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1687, 07 (Lyon)
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Texte
Illuſtriſſimus
Archiepifcopus &Prorex Lugdunenfis
Camillus de Neufville Collegio SS .
Trinitatis Patrum Societatis JESU
Teſtamenti tabulis attribuit anno 1693 .


ג
1
Penitence fourenuë par les Oracles de
P'écriture fainte ,par la doctrine des
Conciles , & par les ſentimens des Pe-
Tes de l'Eglife & des Theologiens ,
in 4.207.16.11.одтой з
Défence des nouveaux Chrétiens &
des Miſſionnaires de la Chine,du Japon
&des Indes contre deux Livres intitulez
la Motale pratique des Jefuites
&l'efprit de M.Arnaud , 12.40.
Les grandes veritez du Chriftianifme
qui donnent la methode debien
vivre& de bien mourir , par le R. Pere
Bal de la Compagnie de Jeſus , 12.20.f.
Breve Inſtruction pour parvenir
feurement à la perfection , in 12. 12.f.
Tabularum Astronomicarum pars
Priorde motibus Solis & Luna,nec- nom
de pofitione fixarum ex ipfis obfervationibus
deductis : cum ufu tabularum cui
adjecta eft Geometrica Methodus compurandarum
Eclipsium perfolam triangulorum
analysim ad meridianam Pari
fienfem Autore Pb. de la Hire ,Regio
Mathofeos Profeſſore ,&Regia ſcientiarum
Academiaſocio , 4.3.1.
Et dans huit jours fans manquer le
Louis douze de M.Varillas, 4.3.0.18.2
LIVRES DE MUSIQUE
de la Compoſition.de ...
Monfieur de Bacilly. Bacill
I
ena Ly vings ,moitié gravezau
Burin , moitiéde l'impreſſiondu
Sieur Ballard. Lesdix gravezfont
enfort petit nombre depuis qu'il en
aeffacé toutes les planches. Iln'ena
faittiverqu'une ving-tainede cha
queforte pour ceux qui voudrontprofiter
de l'occaſion de les avoir, bien
plus corrects qu'ils n'étoient , & en
bien plus beau papier. Ily ena auffi
une trentaine de chacune des dix
fortes de l'impreſſion du ſieur Bal-
Lard, quiferont un jour fort recherchezàcause
des Airs Bachique en
maniere de Baffe, dont il est l'Inventeur
,& où l'onfait qu'ilaexcellé.
Outreces vingt Livres d'Airs,
!
il en a encore environ une trentaine
de Livres defon admirable Art de
chanter , & un grand nombre des
douze Recueils Nouveaux de Vers mis
en chant. Tous ces livres ſe vendent
au Palais chez le fieur de Lugnes &
leficur Guerout Libraires , & chez
l'Autheur ruë S. Antoine , dans
une Porte Cochere , qui est entredeux
Boutiques de Lingeres vers
l'Hostel de Suilly ,
Le même Monsieur de Bacilly as -
vertit qu'il a une Bibliotheque à
vendre de toutes fortes de livres de
Musique, Italienne, Latine &Fran
çoise , in quarto au nombre de
plus de cent Volumes , à trois , à
quatre ở à cing parties même les
Ouvrage du vieux Boiffet , de Gue
dron , de Moulinié,comme auffi tou---
tes fortes de Livres d' Airs de differens
Autheurs , dont les trois premiers
ne se trouvent plus chez le
fieurBallard,& autres Livres de
Richard , Chastelet , des Rofiers ,
Sicard, Cambofort ,Hotman , Cambert,&
tous les Livres de Chan-
Sons àdanser&àboire , depuis l'an
1622.jusqu'à lapresenteannée,plufieurs
Opera tant notezqu'en feuille
, & pluſieurs livres à Vignerte ,
reliez, en Marroquin , pour écrire de
la Musique &de la Tablature .


807156
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
JUILT 1687 .
LYON 13
LA
MON
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY , rue
Merciere , au Mercure Galant.
M. DC. LXXXVII.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
Avispour placer les Figures.
L
ence par ,
Bocage,
Air qui commence
Tout charmantdans ce
doit regarder la page 58 .
Le Portraitdu Comte Teке-
ly,doit regarder la page 1 23 .
L'Air qui commence par,vaftes
deferts, Bocagesfombres ,doit
regarder la page 236.

Υ ΓΛΟ
501YAMA ZГАМОНТ О
BUTEORDN KUR
LE LIBRAIRE
au Lecteur.
T
E croyois cher Lecteur
vous envoyer aujourd'huy
la réponſe de Monfieur
Varillas, au Sieur Burnet
in octavo , mais ce ne ſera que dans
huit jour le prix ſera 3.1. & dans un
mois vous aurez l'Hiſtoire de Louis
douziéme en trois volumes in quarto
auſſi de Monfieur Varillas, pour 18.1.
&enfuite indouze.
LIVRES NOUVE AVX
du mois de Iuillet 1687 .
ISTOIRE Metallique
HRepublique d'Hollande,de
f
la
Monfieur Bizot, avec plufieurs figures
en taille douce în folio , 15.1.
7
Sonfucius Sinarum Philofophus
five fcientia finenfi Latina expofita
jufſu Ludovici Magni folio , 10.1.
aa
L'Etat preſentde la puiſſanceOntomane
, avec les cauſes de fon accroiffement
& celles de fa décadence
par le Sieur Vigau , indouze , 30.f.-
Relation du Voyage de Monfieur
le Chevalier de Chaumont à la Cour
du Roy de Siam,avec pluſieurs figures
en taill e douce troifiéme Edition, indouze,
30.f.
La ſuite des Herefies de Monfieur de
Varillas tome 5. 6. 7. & 8. indouze
4.v. 7.1. Les quatre premiers tomes ſe
trouvent auſſi dans la même boutique
pour 7. 1. & inquarto les quatre volumes
24.1. :
Le Voyage du Roy à Luxembourg
fait au mois de Juin dernier , indouze
20. f.
L'on continue avec ſuccez à diſtribuer
le Voyage de Monfieur le Chevalier
Chardin en Perſe par la Mer
noire, avec dix huit grandes figure en
taille douce tout recorrigé d'un nombre
de faute qui s'étoit faite en Hollande
& augmenté de remarque qui
font à chaque page en deux volumes
indouze, 4.1 .
Vous aurez auſſi dans un mois le
diſcours fur les Anciens de Monfieur
de Longepierre Autheur de l'Anacreon.
Ceux qui prendront tous les
Mercures cy - devant ou une bonne
partie d'iceux , ou bien au deſſus de
cinquante volume à la fois l'on leur
en accommodera à un prix raiſonnable.
TABLE.
D
Relude. I
Remontrancede la Déeffe Pallas au
Roy pour l'établiſſement des Cadets du
Parnaffe. 7
21
Lettres Patentes du Roy pour l'établis
fement de l'Academie d'Angers.
Lettre de M.de la Hire, de l'Academie
des Sciences , touchant une nouvelle
formedeBoufſole. 29
Ce qui s'est passé cette année aux Jeux
Floraux qu'on celebre tous les ansà
Toulouse , avec les Pieces qui ont remports
le Prix , &les noms de ceux qui
lesontfaites. 48
Description des ceremonies qui s'obſerventà
Avignon àla reception des Re-
Eteurs des penitens Blacs dontpluſieurs
de nos Rois ont este ,& celle qui s'est
faite cette annéeàla reception deM.
Brancas, Marquis de Villeneuve. 58
Suite de la Medecine universelle,& l'art
deprolongerſa vie. १०
TABLE.
Ceremonies faites en la Villed'Argen
Jan.
Medaille du Comte Tekeli.
116
123
Vers en faveurdes infidelles. 124
Réponſes aux mesmes Vers. 127
Histoire. 130
Ehtraits des deux dernieres Oraiſons
funebres prononcées à la gloire de feu
Monfieur'le Prince. 161
Sonnet fur la mort chrestienne de ce
Prince. 180
Services faits pour le repos de l'Ame de
I feuM. le DucdeSaint Aignan. 181.
Divers Ouvrages sur la mort de ce
Duc. 201
Article tiré de la République des Let
tres dumois deMay. 191
Mariagede M.le Comte de Mailly
mine
de Mademoiselle de Sainte Her-
Prixdonnépar leRoy. 200
Nouveaux Tableaux de M. Vandermenlen
204 راد
Nouvelle Fille d'honneur de Madamed
on a 206
Mariage de Mademoiselle de la Motte-
Caffare 207
TABLET
+
Effetsfurprenansdel'Effence Vulneraire
de M. Leviez . 212
Mort de M. d'Aubeville.218
M. du Pré est nommé Envoyé Extraordinaireà
Genes. 28
Morts. 220
M. l'Abbé Amelot de la Dorade eft recen
President en la troifiéme Chambre
des Enquestes.
:
229
M.Feydeaude la Calende est recenPrefident
en la quatrième Chambre des.
Enquestes. 230
Noms de ceux qui ontdeviné lesEmgmes.
Enigmes.
Livres nouveaux.
Nouvelles de Hongrie...
2231
.234
236
247
Gouvernemers donnez par le Roy
251
Entrée de M. l'Ambassadeur de Savoye.
banob 2535
Voyagedu Roy àMaintenon. 254
Apostille contenant les dernieres Nonvelles
de Hongrie , la mort du Cardinal
Sluze , l'Entrée du Generaldes
Kaites calls four shop254
٢٥٠
MERCURE
GALANT
TELUR
3
JUILLET 1687 .
د
YON
*
OUS avez raiſon ,
Madame deme
dire , que quoy que
je vous parle tous les
EVILLU
mois du Roy , je ne vous repete
jamais la meſme choſe. Je
n'en merite pas plus de gloire,
puis que la matiere ne me fait
de peine , ny à trouver , ny à
embellir. Ce Prince en qui l'on
Fuillet 1687. N
2 MERCURE
découvre tous les jours un enchaiſnement
miraculeux de
toutes les vertus politiques &
morales , qui font ſeparément
les grands hommes , & qui
eſtant réünies en ſon auguſte
Perſonne , luy ont acquis le
furnom de CRAND , d'un conſentementſi
general , ce Prince,
dis - je, qui faiſant l'admiration
de toute la Terre , auroit
tant de lieu d'eſtre content de
luy-meſme , ne laiſſe pas d'ajoûter
ſans ceſſe aux prodiges
de ſa vie quelque action extraordinaire
, inconnuë aux Siecles
paſſez auſſi-bien qu'au
noſtre . La forte envie qu'il a
que la plus exacte juſtice ſoit
renduë à ſes Sujets , ſon extrême
defir de leur procurer
du bien , ſa bonté qui a ſi ſouvent
paru en leur faveur dans
GALANT. 3
des occafions où ſes intereſts
eſtoient bleſſez , fon application
à travailler à leur repos
& à leur gloire , ſa delicateſſe
genereuſe pourtout ce qui les
= regarde , & fon tendre amour
- pour eux , luy font imaginer
- des choſes nouvelles pour leur
-
-
τ
foulagement & pour leur tran-
- quillité. Il les inventeen homme
de bien , il les examine en
Pere de ſes Peuples , & il les
- fait executer en Roy qui les
e
.
S
2
aime. Vous vous doutez bien ,
- Madame, que l'action extraor
- dinaire dont je vous veux paruler
ce mois- cy , regarde là nơa
mination des cinq Conſeillers
d'Estat , & des cinq Maiſtres
- des Requeſtes , que ce Prince
a faite il y a déja quelque
temps , pour aller s'informer
■ s exactement de l'eſtat des Proer
--
A 2
4
MERCURE
vinces , & de la conduite de
ceuxqui font employez à la recepte
de ſes droits , & pour
recevoir tous les avis qui
pourront caufer quelque avantage
à ſes Peuples , afin qu'aprés
leur retour , Sa Majesté
puiſſe faire fur ce qu'ils luy
raporteront , tels reglemens
qu'elle croira neceſſaires.
Quoy qu'apparemment vous
ſçachiez déja les noms de ces
dignes Magiſtrats,je ſuis obligé
de les mettre icy , afin que
rien ne manque à mes Lettres ,
que je ſçay que vous gardez
comme une fuite d'Hiſtoire .
Monfieur Voisin , Confeiller
d'Etat , & Monfieur Voiſin
de la Noiraye ſon Neveu , ont
eſté nommez pour les Generalitez
deChâlons ,de Soiffons ,&
d'Amiens ; Monfieur le PelleGALANT..
5
-
,
Z
د pour celles de
tier, Confeiller d'Etat,& Monfieur
d'Argouges , Maiſtre des
Requeftes
Roüen , de Caën , & d'Alencon
, Monfieur de Pomereu ,
( Confeiller d'Etat, & Monfieur
de Pomereu fon Fils , Maiſtre
des Requeſtes , pour celles de
Bourges , de Moulins ,&de
Lyon ; Monfieur de Ribeire,
Conſeiller d'Etat , & Monfieur
de Chamillard , Maiſtre des
- Requeſtes , pour laGeneralité
de Poitiers , & pour les Eletions
d'Angouleſme , de S.
Iean d'Angely , de Xaintes &
de Cognac & Monfieur d'Agueſſeau
, Conſeiller d'Eſtar,
avec Monfieur d'Ormeſſon ,
Maistre des Requeſtes , pour
toutes les Elections de Touraine
& du Maine. Il y a fi
long- temps qu'on voit faire
n
1t
a-
&
A
A 3
6 MERCURE
des actions extraordinaires au
Roy , & on y eſt ſi accoutumé,
que l'une faiſant oublier l'autre
, on n'y fait pas toutes les
reflexions qu'elles meriteroient,
& qui les feroient trouver
beaucoup plus confiderables
. C'eſt ce que j'ay le bonheurde
faire en vous les marquant,&
ce qui me fait continuer
mes Lettres avec un fi
grand plaifir.
- Les Vers qui fuivent meritent
voſtre curiofité , & par le
titre qu'ils portent , & par le
nom de MonfieurMagnin qui
en eſt l'Autheur. Vous ſçavez
qu'il eſt de l'Academie Royaled'Arles,
& que fa Muſe , qui
a toûjours le Rov pour objet,
en a fait ſouvent l'Eloge .
GALANT. 1
REMONTRANCE
de la Déefle Pallas
A LOUIS LE GRAND ,
Pour l'établiſſement des
Cadets du Parnaffe .
VERS LIBRES.
Grand Roy,dont la ſageſſe égale
la vaillance ,
JeSuis entre les Dieux , sage , &
guerriere auffi;
Nous avons donc erſemble affez
d'intelligence ,
Pour me perfuader que fur la remontrance
,
Qu'en faveur des beaux Arts je
viens te faire icy ,
Tu pourvoiras par ta prudence .
A 4
8 MERCURE
Jeſçay tous tes Exploits guerriers,
Comme leur gloire m'a charmée ,
Pour en consacrer les Lauriers ,
Jeſeconde la Renommée.
F'admire avec tout l'Univers
Et ta puiſſance redoutable ,
Et ces ménagemens divers ,
Qui ſur laTerre,&fur les Mers
Font craindre & reverer ta force
incomparable.
Ta vaillance n'est pas unvain emportement
,
Qui detes premiers ans aitſignalé
l'histoire ;
Vne conduite égale a ménagé ta
gloire ,
*
De l'Aurore au Midy tout brille
également .
Tout estsi merveilleux , qu'à peine
on le peut croire.
GALANT.
9
Est-il quelque établiſſement
Que n'ait imagine ta fage prévoyance
Pour faire ſubſiſter ce terrible armement
,
Qui montre à l'Univers jusqu'on
vala puiſſance
D'un Roy qui ſçait userde celle de
La France?
Ces Cadets qu'on éleve à l'honneur
des Combats ,
Cette jeunesse guerriere
Qui brille fur ta Frontiere ,
D'officiers & de Soldats
Ne reffemble -t -elle pas
L'immortelle pepiniere?
Tout est contraint deformais
De te demander la Paix.
Hé! le moyen , grand Roy , qu'on te
faffe la guerre?
A
10 MERCURE
Quels Ennemis fi fiers ne ſont pas
alarmez ,
De voir les Combatans te naiſtre
tout armez ,
Comme ceux de Cadmus fortirent de
la terre ?
Le Champ de Mars pour euxn'est
point un air nouveau .
Non , c'eſt le premier que reſpire ,
Viu fortir de l'enfance , & même
du berceau ,
La Nobleffe de ton Empire.
Enfin , ſous ton regne , Grand
Roy
Tout répond dignement àmon humeur
guerriere ,
Ta conduite est d'une maniere
Qui ne me laiſſe rien àdefirer de
toy.
GALANT. 11
Mais encor que jefois fortement attachée
Atous les interests de Mars ,
De la gloire des beaux Arts
Ie ſuis également touchée.
Ils fervent àlatienne , &tes Lauriers
fi verds ,
Sans la fidelle culture
De l'Eloquence&des Vers ,
Ne s'éleveroient pas en mille endroits
divers ,
A cette hauteur fansmesure
Qui les montre à tout l'Univers.
IeSçay que ta grandeurfuprême
N'a pas besoin de ces fecours ,
Que tune la dois qu'àtoy- même.
Et qu'elledurera toûjours ;
Maisà quelque degréde gloire
Que le Hercs puisse monter ,
A6
12 MERCVRE
Bien loin de negliger les Filles de
Memoire ,
Elles ont droit de le chanter ;
Mesme elles se peuventvanter
Qu'on leur doit tout ce que l'Hi-
Stoire
Ade plus noble à raconter,
Et c'eſt auſſi ce qui t'anime
Ales rétablir dans leurs droits ,
Et leurmarquer en mille endroits
Ton agrément & ton estime.
Tu les loges dans ton Palais ,
Tu les fais honorer dans desAcademies
;
En nul endroit du monde on ne les
vit jamais
Si riches ,si bien affermies.
De toutes parts les beaux Ffprits
Qui de ton Regneheureux meditens
les merveilles ,
GALANT.1
13
Chaque jour , chaque instant , par
leurs doctes écrits
Font voir que testravauxfont l'objet
de leurs veilles .
Tu Soûtiens dignement leurs applications
Par des graces, des penſions ,
Quel Monarque jamais leur en fit
de pareilles ?
Porter & l'entretien , & les frais
des beaux Arts
Auffi haut que ceux de la Guerre ,
Il neferoit pas juste , &l'on fait
:
bienqueMars
Fait un grandfracasfur laterre ,
Que dans un modefte repos
Vne Plume Seavante , & toûjours
occupée,
Doit bien moins couter au Heros
Dontelle décrit les travaux ,
Qu'un Guerrier qui tire l'Epée.
14 MERCVRE
Mais ne pourrois-tu point , &mes-...
me à peu de frais ,
Prendre soin de ces voix heureuſes
&divines ,
Qu'il ſemble que le Ciel veut former
tout exprés
Pour chanter les vertus, pourchan.
ter les hauts faits
Des Heros & des Heroïnes ,
Etqu'on voit au milieu d'une abondante
Paix ,
Languir comme une plante à faute
de racines?
Quelquefois pour les foûtenir
Il ne faudroit que l'influence
D'une mediocre dépense ,
Et c'est dont je voudrois te faire
Souvenir ,
Pour confommerr ta gloire,&
de la France ,
colle
GALANT .
15
2.
Enfin pourm'expliquer unpeu plus
clairement ,
Les Muſes parma voix te demandent
la grace
De faire un établiſſement
Où l'on puiſſe élever des Cadets du
Parnasse,
Où mille beaux Esprits qui malheureusement
Naiſſent & vivent pauvrement ,
Au lieu de s'abrutir , puiſſent pren .
dre laplace
De tant d'autres qu'on voit s'éteindre
à tout moment.
Si ton Predeceffeur,lefameux Charlemagne
,
pour avoir étably cette Vniverſité,
Qu'un meritesi pur, fi folide accompagne
,
16 MERCURE
Dans tout le monde est plus vante
Que par tous ſes travaux & de
Saxe , & d'Espagne ,
Quellegloire pourtoy dans la postevités
Quand tous les beaux Efprits que
le Ciel fera naiſtre ,
Chanteront,C'eſt LOUIS, le plus
grand des Mortels ,
Qui nous fait briller & paroître
,
Nous ne brûlons d'encens qu'à
fes facrez Autels .
Ouy , fans luy le talent d'une
heureuſe naiſſance
Seroit enfevely fous la triſte
indigence
Où nous tõbâmes en naiſſant.
Graces au Monarque puiſſant ,
Dont la royale prévoyance
Alla fi loin dans l'avenir ,
Une favorable influence.
Vint àpropos nous foûtenir .
GALAN Τ .
17
Ce font ces beaux Esprits dont les
voix immortelles
Long-temps aprés la mort raniment
bes Heros;
Leurs Conquestes & leurs travaux
,
Leurnom, toutperiroit ſans elles.
Quand Auguste élevoit defuperbes
Palais ,
ContemplantSa grandeur dans une
heureusePaix ,
Auroit-il présumé du faiſte de la
gloire,
Que pour consacrerfa memoire
Tous fes projets estoient inutiles &
vains ,
Et qu'un jourſa ſuperbe Ville
En apprendroit moins aux humains
Que l'Encide de Virgile ! ...
18 MERCURE
Tu fais voir à ton tour , dans mille
baſtimens ,
Et ta grandeur & ta paiſſance ,
Mais tu dois craindre que le
temps ,
De ces superbes monumens
N'effare la magnificence .
Sur la face de l'Univers ,
Par tant de changemens,de ravages
divers ,
Ah! qu'ilvoit élever &tomber de
murailles?
Sans ton heureux deſtin , peut- estre
que les Vers
Qui pour chanter ton nom forment
tant de Concerts ,
Dureroient plus que ton fameux
Versailles.
Voilà ce que l'amour de ta gloire
aujourd'huy.
GALANT.
19
ل
t
M'inspire de te dire à l'honneur du
Parnaffe;
Au Champ de Mars, quoy que l'on
faffe ,
SansfonSecours , Sans fon appuy
Tout s'évanouit , tout s'efface.
Prens ſoin de faire cultiver
Tant de jeunes espritsqueforme la
Nature,
Et qui ne sçauroient s'élever
Sans cette Royale culture.
LesMuſes chanteront ta liberalité,
Elles en rendront compteàlaposte
: rité,
Mille cris foutiendront leurs graces
immortelles ;
Et tout Heros qui tendà l'immortalité
,
Apprendra de LOVIS , qu'on n'y va
quc par elles.
:
Je vous ay parlé de l'établiſ
20 MERCURE
ſement de l'Academie d'An-.
gers , & vous ay donné une
deſcription de la Feſte qui fe
fit à ſon ouverture , que l'on
peut dire qui fut folemnelle ,
puisque toute la Ville s'y trouva
,& fe montra toute en joye.
Vous y avez vû l'Eloge du
Roy , dans lequel vous m'avez
dit que vous aviez remarqué
quantitéde penſées nouvelles ,
& c'eſt beaucoup , lors qu'il
s'agit de parler du Prince,dont
les loüanges ſont dans la bouche
de toute l'Europe. Ma Lettre
du dernier mois vous apprit
tout ce qui s'eſtoit paſſe
dans la diſtribution des Prix
de la meſme Academie. Comme
il ſe fait beaucoup de Societez
de Gens d'eſprit qui
s'aſſemblent en de certains
1
jours reglez , pour ſe faire part
;
21 GALANT.

1
e.
U
Z
les uns aux autres de leurs
connoiſſances ſur les belles
Lettres , vous me mandez
que l'on a douté dans, voſtre
Province , que malgré
tout ce que je vous ay écrit de
l'établiſſement de l'Academie
d'Angers , elle fuſt autre choſe
qu'une Societé de cette natuere,
c'eſt à dire , une Aſſemblée
volontaire de Perſonnes ſça-
11 vantes , dont les conferances
eſtoient ſeulement autoriſées
par les Magiſtrats. Ceux qui
ont ces ſentimens luy font inp-
juſtice , la lecture des Lettres
Te Patentes que Sa Majesté luy
a accordées , les détrompera.
S
1-
t-
Pix
m 1En voicy les termes .
qu LOUIS par la grace de Dieu,
Roy ins de France&de Navarre,
an à tous preſens & avenir , Salut.
22 MERCURE
Les Sciences &les Arts estant les
principaux Instrumens de la vertu,
& les marques les plus illuftres de
la felicité d'un Etat, Nous ne nous
fommes pas moins appliquezà les
faire fleurir au dedans de noſtre
Royaume , qu'à faire craindre nos
Armes an dehors. Nous voyons avec
plaisirlefuccés de nos ſoins dans un
nombre presque infiny de Perſonnes
Savantes , qui sefont élevées fous
nostre Regne , & qui mesme ont
furpaſſe ce qu'ily a eu de plus excellent
dans les autres Siecles . Les
Academies qui font établies dans
noſtre bonne Ville de Paris , & dans
quelques autres Villes de nostre
Royaume, n'ont pas peu contribué
àen augmenter le nombre ; &à les
perfectionner , parce que ceux qui
les composent conferant ensemble
dans des Afſsemblées reglées , s'exGALAN
T. 23
ز
citent reciproquement au travail
par le defir de s'égaler&de sefurmonter
, s'inſtruisent par la com.
munication de leurs lumieres , &
font naistre dans le coeur des autres
une noble émulation de se
rendre dignes de remplir quelque
jour ces places d'honneur. C'est
pourquoy defirant continuer des
établiſſemens si avantageux aux
Lettres , & d'ailleurs estant bien
informez que nostre Provinced'Anjou
est une des plus abondantes de
nostre Royaume en bons Esprits ;
qu'elle a produit dans tous les
temps des Personnages d'unſcavoir
éminent , dont les Ouvrages
font encore aujourd'huy l'ornement
des plus riches Bibliotheques , &
que dans la Ville d'Angers , la Capitale
de la Province , il y a une
Univerſité fameuse & une Ecole
24
MERCVRE
publique de Mathematiques , d'où
ilfort tous les ans divers Sujets capables
des plus hautes connoiffances
, Nous avons loüé le deſſein de
pluſieurs Personnes studieuſes de
ladite Ville d'Angers , qui defirant
Se perfectionner dans les Sciences,
nous ont demandé la permiſſion de
conferer enſemble de leurs Etudes
dans des Affembléesreglées ,fous le
titre& la Discipline d'une Academie
; & pour leur donner moyen
d'accomplir une ſi loüable entrepri-
Se. Nous avons bien voulu autoriſer
leurs Assemblées , permettant qu'il
Soit fait des Statuts & Reglemens
pour la police qui doit y estre gardée
; & gratifiant ceux dont cette
Academie fera composée , de quelques
témoignages honorables de
noſtre bienveillance . A CES
CAVSES , & autres à ce nous
mouuant , de noſtre grace ſpeciale ,
pleine
GALANT.
25
ل
pleine puissance & autorité royale ,
Avons permis , approuvé & autorisé
, permettons , approuvons
autoriſons par ces Preſentesſignées
de nostre main , lesdites Aſſemblées
- & Conferences ; Voulons qu'elles
Soient faites & continuées à l'avenir
dans noſtredite Ville ,Sous le
nom de l' Academie Royale
d'Angers , que le nombre des Per-
- Sonnes qui composent laditeAcademie
, ſoit fixe & limité à trente ,
outre ceux qui pour raison de leur
dignité pourront y avoir entrée&
place honorable ,ſuivant les Statuts
& Reglemens cy- attachez fous le
-- contre-Scel de noſtre Chancellerie ,
tque Nous avons approuvez &au-
1. toriſez , & tous autres qu'ilfera
dt neceſſaire faire , Sans qu'ilsoit be-
S Soin d'autres Lettres de Nous que
us lesdites Presentes , par lesquelles
1
ne
Nous confirmons dés maintenant ,
Iuillet 1686 . B
26 MER CVRE
comme pour lors , tout ce qui fera
fait pour ce regard ; Permettons en
outreà ladite Academie d'avoir un
Sceau avec telle marque , figure &
infcription qu'il luy plaira , pour
Sceller tous les actes qui émaneront
d'elle , & voulons qu'ellesoit pour le
preſent composéedes perſonnes dont
la Liste est cy-attachée sous le
contre ſcel , que Nous avons nommées
pour cette premierefois ,laiffant
ausdits Academiciens lalibertéde
remplir les places qui vaqueront
à l'avenir , par la voye de
L'élection conformément ausdits
Statuts , & que lesdits Academiciens
joüiffent des mesmes honneurs
, privileges , franchiſes &
libertez dont joüiffent ceux de l'Academie
Françoise , établie dans
noſtre bonne Ville de Paris, à l'exception
du droit de Committimus.
