→ Vous voyez ici les données brutes du contenu. Basculez vers l'affichage optimisé.
Nom du fichier
1687, 05 (Lyon)
Taille
8.32 Mo
Format
Nombre de pages
285
Source
Année de téléchargement
Texte
lIBEqilixublbrualifsitmroitfhfeimcuæs
LPA&urrgocdrhueinxeepnifficsopus
NCC.dSeaoeSumlfilvleilgluilsoe
STJPoraciEtinreiStuamUtis
atT1atae6ntbf9nrut3iloabiusmietnti




807156
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
ΜΑΥ 1687 LYON
DE
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY , ruë
Merciere , au Mercure Galant.
M. DC. LXXXVII.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.

TABLE.
PPlusieurs pieces en vers de
Madame des Houlieres , fur des
Rimes qui luy ont esté données
parMeſſieurs les Ducsde Vivon.
ne & de Nevers.
Deviſes.
Sonnets.
Nouvelles du Mogol.
Lettre écrite de Bagnagar.
9
18
21
23
26
Madrigal. 34
La Suson de Monfieur de Vin. 37
Nouvelle Liste des Preſens envoyez
àSiam.
40
Lettre écrite par Monfieur le Duc
de S. Aignan , fur le mot de
Vieillarde , nouvellement mis en
usage. 81
Réponseàcette Lettre. 84
Histoire, 9
TABLE.
98
Tout ce qui s'est passé dans la Conference
tenue à Ceret entre les
Commiſſaires de France & d'Efpagne.
Nouvelles réjoüiſſances faites en
quelques Villes de France. 120
Divers Ouvrages faits à la gloire
defeu Monsieur le Prince. 156
Réjoüiſſances faites à Rome par
Monsieurle Cardinal d'Estrées
pour la Convalescence du Roy.90-
Feſte donnée par Monsieur l'Abbé
Elpidio Benedetti , Agent des
Affaires de France à Rome. 209
Monsieurle Marquis de Villiers
d'o , eft nommé Couverneur de
Monsieurle Comte de Thoulouse.
213
Le Roy fait Monsieur de Pont de
Chartrain troifiéme Intendant
des Finances , & Monsieur de la
Faluere est nommé en ſa place
Premier President au Parlement
deBretagne. 214
TABLE.
La Chargede Premier Preſident au
Parlement de Thoulouſe eſt donnée
à Monfieur Morand. 217
Service folemnel pour Madame
Brulart de Sillery. 220
Monfieur le Bret eft nommé Inten.
dant en Provence.
219
Ceremonie faite à l'Abbaye Saint
Antoine des Champs. 222
Extrait de l'oraiſon Funebre de
Monsieurle Prince faite par le
PereBourdalouë.
227
Départ d'une Efcadre de Vaisseaux
du Roy pour Canada . 245
Morts. 249
Livres Nouveaux.
253
Noms de ceux qui ont deviné les
Enigmes. 257
Enigmes. 258
Concluſion concernantplusieursArticles
refervés . 260.
4
Avispourplacer les Figures.
L'Air qui commence par ,
Taiſez- vous Rossignols vostre
chantm'importune, doit regarder
la page . 34
Le Pont d'Effeck doit regarder
la page. 159
L'Air qui commence par
Toutes lesfois que jevous voy doit
regarder la page . 260
MERCVRE
E
MERCURE
GALANT
TERUS DELAVIL
LYON
ΜΑΥ
1687.180
OUTES les chofes qui
éclatent aujourd'huy
le plus dans le monde,
& qui ne feront pas moinsl'étonnement
des Siecles à venir,
qu'elles font l'admiration de
celuy- cy , ont eu un commencement
& un progrés , avant
que d'atteindre à un certain
May 1687. A
2 MERCURE
point de perfection , auquel il
n'eſt preſque plus poſſible de
rien ajoûter , quoyqu'on travaille
toûjours à en chercher
les moyens. Le modelledeces
grands Vaiſſeaux qu'on voit
voguer ſur les Mers , fut pris
d'abord de deux ais cloüez
enſemble , & c'eſt ce qui a fervy
de commencement aux
Flotes qui ſeroient aujourd'huy
capables de tranſporter
dans un autre monde tout ce
que contient celuy-cy , fuppoſé
qu'on le vouluſt aller habiter.
LaPeinture a commencé
par les contours qu'on prenoit
de l'ombre que formoit la
figure d'une perſonne ſur la
terre , ou contre une muraille .
Les Sçavans ontappris àconnoiſtre
les lettres de l'AlphaGALANT.
3
a
a
e.
コー
a-
ไว้
beth , avant que de penetrer la
profondeur des Sciences , &
les plus grands Pecheurs , &
ceux mefme qui n'ont connu
le vray Dieu que long - temps
aprés qu'ils font venus au
monde , l'ont preſché aux Idolâtres
,&leur ont fait partdes
lumieres de la Foy. Quand on
a porté ces lumieres chez les
Nations qui n'eſtoient point
éclairées , on y a fait d'abord
ſi peu de progrés , qu'il fembloit
que l'ardeurdes plus zelez
pour le ſalut de ces Peuples
, devoit demeurer infru-
Aueux. Cependant le temps
qui amene tout , pourveu
qu'on ait la conſtancede ne ſe
point relâcher , a fait convertirdes
Villes & des Provinces
entieres. C'eft , Madame , ce
A 2
;
4 MERCURE
qui nous doit faire eſperer des
fruits beaucoup plus confiderables
, des grandes chofes que
leRoy a faites ,& qu'il execu
te encore tous les jours , afin
que les progrés de la Miſſion
de Siam s'augmentent. On ne
voit plus que Temples élevez
à la gloire du vray Dieu, dans
ce Pays , où l'Idolâtrie regnoit
ſeule avant que les Miſſionnaires
y euſſent eſté receus ; & ce
qui marque le bien que le Roy
fait à la Religion Chretienne
en foûtenant cette Miſſion ,
c'eſt que ce puiſſant Eftat ſe
trouvant remply de peuples
d'un tres - grand nombre de
Nations differentes , la Reli-
1
)
gion y fait tous les jours d'autant
plus de fruit , que ceux
qui ſe convertiſſent , annonGALANT.
5
cent enſuite l'Evangile dans
les lieux de leur naiſſance . Les
Siamois meſmes qui embraffent
la Religion Catholique ,
font de grands progrés ſur
ceux de leur Nation , & l'Eccleſiaſtique
de Siam dont je
vous ay déja parlé pluſieurs
fois, & fur tout lors qu'il foutinten
Sorbonne , eſtant demeuré
à Paris dans le Seminaire
des Miſſions étrangeres ,
a inſtruit à la Foy Catholique
deux Siamois , qui avoient
eſté amenez en France par les
Mandarins qui y vinrent en
l'an 1685.& huit autres que les
Ambaſſadeurs qui viennent
de s'en retourner , y ont laifſez
pour ſe perfectionner dans
les Arts que le Roy de Siam a
jugé qui luy pourroient eſtre
les plus utiles. Le mefme Ec-
A 3
6
MERCVRE
cleſiaſtique a encore inſtruit
un Siamois qui apprend la
conduite des Eaux à Verſailles
, & ils ont tous receu le
Baptefme. Il y a ſujet de croire
qu'ayant eſté convertis par
un Eccleſiaſtique deleur Nation
, lors qu'ils feront retournez
en leur Pays , ils y répandront
les lumieres qu'ils ont
receuës , à l'imitation de celuy
dont ils les tiennent. Ce
qu'il y a de remarquable , &
qui doit faire eſperer beaucoup
pour l'avancement de la
Religion chreſtienne , c'eſt
que les Ambaſſadeurs de Siam ,
avant que de quiter la France,
ont permis aux Siamois qu'ils
y ont laiſſez , de ſe faire baptiſer,
en cas qu'ils s'y ſentiſſent
portez . Il ne faut pointde raiſonnement
pour faire connoiGALANT.
7
τ
-
e
α
-
a
ft
1,
e,
Is
P
ent
ai
oi
ftre que la conſideration qu'ils
ont pour le Roy , les a obligez
à leur donner ce conſentement.
Ainſi j'ay eu raiſon de
vous dire que la Religion devra
beaucoup à ce Prince , &
de croire que puis qu'il s'attache
à tout ce qui la peutaugmenter
dans toutes les par .
ties du monde , ces heureux
commencemens ne peuvent
avoir que de grandes ſuites, &
ſeront ſemblables à ce que je
vous ay marqué qui avoitreceu
de fi grands accroiffemens.
On pourroit mefme ſe
promettre d'avantage , & en
moins de temps , puiſqu'on
n'a point encore veu de lenteur
en aucune choſe que le
Roy ait entrepriſe , & que refoudre
, executer & reüffir ,
font preſque la meſme choſe
A 4
8 MERCVRE
en ce grand Monarque. Il ne
faut pas s'étonner aprés cela
fi l'on entend retentir ſes
loüanges dans tous les climats
du monde , & fi meſime le beau
fexe ſe fait un plaifir de monter
ſur le Parnaſſe , pour apprendre
à celebrer les merveilles
de fon regne dans le langage
des Dieux. L'Illuſtre Madame
Deshoulieres eſt une de
celles qui le parlent le plus purement
, le plus ſouvent , &
avec le plus d'approbation . Je
vous envoyay le mois paſſé un
de ſes plus beaux Ouvrages ,
dans lequel elle s'eſt aſſujettie
aux rimes en qüille dans tous
les Vers feminins. En voicy
d'autres de meſme nature , fur
des rimes en ailles , en eilles , &
en ille , qui ont efté auſſi applaudis
que le premier. Son
GALANT .
9
a
S
S
-
Dagenie
eſt merveilleux en toutes
fortes de matieres , mais
fur tout lors qu'elle entreprend
de loüer le Roy. On
connoiſt par là l'ardeur de fon
zele.
RIMES EN AILLES.
a- Toy qui depuis que du Cabos
de
u-
&
Je
un
es,
Ontira la Terre & les Flots
Es Apollon quand tu rimailles ,
Es leSoleilquandchaque jour
Dans un long er penible tour
Anous éclairer tu travailles ,
Si tu ne views m'aider , je pers
1
tie L'honneur de bien faire des Vers.
OUS
icy
fur
&
ap-
Son

Ilfaut fur des Rimesen ailles ,
Rimes quifont paſlir d'effroy ,
Celebrer Lovis, cegrand Roy [les,
Qui reffemble au Dieu des Batail-
Qui prendce qu'il s'est proposé
A 5
MERCVRE
s que nul ait encore osé
fur luy de reprefailles ;
i
ui voit naistre defon Dauphin
Dont la gloire ſeraſans fin ,
Quantitéd' Auguftes Marmailles;
Quidans fes Gardes neveut pas
Qu'il foit enrollé de Soldats
Quinefoiet des plus hautes tailles;
Qui fait paffer des foirs charmans
Dansses vaftes Appartemens ,
Parez, non de veilles claincailles .
De colifichets, derocailles ,
Mais de riches Ameublemens,
Tels que ceux de ces vieux Romans
Qu'aimoit tant à lire Fontrailles ;
Qui chezle perfide Genois
Brife Temple, Palais , murailles.
Qui toûjours heureux dans ſe
choix ,
En Ministres fit des trouvailles ;
Qui du bruit de fes grands exploits
Remplit celle à qui dans cing mois
GALANT. 11
Il faut confier lesfemailles ,
Celle que pare le Printemps
De Fleurs&de vertes brouiſſailles
Celle dont foüillent les entrailles
Chercheurs d'or& de Diamans ,
5
S
Etcette autrefur qui les Vents
Ont caufé tant de funerailles ,
Etdont lesmuets habitans
うOnt le corps riveſtu d'écailles 5
5 Qui victorieux des erreurs
Fait dans le bercaildes Pasteurs ,
Rentrerdes millions d'Oüailles;
Ens
?
es.
fe
;
loits
nais
Quifeulfon Empire conduit ,
Qui tient dans un charmant reduit
Nombre d'estrangeres volailles ;
Quidefon Peuple eſt ſi chery,
Qu'aussi tost qu'on leſçeut query.
Magistrats , Financiers, Canailles
Tout fit chanter en divers lieux
Des Te Deum melodieux,
Tout mangea chapons , perdrix ,
cailles,
Et mitfur 3 le culfesfutailles
A6
12 MERCVRE
Veuillent nous preferver les Cieux
De plus voir de telles gogailles,
Qui des fils deses petitsfils .
Si nosfouhaitsfont accomplis.
Verra toutesles épousailles ;
Qui de ses heroïques faits ,
Soit dans la guerre ou dans lapaix.
Afuit fraper force Médailles
Plus belles que les antiquailles ;
Quidompte Alger & Tripoli ;
Qui dans l'agreable Marly ,
Faitsouvent de groffes ripailles,
Et qui feratrembler de peur
Le Roy d'Espagne & l'Empereur
Dés qu'ilfortirade Versailles.
RIMES EN EILLES..
I'ma voix avoit les doux fons
Des Malherbes&desCorneilles ,.
Loüisferoit toûjours l'objet de mes
Chanfons..
Quel plus beau sujetpour mes
veilles,
GALANT.
13
S..
ns
és,
es
mes
Qu'un grand Royde qui tous les
jours
Nefont qu'un tiſſu de merveilles,
Et de qui l'air & les discours
Font entrer dans les coeurs un mil.
lion d'Amours ,
Par lesyeux & par les oreilles?
Raiſon , toy que les Roys confultent
rarement
2
Tusçais que ce Heros charmant
Nefait que ceque tu conſeilles.
Nimphe,quijamais ne sõmeilles,
Tu Sçais qu'avecque tes cent
201x.
Tun'en a pas affez pour conter les
Exploits ,
Et le nombre infini des vertusſans
pareilles
Qui lefont le plus granddes Roys.
Leschamps ont moins d'épics , les
ruches moins d'Abeilles ,
Qu'il n'a resen du Ciel de sharmes
14 MERCVRE
Seducteurs.
Ah , courons au Parnaffe , & des
plus belles fleurs
Pour couronnerſon front remplisfons
des corbeilles.
*
Puiffent aller mes Vers àl'aide de
fon nom
Des bords où le matin la mere de
Memnon
Peint le Cieldes Couleurs vermeilles
,
Iuſques à ces tristes climats
Ounepeuvent croître les treilles
Et dont les Habitans ne laiſſent
pourtant pas
D'aimer à vuider les bouteilles.
RIMES EN ILLES.
Emme d'un Dieu qui n' FEM
beau ,
'estpas
Et qui ne vapointfans bequille,
GALANT. is
e
de
2
Dèeffe de qui le berceau
Fut unesuperbe coquille ,
Ne me refuse pas aujourd'huy ton
Secours ,
Ordonne que des leux , des Ris , &
des Amours
Latendre & galante quadrille
Répandeſes attraitsfur mon foible
discours.
Venus, j'en ay beſoin; onveutque
jebabille
۲-
De ce Heros quifeulà tous lesagreles
mens
ent Des deux plus chers de tes Amans.
Dansſesyeux certainfeu petille
les. Quiſouvent à causé degrands embrafemens
.
5.
Ipas
La Fonquille
Tel estoit ton Chaffeur dans ces
heureux momens
Où couchéfur l'Oeillet ,la Rose &
Tu daignois l'honorer de tes embraf- milles
Lemens
16 MERCURE
Non moins semblable au Divin
Drille
Quivient aufortir des combats
Se delaſſer entre tes bras .
LOUIS humilia l'orgaeil de la
Castille
Dompta l'ingrat Batave & vain .
quit le Germain ,
Fit tomberfous l'effort de cent bouches
d'airain ,
Comme tombe en esté l'èpy ſous la
faucille ,
Le parjure Genois &le dur Afriquain
Cen'est passeulement le tonnerre
à la main,
Que ce Monarque est grand , que
Son courage brille ,
Ne l'avons- nous pas veu montrerun
frontferein
Dansde vives douleurs, dans unpe
ril certain,
GALANT .
17
-
A
-
re
це
140
pl
Et ne s'en ébranler non plus que la
Bastille?
Quel Sage , quel Heros,fuft- il Grec
ou Romain,
Peut du piedde LOUIS atteindre à
la cheville ?
Auſſi du bout de l'Univers
LesPeuples quele Soleil grille
Traverſent pourle voirlevaſteſein
desMers.
Quepour nous rendre heureux il
prend deſoins divers !
Dansſes vaſtes Estats chaque Place
fourmille
De cent & cent ieunes Guerriers ,
Qu'ily met pour apprendre à cueillirdes
Lauriers.
Dans un ſuperbe Enclos plus d'une
illuftre Fille
Trouve dés fon enfance un fecours
Sur& doux ?
Dans un âge plus meur on luy donne
un Epoux ,
18 MERCURE
Où l'on metſa pudeur à l'abry d'une
grille.
Peredefes Sujets il nourrit , il habille,
Ces malheureux Enfans quinefont
heritiers,
Que des titresfameux que des Siecles
entiers .
Ont conſervez dans leur Famille.
Filledesflots amers,agreable Venus,
Aqui les doux transports nefont
pas inconnus ,
Crois-tu que defilen aiguille ,
Quand on voit trop ſouvent ceRoy
charmantà voir ,
On nefaſſe jamais en dépit du de.
voir ,
Quelque legerepeccadille ?
le vous envoye deux Deviſes
de M. Magnin , ſur l'Herefie
abattuë . L'une a pour
corps le Soleil qui attire des
GALANT . 19
t
09
Be..
e-
He
Dur
Hes
vapeurs d'un Marais , & ces
paroles pour ame ,
convertat.
Trahit ut
De son aspect suivezle doux
empire,
Cet Aftre va changer vostre fort
aujourd'huy ,
Laiſſez- vous attirer , élevez-vous
à luy ,
Ilvous convertira pourvû qu'ilvous
attire.
Quittez de cet impur marais
L'infection si méprisée ,
Etfur la terre deformais
Vous retomberez en rofèe.
L'autre eſt une Hydre renverſée
par terre , & dont toutes
les teftes ſont coupées,avec
ces mots , Magni voxfolarecidit.
Tranquille en fon Palais ,Sans
guerre,fans épées,
L
20 MERCVRE
LOVISparle , àfes piedsle Monftre
eftabatu.
O France , heureuſe France !
àces teftes coupées
Connoisde ton Heros laforce
& lavertu .
Le mot de Magnus donné
au Roy dans cette Deviſe ,
n'eſt point aſſez grand pour le
plus grand Prince qui ait jamaismonté
ſur le Trône . C'eſt
ce qui a donné lieu à ce Diſtique
Latin du Pere Paul de la
Mere de Dieu, Religieux Carme
Reformé de Rennes , &
Docteur en l'un & en l'autre
Droit. Comme il ne s'agit que
de deux Vers , la grandeur de
la matiere les fera fouffrir en
une Langue , qui eſt ordinairement
bannie de mes Lettres .
Cognomen Magni minus est
tibi; Maximus immo
GALANT. 21
2
تو
e
--
ft
1-
la
۲۰
re
:
Maximus Heroum, se, LODOICE
, decet.
Le Sonnet qui fuit conſole
ra vos Amies du beſoin qu'ellesauront
que vous leur donniez
l'explication de ces deux
Vers . Il eſt de Monfieur Robbe
, connu par pluſieurs Ouvrages
qui ont eſté favorablement
receus du public.
AU ROY.
Sur ce qu'en le peignant on
me ne sçauroit peindre ſa Gran-
Le deur.
en
is
.
ft
Rand Roy , depuis qu'aux
yeux de l'Europe étonnée,
Tu fils de ta valeur triompher ta
bonté;
22
MERCURE
Que de tes grandsExploits l'Ibere
épouvanté ,
Vit Soudain , par Toy feul , ta
Victoire bornée.
La Frontiere en repos ne voitplus
chaque année,
De tonfrontglorieux l'auguste majesté;
Ellepaye ,à son gré, trop cher sa
liberté,
Et voudroit déja voir la Treve
terminée.
Tous les efforts de l'Art n'ont pû
dans tes Portraits ,
A
Exprimer la Grandeur par de fidelles
traits ,
Pour adoucir l'ennuy qu'ony fouffre
àt'atendre.
Appelle ſeul ... mais ; non; ſaiſi
d'un juste effroy , la
GALANT . 23
,
ل ا
Ilauroit laiſſé choirfon pinceaudevant
toy ,
Luy dont la main trembloit enpeignant
Alexandre.
Aprés vous avoir parlé du
pla plus grand Roy de la terre , il
faut vous faire part des nouvelles
qu'on a euës d'un des
plus puiſſans Souverains des
Ser Indes. C'eſt du Grand Mogol ,
dont l'Empire , qu'on appelle
Tree auſſi Indoftan , comprend la
plus grande partie de la terre
ferme de l'Inde . Cet Empire a
fix cent cinquante lieuës d'étenduë
d'Orient en Occident,
def & plus de quatre cens cinquante
du Septentrion au Mifouf
dy. Oncompte ordinairement
quarante Royaumes dans les
Eſtats du Mogol,& ces Royaumes
tirent preſque tous leur
ont
n
nom de celuy de leurs Villes
24 MERCURE
,
Capitales. Agra & Deli font
les principaux . La Ville d'Agra
, oùl'Empereur faitſon fejour
le plus ordinaire , eft fi
grande & fi remplie d'Habitans,
qu'on en pourroit tirer au
beſoin deux cens mille hommes
capables de porter les armes.
Le Mogol ſe vante d'eſtre
defcendu en ligne directe de
Temir-langue , c'eſt à dire
Temir le Boiteux,appellé vulgairement
Tamer - lan , qui
eſtoit de la Famille de Chinguis-
Chan , Roy de Tartarie.
Chah Jean , Pere de celuy qui
regne aujourd'huy , eſtant
tombé dangereuſement malade
en 1654.& fa maladie ayant
duré fort long- temps , ſes quatre
Fils qu'il avoit faits Gouverneurs
des quatre plus confiderables
Provinces de fon
Eftat,
GALAN T.
25
-
e
He
1-
ui
nie.
qui
ant
laant
1a-
วน-
onfon
cat ,
Eſtat , prétendirent tous à la
Couronne , & prirent les armes
. La guerre duraquatre ou
cinq ans. Le troifiéme nommé
Aureng - Zebe , en faiſant
profeſſion de Fakire ou de
Dervich , c'eſt à dire de devot,
attira dans ſon party Morad
Backche , fon cadet ,&luy fit
croire qu'il n'armoit contre ſes
Freres que dans le deſſein de
le couronner. Il défit ſes deux
aiſnez , & ſe plaça ſur le Trône.
Il fait aujourd'huy la guerre
au Roy de Golconda. C'eſt
unRoyaume des Indes dans la
Preſqu'Ile de déça le Gange.
La Ville de Golconde eſt belle
& tres grande . On la nomordinairement
Heider me
Abad , & par corruption Hidraband
. Heider - Scha qui la
fitbaſtir , luy donna fon nom
May 1687 . B
いいん
26 MERCURE
Elle eſt ſituée au bas d'une
Montagne , fur laquelle on a
conftruit la Fortereſſe,appellée
Golconde. Le Palais du Roy ,
qui eft Mahometande la Secte
des Perſes , y fait comme une
troifiéme Ville. La Lettte qui
fuit vous apprendra les derniers
evenemens qui ont éclaté
dans ce Royaume.
ABagnagar le 20. Avril 1686 .
Vousaurez une mes
Ous aurezſceu par une demes
Roy de Golconda étoit fur les frontieres
pour empefcherl'entrée à celle
du Mogol. Cette Armée , l'entens
celledeGolconda , eut toûjours l'avantage
iuſqu'au 20. Oftobre dernier
; maispar une trahison deMa
dena premier Ministre de ce Royaume,&
deMabomet Ibrahim, autre
Ministre du mesme Royaume , auGALANT.
27.
a
equel Madena avoit fait ofter la
Charge de Generaliſſime pour la
et donner àſon Frere , elle lâcha pied
du coſté de cette Ville , & l'Armée
te du Mogol commença à la ſuivre
nt journée à journée iusqu'à Bagnagar,
où elle entrasans aucun obsta
et. ole le 29. du mesme mois , & l'Arla
mée du Roy de Golconda alla camperſous
la Forteresse de Golconde.
Le lendemain Madena fit appeller
Mahomet Ibrahim , qui fut
averty ques'il entroit dans la Foredh
tereſſe,ſa teſte y demeureroit. Il
fion profita de l'avis , monta à cheval ,
cell & alla se mettre fous la protection
att de Sultan Chaalem , qui comman-
I doit l'Arméedu Mogolfon Pere.Suldea
tan Chaalemluy fit grand accueil ,
Ma & quelques jours aprés Aurengoyat
Zebe , grand Mogol , luy envoya
ault un Daulet de fix mille Chevaux,
, c'est à dire ; une commiſſion pour en
B 2
28 MERCURE
recevoir lapaye. Madena estoit en
la prefence du Roy de Golconda dans
le temps que la nouvelle vint à
ce Prince que Mahomet Ibrahim
s'estoit enfuy , & on dit qu'il avoit
eftédéia averty que Madena luymesme
s'entendoit avec Chaalem.
Le Roy luy demanda ce qu'il diſoit
de la fuite d'Ibrahim , & Madena
répondit quefi Sa Maiesté luy en
donnoit la permiſſion , il trouveroit
moyen de vavoir ce Traiſtre. En
mesme temps il voulut fortir de
la Fortereffe. Le Royſe leva , & une
Femme des plus confiderables du
Aram ou Serrail , commença de
dedans à éclater en injures contre
Madena. Elle dit ensuite au Roy
que ce Traiſtrene vouloit fortir de
la Fortereſſe , que pour s'aller ietter
entre les mains deſes Ennemis.Enfin
foitdelavolontédu Roy oude cette
Femme , un Cafre , Esclave du dé.
GALAN Τ.
29
En
A
in
th funt Roy, eut ordre de tuer Madena,
ce qui fut auffi-toft executé, & dans
la propre Maison du Roy.Ce Cafre,
accompagné de pluſieurs autres Ef-
Jolt claves de ce Prince , alla chez Encana.
Frerede Madena & Generaliffime
des Armées de Golconda , &
fot ils le maſſacrerent. La perfecution
en fut figrandeſur les Bramens,que de
tous ceux qui tomberentfous la main
em.
-
y th
-
YOU de ces Esclaves , il n'en échappa
Es aucun. Ensuite les corps des deux
- Freres furent traiſnez par toute la
Fortéreſſe , & on les pendit par
Les pieds aux murailles. Leurs teftes
all furent envoyées à Chaalem , quiles
min envoya à Aureng-Zebe. Le Mogol
R) les fit écraſer ſous les pieds d'un
Elephant . Le Roy commença dés ce
diett temps là à ordonner la recherche
Ent de l'argent des Bramens , ce qui
-cell continue encore àpresent avecbeauwd
coup de rigueur.......
in
B 3
30
MERCURE
Laifons la Forteresse ,&venons
al Armée de Chaalem , campée
hors de cette Ville , proche des Sepultures
des Hollandois. Son entrée
fut fort pacifique , & on n'eut aucun
lieu de soupçonner ce qui arriva
peu de jours aprés . Badourkaru
l'un des generaux de cette Armée,
pria Chaalem de luy laiſſer le foin
des gens riches , & de ne vouloir
écouter aucune de leurs requestes ,
parce qu'il fçauroit trouver fans
peine les moyens d'imdemnifer l'Armée
de la deſpenſe qu'elle auroit
faite dans cette Campagne, ce qu'il
executa aussifacilement qu'ill'avoit
dit . Il commença parſe ſaiſir
de tous les effets des Bramens , &
des autres Caſtes on Familles des
Gentils qui parurent tomber fous
Jes mains. La pluspart des Mahometans
, qui avoient mis leurs biens
dans les Serrails , compoferent
GALANT.
31
10
41-
۱۰
AN
5
el
45
avec luy, les uns pour un tiers,& les
pet autres pour un quart.Enfinil ramas-
St. Saune Somme tres - considerable.
Mahomet Ibrahim luyfervit beaucoup
en cette occasion , en luy dé
couvrant où ily avoit des richeſſes.
A Les Hollandois n'en furent pas
exempts, non pour ce qui regarde
leurs effets & leur Compagnie ;
mais par ce que Badourkam eut
avis qu'ils avoient dans leur Loge
du bien appartenant à des Gentils .
Il appella dans l'Armée le Chef
de la Loge Hollandoiſe , ſous pretexte
de luy vouloir donnerun Serpau,
qui est un habit de distinction.
Ille garda une nuit , & l'obligea
de composer pour cinquante mille
roupies. Cesont environ vingt- cing
mille efous. Ce fut laseule violence
qui leur fut faite . Tout ce que je
viens de vous direſe paſſa dans les
- premiers jours , &jusqu'au 22. du
C
B 4
32
MERCURE
sy
mois paſſe , auquel jour Chaalem
eut nouvelles que Checminas Emerau
Dacqueni , avoit défait unfecours
qu'Aureng - Zebe luy envoyoit
avec un Serpau , & quelques
proviſions. Il donna ordre auſſi- toft
de piller & deruiner cette pauvre
Ville . C'estoit une choſe pitoyable
de voir les Soldats forcer les Mai.
fons & mal- traiter ceux qu'ils y
rencontroient , pour les obliger de
découvrir les lieux où ily avoit de
l'argent caché. Par bonheur ce-
La ne dura pas que vingt – quatre
heures , aprés quoy Chaalem en.
voya fes ordres pour faire ceſſer
le pillage. Toute l'occupation de
cette Armée pendant le féiour
qu'elle a faiticy , a esté de voler.
Elle est partie ledernier de Mars,
Sans qu'on puiſſe ſçavoir pour quel
fuiet , les uns disent qu'il y a un
accord fecret de Sultan Chaalem
2.
GALANT. 33
- ,,
1
avec le Roy de Golconda , & les
autres , que les Femmes des deux
Partis ont fait la paix . Enfin ie n'ay
pu encore enſçavoir laverité. CetteArméemarcheàpetites
journées,
&le Roy de Golconda luya envoyé
en queuëdix mille chevaux . Mir-
Sa Cherif Elmont , Beau Frere du
Roy , eft party avec Chaalem , les
uns diſent malgréluy , &les autres
deſa propre volonté. Je ne l'ay point
veu pendant tous ces troubles .J'au
rayſoin de vous informer par tou
tes les occaſions de ce quiſepaſſera
de nouveau .
Je vous envoye un Printemps
que vous chanterez
avec plaiſir . Les Vers onteſté
notez par un des plus Sçavans
hommes que nous ayons en
Mufique.
BS
34 MERCURE
AIR NOUVEAU.
TAifez - vous , Rofsignals , wom
chant m'importune,
L'absence de Philis me cause une
infortune
Qui me rend ennemyde tout ce que
ievoy.
Que mefert qu'en ces lieux lePrintemps
vous rappelle?
Nesçavez-vouspas quefans elle
Iln'est point de Printemps pour
may ?
Vous vous fouvenez fans
doute d'avoir veu d'ans l'une
de mes dernieres Lettres , un
Madrigal qui défend d'aimer
à quarante ans. Vous
avez veu auffi la ſpirituelle
réponſe que Monfieur leDuc
de Saint Aignana faite à ce
-
GALANT..
35
Madrigal. En voicy une autre
de Monfieur de Monchamps
, Avocat au Grand
Conſeil , qui merite bien que
je vous en faſſe part.
ON :
A
Npeut aimer toute la vie.
L'Amour est , belle Iris , de toutes
les Saiſons.
Aimeràquarante ansn'estpas une
folie ,
Qui le croit, doit aller auxpetitesmaisons.
L'esprit , la beauté ,lemerite
Ontdes charmes trop éclatans ,
Pourn'échauffer nos coeurs quedans
noſtre printemps.
A les aimer toûjours la raiſon nous
invite ,
Ils doivent toucher entout temps.
C'est l'effet d'un pouvoirsuprême
Malgré l'hyverde l'âge , &sesfa
cheuxglaçons ,
1
B 6
36 MERCURE
Que de forcer un coeur à dire qu'il
nous aime.
Les jeunes gens ne font que des
Oifons ,
Ils n'entendent rien au mystere
S'ilsfont heureux, ils nesçauroient
le taire ;
Its font indifcrets , inconstans,
Nfaut de la prudence àconduireune
affaire ,
Peut on l'avoir acqise àl'âge de
vingt- ans ?
On a beau faire , on cede
toûjours à ſon panchant , &
ceux qui se trouvent obligez
dele forcer , ne réüſſiſſent ja
mais dans ce qui luy eſt contraire
. La Suzon de Monfieur
deVin en eſt une preuve. Vous
ſçavez , Madame , qu'il traite
agreablement les matieres
qu'il choifit , & que fon nom
GALANT.
37
S
ei
es
eſt un ſeur garand de la beauté
de tous ſes ouvrages .
D
SUSON.
Ans tout ce que tu fais
Sutte la Nature,
con-
Tel du doigt, au lieu de pinceau,
Sur quelque endroit poudreux ébauche
une Figure ,
Etpardestraits hardis, montre dés
leberceau
Un esprit propre à la Peinture,
Tel inspiré par Apollon
Nedemandedu pain qu'en Vers , ou
{ lon. qu'en Muſique ,
Et defon ieune bras se fait un Vio-
Tel, encore Enfans, ne s'explique
Qu'en termes graves & pompeux
,
-Et mêlant en fes petitsjeux
Sabegayante Rethorique ,
De veut des Compagnons que pour
plaider contre eux.
38
MERCURE
Tel estoit népour la Sculpture ,
Tel enfin pour l'Architecture ,
Quiforcéparles dures loix
D'un Pere imperieux , ignorant,&
peu Sage,
Réuffit mal dans les Emplois;
Où, malgré cepanchant,on le iette,
on l'engage.
Suzon rioit à tout moment,
Cequi frapoitſes yeux , ce qu'elle
entendoit dire,
:
Lamoindre chose , un mot , un rien
lafaisoit rire;
Ettel estoitfon eniowement,
Que le chagrin leplus rebelle
Nepouvoit tenir auprés d'elle.
Auffi, comme chacun recherche le
plaisir ,
On luy donnoit toutson loiſir ;
Onla couroit autant qu'unePieté
nouvelle
Du Terence de nostre temps
GALANT.
39
Et Moliere enfesjeux plaifans
Divertiſſoit moins que la Belle.
L'infortune chezelte oublioit Son
malheur ,
Leplus froid, le plusfombre, &le
plusHeraclite
Ydevenoit un Democrite ;
Tout cedoit àſa gaye humeur ,
Et Caton, qui defa triſteſſe
Avoit l'art de sefaire un titrede
Sageffe, (concerté ,
Caton mesme, Caton , bientoft dé-
Eust perdu chezSuzon toutefa gra
vité
Enfin toûjours divertiſſante
En fe réioüiffant elle réjouiſſoit ;
Sa ioyeinépuisable&toutours agif-
Sanre :
Presque dans un instant d'elle aux
antres paffoit,
Et malgré foy prés d'elle on rioit
iusqu'aux larmes.
L
Suzon neplaifoit quepar là ,
40 MERCURE
EnSon enioüement Seul consistoient
tout ſes charmes.
Sa Mere gâta tout , elle s'imagina
Qu'une Fille toûjours rieuse
Se faisoit des Amansfans trouver
un Epoux ,
Et d'une ardeur folaſtre apprchendans
les coups ,
Voulut qu'elle fust serieuse.
Suzon la crut , Suzon fit mal ,
Soûmise par respectàcet ordrefatal
,
Elle perdit bientoſt ce qu'elle avoie
d'aimable ,
Son rire estoit original,
Sonferieux fut pitoyable.
Quoy que la Liſte que je
vous ay envoyée le mois. pafſé
des Preſens qui font partis
pour Siam , vous ait paru
tres belles , tres - ample ,
&tres - curieuſe , j'ay encore
GALANT.
41
beaucoup de choſes nouvelles
à vous apprendre ſur le mefme
article . Il faut de grands
foins , & d'exactes recherches
pour être pleinement inſtruit
d'un détail pareil à celuy- là ,
& fur tout , quand on vent
non ſeulement eſtre informé
du nombre des pieces , mais
donner auſſi une deſcription
particuliere de chacune . C'eſt
ce que je vay faire à l'égard
de celle dontje ne vous ay parlé
que legerement. Ie ne vous
diray plus rien des autres , &
paſſeray meſme par deſſus ſans
vous les nommer une ſeconde
fois , à cauſe que je vous les
ay amplement décrites , mais
auſſi j'en ajouteray un tresgrand
nombre,dont je ne vous
ay encore rien dit , & vous décriray
juſqu'aux étofes , fans
42 MERCURE
quoy il ſeroit impoſſible d'en
bien faire voir la richeſſe , &
de connoiſtre en quoy conſiſte
la magnificence de ces Prefens
. Ie commenceray par
ceux que Sa Majesté a envoyez
.
Une Couronne d'or à fleurons
, enrichie de Diamans
de Rubis , d'Emeraudes , & de
Perles.
Ungrand Panache d'or, cou .
vert des meſmes Perles .
Un grand Miroir de criftal
garny d'or , la bordure enrichie
de Diamans , le derriere
auſſi d'or à fleurs de relief ,
& émaillées.
,
Une Selle de cheval avec la
Houſſe , les Fourreaux de Piftolets
& les Harnois en Broderie
de relief, & les Etriers de
vermeil , le tout enrichy de
Pierreries .
GALANT.
43
-
-
a
-
د
,
a
-
de
de
Quatre Veſtes de velours ,
deux noires & deux rouges ,
une de chaque couleur avec
des manches, & une fans manches
, en broderie de fleurs de
foye, liſerées d'or , enrichies
de Perles ; les noires avec un
galon rouge, & les rouges avec
ungalon vert , brodées & enrichies
de meſme , ſuivant les
modelles apportez de Siam.
Deux Baudriers en broderie
d'or, paffée avec les garnitures
d'or émaillées.
Un Bufle tout bordé d'orde
relief avec les manches , le
Ceinturon,les crochets & les
agraffes de vermeil , doré deux
fois.
Ungrand Vafed'Ambre gravé
de bas reliefs , avec ſa garniture
d'or.
Un grand Cabinet de cri44
MERCURE
ſtal de roche , les garnitures
travaillées à fleurs de vermeil
doré ....
Vne paire d'Armes de fer
à l'épreuve du piſtolet , moitié
couleur d'eau , & moitié
gravées de pluſieurs ornemens
dorez , complettes à l'exception
des jambes , le tout doublé de
fatin bleu , &galonné d'or .
Deux grands Fufils à la Siamoiſe
, enrichis de beaucoup
de reliefs , la garniture d'argent
auſſi en relief , les canons enrichis
d'or & d'argent , & les
bois avec des ornemens tresriches
, chacun dans ſon étuy
de maroquin rouge doré au
feu .
Quatre pieces de drap d'or
&de brocard d'or & d'argent ,
de la Manufacture de Monfieur
Charlier à S. Maur , fur des
GALANT.
45
:
defſſeins de France ; ſçavoir ,
Vne piece de drap d'or rayé,
à fond d'argent broché d'or &
d'argent, nué de pluſieurs couleurs.
Vne piece de Brocard d'or
à fond couleur de feu , broché
d'or& d'argent , liſeré de vert.
Vne piece de Brocard d'or
fond vert , broché d'or & d'argent
retors ,liſeré de couleur de
feu.
τ
S
Vne piece de Brocard d'or à
fond violet cramoify broché
d'or&d'argent , liſeré d'or .
Six pieces d'étofes à fleurs
y
1
nuées , liſerées d'or ſur des defſeins
de Siam ; ſçavoir ,
Vne piece à fond d'or nué
of glacé.
Vne autre piece à fond ponir
es
ceau à fleurs liſerées d'or .
Vne piece à fond pastel .
46 MERCURE
Vne autre à fond bleu .
Vne autre à fond noir .
Et une autre à fond gris clair.
Huit pieces de drap & de
brocard or & argent tres - riches
, ſur des deſſeins de France;
fçavoir ,
Vne piece de brocard tresriche
à fond d'or broché & à
fleurs cifelées d'or rebrodé de
toutes couleurs .
Une piece ponceau or& argent
paffé d'or tors à travers ,
&rebrodé d'argent tors .
Vne piece or & argent nué
à fond noir rebroche d'or glacé&
d'or tors avec ſoye , ponceau
brodé.
Vne piece d'étoffe , vert &
or paſſe d'or à travers , & rebroché
d'or tors .
Vne piece ponceau & or
broché d'or glacé , & rebrodé
GALANT.
47
e
ز

