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1686, 11 (partie 1) (Lyon)
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Eur.
511
m
1686.11
< 36624555080011
< 36624555080011
Bayer. Staatsbibliothek
33
m
Eur. 511 1686,11
Mercure
:
• MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
NOVEMBRE 1686 .
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY ,
ruë Merciere , au Mercure Galant.
M. DC. LXXXVI.
AVEC PRIVILEGE DU ROΥ.
Bayerische
સ્વ ORRRRRRRRRR$છ
AU LECTEUR .
Eux qui nejugent des Ou
C vrages que par le Titre,
Sans ſe donner la peine
d'en rien lire,&fansfaire
meſme un instant de reflexionfur
ce qu'ils voyent , pourrontse rebuter
d'abord du mot de Siam qu'ils trouveront
à la teſte de la seconde Partie
de ce Mercure , & dire que c'est
trop parler sur une mesme matiere
; cependant avec une mesme
matiere on fait tous les jours mille
chofes differentes. Onfait des Figu
res d'Hommes & d'Animaux avec
du Marbre , auſſi bien que des colomnes
, & tout ce qu'on veut faire
ลี
a
2
AU LECTEUR.
representer , &laſuite d'un Livre,
bien qu'ilait le mesmeTitre, ne doit
avoir que le Titre de commun avec
ce qui l'a précedé. Il faut Separer ce
qui regarde les Livres qui parlent
de Siam en deux matieres , qui
renferment deux Ambaſſades, Sçavoir
l'Ambassade de Monsieur le
Chevalier de Chaumont au Royau
me de Siam, & celle des Ambaffadeurs
du Roy de Siam en France.
L'Ambaffade de Monsieur le Che
valier de Chaumout a esté faite
par luy-mesme en un feul Volume ,
&la mesme Ambaſſade ,&non la
Suite, aesté mise dans leMercure
de Juillet,& dans un Volume entier
qui luy fert de ſeconde Partie . On
atraitéle mesmeſujet, parce qu'on
a eu divers Memoires pour faive
cetteRelation plus ample,&tout ce
qui regarde cette Ambassade est
finy dans ces trois Volumes . Ainsi il
AU LECTEUR.
!
n'est plus question que de l'Ambaf-
Sade des Siamois en France. Cellelà
n'est point double , n'ayant esté
traitée que par lefeulAutheur du
Mercure.Le premier Volume a pour
Titre, Voyage des Ambaſſadeurs
-de Siam en France, contenant la
Reception qui leur a eſté faite
dans les Villes où ils ont paſſé ,
leur Entrée à Paris, lesCeremonies
obſervées dans l'Audience
qu'ils ont euë du Roy , & de la
Maiſon Royale, les Complimens
qu'ils ont faits, la Deſcription des
lieux où ils ont eſté ,& ce qu'ils
ont dit de remarquable ſur tout
ce qu'ils ont veu.
Le ſecond Volume est intitulé ,
Suite du Voyage des Ambaffleurs
de Siam en France ,
contenant ce qui s'eſt paſſé
* à l'Audience de Madame laDauphine
,des Princeſſes du Sang ,
ā 3
AU LECTEUR.
&de Maſſicurs de Croiſſy & de
Seignelay , avecune Deſcription
exacte des Chaſteaux, Appartemens
, Iardins ,& Fontaines de
Verſailles , S. Germain , Marly,
& lagny; de la machine de
Marly ,des Invalides , de l'Obſervatoire
, & de ce que ces
Ambaſſadeursont veu dans tous
les autres lieux où ils ont eſté
depuis la premiere Relation , à
quoy l'on a joint leDiſcours qu'ils
ont fait au Roy.
On peut voir par ces deux Titres,
* que ces Ouvrages ne parlent point
des meſmes choses , mais on avertit
icy que l'extreme curiosité des Am
baſſadeurs de Siam ayant toûjours
augmenté , &leur ayant fait demander
l'explication de toute
qu'ils ont veu ,les matieres qui
font dans lefecond Journalde cetr
Ambaſſade , font traitées encore
AU LECTEUR.
1
i
plus à fond que dans le premier
Volume ,&que les Maiſons Royales,&
furtout Versailles ,yfont
décrites avec toute l'exactitude
poſſible ,& d'une maniere à donner
autant d'intelligence aux cusieux
, que s'ils avoient le Plan
àla main. On peut dire que l'on
verra dans ce Volume laseuleDefcription
de Versailles qui ait efte
jusqu'icy donnée au Public , les
Lambeaux qui en ont paru nepouvant
pas monter à la vingtième
partie de ce qu'on y trouvera , &
les choses mesmes ayant entierement
changé de figure depuis ce
temps là. On ne dit rien du reſte
du Livre qui contient Sept ou huit
autres articles aussi curieux que
wuveaux , c'est à dire , qui n'ont
point encore esté imprimez.
On peut croire que cetteAmbasfade
ayant déja remply deux Valu
AU LECTEUR.
mes , on ne la laiſſera pas imparfaite
,fans quoy ce qu'on a donné au
Public ne paſſeroit que pour des
Pragmens. Ainsi après avoirfait
un Journal de tout ce qui regarde les
Ambaſſadears depuis Brest , ou on
les a pris endébarquant , on les y .
reconduit, afin que tous ces Volumes
ensemble ne faſſent qu'un corps de
cette Ambassade, qui pourra tenir
rang parmy les Voyageslesplus curieux
, & qui pourra estre utile à
tous les Ambassadeurs qui viendront
en France , pour leur apprendre
ce qu'ils doivent voir. Les Livres
d' Ambaſſades ont toûjours eftè
fort recherchez , & nous ne cons
noiſſons point mieux la Chine que
dans un Livre in folio remply de
Figures , qui décrit la grande Am.
bassade que les Hollandois y firent
1659. dedié àfeuM. Colbert. On
n'oublierapas dans la ſeconde Par
AU LECTEUR.
tie de ce Journalle Voyage de Flandres
, qui a fait connoistre aux
Ambassadeurs la Grandeur du
Roy , & qui en faiſant voir mille
choses qui regardent la Guerre ,
n'a pas laiſſsé d'estre tout remply de
Festes & de galanteries. On ne
marque point qu'on ne laiffera rien
àdire sur cette matiere , on peut
voirsi l'on a traitéàfond celle que
renferment les deux Volumes de
cette Ambassade , dont le dernier
vient deparoiſtre avec celuy cy.
f
***********
LIVRES NOUVEAUX
V
de Novembre 1686.
Ies desSaints , nouvelle Edition , fol. 2.
vol . Paris grand papier 16. liv.
-Idem de papier ordinaire, 11. liv, auffi
de Paris , fol , 2. vol .
Hiſtoire de la Morée avec so , figures en
tailles douce de toutes les Villes que les Venitiens
ont emportées ſur les Turcs , 8.4.liv.
L'Eſpion du Grand Seigneur & ſes Relations
ſecrettes envoyées au Divan de Conſtantinople
découvertes à Paris, pendant le Regne
de Loüis le Grand , contenant les évenemens
les plus confiderables de la Chrétienté & de
la France indouze , 4. vol. 6. liv. les trois
derniers vollumes ſe vendent ſeparé pour 4.
liv. 1ο. Γ.
Hiſtoire des Oracles par Monfieur de Fon.
tenelle , Autheur du Dialogue des Morts ,
12. 30. f.
Voyage des Ambaſſadeurs de Siamen France
,contenant la reception qui leur a eſté faite
dans les Villes où ils ont paſſé , leur entré à
Paris , les ceremonies obſervées dans l'Audiance
qu'ils ont eu du Roy & de la Maiſon
Royale , les complimens qu'ils ont faits , la
deſcription des lieux où ils ont eſté , & co
qu'ils ondit de remarquable ſur tout ce qu'ils
ont vûjuſqu'à la fin de l'année 1686.12.2.vol.
40.ſols.le deuxiême tome ſe vend ſeparé pour
20. fols.
.
;
Tournal des Saints pour les Congregations
qui ſert de billets des Saints de mois en Latia
la main 45. f. & en François aufli 45 .
L'Homme inſtruit par ſa raiſon & par ſa
Religion , Dialogue Moral & Chrêtien, 8.2.1.
Le nouveau Negotiant , contenant les reductions
toutes faites des meſures , Poids &
Monnoyes de France , reduite aux meſmes
Poids & Monnoyes de diverſes Villes & Païs
concernant le Negoce , par le ſieur Ricard de
Bordeaux , inquarto , so. f.
*
L'Eſprit de la Religion , ou l'abregé du Livre
de la Science univerſelle des ſaintes Ecritures
, 12. 20. f.
Almanach de Milan 1587. 12. 20. fols.
De Liege pour 1687. 15. f.
Connoiſſancedes temps pour 1687.20.f.
Hiſtoire du Siege de Bude avec toutes les
particularitez fidelement écrite & circonftantié
le tout jour par jour , avec une grande fis
gure en tailledouce , par l'Autheur duMercureGalant
, 12. 20. f.
Lettre d'un Docteur en Theologie à un Miſe
fionaire de la Chine, 12. 20. f.
Livres que l'on Imprime & que l'on don
nera inceſſamment.
LesGrands Voyages de Monfieur Chardin ,
dela Perſe & des Indes Orientalles avec dixhuit
grandes figures en taille douce , 12. 2 .
gros vollumes.
Lebon uſage du Thé , du Caffé & du Cho
cholat parM. deBlegny avec pluſieurs figures
en taille douce.
LaNouvelleMethode accomplie du Blafon
du Pere Meneſtrier , indouze, Le Pontificat de
S. Leon , de M. Maimbour , L'Hiſtoire de
Loüis douziéme de Varillas & la ſuite des
Herefies auffi de M. Varillas , les Annales de
laGrece deMadame de Villedieu,& pluſieurs
autres dontje vous donneray Avis.
MERCURE
A
MERCURE
GALANT.
NOVEMBRE 1686.
J
E commençay ma Lertre
du mois paffé par
une Epître en Vers ,
qui contenoit une vive
peinture des vertus qui rendent
le Roy ſi digne de l'Immortalité
qu'il s'eſt acquiſe. Quand on
lit ces fortes d'Ouvrages , l'efprit
en eſt tellement remply , & la
Grandeur de Sa Majesté s'y trou-
Novembre 1686 . A
:
2 MERCURE
ve ſi bien dépeinte , qu'on croit
que l'Autheur n'a rien oublié
de tout ce qui peut la faire connoiſtre.
Cependant comme la
matiere eſt inépuiſable ,& toûjours
belle , lors qu'elle vient
à eſtre traitée par un autre , elle
nous paroiſt briller d'un nouvel
éclat , & l'on y découvre des
beautez que l'on n'a point encore
veuës ailleurs. Je ne doute
point que vous n'en trouviez
de grandes dans l'Ouvrage que
vous allez lire. Il eſt deMonſieur
l'Abbé de la Chaiſe. Quoy
qu'il ait eſté devancé dans ce
1
deſſein par beaucoup d'habiles
Gens , il n'a regardé que la matiere
,& ſeur de l'abondance
qu'elle fournit , il a fait parler la
Gloire. Il ſuppoſe que cette
Déeſſe eſt au Temple de Memoire
, où elle tient un pinceau ,
GALANT
3
& regarde un Autel particulier
qui luy eſt dedié , & qui d'un
coſté a pour ornement un Tableau
d'Auguſte , & une Table
d'attentede l'autre .
あれれ
PORTRAIT
DE
LOUIS LE GRAND
En paralelle avec celuy
D'AUGUSTE.
Aprésde cet Autel où je suis
Depuis le temps que j'y placé
Auguste que j'avois tracé,
Cette Table d'attente eft toûjours
demeurée.
A 2
4 MERCURE
L'Antiquité m'offrit en vain,
Pour mettre en paralelle avec ce
grand Romain ,
Les Heros qu'elle avoit les plus
dignes d'envie ;
Malgré cette fausse lueur
Que la Fable ajoûtoit à l'éclat de
leurvie ,
Aucun ne me parut meriter cet honneur.
Pour trouver icy place au mesme
A
rangqu'Auguste ,
C'estpeu que d'estre Conquerant,
Il faut qu'un Prince vraiment
Grand,
Soit vaillant , ſoit heureux , foit
prudent , ferme , & iuste ,
Qu'il soit l'Ame de ſes Etats ,
Qu'ildécide au Confeil , qu'il commande
aux Combats ,
Qu'ilfaſſe tout mouvoir , foit en
Paix, SoitenGuerro ,
GALAN T.
5
Etqu'aprés avoirſurmonté
Tout ce qui luy reſiſte &sur Mer ,
&Sur Terre ,
Ilforce les Vaincus d'admirer Sa
bonté...
Ilfaut que l'Univers le redoute &
l'estime
Et qu'adoredeſes Sujets,
Ilfoit l'ennemy des forfaits ,
Comme le Protecteur de tous ceux
qu'on opprime.com al vore
Quesimesmeon doutedes droits
Qu'ilprétendcontre ceux quireçoivent
ſes Loix ,
Ilfaut qu'en leurfaveur luy- mesme
ilse déclare.
DansAuguste on vit s'aſſembler
Toutes ces qualitezpar un concours
fi rave ,
Que iusqu'au Grand LOUIS nul
n'a pû l'égaler.
A
6 MERCURE
C'estceHeros François que doit fur
cette Table
Traceraujourd'huy mon Pinceau ,
Et ieveux luy faire un Tableau
Quin'ait à tousſes traits qu'Auguste
desemblablesp
Ala teste du ſes Guerriers ,
Comme Auguste on l'a veu courbé
Sous les Lauriers ,
Combartve,furmonter,&puis cal
mer le monde ;
Comme Augusteilfait tout mou-
Dans la Paix dans la Guerre , &
fur terve &fur l'onde
Sa conduite s'admire , & l'on craint
fonpouvoir.
১
Comme Auguste on l'estime on l'aime,
on le revere ;
Ses Alliez toûjours en luy
Rencontrent unſolide appuy
4
GALANT.
7
Et toujours fes Sujets y rencontrent
un Pere.
CePeuple avecfacilité
L'aborde comme Auguste , & s'en
voit écouté ;
Chezluy ceux qu'on opprime ont
toujours leur refuge
Comme Augaste enfes interests
Ilfuffit que l'on doute , il examine ,
iljuge ,
Et contre luy luy-mefme it donne
5. des Artepost an ghe va
Iepeindray donc ce Royfur leChar
de Bellonne bones) 3
Qui triomphe des autres Rois,
Je peindray leur ligue aux abois,
Quireçoit àgenoux lapaix comme
il là donne
Après les murs qu'il a forcez,
Paris,d'un pinceau d'or je peindray
tes foffez,
L'y peindray ce Vainqueur , mais
qui rendra les armes ,
A 4
8 MERCURE
~
Moy mesme auffiie m'y peindray;
Themis defarmera ce Herosparses
charmess
Et dans le meſme temps ie le couronneray.
Ainsi i'ay peint Auguste , & pour
ce grand Ouvrage afro
L'emprunteray tous ses beaux
traits , [faits ,
Mais il faut de ceux que i'ay
Pour ne m'y pas tromper , que ic
faffeuntriage.
Tout le Tableau de ceRomain
N'apas estétracé par une mesme
main
Ie voy couler dusang quin'est pas
de lamienne ,
Ces funestes proſcriptions ,
Ce dur Triumvirat , n'ont rien qui
m'appartienne,
Pour ces malheurs publics ie n'ay
point de crayons .
GALANT.
و
C'est ce qui de LOVIS fera la
difference
D'avec ce fameux Empereur ;
Sous ce grand Roy iamais l'horreur
D'un beau Sang immolé n'a fait
fremir la France.
Aucunevictime d'Etat
N'ade fon Regne heureux iamais
terny l'éclat ,
Jamais de fon couroux on ne l'avû
l'esclave,
Etpour le bien representer ,
Le vieil Auguste seul ,& non le
jeune Octave ,
Mefournira les traits que je dois
imiter.
Mais dans le vieil Auguste il ſe
rencontre encore
Des traits quiſemblent obfcurciss
On tel Prince n'a point de Fils ,
A
fo MERCURE
Dansſon plus grand éclatSon Sang
le des honore.
LOVIS au contraire aujourd'huy
Voit déia trois Neveux d'un Fils
digne de luy ,
Voit l'honneur deſa Cour dans leur
Auguste Mere ,
Et iepeindray tout àlafois ,
LOVIS ungrand Heros, LOVIS
2
an heureux Pere ,
LOVIS le plus puiſſans & le
meilleur des Rois.
Ainsi le Grand LOVIS remplira
uncaractere
cetteplace
Sous fi beau,
bleau
:
Qu' Auguste amesme enfon Tar
Des Sceptres àfes pieds qu'il faut
que i'en efface.
Parlà ie voulois deſſfigner
Combien il Surpaſſoit tous ceux
qu'on voit regner ;
Mais c'est àLOVISjeul que ces
marquesfont denës.
GALANT. 11
Tuprévoyois unfort pareil,
Quandparton ordre , Auguste , on
fondit tes Statuës ,
Afin d'en enrichir le Temple du
Soleil.
Quelques Eloges que tantde
beaux Eſprits zelez pour la gloire
deleur Prince , ayent donné
à ce Monarque , aucun ne l'a
encore loué fur l'Article que je
vais vousdonner pour nouvelle,
mais on n'en doit pas eſtre ſurpris
, puiſque la vie de Sa Majeſté
eſtant un continuel enchaî
nement de merveilles , les Ac
tions de grandeur &de pieté ſe
fuccedent tellement les unes
auxautres , que ſi on vouloit les
renfermer toutes dans un Ouvrage
, il ne fortiroit jamais des
mains de celuy qui oſeroit l'entreprendre.
Ce que j'ay à vous
:
A 6
12 MERCURE
dire de nouveau regarde la Paroiſſede
Verſailles que ce Prince
a fait élever à ſes deſpens ; en
forte que par les ſoins qu'il a pris
d'en faire fournir les fonds neceſſaires
, ce grand Ouvrage , ſi
digne de celuy qui l'a fait conftruire,
a eſté commencé & achevé
en deux années , auſſi - bien
queles beaux & grands Logemens
des Prêtres de la Miſſion
qui doivent deſſervir l'Eglife .
Toutes chofes ayant eſté miſes
en eſtat pour la conſacrer,Monfleur
l'Archeveſque de Paris
donna permiffion le 26. Octobre
dernier à Monfieur l'Eveſque de
Bethleem d'en faire toutes les
Ceremonies . Le jour en fut in
diqué le lendemain Dimanche
au Proſne de la grande Meſſe ,
pour le Mercredy 30. du meſme
mois. Le Lundy 28. Monfieur .
