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1687, 03 (partie 1) (Lyon)
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Eur.
511
m
1687,3
Sur. 511 m
1687,3
Mercure
336622049480010
<
36622049480010
Bayer. Staatsbibliothek
33

MERCURE
GALANT.
DEDIE' A
MONSEIGNEUR
LE
DAUPHIN
MARS 1687 .
A
LYON ,
Chez
THOMAS
AMAULRY,
ruë Merciere , au Mercure Galant .
M. DC. L XX XVI I.
AVEC
PRIVILEGE DU ROY.
1
Avæ pour placer les Figures.
qui commence , L'hyver deit
Lfletrittoutes choses , doit regarder
la page 118
Les Jettons doivent regarder la page.
199
L'air qui commence par , l'Hyver à
beanglacer ,doit regarder lapage 275.
Bayerischle
Staatsbibliothek
München
AVIS.
deioin
a
Nn'apûsedispenser
dre unefeconde Partieà ce
Volume. Le Zele des Peuples de
France estoit connupar les nouvel-
* les publiques ; mais elles n'ont entré
dans aucun détailàcause de
fon étendue. Cependant c'est ce
détailqui enfait voir lagrandeur,
& qui instruira la Posterité de
quantité dechofes curieuses ,&
inoüyes. On verra dans cettefeconde
Partie diversspectacles qui
apprendront lamanieredefairede
grandes Festes,& ceux qui s'attachentàrechercher
toutes les actions
dela vie du Roy , l'y trouveront en
Tableaux , en Deviſes , & dans
lesEloges de ce Prince prononcez
dans les Chaires,&dans les Aca
3
2
AVIS.
ےھجت
demies des Lettres . Je m'étonne
que plusieurs particuliers m'envoyent
des pieces , pour le Mercure
Galant,& mefont payer les Ports,ce
quin'estpas iuste , &si l'on y mettoit
leurs Ouvrages , j'enseroient au
bout de l'année à desſommes confiderables
; auſſi il est inutile d'en
envoyer fans affranchir lesdits
ports , ceux qui auront payé se
trouveront danslesdits Mercures ,
pourveu que ce qu'ils envoyent en
valent la peine.
LIVRES

NOUVEAUX
dumois de Mars 1687 .
TISTOIRE du Ponti-
HIST ficat , S. Leon de Monfieur
Mainbour inquarto , 6. liv.
Idem, in 12. 2.v. Paris 3.1 .
1
Idem, 12.2.v. Lyon, 2.liv .
tres -bien imprimé...
AVIS.
La ſuite des Herefies de
Monfieur Varillas , inquarto ,
tome 3. &4. 12.liv .
-Idem , in 12. 4. vol. dans
quinze jours , 7.liv .
Tous les autres volumes du
Sieur Varillas ſe trouve auſſi
dans la même boutique .
Le voyage de Monfieur le
Chevalier Chardin avec plufieurs
figures en taille douce
indouze deux vol.41.1
Abregé de la Morale des
Actes des Apôtres,des Epîtres
de S.Paul,des Epîtres Canoniques
, & de l'Apocalipfe , ou
penſées Chrétienne fur le
texte de ces livres facrez par le
R.Pere Queſnel de l'Oratoire
indouze deux vol. 5.1 .
Ladevotion du Calvaire du
R. Pere Craffet indouze .
Inſtruction du Confeſſeur
AVIS .
ou la methode pratique du
Confeffional indouze 30. f.
Les regles de l'Education des
enfans où il eſt parlé endétail
de la maniere dont il ſe faut
conduire pour leur inſpirer
les ſentimens d'une folide pieté
& pour leur apprendre parfaitement
les belles lettres indouze
deux vol . 3.1 .
Oraiſon funebre de Monfieur
le Prince , par Monfeigneur
l'Evêque , & Comte de
Chalon, in quarto 15.f.
Annales galantes de Grece
par Madame de Ville- Dieu ,
indouze deux vol . 40. f.
Geta tragedie par Monfieur
LeChantre indouze 25.f.
LaCoquette ou la fauſſe prude
Comedie de Monfieur Baron
indouze 25.f.
Pha
Extrait du Privilege du Roy.
Ar Grace& Privilege du Roy , donné à
Chaville le 18. Juillet 1683. Signé , Par
•le Roy enſon Conſeil , IUNQUIERES. Il eſt,
permis à I. D. Ecuyer , Sicur de Vizé de
faire imprimer tous les Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , contenant
pluſieurs Pieces , Relation , Hiſtoires Avantures
, & autres Ouvrages hiſtorique , curieux
& galans , pour la fatisfaction de
notre cher & tres amé Fils LE DAUPHIN ,
pendant le temps & eſpace de dix années
àcompter du jour que chacun deſdits
Volumes ſera achevé d'imprimer pour la
premieres fois : Comme auſſi défenſes ſont
faites à tous Libraires , Imprimeurs Gra
veurs & autres , d'imprimer graver & debiter
ledit Livre fans le conſentement de
l'Expoſant, ny d'en extraire aucune Piece,ny
Planches ſervant à l'ornement dudit Livres
meſmed'en vendre ſeparément, & de donner
àlire ledit Livre ; letoutà peine de fix mille
mille livres d'amende contre chacun des
Contrevenans , & confiſcation des Exem
plaires , contrefaits ;ainſi que plus au long
il eſt porté audit Privilege.
Registréfur le Livre de la Communauté le 14
septembre 1683.
Signé ANGOT , Syndic.
Et ledit Sieur I. D. Ecuyer, Sicur de
Vizé , a cedé & tranſporté ſon droit de
Privilege à Thomas Amaulry , Libraire à
Lyon , pour en joüir ſuivant l'accord fait
entr'eux.
MERCVRE
MERCURE
J
GALANT.
MARS 1687 .
E vous avouë , Madame
, que je n'ay jamais
eſté fi fatisfait ,
qu'en apprenant que
la Relation du Voyage du Roy
àParis , qui eſt dans ma Lettre
de Février , non ſeulement a
tiré des larmes en beaucoup
d'endroits , mais que des coeurs
philoſophes , s'il m'eft permis
Mars 1687 . A
>
1
=
2 MERCVRE
de parlerainfi , en ont eſté touchez
, c'eſt à dire , des coeurs
difficiles à émouvoir , & qui
faifant conſiſter le bon-heur de
la vie dans une tranquille indifference
, ſemblent incapa- L
bles de rien ſentir vivement ,
&d'eſtre jamais penetrez ni de
chagrin ni dejoye. Ya- t-il aucune
choſe qui marque mieux
un plaiſir parfait, que ces tendres
mouvemens qui remplifſant
tout le coeur , y cauſent
d'agreables émotions , qui rendentles
yeux humides , &qui
en fontſeulement couler quelques
larmes, l'abondance en étant
refervée pour la douleur.
C'eſt- là qu'on appelle les larmes
de joye. Celles qu'on vit
couler à Paris , quand le Roy
y vint rendre graces à Dieu
del'entier rétabliſſement de fa
GALANT
- fanté , eſtoient de cette nature?
Ce Prince ne ſe contenta pas
de ſe montrer à ſes Peuples ,
equi n'auroient ofé ſouhaiter
rien davantage . Il voulut par
- une faveur toute finguliere allerjuſque
dans l'Hoſtel de Ville
, témoigner à leurs Chefs
combien ilétoit content du ze
ledes Parifiens , & ce fut pour
répondre à cet excés de bonté ,
que les larmes qu'un excés de
joye leur fit répandre , furent
meflées aux cris d'allegreffe. Si
lefeul récit de cequ'ils ont fait
en cette occafion , en pû tirer
ceux qui n'ontpas efté témoins
de leurs tranſports , on
peut dire que jamais Sujets
n'ont donné pour aucun Souverain
des marques d'un fi ardent
& fi tendre amour. Voicy
des Vers qui ne peuvent
de
A 2
MERCURE
eſtre mieux placez qu'en cet
endroit , puis que c'eſt la joye
qui les a fait naiſtre.
ODE
SUR LA SANTE' DU ROY
& fur l'honneur qu'il a fait à
la Ville de Paris , de venir
diſner àſon Hoſtel leleudy
30. Janvier 1687 .
M
Erveille des Citez , Paris,
Superbe Ville ,
Couronne ton front de Lauriers ;
Je voy venir ton Roy dans cet aima .
bleazile ,
-Aprés mille , travaux guerriers.
De malignes humeurs un importun
нада
GALANT.
T'alloit ravir ce beau Soleil;
Mais pour l'heureux LOVIS leur
fatal aſſemblage
N'est qu'unfantoſmedesommeil.
Afonprix , ates voeux également
Sensible ,
Le Cielfait luire Sabonté.
Diffipetes frayeurs , Paris , tout est
paiſible ,
Puis que ton Prince est enſanté.
i
Charmé des beaux transports du
Zele veritable ,
Qui te consume nuit & iour ,
Il vient rire en ton fein , & manger
à ta Table ,
Sans autres Gardes que l' Amour.
A quelplus grand honneur peut-tu
jamais pretendre ,
Et quelfort fut jamais plus doux?
Du jour qu'en ta Maiſon LOUIS
A3
6 MERCURE
daigna descendre ,
Deceyouril est ton Epoux.
O jour uraiment illuftre , & Source
de ta gloive !
Fourcy, vigilant Magistrat ,
Ce jour doit à jamais, consacrer la
memoikein tighost
Deton bienheureux Confulat.
Le Sonnet qui fuir eft de
Monfieur le Clerc, de l'Academie
Françoiſe. C'eſt la Ville de
Paris qui parle auRoy.
Q
De ton éloignementfitfouffrir
mon amour,
Lors que tu t'expofois à la fureur
des armes ;
Et quand l'heureux destin d'un aimable
fejour ,
Deton auguste Front me dérobe les
charmes ! No.
GALANT.
7
Que ta Santéfi chere aux Peuples'
àla Cours
M'adenouveau caufede mortelles
alarmes ,
Et pour en obtenir le précieux retour.
Que j'ay formé de voeux , que j'ay
versé de larmes ! !
Aujourd'huy que je puis ioüir de tes
Que ie trouve en toy feut tout l'è
clat des Cefars, סורינ
Ta prefence, GRAND ROY,fait
ma plus belle Feste.....
Du plaisir d'eftre aimé ſens toutes
les douceurs;
S'il est beau d'aioûter conquestefur
conqueste ,
Il est plus grand encor de triompher
des Coeurs
A.4
8 MERCURE
Le jour que le Roy honora
Paris de fa prefence , le Pont
Noftre-Dame , par lequel paſſa
Sa Maiefté ,ſe trouva orné de
Luftres & de Miroirs . Ce fut
là - deſſus que Monfieur Vignier
fit ce Madrigal .
AU ROΥ.
Rand Roy , qui peut affezadmirer
ta clemence?
Sçachant ce qu'à Paris coûtoit ta
longue absence,
Et par combien de voeux il avoit
Souhaité a
L'heureux retour de ta Santé,
Tu voulusfans tant de mystere
Leviſiter en Pere, 2
Et que l'honneur qu'ilauroit de te
voir ,
Surpaſſaſt même ſon espoir.
Pour lefaire jouirde ta douce pre-
Sence ,
GALANT, T

Tu ne parus armé que de ta cowfiance
;
Et comme tu devois ne luy donner
qu'un jour ,
Par une invention digne de fon
Amour,
Ilfit de fes MIROIRS un nombreux
étalage ,
Pour multiplier TON IMAGE.
ر
le vous envoye diverſes Deviſes
, que vous e ferez bien- aiſe
de voir. La premiere a eſté faite
, quand le Roy ſe portant
mieux a commencé à quitter le
lit. C'eſt un Soleil levant , avec
ces paroles Latines , Gallos excitat
ortu..
t
Quand cet Aftre paroist fur fon
Charélevé ,
L'onentendſes Gardesfidelles
Loindre leurs cris de ioye à leurs ba
temens d'aifles ,
A
10 MER GVRE
Et dire dans leur chant auſſi inſte
quegay,
Mortels ,ne craignezplus , le Soleil
est levé.
Comme le meſme terme fignifie
un François & un Coq,
on fait alluſion à la joye de l'un
quand le Soleil ſe leve , par la
confolation que l'autre à euë
quand il a veu fon Monarque
relevé de maladie ; & cette allufion
paroiſt d'autant plusjudicieuſe
, que les Coqs font
appellez par les Poëtes les Gardes
du Soleil , & queles Troupes
qui gardentleRoy,forment
des aifles quand elles font en
bataille.
Aprés que le Soleil eſt levé ,
il trouve quelquefois des nuages
en fon chemin qui ne fervent
qu'à montrer ſa force, c'eſt
C
GALANT.
précisément le deſtin du Roy.
Sa convalefcence a eſté un peu
traverſée , & tous les periodes
en font affez bien marquez
par cette autre Deviſe . Elle
repreſente un Soleil qui perce
des nuages , avec ces paroles
Italiennes , Non Ingombrato da
nubr .
C'estsa vertu , c'estsa vigueur
Qui l'ont fait triompher des plus
épais nuages ,
Etfon changementde couleur
N'a paru quesurnos viſages.
Les Aftrologues donnent au
Soleil les douze Signes duZodiaque
pour Maiſons , & lors
qu'il eſtau Signe de la Vierge ,
il forme des jours qui fontdes
plus chauds & des plus longs
de l'année . A ce ſujet on a fait
!
A 6
12 MERCURE
une troifiéme Deviſe ſur le
Voyage du Roy à Noftre -Dame
de Paris , où Sa Majeſté vint
le 30. de lanvier rendre graces
àDieu de ſa gueriſon. Là-deffus
on propoſe le Soleil au Signe
de la Vierge , avec ces
mots , Lucet & ardet.
Ses lumieres &Son ardeur
Inſpirent auxfiens la ferveur;
Il les anime , illes éclaire,
Ilfait ,il lesregardefaire,
Etſes exemples &sesyeux
Serventàfon Peuple fidelle,
Et de motif, & demodetle,
Pour adorer le Roy de la Terre &
des Cieux.
Au fortir de Noftre-Dame le
Roy entra dans l'Hoſtel de
Ville , où Sa Maieſte fut receuë
pax Monfieur le Preſident de
ne
2
GALANT. 13
Fourcy , avec toute la magnificence
dont ie vous ay entretenue.
C'eſt le fuietd'une quatrieme
Deviſe , qui peint le
Soleil dans fon Midy , parce
que vers cette heure-là leRoy
parut dans l'Hoſtel de Ville .
Ces Paroles font l'ame de ce
Corpsbrillant, Beat omnia vultu.
Quand on a fa douce prefence,
Tout est plein de réjouiſſance:
Certain ie nesçay quoy , dont on eff
toutSurpris ,
En échauffant les coeurs réveille les
esprits.
Quel bonheur devoirfans obſtaole,
Et d'admirer le Grand LOVIS ,
Qui daigne estre auiourd'huy defon
vaste Paris ,
Le Spectateur & le spectacle !
14 MERCURE
Voicy une autre Deviſe qui
a eſté faite fur ce que le Parlement
s'eſtant aſſemblé au Palais
le 6. du mois paffé , y fit rendre
des actions de graces pour
la guerifon du Roy , qui eſt la
Loy vivante de toute l'Europe.
Le Palais qui eſt le centre des
Loix , estoit autrefois le lieu
que nos Monarques habitoient
, & ils y rendoient la
juſtice eux-mefmes.CetteDeviſe
a pour corps le Soleil dans
le Signe de la Balance , avec
-ce demi Vers d'Ovide , Regina
Solis erat.
e
C'eſt icy le Palais du Soleilde Iu
Stice,
Etle Parlement veut que tout y
retentiffe.
De cris dejoye & de Concerts ,
Pour benir le Ciel favorable ,
De cequ'ilvientde rendre unMaitreà
l'Univers ,,
GALANT
15
2.
15
e
S
1
A la France un Pere adorable ;
A l'Eglise un Fils fecourable,
Au Parlement plein d'équité
.Vn Amy plein d'honneur & de felicité.
Ie puis ajoûtericy un Médaillon
& une Médaille . Le
Medaillon eſt ſur la guerifon
du Roy. C'eſt la teſte de Sa
Majesté avec cette Infcription
, Ludovicus, Magnus , Regno
& orbi fervatus. La Deviſe du
revers eſt un Soleil fortant
d'un grand nüage ,& ces mots
pour ame.Nec deficit orbi necfibi.
Dans l'Exerque , aquâ constantia
, eâdem & vigilantia , tam
malâquam bonâ valetudine .
،
Peuples , quand cet épais nuage
Avosyeux cachoit mon visage ,
Feſtois toûjours le mesme , & par
mes foins divers
16 MERCURE
Ie neveillois pas moins aux foins
de l'Univers .
3
La Médaille eſt ſur l'hon-ta
neur que Paris a receu par la
prefence de Sa Majefté , lors
qu'Elle dîna à l'Hoftel deVille,
& ſe fit voir à tout fonPeuple
aprés le recouvrement de fa
Santé. C'eſt encore lateſte du
Roy ,& autour, Ludovicus Magnus
, Pater Patria. Le Reversa
pour Deviſe le Soleil dans le
Zodiaque à coſté du Signe du
Belier,mais plus bas,pour marquer
qu'il s'en rapproche afin
de ramener le Printemps , avec
ees mots autour de cet Aftre ,
Quanta propioris gratia vultus !
Dans l'Exerque. Regi optimo ,
ab Ædilib. Lutet, excipi dignato..
Plus cet Aftreen est prés
Plus ilnous paroist admirable ,
Etplusfon régardfavorable
GALANT. 17
ASAde puiſſans attraits .
Comme le jour que le Roy
- vint à Paris , le Soleil qui avoit
la paru le matin avant l'arrivée
s de Sa Majesté , demeura caché
, le reſte du jour fous d'épais
e nuages , ona pris de la occaſion
de faire ce Madrigal.
1 D'où vient , Soleil , qu'aprés que
cematin. !
Tut'es fait voir éclatant & Serein
Vers lemilieu du jour ta clarté s'est
ternie ?
Peuples, vosyeuxfont ébloüis ,
Et malumiere eft obfcurcie ,
Dans Paris aujourd'huy brille le
grand LOUIS.
On a fait deux autres Médailles,
l'une fur la Fondation
de la Maiſon de S. Cir, & l'autre
ſur la deſtruction de l'Herefie.
La teſte du Roy fait le
coſté droit de l'une & de l'au
1

18 MERCVRE
tre avec cette Inſcriptiondans
la premiere. Ludovicus XIV. Rex
pius&magnificus . Atu revers eſt
le Soleil qui envoye ſes rayons
fur un parterre rempli de fleurs
nouvellement écloſes avec ces
mots, Ne pereant;& dans l'Exerque
,Regio nobilium , fed pauperum
puellarum hofpitio. Cette
Inſcription eſt dans la feconde
, Ludovicus Magnus vindex
fidei. Le Soleil levant & une
nuit obfcure qui fuit àl'Occident
, font dans le revers avec
ces mots autour de cet Aftre .
Veto pulfis errare tenebris ;&dans
l'Exerque , Deletâ Calviniana
harefi. M. DC. LXXXVI .
noVoicy une ſeconde Deviſe
fur l'Herefie, abatue. Lasbab
guete deMoyſe frapant le Rocheren
fait le Corps & elle a
pour ame , A Domino factum eft
istud.
GALANT. 19
S
rs
* Cette Conversion étonne , elle furprend.
Jamais on n'en vit de pareille.
IS Le Seigneur fait cette merveille.
Ab, qu'elle est rare ! ab qu'ilest
-
e
grand
Monfieur Gauthier qui a
voulu exprimer par une Devifeles
foins que le Roy a pris de
l'Estat pendant tout le cours
- de fa maladie , a fait peindre
un Soleil éclipſé avec ces mots ,
Partefui meliore viget.
Ce grand Aſtre qui nous éclaire ,
Quelquefois au plus haut des
Cieux [ ordinaire ,
Peut perdre à noſtre égardſon éclat
Mais quoy qu'un triste aspect le dé
robeà nos yeux,
D'un pas toûjours égalilfournit fa
carriere .
20 MERCURE
Etn'apas moins en ſoy d'ardeurny
de lumiere.
TelLOVIS, le plus Granddes Heros
&des Rois ,
Plus grand parſes Vertus quepar
tous ſes Exploits ,
Veillefans nul relache au bonheur
de la France
Avecla méme égalité,
Avec les mêmes soins , la même
Liberté,
Lors qu'un mal paſſager nous ravit
Sapresence.
Tandis que les uns ont fait
connoiſtre par des Ouvrages
d'eſprit , la joye qu'ils ont de
la parfaite gueriſon du Roy,les
autres l'ont fait éclater parde
grandes Feſtes . Il s'en fit une
des plus magnifiques à Marſeillele
5. de Février , par les
Δ
ex
tur
GALANT. 21
y
ordres de Monfieur Begon, Intendant
des Galeres . Monfieur
Simon , Directeur general des
Vivres , qui fut chargé de les
faire executer , fit faire à la
pointe du jour une décharge de
pluſieurs Boëtes , & la Diane
futbatu ë fur toutes les Galeres,
par tous les Tambours des
Compagnies qui y font entretenuës
, aprés laquelle tous les
Fifres , Trompetes , Violons ,
Hautbois , & autres Inftrumens
de Muſique des Galeres ,
firent retentir leur ioye. Les
Baraques furent fermées , & les
Ouvriers de l'Arcenal congediez
, l'ordre ayant eſté donné
de celebrer cette iournée comme
la plus folemnelle de toutes
lesFeſtes . Toutes les Galeres
étoient ornées de leurs Etendards
, Pavillons , Banieres ,
22 MERCVRE
Flames , Paveſades , les Poupes
découvertes , & fuperbement
parées . On chanta une grand
Meffe fur la Reale ,& en mef
me-temps on en celebra une
baffe fur chacune des autres
Galeres. Dix - huit Forçats ,
auſquels le Roy avoit accordé ,
la liberté , y communierent ,&
à la fin de la Meſſe Monfieur
l'Intendant leur mit leur Congé
entre lesmains pour ſe retirer
chez eux , ce qui futſuivy
d'une infinité de cris de Vive le
Roy. Cette Ceremonie eſtant
achevée , Monfieur le Com--
mandeur de la Breteſche , qui
commande les Galeres en l'abfence
de Monfieur le Duc de
Mortemar , & de Monfieur le
Chevalier de Noailles , ſe rendit
dans l'Eglife Cathedrale
avecMonfieur l'Intendant ,&
GALANT.
23
es tous les Officiers des Galeres ,
at qui furent ſuivis de toutes les
Perſonnes de qualité de la Vil
-le. On ſe plaça d'abord dans la
Le Nef, où Monfieur Muret , Au
es monier de Galere , prononça
,le Panegyrigne du Roy avec
in applaudiſſement general.
C'eſtun homme d'un fort grand
merite , & qui preſche actuelle-
- ment le Careſme dans la Ca-
- thedrale de Marseille. Il a rem-3
ply le premier Employ dans
P'Ambaſſade d'Eſpagne fous
Monfieurl'Archevefque d'Ambrun
Evefque de Mets & il s'eft
fait long - temps connoiftre à
Paris par ſes Predications , &
par les divers Livres qu'il
donnez au Public , ſçavoir ,
L'Explication moralefur lesEpiſtres
de S. Paul , les Ceremonies Funcbres
de toutes les Nations , & le Traitéa
2
24
MERCURE
C
des Festins . Lors qu'il eut finy ,
on entra dans le Choeur , où ily
eut une grand' Meſſe chantée
enMuſique avec le Te Deum à la
fin , & l'Exaudiat , & à la fortie
de l'Eglife , il ſe fit une décharged'un
tres - grand nombre
de Boëtes . Dans le meſme
temps Madame l'Intendante
fit chanter un autre Te Deum
aux Carmes , en preſence de
tousles Pauvres de la Ville , au
nombre de plus de 1600. à qui
elle avoit fait diſtribuer une
aumône extraordinaire de
pain , de vin ,& d'argent , outre
ce que fa charité luy fait
donner tous les jours pour leur
nourriture . Sur les cinq heures
du foir , Monfieur l'Intendant
ſe rendit à la Réale , ou
Monfieur le Commandeur de
la Breteſche fit chanter le Te
Deum
44
GALANT.
25
1 Deum en Muſique.On en chanaun
dans le même-temps ſur
chaque Galere , & il fut ſuivy
par trois décharges de toute
l'Artillerie .Deux heures apres
- on fit à l'Arcenal un Feu d'arti .
- fice, qui dura demy-heure.Il y
eutdes fuſées de toutes fortes,
e & en fort grand nombre . A
neuf-heures toutes les perſon-
- nes de qualité de l'un & de l'autre
Sexe,tant de Marſeille, que
d'Aix, de Toulon& des autres
Villes de la Province, ſe rendirent
chez Mr l'Intendant , &
trouverent les Apartemens de
ſa maiſon illuminez , & partagez
de maniere , qu'il n'y en
avoit aucun qui ne fuſt diſpoſé
pour ſervir à la Fefte qu'il avoit
fait préparer. Comme il
n'y avoit point de Salle affez
grande pour recevoir tous les
Mars 1687 .
(
B
26 MERCURE
:
Conviez , on avoit dreſſé un
Theatre fur la Terraſſe qui re .
gne le long de l'Apartement de
Madamel'Intendante , afin d'y
repreſenter un Opera fait exprés
, qui avoit pour titre , Le
lugement du Soleil. Les Vers étoient
de Monfieur de Bonnecorſe
, & la Muſique de Monfieur
Gautier , Chef del Academie
Royale de Muſique de
Marſeille. Pour ſe parer du
vent , qui estoit tres - grand ,
on avoit eu ſoin de couvrir
toute la Terraſſe & le Theatre,
tant de voilesque d'étofes , en
forte qu'on n'en recent aucune
incommodité. Il s'y trouva
plus de mille perſonnes diſtinguées.
Le Theatre repreſentoit
un Payſage , où l'on
:
1 voyoit des Mers , des Fleuves,
des Montagnes , des Forefts ,
GALANT. 27
1
& des Villes , avec le Soleil fur
- l'horifon Il fut ouvert par les
e quatre Parties du Monde , fuivies
de toutes les Nations .
- Voicy les Vers qui furent
- chantez .
L'EUROPE .
Nostre non est connu dans ce vaſte
Univers
L'ay l'Europe en partage , & vous
avez l'Afrique ,
Vous l'Afie , & vous l'Amerique,
Nous tenonsſous nos loix & la Terre
&les Mers ,
Mais chacune en Heros n'est pas
toûjours feconde ,
Et vous croyezàtort qu' envos
fans Etats
La pluſpart devos Potentats
puif
Soient les plus grands Princes du
Monde.
B 2
28 MERCVRE
L'A SIE .
Ah! joſe toûjours foûtenir
Que l'Asie ades Rois auffi grands
qu'invincibles.
L'AFRIQUE .
Et l'Afrique a fait voir par des
marquesſenſibles
Quefes Heros charmeront l'avenir.
L'AMERIQUE .
En vain vous estes prévenuës
Qu'on ne voit rien de grand fous
mes divers climats ,
Si j'ay des Terres inconnuës,
Mes Heros ne s'y cachent pas .
L'EUROPE .
e
Et dans la Paix& dans la Guerre
J'ay des Heros quifont à redouter ;
Sur tous les Princes de la Terre
Leurvaleur doit l'emporter.
L'ASIE , L'AFRIQVE,
L'AMERIQVE .
F'en ay d'une gloire immortelle.
GALANT. 29
4.
L'EVROPE .
Pour ne plus difputer ,
Que le Soleil décide , ilfaut le confulter.
Il ſçait nostre illustre querelle.
L'ASIE , L'AFRIQVE ,
L'AMERIQVE .
Il faut le confulter ,
Il ſçait noſtre illustre querelle.

L'EVROPE au Soleil .
Brillant pere du jour ,
Quirépans en touslieux tafeconde
lumiere ,
Qui vois tout, quiſçais tout , àqui
toutfait la Cour ,
Soleil, arreſte - toy dans ta vaſte
carriere ,
Et pour noſtre repos
Dy nousfousquel climat est le plus
grand Heros.
LE SOLEIL, s'ouvrant,& paroiſſantdans
ſon Char.
L'Europe ſeule a droit de publier la
gloire
B 3
30
MERCURE
De fes vaillans Heros si fameux
dans l'Histoire ,
Mais nul n'est compable au Monarque
des Lis ,
En tous lieux ſa gloire eſt ſemée,
Et partout la Renommée
Neparle que de LOUIS,
Malgréses Ennemis,& leur ialoufe
envie
Le Ciela confervéce Royvictorieux
Et ſes Sujets ne font desvoeux
Que pour une fi belle vie ;
C'est elle qui les rend heureux.
Sifon courage estgrand ,Sa ſageſſe
est profonde ,
On l'estime, on le craintfur la Terre
&fur l'onde ,
C'est le parfait Heros qu'on admire
- auiourd'huy ;
Et fi le Monde entier vouloit choisir
pourMaistre :
GALANT . 31
Le plus digne de l'estre,
Il ne pourroit choisirque luy.
Adieu , Nymphes, ie parts, Que
chacune s'empreſſe
De chanter en tous lieux ce fumeux
Conquerant.
L'EUROPE , L'ASIE , L'AFRIQUE
& L'AMERIQUE .
enſemble .
Chantons, chantons fans ceſſe
Quede tousles Heros LOUIS est
leplus grand.
Vne Troupe d'Européens
svinrent témoigner enfuite par
des danſes la joye qu'il refſentoient
.
:
DEUX EVROPEENS .
Celebrons la gloire
Du plus granddes Rois.
Par tout la Victoire
Reconnoist ſes Loix;
B.4
32
MERCURE
Apeine onpeut croire
Ses fameux Exploits.
Une Troupe
d'Aſiatiques
ayant danſé aprés eux , l'Europe
& l'Afie
chanterent enfemble
ces quatre Vers qui furent
repetez par les Choeurs .
On nevoit rien dégal dans le Siecle
oùnous sommes .
Ah, que l'on est heureux de vivre
fous fes Loix !
C'estle plus grand de tous les
Rois
Et le mieuxfais de tous les hommes.
Ces deux
Entrées furent
ſuivies de deux autres. Une
Troupe
d'Afriquains , & une
autre
d'Ameriquains firent
connoiſtre leurjoye pardiverſesdanſes,
aprés quoy l'Afrique
&
l'Amerique
chanterent
enſemble .
GALANT.
33
Iamais Roy n'a conceu de plus
nobles projets ;
Tout ce qu'il execute ,& tout ce
qu'il defire
Fait le bonheur de fes sujets.
Et lagrandeur defon Empire.
Les Choeurs ayant repeté
ces quatre Vers .
Du plusgrand des Rois
Celebrons la gloire ;
Apeine on peut croire
Sesfameux Exploits.
Les Ris & les Ieux parurent,
& ſe joignans aux quatre
Nymphes , chanterent les
Vers qui ſuivent.
