lePaganiſme , en
donnaauffi- toft avis au Roy de Perſe,
qui envoya un Ambassadeur à
Sa Majesté Siamoiſe pour l'exhorterà
embrasser l' Alcoran. Cet Ambaſſadeur
arriva à Tennaferin lors
queMonsieur le Chevalier de Chaumont
partoit de Siam pour retourner
en France , & y ayant appris la
bonne reception quele Roy de Siam
luy avoit faite , il crut que ce Prin
ce avoit embraßé l'Evangile, parce
que dans l'Orient , lors que les Rois
ont changé de Religion , ils ont toû
-30
MERCURE
jours pris la Chrestienne , ou celle de
Mahomet ,Selon que ceux qui se
font presentezles premiers , pour les
prier d'embrasser leur Religion ,
estoient Chreftiens ou Mahometans.
Ainsi cet Ambassadeur Perfan ne
doutant pas qu'àfon retour en Perfe
on ne luy fit couper le cou › parce
qu'en effet contre les ordres du Roy
fon Maistre il avoit beaucoup plus
tardé qu'il ne devoit , s'égorgea
luy- mesme à Tennaſſerim . Cette
nouvelle qui affligea le Prince
Macassar , ne luy ofta pas l'envie
de conspirer contre la vie du Roy de
Siam , &de prendre des mesures
pourvenirà bout defon deſſein, qui
devoit s'exscuter le 15. Aoust de
L'annéederniere. Il voulut en don
ner avis à un grand Seigneur quż
estoit à Louvo avec le Roy , qu'il
ne quittoit point à cause de ses
GALANT.
231
:
Charges , & luy écrivit un Billet
par un Macaffar affidé , qui estant
entré dans le Palais , yfut rencontré
par Monsieur Constance , devenu
alors Barcalon par la mort de celuy
qui poſſedoit cette Charge.Monfieur
Constance ayant demandeà ce
Macaffar qu'il reconnut , ce qu'il
venoit faire à Louvo , & s'ilnesça
voit pas qu'aucun Etranger ne devoit
entrer dans la Maiſon du Roy
fans en avoir demandé la permisfion
, il le trouvez chancelant, ce qui
luy fit soupçonner quelque chose ,&
l'obligea d'ordonner qu'on le foüetast
, pour avoir ofe entrer chez le
Royfans le confentement du grand
Barcalon . Lors qu'on voulut luy ofter
Sa Pagne, le Billet du PrinceMacaſſar,
qui estoit en chiffre , tomba
de la poche que les Siamois portent
au devant de cet habillement. On
eſſaya en vain de le déchiffrer , ce
232
MERCVRE
qui fit refoudrefurle champ d'en
mettre le Porteur à la question ,
pour luy faire avoüer la verité ,
ce qu'il fit aprés qu'on luy eut promis
de luy pardonner. Lors qu'on eut
appris que les mesures avoient esté
priſes pour le 15. Aoust , & quele
grand Seigneur qui estoit alors en
Cour, s'estoit mis de la partie , le
Roy de Siam s'abandonna entierement
à Monsieur Constance pour
faire ce qu'il jugeroit à propos, Com
me M. Constance est humain ,il en
voya querir ce Seigneur,& luy ayant
fait connoistre que tout estoit dé
couvert , il luy conſeilla d'avoir recoursà
la clemence du Roy , auprés
duquel il promit de le ſervir , à
condition qu'il avoüeroit toutes chofes,
ce qu'ilfit avecfranchise, aprés
quoy Monfieur Constance partit tou
te la nuitde Louvo pourse rendre à
Siam , d'où ilalla au CampdesMa-
4
GALANT.
233
caffars , où ayant fait entendre à
leurPrince quefa Conſpiration étoit
découverte , & qu'il n'y avoit point
d'autre party à prendre pour luy,que
d'avoir recours à la clemence du
Roy , ce Prince loin de l'écouter ,
éclata en injures contre la conduite
du Roy de Siam , qu'iltraita de chien
pour avoir preferé l'Evangile à
I'Alcoran. Cela fit refoudre Monfieur
Constance de retourner dans la
Ville , où il aſſemblace qu'il put d'en
mis , pour venir affieger le Camp
des Macaffars , & pour y prendre
leur Prince ; mais ayant debarqué
avec une vingtaine de ſes
amis , dont il connoiſſoit le courage
&le zele pour luy , les Siamois qui
estoient dans les Balons pour le ſoûtenir,
se retirerent & emmenoient
les Balons , lors que Monfieur Conſtance
s'estant jetté à l'eau pour les
faire revenir, en vint à bout fort
234 MERCVRE
beureuſement. Le Prince Macassar
lesvoyant venir , se preſenta avec
deux cens des fiens la lance à la
main pour les repousser. Monfieur
Constance estoit alors avecfes Troupes
sur une pointe de terre dont le
Camp des Macassars estoit commande;
leur Prince estoit preſtde le
percer , lors que Monsieur Veret,
Chefdu Comptoir de la compagnie
Françoise , s'avança , &retirant
Monsieur Constance d'un si grand
peril , tira un coup defufil dans
l'épaule droite du Prince Macaſſar,
qui en mourut peu après , ce qui
obligeaſes gens de se rendre. On en
fit mourir les plus coupables , & les
autres furent condamnez à porter de
laterrele reste de leur vie. Lesdeux
Fils de ce Prince malheureux font
Partis pour France , dans le Navire
nommé le Coche , commandé par
MonfieurdeHautmesnil.
GALANT. 235
,
Cet Article de Siam m'engage à
vous dire que l'on a eu des nouvelles
des Ambaſladeurs de ce Royaume là qui
eſtoient en France. Un coup de vent qui
avoit incommodé leur petite Flote
lors qu'ils eſtoient au Cap , de Finiſtierre
, & qui les avoit tourmentez
pendant neufjours , en ſepara une Flûte
, qui arriva le 4. Juin ſous le Fort du
Capde bonne Efperance. Elle dit qu'elle
attendoit ſon Amiral. Ce mot d'Amiral
fut préſuppoſer une Flote confiderable
, & les Hollandois ayant pris
l'alarme deffendirent à cette Flute de
moüiller ſous le Fort ; en ſorte qu'elle
fut obligée de demeurer deux jours
ſous les Voiles , aprés quoy elle fut
réjointe par les autres Baſtimens au
nombre de fix qui compofoient cette
Flote. Les Hollandois ayant eſté éclaircis
de ce que c'eſtoit , ne voulurent
d'abord permettre dedeſcendre, qu'aux
• Ambaſſadeurs , aux Commandans , &
rà cinquante des plus malades ; mais
enfin les choſes s'accommoderent ; il
fut arreſté que tout l'Equipage & toutes
les Troupes deſcendroient , à con
236 MERCVRE
dition que les premiers cinquante qui
auroient mis pied-à-terre s'en retourneroient
aprés un certain temps , &
qu'il en reviendroit cinquante autres ,
&ainſi de tout le reſte juſqu'à ce qu'ils
fuſſent tous deſcendus. Cela dura juſ
qu'au 27. du meſme mois ,que toute
cette Flote fit voile pour Siam. Tant
qu'a duré le débarquement , les Hollandois
ont fait bonne garde dans tout
le Cap ,& nos gens ſe ſont fort rafraîchis
, & ont eu beaucoup de plaifir
à en viſiter les beaux Jardins. On a appris
ces nouvelles par la Fregate, nom.
mée la Maligne , qui eſt partie du Cap
pour retourner en France , dans le même
temps que le reſte de la Flote en eſt
partie pour Siam. Ce retour avoit eſté
reſolu dés que l'on partit de Breft . Les
Baſtimens deſtinez à faire le Voyage
de Siam , ne s'eſtant pas trouvé ſuffifans
, pour porter tous les Balots , &
tous les vivres, on en ajoûta unqui eut
ordre de revenir quand la Flote ſeroiv
arrivée au Cap , & cela , parce que la
plus grande partie des vivres devant
alors eſtre confumée , la Fregate que
GALANT. 237
l'on avoit ajoûtée ne pourroit plus eſtre
neceſſaire. On a ſceuque pendant tout
le cours de ce Voiage , les Iefuites ont
eu grand ſoin de faire faire beaucoup
d'exercices de picté ,à quoi leurs exhortations
& leurs bons exemples
n'ont pas peu contribué.
Je viens à la ſuite des affaires de
Hongrie , dont je vous ay toûjours
parlé long-temps aprés les autres;mais
auſſi toûjours avec beaucoup de ſincerité
, & de verité. La Relation que ie
vous en donnay le mois paffé a ſurpris
beaucoup de gens. On n'avoit point vû
de détail ſi juſte , ny qui donnaſt une
ſi parfaite idée de ce qui s'étoit paflé
dans la Bataille d'Harſa.Je puis en parler
ainſi puiſque la gloire ne m'en eſt
pas duë. Cette Bataille paroiſſoit un
coup du Ciel , ayant été gagnée par
une Arméebeaucoup moins nombreuſe
que celle des Othomans , & qui avoit
eſté affoiblie pour avoir eu trop de courage
en allant les affronter juſques dans
leurs retranchemens. Le mauvais ſuccés
qu'elle y eut ,& les pertes qu'elles
y fit devoient faire aprehender de
!
と
+
238 MERCURE
facheuſes ſuites pour le reſte de la campagne.
On peut même dire qu'elles
paroiſſoient preſque inévitable, & c'eſt
ce qui rend cetre Bataille d'autant plus
glorieuſe à M. l'Electeur de Baviere ,&
au Prince Charles de Lorraine. Le
Triomphe eſtoit confiderable , mais
comme il ne fut ſuivy d'aucun des
grands ſuccés, que ces fortes d'evene.
mens ont accoutumé de produire , on
connut l'importance dont il eſtoit non
par les progrés qu'il devoit caufer ,
mais par ceux qu'il empeſchoit que les
Ennemis ne fiffent. Les Troupes Chrêtiennes
, qui a l'ouverture de la Campagne
s'étoient trouvées moins nombreuſes
avoient été affoiblies ſans
que les Turcs l'euffent eſté. Bude n'eftoit
pas encore entierement reparé , &
s'ils cuffent eu autantde courage que
les Chreftiens , ils pouvoient s'ouvrir
un paſſage pour en aler former le Siege.
Au lieude le faire ,ils ſe ſont laiffé
battre par des Troupes beaucoup in .
fericures aux leurs , & ces meſmes
Troupes que le gain de la Bataille
avoit fort diminuées,n'eſtant plus af
,
GALANT . 239
fez fortes pour ſe hazarder à rien entreprendre
, il paroiſloit que les choſes
devoient demeurer en cet eftat , lorfque
le Ciel à permis que pour faire tirer
aux Chrétiens quelques avantages
de la Victoire qu'ils venoient de remporter
, la perte que les Turcs avoient
faite ait caufé de la diſſention parmi
eux. Le grand Viſir & les Bachas font
entrez en defiance les uns des autres
& chacun pour mettre ſa teſte à couvert
n'ayant penſé qu'a excuſer ſa conduite
, ils ont moins ſongé aux avan -
tages de l'Empire Ture qu'à leurs
propres intereſts. L'abandonnement
d'Eſſec && la priſe de Vvalpo ſont
les effets de cette diviſion.Quoy que
cette derniere Place ait attendu le Canon
, on peut dire qu'elle s'eſt renduë
ſans fe deffendre , puis qu'elle a ouvert
ſes portes ſi toſt qu'elle ſceu qu'on avoit
abandonné la premiere. La Garniſon
d'Eſſec qui eſtoit de plus de trois mille
hommes tant dans le Chaſteau que
dans la Ville, ayant eu avis de la marche
des Chreſtiens , en prit une ſi
grande terreur,qu'elle fortit de la Place
:
1
240
MERCURE
le 29. du mois paſſée , avecune précipitation
qui lui fit oublier de mettre
le feu aux Mines que l'on avoit préparées
,aprés la perte de la Bataille
d'Harſa , ſuivant ce qu'on avoit reſolu
dans un Confeil , où il avoit eſté arreſté
que la Garniſon d'Eſſec ſe retiretoit
,aprés en avoir fait ſauter les Fortifications.
Depuis cette bataille don.
née ,le mauvais tems en avoit retably
les affaires des Turcs ,& ruiné les troupes
Chreſtiennes ,& fans la diviſion
qui s'eſt augmentée parmi eux , il y a
ſujet de croire que les choſes auroient
eſté dans une égale balance le reſte de
la Campagne. Lagarniſon d'Eſſec ſe ..
pouvoit deffendre , mais voyant qu'il
n'y avoit aucun ſecours à attendre de
Troupes diviſées ,& diſpercées ; elle
acru que ce ſeroit inutilement qu'elle
voudroit foutenir un Siége.Commeun
luccés en attire un autre , la priſe d'Efſec
& de Vvalpo layant fait connoiſtre
aux Tranſilvains le mauvais eſtat des
affaires des Turcs, les empeſche de s'o
poſerlaux Quartiers d'Hiver , que les
Imperiaux prendront cette année, dans
leurs Terres.
On
GALANT.
241
د
On a fait une Carte tres-curieuſe
qui vient de paroiſtre au jour. Le Danube
eſt une des belles Rivieres de
l'Europe , & des plus navigables , de
toutes celles qui ont un ſi long cours.
Les Allemans à qui elle fait honneur
, nous en ont donné pluſieurs
Cartes outre des Deſcriptions afſez
curieuſes ; mais pour rendre la
--choſe approchante de la perfection ,
il eſtoit neceſſaire que les François s'en
mellaſſent. C'eſt ce que le Sieur de Fer
a fait , en réüniſſant dans une ſeule
Carte , tout ce que les Alleman's &
autres ont fait juſques à preſent ſur ce
ſujet. La bordure de cette Carte , eſt
compoſée des Plans, Profils , & veuës
detoutes les Places conſiderables , qui
font deſſus,& aux environs de cette fameuſeRiviere
avec un abregé de tout
ce qui les regarde. Il y en a environ
quarantoque l'oeil découvre en meſime
temps ce qui rend cette Carte tres -agreable
à la veuë , & propre à ſervir
d'embelliffement dans les Cabinets ,&
dans les Galeries , d'un utile ornement
aux Maiſons de Campagne. La Guerre
d'aujourd'huy a fait que l'Autheur s'eſt
Octobre 1687 . L
2
242
MERCURE
attaché plus particulierement au détail
de lahaute Hongrie qui ſe trouve dans
la feüille du milieu. Cette Carte a pour
titre , Le Coursdu Danube , & des Rivieres
qu'ils'y déchargent , oùse trouver.t
les Frontieres des Empires d'Allemagne
& de Turquie ; & elle ſe vend chez le
Sieur de Fer , dans l'Iſledu Palais ſur le
Quay de l'Orloge à la Sphere Royale ,
&chez le S Guerout Libraire, Courneuve
du Palais,au Dauphin.Lagrande
Carte de Hongrie en quatre foüilles
dont je vous parlay dans ma Lettre du
mois de Juillet eſt achevée. Elle eſt intitulée
, Le Royaume de Hongrie , divi-
Sé enhaute &baſſe Hongrie , avec l'Ef
clavonie ,Subdivisés en leurs Comtez.
C'eſt un Ouvrage du Pere Coronelly .
Vous pouvez juger de ſa bonté par le
nom de ſon Authenr. Ceux que Monſieur
le Cardinal d'Eſtrées luy a fait faire
pour le Roy, ont tellement étably fa
reputation, que tout ce que j'en dirois
ne feroit rien pour ſa gloire. Cette
grande Carte de Hongrie ſe vend chez
Monfieur Nolin ; qui demeurera au
premier jour ſur le Quay de l'Horloge
GALANT.
243
du Palais , & qui aura la meſme enfeigne
de la Place des Victoires, qu'il avoit
à la ruë S. Jacques .
Il ne ſe fait point dans le Monde
d'Affemblée plus confiderable que cel.
le de Ratisbonne à cauſe des Rois , &
du grand nombre de Souverains & autres
Princes qui y ont voix , ainſi que
toutes les Villes du Rhin , & toutes
celles de Suabe . On en a depuis peu
donné une Planche qui a pour titre ,
la grande Saile de Ratisbonne , où se
trouve tout l'Empire aſſemblé à l'ouverture
d'une Diette , & lors que les Colleges
des Electeurs , des Princes , & des
Villes, veulent accorder leurs Conclufions
particulieres pour en faire de generales
furles affaires qui s'y traitent. Cet Ouvrage
eſt auſſi curieux qu'agreable à la
veuë.Il eſt gravé par le Sieur Liébaux ,
&on ne peut rien ajoûter à la beautéidela
graveure. Il ſe vend chez le
Sieur de Fer dont je viens de vous
parler.
L'Art de Laver qui ſe vend à
Paris chez le Sieur Guerout,& à Lyon
chez le Sieur Amaulry , a eſté ſi bien
L 2
244
MERCVRE
receu du Public , que l'impreſſion eft
ſur le point de finir. Ce fuccés eſt glorieux
pour M. Gautier quien eſt l'Autheur.
Il a fait un autre Livre qui ſe
debite chez les deux meſines Libraires,
& qui eft intitulé , Traité des Fortifica
tions contenant la Démonstration & l'Examen
de tout ce qui regarde l'Art de
fortifier les Places tant regulieres , qu'ir
regulieres , ſuivant ce qui ſe pratique
aujourd'huy , le tout d'une maniere abrgée,
&fort aiséepour l'instruction de la
Leuneffe.Ce Volume contient 23.Figures
, ce qui donne une parfaite & facile
intelligence des choſes dont on y
traite.
Le Sieur Guerout , ainſi que le
Sieur Amaulry,vend auffi des Effais de
Morale&de Politique , où il est traité
des Devoirs de l'Homme ,confideré comme
particulier , & comme vivant
Societé , de l'Origine des Societez Civi
les, de l' Authorité des Princes , & du
devoir des Sujets. Ce Livre eſt diviſé en
deux Parties ,& fort eſtimé.
en
Vous avertirez vos Amis qui ont
Ieu avec tant de plaiſir. Les Entretiens
GALANT.
245
fur la Pluralité des Mondes que l'on
vient d'en achever une ſeconde Edition
, beaucoup plus correcte que la
premiere , où l'on trouvera quelques
augmentations ſemées dans leCorps
du Livre , & un fixieme Soir qui n'a
point paru avec les cinq autres. Il
contient de nouvelles Découvertes qui
ont eſté faites depuis peu de temps , &
dont quelques-unes n'ont pas mefine
encore eſté publiées.Vous ſçavez qu'on
ne r'imprime jamais que les Livres
qui ont une approbation generale ;
auſſi celuy-cy eſt- il de M. de Fontenelle.
د
Ga-
Monfieur le Begue , Organiſte du
Roy , a composé un Livre des plus
belles Pieces de Claveſſin qui ayentencore
paru , tant Allemandes
votes , Menuets , Bourées , que Chaconnes
, Sarabandes ,& autres. Celles
de vos Amies qui aiment le Claveffin,
trouveront ce Livre chez Monfieur
Noël , ruë Simon le Franc , entre le
Cygne & le Lion d'or. Le meſme Sieur
Noël debite un Livre de Motets de ſa
façon , àune voix ſeule avec la Balfe
L3
246 MERCURE
و continuë &de petites ſymphonies
pour l'Orgue ou pour la Viole.
Il me reſte encore à vous parler d'un
Ouvrage qui a pour titre , Entretiens
de Theandre &d'Ismenie , ſur un ancien
fameux differend. Il s'agit de faire
voir les defauts qui ſe rencontrent dans
l'homme , mais comme tout ce qu'il y
adefoible en general ,tire ſon origine
de la difference des deux Sexes qui le
compofent , & qui faifant chacun une
partie de ce tout ,le rendent parfait ou
défectueux , on fait connoiſtre dans
cet Ouvrage lequel y contribuë le
plus . Ce Livre ſe vend chez le Sieur
Pepie , ruë S. Jacques , à l'image S.
Bafile.
Le Journal des Sçavans, que l'on a
diſcontinué depuis un an ,doit recommencer
à paroiſtre aprés la Saint Martin.
Cet Ouvrage ne ſçauroit manquer
d'eſtre parfait , puis qu'il ſera compoſé
par quatre perſonnes qui ſçavet enſemble
toutes les Sciences,dont les Livres
qu'on mettra au jour peuvent eſtre
remplis. Ce ſont Monfieur le Preſident
GALANT. 247
Cousin, Monfieur l'Abbé de la Roque,
Monfieur Guillart , & M. Regis . Ce
choix ayant eſté fait par M. le Chancelier
, on ne peut douter de leur merite
, ny de la juſteſſe & de l'érudition
des Ouvrages qu'ils donneront au
Public.
Le mot de la premiere des deux Eni.
gmes du dernier mois , estoit l'Aiguille
,& il a eſté trouvé par Meſſicurs
Decluſets de la Ionge de Perigueux ,
Lavaux Medecin ,de la meſme Ville ;
Bouchet , ancien Curé de Nogent le
Roy ; Scugay ; les beaux Enfans de la
ruë Bourlabé ſans amour ny fimpleſſe,
les plus jeunes Commis au Greffe du
Parlement ; le Conquerant caché ; le
bon & tres charitable Iofeph de la
Maiſon Royale de la Montagne :
la charmante & ſpirituelle Françoiſe
Italianiſée ; la Fille de l'Illuſtre Avocat
, la Belle au Bavolet & fon Fils ,&
la belle Iris de la Montagne Sainte
Genevieve.
Le vray mot de la ſeconde Enigme
eſtoit la Montagne , & il a eſté trouvé ,
ainſi que celuy de l'Aiguille , par Mef
L 4
248 MERCURE
1
ſieurs la Prairie Cairon , Profeffeur de
Mathematique ; C. Hutuge , demeurant
à Mets ; Monfieur de la Proſty ,
Lionnois , & par l'homme à l'eſprit
droit de la ruë de l'Arbre- ſec.
1Ie vous en envoye deux nouvelles
l'une de Mademoiselle de Renouve
lin , & l'autre de Monfieur Rault de
Roüen.
{ ENIGME .
MonPeret
On Pere est noble, actif, vio
lent&fevere ,
Il abeaucoup d'Enfans , & je n'ay
Passon nom;
D'un lien fort élevé j'emprunte
monsurnom ,
L'ay l'esprit bien faisant , &fuis
pourtant amere.
On m'aime , on me recherche &
chacunveutm'avoir.
Car jefais fort bien mon devoir.
Ie m'accommode à tous , tous me
GALANT .
249
trouvent traitable ,
La Marquisemeflate , & la Bourgeoise
aussi ,
Ierafraîchis l'ardent, j'échauffe le
tranfi ,
Onme tient où l'on veut , au lit commeà
la table. :
Leportefansrougirun habitfimple,
uny,
Souvent fans vanité j'en porte un
plus garny
Maisma bonté parlà n'estpas toû
jour connuë ,
Etjefert plusquand jeſuis nuë.
Le
2
AUTRE ENIGME .
E fuis dans mon humilité
Vn affez rare objet & remply de
beauté;
Mon teint vif éclate à merveille,
Le bouton d'une rose au temps du
Rénouveau,
Ls
250 M
Et le ſein de
pareille,
N'eurent jama
Dans unSejo
Jefais tout mo
l'ombre
A moins qu
Pourdeme
Des plusag
Nevienne ave
ces lieux
Alors enbon
On mereçoit avec ceremonie.
Voicy un Air Pastoral qu'on eſtime
fort icy. Vous connoiſtrez aifément
en le chantant qu'il eſt d'un de
nos plus Sçavans Maiſtres .
AIR NOUVEAU.
On , vous ne m'aimez plus ,
NOBergere,
:
Ie ne le connois que trop bien .
A tous momens vous grondez vostre
chien.
GALANT.
251
Des careffes qu'il me vient faire ;
Toûjours vostre Troupeau va paistre
loin du mien .
Non, vous ne m'aimez plus Bergere,
Ienele connois que trop bien.
Ic m'ay rien à vous mander touchant
les Modes nouvelles , finon qu'on fait
preſentement à Sedan des draps rayez ,
appellez draps de France. Toute la
Cour en a pris pour le Voyage de
Fontainebleau , & comme elle s'eſt fait
un plaifir de ſuivre l'exemple du Roy ,
de Monſeigneur le Dauphin , & de
Monfieur, l'empreſſement d'en avoir a
eſté ſi grand , qu'il n'y en a pas cu
pourtous ceux qui en ont ſouhaité.
On en fait de nouveaux , & la perfection
s'acquerant par le travail ,on a
trouvé le moyen de les faire beaucoup
meilleurs , & l'on eſpere en avoir bientoſt
aſſez pour ſatisfaire tous ceux
qui en demandent . On porte peu à la
Cour de ces poches coupées en tablier
t
252
MERCURE
J
de Maréchal , qui n'ont preſque pas
eſté d'uſage parmy aeux qui veulent
avoirun air modeſte, de forte que peu
de perſonnes ont quitté les quatre
poches longues.On fait auſſi des draps
de France couleur de feu rayez de
blanc,pour les femmes. Ils doivent être
fort à la mode cet Hyver.
Monfieur de la Berthiere a eſté choisi
pour remplir auprés de Monfieur le
Ducde Chartres,la place qu'occupoit
feu M.de Saint Laurens.Ce poſte a eſté
donné à fon merite. C'eſt un homme
qui n'a pas moins de valeurquede belles
Lettres ,& qui s'eſt fait autant diftinguer
par ſes belles actions que par
fonmerite.
Je me ſuis trompéen vous diſant
dans ma Lettre de Septembre , que
Monfieur l'Abbé de Neſinond , nommé
àl'Eveſché de Montauban , eſtoit Fils
deMonfieur de Neſmond,Preſident au
Mortier du Parlement de Paris. Il eſt
fon Parent , & Fils d'un Preſident de
Bordeaux de ce meſme nom.On l'appelloit
l'Abbé de Chezy .
Ie vous ay dit dans la meſme Lettre,
GALANT.
253
que le Pere du Moulinet , mort depuis
peu , eſtoit de Roüen. Ie me ſuis encore
trompé. Il eſtoit de Champagne ,
&a travaillé à l'Inventaire des Médailes
du Roy , & à l'explication de quelques
Medailles de France , dans la
penſée d'en faire l'Hiſtoire , mais il
n'en a point fait l'Hiſtoire Metallique.
Il ne s'en eſt fait encore aucune , ancienne
ny moderne par les Medailles ,
du moins qui ſoit ſuivie année par
année , que celle de la Republique de
Hollande , faite par M. l'Abbé Bizot.
Il eſt vray qu'on a expliqué des Medailles
Grecques & Romaines , tant
Imperiale que Conſulaires , mais on
n'en a jamais fait d'Hiftoire par l'ordre
destemps.
Les Vaiſſeaux du Roy continuent à
donner la chaſſe à ceux d'Alger ; on
leur en prend , & on leur en coule
ſouvent à fond , &depuis la rupture, il
ne s'eſt preſque point paffé de ſemaine,
qu'on n'ait eu des nouvelles de quelque
avantage remporté ſur eux. Ces avantages
ont cauſe la Converfion du Frère
de leur Vice -Amiral , nommé le
254
MERCVRE
وک
Cavary , qui ſe voyant bleſſe mortellement
& prifonnier , fit avant ſa
mort abjuration du Mahometiſme , &
dit que la débauche luy avoit fait embraſſer
la Religion,& le party qu'ilavoit
pris. Cette nouvelleplut beaucoup au
Roy,qui prefereroit le ſalut d'une ame,
à la priſe de beaucoup de Vaiſſeaux.
Les Tunefiens ayant eſte ſollicitez par
leDivand'Alger de rompre avec les
François , n'y ont pas voulu conſentir.
Les Algeriens ne ſe ſont point ſaiſis
du Baſtion de France comme on
l'avoit publié , & n'ont point inquieté
les Peſcheurs de Coral. Ils ſe trouvent
fort embarraſſez ,& fort ſurpris quand
ils penſent que depuis deux ans,ils ont
pris untres-grand nombre de Vaiſſeaux
aux Hollandois , ſans queles Hollandois
leur en ayant pû prendre un ſeul,
&qu'en moins de fix ſemaines , les
François leur ont pris ou coulé à fond
huit ou dix de leurs meilleurs Vaifſeaux
de Guerre.
Les Nouvelles de Paris doivent
eſtre preſentement ſteriles , la Cour en
cſt plus éloignée qu'à l'ordinaire; nous
GALANT.
255
ſommes en pleines Vacances ; ceux qui
ont des Terres à la Campagne n'en
ſont pas encore de retour , & ceux qui
ontdes Maiſons aux environs de Paris
continuent à s'y divertir. Cependant
il vient d'arriver une choſe qui fait
connoiſtre qu'en quelque ſaiſon que ce
ſoit,Paris eſt toûjours la Ville du monde
la plus peuplée. Les Comediens
François joient une Piece neuvelle intitulée
, le Chevalier à la Mode,& cette
Piece ayant extremement plû a ceux
qui la virent la premiere fois , les Afſemblées
ont eſté ſi nombreuſes à toutes
les Repreſentations ſuivantes , qu'il a
ſouvent eſté difficile d'y trouver place,
de forte qu'il auroit eſté impoffible
de voir plus de beau monde enſemble
en plein Carnaval. Cet Ouvrage ne
doit ſon ſuccés qu'à ſon ſeul merite.
On joüe rarement des Pieces nouvelles
dans cette Saiſon , parce qu'on ne la
croit pas avantageuſe & celles qu'on
y jouë , quand cela arrive , ſont regardées
comme des Piéces que l'on rifque
, dont on n'attend pas les grands
fuccés , qui ſont preſque infaillibles en
156
"MERCURE
:
1
1
plein Hiver , pour peu que les Ouvra
ges foient bons . On peut dire que ce
n'eſt pas la ſeule choſe qui ſe devoit
oppoſer au ſuccés de la Comedie , dona
je vous parle. Il n'y avoit à Paris que
la moitiéde la Troupe , & le Public
croit quelquefois que le merite des
Acteurs qu'il a accoûtumé de voir detruit
celuy des autres , cependant cha
cun a le fien. Il eſt mort de grands
Hommes dans toutes fortes de Profefſions
depuis le commencement des
Siecles,& il s'en retrouve toûjours. Je
n'entreray point dans le détail du ſujet
du Chevalier à la Mode parce qu'on le
va mettre ſous la preſſe , que je vous
l'envoyeray fi- toſt qu'il ſera inprimé ;
mais je ne puis m'empeſcher de vous
dire que l'on y vois des Peintures vives,
& naturelles de beaucoup de chofes
qui ſe paſſent tous les jours dans le
monde , & qui pourroient faire deve.
nir beaucoup de gens ſages ſil'homme
pouvoit prendre affez d'empire fur luy
pour ſe corriger. Cette Comedie a ellé
accommodée au Theatre par Monfieur
GALANT .
157
Dancourt, l'undes Comediens du Roy.
Il a déja donné pluſieurs petits Ouvrages
au Public , qui les a toujours
receus favorablement. La Desolation
des Ioneuses eſt de luy.C'eſt un Imprompin
qu'il fit dans le temps que l'on dé
fendit le Jeu , & qui a extremement
diverty tous ceux qui l'ont veu. Le
Voyage de Fontainebleau en a interrompu
les Repreſentations,mais on les
reprendra inceſſamment aprés le retour.
Ainſi le Theatre François,dans le
commencement de cet Hiver , ſera
alternativement occupé par deux nouveautez
du meſime Autheur. On imprime
auſſi cette petite Piece ,& je
vous l'envoyeray avec le Chevalier à
laMode.
Je vous parleray le mois prochain
des nouvelles & grandes Conqueſtes
des Venitiens , & fuis voſtre , &c .
A Paris ce 31. Octobre 1687 .
BIBL
LYON
1893 M
1
:
TABLE.
Prelude . I
Eloge du Roy , prononcépar le Pere
Chéſnon lefuite,
Devifes.
Madrigal.
3
29
33
Feste du Roy celibrée à Periqueux.
34
Ce que le Roy a fait en faveur des
Catholiques de lagrande Arme
nie. 36
Dela Patience&du Vice qui luy est
contraire , Ouvrage de Monsicur
de Fontenelle , qui a remporté le
prix de Profe , de l'Academie
Françoise. 45
Odede Mademoiselle des Houlieres,
fur le soin que le Roy prend de
l'éducationde la Nobleffe,qui a
TABLE.
4
remporté le Prixdes Vers , de la
même Academie.
74
Grande Ceremonie faite à Avignon ,
au Baptefmed'un luif. 85
Honneursfunebres rendus par Mesfieursde
l'Accademie Royaled'Arles
, à la memoire de M. le Duc
de S. Aignan. 99
Autre Service fait par les soins de
lamesme Academie. 144
M. d'Agoult, Baron d'Olieres , est
nommé par le Roy premier Senéchal
de Sisteron. 149
Election d'un AbbéGeneral de l'ordre
de Grandmont.
159
Service faitàAix pour Madamela
Mort de Dame Marie- Marguerite
Ducheffe de Modene.
Gouffier.
د
Feste celebrée à Sens.
167
170
18
Nouvelles de divers endroits des
Indes. 183
Zele des nouveaux Convertis de
A
Niort ,pour tout ce qui regarde la
Religion Catholique. 192
Journalde tout ce quis'est paßé pendant
lefejour que les Envoyez de
Tripoli ont fait en France. 194
Détailde tout ce qui s'est passé touchantle
Docteur Molinos .
Nouvelles de Siam .
109
235
Nonvelles de Hongrie. 237
Cartes nouvelles . 235
: Livres nouveaux . 243
i
Enigmes. 428
Modes nouvelles . 250
M. de la Berthiere est nommé Precepteur
de Monsieur le Duc de
Chartres. 252
Nouvelles d' Alger. 253
Comedies nouvelles . 254
Nouvelles Conquestes des Venikiens.
255
Fin de la Table.
Francifcus
Meneſtrier
So- cietatis JESU Bibliothecam
Collemunere
locupletavit
.
gii Lugdunenfis
SS .Trinitatis pio hoc
807156
MERCURE
AR
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
OCTOBRE
Colleg. Lugd. IS. Trinit
fair JejuCat. Inc.
THER
A LYON
Chez THOMAS AMAUERY fue
Merciere , au Mercure Galant.
M. DC. LXXXVII.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
D
Avis pour placer les Figures..
Lpla
'Air qui commence par , La
laifirde yous torreſt unplaiste
extrême,doit regarder la pag. 84.
La Médaille qui repreſentele .
PrinceCharles de Lorraine doit
regarder la page 166 .
L'Air qui commence par ,
Non,vous ne m'aimezplus ,Bergere
doit regarder la page 250 ..
Le Libraire au Lecteur .