He
-
,
1
e
а-
1-
&
-eor

d'or tors au petit meſtier.
Vne piece cramoiſy & or
broché d'or liffe avec or tors ,&
rebroché d'argent frifé .
Vne piece bleuë or & argent
, le fond d'or broché &
tors avec argent tors .
Vne piece bleuë & or paflé
d'or glacé à travers .
Huit tablesde marbre avec
les chaſfis & pieds de Sculpture
tous dorez .
DE
PRESENS
MONSEIGNEUR
au Roy de Siam.
Vne grande Pendule àquatre
criſtaux de roche & quatre
colomnes furmontées de
quatre Fleurs de Lys , & foûtenuës
de quatre boules , le
tout de criſtal de roche , les
48 MERCVRE
Portiques garnis d'or , enrichis
de pierreries , & le Dome
d'acier bruny , enrichy de
feüillages d'or , terminé par
une Fleur de Lys .
Deux Baudriers en broderie
d'or , avec les garnitures
d'or émaillées .
,
Deux Fufils à la Siamoiſe,
enrichis de reliefs gravez en
taille douce la garniture
d'argent, le canon damaſquiné
d'or , & le bois enrichy d'argent
de rapport chacun dans
ſon étuy de maroquin rouge ,
doré au feu.
Vnepiece d'un quarré long
doré deux fois , contenant un
tiroir & une boëte couverte ,
ſur laquelle il y a uneEcritoire
ornée de reliefs , & de graveures
enrichies d'or & de feſtons
d'émail,avec trente - neufDiamans
.
Vne
GALANT.
49
コー-
e
ar
ees
Vne Montre à Boëte d'or à
deux cristaux , dont lejonc eſt
gravé de bas-reliefs ,marquant
le lever& le coucherdu Soleil,
ſaiſoit voir le mouvement annuel
, & le diurne , avec le
mouvement de la Lune , ſuivant
la maniere de compter à
la Siamoife fe, . Cette Montre a
en ſon étuy fleuronné d'or .
are Deux pieces de drap or &
1
ne
arargent
, de Monfieur Charlier,
fur des deſſeins de France ;
ans ſçavoir ,
ge , Vne piece de drap d'or
rayé , à fond d'or & d'argent
Ong
in
retors avec des compartimens
couleur de feu .
te , Vne piece de Brocard d'or
eu- d'argent
bire à fond bleu , broché d'or &
retors , liſeré de coucons
Dia-
Vne
leur de feu .
Deux autres pieces de Bro-
May 1687. C
MERCURE
card or& argent , tres riches ;
ſçavoir ,
Vne piece ponceau & or,
broché d'or , à fond glacé d'or
à filigrane.
Vne autre piece vert & or
&argent , à fond d'or cifelét,
Broché d'or tors , avec filigraned'or
tors .
Cinq pieces d'étoffes d'or &
d'argent , nuées & liferées
d'or furdes deſſeins de Siam ;
ſçavoir,
Vnepiece fondd'argentglacé
, nué .
Vne piece à fond amarante
nué.
Vne piece à fond ifabelle.
Vne piece à fond vert,
Etune à fond celadon.i
Vn tres - beau Cabinet de
cristal de roche , garny de vermeil
doré.
GALANT.
or
or
Quatre Tables de marbre
avecteurs chaſſis , & pieds de
ſculpture dorez...
RESENS DE MADAME
la Dauphine pour la Princeffe
de Siam , nommée la Princeffe
Reyne.
&
a- Quatre grandes roſes de
Diamans .
Vneautre plus grande aufees
ni
fi de Diamans .
Vne grande Roſe de belles
&fortes Emeraudes & de Dia-
-la- mans.
nte
Vn Miroir de cristal de roche
garny d'or , la bordure &
le derriere à feüillages cizeelle
lez , enrichie de Diamans &
deRubis.
de
ver.
Vn petit Coffre d'or garny
de vaſes en formede cave aufſi
d'or , le tout gravé& garny
de Diamans .
C2
τς MERCURE
Deux boëtes d'or couvertes
en pointes émaillées à fleurs
de neuf pouces .
Deux autres boëtes auffi
d'or de mefme grandeur & de
meſime figure .
Deux grandes taſſes d'or ,
émaillées .
Vn grand miroir d'or couvert
en forme de boëte , tout
émaillé à deux glaces .
Vn grand Cabinet d'ambre
à bas reliefs & à graveures , le
deflus portant pluſieurs Figures
de Perſonnages & arbres .
Vn tres -beau & grand Cabinet
de criſtal de roche garny
de vermeil.
Vne Montre à boëte d'or
à deux criſtal, plus grande que
les autres , qui montre l'âge de
la Lune à la maniere Siamoife,
avec ſon eftuy garny de fleuGALANT
. 53
S
rons ayant la boëte cizelée &
Cadrans d'or .
Vne autre Montre émaillée
de vert à taille d'épargne.
e
,
Cinq pieces de Drap & brocard
or & argent trés - riches
furles deſſeins de France; ſçavoir,
1-
ut
re
le
11-
Vne piece à fond d'argent
nué au petit meſtier de toutes
couleurs, & rebroché d'or tors .
Une piece vert & or & argent
, rebroché d'or tors avec
des broderies d'argent.
S. Vne piece ponceau à fleurs
a- d'or rebrochées d'un peu d'arar-
gent avec or tors .
Vne piece bleuë or & argent
d'or
que
paſſée d'or en filigrane & broché
d'argent.
de Vne pièce de Damas à fond
bife, amarante , les fleurs brochées
eu- d'oravec des nompareilles de
fatin vert.
C3
54
MERCVRE
Une grande Caſſette de marquetterie
& de bois de raport
des plus precieux avec ſon
pied, toutes les garnitures dorées
& d'un tres - beau travail .
PRESENS DUROY
à Monsieur Constance.
Vne grande Boëte à Portrait
de Sa Majeſté avec l'attache ,
le toutgarny de Diamans .
Vn Sabre tout d'or avec un
revers de quatre pouces de large
à la Siamoife , tout le fourreau
garny de pietreries ,
Vne Montre d'or émaillée
de rouge à taille d'Epargne
avec ſon eſtuy , ouvrage de
Monfieur Turer .
Vne autre Montre d'or , le
jonc cizelé avec ſon eſtuy ,
garny de feüillages d'or..
GALANT.
55
t
Vne autre Montre d'or émaillée
de vert à tailled'Epar-
1 gne or & blanc avec l'étuy à
cloux fleuronnez d'or .
I
1. Vn Fufil enrichy de reliefs ,
le canon damaſquiné d'or fort
friche , & canelé dedeux manieres
, avec ſon eſtuy deMarequin
rouge doré au feu .
4
:
all
un
tieres , enrichy d'or de raport ,
le bois orné d'argent de raport
ar avec des bas reliefs & d'or de
ur- raportaufli avecſon eſtuy.
Un autre Fuſil enrichy de
reliefs , le canon canelé à gou-
:
Vn autre Fufil enrichy de
llet graveure, le canon& la culaffe
gnt damaſquinez d'or , avec fon
de étuy.
T ,, le
Vn autre Fufil , la platine
unie, le canon ayant un mafquy
que de relief , auffi avec fon
étuy.n
C4
56
MERCVRE
Vne paire de Piſtolets enrichis
de reliefs , garnis d'or de
rapport , avec leurs étuis de
maroquin rouge doré au feu .
Vne autre paire de Piſtolets
enrichis degraveures en taille
douce , le canon damaſquiné
d'or , le bois orné d'argent de
rapport , avec ſon étuy de maroquin.
Vne autre paire montez d'y.
voire avec des teſtes de lion ,
l'ouvrage du canon gravé de
taille douce .
Deux tres-beaux Luſtres de:
criſtal à branche de fonte dorées
, enrichies de feſtons , de
boules & de fleurs de criſtal de
roche.
Vne tenture de Tapiſſerie de
Flandre , repreſentant l'hiſtoire
deDiane .
Vn Coffret d'ambre travaillé
GALANT. 57
de
de
u.
lets
ille
ainé
tde
mad'y
lion,
é de
res de
te do
à bas reliefs & gravez .
Vne maniere de Chapelle
auſſi d'ambre avec un Crucifix ,
le tout ayant de tres-beaux ornemens
.
Six pieces d'étoffe de foye or
& argent fur des deſſeins de
France; ſçavoir ,
Vne piece à fond vert tresriche.
Vne piece Incarnat or & argent.
Vne piece bleuë or & argent.
Vne autre blenë & or ponceau
.
Vne piece de Cramoiſy tout
ns, de or.
ſtal de Etune piece de ponceau & or
rayé.
Feriede Sept pieces de drap tres fin
miſtoir d'écarlatte , vert , violet , bleu ,
gris de perle;&de capelle concravaille
tenant 106. atines
CS
58 MERCVRE
Vne piece de Camelot couleur
de feu à pur poil de 28 .
aunes un quart.
Deux Selles magnifiques de
l'Ecurie de Sa Majesté avec
leurs houſſes , le tout enbroderie
d'or avec tous les harnois
dorez , l'une brodée ſur un ve .
lours rouge lenharnachement
& teftiere dorée & fourreaux
de piſtolets ; & l'autre brodée
fur'un velours vert , tout l'enharnachement
doré,& les fourreaux
de piſtolets .
PRESENS DUROY
pour lepremier Ambassadeur.
Vne boëte à Portrait de Sa
Majesté avec l'attache toute
garnie deDiamans . 1
Vn Sabre d'or à la Turque ,
la garde& le fourreau tous garnis
de groffes Turquoiſes de
vieille roche , & de Rubis .
GALANT. 59
ר
8.
de
ec
de
ois
ve.
nent
aux
dée
enour-
7.
of
He Sa
toute
rque,
s gar
es de
13.
couVntres-bean Lustre de Criftal
de roche à dix branches de
fonte dorée enrichies de confoles
de cristaux qui ſuportent
un vaſegarny de fleurs ,jettant
des cristaux autour , le deffous
garny d'une campane de boules
de cristaux avec une groffe
pièce tailléedans le milieu.
Vne tenture de Tapiſſerie
de Flandre à Perſonnages &
verdures , repreſentant lesMufes&
autres parties delaMetamorphofeshe
shiba
Vn Fufil enrichy de reliefs ..
la garniture& porte - viz relevezd'or,
le canon orné d'or &
d'argentde rapon
-Vn Fufilàdeux coups,ayant
le canon damafquiné, d'or.d
Vn autre Fufil enrichy de
graveures en tailles-douce.i
✓ Vnantre Fufil enrichy auf
60 MERCURE
fi de graveures, ayantquelques
filets d'argent autour de la vifiere
de couche.
Vne paire de piſtolets enrichis
de reliefs , le canon enrichy
d'or & d'argent de rapport,
&la garniture de meſme travailo
Vne autre paire de Piſtolets
enrichis de graveures en tailledouce
, le canon damaſquiné
d'or en couleurd'eau .
Vne autre paire de Piſtolets
enrichis de graveures en taille-
douce , le porte- viz de reliefs
& un maſque ſur les culotes.
Vnegrande Pendule quarrée
allant quinze jours , fonnant
les heures & les demyheures
& la Boëte de marqueterie
avec des colomnes ,
bazes & chapiteaux corinthe à
fonds d'écaille de Tortue, &
ſon étuy garny de cuir.
GALANT . 61
e-
-i-
It,
aets
lene
1
Lets
ail
relo-
Jar-
Vne petite Pendule d'or
de poche , la boëte enrichie de
graveure avec ſon étuy garny
de clouds d'or à feüillages .
Vne Montre d'or d'émail en
mignature,le deſſous de laboëte
repreſentant Marsavec Venus
&l'amour , lejonc& le dedans
de Payſages avec perfonnages.
Γ
Huit pieces d'étoffesde ſoye
or & argent les deſſeins de Fran
ce , fçavoir , 1
- Une piece de brocard violet
toutor , en broderie d'or glacé
&tors.
Vne piece bleuë or & arfon
gent à fond de Damas en bro
mymar
es,
derie d'or , recifelé d'argent
tors...
Vnepiece ponceau & or gla
hed cé ,& rebroché d'or tors .
, &
C
Vne piece bleuë or & ar
1
162 MERCVRE
gent par arabefque d'or glacé,
&rebrochéd'argent.tors. '
Oft
Vne piece amarante vert &
or , avec rayes de ſatin broché
d'or liffe& tots. 91014 onV
-Vne piece ponceau tout ar
gent par chamarures d'argent
liffé & broché d'argent tors .
-2Vine piece blanc & ornué en
Damas avec foye ponceau &
broché d'or..!
T
Et une piece vert & or en
gros de naples par chamarures .
• Quinze pieces de Drapstresfins
d'écarlatte wert , violet ,
Bleu , gris de perles contenant
deux cens quarante- cinq aunesd
3
лог
Deux pieces de Camelot cou
leurde feu contenant cinquan
te cinq aunes & demies
GALANT. 63
۲۰
nt
en
&
en
es
-eset
ant
auou
an-
&
PRESENS DU RO
pour le fecond Ambassadeur.
Un Lustre de criſtaux de ro
che à dix branches de fonte
dorée , ayant une Couronne
enrichie de plufieurs cristaux
de roche & de Milan , le deffous
garny de campanes deboules&
pieces de cristauxdeMilan
, avec une groſſe poire taillée
en coſte au milieu.
Vne pendule allant quinze
jours , fonnant les heures &
les demy-heures , la boëte enforme
de cartouche ſur un fond
de cuivre doré , les ornemens
auſſi dorez d'or moulu.
VnegrandeMontred'or cou
verte d'émail en mignature , le
deſſous de la boëte neprefen
tant l'enlevement d'Europe, &
64 MERCVRE
le deſſus repreſentant une Ve
nus & des Amours avec des
Tritons ſur un Dauphin , & le
dedans de payſages & perſonnages.
F
Vne Montre quarrée à feuil
lages d'or, ciſelez, avec un criſtal
de roche .
Vne Tenture de Tapiſſerie
de Flandre , repreſentant des
jeux d'enfans.
Vn Fuſil enrichy de reliefs
relevez d'or , le canon de reliefs
, le fond d'or , & le bouton
d'or de rapport.
:
Vn autre Fuſil enrichy d'une
garniture d'argent gravée
en taille - douce , & d'argent
de rapport autour de la
vifiere de couche .
Vn autre Fufil orné de graveures
en taille douce.
Vn autre Fufil ,le canongraGALANT.
63
:
es
le
a-
-1i--
-ie
es
efs
e-
1-
1-
a-
2-
vé de pluſieurs ornemens en
taille douce avec du relief fur
la viſiere de couche .
Vne paire de Piſtolets enrichis
de reliefs , la garniture &
les canons de rapport.
Vne autre paire de Piſtolets
enrichis de graveure en taille
douce , & d'argent de rapport
fur lebois .
Vne autre paire de piſtolets
de graveure en taille douce, les
canons canelez , & le bois orné
d'argent de rapport.
Huit pieces d'étofes d'or &
d'argent ſur des deſſeins de
France , ſçavoir ,
Vne piece pourpre or & aragent
, par chamarures d'or glacé
, rebrodé d'or tors à filigranesd'argent.
Vne piece de Brocard d'or &
-2 d'argent , ponceau par chama66
MERCURE
rures d'or luiſant , & broché
dor... 2.
Vne piece , couleur de Caffé ,
argent nué au petit métier , rebroché
de deux argents avec
descouleurs. 4
Une piece , amarante & argent
changeant , broché d'argent.
i
Vne piece , vert, or& argent,
fond de Naples avec filigrane
de ſoye.
Vne piece , ponceau , vert&
argenten gros de Naples changeant
parbandes nouvelles.
Vne piece cramoifi & or , à
fond de ſatin brodé de ſoye noire.
Et une piece bleuë , or & argentpar
tiffu enchaine.
Quinze pieces dedraps tresfins
, d'écarlate , vert , violet ,
bleu,gris de Perle & de canel-
:
GALANT.
67
ele, contenant deux cens trene
-eec
ar
arnt,
ne
&
an-
1
oiareset,
1
te-trois aunes quarts.
Vne piece de camelot de
vingt neuf aunes & demie .
2
PRESENS DVRΟΥ
pour le troisième Ambassadeur.
Vne Pendule allant quinze
jours , fonnant les heures &
les demies , la boëte de fond
d'écaille de Tortuë , de marqueterie
, faite en dome , des
pilaftres ,des chapiteaux &baſes
d'ordre Ionique , les orner
mens dorez d'or moulu
Vne Montre d'or émaillée
de peinturesen mignature ;le
deffous repréſentant deux Amans
avec l'Amour,& au deffus
les mefmes Amans fans l'Amour
, le dedans de payſages &
el. perſonnages .
68 MERCUR
Vne autre Montre d'or,émaillée
de vert detailled'épargne ..
Vn Fufil enrichy de reliefs ,
le canon damaſquiné d'or &
émaillé.
Vn autre Fuſil enrichy de
beaucoupd'ornemens gravez ,
en taille douce.
Un autre Fuſil auſſi de graveures
en taille douce , le canondamaſquiné.
Vnautre Fufil orné de graveures
en taille douce.
Vn autre Fuſilayant les mefmes
ornemens .
Une paire de Piſtolets enrichisde
graveures en taille douce,
le canon damaſquiné d'or
& en couleur d'eau , le bois
enrichy de feüillage d'argent
de rapport.
Vne autre paire de Piſtolets
de graveures en taille douce ,
GALANT. 69
5,
&
de
avec quelques reliefs .
-Vne autre paire gravée auſſi
en taille douce , les porte- viz
de reliefs .
Vne tenture de Tapiſſerie de
Flandre
د
de verdure avec
ez , de petits perſonnages & aniracamaux
..
Deux grandes Girandoles à
fix branches de fonte dorée ,
chacune enrichie de pluſieurs
ra étoiles de cristaux de roche
taillez , & pluſieurs autres pieef
cesauffi de cristaux.
Sept pieces d'étofe de foye
ari- or& argent , fur les deſſeinsde
olt. France ; ſçavoir ,
d'or Vne piece , bleu & or tresbols
riche , avec or glacé & broché
gent d'or.
Vne piece de Caffé & arlets
gent nué , riche & brodé de
act, deux argents de couleur à la
Mosaique.
70
MERCURE
Vne piece , ponceau , or &
argent , par galons d'or &d'argentbrochez.
Vne piece couleur de chair
& argent , à fond gros de Naples
nué de ſoye verte.
Vne piece , bleu & or avec
ponceau , à fond gros de Na .
ples en tiſſu .
Vne piece amarante & or ,
gros de Naples & fatin en tifſfu .
Et une piece rouge & vert,
changeant en chaiſne.
Sept pieces de draps tres.
fins , d'écarlate , vert , violet ,
bleu & gris de Perle , contenant
quatre-vingts- cinq aunes
trois quarts .
GALANT.
71
&
r
all
Ja
ر
PRESENSO
De Monsieur le Duc du Maine
là Monsieur Constance.
Vn tres - grand Luſtre , tout
vet de cristal de roche à douze
✓ branches de fonte dorée, ayant
une couronne enrichie de plu
fieurs boules de cristaux de ros
che , garny d'une tres - belle
-er campanede cristaux,ayant une
groffe boule de criſtal de roche
tailléedans le milieu .
of
res
blet , Deux pieces d'étofe or &
mte argent tres - riches, fur desdef
and feins de France .
Vne tres-belle Pendule, fonnant
les heures & les demyheures
, & allant huitjours.
Deux Coupes, deux Verres ,
une Soufcoupe , une Aiguiere,
deux Bouteilles , un Baril , &
72
MERCURE
une Taſſe de criſtal de roche
ciſelé, avec une Caffette auſſi
de criſtal , remplie d'Eventails
de mignature , & de
ceintures or & argent , avec
un Portrait en mignature de
Monfieur le Duc du Mayne.
: Vn grand Livre reprefentant
les Conqueſtes du Roy ,
en mignature , avec les Perſonnages
& les Places au naturel
, & le plan des Places , le
tout fur du velin , avec une
deſcription hiſtorique . CeLivre
eft couvert de chagrin
avec des garnitures &des pla-.
ques d'or d'un ouvrage ciſelé.
Les Armes du Roy font au
milieu , & il y a des Chiffres
aux coins . Je vous avois déja
dit une partie des choses qui
font contenuës dans cet article
; mais je ne vous avois pas
mandé
GALANT.
73
ht mandé le nom du Prince qui
faifoit ce Preſent .
en. Prefens de Monfieur le Marquis
de de Louvois à Monsieur Constance.
vet
e.
de
en
Six grandes Tables de mar- 1
brejaſpéovales .
Un tres
Savonerie.
- riche Tapis de la
Oy. Preſens de Monfieur leMarquisde
Croiſſy Per à Monsieur Constance.
na- VngrandMiroiravec ſaborest
dure de glace à fond de lapis ,
unt les ornemens auffi de lapis , &
eli le chapiteau d'un pareil tra
grin vail .
pla Douze Corbeilles de criſtal
fele taillé .
tau Deux grands Baffins d'arffre
gent doré en ovale, relevez au
det fond en boffe ronde de plusqufieurs
figures repreſentant l hiart
ſtoire de Scipion , de Marcspt
Antoine,&de Cleopatre . nande
May 1687 . D
1
L
74
MERCVRE
Vn grand Baffin, où ſont rapportées
pluſieurs plaques d'argent
doré , au fond duquel relevé
en demy boffe , eſt un
Neptune dans un char tiré
par quatre chevaux Marins .
Vn tres -beau Vaſe en forme
de fontaine,ayant deux Baſſins
en coquille d'argent doré l'un
foutenu d'un Atlas monté ſur
un char d'argent doré ; l'autre
élevé au deſſus , & foutenu
d'une Venus d'argent, accompagnée
d'un Cygne auffi d'argent
, fur une coquille dor, &
au fommet du Vaſe eſt un Mercure
d'argent. Toutes ces Figures
jettent artificiellement
de l'eau.
Vngrand Crucifix d'ambre
tres - curieux .
Vne grande Caffette de criſtal
taille & enchaffé, entrelaſſe
GALANT. 75
2. de roſes de Diamans avec des
arfeüillages
d'or trait, d'unebelle
e fimetrie, dans laquelle Caffette
un
ilya ,
Art
Douze paires de Gands
glacez .
-me Vn Eventail de peau de ſen
lin
fut
Litre
enu
teur , où eſt peint en mignature
le Carrousel dernier faiten
France , les baſtons enrichis
d'or parfemez de Perles & de
Diamans fins, tenant enſemble
om par une viz d'or .
Har
Sept autres Eventails dedif-
, & ferentes couleurs & reprefen
Mer tations , ornez de rubansor &
Fargent.
nem : Vne Caffette de criſtal, avec
fa bordure auſſi de criſtal tormbt
tillé, dans laquelle il y a ,
Vne paire de Bracelets de
Corail taillé , avec une boucle
elall de Diamans fins à chacun.
D 2
76 MERCURE
Vne Montre d'or avec ſa
boëte émaillée , garnie de
Diamans fins , la clef enrichie
de Diamans ,
20
Vne Tabatiere d'or émaillée,
garnie de Rubis , avecun plus
grosRubis pour la fermer.
Vnbeau Chapelet de corail.
Vnautrede corailuny.
Vn Chapelet d'ambre tresprecieux.
Vn tres-beau Cordon de
corail. <
Vne Cave couvertede ſatin
vert , ornée de galons & de
clous d'argent, contenant douze
flacons de criſtal couverts
d'argent , remplis d'effences &
dedifferentes bonnes odeurs .
Vingt- quatre paires de rubansdediverſes
couleurs .
Deux grandes peaux d'Eſpagne
, d'une fenteur merveil.
leufe.
GALANT.
77
de
t
1
ee
Vne tres -belle Coupe d'émail
avec ſa couverture , ſur
laquelle ſont repreſentées diverſes
Batailles , & un étuy de
ſatin rouge galonné d'or .
lus Vn Verre de criſtal de roail
.
checouvert , figuré , avec ſon
• pied d'argent , & fon étuy de
fatin rouge.
res.
Vn grand Verre en coupe
auſſi de criſtal de roche, figuré ,
de avec ſa couverture & fon étuy
de ſatin rouge galonné d'argent.
atin
de Vne Cave de fatin rouge,
dou contenant fix grandsGobelets
verti de criſtal gravé.
es & Vne autre Cave auſſi de fatin
eurs rouge , contenant cing grands
ru er Gobelets de criſtal figuré .
Prefens de Monsieurle Marquis de
Efpt Seignelay à Monsieur Constance.
-vel Deux grands Miroirs de
D 3
78
MERCURE
figure octogone , avec leurs
bordures toutes de criſtal . -
Vn Benitier de criſtal de roche,
garny d'argent.
Quatre grandes Tables de
marbre , avec leurs chaſſis &
pieds de ſculpture tous dorez .
Vne tenture de Tapiſſerie à
fond vert .
Vne grandeFigure de marbre
, repreſentant deux enfans
qui tiennent un pied de Vaſe .
Cinquate Portraits des principales
perſonnes de la Cour ,
avec leurs bordures dorées .
Vn grand Fuſil de marqueterie
fait en Canada , d'un onvrageexquis
, avecſon étuy de
maroquin rouge , fleurdeliſé
d'or.
:
Vne paire de Pistolets montez
d'yvoire , tirant chacun
deux coups , avec quelques
graveures en taille douce.
GALANT.
79
-
10-
Trois grandes Caiſſes remplies
de differens ouvrages de
cristaux d'Allemagne .
Vn grand Verre avec fon
de pied de vermeil doré.
f
1
5 & Vne grande Sous - coupe
er auſſi de criſtal avec ſon piedde
-i1eeat vermeil doré .
Vn grand Globe de verre,
repreſentant le Labirinthe de
Verſailles .
mar
fans
Tale Vn tres -beau Cabinet d'Oori
ptique , reprefentant pluſieurs
our
es.
belles veuës .
Vn Tableau repreſentant
que Verſailles , avec ſon quadre
uvddoré
.
Deux Tableaux de Rocail
delles , avec leurs quadres aufi
dorez .
mo
nacu Je vay bien vous réjoüir ;
elq Madame , en vous apprenant
D 4 e.
:
80 MERCURE
que le mot de vieillarde qui
vous a tant plû dans l'un des
Dialogues Satyriques & Moraux
qu'on a imprimez à Paris depuis
deux mois , a donné licu
à de fort agreables Lettres ,
dont je vous envoye une Copie.
La liberté avec laquelle
l'Autheur de ces Dialogues ſe
déclare contre ce qui merite
d'eſtre condamné, a fait aimer
cet Ouvrage, qui d'ailleurs eſt
un portrait affez naturel de
beaucoup de choſes qui ſe paſfent
dans le monde, Monfieur
le Duc de S. Aignan, dont l'efprit
& le bon gouft vous font
connus& qui n'est pas moins
diftingué par là que par fon
rang & parſa naiſſance , ena
écrit en ces termes à l'Autheur.
:
GALANT. 8F
Cc 10. Mars 1687 .
de
Ous vous étonnerez peutmontres-
cher Frere en de.