GALANT. 13
l'Eveſque ſe rendit à Verſailles
accompagné de Meſſieurs les
Abbez de la Mothe & de la Roche
,l'un Archidiacre , & l'autre
Chanoine de Noftre - Dame
de Paris ,tant pour obſerver le
leune qui avoit eſté ordonné
pour le jour ſuivant , à tous les
Paroiffiens de cette nouvelle
Eglife,que pour faire dés la veil
le toutes les chofes preferites
par le Pontifical . Le 30. la Ceremonie
fut annoncé au Peuple
àquatre heures dumatin par le
fon des Cloches ,& elle commença
fur les ſept heures en
cette maniere. Monfieur l'Eveſque
de Bethleem s'eſtant rendu
àl'ancienne Eglife Paroiffia-.
le , y prit ſes Habits Pontificaux
, & precedé de plus de:
quarante Preſtres de la Mif
fion , & de Monfieur Jolly
14
MERCURE
leur General , outre pluſieurs
Curez des environs , il en fortit
proceſſionnellement, ayant toûjours
prés de luy Monfieur
l'Abbé de la Mothe revêtu de
fon Surplis , avec une Etolle &
fon Aumuſſe . Il y laiſſa les Reliques
qu'on y avoit depoſées le
jour precedent , & aprés que
l'on eut fait l'Eau -beniſte à la
porte de la nouvelle Eglife , on
fit en dehors les Afperfions tout
autours juſqu'à trois fois avec
les Prieres propres pour une pareille
Ceremonie. En ſuite on
reitera en dedans les meſmes
Prieres , & les meſmes Aſperſions
avec l'Alphabet Grec &
Latin que Monfieur l'Eveſque
écrivitavec le bout de faCroffe
fur la cendre que l'on avoit répanduë
en croix ſur le pavé ; &
aprés beaucoup de Prieres,
GALANT.
15
d'Aſperſions & d'Encenſemens
faits ſept fois autour de l'Autel
qui devoit eſtre conſacré , on
retourna à l'ancienne Egliſe
prendre les Reliques de Saint
Julien & de SaintJucombe Martirs,
qui en eſtoient les Patrons,
& on les porta en Proceffion
autour de la nouvelle. Avant
que d'y entrer Monfieur l'Everque
ſe mit fur un Fauteüil à la
Porte , & fit un fort beau Difcours
for cette Ceremonie. Il le
finit par les Loüanges du Roy,
fit voir ſa magnificence & fa liberalité
, & exhorta les Peuples
dejoindre leurs Prieres aux fiennes
pour la conſervation d'un
Prince qui furpafſſoit les Conſtantins
& les Alexandres. Aprés
cela on rentra dans l'Egliſe , où
les Reliques furent enfermées
dans le Sepulcre del'Autel,avec
-
16 MERCURE
une pierre que Monfieur l'Eveſque
ſcella à chaux & à fable .
La Confecration ou Dedicaffe
fut faite ſous l'Invocation de la
Vierge , en memoire de ſa glorieuſe
Aſſomption ; & aprés
d'autres Ceremonies auſquelles
Monfieur Bontemps fut toûjours
preſent , l'on retourna encore
une fois à l'ancienne Egliſe,
d'où l'on apporta le Saint Sacrement
ſous un magnifique
Dais . Les Ruës eſtoient tenduës
des Tapiſſeries de la Couronne,
& les Recolets precederent le
Clergé Seculier à cette Proceffion
, à laquelle tous les Confreres
du Saint Sacrement aſſiſterent
avec un Cierge blanc à la
main. Madame la Mareſchale
de la Mothe & quantité d'autres
perſonne de qualité s'y trouverent
, auffi bien qu'à la Meſſe
>
17
GALANT.
qui fut chantée Pontificalement
par Monfieur l'Eveſque de Bethleem
, reveſtu des Ornemens
precieux que le Roy a donnez
à cette Eglife . Le nombre de ces
Ornemens auſſi bien que celuy
de l'argenterie & du linge , fera
connoiſtre aux Siecles à venir
la magnificence & la pieté de
LOUISLE GRAND. La Ceremonie
ne finit qu'à deux heures
aprés midy. 13
Vous ne ſerez pas fâchéeque
j'ajoûte à ceDétail la Deſcription
de cette nouvelle Eglife.
Elle eſt ſituée dans la Ruë de
Paris , en face de la Ruë, Dauphine
, par laquelle on entre
dans la Place du meſme nom.
Elle a eſte conſtruite de neuf de
fonden comble , de pierres de
taille. Le Portail , en compre.
nant les deux Tours,a dix- neuf
18 MERCURE
1
toiſes de largeur. Il eſt décoré
d'un Ordre Dorique de quatre
colomnesde front,& qui portent
auſſi quatre colomnes Ioniques ,
couronnées d'un fronton. Les
Tours font ornées de ce dernier
Ordre, letout avec de la ſculpture.
La longueur de l'Eglife
hors oeuvre eſt dequarante toifes
, & dans oeuvre , depuis le
grand Autel juſqu'à la grande
Porte , elle a trente toiſes. La
largeur de la Nef eſt de trentedeux
pieds , & la longueur de
la Croiſée de dix fept toiſes.
Les Arcades ont quatorze pieds
& demy , & les bas coſtez qui
regnent au pourtour , en ont
dix-huit.Les Chapelles ont neuf
pieds de profondeur. Au milieu
de la Croiſée eſt une Coupe ,
ou Cul de four , voûtée de pierre,
de fix toiſes & demie. La
GALANT. 19
১
Lanterne a vingt pieds de diametre,&
porte par dehors ſur
un grand quarré de maçonnerie
de huit toiſes de largeursla hauteur
fous clefen dedans de la
voûte eſt de neuf toiſes & demie;&
de la Coupe de la ' Lanterne
au pavé de l'Egliſe il y a
dix- huit toiſes . L'Ordre de dedans
eft Dorique; le grand Autel
eſt enrichyde quatre colomnesCorinthiennes
de Marbre,
de deux pieds de diametre,couronnées
de leurs entablemens
&frontons. Tous les Autelsfont
garnis de Tableaux des meilleurs
Maistres. A coſtéde cette
Eglife , le Roy a fait auffi conftruire
de fond en comble un
grand Baſtiment , pour le logement
des Preſtres qui la deſſervent.
Il conſiſte en un corps de
Baſtiment paralelle au coſté de
20 MERCURE
l'Eglife , de quarante quatre
toiſes de longueur ,& joint fur
la ruë à d'autres Bâtimens , renfermeune
baſſe court de treize
toiſes en quarré. Le Baſtimenta
fix toiſes deux pieds d'épaiſſeur,
&renferme par bas un grand
Corridor de quarante - trois toiſes
ſur douze pieds de large ,
avec cinq grandes Salles pour
les Exercices. Le Refectoire eſt
au pieddu grand Eſcalier. Le
premier étage , & l'étage en galetas,
ont chacun un grand Corridor.&
renferme plus de ſoixante
Cellules , & dix petits Appartemens
dedeux pieces. Le tout ,
enycomprenant les pieces pour
le ſervice de la Maiſon , comprennent
plusde cent cinquante
lieux differens . Ce Baſtiment ,
& l'Egliſe dont je viens de vous
parler, fontdudeſſein de MonGALANT.
221
fieurManſard , & Monfieur de
Louvois , qui comme Surintendant
& Ordonnateur des Baſtimens
de Sa Majesté , avoit fait
conſtruire en une annéel'Egliſe
&le Convent des Recolets ,
fituez dans le mefme lieu de
Verſailles , voulant répondre au
zele du Roy , a pris de ſi juſtes
meſures , que non ſeulement
tous cesBaſtimens ont eſté entierement
achevez en deux an
nées , mais que tous les dedans
ſe ſont auſſi trouvez faits , ainſi
quetoutes les Peintures qui embelliſſent
l'Eglife. Le jour de fa
confecration Monfieur l'Ever
que de Bethleem , Meſſieurs les
Abbez dela Mothe &de la Roche,
& tous ceux qui avoient
eſté employez à cette Ceremonie
, ainſi que les Perſonnes de
marque qui y aſſiſterent , furent
1
1
22 MERCURE
conviez par Monfieur Bontemps
àdiſner avec les Miſſionnaires
dans leur nouvelle Maiſon . Il y
eut ſoixante Portions , chacun
ayant mangé ſelon l'uſage du lieu
où il eſtoit . Tout fut ſervy avec
beaucoup de propreté,& un fort
grand ordre. Vous n'en doutez
pas , puis que Monfieur Bontemps
s'en meſloit ; c'eſt ce qui
fit qu'il y eut meſme des Portions
de reſte.
Monfieur Magnin , toûjours
remply d'admiration pour les
grandes choſes que fait le Roy,
continuë à marquer ſon zele
par ſes Ouvrages. Voicy trois
Deviſes avec un Sonnet de ſa
façon , qui meritent bien d'avoir
place icy. Le corps de chaque
Deviſe eſt le Soleil. La premiere
aces mots pour ame , Videt &
regit omniafolus.
GALANT
23
Il remplit deſa lumiere
LeMondede bout en bout ;
Seul du haut defa carriere
Ilvoit tout®it tout.
La ſeconde , Forma , virtute ,
nomine magnus
LOVISdanssa pompeuse& brillante
carriere
Eft comme le Soleil ;
En charmes , en vertus , en gran
deur , en lumiere .
Iln'a point de parcil.
La troiſieme ,Et Spes & gloria
rerum.
A mille corps divers
Uneheureuse influence
Fait Sentirſapuiſſance ;
Il est de l'Univers
La gloire&l'esperance.
1
1
24
MERCURE
LOUIS LE GRAND .
L
Other
SONNET
Es loüanges qu'on donne aux
Teſtes couronnées,
Tandis que le Heros que l'on love
est vivant ,
1
Paſſent pourun Encens mercenaire,
Souvent
Cen'est pas fans raison qu'elles
SontSoupçonnées.
Mais celle qu'à mon Roy jay mille
fois données ,
Ne viennent point d'un charme &
feint & decevant ;
Non, l'Univers jamais n'arien veu
de fi grand ,
Rien qui puiſſe égaler fes belles detinees.
Si
GALANT
ές
Si quelqu'un contredit à cette ve-
こ
Qu'ilparcoure avec moy toute l'An .
|
tiquité,
: F'y trouveray dequoy l'inftruire , ce
me.Sembles cois
爽
Car parmy tant de Rois qui font
こ、こévanouis ,
-Qu'iljoigne tous les temps les plus
heureux ensemble ,
2
:
Il n'en formera pas le Regne de
LOFIS.
Sous ce Regne quia rendu la
France ſi glorieuſe ,on ne voit
de Mandians , que ceux qu'une
faineantiſe volontaire empeſche
-d'accepter le travail qui leur eſt
offert de toutes parts , Sa Majeſté
ayant meſme ſouvent entrepris
de faire faire des Ouvra-
Novembre 1686 . B
i
26 MERCURE
2
ges afin de les occuper , & comme
Elle a veu l'obſtination de
pluſieurs à demeurer dans une
oiſiveté qui eſt importune , & à
charge au Public , elle a cru
pour le bien generaldevoir faire
la Déclaration ſuivante.
t
Loris, & c. L'application continuelle que Nous donnons à
tout ce qui regarde la Police generale&
le bien de nos Sujets . Nous
aporté à prendre un foin particulierpour
l'établiſſement &augmen.
tation des Hôpitaux Generaux dans
les Villes & gros Bourgs de nostre
Royaume , dans lesquels les Pauvres
qui ne sont en estat de travailler
, trouvent leur fubſiſtance
affeurée , avec une occupation proportionnéeàleur
âge&à leur infirmité,
& quoy qu'au moyen de
ces établiſſemens il ne dust rester
GALANT. !
27
}
1
aucun de nos Sujets à charge au
Public , Nous avons cependant esté
informez que plusieurs Valides qui
nefont dela qualitéà eſtre recens
dans les Hôpitaux,au lieu de s'employer
aux Ouvrages auſquels ils
font propres , & qui leur produi
roient leur ſubſiſtance , s'adonnent
àla mendicité, & s'abandonnant
à l'oiſiveté , commettent des vols ,
& tombent malheureusement dans
pluſieurs autres crimes : A quoy
voulant pourvoir , &empefcher un
defordre fi confiderable. A CES
CAUSES , en confirmant nos
Ordonnances & Reglemens cydevant
faits contre les Mendians
valides , Nous leur avons enjoint
& enjoignons par ces Presentes
Signées de nostre main , de se retirer
inceſſamment dans les lieux
&Provinces de leur naissance ,
ou autres lieux ,poury travailler
a
B 2
23 MERCURE
aux ouvrages ausquels ils voudront
s'employer , leurfaisant tres - expreſſes
inhibitions & défenſes dc
mendierſous quelque pretexte que
ce ſoit ; & en cas qu'acuns Valides
fuſſent trouvezmendiant , huit
jours aprés la publication des Preſentes
, voulons qu'ils soient pris
& arrestez , de l'Ordonnance de
nos Baillifs , Senéchaux , leurs
Lieutenans & autres Officiers , &
partes Prevoſts de nos Cousins les
Maréchaux de France, & conduits
és Prisons les plus prochaines , pour
Sur le témoignage de ceux qui les
auront vû mendier , ou autre preuve
& notorieté suffisante de leur
mendicité , estre condamnezaux
Galeres pourle temps de cinq ans.
Si donnons en mandement , & c .
Je ne ſçay ſi vous avez entendu
parler d'un petit Nain,
GALANT. 29
qui a fait icy plus de bruit que
le plus grand homme. Il a trente-
cinq ans avec une Mouſtache
d'un doigt , & n'a que quatorze
pouces de hauteur. Il eſt
de Bretagne , & a eſté envoyé
à Sa Majesté par Monfieur de
Lavardin , Lieutenant de Roy
de cette Province. C'eſt ce qui
a donné lieu au Madrigal que je
vous envoye. On y fait parler
le Nain.
Nonje nemeplainspoint de ce
que laNature
M'a fait de petite structure ,
C'est un bonheur pour moy qui par
tout retentit .
Je n'aurois pas la gloire fans
Seconde
D'estre au plus grand Homme
dumonde,
Sije n'estois le plus petit.
B 3
30
MERCURE
Rien n'eſt plus juſte & plus
agreable que ce Madrigal. Auſſi
a t'il receu plus d'applaudiſſement
quel'on n'en donne fouvent
a de grands Ouvrages. Il
eſt de Monfieur Vigner , ainſi
que la Lettre que vous allez lire.
Vousy trouverez une Avan
zure fort finguliere dont je vous
puis garentir la verité , puif
qu'il veutbienqueje vous l'en
voye , non ſeulement ſous ſon
nom , mais encore de la maniere
qu'il l'a écrite. Quoy qu'il
p'y ait rien dans cette Avanture
qui puiffe choquer perfonne, &
que la Nature ſoit ſeule àblaf
mer , je ne vous l'envoyerois
pas , fi les choſes qui ont eſté
plaidées à l'Audience d'un Parlement
, pouvoient ne pas devenir
publiques.
SGALANT. 31
A ME LE BARON DE C***.
Drisque malgré tant de belles,
reſolutions la tentation enfin
vous a pris de vous marier, ne vous
laiſfezpas tant aveugler par vostre
paffion quevous en foyezla dupe.
J'avois cru jusqu'à present que
quand il estoit queſtion de choisir
une Femme riche & bien faite , il
fuffiſoit de prendre garde àſa teſte;
mais aujourd'huy je vous dis qu'il
faut mesme prendre garde à fes
pieds , pour ne pas tomber dans
l'inconvenient de ce Gentilhom_
me de Bourgogne ,qui pour n'avoir
pas eu ceſoinvoulut ces jours paf-
Sezfaire caffer fon Mariage. C'est
un hommefort riche , & qui fait
ordinairement fa demeure à la
Campagne proche de Dijon. Quel
B 4
32 MERCURE
ques uns defes Amis estant venus
luy rendre viſite , il leur propoſa
d'aller voir une fort belle Maison à
trois lieuës de la sienne ,& où il
n'avoitiamais esté. Une Veuve en
estoit Fermiere Son Mary luy avoit
laiſſe en mourant de grands Biens
&deux fort belles Filles ,mais la
beauté de la Cadette l'emportoit
Sur celle de l'Aisnée. La Dame
recent ces Messieurs fort honneste.
ment , leur fit voir tous les Appar
temens du Chasteau les Avenuës
& les Iardins.Elle avoit donné l'ordre
àses deux Filles de tenir la
Collation preste ,de forte qu'au retour
de la Promenade la Compa
gnie trouva une Table proprement
couverte des plus excellens fruits
de la Saifon. Onse rangea autour
fans ceremonie,mais les deux Fil-
Les voulurentſe retirer. Ces Mefſieurs
coururent aprés ,& dirent à
GALANT.
33
2
la Mere qu'ils s'en iroient fi elles
nes'y mettoient pas.Ellessemirent
donc àtable & en firent les bon-
-neurs ; & la Cadette particulierement
les faisoit defi bonnegrace,
a que noftre Gentilhomme fongeoit
bien moins à manger qu'à laregarder
, ou plûtoſt à l'admirer ,&fi
ſes gens ne l'euffent averty qu'il
avoit trois lieuës àfaire &que la
nuit approchoit , iln'auroitpas penféàremenerSaTroupe
chez luy. Ie
vous laiſſe àjuger , Monfieur , tout
ce qui fut dit par le chemin en faveur
de ces deux Belles ,& l'estat
où le coeurde nostre Amant ſe trouva
quand le lendemain ſes Amis
luy eurent dit adieu. Ce fut avec
peine qu'il attendit jusqu'au jour
fuivant à retournervoir ce qui l'ar
voit déja jettédans des inquietudes
extraordinaires. Il feignit de
faire un Voyage plus éloigné, afin
BS
34 MERCURE
1
de paſſer chezla Veuve. Lors qu'il
en fut proche il rencontra heureu
Sement celle qu'il cherchoit au bout
d'une grande Allée , jusqu'où elle
avoit conduit sa Mere qui estoit
allée à quelque Métairie voisine.
Cette aimable Fille ne fut point
déconcertéedefa rencontre ,& il
trouva tant de ſageſſe, tant d'ef
prit , & tant d'agrement danstou
tesses réponſes , qu'il s'en retouraa
dans la reſolution de la demander
en Mariage. Cette propoſition furprit
la Fermiere. Elle crut d'abord
que c'estoit un railleur ; mais com.
mesa demande estoit accompagnée
de fermens pour luy persuader
qu'il parloitferieusement , elle fit
fes efforts pour tuy donner le change,&
luy representa qu'il estoit
juste que l'Aiſnée paffast devant
fa Cadette , & qu'elle luy feroit
tous les avantages poffibles pour
GALANT.
35
2
reconnoiſtre l'honneur qu'il faisoit
àſa Famille ; mais il falut ceder
aux raisons & à l'inclination de
l'Amant , qui d'ailleurs estoit un
Party trop confiderablepour le refufer.
LaFille quin'avoit rien oublié
pour le détourner de penser àelle ,
luy avoüa enfin qu'elle feroit la
plus ingrate perſonne du monde
si elle n'estoit pas touchée d'une
auſſi forte paſſion que celle qu'il luy
témoignoit ,& leſupplia de croire
que le refus d'une auffi grande fortune
que celle quise preſentoit en
Sapersonne, ne provenoit que d'un
défaut qu'elle avoit ,& qu'elle ne
pouvoit vaincre. Le Gentilhomme
la conjura de s'expliquer davan
tage , & luy fit mille protestations
de l'aimer paſſionnement , quelque
grand quepust estre ce défaut qui
Se vouloit opposer à son amour.