Cam
Omme l'on ne parle par tout que
de l'Operade Mrsle Guay & la
Croix, quiſe devoit representer à Lyon ,
le 15. de ce Mois. Ils font en état de le
faire, mais pour mettre cette premiere
repreſentation dans ſa derniere perfe
Etion ce neſera qu'au commencement de
Decembre. Je ne doute pas fur ce que
l'on vous en a mandéque vous n'y veniez
avec vos amis en grands nombres
vous devez croire par des connoiffeurs
qui en ont vû quelques Fragmens qui
disent qu'il ne se peut rien voir de plus
juste &de mieux executé.
L'on distribuërafans faute le Journal
des Sçavans aprés la S. Martin.
LIVRES NOUVEAUX
du Mois d'Octobre 1687 ..
Iaionarium novum Latino Gal-
Diciona D. Societatis
; 1
Jeſus , à l'uſage de Monſeigneur le Duc
de Bourgogne , in 4. 8. livres.
Le Droit de la Guerre & de la Paix ,
parMr Grotius diviſé en trois Livres ,
ou il explique le Droit de nature , le
Droit des gens , & les principaux
Points du Droit public , ou qui concerne
le Gouvernement public d'un Etat ,
traduit du Latin en François, par Mr de
Courtin , 2. v. 4. 12. liv.
Recueil Hiſtorique de la Vie & des
Ouvrages desplus celebres Architectes,
parM. Felibien , in 4. 4. liv.
Reciieil de pluſieurs pieces d'Eloquen-
&de Poëfie preſentées à l'Academie
Françoife,pour les prix de 1687. avec
les Difcours prononcés le même jour ,
in 12. 25.f.
Relation de l'Inquifition de Goa , 12 .
2२०0.. f.
Diſcours prononcez à la preſentation
des Lettres de provifion de Meſſire
Michelle Tellier en l'Office de Chancelier
de France au Parlement le 20.
Janvier, & à la Cour des Aydes, le 18.
Mais 1678. par M. Pageau Avocat au
Parlement, 12. 15.f.
MERCURE
GALANT
OCTOBRE
10 .
LYON
1893
4
E fuis bien- aiſe , Ma-
I dame , de pouvoir fatisfaire
voſtre curiofité
, & vous faire
trouveren meſme temps l'Eloge
du Roy au commencement
de cette Lettre . Ce que je vous
ay dit dans ma derniére , du
Panegyrique de ce Prince qui
fut prononcé le jour de la Feſto
Octobre 1687. A
2 MERCURE
reux
de Saint Loüis , dans l'Egliſe
Cathedrale de ſaint Pierre de
Poitiers , au ſuiet de la Statuë
qui lui a été élevée dans la Place
Royale de la méme Ville ,
vous a fait naiſtre l'envie de le
voir & je fuis affez heu-
د pour vous le pouvoir
envoyer entier. Il eſt du
Pere Chefnon Jefuite, Docteur
& Profeffeur en Theologie.
Vous ſçavez le zele extraordinaire
que cette ſçavante
Compagnie marque en tous
lieux pour le Roy , & que cet
illuftre Corps n'eſt compoſé
que de perſonnes d'un mérite
diftingué. En effet on peut
dire , que ſi l'on ne peut ſe difponſerde
faire preuve de Nobleſſe
pour rentrer dans de
certaines Communautez ; il
fautpour étre receu dans celle
GALANT. 3
là avoir autantd'eſprit , que ſi
l'on étoit obligé d'en faire des
preuves , & je puis meſme
ajoûter que l'on en fait , quoy
que les Statuts ne le portent
pas. Vous vous ſouvenez que
je vous ay déja dit que le Pére
Cheſnon avoit pris pourtexte
de cet excellent Panegyrique,
ces paroles de S. Mathieu ,
qui avoient un entier raport
àſon ſujet. Dequiest cette Image?
Ils repondirent de Cefar. Alors il
leur dit , Rendezdonc à Cesar ce
qui est à Cesar &à Dieu ce qui eft
à Dieu. Voicy de quelle maniere
il continua .
Il faut , Meſſieurs , ſe teniraux
bornes que nostre Evangile nous pref.
crit , & quelque honneur qu'on donne
au plus grand des Rois , ilnefaut
pas le confondre avec ce culte fingu.
Lier qu'on ne doit qu'à Dieu ſeul.
A 2
4 MERCURE
LOUIS LE GRAND regnesur toute
la terre par la force de ſes Exemples
& par les influences de ſa Sageſſe,
mais il n'est pas immense. La Hol
lande , la Flandre , l'Espagne , l'Ita
lie , l'Allemagne , toute l'Europe
tremble au ſeul bruit de fon nom,
mais il n'est pas tout puiſſant . Il eft
digne de l'immortalité , & merite
de vivre toûjours dans la memoire
deshommes , il n'est pas éternel. Il
est Grand , mais c'eſt de vous , Ômon
Dieu , qu'il tient sa grandeur , & il
Se fait bien plus d'honneur d'estre
voſtre Sujet , que d'estrenoſtre Maiſtre
. Ce n'est donc pas , Seigneur, pour
vous ravir cettegloire que vous ne
cédez àperſonne , que nous érigeonS
aujourd'huy une Statue à l' Auguste
Monarque que vous nous avez don
ne ; mais c'est au contraire pourre
connoistre la grace que vous noUS
avezfaite de nous foumettre à luy,
-
GALANT.
&puis que c'est par une mesme loy
que vous nous commandez de vous
craindre & d'honorerle Roy ,ceſevoit
manquer , de vous rendre ce
qu'on vous doit , fi nous ne luy rendions
pas ce que nous luy devons.
C'est pourquoy , Meſſicurs , neprenons
point d'ombrage de la celebrité
de ce jour. Que rien ne trouble la
joye de ce Triomphe , & afſuronsnous
que le Cielapprouve encore plus
quenousnefaiſons ; le defſſein d'une
pompe si raisonnable &fi juste. Fe
contribueray de ma part à cette
Feſte , en vous proposant les motifs
qui font les plus propres àvous in-
Spirer lessentimens que vous devez
avoir. Le premier motifſeprend de
voſtre devoir. Le ſecond , de vostre
honneur&de vostre gloire. Le troifiéme
, de voſtre interest . Le devoir
vous oblige d'ériger une Statuë en
L'honneur du Roy , puis qu'il faut
A 3
6 MERCURE
qu'ily ait dans cette Ville un monument
éternel des graces tres-particulieres
que vous avez recenë de
Sa Majesté. La gloire & l'honneur
vous invitentà ériger une Statuë aн
Roy , puis que la Statuë du plus
grand Roy du monde , fera auffi le
plusgrandornement de voſtre Ville.
L'interest & l'amour du bien public
vous engagent enfin à ériger cette
Statuë, puis qu'en donnant au Roy
cette marque de vostre affection&
de vostre attachementàfonſervice,
vous attirerez fur vous sa faveur,
& tout les avantages d'une prote-
Etion finguliere. Reddite ergo
quæ funt Cæfaris , Cæfari , &
quæ funt Dei , Deo.
Il n'y eut jamais de Monarque
qui meritaſt mieux que LOUIS LE
GRAND les honneurs que nous luy
rendons aujourd'huy . On trouve en
luyun affemblage de toutes les ver
GALANT.
2
tus , &fi cefut une eſpece de Monfire
, que cette Statuë bizarre qui
eſtoit composée de tous les Metaux,
ce feroit au contraire unejuste ex.
preffion des éminentes qualitez du
Roy, defaire labaſe , ou du moins la
matiere defa Statuëde celles de tous
les plus grands Heros. On voit tout
à lafoisdans cet incomparable Prince
laſageſſe deJustinien , la pietéde
Theodofe , le zele & la religion de
Constantin , lamoderation des Antonins
, la bonté de Trajan , la maieſté
d' Auguste, & lavaleur de Cefar.
Il est cet Alexandre pour quile
Monde Seroit trop petit , s'il regloit
fes deſirs par l'étenduë de fapuisfance;
cet Hercule qui a veritablement
réuny les Mois , qui asoutenu
Le Ciel en protegeant l'Eglise , &
qui adéfait une infinitéde Monstres
exterminant les Pirates , en détruifant
l'Hereſie , en aboliſſant les
A 4
MERCURE
Duels, l'Impieté , les Blasphémes ,
les Ennemis de Dieu & de l'Estat .
Cen'est pas affez , il faut parler du
Roy comme on parle des Causes les
plus univerſelles ; & fi l'Ecriture a
pû comparer la capacitéde l'esprit
de Salomon à la vaſte étenduë des
rivages de la Mer, il faut dire que
l'espritde LOUIS LE GRAND est
un Ocean qui embraſſe tout , quiſe
fait des noms dans tous les Pays , &
qui par des conduits Secrets porte
Jes influences dans les lieux les
plus éloignez . Ilfaut dire que c'est
un Soleil dont tous les mouvemens
font reguliers , dont toutes les voyes
font lumineuses , qui répandſa vertu,
sonfeu &sa lumiere iusqu'aux
extremitez du Monde , & iusque
dans le Ciel meſme , que c'est une
intelligence qui donne le branle à
toutes lesgrandes affaires , & qui a
toûjours la meilleure part en tout ca
GALANT.
و
quisefait deplus confiderable dans
l'Univers.
Mais outre les raiſons communes
qui obligent generalement tous les
François à laiſſer des Monumens
éternels des grandes actions de
LOUIS LE GRAND , vous avez
des obligations particulieres de le
faire , pour reconnoistre les graees
extraordinaires que vous avez receues
de Sa Maiesté. Ceseroit affez.
pourvous enperfuader, de vous mettre
devant lesyeux ces Illustres Per-
Sonnes qui tiennent sa place dans
Le Gouvernement de cette Province,
& qu'Elle vous a choisies par un
deſſeinſipoſitifde vous obliger&de
vousfaireplaisir. Ilfuffiroit de vous
fairemention de sét admirable Pre-
Lat , que tant de vertus éminentes,
fur tout une extreme bonté , rendent
ſiſemblable au Prince des Pasteurs,
Le Sauveur du Monde ; mais c'est
AS
ΟΙ MERCURE
1
tout
particulierement pour le rétabliſſement
de la Religion dans ce Pays.
que vous devez au Roy ce Monument
de reconnoissance quevous luy
avez destiné dans la Statue qui
Se doit ériger auiourd'huy en fon
honneur. Vous en tomberez d'ac
cord , Meſſieurs ,fi vous faitesreflexion
que comme ily a peu de Villes
que le Cielait autant favoriséesque
la voſtre par des graces extraordi
naires , on s'est creu obligé de
temps d'établir de certaines celebri
tez , pour conferver la memoire de
ces grands bien-faits , & pour en
marquerſa reconnoiſſance. Une fois
tous les ans Meffieurs le Maire aver
les Echevins vont à S. Hilaire rendre
au Saint de folemnelles actionsdegraces
de cette lumiere miracu
leuse qu'on vit autrefois fortir de
SonEglife ,& qui montra au grand
Clovis l'Ennemy qu'il devoit vainGALANT.
LI
ere,la Religion qu'ildevoit embras-
Ser &aux Poitevins le Royque le
Ciel leur donnoit , & auquel ils ſe
Soumirent. Tous les ans, le Lundyde
Pasques , il se fait une proceffion
Generale pour celebrer le miracle.
que firent vos trois grands Prote
iteurs , lors que paroiſſant fur vos.
murs en desfigures glorieuses, ildéfirentuneArmée
d'Ennemisqui étoit
àvos portes. Chaque année le ſeptième
de Septembre , tous les Ordres
s'aſſemblent pour remercier Dieufolemnellement
de la protection qu'il
donna à vos Peres contre l'Admiral
de Coligny , & contre un Party ,
qui graces à Dieu &au Roy , n'a
plus denomdans ce Royaume. Pluſieursfois
l'année l'on voit triompher
dans vos ruës l'Image de la Vierge
avec les Clefs de vostre Ville , dont .
cette Mere de Mifericorde eut la
bonté de ſeſaiſir pour prevenir la
trahison d'un miserable qui vou-
A6
72 MERCURE
loit ouvrir vos Portes à un Ennemy
qui étoit autour de vos murs.Seroit...
il donc dit, Meſſieurs , que le retabliſſement
de la Religion danscette
Province fut une grace qu'on feroit
moins obligéde reconnoistre que toupes
celles dont je viens deparler , &
s'il faut la reconnoistre , peut on le
faire avec bien-feance ſi l'on ne voit
dans les Etabliſſemens qu'on fern
pour cela , l'Image d'un Prince à qui
l'on doit tout lefuccésde cette grande
affaire ? Seroit - il dit que dans
une Ville , où l'on voit l'Effigie de
Constantin , où l'on voit encore, dans
les débris des. Aqueducs &des Am--
phiteatres , les fuperbes restes de la
grandeur Romaine , onne vistpas la
Statue de Destructeur de l'Heresie,
du Protecteur de la Religion , da
Conquerant de deux millions d' Am
mes ? Seroit-il dit enfin , que dans
une Province où le grand Cardinalt
GALANT. rg
de Richelieu qui en estoit , à fait
venir les Statues d'un Neron , d'un
Tibere & de tant d'autres Princes
qui ne nous, font rien , nous
ne verrions pas celle d'un Prinae
àqui nous devons tout ? En veri
téle Ciel ' ne nous pardonneroit jamais
une ſi lâche indifference&une
fi noire ingratitude ; & le grand
Saint Loüis dont l'Eglise celebre
aujourd'huy la memoire ,& qui в
traversé tant de Mers , & donné
tant de Bataillespour la Converfion
des Infidelles , vangeroit infailliblement
l'injurequenousferionsà un
Monarque qui fait la plus grande
gloire defonfangfur la terre. Qu'il
partage volontiers , ce grand Saint
Les honneurs de ce jour avec cet
Auguste Fils; &s'ilest vray que les.
Anges du Seigneur font defi grandess
Festes pour la Conversion d'un Pea
cheur ; qu'elle complaisancen'auront
14 MERCVRE
4
22
pas ces Bienheureux Esprits,pour un
Prince quia étěduſi conſiderablemet
l'Empire du SauveurduMonde par
le nombre prodigieux des Converfionsqu'ilafaites
? Certainement ce
n'estpresque pas ànous qu'ilappartient
de celebrerles actions de Loüis
Le Grand; nos Concerts , nos feux
d'artifice , nos Eloges , nos voeux
mesme &nos prieres font defoibles
expreſſions de fon merite ; il n'y
a que le Ciel quifçache rendre justi
ceàſa vertu ; & fi le Seigneur cut
autrefois de l'admiration pour un
Capitaine qui avoit lafoy des Patriarches
, ne doutons pasqu'iln'en
ait auſſipourun Roy qui ale Zeledes
Apoftres,qui conſacre à Dieutoutfon
pouvoir,& qui ne veut regner que
pour lefairefervir avecplus d'autorité.
C'est donc le Ciel mesme qui
nous apprend qu'il est de nostre deGALANT.
-55
voir d'honorer noſtre Maistre. Voyons
maintenant combien ileſt denostre
honneur & de nostre gloire , de le
faire.
Comme ce droit naturel que nos
Rois ont de regner , leur donne dés
leurnaiffance un certain panchant à
aimer leurs Sujets , leurs Sujets ausi
naiffent avec une certaine corres
pondance de coeur qui les attache
leursfouverains , comme auxprincipes
naturels de leur bonheur , &
Isur inspire pour eux un amour, qui
paroist plûtoſt une impreſſion de la
Nature, qu'un effet de la reflexion.
De fi belles inclinations ſe trouvent à
la veritédans tout ce qu'ilyadeveritables
François , mais l'on peut dire
nobles & genereux Poitevins, que
Le Roy n'a point de Sujets plus illuſtres
que vous à cet égard , & que
fuParis eftle Chefde la Capitale
du Royaume , Poitiers en est le coeur
16 MERCURE
par la fidelité , &par l'attachement
qu'ila toûjours marqué pour
fon Roy.Je n'ay quefaire de rappeller
cesfâcheuſes conjonctures où la France
s'est trouvée ſi ſouvent de tristes
idées ne feroient que troubler laferenité
d'un jour qu'on deſtine tout entier
à la joye. Ilsuffit de dire que
les ocasions qui ont estéles plusfunestes
à la fidelité desautres peuples,
n'ont Servy qu'à faire paroiftre
la voſtre avec plusd'éclat. L'on
diroit mesme que c'est le deſtinpar
ticulier de Poitiers,den'avoiriamais
d'autres Souverains que nos Rois..
LeCiel qui fit autrefois un miracle
pourfoumettre cette Ville à leur Em
pire, en a fait souvent d'autres pour
L'y conferver lors que la force& la
violence l'en ont voulu foustraire.
Nest- il doncpas , Meffiours, de vo
ſtre gloire, qu'une fidelitéfi admirable
&fi éprouvée , foit marquée
GALAN T.
17
parquelque Monument éclatant qui
enfoit comme leſceau éternel & public
? Et s'il est vray d'ailleurs que
cette belle vertu nepeut vous faire
plus d'honneur que par l'attachement
qu'elle vous donne pour laper-.
fonnefacrée de Loüis le Grand , il
s'enfuit aussiqu'ellenepeut estremar.
quéepar unſceau plusfacré&plus
auguste , que par la Statuë de ce
Monarque . Vous avezpar ce moyen
l'avantage de voir vostre Histoire
confondue aveccelle d'un Prince que
vtura toûjours dans la memoiredes
hommes ; vostre gloire fera mes
lée avec la fienne , & l'Eloge de
voſtre fidelité ne durerapas moins
qne celuy defon Regne. D'ailleursfo
c'est le plus beaux droitdes Peuples
de rendre iuſtices aux Grands , en
laiſſant à la poſterité de iustes idées
& de fidelles memoires de leurs mexite
, vous ne pouvez donner une
18 MERCVRE
preuvequi vous ſoit plus honorable ,
devoštre discernement& de vostre
équité , qu'en laiſſant un monument
fingulierde l'eſlime, du respect &de
l'admiration que vous avez toûjours
cuë pour Loüis le Grand. Ily a de la
stupidité à voirpaßerJansreflexion
les merveilles d'un Regne si admi
rable. Il y va de la iuſtice de tenir
compte à la posterité de tout ce que
fait ce Monarque ; le monde ne peut
ſepaſſerdefon Histoire ,& ilſemble
qu'onse faitplus ou moins de réputation
feion qu'on prend plus ou moins
de part à ſa gloire & à ses interefts
. C'est pour cela qu'un des plus
grands Heros de la France , après
s'estre rendu digne des plus grandes
récompenfes que la valeur
puiſſemeriter , a cru que l'amour &
l'attachement qu'ila toûjours eupour
le Roy , estoit la qualité qui pouvoit
tefaire confiderer davantage , &
GALANT. 19
qu'ilne pouvoit rienfaire de mieux
pourſapropre gloire , que de laiſſer
dans la Statuë qu'il a érigée àson
Prince , legage éternel de cette affeetion
si inſte &fi heroïque , qu'il
amarqué en toutes occafionspourfa
Perſonnefacrée .Ce n'est pas,incom
parable Monarque , qu'on pretende
representer entierement les éminentes
vertus de Vostre Maieste par les
Statues qu'on luy érige. Ce rayon de
la Divinité qui éclate fur vostre
front , &qui fait qu'on est toujours
vostre Suiet par inclination ,
lors qu'onn'apas te bonheurde l'estre
parfanaissance ; cet airnaturelde
grandeur qui vous distingue de tous
les autres hommes font des traits que
tous les efforts de l'Artnesçauroient
exprimer ,& qu'il faut absolument
referver à la main de ce Dieu qui
vous a fait ce que vous estes. Neanmoins
comme on ne laiſſe pas de com
20 MERCURE
:
noître les grands mouvemens du Soleil
par les ombres meſmes & les perfe-
Etions infinies du Createur ,par les
foibles Images qu'onvoit de luy dans
les Creatures , vostre Statue aussi
nous fera reſouvenir de ce qu'elle
ne sçauroit nous dire elle entretiendrales
grandes idées que nous avons
de vos veetus; elle excitera plus nos
esperances , & nous la regarderons
toûjours comme un signe de bonheur
qui nous promet la protection
finguliere de Vostre Maieste.
Pour vous perfuader, Meſſieurs ,
qu'il n'est rien que vous nepuiſhez
efperer de la bonté de nostre Monarque,
ilsuffiroit de vous dire que vôtre
Ville est remplie des bienfaits de nos
Rois ,& que tout ce que l'onyvoit
de plus beau , &de plus oonſiderable,
& de cette affection particuliere
qu'ils ont toûtours euë pour voOUS
N'est- ce pas de cetteſource que vienGALANT.
21
nent ces Privileges qui font de nobles
de tous vos Echevins & de vostre
Maire,la Capitaine de cette Ville ,
&lepremier Baron de la Province ?
Nest-ce pas de ceete mesme source
que vient cet illustre Prefidial , qui
est absolument le plus confiderable
qui ſoit en France , foit par l'étenduë
de sa Jurisdiction , ſoit
par le nombre & par la qualité de
Ses luges , foit par les marques
d'honneur qui luifont particulieres,
foit parle merite deſes Chefs , que
le Roy mesme a jugez dignes des
Prerogatives les plus honorables&
les plusfingulieres ? N'est- cepasencore
de ce mesme principe que vous
tenez cettefameuse Vniverſité qui
est une des grandes lumieres de
ce Royaume , un ſi ſolide appuy
de la Religion , & qui a donné à
à cet Augušte Chapitre , d'ailleurs
fi recommandable par la pieté , &
22 MERCURE
par les autres qualitez des perfonnes
qui le compoſent , un chefo
des Dignitez qui font fi utiles
à l'Eglise par tous les Secours
qu'on peut attendre d'une capacité
extraordinaire d'une vie tres- exemplaire
, & d'un zele tres- éclairé ?
Iene dis rien de ce noble Chapitre
de S. Hilaire enrichi des liberalitezdu
grand Clovis , & dont nos
Rois font les Abbez. Ie ne parle
point de celui de Sainte Radegonde
dotépar Clotaire , le laiſſe cegrand
nombre d'Abbayes Royales que nos
Monarques ontfondées, &que l'experience
de nos jours fait voir ,
qu'ils ne confient qu'à desperſonnes
d'une qualité éminente , & d'une
vertu consommée. Lelaiße tout cela
, &je ne m'attache pas mesme
à vous faire valoir les grandes
avances que le Roy a faites en voftre
faveur. L'ay quelque chose de
L
GALANT. 23
plus particulier à vous dire , c'est
que Loüis le Grand estantle Monarque
du monde le plus ſenſible
àtout ce qui vient d'un bon coeur ,
& d'une veritable affection pourfa
Perſonne ; ilfera fans doute touché
de toutes les marques d'attachement
que vous lui avezdonnées en cette
occaſion. On lui en fera un rapport
exact , & cet illustre Ministre qui
aménagési avantageusement les
diſpoſitions où il vous a trouvez
d'honorer vostre Prince , fera tout
réussirpour vaſtre bien,& vous atti -
rera de graces quifurpaſſeront infiniment
tout ce que je vous pourrois
promettre. C'étoit uneſuperstitions
des anciens Empereurs , de tenir
dans leur Cabinet une Statuë qu'ils
appelloient la fortune de l'Empire
,mais nous avons lieu de croi
re que la Statuë du Roy fera un fignede
bonheur pour vous , &fi je
24 MERCURE
دينع
l'ofe dire, la fortune de ſtre Ville ,
& qu'aiant déja fait text de bien
à cet excellent Ouvrier qui l'a en
trepriſe &finie avec tant de gloire
elle étendra sa vertu fur tout le
monde,&fera la ſource éternelle
d'une felicité publique. Nous Sçavons
, incomparable Monarque , la
complaisance que vous avez evë
pour ceHeros , qui a faità Paris
dans la Place des Victoires , ce qué
l'on fait aujourd'hui à Poitiers dans
LaPlace Royale. Pourriez-vous dono
n'aimer pas une Province, où le peuple
mesme sçaitprendre des fenti
menssi genereux , & imiter lesfontimens
des Heros ? Le Clergé, la Noblesse
, le Peuple , tout s'est déclaré
dans cette occasion , tout a parlé,
tous les coeurs se font ouverts &
L'onaven juſques à la plus tendre
Ieuneſſe marquerpour vous une ardeur
digne de vostre bonté&devô
tre
GALANT. 25
tre complarfance . Ce sont ces veues
&ces corviderations qui ont inspiré
le deffein de cette celebrité , à celuy
qui en est le principal Auteur ,&
comme cet illustre Ministre a toûjours
cherché les moyens d'accroiſtre
le bonheur , la gloire , & la beauté
de voſtre Province , il a cru ve pouvoir
rien faire de plus avantageux
pour vous , que de vous infinuer dans
l'esprit dumeilleur Prince dumonde,
& dont il connoist le naturel , par
l'experience qu'il a de fes bontez ,
&par le bonheur qu'il a eu de luy
plaire en tout ce qu'il a fait pour
luy. Une politiquefifage doit forvir
de regle à nostre conduite , & nous
perfuader que nous ne sçaurionsétablir
nos esperances ſur unfondement
plus folide que sur celuy de nostre
obeiffance , & d'un attachement inviolable
à la Sacrée Perſonne du
Roy. Ce sont les mesures que la Pro-
Octobre 1687 . B
26 MERCURE
vidence a priſes pour nous conduire
ànoſtrefin: & ces efpritsfeditieux
&inquiets qui cherchent les moyens
d'estre contens ailleurs que dansleurs
dependance , neſont pas moins deraisonnables
que s'ils cherchoient à
vivreſous un autre Ciel , & dans
un autre Monde que celuy- cy. Ces
veritez font encore plus ſenſibles
Sous le Regne de Loüis le Grand ,
&l'estat floriſſant où ce Monarque
àmis la Religion & l'Estat , est
une preuve éclatante que lesinterêts
publics ne pourroient estre en de
meilleures mains , & que c'est de
luyſeul qu'on pouvoit attendre de
fi grands fuccés. De là vient que le
chemin le plus cours pour arriver
àla gloire , c'est de travaillerfous
les ordres & par la direction de
cet admirable Prince. Nous voyons
tous les jours des François trouver
dans leur obeiſſance des ſuccès qui
GALANT.
275
feroient honneur à des Souverains ,
&faire des actions qu'on n'attribueroit
jamais àdes Sujets , s'ils avoient
un autre Maistre que lenostre.Que
toutes ces raiſons nous perfuadent
donc de contribuer avec plaisirà la
celebrité de ce jour. L'intereſt nous
y engage , la gloire nous y invite , le
devoir nousy oblige. Vous le devez ,.
Pasteurs du Troupeau du Seigneur ,
Ouvriers Evangeliques vous le devez
, puiſque les conquestes de vô
tre Zele , font les effets de celuy du
plus Chreftien de tous les Roys. Vous
le devcz , brave & genereuſe Nobleſſe
, puis qu'en exterminant les
Duels , il aſcen vous faire unſujet
d'opprobre de ce point d'honneur qui
estoit si funeste à vostre falut. Vous
le devez , Iuges & Magistrats,puis
qu'il vous a donné des Loix qu'on
peut nommer le Trésor de la Iuftice.
Vous le devez, Profeffeurs des Scien-
B 2
28 MERCUREces
& Maistres des beaux Arts,
puisque l'esprit n'a iamais receu de
plus. grands honneurs que sous les
auspices d'un Prince ſi ſage & si
éclairé.Vous le devez , vous qui étes
dans le negoce , &qui avez le ma.
niment du Commerce. C'est pour vouς
qu'il a fait tant de Ports , qu'il a
détruit les Pirates , qu'il a reüny les
Mers. Vous le devez enfin , leſte &
floriſſante ieuneſſe ; &fi l'ardeur
que vous faites paroiſtre , vous rend
fi aimables , & seconde si bien les
inclinations de ceux qui vous instruifent
,fçachez que vous ne sçauricz
commencer trop toft à aimer un Prince
qui vous aimesi tendrement ,
qui a fait dans tous ſes Etats de fi
merveilleux Eſtabliſſemens pourvôtre
éducation. Mais enfin , Seigneur,
puiſque ce Monarqueſi parfait &fi
admirable est vostre Creature , &
que c'est vous qui nous l'avez donné ,
GALANT. 29
c'eſt auſſi à vous ſeul que nous nous
adreſſons pour ſa confervation . Vous
l'avez rendu neceſſaire ànostre bonheur
, &sa vie nous eft infiniment
plus chere & plus precieuse que
toutes les graces qu'il nous a faites.
Confervez- le donc , mon Dieu , pour
les intereſts de voštre Eglife , & pour
le bonheurde la France. Beniffezles
grands deffeins qu'il aformezsur la
Converſion des Peuples de l'Orient ,
& enfin , aprés une longue & heureuſe
fuite d'années , introduisez- le
dans ce Royaume qui ne finira jamais.
i
Ie ne vous dis rien de ce cet
Eloge , puis qu'ayant autant de
penetration que vous en avez
pour découvrir toutes les beautez
des Ouvrages que je vous
envoye , ce ſeroit faire tort à
vôtre jugement que de les loüer.
B 3
30 MERCURE
Ie vous diray ſeulement que ce
Panegyrique du Roy charma fi
fort toute l'Aſſemblée , que le
choix que Monfieur Foucault
avoit fait du Pere Chefnon
pour le prononcer , receut une
approbation generale.La grande
partque cet Intendant avoit
à la Feſte , & à tout ce qui l'avoit
cauſée , luy avoit acquis
le droit de ſe meſler de beaucoup
de choſes qui la regardoient
, & meſme de les regler.
Voicy encore quelques
Deviſes qui ont eſté faites à
l'occaſion de la Statuë qui fait
aujourd'huy l'ornement de la
Place Royale de Poitiers.
Vn Stile qui marque les
heures dans un Cadran folaire
avec ces mots , Ipfa vel um
bra regit , pour marquer que la
Statuë , qui n'eſt que comme
GALANT . 31
l'ombre du Roy , ne laiſſera pas
de tenir les Peuples dans le
dévoir , & toutes choſe en bon
ordre .
Vn Parelie formé dans une
nuée , Alium non reddit Imago ,
pour faire entendre quede méme
qu'un parelie ne sçauroit
eſtre que l'image du Soleil ,
cette Statuë ne peut l'eſtre que
du plus grand de tous les Monarques.
Des Coqs qui chantent au
lever du Soleil , Degener est quisquis
non cantat, pour faire connoiſtre
que tous les François
reffentent une joye toute par
ticuliere , lors qu'ils voyent
rendre à leur Prince les hommages
qui luy ſont dûs ...
Pluſieurs Aigles qui repren
nent leurs plumes au Soleil, virus
animoſque refumunt . Les Peu-
1
B 4
32
MERCURE
ples ſemblent reprendre une
nouvelle vigueur à la veuë d'u .,
ne Statuë qu'ils regardent comme
un figne de leur bonheur .
Un Feu d'artifice avec ces
mots , Et placet , & terret , pour
marquer le caractere particulier
de la majesté du Roy , dont
la veuë fait le plus grand plaifir
de ceux qui ont l'avantage
de l'approcher , & qui leur infpire
en meſme temps le plus
profond reſpect .
Diverſes Lignes qui aboutiſfent
au meſme centre.Huc omnes
recidunt , pour montrer l'empreffement
de tout le monde à témoigner
ſon zele pour la gloire
de Sa Majeſté .
J'ajoûte un Madrigal qui a
eſté fait fur cette Statuë .
"
GALANT.
33
CETair fi grand, cette mine
heroïque,
CetteTaille & ce Portfi pleins de
majesté ,
Diſentaffez fans qu'on l'explique
Que c'est LOUIS LE GRAND qu'on
a reprefenté.
L'ouvrier travaillant fur ce divin
modelle ,
N'a pourtant pas gravé ce qu'il a
de plus grand , 1.
Son Air ,fon Fort ,faTaille, tout
Surprend ,
Mais for Ame est encore & plus
grande&plus belle.
Ilauroit ce Sculpteur , fait voir
en ce Portrait
S'ilen euft pû donner quelque marque
fidelle ,
Ceque jamaislemonde avû de plus
parfait de
BS
34 MERCURE
+
د
La continuation des grandes
choſes que le Roy fait tous les
jours , eſt cauſeque l'uſage s'eſt
inſenſiblement introduitde fai
re le Panegyrique de cet Auguſte
Monarque dans toutes les
Villes de France , le jour de la
Feſte de S. Loüis avec celuy
de ce Saint. C'eſt ce qui fut fait
le 25. Aouſt dernier , dans la
Chapelle de l'Hôpital General
de Perigueux , où il y eut des
Prieres publiques pour le Roy..
Elle estoit tres -bien ornée , &
fut remplie des perſonnes les
plus confiderables de la Ville..
Les Directeurs de cerHoſpital,..
à la teſte deſquels eftoit Monfieur
de Chaftillon , premier
Preſident , n'oublierent rien
pour rendre la Feſte des plus
éclatantes. Les Compagnies du
Regiment de Flandre qui vou
GALANT.
35
✓lurent y prendre part , ſe miprendre
rent ſous les armes dans la court
de l'Hôpital , & firent pluſieurs
décharges en ſalüant le Buſte
du Roy. Les Officiers du Prefidial
& du Corps de Ville ,
s'eſtant rendus dans laChapelle
à l'heure de Veſpres , le Pere
Voiſin leſuite , fameux par diverſes
pieces d'Eloquence qu'il
a faites à la gloire du Roy ,
prononça le Panegyrique de
S. Loüis , auquel il meſla celuy
de Sa Majesté , & il employa
un ſtile fi noble & fi naturel
dans cet Eloge , qu'il fut applaudy
de tous ceux qui l'entendirent.
Lors qu'il fut forty
de Chaire , on donna la Benediction
, & cette folemnité ſe
termina par les cris de Vive le
Roy , que les Compagnies &les
Particuliers firent retentir au
1
B 6
36 MERCURE
bruit des Boëtes , &d'une triple
falve du Canon . i
Si tantde Predicateurs prennent
l'occaſion de faire le Pane---
gyrique de Sa Majesté , on peut
dire que l'Egliſe a ſujetdeprendre
part aux loüanges qu'on luy
donne, puis que ce pieux monarque
travaille de toutes manieres
pour la Religion , & qu'il
s'en declare hautement le Protecteur
parmy les Princes & les
Peuples les plus éloignez . Entre
tant de preuves que l'on en
pourroit donner , il ne faut que
voir, ce qu'il a fait depuis peu
en faveur des Catholiques de !
la grande Armenie , à la demande,
des Religieux de Saint
Dominique, qui eftantles feuls
Ecclefiaftiques de ce païs- là en
ont le gouvernement ſpirituel
depuis trois cens ans , ou enGALANT.