Si donnons en mandement à
GALANT .
27
1
1
nos amezer feaux Confeillers , les
Gens tenans noſtre Cour de Parlement
audit lieu , & à tous autres
nos Officiers qu'il appartiendra,
que ces Preſentes ils ayent àfaire
registrer , & icelles garder & obferver
selon leur forme & teneur ;
Cartel eſt nostre plaisir. Et afin que
cesoit choſe ferme &stable à tou
jours , nous avonsfait mettre noſtre
Scel à ces Preſentes. Donnéà Verfailles
au mois de fuin l'an de grace
1685. & de nostre Regne le
quarante-troisième. Signé LOUIS.
1 Etfur le reply , Parle Roy, Phelypeaux.
Et à coſté Visa , le Tellier,
pour établiſſement d'Academie.
Signé, Phelypeaux enfuite.
.
.
4. Registrées, oüyle ProcureurGeneraldu
Roy, pour joüirpar les Impetrans
, & ceux qui leur fuccederont,
de leur effet , & estre execu
itéesfelon leur forme& teneurfui-
B 2
28 MERCURE
vant l'Arrest de ce jour , à Paris en
Parlement le ſeptiéme Septembre
1685. Signé, Dongois.
Je me ſouviens que dans l'une
de mes Lettres , je vous ay
nommé les trente Academiciens
dont Sa Majefté a fait le
choix pour compoſer cette
Compagnie . Si vous avez envie
d'en voir les Statuts , je
vous les envoyeray le mois
prochain. Ce que vous venez
de lire fait affez connoiſtre
que ſi l'établiſſement des Academies
eſt une affaire tresſerieuſe
par l'utilité qu'en peut
retirer l'Estat , elle eſt en même
temps fort glorieuſe à ceux
qui y font receus puis que le
Roy veut bien s'en mêler , &
qu'il a daigné agréer le titre
de Protecteur de l'Academie
GALANT ..
29
1.
T
1
te
1
Françoiſe , lors qu'il luy a fait
l'honneur de luy permettre de
s'aſſembler dans le Louvre . Les
découvertes qui ſe font dejour
en jour dans celle qui prend le
nom d'Academie Royale des
Sciences , font voir combien
l'établiſſement en eſt utile.
Monfieur de la Hire , qui eſt
de ce Corps celebre, a écritdepuis
peu de temps une Lettre
forteſtimée touchant une nouvelle
forme de Bouffole . Ie
vous en envoye une copie.
Vous avez auprés de vous des
es Amis ſçavans qui feront bieneux
aiſes de la voir .
ez
re
e
us
lt
A Μ. ***
Ous Sçavez , Monfieur , qu'il
Voun a rien qui donne plus de
$ peine dans les grands Voyages que
l'on fait sur Mer , que la variation
a de l'aiguille aimantée , parce que
T
B 3
30
MERCURE
cette variation est differente dans
tous les endroits du monde , & même
qu'elle change confiderablement
dans un même lieu en divers temps .
Il ſemble que ſi l'on avoit des obſervations
exactes des irregularitez
de cette variation qui euffent
efté faites par toute la terre , &
dans un espace de temps confiderable
, l'on pourroit découvrir quelque
periode de ce mouvement , &
ensuite établir un ſyſteme qui feroit
d'une tres-grande utilisé pour
la navigation. Mais comme, nous
n'en avons des obſervations que depuis
environ unfiecle dans quelques
endroits particuliers , lesquelles
nous ont fait seulement connoiſtre
que s'ily a un mouvement reglé , il
est fort lent , on ne peut rien conclure
de certain pour l'avenir de
tout ce qui a este observé jusqu'à
present. Ce n'est pas que d'une anGALANT.
31
t
.
née à l'autre on ne puiffe s'aſſeurer
- fur les obfervations de cette variation
, puis qu'on a remarqué qu'elle
ne change que de peu de minutes
- pendant une année. Il ne faut pas
- pourtant avoir trop de confiance
furles obfervations que les Pilotes
font de cette variation, àcause des
erreurs groffieres dons ils neſe peuvent
pas aisément garantir car il
arrive ſouvent quefort prés du licu
où est leur Bouffole , ily a beaucoup
de fer qui détourne l'aiguille , &
luy fait montrer un point de l'ho
rison fort different de celuy qu'elle
As marqueroit si elle estoit éloignée de
ce fer; ce qui fait que l'on estime
qu'ily a une variation confiderable
de l'aimanoù il n'y en auroit peutefire
point en effet . Et ilpeut encore
arriver qu'au mesme endroit où
l'onfait cette obfervation dans une
annéeſi dans la fuivante les ines
re
il
1-
de
وا
ن ا م
B 4
32 MERCURE
strumens de fer fe trouvent difpo-
Sezd'une autre manierequ'ils n'étoient
auparavant dans le mesme
Vaisseau ou dans un autre , l'aiguille
montrera une variation fort differente
de celle qu'elle donnoit auparavant.
Et cesfortes de précau
tions qu'on ne prend point fur mer,
peuvent caufer des erreursfortgroffieres
pour les obfervations de la
variation del'aiman bien qu'elles
n'en puiſſent pas faire pour la
conduite du Vaiſſeau car l'aiguille
de la Bouſſole estant détournée d'u
'ne certaine maniere , gardera toû
jours la mesme ſituation à l'égard
du Septentrion , pourven que l'on
nechangepaslefer qui l'environne,
&l'on ne laiſſera pas deſe conduire
fort feurement en suivant à peu
prés un mesme rumb de vent , fi
l'on a obſervécettefauſſe variation
parlemoyen des amplitudes ortives
GALAN Τ .
33
4
A
le
d
מ
l,
76
370
d
du Soleil , comme l'on fait ordinairement.
Il ne faut donc pas esperer
de pouvoir rien établir d'aſſuré fur
les obſervations que nous avons
iusqu'à present , &principalement
Sur celles de mer , qui font les plus
considerables , & c'est ce quim'avoit
porté à rechercher pluſieurs moyens
indépendamment des obſervations ,
pour trouver fur moy la variation
de l'aiman. Mais ayant confideré
que plusieurs sçavans hommes de
ce fiecle avoient proposé diverſes
manieres pour faire des aiguilles de
Boufſoles qui ne fuffent pointsujet...
tes à la variation , & que toutes ces
propoſitions n'avoient point eu d'effet,
je ne jugeay pas qu'après tout
ce qu'ils avoient fais par le moyen
de l'aiman
, on pust esperer d'en
tirer quelque avantage , puis que
l'aiman même estoit suret à cette
variation , autant qu'on le pouvoir
B
34
MERCURE
conjecturer par les experiences qui
avoient esté faites juſqu'alors.
F'avois entierement abandonné
cette recherche , lors qu'ilme tomba
par hazard entre les mains une
pierre (@herique d'aiman de trois
pouces de diametre , dont ayant
voulu me fervir pour faire quelques
experiences avec une petite
aiguille de Bouffole posée sur un
pied que l'on pouvoit aisémentplacerſur
la pierre , j'y obfervay d'abord
ce qui avoit eſté déja avancé
parplusieurs personnes , que ceglobed'aiman
cauſoit aux aiguilles de
Bouffole les mesmes changemens
que l'on a remarquez dans ces ai.
guilles en divers endroits de la terve
, tant à l'égard de la direcțion
vers les deux Poles ; que de l'inclinaiſon
vers celuy qui luy est le plus
proche ; & enfin je reconnus qu'il
n'estoit pas poſſible de trouver le
GALANT.
35

4
?
4
t
$
- .
3
را
:
point où l'aiguille pust estre mife
indifferemment en toutes fortes de
positions , lequel point m'auroit
exactement montré le pole de la
pierre , maisque l'aiguille ſe dirigeoit
toûjours vers quelque endroit.
Ledéterminay par ce moyen, autant
qu'il me fuſt poſſible, le point que
L'on appelle le pole austral ; mais je
fusfort surpris de voir qu'il eſtoit
éloigné de dix -huit degrez d'un
croix fortement gravéefur la pierre
, qui ſuivant toutes les apparences,
estoit cy-devant le pole de cette
pierre, comme ilavoit esté obſervé
par celuy qui l'avoit fait tailler.
Cechangement de poles dans cette
pierre m'ayant rappellé mes premieres
pensées ſur la variation de
l'aiman , j'ay crû que s'il eſloit vray
que les poles de la vertu magnetique
changeaſſent ſur les pierres , com .
me nous voyons qu'ils changent fur
B6
36
MERCVRE
la terre , on pourroit en tirer de
grands avantages pour la variation
des aiguilles aimantées , carfi ce
changement des poles de la vertu
magnetique fur les pierres d'aiman
estoit assuré , & qu'il fust analogue
au changement des poles de lavertu
magnetique de la terre, iln'y auroit
Pas de doute qu'une pierre d'aiman
Spherique estant suspenduë en liberté,
ne demeurast immobile , &
qu'elle n'eust un point qui regarderoit
le pole de la terre , & que l'on
pourroit appeller le veritable pole
de la pierre , pendant que les poles.
de ſa vertu paſſeroient fucceſſfivement
en differens endroits , de la
mesme maniere qu'ils changent fur
la terre. Après avoir fait plusieurs
confiderations sur ce ſyſteme , &
aprés m'eſtre éclaircy de quelques
doutes que j'avois fur la poſition
de lapierre , lors qu'on avoit autreGALANT.
37
fois déterminéfon pole, j'ay reconnu
que ce pole ancien estoit éloigné
du point que j'appelle le veritable
pole, de treize degrez vers l'Orient
dans le lieu où il avoit estémarqué,
&qui ne m'est pas connu , puis qu'il
décline à prefent dans ce pays de
sing degrezvers le Couchant.
Sur ce ſyſteme , auquel je ne
fçachepas que perfonne ait encore
pensé , j'ay inventé une nouvelle
construction d'une aiguille de
Boufſole , qui pourroit avoir les mefmes
changemens qu'unepierre d'aiman
Spherique , & tout ensemble
les mesmes commoditez que les
aiguilles communes.
I'ay fait faire avec un fil d'acier
un anneau de trois pouces de diametre
,duquel partent trois rayons
d'unfil de leton tres delié, qui vont
fejoindre au centre à unpetit chapiteau
entierement semblable à
38 MERCURE
celuy des Boufſoles ordinaires , pour
pouvoirpofer ce cercle fur unpivot
dansſon centre,&pour luy laiſſfer la
libertédeſe mouvoir autour de luymesme,
son centre demeurant im
mobile. L'ay ensuite aimanté ce
cercle d'acier, en preſentant indifferemment
à un de ses points l'un
despotes d'uneforte pierre d'aiman,
&àson point opposé l'autre pole
de la pierre pour donner plus de
vertu à l'anneau. L'ay remarqué
ensuite que cet anneau estoit fortement
aimanté ,&que le point
qu'on appelle le pole austral se dirigeoit
avec promptitude vers le
Septentrion , & qu'il s'arrestoit
enfin aprés pluſieurs vibrations , &
qu'il avoit auſſila meſme inclinai-
Sonvers le pole que l'on remarque
aux aiguilles après avoir esté
aimantées . L'ay ensuite attachéfur
cet anneau une petite Fleurde Lys
GALANT .
39
".
CA
polk
30
de leton à l'endroit qui regardoit
exactement le Septentrion , l'anneau
estant bien en repos.
Si les poles de la vertu de l'ais
manchangentfur la pierre d'aiman
de la mesmemaniere qu'ils font ſur
laterre ,ilsemble que la même cho
Se doit arriver à cet anneau , &
qu'il doit avoir un point quiregardera
toûjours exactement le Septentrion.
Mais pour estre afſuréfi un
anneau d'acier fait les mesmes
fit effets qu'unepierre d'aiman ſpherioint
que ,j'ayfait l'experiance ſuivante.
Ayantaimanté un anneau d'atier,&
l'ayant misfous un papier,
fon j'ayfeme de la limaille d'acierpar
deſſus ; & aprés avoir donnéquelques
petites secouffes aupapier, jay
vú que la direction de la matiere
magnetique paſſoit immediatefor
nal
20
mont au travers de l'anncau d'un
pole à l'autre , & qu'elle faisoit
40 MERCURE
deux tourbillons aux deux coſtez
comme on le remarque à la ſphere
d'aiman , ce qui ſemble assezfurprenant
; car suivant l'hypothese
ordinaire de l'aiman , lavertu magnetique
ayant plus de facilité à
paſſer dans l'acier que dans l'air,
devroit couler des deux coſtez du
pole autour de l'anneau , &feulement
former un pole opposé au premier.
Mais j'ay encore eſté confirmé
dans cette pensée ayant appliqué à
unepierre d'aiman un morceau de
fer plat & pointu comme la lame
d'un couteau , dont la pointedébordoit
au delà de la pierre ; & ayant
preſenté cette pointe à l'anneau
aimanté , j'ay obfervé que divers
points de cet anneau ſe prefentoient
à la pointedu couteau , fuivant les
differens endroits où il estoit appliqué
sur la pierre : ce qui n'arrive
pasà une aiguille aimantée , car
GALANT. 41
۲۰
Y
du
le-
-
ellepreſente toûjours à la pointe du
couteau l'une de ses deux extremi
tez, n'estant pas disposée à cause
desa longueur à recevoir la matiere
magnetique dans tous les points
qui font analogues à ceux de la
pierre. Il faut seulement remar -
quer que la vertu magnetique dans
une pierre irreguliere , fe manifeste
plus fortement vers les angles que
vers les autres endroits ; ce qui
me
peut caufer quelque irregularité
dans tette experience , fi on la fait
avec une pierrefort irreguliere.
ΟΥ-
ant
ead
Ces experiences m'ont donné la
all curiosité d'en faire une autre , en
aimantant deux demy - anneau
Jell d'acier ; & ayant joint les extrejet
mitez aimantées par les mémes
les poles , j'ay remarqué ſur la limaille
plle d'acier le mesme effet que dans l'anneau
. Mais ayant joint les extre-
Gal mitezdiverſſement aimantées, j'ay
42
MERCVRE
trouvéd'abord que ces deux demy.
anneauxſe ioignoient enſemble, en
s'attachant l'un à l'autre ; &par
la limaille d'acier feméesur lepa .
pier i'ay reconnu qu'il se faisoit
alors quatre tourbillons deux dans
le milieu de chaque demy- cercle ,
& deux autres à l'endroit où ils
estoient joints ; & que ceux qui se
formoient dans ces deux endroits.
estoient plus petits que les autres ,
& beaucoup plus forts. J'ay trouvé
auſſi qu'il y avoit quatre poles , dont
chacun estoit entre chaque tourbillon
, & que chacunretenoit dans
fon demy- cercle la vertu des extremitez
des demy -anneaux.
Ie voulus eſſayer , après avoir aimanté
un fil d'acier tout droit, d'en
former un anneau , mais je trouvay
qu'il avoit perdu entierement
fa vertu ; ce que l'on ne peut pas
attribuer à la jonction des poles ,
GALANT. 43
qui devroient s'attacher enſemble
felon les autres experiences que l'on
ena , mais seulement à ce qui en a
déja esté remarqué , que lors qu'on
ploye un peu une verge aimantée ,
elle perd ſa verta , ce qui ne peut
arriverque par les changemens des
pores de l'acier.
L'ay encoreremarqué qu'un anneau
d'acier ayant este aimante
conferve fort long-temps sa vertu ,
quoy qu'il soit mis en poſition contraire
à ses poles. Et cette expe-
- rience est confirmée par une autre
qui est beaucoup plus confiderable :
- c'est qu'un anneau d'acier ayant esté
aimanté avec une forte pierre d'ai.
man ne peut recevoir qu'avec
peine une vertu contraire , estant
- touché avec une pierre d'aiman
moins forte que la premiere ; mais
qu'enfuite il reprend peu àpeu sa
premiere vertu , à peu prés comme
,
44 MERCURE
font les pierres d'aiman , qui eftant
approchées d'une pierre d'aiman
par les poles de même dénomination
, perdent leur premiere vertu
pour en prendre une contraire , la
quelle ils perdent enfuite peu à peu
pour reprendre la premiere .
-
Après que j'eus preſenté à l'Academie
ce nouveauſyſteme de l'aiman
, on fit quelques experiences
Surunglobe d'aiman à peu près de
même diametre que le mien , mais
dont les poles n'estoient pas diame
tralement oppoſez , &fur un demy
globe beaucoup plus gros que le gło
be. Nous n'y remarquâmes pas une
difference fort confiderable pour le
changement des poles : neanmoins
à cause de quelques circonstances
particulieres ,la Compagnie iugea
qu'il estoit àpropos defaire des experiences
de cette nouvelle constru
Etion d'aiguille de Bouffole.
GALANT.
45
Si l'on portoit de ces fortes de
Bouſſoles dans des lieux fort éloi
gnez , où l'on ſçait que les aiguilles
aimantées ont une grande variation
, on pourroit s'affeurer en peu
de tempsſi cette hypotheſe eſt vraye,
&ſi l'on en peut attendre les avantages
que j'ay conclu du ſyſteme de
= l'immobilité d'une sphere d'aiman
Suſpenduë en liberté.
e
e.

0-
nt
Il ne me reste plus qu'à expli.
is quer de quelle maniere on peut aimanterde
nouveau ces aiguilles cir
culaires , lors qu'on s'aperçoit qu'elles
ont un peu perdu de leur premie
re vigueur. Suivant cette hypothefeil
est évident que si l'on ne touche
pas le cercle par le point qui
répond à celuy de lapierre,ſuivant
la variation qu'elle a , la petite
Fleurde Lys qui marquoit le veritable
pole , pourra s'en détourner un
peu,&la difficulté qu'ily auroit
ns
mes
en
X.
2
46 MERCURE
de trouver les points correspondans
fur l'anneau&fur la pierre , feroit
qu'on ne pourroit pas aimanter le
cerclede nouveau , Sans y prendre
beaucoup de foin , & fans avoir
auparavant obſervéune ligne miridienne.
Mais pour éviter toutes
ces difficultez , il fautSeulement
approcher de l'anneau les
poles de la pierre , & l'anneau qui
eſtſuſpendu ſurſon pivotſe tournera
de telle maniere que le point
quirepond au pole de lavertu de la
pierre qui luy est preſenté , s'en
approchera le plus près qui fera
poſſible , en forte quefans lesfaire
toucher l'un à l'autre, l'anneau ne
laiſſera pas d'en recevoir beaucoup
de vertu : on pourra faire la même
choſe avec lepole opposé.
Ie nedoute pas quevousn'ayez
aſſez de curiosité pour voir si les
poles de la vertu changent dans un
GALAN T.
47
aimansſpherique , lors que vous en
- rencontrerez quelqu'un qui fera
propre pour cette experience. Ily
auroit encore beaucoup d'autres
remarques à fairesur cesujet , &
- il ſeroit aussi àſouhaiter que l'on
- fist plusieurs autres obſervations
particulieres lors que l'occaſions'en
s presentera mais à moins que ces
i fortes de nouveautezne tombent
entre les mains de perſonnes qui
tayent un grand amourpour l'avan.
cement des Sciences , on nepeut pas
nespererd'en rien apprendre de cer-
S
..
A
A
e
ne
tain ; & je vous avouë , Monsieur,
at que j'aurois de la peine à confier
cette experience à tout autre qu'à
vous : mais vous nous avez donné
int ſi ſouvent des marques de vostre
capacité & de vostre adreſſe dans
ez cesfortes de recherches , quejem'edes
ſtimerayfort heureuxfi vousvoulez
bien prendre la peine de vous en 145
48 MERCURE
charger , & me faire l'honneur de
me croire , Monsieur, voſtre, & c.
Il y a quelques années que
je vous parlay amplement de
l'Inſtitution des Ieux Floraux,
qu'on celebre tous les ans à
Toulouſe avec beaucoup de
folemnité . le vous apris qu'une
Dame appellée Clemence ,
avoit laiſſe une partie de ſon
bien pour fonder des Prix, qui
font les recompenſes des vi
ctorieux . Le premier eſt une
Eglantine d'argent , & il
donne à celuy qui réüfit le
mieux dans la compoſition
d'un Chant Roval. On donne
un Vers qui doit finir un Sonnet
qu'on eft obligé de faire,
&ce Sonnet ſe fait pour l'eſſay.
Monfieur de Cironis , âgé de
quinze ans , a cus le premier
Prix
GALANT.
49
e
a
e
-;
1
a
Prix cette année. Il eſt Fils de
Monfieur de Cironis, Sieur de
la Baſtide & Beaufort , d'une
des premieres Familles de la
Ville, & Petit- fils de Monfieur
le Preſident de Cironis , qui a
fait voir la grandeur de fon
e genie , non ſeulement dans
l'Art militaire , ayant ſervy en
qualité de Meſtre de Camp,
mais dans la Charge de Capiitoul
, dans celle de Treforier
- de France , & enfin de Prefident
au Parlement de Toulouſe
, qu'ila exercée avec beaucoup
de capacité & de gloire .
Ce Vers ,
1
1
e
e
2
e
Y
?
Atoy , nonpas ànous , Seigneur,
lagloire est deuë.
ayant eſté donné à Monfieur
de Cironis , voicy le Sonnet
qu'il fit pour l'eſſay .
Juillet 1687. C
50
MERCURE
L'Invincible LOUIS , dont l'in
trepidité
4
Fait reverer par tout son auguste
Puissance,
Goûtoit paisiblement lesfruits defa
vaillance ,
Quand la Fiévre attaquafa noble
Majesté.
Des maux qui l'accabloient noftre
esprits agitè
En attendoit la fin avec impatience
Mais le Ciel qui prend ſoin du deſtinde
la France,
Scnfible à nos deſirs luy rendit la
Santé.
Tout fon Peuple affligé dans ces rudes
alarmes ,
Formoit pour luy des voeux , & fe
fondoit en larmes :
GALANT.
a
de
Mais ce foible fecourseust estéſans
effet,
Et Sans celuy du ciel la France
estoit perduë ,
Iln'en faut pas douter , de cebonheurparfait.
A toy , non pas à nous , Seigneur,
la gloire eſt deuë.
L'Hereſie détruite fut le
ſujet qu'il choiſit pour faire ce
re Chant Royal.
ce
de.
la
Th
ܐܐ
N
On , ce n'est pas assez que ta
main triomphante ,
Grand Monarque,ait réduit tes Rivaux
aux abois;
Ilfaut qu'une Conqueste encorplus
éclatante
Ajoûte un nouveau lustre à tesfameux
Exploits ;
Il faut qu'un ſoin plus grand où le
Ciel s'intereſſe
C 2
52
MERCURE
Combatte des Demons l'artifice &
l'adreſſe ,
Et leur faſſe tomber , pour rendre
leurs coupsvains ,
Et larage du coeur ,&les armes des
mains ,
Et que malgréles traits de la plus
noire envie ,
1
Il faſſe voir quel estdansses pieux
deffeins.
LeMonarque des Lys quidétruit
l'Herefie .
Vous que l'illusion d'une erreurapparente
Jette confusément dans de fâcheux
détroits ,
Degens empoisonnez petiteTroupe
errante ,
Pouvez vous refifter aux charmes
de favoix ?
GALANT.
53
X
4
-
X
20
Pouvez- vous refifter aux traits de
Sa tendreſſe?
C'est moins un puiffant Roy , qu'un
Amy qui vouspresse ,
Ilcombatles Luthers , il abat les
Calvins ,
Etrenverse , touché devos mauvais
destins ,
De mille fauſſerez leur doctrine
noircie.
Peut on n'écouter passur des confeilsfifains
,
LeMonarque des Lys qui détruit
l'Herefic .
Vostre conversion paroiſt déja trop
lente ,
Rentrezdans vos devoirs , reprenez
vos emplois ,
Et neméprisezpas une source abondante
,
Qui verſe dans vos coeurs mille
biensà la fois .
C3
14
MER CVRE
Il est de la prudence, il estde lafa
geffe,
D'obeïr aux confeils d'un Roy qui
vous careffe ,
D'un Roy dont aujourd'huy les ordres
Souverains
Sont de tout l'Univers & respectez
& crains.
Revenez des erreurs où vostre coeur
s'oublie ,
Et craignez d'irriter par vos piquans
dedains
Le Monarque des Lys qui détruit
l'Herefie .
N'a-t- on pas vû plierſousſa force
étonnante ,
Hollandois , Allemans,Espagnols&
Genois ,
Qui malgré les efforts d'une ligue
infolente ,
N'ofent vien entreprendre aumépris
de fes Loix?
GALANT.
55
S
Tout cede àfon pouvoir , devant luy
tout s'abaiffe ,
Souvent la resistance &lepique &
le bleffe.
Ennemis du vray culte , efpritsfiers
&hautains ,
2 Prevenezles effets de vos malheurs
certains ,
Comment fuir le couroux dont fon
ame eſt ſaiſie?
i. Rien ne peut arrêterdans ses exce
&
que
ploits divins ,
Le Monarque des Lys qui détruit
l'Herefie .
Danscespieux deſſeins que tamain
estpuissante ,
LOUIS , qu'on doit nommer le modeledes
Rois!
O Ciel , conferve encor une Vie importante
,
pris Qui s'appliqueſans ceſſe àfoutenir
tesdroits.
C 4
56 MERCVRE
La Foy regne par tout , cette digne
Maistresse
Porte dans tous les coeurs la paix &
l'allegreffe.
Que de Temples détruits , que de
monstres éteints !
Du bruit de ſes progrés tous les
temps feront pleins ;
Par là du Grand LOUIS la gloire
eft affermie.
Si l'on doit reconnoiſtre à ces coups
plus qu'humains ,
Le Monarque des Lys qui détruit
l'Hereſie .
ALLEGORIE .
Le Sauveur est icy le Heros que
je chante,
Ce Dieu dont les bontez meritent
nostre choix ,
Et qui brûlant pour nous d'une
amour obligeante ,
GALANT.
57
e
es
ye
!
aps
:
egise
tent
Cuve
Des miſeres de l'Homme a porté
toutle poids.
Le rebelle Pecheur quefa bontéredreſſe
,
Rentre dans ſon devoir , reconnoist
fa foibleffe
Etdes traitsde l'erreur les coeurs les
plus atteints ,
La quittent pour entrer dans la
route des Saints,
Son amour leur prépare une éternel
levie.
C'est sur ce beau sujet qu'heureusement
je peins
Le Monarque des Lys quidétruit
l'Herefie .
Je vous envoye encore un
Printemps d'un excellent Maître
CS
58
MERCVRE
AIR NOUVEAU.
Tout est charmant dans ce
bocage
LesOiseaux amoureuxparleurtendre
ramage
De la ſaiſon nouvelle annoncent le
retour.
Mais belas ! accablé de rigueurs
inhumaines ,
Je ne sens point comme eux les
plaisirs de l'amour ,
Et je ne reffensque les peines.
De toutes les Ceremonies
publiques de la Ville d'Avignon
, il n'y ena aucune qui ſe
faſſe avec plus d'éclat quecellede
la reception des Recteurs
des Penitens , & de leurs Proceſſions
pendant l'Octave du
Saint Sacrement. Meffire Hen-
1
GALANT.
