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1687, 08 (partie 1) (Lyon)
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Eur.
511
m
1687,8
m
Eur. 511 1687,8
Mercure
P
< 36624554730016
S
33
< 36624554730016
Bayer . Staatsbibliothek

MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
Diviſé en deux Parties.
AOUST
1687 .
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY , ruë
Merciere , au Mercure Galant.
M. DC. LXXXVII.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
Bayerische
Staatsbibliothek
München
:
2
C
AVIS.
Omme on ne trouve rien
✓dans ce Volume qui parle de
Safeconde Partie ,j'ay crû vous
en devoir mettre icy le Titre.
Ambaſſades de M. le Comte
de Guilleragues & de M. Girardin
auprés du Grand Seigneur
, avec pluſieurs Pieces
curieufes , tiré des Memoiresde
tous les Ambaſſadeurs
de France à la Porte qui
font connoiſtre les avanta-
,
ges que la Religion & tous
les Princes de l'Europe ont
tiré des Alliances faites par
les François avec Sa Hautef
ã
د
elté
ſe , depuis le regne de François
I. & particulierement
ſous le regne du Roy , à l'égard
de la Religion; enfemble
pluſieurs Defcriptios de
Feftes , & de Cavalcades à la
maniere des Turcs qui
n'ont point encore
donné au Public , ainſi que
celle des Tentes du Grand
Seigneur. Je croy qu'il n'estpas
beſoin de rien dire davantage
pour faire voir qu'ily a longtemps
qu'on n'a rien impriméde
fi curieux que ce Livre , &qu'il
doit divertir, inftruire,&appren
dre beaucoup de choses qui n'ont
point encore étérenduëspubliques.
*******
TABLE.
Premiere an
Rémiere Pierre posée au Seminaire
des Aumôniers de la
Marine àToulon . fol. 2
Fefte Guerierefaitepar les Gentilshommes
de la Marine à Brest. 5
Le Levraut , Epitre. I
Statuts de l'Academie d'Angers. 20
Ceremoniefaite àValogne en baſſe
Normandie.
Baptefmefingulier.
33
37
GalateriefaiteàMadame de FourcyparMadamede
Villeneuve. 41
Description d'unegrande Feste faiteàRheims.
Autre faite à Laon.
43
50
Gueriſon ſurprenante arrivée cette
annéeàBourbon , avec lesnoms.
de tous ceux quiy ont esteprendre
des Eaux. 6r
Ceremonie faite à Port - Royalpar
2 3
TABLE.
les Cordeliers du graud Convent
de Paris.
Epitaphe.
Portrait de Clarice.
71
74
76
Galanterie faite à Remboüillet , à
M.le Comte de Thoulouse. So
le Reception faite à Monseigneur
DauphinparM.le Duc de Noailles,
en ſa maison de S. Germain
enLaye. 83
Receptionfaite en France au General
des Carmes . 84
Derniere Partie de la Medecine
Univerſelle de M.de Comiers ou
l'on voit la composition de ce remedepour
la gueriſon des plus
fachenſes maladies, &pourprolonger
lavie.
Madrigaux.
88
110
Deffenfes des Ieux de hazard. 119
Mortde M. de la Tour , Marquis
deMontauban. 122
Relation contenant l'arrivée de
TABLE .
1
1
IAmbassadeur de Portugal à
Manheim,ſon entréeàHeydel.
berg , la maniere dont ila efté
receu àses Audiences publiques,
comment ila esté traité , & les
Ceremonies du Mariage de la
Princeſſe Marie Sophie Elifabethde
Neubourg , avec le Roy
dePortugal. 118
Lettre du Doge de Venise au Roy de
7
Suede. 180
Entrée de M. Morand à Tholouſe.
183
Mort de Madame la Ducheffe de
Modene. 187
Mort deM. le Bailly de Humieres.
191
Mortde M.de S. Laurent. 194
Mariage. 1195
Nouvellesd'Alep. 198
M.leMarquis deTorcynomméEnvoyé
extraordinaire en Angleterre.
201
Histoire. 202
TABLE.
Le benefice donnezpar le Roy. 206
Gratifications donnée par le Roy.
209
Les Malhents de l'Amour. 212
Remarques de Vaugelas avec des
Notes. 234
L' Art de bien prinoncérta Langue
Françoife. 216
Nom de ceux qui ont deviné les
Enigmes 217
Enigmes. 218
Détail de tout ce qui s'est fait de
confiderable en Hongrie depuis
l'ouverture de la Campagne,
221
Carte de Hongrie. 244
Declaration du Roy. 243
Compliment de M.le President Barentin
au Roy .
Nouvelles des Indes.
Fin de la Table .
247
249
i
MERCURE
GALANT
AOUST 1687.
J
E vous l'ay dit bien
des fois , Madame ,
& je ne puis trop
vous le repeter. Les
actions du Roy ſont ſi belles ,
qu'il fufit de les raconter nuëment
& fans art , pour en faire
remarquer toute la grandeur,&
l'on n'a pas befoin pour cela d'y
faire desreflexiós replies d'élo-
Aoust 1687 . A
92 MERCVRE
4
:
ges .Ainſi je n'ay qu'à vous dire
que la premiere pierre du Seminaire
des Aumôniers de la
Marine qu'il a étably à Toulon
, a eſté poſée , & vous concevrez
ſans peine que lesmotifs
de cet établiſſement font
digne de la pieté de ce grand
Monarque. Il a voulu qu'on
formât des Eccleſiaſtiques ſçavans
&de bonnes moeurs , &
qu'on les rendit capables de
bien faire ſervir Dieu dans ſes
Vaiſſeaux , Sa Majesté entendant
que ſur terre aufſfi-bien
que fur mer , on prenne un ſoin
particulier de faire pratiquer la
vertu chreſtienne aux gens de
la Marine ; qu'on les vifite , &
qu'on les conſole quand ils font
malades dans l'Hôpital qui eſt
pour eux , qu'on faffe la Miffion
à l'Equipage ſur le point des
GALANT.
3
embarquemens conſiderables ,
autant que l'embarras & le
mouvement de l'armement le
peuvent permettre , & que les
Aumôniers ſeculiers foient
fous la direction des Miſſionaires
Jeſuites qu'on fera monter
fur les Vaiſſeaux . La fondation
eſt pour douze Jefuites , &
- pour vingt Preſtres ſeculiers ,
parmy leſquels on choiſira les
Aumôniers des Vaiſſeaux , qui
feront nommez par le Supe-
- rieur du Seminaire. Outre la
Theologie que l'on montrera
aux Aumôniers & aux Externes
, il y a un Profeſſeur de Mathematique
pour les Gardes de
laMarine. On a déja commencé
toutes ces fonctions , & on
les fera avec plus de regularité ,
quand le Baſtiment que l'on
vientde commencer ſera ache
A 2
4
MERCVRE
vé , & que les Seminariſtes y
pourront vivre en Communauté.
La premiere pierré en
fut poſée le 26. de Juin par
Monfieur de Vauvre , Inten .
dantde laMarine à Toulon ,&
cette Ceremonie ſe fit au bruit
des Boëtes & des acclamations
du Peuple. Lelieu où l'on baſtit
eſt auprés du Parc dans l'agrandiſſement
dela Ville. La magnificence
de Sa Majesté paroiftra
dans le Parc qui ſera un des
plus beaux Ouvrages de toute
l'Europe lors qu'il ſera finy .On
verra tout auprés un monumentde
la pieté de Loürs LE
GRAND , qui fera d'autant plus
eſtimer ſont zele pour la gloire
de Dieu , qu'on n'avoit point
vûjuſqu'à preſent de Siminaire
comme celuy- cy , deſtiné à
a fanctification de la Marine .
GALANT. S
Je paſſe à une autre Nouvellequila
regarde . Les Gentilshommes
Gardes-Marines qui
fon à Breſtau nombre de deux
eens ; auffi -bien diſciplinez'
- qu'on le puiſſe eſtre en toutes
- fortes d'exercices , ne pouvant
faire éclater leur courage en
t
1
des occafions effectives , à caufe
$ du temps de Paix où nous ſommes
, ont voulu au moins don-
- nerquelque image de la Guerre
dans l'action dont je vay
vous faire le détail. Il y a à Breſt
fur le bordde la mer un petit
efpace de greve qui donne
dans la rade, où la defcente feroit
plus facile qu'ailleurs . On
yavoit fait il y a pluſieurs années
quelques legeres Fortifications
que l'on appelle le fort
de Chaunes du nom du Gouverneur
de la Province , ſoute-
;
A 3
6 MERCURE.
nuë d'une affez bonne Redoute
, reveſtuë & entourée de
bons foffez ,afin d'empeſcher
au moins la premiere inſulte
des Ennemis , s'il en paroiſſoit
de ce coſté -là . Ces Gentilshommes
fous la conduite de-
Monfieurde Coulombe , leur
Capitaine , de Monfieur de
Courbon , ſon Lieutenant , &
deleurs autres Officiers , choifirent
cet endroitpourune at
taque qui fut faite il y a peu de
temps, par les Soldats de la Marine
des fix Compagnies qui
font en ce Port. Cette brave
Milice , qui en pluſieurs occaſions
perilleuſes a donné des
preuvesde fa valeur , vintpendant
un temps calme & ferein
dans quinze ou ſeize
Chaloupes , toutes ſur une ligne
égale , Enfeignes & Pavil-
4
GALANT.
lons déployez , ayant Monfreur
de Fourbin , & tous leurs
Officiers à leur teſte , faire def
cente en bon ordre à cette greve
, au fon des Inſtrumens de
Guerre , Trompettes , Tambours&
Hautbois. Les Gentilshommes
avoient fait un
bon détachement de la Redou
té pour s'oppoſer à cette defa
cente;mais enfin n'eſtant pas
en aſſez grand nombre , aprés
une deffenſe des plus vigoureuſes
, ils furent contraints de
plier , & de ſe retirerdans leur
Redoute. Cependant le Canon
du Fort de laRedoute &
desForts voiſins ſe fit entendre,
&la Mouſqueterie fit bien fon
devoir. Les Grenades qui étoient
de parchemin remply de
poudre , ſe jetterent de tous
côtez , & chacun de part &
A4
8 MERCURE
d'autre agit avec autant de vigueur
que ſi c'euſteſté dans
une veritablesaction . Enfin il .
falut ceder à la force des Ennemis
. On fit les approches ; on .
fonna la Chamade ; on fit la
compofition; on donna des otages
,&tous ſe ſeparerent bons
amis , les Soldats Marins remontant
en bon ordre dans
leurs Chaloupes. L'attaque ſe
fitenprefenced'un nombre in,
finy de Spectateurs . Monfieur
Defclouſeaux , l'Intendant de
la Marine , le Commandant
tous les Officiers , le Château ,
la Bourgeoisie,& des Troupes ,
innombrables de Peuple , dont
beaucoup eſtoient des Villes
voiſines , voulurent joüir de
ceDivertiſſement, les uns fur
Merdans desChaloupes, & les
autres fur des Hauteurs qui
GALAN T.
9
1
n'eſtoient pas éloignées. Le
1
beau Sexe meſme y prit part
dans des Tentes qu'on avoit
faites exprés , & l'on ne voyoit
quedes parties de plaiſir en un
lieu qui peud'années auparavantparoiſſoit
entierement defert
& fauvage , & qui par les
bontez , la magnificence & les
foins de noſtre Auguſte Monarque
, eſt à preſent un des
plus agreables endroits de la
France , orné de quantité de
bons & gros Vaiſſeaux , qui
font la principale ſeureté de la
Province & du Royaume , & la
terreur de fes Ennemis .
Il y a long - temps qu'on a fait
parler les Animaux,mais peuteſtre
n'y en a- t- il jamais eu aucun
qui meritaſt tant d'eſtreecouté
qu'un Levraut que l'on
adonné vivant à Madame l'AA
10. MERCURE
beſſe de Frontevraut , afin d'en
faire une eſpece de Chaffe
pour le divertiſſement de Mademoiselle
de Blois , qui eſt depuis
quelque temps à Fontevraut.
Il eſt vray que ce Levrauta
eſté inſtruit par un fort
habile homme. Monfieurl'Abbé
Geneſt , qui eſt auprés de
cette jeune Princeſſe , a pris
ſoin de luy apprendre à conter
fes avantures d'une maniere
agreable. Tout ce qu'il luy fait
*dire roule fur l'opinion des
Siamois touchant la tranſmigration
des ames , & voicy
comment le Levraut Avanturier
s'en explique à cette Abbeffe.
:
GALANT. II
A MADAME L'ABBESSE
DE FONTEVRAUT.
Evais ,
JE
en vousparlant , paroistre
temeraire ,
Mais s'ilvousplaiſt dem'écouter,
Madame , vous verrezque je puis
mevanter.
Den'estre pas uneBeste ordinaire,
Abeau mentir quivient de loin.
Ie prouverois bien. toft , s'il en estoit
besoin
Que l'Orient censfois m'a veu naiſtre&
renaistre.
Si mon a'r nefuffitpourle faire connaiſtre
4
A Siam , d'où je suis , un grand
Peupleest témoin.
Que l'on m'y vit Guerrier , Poëte,
Talapoin.
A6
12 MERCURE
:
Ie revenois ſouvent à la forme de
Beste ,
Car ie vous conte tout d'un eſprit in-
зепи.
Alafin i'estois revenu.
Sous uneformehumaineencoreaſſez
honneste,
Quanddepompeux Ambassadeurs
Vinrent de vostre Prince étaler les
grandeurs
Surlesbords que le jour enſe levant
colore
Desrayonsde sa gloire on vint noUS
éclairer ,
Et montrer à ces Rois que l'Orient
adore.
Qu'il est ailleurs un Roy qu'ils doivent
adorer .
Plein du defir de voir la France &
SonMonarque,
Avec nos Siamois tout ravy je
m'embarque;
Mais,belas un fort inhumain
CA
GALANT. 13
Me fit expirer en chemin...
En cette føneste avanture )
L'eus l'Occean pourSepulture
Où d'un affez joly garçon ...
Madame , je devins un gros vilainpoiffon...
Epcenouvel estat la mesme ardeur
m'inspire;...
Ieſuivois en nageant les traces du
Navire,
Iefisde terribles efforts,
Etje touchois déia les Armoriques
bords,
3
Preſtàme glifſfer dans la Loire.
Quand d'un Pefcheur le Filet :
rigoureux-
Mejette ſur lefable, &ce moment
affreux
Devoit apparemment terminer mon
Histoire;
Mais parmy des roseaux prés de là
par hazard
Une CanardeSauvage
14
MERCURE
Couvoit ses oeufs ; moy promt &
Sage,
L'entre en l'un de ses oeufs , & ie
devins Canard.
Mefentant un peu fort ie coſtojay
le fleuve
Et i'avançois toûjours païs ;
Mais voici de mon fort la plus
cruelle épreuve ,
Par un plomb enflâmé tous mes
voeux font trahis ;
Je tombe en l'eau l'aile caffée ;
Maisle traitre Chaffeurs ne me peu
attraper;
N'ayant pointde Barbet , il me wit
échaper
Au danger dont ma vie alors fut
menacée.
L'ay vécu triſtement autour de
Mont-Soreau, 5
S
R
GALANT .
LS
Toûjours mal aſſurefur la terre , ou
dans l'eau ,
Et lors que ie cedois à ma langueur
mortelle ,...
4
Lay repris unevie, unevigueur nouvelle
Dansle corps d'unieune Levraut.
Errant depuis un mois dans les
plaines voisines ;
Ie n'ai pas ignové les qualitez
divines
De Madame de Fontevraut ..
Les échos, les oiſeaux l'eau parSon
doux murmure,.
Tout parloit à l'envy d'un meritefi
haut.
Le me suis approchéde la fainte
cloſture
Qui renferme tant devertus,
Où luit modeftement la gloire la
plus pure
A qui de l'Univers les hommages
Soient dûs.
16 MERCURE
anme cherchoit pour vous ,ie me
donne, on m'emmeine ;
Surpris àvoſtre nom d'un aimable
transport,
Destiné pour vos fers , i'en ay beny
lefort
L'ayfenti de vos loix laforcefoirveraine
,
Auſſi vous m'allezvoirsoumis ,apprivoisé,
Signaler pour vous plaire un coeur
tout embrafe;
Etfidemon estat chaque metamor
phofe
Voussemble un conte ſuppoſé;
Etque des Siamois l'esprit est abuse,
En croyant laMetempsicofe,
Par mon exemple au moins vous ne
pourrez nier
Que tous les Animaux aujourd'hui
raisonnables ,
Vont revenir pour vous à cet état
premier
GALANT . 17
Où le monde naiſſant les vit doux
traitables .
Dans unfeiour delicieux
Ils reveroient l'impreſſion des
Cieux
Sur le front éclatant des nobles
creatures,
Que Dieu venoit d'orner de ces
dons precieux ,
Et qui regnant en paix dans ces
aimables lieux ,
Sans leurs fuperbes forfaitures
Auroient toûjours gardé ce Sceptre
glorieux.
Devos premiers parens lepouvoir
Sans mesure
Commandoit hautementà toute la
Nature,
Tout respectoit leurprefence&
leur voix ,
Tout obeiſſoit à leur loix.
18. MERCURE
Si par un orgueilfacrilege
Ils ontperdu, Madame, un si grand
privilege ,
Vous en qui nous voyons la fainte
piete,
A tous les dons des Cieux mêler
l'humilité ,
Vous rentrezdans cedroit, vous le
faites revivre
Tout doit vous obeir, vous reverer,
(
vousfuivre..
Pour moi , c'est aujourd'hui mon
plus preſſant defir ,
Ie fais de ce devoir mon unique
plaisir;
Expirer ſous vos loix est ce que ie
demande , है
Quand je devroit ne renaistre
iamais,
Cette mort est pour moy toute pleine
d'attraits ;
GALANT. 19
Ainsiquelque fort qui m'attende,
Madame,vous pouvez dés ce même
moment
Me donner , me livrer au diver...
tiſſement
De ces adorables perſonnes ,
Dont l'amitié vous cherche en ce
Defert charmant.
V
Qui reçoit de leur veu un nouvel
ornement .
Lancezfur moy foudain& Bichons
Bichonnes ,
La Royale , Lion , Petitfrere , &
Thisbe;
Quand àvos pieds vousmevers
rez tombé ,
le dirai وت
plaindre ,
bien loin de me
C'eſtoit le deſtin le plus doux
Où je puſſe jamais pretendre ,
De mourir à vos yeux , & de :
mourir pour vous.
Eh! qui de cette mort ne ſeroit
pas jaloux ?
20 MERCURE
le voy bien , Madame , que
vous ne voulez rien ignorer
de ce qui regarde l'Academie
Royale d'Angers , puis qu'aprés
en avoit veu les Lettres
Patentes,dontje vous envoyay
une copie il y a un mois , vous
voulez encore en voir les Sta
tuts. le vous ay promis de fatisfaire
voſtre curioſité fur cet
article , & il eſt iuſte que je
vous tienne parole..
STATUTS
DEE
L'ACADEMIE ROYALE
D'ANGERS .
I.
Academie trente Academiciensnez dans
47
GALANT. 21
la Province d'Anjou , ou de Peres
qui ensoient , &tant qu'ilse pouraz
refidans dans la Ville d' Angers ; on
pourra neanmoins élire des Angevins
domiciliez ailleurs , où des
Estrangers établis à Angers par la
confideration de leur rare merite.
II
Elle aura quatre Officiers , un
Directeur un Chancelier
,
premier& un second Secretaire.
III.
un
Le Divecteur preſidera aux Af-
Sembléespourypropoſerles matieres
dont on aura à traiter ,& pour y
faire garder le bon ordre . Ilrecueillera
les Avisdes Academiciens fuivant
le rang où ils se trouveront
fortuitement aſſis , & opinera le
dernier immediatement aprés les
autres Officiers.
IV.
Le Chancelier gardera le Sceau
22 MERCURE
:
de l' Academie , &fçellera en cive
bleuëtoutes les Expeditions.
V.
Le Secretaire tiendra Registre
de toutes les reſolutions qui feront
priſes dans les Affemblées , gar
derales Titres & Papiers del Aca.
demie ,expedieratous les Actes &
écrira toutes les Depesches & coutes
les Lettres .
VI.
Quandla Compagnie en Corps
parlera dans ſes Lettres , le Secretairefouscrira
, vos tres- humbles
ferviteurs , les Academiciens
de l'Academie Royale
d'Angers N. Secretaire , &
quandle Secretaire écrira de la
part de la Compagnie , il commencera
fa Lettre en ces termes
ou quelques autres semblables
l'Academie Royale d'Angers
m'a ordonné de vous écrire
,
GALAN T. 23
&c. &fignera la Lettre commefi
c'estoitpourſes affaires particulie
res , exceptéqu'écrivant de la part
d'un Corps , il doit estreplus refervé
aux termes de laſouſcription.
VII.
En l'absence du Directeur,le Cha-
-celier preſidera aux Assemblées ,&
en l'absence de tous les deux le
premier Secretaire , ou le fecond
Secretaire àfon deffaut ; que si tous
les Officiers font abſens , le dernier
qui aura esté Directeur ou Chancelier,
preſidera.
VIII .
Lors que le premier Secretaire
s'absentera , il envoyera le Regiſtre
au fecond qui tiendra la plume&
fera toutes les autres fonctions
du premier Secretaire en fon
absence.
IX.
Les deux Secretairesferontper
24
MERCURE
petuels & à vie ; le Directeur &
le Chancelier feront changez de
fix mois enfix mois , & celuy qui
Sortira d'une Charge , ne pourra
estre éleu pour une autre à la premiere
nomination.
Χ.
La nomination des Officiers fe
fera par les fuffrages des Academiciens
, aſſemblez du moins au
nombre de quinze , à la pluralité
des opinions écrites dans des Billets,
qui seront mis entre les mains de
celuy qui fera la fonction de Secretaire
, & ouverts par celuy qui
preſidera, on ne pourra parvenir
aux Emplois de Secretaire qu'on
n'ait la voix des deux tiers des
Academiciens presens à l'Af-
Semblée.
XI.
Lors qu'ily aura une place d'A-
·cademicien vacante , le Directeur
en
GALANT.
125
en fera avertir tous ceux dela
Compagnie quiferontfur les lieux,
l'on procedera à l'élection d'un
autre dans la premiere Affemblée
s'il y a trois jours d'intervalle ; finon
, dans l'Assemblée fuivante.
XII.
Pour l'élection d'un Academi
tien ilfaudra que les deux tiers des
voix foient conformes , & qu'ily
ait du moins quinze Academiciens
à l'Assemblée. Les fuffrages se
donneront par Billets dans la même
forme que pour l'élection des
Officiers ; on pourra neanmoins
differer l'élection s'il nese trouvoit
pas alors des ſujets propres à remplir
les places vacantes.
XIII.
Si un Academicien fait quelque
faute indigne d'un homme d'honneur
, il peut eftre , ou destitué ou
interdit ſuivant l'importancedefa
Juillet 1687.. B
-
26 MERCURE
faute ; il faudra mesme nombre
de quinze Academiciens , mais il
fuffira qu'ilpaſſe de deux voix à la
destitution ou à l'interdiction.
XIV .
Si quelqu'un des Academiciens
ne se peut trouver aux Affemblées
pour causes raisonnables lors qu'il
s'agira des élections ou d'autres
affaires importantesde l' Academic,
il pourra envoyer fon Avis par
écrit.
:
..
DA
XV.
Quand un Academicien Sera
receu , on luy fera lecture des Statuts
de la Compagnie , qu'il promettra
d'obſerver. Ilsigneral Acte
desa reception fur le Registre , &
fera un discours pour remercier la
Compagnie. Le Directeur ou l'autre
Officier en fon absence y repondra
par un autre discours.
GALANT.
27
:
XIV.
Tout homme qui aura follicité
publiquement les suffrages , où
interposé la recommandation de
perfonnes constituées en dignité
pour entrer à l'Academie , en fera
exclus.
X VII.
Lors qu'un des Academiciens
mourra , deux de la Compagnie
feront choisis , l'un pour faire fon
Eloge en profe , & l'autre en vers,
ou quelques autres Ouvrages à fa
toüange.
XVIII.
L'Academie s'afſſemblera tous
les Mercredis a deux heures apres
midy , ou plus souvent s'il est jugé
àpropos , elle pourra mesme estre
extraordinairement convoquéepar
le Directeur.
ΧΙΧ.
Silfe trouve une Feste au jour
B 2
2:8 MERCURE
de l'Afſſemblée , ellefera remiſe ass
lendemain .
XX.
Ceux qui ne seront point du
Corps de l'Academie ne pourront
affister aux Affemblées ordinaires ,
excepté leſieur Evesque ,le Lientenant
pour le Roy dans la Ville &
Chasteau d'Angers , le premier
President , le Lieutenant general
du Prefidial & le Maire de la
Ville ,qui pourront s'y trouver pendant
qu'ils feront dans leurs emplois
&dignitez,Sans qu'ils puis-
Sent neanmoins affifter aux élections
& deftitutions qui seront laißées
libres aux Academiciensfeuls ,
Sans que cy aprés on puiſſe accorder
ce mesme droit à quelque Officier
que ce soit , outre ceux cy-deffus
nommez.
ΧΧΙ .
Siquelque perfonne confiderable
GALANT.
29
-
par sa naiſſance ou parfon merite,
passant par la Ville,ſouhaite d'affiſteràl'Affemblée
, ily pourra estre
receu aprés qu'on l'aura propofé
le jour d'auparavant au Di-
- recteur.
XXIL
Que s'il se preſente quelqu'un
- qui defire avoir l'Avis de la Compagnie
, ou lux porter quelqueparole,
ouluyfaire compliment,il pour-
- ra eſtre introduit dans l' Aſſemblée
pour estre oüy , & aprés la réponse
- qui luyfera faite par le Directeur.
itse retirera.
5 XXIII .
On laiſfera neanmoins l'entrée
libreà toutes les personnes de condition
à la reception d'un Academicien
& dans quelques autres
م
occaſions folemnelles , comme à
l'adjudication d'un prix , & àl'Eloge
d'un Acadmicien mort.
B 3
30
MERCURE
XXIV.
Aux Affemblées le Directeur
placera au haut bout de la Table,
Le Chancelier & les Secretaires
feront àſa droite , & les autres
Academiciens ſe placeront autour
de la table , comme la rencontre ou
la civilité les rangera.
XXV.
Le Secretaire écrira exactement
&briefvement tout ce qui ſepaſſera
en chaque Aſſemblée. Les Diliberations
feront signées du Dire-
Eteur , du Chancelier , ou du Sta
cretaire.
XXVI.