37
viron. Le Bienheureux Barthelemy
, ſurnommé le Petit ,Religieux
de cet Ordre , du Convent
de Bologne , ayant efté
ſacré Archeveſque ſous le Pape
Jean XXII. s'en alla avec fon
Compagnon Pierre d'Arragon
, dans la grande Armenie ,
pour tâcher d'éclairer les Infidelles
Maiſtres du pays , & les
Schifmatiques qui yfont en fort
grand nombre , & qui eſperoient
reduire à l'unité de la
Foy Catholique. Aprés les avoir
long-temps inſtruits , ils
recueillirent une affez riche
moiſſon de leurs travaux Apoſtoliques
, fur toutdans la Province
de Nahcivan,oùils trouverent
les peuples plus difpoſez
àſe ſoumettre à l'Egliſe Romaine.
Ils y baſtirent meſme
douzeConvents de leur Ordre,
38 MERCVRE
--
dont les Religieux enſeignent..
les enfans , pour avoir de quoy :
payer le Tribut , & fubfifter ;
& comme ils ne font pas en
grand nombre horsle Convent
où reſide l'Archeveſque , leurs
Diſciples chantent avec eux
l'Office divin , & mefme ontle
ſoin de ſe trouver à Matines ,
quoy qu'on les chante à minuit.
Tous les Catholiques , à
l'exception des Malades, ſe rendent
dans leur Eglife , pour y
aſſiſter les Dimanches & les
Feſtes . Ce petit Troupeau a
ſubſiſté juſques à preſent ſous
la conduite de ces Peres malgré
les perſecutions des Infidelles
Mahometans & des Schifmatiques,
qui ne fontpas moins leurs
ennemis. Une des plus grandes
qu'ils ayent fouffertes depuis
leur établiſſement , vint il y a
GALAN T.
39
quelques années , du Prince de
Nahcivan , qui ayant peine à
fouffrir les Chreftiens , & encore
plus les Catholiques , parce
qu'il eſt de la Secte de Mahomet
, cherchoit ſans ceſſe à
les opprimer. Les Catholiques
ſe voyant pouffez à bout , &
abandonnez de tous les Princesleurs
voiſins,eurent recours
à la pieté finguliere& àla puifſante
protection de LOUIS LE...
GRAND , auquel ils députerent
leur Archevefque , appellé
Matthieu Araniſez
grand Religieux , & homme
d'une rare vertu , qui ayant
expoſe les afflictions& les miferes
que ſon Troupeau enduroit
de la part du Prince de
Nahcivan , obtint de Sa Majeſté
une Lettre adreffée au Roy
de Perfe , pour retirer les Ca
tres40
MERCURE
tholiques de l'oppreſſion où ils
eſtoient , & les mettre, comme
ils l'avoient demandé , immediatement
ſous l'authorité de
ce Roy , ce qui leur fut auſſitoſt
accordé. Mais peu de temps...
aprés , il s'éleva une nouvelle
& furieuſe perfecution contre
les Catholiques , parce que le
Prince de Nahcivan ſcachant
les mauvais offices qu'ils luy
avoient rendus , recommença
àles inquieter plus qu'auparavant
, quoy que ſous main ,&
ſeulement par le miniſtere de
ceux qui gouvernoient de la
part du Roy de Perſe , auquel
legrand éloignemet dela Cour
ne permettoit pas qu'ils euſſent
recours . Cela les obligea de
nouveau à implorer la protection
de Sa Majesté Tres Chrétienne
, qui repreſentant au
:
GALAN Τ.
41
Roy de Perſeles vexations que
fouffroient les Catholiques de
Nahcivan, de la part des Turcs,
&fur tout des Princes voiſins ,
obtint de luy qu'ils feroient à
l'avenir ſous la conduite du
Grand Viſir de Tauris , qui
n'en eſt pas éloigné, mais comme
on ne laiſſoit pas de faire
encore de nouvelles peines aux
Fidelles de Nahcivan , ils envoyerent
en France Monfieur
Piquer , Eveſque de Cefaropolis
, & le Roy eut la bonté de
le députer à celuy de Perfe
pour luy recommander fortement
tous les Catholiques demeurans
dans ſes Etats ,& particulierement
tous ceux de la
Province de Nahcivan . Ce Prelat
s'eſtant acquité avec beaucoup
de zele de la commiſſion
qu'il avoit , obtint pour ceux-
,
42
MERCURE
cy un Privilege ; par lequel il
a eſté ordonné qu'aucun des
Sujets du Roy de Perſe , ſoit
Prince, foit Commandant d'Armée
, ſoit Vice -Roy , Soldat ,
ou quelque autre Officier que
ce puiſſe eſtre , ne pourra ſous
aucun pretexte ſe meſler de
leurs affaires , ou de leur gouvernement
, à la reſerve du
Grand Viſir , qui doit eſtre ,
non pas un Juge fevere , mais
un Protecteur favorable pour
eux. Ce Privilege qu'ils ont par
écrit , porte encore , que fi
quelque autre pretendoit àleur
gouvernement , fous quelque
cauſe ou pretexte que ce fuft
les Catholiques auroient le pouvoir
de ſe défendre juſqu'à les
fraper , & mefme les emprifonner.
Ils ont eu une autre preuve
GALANT. 43
^ fort confiderable de la bonté du
Roy Tres - Chreftien , en ce que
ceux de cette Province de Nahcivan
ont un temps déterminé
pour porter le Tribut à la Cour ,
& ce temps eſtant paffé , il faut
payer le double;de forte qu'une
Ville qui devra ſfix mille écus ,
fi elle differe de payer , eſt taxée
à douze mille . Les Catholiques
eſtant tombez deux fois
dans le cas , on leur a remis
cette double paye à la recommandation
du Roy de France,
lequel a accordé depuis peu au
Pere Provincial d'Armenie ,
venu pour cela à Paris , une
Lettre adreſſée encore au Roy
de Perſe , pour demander qu'on
les exemtaſt ainſi que tous les
Catholiques de Nahcivan , des
impoſts que les Officiers du
Roy exigeoient d'eux à fon
44 MERCURE
infceu , & qu'on leur rendiſt les
eaux qui leur avoient eſté
oftées par leurs voiſins , ce qui
leur cauſoit un grand préjudi -
ce. C'est ainſi que LOUIS LE
GRAND ſe montre le Proteteur
de tous les Catholiques ,
non ſeulement dans l'Europe ,
mais encore par toute la Terre.
J'ay bien cru ,Madame,qu'en
vous mandant la derniere fois ,
que lors que l'Academie fit la
diftribution des prix,Monfieur
de Fontenelle avoit remporté
celuy d'Eloquence , & Mademoiſelle
des Houlieres celuy
de Poësie , je vous engagerois à
me demander quelque choſe de
particulier des deux Ouvrages
qui leur ont fait meriter ces
Prix.Il y a tant de beautez dans
l'un & dans l'autre , que tout ce
que je vous en dirois ne rem-
A
GALANT.
45
pliroit pas l'idée , que je voudrois
vous en faire avoir. Ainfi
j'aime mieux vous les envoyer
entiers , afin que vous en puiffiez
juger par vous- mefme.Les
Ouvrages de cette force font.
toûjours dignes d'eſtre confer .
vez . Voicy celuy de Monfieur
de Fontenelle .
?
DE LA PATIENCE ,
& du Vice qui luy eſt ..
contraire.
Velque pen d'usage que l'homme
fasse de Ses lumieres pour
s'étudierfoy mesme , il découvre les
foibleſſes& les déreglemens dont il
est remply : aussi- toſt ſaraiſon cherche
àyremedier , touchée naturellement
d'un defirde perfection qui luy
46 MERCURE
veste de l'ancienne grandeur où elle
s'est venë élevée . Mais que peutelle
maintenant , incertaine , avengle,
pleine d'erreurs , digne elle - méme
d'estre comptée pour une des mi-
Seres de l'homme ? Elle ne sçait que
combattre des defauts par des defauts,
ou querir des paſſions par des
paſſions ; & lesvains remedes qu'elle
fournit font des maux d'autant
plus grands &plus incurables ,qu'elle
estintereſſée à ne les plus reconnoiſtre
pour des maux , & qu'elle s'est
Seduite elle- mesme en leurfaveur.
En vain pendant plusieurs
fiecles , la Grece si fertille en
Esprits subtils , curieux & inquiets,
produisit ces Sages , quifai-
Soient une profeſſion témeraire d'en-
Seigner à leurs difciples l'art de vivre
heureux , & de se rendre plus
parfaits ; en vain la diverſité infinie
de leurs fentimens , qui fera à
jamais la honte des foibles lumicres
GALANT. 47
naturelles , épuisa tout ce que laraifon
humaine pouvoit pour les hommes
: l'effet des plus grands efforts de
la Philofophie nefut que de changer
les vices que produit la nature cor
rompuë , en de fauſſes vertus , qui
estoient , s'il se peut , des marques
encore plus certaines de corruption.
Unhomme du commun , ou ignore, ou
reconnoiſtſes défauts avec affez de
Simplicité, pour les rendre en quelque
Sorte excuſables, au lieu qu'un Philo-
Sophe Payen , fier d'avoir acquis les
fiens àforce de meditations & d'étude,
leur donnoit tousfes applaudiffe-
-mens.
Ces defordres que la raison humaine
causoit dans la Grece , où elle
regnoit avec toute la hauteur dont
elle est capable quand elle vient àſe
méconnoiſtre, les leçons trompeuſes
qu'elle envoyoit de là cheztous les
Peuples du Monde , quine les recevoient
qu'avec trop de do ilité,
48 MERCVRE
ne furent pasfans doute les moindres
motifs qui inviterent la Raisoneternelle
à descendre fur la terre. Si
d'un coſtéchez les luiſs les fameuses
Semaines de Daniel qui expirosent ,
&le Sceptre de Iuda qui avoit paßé
dans des mains étrangeres , pres-
Soient le Liberateur fi longtemps
promis & attendu ,il est certain que
d'un autre costé les Grecs livrezjusque-
là à des erreurs orgueilleuses , &
à une ignorance contente d'elle-mêdemandoient
également le
Meſſie par leurs besoins , quoy qu'ils
nefuffent pas en droit de l'attendre.
Dieu le devoit aux uns pour dégagerfa
paroletant de fois donnéepar
La bouche de ſes Prophetes ; & il le
devoit , cefemble , aux autres pour
Satisfaire àfabonté , quine les pouvoitfouffrirplus
long-temps dans les
égaremens de leur ſageſſe. Il falloit
aux uns un Monarque qui s'établiſt
2. oh oh girl, a un Empire
me ,
८
GALANT.
-49
Empire tout divin ſur les Nations ;
un grand Prestre qui leur enseignast
Les veritables Sacrifices & ilfalloit
aux autres un Sage,dont ils reçuſſent
des preceptesſolides , un Maiſtre qui
leur apportaft toutes les connoiſſances
, après lesquelles ils foûpiroient
depuis fi long- tems.
د
Il parut donc enfin parmy les
hommes , ce Meffie si ardemment
defiré d'unseul Peuple , &fi necef.
faireà tous. Alors les idées & du
vray & du bien nous furent revelées
Sans obscurité& Jans nuages ; alors
disparurent tous ces phantoſmes de
vertus qu'avoit enfantezl'imagination
des Philofophes ; alors desremedes
tout divins furent appliquezavecefficace
à tous les maux qui nous
fontnaturels.
Arrestons nos yeux en particulier
fur quelqu'undes effets que produit
La nouvelle Loy annoncée par Iefus-
Octobre 1687. C
1
50 MERCURE
Christ. L'impatience dans les maux
est peut- estre un des vices auſquels
la nature nousporte , &leplusgeneralement;
& avec le plus de force,
& ilnya point devertu à laquelle
la Philofophie ait plus aspirequ'àla
patience ;fans doute , parce qu'il n'y
en a aucune ny plus neceſſaire à la
malheureuſe condition des hommes,
ny plus capable d'attirer une distin-
Etion glorieuse à ceux qui auroient
pû l'acquerir. Cette impatience de
la nature &lafauſſe patience de la
Philofophie nousferviront d'exem
ples de l'heureux renouvellement qui
ſe fit alors dans l'Univers. Voyons
comment la veritable patience inconnuë
juſque- làfur la terre , prit
ta place de l'une de l'autre. N'ayons
point de honte d'envisager de
prés, &d'étudier nos miferes ; cette
venë , cette étude fervira à nous
convaincre des bienfaits du Redempteur.
GALANT.
I. POINT.
Quel est ce mouvementimpetueux
de nostre ame qui s'irrite contre les
maux qu'elle endure , & qui s'agite
comme pour en ſecoüerlejoug?Pourquoy
tâcher à les repouffer loin de
nous par des efforts violens,dont nous
Sentons en mesme temps l'impuiſſance
? Pourquoy prendre à parte ou
desAftres , qui n'ont en aucune forte
contribué à nos malheurs , ou une
Fortune & des Destins , qui n'ont
point d'estre hors de nostre imagination
? Que veulent dire cesplaintes
adreßées à mille obiets dont elles
nepeuvent estre écoutées ? Que vent
dire cette espece de fureur où nous
entrons contre nous-mesmes , moins
fondée encore que tous ces autres emportemens
? Soulageons - nous nos
maux , ou les redoublons - nous ?
Malheureux , si nous n'avons que
des moyens fi faux & si peu rai-
1
C 2
52
MERCURE
Sonnables pour les foulager ! Infen-
Sez , si nous les redoublons ! mais
quel Sujet d'en douter ? Il n'est que
trop feur que nous redoublons nos
maux. Cet effort que nous faiſons
pour arracher le trait qui nous blefse,
l'enfonce encore davantage ;
l'ame se déchire elle- mefme par cette
nouvelle agitation , & lemouve
ment extraordinaire où ellese met
excitant ſaſenſibilité , donne plus
de priſe fur elle à la douleur qui la
tourmente.
Cependant ny la honte de ſuivre
des mouvemens déreglez ,ny la crain
te d'augmenter le ſentiment de nos
maux , ne reprime en nous l'impatience.
On s'y abandonne d'autant
plusfacilement, que la voixfecrete
de nostre conscience ne nous la reproche
presque pas ,& qu'il n'y a
point dans ces emportemens une injustice
évidentequi nous frape, &
こ ن
GALANT.
53
-
;
t
A
ا
OS
4-
ell
ylo
qui nous en donne de l'horreur. Au
contraire , il semble que le mal que
nous souffrons nousjustifie ,ilſemble
qu'il nous diſpenſe pour quelque
temps de la neceſſité d'eštre raifonnables.
N'employe- t- on pas mesme
quelque forte d'art pour s'exempter
de rougir de ce defaut , &pour s'y
pouvoir livrerfans fcrupule ? NeJe
deguife- t-on pas souvent l'impatiencefous
le nom plus doux de vi-
-vacité ? Il est vray qu'elle marque
toûjours une ame vaincuë par fes
maux, & contrainte de leur ceder ;
mais ily a des malheurs auſquels
les hommes approuvent que l'on ſoit
Sensiblejusqu'à l'excés ,& des éve
nemens où ils s'imaginent que l'on
peut avec bien-feance manquer de
forces , & s'oublier entierement .
C'est alors qu'il est permis d'aller
Ở
jusqu'àse faire un merite de l'im-
Patience ,& quel'on ne renonce pas
C3
54 MERCVRE
4
àen estre applaudy. Quil'eust crû
que ce qui porte le plus le caractere
de petiteffe de courage, pustjama's
devenir unfondement de vanité?
La Religion ſeule pouvoit remedier
à un defaut fi enraciné dans
la nature , & quelquefois autorisé
par nos fauſſes opinions. Elle nous
apprend , pour reprimer en nous
l'impatience toûjours nuisible& in-
Senfée , que nous sommes tous pecheurs
, que nous devons une expiation
àla justice divine ; que tous
les maux que nous ſommes capables
de fouffrir , nous les avons meritéz.
Quelle étrange confolation , à enju
ger felon les premieres idées qui se
prefentent ! Quoy , nous ne serons
pas seulement malheureux
Serons encore obligez de nous croire
coupables ? Nous perdrons jusqu'au
droit de nous plaindre , nos foûpirs
ne pourront plus eftre innocens ? En-
, nous
GALANT.
55
core un coup , quelle étrange confolation!
C'en est une cependant , & folide
&efficace. Quelques tristes queparoiſſent
quelquefois les veritez qui
nous viennent du ciel , elles n'en
viennent que pour noſtre bonheur&
nostre repos . In Chreftien vivement
persuadé qu'il merite les maux qu'il
Souffre , est bien éloigné de les redoubler
par des mouvemens d'impatience.
Il est juste que la revolte
de nostre ame contre des douleurs
deuës à nos pechez ,foit punie par
l'augmentation de ces douleurs mêmes
: mais on se l'épargne en se
Soûmettant fans murmure au châtiment
que l'on reçoit . Ce n'est pas
queles Chrestiens cherchent à ſouffrir
moins , c'est que d'ordinaire les
actions de vertu ont des recompen-
Ses naturelles qui en font infeparables.
On nepeut estre dans uneſain-
Y
C4
56 MERCURE
te diſpoſition à fouffrir , que l'on ne
diminuë la rigueur des souffrances.
On'ne peut y confentir ſans les foulager;
& lors que nous nousrangeons
contre nous - mesmes du party de la
justice divine , on peut dire que nous
affoibliſſons en quelqueforte le pouvoir
qu'elle auroit contre nous .
Faut-il que je mette außi au nombre
des motifs de patience que la
Religion nous enſeigne , les biens
eternels qu'elle nous apprend à meriter
par le bon usage de nos maux ?
Sont - ce veritablement des maux ,
que les moyens d'acquerir ces biens
celestes qui ne pourront jamais nous
eftre vavis ? Souffre - t - on encore
quand on lesenvisage , & leur idée
laiſſe- t- elle dans nostre ame quelque
place à des douleurs & foibles
&paſſageres ? Ah ! il ſemble qu'ils
nous empefchent bien plûtoſt de les
fentir, qu'il nenous aident à les en
durer...
GALANT. 037.
Tel a esté l'art de la bontéde
Dieu, que dans les punitions mesme
que fa colere nous envoye , elle a
trouvé moyen denousyménager une
Source d'un bonheur infiny. Recevons
avec une foûmiſſion ſincere de
fi juſtes punitions , & elles deviendront
auſſi toſt des ſujets de recompense.
Nous n'aurons passeulement
effacénos crimes , nous aurons acquis
un droit à la souveraine felicité.
Aveuglement de la nature , lumieres
celestes dela Religion , que vous
estes contraires ! La nature parfes
mouvemens deſordonnez augmente
nos douleurs ,& la Religion les met ,
pour ainſi dire , àprofit , par la patience
qu'elle nous inspire. Si nous
encroyons l'une , nous ajoutons à des
maux neceſſaires un mal volontaire z
&fi nous suivons les instructionsde
l'autre, nous tirons de ces mauxneceffaires
les plus grands de tous les
biens.
C
S
58
MERCURE
Auſſi la patience Chreftienne
n'est-elle pas une simple patience,
c'est un veritable amour des douleurs.
Si on ne portoit pas fa veue dans
cette eternité de bonheur dontelles
nous offurent la joüiffance, onseborneroit
à les recevoir fans murmure,
commedes chatimens dont on eft digne
par ses pechez ; mais des que
L'on regarde le prix infiny dont elles
Sontpayées , on ne peut plus queles
recevoir avecjoye comme des graces,
dont on eft indigne. De là naiffoient
ces merveilles dont les Annales des
Chrestiens font remplies ; cette tranquilité
dont les Saints ont jouy au
milieu méme des plus apres tourmës;;
cette égalitéparfaite qu'ils ont toû
jours vene entre les biens & les
maux. Que disie , égalité ? cette
préference qu'ils ont toûjours donnée
auxmaux fur les biens ; ces heureux
exces de patience qu'ils ont poußez
と
GALANT. 59
juſques à ofer appeller fureux les
maux que la main de Dieu leur
refuſoit.
Quel Spectacle fut ce pour le
monde corrompu que la naiſſance asu
Chriftianiſme ! On voit paroiſtre
tout àcoup&se répandre dans l'Vnivers
des hommes qui diſconviennent
d'avec tous les autres fur les
principes lesplus communs; des hom
mes qui reiettent tout ce qui est recherché
avec le plus d'ardeur,&qui
ont un amourfincerepour tout ce que
les autres fuyent. Les plaintes font
un langage qui leur est inconnu ,ſi ce
n'est dans la prosperité. Ils nese
contentent pas d'avoir au milieu des
malheurs une constance inébranlable
,ils ont une ioye qui va ſouvent
iuſqu'àdes tranſports , s'ils ne s'offrent
pas d'eux - mesmes aux tourmens
&à la mort , ils se contraignent,
la cruauté de leurs ennemisfe
C6
60 MERCURE
८
méprend eternellement. On leur donne
pour Supplices que ce qu'ils fouhaitent.
Quels sont ces prodiges,
devoient dire les Payens ? Quel est
ce renversement ? Les biens & les
maux ont- ils changéde nature ?Les
hommes en ont-ils changé eux- mêmes
? Cet étonnement futfans doute
d'autant plus grand que l'on voyoit
les Philoſophes , qui iusque - là
avoient paru eftre en poſſeſſion de
toutes les vertus & de toutes les veritez,
confondus , & dans leur speculation
, &dans leur pratique , par
denouveaux Philoſophes incompa
rablement plus parfaits . Ce furent
ces derniers Sages , ou plutoſt ce fut
Leur Maistre celeste que détruifit les
fauffes especes de patience établies
par des Sages trompeurs , & plus
vicieuses peut- eftre que l'impatience
mesme naturelle aux hommes ,
qui n'ont que leurs paſſions pour
guides.
GALANT. 6
II . POINT.
Famais la raiſon humainen'a fait
eclater tant d'orgueil ,&n'alaiffé
voir tant d'impuiſſance que dans la
Secte des Stoïciens . Ces Philofophes
entreprirent de perfuader aux hommes
que leur propre corps estoit pour
eux quelque chose d'étranger , dont
les interests leur devoient estre indifferens
, & que les douleurs qui
affligeoient ce corps, estoient ignorées
par le Sage , qui se retranchoit entierement
dans ta partiefpirituelle
detuy- mesme. Ainsi le Stoïcien ve
gardoit les maux avec dedain com
me des ennemis incapables de luy
nuire ,&ilfe paroit d'une patience
fastueuse, fondéefur l'impassibilité
dont la Secte ſeflatoit. Souffrir avec
constance eustesté quelque chose de
trop bumain , il ne souffroit point..
femblable à Iupiter mesme dont il
62 MERCURE
n'avoit lieu d'envier ny les perfe-
Etionsny le bonheur.
Iusqu'où vous égarez- vous , foibles
eſprits des hommes ,quand vous
estes abandonnez à vous- mefmes ?
Quoy,il s'agitdefoulager les bleſſures
que nous recevons tous les jours ,
nous les recevos,nous engemiſſons,&م
-on n'y trouve point d'autres remede
que de nous foûtenir que noussommes
invulnerables? trop heureux encorefi
-nous pouvions entrer dans cette illufion
& en profiter ; mais fi ces vaines
idées élevent pour quelquesmomens
& enflent l'imagination Seduite
, on est aussi-tost rappellé au
Sentiment deses mauxpar lanature
plusforte&plus puissante, &filopiniâtreté
du party dont on a fait
choix , maintient encore dans l'efprit
cette fuperbe speculation , le
coeur la dement & la condamne.
Quand ce Stoicien preßépar la douGALANT.
63
leur d'une maladie violente s'écrioit
, en s'adreſſant à elle ; Jen'a
voüeray pourtant pas que tu
fois un mal ; Cet effort qu'il fai
Joit pour ne le pas avoüer , ce deſaveu
mesme apparent n'estoit-cepas
un aven er le plus fort & le plus
fincere qui pust iamais estre ?
Loin du Chriftianisme ane erreur
si contraire aux fentimens
naturels , & un orgueilfi indigne
d'une raiſon éclairée . La patience
des Chreftiens n'est point fondée
fur ce qu'ils s'imaginent estre
au deſſus des douleurs , ilssouffrent,
ils avoüent qu'ils souffrent ; maislo
foûmiſſion qu'ils ont pour celuy qui
Les fait iustement fouffrir ; mais le
prix qui est proposéà leurs fouffrances
produit cette constance , cecal
me , cette joye qui ontſi ſouvent arraché
à leurs Perfecuteurs de l'admiration
& du respect. Ils ne re-
1
64 MERCVRE
tiennent point leurs plaintes &
leurs gemiſſemens , par la craintede
deshonorer le party qu'ils font profeſſion
deſuivre, mais la divine Re-
-ligion qu'ilsfuiventprevient en eux
les plaintes & les gemiſſemens par
lesSaintes pensées dont elle lesremplit.
Ils font tels au dedans d'euxmesmes
que les Stoiciens avoient
beaucoup de peine à paroiſtre au
dehors , tranquilles & vainqueurs
de la douleur qu'ils endurent. Ils
font ce que toute laPhilofophie ellemesme
ne sçauroit affez admirer
auſſiſenſibles que les autres hommes
àtoutes les miferes humaines , plus
Satisfaits au milieu des plus grandes
miferes , que s'ils estoient les plus
heureux des hommes.
Iln'ya rienoù la patience éclate
avec plus d'avantage , quedans
les injures. Un Stoicien offensé ne
confervoit un exterieur paisible
GALANT.
65
que parce qu'il s'élevoit ausfi- toft
dans fon coeur au deſſus de celuy qui
l'avoit offense , & quelquefois même
par un superbe jugement ofoit
le degrader de la qualité d'homme;
insulte qu'on faitsans danger àfon
ennemy , vangcance impuiſſante qui
ne laiſſe pas de conſoler l'orgueil.
Vn Chrestien se met dansson coeur
au deſſous de tous les hommes ,&
cependant il a au milieu des outrages
une heroïque tranquillité qui te
met au deſſus deſes ennemis. Innocent&
heureux artifice que lagrace
nous enseigne ! Sans prendre une
fierté mal fondée ,fans affecter une
fauſſe inſenſibilité , nous n'avons
qu'à nous humilier ſous lamain du
Createur pour estre Superieurs aux
creatures. Nous n'avons qu'àlaref.
pecter dans les instrumens qu'elle
-employe , pour estre à l'épreuve des
plus rudes coups que les hommes
66. MERCURE
puiſſent nousporter. Iln'y en a point
qui n'ayent affez de pouvoir pour
nous faire souffrir ; mais il n'y en a
point qui en ayent affez pour troubler
noftre repos. Lors que leurs bras font
tournezcontre nous , un bras plus
puiſſant qui les fait agir , ſe montre
auxyeux de nostre foy , tient nos douleurs
dans le respect , &reprime toute
l'agitation qu'elles produiroient
dans nostre ame. Les injustices que
nous avons à effuyernese preſentent
plus à nous comme des évenemens qui
partent de la méchanceté des hommes
;& qui doivent exciter en nous
de la haine & de l'indignation, nous
remontons plus haut , & d'une venë
plus éclairée nous découvrons que ces
mesmes évenemens nous viennent du
Ciel ,& comme de iuftes châtimens
quidemandent de lafoumiſſion , &
comme des ſuiets de merite qui demandent
des actions de graces...
GALANT.
67
Ce n'estoit pas ainsi qu'en jugeoient
la plupart des Philoſophes,
perfuadez que toutes chofes étoient
gouvernées par une fatalité aveugle,
immuable, neceſſaire, de laquelle
Partoient indifferemment & les
biens & les maux. Il est vray qu'ils
fefoumettoient à elle dans les malheurs
, & quelquefois avec affez de
resolution ;mais quelle estoit cette
efpece de patience ? Une patience
d'esclaves attachez à leur chaiſne ,
&fuiets à tous les caprices d'un
Maistre impitoyable; une patience
quin'estantfondée quefur l'inutilité
de la révolte , arreste durement
les mouvemens de l'ame , & au lieu
de la corſoler y laiſſe un chagrin
Sombre&farouche , en un mot , un
deſeſpoir un peu raisonné , plutost
qu'une vraye patience.
Graces à nostre auguste Religion ,
nous sçavons que nous ne dependons
L
f
68 MERC VRE
point d'un deſtin aveugle qui nous
emporte & nous entraiſne invinci
blement. Nos malheurs ne viennent
point de l'arrangement fortuit de
ce qui nous environne ; une Intelli.
gence eternelle , non moins puiſſante
quele paroiſſoit aux Philoſophes
leur fatalité imaginaire , mais de
plus souverainement ſage , preſide
àtout . Ce bras dont nous reſpectons
les coups , est un bras qui nous di-
Stribue les maux même ſelon nos be-
Soins&Selon nos forces , qui , àproprement
parler , ne nous envoye que
des biens ; c'est le bras d'un Pere ,
nous souffrons comme des enfans ,
Seurs de la bontéde celuy qui nous
fait souffrir , & non point comme
des esclaves aſſujettis à toutes les
Frigueurs les plus bizarres & les plus
cruelles: ce n'est point l'inutilité de
la revolte qui nous arreſte , c'en est
l'injustice ,& nostre patience est une
GALAN Τ . 69
veritable foûmiſſion d'esprit qui répand
dans le coeur une confolation
presque aussi douce , si je l'ofe le
dire , que la joüissance mesme du
bien.
Tels font les effets que produit
chez les Chreftiens le divin exemple
de la patience qui leur fut proposé ,
lors que le fuste , lefeul Fuste qui l'ait
jamais esté par luy- mesme,se vitfur
le point d'expier lespechez du Genre
humain . Abandonné de toute la Nature
, hormis de quelques Disciples
qui n'avoientplus que peu d'inſtans
à luy estre encore fidelles ,frapé de
l'affreuſe idée d'un ſupplice égale
ment honteux & cruel qui luy estoit
destiné , il s'adreſſe àfon Pere celefte.
Il luy demande que s'ileftpof
ſible les tourmens qu'il envisage luy
Joient épargnez , & un fouhait que
la grandeur de ſes tourmens déja
prefens àses yeux rendoit fi legiti
70 MERCURE
me , un souhait plus legitime encore
par l'innocence de celuy qui le faifoit
, un souhait où la moderation
éclate juſque dans les termes qui
l'expriment , est cependant reprimé
dans le même moment par uneſoûmiſſion
entiere , sans reserve aux
deffeins de Dieu . Que ta volonté
foit faite , dit Jesus- Christ à fon.
Pore , & quelle volonté ? Combien
Sçavoit - il qu'elle estoitſevere &rigoureuse
à son égard ! il ſe voyoit
livré à la Iustice irritée , il voyoit
la bonté entierement suspendue , ccpendant
pour fatisfaire aux devoirs
de l'obeiſſance d'un Fils , ilfoufcrit
àSa propre disgrace , &fon unique
Soulagement au milieu deſes douleurs
les plus vives,&de tourner les
yeuxfurla main dont il les reçoit .
Il foupira encoreſur la croix , il
Se plaignit d'avoireſté abandonné
defon Pere; mais il ne murmuroit
GALANT.
L
71
pas de cette extrême rigueur , ilnous
marquoit seulement combien il y
étoitfenfible. Les Philofophes pretëdoient
à une impaſſibilité , qui dans
l'état où nous sommes ne peut s'accorder
avec la nature humaine , &fe-
Sus- Christ ne voulut pas ioüir de celle
qu'il eust pûrecevoir de fa Divinité.
Ilfouffrit lesplus cruelsfupplices
pour laiſſer unexemple qui convint
à des hommes neceſſairement
Sujets à la douleur.Il prit toutenoftre
ſenſibilitépour nous porter avec plus
de force à l'Imitation de sa patience.
Inspireznous , Verbe incarné ,
cette heroique vertu si éloigné de la
corruption qui nous est devenuenaturelle
,&de la fauſſe perfection à
laquelle la Philosophie aspiroit.Daignez
nous inftruire dans la ſcience
de Souffrir , Science toute celeste ,
&qui n'appartient qu'à vos Dis.
72
MERCURE
ciples. Toutle cours de vostre vie
nous en donne d'admirables leçons ;
mais comment les mettre en pratique
fans lesecours de vostre grace?
C'est vous ſeulfur qui nous pouvons
prendre une veritable idée des vertus,
& c'est vous ſeul encore de qui
nous pouvons recevoir la force de les
Suivre, vous qui estes la raison &
la ſageſſe de vostre adorable Pere ,
devenez auſſi la nostre pour regler.
les emportemens aufquels la nature
s'abandonne dans les afflictions. Ne
permettez , Seigneur, à votreJusti
ce de les faire tombersurnous , que
quand vous aurez mis dans nostre
ame les diſpoſitions neceſſaires pour
enprofiter ,&nnee nous envoyez tous
les maux dont nous sommes dignes ,
qu'en nous donnant en mesmetemps
un courage vrayment Chrétien .
Depuis que les Prix onteſté
donnez ,
GALANT.
73
donnez , on a ſceu que les deux
Difcours qui ont concouru fur
cette meſme matiere , eſtoient ,
l'un de Monfieur l'Abbé Raguenet
, & l'autre de Monfieur
de Clerville. Ils meritent l'un
& l'autre de grandes loüanges ,
ayant écrit d'une maniere tresnoble
, & fait le portrait de la
Patience Chreftienne avecdes
traits vifs qui la font aimer.Le
ſujet que Meſſicuts de l'Academie
avoient donné pour le Prix
de Poësie , eſtoit l'éducation de
la Nobleffe dans les Ecoles des
Gentilshommes , & dans la
Maiſon de S. Cir. Vous ſeriez
contente de la maniere dont
Mademoiselle des Houlieres l'a
traité , quand meſme l'eſtime
que vous avez pour ſon nom ,
& l'intereſt que vous devez
prendre à tout ce qui fait hon-
Octobre 1687 . D
74 MERCURE
neur à voſtre Sexe ne vous
2
engageroient pas à lire cet Ouvrage
avec plaifir .
ODE
Sur le ſoin quele Roy prendde
l'éducation de la Nobleſſe .
T
Oy , par qui les Mortels rendent
leurs noms celebres ,
Toy , que j'invoque icy pour la premiere
fois ,
De mon efprit confus diſſipe les tenebres
,
Et foûtiens ma timide voix.
Le projet que je fais est hardy , je
l'avouë,
Il auroit effrayéle Pasteur de Man.
touë
Et i'en connois tout le danger.
Mars , Apollon ,pour toy fi ie Suis
inspirée ,
GALAN T.
75
Mes Vers pourront des fiens égaler
la durée;
Haftez - toy , viens m'encourager.
Dieu du jour , tu me dois le fecours
que j'implore ,
C'est ce Heros si grandfi craint dans
l'Univers ,
Le Protecteur des Airs , LOVIS que
l'on adore ,
Que ic veux chanter dans mes
Vers.