59
-
SYS
ry de Brancas , deſcendu des
Comtes de Forcalquier ,Marquis
de Ville- neuve , ayant
eſté éleu Recteur des Penitens
Blancsle 3. May dernier cette
Compagnie qui a pour luy une
eſtime finguliere,n'oublia rien
de de ce qui pouvoit marquer la
joye qu'elle avoit de l'avoir
pour Chef. Le Dimanche 25 .
du meſme mois , fut le jouroù
ce Marquis fit ſes premieres
fonctions en qualite de Reteur
,& pour cela, la Chapelle
fut parée des ornemens les
jes plus precieux , pour tenir la
vi . place de ce qui manque à un
ife ouvrage d'Architecture , de
Peinture , de Sculpture & de
Dorure que l'on y fait , & qui
montera à une fomme fort
du confiderable. Cette Chapelle
lenles
cel
cars
го-
C6
60 MERCURE
à dix -neuf toiſes de longueur,
fur quatre &demie de largeur,
avec ſon élevation proportionnée
. Le fond de l'Autel eſt
baſty avec des Colomnes iſolées
, d'ordre Corinthien , d'une
belle pierre , & la voute en
cul de four , eſt ornée de rofes
differentes & richement travaillées
. La Ceremonie eſtant
extrêmement longue , on dit
d'abord une Meſſe baſſe pour
tous les Confreres , tandis que
tout ce qu'il y avoit de Gentilshommes
& de Femmes
de qualité dans la Ville , ſe
rendirent en cette Chapelle,
avec une affluence de peuple
inconcevable . La Meſſe eſtant
dite , Monfieur le Marquis de
Brancas , veſtu de fon habit
blanc , & accompagné de ſes
GALANT. 6
S
it
deux Lieutenans de Recteur..
&de tous ſes Officiers & Confreres
veſtus de même , & rangez
aux coſtez de la Chapelle,
fit l'Office , à la fin duquel , la
- grand' Meſſe fut chantée par
Monfieur l'Abbé de Taché ,
Chanoine de l'Egliſe Metropolitaine
, & Frere du premier
Lieutenant de Recteur , avec
les Violons & la Muſique
meſlée de Hautbois , & d'autres
Violons . Cent cinquante.
gateaux au fucre , tenant lieu
de pain benit , furent diſtribuez
par des Gentilshommes ,.
Maiſtres des Ceremonies, veſtus
deleurs habits blancs .
it
11
e
11-
es
e
le
ple
aut LeDimanche ſuivant , prede
mier jour de luin , qui eſtoit
abit dans l'Octave du Saint Sacrefes
ment , la Compagnie des Pe62
MERCUREnitens
Blancs fit ſa Proceffion
particuliere , ſuivant l'uſage
étably . Vous ſçaurez , Madame
, qu'àla Feſte-Dieu , outre
la Proceſſion generale qui ſe
fait dans Avignon , comme
dans toutes les autres Villes de
France , les fix Compagnies
des Penitens font les leurs ,
chacune en temps different,
& avec autant d'éclat que le
demande la qualité du Reteur
; les Gris , le Jeudy à
trois heures du matin ; les
Violets & la Mifericorde , le
meſme jour fur le ſoir ; les
Bleus & les Noirs , le Dimanche
au matin , & les Blancs
dans la nuit. Ces derniers fortirent
de la Chapelle au nombre
de ſept à huit cens
les neuf heures du foir. Ils
د
fur
GALANT. 63
c
S
و
τ
e
2
a
es
le
es
étoient tous habillez de blanc,
des plus fines toiles qu'on euſt
pû trouver. Deux Bedeaux de
la Compagnie avec leurs
grands manteaux d'écarlate ,
galonnez de deux bandes de
velours blanc bordées d'or de
part & d'autre , marchoient
devant Monfieur de Brancas ,
Recteur , & portoient chacun
un flambeau de cire blanche
- du poids de dix livres , garny
de rubans Ifabelle & bleu ,&
au milieu , les armes de ce
Marquis peintes & dorées . Il
avoit à ſes coſtez fes deux
Lieutenans , & derriere luy
venoient deux cens Gentilshommes
, tous un flambeau à
la main , & marchant deux à
deux.De douze en douze étoit
un Penitent feul , qui tenoit
m
S
or-
11-
fut
Ils
64 MERCURE
un gros flambeau , afin d'éclai
rer mieux tous les rangs . La
Croix ſuivoit , portée pieds
nuds par un Confrere Convers
. Elle estoit entourée de
quatre Ecuffons , & de huis
chandeliers d'argent , entremeſlez
de douze flambeaux ,
chacun de dix livres , avec de
grandes plaques d'argent des
armes de la Chapelle , que
quantité de rubans iſabelle &
bleu tenoient attachées . Cette
Croix qui a huit pieds de
hauteur , eſt toute d'argent ,
ainſi que le Chrift , & ornée
d'un grand voile de toile d'argent
avec de la dentelle de
mefme . Les autres flambeaux
ornez des meſmes rubans , &
avec des Ecuſſons de diverſes
armes , eſtoient de differente
GALANT . 69
a
1
e
S
e
grofſeur , les uns de dix livres,
les autres de vingt , & les derniers
de cinquante , outre les
trois qui fermoient la Proceffion
, & qui estoient de foi-
: xante livres , tous de cire blanche
. Les premiers portoient
douze Ecuffons des cinq Playes
, qui eſt le titre de la Chapelle
, & ceux des Gentilshommes
eſtoient rangez felon
l'ordre de leur reception,comme
ceux des vieux Recteurs
efuivant leur ancienneté . Il y
en avoit douze de Monfieur le
Marquis de la Fougaſſe de la
Baſtie , douze de Monfieur le
de Marquis de Fortias , douze de
Monfieur le Comte de Brancas
* Rochefort , Coufin - germain
es & Beaufrere de Monfieur de
Brancas Recteur. Aprés cela
ee
۰
66 MERCURE
venoit la Muſique , compofée
de cent Muficiens , & mélée
de Hautbois & de Violons,
de la Compoſition de Monfieur
Durand , Maistre de Chapelle
de Saint Agricol . Le fujet du
Motet eſtoit la Paix & l'abondance
,fiat pax in cordibus ve
ſtris ,&abundantia in turribus noftris
, qui font les pieces des armes
de Monfieur de Brancas
Recteur. Enfuite on voyoit paroiſtre
les flambeaux des vieux
Recteurs , fçavoir douze de
Monfieur le Comté de Suze ,
douze de Monfieur le Marquis
de Caſtellane , douze de Monfieur
le Marquis d'Orfan, douze
de Monfieur de Coſtebelle,
& douze de Mademoiselle de
Brancas Soeur de Monfieur le
Recteur . Tous ces flambeaux
GALANT. 67
e
as
еш
que les Amis du Recteur mettent
pour marque de leur eſti -
font me , appellez flambeaux
d'honneur. Aprés cela veelt
noient douze autres flamd.
beaux aux Armes de Monfieur
on Cenfi , Vice-Legat d'Avignon ,
ل ا
moins diftingué par ſa qualité
que par ſon merite & par ſes
manieres obligeantes , & il y
15
sai
cas en eut encore douze de Montp
ſieur le Cardinal Bonzi , qui
Leus finirent l'ordre de ceux que le
ed Recteur fait porter , pour
Lize témoigner ſa reconnoiſſance
-quis aux perſonnes d'un haut rang.
Jon Six flambeaux aux Armes de
dou Monfieur l'Archipreſtre de
bellte l'Eglise Sainte Madeleine , &
lede douze de Monfieur de Vercurk
claux paroiffoient enſuite.
beau Ces dix- huit flambeaux font
1
68 MERCURE
de fondation perpetuelle , ils
precedoient ceux de Monfieur
l'Abbé de Tache , & de Monfieur
lueriac , tous deux Lieutenans
de Recteur. Chacun
d'eux en avoit douze. Les Reteurs
des Penitens Noirs &
Blancs voulant donner des
marques publiques de l'union =
qui eſt dépuis un long - temps
entre ces deux Compagnies ,
aſſiſterent à la Proceſſion les
uns des autres , avec leurs
deux Lieutenans,& s'envoyerent
reciproquement douze
gros flambeaux avec leurs Armes
. Ce fut icy que furent
placez ceux deMonfieur l'Abbé
d'Honorat , Chanoine de
l'Egliſe Metropolitained'Avignon
, & Recteur des Penitens
Noirs , qui marcha à
GALANT. 69
e
CL
la Proceffion des Blancs immediatement
aprés le Re- .
cteur avec le meſme habit
blanc de la Compagnie & fes
Lieutenans , comme avoit fait
Re le matin du meſme jour Monst
fieur de Brancas , avec ſes
de deux Lieutenans à laProceffion
ic des Noirs . Trente- fix flammy
beauxde Monfieur le Marquis
nie de Brancas Recteur , avec fes
100
euis
54
Armes & des rubans iſabelle &
bleu, ſuivoient tous ceux dont
ye je viens de vous parler. Ils
out eſtoient de vingt livres , à la
A difference des precedens qui
rer eftoient ſeulement de dix , &
A vingt - quatre Violons qui
ed marchoient derriere, faiſoient
Av entendre une agreable harmo-
Dent nie . Douze gros flambeaux
Tha de cinquante livres , ornez des
V
70 MERCURE
1
Ecuffons du Saint Sacrement,
avec de groffes toufes de ruban,
auſſi iſabelle & bleu , furprirent
tous les Spectateurs.
Douze Preſtres Confreres en
Pluvial blanc & un flambeau
à lamain; deux Gentilshommes
en habit de Penitens, portant
le Gremium d'une toile
d'argent en broderie d'or , &
huitEncenſoirs d'argent, quatre
portez par des penitens , &
quatre par des Eccleſiaſtiques
auſſi Confreres , precedoient
le Saint Sacrement , que portoient
Monfieur l'Abbé Deyroles
de Roubias un des Confreres
, grand Vicaire de Monfieur
l'Evefque d'Uzez , Parent
de Madame la Marquiſe de
Brancas , Femme du Recteur,
& de Madame la Comteſſe de
GALAN Τ . 7.1
ars.
sen
Rochefort , mariée avec Mon-
-u. fieur de Brancas Cereſte , toutes
deux Filles de Monfieur le
Marquis deBayes de laMaiſon
des Porcelets. Le Dais dont le
fond eſt une moired'argent en
broderie d'or , avec des franpor
ges or & argent , à quatre batoilt
tons d'argent terminez par
eau
om.
r, &
des bouquets de plumes iſabelle
& bleu , & des aigrettes ,
quétoient porté par quatre Genqueſté
du Dais on voyoit deux
s, &
Quer
colen
tilshommes Confreres. A cogrands
Fanaux auſſi d'argent,
per chacun de cinq cens écus, ap-
Dey
Con. partenant à la Compagnie ,
Mon & deux autres Penitens por-
Parem
toient deux Girandoles de
Life de quatre vingt bougies chacuecteur
ne , qui éclairoient merveilceffede
lenfement cet endroit- là , &
72 MERCURE
le diftinguoient de tout le
reſte de la Proceſſion. Trois
grands flambeaux de ſoixante
livre , & de dixhuit pieds de
hauteur , ornez de quantité
de rubans finiſſoient cette
belle fuite de flambeaux. Ils
eſtoient aux Armes de Monfieur
le Duc & de Madame
la Duchefſe de Brancas. On
en avoit entremeflé quanti .
té qui estoient ſans Ecuffons,
& un peu moindres , la Proceſſion
eſtoit fermée par Mefſieurs
les Viguier , Confuls ,
& Affeffeur en Chaperon ,
ſuivis de leurs quatre Valets
en Robe rouge , avec les Armes
de la Ville & de la Legation
d'argent maſſif , & leurs
maſſes de meſme. C'eſt pour
la troiſième fois que cette
Compa
GALANT .
73
16
rols
ante
s d
ס נ ו
cette
x. 1
Mot
damt
6. O
Jant
Compagnie voit à ſa teſte un
Recteur de la Maiſon de
Brancas . Meſſire Gaspard de
Brancas , Baron d'Oife , & de
Maubec , le fut en 1610 .
Meſſire Georges de Brancas
, Duc & Pair de France,
grand - Pere de Monfieur le
Duc de Brancas d'aujourd'huy
, & de Madame la Ducheſſe
ſa femme , fut auſſi Reaffon
cteur en 1654. & les Archives
a Pro font foy , que dans le temps
Mel de leurs fonctions toutes choonfuls
ſes ſe firent avec grande pomperon
pe. l'ay oublié de vous dire
Valet que la Proceſſion fut rangée
Mes Ar
aLega
par vingt - quatre Gentilshommes
Maiſtres des cerexleurs
monies en habits de Penift.
pour tens , portant chacun un bâ-
Le cent ton doré aux Armes du Re-
Compa Juillet 1686 . D
74
MERCUR E
F
,
cteur , & tout garny de rubans
iſabelle & bleu . Outre
tout le peuple , accouru pour
voir la Feſte , & y avoit une
infinité de Spectateurs étrangers
qui furent charmez de
ce bel ordre. Monfieur le
Vicelegat en fut ſurpris
auſſi - bien que Monfieur
l'Archevêque d'Avignon
quoy qu'ils foient accoûtu-
• mez à voir de grandes magnificences
en Italie. Toutes
les ruës eſtoient tapiſſées
& pardeſſus les tapifleries
un grand nombre de Tableaux
faifoient un tresbel
effet. Le Saint Sacrement
fut falüé par quarante
Boëtes en fortant de la Chapelle
, de meſme qu'à fon
retour. La Ceremonie eftant
,
A
GALANT.
75
utre
pou
CU
ras
ez da
ur
urpr
onfier
gnon
A
coutu
Les m
Toutt
piffées
achevée , Monfieur le Recteur
fit tirer au bruit des
Tambours & des Trompettes
un tres - beau Feu d'artifice ,
qui formoit les Armes de
Brancas. Il en fortit quantité
de fufées & des girandes à
la Romaine. Enfuite Monfieur
de Brancas donna chez
luy un magnifique Soupé à
toute la Nobleffe , & à ſes
Officiers en diverſes tables ,
où il y avoit plus de cent
couverts
, outre la fuperbe
pilienic collation en ambigu qu'il
de T
n tres
t Sacre
quaran e la Ch
qu'a
nie eftal
donna avant la Proceſſion à
Meſſieurs les Viguier , Confuls
& Affeſſeur ; & à toutes
les Perſonnes de qualité
qui voulurent tenir compagnie
à ces Magiftrats . Comme
les Recteurs ont tou-
D2
76 MERCURE
jours ajoûté quelque choſe
de particulier à leurs proceſſions
, il y en a eu qui depuis
quelques années les ont
dediées à de grands Seigneurs
, & meſme à des Souverains
. Monfieur le Marquis
de Caftellane eſt le premier
qui en ait donné l'exemple.
Il fit porter à la fin
de la fienne trois grands
flambeaux garnis de rubans
avec les Armes de Madame
la Grand Ducheſſe Doüairiere
, à laquelle il la voüa.
Monfieur le Comte de la Suze
dédia la fienne enſuite à la
memoire de Henry I I I.
Roy de France & de Pologne
, & y ajoûta d'autres
gros flambeaux . Monfieur le
Marquis de Brancas vouGALANT.
77
DIIarrel'efin
-
--
nt
eilant
faire honneur à ſa Famille
, dédia à Monfieur le
Duc & à Madame la Ducheſſe
de Brancas la Procefſion
de la Compagnie dont
il eſtoit le Recteur & ce
fut ce qui l'orna de tant d'Ecuffons
des meſmes Armes,
que quand ſes Amis n'au-
,
ands
roient pas pensé à mettre les
bans
leurs , il y en euſt afſſez pour
Jame
rendre cette pompe magnioüal
fique . Elle receut un fort
grand éclat de cette unifor.
voua
mité ,& tout le monde avoüa
Suze
ce à la
qu'on n'avoit encore rien vû
de plus extraordinaire .
II
Vous aurez eſté ſurpriſe
Polo d'apprendre que Monfieur le Pautres
Teur le
you
Comte de la Suze , pendant
qu'il eſtoit Recteur , aitdédié
ſa Proceſſion à la memoire de
D 3
78 MERCURE
Henry III . Il faut vous dire
quel motif l'y obligea . Ce Roy
paſſant par Avignon , & trouvant
l'inſtitution de l'illuſtre
Compagnie des Penitens
Blancs felon les reglées de l'Evangile
voulut profiter des
Prieres qu'on y fait, & pour cela
il s'y fit recevoir comme on
y reçoit les autres Confreres ,
dans les formes preſcrites par
leurs Statuts . Depuis ce tempslà
on y a chanté l'Exaudiat avec
l'Oraifon pour le Roy dans la
Meſſe après l'Elevation, toutes
les Feſtes & tous les Dimanches
. La reception de ce Monarque
ſefit en 1574. le 25. de
Novembre , dans la meſme
Chapelle , qui eft aujourd'huy
magnifiquement parée. Ce
jour , oùl'on celebre la Feſte de
GALANT. 79
re
Loy
ouiftre
Itens
ele
dest
urce
ne
or
Freres
tespar
temps
Sainte Catherine , avoit eſté
choiſi par la Reyne Catherine
de Medecis , Mere de Sa Majeſté
. Les Cardinaux de Bourbon'
, d'Armagnac , de Guiſe
& de Lorraine , aſſiſterentà
cette Ceremonie avec les
,
Archeveſques d'Avignon ;
d'Ambrun , & de Narbonne
, & les Eveſques de Carpentras
, Cavaillon , Vaiſon
& Digne , leſquels n'eſtoient
at aver point veſtus en Penitens
dans mais dans leurs habits de
toute
DimanceMo
le 25. de
melim
1
ceremonie. Plus de quatre
cens Confreres , habillez de
blanc & le viſage couvert ,
eſtoient aſſis chacun en fon
rang fur les bancs qui font
Durd'he dans cette Chapelle. Toute
rée. C la Cour fuivit l'exemple du Feltede
Roy
, & Sa Majesté envoya
D 4
80 MERCVRE
د
de
à Meffire Loüis de Pontes ,
Vicegerent de Sa Sainteté , &
pour lors Recteur de la
Compagnie les noms
ceux qu'Elle vouloit qui fufſent
écrits aprés Elle parmy
les Confreres . Ce fut Monſieur
le Marquis de Neuville
qui en porta l'ordre à ce
Recteur de la part du Roy.
Voicy comment ils furent
écrits , felon l'extrait qu'on
en a tiré d'un grand livre
qui ſe conſerve avec ſoin
dans les Archives dela Compagnie.
Madame Catherine de Medicis
, Mere duRoy.
Monfieur François , Frere
duRoy.
Monfieur Henry , Roy de
Navarre.
GALANT. 81
de
fuf.
xhd
&
Henry,Ducde Guife.
Charles , Ducdu Maine.
Charles , Duc d'Aumale.
Le Cardinal de Guiſe .
Charles , Marquis d'Elbeuf.
army François , Marquis de No-
Mon. meny .
aville
René
د Marquis de Noà
meny.
Rov René , Chancelier de France,
furem depuis Cardinal.
quor lacques , Duc d'Vzez .
livre Leonard Chabot
foit Ecuyer de France .
Com
deMe
Frert
Roy de
د Grand
Iean de Morviliers , Evefque
d'Orleans .
Loüis de S. Gelais , Seigneur
de Lanſac .
Sebaſtien , Eveſque de Limoges
.
Philippe Huraut , Seigneur
de Cheverny , Conſeiller du
1
D
82 MERCURE
Conſeil Privé , & Chancelier
de l'Ordre du Roy .
François Chabot Seigneur
de Brion .
Gilles de Souvray , Maifſtre
de la Garderobe .
Henry de Gilly , Comte de
laRochebrion .
De Chateau - vieux .
De Bacqueville.
D'Inteville .
Chemeraut.
Les quatre Caſtelnaux .
Le Baron Cerny .
Loüis Pico de la Mirande.
Nicolas de Neuville .
Pierre Bruflard , Secretaire
d'Etat.
Claude Pinard , Secretaire
d'Etat .
Saint Suplice.
Pierre de Castelnau , Sieur
GALANT. 83
de la Malefiere , Chevalier
de l'Ordre du Roy , & l'un des
Zur cent Gentilshommes de fa
Maiſon .
tre
ed
Guillaume Ruzé , Eveſque
d'Angers .
Nicolas de Biafemo Baron de
Nefle , Grand Prevoſt de la
Maiſon du Roy.
3
Thomas Gourte , Valet de
Chambre du Roy.
Dame Anne Ruzé Soeur
de Monfieur l Eveſque d'Angers,
rande Pezot , Grand Prevoſt de
Languedoc .
retaire De Larnaud Fourbin , Abbé
de Sainte Foy , & Predicateur
Cretait de Sa Majeſté.
Pierre de Mante , Secretaire
de Monfieur le Cardinal de
Sier Bourbon.
D6
84 MERCURE
Iacques de Verguettes, Maiſtre
d'Hoſtel de Monfieur le
Cardinal.
Antoine de la Longue Gen--
zilhomme de la Chambre du
Roy.
En ce temps - là chaque
Penitent portoit un foüet à
ſa ceintute . C'eſtoit propre..
ment une Difcipline . Celuy
du Roy fut fait avec de la
foye blanche & du fil d'argent.
Les roſettés eſtoient
de pur or , & les Armes de
la Compagnie travaillées en
broderie , furent miſes fur
le manche. Le Recteur le
preſenta à ce Prince , aprés
luy avoir donné l'habit
luy dit , que comme le Sativeur
du monde chaſſa les
Marchands du Temple de
د
&
GALANT. 85
Salomon , la Compagnie prier
le roit Dieu inceſſamment que
Sa Majesté pufſt chaſſer avec
Gen- fon foüet toutes les Heree
du fies de ſon Royaume , &
triompher de ſes Ennemis.
naque Le Roy Henry III. penieta
dant fon ſejour dans Avi-
-opre- gnon , ne manqua à aucun
Celuy des Offices de la Compagnie ,
de la & afſiſta meſme à celuy de
1 d'ar la Paffion qui ſe dit les Venſtoiem
dredis à neuf heures du
mes de foir. Il y chantoit comme les
Lees en autres Confreres . Il ordonna
Tes fur une Proceffion generale , où
teur le toutes les autres Compag-
,apres nies des Penitens affifterent ,
bit , & & dans laquelle celles des
le Sau Blancs , où eſtoit le Roy ,
affa les tous les honneurs . Sa Mample
de jeſté y porta la Croix à fon
eut
86 MERCVRE
eut
tour , avec les Princes , Cardinaux
, & grands Seigneurs
de la Cour qui l'accompagnoient
. Quelques jours aprés
que cetrte Proceffion
eſté faite , le Cardinal Charles
de Lorraine , qui avoit
auſſi porté la Croix , tomba
malade , & mourut dans la
maiſon de Gadagne . La
Compagnie des Penitens
Blancs alla à fon enterrement
د
comme à celuy
de l'un des Confreres &
د
fon corps , en attendant
qu'on le puſt porter à Guiſe
, fut mis en dépoſt dans
l'Eglise des Dominicains
où la Compagnie luy fit faire
un Service folemnel avec
,
Oraiſon funebre. Ce qui obligea
particulierement le Roy

GALANT. 87
ars
g
res
eut
د
de s'y faire recevoir Confrere
ce fut qu'eſtant arrivé
à Avignon il apprit que
le 12. Iuillet 1574. cette
Compagnie avoit fait faire
un tres - ſomptueux Service
pour le repos de l'ame
mba de Charles IX. Roy de
sh France fon Frere qui
Lavoit eſté receû Confrere
ar
volt
tens
nter-
Delur
ndant
,
د
د
le 11. Octobre 1564. avec
Anne de Montmorency
Conneftable de France , & -
& Honoré de Savoye , Comte
de Villars . La Chapelle
Gui fut toute tenduë de fin
dans drap noir du haut en
bas auſſi bien que celle
Et fal du Conſeil , avec des banains
4
avec des de velours
& de ſatin
Liobli noir
Rof
, & les Armes de Sa
Majesté par deſſus . Il y
88 MERCVRE
cut auſſi une très belle -
Chapelle ardente . Le Cardinal
d'Armagnac
,
Collegat
d'Avignon y officia
en habits pontificaux . Le
grand Amiral de France ſe
trouva à ce Service avec
l'Archeveſque d'Avignon ,
les Evefques de Tolon &
d'Orange , les Viguier ,
Confuls & Affeffeur
pluſieurs autres notables perſonnes
. Il y eut un tresgrand
Choeur de Muſique
de la Compagnie des Penitens
& l'Inquifiteur de la
Foy y prononça l'Oraiſon funebre.
د
&
Tout ce qui regarde la fanté
eſt toûjours ſi bien receu ,
que je croy vous faire
fort grand plaifir auffe - bien
un
GALANT . 89
equ'à
vos Amis , de vous en-
٢- voyer une ſeconde Lettre du
ſçavant Monfieur de Cocia
miers fur la Medecine Vni-
Le verſelle. Vn long diſcours
ſe quand meſme on n'y trouvevec
roit qu'un ſeul article d'uti-
&
le , feroit recherché . Et com.
ment ces Lettres ne le ſeler,
roient- elles pas , puiſqu'elles
& font pleines de choſes nouper-
velles & curieuſes , & dont
chacun peut tirer des lumieres
ique avantageuſes pour conferver
Peni- fa ſanté.
tres.
He la
n fufan
ecell
e un
-bien
د
१०
MERCURE
*********好好好好好
SUITE DE LA MEDECINE
UNIVERSELLE ,
Et l'Art de prolonger la Vie.
E vous ay fait voir , Mon-
, par l'Histoire Sainte &
prophane , que dans tous les âges
du monde il y a eu des hom.
mes qui ont veſen pluſieurs fiecles
, d'où il est facile de conclure
qu'il n'est pas impossible de
vivre aussi long - temps qu'eux
& que Loüis Galdo âgé de
quaire cens ans , n'est pas une
,
د
GALAN Τ .
91
CIN
E,
Vi
te
Fable. Voicy en quels termes
la Gazette de Hollande du troi.
fiéme Avril milfix cens huitante.
Sept, en a parlé.
EXTRAIT D'UNE LETTRE
de Venise du 7. Mars 1687 .
Il y a trois mois qu'il difparut
d'icy un certain homme
nommé Galdo , âgé de
quatre cens ans . Il portoit
avec luy fon Portrait fait
par le Titien , qui eſt mort
bil y a cent trente ans . Vous
pouvez juger par là que ce
Le co grand homme a poſſedé la
Jibley veritable Medecine Vniverfelle
, pour avoir pû ſe conagt
ferver en parfaite ſanté pendant
un ſi long - temps . Ce
92
MERCURE
ne font pas des contes fabuleux
, il y a icy des témoins
dignes de foy qui ont
parlé avec cet homme , qui
ne s'eft retiré d'icy que
parce que l'on commençoit
à parler de luy , comme d'un
homme qui poſſedoit la veritable
merveille d'une ſcience
fi fublime . Les Curieux font
intereſſez à s'éclaircir de la verité
de ce fait , & à nous en
donner avis , afin d'en faire
part au public.
Je dis que ce Galdo a pu prolonger
si long - temps sa vie
Sans aucune Medecine ,
د
Oth
par un
bon regime de vie , par un exercice
moderè , & par la fueur
ou par la Medecine univerſelle.
De tous les Proverbes le plus
GALANT. 93
te
Co
ten
for
plan
veritable est celuy des Latins
plures gula occidit quam gladius
; il en perit plus par l'excés
de la bouche que par l'épée.
C'est pourquoy je commence d'abord
à preſcrive un regime de
vie à ceux qui souhaitent viure
longuement en Santé ; &
demande qu'ils forent venus au
monde avec un corps bien ornisé
, qu'ils ayent un esprit Sain
dans un corps ſain , & qu'estant
d'une humeur gaye , ils foient des
hommes sans paſſions déreglées.
Voicy ce qui est à obſerver par ce
luy qui aura cette heureuseconftitution
.
Il doit s'abstenir demanger dans
un mesme repas diverſes fortes de
viandes , & d'ufer de differens
breuvages .
94
MERCURE
A
Il doit bien mâcher tout ce
qu'il mange , parce que la maſti .
cation est une premiere digestion
par le moyen d'une humeur acide
qui fort par les glandes falivales
&petits trous de lamâchoireſuperieure
, qui font proches des dents
oculaires.
Estant à table il mangera
alternativement les viandes on
fruits humides & Sess
& maigre , l'aigre aprés le doux,
gras
les choses froides aprés les
chaudes , & au contraire ; car
par ce moyen l'excés de la
qualité d'une viande fera corri
gé par la qualité contraire d'une
autre.