Chacun dirafon Avis tout haut
avec toute la civilitéqu'ilſe pourra,
ſans s'interrompre , Sans reprendre
avec chaleur ou mépris les
Avis de perſonne', sans rien dire
que de neceſſaire , &fans repeter
ce qui aura efté dit.
0
Em
T
RR
GALANT .
31
1
S
XXVII .
On nepourra faire aucune Deli
beration fi la compagnie n'est
composée de dix Academiciens pour
le moins , & de quinze pour les
élections destitutions ou interdi
tions des Academiciens ; nomination
des Officiers ,& danstes autres
affaires importantes...wob
XXVIII.
Les Partages d'opinions feront
renvoyezà l'Aſſembléeſuivante.
Onne parlera point dans l' Aca
demie des matières de Religion , ny
de Theologie , & celles de politique
n'y feront traitées que conformé
ment à l'autoritédu Roy,&àl'estat
du Gouvernement ,& aux Loix
du Royaume.
XXX.
Aucunsujet de ceux quiferont
traitez dans les Affemblées, nesera
4
:
B4
32
MERCURE
divulgueſi ce n'estpar l'ordre de la
Compagnie.
XXXI .
L'Academie ne jugeraque des
Ouvrages de ceux dont elle fera
somposée , & si quelqu'autre en
preſente, elle en dirafeulementfon
Avis fans en faire de censure ;&
Sans en donner aussison approbation.
XXXΙΙ.
Nul des Academiciensne pour
ra rien écrirede fon chefpour la
deffense da Academie , que par
fon ordre , ouparfa permission.
XXXIII.
Les Academiciensferont exhortez
de preparer de temps en temps.
quelques difcours Academiques
fur tels ſujets qu'il leur plaira ,&
de les prononcer'ou les lire dans la
Compagnie.
GALANT. 33
XXXIV..
Ily aura des Vacations depuis le
8. Septembre jusqu'au 12. Novem
bre,pendant lesquelles on ne pourra
decider aucunes affaires importantes
,quoy qu'on puiſſe s'aſſembler.
XXXV.
Si quelqu'un des Academiciens
refidans dans la Ville neglige de
fe trouver aux Assemblées , il ne
pourra estre appelléaux Charges
de l'Academie, ny obtenir aucun
Certificat qu'ilfoitdu Corps.
* Registre , ouy le Procureur Generaldu
Roy; pour estre executezfelon
leur forme& teneurſuivant l'Arreft
de ce jour. A Paris en Parlement
leseptièmeSeptembre milfix
cens quatre - vingt - cinq. Signé
DONGOIS. :
Voilà ce que l'eſprita fait
B-S
34 MERCURE
faire , il faut vous dire ce que
la charité & la piete ont fait entreprendre
. Le 17. du mois pafſe
M. le Marechal de Bellefonds
eftant à Valogne en Baffe
Normandie , fit la cérémonie
de poſer la premiere pierre de
l'Eglife & de l'HospitalGeneral
, étably en cette ville - là depuis
peu de temps , par les ſoins
de Monfieur Lailler , Docteur.
de Sorbonne , Cure , Doyen &
Official du lieu , homme d'une
fort grande vertu , & tres - zelé
pour le bien des Pauvres .Mon
ſieur l'Eveſque de Conſtance
s'eſtant rendu en la grande Egliſe
de Saint Malo reveſtu de
ſes habits Pontificaux , la Proceſſion
ſe mit en marche en cet
ordre . Tous les Pauvres de
l'Hospital habillez de Bleu alloient
les premiers avec beau
GALANT.
35
coup de devotion. Ils precedoient
les Capucins , les Cordeliers
& tout le Clergé qui eſt
fort nombreux , composé de
Meſſieurs du Chapitre chantất
leVeni Creator. Monfieur le Marechal&
Madame la Marechale
de Bellefons ſuivoientMonfieur
de Conſtance. Us estoient
accompagnez de Mademoiſelle
de Lille-Marie leur fille , de
M. & de Madame de S. Luc ,
de Monfieur l'Abbé de la Lutumiere
, Frere de Madame de
Matignon , & d'un tres -grand
nombre de perſonnes de qualité.
On fit le tour de la Ville ,&
l'on ſe rendit au lieu deſtiné
àla ceremonie que l'on devoit
faire. On y avoit dreſſé unAutel
dans les fondemens . Mon--
ſieur l'Evefque ayant beny la
pierre avec les Prieres accou
tumées , & Monfieur le Mare-
B6
36 MERCVRE
chal deBellefond l'ayant poſée
ce Prelat fit un diſcours fur ce
ſujet avec beaucoup d'éloquence
& avec le zele qui luy
eſt ſi ordinaire , particulierement
quand il s'agit de la cauſe
des Pauvres , dont il eſt le
pere & le Protecteur. Il fit voir
que ce lieu eſtoit faint parce
qu'on y devoitſacrifier au vray
Dieu ; qu'on le pouvoit appeller
la porte du Ciel , parce que
c'eſtoit en logeant & en fecou-.
rant les Pauvres que le Fils de
Dieu a dit que l'on y pouvoit
entrer ,& enfin que ce lieu eftoit
terrible , parce que ceux
qui negligeroient d'y prendre
ſoin des malheureux que
le Sauveur leur recommande
comme ſes Membres , n'evite-.
roient pas d'eſtre condamnez .
La Proceſſion eſtant retournée
GALANTA 37
23
en chantant le Te Deum dans le
meſme ordre qu'elle eſtoit venuë,
on chanta.les Prieres pour
le Roy , aprés quoy toute la
Nobleſſe qui avoit aſſiſté à cette
céremonie , ſe rendit chez
Monfieur de S. Luc , Gouverneur
de la Ville & du Chaſteau
de Valogne , où elle fut regalée
d'un magnifique diſné , avec
autant de delicateſſe que
de propreté &d'abondance.
Il ſe fit il y a quelque tems un
Baptefme qui à quelque choſe
d'aſſez fingulier pour meriter
que vous le ſçachiez . La Femme
d'un nouveau Converty
eftant accouchée , il alla prier
Meſſieurs les Gardes des Orfévres
qui font au nombre de
fix,deluy faire l'honneur de tenir
ſon Enfant ſur les Fonts ,&.
leur dit que les Enfans qui n'a-
1
38
MERCURE
voient qu'un Parrain n'estant pas
feurs d'en avoir toûjours , ilcroyoit ,
en les priant d'eſtre ſes Comperes ,
avoir pris une juste precaution contre
ce malheur. Ils confentirent à
eſtre Parrains , & luy deman--
derent quelles Commeres il
avoit choiſies . Ilrépondit qu'il
leur en laiſſoit le choix , се
qu'il promirent de faire. Ilsdélibererent
enſemble là deſſus
& refolurent de prier les Dames
de l'Union Chreftienne pour
eſtre Maraines . Elles répondi--
rent que ſuivant les regles de
leur Inſtitution , elles ne pouvoiet
accepter la propofitioquis
leur étoit faites mais qu'elles
en parleroient à leurSuperieur.
Il n'eutpas plûtoſt eſté informé:
de la choſe,qu'il leur permit de
tenir cet Enfant à cauſe qu'il
étoit d'un nouveau Converty
GALANT.
39
& le Baptefme ſe fit avec une
affluence de monde extraordinaire.
Il n'y a rien de ſi bas qui ne
foit à eſtimer lors qu'il vient
de mains habiles . Vous mépriferiez
une Souriciere , & Madame
de Villeneuve , Femme
de Monfieur Ribier de Villeneuve
, cy - devant Conſeiller
au Parlement , a trouvé moyen
d'en faire un preſent qui a fait
bruit. Madame de Forcy à qui
elle eftoit allée rendre viſite ,
s'eſtant plainte de quelques
Souris qui l'incommodoient
Madame de Villeneuve luy dit
qu'elle avoitchez elle une forte
de Souriciere merveilleuſe
pour prendre ces animaux.
C'eſtoit un pot plein d'eau &..
couvert d'un ais , au milieu duquel
il y avoit une petitebaſ40
MERCURE
cule qui s'abaiſſoit auffi - toft
queles Souris venoientmanger
ce que l'on mettoit deſſus ,
en forte qu'en tombant dans
l'eau , elles ſe noyoient fans
qu'il en puſt échaper aucune:
Madame de Fourey l'ayat priée
de luy envoyer l'Ouvrier qui
les faifoit , Madame de Villeneuve
s'engagea à luy en fournir
une toute faite. Aprés
qu'elle l'eutquittée,elle fongea
commentelle pourroitrelever
par quelque galanterie une
choſe auffi peu confiderable
qu'une Souriciere . Elle chercha
une belle Cuvette de fayence
, fit peindre le couvercle
de bois où eſt la bascule , & fit
faire un petit Pavillon de taffetas
couvert de Galons d'argent,
& orné de rubans qui couvroit
là machine comme une petite.
GALANT. 41
tente. Cette Lettre accompagnoit
le preſent..
A MADAME DE FOURCY,
enluyenvoyant une
Souriciere.
I
Mportuns Animaux,de qui les
troupes grifes ,
Courent dans les Palais, errent dans
lesEglises,
Reptiles , qui cherchez les hombres
tanuir,
Que la corruption dans un égoust
produit ,
Souris , iln'est doncpoint de maison
SiSacrée ,
Où vos griffes d'abordne cruſent
une entrée?
Iln'est donc point d'endroitſiſaint
Sirespecté.
:
42
MERCURE
Qui contre vous puiffe, estre un lieu
defeureté ?...
Iusqu'à l'appartement de l'illustre
Artemice
Vous portez de vos dents l'infolente
malice , C MA
Son auguste presence ,&fon divin
aspect
Ne vous impriment donc ny crainte
nyrespect ?
C'est tropsouffrir de vous ; la mort
laplus cruelle...
Nepeut affez punir voſtre audace
rebelte.
Voicy de vostre fort l'inevitable
écueil

Nous allons voirfinir vos jours&
vostreorgueil.
Ce sera, Madame,par le moyen
de la petite Souriciere que je
vous envoye que vous viendrezà
bout de ces petites infolentes qui
GALAN T.
43
vous font tant de defordre. Je croy
qu'elles s'y prendront aisément , car
on a pris toutes les mesures poſſibles
pour la rendrejuſte ; ilnefaut qu'un
grain pour faire baiffer la bascule
je croy mesme que les Mouches s'y
prendroient fielles venoiët s'yrepo
fer. Neanmoinsfi quelque accident
lafaisoit manquer ,faites m'en avertir
,j'iray ausfi- toft chez vous
poury remedier , & vous témoigner
combienjesuis , Madame , vostre
c.
On voit peu de Nations qui
égalent les François dans l'amour
qu'ils ont pour tout ce
qui regarde les Armes . La Nobleſſe
fournit autant d'Officiers
aux Armées du Roy , que fa
Majesté en peut ſouhaiter , &
le peupleles groffit de Soldats
qui n'ont pas fi - toſt apprisà
44 MERCURE
1
porter les armes,qu'ils ſçavent
l'artde vaincre. Pendant que
les uns fervent ainſi l'Etat & le
Roy dans les Armées, ceux qui
gouvernent ſes Villes , & ceux
qui les font ſubſiſter par leur
commerce , font tous les ans
des Feſtes Guerrieres dans lef
quelles ils s'exercent. L'une
de ces Feſtes , qui ſe font prefque
dans toutes les provinces
du Royaume , fut faite à Reims
avec grand éclat, le Dimanche
15. de Juin dernier. Les Compagnies
d'Arquebuzier,au nóbre
de quarante-deux ou environ
s'y étant rendu ëslejour
precedent des principales Villes
de la Champagne , de laPicardie,
de la Brie ; & de pluſieurs
autres Provinces éloignées
ſuivant la Lettre circulaire
, & le Mandat qui leur avoit
}
45
GALANT.
1
eſté envoyée , furent receus
par MonfieurFrifon , Capitaine
en Chef des Chevaliers de
Reims , & par Meſſieurs dela
Salle & Dorigny , Capitaines
Lieutenant& Enſeigne,qui les
conduiſirent danslesprincipales
Hoſtelleries de la Ville, que
Monfieur Friſon leur avoit fait
preparer. Elles n'y furent pas
plûtoſt arrivées qu'on leur apporta
les preſens ordinaires de
vins,& autres rafraîchiſſemes .
Le lendemain elles ſe rendirent
au Jardin de l'Arquebuſe ,
d'où elles allerent en Proceffion
en l'Eglife Metropolitaine, accompagnée
du Clergé de cette
Egliſe ,& aſſiſterent à une Meſſe
ſolemnellequi y fut chantée
en preſence de Monfieur le
Comte de Léry Capitaine
Commandant pour leRoydans
1
46 MERCURE
la Ville deReims, des premiers
Magiſtrats , & Officiers de la
meſme Ville . L'apreſdinée elles
aſſiſterent à une ſeconde
Proceſſion qui ſe fit dans les
principales ruës , où l'on porta
quatre magnifiques Piramides
de toute forte de vaiſſelle d'argent
deſtinée pour le prix general
avec le Bouquet , repreſentant
le Dieu Mars ; quitenoit
d'unemain les Oliviers &
les Lys qui font les Armes de
Reims,& pour Bouclier un Baffin
de vermeil doré. Chaque
pyramide portoit vingt prix
de la valeur de mille écus , ſçavoir
,
Vn Baſſin rond de 300. liv.
Vn Baffin rond 280.
Six afſietes 260.
Vn Baffin rond 240.
Quatre Flambeaux 225
GALANT.
47
Vn Baffin rond
205 .
Trois Flambeaux 185 .
Vne Eguierd213165.
Vne Eguiere découverte
150.
Deux Flambeaux
140 .
Deux Chandeliers 130.
Quatre Salieres. 120.
VnPot à cau 110 .
Deux petits Flambeaux de
Cabinet 100%
- V ne Ecuelle couverte 70.
Vn Sucrier 60 .
Deux taffes à deux ances
50 .
VneEcuelle
40.
Les Compagnies furent regalées
pendant la Marched'une
Collation tres - fuperbe , aprés
laquelle elle ſe rendirent
au bruit de la Moufqueterie &
de pluſieurs décharges de Canon
au Jardin de l'Arquebuſe ,
48 MERCURE
oùMonfieurleComte de Léry,
M. Favard , Lieutenant des
Habitans ,& Monfieur Friſon
firent laCeremonie de decouvrir
la Statuë Pedeſtre de Sa
Majesté , erigée dans ce Jardin
par les ſoins du mesmeMonfieur
Frifon& des Chevaliers
de l'Arquebuſe de Reims , ce
qui ſe paſſa avec des acclamations
extraordinaires de Vive le
Roy ,&desdemonſtrations d'unejoyeuniverſelle,
ainſi qu'au
bruitde la mouſqueterie , & de
la décharge generale du Canon
des remparts de la Ville.
On avoit mis pour Deviſe à
cette Statuë le Soleil entrant
dansle Signe de Sagitaire avec
ces mots,hofpitium illustrat .
Par tout le longdefa carriere,
Sansperdrefon éclat , repandantfa
lumiere ,
Sa
GALANT .
49
a
1
S
e
t
e
1
2

C
Saprefence en toutesſaiſons
Fait l'ornement des celestes maifons.
C'est ainsi qu'avec pompe entrant
au Sagittaire ,
Ilyporte avecfoy lejour ,
Et par un bienfait ordinaire ,
Iléclaire en entrant le lieu de fon
Sejour.
Grand Roy , c'eſt lànostre avanta
ge,
Qu'envoyant icy ton image ,
Cejardin devenu plus charmant
plusbeau,
Reçois de ta prefence un éclat tout
nouveau.
La Statue que la Compagnie
a érigée à LOUIS LE GRAND .
eſt poſée dans le fond de la
grande allée du Jardin , ſur un
Piedeſtal à quatre faces . Sur la
premiere eſt un Hercule , pour
Iuillet 1687 . C
/
50
MERCURE
ſignifier quele Roy a exterminé
de ſon Empire tous lesMonſtres
,& fur tout celuy de l'Herefie
. Ellea pour titre Harefeon
domitori La ſeconde est une Minerve
, ſymbole de la ſageſſe
confumée de ce Monarque ,
&au deſſus , Confiliorum Prafidi.
La troiſieme eſt un Mars pour
repreſenter ſa force invincible
dans les Combats avec ces
mots , Hostium Debellatori , &
dans la quatriéme on lit ces paroles
ſur un Marbre. In hac armorum
Palastra, Ædilibus liberali
ter applaudentibus , adſplendidiorempremij
generalis pompam ere
xereCatapultarij Remenfes, anno
Domini LXXXVII. die 15. menſis
Junii.
Le ſoir il y eut de grandes
réjoüiſſances en differens endroits
de la Ville & des Fon
GALANT.
SI
taines de vin coulerent devant
la porte de Monfieur le Comte
de Léry & de Monfieur Friſon,
qui traiterent avec beaucoup
de magnificence les principaux
Officiers des Chevaliers
Arquebufiers , invitez à venir
diſputer le prix à Reims. Le
lendemain au matin 16. du
mois , on élut les Prefidens &
les Deputez des Villes pour
juger les coups des Pontons.
Les Deputés pour marque de
leur caractere portoient une
medaille d'argent , reprefentant
d'un coſté la Statue Pedefſtre
de Sa Majeſté , élevée
dans le lardin del'Arquebuſe,
&de l'autre les avenues de ce
Iardin . Les Compagnies s'y
rendirent l'apreſdinée ſous
les armes & Monfieur le
Comte de Léry fit la céremo-
د
C 2
52
MERCURE
nie de tirer le coup du Roy.
Il s'en acquita avec une adreſſe
toute finguliere , & donna le
foir un foupé tres ſomptueux
aux principaux Officiers des
Compagnies. Les jours fuivants
ſe paſferent à tirer aux
deux Butes. Chaque Brigade
des Compagnies venuës pour
la Feſte y dõna des marques de
fon adreſſe , & enfin les Chevaliers
de Vitry emporterent
le premier prix , & ceux de
Noyon le ſecond. Pendant
tout ce temps il ſe fit toujours
quelque choſe de remarquable.
On receut le fils de Monſieur
le Comte de Lery âgé
de neuf à dix ans , Chevalier
du Iardin de l'Arquebuſe de
Reims. Il fut accompagné dans
cette ceremonie des principaux
Officiers & Chevaliers ,
GALANT.
53
:
& eutpour parrain M. Favart,
Seigneur de Richebourg ,
Lieutenant des Habitans . 11
preſta le ferment entre les
mains de Monfieur Frifon
Capitaine en chef , qui avoit
eſté le prendre chez luy avec
les Officiers & Chevaliers de
la Compagnie , où ayant eſté
reconduit de la meſme forte ,
Monfieur le Comte de Lery les
regala d'une tres fuperbe colation.
Les Peres leſuites voulant
temoigner l'eſtime qu'ils
ent pour la Compagnie de
l'Arquebuſe de Reims , firent
foutenir deuxTheſes dans leur
College,& it s'y trouva un
tres-grand concours de monde.
L'une estoit dediée à Meffieurs
les Chevaliers , & l'autre
à Monfieur Frifon, qui tant
quedura la Feſte n'oublia rien
C3
54
MERCURE
pour foutenir dignement la
gloire d'une Compagnie qui
s'eſt toujours diftinguée dans
cet exercice & pour remplir
ce que l'on attend de ceux de
fon nom qui poffede depuis
plus d'un Siecle avee une approbation
generale la Charge
de Capitaine en chefde la même
Compagnie. Ceux qui la
compoſent,Officiers &Chevaliers
, ayant delivré le Bouquet
àla Compagnie de Laon le 24 .
de ce meſme mois de Juin ,
l'honorerent à la fortie d'une
belle Cavacalde juſqu'à la Villette
, & la regalerent d'une
Collation magnifique. Aprés
les adieux faits de part & d'autre
, les Chevaliers de Laon fe
mirent en marche , & ayant
pouffé ce jour - là juſqu'au
Bac , ils en partirent le lendeGALANT.
55
main de grand matin , & prirent
la route de Laon . A deux
lieuës de la Ville , on découvrit
fur une hauteur deux efcadrons
de Cavalerie qui s'avançoient
en bon ordre ; ces
Eſcadrons étoient compoſez
d'environ deux cens Chevaux.
Leurs Commandans s'étant
avancez pour complimenter
les Chevaliers , & leur
témoigner la part qu'ils prenoient
à leur gloire , les reçurent
par une ſalve generale.
Les Chevaliers à leur teſte
continuerent cette route jufques
au Fauxbourg de Laon ,
où l'on fit alte pour ſe rafraîchir.
Cependant les Bourgeois
de la Ville avertis de leur arrivée
, ayant fermé dés le matin
les Boutiques , ſe rangerent
ſous leurs Enſeignes , &
C 4
56 MERCVRE
prirent les armes , conformement
aux ordres de Meſſieurs
de Ville. Toute cette Milice
s'étant aſſemblée dans la Cour
du Roy , formant un Bataillon
, ſe mit en marche , & defcendit
au Fauxbourg en tresbel
ordre. Quatre Capitaines
qui conduiſoient le front de
cette Infanterie , firent leurs
Complimens à la Compagnie ,
& cette Milice ayant bordé la
haye, ſalüa le Bouquet par une
décharge . Les Officiers aprés
avoir répondu à cette civilité
, diſpoſerent toutes chofes
pour continuer la marche vers
la Ville . Cette Infanterie défilant
en bon ordre, Tambours
battans , méche allumée &
Enſeignes déployées , gagna
inſenſiblement le haut de la
montagne. Le Bouquet porté
GALANT. 57
en triomphe par quatre hommes
, étoit precedé d'une bande
de violons , dont l'harmonie
jointe au carillon des Cloches,
formoit un concert fort agreable
. L'Argenterie gagnée au
Prix General étoit portée
aprés le Bouquet , & enfuite
marchoient les Chevaliers &
deux cens Maîtres rangez en
deux files . Des Trompettes &
des Timbales étoient à leur
teſte , & un petit Corps de
referve fermoit cette marche,
avec deux Tambours qui batoient
à la Dragonne . Ces
Troupes étant arrivées au milieu
de la montagne , furent
faluées d'une décharge de
Boëtes de la Ville . Cette décharge
fut réïterée par le feu
de l'artillerie de la Citadelle,&
le bruit du Canon , des Boëtes
G
58 MERCURE
,
& de la Mouſqueterie attira
un tres - grand concours de
peuple des lieux voiſins à leur
entrée. Le frontiſpice de la
porte de la Ville étoit paré de
pluſieurs écuſſons aux Armes
du Roy , de Monfieur le Duc
d'Eſtrées Gouverneur de la
Province & aux Armes
de la Ville , tous ornez de
quantité de deviſes ,& de feſtons
entrelaſſez de guirlandes
de fleurs & de feüillages .
L'Hôtel de Ville , le Jardin de
l'Arquebuſe,& le logis du Capitaine
eſtoient parez des mêmes
ornemens . Cette belle &
nombreuſe Compagnie eſtant
entrée dans la Ville fe rendit
à l'Hostel de Monfieur leGouverneur
, où Monfieur l'Abbé
de Noirmontier la receut tresbien
en ſon abfence , & témoi-
(
GALANT.
59
.
gna par le bon accueil qu'il
luy fit ,& par les largeſſes qu'il
répandit à ceux qui ſervoient
à cette pompe , combien il
prenoit de part à la joye publique.
On prit congé de luy
par une ſalve que fit l'Infanterie
, & on tranſporta le Bouquet
à l'Hoſtel de Ville . Monſieur
le Prevoſt & Meſſieurs
les Echevins receurét la Compagnie
avec les ceremonies
ordinaires ; & aprés les complimens
reciproques de part
&d'autre , on ſervit une ample
colation. De l'Hoſtel de
Ville on alla le long de la grande
ruë , & traverſant dans le
meſme ordre toute la Ville ,
on eſcorta le Bouquet juſqu'à
l'Abbaye de S. Martin , ou
Monfieur le Prieur,après avoir
témoigné beaucoup d'honnê--
C6
60 MERCURE
teté à la Compagnie, fit diſtribuer
quantité de rafraichiffemens
. Enfin le Bouquet ayant
eſté porté en parade preſque
par toute la Ville , fut reconduit
ſur la fin du jour chez le
Capitaine des Chevaliers. Le
reſte de cette iournée ſe paſſa
fort galamment ; on n'entendoit
par tout que cris d'allegreſſe
, que concerts d'Inſtrumens
, que bruit de Tambours.
& d'armes à feu. Le foir , le
Capitaine regala la Compagnie
, où se trouverent les Capitaines
de Quartier. Ce regale
fut ſuivy d'un Bal donné
aux Dames qui ſe retirerent
bien avant dans la nuit aprés
la Colation . Le lendemain
les Chevaliers de l'Arquebuſe
ſe rendirent en Corps à
l'Egliſe des Cordeliers , pour
دو
GALANT . 6
!
aſſiſter à une Meſſe ſolemnelle
qui y fut chantée en Muſique,
& où ſe trouva preſque toute
la Ville , pour prendre part
aux actions de graces , comme
elle avoit eu part à la gloire
du Bouquet. L'Oyſeau ayant
eſté preſenté le 6. de Iuillet ,
ſelon la coûtume, avec le Prix ,
Monfieur Marteau , Prevoſt.
Royal , & Maire perpetuel de
la ville , accompagné de Meffieurs
les Echevins & des
principaux Habitans , tira le
coup du Roy , eut le bonheur
& l'adreſſe , ſous le Nom du
plus Grand Monarque qu'il y
ait au monde, de tuer l'Oyſeau
de ce coup , & d'eſtre ainſi
cette année leRoy de laCompagnie
.
د
Vos Amies,à qui l'on a conſeillé
d'aller prendre des eaux
62 MERCURE
deBourbon, fortiront de l'irreſolution
qui les empeſche ,
d'entreprendre ce voyage ,
quand elles ſçauront les Cures
qui s'y ſont faites cette année
dans la premiere ſaiſon.le puis
vous en apprendre une des
plus remarquables. C'eſt la
guerifon de Madame Chapo--
nay, qui a un Frere Secretaire >
du Roy à Paris . Elle estoitParalytique
d'un coſté , & fujette
à de tres - fâcheuſe convul--
fions , qui estoient la fuite des
cruelles vapeurs dont la maliguitéluy
avoit tourné la bou--
che. Elle ne pouvoit marcher ,
& avoit fouffert ces incommoditez
durant quatre ans , toû
jours avec de vives douleurs ,
fur tout dans l'eſtomac , où
elle fentoit une extrême pefanteur.