Puisque vous le voulez ſcavoir ,
B 6
36 MERCURE
dit - elle, avec un vermillon qui
donnoit un nouveléclat àſabeauté,
je vous diray , Monsieur , que la
Naturem'a donné une telle averfionpour
les pieds nuds , que je ne
puis mesme souffrir la veuë des
miens ; c'est pourquoy fi vous desirez
fincerement que j'aye l'honneur
d'estre vostre Femme, il faut que
vous me prometiez de coucher toute
voſtre vie chauffé , & de trouver
bonque j'en faffe de mesme. Quoy
que cela fust capable de faire refver
un homme , ilne beſita pas nn.
momentà le luy promettre , & elle
eutfuiet d'estre contente des affurances
qu'il luy en donna. Ainsipeu
de temps aprés onpaſſale Contract
de Mariage , par lequel il luy
fit tous les avantages que la Cou
tume permet. La nuit tant desirée
arriva. Le Gentilhomme &la De
moiselleſe mirent au lit, chauffez
GALANT 37
Eun & l'autre , & l'on ne vit iamais
de Mariez plus contens qu'ils
Leparurent le lendemain au matin.
Ce bonheur dura pluſieurs années
mais il arriva quʼuniour de Gentil
hommefit une Partie de Chaffe où
ilfut bleſſe. On le reporta chez luy
toutsanglant , ce qui ſaiſit telle
mentsa Femme qui l'aimoit fort
tendrement , qu'elle s'évanoüit. On
fit tout ce que l'on pût pour la fou--
Lager ,mais ilfalut envenir à une
Saignée du pied qui découvrit le
mystere qu'elle avoit caché avec
tant de foin. On tay trouva des
pieds & des jambes de Chevre ,
dont le Mary conçeut une tellehorreur
, que dans cet inſtant il cut
autant de haine pour elle qu'ilavoit
eu d'amour. Il la fit ofter de fa
presence ,& neput souffrir depuis
ce temps. là qu'elle parust devant
Luy. Ilpresenta ensuite Requested
38
MERCURE
Meſſieurs du Parlement de Dijon
pourfaire cafferfon Mariage, al-
Leguant qu'il avoit épousé un
Monstre plûtost qu'une Femme.
Surquoy les Parties appellées l'Avocat
de la Dame parla le premier.
D'abord il fit voir qu'unesi
grande défectuosité n'avoit point
d'autre cauſe que l'imagination de
SaMere,quiſe voyant groſſe d'elle,
s'avisa de faire alaioer sa soeur
aisnéepar une Chévre , dont elle
avoit ſoin de tenir les pieds depeur
d'accident ; & il dit ensuite des
chosessifortes&fi touchantes en
faveur de la Dame que toute
IAudience en fut émeuë. Le Gentilhomme
mesme n'y pût reſiſter ;
i'l en fut attendry , & comme il
portoit inceſſamment ſes regerds
fur celle qu'il avoit aimée avec
tant de passion , ses beaux yeux ,
quoy que languiſſans , ayant pene
GALANT. 39
tréfon coeur ,il repaſſa tout d'un
coup de la haine àla tendreſſe , en
- forte qu'il défendit àfon Avocat
de répondre. La Courfur celarendit
fon Arrest , & renvoya les
Parties hors de Cour & de Procés.
Le Gentilhomme plus amoureux
que iamais conjurasa Femme d'ou
blierſes foibleſſes &de retourner
chez luy ; mais elle n'ena voulu
rienfaire iusqu'àpreſent. On croit
que la Cour rendra unſecond Ar
reft qui portera , que ceux qui se
marieront à l'avenir , ne coucheront
point avec lenrs Femmes qu'ils
ne les avent fait déchauffer ,&
qu'ils ne leur ayent fait laver les
pieds devant eux ,de pear qu'on
ne leur lave la teste à eux-mes.
mes. Ie fuis , Monfieur , Vostre
&c.
L'eſprit de l'homme eſt ſi
inventif, qu'on peut dire qu'en
40
MERCURE
beaucoup de rencontres l'Art
par fon moyen l'emporte
fur la Nature . D'un coſté il polit
ce qu'elle nous donne de
groffier , & d'imparfait , & de
P'autre il luy preſte des forces , &
la fait pour ainſi dire revivre
quand elle languit dans un
Corps abbatu de maladie , &
enfin il ſçait repouſſer ſes deffauts,
& la fait en quelque forte
rentrer en elle- meſme ; comme
nous voyons par le ſurprenant
Secret du Sieur Sigouney qui demeure
dans l'Iſle Noſtre - Dame..
Heſt aſſez heureux pour pouvoir
remeure les Tailles mal- faites
des jeunes Enfans par de certains
Corps à reffore dont il a
trouvé l'invention , & que perſonne
n'a pû encore contrefaire..
Plus les Enfans font jeunes
plasil les redreſſe ; mais il eſt"
GALANT 41
/
fort mal aiſé qu'il en vienne à
bout quand ils ont une fois atteint
l'âge de quinze ans . Vous
jugez bien que je ne mettray
pas icy la Liſte des jeunes Perfonnes
qui avoient des Tailles
qui leur eſtoient à charge , &
qui font preſentement auffi
droites , que ſi elles n'avoient
jamais eu ſujet de ſe plaindre de
la Nature. Quoy qu'elles
n'ayent plusaucune marque de
ces deffauts , il y auroit peut-!
eſtre des Maris aſſez fantaſques
pour intenter Procés à leurs
Femmes comme celuy dont
je viens de vous parler , qui
pourtant pourroit avoir eu plus
de raiſon de ſe plaindre de ſa
Femme & de la Nature. On
peut dire d'un autre coſté que
l'eſprit de la Dame avoit fait
encette occaſion tout ce que
42 MERCURE
l'adreſſe eſt capable de produi
re , pour luy cacher un défaut
dont elle ne devoit point eſtres
refponfable. C'étoit l'unique
party qu'elle avoit à prendre ,
puiſque la Nature ne pouvoit
eſtre ny changée , ny corrigée ,
qu'il luy auroit eſté inutile d'avoir
recours à l'Art , comme
celles qui ſont devenuës plus
droites qu'elles n'étoient par le
moyen des Corps àreffort. Parmy
cellesdont le Sieut Sigouney
a heureuſement corrigé la taille
, il y en a d'aſſez détachées du
monde pour vouloir bien rendre
témoignage à la verité , &
dire en quel eſtat elles eſtoient,
avant qu'il leur euſt rendu ce.
bon office.
Le grand nombre de Conqueſtes
eſt quelque choſe de
doux pour la vanité des Belles,
GALANT. 43
4
mais c'eſt bien ſouvant un avantage
dont la ſuite eſt dangereuſe
,& en voulant trop avoir , if
eſt à craidre qu'on ne garderien.
L'Avanture que vous
trouverez ſous des noms d'Oiſeaux
dans la trable que je
vous envoye , eſt un exemple
fur lequel on pourra faire d'uti
les reflexions.....
LA PINCONNE.
2
FABLE.
a
Our l'incertain abandonner le
Pourl'ince feur
٠١
Est ,àmonsens , trait de peu defageffe,
C'est en un mot,n'avoirpas l'eſprit
meur,
C'est s'oublier ,&n'avoir pas d'adreſſe.
44
MERCURE
Gensfont afſfezqui manquent en ce
: point ,
Etfottement donnent dans l'appa .
rence ,
Si dans ce cas ils ont peu de prudence
,
C'eſt - là le fait ,& je n'en doute
point.
Si l'ignorez , jadis en une Fable
Par maints beaux dits Efopele
prouva;
Mais en ce jour Hiſtoire veritable
Sous noms d'Oyſeaux, Surprenante,
agreable ,
Vous l'apprendra. Voicy comme il
en va.
Dans une Voliere charmante
Fut une Pinçonne fringante ,
Belle caufeuse , & qui n'ignoroit
rien ,
Pleine d'esprit , de maniere engageante,
:
GALANT.
45
Au veste , Pinçonne de bien ,
Etqui parloit Italien
CommeSa Langue naturelle.
Enfin tout ce qu'il faut avoir
Pour estre parfaitement belle ,
Elle l'avoit , & qui pouvoit la voir
Incontinent estoit amoureux d'elle.
Moult en estoit , mais un tres-facheux
cas
: Desesperoit ; elle estoit infidelle
Autant quefut iamais femelle ,
Faisant toutson plaisir , quand on
goutoit l'appas
De certains tours fins de prunelle,
D'inspirer de l'amour , & de n'en
garderpas.
Deſes Amans grande estoit laſequelle.
On y voyoit un Perroquet
Plein desçavoir & de caquet ,
Beau diſeur, conteur de fleurette,
Mais de fon Bienle caleul trop tost
fait
46 MERCURE
N'avançoit pas fon amourettes
Il faut du Bien , prou d'écus font
effer.
Cen'est paspourtant que le drole
Par beau maintien ,& par belle
parole ,
N'eust tant foit peu gagné fon
coeur.
Mais quoy , tout change , & par
malheur
• Changeante estoit noftre mignonne;
D'ailleurs affez bonne personne.
Ce changement I avoitfait enrager,
Pefter , crier , ilvouloit ſe vanger ,
Mais comme enfin de toutonse confole
,
Auſſi s'en confola l'avisé Perroquet,
Et tout hommefage ainfifait.
Depuis l'Oyfeau joua fon rolle ,
En Oyseaufage,&de bon iugement
PrésdePinçonne eftoit encor un au
tre Amant.
GALANT .
47
C'estoit maistre Butor , de tous le
moin charmant ,
Auſſi jadis aimé , mais pour qui
l'inconstante
أ
Estoit alors affezindifferente ,
Lors qu'un Pinçon de maniere
éclatante ,
La voyant un beau jour , d'elle s'amouracha
,
Nypeu ny prou ne la facha.
Il estoit beau , bienfait, avoit une
Efcareille
Pleine d'écus , item fort grande
Kyrielle
De belles qualitez , plus estoit de
Maison ,
Avoit l'esprit tourné de la bonne
façon , [la Belle,
Somme toute , il estoit avenant pour
Tous deux en affez peu de temps
L'un de l'autrefurent contens;
Ils se marquoient une tendreſſe
extrême;
i
48 MERCURE
2
Si l'un iuroit d'aimer toûjours ,
L'autre ausfuost faisoit de mesme,
Etpromettoit d'éternelles amours.
Eloignez,ilsſouffroient avec impatience,
Ce n'estoit que sanglots , que larmes
, que foûpirs ;
Se revoyant ce n'estoit que plaiſirs.
Tous deux avoient mille defirs ;
Pour deviner ſur quoy n'est besoin
descience,
Pendant ce temps un autre Oy
Seau
En donnant au Pinçon de ialouſes
alarmes ,
De cet Amourfi plein de charmes
Mal àpropos vint creuſer le tombeau
Un certain Roffignol de noble parentage,
a [boccage,
Lemieuxrenté des Oiseaux du
Ayant veu par hazard Pinçonne,
enfut épris ;
Il
GALANT.
49
Itla choisit pourſa Cloris ,
Mit toutſon ſçavoir en usage ,
Pour luy donner l'amour qu'il a
voit pris.
Pas n'y faillit ; l'éclat de fa
naissance ,
D'un gros bien la belle apparence
Estoient d'affez puiſſans attraits,
Outre mille autres galans traits
Dont il sçavoit afſaiſonner la
choses 2
Il en avoit croqué plus d'une à
moins defrais.
C'estoit un maistre Sire , en Vers
ainsi qu'en Profe
Il l'emportoit , il estoit écouté ,
S'il parloit , c'estoit un Oracle ,
S'il faisoit , c'estoit un mira.
cle,
Pinçonne en luy ne trouvoit que
beauté.
Auſſi rien n'épargnoit pour attendrirſon
ame ,
Novembre 1686 . C
50 MERCURE
Parmille emproſſemens il luy marquoitſa
flâme ,
Sans ceffe ilſoupiroit , pleuroit mesmeſouvent
,
Afin de la rendre plus douce.
Mais en amour quelques soupirs
qu'on pouffe ,
1 Autant en emporte le vent.
Pinçonne cependant payoit de com
plaisance [Amant,
Les petits Soins deson nouvel
Etpleine de reconnoiffance
Luy marquoit son reffentiment.
Pour luy d'abord on conceut de l'eftime
Delàfansypenſer on vint à l'amiz."
tié
7
Ensuite l'onse fit un crime
Dene le payer qu'à moitié.
Il falloit plus ; un Roſſignolfi
tendre ,
Meritoit bien pourluy que l'on prist
も de l'amour ,
GALANT5
:
Pinçonne ne s'en pût deffendre ,
Le Galant sçavoit plus d'un
tour...
Pour la contraindre de ſe rendre.
Pinçon eut beau pleurer&. demander
raifon ,
<
Pinçonne fut fourde à Pinçon ;
De Rossignol elle estoit trop
éprise.
Chaque Oysean fe fcandalise
De ce cruel changement ,
Mais l'ingrate fit ferment
Den'en faire qu'àsa guiſe.
Qu'arriva - t - il ? Le Pinçon de
Solé, १ ..
Après avoir crié , parlé , ...
Maudit Pinçonne & fa Maigrie
: folé ,
Par noſtre Perroquet à la fin con-
Traita fon amour demanie ,
Reſolut de changer de vie,
> C2
52
MERCURE
Et de chercher dans une autre
Beauté.
Plus de conſtance & de fidelité.
Une Linote fincere
Dont il devint amoureux ,
Le rendit bien- toft heureux.
Elle estoit faite pour plaire .
Comptoit parmyſes Ayeux
Les Oyſeaux les plus fameux ;
Tout conſpiroit pour leur joye ,
Et les jours de ces Amans
Sans Soucis &fans tourmens
Paroifſſoient filez de foye,
Iln'en estoit pas ainſi
Des jours que paſſoit Pinçonne;
L'Amant d'abordfi transi
En peu de temps l'abandonne.
Du nom d'Epoux point n'estoit
enteſté;
Outreplus , en Pinçonne ilnetrouvoitfinance
ConvenableàJa qualité,
GALANT. 53
Etfans écusunebeauté
Ne merite pas qu'on y pense,
Roffignol en faisant une infidelité,
Fit voirà la Bellevolage
Qu'elle eust esté cent fois plus
Sage,
Sifon coeurfatisfait d'un tendre
empreſſement
Eust conſervé pinçon pour fon
Amant ,
Sans en demander davantage.
On ne m'a point dit le nom
de l'Auteur de cette Fable. Je
ſçay ſeulement qu'il eſt de
Troyes , & qu'en l'envoyant à
Mademoiſelle C... il l'accompagna
de ce Madrigal.
Sha
Ila Belle dont ils'agit
Avoit eu vos yeux , vostre
esprit;
C3
14
MERCURE
Et mille qualitez qu'en vous cha
cun admire .
Pinçon malgré son changement,
Quelque chose qu'on eust pû dire
N'auroit jamais ceffé de l'aimer
un moment.
Voicy un Air de Monfieur
l'Abbé , de qui vous connaiſſez
leGenie par ceux que je vousay
envoyezde ſa compoſition avant
qu'il fût étably à Roien, où on
l'a fait venir de Caën comme un
homme rare , & qui paſſe pour
un des plus habiles Muſiciens
du Royaume , non ſeulement
pour l'Art de compoſer , mais
auſſi pour la belle métode du
Chant , qu'il enſeigne à tout ce
qu'il y a de Perſonnes de qualité
dans la Ville.
J.
55
éme,
faut
avoir
hofes
effer
eſtre
enlors
i les
puis
s'elt
ce la
artin.
Roy
,
14
Et n
Nu
P
2
N'a
ΓΑΙ
leG
env
qu'i
l'af
hon
טמ
du
pou
aufl
Ch
qu'
téd
4.
et
GALANT. 55
:
AIR NOUVEAU .
En
A douleur est extréme,
Feene puis le celer ,
perdant ce quej'aime
Comment me conſoler ?
Mon mal eſt ſans remede , il faut
perdre la vie ,
Mourons mais du regret d'avoir
perdu Silvie.
Comme toutes les choſes
dont la cauſe eſt bonne & l'effer
agreable , doivent toûjours eſtre
eſtimées , quoy qu'arrivées entre
des particuliers fur tout lors
qu'il ſont d'une qualité qui les
diftingue , je croy que je puis
vous faire ſçavoir ce qui s'eſt
paſſé au Havre de Grace la
veille & le jour de S. Martin .
La parfaite ſanté dont le Roy
,
C4
56 MERCURE
joüiſſoit à Fontainebleau , & le
ſouvenir encore recent de la
naiſſance de Monſeigneur le
Duc de Berry ayant diſpofé
tous les eſprits à la joye , Monſieur
le Duc de Saint Aignan
qui ſe trouvadans fon Gouvernement
, & dans la Ville du
Havre , où il ne s'eſtoit encore
rien fait d'aſſez éclatant pour
celebrer ces deux Feſtes , &
marquer le zele qu'il ſçait fi
bien inſpirer dans le coeur des
Peuples , ſurtout ce qui regarde
Sa Majesté , donna un diſner la
veillede la S. Martin à Monfieur
de Montmor , Intendant general
de la Marine de la Province
de Normandie , que la délicateſſe
, l'abondance , & la
propreté de la table qu'il
tient ordinairement au Havre ,
ne rendirent pas moins deliGALANT.
17
cieux, que laCompagnie de Cavaliers
& de Dames qui s'y rencontra.
Le reſte du jour fut employé
en Concerts , promenades
, & autres divertiſſemens ,
qui ne manquent point dans la
Maiſon de ce Duc. Le lendemain
, jour de S. Martin, ce Gouverneur
accompagné de Madame
la Ducheſſede S. Aignan,
&d'une ſuite nombreuſe de
Gentilhommes,d'Officiers & de
Dames des plusqualifiées de la
Province , s'eſtant rendu ſur les
cinqheures du ſoir chez Monfieur
de Montmor , où il eſtoit
priéde ſouper , fut receu au for
des Tambours , Trompettes ,
Timbales , & d'un grand bruit
d'Artillerie , par cinquante ou
foixante Officiers de Marine lef
tement veſtus , qui l'attendoient
dans la Place qui eſt vis à vis la
C
58 MERCURE
Maiſon de Monfieur de Montmor
, où il vit avec une ſurpriſe
agreable une tres belle Illus
mination qui éclairoit toute la
façade du logis. La Porte de cet
Intendant eſtoit ornée de Trom
phées à la gloire de Sa Majesté,
dont les Armes eſtoient toutes
brillantes de lumiere,&des plus
ſuperbes ornemens .Celles dece
Gouverneur & de Monfieur le
Marquisde Seignelay eſtoient au
defſſous ,& il n'y avoit aucun
lieu en toute la Maiſon où il n'y
euſt des lumieres avec des Deviſes&
des Emblêmes à la gloire
de cet Auguſte Monarque. Les
Armes de Monfieur le Duc &
de Madame la Ducheffe de S.
Aignan estoient encore dans la
court avec pluſieurs ornemens.
Le bruit des Trompettes & des
Tambours ceda à une Sim
GALANT.
59
phonie charmante qui eſtoit
dans un Salon , d'où toute la
Compagnie a eſté conduitedans
un Apartementrichementmeublé
, elle trouva dans une des
Salles un Theatre dont les Déa
corations eſtoientd'Azurſemées
de Fleurs de Lys . On y repre
ſenta une Comedie. Les Dana
çes qui ſuivirent furent accom
pagnées de Concerts meſlez de
Simphoniequi darerent prés de
deux heures , aprés quoy on
deſcendit dans une Salle tres
parée& fort éclairée , où eſtoit
un Dais ſous lequelon avoit mis
le Portrait du Roy , & oùſe
trouva un magnifique Buffet &
deux Tables. L'une eſtoit de
vingt- quatre Couverts,&Mon
fieur le Ducde S. Aignan s'y
trouva ſeul d'homme entre tout
ce qu'il y avoit de Dames qui
C
60 MERCURE
étoient venues avec Madame la
Ducheſſe de S. Aignan.Tous les
Officiers en grand nombre demeurerent
derriere les Dames
pour les ſervir , quoy qu'il y euſt
une ſeconde Table pour eux.