Plus de chagrins plus dequerelle,
Goûtezles douceurs de la Paix,
Ne reſpirezplas que pour elle,
LOUIS vala rendre eternelle
Vivezcontens, &deformais
Plus de chagrin,plusde querelte.
B
34
MERCVRE
LES CHOEVRS ..
Far des Concerts , par des Ieux
éclatans.
Faiſons voir que la Paix rend les
Peuples contens.
a
Aprés une Chaconne que
toutes les Nations danſerent
enſemble ,
LES RIS ET LES IEVX.
Plus de chagrin,plus de querelle,
Goûtez les douceursde la Paix.
LES CHOEVRS .
Ne reſpirons plus que pour elle,
Vivons contens , & deformais
Plus de chagrin, plus de querelle.
LES QUATRE NYMPHES.
Ciel, confervez LOUIS , exauacz
nos foubxits.
Aprés l'opera , les Violons
furent partagez , & l'on commença
le Bal en trois endroits
differens . Les Hommes & les.
GALANT.
35
Femmes avoient le plaiſir de
paſſer de l'un à l'autre , & fans .
fortir de la Maiſon, trouvoient
de trés belles Aſſemblées . Il
vint au commencement un
Maſque déguisé en Courrier ,
qui rendit aux plus confiderables
de l'Aſſemblée pluſieurs
paquets , où l'on trouva des
Vers fort agreables . A minuit
on ſervit unegrande Collation
de Fruits & de Confitures ,&
pendant toute laFeſte il y eut
de rafraifchiſſemens de toutes
fortes de liqueurs pour tous
ceux qui en voulurent. Les Apartemens
eſtoient éclairez
d'une infinité de lumieres ,
auffi -bien que l'Eſcalier. On
avoit encore préparé des Illuminations
par dehors aux logemens
de l'Arcenal , & aux
Galeres, mais le grand venten
B 6
36 MERCURE

empeſcha le ſuccés. Monfieur
du Pile,qui fournit tous les vivres
de la Marine , fit voir la
part qu'il prenoit aux réjoüifſances
publiques par une liberalité
qu'il fit farre àtous les
Forçats des Galeres , & à ceux
de l'Hofpital, qui font au nombre
de huit mille. Outre leur
Ration ordinaire , il fit diſtribuer
à chacun une livre de
mouton , quatre onces de lard,
quatre onces de ris , & une
pinte de vin. Il fit encore fervir
quatre Tables de ſeize
couverts chacune , pour les
Officiers des Galeres qu'il a +
voit fait convier.
Le 16. du mefme mois , les
Comites des Galeres firent leur
Ceremonie particuliere dans
l'Eglife des Minimes , avec
toute la pompe qu'on pouvoit
GALANT. 37
attendre du zele d'un fi grand
Corps. Ils s'aſſemblerent dans
la Réale , d'où ils partirent
ayant chacun un flambeau à
la main , pour ſe rendre à cette
Eglife, qui estoit parée en dehors
& en dedans de Damas
rouge ſemé de Fleurs de Lis ,
& extrémement illuminée .
Celuy qui portoit l'Etendard
Royal eſtoit richement veſtu ,
& monté à l'avantage . Les
Tambours le précedoientavec
deux cens Provillers des Galeres,
chacun portant ſon Guidon.
Devant luy marchoient
douze Cavaliers avec leurs
Trompetes , & enfuite ve--
noientles deux grandes Bandes
de Violons , & les Comites
deux àdeux , felon leur rang
des Galeres .Lors qu'onapperceut
l'Etendard Royal , on fit
38 MERCURE
e
une décharge de plusde ' 200.
Boëtes à la porte de l'Eglife . A
l'entrée on entonna le Te Deum
en Muſique; aprés quoy Mon-
-ſieur le Prieur de Toſcan, Neveu
du Comite Réal celebra la
Meſſe . Ce qu'il y eut de particulier
, c'eſt que tous les Comites
& Sous - Comites des
Galeres y communierent de ſa
main au nombre de ſoixante &
& quinze , ce que n'avoit encore
fait aucun autre Corps .
Le Perede Colonia , Minime,
prononça l'Eloge de Sa Majeſté.
Son Sujet fut , que c'eſt
Dieu qui donne la Santé aux
Rois , & que c'eſtau Peuple à
demaderqu'il la leur conſerve.
De cette obligation generale il
paſſa à l'obligation particulicre
que tous les François avoient
de demander à Dieu la
GALANT. 39
conſervation d'un auffi grand
| Roy que celuy fous1 heureux
Regne de qui nous vivons. La
Ceremonie finit par l'Exaudiat,
chanté en Muſique au bruit
d'une décharge de plus de trois
cens Boëtes , & on s'en retourna
dans le meſme ordre à
laReale.
Ie ne puis quitter Marfeille,
ſans vous parler d'une chofe
qui a fort furpris toute la
Ville , & qui est arrivée depuis
quelques mois. Mademoiſelle
Berardy , mariée depuis
dix- ſeptans à Monfieur Carfueil
, homme fort connu &
fort eſtimé dans le Commer
ce , & d'une tres - honneſte
Famille , vivoit avec luy dans
cette tendre union qui faitle
bonheur du Mariage . Elle l'avoit
épouſe fort jeune , & elle
40
MERCVRE
n'eſtoit encore que dans ſa
trentiéme année , lors qu'elle
fut attaquée d'un mal dont les
Medecins ne connurent point
la caufe. Ils la traiterent d'abord
comme d'une Hydropiſie
naiſſante, & voyant groffir fon
ventre , ils crurent que l'Hydropiſie
eſtoit formée . Ils luy
firent appliquer les remedes
les plus violens , qui furent
continuez pendant plufieurs
mois. Elle fut ſaignée ſouvent,
& abondamment au bras & au
pied. On luy fit boire à longs
traits des Eaux minerales du
Val , qui est un Village à cinq
ou fix lieues de Toulon. Toutes
fortes de purgations réïterées
furent miſes en uſage , &
mefme toutes les poudres de la
Chymie qu'on croyoit ſpecifiques
contre les maux de MeGALAN
T.
41
re, & dont elle uſa depuis le
troiſième mois de ſa maladie.
Comme elle empiroit toûjours
, il falut venir à d'autres
remedes . On luy donna de l'a -
cier en potion , & dans un
Opiatoù il en entroit quatre
onces , & aprés qu'elle en avoit
pris les Pillules , on luy
ordonnoit des promenades
violentes pour en provoquer
l'operation. Les Medecins la
croyoient fi bien hydropique,
qu'ils ſe ſervirent encore de
tout ce que la Medecine a d'antidotes
pour l'en guerir. Plus
ils voyoientle mal s'augmen
ter, plus ils la purgerent. On
luy appliqua fur le ventre des
emplaſtres attractifs , des Ventouſes
, de la Parietaire toute
boüillante avec des briques ,
& des linges affez chauds pour
:
42
MERCVRE
la brûler plûtoſt que de diſſoudre
l'Hydropifie. Enfin le 24.
de Novembre dernier , fon
Mary fortit ſur les neuf heures
du matin avec le Medecin
, qui la laiſſa dans ſes incommoditez
ordinaires . Il ne
rentra chez luy qu'à Midy ,
&il la trouva dans des douleursſi
terribles , qu'il ne douta
preſque point qu'elle n'en
mouruſt. Il s'approcha d'elle
pour la confoler ,& fut agréa
blement ſurpris un moment
aprés , lors que les cris d'un
Enfantdontelle accoucha ſans
aucun ſecours , annoncerent
en meſme tempsla groffeffe de
la Mere , & la mépriſe des Medecins
: Elle n'avoit jamais eu
d'Enfans , & aprés dix ſept
années de ſterilité , il n'y avoit
pas lieu de s'imaginer qu'elle
GALANT.
43
fuſt groſſe; outre quedans tout
- letemps que dura le mal qui fit
■ employer de ſi violens remedes
, elle ne ſentitaucun mou-
-vement qui la fiſt appercevoir
qu'elle alloit devenir Mere .
= Cette nouvelle s'eſtant répan .
duë , chacun accourut en fou-
- le pour en feliciter le Mary .
- Pour furcroiſtde joye , c'eſtoit
un Garçon , qui prend un
grand ſoin de vivre. La Mere
qui ne futdans les douleurs du
travail qu'environ une heure,
joüitd'une parfaite ſanté depuis
ſes couches , & cela fait
croire qu'à l'avenir elle pourra
eſtre guerie d'une ſeconde
Hydropiſie de cette nature ,
fans avoir beſoin des Medecins.
Je viens aux actions de graces
renduës par les Officiers
44
MERCURE
du Siege de Senéchal d'Arles.
Vous ſçavez , Madame , que
n'y ayant point de Prefidiaux
en Provence , les Senéchaufſées
y en tiennent lieu. Le
jour qu'ils avoient choiſi pour
cette Ceremonie eſtant arrivé,
on vitdés le matin toute la façade
du Palais , la Baſſecourt ,
& la Chapelle parées de riches
Tapiſſeries .Vn grand Tableau
du Roy formoit furla principale
entrée un magnifique ornement.
Au deſſous on avoit
mis cette Inſcription , Antiquis
omnibus unum objice. Monfieur
l'Abbé de Boche , Sacriftain de
la Cathedrale , autant diſtingué
par ſon érudition & par ſa
piete , que par la naiſſance &
par la dignité qu'il poſſede
dans cette Eglife , celebra la
Meſſe , à laquelle Monfieur le
GALANT.
45
Marquis de Boche ſon Frere ,
grand Senechal d'Arles , aſſiſta
avec tous les Officiers du Siege.
Pendant la Meſſe on chanta
pluſieurs Moters , compoſez
exprés ſur la gloire & ſur la
Santé du Roy ; & à l'élevation
quantité de Boëtes furent tirées
dans la Place voiſine . La
Meſſe fut ſuivie du Te Deum ,
que Monfieur l'Abbé de Boche
entonna , & qui fut chanté par
lesmeſmes Muficiens . Au fortir
de la Chapelle , les Magiftrats
defcendirent à la Baſſe
court,& delivrerent pluſieurs
Prifonniers . Ils revinrent l'apreſdînée
au Palais . Au milieu
de la Place qui luy eſt oppoſée,
eſtoit élevé un Periſtyle de
verdure , octogone à huit ,
Portiques , foûtenu par autant
des colomnes poſées ſur des
46
MERCURE
,
Piedeſtaux , couronnées fur
leur entablement. On avoit
fçu diftinguer les Chapiteaux,
P'Architrave , la Friſe & la
Corniche avec du Laurier
du Mirte & du Boüis . Les
Frontons qui paffoient fur
P'endroit des Portiques , & les
Vafes fumans fur celuydes co .
lomnes , regnoient en cercle
fur tout cet ordre , & le terminoient
agreablement. Huit
Conſoles de meſme verdure
naiſſoient de la Corniche , &
fupportoient en retraitte une
Couronne fermée & fleurdeliſée
, qui ſervoit de dome à
ce Periſtyle. Les Banderoles
placées en divers endroits du
couronnement , voltigeoient
en l'air avec ſymmetrie , & expofoient
aux yeux de tout le
monde le nom & les Armes de
1
GALANT . 47
LOUIS LE GRAND . Sur
= la Friſe de l'entablement qui
répondoit à chaque Portique ,
- on liſoit huit Inſcriptions.C'étoient
les mots de huit Devi-
= fes, dontle ſujet eſtoitle Roy,
& la Iuftice, le Corps un grand
Feu. C'étoient auſſi des penfees
qui répondoient juſte tout
enſemble à ces trois divers fujets.
Les voicy par ordre .
I. Prudentes fovet , temerarios
urit. Ie fais du bien à ceux
qui ont de la prudence , &détruis
les témeraires .
II. Evehor ad summa le me
portetoûjours à ce qu'il y a de
plusélevé .
III. Hoc ſoſpite cuncta vigent.
De ma vigueur dépend celle
de toutes chofes .
IV. Ssparisce ogn' altro lume.
Auprés de mes lumieres toutes
48 MERCURE
les autres s'évanoüiffent .
V. Je brille & je brûle , pour
faire entendre que le Roy , la
Iuftice & le feu n'ont pas feulement
de l'éclat , mais encore
des ardeurs & des foudres
.
VI. N'altro piu terribil , n'altro
piu bello. Ny rien de plus terrible
, ny rien de plus beau .
VII. Nil potentius , nil rapidius.
Rien de plus puiſſant, rien
de plus rapide .
VIII. Non ceſſans me motus
agit. Ie ſuis perpetuellement
en action .
Ces Deviſes & l'Inſcription
du Portrait font de Monfieur
Tertin , Confeiller au Siege
d'Arles. Sur les quatre heures,
tous les Officiers de ce Siege
entrerent dans la Chapelle qui
fut illuminée comme le matin ,
&
GALANT .
49
& lors que chacun eut pris ſa
place , Monfieur de Peyron ,
Procureur du Roy , prononça
- un diſcours ſur l'importance
- de la vie & de la ſanté de Sa
- Majesté, & donna à toute l'Afſemblée
de grandes marques
- de ſon éloquence & de fon
- zele. Ce diſcours fut fuivy
d'un Motet à la gloire du Roy
- & de l'Exaudiat chanté en Mu-
■ ſique . La nuit arrivée Meffieurs
du Siege ayant Mon-
-ſieur le Senéchal à leur veſte ,
defcendirent pour aller allumər
le feu . Ils marcherent au
bruit des Tambours & des
Trompetes juſqu'à la porte du
Palais où ils s'arreſterent , &
alors les Muficiens qui s'étoient
placez ſur des degrez
qui y font baſtis , firent ſucce
der à ce grand bruit une plus
Mars 1687 . C
1
MERCURE
&
t
f
douce harmonie . Vne infinité
de Flambeaux allumez de
toutes parts rendoient cette
nuit fort éclatante , & on ne
s'attendoit plus qu'au grand
feu , lors qu'il parut tour d'un
coup une illumination nouvelle
en forme de Theatre, qui
regnoit dans tout le fond de
la Place fur la meſme ligne à
quatre toiſes de hauteur. Ces
lumieres faifoient briller un
nombre preſque infiny d'Ecuffons
aux Armes de France , &
leur centre ſe trouvoit juſte à
-l'endroit où l'on devoit allumerle
feu. Meſſieurs du Siege
precedez des Tambours , des
Trompetes & de leurs Huiffiers
, s'avancerent un à un
à travers la foule qui occupoit
cette Place , & aprés avoir fait
trois toursdans lemeſme ordre
GALANT. SI
autour du Periſtyle qui enfermoit
le Bucher , ils prirent
chacun un flambeau qu'on
leur preſenta , & mirent le feu
aux traifnées . Le Bucher s'enflama
en mefme - temps , & divers
feux qui ferpentoient
avec fracas , aprés s'eſtre détachez
du couronnement , mélerent
leur bruit à celuy des
Boëtes , pendant qu'une infinité
de fuſées qui s'élançoient
de la Couronne , s'éleverent
aumilieu des airs pour retomber
en étoiles .
Vous jugez - bien Madame
, que dans une occafion où
tous les Corps ont fait des Feſtes
publiques , l'Academie
Royale d'Arles , toûjours attentive
& appliquée depuis
fon établiſſement à ce qui regarde
la gloire du Roy , n'a
C2
52 MERCURE
i
/
pas manqué de faire éclater ſa
joye pour la gueriſon de ce
grand Monarque. Ceux qui
la compoſent s'eſtant aſſemblez
extraordinairement chez
Monfieur le Marquis de Robias
, Secretaire perpetuel de
la Compagnie , on fit differentes
propoſitions pour rendre
la folemnité que l'on avoit refolu
de faire , la plus éclatante
qu'il feroit poſſible. On convint
qu'elle ſe feroit le 8. de
Février dans la Chapelle des
Penitens gris, qui estl'endroit
que ces Meffieurs ont toûjours
choiſi pour leurs Affemblées
publiques , comme le plus
convenable & le plus avantageux
, par ſa naturelle diſpoſition
, & par la magnificence
de ſes ornemens . Mais quoy
que ce lieu paruſt ſi favorable
1
GALANT.
53
audeſſein qu'ils avoient pris ,
tant par ſa vaſte étenduë , que
parla richeſſe de ſes peintures
& deſes dorures qui l'embelifſent
depuis le haut de la voûte
juſques au bas , Meſſieurs de
l'Academie prirent encore un
foinparticulier de l'orner magnifiquement
, & prierent
Monfieur Giffon , l'un de leurs
Confreres , de ſe charger de
cette conduite, & de travailler
auffi à la compoſition de quelques
paroles en forme de Cantique
à la gloire de Sa Majefte
, & au fujet de cette Feſte,
pour les faire mettre en Muſique
par le Sieur Aubert , Maitre
de Chapelle de la Cathedraled'Arles
, l'un des plus ceif
14
lebres
Compofiteurs , & du
meilleur goût qu'il ait en
France. On avoit orué l'Autel
C3
54
MERCVRE
que
de cette Egliſe d'une fi grande
quantité d'argenterie ,
tout le plat-fonds auſſi - bien
que le Tabernacle , les Pilaftres
& les Gradins en étoient
remplis , & d'une infinité de
bougies qui en relevoient l'éclat,&
faifoient une illumination
réflechie de tous coſtez ,
par l'oppoſition de quantité de
Miroirs & de Luftres qui produifoient
un effet admirable.
Des Vaſes de Criſtal & de Porcelaine
remplis de bougies occupoient
les entre - deux des
Pilaftres , & le haut des Corniches
, où l'on voyoit auffi
quantité de bougies allumées .
Le reſte de cette Egliſe eſtoit
environné de flambeaux dans
de bras dorez . Un grand Portrait
de Sa Majesté de la main
de Monfieur Mignard , eftoit
GALANT. 55
au milieu de cette Chapelle
fous un Dais magnifique de
velours bleu , tout parfemé de
Fleurs de Lys d'or en relief. A
l'oppoſite de ce Portrait on
avoit diſpoſé un Bureau pour
le Directeur de l'Academie ,
qui devoit prononcer un difcours
fur cette Ceremonie , &
des deux coftez eſtoient des
fauteüils pour les Academiciens
. Il feroit difficile de repreſenter
quel fut le concours
detoutes les perſonnes de qualité
, des Sçavans de tous les
Ordres &de tous les Curieux
de la Ville . Monfieur leCoadjuteur
d'Arles que l'Academie
avoit invité à cette Feſte par
une députation particuliere ,
y vint en Camail & Rochet ,
accompagné de tout le Corps
de fon Chapitre . Meffieurs les
lin
C4
56 MERCVRE
Confuls , dont le premier eſt
un des plus dignes membres
de l'Academie Royale, s'y rendirent
aufii , avec une ſi grande
affluance de Nobleſſe, qu'il fut
impoſſible d'empêcher que la
pluſpart des Gentils - hommes
les plus qualifiez ne demeurafſent
ſans ſieges, quelque foins
qu'on euſt pris d'en referver.
Toutes les Dames du plus haut
rang s'y montrerent avec leurs
plus riches parures. Si - toft
que chacun ſe fut poſté ſelon
que la neceſſité le permit , &
que le filence eut fuccedé au
tumulte , on commença par
une Symphonie dont les coeurs
furent tellement touchez , que
tous ceux qui compofoient
cette celebre Compagnie , ſe
ſentirent excitez à pouffer
mille cris d'allegreſſe. CePré
GALANT .
57
lude fut ſuivy du Motet ou
Cantique dont je viens de
vous parler. Les paroles de
Monfieur Giffon qui portoient
enelles - meſmes une vive expreſſion
de leur ſujet , avoient
eſté afſorties par le Sieur Aubert
de toutes les beautez de la
Muſique , & du mélange de la
Symphonie . A ces plaiſirs fucceda
celuy que fit goûter le
favantDifcours que prononça
Monfieur l'Abbé de Verdier
, Directeur de l'Academie.
Ilrepreſenta avec autant
de force que d'éloquence les
obligations que tous les Peuples
avoient de rendre graces
à Dieu , & de s'applaudir de la
parfaite guerifon de Sa Majeſté
; & fondant les motifs de
noftre gratitude & de notre
joye fur l'idée des vertus de
C
58 MERCURE
ce Monarque , il en fit unPanegyrique
digne de la délicareffe
de fon eſprit , & de la
force de fon érudition. Aprés
ceDiſcours quiluy attira l'admiration
de tout le monde , on
chantale Te Deum , & le tout fut
terminé par la Benediction
que Monfieur le Coadjuteur
donna à cette celebre Compagnie.
L'Univerſité d'Angers s'étant
aſſemblée le 21. lanvier dans
l'Egliſe des Cordeliers fur la
propoſition qui en avoit eſté
faite parMonfieur Voisin , Doyen
de la Faculté des Droits,
elle y fit chanter folemnellement
la Meffe,& le Te Deum en
Muſique. Monfieur Babin ,
Chancelier de l'Vniverſité ,
officia. Il y eut un tres-beau
Concert d'Inſtrumens , & un
GALANT. 59
:
--
- grand concours dePeuple, outre
tous les Ecoliers qui y
■ affifterent .
Les Preſtres de l'Oratoire
- qui font de ce Corps celebre ,
■ ſe diftinguerent le 31. par un
= Difcours Latin que le Pere
■ Delpeuch , Profeſſeur deRhetorique
, prononça dans leur
Egliſe à laloüange du Roy. Le
Portrait de Sa Majefté avoit
eſté mis au coſté droit de la
Chaire , ſous un Dais magnifique
de drap d'or , enrichy de
quantité de pierreries. Tous
les Corps dela Ville y aſſiſterent,
& ce Difcours receut de
grands applaudiſſemens. A
peine fut -il finy , qu'on entendit
un grand bruit de petits
Canons & de Boëtes que ces
Peres firent tirer. On alluma
ungrandFeu dans leur court ,
C6
60 MERCURE
&le lendemain on chanta la
Meffe& le Te Deumavec beaucoup
de folemnité, ce qui fut
ſuivy d'une grande diſtribution
d'aumônes .
Quelquesjours aprés, Mrl'Evêque
d'Angers ordonna une
Proceſſio ſolemnelle, qui partit
de fon Eglife Cathedrale pour
aller dans celle de S.Aubin , où
il celebra la Meſſe en habits
Pontificaux à l'âge de 90. ans .
Tousles Corps Eccleſiaſtiques
&Seculiers y affifferent , avec
une affluence de Petple incroyable
, demandant à Dieu que
Sa Majeſté puiſſe gouverner
fon Eftat à l'âgede fon Pafteur,
auffi heureusement qu'Elle le
gouverne aujourd'huy. Les
nouveaux Convertisavectou.
tes leurs Familles , n'ont pas
montré moins d'ardeur à s'in
j.
GALANT. 61
tereffer à ces Prieres , que les
anciensCatholiques .
Le 6. de Fevrier , le Preſidial
en Robes rouges ſe renditdans
la Salle du Palais où
ſe trouverent tous les autres
Officiers & Miniſtres de luſtice
. Un Preſtre , Conſeiller
Honoraire du Prefidial , aſſiſté
dedeux autres Preſtres de la
mefme Compagnie , celebra la
Meſſe à leur Autel ordinaire.Le
TeDeum fut chanté enfuite par
une excellente Muſique , mélée
d'un concert d'Inſtrumens ,
aprés quoy toute l'Artillerie
de la Ville ſe fit entendre .
Le 7.les Officiers du Corps
de Ville , ayant à leur teſte
MonfieurDautichamp , Lieutenantde
Roy , firent la meſme
Ceremonie dans l'Egliſe des
Cordeliers . Elle fut fuivie d'un
62 MERCVRE
grand feu allumé au bruit des
Boëtes & des Canons , & finit
par un magnifique Regale ,
que Monfieur de la Feanté ,
maire , donna dans l'Hoſtel de
Ville.
Les Trompetes , Hautbois
&Violons s'eſtant fait enten
dredés le pointdujourle 9. du
mefme mois,dans le Palais du
Prefidial de Montpellier , les
Officiers de ce Siege s'affembleretfur
les huit heures chez
Monfieur le Lieutenant General.
Le Corps des Avocats
& celuy des Procureurs avoient
receu ordredes'y trouver
,& en eſtant fortis deux à
deux précedez par les Officiers
&Archers des Maréchauffées
de la Province & du Diocese,
& parles Huiffiers de la Cour
Prefidiale , ils ſe rendirent à la
GALANT . 63
Chapelle de leur Palais . La
Meſſe y fut celebrée par Monfieur
le Vicaire General , afſiſté
de douze Preſtres de l'Egliſe
Cathedrale de Saint Pierre ,
& enſuite on chanta le Te
Deum. La Muſique & les concerts
des Violons , des Hautbois
& des Trompetes , charmerent
tous ceux qui furent
de cette Feſte . Vne Fontaine
de vin coula tout lejour dans
le Palais ,& les Magiſtrats firent
faire une diſtribution de
pain & d'argent à tous les
Pauvres .
Parmy les Réjoiiſſances qui
ont eſté faites à Aix en Provence
, Madame de Boyer Bandol
s'eſt diſtinguée par la Fête
particuliere qu'elle fit le mois
paffe.Sa Maiſon eſt ſituée dans
une grande Place quarrée ,au
64 MERCURE
milieu de laquelle eſt une Fontaine
ornée de ſon piedestal ,
autour duquel quatre Dauphins
de marbre blanc ſoutiennent
une Piramide aſſez haute.
Au deſſus de cette Pyramide
on voit une Boule terminée
par une Fleur de - Lis à
quatre faces . Les quatre coins
de cette Fontaine font face à
quatre des plus belles ruës de
la Ville , & à chaque coin il y
a des arbres qui furent illuminez
d'un tres-grand nombre
de petites Lampes . La Pyramide
eſtoit entourée de quantité
de Lanternes à Fleurs-de-
Lis , & un grand Vaſe de feu
que l'on avoit mis au haut ,
jettoit des flames qu'on voyoit
de loin . D'autres grands Vaſes
de feu produifoient le meſme
effet fur la teſte de chacun des
GALANT.
65
- quatreDauphins, dont lesmuſeaux
jetterent long-temps du
- feu au lieu de jetter de l'eau.
- Le deſſous de ces Dauphins
eſtoit terminé par divers degrez,
fur leſquels on avoit mis
un fort grand nombre des mêmes
Lanternes , ainſi qu'autour
du baffin de la Fontaine ;
ce qui répandoit beaucoup de
clarté dans les quatre Ruës
qui aboutiſſent à cet endroit.
A l'entrée de la maiſon de Madame
la Preſidente de Bandol ,
il y avoit diverſes Colomnes
entourées de Laurier, avec un
Arc de Triomphe au milieu ,
terminépar unrond ou étoient
les Armes de France. Le Portrait
du Roy environné de feſtons
de leurs & de pluſieurs
bras d'argent , avoit
efté mis fur les Colomnes , &
د
66 MERCURE
au deſſous on lifoit ces mots,
Rege incolumi , mens omnibus una
eft. Tout le dehors de cette
maiſon eſtoit illuminé depuis
le haut juſqu'au bas , &
toutes les maiſons qui tournent
vers cette Place , l'étoient
auſſi au dehors de la mefme
forte . On l'avoit ornée de riches
tentures de Tapiſſeries ; &
comme elle a quatre entrées,
on avoit dreſſé à chacune des
Arcs de Triomphe , compoſez
de quatre Colomnes entourées
de Laurier , qui ſoûtenoient
les Armes de France. Le feu de
joye eſtoit élevé vis à vis dela
maiſon de Madame de Bandol,
& àchaque extremité étoient
desDrapeaux, où brilloient les
mêmes armes. Vous pouvez
juger quel concours de peuple
attira ce grand Spectacle. Lors
GALANT. 67
que tout fut diſpoſé , Madame
de Bandol & pluſieurs autres
Dames , tenant chacune un
flambeau de cire blanche , mirent
le feu au Bucher aux cris
- de Vive le Roy , & au bruit d'une
grande quantité de Boëtes ,
- aprés quoy il y eut une dé-
-charge de moſqueterie qui dura
autant que le Feu , pendant
que les Hautbois , les Tambours
& les Trompetes marquoient
combie tous les coeurs
eſtoient penetrez de joye . Vn
grand Repas ſuivy d'un tresbeauConcert
, fut la fin de cetteFeſte.
Madame la Preſidente de
Bandol ne ſe contenta pas de
ce qu'elle avoit fait dans la
Ville d'Aix . Elle fit chanter
un Te Deum dans ſon Château
de Bandol , ſitué au bord de la
68 MERCURE
mer , il fut accompagné de
feux dejoye, & d'une diſtribution
à tous les Pauvres , dont
elle avoit fait habiller une partie.
Tous les Gentilshommes
qui en ont pû faire autant dans
les Provinces ,l'ont fait avec de
grandes marques de zele ; &je
vous apprens par ce peu de
motsplus de vingtmille Feſtes
qui ont eſté faites à la Campagne.
Quoy que celle que firent
les Peres Feüillans de Rouën
dans leur Egliſe le 5. Fevrier,
ait eſté accompagnée de tout
l'éclat qui a paru dans les autres
, je ne vous parleray que
d'un Sermon , que fit ce jour
làavec beaucoup d'édification
&de ſuccés , un Religieux de
cette Maiſon. Il prit pour texte
ces paroles du Fils de Dieu ,
GALANT...
69
parlant de la maladie du Lazare
qu'il devoit reſſfufciter , In-
- firmitas hac non eft ad mortem ,fed
adgloriam Dei , ut glorificetur Filius
Dei per eum ; & fit voir d'abnrd
dans la guerifon miraculeuſe
du Roy Ezechias , à qui
Dieu avoit rendu la ſanté pour
continuer à humilier ſes Ennemis,
pour augmenter la gloire
de fon Temple , pour réünir
tous ſes Sujets dans une même
Communion , & pour abatre
les reſtes de l'idolatrie qui
ſubſiſtoit encore parmy le peuplede
Dieu , le Portrait fidelle
de LOUIS LE GRAND , le Roy
Tres-Chreftien , le Fils aiſne
de l'Eglife , malade , & dangereuſement
malade , mais guery
parla main toute puiſſante de
celuy par qui regnent tous les
Rois qui s'en veut encore fer70
MERCVRE
vir pour augmenter la gloire de
l'Eglife , & pour abatre dans la
France les reſtes del'Impieré &
de l'Herefie. Il fit paroiſtre enfuite
la gloire du Roy des Rois
en la perſonne Sacrée de noftre
auguſte Monarque , le miracle
du monde , l'admiration
de tous les Princes de la Terre,
la terreur de tout les Ennemis
de Dieu , le Protecteur de
toute l'Egliſe le Conſervateur
de tous les Peuples & le Défenſeurde
tous ſes Alliez,Grad
en toutes chofes , en tout fon
Regne, en tous fes deſſeins , en
toute ſa vie;Grand par fon nom
qu'il tire de Saint LOVIS le
plus Saint de tous les Rois ;
Grand par ſa Maiſon , la premiere
du monde;Grand parſes
actions qui ſurprennent
toute
laTerre. Enfin il le compara à
Conſtantin , toûjours. VictoGALANT.