De là luy venoit un
2
GALANT .. 63
dégouſt continuel , avec des
défaillances mortelles . Enfin
l'effet , des eaux a eſté de re--
foudre cette maſſe groſſiere ,
& compoſée de matieres corrompuës
.Elle en a eſté delivrée
par des vomiſſemens qui ont
achevé ſa guerifon . Ainsi à
l'heure qu'il eſt , elle marche
droit , ne ſent aucune douleur,
& ſe trouve dans une ſanté plus
parfaite , qu'elle ne l'a jamais
euë . M. Bourdier, tres- habile :
Medecin , qui l'a traitée , ren--
dra témoignage de ce que je
dis . C'eſt un homme extremementeſtimé
, quia fait un ex--
cellent Ouvrage ſur les eaux.
de Bourbon , qu'il donnera
bien toſt au Public. Il tient :
qu'elles font mélées de Nitre
ſemblable à celui d'Egipte,d'une
effence balfamique , & d'un
64 MERCURE
foufre delicat , ce qui est caufe
qu'elles font propres aux maladies
des nerfs à celles de
د
l'eſtomach , & fur tout du bas
ventre , ouvrant les obſtructions
, fondant les humeurs
& fortifiant les parties foibles .
Le Livre de ce fçavantMedecin
contiendra toutes les curiofitez
anciennes & nouvelles
de la Villede Bourbon.Il obferve
qu'on ytrouve à neufpieds
deprofondeur quantitédebelles
Colomnes & de pierres
taillées, d'une grandeur exceffive
, avec des Aquedues de
fix pieds de hauteur ,& avec
de gros tuyaux de plomb. Je
vous en diray davantage lors
que j'auray veu ce Livre. I'ajoûteray
ſeulement icy quela
quantité de perſonnes confi-
د
derables qui ont eſtéà BourGALANT.
65
L
bon dans la premiere ſaiſon de
cette année ſuffit pour faire
connoiſtre à vos Amies que
ces eaux continuent toûjours
à eſtre en vogue. En voicy la
Liſte.
Madame la Princeſſe .
Mademoiselle de Bourbon.
Mademoiſelle d'Anguien .
Mademoiselle de Blois ,
Madame de Monteſpan .
M. le Duc & Madame la
Ducheffe de Beauvilliers .
M. l'Eveſque de Leitoure
M. l'Eveſque de Soiſſons .
Monfieur le Marquis de
Peufignan &Madame fa Fémme
.
Monfieur le Comte de Talar
, Lieutenant de Roy en
Dauphiné .
Madame la Comteſſe de
Langeron , Dame d'Honneur
66 MERCURE
de Madame la Princeſſe .
Monfieur le Comte de la
Mary , & Madame fa Femme .
Madame la Preſidente Pelot
& Madame fa Scoeur
2
Reli
gieufe.
Monfieur Dupuy , Gentil--
homme ordinaire chez le Roy..
Monfieur Davegean , Capiraine
aux Gardes.
Monfieur le Comte de Quer-
`meré.
Monfieur le Comte deGour
nay.
Meſſieurs les Commandeurs
des Goutes & de Brillac.
Monfieur le Chevalier de
Neuville..
Monfieur le Chevalier de
Leffe ..
Monfieur le Chevalier de
Villars .
Monfieur Bertelot de Paris ,
GALANT. 67
S
A
Meſſieurs fes Fils , l'un Receveur
General de Montauban ,
& l'autre Maistre d'Hôtel chez
Madame la Dauphine.
Monfieur Cendrier , Receveur
General de Limoges .
Monfieur Marchand de Paris
, Officier chez Monfieur
avec Mademoiselle ſa Fille .
Monfieur & Madame Feydeau
de Lépau .
Monfieur & Madame de Cha--
maigre .
Monfieur de Pluye , Receveur
de Tours , & Madame fa
Femme .
Monfieur des Foffez de Bretagne
, Seneſchal d'Arbignac ,
avec Madame ſa Femme .
Monfieur & Madame de
Courcelle , de Poitou .
:
Monfieur & Madame deRochette,
de Poitou .
68 MERCURE
Madame Malet de Caën,
Madame du Luc , de Caën.
Madame Renaut, de Tours .
Madame du Parc, de Tours.
Madame Borin , de Paris .
Madame Calpatri, de Paris.
Madame de Chamborau .
Madame Canchois avec
Madamede Frometoit ſa Fille,
deRouen.
Madame du Pleſſis Bidé avec
Mademoiselle de la Querche.
Madame de Chaſſeloire &
Monfieur fonFils.
Monfieur Cafin & Madame
fa Femme..
Monfieur & Madame Daudieu
&Mademoiselle leur
2
Fille , de Montbrifon .
Madame de Machaut , de
Chatillon fur Loire .
Madame Bertin , de Paris
avec Mademoiselle ſa Fille.
GALANT. 69
1
Mr'le Machois , de Roüen ,
Madame ſa Scenr Religieuſe ,
& Mr de la Barre fon Beau-
Frere.
Mr Duret , Conſeiller au
Chaſtelet de Paris .
Mr Rolland Conſeiller de
Reims.
Mr l'Abbé de Priere en Bretagne.
Mr l'Abbé Dargence.
Mrl'Abbé Saré.
Mrl'Abbé Favar.
Mr le Curé de S. Benoist de
Paris .
Madame de Langeron , Abbeffe
de Nevers .
de Ligueur.
Madame de la Mary, Abbeſſe
Madame de Beauxoneles ,
Abbeffe de Mouton .
Madame de Barillon, Soeur de
l'Ambaſſadeur de ce nom , &
70
MERCURE
Madame de Force , Religieuſes
de Poiſſy.
Mª Tridon ,Prieurdu Veurdre
& de Chantenez .
Y Mode Fourchaud , Eſcuyer
chez le Roy .
MrCourtay .
Mr de la Graviere .
Mr de Beauvais .
Mr de Beaulieu .
Mr.de Pommereuſe
Mrdu Freſnoy.
MrAliberg.
Mr Davoiſan.
Mr Fremont .
MrCotar .
Mr Paquier.
MrAniffon.
Mr Vauchelle..
Mr de Valambon.
MrMoulié.
MrFayet.
MedeQuéſenelle.
GALANT
71
Me du Queſnoy.
Me Baubin .
د
Monfieur l'Archeveſque de
Paris eft preſentement dans
une ſanté parfaite . Les Peres
Cordeliers du grand Convent,
qui pendant le cours de fa ma -
ladie avoient fait tous les jours
des Prieres publiques dans
leur Egliſe pour demander à
Dieu ſa guerifon voyant
qu'elle avoit eſté accordée
aux voeux de toute la France ,
voulurent en rendre des actions
de graces particulieres ,
& pouren rendre la ſolemnité
plus éclatante ils prierent
Madame l'Abbeffe de Port-
- Royal , digne Soeur de cet illuſtre
Prelat , de vouloir bien
qu'on la fiſt dans ſon Egliſe
de 20. du mois paſſé , jour de
72
MERCVRE
د
fainte Marguerite , dont elle
porte le nom, Le Pere Gardien
, avec ſes Officiers &
accompagné d'environ trente
Religieux , ſe rendirent dans
l'Egliſe de Port-Royal le matin
de cette Feſte. On commença
par chanter Tierce , &
enfuite la grand' Meſſe fut
chantée avec toutes les cere
monies du grand Convent , &
pluſieurs Motets de Muſique
au faint Sacrement , à fainte
Marguerite , & pour le Roy ,
aprés quoy l'on chanta Sexte.
Au ſortir de l'Eglife , ils furent
traitez magnifiquement avec
les Directeurs & les Aumôniers
.On chantaNones & Vef
pres à l'heure ordinaire , en
Plein chant & en faux-bour
don , & cela fait , le Pere le
Blanc, Vicaire du Grand Convent
,
GALANT.
73
vent , prononça le Panegyriquede
la Sainte avec beaucoup
de fuccés . Il dit de Madame
l'Abbeffe de Port-Royal, qu'elle
conduiſoit fans commander
qu'elle gouvernoit fans regner,
& qu'elle estoit dans ſon ſexe
ce que Mr de Paris étoit dans
le lien. Vn Salut en Muſique
termina la Feſte. Il fut chanté
parles meſmes Peres qui firent
tontl'Office de ce jour- là d'une
maniere qui fit connoiſtre le
zele qu'ils ont pour Monfieur
l'Archeveſque , & pour Madame
l'Abbeffe de Port Royal .
Tout le mõde a été touché de
laperte que nous avons faite
de Monfieur le Duc de S.Aignan.
Je vous l'ay déja fait voir
par les Vers que je vous ay envoyez
fur cette mort. Jy joins
aujourd'huy une Epitaphe ,
Iuillet 1687 . D
74 MERCURE
faite par Mademoiselle deRazilly.
ΕΡΙΤΑPHE
DE MONSIEUR LE DUC
DE
SAINT AIGNAN .
i.
"
Cr gift l'ornement & la fleur
'De l'Antique Chevalerie,
Qui des Bayards eut le bon coeur,
L'adreſſe & la galanterie ;
Qui ſoûmit à la pieté
La gentilleſſe & la gayeté
Du beau feu qu'il eut en partage ;
Qui fut Amy de bonnefoy
Et qui mit toutſon avantage
4
A l'honneur de plaire à fon Roy.
1
Ie vous envoye des paroles
qui ont eſté notées parla jeu-
}
S
11
2
S
1
S
7
fa
Z
a
e
D
PO
C
V
180
pt
L
2
La
Da
2
Et
A
Vo
ta
GALANT.
75
ne Mademoiselle Laurent ,
aſſez diftinguée par les talens
extraordinaires qu'elle a pour
la Danſe , pour la Mufique , &
pour ſa delicateſſe à joüer du
Claveſſin .Elle fit chanter l'Hyver
dernier quelques Ouvrages
devant Madame la Dauphine,
qui l'honora de ſon approbation.
AIR NOUVEAU...
Rien n'aproche de la peine
Que je souffre prés de vous.
Vous faites mille Amans, Climene
Et je ne puis faireun laloux.
Il s'eſt fait en peu de jours
tant de copies du Portrait en
Vers que je vous envoye , que
j'apprehende qu'il n'ait pas
pour vous la grace entiere de
D2
76
MERCURE
la nouveauté. Tous ceux qui
l'ont veu en ont trouvé le tour
fingulier, & peut étre ſeroit- il
bien difficile de rien faire de
plus beau , pour un Ouvrage
de cette nature.
PORTRAIT DE CLARICE.
'Espere que l'Amour ne
cherapas,
s'enfa-
Affez peu de Beautezm'ont paru
redoutables ,
Ienefuispoint des plus aimables,
Mais je fuis desplus delicats.
L'étois dans l'âge où regne la tendreffe
,
Et mon coeur n'estoit point touché,
Quelle honte ! Il falloit justifier
Sans ceffe
Ce coeur oifif qui m'estoit reproché,
:
GALANT.
77
Ie difois quelquefois ; qu'on me
trouve un viſage
Dont la beauté ſoit vive &
dont l'air vifſoit ſage ,
Ou regne une douceur dont
on foit attiré .
Qui ne promette rien , & qui
Pourtant engage;
qu'on me le trouve ,
meray.
&j'ai-
Ce qui de plus ſeroit bien neceffaire
,
Ce feroit un eſprit qui penſaſt
finement
Sans pretendre à ce carectere,
Qui pour eftre fans art n'euft
que plus d'agrément,
Vn peu timide feulement.
Qui ne puſt ſe montrer ny fe
cacher fans plaire ;
D
i
78 MERCVRE
Qu'on me le trouve &jedeviens
Amant.
On n'eſt pas obligé de garder
de meſure
Dan's les fouhaits qu'on peut
former ;
Comme en aimant ie pretens
eſtimer ,
Ie voudrois bien encore un
coeur plein de droiture ,
Vne vertu naïve & pure ;
Qu'on me la trouve , & ie promets
d'aimer.
Par ces conditions j'effrayois tout
le monde ,
Chacun me promettoit une paix fi
profonde
Quej'en serois moy-mesme em.
baraßé.
GALANT.
79
Je ne voyois point de Bergere.
Qui d'un dir un peu couroucé
Nem'envoyaſt àma Chimere.
<
2 :
Je ne sçay cependant comment l'A-
201 mbara fair
Ilfaut qu'il ait long- temps medite
Son projet
Mais enfinil est seur qu'ilm'a trou
DeGlaride ; 1 Т.И
Semblable à mon idée , ayant les
mesmes traits ;
-Iecroy pour moy qu'ilme l'a faite
200que'lAmourade malice !
100 fi
Monfieur de Fontenelle qui
a laiſſé échaper ce petit Ouvrages
ſe prépare à nous donner
dans fort peu de temps un
Recüeil de ſes Poësies fur di
vers ſujets . Ily a des Epitres à
la maniere de celles d'Ovide,
D 4
MERCURE
avec des Eclogues qui font
d'une tres grande beauté , &
fies Dialogues des Mortsila Pluralite
des Mondes , & l'Histoire
des Oracl s vous ont fait admirer
ſon heureux talent à traiter
en Profe toutes fortes de matieres
, ie ne doute point que
ce Recuëil ne vous le faſſe admirer
également dans la maniere
agreable dont il ſçait
tourner les Vers .
Monfieur le Comtede Toulouſe
, en allant à Maintenon,
paſſa par Rambouillet où il fut
receu magnifiquement par
Monfieur & Madame d'Antin.
Il y dîna , & voulut enſuite
avoir le plaifir de la Promenade
du Parc & des Roches qui font
en un endroit fort agreable.On
luy chanta dans les Roches ces
Versque Monfieur de meſſanGALANT.
81I.

ge avoit faits à ſa loüange des
qu'il ſçeut ſon arrivée. Ils font
furl'Airdu Menuet de l'Opera
de Monfieur Matau.
Vn Amour.
Doux , difcret &fage,
Vn Amour
Plus beau que le jour
Aquittéſon brillant Séjour ,
Pourvenirdans nostre Bocsage,
Accourez , Bergers d'alentour
- Accourez tous pour luyfaire la coUT
:
Que ces Bois
Et ce beau Rivage
Que ces Bois
Dont ila fait choix,
Aujourd'huy reçoiventſes Loix,
Qu'en ces lieux tout luy rende
bommage.
Doux Oyſeaux, répandez vos voix»
D
i
.
82 MERCURE
Venez , plaisirs , venez tous à la
fois.
Ses douceurs ,
Aimables Bergeres ,
Ses douceurs
Ont des traits vainqueurs.
Contre luy conſervez vos coeurs,
Sivous pouvez eftre ſeveres ;
Mais en vainſes yeux enchanteurs.
Verront contre eux armer mille ri-
:
gueurs.
Qui pourroit ; par toute la terre
S'opposer à des coupsfi beaux ?
Ses yeux font deux ardens flambeaux
;
Son Perelance le tonnerre ;
Et bien- toft ce jeuneHeros,
Doit mettre enfeu tout l'empire des
Eaux.
GALANT . 83
Ces Vers furent trouvez
fort galans , & Monfieur de
Meſſange eut le plaifir de les
entendre l'oüer par la plus bellebouche
du monde , puiſque
l'Amour n'en peut avoir de
plus belle , ny eſtre plus beau
que Monfieur le Comte de
Thoulouſe . Ce ieune Prince
dit à l'Auteur , & cela de fon
propre mouvement & avec
un agrément plein de bonté ,
qu'il les montreroit au Roy.
د
Monsieur le Duc de Noail
les étant uniquement attaché
à la perſonne de ce grand
Monarque,& ne voulant point
quiter la Cour , meſme pendant
qu'il n'a point à y exercer
ſa Charge, fit bâtir une fort
belle Maiſon à S. Germain en
Laye dans un temps où il y
avoit apparence que Sa Ma-
D 6
$4 MERCURE
iefté y paſſeroit une partie de
chaque année . Monfeigneur
le Dauphin & Madame la
Dauphine ayant refolu d'aller
voir cette Maiſon , le jour fut
pris fur la fin du mois dernier,
mais Madame la Dauphine
s'eſtant trouvée indiſpoſce, ne
peut accompagner Monfeigneur
, qui s'y rendit ſuivy
d'un grand nombre des Seigneurs
de la Cour. Il y foupa
& y fut traité avec la magnificence
ordinaire, à Monfieur
le Duc de Noailles. Il y eut
Muſique,& rien de tout ce qui
peut fatisfaire l'ouye , & le
gouft , ne fut épargné dans
cette Feſte .
Nous avons depuis peu en
France le Pere Martial de S.
Paulin General des Carmes
:
Dechauffez . Le Roy ;qui ne
GALAN T. 85
cherche que le bien ,&lagloire
de l'Eglife , a beaucoup contribué
àl'Election de ceGeneraldontle
merite demandoit le
choix qu'on a fait de luy pour
remplir une Charge de cette
importance. Vous ſçavez ,Madame
,que les Generaux d'Ordre
tiennent un des Premiers
rangs de l'Eglife , & qu'ils
l'ont à Rome aprés les Cardinaux.
Auſſi peut - on dire
qu'il eſt peu d'emplois plus
confiderables dans l'egliſe
un General ayant la diretion
de tout ce qu'il y a de
Convens de fon Ordre chez
tous les Souverains de l'Europe.
Tous ceux qui poſſedent
cette dignité , à l'exception dua
General des Jeſuites ,comme je
vous l'ay marqué dans ma derniere
Lettre , ontdroit de vifi
86 MERCVRE
ter tous les Convents de leur
Ordre , dans quelques Royaumes
qu'ils foient fituez ,& ils y
font receus avec de fortgrands
honneurs. Celuy des Carmes
Dechauſſez fut conduit àl'Audience
du Roy ſur la fin du
mois dernier , par Monfieur de
Bonneüil , Introducteur des
Ambaſſadeurs , qui le prit àParis
dans les Caroffes de Sa Majeſté
. CeMonarque le reçeut
avec l'agrement qui luy eſt ordinaire
, ſurtout lors qu'ildonne
Audience à des perſonnes
d'un merite diftingué . Ce General
l'eut auſſi ce jour-là de
Monſeigneur le Dauphin , de
Madame la Dauphine , de
Monſeigneur le Duc de Bourgogne,
de Monſeigneur leDuc
d'Anjou , & de Monſeigneur le
Duc de Berry. Il futmagnifiquement
traité à diner par les
GALANT. 87
Officiers du Roy & quoy que
ce fuſt unjour gras , on apreſta
ce repas enmaigre , pour ſe
conformer aux Regles de l'Ordre.
Il alla quelques jours aprés
à Saint Cloud où il fut conduit
dans les Caroſſes de leurs Alteſſes
Royales par Monfieur
Aubert Introducteur des
Ambaſſadeurs prés de Monſieur
, & il eut Audience de
Monfieur , de Madame , de
Monfieur le Duc de Chartres,
& de Mademoiſelle .
,
Ie vous envoye la derniere
partie de la Medecine univerfelle
de Monfieur de Comiers .
le ne vous en disrien , ne me
trouvant pas aſſez habile pour
juger d'un Ouvrage de cette
importance , mais je ſuis perfuadé
qu'il rejouïra ceux qui
aiment la vie , qu'il en chagri-
14
88. MERCURE
nera d'autres , qu'il partagera
les Sçavans , & qu'enfin il fera
beaucoup de bruit dans le
monde.
MEDECINE UNIVERSELLE
pour la gueriſon des plus
fâcheuſes maladies ,& pour
prolonger la vie..
Vis que l'Ecclefiaftique nous
de Dieu , & qu'ilnous apprend que
c'eſt de la terre que Dieu a créé la
Medecine; Altiſſimus creavit de
terra Medecinam ; il eft inutile
de rechercher icy par le moyen de
qui cette Medecine apassé jusqu'à
nous. Il importe peu de sçavoir ft
nous la tenons de la Cabale des Hebreux
,si c'est d'Apollon , ou de fon
GALANT. 89
Fils Esculape,d'Hermes Trimegiſte ,
de Raimond - Lulle , d'Arnoult de
Villeneuve , de Roger Bacon Corde-
Lier Anglois , de Theopharaſte Paracelſe
, de Bafile Valentin , de
Vuau-helmont , ou de quelque Cofmopolite
ou Frere de la Rose Croix.
Ilsuffit que fa Composition foit fa
cile &de peu de couft,que ses effets
foient tres -affurez & qu'on puiffe
mesme se perfuader qu'elle fert
pourraieunir , ce qui paroiſtroit un
wray paradoxe ,si nous n'avions
dans la Sainte Ecriture & dans
I'Histoire Profane des témoignages
authentiques du rajeuniffement. Le
Prophete Roy dans le Pfeaume 102.
Verset 5. fait deux propoſitions de
certitude defoy ; La premiere , que
l'Aigle raieunit , & lafeconde, que
noſtre ieuneffe peut estre renouvellée
de mefme que celle de l'Aigle ,
renovabitur ut aquila , juventus
tua.
१०
MERCURE
Tous les Peres de l'Eglife croyent
fermement que l'Aigle raieunit ,
mais ils font d'avis differents fur
lamaniere dont cet Oyseau raieunit.
Il n'y a que Saint Augustin qui
commentant ce Pfeaume , dit que
I'Aigle dansſavielleſſe, pour avoir
le bec fuperieur trop crochu ne peut
prendre que tres peu ou point de
nourriture. C'est pourquoy estant
extenué par une longue diette , il
Se trouve fans force & fans viqueu'r;
mais après avoirusécontre
unepierre l'extremité trop crochuë
defon becfuperieur,&prenantsuffisamment
de la nourriture , il paroist
raieunir , & renouveller ses
forces. LeProphete Ifaye parle de
ce rajeuniffement de l'Aigle dans
le40. Chapitre Verset 31. & Iob
dans le 39. Chap. Verf. 26. en dit
autant de l'Eſprevier. Aldroandus
dans lepremier LivredefonOrniGALANT..
91
-
thologie,& Gesnerus auxs. Livre
des Oyſeaux ,parlent de ce raieuniſſement
de l'Aigle. Perſonnen'ignoreque
les Serpens quittent leurs
vieilles peaux que l'on trouve ordi
nairement dans les buiffons. Ie ne
■ diray rien icy de la dépoüille des
Cygales , ayant veu arriver ce beau
mistere fur ma mainà la Ville de
Nions en Dauphiné , en visitant le
plus beau & le plus haut de tousfes
Ponts, d'uneseule Arcade qui prend
d'une Montagne à l'autre ,& la
Source inépuisable des vents quifor
tentàheures reglée d'un Rocher,&
- Soufflent le longde la Riviere inf
que vers la Ville d'Orange. Nouslifons
dans Philoftrate au 3. Livre
ch. 1. de la vie d'Apollonius Thianéen
, que dans les endroits du
Montcaucaſe les plus escarpez&
inacceſſibles aux hommes , ily a une
racede Singes appellée Pytiques,qui
92
MERCURE
fontpour lesHabitans la vendange
ourecolte dw poivre. La chair de
ses Singes est un medicament fouverain
au Lion,lequel eftant chargé
d'annéesowde quelques maladies
enguerit &raseunir en mangeant
unde ces animaux.
Si les Oyseaux & les Animaux
peuvent raieunir, on peut conclure
qu'il n'est pas impoffible àl'homme
de ioüir du mesme avantage. En
naiſſantnostre temperament estfort
chaud &humide, & en vieilliſſant
il devient froid &fec. Il ne s'agit
donc que de xeparer l'humide radical
,&remettre au premier estat
latrop grandeſecheresse des Vieiltardspour
reprendre lemesmetemperament
dejeunesse.
Ilfaut maintenant prouverqu'en
effet plusieurs hommes ont raicuny.
Medée étant tressçavanteen Medecine,
fit raieunirle Vieillard E
GALANT.
93
fon. C'est sur cela qu'Ovide a dis
dans le 7. Livredes Metamorpho
fes , que Medée avoit fait hacher
8. & cuire Æson , ce qu'on doit attri
buer à des bains chauds qu'elle compoſa
avec des mineraux , & plufreursfimples
ou berbes. Cela n'est
pas hors de croyance , puiſque Petrus
Martyr Augerius , Mila-
#nois , affeure dans ſes Decades ,
que dans l'isle Bonique ily a une
Fontaine dont la boiſſon rétablit les
Vieillards dans leur vigueurde jeuneffe,
ncantmoins les cheveux demeurent
blancs & les rides du vi-
#sage n'en sont point effacées. Et
dans Lucaya ily a uneſemblable
-Fontaine , au rapport de Petrus
Chieza dans le 41. chap. de la
• 2. partie de l'Histoire du Perou . Vous
pouvez encore voir ce qu Herodote
enfon 4. Livre dit ,de la vertu de
Semblables Eaux qui ont donné lieu
94 MERCURE
au nomde la Fontaine de Iovence.
Lorquemada dansle premier Dialogue
defon Horti- floridi , affure
qu'à Tarente en Italie en l'année
1531.unVieillardde cent ans,ayant
( comme on dit ) un pied dans lafof-
Se,rajeunit tout àcoup &en toutes
chofes ,& vescut encore cinquante
ans. Il en dit autant d'un autre
Vieillard dont l'Histoire fut verifiée
parlespremiers Magistrats Valefcus
Tarentaſius dit qu'en la Ville de
Monvedro,autrefois Sagonce,an
Royaumede Valence en Espagne , l
avoitveu une Religieuse Abbeſſe ,
laquelle estant déja decrepite ,
have,&sentant leſapin,ſes dents
luy revinrent tout à coup,ses cheveux
noircirent ,fontfrontfut applany,
Sa gorgeparut comme àune
Fille de quinze ans ; enfin on la vit
renouvellée enjeune & belle Fille
entoutes choses .
GALANT .
95
i Deux Historiens modernes tresdignes
de foy dans leur Hiftoire
de Portugal , sçavoir Ferdinand
Castanede au 8. Livre , & Pierre
Maffée au 11. Livre, aſſure qu'un
- noble Indien rajeunit troisfois pendant
les 340. années qu'il vecut.
Cette Histoire est tres authentique,
puiſque Mendoza nous afſſeure in
Viridario au 4. Liv. Probleme
17. que plusieurs Iefuites ontveu,
connu , & parlé à cet Indien
trois fois rajeuny , ce qu'ils ont attesté
par leurs Lettres.
Nous parlerons de la Medecine
Univerſelle & de ſa composition
aprésque nous aurons fait connoiſtre
qu'elle ne conſiſte pas dans
-IAlcali ny dans l' Acide qui font
deux estres nouvellement mis en
vogue. :
Si on veut croire Tackenuis ,&
aprés luysanouvelle Secte d'Hypo-
4
96 MERCURE
crate Chymiſte , on peut devenir
tout à coup &fans estude grand
Medecin &se faire admirer , car
iln'y a qu'à connoiſtre les Familles
des Acides , des Alkalis & des
Opiates. Donner des Alkalis lors
que'le Malade eft comme en feu ,
afin d'imbiber ſes parties ignées,
&arrester leur trop prompt mouvement
; & au contraire ordonner
des Acides , afin d'éveiller&d'exciterla
chaleur naturelle au Maladequi
se trouve comme engourdy.
dans lefroid, &enfin faire prendre
des Opiates pour faire reposer &
dormir le Malade lors que les douleursfont
aiguës & violentes. Il eft
vray que beaucoup degensse font
admirer par les prompts secours ن م&
Soulagements qu'en reçoivent les
malades . Ainsi j'ay veu querit
des Catarves & Rhumatismes par
une grande fueur universelle pro
curée
GALANT.