ie
res
estre ,
Apollon, de voir la datte de cette
Lettre , puiſque voſtre ſoin obli-
Co geant à me faire part de vos fçaelk
erit
vans Dialogues , meritoit cent reest
mercimens dés le lendemain , mais,
Monfieur , je ne receus qu'byer ce
me Livre charmant dont vous m'aviez
-set écrit , & je n'ay pas voulu vous en
parler que je n'euſſe devoréd'abord
pal- tout ce qu'ilcontient , pour lerelive
fien ensuite oent autres fois. Je viens
le auffid'abord à voſtre XIII. Dialofom
gue. Faites taire la Flatterie quoy
10in qu'elle parlefigalament,&n'écon
laverité , qui vous affeure
fon
en
tez que
que tout voſtre Satyrique ,&vostre
At Moral font incomparables , & ne
Sepeuvent imiter, si vous n'en faites
encore d'autres , à quoy je vous
D
:
82 MERCURE
A
convie de tout mon coeur. Ah ! mon
cher Frere , que de charmes j'ay
trouvez dans cet Ouvrage , & que
ceferoit une grande perte pour tous
ceux qui ont l'esprit raisonnable,
s'ildemeuroit voſtre enfant unique;
Icfuis pour le Mot de Vieillarde
employé dans vostre XII. Dialogue ,
oùje veux ofter la Bombarde de
tous nos Vaiffeaux , la Gaillarde ;
de toutesnos Dances , laMignarde
de toutes nos Affemblées ; &fi je
my mets , ie feray accompagner
cette bonne Dame de l'Egrillarde
dont feu Moliere nous aparlè. Enfin
le mot de Camarde ne mefcmble
pas plus privilegié que celuy de
Vieillarde ; & n'en déplaiſe au
preux Florifel de Niquée ,ie trouve
qu'il a esté un peuviste. Peut estre
quela Vicitlarde avoit de l'argent
cache , qu'ilauroit pû donner enſuito
àune icure , s'il n'avoit pas eftè
1
GALANT. 83
que
ficruel. Ie viens aumot de Raffinage
couché dansvostreXV. Dialogue.
Lors que la Servante au gofier
d'airain le prononça fi haut &si
ble
Jue
rde
distinctement , si i'avois esté du
nombre des Sçavans affemblezchez
LaVieillede Gournay , i'aurois crié
plus hautque cette Servante.
de
-de;
rde
gner
rde
En
yde
ouve
eftre
gent
fui.
Ieluy donne ma voix , faites
ceffer la voſtre .
Ie n'approuve pas moins le mot
de Moult, à qui nous avons fait
grand tort iufques icy, &pour une
preuvequeiem'enſers de boncoeur;
affeurement ie ſuis , Moult voſtre
tres-humble Frere , & tres-obligé
Serviteur,
LE DUC DE S. AIGNAN .
Monfieur Petit , Authenr
des Dialogues Moraux , fait
cette réponſe à Monfieur le
Duc de S. Aignan .
D
84 MERCURE
A Roüen ce 21. Mars 1687 .
dont vous honorezmes Dialogues
, leuren vaut mille elle feule,
& me vange hautement du mal
qu'en ont dit quelques Critiques.
Ie lesaccuſerois volontiers de méchant
goust puis que le leurne ſe
rencontre pas avec le vôtre , n'y
avec celuy de Monfieur le Duc de
Montaufier, qui m'a fait l'honneur
de m'affeurer qu'il estoit content
de ce petit Ouvrage , m'exhortant
comme vous faites , Monseigneur, à
en donner une seconde partie au
public. Vous sçavez quefa fincerité
n'eut iamais riende suspect..
Mais,Duc,quel mal cesDialogues
Auront - ils pû faire àces
Dogues
Contre eux deſchainez en
tous lieux :
GALANT. 85
lomal
mé.
new
tent
tant
ea
cerité
Diaces
zen
Celame facheroit,me mettroit
en colere
Si ce n'eſtoir que l'ouvrage
ſçait plaire
Ades gens qui valent mieux
qu'eux.
Pour preuve dequoy, l'onm'aſſu
re que Monsieur Miton , de qui je
n'ay point l'avantage d'estre connu,
en a dit beaucoup de bien. Les
Ouvrages qu'il approuve peuvent
paroiſtre au jour en toute afſfurance,
carperſonnen'ignore, de quel poids
eftfon iugement, combiensa Critique
eſt ſage , &quelle est la déli
cateffedefon esprit.
Aprés cela , Seigneur , dois je
craindre les dents
De ces trop ſcrupuleux Pedans
?
Non , je mépriſe leur cohorte.
86
MERCURE
Rats d'Hélicon , rongeurs
*d'écrits ,
Eſprits , de chicane peſtris ,
Et digne du dernier mépris ,
Que l'Eſprit malin vous
emporte !
2.
Vieil-
Ceseroit leur faire trop d'honneur
que d'en parler davantage.
I'aime mieux , Monseigneur en répondant
àvoſtre Lettre aussi pleine
d'esprit que d'honneſteté , vous
dire , que Raffinage
lard , Moult se trouvent
tout glorieux de ce que vous voulez
bien prendre leur party. Ils we
chargent de vous en marquerteur
reconnoiſſance , de vous en faire
teurs tres- humbles remertimens,&
de vous affürer qu'ilsſe trouvent in.
finiment plus forts de votre prote-
Etion , que de tout ce que j'ay pu
dire en leur faveur dans thes Di
Logues.
GALANT . 87
Ett Quand chacun d'eux s'expliquoit
,
fire Vieillarde ſe requinquoit,
=epprt Etle pauvre Raffinage,
La gayeté ſur le viſage
Sautoit comme un Pentalon
vo.
dhe Saûte au fon du Violon .
en
plen
Moult en joyeux équipage
Bondiffoit comme un Ballon ;
Mais criant tous, Faites , faites
Nos Complimens à ceDuc ,
Vit Digne qu'en Marbre , qu'en
YouT
ſtuc
CD Par les mains les plus parfaites
1
uerto
Ses remembrances foient fartes
;
A ce brave Duc , & Pair,
mens Amy de Dame Bellone ,
vents Preux fans reproche , & fans
epro
ay
Pair ,
Et qui s'y prend du bel air
:
Quand fon bras eftramaçonnes
A ce Due que l'Hélicon
88 MERCURE
Honore fort , & revere ,
Et que la MuſeClion
Voudroit avoir pour fon Frere,
A ce Duc à l'eſprit fin ,
A ce Duc plein d'accortife
Qu'en belle Ruelle on priſe
Bien plus qu'unjeune blondin;
A ce digne Duc enfin
Que le plus grand Roy du
monde
Nous fait voir dansun deſtin
En qui tout bonheur abonde..
Levous aſſure , Monseigneur, que
Vieillarde ne put modererfajoye
de retrouverson Vieillard. Elle alta
l'accoſter avec empreſſement ,&
fatendreſſe ſe réveillasi bien que
la journée ne se paffa point qu'ils
weuſſent renouvellé leur mariage.
Mais le Vieillard
Dontle coeur ard
GALANT. 89
It
e
din
Pour ſa Vieillarde ,
Prit un long dard
Prit un poignard ,
Et deplus une hallebarde ,
Et s'arma comme un laquemar.
Iene pusm'empefcher de rire de
le voirainſi ſous les armes ; &je
da luy dis. Vieux , Patron , pourquoy
vous armez vous de la
forte ? tin
nde
1,
qu'il
riag
Pourpercer , me dit- il , par le
ventre tout droit ,
Le Grammairien qui
voudroit
Encore un coup m'oſter ma
Femme.
Morbleu , qu'il ne s'y frotte
pas ,
A moins qu'il veüille que
fon ame
Deſcende promptement aux
manoirs les plus bas .
१०
MERCURE
Soûtenu que je ſuis de Monſeigneur
voſtre frere enApollon
, à joûta- t- il , qu'ay - je à
craindre ? Moult de son costé ne
faitpas moins le réſolu , & depuis
que vous l'avezvangéde la maniere
que Voiture vangea car, que
quelques impertinens vouloient ,
proſcrive,ilest fier en Ostrogot , &
vous ne sçauriez croire à quel point
ilfait l'Olibrius.
Il n'eſt plus vieux , il n'eſt
plus trifte ,
Et je le voy tout preſt à ſauter
au colet ,
Etdu Critique , & du Purifte
.
Armé qu'il eſt d'un Piſtolet ,
Meſme dans ſa rage fecrete ,
En poche il a la bayonnette ,
Dont il pretend leur couper
le fifflet.
Ainfi beaucoup qui l'a fupGALANT.
91
-10
e:
TE
рис
7314
ent
1,0
n'e
planté n'a qu'à se bien tenir , il
Seflattede leſupplanteràson tour,
&derentrer dans ſes droits . Enfin ,
Sa main croiroit faire un
beau coup
S'il pourroit occire beaucoup .
Pourquoy , Monseigneur , je
voudrois qu'il s'en fust défait , car
Moult est infiniment plus joly ,
&fort delabouche bienplus agrea.
blement. Que jesçay bon gréàcét
Adverbe de faire voir qu'il a du
coeur ! En verité , il m'anime par
Lute fon exemple , &je ſuisd'avis de
dire hardiment à mes Critiques ,
que l'Auteur des Dialogues Satyriques
& Moraux s'épouvante peu
de leur cenfure, puis qu'un Seigneur
de vostre importance veut
bien luy faire l'honneur de le prote.
ger, &de luy accorder toûjours la
P
tola
Crete
net
couf
qualité de foncher Frere en Apol-
Lon. C'est , Monseigneur , Vostre
92
MERCVRE
tres-humble, tres-obeiſſant & tresobligéferviteur.
Il n'y a point d'amitié qui
foit à l'épreuve de l'intereſt.
Deux Cavaliers qui avoient
toûjours eſté élevez enſemble,
aprés avoir fait leurs exercices
, commencerent à prendre
l'air du beau monde , & à
chercher d'agreables habitudes
. L'und'eux fut touché des
charmes d'une Damoiſelle qui
avoit beaucoup d'eſprit,& qui
n'ayant ny pere ny mere , vivoit
avec une Tante dont elle
eſtoit unique heritiere. Le party
eſtoit confiderable , &comme
une jolie perſonne qui ne
manque pas de bien , a nombre
d'Adorateurs , elle ſe voyoit
ſouvent une groffe Cour. Le
Cavalier parla d'elle à fon AGALANT
.
93
ere
le
Dren
, &
equ
&qu
E
my, & luyfit naiſtre l'envie de
la voir. Ils eſtoient tous deux
bien faits ,& la jeune Demoifelle
receut l'un &l'autre affez
favorablement. Le commerce
&
Die leur plaiſant , ils convinrent
mbs que pour ne ſe pas nuire dans
erd les viſites qu'onleur voudroit
bien permettre , ils ne les feroient
jamais enſemble ,
bits que chacun avanceroit ſes afedfaires
ſelon que le panchantde
la Belle luy en pourroit fournir
les moyens . Ainſi ayant
leurs jours reglez pour lavoir,
ce fut à qui feroit mieux
réüſſir ſes ſoins . Ils luy propofoient
tout ce qui pouvoit la
quis divertir,& ils le
ombs bonne grace,que la choſe avoit
oyd un double merite. Les agreables
parties, les promenades, la
On A Comedie , l'Opera , la Belle
,
tellt
epar
com
ar. L
faifoient de fi
t
94
MERCVRE
n'avoitqu'à marquer ce qui éfoit
le plus de fon gouft,& dans
le même momét on s'attachoit
à la fatisfaire . Leurs empreſſemens
eſtant égaux , elle en fut
touchée également , & quelques
efforts qu'ils fiffent pour
l'obliger à fe declarer, fon coeur
ſetrouva fi bien partagé , que
quand elle croyoit pouvoir
choiſir l'un , elle voyoit auſſitoft
tout le merite de l'autre .
Comme ils eſtoient tous deux
bien traitez , fon irreſolution
qu'ils avoient à vaincre , leur
paroiffſoit un triomphe digne
de leur paffion , & chacun croyant
qu'il ne falloit qu'un moment
pour faire pancher la balance
de ſon coſté , ils n'ou .
blioient rien de ce qui pouvoit
leur affurer une ſi noble conqueſte.
Pendant ce temps , la
GALANT.
95
DO
le
cel
1
it Tante qui ne cherchoit que les
avantagesde fa Niece, luy prohe
poſa un homme de Robe extremement
riche qui la vοιι-
loit époufer ; & jugeant bien ,
ut fur le refus qu'elle en fit , que
l'un des deux Cavaliers luy
touchoit le coeur , elleluy fit
voir qu'il eſtoit fort dangereux
de s'attacher à des gens d'épée,
dont la pluſpart ſe ruinent par
des dépenſes qu'ils ne ſcauder
roient éviter , & qui aprés
tie avoir mange le bien de leurs
Jet Femmes , les laiſſent dans des
embarras continuels . Ces remontrances
ne firent aucun
qu
VO
auf
Hige
1 cr
mo effet.La Belleluy avoüa que les
Jab gens de Robe luy eſtoient innor
ſupportables , mais en demeu-
Luv rant d'accord qu'elle eſtimoit
COL
les deux Cavaliers , elle ne put
5 ſçavoir elle - mesme pour le-
1
96 MERCURE
quel des deux ſon coeur panchoit
davantage. Le chagrin
qu'elle leur caufa par l'incertitude
de fon choix , fut cauſe
que s'entretenant un jour des
dépenſes qu'ils avoient faites,
& qu'ils faiſoient encore tous
les jours pour elle , ils trouverent
qu'il ſeroit injuſte que le
malheureux n'en fut pas indemnifé.
Ainfi il fut reſolu entre eux ,
que celuy que la Belle épouſeroit
, payeroit à l'autre quatre
cens Loüis , & ils en ſignerent
un Billet double , que chacungarda.
Ce qu'il y eut deplus
plaiſant , c'eſt que l'intereſt
commença à les conſoler du
mauvais fuccés qu'ils avoient
apprehendé . Ils n'eurent plus
la mefme chaleur à rendredes
foins , & la Belle que cerelafchement
GALANT.
97
an
ri
des
tes
COU
ve
eit
chement étonna , craignant de
les perdre l'un & l'autre , fi
elle ne ſe haſtoit de s'expliquer,
fit enfin tomber ſon choix
fur le premier qui la preſſa de
le faire . On conclut le mariage
ſans que l'autre en murmuraft.
S'il perdoit une Maiſtreſſe ,
les quatre cens Loüis qu'il gagnoit
, luy faisoient voir ſans
10- envie le bon-heur de ſon Rival.
Le temps avoit uſe ſon
amour ,& les charmes de l'argent
eſtoient plus réels pour
luy que ceux de la Belle . Cependant
il demanda inutilement
à eſtre payé. Son Amy
ere foutintque ces fortes deBillets
n'avoient point de lieu , & que
s'il avoit donné des feſtes à
une aimableperfonne , il avoit
eu part au plaiſir. Là - deſſus
grande broüillerie entre eux .
May 1687.
eur
ate
eres
cu
ple
rd
Diem
ple
ede
el
ne E
وا
MERCVRE
Ięſçay qu'il ya eu affignation
devant le luge pour faire reconnoiſtre
le Billet ; mais il
n'eſt encore intervenu aucun
Iugement.Si j'en apprens quelque
choſe, je vous le feray ſçavoir.
Les Mariez vivent dans
une grande union , quoy qu'il
foit tres -vray que le refroidiffement
à déterminé la Belle , &
qu'elle auroit encore longtemps
ſuſpendu fon choix. , fi
elleeuſt toûjours connu la même
ardeur dans ſes deux Amans
.
Ie dois Madame , à voſtre
curiofité une relation fidelle
de ce qui s'eſt paſſé dans la
Conference des Commiſſaires
de France & d'Eſpagne , tenuë
depuis peu pour regler ledifferend
ſurvenu entre les deux
Couronnes au ſujet des arre-
LYON
/193
E
GALANT.
0
rt
le
LYON
rages des Contributions d
derniere guerre. Sa
Majeitamo
Catholique l'ayant declarée à
laFrance au mois de Ianvier
1684. les Gouverneurs de nos
Places frontieres mirent d'abord
à contribution tous les
Villages d'Eſpagne ſituez fur
les limites de leurs Gouverne .
mens , avec ordre aux Habitans
du Village le plus proche,
d'en avertir les plus éloignez ,
dontils ſeroient reſponſables.
Aprés la Campagne ,& la Tréve
qu'il plût à Sa Majesté d'ac-
That corder à ſes Ennemis par une
moderation dignede ſagrandeur
, Meſſire Raimond de
Trobat , Preſident au Conſeil
Royal du Roſſillon , Intendant
ideIuftice , Police , Finances &
ةان
وا
1
ne
res
US Fortifications du Pays , fit
e connoiſtre au Marquis de Le-
Ez
*
100 MERCURE
ganez , Viceroy de Catalogne,
que l'intention du Roy eſtoit
qu'on luy fiſt raiſon ſur les arrerages
qui luy eſtoient deus
pour ces contributions . Làdeſſus
le Marquis de Leganez
ordonna aux Villages de fournir
les arrerages qu'on leur
demandoit; & comme ils negligerent
de le faire, Monfieur
deTrobat , par les ordres de ſa
Majesté , fit ſaiſir les Terres des
Sujets d'Eſpagne ſituées dans
le Rouſſillon . Le Roy Catholique
ayant regardé cette faifie
comme portant un grand
préjudice à ſes Sujets , en fit
faire des plaintes par ſon Ambaſſadeur
à la Courde France,
&pour terminer ce differend
avec plus de ſuccés , il demanda
au Roy une Conference
dans Ceret . C'eſt une petite
GALANT. ior
10
CU
ne Ville dans le Rouffillon , aſſiſe
f entre la Montagne , qu'on appelle
vulgairement, Lou Creu de
2 Garfe , & la riviere du Tec qui
1. baigne ſes bords du coſté du
Septentrion . Sa Majesté accorda
la conference en laquelle
elle nomma Monfieur le Preſident
Trobat pour ſon Commiſſaire
, ce qui fait voir comel
bien elle eſt ſatisfaite de ſes
dſervices , & perfuadée en
meſme temps de fon habilleté
& de fa fidelité . Dom Felix de
Marimont , Conſeiller d'Epée
auConfeil fupreme d'Aragon ,
fut le Commiſſaire que le Roy
d'Eſpagne choiſit pour terminer
cette affaire .C'eſt un homme
forty d'une des plus confiderables
Maiſons de Catalo
gne , & dont les Anceſtres ont
it rendu de grands fervices . On
ans
alnd
11-
Ce
end
E 3
102 MERCURE
l'a voulu ſouvent attirer àMadrid
pour le mettre du Confeil
, mais la Province de Cata.
logne l'a toûjours retenu , ce
qui eſt une glorieuſe preuve
de fon merite. Lejourde l'Afſemblée
à Ceret ayant eſté
marqué au 20. de Février ,
Monfieur de Trobat partit ce
méme jour de Perpignan à
onze heures du matin. Il eſtoit
dans fon Carroſſe avec Monfieur
le Chevalier de Landorze
, Gouverneur de Prat de
Movillon. Dom Angel del
Pats, qui eſtoit autrefois Capitaine
de Chevaux dans nos
Troupes & Dom Garaud
Domps , aufii Capitaine de
Chevaux, fervant actuellemét.
Son équipage marchoit devant
compoſe de fix Mulets avec
leurs couvertures & de quelquesChevaux
de mains à la tê
د
GALANT.
103
10
1
te deſquels étoienttous ſesDomeſtiques
. Il y avoit devant &
derriere fon Carrofſſe un nombreuxCortegede
Gentilshommes
, d'Officiers des Troupes
Françoiſes , & d'autres Perſonnes
de marque , & en cette
Compagnie il arriva à Ceret à
quatre heures aprés midy. Il
futcomplimentehors des murs
par les Confuls de la Ville
ayant leurs livrées , & fe rendit
à l'Hôtel qu'on luy avoit
preparé. Vn quart d'heure
aprés , Monfieur Deſnanots ,
Commiſſaire des Guerres, que
Monfieurde Trobat avoit envoyéau
devant de Dom Felix
de Marimont par le chemin de
Maureillas , pour luy faire
compliment , vint l'avertir
que ce Commiſſaire d'Eſpagne
étoit arrivé dans fon Carroffe
E 4 4
104
MERCVRE
attelé de fix Mules à la mode
du Pays , n'ayant avec luy que
Dom luan de Marimont ſon
Fils puiſné , Chevalier de Malte
, qui a fait ſes Caravanes , &
qui pendant les dernieres
guerres a ſervy les Venitiens
contre les Turcs , en qualité
de Garde du grand Etendard
de Malte , & Dom Martin
de Sagobia , Chanoine
de Catalogne , qui a ſervy de
Secretaire en cette Commiffion
, & le même qui remplit
un pareil employ en la derniere
Conference tenuë à Figuieres
. Son Train étoit com .
poſé de quatre Mulets,de trois
Chevaux de main
د
& de
beaucoup de Mules pour ſes
Domeſtiques . Cet avis obligea
Monfieur de Trobat de luy
envoyer faire des honnêtetez .
GALANT.
105
0
re
en
a
10
d
et
Fi
D
10
ge
0
el
Il choiſit pour cela Monfieur
Fournier qui eſtant enRouſſillon
pour y former ces Peuples
au droit François, l'avoit
accompagné à Ceret ; Monſieur
de Ville - domar , Commandant
en ce Pays - là par
Interim les Gardes de Monfieur
le Duc de Noailles , &
Monfieur de Rondil , Greffier
Civil & Criminel en Chef au
Conſeil Souverain de Rouffillon
. Eſtant arrivez chez
Dom Felix , Monfieur Fornier
porta la parole , pour luy
dire qu'ils venoient de la part
de Monfieur de Trobat , avec
ordre de ſçavoir l'eſtat de fa
ſanté , & de luy offrir tout ce
qui pouvoit dépendre de luy .
Dom Felix luy répondit par
Dom Juan ſon Fils , qui luy
ſervoit d'Interprete pour la
Es
106 MERCVRE
Langue Françoiſe , qu'il eſtoit
bien obligé aux honneſterez
de Monfieur de Trobat , &
qu'il l'en remerciroit. Enfuite
il accompagna ces Députez
juſques au milieu de l'eſcalier ,
& fit marcher devanteux jufqu'à
la ruë deux grands Eſtafiers
qui tenoient de grands
flambeaux de cire blanche allumez.
M.de Trobat ne ſe contenta
pas de cette civilité ; il
luy envoya encore deux des
Confuls ; mais fans livrées,qui
luy firent offre au nom de la
Ville, de toutes les commodi.
tez dont il pouvoit avoir befoin
dans un Pays estranger ,
ce que Dom Felix receut de
fort bonne grace. A peine les
Deputez commençoient à rendre
comptede leur commiſſion
à Monfieur de Trobat ,que
GALANT.
107
100
&
11
L
Dom Iuan de. Marimont ſe
rendit chez luy pour le remercier
au nom de fon Pere des
honnêtetez qu'il luy avoit faites,&
luy faire auſſi les fiennes.
Illuy parla toûjours en Caſtillan,&
Monfieurde Trobatqui
n'ignore ny cette Langue ny
la Catalane , luy repondit en
François. Il luy dit d'abord
qu'il eſtoit ſurpris qu'ayant
1 appris la Langue Françoiſe à
Malte , il luy parlaſt en Caſtillan.
Dom Juan s'excufa fur ce
que le François ne luy eſtoit
pas affez familier pour ſe fervir
avec luy de cette Langue .
Monfieur de Trobat le conduiſit
juſqu'à l'efcalier ,& en
uſa de la même forte queDom
Felix en avoituſe pour ſes Depitez.
Le 21. fut employé à con
E6
108 MERCURE
certer l'entrevue des Commiſſaires
, & à regler la maniere
dont ils doivent ſe traiter ,
ce qui ſe fit par la negociation
deDom loſeph de Calvo , fre
re du Lieutenant General de
ce nom.Dom Felix pretendoit
deux choses ;la premiere,qu'il
devoit eſtre traité de Seigneu.
rie , & la ſeconde , qu'eſtant
venu dans les Terres de France
, c'eſtoit à Monfieur de Tro .
bat à le viſiterlepremier,comme
ceux de ſon Pays en
avoient fait dans la derniere
Conference tenuë à Figuieres
à l'égardde Meſſieurs de Chaftillon
& de Maqueron alors
Commiſſaires de France , à
quoy Monfieur de Trobat
avoit repliqué que le terme de
Seigneurie n'eſtant pas praticable
dans noſtre Langue , il ne
GALANT. 109
11
e
02
e.
de
17
a
pouvoit s'en fervir ; mais que
pour luy rendre ce qu'on luy
devoit , il employeroit les termes
les plus honneſtes que la
civilité luy pourroit fournir ,
&qu'à l'égard de la premiere
viſite aprés avoir envoyé au
11 devant de luy Monfieur Defnanots
par le chemin de Maureillas
pour le complimenter
& dans la Ville ſes Deputez
&enſuite les Confuls pour luy
faire toutes les honneſtetez
qu'il pouvoit pretendre , c'eſtoit
à Dom Felix à reſpondre
à ces avances. Enfin par un
temperament que Monfieur
de Trobat apporta , la choſe
fut réglée de cette forte; Que
les Commiſſaires s'envoyeroient
reſpectivement & à
meſme temps leurs Secrétaires
pour ſe demander l'un à l'autre
11
en
er
ei
a
110
MERCURE
l'heure de leur commodité
afin de ſe rendre viſite, à quoy
chacun repondroit de ſon coſté
qu'ils ſe prioient de ne
point fortir de leur Hoſtel , &
qu'ils alloient partir pour s'entre-
viſiter ; Quedés qu'ils auroient
renvoyé les Secretaires,
chacun partiroit accompagné
de tel nombre de gens qu'il
voudroit pour ſe rencontrer
dans la ruë à moitié chemin
deleurs Hoſtels , & qu'aprés
s'être ſaluez , Monfieur le
Commiſſaire de France diroit
à celuy d'Eſpagne qu'il
eſtoitfafché qu'il ſe fuſt donné
la peine de fortir de fon Hoſtel
, à quoy le Commiſſaire
d'Eſpagne refpondroit qu'il
auroit bien ſouhaité le trouver
chez luy , qu'enfuite chacun
feroit ſes efforts pour alGALANT.
ITY
10
12
res
ler à l'Hoſtel de l'autre ; mais
qu'à cauſe que Dom Felix
eſtoit venu dans les Terres
de France , Monfieur de Trobat
iroit le viſiter , à la charge
qu'onluy donneroit la droite
& la place d'honneur , & à
ceux de ſa ſuite des places
convenables ; qu'à la ſortie ,
il feroit accompagné parDom
Et Felix juſques à trois pas hors
de la rue , & que le Commiffaire
d'Eſpague luy rendant la
I vifite un moment aprés , celuy
de France defcendroit jufqu'au
bas de l'Eſcalier pour le
recevoir , qu'il luy donnerois
+ la droite , & luy feroit lesmê.
mes honneurs ; Que la Conference
finie , Dom Felix iroit
voirMonfieurde Trobatpour
prendre congé de luy , à quoy
Monfieur de Trobat répon