Depuis que chaque jour tu fors dis
Sein de l'onde ,
Tu n'as rien veu d'égal dans l'un
& l'autre monde ,
Ny fi digne du ſoin des Dieux. -
C'est peu pour en parler qu'un langage
ordinaire ,
6
Et pour le bien loüer , ce n'est point
affez faire ,
Dés que l'on pourra fairemieux.
D 2
76 MERCURE
IlSçait que triompher des erreurs&
des vices ,
Répandre la terreur du Gange aux
flotsglacez ,
Elever en tous lieux depompeuxEdi
fices
Pour un grand Royn'estpas asse.z.
Qu'ilfaut pourbien remplir cefacré
caractere,
Qu'au deſſein d'arracherSon Peuple
àlamisere ,
Cedent tous les autres proiets ,
Et que, quelque fierté que leTrône
demande ,
Il faut àtous momens quefa bonté
le rende
Le Pere de tous ſes Suiets.
Apeine a- t-il calme les troubles de
laTerre ,
GALANT. 77
Que cefageHeros confulte avec la
Paix ,
Les moyens d'effacer les horreurs de
la Guerre
Par de memorables bienfaits.
Ildérobe les coeurs de sa jeune Nobleffe
Aux funestes appas d'une indigne
moleffe ,
Compagne d'un trop long repos.
France ,quels foins pour toy prend
ton auguste Maistre !
Ils s'en vont pour jamais dans ton
Seinfaire naistre
Un nombre infiny de Heros.
Il établit pour eux des Ecolesſçavantes
Où l'on regle à lafois le courage &
les moeurs ,
D'où l'on les fait entrer dans ces routes
brillantes
D 3
78
MERCURE
Qui menent aux plus grands
honneurs .
On leur enfeigne l'art de forcer des
murailles ,
De bien affeoir un Camp , de gagner
des batailles ,
Et de défendre des remparts.
Dignes de commander au fortir de
l'enfance,
Ils verront la Victoire attachéeàla
France
Neſuivre que fes Etendars ?
Tel cet Estre infiny dont LOUIS
est l'Image,
Par lessecrets refforts d'un pouvoir
absolu ,
Des differens perils où la miſere engage
Sceut delivrerfont Peuple élû.
Long-temps dans un defertſous de
fidelles Guides
GALANT. 79
Il conduifit fes pas vers les Vertus
folides ,
Sources des grandes actions ,
Et quandil'eut acquis de porfattes
lumieres
Il luy fit fubjuger des nations entieres
,
Terreur des autres Nations.
Mais c'est peu pour LOVIS d'élever
dansſesPlaces
A
Les Filsde tant de vieux & fidelles
Guerriers,
Qui dans les champs de Mars, en
marchantfurſes traces ,
* Ont fait des moiſſons de lauriers.
Pour leurs Filles il montre autant
de prévoyance
Dans l'afileſacré qu'il donne à l'innocence
Contre tout ce qui la détruit ;
Et par les foins pieux d'une illuftre
Perſonne
D 4
80
MERCURE
Que le Sort outragea , que la Vertu
couronne
Vnfi beau defſein fut conduit.
Dans un fuperbe enclos où laſageſſe
habite,
Où l'on fuit des Vertus le sentier
épineux ,
D'un âge plein d'erreurs mon foible
Sexe évite
Les égaremens dangereux.
D'enfans infortunez cent Familles
chargées ,
Duſoin de les pourvoirse trouvent
Soulagées ,
QuelSecours contre unfort ingrat?
Par luy ce Heros paye en couronnant
leurs peines
Lefang dont leurs Ayeux ont épuisé
leurs veines
Pour la défenſe de l'Etat.
GALANT. 81
Ainsi dans les jardins l'on voit de
jeunes Plantes ,
Qu'on nepeut conſerver quepardes
Soinsdivers,
Vivre & croiſtre à l'abry des ardeurs
violentes
Et de la rigueur des Hyvers.
Par une habile mainfans ceffe cultivées,
Et d'une cau vive&pure au beſoin
abreuvées ,
Elles fleuriſſent dans leurs temps :
Tandis qu'à la mercy des ſaiſons
orageuses
Les autres au milieu des campagnes
pierreuſes
Seflétriſſent dés leur Printemps..
Mais quel brillant éclair vient de
fraper ma vevë !
D
82 MERCURE
Qui m'appelle ? qu'entens-ie ? &
qu'est- ce que ie voy ?
Mon coeur est transporté d'une ioge
inconnue
Quels font ces preſages pourmoy?
Ne m'annoncent - ils point que je
verray la cheute
Des celebres Rivaux avec qui je difpure
L'honneur de la lice où je cours ?
Que de gloire& quel prix ! fi le
Ciel me l'envoye
Le Portrait de LOVIS à mes regards
en proye
PRIERE POUR LE ROY
A
1
H ! Se gneur , pour LOVIS ne
nous alarme plus,
Content de nos foupirs n'en exige
point d'autres;
Mais pourquoy te laffer par desvoeux
fuperflus ?
Tes interests icy font joints avca les
noftres.
GALANT. 83
Que pour luy donc , Seigneur , ta
main daigne s'armer ;
Conferve- nous long-temps un ſi digne
Monarque ,
Tel que tu pris pour nous le ſoin de
le former ;
Qu'on le puiſſe toûjours reconnoistre
à tamarque ,
Soit qu'ilse faſſe craindre, ou qu'il
Sefaſſe aimer.
Je vous envoye une Chanfon
à deux couplets . Monfieur
Malo a fait les paroles du premier
, & celuy qui les a miſes
en air , a fait celles du ſecond,
auſquelles il a joint la diminution
, ce que vous n'avez point
encore veu dans aucun des
Airs nouveaux que je vous ay
envoyez . Il vous eſt aiſe de
voir par là que je vous parle de
cet illuftre Maiſtre en Muſique
D 6
84 MERCURE
1
dont le Public a veu tant de
beaux Ouvrages , & qui veut
bien prendre foin à l'avenir de
me fournir tous les mois des
Airs , ou de ſa compoſition , ou
de celle des plus habiles Muficiens
que nous ayons .
AIR NOUVEAU.
Eplaisirextremes
Eplaisir de vous voir est un
Mais il est dangereux de s'enlaiffer
charmer.
Vous sçavez trop vous faire aimer
,
Et vous ignorez comme on aime...
Je ſçay qu'en vous voyant on voit la
beauté mesme ,
Qu'un feulde vosregards suffit pour
enflamer ;
Mais quefert- il de vous aimer
Si vousignorez commeon aime ?
851
ine
,
un
OU
de
S
IBLIOTHEQUR
18
LYON
*1893
uis
qui
len
lu-
Out
ins
talus
de
ze
IItâ
talle , & depuis ce temps il a conferé avec les plus habiles
Rabins de l'Europe , pour
cher de s'éclaircir fur quelques
points qui luy faifoient peine,, & fur leſquels ſes propres lumieres
, quoy que tres - fortes
n'avoient pûle fatisfaire.Il pric
4
84
do
be
bi
m
Ai
de
fic
]
Et vous ignorez comme on aime.
Je ſçay qu'en vous voyant on voit la
beauté mesme ,
Qu'un feulde vosregardssuffit pour
enflamer;
Mais quefert- il de vous aimer
Si vousignorez comme on aime ?
১
GALANT. 85
Il s'eſt fait à Avignon une
Converfion remarquable d'un
Juif nommé Angelo Pace , ou
Mordacai Schalom , natif de
Sienne , & élevé à Piſe depuis.
l'âge de dix ans . Ses Parens qui
font gens riches n'ayant rien
voulu épargner pour ſon éducation
, avoient employé tout
ce qu'il y a de ſçavans Rabins
dans les Ecoles des Juifs d'Italie
, pour le rendre un des plus
doctes & des plus éclairez de
cette Religion . Il y a quatorze
ans ou environ qu'il quitta l'Italie
, & depuis ce temps il a
conferé avec les plus habiles
Rabins de l'Europe , pour tâ--
cher de s'éclaircir fur quelques
points qui luy faifoient peine ,,
& fur leſquels ſes propres lumieres
, quoy que tres - fortes
n'avoient pûle fatisfaire .Il pric
86 MERCURE
enfin le deſſein d'aller à Paris ,
&de traverſer toute la France ,
pour voir ſi quelqu'un luy donneroit
l'entier éclairciſſement
de ſes doutes , & ce fut dans
Avignon qu'il trouva le repos
d'eſprit qu'il ſouhaitoit. Il y vit
des perſonnes éclairées qui le
tirerent de ſes embarras , & le
convainquirent par raiſons &
par doctrine . Il les pria de le
preſenter à Monfieur l'Archevefque
, ne doutant pas qu'il
ne vouluſt bien prendre le ſoin
de le faire inſtruire , & de regler
la ceremonie de ſon Baptême.
Il avoit ſujet d'en juger
ainſi . Ce Prelat , qui eſt d'une
des plus illuftres Maiſons de
Ferrare , & qui vient des Comtes
de Montecatini , a toûjours
fait profeſſion de la pieté la plus
exemplaire. Il ſe voia àDieu
GALANT. 87
dés fon bas âge , & prit l'habit
de Chartreux dans la grande
Chartreuſe de Grenoble. Aprés
yavoir demeuré quelque temps
retiré du monde , fes rares qua
litez le rendant neceſſaire au
bien de tout l'Ordre , il fut
choiſi pour en remplir les places
les plus confiderables , &
particulierement celle de ProcureurGeneral
de tout l'Ordre .
En fuite il fut fait Archeveſque
d'Avignon , & quoy que fon
caractere le diſpenſe de l'aufterité
de la regle des Chartreux,
il n'a rien voulu en relâcher ,
& obferve dans toute fa rigueur
l'abſtinence perpetuelle des
viandes. Il eſt d'une profonde
capacité , & a des ſoins fi vigilans
pour tout fon Diocese ,
qu'on peut dire qu'il fait en
meſme temps l'office & d'Evê
88 MERCVRE
quuee & de Curé , voulant eſtre
appellé à tous les Malades de
la Ville , ſans meſme en excepter
les plus pauvres . Il les confole
, leurdonne ſa Benediction
Paftorale , & cette bonté luy
gagne les coeurs de tous les Peuples
. Ce digne Prelat n'eut pas
plûtoſt ſceu le deſſeinde celuy
dont je vous parle , que ravy de
voir de ſi belles diſpoſitios dans
un jeune homme de vingtquatre
ans , d'un eſprit ſublime
, d'un naturel fort doux , il
le mit entre les mains de Monfieur
Rouffet , Preſtre d'Avignon;
qui excelle enla connoif
fance de l'Hebreu & du Chaldéen
,& qui ſçait à fond les Ce--
remonies de L'Eglife , ſerefervant
de faire enſuite publiquement
celle du Baptefme dece
Neophite. Madame la Princeffe
GALAN Τ. 89
d'Harcourt qui eſt depuis quelque
temps en ce Pays -làdans le
Convent des Religieuſes du
premierMonaftere de la Viſitatation
, confentit à luy ſervir de
Marraine . Vous ſçavez , Madame
, que cette Princeſſe , mariée
à Monfieur le Prince
d'Harcourt de la Maiſon de
Lorraine , eſt de celle d'Ornano
la plus illuſtre d'Italie , & qui
deſcend dela Maiſon des Colomna
, où il y a eu Afcanio &
Jeroſme Colomna qui ont remply
ſi dignement leur rang
dans le SacréCollege des Cardinaux
, ainſi que pluſieurs autres
Cardinaux & Souverains Pontifes
de cette meſme Maiſon.En
814. du temps que Charlemagne
regnoit Hugues Colomna ,
à la perfuafion d'Eſtienne I V.
chaſſa les Sarrazins du Royau
१० MERCURE
me de Corſe , & y fut proclamé
Seigneur & Liberateur avec
titre de Comte Souverain . Ily
laiſſa un Fils qui ſe rendit fa- ,
meux dans la Guerre , & qui fut
orné des dépoüilles de l'Empire.
C'eſt de luy que la Maiſon
de Meſſieurs d'Ornano tire fon
origine,& que Madame la Princefled'Ornano
Comteſſe d'Harcourt
, eſt deſcenduë .
Le choix du Parrain fit naître
quelque embarras. On avoit
prié Monfieur le Vice - Legat
de le vouloir eſtre, mais il pouvoit
ſurvenir des difficultez
dans le temps de la ceremonie
du Baptefme entre ce Prélat , &
Monfieur l'Archeveſque d'Avignon
, qui ne ſe trouvent
preſque jamais en un meſme
lieu à cauſe de la préſeance.Le
Pere Louïs d'Amena, Religieux
:
4
GALANT. 91
de l'étroite Obſervance de S.
François , Auditeur de Monſieur
l'Archeveſque , & l'un
des plus ſçavans hommes de ce
Siecle , regla toutes chofes d'une
maniere ſi judicieuſe , qu'il
ne pouvoit eſtre fait aucun préjudice
aux pretentions de l'un
ny de l'autre. Ainfile 17.Aouſt
fut choisi pour eſtre le jour de
cette Ceremonie. Monfieur le
Vice- Legat qui s'eſt diſtingué
dans toutes les occaſions qui
s'en font offertes , voulut marquer
ſon vray caractere en celle-
cy , non ſeulement comme
Vicaire Apoftolique , Vicelegat,
Gouverneur , &Intendant
General en cet Etat pour Sa
Sainteté , mais encore comme
une perſonne qui s'eſt toûjours
foûtenuë par ſa qualité , & par
fon propre merite. Il ordonna
92
MERCURE
que l'Egliſe des Cordeliers ,
l'une des plus grandes & des
plus belles qui ſoient en France
, & que Monfieur l'Archeveſque
avoit choiſie pour y
baptifer ce Neophite , fuft toute
tenduë de ſes plus magnifiques
Tapiſſeries , & que l'on
paraſt ſomptueuſement l'Autel.
Il fit garder la place au devant
de cette Egliſe par trois Compagnies
de fon Infanterie , & la
porte par une autre de ſa Garde
Suiffe . Ce Prelat , qui s'ap .
pelle Balthasar Cenci , eſt un
des plus accomplis Prelats qui
fervent l'Eglife. Sa pieté , ſa
douceur , & fon fublime ſçavoir
le font admirer de tout le
monde . Sa naiſſance ne le rend
pas moins conſiderable . Il eſt
d'une Maiſon qui a donné plufieurs
Cardinaux au SacréCol
GALAN Τ .
93
lege , & dans laquelle le Pape
Ican X. creeé l'an 912. fait un
tres - bel ornement. Il eſtoitRomain
,&tint le Saint Siege feize
ans , pendant lesquels il
gouverna avec force . Il chaffa
les Sarrazins de l'Estat Ecclefiaftique
, & mourut l'an 928 .
aprés avoir couronné l'Empereur
Berenger. Honoré III . qui
fut creé Pape à Peruſe l'an 1216.
homme genereux ,pieux & fçavant,
gouverna & deffendit l'Egliſependant
plus dedix ans ,
dans le temps que les Sarrazins
l'attaquoient avec plus de
violence.Il couronna deux Empereurs,
& confirma les ordres
des quatre Mendians .
Le Dimanche 17. Aouft
eſtant arrivé , Monfieur l'Archeveſque
d'Avignon qui fait
toutes les fonctions de fon cara94
MERCURE
tere avec éclat , partit de ſon
Palais Archiepifcopal ſur les
quatre heures , accompagné de
Monfieur l'Abbé de Cabanes ,
Prevoſt de ſa Metropolitaine ,
& de tout ce qu'il y a de perſonnes
diftinguées dans ſon Clergé
qui eſt fort nombreux , & alla
aux Cordeliers . On l'y reveſtit
deſes habits Pontificaux , & a
prés qu'on eut chanté en Mufique
les Pfeaumes marquez dans
le Rituel pour ſervir de preparation
à cette Ceremonie , il
defcendit de ſon Trône pour
aller à la porte de l'Eglife , où
elledevoit être commencée. Il
y arriva en meſme temps que
s'y rendit Monfieur le Vice-
Legat , accompagné de fes Officiers
tant d'épée que de Robe
, & de toute la Nobleffe ,
precedé par fa Garde Suiffe , &
:
GALANT .
95
ſuivy par celle de ſes Gardes å
cheval , de Chevaux Legers ,
outre une vingtaine de Carroffes
, & douze Eſtafiers . Dans le
meſme temps parut Madame la
Princeſſe d'Harcourt en Chaiſe
, precedée de douze Valets
de Pieds . Elle estoit ſuivie de
dix ou douze Carroffes où
eſtoient les Dames les plus
qualifiées de la Ville. Monfieur
le Marquis de Brancas qui a
l'honneur d'appartenir à Madame
la Princeſſe d'Harcourt
fa Belle-fille , luy donna toûjours
la main , & Mesdames les
Marquiſes de Cereſte , de Rochefort
& de Brancas ,auſſi-bien
que Mademoiſelle de Brancas
l'accompagnerent. Toutes choſes
eſtant ainſi diſpoſées, Monfieur
l'Archeveſque commença
la ceremonie par les Exorcifmes
96 MERCURE
hors la porte de l'Egliſe où Monſieur
le Vice- Legat & Madame
la Princeſſe d'Harcourt luy preſenterent
le Neophite. Il eſtoit
veſtu tres - proprement d'une
moire de ſoye blanche , avec les
boutons & les agrémens de mefme.
Il avoit un Caſtor blanc , &
tout le reſte de l'aſſortiſſement
eſtoit de cette meſme couleur.
M.l'Archeveſque ayant demandé
au Parrain & à la Marraine
le nom qu'il vouloient qu'on
luydonna , aprés pluſieurs complimens
de part& d'autre , Madame
la Princeſſe d'Harcourt
pria M. le Vicelegat , qu'on le
nommaſt Balthafar Alfonſe . Le
premier de ces deux noms eſt
celuy de ce Prelat , & le ſecond ,
celuy de Monfieur le Prince
d'Harcourt , Fils de cette Princeſſe.
Après celaMonfieur l'Archeveſque
GALANT.
97
cheveſque nomma toûjours
celuy que l'on baptifoit Balthafar
- Alphonſe. Tant que dura la
Ceremonie , douze Valets de
Pied tinrent chacun un grand
flambeau de cire blanche allumé
, & plus de cent Muſiciens
avec des Violons , des Hautbois
, & pluſieurs autres Inſtrumens
, chanterent divers
Motets de la Compoſition de
Monfieur Petit , Maiſtre de
Chapelle de l'Eglife Metropo-
- litaine d'Avignon. Aprés le
-Baptefme on chanta un Te Deum,
& les Violons de la Ville mélez
avec ceux de Monfieur
Gautier , Maiſtre de l'Academie
Royale de Muſique établie
à Marseille , joüerent differentes
Pieces qui charmerent plus
de douze mille perſonnes qui
eſtoient preſentes . La Feſte fut
Octobre 1687 .
E
98 MERCURE
terminée par une ſalve de la
Mouſqueterie , & par la décharge
de vingt- quatre Boëtes
rangées dans la Place au devant
de l'Eglife , le long du Canal de
la Riviere de Sorgue.
Je m'acquitede ce queje vous
promis la derniere fois , touchant
les honneurs funebres
rendus dans la Ville d'Arles à
la memoire de Monfieur leDuc
de S. Aignan , & comme la Relation
en a eſté faite par Monſieur
Gifon , l'un des Academiciens
de l'Academie Royale
établie en cette Ville - là , &
qu'il ne doit pas eſtre permis
de faire des changemens dans
l'Ouvrage d'un homme de ce
caractere, je vous l'envoye telle
qu'elle m'a eſté donnée . En
voicy les termes .
DB
LIVILLE
NOA
DELU
VILLE
GALANT.
A Nobleſſe du fang
FOUR
LI
BIBLIC
fort élevez au deſſus du vulgaire
, on ne doit pas eſtre ſurpris
que l'Academie Royale
d'Arles , que Sa Majeſté a declaré
par ſes Patentes ne vouloir
eſtre compoſé que de Gentils .
hommes , par un privilege à
ce Corps d'une finguliere diftinction
, ſe ſoit toûjours extremementſignalée
dans toutes les
occafions outle devoir l'a engagée
de ſe montrer en public.
Elle le fit en dernier lieu ,
d'une maniere ſi éclatante pour
l'heureuſe convalefcence de Sa
Majesté , qu'outre l'avantage
qu'elle eut de gagner les devās
fur toutes lesCopagnies de certe
Province , qui ſe fignalerent
en cette occafion , elle aſſortie
E 2
100 円MERCURE
fibien fon deffein à la dignité
-du ſujet,qu'on demeura pleinement
convaincu que tout ce
que des Gens d'efprit & de qualité
veulent entreprendre , porte
un caractere bien diferent à
tout ce que les autres peuvent
imaginer. Les curieux pourront
en juger aujourd'huy par
la magnificence avec laquelle
Meſſieurs de l'Academie Royale
ont tâché de rendre leurs devoirs
funebres à la memoire de
Monfieur le Duc de S. Aignan
leur Protecteur. A peine eurent-
ils appris dans cette Compagnie
la nouvelle de ſamort ,
pardes Lettres qui furent écritesde
Paris à Monfieurle Marquis
de Robias - d'Eſtoublon , Secretaire
perpetuel , & à Mon.
fieur Giffon fon Subſtitut , Mr
jeMarquis de Chateau Renard
GALANT. 101
eur confrere , député de cette
Compagnie , & d'ailleurs treseftimé
& chery de ce Duc , que
l'Aſſemblée fut extraordinairement
convoquée , pour regler
tout ce qu'on auroit à faire en
cette occafion pour donner au
Public les marques les plus fenfibles
& les plus éclatantes de la
douleur de l'eſtime,de la gratitude,&
de la veneratio qui font
duës à la memoire de ce grand
homme . Aprés pluſieurs propoſitions
; il fut arreſté que l'on
iroit faire part à Monfieur l'Archeveſque
de la triſte nouvelle
que l'Academie venoit de recevoir
, & qu'on répondroit par
cette marque de reſpect , a toutes
les bontez dont ce digne
Prelat , auſſi -bien que Monfieur
ſon Coadjuteur , l'ont toûjours
honorée ; aprés quoy il fut re-
E 3
102 MERCURE
*
folu d'ordoner generalement
des Prieres & des Sacrifices
pour le repos de l'ameduDéfuntdans
toutes les Paroiffes &
Communautez Religieuſes de
laVille.Cependant Meſſieursles.
Recteur & Officiers de la Compagnie
des Penitens bleus , qui
fontde fondation Royale,pouffez
d'un zele & d'une honneſteté
toute particuliere, vinrent
offrir à Meſſieurs de l'Academie
leur Chapelle, leurs foins ,
& leurs ſervices pour la Ceremonie
funebre que l'on projettoit
d'une maniere ſi engageante
, qu'il auroit eſté bien difficile
de ne pas ſe prevaloir d'une
auſſi heureuſe diſpoſition , pour
aſſortir avec toute la magnificence
poſſible,les deſſeins qu'on
avoit formez pour honorer la
memoire d'un fi grand Prote
GALANT .
103
Aeur. Cette Chapelle ( c'eſt
ainſi qu'on appelle generalement
toutes les Egliſes où Mefſieurs
les Penitens s'aſſemblent)
eſt d'une propreté & d'une
ſtructurela plus reguliere que
l'on puiſſe voir. Elle est percée
au milieu de la voûte par un
grand Dôme , environné de
fenêtrages , qui repandent un
agreable jour dans tout le reſte
de la Nef. Cette diſpoſition du
lieu parut d'abord ſi favorable à
toutes les idées que l'on avoit
conceuës d'un magnifique
Mauſolée , que l'on détermina
de l'éleverjuſqu'au haut de ce
Dôme , pour luy donner un ordre
&une diſpoſition à laquelle
il puſt ſervir de couronnement .
On entre dans cette Egliſe par
une Antichapelle , qui s'étend
en un long Portique juſqu'à la
d
E 4
104 MERCUR 。
maiſtreſſe porte qui ab utit à la
ruë . Il ſeroit difficile de represē.
ter avec quel ſoins & qu'elle
diligence on entreprit de parer
cette Egliſe d'une tenture de
drap noir , depuis le haut de la
Nef juſques au bas , de meſme
que l'Antichapelle & le Portique.
Tous les bancs qui les environnent
en furent auſſi couverts
, de maniere qu'on ne
ſçauroit concevoir l'idée d'un
plus pompeux & plus lugubre
appareil , que celuyde ce lieu .
Mais comme on avoit refolu de
mettre en üſage tous les affortimens
qui pourroient en
augmenter la magnificence , on
fit appliquer contre cette Tapiſerie
noire de grands Squeletes
de reliefpeints en griffailles,
plantezſur des piedeſtaux proportionnez
à la hauteur des FiGALANT
. 10
20
gures qui estoient toutes de
differentes attitudes , rangées
autour de l'Egliſe à deux toiſes
&demie les vines des autres , &
foutenant chacune quelque
quartier de ſepulcre ſur la reſte
avec un bras élevé pour l'appuyer
, fur lequel on lifoit en
forme d'inſcription - quelques
paroles ou Sentences convenables
au fujetde cette Ceremonie.
Deux bandes de velours
noir s'étendoient au deſſus de
ces Coloffes , tout autour de
l'Eglife , de l'Antichapelle & du
Portique , ornées d'un double
rang de riſches Ecuffons de la
Maiſon de l'illustre Défunt , &
d'autres remplis de toutes ſes
Alliances , rangez alternativementavec
celuyde l'Ac.Royale
quieft chargé de deux Lauriers
verdoyans , plantez fur un tere
Es
106 MERCVRE
tre au naturel entre- laſſant
د
2
leurs branches , & furmontez
d'un Soleil rayonant , avec cette
Deviſe , foventur eodem. Dans la
feconde bande de velours on
avoit placé d'eſpace à autre
avec les armes de noſtre illuftre
Protecteur , des teſtes de mort
couronnées à la ducale , des
Deviſes & des Emblèmes avec
des Oſſemens paſſez en fautoir,
entremêlez de tous les ſymboles
les plus convenables à la
grandeur de ce Heros. Le reſte
paroiſſoit parfemé d'une infinité
de larmes d'argent d'une
diſpoſition tres - recherchée , &
d'un effet admirable .On voyoit
enfuite tout autour de la Tapiſſerie
une tres -grande quantité
de belle Deviſes , d'Emblemes
, & de Hierogliphes , que
l'on avoit diſpoſées à pouvoir
GALAN Τ .
107
du
être lûës & admirées ſans peine
de tous les Curieux & les Sçavans
. Le Portrait au naturel de
Monfieur le Duc de S. Aignan ,
qui eſt un chef- d'oeuvre de la
plus ſçavante Peinture , & un
glorieux preſent dont Monfieur
Giffon , de l'Academie Royale,
ſe vit honoré à Paris des propres
mains de ce Duc , fut expoſe au
milieu de l'Egliſe , àl'opoſite
Bureau que l'on avoit deſtiné
pour la Sceance de Meſſieurs
de l'Academie . Sa riche bordure
dorée , couvertes d'un creſpe
noir tout pliffé & pratiqué par
les bouts en feſtons , ſembloit
eſtre ſoutenue dans ſes quatre
coins, par quatre petits Amours
pleurans qui enviſageoient le
Mausolée , & embraſſoient une
Urne fumante . Vis- à - vis de ce
Portrait , on voyoit parmy les
E 6
108 MERCURE
par
Emblèmes & les Deviſes qu'on
y avoit placées , un grand Tableau
auſſi environné d'un crêpe
pliſſé en bordure , reprefentant
l'Academie Royale
des Figures , des Hierogliphes,
& des ſymboles tres - curieux
& tres - recherchez , par un affemblage
de Vers retrogrades ,
&de tant de differentes beautez
, qu'il ſemble que cet Ouvrage
, que le Pere Hyacinte
Recolet a dedié à l'Academie ,
eſt le dernier effort de l'eſprit
humain . Il y a diſpoſé les Armes
de chaque Academicien ,
avec une Deviſe tirée des Pieces
qui les compoſent , au haut
deſquelles celles de Monfieur
le Duc de S. Aignan ſont ſupportées
par Mars & par Minerve
, qui femblent vouloir
les apprendre au Temple de la
GALANT.
109
Gloire , qu'on y voit reprefenté
d'un deſſein & d'un pinceau
tres-delicat .
Comme je me ſuis propoſé
de donner une idée generalede
la diſpoſition du lieu avantque
de venir au détail des autres
aſſortimens de cette pompe ,
je vous diray que les troisgrandes
Portes par où il falloit paffer
avant que d'entrer à l'Egliſe
, avoient chacune leurs Ornemens
particuliers . Celle de
la ruë eſtoit garnie d'un drap
noir , qui formoit tres regulierement
toutes les beautez de
fon Architecture . Son fronton
& fon couronnement eſtoient
ſoûtenus à la place des Pilaſtres
par deux gros Coloſſes ou Squeletes
deſſechez , portant fur la
teſte des baſes de colomnes briſées
, fur lesquelles on avoit
110 MERCURE
écrit ceVers Latin en gros caractere.
Ultima tela necis Heroum gloria
vincit.
Les Armes de Monfieur le Duc
de Saint Aignan dans un grand
ovale , ornées du Manteau Ducal
& des Ordres du Roy , &
environnées d'un grand crefpe,
eſtoient placées au haut de la
porte , fur un tapis de velours
noir , tout parfemé de chiffres
de fon nom & de larmes d'argent.
De cette porte on arrivoit
par un long Portique tout
drapé de noir , & enrichy d'Ecuſſons
, à celle de l'Antichapelle
, qui estoit à peu prés de
la meſme parure&de la même
diſpoſition ; la veuë de l'une &
de l'autre eſt terminée par un
Autel qu'on avoit couvert d'un
grand velours noir traverſé
GALANT. JIL
d'une croix de ſatin blanc, cantonnée
de quatre Ecuffons de
Monfieur le Duc Protecteur.
On avoit mis fix gros chandeliers
d'argent fur l'Autel , garnis
de flambeaux , & ornez d'Ecuffons
. A la droite de l'Antichapelle
, on voyoit la porte de
l'Egliſe toute reveſtuë d'un
drap noir comme les autres ,
mais beaucoup mieux ornée
par des lez de velours , étendus
à l'endroit des Pilaſtres
ſur leſquels on avoit appliqué
deux grands Squeletes ſupportant
des bazes où on liſoit cet
autre Vers ,
५
Vivitur ingenio , cetera mortis
erunt.
Le grand Tableau du ſymbole
de l'Academie , que nous avons
déja deſigné , eſtoit fur le haut
de cette porte , avec un grand
112 MERCURE
creſpe noir qui en couvroit la
bordure dorée , & trois Ecuffons
du défunt Protecteur
eſtoient rangez prés de ce Tableau
; deux à coſté , & l'autre
au deſſus . Deux grands bras
d'ébene ſupportant de gros
flambeaux , estoient aux deux
extremitez de cette porte , de
laquelle on découvroit à plein
tous les aſſortimens de l'Eglise
où le Service devoit eſtre fait ,
& l'Eloge funebre prononcé ,
& au milieu de laquelle on
avoit dreſſe le ſuperbe Maufoléedontje
vous ay parlé,& dont
je me ſuis refervé de vous faire
icy une deſcription feparée du
refte.
Il eſtoit élevé ſous le Dôme
de l'Egliſe ſur un carré en theatre,
de trois toiſes delongueur ,
& d'une & demie de hauteur ,
qui formoit une eſtrade élevée
GALANT . 113
fur quatre degrez , le tout
tendu d'an drap noir traînant
; la figure eſtoit carrée
& d'un double rang de colomnes
torſes . Quatre grandes
portes ornées de toutes
les beautez de l'Architecture
foûtenoient au deſſus de leur
friſe une voûte en Imperiale,
qui terminoit en pointe de
Diamant par un Piramidion ,,
fur lequel on voyoit en relief
un Genie ou Amour éploré ,
qui portoit fur ſa teſte une
urne brûlante à l'antique , &I
dans l'une de ſes mains un
Vaſe lacrimatoire,&un phare
allumé . Aux deux coſtez
des portes de ce Mausolée ,
y avoit à la place des pilaſtres
quatre grandes Figures de re
lief foutenuës fur des piedeſtaux
proportionez à leurhau.
114 MERCURE
teur au delà de nature, fur la
baſe deſquels on avoit gravé
en lettres d'or quatre Epitaphes
pour Monfieur le Duc
de S. Aignan , en quatre Langues
differentes qu'il entendoit
& parloit parfaitenient.
Ces Figures eſtoient comme
- quatre Veſtales pleurantes
ſous des habits Ingubres , tenant
d'une main unmouchoir
devant les yeux , && de l'autre
une Torche ou Flambeau
Mortuaire. On pretendoit
par là faire connoiſtre le
deüil & la triſteſſe des quatre
principales Academies
de France , qui ont paru fi
cheres à cet illuſtre Duc , &
qui avoient lieu de le regar .
der , ou comme Membre ,
ou comme Amy , ou comme
Protecteur & Chef de leurs
GALANT. 115
ou
Corps , telles que celles de
Paris , d'Arles , de Soiffons ,
& d'Angers ; quoy que peu
de perſonnes ignorent le
rang qu'il s'eſtoit acquis dans
toutes celles de l'Europe , &
fur tout en Italie , & en Angleterre
. Ces meſmes Figures
avoient auſſi rapport aux
quatre principaux Emplois ,
Titres éminens qu'il a
poſſedez dans le monde ; ſçavoir
de Duc & Pair de France
, de premier Gentilhomme
de la Chambre du Roy , de
Chevalier de ſes Ordres , &
d'Academicien & Protecteur
parfait ; c'est- à -dire , quela
Nobleſſe , la Valeur , l'Honneur
& les Lettres avoient
également contribué à le
faire devenir l'admiration
des Braves , le modele des
116 MERCURE
د on
Courtisans , le charme des
Spirituels , & l'Amour des
Sçavans de fon Siecle.