71
H
rieux des Ennemis de Dieu
par l'intrepidité de ſa Foy ; à
Charlemagne , toûjours pieux
par fon zele pourl'Eglife ; à S.
Loüis , toûjours juſte pour rétablir
par ſes vertus Royalesla
fainteté dans tout ſon Royaume.
Après avoir dans le dernier
point repreſenté à ſes Auditeurs
ce que le Roy a fait pour
ſes Peuples , en travaillantàrétablir
la pieté àla Cour , à faire
regner par tout la juſtice , &
aconſerver la Paix , la felicité
&le repos juſque dans nos
Frontieres , il leur fit voir leurs
devoirs envers ce grad Prince ,
qu'il fit confifter à reconoiftre
en ſa Perſonne facrée l'Image
de la Divinité , à regarder les
voeux que l'on fait au Ciel
pour la conſervation du Roy
comme des actes de Religion ,
72
MERCVRE
&àconfiderer lesmépris qu'on
fait de fa Perſonne ou de fes
Loix , comme des facrileges
que Dieu punit rigoureuſement
. Il finit en les conjurant
d'entrer eux - meſmes dans les
deſſeins adorables & pieux de
Dieu & du Roy , pour cooperer
à la gloire de l'un , & aux
deſirs de l'autre par la pureté
de leur foy , par la fainteté de
elur vie , parla fidelité de leur
cõduite,afin de rendre la France
le Royaume de Dien , de
crainte que manquant à leur
devoir , & envers Dieu & enversleRoy
, cette terrible menace
ne s'executaft , Auferetur
à vobis regnum Dei , & dabitur
Gentifacientifructus.
Le Mercredy 12. de ce mois,
Monfieur Godeau prononça
au College des Graffins , où il
enfeigne
GALANT.
73
5
enſeigne la Rethorique depuis
ſept ans , un fort beau
Diſcours Latin ſur la parfaite
- guériſon du Roy . L'Afiemblée
fut auili illustre que nombreufe;&
par les Extraits de plufieurs
deſes Ouvrages que je
- vous envoye , vous concevrez
aifément qu'elle futla beauté
de celuy - cy . La premiere Partiefit
voir la conſtance & la
fermeté du Roy , qui avoit
montré plus de moderation
dans les plus grandes douleurs ,
que les autres n'ont accoûtumé
d'en avoir dans les plaifirs.
Ildit, Que cettegrandeur de courage
avoit toûjours estéle caractere
de LOVIS LE GRAND , & l'ame
de toutesses actions ; que c'estoit
elle qui l'avoit mis au deſſus de
tous les Rois & de tous les Sages ,
mais que comme elle ne s'estoit
Mars 1687 . D
74 MERCUR E
exercée que dans la prosperité, &
pour reprimer les mouvemens des
paſſions auſquelles la confideration
d'une gloire extraordinaire peut
donner naiſſance , c'estoit veritablement
danssa maladiequ'elle aveit
paru avec éclat & dans toute
Son étenduë. Nous ne connoiſſions
pas encore parfaitement, ajoûtat-
il , la foliditédes vertus du Roy
au milieu de tant d'heureuxfuccés
deses armes. Il falloit un cara.
Etere du Dieudes affligez pour nous
faireentierementjuger deſes qualitezheroiques.
C'estcette constance
qui luy afait regarder d'unoeil af-
Seuré & d'un visage tranquille .
_toutes les fuites que pouvoit avoir
un mal également dangereux &
obſtiné. C'est elle quinous a perfuadé,
que les vertusSurprenantes de
ce grand Monarque luy doivent
donner la qualitéduplusſage&du
GALANT. 75
plus Chrestien de tous les hommes ,
comme le bonheur qui a toûjours
accompagné ses entrepriſes guerxieres
, l'a fait l'Arbitre de toute
l'Europe , & leplus grand Roy qui
foitfur la Terre. Monfieur Godeau
examinant enſuite en
détail la nature du mal qu'a
fouffert Sa Majesté , fit connoiſtre
que toute sa rigueur n'a
voit pas esté capable d'arrester le
cours defes occupations royales , ni
desuspendre les effets de cette admirable
activité qui le fait travaillerfans
ceſſe àprocurer le bien
de la Religion & de la Republique
Chrestienne ; que l'on n'avoit remarqué
aucun changement dansſa
conduite , ſi ce n'est qu'il avoit fait
de nouveaux efforts pour l'affermis-
Sement de nostre bonheur , & que
cette constance heroïque renfermoit
enſoy toutesa veritable granden
D
76 MERCURE
puis que c'estoit d'elle qu'il avoit
emprunté, pourainſi dire , laforce
,ſans laquelle toutes les vertus
dont ila en besoin pour se foûtenir
dans fonmal , n'auroient jamais
élatéd'une auffiexcellentemaniere
qu'ellesont fait.
La ſeconde Partie de ſon Difcours
fit voir la bonté ſinguliere
de Dieu , qui ne pouvoit
rien faire de plus utile & de
plus avantageux pour nous ,
quede rétablir dans une ſanté
parfaite celuy qui a étably fi
parfaitement les colomnes de
cette Monarchie , & de nous
avoir rendu ce que nous ne
voudrions pas perdre pour un
monde entier. Aprés avoir expoſé
combien avoit eſté generale
la triſteſſe de tous les Ordres
duRoyaume à la nouvelle
de la maladie du Roy & comGALANT.
77
bien lajoye avoit eſté univerſelle
aprés l'aſſeurance de fa
gueriſon , il ſoûtint que cet
excés de douleur & de joye ,
eſtoit une marque infaillible
que tous les François regardoient
la grace que Dieu venoit
de leur faire comme la
plus grande qu'ils en puſſent
recevoir. Il dit que ce bienfait
avoitramaffé tout ce qu'on pouvoit
comprendre de plus estimable , puis
qu'il nous mettoit de nouveau en
poffeffion des biens infinis que leCiel
a répandus fur nous par laſageſſe
& par la valeur du Roy ,& nous
rempliffoit d'une esperance agreable
, d'en recevoir encore dans la
fuitte deplus precieux & deplus
grands; que Dieu n'avoit conservé
le Roy dansſon âgefloriſſant , qu'afin
d'executerpar ſon bras des choſes
extraordinaires, l'attestedit-il
D3
4
78 MERCURE
en s'adreſſant à ce Prince , j'at
teste l'Angeterrible quivous a con
duit à tant de Conquestes qui vous
afait le Protecteurde vos Alliez ,
qui vous arendu redoutable à voς
Ennemis , venerable à vos Sujets ,
aimable à tout le monde , qu'il ne
veut pas borner icy vosglorieuses a-
Etions. Nous esperonsvoirbien-toft
lejour auquelvous rendrez à la Religion
Catholique dans tout le refte
du monde ceque vous luy avez rendu
dans vos Estats , c'est à dire ce
divin éclat qu'elle avoit receu de
Clovis, de Charlemagne , & de S.
Loüis . Elle attend par tout l'effet
de voſtre pouvoir ; elle reſpire déja
Par toute la Terre un airplus doux
dans la confiance qu'elle a en vastre
courage & en voſtre Zele. Il ajoûta
que fans aller chercherdans l'anous
avions dans le passé
d'affez grands ſujets de reconnoivenir
GALANT .
79
ftre que nous avons estéfavoriſez
- particulierement du Ciel , & que
nous luy ſommes infiniment redevables
de nous avoir confervé l'augufteLOVIS
; que quand mesme nous
ne pourrions nous flater dans laſui.
te d'aucun bon succés , quand les
faveurs du Ciel feroient épuisées
pournous, quand nos esperances ne
pourroient aller plus loin , nousdevions
croire que Dieu avoit fait
affez pour nos avantages , en un
mot que fans s'arrester à examiner
quel devoit estre le Roy à
l'avenir , c'estoit aſſez pour nous
convaincre de la grandeur du
bien-fait de sa guerifon , que de
faire reflexion sur ce qu'il avoit
efte. Il fit icy une peinture tresvive
de la vie du Roy , aprés
laquelle il excita tous les Peuples
ſur leſquels avoient eſté
répandus les fruits de fes
D 4
80
L MERCVRE
د
grands exploits , à une ſinguliere
reconnoiſſance envers
Dieu , qui en nous confervant
le Deſtructeur de l'Hereſie , le
Liberateur des Chreſtiens opprimez
le Protecteur des
beaux Arts , le Peredu Peuple
nous combloit tout à la fois des
plus rares faveurs où nous
puffions afpirer. Il finit par
une courte priere à Dieu pour
la conſervation perpetuelle du
Roy. Elle estoit compoſée
d'expreſſion tendres & affectives
que l'Ecriture Sainte luy
avoit fournies.
Vous en trouverez une tres
ardente , quoy qu'en peu de
mots , dans ce Madrigal de
Monfieur Doujat , Doyen de
l'Academie Françoiſe .
Arrestons deſormais nos larmes,
Elles ne font plus deſaiſon .
GALANT. - 81
S

e
5
1
Le Cieldonne à LOVIS l'entiere
queriſon
Du malqui cauſoit nos alarmes.
Grand Dieu,nostre eternelappuy.
Qu'au delà de Neftor cegrandMonarquevive
!
Que ce bien par toy nous arrive ,
Lereſtenous viendrapar luy.
Voicy l'Ode deMonfieur le
Clerc de la meſme Academie
qui luy attīra un applaudiſſement
general de la nombreuſe
Aſſemblée qui l'entendit lire
le jour que cette illuftre Compagnie
fit une Feſte publique
pour le rétabliſſement de la
Santé de Sa Majesté . Elle merite
d'autant plus d'eſtre eftimée
qu'on n'y voit rien de
contraint , quoy que les rimes
enfoient redoublées dans chaqueStrophe,
enſorte qu'il y en a
D
82 MERCVRE
-
cinq mafculines & trois feminines
dans chacune .
ODE
DE quel bruit fi charmant de
quels divins Concerts
Entens-je retentir les airs ?
Pour porter jusqu'à nous ces merveilleux
mélanges
Devoix & d'Instrumens divers,
Les Cieux ne font - ils point ouverts
?
Ne font - ce pas les Choeurs des
Anges ,
Quiviennent chanter les loüanges
De l'Eſtre Souverain qui forma
l'Univers ?
Aux pieds de nos Autels que
d'hommes prosterniz!
GALANT. 83.
Quede Temples illuminez.
Qu'un doux parfum remplit l'air
que l'onyreſpire !
Les esprits naguere étonnez
Sont à la joye abandonnez ;
Ce n'estque d'aise qu'on foûpire,
Et les Sujets de cet Empire,
N'ont jamais veu couler de jours
plus fortunez .
Qui peut de tant de joye ignorer
la raison ?
Quand fut- elle plus de faiſon ?
Qui ne sçait que LOUIS le plus
grand des Monarques ,
SeulHerèsfans comparaison,
Triomphe de la trahison Eques ,
Dont l'ofoient menacer les Par-
Et n'a jamais eu plus de marques
Dela faveur des Cieux que dansfa
guerifon ?
Pour en vendre l'hommage à l'Autheurde
fonfort
D6
MERCURE
Chacunfait un dernier effort ,
Chaque jour estpour nous une nouvelle
Fefte,
Du Nocher ,voisin de la mort ,
Teleft le raviſſant transport
QuandSaNavire toute preste
Afuccomber à la tempeste ,
Sent renaiſtre le calme, & vafurgir
au Port.
Influence maligne, belas qu'attendois
tu
Dumal dont ilfut combatu?
Qu'a-t-ilServy qu'àfaire admirer
Son courage?
Vit- on fon visage abatu ?
L'éclat dont il est revestu
Souffre- tille moindre dommage?
Sparte, Athenes, Rome, Cartage,
QuelHeros parmy vousfit voir tant
de vertu ?
Dans les plusgrandsperils oùfon
coeur l'ait-jette
GALANT. 85
Onvitfon intrepidité ,
Tout l'Univers connoist la force de
fesarmes.
Sa valeur ayant tout dompté ,
Ils'eſt luy-mêmeſurmonté ,
Avare de sang& de larmes ;
Et l'Europe la doit àſaſeule bonté
Le bruit tumultueux qui fuit les
grands exploits
)
N'ajamais fait taire nos Loix.
Nousavons veu par tout éclater fa
Iuftice .
Parluy l'Hereſie aux abois
N'amaintenantforce ny voix.
Ennemy déclaré du vice ,
Ilfait ſon plus doux exercice ,
Du cultequ'on doit rendre au ſeul
Maistre des Rois.
parmy tant de vertus & de dons
precieux ,
Qu'ennaiſſant ilrecent des Cieux.
86. MERCURE
Rien n'avoit iusqu'alors exercéſa
constance.
Le bonheurquifuit en tous lieux
CeMonarque victorieux
Montra tant de perseverance,
Que nul revers , nulle souffrance
N'avoient ofé troubler des joursfi
glorieux.
Grand Dieu , qui vois des coeurs le
pluspetit recoin ,
Dansſes mauxquelMortelsi loin
Portafapatience , &parutsitranquille
!
Sans ceffe avec le mesme Soin
Ilprévenoit noſtre besoin,
Ne trouvoit rien de difficile ,
Et toûjours d'un accezfacile,
De Sa douleur muette ilfut lefeul
témoin.
Ainſi quand des broäillards le lugubre
concours
GALANT.
87
De l' Aftre quifait les beauxjours
Couvre les clairs rayons d'une épais-
Seur obscure ,
Sa vertuſubſiſte toûjours ;
Defon ordinaireSecours
Il favorisela Nature,
Et salumierevive & pure
N'est jamais alterée,&va le mesme
cours.
7
Quefafantè promet de gloireàfes
Estats!
Qu'unjour par l'effort deSon bras
Il va mettre àses pieds de testes
couronnées!
1
Queje voy de Ramparts à bas ,
Que de Sieges que de Combats !
Et que de Palmes moiſſonnées ,
Non, pour remplirſes destinées
Undemy Siecle encor ne luy suffira
pas.
Superbes Ennemis , quid'un frivole
espoir
88 MERCVRE
Ofiez encore vous decevoir ,
Qui ne pouvezfouffrir une si belle
vie ,
Accoûtumez vousà le voir.
Plus grand qu'on ne peut concevoir,
Et Sçachez que malgré l'envie ,
La Terre doit estre afſervie
Par crainte ou paramouràfonjuste
pouvoir.
Vous,fur qui chaquejouril répand
Sesbien faits ,
८ .
Vous qu'ilreçoit dansſon Palais,
Illustres Orateurs , delicieux Or-
!
phées ,
Deſes Vertus,defes hautsfaits
Achevezles hardis Portraits ,
Et que d'un beau Zele échauffées
Vos mains luy dreſſent des Trophées
Que la rigueur des ans ne détruiſe
iamais.
GALANT.. 89
Ie ne ſçaurois mieux finir ce
grand Article,que par des Vers
libres de Monfieur de Fontenelle.
Les Ouvrages qu'il a
donnez au Public ſont ſi eſtimez
, que fon nom vous doit
répondre des beautez de celuy-
cy. Il faut pourtant vous
dire que toute la gloire ne luy
en eſt pas deuë , puis que c'eſt
une Traduction d'une Ode
Latinedu Pere Comire Iefui
te , dont tout le monde connoiſt
le rare talent. Ainſi les
penſées ne ſont point de luy
& il n'a fait en la traduiſant ,
queleurdonner un tour agreable
en noſtre Langue .
هلل १० MERCURE
SUR LE RETABLISSEMENT
de la Santé du Roy.
AAcrainte crainte&& les foucis loin de
nousſe retirent,
Quede noftre bonheur nos Ennemis
Soupirent ,
France,porteàleurs yeux avec plus
defierté
Les Lis & les Lauriers dont tu te
2. ceins la teste
Tu vois de ton Heros les jours en
Seureté
Triomphe , ta plus belle & plus no.
ble conqueste
Ne l'aiamais plus merité.
*
Qu'il souffrit de vives atteintes
Lors que d'officieuſesmains
Luy prestoient à regret des Secours
inhumains !
GALANT. 91
Il tenoit ſes douleurs captives &
contraintes ,
Il leur refuſoit fierement
D'unſoupir ou d'un cry levainfoulagement
;
On n'a connu ſes maux que par
nos plaintes...
L'Art qui par d'utiles rigueurs
Répare &Soutient la Nature ,
Ne luy faisoit point de bleffeure
Qui nesefit sentir iusqu'au fond
de nos coeurs . 3
Que les menaces paſſageres
Qui parurent alors du celeste cou
roux
i
Attirerent de voeux empreſſez &
finceres
En offrir pour LOVIS , c'est en
offrir pour nous.
Telleest à nos regards l'horreur qui
Seprefente ,
92
MERCURE
Telle estlaſubite épouvante
Qui ſaiſit l'Univers surpris , inquieté,
Quand le Soleil dans ſa courſe
éclatante
Perd, ou semble du moins perdre
cette clarté ,
Parqui la Natureest vivante ,
Et qui feule en fait la beauté,
Si prodiguantſa vieon enſauvoit
une autre ,
Nousn'aurionspas craint pourla
voftre,
Grand Roy, nous estions prests dere
noncer au jour;
Mais Dieuvous rend à nous , content
de reconnoiſtre
Quepar l'excés de noſtre amour
Nous sommes dignes d'un tel
Maistre.
Quenos coeursfont reconnoiſſans!
GALANT.
93
Quellevive allegreſſe en tous lieux
Je déploye!
Dela partent tous ces encens
Que d'icy vers le Ciel un Peuple
heureux envoye ;
Et ces Concerts facrez tous les jours
renaiſſans ,
Et ces larmes, de noſtre joye
Temoins encorepluspuiſſans.
Que LOVIS vive , iln'est aucune
grace
Dont nous devions importuner les
Cieux.
Quand le plus grand des Heros
de farace,
Charles * abandonnant le ſejour
glorieux.
*Charlemagne
Où prés du Troſne Saint il occupe
uneplace ,
Reviendroit regnezen ces lieux ;
Quand recommençant mesme une
course nouvelle ,
94
1 MERCVRE
Ilsoumettroit aux Francs pour la
Secondefois
Et le Lombardperfide , &le Saxon
rebelle ;
*
Qu'il apprendroit aux Huns avivrefousfes
loix ,
Ebranleroit l'Empireennemy de la
Croix
Qu'au milicu de l'Espagne avoit
fondèle More ,
Ah ! nousregreterions encore
Et LOVIS , & ses grands Exploits
Quel autre fur le Rhin Se frayant
un paffage
Eust fait fendre cette Onde aux
piedsdeses chevaux ,
Etpar cegrandperil euft fur l'autre
rivage
Cherché d'autres perils , &de plus
grands travaux ?
On voit avec terreur la Flandre
belliqueuse
GALANT.
95
Baiſſant ſous noftre ioug une tefte
orgueilleuse , [faits ,
Qui n'aplié queSous mille hauts
Etla Bourgogne aux Lys autrefois
arrachée ,
Aces mesmes Lys attachée
Parun Bras qui répond qu'elle l'est
diamais.
Ces fuperbes rochers d'où Luxem-
-bourgtranquille...
Bravoit des Affiegeans la valeur
inutile ,
Denos effortssesont-ilsgarantis?
Des deſſeinsque iamais on n'auroit
preſſentis ,
Ontfait naistre en un jour deux
conquestes nouvelles ,
Sous qui le Po , le Rhin , iusqu'au
Sein de Thetis ,
Tremblans ; & deformais fidelles
Roulent leursflots afſuiettis.
* 96 MERCVRE
دروم
Sur les fabes brûlans de l'Afrique
alarmée ,
Des Brigans redoutezpar des cri
mes heureux , <
De nos foudres encor reſpirent la
fumée,
Ilsfremiffent encor des ravages affreux
,
Qui restent dans leurs Mursde la
pluyeenflâmée
Qu'un ordre de LOVIS fit defcendrefur
eux.
L'infame foifde l'or qu'ils ne peuvent
éteindre ,
Deformais cependant respecte nos.
Vaiffeaux;
De leurs avides mains l'ardeurſçait
Se contraindre ,
Nos trefors à leursyeuxfont portez
fur lesEaux ;
On'n'a plusfurla Merquela Mer
Seule àcraindre.....
Mais
GALANT . 97
Mais de tous ces Exploits& l'éclat
&lefruit,
Et tout ce que LOVISa fait par
Son tonnerre.
Cede à l'Ouvrage faint que la Paix
a produit ;
Cette Hydre qui fortant de l'éternelle
nuit , )
Declaroit au Cielmesme une éternelle
guirre ,
Tombe fous le Heros dont le bras la
poursuit ,
Etses cent teftes font par terve.
Ellesſembloient pourtant devoir fe
relever ,
Danspeu leurs fiflemens pouvoient
Sefaire entendre;
La nouvellefureur qu'elles alloient
reprendre [ver ,
Plus que iamais eut ofé nous bra-
Mais libre du peril que craignoit
vostre empire ,
Mars 1687 . E
98 MERCURE
Vous vivez ; grand Monarque , &
Sans quevostre bras ,
S'attache contre l'Hypre à de nouveaux
combats,
Elle vous voit , & pour jamais
? expire.
de
Il me fouvient , Madame ,
que quand je vous appris il y
a quelques mois , la mort de
Monfieur le Marquis de S. Amans
, qui a eſté Ambaſſadeur
àMaroc, vous me témoignâtes
avoir envie de ſçavoir
quelleMaiſon il eſtoit . Voicy
ceque l'on m'en a appris. Ils
s'appelloit François d'Yzarn ,
& deſcendoit d'un Cadet de
la maiſon du Comte de Toulouſe
, à qui on avoit donné la
Seigneurie de Saint Antonin
pour apanage, felon la coûtume
des Aiſnez de cette FaGALANT.
99
mille , qui donnoient desDomaines
de leur Etat aux Cadets
,& ces Cadets prenoient le
nom de leur apanage , comme
firent ceux de Lautrec & de
Rabaſteins . Ce qui fut cauſe
que cette branche ne prit pas
le nom de S. Antonin , c'eſt
qu'Emerie qui en eſtoit le premier,
n'ayant encore que douze
ans , & eftant allé à la chafſe
dans le Pays de Comenge ,
prit deux Fans d'une eſpece
d'animal qu'on trouve dans
ces Montagnes,& que l'on appelle
Yzarns. Ce ſont des Chévres
Sauvages . Comme il eut
grand ſoin de les nourir , ces
animaux le ſuivoient toûjours
& on s'acoûtuma inſenſiblement
à l'appeller Yzarn , qui
fut unnomqu'il préfera à celuyde
ſon apanage. Ilpritmê
Ez
200 MERCURE
me ces Yzarns pour les ſuppoſts
de ſes Armes . Ce nom
s'eſt rendu celebre . Pierre
d'Yzarn , Seigneur de S. Amans
, Gouverneur des Ville
& Château de Saint lueri
qu'on appelloit le Capitaine
ayant une Compagnie entretenuë
, fut tué au Siege de S.
Pol de Lamiate, dont il fe rendit
le maiſtre pour le fervice
du Roy en 1597. Pierre dYzarn
, Seigneur de Saint Amans
, de Mailloc , de Monzieys
, de Caſteluiel , & de
pluſieurs autres Places quiétoientdepuislong-
temps dans
la Famille , ſe ſignala aux Sieges
de la Rochelle , de Montpellier
& de Montauban ; &
lean d'Yzarn ſon Cadet , qui
avoitune Compagnie d'Infanterie
, fut tué à la Bataille de
GALANT. 201
Fauch , en laquelle Monfieur
le Duc d'Angouleſme commandoit
. Ce Pierre d'Yzarn
eſtoit Pere de Monfieur de S.
Amans , qui n'eſtoit que dans
ſa ſixième année lors qu'il le
perdit. Il eut une éducation
digne de ſa naiſſance ; & a--
prés un voyage fait dans les
Pays Etrangers au fortir de
l'Academie , il prit une charge
dans les Gardes du Corps
de Monfieur. Il exerça plufieurs
années , pendant lefquelles
il ſe trouva à tous les
Combats & à tousles Sieges ,
qui ont rendu le Regne duRoi
fi glorieux. Enſuite s'eſtant
défait de ſa Charge , & fa Majeſté
ayant declaré la guerre
aux Hollandois ; il commença
de ſervir ſur Mer , & fit la
Campagne fur lebord deMon.
E 3
102 MERCURE
fieur le Maréchal d'Eſtrées ,
Vice-Admiral de France , en
qualité de Volontaire. Il fervit
la ſeconde Campagne en
la meſme qualité ,& ce fut luy
qui alla porter au Roy la nouvelle
d'une Bataille gagnée
pendant le Siege de Maſtric.
Les affaires s'eſtant broüillies
en Angleterre , Monfieur de
Saint Amans y fut envoyé ,
& il menagea les choſes avec
tant d'adreſſe & de bon-heur ,
qu'il les ramena au point que
l'on pouvoit ſouhaiter. A fon
retour ayant eſté fait Capitai .
ne de Vaiſſeau , il eſcorta la
Flote marchande du Ponant
aux Indes Occidentales ;& aprésunrude
Combat , il s'empara
dedeux Vaiſſeaux Efpagnols
, qui ſe trouverent dans
ces Mers. Il ſervit depuis au
GALANT. 103
Levant dans toutes les Guerres
de Meſſine . Le bruit s'étant
répandu que le Grand Vifir
avoit voulu infulter l'Ambafſadeur
du Roy à la Porte ,
Monfieur de Saint Amans fut
envoyé à Conftantinople , où
ſa negociation fut ſuivie d'un
fuccés tres -favorable.Pendant
ce temps -là , le Roy le nomma
fon Ambaſſadeur extraordinaire
vers le Roy de Fez & de
Maroc. Il partit avec l'Armée
qui alloit devant alger. Il y
demeura juſques àla fin de la
Campagne , & ſe ſignala à fon
ordinaire au Combat de Sarſelle.
La Campagne faite,il alla
defcendre à Tetoüan , où par
les ordres du Roy de Maroc, il
recent tous les honneurs que
pouvoit attendre un ambaffadeurde
LOUIS LEGRAND.
E 4
204 MERCURE
LesGouverneurs des Provinces
à la teſte de quatre ou cinq
mille hommes venoient le recevoir
chacun ſur les Frontieres
de fon Gouvernement , &
par tout où il paſſoit les chemins
eſtoient bordez d'Africains.
Il alla chercher le Roy
qui faifoit la guerre à fon Neveu,&
il le trouva campé ſurle
Mont- Atlas , avec une Armée
de cent mille hommes . Comme
il fut obligé de faire à cheval
cinq cens lieuës par terre,
& de paffer les Rivieres fur
des Radeaux faits de peaux
de Bouc, le ferain d'Afrique
qui eſt tres-dangereux , luy
cauſaun engourdiſſement à la
jambe gauche dont on ne l'a
pû guerir. On ſçait les honneurs
qu'on luy rendit à Salins
, mais à quoy ne devoit-il
GALANT. 205
pas s'attendre , portant les ordres
d'un Prince , craint &
reſpecté de toute la Terre ?
Eſtart de retouren France , le
Roy eut la bonté de luy té--
moigner qu'il étoit content de
luy ; mais Monſicur de S. Amans
ne l'eſtoit pas deluy-même
, voyant que fon incommodité
le rendoit inutile à fon
ſervice, Il languit toûjours depuis
ce temps - là , & fe fervit
de remedes qu'avancerent fa
mort. Elle arriva le 3. Novembredernier,
commeje vouslay
dé amarqué . Il n'avoit que 44-
ans , & n'a laiſſé qu'une foeur
que rien ne peut conſoler de
cette perte.
l'oubliay le dernier mois à
vous apprendre la mortde Mr
le Camus , Prefident honnoraire
de la Chambre des Com-
Ε
106 MERCVRE
ptes,& cy- devant Controlleur
General des Finances , Pour
réparer cet oubly , je vay fatisfaire
à ce que vous m'avez demandé
il y a long-temps , en
vous faifant undétail entier de
la famille de Meſſieursle Camus,
l'une des plus grandes , &
des plus confiderables de la
Robe.
• Meffire Nicolas le Camus,
Secretaire du Roy , puis Conſeiller
d'Etat , qui mourut en
1648. âgé de 80.ans , épousa
Dame Marie Colbert morte
en 1642. & il en eut dix Enfans
.L'aifnée eſtoit Dame Marie
le Camus qui fut mariée à
Meſſire Michel Particelli,Seigneur
d'Emery , Controlleur
General,puis Sur- Intendat des
Finances, dont elle eut Meffire
Michel Particelli fieur de ThoGALANT
. 107
ré , Preſident au Parlement de
Paris , mariée à Meſſire Loüis
Phelipeaux , fieurdela Vriliere
Secretaire d'Etat, qui la ren.
dit mere de Meſſire Baltazar
Phelipeaux, Marquis de Chafteauneuf,
preſentement Secretaire
d'Eſtat; de Meſſire Michel
Phelipeaux , Archeveſque de
Bourges ; de Raymond Phelipeaux
Comte de S. Florentin ,
& de Dame Marie Phelipeaux
mariéeau Comte de Tonnay-
Charente . Elle mourut fort
agée en 1678 .
Le ſeconddes dix Enfans de
Monfieur le Camus , & l'aiſné
des Garçons, eſtoit Meffire Nicolas
le Camus , Conſeiller au
grandConfeil , Procureur General
de la Cour des Aydes ,
puis Conſeiller d'Estat , & Intendant
de l'Armée d'Italie &
E6
108 MERCVRE
en Languedoc . Il épousa Dame
Marie de la Barre , & mourut
affez jeune en 1636. laiſſant
cinqFils , & deux Filles qui ſe
font renduës Religieuſes à
Pincourt . Les Fils font Meffire
Nicolas le Camus , qui a eſté
Conſeiller au grand Confeil ,
puis Procureur General de la
Courdes Aydes , & qui eſt aujourd'huy
premier Preſident
de la mefme Cour des Aydes.
Ila épouse Dame Marie Larcher,
Fille de Meſſire Michel
l'Archer,Prefident de laChambre'des
Comptes de Paris , laquelledéceda
l'année paffee,&
dontilaeu Meffire Nicolas le
Camus Confeiller de la Cour
des A ydes ,& à preſentMaiſtre
des Requeftes ; Meſſire François
le Camus , Marquis de
Bligny , Colonel du Regiment
GALANT. 109
de Saintonge,Monfieur l'Abbé
leCamus , Docteur de Sorbonne
, & Prieur de Beré ; Monfieur
le Chevalier le Camus ,
Lieutenant de Vaiſſeau du
Roy , qui fut bleſſe au Combat
donné contre l'Amiral Ruiter ,
& mourut peu aprés à Meffine
; Monfieur le Camus de
la Grange , & quatre Filles.