97
- curéepar des raves , que les cris de
Paris appelle tendrette , pilées dans
un Mortier de marbre, & appli-
- quéesſous laplante des pieds . Mais
la Medecine univerſelle ne peut
conſiſter dans les Alkalis , Acides
Opiates , dautant qu'ils ne peuvent
qu'appaiſer lesviolensſimpto
mes , & non pas ofter la caufe des
maladies qui provient des humeurs
peccantes qui sont enfermées dans
les vifceres ou ventricules des mem.
bres& iointures qu'ilfaut neceſſai
rementfaire évacuër.
.
17
لا
Si ces humeurs peccantes & malignes
&fubstancesvenimeuſesſont
Spiritueuses subtiles , elle doivent
estre chaſſées à travers lespores par
inſenſibletranſpiration;si ellessont
plus humides, on les doitfairefortir
par lafueur. Que si ellesfont humides
mais groſſieres , elles feront
évacuées par les urines , & fielles
Juillet 1687 . E
98 MERCURE
fontmoins humides & pius groſſieres
, ellesfortent par la purgation
ordinaire ou par vomiſſement. Il
faut purgerfans violence & Sans
affoiblir le Malade en fortifiant la
nature. Je viens aux qualitezrequi-
Ses à la Medecine univerſelle.
Le Remede univerſel doit avoir
de l'affluité& durapport avec nôtre
chaleur naturelle & noftre humide
radical , pour les maintenir&
rétablir ,& pour augmenter ainsi
nos forces abbatuës , en forte que la
naturefans pâtir chaſſe d'elle-mesme
hors des cavitez des vifceres ou
ventricules de tous les membres du
Corps, ce qu'ily a d'étranger &
de malin , Acide ou Alkali , oufang
fermenté & extravasé, qui cause
des pleurefies , catharres , goûtes ,
&rhumatifmes dont la cause provient
, lors qu'eſtant échauffé par
quelque exercice , ou mesme pour
GALANT.
99
parler trop hautement , ou estant
dans le lit ,on hume à bouche ou
verte un air trop froid , ou ferain
plein de vapeurs & de nitre , car
cet airn'ayant pas esté attiedy en
paſſant par le nez qui est le canal
ordinaire de la respiration , &
empefchant par son trop de froi
dure dans les Poulmons le meſlangé
parfait du chyle & dusang, ils'y
trouve meflé ,& fermentant dans
Les extremitezdes arteres s'extravaſe
dans les cavitez desjointures,.
où ilcauſe les douleurs aiguës par
leur acrimoniefur les nerfs , jusqu'à
ce que la chaleur naturelledu fang
aitfait évaporer les parties aiguës,
acres &ignées ,& lors que l'on a
humé cet air trop froid pendant le
temps de la digestion , la partie
da chyle meflée avec lefangextrar.
vafé , cause lagoutte noüée ,&fa
vaſe nepouvant s'evaporer ,forme
E2
100 MERCURE
cette matiere plaſtreuse.
La Medecine universelle doit
donc chaffer partranspirationſueur
ou urine , rarement par le bas , &
encore plus rarement parle haut ,
tout ce qui est estranger & nuiſible,
mesmedes ventricules des jointures
de chaque membre , ce qui n'est pas
l'effet desmedecines ordinaires qui
échauffent , travaillent , &fatiguent
, dautant qu'elles n'agiſſent
queparleursparties malignes , lef
quelles eftant unies à leurs ſembla
blesdemesme genre & espece , les
entraînent avec elles , lors que la
natureſentant ſon ennemy renforcé
s'irrite&ramaffe toutes ses forces
pour ietter le tout au dehors pardes
efforts violents. Ilfaut de plus que
la Medecine univerſelle ſe puiſſe
donner en touteſaiſon,à toutecomplexion
, à tous âges , auffi - bien
aux Enfans qu'aux Vieillards,fans
GALANT. 101
que la précision du plus ou du moins
de la doze puiſſe nuire. Elle doit
querir en peu de priſes les maladies
les plus fâcheufes ; elle doit encore
estre le remede ſouverain pour tous
les maux externes. Voicy la facile
composition de la Medecine univerfelle.
COMPOSITION
'de la Medecine univerſelle .
Prenez Sel- nitre rafiné , mettezle
fondre lentement dans un vaſe
de fer , estant bien fondu , iettez
par deſſus une petite quantité de
charbons de bois doux comme
د
Saulx , bien pilé , lequel brûlera
d'abord & ſe conſumera , ce qu'il
faut retirer peu à peu ,juſqnes à ce
que le Sel- nitre apres la detonnation
Soit fixé & qu'il ait une couleur un
peu verdastre ce qui arrive lors que
le charbon neſe ſouleve pas comme
ilfaisoit auparavant . Pour lors ver-
E 3
102 MERCVRE
fez vostre Sel-nitre fondu dans une
Mortier de marbre bien chand ; eftant
refroidy il restera blanc comme
pierre d'albâtre & caſſant comme
verre. Pilez- le incontinent ,
& estendezla poudrefur une tame
deverre ou affiette de fayence , &
l'ayant couvert de peur dela pouffiere
, exposez-le un peu panchant
àl'air; mais enun lieu où le Soleil ,
pluye n'y rosée ne puiffent donner.
Mettezau dessous unvaſe de verre
pour recevoir la liqueur huileufe
qui en coulera , car l'humidité de
l'air refolvant les Sel- nitres dans
l'espace de quelquesjours,vous trouverez
deux fois plus peſans d'huile
qu'il n'y avoit de Sel-nitre ,fi l'operation
est faite dans un temps
propre nyfroidny trop chaud , mais
temperé & humide , dautant qu'il
attivera le Sel. nitre invisible que
nous refpirons avec l'air.
GALANT . 103
Cette huile estant rectifiée est
un tres -puiſſant menstruë , ou diſſolvant
pour extraire l'effence de toutes
fortes de mixtes.
Prenez donc quatre ou cinq
parties de cette huile rectifiée . &
une partie du meilleur antimoine
- qu'on reconnoist par certaines
-rouſſeurs qu'il tire de l'or , prés de la
mine duquel il ſe trouve. L'antimoine
estant reduit ſur le marbre
en pouffiere tres -fine ,mettez le
dans un grandmatras de verre , &
mettezl'huile de nitre par deffus.
Ilfaut que les deux tiers du marras
restent vuides ; bouchez le matras
Si bien qu'il ne reſpire point , mettez
le en digestion àfeu doux ou de
Lampe,jusqu'à ce que l'huile qui
Surnage l'antimoine , paroiſſe de
couleur d'or ou derubis; alors tirez
vostre huile , & l'ayant filtréepar
le papier mettez - ladans un autre
E 4
104
MERCURE
1
matras de verre à col long,& mettez
pardeſſus autant de tres bon
esprit de vin bien rectifié. Les deux
tiers pour le moins du matras demeurant
vuides , bouchez- le bien ,
mettezensuite en digestion en chaleur
tente pendant quelques jours
jusqu'àce que l'esprit de vin ait
tiré toute la couleur de l'huile on
teinture de l'antimoine. Ainst
I'huile de nitre restera au fond tresclaire
& blanche ,fur laquellefurnagera
l'esprit de vin impregné de
lateinture d'or de l'antimoine. Tirezl'esprit
de vin , &feparez - le
par decantation. L'huile de nitre
Servira toûjours à d'autres opera
tions ,pour tirer l'effence de l'antimoine
autant de fois qu'on voudra.
Mettez vostre esprit de vin
dans un alambic de verre , diſtilez
le doucement juſqu'à ce qu'il n'en
reste aufondqu'environ la cinquiè-
1
GALANT..
108
me partie , qui retiendra avecfoy
la teinture de l'antimoine , ou bien
diſtileztout l'esprit de vin,ne lais-
Sant aufond que l'effence de l'antimoine.
Vous aurezainsi en liqueur
ouen poudrela Medecine univerfelle,
par laquelle onse preservera
&guerira de toutes fortes d'infirmitez
& maladies.
Si on s'en sert en liqueuron
enprendra cinq ou fixgoutes dans
duvin ou dans du boüillon, ou dans
quelqueliqueur propreàla maladie.
Quesi on l'employe en poudre ,
onen mettra trois , quatre ou cing
grains plus ou moins , carfi la dofe
est un peu plus forte ou plus foible,
elle ne peut nuire comme font les
autres Medecines , quitoutes ont des
qualitezvenimeuses. Les Maladies
ſe gucriffent dans la feconde
ou troisième priſe. Lors que le mal
eft opiniastre ilfaut augmenter lo
Es
106 MERCVRE
dose , mefme à chaquefois , & cere
trois fois lafemaine.
Cotte Medecineguerit les maladies
les plus inveterées & plus dificiles
, comme la Fieure quarte ,la
Fieure ethique, Hydropific, mesme
le mal venerien , e' le mal caduc...
Cette Medecine univerſelle guerit
nonfeulement toutesfortes de maladies
internes , mais encore les maladies
externes y estant appliquée
enforme de baume comme playes,.
ulseres , gangrene. Elle querit de
mesme lafurdité& plusieurs deffauts
de venë , mais non pas d'un
oeil sec & atrophié comme j'en ay
un depuis 1666. ny lagouttefecene
dont j'ai perdu la veuë de l'autre
oeil , le tous par la funeſte ſuite du
poifon du premier Artiste du fan
meux fcelerat Sainte Croix , on.
haine de ce qu'avec Monficarle
Marquis de S. André Montbrun
GALANT. 107
Capitaine General des Armées du
Roy , nous avions empefché la fabrique
de fon poison dans des vaiffeaux
de verre hermetiquement
fcellez dans la Verrerie du Bois-
Giſet prés la Nocle ; mais toute la
recompense que j'ay tirée de ces
grands services rendus à tous les
gens de bien , est de voir que les
Amis de la Cabale des Ennemis du
Genre humain ont impunément
violé toutes les loix , pour m'impofer
filence , en me reduisant au
dernier estat de l'illustre Beliſſaire.
Ainsi, Monsieur , s'ily a des fau.
tes d'ortographe dans cet écrit , je
n'en puis répondre estant aveugle
depuis dix - neuf mois , & vous en
devez reietter la faute fur celuy
qui me fert de Secretaire.
,
Enfin dette Medecine remedie
promptemeat à toutes les maladies
de la teste qu'elle conforte , de
E 6
108 MERCURE
l'estomach qu'elle fortifie, luyrètabliſſant
la vertu de bien digerer.
Elle est un vray or potable , puis que
c'est la teinture orifique de l'antimoine
qui est le premier estre de
l'or . Il opere ordinairement par un
inſenſible tranſpiration , ſouvent
par les fueurs & urines , rarement
parlebas , &tres- rarement par le
vomiſſement. Ainsi agiſſant natu
rellement & fans aucune violence ,
le Maladen'est point affoibly com_
me par les autres Medecines. C'eft
pourquoy on la peut donner à tout
âge , àtoute complexion & en tout
temps. Usez- en , &faites- en part
au Public , & fur tout aux Pauvres
,& beniffezDicu qui a creè la
Medecine.
Ie vous tiendray parole en vous
envoyantdans peu dejours le fecret
de faire croiſtre toutes fortes de
Metauxen arbres branchus &foGALANT.
109
د
lides ce qui pourra ſervir aux
Eleves d'Hermes , à décider de la
terre des Philofophes , de leur feu
& de leur eau , & à reconnoistre
qu'ils attribuent beaucoup de cho-
Ses à differents estres , qu'on doit
peut- estre au nitre&au ſeul anti--
moine.
COMIERS D'AMBRUN ,
Prevoſt de Ternant.
Il s'eſt faitde fort jolis Vers:
auſquels l'Auteur à donné le
nom de galanterie . Vne Dame,
quatre Demoiselles , & deux
Cavaliers , que l'occaſion du
voiſinage fait ſouvent rencontrer
enſemble , joüoient un
jour à de petits jeux. Vne
d'elles ordonna à un des Cavaliers
, pour retirer ſon gage,
& pour fatisfaire aux loix du
leu , de faire des Vers pour
110 MERCURE
chaque Perſonne de la Compagnie
,& on luy donna terme
juſqu'au lendemain. Le Cavalier
, pour executer cet ordre,
envoya ces Vers à la Compagnie.
A MADAME C.
L'art de plaire est un don charmant
,
Hereditaire en certaines Familles;
Mere ayant comme vous ,gentiileffe,
agrément ,
Auratoûjours aimables Filles .
A MADEMOISELLE C..
Le doux fon de la voix , leparler
gracieux ,
Eft un charme dans vous qui me
plaist & me touche ;
Mais n'ayez pas toujours un airfi
Serieux.
GALANT .
Lors quevous ferez la farouche ,
Ie diray que pour mon malheur
L'amertume de vostre coeur
Gâte te miel de vostre bouche..
A MADEM LE C.D.L.B...
Avoir douceur charmante &grace
naturelle
29
- Bouche de rose , air fin , grande
taille , beaux yeux ,
Teint de lys , dents d'yvoire , avec
que blonds cheveux ,
En un mot, estre jeune & belle
Pour des Voisins rien n'est si dangereux
;
Tel ne croit avec vous ioner qu'aux
petits ieux ,
Qui tout en badinant s'engage
Et laiſſe enfin sa liberté pour gage...
A MADEMULE L. G..
Lefprit vif, le coeurbon , l'airten
dre ,les yeux doux,
f
12 MERCURE
Ne marquent pas l'indifference.
Sivous voulezſçavoircequ'onpen-
Se de vous ,
Iefelicite paravance
Le Mortelremplyde bonheur,
Qui pour le prix defa con-
Stance ,
Uniourgagnera voſtrecoeur..
A MADE MILE D. C..
Sçavez-vous bien comment en un
mot on appelle
Vn tendron bien appetiſſant ,
Un peloton de nege éblouiſſant
Par la blancheur dont il excelle,
Vn morceau trait de lait caillé ,
Un petit Ortolan , dodu , gras ,
éveillé ,
ود
Que volontiers des yeux l'on
mange ,
Kne touffe de lys , un bouquet de
iafmin
GALANT.
113
1
Un Satin blanc & doux aux yeux
comme à la main ;
Jenommetout celaparun seulmot",
du Cange.
C'eſt ainſi le nom de la Perfonne.
A Mr D. L. T.
On ne croit boire que chopine,
Et bien souvent on en bois
deux,
On badine avec fa voiſine ,
Et l'on en devient amoureux.
Sidevousparmoy ie devine ,
De vous chanter cet airn'aurois - ie
pas raison?
Car nous faiſons tous deux ce que
dit la Chanfon.
ENVOY.
Vous m'avez demandé des Vers
نم
point de Profe ১
114 MERCURE
Belles , ie voudrois qu'autre chose
Vous m'euffiez demandé ;
Autre chose quifust pour moy ,fans
vous déplaire ,
Plus doux &plus facile à faire ,
le vous aurois galamment accordé.
M. D. M.
Ces Vers donnerent lieu à
un Inconnu , d'envoyer ceux
qui ſuivent , à deux des Demoiſelles
de cette Compagnie.
Plus ierelis les Vers que l'onfait
pour vous ,
Moins ie connois celuy qui lesſçait
Sibienfaire,
Sonſtile; & coulant, tendre &
doux ,
Mais quoy que de ſonnomvousme
faffiez mystere ,
Ie pretens vous donnerun avisfalutaire
,
GALANT.
115
Donneurs d'avis portant ne font
guere écoutez,
Dans la bouche d'autruyſouvent les
veritez
N'ont rien qui plaiſe ,
Maisfans plus raisonner,
Revenons à l'avis quejeveux vous
donner ,
Etfiniffons la parenthese.
Fille jeune &jolie eft, un friand
morceau •
Plaifant à voir,ragoûtantàmérveille
,
Des'en rendre le maistre il est facile
&beau ,
A qui sçait bien le prendre par
l'oreille ;
Gardez- vous des discoursflateurs
De ces dangereux Orateurs ,
Qui ne difent prés des Filletes
Que propos amoureux , que tendres
chanfonnettes .
Malen prit au Corbeau d'avoir trop
écouté
MERCURE
DeSonperfide amy le decevant land
gage:
Le Renard fin après l'avoirflaté,
Luy fit tomber du bec ,&mangea
Lonfromage.
Les deux Demoiselles en
voyerent ces Vers à l'Auteur
des premiers , qui auſſi - toſt
leur fitcette réponſe.
/
Du Poëte inconna , de l'Auteur
anonyme ,
Belles , ie goûtefort la rime ,
Mais non pas la raison ;
Voulant mefaire croire amyfufpest ,
j'estime
Que fon avis pour vous n'est pas
bien deSaifon,
Comme luy ie découvre en vous
beauté , ieunesse ,
Esprit , douceur ; enioûment,gentilleffe..
GALANT.
117
Eh bien ! croit . il qu'épris de tant
d'appas
Je reſſente pour vous empreſſement,
tendreffe?
Point du tout , il se trompe,&ie ne
fais nul cas
De la brune ny de la blonde;
Betoutes deux mon coeur ne voudroitpas,
Ecoutezmaraiſon ,& fur quoy ie
lafonde.
Pouravoirce morceaufriand, delicieux,
Ce fromage miſterieux
Dont parle vostre Auteur,dites moy
SansSourire,
Qui pourroit estre un Renard affez.
fin?
Pour moy , de vous i'aime mieux
r
dire.
Ce quediſoit le Renard du raisin.
M.D.M.
118 MERCURE
Je vous ay deja dit pluſieurs
fois qu'on fait frapper des
Medailles de tout ce qui rend
leregne du Roy , le plus beau
Regne dont ont ait jamais parlédeſorte
qu'on pourra faire
une Hiſtoire metallique de la
vie de ce Monarque . le vous
ay déja envoyé quantité de ces
Médailles , non pas felon l'ordre
des actions de Sa Majeſté ,
mais fuivantquelles font tombées
entre mes mains . Quoy
que je ne garde point l'ordre
des temps ; c'eſt toûjours vous
faire part de quelque choſes de
nouveau que de vous envoyer
ce que vous n'avez pas encore
vû ; & comme la Médaille de la
Flotte Hollandoiſe brulée devantTabago
eſt de ce nombre ,
je vousl'envoye. Ie ne vous repete
point que le Portrait du
GALANT .
119
Roy eſt à la face droite de toutes
,& que l'ayant déja fait graver
cinq on ſi fois ,je ne vous
envoyeplus que les revers .
On a renouvellé icy depuis
peu les défenſes qui avoient
eſté publiées touchant les
Ieux de hazard,& cela s'eſt fait
en cette forte. Le premier du
mois paffele Parlement donna
un Arreſt , par lequel aprés
avoir mandé les Officiers de Police
& les avoir entendus , il ordonna
qu'ils donneroient leur
avis par écrit ſur les moyens les
plus convenables de faire ceffer
ces fortes de leux . Ils donnerent
leur avis , la matiere fut
miſe en déliberation , & les
conclufions de Monfieur le
Procureur General ayant eſté
priſes , il fut ordonné le 18. du
mefme mois que les Ordonnan420
MERCURE
ces & Arreſts concernans les
Ieux de hazard ſeroient executez
, avec défences à toutes
perſonnes de quelque qualité
& condition qu'elles foient , de
donner à joüer dans leurs maiſons
à ceux qui y viendront
pour ce fujet , & particulierementaux
Ieux du Hoca , de la
Baffette & du Lanſquenet , à
peine contre ceux qui oferont
y contrevenir , de trois mille
livres d'amende , applicable un
tiers au Roy , untiers à l'Hofpital
General , & l'autre tiers
aux denonciateur , ſans prejudice
deplus grande peine ſi elle
y echoit , principalement en
cas de recidive . Il fut ordonné
par le meſme Arreſt que
les condamnations d'amende
pourront eſtre prononcées par
le Lieutenant de Police au deffaut
GALANT. 121
-
faut d'autre preuve ſur les ſeuls
procés verbaux dedeux Commiſſaires
duChaſtelet , contenant
que del'ordrede ce luge
de Police , ils auront averti ceux
guidonneront ainſi à joüer , de
- ceſſer leurs Aſſemblées ; que
- des preuves de les avoir continüées
, feront le concours
des Laquais , des Caroſſes &
des Chaiſſes qui ſe trouveront
ordinairement arreſtées aux
portes de leurs maiſons , joint
àla connoiſſance publique &
au temoignage des voiſins , fi
- quelques uns d'eux veulent
depoſer , que les Proprietaires
des maiſons dont lesLogataires
donneront ainſi à joüer , aprés
que les Commiſſaires du Chaſtelet
les auront avertis fuivant
l'ordre du Lieutenant de
Police , pourront eſtre par luy
Juillet 1687 .
a
F
122 MERCURE
condamnez ſur les procés verbaux
de deux Commiſſaires
folidairement avec les Locataires
au payement des amendesjuſques
à la ſomme demille
livres , & que les maiſons
demeureront fermées pendant
fix mois , à moins , que les
Proprietaires n'ayent donné
congé aux Locataires d'en
fortir. Cet Arreſt a eſté leu ,
publié & affiché par tout Paris,
& il y a beaucoup d'apparence
qu'il fera ceffer les leux ruineux
dont tant de familles ſe
trouvent incommodées .
2Le 19. dumoispaffé mourut
àBesançon Meſſire René de
laTour , Marquis de Montauban
, Lieutenant General dans
les Armées de Sa Majesté , &
au Gouvernementde la Comté
de Bourgogne. Il avoit paffé
GALANT.
123
par tous les degrez Militaires
qui peuvent conduire à la
Charge de Lieutenant Gene .
ral ,& fa valeur & fon merite
luydonnoient droit d'en eſperer
de plus élevez , puiſque
lorsqu'onapû monterjuſquelà
, il n'y a plus de poſte d'honneur
entre ce haut rang& celuy
de Mareſchal de France,
&qu'ainſi il ne reſte qu'un ſeul
pas à faire pour y parvenir .
Savertu ſa conduite, ſon eſprit
& fon courage ont toûjours
paru par tout , oùila falu combattre
, ou commander pour le
ſervice du Roy . LaBataille de
Senef , la retraite de l'Armée
aprés la most de Monfieur de
Turenne , & celle de Meſſine,
ont eſté des endroits remarquables
, où cette valeur &
cette conduite ont éclaté . I'i-
F2
124
-MERCURE
rois trop loin ſi je vous parlois
de tous les Combats &de tous
les Sieges où il s'eſt trouvé,
avec une intrepidité qu'on a
toûjours admirée. La maniere
dont il ſe diſtingua dans les
Guerres de Hollande luy fit
meriter le Gouvernement de
Zurphen & de la Province
qui porte ce nom : & l'on
peut dire qu'il s'eſt toûjours
montré digne petit-Fils d'un
autre René de la Tour , Marquis
de Gouvernet , fameux
par pluſieurs actions memorables
qui l'ont rendu celebredans
le temps des guerres
civiles de la Religion & de la
Ligue , & l'un des Hommes
Illuſtres de Dauphiné , dont
les Vies ont eſté écrites par
Monfieur Allard, Ancien PreGALANT.
125

fident en l'Election de Grenoble.
Il travaille de meſme à l'Eloge
de Monfieur le Marquis
de Montauban , & c'eſt de luy
quej'ay appris que la Famille
de laTour Gouvernet eſt une
branche de celle de la Tour du
Pin , de laquelle ont eſté les
quatre derniers Dauphins de
Viennois . Albert de la Tour
du Pin , III . du nom , eut trois
Enfans , Humbert qui epouſa
'Heritiere de Dauphiné ,Albert
IV. qui continua la branche
des Seigneurs de la Tour
du Pin , & Aymard qui commença
celle de Gouvernet &
qui vivoit en 1160. Ila efté le
troiſiémeAyeul de Monfieur
le Marquis de Montauban ,&
fes Succeffeurs ſe ſont terminez
en quatre Branches ,
F
126 MERCURE
celle du Marquis de Gouvernet
, celle du Marquis de la
Chaux , celle du Marquis de
Montauban ou de ſes freres ,
puiſqu'il eſt mort fans avoir
eſté marié , & celle des Seigneurs
de S. Sauveur. Monfieur
de Montauban a eu pour Freres
Monfieur le Marquis de
Foyans & Monfieur le Baron
delaChaux , tous deux connus
par leurs longs ſervices & par
leur prudence. Meſſieurs du
Mefnil font leurs Freres uterins,
&Mademoiselle de Montauban
, qui a esté Fille d'Honneur
de la feie Reyne Me
re , & qui s'eſt acquis une ſi
grande reputation par ſa vertu
, par fon eſprit &par fa fageffe,
eſt leur Soeur. La Famille
de la Tour , porte de Guentes
à la Tour d'or jointe à un Avant
GALANT . 227
mur de mesme . La Branche de
Gouvernet a pris des alliances
dans les Maiſons Dugatz ,
de Granges , de Pourret , de
Beaufort , d'Arces , de Combourcier
, de Chabeſtan , d'Alleman
, de Silves , de Montauban
, de Bourrelon , de Sauvine
de Caſtelane , & elle eſt entrée
dans celles de Rame , d'Ode ,
de Martin , de Revilaſc , de
Vaſtel, de Veronne , d'Artaud,
de Foreſt, de Blain , du Puy-
Moutin, de Pierre de Reynard
,de Vincens , de Cornillan
, qui fontdes plus anciennes
& des plus illuftres de
Dauphiné; & dans les autres,
Provinces ſes Alliances ont
eſté avecles Familles de Bof.
quet , de Gabian , de Cham
baud , de Vignoles , d'Herval ,
deGineſtoux,de Guillaumont,
F4 :
128 MERCURE
de Sadde, de Lanes,de Baudan,
de Marennes , de Sauſan , d'Erard
, d'Adelbert , de Raphaëlis
, de Ioannis ,& celles des
Marquis , Comtes ou Barons
deMaifon - ſeule , de Drujas,
d'Enteroche , de Vernieres &
deMaillerargues.
Ie vous parle prefque toû
jours aprés les autres des grandes
nouvelles , dont tous les
détails mis enſemble doivent
fairedes morceaux d'Histoire
confiderables , mais ſi j'attens
un peu de temps à vous en inf
truire , j'ay l'avantage de vous
en parler juſte & à fond. Vous
le connoiſtrez par la Relation
que vous allez lire. le fuis ſeur
qu'elle vous donnera beaucoup
de plaifir , & que vous
y trouverez des choſes fore
curieuſes ,&dignes d'eſtre remarquées
..