Après avoir bû largement ,
ou mangé des pommes , il mangera
du pain sec , & pour reme.
GALANT.
95
a
dier au trop de vin , il mangera
quelque chose d'acide , ou prenion
dra du jus de citron aigre , par
Fidt lequel il fera delivré dans le
alt
moment mefme du hocquet le plus
pe fâcheux & le plus opiniâtre , car
Lent il vient ordinairement aprés le
repas , par trop de repletion , où
age par inanition. Que s'il se sent
sencore échauffé par le vin , il usegara
de choſes rafraîchiſſantes ,
donk ne prendra rien d'échauffant ,
és qui luy cauſeroit des fiévres ardentes
. Ainsi l'Eau de vie n'est
de bonne que pour renforcer l'estoc011
mach & aider la digestion
du lors qu'on a trop mangé ; mais
elle est dangereuse lors qu'on est
emen échauffé pour avoir trop bea ,
d'ailleurs , bien que l'Eau - de-
11% voit foit un excellent remede topi
que ou exterieur , son usage en
ma
,
96 MERCURE
boisson ayant esté introduit dans
I' Amerique , ces Peuples ont , comme
nous , abregè leur longue vie.
L'on ne doit faire aucun exercice
violent , à moins qu'il n'y ait
neceſſité , mais comme on dit , ad
ruborem , non ad fudorem, pour
exciter ſeulement la chaleur naturelle
, & ouvrir les pores , afin
que la nature se décharge par
tranſpiration .
Estant fort échauffé & prefsè
de lafoif, on doit bien se garder
de paſſer dans un lieu froid , de
demeurer immobile , de découvrir
Son estomach , d'oſterſa perruque,
& de boire aussi- toft. On boira
plûtoſt du vin peur , que de l'eau
qui pourroit cauſer une Pleurefie.
Que si on est in la campagne où il
n'y ait point de vin , & qu'on ne
puisse souffrir la foif plus longtemps
,
GALAN T..
97
CO
extr
ge
,2
gard
temps , on prendra de l'eau goutte
àgoutte par intervalles , & non
par frequentes gorgées.
Enfortant du lit, on ne s'exposerapas
d'abord à la fenestre , ny a
l'air froid , car tout changement
Soudain eft dangereux , omnis repentina
mutatio periculofa.
Si dansla rigueur de l'hyver on
ale nez , les mains ou les pieds com.
me gelez, on doit se garder de les
presenter aufeu , ny de les tremper
dansdel'eau chaude , carcesmemibres
nepaſſeroient pas impunément
coun
erruqu
de l'extremité d'une qualitéà une
autre contraire. On entrera donc
dans une chambre un peu échaufde
la fée, ou dans une écurie, afin de rap
pellerpeu àpeu la chaleurnaturel
n bom
leure
ne o
tem
le par une chaleur externe & mo
derée. Autrefois envoyageantpendant
l'hyver , je trempois tous les
matins des chauſſons de toile dans
Juillet 1687 . E
MERCURE
de l'esprit de vin , & j'avois foin
** quemes bottes fuſſent ſuffisamment
Varges , afin que le fang pust librement
couler juſques à l'extremité
des doigtt des pieds , que je remuois
tres-Souvent .
THEQUE
LYON
On ne mangera pour les premie.
res fois que peu de fruits nouveaux ,
afin que l'estomach s'y accoutume
peu à peu de peur qu'une grande
quantité de nouveau fuc alimenteux,
n'excite tout à coup des fermentations
d'où procedent tant de
fiévres dans la nouveauté des
fruits, ou lors qu'on en mange, qu'on
n'apas accoutumé de manger. Il
eft vray qu'ily a de certains fruits
dont on peut manger en quantité,
parce qu'ils font moins defuc nutritif.
Onobſervera enfin que leprompt
changement de vivre eſt ordinai.
rement ſuivy de maladies dange-
DEL
DELU
re.
mit
Aux
GALANT.
reuses ; à quoy les
Sujets.
Voyageur
Pour vivre long- temps,fi on neft
pas Pitagoricien en la boiſſon ,
on doit du moins uſer de vin moderèment.
La tres-bonne eau est la
moins pesante , fans odeur , n'y
faveur. Nous devons à l'Empereur
Neron l'invention de boire l'eau
épurée par la distillation , & puis
refrodie à la glace ; elle fait mourir
est à l'instant cette pepiniere ou poche
ante de vers qui s'engendrent dans l'e
Yan
ime
Stomach.Le sçavant MonfieurPere,
que rault , de l'Academie Royale des
der. Sciences , en delivra une Religieuse
comme par miracle.

fr
santi
fuc
eprom
ording
Le dormir estant absolument
neceſſaire à la vie, le ſommeilqui
est l'image de la mort , doit estre
doux & tranquille. Il faut , comme
difoit Apollonius Thianeen à
dang Phraotes , Roy de l'Inde , ne pas
E 2
100 MERCURE
dormir du bout des paupieres , mais
dormir de la pensée , ce qui ne peut
arriver à ceux qui boivent du vin ,
dont la chaleur & les fumées font
remuer continuellement & changer
les especes , ce qui est cauſe qu'aprés
leformmeil ils se trouvent fatiguez
par tant de refueries : au
lieu que ceux qui ne boivent que
de l'eau , ( j'en parle parexperien .
ce ) dorment d'un Sommeil plus
doux , & en dormant ont la pensée
ſinette&fi iranquille , qu'ils ap.
perçoivent toutes choses enla propre
forme qu'elles doivent être ; &leur
Sommeil n'est ny leger ny pesant ,
ny troublé de vaines illuſions. C'eſt
pourquoy , comme dit Apollonius
chap. 2. de sa vie par Philoftra.
te, les Prestres du divin Amphiaraus
ordonnoient aux fongeurs qui
venoient dans ſon Temple au territoire
d' Athenes , l'abstinence du
GALANT. 101
ent
Cont
20
14-
W:
vin pendant trois jours , parce que
leurs fonges du matin estant plus
nets , ils y croyoient quelque chose
de divin , & en donnoient des interpretations.
Il est pourtant vray qu'un verre
f. devin pris d'abord qu'onmet la teste
fur le chevet , agitant les especes
gk parfesvapeurs, empefche la conti
nuelle application de l'esprit àune
meme chose ,&procure par confeequent
ce sommeil , ce queparle consay
feil de Monfieur le Tellier, Ministre
Drop d'Estat , & depuis chancelier de
France , j'experimentay en 1660.
festant échauffé par les viandes de
5.C4 Caresme , & par la fatigue d'aller
lone & venir inceſſamment d'Avignon
Float à Orange , pour le traitéde la red ...
mpi dition de cette Place entre les
Ymains de Sa Majesté.
au ti
Les Medecins dans leur Art
Lenses long , qui ſouvent procure une cour
E3
102 MERCURE
te vie, font profeſſion de trois chofes,
qu'ils appellent Diagnostique ,
Prognostique , & Curation .
Par la Diagnostique ils pretendent
connoiſtre la cause , l'origine
&le lieu du mal.
Par la Prognostique &Curation
ilsdonnent bien souvent desremedes
dont l'effet est contraire à leur
attente, mais c'est affez , puis qu'il
faut, comme il eft dit dans lafainte
Ecriture, honorer les Medecins
pour la neceffité.
Voisy contre le premier Aphorisme
d'Hypocrate , un Art bref pour
rendre la vie longue .
Ilfautdés le commencement de
la maladis apporter du remede ,
comme dit le Poëte.
Principiis obſta , ſero medicina
paratur.
Pour la Diagnostique , on doit
obferver ce que l'onfent de nouveau
GALANT .
103
e
1105
!
qu
int
cins
&de non accoutumé, ſoit dans le
temps qu'on est en profond repos ,
foit lors qu'on prend son repos ,
foit lors qu'on est dans les exercices
ordinaires . On doit encore obferver.
Si ce changement ou alteration
arrive leſoir aprés le travail , ou
le matin en ſe levant , auquel cas
il est plus à craindre , d'autant que
lefommeil & le repos, par lesquels
nous reparons nos forces ,font ordinairement
ſuivis de plus de ſanté
orif. & de vigueur ; si dans les trois
pow premiers cas on fent une certaine
pesanteur , dans tous les membres ,
ant &fi l'appetit manque tout -à -fait.
Lors que dansfon travail ordi.
naire on fent fes forces abbatuës ,
jed je dis que cette langueur & pesanteur
de membres provient de trop
dal de fuc nutritif qui se trouve dans
NOKA les vifceres de chaque membre.
ed
E 4
104 MERCURE
C'est pourquoy on ne peut l'en faire
Sortir que par transpiration inſenfible
ou fueur , que l'on procure en
aidant la chaleur naturelle par la
chaleur externe ; ainsi la fueurprocurée
à temps , garantit d'unemaladieprochaine.
Onse tiendra pour
cette fin tranquille&immobilefur
les reins pendant une heure dans
des draps bien blancs & chauffez ,
entre deux lits de plume , n'ayant
que le visage découvert : & l'on ne
fortira du lit que demy- heure aprés
avoirfué. Si onfait lamême chose
pendant plusieurs jours de fuite ,
l'appetit&la vigueur se rétabliront
; on se sentira gay & dispos
de tous les membres , car par cette
Sueur fans tourmenter & afforblir
La nature , on purgera les vifceres
de toute fuperfluité , ce qui nepeut
arriver par aucune medecine , fi ce
n'est par la Medecine universelle ,
GALANT . I1ος
enque
nous enfeignerons dans un autre
article .
ma
Pourfe conferver en Santéonpratiquera
cette maniere de fuer trois
Pre fois l'année , dans l'Automne dans
l'Hyver , er dans le Printemps.
Po
e
Si l'appetit vous manque envous
mettant à table dans le Printempsou
dans l'Automne , mangez peu , &
fen faites plus d'exercice qu'à l'ordi
dan
1
naire . S'il vous manque tout-àon
fait ,&que vousſentiezbondirvô.
Apse tre coeur en voyant les viandes,
Cosy foyez vingt - quatre heures fans
manger , promenez- vous , & aidez
un peu la chaleur naturelte.
Mangez peu d'alimens qui font
• beaucoup de fuc nutritif , dont le...
Foi trop eſt ordinairement la caufe des
found fieures , comme auſſi de l'Epilepfie
epe aux Enfans , de laquelle font
exempts ceux qui vomiſſent foufolvent
, parce qu'ils rejettent ce trop.
defuc nutritif.
Es
106 MERCVRE
En fermentant & augmentant
la quantitédu fangcauſe la fiévre
aux jeunes perſonnes , &les vieil .
lards qui ont accoutume de mener
une vie reglée , & d'observer une
eſpece de diette , s'ils prennent trop
d'alimens , se sentent d'abord
la teste pesante , qui est un signe
avant - coureur de l'Apoplexie , à
caufe que parune prompte&grande
augmentation de ce fucnutritif,
lefangmontant abondamment avec
violence au cerveau , rompt les petits
&plus tendres rameaux des
veines ,& ce fac fereux s'épanchant
dans le cerveau , preſſe les
nerfs ,& empêche l'écoulement des
esprits , qui font , comme dit Fernel ,
le vehicule de la chaleur naturelle ,
dont l'extinction cause la mort , s'il
n'y estpromptement remedié par la
Saignée par laſueur , d'autant
que par la faignée on diminue la
GALANT.
107
cause , & que la chaleur du litfait
que les veines du cerveau s'amollifel
fent , s'étendantfans fe rompre.
Désle premier preſſentiment du
mal, on doit courir aux remedes ,
(1 ) pour prevenir& éviter unelongue
bod maladie. Ilfaut d'abord confide.
rer la qualité de l'air que nous refpirons
, & des alimens dont nous
Tallusons, ainsi que l'estat denostrechaleur
naturelle, laquelle vivifie tous
nos membres , afin de reconnoiſtre
3. quelle constitution d'air,&quelle
nature d'alimens nous font les plus
DAN convenables , & de quelle maniere
on peut aider la chaleur naturelleà
atchaffer la caufe morbifique au deernal
hors des vifceres , &auventricule
arell de tous les membres.
avll
Te les
Pourcet effet choiſiffez un lieu
park où l'air foit tranquille & chaud,
la mais fans aucune odeur fächenfe.
we Les lieux exposezaux ventssont
E 6
108 MERCURE
mal Sains , bien que les lieux trop
chauds , & ceux où l'air est plein de
mauvaiſes vapeurs , ayent beſoin
de vents pour y rapporter un air
nouveau . Ainsi dit-on de la Ville
d'Avignon , Avenio ventoſa , ſine
vento venofa . :
f'ay remarqué dans mon Homme
artificiel , où Prophete
Phyſique du changement de
temps , quevous trouverezdans le
Mercure Galant du mois de Mars
1683. combien laſcience des vents
eft neceffaire pour noſtreſanté ,puis
qu'au rapport de Vitruve dans le
Chapitre 6. de fon premier livre
d'Architecture , les vents de Midy
&de Corus causoient des maladies
incurables , comme Toux , Phtifie ,
douleurs de nerfs aux jointures, aux
Habitans de la belle Meteline ;
Metropolitaine de l'ifle dumefme
nom , quisesentaient foulagez dés
GALAN Τ.
109
do
que le vent Tramontant foude
floit...
Dis
A.1
om
Onnefera pasfâchéd'apprendre,
que lors qu'il vente , on ſent revivre
les douleurs des playes & autres
douleurs , parce que l'air externe
eſtant moins pesant , les humiditez,
& l'air interne enfermé dans les
visceres , & entre cuir & chair dis
de membre affligé eſtant moins prefskfé
, se dilatent davantage parfa
Mat vertu élatique ou de reffort,font efven
fort , & pouffent les parties qui les
enferment .
ece
pus
Lors que les maladiesfont lonlium
gues , il faut transportexle Mala-
Min de dans un autre appartement , ou-
Ladio vrir les fenestres , &arrofer foutik
vent avec de l'eaufraiſche la cham
5 AM bre qu'ila quittée, changer demeu
line; bles , & enfin bien purifier & renou-
Seweller l'air de cette chambre , aprés
quoy on y rapporterale Malade.
110 MERCURE
C'est pour cela que la nature ,foigneuse
de ſe conſerver , imprime
fouvent aux Malades le defir de
changerde lit, ce qu'on ne doitpas
Leur refuser.
Lors qu'un Malade commence à
Semieuxporter, il a ordinairement
envie de manger quelque chose d'aigre.
Aussi fon ujage moderé luy est
tres-falutaire ; la naturefait venir
l'appetit des choses qui luy font
neceffaires ; & cela est fivray , que
bien souvent des Malades ontre
couvré leur fanté par l'usage mode
ré des fruits ou des viandes que
les Medecins leurs avoient défenduës
.
Enfin la diete & la fueurfont
une espece de Medecine universelle,
car la Nature en toutes choses doit
estre nostre Maistreffe,&c'est d'el
le que nous devons apprendre les
moyensde nous conferver enfanté..
GALANT. IRI
foia
Bri
Dans l'Enfance la chaleur naturelle
estant victorieuse,jette au dehors
dans la Verolle ,&dans la Rougeolle,
par la transpiration ou parles
Sueurs,ce qu'ily a defuc nutritifcorrompu
& d'autres impuretez; &
lors que cette chaleur se trouve afafoiblie
&diminuée , nous la devons
My exciter,afin qu'elle produiſe les mê
mes operations&évacuations,quad
noussommes dans un âgé evancé.
La Danse,le jeu de la Faulme, la
Chaffe , & les exercices d'armes exno
citent la chaleur naturelle àfaire
cette fonction de jetter au dehors
par la sueur , les fuperfluitez de
toutes les vifceres des membres.C'est
pourquoyles Paysans , quifont ordinairement
dans
so
jell
d'el
rele
le travail, viventplus
long-temps , & confervent
leur ſanté ; car comme ils
aucune débauche , ils
nefont
ignorent ce
dant que c'est que la Goutte. C'est ce qui
112 MERCURE
a fait dire à Seneque , dans fon
Hypolite acte 1 .
In Penates rarius tenuis
fubit
Hæc delicatas eligens peſtis
domos .
En effet la Goutte fuit ordinairement
les Femmes & les pauvres
Ménages . &se loge dans les maifons
où l'on fait grandchere. Auffi
est- il vray que jamais homme de
travail ne fe plaindra comme Herode,
Cùm eſſe opportet , manus
non habeo ; oportet progredi
, non funt mihi pedes.
Oportet dolere , tunc & pedes
mihi funt & manus .
Commetoute fubite matation est
dangeureuse, ceux qui de maigres
deviennent gras , doivent prévenir
la Goutepar laſueur.
Les flatuofitez , la Colique , &
'Hydropile se queriffent par la
GALANT.
113
is
Atis
12
AL
pre
des
d
e
Sueur. Le Pestiféré, en qui la Nature
par l'effort qu'elle aura fait déja
commencéàjetter en Bubon le venin
au dehors ,fera infailliblement delivré
par une forte fucur.Fendis
autant pour guerir les Lepreux ;
parce que fi on aide fortement la
chaleur naturelle , elle achevera de
jetter an dehors toutes les fuperfluitez
&impuret.ez C'estpourcela
qu'on tient tres - chaudement ceux
qui on la Verolle ou la Rougeolle , &
qu'on aide la chaleur naturellepar
des confections d'Hyacinte , d'Al
kermés , ou de Theriaque,
La Paralyfie, après mesme qu'on
aperdu la parole , eft guerie par la
Sueur abondante. Il en est de mesme
de l'Apoplexie ,ſi l'on commencepar
la promptefaignée. Il en faut user
dela mesmeforte pourle tremblement
de teste& des mains , qui eft
unindice de quelque rupture de ra114
MERCURE
meaux de veine dans le cerveau ,
dont le ſang extravasé, preſſfent les
nerfs dans leur origine , ne permet
que par intervalles l'écoulement des
esprits. Leseul remede est une bon.
ne diete , & la frequentefueur , afin
que ce fangfereux épanché se diffi
pe. Fayveu desparties douloureuſes
&affligées de Rhumatisme, querir
en les exposant durant plusieurs
heures aux rayons plus ardensdu
Soleil d'Eftc.
La meilleure nourriture qu'on
puiſſe donnerà un Malade,se fait
de bonnes viandes &de facile digestion
, estant coupées par petits
morceaux ,& les os moelleux caffez
bienmenu , &le tout bien pilé dans
un mortier de marbre , & cuit enfuite
à feu lent , aprés y avoir
ajoûté ce que l'on jugera à propos
pour le faire reposer& oſterſes infomnies,
pour venirſon ventre libre,
GALANT .
115
& même pour luy donner le goust
d'aigre, de doux , on relevé, fuivant
fon appetit . Paffez le tout par un
linge , vous en aurez , comme on
dit ,la quintessence dont le Malade
ufera pour son manger & pour sa
boiſſon , en le rendant àſa volonté
plus épais ou plus liquide. Ceux qui
voudront retenir &conferver dans
les boüillons lefel volatildes vian
des , qui en est la meilleure partie ,
auront retours au livre de la machinede
M. Papin ,pour amollir
les os , & profiteront de l'avis
que j'y ay ajouté pour la rendrefacile
, dans l'impreſſion de 1682 .
chez le Sieur Michalet. Ie vous
parleray une autrefois de la facile
& afſeurée compoſition de la Medecine
universelle,
COMIERS ,
Prevoſt de Ternant.
116 MERCVRE
La folemnité qui s'eſt faire
à Argentan, Ville de Normandie
, pour la Tranflation des
Reliques de ſeize Saints differens
, a eſté trop remarquable
pour ne vous en pas donner le
détail. Le Pere lerôme , Capucin
de la meſme Ville , les
ayant obtenuës de Sa Sainteté
pendant le ſejour qu'il a fait à
Rome , elles ont eſte diſtribuées
à pluſieurs Eglifes , &
ceux qui ont eu le bonheur
d'y avoir part , fe font reünis
pour en faire la ceremonie.
Le 16. du mois paſſe ayant
eſté choiſy pour cela , Monſieur
du Pré , Grand- Vicaire
& Official de Sez le Siege vacant
, vint officier à Argentan .
Il ordonna d'abord que les
Chaſſes , qui étoient au nombre
de huit , fuſſent miſes en
GALANT.
117
-depoſt dans l'Egliſe des Capucins.
Elle estoit d'une propreté
& d'une-decoration admirable
, quoy que conforme à
l'eſtat preſcrit par leur Regle.
Trois grands Autels dont les
ornemens montoient juſques
à la voûte , en occupoient
tout le fond . Des deux coſtez
on voyoit fix grandes pyramiqui
s'élevoient juſqu'à la méme
hauteur , & entre chacune
de ces pyramides eſtoient
qua
quantité de Deviſes à la gloire
de ces Saints , le tout environné
de lumieres en ſi grand
nombre qu'on en eſtoit
éblouy. Tous les ornemens de
de l'Architecture qui pouvoient
porter des lampes ou
des pots de fleurs , en eſtoient
remplis . Iln'y avoit meſme aucun
bouquet où l'on n euft
118 MER CURE
,
trouvé le ſecret d'en attacher. ,
ſans que l'on puſt découvrir
comment toutes ceslumieres
pouvoient fortir du milieu
des fleurs . Les murailles eftoient
ornées de tres-beaux
Tableaux ſeparez par des Cartouches
de même hauteur
dont les bordures auſſi -bien
que l'écriture , eſtoient formées
de lumieres.ChaqueCartouche
exprimoit une des vertus
des Saints dont on honoroit
les Reliques . Le premier
qui ſe voyoit en entrant contenoit
ces mots , Lagrande Feste
est dans le ciel. Toutes les feneſtres
de l'Egliſe eſtant bouchées
, ce grand amas de lumieres
qui brilloient de toutes
parts , faiſoit un effet des plus
furprenans .Le Clergé ſeculier
& regulier ſe rendit dans cette
GALANT. 119
er
St
ca
Ci
f
C
Eglife , & aprés pluſieurs Motets
chantez en l'honneur des
Saints , on leva les Reliques ,
& la Proceffion commença.Les
Muficiens marcherent d'abord,
&quantité d'Inſtrumens
ſe firent entendre . Monfieur le
Comte de Grance , Gouverneur
de la Ville , parut immediatement
aprés les Chaſſes . Il
eſtoit accompagné de tous les
Officiers , & de tout ce qu'il y
avoit de Gardes du Corps dans
02 la Ville , qui estoient venus
joindre leur pieté à celled'un
peuple nombreux, que le bruit
de cette Fefte avoit attiré des
lieux voiſins . La premiere Station
qu'on fit, fut à S. Germain ,
qui eſt la principale Paroiffe
de la Ville . Toutes les Chaſſes
y furent poſées; & le Pere Michel
Ange , Gardien des Capu-
CO
S
109
el
OUR
cer
120 MERCURE
cins , y fit un tres beaux Sermon
. Il dit qu'il ſembloit que
leCiel reglaſt la conduite fur
celle de la terre , & que comme
on voyoitles Nations Etrange.
res venir en foule ſe mettre
ſous la protection de LoüIS LE
GRAND , demeſme la multitude
des Chaſſes qui paroiſſoient
dans cette Ceremonie,pouvoit
donner lieu de dire que les
Saints s'empreſſoient à faire
apporter leurs corps dans un
Royaume d'où ce grand monarque
avoit banny l'Hereſie ,
en forteque n'eſtant plus permis
à perſonne de douter du
culte qu'on doit aux Reliques ,
les Predicateurs n'avoient plus
beſoin d'apporter des raiſons à
leurs Auditeurs pour en foutenir
l'uſage . Le Sermon fut fuivy
de quelque Motets que l'on
chanta,
T
GALANT. 121
& la Proceffion cõtinua dans le
meſme ordre . Pluſieurs jeunes
Gentilshommes vétus en Anges
marchoient autour des
Chaſſes , & portoient de gros
flambeaux de cire blanche. On
Stalla aux Eglifes où ces Chaffes
devoient eſtre laiſſées , & l'on
commença par celle de Mada-
To me d'Almeſches , Fille de feu
Monfieur le Maréchal de Gran.
cé . Cette digne Abbeſſe qui
gouverne ſa Maiſon avec la
plus exacte regularité , fit paroiſtre
ſa magnificence dans
la decoration de ſon Eglife.
Les ornemens en parurent
t finguliers , & les charmes de
ſa voix furent un nouveau
fujet d'admiration. Sa Comit
munauté eſt une de celles de
France où il y a des Filles qui
chantent le mieux. Elle s'ani-
10 Juillet 1686 . F
122 MERCURE
1
merent d'un nouveau zele
dans cette Ceremonie , qui fut
continuée par l'Egliſe de S.
Martin, par celle des Religieu -
ſes de Sainte Claire , par celle
des Jacobins , par celle de S.
Thomas , & finit comme elle avoit
commencé par celle des
Capucins . Le foir,les Habitans
firent preparer un grand Bucher.
devat la porte de la même
Eglife . Monfieur leGrand-Vicaire
reveſtu de ſes ornemens ,
&precedé de quatre Acolites ,
&chacun ungros flambeau de
cire blanche à la main , alla y
mettre le feu , & il entonna le
Te Deum , qui fut chanté par
tout le Clergé . Les Trompettes
& les autres Inſtrumens qui
s'y trouverent , finirent la Ceremonie
par l'Exaudiat & par
les Prieres ordinaires pour le
Roy.
e
Fut
S.
euelle!
S.
ea
des
cans
Bume
Vins,
tes
a
pe
SC
C
ALF
3
LYON
*
1893
TECKLY.DUX PROT
CEST.IN.
NESCIA
SIG
VIRTUS
FRÆNI
Dolinarfecit
GALANT.
123
Le Comte de Tekelia joüć
depuis dix- ans un ſi grandPerſonnage
fur le theatre du monde
, que vous ne ſerez pas fachée
de voir le Portrait d'un
homme dont vous entendez
tous les jours parler. On en a
frapé la Medaille. Je l'ay fait
graver ,& je vous l'envoye..
Vous allez eſtre ſurpriſe,Madame
de ... que vous connoifſez
,& quia pris ſi ſouvent le
party dela Conſtance, ne peut
plusblâmer les Inconftans . Elle
eſt charmée des Vers que
vous allez lire. Le tour l'ena
ébloüye , & elle ſe rend aux
raiſons qui favoriſent l'infidelité
, parce que l'Autheur les
a exprimées d'une maniere
agreable . Voilà ce que c'eſt
que d'avoir beaucoup d'efprits
on vient à bout de per-
F 2
124 MERCURE
fuader tout ce qu'on veut.
Liſez ces Vers , & m'en mandez
voſtre ſentiment .
SUR L'INCONSTANCE .
L
A Constance & la Foy nefont
que de vains noms ,
Dont les laides&les Barbons
Tachent d'embarraſſer la jeuneſſe
credule,
Pour retenir toûjours dans leurs
liens affreux ,
Parles charmes d'unfauxfcrupule
Ceux qu'un juſte dégoust a chaſſez
dechez eux.
Cupidon ſous les loix de la fimple
nature
Regit tout ce qu'ilfait foupirer icy
bas ,
GALANT.
125
W
E.
S
Lem
Il ne punit jamais rebelle ny parjure.
C'estun Empire qui ne dure
Qu'autant que les Sujets y trouvent
des appas.
Dés qu'un objet ceſſe de plaire,
Le commerce amoureux aussi-toft
doitfinir,
Le reſpect des fermens n'est plus
qu'une chimere.
Laperte du plaisir qui nous les a
faitfaire
Nous diſpenſe de les tenir.
:
L'amour de fon deſtin eſt toûjours
Seul le Maistre ,
Etfans que nousſcachions n'y pour-
... quoy ny comment ,
Comme dans nostre coeur à toute
heure il peut naiſtre
Il en peut maigrè nous fortir à tout
moment . :
F3
126 NERCVRE
Vliffe qui parſa ſageſſe
Fatfi celebre dans la Grece ,
Quoy qu'amoureux bien traité
Refufamalgrésa tendreſſe
D'accepter l'immortalité
A la charge d'aimer toûjours une
Déeffe.