Monfieur le Premier Preſident
de la Cour des Aydes a eu
quatre Freres . L'aiſné eſtoit
Meffire Charles le Camus
Sieur de Montaudier , Gouverneur
de Menoüillon en
Provence , où il éponſa une
Dame de la Maiſon de Ponte--
vez & y mourut il ya quelques
années , ayant laiſſe trois
Fils , fçavoir Meſſire Jofephle
Camus , Sieur de Pepin , Gouverneur
de Menouillon , Mon-
2
110 MERCURE
fieur le Chevalier le Camus ,&
un autre Frere . Le ſecond eſt
Meſſire Estienne le Camus ,
Cardinal, Evéque & Prince de
Grenoble ; le troifiéme , Meffire
Girard le Camus , cy-devant
Maiſtre des Comptes, qui
a époufé Dame marie de Creil,
dont il n'a point d'Enfans , &
Meſſire Jean le Camus cy-devant
Maiſtre des Requeſtes , &
apreſent Lieutenant Civil, qui
a épousé la Fille de Monfieur
du Jardin Conſeiller à Roüen
dont il n'a qu'une Fille unique.
Le Second des Fils de Monfieur
le Camus Secretaire du
Roy, eſtoit Meſſfire Antoine le
Camus Seigneur d'Emery ,
Courſerin & autres lieux, dont
la mort arrivée le 25. Ianvier
dernier donne lieu à cet Article.
Il eſtoit âgé de 84. ans , &
1
GALANT .. JII
avoit eſté premierement Confeiller
au Parlement de Paris ,
Maiſtre des Requeſtes , enſuite
Preſident des Requeſtes , Prefidenten
la Chambre des Comptes
de Paris , Intendant en
Languedoc , puis Intendant
de la Generalité de Paris
& enfin Contrôleur General
des Finances pendant dix années
entieres , s'eſtant acquis
beaucoup de réputation dans
tous ces emplois. Il avoit épouſe
Dame Elifabeth Faydeau ,
d'une Famille confiderable ,
qui mourut il y a quelques années
, & dont il luy eſt reſté
trois Garçons , & deux Filles,
fçavoir Meſſire Denys le CamusSieur
de Courſerin , Prefident
en la Cour des Aydes ,
Meſſire André le Camus , Sieur
d'Emerinville , Conſeiller au
112 MERCVRE
1
Parlement de Mets ; Meſſire
Eſtienne le Camus , Chanoine
Regulier de Sainte Genevieve
, Dame Marie le Camus ,
Veuve de Meſſire Adrien de
Hanivel de ManevilletteMarquis
de Crevecoeur, Receveur
General du Clergé , & Secretaire
des Commandemens de
Monfieur , & une Fille Religieuſe
à l'Abbaye S. Antoine .
Le troifiéme Fils estoit Meffire
Edouard le Camus, qui fut
Confeiller au Parlement de
Grenoble, puis à celuy de Paris
, & enſuite Procureur General
de la Cour des Aides ,
aprés quoy il quitta ſa Charge
par devotion , & s'eftant fait
Preſtre , il ſe retira au Fauxbourg
S. Jacques prés les Carmelites
, où il mourut fort
agé en 1574.
GALANT . 113
Le quatrième Fils estoit Meffire
Eftienne le Camus ,Maiſtre
des Comptes , puis Surintendantdes
Baſtimens , qui épouſa
Dame Madeleine Colbert ,
Soeur de Monfieur Colbert ,
Abbé General de Prémonſtré ,
dont il n'a point eu d'Enfans .
Ilmourut en 1673 .
Le cinquiéme Fils eſt Meffire
André Girard le Camus ,
quia eſté Conſeiller au Grand
Conſeil , puis Procureur General
de la Cour des Aydes ,
& Conſeiller d'Estat.Il a épouſe
Dame Charlote Melſon ,
dont l'eſprit & le merite font
connus de tout le monde , & il
n'en a point d'Enfans .
Le ſixiéme fils étoit Meſſire
Jean le Camus , qui avoit été
Conſeiller au Parlement , puis
Maistre des Requeſtes , & In
114
2 MERCURE
tendant en Champagne. M
mourut en 1680. fans avoir pris
d'Alliance.
Outre ces fix Fils & fa Fille
aifnée , Monfieur le Camus
eut encore trois Filles ; ſçavoir
Catherine le Camus , qui ſe fit
Carmelite au grand Convent
de Paris , dont elle fut Bien ...
faictrice , & où elle mourut en
1668. Dame Françoiſe le Ca
mus , mariée à Meſſire René le
Roux , Maistre des Requeſtes,
puis Conſeiller d'Estat , morte
fans Enfans en 1680. & Dame
Claude le Camus , qui épouſa
Meffire Claude Pellor , qui a
eſté Conſeiller au Parlement
de Roüen , puis à celuy
de Paris , enfuite Maiſtre
des Requeſtes , & Intendant
en Dauphiné , en Limoſin
en Poitou , & en Guyenne ,
GALANT .
IIS
1 & enfin premier Preſident
■ au Parlement de Normandie .
Elle mouruten 1668. & Monfieur
Pelloten 1683. ayant eu
onze Enfans , ſçavoir , Marie
■ & Françoiſe Pellot , Religieuſes
de la Viſitation à Lyon ;
Françoiſe Pellot , Religieuſe à
- Poiſſy ; Geneviève& Thereſe
■ Pellot , Religieuſes de Mont-
- martre; Madeleine Pellot , ma-
- riée , à Monfieur le Marquis de
la Fare Tornac , Elifabeth Pellot
, mariée à Paul-Gabriel de
Foix , Vicomte de Couferansi
Marie Anne Pellot , mariée à
Thomas Charles de Becdeliévre
, Sieur de Brumare Prefidentau
Mortier du Parlement
de Roüen . Claude François
Pellot , Conſeiller au Parlement
de Paris ;Eſtienne Girard
Pellot ,Colonel du Regiment
116 MERCURE
de Bigorre , & Paul Pellot, Abbé
de la Croix S. Leuffroy .
Monfieur l'abbé de la ROque
mourut le 3. du dernier
mois , âgé de 90. ans . Il eſtoit
d'une noble & ancienne Famille
de Normandie , & a eſté un
des plus habiles hommes du
Royaume dans la connoiſſance
des Antiquitez & de l'Hiftoire.
Il a donné pluſieurs Ouvrages
au Public ; ſçavoir ,
L'Histoire genealogique de la Maifon
d'Harcour &de ſes Alliances ,
en quatre Volumes in folio ; un
Traité de la Noblesse & de ses
differentes especes un Traité des
Fleurs de Lys , ou des Armesde
France ; un Traité du Ban & Arrieban
; un Traité de l'origine des
Surnoms , & il eſtoit fur le point
de faire imprimer ſon Histroire
generale de Normandie , avec le
GALANT.
117
Nobiliaire de cette Province ;
un Traité des Armoiries & de
leurs règles ; un Traité des Funerailles
, & un Traité des Combats&
des Tournois .
Le 28. dumefme mois mourut
Dame Elifabeth Blondeau ,
Veuve de Meſſire Jean Phelipeaux
, Comte de Buſançois ,
Seigneur de Villeſavin,Argy,
Plaiſance , & c . Conſeiller d'Eftat
, & Secretaire des Commandemens
de la Reyne Marie
deMedicis . Elle eſt morte âgée
de94. ans. C'eſtoit la Mere de
Madame de Chavigny , Veuve
du Secretaire d'Estat .
Une Fille de qualité , belle,
jeune ,& toute aimable , ayant
paru avec grand éclat dans
une Aſſemblée qui ſe fit un des
derniers jours du Carnaval , a
donné lieu à ces Vers , qui ont
118 MERCURE
eſtémis en Air par un tres -habile
Maiſtre .
AIR NOUVEAU.
T'Hyverflerrit toutes chofes
fesglaçons; Quand ilfait voir
Mais ilvous laiffe des roses ,
Iris toûjours bien écloſes ,
Vous charmez en mille façons ,
Beautéde toutes les Saifons.
Ie vous appris dansma Lettre
du mois d'Aouſt la nomination
de Madame de Berthemet
, à l'Abbaye de Vernon ,
Ordre de S. Auguftin , vacante
par la mort de Madame Teſtu
, Soeur de Monfieur l'Abbé
Teftu , de l'Academie Françoife
, mais je ne vous parlay
pointalors du merite & de la
Famillede cette nouvelle AbGALANT
. 119
beffe , m'eſtant reſervé àvous
ren-
Soeur
met,
&de
1. La
urde
ires,
iner,
eclace
à
ttiré
efte's :
Saint
101
liray
à la
eroit
dounnêpée.
"non
tien ή
peut dire qu'elle re
118 MERCURE
eſté mis en Air par un tres - habilel
be
en
A
L
Mais
Iristo
Yous
Beau
Ber
tou
Ie
l'est
tred
gen
natic
met
Ordi
te pa
ftu ,
COL
dim
Teft
tie
sau mente & de la
le cette nouvelle Ab- Peu
GALANT. 119
beffe , m'eſtant refervé àvous
en inſtruire lors qu'elle prendroit
poffeſſion . Elle eſt Soeur
de Monfieur de Berthemet ,
Maiſtre des Requeftes , & de
Madame de S. Poüanges. La
penetration qu'a Monfieur de
Berthemet pour les Affaires ,
ſa promptitude à les terminer,
&fur-tout l'affabilité aveclaquelle
il donne audience à
toutes heures , luy ont attiré
l'eſtime de tous les honneſtes
gens . Pour Madame de Saint
Poüanges , je ne vous endiray
rien . Vous l'avez veuë à la
Cour , & à Paris , & il feroit
difficile que fon eſprit, ſa douceur
, & fes manieres honnêtes
ne vous euſſent pas frapée.
Madame l'Abbeſſe de Vernon
tient de tous les deux , & l'on
peut dire qu'elle rempliratrés
120 MERCVRE
dignement le poſte où elle eſt.
Elle a une veritable piete ,
beaucoup de folidité d'eſprit ,
& une memoire heureuſe ,
dont elle ſçait profiter dans les
differentes occafions , en rappellant
à propos tout ce qu'elle
a leu. Elle écrit fort juſte ,
parle peu , mais toûjours d'une
maniere fort ſage , avec
beaucoup de douceur & d'honeſteté
. Tant de belles qualitez
luy avoient attiré l'eſtime
de fa Communauté , meſme
avantqu'elle l'euſt veuë . Ainfi
pendant que les Filles del'Afſomption
, où elle estoit Religion,
pleuroient fa perte, celles
de Vernon l'attendoient
avec la derniere impatience.
Vernon eft la premiere Ville
de Normandie , qu'on trouve
fur le bord de la Seine dans le
Dioceze
GALANT. 121
Dioceze d'Evreux, en ſortat de
l'Iſle de France. Elle estoit autrefois
confiderable , comme
étant Frontiere de Normandie
& il reſte encore un Chaſteau,
& des Murailles qui marquent
combien elle estoit fortifiée.
Mr le Marquis de Blaru
Gendre de Madame la Ducheſſe
de Luynes , Fille du
dernier Chancelier d'Aligre,
- en eſt Gouverneur. L'abbaye
qu'on nomme preſentement
de S. Loüis , parce qu'elle a
eſté fondée par ce faint Roy ,
eſt ſituée dans la Ville. C'eſt
une Communauté confiderable
par le merite & par le nombre
des Religieuſes . On y
trouve cinquante Dames du
Choeur d'une pieté finguliere,
d'une charité édifiante pour le
ſervice des Malades auſquelles
Mars 1687 . F
121 MERCVRE
C
elles ſont employées , & d'un
merite qui n'eſt pas commun.
Ce n'eſtoit autrefois qu'un
Prieuré , comme toutes les
Maiſons Hofpitalieres fondées
par S. Loüis , mais elle a eſté
érigé en abbaye depuis quelque
temps , & Madame de
Berthemet en eſt la troifiéme
Abeffe . Elle fut benite en cette
qualité dans l'Egliſe del'afſomption
au commencement
du mois paffé , par Monfieur
l'Eveſque de Mâcon , en prefence
de toute la Famille de
Madame de Saint Poüanges.
Madame de Louvois ſetrouva
à cette Ceremonie avec pluſieurs
autres perſonnes de la
premiere qualité , qui furent
enfuite regalées magnifiquemet
à l'Hoſtelde Saint - poüanges
. Quelques jours aprés
r
GALANT. 123
Madame l'Abbeffe partit , accompagnée
de Monfieur de
Berthemet fon Frere , & de
Madame ſa Soeur, qui s'étoient
chargez de la conduire , & de
la mettre en poffeffion , les
1 grandes occupations de Monſieur
deSaint- poüanges ne luy
ayant pas permis de quitter la
Cour . Ce fut le 26. du mois
paſſe qu'elle fut reçûë aux acclamations
de ſa Communauté
& de toute la Ville , qui
vint luy faire les prefens accoûtumez
de vin , de fruit , &
de confitures . Monfieur de
Berthemet qui faifoit les honneurs
, regala fplendidement
toutes les Religieuſes , & en
particulier la Nobleſſe du
pays , la Iuftice , & Meffieurs
de Ville . Il n'y manquarien .
Le foir , les penſionnaires ſe
A
F2
124
MERCURE
chargerent d'exprimer ſes ſentimens
de la Maiſon par des
Vers,que trois d'entre elles reciterent
à la loüange de cette
nouvelle Abbeſſe . Ie vous les
envoye , ne doutant pas que
vous ne les approuviez , puis
qu'ilvous ſera aiſé de connoiſtre
qu'ils partent de ſource.

POUR MADAME
DE BERTHEMET,
Abbeſſe de Vernon , le jour
de ſa priſe de Poffeffion .
Voicy detous nos jours
leplusheureux ,
leiour
Vous venez par vostre presence
Contenter nostre impatience, T
GALANT .
125
1
Et nous voyons icy l'obiet de tous nos
voeux .
2
Du bruit de vostre nom l'ame toute
charmée,
Nous voulions voir enfin tout ce que
tant de fois ,
Labouchede la Renomméc
Nous avoit dit de vous avec tot
tes fes Voix.
Que ne peut-on vous dire à quel
point on s'empreſſe,
De vous rendre de petits foins !
Que vosyeuxnefont- ils témoins
De tous ce que nos coeurs ont pour
vous de tendreſſe !
Vous verriez qu'ils n'en ont pas
moins 1
Qu'ils ont de ioge & d'allegreſſe.
Peut-on vous voir & ne pas
vous aimer?
F 3
126 MERCURE
Dans vosyeux qui du coeur font le
miroir fidelle ,
Une douceur aimable &naturelle
N'a- t- elle pas de quoy charmer ?
Ne Sçait- on pas quelles font les
lumieres,
D'un Eſprit qui n'ignore rien.
Quiſçait parler&raiſonnersibien
Sur toute forte de matiere ?
Mais quand on oze vous lover ,
Onvoit unfront modeste &Sage,
Quiſemble nous deſavoüer ,
Et nous deffendd'en dire davätage.
:
1
Cependant devant vous on ne peut
s'empescher
De loüer pour le moins une foible
partie
De cette illuftre modestie ,
Quinepeutjamaisse cacher.
GALAN T.
127
C'est cettehumilité profonde
Qui malgré tout l'espoir d'une hautefaveur,
Ferme vos yeux & vostre coeur
Atoutes les grandeurs du monde.
Qu'unsipuissant exemple a dequoy
nous toucher !
Qu'en reglantfurvos pas nos voeux
&nos pensées ,
Il nous eft aisé de marcher
Surles routes du Ciel que vous avez
tracécs!
CesVers étant recitez , deux
fort belles Voix , dont une ne
fait pas un des petits ornemens
de cette Maiſon , ayant eſté
une des meilleures Ecolieres
du fameux Monfieur Lambert,
chanterent ces autres Vers
mis en Muſique par un tresbon
Maiſtre .
F4
128. MERCURE
I. DESSUS .
Venez, venez, parvos foins genereux
,
Enſemble .
Venez , venez combler nos voeux.
I. Deſſus .
Vous,nous êtalezmille charmes.
II . Deffus .
Vous faites ceffer nos allarmes .
Enſemble .
Ces lieux triſtes & deſolez
Alajoye , au Plaisir par vousfont
rappellez
I. Deffus.
Avostre aspect tout leCielſe colore.
II . Deſſfus .
Jamais en plus riche appareil !
On ne vit la charmante Aurore
Annoncer aux Mortels le retour du
Soleil.
I. Deffus .
Venez , venez , par vosfoinsgenereux
,
GALANT.
129
Enſemble.
Venez, venez combler nos voeux.
Il y a deux ou trois mois
qu'on fit une Octave tres - celebre
dans l'Egliſe du grand
Convent des Auguſtins de
Toulouſe , pour l'élevation du
Corpsde fainte Iulie Martyre.
Ce Corps a eſté tranſporté de
Rome avec le Vaſe de ſon ſang
par le Pere du Ionca,cy devant
Afſiſtant de France du mefme.
Ordre , & il est d'autant plus
confiderable , qu'on eſt certain
du propre nom de la Sainte , à
cauſe d'une pierre qu'on a auffi
apporté , qui s'eſt trouvée ſur
fon Sepulchre dans le Cimetiere
de Calliſte , laquelle en
fait foy& contient encore en
abrégé une Epitaphe de fes
vertus en ces termes . Iulia
Evodia filiafecit castematri , &
F
130
MERCURE
bene merenti , qua vixit annis feptuaginta
, & au deſſus de ces
mots , il y a un grand D.
& une grande M. avec un
coeur enflâmé de chaque coſté.
Selon la verification quia eſté
faite du caractere de cette Epitaphe
dans le livre de re diplomaticâ
du Pere Mabillon de la
Congregation de faint Maur ,
on trouve qu'il eſt entiere.
ment ſemblable à celuy du
premier & du ſecond Siecle ,
ce qui n'eſt pas une petite
preuve de la Nobleſſe de la
Sainte parce que dans les
quatre premiers Siecles, la ſeverité
de la Diſcipline Eecleſiaſtique
ne permettoit pas
qu'on miſt des Inſcriptions ,
& qu'on fiſt des Epitaphes qu'a
desperſonnes du premier rang;
de forte que cette Sainte pourGALANT.
131
roit bien eſtre de l'illuſtre Famille
des Iulies Evodies dont
Hiſtoire Romaine parle. Pendant
l'Octave que les Auguftins
de Toulouſe ont faite , le
Corps de la Sainte fut expoſé
dans une tres- belle caiſſe fur
un Autel richement paré , &
chaquejour une Communauté
de Religieux s'y rendit proceſſionnellement
pour y officier
& celebrer la grand'Mef
fe Meſſieurs du Chapitre de
l'Egliſe Abbatiale de Saint Saturnin
firent la meſme chofe
ledernier jour,& ne ſe contentant
de montrer leur pieté par
une Meſſe folemnelle que la
Muſique chanta , ils revinrent
le foir donner la Benediction ,
avant laquelle il y eut , ainſi
queles autres foirs , un Motet
d'une excellente Muſique . Ils
F6
132
MERCURE
f
ſe trouverent enſuite à la Proceffion
, qui ſe fit par les Cloiftres
avec le Corps Saint qu'on
portoit à la Chapelle des Dames
du Tiers Ordre de Saint
Auguſtin , où il doit repofer.
Le Panegyrique de la Sainte
fut prononcé chaque jour par
unduCorps qui avoit fait l'Office
, &pendanttoute l'Octave
le concoursdupeuple fut extraordinaire.
Le Roy qui continuë de
toutes manieres à veiller au
bien de fes Sujets , conſiderant
que rien ne leur peut eſtre
plus avantageux que de conferver
l'abondance de l'or &
de l'argent dans le commerce
&d'empefcher la conſommation
exceſſive qui s'en fait en
ouvrages fuperflus d'argenterie
,adonné une Declaration ,
GALANT. $3.3
par laquelle tres- expreſſes défenſes
ſont faites à tous Orfévres&
Ouvriers,de fabriquer,
expoſer & vendre des Buires ,
Sceaux , Cuvetes & autres Vaſes
d'argent ſervant d'ornement
de Buffet , Chenets,Feux
d'argent , Braſiers , Chandeliers
à Branches , Girandoles
Plaques à Miroirs , Miroirs ,
Cabinets, Tables , Gueridons,
Paniers , Corbeilles , Vrnes ,
& tous autres utenciles d'argent
maſſif , à peine de confifcation
&de trois mille livres
d'amende. Par la mesme Declaration
, qui fue enregiſtrée
au Parlement le 21. du mois
paſſé , il est défendu à toutes
perſonnes de quelque qualité
& condition quelles foient , de
faire ny de laiſſfer travailler
dans leurs Hoſtels & Maiſons
134
MERCVRE
aucuns Ouvriers ny Orfévres
aux meſmes Ouvrages , & aux
Ouvriers travaillans en cuivre
& en fer , de dorer & argenter
aucuns Chenets , Feux , &
autres ouvrages de fer ou de
cuivre de la qualité de ceux
d'Orfevrerie , ce qui n'a point
de lieu pour l'argenterie &
pour les dorures deſtinée à
l'ornement des Eglifes , à l'é
gard deſquelles on en ufera
toûjours comme auparavant.
Ie vous ay parlé pluſieurs
fois de Monfieur Roubin, Aса-
demicien d'Arles. Ce fut luy
quela Ville de ce nom deputa
il y a quelques années pour
venir preſenter auRoy unTableau
de l'Obeliſque qui avoit
eſté trouvé ſous quelques ruines,
& qu'elle avoit fait élever
& reftaurer , & enfuite confaGALANT
.
135
cré à ce Monarque , aprés y
avoir fait placer un Soleil fur
la pointe , & fait faire un piedeſtal
remply d'Inſcriptions à
la gloire de Sa Majeſté . Le même
Monfieur Roubin s'étant
trouvé poffeffeur d'une Iſle qui
appartient au Roy,& ſe voyant
attaqué par ceux que l'on a
commis pour la recherche des
biens de cette nature , a fait
le Placet qui ſuit à l'occaſion
de cette recherche. Il faut vous
dire pour l'intelligence de ce
Placet que le Roy luy fitl'honneur
de l'ennoblir pendant le
temps de ſa Députation pour
les affaires & pour l'Obeliſque
de la Ville d'Arles .
136
MERCURE
AU ROY.
Favorable autrefois aux Chanfons
de ma Muse ,
Grand Roy, tu daignas l'écouter,
Et ce doux ſouvenir dont mon ame
est confuse ,
L'enhardit encore à chanter.
"
Tu Sçais que par mes soins, & mes
ardentes veilles
Cet Obelifque fivanté,
De ton Regne fameux confacra les
merveilles ,
A toute la Poſterité.
Qu'ayant gravéton Nom au Tem
ple de Memoire ,
Tu tiras le mien de l'oubly ,
En verſant dans monfein un rayon
de ta gloire
GALANT.
137
Dont tout monfangfut annobly .
Mais tu mefis grand tort m'accor
dant cettegrace,
Ie n'en suis que plus malheureux.
Car eftre Gentilhomme &porter la
Beface,
Il n'est rien de fi douloureux .
Ce vain titre d'honneur que jeus
tort de poursuivre ,
Negarantitpas de lafaim ;
Ie Sçay qu'après la mort la gloire
nousfait vivre ,
Mais en ce monde ilfaut de pain.
Ie n'ay qu'un seul Domaine au
rivage du Rhoſne
Qui m'en donne pour ſubſiſter.
Ieferois miferable, &reduit àl'anmofne
Si l'onvenoit à me l'ofter.
138
MERCURE
I'ay donc tout monSecours en ta bontéfupréme
,
Et fi l'onnous meten Procés'
Pourveu que ton grand coeur le dési
de luy-méme ,
Ie n'en craindray point le ſuccés.
Qu'est- ce eneffet pourtoy, grand
Monarque des Gaules ,
Qu'un tas defable &de gravier
Quefaire de mon Isle ? Il n'y croist
que des saules ,
Et tun'aimes que le Laurier?
Egalement puiſſant dans la Paix,
dans la Guerre ,
Comble de gloire & de bonheur,
Maistre d'ungrand Estat, quelques
Arpens de Terre [gneur?
Te rendroient- ilsplusgrand Sei-

Laiſſe m'en donc joüir , la faveur
n'est pas grande ;
GALANT. 139
Neme refusepas ce bien ,
C'est tout ce qu'aujourd'huy mon
Placet te demande ,
Grand Roy , ne me demande rien,
1
On peut dire que le merite
de Monfieur l'Abbé de Lion--
neeft connu dans l'un & dans
l'autreMonde . Iamais homme
n'a fait voir une modeftie plus
grande & plus égale , que celle
dont il a donné des marques
depuis qu'il a renoncé à
l'éclat avec lequel vous ſçavez
qu'il pouvoit vivre. Son
zele pour le ſalut des Ames a
toûjours eſté extraordinaire ,
&quand il a fallu paffer& repaffer
les plus vaſtes Mers ,
leur étenduë , les incommoditez
qu'on y fouffre, & le peril
qu'on y court , n'ont point eſté
capables de ralentir l'ardeur
140 MERCURE
qui le porte à vouloir faire con
noiſtre le vray Dieu à des Peuples
nourris dans l'Idolatrie.
Ce zele fi digne de nos loüanges
eft connu à Rome , & c'eſt
pour cela qu'il en arriva icy un
Courrierle 7. du mois paſſe
avectrois Brefs . L'un marque
lanomination de cet Abbé a
l'Eveſché de Roſala ſous l'Archeveſché
de Raguſe , dans la
partie de la Dalmatie qu'occupentles
Turcs. L'autre l'établit
Coadjuteur de Monfieur
l'Eveſquede Metellopolis dans
le Vicariat Apoftolique de
Siam, commefuturâ fucceffione ,
& le troifiéme luy donne pouvoirde
ſe faire ſacrer en France,
en conſequence de quoy ila
plus à Sa majeſté d'envoyer
une Lettre de Cachet à M
l'Evefque de Leon , portant
GALANT .
141
permiſſion avec agrément de
ſacrer Monfieur l'Abbé de
Lionne fur de ſimples Brefs ,
ſans Bulles , contre l'uſage de
France . Tout cela a eſté porté
àBreſt ; mais comme il eſtoit
fur le point de s'embarquer
pour retourner à Siam , &
que le vent eſtoit favorable
, il n'y a pas eu affez
de temps pour le ſacrer avant
fon embarquement , parce
qu'on ne peut facrer un Evefque
que le Dimanche , ou le
jour de la Feſte d'un apoſtre ,
& qu'il n'y en a point en depuis
l'arrivée du Courrier jufqu'à
fon départ .
L'amour n'eſt pas toûjours
une paſſion à craindre . Quoy
qu'on refuſe de la fatisfaire ,
elle ne laiſſe pas quelquefois
de produire des effets avantaf
MERCVRE
142
geux ,& l'avanture que vous
allez lire dans une nouvelle
Lettre de Monfieur Vignier ,
dont je vous envoye une copie
, vous fera connoiſtre que
les perſonnes vrayement genereuſes
ne ſe dementent jamais.
1
(
A MADAΜΕ
DE THYBERGEAU .
I
i
E me trouverois bien embarasse ,
Madame , fi depuis le temps
queje
crire,len avois
n'ay eu l'honneur de vouséue
deſimples com- que
plimens àvous faire, mais par bon
TE
heur un de mes plus intimes Amis
4 20
mative de cette deine
90
par la confidence
trés-fincere qu'ilm'a faite
GALANT. 143
d'une avanture qui luy est arrivée,
&dont il n'a vú lafin que depuis
quinze jours. L'efpere qu'elle vous
donnera du plaisir , puis que dans le
temps où nous sommes il ſe rencon
tre affez rarement des Heros & des
Heroïnes qui fourniſſent des exemples
de vertu& de generosité comme
ont fait ceux dont je me vois
obligè par quelques confiderations
particulieres de cacher les nomsſous
ceux de Theodat , & de Matilde.
Voussçaurez donc, Madame, qu'il
y a deux ans que Theodat revenant
d'un lieu depicté , où ilva regulierement
, rencontra deux Dames
fort-bien-faites &fortproprement
vétues quifortoient defa chambre,
où elles l'avoient attendu , pour luy
demander quelqueSecours dans une
occafion fort preffante. Il les pria
d'y rentrer , & celle qui paroiſſoit
la plus âgée , quoy qu'elles fuffent
144
MERCVRE
toutes deuxfort jeunes,aïant pris la
parole, luy dit d'une manierequine
pouvoit estre plus touchante, qu'el.
les estoient Etrangeres & d'une
qualité diftinguée dans leur Pays;
qu'elles l'avoient quitté avec tout
leur bien pour des raiſons quifai-
Soient leurunique confolation dans
l'état pitoyable où elles se trouvoientpreſentement
avec toute leur
Famille. Elle ajoûtaqu'elles étoient
Soeurs , & qu'elles vivoient avec
leur mere qui les avoit amenées en
France. Il neſevoit guere de tailleplus
noble & plusfine que celle
de cette Dame. Elle a l'air modeste,
le teint admirable , tous les traits
duviſage tes plus reguliers du monde
, les dents belles , les cheveux
d'un blond cendré & d'une longueur
extraordinaire Sur tout elle
aun agrémentfingulier dans lefon
deſavoix. Ie vous laiſſe à penser ,
Madame
GALANT.
145
Madame ,si la charité de Theodat
eutſujet d'être émeuë. Ie ne puis
vous dire ce qu'il leur donna ; je
Sçay seulement qu'elles en furent
contentes . Il ne les vit que deux
fois pendant un an tout entier depuis
cette premiere visite , & à la
troisième , qui fut celle où il eut le
temps de les entretenir, il trouva
tant de charmes dans Matilde ,
quoy que pâle &languiſſante,qu'il
enfutfurpris .Il avoit fait un voyage
de quatre mois àla Campagne ,
&dans le mesme temps ellefutfur
le point d'en faire un plus long en
l'autre monde. Illa pria de luy di
refa demeure , & elle s'en excusa
-Sur la miſere où il remarqueroit que
Samauvaisefortune l'avoit conduite
; mais quand il l'eut aſſurée que
c'estoit pour la faire ceffer autant
qu'ilferoit enfon pouvoir , &qu'il
ne luy faisoit cette demande que
Mars 1687.
G
146 MERCURE
par des principes que fa vertu
ne condamneroit jamais ; elle ne
Se fit pas prier davantage , &
deux jours aprés il alla chez elle.
Il la trouva quiſe divertiſſoit avec
une petite fille de trois ans , belle
comme un Ange , & qui dans tout
cequ'elle diſoitfaisoit paroiſtre un
esprit bien au deſſus de son âge. Sa
mere & sa soeur estoient auprés
d'elle.Ellesfirent connoistre à Theodat
parbeaucoup d'honeſtetez que
les perſonnes de qualité se font
toûjours remarquer dans quelque
état qu'elles se trouvent ; & il
s'apperceut fans peine au peu de
meubles qu'il vit , quefes charitez
ne pouvoient estre mieux employées.
Ainsi , Madame , je vous diray
une fois pour toutes qu'il afaitfur
celades choses qui paſſent l'imagination
, & Sans que lefastey ait en
lamoindrepart. Il remarquamesGALANT.