GALANT.
129
RELATION
Contenant l'arrivée de M.
l'Ambassadeurde Portugată
Manheim , premiere Ville
du Palatinat ;fon Entrée
publique à Heydelberg ; la
maniere dont il a eftè recew
àſes Audiences publiques
comment il a esté traité;
bes Ceremonies du Mariage
dela Princeffe Marie Sophie
Elizabeth de Neubourg avec
leRoy de Portugal.
Onfieur le Comte de
Villarmayor Ambaſſa-
,
deur Extraordinaire de Portugal
vers ſon AlteſſeElectora
F5
130 MERCURE
le Palatine , s'eſtant arreſté à
Manheim , pour ſe diſpoſer à
faire les fonctions de fon Ambaſſade
, envoya le 16. de Iuin
le ſieur Antonio Roiz da Coſta
fon Secretaire,dans un Caroffe
à fix chevaux à Heydelberg ,
demander jour poury faire fon
Entrée publique , & avoir fa
premiere Audience. Ce Gentilhommme
s'adreſſa au Grand
Chancelier , comme à celuy
qui avec d'autres Charges ,
exerce celle de Secretaire d'Eſtat.
Ce Miniftre luy marqua
le dernier jour de ce meſme
mois , felon qu'on en eſtoit
déja convenu. Aini cer Ambaſſadeur
ayant à faire la moitié
du chemin par eau, envoya
dés le 29. tous fes Equipages.
par terre à Ladembourg , qui
GALANT. 131
eſt juſtement entre Manheim
&Heydelberg ...
Ce meſme jourle Gouver
neur de Manheim alla luy ren
dre viſite, & apprit de luy que
le lendemain à fix heures du
matin ſon deſſein eſtoit de
s'embarquer fur leNecar pour
ſe rendre à Ladembourg , où il
trouveroit ſon Train.Il prit ſes
meſures là-deſſuspourluy rendre
tous les honneurs qui luy
eſtoient deus,& le 30.à la pointe
du jour , on vit deux Regi.
mens d'Infanterie en bataille
danslaPlace vis-à- vis lePalais
où logeoit l'Ambaſſadeur.
L'heure où il en devoit fortir
eſtant venuë , le Gouverneur
fuivi des Principaux de la Nobleſſe
, l'y alla prendre pour le
conduire dans la Barque. Le
Comte deVillarmayor s'y ren-
F6
$34 MERCVRE
luy où il entra étoit de Velours
cramoify , mais tout en
broderie d'or par dedans & par
dehors , une groffe campane
d'or meſlée avec de la ſoye
grenadine de la couleur du
Velours , regnoit tout au tour
des bords de l'imperiale. Les
Rideaux étoient de Brocard
d'or . Une tres -belle peinture
donnoit du prix au bois du
Carroffe , & fur les extremitez
ainſi que fur tout le train eftoic
une Sculptare des plus délicates.
Enfin tout paroiſſoit tresbien
travaillé juſques aux
rouës meſimes . Ce fuperbe
Carroſſe eſtoit tiré par quatre
Chevaux ifabelle dont les
longs crins alezans avoient
eſté treffez avec de ruban.
ponceaux qui faisoient un
mélange fort agreable. Vingt
GALANT.
135
quatre Valets de Pied marchoient
de chaque coſté & if
eſtoit fuivy de l'Eſcuyer de
l'Ambaſſadeur , monté ſur un
cheval richement enharnaché .
Il avoit des fourreaux dePiſtolet
& une petite houffe en
broderie d'or de relief, avec
une autre houſſe plus grande
par deſſous , de Velours vert,
garniesde trois larges galons
d'or tout autour. Douze Pages
à cheval marchoient derriere
, portant de pareilles
houffes de Velours , mais à
un ſeul galon d'or. Le ſecond
Carroffe fuivoit à vuide , en
core plus magnifique que
le premier. Il eſtoit d'un Velours
bleu à fond d'or , garny
de campanes tout or , avec des.
rideaux de mesme. La Peinzure,&
la Sculpture en étoient
136 MERCURE
tres-belles , & faites par deux
des plus habiles Ouvriers de
l'Europe pour les Ouvrages
de cette nature. Six Chevaux
gris pommelez à grande queuë
blanche , tiroient ce Carroffe.
Ie ne dis rien de quatre autres
qui marchoient en ſuite , attelez
chacun de fix beaux Chevaux
noirs dont les crins
eſtoient ornez d'une quantité
prodigieuſe de rubans. Ils
étoient remplis des Cavaliers
Portugais , & des Gentilshommes
de l'Ambaſſadeur ,
qui avoient tous des habits
d'une richeffe& d'une propreté
ſurprenante. La broderie
d'or qui les couvroit eſtoit à
plein , en forte que l'on n'en
pouvoit remarquer l'étoffe . La
livrée, tantdes Pages que des
GALANT. 137
gens de Pied & des Cochers,
eſtoit de drap d'écarlate fort
fin ,& garny de deux galons
bleu & argent. Ils avoient tous
des Bas de ſoye , & des Chapeaux
avec de grands bords
d'argent & des tours de plumes
- bleu & blanc , & les Pages
- avoient des Veſtes de foye
bordée , avec des galons d'argent
, que les autres n'avoient
pas.
5.
S
S
On marchoit en cet équipage
, lors qu'on aperceut à
demy - lieuë de Heydelberg
Monfieur le Prince Charles
qui attendoit Monfieur le
Comte de Villarmayor. Le
Prince fit d'abord tourner la
teſte de fes Chevaux vers la
Ville , afin que le Carroſſe de
l'Ambaſſadeur fe trouvaſt ſur
la droite ; & lors qu'ils furent
138 MERCVRE)
\
aſſez prés l'un de l'autre , le
Prince Charles mettant pied à
terre , le Comte de Villarmayor
en fit autant , & s'eſtant
fait lesComplimens ordinaires
en ces fortes de rencontres ,
l'Ambaſſadeur entra le premier
dans le Caroffe du Prince ,&
ſe plaça fur le derriere . Le
Prince ſe mit ſur le devant ,&
les deux trains s'étant meflez ,
l'on diſpoſa la marche en cette
maniere.
Vn Eſcadron de Dragons
de Monfieur l'Electeur alloit ,
devant. Il eſtoit ſuivy d'un
grand nombre de Valets de
Pied meflez parmyldes Ghevauxde
main des Seigneursde
la Cour Palatine.Aprés venoit
à cheval une Compagnie de
Gentils-hommes étudians 'de
1'Univerſités puis l'Ecurie de
GALAN T.
139
S. A. E. qui precedoit pluſieurs
Caroffes tant des mêmes Seigneurs
de la Cour de Monfieur
P'Electeur,que ceux de ſa Maiſon
, dans lesquels estoient les
- Cavaliers & les Gentilshommes
portugais , accompagnez
d'Officier de S. A. E. dans chaque
Carroffe.Enſuite parurent
les Trompettes & les Timbales
, devant les Officiers & les
Gentilshommes de la Chambre
de S. A. E. tous à cheval.
Les Carroffes du Corps de
1 Monfieur l'Electeur ſuivirent.
Le Comte de Villarmayor , &
dle Prince Charlesen occupoient
le plus beau.Au coſté
droit de ce Carroffe , qui estoit
ledernier de ceux de la Cour , 1
marchoit l'Eſcayer de l'Ambaſſadeur
à la teſte des Pages ;
quiſuivoient à une petitedif
140 MERCURE
-
tance, & du coſté gauche marchoit
pareillement l'Ecuyer
du Prince , ſuivy auſſi de ſes
Pages , la mefme choſe ayant
eſté obſervée à l'égard des Valets
de Pied du Comte ,& de
ceux du Prince. Un Eſcadron
des Gardes du Corps de S.A.E.
venoit aprés cux ; & enfin les
fix Carroffes de l'Ambaſſadeur
, precedant quelques
Compagnies de Dragons qui
fermoient la marche. La Livrée
de Monfieur l'Electeur
eſtoit d'un drap bleu garny
degalons d'argent ; &les Gentilshommes
& Officiers de fa
Maiſon avoient tous des ha
bits tres-magnifiques.
2
Monfieur l'Ambaſſadeur
trouva à Heydelbergdés l'entrée
de la Ville une double
haye deGens ſous les armes
GALANT. 141
par toutes les ruës iuſqu'à
l'entrée du Palais , devant la
Place duquel il y avoit un
Bataillon dont il fut ſalué par
une decharge de la Mouſqueterie.
Elle fut ſuivie d'une
triple ſalve de tout le Canon.
L'Ambaſſadeur fut receu à la
defcente du Carroſſe par les
Princes Frideric & Philippe,
&comme Monfieur l'Electeur
l'attendoit an haut du premier
Eſcalier , il ne l'eut pas plûtoſt
apperçeut qu'il defcendit; en
forte qu'il l'aborda lors que le
Comte de Villarmayor avoit à
peinemonté cinq degré. Il le
fit couvrir auſſitoſt, ſans qu'aucune
autre perſonne que S. A.
E. ſe couvriſt. Il luy donna la
main droite , le fit paſſer devant
luy à l'entrée de toutes
les portes qui ſe preſenterent
142
MERCURE
iuſqu'au grand Cabinet où il
le mena. Aprés qu'ils y furent
arrivez , ils s'affirent chacun
dans un Fauteuil. Il n'y avoit
que ces deux Fauteüils , &
Monfieur l'Electeur donna la
premiere place au Comte . Son
Excellence fit ſes premiers
Complimens , auſquels S. A.E.
répondit en des termes qui
marquoient beaucoup de refpect&
de reconnoiffance pour
le Roy de Portugal. Un peu
aprés l'Ambaſſadeur ſe leva ,
& Monfieur l'Electeur le reconduifit
iuſqu'à l'entrée de
l'Apartementde Madame l'Electrice
qui luy devoit auſſi
donner audience. Cette Princeffe
accompagnée de deux
Princeſſes ſes Filles , receut
l'Ambaſſadeur à la premiere
Antichambre , & luy offrit le
GALANT.
143
pas pour entrer. Le Comte refufa
de paſſer le premier , &
quoy que S. A. E.inſiſtat beaucoup
pour l'y obliger , il voulut
avoir cette déferencepour
ſon ſexe , confiderant princi-
■ palement qu'il le pouvoit ſans
prejudicier à ce qui estoit dû
àfon caractere, puis qu'il avoit
receu de Monfieur l'Electeur
T'honneur qu'il vouloit bien
deferer à Madame l'Electrice .
Il n'y avoit point de Dais dans
laChambre où elle le mena , &
on n'y pouvoit diftinguer ny
la main droite, ny la principale
place. Il y avoit ſeulement
deux rangs de chaiſes à l'oppoſite
les unes des autres , &
ainſi Madame l'Electrice prit
place fur le haut bout des
unes , ayant à ſon coſté les
deux Princeſſes ſes Filles , &
1
2
44
MERCURE
~
l'Ambaſſadeur la prit ſur le
haut bout des autres , ayant
le Prince Charles au deſſous
de luy. L'Audience finie, il ſe
retira . Les Princeſſes l'accom .
pagnerent juſqu'à la premiere
Antichambre , & le Prince
Charles avec les Princes fes
Freres , ſuivy de beaucoup
d'autres Seigneurs , ne le quitterent
que lors qu'il fut dans
l'Appartement qu'on luy avoit
preparé. On avoit auſſi deſtiné
des Chambres dans le même
Palais pour les Cavaliers Portugais
qui accompagnoient
l'Ambaſſadeur , ainſi que pour
fes Gentilshommes ; le reſte
de ſes Gens fut diſperſé parla
Ville , mais ils venoient tous
manger au Palais .
9 Monfieur l'Electeur nomme
le Baron de Craiter , & le Ra
ron
GALANT .
147
ron de Spring , pour ſervir
l'Ambaſſadeur. Ils ſe tenoient
toûjours dans ſon Antichambre
lors qu'il eſtoit dans l'Ap-
-partement , & ils le ſuivoient
- quand il en étoit dehors. L'un
avoit ſoin ordinairement de
luy ſervir la Sous- coupe à tablelors
qu'il vouloit boire , &
l'autre de luy verſer de l'eau
fur les mains , & de luy preſenter
la ſerviette. 1
e
.
Au fortir de l'Audience de
Madamel Electrice , le Comte
-. de Caſtel , & le Grand Marechal
, vinrent trouver Monſieur
leComte de Villarmayor ,
pour luy dire que Monfieur
l'Electeur vouloit luy rendre
viſite . Ce Comte alla le recevoir
à la premiere porte de
l'Apartement qu'il occupoit ,
& parce qu'il regardoit cet
Appartement comme ſon pro-
Juillet 1687 .
1
G
148 MERCURE
pre Palais , il y donne la main
& l'entrée à Monfieur l'Eleteur,
le reconduisant enſuite
juſqu'au meſme endroit , &
en la meſme maniere .
Vn des jours ſuivans l'Ambaſſadeur
viſita le Prince
Charles qui l'avoit mené dans
fon Appartement. Il l'en fit
avertir par l'un des Barons qui
eſtoient toûjours dans fon Antichambre
, & il le trouva qui
l'attendoit à l'entrée de fon
Appartement. Le Prince Char
les ayantdonné le pas au Comte
& la Place d'honneur lors
qu'ils s'affirent , le reconduifit
juſqu'à l'endroit où il l'avoit
receu".
La nuit venue , le Gouverneur
de Heydelberg alla demander
le mot à l'Ambaffadeur,&
les autres jours, ce fut
la Princeſſe Marie Sophie qui
GALANT. 149
le donna comme Reyne de
Portugal ; mais le meſmeGouverneur
ne laiſſoit pas de le
porter tous les foirs àſon Excellence.
A l'heure du Soupé , le
Comte de Caſtel , & le Grand
Maréchal , avertirent M. le
Comte de Villarmayor que
S. A. E. l'attendoit pour ſe
mettre à table , & des Pages
de Monfieur l'Electeur parurent
en meſme temps avec des
Flambeaux de cireblanche ; ils
marcherent devant luy, ce que
fit auſſi l'un des Barons , qui
porta un Flambeau d'argent
- avec une bougie. L'Ambaſſadeur
trouva que Monfieurl'Electeur
l'attendoit , à l'entrée
de ſon Appartement. S. A. E.
luy donna la main droite & le
pas , comme Elle l'avoit déja
fait , &luy fit prendre la pre
G2
I50 MERCURE
miere place à table. Un Seigneur
du Conſeil Privé de
Monfieur l'Electeur , donna
pourcette fois à laver,& verſa
de l'eau premierement à M.
l'Ambaſſadeur,& puis à S. A.E.
La Table eſtoit ſous un Dais ,
avec deux chaiſes ſur le haut
bout. M. le Comte de Villarmayor
s'aſſit ſur celle qui eſtait
àmaindroite,& Monfieur l'Electeur
en fit autant fur celle
qui eſtoit à main gauche. Les
Princes ſes Fils ſuivoient des
deux coſtez , les plus âgez precedant
les plus jeunes. L'Ecuyer
Tranchant ſervoit toujours
l'Ambaſſadeur le premier
, &enſuite Monfieur l'Electeur.
7
Cette table eſtoit entourée
de tant de Nobleſſe , que l'on
ne ſe ſouvientpointd'en avoir
veuun ſi grand concours en
GALANT. 151
Allemagne.Il y avoit entre autres
plus de foixante Princes
& Princeſſes , quela curioſité
avoitatirezde divers endroits,
& quelques-uns de foixantedix
lieuës . Ils ſe tenoient tous
debout & découverts , obſervant
ſeulement de faire mettre
devant eux de ſimples Cavaliers
pour marquer qu'ils
étoient incognito.
On but d'abord à la ſanté
du Roy de Portugal , & enfuite
à celle de l'Empereur ,
mais il falut que le Comte de
Villarmayor qui neboitjamais
de vin , y repondiſt avec de
l'eau , aprés en avoir demandé
la permiſſion . Il y eut durant le
repas un concert de Voix &
d'Inſtrumens des plus agreables
,& lors que l'Ambaſfadeur
ſe retira , Monfieur l'Electeur
leconduiſitjuſqu'àla premiere
Gs
152
MERCURE
portede l'Appartement qui luy
avoit eſté donné , S. A. E. fe
tenant à la main gauche du
Comte; mais en cette occafion
ainfi qu'en toutes les autres , le
Comte de Caſtel,le Grand Marechal
& toute la Cour ont
toûjours ſuivi l'Ambaſſadeur
juſqu'à la derniere antichambre
de fon appartement. On
ſceut cette meſme nuit que le
Comte de Martinis venoit
d'arriver en qualiré d'Envoyé
Extraordinaire de l'Empereur
pour complimenter de ſa part
& de celle de l'Imperatrice ,
leurs Alteſſes Electorales ,&la
Princeſſe Marie Sophie fur fon
mariage. La haute qualité de
cetEnvoyé eſt connuë de toute
l'Allemagne,où chacun ſçait
qu'il eſt de l'une des plus anciennes&
des premieres MaiGALANT.
153
fons de Boheme.Il eut audien
ce le lendemain au matin , de
Monfieur l'Electeur , de Madame
l'Electrice & de la Princeffe
Marie Sophie , à laquelle
il preſenta une Bague de grand
prix que l'Imperatrice ſa Sooeur
luy envoyoit . Le Comte de
Martinis parla découvert à
ces trois Audiences. Il n'eut
= point de preſeance,& fe retira
danslaVille; auſſi n'eſtoir il
= qu'Envoyé , & non pas Ambaſſadeur.
Le premier jour de Iuillet
M. le Comte de Villarmayor
■ entendit la Meſſede bon ma-
■ tin. Les Aumôniers de S. A.E.
la celebrerent toûjours dans
l'appartement de ce Comte ,
qui ſe mettoit ordinairement
fur un Prié-Dieu que l'on avoit
preparé à cet effet , cou
G4
154
MERCVRE
vert d'un riche tapis avec une
Chaiſe derriere. Il envoya enſuite
l'undes Barons qu'il avoit
auprés de luy à Monfieur l'Eleteur
, afin d'avoir audience
pour faire en ceremonie laDemande
de la Princeſſe Marie
Sophie . Cette audience luy
futaccordée en méme temps ,
&il trouva Monfieur l'Electeur
à la premiere porte par où l'on
entroitdans ſon appartement.
S. A. E. le conduifit à celuy de
Madame l'Electrice . Cette
Princeſſe y attédoit l'Ambaſſadeur,
accompagnée de la Princeſſe
ſa Filte , au mefme endroit
qu'à la premiere Audience.
Elle voulut comme la premiere
fois luy donner le pas ,
mais le Comte en uſa encore
comme il avoit déja fait , & ſe
contenta de marcher devant
:
T
GALANT.
ISS
Monfieur l'Electeur. Il y avoit
les deux meſmes rangs dechaiſes
. Madame l'Electrice ayant
la Princeſſe Marie-Sophie à
ſon coſté , ſe plaça ſur le haut
bout des unes ,& l'Ambaſſadeur
prit place fur lehautbout
des autres,Monfieur l'Electeur
eſtant audeſſous de luy M. le
Comte de Villarmayor fit fon
Compliment , & demanda la
Princeſſe Marie Sophie en mariage
pour le Roy ſon Maiſtre ,
& Monfieur l'Electeur ayant
répondu avec des termes pleins
de reſpect , qu'il accordoit vo- ,
lontiers ſa Fille à Sa Majesté,
l'Ambaſſadeur qui confidera
dés lors cette Princeſſe com
me Reyne de Portugal,ne voulantplus
ſe trouver aſſis en ſa
prefence . Monfieur l'Electeur
feleva en meſme, tempsainfi
GS
4
I156 MERCURE
que Madame l'Electrice & le
Comte pourſuivit , aſſurant
leurs Alteſſes Electorales de la
fatisfaction extréme qu'auroit
le Roy ſon Maiſtre , d'avoir la
Princeſſe Marie- Sophie pour
Epouſe , à quoy S. A. E. répondit
en luy témoignant la joye
queluy cauſoit l'honneur que
cette Alliance apportoit à fa
Maiſon .
, L'Audience eſtant finie
Monfieur l'Electeur emmena
l'Ambaſſadeur diſner , en luy
donnant toûjours la maindroite,&
luy faiſant les mêmes honneurs
qu'il luy avoit faits le foir
precedent. Ce Difner ne differoit
de l'autre Repas , q'uen
ce que l'Envoyé del'empereur
ſe trouva à Table , mais placé
au deffous de tous les Princes.
On avoit déia arreſté que ce
GALANT.
157
meſme iour , aprés diſné , la
Princeffe Marie- Sophie feroit
publiquementdeclarée & reconnuë
Reyne de Portugal.
Ainſi à l'heure priſe pour cette
Ceremonie , le Comte de Caftel
alla avertir l'Ambaſſadeur.
Il fortit de fon Appartement
fuivydes Cavaliers Portugais ,
de ſes Gentils - hommes , &.
de tout fon train ,& alla chez
Monfieur l'Electeur. Il en füt
receu comme les autres foisà
la premiere porte ,d'où S. A. E.
mena le Comte à une grande
Salle où s'estoitrenduë laPrinceffe
Marie-Sophie .Elle estoit
fousunDais mais non pas Madame
l'Electrice qui estoit à ſa.
droite avec les autres Princes
&Princeſſes ſes Enfans , & à
la gauche la Dame d'Honneur
de Madame l'Electrice , les
Gouvernantes des Princeſſes
G6
158 MERCVRE
Dame d'Atour , & les Filles
d'Honneur. Monfieur l'Eleteur
mena Monfieur le Comte
de Villarmayorjuſques au
bord de l'Estrade,& Son Excellence
s'approchant davantage
, fut le premier à baiſer la
main à la Princeſſe qu'on declaroitReyne
S. AE. luy fitenſuite
un Compliment , &témoigna
luy vouloir auffi baiſer
la main , ce que cette Princeſſe
ne voulut point ſouffrir.
Les Princes ſes Freres & les
Princeſſes ſes Soeurs s'approcherentd'elle
pour luy rendre
cê devoir , aprés eux laDame.
d'Honneur , & les autres Da-
( mes , baiſanttous ſa main avec
cette diffcrence des Portugais,
que ceux-cy le font en mer
tantungenouil àterre, comme
il ſe pratique entre eux , an
1
GALANT. 159
licu que les autres exprimerent
leurs reſpects d'une autre
maniere , la genuflexion n'étantpasd'uſage
en Allemagne,
non pas mesme à la Cour de
l'Empereur. Aprés lesDames,
ſuivirentles Cavaliers Portugais
,le Secretaire& les Gentilshommes
de l'Ambaſſade...
Les Seigneurs , ainſi que la
principaleNobleſſe de la Cour
- Palatine , s'avancerent à leur
tour , & enfin les. Pages de
FAmbaſſadeur.
i
:
Cette ceremonie achevée,
Monfieur l'Electeur donna la
main à la Princeſſe fa Fille ,
dont la quenë étoit portée par
laPrinceffe Dorothee fa Soeur,
&Monfieur le Comte de Vil
larmayor offrit la fienne à Ma-
-dame l'Electrice . On marcha
de cette forte juſques à l'Ap+
160 MERCURE
partement de laPrinceffe , qui
étoit leplus beau ,&le plus fu
perbement meublé de tout le
Palais. Lors qu'on y fut arrivé
, l'Ambaſſadeur luy remit
entre les mains les Pierreries
dont eſtoit compoſé le riche
Preſent que leRoy fon Maître
luyfaifoit. Son Excellence ſe
retira enfuite à fon Appartement
, accompagnée deMon.
fieur l'Electeur en la maniere
ordinaire.
Peu de temps aprés,le Comtede
Caſtel , & le Grand Marefchal
luy vinrentdire que S..
A.E. l'attendoit pour le divertiſſement
de la Comedie. Il
fortit,& trouva Monfieurl'Eleteur
à la porte de fon appartement,
d'où ils allerent enſemble
à celuyde la Princeſſe Marie-
Sophie , le Comte ayant toû.
GALANT . 16г
jours la main droite. M. l'Electeur
pritla main à la Princefſe
ſa Fille , l'Ambaſſadeur prit
celle de Madame l'Electrice , &
-ils marchoient vers une Tribune
qui répondoit au grand
Salon où eſtoit le Theatre .Plufieurs
Balcons que l'on avoit
pratiquez ſur les coſtez pour
y placer la Cour & les Princes
Etrangers , y répondoit de la
meſme forte . L'Ambaſſadeur
avoit déja veu cette Tribune ,
lors qu'avant que de faire fon.
Entrée , il alla incognito àHeydelberg
; & comme il avoitdéclaré
dés lors qu'il ne vouloit.
jamais eſtre aſſis en preſencede
la Reyne , ny dans les lieux
où elle ſe trouveroit , on futo.
bligé de diviſer la Tribune par
une cloifon. Ainſi elle fut feparée
en deux , & la Princeffe
5
162: MERCURE
qui avoit eſté déja déclarée
Reyne , occupa dans l'une la
premiere place ayant avec elle
Madame l'Electrice & les Princeſſes
ſes Soeurs , & l'Ambaffadeur
entra dans l'autre avec.
Monfieur l'Electeur. Ils furent
tous deux aſſis dans des
Fauteüils , le Comte à la main
droite. C'étoit une Comedie
Italienne qui repreſentoit l'édification
de Lisbonne , d'où
l'on deſcendoit par tous les Sie
cles qui l'on ſuivie , pour venir
donnerdes applaudiſſemens au
mariage qui ſe devoit fairele
jour ſuivant. La Piece eſtoit
fort longue , ce qui fut cauſe
qu'on en laiſſa, la moitié pour
un autre jour. Cette premiere
partie finit par un Balet ,
où les Princes danſerent mafquez.
Aprés ceDivertiſſement
GALANT.
163
la Princeſſe , l'Ambaſſadeur ,
&leurs Alteſſes Electorales ſe
retirerent dans le meſme ordre
qu'ils eſtoient venus. L'Ambaſſadeur
ne fur pas plûtoſt
rentré chez luy , que les Princes
Frideric & Philippe l'y
viſiterent .IHeur renditla viſite
peu de temps aprés .
Le ſoir de ce meſme jour ,
la Princeſſe ſoupa en particulier
avecleurs Alteſſes Electorales
, & l'Ambaſſadeur qui
avoit les Princes avec luy .
ſoupa en public dans ſon Appartement.