21
112 MERCURE
droit enfuite par les meſmes
civilitez .
Ces propofitions ayant eſté
données par écrit à Dom Felix
, il demanda le reſte du jour
pour déliberer , & les ayant
enfin acceptées , la choſe fut
executée le lendemain comme
on l'avoit projetté. Ils fortirent
l'un & l'autre de leur Hôtel
ſur les trois heures aprés
midy , lors qu'ils ſe furentenvoyé
leurs Secretaires . Monfieur
de Trobat étoit accompagné
de ſes Gentils- hommes,
de pluſieurs Officiers & d'autres
perſonnes de marque
avec ſes Domeſtiques , tous
fort leſtes & fort propres , &
Dom Felix avoit avec luy
Dom Iuan ſon Fils, Dom Martin
de Sagobia , & eſtoit fuivyde
tous ſes Eſtafiers . Ils ſe
GALANT.
113
t
Ft
a
1
Ort
er
rencontrerent au milieu de la
grande ruë de Ceret. Toutes
et les fenestres des Maiſons , les
Carfours ,& tous les endroits
de cette ruë d'où l'on pouvoit
voir la ceremonie: furent,remplis
, & bordez de Spectateurs .
Les Commiſſaires s'eſtant faluez
, & Dom Felix , aprés les
complimens dont on eſtoit
convenu , faiſant quelques pas
comme pour aller chez celuy
de France , Monfieur de Trobat
l'arreſta en lay diſant qu'il
vouloit le viſiter le premier.
► Dom Felix luy donna le haut
du pavé , lors qu'ils furentarrivez
devant fon Hoſtel , il
s'arreſta à la porte pour laiſſer
paſſer Monfieur de Trobat &
ceuxde ſa ſuite .Eſtant montez
- à l'Appartement de Dom Felix
, Monfieur de Trobats'affit
02
nes
20
ات
OC
114 MERCVRE
fur un fauteüil en la place la
plus honorable , & Dom Felix
fur un autre en un lieu plus
bas. Dom Iuan ſe mit à coſté
de luy fur une perite chaiſe , &
tous ceux de la fuitede Monſieur
de Trobat en eurent de
ſemblables . Tout le monde
ayant pris place , Monfieur de
Trobat dit à Dom Felix en
François, que comme il eſtoit
venu fur les terres du Roy de
France il avoit cru luy devoir
cette viſite & cette honnefteté
. Dom Iuan ayant expliqué
ce compliment à fon Pere , il
répondit en caſtillan qu'il auroitbienſouhaité
luy en épargner
la peine , & qu'il nedevoit
pas l'empefcher d'aller
chez luy. La viſite eſtant finie,
Dom Felix accompagna Monſieur
de Trobat juſquesà la
GALANT.
30
"
al
ا
eruë & l'ayant ſalué & ceux de
ſa ſuite, il luy fit des honneſtetez
au delà de celles dont on
of eſtoit convenu . Un moment
aprés que M.de Trobat futentré
chez luy, DomFelix y arriva
, accompagné de Domluan
fon Fils, & de Dom Martin fon
rt Secretaire , avec toute fa fuite.
Monfieur de Trobat en eſtant
to averty , deſcendit au bas de
l'Escalier , & parce que Dom
Felix avoit plus fait qu'il n'eſtoit
portédans ce qu'onavoit
reglé pour ces viſites , il s'avança
juſqu'au milieu de la
Cour pour le recevoir & ceux
de fa fuite. Ils monterent à
l'Appartementde Monfieurde
Trobat , où l'on donna un fauteüil
àDom Felix à la place la
plus honorable , Dom Iuan &
| Dom Martin eurent deux pe
116 MERCURE

tites chaiſes , & Monfieur de
Trobat prit un autre fauteüil
vis avis deDom Felix . Cedernier
voyant tous ceux de ſa
fuite aſſis qui eurent auſſi de
petites chaifes , dit en Caſtillan
à Monfieur de Trobat ,
qu'il venoit le remercier de fon
honneſteté , à quoy Monſieur
de Trobat répliqua que
leRoy ſon Maiſtre luy avoit
fait beaucoup d'honneur de
luy donner cette commiſſion ,
puis qu'il ſentoit que cet honneur
redoubloit depuis que
Sa Majesté Catholique avoit
commis deſa part un homme
de ſon merite avec lequel il
avoit à traiter. Aprés une demy
- heure de converſation ,
Dom Felix ſe leva , & Monfieur
de Trobat le conduifit
juſques à la ruë.
GALANT.
117
re
qu
Le 22. il ne fut rien faitparce
qu'il eſtoit Dimanche , &
de les deuxjours ſuivans furent
e employez à regler les poſtes de
Meſſieurs les Comiſſaires dans
la Seance , & la maniere dont
at ils ſe rendroient à la Salle de
et la Conference , ornée du Portrait
du Roy avec les Armes
de Sa Majesté ſur le frontiſpi-
TC ce de la porte . Il fut arreſté ,
quafin d'éviter qu'ils ne ſe
rencontraffent dans la ruë , ils
prendroient des chemins dif.
ferens ; que Monfieur de Trobat
fortiroit en chaiſe par la
porte appellée vulgairement ,
del Barri , qui estoit joignant
fon Hoſtel , & fe rendroit le
premier à cette Salle qu'on
avoit fait preparer hors des
murs dela Ville' , & que Dom
Felix fortiroit de ſon coſté par
ךש
10.
118 MERCURE
1
la porte appellée , den Barral ;
qu'il feroit dans ſon Carroffe
attele de quatre mules , & à
longs traits de cordes , fuivant
le privilege des Nobles de fon
Pays, qu'il paſſeroit le long des
foffez de la Ville , du coſte des
Carmes , & fe rendroit à la
Conference avec la lenteur
ordinaire aux Trains de fon
Pays ; qu'il y auroit deux fauteüils
placez avec égalité , &
de petites chaiſes pour leurs
Secretaires , & que comme
Monfieur de Trobat entreroit
le premier au lieu de la Conference
, Dom Felix de Marimont
en fortiroit le premier.
Ainſi leurs Seances commencerent
le Mercredy 26. de Février,&
ont continué juſqu'au
Mercredy 2. d'Avril. Ils ont
toûjours entré lematin&donGALANT.
19
né l'apreſdînée à leurs affaimres,
& à leurs dépeſches . Pendant
tout ce temps , Monfieur
de Trobat a tenu
matin & ſoir deux Tables
de ſeize couverts chacune,
& toûjours ſervies avec
beaucoup de magnificence .
Quoy que Ceret ſoit propreement
un Village , & qu'eſtant
àhuit lieuës de diſtance de la
Mer , on y deuſt manquer de
beaucoup de choſes , fur tout
en Careſme , on n'a pas laiſſé
d'y trouver des vivres en
abondance , par le bon ordre
qu'il y faifoit apporter, & méme
au delàde ce qu'il en falloit
pour le grand nombre de perſonnes
de qualité , qui venoient
de toutes parts luy rendre
viſite, & manger chez luy.
Il y eut particulierement deux
120 MERCURE
jours d'un fort grandéclat. Le
premier fut une ſuperbe feſte
que Monfieur de Trobat donnale
19. de Mars pour la convalefcence
du Roy . A peine le
Soleil fut il levé , que les
Trompettes & les Hautbois
l'annoncerent. On fit ſuivre
leurs fanfares d'une fontaine
de Vin muſcat de Rivezalte,
qui est le meilleur vin de tout
le Païs . Elle fut ouverte à neuf
heures du matin ,& coula jufqu'à
minuit au grand contentement
du Peuple , qui eſtima
fort cette liberalité. L'endroit
où couloit cette fontaine,étoit
une eſpece de niche ou de grote
qu'o avoit dreſſée au milieu
de la Place , qui eſt hors des
murs de la Ville . La grote étoit
garnie de Lauriers , & portée
par quatre pilliers terminez
d'un
GALANT. 121

el
0
A
in
et
ان
er
10
d'un Daisou Corniche, au devant
de laquelle , & fur le milieu
eftoient les Armes du Roy
avec leurs ſupports . Les principales
Conqueſtes de Sa Majeſté
, comme Tournay , Lifle,
Fribourg, Maſtrich, Ypre,Valenciennes
, Cambray,Luxembourg
, eſtoient repreſentées
10 fur des Cartouches placez à
diſtance égale. Au milieu de
cette Grotte paroiſſoit en relief
une Figurede la Renommée
, couronnée de lauriers ,
&veſtuë de tafetas rouge, avec
une écharpe par deſſus de tafetas
bleu parfemé de Fleurs
de Lys d'or. Elle avoit le pied
droit appuyé ſur un Globe , &
le gauche eſtoit en l'air avec
une attitude ſi naturelle,qu'on
auroit dit qu'elle alloit partir
pour annoncer àtoute la terre
May 1687 .
το
C
n
F
122 MERCVRE
la gloire de Louis LE
CRAND . Ses aifles eſtoient
peintes de differentes couleurs
,& parfemées d'yeux &
d'oreilles .Elle tenoitde ſa main
droite une branche de Laurier
, & de la gauche , une
Trompette dorée avec une
banderole, où ces paroles ſe lifoient
écrites en lettres d'or,
Nec pleribus impar. De cette
Trompette qu'elle tenoit embouchée
fortoit cette fontaine
de Vin muſcat , qui tomboit
dans un Baffin garny de Laurier
, au devant duquel il y
avoit un Tableau , où eſtoit
repreſenté l'Hercule Gaulois,
abatant avec ſa maſſue les
reſtes renaiſſantes del'Hydre.
Sur les dix heures Monfieur
de Trobat , accompagné de
Colonels , Gentilshommes ,
GALANT .
123
I
le
10
A
nal
an
fe
d'o
e
er
be
La
!
Joi
d
fie
nes
Officiers des Troupes , & de
grand nombredegens , ſe rendit
à la Paroiſſe , où il fut reccu
à la porte au bruit des Hautbois
& des Trompetes , par les
Confuls ayant leurs livrées .
Il ſe plaça à un Prié -Dieu
qu'on luy avoir préparé à la
gaucheprés du grand Autel,&
il entendit la grand' Meſſe, qui
fut celebrée avec beaucoup de
ſolemnité, par MonfieurBoufquet,
Curé du lieu. Les Armes
du Roy miſes aux Credences ,
&un Tableau fur leFrontiſpice
de l'Autel , où ce Monarqueétoit
repreſenté àgenoux,
offrant à la Vierge ſa Couronne
& ſon Royaume , faisoient
connoiſtre que cette Solemnité
luy eſtoit dédiée. Trois
Choeurs de Muſique , & un
concert de Fluftes douces ſe
7
F2
324
MERCURE
firent ' entendre pendant la
Meſſe . A l'élevation il y eut
une décharge de Boëtes autour
de l'Eglife , & à la fin on
chanta l'Exaudiat qui fut ſuivy
d'une ſeconde décharge de
Boëtes . Cela eſtant fait, Monfieur
de Trobat donna un magnifique
Repas à tous ceux
quil'avoientaccompagné. On
ybut la ſanté du Roy , & dans
ce moment une troifiéme décharge
de Boëtes anima les
Conviez à boire à cette ſanté
qui faifoitle principal ſujet de
la reſte . Après le difné , Monfieur
de Trobat fit une largeſſe
de pieces d'argent de la Monnoye
du Païs, & le Peuple touche
de ſes liberalitez , fit retetir
enl'air de grands cris de Vive
leRoy. L'aprés -midy ſe paſſa à
voir debattre le Peuple auprés
GALANT.
125
na

1l-
10
VI
de
a
0
an
de
le
110
da
10
ell
01-
OU
Dre
de la Fontaine de Vin , à la--
quelle on peut dire que l'on fit
affez d'honneur. C'eſtoit un
agreable divertiſſement de
voir de quelle maniere chacun
ſe poufſoit afin de gagner
la premiere place . Sur les quatre
heures , Monfieur de Trobat
ſe rendit encore à la Pa--
roiffe , accompagné des meſ
mes perſonnes. Il ne fut pas
plutôt apperceu que les Trompetes
& les Hautbois donnerent
avis de ſon arrivée. Il
s'arreſta à la porte de l'Egliſe
pour attendreDom Felix qu'il
avoit fait inviter , & lors qu'il
parut , les Trompetes luy firent
la meſme reception .Monfieur
de Trobat s'eſtant avancé
vers luy, luy donna la droite,&
ils ſe rendirentainſi dans
le Choeur, où l'on avoittapiſſe
F3
126 MERCURE
leurs places. Les Choeurs de
Muſique du Païs chanterentle
Te Deum ,& une quatrième décharge
de Boëtes termina la
Feſte , aprés laquelle les deux
Commiffaires ſe retirerent
chacun chez foy , &Dom Iuan
de Marimont fut entraiſné par
ſes Amis chez Monfieur de
Trobat pour y fouper , ainfi
que quatre Gentilshommes
Eſpagnols que la curioſité
avoit attirez . La nuit ne fut
pas plûtoſt venuë,qu'une clarté
ſurprenante en chaſſa l'obf.
curité.Dans la Place où la Fontaine
de vin couloit , on avoit
fait une barriere tapiſſee de
tafetas rouge&jaune, qui formoit
ungrand quarré , autour
duquel on avoit planté des
pieux , où l'on attacha des
flambeaux de cire blanche .
GALANT.
127
do
لا
ココ
21
de
e