Aimez tant que l'amour unira voος
esprits ,
Mais ne vous piquez point d'une
folle constance ,
Etn'attendezpas que l'absence
Où les dégoufts , où les mépris
Vousfaffent faire penitence
Desplaisirs que vous avezpris.
Quadonsent mourirſa tendreſſe
Qu'on baaille auprés d'uneMaitreffe,
Et que le coeurn'est plus content,
Que fervent les efforts qu'il fait
pour le paroiſtre?
GALANT .
127
A
L'honneurdepaſſerpour constant
Nevaut pas lapeine de l'estre..
Je vous envoye la réponſe
quel'on a faite à ces Vers. Ils
font ſur les meſmes rimes & de
# la meſme meſure.
M
Ettezvous
:
àl'abryde
fames noms
cesin-
Que les leunes &les Barbons
Condamnent avec droit dans une
ame credule,
2
Lerenom devolage estun renom affreux.
Les coeursſenſibles auscrupule
N'ont jamais pûfouffrir un inconstant
chez cux,
Est-il rien plus constant que le
cours de nature , .....
Quine l'imite point a le courage bas,
Ilfait mille leçonsfur l'horreur du
parjure.
F 4
128 MERCURE
Voyez depuis quel temps ildure ,
LuySeur del'Universfait briller les
appas.
Quel crime de chercher à plaire
Pour voirfapaſſion en peu de temps
finir?
A- t'on droit de traiter lesfermensde
chimere ?
Refpcétez les , Tircis ; l'amour qui
lesfit faire
Vous doit forcer à lestonir.
Lors que d'un tendre coeur il s'eft
rendu le maistre ,
Doit-on compter le temps , ny pourquoy
ny comment ?
Ah ! Tircis , ilvaut mieuxnely pas
fairenaistre
Que ne l'y pas souffrir jusqu'au
dernier moment .
Uliffe montra ſaſageſfer

GALANT.
129
1
En cherchant Penelope en Grece,
Quoy qu'ailleurs ilfût bietraité.
Pour luy conferversa tendreſſe ,
Dédaignant l'immortalité
Il quitta pourſa Femme une aimable
Déeffe.
On distingue aisément les fidelles
esprits.
Ils font des coeurs glacez triompher
leur constance ,
Ils bravent la plus longue absence .
Et lors qu'àforce demépris
Ils ont affezfait penitence ,
Ils emportent enfin le prix.
Après une longue tendreſſe
* Laplus inſenſible Maistreffe
Rendceluy qui l'aime content.
Mille Secrets appas qu'on ne voit
point paroistre
Sont faitspourun Amant conſtant;
Malheuràqui ne le peut estre.
F5
130
MERCVRE
Tout le monde n'eſt pas du
ſentiment de l'Auteur de cette
réponſe ; vous le verrez par le
Madrigal qui fuit.
Atrop conſtante tendreſſe
Inspire un air languiſſant.
Aimer &changerfans ceffe
Rien n'est plus divertiſſant ,
Etfi l'on est heureux avec une Maitreffe.
Quel plaisir tour àtour d'en pouvoir
avoir cent !
Les ſurpriſes de l'amour font
toûjours à craindre , & fi l'on
ne fuit dés les premieres attaques,
on s'expoſe à fuccomber;
& bien ſouvent meſme , quelque
neceſſité qu'il y ait de ſe
guerir , on n'en vient pas à
bout comme on veut. Vn Cavalier
fort eftimé par ſon efGALANT.
131
#prit & par fon merite en a
fait l'épreuve depuis quelque
temps d'une maniere qui vous
paroiftra fort furprenante. Un
jour qu'il eſtoit dans un quartier
éloigné du fien , il entra
hdans une Eglife , où il appercent
une affezjeune perfonne,
dont deux ou trois inconnus
qu'il écoutoit , parloient avec
beaucoup d'avantage. Lebien
** qu'ilsen direntluy donna en
vie d'examiner tous ſes traits.
Il changea de place pour la
Or mieux confiderer , & trouva
que quelques loüanges qu'on
luy euſt données fur ſabeauté,
on avoit moins dit qu'il ne
voyoit. C'eſtoit une Brune
quiavoit de grands yeux noirs
tout pleins de feu ,la bouche
petite& tres -bien bordée, un
teint des plus brillans & des
F6
132
MERCURE
plus unis , & enfin je ne ſçay
quoy dans tout fon vifage de
fi vil & de ſi piquant, qu'il étoit
preſque impoffible de n'en être
pas frapé. Sa modeſtie fut encore
un charme qui toucha le
Cavalier. Elle avoit ſes coëffes
baiffées , & quoy qu'elle
attiraſt beaucoup de regards,
elle nejettoit les yeux fur perfonne.
Au contraire , elle paroiffoit
toute recueillie en elle-
meſme,&l'attention qu'elle
cauſoit, ne laiſſoit rien voir
enelle qui donnaſt des marques
qu'elle euſt l'eſprit dilipe.
Aprés qu'elle eut entendu la
Meffe , elle fe leva , &oce fut
alors, que la beauté de ſa taille,
qui estoitgrande & tres -dégagée,
fit une nouvelle impref.
fion fur le Cavalier. Elle traverſa
l'Egliſe d'un air tout moGALANT.
133
eu
em
11
COC
are
pe
R
0
for deſte , ſuivie ſeulement d'un
red petit Laquais qui n'avoitpoint
de livrée . Le Cavalier s'en alla
fi -toſt qu'il la vit partie , &
dans tous les lieux où il ſe
trouva le reſtedu jour , il fitle
portrait de cette aimable perfonne.
L'idée qui luy en reſta
fut fi engageante , que deux
jours après il retourna dans la
mefme Egliſe à la méme heure .
Apeine fut- il entré qu'il vit
arriver la belle Brune. Iben
fut encore beaucoup plus touché
qu'il ne l'avoit eſté la premiere
fois , & plein d'impatience
de ſavoir qui elle eſtoit,
la voyant fortir , il la fitſuivre
par un de ſes gens , qui apprit
Ionnom,& luy vintdire qu'elle
eſtoit entrée dans une maifon
àporte quarrée , où il avoit
fceu que depuis deux ans elle
e
134
MERCURE
1
occupoit le ſecond appartement
avecſa Mere . Le Cavalier
fut fort fatisfait d'appren
dre qu'elles logeoient affez à
l'étroit. Il jugea de là que c'étoient
des perſonnes peu accommodées
, qu'auroient beſoin
de quelque ſecours ; &
comme ilavoit l'ame liberale,
il eſpera qu'aprés le premier
accés trouvé , les preſensqu'il
leur feroit les engageroient à
le fouffrir. Le lendemain il
revient au meſme lieu , & y
vit encore cette charmante
perſonne , mais avec ſa Mere .
C'eſtoit une femme affez bien
faite , âgée environ de cinquante
ans. La modeſtie de la
Belle , qui estoit toujours la
meſme , &un air noble répandu
dans ſa perſonne , luy répondant
d'un merite pen comGALANT.
135
t mun, il ſe mit en teſte de s'en
faire aimer , & crut l'entrepriſe
digne de ſes ſoins. Aprés
qu'elles eurent entendu la
Meſſe , elles voulurent ſortir,
mais la pluye qui estoit furvenuë
pendant ce temps-là,
les força de s'arreſter au bas
de l'Eglife. Il s'y arreſta auſſi,
& comme elles envoyerent
trois ou quatre fois leur petit
Laquais pour voir fi elle ne
ceſſoit point , il prit le pretexte
de l'inquietude où il les
voyoit,pour s'offrir à les remener
dans ſon Caroſſe . La Mere
le remercia fort civilement
&la Fille eftant enſuite obligée
de répondre à quelque
choſe d'aſſez flateur qu'il luy
dit , elle le fit d'une maniere
honneſte & fpirituelle , mais
affez fiere pour luy faire en136
MERCURE
tendre que les douceurs neluy
plaifoient pas . La pluye augmentant
au lieu de diminuer ,
il les pria de nouveau de s'en
retourner dans ſon Caroffe ; &
afin qu'elles euſſent moins de
peine à l'accepter , il confentit
à les laiſſer aller ſeules , fi elles
ne ſouhaitoient pas qu'il euſt
le plaifir de les conduire. Il
leur fit cette priere de ſi bonne
grace , & avecun tel empreſſement
, qu'enfin elles ſe ſervirent
de l'occaſion , fans vouloir
fouffrir qu'il vinſt avec elles.
Il demeura dans l'Eglife,& attendit
ſon Caroffe , fort fatisfait
de cette démarche, qui luy
donnoit lien de leur rendre
une viſite . C'eſt ce qu'il fit peu
de jours aprés. Son empreſſement
parut les embaraffer. Cependant
comme il leurmarqua
GALANT.
137
L
ede grandes honneſtetez , elles
- ne purent ſe diſpenſer d'y
répondre , & la converſation
roula fur differentes matieres ,
Et qui firent briller l'eſprit de la
Fille . Il y remarqua beaucoup
■ de vivacité , & fut charmé de
la delicateſſe de ſes ſentimens .
La Mere ne manquoit pas de
merite , & tout ce qu'il put apprendre,
ce fut qu'elles étoient
I de Province , & que des affaires
affez importantes les re
tenoient à Paris , où elles ſe
roient encore quelque temps .
Il leur offrit ſon credit, & leur
fit connoiſtre qu'il eſtoit d'une
Famille dont l'appuy n'eſtoit
1 pas à negliger. Cette offre ,
dont on témoigna luy eſtre
obligé , ne luy fit point accor
- der la permiffion qu'il demandad'eſtre
receu lors qu'il vien138
MERCURE
droit les revoir. La Mere qui
connut à la maniere dont il
commençoit à s'expliquer,que
ſa Fille luy plaiſoit aſſez pour
l'engager à de frequentes vifites
, luy dit qu'elle ne recevoit
perſonne chez elle,& que
neanmoins par reconnoiſſance
du fecours qu'il vouloit bien
leur prêter dans leurs affaires,
on conſentiroit à le voir de
temps en temps. Il ne put paffer
quatre jours fans revenir.
On le receut un peu froidement
, mais ſes manieres auffi
engageantes que refpectueufes
, eurent bien - toſt diſſipé
cette froideur. On luy avoüa
que l'on s'eſtoit informé de
luy , & que les choſes qu'on
en avoit ſceuës luy eſtoient
affez avantageuſes , pour leur
donner lieu de n'avoir aucune
GALAN T. 139
peine à recevoir ſes viſites , fi
les affiduitez n'eſtoient pas
toûjours prejudiciables à la
reputation des Filles . Il promit
de ſe regler , pour n'abu-
* fer pas de la bonté qu'on avoit
de le fouffrir . Vn mois ſe paſſfa
de cette forte , & il ne voyoit
jamais l'aimable perſonne qui
l'attiroit toûjours malgré luy ,
qu'il ne ſentiſt redoubler l'attachement
qu'il avoit pour
elle. Il eſtoit galant , elle estoit
touchante , & il prenoit toutes
les occafions qui ſe prefentoient
de luy dire des douceurs.
Elle s'en accommodoit
pourveu qu'elles fuſſent gene-
- rales , mais fi - toſt qu'il s'échapoit
à parler de paſſion , il luy
voyoit un air ſerieux qui l'obligeoit
de ſe taire. L'eſtat où
il ſe trouvoit luy faifoit beau.
140
MERCVRE
coup de peine . Quoy que la
Belle euſt mille agrémens , &
qu'une noble fierté fiſt connoître
ſa naiſſance , comme il
ne pouvoit eſperer en l'épouſant
ny alliances conſiderables ,
ny du bien qui le flataſt , c'étoit
un deſſein qu'il n'eſtoir
pas refolu de prendre. Il vouloit
pourtant ſe faire aimer , &
il la voyoit d'un caractere qui
neluy permettoit pas de parler
de fon amour fans parler de
mariage. Malgré l'exacte regularité
de ſa conduite , le peu
d'opulence où il ſembloit qu'elle
fuſt , luy perfuada qu'elle ſe
relâcheroit à luy laiſſer dire
tout ce que l'amour luy faifoit
ſentir , fi quelques preſens la
diſpoſoient à l'écouter favorablement.
Il prit pour cela toutes
les précautions qui la pouGALANT.
141
le
(
voient engager à les recevoir ,
& luy en voulut d'abord faire
de ceux que peu de Femmes
refuſent,quand on les connoiſt
affez pour leur donner lieu de
croire qu'ils ne tirent point à
conſequence ; mais elle les refuſa
d'un air fier , qui luy fit
voir qu'elie ſe tenoit offenſée
de la liberté qu'il avoit priſe.
Comme l'amour ne perd jamais
l'eſperance , il s'imagina
que ces fortes de preſens n'eſtoient
pas aſſez confiderables
pour eſtre acceptez , & cherchant
l'occaſionde luy en faire
un plus important , il luy entendit
parler unjour d'un Collier
de Perles qu'elle avoit en-
- vie de ſe donner. Quelque
temps aprés il alla trouver une
de ces Femmes qui font lemé-
-tier de Revendeuſes , & qu'il
1
142 MERCURE
avoit veuë quelquefois chez
elle. Il luy mit entre les mains
un Collier de mille écus , & luy
ayant donné des leçons conformes
à ſon deſſein,il la chargea
de le porter chez la Belle
avec d'autres nipes.La Revendeuſe
y alla le lendemain d'afſez
bon matin , & aprés luy
avoir montré quelques habits,
elle luy dit que ſi elle avoit de
l'argent à mettre à un Collier ,
on luy en avoit donné un à
vendre , qu'elle auroit à grand
marché.La Belle le prit,le regar
da attentivement,& le rendant
peu de temps aprés,elle témoigna
eſtre fachée qu'il fut d'un
prix qui l'en devoit dégoûter.
La Revendeuſe qui eſtoit inſtruite,
luy répondit qu'elle ne
ſçavoit ſi la perſonne qui le
faiſoit vendre , ſe connoiſſoit
GALANT.. : 143
bien en Perles ; qu'elle avoit
eu deux cens Loüis d'or de
quelques Colliers qui n'appro-
( choient pas de celuy- là,& que
cependant on n'en demandoit
que mille francs. La Belleleexamina
de nouvean,& pretendit
que s'il n'eſtoit pas d'un
plus haut prix , il falloit qu'il
euſt quelque defautqu'elle ne
découvroit pas. Le refultat fut
qu'on luy laiſſa le Collier jufqu'au
lendemain pour le faire
voir.Elle alla ſur l'heure chez
deux Connoiffeurs qui l'aſſufrerent
qu'il eſtoit au moins de
mille écus , & le Cavalier étant
venu luy rendre viſite , elle le
pria d'en dire ſon ſentiment.
Il répondit que fi elle pouvoit
l'avoir à deux mille francs , il
luy conſeilloit de les donner
1 promptement , & que quand
144
MERCURE
elle voudroit s'en défaire , elle
y trouveroit cent piſtoles à
gagner. La Belle ne balança
plus fur cet achat. Elle tint
fon argent preſt pour payer la
Revendeuſe; mais elle fut fort
ſurpriſe de paſſer huit jours
fans en avoir de nouvelles.Enfin
, lafſée de l'attendre , elle
envoya l'avertir de venir prendre
les mille francs du Collier.
La Revendeuſe qui l'avoit
laiſſé chez elle , luy fit dire
qu'elle ne demandoit rien ,&
qu'une Dame eſtoit venuë de
ſa part luy apporter fon argent.
Cette réponſe chagrina
la Belle , qui connut d'abord
que le bon marché luy échapoit.
Elle ne voyoit que le
Cavalier ,& lay feul eſtoit capable
de luy vouloir faire un
pareil preſent. L'éclairciſſement
GALANT.
145
ment eſtant inutile , elle n'en
eut aucun avec luy , & elle le
pria ſeulement de fe charger
du Collier pour l'aller remettre
luy- même entre les mains
+ dela Revendeuſe,parce qu'elle
avoit changé de gouft. Il s'oppoſa
fortement à ce deſſein . Il
luy remontra qu'elle auroſt
peine à trouver une occafion
auſſi favorable d'avoir un Collier
à bon marché,& luy offrit,
fielle manquoitd'argent , d'avancer
pour elle les mille
francs qu'on en demandoit ,
en attendant qu'elle ſe viſten
eſtat de les luy rendre . La Belle
leregarda un peu fierement ,
& luy dit d'un ton ſi abſolu,
que fans chercher les raiſons
qui la portoient à renvoyer le
Collier , il falloit qu'il fiſt ce
qu'elle vouloit , qu'il n'oſa
Juillet 1687 . G
146 MERCURE
pouſſer la galanterie plus loin.
Une conduite ſi ſage augmentant
ſa paffion , il redoubla ſes
foins auprés d'elle. Illuy propoſa
pluſieurs parties de plaifir
,& il luy fut impoſſible de
luy en faire agréer aucune.
C'eſtoit affez pour les refuſer,
qu'elles puſſent l'engager à
quelque dépenfe. Sa gloire en
eſtoit bleffée, & jamais referve
ne fut plus entiere que celle
qu'elle eut toûjours .
Voilà l'eſtat où eſtoient les
choſes , lors qu'un Marquis ,
fort Amy du Cavalier , vint
luy faire une priere , dont il
ſe trouva embaraffé . Il eſtoit
fils d'un pere tres - riche , mais
imperieux au dernier point, &
qui aimant le bien plus que
toutes chofes , vouloit l'obliger
d'épouſer une Heritiere,
GALAN T.
147
r
ما
qui n'eſtoit ny belle , ny d'une
naiſſance confiderable . Ce
Party, quoy que fort à rechercher
du coſté de la fortune ,
n'accommodoit point le jeune
Marquis , & pour s'affranchir
de la violence qu'on luy vouloit
faire , il n'avoit pû imaginer
un moyen plus ſeur , que
de ſe donner le Cavalier pour
Rival . Le Cavalier , maiſtre
de fon bien depuis peu d'années
, en avoit affez pour pouvoir
pretendre à l'Heritiere,&
la propofition de fon mariage
avoit dequoy faire naiſtredes
difficultez pour empefcher,ou
du moins pour retarder celuy
que le pere du Marquis avoit
deſſeinde conclure. Comme il
avoit autre choſe dans le coeur,
il conjura le Marquis de le diſpenſer
de l'engagement qu'il
G 2
148 MERCURE
vouloit luy faire prendre , &
luy avoua qu'un autre amour
dont il étoit prevenu, le laifſoit
peu en eſtat de faire l'Amant
d'une Perſonne qu'il n'avoit
point envie de connoiſtre.
Il falut venir au détail de
l'avanture . Le Cavalier ayant
fort exageré l'auſtere vertu de
la belle Solitaire qui luy
faifoit refuſer juſqu'au plus
د
د
,
le Marquis foible preſent
ſe mit à rire & dit qu'il
falloit qu'il s'y prift mal , n'y
ayant aucune Femme dont
avec un peu d'adreſſe il ne fuſt
aiſe de gagner l'eſprit. Le Cavalier
ſoutintqu'il perdoit fon
temps avec la perſonne dontil
luy parloit;&le Marquis afſura
quenonſeulement illuy feroit
agréer qu'il allaſt ſouvent chez
elle , mais qu'il trouveroitmoGALANT.
149
10

yen de luy faire recevoir toutes
fortes de preſens . Il ajoûta, que
s'il en vouloit avoir le plaiſir, il
n'avoit qu'à choiſir chez un
Marchad telle étoffe qu'il voudroit
pour luy en faire un habit
& qu'avant qu'il fuſt dix jours
il la luy verroit porter.Tout cela
s'entreprenoit à condition
que s'il en venoit à bout,le Cavalier
feroit obligé de faire
quelques démarches du coſté
del'Heritiere .Le party fut accepté
. Le Cavalier apprit au
Marquis le nom de la Belle , &
le quartier où elle logeoit , &
luy envoya dés le lendemain
une des étofes qui avoient le
plus de cours , avec l'aſſortiſſement
neceffaire pour faire un
habit de Femme .Deux joursaprés,
leMarquis luy dit qu'ilavoit
rendu viſite,& la peinture
G3
150
MERCURE
qu'il luy fit des lieux ſe trouva
ſi juſte, qu'il ne putdouter qu'il
ne luydiſt vray. Le Cavalier
fort furpris qu'il euſt trouvé
l'accés fi facile , le fut beaucoup
davantage quand il vit la
Belle avec un habitde l'étofe
même qu'il avoit choifie. Il fut
contraint de tenirparole. Il envoya
unde ſes Amis aux Parens
de l'Heritiere , & les propoſitions
qu'on fit de ſa part,empêcherent
que le Pere du Marquis
n'avaçat les choſes autant
qu'il euſtfaitſans cet obſtacle.
Le Cavalier avoit de tres--belles
Terres , & fon bien eſtoit
preſent. C'eſtoit dequoy tenir
l'affaire en ſuſpens , & pour
ſervir le Marquis , on la pouvoit
faire traîner en longueur .
Cependant le Cavalier ne put
eſtre détrompé par l'épreuve
GALANT.
151
12
10
1
de l'habit. Il dit au Marquis
qu'il pouvoitavoir envoyé l'étofe
par quelque perſonne interpofée
, qui la donnant àun
prix fort bas , avoit déterminé
la Belle à la prendre . Le Marquis
offrant de luy prouver
d'une autre maniere , que les
gens adroits ne manquent
jamais de réüffir dans tous
leurs deſſeins , le Cavalier qui
n'avoit pû obtenir de la Belle
brune qu'elle agréaſt une partie
de plaifir , ſoutine avec
beaucoup de chaleur que fon
Amy ne feroit pas plus heureux
que luy s'il en propoſoit
quelqu'une. Ce fut au Marquis
un ſujetde le railler fur le
refus dont il l'affuroit. Il entreprit
de mener la Belle dans
une maifon qu'il luy marqua
à une lieuë de Paris ,&
G4
152 MERCURE
dele mettre dans un Cabinet,
d'où il pourroit voir qu'il ne
s'engageoit à rien qu'il ne
fceuſt executer. Le jour fut
pris , & le Cavalier s'étant
caché dans un lieu commode,
vit ſon Amy qui ſe promenoit
dans le Iardin avec la Mere &
la Fille. On apporta la Collation
qu'on fervit ſous un Berceau
, & un mouvement de
jalouſie ſe meſlant à ſon chagrin
, il eut beaucoup de peine
à tenir la parole qu'il avoit
donnée de ne point paroiſtre.
Le triomphe du Marquis
eſtant pour luy un mortel outrage
, il reſolut de quitter une
perſonne qui luy refuſoit
ſi obſtinément aprés d'aſſez
longs ſervices , ce qu'elle accordoit
aux premiers foins
d'un nouveau venu ; mais il
GALANT.
153
prit en vain cette reſolution .
L'amour qu'il avoit pour elle
n'y peut confentir. Il fut chagrin
, jaloux , inquiet , & con-
#tinua de la voir toûjours.Comme
il cherchoit des raifons
pour l'excuser , il s'imagina
que ſa complaiſance pour le
Marquis venoit de ce que le
3. connoiffant ſujet aux ordres
d'un pere qui luy deſtinoit un
+ party avantageux , elle regarat
doit ſes ſoins comme ne devant
avoir aucune fuite pour
elle , puis qu'il ne pouvoitdif.
poſer de luy. Ces reflexions
le foulagerent , & fa paffion
C
ة
16
prenant de nouvelles forces ,
il voulut la fatisfaire en ſe mariant
avec la Belle. Si - toſt qu'il
eut formé ce deſſein dont it
ne dit rien à fon Amy , l'affeurance
du fuccés luy fie
G
154 MERCVRE
prendre un air content qu'il
fit éclater dans ſa premiere viſite
. La Belle frapée de l'enjoüement
qu'il faiſoit paroître,
le pria de luy vouloir dire ce
quiluy eſtoit arrivé d'heureux
afin qu'elle puſt yprendre part.
Il luy répondit que le bonheur
dont il ſe flattoit ne pouvoit
eſtre plus grand , & qu'un ſeul
mot de ſa bouche devant le
rendre certain , il eſtoit affez
perfuadé de ſon eſtime pour
croire qu'elle voudroit bien le
prononcer . Il acheva de s'expliquer
plus ouvertement , &
la Belle l'ayant écoûté ſans l'interrompre
, parut reſveuſe &
embarraffée .Elle revint de fon
trouble pour luy témoigner
combien elle estoit ſenſible à
Thonneur qu'il luy faifoit
aprés quoy elle ajoûta qu'il y
GALANT.
155
Te
C
1 .
avoit déja quelque temps que
fon amour luy étoit connu ,
qu'elle l'avoit veu s'accroiftre
inſenſiblement , quoy qu'elle
euſt taſché de le combattre
par ſa retenuë , & qu'obfervant
toutes ſes démarches, elle
avoit remarqué avec chagrin
qu'il euſt voulu l'ébloüir par
des preſens ſans luy parler
comme il commençoità faire ,
qu'elle voyoit bien qu'il ne
propoſoit de l'épouſer qu'entraîné
par la violence d'une
paſſion dont il n'eſtoit pointle
maiſtre ; que cette paffion,toute
vive qu'elle estoit , ne pourroit
manquer de s'affoiblir par
lesdroits que luy donneroit le
mariage , & qu'elle avoit trop
de delicateſſe pour hazarder
ſon bonheur ſur les trompeufes
amorces d'une fortune qui
-
G6
156 MERCURE
ne pouvoit remplir ſes defirs .
Des ſentimens ſi peu attendus
furprirent le Cavalier. Leur
nouveauté luy fit admirer la
grandeur d'ame qui les produifoit,&
il en fut tellement tonché
, qu'aprés avoir donné à la
Belle les plus tendres aſſeurances
d'unepaſſionqui ne finiroit
jamais , illa laiſſa maiſtreſſe de
ſes avantages pour les regler
comme elle voudroit. Toutes
fes offres furent inutiles . Elle
perſiſta dans ſes refus , & rien
ne put l'obliger à changer de
ſentimens.Le Cavalier croyant
que fa Mere auroitdu pouvoir
fur elle , la conjurade luy être
favorable , & toute la réponſe
qu'il en eut , fut que fa Fille
luy eſtoit trop chere pour ne
luy laiſſer pas une entiere liberté
ſur une choſe delaquelle
GALANT.
157
dépendoit tout le repos de fa
vie. Il les vit encore trois ou
* quatre fois , & quoy qu'il n'oubliaſt
rien de ce que l'amour
peut imaginer de plus ' touchant
, pour attendrir le coeur
1 de la Belle , elle luy dit avec
tant de fermeté qu'il ne devoit
jamais efperer d'avoir en elle
qu'une veritable Amie,qu'enfin
le mativais ſuccés de ſes efperances
luy fierefoudre de ne
plus fonger qu'à fa fortune . II
- demanda au Marquis s'il ne ſeroitpas
faſché qu'il s'attachaft
tout de bon à l'Heritiere , &
les inſtantes prieres que le
Marquis luy en renouvella ,
l'autoriſantàparler plus fortementqu'il
n'avoit faitjuſqu'a-
Hors , il luy futd'autant plusaiſe
de réüfir que le Pere da
Marquis mourut peu dejours
158 MERCURE
,
aprés. Sa mort fit ceſſer l'engagement
où l'on eſtoit avec luy ,
&le Marquis ayant témoigné
de l'indifference pour ce mariage
, il fut conclu en fort peu
de temps avec ſon Amv. La
Belle l'en felicita d'une maniere
qui luy fit connoiſtre qu'elle
l'eſtimoit veritablement
mais fans regreter les avantages
qu'il avoit voulu luy faire.
Deux mois s'estoient à peine
paſſez quand le Marquis en.
voyaprier le Cavalier de venir
chez luy. Illuy dit en l'embrafſant
que comme il eſtoit ſon
meilleur Amy , il vouloitqu'il
fuſt le premier qui appriſt une
nouvelle dont il auroit de la
joye. La nouvelle estoit qu'afin
d'éviter les embarras qui accompagnent
tout ce qui ſe fait
avec quelque éclat , il s'eſtoit
GALANT.