On luy fit de grandes
inſtances pour l'obliger à
manger avecla Princeffe,& on
voulut luy perfuader qu'il le
pouvoit faire puis qu'il repreſentoit
le Roy ſon Maiſtre ;
mais fon Excellence a toûjours
cru nepouvoir mieuxmarquer
164 MERCURE.
fon profond reſpect pour une
Princeſſe , declarée fa Reyne,
qu'en refuſant touiours de
prendre place à fa Table. Le
matin du jour ſuivant , il ne
fortit point de ſon Appartement.&
aprés qu'il y eut diſné,
accompagné des Princes come
à l'ordinaire, il vit entrer deux
des principaux Miniſtres de
Monfieur l'Electeur , qui luy
apportoient le Preſent que
S. A. E. lui faifoit. Il eſtoit
compofé d'uneTable , dedeux
Gueridons , de fix Plaques ,
d'un Lustre à ſeize branches ,
&de deux Vaſes pour mettre
des fleurs ,le tout d'argent , &
d'un travail admirable.
Ce meſme jour ayant eſté
pris pour faire à l'egliſe la
celebration du Mariage , le
PrinceCharles ſuivy de toute
GALAN T. 165
la Cour , magnifiquement parée
, alla prendre l'Ambaſſadeur
ſur les cinq heures du
foir pour l'y conduire. Son
Excellence avant que d'y aller
fit prendre une nouvelle livrée
à ſes Gens, Elle estoit fi
éclatante qu'on ena veu fort
peudepareilles . Les Juſte- au-
- corps de ſes vingt-quatreValets
de Pieds , étoient de Velours
vert, chamarrez de deux galons
or & argent fort larges ,&doublez
de Tabis incarnat. Ilsavoient
des Bas de ſoyeauſſi incarnat,&
desChapeaux bordez
d'une large dentelle or & argét
avec des tours de plumes incarnat
&blanc. Les douze Pages
| étoient vêtus en manteau& en
pourpoint.Les manteaux& les
haut-de- chauſſes eſtoient de
brocard d'or à fond vert,&gar166
MERCURE
nis de trois rangs de Point d'Eſpagne
or & argent , & la don
bleure des manteaux eſtoit de
tabis incarnat àfondd'argent.
On avoit fait les pourpoints de
brocard d'or à fond incarnat
& on les avoit garnis du même
Point que les manteaux
& les haut-de-chauſſes . Ces
Pages avoient des Bas de foye
incarnatbrochez d'or, des Caſtors
avec de grands bouquets
de plumes , & de gans garnis
auſſi de Point d'Eſpagne or &
argent.
LesCavaliers & les Gentilshommes
Portugais , quiavoient
déja paru fousdes ha.
bits magnifiques , eurent de la
peine à en faire faire de plus ri
ches; mais il en vinrent àbout,
n'ayant épargné aucune dépenſe;&
ils ſemontrerentdans
GALANT . 167
des ajuſtemens encore plus ſuperbes
qu'ils n'avoient faitle
jourde l'Entrée.
Pour Monfieur l'Ambaſſadeur
qu'on n'avoit encore veu qu'en
Juſte-au- corps, il jugea devoir
aſſiſter en manteau à la grande
- fonction qu'il alloit faire , &
l'on peut dire que ſi ſon habillement
eſtoit riche , il n'en pa-
-roiſſoit pas moins modeſte .
Environné de tant demagnificence
ilſe diſpoſa à partir , &
l'on commença la marche en
cetordre. Les ValetsdePiedde
la Cour s'avancerent les premiers
, & furent ſuivis de
ceux de l'Ambaſſadeur.
Les Pages de Monfieur l'Ele..
teur marcherent aprés , precedant
ceux de Monfieur le
Comte de Villarmayor.Enfuite
parurent les Gentils-hom168
MERCURE
mes & les Cavaliers de la Cour
Palatine ; & ils étoient ſuivis
des Cavaliers & des Gentilshommes
de l'Ambaſſade.Ceuxcy
precedoient immediatement
l'Ambaſſadeur & le Prince
Charles qu'on voyoit derriere
cette Troupe , ayant tous
deux le chapeau à la teſte, toute
la Nobleſſe marchant découverte
.
On avoit pratiqué une efpece
de Galerie qui regnoit depuis
la grande Porte du Palais ,
donton traverſoit la Courjufqu'à
l'entré de la Chapelle.Cette
charpente étoit couverte par
le haut; mais découverte par
les côtez , en forte qu'on pouvoit
étre veude toutle monde
& particulierement d'un Regimentd'Infanterie
qui étoit ſous
lesArmes dans la court.LaCha-
1
GALAN T. 169
pelle étoit toute tapiſſée ; mais
ornée ſur tout de pluſieurs Balcons
remplis des Princes & des
Seigneurs Etrangers . On avoit
preparé vis-à-vis leGrand Auteldeux
Prié Dieu , couverts
de brocard d'or , l'un pour la
Princeſſe , l'autre pour l'Ambaſſadeur
,& il y avoit du coſté
de l'Evangile deux Chaiſes de
Velours,&un banc devat couvertde
la meſme étoffe . L'Ambaſſadeur
prit place , ſur la premiere
, le Prince Charles s'affit
fur la feconde , l'un & l'autre
en attendant la Princeſſe , que
toute la court de S. A.E.eſtoit
allée querir aprés avoir conduit
l'Ambaſſadeur à l'Eglife .
La Princeſſe y arriva , accompagné
de tous les Princes & de
toutes les Princeſſes de la Maifon
Electorale. Monfieur l'E
170
MERCVRE
A
lecteur la menoit par la main ,
la Princeſſe Dorothée ſa Soeur
portoit la queuë de ſa mante ;
& fi - toſt qu'elle parut , l'Ambaſſadeur
ſe leva , & alla la
joindre pour la ſuivre. Cette
Princeſſe ſe mit au Prie Dieu
de la main droite , & l'Ambaf-s
ſadeur à l'autre . Monfieur l'Electeur
& Madame l'Electrice
occuperent les deux Chaifes,
où l'Ambaſſadeur & le Prince
Charles s'étoient mis d'abord
Les autres Princes & Princef
ſes ſe placerent de l'autre coſté,
tous debout ou à genoux ſelon
les occurrences , perſonne ne
s'eſtant aſſis depuis l'arrivée
de la Princeſſe dans lEglife
Chacun ayant prisofa place,
l'Eveſque Coadiuteur desce
luy de Spire fortit de la Sa
criſtie en Habits Pontificaux,
GALANT.
171
&fit la Ceremonie du mariage
felon la Coûtume de l'Egliſe
Romaine . On entendit
auſſi toſt aprés une de décharge
de toute l'Infanterie , & un
tonnerre de coups de Canon ,
tout le Canon de la Ville
ayanttiré par trois fois de ſuite
. La Reyne ſe retira au milieu
d'un bruit confus de
Trompetes , & de cris d'acclamation
que chacun pouffoit .
Monfieurl'Electeur la remena,
&Monfieur l'Ambaſſadeur prit
la main à Madame l'Electrice .
La Reyne de Pourtugal étant
de retour à fon Appartement,
Monfieur le Comte de Villarmayor
& tous les Portugais
eurent l'honneur de luy baifer
la main,& Monfieur l'Electeur
accompagna l'Ambaffadeur à
fon retour, ainſi qu'il avoit
accoutumé .
Juillet 1687 . H
172
MERCURE
L'heure de ſouper eſtant
venuë , le Comte de Caſtel &
le Grand Maréchal allerent
avertir l'Ambaſſadeur que les
Princes l'attendoient pour ſe
mettre à table , & qu'on l'avoit
dreſſée dans une cham,
bre qui en joignoit une autre
où la Reyne devoit ſouper en
public , afin qu'il pût partager
le plaisir de la Muſique , car
comme je vous l'ay dit, l'am .
baſſadeur n'a jamais voulu
manger , ny à la Table de Sa
Majesté , ny dans la meſme

chambre. La Reyne eſtoit à
table ſous un Dais , ayant à ſa
droite Monfieur l'Electeur &
Madame l'Electrice , & les
Princeſſes Marianne & Dorothée
à ſa gauche. L'Ambaſſadeur
occupoit le haut boutde
la fienne, & les Princes étoient
GALANT .
173
afſis des deux coſtez , ſe precedant
les uns les autres ſelon
le rang de leur naiſſance. Le
Comte de Martinis Envoyé
de l'Empereur eſtoit à la mé
me table , mais aprésles Prin
ces. Le lendemain 3. de Iuila
let le Comte de Caſtel vint
prier l'Ambaſſadeur de la part
de S. A.E. de vouloir bien
afſiſter à une Grande Meſſe,
que l'on alloit celebrer en
action de graces du Mariage.
Monfieur l'Electeur l'attendoit
■ à l'ordinaire à l'entrée de fon
appartement , d'où il le mena à
celuy de la Reyne. Madame
l'Electrice s'y trouva &
toute la Cour prit le che.
min de la Tribune qui repond
à l'Eglife. Il fallut encore y
faire une ſeparation , comme
on avoit fait à la Comedie . La
H 2
174
MERCVRE
Reyne de Portugal avec Madame
l'Electrice & les Princeſſes
, ſe plaça d'un coſté , &
l'Ambaffadeur de l'autre avec
Monfieur l'Electeur. L'Ambalſadeur
qui avoit la main droite,
futauſſi encenſé le premier,
& l'on preſenta la Patene à fon
Excellence , avant que de la
porter à S. A. E. La Meſſe finie,
Monfieur l'Electeur remena la
Reyne à fon appartement ,
& conduifit l'Ambaſſadeur jufqu'à
l'entrée du fien , & peu
aprés les Princes allerent difner
avec ſon Excellence , & la
Reyne mangea ce jour- là &
tous les ſuivans en particulier
avec leurs Alteſſes Electorales.
33
Sur les quatre heures, l'Ambaſſadeur
ayant eſté averti par
leGrand Maistre de la Maiſon
GALANT.
175
de Monfieur l'Electeur , que
cePrince l'attendoit pour aller
entendre l'autre moitié de la
Comedie , on alla prendre ce
divertiſſement dans le meſme
ordre que l'on avoit déja obſervé
. La Comedie ſe termina
par unBalet, où les trois Princes
& les trois plus jeunes
Princeſſesdanſerent. Ils étoient
veſtus en Bergers & en Bergeres
fort richement & fans
maſques . La danſe finie , ils
allerent baifer la main à la
Reyne , pour luy témoigner
que cette réjoüiſſance n'avoit
autre but que le divertiſfement
de Sa Majesté. Elle s'en
retourna à fon Appartement ,
& l'Ambaſſadeur aprés l'y
avoir fuivie , fut reconduit au
fien . Il y foupa le foir comme
à l'ordinaire avec les Princes.
H3
176 MERCURE
Le matin du 4. l'Ambaſſa
deur ne fortit point de ſon
Appartement ; les trois Princes
s'y trouverent à diſné , &
àcing heures le Prince Charles
accompagné de toute la a
Cour alla le prendre pour le
conduire à l'Audience de congé
qu'il avoit demandée
Monfieur l'Electeur l'attendoit
ainſi que toutes les autres
fois àl'entrée de fon Appartement
, d'où il le mena dans fon
grand Cabinet avec les honneurs
accouftumez .L'Audience
eſtant finie , S. A. E. tira de
ſon doit une Bague d'un gros
diamant, qu'elle donna àMonfieur
l'Ambaſſadeur , le priant
de le garder , & de ſe ſouvenir
d'Elle . Monfieur l'Electcur le
mena enfuite à l'audience de
Madame l'Electrice , qui ac-
1
GALANT 177
compagnée des Princeſſes ſes
Filles l'alla recevoir & le conduiſit
dans la mefine Chambre ,
où elle l'avoit déja receu . Les
chofes s'y paſſerent comme les
deux autres fois , & aprés cela
= Monfieur l'Electeur accompa-
-gna le Comte de Villarmayor
juſqu'au dernier efcalier. Il
en defcendit quelques degrez ,
&y demeura juſqu'à ce qu'il
vit l'Ambaſſadeur monté en
caroffe. Les Princes Frederic
- & Philippes le conduifirent
juſqua la portiere , & n'en
partirent que quand les chevaux
commencerent à marcher
LePrince Charles entra
dans le carroſſe avec l'Ambaf
fadeur, & fe plaça fur le devant
comme il avoit fait le
jourde l'entrée. On obferva
les meſmes ceremonies , tant
Η 4
178 MERCVRE
pour le nombre de Caroffes,
& la Cavalerie , que pour les
Gardes du Corps & les Dragons
qui precedoient ou fuivoient.
Il y eut mefme Cortege
; & toute la Maiſon de
Monfieur l'Electeur alla conduire
l'Ambaſſadeur juſqu'au
meſme lieu où elle l'avoit eſté
prendre , c'est- à- dire à demylieuë
de la Ville.
Quand on s'y trouva , Monſieur
le Comte de Villarmayor
mit pied à terre pour entrer
dans fon Caroffe , ce qu'il fit
aprés des complimens reciproques
du Prince Charles , qui
ne voulut pas rentrer dans celuy
où il eſtoit venu , que le
Comte ne fuſt dans le ſien, ny
partit qu'il ne l'euſt veu s'éloigner.
Si toſt que l'Ambaſſadeur
approcha de Manheim ,
GALANT.. 179

)
ه ل ل ا
k
1
& qu'il en eut découvert les
murailles , il fut falué d'une
triple décharge de tout le
Canon. Il trouva le Gouverneur
hors les Portes de la
Ville , où il le receut à la teſte
de ſa Garnison. Comme il
eſtoit déja nuit , fix Pages de
Monfieur l'Electeur ayant chacun
un flambeaude cire blanche
à la main , marcherent devant
l'Ambaſſadeur juſqu'au
Palais qui luy eſtoit preparé.
Le meſme Gouverneur luy
vint demander le mot , & il
fut traité comme à Heidelberg
, durant les quatre ou
cing jours qu'il fejourna à
Manheim , avant que de pour
fuivvrree ſa route vers la Hollande,
pour s'y embarquer , &
accompagner laReyne enPorsugal.
.
H
180 MERCURE
:
Vous ſçavez , Madame, que
depuis quelques années,Monſieur
le Comte de Konigfmarck
eft au fervice des Venitiens ,
où il a fait voirbeaucoup d'experience
,de valeur&de conduite
. Le Royde Strede qui le
confidere ,luy ayant mandéde
revenir , le Doge à écrit la
Lettre ſuivante à Sa Majesté
Suedoiſe. Ie vous l'envoye
dans les mefmes termes qu'on
l'a receuëicy de Stocholm traduite
en noſtre Langue.
Autres-illustre & tres-puiffant
Seigneur , Charles , par la
grace de Dien Roy de Suede,
desGots & Vandales , Go.
Se recommande Marc. An
toineJuftiniani ,parlaméme
grace Duc de Venise, qui luy
Souhaite toute fortedeprofperite.
GALANT 18г
}
Le General Konigsmarck afait
voir une si belle &fi particuliere
conduite, & témoigné tant d'experience
dans les Campagnes qui
Sefont faites en Levant , avec des
fuccés heureux & avantageux pour
le fervice de toute la Chreftienté ,
que dans legrand deſſein que l'on
aformépour la commune utilitédis
Chriftianisme , il luy appartient
une tres -loüable & tres confiderable
part de la gloire que l'on a
Sujet d'en efperer. Son merite fingulier
éclate avec tant de force,
qu'il en rejallit des rayonsfurvostre
Majesté , qui a confenty avec tant
de generofité à nous ceder un Sujet
fi remply de grandes qualitez , &
fidigne d'une haute eſtime , Nous
enrecevons un tres-grand fecours,
dont Elle seprive cependant enſa
personne , en nous le laiſſant dans
ces presentes conjonctures , favora
H6
182 MERCURE
)
bles pour abatre & aneantir l'in-
Supportable orgueil des barbares
Othomans. Comme donc nous avons
eu beſoin du grand appuy dudit
Seigneur Comte , que nous l'avons
demandé & obtenu , & que nous
en avons reffenty les bons effetsplus
d'une fois , pour arriver à une fin
heureuse & defirée , nous avons
cette confiance en V. M. que selon
Sa haute bonté accoûtumée , Elle
voudra bien permettre audit Scigneur
Comte , comme nous l'enfupplions,
de continuer dans l'employ
qu'ilfoûtient avec tant de gloire
& tant d'applaudiffement. Lezele
ardent& divin qui accompagne.
le courage heroique de V. M. brillera
d'autant plus purement&plus
loin , que par ce moyen V. M. marquera
combien Elle est touchée de
la gloire de Dieu , & des intereſts
de nostre Sainte Fog Elle prend
e
qu
GALANT. 183
beaucoup plus à coeur , que tout le
refte des autres affaires du monde ..
L'obligation que nous en aurons à
V.M.fera gravée à jamais dans
nostre memoire , pour en conferver
un éternel fouvenir , &chercher
en toutes fortes d'occafions tous les
moyens d'y répondre par les mouvemens
d'une extréme&tres-intime
affection , d'estime&de respect
de tout nostre coeur. Sur ce, nous
Souhaitons à V. M.uneSantépar
faite qui ſoit de longue durée , &
quetout fuccede àses defirs. Donné
en nostre Palais Ducalle
Mars 1687. Signé , Giovanni-
Baptifta Nicolosi , Secretaire.
17-
Le choix que le Roy a fait,
- de la Perſonne de Monfieur
Morand , pour remplir la place
de Premier Preſident au Parlement
de Toulouſe , a donné
,
184 MERCVRE
ת
une ſi juſte prévention pour le
merite de ce digne Magiftrat ,
que tous les Ordres de la Ville
l'ayant attendu avecimpatience
, ont fait connoiftre à fon
arrivée que la joye de le recevoir
eſtoit auſſi grande que
fincere. Les Bourgeois prirent
les armes au nombre de quatre
mille hommes , par l'ordre
des Capitouls , fous le commandement
de Monfieur de
Paques - la - Caſagnere , l'un
d'entre- eux , & marcherent
le 13. de Iuillet en fort bon
ordre , avec leurs équipages
portez fur des chariots & par
des Mulets , hors de la Porte
Chaſteau - Narbonnois .
y formerent unCamp à la portée
du Canon de la Ville , &
fous les Tentes que l'ony dreffa
ſe trouverent toutes fortes
du Ils
GALANT. 185
de rafraîchiſſemens , avec au
tant de delicateſſe que d'abondance.
L'affluence des peuples
fut fi grande , que Monfieur
Morand , pour leur don
ner le loiſir de défiler , fut
obligé de s'arreſter à l'entrée
du Gardiage , dans la maiſon
de Monfieur Mariotte , Secreraire
des Etats de Languedoc,
qui le regala magnifiquement
à dîner , ainſi que toute laNobleſſe
dont il vint accompa
gné. Sur les fix heures du foir,
il arriva à la Porte du Château-
Narbonnois , ayant toûjours
marché avec un Cortege de
prés de deuxcens Caroffes des
Perſonnes qualifiées dela Ville
, qui estoient allées au devant
de luy , & au milieud'une
double haye de Soldats .
Les Capitouls revêtus de leurs
186 MERCURE
>
2
robes rouges , le complimenterent
de nouveau à l'entrée
de cette Porte , aprés quoy ils
monterent dans ſon Caroffe,
qui fut précedé dans la marche
par la Compagnie du Prevoſt
des Marchands , par celle
du Guet , & par les Trompettes
& les Hautbois de la Ville ,
au milieud'une foule incroyable
de perſonnes de toutes fortes
de conditions juſqu'à la
maiſon de Monfieur Mariotte
,au quartier de S. Eftienne ,
qui avoir eſte deſtinée pour
fon logement , comme une des
plus propres & des plus commodes
de la Ville . Cette journée
ſe termina par un Feu d'artifice
& par une Illumination
de toute cette maiſon & du
jardin ; & aprés que Monfieur
Morand eut receu pendantles
د
GALANT. 187
deux jours ſuivans les complimens
de tous les Ordres &
de toutes les Communautez
Eccleſiaſtiques de la Ville ,
tant Seculieres que Regulieres
, le Parlement le mit en
poſſeſſion de la Charge de Premier
Preſident , où il ſe fit admirer
par ſa bonne grace , par
ſes manieres engageantes &
honneſtes ,& par l'éloquence
du diſcours qu'il prononça.
Les nouvelles publiques
vous auront appris la mort de
Madame la Duchefſe de Modene.
Elle s'apelloit Laura
Martinozzi , & eſtoit Fille du
Comte Jerofne Martinozzi &
de Marguerite Mazarin Soeur
| aiſnée de feu Monfieur le
Cardinal Mazarin . Anne Marie
Martinozzi Princeſſe de
Conty ,Mere de Monfieur le
J
188 MERCURE
Prince de Conty , cy -devane
Prince de la Roche-sur-Yon,
eſtoit ſa Soeur. Ces deux Princoffes
ont mené une vie tres
exemplaire & rempliede pie
té. Madame la Ducheſſe de
Modene eſtoit àRome où elle
faifoit baſtir un Monastere
qu'elle a fondé pour les Reli
gicuſes bleuës de l'Annonciade.
Elle y est morte le 29. du
mois paſſe , après avoir receu
fes Sacremens avec toute la
refignation qu'on peut attendred'une
perſonne qui s'eſtoit
toujours attachée uniquement
à ce que Dieu vouloit
d'elle. On l'a enterrée ſans eel
remonie en l'Eglife de Saint
Charles aux Quatre Fontaines,
ainſi qu'elle l'avoit ordonné
par fon Teſtament Elle
avoit épousé en 1655. Alphon-
2
GALANT.. 189
fe IV. Duc de Modene & de
Reggio , qui mourut le 16.
Iuillet 1662. la laiſſant Mere
dela Princeſſe Iofephe-Marie
d'Est aujourd'huy Reyne
d'Angleterre,& de François II .
Duc de Modene & de Reggio
, Marquis d'Eſt , Prince de
Carpi , ne le 6. Mars 1662.
Le 10. de ce mois, Monfieur
l'Abbé Rizzini , Envoyé extraordidaire
de Modene , eut
audience du Roy ,& preſenta
à Sa Majesté des Lettres du
Duc deModene, par leſquelles
il luy donnoit avis de la
mort de cette Ducheſſe. La
Cour en a pris le deuil. Modene
fut érigée en Duché
l'an 1432. par l'Empereur Frideric
III . en faveur de Borfo
d'Eſt , que le Pape Paul II. fit
Duc de Ferrare en 1471. Her
190
MERCURE
cule I. fon Frere luy fucceda,
& fut Duc de Ferrare , deModene,
de Reggio , &c . en 1478 .
Il eut pour Fils Alphonſe I.
qui eftant mort en 14 34. laiſſa
Hercule II . Duc de Ferrare &
deModene. Ce dernier épouſa
Renée de France , Fille de
Louis XII . & d'Anne de Bretagne,
dont il eut Alphonſe
II. & eſtant demeure veuf,
il épouſa une de ſes Maiſtrefſes
appellée Laura Euſtochia.
De ce mariage fortit un autre
Alphonſe, Pere de Cesar d'Eſt ,
lequel aprés la mort d'Alphonſe
II . ſon Oncle , qui ne laiſſa
point d'Enfans , pretendit heriter
de ſes Etats , mais le Pape
Clement VIII . s'eſtant rendu
Maistre de Ferrare , il ſe contenta
deModene & de Reggio,
par le Traité qui fut fait en
GALANT . 191
1598. Il mourut en 628.laiffant
de Virginie de Medicis
Alphonse III . Duc de Modene
& de Reggio. Ce dernier
mourut en 1634.& fut Pere de
François I. né en 1610.auquel
ilremit ſes Etats en 629. pour
prendre l'habit de Capucin.
François épouſa en 1630. Ma-
-rie, Fillede Rainuce Farnese ,
Duc de Parme .De ce mariage
vint Alphonse I V. qui fut
Duc de Modene en 1658. &
mourut , comme je l'ay deja
dit , en 1662. Il eſtoit Pere de
François I I. aujourd'huy Duc
de Modene.
2
- On a eu avis que Monfieur
le Chevalier de Humieres ,
Bailly , Grand Croix de l'Or-
-dre de S. Jean de Jerufalem
You de Malthe ,, y estoit mort
le 18. de l'autre mois. Il eſtoit
192
MERCURE
Frere de Monfieur le Maréchal
de Humieres , grand Maîtrede
l'Artillerie .Tout le monde
a eſté ſurpris de cette mort.
Il y avoit quelques années
qu'il eſtoit incommodé de vapeurs
. Le 14.de Juillet il ſe ſentit
une fort grande envie de
vomir qui continua le 15. Le
lendemain il alla faire ſes devotions,&
communia au Convent
des Auguſtins , ce qu'il
avoit accoûtumé de faire deux
fois toutes les ſemaines avec
une pieté qui édifioit tous
ceux auſquels il donnoit ce
bon exemple. Les deux jours
ſuivans il ſe promena par la
Ville à fon ordinaire , & le
foir du 18. il fe coucha , aprés
avoir mange fort legerement.
Un peu aprés il ſe ſentit lamême
envie de vomir. On apGALANT.
193
pella le Chirurgien qui l'obligea
de ſe promener dans ſa
Chambre. S'eſtant ſenty foiz
ble & ayant dit qu'il ne ſe
trouvoit plus de poux , il tomba
mort fur les bras du Chirurgien,
qui lui prenoit la main
pour l'obſerver.Il a eſté regreté
generalement dans toute l'Ifle,
&fur tout des Pauvres , aufquels
il faiſoit diſtribuer tous
les mois deux cens écus, Le
Theriaque eſt un remede ſi
fouverain pour les maux de
coeur , qu'il eſt à croire qu'il
auroit eſté beaucoup foulagé
s'il en euſt pris , & meſme
qu'on auroit pû luy ſauver la
vie. Veniſe pouvoit ſe vanter
autrefois de nous fournir cet
admirable remede,mais depuis
que Monfieur de Rouviere en
a fait publiquement à Paris,
194
MERCURE
on a connu qu'il n'y avoit nulle
difference entre celuy-là,
& le Theriaque qu'il diſtribuë.
On s'en eſt ſi bien trouvé,
qu'ila debité en deux années
cequ'il croyoit luy en devoir
durer dix ou douze . Ainfi il
ſe prepare à en faire de nouveau
.
le vous ay ſouvent parlé de
Monfieur Pariſot de S. Laurent
, ſous-Gouverneur , &
Precepteur de Monfieur le
Duc de Chartres , & cy -devant
Introducteur des Ambafſadeurs
auprés de Monfieur.
Il mourut fubitement à Verfailles
le 3. de ce mois , âgé de
ſoixante& quatre ans . C'eſtoit
un homme d'une profonde
érudition , ennemy du faſte.
&auſſi modeſte qu'il eſtoit ſçavant.
Il eſtoit extrémement
conſideré
GALANT .
195
de ſon Alteſſe Royale , & fort
aimé de tous les honneſtes
gens qui connoiſſoient fon
merite.