Cela fut ſuivy d'une Illumination
qu'on fit par toute la
Ville , & principalement au
Clocher, où tous les creneaux
qui font autour de l'aiguille ,
furent garnis de lumieres , ce
qui formoit une perſpective
des plus agreables . Ce qu'il y
eut de ſurprenant , ce fut de
voirle ſommet des Pyrenées ,
qui ſont ordinairement chargées
de neges , changer leur
figure en de grands feux qu'on
éleva fur la nege , & qui firent
connoiſtre aux plaines dedeçà
&de delà le Royaume , qu'il
falloit un motif puiſſant pour
une Feſte de cette nature.Pendant
que ce ſpectacle attiroit
les regards de tout le monde ,
les Trompetes & les Hautbois
poſtez aux feneſtres quidon-
- noient fur la Place dont je
F4
128 MERCURE
viens de vous parler , apprirent
par leurs fanfares qu'ony
préparoit quelque choſe de
nouveau . Monfieur de Trobat
, dont la pieté n'avoit pas
eſté épuisée par les Prieres
qu'il avoit fait faire pour le
Roy , fit dreſſer un moment
aprés au milieu de ce quarré ,
une grande Table de vingtcinq
couverts , où l'on fitaffeoir
autant de Pauvres du
lieu,auſquels on donna un fort
grand repas . MonfieurdeTrobat
, & Monfieur l'Abbé fon
Frere , y furent toûjours prefens
, afin de les faire ſervir
par leurs Officiers & Domeſtiques.
Tous les Pauvres burent
à la ſanté de Sa Majesté ,
& cependant les Trompetes
donnerent le ſignal aux Feux
d'artifice qu'on fit joüer du
GALANT. 129
haut des ramparts de la Ville.
Les Girandoles,ou roües à feu ,
où l'on voyoit paroiſtre au milieu
la premiere lettre du nom
- du Roy , & les Fuſées volantes
remplirent l'air d'une infinité
de ferpenteaux. Il ſe fit alors
er une cinquième décharge de
Boëtes .Aprés le ſoupédesPauvres,
on fervit chez M.de Trobat
, où le Regale fut tres -magnifique
. Les Violons & les
Flûtes douces firent des concerts
qui réjoüirent toute l'Af
ſemblée. Ce repas finy , on defcendit
ſur la Place pour voir
les Danſes publiques , ou Bailles
largues , comme on les ap
pelle en ce Pays -là. Le Peuple
au fondes Hautbois , ydonna
des marques de joye extraor-
1 dinaires , aprés quoy on prit
le divertiſſement du Bal , ce
t
F5
130 MERCURE
qui couronna la beautéde cette
reſte .
Le Mercredy 26. de Mars ,
Monfieur de Trobat regala
ſplendidement le Commiſſaire
d'Eſpagne , Dom Iuan fon
fils , & Dom Martin de Sagobia.
Le repas,quoy qu'enmaigre
, ne pouvoit eſtre ny plus
magnifique ny mieux entendu
. Quatregrands Services de
trente Plats ou Affiettes chacun
, firentavonër à Dom relix
, que la France l'emportoit
en toutes chofes. Le fruit y
fut des plus propres , & la diverſité
des liqueurs fort grande.
Enfin la Conference fut terminée
le premier du mois
paffé , & conduite avec tant
de fuperiorité de la part de
Monfieur de Trobat, qu'encoGALANT.
131
12
re que DomFelix ait toûjours
inſiſté depuis le commencement
juſqu'à la fin que l'on devoit
convenir qu'aprés la liquidation
des arrerages des
contributions& des payemens
que l'on avoit faits , on accorderoit
la main-levée des biens
ſaiſis , Monfieur de Trobat a
E toûjours trouvé moyen de
l'arreſter ſur la liquidation ,
en luy faiſant efperer que
+ quand elle feroit faite , il ſeroit
de la bonté du Roydeluy
accorder la main-levée fur la-
▸ quelle il inſiſtoit. Ainſi Dom
Felix ayant eſté obligé de travailler
à la liquidation, la fomme
à laquelle elle fut faite , ne
ſe trouva pas exceder , ce que
le Roy avoit déja receu parle
revenu des biens ſaiſis . Cette
✓ fomme reccuë laiſſant Sa Ma-
}
F6
132 MERCVRE
jeſté fatisfaite des arrerages
qu'Elle demandoit , il ne reſte
pour la conſommation de l'ouvrage
que la ratification de
leurs Majeſtez tres - Chreftienne
& Catholique, pour laquelle
ona pris un delayde fix ſemaines.
Et quant au reſultat de
la Conference , il ſemble que
Dom Felix ne ſoit venu ſurles
terres du Roy , que pour faire
un aveu public de la luſtice
de la demande que l'on avoit
faite au Marquis de Leganez ,
puiſque la ſomme liquidée revient
juſtement aux preten .
tions de Sa Majefté. Monfieur
deTrobat ayant donné avis à
la Cour de ce qui avoit eſté arreſté
dans les Conferences , le
Roy luy envoya auſſi - toſt ſes
ordres pour donnerlamain- levée
, laquelle pourtant ne fut
GALANT .
133
3
faite qu'aprés le départ de
- Dom Felix. Il vint prendre
congé de Monfieur de Trobat
-le 2. Avril , &pour luy mar-
= quer l'eſtime & la confideration
qu'il avoit pour luy , il
luy fit preſent d'un cheval
d'Eſpagne treflé avec des rubans
verts . Monfieur de Trobat
qui alla enſuite luy rendre
les meſmes honneſtetez , lui fit
preſentà ſon tour d'une fort
belle Pendule &d'une Houffe
avec les chaperons en broderie
d'or. Dom relix eſtant parti de
Ceret , Monfieurde Trobat fit
publier une Ordonnance de
main - levée en confequence
des ordres du Roi, ce que Dom
Felix ne peut avoir fceu qu'apres
fon retour à Barcelone .
La Relation de ce qui s'eſt
paffé à Ceret , m'ayantobligé
134
MERCVRE
à vous parler encore d'Actions
degraces renduës pour la gueriſon
du Roy , je ne puis me
diſpenſer d'ajoûter icy quelques
autres articles de meſme
nature. Aprés vous avoir parlé
de ce qu'ont fait , la Ville&
le Parlement de Toulouſe , il
ſeroit injuſte de ne vous rien
dire des marques de zele qu'a
données en cette occafion
Monfieur Rabaudy , Viguier ,
&premier luge de cetteCapitale
du Languedoc. Il ordonna
une reſte particuliere dans
le quartier de la Daurade où
la Viguerie eſt ſituée , & pour
la commencer par une action
agreable à Dieu , il paya les
dettes de deux Prifonniersarrêtez
dans ſes prifons , & les
mit en liberté. Le jour deſtiné
pour cette ceremonie , il alla
GALANT.
135

1
2
dans la Chapelle deſon Siege ,
2 precedé de ſa main forte compoſée
de so . hommes avec
leurs Caſaques Fleurdeliſées .
+ Ses Officiers & Curiaux le fuivoient
ayant leurs chaperons
d'hermines, & tous les Confuls
des Villages de ſa Viguerie ,
au nombre de 150. en robe &
en chaperon . Il les avoitman -
dez pour rendre la feſte plus
- folemnelle , & afin qu'à fon
exemple ils ordonnaſſent des
Prieres publiques dans tous les
lieux de leur Iurifdiction. La
Salle estoit ornée d'un grand
nombre de Tableaux qui repreſentoient
les actions Heroïques
de Loüis le Grand. Le
Portrait de ce Monarque »
tel qui paroiſt dans ſon lit de
justice estoit placé fous un
Dais de Velours cramoiſy
136 MERCURE
frange d'or , avec des Emblêmes
& des Deviſes de
chaque coſté , des Trophées
d'Armes , des Couronnes de
Mirte & de Laurier , & plufieurs
autres Ornemens &
infcriptions . Au deſſous de
ce Portrait , eſtoit un Exaudiat
en Vers François écrit en
Lettres d'or. Il fut recité
par un Avocat qui en étoit
l'Autheur, en prefence des perfonnes
les plus qualifiées de la
Ville. On ſçait que Toulouſe
a toûjours eſté feconde en
beaux eſprits . La Salle étoit
éclairée de toutes parts. Il y
avoit d'un bout à l'autre deux
rangs de plaques d'argent , &
dediſtance en diſtance un cercle
chargé de petites lampes ,
ce qui faifoit une tres - belle &
tres - agreable illumination.
GALANT.
137
L'Autel étoit magnifiquement
orné . On y voyoit quantité
de vaſes , & juſqu'à trois cens
Chandeliers d'argent. Deux
Amphitheatres avoient eſté
élevez au bas de la Salle, & l'on
y plaça deux Choeurs de Muſique
& de Symphonie . Monfieur
l'Abbé de Comynihan ,
grand Archidiacre , celebra la
Meſſe , Monfieur l'Archevefque
n'ayant pûle faire à cauſe
de ſes indiſpoſitions . Elle fut
fuivie du Te Deum chanté en
Muſique , de la compofition
du Sieur Aphrodiſe, excellent
Muficien. Pendant ce temps
les décharges de mouſquet &
de Coulevrine ne manquerent
pas à ſe faire entendre. Aprés
cela Monfieur le Viguier regala
ſplendidement ſes Officiers
& les Confuls. Il y eut
٤
7
138 MERCURE
chez luy trois cens couverts,
& afin que tout le monde ſe
reſſentiſt de la Feſte , il fit difſtribuer
pluſieurs pieces de
vin au Peuple. Le foir Monſieur
le Chevalier Rabaudy,
Fils de ce Viguier , aluma un
Feu de joye à la Place de la
Daurade. Il eſtoit accompagné
de la Main-forte de fon Pere,
dont la Maiſon fut illuminée
par plus de quatre cens lanternes
de differentes couleurs,
toutes aux Armes de France,
ce qui produifit un tres-bel
effet.
Le 20. du mois paſſe, ily eut
àPauliac une Proceſſion des
plus folemnelles. Pauliac eſt
une grande Paroiſſe duDioceſede
S. Flour , fituée au pied
du Cantal , dont les Habitans
ont toûjours eu l'avantage de
GALANT.
139
ſe diftinguer dans les occafions
d'éclat. Le grand Portail
de l'Egliſe eſtoit orné des Portraits
du Roy , de Monfeigneur
le Dauphin ,& des plus
grands Seigneurs de la Cour ,
&de pluſieurs Inſcriptions en
Vers & en Profe de la Compofition
de Monfieur Charriere
,Curé de cette Paroiſſe l'un
des meilleurs Predicateurs de
la Province . Pendant quel'on
diſoit Veſpres , la Milice ſe
rangea en haye dans une grande
Place qui eſt devantl'Eglife .
Elle estoit partagée en deux
Compagnies , la premiere de
foixante hommes fort leſtes ,
commandez par Monfieur
Delcher , Directeur des Gabelles
, & l'autre des jeunes
gens de la Paroiſſe en grand
nombre , ayant à leur teſte
140 MERCVRE
Monfieur de larry , Seigneur
du lieu dont il porte le nom.
La Proceſſion commença par
une troupe de petites Filles ,
ſuivie d'une autre de petits
Garçons , aprés leſquels mar--
choit le Clergé , & enfuite les
Confuls de la Paroiſſe , & un
tres - grand nombre d'Etrangers
que la nouveauté de cette
Feſte avoit attirez , & qui
faifoient plus de huit mille
perſonnes. Tout cela eſtoit
précedé de la Milice quimarchoit
ſous l'Etendard de la Paroiſſe
, avec quantité deTambours,
de Hautbois , &de Mufettes
. On alla en cet ordre
vers le Puy de Mercou , qui
eſt fort élevé au milieu de la
Paroiffe , à un grand quart de
lieuë de l'Eglife . Monfieur
Delpeur , premier Conful ,
:
GALANT .
141
1
avoit fait dreſſer un Feu d'artifice
ſur le haut de cette Montagne
. La Soldateſque ſe rengea
en cercle tout autour. Le
Clergé ſe retira au pied de la
Croix , & chanta le Te Deum
pendant que ce Feu brûloit.
La Milicefit pluſieurs décharges
, & le Peuple faiſoit reten-
☐ tir tous les valons d'alentour
des cris de Vive le Roy. Ondefcenditdu
Puy de Mercou dans
le meſme ordre , mais par un
autre chemin . La Milice ſe remit
en haye prés de l'Egliſe ,
& le Clergé paſſa au milieu ,
pour aller prendre le Saint Sacrement
, qu'on expoſa quelque
temps dans un Repoſoir
que l'on avoit fait exprés en
un lieu élevé , pour le montrer
au Peuple , dont la quatriéme
partie n'euſt pû entrer
1
142
MERCURE
dans l'Eglife . Pendant qu'on
s'arreſta à ce Repoſoir , les
Preſtres & les Inſtrumens
chanterent alternativement
les Verfets de l'Exaudiat , &
d'autres Prieres; & la Milice
fitune décharge generale lors
qu'on donna la benediction au
Peuple. La Ceremonie eſtant
achevée , le premier Conful
regala toute laMilice.Au commencement
de la nuit , Monfieur
le Curé fit allumer trois
Fanaux au haut du Clocher ,
&le Carillondes Cloches, qui
depuis huit jours s'eſtoit fait
entendre ſoir & matin , n'eut
pas plûtoſt donné le fignal ,
qu'on vit de grands feux de
joye dans tous les Villages ,
où chaque particulier tâchoit
de ſe ſignaler. Cette Paroiſſe
eſt compoſée de vingt-cinq
GALANT .
143
Villages , & a cinq grandes
lieuës des tour. On peut juger
de la clarté de ces feux quidurerent
toute la nuit. Ces bonnes
gensen eſtoient ſi touchez
eux -meſmes , qu'ils ne pouvoient
retenir leurs larmes .
Les plus vieux difoient aux
jeunes , Réjoüiffez - vous , mes
Enfans , & beniſſez Dieu de nous
avoir confervé un si grand Roy ,
car ce bonheur est bien ſenſible à
ceux quipeuvent comparerle temps
prefent au passé. Mr de Belinay ,
un des plus conſiderables Seigneurs
de cette Paroiffe , &
qui estoit abfentle jour de la
Feſte , en a fait une particuliere
depuis dans ſa Terre ; &
pluſieurs autres Paroiſſes du
voiſinage en ont fait autant.
Monfieur le Vicomte dePolignac
, Chevalier des Ordres
144 MERCVRE
du Roy , qui à l'imitation de
ſes Anceſtres , a toûjours eu
une tres-grande fidelité pour
le ſervice de Sa Majesté, donna
des ordres expres à toutes les
Villes de ſa dépendance , de
faire des feux de joye pour la
convalefcence de ce grand
Prince , &fur tout à ſa Ville de
Craponne , dont les Habitans,
par le ſoin des Officiers du Bail.
liage & des Conſuls, firent une
Feſte de huit jours , pendant
leſquels Monfieur de la Chomette
, Montagier , & Barjon ,
Capitaines fort experimentez
en l'Art militaire , firent faire
l'exercice à fix cens hommes
qui s'y eſtoient mis ſous les armes
. Craponne eſt une des
principales Villes du Pays de
Vellay , Province de Languedoc
, limitrophe d'Auvergne,
de
GALANT .
145
a
}
de la Iuftice & dépendance de
Monfieur de Polignac . Le Te
Deum & l'Exaudiat furent chantez
avec melodie le 20. d'Avril
dans l'Egliſe Paroiffiale , &
= aprés une ſalve de Mouſque-
-terie , les Soldats prirent leur
marche vers la grande Place
où le feu avoit eſté préparé.
On voyoit Calvin au milieu
de l'Echafaut , dont le tour
* étoit remply de feux d'artifice,
avec quantité de Deviſes &
• d'Emblemes . Les Compagnies
acecles Tambours , Hautbois
& Fifres fortirent en fort bon
ordre par la porte de Sainte
Reyne ſur laquelle eſtoient les
armes du Roy ſur un richetapis
de point de Veniſe rehauffé
d'or. Aprés cela marchoient
les Officiers & Confuls du
Bailliage , precedez des Vio-
May1687 .
[
1
1
e
e G
146 MERCURE
lons & des Sergens de la Ville,
pour faire faire place , & empeſcher
la confufion que pouvoit
cauſer l'affluence, d'un
grand peuple accouru de toutes
parts. Aprés que l'on eut
joüy du ſpectacle de ce Feu ,
on ſe retira avec le meſme ordredans
la Ville, où toutes les
feneftres parurent illuminées
par le ſoin des Magiſtrats .
Le Dimanche 6. d'Avril le
Bourg d'Alixan , ſitué dans le
Duché de Valentinois , donna
les meſmes marques de joye.
On ſe rendit proceffionellement
de l'Egliſe de ce Bourg
dans celle de Saint Martinde
Couſſand , qui en eſt l'ancienne
Paroiffe. Elle eſt ſur une
colline fort élevée ,& cultivée
de tous les coſtez , au milieu
d'une des plus belles plaines
হও
}
GALANT.
147
duDauphiné. On y chanta le
Te Deum en Muſique , & le foir
on alluma un nombre infiny
de Lanternes de papier dont
cetteEglife eſtoit entourée, de
meſme quele clocher à quatre
pilliers , qui en estoient tout
remplis en forme de pyramide,
ce qui formoit une brillante
lumiere qu'on voyoit de tous
les endroits de la plaine. La
Moufqueterie & les Boëtes
fuivies dedeux Petards , firent
un effet femblable à la déchar
ge d'un Bataillon , qu'un bruit
de pluſieurs coups de Canon
accompagneroit. On mit d'abord
le feu au Bucher , & enfuite
à l'artifice. C'eſtoit un
Soleil poſe ſur une grande
ovale, & qui éclairoit tout à la
foisles deux Hemispheres fur
une Mappemonde , avec cette
G 2
148 MERCURE
Inſcription , Simul utrumque.
Cette Ovale élevée ſur un pillier
aſſez haut , eſtoit toute environnée
de lances à feu , avec.
des pots de feu chargez de
ferpenteaux , & autres feux
d'artifice , qui ſe firent remarquer
les uns aprés les autres
pendantdeux heures.Un moulinetqui
ſervoit de couronne
à l'ovale , fit à ſon tour tout ce
qu'on pouvoit attendre de
Phabileté des Ouvriers . Pour
empêcher que le peuple n'approchaft
du pillier de cette
Ovale , on avoit mis tout autour
quantité de ſanciſſons attachez
à des piquets avec des
lances à feu , dont la difpofition
étoit ſi bienménagée,que
tant que durale feu del'Ovale,
il y en avoit toûjours quelqu'un
qui ſe faiſoit entendre
S
GALANT. 149
& craindre , en caufant depetits
defordres à ceux quis'avançoient
de trop prés . Pendant
ce temps lagrande quantité
de Fuſées de differentes
manieres , qu'on tira inceſſamment
, fit paroiſtre l'air en feu .
Le tout avoit eſté ordonné par
Monfieur Bryeres , Prieurs
d'Alixan , premier Profeſſeur
du Roy de laFaculté de Theologie
dans l'Univerſité de Valence
, & fut executé par les
foins du Pere Elzear Manis
Recollet , & du Frere Michel
Lange Bergeret , Artificiels ,
qui ſe ſignalerent .
Monfieur le Marquis de Boche
, l'un des grands Senéchauxde
Provence, affez connu
par les divers Emplois qu'il
aeus , ſoit dans la Gendarmerie
, dont il a eſté Major de
G3
I150 MERCVRE
Brigade, ſoit à la teſte d'unRegiment
de Cavalerie , ayant
affiſté à la Feſte que fit le Corps
de fon Siege d'Arles , en réjoüiſſance
du parfait rétabliſſement
de la ſanté du Roy , en
fitun autre le meſme jour en
fon particulier, qui merite
bien que je vous en parle . Il
pria une partiede la Nobleſſe
la plus qualifiée d'Arles à fouper
chez luy , & l'on trouva
toute fa maiſon illuminée depuis
la premiere court juſqu'à
l'apartement deſtiné pour y
recevoir la Compagnie. Le
Portrait du Roy eſtoit ſous un
Dais dansun Salon où ildon.
na ce Repas , & tout autour
brilloient quantité de Luftres
&deGirandoles. Avant qu'on
ſe mit à table , une Fontaine
d'eau de fleur d'Orange ſervit
GALANT . 151
à faire laver les mains aux
Conviez , & dans le meſme
temps le bruit des Tambours ,
des Hautbois & des Trompetes
ſe fit entendre , & ne fut
interrompu que par de tresbons
Violons & un concert de
Muſique. Le Repas , qui eſtoit
de quatre ſervices , fut d'une
magnificence & d'une propreté
toute nouvelle. L'abondance
que ce Marquis aime , &
le bon gouſt qu'il a en toutes
chofes , fe trouverent là par
tout. On butla ſanté du Roy ,
qui fut ſuivie d'une ſalve de
quantité de Boëtes. Sur la minuit
, Monfieur le Marquis de
Boche pria la Compagnie de
vouloir bien aller par toute la
Ville , avec les Violons , les
Trompetes , les Hautbois &
les Tambours , qui ſe rele-
G4
152
MERCURE
1
voient tour à tour pour donner
la ſerenade aux Dames d'Arles .
On commença par Madame la
Marquiſe de Castillon , l'une
des plus aimables Dames de
France , née à Paris , & nourrie
à la Cour , & l'on finit par
Madame la Marquiſe d'Eſtoublon
, qui eſt en brun ce que
Madame de Caſtillon eft en
blond. Là commença le Bal
par Monfieur le Marquis de
Roche , & cette Marquiſe , &
il dura juſqu'au jour. Quel.
ques jours aprés , ce Marquis
donna une autre Feſte dans un
Iardin à quelques Gentilshommes
de ſes Amis particuliers
, qui estoient abſens dans
le temps de la premiere , & ce
fut avec la meſme magnificence.
Sur la fin de ce Repas , il
eut le plaiſir de voir venir de
GALANT.
153
tres - belles Dames , & entre
autres , Madame la Marquiſe
des Porcellets ,dont le merite
& la beauté font également
connus . Il leur fit ſervir dans
le moment une ſuperbe collation
, à laquelle perſonne ne
s'attendoit , ce qui ſurprit a
greablement toute cette Compagnie.
L
L'amour ardent & refpectueux
qu'on a pour le Roy ,
fait continuer les actions de
graces qu'on rend par tout
pour ſa guerifon . Le Labou- .
reur cherche àl'emporter fur
le Bourgeois , &le leudy 8.de
ce mois , il y eut une grande
Feſte dans le Bourg de S. Iulien,
Paroiſſe de Monfieur de
Blainville, en l'absence duquel
Monfieur de Farcy l'aifné
Tréſorier de France en la Ge-
GS
:
154
MERCURE
neralité d'Alençon , fit tous les
devoirs d'un zelé Sujet. Tous
les Habitans receurent ſes ordres
pour ſe mettre ſous les armes
,& ceux des Parroiſſes voifines
s'eſtant joints à eux , formerent
une milice nombreuſe .
Il afſſembla pluſieurs Ecclefiaſtiques
qui chanterent un Te
Deum folemnel , & mit enſuite
le feu à ungrand Bucher. Les
flames qui ſe perdoient dans
les airs firent pouſſer mille cris
de Vive le Roy , & ils redoublerent
lors qu'il obligea toute
cette Soldateſque de boire à la
ſanté de ce grand Monarque.
Tout ſert à faire paroiſtre
le merite des Heros, & la mort
qui aneantitjuſqu'àla memoi.
re de ceux qui ne ſe ſont diſtinguez
par aucune action
d'éclat , ne met jamais les
GALANT . 155
-
Te
ce
es grands hommes au Tombeau ,
ast qu'elle ne rappelle en ce mo
--ment tout ce qu'ils ont fait de
-- glorieux pendant tout le temps
i- qu'ils ontvefcu .Ainfil'on peut
- dire qu'elle ne les abat qu'afin
e. de les faire triompher , puifque
tout retentit alors de leurs
loüanges , qu'on joint la plume
à la voix , & qu'on emes
ploye juſques aux Métaux ,
quiles peuvent immortaliſer.
is Vous jugez bien que feu Mon.
fieur le Prince eſt non ſeulement
du nombre de ces grands
hommes , mais que pouvant
eſtre mis à la teſte de ceux que
l'Antiquité nous vante le plus ,
toutes les voix qui ont pû parler
à ſa gloire ſe ſont fait entendre
. Ie vous ay déja fait part
de quelques ouvrages fur la
mort de ce Grand Prince . En
te
la
re
bre
bi.
Hion
es
G6
L
:
156 MERCURE
voicy d'autres qui me font
tombez entre les mains . Vous
ferez bien - aiſe ſur tout de voir
avec quelle fermeté il a regardé
ce moment terrible qui a
toûjours fait fremir les plus
grands courages . Le Chreftien.
&le Heros ont paru en luy
dans le meſme temps , & c'eſt
ce que vous allez connoiſtre
dans latraductionqueje vous .
envoye des vers Latins du Pere
louvency Iefuite..
Q
Voy qu'aux Siecles futurs de
SuperbesOuvrages.
Des Roys& des Heros preſentent
les Images ,.
Etque pour les vanter,leCiseau
le Burin ,
e
Scachentfaire parler &leMarbre
l'Airain;
Ces Chef d'oeuvres pourtant,& ce
faste inutile
GALANT.
157
Souvent contre l'oublynefont qu'un
foible azile.
Quelque riche que foit la pompe
d'unTombeau
La vertu ſeule en fait l'ornement
le plus beau.
C'est elle qui par tout de la gloire
Suivie
Mesme aprés nostre mort prolonge
noſtre vie ,
Etfait, malgré le coup d'un destin
ennemy,
Que l'homme ne meurt pas ,où ne
meurt qu'àdemy.
Auffi prest de quitter la France
désolée ,
Condé sans defirer un pompeux
Mausolée
Pour lafeulevertusesentitde l'ardeur
,
Par làdefonTombeau luy même il
est l'honneur.
Si celuy de Mauzole , ou du grand
AlexandreDu
158 MERCURE
Fut auguste par l'Art , le ſien l'eſt
" par sa Cendre ;
Puisqu'il a ceHeros , ſon prix n'est
plus borné ,
Jamais le monde entier n'envit de
mieux orné.
De ces biens impoſteurs que la
terre Idolâtre ,
De qui pour peu de jours ce monde
est le theatre ,
Qui prennent pour nous plaire un
masque de beauté ,
Ce Prince des long-temps Scavoit
lavanité;
Mais dansfon lit fur tout ilcrut la
mieux connoistre
Voyant tomber leur masque, & leur
fard difparoiſtre ,
Et c'est en ces moments que d'un
Saint Zele épris
Pour tout ce qu'on adore iln'eut que
dumépris.
CeHeros appuyé d'une maſle affurance
1
t
1
THEQUR
☑ LYON
BLB
DIL
E
}