Sous cette Chapelle ardente ,
& fur cette Eſtrade
voyoit la Repreſentation
Mortuaire couverte d'un
grand Poëlede Velours noir
traverſé d'une large Croix
de moire d'argent , & orné
de quatre Ecuffons aux Armes
& aux Alliances du
Défunt. Une grande Couronne
Ducale de vermeil ,
voilée d'un crepe noir , eſtoit
poſée ſur un Carreau de Velours
noir houppé d'or , au
pied de ce Tombeau , avec
tous les autres ſymboles convenables
à ſes emplois & à
ſes Charges .La premiere face
de ce Mausolée eſtoit enrichie
de quantité de TroGALAN
Τ . 117
د
د
,
-phées qui environnoient le
grand Ecuffon de ſes Armes ,
à ſeize quartiers de ſes Alliances
, dont les principales
font , Huffon , Clermont
Poitiers , Babou , Gaudin ,
Robertet , Gaillard , Longieumeau
, la Grange , la
Marche Rochechoüard
Autri , Crenant , Brigüeil ,
la Jaille , Halluin , Crevecoeur
, &c . & fur le tout ,
facé d'argent & de Sinople à
fix Merletes de fable fur l'argent
, 3. 2. & 1. qui eſt de
Beauvilliers . La ſeconde face
eſtoit ornée de la Médaille
en Camayeu de cet illuſtre
Duc , avec quelques Deviſes
fur ſa Charge de Premier
Gentilhomme de la Chambre
du Roy. Ie vais vous les
rapporter icy , quoy que
18 MERCURE
pour éviter la longueur je
laiſſe la pluſpart des autres ,
dont beaucoup ayant été faites
par Mr. le Marquis de Robias
, par Mr le Marquis d'Eſtoublon
fon Fils , & par M.
l'Abbé Fleche de l'Academie
Royale font d'une beauté
, d'une recherche & d'une
regularité preſque inimitables
. Dans l'une de ſes Deviſes
paroiſſoitla belle Etoile
aux premiers rayons du Soleil
levantavec ce mot , Afon
Lever.
د
La meſme Etoile aux га-
yons du Soleil couchant faifoit
le Corps de la ſeconde
Deviſe , avec ces mots, Afon
Coucher.
La troifiéme reprefentoit
la Planette de Iupiter
avec les quatre petites Etoi .
GALANT.
119
د
les , qu'on appelleles Satellites
& ces paroles pour
ame , Ces quatre ne le quitent
point, ce qui faisoit alluſion à
l'employ des quatre Gentilshommes
de la Chambre . On
repreſentoit auſſi la pleine Lune
, avec ces mots ; C'est des
Quartiersle plus brillant , pour
faire comprendre que lors
queMonfieur le Duc de Saint
Aignan eſtoit en Quartier ,
toutes les Feſtes de la Cour
en paroiffoient& plus galantes
,&plus ſpirituelles . Sur la
troiſième face du Mauſolée
On voyoit les Armoiries de
ce meſme Duc fans écartelure
, avec le grand Manteau
Ducal & le Collier des Ordres
du Roy , dans des Couronnes
de Laurier , de Gramen;
de Chefne, Murales, &
110 MERCURE
Valleres . On y avoit marqué
en des Ovales qui bordoient
ces Ecuffons , les Profils en
Camayeu de differentes couleurs
, avec les noms fameux
de Vaudevranches , de Dole,
de Corbie , de Landrecy ,
d'Eymeries , de Barlemont ,
de Maubeuge , de Chinay ,
d'Yvoy , de Gravelines , de
Coſme , de Sink , de Sainte
Menehoud , de Steimbrun ,
de Chaſteau - porcien ,
Montmedy , & autres Places
qui ont ſervy de Theatre à
la valeur & à la gloire de
noftre Heros , & chaque action
où il s'eſt ſignalé avoit
donné lieu à de tres belles
Deviſes , qui mettoient fa
bravoure & fon courage dans
leur plus beau jour. La quatrième
face de ce Mausolée
de
eftoit
GALANT . 121
د
eſtoit enrichie d'un tres-beau
Cartouche , où l'on avoit dépeint
la Deviſe de l'Academie
Royale . Ce Cartouche
eſtoit rehauffé d'or & d'argent
environné du ſymbole
de toutes les Academies
Etrangeres , avec leſquelles
cet illuftreDuc étoit en commerce
d'efprit & d'amitié ;
comme ſi elles venoient faire
fumer leur encens au pied de
ſon tombeau .
Celle des Intronati de Sieune
, qui eſt la plus ancienne
que nous connoiſſions , eſtoit
repreſentée par ſon ſymbole,
qui eſt une Calebaſſe remplie
de Sel , avec ce mot. Meliora
latent.
Celle des Humoristes de
Rome , a une pluye formée
des vapeurs qui s'élevent de
Octobre 1687 . F
122
MERCURE
la Mer , & le mot, Redit agminedulci.
Les Gelati de Bologne , marquent
des arbres dépoüillez
de verdure durant l'Hyver ,
avec ce mot , Nec longum tempus.
Celle des Nascosti de Milan
eſt figurée par un Soleil
dans les broüillards,& ce mot,
Necdiu.
La Crufca de Florence , à
un Bluteau à paſſer la Farine,
avec ces mots , Ilpiu bel for ne
coglie. ة
}
Les obfcurs de Luques repreſentez
par un tas de charbons,
& ce mot , Coruscant accenfi.
→ Les Ardents de Naples , par
un Autel antique , avec la
Victime & le feu ; le mot eſt,
Non aliunde.
Les Adormentati de Genes
GALANT.
123
ont un Réveil , & ce mot ,
Sopitos fufcitat.
La Fuscina de Meſſine ,
une Forge & fon enclume ,
& ces mots , Formas vertit in
omnes,
Les Olympiques de Vicence,
le Cirque accompagné de ce
mot, Hocopus,hic labor.
Les Immobiles d'Alexandrie,
le Globe de la Terre avec ce
mot , Immota , nec iners.
On voyoit au bas de cette
face un grand Ovale ou l'Obelifque
& la Venus d'Arles
eſtoient repreſentées comme
des pieces conſiderables qui
ont donné lieu à cet illuftre
Protecteur de faire valoir auprés
de Sa Majesté , & la fidelité
de noſtre Ville , & le
zelede fon Academie Roya-
F20
124 MERCVRE
le. Ily avoit au bas de la Tapiſſerie
du Mauſolée , une
ceinture de velours noir
د
chargée des Armes de M. de
S.Aignan du ſymbole de l'Academie
Royale , & de quantité
de Deviſes hiſtoriques de
ſa vie alternativement rangées.
On y voyoit repreſenté
un grand Miroir avec ce
mot d'Horace , Quid deceat,
quid non.
Un Aigle ayant les yeux
attachez fur le Soleil , avec
ces mots Eſpagnols , A. tan
puros esplenderes, >
Par de fi purs rayons qui ne
feroit touche ?
Ce qui exprimoit fon zele
& fon attachement pour le
Roy.
Un Cadran au Soleil avec
ce mot d'Horace. Certa fides .
GALANT.
125
Toûjours à ſon devoir égalelement
fidelle.
Deux grands Palmiers pan.
chez l'un vers l'autre , quoy
que ſeparez par un bras de
Mer , avec ces mots , Poco
pueden las distancias,
50
Dans leur éloignement de coeur
ilsfont unis ,
pour marquer l'Alliance des
deux Academies, la Françoiſe
&la Royale d'Arles , contratée
par les ſoins de ce Duc.
Vn grand Cheſne dont le
tronc eft entr'ouvert , & fes
branches droite & fortes avec
ce mot , Vecchiaya virtuo.
Sa vigorofa . L'Academie
Royale avoit fait cette Deviſe
, pour ſignifier la belle
vieilleſſe de ſon illustre Protecteur.
Vnemain, ou dextrochere,
F 3
126 MERCURE
empoignant fortement une
épée ,& laiſſant tomber en
mefme temps une quantité
d'eſpeces ou pieces d'or, avec
ce Vers tiré des Poëfies du
Taffe ,
S'astringe alferro , &fi dilata
al oro
On avoit auſſi peint ſur ce
qui reſtoit de vuide dans les
quatre faces du Moufolée les
Deviſes que ce Duc avoit
portées & inventées en diverſes
Feſtes de la Cour.
Au grand Carroufel de
1662. il fit voir que les plus
adroits ne gagnoient jamais
rien avec luy , puis qu'il leur
enlevoit preſque toûjours le
prix; il portoit pour Deviſe
uu Laurier , qui eſt l'arbre
conſacre au Soleil , avce ce
mot, Sol.
GALANT.
127
Au fameux Carroufel de
la Quadrille des Romains ,
dans lequel le Roy qui en
eſtoit le Chef portoit un Soleil
pour ſa Deviſe,M. le Duc
de S. Aignan fit admirer ſon
adreſſe, de meſine qu'aux Feſtes
de Verſailles en l'année
1664. où il prit pour Devife
un Timbre d'Horloge , avec
ces mots Eſpagnols , De mis
golpes mi ruido.
Il fut fait Maréchal du
Camp de ſes Courſes, & il y
remporta le prix contre feu
M. le Marquis de Soyecour.
Il en difputa un autre avec.
Sa Majesté , & s'eſtima le plus
heureux des hommes , de
n'avoir pû eſtre vaincu que
par le plus grand Roy de la
Terre. Il fut l'ame des deux
derniers Carrouſels, par l'or
F4
128 MERCURE
donnance , & le deſſein qu'il
en fit ; il en fut auſſi le Maréchal
& le Juge , & dans
cette premiere, qualité il
porta pour Deviſe un gros
Diamant taillé à facetes ,avec
ces mots , Da ogni parte fiammeggia
, & pour afſortir l'autre
, on fit de tres beaux Vers
en fa faveur , qui peignoient
parfaitement bien le caractere
de ſa vie & de ſes qualitez
éminentes.
L'Academie Royale pour
marquer la peine qu'elle aura
à ſe conſoler de la perte d'un
findigne Protecteur , avoit
peint un grand Palmier , qui
met un tres - long temps à venir
& à porter ſon fruit , avec
ces mots , Post facula crefcit.
GALANT.
129
Le Ciel dans ceHeros tantdevertus
aſſemble , -1
Qu'on peut dire de luy comme
on dit du Palmier,
Il faut un siecle tout entier
Pour en faire un qui luy ref-
Semble
Enfin , pour ſignifier le
deüil des deux Academies ,
on avoit repreſenté une Foreft
de Lauriers , parmy lefquels
il y en avoit unqui paroiffoit
fec & abattu , furmontez
d'un Soleil rayonnant
, auquel ils adreſſfoient
ces paroles.
-Vivereni jabeas,fraternâ morte
perimus .
Sans le Soleilqu'ilnousfautfuivre
Luy, de qui dépend noſtrefort ,
Nous cefferons bien- toft de vivre ,
Carcommentſurvivre à ſamort ?
F
230
MERCURE
Il y avoit autour de ce
Mauſolée quarante gros flambeaux
pour aſſortir le nombre
de Meſſieurs de l'Academie
Françoiſe dont Monfieur le
Duc de S. Aignan eſtoit un
illuftre membre, & trente autres
fur le tour de la premiere
marche , qui portoient les
Ecuſſons des trente Academiciens
de l' Academie
Royale . Les autres marches
-de l'Estrade estoient chargéesd'une
infinité de Chandeliers
d'argent , garnis de
groffes bougies , & tout le
reſte du Mausolée estoit éclairé
d'un bout à l'autre
d'une maniere ſi bienentenduë
, qu'on ne sçauroit ſe repreſenter
la magnificence de
et appareil , à moins que de
l'avoir vû. Le grand Autel
GALANT.
131
* eſtoit voilé d'un velours noir
traverſé d'une large croixde
fatin blanc. On avoit placé
au milieu le grand Crucifix
d'argent qui ſert d'étendard
aux Proceſſions folemnelles
que font Meſſieurs les Penitens;
une tres-grande quan -
tité de Plaques d'argent en
augmentoient la parure de
chaque coſté. Il y avoit fix
gros Chandeliers auſſi d'argent
ſur l'Autel,avec fix flam.
beaux chargez d'autant d'Ecuſſons
du Défunt, & l'on
avoit poſté ſur les deux Credencesquifont
aux coſtez de
l'Autel,deux Anges derelief,
habillez enDalmatique, dont
l'un tenoit d'une main une
épée flamboyante ,&de l'autre
une couronne de Laurier
entremêlée d'étoiles d'or,
F6
132
MERCURE
avec ces mots tirez de l'Hiſtoire
des Rois. Pro Domino ,
Deo Exercituum. Le fecond
tenoit d'une main un Livre
ouvert , dans lequel on liſoit
ces paroles du meſme Livre
des Rois , Deus fcientiarum
Dominus eft, & de l'autre main
il tenoit une couronne de
Laurier , auſſi parfeméed'étoiles
, au bas de laquelle on
avoit écrit en Lettres d'or
le mot de l'Academie Francoife
,A L'IMMORTALITE .
On avoit diſpoſé du coſtéde
l'Autel une grande Table
couverte d'un tapis de velours
noir houppe & frangé
d'argent , & fur cette Table
eſtoient tous les aſſortimens
neceſſaires aux Offrandes ,
Abſolutions , Encenſemens ,
& Afperfions qui devoient
GALANT.
133
eftre faites en cette Ceremo
nie.
... Le jour en avoit eſté arrêté
au Mercredy 20. du mois
d'Aouſt , & dés le foir precedent
, elle fut annoncée par
le fon de toutes les Cloches
de l'Eglife Cathedrale , qui
fonnerent à volée pendant
une partie de la nuit,& tout
le lendemain matin , jufqu'aprés
le Service achevé. Cependant
ce meſme jour Meſ.
fieurs les Penitens bleus , qui
vouloient ſignaler enleur particulier
leur zele par leurs
prierės autant que par leurs
foins , allerent dés le grand
matin chanter l'Office des
Morts dans cette Chapelle
pour le repos de l'ame de M.
fe Ducde SaintAignan,& fur
les huit heures Meſſieurs de
4
134
MERCURE
l'Academie Royale , tous en
habit de deüil , s'y rendirent
enſemble , avec des témoignages
ſenſibles de la douleur
dont ils eſtoient penetrez.
Ils firent inviterà cette
Ceremonie lugubre Meſſieurs
les Confuls, qui s'y rendirent
auſſi en habit noir, & en chaperon
, accompagnez d'une
foule de Nobleffe , & aprés
qu'on les eut poſtez dans la
place d'honneur à coſté du
Maufolée , Meſſicurs de l'Academie
ſe rangerent de l'autre
à leur oppoſite , les uns &
les autres dans desbands faits
en Prié - Dieu , garnis d'un
drap noir trainant , & couverts
par deſſus d'un grand
velours noir , avec des car
reaux de meſme. On avoit
rangé la Muſique au fond
GALANT.
135
de l'Eglife , dans une Tribune
vis à-vis de l'Autel , d'où
elle eſtoit entenduë fans trouble
& fans embarras , en une
occafion où l'affluence du
monde ſembloit devoir faire
craindre un fort granddefor
dre. Ce fut Monfieur l'Abbé
de Quiqueran qui fit le Service.
Il eut pour ſes Aſſiſtans
pluſieurs autres Abbé de qualité
, qui firent paroiſtre de
l'empreſſement à rechercher
cet employ.Meſſieurs les Confuls
ſe prefenterent à l'Offrande,&
aprés eux M.le Chevalier
de Romieu,Directeur, &
M.ie Marquis deRobias d'Eſtoublon
, Secretaire de la
Compagnie,qui aſignalé éga
lementen cette occafion fon
grand coeur , fon efprit & fon
zele,pourhonorer lamemoi
L
136 MERCURE
rede ceProtecteur . La Meſſe
eſtant achevée , M. l'Abbé
Officiant , & ſes Aſſiſtans en
chape , vinrent faire les Prieres
, Encenfemens , & Abfolutions
accoûtumées autour
de la Repreſentation , avec
des ceremonies proportionnées
au rang du Défunt , &
pendant ce temps , la Mufique&
les Inftrumens ne cefferent
de faire retentir les
Airs les plus lugubres. Aprés
les dernieres Afperfions qui
furent faites enfuite parMrs'
les Confuls & par tous les
Academiciens, la Compagnie
ſe retira ; pour revenir au
meſme endroit ſur les quatre
heures , pour entendre
F'Eloge funebre, qui devoit
achever la. Ceremonie.
L'employ de ce Difcours a
GALANT.
137
voit eſté donné à Monfieur
de Manville , Avocat General
au Prefidial de cette Ville ,
parfait Academicien , & doüé
d'une éloquence , d'une grace
& d'une force d'eſprit prefque
inimitable. Auſſi fa reputation
attira une ſi grande
foule de Sçavans & de Curieux
; auffi bien que de Dames
les plus qualifiées de la
Ville,que quelque foin qu'on
euſt pris pour éviter l'affluen .
ce , elle y fut auſſi extraordinaire
, que le plaiſir qu'on ſe
propoſoit à entendre un ſi
agreable Orateur , parut un
moyen aſſuré pour faire ſupporter
fans peine les incommoditez
de la chaleur , & de
la foule. Cette prevention en
faveur de M. de Manville ne
fut pas la ſeule cauſe de ce
138 MERCURE
grand concours . On ſçavoit
que l'ouverture de cette
Seance devoit eſtre faite par
Monfieur le Chevalier de
Romieu . Directeur de l'Academie.
C'eſt un Gentilhomme
d'un gouſt auſſi delicat
que l'on en puiſſe trouver
pour les Ouvrages d'eſprit ,
& qui avec la juſteſſe de ſon
difcernement , a une maniere
de parler en public qui
porte le caractere d'un homme
de qualité , & celuy d'un
parfait Orateur. Dés que
Meſſieurs les Conſuls furent
placez dans des fauteüils
revêtus de deüil , à l'oppofite
du Bureau de l'Academie
, couvert d'un grand tapis
de drap noir , au milieu
duquel on avoitmis un grand
fauteüil , &deux autres aux
GALANT. 139
deux coſtez reveſtus de même
, l'un pour Monfieur le
Marquis de Robias -d'Eſtoublon
, Secretaire , & l'autre ,
pour Monfieurde Manville ,
& que les autres Academiciens
ſe furent rangez de
chaque coſté ſur de ſemblables
fauteüils , Monfieur le
Chevalier de Romieu commença
fon Diſcours,& le finit
avec toute l'approbation qu'il
pouvoit attendre d'un Auditoire
auſſi éclairé , & auſsi équitable
que celuy- là. Cefur
un ingenieux racourcy des
motifs qu'avoit l'Academie
d'honorer en ce jour la memoire
de Monfieur le Duc de
S. Aignan ſon Protecteur,& il
déſigna avectant d'adreſſe les
plus beaux endroits de ſa vie,
que fonElogeauroitparu par140
MERCURE
faitement afforty , s'il n'euſt
voulu procurer à la Compagnie
le plaiſir de le faire entendre
avec plus d'étenduë
de labouche de Monfieur de
Manville , à qui il s'adreſſa
pour le ſupplier de leprononcer.
L'attention de tout l'Auditoire
fut fi grande dés la premiere
ouverture qu'il en fit ,
qu'on demeura également
ſuſpendu par le recitdes merveilles
de noſtre Heros,& par
la force des expreſſions avec
leſquelles Mrde Manvilleles
dépeignit. Auſſi receut - il
tous les applaudiſſemens qui
eſtoient deus à la delicateſſe
de fon genie , & à ſon éloquence.
Voilà , Madame , ce que
Monfieur Giffon a écrit de
cette lugubre Ceremonie , à
GALANT.
141
laquelleje n'ay rien àajoûter,
finon que pendant que Monſieur
de Manville prononçoit
l'Eloge de Monfieur le Ducde
Saint Aignan , il s'éleva tout
à coup un orage , ou plûtoft
un combat ſi impetueux de
tous les vents , que les Baſtimens
en parurent ébranlez .
L'air en fut tout obfcurcy , &
en meſme temps le Tonnerre
entrant à la veuë de tout ce
monde aſſemblé , par une feneſtre
qu'on avoit laiſſée ouverte
au haut du Dôme à
cauſe de la chaleur , traverſa
l'Egliſe pour aller fraper un
jeune hommede vingt-trois
ans , par une autre feneftre
qui eſtoit à coſté de la Tribune
où l'on avoit placé la
Muſique. Vous pouvez juger
quel trouble cauſa dans
142
MERCVRE
tout l'Auditoire une mort fi
ſurprenante. Les Payens qui
n'élevoient leurs Heros dans
les Cieux qu'a travers les éclairs
, & les Tonnerres , n'auroient
pas manqué de pren.
dre un accident de cette nature
dans une ſemblable ос-
cafion , pour un indice aſſuré
de l'Apotheoſe qu'ils auproient
pretendu faire , mais
la ſuperſtition ne s'accorde
-point avec le Chriſtianiſme ,
-& nous ſommes convaincus
que l'on ne peut arriver au
Ciel que par les routes de la
pieté & de la vertu. Ce font
celles que Monfieur le Duc
de S. Aignan a toûjours ſui-
-vies, ayant donné juſqu'à fon
dernier moment des marques
-édifiantes d'une parfaite refignationaux
ordres deDieu.
:
GALANT.
143
C'eſt ce qui a donné lieu à
Madame de Saliez , Viguiere
d'Albi , de faire ce Madrigal
fur fa mort.
Du brave S. Aignan ne pleurez
plus lefort ,
Muses, ceDucsans vous rendSa
gloire immortelle ;
Maisvous,qui connoiſſez&Savie
&Sa more ,
Dites- nousſeulement laquelle est
la plus belle.
Mie Marquis de Robias ,
dont vous venez d'entendre
parler dans cette Relation ,
a fait fur ce meſme ſujet les
Vers que vous allez lire .
Tout le Parnaffe est invité
Ala tristefolemnité
Que feront àce Duc les Filles de
Memoire ,
Apollony preſidera ,
Etc'estau Temple de laGloire
Que le Service s'enfera.
2
144
MERCVRE
Voicy une Epitaphe pour
ce Duc , faite par Mademoiſelle
de Chance.
ز Sous ceſuperbe Monument
Repoſe de la Cour un illustre ornement
Ce Heros est mort pleindegloire.
Ilfut Protecteur des beauxArts,
Et joignit au mestier deMars
Celuy de FillesdeMemoire.
CegrandHommepouvoit mourir,
MaisSonnom ne pouvoitperir.
Mrs de l'Academie Royale
d'Arles eurent à peine achevé
de rendre ces dévoirs
funebres à ce Duc , que pour
fatisfaire à leur inclination
&à leurs Statuts , ils ſe virent
obligez de faire un autre
Service folemnel pour honorer
la memoire de Meſſire
Bertrand de Meyrand , Marquis
d'Ubaye & de Vacheres,
jeune
1
GALANT.
145
jeune Gentilhomme de 29.
ans , & l'un des plus accom .
plis de la Province pour le
corps & pour l'efprit. Ses
grandes qualitez accompagnées
de beaucoup de pieté ,
lui avoient attiré une telle
eſtime , qu'il eſtoit également
l'admiration des Gens
de bien & des Sçavans . Il fut
fait premier Conful ,& Gouverneur
de la Ville d'Arles
l'année derniere ,& il fit connoiſtre
dans cetemploysl'é
tenduë de fon zele pour le
bien de ſa Patrie,& fon intelligence
anx affaires . Le
talent admirable qu'il avoit
de parler en public avec une
grace & une force d'efprit
extraordinaire , obligea Mis
de l'Academie Royale , à fe
fervir de lay em plusieurs
Octobre 1687 . G
146 MERCURE
occaſions éclatantes , comme
ils firent dans la députation
des quatre Academiciens qui
allerent ratifier à Niſmes
l'Alliance des deux Academies
, en quoy il attira tous
les applaudiſſemens qu'il
pouvoit attendre. Il mourut
le 13. Aouſt dernier , d'une
cruelle maladie qu'il avoit
contractée par trop d'application
àfervir les Pauvres de
l'Hôpital , dont il eſtoit le
premier Recteur. Ce fut dans
l'Eglife des Recolets d'Arles ,
où ſon Corps eſt inhumé ,
que Meſſieurs de l'Academie
refolurent de faire faire un
Service le 22. du méme mois .
Dans le Presbitere qui eſt
fort large & feparé de la Nef
par une Balustrade que l'on
avoit abatuë , eſtoit dreſſée
:
GALANT. 147
une Repreſentation mortuaire
ſur une Eſtrade à deux
marches , couverte d'un Poële
de velours cramoiſy , barré
d'une grande Croix blanche
qui eſt un aſſortiment funebre
accordé par privilege à
ceux de la Famille de Monſieur
d'Ubaye . Il y avoit fur
les marches de cette Baluſtrade
quantité de Chandeliers
d'argent , garnis de groſſes
bougies , avecles Ecuſſonsdu
Défunt & del'Academie, accompagnez
de pluſieurs De
viſes. Tout le reſte du Pref.
bitere eſtoit couvert de drap
noir, juſqu'au delà de l'endroit
où Mrs de l'Academie
avoient diſpoſé leurs Places
. Douze gros Flambeaux
fur des Gueridons noirs en
vironnoient la Repreſenta-
G 2
148 MERCVRE
د
tion . Cependant les Aca
demiciens s'étant mis de
chaque coſté dans de grands
Fauteüils revêtus de noir
qu'on avoit rangez au dehors
du Presbitere; le ſervice& les
autres Ceremonies que l'on
pratique dans une pareille occafion,
n'erent pas eſté plûtôt
achevées que Mr le
Chevalier de Romieu prononça
avec un fuccés digne
de luy l'Eloge funebre du
Défunt , aprés quoi le Pére
Reſtaurand , Docteur de Sorbonne,
Predicateur ordinaire
de Madame la Ducheſſe de
Toscane , & cy-devant Provincial
de l'Ordre des grands
Auguftins , témoigna qu'il
feroit bien aiſe de faire éclateraux
yeux de Mrs de l'Academie
Royale des fenti
GALANT.
149 1
mens qu'il avoit pour eux ,
& pour l'Illuſtre Confrere
dont ils regretoient la perte,
ce qu'il fit par un Eloge Latin
, ou la force de fon genie
ne brilla pas moins que fon
érudiction.
Meſſire Joſeph d'Agoult
Baron d'Olieres , a eſté nommé
par le Roy pour remplir
la place de Meſſire Charles de
Glandeves Premier Senéchal
de Siſteron , mort depuis quelques
années dans un Voyage
de la Terre - Sainte ;
& fur les Proviſions dont
Sa Majesté l'honora au mois
d'Avril ,il s'est fait recevoir
aux Cours de Parlement , des
Comptes , & aux Bureau des
Tréſoriers de cette Province
en la Ville d'Aix .Quoi que
les Archives de cette Maifon ,
G3
150
MERCURE
ainſi que pluſieurs graves
Hiſtoriens justifient qu'elle
eſt une des plus anciennes &
des plus illuſtres de Provence,
ce queje vais vous en dire
ne fera pas tant pour vous
faire connoiſtre la Gencalogie
d'Agoult que pour vous
apprendre des chofes auſſi
agreables & auffi curieuſes
qu'on en puiſſe lire ailleurs .
Ce fut vers l'an neuf cens
que cette Famille iſſue des
Princes de Saxe du cofté
paternel , & de ceux de Pomeranie
du maternel , vint
d'Allemagne en Provence ,
où elle a fait ſon ſéjour ordinaire
depuis ce temps -là. On
luy donne un commencement
qui à quelque conformité
avec celuy de Romulus,
& voicy ce qu'en publient
S
GALAN T.
151
4
Antoine du Pinet , Noftradamus
, Pithon , & une ancienne
Chronique écrite par
l'Eveſque de Stetin en Saxe ,
Hugues de Thrie Prince de
Saxe , eſtant devenu paſſionnément
amoureux de la
Princefle Valdulgue , Fille
d'Vneil Roy de Pomeranie ,
en obtintdes faveurs ſecretes
fur une promeffe de mariage .
Elle ſe trouva groſſe peu de
temps aprés , & la Reyne fa
Mere l'ayant découvert , la
fit enfermer dans un Château
, pour cacher fa honte ,
&pour la punir de ſon peu
de retenuë . Le terme de l'accouchement
eſtant venu, cette
Princeffe mit un Fils au
monde ,& dans la crainte
qu'elle eutque fa Mere ne le
fiſt enlever,& ne luy oftât la
G4
152
MERCURE
८
connoiſſance de ce qu'elle en
auroit fait , elle voulut qu'on
executaſt l'ordre qu'elle avoit
donné à ſa Gouvernante
de le faire prendre par un
Berger ,dont la Femme le devoit
nourrir ſecretement. Il
fut pourveu de tout ce qui
luy eſtoit neceſſaire & dans
le temps qu'on le deſcendoit
des fenestres de la Chambre
de la Princeſſe dans le Foffé
une Louve qui paſſa par là
le ravit d'entre les mains du
Berger , & l'ayant emporté
dans ſa Taniere , elle l'allaita
parmy ſes Louveteaux. Il arriva
quelque temps aprés , que
leRoy eſtant allé à la Chaſſe ,
découvrit la mefme- Louve .
Il pouffa fon cheval à tonte
bridejuſques à l'entrée de ſa
Taniere. Elle y fut tuée , &
GALANT.
153
८ l'on y
fain & auffi frais que s'il euſt
eſté mis entre les mains de la
Nourrice la plus vigliante .
Le bruit de cette avanture
s'étant répandu , le Berger
parla de ce qui luy eſtoit arrivé
,& la verité ayant eſté
reconnuë , le Roy ordonna
que le mariage entre ſa Fille
Valdugue & le Prince Hugues
de Thrie , ſeroit celebré
avec toute la magnificence
poñible. Il fit enfuite baptifer
l'Enfant , auquel on donna
le nom de Vuolf qui fignifie
Loup en Allemand , &
en perpetuelle memoire d'une
fi heureuſe naiſſance , on
baſtit par ſes ordres un fort
beau Chafteau appellé Goultnau
. La Princeſſe Valdulgue
me veſcut pas long - temps atrouva
l'Enfant auſſi
GS
4
154
MERCVRE
prés qu'elle cut eſté mariée ,
&Hugues de Thrie fon Mary
ayant épouſe en ſecondes
Noces la Fille de l'Empereur
de Conſtantinople , laiffa
pluſieurs Enfans de ſon ſecond
mariage.. Vvolf devenu
grand , fe mariaavec l'Infante
Sydrac , Fille du Roy
de Ruffie , & prit le Loup
pour ſes Armes à la place de
cellesde Saxe. On l'a blafonné
depuis de cette maniere
fçavoir , Porte d'or au Loup
raviſſant d'azur , armé & lampaſſe
de gueules , l'Ecu chargé
d'une Couronne Ducale
avec cette Deviſe au deſſus ,
Garde que dire , entouré de
deux Palmes de Sinople , &
au deſſous de l'Ecu ce Vers
pentametre..
"
GALANT. 155
Sanguinis attricem non pudet
effe tupam.03
De ce mariage ſortirent
deux enfans males , Pons &
Vvolf ſecond du nom. Pons
l'aifné ſuivit Conrad ;Roy
de Bourgogne & d'Arles , &
pour les grands ſervices qu'il
rendit contre les Sarraſins ,
qui avoient ufurpé la meilleure
partie de la Provence, il
receutde la liberalité de Conrad
, la Ville de Marseille en
Vicomté,dont luy & ſes Defcendans
jouiſfoient fouverainement
, puis qu'ils ſe quali.
fioient , par la graco de Dien
Vicomte de Marseille, à quoy il
ajoûta la Baronnie d'Olieres ,
Trets , Pourcioux , Mimet ,
Roucet. le Caſtelard , Toulon
, Yeres , Sixfourts , &
231
G6
156 MERCURE
quantitité d'autres Places qui
furent au nombre de quatrevingt
acquiſes ou par le don
des Princes, ou par la dot des
Femmes de leurs Defcendans .
C'eſt de ce Pons que font
iffus les Seigneurs Barons
d'Olieres,qui depuis l'an 9 24.
ont poſſedé la Ville de Marſeille
juſques à Raymond
d'Agoult , qui la vendit aux
Recteurs ,& ceux-cy la réunirentà
la Couronne en 1206.
Depuis ce premier Vicomte
juſqu'à Mr Iofeph d'Agoult,
à preſentBaron d'Olieres, &
encose Seigneur de quelques
unes deces Places , on juſti
fie qu'ilya eu plus de vingtdeux
generations. C
Vvolf ſecond dus nom ,
appellé autrement Agoult da
Loup, Cadetde Pons, vint en
Provence peu de temps aprés
GALANT.
197
fon Frere , avec Beroal de Saxe
ſon Cousin , qui ſe ſaiſit
de la Savoye , qu'on nommoit
alors la Morienne , &
ce Volf II. prit la Terre de
Sault, érigée depuis en Comté
avec fa Vallée , de laquelle
il joüit auffi en toute Souveraineté
, ainſi qu'il luy fut
permis par l'Empereur Henry
II . qui en 1004. le créa
Maréchal du facré Empire ,
comme il eſt juſtifié par la
donation en lettres d'or con
fervée dans les Archives de
Sault. A l'exemple de Beroal
qui quitta le nom de Saxe
pourprendre celuy de Comte
de Savoye , Volf fie baſtir
Goult en cette Province , &
laiſſa le nom de Thrie pous
prendre celuy d'Agoult , que
tous ceux de ces deux bran
3
$58 MERCURE
ches ont toûjours gardé . La
Terre de Sault , qui n'eſtoit
alors que Baronnie , fut érigée
en Comté par Charles IX.
en 1561.avec confirmation de
tous ſes anciens privileges .
Pluſieurs Enfans de cette Famille,
pendant qu'ils eſtoient
Vicomtes de Marseille , ont
eſté , les uns Archeveſques
d'Aix & d'Arles , les autres
Eveſques de Marseille , Sifteron
,Carpentras, & Abbez
de S. Victor , à laquelle Ab .
baye , & à celle deMont-major
d'Arles, ils ont donnéla
plus grande partiedes Prieurez
qu'elle poſſedent . Le PapeGoto,
nommé Clement V.
eſtoit de cette Famille , qui
eſt la premiere en rang des
vingt-huit Illuſtres de Provence
,auſquellesleRoyReGALANT..
159
né donna des Sobriquets.
Noftra Damus qui les rap
porte marque pour celle-cy.
Hospitalité & bonté d'Agoult,
Elle a auſſi donné un Grand-
Maiſtre de Malthe .
Le Mardy 9. du mois paſſe,
tous les Religieux Profez de
l'Abbaye de Grandmont, qui
feuls entre tous ceux de cet
Ordre, ont droit d'élire leur
Abbé & General , s'aſſemblerent
dans le Chapitre de cette
Abbaye au nombre de foixante-
neuf, avec une permiffion
du Roy par écrit , & en
prefence de M. de Saint
Comtais, Intendant en Limofin
, & Commiſſaire de Sa
Majesté pour afſſiſter à cette
élection , qui ſe fit par ferutins
en moins de deux heures
, Henry de la Marche de
160 MERCVRE
Iarnac , Religieux Preſtre de
cette Abbaye , & Prieur titulaire
de Grandmont en Bercé,
ayant eu cinquante - trois
fuffrages , le Prieur de Grandmont
, Preſident du Chapitre
, le proclama auffi - toft
Abbé , Chef & General de
tout l'Ordre , lamais élection
n'a eſté faite ſi paiſiblement,
ny ſi generalement approuvée.