147
me toûjours tant de retenue ,
ی م
tant de ſageſſedans la conduite de
cetteillustre infortunée; qu'encore .
qu'il ſceut qu'elle aimoit les Vers ,
il n'ofa luy en faire voir qu'il avoit
composezpour elle . Comme on vint
un jour àparler de ceux qu'on avoit
faits pour leRoy, elle luy dit qu'elle
ne pouvoit croire qu'une Muſe aussi
belle que la fienne fuſt demeurée
muette dans uue fi belle occafion ,
& réponditſur le champ.
Ie voudrois que ma Muſe
euſt autantde vigueur ,
Que mon coeur à de zele
Pour chanter la gloire immortelle
.
D'un fi fameux Vainqueur,
Maisje voudrois auſſi que la
Fortune
Laſſe de vous eſtre importune
,
)
G2
148 MERCURE
Et pour reparer ſon injure
Vouluſt eſtre d'acord avecque
la Nature
Qui fut fi prodigue pour vous.
Cet impromptu ne diſoit pas
qu'ilaimoit, mais il luy donnoit lieu
de lefoupçonner . Ce fut un prelude
de ce qu'ilavoit envie de luy dire,
car ilne pouvoit plus vivre ſans
luy découvrir ce qu'il fentit. Il.
crut que l'occaſion luy estoitfavora.
ble un autre jour qu'il la trouva
Seule ; mais il futforté tonnè tors
qu'il s'appercent que le nom d'amour
la faisoit rougir. Quand elle
fut un peurevenue du trouble que
Sa declaration luy avoit cause , elle
S'excusa comme ayant cu tort de
s'être exposée à la recevoir , en
luy cachant qu'elle estoit mariéc.
Elle ajoûta que la petite fille qu'il
voyoit , estoit un fruit defon maGALANT.
149
viage ,&luy dit enſuite des choses
fi Chrestiennes & fi fortes que
Theodat en fut penetré. Il luy de
manda pardon , & la conjura de
luy accorderau moins une amitiéde
Soeur,afin qu'en cette qualité il eut
l'avantagede luy confier lesmouvemens
les plus fecrets de fon coeur.
Cette demande estoit trop honneste
& trop juste pour estre refusée. Il
continua ſes vifites , &une apresdinée
qu'ilne rencontra que lafæar
& l'aimable petite fille , qui luy
donnoit un extrême plaisir à l'entendre
raiſonner &chanterdes airs
del'Opera , il vit entrer dans la
chambre un jeune Gentil-homme
bien fait accompagné d'un de ses
amis. La petite fille courut auſſi toft
pour luy faire des careſſes , mais il
les receut avec unesi grande durete,
que Theodat eut de la peineà
s'empeſcher de luy dire qu'il estoit
G3
150
MERCURE
1
biencruel. Cefut encore pisquand
la mere arriva , &qu'aprés avoir
fait des civilitez à la Compa.
gnie , elle s'aſſit auprés du Cava.
lier qui n'avoit pas seulement ofte
Son chapeau quand il l'avoit venë
entrer . Le filence dura quelque
temps , mais enfin lemarydeMatilde,
car c'étoit luy-mesme, lerom
pit,&la regardant d'un oeil de tra
vers luy dit quelque chose enfa
langue qu'elle ne put souffrir fans
faire paroiſtre par le ſon de fa
voix plus élevé qu'à l'ordinaire ,
qu'elle n'en estoit pas contente.
AlorsTheodat crut qu'il eſtoit dela
prudence &de fon devoir deſe retiver,
de peur de luy attirer quelque
chose de facheux. En la quittant
iljetta les yeux fur elle , &il
comprit par l'abbatement de fon
visage , le chagrin où elle estoit ,
de ce que fon mary s'estoit d'abord
GALANT . 151
fait connoistreparsonfoible. Iln'étoit
arrivé que le iour d'auparavant
; & un Officierdu Regiment
oùil estoit Lieutenant, l'ayant rencontré
l'avoit arreſté pour quel
que affaire . Il fut rappellé àfa
Garnison , mais Theodatn'eniouit
pas plus tranquillement du plaisir
devoir Matilde . Une Voisine de
vint ialouſe du bien qu'elle crut
qu'il luy faisoit , & s'imagina que
fi ellepouvoit luy mettre la ialousie
dans la teste, elle profiteroit de leur
rupture . Elle ne trouva point de
moyen plus propre à faire réüſſirſon
deſſein qu'en luy donnant de l'ombrage
d'un Cousinde ſon mary , qui
àcause de la proximité& de fon
merite particulier , estoit le bien
venu chez Matilde. Elle alla donc
trouver Theodat ,&luy dit qu'elle
Se croiroit coupablefi elle ne tâchoit
par toute forte de moyens de luy
G4
152
MERCURE
desfiller les yeux , en luy faisant
voir qu'il estoit la dupe de deux per-
Sonnes qui se divertiſſfoient àses
dépens. Elle accompagna l'intention
qu'elle témoignoit avoir de le
fervirde tant defermens pour autoriſer
ce qu'elle diſoit tenir du
Cousin mesme , qu'un homme moins
credule que Theodat y auroit ajoutéfoy.
Mais
Il ne futpoint ſurpris qu'une
fi belle vie
Fuſt ſujette à l'envie .
Il connoiffoit à fond la vertu de
Matilde ; &le remerciment qu'il
fit à cette Donneuse d'avis luy fit
bien jugerqu'elle n'avoit fait aucune
impreſſion dansson esprit . Ce
mauvaisſuccésne fut point capablede
la rebuter . Elle eut recourt
à une autre rufe & connoiſſans
qu'il n'estoit pris quepar les yeux ,
elleſepersuada qu'iloublieroit aiGALANT
. 153
loit
Sément celle qui l'avoit charme ,
quand il auroit vû une Dame qui
paſſoit pour une merveille. Ellefit
enforte qu'ellese trouva dans un
lieu où ellesçavoit que Theodat alquelquefois
, & où il ſe rencontra
fortuitement cejour- là. Cette
Dame qui avoit de l'éclat & de la
vivacité d'esprit , ayant à ménager
l'intereſt deſon Amie & leſien
propre , n'oublia rien de tout ce
qu'elle crut capable de l'engager ;
mais toutes ses avances furent inutiles.
Les Vers qu'elle fit ſcachant
qu'il estoit Amis des Muſes , ne
purent l'engager à y répondre , non
plus qu'à la Lettre qu'elle luy écrivit.
Comme cette Lettre estoit d'un
tour fort galant &Spirituel , il ne
pût s'empêcher de la montrer à
Matilde. Elle n'en fut point alarmée
, & elle apprit avec une tranquillité
& unc indifference incroya
G
154
MERCVRE
ble fes Amours pretendues avec le
Cousin defon Mary. Vous croirez
peut- estre qu'ellene putfouffrirdepuisce
temps-là que celle qui avoit
faittousfes efforts pour luy nuire ,
vinst encore chez elle. Bien loin de
cela elle pria Theodat de faire le
bien pour le mal ,& de luyrendre
Service. De fon coſté elle en usa
avec la mesme franchise qu'elle
avoit accoûtumédefaire , &prit
plaisirà luy rendre tous les jours de
bons offices , difant àceux qui s'en
étonnoient , qu'elle feroit indigne
dusecours des Ames genereuses,si
Dieu neluy avoit fait lagrace de
l'estre affez elle- même , pour n'avoir
point de peine à pardonner à
fes Ennemis,&à les aimer. Vn procedé
fi doux &si honneste , força
enfin cette fauffeAmie à laiffer en
repos ces deuxperſonnes extraordi.
naires , mais elles n'y demeurerent
GALANT.
155
I
pasfort long- temps . Vn orage bien
plus violent mit tout d'un coup la
constance de Matilde à une plusru
de épreuve. Elle apprit la mort de
Son Mary , qu'une Fièvre continuë
avoit emporté en peu de jours. On
ne vit point en elle ces emportemens
& ces pleurs exceſſifs , dont
une feinte douleur n'emprunte que
trop ſouvent le trompeux Secours.
La ſienne ne pouvoit estre plusveritable
, & tous les actes de pieté
& de réſignation à la volonté de
Dieu qu'elle fit alors ,furent accom
pagnez de tant de marques de la
force de ſon Ame , qu'on ne pouvoit
affezl'admirer. Theodat ne l'aban.
donna guere dans un temps où son
afſſiſtance luy estoit fineceſſaire ,&
où elle avait un extrême beſoin de
consolation. Il n'y avoit point de
maniere qu'il ne recherchaſt pour
luy en donner , & comme il s'ap-
G6
156 MERCURE
perceut qu'unſecret chagrin la con-
Sumoitdejour en jour , ilfit ce qu'il
putpour en découvrir la cause ; &
enfin n'en pouvant veniràbout , il
nebalança plus à luyfaire unepropoſition
, qui vray -femblablement
devoit arrefter le cours deses dé
plaisirs. Il s'offrit de l'épouser,& de
lafairefon heritiere univerfelle,en
cas qu'il mourust fans laiſſer d'Enfans.
Cettegenerosité la toucha fi
fortement qu'elle tomba à ſes pieds,
& fut quelque tempsfans retrouver
l'usage de la parole. Quand
elle fut revenuëà elle-même , elle
l'aſſeura que dans toutes ses difgraces
elle n'avoit point receu de
coupfiſenſible , que celui qu'ilvenoit
de lui donner , parce que ne
pouvant accepter l'ho veur qu'il
vouloit luy faire, elle apprehendoit
quefon refus ne le chagrinast. J'es
pere pourtant, continua. t- elle.
GALANT.
157
que vous me le pardonnerez , &
puis qu'il faut vous ouvrir mon
coeur, la mort demon Maryn'afait
que me rendre à celuyà qui je me
Suis consacrée ily a long- temps :&
je me persuade que vous aurez
moins de jalousie pour l'Epoux di
vin que j'ay choisi , que vous n'en
auriezpour des creatures.Ne croyez
pas s'ilvous plaiſt , que la profande
triſteſſe où vous m'avez veuë
plongée, ait d'autre cauſe que l'em.
baras où jesuis dene pouvoir executermon
deffein tant que je feray
dansle monde , & de voir en mé
me- temps que tous les moyens d'en
Sortir me fout ôtez . Quoy que
Theodat ne s'attendist pas à cette
réponſe , il ne perdit pas l'efperan
ce de la faire changer de fentimens
Il luy representa tout ce que fon
esprit & la raiſon luy purent fourair
pour la convaincre qu'elle ne
158
MERCVRE
Seroitpas moins toute à Dieu ,quand
elle feroit à luy ; mais quelque
avantage qu'ellepust trouver dans
ceParty , elle ne put approuver ce
partage defon coeur. Enfin comme
Si l'un& l'autrese fuſſent piquez
de combatre de generosité , Theodat
se rendit à la voix de celuy
qui avoit appellé Matilde , bil
luyjura qu'ilne tiendroit pas àlui
qu'elle ne fut fatisfaite , qu'elle
n'avoit qu'à choisir tel Convent
qu'il lui plairoit , & qu'il estoit
preſt de payerſa dot. Je ne puis ,
Madame, vous exprimer l'effet
que ce contentementfit en un in-
Stant &dans ſon coeur&furfon
visage. Theodat qui la vit toute
éclatante dejoye , tant elle estoit
transportée de joye , n'attenditpas
Saréponse, &ilſceut le lendamain
qu'elle avoit écritàune Abbeſſe qui
L'armoitbeaucoup ,poursçavoirfi
GALANT.
159
elle vouloit bien la recevoir chez
elle ,& à quelles conditions. Cette
Abbaye n'estant éloignée de Paris
que de deux petites journées , la
réponſe arriva bien toft avec tout
ce qu'elle avoit eu envie de ſçavoir.
L'argent de ladotfut compté
à celuy qui fait les affaires de la
Dame en cette Ville. Une Parente
del Abbeſſe a voulu avoir l'aimable
petite Fille dont ie vous ay parle
pour prendreſoin de fon éduca
tion; & noſtre Heroine Chreftienne,
aprés les adieux dont il n'est pas
beſoin de vous rien dire , alla ſe
renfermer pour le reste de sa vie
dans une petite Cellule. Le croy ,
Madame , que i'auray bien - toft à
vous en manderautantdugenereux
Theodat , car ieſçay qu'ilfaitsouvent
des retraites dans un lieu où la
Gracea retenu quantitéde perfon
nesqui n'avoient pas tant de diſpo160
MERCVRE
fion qu'il en a poury demeurer. Ie
fuis avec beaucoup de reſpect voſtre,
&c.
Il ſemble que pendantquele
Roy s'éleve au deſſus de tous
les Princes qui ont jamais porté
la Couronne, ſes Sujets animez
par fon exemple, voulant
que ſon Regne foit regarde
de toutes manieres comme
un Regne de miracles , cherchent
auffi à ſe diftinguer ,
ou plûtoſt à furpaſſer ceux qui
ont inventé juſqu'à prefent
quelque choſe de nouveau. Ce
qui peut contribuer à le faire
réüſſir dans ces fortes de prodiges,
c'eſt qu'ils font perfuadez
que la Poſterité n'aura
aucune peine à les croire , lors
qu'elle apprendra qu'ils ont
efté de ſonRegne, &qu'on les
GALANT. 161
doit à de zelez & ſçavans Sujets,
qui dans l'ardeur de meriter
ſon eſtime ont fait parler
les choſes inanimées , penetré
la dureté des marbres les plus
forts, &pour ainſi dire les plus
impenetrables , retrouvé des
ſecrets perdus il y a plus de
trois cens ans , & fondu & coulé
des métaux qui ne l'ontjamais
eſté . La premiere de ces
choſes s'eft veuë dans une Figure
artificielle à laquelle on
avoit donné le nom de Democritereffuſcité.
Cette Figure prononçoit
diſtinctement , & articuloit
les réponſes d'un dialogue
affez long. Elle avoit
efté faite par Monfieur Liegeois
pendant ſon ſéjour en
Italie,& dans les autres parties
de l'Europe , où il a paſſe huit
ans . Aprés qu'il fut revenu en
162 MERCURE
France , il travailla quelques
mois à perfectionner cette machine
, Albert le Grand , Religieux
de l'Ordre de Saint Dominique
, Eveſque de Ratifbonne
, fut accuſé de magie
pour avoir fait une Aroïde ou
teſte d'airain , qui répondoit
quelques mots à des demandes
qu'il luy faifoit. Quelques
Autheurs même ont
ſoûtenu qu'elle ne proferoit
qu'un ſeul mot. D'aautres
ayant peine à croire que cela
ſe puſt naturellement
mieux aimé croire que cette
Aroïde eſtoit une pure Fable
que d'acufer Albert le Grand
de magie , luy dont l'Eloge
avoit eſté composé par S. Thomas
d'Aquin fon Difciple , &
que Tritheme, & tant de bons
Autheurs ont aſſuré eſtre mort
en odeur de fainteté. Cepenont
GALANT. 163
dant voilà un Automate qui
remuë , qui geſticule en parlant,
dont les paroles font nettes&
diſtinctes , & qui rit d'une
maniere ſi naturelle , que
tous ceux qui l'ont vû en font
furpris. La haute réputation
de cet Automate , l'admiration
qu'il a cauſée,& ce que les per
ſonnes du premier rang en ont
dit,ont été cauſe que quelques
Envieux , poufféz peut-eſtre
par l'avidité du gain, ontderobé
la teſte de cette Machine ,
ce qui leur a eſté d'autant plus
facile , que Monfieur Liegeois
ne logeoit pas dans le lieu où
il l'expoſoit aux yeux du Public
. Ce vol a fait bien plus de
bruit à Paris que ſi on avoit
pris de tres -grandes ſommes.
On en a parlé au Roy , & la
bonté qu'il a euë de plaindre
2
164 MERCURE
Monfieur Liegeois luy a eſté
une glorieuſe conſolation dans
fon malheur . Quelques jours
aprés qu'on eut fait ce vol , il
courut un bruit que cette teſte
avoit eſté retrouvée , mais
quelque diligence que l'on ait
pû faire , il a eſté impoſſible
d'en apprendre des nouvelles,
quoy que l'on deſtine une
fomme confiderable à ceux qui
pourront la rapporter. Cependantelle
ne peut eſtre utile à
perſonne , puis qu'il eſt reſté
quelques machines dans le
corps , ſans leſquelles on ne
ſçauroit la faire parler. L'Au-'
theur de cette Figure a refolu
d'en recommencer une autre
lors que fon chagrin l'en aura
laiffé capable. L'eſperance de
la faire voir au Roy eſt un motif
fort preffant pour l'engager
GALAN T.
165
à y travailler. Il n'avoit pas
voulu faire propoſer ce divertiſſement
à Sa Majesté, juſqu'à
ce qu'il euſt rendu ſon ouvrage
plus parfait ſur les avis du
Public , en cas qu'on y euſt
trouvé quelque choſe à redire .
Ce fut ce qui l'obligea à le fairevoir
le 10.du mois paſſe.Sept
jours aprés , la teſte fut emportée.
Ainſi l'on peut dire qu'i
s'eft acquis en ſix jours une
réputation beaucoup plus grade
que celle qu'il attendoit,
tant il eſt vray qu'il faut peu de
temps pour connoiſtre la beauté
des choſes qui meritent une
approbation generale . Pendant
ce peu de jours, pluſieurs
curieux , & gens ſçavans , ont
cu la liberté de viſiter de tous
les coſtez , le dedans , le dehors ,
& les environs de cette Figure
166 MERCURE
parlante ,& aprés des recherches
fi exactes , on a eſté convaincu
qu'iln'y avoit point de
tromperies , puis qu'il eſtoit
impoiſible qu'on cachaft quelques
uns dans la Figure ,
& encore moins dans un autre
lieu ; pour porter la parole
par le moyen d'un tuyau
, on de quelque autre
machine ſemblable . Sans l'accident
qui eſt arrivé, cet habile
Ingenieur ſe diſpoſoit à faire
changer de place à la Figure
toutes les fois qu'elle auroit
parlé. C'eſtoit un ſeur moyen
d'oſter tout foupçon,& c'eſt ce
qu'il a refolu de faire pourle
nouveau Démocrite auquel il
va travailler , & qui meſme
pourra parler ſans qu'on l'in-'
terroge. Monfieur Ligeois ne
ſçait pas ſeulement inventer
GALANT.
167
& د
& executer des choſes extraordinaires
, fa main n'eſt pas
moins habile à peindre des
fruits ,& fa réputation eſt établie
là deſſus il y a long-temps .
C'eſt en quoy il s'eſt encore
perfectionné en Italie
en Provence , où il a paſſe
pluſieurs années , & où les
fruits font d'une tres-grande
beauté . Il a auſſi trouvé le
fecret de donner du rélief aux
Figures qu'il peint ſans qu'on
puiſſe s'apercevoir de l'obfcur
n'y de l'ombre , qui ſervent à
le faire paroître. Il eſt extrêmement
connu pour les feux
d'artifice où il excelle , ayant
fait ceux du Mariage du Roy ,
& des divertiſſemens de la
Paix en 1667. à Versailles & à
Paris .
Pendant que MonfieurLie-
31
168 MERCURE
i
geois travailloit à la Figure de
Démocrite dont je viens de
vous parler , Monfieur Boſquet
de Marseille , cherchoit à ſe
diftinguer par des choſes extraordinaires
, qui ſont d'une
autre nature . Il a peint le Roy
fur un marbre taillé en table ,
de onze pieds de hauteur , &
d'une largeur proportionnée
avecdes couleurs ineffaçables.
Ces couleurs qui ne seſtendentpoint,
penetrent le marbre
au moins de la profondeur
d'un ponce . SaMajesté eft repreſentée
àcheval , ayant fous
ſes pieds les Trophées de ſes
Ennemis vaincus . L'Envie
avec ſa coëffure de Serpens y
paroift auffi , & fe mord les
bras en voyant la gloire de ce
Monarque. Dans le chapiteau
d'une Colonne renversée , on
litcette Inſcription .
ÆTER
GALANT. 169
ל
ETERNITATI PINGO
IN MARMORE .
NON.SIC APELLES
ALEXANDRUM ;
•MINOR EGO MAIOREM .
On voit derriere le Roy la
Gloirequi le couronne. La Renommée
eſt à coſté qui paroiſt
fendre les airs . Il y a une pleine
Lune dans la Banderole de
ſa Trompete ,& on y lit ces
paroles , Impletur decimo quarto.
Cet Ouvrage nous repreſente
leRoy dans ſa grandeur naturelle
,&toutes les couleurs en
font fort vives . On connoiſt
juſqu'où elles ont penetré
dans le marbre , & ce Portrait
paroiſt tranſparent. Ce qu'il y
a d'admirable , c'eſt qu'on peut
• faire ſcier ce marbre en tables ,
Mars 1687.
H
7
170
MERCVRE
& avoir deux fois le mefme
Portrait , & meſme trois , avec
cette difference que les Portraits
qui ſe trouveroient ſous
le premier , & auroient un peu
moins de vivacité. Undes premiers
Peintres du Siecle
voyant cet Ouvrage à Verfailles
, où il fut porté d'abord ,
dit que si les Anciens avoient eu
un pareil fecret , ils nous auroient
laissé de belles choses , qui n'auroient
pû eſtredétruites parle tems.
Le Roy ayant ordonné qu'on
le portaſt à S. Cir , il y fut pofe
au commencementde ce mois,
& depuis ce temps - làMonſieurBoſquet
a travaillé àperfectionner
la reſſemblance du
Roy. La teſte de Sa Majesté
qu'il avoit faite à Marseille ,
n'eſtoit qu'avec des couleurs
ordinaires qui ne penetroient
GALANT.
point , afin qu'il les puſt effacer
lors qu'il auroit veu le
Roy , & refaire toute la teſte
avecdes couleurs penetrantes .
Vous trouverez dans la Lettre
qui fuit , écrite par le ſçavant
Monfieur de Comiers , la
fuite de ce que je viens de
vous promettre de merveilleux
& de nouveau .
:
ONSIEVR ,
Voici dequoy reparerle temps
que i'ay laißé passer sans vous
apprendre des nouvelles extraor
dinaires concernant les Arts , &
les Sciences. Monsieur Perrot ,
Intendant de la verrerie Roiale
d'Orleans, m'en fournit la maniere.
C'est le mesme dont ie vous aidéia
parlé lors queles Ambaſſadeurs de
Siam allerent voirſes ouvrages
1
H 2
172
MERCURE
quand ils paſſerent par Orleans
pour venirà Paris . Comme il eſt
Artiste tres- expert & grand Phi.
loſophe ,il a fibien étudié tout ce
qui regarde la Vitrification,&travailleavectant
de chaleur d'at.
tachementſans avoirjamais étérebuté
par la quantitédes experiences
, non plus quepar la diverſité
des operations , &par la grandeur
de ladépense , qu'il a enfin heureu.
fement recouvréleſecretperdudepuis
plus de trois cens ans defaire
le Verre rouge transparent , avec
cet avantage que son rouge est
beaucoupplusvifque celuy desAnciens.
Ce quivousſurprendra, c'est
que le Verre qu'il a mis en estat
de prendre cette couleur,gardela
blancheur & la transparence du
plus beau Cristal jusqu'à ce qu'ille
mette fur des charbons ardens , &
qu'à peine y a-t - il demeuréun moGALANT.
1,3
mènt , que la partie qui aesté fur
lefeu , prend la couleur du rubis.
Cette couleur devient plus enfoncée
selon que le verre reste longtemps
sur lefeu , &la partie qui
n'apoint estéſur les charbons , con-
Serve lamême blancheur,& lameme
transparence qu'elleavoit auparavant.
Nous l'avons experimenté
dans noſtre Assemblée enun Cilindre
d'un pied de long , & de
quatre lignes de diamettre , &afin
qu'on ne crust pas qu'il en arrivaſt
autant au verre d'une autre com.
poſition , nous avons misfurlesmémes
charbons , & en mesme degré
defeu un Cilindre, ou canondeverre
commun , mais ilen eſt toûjours
forty avec laméme blancheur. Ce
qu'ily a de plus admirable , c'est
que le verre de Monsieur Perrotdevenu
rouge , & qui garde cette
couleur , estant tiré en filets , &
H2
174
MERCURE
travaillé au feu de lampe , redevient
entierement blanc eftant refondu
dans le Creuset. Voilàdequoy
bien exercer les Philoſophes,
Gmême les Eleves d'Hermés,auſſi
bien que lors qu'il s'agit de rendre
raiſon pourquoi la partie du Corail
rouge qui trempe dans la Cire
blanche fonduë , devient blanche
au dehors , & en dedans , quay que
le reſte conferve la même couleur
rouge. Ainsi les differens degrezde
feu , qui après le Soleil est le premier
des Acides , font differens ef
fets, le verreblanc devenantrouge
le Corail rougedevenant blanc „la
ceruſe devenant minime , & ce minime
devenant verre transparent
de la couleur de l'or , bienque dans
Son principe il nesoit que du plomb.
Iepourray ailleurs vous dire là-deffus
les differens fentimens de noftre
Affemblée. En attendant voicy du
GALANT.
175
-
mesme Monsieur Perrotune chose
plus belle&plus utile , au ſentiment
méme de plusieurs personnes
de la Cour , qui ont du goust pour
les beaux Arts , & à qui ila fait
voirſon travail. Il coule en moule
touteforte de verre en tables de la
grandeur & de l'épaisseur qu'on
veut ; il les rend creuſes , &y prefente
des Bustes , Medailles ,Hif.
toires , Chifres , Armoiries , Devi
Jes, Inſcriptions , Epitaphes , &
toutessortes d'Ornemens , & Ouvrages
d'Architecture.
CesOuvragesont cet avantage ,
qu'autant que les Figures en creux
y font profondes , autant elles ſe
jettent en dehors ,&paroiſſent de
relieffur lesſurfaces planes de ces
Tables de verre ; & fi ces Figures
font peintes par unhabile homme ,
& avec des couleurs vives , ces
couleurs estant jointes au relief, les
H 4
176 MERCVRE
font paroiſtre naturelles , bien que
lasurface soit toute plane , ce qui
trompe agreablement ceux quiy
portent la main. Vousjugez bien
que tout ce qui sera repreſenté en
creux dans ces Tables de verre , é
tant enchaffédu coſtédu creux inf
qu'à leur surface plane dans le
Marbre la pierre ou le bois nepourra
estre encrousté par la pousfiere
ineſlée avec l'humidité , ni remply
par cette même pouffierecomme les
Ouvrages qui font d'une autrematiere
,& il ne fera tout au plus
besoin que de paſſer un linge par
deſſus , pour ofter la pouſſiere qui
les pourroit couvrir ſans le toucher,
àcause de lafurface plane qui les
couvre. Je vous envoyeray par le
premier Ordinaire , la manierede
fairevegeter les Métauxen Marbres
; qui auront lafoliditédu Métal.
En attendant jefuis , &c.
GALANT. 177
--Ie puis vous afſeurer que
cette Lettre ne contient rien
que je n'aye vû.l'ay moy-mefmefaitrongir
du verre blanc ,
& vû des Criſtaux coulez en
moule avec des Figures en
creux..
Voicy un prodige d'une autre
nature . Mademoiselle lacquet,
dontje vous ay ſouvent
parlé , & dontje vous entretiendray
aujourd'huy ſous le
nom de Mademoiselle de la
Guerre , ayant dés l'âge de
einq ans donné des marques
d'une ſcience infuſe pour le
Claveffin , leRoy l'honnora de
fes loüanges dés ce temps-là,
& luy dit qu'elle devoit cultiver
le talent merveilleux que
luy avoitdonné la Nature .Ces
paroles duRoy luy donnerent
unfigrand defir de ſe perfe
H
178 MERCURE
ctionner , que ſes connoiſſances
ayant devancé fon âge , on
l'a toûjours regardée comme
un prodige. Les applaudiffemens
qu'elle a receus de la
Cour, luy ont acquis une réputation
qui s'eſt répanduë
juſque dans les Pays étrangers,
où ſon nom eſt fort connu .
Elle n'est pas ſeulement recommandable
par fon Ieu &
par ſes Pieces de Claveſſin ,
mais ce qui eſt tout - à- fait extraordinaire
pour une perfonne
de ſon âge , elle a un naturel
furprenant pour la compofitionde
la Muſique vocale , &
le Roy fut tellement fatisfait
d'une Paftorale qu'elle mit en
Muſique il y a quelques années
, qu'il la voulut voir repreſenter
pluſieurs fois. Cette
mefme Demoiselle , qui n'a
GALANT.
179
encore que vingt ans , vient
de donner au Public un Livre
de Pieces de Claveffin qu'elle
a dedié au Roy .Ce grad Prince
l'a receu avec cet air obligeant
qui luy eſt ſi ordinaire , &luy
a marqué qu'il ne doutoit
point que cet Ouvrage ne fuft
parfaitement beau. Ce Livre
gravé au burin contient plu .
fieurs fuites de differens tons ,
& pluſieurs Preludes , Fantaifies
, Toccades , Allemandes ,
Courantes , Sarabandes , Gigues
, Canaries , Menuets
Gavotes , & Chaconne . La
pluſpart de ces Pieces font.
propres à eſtre joüées fur um
deſſus de Violon ou de Viole
avec une Baffe ,& toute la ſeconde
fuite est faite à l'imitationduLuth
.
L'ay encore à vous entretenir
4
H6
180 MERCVRE
d'un Ouvrage fingulier en fa
maniere , & je croy que tout
ce que je vous envoye ce mois
cy touchant les Arts & les
Sciences , vous donnera lieu
de vous loüer de mes foins.
L'Authenrde cet Ouvrage eft
Monfieur Foreſtier , dont je
vous ay parlé dans le temps de
ſa converfion. Il est né à Montpellier,&
a exercé les fonctions
de Miniſtre de la Religion pretenduë
reformée. Comme fes
Parens font Hollandois , il a
eſté élevé en Hollande dés l'a-.
gé dedix-huitmois, & fut envoyé
par les Etats Generaux
des Provinces unies des Paysbas
en 1675. en qualité deMi--
niſtre à l'Armée de Monfieurle
Marquis de Monpoüillan. En
1676. il fut nommé par les mê--
mes Etats pour aller à la Porte
GALANT... 181
Othomane avec leur Ambaſſadeur
; & en 1681. pour venir
en France avec l'Ambaſſadeur
qu'ils y envoyerent. Il fit abjuration
de l'Hereſie en Octobte
1686.entre les mains de Monſieur
l'Archeveſque de Paris.,
Tant de differens Emplois
marquant l'eſtime que lesÉtats
Generaux faifoient du ſçavoir
de Monfieur Foreſtier , vous
doivent faire avoir bonne opinion
de fon Ouvrage. Il con--
tient les juſtes & principales
raiſons qui ont obligé les Protéſtans
de France à ſe réünir a
l'Egliſe Romaine ſous le Regne
de Louis LE GRAND .