Il s'eſt fait depuis peu un
mariage qui merite bien d'entrer
dans les nouvelles dont
j'ay accoûtumé de vous faire
part. C'eſt celuy de Monfieur
leComte de S. Chamant. Il a
épousé Mademoiselle de Chaſtelus,
Fille aifnée de Monfieur
le Comte de Chaſtelus , Vous
ſcavez , Madame , quelle eſt
laNobleffe & l'ancienneté de
cette Maiſon , dont je vous ay
entretenuë en pluſieurs rencontres
, & vous n'aurez pas
fans doute oublié ce que je
vous en dis , lors que ce Comte
, qui par un privilege particulier
accordé à ſes Anceſtres
, eſt Chanoine nedel'EJuillet
1687 . I
196 MERCU RE
gliſe Cathedrale d'Auxerre, ſe
trouva avec ce Corps dans le
temps qu'il eut l'honneur de
recevoir le Roy , qui pafſa par
cette Ville il y a quelques années
, en ſaiſant ſon Voyage de
Bourgogne . L'équipage dans
lequel il y parut , conferve à
cette Maiſon le ſouvenir des
ſervices importants qu'elle a
autre- fois rendus au Chapirre
d'Auxerre , & à toute la Province.
Ce fut le 25. du mois
dernier que ſe celebra ce mariage
dans la Paroiffe de Chaſtelus
, Mademoiselle de Chaſtelus
eſtant niepce de Monfieur
de Barrillon , Ambaffadeurpour
le Roy en Angleterre
, & de Monfieur l'Evefque
de Lucon, ce Prelat en fit la
ceremonie . Comme Monfieur
de Chaſtelusest Seigneur, non
GALANT .
197
:
feulement de ce lieu , mais de
pluſieurs autres de la Province;
où ſon merite le fait generalement
aimer,tous les Habitans
des environs voulurent
contribuer à la folemnité de
ce mariage , & particuliere,
ment ceux de la Ville d'Avalon.
Ils ſe mirent ſous les Ar
mes au nombre de quatre cens
hommes , & fe rendirent au
Chaſteau de Chaſtelus , le ma
tin du jour que l'on avoit deſtiné
pour cette ceremonie.
Eſtant arrivez , ils commencerent
par une décharge generale
, qu'ils reitererent pluſieurs
fois juſqu'à ce qu'il falut
aller à l'Eglife . Ils y conduifirent
Mademoiselle de Chaſtelus
dans une double haye,
ayant tous pris des rubans de
la couleur des Mariez ?
&
12
198 MERCVRE
continuerent leurs décharges
pendant que l'on fit le mariage.
Aprés que la Meſſe fut
finie toute l'Aſſemblée ſe
rendit au Chaſteau au bruit
des Tambours , des Fifres &
des fréquentes decharges de
Moufqueterie. On y avoit
preparé un magnifique repas,
qui fut ſervy avec toute la
propreté imaginable. La Feſte
fut continuée pendant pluſieurs
jours avec la mefme magnificence
, la Nobleſſe y étant
venuë de toutes parts complimenter
ces illuſtres Mariez .
J'ay à vous parler d'Alep.,
-non ſeulement pour vous dire
qu'on y a rendu graces àDieu
de la gueriſon du Roy , mais
pour vous apprendre une choſe
que vous trouverez forr
importante pour noftre Reli-
1
A
GALANT. 199
gion. La nouvelle de la Santé
rétablie de ce grand Monarque
, y ayant eſté portée ,
Monfieur Iulien de Marseille,
Conſul de la Nation Françoiſe;
fit auſſi- toſt aſſembler chez
luy les François , les Hollandois
, & tous ceux qui font
ſous la protection de Sa Majeſté
en ce Pays-là. On expoſa
le S.Sacrementdans ſaChapelle
, & aprés une grand' Meſſe
folemnellement chantée , à
laquelle il ſe trouva , aſſiſté des
quatre Ordres des Miſſionnaires
, qui fut ſuivie duTe Deum.
Il regala magnifiquement les
plus conſiderables de cette
Aſſemblée . La Table fut de
quarante- fix Couverts. Il en-
-voyaà chaque Ordre des
Miſſionnaires un Baſſin de gibier
& de volailles , & aux
I 3
200 MERCURE

Peres Carmes du poiſſon , afin
que chacun partageaſt ſa joye.
Quelquesjours aprés , Monſieur
Julien ayant trouvé de
la diſpoſition à pouvoir unir
lePatriarche Grec , celuy des
Suriens & l'Eveſque des
Maronites , que la difference
de leur Religion avoit diviſez
depuis plus d'un ſiecle, il pria
le PereDeſchamps Superieur
des Jeſuites de ſe joindre à luy
pour le deffein qu'il avoit , &
les foins & les inſtructions de
l'un & de l'autre curent un
fuccés fi favorable , qu'ils les
obligerent à faire abjuration
de leur hereſhe. Ainsi s'eſtant
tous trouvez chez Monfieur
le Conful , ils y entendirent
la Meffe du Pere Deſchamps,
qui leur fit enſuite un tresbeau
diſcoursen Langue AraGALANT
. 201
be , fur leur union à la Religion
Catholique , Apoftolique
& Romaine , à laquelle ils
avoient donné leur conſentement
. Cela fut ſuivy d'un repas
fort ſomptueux . La Feſte
fut fi extraordinaire ,tant par la
dépenſe qui fut faite , que par
l'Affemblée generale de tous
ces Prelats , qu'on ne ſe ſouvenoit
point d'avoir veu enfemble,
que tout le Peuple en
eſtoit dans une extréme furpriſe
, ſur tout en confiderant
que tant de Converſions étoient
un effer du zele du Roy
qui cherche par tout la gloire
de Dieu , & les avantages de
l'Eglife .
Monfieur le Marquis de
Torcy,Fils ainé de Monfieur
leMarquis deCroiſſy Colbert,
a eſté nommé par le Roy pour
14
202 MERCURE
alla en Angleterre en qualité
d'Envoyé Extraordinaire , fai-
Pre des Complimens à leurs
Majeſtez Britanniques fur la
mortde Madame la Ducheffe
de Modene . Ce choix fait l'éloge
de Monfieur de Torcy ,
& marque que lors qu'on s'aplique
, on eft capable de bonne-
heure de toutes fortes
d'emplois.
Les vapeurs eſtant devenuës
fort à la mode , ont cauſe depuis
peu de temps une avanture
affez extraordinaire. Une
jeuneDemoiselle qui en eſtoſt
fort incommodée , avoit tant
d'averſion pour les remedes,
qu'elle l'étendit juſque ſur un
Medecin qui ſe vantoit d'en
avoir pour la guerir. Elle balança
long-temps pour prendreune
medecine qu'il avoit
GALANT. 203
fait preparer , & elle ne s'y refolut
que pour obeir à ſes parens
, qui la voulant foulager
n'eurent point d'egard à ſes
remontrances . Ils l'obligerent
encore de conſentir à une ſaignée
du bras , quoy qu'elle y
euſt beaucoup plus de repugnance
qu'aux remedes . Ce
ne fut pas tout. La ſaignée
du pied parut neceffaire au
Medecin , & ce fut alors que
la Demoiſelle ne gardant plus
de meſures , prit le deſſein de
n'épargner rien pour ſe garan--
tir de fon Ordonnance. La
peur qu'elle ent de cette faignée
luy cauſa une émotion
quiluy donna un peu de fievre.
Onle ditle lendemain au
Medecin , ſi - toſt qu'il entra
dans le logis , il montarà la
chambre de la Malade qui
I
204 MERCURE
étoit feule , mais qui n'auroit
pas pour cela manqué de ſecours
ſi elle en euſt eu beſoin ,
quelques-uns de ſes parens
étant dans un cabinet qui
donnoit dans cette chambre .
Le Medecin alla tout droit à
fonlit , & voulut d'abord fçavoir
s'il eſtoit vray qu'elle euſt
de la Fiévre . La Demoiselle.
qui étoit alors dans ſes plus
fortes vapeurs , & qui ne fon .
geoit qu'à empêcher la Saignée
du pied , que le Medecin
avoit ordonnée , s'abandonna
toute au defirde ſe vanger , de
forte qu'il ne luy eut pas plû
toſt pris le bras, qu'elle appella
du ſecours , & l'accuſa d'avoir
voulu ſe ſervir des privileges
dela Medecine d'une maniere
qui ne devoit pas luy eſtre
permife. Dans le même in.
تح
GALANT.
205
ſtant , un homme d'une qualité
diftinguée entra dans la
chambre ,& voyantde l'étonnement
ſur le viſagede l'un &
de l'autre , il crut plutoſt la
Maladeque le Medecin , qu'il
ne traita pas fort civilement.
Ces trois perſonnes animées
par trois diverſes raiſons , fi
rent dubruit. On vint voir ce
que c'eſtoit , & l'on peut dire
quel'innocence ſe vit opprimée.
Comme de pareilles
avantures ſe répandent auffitoſt
, & que le plaifir qu'on
prendàles raconterfait qu'on
yajoûte toujours quelque cir
conſtance , il a fallu quelque
temps pour démêler ce qu'il y
avoitde vraydans celle-cy.On
aſceu enfin comment la chofe
s'eſtoit paffée ; & ceux qui
croyoient avoir ſujet de ſe
60
206 MERCVRE
plaindre , ont fait connoiſtre
quel'on avoit lieu de ſe plaindre
d'eux , ont rendu juſtice
à la verité , en publiant par
tout qu'ils avoient eſté trom
pez par de fauſſes apparences .
Ie viens à un article que
vous attendez. Le Roy qui
faitſes devotions toutes les fois
qu'il arrive une Feſte ſolemnelle
, choiſit ordinairement
cesjours - là pour diftribuer les
Benefices, afin de ne s'occuper
que des choſes qui regardent
l'Eglife. Ainſi le jour de l'Afſomption
Sa Majeſté nomma
Monfieur l'Eveſque de Montauban
à l'Archeveſché de
Toulouſe. Il eſt Frere de Mon.
ſieur de Vilacert ,& de Monfieur
de Saint Poüange.
Monfieur l'Eveſque de Nifmes
, à qui le Roy a donné

GALANT. 207
l'Abbaye de Lire , de l'Ordre
de S. Benoiſt , Dioceſe d'Evreux
, vacante par la mort de
Monfieur le Commandeur de
Gremonville , s'eſtant démis
de fon Eveſché à cauſe de fon
grand âge , il a eſté donné à
Monfieur l'Abbé Flechier ,
nommé à l'Eveſché de Lavaur.
Il y a un tres- grand nombre
de nouveaux Convertis dans
ce Diocefe , & Monfieur l'Abbé
Flechier dont tout le mon
de connoiſt l'érudition , l'éloquence
, & la douceur , eſt
tres capable d'y bien ſervir
l'Egliſe & le Roy.
Monfieur de Mailly, Grand
Prieur de l'Abbaye de S. Vi
tor , a eſté pourveu de l'Eveſché
de Lavaur. C'eſt un homme
d'un fi grand merite , qu'il
a eſté élevé aux premieres
208 MERCURE
Charges de ſon Ordre , dans
un âge , où il ſembloit qu'il
euſt deu avoir encore beſoin
de pluſieurs années pour acquerir
la ſcience de commander.
Il eſt Frere de Monfieur
le Marquis de Nefle , & de
Monfieur leComte de Mailly,
dont je vous ay appris le mariage
avec Mademoiſelle de
Sainte Hermine. Ie vous ay
parlé pluſieurs fois de ſa Maifon.
La Treforerie de la Sainte
Chapelle de Paris a eſté donnée
à Monfieur l'Abbé Fleu--
riot , Beau- frere de Monfieur
le Contrôleur General. C'eſt
un homme d'une picté reconnuë.
Monfieur l'Abbé de S. Vallier
, nommé à l'Eveſché de
Quebec , a eu l'Abbaye de
GALANT. 209
:
+
Gimont , Ordre de Ciſteaux,
Dioceſe d'Auch. Il eſtoit Au-
A
mônier du Roy , & il s'eſt défait
de cette Charge , pour
travailler au ſalut des Ames ,
preferant l'Eveſché de Quebec
à d'Autres qu'il auroit pu
obtenir , & qui l'auroient .
mieux accommodé , s'il n'a
voit eſté enflame du pieux
deſir de faire connoiſtre le
vray Dieu à des Peuples qui
demeurentdans l'erreur, faute
de lumieres..
Monfieur l'Abbé de Leſtra,..
Frere de Monfieur de Leſtra ,
Enſeigne dans les Gardes du
Corps , a efté nommé à l'Abbaye
du Mas d'Azil.
Quelques jours auparavant
Sa Majeſté avoitdonné àMefſieurs
Poiffon, de Hoquiquan,
Boudin ,& Beaulieu , ſes qua
210 MERCURE
tre premiers Apotiquaires , là
fomme de quarante- huit mille
livres, pour les ſervices qu'ils
luy ont rendus pendant ſa
Maladie , & pour le zele &
l'affiduité qu'ils ont fait parois
ftre en cette occafion .
Depuis vingt années qu'on
a ceffé de faire des Romans,
moins parce que le Public ſe
lafſoit de ces fortes d'ouvrages
, que parce qu'il ſe trouvoit
peu de Gens d'un genie
aſſez étendu pour en faire ,
Mademoiselle de Scudery &
fen Monfieur de la Calprenedé
ayant eſté preſque les ſeuls
qui ayant reuſfi en ce genre
d'écrire , on en a fait de plus
courts , qui ne contenant
qu'une Hiſtoire particuliere,
la commençoient & la finiffoient
dans un fort petit.VoGALANT.
211
lume. Quand il y a eu plus
d'une Hiſtoire , ce qui eſt arrivé
fort rarement, le Volume
n'en a pas eſté plus gros. Feu
Mademoiselle des Hardins ,
connuë depuis ſous le nom
de Madame de Villedieu,,
a fait beaucoup deces Ouvrages
, quiontaſſez reuſſi ; mais
ceux quiont eu le plus grand
fuccés", & qu'on peut dire
l'avoir eu tout d'une voix,
fontla Princeffe de Montpensier,
faite par une Dame de qualité
du plus grand eſprit , & la
Princeſſe de Cléves , de Monfieur
de Segrais de l'Academie Françoiſe.
Il s'en eſt fait un nouveau
, intitulé Les Malheurs de
l'Amour. Ie vous l'envoye & ne
doute point qu'aprés l'avoir
leû vous ne diſiez , que c'eſt là
feulement la troiſiéme Hif
212 MERCURE
toire qui aitmerité un applauzdiſſement
general. Cequi paroiſt
ſurprenant , c'eſt que de
tous les Ouvrages de cette nature
qui ont le plus reüſſi , il
n'y en a qu'un qui ſoit d'un
homme. Tous les autres ont
efté faits par des perſonnes de
voſtre ſexe. Comme la pluf--
part des Dames ont l'eſprit
tres- delicat , elles penſent &
s'expriment plus finement que
les hommes quand elles l'ont
juste.C'eſt ce que Mademoiſel-
IeBernard'a faitdans LesMal
beurs de l'Amour , qu'elle a travaillez
avec tout le ſoin poffible.
Elle doit les diviſfer en
pluſieurs Hiſtoires , & celle
qu'elle vient de nous donner
a pour titre Eleonor d'Yvrée. Il
y a une Ville de Savoye qui
porte le nomd'Yvrée , & l'HiGALANT..
213
ſtoire nous apprend que du
temps de l'EmpereurHenry II.
le Marquis d'Yvrée eut grand
part dans les guerres d'Allemagne.
On voit dans cette premiere
Hiſtoire une vive peinture
de deux Amans mal heureux
qui font obligez de ſe
feparer pour toujours , quoy
qu'ils reffentent la plus violente
paffion dont on puiſſe eſtre
capable. Rien n'eſt plus touchant,
rien n'eſt écrit avec plus
de netteté &pius de juſtelle :
- les vrais ſentimens que lecoeur
doit avoir y font dans leur
jour ,on ne luy fait ſentir que
ce qu'il doit naturellement
ſentir,&on ne dit que ce qu'il
fautdire.Enfin c'eſtun Ouvra
gequi paroiſt tellement finy à
des Connoiffeurs tres - éclairez,
qu'il y agrande apparen
214
MERCURE
ce qu'on à employé beaucoup
plus de temps à l'accourcir
qu'à le faire . C'eſt undegré de
perfection où peu de perſonnes
peuvent atteindre . Il n'y
a point de matiere qu'il ne
foitaiſe d'étendre : mais il eſt
tres -difficile de retrancher&
de ſe tenir dans de juſtes bornes
qui ne laiſſent jamais rien
dire de fuperflu . Ce Livre ſe
vend chez le ſieur Guerout ,
Cour neuve du Palais,Dauphin.
Ie vous en envoye un autre
qu'on peut dire fort ancien&
fort nouveau tout enfemble.
Ce font les Remarques
de M. de Vaugelas fur
noſtre Langue . Elles onttoû
jours paru fort utiles pour
apprendre à parler correctement
, & le grand nombre
.2
GALAN T.
215
d'Editions qu'on en à faites
depuis plus de quarante ans
en eſt une grande marque. Il
eſt certain qu'on doit à M.
de Vaugelas la netteté avec
laquelle on écrit preſentement
: mais comme il a eu des
opinions particulieres & que
depuis le temps qu'il a donné
ces Remarques , pluſieurs façons
de parler qui eſtoient
alors authoriſées par l'uſage ,
ont commencé à vieillir,quantité
de Gens ont demandé ce
qu'on pouvoit rejetter ou fuivre.
C'eſt ce qui a engagéM.
Corneille à faire des Nottes
qu'on a imprimées avec ces
remarques. Je ne vous en diray
rien , finon qu'il ne lesa
faites qu'aprés avoir conſulté
ceux qui connoiſſentle mieux
toutes les fineſſes de noftre
216 MERCURE
Langue. Le ſieur Girard , Libraire
au Palais , commence à
les debiter en deux Volumes .
Comme l'on s'attache de plus
en plus à tout ce qui peut perfectionner
la Langue Françoiſe
, Monfieur Hindret vient
de donner au Public un Livre
qui contient l'Art de labienprononcer.
Il n'eſt pas utile ſeulement
aux Precepteurs & aux
Gouverneurs qui ont dejeunes
enfans ſous leur conduite ,
mais encore à beaucoup de
Gens , qui ne pouvant aſſez
diftinguer l'uſage , trouveront
moyen de ſe garantir de pluſieurs
mauvaiſes prononciations
par la lecture de cette
Methode. Elle est exacte , &
outre les Regles qui apprennent
à bien prononcer les lettres
& les fillabes , elle fait
GALANT.
217
connoiſtre la difference des
fillabes longues & breves . Ce
qu'il faut obſerver dans la prononciation
des conſonnes finales.
Peu de perſonnes ont trou-
-vé le ſens des deux dernieres
Enigmes du mois de Juillet.
La premiere qui estoit L'original,
a eſté expliquée par Monfieur
de Lavaur , Medecin de
Perigueux , le Seigneur de la
Chaſtiniere , le Bon-Coeur de
Ville-Franche en Beaujolois.,
Loullette ſa Soeur , & l'Infante
au vray merite de la ruë Baillet.
La ſeconde avoit eſté faite
fur le Ricochet ,& ce mota eſté
trouvé par Meſſieurs Millet, de
la rue Bourlabé, Codron,d'Ab
beville , Bailly Peintre ruë
Beaurrepaire , l'Afpirant aux
bonnes graces de l'aimable
218 MERCVRE
Chenette & Tamiriſte de la
ruë de la Ceriſaye . Monfieur
Merville Avocat au Parlement
à expliqué l'une & l'autre.
Je vous en envoye deux nouvelles
, dont j'ignore les Autheurs
.
ENIGME.
MOOn nom connu partout occupe
l'Orateur
Avec les plus grands Roys j'ay
place dans l'Histoire ,
Je ne crains point du temps lefuneste
malheur,
L'on me verra toûjours au Temple
de memoire.
Toujours dans l'action, toujoursdans
lebonheur,
A
F'entre dans les Combats& j'aide à
la Victoire,
Ic
GALANT. 289
Jeforme le Heros ,je regne dansfon
Coeur ,
Etpartage avec luy la Couronne&
lagloire.
Mais parmy tant d'honneur mon
plus illustrerang ,
Est celuy que je tiens d'unfameux
Conquerant ,
Ce n'est point de Cefar ny du Grand
Alexandre ,
C'est d'un Royredouté dont les faits
inouis
Convainquant l'Univers qu'il peut
tout entreprendre ,
Onne peut s'y tromper , c'est l'Auguste
Loüis .
AUTRE ENIGME.
Depuis long-temps on a doute
St jettois ou mesle ou femelle.
Iemets biendes gens en cervelle,
Aouſt 1687 . K
220 MERCURE
Dont j'accrois le defir par ma difficulté.
Le voile augmente ma beauté ,
Et pourveu queje foisfidelle.
Ie tire mon état de mon obfcurité.
Voicy une ſeconde Chanfon
dont apparemment vous
ferez contente.
AIR NOUVEAU.
Ris n'est plus , mon Iris m'est
ITRis ravie.
Iris n'est plus , le puis-je prononcer,
Sans mouriry puis -je penser ,
Iris n'estplus , mon Iris m'eſt ravie,
Quoy donc ce qui faisoit m'est plus
tendres amours ,
Ce que je voyois tous les jours
Iene le verrayde ma vie ,
Iris n'est plus , mon Iris m'eſt ravie.
Ma Lettre du mois paſſe
221
Honis
que
toient
ederis
- là,
for- 1
pus fis
eftre,
es qui
plies
npef
nou
nc
le pallage au ta
noif
Crom-
1 de-
Drave
avoit
cette
écrit
t,on
ison
bien
voit
220
A
Dont j'a
ficu
Levo
Etpo
Ie tire
Voic
fon don
ferez c
AI
Tris n
Irisn'est
Sans n
Iris n'eft
Quoy di
te
Ce gi
Iene
,
Irisn
GALANT. 221
i

finit par les nouvelles de Hongrie
,&je vous marquois que
toutes les Lettres qui étoient
venuës de Vienne par le dernier
Ordinaire de ce mois - là,
diſoient qu'Eſſer eſtoit formellement
afſiegé . Ie vous fis
voir que cela ne pouvoit eſtre,
& que les meſmes Lettres qui
l'aſſuroient estoient remplies
de circonstances qui empef
choient de le croire. Les nouvelles
ſuivantes firent connoiftre
queie ne m'eſtois pas trompé
. Voicy ce qu'on a ſceu depuis
ce temps-là. La Drave
que l'Armée Imperiale avoit
pafflécavoit donné lieu à cette
nouvelle ,& comme on écrit
plus viſte que l'on n'agit , on
avoit, mandé ce Siege, mais on
ne ſçavoit pas encore combien
le paſlage de la Drave avoit
K 2
222 MERCURE
affoibly les Chrétiens , quoy
que les Ennemis n'euſſent
point contribué à cette perte. Il
avoit fallu faire dix huit Ponts
fur des Marais qui estoient
preſque inondez , accommoder
des chemins entierement
rompus par les eaux ,&par les
pluyes , & marcher ſouvent
dans l'eau juſqu'àla ceinture ,
fans avoir ny linge ny habits
ſecs à changer , à cauſe que
preſque tout le bagage eſtoit
moüillé ; & meſme fort endomagé
.Ce n'est pas làſeulement
cequi avoit affoibly l'Armée.
La Cavalerie avoit manqué
de fourages , n'ayant eu pour
la nourrituredes chevaux,que
les herbages de ces Marais
inondez. Ilfalloit qu'elle en eût
peu , car on ne voit pas comment
les herbages peuvent
) 223 GALAN T.
paroiſtre par deſſus l'inondation
, & s'ils y paroiſſent , il eſt
mal-aiſe de s'en ſervir , fi ce
n'eſt de ceux qui ſont ſur les
bords , ce qui eſt tres - peu de
choſe , & que l'on ne peut tirer
de l'eau ſans recevoir de grandes
incommoditez . La Cavalerie
ne ſouffrit pas ſeule . Toutes
les Troupes furent incommodées
, parce qu'elles furent
reduites àboire des eaux croupiſſantes,&
cela cauſa quantité
demaladiesdõtpluſieurs moururent.
Aprés qu'on eut fait
paſſer toute l'Armée, on reſolut
d'attaquer Vvalpo , mais cette
entrepriſe ne reüſſit pas , les
Troupes eſtoient trop fatiguées
, & le General Heufler
qui commandoit celles qui
eſtoient deſtinées à cette attaque
fut bleſſé à la jambe. La
F3
224 MERCURE
reſiſtance de cette Place qui
n'eſt pas forte,rebuta lesTroupes&
fit craindre pourles fuites
. L'Armée Imperiale &celle
de Bavierc continuerent leur
marche , & fe pofterent à une
licuë & demie des Ennemis
entreVvalpo& Effek,ayant un
gradbois àla droite,& un Ma- !
rais avec la Drave à la gauche
Les Lettres de Vieune portent
que ce Poſte eſtoit avantageux.
Cependant il eſtoit
entre deux Villes Ennemies,
& les Troupes en avançant les
mettoient derriere elles cequi
ne paroiſt pas un avantage.
Les Turcs avoient la riviere
à la droite , & un bois à leur
gauche , on ne ſçavoit point
l'état de leur Armée ,& il femblequ'on
ne doit point s'aprocher
ſi prés d'un ennemy ,& fur
GALAN T.
225
e
e
2.
tout dans ſon Pays fans avoir
ſceu l'état de ſes forces , on
s'avança vers Effek , & Monfieur
l'Electeur de Baviere qui
commandoit l'Avant - garde ,
obligea deux mille Chevaux
qu'il trouva à la teſte d'un défilé
, de reculer. On continua
la marche,& Monfieur le Prince
Charles de Lorraine commanda
l'Avant - garde à ſon
tour. Il falloit traverſer un bois
que les Troupes ne pouvoient
paſſer que par des routes étroites
, & en rompant leurs rangs.
Les Croates curent ordre de les
abattre. Le travail fut rude, &
dura toute la nuit , pendant
laquelle les Ennemisfirent un
ſi grand feu , qu'il y eut deux
cens de ces Croates tuez ,&
quantité de bleſſez . Les Troupes
acheverent de traverſer le
K 4
226 MERCVRE
د
bois en ordre de bataille , &
avancerent juſqu'à un terrein
où l'Armée campa ſur deux
Lignes. Elle fit quelques retranchemens
, & s'avança vers
la premiere Ligne des retranchemens
des Turcs qui avoient
douze cens pasde front.
Cette Ligne eſtoit fortifiée
d'un double foſſe fort large ,
& profond d'une pique , avec
deux rangs de paliſſades terraffées
, & cinquante pieces de
Canon. Ily eutdes eſcarmouches
continuelles , & les Imperiaux
perdirent deux cens
Heyduques qui s'eſtoient trop
avancez . Trois Regimens les
plus expoſez eſſuyerent un fi
grand feu de Canon , qu'il y
eut trois censCavaliers & quatre
cens Fantaſſins tuez , fans
compter les Officiers.Il eſt mêGALANT.