Le Roy y donna fon
agrément le 22. du meſme
mois , par une Lettre qu'il fit
l'honneur d'écrire à tous les
Religieux Profez de cette
Abbaye . Le 26. ce General
eut celuy de ſaluër Sa Majeſté
, à laquelle il fut prefenté
par M. le Maréchal de
Humiere , dont il a l'avantage
d'eſtre parent . Le Roy,
aprés luy avoir marqué qu'il
GALANT. 161
t
eſtoit fort fatisfait & de fa
conduite & de ſon élection ,
l'exhorta d'entretenir le bon
Cordre parmy ſes Religieux,&
ſe recommanda à ſes prieres .
Ce General eſt un homme
qui a beaucoup de merite, de
pieté de capacité , & de naifſance.
Il ſe fit Religieux à
Grandmont en 1661. & depuis
ce temps - là ila toûjours
veſcu avec une regularité
trés - édifiante . En 1681. feu
Meſſire Alexandre Fremont ,
Abbé de Grandmont , & General,
qui mourut le 10. Iuillet
dernier , l'établit Superieur
à Grandmont en Bercé ,
& ce Prieuré eſtant demeuré
vacant deux ans aprés , le
méme Abbé , à qui pour
lors la collation en appartenoit
, l'on peurveur. De162
MERCURE
-
puis qu'il en eſt Prieur , il
a reparé les baſtimens qui
tomboient en ruine , & aremis
le bon ordre dans cette
Maiſon . Henry de la Marche
de larnac , nouveau General,
eſt Filsde Claude de la Marche
, Seigneur de larnac & de
Fins , Gentilhomme d'une
-tres ancienne Nobleſſe de
Poitou,& de FrançoiſeChamborant
: Fille de feu Monfieur
deClaviere ,& foeur de celuy
qui a eſté Gouverneur de
Philisbourg. Ils vivent encore
l'un & l'autre , quoy
qu'il y ait ſoixante & trois
ans qu'ils foient mariez . Ils
ont eu dix - neufEnfans , dont
il reſte encore cinq Garçons
& cinq Filles. Le plus jeune
a trente- cinq ans. L'Aiſne ,
qu'on appelle le Baron de
C
GALANT. 163
Fins,aprés avoir fait dix-huit
Campagnes , s'eſt retiré du
ſervice , & a épousé uneNiece
de feu Monfieur de Sainte
Maure , Gouverneur du Ha
vre. Il commanda auſſi une
Compagnie de Nobleſſe dans
le dernier Ban qui en a eſté
fait. Le ſecond , qui eſt Chevalier
de Malthe , aprés avoir
fait ſes Caravanes , & fervy
Volontaire dans les Armées
duRoy ,fait ſa ſeconde Campagne
dans le Bataillon de
Malthe qui est dans la Morée,
auſervice des Venitiens , où
il fert d'Aide de Camp. Il y
enavoitun autre , auſſi Chevalier
de Malthe , qui eſtant
alle en Candie avec les Officiers
Reformez , en attendant
qu'on euſt équipé une Galere
dont Sa Majeſté luy avoit
164 MERCURE
donné le commandement ,
fut tué le méme jour que l'on
perdit Monfieur de Beaufort .
Le troifiéme , qui n'eſt point
encore marié , commença à
porter le Mouſquet à l'âge de
dix ans , dans la Citadelle
de Marseille , ſous feu Mr de
Tuignon fon Oncle qui y
commandoit. Il fervit enfuite
de Sous - Lieutenant , & de
Lieutenaut d'Infanterie dans
le Regiment de Souches en
Flandre , & ſe trouva àl'attaque
d'Ardembourg
eut le bras caffé en deux endroits
, dontil eſt encore eftropié
. L'année ſuivante allant
réjoindre ſon Regiment
que l'on envoyoit en garnifon
dans le fort de Schens . H
paſſa àMaſtric dans le temps
quel'on faifoit l'ouverture de
ou il
GALANT. 165
, ala
Tranchée. Il la voulut voir
& il y receut un coup de
Moufquet , dont la bale
prés luy avoir fracaffé tou
te la machoire , coula le long
du gofier dans l'eftomac , où
elle eſt encore. Elle lui a fait
deux playes dont il ne guerira
jamais, une à la gorge& l'autre
par le dedans de l'eſtomac.
Les deux autres Garçons
ont quitté le monde.
Il y en a un Abbé de Grandmon
& General de tout
l'Ordre , comme je viens de
le dire , & l'autre qui eſt Religieux
Profés dans cette mê
me Abbaye , & fort diftingué
par ſon mérite , eſt prefentement
Prieur de S. Hilaire
de Grandmont en Bercé .
Il y a quatre Filles Religieufos
de l'Ordre de Fontevraut,
166 MERCURE
& une cinquiéme mariée .
Cette Famille est fort eſti -
mée , & a des Alliances avec
la pluſpart des grandes Maiſons
du Royaume. J'ai oublié
de vous dire que l'Ordre
de S. Eſtienne de Grandmont
eſt tout François , & qu'on y
reçoit aucun Etranger. Il
y a quarante - deux Maiſons
dans cet Ordre , trente- huit
d'Hommes & quatre de
Femmes. Les ſeuls Religieux
du Chef de l'Ordre , c'eſtà
dire,de la premiere Maiſon
de l'Ordre, éliſentle General.
Le nomme au Prieurez de
toutes les Maiſons à la reſerve
des quatre premiers
qui vaquent aprés l'élection
du General.C'eſt à luy que la
nomination enappartient,
د
Je vous envoye une Mer
GALANT. 167
daille frappé depuis peu de
tamps . La face droite reprefate
le Prince Charles de
Lorraine , & le revers fait voir
yael'on a fait la Medaille à
l'occafion des Conqueſtes de
Hongrie .
On écrit d'Aix en Provence
que la Mere Superieure
du Monastere de la Viſitation
de Sainte Marie, ayant
receut avis de la mort de Madame
la Ducheſſe de Modene
, par Madame de Venel,
SousGouvernante des Enfans
de France , elle & fes
Religieuſes ont fait faire dans
leur Egliſe un ſervice folemnel
, pour le repos de ſon
Ame , avec tout l'éciat que
J'on peut donner à une pompe
funebre. Elles ont voulu
s'aquiter par là de ce qu'el
268 MERCURE
les doivent à la memoire
d'une Princeſſe qui leur
à marqué ſon affection
par ſes bienfaits , tant en
divers dons , qu'en un preſent
de plus de dix mille
écus qu'elle fit employer à
l'Autel de marbre , & a d'autres
ornemens de leur Eglife .
Elle avoit fait pluſieurs fois
retraitte avec Madame ſa
Mere dans leur Monastere ,
d'où elle tira fept Religieuſes
pour la fondation qu'elle
a faitedans ſa Villede Modene
, qui eſt un établiſſementdigne
de ſa pieté & de
fa magnificence. Le Parlement
ſe trouva en Corps à
ce Service , auffi - bien que
Mrs du Chapitre de la Cathedrale
, & la Meffe à laquelle
une excellente:Mufique
GALANT. 169
que répondit , fut celebrée
par M. l'Abbé de Barreme ,
Confeiller au Parlement , &
Grand Vicaire de M. ГАг-
cheveſque d'Aix en fon abfence
. Le Choeur de l'Eglife,
la Nef & le frontiſpice du
Portail eſtoient tendus de
drap noir avec un lez de velours
tout autour , ſur lequel
eſtoient des Ecuſſons aux
Armes de Modene , de Martinoffi
,& de Mazarin. Il y
avoit une Repreſentation
magnifique , & une eſpece
de Mausolée couvert de velours
noir , avec quatre Ecuffons
en broderie d'or , &
au ſommet on avoit poſé un
Carreau de toile d'argent qui
ſupportoit une riche Conronne
Ducale, le tout couvert
d'un Creſpe trainant.
Octobre 1687 . H
-
170 MERCURE
Madame de Venel avoit eſté
Gouvernante de Madame la
Ducheffe de Modene .
2
J'ay à vous apprendre la
mort de Dame Marie-MargneriteGouffier
de Roüanez ,
arrivée le mois paffé. Elle
eſtoit Religieuſe de l'abbaye
de Malnouë , & eſt
morte aux Filles - Dieu de
Paris. Son humilité eſtoit
telle , qu'elle luy a fait refufer
les plus belles abbayes
du Royaume , qui luy ont
eſte offertes. Vous ne ſerez
pas ſurpriſe qu'on ait fort
ſouvent jetté les yeux fur
elle , quand il en a vaqué
quelqu'une de confiderable ,
puis qu'outre que ſa pieté
& fa vertu l'en rendoient
tres-digne , elle eſtoit Soeur
de feuë Madame la Ducheffe
7
GALAN T.
171
dela Feuillade , de l'ancienne
Maiſon de Gouffier. Le rang
qu'elle tient parmy les plus
illuftres de France, de la plufpart
deſquelles je vous ay
donné une aſſez exacte Genealogie
, m'engage à vous la
faire connoiſtre .
En l'année 846. Charles le
Chauve , Empereur & Roy
de France , reconnut par Lettres
patentes , qu'Egobart
Gouſfier eſtoit deſcendu par
mafles des Gouffier , Ducs
Souverains d'Aquitaine. II
eut un Fils de fon mefme
nom , qui fut Pere de Bouchart
Gouffier , Comte Palatin
de Melum,& Maiſtre de la
Chambre du Roy, comme les
Lettres le portent,& de Gombaut
Gouffier , Archeveſque
de Bordeaux. Yvon Gouffier
E 2
172
MERCURE
Fils de Bouchart, & Frere de
Vallerand Gouffier , Comte
de Melun , eſtoit Sous Camerier
du Roy. En 1033. il
épouſa Iudith , Fille du Vicomte
de Chateaudun . Herbert
Gouffier , fils d'Yvon ,
& Frere d'Arſude Gouffier ,
Comte de Foix , fut marié à
Berthe , Fille du Comte de
Melun . Guillaume Gouffier ,
Fils d'Herbert , eſtant mort
en la Guerre de la Terre-
Sainte l'an 1146. laiſſa Voyon
Gouffier , qui fut premier
Chambellan du Roy , & Frered'Aguerrand
Gouffier , Abbé
de S. Victor de Paris , &
qui d'alix , Fille du Comte
de Perche , eut Barthelemy
Gouffier.Celuy - cy, qui estoit
rere de Pierre Gouffier , Eveſque
deMeaux , & de HuGALANT.
173
!
:
:
, gues Abbé de Marmoutier
épouſa Marie de Luſignan
en 1191. & il en eut Raoul
Gouffier , qui épouſa la rille
de Jean Trinquam , Prince
Souverain de Beziers , &
Robert Gouffier , Eveſque de
Nantes & Patriarche de Jerufalem.
Jean Gouffier Fils
de Raoul, fut grand Pannetier
de France,& Pere deGeoffroy
Gouffier , qui en 1303. épouſa
Blanche de Chargines , & de
Regnault Gouffier , Abbé de
Saint Ioüin Jean Gouffier II .
du nom , fils de Geoffroy , &
Frere de Thibaut Gouffier ,
Grand Maréchal de France ,
& premier Ecuyer du Roy ,
Frere auffi d'Yvon Gouffier ,
Chevalier de l'Ordre Teutonique,&
de Madeleine Gouffier,
Abbeſſe de Poiſſy , épou-
Η 3
174
MERCURE
15
fa Agathe de la Jaille , & fut
tué à la Bataille de Poitiers .
Emery Gouffier ſon Fils, premier
Chambellan du Roy en
1411. eut pour Frere Philippe
Gouffier , Chevalier de
la Toiſon d'or. Guillaume
Gouffier II . du nom, Fils d'Emery,
Sieur de Boiſy, de Bonnivet
, &c. Grand Chambellan
du Roy Charles VII . &
premier Gentilhomme de la
Chambre , Gouverneur de
Languedoc , Senéchal de
Saintonge , épouſa Loüiſe
d'Amboiſe , Soeur de Georges
Cardinal , & il en eut
Pierre , tué à la Bataille de
Marignan , Loüiſe Religieufe
à Poiffy, & Madeleine mariée
à René le Roy Sieur de Chavigny.
Il prit une ſeconde
Alliance avec Philippe de
GALAN T. 175
Montmorency , Veuve de
Charles de Melun Sieur de
Nantoüillet; & de ce mariage
fortirent Artus , qui épouſa
Heleine d'Hongeſt , Dame
de Magny , Fille de Jacques
& de Marie de Mony , Guillaume
Sieur de Bonnivet ,
Amiral de France , Gouverneur
de Picardie & de Dauphiné,
tué à la Bataille de Pavie
; Adrien , qui en 1493. fut
Eveſque de Coutance , quoy
qu'âgé ſeulement de quatorze
ans , à cauſe de ſa haute
naiſſance , ainſi que portent
les Bulles , puis Evêque d'Albi
, enſuite Cardinal du titre
de Sainte Sabine, Legat à latere
en France , & Abbé de S.
Nicolas d'Angers & de Fécam;
Pierre , qui aprés le decés de
fon Frere Aimar , fut Abbé
Η 4
176 MERCURE
de Saint Denis & de Cluny ;
Charlote , Femme de René
deCoffé Sr de Briſſac , Grand
Pannetier & grand Fauconnier
de France , & Anne , mariée
à Raoul de Vernon , Sr
de Montreüil Bonin .Ce Guillaume
Gouffier fut Gouverneur
de Loüis XI . & il avoit
tellement gagné les bonnes
-graces du Roy Charles VII.
qu'il fut accufé de s'eſtre
fait aimer par magie. Il fut
remis dans ſes honneurs &
ſes dignitez , par Lettres du
3. Septembre 1467. Artus
Gouffier fon aifné , fut Gouverneur
de François I. grand
Maiſtre & grand Chambellan
de France, Bailly de Vermandois
, & Gouverneur de
Dauphiné.Il mourut à Montpellier,
Plenipotentiaire pour
GALANT. 177
faire la Paix entre le Roy ſon
Maiſtre , & Charles - Quint.
Guillaume de Croüy- Chevres,
negocioit pour ce derniers
, dont il avoit eſte auffi
Gouverneur. Claude Gouffier
, Fils d'Artus , & Frere
d'Helene Gouffier; mariée en
premiere Nopces à Loüis de
Vendoſme , Prince de Chabanois
, Vidame de Chartres.
& en ſecondes à François
de Clermont , Sieur de Draves
, fut grand Ecuyer de
France , & premier Duc de
Rouanez . Il mourut dans un
âge fort avancé aprés s'eſtre
marié cinq fois ; la premiere
avec lacqueline de la Tremoüille
, Dame de Chateaurenard
, dont il eut Claude ..
Femme de Leonor de Chabor
Comte de Charny , grand
H
178 MERCURE
Ecuyer de France ; la feconde
à Françoiſe de Bretagne
fille de René , Comte de
Ponthievre , & il en eut
Gilbert , Duc de Roüanez ,
qui épouſa Ieanne de Coffé ,
feconde Fille du Marefchal
de Briffac , Artus mort
fans pofterité & Claude
tige des Comtes de Caravas ,
la troiſième à Marie de Gagnon
, Fille de Iean , Sieur
de Saint Bohaire , dont ileut
Charles ; Chevalier de Malthe
, Louis qui fut Baron de
S. Loup , Paul , Sire de Pouſages
, & Claude mort ſans alliance
; la quatrième , àClaude
de Beaune , Fille de Lacques
, Baron de Samblançay
, General des Finances
de François I. & la cinquiéme
avec Antoinette de la TourGALANT.
179
,
Landry , Dame d'Honneur
de la Reyne Catherine de
Medicis , Fille de Jean,Comte
de Châteauroux , & d'Anne
Chabot . Loüis Gouffier ,
Duc de Roüanez Fils de
Gilbert, fut Gouverneur de
Poitiers , & épouſa Claude-
Eleonor de Lorraine , Dame
de Beaumefnil, Fille de Charles
de Lorraine I. du nom ,
Duc d'Elbeuf. Il eut pourEnfans
HenryGouffier,Marquis
de Boiſy , qui mourut avant
fon Pere , ayant eſté tué au
Combat de S.Iberquerque en
1639.Louis Gouffier,Ecclefiaſtique
, Artus , Marie Marguerite
, Femme d'André de
Chaſtillon , Marquis d'Argenton
, de la Maiſon des
Princes de Champagne , &
de Blois , & Charles , Com
H6
180 MERCVRE
2
Henri
te de Gonnor , qui mourut
en 1671. laiſſant deMadelaine
d'Abefac , Fille de Gabriel
, Marquis dela Douzo ,
Loüis -Charles Leornor, Marquis
de Curfé,& Loüis Chevalier
du Gonnor
Gouffier,Marquis de Boiſy ,é .
pouſa Anne Marie Hennequin,&
il en ent Artus II.MargueriteHenriette,
Abbeſſe de
la Trinité de Caën , & enſuite
de Beaulieu , prés de
Compiegne , Marie - Marguerite
, Religieuſes de Malnouë
, & Charlote , à laquelle
Artus ſon Frere , cy -devant
Gouverneur de Poitou , s'étant
faitEccleſiaſtique, a cedé
le Duché de Roüanez avec
tous fes autres biens. Elle fut
mariée le 9. Avril 1667. à
Françoisd'Aubuſſon ,Ducde
GALANT. 18г
la Feuillade , Pair & Maréchal
de France , & mourut il
y a quelques années .
Le 13. du mois paſſée ,jour
auquel on celebre la Feſte de
Saint Amé , Archeveſque de
Sens , il y eut en cette Ville
là une grande folemnité pour
la Reception d'une Relique
confiderable de ce Saint Prélat
, envoyée à l'Eglife de
Sens par Mrs les Doyen &
Chanoines de l'Eglife Collegialede
S. Amé de Douay en
Flandre , qui font les dépoſitaires
de ſon Corps. Mr l'Archeveſque
de Sens, pourmarquer
fon zele envers un
Saint dont il occupe le Siege,
ordonna une Proceſſion generale
du Clergé Seculier &
Regulier , à laquelle aſſiſterent
tous les Corps de la
182 MERCUR
Ville. La Relique y fut porrée
, & enfuite on l'expoſa
dans la Cathedrale à la veneration
des Fidelles , aprés
quoy la Meſſe fut celebrée
avec toutes les ceremonies.
que l'on obſervedansles grandes
Feſtes..
Je vous donne rarement
des nouvelles des Indes, mais
au moins je puis vous afſeurer
que quand je vous en
envoye , elles ſont toûjours
tres - veritables , puiſque je
prens ſoin de les copier
moy - meſme for l'original
des Lettres qui font venuës
de ce Pays - là . C'eſt ce que
j'ay encore fait par ces fragmens
, auſquels je ne change
rien. Ainſi vous ne devez
point mettre ce qu'ils contiennent
au nombre de ces
GALANT.
183
nouvelles, qui à force de paſſer
de bouche en bouche , font
toutes défigurées .
APondichery ce 20. Octobre 1686,
EsIndes
LET
nefont plus les Indes,
chosesy font tellement
changées , que les personnes qui y
font& ont le plus de connoiſſance
&dexperience , ont biende la pei
ne àſe tirer d'affaires. L'on ne sçait
de quel costé se tourner pour faire
valoirfon argent, car les Voyages qui
donnoient autrefois cent pour cent
de profit ; à peine aujourd'buy en
donent- ils dix.Le Roy de Perſe n'est
pas curieux comme l'estoientſes Predeceffeurs
, & il nefonge qu'àgroſſir
Son trefor. Le Mogol est obligé à
tant de dépense , que l'on peut dire
qu'il estpauvre avec tousſes grands
revenuss . Il fait mesme tout ce
qu'il peut pour perfuader à toutle
184 MERCVRE
monde qu'ila un grand mépris pour
tout ce qui sert à entretenir le luxe.
Les Princesſes Enfans &les grands
defon Empireſuivetſon exemple,
&n'ontpas aßezde bien pourfatisfaire
leur curiosité. Le Roy deGolconde
ne ſe foutient qu'avec peine,
&n'est pas peu embarrassé à trouverde
l'argentpourfournir au grand
Tribut que le Mogol exige de luy ,&
pour vous marquer que ce que je
vous dis approche affez de laverité,
c'est que le jeune Tavernien dr Zacara
qui ne manquent ny d'adreſſe
ny d'intrigues , n'ont jamais pú vendre
les belles pieces de lomailleries
qu'ils avoient apportées avec eux.
Ils les ont montrées dans toutes les
Coursde l'Orient , chacun les a admirées
, mais pour le prix , ils n'ont
jamais på en trouver un qui approchaft
de leurs esperances.
Kous aurezven dans quelques
GALANT. 185
unes de mes precedentes , que le Mogol
avoit fait affiéger la Ville de
Viſiapour parun des Princesses Fils,
&qu'il avoit esté obligé d'en lever
le Siege. Cet Empereur l'a envoyé
affieger pour la seconde fois . Ily est
venu en personne , & a enfin obligé
Le Roy de Viſiapour , jeune Prince
de dix-huit ou vingt ans qui s'y
estoit enfermé , de luy rendre cette
Capitale defes Etats, à compoſiten.
Ilest entre les mains du Mogol qui
le traite , à ce qu'on dit, affez bien.
Lapriſe de Viſiapour a donnéfin au
Royaume du mesmenom qui afleury
pendant deux ou trois Siecles , & qui
estoit encore ily a quinze ou vingt
ans redoutable à fes Voisins. Il est
connu dans pluſieurs Autheurs fous
le nom du Royaume de Bifnagar.
Le Mogol aprés cette expedition
s'eſt mis en marche ; l'on croit que
s'est pour venir à Golconde. Le
Roy n'y sçauroit tenir s'il est atta-
*
186 MERCURE
qué ,ilacceptera toutes les conditions
que l'on voudra luy preſcrive , &la
cofté de Coromandel eſtant de la dépendance
de ces deux Royaumes de
Viſiapour&de Golconde ,le Mogol
Se rendra Maistre de tout fi ce
Prince conduit luy-mesme Son Armée.
Sommagy Raya qui avoitfuccedé
au fameux Sivagy fon Pere ,
a eštétué par une confpiration des
principaux deſes Sujets. D'autres
disent que ç'a esté par un de fes
Officiers qui a voulu se vanger de
quelque galanterie que ce Prince
avoit avec sa femme. Ram Raia
Frere du dernier mort , a esté élevé
au Trône ,& comme il estfort jeune
&fans experience , on craint bien
que le Mogol ne le chaſſe de ſes
Etats.
Le bruit court que les Hollandos
font fort inquietez dans l'Isle de
Java, & qu'un certain Fugitif de
GALANT.
187
:
Bataviay a aſſembléquatre ou cing
mille hommes avec lesquels il fait
de grands defordres. L'on ajoûte
que le Conseil de cette Compagnie
ayant envoyé une Ambassade au
Mataram , qui se nomme Empereur
de l'ifle de Java , quoy qu'ilfoit depuis
quelques années tributaire de
la Compagnic Hollandoife ; l'Ambassadeur
qui estoit dans fon Palais
avec 76. Europeans, ayant apperceu
leFugitifdont je viens devousparler
, & l'ayant voulu arrester, cet
homme qui estoit bien fuivy , & qui
avoit preveu le coup ,fit main-baffe
Sur l'Ambassadeur &sur sa suite.
Vous aurez déja esté informéque les
Hollandois s'estoient emparez de la
Ville de Mafulipatan. Ils avoient
de grandes pretentions contre le Roy
de Golconde; mais l'on a esté étonné
qu'ilsſeſont tout à coup accommodez
moyennantfix -vingt millepagodes .
188 MERCURE
ou fix cens cinquante mille livres
payables en cinq ans. L'on croit que.
le foulevement arrivé en l'Ifle de
Iava , les a contraint de fouscrire
à cet accommodement qui ne leur est
pas avantageux , afin de pouvoir
réünir leurs forces , qui auroient esté
Sans cela trop difperfées.
Ie vous manday par ma Lettre
du 30. Septembre dernier , que les
Anglois avoient envoyédes Navires
armezen Guerre à Bengale pour ti
rerfatisfaction des avanies que les
Officiers du Mogol ont faites à leur
Compagnies. Nous n'avons pû bien
Sçavoir jusqu'à prefent quel ſuccès
a eu cette expedition , nous avons
Seulement appris qu'ils ont pluſieurs
Navires à Bengale, parmy lesquels
ily en a quatre de 60.à 76.pieces de
Canon ; que leur Milice monte
douze ou quinze cens hommes;qu'ils
ont battu les Mores en une rencon
GALANT. 189
tre , & que leur deſſein est de fortifier
l'Isle d'Angely , ou celle de Sa-
Igor qui font dansle Gange. L'on
écrit de Surate que les Anglois en
estoient fortis ,& qu'ils devoient se
- retirer à Bombaye qui leur appartient
; il y a apparence que ç'a esté
pour nese pas expoſer aux inſultes
qu'on auroit pû leur faire à cause de
la guerre qu'ils font à Bengale. Ils
ont publié qu'ils nese retiroient que
pour ſe parer des injustices que le
Gouverneur leur faisoit tous les
iours , & qu'ils vouloientfatisfaire
leurs Creanciers.
Ilà paßédepuis un mois &demy
par Pondichery un Pilote & trois
Matelots Anglois , qui nous ont dit
qu'ils avoient esté pris àla Baye de
Saint Augustinàl'oüeft de Madagascar,
par un Corſaire François qui
avoit déia pris un Navire Hollandois;
qu'ils s'estoient battus contre
190
MERCURE
ce Corsaire , & que leur Capitaine
&quelques autres Officiers avoient
esté tuez ; qu'il avoit ensuite esté
courir la coſte d' Arabie & la coſte
de Malabar, où il leur avoit donné
une Chaloupe avec laquelle ils avoient
gagné Ceylan , & ensuite la
cofte de Coromandel. Beur Navire
appartenoit à des Marchands des
Barbades , ils venoient à Madagascar
poury traiter des Noirs. L'on
croit que ce Corfaire a arme à Saint
Domingue , & que son équipage est
de Frisbustiers de diverſes Nations
ramaßées. Deux autres Corsaires
ont paru dans la Mer Rouge, où ils
prirentà la fin du mois d'Aouſt dernier
quelques Navires de Surate
for deux desquels ils trouverent
quatre cens mille écus en argent ou
marchandises. Cela a ietté la terreur
parmyles Marchands de cette
riche Ville,& fort allarmé les of
د
GALANT..
191
ficiers du Mogol qui pretendoient
rendre les trois Nations , Françoise ,
Angloiſe ,&Hollandoiſe , qui ont
leur Loge à Surate , responsables de
ces priſes . On avoit fait courir le
bruit que ces derniers Pirates étoient
Anglois, mais un Hollandois qui paffa
ily a quelques jours icy , nous dit
qu'ils estoient Danois.
Les pluyes ont manqué depuis
deux ans en ces quartiers , ce qui a
causé une telle famine , que je ne
croy pas que l'Histoire faſſe mention
d'une parcille. L'on pretend qu'il est
mort depuis Golconda juſques icy
plus de la moitié des Peuples. Madras
qui appartient aux Anglois,&
qui est à trois journées au Nord de ce
Comptoir, estoit la Ville la plus flo-
Tiffante & lamplus nombreuse en
Habitans de cette coste ; elle est à
prefent presque deferte. L'on nous a
écrit qu'ily avoit des jours où il étoit
192 MERCURE
mort cent cinquante perfonnes. Les
Peres & les Meres ont vendu leurs
Enfans presque pour rien , &plu .
ſieurs personnes ont achepté des Efclaves
pour un Ecu . Ce qu'il y a de
plus facheux , est que nous ne pouvons
esperer de pluyes que l'Hiver
prochain .
Il me feroit difficile de vous
exprimer combien les nouveaux
Convertis ſe fortifient
tous les jours dans la nouvelle
croyance qu'ils ont embraſſée.
On devoit eſtre perfuadé que
cela arriveroit à ceux qui voudroient
écouter,puis qu'il n'y a
que l'obſtination à fermer l'oreille
, & les yeux à la verité
qui empeſche de la découvrir.
Les nouveaux Réunis de
Ville de Niort en Poitou ,
ont écouté , & ils ont crus
& cela fait voir qu'on ne peut
entendre parlerla verité ſans
la
GALANT.
193
la reconnoiſtre. Ils eſtoient au nombre
de quatre mille , qui doivent au Roy ,
& au Pere le Blanc , Cordelier de la
Province de Touraine , les lumieres
qu'ils ont receuës . Ils ont fait connoiſtre
par un Placet à Monfieur l'Archeveſque
de Paris , qu'ils avoient eſté
édifiez de la conduite de ce Pere , &
inſtruits par ſes Sermons pendant l'Avent&
le Careſme dernier ; ce qui les
engageoit à le ſupplier d'obtenir du
Roy qu'il retournaſt auprés d'eux , afin
que dans les principales Feſtes de l'année
, il achevaſt de leur découvrir le
veritable ſens de l'Ecriture- Sainte , &
des Miſteres ſacrez ,& qu'en leur expliquant
les ceremonies de l'Eglife , &
de l'Office divin , il puſt les porter à la
penitence & à la ſanctification des
moeurs ; & donner à leurs confciences
le repos qu'ils cherchent. Monfieur
Augier de la Teraudiere leur a dreſſé ce
Placet, & a eſté député icy pour en folliciter
la réponſe. C'eſt un homme
d'un merite diftingué , dont je vous ay
parlé dans pluſieurs de mes Lettres, &
qui a déja eſté quatre fois Maire dela
Octobre 1687 ,
I
11
194
MERCVRE
Ville de Niort . Sa pieté eſt ſincere , &
ſon zele defintereſfé , ce qu'il a fait
connoiſtre dans le temps des Conver-
Gons , ayant travaillé à celle de prés de
vingt mille perſonnes. Comme leRoy
ne cherche que le ſalut des ames de ſes
Sujets , & qu'il ne luy importe par qui
ils reçoivent les lumieres dont ils ont
beſoin , ce Monarque a accordé à ces
heureux Réunis , le Pere qu'ils luy ont
faitdemander , & parce qu'eſtant Vicaire
de ſon Ordre au grand Convent
de Paris , cet Employ ſembloit l'y devoir
arreſter , Sa Majesté a ordonné
qu'on luy en conſervaſt les droits & les
privileges , pendant qu'un autre en feroit
les fonctions , n'eſtant pas juſte
que dans le temps qu'il ſerviroit le public
, il fuſt deſtitué d'un honneur qu'il
s'eſt attiré par ſon merite.
Ie vous ay promis le détail de ce qui
s'eſt paffé icy pendant le ſejour que les
Envoyez de Tripoli y ont fait , & je
n'ay garde de manquer à ma parole ,
puis qu'on ne voit point d'évenemens
pareils ſous les Regnes precedens. Ie
ne vous repete point ce que Monfieur
GALANT.
195
le Maréchal d'Eſtrées fit il y a deux ans
devant Tunis. le vous diray ſeulement,
qu'en conſequence du Traité qui y fut
conclu , le Dey , Divan ,& Milice de
Tripoli , ont envoyé deux des principaux
d'entre eux , nommez Khalil Aga,
Lieutenant du Bacha , & Heifer Aga,
Officier de Marine , pour venir offrir au
Roy en maniere d'Hommage & de
Tribut , au nom de ces trois Puiſſances
de leur Eftat , des Animaux des plus
curieux de leur Pays , & marquer par
là à Sa Majesté leur parfaite founif
fion. Ces Envoyez arriverent à Toulon
le 3. de May dernier , & y débarquerent
avec huit perſonnes de leur fuite ,
& Chelibi Halil , Fils du premier Envoyé.
Les Animaux qu'ils amenoient ,
eſtoient deux Dromadaires , fix Chevaux
, & des Autruches. Ily en avoit
encore de differentes eſpeces ,& forr
extraordinaires. Ces Envoyez furent
receus à Toulon de la part du Roy par
Monfieur de Vauvré , Intendant de la
Marine , & défrayez aux dépens de Sa
Majefté pendant quarante jours qu'ils
y ſejournerent , pour ſe repoſer ,
I 2
196 MERCURE
د
donner temps à ces Animaux de
ſe rétablir parce qu'ils avoient
beaucoup fouffert ſur la Mer. Ce
long ſejour leur laiſſa le temps de
voir le Port , les Vaiſſeaux du Roy , les
Arcenaux , & après avoir conſideré
l'ordre merveilleux avec lequel tout s'y
execute , ils dirent que chacun s'y appliquoit
en particulier , comme s'il n'avoit
point d'autre intention que celle d'employer
tout son temps &toute ſon induſtrie pour
le ſervice duplus grand , &du meilleur
Maistre dumonde. Quelque bon traitement
qu'on leur puſt faire pendant ces
40.jours,ils leur paruret fort longs , par
l'impatience qu'ils avoient de voir Il
gran Papas , ( c'eſt ainſi qu'ils nommoient
le Roy ) eſtant prévenus , difoient-
ils , qu'ils ne verroient rien de
fi beau dans leur Voyage. Ils partirent
enfin par ordre de la Cour , accompagnez
de Monfieur Magny , Officier de
Sa Majesté , employé dans la Marine
au Département de Toulon , qui fut
nommé pour les conduire , & du Sieur
Antonio Boyer , Malthois , qui leur
devoit ſervir d'Interprete dans la route.
GALANT. 197
Ils paſſerent à Aix en Provence , où ils
furent viſitez des principaux Officiers
du Parlement , & d'une grande partie
des Perſonnes de qualité de cette Ville
- là. Ils receurent les meſmes honneurs
dans les principales Villes de
leur paffage , & fur tout à Monteli.
mart , à Valence, & à Lyon. Ils ſejournerent
pluſieurs jours dans cette derniere
Ville , tant pour fatisfaire leur
curioſité ,& en voir les beautez , que
pour donner lieu à leur équipagede ſe
rafraîchir. On marqua auſſi beaucoup
d'empreſſement de les voir à Châlons
fur Saone & à Auxerre , & l'accueil
qu'on leur fit dans tous les lieux de
leur route , leur fit dire que c'eſtoit un
heureux pronoſtic de la bonne reception
que le Roy leur feroit. Leu
d'Aouſt ils arriverent à Charenton
d'où Monfieur Magny partit pour aller
rendre compte à Monfieur de Seignelay
de ce qui s'eſtoit paſſé. Ce Miniſtre le
fit retourner auprés de Envoyez , pour
y attendre les ordres du Roy. Ils y demeurerent
treize jours , pendant lef
quels plufieurs perſonnes de qualité de
I3
198 MERCVRE
Paris les allerent voir. Le 22. Monfieur
Magny receut ordre de les conduire à
Verſailles. Il les y mena le lendemain ,
&le jour ſuivant Monfieur de Seignelay
les preſenta à Sa Majeſté , dans le
temps qu'Elle ſortoit de la Meſſe. Le
premier Envoyé fit ſon Compliment
en Langue Turque , & Monfieur Dipy
l'interpreta en ces termes . Grand Monarque
de la Terre. Les Envoyez du Dei,
Divan ,& Milice de Tripoly viennent
pour presenter à Vostre Majesté , des
Chevaux , des Dromadaires , &d'autres
Animaux de leur Pays , comme un hommage
, & un tribut qu'ils offrent à Vostre
Majesté , & ils s'en retourneront trescontens
de l'honneur qu'ils ont eu d'avoir
paru devant le plus grand Roy dumonde.