La premiere eft fondée fur
leur Schifme.L'Autheur prou--
ve par des Argumens invinci- .
bles , tirez de l'Ecriture , des
Saints Peres , & des propres
182. MERCURE
principes des Pretendus Reformez
, qu'ils n'ont pû, ſans ſe
declarer manifeſtement rebelles
à Dieu , & à ſes Miniſtres , ſe
ſeparer de l'Egliſe Romaine, &
il refout toutes les difficultez
principales des Averſaires .
Dans la ſeconde , l'Autheur
fait voir d'une maniere affez
particuliere, que les Pretendus
Reformez font la vraye Babylone
de l'Apocalypfe , & il parle
de leurs Diviſions fcandaleuſes
, & des Differens infinis
qu'ils ont entre- eux en matiere
de Religion , comme s'en
eſtant informé luy -même , ce
qu'il a pû faire , à cauſe des
occaſions où il s'eſt rencontré ..
Il juſtifie meſme l'Egliſe Catholique
contre les accuſations
de ſes Ennemis , & montre
comment les portes de l'En-
#
GALANT. 183
fer ne prevaudront jamais..
contre elle.
On peut dire que parmy les
differentes methodes dont les
Docteurs Catholiques ſe ſont
ſervis tres - utilement pour la
converfion des Pretendus Reformez
, la plus confiderable
eſt celle qui eſt tirée de l'Union
que les Proteftans de France
firent avec les Lutheriens en
1631.& de celle qu'ils ontavec
les Proteftans d'Angleterre..
C'eſt la troifiéme raiſon dont
l'Autheur ſe ſert dans cet Ouvrage
, & il prouve par leurs,
propres Docteurs , que ces Lutheriens
& Anglois ne s'accordent
guere avec les Proteftans
de ceRoyaume , fur les principaux
Articles de leur Croyance.
Il fait meſme voir par
leurs Liturgies comment ces
184 MERCURE
1
mefmes Lutheriens & Anglois
s'accordent avec les Catholi--
ques fur des Articles de Foy de
laderniere conſequence , d'où
il conclud' par une conclufion
neceſſaire , que les Proteftans
de France , qui ont bien voulu
s'unir avec des Etrangers ,
ir'ont pû refuſer de s'unir avec
ceux de l'Egliſe Gallicane, qui
font leurs propres Freres . Il
réfout auffi toutes les difficultez
que l'on peut former contre
cette Réinion
• L'Autheur fait voir dans la
quatrième , qu'on doit neceffairement
reconnoître les Traditions
Apoftoliques , &avoir
une veneration particuliere
pour la Meſſe ( dont il rapporte
en peu de paroles la plupart
des Myfteres ) pour les autres
Sacremens , & enfin pour les
GALANT. 185
Ceremonies , & cela par l'Ecriture
, & par le témoignage
des Saints Peres qui ont vêcu
pendant les premiers Siecles ,
que les Pretendus Reformez
nomment les beaux jours de
l'Eglife .
Cet Ouvrage a eſté leu par
pluſieurs perſonnes fort éclairées
, qui l'ont trouvé tres-utile
pour ramener à la connoiffance
de la Verité ceux qui
font encore dans l'égarement,
&pour confirmer dans les ſentimens
de la Foy Catholique
les Réünis . Ces mémes perſonnes
ont dit qu'il eſt remply
d'eſprit&de jugement , & que
l'Autheur y a traité les principaux
Articles de la Religion
d'une maniere aiſée , agreable,
folide, &particuliere ; que les
difficultez qu'on nous oppoſe
186 MERCVRE
y font levées clairement , &
qu'il y fait voir une connoiffance
profonde de l'Hiſtoire &
des Conciles . Le Roy, à qui cet
Ouvrage eſt dedié , comme à
celuy qui aprés Dieu a le plus
contribué à cette réünion generale
, par ſa pieté & par fon
zele admirable pour l'Eglife,
fit connoiſtre l'eſtime qu'il en
faiſoit par les marques de bonté
qu'il donna le dernier mois
à l'Autheur, qui eut la conſolation
d'entendre de fa propre
bouche , que Sa Majesté eſtoit
contente du bon témoignage
qu'on luy avoit rendu de ſa
conduite,& qu'Elle ſe ſouviendroit
de luy. Ce fut Monfieur
l'Archeveſque de Paris qui le
preſenta au Roy. L'Autheur
ne peut aſſez ſe loüer des bontez
que ce grand Prelat luy a
GALANT. 187
témoignées en pluſieurs rencontres
. On trouve ſon Ouvrageà
la ruë Saint Jacques , &
dans la Court-neuve du Palais
, au Dauphin .
Ie vous parlay il y a un mois
dela mort de Monfieur le Duc
d'Eſtrées , des ſervices qui ont
ſignalé fon zele, &de la grandeurde
fa Maiſon ; mais je ne
vous ay encore rien dit des
honneurs Funebres que l'on a
rendus à ſa memoire. Ie com
mence par ce qui s'eſt fait à
Rome , d'où cette Lettre qui
en contient le détail , a eſté
recuë. Vous pourrez conclure
de ce que vous y lirez , que
puis que les Habitans de Rome
s'expliquent de la maniere que
vous allez voir , ce Duc y étoit
fortconfideré & fort aimé .
88 MERCURE
A Romece 1. Février 1687.
VMonteur
Ous aurez fans doute appris,
la perte que nous
avons faite de Monfieur le Duc
d'Estrées, Pair de France, & Am.
baſſadeur
Extraordinaire du Roy
auprés de fa Sainteté , decedé en
cette ville le 29. du mois paſſé ;
mais vousneferez pas informédes
honneursqui luy ont esté rendus aprésfamort
par les ordres du Pape
&de Monsieurle Cardinal d'Eftrées.
Les Heros de cette Illuftre
Famillesſeſontrendus depuis long
temps dignes de tous les honneurs
imaginables , & par la grandeur
de leur naiſſance & celle de leurs
Alliances avec les premieres Mai-
Sons de l'Europe , &par la confideration
de leurs vertus , & de leur
merite. Rome a eu le bonheur de
poffeder Monsieur l'Ambassadeue
GALANT.
189
prés dequinze années ; elle l'a veu
Soûtenir cette longue Ambassade
toûjours avec une même grandeur ,
& une égale magnificence ; elle a
eu plusieurs occaſions de loverfa
conduite , & d'admirerſa bonté,
& l'on peut dire quesi les François
ont perdu icy un Protecteur iuste
& genereux , cette grande perte
n'estpas pour euxseuls, mais generalement
pour tous les Romains.
Elle feroit irreparable ,ſi nousn'avions
trouvé depuis long - temps
dans la Perſonne de ſon Eminence
&les mêmes vertus & les mêmes
bontez pour nous. Rome ne luy est
pas moins redevable qu'à Monfieur
le Duc fon Frere , & elle a pû , &
dû remarquer enſafaveur & dans
l'un & dans l'autre les mêmes inclinations
dont feu Monsieur le Maréchal
leur Pere , luy a donné tant
d'illustres marques pendantSesglorieuſes
Ambaſſades.
190 MERCURE
Sa Sainteté ayant ordonné qu'on
fift une Cavalcade pour transporter
le Corps defeu Monfieurl'Ambassadeur
, pareille à celles qu'on
a accoûtume defaire pour Meſſieurs
les Doyens du Sacré College , elle
fut intimée pour le Vendredy.de
ce mois , & pour cet effet le Corps
defon Excellence, qui estoit àSaint
Loüis fut porté ( incognito ) la
nuit du leudy au Vendredy à l'Eglifede
Sainte Catherine Della Rofa
, Paroiſſe du Palais Farnese, où
ilfut exposéesur un Lit de Parade
revestu de fon Manteau Ducal
avecla Couronne en teste, depuis
le matin juſques à deux heures apresmidy
, que la ceremonie de la
Cavalcade commença. Le Clergé
de Rome ,les Compagnies, & les
•Religieux s'y trouverent & marcherent
dans les rangs , chacun un
Cierge de cire blanche à la main ,
GALANT. 191
&ceux qui estoient rangez auprés
du Crucifix de chaque Compagnie,
Religion ou Eglife , tenoient de
gros flambeaux , qui leur avoient
esté distribuez pour ce sujet. Le
Chapitre de S. Iean de Latran ,
qui est la premiere Eglise de Rome
&ſous la protection de Sa Majesté;
marchoit le dernier , ensuite les.
Officiers du Palais Apostoliquevenoient
à chevalſuivis àpied de la
Famille defeu Monsieur l'Ambas-
Sadeur en grand deüil &fort nombreuse.
La Confrerie du Confalon
eftant la plus ancienne de Rome&
Sous la protection du Roy , precedoit
&entouroit le Corps , chaque Confrere
unflambeau à lamain , &le
Corps defon Excellence ſur le mê
me lit , &veſtu de la même façon ,
qu'il avoit esté expoſe dans l'Eglise
de Sainte Catherine , estoit porté
parles Confreres dela mémeCom192
MERCURE
1
!
pagnie du Confalon au milieu des
Suiſſes de la Garde du Pape. Tous
Les Officiers & Domestiques de
Monfieur le Cardinal ſuivoient à
pied engrand deüil , & la Caval
cade finifſſoit par un grand nombre
de Prelats montezfurleurs Mules ,
avec leurs Chapeaux de ceremonie
fur la teste. Le Corps eftant arrivé
à Saint Loüis , on l'expoſa aumilicu
de l'Eglise , & apres que les
Prieres&les Ceremonies accoûtumées
furent achevées , on l'enferma
dans un Cercücil de plomb , &
on lemit en dépost dans la Chapelle
du Crucifix Superbement parée ,
comme toute l'Eglise , ornée des
Armoiries & Ecuffons defon Excellence
, & éclairée deplusieurs
flambeaux rangezauprés du Cercüeil.
Il est certain qu'on n'avoit
pas encore veu une Eglise auffiregulierement
tapiſſée que l'estoit celle
de
GALANT 195
1
.
de S. Loüis ; mais il n'y a pas lieu
d'en estre surpris , puis que tout
fut fait par les ordres de Monfieur
le Cardinal d'Estrées , qui n'épargne
jamais rien quand il s'agit de
Servirson Roy , & de rendre à l'a
mitié& à la proximité du sang, ce
quiluy est deu . Lelendemain matinon
fit à S. Louis un Service fo
lemnel , où se trouvaſon Eminence
avec Monsieurle Cardinal Maidalchini
accompagnez d'un grand
- nombre de Prelats , & de Cava-
-liers. On avoit dreſſé au milieu de
l'Eglise une Representation fort
élevée enforme de Mauzolée, cou
verte de Drap & de Velours noir
avec les Ecuſſons aux Armoiries de
Jon Excellence , &fur des degrez
qui avoient esté mis depuis lebas
jusqu'en haut , on avoit arrangé
une grande quantité de Chandeliers
d'argent avec degros Grexges
Mars 1687 . I
194 MERCURE
de cire blanche , & des Flambeaux
de distance en distance le long de
l'Eglise , ce quifaisoit untres-bel
effet. La Couronne Ducaleposéefur
un Cousin de drap d'or estoitfur le
haut du Mauzolée , & tous les Of..
ficiers & Domestiques de Monfieur
le Cardinal & de fon Excellence
estoient affis fur des Bancs rangez
autour de laRepresentation, chacun
avecun gros Cierge à la main. On
en distribua unegrande quantité à
tous ceux qui se trouverent dans
l'Eglise , & rien ne fut épargné
pourfaire honneur à la memoire de
cegrand Homme. Le Sieur Melani,
Maistre de Chapelle de S. Louis ,
fit entendre unefort belleMusique.
La Meffe fut chantée parun Archevesque
, & il fut accompagné
pour faire l'Abſolution de quatre
Evêques Aſſiſtans en Chappes&en
Mitres affis aux quatre coins de la
I.
GALANT. 195
Representation. C'est une Ceremonie
, quinese fait que pour le Pape,
&pour les Testes couronnées ; mais
ce n'est pas une merveille que l'on
traite en Souverains les Miniſtres
de LOUIS LE GRAND, c'est à
dire , du plus grand Roy de la Terre
, puisque du temps même du
Roy Childebert ,le Pape S. Gregoi
ře a dit , que la Couronne de Fran
ce est autant au deſſus des autres
Couronnes du monde , que la dignité
Royale est au deſſus des Fortunes
particulieres. Ce que l'on peut dire
de plus glorieux à la memoire de
feu Monsieur l'ambassadeur , c'eft
qu'aprés quinze annéesd' Ambaſſa
de , il n'y a personne icy qui ne regrete
un si bon Ministre , & qui
nedonne des larmes à la perte que
nous en avons faite . Iefuis , Monfieur,
&c.
I 2
196 MECRURE
La Ville de Crepy en Valois
, Province dont Monfieur
le Marquis de Coeuvres , preſentement
Duc d'Eſtrées ,
eft Gouverneur , auſſi - bien
que de celle de l'Iſle de France
dont le Valois fait partie , a
donné des marques ſenſibles
dela douleur que luya caufé
la meſme perte. Le Dimanche
9. de cemois , à midy , toutes
les Cloches de la Ville l'annoncerent
par un fon lugubre. Les
Vigiles furent chantées à
l'iſſuë de Veſpres dans l'Egliſe
Collegiale de S. Thomas , & le
lendemain on y celebra une
grand'Meſſe , à l'Offertoire de
laquelle Monfieur l'Abbé Giluy
, Chanoine de Soiffons , &
l'un des membres de l'Acade
mie de la même Ville , dont
Monfieur le Cardinal d'Eſtrées
3
GALANT.
197
eſt Protecteur , prononça une
Oraifon Funebre tres - éloquente.
L'Egliſe eſtoit toute
tenduë de drap noir , chargé
des Armoiries de la Maiſon
d'Eſtrées,& éclairéed'une infi .
nité de Cierges avec de femblables
Ecuffons . Sur la Repreſentation
élevée de trois
degrez ſous un Lit de parade
fort propre , paré d'Armoiries,
& tres - bien illuminé , eſtoit
une Couronne Ducale . Les Echevins
eſtoient en grand
deüil. L'Offrande fut portée
par trois Procureurs auſſi en
deüil , & aprés le Service les
Officiers du Prefidial menerent
les Echevins jetter de l'eaubenite
ſur le Poële. La Maréchauffée
, l'Election , & tous
les Corps , ſe trouverent à cette
Ceremonie.
13
198 MERCURE
Le 1. Février Monfieur le
Prince de Toſcane arriva à
Livourne, où il fut receu par le
Gouverneur avec toute la
Garnifon ſous les armes. L'apreſdinée
il alla ſe promener
fur la mer. Tous les Bâtimens
François qui étoient à laDarfe
, au Môlé , & à la Rade , le
falüerent en paſſant avec toute
l'Artilleric ; par l'ordre de
Monfieur Cotolendi , Conful
de France , ce que firent auſſi
tous les Bâtimens des autres
Nations à l'exemple des François.
Le foir ce Prince vit l'Opera
intitulé , Olimpia vendicata,&
le lendemain aprés avoir
vû faire l'exercice à la plus
grande partie de la Garniſon
rangée enBataille , il eut le divertiſſement
d'un autre Opera
intitulé, Il Rodrigo. Le 3. il viſita
GALANT .
199
toutes les nouvelles Fortifica
tions qu'on fait autour de la
Ville & à la pointe du Môle ,
& alla le foir au Palais duGouverneur
, où toutes les Dames
eſtoient aſſemblées . Il y eut
Bal & une magnifique Collaon.
Il partit le 6. pour aller
oindre à Piſe Monfieur le
nd Duc fon Pere .
vous envoye à mon ordiles
lettons , qu'on a fait
er pour eſtre diſtribuez au
ommencement de cette anée.
Le premier eſt pour le
refor Royal ; le ſecond pour
Maiſon de Madamela Daune
; le troifiéme pour l'Arauté
; le quatriéme pour les
aleres , le cinquiéme pour
s Revenus Cafuels ; le fixiene
pour l'Extraordinaire des
Guerres;le ſeptiéme pour l'Or
14
200 MERCURE
dinairedesGuerres , & le dernier
pour la Ville . Ces Iettons
ſedoivent connoiſtre par leurs
Deviſes , qui ne manquent jamais
de convenir à ce qu'ils
reprefentent.
Je ne vous dis pointde nouvelles
de Hongrie ,parce que
tout ce qui fe fait de part &
d'autre pendant que les Troupes
font en quartier d'hyver ,
n'eſt pas fort confiderable , &
qu'il ne s'agitquede faire paffer
des Convois , de Combats
entre des partis , & de préparatifs
pour la Campagne prochaine
. Vous avez fceu qu'au
commencement de cet hyver ,
les Turcs tâcherent de noüer
quelque Conference pour traiter
de Paix , & que le Grand
Vifir écrivit far ce ſujet. Voicy
la réponſe qu'il receur. Ie vous
GALANT. 201
l'envoye,quoy qu'un peu tard,
parce queles Pieces originales
font bonnes à conferver. C'eſt
une traduction tres - litterale, à
laquelle je n'ay pas eru qu'il
me fuſt permis de rien changer..
RESPONSE
Du Marckgrave de Baden ,
furla Lettre du Grand Vi
fir , par laquelle il demande
la Paix avec. S. M.I..
Ous avons bien apris devostre
amiable Lettre envoyée de
voſtre Camp près deVuaradin, que
V.E. aspire àune affembléepour le
renouvellement de la Paix, que je
fuis contraint de reconnoistre ou--
vertement avoir estéenfrainte par
vos gens au préjudice de la fidelité
:
202 MERCVRE
& de la parole , & qu'outre cela
ils ont cettefauffe opinion que cette
infraction de la Paix est déja expiée
& reconciliée par le chasti.
ment de quelques -uns d'entre eux ,
& que nous ferons refponſables de
l'effusion prochaine du Sang humain
, qui ſera encore répanduà
l'avenir en cas que nous n'adherions
àune telle affembléepour convenir
des conditions de la Paix au
premierjour. Sa Majesté Imperiale,
mon Seigneur tres - clement , n'a
rien àdémêler avecvous en qualité
deperſonne Privée. C'est à la Porte
Othomane qu'Elle a affaire , comme
àcellequia rompu le Traité, aidé
&protegénos Rebelles de Hongrie ,
augmenté intolerablement le tribut
imposéſur les Habitans qui avoient
fait hommage,pris ,&ufurpé sur
nous un plus grand nombre de Pla
ces durant la Treve qu'il ne seroit
GALANT. 203
1
arrivé pendant la Guerre , & finalement
affligé , mal- traité &per-
Secuté par des Cruautez inoüies
&Sans exemplenospauvres Sujets,
innocens de toutes ces affaires,pour
nous faire une guerre ouverte,&la
plus horrible quifepuiffe dire, dans
le temps mesme que la Tréve n'étoit
pas encorefinie. Qui plus est ,
là oùvos gens ont pûs'estendre, pasfer,
entrer, &arriver , ils ont tout
ravagé & réduit en defert , mis
tout àfeu & à sang,& de cette
maniere fi indirecte , injuste ,
tout àfaitsurprenante , cause chez
nous des dommages incroyables &
irreparables , au moyen dequoy
nous nous sommes vûs obligez&
neceffitez de nous engager en une
Alliance avec le Roy de Pologne&
la République de Venise, pournotre
commune protection , deffense , &
conferuationis
16
204
MERCURE
Le 13. Févrieron chanta à là
Sainte Chapelle de Dijon des
Vigiles en Muſique pour feu.
Monfieur le Prince , Gouverneur
de Bourgogne. Toutes les
Compagnies en Corps s'y
trouverent. Les Tréſoriers de
France étoientmeſlez avec les
Maiſtres des Comptes par or--
dre de Reception dans leurs
Charges ſuivans la coûtume...
La grande porte eſtoit tenduë
de drap noir avec trois lez de
velours chargez des Ecuffons
de ce Prince . La Tribune &le
Choeur de meſme. Le Drap
Mortuaire qui couvroit la
Repreſentation , eſtoit auſſide
velours noir bordé d'Hermine™
auxArmes de Condé,& croifé
de Moire d'argent , avec la
Couronne de vermeil doré
couverte d'un crefpe. Le len
GALANT.
205
demain on fit les Obſeques de
cePrince dans la meſmeEgli
fe , où les Compagnies afſiſte .
rent en Corps comme le jour
precedent avec des Robes de
laines , & des crefpes fur les
Chapeaux en figne de deüil.
Monfieur le Doyen officia ,
&Monfieur Maleteſte , Chanoine
& Tréſorier de la méme
Eglife د prononça l'Oraifon
Funebre . Il fit voirque Monfieur
le Prince après avoir
veſcu en Heros Guerrier
avoit finy ſes jours en Heros
Chrétien, & finitpar une belle
Morale, dont l'aplication étoit
que ſa valeur& fes grands exploits
luy auroient eſté inutiles
devant Dien ,fi une vertu
folide jointe à une fincere
penitence , ne les euſt accom
pagnez
206 MERCURE
Le 28. du meſme mois , les
Iefuites firent un Service ſolemnel
pour ce meſme Prince.
Le Choeur de leur Eglife étoit
tendu de drap noir avec cinq
lez de velours , &deuxdansla
Nef. La Repreſentation , éle
vée de 14. à 15. pieds , eſtoit
terminée par un Lit de velours
, garny de creſpines & de
franges d'argent , dont le ciel
eſtoit chargé de 15. Couronnes
, & la couverture traiſnan-
_te bordée d'hermine , & ornée
des Armes du Prince. Il y
avoit des Pyramides de lumieres
fur la Tribune proche des
Orgues . On avoit chargé le
grand Autel d'une fort belle
argenterie , ſçavoir d'un Tabernacle
Parement d'Autel ,
Plaques , Panetieres le tout
d'argent maffif tres -bien traGALANT.
207
.
e
vaillé . Au, deſſusde cet Autel
eſtoit un Coeur enflame, environné
de Chiffres , de Deviſes,
& de Hierogliphes , auſſi de
lumiere . Le Pere Danbanton
Iefuite fit l'Oraiſon Funebre
du Prince avec beaucoup de
fuccés .
Le Mardy 18. dece mois les
Eleus de la Province firent
chanter les Vigiles à la Sainte
Chapelle , & le lendemain une
grand' Meſſe pour le repos de
l'ame de ce mefme Prince . Entre
les places des Chanoines &
le grand Autel , eftoit une
Eſtrade fort élevée , au bas de
laquelle il y avoit un Tombeau
, couverts d'un drap de
velours croifé de moire d'argent,
aux Ecuffons deCondé en
broderie d'or , & bordé d her
mine . Au devant de ce Tom
208 MERCVRE
beau , une Femme afſiſe &
appuyée ſur l'Ecu de fes Armes
, repreſentoit la Bourgognepleurant
ſon Illuftre Proteteur
. Ce Mausolée eſtoit décoré
d'Inſcriptions avec quatre
Figures poſée fur chaque
angle , par rapport aux quatre
principales Vertus de Monfieur
le Prince. Au milieu de
cesFigures s'élevoit unObelif
que chargé de Trophées , &
furmontéde la Figure del'Immortalité
, tenant le Portrait
de ce Heros environné de
Laurier..
Deux jours aprés , les Iefuites
terminerent le Deüil de
cette mortparune maniere de
Pompe Funebre que fit une
Troupe de leurs Ecoliers choifis.
Aprés beaucoup de regrets,
ils convinrent que c'eſtoit
GALANT.
209
injuſtement qu'ils le pleuroient
puiſque ſa gloire eſtoit
immortelle .Ainſi ils firent fon
Apotheofe , & dirent qu'il vivroit
eternellement dans l'eſtime&
dans l'admiration de tout
le monde , dans le ſouvenir de
toute la France , dans les Princes
ſes Fils &petit Fils , & fur
/ tout dans le coeur des Bourguignons
. Cette Piece qui
étoit entremélée de chants &
de Simphonie , fatisfit extrêmement
tous les Auditeurs .
Monfieur le Prieur du Rellec
, Dioceſe de Leon en Bretagne
, a fait auſſi faire un Service
folemnel pour feu Monfieur
le Prince , dans l'Eglife
de l'Abbaye , par l'ordre de
Monfieur de Feuquiere qui en
eft Abbé .
Celuy qui s'eſt fait icy à
210 MERCVRE
Noftre- Dame a trop éclaté ,
pour ne vous en pas envoyer
undétail exact. Lero . de Mars
le Parlement fut invité à ce
Service folemnel par Monfieur
le Marquis de Blainville ,
Grand Maistre des Ceremo
nies de France. Ce Marquis ſe
trouva ſur les ſept heures du
matin à la Sainte Chapelle du
Palais, où ſe rendirent le Roy
d'Armes ,quatre Herautsd'Armes
de France , & vingt- fept
Iurez Crieurs . Ils allerent àla
Grand' Chambre du Parlement
, & enfuite aux autres
Compagnies en cet ordre.
Les quatre Herauts d'Armes
marchoient deux à deux en
robes de deüil , l'épée au coſté,
& la Cotte d'Armes de velours
violet pardeſſeus . Ces Cottes
d'Armes ſont ſemées de trois
GALANT . 211
grandes Fleurs-de-Lis d'or, &
marquées ſur la manche d'un
titre particulier , comme Pt.
cardie ,Xaintonge , ou autre . Ils
avoient pardeſſus un Chaperon
de deüil rabatu ſur l'épau-
- le , tenoient un Caducée couvert
de creſpe ; c'eſtun baſton
couvert d'un velours fleurde
life . Le Roy d'Armes de France
ſuivoit ſeul veſtu comme
- les autres , & ayant comme
eux unChapeau en forme de
Toque avec un grandCreſpe ;
ſa queuë traînante eſtoit portée
par unDomeſtique, & fon
Caducée differoit des autres ,
en ce qu'il avoit au haut une
Fleurde Lis d'or.
Monfieur le Marquis de
Blainville marchoit ſeul aprés
leRoy d'Armes . Il eſtoit veſtu
d'une robe de deüil , dont la
212 MERCURE
2
queuë eſtoit portée par unde
fes Domestiques , & il avoit
un grand Chaperon de deüil
renverſé fur le dos , le Bonnet
quarré en teſte , l'Epée au côté
, & le baſton deGrand Maiſtre
des Ceremonies àla main.
Il eſtoit ſuivy de vingt - ſept
Iurez Crieurs de la Ville de
Paris , en robes de deüil , fur
leſquelles étoient devant &
derriere les Armes de Monfieur
le Prince. Hs avoient
tous leurs Sonnettes àla main .
Lors qu'ils furent arrivez dans
la Grand' Chambre , où l'Audience
estoit ouverte , Monfieurde
Blainville prit feance
entre les deux derniers Conſeillers.
Le Roy d'Armes , &
les Herauts demeurerent debout
& couverts derriere le
Barrean , & les Crieurs dé
GALANT. 213
couverts . Monfieur de Blainville
ayant dit à la Cour les
ordres qu'il avoit du Roy pour
les avertir de ſe trouver au
Service de Monfieur le Prince
, qui ſe devoit faireen l'Egliſe
de Paris , preſenta la
Lettre de Cachet , que Monſieur
le premier Preſidentmit
entre les mains du Greffier
pour en fairela lecture , apres
laquelle Monfieur le premier
Preſident dit , que la Courexecuteroit
les ordres de Sa Majesté.
LeRoyd'Armes dit alors Iurez
Crieurs , faites vos Charges. Au
meſime inſtant l'un d'eux s'étant
avancé , s'acquitta des
reverences accoûtumées ; &
aprés que les autres Crieurs
eurent fonné deux fois leurs
Clochettes , il fit la proclamation
ſuivante. Meſſieurs , priez
214 MERCURE
Dieu pour l' Ame de tres haut tres
puiffant , tres.illuftre , & magnanime
Prince Monseigneur Loüis de
Bourbon , Prince de Condé, premier
Prince du Sang , premier Pair,&
Grand Maistre de France.
• PriezDieu pour l' Ame detreshaut,
tres -puißat,très- illustre,magnanime
PrinceMonseigneur Loüis
deBourbon, Premier Prince dufang,
premier Pair, & Grand Maistre
de France, decedé au Chasteaude
Fontainebleaule Mercredy onzieme
Decembre de l'année derniere.
Dans ce moment tous les
Crieurs fonnerent encore
leurs Clochettes ; apresquoy
le Crieur qui faiſoitla proclamation
, pourſuivitainfi.
Pour l'Ame duquet on fera le
Service & Prieres en l'Eglise de
Paris , où demain apres midyferont
dites les Vespres & Vigiles des
GALANT.
215
Morts, & le lendemain à dix heures
du matinfera celebréſon Servicefolemnel.
Priez Dieu pour luy,
s'il vousplaiſt.
Monfieur le Marquis de
Blainville eſtant forty de la
Grand' Chambre , retourne à
la Sainte Chappelle , dans le
deſſein de ſe rendre de la en la
Chambre des Comptes , mais
commeil arriva quelque conteſtation
pour les rangs , ce
Marquis s'en retourna, laiſſfant
faire cette fonction à Monfieur
de Saintot , Maistre des Cereemonies
. Lors qu'il eſtoit tout
preſt d'y entrer , Meſſieurs des
Comptes envoyerent dire
qu'ils accordoient à Monfieur
de Blainville ce qu'ils luy
avoient diſputé ; mais comme
il eſtoit party , Monfieur de
Saintot leur dit qu'ils miffentfor
216 MERCURE
le Registre ce qu'ils venoient de
résoudre , afin qu'ilpust fervir en
temps&lieu.
La proclamation ayant eſté
faite en la Chambre des Compres,
on alla la faire en laCour
des Aydes ; aprés quoy on
monta en Caroſſe pour aller à
l'Univerſité , qui eſtoir affemblée
dans la Salle du College
de Bancourt , où demeure le
Recteur. On ſe rendit delà à
l'Hoſtel de Ville , & enfuite
devant la principale porte de
l'Egliſe de Paris , & devant
l'Hoſtel de Condé au Fauxbourg
S. Germain.
Monfieur de Saintot , Maiſtredes
Ceremonies , donna à
chaque Compagnie une Lettre
de Cachet , & les proclamacions
s'yy firent comme au Parlement,
par Meſſieurs de Voulges
GALANT. 241
1
& le Corps de Ville , & alla ſe
ranger au coſte droit de l'Autel,
où il receut un cierge avec
dix Loüis d'or d'offrande qu'on
avoit attachez . Monfieur de
Blainville fit enfuite les mêmes
faluts , & en fit un particulier
àMonfieur le prince pour l'inviter
d'aller à l'Offrande , & ce
Prince eſtant forty de fa place
fit les meſmes reverences que
le Roy d'armes , & Monfieur
de Blainville venoient faire ,
&! aprés avoir receu le Cierge
de ce grand maître de Ceremonies
qui l'avoit receu du
Roy d'armes , il ſe mit à genoux
fur un Carreau , baifa
l'anneau de Monfieur l'archeveſque
, luy preſenta le
Cierge , recommença les mémes
reverences , & retourna à
ſa place . Le premier Herault
Mars 1687 . L
242 MERCVRE
5
d'Armes fit enſuite les meſmes
faluts , & Monfieur de Saintot
avertit de la mefme maniere
Monfieur le Duc d'aller à l'Offrande
. Le ſecond Herault &
Monfieur Martinet firent les
mefmes chofes , & Monfieur
le prince de Conty alla à l'Offrande
& en revint avec les
meſmes Ceremonies.L'Offrande
finie , le premier Herault
d'armes alla querir Monfieur
l'Eveſque de Meaux , qui devoit
prononcer l'Oraifon Funebre.