159
1
I
marié fecretement , & que la
perſonne qu'il avoit choifie
* pour ſe rendre heureux , venantd'arriver
chez luy pour y
prendre ouvertement le nom
de ſa femme , il ne pouvoit
differer au lendemain à la luy
I faire connoiſtre. En meſme
temps il le conduiſit àl'appartement
qu'il luy avoit deſtiné ,
& le Cavalier fut dans une
ſurpriſe qui ne ſe peut exprimer,
lors qu'il reconnutla belle
Brune . Aprés luy avoir fait
compliment avec un peu de
defordre , il ne ſe put empefcher
de dire au Marquis qu'il
devoit ſe reprocher d'avoir
abuſé à fon prejudice d'une
connoiſſance qu'il n'avoit cuë
que par luy. Le Marquis qui
comprit ce qu'il penſoit fit ceffer
ſes plaintes en luy appre-

160 MERCVRE
nant que fon mariage eſtoit
fait il y avoit déja plus de deux
années ; & qu'afin de le cacher
à ſon Pere , qui eſtant imperieux
& fort emporté euſt pû le
desheriter s'il l'euſt découvert,
il avoit prié ſa femme de vouloir
bien demeurer fans train
& fans équipage dans unquartier
éloigné , où il n'alloit la
voir que le foir. Il ajoûta en
riant qu'il ne devoit pas eſtre
furpris qu'ayant le nom de
Mary , il euſt eu le privilege
de luy faire prendre les étoffes
qu'il luy avoit envoyées
pour elle , & del'engager à une
partie de promenade. Cer
éclairciſſement donna lieu de
dire mille chofes agreables , &
il ne fut pas difficile au Marquis
d'obtenir du Cavalier de
vouloir toûjours demeurer
2
1
GALANT. 161
:
Amy d'une perſonne qu'il
avoit aſſez aimée pour la vouloir
épouſer .
Je croy , Madame , n'avoir
paſſé aucun mois depuis la
mort de Monfieur le Prince ,
ſans vous parler desOuvrages
qui ſe ſont faits à ſa gloire , ſoit
en proſe , ſoit en Vers. Vous
aurez ſceu qu'on à faitune Oraiſon
funebre de ce Prince au
College de LoüIS LE GRAND
Le Pere de la Baune quila fit ,
receut de fi grands Applaudifſemens
, qu'il n'a pûſe diſpenfer
de fouffrir qu'on l'imprimaſt.
Ces fortes d'Eloges eſtant
faits pour confſacrer la memoire
des Grands Hommes , il ſeroit
injuſte qu'il ne fuſſent pas
vûs de ceux qui ne peuventles
entendre . L'Aſſemblée devant
laquelle on prononce ordinai162
MERCURE
,
rement , eſt ſi petite en compa .
raiſon du nombre infiny de curieux
qui les peuvent lire dans
toutes les parties du monde
quel'on ne peut refufer de les
donner au Public , puis que ce
ſeroit le priver du plaifird'apprendre
mille chofes glorieuſes
au Princequ'on entreprend de
loüer. Je ne m'étendray point
icy fur l'Ouvragedu Pere de la
Baune. Il eſtoit Latin , & ceux
qui entendent le mieux cette
Langue , tomberent Pacord
qu'il feroit fort difficile de la
mieux parler. Monfieur le
Prince , Monfieur le Duc , &
Monfieur le Prince de Conty ,
étoient preſens à cette action .
La Salle où elle fut faite eſtoit
toute tenduë de noir avec
د
deux bandes de velours , où
eſtoient les Armes du Prince ,
GALANT. 163
avec des larmes d'argent dans
e les intervalles . On avoit placé
fur les colomnes des Tableaux
qui repreſentoientles Princes
de la Maiſon de Condé, de tou-
Etes les Victoires de Monfieurle
Prince.Entre ces derniers Tableaux
étoient les Portraits des
plus grands hommes de l'Antiquité
, afin qu'on puſt faire la
comparaiſon de M. le Prince
&deux;& comme c'étoit-là un
des morceaux les plus ingenieux
de tout le deſſein ,il faut
vous l'expoſer un peuplus au
long. On voyoit Pompée qui a
remporté pluſieurs victoires en
Eſpagne , comme Monfieur le
Prince; Germanicus , qui en a
remporté en Allemagne comme
luy , Cefar qui a fait long--
temps la Guerre dans les Paysbas
,Alexandre qui fitle Siege
164 MERCURE
de Tir pareil à celuy de Dunkerque;
Fabius & Marcellus
dont Monfieur le Prince a
rêüny en luy les differens caracteres
, ayant eu devant Chatenoy
une conduite auſſi moderée
& auffi retenuë que Fabius
, & devant Lens autant
d'impetuoſité que Marcellus ;
Scipion qui eut le même bonheur
que Monfieur le Prince ,
d'eſtre remis à chevalpar fon
Fils , aprés en eſtre tombé avec
beaucoup de peril au milieu
d'un Combat. Je paſſe quelques
autresHeros qui faifoient encore
des paralelles aufſi heureux
& auſſi juſtes . Toutes les
vertus tant militaires que civiles
de cegrandPrince, eftoient
marquées par quelques traits
tirez des meilleurs Auteurs de
l'Antiquité , & toûjours tresGALANT.
165
ingenieuſement appliquez.Au
fond de la Salle estoit un Maufolée
, où la Victoire d'un coſté
au piedd'un Palmier,& de l'autrela
Science au piedd'unOlivier
, faifoient paroiſtre une
égale triſteſſe . L'Hiſtoire écrivoit
ce que luy dictoitle Genie
de la France,& tenoit leTemps
captif& enchaiſné . L'Eternité
prenoit ſon vol du haut de ce
Mauſolée avec le Portrait du
Heros à ſa main. Au devant
eſtoit un grand Arc de triomphe
, dont les coſtez eſtoient
chargez d'Ecuffons & de Medaillons
, qui repreſentoient
toutes les Villes priſes par
Monfieur le Prince . On avoit
mis ſur le tour cette Inſcription
, ARA VIRTUTIS , qui
eſt la même que les Romains
mirent autrefois ſur une pyra
166 MERCURE
mide élevée à l'honneur d'une
Legion. Ce fut dans ce lieu
déja tout remply des loüanges
de Monfieur le Prince , que le
Pere de la Baune y en ajoûta
d'autres encore plus dignes de
-ceHeros,& anima tout ce Spectacle
par une éloquence extraordinaire.
Le plan de ſon
Diſcours renferma tout ce qui
peut faire un Heros achevé ,
les Vertus de la Guerre , & les
Vertus de la Paix. Il ſuivic
avec ordre les grandes actions
& les grandes qualitez de
Monfieur le Prince ,& les expoſa
avec toute la nobleſſe &
toute la pompe qu'elles meritoient.
Ce Diſcours fut fort
applaudyd'une celebre Affemblée
, & tout le monde l'a mis
au nombre des plus belles choſes
qui ayent eſté faites fur ce
fujet.
GALANT . 167
On a auſſi imprimé l'Oraiſon
funebre prononcée le 3. May
dans l'Abbaye Royale de Maubuiſſon
proche de Pontoiſe ,
parMonfieur l'Abbé du larry.
Quantité d'autres Ouvrages
qui ont fait beaucoup debruit,
l'ont fait eftimer de pluſieurs
perſonnes , dont le ſeul fuffrage
pourroit donner une glorieuſe
reputation à ceux dont
on n'auroit point encore entendu
parler. Tout ce Difcours
eſt remply d'une éloquence
tres - vive. Il y repreſente
un Prince qui s'est occupéferieusement
àfon Salut, aprés avoir
efficacement travaillé pour celuy
de lEſtot ; qui a pris foim de laiſſer
fon nom écrit dans le Livre de Vie,
aprés l'avoir renduſi fameux dans
nos Histoires , qui amélél'odeur de
ſes Exploits ; qui s'eft acquitté de
168 MERCURE
ce qu'il devoit à fon Dieu , &àfa
Patrie , & qui aprés nous avoir
fait voir le Heros prophane dans
tout son éclat , nous a fait admirer
le Heros Chreftien dans toute
Saperfection . Il fit enſuite une
excellente peinture de quelques-
unes des grandes actions
deMonfieur le Prince ,& lors
qu'il eut parlé des memorables
Victoires de Rocroy & de Fribourg.
Je commence , dit- il , à
Sentir combien je dois menager
les paroles dans l'Eloge d'une vie
dont les merveillesfe fuivent defi
prés,&comme l'on voit des Royaumes
& des Fleuves celebres mar
quez par un trait de plume dans
les Cartes abregées du Monde , je
voudrois vous faire entendre par un
mot , des actions heroïques , &de
fameuses Victoires , Talton , Donkerque
, Norlingue , Lens. A ces
mots
GALANT. 169
mots quels prodiges de valeurne
Se prefentent pas à vos esprits ?
Vous rappellez cefameux Paſſage
défendu par une Armée entiere ,
forcé dans une seule attaque , &
toute la Flandre en proye à nos
- Armes victorieuses , lors qu'elle s'en
croyent à couvert avec le secours
de cette puiſſante barriere . Vous
regardezavec étonnemens une des
plus fortes Villes du monde , emporsée
dans quinze jours malgré la
Mer , la Terre , l'Air , & les hommes
qui la defendent , pendant que
Les Places voisines entraisnées par
fon exemple , prèviennent un Vainqueur
à qui ce grand exploit ne
laiſſe rien d'impossible. L'Allemagne
& l'Espagne s'offrent encore à
vos yeux , éprouvant la force de ce
bras invincible dans des défaites
memorables , & des journées glorieuſes
de Rocroy & de Fribourg ,
Juillet 1686. H
170 MERCURE
renouvellées dans celles de Norlin_
gue& de Lens , fameuses par tout
ce qui peut donner du prix aux Vi-
Etoires. Quelle riche matiere de
loüanges ne se trouveroit pas renfermée
dans ces évenemens cele.
bres ,si j'avois le temps de les developer
! Là il ramene au combat
des Troupes épouvantées , & leur
fait reparer par une honte genereuſe
une faute précipitée. Icy il
expose une vie qui aſſure le repos
de tant d'autres dans une mêlée
sanglante , & d'illustres Combattans
qui tombent àses pieds , ne
l'empeſchent pas de chaffer les Ennemis
d'une Tranchée , où ilſejette
pour la défendre. Ne vous figurez
Pas , Meſſieurs , une témeritéaveugle,
que d'heureux fuccés justifient,
une valeur imprudente qui expoſe
inutilement une teste precieuse ,
une faillie de courage qui envelope
GALANT.
171
fans besoin le Soldat &le Capitai
ne. Il avoit une prudence militaire
- attachée à la difference des con
jonctures , qui luy faisoit distinguer
dans le combat les perils qui demandoient
sa presence, d'avec ceux où
elle n'estoit pas neceſſaire. Il Sça
voit ranimerle courage des Troupes
ébranlées par des exemples d'in
trepidité, & retenir leur impetuofitépar
defages reflexions. Il ai
moit mieux s'aſſurer du moment de
la Victoire , en la cherchant parde
vives attaques , que de s'expofer à
le perdre pardes lenteurs ménagées.
Et. Il ne craignoit pas d'abandonner
quelques membres aufer er au feu,
pour empefoberque tout le corpsne
perift , & en facrifiant une partie
des Troupes au tranchant du glai
ve, il fauvoit quelquefois une Armée
entiere.
Il dit enſuite admirablement
en parlant du Roy , &
H2
172 MERCURE
des Troubles qui finirent avec
ſa minorité ; La grande ame de
ce Heros comme envelopéeſous les
forbleſſes de l'enfance, découvrant
peuà peu cerichefond de vertus &
de lumiere qui nous ébloüit , diffipe
inſenſiblement les nuagesqui troubloient
laferenité de fonregne. On
éprouva bien-toft la force de ce
Genie Superieur , viſiblement né
pour commander aux autres ,& de
ce caracterede dominationfinatu
rel , qui luy soumet tout fans effort,
L'Image de la Divinité imprimée
Sur lefront des Rois , & qui ne fut
jamais plus reconnoiſſable que fur
le front majestueux de ce Monarque,
reünit bien- toſt tous les esprits .
Il continuë à peindre d'une
maniere fort delicate tout
ce que Monfieur le Prince a
fait de grand en ſuivant le
Roy dans ſes Conqueſtes , &
:
GALANT.
173
it
aprés avoir marqué qu'il s'arreste
lors qu'il voit LOUIS LE
GRAND en estat de vainore,& de
conduire tout parluy-mesme , com_
me si Dieu ne s'estoit ſervy des
mains de l'un qu'en attendant que
11 celles de l'autre ſe fortifiaſſent , ce
feroit icy , ajoûte-t- il , l'endroit
d'épanchernos coeurs à la gloire de
ce grand Roy devant ces Autels
qu'il a fi glorieusement affermis ,&م
la fainteté de nostre Ministere ne
doit pas nous faire craindre deluy
accorder les loüanges qui luy font
devës , puis qu'il nous amis hors
de peril de luyen donner deflateufes
& de prophanes. Que toutes
les bouches confſacrées au Seigneur
s'ouvrent donc ensemble pour cele
brer le nom d'un Roy , qui n'a
nct triomphe de ſes Ennemis que pour
nt faire triompher l'Eglise des fiens.
C'est certe esperance qui nous a
H 3
174 MERCURE
:
:
Soûtenus dans la conjoncture affligeantequi
nous afait tremblerpour
l'oingt du Seigneur , & pour fon
Ouvrage. Quelque juste que fust
nostre crainte , nous nous repoſions
fur le ſoin que le Ciel devoit pren
dre d'une vie si precieuse, & une
fecreteconfiance nous faifois atten
dre qu'aprés l'avoir accordée aux
prieres de la France , il la conferveroit
pour l'intereſt de la Religion,
L'amour des Peuples pour la Per-
Sonnefacrée de ce Monarque s'eft
manifeſtée avec éclat. La voix de
nos larmes a monté juſques au Ciel ,
& tous les Temples ont retenty des
gemiſſemens de nostre douleur , o4
des Cantiques denostre joye.Maintenant
que nos alarmes ſont dif-
Sipées , réunis par les liens de l'obeiſſance
& de la charité , nous
allons joüir tranquillement de la
paix qu'il a rendue à l'Estat&à
GALANT . 175
Pr
,
di
l'Eglise , & tout Ifraël habitant
Sans crainte àl'ombre deſonfiguier
&de sa vigne , chante les louanges
du Seigneur , dans le Temple
que ce nouveau Salomon vient d'élever
fur les ruines d'une Synagogue
infidelle.
La feconde Partie de cette
Oraiſon Funebre,eſt une peinture
du Heros Chrétien.Monſieur
l'Abbé du Jarry y fait
voir Monfieur le Prince dans
une retraite ,ou mettant en feureté
la gloire dont il venoit de ſe
couvrir dans les Combats , il en acquit
une nouvelle. Il dit que la
protection visible du Ciel qu'ilavoit
tant de fois épreuvée dans les perils
, éclata encore davantage dans
Le foin que prit la Providencedele
garantir des dangers de la Cour
aprés l'avoir ſauvé de ceux de la
Guerre ,& de le preparer par une
Η 4
176
MERCURE
1
A
:
vie paisible & retirée , à une vie
chrestienne & penitente ; que ce
fut là que repaffant les jours de fa
gloire évanoüis , il comprit l'aveuglement
déplorable de ces Hommes
fi connus aux autres & fi inconnus
à eux- mêmes , & que parcourant
les differentes vanitez quifontſous
te Soleil, il trouva qu'ily avoitplus
de veritable douceur à goûter en
paix les fruits de ſon travail , qu'à
moiſſonner de vains lauriers qui
coûtent tant de fatigues. Aprés
avoir employé degrands traits
à peindre la converfion de ce
grand Prince , & le merite de
ſa vie fouffrante , il nous le
montre dans ce triſte eſtat où
il eſtoit preft d'aller rendre
compte de toutes ſes actions
au Souverain Iuge . Ce n'estpas ,
dit- il , une marque infaillible d'un
grand courage de méprifer la mort
GALANT .
ES
e
e
dans les Batailles. L'exemple des
Chefs, lefon des Instrumens bell
queux , le mouvement&le chocdes
Bataillons qui fe meflent avecviolence
, entraînent également dans
le peril ceux qui le craignent&
ceux qui le bravent ,& comme l'on
voit quelquefois des Armées entieres
ſaiſies de ces terreurs paniques
qui font prendre la fuite aux plus
hardis , elles se sentent end'autres
rencontres emporter par je ne sçay
quellefureur guerriere qui donnede
la fermeté aux plus timides. Le
courage de Monsieur le Prince ne
fut pointſujet à ces revolutions. Il
ne s'eſtonna point à cet aspect affreux
d'une mort lente &ſenſible ,
fous lequet il ne l'avoit point en .
core vevë dans les Combats ; il ſe
trouva par laſituation naturelle de
fon coeur au dessus de la mort elle
ne luy parut terrible que dansſes
H
178 MERCURE
1
fuites ,& aprés l'avoir cherchée
tant de fois avec ardeur dans les
Batailles, il l'attendit avec unefermeté
chrestienne dans ſes derniers
momens. Sur la fin , en parlant
des Mauſolées , & de la pompe
des honneurs funebres que
l'on rend aux Grands, il ya un
fortbel endroit conceu en ces
termes. Vous mourrez tous, comme
des eaux courantes ( il parle aux
Impies floriſſans du Siècle )
Vous allez vous perdre dans cet abi.
me , & vous rendre àcettevoye uni.
verſelle de la terre. La gloire qui
vous environne ne descendra pas
avec vous. Lesinfectes &la pourriture
,feul & triſte heritage de la
mort,vous accompagneront dans ces
Maiſons tenebreuſes , d'où vous ne
fortirez que pour estre enfcvelis
avec des Riches impitoyables en des
Sepulchres plus affreux , où vousdeGALANT.
179
2
e
viendrez les victimes eternelles de
la mort qui vous devorera. Ce ſont
des sentimens que devroit inſpirer
aux grands du monde cette trifte
Ceremonie; mais helas ! l'enchantement
de la bagatelle nous fuit
par tout. Au lieu de confiderer cette
Pompe funebre par ce qu'elle a de
triſte ; nous ne la regardons quepar
ce qu'elle ad'éclatant. La vanité
des grandeurs humaines se caobe
même ſous unspectacle qui devroit
nous la découvrir. L'eſprit entraîné
par les charmes desfens , ne demesle
qu'avec peine les cendres d'un
bomme mortel , au travers de ceri
- che appareil qui les environne ,
ces restes déplorables d'un Prince
dont la grandeur va diſparoiſtre
pourjamais avec ce dernier éclat ,
nous ébloüiffent encore au lieu de
nous instruire.
H 6
ISO MERCVRE
l'ajoûte un Sonnet à la gloire
de Monfieur le Prince , fur
une mort fi Chreſtienne . Il eſt
de Monfieur l'Abbé Maumenet
, Chanoine de Beaune .
Q
Vand la foudre à la main
courant à la victoire ,
L'intrepide Condé s'expoſoit au tré-
Pas,
La parquevint s'offrir millefois fur
Ses pas
Preſte ànous enlever ceHeros plein
de gloire.
Mais iln'estoit pas temps d'honorer
Sa memoire ,
Cen'estoit pas affez des Exploits de
Son bras ,
LeCiel le destinoit àde plusgrands
Combats ,
Et la Grace vouloit consacrer fon
Histoire
GALANT. 181
12
Mars ne ceintpas toûjours lefrons
de ſes Guerriers ,
L'efpritàfes combats ,lavertu fes
Lauriers ,
Et laPaixfes Heros auffi-bien que
la Guerre.
Condé victorieux dans le ſein de la
Paix ,
En domptant ſon esprit plus vasts
que la Terre ,
Ne borne qu'en Dieuſeulſavie ,&
Ses hauts faits.
Il s'eſt fait un grand nombre
de Service pour le repos del'ame
de Monfieur le Duc de
# Saint Aignan, tant à Paris que
dans fon Gouvernement &
dans ſes Terres. Le premier
de tous a eſté fait par un Gentilhomme
qui luy avoit de
grandes obligations . C'eſt Mr
182 MERCVRE
4
de la Touche de Belleviere ,
Gouverneur des Ville , Forts
& Havre de Feſcamp , & des
lieux qui en dépendent. Il
n'eut pas fi - toſt appris la triſte
nouvelle de cette mort qu'il
alla trouver le Pere Prieur des
Benedictins Reformez de l'Abbaye
de Feſcamp , qui eft VicaireGeneral
de l'Exemption,
pour le prier de faire faire un
Service folemnel ,&de ne rien
oublier de ce qui estoit deu à
un Gouverneur de cette Province
, de la qualité & du rang
de celuy-là. Le lendemaindés
le grand matinil fit fonnerles
Cloches de l'Abbaye , & envoya
ordre , comme Grand-
Vicaire , à tous les Curez de
la Ville de Fefcamp , qui ne
reconnoiffent point d'autre
Evefque , aux Capucins , aux
1
GALANT. 183
3 هم
00
Religieuſes , & enfin à tout le
Clergé , d'offrir à Dieu toutes
leurs prieres de ce jour , & de
celebrer toutes les Meſſes pour
tle repos de ſon Ame. L'Eglife
✓ fut toute tenduë de noir , &
l'on dreſſa un ſuperbe Mauſolée
ornée d'un nombre infiny
de cierges , ſur leſquels on mit
les Armoiries de cet illuftre
Défunt. Le 27. du mois paflé
fut lejourqu'on pritpour cette
☐☐ lugubre Ceremonie. Tous les
Curez des Paroiſſes de la Ville
y aſſiſterent avec leurs Etoles ,
& tout le Clergé s'y trouva
ainſi que les Capucins . Toute
la Nobleffe de l'un & de l'autre
ſexe alla prendre Monfieur le
Gouverneur chez luy. Il ſe
rendit dans l'Eglife à la tefte
des Gentilshommes , qui furét
tous placez dans le Choeur.
en
0
ng
es
es
ne
e
X
184 MERCURE
Madame de la Touche ſa Femme
prit place dans le lubé où
toutes les Dames l'accompa
gnerent. La Meſſe fut chantée
par la Muſique de l'Abbaye , &
Monfieur de Bourdemare , ancien
Religieux de Saint Benoiſt
, officia pontificalement
à cause de la maladie deMonfieur
le Grand Prieur. Monſieur
le Gouverneur envoya
enfuite des Billets à tous les
Curez des lieux de ſadépendance,
afin que chacun fift faire
un Service dans ſon Eglife...
J'aurois trop à vous dire fi
je vous parlois de tous les Vers
qui ont eſté faits fur cette
mort. Voicy une Deviſe de
Monfieur Magnin. Le Corps
eſt un grand Laurier ſeché fur
le pied ,& le mot , Marti, Ma-
Sque colendus.A
GALANT . 185
n
Ben-
12
هن
1-
2.
rs
tt
He
Di
F
Galement chery des Muses &
de Mars ,
Que de pleurs va cauſerſa perte
déplorable !
Polyfur le Parnaffe , & fier dans
les hazards ;
Que de temps , que de foins pour
former ſon ſemblable !
SUR LE MESME SUIET
par le meſme.
SONNET.
Aint-Aignan nevit plus , &la
Parque traiſtreſſe ,
Ialouſe qu'elle estoit de fes longs&
beaux jours,
A l'horreur du Parnaffe en a tranché
le cours.
Quel funeste revers en trouble l'al
legreffe ?
186 MERCURE
-
43
A tous les beaux Esprits que ce
deüil intereſſe ,
Sa bontégenereuſe estoit d'un grand
Secours,
Et lefien bravant l'âge &fes triſtes
retours ,
Iusque dans les Tournois animois
la Leuneffe.
Sidansle champ de Mars il charma
les Guerriers ,
Dans la Paix iljoignit les Mirthes
aux Lauriers ,
Qui jamais s'est acquis une eſtime
plus juste ?
Polycomme Mecene , &fier comme
Agrippa,
Près d'un Prince plus grand & plus
Sage qu' Auguste ,
On fçait , & c'est affez , quel rang
il occupa.
GALANT. 187
On a fait une autre Deviſe
furla mortde MonfieurleDuc
de Saint Aignan. Elle a pour
Corps une Statuë de Marbre
de plein relief , repreſentant
ce Duc avec des Trophées
d'Armes autour , & fur le front
de cette Statuë , la Gloire éleve
la main pour y mettre une
Couronne avec ces mots , Vir
tuti hac debitamerces . Monfieur
Rault de Roüen , Autheur de
cette Deviſe , fait ainſi parler
laGloire.
Moyqui desgrandsHeros comnois
le vray merite ,
Leveux qu'en lettres d'or leur gloire
foit écrite,
Pour fervir de modelle à la Posterite;
Et qu'un ſi beau Laurier dont ie
fais leur couronne,
188 MERCURE
Dans le Templefameux de l'Immortalité
,
Soit le prix que ma main leur
donne.
Dans ce Marbre nouveau fi Saint-
Aignan refpire,
En voyant tous ses traits n'at'on
pas lieude dire
Qu'en mon Palais auguſte ilvit entre
les Dieux ;
Puis que de cegrand Duc les verius
& le zele ,
Ont enfin merité parses faits glorieux
Cette récompense immortelle ?
:
Monfieur Lourdet a fait le
Sonnet qui fuit.
Ο
N voit le Parnaffe en alarmes
,
Les Muſes ſe fondent en pleurs
GALANT. 189.
Bellone &le grand Dieu des armes
Sont atteins de vives douleurs .
4
L'amourmesmerépand des larmes ,
LesGraces perdent leurs douceurs ;
Venus n'a plus rien deſes charmes,
Quipeut caufer tantde malheurs?
Si tu veux apprendre la cauſe
De ce qu'à tes yeux on n'expose
Quedes fanglots de toutesparts.
Paſſant , c'est qu'une belle vie ,
L'honeur de neuf Soeurs & de Mars,
Vient d'eftreàSaint- Aignan ravie.
Monfieur Petit , pour qui
feu Monfieur le Duc de Saint
Aignan avoit depuis fort longtemps
une eſtime tres -particuliere
, juſqu'à le traiter de Fre
re en Apollon , comme vous
l'avez veu par quelques Let
190 MERCURE .
tres que je vous ay envoyées ,
a voulu marquer par ceMadrigal
combien la memoire de ce
Duc luy eſt precieuſe.
Hery de Mars & des neuf
Soeurs
Aimé du plus grand des Monarques,
Dont les éclatantes faveurs
En font autant d'illustres marques;
Sain , jeune malgré mes vieux
ans ,
Avec le don deplaire aux gens
Bien inftruits en delicateſſe ,
Paffant, cefort te ſemble beau ,
Mais chercher tout cela,foibleffe,
Pour en voirle Neant entre dans
monTombeau.
Monfieur Petit qui a fait ce
Madrigal , eſt l'Autheur des
GALAN Τ . 191
Dialogues Satyriques & Moraux ,
donnez au Public depuis peu
de temps . Comme ils font de
voftre gouft , & que vous les
avez trouvez auſſi inſtructifs
fque divertiſfans , vous ferez
bien-aiſe de voir le jugement
- qu'en a fait l'Autheur de la
Republique des Lettres.Voicy
de quelle maniere il en parle
.dans fes nouvelles du mois de
May dernier.
Il est extrêmement agreable de
voir des Ouvrages de Morale traitez
d'une maniere fine & délicate.
Les Dialogues que Monfieur Petit
vient de nous donner , font affeurement
de ce genre , & ilferoitpeutestre
bien difficile de trouver fur
cesfortes deſujets rien de plus galant
& de mieux tourné. On y voit
fur tout regner un certain air libre
& naturel que tant de gens cher
192
MERCURE
chent , ở qu'on a tant de peine à
rencontrer , l'Autheur paroiffant
toûjours le maistre de fa matiere
dont ilſe joüe comme il luy plaiſt.
Leur brieveté ne contribue pas peu
àleur agrément , n'estant que trop
veritable que les meilleures chofes
ennuyent & fatiguent par leur
longueur. Quefi cela a estéde tout
temps , on peut dire que c'estparticulierement
le goust d'aujourd'huy.
Cet ouvrage est compris en feize
Dialogues. Si on vouloit parler de
chacun& en dire les beautez&les
delicateſſes , on feroit peut - estre
un Ouvrage plus gros que celay de
I'Autheur . On fe contentera donc
d'en rapporter ſimplement les fujets
contenus dans la Table du Liure.
Le premier Dialogue eft , fur
le peril que court un Authcur
d'eſtre critiqué lors qu'il donne
ſes Ouvrages au Public , &
l'on
GALANT.
195
LU
Cut
10
l'on voit dans ce Dialogue le cara.
Etere de l'Auteur qui se tient dans
cette honneste défiance , où l'on doit
toûjours estre de foy-même. Le ſecond
, Que la Badinerie a des
agrémens qui l'emportent fur
le Serieux dans la Societé civile
. Ce Dialogue fonde tout le caractere
de l'Ouvrage. Le troisième ,
Qu'en matiere de galanterie
l'Or fait plus de conqueſtes
que l'Amour. C'est une verité
qu'on ne contestera pas . Un de nos
beaux Esprits modernes a dit fur
cela fort agreablement ,
La Clef du coffre fort & des
coeurs, c'eſt la mefme .
Que fi ce n'eſt celle des
coeurs ,
C'eſt du moins celle des faveurs
;
Amour doit à ce ſtratagême
Juillet 1686 . I
195
MERCURE
i
La plus grand' partde ſes exploits
:
A-t-il épuiſe ſon carquois ,
Il met tout ſon ſalut en ce charme
ſuprême .
Le quatrième Dialogue , Que
lagloire aprés laquelle courent
les Heros par tant de peines &
tant de fatigues eſt une pure
chimere . Le cinquiéme , Que
l'Equité eſt bannie de la terre ,
& qu'elle ne ſe trouve ny à la
Cour ny ailleurs . Le fixiéme ,
Que le bon ſens ne ſe peut
trouver dans les figures peu
naturelles de la Poësie . Le
feptième, Que les Medecins &
les gens de Guerre ont une
égale licence de tuer impunément.
Le huitième , Que le Jeu
cauſe de plus grands maux que
l'Amour. Le neuvième , Que le
GALANT. 197
Bonnet de Docteur ne fait pas
le Docte. Dans ce Dialogue on
voit affez bien le caractere des
jeunes Abbez d'aujourd'huy . Le
dixième , Que l'étenduë du defir
ne ſçauroit eſtre remplie . Le
onzième , Que toutes les Langues
font également belles , &
que la Françoiſe n'eſt pas plus
polie qu'elle estoit du temps de
nos Peres . Le douziéme eſt fur
l'injuſtice qu'on a faite à Moult,
&à d'autres mots ſemblables ,
de les bannir de la Langue.
Quoy que dans ces deux derniers
Dialogues l'Auteur prenne le party
du vieux Langage , on voit pourtant
bien qu'il ne voudroit pas
former fon stile sur celuy -là , &
que ce n'est qu'un jeu d'esprit.
Le 13. Que tous les hommes
ſe plaiſent à eſtre trompez , &
que perſonnen'a ſoin de cher
I 2
198
MERCURE
cher la verité. Le 14. Qu'il eſt
impoſſible que l'homme vive
tranquille , lors qu'il s'abandonne
à fon panchant. Le 15 .
Qu'il faut écrire purement ,
fans comparaiſons & fans figures
,& que la plus riche parure
d'une Langue vient de ſa naïveté
. Le 16. Que les Gens de
Cour ſont plus eſclaves que
ceux qui font veritablement
chargez de chaînes. Si Monfieur
Petit veut donner une ſuite à
ces Dialogues , il ne doit pas douter
qu'ils ne foient agreablement receus
du Public .
Ayant à vous apprendre le
mariage de Monfieur le Comte
de Mailly , je devrois vous entretenir
de ſa Maiſon ; mais outre
que je vous en ay ſouvent
parlé , ma Relation du dernier
Carrouſel pourra vous en raGALANT.
199
e
fraîchir la memoire. Il a épousé
Mademoiselle de Sainte Hermine
, Niece de Madame de
☐ Maintenon à la mode de Bre-
1
e
e☑
tagne , Elle eſt de Poitou , & les
qualitez avantageuſes qu'on
remarque en elle, la diftinguent
encoreplus que ſa Beauté. Sa
converſion l'a fait connoiſtre à
☐ la Cour. Madame de Maintenon
l'ayant miſe aux Nouvelles
Catholiques ,& enſuite à Saint
Cir , elle a fait paroiſtretant de
merite , un eſprit ſi doux , &
une conduite ſi judicieuſe
qu'en s'attirant une eſtime generale
, elle a gagné le coeur de
l'illuftre Perſonne à qui elle
eſtoit déja liée par le ſang , &
qui ne connoiſt que le merite
dans ceux qui luy appartiennent
. Cette verité eſt ſi reconnuë
qu'il feroit inutile derien
,
13
200 MERCVRE
dire pour la prouver. Jugez fi
ee mariage a dequoy rendre
Monfieur le Comte de Mailly
heureux . Le Roy l'a mis au
nombre des Seigneurs dont
l'employ eſt d'accompagner
Monſeigneur le Dauphin , & à
qui Sa Majesté donne tous les
ans deux mille écus . Il a fait
aufi du bien à Mademoiselle
de Sainte-Hermine, & on peut
dire qu'elle le doit à fon merite
& à fa converfion. Perſonne
n'ignore combien les Nouveaux
Convertis ont ſenty
d'effets des bontez , & de la li
beralité de ce Monarque .
Il vous fouvient que lors que
je vous parlay du dernier Voyage
que Sa Majeſte a fait à
Maintenon , au mois de May ,
je vous entretins de l'adreſſe
des jeunes Gentilshommes ,
GALANT. 201
Cadets de l'Artillerie , & du
Prix qu'ils avoient diſputé ,
mais je ne vous dis point alors
le nom de celuy qui le remporta,
parce qu'il n'avoit pas encore
receu cette glorieuſe récompenſe.
Ce fut Monfieur le Breton
d'Euvvrich qui la merita ,
pour avoir percé un Blanc d'un
boulet de Canon. Il eſt Sous-
Brigadier de la Compagnie des
Gentils hommes de l'Artillerie
commandée par Monfieur du
Raulet , Commiſſaire Provincial
au département de l'Iſle en
Flandre, Commandant general
de l'Artillerie du Camp de
Maintenon , Ce Prix estoit une
épée à poignée d'or , & elle luy
futdonnée au nom du Roy par
Monfieurle Marquis d'Uxelles,
àla teſte de la Baterie,& en preſence
des principaux Officiers
14
202 MERCURE
dù Cấp.M. le Breton d'Euvrich
eſt d'une Famille qui a eſté diſtinguée
par nos Rois. Louis
XIII. de glorieuſe memoire , en
cõfideration des longs ſervices
qu'Hector le Breton , Seigneur
de la Doinetiere, Roy d'Armes
de France , & l'un de ſes Maîtres
d'Hoſtel ordinaires , luy
avoit rendus , & particulierement
de ce qu'il avoit perdu un
oeil d'un coup de mouſquetade
au Siege d'Amiens , ſous le regne
de Henry IV. luy fit expedierle
4. Juin 1638. des Lettres
de Conceffion d'une Fleur de
Lys d'or dans un Ecuffon d'azur
, avec permiffion de ſupprimer
l'Etoile d'or qui occupoit
le milieu des Armes de ſa Maiſon
, qui font telles qu'on les
voit figurée & empreintes
dans le Pere de Varennes PolGALANT.
203
a
1
liotVulfon de la Colombiere,&
dans les anciens Nobiliaires de
France , d'azur à trois Colombes
d'argent , les deux du chefs affrontées
,àl'écu coufud'azuren abisme,
chargé d'une Fleur de Lysd'orau
chefd'argent , chargée d'un Lion
naiſſant de gueules. La Nobleſſe
1 de cette Maiſon a eſté reconnuë
par Lettres de relief données
à Lyon en 1496. par
Charles VIII . à ſon retourd'Italie,
en faveur de Denis d'Euvrich
furnommé le Breton ,
Capitaine au Regiment du
Seigneur de Piennes , à cauſe
des ſervices ſignalez qu'il avoit
rendus le jour de la Bataille
de Fornouë , en la prefence
& proche de la perſonne du
Roy, qui pour recompenſe de
ſa valeur , luy fit porter au milieu
de fes Armes une Etoile
IS
204 MERCURE
d'or , que continuoit à porter
Monfieur le Breton de Gaudemaine
& de Brichanteau , Seigneur
en partie de la Queuë
prés de Montfort Lamaury ,
mort Commiſſaire ordinaire de
l'Artillerie en 1670 .
Puis que vous avez acheté
toutes les Estampes qui font
une ſuite des Conqueſtes du
Roy , & qui font gravées d'aprés
les Tableaux de Monfieur
Vandermeulen , que l'on a mis
à Marly , je dois vous avertir
que depuis fort peu de temps
il y en a fait porter deux nouveaux
,qui reprefententleSiege
de Maſtric , & celuy de Dinan
. Ces Tableaux font deux
des plus grands Ouvrages.
qu'on puiffe faire en Peinture..
Je ne vous parle point de leur
beauté. On est fort perfuadé
1
GALAN T.
205
-e
زا
qu'ils ſeroient encore plus
beaux que tous ceux qu'a faits
Monfieur de Vandermeulen ,
s'il étoit poſſible qu'un habile
homme ſe trouvaſt capable de
faire quelque choſe de plus
beau que les Ouvrages qu'il a
mis au jour , lors qu'il femble
avoir pouſſe ſon Art auſſi loin
☐ qu'il peut aller , &principalement
touchant les Ouvrages
d'une maniere particuliere
qu'il s'eſt faite. Le Roy , qui
eſt le Prince du monde qui
connoiſt le mieux tout ce qui
regarde les beaux Arts , & qui
n'a rien épargné pour les faire
fleurir en France , où ils font
au plus hautpoint qu'ils ayent
jamais eſté , loüa publiquement
ces Tableaux qu'il trouva
d'une fort grande beauté .
Meſſieurs les Ecuyers y remar-
16
206 MERCURE
querent auſſi des choſes d'un
Art merveilleux à l'égard des
chevaux , dont les ſujets demandent
que ces Tableaux
foient remplis , de forte que
pour en voir de toutes manieres
, & dans une entiere perfection
, il faut avoir recours
aux Tableaux de Monfieur de
Vandermeulen. Le Roy à qui
ſes Ouvrages plaifent de plus
en plus , luy dit encore le jour
qu'il vit les nouveaux Tableaux
dontje vous parle,qu'il
eſtoit extremement content
des deux derniers qu'il a faits
du Siege de Luxembourg Ce
font ceux dont je vous ay déja
entretenuë dans ma Relation
du Voyage que Sa Majefté a
fait pour viſiter cette Place .
Mademoiselle de Rouvroy
Fille de fenë Madame la MarGALANT.
207
2.
quiſe de Rouvroy Gouvernante
des Filles d'Honneur de
e la Reyne , & Soeur de Madame
1 la Comteffe de Saint Vallier ,
2.
e
1
eſt entrée en qualité de Fille
d'Honneur chez Madame , à
la place de feuë Mademoiselle
de Simiane . Je me ſouviens de
vous avoir autrefois parlé dans
une de mes Lettres de l'ancienneté
de ſa Maiſon. Pour ce qui
regarde ſa perſonne , comme
elle a déja ſouvent paru à la
Cour , vous ne pouvez ignorer
qu'elle eſt bien faite , &
d'un caractere d'eſprit doux ,
honneſte ,& tout à fait aimable
.
Vous aurez fans doute entendu
parler du Mariage de
Mademoiselle de la Motte de
Caffaro . Cette Maiſon qui eſt
une des premieres de Sicile
$208 MERCVRE
:
ne vous peut eſtre inconnuë ,
aprés le bruit qu'elle a fair
dans le temps des Guerres de
Meſſine , pendant lequel Meſfieurs
Caffaro ont rendu d'utiles
ſervices à Sa Majeſté . Les
malheurs de leur Païs les ayant
obligez de ſe retirer en France,
ils y ont receu des marques des
bontez du Roy , qui leur donne
une penſion, pour ſuppléer
aux grands biens qu'ils ont
perdus en quittant Meſſine..
Ils font extrêmement eſtimez
de tous ceux qui les connoiffent
, & fur tout des Etrangers
, qui n'ignorent pas quelle
eſt leur naiſſance . Monfieur
l'Envoyé de Portugal les viſite
quelquefois , & il y mena un
jour Dom Edouard de Souſa ,
que l'envie de voyager avoit
amené en France . C'eſt un SeiGALANT.
209
el
, ce
gneur des plus confiderables de
Portugal. Il eſt jeune , fort bien
fait, & a une tres - belle Maiſon
à quatre lieuës de Lisbonne .
Son Pere , qui acheta laCharge
de grand Maiſtre des Poſtes
de Portugal , & de tous les Royaumes
que le Roy de Portugal
a aux Indes , l'a laiffée hereditaire
dans ſa Maiſon
qui le rend extrêmement ri-
☐ che. Il trouva tant de merite
dans Madame la Marquiſe de
1 Caffaro , & dans Meſdemoifelles
de Caffaro ſes Filles , qui
font toutes bien faites , & fort
vertueuſes , qu'il reſolut d'en
demander une en mariage.Dés.
= le lendemain Monfieur l'Envoyé
de Portugal en alla faire:
la propofition au Pere Caffaro ,, -
qui eſtoit alors Superieur des
Theatins , & que le Roy avoit
210 MERCURE
autrefois nommé à l'Archevêché
de Meſſine . Comme il l'afſeura
que Dom Edoüard de
Souza , ne cherchoit qu'une
Fille de naiſſance fans demander
aucun bien , & que Mademoiſelle
de la Motte ſa Soeur
luy avoit paru avoir les qualitez
que l'on pouvoit ſouhaiter
dans une Femme , le Pere Caffaro
répondit du confentement
de fa Famille pourveu que le
Roy agreaſt la chose. Le Mariage
ayant eſté arreſté , Dom
Edovard de Souza continua
fon voyage. Il alla en Italie
où il s'informa exactement de
la Famille de Caffaro , & eftant
retourné en Portugal , il paffa
quatre ou cinq ans fans donner
de ſesnouvelles . Ce long filence
fit croire à Meſſieurs de Caffaro
qu'il ne penſoit plus à ce
د
GALAN T. 211
e
de
NE
e
Mariage , & ils commençoient
eux-mêmes à n'y plus fonger ,
lors qu'il écrivit à Monfieur
l'Envoyé de Portugal , que de
grands Procés qu'il avoit eus
l'avoient empeſché de chercher
à le conclure , & que ces
Procés eſtant finis , il le prioit
d'en vouloir renouveller le
Traité . Monfieur l'Envoyé en
parla à Monfieur le Marquis
de Caffaro , Frere de Mademoiſelle
de la Motte , & le Roy
ayant eu la bonté de donner
fon confentement , le Contrat
ſe fit avec tous les avantages
qu'elle pouvoit fouhaiter. Sa
Majesté,Monſeigneur, Madame
la Dauphine , Monfieur ,
Madame , & toute la Maifon
Royale , luy firent l'honneur,
de le ſigner. La meſme choſe,
fut faite en Portugal par leRoy
212 MERCURE
& par l'Infante , & Monfieur
l'Envoyé qui avoit receu procuration
, épouſa icy Mademoiſelle
de la Motte , au nom
de Dom Edoüard de Souza
le 24. du mois paſſe . Madame
la grande Ducheffe luy fit enfuite
l'honneur de la mener à
Verſailles , où cette Princeſſe
la preſenta an Roy , àMonfeigneur
, à Madame la Dauphine
, à Monfieur & à Madame ,
qui la receurent avec beaucoup
de bonté . Elle eſt partie
de Paris , & est allée joindre à
Roterdam la Princeſſe Palatine
, pour la ſuivre juſques à
Lifbonne .
L'Article que vous allez lire
vafans doute vous ſurprendre,
&j'aurois peine moy-mefme à
y ajoûter foy , ſi je n'en eſtois
convaincu par le raport de mes
GALANT. 213
yeux . Monfieur Leviez , Docteur
en Medecine , affez cõnu
dans toutel Europe par les cufres
qu'il a faites dans les Pays
étrangers où il a eſté appellé , fit
dans ſa maiſon de la ruë de Seine
, au commencement də ce
mois , une experience , dont
le bruit ſe répandra bien - toft
chez toutes les Nations , puis
qu'elle fut faite en preſence de
tous les Ambaſſadeurs , Envoyez
extraordinaires , & Refidens
de tous les Souverains qui
ont icy des Repreſentans , où
devant des perſonnes envoyées
de leur parts . Ils étoient
au nombre de fept ou huit.
✔ Monfieur le Cardinal Ranuzzi
Nonce de Sa Sainteté en France
, n'ayant pû s'y trouver ,
y envoya Monfieur Lipi fon
Medecin avec fon Inten-
د
214 MERCURE
dant , & deux de ſes Gentilshommes
. Il y avoit outre ces
Meſſieurs environ cent Perſonnes
choifies & d'un meritediftingué
dans les Sciences
oudansles Arts. Monfieur Leviez
ayant trouvé deux ſujets
qui ſur la réputation qu'il s'eſt
acquiſe, voulurent bien hazarder
leur vie , ou du moins s'expofer
à fouffrir beaucoup , & à
n'eſtre gueris de long- temps, on
donna fur les fix heures du foir
un coup de raſoir juſques au
crane à la teſte du premier,
& on luy fit une playe de
la longueur de quatre à cinq
pouces. On ouvrit les lévres de
la playe , & ceux qui la voulurent
confiderer , eurent tout le
temps neceſſaire pour cela
Monfieur Leviez y mit enſuite
de fon EffenceVulneraire,pour
>
GALANT. 215
la prompte gueriſon des Playes .
On mit une comprefle , &l'on
banda la playe . Cela eſtant fait,
☐ on appella l'autre Patient volontaire;
on luy fitau bras une
playe pareille ,& l'on y enfonça
deux fois le raſoir pour la rendre
plus profonde , de forte
qu'elle estoit juſques à l'os. On
examina cette playe comme on
avoit fait la premiere. On y mit
aprés de la meſime Effence , &
Monfieur Leviez dit à Mefces
ſicurs les Ambaſſadeurs , qu'il
meneroit le lendemain
deux Patiens chez eux , &
qu'ils les trouveroient entierement
gueris,& àceux qui compofoient
l'aſſemblée , que s'ils
vouloient ſe donner la peinede
revenir chez luy le jour ſuivantala
meſme heure , il leur
feroit voir la meſme choſe que
275 MERCURE
que Meſſieurs les Ambaſſadeurs
auroient venë chez eux .
Vous regardez fans doute cette
guerifon comme une choſe ſurprenante.
Cependant il y a
plus , j'y retournay quatorze
heures aprés avec trois ou quatre
perſonnes qui avoient vu ce
qui s'eſtoit paſſé le jour precedent.
On leva l'apareil , & l'on
trouva les playes gueries , & les
peaux égales. Les Patiens afſurerent
qu'ils n'avoient point eu
de fiévre , qu'ils avoientdormy
toute la nuit,& qu'ils n'avoient
ſenty nulle inflammation à
leurs playes ,ce que l'eſtat où elles
estoient faifoit affez connoiſtre
; en forte qu'il eſtoit impoſſible
d'en douterquandmefme
ils auroient ditle contraire .
Mais ce qu'il y eut de bien remarquable,&
qui cauſa un fort
GALANT . 217
grand étonnemer , ce fut que la
compreſſe de l'une des playes
ne s'eſtant pas trouvée imbibée
juſques au bout de l'eſſence de
M. Leviez , il reſtoit un petit
endroit encore à guerir. On-y
mit de cette eſſence , & l'on remarqua
que ce petit reſte de
playe ſe refermoit à veuë d'oeil
dans le meſme temps que le remede
y fut appliqué.Cependat
rien ne devoit être plus diffieilea
reprendre que la chair d'un
homme qu'on doit croire mal
nourry , puis qu'il eſtoit aſſez
miferable pour ſe laiſſer faire
cette operation pour de l'argent.
La pluſpartdes Ambaſſadeurs
en donnerent à l'un & à
l'autre , por avoir eſté cauſe en
< s'expoſant , de l'utilité que le
Public pent tirer de ces deux
grandes experiences.Il en coû
218 MERCVRE
tera beaucoup moins pour les
Hôpitaux des Armées, puiſque
les Bleſſez en fortiront preſque
auſſi - toſt qu'ils y feront entrez ,
ce qui conſervera beaucoupde
Nobleſſe , & donnera plus de
hardieſſe aux Soldats qui ſe
croiront aſſurez d'une prompte
gueriſon s'ils reçoivent des
bleffures. Cette eſſence guerit
auili les coups de feu .
Les nouvelles publiques
vous ont appris la mort de
Monfieur d'Aubeville,Envoyé
Extraordinaire du Roy auprés
de la Republique de Genes . Il
eſtoit parent de feu Monfieur
leChancelier le Telier,& avoit
eſté Envoyé extraordinaire
auprés du Pape Innocent X. &
enfuite vers les Princes d'Italie
. On le vit aprés cela dans la
mefine qualité auprés de feu
Monfieur
GALANT. 219
22
e
Monfieur de Lorraine , & auprés
du Roy de Portugal & tous
ces Emplois on finy par celuy
deGennes , où il eſt mort fort
ágé . Il avoit eſté.Ordinaire du
Roy & s'étoit défait de faCharge
il y a quelques années . Tant
d'Emplois ſous un regne comme
celuy- cy font affez fon élogefans
qu'il foit beſoin que je
vous en diſe davantage. M.
du Pré a efté nommé en ſa place
Envové extraordinaire àGennes.
Il a demeuré en Eſpagne ,
&a eſté en Italie pour le fervice
de Sa Majesté Il a beaucoup
voyagé & a fort étudié les intereſts
des Princes pendant fes
Voyages .C'eſtun hommed'un
air & d'un eſprit qui le font
diftinguer d'abord qu'on le
voit,& dés qu'il paroiſt , il eſt
affeuré d'en effacer beaucoup
2
d'autres .
Juillet 1687. K
220 MERCURE
Voicy les noms de pluſieurs
autres perſonnes confiderables
, dont la mort eſt arrivée
ce mois- cy .
Meſſire Claude Auvry, ancien
Eveſque de Coutance. Il
eſtoit Treforier de la Sainte
Chapelle de Paris, & avoit eſté
Maistre de chambre de Monfieur
le Cardinal Mazarin. II
eſt mort preſque ſubitement ,
âgé de 77. ans .
Meſſire Joſephde Montpefat
de Carbon , Archeveſque
deToulouſe. Il eſtoit Frere de
feu Monfieur l'Archeveſque
de Sens , & avoit eſté Eveſque
de S. Papoul. Une longuemaladie
l'a emporté.
Meffire Pierre de Laval
Marquis de Laval- Lezé & de
Maignac , Comte de la Bigeotiere,&
de Fontaine -Chalen-
د
م
GALANT. 221
dray,premier Baron de la Marche
, Lieutenant general pour
le Roy en cette Province. 11
eſtoit Fils d'Urbain de Laval ,
Comte de la Pleſſe , Frere puifné
d'Hilaire de Laval , chef du
nom & des Armes de l'ancienne&
illustre Maiſon de Laval ,
dont celuy - cy avoit herité.
Vous ſçavez que la Maiſon de
Laval eſt une branche de celle
de Montmorency . Monfieurle
Marquis de Laval eſtoit allié
aux Maiſons de Mortemar , de
Tavanne & de la Baume par
Iſabelle de Rochechoüart , fon
Ayeule paternelle ,& il l'eſtoit
àcelles de Clerembaut,& d'Avaugourt
par laqueline de Clerembaut
ſa Biſayeule. Le mariage
de laqueline de Laval ſa
Tante avec le feu Comte de
Grandbois , d'une des plus illu
K 2
222 MERCURE
tres Maiſons de Bretagne , luy
avoit auſſi donné alliance avec
cette Maiſon ,& renouvelle celle
qu'il avoit avec la maiſon du
Bellay . Il avoit pour Frere M.
l'Abbé de Laval , & pour Soeur
Madame la Ducheffe de Roquelaure.
Il s'eſtoit marié en
1681. à Mademoiselle de la
Mothe-Fénelon , & n'a laiſſé
qu'un ſeul Fils âgé de huit
mois . Ce Fils eſt heritier du
nom , des Armes , & de toutes
les Terres qu'il poffedoit .
Meſſire lean de Longueil ,
cy - devant maiſtre des Comptes
, mort fans alliance , &
dans un âge extrêmement
avancé. Il eſtoit Fils de lean
de Longueil , Doyen de la
Chambre des Comptes , & de
Madeleine Luillier , & avoit
trois Freres & une Soeur ; ſcaGALANT.
223
voir , Pierre de Longueil,Confeiller-
Clerc au Parlement de
Paris , Abbé de Beaulieu ,Chancelier
de la Reine Anned'Au-
| ſtriche ; Dominique de Longueil
, Chevalier de malthe ,
mort à trente - quatre ans , d'un
coup de pique qu'il receut en
1635. Marie - Marthe de Longueil
, Femme de Michel des
✓ Champs , Sieur de Gaillon ,
maiſtre des Requeſtes , & René
de Longueil , aifné de tous
ces Freres , marquis de maifons
, Gouverneur de S. Germain
, Prefident au mortier du
Parlement de Paris , Sur- Intendant
des Finances de France ,
marié à Madeleine de Boulene
de Crèvecoeur , Dame de Grifolles
, dont eſt venu Iean de
Longueil, Marquis de Maiſons,
Preſident au Mortier dans le
1-
K
3
224 MERCVRE
mefine Parlement ,& Madeleine
de Longueil , Femme_de
Maximilien de Belleforiere ,
Marquis de Soyecourt, Grand-
Maiſtre de la Garderobe du
Roy,&Grand Veneur de France.
La Maiſon de Longueil tire
fon origine de la Seigneurie
& Chaſtellenie de Longueil
prés Dieppe , dont ils eſtoient
Seigneur dés l'an 1248.& porte
d'azur à trois Rofes d'argent au
chef d'or , chargé de trois Roses de
gueules. De cette Famille ont
eſté Pierre de Longueil ,Evefque
du mans , mort en 1326.
Geoffroy-Marcelde Longueil,
Chevalier de l'Ordre de l'Etoile
, Gouverneur de Pontoiſe ,
tué en 1356. à la Bataille de
Poitiers ; Denis de Longueil ,
tué en 1415. à la Bataille d'Azincourt;
Richard Olivier de
GALANT.
225
e
11
م
د
Longueil , Vicomte d'Auge ,
Cardinal & Eveſque de Cou..
tance , mort en 1470. Ican de
Longueil, Preſident au mortier
du Parlement de Paris mort
. en 1430. C'eſt le premier de
cette Famille qui ait eſté de la
- Robe. Antoine de Longueil ,
Eveſque de Leon , Chancelier
- de la Reyne Anne de Bretagne,
Ambaſſadeur de France vers
l'Empereur , le Roy d'Eſpagne ,
& le Duc de Savoye , mort
en 1500.
Dame Anne le Brayer. Elle
eſtoit Femme de Meſſire Robert
l'Echaſſier , Conſeiller au ParlementdeParis
.
Dame Anne de la Foreſt.Elle
eſtoit Femme de Meſſire Augu--
ſte macé le Boulanger , Baron
de mafflieres , Seigneur de Viarmes,
receu en 1658. Maistre des
K 4
226 MERCURE
Requeſtes , & en 1675. Prefident
au grandConfeil .Il eſt Fils
de feu meffire Macé le Boulanger
, Sieur de Viarme , Prefident
aux Enquestes du Parlement
de Paris , & Prevoſt des
Marchands de la mefme Ville,
& Coufin Germain de Meffire
Loüis le Boulanger , Sieur de
Hacqueville receu en 1656 .
Maistre des Requeſtes . Les
Tantes de Monfieur le Boulan..
ger , Preſident au grand Confeil
, font Elifabeth le Boulanger
, Femme de M. de Hodicq
Maistre des Requeſtes,Annele
Boulanger , Femme de M. Bаг-
thelemy,Maistre des Comptes,
& Catherine le Boulanger ,
Femme de M. le Clerc de
Leſſeville , Doyen des Maîtres
des Requeites. LaFamille
des le Boulanger eſt encore alliée
aux le Comte de MontauGALANT.
117
glan , Tudert la Bournaliere ,
Thibeuf de Bouville , de Bretignieres
, Barin de la Galiffonniere
, Chapelier, Coignet,
Loifel , & c . De cette Famille
eſtoit le celebre Pere André le
Boulanger , Religieux Auguſtin
, grand Predicateur. Elle
porte d'azuràla face d'or, accom .
pagnée en chefde trois Etoiles d'or,
& en pointe de trois roſes d'argent.
Dame Loüife de Marvilliers ,
-Dame de Viabon. Elle estoit
Femme de Jules Marquis de
Prunelé , Baron de S.Germain ,
&autres lieux . Il n'y avoit pas
long - temps que Madame
Regnoüart de la Maiſon de
Charreton , auprés de qui elle
demeuroit , & qui estoit fa
Tante par alliance , l'avoit
mariée avec Monfieur de Prunelé
. Ce mariage eftoit parfaitement
bien afforty en toutes
Ks
228 MERCURE
manieres.Leurs Terres étoient
voiſines à la campagne .Mademoiſelle
de Viabon , comme
Fille unique & Heritiere ,
avoit des biens fort confiderables
. Ils fortoient tous deux
de Familles également illuſtres
,& qui avoient déja contracté
plus d'une alliance entre-
elles . Une eſtime particuliere
& une inclination reciproque
acheverent de former
Jes noeuds d'une union ſi parfaite
. Ils vivoient tous deux
dans une grande fatisfaction
l'un de l'autre , & vous ne doutez
pas que ce n'ait eſteun vif
fujet de douleur à Monfieur le
Marquis de Prunele , de perdre
une femme fi digne de ſa
tendreſſe ,dans un temps où il
n'avoit pas lieu d'apprehender
ce malheur . Elle venoit d'acGALANT.
229
coucher dedeux garçons, dont
l'un eſtoit venu mort au monde,
& l'autre eſt encore plein
de vie. Lors qu'on croyoitqu'il
n'y avoit rien à craindre pour
la Mere , un accident qui eſt
furvenu , l'a emportée en fort
peu dejours.
Dame Marie Barthelemy.
Elle eſtoit veuve de François le
Hardy , Marquis du Fay la
Trouffe , Lieutenant General
des Armées du Roy , &Gouverneur
pour ſa majesté de la
Ville de Rofe en Catalogne.
Meſſire Charles Amelot,Abbé
de la Dorade,receu en 1673 .
Confeiller en la troifiéme
Chambre des Enquestes du
Parlement de Paris , a eſté fait
Preſident de la même Chambre
en la place de Monfieurde
Fourcy. Il eſt Fils de feuMef
K 6
230 MERCURE
fire lacques Amelot , Marquis
de Mauregard- Amelot , Seigneur
du Méſnil , Carnetin &
Jautres lieux, premier Preſident
en la Cour des Aydes de Paris .
Je vous ay déja parlé amplement
de cette Famille,qui porte
d'azur à trou Coeurs d'or fur
montez d'un Soleil de mesme.
• Meffire Henry Feydeau Sieur
de Calende , Confeiller au
grand Confeil , a eſté receu
Prefident en la quatrième
Chambre des Enquestes du
Parlement de Paris , au lieu de
Monfieur le Fevre de la Faluëre
, que Sa Majeſté a fait premier
Prefident au Parlement
de Bretagne. Il eſt Fils de Meffire
Charles Feydeau, Sieur de
Calende , Maiſtre des Comptes
, & Frere de Meffire François
reydeau , Sieur du Pleſſis,
GALANT .
231
Maiſtre des Requeftes . LaFamille
des reydeau , qui portent
d'azur au Chevron d'or , accompagné
de trois Coquilles de mesme, eſt
originaire de la Marche , & a
donné pluſieurs maiſtres des
Requeſtes , Conſeillers au Parlement
, grand Confeil , & aux
Compagnies Superieures .
Tamiriſte de la ruë de la
Ceriſaye ; l'Amant de Iulie ; le
plus petit des Pages du Roy ;
J'unique Pafſionné de la Belle
lavotte ; la mere Angelique ;
l'aimable Blonde d'Angers ,
& l'incomparable Ianeton de
la ruë de l'Enfant de Lion, ont
expliqué la premiere des deux
Enigmes du mois paffé , fur le
Foyer qui en estoit le vray ſens .
Celuyde la feconde estoit la
Fontange & il a eſté trouvé par
Mademoiselle Dollet Mitanpas,
232 MERCURE
de la porte neuve du Parc à
Nevers ; la mere Thereſe ; la
charmante Brune d'Angers ; la
Blondine , Soeur du plus petit
des Pages du Roy , & les deux
Rivaux de la belle Blonde de la
ruë Montorgüeil.
Ceux qui ont expliqué l'une
& l'autre Enigme dans leur
vray ſens , font Meſſieurs Bouchet
, ancien Curé de Nogent
le Roy ; Martineau du Port ,
Avocat du Roy à Fontenay le
Comte en Poitou ; De Saint
Simon Lavaloir de Caën ; de
Bargeville , Capitaine au regiment
d'Anjou ; l'Abbé de la
Barangerie , Precepteur de
Meſſieurs de магillac; le Paron
de Virazil ; Lourdet; P.Nivon
de Lyon; Iofeph de Laleu l'aifné
; Hugues Pierre Vitard ;
l'Abbé Poly du BouterouGALAN
T.
233
و
ruë
de; meſdemoiselles Geneviève
Tuot , de la ruë neuve Saint
:: Mederic ; Tonton Dollet de
Nevers; Viole la jeune ; ruë
Beaubourg ; Philis d'aſcleon ;
la Dianeſſe adoptée ; la belle
Tapiffiere Renouvelin
Mazarin ; la Solitaire de la ruë
Marine; l'Indifferentde Reims ;
leNormand fincere & defintereffé
; le vaillant André ; l'Illu--
ſtre Efclave des Belles C. В. Е.
A. B. & M. B. Soeurs , de la ruë
de laHarpe ; la bonne Amie du
Mercure Galant; la belle Angelique
; D. L; Peronne la pucelle
; la belle Anne reſſuſcitée
,& la Devote Marguerite ,
Monfieur Gay , Conſeiller du
ROY,Capitaine & maiſtre des
ports ponts , & paſſages de
Lion ,& du Gouvernement.
La premiere des deux Eni-

234 MERCURE
gmes nouvelles que je vous
envoye , eſt de Monfieur la
Prairie Cairon , Profeſſeur des
Mathematiques à Caën , & la
ſeconde , de M. L. P. P.
ENIGΜΕ.
:
ASfez fameux dans tous les
Arts
F'y suis ſouvent un coup de Maître;
Mais pour Sçavoir qui je peux
estre ,
C'est envain que fur moy, l'on jette
Ses regards ,
Ama copie on me doit reconnoistre.
AUTRE ENIGME .
E ne fuis rien à le bien pren-
Partrois corps differensjefuis pourtantformés
GALANT. 235
Des trois un feul est animé ,
Des autres deux , l'un est dur , l'au
tre eft tendre.
On me forme inutilement ,
Je nefuis , & ne puis estre d'aucun
ulage ;
Auffi mevoito- n rarement
Eſtre l'employ d'un homme ſage.
Je ſuis l'amusement d'un sot ,
Ou fi vous le voulez de l'oiſive jeu
neffe ;
Il faut pour me former cependant
quelque adreſſe ,
Ilne faut pas estre manchot.
Si celuy qui me fert depere
Pcut baifer ma mere en paſſant,
Ie reçois l'estre & le perds en
naiffunt.
S'il s'arreste , tout au contraire
Il ne me forme point , il devient
impuiſſant ,
Et s'abisme au sein demamere.
236 MERCVRE
L'Air nouveau qui ſuit ayant
exercé de fort belles voix , je
ne doute point qu'il ne vous
plaife.
AIR NOUVEAU.
Aftes deferts, bocages fombres ,
Vaſtes
Vostrefilence ny vos ombres
Si propres à charmer un amoureux
Soucy,
Ne me font pas venir icy .
Je ne viens point me plaindre de
Climene,
Ny me plaindre dufort;
Mais puis queje n'ay pù luy déguifermapeine
,
Je viens mourir, & lay cacher ma
mort.
J'ay fait ce que vous avez
ſouhaité de moy , & je vous
envoye le Livre intitulé obfer
GALANT. 237
vations fur les Fièvres & les Febrifuges
, compoſé par le celebre
Monfieur Spon , dont tous les
Ouvrages ont eu un ſi grand
ſuccés . Ie l'ay fait venir exprés
de Lyon , où il ſe débite depuis
quelque temps , chez le Sieur
Amaulry ; un Livre fi utile ne
ſçauroit eſtre trop vû , & il ne
faut que l'avoir lû pluſieurs
fois pour eſtre Medecin defoymefme.
le ne vous en dis rien ,
puiſque vous m'en avez fait
l'éloge en le demandant, ce qui
me fait voirqu'il vous eft connu
; mais quand il ne vous le
ſeroit pas , je croy que je me
diſpenſeroit de vous enparler,
de peur de ne vous en pas
affez dire , Tout Livre dont
on a fait trois Editions , porte
fon approbation avec foy , &
quand on en tire des con238
MERCURE
1
noiſſances utiles pour la ſanté,
il faut que ceux qui ne l'ont
pas, nel'ayent point connu . Si
vos Amis veulent avoir celuycy,
ils trouveront chez le Sieur
Guerout Court - neuve du Palais
, qui en a fait venir pluſieurs
exemplaires 5
en de
mandant celuy que je vous
envoye .
Il a fait venir en meſime temps
un autre Livre , que vend à
Lyon le mefme Libraire , & qui
non ſeulement eft nouveau ,
mais encore ſur une matiere
qui n'a point encore efté traitée
, & c'eſt peut-eſtre l'unique
Livre entierement nouveau ,
qu'on ait vû depuis beaucoup
d'années . Il eſt intitulé , l'Art de
l'aver ,ou nouvelle maniere de peindre
fur le papier ſuivant le coloris
des deſſeins qu'on envoye à la Cour.
GALANT.
239
Monfieur Gautier de Niſme
en eſt l'Autheur . On y voit ce
que c'eſt que laver , quelle eſt
ladifference de laver , de peindre
à l'huile, à détrempe, å frefque,
en mignature, fur le verre,
en émail,avec des craïons colorez,
fur le plâtre,& fur la foye',
& d'enluminer . On y apprend
de qu'elles couleurs on ſe ſert
pour laver , & comment on
connoiſt les couleurs propres
pour cela; de quelle maniere
on pique un Plan pour le defſiner
d'aprés l'original ; com- -
ment on lave les Plans fortifiez
ceux des Baſtimens civils &
les Cartes , le tout auparavant
deſſiné avec de l'Ancre de la
Chine par des lignes ſeulement.
On y voit la maniere de
laver les profils , & les élevations,
ainſi que pluſieurs autres
240 MERCVRE
choſes touchant l'art de laver,
dont il feroit inutile de faire
icy un plus long d'etail. Ce Livre
, qui ſetrouve auſſi chez le
St Guerout, eft fur tout neceffaires
aux ingenieurs , & aux
Peintres , & doit eſtre d'une
grande utilité à tous ceux
qui font profeffion de mettre
les couleurs àtoute forte d'uſage
particulierement en ce qui
regarde la methode de bien
deſſiner.
Je ne doy pas oublier de vous
parler d'un Livre tres- curieux ,
& qui ne paroiſt que depuis la
fin de ce mois. Il est intitulé ,
Histoire Metallique de la republique
de Hollande , & contient
environ cent ſoixante Medailles
, ou pieces de Monnoyes,
avec leurs revers . Vous
ne douterez pas de la bonté de
GALANT. 241
ce Livre , quand vous ſçaurez
que Monfieur l'Abbé Bizot en
eſt l'Autheur , puis que la profonde
connoiſſance qu'il a des
Medailles , s'eſt répanduë dans
tous les Pays où l'on en frappe,
&qu'il n'en paroiſt point qui
ne luy foient auſſi - toſt envoyées
, comme à un Juge treshabile
de ces fortes d'Ouvrages,
qui immortaliſent plus les
Princes,que tout ce qu'on peut
écrire à leur gloire , parce que
rien ne reſiſte davantage au
temps que les Medailles ; &
qu'on ne peut faire d'Hiſtoire
qui ſoit moins fuſpecte à la
poſterité. En effet , les Medailles
eſtant frappées incontinent
aprés les actions qui en font le
fujet , il faut neceſſairement
qu'elles marquent la verité ,
puis qu'on écriroit audi-toft
242 MERCURE
contre la fauſſeté qu'elle publieroient.
Le Livre de Monfieur
l'Abbé Bizot finit par une
Medaille bien remarquable
Elle repreſente le Roy en Buſte
, le caſque en teſte , couronné
de Laurier, avec ces paroles
.
LUDOVICUS MAGNUS ORBIS
PACIFICATOR .
On voit dans le revers la Paix
fur le Globe de la Terre , tenant
d'une main un rameau
d'Olivier,& del'autre une corne
d'une abondance. Au deffus
eft le Soleil qui diſſipe des nua-
Solus hacotiafacit.
La Hollande qui avoit ſervy fi
long-temps de theatre à la
Guerre avantque le Roy donnaſt
la Paix à l'Europe ,
yant fait fraper cette Medaille
dans ce mefme temps , elle
afervira
GALANT. 243
ſervira dans tous les fiecles
d'un témoignage incontefta-,
ble de cette verité contre toutes
les Nations jalouſes de la
gloire du Roy , qui pourroient
chercher à obfcurcir l'éclat
d'une action qui n'a jamais eu
de pareille , & qui ne ſçauroit
plus avoir dans toutes ſes circonſtances
, puis quede quelquegloire
que fe couvrît celuy
qui marcheroit ſur les pas de
LOUIS LE GRAND , il ne feroit
que l'imiter. CommeMonfieur
l'Abbé Bizot nomme dans
ſon Livre ceux qui ont en
France les plus beaux Cabinets
de medailles , je croy que vous
neſerez pas fâchée d'apprendre
leurs noms. Aprés avoir dit
quele Roya le plus beau Cabinet
non ſeulement du Royaume
, mais meſme de toute l'Europe
, il parle de celuy de Mon -
Juillet 1687 . L
244
MERCURE
ſieur leMarquis de Seignelay ,
&nomme enfuite .
Monfieur le DuadAumont.
Monfieur de Matignon.
Monfieur de Harlay,ProcureurGeneral
.
Monfieur de Lamoignon ,
Avocat General .
Monfieur de Baville , fon
Frere.
Monfieur le Preſident Bignon.
-Monfieur le Preſident de la
Proutiere,
Monfieur l'Eveſque de Pamiers.
Le R. P. de la Chaiſe .
Le R. P. du Molinet .
Monfieur Hedeline .
Monfieur le Comte de Vaux .
-Monfieur de Guenegaud,qui
a eſté Ambaſſadeur en Portugal
.
Monfieurde Bonrepaux .
GALANT.
.245
Monfieurle Commandeur de
Gau
Monfieur de Niert.
Monfieur Rainfant.
:
Monfieur de la Chapelle ,
Monfieur Moreau.
Monfieur le Noftre .
Monfieur Vaillant.
Monfieur de Blois .
Monfieur Bodelot .
Monfieur Petit.
!
Monfieur deMontarfy.
Monfieur de Longpré .
Monfieur Gailhard.
Monfieur Charleton .
Il y en a encore beaucoup
d'autres à Paris , dont les Cabinets
font moins remplis de
Medailles , mais c'eſt plûtoſt
manque de fortune , que de
defir d'en avoir,la France étant
devenuë depuis que le Roy y
a fait fleurirles beaux Arts , ce
que l'Italie eſtoit autrefois .
i
L 2
246 MERCURE
1
Je dois encore vous dire que
Monfieur d'Anoville Eſcuyer,
a fait un Livre intitulé l'Art de
toucher le deſſus es la baſſe de
Viole contenant tout ce qu'ily a de
ncceſſaire , d'utile & de curieux
dans cette Science, avec des principes
, des regles , & des obfervations
ſi intelligibles qu'on peut en
acquerir la perfection en peu de
temps , & mesme sans le secours
d'aucun Maistre.
Le Public a beaucoup d'obligation
à ceux qui prenent
tant de ſoin pour luy. Il n'en
aura pas moins à une tres- ſpirituelle
perſonne qui a fait un
Livre intitulé les Malheurs de
l'Amour. Il ne paroiſtra qu'à la
findumois prochain , & je ne
vous le ſçaurois envover qu'avec
ma Lettre du meſme mois
que vous recevrez en ce
tems-là. Ie nepuis encore vous
GALANT.
247
rien dire de ce Livre , finon
que ceux qui l'ont vû en ma
nufcrit affurent , qu'il peut
aller de pair avec tout ce qui
s'eſt fait de beau de cette na
ture ,&que c'eſtunde cesOuvrages
où ſe rencontre tout ce
que l'on peutattendre d'un efprittres-
délicar.
Enfin les Chretiens & les
Turcs ont ouvert la Campagne,
qui s'ouvre ordinairement
plus tard en ces quartiers- là
qu'enceux- cy , àcauſe du fourage
qui y manque. Toutes
les Nouvelles de Vienne nous
ont marqué pendant tout l'Hiver,
que lesTures ont eſte battus
dans toutes les occafions
où leurs Partis , & ceux des
Chreſtiens fe font rencontrez .
Nous n'avons pas foeu ce que
le Grand Vizir aécrit au
Grand Seigneur , mais il eſt
L3
248 MERCURE
impoffible qu'il luy ait mandë
que ſes Partis ayent eſté battus
pendant tout cetemps,& qu'ils
ne ſe ſoient pas, défendus au
moins une fois . Comme l'eſtar
où les choſesſe trouvent cette
année à l'ouverture de la Cam
pagne , vous fera peut - eſtre
juger de la ſuite , je crois vous
en devoir faire le détail. Le
Grand Vizir , qui avant que
de poſſedeticette premiere
Charge de l'Empire Ottoman' ,
commandoit l'Armée de Polo
gne, ayant avec une fine politique
ſupplanté ſon Predeceffeur
ne putoustout habile qu'il
eſt , ſe défendre d'aller com
mander l'Armée en Hongrie
Les affaires eſtoient deſeſperées
, & les Allemans avoient
fort avancé le Siegede Bude,
avant que les Turcs euffent
aucunes Troupes en campa
GALANT .
249
gne , de forte que celles qu'on
affembla marcherent fi tard,
qu'on pouvoit dire qu'elles ne
s'étoient miſes en campagne
que pour ſervir de témoins de
la priſe de Bude . Cependant
les malheureux eſtant toûjours
traitez de coupables à
la Porte , le Grand Vizir qui
voyoit à craindre pour ſa teſte,
a ſi bien perfuadé que ſa prefence
estoit neceffaire fur la
Frontiere , qu'il n'a pointretourné
auprés du Grand Seigneur.
Ainſi pendant une
année entiercil a tous mis en
uſage pour avoir des Troupes ,
afin d'ouvrir la Campagne de
bonne heure ; il en eſt venu à
bout , & fon Armée s'eſt trouvée
preſte avant celle des
Chreſtiens . Il a mesme d'affez
bonnes Troupes , ayant retiré
la pluſpart de celles des Garni-
L4
250
MERCVRE
fons , & mis les nouvelles levées
en leur place. Cette nouvelle
eſtant arrivée à Vienne,
où l'on apprit que les Turcs ſe
fortifioient au Pont d'Eſſer, les
Generaux font partis, & l'on a
fait avancer les Troupes , &
mefme avec d'autant plus
d'empreſſement , que les vortifications
de Bude ne font pas
entierement réparées. L'Armée
Chreftienne eſt moins
forte qu'elle n'étoit les années
precedentes , n'ayant point de
Troupes de Suede, de Saxe , ny
de Brandebourg ; mais elle a
en recompenſe cette fuperiorité
que donne la Victoire , &
les Soldats qui en croyent être
toûjours ſeurs combatent
avec une confiance , qui rend
preſque toûjours victorieux
ceux qui peuvent l'avoir une
fois . Au contraire les Turcs
د
GALANT. 251
gui en manquent , ſont épouvantez
, & fuient le Combat ,
& c'eſt ce qui a donné lieu aux
avantages qu'on a remportez
à l'entrée du Pont d'Effeck.
Voilà le veritable eſtat des affaires
de Hongrie. le ne doute
point qu'avant que vous rece,
viez ma Lettre , il ne ſe ſoitpafſé
quelque choſe de nouveau à
l'avantage de l'un ou de l'autre
party.
r
Le Roya donné à Monfieur
le Marquisde BouflersleGou
vernement de Lorraine,vacant
par la mort de Monsieur le Marechal
de Crequi , avec celuy
des Provinces de Luxembourg
&de la Sarre , qui ont chacune
un Lieutenant de Roy particulier.
le ne vous dis rien de
ce Marquis , qui dans un âge
peu avancé s'eſt acquis la reputation
d'un des plus braves
Ls
252 MERCURE
&des plus vigilans Capitaines
de fon Siecle. Il eſt Colonel
General des Dragons ,& Lieu
tenant General des Armées du
Roy.
Monfieur Catinat Marechal
des Camps & Armées du Roy ,
qui commandoit à Caſal , a eu
le Gouvernement de Luxembourg
qu'avoit Monfieur de
Bouflers . C'est un Officier d'une
auffi grande bravoure qu'il
a de ſageſſe & d'intelligence
dans le meſtierde la guerre .
Monfieur leMarquis deCrenan
, Colonel du Regiment de
la Reyne , commandera à Cafal.
Il eſt Brigadier , & Infpeteur
General d'Infanterie , &
d'une des bonnes Maiſons de
Bretagne . Monfieur de Crenan
fon Pere a long - temps commandé
les Chevaux Legers,ou
les Gendarmes de feu Monſicur
le Prince.
GALANT.
253
La Lieutenance de Roy dela
Franche Comte vacante par le
deceds de Monfieur le Marquis
de Montauban , auffi eftimé
que brave & de bonne
Maiſon , a eſté donnée àMonfieur
de Renty.Cenom eft connu
parmy le perſonnes de pieté
ainſi que parmy les braves.
Je ne vous dis rien de l'entrée
de Monfieur le Marquis
Dogliani Ambaſſadeur de Savoye
, ny des audiences qu'ila
euës.Iba eſté receu de la ma
niere qu'on reçoit les Ambaffadeurs
des Teſtes couronnées .
Son équipage eſtoit nombreux
& magnifique , & il fut accompagné
de quantitédeGentilshommes
parmy leſquels il
n'eſtoit pas dificile de le diſtinguer.
Ilporte unnom fort con.
nu ,& fa reputation ne l'eſt pas
moins
- L6
254 MERCURE
Le Roy a eſté voir les Travaux
de la Riviere d'Eure , &
Sa Majesté a fait la reveuë des
Troupes qui y travaillent.
Comme cette occupation leur
eſt ordinaire en temps de
Guerre , la Paix ne leur fait
point oublier leur meſtier. Je
fuis , Madame , Voſtre , & c. 13
A Paris le 31. Fuillet 1687 .
APOSTILLE.
- Le bruit s'étant répandu dans
Vienne le 13. de ce mois qui
eſtoit le jour du départ du dernier
Courier, que la Ville d'Efſek
eſtoit formellement affiegée
, toutes les Lettres de cet
Ordinaire - là le portent , la
nouvelle étant aſſez importante
pour n'eſtre oubliée par aucun
de ceux qui ont écrit ce
jour-là. Elle peut eſtre vraye ,
mais il n'y a point de fondement
certain à faire là- deſſus.
:

1
GALANT.
255
۱
Ceux qui l'ont écrite , l'ont
mandée dans le moment que le
bruit en a couru , & fans avoir
- eu le temps de l'examiner , &
ceux qui font icy reflexion ſur
cette nouvelle , ont de la peine
à la croire . Il eſt certain que
dans le temps qu'on l'a mandée
, l'Electeur de Bavieren'avoit
pointjointle PrinceCharles
de Lorraine, & que le Pont
qu'on faiſoit conſtruire pour la
communication des deux Armées
, n'eſtoitpas achevé. Les
mefmes Lettres portent que la
Drave , qui est en deça d'Eſſer ,
eſt entierement groffie , & que
l'eau s'est répanduë dans les
Marais qui ſont ſur ſes bords ,
& qui eſtant deſſechez peu auparavant
, pouvoient beaucoup
faciliter ce Siege . D'ailleurs
un des fameux Marchands
de Belgrade ayant eſté
255 MERCURE
pris, a declaré que les Turcs
avoient trois Camps , entre
Effer & Belgrade, & qu'il n'étoit
demeuré que trois mille
hommes en garnifon dans cette
derniere Place . Toutes ces chofes
qui doivent empefcher de
croire le Siege d'Effek , font
mandées par ceux méme qui
donnent la nouvelledece Siege.
Ainfi je ne sçaurois vous
affeurer ſi cette Place eft affiegée
ou non, & je vous fais feulement
part des dernieres nouvelles
qu'on a receuës de Vienne.
On n'en ſçaurois rien ſçavoir
de plus juſqu'à Samedy
prochain deuxième Aouſt
qui eſt le jour de l'Ordinaire, à
moins qu'il ne foit arrivé quel .
que choſe d'aſſez important
pour meriter qu'on dépeſche
un Courrier extraordinaire.
Il vaque un quatrième lieu
,
GALANT . 257
au facré College ,par la mort du
Cardinal Jean Gautier de Sluze
, Secretaire des Brefs . Il eſt de
la Ville de Vizet , dansle Païs..
de Liege. Il a demeuré cin-
- quante ans àRome fans Benefices
, &fans que les Papes luy
en ayent donné. Il eſtoit ennemy
declaré des Quietiſtes , &
avoit là- deſſus , & en toutes
choſes, toute la fermeté qu'un
honneſte homme doit avoir
quad il predle bon party .Il n'a
point voulu ſigner avat ſa mort
l'abolition d'un Quietiſte, & a
foutenu qu'ils meritoient plûtoſt
d'eftre degradez de leurs
Charges , que des abolitions .
Le Chapitre General des Iefuites
qui ſe tient à Rome, a élû pour General
le Pere Turſo de Gonzales,Eſpagnol.
Il eſtoit ſimplement député au
Chapitre , & n'a jamais eu aucune
Charge dans ſon Ordre , où il eſtoir
ſeulement Miſſionnaire. Il prefchoit
298 MERCVRE.
apostoliquement, & avec beaucoup de
fruit. 11 eſt ſage , & n'a point voulu
écrire fur des matieres qui partageoient
degrandes Puiſſances , encore qu'il en
fuſt fort folicité. Comme il ne penſoit
pas à devenir General, il dit lors qu'il,
fut arrivé à Toulouſe, qu'il ſe faiſoir un
grand plaiſir de ce qu'il devoit patler
par Paris en revenant de ſon voyage ,
afin de voir le Roy , puis que c'estoit un
Prince qu'on voyoit. Ce font ſes propres
termes.Cependant il doit demenrer
à Rome, qui eſt le fejour de la plufpart
des Generaux d'Ordre , & il n'en
fortira pas mefine pour faire de viſites .
Les Generaux des Iefuites n'en font
point ,mais il eſt permis à tous ceux
de leur Ordre,meſine juſques aux fimples
Freres , d'écrire au Pere General ;
&les peines font tres-rigoureuſes pour
ceux qui ouvriroient les Lettres qui
luy font adreffées . Cela fait que fans
fortir de Roine , les Generaux des Iefuites
gouvernent vingt- deux mille
Jefuites,dont la pluſpart font en France.
Le Pere Fontaine , Aſſiſtant de
France , eſt celuy qui a eu le plus de
voix aprés ce General. Le Pere des
Champs en aan
LTOR
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le