L'accueil qu'ils receurent de ce
grand Monarque , leur fit connoiftre
qu'il eſtoit content des marques qu'ils
luy donnoient de leurs ſoumiſſions ,
& de leurs reſpects. Sa Majesté vit
enfuite les Animaux qu'ils avoient amenez
. UnMore âgé de 18. ans d'une
taille extraordinaire par ſa hauteur , &
par fa groſſeur , monta ſur un Dro
Π
GALANT. 199
madaire enharnaché à la modeldu
Pays , & il le fit galoper de to
force autour de la Court. Aprés cette
Cavalcade qui donna quelque plaifir
au Roy & à tous ceux qui estoient
prefens , ce Negre defcendit de ſon
Dromadaire , & comme il avoit remarqué
dans Sa Majesté cet air engageant
qui luy attire tous les coeurs ,
if crut que s'il prenoit la liberte de
luy baifer la main , ce Prince auroit la
bonté d'excufer ſa hardieſſe. Il eut cet
honneur , & baiſa enſuite la main de
Monſeigneur le Dauphin , &de Monſeigneur
le Duc de Bourgogne , auffibien
que celle de tous les Princes &
Seigneurs , qui avoient l'Ordre du
Saint Eſprit , dans la penfée qu'il
eut que ceux qui avoient un Cordon
bleu , devoient eſtre les premieres
perfonnes de la Cour. Le Roy eſtant
rentré , ces Envoyez ſe retirerent ,
remplis d'admiration pour ce Monarque
,& comblez de ſes bontez , & du
bon accueil de toute la Cour. Ils revinrent
deux jours aprés à Paris pour
y recevoir les Ordres du Roy , & y
14
200 MERCURE
voirtoutes les choſes qui font remarquer
ſa grandeur & fa puiſſance ,
ainſi que le genie , & l'adreſſe des
François . Meſſieurs Dipy ,& magny
prirent le ſoin de leur montrer tout ce
qu'il y a de plus curieux dans cette Capitale
du Royaume , & ils le prirent
d'une maniere qui fir connoiſtre leur
zele pour la gloire de Sa Majesté , &
pour celle de la France. Ils les menerent
au Louvre, où ces Envoyez virent
les Appartemens anciens , & nouveaux
, le Cabinet des Peintures , & la
Galerie d'Apollon. Ie ne vous décris
point tous ces lieux là ,pour ne vous
rien repeter , de ce qui eſt dans mes
quatre Volumes de l'Ambaſſade de
Siam en France. Ils pafferent enſuite
dans la Galerie baſſe du Louvre , où
leRoy loge les plus illuftres de chaque
Art, & ils entrerent chez Monfieur
Turet , fameux dans toute l'Europe
pour la bonté de ſes Pendules. Ils en
examinerent un grand nombre , & le
plaiſir qu'ils prirent à entendre parler
cer Illuſtre , fut cauſe , qu'ils demeurerent
chez luy pendant plus d'une heuGALANT.
201
2
A
re. Ils monterent enſuite dans la Gale-)
rie haute , dont la longueur les ſurprit
d'autant plus , que l'oeil n'en peut découvrir
le bout. Ils entrerent de là dans
les grands Appartemens du Chaſteau.
des Thuileries, que je vous ay déja décrit
,& de là dans la Salle des Machines
, ou les balcons , Galeries , & Plafons
dorez , aprés ce qu'ils avoient vû
dans l'un & l'autre Chaſteau , les furprit
de telle forte , qu'ils dirent que l'or
devoit estre en France le plus commun de
tous les Métaux.lls dirent auſſi qu'aprés
tout ce qu'ils avoient vû , ils estoient per-
Suadez que le Roy n'avoit qu'à ſouhaiter
une chose pour la voir auffi-toſt executée
&ils ajoûterent ,que la douceur & l'air
affable de ce grand Monarque meritoient
l'Empire de toute la Terre. Au fortir des
Thuileries ils allerent à l'Academie
Royale de Peinture,& de Sculpture ,
où ils furent reçûs par Monfieur le
Hongre , fameux Sculpteur qui faifoit
alors la fonction de Recteur de cette
Academie. Il ſeroit impoſſible de vous
marquer icy tout ce qu'ils dirent à l'avantage
du Roy ,& de la Nation. Us
Is
202 MERCURE
exam inerent tous les Ouvrages de
Pein ture , & de Sculpture lesuns aprés
les autres ,& dirent enſuite ,Qu'ils ne
doutoient point que tout ne fuſt poſſible
aux François , hors le secret de ne point
mourir. Ils virent encore ce jour-là la
Place des Victoires ,& ils ſe firent expliquer
toutes les Inſcriptions ,& les
Bas- reliefs ,& furent ſurpris d'apprendre
la jonction des deux Mers dont ils
n'avoient point encore entendu parler ,
ce qui les jetta dans un étonnement
inconcevable. Ils donnerent de grandes
loüanges à Monfieur de la Feuillade,
& dirent à Monfieur Dipy , qui
leur ſervoit d'Interprete , Qu'il n'y
avoit que LOVIS LE GRAND qui
pust veritablement faire le ſujet de leur
admiration , & ternirpar ses hauts faits
tamemoire du premier Alexandre ,voulant
faire entendre par la que le Roy
eſtoit le ſecond. Lors qu'ils furent à
I'Hoſtel Royal des Invalides , ils admirerent
l'ordreque l'on y obſerve pour
les Soldats bleſſez au ſervice de Sa Majeſté,&
le foin qu'ils virent quel'ony
prend pour ſubvenir à tous leurs be
GALANT.
203
ſoins , leur fit dire en propres termes ,
Quele Roy meritoit que tous ſes Sujetsfans
balancer , fiffent en tout rencontre
un Sacrifice de leurs personnes pour
Sa Majesté. Ils dirent à l'Hoſtel Royal
des Manufactures des Gobelins , que
la grandeur du Roy paroiſſoit par tout ,
&que rien n'estoit impoffible au genie,
àl'adreſſe des François. Ils admirerent
le Dôme du Val de Grace,& dirent de
l'Obſervatoire , que l'esprit des François
,& leur deſſein deſeperfectionner ,
lesportoient aux choses les plus élevées.lls
ont vû la Comedie,& l'Opera avec un
fort grand plaifir ,& ont dit que ces
Spectaclesparoiſſoient plûtoſt un enchanrement
qu'un effet de l'imagination des
Hommes. l'eſtois à l'Opera avec eux ,
&en les entretenant,j'eus le plaifir
de remarquer leur ſurpriſe. Ils me
dirent que s'ils estoient dans une Place
extremementfortifiée ,& dont les Remparts
fuſſent garnis de tout le Canon
neceſſaire pour sa deffense , ils ſeroient
feurs de faire toute la reſiſtance qu'on
pourroit attendre d'eux ; mais que s'ils
estoient attaquez par tous ceux qui com-
16
204 MERCVRE
fur
pofoient l'Opera , avec le mesme équipage,&
les mesmes charmes , ils ne
ſe deffendroient point , & auroient au
Contraire beaucoup de plaisirà ſe rendre.
Ils ont eſté à Sceaux voir la Maiſon de
M. le Marquis de Seignelay , où quoy
qu'ils n'y fuffent point attendus,& que
parconſequent il n'y eût point d'ordre
de les regaler , les Officiers de ce Marquis
ne laifferent pas de le faire. Ils
connoiffoient l'humeur magnifique de
leur Maiſtre , tout à l'égard
des Etrangers , &ils crurent endevoir
ufer de cette forte. Ie ne vous dis point
les louanges qu'ils donnerent aux
Eaux de certe belle Maiſon ; vous pouvez
vous l'imaginer par la deſcription
que je vous en ay donnée. Les .
Septembre Monfieur Magny ayant eu
ordre de ſe rendre le lendemain à la
Cour avec ces Envoyez , ils partirent
le 6. de Paris ,& pafferent par
Saint Cloud , pour y voir le Jardin de
Monfieur. Mademoiselle qui y eſtoir
alors, leur fit l'honneur de les recevoir ,
&de les faire conduire par les Offi
GALANT.
205
ciers de ſon Alteſſe Royale , dans tous
les endroits qu'elle jugea dignes de
leur curiofité. On fit joüer toutes les
Eaux ,& ils retournerent à Verſailles
charmez des honneſtetez de la Princeffe
,&de ce qu'ils avoient vû.
,
Le jour ſuivant ,ils firent demander
à Sa Majesté la permifſion de la
voir diner , & de viſiter toutes les
beautez de Verſailles tant dedans
que dehors le Chaſteau ; ce qui leur
fut accordé. Ils commencerent par ce
qu'ils ſouhaitoient le plus , & virent
dîner le Roy , Ils regarderent avec une
application extraordinaire , tout ce
qui ſe paſſa pendant le dîner , & firent
de profondes reverences toutes les fois
que leRoy , Monſeigneur,& Madame
la Dauphine burent , mais ſeulement
aprés qu'ils eurentbû. Je ne vous dis
point l'étonnement que leur a caufe
tout ce qu'ils ont vû à Verfailles , puis.
qu'il me ſeroit impoſſible de vous l'exprimer
&que vous pouvez vous imaginer
les ſurpriſes que doivent caufer
Ies beautez de ce Château .Avant qu'ils
en partiſſent , Monfieur de Seignelay
206 MERCVRE
leur donna à chacun de la part du Roy
une chaiſne d'or , & une Medaille avec
le Portrait de Sa Majefté. On fit auſſi
des gratifications aux Officiers , & aux
Domeſtiques de la ſuite des Envoyez ,
proportionnées à ce qu'ils eſtoient . Ils
revinrent à Paris le 18.& le lendemain
ils écrivirent à Monfieur de Seignelay
la Lettre ſuivante , pour le remercier
des bons offices qu'il leur avoit rendus
auprés de Sa Majeſté.
:
ILLUSTRISSIME SEIGNEUR ,
Dieu veüille par fa puiſſancefuprème
conserver l'Empereur des
François , celuy qui par sa valeur
imperiale , fes forces invincibles ,
&ſes trefors inépuisables , fait
trembler toute l'Europe , quand il
luy plaist , & qui parsa glorieuse
protection peut faire le bonheur de
tous les Etats ſes voisins, quiferont
des amis de Sa Majesté. Nous Sçavons
bien que nous sommes redeva
3
GALANT.
207
bles au Dieu tres-haut , & à nostre
Protecteur auprès de luy de tout ce
qui nous arrive, anſſinous n'ignorons
pas , illuftriffime Seigneur , les obli
gations que nous vous avons des bons
offices que vous avez rendus à nostre
Patrie , & à nous en particulier ,
auprés du Roy , dont nous vous affeurons
que nous ne perdrons jamais
Leſouvenir. La grace que SaMajesté
a faite à Alfid Hhabit mon
Fils,de le gratifier de fa Medaille
enrichie d'une chaisne d'or , est une
autre faveur que vous luy avez
procurée,dont nous vous remercions
encore , ainsi que de ce que nostre
Secretaire& nos Serviteurs ont reaeu
par voſtre ordre du Sieur Magny.
Nous vous fupplions , instam
ment , Illuftriffime Seigneur , en nous
continuant voſtre appuy auprés du
Roy , d'obtenir de Sa Majesté la li
bertédefi.x Turcs esclaves dans
208 MERCURE
Ses Galeres, que nous luy avons demandez
depuis long-temps , & de
nous faire fçavoir la volonté de Sa
Majesté à Toulon , par Monsieur
Son Intendant de la Marine. Aprés
cela nous irons rendre témoignage
au Dey , Divan , & Milice de
Tripoli , de l'abondance des graces
dont le plus grand&leplus puiſſant
Monarquedu monde nous a honorez,
&des aſſiſtances ,& protection que
vous nous avez accordées auprès de
Sa Maještě , pour laquelle nous &
les nostres ferons toûjours remplis
d'une grande admiration , & de
tres-profonds refpects &soûmiffions.
Les Envoyezde Tripoli .
KHLIL AGA.
HEISER AGA.
Depuis le 19. juſqu'au 24. qu'ils
demeurerent à Paris , ils acheterent
pluſieurs choſes qu'ils n'ont pas en leur
Pays,&qu'ils ont trouvé eſtre d'un
wſage fort commode. Ils partirent ac
1
1
GALANT . 209
compagnez de M. Magny ,& du Sieur
Antonio Boyer Interprete , pour ſe
rendre à Toulon , & s'y embarquer ſur
un des Vaiſſeaux du Roy , qui les doit
conduire à Tripoli , où ils ne manqueront
pas de rendre compte de l'heu
reux ſuccés de leur Voyage.
Quoy qu'aucune affaire n'ait fait tant
de bruit depuis fort long- temps , que
celle du Docteur Michel Molinos,je ne
croy pas vous en devoir dire beaucoup
de choſes. Il y a des Sectes ſi ridicules,
que l'on n'y doit faire reflexión que
pour en rire , & pour en déteſter les
Auteurs. Le nombre de ces Sectes a
eſté ſi grand , qu'on rempliroit un
volume de leur ſeul dénombrement .
Cependant on a publié juſqu'au nom
de la pluſpart. La maniere de vivre de
Molinos pendant un grand nombre
d'années , nous fait connoiſtre que
c'eſtoit un homme fort ſenſuel & fort
addonnée aux Femmes . Il eſtoit Prêtre,
& ſon caractere ne luy fourniſſoit pas
les occaſions de contenter ſes deſirs ,
qu'ont les perſonnes du monde. Il faut
faire de la dépenſe & employer de
210
MERCURE
,
grands foins pour ſe faire aimer ; &
quand on pourroit en venir à bout , il
n'eſt pas toûjours aisé d'obtenir des
Femmes ce qu'on en ſouhaite. Molinos
en vouloit à tout le Sexe , & fa convoitiſe
le rendoit ſemblable au D. Juan
de la Comedie du Feſtin de Pierre ,
mais il n'en pouvoit joüer le perſonnage
publiquement , & il voyoit bien
que de la profeſſion dont il eſtoit ,il
ne le pouvoit joüer heureuſement en
particulier. C'eſt ce qui luy fit prendre
le deſſein de ſe faire Aureur d'une Secte
qu'il n'a inventée , que pour trouver
moyen d'accorder à fon temperament
rent ce qu'il luy demandoit ,& pour
avoir non ſeulement de l'argent en abondance
, mais toutes les chofes neceffaires
à la vie , ſans qu'il euſt beſoin
de les acheter. Il ſçavoit que la liberalité
eſt attachée aux Femmes devotes ,
fur tout fors qu'elles ſont perfuadées
que ce qu'elles donnent doit eſtre employé
pour leur falut , ou pour ſoulager
celuy qui travaille à les faire entrer
dans la voye de perfection, Molinos
mit tous les loins à s'en acquerir beau
GALANT. 211
coup de ce caractere , & à ſe faire eftimer
des gens de bien , par tous les dehors
trompeurs qui peuvent faire croire
de la vertu dans ceux qui ſçavent
diffimuler auffi adroitement qu'il faifoit,
ſe tenant certain que lors qu'on
s'eſt une fois acquis de la reputation
par ces faulles apparences,il n'eſt point
d'impietez que l'on ne puiffe cominettre
impunément. Toutes chofes ayant
-eſté ainſi préparées ,il commença à
infinuer ſes dogmes pernicieux à ſes
Devotes. Ils avoient pour fondement ,
qu'il faut s'aneantir pour s'unit à Dieu ,
-& demeurer enſuite en repos comme
un corps mort. Sur ce principe, ilprétendoit
que ce premier acte negatif
ayant annullé toutes les puiſſances de
l'ame, aucun acte poſitif n'eſtoit meritoire
, parce qu'il eſtoit contraire à
Paneantiſſement où l'on eſtoit ; mais
en excluant tout ce qu'il y a de bonnés
oeuvres , il donnoit une ouverture entiere
aux dereglemens les plus crimi
nels , puis que l'ame n'y prenant auch
ne part , pour ne point fortir de fon
repos , demeuroit toujours unie à Dieu,
212 MERCVRE
ſans s'inquieter de ce que faiſoit 'le
corps. C'eſt de là que ſes Sectateurs
avoient pris le nom de Quietiſtes. La
nouveauté ſe fait écouter ordinairement
, & comme elle attache , pour
peu qu'elle plaiſe , on y preſte encore
I'oreille plus volontiers. Auſſi tous les
Novateurs qui veulent faire ſuivre leurs
opinions , propoſent toûjours des
choſes beaucoup plus faciles que ce
que la veritable Religion nous enfeigne.
Ces opinions ſurprennent d'abord
, mais elles ne rebutent point ,
& dans le temps méme qu'on les
croit fauffes , on ſouhaiteroit qu'elles
fuffent vrayes , tant on ſe ſent de
diſpoſition à les embraſſer. Molinos
eſtant tout- à-fait infinuant ,n'a point
douté que l'art qu'il avoit de perfuader,
ne fiſt recevoir ſes Dogmes. Il
a d'abord propoſé le plaiſir auquel la
nature nous porte le plus ; mais comme
il n'auroit pas reuſſi par là , il à
donné en meſme temps des raiſonste
pour y faire voir de l'innocence , de
forte qu'on peut dire , qu'au lieu que
dans chaque Religion le mal deit
GALANT .
213
eſtre ſeverement défendu , toute la
doctrine n'alloit qu'à prouver qu'on ſe
devoit abandonner ſans referve aux
appetits les plus ſenſuels , & qu'il n'y
avoit aucun crime à faire ce qui nous
eſt défendu par les Loix & par l'Eglife .
La fauſſe & apparente fainteté de cet
impie , les douces & attirantes amor .
ces du plaifir , la foibleſſe de certains
eſprits trop credules , le peu de ſçavoir
& la fimplicité de beaucoup de Femmes
, & enfin les infinuantes& engageantes
manieres du Docteur , échaufé
d'une paſſion qui donne du feu & de
l'eſprit pour perfuader, ont fait croire à
celles du Sexe qui ſe ſont trouvées les
plus fragiles que les Dogmes de ce
Scelerat eſtoient affez bien fondez
pour eſtre ſuivis. S'ils l'ont eſté par
quelques hommes, ce n'a eſté que dans
la veuë qu'ils ont euë de pouvoir vivre
avecleurs Devotes , comme Molinos
vivoit avec les fiennes . Ces commerces
ont duré,mefme parmy ceux qui
ont reconnu la fauſſeté des opinions de
leur Seducteur. On ne doit pas en eſtre
furpris ; le plaiſir ne laſſe point ,la pe214
MERCURE
nitence eſt auſtere , & comme on ne
peut abandonner l'un ſans eſtre obligé
d'embraffer l'autre , on a de la peine à
s'y reſoudre.Je ne vous dis rien de plus,
parce qu'il n'eſt point permis d'entrer
dans aucune despropoſitionsde ce faux
Docteur . Elle font au nombre de ſoixante-
huit , mais ſi ridicules , fi contraires
au bon ſens , & tellement hors
de toute vray- ſemblance , que quand
laReligion ne s'y oppoſeroitpas, elles
ſeroient rejettées de ceux qui voudroient
vivre moralement bien . L'examen
en ayant eſté fait , aprés qu'on eut
découvert les erreurspernicieuſes qu'inſinuoit
Molinos, ily eut un Decretdon.
né le leudy 28. Aouſt, dans la Congregation
generale de l'Inquifition Romaine
& univerſelle , tenue dans le
Palais Apoftolique du Mont Quirinal ,
en prefence de Sa Sainteté , &de Mefſieurs
les Cardinaux , Inquifiteurs generaux
, députez particulierement du
faint Siege , contreles Erreurs de l'Herefie.
Ce Decret ayant eſté donné en
Langue Latine , je vous en envoye une
Traduction litterale...
GALANT .
215
Le devoir de la vigilance Aposto-
) lique estant d'ufer de rigueur pour
abolir la pernicieuse dépravation de
l'Hereſie , qui n'a eu que trop de
force en p'uſieurs parties du monde
au grand détriment des ames , afin
que par l'authorité & par la prudence
de celuy qui eſt aſſis dans la
Chaire de Saint Pierre , la malice
des Heretiques foit arreſtée dans les
premiers efforts qu'ils employent pour
faire recevoir leurs fauſſetez , &
que la lumiere des veritez Catholi
ques , brillant dans la fainte Eglife,
lafaſſe voirpurgéede toute l'excration
des faux Dogmes ; fur ce que
l'on a appris , qu'un certain Michel
Molinos , Fils de perdition ; avoit
enseigné des Dogmes pervers , tant
de boucche quepar écrit , & qu'il les
avoit reduits en pratique ,lesquels
preceptes de l'Oraison de Quietude
estant contre la Doctrine & contre
216 MERCURE
l'usage receu par les Saints Peres,
dés les premiers commencemens de
l'Eglise naiſſante , détournoient les
Fidelles de la vraye Religion , & de
la puretéde la pieté Chrestienne,&
les induiſoient en degrandes & treshonteuses
erreurs ; Nostre Saint Perè
le Pape Innocent XI. quine cherche
rientant qu'àfaire que les Ames des
Fidelles dont Dieu luy a commis le
Soin, estant purgées du venin des
opinions dangereuſes , puiſſent arriver
seurement au port ſouhaité de
Salut , après avoir entendu pluſieurs
fois dans une affaire de cette im-
Portance les eminens Cardinaux ,
Inquifiteurs Generaux dans toute la
Republique Chrestienne , &pluſieurs
Docteurs de la Sacrée Theologie,
avoirpris leurs avis tant de vive
voix quepar écrit , & les avoirſerieusement
examinez; après avoir
auſſi imploré l'aſſiſtaace du Saint
Esprit,
GALANT.
217
Esprit , pour venir à la condamnation
des 68. Propoſitions cy - aprés
écrites du mesme Michel Molinos,
duquels elles ont esté reconnuës pour
fiennes , &desquellesila esté luymesme
convaincu , & les a avoiüées,
comme ayant esté dictées , écrites,
communiquées , & crues par luy ,
fçavoir ; Les Propoſitions de
Molinos font employées en
Langue Italienne aprés ces paroles
, & le Decret eft continué
en ces termes ſuivant la traduction
qu'on en a faite .
Lesquelles 68. Propofitions , comme
estant des propoſitions heretiques,
Suspectes , erronées , Scandaleuses ;
blafphematoires , feditieuses qut
offensent les oreilles , & quiservent
à relaſcher &à renverſer la
Discipline Chreftienne , ensemble
tout ce qui a esté dit,écrit ou imprimé
fur cette matiere. Nostre Saint Pere
Octobre 1687.K
218 MERCURE
condamne, deffend abolit , & ofte le
pouvoir àtous &à chacun d'en parler
à l'avenir , ou d'autres choses
Semblables en quelque façon que ce
puiſſe eſtre, d'en écrire , d'en diſputer
, d'y croire , de les retenir , enfei
gner ou reduire en pratique. Ceux
qui contreviendront à cette Défense,
Sa Sainteté les prives àperpetuité
de toutesfortes de Dignitez; degrez ,
honneurs , Benefices & Charges ,
les déclare inhabiles à toutes chofes,
&les lie de ce lien d'anatheme , dun
quel aucun autre que le Souverain
Pontife Romain ne les puiſſe abfoudre
,si ce n'està l'article de la mort.
De plus , Sa Saintetésupprime &
condamne tous les Livres , & toutes
les Oeuvres du mesme Michel Molinos
en quelque lieu & en quelque
Langue qu'elles soient imprimées ,
comme auſſi tous lesmanuscrits qu'on
en peut avoir , & défend qu'aucun
de quelque rang, condition , ou estat
GALANT.
219
qu'ilfoit , quand mesme ilferoit digne
d'une distinction particuliere ,
ofe les imprimer ou faire imprimer
Jous quelque pretexte ou en quelque
Langue que cepuiffe estre , foit dans
les mesmestermes,foit en deſembla
bles ou équivalents , foitfans nom,
foit sous un nom feint ou étrangers
ny les lire ou retenir chezfoy Imprimez
ou Manuscrits ; mais ordonne
Sous les mesmes peines cy - deſſus
marquées , de lesporter incontinent,
& les remettre aux Ordinaires des
lieux ou Inquifiteurs de l'Hereſie ,
lesquels Ordinaires ou Inquifiteurs,
les brûleront ou les feront brûler auffitoft.
Signé , Alexander Speronus ,
Notaire de la Sainte Inquisition
Romaine & Univerſelle.
La Sentence rendue contre Molinos
par la Congregation de l'Inquifition,
avoit eſté prononcée le jour pre-
K
220 MERCURE
1
cedent ,& comine elle portoit entre
autres choſes qu'il feroit Abjuration
publique de toutes les Propoſitions
condamnées dans ſes Ecrits,ilfut amené
en Carroſſe le troiſième de Septembre
à l'Egliſe des Dominiquains , où le
Sacré College eſtoit aſſemblé. Il y
avoit auſſi pluſieurs Princes , Princeſſes
,& Daines de la premiere qualité
, ſans compterun nombre infiny
de perſonnes de toutes fortes d'eſtats.
On avoit preparé un Echaffaut afin
qu'il fuſt vû de toute l'affemblée , &
que ſon Procés qu'on y devoit lire tout
entier , fuſt mieux entendu. On l'y fit
monter. Il n'eſtoit vêtu que de ſa ſeule
Soûtane , & avoit les mains liées. Le
Barigel l'accompagnoit & un
Sbirre luy ayant mis ſon Manteau , &
donné un Cierge allumé , il ſalüa les
Cardinaux , avec un viſage qui ne
marquoit aucune alteration.La Lecture
du Procés dura deux heures. Elle
fut faite par quatre Dominiquains ,
qui ſe repoſoient de quart-d'heure en
quart d'heure chacun recommen- د
د
çant à lire à fon tour , & il demeura
GALANT. 221.
debour pendant tout ce temps. Le
grand nombre de crimes & d'impietez
dont ce Procés eſtoit remply ,
&que le Coupable avoit avoiez , fut
cauſe qu'on entendit retentir dans toute
l'Eglise , le fen , le fen , brûlez - le
vif. 11fit enſuite abjuration des Propoſitions
condamnées ,&la ſouſcrivit,
toûjours avec la meſme aſſeurance. Sa
Sentence luy fat luë aprés cela. Elle
portoit une Prifon étroite , formelle ,
& perpetuelle , fans efperance de
remiffion ; qu'il ſeroit ; obligé de ſe
confeffer quatre fois l'année , ſçavoir à
Paſques , à la Pentecofte , à la Feſte de
tous les Saints& à Noël ,& qu'il reciteroit
tous les jours de Symbole des
Apoſtres , & la troifiéme partie du
Roſaire. Le Prefident Commiſſaire de
l'Inquifition luy donna l'abſolution, &
luy mit un Scapulaite jaune avec une
Croix rouge devant & derriere. Cet
habit eſt appellé . Penitence , & Molinos
fera obligé de le porter juſques à
ſa mort. Toute cette fonction dura
trois heures & demie ,& il fut mené
àuneheure de nuit au Palais de l'In-
K 3
222 MRCUREE
1
quifition dans un Carroffe fermé &
environné de Gardes. Plus de mille
perſonnes le ſuivirent en criant toûjours
, le fen , lefeu , qu'on le brûle vif.
Il dit ſans s'ébranler de ces cris , il
faut les laiſſfer dire , voicy un jour
de Feste pour eux. En paſſantle Pont
Saint Ange , ſi la Soldateſque ne fuſt
accouruë il couroit riſque , au lieu du
feu , d'expier ſes crimes dans l'eau.
Eſtant arrivé au Palais , à peine luy
eut-on delié les mains , qu'il prit un
Eventail , & ſe fit du vent pour ſe rafraiſchir
, ſalüant d'une maniere libre,
&riante tous ceux qui estoient dans
Ja Salle. 11 connoiſſoit ſes impietez &
fes erreurs & ceux qui établiſſent
des Sectes , ayant la plupart des motifs
d'ambition , d'intereſt , oude plaifir ,
&trop d'eſprit pour y croire , il avoit
dit à ſes Sectateurs , perfuadé de la
punition dont il eſtoit digne , qu'ils
euſſent courage , & qu'ils tinſſent ferme
dansſa Doctrine, parce qu'il devoit estre
fait Prisonnier du faint Office , & y
Souffrir le martyre. Quoy qu'il cruſt en
échaper , il avoit ſa politique pour par-
,
GALANT. 223
ler de cette forte. En témoignant mépriſer
la mort , qu'il feignoit de croire
ſeure , il vouloit perfuader qu'il n'en
ſeignoit rien qui ne fût à ſuivre , &
fans doute on a fait voir beaucoup de
prudence , en ne le condamnant point
mourir , parce que ſes Partiſans auroient
pû dire qu'il ſeroitmort Martyr,
& le prendre pour un Prophete , à
cauſe qu'il l'avoit dit aux uns , & écrit
aux autres . Ce pardon a encore produit
un autre effet qu'on en attendoit , &
qui achevera de détruire entierement
cette Secte. C'eſt que Molinos commence
à ſe repentir tout de bon , &
que lors que ceux qu'il a attirez dans
fon party feront perfuadez de la ſincerité
de ſa Converfion , ils acheveront
d'eſtre détrompez , ſi pourtant il y en
a quelques- uns qui ne le ſoient pas en.
core tout- à-fait. Ce fameux Herefiarque
eſt un Preſtre d'Arragon , âgé de
ſoixante ans , d'une taille moins que
mediocre , & d'un viſage qui marque
de la gayeté. Il eſt fort gras par la vie
ſenſuelle qu'il a menée. Il y avoit 22 .
ans qu'il répandoit ſa doctrine à Ro
K 4
224
MERCURE
me, où il eſtoit eſtimé & reveré de tout
le monde , & mefme tenu pour un
grand Saint. Il avoit dans ſes Diſcours,
un ſi grand art de perfuader , qu'il venoit
à bout de tous ceux qu'il entreprenoit
de ſéduire , changeant de figure ,
& donnant des couleurs à ſes faux
Dogmes , ſelon la qualité des perſonnes.
Il a reconnu qu'il y avoit douze
ans qu'il ne s'eſtoit confefle ,& il ne
laiſſoit pas dedire la Meſſe. Il avoit tout
ce qu'on peut defirer , tant en argent
qu'en autres choſes. On luy a trouvé
trois àquatre mille piſtoles ,& douze
à treize mille Lettres , par leſquelles
on a connu le nombre & la qualité de
fes Sectateurs.
Je vous tiens parole touchant les
nouvelles de Siam, que je vous promis
le mois pallé , & vous envoye deux
Extraits de Lettres tombez entre mes
mains ſur la meſme affaire. Le premier
vient d'un lieu qui n'eſt éloigné que de
trois ou quatre journées de Siam ;&
l'autre eſt tiré d'une Lettre venuë de
Siam meſme. Vous les trouverez differens
en quelques endroits , mais vous
GALANT.
225
ne devez pas vous en étonner. Nous
voyons ſouvent que pluſieurs perſonnes
qui ont eux - meſmes vû ce qu'ils
racontent , le rapportentdifferemment.
Quoy qu'il en ſoit , à quelques doutes
prés , vous ne laiſſerez pas de connoiſtre
la verité du faitdontil s'agit.Si l'on
pouvoit aisément avoir des éclairciffemens
de fix mille lieuës , je vous envoyerois
une Relation plus reguliere..
Ce qui ſuit l'eſt pourtant affez pour
meriter d'eſtre lû.
On a envoyé de Siam à Paris un
détail de la Conspiration qu'un
Prince Macaffary a faite ,&com
me je croy qu'elle tombera entrevos
mains , je nevous en écris point toutes
les particularite.z.. Ie vous diray
feulement que ce Prince estoit Frere,
ou proche Parentdu Roy qui gouvernoit
l'Isle de Macaſſar lors que les
Hollandois s'en rendirent les Maiſtres
, & qu'il vint chercher azile
àSiam , où je l'ay vũ , ở où il vivoit
en personne privée. La Con-
K
226 MERCURE
Spiration ayant esté découverte, le
Roy de Siam envoya offrir la grace
ià tous ceux qui y avoient trempé,
&ils ne voulurent point l'accepter..
On reſolut de les forcer dans leur
Camp, qui est àun quart de lieuë de
la Ville Capitale. On envoya des
Troupes pour cela. Iln'y avoit que
deux cens Macaffars , quelques- uns
diſent meſme beaucoup moins ; mais
comme cefont de gens quine reculent
jamais quand ils ontmangéleur
Amphion ou Opium , &qu'ils sefont
determinez à mourir, onnepeut les.
exterminer qu'avec peine , & aprés
avoir perdu beaucoup de monde.Plufieurs
Anglois particuliers , & Serviteurs
du Royse trouverent das l'a-
Etion. Les Officiers de la Compagnie
&quelques autres Fraçoisvoulurent
estre de la partie. L'onfit la premiere
defcete dans le Campdes Macaffars
en petit nombre & fans ordre. L'on
GALANT. 227
fut repoussé&obligé de regagner les
Balons ou Chaloupes, Quatre François
y furent tuez ou noyez. Quelques
Anglois perirent de mesme. L'on ſe
rallia , &l'on y retourna avecplus
de monde & plus de precaution
qu'auparavant. Les Macaſſars se
batirent en desesperez; mais leur
Prince ayant esté tué d'un coup de
Mousquetpar un François , lapluspart
demeurerentfur laplace, & les
autres furent fait prisonniers. F'ay
entendu dire à des perſonnes qui s'é
toient trouvées en pluſieurs Combats,
qu'ils n'avoient jamais veu degens
fifurieux que ceux- là. Monfieur du
Hautmeſnil emmene avec luy les
deux Fils de ce Prince Macaffar. On
les envoye au Roy. le croy que cefont
les Peres Jefuites qui font chargez
deles presenter.
Voicy l'autre Extrait qui eft
beaucoup plus confiderable......