GALANT.
159
Sent ſes forces perir & croiſtre ſa
constance.
Ses Conquestes , fon Rang , mille
Roysſes Ayeux ,
Plus illustre par luy qu'il ne l'estoit
pareux,
Dans le fang ennemy les guerres
étouffées,
La gloire de fon nom , tant depom .
peux Trophées ,
Tous ces biens qui pour l'homme ont
un charme Secret ,
En s'échapant à luy le taiffentSans
regret.
Ilperdroit l Univers fans perdre le
courage
Renonçantàſoy-mêmeil quitte davantage;
En découvrant le fond de ces
frefles honneurs
Qui s'offrent à nos yeuxfous des debors
trompeurs ,
Qu'on voit souvent perir aussi-toft
que paroiſtre ,
160 MERCVRE
Il ne croit point àſoy ce qui peutn'y
plus estre ,
Ceque doit arracherànoſtrevanité
D'un moment fugitiflecours precipité
,
Ouravir au deſtin l'envieuſemalice
Quifur tous les mortels eſtendant
fon caprice, 1
Au milieu du bonheurfait trouver
des écucils ,
Et changent tous les jours les Trônes
en cercueils.
Ainfifermantses yeux à la pompe
éclatante
De ces bienspaſſagers dont l'amour
nous enchante ,
Et renonçant àtout,Condeprevient
lefort ,
La vertu fait en luy l'office de la
mort.
En la vie , en l'honneur rienne
pouvant luyplaire.
GALANT. 161
11-
es
pe
Hors le noblemépris qu'un Chreftien
peut enfaire,
Vers un bien plus ſolide il éleve fes
Voeux ,
Et croit qu'ils ramperoient s'ils
n'alloientjusqu'aux Cieux .
Sa foy l'avertiſſoit qu'un Coeur
à Dieu fidelle ,
Trouve en ceffant de vivre unevie
immortelle ,
Etpar la verité dés longs - temps
convaincu
Que qui meurt en Chreftien n'aja
mais peu vêcu ,
Il offroit à la mort une ame détachée
Et fembloit la souffrir moins que
l'avoir cherchée.
1e l'appercois tomber Sans marquer
de frayeur
Etfuccomberplûtoſt à la mort qu'à
la peur.
On l'avoit veu couvert & de
fang&degloire
162 MERCVRE
Affronter le peril pour chercher la
victoire ,
De tousses ennemis braver autant
l'effort
Que s'il eust esté seul l'arbitre de
Son fort ;
Mais maintenant encore uncourage
invincible
L'armant contre l'effroy dans un pe
ril terrible ,
A peine diroit- on qui montre un
Coeur plus grand
Du Condé de Senef, ou du Condé
mourant .
Preſt de ſurgir au Port par un coup
de tempeste
Qui groffit , &bien- toft doit creverſurſa
teſte ,
La mort ne peut troubler ſon tranquille
repos ,
Ill'attend en Chrestien,&laſoufre
enHeros
Souvent dans les Combats , au
milieu des alarmes ,
GALANT.
163
Lapeine aſes attraits , &la mort a
Ses charmes ,
Les exemples , l'honneur , les Tambours,
les Clairons ,
Ont pour nous animer de preſſans
aiguillons.
On entend le Soldat pouffercent cris
dejoye ,
Et lors que le Canon par tout tonne
&foudroye
Apeine du danger peut-on s'appercevoir
,
La poudre&la fumée empefchent
de le voir ,
Quelque horrible qu'il soit on en
perd lamemoire ,
On penſe beaucoup moins au peril
qu'à la gloire ,
Et l'on voit s'exposer aux plus ru
des affauts
Les Heros en Soldats , les Soldats en
Heros.
Mais tel qui fans paſlir avoit
veu mille épées
164
MERCURE
Dans des Combats affreux defang.
toutes trempées ,
Rappellé du danger , à peine est- il
chezfoy,
Que la mort l'approchant jette en
fon coeur l'effroy.
Elle n'est point alors sanglante de
carnage,
Mais quoy quemoins àcraindre, on
la craint davantage,
Et se venant offrirſeule & nuë au
Vainqueur ,
Elle est bien moins horrible , & luy
fait plus d'horreur.
Nostre illustre Guerrier par tout
Sans épouvante
La mépriſe en ſon lit comme il fit
fousfaTente ;
Elle a beau l'attaquerSans Canons,
Sans Soldats ,
Toute seule qu'elle est, Condéne ta
craint pas .
Intrepide chez luy non moins que
quand en guerre
GALANT. 165
Arme de nos carreaux ilfit trembler
la terre ,
Il expire , il est vray , mais ilgarde
en mourant
Le calme d'un chrestien , & l'air
d'un Conquerant ,
Et le voyant braver jusqu'au coup
qui le tuë
En triomphant de luy la MortSe
croit vaincuё.
Au bout de fa carriere en pei.
gnantàsesyeux
La vanité du monde , & la pompe
des Cieux ,
Brûléd'unſaint defir d'entrer dans
Sa patrie
Cegrand Prince accuſoit la longueurdefavie
Et sçachant qu'à la mort ſes fers
devoient tomber ,
Triomphoit dans l'espoir d'y bientoftfuccomber.
Deux Princes , chers obiets defa
noble tendreſſe ,
166 MERCURE
Deux Princes de fon fang qu'accable
la triſteſſe ,
En venant recueillirſes funestes
adieux
Luy font bien moins parler leurs
bouches que leursyeux ;
Mais tranquille luyſeulquand ils
Sont en alarmes ,
Seul ayant les yeux fecs quand les
leursfont en alarmes ,
Ila beau les entendre & les voir
Soupirer ,
Ilconfent àmourir, & non pas à
pleurer.
Enſentantque du corpsſon amese
dégage,
Leur laiſſantfes vertus& lespleurs
enpartage
Ilvoit tomber lecoup qui partpour
l'accabler,
Et luy mesme en repos leur deffend
de trembler
Quoy qu'il meure ,sa paix neſe
peut interrompre......
GALANT.
167
Quede chaisnes pourtant ce Prince
avoit à rompre !
Perir lors que chery du plus grand
denosRoys
Il priſoit ce bonheur plus que tous
fes exploits,
Perir quand la fortuneépuisantſes
careſſes
Le combloit à la fois d'honneurs &
de richeffes;
Mourir quittant un Fils de gloire
revestu,
Et Condé parſonſang moins que
parSavertu ,
Laiſſer un petit Fils quifaisoitſes
délices ,
Ah ! c'est dans un tourment unir
trop defupplices
Etde tant de rigueursfentir le triſtepoids
,
Crest fouffrir une mort , & mourir
millefois.
Au chagrin cependant ce Prince
inacceſſible,
168 MERCURE
Accablé de ces maux ,y paroit in-
Senfible.
Quoy que tant de reversse raſſemblent
dansun ,
Frappéde millecoups,ilneseplaint
d'aucun ,
Etfon coeurfansfremir du malhcur
qui s'appreſte ,
Efttelenperdant tout,qu'aprés une
Conquefte.
CeHerosmépriſant &le fort &
Sestraits
Voit bien qu'àſes Lauriers on mesle
du Cyprès ,
Et conſerve pourtant une paix fi
profonde ,
Que l'on ne ſcait s'il quitte , ou
Nortlingue , ou le Monde ,
Loin de craindre la mort ilſemble
qu'ily court ,
Il entre aussi joyeux au Cercueil
qu'à Fribourg.
• Prince , le plus fameux qu'ait
veumourirla France ,
Condé,
GALANT.
169
Condé, cette Héroique , & chre-
Stienne constance
Qui t'adéia porté iusqu'aufaiſte
des Cieux ,
Fera bien mieux paſſer ton nom
chez nos neveux ,
Quetous ce que iamais l'on pourroit
entreprendre
Pour orner ton Sepulchre ,& recueillir
ta cendre .
Il est vray que conduit par ton genereux
Fils
L'Art paſſe en ta faveur les tra
vaux deMemphis.
Toutefois ,ce grand Heros,tu vivrasdavantage
Par ta propre vertu que par ceri
che ouvrage,
Etfans avoir besoin d'un éclat emprunté,
Tu ne devras qu'à toy ton immortalité,
Mais tandis qu'embouchant fa
lugubre trompete
May 1687 . H
170
MERCURE
Etſe vantant le Tombeau que ton
Fils teproiette
La Renommé apprend ton fort à
l'Univers ,
Soufre qu'à ton honneurie consacre
ces Vers ,
Qu'omettant ces hauts faits que
respecte l'envie ,
Iene vanteàpreſent que ta mort
dansta vie ,
Cette Traduction eſt du Pere
Germain , Profeſſeur de
Rhetorique à Moulins. Le
nomde cette Ville me fait fouvenir
que j'ay oublié à vous
parler d'un Service , que Mefſieurs
de l'Egliſe Collegiale y
ont fait pour le repos de l'Ame
de Monfieur le Prince ,
qui en qualité de Ducde Bourbon
, eſtoit le Collateur des
Chanoines de cette Egliſe à la
GALANT..
171
Pe
reſerve d'une ſeule , qui eſt
de la collation de Monfieur le
Prieur de Souvigny. Le Prefidial
, à la teſte duguel eſtoit
Monfieur l'Intendant , aſſiſta à
cette Ceremonie , ainſi quele
Corps de Ville , & un tresgrand
nombre de perſonnes
confiderables,
Vous trouverez un Portrait
de Monfieur le Prince dans
ces autres Vers. Ils font de
Monfieur Blanchard , Curé de
Finay , prés Dijon .
ou
OL DEpuis
le iourfameux qu'aux
plaines de Rocroy
et L'Espagne defaperte honora mon
A
ce
courage,
Ie profitay si bien de ce grand
avantage ,
Que ic Semay par tout l'épouvante
& l'effroy.
H2
172
MERCVRE
Dés ce temps heureux pourma
gloire
(
Tout parut facile à mon bras ,
La Fortune à ma folde engageant
la victoire ,
Fit naistre heureusement les Lau.
riers ſous mes pas.
Aces premiers eſſaisſenſible
L'envisageay Sans peur les perils ,
leshazards ,
Et l'ardeur d'égaler le premier.
des Cefars
Mefit croire que rien ne m'étoit
impoſſible .
Les Chefs les plus déterminez
Furent pour mes deſſeins des
Guerriers fortunez;
Mon grand coeur répondant à
mon vaſte genie ,
Et la Paix dès ce temps de la
France bannie ,
Sembloient m'offrir de toutes
parts
GALANT.
173
All
le
Des Ennemis fuyant devant mes
Etendards .
* Donquerque , Philisbourg , Courtray,
cent autres Villes
mls
N'eurent contre mes coups que de
foibles ramparts ,
Mes Campagnes toûjours en vi-
Etoires fertiles ,
Mefirent de mon temps le Heros
&le Mars.
De Norlingue & de Lens les fameuſes
Batailles
Faisant trembler les Dieux du
Danube & du Rhin ,
Remplirent de l'Escaut le fertile
terrein ,
De foibleffe , d'effroy , de morts ,
de funerailles
Sceus joindre par tout àmavivacité
La force , l'intrepidité.
Ferme dans les Confeils , fier ,
prompt inébranlable;
H 3
174
MERCVRE
2
Dans les ordres incomparable ;
Actif, present par tout , iamais
embarassé , 4
le pris mieux mon party qu'aucun
٢٠ hommedumonde.
Enfin par mes Exploitsle Germainterrasse,
Iefis craindre mon bras fur la
terre & fur l'onde.
Ie fus dans le commandement
Estimé , craint également ,
Heureux à prendre l'avantage ;
Sans trouble impetueux , ie mis
tout en usage
Pour Soutenir ma gloire & l'éclat
de mon nom.
Dans l'ordre du Combat refolu ,
peu flexible ,
Medonnant tout à l'action ,
Ala crainte, au peril toûjours
inacceſſible ,
De nos fiers Ennemis à vaincre
preparez
GALANT.
175
10
Ma valeur arreſta les iniustes
proüeffes;
Leurs Poſtes les plus aſſurez
N'eurent pour moy que des foibleffes
Ie tirois du Soldat ce qu'on en
peut tirer ,
1
Dans les plus grands perils ie
Scavois inspirer
L'intrepidité, la vaillance ,
Et toûjours reſolu de vainere on
de mourir ,
L'arrachois aux vaincus iuſques
àl'esperance ,
Que comive may jamais on pust
lesfecourir.
Ma valeur égala la valeur d'Alexandre
;
Si ie fus moins heureux que ce
fameux Heros ,
En mourut- il plus en repos ?
En cut - il plus de terre & d'éclat
poursa cendre?
1
H4
176 MERCURE
Le Sonnet qui fuit eſt de
Monfieur de Corbet , Gentilhomme
qui s'eſt rendu recommandable
par l'honneur qu'il
a receu d'eſtre chargé des ordres
du Roy , pour aſſiſter aux
Synodes des Provinces de
Berry & d'Orleannois ; par
un tres grand nombre de Converſions
auſquelles il a beaucoup
contribué , & parde ſçavans
écrits contre le Miniſtre
Claude , d'autres Miniſtres ,
qui luy ont attiré l'approbation
des plus illuftres Prelats
du Royaume.
A
GALANT. 177
del
m
or
UX
de
par
onau-
Catre
SONNET
A la gloire de Monfieur le
Prince , par des Rimes
preſcrites.
Cre
E Heros en naiſſant fceut
gagner des Batailles
Et défaire un grand Chef dans
د
es lesarmes vieilly.
ba-
Farnese , Spinola , Beck , Montecucully
,
N'ont iamais tant que luy res.
versé de
: murailles ..
Espagne, qui l'as vû juſquesdans
tes entrailles,
Accomplir les projets formez
dans Chantilly,
Que de fois ton Estat par ce
Prince affailly
H
178 MERCVRE
De ſes plus chers sujets pleura
les funerailles !
Mais loin, ces vains honneurs
des profanes Guerriers ,
Mon Heros en mourant cherche
d'autres Lauriers ,
Et pour les moiſſonner comme
avoitfait Turenne.
Se fentant comme luy par la
Grace inondé ,
Sur fes sens il la laiſſe agir en
Souveraine ,
Et feule triompher du coeur du
Grand Condé.
On parle des grands Hommes
en toutes fortes de Langues.
C'eſt ce qui a fait faire
cette maniere d'Epitaphe en
Vers Italiens .
Sotto questo marmo il gran
Condégiace ,
La di cui fama per tutto il
mondo erra.
GALANT. 179
14
S

He
1
e
de
E
Dopo tanti anni haver menato
guerra ,
Quel magnanimo Heroë , horamaista
in pace.
Ie vous envoye deux Vers
Latins ſur le meſme ſujet ,
avec la Traduction qui en a
eſté faite ,
Cefar Alexander , Pelides ,
fulmina belli ,
Condæi cineres focio excepêre
ſepulchro.
Conde fut comparable au plus
grand des Cefars ,
Il eut le coeur d'Achille & le
bras d'Alexandre ;
Son corps dont l'Univers doit
respecter la cendre ,
Eft mis dans le tombeau de ces
Heros de Mars.
Voicy l'Extrait d'une Let
H6
180 MERCVRE

tre de l'Autheur de ces Vers,
qu'on peut regarder comme
un éloge de Monfieur lePrince.
l'ay cru,dit- il,devoir affem
bler des Heros de divers Srecles ,
& les plus grands Capitaines de
l'Antiquité, comme font Achille ,
Alexandre & Cefar, pour exprimer
tout le grand merite de feu Monfieur
le Prince . Ils ont eu toutes les
parties d'un grand Capitaine ,
mais on peut dire neanmoins que
chacun d'eux aeuſa partiedominante.
Celle d' Achille estoit la noble
ferocité d'un Guerrier. Celle
d'Alexandre estoit une valeur
impetueuse , une rapidité de conquestes.
Ilne se contentoit pas de
gagnerdes Provinces &des Royau
mes , il euft voulu qu'il y eust ew
pluſieurs mondes à conquerir. Gelle
de Cefarestoit une grande condui
te , une habileté dans l'Art miliGALANT.
181
ne
1
sles
ne
aut
AN
taire. C'eſt luy qui l'a, pour ainsi
dire , reconduite en Science ,&qui
ena donnéde grands principes&
des regles certaines. Toutes cesparties
dominantes dans ces grands
Capitainessetrouvent comme raffemblées
dans Monfieur le Prince..
Il avoit quelque air de ce qui est
rapporté d' Achille pour laferocité
de Mars, fansen avoir la cruelle
dureté. Il avoit aussi le caractere
d'Alexandre ; il eſtoit d'une valeur
étonnante , & que l'on pouvoit
nommer ambitieuse. Il cust voulu
toûjours combattre , il quittoit de
fort bon coeur Chantilly pour aller
au Champ de Bataille , & il n'e
Stoit pas contant d'une Campagne ,
s'il n'avoit fait plusieurs expeditions
d'éclat . Enfin , il reſſembloit.
aussi à Cesar dans la capacité&
Asia dans la ſcience de La Guerre. Ik
fçavoitranger admirablement una
J82 MERCURE
!
Armée en Bataille , & lors qu'il
luy a fallu faire des Sieges , il s'y
prenoit en maistre. Il ne faut que
lire la Relation du Siege de Dun
querque dans les oeuvres de Sarrafin
pour en demeurer d'accord; &
cependantMonsieur le Prince étoit
alors fort ieune. C'est cette conformité
avec ces illuftres Capitaines
quim'a portéàle leur afſocier ,&
i'ay cru que comme ily a des Tombeaux
deſtinez aux Familles illuftres
on pouvoit auſſi inhumer Monfieur
le Prince avectrois Heros de
LaFamillede Mars ,& mettre les
urnesde leurs cendres dans unmémefepulchre.
l'ajoûte une Epigramme de
Monfieur Lourdet , & trois
Sonnets ; le premier deMonfieur
Pechantré , Autheur de
Geta, qui a paru cet hyver
avecun fi grandſuccés ileſeGALANT.
183
is
que
A7-
0
etot
for-
Tom-
Mor
re la
edi
trois
Monar
de
condde Monfieur l'Abbé Baraton
, & le troiſième de Monfieur
Amoureux de Digne ,
Avocatau Parlement d'Aix .
SUR LA MORT
de Monfieur le Prince.
E
N terminant fon fort Condènous
afait connoistre
Qu'aucun ne doit pretendre à
l'honneur des Autels.
On ne voit icy- bas que des hommes
paroiſtre.
S'ilse pouvoit qu'en terre ilfust
des immortels ,
Condé l'auroit esté , Condé le devoit
estre.
I. SONNET.
REftes du grand Condé , cen
vvel
Lefe
dresde ce Heras
!
184
MERCURE
Digneobiet des refpects qu'on doit
àsa memoire,
Ioüiffez à iamais d'un tranquille
repos
Sous ce Marbre qui fait l'éloge de
Sa gloire.
On y voit éclater tous fes faits
lesplus hauts,
Tels qu'un journos Neveux auront
peine à les croire ,
Mais on y voit ce Prince aprés
mille travaux
Remporterfurfoy- mesme une illuſtre
victoire.
Tant d'Ennemis vaincus , tant
de ramparts détruits
Tant de Chefs , tant de Rois par
Son exemple instruits ,
Defa haute vertu font le portrait
fidelle.
Princes , qui pleins d'espoir
furſes traces marchez
GALANT.. 185
10
JA
Vous ne sçauriez choisir un plus
parfait modelle ,
Et vous ferez beaucoup si vous
enapprochez .
II . SONNET.
'Invincible Condé n'est plus
L'Invinciblde cendre,
Tout se termine là , puiſſance ,
biens , honneurs ,
Tel est le triste fort des fragiles
•Grandeurs ;
Rois , Princes , Conquerans , nul
ne peut s'en défendre.
Ce Heros en courage égaloit
Alexandre ,
Sa valeur ,fon efprit luy gagnoient
tous les coeurs ,
Il paffa de bien loin les plus fameux
Vainqueurs ,
Et dans tout l'Univers fon nom
s'est fait entendre.
186
MERCVRE
Tant d'illustres travaux , tant
deſanglans Combats .
Tant de Peuples vaincus par l'effortdefon
bras ,
A la posterité consacrent ſa memoire.
Est- il rien depareilàfes Faits
inoüis ?
Et pouvoit-on iamais porter plus
haut lagloire
Du grand Nom des Bourbons , &
du Sang de LOUIS.
III. SONNET.
ANtiques Monumens
Siecles paffez
qui
De tant de noms fameux rapellez
la memoire ,
Abaiffez vostre orgueil, ces noms
Sont effacez
Tout cede à ce Heros dontje trace
lagloire
GALANT. 187
A Sa valeur a foumis ceux qu'il a
menacez ,
Faid
:
On le vit en tout temps Maistre
de la Victoire,
Etfous luy tant de Chefs ont esté
terraffez
Que nos Neveux un jour auront
peineà le croire.
Ilfut des Generaux l'exemple&
la terreur ,
Le feul defir de vaincre anima
fongrand coeur,
Iln'est plus , &la mort a fermé
Sa paupiere.
Mais dis-je , il joüit d'un plus
illustre fort,
S'il vécut glorieux , une plus belle
mort
Pour couronner ses jours a borné
Sacarriere.
188 MERCURE
Ie finis par des Vers de
Monfieur Moreau , Avocat
General de la Chambre des
Comptes de Dijon , adreſſez
à Monfieur le Prince d'aujourd'huy
.
L
Amort du grand Condé cauſe
nostre douleur ,
Par tout on l'admiroit , par tout
on en soupire ,
Qui dit Condé , dit tout ce qu'on
peut dire,
De grandour , de vertu , d'esprit
&de valeur ;
Mais dans ce coup fatal à nos
voeuxfi contraire ,
Prince , ce qui nous doit conſoler
aujourd'huy ,
C'est de te voir marcher fur les
pas de ton Pere ,
Et de trouver en toy ce que l'on
perd en luy
GALANT .
189
He
cat
Hes
auh
au
CAM
tow
Vous entendrez ſi ſouvent
parler de la Fortereſſe & du
Pont d'Eſſeck pendant la Campagne
qui eſt preſte de s'ouvrir
entre les Allemans & les
Turcs , que vous ne ſerez pas
fachée que je vous envoye le
Plan de ce Pont & de cette
Fortereſſe , afin que vousjettiez
les yeux deſſus à meſure
qu'il ſe paſſera quelque action
gis qui regardera ces deux poftes .
Ils font dans le Comté de
Vvalk ſur la Drave , dans la
partie Orientale de l'Eſclavonie.
Les chiffres ſuivans vous
donneront une parfaite intelligence
del'un & de l'autre.
1. Le Pont d'Efſſeck longde
8565. pas geometriques , &
large de 17 .
el 2. Fortereſſe d'Eſſeck .
3. Fauxbourg d'Effeck.
190 MERCURE
4. FortdeDarda, ouTarda,
à l'autre bout du Pont , il eſt
du Comté de Varaniuvar dans
la baſſe Hongrie.
5.Pluſieurs guerites,& fentinelles
pour la garde du paffage.
6. Diverſes montées pour
defcendre dans le Marais.
7. Le Marais .
Tout ce qui eſt arrivée à
Monfieurle Cardinal d'Estrée
depuis la fin de lanvier, neluy
ayant donné ny le temps , ny
le lieu de fignaler ſa joye pour
la parfaite gueriſon du Roy ,
il ſe determina à le faire aprés
l'arrivée de ſon Courrier qui
luy apporta les ordres par leſquels
Sa Majesté la chargé de
l'entiere direction des affaires
à la Cour de Rome ; mais les
devotions ordinaires de la
GALANT.
191
elt
en
DOU
-
Semaine- fainte occupant tout
ce temps , il remit cette Feſte
au Dimanche de Quasimodo
fixième d'Avril . Sa Sainteté
luy accorda pour ce meſme
mu jour par un Bref particulier
une Indulgence pleniere dans
l'Egliſe de ſaint Loüis ,& cependant
pour rendre cette
action de graces plus agreable
àDieu , ce Cardinal chargea
une perſonne pieuſe d'aller
dans tous les Convens des
Mandians , Conſervatoires , &
Ecoles de Filles & d'Enfans ,
pour y diftribuer des aumônes
confiderables . On les vit tout
cejour là venir en Proceſſion
à faint Louis avec une devotion
édifiante , & l'on compta
plus de ſoixante Proceſſions
e
Atree
eluv
pou!
Rov ,
apres
qu
lef
é de
Faires
s les differentes de jeunes Filles
el conduites par leurs Maiſtref192
MERCVRE
i
ſes . Tous les Religieux mandians
marchoient avec la
Croix. Les Hôpitaux des
Aveugles , des Eſtropiez , des
Vieillards , des Orphelins , &
autres qui avoient eu part aux
aumônes, vinrent auſſien Proceſſion
faire leur priere pour
le Roy , & la pluſpart communierent.
On en compta plus
de deux mille. On avoit fait
prendre le nombre des pauvres
honteux qui ſe trouvoient
dans tous les quartiers de la
Ville,& on leur diſtribua vingt
mille pains. Monfieur le Cardinal
d'Estrées avoit en même
temps ordonné à ſon Banquier,
d'avertir le Procureur des
Pauvres qu'il euſt à donner
une Liſte de tous les Prifonniers
de Rome, &de payer fur
ſon témoignage les Creanciers
de
GALANT.
193
12
Hes
es
UN
110
01
deceux qui devoient juſques
à cinquante écus Romains,
pour les mettre en liberté ce
jour là. Il fit auſſi diſtribuer de
l'argent aux Criminels & aux
autres pauvres Priſonniers ,
afin qu'ils ſe ſentiſsét de la joye
où eſtoit la France.M.le Cardinal
d'Eſtrée ſouhaita que pendant
qu'on chanteroit le Te
Deum à S. Loüis , on le chanta
auſſi dans cent Egliſes des principales
de Rome,ſans compter
les Nationales . Celle de S. Jean
de Latran , qui eſt la premiere
du monde , s'en acquita avec
éclat & beaucoup de zele. Ce
Cardinal envoya pour cela aux
do Sacriſties detoutes les Egliſes ,
afin que le Te Deum fuft precedé
d'une Meſſe haute. Celles
-fi qui ont des Muſiques , reglez
res
en
ng
eme
ier
net
00-
iers le chanterent en Muſique ,
de & les autres avec le plus
May 1687. I
:
194
MERCURE
de folemnité qu'elles purent,
Meffieurs les Cardinaux d'Eſtrées
& Maldachini ſe rendirent
à S. Louis à dix-fept heures
, ſuivis de tous les Nationaux.
Il s'y trouva beaucoup de
Nobleffe , & un Cortege de
plus de trente Prelats , quoy
qu'on n'euſt pas fait une invi.
tation generale de la Prelature
, parce que la folemnité ne
regardoit que la Nation. Madame
la Ducheſſe de Modene
y'aiſiſta , & Monfieur Cufani
Archeveſque de Trebizonde,
celebra la Meſſe en habits Pontificaux
,& entonna le Te Deum .
L'un & l'autre furent chantez
au bruit des Boëtes, des Tromperes
& des Tambours , par
deux Choeurs de Muſique ,
compoſez de plus de foixante
voix , &des meilleurs InſtruGALANT
.
195
10-
de
201
ה נ ו
Ma-
Hene
fani
nde
Pop
Des
nter
rom
mens de Rome . Le Pere Semeri
Iefuite prononça un Difcour
fort éloquent à la loüange
de Sa Majesté ſur la conſtance
eſtõnante qu'Elle avoit
fait paroiſtre dans ſa maladie ,
& fur le bonheur de ſa guerifon.
Monfieur le Cardinal d'Eftrées
donna le lendemain un
grand Repas à la Vigne Pamphile
, à Monfieur le Cardinal
Maldachini, & à tous les Pre-
-lats qui s'eſtoient trouvez à
cette Ceremonie. On y but
pluſieurs fois à la Santé de Sa
Majefté. Aprés ce Repas on
paſſa dans une autre Cham-
-bre , où la Compagnie fut regalée
d'un Concert de voix
& d'Inſtrumens .
que,
ank
tru
d'Estrées à differer les autres
Le mauvais, temps ayant
obligé Monfieur le Cardinal
I 2
196 MERCURE
marques de réjoüiſſance , qui
devoient eſtre accompagnées
le meſme jour de celles de tous
les Nationaux, ſuivant l'ordre
qu'il avoit donné pour rendre
cette folemnité plus univerſelle
, on fut obligé de lever
une partie de la façade de
l'Egliſe de la Trinité du Mont,
pour raccommoder les Tableaux
que la pluye avoit gâtez
,& de remettre la Feſte au
Dimanche 20.Avril. Son Eminence
quitta le deüil ce jourlà
, & le fit quitter à toute fa
Maiſon , comme Elle avoit fait
le jour qu'on chanta le TeDeum
à S. Loüis . La Feſte commença
par la grandeMeſſe que celebra
le General des Minimes
François,aprés laquelle le même
General entonna le Te
Deum. Plus de vingt CardiGALANT.
197
Jul
ees
enont
Ta
naux , quantité de Prelats , &
preſque tout ce qu'il y a de
grands Seigneurs & Dames à
Rome , allerent y faire leurs
Prieres pendant toutlejour. Il
y eut quatre Fontainesde vin
qui coulerent juſqu'à trois
heures de nuit , la premiere à
la Place de la Trinité du Mont;
la ſeconde à l'entrée de celle
du Peuple ; la troifiéme à celelle
de S. Louis , & la quatrié-
Emme à Campo di Fiori. On y faiſoit
en meſine temps unedicell
ſtribution depains ,&l'on enfalt
tendit crier dans tous les
out
Quartiers , Viva Francia. A
e - vingt-trois heures & demie ,
Monfieur le Cardinal d'Ef- ce
trées , aprés avoir fait ſa priemẻ.
re à la Trinité du Mont , fe
rendit à la Place d'Eſpagne
rdi. dans un Sallon qu'il avoit fait
I3
198 MERCURE
baſtir exprés pour recevoir les
Cardinaux.Illes avoit fait ſeu .
lement avertir de cette réjouiſſance
, fans les inviter
dans les formes , à venir y
prendre part. Il y avoit un autre
Sallon à la gauche de celuy
- cy pour les Dames , lés
Prelats , & autres Perſonnes
de qualité. Ces Sallons étoient
au milieu de la Place , tapiffez
au dehors & au dedans de fort
belles tapiſſeries de haute-liffe
, & ornez de Luftres & de
Plaques d'argent , où l'on attacha
des bougies , avec des
brafiers d'argent qu'on avoic
couverts de fleurs . Ils étoient
gardez par les Suiffes du Pape,
& ouverts du coſté de la façade
de la Trinité , mais fous
une friſe de velours, avec une
creſpine d'or qui regnoit fur
MUE LE
LYON
GALANT. 201
cheffes , & autres Dames , &
éclairées par une infinité de
lanternes , que Monfieur le
Cardinal avoit fait diſtribuer
dans les maiſons de l'une & de
l'autre . Le Conneſtable Colonne
, & pluſieurs autres Perſonnes
de la premiere qualité
, avoient mis pied à terre ,
& s'estoient arreſtez devant
les Sallons , d'où l'on vit en
un inſtant toute la façade de
l'Egliſe & du Convent de la
Trinité illuminée de flam
beaux de cire blanche , de
pots à feu &de lampes de verre
fans nombre . L'ornement
du haut de cette façade cachoit
le feu d'artifice poſé entre
les deux Clochers , & même
au deffous de la voûte de
l'Eglife . On avoit pour cela
élevé un Tablean reprefen
Is
202 MERCVRE
tant un amphitheatre orné de
guirlandes & de feſtons , d'où
fortoit un Char attelé de quatre
chevaux fur lequel eſtoit
une Figure repreſentant l'Eternité
guidée par la Gloire ,
avec cette Inſcription ſur la
frife de l'amphiteatre , Viamque
affectat Olympo. Au deſſous
de cet amphitheatre eſtoient
les Armes de France avec la
Couronne qui faisoit un petit
Dome un peu moins élevé
que les deux Clochers. Ils
eſtoient couverts d'artifice &
depots à feu . Le Char s'avançoit
furdes nuages remplis de
feux d'artifice, ainſi quel'Amphitheatre
, le Char , & les
deux Figures . Au deſſous de
ces nuages paroiſſoit une Renommée
, relevant un grand
tapis de Brocart à fleurs d'or ,
GALANT. 203
i
5
e
2
d
&découvrant un Soleil , qui
ayant percé un nuage fort
épais , ſe montroit fort lumineux
à toute la terre , avec
ces mots , Potuitque refiftere tan-
10. Au deſſous eſtoient les armes
du Roy, foutenuës par des.
Anges tout dorez . Des Chandeliers
d'un agreable deffein ,
& de differentes figures éclairoient
les ornemens . Les Clochers
estoient ornez avec une
fimetrie égale depuis le haut
juſqu'au bas , de guirlandes ,
de feſtons , de friſes , de frontons
, & de Chandeliers de
differentes grandeurs. Quelques-
uns portoient juſques à
quinze flambeaux , & il y en
cutplus de trois cens employez
pour illuminer cette façade.
Au deſſous de la coupole
de chaque Clocher eſtoit
16
204 MERCURE
une Corniche gamme de pots
à feu , & au deſſous on voyoit
un Hercule panché &
tout languiſſant , & de l'autre
coſtéun Efculape. Au fecond
ordre d'Architecture , à hauteur
de la Deviſe du Roy ,
eftoientdeuxgrandes Medailles
que des Anges foûtenoient.
L'une repreſentoit un Peuple
dans la joye , & l'autre un
Peuple affligé . Au deſſous de
la premiere eſtoit l'Eſperance,
& de l'autre coſté la Force.
Toutes ces Figures eſtoient
dorées , & bordées de petites
lampes de verre , ainſi que les
pilaſtres & les chapiteaux. Il
y avoit des trophées d'armes
dans les endroits que l'Archi
tecte n'avoit pû remplir autrement.
L'Efcalier qui eft
fait en forme de perron , ré
GALANT.
205
pondoit au reſte du deſſein.
Il eſtoit borné de chaque coſté
par deux pyramides tranfparentes
& éclairées par dedans
, qui dans toute leur étenduë
repreſentoient la Baniere
de France. Un grand Soleil
qu'on voyoit paroiftre fur
l'Escalier , fit un effet tresbrillant.
Il y avoit le long de
la baluſtrade de grands Chandeliers
qui portoient pluſieurs
flambeaux , & de grandes
Fleurs de Lys éclairées avec
des lampes . Deux Fleuves
couchez au deſſous de la Baluſtrade
marquoient la jonction
des deux Mers , & une
figure de l'Abondance eſtoit
dansla niche du milieu . Ces
mots fe lifoient dans un Ecri-.
teau communaux deux Fleuves
, Avidiſque amplexibus ba
205 MERCURE
rent .Les Romains accoûtumez
à voir les plus belles chofes,
ont fort loüé le deſſein de l'Architecte
. S'il parut tres - agreable
pendant le jour , il furprit
bien davantage quand
tout fut illuminé . On avoit
fait mettre aux trois rangs
des fenestres du Convent de
la Trinité , deux flambeaux à
chacune , & des pots à feu au
deſſus du toit. Toute la Montagne
fut auſſi illuminée, mais
d'une maniere nouvelle &
fort extraordinaire . Les arbres
qui regnent depuis la
Plate - forme de l'Egliſe juſqu'aubas
de la Montagne , &
à l'entrée de la Place d'Eſpagne
, eſtoient chargez d'une
infinité d'Oranges & de Citrons
, qu'on y avoit attachez ,
aprés les avoir vuidez pour
GALANT .
207
les remplir d'huile . La lumierequi
les rendoit tranſparens ,
les faiſoit paroiſtre auſſi frais
& auffi beaux qu'avant qu'on
les euſt cuëillis . Cette Illumination
ſe fit au bruit des
Trompetes & des Hautbois.
Vis à vis des deux Sallons
eſtoit un grand échafaut , fur
lequel on avoit placé les Muficiens
& la Simphonie . Le fa..
meux Archange Bolonois en
avoit fait la compofition , &
il avoitaſſemblé tous les meilleurs
Violons de Rome . Deux
voix accompagnées de la Simphonie
chanterentd'aborddes
Vers à la loüangedu Roy , &
on leur preſta un fort grand
filence . Au fignal donné pour
allumer les feux d'artifice , on
fit une décharge de cent Boëtes.
Cependant les Gentils
208 MERCURE
hommes de Monfieur le Cardinal
d'Eſtrées ſervirent la
collation aux Cardinaux , aux
Dames , & à tous ceux qui eftoient
dans les Sallons . Elle
eſtoit compoſée de quantité
de Baffins de fruits & de confitures
ſeches . Cequien reſta
fut jetté au Peuple . On mit
le feu à la grande Girandole.
Elle estoit de fix mille groffes ,
fuſées , qui s'élevant tout d'un
coup dedeſſus la façade, firent
un effet tres furprenant. Enſuite
on tira le Feu d'artifice ,
qui fortitdes deux Clochers ,
& des ornemens du haut de
la façade. Il fut terminé par
deux autres Girandoles , & le
tout fit avoüer , qu'on n'avoit
encore rien vû de plus beau ,
foit pour la grandeur, foit pour
le nombre des Fuſées. LePeuGALANT.
199
.
e
1
e
-
ta
10
هت
in
ent
ne,
rs ,
de
par
YON
cau,
our
Deu
toute la longueur des Sallons.
On y avoit mis de grands rideaux
de Damas , afin que
ceux qui craignoient l'air de
la nuit , puſſent s'en fervin
pour en éviter l'incommodité,
Il ſe trouva dans le premier
des Sallons juſques à quatorze
Cardinaux avec l'Ambaſſadeur
d'Angleterre. Monfieur
le Cardinal de Medicis , qui
avantqued'avoir receu le chapeau
n'oſoit ſe trouver dans
une Aſſemblée de Cardinaux
ſans la permiſſion du Pape,que
Sa Sainteté n'avoit pas jugé à
propos deluydonner , demeura
dans fon Caroſſe auprés des
Sallons . Les autres Cardinaux
qui estoient incommodez , &
qui avoient eſté faire leurs
prieres à la Trinité , envoyerent
faire leurs excuſes à fon
14
200 MERCURE
Eminence , de ce qu'ils ne venoient
point à ſa Feſte. Madame
la Duchefſe de Bracciane ,
Madame la Comteffe de Gu
bernatis , Femme du Reſident
de Savoye , & quantité deDames
Romaines & Françoiſes ,
le Prince de Saxe , pluſieurs
Prelats , des Lords Anglois,des
Nobles Venitiens , & ce qu'il
y a de François à Rome d'une
qualité diftinguée , vinrent
prendre place au ſecond Sal-
Ion. Les Gentilshommes de
Monfieur le Cardinal d'Eftrées
, ſuivis des Valets de
Chambre , furent occupez à
porter ſans ceſſe Eaux , Sorbets
, Vins & Chocolats dans
les deux Sallons . Toute laPlace
d'Eſpagne & la ruë des
Conduits eſtoient remplies de
Caroſſes de Princeſſes,deDuGALANT.
209
1
コー
10
2-
es ,
33
ple qui rempliſſoit la Montagne
, détacha des arbres les
Oranges & les Citrons , & les
porta à la main par les ruës
de Rome. Il y avoit danstoutes
des maiſons illuminées de
flambeaux , de lanternes & de
lampes , avec le portrait du
Roy , &les Armes de France ,
àcauſe de la quantité deNationaux
diſperſez dans divers
IS
Hes
u'il
ne
ent quartiers , de forte que la Fe-
Sale ſte a eſté preſque generale
de dans la Ville.