Hsfurent récompenſez par les
Dames , qui leur firent part de
ce qu'on ſervit dans ce Repas
magnifique , où tout ce qu'on
peut s'imaginer de plus deli
cat& de plus rare dansla faiſon
, ſe trouva. Il y eut pendant
le Soupé une Simphonie de
Flûtes& de Violons tres - agreable.
Elle fut interrompuë par les
Timbales & par les Trompettes
qu'on entendoit lors qu'on
beuvoit les Santez. Le Soupé ne
fut pas plûtoſt finy , qu'on preſenta
à Madame la Ducheffe de
S-Aignan une Lance à feu avec
laquelle elle alluma un pragon "
GALANT. 61
:
par la feneſtre de la Salle. Ce
Dragon alla embrafer un Feu
d'artifice qui estoit dans la court,
&aprés ce premier ſpectacle ,
on monta en haut pour voir le
Feu d'artifice qui étoit preparé
dans la Place vis à visla Maiſon
de Monfieur de Montmor , où
lePeuple attendoit patiemment
en fedeſalterant à des Fontaines
de vin qui estoient aux coſtez
de la face du Logis , & en dançant
au bruit de mille cris de
joye. Rien n'eftoit mieux imaginé
que ce Feu , dont les ornemens
& le deſſein eſtoient fur
les Victoires du Roy ,& particulierement
ſur l'Extirpation de
'Herefie . La Religion,la Victoire&
la Renommée paroiſfoient
en l'air tenant un Enfant couronné,
dont le Maillot eſtoitſemé
de Fleurs de Lis, qu'ils élevoient
62 MERCURE
àun Soleil fort brillant , en luy
montrant pluſieurs actions memorables
de LOUIS LE
GRAND. Elles faiſoient la Décoration
de ce feu avec pluſieurs
Anges , dont les Epées flamboyantes
chaſfoient l'Herefie &
tous les Vices.Le Bal commença
enfuite. Ily eut pleſicurs Entrées
de Maſques tres galantes ; ony
fit meſme des Sauts perilleux ,
&pluſieurs jeunes gens de la
Ville pour divertir cet Illuſtre
Gouverneur qui estoit veſtu
tres proprement , danſerent des
Danſes qui font ordinaires ſur les
Ports de Mer,& quiluy parurent
tres divertiſſantes . On y diftribua
en abondance toutes fortes
de liqueurs ,& tous ces plaiſirs
qui avoient commencé des cinq
heures, ne finirent qu'aprés minuit.
Tout le monde fortit de
GALANT. 63
1
cette charmante Feſte avec tant
de ſatisfaction ,que Monfieur le
Ducde S. Aignan toûjours galant
& fpirituel , dit à Monfieur
de Montmor , qu'il estoit impoſſi
ble d'estre jamais mal avec celuy
quiſcavoitsi bien unir les Elemens
les plus oppoſez , puiſqu'on avoit
veu lefeu avec l'airpar les Fufèes
volantes , & la Terre & l'Eau
d'accord par la bonne intelligence
des Officiers de la Marine avec
ceux de la Garnison , & qu'il ne
pouvoit comprendre qu'on pust tant
meſler de plaisirs ensemble dans
vingt - quatre heures Seulement..
Tous ces Divertiſſemens eſtant
finis , ce Duc fut conduit dans.
la Citadelle avec lesTrompettes.
& les Tambours qui ſe meſloient
aux cris de Joye ,& de Vive le
Royquetout le Peuple pouffoit ,
&qui font les honneurs qu'on
64
MER CURE
rend fur les Vaiſſeaux de Sa
Majeſté.
Quoy qu'on fe mefle d'aimer
àtout âge , cen'eſt pas du confentement
de l'Amour , ſi l'on
en doit croire ce Madrigal.
0
L'AGE D'AIMER .
N dit que les Graces un
jour
:
S'entretenant avec l'Amour
Vinrent àdiſcourir de l'âge
De ceux quifont receus àcomposer
Sa Cour.
Chacune en tint divers langage,
Surquoy Cupidon àson tour
Fit cette réponse tres ſage.
Ocheres Graces nous diſons ,
Quepaſſequarant ans tout Amant
qui ſoûpire
GALANT.
↓ 65
!
te
Doit estre mis aux PetitesMai-
Sons,
Et que pour les Beautezde noftre
vaste Empire ,
Malgré les Diſeurs de Phebus
Et les Amateurs de grimaces ,
Six Luftres écoulez elles ne doivent
د
plus
Sinon regenter dans nos claffes.
Lesbelles Perſonnes ont un
privilege particulier pour eſtre
de cette galante Cour, mais elles
y font rarement fracas ſi leur
beauté n'eſt accompagnée des
agrémens de l'eſprit. Ainſi je ne
doute point que vous ne ſoyez
du ſentiment de celuy qui a
décidé une Queſtion que vous
aurez ſans doute oüy ſouvent
propoſer ,& quia eſté faite encore
depuis peu dans les termes
que je vous l'envoye .
66 MERCURE
DEMANDE ..
Si vous aviez deſſein d'aimer ,
Qui pourroit plûtoſt vous charmer
,
Ou la Sotte quiferoit belle,
Oula Laide ſpirituelle ?
RESPONSE .
La Beſtiſe est un Monstre affreux
Qui fait tout paroiſtre hideux ,
Ce qu'on en voit atteint n'a rien
qui ne déplaiſe ,
Et je dis hardiment de bouche&
par écrit,
Qu'un laid objet remplyd'eſprit
Me charmeroit plûtost qu'une
Beauténiaise.
८
Celuy quia fait cette réponſe
a rendu raiſon de ſon ſentiment
par ces autres Vers que
vous trouverez d'une Muſe
aiſée.
GALAN T. 67
:
LA BELLE SOTTE .
E vous aimerois bien , Aminte
,
Mais s'il faut vous parlerSans
feinte,
La beautéſans l'esprit nesçauroit
me charmer
Malgré tous vos attraits , Sotte
comme vous estes
" fe foûtiens que fans crime on ne
peut vous aimer ,
4
Si c'en est un d'aimer les Beftes.
Vous me direz , belle Niaiſe
Que ce n'est pas l'esprit qu'on
baife
Mais c'est là raiſonner fort bestialements
د
Un Corps inanimé ne cause point
de flame ,
Et vos meilleurs Amis confeffent
hautement .
:
4
68 MERCURE
Que vous estes un corps Sans
ame.
La paſſion n'est poins émeuë
Par la beauté d'une Statuë :
Fuft- elle de la main du Docte
Phidias .
Comme on nepeut aimer des charmes
en peinture,
Vous n'eſtes point , Aminte, un Objet
pleind'appas ,
Vous n'en estes que lafigure.
t
Il n'est plus de Culte Idolâtre
Une Divinitéde plâtre
Parmy nous aujourd'huy n'a plus
d'Adorateurs ;
Vous pretendezen vain que chacun
vous cajole ,
On ne peut vous donner ny d'encens
A
nyde coeurs ,
Puisqu'on ne souffre plus d'Idole.
GALANT. 69
!
Vive la Belle Ingenieuse ,
Dont la Grace victorieuse
Gagne tout parsa veue &par ce
qu'elle dit.
Ge font les qualitez de ma chere
Corine,
Dont la beautém'enchante,& l'ef
pritme ravit
Mais dont la rigueur m'aſſaffine.
Voicy la quatrième ſuite de
l'Hiſtoire des Estampes ; fi je l'ay
interrompuë le dernier mois ,
ce n'a eſté que parce que je le
voulois continuer par quelque
choſe de curieux fur ce ſujet.
J'en ſuis venu à bout , & ce que
je vous envoye eſt d'un grand
travail , d'une grande recherche
& glorieux à la France , qui
peut ſe vanter d'avoir chez-elle
:
70 MERCURE
d'auſſi grands Hommes que le
Siecle le plus renommé en a cu
pour les beaux Arts.Cela ſe connoiſt
dans ce que je vous envoye
, qui en vous faiſant voir
Monfieur le Brun preſque entier
, ne vous laiſſera point douter
que nous n'ayons en luy un
de ces Genies merveilleux &
univerſels qui n'ignorent rien .
La France le doit au Roy, puifque
le déſir qu'il a eu de plaire
à ce Monarque pour qui il a
fait un ſi grand nombre d'ouvrages
, luy a donné de nouvelles
lumieres & une nouvelle force.
Auſſi peut on dire qu'il a plus
travaillé luy ſeul que beaucoup
des plus illuftres Anciens enſemble.
le paſſe à l'Hiſtoire
de ſes Estampes , qui vous
apprendra mille choſes cuGALANT.
71
Quoy qu'il y en ait un fort
grand nombreque l'on a gravées
d'aprés ſes Deſſeins &
ſes Tableaux , ily a lieu des'étonner
qu'il s'en trouve enco
re ſi peu , quand on conſidere
tous les Ouvrages qu'il a faits
en divers endroits. De toutes
les Estampes qui paroiſſent au
jour , le Roy en a faitgraver une
partie ,dont les Planches font
conſerveésdansſaBibliotheque.
Monfieur le Brun en a fait graver
une autre partie , & pluſieurs
Soûtenans d'une qualité
diftinguée ont fait graver les
ſujets de Theſe qu'il a faits pour
eux.
Le peu d'exactitude qu'il a
eu à faire valoir les Privileges
que le Roy luy a accordez , de
faire luy ſeul graver ſes Ouvrages
, avec deffenſes à toutes pers
72
MERCURE
ſonnes de l'entreprendre ſans
ſon conſentement , eſt caufe
qu'il ſe trouve encore pluſieurs
Estampesd'aprés luy & fous fon
nom, dont il auroit lieu de deſavoüer
une partie , à cauſe du
peude ſoinque ceux qui les ont
executées ont apporté à leur
donner quelque conformité
avec lesOriginaux.
Les Estampes que le Roy a
faitgraver ſont celles de l'Hiſtoire
d'Alexandre.
- La premiere quieſt gravée au
Burin par Monfieur Edelink en
deux Planches , eſt celle où eſt
repreſentée la Viſitequ'Alexandre
accompagné d'Epheſtion
rendit à la Famille de Darius ,
aprés l'avoir vaincu prés de la
Ville d'iffe , & comme Alexan
dre marqua en cette occafion
beaucoup de clemence envers
cette
:
73
GALANT.
cette Famille affligée , elle eſt
exprimée en ces termes au bas
des Estampes ,
C
Sui victoria indicat Regem .
Il est d'un Roy de se vaincre
Soy-mesme.
Le Tableau d'aprés lequels
ceite Eſtampe eſt gravée eſt le
premier que Monfieur le Brun
ait faitfur cette Hiſtoire .
- Le Royen 1661.defirant connoiſtre
par luy- meſme ſi le merite
de celuy qu'il avoit deſtiné
pour ſon premier Peintre répondoit
à l'eſtime qu'il s'eſtoit acquiſe
dans le monde , luy donna
ce Sujet , & comme Sa Majeſté
voulut le voir travailler. Elle luy
ordonna un Appartement dans
le Chasteau de Fontaine-bleau,
où Elle lay faiſoit l'honneur de
le venir voir peindre dans des
temps meſme imprevûs ,& Elle
Novembre 1686 . D
74
MERCURE
y paſſoit pluſieurs heures. Le
Roy a fait preſentement placer
ce Tableau dans l'Antichambrede
fon grand Appartement
de Verſailles.Il en a eſté fait une
Deſcription par Monfieur Phelibien
, ou l'on pourra voir le
deſſein que Monfieur le Bruna
eu entraitant ce ſujer ,& la raiſon
des paſſions quis'y trouvent.
Les quatre autres Eſtampes
dela ſuite de cette Hiſtoire ſont
gravées par Monfieur Audran ,
&reprefentent.
1.L'Entrée qu'Alexandre s'ouvrit
dans la Perſe parle Paſſage
du Granique. La reſiſtance qu'il
y trouva par la multitude inombrable
des Troupes qui eſtoient
de l'autre coſté du Rivage , eſt
marquée au bas de l'Eſtampe
par ces mots.
Virtus omni obice major.
10
GALANT.
75
La vertu , la valeur surmonte
tout obstacle.
2. La fameuſe Bataille d'Arbelles
par laquelle Alexandre
s'aſſura l'Empire des Perſes.L'Eftampe
a cette Inſcription au bas,
Dignaorbis imperio virtus.
La Vertu peut pretendre à
l'Empiredu monde..
3. Porus amené tout bleſſé
qu'il eſtoit aprés ſa deffaite devant
Alexandre , & qui par la
fermeté de ſon courage merita
d'eſtre trairé en Roy par fon
Vainqueur avec cette Inſcription
au bas.
Sic virtus & victa placet.
La Vertu plaift quoy que
vaincuë.
4. Le Triomphe d'Alexandre
dans la Ville de Babilone avec
cet autre mot ,
Sic virtus evebit ardens,
D2
76 MERCURE
Ainsi par la Vertu s'élevent
les Heros.
De ces quatresEſtampes , les
trois premieres ſont en quatre
Planches , & la quatrième en
deux Planches. Les Tableaux
d'aprés leſquels elles ont eſté
gravées ſont placez dans le Cabinet
du Roy au vieux Louvre,
& font d'une grandeur au deſſus
de tous les Tableaux dont on ait
connoiſſance. Ils font tous quatre
de la meſme hauteur de 6.
pieds , & ont de longueur , le
premier 30. pieds , le ſecond
39. pieds cinq pouces , le troiſieme
pareille longueur , & le
quatrième 21. pieds 5. pouces.
Les Figures qui ſont ſur le devant
, ſont plus grandes que
nature.
Monfieur le Brun a fait ces
grands Tableaux dansles GobeGALANT.
77
1
lins peu de temps aprés l'établiſſement
qui y a eſté fait des
Manufactures Royales des meubles
de la Couronne , & dans le
meſme temps qu'il eſtoit occupé
à la conduite de toutes les Peintures
qui ſe faiſoient pour le Roy
en divers endroits , & à donner
les deſſeins de tous lesOuvrages
quiſe font dans cet Hoſtel , en
forteque ces quatre grands morceaux
parurentau jour fans que
l'on ſe fuſt preſque apperçûque
Monfieur le Brun euſt pû trouver
du temps pour y travailler..
Comme ce ſont des Batailles,
il ſeroit trop difficile d'en faire
une deſcription , & je ne penſe
pas meſme qu'on puiffe concevoir
autrement qu'en les voyant ,
le grand mouvement qui s'y
trouve , la grandeur de la conception
,la fertilité de l'inven-
D3
78 MERCURE
tion , la beauté de l'ordonnance,
la correction du deſſein ,& l'induſtrie
de la diſtribution des
lumieres. Puiſque les Estampes
font en beaucoup d'endroits , je
croy qu'il vaut mieux vous inviter
à les voir , que de s'imaginer
pouvoir vous en donnerune
idée par un recit qui réponde
dignement àl'intention del'Aur
teur.
On a fait la diſtribution des
Eſtampes dont je viens de vous
parler pendant trois ou quatre
années dans la Bibliotheque du
Roy , mais on l'a diſcontinuée ,
&elles ſe trouvent ſeulement
chez quelques Marchandsd'Eftampes
, qui dans le temps de
laVente en ont fait proviſion
Il a auſſi eſté gravé par le
mefme Sieur Audran une autre
Eſtampe en cinq Planches d'a
GALANT.
79
pres la Coupe peinte à freſque
dans la Chapelle du Chaſteau
de Sceaux . Monfieur Colbert
luy fit faire ce morceau comme
uneſſay avant que de faire l'Efcalier
de Verſailles qui eſt peint
auſſi à freſque; mais il eſt facile
de juger par la force de cette
freſque qui ſe ſoûtient d'une
maniere à durer toûjours , que
fon eſſay eſt un coup de Maiſtre.
Le ſujetde cetteChapelle eft
leBaptefme du SauveurduMonde
par Saint Jean , qui eſt repre
fenté ſur l'Autel en deux figures
de marbre plus grandes que nature,
& comme ce fut dans ce
temps là que Dieu le Pere dé-.
couvrit aux Hommes la Divinité
de ſon Fils par cette parole , C'eſt
icy mon Fils bien aimé , c'eſt ce
moment que Monfieur le Brun
a voulu repreſenter dans la
voûte.
D4
80 MERCURE
La Figure de Dieu le Pere eſt
dans le milieu foutenuë partrois
Anges ,dont les deux qui ſont
plus bas repreſentent la Loy de
Nature & la Loy de Moyfe,& le
troiſième la Loy de Grace. Monſieur
le Brun a donné à ces trois
Anges des caracteres qui conviennent
à ce qu'ils fignifient.
Celuy dela Ley de Nature eft
preſque toutdans l'ombre, celoy
de la Loy de Moyſe eſt moins
ombré , & a les y eux éclairezi
d'un rayon de lumiere , & tous
deux tirent un grand Voile par
lequel eſt figurée cette ſeparationqui
estoit entre Dieu & les
Hommes , & qui a eſté levée par
la Miſſion de leſus- Chriſt . Le
troiſieme Ange , qui eſt celuy
de la Loyde Grace , eſt tout
éclairé. Cette voûte eſt remplie
de pluſieurs figuresd'Anges
)
GALANT... S
avec des Inſtrumens de Mufique
, & qui fufpendent leur
Concert pour entendre cette
voix qui les étonne. D'autres
enlevent les Vaſes qui ſervoient
aux Sacrifices de l'ancienne
Loy , l'Arche d'Aliance & le
Chandelier , & déchirent le
Voile du Temple. Les Saints
Anges Michel & Gabriel femblent
s'entretenir des Myſteres
qui s'operent en ce moment,&
un Ange qui repreſente la Charité
, eſt accompagné de la Pureté
, de la Foy & de l'Obeiſſance
, toutes diftinguées par des
Symboles qui leur ſont propres.
Monfieur l'Abbé Talemand en
a fait une deſcription en Profe
qui n'eſt point encore au jour,
& Mademoiselle de Saint André
4une autre en Vers qui a
εθé veuë
L
D
82 MERCURE
L'Eſtampe dont je viens de
vous parler eſt gravée depuis
deux à trois ans , mais elle n'a
point encore paru , non plus
quel'Eſtampe qui eſt gravéeen
huit Planches , qui toutes en
ſemble font neuf pieds de long.
par Monfieur Baudet d'aprés
les peintures å freſquedel'Eſcalier
de Verſaille. Cet Escalier
eſt un morceau connu , la beau-.
té de la freſque répond à la
grandeur de l'Ouvrage, jevous
en ay mefme donné une defcription
dans la ſeconde Partie
de ma Leure de Septembre
1680. ce qui fait que je ne la
repeteray point icy.
Il s'est encore diſtiribué dans
la Bibliotheque du Roy quel
ques autres Estampes gravées
par Monfieur le Clerc d'apres
les Tapiſſeries qui ſe font aux
T
GALANT. 83
Gobelins.Vous ſçavez que c'eſt
dans ce lieu que Monfieur le
Brun fait faire les deſſeins de
toutes les Tapiſſeries qui ont
pour ſujet l'Hiſtoire du Roy.,
L'on avoit projetté d'en continuer
la graveure pour les donner
au Public , mais cet Ouvragea
eſté diſcontinué. Les Eſtampes
qui ſont gravées font.
La Deffaite du Comte de
Marfin.
La Priſede Douay..
Celle de Tournay..
L'Audience des Suiſſes.
Les quatre Elemens..
Les quatre Saiſons.
Les autres Estampes que
Monfieur le Brun a fait graver,
&dont il a les Planches en fa
poffeffion , font ,
•Celle du Palais du Soleil au
tour duquel l'année eſt repre
D6
84 MERCURE
ſentée ſous la forme d'un Serpent
qui joint fa teſte à ſa
queuë.
Le Triomphe de Conſtantin.
La Bataille de Conſtantin
contre махерсе .
Le Martire de S. Eſtienne,
Une Preſentation de la Vierge
au Temple .
Le Maſſacre des Innocens.
Un S.Michel où eſt un Groupe
d'un Sujet de la cheute des
Anges.
Un Livre de Fontaines.
Un Livre de Friſes Mariti
mes.
Un Livre de Façades d'Architecture
faite pour Marly.
L'Eſtampe du Palais du Soleil
eſt de forme ovale , & gravée
par Monfieur Audran en quatre
Planche sal'eau forte retouchée
e
GALANT. 85
au Burin ,& eft dedicé au Roy,
Elle a eſté faite d'aprés un deffein
quidevoit ſervir d'exquiſſe
à un Plat fond que Monfieur le
Brun avoit projetté de peindre
dansune Salle du Chaſteau de
Vaux le Vicomte ; mais qui n'a
pûeſtré executé.
Le Soleil y eſt repreſenté
affis ſur le devant du Palais en
touré du Serpent qui joint ſa
reſte à ſa queuë , & qui figure
le cours de l'année , ainſi que
les Egyptiens la repreſentoient.
Lcs quatre Saiſons ſont placées
en quatre endroits , & formens
quatre Groupes principaux qui
environnent le Palais. :
L'eſté eſt place au devant,
L'Hyver eft derriere à l'oppofite.
t
ti 11
Le Printemps eſt àdroite dans
ce Tableau , & à gauche dans
86 MERCURE
l'Eſtampe , ce qui arrive ordinairement
à la graveure.
L'Automne eſt à l'oppoſite
del'autre coſté .
Monfieur le Brun y a fait entrer
les ſept Planettes , les figures
du Zodiaque , les vents , les
mois , les jours & les heures ,
ce qui fait tout enſemble une
merveilleuſe harmonie dans
l'Ordonnance.
Le Triomphe de Conſtantin
eſt gravé en quatre Planches,
auſſi à l'eau forte retouchée au
Burin , par le meſme d'aprés un
deſſein fait pour une Tapiſſerie
qui devoit accompagner la Ba
taille de Conſtantin contre
Maxence qui eſt du deſſein de
Raphaël peinte par lules Romain
, & c'eſt pour cela que
Monfieur le Brun y a donné
desairs de teſte ,& des fortes
) GALANT 87
de veſtemeus qui ont rapport
aux manieres de lules Romains,
elle eſt dediée à Monfieur
Colbert.
Conſtantin y paroiſt dans le
milleu fur un Char tiré par
pluſieurs Chevaux. Il eſt couronné
par la Victoire qui eſt en
pied derriere luy for le meſme
Char , & au deſſus de ſa teſte
font pluſieurs Genies qui luy
preparentde nouvelles Palmes,
il eſt accompagné & devancé
de tout ce qui faiſoit la gloire
du Triomphe chez les Romains
,&eſt ſuivy des Eſclaves
les plus qualifiez qu'il avoit
vaincus . Il y paroiſt deux Arcs
de Triomphe , l'un tur le de
vant qui elt celuy qui a eſté
élevé à la gloirede Conſtantin,
d'où il fort , & dont iln'eſt pas
encore fort éloigné ; & l'autre
88 MERCURE
eſt plus dans le lointain vers
lequel il s'avance pour aller au
Capitole.
Ce deſſein avoit eſté fait pour
des Tapifferies que faiſoit faire
Monfieur Fouquet. Monfieur le
Cardinal Mazarin l'ayant veu
un jour qu'il alla à Vaux , fut fu
fatisfait du deſſein de ce Triomphe
qu'il dit à Monfieur le
Brun , qu'il auroit ſouhaité
de voir de luy une Bataille qui
l'accompagnaſt , & c'eſt ce qui
luy donna lieu de faire l'autre
defſſein de la Bataille de Conſtantin
contre Maxence , que
Rahpaël avoit déjar traittée ,
mais qu'il a voulu particulariſer
davantage.
Maxence avoit fait conſtruire
un Pont, qui pouvoit ſe brifer
facilement en relachant cer
cains liens qui en faifoient l'af
GALANT. 89
ſemblage. Il avoit deſſein d'y
attirer Conſtantin pour le faire
perir en cet endroit , mais fa
Machine n'eut pas une réüffite
conforme à ce qu'il avoit projetté.
Dés le commencement
du Combat ſon Armée fut
pouſſé par Conſtantin , & voulant
fuir par deſſus ce Pont en
defordre , elle l'acabla de ſon
poids , tous ceux qui ſe trouverent
deſſus y perirent,& Maxence
luy-meſme fut noyé.
C'eſt ce deſſein qui a eſté gravé
en trois Planches comme l'autre
& par le meſme ; l'Estampe
eſt auffi dediée au Roy .
Le Martyre de S. Eſtienne à
l'eau forte auſſi de Monfieur
Audran en une ſeule Planche ,
eſt gravée d'aprés un Tableau
que Monfieur le Brun a fait autrefois
pour un May à Noſtre
१०
r
MERCURE
Dame de Paris. L'on ſçait la Loy
que les Orfèvres ſe ſont faited'y
preſenter tous les ans un Tableau
le premier jour de May.
C'eſt un employ que recherchent
tous les Peintres qui veulent
ſe faire connoiſtre. Monſieur
le Brun y en a fait deux ,
&celuy- cy eſt placé au deſſus
d'une des petites portes du
Chooeur à gauche en entrant
Contre la coûtume detous ceux
qui ont traité ce Sujet , il a re.
preſenté S. Eſtienne avec des
cheveux longs & une Aube
blanche ſans Dalmatique , en
quoy il a fait voir combien il eſtoit
inſtruitdes coûtumes, eſtant
certain que dans ce premier
temps du Chriſtianiſme les
Diacres ne ſe ſervoient point de
ces habillemens qu'ils ont pris
depuis , & qu'ils portoient les
GALANT. 91
S
S
S
=
S
S
S
cheveux longs à cauſe du Voeu
de Nazaréen que les Diacres
faifoient , & fur tous ceux qui
eſtoient Juifs.
Pro
L'Eſtampe de la Preſentation
de la Vierge au Temple eſt
gravée auBurin enune Planche
par Monfieur Sertlin d'aprés
un Tableau qui eſt aux Capucins
du Faux-bourg S. Jacques .
La Vierge y eſt à genoux aux
ods du Grand Preſtre , qui
en avançant les bias témoigns
la joye qu'il à de la recevoir , &
elleyen repreſentée dans une
action qui marque tant de pudeur&
de fimplicité , qu'il n'y
aque les yeux qui en peuvent
eſtre les Juges. L'Eſtampe eſt
dediée à Monfieur de Harlay
Archeveſque de Paris . :
L'Eſtampe du Maſſacre des
Innocens eſt en deux Planches
*
92
MERCURE
à l'Eau - forte , retouchée au
Burin par Monfieur Loir , Orphévre
, le Tableau d'aprés
lequel elle eſt gravée , n'eſtoit
preſque qu'ébauché lors qu'il
eſt ſorty de la main de Monfieur
le Brun , & il ne l'a achevé
que long-temps aprés , à la
confideration de Monfieur du
Metz , entre les mains duquel il
eſt tombé. bosto
La maniere avec laquelle le
✓ ſujet eſt traité , merite que l'on
y admire la ſageſſe de celuy
qui l'a fait. Il n'y avoit pas d'apparenceque
dans le temps d'une
telle cruauté , tant de Meres &
d'Enfans ſe fuſſent trouvez en
un mesme lieu , ſans y avoir
eſté conduits par quelque
motif , puis qu'au contraire il
n'y a point de doute qu'elles ne
cherchaffent les endroits les
**
93
GALANT.
plus reculez & les plus ſecrets.
C'eſt pourquoy -Monfieur le
Brun a peint pluſieurs Tombeaux
dans le lieu qui ſert de
champ à ſon Tableau ; & comme
les Tombeaux eſtoient facrez
chez les Juifs , il feint que
ces pauvres Femmes s'y eſtoient
rétirées pour mettre leurs Enfans
à couvert de ceux qui
les vouloient maſſacrer , mais
inutilement , puis que deux
Miniſtres d'Herodeafſis dans un
Char, dont les chevaux foulent
aux pieds des meres , qui écraſent
elles- meſmes leurs Enfans
ſous elles , viennent juſque dans
ce lieu faire executer les ordres
de leur maiſtre.Monfieurle Brun)
y a peint des Femmes de diffe-!
rentes conditions , pour avoir
lieu d'y traiter des caracteres de
douleur qui leur conviennent ,
94
MERCURE
&l'on peut dire qu'il n'y a point
de diſcours , quelque éloquent
qu'il fuſt , qui puſt mieux exciter
la conmpaſſion & les larmes.
L'Eſtampe du S. Michel , &
duGroupe de la cheute des Anges,
eſt du mesme Monfieur Loir,
Orphévre , à l'Eau forte retouchée
au Burin ,& eſt dédiée à
Monfieur de Louvois. Le ſujet
toutentier de la cheute des An
ges avoit eſté faît pour peindre
dansla Chapelle de Verſailles ,
qui eſtoit où eſt preſentement
l'Escalier de la Reyne. Il a eſté
faitune Exquiffe du tout enſembledansun
modelle de la voûte
où il devoit eſtre executé , &
outre cette Exquiffe ,Monfieur
leBrunen a peint le Groupede
milicu dans un Tableau fort
finy ,& d'aprés lequel cette
Eſtampe a eſté gravée. Dans ce
GALAN T.
95
e
ſujet il n'a point mis d'épées dans
les mains des Anges qui executent
les ordres du Ciel , comme
ont fait tous ceux qui ont traité
ce ſujet; mais il a peintune grofſe
nuée ſous les pieds de la figu
re de la Divinité , qui eſt dans
le milieu du deſſein , & cette
nuée eſt formée & groffie par
les crimes des Anges rebelles ,
&c'eſt delà que fortent les foudres
qui les précipitent. Il s'eſt
bien ſervy de plufieurs figures
d'Anges , comme d'inſtrumens
de la vangeance , mais il les faic
agir de maniere , que toute leur
force eſt tirée de la toute puifſance
de Dieu , ne ſe ſervant
que des meſmes foudres qui
fortentde la nuée , & des Bou
cliers qu'il leur a mis à la main ,
où ſont écrites les vertus oppoſées
aux crimes capitaux. La
96 MERCURE
figure de Saint Michel , qui a
le nom de Dieu fur fon Bouclier,
eſt dans le milieu. Le noeud principal
du Groupe qui eſt au deſſous
de luy , eſt un Dragon à
ſept Teſtes , qui ont la figuredes
Animaux dont on ſe ſert pour
repteſenter les ſept Pechez capitaux.
Ce Dragon entraîne avec
luy un grand nombre d'Anges
robelles qui ſemblent ſe vouloir
ſervir de luy , comme d'un
ſoûtien pour s'empêcher de
tomber. La Figure qui repreſente
la Divinité , eſt tranquille , &
ne faitque pouffer la nuée , qui
s'éleve jufque devant elle , &
dans le Ciel , qu'il a fait un lieu
de repos pour contraſter avec le
defordre . Au deſſous font plufleurs
autres Figures d'Anges
de ceux qui font demeurez dans
l'innocence , ils font un Sacrifice
GALANT.
97
S
1
e
e
i
X
20
fice àDieu de leur ſoumiſſion &
de leur obeïſſance.
Le Livre des Fontaines eſt gravé
à l'Eau- forte en pluſieurs
Planches par Monfieur de Chaftillon
. Monfieur le Brun en a
fait un grand nombre de Defſeins
,dont la pluſpart ont eſté
executez dansles Jardinsde Verfailles
, & il a fait un Recueil de
celles qui n'ont point ſervy pour
le donner au Public.
Le Livre de Deſſeins & de
Friſes maritimes eſt auſſi gravé
par le meſme,en pluſieurs Planches.
Celuy d'Architecture contient
les Façades qui ont eſté
faites pour les Pavillons de Marly
, & dont on a executé une
es partie. Elles ſont gravées par
le
0-
DS
riice
Monfieur le Clerc.
Monfieur Edelink a gravé
Nouvembre 1686 . E
(
98 MERCURE
au Burin , en deux Planches
depuis ſept ou huit mois , un
Crucifix entouré de pluſieurs
Anges. Le Tableaux fur lequel,
cette Eſtampe a eſté gravée,
appartient au Roy , & a eſté
fait pour la Reyne Mere de Sa
Majeſté. Elle avoit eu en penſée
de repreſenter le Sauveur du
Monde expirant en Croix , &
environné de pluſieurs Anges,
qui entrant dans tous les ſentimens
de douleur , d'aneantiſfement
& d'amour qu'elle s'eſtoit
imagine , compatiſſoient à cet
Homme - Dieu mourant. Elle
le propoſa à Mr le Brun , qui
entra ſi bien dans ſon ſentiment,
qu'il avoüa qu'il eſtoit impoſſible
d'exprimer mieux ſa penſée.
Les deſſeins des Theſes que
Monfieur le Brun a faits pour
pluſieurs perſonnes de confideGALANT.
وو
-
a
ration,ont eſté gravez par differens
Graveurs. Monfieur Rouf
ſeleta gravé les premiers ; Mon.
fieur Poilly en a gravé une autre
partie , & Monfieur Edelink
a gravé les derniers qui
ont paru. Il y en a un grand
nombre , & fi j'en puis avoir
une liſte , je vous l'envoyeray.
Je me contenteray de vous parler
icy des deux derniers , qui
ont eſté gravez au Burin par
Monfieur Edelink . Elle ont eſté
toutes deux preſentées au Roy ;
la premiere par Monfieur le
Coadjuteur de Roüen , & la feconde
par Monfieur le Marquis
de Croiſſy.
1
e -La prémiere de ces Theſes
repreſente le Roy à cheval ,
e qui ſurmonte les efforts des trois
ut formidables Puiſſances qui s'ee-
ſtoient liguée enſemble contre
E 2
100 MERCURE
luy. La Providence qui eſt au
deſſus du Roy , étend ſon manteau
comme pour le couvrir &
le défendre contre les inſultes
deſes Ennemis. La Gloire eſt
auprés d'elle , & une Victoire
tientdes Palmes & une Couronne,
pour couronner les Actions
heroïques de Sa Majeſté. Le
Roy s'avance vers une Hydre à
fept teſtes excitée par l'Envie ,
&qui ſemble qu'une Aigle qui
eſtàcoſté , ait couvée ſous les
ailes . Il y a encore pluſieurs autres
Figures qui conviennent au
ſujet , & qui marquent les
efforts de ſes Ennemis. Le bas
de la theſe eſt un Rocher , ſur
lequel eſt le Roy , d'où tombentd'un
côté la Rebellion , &
de l'autre la Fourberie ; & dans
lemilieu l'on avoit écrit les Poſitions
: mais elles ont eſté effaGALANT.
101
-
S
s
コー
&
ns
[ -
Facées
aprés avoir été ſoûtenuës ,
& l'on y a mit à la place le
Defordre ou la Fureur de la
Guerre , attaché à un Dragon
qui tombe avec luy , & qui ſous
une de ſes Serres eſtoufe un enfant
quieſt le Simbole de l'Innocence.
La Pieté & la Religion
paroiſſent ſortir de l'obſcurité
du rocher où elles s'étoient
retirées pendant les troubles &
regardent le Roy comme leur
Liberateur.
Dans la ſeconde Theſe , le
Roy eſt repreſenté donnant la
Paix à l'Europe d'une main , &
de l'autre retenant la Victoire
qui luy montre de nouveaux
Trouphées. La Gloire luy met
une Couronne ſur la teſte , &
un petit Amour en tient une
autre qui eſt un peu plus élevée,
& qui eſt formée de pluſieurs
E
3
102 MERCURE
1
étoilles . L'Europe eſt au bas
d'un coſté avec toutes les marques
qui la font reconnoiſtre.
Elle tend les bras pour recevoir
la Paix qui luy eſt donnée
ſous la figure d'unebelle Femme
tenant en ſa main un Caducée ,
& accompagnée de l'Abondance;
& de l'autre coſté eſt la
Philoſophie qui ſoutient une
draperie fur laquelle ſont écrites
les poſitions. Elle a le viſage
éclairé du flambeau d'un petit
Genie , qui eſt celuy du Soutenant.
Au deſſous eſt la Nature
que la draperie où ſont écrites
les Poſitions , laiſſe voir àdecou
vert. Elle a dans ſon ſein ,& eft
accompagnée des animaux les
plus féconds , & à ſes pieds eſt
un Vautour qui devore un Oiſeau
pour marquer la deſtruction
&la generationde toutes choGALANT.
103
コ
ſes. A coſtédu Roy eſt une Vitoire
tenant un Etendard qui
eſt déployé par la Renommée ;
la Dedicace eſt écrite dans cet
Etendard. De l'autre coſté la
Pieté & la Bonté ferment le
Templede Janus , ce qui faiſoit
connoiſtre chez les Romains
que tout eſtoit en paix.
Il y a encore pluſieurs autres
Estampes gravées d'aprés les ouvrages
de Monfieur le Brun par
divers Graveurs. Je tâcheray
d'en avoir un Memoire dans la
fuite. Toutes les Eſtampes dont
jeviens de vous parler , fe trouvent
chez le Sieur Perou , Concierge
de l'Academie Royale de
Sculpture & de Peinture , dans
da Ruë de Richelieu .
C'eſt chez le meſme que ſe
vendent les belles Estampes de
Monfieur de Vandermeulen ,
:
E 4
104 MERCURE
dont je vous ay déja parlé , &
qui repreſentent au naturel toutes
les Conquêtes du Roy deſſinées
ſur les lieux par ce fameux
Peintre. Il eſt impoſſible de
mieux travailler en ce genre ,
& l'on peut dire que non ſeulement
il eſt original pour ces
fortes d'ouvrages, mais que nous
ne voyons perſonne aujourd'huy
qui travaille à le copier ,
tant il eſt difficile d'y atteindre.
Si vos amis ſouhaitent avoir de
ces Eſtampes , vous devez leur
dire qu'elles commencent à devenir
rares , à cauſe du grand
nombre que les Etrangers en
enlevent, & qu'on en porte juf
qu'au fond des Indes , ces Peuples
étant curieux de voir les
Conqueſtes de Sa Majesté , qui
ny font pas moins de bruit qu'elles
en font dans toute l'Europe.
GALANT. 105
Vousſçavez , Madame , que
le Roy de Dannemarck a donneordre
qu'on relachât les Vaif
ſeaux qui apartenoient aux Negocians
de Hambourg , & qui
avoient été arrêtez àGlukſtadt,
& à Copenhague. Voicy en
quelstermes cet ordre a été conceu
fuivant la traduction litterale
que l'on en a faite.
SAAMMaajjeessttééRoyale de Danne-
6 Nord - Vveghe &c .
i
ayant eu l'extréme clemence de fe
faire representer ce qui s'estoit
passé& enſuivy aux conferences
qui ſe ſont tenues jusqu'icy entre
les Ministrespar Elle établis Commiſſaires
avec ceux de l'Electeur
de Brandebourg , des Princes de
i Lunebourg , & de Heffe - Caffel ,
fur les affaires de Hambourg , &
Lamaniere dont ils ont reiteré leurs
Es
106 MERCURE
instances en termes preſſans tou
chans & obligeans ,de la part de
leurs Principaux & Maistres , Elle
a bien voulu par une bonté toute
royale , negliger ſon reſſentiment ,
&y renoncer tout à fait envers
ladite Ville de Hambourg ; eny joi
gnant encore par une graceſpeciale
la reftitution& le relâchement
des Navires , Marchandises , &
Effets , qui appartiennent aux
Habitans & Dépendans de ladite
Ville,lesquels Sa Majesté avoit
fait arrester & retenus juſques à
preſent , & redonnant la pleine&
entiere liberté du commerce de
Hambourg en tous les lieux &places
où ilſe peut faire. Pour tout le
refte, Sadite Majesté veut bien
s'en raporterà ce qui est dit dans le
Traité de Pinnenberg , veu mef
me que la Ville s'en est ainsi expli
quée , & l'a instamment requis de
GALANT.
107
laforte avec une profondeſoûmis.
fion par sa Lettre du 16. de ce
mois. Ce faisant, Sadite Souveraine
Royale Majesté , a déclaré &
declare par ces preſentes , que be
nignement & par sa pure bonté ,
pour témoigner d'autant plus fon
inclination volontiers porté à ter
miner definitivement la reſente
meſintelligence , & àprocurer le
bien de ladite Ville , fon trafic
commerce , profits & autres avan
tages , comme aussi à faire tout
ce qui peut contribuer au repos des
Peuples , Elle a bien voulu par un
pur effet de fa clemence Royale ,
déroger à fon juſte reſſentiv st
a
touchant l'indignation&la ha: e
disgrace que la Ville s'estoit attirée
auprés de SaMajesté , & ainsi luy
-
rendre & restituer ce qu'ily a d'ar
restéde fes Navires &Effets , re
... E 6
1
108 MERCURE
t
mettant aux Conferences qui se
tiendront cy aprés ,la satisfaction
qu'Elle vouloit exiger de la Ville ,
tantpourl'hommagerequis , qu'au .
tres griefs qui font en debat ; laif-
Sant des à preſent la ville ,ſous la
faveur d'une Amnistie generale ,
dansfapremiere liberté&joüiffance
du commerce par eau ; & par
terre , en tout endroit , fans nulle
interruption ny alteration , deforte
qu'Elle la laiſſe rentrer dans tous
fes droits & dans les avantages.
qui luy ont esté accordez , &stipu
lez par le Refultat de Pinnenberg;
à condition que ladite Ville de
Hambourg en uſera de mesme envers
les Sujets de Sa Majesté,&
de tears biens & effets , pour les
rendre &reftituer entierement , &
pour restablir l'ancienne & bonne
correspondance qui estoit entr'eux ,
avec la mesme liberté d'aller&
GALANT.
109
venir , de faire &gerer comme auparavant
pareillement que la Ville
licenciera&feraretirer les Troupes
Auxiliaires qu'elle avoit fait
venir. Veut en outre Sa Majesté ,
fans attendre la Députationde la
Ville ,ſuivant ce qu'elle avoit refolu
& ce qu'elle en dit dans ſa
Seconde & tres - humble Lettre ,
agréer ainsi purement &simplement
fon Alliance , pourveu que
de son coſté elle promette d'execu
ter avecſoûmiſſion exactement&
ponctuellement toutes les clauses
&conditions qu'ellese trouve d'elle
mesme obligée & engagée d'accom
plir par ledit Traité de Pinnen.
berg. En témoin de quoy Sa Ma
jesté a signé ces preſentes de sa
propremain ,&les a confirmées da
Jon Cachet. Donné enfon Chasteau
de Gottorple 8. Octobre 1686
Signé. CHRESTIEN
110 MERCURE
Cet ordre de relâcher les
Vaiſſeaux & tous les Effets
apartenans à ceux de Hambourg
leur ayant eſté envoyé
par le Roy de Dannemarck ,
l'Infanterie de l'Electeur de
Brandebourg partit de la Ville
auſſi bien que celles des Princes
de la Maiſon de Brunſvic. Toute
cette Milice faiſoit environ
quarante Compagnies. Le Commerce
fut ouvert en mesme
temps avec les Villes voiſines,
& le repos entierement rétably.
Le 12. de cemois on celebra
àHambourg un jour folemnel
d'Action de graces pour cet
Accommodement , & il fut
ſuivy de rejoüiſſances publiques.
Comme rien n'égale l'exactitude
de Monfieur de Louvois
pour toutes les choses qui le
GALANT. 111
regardent , il fit faire un Service
ſolemnel dans l'Egliſe de S.
Gervais pour feu Monfieur le
leChancelier le Tellier au bout
de l'année , & le mefme jour
que ce Miniſtre mourut. Il revint
exprés de Fontainebleau
pour y aſſiſter. On acheve auſſi
un Mauſolée de marbre , que fa
Pieté & fa tendreſſe pour un
Pere ſi digne d'un eternel fouvenir
, l'ont engagé à faire élever
dans la meſme Eglife. Le
meſme jour que ce ſervice du
bout del'an fut celebré àS. Gervais
, Monfieur l'Archeveſque
de Rheims en fit faire un autre
avec beaucoup de ſolemnité
dans ſon Egliſe Metropolitaine.
auquel il officia en Habits Pon
ficaux . Il y fonda en meſme
temps à perpetuité un Obit ſelemnel
pour le repos de l'Ame
de ce Chancelier..
112 MERCURE
Je croy Madame , que ny
vous , ny vos amis de Province,
ne pourrez donner aucun éclairciſſement
ſur un Billet qui m'a
été adreſſé. Cependant on me
prie de l'employer dans ma Lettrede
ce mois , pour voir ſi par
cemoyen , unjeune homme qui
eſt aujourd'huy dans une tres
grande inquietude , ne pourra
point fortir d'embaras. Comme
vous avez fouffert que toutes
mes Letres devinſſent publiques
, on eſpere que celle - cy
tombera entre les mains des
perſonnes ; qui juſqu'à preſent
ont pris intereſt à l'état d'un
malheureux qui ne s'eſt jamais
connu. L'avanture eſt ſinguliere.
Voicy le fait dans toutes ſes
circonstances . Il y a dix neuf ou
vingt ans que des hommes &
des femmes qui paroiſſoient étre
GALANT. 113
•
b
S
a
e
S
-
s
C
n
is
-e!
de qualité , tant par leurs manieres
que par l'équipage d'un .
Caroſſe à fix Chevaux , arriverent
à Falaiſe , Villede Normandie
à ſept lieuës de Caën. Ils
amenoient un enfans agé de
fix mois , qu'ils mirent entre les
mains de la Femme du St Guillaume
Vinquenelle , Marchand
Drapier dans le Faux bourg
apellé Valdente , la priant de
vouloir bien prendre ſoin de le
nourrir & de l'élever.Cette Marchande
leur dit qu'elle n'avoit
plus de lait , & ils repondirent
que l'Enfant n'ayant jamais teté,
il ſuffiroit qu'on luy donnât du
lait chaud de vache , comme il
en avoit toûjours pris depuis
qu'il eſtoit au monde. Ils ajoûrent
qu'il s'apelloit laques du
Pleffis ,& aprés luy avoir laiſſé
de l'argent& toutes les choſes
114 MERCURE
qui luy pouvoient eſtre neceſſaires
dansun ſi bas âge , ils s'en
retournerent , l'aſſeurant qu'elle
auroit ſouvent de leurs nouvelles.
En effet un Religieux de
l'Abbaye du Val qui eſt à vingt
lieuës de Falaiſe , venoit tous les
mois payer la penſion de l'Enfant
, recommandoit toûjours
qu'on en euſtgrandſoin,& fourniffoit
à ſon entretien avec
abondance. Il nele laiſſoit manquer
d'aucune choſe , & pendant
dix ans qu'il demeura dans
cette maifon , il le fit toûjours
veſtir en Enfant de qualité. Ce
Religieux mourut ,& apparemment
il trouvamoyen de ſe décharger
avant ſa mort du ſecret
quiluy avoit eſté confié , puifqu'auſſi
- toſt un autre Religieux
prit ſoin de l'Enfant. Ce dernier
quieſtoit du petit S. Antoine
GALANT.
15
e
t
S
コー
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٢-
ec
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ans
Urs
Ce
mdé-
Cret
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UX
Dier
Dine
i
de Paris & s'apelloit le Pere Coton
, le fit venir de Falaiſe dans
la Voiture publique , & le mit
d'abord chez Madame Gadois,
quitient Auberge à la Perle ruë
des Noyers , où il le laiſſa un an .
En ſuite il le fit loger chez une
Veufve d'une grande pieté nommée
Madame le Fevre qui demeure
ruë Sainte Avoye , proche
Monfieur le Preſident de
Meſme. Il luy payoit penſion
pour le jeunedu Pleſſis , qu'ilentretenoit
fort proprement comme
un Enfans de naiſſance. Il
luy faiſoit aprendre à écrire , &
à faire des Armes, &diſoit toû
jours que quand ils eroit un peu
plus avancéen âge , il luy feroit
avoir de l'employdans les Troupes
de ſa Majeſté. Les Armes efroient
un exercice qui flatoit
fort ce jeune homme , & l'in116
MERCURE
clination qu'ils marquoit pour
tout ce qui pouvoit regarder la
Guerre , perfuadoit aisément
qu'il eſtoit né pour cette profeffion.
Pendant qu'il eſtoit chez
cette Veuve il eut une dangereuſe
maladie . On ne sçauroit
exprimer avec quelle ardeur ,
&avec combien de ſoins le Pere
Cotton le fit ſecourir, Medecins
, remedes , rien ne luy fot
épargné. Il eſtoit ſans ceſſe auprésdelay,&
un Laquais ſans livréevenoit
tous les jours ſçavoir
en quel eſtat eſtoit le malade. Sa
grande jeuneſſe le tirad'affaire,
&le Laquais inconnu ne revint
plus. Six ou ſeptans ſe paſſerent,
& aprés ce temps , lors qu'il
preſſoit pour l'employ qu'on
luy faifoit eſperer fans luy vouloirdécouvrir
le ſecretde ſa nailfance
, le Pere Cotton fut apGALAN
T. 117
t
2
epit
٢ ,
re
defot
auslivoir
. Sa
aire,
Evint
rent,
qu'il
C
0
COA
Dai
tap
pellé pour confeſſer un Malade
à la Charité des hommes. Il y
fut ſurpris tout à coup d'apoplexie
, & ayant d'abord perdu
la parole , il ne revint point de
cet accident. Vous pourez juger
combien ce jeune homme fentit
vivement la mort de ce bon
Religieux . Quelque affliction
qu'elle luy cauſaſt, il ſe conſola
par l'eſperance qu'il eut que
ceux qui l'ont mis au monde
continuëroient à luy faire donner
du ſecours , au moins par le
miniſtere de quelque autre perſonne
charitable , s'ils ne le
vouloient pas ſecourir par eux
meſmes . Ainſi il a attendu une
année entiere ſans découvrir à
perſonne l'eſtat malheureux où
il ſe trouve , mais ne recevant
aucun adouciſſement dans ſon
Dalheur , aprés tant de ſoins
118 MERCURE
qu'on a eus de luy depuis dixneuf
ans , il croit que ceux qui
ontbien voulu prendre intereſt
aſa fortune pendantun ſi grand
nombre d'années , font en peine
mémes de ce qu'il eſt devenu,
&par le Billet qu'il m'a fait rendre
, il me prie deleur declarer
dans cette Lettre, ſi par hazard
elle tombe entre leurs mains,
qu'ils ſçauront de ſes nouvelles
s'adreſſant au Pere Jerôme de
Monceaux Capucin de la ruë S.
Honoré, qui gardera le ſecret
auſſi inviolable que celuy de la
Confeſſion , à ceux qui viendront
luy parlerde cette affaire.
On ſçait qu'il eſt le Refuge des
pecheurs , &des affligez , & que
ſa vertu & ſa probité répondent
pour luy , qu'on ne court aucun
perils à luy confier les plus importans
ſecrets. J'ay ſceude co
GALANT. 119
i
t
à
e
,
ner
ard
ns,
les
Pere , car je n'ay voulu parler
de cette avanture qu'apres lui
avoir fait voir le Billet que j'ay
receu , que ce qui inquiete le
plus ce jeune homme , c'eſt de
n'eſtre pas certains s'il a receu le
Batéme. Comme il a toûjours
eſté entre les mains de Religieux
, il s'eſt repoſe ſur eux
de toutes choſes , & n'a point
ſongé à le demander. Ce ſcrupule
le tourmente , & fi on ne
luy donne au plutoſt quelque
éclairciſſement là deſſus , il eſt
reſolu de ſe faire baptiſer ſous
condition. Ceux à qui il apartient
, qui ne peuvent eſtre que
des gens de qualité , ſont d'autant
plus obligez à le tirer de
la miſere où il eſt , qu'il eſt tres
cun digne du ſecours qu'il leur dede
S.
Cret
ela
enaire.
des
que
dent
im
eca
mande. Voicy le portrait que
n'en a fait le Pere de Monceaux,
120 MERCURE
Il a la taille tres belle, le viſage
fort agreable , & un certain air
de grandeur , qui malgré la neceſſité
qu'il ſoufre preſentement,
fait éclaterdans ſon port , dans
fadémarche , &dans toutes ſes
manieres , je ne ſçay quoy qui
eſt beaucoup au deſſus de ſa fortune.
Les qualitez de ſon ame
accompagnent avec avantage
cet heureux exterieur. Il eſt
doux , affable , honneſte & civil,
& n'a aucun des defauts d'une
infinité de gens de ſon âge. Sur
tout , il ſe ſent le coeur ſi bien
placé ,que pour ne pas faire affront
à fon Pere & à ſa Mere,il a
mieux aimé juſqu'à preſent ſe
voir denué de toutes choſes ,
que de chercher du foulagementen
ſe mettant en ſervice.
Ieſouhaite que l'avis queje donne
icy de fon malheur luy ſoir
util
GALANT. 121
S
S
i
e
ge
A
il ,
ne
Sur
ien
af.
le
fes
ge
vice
don
wile , & qu'il produiſe l'effer
qu'ily a ſujet d'en eſperer.
Je vous envoye les Armes des
vingt ſept Cardinaux de la Promotion
du ſecond jour de Septembre
dernier , ſelon l'ordre &
l'ancienneté de leurs Dignitez .
Des vingt- ſept , il y en a vingt
Preſtres , ſçavoir huit Archeveſques
, huicEveſques, & quatre
qui ne font point dans la Prelature.
Lesſept derniers ne ſont
que Diacres. Ie vay vous dire
un mot de chacun , ſuivant les
Chifres marquez dans la Planche.
Le choix qu'en a fait Sa
Sainteté ne peut laiſſer mettre
en doute qu'ils ne ſoient tous
d'un fortgrand merite.
: 1. Giacomo de Angelis. Il eſt
de Piſe , Archeveſque d'Urbin ,
&Vicegerent. Piſe eſt une Ville
3.Novembre 1686 . F
1
122 MERCURE
deToſcane en Italie , tres ancienne
,&diviſée par la Riviered'Arne
qu'on ypaſſe ſur trois
Ponts. Elle a Archeveſché &
Univerſité , & a eſté autrefois
une Republique puiſſante qui a
refifté aux Turcs , & qui a
ſoûmis les Ifles de Corſe & de
Sardagne. Preſentement les
Grands Ducs de Toſcane en
font les Maiſtres. L'Univerſité
fut fondéeen 147 2. par Laurent
de Medicis. C'eſt la reſidence
des Chevaliers de l'Ordre de
Saint Eſtienne qui s'y aſſemblentdans
l'Egliſe de ce Saint.
Coſme de Medicis établit cét
Ordre en 1961. On a tenu divers
Conciles dans Piſe. Urbin
eſt la Capitale du Duché de ce
meſme nom dans l'Estat Eccleſiaſtique
. L'Estat d'Urbin aeſté
poſſedé par la Maiſon de la
GALANT.
123
et
i
da
Ser
er
Lite
en
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de
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Ent.
cét
dibin
ce
leeſté
la
1
Rouere ,&cette Famille ayant
manqué , il eſt dévoulu au Saint
Siege ſous le Pontificat d'Urbain
VII sha . 2 2015
12. Obizzo Pallavicini. Il eft
de Genes& Archeveſque d'E
pheſe. Il a eſté Nonce à Cologne
,&preſentement ild'eſt en
Pologne. La Maiſon Pallavicini
eſt Noble& fort ancienne en
Italie , où elle a diverſes branches
à Rome & à Genes. Ily a
eu pluſieurs Cardinaux de ce
nom. Antoniot Pallavicini , &
Jean-Baptiste Pallavicini fon
Neveu , qui estoient tous deux
Genois , furent faits Cardinaux,
l'un en 1489. par Innoncent
VIII. & l'autre en 1917. par
Leon X. Sforze Pallavicini Je
fuite , que le Pape Alexandre
VII. fit Cardinal en 1659. étoit
de Rome. Lazare Pallavicini a
eſté auſſi Cardinal. Il eſtoit de
F2
124 MERCURE
la Promotion de Clement IX. &
eſt mort depuis fix ans. Les Pallavicini
de Genes ont eſté dans
une tres grande confideration .
Auguſtin Pallavicini fut éleu
Doge dela republique en 1637 .
C'eſt le premier qui ait pris une
Couronne Royale. Il mourut
en 1649. Epheſe dont le nouveau
Cardinal Pallavicini eſt
Archeveſque , eſt une Ville
d'lonie dans l'Aſie Mineure.
Quelques- uns la nomment prefentement
Figena. Elle eſt ſituée
fur la Mer Egée où elle a un
Port affez commode. Cette Ville
eſt fort celebre par le Temple
de Diane , qu'on dit qui eſtoit
long de quatre cens vingt- cinq
pieds , & large de deux cens
vingt , & que brula Eroſtrate
afin de rendre ſon nom immortel.
Le troiſiéme Concile GeneGALANT.
125
S
0.
eu
7
ne
0
סנ
eft
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re.
ce.
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زا
מ
ble
ral fut tenu à Epheſe l'an 431.
fousle Pape Celeſtin , contre les
Erreurs de Neſtorius , Patriarche
de Conſtantinople.
3. Angelo Ranuzzi. Il eſt
de Boulogne , Archeveſque de
Damiette , & Eveſque de Fano .
Il a eſté Nonce en Pologne , &
il eſt preſentement Nonce extraordinaire
à la Cour de France .
Boulogne qu'on nomme ordinairement
la Graffe , à cauſe
de labonté deſon Territoire qui
eſt aux extremitez de la Lombardie
, eſt une des plus belles
Villes d'Italie , &la ſeconde de
l'Etat Eccleſiaſtique. La pluſpart
de ſes Ruës font en galerie par
arcades , en forte qu'on y peut
marcher fans recevoir aucune
oit
Fing
ens
ratc incommodité du Soleil nyde la
mor pluye. Elle eſtoit ſoumiſe aux
:
ne Lombards dans le ſixième Sie
F3
126 MERCURE
cle , & le fut aux Empereurs
aprés que Pepin & Charlemagne
l'eurent tirée de la ſervitude.
Les Empereurs ayant tranfferé
leur Siege en Allemagne,
les differens qu'ils eurent avec
lesPapes furent cauſe queBoulogne
s'érigea en Republique.
Cette Ville devenuë puiſſante,
foûtint pluſieurs Guerres , &
aprés avoir eſſuyé la domination :
des Bentivoglio,des Cannetules,
& des Pepoli , qui ſe chafferent,
lesuns les autres elle ſe donna ,
au S. Siege. Comme elle s'eſt
ſoûmiſe elle-meſme à l'Eglife, elle
a un privilege particulier, qui eſt [
d'avoir un Ambaſſadeur ordinaire
à Rome, Elle eſt gouvernée
par un Legat à Latere, que le
Pape y envoye. Outre une celebre
Univerſité, elle a l'Academie
appellée de gli otiofi. Ceux qui
GALANT. 127
نر
A
;
la compoſent ont voulu prendre
le nom d'oififs , pour faire entendre
qu'ils ne le ſont jamais
moins que lors qu'ils affectent
de l'eſtre. Damiette eſt une Ville
d'Afrique en Egypte ſur la
Mer,& d'une grande importance
à cauſe de ſon affiete. Les
Chreftiens croiſez la prirent
en 1219. & la rendirent deux
ans aprés au Sultan. Les Sarrafins
l'abandonnerent au Roy
Saint Louis , lors qu'il paſſa en
Egypte en 1249. & ce Prince
ayant eſté fait Priſonnier l'année
ſuivante ,la donna pour ſa rançon.
Fano eſt une Ville d'Italie
dans l'Etat Eccleſiaſtique, ſituée
fur les bords de la Mer entre
Senegalli & Peſaro , & proche
da lieu où eſtoit autrefois le
e
Temple de la Fortune. Les Romains
avoient fair baſtir ce
F4
128 MERCURE
Temple en memoire de la celebre
Bataille qu'ils gagnerent
contre Afdrubal , Frere d'Anni
bal , qu'ils défirent avec cinquante
mille hommes. C'eſt
pour cela que Fano s'appelle
en Latin Fanum Fortuna . On y
voit un Arc triomphal de Marbre
qui a trante coudéesde hauteur
, & qui eſt un des plus
magnifiques Ouvrages d'Italie.
Ie vous parleray de la Maiſon
& des Emplois de Monfieur le
Cardinal Ranuzzi dans l'Article
de la Ceremonie qui fut faite à
Fotainebleau quand Sa Majesté
luydonna le Bonnet.
4. Maximilien de Kiembourg .
Il eſt Allemand , & Archevefque
de Baltsbourg. C'eſt une
Ville d'Allemagne en Baviere,
ſituée ſur la Riviere de Saltza,
Elle est belle & grande. L'Ar-
1
1
GALANT. 129
S
cheveſque en eſt Seigneur , &
a la qualité de Prince de l'Em
pire. On y a celebré divers Con
ciles.
5. Veriſſimo d'Alencastro. II .
eſt de Portugal , & Inquifiteur
General de ce Royaume. Il a
eſté Archeveſque de Brague, &
il l'eſt preſentementde Lisbonne.
Brague eſt une Ville de Portugal
ſituée ſur la Riviere de
Cavado un peu au deſſus de fon
emboucheure. Elle est à cinq
lieuës de la Mer , & a este autrefois
dans la Galice. On tient
que ce fut le Siege des anciens
Rois Sueves , & qu'elle a eſté
tres confiderable ſous les Gots,
Elle a eu d'Illuſtres Prelats,qui
ſc diſent Primats d'Eſpagne.
Alphonſe I. ayant tiré cette Ville
des mains des Maures en
1240. tous les Eveſques d'Eſpas
Ε
130 MERCURE
gne ſe ſoumirent alors à l'Egliſe
de Brague. C'eſt un avantage
que celle de Tolede luy diſpute.
6. Marcello Durazzo. Il eſt
Genois, Frere du Doge , & Archeveſque
de Chalcedoine. Il
a eſté Nonce en Portugal, & il
eſt preſentement en Eſpagne en
la meſme qualité. Chalcedoine
eſt une Ville d'Aſie dans la
Bithinie , ſituée ſur le Boſphore
ou Canal de la Mer Noire , prés
de Scutari ,& vis à vis de Conſtantinople.
Elle fut d'abord
Ville Epiſcopale ſous Nicomedie
,& enſuite on l'érigea en
Metropole, Procope ,qui ſe
diſoir deſcendu de Julien l'Apoſtat
, s'eſtant emparé de Chalcedoine
dans le quatrième Siecle
, entra fecretement dans
Conftantinople , & fe rendit
Maiſtre de l'Empire. L'Empereur
7
GALANT. 131
S
Valens l'ayant fait mourir fic
abatre les murailles de Chalcedoine
, qui eſt celebre par le
ConcileGeneral qu'on y cele
bra en 451. Il s'y trouva fix
cens trente Eveſque , qui s'affemblerent
dans l'egliſe de Sainte
Euphemie. L'Herefic d'eutichez
y fut condamnée.oh
7. Horatio Mathei. Il eſt
Romain ,Archeveſque de Damas
, Auditeurde Rote & Major
- dome du rape. Il avoit
exercé la meſme Charge ſous
Clement X. Damas , autrefois
Capitale de Syrie , & aujourd'huy
de la phenicie, eſt une des
plus grandes & des plus riches
Villes de tout le Levant. Elle a
eſté la neuvième Metropole ſous
le patriarchat d'Antioche. Les
Turcs quien font les Maiſtres
depuis prés de deux cens ans, y
)
F6
132
MERCURE
ont un Bacha , & la nomment
Scham. Elle eſt ſituée dans une
plaine tres fertile au pied du
Mont Liban , & enfermée de
collines à la façon d'un arc de
Triomphe. Entre un fortgrand.
nombre de marchands les Juifs
font bon negoce. Il y a peu de
Sectes de Chreſtiens Orientaux
qui nes'y ſoient établies. On y
trouve auffi des Catholiques ,&
les Jeſuites , les Cordeliers , &
les Capucins y ont chacun un
Hofpice.
}
8. Marc Antonio Barbarigo.
Il eſt Archeveſque de Corfou ,
Coufin du Cardinal Barbarigo,
Eveſque de Padoüe , & d'une
tres- noble Famille de Veniſe.
Corfou eſt la Capitale de l'iſle
de la Mer Jonienne qui porte ce
nom & qui appartient aux
::
:
GALANT. 133
Venitiens. Elle eft affez grande,
bien peuplée , & a deux Chafteaux
qui la défendent , & que
leur affiete rend preſque imprenables.
Les Habitans de Corfou
que les Anciens appelloientCorcire
, font Chreftiens Latins &
Grecs. L'Archeveſque a pour
Suffragans les Eveſques de Cephalonie
& de Zante.
9. CarloCiceri . Il eſt Eveſque
de Come , lieu de ſa naiſſance.
Come eſt une Ville d'Italie dans
le milanez , grande , riche , &
bien peuplée. Elle eſt à vingt ou
vingt- cinq milles de Millan , fur
lebord d'un Lacauquel elle donne
ſon nom , & qui a environ
cent milles de tour. Elle a produit
de grands Hommes, parmy
leſquels on compte le Poëte
Cecilius,Pline le leune,& Paul
Love. Le vous ay parlé deMe
134 MERCURE
le Cardinal Ciceri dans ma Let
tre du mois paſſé , en vous faiſant
part d'une Feſte que fit à
Cavaillon un Gentilhomme de
cette Famille , lors qu'il eut appris
ſa Promotion .
10. Leopold , Comte de Colonits.
Il eſt Hongrois , & a eſté
Evefque de lavarin. Il l'eſt
preſentement de Neustadt.
Javarineſt une Ville avec Fortereffeau
confluantdu Raab &
du Danube. Les Allemans l'appellent
Raab. Elle fut priſe par
lesTurcs en 1591. & repriſe en
1606. par Monfieur de Vaubecourt
, François. Neustadt eſt
une Ville d'Allemagne furlaRiviere
de Briſchave , à fix lieuës
de Vienne en Auſtriche Paul II.
fonda en 1468 l'Eveſché de
Neustadt , qui eſt Suffragant de
Saltzbourgi
GALANT.
135
-: i 1. Eſtienne le Camus. Il eſt
de Paris , Docteur de Sorbonne,
1 Eveſque de Grenoble , & a eſté
Aumônier de Sa Majefté. Le
foin tres- particulier qu'il a toûjours
pris de ſon Dioceſe eſt
connu detout le monde. Meffieurs
le Camus ſont d'une Fa
mille des plus conſiderables dans.
la Robe. Ce Cardinal eſt Frere
deMonfieur leCamus, premier
Preſident en laCour des Aydes
de Paris , & de Monfieur le
Camus , Lieutenant Civil:
s
L
F
12. Jean , Baron de Goëız . Il
eſt Allemand,Eveſque de Gurk,
& a eſté Ambaſſadeur plenipo .
tentiaire de l'Empereur à la paix
de Nimegue. Gurkou Goritz
eſt une Ville d'Allemagne dans
là Carinthie. Gebbard , Archeveſque
de Saltzbourg , fonda
l'Eveſché de Gurk en 1073-
1
136 MERCURE
L'Eveſque eſt aujourd'huy prince
de l'Empire.
12. Michel Radzievzki. Il eſt
polonois , & Eveſque de Vvarmie.
Vvarmie ou Vvarmeland ,
eſt un Pays de Pologne , dont
l'Eveſque réſide à Brunſberg ,
Villede ce meſme Etat , dans la
Pruffe Royale. 7
14. Pier. MatheoPetrucci. II.
eſt Evefque de leſi , lieu de ſa
naiſſance. Jeſi , qu'on nomme
Efiumen Latin, eſt une Ville
d'Italie
15. Fr. Pedro de Salazar. Il
eſt Eſpagnol , Eveſque de Salamanque
, & nommé à l'Evê
ché de Cordouë. Il a eſté General
de la Mercy . Salamanque
eſt une des plus grandes Villes
d'Eſpagne , dans le Royaumede
Leon. Son Univerſité eſt
tres-renommée Cordouë eſtune
GALANT.
137
autre Ville d'Eſpagne dans l'Andalouſie
, qui a eu autre fois titre
de Royaume. Elle eſt celebre
par la naiſſance des deux Seneques
, du Poëte Lucain , & de
Ferdinand Gonzales ou Gon.
zalve , appellé le grand Capitaine
, qui ſervit à la conquête du
Royaume de Grenade ſous les
Rois Ferdinand & Iſabelle.Certe
Ville a eſté tres - renommée
ſous ladomination des Romains
& des Maures. Ces derniersy
firent bâtir une Moſquée , la
plus belle qu'ils euſſent aprés la
Mecque. C'eſt preſentement
l'Egliſe Epifcopale. Il y a eu un
Eſtienne de Salazar de Grenade,
fameux par ſon érudition , qui
a laiſſé divers Traitez qu'on
eſtime. Il eſt mort Chatreux . Il
ya eu auſſi deux Pierres de Salazar
, dont l'un qui vivoit vers
138 MERCURE
: l'an 1570. a écrit enEſpagnol la
Chroniquede l'EmpereurCharlesquint
, & l'Histoire de la,
conqueſte d'Afrique. L'autreeſtoit
Chanoine de Tolede en
1620. & a compoſé divers Ouvrages.
Les principaux ſont la
Vie de Dom leap Tavera , &
celle du Cardinal Gonſalez de
Mendoza , tous deux Archevelques
de Tolede , la Chronique
de laMaiſon de Ponce de Leon,
& l'Origine des Dignitez ſeculieres
de Leon & de Caſtille.
16. Guillaume Egon , Comte
de Furſtemberg. Il eſt Eveſque
de Strasbourg ,& je vous parlay
deluy fort amplement lors qu'il
fat élen Eveſque de cette Ville.
Strasbourg eſt la Capitale de
l'Alface , & une des plus belles
Villes d'Allemagne , à un quart
de lieuë du Rhin. Elleeſt ſituée
GALANT . 139
-
el
au milieu d'une grande Plaine ,
où elle reçoit les Rivieres d'Ill
& de Breuſche. L'Eveſche eſt
Suffragant de Mayence. Furftemberg
, autre Ville d'Allemagne
en Suabe , a donné fon
nom à la Maiſon de Furſtem-,
berg, qui eſt feconde en grands
Hommes , & que l'empereur a
faits Princes de l'Empire. Cette
Maiſon , qui tire ſon origine de
puis le temps de Charlemagne ,
a eu divers Conſeillers des Electeurs
de Mayence & de Cologne
, de grands Capitaines ,
quantité de Chanoines dans les,
Egliſes de Tréves , Cologne ,
Spire , & Monster , tous Amis
des Lettres & Défenſeurs de la,
Foy , plufieurs Prelats d'un merite
fingulier , & grand nombre
de Chevaliers & Commandeurs,
tant de l'Ordre Theutonique
1
140 MERCURE
que de celuy de Livonie. Guillaumede
Furſtemberg fut nommé
Grand Maiſtre de ce dernier
Ordre vers l'an 1535 .
17. Iean Caſimir de Denhof.
Il eſt Polonois , Commandeur
de l'Hoſpital du S. Eſprit , &
Envoyé extraordinaire de Pologne
à Rome.
18. Dom loſeph Saenz de
Aguirre. Il eſt Eſpagnol , & Re--
ligieux Benedictin. Depuis plus
de douze cens ans que l'Ordre
de S. Benoiſt eſt ſi celebre dans
l'Egliſe , il luy a donné quantité
de Papes , de Cardinaux , de Patriarches,&
un tres-grand nombre
d'Archeveſques & d'Evefques.
Ce faint Patriarche qui
l'établit fur le Mont-Caffin , y
mourut en 5430
19. Le Pere Leandro Coloredo.
Il eſt natif du Frioul ,&
GALANT. 141
preſtre de l'Oratoire . C'eſt un
homme d'une vertu éminente ,
* &d'une profonde érudition. Le
Friouleſt une province d'Italie,
qui a eu autrefois titre de Duché.
Les Lombards le prirent
ſous leur Roy Alboïn ,qui vers
- l'an 568. y établit ſon Neveu
Giſulfe en qualité de Duc &
de Gouverneur. Charlemagne
- ayant éteint le Royaume de
Lombardie en 774. donna le
Frioul à Rigaut , Seigneur Lombard,
à conditionde l'hommage.
Enfin aprés differentes révolutions
il fut donné vers l'an 1028.
par l'Empereur Conrad Il . à Po-t
pon ſon Chancelier , Patriarche
d'Aquilée. Les Succeſſeurs
de ce prelaten joüirent juſqu'en
1420. que Loüis Techio s'étant
engagé témerairement à la
Guerre contre les Venitiens ,
l
1
0
&
142 MERCURE
ocux-cy ſe rendirent Maiſtres:
da Frioul ,& l'onttoûjours con..
ſorvédepuis.
20. Fortunato Caraffa . Il elt
Frere du Grand Maistre de la
Religion de Malte. La Maiſon
deCaraffe eſt une des plus nobles&
desplus illuſtres du Royaume
de Naples,où elle ſediviſe
endiverſes branches , d'ariano
, de Montorio , de Ruvo , de
Montebello , de Montenegro &
d'Anza. Quelques-uns la font
deſcendre d'un Roy de Pologne.
Jean-Pierre Caraffe qui fut élevé
au pontificat en 1955. ſous le
nom de paul IV. eſtoitde cette
Maiſon , où l'on trouve neuf ou
dix Cardinaux , autant d'Archeveſques
de Naples , & pluſieurs
Vicerois , Gouverneurs &
Capitaines celebres.
21.Dominico Maria de CurGALANT.
143
ci. Il eſt de Florence , & Auditeur
de la Chambre Apoftolique.
Florence eſt la Capitalede
Toſcane ,& eft comptée entre
les plus grandes Villes d'Italie
. Onla nomme Florence la
Belle,à cauſede la beauté de ſes
Ruës , pavées de pierres larges
qui répond à celle de ſes Maiſons
, & à la magnificence deſes
Eglifes . C'eſt où les Grands
Ducs font leur demeure. Les
peintures & les Statuës du palais
du prince ſont des Chef d'oeuvres
des meilleurs Maiſtres , &
il y a dans ſon Cabinet & dans
la Gallerie de l'ancien palais , un
tres - grand nombre de pieces
que leur rareté ne rend pas
moins confiderables que leur
richeſſe. Cette Ville qui eſt fertile
en hommes de Lettres , &
dans laquelle s'eſt établie la ce
44
MERCURE
lebre Academie de la Grufca ,
a eſté ſous la domination de dif
ferens Maîtres,juſqu'à ce qu'el
le ſe ſoit ſoûmiſe à la Maiſon de
Medicis.
22. Gio. Franceſco Negroni .
Il eſt de Genes, & Tréſorier General
de la Chambre
23. Fulvio Aſtalli. Il eſt Romain
, Clerc de Chambre &
Neveu du Cardinal de ce meſme
nom.20
६ 24. Gaſpard Cavallieri . Il eſt
auffi Clercde Chambre , & Romain.
:
25. JoanGualterius Slufius. Il
eſt Liegeois & Secretaire des
Brefs. Liege , ou Pays de Liege,
eſt un Duché en la haute Allemagne
comprisdans le Pays-bas.
La Ville eſt ſituée ſur la Meufe
dans une agreable Vallée, environnée
de belles Montagnes que
divers
GALANT.
145
divers Vallons ſeparent avec
des prairies arroſées de pluſieurs
petites Rivieres qui ſe déchar
gent dans la Meuſe avant qu'elle
entre dans la Ville. La Cathedrale
dediée à S. Lambert , eſt
celebre par fon Chapitre , qui
eſt composé de princes , deCardinaux
, & de perſonnes de tres
grande qualité. L'Evefque prend
Je titre de Duc de Baillon ,de
Marquis de Franchimont , & de
Comte de Hoots & de Hasbain.
Il eſt Seigneur de tout le pays ,
& Prince du Saint Empire.Monſieur
l'Abbé Sluze Frere de ce
nouveau Cardinal eſt Chanoine
de Liege. Ainfi l'on ne peut douter
dela Nobleſſe de cette Maiſon
, puis qu'on n'eſt receu dans
ce Chapitre , qu'aprés avoir fait
-des preuves incontestables. Ils
font tous deux dans une treshaute
eſtime.
Nouvembre 1686 . G
146 MERCURE
26. François - Marie de Medicis.
Il eſt Frere de Coſme III .
Grand Duc de Toſcane , qui
en 1761. épousa Marguerite
Loüife d'Orleans , Fille de Gaſton-
Jean - Baptifte de France,
Ducd'Orleans , & de Margueritede
Lorraine. La Maiſon de
Medicis s'eſt renduë extremément
confiderable dans ces
derniers Siecles par ſon élevation&
par ſes Alliances. Elle a
donné quatre papes à l'egliſe ,
Leon X. Clement V11. Pie IV .