K 6
228 MERCURE
Ily a environ vingt-sept ansque
les Hollandois s'eſtant rendus Maiſtres
du pays de Macassar , qui est a
la pointe de l'Iſle Celebes , le Roy de
Macaffar fut obligé de se retirer
chez le Roy de Jambi , owil fut fort
bien receu , mais estant naturellement
fort remuant , il ne put s'empefcherde
cabaler contre ceRoy, qui
estoitson bienfaicteur.La chofeaiant
eſté découverte , on le fit mourir. Son
Fils alla ſe jetter aux pieds du Roy
de lambi , auquel il representa que
n'aiant point eu de part àla mauvaiſe
conduite de fon Pere,ilespe.
roit de ſa clemance qu'il n'en auroit
point àſon ſuplice. En effet le Roy
de Lambi donna à ce jeune Prince
Macaffar,nonseulement la permiffion
de se retireroù ilvoudrait avec
environ deux cent cinquante Macaſſars
qu'il avoit avec luy , mais
encore il leurfournit un Bastiment
GALANT. 219
pour aller dans les Estats du Roy de
Siam qui leur donna un Camp auprés
de laVille, pouryfaire commodement
leur reſſidence , de mesme
quepluſieurs autres Nations qui ont
desCamps autourde Siam. CePrince
Masaffar , fort Zelé Mahometan,
ayant cru découvrirdepuis environ
trois ans que le Roy de Siam
fongeoit àquiter lePaganiſme , en
donnaauffi- toft avis au Roy de Perſe,
qui envoya un Ambassadeur à
Sa Majesté Siamoiſe pour l'exhorterà
embrasser l' Alcoran. Cet Ambaſſadeur
arriva à Tennaferin lors
queMonsieur le Chevalier de Chaumont
partoit de Siam pour retourner
en France , & y ayant appris la
bonne reception quele Roy de Siam
luy avoit faite , il crut que ce Prin
ce avoit embraßé l'Evangile, parce
que dans l'Orient , lors que les Rois
ont changé de Religion , ils ont toû
-30
MERCURE
jours pris la Chrestienne , ou celle de
Mahomet ,Selon que ceux qui se
font presentezles premiers , pour les
prier d'embrasser leur Religion ,
estoient Chreftiens ou Mahometans.
Ainsi cet Ambassadeur Perfan ne
doutant pas qu'àfon retour en Perfe
on ne luy fit couper le cou › parce
qu'en effet contre les ordres du Roy
fon Maistre il avoit beaucoup plus
tardé qu'il ne devoit , s'égorgea
luy- mesme à Tennaſſerim . Cette
nouvelle qui affligea le Prince
Macassar , ne luy ofta pas l'envie
de conspirer contre la vie du Roy de
Siam , &de prendre des mesures
pourvenirà bout defon deſſein, qui
devoit s'exscuter le 15. Aoust de
L'annéederniere. Il voulut en don
ner avis à un grand Seigneur quż
estoit à Louvo avec le Roy , qu'il
ne quittoit point à cause de ses
GALANT.
231
:
Charges , & luy écrivit un Billet
par un Macaffar affidé , qui estant
entré dans le Palais , yfut rencontré
par Monsieur Constance , devenu
alors Barcalon par la mort de celuy
qui poſſedoit cette Charge.Monfieur
Constance ayant demandeà ce
Macaffar qu'il reconnut , ce qu'il
venoit faire à Louvo , & s'ilnesça
voit pas qu'aucun Etranger ne devoit
entrer dans la Maiſon du Roy
fans en avoir demandé la permisfion
, il le trouvez chancelant, ce qui
luy fit soupçonner quelque chose ,&
l'obligea d'ordonner qu'on le foüetast
, pour avoir ofe entrer chez le
Royfans le confentement du grand
Barcalon . Lors qu'on voulut luy ofter
Sa Pagne, le Billet du PrinceMacaſſar,
qui estoit en chiffre , tomba
de la poche que les Siamois portent
au devant de cet habillement. On
eſſaya en vain de le déchiffrer , ce
232
MERCVRE
qui fit refoudrefurle champ d'en
mettre le Porteur à la question ,
pour luy faire avoüer la verité ,
ce qu'il fit aprés qu'on luy eut promis
de luy pardonner. Lors qu'on eut
appris que les mesures avoient esté
priſes pour le 15. Aoust , & quele
grand Seigneur qui estoit alors en
Cour, s'estoit mis de la partie , le
Roy de Siam s'abandonna entierement
à Monsieur Constance pour
faire ce qu'il jugeroit à propos, Com
me M. Constance est humain ,il en
voya querir ce Seigneur,& luy ayant
fait connoistre que tout estoit dé
couvert , il luy conſeilla d'avoir recoursà
la clemence du Roy , auprés
duquel il promit de le ſervir , à
condition qu'il avoüeroit toutes chofes,
ce qu'ilfit avecfranchise, aprés
quoy Monfieur Constance partit tou
te la nuitde Louvo pourse rendre à
Siam , d'où ilalla au CampdesMa-
4
GALANT.
233
caffars , où ayant fait entendre à
leurPrince quefa Conſpiration étoit
découverte , & qu'il n'y avoit point
d'autre party à prendre pour luy,que
d'avoir recours à la clemence du
Roy , ce Prince loin de l'écouter ,
éclata en injures contre la conduite
du Roy de Siam , qu'iltraita de chien
pour avoir preferé l'Evangile à
I'Alcoran. Cela fit refoudre Monfieur
Constance de retourner dans la
Ville , où il aſſemblace qu'il put d'en
mis , pour venir affieger le Camp
des Macaffars , & pour y prendre
leur Prince ; mais ayant debarqué
avec une vingtaine de ſes
amis , dont il connoiſſoit le courage
&le zele pour luy , les Siamois qui
estoient dans les Balons pour le ſoûtenir,
se retirerent & emmenoient
les Balons , lors que Monfieur Conſtance
s'estant jetté à l'eau pour les
faire revenir, en vint à bout fort
234 MERCVRE
beureuſement. Le Prince Macassar
lesvoyant venir , se preſenta avec
deux cens des fiens la lance à la
main pour les repousser. Monfieur
Constance estoit alors avecfes Troupes
sur une pointe de terre dont le
Camp des Macassars estoit commande;
leur Prince estoit preſtde le
percer , lors que Monsieur Veret,
Chefdu Comptoir de la compagnie
Françoise , s'avança , &retirant
Monsieur Constance d'un si grand
peril , tira un coup defufil dans
l'épaule droite du Prince Macaſſar,
qui en mourut peu après , ce qui
obligeaſes gens de se rendre. On en
fit mourir les plus coupables , & les
autres furent condamnez à porter de
laterrele reste de leur vie. Lesdeux
Fils de ce Prince malheureux font
Partis pour France , dans le Navire
nommé le Coche , commandé par
MonfieurdeHautmesnil.
GALANT. 235
,
Cet Article de Siam m'engage à
vous dire que l'on a eu des nouvelles
des Ambaſladeurs de ce Royaume là qui
eſtoient en France. Un coup de vent qui
avoit incommodé leur petite Flote
lors qu'ils eſtoient au Cap , de Finiſtierre
, & qui les avoit tourmentez
pendant neufjours , en ſepara une Flûte
, qui arriva le 4. Juin ſous le Fort du
Capde bonne Efperance. Elle dit qu'elle
attendoit ſon Amiral. Ce mot d'Amiral
fut préſuppoſer une Flote confiderable
, & les Hollandois ayant pris
l'alarme deffendirent à cette Flute de
moüiller ſous le Fort ; en ſorte qu'elle
fut obligée de demeurer deux jours
ſous les Voiles , aprés quoy elle fut
réjointe par les autres Baſtimens au
nombre de fix qui compofoient cette
Flote. Les Hollandois ayant eſté éclaircis
de ce que c'eſtoit , ne voulurent
d'abord permettre dedeſcendre, qu'aux
• Ambaſſadeurs , aux Commandans , &
rà cinquante des plus malades ; mais
enfin les choſes s'accommoderent ; il
fut arreſté que tout l'Equipage & toutes
les Troupes deſcendroient , à con
236 MERCVRE
dition que les premiers cinquante qui
auroient mis pied-à-terre s'en retourneroient
aprés un certain temps , &
qu'il en reviendroit cinquante autres ,
&ainſi de tout le reſte juſqu'à ce qu'ils
fuſſent tous deſcendus. Cela dura juſ
qu'au 27. du meſme mois ,que toute
cette Flote fit voile pour Siam. Tant
qu'a duré le débarquement , les Hollandois
ont fait bonne garde dans tout
le Cap ,& nos gens ſe ſont fort rafraîchis
, & ont eu beaucoup de plaifir
à en viſiter les beaux Jardins. On a appris
ces nouvelles par la Fregate, nom.
mée la Maligne , qui eſt partie du Cap
pour retourner en France , dans le même
temps que le reſte de la Flote en eſt
partie pour Siam. Ce retour avoit eſté
reſolu dés que l'on partit de Breft . Les
Baſtimens deſtinez à faire le Voyage
de Siam , ne s'eſtant pas trouvé ſuffifans
, pour porter tous les Balots , &
tous les vivres, on en ajoûta unqui eut
ordre de revenir quand la Flote ſeroiv
arrivée au Cap , & cela , parce que la
plus grande partie des vivres devant
alors eſtre confumée , la Fregate que
GALANT. 237
l'on avoit ajoûtée ne pourroit plus eſtre
neceſſaire. On a ſceuque pendant tout
le cours de ce Voiage , les Iefuites ont
eu grand ſoin de faire faire beaucoup
d'exercices de picté ,à quoi leurs exhortations
& leurs bons exemples
n'ont pas peu contribué.
Je viens à la ſuite des affaires de
Hongrie , dont je vous ay toûjours
parlé long-temps aprés les autres;mais
auſſi toûjours avec beaucoup de ſincerité
, & de verité. La Relation que ie
vous en donnay le mois paffé a ſurpris
beaucoup de gens. On n'avoit point vû
de détail ſi juſte , ny qui donnaſt une
ſi parfaite idée de ce qui s'étoit paflé
dans la Bataille d'Harſa.Je puis en parler
ainſi puiſque la gloire ne m'en eſt
pas duë. Cette Bataille paroiſſoit un
coup du Ciel , ayant été gagnée par
une Arméebeaucoup moins nombreuſe
que celle des Othomans , & qui avoit
eſté affoiblie pour avoir eu trop de courage
en allant les affronter juſques dans
leurs retranchemens. Le mauvais ſuccés
qu'elle y eut ,& les pertes qu'elles
y fit devoient faire aprehender de
!
と
+
238 MERCURE
facheuſes ſuites pour le reſte de la campagne.
On peut même dire qu'elles
paroiſſoient preſque inévitable, & c'eſt
ce qui rend cetre Bataille d'autant plus
glorieuſe à M. l'Electeur de Baviere ,&
au Prince Charles de Lorraine. Le
Triomphe eſtoit confiderable , mais
comme il ne fut ſuivy d'aucun des
grands ſuccés, que ces fortes d'evene.
mens ont accoutumé de produire , on
connut l'importance dont il eſtoit non
par les progrés qu'il devoit caufer ,
mais par ceux qu'il empeſchoit que les
Ennemis ne fiffent. Les Troupes Chrêtiennes
, qui a l'ouverture de la Campagne
s'étoient trouvées moins nombreuſes
avoient été affoiblies ſans
que les Turcs l'euffent eſté. Bude n'eftoit
pas encore entierement reparé , &
s'ils cuffent eu autantde courage que
les Chreftiens , ils pouvoient s'ouvrir
un paſſage pour en aler former le Siege.
Au lieude le faire ,ils ſe ſont laiffé
battre par des Troupes beaucoup in .
fericures aux leurs , & ces meſmes
Troupes que le gain de la Bataille
avoit fort diminuées,n'eſtant plus af
,
GALANT . 239
fez fortes pour ſe hazarder à rien entreprendre
, il paroiſloit que les choſes
devoient demeurer en cet eftat , lorfque
le Ciel à permis que pour faire tirer
aux Chrétiens quelques avantages
de la Victoire qu'ils venoient de remporter
, la perte que les Turcs avoient
faite ait caufé de la diſſention parmi
eux. Le grand Viſir & les Bachas font
entrez en defiance les uns des autres
& chacun pour mettre ſa teſte à couvert
n'ayant penſé qu'a excuſer ſa conduite
, ils ont moins ſongé aux avan -
tages de l'Empire Ture qu'à leurs
propres intereſts. L'abandonnement
d'Eſſec && la priſe de Vvalpo ſont
les effets de cette diviſion.Quoy que
cette derniere Place ait attendu le Canon
, on peut dire qu'elle s'eſt renduë
ſans fe deffendre , puis qu'elle a ouvert
ſes portes ſi toſt qu'elle ſceu qu'on avoit
abandonné la premiere. La Garniſon
d'Eſſec qui eſtoit de plus de trois mille
hommes tant dans le Chaſteau que
dans la Ville, ayant eu avis de la marche
des Chreſtiens , en prit une ſi
grande terreur,qu'elle fortit de la Place
:
1
240
MERCURE
le 29. du mois paſſée , avecune précipitation
qui lui fit oublier de mettre
le feu aux Mines que l'on avoit préparées
,aprés la perte de la Bataille
d'Harſa , ſuivant ce qu'on avoit reſolu
dans un Confeil , où il avoit eſté arreſté
que la Garniſon d'Eſſec ſe retiretoit
,aprés en avoir fait ſauter les Fortifications.
Depuis cette bataille don.
née ,le mauvais tems en avoit retably
les affaires des Turcs ,& ruiné les troupes
Chreſtiennes ,& fans la diviſion
qui s'eſt augmentée parmi eux , il y a
ſujet de croire que les choſes auroient
eſté dans une égale balance le reſte de
la Campagne. Lagarniſon d'Eſſec ſe ..
pouvoit deffendre , mais voyant qu'il
n'y avoit aucun ſecours à attendre de
Troupes diviſées ,& diſpercées ; elle
acru que ce ſeroit inutilement qu'elle
voudroit foutenir un Siége.Commeun
luccés en attire un autre , la priſe d'Efſec
& de Vvalpo layant fait connoiſtre
aux Tranſilvains le mauvais eſtat des
affaires des Turcs, les empeſche de s'o
poſerlaux Quartiers d'Hiver , que les
Imperiaux prendront cette année, dans
leurs Terres.
On
GALANT.
241
د
On a fait une Carte tres-curieuſe
qui vient de paroiſtre au jour. Le Danube
eſt une des belles Rivieres de
l'Europe , & des plus navigables , de
toutes celles qui ont un ſi long cours.
Les Allemans à qui elle fait honneur
, nous en ont donné pluſieurs
Cartes outre des Deſcriptions afſez
curieuſes ; mais pour rendre la
--choſe approchante de la perfection ,
il eſtoit neceſſaire que les François s'en
mellaſſent. C'eſt ce que le Sieur de Fer
a fait , en réüniſſant dans une ſeule
Carte , tout ce que les Alleman's &
autres ont fait juſques à preſent ſur ce
ſujet. La bordure de cette Carte , eſt
compoſée des Plans, Profils , & veuës
detoutes les Places conſiderables , qui
font deſſus,& aux environs de cette fameuſeRiviere
avec un abregé de tout
ce qui les regarde. Il y en a environ
quarantoque l'oeil découvre en meſime
temps ce qui rend cette Carte tres -agreable
à la veuë , & propre à ſervir
d'embelliffement dans les Cabinets ,&
dans les Galeries , d'un utile ornement
aux Maiſons de Campagne. La Guerre
d'aujourd'huy a fait que l'Autheur s'eſt
Octobre 1687 . L
2
242
MERCURE
attaché plus particulierement au détail
de lahaute Hongrie qui ſe trouve dans
la feüille du milieu. Cette Carte a pour
titre , Le Coursdu Danube , & des Rivieres
qu'ils'y déchargent , oùse trouver.t
les Frontieres des Empires d'Allemagne
& de Turquie ; & elle ſe vend chez le
Sieur de Fer , dans l'Iſledu Palais ſur le
Quay de l'Orloge à la Sphere Royale ,
&chez le S Guerout Libraire, Courneuve
du Palais,au Dauphin.Lagrande
Carte de Hongrie en quatre foüilles
dont je vous parlay dans ma Lettre du
mois de Juillet eſt achevée. Elle eſt intitulée
, Le Royaume de Hongrie , divi-
Sé enhaute &baſſe Hongrie , avec l'Ef
clavonie ,Subdivisés en leurs Comtez.
C'eſt un Ouvrage du Pere Coronelly .
Vous pouvez juger de ſa bonté par le
nom de ſon Authenr. Ceux que Monſieur
le Cardinal d'Eſtrées luy a fait faire
pour le Roy, ont tellement étably fa
reputation, que tout ce que j'en dirois
ne feroit rien pour ſa gloire. Cette
grande Carte de Hongrie ſe vend chez
Monfieur Nolin ; qui demeurera au
premier jour ſur le Quay de l'Horloge
GALANT.
243
du Palais , & qui aura la meſme enfeigne
de la Place des Victoires, qu'il avoit
à la ruë S. Jacques .
Il ne ſe fait point dans le Monde
d'Affemblée plus confiderable que cel.
le de Ratisbonne à cauſe des Rois , &
du grand nombre de Souverains & autres
Princes qui y ont voix , ainſi que
toutes les Villes du Rhin , & toutes
celles de Suabe . On en a depuis peu
donné une Planche qui a pour titre ,
la grande Saile de Ratisbonne , où se
trouve tout l'Empire aſſemblé à l'ouverture
d'une Diette , & lors que les Colleges
des Electeurs , des Princes , & des
Villes, veulent accorder leurs Conclufions
particulieres pour en faire de generales
furles affaires qui s'y traitent. Cet Ouvrage
eſt auſſi curieux qu'agreable à la
veuë.Il eſt gravé par le Sieur Liébaux ,
&on ne peut rien ajoûter à la beautéidela
graveure. Il ſe vend chez le
Sieur de Fer dont je viens de vous
parler.
L'Art de Laver qui ſe vend à
Paris chez le Sieur Guerout,& à Lyon
chez le Sieur Amaulry , a eſté ſi bien
L 2
244
MERCVRE
receu du Public , que l'impreſſion eft
ſur le point de finir. Ce fuccés eſt glorieux
pour M. Gautier quien eſt l'Autheur.
Il a fait un autre Livre qui ſe
debite chez les deux meſines Libraires,
& qui eft intitulé , Traité des Fortifica
tions contenant la Démonstration & l'Examen
de tout ce qui regarde l'Art de
fortifier les Places tant regulieres , qu'ir
regulieres , ſuivant ce qui ſe pratique
aujourd'huy , le tout d'une maniere abrgée,
&fort aiséepour l'instruction de la
Leuneffe.Ce Volume contient 23.Figures
, ce qui donne une parfaite & facile
intelligence des choſes dont on y
traite.
Le Sieur Guerout , ainſi que le
Sieur Amaulry,vend auffi des Effais de
Morale&de Politique , où il est traité
des Devoirs de l'Homme ,confideré comme
particulier , & comme vivant
Societé , de l'Origine des Societez Civi
les, de l' Authorité des Princes , & du
devoir des Sujets. Ce Livre eſt diviſé en
deux Parties ,& fort eſtimé.
en
Vous avertirez vos Amis qui ont
Ieu avec tant de plaiſir. Les Entretiens
GALANT.
245
fur la Pluralité des Mondes que l'on
vient d'en achever une ſeconde Edition
, beaucoup plus correcte que la
premiere , où l'on trouvera quelques
augmentations ſemées dans leCorps
du Livre , & un fixieme Soir qui n'a
point paru avec les cinq autres. Il
contient de nouvelles Découvertes qui
ont eſté faites depuis peu de temps , &
dont quelques-unes n'ont pas mefine
encore eſté publiées.Vous ſçavez qu'on
ne r'imprime jamais que les Livres
qui ont une approbation generale ;
auſſi celuy-cy eſt- il de M. de Fontenelle.
د
Ga-
Monfieur le Begue , Organiſte du
Roy , a composé un Livre des plus
belles Pieces de Claveſſin qui ayentencore
paru , tant Allemandes
votes , Menuets , Bourées , que Chaconnes
, Sarabandes ,& autres. Celles
de vos Amies qui aiment le Claveffin,
trouveront ce Livre chez Monfieur
Noël , ruë Simon le Franc , entre le
Cygne & le Lion d'or. Le meſme Sieur
Noël debite un Livre de Motets de ſa
façon , àune voix ſeule avec la Balfe
L3
246 MERCURE
و continuë &de petites ſymphonies
pour l'Orgue ou pour la Viole.
Il me reſte encore à vous parler d'un
Ouvrage qui a pour titre , Entretiens
de Theandre &d'Ismenie , ſur un ancien
fameux differend. Il s'agit de faire
voir les defauts qui ſe rencontrent dans
l'homme , mais comme tout ce qu'il y
adefoible en general ,tire ſon origine
de la difference des deux Sexes qui le
compofent , & qui faifant chacun une
partie de ce tout ,le rendent parfait ou
défectueux , on fait connoiſtre dans
cet Ouvrage lequel y contribuë le
plus . Ce Livre ſe vend chez le Sieur
Pepie , ruë S. Jacques , à l'image S.
Bafile.
Le Journal des Sçavans, que l'on a
diſcontinué depuis un an ,doit recommencer
à paroiſtre aprés la Saint Martin.
Cet Ouvrage ne ſçauroit manquer
d'eſtre parfait , puis qu'il ſera compoſé
par quatre perſonnes qui ſçavet enſemble
toutes les Sciences,dont les Livres
qu'on mettra au jour peuvent eſtre
remplis. Ce ſont Monfieur le Preſident
GALANT. 247
Cousin, Monfieur l'Abbé de la Roque,
Monfieur Guillart , & M. Regis . Ce
choix ayant eſté fait par M. le Chancelier
, on ne peut douter de leur merite
, ny de la juſteſſe & de l'érudition
des Ouvrages qu'ils donneront au
Public.
Le mot de la premiere des deux Eni.
gmes du dernier mois , estoit l'Aiguille
,& il a eſté trouvé par Meſſicurs
Decluſets de la Ionge de Perigueux ,
Lavaux Medecin ,de la meſme Ville ;
Bouchet , ancien Curé de Nogent le
Roy ; Scugay ; les beaux Enfans de la
ruë Bourlabé ſans amour ny fimpleſſe,
les plus jeunes Commis au Greffe du
Parlement ; le Conquerant caché ; le
bon & tres charitable Iofeph de la
Maiſon Royale de la Montagne :
la charmante & ſpirituelle Françoiſe
Italianiſée ; la Fille de l'Illuſtre Avocat
, la Belle au Bavolet & fon Fils ,&
la belle Iris de la Montagne Sainte
Genevieve.
Le vray mot de la ſeconde Enigme
eſtoit la Montagne , & il a eſté trouvé ,
ainſi que celuy de l'Aiguille , par Mef
L 4
248 MERCURE
1
ſieurs la Prairie Cairon , Profeffeur de
Mathematique ; C. Hutuge , demeurant
à Mets ; Monfieur de la Proſty ,
Lionnois , & par l'homme à l'eſprit
droit de la ruë de l'Arbre- ſec.
1Ie vous en envoye deux nouvelles
l'une de Mademoiselle de Renouve
lin , & l'autre de Monfieur Rault de
Roüen.
{ ENIGME .
MonPeret
On Pere est noble, actif, vio
lent&fevere ,
Il abeaucoup d'Enfans , & je n'ay
Passon nom;
D'un lien fort élevé j'emprunte
monsurnom ,
L'ay l'esprit bien faisant , &fuis
pourtant amere.
On m'aime , on me recherche &
chacunveutm'avoir.
Car jefais fort bien mon devoir.
Ie m'accommode à tous , tous me
GALANT .
249
trouvent traitable ,
La Marquisemeflate , & la Bourgeoise
aussi ,
Ierafraîchis l'ardent, j'échauffe le
tranfi ,
Onme tient où l'on veut , au lit commeà
la table. :
Leportefansrougirun habitfimple,
uny,
Souvent fans vanité j'en porte un
plus garny
Maisma bonté parlà n'estpas toû
jour connuë ,
Etjefert plusquand jeſuis nuë.
Le
2
AUTRE ENIGME .
E fuis dans mon humilité
Vn affez rare objet & remply de
beauté;
Mon teint vif éclate à merveille,
Le bouton d'une rose au temps du
Rénouveau,
Ls
250 M
Et le ſein de
pareille,
N'eurent jama
Dans unSejo
Jefais tout mo
l'ombre
A moins qu
Pourdeme
Des plusag
Nevienne ave
ces lieux
Alors enbon
On mereçoit avec ceremonie.
Voicy un Air Pastoral qu'on eſtime
fort icy. Vous connoiſtrez aifément
en le chantant qu'il eſt d'un de
nos plus Sçavans Maiſtres .
AIR NOUVEAU.
On , vous ne m'aimez plus ,
NOBergere,
:
Ie ne le connois que trop bien .
A tous momens vous grondez vostre
chien.
GALANT.
251
Des careffes qu'il me vient faire ;
Toûjours vostre Troupeau va paistre
loin du mien .
Non, vous ne m'aimez plus Bergere,
Ienele connois que trop bien.
Ic m'ay rien à vous mander touchant
les Modes nouvelles , finon qu'on fait
preſentement à Sedan des draps rayez ,
appellez draps de France. Toute la
Cour en a pris pour le Voyage de
Fontainebleau , & comme elle s'eſt fait
un plaifir de ſuivre l'exemple du Roy ,
de Monſeigneur le Dauphin , & de
Monfieur, l'empreſſement d'en avoir a
eſté ſi grand , qu'il n'y en a pas cu
pourtous ceux qui en ont ſouhaité.
On en fait de nouveaux , & la perfection
s'acquerant par le travail ,on a
trouvé le moyen de les faire beaucoup
meilleurs , & l'on eſpere en avoir bientoſt
aſſez pour ſatisfaire tous ceux
qui en demandent . On porte peu à la
Cour de ces poches coupées en tablier
t
252
MERCURE
J
de Maréchal , qui n'ont preſque pas
eſté d'uſage parmy aeux qui veulent
avoirun air modeſte, de forte que peu
de perſonnes ont quitté les quatre
poches longues.On fait auſſi des draps
de France couleur de feu rayez de
blanc,pour les femmes. Ils doivent être
fort à la mode cet Hyver.
Monfieur de la Berthiere a eſté choisi
pour remplir auprés de Monfieur le
Ducde Chartres,la place qu'occupoit
feu M.de Saint Laurens.Ce poſte a eſté
donné à fon merite. C'eſt un homme
qui n'a pas moins de valeurquede belles
Lettres ,& qui s'eſt fait autant diftinguer
par ſes belles actions que par
fonmerite.
Je me ſuis trompéen vous diſant
dans ma Lettre de Septembre , que
Monfieur l'Abbé de Neſinond , nommé
àl'Eveſché de Montauban , eſtoit Fils
deMonfieur de Neſmond,Preſident au
Mortier du Parlement de Paris. Il eſt
fon Parent , & Fils d'un Preſident de
Bordeaux de ce meſme nom.On l'appelloit
l'Abbé de Chezy .
Ie vous ay dit dans la meſme Lettre,
GALANT.
253
que le Pere du Moulinet , mort depuis
peu , eſtoit de Roüen. Ie me ſuis encore
trompé. Il eſtoit de Champagne ,
&a travaillé à l'Inventaire des Médailes
du Roy , & à l'explication de quelques
Medailles de France , dans la
penſée d'en faire l'Hiſtoire , mais il
n'en a point fait l'Hiſtoire Metallique.
Il ne s'en eſt fait encore aucune , ancienne
ny moderne par les Medailles ,
du moins qui ſoit ſuivie année par
année , que celle de la Republique de
Hollande , faite par M. l'Abbé Bizot.
Il eſt vray qu'on a expliqué des Medailles
Grecques & Romaines , tant
Imperiale que Conſulaires , mais on
n'en a jamais fait d'Hiftoire par l'ordre
destemps.
Les Vaiſſeaux du Roy continuent à
donner la chaſſe à ceux d'Alger ; on
leur en prend , & on leur en coule
ſouvent à fond , &depuis la rupture, il
ne s'eſt preſque point paffé de ſemaine,
qu'on n'ait eu des nouvelles de quelque
avantage remporté ſur eux. Ces avantages
ont cauſe la Converfion du Frère
de leur Vice -Amiral , nommé le
254
MERCVRE
وک
Cavary , qui ſe voyant bleſſe mortellement
& prifonnier , fit avant ſa
mort abjuration du Mahometiſme , &
dit que la débauche luy avoit fait embraſſer
la Religion,& le party qu'ilavoit
pris. Cette nouvelleplut beaucoup au
Roy,qui prefereroit le ſalut d'une ame,
à la priſe de beaucoup de Vaiſſeaux.
Les Tunefiens ayant eſte ſollicitez par
leDivand'Alger de rompre avec les
François , n'y ont pas voulu conſentir.
Les Algeriens ne ſe ſont point ſaiſis
du Baſtion de France comme on
l'avoit publié , & n'ont point inquieté
les Peſcheurs de Coral. Ils ſe trouvent
fort embarraſſez ,& fort ſurpris quand
ils penſent que depuis deux ans,ils ont
pris untres-grand nombre de Vaiſſeaux
aux Hollandois , ſans queles Hollandois
leur en ayant pû prendre un ſeul,
&qu'en moins de fix ſemaines , les
François leur ont pris ou coulé à fond
huit ou dix de leurs meilleurs Vaifſeaux
de Guerre.
Les Nouvelles de Paris doivent
eſtre preſentement ſteriles , la Cour en
cſt plus éloignée qu'à l'ordinaire; nous
GALANT.
255
ſommes en pleines Vacances ; ceux qui
ont des Terres à la Campagne n'en
ſont pas encore de retour , & ceux qui
ontdes Maiſons aux environs de Paris
continuent à s'y divertir. Cependant
il vient d'arriver une choſe qui fait
connoiſtre qu'en quelque ſaiſon que ce
ſoit,Paris eſt toûjours la Ville du monde
la plus peuplée. Les Comediens
François joient une Piece neuvelle intitulée
, le Chevalier à la Mode,& cette
Piece ayant extremement plû a ceux
qui la virent la premiere fois , les Afſemblées
ont eſté ſi nombreuſes à toutes
les Repreſentations ſuivantes , qu'il a
ſouvent eſté difficile d'y trouver place,
de forte qu'il auroit eſté impoffible
de voir plus de beau monde enſemble
en plein Carnaval. Cet Ouvrage ne
doit ſon ſuccés qu'à ſon ſeul merite.
On joüe rarement des Pieces nouvelles
dans cette Saiſon , parce qu'on ne la
croit pas avantageuſe & celles qu'on
y jouë , quand cela arrive , ſont regardées
comme des Piéces que l'on rifque
, dont on n'attend pas les grands
fuccés , qui ſont preſque infaillibles en
156
"MERCURE
:
1
1
plein Hiver , pour peu que les Ouvra
ges foient bons . On peut dire que ce
n'eſt pas la ſeule choſe qui ſe devoit
oppoſer au ſuccés de la Comedie , dona
je vous parle. Il n'y avoit à Paris que
la moitiéde la Troupe , & le Public
croit quelquefois que le merite des
Acteurs qu'il a accoûtumé de voir detruit
celuy des autres , cependant cha
cun a le fien. Il eſt mort de grands
Hommes dans toutes fortes de Profefſions
depuis le commencement des
Siecles,& il s'en retrouve toûjours. Je
n'entreray point dans le détail du ſujet
du Chevalier à la Mode parce qu'on le
va mettre ſous la preſſe , que je vous
l'envoyeray fi- toſt qu'il ſera inprimé ;
mais je ne puis m'empeſcher de vous
dire que l'on y vois des Peintures vives,
& naturelles de beaucoup de chofes
qui ſe paſſent tous les jours dans le
monde , & qui pourroient faire deve.
nir beaucoup de gens ſages ſil'homme
pouvoit prendre affez d'empire fur luy
pour ſe corriger. Cette Comedie a ellé
accommodée au Theatre par Monfieur
GALANT .
157
Dancourt, l'undes Comediens du Roy.
Il a déja donné pluſieurs petits Ouvrages
au Public , qui les a toujours
receus favorablement. La Desolation
des Ioneuses eſt de luy.C'eſt un Imprompin
qu'il fit dans le temps que l'on dé
fendit le Jeu , & qui a extremement
diverty tous ceux qui l'ont veu. Le
Voyage de Fontainebleau en a interrompu
les Repreſentations,mais on les
reprendra inceſſamment aprés le retour.
Ainſi le Theatre François,dans le
commencement de cet Hiver , ſera
alternativement occupé par deux nouveautez
du meſime Autheur. On imprime
auſſi cette petite Piece ,& je
vous l'envoyeray avec le Chevalier à
laMode.
Je vous parleray le mois prochain
des nouvelles & grandes Conqueſtes
des Venitiens , & fuis voſtre , &c .
A Paris ce 31. Octobre 1687 .
BIBL
LYON
1893 M
1
:
TABLE.
Prelude . I
Eloge du Roy , prononcépar le Pere
Chéſnon lefuite,
Devifes.
Madrigal.
3
29
33
Feste du Roy celibrée à Periqueux.
34
Ce que le Roy a fait en faveur des
Catholiques de lagrande Arme
nie. 36
Dela Patience&du Vice qui luy est
contraire , Ouvrage de Monsicur
de Fontenelle , qui a remporté le
prix de Profe , de l'Academie
Françoise. 45
Odede Mademoiselle des Houlieres,
fur le soin que le Roy prend de
l'éducationde la Nobleffe,qui a
TABLE.
4
remporté le Prixdes Vers , de la
même Academie.
74
Grande Ceremonie faite à Avignon ,
au Baptefmed'un luif. 85
Honneursfunebres rendus par Mesfieursde
l'Accademie Royaled'Arles
, à la memoire de M. le Duc
de S. Aignan. 99
Autre Service fait par les soins de
lamesme Academie. 144
M. d'Agoult, Baron d'Olieres , est
nommé par le Roy premier Senéchal
de Sisteron. 149
Election d'un AbbéGeneral de l'ordre
de Grandmont.
159
Service faitàAix pour Madamela
Mort de Dame Marie- Marguerite
Ducheffe de Modene.
Gouffier.
د
Feste celebrée à Sens.
167
170
18
Nouvelles de divers endroits des
Indes. 183
Zele des nouveaux Convertis de
A
Niort ,pour tout ce qui regarde la
Religion Catholique. 192
Journalde tout ce quis'est paßé pendant
lefejour que les Envoyez de
Tripoli ont fait en France. 194
Détailde tout ce qui s'est passé touchantle
Docteur Molinos .
Nouvelles de Siam .
109
235
Nonvelles de Hongrie. 237
Cartes nouvelles . 235
: Livres nouveaux . 243
i
Enigmes. 428
Modes nouvelles . 250
M. de la Berthiere est nommé Precepteur
de Monsieur le Duc de
Chartres. 252
Nouvelles d' Alger. 253
Comedies nouvelles . 254
Nouvelles Conquestes des Venikiens.
255
Fin de la Table.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères