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1687, 06 (partie 1) (Lyon)
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269
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Texte
1687



Eur.
511
M
1687,6
Eur. 511 m
1687,6.1
Meroure (
< 36622050050013
S
33662205005001333
Bayer. Staatsbibliothek

MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
JUIN 1687.
PREMIERE PARTIE.
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY , ruë
Merciere , au Mercure Galant .
M. DC. LXXXVIR
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
Avispour placer les Figures.
L
'Air qui commence par
Heureux Oiseaux , doit regarder
la page 61 .
Le Portrait de l'Homme Anglois
, âgé de 152. ans , doit regarder
la page 77-
31
L'Air qui commence par ,
Printemps tu n'as plus rien , doit
regarder la page 238 .
Bayerische
Staatsbibliothek
Manuten
2
TABLE .
!
Prelude: Vers fur la Santé du Roy.
Sonnet. 10
12
Vers Latins de M. le Cardinal Ranuzi avec
la traduction qu'on en a faite,
Liſte des Compagnies establies à Rome , à
Venife& a Paris,pour contribuer a la depenſe
desGlobes du Pere Coronelli. 16
Suite des Aſſociez des trois Compagnies 34
Lettre écrite a un Pretendu Reformé qui
differe ſa Converfion. 39
Reception faire à Albia M. le Goux de la
Berchere. 52
Vers ſur la mort du petitCheval blanc de
Mademoiselle de Fourcy. 62
Ecttre de M. de Comiers ſur l'art de ſe conſerver
en ſanté ,&de prolonger ſa vie.68
Reveuë faite à la Haye. 90
LiſtedesGaleres de Malte qui ſe joignentà
l'Armée Venitienne ,avec les noms des
Commandans , des Officiers & desChevaliers,
a
Nouvelles de Moſcovie,
१६
103
Service fait dans la Cathedrale de Roüen
pour feu Madame Colbert. 109
zenediction de l'Eglise des Capucins de
Montelimar. 110
Réjouiſſances à Mercurol dans le Dauphiné
pour la gueriſon du Roy.
Feſte deM. le Baron d'Olieres , faite à Aix
en Provence pour le me me ſujet.
115
119
•Autre Feſte de Mirmand , Medecin des
Galeres du Roy , faite à Marseille. 123 /
22
TABLE.
Ceremonie de l'Enterrenét du Prince Loüis
deBrandebourg. 124
Le Roffignol & la Linotte , Fable. 133
Feſte du leu de l'Arquebuſe, faite à Caen.140
L'Ambitieuſe trompée , Hiſtoire, 149
Let.du Roy au Magiſtrat de Strasbourg. 169
Boule de feu , veueen l'air. 171
Vers , ſurun reproche de Vieilleſſe . 175
Nouvelles de Siam . 178
Ierufalem.
Ornemens d'Eglife ,& Orgues envoyez en
183
Cerernonie de laTranſlation du Corps de S.
Maxime Martir , faite à Perigueux. 184
Maladie de M. l'Archeveſque de Paris, 189
Etatde la France en deux Volumes . 190
Traduction des Vers Latins de M. Santeuil
ſurla venuë du Roy a Paris .
Mortde M. le Duc de Saint Aignan, 197
Services fairs aux Cordeliers pour M.l'Évêqued'Amiens.
196
е-
2.05
Prix donnez dans l'Academic Royale d'Angers.
207
Feſte de l'Arc faire a Morienval . 210
Enigme en figure expliquée ala Fléche par
M. l'Abbé d'Armagnac. 116
Mortde Madame l'Abbeffe de Noſtre-Dame
desPrez lez- Troyes .
222
Modes nouvelles. 223. Enigmes. 234
Journal du Voyage du Roy a Luxembourg.
237
Gouvernemens du Havre & de Loches donacz.
240
MERCURE
I
MERCURE
GALANT.
JUIN 1687.
J
ز
E me ſouviens , Madame
, de vous avoir
parlé il y a quelques
mois du Reglement
que le Roy a fait pour le bien
de ſon Etat , & pour arreſterle
cours d'un luxe, quelques -uns
de ſes Sujets portoient auſſi
loin, que beaucoup de Souve .
rains puis que l'on ne voyoit
Juin 1687. A
K
2 MERCURE
chez eux que Meubles , Tables
d'argent , Luftres , Cuvettes
, Buires & beaucoup d'autres
Ouvrages de cette nature,
dont le poid exceſſifincommodoit
les Familles & empéchoit
que l'argent ne fuſt employé
àde meilleurs uſages . Il fembloit
qu'une ſi juſte défenſe
eſtoit tout ce qu'on pouvoit
attendre du Roy en cette occaſion
pour le bien de ſes Sujets,
&pour l'utilité du Commerce.
Cependant ce Prince a voulu
contribuer encore autrement
que par ſes ſoins, &par ſes ordres
, à l'aneantiſſement de ce
luxe, s'il m'eſt permis de parler
ainſi , & il a payé de ſes propres
deniersla façon de tout ce qui
s'eſt trouvé d'Ouvrages défendus
chez les Orphevres , & 31
qui doivent eſtre rompus , &
GALANT.
13
mis au Billon. Il ne faut pas
s'étonner ſi les Sujets d'un
Monarque qui merite tant d'amour
, font voir tous les jours
un ſi fort empreſſement à luy
marquer l'ardeur de leur zele.
Voicy des Vers d'un de ces
zelez Sujets qui m'eſt inconnu.
La matiere n'eſt pas nouvelle
, & je ne croy pas meſme
qu'ils foient nouveaux , mais
je ne les avois point encore
vûs, & je vous envoye la premiere
copie qui m'en eſt tombée
entre les mains. Vous
trouverez dans ces Vers des
endroits inimitables , qui font
connoiſtre que c'eſt l'amour
des Sujets qui fait diſtinguer
le vrav Monarque , de celuy
qui n'a ce nom que parce qu'il
letient de ſa naiſſance.
A 2
4
MERCURE
:
21 SUR LA SANΤΕ'
Y De Sa Majeſté.
L
E débris de cent murs qui tom
bezfous ta foudre
Fument encor du coup quiles amis
en poudre , [ Enfers,
Et ce Monstre écrasé qui forty des
De nos Roys trop long- temps avoit
7 brave lesfers ,
Grand Roy , marquoient déja que
Dieu parfa clemence
Souston regne attachoitſes faveurs
àla France.
Mais ces divers Ramparts fou.
droyez en courant ,
Et ce Monstre d'Erreur ſous tes
mains expirans
De lafaveur d'en haut n'estpas le
plus beau gaze ,
C
GALANT.
5)
Le Ciel te confervantfaitpournous
davantage ;
Et l'Univers entier ſoumis à noſtre
Loy.
Ne nous vaudroit pas tant qu'un
Maistre tel que toy.
Après nous avoir mis à l'abry des
tempestes
Porté de toutes parts tes rapides
Conquestes ,
Souvent dans un Combat dompte
trente ennemis ,
Sur le Rhin ,ſur l'Escaut , par tout
planté nos Lys ,
Fait marcher devant toy la crainte
& les alarmés ,
Triomphe par ton nom autant que
par tes armes ,
Exterminé l'Erreur , fur des Temples
nouveaux ,
Fait paſſer ton couroux , & tomber
tes carreaux ,
Accordéleſecours de ta main triomphante
4.
A 3
63 MERCURE
Ala Religion par tes soins florif-
Sante,
Soutenu noblement ton Throne ,&
nos Autels,
Si la mort t'avoit mis au rang des
immortels ,
Quel avantagebelas ! de voir l'Hydre
étouffée ,
Quand toy - mesme on t'eust ven
tombéfous ton trophée ?
Quel fruit de tes travaux ? car
aprés tout ,grand Roy ,
Qu'auroient pû nous fervir tes
triomphesfans toy ?
Aussi dés que la France appris
d'un bout à l'autre
Avec un juste effroy ton danger &
le noftre ,
Des mains qui te frappoient nous
fentiſmes les coups
La bleffure d'un feul devient lemal
de tous .
Que de tristes fanglots vers le
Cielfepoufferent !
GALANT.
7
Aformer mille voeux que de coeurs
s'emprefferent !
Qu'àson Royaume entier LOVIS
coûted'ennuy !

Nous tremblions pour nous ne trem .
blant que pour luy.
Mais noftre amour alors plus fort
que lanature
Cent fois pour te guerir envia ta
bleffure,
Et pour prendre furfoy lehazard
deton fort,
Quel lâche n'est trouvé des charmesdans
la mort
N'euftcomptépour un gain la perte
deJa vieno.940
Si d'un heureuxfuccès fa nobleardeurſuivie
٠١٠٠
Eustpû te conſerverà ton Peuple, à
taCour,
Etparvingtdeſes aust'acheterun
feuljour ?
>
Ce n'est pas ton bonheur , ce n'est
pas la Couronne
e SA 4
8 MERCURE
Qu'adorent tes Sujets , grand Roy ,
c'esttapersonne ,
Ton Peuple avecraiſon n'aime que
toy dans toy,
Car le Royaume entier vaut bien
moins que Son Roy ,
Cet amour des Sujets , est l'infaillible
marque
Qui nousfait demeslerunvray d'un
faux Monarque.
Cen'estpasfon Palais dont lefaiſte
orgueilleux
Sembleparsa hauteur vouloir braver
les Cieux ,
NySx Pourpre , ou l'éclat que jette
faCouronne, [ l'environne,
Ny la nombreuſe Cour qui partout
Ny d'un peuple flateur le refpect
importun , [commun ,
Les Roys , &les Tyrans ont cela de
L'amour , lefeul amourd'un Peuple
enversfon Maistre
Nous peut faire juger s'il est digne
de l'estre ,
GALANT.
رو
Et cet heureux amourjamais brillat'ilmieux
Qu'aux momens fortunez où l'on
Sçut que les Cieux
Ecartant leur couroux rappelloient
leur clemence,
Et Sauvant Loüis feul ſauvoient
toute la France?
Fut-il âge , ny sexe à qui cette
faveur
Cent fois avec transport n'en fist
benir l' Autheur?
A
Nos applaudiſſemens , nos yeux, nôtre
visage
De ce que nous fentions tout porta
témoignage ,
Onfceut le prix du bien quele Ciel
nous rendoit ,,
Il eſtoit infini , la joye y répondoit ;
Et maintenant encor, que cette méme
quye
!
Dans le Royaume entierà l'envy se
déploye
Aso
0 MERCURE
Que c'est avecraison que tu te rejoüis
!
France , tout est à toy , tu poffedes
LOVIS.
Si ces Vers font voir combien
le Roy eſt aimé de tous fes
Peuples , le Sonnet qui fuit.
vous apprendra que ce Prince
fçait l'art de ſe faire aimer. Il
eft de Monfieur Magnin , & a
pour titre ,
LOUIS LE GRAND
* également chery
& redouté .
D
E mille Conquerans Les forces
redoutables
Ont parun air fevere effrayé l'Univers
Mais faute d'estimer le bonheur
d'étre aimables,
GALANT. II
Ilssefont attiréde terribles revers
10
D'autres tout au contraire, à ceuxlàpeufemblables,
Par crainte , parfoibleſſe , ou bons,
trop ouverts ,
Loin d'eftrereverez ,devenusmépriſables
,
Ontfouffert lachement cent outrages
divers.
Heureux& rare accorddebonté, de
puissance!
En nous montrant LOVIS &fafageffe
immense
Tune le dépeins pointfous des traits
,?
fuppofez.

IlSçaitse faire aimer , il fait
Sefaire craindre ,
1
Ménageant tour àtour , ces talens
oppofez.
De douceur pour charmer , de force
pour contraindre .
A 6
2 MERCURE
Le Roy n'eſt pas ſeulement
loüé par ſes Suiets . Comme par
tout où il eſt connu , les perſonnes
du premier rangl'admirent,
ainſi que celles qui ne font
diftinguées que par leur eſprit.
Monfieur le Cardinal Ranuzzi
a adreſſe à Monfieur le Cardinal
d'Eſtrées ces fix Vers Latins,
ſur les actions de ce grand
Monarque , qui font décrites
fur l'Orifon du Globe terreftre
que le Pere Coronelli a fait
pour Sa Maiefté , par l'ordre de
fon Eminence .
G
Randia gefta manent ,
non excipit annus ,
Solis
Necfoliti poffunt enumerare dies.
Longior annus adeft. Saturnus fuppetat
orbem ,
Hic valeat melius vota fovere
fun's tweens wal
GALANT.
13
0
2
Hic rediviva fui miretur tempora
regni ,
Regis&acta notans,aureafæcla
notet.
Ie ne doute point que vos
Amies ne me pardonnent ſans
peine ce peu de Vers dans une
Langue qu'elles n'aiment pas,
puis qu'ils font faits pour le
plus grand Roy de la terre , par
un Cardinal d'un tres-grand
merite , & que d'ailleurs elles
en trouveront la traduction
dans ces autres Vers de Monfieur
l'Abbé Laurent.
Q
Ve de faits inoûts n'ont point
icy deplace!
Un an peut- il nombrer tant de fameux
Combats ?
Non, les jours limitez que le Soleil
noustrace
14
MERCURE
Pour les renfermer tous ne teſuffi-
Sentpas.
Ilfaut qu'une plus longue année,
Donne un plus grand nombrede
jours ,
Et quede cette vie illustre &fortunée
,
Saturnedécrive le cours.
Sonregneavec LOVIS,enfin fe voit
renaiſtre ;
Qu'il admire du Ciel ce precieux
trésor ;
Et s'il peut nous marquer tout ce que
faitsonMaistre,
Ilmarquera le Siecle d'Or.
Ces Vers me donnent lieu
de vous dire que le Pere Coronelli
, qui fait ces fameux
Globes , eftant venu à Paris
pour les faire tranſporter de
GALANT.
15
م ا
'Hoſtel d'Estrées à l'Hoſtel de
Lionne , en attendant qu'ils
puiſſent eſtre placez à Verfailles
communiqua à quelques-
uns de ſes Amis le defſein
qu'il avoit de reduire ces
grands Globes à un volume
qui puſt eſtre commode aux
Bibliotheques & aux Curieux.
Il dit à Monfieur l'Abbé Laurent
qu'il ſe formoit à Veniſe
une Compagnie pour contribuer
à la dépenſe de cette entrepriſe
, & qu'on ne feroit
peut- eſtre pas fâché en France
d'avoir part à ce deſſein. Monfieur
l'Abbé Laurent en parla
à quelques perſonnes de qualité
qui réfolurent , en formant
une Societé ,de faire voir que
la France le diſpute à l'Italie
pour l'amour des belles Lettres
. Des ce temps- là ils jette16
MERCURE
rent les fondemés d'une Compagnie
qui commença à Paris
le 10. Novembre dernier . On
en fit imprimer une Liſte dans
les premiers jours de Ianvier,
& cette Compagnie s'eſtant
beaucoup augmentée en peu
de temps , on en publia une
nouvelle quelques mois aprés.
Ie vous en envoye une copie.
Meffeurs les Aſſociez
aux
Globes du Pore Coronelli .
vous envoyent ce nouveau Catalo.
gue de leur Societé , qui comprend
ceux qui la forment à Venise & à
Rome. Ceux qui auront deffein d'y
entrer , adrefferont leurs Lettres à
Monsieur l'Abbé Laurent
defdits Sieurs Affociez , demeurant
ruë Payenne au Marais , lequel
après en avoirinformé Monfieur de
Guenegaud Maistre des Requestes,
5
l'un
i
GALANT.
17
Sechargerad'yfaire réponſe.
à
Ledit Sieur Abbé Laurent a estè
priépar lesdits Sieurs Aſſocicz, de .
Se chargerduſoin de voir leprogrés
de l'Ouvrage de Paris , & d'avoir
toutes lesſemaines des nouvelles au
Pere Coronelli,pourſçavoir en quel
estat est celuy de Venise , & tous les
mois il rendra compte de l'un &
del'autre à Mile Pelletier,Confeiller
d'Estat ordinaire & Intendant
des Finances , à Monfieur Bignon
Conseiller d'Estat ordinaire
Monfieur Roüillédu Coudray , Pro.
cureur General de la Chambre des
Comptes , à Monsieur de Guenegaud
, Maistre des Requestes
& cy devant Ambassadeur pour le
Roy en Portugal , au R. P. Verjus,
Jesuite , & au R. P. du Molinet
Chanoine Regulierde Saint Auguſtin
à Sainte Geneviève , lesquels
voudront bienen informer ceux qui
Souhaiteront enſçavoir laverité.
,
18 MERCURE
Tous les trois mois on donnera un
nouveau Catalogue des Aſſociez de
Paris , de Venise , de Rome , & des
autres lieux où ladite Socictè s'ètablira,&
les noms des Affociezferont
mis dans ces Catalogues , fuivant
l'ordrede leurspayemens.
On envoyera à Meſſieurs les Af-
Sociezun Billet d'avisde l'écheance
de leurs termes , pour les avertirde
Satisfaire à leurs payemens ; & l'on
prie ceux qui sont entrez, ou qui
entreront dans ladite Societé , de
donner leurs demeures , afin qu'on
puiſſe leur envoyer ſeurement ces
Billets d'avis.
LISTE DES ASSOCIEZ
de Paris.
Monfieur leDuc de Briffac,
Pair de France .
Monfieur l'Abbé Venier.
GALANT. 19
Monfieur de Poix, Seigneur
de Bequerel.
Monfieur le Pelletier, Conſeiller
d'Eftat ordinaire , & Intendant
des Finances .
Monfieur Titon , Procureur
du Roy de la Ville .
Monfieur de Guenegaud ,
Maistre des Requeſtes , & cydevant
Ambaſſadeur en Portugal,
apaye, entierement .
M.L'Abbé de Dangeau.
Monfieur le Marquis de
Broon , premier Efcuyer de
Madame.
M. L'Abbé Laurent.
Monfieur de S. Laurent,
ſous - Gouverneur & Precepteur
de M.le Duc de Chartres .
Monfieur de Vilermont .
Monfieur le Maréchal d'Eſtrées
,Vice- Amiral de France.
Monfieur Contarini.
20 : MERCVRE
M. l'Abbé de la Fayetre.
M. le Comte de Lionne ,
Premier Efcuyer de la grande
Eſcurie du Roy.
M. l'Abbé Morel , Confeiller
au Parlement .
M. Roulland Docteur de
Sorbonne , Prieur de Mortain .
M. l'Eveſque de Laon, Duc
& Pair de France .
"
M l'Abbé de Noailles .
M. le Maréchal Duc de Vivone
, General des Galeres .
M. le Maréchal Duc de la
Feüillade , Colonel du Regiment
des Gardes .
M. Caffini , Aſtronome du
Roy.
M. Bignon, Conſeiller d'Etat
ordinaire .
M. de la Ferriere , Maiſtre
des Requeſtes .
M. de Fieubet , Conſeiller
d'Etat ordinaire .
GALANT. 21
M. de Marillac , Conſeiller
d'Etat ordinaire .
M. Bignon , Maiſtre des Requeſtes
& Preſident au Grand
Confeil .
M. Roüillé du Coudray Procureur
General de la Chambre
des Comptes .
La Bibliotheque de Saint
Germain des Prez .
La Bibliotheque de Saint
Victor.
Le Reverendiſſime Pere de
la Chaiſe , Confeſſeur du Roy .
Le R. P. Verjus , Iefuite ,
pour M. Conſtance , premier
Miniſtre d'Etat de Siam .
Ledit R. P. Verjus , pour
l'Empereur de la Chine .
M. de Tralage .
M. le Duc d'Eſtrées , Pair
de France , & Gouverneur de
l'Iſle de France .
22 MERCVRE
3
M. le Duc de Brancas , Pair
de France.
M. le Duc d'Aumont , Pair
de France , premier Gentilhommede
la Chambre du Roy.
M. l'Abbé d'Estrades , Conſeiller
d'Etat , & cy devant
Ambaſſadeur à Venife & en
Savoye.
Monfieur le Cardinal Ranuzzi
, Nonce extraordinaire
en France .
M. Begon, Conſeillerd'honneur
au Parlement de Provence
, & Intendant General des
Galeres à Marseille .
M. Colbert , Abbé de Bonport.
M.Colbert , General de
l'Ordre de Prémontré .
M. de la Croix , Conſeiller
du Roy , Maistre ordinaire &
Doyen en ſa Chambre des
Comptes.
GALANT . 23
S
M. Amelot de Gournay ,
Maistre des Requeſtes , &
Ambaſſadeur pour le Roy en
Portugal.
M. l'abbé Blondel .
M. le Camus , Maiſtre des
Requeſtes .
M.Gault.
M. de Caumartin , Maiſtre
des Requeſtes .
M. l'Abbé de Vaubrun .
M. de Blanpignon, Docteur
de Sorbonne , Curé de Saint
Mederic.
M. Betaud de Chemaux ,
Conſeiller au Parlement.
M. le Bret , Maistre des Requeſtes
,& Intendant de Juſtice
à Lyon .
M. le Cardinal de Boüillon ,
Grand Aumônier de France.
M l'Archeveſque de Lyon ,
a payéentierement.
24 MERCURE
M. Roüillé , Lieutenant General
des Eaux & Foreſts de
France .
M. l'Abbé Amelot , Aumônier
du Roy.
M. de Morges , Conſeiller
au Parlement de Grenoble.
La Bibliotheque de Sainte
Geneviève.
M. Chaponel , Secretaire
du Roy .
M. leDucde Noailles , Pair
de France, Capitaine des Gardes
du Corps .
M. l'Abbé de Croiſſy .
M. le Normand , Secretaire
duRoy.
M. du Lieu , Conſeiller du
Roy , & Maiſtre ordinaire en
ſa Chambre des Comptes.
M. l'Eveſque de Chalon ,
Comte& Pair de France ..
M. d'Aligre , Abbé de S.
Jacques de Provins .
Μ.
GALANT. 25
M. du Ham , Marchand Libraire
à Aix en Provence .
M. du Freſnoy , Confeiiler
du Roy , & premier Commis
deM. le Marquis de Louvois,
Miniſtre & Secretaire d'Etat .
M. de Meſmes , Commandeur
des Ordres du Roy , &
Preſident à Mortier.
M. Tomaffin , Seigneur de
Mazaugues , Confeiller au
Parlement de Provence.
LISTE DES ASSOCIEZ
de Venise.
1
N. H. S. Pietro Emo .
N.H. S. Gio Battiſta Dona .
N. H. M. Silveſtro Valier
Cavalier , Procuratore di S.
Marco.
- N.H. M.Girolamo Balfadoná
, procuratore di S. Marco .
N. H. M. Antonio Grimani
Cavalier , e Procuratore di S.
Marco .
Iuin 1687 . B
26 MERCVRE
N. H. S. Gio . Antonio Ru
zuni .
>
N. H. S. Gio. Battiſta Nani .
N. H. S. Gio : Franceſco
Barbarigo.
N. H. S. Ferigo Venier.
N. H. S.Franceſco Loredan .
N. H. S. Chriſtino Martinelli.
N.H. M. Vettor Correr,
Procuratore di S. Marco .
N.H. S. Giacomo Riva .
N. H. S. Cattarin Corner.
N.H. M Giulio Giuſtiniani,
Procutatore di S.Marco .
N.H. S. Giulio Giustiniani
,Cavalier.
N.H. S. Girolamo Correr .
N. H. S. Giorgio Cornet .
N.H. S. Girolamo Ravagnin.
N.H. S. Girolamo Duode.
:
N. H. Vincenzo Finis .
GALANT
27
N.H. S. Gio Battista Gradenigo.
N.H.S. Marin Zorzi
N. H. S. Antonio Maria
Bernardi.
N. H. S. Gio : Franceſco
Morofini ..
N. H. S. Bernardino Dona .
N.H.S. Pietro Contarini.
N.H S. Gio : Bernardi.
N. H. S. Giuſt' Antonio
Belegno.
N.H.S. Angelo Contarini .
N. H. M. Nicolo Venier
Procuratore di S. Marco ...
N.H.S. Conſtantin Renier.
Monfignor Leoni Veſcovo
di Ceneda...
N. H. S. Filippo da Molin .
Monsignor Badoer , Primicerio
di Venezia い
N.H. S. Gio : Battista Mi M
nelli.
B
28 MERCVRE
N.H. M. Angelo Morofini
Cavalier , e Procuratore di
S. Marco . U
N.H.S. Giovanni Lando .
N. H. Giaino Nani q . Bernardo
.
Sig. Abbate Belloni .
N.H. S. Benedetto S. Gio :
Toffetti .
S.Cardinal Barbarigo Vefcovo
di Pad.
N. H. S. Bartolomeo Grimani.
4
N. H. S. Suanne Renier.
N. H. S. Carlo Contarini
Cavalier.
C
N. H. S. Nicolo Dolfin .
N.H.S.Gio: BattiſtaErizzo,
N. H. S. Nicolo Contarini .
N.H. S. Pietro Valier .
N.H. S. Sebastien Foſcarini
Cavalier.
N.H.M. Marco Contarini
Procuratore di S, Marco .
GALANT. 29
N.H.S. Girolamo Piſaniq.
Vettor.
N. H. S. Girolamo Zen
Cavalier .
N.H. S. Ferigo Marcello .
N. H. S. Antonio Martinelli
.
N.H.S. Claudio Gonzaga
- Marcheſe .
S. Marcheſe Michiel Sagra .
mofa.
S. Gio : Battiſta Nicolosi ,
Secretario del l'Eccell. Senato .
S. Medico Senacchi .
S. Medico Bracchi .
Padre Felice Donati .
S. Avocato Franceſco Fanelli
.
S. Avocato Stefano More
lato.
S. Cau : Conte MatteoAlberti
.
S. Sigifmondo Alberghetti .
PB 3
30
MERCURE
4 S. Franceſco Savioni , Secretario
della S. Republica.
N. Signor. Marcheſe Guido
Rangom .
N. H. S. Giovanni Malipiere
q. Vettor.
N. H. S. Almoro Giusti -
nianq. Benetto.
LISTE DES ASSOCIE Z
deRome.
Il Signor Cardinale d'Eſtrées
, Duca e Pari di Francia .
Il Sig. Principe di Bozolo,
Duca di Sabionetta .
Il Padre Reverendiff. Cloche
, Miniſtro Generale dell'Ordine
de Predicatori .
Il Padre Reverendiff. Maаё-
ſtro Averſani , Miniftro Generale
dell'Ordine de Minori
Conventuali .
Monfignor Ciampini
GALANT .
31
Eſouſſigné le P.Coronelli,Cosmo-
Republique de
Venise , promets à ...... deluy fournir
& delivrer à Paris avant la
fin de deux années , deux Globes,
l'un Celeste , & l'autre Terrestre ,
enluminez & montez fur leurs
pieds , lesquels auront chacun trois
pieds&demyde diametre , mesure
de France , qu'on grave actuelle.
ment à Paris & à Venise , aux
dépens de Maffieurs les Academiciens,
qui ont déja fourny partie
dessommes neceſſaires,& ce,aux
conditions ſuivantes. C'est àsçavoir
que ledit Sieur
pour lesditsGlobesfeize Loüis d'orà
onze livres dixſols piece, comme ils
ont cours à present , entre les mains
deMonsieur le Secretairede l' Am...
baffade de Venise , loge à Paris
àl'Hostel des Ambaſfadeurs de in-
... fournira
B4
32
MERCURE
dite Republique , ruë de Torigny
au Marais, qui donnera ſes receus
de laditefomme au pied du preſent
imprimé,rapportant lequelfigné de
moy , &les receus dudit Sieur Secretaire
on delivrera audit Sieur.....
lesdits Globes dans le temps mar_
qué. Pourfaciliterlepayement def
ditsfeize Loüis d'or , il enferapayé
d'abord deux ſeulement , &le furplusJera
payé d'avance de trois
mois en trois mois , àraiſon auſſi de
deux Loüis d'or pour chacun paye
ment. Comme cet argent doit estre
employé à Paris , ainſi que celuy de
Venise l'est dans cette Ville-là, au
payement des Deffinateurs , Gra-
& autres qui travaillent
aufdits Globes , & que le retardement
qu'on apporteroit audit paye_
ment interromproit le cours de l'ouvrage,
chacun de ceux qui voudront
avoir ces Globes , doit estre ponctuel
veurs
GALANT.
33
à envoyer audit Sieur Secretaire
tous les trois mois par avance lefdits
deux Loüis d'or. Ceux quimanqueront
d'ysatisfaire , perdront les
avances qu'ils auront faites , &le
droit d'avoir lesdits Globes , dont ils
feront décheus , mesme quand ils
offriroient le payement du reste
qu'ils auroient differé à envoyer,
Ainsi le Sieur .... donnera ordre
àSatisfaire ponctuellement ausdi
tes avances. Il eſt auſſiprié d'aversir
ceux qui auroient deffein d'avoir
lesditsGlobes , de s'adreffer à Monfieur
de Guenegaud , Maistre des
Requestes, cy - devant Ambaffadeur
pour le Roy en Portugal , logé ruë
du Grand Chantier, vers les Enfans-
rouges , qui voudra bien se
charger de distribuer des imprimez
pareils à celuy - cy , &signez de
moy , & de donner les lumieres neceffaires
à ceux qui voudront estre
B
34 GALANT.
informez de la qualité de cet Ouwrage.
Et en de ce que deſſus , j'ay
Signélepprreesſeenntt,,le jour 168
Comme cette Societé s'augmente
de jour en jour , voicy
les noms de ceux qui viennent
encore d'y entrer ,
SUITE DES ASSOCIEZ
de Paris.
M. Laugeois , Seigneur
d'Imbefcourt.
M. Bazin , Maiſtre des Requeſtes
.
M. Voiſin de la Morage ,
Maiſtre des Requeſtes .
M. Grudaine, Conſeiller au
Parlement .
M. le Pelletier de la Houffaye,
Conſeiller au Parlement.
M. Pecquot de S. Maurice ,
Confeiller au Parlement.
GALANT.
35
M. de Menars , Maistre des.
Requeſtes , & Intendant de la
Generalité de Paris ..
SUITE DES ASSOCIEZ
de venife.
N.H.S. Abbate Abbondio
Rezzonico.
N.H.S. Franceſco Diedo..
N. H. S. Agostino Correggio .
N.H. S. Antonio Cænale .
Il P. Maëftro Antonio dal
borge per la Libraria del Conventodi
San Franceſco di Minori
Conventuali di Cone
gliano.
Sr Gio Giocamo Heris
Marcante Libraro ..
SUITE DES ASSOCIEZ
de Rome.
Il Signor Marcheſe Rangoni..
B6
36 MERCUR E
11P. Antonio Baldigiani dellaCompagnia
di Giefú ,Profeffore
di Mathematiche nell' Univerſità
di Roma per la Galeria
del CollegioRomano.
Il P. Reverendiff Gio Do
menico Marini , Vircario-Generale
della Compagnia di
Giefú per la Libraria del Giefú
di Roma .
Monfieur Nolin grave à Paris
le Globe celeſte. Il ya déja
huit Fuſeaux de vingt- quatre
qu'il doit faire. Le Globe Terreſtre
ſe grave à Veniſe , &
doit eftre achevé au mois de
Septembre . Tous les deux ſeront
plus beaux , plus exacts,
plus corrects , & plus curieux
que tout ce qui a paru juſqu'à
preſent. Il eſt ainſi marqué
dans le Privilege que le Roy a
GALANT.
37
accordé au Pere Coronelli ,&
il y a mefine dans ce Privilege,
que ces Globes ne feront pas un des
moindres ornemens du Chasteau de
Versailles.
La tranquillité qui regne
dans le Royaume depuis qu'on
en a banny le Calviniſme , fait
que je ne vous entretiens
prefque plus fur cette grande
matiere . Ce qu'ily a de remarquable
, c'eſt que ceux qui ont
eu le plus depeine àſedépartir
de leurs erreurs , font aujourd'huy
plus zelez dans noſtre
Religion , queles Catholiques
mefmes qui l'ont profeſſéedés
leur naiſſance . Cela vient ſans
doute du grand foin qu'ils ont
pris de ſe faire inſtruire . Ce
ſoin leur a fait connoiſtre plus
à fond la verité de la Religion
qu'ils ont embraffee ; de forte
38 MERCURE
que depuis un an, on a ſouvent
veu que ceux qu'on ne croyoit
pas fincerement convertis ont
procuré la converſion de plufieurs
autres . Nous ne vovons
preſque plus de ces obſtinez
qui ne l'étoient que pour tirer
quelque gloire de leur obſtination,
& qui fermoient les yeux
à la verité , moins parce qu'ils
n'en estoient pas perfuadez ,
que parce qu'ils s'imaginoient
qu'il leur eſtoit honteux de
ceder ; aprés avoir reſiſté avec
chaleur. Il y a lieu d'eſperer
que le peu qui reſte de ces obſtinez
, renoncera bientoſt à ce
faux honneur. On les combat
tous les jours avec les armes
de la raiſon , d'une maniere
qui donne fujetde croire qu'ils
vont eſtre ſans deffence . Voiry
une Lettre écrite ſur ce
GALANT.
39
ſuiet par un Capitaine de Cavalerie
, un de ſes Amis , qui
differe de jour en jour ſa Converfion
. Vous en trouverez le
ſtile fort naturel, & la maniere
dont il combat l'obſtination
de fon Amy , pourra donner
lieu à ceux qui font encore
dans le meſme eſtat , de faire
d'utiles reflexions .
A MONSIEUR D.L. C. D. G ;
C 10. May 1687.
'Entre , Monsieur autant que
vous pouvez l'attendre de nostre
amitié, dans toutes les peines d'efprit
ou je connois que vous devez
eftre. Cependant ie ne puis me dif
penfer de faire des voeux , afin qu'it
plaiſe au Ciel vous inspirer de
prendre un parti que j'ay fouhaité
depuis long-temps que vous puiſfic
40 MERCURE
lon
vous résoudre à prendre. Il mettroitfin
àvos peines , &feroit ceffer
te triomphe de vos ennemis. Ne
vous souvenez- vous point , Monfieur
, que vous m'avezfait l'honneur
de me dire une fois , que s'il
n'y avoit que vous & moy ,
pourroit accommoder le differend ?
Je me reconnois de ma part tresincapable
de diſcourir de cette matiere
qui me paſſe , aussi bien que
beaucoup d'autres qui l'ont plus
étudiée;& comme les miſteres de
la Religion n'ont pas esté fondez
fur la raison des hommes , qui est
moins que rien en cette occafion, j'ay
toûjours mieux aimé,à l'exemple du
Charbonnier , croire quesçavoir,
Suivant ce que dit un Ancien ,
Sauctiùs ac reverentiùs de
actis Deorum credere quàm
fcire. Et Saint Augustin aprés luy,
Melius feiturDeus nefciendo,
GALANT .
41
enforte que le party leplusraisonnable
, &le plus feur pour un particulier
, eſt de voguerſimplement
& avec confiance , dans la grande
Nef, dont la conduite regarde nos
Superieurs , & que le Seigneur
promis de ne jamais abandonner.
Il est vray quejesuis demeuréd'accord
avec vous , que les Docteurs
Particuliers qui s'avancerent le
Sieclepasséde prescher de leur chef
une pretenduë reforme auscandale
de l'Eglise , n'avoient pas manqué
tout-à-fait de pretexte ſpecieux
pour cela , & qu'ils n'avoient pas
tout le torten certaines choses. L'opulance&
l'ignorance du Clergé de
cetemps-là ,Sa conduite déreglée
en la pluſpart deſes membres ,&
le mauvais usage qui sefaisoit de
ces grands biens , luy avoient attiré
des envieux , &diſpoſales Peuples
à écouter volontiers ceux qui com42
MERCVRE
mencerent à l'attaquer& à decrier
Sa conduite. Mais au pis aller, cela
ne regardoit que les moeurs , & il
n'y avoit pas le mesme lieu d'attaquer
la doctrine , en contrediſant
impudemment , & ofant abroger
d'autorité privée des Constitutions
autorisées&Sanctifiées par lapratique
generale de tant de Siecles;
defavoüant par ce changement la
Religion de nos Peres, comme s'ils
euffent estédes idiots à leur égard,
Supposant l'Eglise corrompuë
presque dessa naiſſance , voulant
fixer& renfermer ſa pureté dans
les deux ou trois premiers Siecles.
L'aigreurqui s'alluma en ce tempslàentre
les deux Partis , empefcha,
outre la confideration d'autres interests
temporels , que l'on ne pust
Se reconcilier; mais à preſent que
L'on peut examiner les choses defens
froid & en bon freres ,se peut - il
GALANT.
43
faire qu'un homme raisonnable se
croyeplus en ſeureté de conscience,
&mieux fondé dans le schifme
que dans le gironde l'Eglife? Jene
touche point les matieres de diſputer
by les questions de controverse, je
nefuispas affez çavant pour cela;
mais m'arrestant ſimplement au
Schisme , de bonne-foy , Monsieur,
pouvez-vous croire qu'un certain
nombre de Docteurs mécontens ,
témeraires &difcordans entre eux,
ayant eu l'autorité d'attaquer
l'Eglise en leur nom , fans autre
titre ny mission , & fous pretex.
te d'abus s'en feparer , &se faire
des reformes felon leur caprice
? Vous avez pû voir ce qu'en
pensoit Montagne , quand ila écrit
quenonobſtant toutpretexte dereforme
, &Sans entrer dans laquestion
, il estoit bien hardy pour un
particulier de se mettre à la teste
44
MERCURE
de cette affaire ; & de se charger
luy- mesmesur legarant de Safoible
raison d'une chose de cette importance
; & ie trouve aussi quec'est une
garantie mal afſurée pour ceux qui
ont osés'en contenter. Sapiens non
conturbabit publicos mores ,
nec populum in ſe novitate
vitæ convertet , a dit Seneque,
& non pas Calvin . Ce n'est pas
d'aujourd'huy qu'il y a des abus
dans les moeurs & dans la conduite,
mais ces abus ne doivent point
empeſcher que l'on ne reſpecte la
doctrine ; & je ne voy pas quelle
repugnance vous pouvez avoir de
rentrer dans leſein de nostre Mere
commune , dont vos derniers Peres,
enſuivant le torrent du temps, eurent
l'imprudèce deſefeparer le Sie.
cle paffé, Reverti unde veneris
quid grave eft ? Ne ſommes nous
pas tous Chrestiens , enfans d'une
GALANT.
45
mesme Mere ? Ne prions nous pas
Dieu de lamesme maniere,ſuivant
lemodelle que le Sauveur nous en a
laiſſé dans l'Oraiſon qu'il adreſſe
àfon Pere , & ne loüons - nous pas
le Seigneur dans les mesmes termes
parla bouche du Prophète Royal?
Ne croyons-nous pas auſſila mesme
choſe aufond , & le précis de nostre
Foy rapporté dans le Simbole des
Apostres ,n'est- ilpas commun entre
nous ? Al'égard du myſterede l'Eucharistie,
qui a esté le grandpoint
de la querelle , où nous diſons , comme
il est écrit. Cecy eſt mon
Corps , & que vous expliquez
d'une maniere differente &détournée,
Icy eſt mon Corps , nenous
doit - il pas estre également adorable,
comme nous le devons , adorer
en effet ,fans trop penetrer dans
une chose aussi ineffable qu'incomparable
, comme le témoigne le
46
MERCURE
devot à Kempis, n'approuvant point
àcesujet les disputes de l'Ecole ,
qui ont donné lieu au differend ?
Qui ſcrutator eſt Majeftatis,
opprimetur à gloria. Revenez
donc à nous , Monsieur , vous le
devez par toutes confiderations; &
la revolution generale que vous
venez de voir , ne peut - estre qu'un
coup de la main de Dieu comme
mesme tous ceux du party l'avoüent,
&ce ne peut estre l'ouvrage
des hommes. Si quantité de
pieuſes pratiques qui sont en usage
parmy nous , vous bleſſent à
cauſe de leur moderne inſtitution,
& bien , ne les pratiquez point;
mais dans les choses de pratique
effentielle & neceſſaire commandée
par l'Eglise comme les leunes &
les abstinences ordonnées , trou
vez- vous que la penitence soit com
traire à l'Evangile , & à la Loy
GALANT.
47
du Sanveurdu monde , dont la vie
qu'il nous a laiſſée pour modelle,n'a
esté qu'une continuelle penitence,
&est-ceunmerite ou une veritable
reforme , comme l'ont prétendu les
Novateurs , que de la rétrancher?
La Foy de vous&de nous n'impli
que point de contradiction , & la
difference qu'ilya , c'est que nous
croyons&pratiquons plus quevous;
en quoy nous accomplisſſons plus
parfaitement . & d'une maniere
plus étenduë&meritoire ,leſacrifice
de l'esprit & de la nature ,
dont le Seigneur nous ordonna de
luy rendre hommage, commetenant
l'un& l'autre de luy ; en quoy conſiſte
, ce me semble , l'esprit de la
Loy,& l'effence de nostre Religion:
que l' Ange rebelle , & nostre premier
Pere trompezpar leur propre
fuffisance , n'eurent pas le bonheur
de bien comprendre , non plus que
3
48 MERCURE
l'Apostre infidelle. Mais les Au.
theurs du Schisme ont tellement
affecté de se masquer& déguiser,
pour établir entre nous de pretenduës
disparitez , qu'ils se font
aviſez de deſavoüerjuſques à leurs
propres noms;&comme s'ils avoient
honte de porter ceux qui leur ont
esté impofez au Baptême en me
moire des Saints Apostres , Martyrs
, & Confeffeurs de noſtre Religion,
qui estoient en usage de tout
temps dans l'Eglise , ils ont esté
rappeller chez les anciens Hebreux
ceux d' Abraham & de sara , d'I
Saac & de Rachel , pour les faire
revivre en la perſonne de leurs en.
fans,faisant par une nouvellere_
volution fucceder l' Ancien Testament
au Nouveau ; ce qui ne vous
doit_ilpas paroiſtre ridicule auffi
bien qu'à moy ? S'agit- ildonc en revenant
à nous, &au centre com
mun
--
GALANT.
49
mun , defacrifier aux Idoles , comme
ilſemble que vous l'entendiez,
lors que je vous ay ouy dire ,pen-
Sant imiter le Zele des premiers
Chrestiens , que vous souffririez
plutost comme eux les roues & les
chevalets , que devous ébranleren
la moindre forte dans vostre reſolution
; &puis qu'on est convenu parmy
vous , comme vos Miniſtresl'avoüerent
en presence du Grand
Henry , que l'on pouvoitſe ſauver
dans nostre Religion , pouvezvous
l'enviſager comme un estat de
perdition ; & avez- vous juſte rai-
Sondevous acharner dans un Party
douteux pour le moins & conteste,
&viſiblement plein d'erreur, ainsi
que dépourveu de juste autorité,
plûtoſt que de vous réunir à celuy
qui de l'aveu commun , renferme
unepleine Seureté? Je n'ignore pas
que vous vous piquez defermeté,
Juin 1687 . C
:
50
MERCVRE
que vous estes ferme en effet ;
mais ſi voſtre grand coeur a quelque
repugnance àse rendre , la procedure
Sommaire que l'on a tenue pour
vous obliger à rejoindre le Troupeau
n'estant pas de vostre goust,
par rapport aux ménagemens que
l'on avoit eus cy-devantpourle Party
, outre que les plus ſenſez de ce
Partyfont demeurez d'accord qu'il
s'y falloit prendre ainſi pour y parvenir
,sans quoy cet ouvrage important
, qui achevera de rendre le
regne du plus grand de nos Rois ,
fameux dans les temps à venir
n'auroit jamais esté confumé , pouvez-
vous avoirhonte àl'heurequ'il
eft , & devez- vous rougir , aprés
avoirdisputéle terrein juſques icy ,
de fortir le dernier parla bréche
d'une place d'émantelée , & qui
n'estplus tenablepar aucun endroit ?
M.le Marquis du Bordage , que je
4
,
GALANT.
51
cite pareſtime ,étoit il moins Zelé
que vous , & ne peut- on point vous
le comparer ? Vous sçavezcomment
abandonnant tousſes interests, ilfut
arreſté avec fa famille en voulant
fortir du Royaume. Cependant
aprés avoirdonné en cette occafion
toutes les marques d'une heroïque
fermeté,la grace du Seigneur l'aïant
enfin éclairé; il donna ensuite des
marquésfi touchantes d'uneveritableconverfion
, lors qu'ilprit leparty
derenoncer au Schyfme , qu'il ne
putresteraucun lieu de douter deſa
fincerité. Enfin , de quelque opinion
que vous soyez, je n'enserayjamais
moins plein de Zele pour vous ,Sçachant
quevous êtes un parfaitemet.
honneste homme , & un genereux
Amy. Mais Souffrez que ce zele
s'explique & s'intereffepour ce qui
vous regarde de plus prés , & qui
vous doit estrele plus cher. fe
fuis &c.
C
52
MERCURE
Je vous ay déja mandé quelque
choſe de la Reception qui
a eſté faite à Albi , à Monfieur
leGouxde la Berchere Archeveſque
d'Aix , nommé par le
Roy pour remplir la place de
Meſſire Hyacinte Serroni ,
Premier Archeveſque d'Albi,
mort à Paris depuis quelques
mois. En voicy une Relation
exacte & fidelle . Meſſieurs du
Chapitre de la celebre Eglife
de Sainte Cecile qui eſt laMetropolitaine
de la Ville , n'eurent
pas plûtoſt appris la mort
decePrelat,qu'ils s'aſſemblerét
pour choisir des Officiers pendant
le Siege vacant. Ils nommerent
quatre Vicaires Generaux
, deux Dignitez , & deux
Chanoines, ſçavoir, Monfieur
Carriere , Prevoſt , Monfieur
Regnaudin , Grand Archidia
GALANT .
53
cre , M. Paraire & M. Galaup
M. Arquier , Chanoine dela
meſme Eglife , fut continué
dans la Charge de Vicaire General
, & Official Metropolitain
, & Monfieur de Ripis,
auffi Chanoine , dans celle
d'Official . Ayant ſceu quelque
temps aprés , la nomination
qui avoit eſté faite de Monſieur
le Goux de la Berchere à
l'Archeveſché d'Albi , ils ſe
mirent en eſtat de luy aller
rendre leurs devoirs à Aix où
il eſtoit , & firent une députation
de quatre Chanoines , qui
furent Meſſieurs Carriere, Regnaudin,
Arquier , & Galaup;
mais comme Monfieur Arquier
eſtoit Syndic ils le prierent
de vouloir reſter , afin de
veiller aux affaires du Chapitre.
Il leur accorda ce qu'ils
C3
54
MERCURE
fouhaitoient , & donna ſa place
à Monfieur de Ripis . Les
Deputez ſe diſpoſoient à partir
, lors qu'ils furent avertis
par une Lettre de leur nouvel
Archeveſque , qu'au premier
jour il devoit ſe rendre àMontauban
, qui n'eſt qu'à une
journée d'Albi , auprés de M.
de la Berchere ſon Frere , Intendant
en quienne , & qu'il
les recevroit en ce lieu- là ..
Ainſi ils attendirent qu'il fuſt
arrivé à Montauban , & firent
cependant une déliberation
par laquelle ils offrirent à ce
Prelat , de ſe demettre en fes
mains de toute leur autorité ,
fi- toſt qu'il ſeroit dans ſon
Dioceſe. Le Clergé fit auſſi ſa
députation , & nomma M.
Arquier Metropolitain. La
Ville d'Albi députa M. MartiGALANT.
55
.
non, premier Conful,& Monſieur
Breüil fut député par les
Officiers de la Juſtice Seculieredel'Archeveſché
. Monfieur
des Innocens le fut par le Chapitre
de faint Salvy , qui eſt
l'Egliſe Collegiale de la meſme
Ville , dans laquelle il eſt Chanoine.
Tous ces Deputez.eurent
Audience à Montauban
le 27. Février. Il y en avoit
cinq du Corps du Chapitre.
Monfieur Carriere , Prevoſt ,
porta la parole , & fur la fin de
ſon compliment , il preſenta à
Monfieur l'Archeveſque la deliberation
du Chapitre dontje
viens de vous parler. M. Arquier
le harangua aprés luy
au nom du Clergé. Enſuite M.
Martinon le complimēta pour
la Ville , M. Breüil pour les
Officiers de la Justice , Mon
C. 4
56
MERCURE
ſieur des Innocens pour le
Chapitre de Saint Salvy , &
M. Arquier finit les Harangues
par une ſeconde qu'il luy
fit pour la Metropole , en qualité
de Metropolitain. Le
lendemain , ce Prelat fit prier
à diſner les cinq Deputez du
Corps du Chapitre , & les regala
avec beaucoup de magnificence
. Il partit de Montauban
accompagné de M. l'Intendant
fon Frere , & arriva le 4 .
Mars à Gaillac, premiere Ville
de fon Dioceſe qui ſe trouva
fur fa route. Il y fut logé dans
l'Abbaye , & harangué par les
Deputez qu'on y avoit envoyez
pour le recevoir à fon
Entrée. Il en partit le 5. pour
ſe rendre à Albi , qui eſt éloigné
de Gaillac de trois lieuës
du Païs . Tout le chemin ſe
GALANT.
57
trouva bordé de gens en armes
que Monfieur de Montmour
y avoit fait poſter. M. de Cramaux
en fit de meſme , & les
Paroiſſes qui estoient ſur ſa
route s'acquiterent auſſi du
meſme devoir. M. de Montmaur
eſt de la Maiſon d'Uſez
du coſté paternel, & de la Maifon
d'Amboiſe du maternel .
Monfieur de Cramaux eſt Fils
de fen Monfieur de Ceron ,
Preſident au Mortier du Parlement
de Toulouſe . Ces
Troupes ne ſe retirerent que
lors que Monfieur l'Archevêque
fut arrivé prés d'Albi , où
il trouva celles de la Ville , qui
eſtoient venuës atı devant de
luy fort propres & en bon ordre
, & qui firent pluſieurs
décharges . Il y avoit uneCompagnie
de Marchands , com-
C
58 MERCURE
A
poſée de deux cens hommes,
bien leftes & bien montez ,
precedez de Trompettes Les
Confuls l'attendirent à la porte
dela Ville , où M. Martinon
le harangua , & l'accompagnerent
en Carroffe juſqu'à l'Archeveſché
. Le foir le Te Deum
fut chanté dans l'Egliſe de
Sainte Cecile . M. Regnaudin ,
premier Archidiacre l'entonna
, & il fut continué par la
Muſique avec des Trompettes
&d'autres Inftrumens . Le méme
foir on illuminale Clocher
de cette Eglife. Les Filles de
la Viſitation illuminerent aufi
leur Monastere , & le Seminaire
dirigé par les Iefuites, fit la
mefme choſe . Le Dimanche 9 ..
de Mars , la Ville fit faire un
Feu de joye pour le recouvre.
ment de la ſanté de Sa Maje
GALANT.
59
ſté. Monfieur l'Archeveſque
y mit le feu , & trois jours aprés.
Monfieur l'Abbé de la Chaife
fit faire une tres-belle Illumination
ſur la Riviere pour la
mefme occafion. Ie vous ay
fait un ample détail de ces
deux Feſtes dans l'un des deux
Volumes de ma Lettre de
Mars.Monfieur l'Archeveſque
d'Albi n'a accepté la démiſſion
de l'autorité du Chapitre que
pour le Vicariat General; ila
laiſſe Monfieur Arquier dans
l'exercice de la Charge d'Official
Metropolitain , Monfieur
de Ripis dans celle d'Official,
&les autres Officiers dans les,
leurs . C'eſt par là qu'il a com .
mencé à fe mettre en estat de
gouverner fon Dioceſe , & il
a continué par la viſite des
lieux qui en avoientie plusde
C
60 MERCURE
beſoin . L'hereſie de Calvin
avoit toûjours infecté la Ville
de Realmont ; le Temple en
avoit eſté raſé par les foins de
Monfieur de Serroni ſon Predeceſſeur
, mais quoy qu'il euft
travaillé à la réünion de la plus
grande partie des Habitans ,
les plus obſtinez avoient gardé
leurs erreurs . Monfieur le
Goux de la Berchere y alla le
Vendredy 21. de Mars. Quatre
vingt Cavaliers de la Ville
vinrent à deux lieuës au devant
de luy , & il trouva tout le
Peuple en armes qui l'attendoit
aux portes. Il ne fut pas ,
plûtoſt arrivé , qu'il monta
en Chaire. Il prefcha encore
le Dimanche des Rameaux , &
partitdeRealmont le 24. Tout
le monde fut fi charme & de
ſes Sermons & de ſes bontez
GALAN T. 61
2 que ceux qui étoient demeuré
1- dansl'erreur down
{-
-
t
-.
t
Et jamais une infidelle
Ne vous rend ialoux .
a
a
S
-
é
1
r
60 MERCURE
beſoin . L'hereſie de Calvin
avoir toûjours infecté la Ville
Sermons & de les pontez
GALANT. 61
que ceux qui étoient demeuré
dans l'erreur depuis leur naiffance
, furent obligez d'y renoncer
, en forte qu'il n'y a
plus aucun Calviniſte dans la
Ville .Ce Prelat a continué ſes:
Viſites depuis ce temps - là, accompagné
de Monfieur l'Abbé
de la Chaiſe .
Je vous envoye un nouveau
Printemps . Il eſt de Monfieur
Ennelin de Saint Quentin .
AIR NOUVEAU.
Eureux Oyfeaux qui ſans
alarmes
Goûtez d'un tendre amour lesplaifirs
& les charmes ,
Quevostrefort est doux !
lamais une Cruelle
Ne vous fait fentir son couroux,
Etjamais une infidelle
Nevous rend ialoux .
62 MERCVRE
Il eſt dangereux de s'attacher.
Le Moineau de la Maitreſſe
de Catulle a merité les
regrets qui ont paffé juſqu'à
nous , & le petit Cheval blanc
de Mademoiselle de Fourcy,
qu'elle nommoit Sans Pareil,
luy a couté la douleur que
vous trouverez exprimée dans
les Vers qui ſuivent.
SUR LA MORT
Du petit Cheval blanc de
Mademoiselle de Fourcy ...
ELEGI Ε ..
AMour prenez le devil , &
mourez de triſteſſe.
Rien ne peut conſoler vostre belle
Maistreffe.
Et toy , quitte ton char , impetueux .
Saleil
GALAN T. 63
Et vienspleurer Lamort d'un Bidet
Sans pareil.
Ilfaisoit, digne prix defes petitferè
vices,
De la jeune Daphné lesplus cheres
delices ..
Docileàfes leçons il connoiffoitfa
voix ,
Et rétifàtout autre ilplioitfousfes
loix.
Tel Bucephale estoit ſous la main
d'Alexandre.
Présd'elle chaque jour on le voyoit
Serendre ,
Et baisé defa bouche en mangeant
dansſes mains ,
Faire envierfonfort au plus grands .
deshumains;
Tantoſt le dos chargé desa belle
Guerriere,
Fournir d'un piedleger une douce
carriere ,
Sous le poids d'un fardeausi char
mant &fi doux.g
64 MERCVRE
Toûjours las du repos , & jamais de
Sescoups,
Tantoſt ſur le gazon d'une retraite
Sombre ,
De ſes travaux naiſſans ſe delaſſer
à l'ombre;
Tantoſt dans ces Iardins récemment
embellis ,
Paître mignardement les roſes&les
lys ,
Bidet, dans les beaux jours de ta
courſe mortelle ,
Daphnevivoit contente , &tu vivois
pour elle ;
Mais depuis que lamort i'aravyde
ces lieux ,
Un déluge de pleurs inonde ſes.
beauxyeux.
Taperte a dérobé les trois quarts de
Ses charmes ,
Et lesfleurs defon teint languiffent
dansſes larmes .
Ton Ombre cependant, malgré tous
Ses efforts,
GALAN Τ . 65
Marche dans le chemin qui conduit
chez les morts .
Déja froide elle paſſe en lafatale
Barque ,
Etvade fa Blancheur faire hommage
à la Parque.
Helas!ſi l'on oſoit efperer ton retour!
Mais nul ne voit deux fois la lumieredujour.
Pleurez , petits Amours, & pourſes
funerailles
Tirez mille ſoupirsdu fond de vos
entrailles.
Privezdu Compagnonde vos jeux
lesplus doux,
Pourles autres Bidetsn'ayez que du
couroux.
Eteignez vosflambeaux, jettez toutesvosméches,
Et briſez maintenant vos Carquois
& vos flèches.
Et toy quide pavoisſemes tes noirs
guerets .
66 MERCVRE
Toy qui cauſes nos cris , nos pleurs ,
& nos regrets ,
Mort,ſous qui le Monarque &le
Bergerfuccombe ,
Verras-tu d'un oeilſec ce Bidet dans
la tombe ?
Affreuse Déité , Monstre dont les
Autels
Fument toûjours du fang des malheureux
mortels ,
Puiffes- tu pourpayer lapeine de ton
crime ,
Detapropre fureur devenir la vi-
Etime ,
Faire quelque faux pas , & brifer
en tombant
TonSquelete hideuxfur la corned'un
banc.
Belle Ombre duBidet d'une aimable
Maistreffe.
Reçois ceſouvenir pour prix defa
tendreffe;
Mais ne plains plus ton fort , il est
tropglorieux,
GALAN T. 67
Puis qu'il a pû tirer des pleurs de
Sesbeauxyeux.
Ily a environ trois mois que
la Gazette de Hollande publia,
qu'il eſtoit paſſé par Venife
un homme qui ſe diſoit âgé
de quatre cens ans , & qui pretendoit
le prouver en montrant
fon Portrait , qu'il diſoit
avoir eſté fait par le Titien .
Un homme d'eſprit frapé de
cette nouvelle , eut là- deſſus
une converſation particuliere
avec le ſçavant Monfieur de
Comiers , qui luy dit des choſes
ſi curieuſes , qu'il le pria
de les vouloir mettre par écrit.
C'eſt ce qu'il a commencé de
faire , comme vous pouvez le
voir dans cette premiere Lettre
que je vous envoye .
68 MERCVRE
LA MEDECINE
Univerſelle د ou l'art de ſe
conſerver en ſanté , & de
D
prolonger ſa vie.
Ieu avoit créé l'homme pour
immortel , & pour cet effet , il
avoit comme nous liſons dans la Genese
, planté au milieu du Paradis
terrestre l'arbre de Vie , dont lefruit
auroit esté la Medecine universelle,
ou leremedeſouverain à tous maux;
maisle peché commis parAdam luy
ayant fait perdre cet avantage , il
n'est resté auxhommes que le defir
deprolonger leur vie, qu'ils ont toûjours
conſiderée comme leplus grand
de tous les biens periſſables . C'est
pour cela que Dieu voulant engager
plusfortement les Enfans à rendre
àleurs Peres toutesfortes de devoir ,
attacha àl'observation deſon ComGALANT.
هو
,
mandement la promeſſe d'une lonque
vie comme nous liſons
dansle Deuteronôme , Ut longo
vivas tempore , & bene tibi fit
in terra. Il ne faut pourtant pas
s'imaginer qu'on se puiſſe procurer
l'immortalitéparla Medecine univerſelle
, comme on auroit fait par
l'usagedufruit de l'Arbre de vie.
Auſfide tous les hommes , iln'y a eu
qu'Enoc & Elie , qui ayant esté
exempts de la mort, ayent estécomme
dit l'Eccleſiaſtique , tranſportez
dans le Paradis terrestre , bien que
quelques- uns croyent , commefirent
les Apoftres , que la mesme faveur
de ne pasmourir aeſté accordée à
S.Jean fur ce que,comme il est rapportéenfon
Evangile ,le Sauveur
du monde répondit à S. Pierre en ces
termes, Si ie veux que Jean demeure
juſqu'à ce que je vienne
, que vous importe ? Enfin
on ne voit perſonne quiſe laſſe de
70
MERCURE
vivre , au contraire chacun cherche
les moyens de prolonger ses jours,
c'est un bien qu'onpeut efpererde la
Medecine univerſelle , dont lepou
voir s'étend fur les trois Regnes,
Animal , Vegetatif& Metallique.
Galien en donna une ébauche au
Public das ce beau traité de l'art de
ſe conſerver enſanté, après l'avoir
fi heureusement pratiqué, qu'il ne
reſſentit aucune infirmitépendant
140. ans qu'il vefcut.
L'enviedevivre long- temps , &
enſanté , qui est naturelle à tous les
hommes , vous a fans doute porté
à me demander ce que ie penſe de
set homme que la Gazette de Hol
lande du 3. d'Avril dernier afſſure
avoir passé à Venise , oùilfit connoiſtre
d'une maniere àn'en pouvoir
douter , qu'il avoit atteint
l'âge de quatre cens ans. Vous
voulezſçavoirfi cela est arrivé par
lemoyede la Medecine universelle,
GALANT.
71
qui conſervant l'humide radical,&
la chaleur naturelle dans une parfaite
alliance , éloigne la vielleſſe ,
&faitsouvent rajeunir. Je divifevay
ma Réponse en trois Articles.
Dans le premierje feray connoiſtre
qu'ily ades hommes qui ont vécu
pluſieurs Siecles. Dans lesecond je
parleray des choses quifont en nous
&hors de nous , &qui contribuent
ànous faire vivre longuement & en
Santé; & dans la troisième je feray
pluſieursobſervations tres-curieuses
&utiles fur la pratiquede la Medecine
universelle dans les trois
Regnes.
a ren-
Bien que nous naiſſions pour
mourir , & que Tertullien ait
dit que Dieu parunegrande com.
paffion ,& non par colere
du l'homme mortel aprés fon pechè,
neanmoins la Sainte Ecriture
nous apprend qu'avant leDeluge
,
72
MERCURE
la duréeordinaire de la vie des hommes
étoit de ſept cens ans & plus .
Adamvefcut neufcens trente ans ,
Seth neuf cens douze , Caïnam neuf
cens dix, &ainſipeu àpeu diminua
la longueur de la vie , que Dieu fixa
aprés le Déluge 120. ans pour l'ordinaire.
Cependant Arphaxal , qui
nâquit deux ans aprés le Déluge
vefcut 300. ans,&Salésonfils 433 .
Heberfils de Salé , dont les Hebreux
ont tiré leur nom, 467. Peut- eftre
croirez-vous que leurs annéesn'e-
Stoient pas Solaires, mais Lunaires
Seulement , de 29. à 30. jours
ou que chacune des quatre Saiſons
faisoit une de leurs années,
comme chezles Caldéens &
chez les Arcadiens ,au rapport de
Lactance; ou que tout au plus elles
ne comprenoient que le temps que
le Soleil met àpaſſer d'un Tropiqne
à l'autre , & qu'elles n'estoient
par confequent que la moitié des
รองปอน
,
GALANT.
73
noftres ; mais ces annéesne peuvent
estre Lunaires, puis quefi cela étoit,
beaucoup de personnes vivroient à
preſentplusquénos premiers Peres,
cent de nos années faisant plus de
douze cens de ces années Lunaires .
Enfin elles estoient au moins composées
de douze mois Lunaires, pais
que Moise parlant du Deluge en
la Genese chap . VII. verſet 2. dit
que Noë ayant veſcu fix cens ans,
leDeluge commença le 17. jour du
Second mois. Et dans le VIII. Chap.
verſ.4. ildit que le 27.jour duſeptiéme
mois , l'Arche prit terreſur les
Montagnes d' Armenie , & que le
premier jour du fixième mois , la
pointe des hautes Montagnes commença
àparoiſtre au deſſus de l'ean;
& dans le 13. vers. il dit encore
qu'en la 601. année de Noë , au
premier iour du premier mois , ce
Patriarche ouvrit l'Arche ; d'où il
Iuin 1687 . D
!
74
MERCURE
eſt évident que Moyse fait les années
de douze mois , & partant la
difference de ces années aux noftres,
neseroit au plus que d'onze joursfi
ces douze mois estoient Lunaires.
L'histoire prophane nous apprend
dans Homere , que le Prince
Nestor , fils de Nelus , avoit prés
de 300. cens ans quand il vint au
Secours des Grecs contre les Troyens.
Anacreon aſſure qu' Arganthemius .
Roy des Tarteſſes , vefcut 150.ans;
Cinire , Roy de Chypre , cent ans,
&Æginius deux cens. Pierre MafféeenfonHistoiredes
Indes , atteſte
que dans l'Ifle Bengala on trouva
un homme Sans aucune étude , âgé
de trois cens trente - cinq ans ,
qu'il prouvapar le recit qu'il fit de
tout ce qui s'estoit passé de memorable
pendantſavie , & qu'on verifia
estre conforme aux Chroniques.
Le grand Seneque,Espagnol,parvint
ce
GALANT.
75
jusqu'à la 144. année de fon âge,
& auroit veſcu beaucoup plus longtemps
, si l'injuste Arrest de fon
Disciple Neronn'eust pas abregéle
cours de sa vie. Sous l'Empereur
Trajan , Simon Cleophe , Second
Evesque de Jerusalem , fut crucifié
en fa 120me. année; Narciffe,
Second Eveſque de cette même-Fille,
vefcut 166. ans ſous Septime
Severe. Paul premier Hermite, vefcut
120. ans; S. Antoine , Abbé en
Egypte , 150. & Cronius fon Compagnon
, vescut encore cinq ans
davantage. L'Empereur Claude
ayant bien examiné les preuves de
l'âgede Titus Fullonius de Boulogne
en Italie , reconnut qu'il estoit dans
fa 150me, année. Attila , Roy
des Huns , mourut âgéde 124. ans.
Petrus de Natalibus prouveque
S. Severin , Evesque de Tongres ,
vescut 375. ans , &qu'il fut sacré
D 2
76 MERCURE
Evesque en ſa 197me. année.
Nicolaus de Comit. temoigne
que parmy les Bracmanes il s'en
trouva un âgéde trois cens ans.
Il est aussifacile àla Nature de
donner à un seul homme autant
d'années de vie , qu'elle en donne
àplusieurs enſemble , que de donner
àunGeant autant de force & de
matiere, qu'il enfaudroit pour fora
mer le corps de plusieurs hommes.
Tel estoit celuy de Turgavu en Suiſſe
prés du LacdeConstance , qui combattant
fous Charlemagne contre
les Saxons , en enfila buit avec ſa
pique,&les ayant chargezfurfon
épaule , traverſale Rhin , & diſoit
à ceux de fon Party , Voicy des
Grenoüilles d'Allemagne que
je viens de peſcher,je n'entens
point leur coaxement. Guido
Bonatus affurequ'en l'année 1223 .
il connut un nommé Richard déja
GALANT
77
âgéde quatre cens ans ,qui prouvoit
incontestablement qu'il avoit
portèles armes ſous Charlemagne.
On parle auſſi communement d'un
Surnommé Iean des Temps qui avoit
porté les armesſous ce mesme Empereur
, & qui mourut fous Loüis
VII. l'an 1146.Il falloit qu'il eust
prés de 360. ans , puiſque Charlemagnefut
couronné Empereur en
৪০০ .
Ie vous envoye le Portrait d'un
Anglois âgéde cent cinquante deux
ans . Commeje fais profeſſion de ne
rien avancerſansbonnes preuves ,
ie dis que le curieux sçavant M.
Hubin , Emailleur du Roy , m'en a
donnė la Planche qu'il avoit receuë
de Meſſire Iacques du Perron , Neveu
du Cardinalde ce meſme nom .
Evesque d' Angoulesme ,&ensuite
d'Evreux , où il mourut Grand Aumônier
de la Reyne d'Angleterre ,
D
1
78 MERCURE
fille d'Henry IV. morte à Sainte
Colombe prés Paris. Cet Anglois
estoit de riche taille , & s'appelloit
Thomas Park. Il eſtoit fils de Iean
Park,de Vvinnington , de la Paroiſſe
d'Alberbury, dans le Comtéde
Shrophine. Il nâquit en 1483. &
avoit cent cinquante- deux ans lors
qu'ilfut preſentéà Charles I. Roy
d'Angleterre le 9. Octobre 1635 .
Ilprouvoit avoir veu neuf Rois en
Angleterre ;sçavoir Edoüard IV.
Edoüard V. Richard III. Henry VII.
Henry VIII. Marie , Edoüard VI.
Elizabeth , lacques VI. & Charles
I.peredu Roy qui regne presentement.
Ce bon homme beniffoit Dieu
entre autres chofes , de ce qu'encore
qu'ileuſt veu pendant fa vie trois
divers changemens aufait dela Religion
en Sa Patrie , Sous Henry
VIII.fous Marie,&ſous Elizabeth ,
il n'avoit neanmoins jamais fait
profeſſion d'autre croyance que la
GALANT.
79
-
د
Foy Catholique Apostolique , &
Romaine comme la plus ancienne
, ayant veu naiſtre toutes
les autres qui luy font opposées . Il
confefſoit ingenuement qu'à l'âge
ds cent ans ilfut appellé en Justice,
& convaincu d'avoirfait un Enfantà
une jeune fille , & pour ce
Suiet condamnéà faire penitence
publique devant la porte de l'Egli
Se couvert d'un drap blanc , & un
cierge à la main ,ſuivant la coûtume
du Royaume , pour reparation
de ce ſcandale. Il perdit la veuë
Seize ansavantsamort, qui arriva
à Londres le 24. Novembre 1635 .
enmoins de demy-heure ,fans qu'il
euſtſenti auparavant aucune douleur
qui le menaçast de ſa fin. On
ouvritſon corps, & toutesses parties
interieures furent trouvées fort
faines , excepté les poulmons que
leSangavoit comme noyez &Suffo
D 4
80 MERCVRE
quez , ; ce que les Medecins attri
buerent au changement d'air &de
vivre, ayant esté amenez d'un païs
où l'air est fort pur & temperé en
comparaison de celuy de Londres,
qui est groſſier & malsain,ſur tout
àceuxqui n'yſontpas accoutumez .
Dansce même temps , Madame la
Comteſſe d'Arondel preſenta à la
Reine d'Angleterre une Sage-femme
âgée de 123.ans, que deux ans
auparavant exerçoit encore ſa profeſſion
dans le Village de sa
naissance.
Olaus Magnus rapporte dans
Ses Histoires , qu'un Evesque d'AngleterreappelléDavid,
veſcut 170.
ans. Buchanan aſſure que Laurent
Hutland âgé de 140. ans
alloit encore peſcher pendant les
plus grandes rigueurs de l'Hyver.
Vous avez veu parles Hiftoires
Saintes &prophanes que j'ay rap
GALANT. 81
portées, que dans tous les âges du
monde , la vie de quelques hommes
aeftè de pluſicurs Siecles , & qu'elle
n'est pas toûjours bornée , comme on
dit aprés David, à90.ou 80. ans.
Aussi , comme dit Salomon , Dieu
n'a point fait la mort , qui n'est
qu'un nom Sans eſſence , n'estant
que la privation de la vie , & il
ne ſe rejoüit point de la perdition
des vivans. Le même Sage ajoûte
quela vieillesse est la couronne de
la dignité. C'est elle qui rend les
cheveux blancs venerables , parce
que ceux qui les ont blancs , font
utiles, &même neceffaires au bien
de l'Estat , par leurs longues experiences
dans les affaires.
Il faut montrer maintenant
combien la nature des choses qui
font hors de nous , comme le lieu
de la demeure , la pureté de l'air
& de l'eau , contribuent à nous
Ds
82 MERCUR
faire paſſer en ſanté une longue
fuite d'années . On dit avec raiſon
que les Morts font les meilleurs
Maistres ,parcequ'ils nous instrui-
Sent&nous reprennent dans leurs
Ouvragesfansflaterie &Sans interest.
C'est ce qu'au sujetdevivre
longuemet nous apprend l'Epitaphe
qui fuit trouvée dans la Ville de
S. Gilles , Veſci citra faturitatem
, impigrum eſſe ad laborem
, vitale femen confervare,
tria ad producendam vitam faluberrima
.
Pour vivre longuement,
Vis fobre & chaſtement.
Legrand Pytagoricien Abſteme
Apollonius Tianeus ſe conſerva en
jeuneſſe pendant plus de cent ans ,
par sa chasteté& parſa fobrieté.
C'eſtſur ces deuxmeſmes principes.
GALANT.
83
que les anciens Anachoretesvefcurentsi
long-temps en Santé. C'est
auſſipar la chasteté&par la ſobrietéque
legrand Philosophe Democrite
joüit d'une parfaite Santé
pendant cent neufans. Ce que Dio
gene Laërce dit de la mort de ce
Philosophe est tres - remarquable ,
Sçavoir , qu'ilſe conſerva les trois
derniers jours de ſaviepar laſeule
odeur des pains chauds,à la priere
deſafoeur, qui craignoitde nepoint
aſſiſter àla folemnité de la Déeſſe
Ceres , s'il mouroit avant la feste.
Le veritable celibat est auſſi tres.
utile pour vivre longuement en
Santé,bienqu' Artaxerces , Roy des
Perfes , ayant eu cent quinze fils ,
nefoit mort qu'aprés la centiéme
année deſon âge,par la conspiration
de cinquante deſes Fils.
Procule , Empereurdes Romains,
Sevantoit que cent Filles Polonoifes
D6
84 MERCVRE
luy avoient fait cent Enfans ex
quinze jours. Sur ce pied-là, une
Dame Romaine & un Romain auroient
pû avoir , du temps de S.
Jérôme , une legion d'Enfans legitimes.
En voicy l'histoire tirée de ce
Pere de l'Eglise , du temps du Pape
Damafe. OnvitàRome un homme
veufdeſa vingtième Femme , épou-
Ser uneMatrône veuve defon vingtième
Mary , aux Funerailles de
laquelle il aſſiſta couronnede Laurier
avec unepalme à la main,parmy
des acclamations publiques que
firent les hommes , de ce qu'il avoit
Survescu la Femme, qui estoit d'ail-
Leurs incomparable. La fobrieté
& l'exercice nous rendent encore
Sains & robustes. C'est pourquoy
Les Romains estoientſurpris de voir
la force & la taille gigantesque de
nos anciens Gaulois ,qu'ils devoient
àl'abstinence de vin , dont ils n'ap
GALANT. 85
prirent l'usage que du suiffe Helicon,
qui apporta le premier en France
la Vigne ,le Raisin ,& le Vin .
La qualité des alimens contribuë
beaucoup à rendre noſtre vie longue.
Les Limosins qui lapluſpart
ne mangent que des chataignes
vivent long- temps en tirant une
nourriture peu fuietteà corruption,
&quinese diffipe pas facilement.
La bonne complexion ou la iuste
temperanture de l'humeur radicale
&de la chaleur naturelle , est une
condition neceſſaire pour vivre
long-temps ; le trop d'humiditéſuffoque
la chaleur naturelle , & au
contraire letrop de chaleur consume
bien - toſt l'humidité. C'est pourquoy
dela complexion Sanguine on doit
attendre une longue vie , le ſang
eftant chaud& humide,la force ,
la vivacité & le feu de la com..
plexion calerique ne peuvent long-
G
86 MERCURE
tempsſubſiſter avecle fec. Laflegmatique
a trop d'humidité pour
estredigerée par la chaleur naturelle
, & la melancolique est trop
terrestre , Seiche & froide. Il est
vray que la colerique & la flegmatique
complexion , l'une reparant le
deffaut de l'autreparleurmeſlange,
peuvent compatir & produire une
longue vie , ce que fait de mesme
la complexion Sanguine meſléeavec
la melancolique , car le chaud&م
l'humidedu Sangse temperent par
le froid &leſec de la melancolie;
&de ces melanges de complexion
on peut efperer une longue vie.
Le lieu de la demeure contribuë
auſſi beaucoupà la longue vie. Dans
ledenombrement que Vespasien , &
Titusſon fils , firent faire de toute
l'Italie , on trouva dans la Ville de
Vellejacium , territoire de Plaisan
ce, quatre hommes âgez chacun de
deux cens vingt ans,&fix hommes
GALANT. 87
âgédecent dix ans,&dans le même
temps à Arimini estoit une Femme
nommée Tertulla , agée de cent
trente ſept ans , & une autre à
Faventia dans sa cent trente.
deuxième année. Pline dit aprés
Iſigonus , que les Cirnes , Peuples
des Indes , vivent communement
cent quarante ans. PomponiusMela
rapporte que les Habitans de la
Villeſituée au pied du mont Athos,
vivoiet deuxfoisplus que les autres
Habitans de la terre : Onificrite
afſſure qu'il y a des Indiens ſous la
Zone torride qui ont plus de cing
coudées de hauteur , & qui ſans
vieillir vivent cent trente ans.
Cieſias affure de mesme que ceux
des Pandores qui habitent dans les
vallons vivent ordinairement
deux cens ans , & ont cela de con
traire aureste des hommes,que pendant
leur jeuneſſe ils ont les che
88 MERCURE
veux blancs , & qu'en vielliſſant
ces cheveux noirciffent. Hellanicus
raporte que dans une Contrée de
l'Etolie , les Habitans vivent ordinairement
200. ans, au rapport de
Damastes , veſcut 300. ans. Si l'on
en croit Ephorus , les Roisdes Arcadiensvivoient
auſſi 300. ans. Alexander
Cornelius dit que dans l'Il.
lirie un certain Dandon vefcut
500. ans , & Xenophon dans le
Periplo paffe plus outre , lors qu'il
dit que le Roydes Maritimes vefcut
600.ans , &fon Fils huit cens.
OlausMagnus au 4. Livre de
fes Hiſtoires,nous apprend que dans
les Pays les plus froids du Septentrion,
les hommes y vivent communement
plus de 160. ans , & au
Livre 12. il dit que les Habitans
d'Islande joüiffent ordinairemens
d'une parfaite Santé au delà de
cent ans
GALANT.
89
Herembergius afſeure dans son
Histoire naturelle , que les Habitans
des Montagnes de fucatan vivent
tres- long- temps & dans la Contrée
de Verſin au Bresil ,Selon le témoi
gnage d'Antoine Pigafelta , les
hommes vivent ordinairement 140 .
ans. L'âge de cent ans , au rapport
de Loüis Bartama , est un âge fort
commun pourceux de l'Arabie heureuse.
En Auvergne , les Peresy von
yent tres-fouvent les Enfans des
Enfans de leurs Enfans , &j'ay leu
autrefois que dans nos Alpes un
Seulhomme estoit le Chefde tout
un Village compofé de près de cens
feux, dont tous les Habitans étoient
deſcendus de luy. Enfin en 1660 .
estant partyde Ternant avec Monfieur
le Marquis de Saint André
Montbrun , Capitaine General des
Armées du Roy pour les affaires de
Monsieur le Comte de Dona à
:
१० MERCURE
Orange , j'admiray au Village
d'Allieres , à quelques lieuës au
deſſus de Lion, noſtre Hoste &nostre
Hôteſſe enparfaiteSanté,âgezchacun
de 104.ans,Je ſuis Vostre, &c.
COMIER S,
Prevoſt de Ternant.
Monfieur de Comiers a promis
une ſuite de cette Lettre
qui traitera de la Medecine
univerſelle . Le vous l'envoyeray
le mois prochain , & je croy
que vous la lirez avec plaifir,
par l'utilité de la matiere.
Le 5. du mois paſſe il ſe fit
à la Hayeune eſpece de Feſte
Guerriere , dont je ne vous ay
point entretenuë , parce que
je m'eſtois perfuadé que toutes
les nouvelles publiques
qui s'impriment en parleroient,
mais puis qu'elles n'en
ontrien dit , je vay vous ap-
د
GALANT.
وہ
prendre ce quej'en ay ſceu. La
Bourgeoiſie ſous les armes avec
fes Fuſeliers & fes arbaleſtriers
richement veſtus , alla dans
un équipage fort leſte faire
l'Exercice au lieu de fon rendez-
vous accoûtumé . Toute
la journée ſe paſſa à la voir
monter en garde , avec une
tres -grande fatisfaction du
Peuple qui étoit accouru de
toutes parts . La marche dura
juſques à la nuit. Les fix Compagnies
dont cette Milice étoit
compoſée , aprés avoir bien
obſervé leur rendez - vous, s'avancerent
vers la Cour qui
eſt en dehors du Chaſteau , où
elles apperceurent Madame la
Princeſſe d'Orange , à une feneſtre
ornée d'un Tapis de velours
rouge . Monfieur le Prin .
ce d'Orange avoit ſa place ſe-
:
92 1
MERCVRE
parée dans un enfoncement
qui estoit plus bas . Ce fut là
que ſe firent les premieres falves
en tres- bon ordre. Chaque
Compagnie les fit l'une aprés
l'autre en paſſant par la porte
de la Court dans celle de dehors
qui n'eſt que pour la commodité
de Monfieur le Prince
d'Orange , qui ne s'en ſert que
quand il luy plaiſt . Elles paſſerent
de là dans la veritable
Court interieure du Chaſteau,
&alleret vers le magiſtrat de la
Haye qui parut à une feneftre
fur le Doël . C'eſt la place où
les Arquebuſiers vont tirer.Elles
y recommencerent leurs
Salves , & paſſant par le Voorthout
juſques à l'extrêmité ,
elles apperceurent Monfieur
le Comte d'Avaux , Ambaſſadeur
de France , qu'elles ſaluë
GALANT.
93
rent avec de pareilles ceremonies
. Il eſtoit à une feneftre
appuyé ſur un Drap de ſoye
parſemé de Fleurs -de Lys qui
pendoit en dehors . Elles paſſerentauſſi
devant les Feneſtres
de Monfieur le Marquis d'Albeville
, Envoyé Extraordinaire
du Roy de la grand' Bretagne
, & firent feu pour le
ſaluër , ce qu'elles ne firent
point devant la Court du Prince
Philippes de Brandebourg,
parce qu'elles y trouverent
tout fermé , à cauſe qu'il eſt en
deüil pour la mort du Prince
Loüis ſon Frere. Le Baron
Kraegh , Envoyé Extraordinaire
de Danemark , qui eſtoit
à ſes fenêtres accompagné de
pluſieurs perſonnes de qualité
de ſes Amis , y fut auſſi ſalue
en ceremonies. Onn'en fit aus
94
MERCURE
cune en paſſant devantles feneſtres
des Envoyez de l'Empereur
, d'Eſpagne , de Suede
& de l'Electeur de Brandebourg,
parce qu'on n'y vitperfonne
. Les Miniſtres Etrangers
devant qui paſſa cette
Bourgeoifie , & quien receurent
le ſalut , luy envoyerent
pour preſent chacun fix tonneaux
de vin .
Monfieur le grand Maiſtre
de Malte ayant eu avis que
l'Eſcadre des Galeres de Sa
Sainteté devoit ſe rendre à
Meſſine au commencement du
mois paſſe , fit partir les Galeres
de la Religion le 14. d'Avril
, pour les y aller attendre
afin de ſe joindre enſemble à
l'Armée Venitienne . Ie vous
en envoye la Liſte & les noms
des Commandans , avec ceux
GALANT.
25
des Officiers & des Chevaliers
qui ſont dans le Bataillon de
- Malte .
GALERE S.
Galere Capitane de Malte.
M. le Comte d'Herberſtein,
Grand Prieur de Hongrie ,
General.
Galere Sainte Marie Patronne
, Monfieur le Chevalier de
Barbantane , Provençal .
Galere S. Paul , Monfieur le
Chevalier de Soudé de France .
Galere Magiſtrale, Monfieur
le Chevalier de Miranda, Portugais
.
Galere S. Gregoire , Monfieur
le Chevalier de Buoterfilla
, Eſpagnol .
Galere S. Antoine , Monſieur
le Chevalier Comte
96 MERCVRE
1
Herberstein , Allemand .
Galere S. Pierre, Monfieur
le Chevalier Caracciolo , Napolitain.
Galere de l'Annonciade ,
Monfieur le Chevalier Comte
Hegeſtein , Allemand.
BATAILLON.
M.le Commandeur de Mefchatin
, d'Auvergne , General
.
Mr. le Chevalier de Mareüil
, de France , Lieutenant
General.
Mr. le Chevalier de Lufignan-
Lezé , de France , Major.
Mr. le Chevalier de la Varenne
, ayde de Camp , d'Auvergne
.
Mr. le Commandeur de la
Tour
GALANT. 97
Tour Maubourg , Porte Etendard
, d'Auvergne.
Mrle Chevalierde l'Eſpinafſe
, Ayde-Major.
Mr. le Chevalier Magiſtral
Baron , Ayde-Major.
AUTRES OFFICIERS
&Chevaliers du Bataillon.
Langue de Provence.
Mrs les Chevaliers,de Ceire
, Capitaine des Grenadiers.
DeBouſſouls ,Lieutenantdes
Grenadiers.
:
De Gabriac , Lieutenantde
Compagnie.
De Canet , Lieutenant.
De Rouſſet , Lieutenant.
DeLumieres,Lieutenantdes
Fuſeliers.
Barrevores , Capitaine d'une
Compagnie.
De Puget.
De Provana.
May 1687.
::
E
98 MERCURE
Dela Brillane .
De Puget Clapier.
Du Canet.
De Caſtellane.
De lavons .
D'Aiguille.
DePiſançon .
DeGlandeves.
De Sabran .
Tondu.
De l'Efcoulette.
DeLoffe .
Langue d'Auvergne.
Meſſieurs les Chevaliers, de
Saillon , Capitaine .
De Broffia , Capitaine.
De la Rivoire, Capitaine.
De Parnac , Ayde de Camp.
De Grammont , Sous- Lieutenant.
4
Du Terrail , Sous-Lieutenant
des Grenadiers.
De Chaftillon , Lieutenant
d'uneCompagnie.
GALANT.
29
De la Heraine , Lieutenant
Duché ,
De Belaccueil , 2 Gardes-
La Valette . SEtendart.
De Boury .
De Marcelange.
De Sandomet .
De Gourdan .
Languede France.
Mrs. les Chevaliers de la Ferté
Provediteur.
De Voyer Paumil , Capitaine
des Fuſeliers .
De Roqueſpine ,Ayde de
Camp .
Camp .
De Tierſanville , Ayde de
D'Hocquincour, Sous -Lieutenant
des Fufeliers .
De Seſſeval , Lieutenant de
Grenadiers.
De Monteclair , Garde-
Etendart,
Ez
100 MERCURE
De Coëton.
De Richebourg.
De Barbiſſey .
De Benoife.
De Boüier .
De Froulluy.
De Camilly.
Du Heron .
DeBrillac .
1
-Du Chaſtelier Barlot .
De Barin .
De Megrigny.
1
De Tury .
Dewiffy.gol
Langue d'Italic.
Mrs les Chevaliers , Zandodary,
Capitaine d'une Compagnie.
:
Sannazaro , Capitaine.
Perruzzi , Capitaine.
Ventura , Capitaine des Fufelliers
.
Sarracini , Capitaine .
1
GALANT. IOI
Paterno , Lieutenant.
Faellâ , Lieutenant .
Medico , Lieutenant .
Caraffa , Aide de Camp.
Cammarata , Garde-Etendart.
Vicariys .
Statella .
Langued' Arragon.
Mrs les ChevaliersDomEm-
A
manuel Bru . Capitaine.
Ferrao , Capitaine .
-Togores. Capitaine,
Dolo , Lieutenant .
Valo , Lieutenant .
Geciralo , Lieutenant.
Eſcriva , Lieutenant.
Arengo .... et
Dolo.
Zamora .
Langue d'Allemagne.
-Mrs les Chevaliers , Comte
Galler , Capitaine .
L
L
E 3
102 MERCURE
Baron Scionair , Capitaine.
Baron Deveren , Lientenant.
Baron Bourſcheid , Lieutenant
,
Baron de Shemifing , Garde-
Etendart .
Comte Gliefpach.
Langue de Caftille.
Mrs les Chevaliers , Dom
Bernardin Neyra,SergentMajor.
D. Pinto , Portugais , Capitaine.
DomMacinca.
Outre ces Chevaliers qui
doivent defcendre à terre avec
le Bataillon , il y en aura encore
40. qui demeureront fur les
Galeres avec M. le General , &
Mrs les Capitaines , & huit
Prieurs , qui entout font environ
cent foixante ChevaGALANT.
103
liers . Ce Bataillon eſt encore
compofé de mille Soldats .
On peut avoir eu en France
des nouvelles de Moſcovie
beaucoup plus fraîches que
celles que contient la Lettre
que vous allez lire.Cependant
elle ſervira non ſeulement à
vous faire bien entendre ce
que vous ſçavez déja, mais encore
ce que vous apprendrez
pendant le reſte de la Campagne
, parce que le veritable eſtat
des Forces des Mofcovites
vous eſtant connu , vous démélerez
plus aiſement la verité
des mouvemens que feront
ces Peuples.
De Moſkou le 24. Mars 1687 .
E 27. du mois passé , Knees
Chancelierdecet Empire, & Gene
E 4
104
MERCVRE
xal d'Armée , partit d'icy avec une
grande fuite , des Fils des Boyars
des Gens de Cour , des Stolniickes,
&de toutes fortes d'autres Officiers
qui compofoient une Armée. Ellefe
montoit à 70000. hommes enrollez
par leurs noms , & paffa en
Reveuë , marchant en bon ordre
devant le grand Duc Pierre au
deſſous de la Stolitz, qui est le
Chasteau de la residence de la
Cour. Chaque Regimens fit ses décharges
pour falver ce Prince.
Aprés qu'il eut bien confideré ces
Troupes , il enfut fortfatisfait,&
fur tout de voir la quantité incroya
ble de Gentilshommes , leur appareil
magnifique, avec seluy de leurs
équipages , Chevaux & armures.
Lors qu'on tira , il y eut dans l'Arzillerie
deux Canonniers tuez des
éclats de quelques pieces neuves de
Canon & d'affuts qui creverent.
4
GALANT. 105
Le Sieur Aleny Sicminovicz qui a
esté autrefois devant Smolensko ,
s'enva avec Knées Galiitzen. Toute
la Moscovie& routes ses Fron
tieres ont ordre de fournir le quatrième
homme , & ceux qui neveulent
pas marcherſont releguez dans
la Province de Sicvvirien , aprés
pluſieurs mauvais traitemens , &
ta confiscation de tous leurs biens
Knées Dimitrovvicz Molhovvicki
de Volodimirs ira en la place du
General Cefzein qui s'est racheté
moyennant uneſomme confiderable
pour ne point faire la Campagne,
quoy qu'il ne foit pas de bonne in
telligence pourle Commandement
avec le Knées Galiitzen , avantle
quelle GeneralAgity Alexievvitz.
estforty en Campagne aves pareil
nombre de 70000.- hommes , tous
gens ramaffez & de toutes fortes.
Ls'est fait encore un autre Party
106 MERCVRE
:
qui confifte en 17000. Volontaires,
28000 Strelitzes , dont chaque
Compagnie est de 100. hommes ,
&il a joint I autre dès la Stolitz .
Il y a dans cette Armée 400.
pieces de Canon , &ils ont tous leur
rendez- vous sur les Frontieres de
la Crimée. Outre tout ce monde là,
on compte les Regiment de Bialahord
avec les Kalmuckes qui font
ensemble 20000. hommes que l'on
amandez . Le General Tuska en
doit avoir le commandement ; ony
fait jomdre les Tartares d'Astrachan.
Quelques centaines de Struyfen
chargées de vivres & de proviſions
s'en iront à Kiof& de là du
cofté du Nieper. La Nobleffe de
Smotensko , & quelques Colonels
quisefont trouvezicy avecle Prince
Gahitzen lors qu'ily estoit , en
ont receupour Prefens des Robes de
Zibeline ; mais en mefme temps il
:
GALANT.
107
leura estéfait unſevere commandement
defaire marcher les plus anciens
& les plus experts d'entr'eux.
LaNobleſſeſe mõtera bienà 8000.
Chevauxfousſept Drapeaux;mais
iln'y en a que la moindrepartiequi
fçache biense fervir des Armes ,
& à qui le mestier de la Guerre
foit connu. Ilsfont d'ailleurs affez
malmontez. Quatre mille hommes
des Gardes doivent aller de smo
lenkoà Kiof,avec deux mille autres
pour demeurerdans la Place. Un
Officier a oüy dire au Knées- Galiitzen
, qu'il alloit s'avancer dans la
Crimée pour la détruire jusqu'aux
fondemens ,&pour extirperde def
fus la terre la memoirede ceux quả
ne profeffent pas le Chriftianismes
que les Turcs ne luy en fermerent
1
pas le chemin , & qu'ils verront .
kors qu'ily fera ce quepeuvent tes
Chreftiens.
E6
108 MERCURE
D'autres Lettres écrites de
Smolensko le 30. de Mars
portent que Knées Galiitzen .
General des Troupes de Mofcovie
, eſtoitparty de la Stolitz
, pour ſe rendre droit au
Camp , d'où il devoit envoyer
des Univerſaux , afin de faire
affembler toute l'Armée au
rendez - vous general , immediatementapres
les Paſques de
Ruffie , &de là , la faire avancer
vers le Pais ennemy. Tour
le Peuple de cette Principauté
de Smolenſko eſtoit convoqué
, & tous les Gentils- hommes
avoient ordre de monter
à cheval,& de marcher comme
les autres, chacun avec fes Enfans
maſles au deſſus de dixhuitans
.Al'égar de ceux d'entre
eux quis par vieilleſa,ou
par quelque autre raifon wou
GALANT.
139
front ſe diſpenſer d'y aller ,
chacun donnera deux mille
Rubbels . Ainfi la ſeule Nobleſſe
de Smolenſko produira.
dix - huit cens chevaux , fixvingt
Drapeaux , & fix mille
Soldats à gages de levées expreſſes
, qui dépendront tous
de la direction des Boyars qui
lesdoivent commander.
Leleudy 15.du mois paſſe,
on fit en l'Egliſe Cathedrale
de Roven un Service folemnel
pour le repos de l'Ame de
Madame Colbert , ſuivant l'ordre
qu'en avoit donné Mon--
fieur le Coadjuteur.Le Choeur
de l'Eglife , le devantde la Nef,
&le Frontifpice du Portail ef
toienttendus-de drap noir aves
trois-lez de velours . La Reprefentatio
eftoit environnée d'u
ne infimité de cierges de cire
HO MERCURE
blanche ,& ceux que l'on alluma
en tres -grand nombre tout
autour du Choeur & fur l'Autel
, faifoientune illumination
fort éclatante. Monfieurl'Abbé
de Grancé officia , accompagné
de tout le Chapitre , &
toutes les Cloches fonnerent
en volée,ainſi qu'elles avoient
fait le jour precedent pendant
les Vigiles . Meſſieurs du Parlement
aſſiſterent à cette Ceremonie,
ayant àleur teſte Monfieur
Faucon de Ris , premier
Preſident .
l'oubliay de vous mander la
derniere fois que le 27. d'Avril
on fit à Montelimard en
Dauphiné , la Benediction de
l'Egliſe que les Peres Capucins
y ont fait baſtir , des Materiaux
du Temple des Pretendus
Reformez que l'on avoit
GALANT. LII
abatu , leſquels Materiaux ces
Peres ont achetez par un ſecours
de la liberalité du Rov ,
qui leur a donné quatre mille
francs. La ceremonie fut faite
par Monfieur l'Abbé de Colombet
, Doyen du Chapitre
del'EglifeCollegiale &Paroiffiale
de Sainte Croix. Le lendemain
au matin , les Cordediers,
les Recollets , & les Peni .
tens du Saint Sacrement ſe
rendirent tous en Corps dans
la meſme Eglife de Sainte
Croix . Monfieur d'Haverre ,
Lieutenantpour le Roy de la
Ville &Citadelle , ſuivy de la
Nobleffe,MonfieurBayle,Vice
Senechal; M. du Claux,Prefidentde
l'Election en Corps,&
Meſſieurs les Confuls en chaperon
, en firent de même. De
cette Egliſe ils allerent en Pro
FIZ MERCURE
ceſſion avec Meſſieurs du Chapitre,
dans l'ancienne Chapelle
des Capucins , où le S. Sacrementeſtoit
expoſé .Aprés quelques
Motets chatez par douze
Muficiens choiſis de quatre
Corps de Muſique , Monfieur
le Doyen le porta dans la nouvelle
Eglife. Il fut fuivy de tous
les Corps , chacun ayant un
cierge àla main, &l'on chanta
Te Pange lingua , pendant que
quelques Compagnies d'Infanterie
,qui font enGarniſon
à Montelimard , firent des falves
au fon des Tambours . Le
S. Sacrement ayant eſté poſé
fur l'Autel , on fit l'ouverture
des Prieres de quarante heures
, aprés quoy Monfieur l'Abbé
de Colombet Doyen , aſſiſte
defon Chapitre,celebra folemnellement
la premiere Meſſe..
GALANT.
Elle fut chantée en Muſique
avee pluſieurs Motets en
Phonneur de S. Iofeph ritukaire
de cette Eglife , & de S.
François. La Meſſe étant achevée
cet Abbé entonra le Te
Deum , & prefcha l'apreſdînée
avec beaucoup de fuccés. Le
concours du Peuple à cette
Eglife, fut extraordinaire pendant
ces trois jours ,& le dernier.
L'Indulgence de quarante
heures eſtant finie , on para
tous les Autels d'orirenmeirs
noirs. Alors les Capucins , qui
eſtoienten fortgrand nombre,
fortirent deleur Sacriſtie chacunun
cierge àla main,& allerent
prendre dansleurancienne
Chappe les offemens des
corps de leurs Religieux qu'on
yavoitemerrez... Ils les expoferent
dans leur Eglife cou
114 MER CURE
verts d'un drap mortuaire , &
ayantallumé pluſieurs cierges
autourde ce drap , ils chanterent
folemnellement l'Office
des Morts ,& porteret ces offemens
dans le tombeau avec les
ceremonies qu'ils ontaccoûtumé
de faire quand ils enterrent
un Religieux . Tout le peuple
fut extrêmement touché de
cette lugubre ceremonie
prés laquelle le Gardien donna
la benediction ,& enfin un
Exaudiat chanté par ces Peres
finit la ceremonie.
,a-
:
Ie vous ay parlé depuis fix
mois des réjouiſſances faites
dans toute la France , pour
le rétabliſſement de la ſanté
de Sa Majefté ; cependant il
y ena encore beaucoup dont
je ne vous ay ditaucune choſe.
le ſupprime la ceremonie
GALANT.
115
mere.
des Te Deum ; mais je croy devoir
entrer dans quelque détail
des réjoüiſſances qui ont
- attiré dans Mercurol , prés
de Tain en Dauphiné , un
nombre infiny de Spectateurs.
• C'eſt une Terre de Monfieur
le Marquis de Lionne ,poffedée
parMadame la marquiſe
de Claneſon ſa Belle
La Feſte ſe fit le 27. d'Avril.
Monfieur l'Abbé de Leſſins ,
Onclede Monfieurde Lionne,
partit de Romans pour venir à,
Mercurol , mettre le feu au
Bucher avec Monfieur leComte
d'Autun , fils unique de la
Maiſon de Lionne fon petit
Neveu . Il fut recen avec toute )
la Nobleſſe qui l'accompagnoit,
chez Monfieur Barbier.
Lieutenant de Chaſtellenie ,
qui estoit allé au devant de luy
116 MERCURE
juſqu'àla Frontiere de la Terre
, ſuivi d'une Compagnie de
Milice compoſée de cent
vingt hommes biens faits &
fort propres . A l'iffuë de fon
diſne on entendit un grand
bruit de guerre , qui ſembloit
eftre le défilé d'une Armée .
C'eſtoient deux Quartiers de
la Ville de Romans qui demandoient
la permiffion d'être
de la Feſte. Elle leur fut
accordée , & aprés avoir paffé
en bon ordre devant la Maifon
de Monfieur Barbier , ils
alterent au lieu où eſtoit drefféle
Feu , & ils y camperent
dans unePlaine fort élevée. Le
Quartier de S. Nicolas marchoit
le premier au nombre de
plus de mille hommes , avec
des Tambours , des Hautbois ,
&des Trompettes Marines. Il
GALANT.. 117
y avoit des Cuiraffiers à cheval,
des Turcs, des Mores , des
Inſtrumens de leur Nation ,
des Chars de triomphe , des
Bagages , des Fourages , des
Fourgons , & de ſemblables attirails
de Guerre. Aprés venoit
le Quartier de la Prefle
qui n'eſtoit pas moins nombreux
.Tous les Soldats avoient
des gibecieres de bazane rouge
chargées de Fleurs - de- Lys
blanches ,& des habits extremêment
propres. On avoit fi
bien choiſi les Tambours de
ce quartier , qu'il n'y en avoit
aucun qui n'euſt eſté TambourMajor.
Une bandede Violons
dans un Char de Triomphe
ſuivy de pluſieurs Figures
groteſques , faifoit entendre
une melodie fort agreable. Le
feu ayant eſté allumé , toutes
r
:
!
118 MERCURE
ces Milices firent de grandes
décharges ,qui ſe mélerent au
bruit de vingt- quatreBoëtes ,
que Monfieur l'Abbé de Leffinsavoit
envoyées exprés en
celicu- là. Ce feu conſiſtoit en
une grande piramide de fagots
de farment , couverte de Bois ,
au fommet de laquelle il yavoit
une Couronne royale de
Laurier , chargée d'un grand
Guidon aux Armes du Roy.
Cettepiramide eſtoit flanquée
dequatre petites Tours , ayant
auhautdes couronnes de Marquis
faites de Boüis , chargées
debanderoles avec les Armes
de Monfieur le Marquis de
Lionne , de Madame la Marquiſe
de Clanefon , de Monfieur
l'Abbé de Leſſins , & de
la Communauté . D'une Tour
à l'autre eſtoit un Portique
GALANT. 119
auſſi de Boüis , Les perches eftant
encore droites aprés que
le Feufut confumé , les deux
Quartiers de Romans firent
uneeſpece de combat pour ſe
rendre maiſtres des Guidons .
Celuy de S. Nicolas les emporta
& enfuite tout défila
avec le mefme ordre ,&par le
mêmechemin que l'on avoit
,
tenu en venant.
Dans la Feſte que Monfieur
le Baron d'Olieres , de l'illuftre
& ancienne Maiſon d'Agoult,
fit faire à Aix en Provence
pour la meſme occafion , il y
eut unCarrouſel, où Monfieur
de Mirabeau ,& Monfieur le
Chevalier d'Agoult ſon Frere ,
tous deux fils de ce Baron , parurent
avec une grace qui les
fitadmirer de tout le monde.
Ils estoient habillez à la Ro110
MERCURE
3 maine , fous l'Etendard bleu
&montoientchacun un tresbeau
cheval d'Eſpagne. Ces
chevaux eſtoient couverts de
Houffes à fond bleu , richement
bordées , toutes chamarrées
de dentelles , & bordées
de franges de meſme. Les brides
, les étriers & les éperons
eſtoient d'argent , & les longes
& teſtieres garnies de rubans
bleus à fondd'or , qui formoient
des poires en noeuds
tres -bien aſſortis.Chaque cheval
portoit une aigrette,& tout
le harnois eſtoit d'une grande
propreté.Les deux jeunesGen
tilshommes qui les montoient
eſtoient magnifiquement parez.
L'un & l'autre avoit un
caſque de brocard bleu à fond
d'or , couverte d'un bouquet
dePlumes blanches & bleuës ,
&
GALANT. 121
&leurs cravates eſtoient d'une
toufe de rubans façonnez or
& argent à fond bleu , avec des
Iuſte- au- corps en broderie de
mefine couleur, les Brodequins
d'une toile d'argent , relevez
par des jartieres de rubans de
meſme. Leurs Ceinturons ,
Epées , cuſtodes , & piſtolets ,
répondoient à la richeſſe de
l'habillement & ils tenoient
chacun un bouclier embelly
d'Emblêmes & de Deviſes hieroglyphiques
, repreſentant
d'un coſté la douleur de la
France dans la maladieduRoy,
& ſa joye de l'autre , dans ſon
heureuſe convalefcence. Ce
fut en ce ſuperbe équipage
- qu'ils firent le tour de la Ville
d'Aix avec les autres qui com
poſoient les trois Quadrilles
de ce Carrousel , eſtant prece-
Juin 1687. F
122 MERCURE
T
dez de Trompettes &de Timbales
,& fuivis d'un Char de
triomphe tiré par fix chevaux
dans lequel eſtoient quatorze
jeunes Gentilshommes magnifiquement
veſtus , qui repreſentoient
le premier âge du
Roy. Cette Feſte ne fut pas
plûtoſt terminée , qu'ils partirent
l'un & l'autre , & fe
rendirent à la Baronnie d'Olieres
, à fix lieuës d'Aix , où
ils en firent une nouvelle auffibien
qu'à Pourejourd , Bourg
aſſez connu par ſon grand paffage,
àdemy - lieuë de la Baronnie.
Ils firent enfuitela meſme
choſe à Mirabeau , ſitué dans
laSenechauffée de Siſteron en
Provence , dont Monfieur le
Baron d'Olieres eft auſſi Seigneur,&
ce fut par tout la même
magnificence ,tantle zele
A

:
i
1
GALANT.
123
:
que ceux decette Maiſon ont
pour le Roy , eſt ardent à embraſſer
les occafionsquilepeuvent
faire diftinguer.
Je ne vous parleray point
des magnificences qui onteſté
veuës le 9. de Février dans l'Egliſe
des Auguſtins déchaufſez
, hors les murs de la Ville
deMarseille,lors queMonfieur
deMirmand ,MedecinduRoy
&des Galeres , y fit rendre des
actions de graces particulieres
pour le rétabliſſemeno de la
ſanté de ce Grand Monarque.
Je vous diray ſeulement qu'il
engagea tous les Chirurgiens
qui font de ſa dépendance &
de ſon Corps , à commencer
cette action par un Jeune , afin
de la rendre plus agreable à
Dieu , & qu'à l'Offertoire de la
Meſſe, ilvintoffrir une ſomme
F 2
124
MERCURE
d'argentavec un billet,dans le
quel eſtoit écrit ce verſet du
Pſeaume 115. Vota mea Domino
reddam, pour marquer qu'il faifoit
voeu de faire dire le neuviéme
jour de chaque mois
une Meſſe à l'intention duRoy
pendant ſa vie , en action de
graces du retour de ſa ſanté.
L'Exaudiat doit eſtre dit à la fin
de cette Meffe , & ila aſſigné
un fond pour fatisfaire à ce
voeu . Voilàcomme l'amour a
pourLoür's LE GRAND , éclate
par tout de toutes manieres.
2 Vous ſçavez la mort du
Prince Loüis de Brandearrivée
bourg , à Poſtdam
le 7. d'Avril. On foupçonna
qu'il eſtoit mort de Poifon , &
ce fut le ſentiment des Medecins
aprés que l'on eut ouvert
GALANT.
125
fon Corps . Cependant quoy
qu'on ait fait arreſter ſesDomeſtiques
, ila eſté impoffible
de découvrirles Autheurs de
cet empoifonnement. LeMercredy
7. du mois paflé , fon
Corps fut porté de Poſtdam à
Berlin , Capitale des Etats du
Marquis Electeur de Brandebourg,
& il y fut inhumé avec
beaucoup de ceremonies . Le
Regimentdes Gardes eſtoit en
haye des deux coſtez depuis la
porte neuve juſqu'à l'Eglife ,
Yous ſeize Drapeaux blancs
couverts de creſpe , ainſi que
les Hautbois, &' les Tambours.
Seize Caroſſes de deüil à fix
chevaux caparaçonnez ,le tout
avec des houſſes trainantes , é-
- toient à la teſte de la marche.
- Cinquante autres venoient en.
ſuite attelez de meſme , & ils
F 3
126 MERCURE
eſtoient ſuivis de deux Compagnies
de Trabans ou Pertuifaniers
avec leurs Drapeaux
, ayant leurs Timbales
&leurs Trompettes couvertes
de Taffetas noirs. Aprés eux
paroiſſoient les Pages en longs
mateaux de deüil conduits par
leurGouverneur; puis les Ecoliers
Triedrichſucoder,de Berlin&
autres lieux avec les Regens
les Miniſtres & tous les
Corps duClergé ; les Timbaliers
de la Chambre ; douze
Trompetes , & tous les Commiffaires
en Corps deux à deux
conduits par les Maréchaux .
Les Etats de la Province& la
Nobleſſe ſuivoient , ſeparez
par dix Drapeaux de Diſtance
enDiſtance.Le premier de ces
Drapeaux eſtoit rouge, avec le
nomdu Prince défunt écritau
GALANT.M 127
milieu. Les neufautres étoient
noirs , & repreſentoient les
Armes de Minden , d'Harberſtadt,
du Burgraviat de Nuremberg,
dePomeranie,de Cleves,
de la Pruſſe Ducale,de Magdebourg
, de la Marche de Brandebourg&
de toute la Marche
en general. Dix chevaux de
main venoient derriere caparaçonnez
& houſſez de deüil
avecde ſemblables Ecuffons.Ils
estoient conduits par un Cui
raſſier à cheval , en habit tout
couvert d'or & d'argent , le
Caſque en teſte, & un bouquet
de plumes rouges , blanches &
bleuës . Son cheval avoit
une houſſe en broderie ſemée
de perles , & des aigrettes
à la teſte. Le Corps enfermé
dans un Coffre orné d'Ecuſſons
aux Armes de Lituanie ,eſtoit
fur un Chariot couvert de ve-
F 4
128 MERCURE
,
lours noir , & attele de huit
chevaux , & caparaçonnez de
mefme. Pluſieurs Officiers
foûtenoient les coins du Drap
mortuaire , & y avoit au deffus
du Chariot un grand Dais
noir porté par huitdes principaux
Officiers de la Cour Eletorale.
Vingt-quatre Trabans
ſuivoient le Corps , tous en
longs Manteaux & precedoient
le Prince Electoral ,
accompagné du grand Maréchalde
la Cour , aprés lequel
venoient le Prince Albert
Frederic , le Prince Charles
Philippes , le Prince d'Anhalt,
le Prince de Merelbourg , le
Prince de Holſtein , les Miniſtres
, & Conſeillers d'Etat , les
Ambaſſadeurs & les Gentilshommes
de la Chambre. La
Veuvedu Prince Loüis , riche
GALANT 129
heritiere , & Fille du Prince
Radzevvil de Pologne , qui
venoit aprés tous ceux que je
viens de vous nommer , eſtoit
menée par deux Princes de
Holſtein,& l'on voyoit enſuite
paroiſtre la Princeſſe Marie ,
& la Princeſſe Elifabeth , menées
par des principaux Miniſtres
.A ux coſtez de ces Princeſſes
estoient des Trabans , &
derriere elles , les Dames &
les Filles d'Honneur , ſuivies
des Secretaires , des Avocats
de la Chambre Aulique , des
Magiſtrats de Iuftice& de Police
, des Officiers de la Chancellerie
& de la Venerie , &
des Magiftrats des trois Villes,
avec une grande partie de la
Rourgeoifie . L'Electeur de
Brandebourg , Pere du Prince
défunt ,ſe fit porter en chaife
FS
130 MERCVRE
à l'Egliſe,à cauſe de la difficulté
qu'il avoit à marcher. Le
Docteur Berquius prononça
P'Oraiſon funebre , aprés laquelle
on fit trois ſalves de tout
le Canon &de la Mouſqueterie
. La Compagnie retourna
au Chaſteau par le méme chemin
qu'elle estoit venue , &
elle y fut regalée avec beaucoupde
magnificence. La Religiõ
que profeſſe l'Electeur de
• Brandebourg, eſt la Reformée,
c'eſt à dire,celle de Calvin, que
fut introduite dans ſes Etats
par Iean Sigifmond fonAyeul,
vers l'an 1614. C'eſt luy qui |
époufa Anne, fille aifnée d'Albert
Frederic , Duc de Pruffe ,
&deMarie Eleonor de Cleves,
&par elle il a eu des droits
furla Prufſe , ſur Cleves & fur
Iuliers . Il mourut en 1619. &
GALANT. 131
laiſſa Georges Guillaume,Pere
de Frederic Guillaume , preſentement
Electur de Brandebourg
, qui époufa en 1646.
Loüiſe Henriette de Naſſau ,
Fille de FredericHenry, Princed'Orange,&
d'AmelieComreſſe
de Solm , laquelle eſtant
morte , il prit en 1668. une
ſeconde Alliance avec Dorothée
de Holſace , Fille de Philipe
de Holſace Glucksbourg,
& veuve de Chriſtian Loüis ,
Duc de Lunebourg - Zelle .
Quoy que cet Electeur ſoit
Calviniſte , ſes Sujets ſuivent
la doctrine de Luther,& il leur
permet de l'enſeigner dans
tous ſes Etats. Ils s'étendent
depuis le Duché de Cleves
jjuusſqquu''àà cceelluuyy de Pruſſe , éloignez
l'un de l'autre de deux
cens lieu ës, mais il eſt à remar
F6
132 MERCVRE
quer qu'ils ne ſont pas contigus.
L'Electeur de Brandebourg
eftGrand Chambellan de l'Empire.
Il porte le Sceptre devant
l'Empereur , & pour luy rendre
au Feſtin le devoir de
Grand Chambellan , il court
àcheval depuis l'entrée de la
Salle juſques au Buffet , &là il
prend l'éguiere , la ferviette ,
&leBaffin. Enfuite il retourne
dela mefme forte ,& eſtant defcendu
de cheval il donne àlaver
à l'Empereur. Ila fon rang
à main droite du Duc de Saxe.
La Fable que vous allez lire
apprendra à celles que leur
beauté rend trop fiere , qu'elles
doivent craindre la vangeance
de l'amour..
GALANT.
133
LE ROSSIGNOL
ET
LA LINOTTE.
PEE
ndant cette belle Saiſon ,
Ou Flore du Zephire écoute les fleuretes
,
Etqu'avec les beauxjours ,& l'aimable
gazon ,
Naiſſent les Ris , les feux , les tendres
amourettes ,
Dansun bocage agreable &charmant
Que l'amour pourluy feulſembloit
avoir fait naiſtre ,
• Un jeune Roffignol aimant éperdû
ment
Une Linotte belle autant qu'on le
peut- eftrea
134
MERCVRE
Defon coeurpreſque nuit&jour
Parſavoix exprimoit l'amour ;
Mais elle estoit orgueilleuse &
cruelle.
Il avoit beau l'aimer & s'attacher,
Apeine pouvoit- il jetter lesyeux
fur elle,
Que d'unrapidevol elle s'alloit cacher
,
Etsesfoins propresà toucher
La Linotte la plus rebelle ,
Estoient toûjours comptezpour
rien
Cen'estpas quelquefois qu'ellene
vouluſt bien
Ecouter les douceurs defon tendre
ramage;
Mais quoy qu'ilfit pourfléchir ſon
courage ,
L'orgueil que luydonnoient ſespetits
agrémens
Luy faisoit dédaigner l'hommage
DesSoins qu'on luy rendoit , &des
empreſſemens
GALAN T.
135
Qu'on avoit pourtoucherfon coeur
fier&Sauvage,
Le tendre Roſſignol ſurun tongemiſſant
Seconfumeàchanterfon amourinnocent.
Tout penetré d'une douleur extréme;
Qu'on est à plaindre quand on
aime ,
Dit-il une beauté que l'onne peut
toucher!
Heureux qui peut alorsà fesfeux
s'arracher !
Mais tour d'un coup fongeant aux
belles chaînes ,
Qui l'onSoeufi fort attacher ,
Loin de les vouloir rompre , il est
preftde chercher.
ASouffrirses premieres peines.
Ilſcait aussi que pour aimer
Iln'est rien tel qu'une infenfible,
Quefon coeur estun lieu long- temps
inacceſſible
136 MERCURE
Mais que quand unefois on a ſseu
l'enflamer ,
Et qu'à nos voeux il commence à
Serendre,
C'est unretour charmät & tendre.
Tant de raiſons animant ſes deſirs,
Au milieu defa peine il trouvedes
plaisirs.
Ilſeſoutient par làdansſes tristes
alarmes ,
Et flaté d'un espoir pour luysi plein
de charmes ,
Fait oüir en tous lieux ſa voix &
Ses Soupirs;
Mais c'eſt toûiours en vain que for
amour s'empreſſe ,
Et quepar des endroits touchans
Elpretend atendrir cette fiereMattreffe.
Pour mieux faire écouter la beautè
deſes chants ,
Un jour il s'arreſtaſur l'arbre ,
Où ſtplaçost ce coeurde marbre
GALANT.
137
Mais loin de la fléchirparses tendres
accens ,
Elle part,& d'un vol toûjours plein
de vitesse
L'ingratese dérobe auxyeuxdefon
On peut s'imaginer fa cruelle tri-
Amant.
fteffe,
Ilne peut foûtenir ce rude accablement
,
Et d'une branche,helas ! en tombant
parfoibleffe ,
Sa cheute avecfesjours terminafon
tourment.
Quelques momens après la petite
tigreffe
Revint danscet endroit charmant.
D'où fa fierté l'avoit tant defois
exilée.
Cefut alors pour elle un déplaisir
preffant
De neſe voir plus regalće.
D'un ramagefidoux & ſi réjoüif-
Sant
138 MERCVRE
Pendant ce lugubrefilence ,
Elle neſentoit plus lafiereindifference
Qui tantdefois luyfitfermer les
yeux
Sour lesfoins d'un Amantfi remply
deconstance.
Elle écoute, ellevole , & le cherche
en tous lieux ,
Pretendant reparer cette ſenſible
perte;
Mais quel triſte ſpectacle , helas !
lors quesesyeux
Au pieddumefme Ormeau sur une
feüilleverte
Eurent rencontré mort cet Oyseau
malheureux.
Quelvif chagrin dansſon amour
naiſſante?
Elle rappelle alorsſavoix touchate,
Se peint tous ſes ſoins amoureux,
Et luy trouve surtout unebeauté
charmante
GALAN T. 139
K
Que toûjours àses yeux ſa fierté
déroba ;
Et puis ſe reprochant sa dureté
cruelle
Pour un Oyſeau charmant autant
qu'il estfidele ,
ASadouleur bien- toft la bellefuccomba.
Vous qu'une indifference étrange
Engageàrebuter nos Soins les plus
preffans ,
Etqui vousrefuſez des plaiſirs innocens
,
Craignez,fieres beautez, que l'amourneſevange.
Quand on réſiſte injustement
Auxſoupirs d'unfidelle Amant
DelevangerceDieu faitson affaire;
Sa gloire & vos rigueurs allument
Son coureux ,
Et pour lors laplusfiere.
Est la plus ſenſible àses coups,
140 MERCURE
i
Ie vous ay ſouventparlé dans
mes Lettres de certaines Feſtes
qui fe font tous les ans en plu--
fieurs Villes de France . On
peut dire qu'elles ne ſont pas
inutiles à l'Etat , puiſque la
jeuneffe apprend inſenſible--
ment par là , & en ſe divertiſfant
, la maniere de bien manierles
Armes . Il s'eſt fait une
de ces Feſtes à Caën . Quoy
que l'adreſſe de ceux qui compoſent
la Compagnie , appellée
du Pape-guay, dontles Pri .
vileges regardent les leux de
l'Arquebuſe , de l'Arc & de
l'Arbaleſtre , y paroiſſe tous
les ans au premier jour de
May , on a tâché cette année
de rendre cette Feſte encore
plus éclatante que les precedentes
, à cauſe de la joye qui
faiſoit regner dans tous les
GALAN T. 141
coeurs l'heureux & entier rétabliſſement
de la Santé de Sa
- Majeſté . Ce n'eſt pas que la
Ville de Caën n'euſt déja donné
par ſes Feſtes , & par ſes
Prieres , ainſi que je vous l'ay
mandé dans une de mes Lettres
, des marques de la vive
joye qu'elle reſſentoit; mais les
réjoüiſſances generales n'ont
point fatisfait cette Compagnie
, qui pleine d'amour pour
fon Souverain, en a voulu faire
de particulieres . Ainſi le 6.
d'Avril Monfieurd'Aumeſnil ,
qui en eſt Capitaine - Lieutenant
, donna ſes ordres pour
commencer la ceremonie le
Ieudy 1. de May , auquel jour
leurs leux recommencent tous
les ans . Les Affiches furent
miſes au ſon des Tambours à
tous les Carfours & lieux pu-
R
e
t
142 MERCURE
blics de la Ville , afin que rien
ne fuſt oublié pour la folemnitéde
la Feſte,& le jour choiſi
eſtantarrivé , la Generale fut
battuëdés le matin,& la Compagnie
compoſée detrois cens
hommes , ſous les armes , parut
fort propre & fort leſte.Elle
ſe trouva ſur la Place Royale
devant la Statue du Roy, que
la Villey a fait élever depuis
deux ans avec une dépenſe
digne de fon zele , & aprés
qu'elleeut eſté miſe en ordre ,
onplaça au quatriéme rang un
Trophée de quinze pieds de
hauteur porté ſur les épaules
de quatre hommes , qui par
leurs habillemens reprefentoient
les quatre parties du
monde. Le Piedeſtal eſtoit de
cing piedsde haut , & de trois
pieds & demy de quarré avec
GALANT.
143
6
3
les Armes du Roy & de Monſeigneur
, & au deſſous , celles
de Monfieur le Comte de Coigny
Gouverneur , & celles de
Ia Ville. Au deſſus eſtoient pluſieurs
Trophées avec un Cartouche
entre le Soleil & la
Couronne , où ſe liſoient ces
paroles , Unus fufficit Orbi. Au
milieu de la Compagnie , l'Officier
Enſeigne ou Sous- Lieutenant
, portit un Drapeau
blanc,dans lequel étoit peinte
une Renommée , les mains
pleines de Couronnesde Laurier
, avec des Anges defcendans
du Ciel , qui chargez de
Palmes d'Olivier,faifoiententendre
que Dieu avoit accordé
la paix aux Peuples deFrance
, & que la grace de la guerifondu
Roy devoit remettre le
calmedans tous les eſprits . La
7
144 MERCVRE
Compagnie marcha dans cet
ordre par la Ville , au ſon des
Hautbois ,& au bruit des Fifres
&des Tambours , pour ſerendre
en l'Egliſe des Cordeliers .
Chacun en paſſant diſtribuoit
des Sonnets aux Spectateurs
pour les inviter à prendre part
àla Fête. Voicy un de ceux qui
furentdonné.
SONNE. Τ.
[ Nfin il est guery, ce Roy victon
rieux,
Qu'on crut prest à tomberſous les
coupsde la Parque,
Caron ne verra point danssa fune-
SteBarque
Ce Heros dont lesjours nousſontſi
précieux.
Dieu touché par les pleurs qui
couloient de nosyeux ,
De
GALANT. 145
Defabontépour nous donne unefortemarque,
Etveutbien qu'icy-bas regne encore
un Monarque ,
QueSeshautes Vertus alioient placeraux
Cieux .
Peut - on defon amouravoirunplus
beaugage?
Allons, Enfans de Mars,fans tar-
こderdavantage,
Luy presenter nos coeurs pour un
Roy qu'ilnous rend.

Hautbois , Fifres , Tambours ,
accordez-vous enſemble ;
Etvous , Peuplede Caën , que cette
Festeassemble,
Chantez avecque nous VIVE ,
LOUIS LE GRAND .
Le Portrait de l'Egliſe eſtoit couvert
May 1687 . G
نم
146 MERCURE
depluſieurs pieces de Tapiſſeries
, & orné principalement
d'un trés-beau Tableau de Sa
Majesté avec ſes Armes , celles
de Monseigneur , & celles de
Monfieur le Duc de Montaufier,
Gouverneur de la Province,&
deMonfieurde Matignon
, LieutenantdeRoy. On
poſa les armes dans une grande
Salle , puis on entra dans le
Choeur , remplydequantité de
perſonnes confiderables , qui
avoient ſuivy Monfieur de la
Croiſette , Commandant pour
leRoy dans la Ville & Chafteau
de Caën,accompagné des
principaux Officiers & des
Echevins. La magnificence
paroiſſoit dans la quantité de
belles Tapiſferies , tenduës
depuis le haut de la Nef jufques
en bas , & diſpoſées de
telle forte , que l'Egliſe ne re
GALANT. 147
cevoit de lumiere que par les
cierges,dont le nombre paroifſoit
eſtre infiny . Ce n'eſtoit de
tous coſtez que Deviſes à la
- louange du Roy ,& cela formoit
une décoration fort agreable
. La Meſſe ayant eſté
chantéeen Muſique , la Compagnie
reprit les armes , &
retourna dans le meſme ordre
à la Place royale , au milieu
delaquelle,&devant la Statuë
de Sa Majesté ,eſtoit un
Theatre dedix pieds de hatut .
On y plaça le trophée , & les
Arquebufiers s'eftant rangez
alentour endouble haye, firent
trois décharges avecde grand's
cris de Vive le Roy , aprés quoy
ils remenerent M. d'Aumefnil
chezluy. Sur les cing heures
du foir,la Compagnie ſe trou va
au méme licu de la Place roya-
<
G 2
148 MERCVRE
le , d'où elle ſe rendit encore
aux Cordeliers . Le Te Deum y
fut chanté en Muſique avec
ſimphonie , & au bruit de pluſieurs
décharges. Enſuite on
alla remettre le Trophée ſur le
Theatre avec les mesmes cèremonies
,& la Compagnie
s'eſtant rangée en double haye
autour d'un Bucher , le feu y
fut mis par les Officiers de la
Compagnie. Cela fut ſuivy de
fix decharges. On reprit ſes
rangs,&l'on remit de nouveau
le Capitaine - Lieutenant en
ſon logis , où il donna un magnifique
repas aux Echevins&
àpluſieurs de la Compagnie.
La Feſte ſe terminapar
un beau Feu d'artifice , qui fut
tiréà dix heures . Il avoit eſté
dreſſé autour du Theatre où
l'on avoit placé le Trophée.A-
:
GALANT.
149
L
prés cela on ſe ſepara parTroupes
dedix à douze , qui ſe mi .
rent à des tables dansla Place
royale , & burent à la ſanté de
LOUIS LE GRAND, au ſon des
Hautbois , des Fifres & des
Tambours.
ch8
8
30
i1n
eli
OL
A
i
L'ambition qui n'eſt point
reglée , a des ſuites dangereu -
ſes , & quelquesfois en voulant
trop acquerir , on s'expoſe
à perdre tout. Vne jeune
Demoiselle , ayant de l'eſprit ,
& de l'agrement dans ſa perfonne
, s'attira les voeux d'un
Cavalier,dont la fortune eſtoit
affez grande pour luy faire un
fort agreable établiſſement. Là
maniere dontil fut receu chez
elle luy fit connoiſtre qu'il
n'avoit qu'à s'expliquer pour
eſtre bien - toſt heureux. Се-
pendant comme il eſtoit deli
G3
150
MERCURE
cat,avant que de parler ſerieuſement
d'affaires , il voulut
ſçavoir s'il poſſedoit le coeur de
la Belle. Il prit du temps pour
l'examiner. Elle luy parut
d'une humeurimperieuſe ; &
aprés un attachement de quelques
mois , il n'eut pas de peine
à découvrir que ſon caratere
eſtoit la fierté . L'amour
qu'il avoit pour elle luy fit
imputer à une nobleſſe d'ame
tous les mouvemens qu'elle en
fit paroiſtre , & fes manieres
pour luy eſtant toûjours des
plus engageantes , il crut ne
pouvoir douter qu'il n'euſt
dans ſon coeur la part qu'il y
pretendoit. Dans cette penſée
il parla de mariage. Elle n'avoit
que fa mere , qui ſe gouvernant
par elle , entroit dans
fes tentimens ſans la cõtredire
4
GALANT.
151
2
ملأ
n
NOG
lans
lisi
en aucune chofe. On avoit
déja parlé d'un projet d'Articles
, lors qu'un Marquis fort
évaporé s'eſtant un jour ren-
-contré avec la Belle dans une
partie de promenade , luy debita
des douceurs qu'elle prit
plaisir à écouter. Il alla chez
elle dés le lendemain , & la
promptitudede cette vifite luy
donnant ſujet de croire qu'illa
trouvoit à ſon gré,elle ſe ſervit
-fibiende ſes charmes , qu'elle
-l'engagea infenfiblement . Il
n'eſtoit pas peur + eftre plus
riche que le Cavalier , mais il
l'emportoitdu coſté de la naifſance.
C'eſtoit un homme qui
faifoit fracas par ſon équipage
&par ſon train , & le titre de
Marquiſe qu'il devoit donner
àla perſonne qui l'épouferoit,
-avoit de quoy flater agreable
G4
152
MERCURE
ment la vanité d'une ambitieuſe,
Le Cavalier qui s'aperceut
que le Marquis ne déplaifoit
pas , jugea qu'il n'y avoit
pointde moyen plus propre
à faire ceſſer ſes trop frequentes
viſites , que de preffer
la concluſion de fon mariage.
Son empreſſement ne
fut pas receu avec toutes les
marques de joye qu'il avoit
ſujet d'attendre. On prit des
pretextes pour ne rien précipiter
, & cette froideur étonnant
le Cavalier , il ſe plaignit
àla Mere du retardement que
l'on apportoit à fon bonheur.
La Mere qui regloit ſes ſentimens
fur ceux de ſa Fille ,
trouvoit des raiſons pour l'excufer,&
il ne connut que trop
par le procedé de l'une & de
l'autre qu'on ne vouloit ſe déGALANT.
153
,
terminer qu'aprés que l'on
auroit ſceu quelle refolution
prendroit le Marquis.On continua
d'en recevoir les viſites
& le Cavalier commençant à
voir qu'on n'aimoit enluyque
ce que fonbien avoit de confiderable
, reſolut de ne faire
aucun éclat ,& de laiſſer finir
l'avanture ſans trop marquer
le deſſein où il eſtoit , de ne pas
fervirde dupe à la Demoiselle.
Elle avoit une Cadette qui
- meritoit bien qu'on luy en
contaſt . Il s'accoutuma àl'entretenir
pendant les viſites du
Marquis , & fon Aifnée qui
- n'apprehendoit rien tant que
- les reproches qu'il avoit droit
deluy faire , n'avoit garde de
fe plaindre d'un amusement
qui la laiſſoit dans l'entiere
- liberté de travailler à avan
G
134 MERCVRE
cer le fuccésde ſon entrepriſe..
Plas it entretint cette Cadette,
plus il s'en laiſſa charmer. Il luy
trouva beaucoup de douceur
d'efprit,& une droitured'ame,
qui fit fur luy une impreſſion
plus vive qu'il ne l'avoit cru.
S'il ſe plaignoit quelque- fors
du peu de fermeté de ſa Soeur,
elle prenoirfon partyavec des
honneſtetez qui ne ſe peuvent
comprendre , & luy diſoiten
des termes forttouchans , qu'il
devoit croire impoſſible que
fa Soeur après un engagement
pareil à celuy qu'ils avoient.
pris l'un pour l'autre, fuſt capable
de changer de ſentimens..
Le commerce du Marquis
duroit toujours ,& les choſes.
furent pouffées ſi avant, qu'on
ne doura plus qu'il ne duſt
bien-toſt époufer l'Aifnée. Le
GALANT.
155
-
10
C
10
0
L
Cavalier qui avoit change
comme elle , le ſouhaitoit avec
paffion, ce fut alors que s'ouvrant
à la Cadette , il la pria.
d'agréer les aſſurances qu'iilllluuyy
donnoitde n'eſtrejamais qu'à
elle.Elle ne voulut luy promertre
rien qu'aprés que la Secur
feroit mariée; mais il luy fut
aiſé de connoiſtre ,&dans fes
yeux &dans fes manieres qu'il
eſtoit aimé fort tendrement..
L'heureux eſtat où ils fe trou
voient fut troublé en peu de
temps par l'infidelité du Marquis.
Il ſe ſaſſa d'eſtre aimé , &
le plaifir d'avoir fait une conqueſte
luy fut moins fenfible ,
dés qu'il fe vitaſſuré de l'avoir
faite . Il eut quelque differend
avec la Belle , & ſe ſervit de
l'occaſion pour une entiere
rupture . La Belle voulut s'en
: G6
156 MERCVRE
faire un merite avec ſon premier
Amant. Elle feignit de
s'eſtre apperceuë quil avoit
craint un Rival dans le Marquis
, & prenant un air flateur
qui auroit pû l'ébloüir , s'il
n'euſt pas aimé ailleurs , elle
tâchade luy faire croire qu'elle
n'avoit rompu avec luy , que
pour empeſcher que ſes afſiduitez
ne luy donnaſſent de la
jaloufie . Le Cavalier recent
cette excuſe avec aſſez de froideur
,& lors que pourle convaincre
qu'elle l'aimoit veritablement,
elle ſe montra toute
preſte à l'épouſer ,il prit à fon
tour divers prétextes pour re
culer la concluſion du mariage.
dont on le preffoit. Comme ils
ne pouvoienttoujours durer,il
ſe voyoit dans un tres - grand
embarras. Il eſtoit charmé de
GALANT.
157
la Cadette , & la generoſité
qu'elle témoignoit en luy conſeillant
d épouſer ſa Soeur , redoubloit
de jour en jour la
paſſion qu'il avoit pour elle.
Il n'avoit pourtant aucune
eſperance de la faire réüffir.
La Mere qui n'avoit des
yeux que pour fon Aifnée ,
n'auroit jamais conſenty à luy
donner le chagrin de voir ſa
Cadette luy enlever fon Amant
, & c'eſt eſté inutilement
qu'il lay auroit propoſé
l'échange . Enfin , après avoir
refvé pluſieurs jours à ce qui
pouvoit le titer d'affaires , le
plus ſeur moyen qu'il imagina,
ce fut de chercher à prendre
encore l'Aiſnée par ſon foible.
Il luy falloit donner un Amans
dont la naiſſance & le bien luy
puffent promettte un rang
élevé.UnjeuneComte dont le
158 MERCVRE
mariage eſtoit arreſté avecune
tres - riche Heritiere de Province,
luy parut tout propre à
joüer ceperſonnage.Ileſtoit afſezdeſes
Amis pour le vouloir
faire , & il ne pouvoit mieux
paſſer le temps qu'il avoit à
s'arreſter à Paris , où il devoit
acheter des meubles & fe faire
faire un équipage pour épouſer
l'Heritiere dans fort peu
de temps . Le jeune Comte
ayant de l'eſprit , n'eut pas de
peine à trouver accés chez la
Demoiselle qui aimoit tant
Lesgrands airs. Il y fut receu
fort civilement , & en peu
de jours ſes ſoins empreſſez
firent leur effet. Il fit paroiſtre
un ſi violent amour , que malgré
la recente épreuve du peu
de conſtance du Marquis , la
Belle ſe laiſſa encore perfuader
-
GALANT .
159
queles proteſtations qu'onluy
faifoit , estoient l'effet d'une
paffion fincere.Elle s'abandonna
de nouveau àladouceur de
ſes efperances , & elle y trouvoitd'autant
plus de charmes,
qu'outre que fon ambition eftoit
fatisfaite , elle ſe vangeoit
du peu d'ardeur que le Cavalier
avoit commencé de faire
paroiſtre. Il fe plaignit à la
Mere & à la Fille de l'injuftice
qui luy eſtoit faite, &l'aigreur
qu'il affectoit dans ſes plaintes
, ne laiffoit point ſoupçon .
ner que le Comte &luy fuffent
amis. On employa de fauſſes
raiſons pour l'amuſer quelque
remps , & enfin on ne garda
plus aucunes meſures, lors que
le Comte ſe fut declaré , &
qu'ayant conſulté la Belle fur
un équipage, il eut commencé
160 MERCURE
ſuivantſes avis à faire travailler
à un Caroffſe des plus magnifiques.
Ce fut alors que le
Cavalier parla hautement. Il
dit à la Mere , qu'aprés avoir
marqué fi long- temps qu'il
faifoit tout fon bonheur de
fon alliance , il meritoit peu
qu'on luy manquaſt de parole,
& qu'il voyoit bien qu'on ne
l'avoit écouté qu'en attendant
qu'il ſe preſentaſt un party
plus confiderable. La Mere
pour l'adoucir , luy dit qu'elle
avoit pour luy toute l'eſtime
qui eſtoit deuë à un parfaitement
honneste homme , mais
qu'elle le croyoit affez genereux
, pour vouloir bienfacrifier
fon amour aux intereſts de
faFille, en luy laiſſant époufer
un homme qui la mettoit
dans une haute fortune;& que
GALANT. 161
1
1.
F
11
de
-n
t
pour luy faire voir combien
l'avantage de l'avoir pourGen.
drela touchoit ſenſiblement, fi
ſa Cadette pour laquelle il témoignoit
d'affez grandes complaiſances,
avoit de quoy remplacer
ce qu'il perdoit dans
l'Aiſnée , elle estoit preſte à la
luy donner pour femme. Le
Cavalier fit paroiſtre beaucoup
d'agitation ,& n'oublia riende
ce qui pouvoit luy perfuader
qu'il ſe faiſoitdegrands combats
dans ſon coeur. Il feignit
de n'en pouvoir arracher une
ppaafſfſiioonn qu'elle avoit autoriſée.
Il ſe reprochoit d'ailleurs de
ne ſçavoir pas aimer , s'il demandoit
que l'on renonçaſt
pour luy à des avantages que
ſa Maiſtreſſe ne rencontroit
pas en l'épouſant ; & venant
de là à l'habitude qu'il s'eſtoit
162 MERCURE
formée de paſſer ſa vie avec
des perſonnes qui luy eſtoient
cheres , il avoüoit qu'il ne pouvoit
ſe refoudre à prendre une
autre alliance. Ce ſentiment
obligeant fit eſperer à la Mere
qu'il accepteroit ce qu'elle
venoit de luy propofer. Elle
l'embraffa fort tendrement,luy
vanta dans ſa Cadette des qualitez
qui luy étoient mieux
connuës qu'à elle meſme; &
ce qu'il y eut de particulier ,
3 elle pretendit luy faire valoir
l'appuy qu'il devoit attendre
dujeune Comte lors qu'il ſeroit
fon Beaufrere . Le Cavalier
foupira , & aprés s'eſtre montré
quelque temps irrefola
pour ſe faire encore preſſer davantage
, il dit enfin que l'on
pouvoit diſpoſer de luy, à condition
que le mariage ſe feroit
GALANT. 163 :
1
-
er
est
me
cu
tren
av
dans quatre jours.Il en deman
da les afſurances pour n'eſtre
pas expofé avec la Cadette ,
au meſme chagrin que luy
avoit fait éprouver l'Aiſnée .
On l'affura qu ilferoit content,
& la Mere & les deux Filles
furent également fatisfaites .
L'Aînée ne pouvoit donner
affez de loïanges au Cavalier
fur ce qu'il faifoit pour elle.
Elle exagera fon procedé genereux
, & luy protefta que
dans l'eſtime & l'amitié qu'elle
avoitpour luy, elle auroitpeine
à fe marier avec le Comte , fi
elle n'avoit le plaifir de voir
qu'il choiſiſſoit dans ſa Scoeur -
rrel une autre elle - même. Il ne
eli
Tot perdit point de temps pour
avancer les affaires .On acheta
con auſſi-toſt tout ce qui parut le
fent plus preffé , &le jeune Comte
164 MERCVRE
د
de ſon coſté fit amener dés le
lendemain fix fort beaux chevaux
qu'il marchandoit pour
un attelage , & qu'il paya devant
ſa Maiſtreſſe pretenduë .
Il la pria de venir choiſir des
Meubles & n'en trouvant
point d'affez ſomptueux , il
en commanda ſur des deſſeins
qu'elle luy fournit.Iugez combien
fon coeur eſtoit abîmé
dans les idées de grandeur
qu'elle ſe faiſoit à tous momens.
Les quatre jours eftant
expirez, on ne put ſe diſpenſer
de tenir parole au Cavalier.
Son mariage ſe fit avec la Cadette.
Celuy da Comte ſe devant
faire avec plus d'éclat fut
differé ſous le pretexte des preparatifs
qui demandoient
quelque temps. Il y faiſoit travailler
pour l'Heritiere avec
GALANT. 165
U
10
☐ laquelle il y avoit un Contrat
- ſigné , & les raiſons qui faifoient
tenir l'affaire ſecrete ,
ayant ceſſé tout à coup , il fut
queſtion de finir cette avanture.
Il paſſa un jour ſans voir
la Belle , & vous pouvez croire
qu'on ne manqua pas d'envoyer
le ſoir chezluy pour en
1 ſçavoir la raiſon. Il répondit
* qu'il iroit en rendre compte ,
&le lendemain il écrivit à la
Belle , qui prit à mauvaisaugure
de voir une Lettre au
tu lieu de le voir luy-meſme. La
Lettre portoit qu'un engagela
ment qu'il croyoit rompre afei
voit precedé celuy qu'il avoit
lat pris avec elle,& que les chofes
est ayant tourne autrement qu'il
ne penſoit , il eſtoit contraint
d'épouſer une..Heritiere , qui
en luy donnant beaucoup de
S
of
tta
ava
166 MERCURE
bien , ne pouvoir l'indemnifer
de la perte qu'il faifoit. Il luy
nommoit l'Heritiere , & accompagnoit
cette fâcheuſe
déclaration de toute l'honnêtetéqui
pouvoit rendre excufable
un procedé fi cruel. le ne
vous dis rien dudeſefpoirde la
Belle. Ses fentimens font aifez
à deviner. Elle s'informa de
l'Heritiere , & appritbien - toſt
que le Comte ne luy avoid
rien écrit que de vray. Elle
n'avoit aucune promeſſe qui
luy donnaſtdroitde s'opoſer à
fon mariage ,& ellen'euft fait
qu'un éclat fortimutile contre
des perſonnes puiffantes , dont
le credit auroit prévalu à toudes
ſes plaintes. L'eſtat où elle
ſevoyoit avoit quelque choſe
de terrible .Son ambition estoit
trompée; elle avoit cedé fon
GALANT. 167
T
le
το
23
14
2
2
Te
E
bole
Cor
dive
to
hol
fon
Amant à ſa Cadette , &les applaudiſſemens
qu'elle avoit
receus fur une fortune qui
luy paroiffſoit certaine , jettoient
fur elle une honte qu'el
le ne put ſoûtenir. Ses reflexions
furent folides.Illuy fembla
qu'aprés ce qui venoit de
luy arriver , elle ne pourroit
faire dans le monde qu'une
mauvaiſe figure , & fans conſulter
ſaMere , qui n'eſtoit pas
moins touchée qu'elledu mauvais
ſuccés de ſes eſperances ,
elle ſe jetta dans un Convent .
Onditqu'ellepreſſe pour avoir
l'Habit ,& qu'elle est fort reſoluëde
ſacrifier àDieu une ambition
qui luy à cauſe de ſi vifs
chagrins. Sa Mere & fa Soeur
font ce qu'elles peuvent pour
l'en détourner ; mais dans la
fermeté qu'elle fait paroiſtre ,
168 MERCURE
on ne croit pas qu'elles en
viennent à bout.
Tout le monde ſçait que
les erreurs de Luther furent
receuës à Strasbourg en 1529 .
& que cette Ville , comme
Capitale de l'Alface,a reconnu
depuis peu d'années la juſte
domination du Roy.Sa Majeſté
, toûjours zelée pour la Religion
Catholique , a cru avec
beaucoup de raiſon , que ſes
Sujets , qui la profeſſent en ce
Pays-là , ne devoient point
eſtre privez de l'eſperance de
parvenir aux honneurs qui accompagnent
la Magiſtrature.
Ainſi Elle a voulu leur faire
rendre juſtice d'une maniere
qui fuſt conforme aux Traitez
. C'eſt ce que la Letre que
vous allez lire vous fera connoiſtre
.
LETTRE
GALANT .
169
LETTRE DU ROY
au magiſtrat de Strasbourg.
T
RES - Chers & Benignes.
Ayant esté informez qu'ily a
dans la Ville de Strasbourgunnombre
confiderable de Bourgeois Catholiques
, & confiderant qu'il ne
Seroitpas iuste que lesdits Bourgeois
Catholiques n'eufſſent aucun d'eux
dans le Magistrat de ladite Ville ,
pourveiller à la conſervation de
• leurs interests dans les affaires qu'ils
peuvent avoir par devant ledit
Magistrat,Nous vousfaiſons cette
Lettre pour vous dire que nostre
intention est que doreſnavant,&à
commenceraux prochaines Affem-
.blées quise feront pour élire aux
May 1687 .
H
170
MERCVRE
1
Charges &Emplois qui viendroit
àvaquerdans ledit Magistrat , ou
qui font de la Iurisdiction de la
Ville, tant dans l'enceinte d'icelle
qu'au dehors ,ſoit par mort , ou ſoit
parceque le temps pourlequel ceux
qui auront eſté éleus , Sera expire ,
ou en quelque autre maniere que
ceſoit les Charges dudit Magistrat
Soient alternativement remplies de
Catholiques , &de Lutheriens , en
forte qu'ily ait toûjours dans ledit
Magistrat,& dans les autres Charges&
Emplois qui dépendentde la
Ville un nombre de Bourgeois ou
Habitans Catholiques & Luthe
riens , proportionnéà ce qu'ily en
aura dans ladite Ville de l'une&
del'autre Religion ,& que ce qui
estpreciſèment porté par l'Article
5. du Traité d'Osnabruck ,fur l'égalité
exacte& reciproque qu'ildoit
GALANT.
171
y avoir entre les sujets de l'une
& de l'autre Religion , ſoit exa-
Etement_obſervé tant à l'égard
des Catholiques quedes Lutherienss.
&ne doutant pas que vous ne vous
conformiez à ce quieft en cela de
noſtrevolonté, nous ne vous ferons
lapreſenteplus longue ny plus expreffe.
N'y faites donc faute; car
tel est nostre plaisir. Donné àVer-
Sailles le 5. Avril 16879 ,
Cet article de Strasbourg
me fait ſouvenir d'une choſe
dont toutes les Nouvelles Publiques
ont parlé ; mais elles
l'ont fait avant que l'on ſceuſt
les circonstances dont je vais
vous faire part. On n'en peut
diſconvenir , puiſque la dépoſition
qui donne lieu à ce
✓ que j'ay à vous dire , n'a eſté
receuë qu'aprés le bruit qui

L
Art
ild
H 2
172 MERCVRE
s'eſt répandu d'une nouveauté
que quelques - uns tiennent
fort extraordinaire . Voicy ce
que c'eſt .Philippes Guerhard,
Bourgeois & Peſcheur de la
Ville de Strasbourg , a depoſé
par devant un Commiſſaire
de la Ville , qu'ayant eſté à la
peſche la nuit du 17. de May
dans l'Iſle de Saint Robert , il
apperceut à minuit & trois
quarts, une lumiere qui éclaira
la terre comme si c'euſt eſté en
pleinmidy. En meſme temps il
ſe preſenta en l'air une boule
de feu de la groffeur d'une
teſte , accompagnée d'une
queuë de trois toiſes de longueur.
Elle s'approcha fi prés
de la terre , que dans la crainte
d'en eſtre touché , il ſe coucha
tout de fon long dans la NaGALANT.
173
1
ch
Nacelle,
& quand laboule tomba,
elle jetta ungrandnombre d'es
tincelles , qui en s'eſteignant
firent des éclats ſemblable à
une décharge de Mouſquets ,
aprés quoy l'air retentit à trois
diverſes repriſes d'un bruit
pareil àceluy que fait le Canon.
Tout cela dura environ
un quart -d'heure. Enfuite le
Ciel fut ſemé d'étoiles , & parut
fort clair partout,ainſi qu'il
avoit eſté auparavant.
L'amour est une paffion
vive, mais comme elle atrop
de violence, elle eſt moins ſoli--
de que l'amitié . C'eſt ce qui a
donné lieu aux Vers que je
vous envoye. Ils font d'une
perſonne de voſtre ſexe , dont
jene puis vous faire connoiftre
le nom que par les lettres
2
:
H 3
174
MERCURE
fuivantes , A.D. L. V. Ie fuis
-affeuré que vous les lirez avec
plaiſir , tant la maniere dont ils
font tournez eſt agreable .
GALANT.
175
1
REPONSE
SUR UN REPROCHE
DE VIEILLESSE .
Ije vous croy , Philis , mes beaux
Stje joursfontpaſſez;
F'entre , Selon vous , dans un
âge
Oùmonfexedéplaiſt aſſez .
Quandiln'est pasencorsous lejoug
du ménage.
I'en demeure d'accord, mais je ne
m'en plainspas ;
Le temps qui détruit les ap-
Pas ,
1
H4
176 MERCVRE
N'a rien changé dans ma per-
Sonne.
T'estois l'aide à quinze ans , maintenant
je la ſuis ;
Des Amis éprouvez diffipent les ennuis
Qu'un trop grand nombre d'ans
medonne..
Avec euxje paſſe mesjours
Al'abry des chagrins qui cauſent les
amours ;
Le suis pour eux toujours la
même ,
Rien ne peut égaler leurconstante
amitié
Et pour eux lamienne eftextrême.
Qu'a donc mon fort , Philis , qui
vousfaffepitié?
Nous nesçaurions changer L'ordre
des destinées .
Lesjours forment des mois , les mois
font des années ;
GALANT
177
Letemps oùle Soleil asuspendufon
COUTS
Eftpassépour toûjours.
Vos charmesn auront pas unefaveur
pareille ;
Ce beau teint , ces grandsyeux, cette
bouche vermeille 4
Tous ces airs enfantins si remplis
d'agrémens
Qui vous attirent tant d'Amans
,
Tout cela doit paſſer avecvotrejeune
âge ,
Et vous aurez alors le chagrinew
Partage,
Puisque le tempsàqui tout est
Soumis.
Changera vos Amans plûtoſt que
mes Amis.
Ainsi n'insultezplus àla peine dess
autres ,
Prevoyezſagement les vostres
{
Γ
HS
178 MERCURE
Et tâchez d'acquerir dans vostre
beau Printemps
Du merite pour tous les temps.
Je ſçay que vous avez grande
impatience de ſçavoir ce
qui s'eſt paſſe à Siam , depuis
que Monfieur le Chevalierde
Chaumont en eſt party. Vous.
n'eſtes pas la ſeule qui ayez
marqué de la curiofité là-deffus
; mais les Nouvelles qui
viennent de fix mille lieuës.
font rates ,&l'on en reçoit pas
auſſi ſouvent qu'on voudroit..
Je vay pourtant vous en dire
quelques-unes, ce ſontles feu--
les qui foient venuës de ce
Païs -là depuis le retour de Mr
le Chevalier de Chaumont..
Vous ſçavez que le Roy de
Siam ayant une eſtime toute
1
GALANT.
179
particuliere pour Sa Majesté,&
pour toute la Nation Françoiſe,
ſouhaita d'avoir à ſon ſervice
quelques Officiers François
de distinction , & pria Mr le
Chevalier de Chaumont de
luy laiſſer,ſous le bon plaiſir du:
Roy , Mr le Chevalier Fourbin,
dans le deſſeind'en faire
-fon grand Amiral , parce qu'il
avoit déja fait beaucoup de
Campagnes fur les Vaiſſeaux
de Sa Majesté, dontil eſtoitOf
ficier . Monfieur le Chevalier
de Chaumont crutquele Roy
approuveroit ce qu'il feroit là--
deſſus , & y donna ſon confen--
tement. Il futſuivy de celuy de
Monfieur le Chevalier Four--
bin , qui demeura à Siam . Il ne
s'y trouva pas ſeulement utile
pour commander ſur Mer,maiss
{
10%
,
H6 L
180 MERCURE
encore pour difcipliner les
Troupes de Terre , & leur faire
faire l'Exercice à la maniere de
France. Unjour qu'il faiſoit faire
à une Compagnie de Portugais,
& à une des Mores du Roy
de Siam , elles ſe chagrinerent
de ce qu'il leur fit connoiſtre
qu'elles s'en acquitoient mal,
& ſe ſouleverent contre luy.
Ce n'eſtoit qu'un pretexte
pour faire éclater une coſpirazion
qu'elles avoient faite contre
ſa perſonne, & contre Monfieur
Conſtance. Ces deux
Compagnies avoient meſme
formé le deſſein de piller les
Palais de cedernier, & de s'emparer
de tous ſes Effets . MonſieurConſtance
en fut averty ,
&armé de ſa ſeule fermeté, ſoutenuë
de celle de Monfieur le
GALANT.. 18
Chevalier Fourbin , il alla au
devant de ces mutins , fit ſaiſit
les plus coupables , diſſipa le reſte
,& fit avorter leur entrepriſe
. Cette action juſtifie tout ce
que les Relations ont dit à la
gloire de Monfieur Conſtance ,
& fait voir que les François
font par tout François , c'eſt à
dire, intrepides , & que ce n'eſt
pas ſeulemenren France qu'ils
font connoiſtre l'intelligence
qu'ils ont dans le métier de la
Guerre,lors qu'ils ont pris une
fois le party des armes . Si toutes
les circonstances de cette
révolte, dont j'ay lieu de croire
quele fond eſt tres- veritable ,
ne ſont pas entierement conformes
à la maniere dont l'ation
s'eſt paſſée , ſongez qu'il
eſt fort difficile d'avoir des é
182 MERCURE
clairciſſemes de fi loin. Cepen.
dantſi ceux à qui les avis en
font venus , m'aprennent quelque
choſe de nouveau ſur cet
Article , je vous en feray partle
mois prochain , foit en augmentant
, ſoit en diminuantles
particularitez de cette Nouwelle..
Vous vous fouvenez d'un
Eccleſiaſtique Siamois , qui a
eſté élevé dans la Miſſion à
Siam. Je vous en ay parlé pluſieurs
fois , fur tout lors qu'il
foutint en Sorbonne,du temps
queles Ambaſſadeurs du Roy
de Siam eſtoient en France . On
l'avoit mis dans la Miſſion Etrangere
de Paris , d'où fortent
les Miffionnaires pour Siam.Le
Pape a eſté informé de fon merite
, & ayant fceu le progrés
GALANT.. 183
:
qu'il avoit faitdans la Theologie,
cequi peut eſtre fortavantageux
à la Religion Chreſtienne
, parce qu'il pourra
beaucoup mieux qu'un autre
perfuader ceux de ſa Nation ,
Sa Sainteté a voulu le voir , &
il eſt party pour Rome.Comme
arty
les talens qu'il a ne peuvent
manquer à ſe faire connoiſtre
en peu de temps dans un lieu
où les eſprits ſont ſi éclairez , il
y a ſujet de croire qu'on verra
un jour un Siamois élevé aux:
premieres dignité de l'Eglife ..
Les liberalitez eſtant fre--
quentes en France pour lagloire
de Dieu , à l'exemple de celles
que leRoy faittous les jours
aux Eglifes de ſon Royaume ,,
qui ont beſoin de reffentir ſes
bienfaits ,lePere Loüis de Ver
184 MERCURE
1,
dun , Religieux del'Obfervan
ce de S.François, Commiſſaire
general de la Terre-Sainte en
France a envoyé à Jerufalem
par ordre de Sa Majesté une
ſomme confiderable , que l'ardeur
de fon zele & de ſes foins
luy a fait trouver moyen de recueillir
en ce Royaume pour
le ſecours des lieux Saints, avec
deux Orgues , dont l'un a eſté
donné par Monfieur le Begue ,
Organiſte du Roy , & de Saint
Mederic , ainſi que pluſieurs
Ornemens d'Eglife . Deux Religieux
Cordeliers qui font ce
Voyage , ont la conduite de
tout..
Le Dimanche onzième du
mois paſſé , les Peres Recollets
de la Ville de Perigueux ,commencerent
l'Octave de l'expo,
GALANT. 185
fition des Reliques du corps
entier de S. Maxime , martyrifé
à pareil jour ſous l'Empereur
Diocletien , l'an 302. Ce
corps avoiteſté donné par Sa
Sainteté à Monfieur le Cardinal
Cibo , pour en faire preſent
au Perelerôme Ranoüild,
ancien Définiteur des Recollets
de Guyenne & leur
Agent general à Rome. Aprés
que Monfieur l'Evêque de
Perigneux en eut ordonné la
Tranſlation , il fut porté par
quatre Recollets reveſtus de
Dalmatiques. Il y en avoit
deux en Chapes aux deux côtez
dela Chaſſe , & quatre autres
qui estoient auſſi en Diacres
, foutenoient le Dais . Un
Religieux du même Ordre
marchant dix ou douze pasde
186 MERCURE
vant la Chaſſe , encenſoit de
temps en temps ces ſaintes Reliques
, & neuf Enfans habillez
en Anges , tenoient en
leurs mains les inſtrumens du
Martyre du Saint. Elles furent
auſſi portées de l'Egliſede ces
Peres dans la Cathedrale de S.
Front , où le Chapitre vint les
recevoir en Corps . On les poſa
fur l'Autel du Choeur pendant
les Veſpres , qui furent chantées
par une excellente Muſique,&
enſuite la Proceſſion generale
commença . Les trois
Compagnies des Penitens
noirs,bleus & blancs , chacune
compoſée de plus de quatrevingt
perſonnes د
fortirent
d'abord de la Cathedrale où
elles s'eſtoient renduës , & furent
ſuivies des Recollets ,
aprés leſquels marcherent les
GALANT . 187
Iacobins , les Cordeliers , & les
Auguſtins.On vit enſuite Meffieurs
de la Miſſion avec le Seminaire.
Ils precedoient le
Corps du Chapitre,aprés quoy
venoient les Religieux qui
portoient la Chaffe & le Dais ;
puis le Prefidial en robes , &
les Echevins en habits de ceremonie
, & enfin uneinfinité
de monde , tant du peuple de
la Ville , que des lieux voiſins ,
fermoit cette marche . La Proceſſion
alla en l'Egliſe de Saint
Silain , où Monfieur le Curé
vint recevoir le Saint Corps
avec la Compagnie des Penitens
noirs . Delaon paſſa dans
l'Eglise des Religieuſes de
Noftre-Dame , qui chanterent
des Motets & une Proſe en
l'honneur du Saint. Enfin on ſe
188 MERCURE
rendit en celle des Recollets ,
où ſitoſt que la Chaſſe eut eſte
poſée au lieu que l'on avoit
preparé , Monfieur l'Eveſque
de Perigueux monta en Chaire,&
fit paroiſtre ſon éloquence
ordinaire dans le Panegyrique
qu'il prononça. Il donna
enfuitelabenediction du Saint
Sacrement , ce qu'il fit tous les
foirs au Salut qu'on chanta
toute l'Octave,pendantlaquelle
les Paroiſſes voiſines vinrent
tour à tour chanter la grand'
Meſſe. L'éloge du Saint fut fait
chaque jour par les plus habiles
Predicateurs de la Province
, & le dernier jour , ce fut
Monfieur l'Abbé d'Aubuffon
* qui le prononça , avec une
entiere fatisfaction de ſon Auditoire.
GALANT. 189
Quelque estime que le public
ait pour les grands Hommes
, on ne la connoiſt jamais
fibien que lors qu'on eſt dans
la crainte de les perdre . C'eſt
ce qui vientd'arriver à l'égard
de Monfieur l'Archeveſquede
- Paris . Ce Prelat ayant eſté
dangereuſement malade , fon
mal a donné beaucoup d'inquietude
à tous les Peuples de
fon Diocese ,& à tous ceux
qui connoiſſent les merveilleux
talens qui le rendent ſi
digne de la haute reputation
qu'il s'eſt acquiſe. Toutle monde
ſçait qu'on ne peut avoir
une plus profonde érudition ,
✓ ny parler mieux en public &
de meilleure grace . Onl'a veu
ſouvent répondre fur l'heure ,
non ſeulement à toutes les dif190
MERCVRE
ficultez,que l'on pouvoit propoſer
,mais encore à des diſcours
entiers, François ou Latins,
en reprendre tout le ſujet,
&entrer dans le détail de chaque
article en la meſme langue.
Comme lepremier Siege
de France , & peut - eſtre du
monde aprés celuy de Rome ,
demande un Prelat de ce caractere
, on doit ſouhaiter de le
poſſeder long - temps pour la
gloire de la Nation , & pour
le bien de l'Eglife .
S'il n'y a point de Souverain
dans le mondedontla Maiſon
ſoit plus nombreuſe que celle
du Roy , il n'y en a point auſſi
qui ſoit mieux entretenue &
plus brillante; mais avec quelque
éclat qu'elle paroiſſe , il eſt
impoffible de la bien connoî
GALANT.
191
tre , parce que ce Prince eſtant
trop modeſte , & ne voulant
pointſe montrer avec le faſte
qu'affectent pluſieurs Souverains,&
fur tout ceux des Pays
Orientaux , ne marche jamais
avec ſa Maiſon entiere . Elle
fert par quartier , & cependant
on peut dire que Sa Majeſté
n'a jamais que la moitié
d'unquartier auprés de ſa perfonne
, la pluſpart de ſes Officiers
de quartier ne ſervant
qu'alternativement. Ainſi pour
ſçavoir en quoy conſiſte la
Maiſon du Roy , il faut avoir
l'Estat de la France en deux
Volumes , fait par les ſoins ,
& fur les recherches de Monſieur
Beſogne , Clerc de Chapelle
de Sa Majesté , qui donne
192 MERCURE
au Public tous les deux ans ces
deux Volumes , augmentez
de nouvelles particularitez ,
avec les noms des Officiers
qui ont achepté des Charges
pendant les deux dernieres
années,ſoit par la mort de ceux
qui les poſſedoient , ou par la
vente qu'en ont faite ceux à
qui le Roy a permis de s'en
défaire . On ne connoiſt pas
feulement par ce Livre , le
nombre des Officiers de Sa
Majesté , mais encore les fontions
les plus particulieres ,
ce qui eſt tres - curieux. Vos
Voiſins de la Campagne qui
auront beſoin de ce Livre , le
trouveront chez le Sieur de
Luynes , Libraire au Palais , à
l'Enſeigne de la luſtice.
Jamais
GALANT.
197
Jamais journée ne fut fi
remarquable pour Paris &
ne ſera fi longtemps gravée
dans les coeurs de ſes Citoyens,
que celle où le Roy en Ihonorant
de ſa prefence , lors qu'il
vint à Noſtre - Dame rendre
graces à Dieu de ſa guerifon ,
alladiſner à l'Hoſtel de Ville ,
aprés avoir eu la bonté de dire
luy - même qu'il iroit , parce,
que Meſſieurs de Ville n'auroient
oſe prendre la liberté
de luy faire cette priere. Monſieur
de Santeüil, Chanoine de
S. Victor , qui eſt toûjours tout
remply de zele , ne laiſſa pas
échaper cette occaſion d'en
donner des marques , Il fit là-
· deſſus quelques Vers Latins
qu'il adreſſa à Monfieurle Preſident
de Fourcy , Prevoſt des
Marchands. Ces Vers ont re-
Juin 1687 .
194 MERCVRE
ccu un applaudiſſement fi
general , que pluſieurs perſonnes
ſe ſont attachées à les traduire.
Ie vous envoye une de
ces Traductions , n'ayant pas
accoûtumé de mettre dans mes
Lettres des Pieces Latines ,
quand elles paſſent deux Vers.
La traduction que vous allez
lire , eſt de Monfieur Perachon
, qui a un talent particulier
pour les Ouvrages de
cette nature .
:
SUR LA VENUE
du Roy à Paris .
V
Ante par tout ta gloire ,
Reyne des Citez.
ό
Paris,tu vois ton Prince, & tusens
Sesbontez
Ilnevient pointſuivy de nombreu-
Ses cohortes ,
GALANTA
193
Les coeurs deſes Sujetsfont desgar
desplusfortes ,
31
Tes voeux font exaucez Ce Soleil
de l'Etat
Paroist hors da nuage en fon plus
vif éctat.
Pourne point t'ébloüir ,fon augufte
Prefence
Mêle àla Majesté les traits de la
Clemence.
Ilregne par l'Amour autant que par
la Loy ,
Pere de la Patrie, auſſi-bien quefon
Roy.
-Pour luy tu rends au Ciel le tribat
des loüanges ,
Il le rendàfon tour chez la Reyne
des Anges,
Et charmé deta foy , le plus grand
des Mortels
Vient jusqu'entaMaison , aufortir
:
des Autels,
Avectoutesa Cour , ce Princetevi
fite.
12
196 MERCURE
Il vient mesme au Festin , où ton
Zele l'invite ,
Et tu peux t'applaudir du destin
glorieux,
D'avoir dans ton Hostel fait un
Banquetdes Dieux.
Ce Monarque au milieu deSa RoyaleTroupe
Des mains de ton Preteur daigne
prendrela Coupe.
L'Heroine feconde où renaist ton
bonheur,
Auxmains defon Epoufe accorde
unmesmebonneur,
Illustre Magistrat, quin'enviroit ta
gloire?
Paris,grave la tienne au Templede
Memdire.
Si d'unfameux Repas tu regales ton
Roy.
Sa douceur beaucoup mieux te regale
chez toy .
Deſes plus tendres Soins ton Rey
te favorise.
GALANT.
197
CeRoy , ton Dieu viſible , avectoy
s'humanife.
On diroit qu'iloublie&Sonrang,&
le tien.
La Citéparoist Reyne ,& le Roy
Citoyen.
Je vousay parlé depuis dix
ans de Monfieur leDuc de S.
Aignan dans la pluſpartdemes
Lettres , & je l'ay toûjours fait
avecplaifir. Son eſprit , ſa galanterie,&
les marques de zele
qu'ildonnoit pour noſtre Auguſte
Monarque entoutes fortes
d'occaſions , me fourniffoient
fort ſouvent quelque
agreable ſujet de vous en entretenir.
Iugez,Madame , avec
combien de douleur je vous
apprens aujourd'huy ſa mort ,
arrivée le 16. de ce mois . Une .
Fiévrede cinq jours l'a empor.
13
198 MERCURED
té dans ſa ſoixante & dix newviéme
année , lors que ſa force
, ſon agilité , & fon adreſſe
dans les exercices les plus fatiguans,
pouvoient donner lieu
de croire qu'il eſtoit encore
dans ſon plus bel âge . Il avoit
un attachement inébranlable
pour le ſervicedu Roy , & on
ne l'a jamais veu dans aucun
party contraire à ce qu'il devoit
à fon Souverain. Il eſtoit
de l'Academie Françoiſe , &
de celle de Padouë , & Protecteur
de l'Academie Royale
d'Arles ; ce qui fait connoiſtre
combien il s'eſtoit acquis d'eftime
par ſon eſprit. Il aimoit
& favoriſoit les gens de Let-
** tres , & quoy qu'il en fuſt ſouventaccablé
, non ſeulement il
les recevoit d'une maniere
agreable , mais il tâchoit de
GALANT. 19
A
leur procurer du bien. S'il ne
faiſoit pas tout ce qu'il auroit
voulu pour ſervir ceux qui
avoient recours à luy, il avoit
pour euxdes honneſtetez qui
les confoloient fans peine du
mauvais ſuccésde leurs eſperances
. Les preuves de valeur
qu'il a données en diverſes
occafions ſont connues de
tout le monde. Il ſe trouva en
1635.àla Retraite de Mayence
fous le CardinaldelaValete,&
futbleſſe au viſage au Combat
de Vaudre vange.L'année ſuivante
étant au Siegede Dole, il
receut une bleſſure à lal cuiſſe ,
&fe diftingua lors que l'on repritCorbie.
Enfuite il ſe ſignala
aux Sieges de Landrecy , de
Maubeuge , & de Chimay , &
fut bleffe dangereusement en
1644. à celuy de Gravelines ,
14
200 MERCURE
1
où il eſtoit Maréchal de Camp.
Il ſe trouva au paffage de la
Colme en 1645. & à la priſedu
Fort de Link , & fervit utilementdans
le Berry en 1650. au
Siege de Sainte- Menehour en
1653. à Montmedy,àla Guerre
contreles Anglois, & en d'autres
lieux. Sa naiſſance & fes
ſervices luy ayant fait meriter
l'honneur d'eſtre fait Cheva
lier des Ordres du Roy , il re-.
ceut le Collier en 1661. Sa
Majesté érigea en Duché &
Pairie la Terre de S. Aignan.
Elle eſt dans le Berry , & avoit
auparavant titre de Comté. Ce
Duc épouſa en 1634. Antoinette
de Servient , Fille de
Nicolas Servient , Sieur de
Montigny, & il en eut trois
Fils. L'Aifné fut François de
Beauvilliers , Comte de Sery
GALANT. 201
Σ
1
1-
Meſtre de Camp du Regiment
d'Auvergne , qui aprés avoir
faitconnoiſtre ſa bravoure au
Siege de Montmedy en 1657 .
au Combat de Saint Godard
en Hongrie en 1664. & ailleurs,
mourut à Paris en 1666.
àl'âgede vingt-fix ans. Il avoit
la ſurvivance de la Charge
de premier Gentilhomme de
la Chambre,& eſtoit fort efti
mé de toute laCour. Le ſecond,
fut Pierre de Beauvilliers
Chevalier de S. Aignan, tué en
combattant contre les Turcs
àla meſme journée de Saint
( Godard , Paul de Beauvilliers
fat le troiſieme . Il eſtoit Abbé ;
&il eſtaiſe de voir par ſa ma-
( niere de vie& par ſa ſageſſe ,
combien il auroit dignement
remply les devoirs de certe
Profeffion. La mort de ſesdeux
4
S
IS
202 MERCVRE
Ainez l'obligeant à ſe marier ,
pourne laiffer pas éteindre fon
nom , ilépouſa.en 1671.Henriette
Colbert , Fille puiſnée
de feu Monfieur Colbert , Mi» ;
niftre & Secretaire d'Eftat.
Vous ſçavez qu'il eft Chef du
Conſeil des Finances , & qu'il
yadéja fort long-temps qu'il.
avoit eſté receu en furvivance ,
de laCharge de premier Gentilhomme
de la Chambre du.
Roy. le vous appris ily a quel-.
ques années que Monfieur le
Duc de Saint: Aignan avoit :
épousé en ſecondes NocesMademoiselle
de Lucé , dont je
vous parlay en ce temps-là. Il
a- eu pluſieurs Enfans de ce
ſecond mariage ,&un Fils entre
autres qui portele nom de
Comte de SaintAignan.
La Maiſon de Beauvilliers
GALANT.
203
:
a eſté feconde en hommes illuſtres
. Emery de Beauvilliers,
Bailly &Gouverneur de Blois ,
Baron de la Ferté Hubert ,
épouſa Loinſede Huſſon-Tonnerre
, qui ayant ſuccedé avec
ſes Securs aux biens de ſes Neveux
Claude & Loüis', l'un
tué à la Bataille de Pavie
en 1525. & l'autre mort ſans
pofterité en 1537. cut leComté
de S. Aignan , qu'elle porta
dans la Maiſon de Beauvilliers .
De ce Mariage fortit René de
Beauvilliers , qui a épousé
Anne de Clermont Talart , Fil.
le d'Antoine II. Vicomte de
Clermont,Bailly de Viennois,
& de Françoiſe de Poitiers ,
Soeur de Diane , Duchefle de
Valentinois . Il fut Pere de
ClaudedeBeauvilliers,Comte
de S. Aignan , Gouverneur
16
204
MERCVRE
d'Anjou , qui en 1560. épouſa
Marie Babou , la Bourdaifiere ,
Fille de Philibert Babou , &
Soeur de Philibert , Cardinal ,
& de Jean , Grand Maistre de
l'Artillerie . Il en eut Honorat
de Beauvilliers , Comte de S.
Aignan , meſtre de Camp de
la Cavalerie Legere de France
& Lieutenant General deBerry
, & qui prift alliance ,avec
Jaqueline de la Grange , Fille
de François de la Grange ,
Sieurde Montigny , Maréchal
de France , & de Gabrielle de
Crevant. Ce fut de ce Mariage
que fortit François deBeauvilliers
, premier Duc de S. Aignan
, Pair de France , Chevalier
des Ordres du Roy, premier
Gentilhomme de fa
Chambre , & Gouverneur du
Havre de Grace , & de la Ville:
GALANT.
205
- & Chasteau de Loches , dont
je vous apprens la mort.
1
Eu vous parlant il y a un
mois de celle de Monfieur
l'Evefque d'Amiens , j'oubliay
de vous dire que ſon
corps avoit eſté tranſporté à la
Villede ce nom , pour eſtre inhumé
das laCathedrale. Ily fur
reçû parmy les larmes de ceux
de fon Dioceſe , vivementtouchez
de la perte d'un Prelat fi
dignede leur eſtime. Le 4. May
on porta fon Coeur das l'Eglife
des Cordeliers du Grand Conventde
Paris. La Reprefentationfur
laquelle il fut pofé a
voiteſté dreffée ſur une eſtrade
au milieu du Choeur , & elle
étoit éclairée d'une infinitéde
cierges. On chanta uneMeſſe
folemnelle , à laquelle aſſiſterent
plufieurs Prelats , &tous
206 MERCURE
les Superieurs des Maiſons Regulieres.
A la fin de la Meſſe
aprés les encenfemens & les
aſperſions ordinaires , le Coeur (
futmis dans le Sanctuaire du
coſté de l'Evangile. Ce fut le
lieule plus convenable que put
trouver le Pere le Franc , Docteur
de Paris ,&Gardien du
Convent , par les ſoins duquel
la Ceremonie a eſté faite pour
eftre le depofitairedu corps de
ce Prelat qui a preſché avec.
tantde zele tantd'éloquence &
tantde folidité les veritédel'Evangile.
Ce meſme Pere pour
reconnoiſtre les obligations
que fon Ordre avoit a ce grand
Evefque , qui avoit eſté tiré de
ſein en 165 1 fit faire le 9.de ce
mois dans l'Egliſe des Cordeliers
d'Aniiens , un Service folemnel
, où ces Peres n'oublieGALAN
T.
2:07
rent rien pour les tentures ,
les illuminations & les autres
decorations lugubres. L'Oraifon
funebre y fut prononcée
avec beaucoup de ſuccés par
le PereBarbin , Docteur de Paris
, & Gardien du Convent.
L'Intendant de la Province y
affiſta , ainſi que tous les Corps
de la Ville ..
Meſſieurs de l'Accademie
Royale d'Angers ayant propoſédeux
prix depuis quelques
mois pour ceux qui reuffiroient:
le mieux dans une matiere d'éloquence
& dans un ouvrage
de Poësie , choiſirent le 14. du
mois paffé pour en faire la diſtribution,
parce que c'eſtoit le
jour ou Louis le Grand a com
mencé à regner. Ces Prix étoient
deux Medailles de ce
- Prince. Le premier fut rempor,
208 MERCURE
té par Monfieur l'Abbé d'Arnoye
, connu par le talent qu'il
apour la Chaire , & l'autre par
Monfieur Magnin ancien
Conſeiller au Preſidialde Mafcontous
deux de l'Academie
Royale d'Arles . La ceremonie
commeça par unDifcours d'eloquence,
que MonfieurGobin
Premier Preſidentdu Preſidial,
& l'un des trente Academiciens
d'Angers , prononça
avec beaucoup d'applaudiſſement
l'Aſſemblée ſe fit dans la
grande Sallede l'Hoſtel de Ville
, à cauſe qu'on ne crut pas
que le lieu ordinaire de l'Academie
puſt contenir tous les
Auditeurs qui ſe preparoient à
eftre de cette Feſte .Les Dames
mefmey furent receuës , ce qui
n'avoit point encore eſté pratiqué
dans ces fortes d'AffemGALANT.
209
blées publiques . Les pieces qui
remporterent le Prix furent
leuës avec une approbation
generale.Le Corps de Ville qui
avoit fait la deſpenſe des Medailles
d'or & de la Feſte , en
donnantà Meſſieurs de l'Academie
un Appartement dans
fon Hoſtel , leur a demandé
qu'on fir tous les ans lePanegyrique
du Roy à pareil jour,
ce que ces Meſſieurs qui ont
dans leur Corps beaucoup
d'Orateurs , ont accepté avec
joye. Vous voyez par là ,Madamecombien
l'eſtabliſſement
desAcademies eſt utile , puis
qu'outre les avantages que
ceuxqui les compoſent tirene
de leurs Conferences, les Prix
que l'on y propoſe de temps
entemps , font naiſtre une noble
émulation qui fert à re
210 MERCVRE
veiller les eſprits par les charmesde
la gloire.
Ie vous ay parlé de divers
Ieux qui ſe font en pluſieurs (
Villes . Cequi s'eſt paffé à Morienval
, Bourg ſitué à deux
lieuës de Crépi , Capitale du
Valois , merite que je vous
en faſſe ledétail . La Feſteappellée
de l'Arc,y futcelebréele
Lundi 19.du dernier mois avec
beaucoup de folemnité. Trente
Compagnies confiderables
y arriverent des Villes voifi
nes, precedées de magnifiques
Enſeignes , de Tambours , Fifres
, Violons , Hautbois , Muſettes
de Poitou , & en general
de toutes fortes d'Inſtrumens
de Muſique , qui estoient fuivis
d'un Cortege fort leſte de
gens tres -bien faits &de bonne
mine. A meſure que ces
GALANT. 211
Compagnies arriverent à la
porte duBourg ,ellesly furent.
receuës parles Capitaines,En
ſeignes , Tambours , & Che+
valiers deMorienval , qui les
avoient convoquez pour faire
des Courſes , & qui les me
noient d'abord rendre leurs
devoirs à Madame de Kerfilis ,
Abbeſſe de Morienval,& Soeur
de Madame la Marquiſe de
Pluvaux. Cette Abbeſſe qui eft
d'un tres - grand merite , eſt
Dame duBourg , & des lieux
voiſins .Les Chevaliers de toutes
ces Compagnies aprés l'avoir
faluée la Pique en bas ,
remirent au fort le rang deleur
marche. On évita par là toutes
fortes de difpute. Le jour de
la Feſte eſtant arrivé,les Compagnies
ſe rendirent le matin
l'Eglifede l'Abbaye ,où Mon212
MERCURE
fieurGilluy,Docteur de Sorbone
, & Chanoine de la Cathedralede
Soiffons , officia , & fit
un fortbeau Difcours touchant
l'honneſte maniere de ſe divertir
fur tout dans un temps où
la ſanté de noſtre auguſte Monarque
donnoit àla France de
ſigrands ſujets de joye. Aprés
le diſné , les Officiers de chaqueCompagnie
s'aſſemblerent
dans le grandParloir de Madamel'Abbeffe
pour y regler toutes
choſes. On alla joüer la
Partie que l'on appelle d'Honneur
, & qui ſemble eſtre un
ſeur prejugé de la victoire
qu'on doit remporterdans tous
les Combats. Les Chevaliers
de Morienval la gagnerent
avec gloire dés leurs premiers
coups , aprés quoy toutes les
Compagnies vinrent les En
GALANT. 213
ſeignes déployées & en fort
bel ordre , chercher Mademoiſelle
de Bremenfany , Penſionnairedu
Convent, & queMadame
l'Abbeſſe avoit choific
pour tirer en ſa place le coup
du Seigneur. Elle eſt de Bretagne
,
de l'Illuſtre Maiſon de
Vauborel,& a mille belles qualitez
qui ſoûtienent dignement
les avantages de ſa naiſſance.
Elle ſe mit avecun air martial
àla teſte de toutes ces Compagnies
, & tira ſon coup avec
tant d'adreſſe , que de 4240 .
autres coups qui furent tirez
partous les Chevaliers & Archers
du leu , il n'y eut que
deux qui furentpareils au ſien .
Celadonna lieu aux Vers fuivans
, qui luy furent envoyez .
214
MERCURE
C'est pour vous
Déesse,
charmante
7
:
-Queparoiſſent nos Demy- Dieux.
C'est pourvous qu'ils vontfaire admirer
leur adreſſe .
Sus , qu'à l'envy dans ce jour glo.
trieux
-Chacun pourle Combat s'empreſſe.
Heureux qui touchera d'un coup victorieux
Celle qui touche tout d'un feul trait
defesyeux!
Avoirles differentes bréches
Que nous ressentons de vosfle
ches ,
Nous ne sçavons si c'est la Déesse
d.Amour
- Ou bien quelque jeune Guerriere
Qui paroist en cette carriere,
Et nos Buts , & nos Coeurs les fentent
tour à tour ,
GALANT.
215
Et bien mieux que Venus , que
Diane & Bellonne
Vous meritez de nous une triple
Couronne.
Mademoiselle de Bremenfany
fut ramenée en triomphe
, & aprés qu'elle eut receu
les loüanges qui luy étoiết
deuës , Madame l'Abbeffe fit
ſervir la Collation à tous les
Archers.Lelendemain on continua
de combattre , & ſuivant
les loix du leu , Meſſieurs de
Morienval furent ceux qui
* commencerent . Ils firent un
coup qui les rendit maiſtres
d'un desdeux Pantons.Toutes
les autres Compagnies tirerent
enfuite leurs fleches , chacune
à fon rang , & aucune ne leur
- put oſter le premier Prix quoy
qu'elles fuſſent compoſées de
T
:
216 MERCURE
gens d'une adreſſe merveilleufe.
Les Archers du Bourg d'Atrichy
remporterent le ſecond
Panton,& ceux de Viviers eurentle
Bouquet , pour l'année
prochaine. Meſſieurs de Compiegne
emporterent aufſi quelques
Cartes auſquelles il y
avoit des prix attachez . Cette
Feſte dura quatre jours , & tous
les foirs les Compagnies venoientarmes
bas , & Enſeignes
déployées , rendre compte à
Madame l'Abbeffe de tout ce
qui s'eſtoit paffle.
Monfieur l'Abbé d'Armagnaca
paru avec grand éclat
dans une Action qui s'eſt faite
depuis peu au College de la
Fléche. Il y expliqua uneEnigme
en Tableau en prefence
detoute la Nobleſſe du Païs ,&
fut l'admiration d'une tres-
: grande
GALANT.
217
grande Affemblée. L'Oeil étoit
le mot de cette Enigme. Le
Roy eſtoit peintau milieu du
Tableau , aſſis dans un Throne
, recevant tres favorablement
d'une main Monfieur
l'Abbé d'Armagnac , qui luy
eftoit preſenté parla Religion
fuivie des Vertus , & de l'autre
rejettant les Vices qu'on
avoit dépeints en Monſtres.
On expliqua toutes les proprietez
de l'oeil , dont on fic
L'application à la perſonne du
Roy. Il futdit entre autres choſes
que l'Ocil eſtant extremement
cher à tout le corps , au
moment qu'il fouffre toutes
les autres parties fentent ſa
douleur & y prennent part.
Cela convenoit à la derniere
- maladie de Sa Majesté , quia
mis toute laFrance en alarmes .
Juin 1687 . K
218 MERCURE
Aprés que Monfieur l'Abbé
d'Armagnac eut expliqué en
détail tout ce qui ſe trouvoit
dans fon Tableau , & qu'il en
eut marqué toutes le convenances
avec l'oeil , tant Phyſiques
que Morales , le tout par
rapport à Sa Majefté , dont il
fit unEloge continuel , il finit
par les Vers qui ſuivent ,
Ce n'est point par l'éclat d'une
illustre naissance
GrandRoy que je pretens attirer tes
regards.
1
Tant defameuxHéros , qui parmy
leshazards
Consacrerent leurs vie au bonheur
1
de la France ,
On avecque leurfang, transmis à
pleurs Neveux
DesSentimens plus genereux.
GALANT.
219
44
En vain tous ces grands noms qui
brillent dans l'Histoire
Fontfur moy réjaillir leur gloire,
Ie me croiray toûjours indigne de tes
yeux
Si la vertu n'est jointe aufang de
mes Ayeux.
LaVertufans tremblerfeulea droit
de paraître
Devant&leplus juste & le plas
granddes Rois.
Ellefeuleaujourd'huy peut ranger
Jousfes loix
Celuy que l'Univers voudroit avoir
pour Maistre.
Elle a toûjours regné fur tousses
Sentimens,
Elle regle les mouvemens
Dubras qui des Etatsregleles destinées
MilleNations eftonnées
K Σ
220 MERCURE
De voir fous tes destins leur pouvoir
abbatu ,
Enviant ton bon-heur admirent ta
vertu.
Elle trouve en ton coeur lamesme
oberffance
Qu'elle tefait trouver au coeur de
tes Sujets;
Et comme en tout tu fuisfes genereuxprojets
,
Toutfuit tes volontex , tout cede à
tapuiſſance ,
Atesſages Confeils rien nepeut refifter.
Sij'ose àtoy mepresenter,
Cen'est que sous l'abrydeſesfacrez
auspices .
O fi quelques regards propices ,
Seursgarands des bontez qu'apour
ellemon Roy.
Allantàlavertu pouvoient tomber
furmoy!
GALANT . 221
Cettefaveur ,Grand Roy , m'in-
Spireroitl'audace
Detefaire,àjamais leſujetde mes
Vers.
Onn'arien veu dans ce vafte Univers
(n'efface.
Quel'éclatdetonnom,queta gloire
Les coeurs &les esprits de toy feul
occupez
Ne peuvent plus estre frappez
Que de l'étonnement des exploits
incroyables
Que tufais chaque jour à nos yeux
eclater. :
Entoy Mars & la Paixſemblentse
disputer
L'honneurdenous montrerdesfaits
plus admirables.
Nous voyons à ton gre dans le
Seindu repos
La Victoirevoler où ton ordre l'ap.
pelle,
K3
222 MERCURE
Toy ſeulſcais luy montrer une route
nouvelle
Qui n'estoit point connueaux antiques
Heros.
Tu cueilles des Lauriers fans lefecours
des armes ,
Ils nefont arrofezny defang nyde
pleurs.
Quandfous les loix des Dieux tu
ramenes les coeurs,
Tujoins à resvertus tant d'invincibles
charmes,
Qu'àpresent l'Univers n'ades yeux
quepour toy ;
Ilfaut àfon amour que tabontéréponde.
:
Pour l'en recompenfer daigne donc,
ôgrand Roy ,
Souffrir que l'on t'appelle auiourd'huy
l'Oeil du Monde.
Nous avons appris icy la
mort de Madame l'Abbeffe de
GALANT. 223
Noſtre - Dame des Prez lez
Troyes , Ordre de Saint Bernard
, arrivée depuis peu de
jours . C'eſtoit une Dame d'un
tres -grand merite,& qui gouvernoit
cette Maiſon avectoute
la pieté imaginable depuis
vingttrois ans qu'elle en eftoit
Abbeffe. Sa naiſſance estoit
illuſtre , & vous n'en douterez
point lors que vous ſcaurez
qu'elle s'appelloitAnne Chryfante
de Gondrin de Montefpan
, & qu'elle estoit Soeur de
feu Monfieur de Gondrin, Archeveſque
de Sens fi generalement
eftimé de tous ceux
quil'ont connu, Elle avoit de
l'eſprit infiniment , & de ces
manieres grandes qui font aifément
diftinguer les perſonnes
de ſa qualité.
Rienn'eſt ſi inconſtant que
K 4
224 MERCURE
la Mode , & quoy que Mode
vettille dire une choſe actuellement
en ufage , les Modes
font fiincertaines en France ,
qu'on peut dire qu'il n'y en
apreſque jamais d'affurées ,
parce qu'il y en a trop , & trop
Youvent ,& qu'il fuffit qu'elles
forent recenës , pour faire
craindre qu'elles ne changent
bien toft. Cependant il faut
être à la Mode à moins que l'on
ne veüille paffer , ou pour ridicule
on pour avare ; mais la
difficulté eſtde ſe faifir des Modes
dans le moment qu'elles
paroiſſent, puis qu'à peine ſe
font elles fait remarquer ,
qu'on n'en voit plus que des
reſtes , étouffez par d'autres
Modes naifantes . Ce qu'il y a
de fâcheux , c'eſt qu'on n'eſt
pas toûjours en estatde ſuivre
GALANT. 225
les Modes dans leur fleur. Tel
quitte unhabit qu'il n'a porte
qu'une fois , à cauſe que quelque
mort l'oblige à ſe metrre
en deüil , qui ſe trouve hors de
Mode quand il reprend cet
habit. Ainfi il ne faut jamais
outrer les Modes , parce que
ceux qui les chargent davantage
, paroiſſent bien- toſt les
plus ridiculement vêtus .Celle
de cet Eſté ſont venuës tard
auſſi-bien: que les chaleurs .
C'eſt ce qui a obligé beaucoup
de gens à ſe faire faire des habits
d'Eſté de drap fin. La: Mode
la plus conſtante que nous
ayons euë depuis quelques
années , a eſté celle des Culotes
d'une étoffe differente de
celle des luſte -au- corps , les
Culotes eſtant de velours & de
Brocard,& les Iufte- au - corps,
K5
226 MERCURE
de drap&de ferge. CetteMode
commence à changer , &
la plufpart de ceux qui ont fait
faire des habits d'Eſté ,ont pris
des Culotes de la meſme étoffe
que lereſtede l'habit. Les Iufre-
au- corps font plus larges par
le bas qu'ils ne l'ont encore
eſté.Les manches ſont à botes,
& toutes plates, &la grandeur
da revers eſt un peu diminuée.
On voit beaucoup de poches
bizarement coupées , appellées
poches de Chaffe;elles ne
laiſſentpas d'eſtre preſque toutes
differentes , qitov qu'elles
portent lemêmenom.Les unes
ont deux langueres , les autres
trois,& les autres ont de petits
croiſſans tout autour . Leur
chamarrure eſt fort bizarre,
Les unes font chamarées en
chevrons les autres en zigzag,
GALANT. 1247
&les autres font toutes pleinesla
pluſpart s'en remettant
àleurs Tailleurs , qui ſoutiennent
que cequ'ils ont imaginé
eſtune Mode naiſſante . Aufli
ſeroit - il difficile qu'elle fuſt
plus nouvelle,puis qu'elle n'eſt
encore que dans leur imagination
.On ne voit de ces poches
bizarres qu'à ceux qui ſe
font fait habiller des premiers .
Ces placards d'or & d'argent
furdes habits dont le reſte eſt
uny,font un effet peu agreable.
Ce n'eſt pas la faute de
ceuxquienportent, puis qu'ils
ne font point les inventeurs
dune Mode qu'ilsnn''oonnttpriſe,
que parce qu'ils ſe ſont fair
habilleravant qu'on euft commencé
à faire des habits d'Eſté.
L'usage de cette Mode peut
neanmoins eſtre ſoufferte pour
K 6
228 MER CURE
de jeunes Officiers,mais elle
fied mal à ceux qui n'ont pas
l'air entierement cavalier. La
Mode des poches en long,autrementpoches
an trompettes,
eft toûjours en ufage parmy
ceux dont il eſt glorieuxde furvre
l'exemple. Les étofés les
plus àla mode font les Ras de
Siam, de Quebec,& de Castor.
Ces étofes font fort fines ,&
quoyqu'elles ayent l'oeil d'une
étofe d'Hiver , on ne laifle
pasd'en porter- beaucoup..La
couleur verdaftre eft entierement
bannie , mais celles de
mufe clair & de Caffé font.
tout-à-fait en ufage. Il yaencore
une petite étoffe nouvel
le,& qu'on trouve fort agreable,
elle reffemble à du Chagriinn
raye par petits filets de
couleur de gorge de pigeon..
1
GALANT! 229
T
On double tous les habits de
petits taffetas d'Angleterreglaeez
& jafpez , & affortiffans
aux étoffes des habits .. Quand
ces habits font à poches de
Chaffe, ces poches,& les revers .
demanchesdes Iufte- au- corps.
font chamarrez à plein d'un
petit galon tout uny , & fort
leger , d'or ou d'argent étroit ;,
mais un habit un peu diftingué
, eft chamarré d'un beau
galon d'or à liffere , fort luifantpar
tout , dont on couvre
les poches& les manches. Il y
a amli des habits avec une
petite broderie fort agreable
d'or paffé . Cette broderie fait
les meſmes compartimens que
formelegalon. Ces forresdha
bits font pour les perfonnes
d'une qualité diftinguée. Les
veftes les plus à la mode , &
230 MERCVRE
les plus riches,ſont d'une étoffe
nouvelle,dont le fond eſt de
gros de Tours , rayé d'or de
pouce en pouces le milieu des
raïes eſt rempli de petites fleurs
d'or àl'Indienne.Il y en a d'au .
tres , qui ſans eſtre rayées ſont
femées de ces fleurs . A l'égard
de la couleur de ces veſtes ,
elles fonttoutes en uſage. On
en porte de taffetas ſemblable
àl'habit, dont tout le devant
eft couvertd'un galon d'or ou
d'argent. On ſe ſert toûjours
d'Amadis fort chamarrez. lamais
on n'a tant vûd'habits de
Tiretaine. Ils font tout garnis
d'une petite nompareille d'or
furles coutures . Les veſtes de
ces habits font de meſfme
étoffe ,& toutes couvertes de
galon ou de nompareille d'or
de mefme que celuy des cou
GALANT
231
tures de l'habit .On porte anffi
des habits de Tiretaine avec
desboutonnieres d'or qui paffent
comme de la broderie.
Comme rien n'eſt ſi commun
aujourd'huy que l'or & l'argent
, & qu'il ne faut pas em- i
ployer de grandes fommespour
garnir unhabit de boutons , &
depetitgalon ſur les coûtures,
le peu de dépenfe a autoriſe
ceux qui ne font pas de qualité
à porter de l'or & de l'argent
,à en mettre ſur leurs habits
; de forte que les perfonnes
de naiſſance ne font plus
diſtinguées . Cela fait que plufieurs
commencent à porter
des habits unis avec des boutons
de la même couleur que
Phabit , mais avec des veſtes
fi riches , queles Bourgeois ne
peuvent on n'ofent en por
zer de même. Les Iufte-au232
MERCURE
corps bleus & d'écarlate font
toûjours àla mode; on lesdoubledela
même couleur qu'eſt
le drap. Ils font chamarrez de
galon , ou à boutonnieres. Les
revers des manches de tous ces
Iufte-au-corps font de la même
étoffe , furlaquelle on fait
diverſes chamarrures .Onporte
les chapeaux retrouſſez ,
avec un cordon or ou argent,
ou un tour de plumes blanc.
On voit ſi peu de chapeaux
gris , qu'on ne peut pas dire
qu'ils foient à la mode. Les
cravates font toûjours en- coletavecungros
noeud de ruban.
Onporte les bas de ſoye
affortiffans à l'habit. Les baus
driers ſont peu en uſage , &
on n'envoitpreſque plus. Les
Juſte-au - corps des perſonnes
de qualité qui accompagnent:
GALANT. 233
ordinairement Monseigneur
leDauphin àla Chaffe, étoient
l'année dernier de drap vert ,
& cette année ils font d'un
drapgris-brun , &brodez d'argent
.
Ie paſſe à l'Article desmodes
qui regardent les Femmes
, &je,vay tâcher de l'éclaircir
de maniere , que les
Tailleurs de voſtre Province
puiffent leur faire des habits.
àlamode , fur ce que je vous
diray. La mode des Manteaux
& des Hupes eſt toûjours en
ufage. Les Dames ont entierement
quitté toutes les étofes
de l'Eſté paffe ; elles font
habillées d'une propreté ex-
-traordinaire. Les étofes dont
onfait les Manteaux& les I
pes , font à petites rayes de
couleurs, de deux doigts en
234 MERCURE
deux doigts ; & au milieu de
ces rayes ſont ſemées de petires
fleurs d'or & d'argent fort
agreables . Il y en a d'autres
dont tout le milieu est d'argent
ſur un fond de gros de
Tours .On trouve de ces fonds
de toutes couleurs . D'autres
fontàrayes de couleur , larges
d'un doigt &onntt une raye
defleurs d'or ou d'argent , de
même largeur , qui fait le fond
de toute l'étofe. Cette étofe
S'appelle Marini y en adepuis
fept francs l'aune jusqu'à
vingt francs. On voitauſſi des
étofes toutes de ſoye ; ſcavoir
du gros de Tours , on taffetas
-fort; elles ſont rayées de grandes
rayes de cing ou fix couleurs
,parmy leſquelles l'amaranthe
regne beaucoup . Ces
3
étoffes font fort, bigarées , &
GALANT.M 235
font appellées Rigaudons. Les
Grifetesdes Dames ſont d'une
étofe de laine , rayée de
quantité de rayes de toutes
couleurs ,& on les appelle Siamoises;
cette étofe eſt àgrand
marché. Pour ce qui regarde
la maniere des Manteaux , la
gorge est fort converte ,& a
deux grands plis par devant ,
&unply renversé par derriere,
la bordure large , & un petit
aîleron à l'attachement de la
manche pliffée à l'Eſpagnole.
Cette manche eſt relevée
ſur le bras , & pend fur
le derriere & au dedans du
bras,&le roulement en eſt large.
Toutes les étofes qu'on
prend pour les lupes font en
travers ,& ces rayes font com--
me des cerceaux . Ces fortes
de Jupes fontfort propres aux
236 MERCURE
railles fines ; mais les Dames
qui ont un peud'embonpoint,
font faire leurs lupes à coins
tournez , avec un galon au bas.
Il ſe fait encore des Manteaux
tout unis de gros taffetas de
couleur , où l'on met autour
du colungalon d'argent tour
droit ; mais pour le gros roulement
de la manche , il fe chamarre
en ondes ; ou enlafſez
avec un gros noeud de rubans
au devant du Manteau. Les
Robes de chambre font toutà
faitgarnies de rubans fort
prés à prés , que l'on noue en
mettant ces Robes ; on y fait
deux plis fur les épaules , qui
prennent devant & derriere.
On ne porte plus de manches
dedeſſous . Les Dames portent
quantité de cornettes à la jardiniere
, faites d'une bandede
GALANT
237
gaze blanche , de demy -quartier
de large , avec une petite
dentelle fine autour , pliffée
fur la teſte , fur un bonnet &
une cornette de Marly. C'eſt
un Ouvrage à la mode , qui eft
une eſpece de canevas de fine
gaze vitrée , fur laquelle on
fait un ouvrage à l'éguille avec
du fil fort fin , lequel ouvrage
eft appelle Marly,& les Dames
s'y occupent avec plaiſir. Les
Fontanges font fort groſſes ſur
ces coëffures : elles ſont d'un
ruban d'or à jour , large d'un
travers du doigt , & garnies
de nompareilles de differentes
couleurs . Il y a encore d'autres
coëffures de gaze à petites
fleurs blanches. Les coëffes
noires font à l'ordinaire . Les
Eventails font à fond d'or &
d'argent , avec des figures de
238 MERCURE
la Chine ; on les appelle Even.
tails àla Siamoife. On porte les
Colliers de Perles fort gros ;
ils font d'une compoſition fi
ſurprenante , qu'ils paroiſſent
fins. Les plus beaux ſont de
deux Loüis d'or. Les Souliers
font àl'Angloiſe;& les Gands
glacez.
2
2: le vous envoye un nouveau
Printemps qui eft extrémement
eſtimé. Auſſi cſt-il d'un
excellent Maiſtre .
AIR NOUVEAU.
PrinRitnetmemppss,,ttuunn''aasspplluuss rien qui
flate mesdefirs,
Iefuis traby de celle que i'adore.
Helas! dans ces beaux lieux ou tu
fais regner Flore ,
Icnepuis retenir mes pleurs ny mes
Soupirs.
T
رو
les
que
ve
1
laere
bis
28
urs
Jole
Laux;
nte
Me-
1y ;
+
Printempirsjesuis trahy de celle
ja-do- beaux
307
D2
regner pleurs
lieux ou tu
ni mes sou.
I ne puis retenir mes
Soupirs.
L
S
GALANT. 239
En vain la naiſſanteverdure,
Le chantde mille oyſeaux ,& les
plus doux Zephirs
Sejoignentpourcalmer lapeineque
Pendure ,
A des coeurs plus heureux referve
les plaiſirs ,
Printemps,tu n'as plus rien queflatemes
defirs .
Le vray mot de la premiere
des deux Enigmes du mois
paſſe, estoit lafausse Monnoye,&
a eſté trouvé par Meſſieurs
Rouchet,ancien Curé de Nogentle
Roy ; de Girouville ; le
Fevre ; Sejournel;Geofroy Lavaus
, Medecin de Perigueux;
Da ... Amant de la charmante
Nanon de la ruë neuve de Melun
; l'Indifferent malgré luy ;
'e Marié fans amour ; la belle
lerond'Amiens , & les Affo-
1
234
MERCURE
ciez de bone humeur du quartier
Saint Paul . On a expliqué
la ſeconde. Enigme fur le leu
d Echets , le Manege ,l'Oreille,&
l'Escarpolete , & perſonne n'en a
trouvéle vray fens . C'eſtoit la
Berne.
La premiere des deux Enigmes
nouvelles queje vous envoye
, eſt de Monfieur l'Abbé
Darelle , & la feconde de Monficur
Rault de Roüen.
C
D
ENIGME.
Eux Freres & trois Soeurs d'un
Seul manteau couverts.
Qui fans fe dire mot paffent l'année
ensemble ,
Scront Tircis fi bon vous semble.
Les beros de ces petitsVers.-
Ces Freres en toutſontſemblables,
Leurfort est d'estre Porte-faix.
Ils
GALANT. 235
Ils ont comme leurs Soeurs les pieds
tout contrefaits ,
Leurpoliteffe plaist& les rend estimables
;
Mais ellene peut empescher
Que dans de certain temps qu'on
ofe en approcher
On ne les trouve insupportables.
Ils s'échauffentfans se fafcher ,
Leurrougeur n'estjamais un effet de
lahonte ;
Nyl'ouvragede la pudeur;
Aleurfront,des rides vainqueur,
Il est rare aussi qu'elle monte,
Malgré les differens emplois
Querempliffent chez nous ces cinq
enfansfan's mere,
L'oyfiveté ſemble leur plaire ,.......
Its paffentsouvent des fix mois
Toûjours debout à nerienfaire.
Leur pere avare&Sans amour pour
eux,2
Dèsqu'ilsfont nez au plus offrant
les livre ,
Juin 1687. L
236 MERCVRE
Ils n'en font pas plus malheureux.
D'un cachot comparable à l'Enfer
tenebreux
Cette cruauté les délivre.
Ils en fortent souvent pour loger
endes lieux
Où tout est magnifique , où tout est
precieux.
Pour corriger leurfroideur naturelle
Dont nos mains quelquefois leur ar
rachent l'aven ,
Soit qu'il faſſe chaud ou qu'ilgele,
Ils attendent toûjours qu'on leur
faſſe dufen.
AUTRE ENIGME .
Ay pris avecmonnom ma naisla
Cour ,
D'unebeautédigne d'un Prince,
Et dés cefavorable jour ,
Lecoursde Province en Province.
GALANT.
237
Le beau Sexeſeplaiſt àſe ſervir
de moy ,
Mais dans unfigalant usage ,
Qu'il eſperepar mon employ
Tirer un brillant avantage.
S'il aime à me donner les plus
rares couleurs ,
Ilcherche en leur éclat des charmes,
Pour toucher lesyeux & les coeurs,
Etfournirà l' Amour des armes.
Lorsqu'on m'oſte d'un lieu gloricux ,
:
éminent
,
Oujefais noblement placée ,
Onm'y remet incontinent ,
Apres quela nuit eftpaffée.
Ie ne vous ay encore rien dit
du Voyage du Roy à Luxembourg.
Vous pouvez connoif-
L 2
238 MERCVRE
trepar là que j'ay voulu faire
quelque choſe de confiderable
fur ce Voyage ; je ſuis venu à
bout de mon deſſein , & aprés
beaucoup de recherches/ curieuſes
, j'ay trouvé de quay
faire fur ce ſujet une Lettre entiere
qui fert de ſeconde Partie
àcelle- cy.Peut- eſtre n'auriezvous
pas cruqu'un ſi court Voyage
euſt fourny tant de matiere;
mais quand il s'agit d'un
Iournal de ce que faitle , Roy,
on en a toûjours de reſte,quoy
que ce Journal foit de peu de
jours. Celuy de Monfieur de
Louvois , qui a eſté de prés
de deux cens cinquantelieuës,
entre auffi dans cette Lerr
Cie,
outre une ucicription de la
Ville de Luxembourg , telle
qu'elle eſt aujourd'huy ,& les
choſes queje rapporte des Pla-:
GALANT.
239
ces que ce miniſtrea viſitées ,
font connoiſtre en quel eſtat le
Roya mis l'Alface & laProvince
de la Sarre depuis quinze
ans. Vous verrez dans la meſme
Lettre avec quelle maniere
honneſte le Roy a eu la bonté
de diſſiper les alarmes , que
d'ambitieux intereſſez ,jaloux
de la gloire de ce Monarque,
vouloient donner à toute l'Europe
, dans l'eſperance de ſe
prevaloir des troubles qu'ils
pretendoient exciter. Toutes
ces choſes estantplus que ſuffiſantes
pour remplir la ſeconde
Parriede cette Lettre,j'ay pl
toſt eſtéobligé de les reſſerrera
que de les étendre. Elle finit
par quelques articles de ce qui
s'eſt fait à Versailles , mais ce
que j'en dis s'eſtant paſſe incontinent
aprés le retour du
)
L3
240
MERCVRE
Roy , ſemble eſtre encore du
Voyage .
J'apprens que le Gouvernement
du Havre qu'avoit
feu Monfieur le Duc de S. Aignan
, a eſté donné àMonfieur
le Duc de Beauvilliers fon Fils ,
& celuy de Loches à Monfieur
le Marquis de Livry ſon Gendre
, & que Monfieur deBeauvilliers
donne encore cent mille
francs àMadame de Livry ,
parce qu'elle avoit un Brevetde
retenuë de cinquante mille
écus fur le Gouvernement du
Havre. Monfieur de S. Aignan
avoit auſſi les provifions d'une
Charge de grand Arpenteur de
France , dont il n'avoit pas encorejouy
, & le Roy les a fait
expedier en faveur de Monſieur
le Duc de Beauvilliers .
Jefuis , Madame , Voſtre, & c .
GALANT . 241
Q
AVIS.
Velques prieres qu'oonnaitfaites
iusqu'à present de bien
écrire les noms propres employez
dans les Memoires qu'on envoye
pourleMercure , on ne laiſſe pas
d'y manquer toûjours. Cela est cauſe
qu'ily a de temps en temps quelques-
unsde ces memoires dont on ne
Se peutfervir. On reitere lamesme
priere de bien écrire ces noms , en
Sortequ'on nes'ypuiſſe tromper. On
ne prend aucun argent pour lesmemoires
, & l'on employera tous les
bons ouvrages à leur tour , pourvû
qu'ils ne deſobligent perſonne &
qu'il n'y ait rien de licentieux.
L'on priefeulement que l'on ait
Soin d'affranchir les lettres deport.
Extrait du Privilege du Roy.
Ar & Privilege du Roy , donné à
Pchavillele18.Juillet1683.Signe, Par
leRoy en fon Confeil IUNQUIERES. Il eſt
Permis à I. D. Ecuyer , Sieur de Vizé de
faire imprimer tous les Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , contenant
pluſiyurs Pieces , Relation, Hiſtoires Avantures
,& autres Ouvrages hiſtorique, curieux
& galans , pour la fatisfaction de
nôtre cher &tres amé Fils LE DAUPHIN ,
pendant le temps & eſpace de dix années
à compter du jour que hacun deſdits
Volumes ſera achevé d'imprimer pour la
premiere fois : Comme auſſi défenſes ſont
faites à tous Libraires , Imprimeurs Graveurs&
autres, d'imprimer graver & debiter
ledit Livre ſans le conſentement de
l'Expoſant,ny d'en extraire aucunePiece,ny
Planches fervant à l'ornement dudit Livres
mefine d'en vendre ſeparément,&dedonner
à lire ledit Livres le tout à peine de fix
mille livres d'amende contre chacun des
contrevenans , & confifcation des Exemplaires,
contrefaits ; ainſi que plus au long
il eſt porté auditPrivilege.
Regiſtreſur le Ligure de la Communauté le 14
Septembre 1683.
Signé ANGOT , Syndic.
Et ledit Sicur I. D. Ecuyer , Sieur de
Vizé, a cedé & tranſporté ſon droit de
Privilegeà Thomas Amaulry , Libraire à
Lyon , pour enjoüir ſuivant l'accord fait
catr'cux.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le