Il donna d'abord une grande
idée du ſujet qu'il avoit àtraiter
, & dit qu'au moment
qu'il ouvroitlabouche, il étoit
étonné par la grandeur de ſa
matiere , & pour ainſi dire, par
l'inutilité du Difcours qu'il
eſtoit impoſſible qu'il euſt aſſez
d'éloquence pour faire une
GALANT.
243
peinture de feu Monfieur le
Prince telle que chacun ſe la
figuroit , qu'on ne pouvoit
rien apprendre du Princede
Condé , meſme au Etrangers,
qui s'en faifoient des portraits
avantageux auffi - bien que les
François , & tâchoient de ſe le
repreſenter avec toute ſa gloire,&
qu'ainſi il croyoit n'avoir
beſoin que de peindre naturellement
, & fans art , toutes
les actions de ce grand Homme.
Il parla enfuite du regret
quele Roy avoit témoigné de
ſa mort ; & dit en parlant de la
Compagnie qui aſſiſtoit à ce
Service , que Sa Majeſté avoit
affemblé tout ce que la France
avoit de plus auguſte , pour
rendre des honneurs funebres
àla memoire de ce prince; puis
il s'attacha à trois choſes qui
L2
244
MERCURE
firent comme le partage de fon
Difcours.
: Il s'étendit ſur ſon courage,
&fur tout ce qui l'avoit diftingué
dans la Guerre .
Il fit voir la grandeur de ſon
genie,& la penetration de fon
eſprit.
Il fit enfin une peinture de
fa mort toute chreſtienne , qui
toucha beaucoup , & tira méme
des larmes .
Dans le point qui regardoit
ſon courage , & ſes actions
guerrieres , il le fit voir triom
phant dans les plaines de Rocroy
dans un âge fi peu avancé;
que cette Victoire n'avoit
point laiſſé douter qu'il ne devinſt
un des plus grands Capitaines
qui euſt jamais eſté ,
quand il auroit joint l'experience
à la valeur. Il fit auſſi re
GALANT.
245
marquer que cette grande Victoire
qui n'avoit eſté que fon
coup d'eſſay , auroit pû faire
la plus belle action de la vie du
plus grand Capitaine , & du
plus conſommé dans le métier
de la Guerre. Il pourſuivit la
peinture de ſes grander actiós ,
& en élevant les Generaux que
ce prince avoit eus à combattre,
ille fit paroiſtre beaucoup
au deſſus d'eux. Il fit un portrait
fort reſſemblant à la parfaite
intelligence qu'ilavoit de
la guerre , & peignit ce prince
prévoyant , toûjours inſtruits
de ce que les Ennemis avoient
deffein de faire , connoiffant
leurs fautes quand ils prènoiét
de fauffes meſures , devinant
par ſes lumieres ce qu'ils tenoient
le plus fecret,& faiſant
dire enfin à un priſonnier de
2.
L3
246 MERCVRE
Guerre , & ce qu'il ſçavoit, &
ce qu'il ne ſçavoit pas. Il dit
que malgré tout ce qui auroit på
l'autorifer à parler avantageusement
de lay mesme ,ſans qu'on cust
pû l'accufer de présomption, ilavoit
toûjours gardé beaucoup de mode.
Stie , & marqué dansſes Lettres les
belles actions des autres, & ce qu'il
leur devoit ,fans avoiriamais rien
écrit à fon avantage. Il ajoûta
qu'avec toute cette modeſtie,
il avoit une noble fierté , & digne
de fon Sang , quand il étoit
neceſſaire . Il en raporta des
exemples , & fit voir de quelle
maniere il avoit foûtenu la
gloire de la France , mefme
dans le temps qu'il eſtoit hors
du Royaume.
Il marqua la grandeur de fon
genie , & la penetration de fon
eſprit dans toutes les chofes
GALANT.
247
qui pouvoient la faire connoiſtre
, & dit, que nonſeulement
il estoit sçavant pour luy mesme ,
mais encore pour les autres , puis
qu'on ne luy pouvoit rien montrer
touchant les Arts & les Sciences ,
que ceux qui avoient cet honneur ,
ne fortiſſent d'auprés de luy avec
de nouvelles lumieres , qui leurfervoient
utilement , ou pour rendre
leurs Ouvrages accomplis , ou pour
perfectionner ce qui regardoit leur
Art.
Quant à la peinture qu'il
fitde la mort chreſtienne de ce
Prince,je ne doute point qu'elle
ne vous touche quandMonſieur
de Meaux aura donné
cette Oraiſon funebre au Public.
Il fit voir une tranquillité
heroïque & chreſtienne dans
le coeur de ce grand Homme ,
& qu'il la poſſedoit luy ſeul
L 4
248
MERCURE
dans le temps qu'il devoit
moins la conſerver. Il rapporta
tout ce qu'il dit du Roy , de
refpectueux , de tendre & de
touchant ,& ce qu'il dit d'obligeant
pour Monfieur le Duc,
à preſent Monfieur le Prince.
Comme on doit croire le témoignage
d'un homme mourant
, & fur tout d'un grand
Prince, je ne puis m'empécher
de vous marquer ce quej'en ay
retenu. Il fit connoiſtre qu'il
ſçavoit à fond les ſentimens de
ce Fils qu'il aimoit, ſi tendrement,
& dit qu'iln'avoit quefaire
de luy donner d'instructions ; qu'il
connoiffoit son coeur , & que quoy
qu'on luy pust dire pour l'exciter à
La gloire ; pourle faire ſouvenir de
ne rienfaire contre ſon honneur, &
pour l'engager à ſervir &àaimer
toûjours le Roy , il sçavoit qu'il
GALANT.
249
1
feroit encore plus que tout ce qu'on
pourroit exigerde luy fur toutes ces
choses.Ainsi Mõſieur de Meaux,
au lieu de faire l'éloge de ce
prince , ſe ſervit de celuy que
feu Monfieur le prince en
avoit fait ,& luy dit que malgré
tout son grand merite ,fon Alteſſe
n'auroit point ce jour - là d'autre
éloge de luy . Il continua en faifant
voir l'humilité de Monfieur
le prince mourant , fa
grande réfignation à la mort ,
fon entiere foumiſſion aux ordres
de Dieu , & le defir qu'il
avoitde voir face à face ſa divineMajeſté.
Voilà tout l'effort que ma memoitre
a pû faire pour vous entretenir de
cette Oraiſon Funebre . Je ne manqueray
pas de vous l'envoyer ſi- toſt
qu'elle fera imprimée
Lors que Monfieur l'Eveſque de
Meaux fut forty de Chaire , Mon-
:
LS
250 MERCURE
heur l'Archeveſque ſe remit à l'autel
pour achever la Meſſe. Un peu avant
l'élevation, douze pages de Monfieur
le prince , avec de grands flambeaux
depoing , vinrent occuper le devant
de l'Autel. La Meſſfe finie , Monfieur
l'Archeveſque ayant fait tous les Saluts
que j'ay déja marquez pluſieurs
fois, fit les afperfions & les En.
cenſemens ordinaires autour de la
Reprefentation ; aprés quoy les
Compagnies ſe retirerent, & les princes
furent conduits à l'Archeveſché
par le Grand Maiſtre , le Maiſtre , &
l'aide des Ceremonies .
En vous parlant le mois paffé des
Dames qui eurent l'honneur de manger
avec le Roy à l'Hoſtel de Ville ,
Je vous marquay que je n'avois encore
pû en apprendre tous les noms.
En voicy quelques-uns qui font ve
nus depuis ce temps là à ma connoiffance.
Comme l'honneur qu'elles ont
receu en cette occafion eft fort grand,
j'ay crû qu'ilmeritoit d'eſtre publié.
Ces Dames font ,
Madame la princeſſe de Tingry.
T
GALAN T.
251
Madame de Soubiſe.
Madame la Ducheſſe de Chevreuſe .
Madame la Ducheſſe de Beauviliers.
Madame de Beringhen .
Madame la Marquiſe de Sourches .
Madame d'Urfé.
Madame, de Mornay .
Monfieur le Marquis de Coeuvres,
à preſent Duc d'Eſtrées , a eſté receu
Duc & Pair au parlement , où il a
preſté le Serment accoûtumé. le vous
ay déja marqué pluſieurs fois ce qui
ſe paſſe en ces fortes de receptions .
Ainſi je vous diray ſeulement aujourd'huy
que Monfieur philippe de Billy
fit l'Eloge de ce Duc & de ſa Famille,
en rapportant ſes Lettres de Duc &
pair. Monfieur le prince de Conty ſe
trouverent à cette ceremonie avec
tous les Eveſques , Ducs & Comtes
Pairs à la reſerve de Monfieur de
Châlons qui estoit malade. Preſque
tous les Ducs & Pairs s'y trouverent
auffi , ainſi que pluſieurs Maiſtres des
Requeſtes .
Monfieur le Comte de Guiche ,
L6
252 MERCURE
fils de Monfieur le Duc de Gramont,
& de Marie Charlote de , Caftelnau,
milede feu Monfieur le Maréchal de
Caſtelnau , a épousé Mademoiselle
de Noailles , fille de Monfieur le
Duc de Noailles & de Marie Françoiſe
, fille unique de Monfieur le
Duc de Bournonville & de Lucreſſe-
Françoiſe de la Vieuville. Il ſeroit
difficile de trouver un mariage mieux
afforty que celuy de ces illuſtres époux.
De tous coſtez ilya de la
grandeur ; & l'Hiſtoire qui eſt remplie
des actions de leurs Ayeux , ſuffit
pour informer tout le monde , que
peu de Maiſons dans le Royaume
peuvent ſe vanter des meſmes avantages.
Quoy que Mademoiselle de
Noailles n'ait pas encore 14. ans accomplis,
elle a l'eſprit folide , & fa
vertu peut fervir d'exemple aux jeunes
perſonnes de la Cour. Auſſi at-
elle eſté élevée par un pere & par
une mere , qui ſont des modelles ſur
leſquels les hommes & les femmes
doivent eſſayer de ſe former. Monfieur
le Duc de Noailles a fait voir
GALANT.
253
de la valeur dés ſa plus grande jeunef.
ſe. Il a toûjours eu beaucoup depaffion
pour le Roy , & ſa vie remplie
d'actions toutes Chreſtiennes , ſervira
toûjours d'exemple aux Seigneurs
François qui voudront arriver à la
perfection . Madame la Ducheffe de
Noailles a herité de la vertu comme
de lagrande nobleſſe de ſes peres , &
tous ceux qui la connoiffent parlent
d'elle d'une maniere trés-avantageuſe.
Monfieurle Comte de Guiche eſt encore
fort jeune ,& fait eſperer qu'il
foûtiendra avec gloire la reputation
de ſes Ayeux. On ne peut promettre
davantage , & juſqu'icy on ne trou
ve rien à defirer en ſa perſonne...
Vous ſçavez que la grande Loterie
du Roy a eſté tirée. Meffieurs Ber
nard & Tranchepain Marchands à
Paris , qui y avoient mis enſemble
dix Loüis , ont eu le gros Lot , qui
eſtoit de cinquante mille livres. Ils
allerent à Marly pour le retirer ,& le
Roy qui le ſceut voulut bien leur faire
l'honneur de les voir. Sa Majesté
les recout parfaitement bien,
254 MERCURE
Apres avoir envoyé en quatre Let
tres differentes , un Iournal de l'Ambaſſade
de Siam en France , je croy
devoir ajoûter icy pour ne pas laiſſer
cette Ambaſſade imparfaite , que les
Ambaſſadeurs ont paflé le Carnaval
à Breſt en attendant que tout fuſt
preſt pour leur embarquement, & que
leurs Balots fuſſent arrivez . Ils ont
pris tous les divertiſſemens de la Saifon.
Ils ont pluſieurs fois eſté au Bal ,
& la Table que le Roy leur entretenoit
eſtant grande , magnifique , &
propre , les perſonnes les plus quali.
fiées de la Ville ſont ſouvent venuës
manger avec eux . Ils y ont demeuré
24. jours , & pendant ce temps on a
receu l'ordre d'eux. Voicy les mots
qu'ils ontdonnez .
LePortdesiré
Sa Vertu fait noſtre merite.
Sa grandeur fait noſtreſureté.
Ses Maximesferont nos Regles.
Ieferay voir ce que j'ay ven.
Le Vainqueur de la Victoire.
SonHistoirefera noſtre lecture.
Afon exemple nous vaincrons
GALANT. 255
Son étoile nous guide.
Not Voisins feront jaloux de nostre
gloire.
Noftre exemple leur ſervira de Loy.
Ses profperitezferont nosfelicite.z
Retour triomphant.
Il Brille de sa lumiere.
Famille unie , Ministres éclairez .
Ses dons font precieux.
Samemoire nous fera chere.
Regne glorieux.
La Justice gouvernefon foudre.
Afon merite les vents obeïront.
La Renomméefidelle.
Le Merite allié à la Vertu.
La bouche ne peut exprimer ce que le
coeur fent.
Partagé entre la douleur & la joye.
Vous voyez dans ces mots lemême
eſprit qu'ils ont fait paroiſtre dans
les quatre Relations que je vous ay
envoyées. Tout ce qu'ils ont connu
duRoy pendant qu'ils ont demeuré
'en France , tout ce qu'ils penſent de
Sa Majesté ,& l'uſage qu'ils veulent
faire de ce qu'ils ont veu , eſt compris
dans ces 24. mots donnez . Le jour
256 MERCURE
qu'ils partirent s'eſtant tournez du
coſtédu lieu où on leur dit que pouvoit
eſtre le Roy , ils joignirent les
mains , les éleverent , & firent cinq
profondes inclinations , comme pour
remercier Sa Majeſté de tous les bons
traitemens qu'ils avoient reçûs. Ils
fortirent enſuite pour s'embarquer ,
ce qu'ils firent au bruit de trois décharges
de toute l'Artillerie de la
Ville,&de celle de tous les Vaiſſeaux,
dont le Port de Breſt eſtoit remply.
Ainſi l'on peut dire que tout leur a
marqué la grandeur de la France juf.
ques au moment qu'ils en ont quitté
lesGoſtes. Ils font partis les larmes
aux yeux , & fur tout en embraſſant
Monfieur Torf , qui s'eſt ſi bien acquité
de la Commiffion que le Roy
luy avoit confiée.
le ne vous dis rien le mois paflé
de Monfieur Amelot , Archeveſque
de Tours , en vous aprenant ſa mort.
Il avoit acquis pendant qu'il eſtoit
Confeiller , une grande reputation
d'integrité , & fa grande habilité
eftoit caufe qu'on ſe tenoit ſeurde la
GALANT..
257
Iuſtice qu'on en attendoit, lots qu'on
avoit une cauſe entre ſes mains. La
maniere dont il s'eſtoit gouverné
etant Eveſque de Lavaur , avoit porté
le Roy à le nommer Archevelque
de Tours. Il a remply les devoirs de
cette grande Dignité , avecbeaucoup
de zele pour la Religion , un grand
defintereſſement , & une parfaite integrité.
Il eſtoit fils de lean Amelot
Seigneur de Gournay , Maiſtre des
Requeſtes & Preſident au grand Conſeil
,& petit fils de lean Amelot ,
auſſi Maiſtre des Requeſtes , & Prefident
aux Enquestes du Parlement
de Paris . Charles Amelot ſon frere,
Maiſtre des Requeſtes & Preſident au
grand Conſeil , avoit épousé Marie
de Lionne , dont eſt venu Michel
Iean Amelot Seigneur de Gournay ,
Maiſtre des Requeſtes , Ambaſſadeur
àVeniſe , puis en Portugal , &
Amelot Abbé d'Evron , Aumônier
du Roy . Marie Amelot , l'une de ſes
Soeurs , avoit épousé Antoine Nicolai
, Marquis de Gouſſainville ,
Premier Preſident en la Chambre des
....
258 MERCVRE
Comptes , grand Pere de Monfieur
Nicolai d'aujourd'huy. L'autre Soeur
épouſa Guillaume Briffonnet , Maiſtre
des Requeſtes , & Preſident au
grand Confeil .
Monfieur l'Archeveſque de Tours
avoit deux Oncles ; ſçavoir Jacques
Amelot , Seigneur de Carnetin , Prefident
aux Requeſtes du Palais , aiſné :
de toute cette Famille , dont le fils
Iacques Amelot , Marquis de Mauregard
le Menil , Carnetin & autres
lieux , Maiſtres des Requeſtes , puis (
Premier Preſident en la Cour des
Aydes , a laiſſé deux fils , ſçavoir feu
Jacques Charles Amelot , auſſi Premier
Preſident en la Cour des Aydes,
&Charles Amelot , à preſent Prefident
en la troiſiéme des Enquestes.
L'autre Onclede ce Prelat fut Denis
Amelot , Seigneur de Chaillou , Doyen
des Maiſtres des Requeſtes, d'où
font venus Jean Amelot , Seigneur
de Chaillou , Maiſtre des Requeſtes ,
&Marie Amelot Femme de Charles
de Beon Marquis du Macey , Baron
de Bouteville. La Famille des ameGALANT.
259
lot eſt alliée aux Vialatt , de S. Germain
, de l'Hoſpital , Brûlart , Dau-
Chaſſebras mont du Breau , Mai-
,
gnart de Bernieres , Poncet , le Maiſtre
, du Drac , de Creil. Elle porte
d'azur à trois Coeurs d'or , ſurmontez
d'un Soleil de mesme.
La ſanté du Roy eſtant parfaite.
ment rétablie , Sa Majesté a entendu
ce Carefine pluſieurs Sermons du
Pere Gaillard Jeſuite , dont elle a
eſté fort fatisfaite ainſi que la Cour.
Ce Prince a auſſi aſſiſté à tous les
offices de la ſemaine Sainte , & s'eſt
acquitté avec l'air de bonté qui luy
eſt ordinaire , des penibles fonctions
de faire la Cene & de toucher les Malades.
Pluſieurs Predicateurs ſe ſont
diſtinguez icy pendant le Careſme, &
entr'autres Monfieur l'Abbé Boifleau ,
les Peres Hubert Soanen & de la Roche
, Preſtres de l'Oratoire , le Pere
Gonnelieu Jefuite , & Dom Jerôme
Feüillant. Comme il y a peu de grands
Predicateurs dont on ne copie les Sermons
meſine dans le temps qu'ils
preſchent , & dont on ne faſſe courir
260 MERCURE
les plus beaux endroits , on m'en a
fait voir un de Monfieur l'AbbéBoifleau
, qui peut avoir eſté pris de cette
maniere le me croy obligé de vous
le dire, afin que a l'on y trouve quelque
choſe qui ne ſoit pas tel qu'il l'a
prononcé, on ne l'impute pas à l'autheur.
Son Sermon du jour des Cendres
estoit ſur la vanité des creatures,
Monfieur l'Archeveſque y aſſiſta , &
cet abbé dit à la finde ſon premier
point.
Eſtre estimépourun des plus Eloquens
&desplus Sçavans hommes defon Siecle;
répondre ſans préparation fur ce
que les plus habiles auront long-temps
medité ; les effacer de bien loin ; s'il
leur arrive quelque disgrace , achever
fur le champles Discours qu'ils auront
commencez remplir lespremieres places
autant par lafuperiorité du merite que
par celledu rang ; terminer avecfacilité
les affaires les plus importantes , avec
penetration les plus difficiles : diſons
-tout , avoirla confiance deſon Roy ,
L'amcur des Peuples , n'estre point là
tout ce que les hommes trouvent de plus
GALANT. 261
grand fur la terre ? Tout cela n'est que
vanité. Encoreplus grande, fidans cette
Chaire j'en faisois l'éloge. L'Eglise
qui ne met que de la Cendre àla main
des Prestres , me condamneroit , je deviendrois
leſcandale de mon Auditoire,
aprés luy avoir donné une fi terrible leçon.
Je viens donc publier que tout cela
n'est qu'un neant devant Dien. On aureit
beau dire qu'il eſt des hommes qu'on
peut loverfans danger , & dont la modestie
eft impenetrable à l'orgueil. Je ne
crains point d'exciter desſentimens de
vanité, mais j'aypeur de flater la mienne
, &j'aurois peut- estre trop de plaisir
à loüer ce que lemonde admire. Mon
Ministere m'arreste, &m'obligede crier
fur tout cela , Vanité. Qu'y- a-t- il donc
de ſolide fur la terre ? Vous , ô mon
Dien , &voſtre Eglife. Ces grands talensdegenie
, d'éloquence , de doctrine ,
Vanité, àmoins qu'onne les employe à
enseigner la Religion à ceux qui ne la
Sçavent pas , à la persuader à ceux qui
ne la vouloient pas sçavoir. Dignitex
éclatantes , Vanité , à moins qu'on ne
les rempliffe, non avec l'applaudiffement
262 MERCURE
des hommes , car j'oublie cela icy ,mais
avec succés pour leur falut , qu'on ne
fafſe tous les jours de nouvelles conqueſtes
pour l'Eglise , & qu'on ne luy donnë
en foule pour enfans ceux qui en étoit
Separe.z Confiance des Rois , Vanité , à
moinsque vous n'aioutiez que c'est au
Roy vainqueurpartout , mais qui ne
l'a plus voulu estre pour le devenir en
faveur de l'Eglife.Un Roy qui a fait des
choſes non seulement prodigieuses pour
Sa gloire , ( Et gloire du monde , viendras-
tu tourours m'ébloüir ! ) mais incroyables
pourſa Religion , carle reste ,
ie le compte icy pour rien ; un Roy dont
on ſeconde les deſſeins ,à qui on n'en
infpire que de glorieux. Un Roy à qui
Bien dans les fecrets defa Providence ,
ménageois un tel ſecours pour éteindre
l'Herefie ; un Roy qui parson autorité
force les Brebis égarées de revenir au
troupeau , pendant quele Prelat les reçoit
avec douceur. L'un contraint deſu
bir le iong de la Foy , l'autre le fait
trouver aimable ; le Prelat a besoin du
Prince pour les dompter , le Prince du
Prelat pour les foumettre. Achevons
GALANT. 263
t
Chrestiens , emplois , Dignité , Reputation
, foule d'actions grandes
illustres , Vanité , à moins qu'elles ne
ferventà reprimer le vice , à corriger
les abus , à procurer par tant de peines
&de travaux , iusqu'àfacrifier ſa ſanté
, la réunion denos Freres , que le
malheur de leur naiſſance avoit pour la
pluſpart ſeparez de nousfans nous connoistre.
Ien'ay pas besoin , Monseigneur , de
vous demander permiſſion de traiter
vestre Naiſſance , vos Dignitez , vos
Talens, de vanité. Vousirez autombeau
comme les autres . La neceſſité publique,
les voeux des gens de bien , rien ne vous
mettra à l'abry de la mort. Tout ce que
nous esperons , c'est que Dieu , pour le
besoin defon Eglise,augmentera vos années
, & écoutera les prieres de celuy
qui offre de bon coeur les fiennes ,
combieny en a-t- il qui erferoient de
mesme ? Mais enfin , Monseigneur , un
peu piûtost , un peu plus tard , c'est là
où il faut que tout se termine. Qu'aurez-
vous plus que nous ? Un peu plus
de larmes , une memoire en benediction.
264 MERCVRE
=
1
1
La posterité vous rendra inſtice , elle se
foûviendra de vous , mais c'est qu'elle
aura beſoin de vous. Quand on parlera
de ce merveilleux triomphe que la Religian
vient d'obtenir , il luy paroistra
incroyable. Poury aioûter foy , il faudra
qu'elle fonge , qui est- ce qui en ce
temps- là occupoit le premier Trofne du
Monde ? Qui est - ce qui rempliſſoit le
premier Siege de France ? Avec cela
elle pourra trouver de la vray-semblance;
fans cela leprodige luy paroiſtroit
trop grand. La posterité ne demande
qu'à oublier , vous la forcerez de fe
Souvenir de vous. Mais qu'ilferoit inutilequelapoſteritéſeſouvinſt
de tous ces
miracles ,si la Religion n'en avoit esté
lemotif! Acela prés , Monseigneur ,
vous voulez bien que ie traite tout de
vanité, &ie ne pourrois mesme inſtruire
mieux mes Auditeurs & les convaincre
du neant de ce qu'ily ade plus éclatant
fur la terre , qu'en apportant pour
exemple cequi fait leurs delices & leur
admiration.
Le Bail'des Fermiers Generaux ef
tant fur le point de finir , on a faitune
nouvelle
1
GALANT. 217
1
1
ges & Vvailly , Jurez Crieurs,
qui au lieu de Meffieurs , dirent
à l'Univerſité, Nobles &Scientifiques
Perſonnes..
Toutes les Compagnies ſe
rendirent le Lundy ſur les dix
heures en l'Egliſe de Noftre-
Dame; en Robes noires & Bonnets
quarrez , en l'ordre fuivant
.
Les Huiffiers du Parlement
deux à deux.
:
Les Notaires , Secretaires ,
Greffiers en Chef , & premier
Huiffier de la Cour .
Monfieur Potier de Novion,
premier Preſident , ayant à fa
gauche Monfieur le Preſident
de Bailleul.
Meſſieurs les Preſidens de
Nefmond , de Memes , &
Champlatreux , fuivis des
Conſeillers d'honneur au parlement.
Mars 1687. K
218 MERCVRE
Quatre Maiſtres des Requeftes
deux à deux.
Meſſieurs les Conſeillersde
laGrand' Chambre Laïques &
Clercs , & ceux des Enqueſtes
&des Requeſtes ſuivant l'ordrede
leur reception.
Meſſieurs les Gens du Roy,
qui font MonfieurTalon,AvocatGeneral,
Monfieur duHarlay
, Procureur General , &
Monfieur de Lamoignon , ſecond
Avocat General.
Le Parlement fut placé dans
le coſté gauche du Choeur en
entrant , & on laiſſa les cinq
premieres Chaiſes vuides . Il
faut remarquer que les Chaiſes
du coſtédroit qui devoient
eſtre occupées par Meſſieurs
les Princes , eſtoient vis a vis
des Chaiſes vuides.
Meſſieurs les Gens duRoy,le
GALANT. 219
Greffier , & premierHuiffier,
furent placez dans les Chaiſes
baſſes du meſme coſté , & au
deſſous du Parlement , & il y
avoitdes bancsde ſecourspour
placerceux qui ne pouvoient
eftre aux hautes Chaiſes.
Meſſieurs de la Chambre des
Comptes vinrent enſuite,précedez
de leurs Huiſſiers. Monſieur
Nicolaï , premier Prefident,
eſtoit àla teſte . Meſſieurs
les Preſidens , Maiſtres, Correteurs,
&Auditeurs marchoiét
deux àdeux. Ils furent placez
dans le coſté droit du Chocur,
en quatorze Chaiſes aprés
Meſſieurs les Princes. Ilyavoit
uneChaiſe vuide entre eux,&
Monfieur le premier Preſident
dela Chambre des Comptes.
Les Gens du Roy , le Greffier,
& le premier Huiffier , occu-
K2
220 MERCURE
1
perent les Chaiſes baſſes du
mefme coſté au deſſous de la
Chambredes Comptes. Ceux
qui ne purent eſtre aux Chaifes
hautes , eurent auffi des
Bancs de fecours .
La Cour des Aydes ſuivit
dans le mefme ordre , & fut plačée
en ſept hautes Chaiſes à
droite, àla fuite de la Chambre
des Comptes , & les Gens du
Røy, le Greffier , & le premier
Huiffier, aux Chaiſes baſſes au
deſſous , & avec des Bancs de
fecours.
L'Univerſité parut enſuite ,
precedée de ſes Bedeaux veſtus
de leurs robes noires . Ils
avoient fur l'épaule leurs Maffes
de Vermeil doré , & elles
eſtoient couvertes de Creſpe.
Les Procureurs des quatre Nations
, ſçavoir de France , Pi
GALANT 221
cardie,Normandie,&Allema
gne , marchoient deux à deux
ſuivis des Repreſentans les
Maiſtres és Arts de l'Vniverfité
, des Docteurs des Facultez
de Theologie du DroitCanon
, & de Medecine , & des
Doyens de ces trois Facultez .
Ils précedoient le Recteur , qui
eſtoit veſtu d'une robe violete,
avec une ceinture d'un tiſſu
de foye , aux pendans de laquelle
estoit attachée une
grande Bourſe de velours violet
, garnie de boutons & de
galons d'or , avec un Mantelet
d'Hermine blanche ſur les épaules
, qui luy defcendoit
juſqu'à la moitié du bras. Les
Docteurs des Facultez avoient
leurs Habits de ceremonie .
2 L'Univerſité fut placée en
quatre places hautes , à gau-
K 3
222 MERCURE
cheàla ſuite du Parlement , &
enun Banc de ſecours qu'on y
ayoit mis, comme on avoitfait
tout lelongdes hautes Chaiſes
pour pouvoir placerplus commodement
chaque Compagnie.
E
Le Corps de Ville arriva enfuite
precedé de fes Huiffiers,
&de fonGreffier , Monfieurle
Preſident de Fourcy , Prevoſt
des Marchands , eſtoit accompagné
de Monfieur Geoffroy
premier Echevin , & de Meffreur
Gayot , Chupin , & Sanguinaire
Echevins , ainſi que
de Monfieur Titon Procureur
du Roy , de Monfieur Bucot
Receveur de la Ville , & des
Confeillers & Quarteniers
qui marchoient deux à deux,
& estoient en Robes noires ,&
en Manteaux long. Ils furent
GALANT.223
placez en quatre places hautes:
du coſté droit aprés la Cour
des Aydes , & on leur donna
desbancs de fecours . Il reſtoit
cinq places de chaque côté qui
furent occupées par dix Chanoines
nommez par le Chapitre.
Dans le temps que chaque
Compagnie arrivoit, les Iurez
Crieurs qui estoient des deux
coſtez de la Nef , fonnoient
leurs Clochetes , & alors Monſieur
le Marquis de Blainville,
& Monfieur de Saintot fortoient
du Choeur pour les recevoir
, & les faifoient entrer,
& placer. Il y avoit des Gardes
du Corps à la porte du Chocur,
& des Suiffes duRoy à la porte
de l'Eglife .
Les Archeveſques , &Evefques
qui avoient efté invitez
par les Agens du Clergé , fu-
1
K 4
224 MERCURE
rent placez prés de l'Autel du
coſté de l'Epitre. Ils eſtoient en
Rochet , & en Camail.