de
zi
Le meſme jour , Monfieur
le Cardinal Maidalchini fit des
réjoüiſſances particulieres , &
quantité de rafraichiſſemens
dans furent diftribuez par fon or-
Sor
Pla dre aux Dames & aux Seides
gneurs . Tous les Partiſans de
esde France marquerent auſſi leur
Du- joye par de grandes illumina-
1
212 MERCURE
tions , & quoy que Monfieur
l'Abbé Elpidio Benedetti ,
Agent des affaires de France ,
euſt fait ce ſoir là la mefme
choſe , il voulut fignaler encore
fon zele le lendemain ,
en ſe diftinguant par un grand
Feu d'artifice & par une fu
perbe décoration , qu'il fit
faire en fa Maiſon , ſituée
prés l'Egliſe de Noftre - Dame
de Monferrat. Il eut ſoin de
faire illuminer les Maiſons
voiſines , afin que la Feſte eut
plus d'éclat. Sur une terraſſe
qui eſt audeſſous de la fienne,
eſtoit une eſpece de Theatre ,
où quantité d'Inſtrumens &
de Hautbois firent entendre
une Simphonie tres -agreable.
Il y avoit auſſi une excellente
Muſique , compoſée des plus
belles voix deRome. Au fronGALANT.
21
ττὶ ,
ce,
efime
enmain
,
rand
e fu
il fis
fruét
Dame
bin de
aifons
fte eu
errall
fienne,
heatre,
Dens &
tendre
greabit
cellent
des plu
Au fron
tiſpice de ſa Maiſon brilloit un
Soleil d'une invention nouvelle.
Il étoit ſi éclatant qu'il
ébloüifſoit les Spectateurs .
Toute la Decoration eſtoit
remplie d'un grand nombre de
figures avec des Deviſes convenables
au fujer & à la gloire
du Roy. On avoit poſé le Feu
d'artifice , an deſſus du Soleil
, & tout autour des ra
yons . Il en fortit un grand
nombre de fuſées qui formoient
des Fleurs -de- Lys , &
pour obliger les pauvres de
ſa Paroiſſe à contribuer par
leurs prieres à obtenirde Dieu
la conſervation de Sa Majesté,
il leur fit diſtribuer une fomme
confiderable. Pendant la
durée de cette Feſte , il regala
generalement toutes les Dames
& la Nobleſſe , de quantité
de confitures , & de ra212
MERCURE
fraichiſſemens à la mode d'Italie.
Monfieur le Marquis de Lavardin
, de la Maiſon de Beaumanoir
, qui eſt une Maiſon
fort diftinguée , a eſté nommé
pouraller à Rome faire les
fonctions d'Ambaſſadeur Extraordinaire
de France , que
Monfieur le Duc d'Eſtrées y
a remplies ſi long temps avec
tant de gloire . Il a infiniment
de l'eſprit , & n'ignore rien
de tout ce qui regarde les belles
Lettres . Il ſçait parfaitement
les Langues , & entend
l'Italien comme le François .
Enfin il a toutes les qualitez
qu'il faut pour ſoûtenir dignement
la gloire d'une fi
grande ambaſſade , ce qui fait
connoiſtre le juſte difcernement
de Sa Majeſté. Je ne
GALANT.
213
L3
eaunom
vous dis rien de ſon départ
qu'il differera juſqu'à la Saiſon
où les Eſtrangers doivent
arriver à Rome.Il y a un temps
alor reglé pour cela , fans quoy on
s'expofe à de grandes incommoditez
cauſées par l'air du
Païs . Ce Marquis fait travail .
ler à des Equipages fort fuperbes
, & n'oublie rien pour
paroiſtre avec tout l'éclat que
demande fon caractere.
reles
Ex
, qu
1
ees
saved
iment
-e rier l'oubliay à vous mander le
esbel mois paffé que le Roya choirfaite
ſy Monfieur le Marquis de
eutend Villiers d'O , Major des Arançois
mées Navales du Ponant ,
malites pour Gouverneur de Monnir
die ficar le Comte de Tholouſe. 'uneli Ce Marquis a épousé depuis
quifiir quelques mois , Mademoiſelle
(cerne de Guilleragues qu'il a rame-
Jest néede Conſtantinople. Il en214
MERCURE
tend parfaitement bien la Mer .
Ainfi outre ce que les Gouverneurs
doivent apprendre
aux Seigneurs dont la conduite
leur est confiée , il pourra
encore inſtruire Monfieur
le Comte de Tholouſe de ce
qui regarde ſa Charge d'Amiral.
Il eſt certain qu'on ne pent
trop admirer le Roy dans les
choix qu'il fait . Il répand toûjours
ſes graces avec un ſi juſte
difcernement du vray merite
, qu'on peut dire qu'elles
ne font en quelque forte que
prevenir les voeux du Public.
C'eſt ce que ce grand Monarque
vient encore de faire avec
beaucoup de gloire pourMonfieur
de Pontchartrain , en le
nommant à une troiſiéme
Charge d'Intendant de ſesFiGALANT.
215
Con
our
fie
του
nances . Meffire Loüis Phelypeaux
, Seigneur de Pontchartrain
dont je vous parle eft
Fils de Meſſire Louis Phely .
peaux , Seigneur de Pontchartrain
, Preſident en la
de Chambre des Comptes de Pa
Aris , & petit Fils de Meſſire
Paul Phelypeaux , Seigneur
epe de Pontchartrain , Secretaire
ns d'Etat , dont la Charge a paffé
dto par fa mort à Meffire Phelypeaux
d'Herbaut fon Frere ,&
ay depuis à Monfieur dela Vrilque
liere, Fils de Monfieur d'Herteq
baut , & Pere de Monfieur de
Chaſteauneuf.Il fut receu fort
jeuneConfeiller au Parlement
irear de Paris , & pendant quinze
ans qu'il exerça cette Charge,
vous ferez perfuadée qu'il en
roities remplitles devoirs avec toute
la capacité&
Pub
Mont
aur Me
n , en
defest
toute l'integrité
216 MERCURE
poſſible , quand je vous auray
appris qu'il n'avoit encore que
trente - quatre ans , lors que
le Roy le fitPremier Prefident
au Parlement de Bretagne.
Cette nomination fut faite en
1677. & l'avoir choiſi dans
un âge ſi peu avancé pour un
poſte de cette importance ,
c'eſt un éloge qui paſſe tout ce
que je pourrois vous dire aujourd'huy
, & de ſon exacte
probité,&de ſa prudence conſommée.
Il a fait voir dans toutes
les occaſions qui s'en font
offertes , qu'il a herité de l'attachement
inébranlable que
ſes Anceſtres onttoûjours eu
au ſervice de leur Prince &
en recherchant avec ſoin les
droits du Roy , il s'eſtoit acquis
la confiance de tous les
Bretons d'une maniere fort
agrea
GALANT.
2.17
Y
110
en:
ne
en
Hans
ace
ut c
eau
xact
Stou
n for
elat
= qu
LITS
ne
oinla
pit al
ous le
re for
agr
agreable pour luy , & avanta-
-geuſe à toute cette Province ,
où il eſt extremement regreté .
On ne peut rien ajoûter à ſes
lumieres , & fſon application
eſtant égale àfon zele, le choix
qui vient d'eſtre fait de luy
pour les Finances , & qui a
eſté receu avec une approbation
fi generale , ne peut qu'eſtre
utile aux intereſts de Sa
Majesté , & au bien du Public.
La Charge de premier Preſident
de Bretagne , qu'avoit
Monfieur de Pontchartrain , a
eſté donnée à Monfieur de la
Falüere, Preſidentaux Enquêtes
.La grande reputation qu'il
s'eft acquiſe par ſa probite, &
par la maniere dont il s'eſt acquité
de tous les Emplois qu'il
a exercez , luy a attiré le choix
duRoyτο
ر
May 1687. K
218 MERCURE
هب
Monfieur Morand , Intendant
en Provence ,a eſté nommé
premier Prefident au Parlement
de Toulouſe . Ceux
qu'un Prince auſſi éclairéque
le Roy choifit pour les grands
Emplois , lors qu'ils y penſent
-le moins , doivent eſtre d'un
merite bien diftingué Meſſire
Thomas Alexandre Morand
qui vient d'eſtre reveſtu de
cette Charge , a l'efprit fort
élevé , & beaucoup de jugement
& de penetration . Il a
épouse Dame Françoiſe Jaques
, Fille de Mre Jacques ,
•Greffier en chefdu Parlement
de paris , dont l'exactitude ,
l'intelligence & la probité font
eſtiméesdes perſonnes du plus
haut merite,& ſe trouve parent
du coſté maternel des de
Believre , de Harlay , Brulart ,
GALANT.
219
-
aieux
que
ands
fen
du
elli
Oran
jugt
1.1
e
ques
emen
itude
tefon
dups
ave
des
Srulan
Sillery ,& autres Familles illuſtres
de la Robe. Il eſt Fils de
Meſſire Thomas Morand , qui
areſté Conſeiller au grand
Confeil , Maiſtre des Requeſtes
,& Intendant à Bordeaux,
à Montauban , à Caen , à
Roüen , & en Touraine,& petit-
fils de Meffite Thomas Morand
qui aveſté pareillement
Conſeiller au grand Confeil ,
Maistre des Requeſtes , Intendant
dans toute la Normandie,
& grand Treforier des Ordres
du Roy, ayant eu auſſi la Charge
de Treſorier de l'Epargne
qu'avoit exercée ſonPere,Bifayeul
de Monfieur Morand
dont je vous parle. Il porte
pour Armes , d'azur à trois
Cygnes d'argent , avec cette
deviſe , A candore decus .
de nevousdisriendeMon- ۱
K 2
2:20 MERCVRE
fieur le Bret , qui a eſté fait
Intendant de Provence à la
i place de Monfieur Morand.
LIe vous en parlay , quand je
- vous appris qu'il avoit eu l'Intendance
du Gouvernement
Ide Lionnois .
e
Ie vous ay appris la mort
-de Dame Marie Eleonore
: Brulart de Sillery , Abbeffe du
Monastere Royal de Saint
- Pierre d'Avenay , & je vous
diray preſentement que le
jour qu'on fit un Service folemnel
pour cette Abbeſſe , l'Oraiſon
Funebre fut prononcée
par le Pere Floriot , Docteur
Ien Theologie , Theologal de
- l'Egliſe de S. Quiriace de Pro .
vins , Exprovincial , Vicaire ,
& Commiſſaire General dela
Congregation de la Province
de France , de l'Ordre de Saint
GALANT. 221
al
nen
mon
по
le
Dominique. Cette piece d'éloquence
receutde fi grandsap-.
plaudiſſemens , que l'on n'a
purefuſer de la donner au Public
, afin de fatisfairela cu - 1
rioſité de ceux qui ne l'ont
point entenduë . Cet Orateur ,
avoit une riche & abondante
matiere. Auſſi fit- il un éloge
Feb
parfaitde cette Abbeffe , à la- i
Sat quelle ce Convent eſt redevable
de beaucoup de choſes , du
nombre deſquelles eft la cloeſture
d'un Parc de plus de cent
Carpens qu'elle a fait entourer
ong de murailles . Les actions de
octe graces qui avoient eſté comgala
mencées de fon vivant , pours
ePro l'heureux retour de la ſanté
cait du Roy , ont eſté continuées
alde dans cette Maiſon , où l'on
VID chante tous lesjours l'Exaudiat
eSall Le Curé de la Paroiffe , les

K 3
222 MERCVRE
Chanoines de l'Abbaye, & les
Habitans du lieu , y font venus
en Proceffion , par les foins
de la Prieure , à la priere de
Madame de Boufflers , nommée
par le Roy Abbeffe de
cette Abbaye , & qui a toutes
les qualitez neceffaires pour
remplir dignementla placede
laDéfunte.
Le Mardy 13. de ce mois ,
Monfieur l'Eveſque de Betleem
expoſa pour la premiere
fois dans l'Egliſe de l'Abbaye
de Saint Antoine des Champs,
l'Offement entier d'une des
cuiffes de Saint Honoré Martyr
, qui ſouffrit pour la foy
au ſecond Siecle de l'Eglife ,
fous l'Empereur Alexandre
Severe . Monfieur le Baron de
Barry , à qui le General des
labobins fon proche parent ,
GALANTM 2235
s
e.
DS
de
m
de
tes
our
ede
ois ,
Ber
miert
bave
mps
der
Mar
la for
glife
ande
Con
de
i
avoit envoyé de Rome cette
précieuſe Relique l'avoit depoſéedés
le matin par permifſion
de Monfieut l'Archevefque
deParis , dans l'Egliſe des
Filles de la Croix au meſme,
Faux-bourg Saint Antoine,ou
Monfieur l'Eveſque de Betleem
kalla prendre , accompagné
du Clergé de Saint Paul ,
aubruit des Trompettes , des
Tambours , des Timbales &
des Haut-bois , pour la configner
entre les mains de l'Illustre
Abbeffe de Saint Antoine
, à laquelle Monfieur le
Baron de Barry en a fait preſent
dans une riche Chaſſe.
Le Pere le Faye , Iacobin du
grand Convent , & Docteur
de Sorbonne , fit le Panegyri-
4
mal do que du Saint avec beaucoup
arent d'applaudiſſement. Il y eut un
K 4
224 MERCVRE
grand concours de peuple à
cette Ceremonie, où pluſieurs
perſonnes de qualité aſſiſterent.
A
Monfieur le Baron de Barry
eſt d'une maiſon fort ancienne
,& originaire de Navarre.
Elle porte d'azur à trois Elephans
d'or , deux en chef &
un en pointe , & a deux Syrenes
pour ſupports. Iacques
de Barry qui vivoit en 1470 .
Baron de Tonjeun &des Henga
en Armagnac , eſtoit premier
Ecuier de FrançoisPhebus
Roy de Navarre , & de
Catherine ſa Soeur. Il eut
d'Antoinette d'Arofly, François
Baron de Tonjeun &du
Henga , auſſi premier Efcuier
de Iean d'Albret Roy de Navarre
, qui épouſa leanne de
Belſunce , d'où fortit Henry ,
41
:
GALANT.
225
j
.
s

a
Hel
Jul
Je
V
Baron de Tonjeun&du Henga
, premierEcuier du meſme
Roy. Il fut marié avec Cathe
rine de Marca , de la famille
du fameux Pierre de Marca
nommé à l'Archeveſché de
Paris. Ils eurent un fils nommé
Iean, qui fut encore premier
Ecuier de leanne d'Albret
femme d'Antoine de Bourbon
Rov de Navarre , & enfuite
Controleur general de ce Royaume.
Celui-ci ſuivit la nouvelle
Religion s'eſtant unir
quementdevoüé à cette Princeſſe
qui lemaria à l'Heritiere
de la Maiſon d'Unallins . De
ce mariage naquit Daniel, Baron
de Tonjeun & du Henga
qui abjura le Calviniſme , &
fut pourveu de la charge de
Lieutenant general de la Senechauffée
des Lannes à S. Se-
Ks
226 MERCURE
ver enGascogne , homme de
grande Litterature , & que le
Collegedes Iefuites de Pau reconnoiſt
pour fon infigne
bien-faicteur.Il époufa leanne
Dabadie Fille d'Antoine Marquis
d'Arboncane & de Maffac
, & en eut lean Pierre Baron
de Tonjeun & du Henga ,
pourveu de la mefme charge
de ſon Pere, qui eut pour femme
Marie Louiſe d'Amou fille
de lacques , Marquis d'Ade
Bonnet , & de faint
rée,& de Françoiſede poyanne
, dont les ayeux ont eſté
Chevaliers des Ordres du
Roy , Vicerois de Navarre ,
& Gouverneurs de Dan & de
Navarins.Ican Pierre eut pour
Fils Loüis, Baron de Tonjeun
, du Henga , de Betz , de
Caftan , de Hauriſſe , auffi
mou ,
GALANT 227-
e
e
a
ne
af
Ba-
Lieutenant general de faint
Sever , qui a épousé Marie de
Batz Fille de loſeph , Vicomte
d'Auriffe , Baron de la Mo
the , Seigneur de Saintrailles
& de la Burthe , Lieutenant
particulier du meſme Siege.
De ce mariage eſt iſſu Monſieur
le Baron du Barry dont
je viens de vous parler. C'eſt
unjeune Seigneur qui donne
i de fortgrandes eſperances par
fon eſprit , & par ſa vertu dont
ily a peu d'exemples a fon âge.
L'Oraiſon funebre de feu
Monfieur le Prince faite par le
d P. Bourdalouë n'eſt point encore
imprimée , & c'eſt un ordre
bien difficile à executer
por que celuy que vous me donnez
de vous en entretenir , en
m
an
et
rre
7, attendant qu'elle ſoit renduë
au publique. Ce n'est pas fans
3
K 6
228 1 MERCURE
peine que je me reſous à
à vous fatisfaire . Ma memoire
chargée de toutes les nouvelles
que je me fuis engagé
de vous mander chaque
mois, ne poura me fournir dequoy
remplir l'idée que vous
devez avoir d'un Ouvrage qui
a fait l'admiration de tous ceux
qui en ont pu juger par euxmeſmes
; & l'auray de la peine
à rapeller ce que j'avois oublié
dans la penſée que cetteOraiſon
funebre feroit imprimé
autant qu'il faluſt finir ma
Lettre. Sovez donc perfuadée
que je ne vous en parle que
pour contenter voſtre impatience
, & que tout ce que je .
vav vous en dire ne sçauroit
aprocher des moindres'beautez
de cet excellent Panegyrique.
p
GALANT
229
e
US
ne
me
m
Heel
que
-paroll
allgy
01
۱۵
+
Il ditdans ſontexte qui étoit
tiré du Livre des Rois , qu'il
estoit mortun Grand & tres Grand ,.-
&en fit enſuite une tres-juſte
aplication à la mort de Monſieur
le Prince ; puis s'eſtant
expliqué fur ce qu'il ne vouloit
point faire d'Eloge , il dit
qu'il parleroit feulement des qua- >
litez d'un coeur Chreftien , ( & ce
coeur eſtoit celuy de Monfieur
le Prince , ) & que quoy qu'il
duſt pafſſer par deſſus les choſes
qui avoient fait briller une fi
belle vie , il auroit de la peine
même dans le peu qu'il ſe propoſoit
de dire à remplir ce
qu'on pouvoit attendre de luy.
Que les actions de feu Monfieur
le Prince estoient de cel- )
les qui fontgeneralement connuës
,& que s'il luy échappoit
quelques- unes de celles qu'ill
230 MERCURE
devoit marquer , il les chercheroit
dans les coeurs de ſes
Auditeurs . Comme le ſujet de
fondifcours regardoit le coeur,
parce que le coeurde Monfieur
le Prince eſt inhumé dans l'Egliſe
des Jefuites appellée de
S. Loüis , il partagea fon difcours
en trois points , qu'il fit
voir eſtre autant de qualitez
du coeur de ce grand Prince.
Ces trois qualitez étoient celles
d'un coeur folide ,celles d'un
coeur droit,& celles d'un coeur
Chrêtien.. :
Il dit que le coeur folide
avoit la force de ſuporter ſa
gloire ,& ne s'en laiſſoit point
ébloüir , que le coeur droit gardoit
ſon caractere , mêmependant
les dereglemens auſquels
les hommes font ſujets ,& que
le cocur Chreftien faifoit conGALANT.
231
1
2
de
0
10
els
ue
A-
:
noiſtre ce qu'il eſt , parſa pieté
, &parla mort Chrétienne
de celuy qui poſſedoit veritablement
un coeurChrêtien . Il
ajoûta que ces trois points
pouvoient avoir du raport à la
Lettre que feu Monfieur le
Prince avoit écrite au Roy un
peu avant ſa mort , où il parloit
du commencement,du milieu
,& de la fin de ſa vie .
Ce grand Orateur fit voir
dans le premier point qui regardoit
le coeur folide , de
quelle maniere Monfieur le
Prince avoit , pour ainſi dire ,
triomphe de fa gloire , en ne
ſe laiſſant point ébloüir à l'éclat,
dont elle offufque ceux
meſmes qu'elle éleve ,& pour
mettre en fon jour la folidité
du coeur du Princedont il parloit
, il crutqu'il le devoit de
1232
MERCVRE
peindre entier, mais avant que
d'entrer dans cette peinture, il
en fit une pour luy ſervir de
prelude, de tous les défauts qui
font meflez aux grandes qualitez
des hommes qui brillent
leplus dans le monde.Il peignit
des Braves ſans eſprit qui mettent
leur ignorance à couvert
de leurs Exploits ; des hommes
d'eſprit qui n'ont pointdejugement
, & beaucoup d'autres
qui paroiſſent avec éclat dans
de grands emplois , & qui hors
les choſes qui regardent ces
emplois , ne donnent aucunes
marques d'eſprit. Enfin il parcourut
une grande partie de
tous les Etats , & de tous les
caracteres des hommes
aprés avoir fait connoiſtre que
les plus parfaits avoient des
defauts , il fit voir que feu
د
GALANT
233
e