227
11
e
1
»
me à croire qu'il y en eut davantage
; mais je m'en rapporte
aux Lettres de Vienne.
Ce qui peut perfuader que la
er perte peut avoir été plus gran
de, c'eſt que les Turcs avoient
applany toutes les hauteurs
ainſi que le Bois qui couvroit
les Imperiaux ; ce qui les laifſoit
expoſez de toutes parts:
au feu de la Mouſqueterie &
- du Canon . On ſe mit en bataille
le jour ſuivant à demylieuë
des Infidelles , & l'on fit:
tous les mouvemens qui pouvoient
les attirer au combat
mais ils furent inutiles .On ne
jugea pas à propos de les attaquer
dans leur Cap, il n'y avoit
V
pas de vray - ſemblance à cela ;
& comme les munitions & les
fourages commençoiét àmanquer
, on crut qu'on devoit ſe
Ks
228 MERCVRE
retirer aprés avoir eſſuyé pendant
vingt - quatre heures le
feu continuel du Canon & de
la Mouſqueterie des Ennemis ,
&mefme de la Fortereſſe d'Efſek
, qui tua plus de fix cens
hommes . Si l'on met enſemble
le nombre de tous ces morts,on
verra qu'il a eſté fort grand , &
qu'on a fatigué,& expofé l'Armée
, ſans qu'on deuſt avoir le
moindre fujet de croire qu'on
attireroit les Turcs au combat.
Ils eſtoient aſſeurez qu'il
eſtoit preſque impoſſible de les
forcer , & qu'ils devoient ſe
laiſſer attaquer, puis qu'il fembloit
qu'aprés avoir fait tant
de chemin , on avoit entierement
refola de les combattre.l
D'ailleurs ils voyoient que
leurs Ennemis laiſſoient cou
ler le plus beau temps de la
GALANT. 229
Campagne, en paſſant& repaffant
tant de rivieres & des
chemins fort peu praticables ,
&même qu'ils s'affoibliſſoient
par toutes les choſes que je
viens de vous marquer . Il y a
plus . Ils reprenoient par là une
ſuperiorité qu'ils avoient perduë
, & donnoient lieu à leurs
Troupes de fe remettre de la
frayeur qu'elles avoient euë
pendant pluſieurs Campagnes ,
puis qu'elles voyoient l'Armée
Imperiale qui ſe retiroit
fans avoir ofé les attaquer. Le
bruit ſe répandit alors dans
l'Armée Chreſtienne , que le
paſſage de la Drave avoit eſté
fait contre l'avis du Prince
Charles . Ce n'eſt point à noy
d'approfondir cette circonſtance
, mais il eſt conſtant
que ce paſſage n'a pas eſté ap-
K6
1
230
MERCURE
,
prouvé de tous ceux qui font
confommez dans le métier de
la Guerre , par toutes le raifons
qui ſonc répanduës dans
cette Relation , & que je ne
repete point. Cependant comme
rien n'eſt ſi incertain que
le fort des Armes l'évenement
justifie quelquefois les
entrepriſes les plus témeraires,
&qui font faites le plus à con
tre -temps . Quelquefois même
on tire avantage d'un malheur
lors qu'on a l'adreſſe de
s'en ſervir. C'eſt ce que vient
de faire le Prince Charles , &
dont je vous parleray , aprés
vous avoir dit que la retraite
en repaſſant la Drave, fut faite
en bon ordre , & que Monfieur
l'Electeur de Baviere marqua
beaucoup d'intrepidité en cette
occaſion , s'étant expofe
GALANT. 231
pour empécher une Garde
d'eſtre battuë .
Les Imperiaux ayant repaſſe
la Drave , on commença
à examiner ce qu'ils pouroient
faire le reſte de la Campagne,
&chacun eſtoit attentifſur les.
fuites . La fituation des affaires
des Turcs eſtoit avantageuſe,
leursTroupes groſſiſſoient tous
les jours ; elles n'étoient point
fatiguées ; elles n'avoient fait
aucune perte ; la campagne
étoit fortavancée;& ils étoient
pour ainſi dire aſſurez de
vaincre en regardant faire les
Chrétiens ou du moins de les
empeſcher d'avoir le moindre
avantage fur eux. Vray ſem
blablement il ne devoit plus
s'agir que de quelque Siege ,
puiſque les Imperiaux s'en
eſtoient retournez ſans avoir
pû engager les Turcs auCome
332 MERCURE
bat. Si ces premiers euffent
fait un Siege , les Turcs n'avoient
qu'à les laiſſer affoiblir
pendant tout le temps qu'ils
auroient cru à propos devant
la place aſſiegé , les harceler
de leur coſté tandis que les
forties de la placeles auroient
incommodez , & donner enſuite
dans l'un de leurs quartiers
avec toute leur Armée , il
n'y a preſque point d'exemple
qu'une Place ait manqué à
eſtre ſecouruë quand une
Armée entiere , a donné dans
l'un des quartiers des Affiegeans
. Le ſeul remede qu'ils
euffent eu pour empefcher ce
malheur , eſtoit de quiter leurs
lignes pour offrir la bataille
, mais il faut pour cela
qu'une Place ſoit auſſi preffee
& auſſi ouverte que l'é
GALANT.
233
ſtoit Bude , & aufſi fatiguée
que l'eſtoit l'année derniere ,
celledes Turcs à cauſe de ſes
longues traites . L'état des
Troupes eſtoit tout different
cette année , & ce que les Im
periaux auroient fouffert de
vant une Place joint aux pertes
qu'ils avoient faites en paffant
, & repaffant la Drave, les
auroit rendus beaucoup inferieurs
aux Turcs . Le Prince
Charles prevoyant toutes ces
dangereuſes ſuites de la Campagne
, s'il entreprenoit un
Siege , refolut en Capitaine
plein de coeur & habile dans
l'Art de la guerre , de faire paroiſtre
aux Turcs une frayeur
qu'il n'avoit pas , en forte que
leur faisat voir qu'il leur feroit
aiſe de le batre, il pût les engager
malgré eux mêmes,& mal
234 MERCURE
& malgré gré eux meſmes د
leur refolution & leurs propres
intereſts , à le venir attaquer
dans la péſée que la moitié
de ſes Troupes ſeroit desja
trop avancée pour le pouvoir
ſecourir . Ce Prince ayant fait
tous les mouvemens necef
faires pour perfuader toutes
ces chofes aux Turcs , & mefme
qu'il eſtoit broüillé avec
Monfieur l'Electeur de Bavie-
FC ils tinrent conſeil de
guerre , ainſi qu'on laſceu depuis
parles Priſonniers , & les
Bachas l'ayant emporté à la
pluralité des voix contre le
Grand Viſir , il fut reſolu que
l'on iroit attaquer les Imperiaux..
Cette reſolution ayant eſté
priſe, les Tures paſſerent la
Draveſous le commandement
GALAN Τ.
235
du Grand Vifir , & de ſept Bachas
, qui devoient attaquer
les Imperiaux par ſept endroits
differens , & quelques Relations
portent qu'ils le firent.
On dit que le nombre de leurs
Troupes deſtinées pour ces attaques
, eſtoit de cinquante
mille hommes. Ils ſe ſaiſirent
d'abord de Darda gu'ils trouverent
abandonné , & démoly.
Ils y firent des retranchemens,
&firent remplir le Pontd'Effex
de fafcines , pour faire paſſer
leur Artillerie . Le Prince Char
les,aprés avoir jetté des Troupes
& des munitions dans Ziclos,
dansCinq Egliſes ,& dans
les autres Places les plus expoſées
, fit les mouvemens & les
détachemens qu'il crut neceſſaires
pour attirer les Turcs
à un Combat general. Mon
236
MERCURE
fieur l'Electeur de Baviere en
avoit un confiderable. Il y en
eut encore d'autres , de forte
que ce Prince parut extréme .
ment affoibly ; ce qui donna
lieu au Grand Vifir de croire
qu'il ne pouvoit pas avoir trentemille
hommes . Ce Miniftre
fortit alors de ſes retranchemens
, & le combat commença
par des efcarmouches qui durerent
cinq heures , felon le
rapportde quelques uns,avant
que le combat s'échauffaſt , le
Prince Charles faiſant toûjours
faire des mouvemens
qui engageoient à croire qu'il
vouloit demeurer fur la défenfive
. Le Corps que commandoit
Monfieur l'Electeur de
Baviere fut le premier attaqué
. Ce Prince fit paroiſtre
beaucoup de valeur, ilfut blefGALANT.
237
ſe à la main , & recent quel
ques coups dans ſes habits . Le
Prince Charles le fit foûte
nir par le Prince de Com->
mercy avec quatre Regimens
. Il pouſſa les Ennemis ,&
le mit en defordre. Les dé
tachemens qu'on avoit faits
pour paroiftre plus foibles ,
revinrent comme il avoit eſté
concerté , & prirent les Turcs
en flanc, de forte que ſe voyant
pouffez de tous côtez , & reconnoiffant
qu'ils avoient mal
pris leurs meſures , & qu'ils
eſtoient tombez dans les pieges
qu'on leur avoit tendus ,
ils prirent une telle épouvante,
que non ſeulement ils cederent
le champ de Bataille ;
& laifferent tout leur Canon,
que l'on dit monter à cent pie
ces , mais que fuyant beau238
MERCVRE
coup au delà , ils abandonnerent
tout leur Bagage , leur
Caifle militaire , remplie, à ce
qu'on aſſeure ,de 600000.écus ,
ayant eſté priſe par Monfieur
l'Electeur de Baviere , quia ,
dit- on , diftribué cet argent à
ſes Troupes . Pluſieurs ſe jetterent
, dans l'eau , dont il y
eut une partie de noyez . Ie
ne vous en diray point le nombre
, non plus quede ceux qui
ont eſté tuez. Il eſt à préſumer
qu'il y en a eu beaucoup
dans une déroute fi generale.
Peut- eſtre y en a-t-il plus que
l'on ne dit , peut-eſtre moins;
mais il eſt impoſſible que dans
ce qu'on écrit pendant qu'on
pourſuit encore les Ennemis
&dans la chaleur du combat,
on ait ſceu le nombre des
Morts pour le mander , puis
GALANT. 239
qu'il faut plus d'un mois pour
le ſçavoir à peu prés , &qu'on
ne le ſçait jamais bien juſte.
le vous diray pourtant que les
Relations portent qu'il y en a
huit ou dix mille , & autant de
noyez , & cinq cens ou mille
Imperiaux tuez . Si le combat
a duré douze heures, comme
onle mande , il faut que les
Turcs ſe foient défendus pendant
tout ce temps- là , & je
laiſſe à juger à ceux qui voudront
parler de bonne foy , &
avec vray - ſemblance , fi la
Victoire a pu couter ſi peu aux
Imperiaux . Monfieur le Princede
Comercy a eſté bleſſé à
la poitrine d'une eſpece de
lance , mais on dit que le coup
n'eſt pas dangereux. Monſieur
le Comte de Ligneville ,
Major de ſon Regiment , a été
240 MERCURE
د
tué , & le Comte de Zinzindorf,
Fils du feu Preſident des
Finances a eu la jambe emportée
d'un coup de Canon.
Les Regimens de Savoye & de
Commercy ont eſté défaits
par fix mille Janiſſaires d'élité.
On eſtoit encore à la pourfuite
des Fuyards quand cette
nouvelle eft partie du Champs
de Bataille , & le Prince Charles
de Lorraine avoit détaché
un grand Corps de Croates
pour rompre les Ponts que les
Turcs avoient faits ſur la Drave.
Monfieur le Prince Eu
gene de Savoye à aporté cette
nouvelle à l'Empereur , qui
n'eſt pour ainſi dire , que le
premier avis de la Victoire.
Ainſi l'Empereur meſme n'en
ſçavoit pas encore le détail
quand le Courier extraordiGALANT.
241
naire eft party pour France.
Lors que les Lettres des Particuliers
, qui estoient en divers
endroits de l'Armée , ſeront
venues , on en ſçaura
beaucoup davantage , & ce
n'eſt meſme jamais que par là ,
& qu'aprés beaucoup de
temps qu'on peut démeſler la
verité .
Je vous parle , & vous dois
parler encore tant de fois de
la Hongrie tant que durerala
Guerre , que je croy que vous
ne ferez pas fâchée de connoiſtre
la ſituation des lieux
dont je vous entretiens ſi ſouvent.
Ainſi je vous avertis que
le Pere Coronelli , Cofmographede
la Republique de Venife
, qui a fait les beaux Globes
que Monfieur le Cardinal
d'Eſtrées à donnez au Roy , a
242
MERCURE
faitune Carte de ce Royaume,
diviſée en Haute & en Baffe
Hongrie , avec l'Eſclavonie ,
fubdivisées en leurs Comtez .
Le méme Pere en a fait une en
quatre feuïlles , beaucoupplus
ample , & remplie de Remarques
curieuſes . Il a fait auſſi la
Route maritime de Brest à
Siam , avec la Carte de ce Royaume-
là. Le tout ſe trouve
chez le Sieur Nolin ruë S.
Iacques , à l'Enſeigne de la
Place des Victoires .
د
Il ne me reſte ny place ny
temps pour vous mander les
grandes Victoires qu'on aſſure
que les Venitiens ont remportées
, je les remets au mois
prochain ; mais auſſi je ne vous
en parleray qu'avec toutes les
circonſtances dont je ne pourrois
vous apprendre à preſent
qu'une partie.
Le
GALANT.
243
12
2
2
コ・
es
re
۲۰
15
S
es
Le Roy vient de donner
en faveur du Grand Confeil
la Declaration que vous allez
lire .
LayIsparta
grace de Dieu
Roy de France & de Navarre ;
A tous ceux qui cespreſentes Lettres
verront , Salut. Les Roys nos
Predeceffeurs ont restraintpar leurs
Edits & Declarations la frequence
des évocations qui trouble l'ordre
des Iurisdictious , & cauſe des frais
infinis aux parties , & ont ordonné
que dans les cas auſquels il feroit
trouvé inſte de les accorder , lerenvoy
des procés fút fait aux Parlements
les plus proches de ceux dont
ilsseroient évoquez,fans qu'ily ait
esté fait mention de nostre Grand
Confeil , ny qu'il ait esté compris à
cer égard aunombre des Parlements,
Aoust 1686 . L
244
MER CURE
acauſeſeulementqu'eſtant ordonné
pariceux que les évocations nepourroient
estre accordées quefur les avis
de cette Compagnie , il eut esté à
craindre que les Officiers d'icelle
estantflattezde l'esperance que les
procés évoquez du Parlement de Paris,&
autres plus proches leurpour
roient estre renvoyezne fuſſent induits
àfasiliter par leurs Avis, les
évocations qui seroient demandées.
Mais cette raiſon neſubſiſtant plus
depuis que le Grand Confeil a ceffé
de connoistre des évocations , &
qu'elles ont esté renvoyées ànoſtre
Confeil Privépoury estre examinées
Giugées au Raport des Maistres
des Requeſtes de l'Hostel, Etd'ailleurs
ayant par noſtre Ordonnance
du mois d' Aoust 1669. ordonné que
lesprocés évoquezde nostre grand
Conſeilferoient renvoyez en nostre
4
GALANT .
245
Parlement de Paris;si cen'estoit qu'il
fuft valablement excepté , il y a
pareille raiſon de renvoyer en noftre
grand Confeil,quand auſſi il nefera
pasvalablement exceptè , ceux qui
feront évoqués de nostre Parlement
de Paris , d'autant plus que la iurif
prudence , & les. Iuges de ces deux
Compagnies font affez conformes ,
que les partiesne changeant point
de lieu ny leurs demeures , & pouvantſeſervirdes
mesmes Avocats
&Confeils ,neferont point diſtraits
duſoin de leurs familles & de leurs
autres affaires , qu'elles ſouffriront
moins de fatigues & de frais quefi
elles estoient obligés d'aller playder
en des Parlements éloignez. A cis
Causes , defirant pourvoir au repos
de nos fuiets , & retrancher par
tous moyens les longueurs & lesfrais
des procés. NOUS , en interpretant
en tant que beſoin feroit noſtre Or
L 2
246 MERCURE
donnance du mois d'Aoust 1669.
Avons par ces preſentes fignées de
nostre main , dit,declaré ,statué &
ordonné ; Diſons , declarons , ſtatuons
, ordonnons , voulons , & nous
plaiſt , que les procés qui feront
évoquez de nostre Parlement de
Paris , & ceux des autres plus proches,
quand celuy de Paris ſera valablement
excepté , puiſſent estre
renvoyés en nostregrand Confeile,n
Lamesme maniere qu'il est ordonné
à l'égard des Parlements. Si donnons
en mandement ànostre trescher
& feal Chancelier de France
le Sieur de Boucherat , ces presentes
il faſſe lire , publierlefeantenant
, & icelles registrer és Registres
de la grande Chancellerie de
France, & à nos amez & feaux
les gens de noſtre grand Confeil.qu'i
celles ilsfaffent live, publier & registrer
, garder & obferver selon
GALANT.
247
leur forme & teneur ; En témoin
dequoy , Nous avonsfait mettre le
fool acesdites presentes . Donné à
-Verfailles le quatorziéme Aouſt mil
fix cens quatre - vingt -Sept , &
de nostre regne le quarente- cinquiéme
; Signé , Louis , & fur
le replis , Par le Roy , Colbert. Et
Soelle dugrand Sceau de cirejaune.
CetteDeclaration ayant eſte
donnée , le Grand Conſeil députa
deux Prefidens & huit
Conſeillers , pour remercier
Sa Majefté . M. Barantin eſtant
l'ancien des deux Semeſtres ,
porta la parole , & luy parla
en ccs termes .
SIRE ,
VostreGrandConfeilimportune.
roit Souvent Vostre Majesté,s'il te
remercioit toutes lesfois qu'il en re-
L3
248 MERCURE
çoit desfaveurspar un effet de vos
liberalitez. Pour comble de graces,
V. Majesté le met aujourd'huy en
estat de partager avec ses Parlemens
les affaires évoquées. Sive,tout
penetrezde respect&de reconnoif-
Jance , nous confervons dans nos
coeurs le ſouvenir detant de biensfaits
,& nous venons protester à V.
M. qu'ils nous seront autant de
nouveaux motifs de redoublernoftre
attachement à ſon ſervice,&l'ardeur
de noſtre zele danslesfonctions
denosCharges.
A
Le Roy répondit , Qu'il avoit
eſté fort aiſe de trouvercette occa-
Sion pour leurdonner des marques de
Son estime&de ſon affection; qu'ils
rendoient la justice d'une maniere
qui ne laiſſoit rien à desirer ; qu'ils
n'avoient qu'à continuer ; que l'application
qu'ils y donnoient l'engageoit
à leur faire sentir l'esti-

GALANT. 249
me & l'affection qu'il avoit pour
leur Compagnie , &qu'ils n'en pouvoient
douter , apré's ce qu'ilvenoit
defaire pour eux .
Ie viens d'aprendre que le
Navire nommé le Coche ,
apartenant à la Compagnie
des Indes Orientales , & commandé
par Monfieur du Hautmenil
, eſt arrivé prés du Fort
Louis , il vient de la Coſte de
Coromandel , il avoit avant
d'en partir eſté à Tenaſſerim
qui apartient au Roy de Siam .
Il rapporte que ce Monarque
s'eſt défait de tous les Macaffars
Mahometans , meſme de
leur Prince , dont il envoye
deux Enfans en France pour
eſtre inſtruits dans la foy Catholique
par les Miſſionaires
Etrangers . Il adjoûte que M.
Conftace a eſté fait grandBar-
L 4
250
MERCURE
calon du Royaume de Siam ,
celuy qui poffedoit cy- devant
cette premiere Charge de l'Etat
eftant Macaffar. La Cargaifon
du Navire de M. du Hautmenil
ſe monte à cinq cens
mille écus .
Ie vous parleray le mois prochain
de ce qui s'eſt fait à l'Academie
, le jour de la Feſte de
Saint Louis ,& fuis , Madame,
voftre , &c .
AParis , ce31. Aoust 1687.
:
***********
i
LE LIBRAIRE
au Lecteur.
' USAGE du Thé , du
Caffé & Chocolat , eft
si pratiqué in Europe
depuis quelques années par fon
milité, & nous avons une obligations
particuliere au Scavat Mon
fieur de Blegny , Confeiller Medecin
Artiſte ordinaire du Roy & de
Monsieur,&preposé par ordre de
Sa Majesté àla recherche &verification
des Nouvelles decouvertesde
Medecine à Paris , d'avoir
mis en lumiere un Livre qui traite
de l'usage que l'on doit faire de
ces boiffons er de leurs utilitez ; qué
je croy estre obligé de reïterer que
ce Livre ſe vend à Lyon , chez le
Sieur Amaulry pour 30. fols relié.
L'on donnera à l'avenir le Mercu
re Galant regulierement tous les
Moisle 6. & 7. Iours ceux quivoudront
que l'on leur envoye auront
foin de faire payer par avance 3 .
ou 6. Mois , & affranchiront les
Ports de Lettres . Le prix fera toûiours
de 20 fols chaque volumeque
l'onfournira.
L'on recommencera à diftribuer
le Journal des Sçavans la Semaine
d'aprés la S. Martin.
***
LIVRES NOUVEAUX
du Mois d' Aoust 1687.
Etude Mo
Sfais de Morale &de Poeft
traité des
Devoirs de l'Homme confideré
comme particulier & comme
vivant, en ſocieté de l'origine
des ſocietez civiles , de
l'Autorité des Princes & du
Devoir des ſujets, 12.2.v.30.f.
Ambaſſades de M. le Comte
de Guilleragues & de Monſieur
Girardin auprés du
Grand Seigneur avec pluſieurs
Pieces curieuſes , tirées des
Memoires de tous les Ambaffadeurs
de France à la Porte ,
qui font connoiſtre les avantages
que la Religion , & tous
les Princes del'Europe ont tiré
des Alliances faites par les
François avec Sa Hauteſſe ,depuis
le Regne de François I. &
particulierement ſous le Regne
du Roy , à l'égard de la Religion
; enfemble pluſieursDefcriptions
de Feſtes , & de Cavalcades
à la maniere des
Turcs , qui n'ont point encore
eſté données au Public , ainſi
que celle des Tentes duGrand
Seigneur , in 12. 20.f.
Philofophia vetus & nova
Colbert , 12.6.v.9.liv .
Le Code du Conſeil ou Reglement
concernant la procedure
du Confeil Publié le
luillet 1687. in 24. 15. f.
Oraiſons Funebre de Monſeigneur
le Prince , par le R.P.
Bourdalouë prononcé en 1687
in 4. 30. f.
Remarques fur la Langue
Frat coiſede M. de Vaugelas ,
utiles àceux qui veulent bien
parler& bien écrire, nouvelle
edition revûë& corrigée avec
des Notes par M. de Corneille
de l'Academie Françoiſe , 12.
2. vol. 4. liv. 1o. fols .
Le Malheur de l'Amour , où
Leonord d'Yvré , 12. 30.fols.
Difcours fur les Anciens de
M. Longe - Pierre Autheur de
l'Anacreon , 12.25. 1.
Continuation des Eſſais de
Morale , contenant des Reflexions
Morales ſur les Epîtres
& Evangiles depuis le Dimanche
de l'Octave de Pâque jufqu'au
dixieme Dimache,apres
la Pentecôte , par M. Nicole ,
12.2.v.5.1 .
Vnité de l'Egliſe où refutation
du Sisteme parM. Nicole.
in 12. 50.f.
L'on continue à diſtribuer
les Obſervations des Fiévres
de feu M. Spon , troifiéme édition
, 12.20 . f..
:
Le Voyage de M. le Chevalier
Chardin , en Perſe & aux
Indes Orientales par la Mer,
Noire & par la Colchide , qui
contient le Voyage de Paris à
Iſpahan avec 18. grandes figures
en tailledouce, 12. 2.v. 4.1 .
Toutes les oeuvres de M.Varillas
ſe diſtribuenc chez le
Sieur Amaulry , à Lyon , Sçavoir
,
Hiſtoire de Charle - Neuf ,
in 4. 2. v. 12.1.
Idem in 12. 3. vol. 3. 10 .
Hiſtoire de François premier
in 4.2 . vol . 12 ..
-Idem in 12. 4. v. 6. 1.
• Education d'un Prince , 12.
2. v. 3. liv.
i
L'Hiſtoire des Hereſies , in
4. 4. vol. 24.1.
Idem 12. 8. v. 14. liv..
Réponſe de M. Varillas àM.
Burnet, in 8.3.1.
Et dans un Mois l'Hiſtoire
de Loüis douziéme, 4.3.v.18.1 .
Idem , in 12. 6. vol. 11.1 .
2
!
!
P
Extrait du Privilege du Roy.
Ar Grace & Privilege du Roy , donné à
Chaville le 18.Juillet 1683. Signé , Par
leRoy en fon Conſeil JuNQUIERES. Ileft.
permis à I. D. Ecuyer , Sieur de Vizé de
faire imprimer tous les Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , contenant
pluſieurs Pieces , Relation , Hiſtoires Avantures
, & autres Ouvrages hiſtorique , curieux
& galans , pour la fatisfaction de
nôtre cher & tres amé Fils LE DAUPHIN ,
pendantle temps & eſpace de dix années
à compter du jour que chacun deſdits
Volumes ſera achevé d'imprimer pour la
premiere fois : Comme auſſi défenſes ſont
faites à tous Libraires , Imprimeurs Graveurs
&autres , d'imprimer graver & debiter
ledit Livre ſans le conſentement de
l'Expoſant,ny d'en extraire aucune Piece,ny
Planches ſervant à l'ornement dudit Livres
mefine d'en vendre ſeparément,& de donner
à lire ledit Livre ; le tout à peine de fix
mille livres d'amende contre chacun des
contrevenans , & confiſcation des Exemplaires
, contrefaits ; ainſi que plus au long
I eft porté audit Privilege .
Registréfur le Liure de la Communauté le 14
Septembre 1683 .
Signé ANGOT , Syndic .
Et ledit Sieur 1. D. Ecuyer , Sieur de
Vizé , a cedé & tranſporté ſon droit de
Privilege à Thomas Amaulry , Libraire à
Lyon , pour en joüir ſuivant l'accord fait
entr'cux.
:
Avis pour placer les Figures.
L
'Air qui commence par ,
Rien n'approche de la peine ,
doit regarder la page 75 .
LaMédaille doitregarder la
page 118 .
L'Air qui commence par, Iris
n'est plus, mon Iris m'eſt ravie,doit
regarder la page 220 .
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le