31 Il y avoit trois rangs de
bancs de chaque coſté du
Choeur depuis l'Autel juſqu'à
la Repreſentation , qui furent
remplis par les Seigneurs , Parens
de feu Monfieur le Prince
en Manteaux longs , & parles
Dames en Mantes . Les Ducs
& Pairs , les Maréchaux del
France , les Officiers de feu
Monfieur le Prince , ceux de
Monfieur le Prince , de Mon-
Genr le Duc, & de Monfieur le
Prince de Conty,furent placée
fur les meſmes bancs .
Meffieurs les Princes eftant
arrivez fur les onze heures à
l'Archeveſché,furent conduits
aux Apartemens tendus de
deüil qui leur avoient eſté pre-
ز
GALANT .
225
parez , & ils y mirent leurslongues
Robes , & leurs Chaperons
. Aprés que l'on eut placé
les Compagnies , on alla querir
ces Princes , qui entrerent par
la grand' Porte . Voicy comment
la Marche ſe fit .
Cent Pauvres, à chacun def.
quels on avoit donné un habit
dedrapgris , une paire de fouliers
, & un écu blanc , marchoient
les premiers avec des
flambeaux de poing de cire
blanche. Ils eftoient conduits
par deux Prevoſts, & fuivis de
27. lurez Crieurs veſtus de
leurs Robes avec des Ecuffons
devant & derriereaux Armes
du Prince défunt , & fonnant
de leurs Clochettes . Quatre
Heraults d'Armes, venoient
aprés eux , & en ſuite Monfieur
le Lièvre Roy d'Armes . Ils
Κ
226 MERCURE 1
avoient leurs habits de Ceremonie,
& le Caducée en main
couvert de creſpes , & precedoient
Monfieur Martinet ,
Monfieur de Saintot ; & Monſieur
le Marquis de Blainville ,
Ayde , Maiſtre, &GrandMaiſtre
des Ceremonies, veſtus de
leurs Robes de deüil à queuës
traiſnantes , le Bonnet carré en
teſte, & le Chaperon en forme .
Monfieur le Prince paroiſſoit
enſuite accompagné de fix de
fes Gentilshommes . Il eſtoit
veſtu d'une Robe à queuë
traiſnante , de cinq aulnes de
long, portée par deuxGentilshommes
, & il avoir le Bonner
carré en teſte , & le Chaperon
en forme, Monfieur le Duc &
Monfieur le Prince de Conty
veſtus & accompagnez de méme
marchoient feuls , & cette
)
GALANT.
227
marche eſtoit fermeé par les
Gentilshommes,& par les Officiers
de leur Maiſon. Ces trois
Princes avoient le Collier de
l'Ordre par deſſus leur Chaperon.
Ils furent placez dans les
fix places des hautes Chaiſes
à droite qui estoient vuides ,
& au deſſus de la Chambre des
Comptes . Celles qui leur faifoient
face demeurerent vuides
pendant tout le Service
pour marquer plus de diſtinction.
Monfieur le Comte de
Moreüil , Premier gentilhomme
de la Chambre de feu Monfieur
le Prince , & Monfieur
Sanguin Capitaine de ſes Gardes
, eſtoient placez à la tefte
du Mauſolée & aux pieds
Monfieur le Comte de Lamarie
fon premier Efcuyer , tous en
Robes de deüil traifnantes , le
,
K
228
MECRURE
Bonnet carré en teſte le
Chaperon en forme. Les
Aumôniers du Prince défunt
eftoient autour de la Repreſentation
, les quatre Heraults
d'Armes aux quatre coins , &
le Roy d'armes à la tefte. Monfieur
de Blainville , Monfieur
de Saintot ,& Monfieur Martinet,
eſtorent placez fur une
mefme ligne au devant du Roy
d'Armes , Monfieur de Blainville
au milieu , & Monfieur
de Saintot àladroite . On avoit
dreffé une Tribune au deffus
de la pore du Choeur du coſté
de la Sacriftie , où furent placez
Incognito Madame la Princeffe,
Madame la Ducheffe,
MadamelaPrinceſſe de Conty ,
Mademoiselle de Bourbon ,
Monfieur le Duc du Mayne ,
&Monfieur le Comte deTouloufe
r
GALANT. 229
-Aprés vous avoir fait voir la
difpofition des Places , il faut
vous parler de la Décoration
dulieu. Monfieur Berrin ,Deffinateur
ordinaire du Cabinet
du Roy , qui depuis qu'il
a cette harge , a travaillé à
tous les Mauſolées qui ſe ſont
faits à Noftre Dame , & qui
a fait ceux de Monfieur de
Beaufort, de Monfieur de Turenne
, & de la Reyne , ayant
fait auſſi le Deffein de celuy de
Monfieur le Prince , a pris le
foin de le faire executer , & il
a eſté trouvé fi magnifique , ſi
bien entendu &de fi bon goût ,
que pendant tout le temps
qu'on y a travaillé , le Choeur
de Noftre - Dame a toûjours
eſté remply de perſonnes de la
premiere qualité ; de forre
que les Ouvriers pouvoient à
230
MERCVRE
peine trouver la placequi leur
eſtoit neceſſaire. Le Pere Meneſtrier
leſuite , ayant fait les
Deviſes &les Inſcriptions qui
ont ſervy àcette triſte Pompe ,
ces Ouvrages luy ont donné
occafion d'en faire un Livre ,
& dedécrire tout ce funebre
appareil. Ainſi je n'entreray
point dans le détail que vous
trouverez dans ce Livre,&me
contenteray de vous dire que
feu Monfieur le Prince s'eftant
fort diftingué pendant ſa vie
par fes actions militaires,toute
l'Eglife de Noftre-Dame eſtoit
décoréedemaniere qu'on peut
dire qu'elle repreſentoit le
Champde la Victoire en deüil,
où le Courage , la Valeur , la
France,& laGloire regretoient
la pertede cePrince. Le grand
Portail eftoit orné en dehors
GALANT.
de deux Palmiers fort élevez ,
dont les branches entrelafſées
formoient comme un Arc de
Triomphe. Les troncs de ces
Palmiers eſtoient enfilez de
diverſes Couronnes , ſemblables
à celles dont les Grecs &
les Romains recompenfoient
les belles actions des Soldats ,
& des Generaux d'Armées .
Ces Couronnes eftoient de
Laurier,deGramen , de Chefne,
de Paliſſades , de Crenaux,
&c. Leur matiere , & leur Figure
marquoient l'action du
Vainqueur qui les avoit euës ,
& celuy qui avoit merité l'une
de ces Couronnes ; s'eſtoit
toûjours trouvé fort éloigné
d'obtenir les autres ; mais perfonne
n'ignore que feu Monfieur
le Prince en avoit merité
plufieurs de chaque eſpece ,
333.
MERCURE
qu'il ſçavoittout ce qui regardel'Art
de la Guerre ,& qu'il
n'eſtoitpas moins grand Capi.
taine endonnant des Batailles
qu'en attaquant des Places.
Au deſſus de ces Palmiers on
voyoit la Mort victorieuſe du
Temps à qui elle arrachoit les
Armoiries de ce Prince ; mais
la Renommée prenant ſoin de
ſa gloire les enlevoit à la Mort,
&invitoit par ce qui fuit à rendre
les derniers devoirs à ce
grand Prince.
ADESTE , FORTES ANIMÆ ,
& Sereniffimo Principi
LVDOVICO BORBONIO
CONDÆO ,
Primo Regiæ ftirpis Principi ,
PRECIBVS
ET PIIS LACRIMIS
PARENTATE .
Toute la Façade de l'Egliſe
1
GALANT.
233
au deſſus des trois portes étoit
couverte de Drap noir , fur lequel
eſtoient deux lez de velours
chargez d'Armoiries.
4
Toute la Nef eſtoit tenduë )
de deüil avec deux lez de velours
ſemez de Fleurs de Lys ,
& de larmes entremélées au
deffus d'une longue rangée de
Trophées . Toute la vie de
Monfieur le Prince eſtoit décrite
en 30. Inſcriptions fur
autant de Tables de marbre .
Elles répreſentoient , fa naifſance,
ſon éducation , ſespremieres
Armes ; la Bataille de
Rocroy; la priſe de Thionville;
fon ardeur à combatre; fa fageffe
à conduire les Troupes;
la vigueur de ſes actions ; la
Bataillede Fribourg ; celle de
Norlingue; les priſes de Spire ,
Vormes , de Mayence , & dei
pluſieurs autres Villes d'Alle->
234
MERCVRE
magne;la priſe de Dunkerque,...
&de pluſieurs autresVilles des
Pays -bas,la Bataille de Lensile
Voyage de la Franche-Comté,
où il ſuivit le Roy ,& celuy de
Hollande où il aſſiſta àſes conqueſtes;
ile Combat de Seneff,
la Levée du Siege d'Oudenarde;
ſon dernier Voyage d'Allemagne
aprés la mortdeMonſieurdeTurenne
; fa retraite à
Chantilly;ſa Mort chrestienne,
& les Inſtructions qu'il a laiffées
aux Princes fes Enfans.
-On avoit élevé à la porte
du Choeur un Arc de Triomphed'Ordre
dorique,parce que
c'eſt Ordre militaire. Cet Arc
avoit deux faces , & reprefentoitd'un
coſté, la Vie heroïque
de feu Monfieur le Prince ,&
de l'autre ſa Mort chreſtienne;
le Courage & la Valeur étoient
de pleurs entre les colom-
۱
GALANT. 235
nes. Au deſſus de cet Arc de
Triomphe s'élevoit un grand
Obeliſque de lumieres àdeux
faces , fur l'une deſquelles la
gloiredu monde estoit figurée,
par une Victoire qui tenoit la
Baniere des Armoiries du
Prince défunt , & qui s'apuyoit
fur un Globe du monde.
Il y avoit au deſſus de ſateſte
unArbredont les feüilles tomboient.
On voyoit de l'autre
cofté la Gloire immortelle
dans le Cielavec une Couron->
ne d'Etoiles , & au deſſus de
l'Obeliſque estoit une Vrne
enflamée.
Tout le Coeur reprefentoit
un Camp compoſe de ſeize
Tentes de Guerre, & d'autant
de Trophées attachées à de
grands Palmiers qui s'élevoiét
entre ces Pavillons. Tout ces
1
236 MERCURE
Pavillons eſtoient noirs , ſemez
de lames d'argent , & avec des
Campanes de meſme pour repreſenter
le Camp de la douleur.
Ils eſtoient fourrez d'hermine
, & des Morts couchées
aux pieds des Trophées les
ouvroient pour faire voir ſeize
grandes actions de feu Monfieur
le Prince , repreſentées
en autant de Tableaux. Les ,
ſeize Trophées eſtoient accompagnez
des titres glorieux
que ce Prince a meritez par ,
ſes belles actions ...
On avoit attaché aux Pal- "
miers ſeize Medailles de bronzedes
Hommes Illuftres de la
branche de Bourbon , depuis ,
Robert de Clermont, cinquiéme
Fils de ſaint Loüis , juſqu'à ,
Charles de Bourbon , Pere
d'Antoine Roy de Navarre, &
4
GALANT. 237
premier Prince de Condé. Au
deſſous de tous ces ornemens
eſtoient 48. Déviſes en autant
de Tableaux octogone qui regnoient
autour du Choeur.
Le Mauſolée eftoit un grand
Portique d'ordre compoſitte,
poſe ſur ſept marches . Il avoit
quatre Colomnes entourées de
Palmes d'argent . Les Armoiries
de feu Monfieur le Prince
eſtoient fur les faces de ce Portique
avec tous leurs ornemens
. On voyoit à la face qui
regardoit l'entrée du Choeur
deux Figures qui reprefentoient
la Magnanimité , & la
Sageffe , & à celle qui regardoit
l'Autel , la Penitence , &
l'Eſperance chreſtienne. Chacune
de ces Figures avoit les
Simboles qui luy ſont propres ,
& eftoit accompagnée de deux
238 MERCVRED
Enfans. Elles eſtoient de Monſieur
le Hongre fameux Sculpteur,
connuparles Ouvrages
de diſtinction qu'ilaa fait pour
Verſailles,& qui travaille àune
Figure Equestre du Roy en
bronze pour les Eſtats de Bourgogne.
Cela fait connoiſtre
qu'on avoit choiſi tout cequ'il
y a de plus habile dans les Arts
pour travailler à cette pompe
Funebre, & que c'eſt par certe
raiſon qu'ellea eſté trouvéeſi
belle,&de fi bon gouft.
La Repreſentation eſtoit
ſous le portique queje viens de
vous décrire. Elle estoit couverte
du Poële de la Couronne
de drap d'or bordé d'hermine.
Du plat-fond de ce Portique
pendoit un Dais fur la Repreſentation
rataché aux quatre
Colomnes qui en portoient
GALANT.
239
l'édifice ; l'Immortalité ſembloit
voler versle Cielpoury
porter l'Image qu'elle tenoic
- de feu Monfieur le Prince. Un
grand pavillon de Guerre ſemé
de Fleurs de Lys &doublé
d'hermine , s'étendoit du haut
de la voûte ſur la Repreſentation
,& ſes pentes de plus de
80. aulnes de long ſe rattachoient
ſur les grands coſtez
du Choeur , dont tout le pourtour
auffi -bien que le Mouſolée
brilloit de lumieres placées
avecun art admirable. Ily en
avoitde quatre fortes , ſçavoir
des flambeaux , des Cierges,
des Lampes, &des Vrnes, d'où
fortoient de groſſes lumieres .
Tous les Corps de l'Archite-
Aurede l'Autel eſtoient profilez
de Lampes , & produifoient
un effet auſſi ſurprenant qu'a
greable.
240 MERCURE
:
T
+
- Toutes choſes ainſi diſpo
fees , & les Seances ayant eſté
priſes ,Monfieur l'Archevêque
de paris commença la Meſſe
en habits pontificaux. Monfieur
l'Abbé de laMothe , AГ-
chidiacre , & Chanoine , luy
ſervit de Diacre , & Monfieur
L'Abbé parfait de Sousdiacre.
La Meſſe fur chantée par la
Muſique de Noftre-Dame qui
eſtoit dans le Jubé .
- Aprés l'Evangile , Monfieur
l'Archeveſque ſe plaça dans un
Fauteüil pour recevoir les Offrandes
, ayant le Diacre & le
Sousdiacre à ſes coſtez.LeRoy
d'Armes s'eſtant alors levé de
ſa place , ſalua l'Autel , leClergé
, la Repreſentation , Mefſieurs
les princes,le parlement,
da Chambre des Comptes , la
Cour des aydes , l'Univerſité ,
&
GALANT. 265
nouvelle Adjudication,& quoy qu'on
ait voulu par ce nouveau Bail porter
les Fermes plus haut que l'on n'avoit
fait par le dernier , le Roy n'a point
voulu recevoir les encheres qui ont
eſté faites . Ce ſont de ces choſes dont
les exemples font rares , & peut- eftre
n'en trouveroit- on aucun. Les Gabelles
& les cinq groſſes Fermes qui ont
eſtémiſes en une Ferme ſeparée , ont
eſté adjugées à trente- fix millions.
Voicy les noms de ceux qui ont eſté
choiſis .
NOUVEAUX.
Meſſieurs François Berthelot.
7.7
Simon Berthelotou for Fils
ailné.
De Saint Amant.
Ricou,
Rolland de Châlons .
Poirel de grand Val .
Germain..TIDMA
ANCIENS .
Meſſieurs Mallet .
:
Brunet.
Collin.
Mars 1687 . M
266 MERCURE
De Benoift.
Pelliffier.
Dureau- Pallu.
Arnault de Palloquin.
DeTurgis .
DeRaymond.
Il reſte encore quatre perſonnes à
nommer pour ces Fermes .
Les Aydes & Domaines ont eſté
adjugez à vingt - ſept millions. Cenx
à qui cette adjudication a eſté faite ,
font.
NOUVEAUX .
L
Ceux à qui cette Adjudication a
eſté faite font , Ε εξηγησης εται
Meffieurs Delpech.
De Romanet.
f
Dumas.
Thomé.
Maynon.
DeMouchy.
ANCIENS,
Laugeoisd'Imbercourt ,
Robert.
De la Porte.
Bellin.

GALANT. 267
Il y a encoredeux perſonnes ànommer
pour cette Ferme.
Le bruit que Monfieur de Lulli a
fait dans le monde , ne vous aura pas
laiſſé ignorer ſa mort. Il est né àFlorence
,& il eſtoit encore fort jeune
lors qu'une perſonne de qualité l'amena
en France. Peu de temps aprés
it entra chez Mademoiselle d'Orleans ,
&enſuire chez le Roy , où ſa réputation
s'augmentade jour en jour. lamaishomme
n'a porté ſi haut l'Art de
joüer du Violon. Cet Inſtrument ef
toit plus agreable entre ſes mains
qu'aucun autre que l'on puiſſe s'imaginer.
L'uſage des Opera n'ayant pas
encore eſté introduit en France , le
Roy faifoit faire tous les ans de fort
grands Spectacles qu'on nommoit
Balets. Il y avoit un Corps de ſujer
repreſenté par un grand nombre d'Entrées
meſlées de recits. Monfieur de
Lulli ne fit d'abord les Airs que d'une
Partie ; mais comme il avoit un genie
merveilleux , & qu'il donnoit beaucoup
d'expreſſion aux choses qu'il
faifoit, il compoſoit les Entrées dont
M2
268 MECRURE
il faisoit les Airs , & enfin il travailla
ſeul aux Balets . Quelques jours avant
que d'eſtre attaqué de la maladie dont
il eſt mort , il dit à une perſonne digne
de foy , qu'il n'avoit jamais appris
plus de Muſique qu'il en ſçavoit à
l'âge de 17. ans ; mais qu'il avoit travaillé
toute la vie à ſe perfectionner ,
& cherchétoujours à donner aux choſes
qu'il mettoit en air des expreſſions
convenables à leur ſujet. C'eſt ce que
ne font pas la pluſpart des Maiſtres
de Muſique. Le bon goût du Roy
pour ce bel art le fit eſtimer de ce
Prince, Monfieur de Lulli eſtoit d'ailleurs
fort agreable. Il avoit beaucoup
d'eſprit , & l'on ne peut rien ajoûter
à l'agrement avec lequel il racontoit
les choſes qu'il avoit veues. Tant
d'heureux talens , & l'eſtime de
Sa Majesté luy acquirent celle de toutes
les perſonnes de la premiere qualité
qui luy firent l'honneur de le voir
familierement . Les Souverains , dont
il n'eſtoit connu que par ſes Ouvrages,
eſtoient tellement perfuadez de ſon,
merite , que pluſieurs luy ont fait des
GALANT . 269
Preſens confiderables & envoyé
leurs portraits. Une ſi haute réputation
lay fit meriter la Charge de Surintendant
de la Muſique du Roy.
Pendant que le travail des plaiſirs
de Sa Majelté l'occupoit entierement,
Monfieur Perrin , Introducteur des
Ambaſſadeurs auprés de feu Monfieur
le Duc d'Orleans , ayant cru que les
Opera pouvoient eſtre introduits en
France , en demanda le privilege&
l'obtint. Il fitenſuite une ſocieté avec
feu M. Cambert,Maiſtre de la Muſique
de la fenë Reyne Mere , dans laquelle
une perſonne d'une qualitédiftinguée,
&qui avoit fait paroiſtre ſamagnificecedans
un ſpectacle qu'il avoit liberalement
donné au Public , & dont il
avoit fait luy- mefme les machines , fet
fit un plaifir d'entrer. Cette nouveauté
plut au Public & eut affez de fuccés ,
mais enfin ces Meſſieurs s'étantbroüillez,&
Monfieur Perrin croyant avoir
juſte ſujet de ſe plaindre , tranſporta
fon Privilege à Monfieurde Lulli avec
l'agrement du Roy . On voulut l'inquieter;
mais ayant droit de celuy
M 3
270 MERCURE
qui appartenoit veritablement le Privilege
, la Juſtice ſe déclara de ſon
coſté. Aprés cela le Roy luy accorda
tout ce qu'il pût ſouhaiter , pour rendre
l'Opera confiderable. Ainfi ceux
qui ont cru qu'au préjudice du premier
Privilege , le Roy en avoit donné un
fecond qui annulloit ce premier,n'ont
pas eſtébien inſtruits. LeRoy garde
L'équité en toutes chofes,&fiMon
fieur de Lulli ne ſe fuſt accommodé
duPrivilege avec celuy à qui il avoit t
eſté d'abord donné , il n'en auroit pas
obtenu un autres. L'Opera parut entre
ſes mains avec de nouvelles beautez ,
&depuis qu'il a commencé a y travailler,
il acontinuéjuſques à ſa mort.
Quelque - temps avant qu'il tombaſt
malade , il fit chanter dans l'Egliſe
des Feüillans unTe Deum pour rendregraces
à Dieu du retour de la Santédu
Roy. C'eſt le dernier Ouvrage
qu'il ait fait chanter en perfonne.
Ainſi l'on peur dire qu'il a finy en
priant pour le Prince à qui il devoit
toute ſa fortune . Sa mort a eſté tout .
à fait chreſtienne, & fon eſprit aparu
GALANT.
271
4
1
juſqu'à ſon dernier ſoupir pat les cho
ſes touchantes qu'il a dites. Ila fait
quantitéde Legs pieux . Il avoit eu
l'honneur d'étre receu Sceretaire du
Roy il y a quelques années. LeRoy a
donné la Charge de Surintendant de
ſaMuſique à un de ſes Fils ,& a permis
qu'il diſpoſaſt de l'Opera. Madame
de Lulli en a un tiers ,& fcs Enfans
qui font au nombre de fix , en
ont les deux autres tiers. Ces perfon.
nes qui avoient ſoin de tout ce qui le
regarde , veulent bien continuer ,&
l'on jouëra alternativement aprés Paf
quet Amadis & Persée. On fait efperer
qu'au commencement de l'Hyver
prochain on donnera un Opera nouveau
, pour lequel on affure qu'on
n'épargnéra rien. Ce Publicen attend
beaucoup puiſque parmy les intereffez
il y a des perſonnes d'on tres bon
goût,&qui fontdans une eſtime gene
TaleOf
Le ſens de la prémiere des deux
Enigmes du dernier mois eftoit le
Forum. Ceux qui l'ont trouvé font ,
Meffieurs Rault de Roüen ; l'Amant
M 4
272 MERCURE
inconnu de lablonde de Reims , l'Amant
inconnu de la plus charmante
des trois Fillesdu petit Eleu de loigny;
le grand Amy Parent des Bacheliers
;leNeveu de la charmante Madelon
aux beaux Enfans de la ruë du
Four quartier S. Germain,D. Amant
de l'Aymable d'auprés la Poſte de la
ruë S. Antoine, le Baboüin du quarvier.
St Paul Mefdamoiſelles Bagage
de la rue des Vieilles Etuves ; P. Penfionnaires
des plus accomplies de
Mante ; l'Aymable Iavotte de la ruë
des Foffez S. Germain ; la Phrigie
protegeant laChampagne ; & labonne&
charitable Colonde Lagny .
- La ſeconde a efté expliquée furole
grain de Bled , par Meſſieurs de Quey,
Maiſtre des Ports & Ponts de Lyon ;
Harriveau ; C. Girard Chirurgien del
la ruedes deux Ecus ; Blafy de Monti
tauban Avocat au Parlement ; Meriel
Maiſtre à Chanter à Caen ; le Confident
diſcret de la ruë de Provence ;
le Solitaire de la Malmaiſon P. Be ;
l'Amant de la Belle inhumaine Confituriere
dela ruë S. Pierre de Caën ;
M
GALANTA
273
1
:
2
:
.
:
l'Amant de bon gouft , celebre Orateur
de la ruë des Filles ; la belle Leonnoiſe
de la Place Maubert de Quimper
; & l'aimable Bohemienne de Trevoiſec
de la mefme Ville.
Ceux qui ont expliqué toutes les
deux dans leur vray ſens font , Mefſieurs
de la Doeſpe de S. Oüen de
Caën ; Maurice Villet Perigourdin ;
la Prairie Cairon Mathematicien à
Caën ; E. Desforges le jeune ; l'infortuné
Tirfis de Moulins ; le Solitai
re de Goneſſe ; le Rival de l'Amant
de labelle Hortenſe & de l'Incomparable
Emilie pour Calixte; le meilleur
Enfant de la que Pierre Sarrazin ; &
les deux aymables Soeurs de la Porte
deBury. 10 2.1
. La premiere des deux Enigmes
nouvelles que je vous envoye , eft
de Monfieur de la Chauffée le jeune ,
d'Abbeville, 1300 7 201
!.
ENIGM E.
POur les bons & les mauvais
compsi .
void M
274
MERCURE
On me met ſouvent en usage ,
L'Avare ainsi que le faloux
Defonbonheurme croit legage.
Si je faist quelquefacheux tour ,
Jeſuis aussi fort neseffairs ,
Soit dans les myſteres d'Amour ,
Soit dans laplus fecrette affaire.
S
Le trouvepar tout de l'employ
Ame connoiſtre l'on s'aplique ,
Et jamais perſonaefans moy
NepourroitScavoir la Musique.
AVTRE ENIGME .
IE
dois point le jour à qui m'a
donné l'estre
Le nefuis point sensible & je n'ay
pointdeCorps.
Je suis pourtant visible , & pour me
bien connoistre
1
Il vous foudra Docteur faire tous.
vos efforts.
Bien que je fois aux Champs auffi-bien
qu'à la Ville,
Cependant pour me voir vous vous
tourmentez bien ;
ر
Que leplus doux Printemps n'en ſcauroitfaire
éclorre ,
Et que l'Hyver n'en peut ferrir pas
Ses rigueurs. 7
2011 ASS
I
•jous aux Champs aussi-vien
Ville
pour me voir vous vous
mentez bien ;
GALANT . 275
Quoy que l'on soit feavant, quoy que
l'onfoit habile,
Les lumieres chez- moy ne ferviront de
rien.
Il fait ſi froid que je puis encore
vous envoyer un Hyver. Il eſt de la
compoſition de Monfieur Luder.
Vous aurez des Printemps le mois -
prochain.
:
AIR NOUVEAU.
Hyver a bean glacer par un froid
r.goureux
Nos Ruiffeaux enchantez , nos aima.
blés Fontaines ,
L'adorable Philis dont je porte les
chaifnes [ter mes feux,
Pour braverſes frimats vient d'augmen-
Son beaux teint plus brillant que n'est
celuyde Flore ,
Fait naiſtreſurſon ſein plus de graces
&de Fleurs.
Que leplus doux Printemps n'en ſcauroitfaire
éclorre,
Et que l'Hyver n'en peut flerrir pas
Sesrigueurs.
276 MERCURE
Monfieur le Chancelier eftant venu
ce mois- cy prendre Seance au Grand
Confeil , dont les Chanceliers de
France ſont premiers Prefidens nez.ll
y a tant de choſes curieuſes & particulieres
à vous dire ſur ce ſujet , que
je n'ay encore pû les ramaſſer toutes.
L'y travaille avec ſoin , & vous aurez
là-deſſus le mois prochain un morceau
d'Histoire conſiderable. Il me reſte
auſſi à vous parler de la mort de pluſieurs
perſonnes de diſtinction. le
fuis , Madame , Voſtre , & c.
AParis ce 31. Mars 1687 .
2.
Π
no
di
ti
Es Peded
TABLE DES MATIERES
contenuës dans ce Volume .
Relude.
1
29.
Sonnet .
4
6
te Madrigal. 8
Deviſes Médaillons , & Médailles , fur
divers ſujets qui regardent le Roy.9
Feſte donnée à Marseille par M. Bugon
, Intendant des Galeres .
Vers d'un petit Opera intitulé , Inge-
21
ment du Soleil.
27
Prieres & Réjouiſſances faites à Marſeille
par les Comites des Galeres
.
36
A
Hiſtoire .
39
Actions de graces renduës,& réjouifſances
faites par les Officiers du
Siege de Senechal d'Arles . 43
Feſte de l'Academie de la méme Ville.
SI
Autres faites à Angers.
Autres faites à Montpellier.
$S8
62
TABLE.
63
Réjouiffances faites à Aix par Me la
Preſidente de Boyer-Bandol
Actions de graces renduës par les
Feuïllans de Rouen , avecun Extrait
du Difcours prononcé en cetteoccaſion.
68
Diſcours prononcé parMonfieurGodeau
au College des Graſſins ſur
la parfaite gueriſon du Roy. 72
Madrigal.
Ode.
80
82
Traduction d'une Ode Latine du
- Pere Comire leſuite faite par Monfieur
de Fontenelle. १०
Morts. 98
Priſe de Poſſeſſion de l'Abbaye de
Vernon par Madamede Berthemet.
124
Ceremonie faite aux Auguſtins de
Thoulouſe. 128
Déclaration du Roy. 132
Placet du Roy, 136
Brefs du Pape envoyez à M.l'Abbé de
Lionne.
Hiſtoire.
Démocrite reffufcité.
quet de Marſeille.
: 139
142
160
Secret admirable trouvé par M. Bof-
167
TABLE.
}
S
8
11
Lettres deM. de Comiers contenant
pluſieurs ſecrets merveilleux.- 171
Pieces de Claviſſin. 177
Livre de M. Foreſtier , contenant les
Tuſtes& principales raiſons qui ont
obligé les Proteftansde France à ſe
* réunir à l'Egliſe Romaine. 180
Lettre de Rome touchant la mort de
Monfieur le Duc d'Eſtrées ,& les
Honneurs Funebres qui luy ont été
rendus. 188
Service fait à Crepy en Valois pour le
mémeDuc. 196
Divertiſſement donnez à Monfieur le
Prince de Toſcane à Livourne. 198
Reponſe du Marcgrave de Baden àune
Lettre du Grand Viſir. 201
Honneurs funebres rendus par plu.
* ſieurs Corps de Dijon à lamemoire
ne fen Monfieut le Prince. 204
Service fait à Rollec en Bretagne
pour le méme Prince.
Détail de tout ce qui s'eſt paffé touchant
le Service Solemnel fait pour
le meſme Prince dans l'Egliſe Noſtre-
Dame de Paris .
109
210
Suite des Dames qui eurent l'honneur
1
TABLE.
: de manger avec le Roy à l'Hoſtel
de Ville. 250.
Monfieur le Duc d'Eſtrée eſt receu
Duo& Pair au Parlement.201
Mariage de Monfieur le Comte de
Guiche & de Mademoiselle de
Noailles . 252
Loterie du Roy.or 253
Suite du Journal de l'Ambaſſade de
Siam en France.danul 20254
Monfieur Amelot Archeveſque de
Tours 256
Predicateurs . 259
Compliment fait àMonfieur l'Arches
2 veſque del Paris par Monfieur
l'Abbé Boileau. 260
Mouveaux Fermiers Generaux. 264
Mort de Monfieur de Lully.
•Enigmes.
267
273
3
FIN.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le