F
ei
el
Monfieur le Prince n'en avoir
eu aucun , & dit en faiſant
ſon application à ce prince ,
qu'on avoit vu un homme parfait
, qu'il faloit des Siecles)
pour en produire un ſemblable
, qu'on en avoit vu un , &
qu'on n'en verroit peut- eſtre
plus. Il fit enſuite unepeintu
rede l'étatde la France aprés la
mort du feuRoy ,&peignitles
divers mouvemens d'une Regence
tumultueuse , & les differens
partis que fontformer
pendant ces temps difficiles,les
intereſts oppoſez des Princes
& des Courtiſans . Il paſſa de
là àl'eſperance que l'Eſpagne
fondoit fur nos defordres , &
fit voir de quelle maniere feu
Monfieur le Prince diſſipa toutes
nos frayeurs en gagnant la
bataille de Rocroy, & condui234
MERCURE
fant nos Armées avec toute la
prudence d'un grand Capitaine
dans un âge ,où il ſembloit
qu'il luy devoit eſtre difficile
de ſe conduire luy-meſme. Il
fit connoiſtre par là & par les
autres victoires de ce Prince
que rien n'eſtoit plus ſolide
que ſa gloire , & qu'il en eſtoit
digne , puiſqu'il en avoit toujours
ſuporté l'éclat avec une
égale moderation , qu'il n'en
avoit point eſté ébloüy , qu'il
n'avoit jamais rien écrit àſon
avantage , mais qu'il avoir
toûjours tâché d'élever ceux
quil'avoient accompagné dans
le péril , ayant en toute occaſion
rendu juſtice au merite,
& n'ayant jamais manqué à
perſonne ; de forte qu'on pouvoit
dire de luy , qu'il avoit
toûjours eſté bon Pere , bon
GALANT..
235
Amy& bon Maiſtre. Il ditencore
pour faire voir la ſolidité
de la gloire de Monfieur le
Prince , que bien qu'il n'y eut
point d'homme aumonde plus
capable que fur d'écrire des
mémoires de ſa vie,qui auroiét
pû fervir à ſon Hiſtoire il n'avoit
jamais voulu y confentir,
&qu'il avoit toûjours dit que
c'eſtoit l'Hiſtoire du Roy qu'il
falloit écrire. Il prit de là fujet
de parler de l'amour que
Monfieur le Prince avoit pour
Sa Majesté , & de la confiance&
de l'eſtime de ce Grand
Monarque qu'il avoit regagnée
par ce grand amour. Il
fit connoiſtre en parlant de la
folidité de fa gloire , les ordres
ſeveres qu'il donnoit pour empeſcher
les impietez des Troupes
, & n'oublia pas de dire
i
1
15
a
236 MERCVRE
qu'aprés le gaind'une bataille,
il en faifoit toûjours rendre ,
graces à Dieu par toute l'armée,&
le remercioit à genoux..
Il fit enfin un portrait de tout
ce qui pouvoit mettre de la
vanité dans le coeur de l'hommele
plus moderé , & fit voir
qu'en quelque occafion que ce
fuſt , Monfieur le Prince s'eſtoit
toûjours poſſedé au milieu
de ſa gloire , & qu'ainſi
l'uſage qu'il en faiſoit le rendoit
beaucoup plus grand que
la gloire mefme dont il ſe couvroit
continuellement , puifqu'il
eſtoit capable de la fupporter.
Comme le ſecond point regardoit
le milieu de la vie de ce
Prince pendant lequelil fembloit
que ce grand Aſtre euſt
eſté eclipſé,lePere Bourdalou ë
GALANT.
237
fit voir qu'il y avoit des eclipſes
plus brillantes que la lumiere
, & voulant enſuite
prouver la droiture d'un coeur,
mefme dans les égaremens de
la vie , & dans les déreglemens
qui nous éloignent de
Dieu ,il ditqu'aucun de ceux
qui avoient parlé de Monfieur
le Prince n'avoit oſe toucher
cet endroit , quoy qu'on ne le
puſt ignorer , mais qu'il ne
laiſſeroit pas d'en dire beau-
-coup de choſes , par ce qu'il
eſtoit feur de donner par là un
tres grand éclat à la gloire de
ce Prince. Il le peignit dans
ſes relâchemens pour Dieu &
pour le Roy , & fit voir à l'égarddes
derniers qu'il s'y étoit
trouvé forcé , mais que fon
coeur n'avoit jamais eſté éga-
-ré pour le Roy , qu'il s'eſtoit
-
-
1238 MERCURE
toûjours ſouvenu de ce qu'il
devoit à Sa Majesté ; qu'ill'avoit
toûjours fait connoître au
Princeofon fils dans le temps
squ'il eſtoit horsduRoyaume,
& qu'il luy avoit toûjours recommandé
un grand attachement,
& un grand amour pour
la perſonne du Roy , que dans
ce temps de fon relafchement
rien n'eſtoit égal au chagrin
qu'il en ſouffroit , mais qu'il
eſtoit engagé ,& que cepen-
Idant au milieu de ce relâchement
il faiſoit tout ce qui pouvoit
marquer un bon coeur,&
ameſme de l'attachement pour
leRoy, quoy qu'il en fuſt éloi-
-gáé,& qu'il fuſtdans un Party
contraire , puiſqu'ilavoit plufieurs
fois refuſe ce qui pouvoit
l'en éloigner davantage ,
n'ayant jamais voulu accepGALANT.
239
1
لا
L
ter de Souverainetez , quoy
qu'on luy en euſt ſouvent
offert. Il parla du deſintereſſement
de ce Prince dans laPaix
des Pirenées ,& fit voir qu'il
n'avoit point voulu que fes
intereſts empefchaſſent qu'on
nela concluft , & qu'en cette
occaſion l'amitié du Roy eſtoit
tout ce qu'il avoit ſouhaité. Il
finit la premiere partie de ce
ſecond point en prouvant que
rien n'eſtoit plus glorieux au
Roy que le chagrin que feu
Monfieur le Prince avoit cu
de n'eſtre pas dans ſes bonnes
graces , & les remords qui l'a-
-voientcontinuellement agité .
Il fit voir dans la ſeconde partie
de ce point qui regardoit la
droituredu coeur de Monfieur
le Prince à l'égard de la Religion,
quedans ſon plus grand
240 MERCURE
4
relâchemens il avoit toûjours
connu Dieu , & qu'il n'avoit
iamais eu aucune pensée qui
approchaſt de l'Atheiſme , ce
qui luy donna lieu de faire
une tres belle peinture des
Athées , il en fitauſſi une pour
marquer de quelle maniere
Monfieur le Prince avoit pris
plaisir à s'éclaircirde toutes les
chofes qui regardoient laReligion
, & comme il avoit toujours
eſté penetré des veritez
qu'elle enſeigne ,& il s'attacha
à faire connoiſtre que la droituredu
coeurde ce Prince pour
laReligion , eſtoit une preuve
de fa bonté, & une conviction
pourlesAthées .
Son dernier point regardant
la pis tedu coeur Chrêtie, il dit
qu'un Heros Chrêtien n'atendoit
pas le momentde fa mort
pour
GALANT.
2年1
Dur
7
de
pour ſe preparer à quiter la
vie , & fit une tres belle peinture
des detours quil faut
prendrepour parler de la mort
aux perſonnes qui font tellement
attachées au monde
qu'elles ne peuvent ſans ſe faire
une extréme violence en
tendre parler de le quiter , &
à qui le mot de Sacrement fait
tant de peur. Il parla enfuite
de la maniere dont Monfieur
le Prince s'eſtoit depuis longtemps
preparé à la mort , de fa
conſtance , &de fa fermeté , &
fit un élogede Madame la Ducheffe
, à preſent Madame la
Princeſſe, dontl'exemple avoit
beaucoup ſervy à le détacher
du monde. Il fit voir comme il
s'étoit arraché à luy mefme en
s'arrachant a ſes Enfans , pour
nepenſer qu'à la mort,&com-
May 1687 . L
242
MERCVRE
me il avoit ſouhaité de foufrin
encore davantage qu'il ne foufroit.
Cela fut fuivy d'une
peinture de ſa mort Chrétien ,
ne , qui marquoit une ame
predestinée & il dit pourtant
qu'il n'entreprenoit pas de la
faire aprés l'illuſtre & ſçavant
Prelat qui l'avoit faite avant
luy ; puis il dit par raport à fes
trois points que ce Prince
ayoit ſuporté ſa gloire dans ſa
grandeur, confervé la foy dans
ſes égaremens , & enſeigné au
Prince ſon fils ce qu'il de
voit au Roy , & fouffert fes
douleurs , & l'atteinte, de la
mort avec toute l'égalité d'un
coeur ſolide , aprés quoy il fit
un court éloge de Monfieur le
Prince d'aujourd'huy , & dit
que ſa modestie l'empelehoit
de le louer. Enfuite il s'adreſſa
GALANT.
243
à tous les Peres Iefuites quuri
étoient alors auprés du coeur
de feu Monfieur le Prince. Il
leur parla de ce coeur qu'il leur
a laiſſe ,&qu'ils ont eu de fon
vivant , de l'eſtime que ce
Prince avoit pour eux , puis
qu'il leur avoit confié l'éducation
des Princes ſes enfans, de
la protection qu'il leur à toûjours
donnée , & finit en leur
diſant que tant que leur Corps
fubſiſteroit , ils devoient faire
connoiſtre dans l'un & dans
l'autre monde , & les grandes
qualitez de cét incomparable
• Prince, & l'eſtime ,& la bienveillance
dontil les avoit toujours
honorez . Voilà , Mada
me, tout ce que j'ay pû retenir
de cette Oraiſon funebre dont
on aparlé avec tant d'éloges.le
puis en avoir tranſpoſe quel
L 2
244
MERCURE
lors
ques endroits en rapportant
fur un point ce qui aura eſté
dit ſur l'autre. La memoire ſe
peut aiſement embaraſſer ,
qu'on voudroit ne rien perdre
d'un diſcours qui eſt égalementbeau
dans chaque partie.
Monfieur le Marquis de
Noailles a épousé Mademoifelle
Rouillé. Elle eſt Fille de
Monfieur Roüillé , Conſeiller
d'Etat ordinaire , dont les
grandsEmplois m'ont ſouvent
obligé de vous parler. Monſieur
le Marquis de Noailles
eſt né avec des qualitez qu'ila
cultivées d'une maniere qui
luy attirera toûjours les mêmes
loüanges que l'on ne peut
refuſer à Meſſieurs fes Freres.
Lenom de Noailles eſt fi connu
, qu'il n'y a rien à vous dire
de cette Maifon.
GALANT.
245
Le Roy fait de ſi grandes
choſes tous les jours , & en ſi
grand nombre , pour le Commerce
, & pour la Religion ,
que ce qu'on n'auroit pas oublié
autrefois ,& que l'on au
roit marqué comme extraordinaire,
& qui le feroit en effet
pour d'autres que pour ce
Prince , ſe perd aujourd'huy
parmy la foule. Sa Majesté
vient d'envoyer de nouvelles
Troupes en Canada avec une
Eſcadre de vaiſſeaux , com
mandée par Monfieur de Fuſembert
d'Amblimont. C'eſt
unGentilhomme qui s'eſt toûjours
fort diftingué dans toutes
les occafionsoùils'eſt trou
vé , &dont je vous entretins
l'année derniere, en vous parlant
de la priſe d'un Galion
d'Eſpagne , où il fit des actions
L3
246 MERCURE
furprenantes avec Monfieur
Foran.c
:
Le 10. du mois paſſe, Dame
Helene Lambert de Torigni,
Femme de Monfieur de Motteville
, premier Prefident de
la Chambre des Comptes de
Normandie , mourut d'apoplexie
à l'âge de vingt- deux
ans. Elle étoit Fille de Monfiecur
Lambert de Torigni ,
Prefident en la Chambre des
Comptes de Paris , & de Dame
Marie de l'Aubeſpine de
Verderonne. Monfieur de
Motteville n'eſtant encore
âgé que de vingt trois ans, fut
receu en 1681. par une grace
ſpeciale du Roy , à la Charge
de premier Preſident de la
Chambre des Comptes de
Normandie , à cauſe des fer
vices que Meſſieurs de MotteGALANT
247
:
"
ville fes Predeceffeurs ont
rendu à ſa Majesté dans l'exercice
de cette Charge , qu'ils
ont toujours poffedée depuis
la creation de cette Chambre .
Le 6. de ce mois Monfieur
le Prince d'Izenghien , iſſu
d'une des plus illuftres Maifons
de Flandre , mourut a
Verſailles aprés une maladie
de quelques jours , n'ayant
guere plus de trente ans . Il
avoit épousé une des Filles de
Monfieur le Maréchal de Humieres
, dont il a eu cinq Enfans
, que le Roy a pris fous
ſaprotection .
Cettemort fut ſuiviele 11 .
de celle de Meſſire François
Faure , Eveſque d'Amiens .
Il eſtoit Gentilhomme d'Angoumois
, & iſſu d'un Chancelierde
France du nom de Fau
L 4
248 MERCURE
re . Il ſe fit fort jeune de l'Ordre
de Saint François , & s'y
diftingua d'abord par fon efprit
,par fa conduite && par fa
capacité. Il fut fait Docteur
dans la Faculté de Theologie
de Paris , & eut de bonne heu
re les premieres Charges de
fonOrdre . H commença à précher
avec fuccés devant le feu
Cardinal de Richeheu , &
continua devant la Reyne
Anne d'Auſtriche avant &
pendant la Regence. Il merita
par ſes excellentes Predications
, & par les ſervices qu'il
rendit à l'Estat dans le temps
des Troubles de Paris , d'eſtre
fait Eveſque de Glandeve.
Mais ce poſte n'ayant pas eſté
jugé tout-à- fait digne deluy ,
onle fitEveſque d'Amiens , où
il amenéune vie ſi exemplaiGALANT.
249
T
re , qu'il fera toûjours un vray
modelle de Prelat. Il a eſté pluſieurs
années Maistre de l'Oratoire
du Roy , & il avoit un zele
pour ce Monarque qui ne
luy laiſſoit perdre aucune oc
cafion de le fervir ou de le
loüer.Pendantla peſte qui affli
gea la Ville d'Amiens,il s'y enferma
, fecourut les pauvres
de tout ce qu'il avoit , & les
viſitoit fans nulle précaution
pour ſa ſanté. Il fut attaqué
d'apoplexie , & en mourutle
lendemain âgé de 78. ans.
Mademoiselle delarnac, fil
le d'honneur de Madame la
Dauphine , eſt morte à Verfailles
. Elle estoit du Carroufel
, & je vous ay entretenue
d'elle dans la deſcription que
je vous en ay envoyée...
Mademoifelle de Siamianel
LS
250
MERCURE
-eftmorte dans le meſme temps;
je vous en parlay lors qu'elle
fut receuë Fille d'honneur de
Madame.
Vous n'entendez , ditesvous
, parler que du Voyage
de Monfieur le Chevalier
Chardin , imprimé en Angleterre
, en Hollande , & en
France . Vous m'en demandez
la raifon , & ce que c'eſt que
cet ouvrage ; il faut vous
éclaircir fur ces deux choſes,
c'eſt le Iournal d'un voyage
fait en Perfe & aux Indes Orientales
par la Mer noire , &
par la Colchide. L'Auteur a
parcouru toute la Perfe , & l'a
traverſée en long & en large ,
ila vû les Mers Cafpienne ,&
Oceane d'un bout à l'autre , &
ſes Frontieres en Armenie, en
Iberie , en Medie , &en AraGALANT.
251
1
bie , vers le Fleuve Indus .
Ainsi l'on voit dans cet Ouvrage
quantitéde choſes curieuſes
touchant ces Mers , &
ces Païs là , qu'on ne trouve
point dans les autres voyages
de Perfe . Ce Livre contient
dix - huit Figures en tailledouce
tres - curieuſes , parmy
leſquelles il y en a de fortgrandes
, ila eſté imprimé , in folio
en Angleterre , parce que
l'Autheur qui demeure àLondres
, l'y a fait imprimer. Enfuite
comme les Hollandois
profitent de tous les Ouvrages
qui ont quelque reputation
, ils l'ont fait imprimer in
douze , & la quantité de matiered'un
infolio ne pouvant entrer
dans un in douze , à moins
quede le faire d'un caractere
fort menu , celuy decet in dou.
L6
252
MERCURE
Ze s'eſt trouvé ſi petit qu'on
ne le peut lire fans peine , de
forte que le Sieur Amaulry ,
Libraire à Lyon , voulant fatisfaire
le Public , a fait deux
Volumes in douze de ce qui
eſtoit en un. Son impreffion
qui eft fur de tres -beau papier,
eſt belle& correcte , l'on peut
dire qu'elle est la pluscompletedes
trois qui ont eſté faites ,
par e qu'il y a fait ajoûter des
remarques preſque en chaque
page qui épargnentan Lecteur
la peine de chercher beaucoup
d'endroits . Ces deux
Volumes ſe trouvent à Parisdans
la court neuve du Palais
au Dauphin , chez le Sieur
Gueroult, qui debite anfi un
Livre nouvean , intitulé , Epis
tres Morales & Academiques.Elles
fontde Monfieur Sabatier ,
GALANT.
253
del'Academie Royale d'Arles,
fur divers ſujets traitez en
Vers d'une maniere fort agrea
ble. Il y en a s4. & affeurement
vous trouverez cet Ouvrage
tres digne de fon Autheur ,
qui s'eſt acquis beaucoup de
réputation en le donnant au
Public.
-- On a vû paroiſtre auſſi depuis
peu de temps un Iournal
fort curieux & fort eſtimé.
C'eſt celuy du Voyage de
Siam. Aprés tant de differentes
Relations qui en ont eſté
faites , vous ferez fans doute
ſurpriſed'entendre encoreparler
d'un gros Volume in quarto
fur cette matiere. Comme le
Roy fait tout avec une prudence&
une penetration inconcevable
, Sa Maieſté ayant
nommé Monfieur le Cheva254
MERCURE
lier de Chaumont ſon Ambaffadeur
auprés du Roy de Siam,
nomma Monfieur l'Abbé de
Choify pour y demeurer en la
meſme qualité, aprés ledépart
de ce Chevalier , en cas que
le Roy de Siam ſe fiſt Chrétien
, ainſi que pluſieurs perſonnes
qui l'avoient ſouvent
entretenu ſe l'eſtoient perſuadé.
Monfieur l'Abbé de Choify
promit en partant à Monſieur
l'Abbé deDangeau , que
depuis le jour de fon embarquement
àBrest , iuſques à ce .
luyde fondebarquement dans
le meſme port , il luy écriroit
tousles iours une Lettrede ce
qui ſe paſſeroit pendant fon
voyage , qu'il la mettroit à
part, & que fautede Courrier,
il luy donneroit à fon retour
toutes ſes lettres luy-meſme.
GALANT.
255
Illuy a tenu parole ,& il luy fit
cepreſentà ſon arrivée , en le
priant de ne le point donner
au public, tantpar l'honneſteté
qu'il voulut bien avoir pour
M. le Chevalier de Chaumont
qui devoit faire imprimer la
Relation de ſon voyage : que
parce qu'il ne iugeoit pas à
propos de faire voir le jour à
des Lettres qu'il avoit écrites
d'unſtile familier. Ce futinutilement
que ſes amis l'en prefferent
!, il y reſiſta toûjours ,
mais enfin l'empreſſement ,
qu'on a eu de voir ces Lettres
les ayant fait paffer en diverſes
mains , il a eſté obligé de conſentir
à cette Impreſſion plûtoſt
que de les voir tronquées
& mal imprimées. Le nom de
Monfieur l'Abbé de Choify
ſuffit pour vous faire eſtimer
1
1
256 MERCURE
cet ouvrage. Vous y trouverez
beaucoup d'agrément d'eſprit
avec une grande exactitude
accompagnée de pluſieurs particularitez
qui ne font dans
aucune des Relations qui ont
paru . J'ajouteray en vous parlant
de livres nouveaux , que
Monfieur l'Abbé de Fenelon
en a fait depuis peu un qui
doit eſtre d'une grande utilité
pour ceux qui s'en voudront
ſervir. Il traite à fond de l'éducation
des Filles , & le ſtile
en eſt fort net. L'Auteur s'explique
d'une maniere qui ne
fait rien voir de difficile dans
les chofes qu'il propoſe.
Meſſieurs Rault de Roüenzla
prairieCairon Mathematicien
à Caen , & l'indifferent de la
ruë des Bernardins ont expliqué
la premiere des deuxEni
GALANT.
257
gmes fur le Sommeil qui en étoit
le vray ſens. La feconde a eſté
expliquée fur le Zero parMeffieurs
Hutuge d'Orleans Meriel
Maiſtre à chanter àCaen ,
des Maronniers , des Matronniers
A.P.Boiftel de S.Romain,
Lourder,Pratiquet le fils,Muficien
de S. Eftienne à Caën ,
Frere Binet , les Amans mal
aſſortis , l'Amant de la belle
Procureuſe: l'Amantau defef
poir , le venerable Clerc , le
GrandVoyageurdans leMonde
de la Lune.MonfieurBelier,
la plus paſſionnée en amour, la
ſcavante Manon au coeur fenfible
& fa confidente , Philis ,
l'Aiſnée des deux Bergeres du
B. couronné , les deux jeunes
Avocates de Quimper, la Marquiſe
des Grais & fon amie
dela ruëdu Meurier ; l'illuſtre
258
MERCURE
Aſſemblée du beau ſexe du
Fauxbourg S. Germain , & la
Babillarde du meſme lieu .
La premiere des deux Enigmes
nouvelles que je vous
envoye , eſt de Monfieur Ranle
de Roüen , & la ſeconde de
L. P. P.
1
1
ENIGME.1
E
E fuis fille, il est vray , mais
perdant ma pudeur 4
:
I'accuſede crime mon Pere ,
Il est cause de mon malheur ,
Et je leſuis defa miſere.
;
Ie paſſepar le feu , les fers & les
4
travaux ,
Et luy comme auteur de mes
maux ,
Il est enperil desa vie.
Voyeznostre bisarre fort ,
Lors que la pudeur m'estravie ,
L
GALANT. 259
Encor queson enfant , je le livre à
]
1
la mort.
AUTRE ENIGME .
Efuis quelque chose de drole ,
Des Grands , je fais l'amusement.
Il n'est par mon moyen perſonne qui
ne vole
٢٠
Ie ne vous diray pas ny pourquoy ,
ny comment.
Ieme contente de vous dire.
Qu'on est en danger pour ſesos ,
Etque l'on trouve ungenre de mar
tire
où l'on ne doit chercher qu'un
tranquile repos.
Vous avez trouvé un Printemps
au commencement de
cette Lettre; voicy une autre
Chanfon du mesme Autheur.
260 MERCURE
AIR NOUVEAU.
T
-
OUTES les fois que je vous
voy ,
-
LeSens certain je ne sçay quoy
Quime fait unplaiſir extrême ۱۳ .
Mes soins pour vous sont empreffez
Jenesçaypas ce que vous enpensez
3
Pour moy , je crois que je vous
aime.
Ce qui n'a point encore eſté
ſçeu eſt toûjours nouveau pour
ceux qui l'apprennent , quand
meſme il ne le feroit pas .Je re.
ſerve beaucoup de choſes pour
le-mois prochain ,qui vous paroiſtront
nouvelles par ce que
vous les ignorez , j'y joindray
un article des modes nouvelles.
Je ne vous dis riendu voya
GALANT. 261
ge duRoy à Luxembourg,parce
quej'eſpere qu'il fera leſujet
d'une Lettre entiere , &
qu'ainſije vous en envoyeray
deux le mois prochain. C'eſt
par la meſme raiſon que je ne
vous parle point aujourd'huy
des Benefices qui ont eſtédonnez
depuis peu , puiſque cette
nomination ayant eſté faite
pendantle voyage , ce que j'ay
à vous en apprendre ſe trouvera
dans la Relation journalierequeje
vous en envoyeray
Ie fuis , Madame , &c .
FIN.
HEQBE DE
LYON
F
Extrait du Privilege du Roy.
Ar Grace & Privilege du Roy , donné à
PAGA le 18. Juillet1683. Signé , Par
leRoy en fon Conſeil IUNQUIERES. Il eſt,
permis à I. D. Ecuyer , Sieur de Vizé de
Faire imprimer tous les Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , contenant
pluſieurs Picces , Relation, Hiſtoires Avantures
, & autres Ouvrages hiſtorique , curieux
& galans , pour la fatisfaction de
nôtre cher & tres amé Fils LE DAUPHIN ,
pendant le temps & elpace de dix années
àcompter du jour que chacun deſdits
Volumes ſera achevé d'imprimer pour la
premieres fois : Comme auſſi défenſes ſont
faites à tous Libraires , Imprimeurs Graveurs
& autres , d'imprimer graver & debiterledit
Livre ſans le conſentement de
l'Expoſant, ny d'en extraire aucune Piece, ny
Planches fervant à l'ornement dudit Livres
meſme d'en vendre ſeparément,& de donner
à lire ledit Livre ; le tout à peine de fix
mille livres d'amende contre chacun des
contrevenans , & confifcation des Exemplaires
, contrefaits , ainſi que plus au long
il eſt porté audit Privilege.
Registréfur le Livre de la Communauté le 14
Septembre 1683 .
Signé ANGOT , Syndic.
Et ledit Sieur 1. D. Ecuyer , Sieur de
Vizé , a cedé & tranſporté ſon droit de
Privilege à Thomas Amaulry , Libraire à
Lyon , pour en joüir ſuivant l'accord fait
entr'eux.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le