& Leon XI. & deux Reines à la
France Catherine de Medicis
Femme deHenry II.& mere des
Rois François II . Charles IX. &
Henry III.& Marie de Medicis,
Meredu feu Roy. La ſucceſſion
de cetteMaiſonn'eſt bien connuë
que depuis Philippes de Medicis
,que la prudence avoit mis
i
1
GALANT .
147
P
コ
dans une tres - grande reputation.
Les Guelphes de Florence
avoient accoûtumé de le conſulterdans
tous les deſſeins qu'ils
faifoient contre les Gibelins
leur Ennemis . Ceux cy voulant
s'en vanger reſolurent d'exterminer
tous les Medicis , mais
leur entrepriſe n'eut point de
fuccez . Les Guelphes qui les
batirent , ramenerent à Florence
les Medicis triomphans , &
non ſeulement ils les y receurent
Citoyens , mais ils les firent
encore admettre dans les principales
Charges de la Republique.
Philippes de Medicis mourut
en 1258. & laiſſa Everard
pere d'Everard I I. qui eut Clariffime
ou Sylvestre de Medicis
qu'on fait tige des Medicis ou
Mediquin, de milan. C'eſt de
cettebranche que Pie IV. eſtoit
G 2
148 MERCURE
venu. Jean de medicis , qui
mourut en 1418. eut pour
Fils Coſme & Laurent. La
branche de Coſme fut continuée
juſqu'à Laurent 1 1. qui
fut Pere de la Reyne Catherine
de medicis , & eut un
Fils Naturel , nommé Alexandre
, que Charles - Quint
fit Duc de Florence en 1531 .
Laurent de medicis ſon Coufin
, deſcendu de la branche
de Laurent fils puiſné de
Jean , le tua en 1537. &
mourut ſans laiſſer d'Enfans
ayant toûjours affecté le nom
de Populaire. Coſme I. de ce
nom , venu d'un autre puifné
de cette ſeconde branche ,
fut fait Grand Duc de Tofcane
en 1569. ipar le Pape
Pie V. Il laiſſa François I. de
GALANT. 149
د
ce nom Grand Duc , qui de
Jeanne d'Auſtriche , fille de
l'Empereur Ferdinand I. eut
un grand nombre d'Enfans
& entre autres marie de medicis
Femme de Henry I V.
& Ferdinand I. Grand Duc
de roſcane. Ferdinand épouſa
Chriſtine de Lorraine , Fille
de Charles II. Duc de Lorraine
, & de Claude de France
,& laiſſa Coſme I I. qui prit
alliance avec Madelaine d'Auſtriche
, Soeur de l'empereur
Ferdinand I I. Il en eut ferdinand
II. qui mourut en
1670. C'eſtoit le pere de Coſme
III . aujourd'huy Grand Duc , &
de François - Marie , qui eſt le
nouveau Cardinal dont je vous
parle.
G3
150
MERCURE
/
27. Reinaldo d'Eſt . Ileſt Oncle
du Ducde Modene. Eſt ou
Eſte , Ville fort ancienne d'Italie
dans le padoüan , a donné fon
nom à l'Illuſtre Maiſon d'eſt.
Borſo d'eſt, Fils de Lionello маг-
quis d'Est & de Ferrare , ayant
receu magnifiquement Frideric
III. en 1451. cet Empereur le fit
Duc de Modene , & de Reggio
l'année ſuivante , & en 1471. il
fat fait Duc de Ferrare par le
Pape Paul II. Ses Succeſſeurs
joüirent de ce dernier Duché
juſqu'à lamort d'Alfonſe I I. qui
ne laiſſa point de pofterité . Cefar
d'Eft , petit Fils d'Alphonſe
I. & de Laura Euſtochia , l'une
de ſes Maîtreſſes qu'il avoitépoufee
fecretement,ſe mit en poffeffion
de Ferrare , quoy que cet
Estat fuſt dévolu à la Chambre
Apoftolique ; mais n'ayant pû
GALANT. 151
1
reſiſter à l'Armée du pape , il fic
ſon accommodement,& ſe contenra
de Modene & de Reggio.
Il fut pere d'Alfonce III. qui
laiſſa François I. Ce dernier eut
pour Fils Alfonce I V. Frere du
nouveauCardinal d'Eſt . Il mouruten
1662. & laiſſa de Laure
Martinozzi , Niece de Monfieur
le Cardinal Mazarin , François
II. Duc de Modene & de Reggio,
Marquis d'eſt , prince de Carpiné
le 6. Mars 1660.
Il faut preſentement vous parlerde
ce qui ſe paſſale jour que
Sa Majesté donna le Bonnetà
Monfieur le Cardinal Ranuzzi .
Monfieur l'abbé Servient , Camerier
ſecret du pape qui l'apportoit
au Roy de la part de Sa
Sainteté avec ceux de Meſſieurs
lesCardinaux de Furstenberg ,
& le Camus, afin qu'ils leur fuf
G4
152 MERCURE
ſent diſtribuez ſelon les ordres
de ce monarque , eſtant arrivé
icy le 26. du mois paſſe , en fit
auſſi toſt donner avis à la Cour
par un Courrier qu'il fit partir
pour Fontainebleau . Le Royqui
a une eſtime particuliere pour
Monfieur le Cardinal Ranuzzi ,
reſolut de luy donner le Bonnet
luy-meſme , & choiſit le mercredy
6. de ce mois pour en faire
la Ceremonie. Ce Cardinal
ſe rendit le jour precedent à
Fontainebleau avec Monfieur
l'Abbé Servient , & logea dans
le Château à l'appartement de
Monfieur le marquis de S.Heran
qui en eſt Gouverneur. Le lendemain
à dix heures du matin ,
Monfieur l'Abbé Servient alla
faluer le Roy , qu'il complimenta
de la partdu Pape. Il luy preſenta
le Bonnet deſtiné pour ce
1
1
1
GALANT.
153
nouveau Cardinal avec un Bref
de ſa Sainteté , & s'eſtant enfuite
retiré avec le Bonnet , il alla
le mettre dans la Chapelle du
Chaſteau ſur une Credence du
coſté de l'Autel , dans un Baſſin
de Vermeil. Il ſe rendit de-là auprés
de Son Eminence , que mon.
fieur le Prince Camille de Lorraine
, ſecond Fils de Monfieur
le Comte d'Armagnac , nommé
par le Roy pour l'accompagner
dans cette Ceremonie , & Monfieur
de Bonneüil, Introducteur
des Ambaſſadeurs, vinrentprendre
dans les Caroſſes de Sa Majeſté
& de Madame la Dauphine.
Les Gardes Françoiſes &
Suiſſes eſtoient ſous les armes
avec les autres Gardes ordinaires,
ſelon ce qu'on a couſtume de
pratiquer aux premieres Audiences
des Nonces du Pape,&
G
154
MERCURE
des Ambaſſadeurs des Teſtes
couronnées. Monfieur le Cardinal
Ranuzzi fut conduit à la
Chapelle du Chaſteau , où Sa
Majesté entendoit la meſſe.Monfieur
le marquis de Blainville ,
Grand Maistre des Ceremonies
& Monfieur de Saintot Maitre
des Ceremonies , le receurent à
la porte ,& le conduifirentavec
Monfieur l'abbé Servient au
Prié Dieu du Roy,où ce Cardinal
, aprés luy avoir fait une
tres profonde reverence, ſe rangea
du côté gauche. Monfieur
l'abbé Servient qui ſe rangea à
ladroite, preſenta à S.M. le Bonnetquiestoitdans
le Baffin,couwert
d'un Taffetas cramoifi. Le
Roy le prit,& le mit ſur la teſte
de ce nouveau Cardinal en luy
diſant d'une maniere obligeante,
Voila, Monfieur, ce que le Papem'a
A
GALANT.. 155
1
envoyé pour vous donner. Vous ne
devezpas douter que je ne le faſſe
avec un tres grand plaisir , ayant
autant d'estime que j'en ay pour
vostrepersonne.Ce Cardinal ayant
fait une profonde inclination
au Roy , luy fit ſes remerciemens
en peu de paroles par un
compliment qui plut extrémement
à Sa Majesté , aprés quoy
il alla à la Sacriſtie changer ſes
habits de Nonce dont il eſtoit
encore reveſtu , en une Soutane
rouge , avec le Camail ,
le Rochet & le Manteler ..
Bendant ce temps , le Roy s'avança
vers la porte de la Chapelle
, & marcha ſi doucement.
que Son. Eminence eut le temps
de le rejoindre avantqu'il en fût
forty. Monfieur le Cardinal Ranuzzi
ayant abordé Sa Majesté
la falüa fort profondement. Le
G6
156 MERCURE
ce
Roy eſtant hors de la Chappel
le , ſe couvrit ,& dit à ce Cardinal
qu'il miſt ſon Bonnet
qu'il fit , accompagnant Sa Majeſté
à l'antichambre de l'appar
tement de la Reyne où il devoit
avoir l'honneur de diſner avec
Elle. On y avoit preparé la Table.
Elle estoit d'environ dix
pieds de long ſur quatre de large.
A trois pieds de diſtance du
haut bout de la table, étoit la
Nef & le Couvert du Roy, avec
ſon Fauteüil vis- à-vis du Couvert,
tournant le dos à la cheminée.
A cinq pieds plus bas
que le Couvert de Sa Majesté ,
étoit celuy de Monfieur le Cardinal
, ſans Cadenas avec un fiege
pliant vis-à-vis de ſon Couvert.
Le Roy en prenant ſaplace
, dit à Son Eminence qu'elle
prit la fienne. Monfieur l'Evêque
GALANT.
157
d'Orleans , premier Aumônier
de Sa Majeſté , benit la Table.
Le Roy recent la ſerviette pour
laver les mains , de ſon premier
Maître d'Hôtel , & Monfieur le
Cardinal Ranuzzi , la receut de
celles du Controlleur General
de quartier. Il fut ſervy par les
Officiers du Roy ,& les ſervices
furent ſemblables . Le Roy ayant
demandé à boire , dit qu'il faloit
commencer par la Santé de
Sa Sainteté ,& lors qu'il eut le
verre à la main , il ſe leva , oſta
fon Chapeau , & dit en ſe tour
nant du coſté de ce Cardinal ,
que c'estoit à la Santé du Pape..
Enſuite il remit ſon chapeau,&
s'eſtant aſſis il but; aprés quoy il
ſere leva,ôta encore fon chapeau
&ſe tourna de nouveau du côté
de Son Eminence , qui s'étant
levée , & ayant ôté ſon Bonnet
158 MERCURE
fi-toſt que le Roy eut parlé de
boire à la Santé du Pape , demeura
dans cette poſture juſqu'à
ce que Sa Majesté ſe fuſt remiſe
laſeconde fois dans ſon Fauteüil.
Quelques momens aprés , Monfieur
le Cardinaldemanda àboire
,&s'eſtant levé il remercia le
Roy de ce qu'il luy avoit pleu de
boire à la Santé de Sa Sainteté. Il
ſe tint debout & découvert en
beuvant,& aprés avoirbu, il falua
le Roy ,remit ſon Bonnet, &
s'affic. Le repas dura une heure .
Lors qu'il fut finy , Monfieur
L'Eveſque d'Orleans dit les.
Graces , & Sa Majeſté ayant
pris le chemin de ſon Cabinet,..
y fit entrer Monfieur le Cardi
nal Ranuzzi. Ils y furent ſeuls.
pendant trois quarts d'heure.
Son Eminence en eſtant fortie
alla rendre ſes devoirs àMada
GALANT. 159
me la Dauphine , à Monfieur &
à Madame , qui receurent chacun
un Brefde Sa Sainteté par
Monfieur l'Abbé Servient , qui
accompagnoit ce Cardinal , avec
Monfieur le Prince Camille , &
Monfieur de Bonneüil. Leurs
✓ Alteſſes Royales le firent afſfeoir,
& luy marquerent par une tresobligeante
reception les égards,
qu'elles avoient pour ſon rang
&pour ſon merite.Monſeigneur
qui eſtoit depuis trois jours à
Valery avec Monfieur le Duc, &
pluſieurs grands Seigneurs de la
Cour à une partie de Chaſſe, en
revint fort card ce meſme jour..
Le lendemain Monfieur le Car
dinal Ranuzzi alla au lever du
Roy , & s'eſtant rendu ſur les dix
heures à la Salle des Ambaffadeurs
Meffieurs le Prince Camille
,& les autres qui l'avoient
160 MERCURE
accompagné le jour precedent ,
le vinrent prendre pour le conduire
chez MonſeignearleDauphin,
qui le receut avec des marques
fingulieres de confideration
&d'eſtime . Monfieur l'Abbé
Servient preſenta à ce Prince un
Bref de Sa Sainteté. L'apreſdînée,
ce Cardinal rendit quelques
viſites ,& accompagna ſa Majeſté
à la Comedie Italienne. Il y
avoit fort longtems qu'on n'avoitfaitune
ceremonie de cette
nature. Celle- cy ſe fit avec plufieurs
prérogatives , qui n'avoient
jamais eſté accordée , ce
qui obligea le Roy de déclarer
que ſon intention n'eſtoit pas
qu'elles tiraffent à conſequence
ende pareilles occafions . Toute
la Cour a témoigné une grande
joye de cette diſtinction .
La Maiſon desRanuzzi , NoGALAN
T. 161
bles Senateurs Bolonois &
Comtes de la Porrete , s'eſt fait
connoiſtre depuis plus de quatre
Siecles , & n'eſt pas moins illuſtre
qu'elle eſt ancienne . Marie-
Antoine Ranuzzi fut envoyé
Ambaſſadeur à Rome pour la
Ville de Bologne. Il eſtoit Pere
du nouveau Cardinal dont je
vous parle, qui a tres- utilement
ſervy l'Egliſe ſous les quatre derniers
Papes. Il commença ſes
Emplois ſous le Pape Alexandre
VII. qui le fit Referendaire
de Signature de Juſtice en 1656 .
Enſuite il fut Referendaire de la
Signature de Grace , aprés quoy
il eut le Gouvernement de la
Ville de Rimini , de Rieti , du
Duché de Cametin , de la Ville
& Port d'Ancone. Ila eſté Commiſſaire
general des Armes des
Estats d'Urbin , deux fois Vice-
)
162 MERCURE 1
1
legat dans les meſmes Estats,Inquifiteur
& Miniſtre Apostolique
à Malte, & Gouverneur General
de la Province de la marche
ſous Clement IX. Il fut envoyé
Nonce Apoftolique en
Savoye ſous Clement X. & enſuite
il alla en la meſme qualité
auprés du Roy de Pologne. Il
eut le titre d'Archeveſque de
-Damiette dans cette Nonciature
, & donna juſqu'à ſa Vaiſſelle
d'argent pour les neceffitez de la
Guerre contre le Turc. Ildonna
auſſi une ſomme confiderable
pour la meſme Guerre, au commencement
du Pontificat du
Pape à preſent regnant,& ayant
eſté fait Eveſque de Fano , il
employa quatre années du revenu
de cet Eveſché pour faire
baſtir entierementun Palais où
l'Eveſque fuſt logé commodé
GALANT .
163
ment. Au mois de Fevrier 1683 .
Sa Sainteté l'envoya Nonce
Apoftolique extraordinaire en
France , où il a travillé ſans relaſche
, pour tacher de retenir
les princes Chreſtiensen intelligence.
Il a beaucoup contribué
à la Tréve , & procuré aux
Genois les moyens deſe remettre
dans les bonnes graces du
Roy. Entre pluſieurs belles qualitez
, ila particulierement une
douceur naturelle , & une inclination
à obliger tout le monde
, ce qui luy a toûjours attiré
l'eſtime & l'amitié des princes
& des peuples auprés deſquels il
a eſté employé , ne manquant
jamais d'expediens pour terminer
les affaires à l'amiable quelques
difficiles qu'elles ſoient , &
ne s'impatientant point lors qu'il
s'agit de mettre la paix entre
164 MERCURE
:
deux Familles où deux perſonnes
, juſqu'à ce qu'ily ait entierement
réüſſi.C'eſt ce qui a donne
lieu à ces quatre Vers qui
ont eſté mis au deſſous d'un de
ſes portraits , par alluſion au
nom d'Ange que porte ceCardinal.
Comme un Ange autrefois pour
le Salut de l'homme
Fut envoyédes Cieux ,
CetAngeque tu vois eft envoyé de
Rome
Pour la paix de ces lieux.
Si vos Amis ſouhaitent d'avoir
les Portraits de Meſſieurs les
Cardinaux , Monfieur Habert
qui s'applique à les graver , a
déja achevé ceux de Monfieur
le Cardinal Ranuzzi,& de Monſieur
le Cardinal le Camus , &
GALANT. 165
1
eſt preſentement occupé à finir
celuy de Monfieur de Furſtemberg.
Je ne ſçaurois finir cet Article
ſans vous apprendre que le
18.de ce mois, ce meſme Cardinal
Ranuzzi tint ſur les Fonts de
Baptême le Fils de meſfire François
de Bonenfant , Comte de
Magni , & de Dame Anne- Antoinette
Nicole Gauraux du
Mont, fille de Meſſire Nicolas de
Gauraux du mont Marquis
de le Perier , d'une des plus anciennes
Maiſons d'Italie , & de
Dame Catherine du Autoy de
Luxembourg. Cet Enfant qui
eſtoit né le 30. Septembre , fut
baptisé à S. Sulpice par Monfieur
le Curé de la Paroiffe , & nommé
Ange. Madame de Boſſuer ,
Femme de Monfieur de Boſſuer ,
Intendant à Soiffons , & Soeur
de madame la Comteſſe de ма
د
166 MERCURE
gny , qui luy ſervit de Marraine ,
parut avec tout l'éclat poſſible ,
tant par l'agrément de ſa perſonne
, que par ſon eſprit , quoy quet
dans un état tres - modeſte. Le
compliment qu'elle fit à cette
Eminence , fut admiré de tous
ceux qui l'entendirent. La Ce
remonie ſe fit en prefence de
Madame la Comteſſe de magny,
Mere de l'enfant , de Madame
l'Abbeſſe du Mont , ſa Sooeur ,
Dame d'un fort grand merite
de madame de Boutonvilliers ,
Soeur de Monfieur le Comte de
Magny ,de Monfieur l'Abbé de
Boffuet , & autres . Monfieur le
Comte de magny eſt Fils de
Meffire Philippe de Bonenfant ,
Seigneur Comte de Magny , &
de Dame Marie deFaudons,Fille
de Meſſire François de Faudons
Lerillac , aifnéde la Branche de
,
GALANT.
167
4
Faudons, Comte de Blin , Gouverneur
de Paris ſous Henry IV.
&Chevalierde l'Ordre , de la
meſme Maiſon que Barbaſan de
Faudons , grandChambellande
Charles VII . enterré aux pieds
du Roy ſon Maiſtre à S. Denys.
Vous ſçavez , Madame , que
tous les ans le lendemain de la
S. Martin , le Parlement ſe trouve
en Robes rouges avec les
Preſidens au Mortier en teſte
dans la grande Salle du palais ,
c'eſt à dire dans la Salle des
Marchands , dans laquelle ily
a une Chapelle. Tout le coſté
que cet auguſte Senat occupe &
qui eſt celuyde la Chapelle , eſt
tapillé ,&gardé par les Archers
de Ville. La Meſſe ſe chante en
Muſique , & elle eſt toûjours
celebrée par un Eveſque , qui
en eſt prié quelquesjours aupa168
MERCURE
-
1
ravant, de la part du Parlement.
La Meſſe finie , l'Evefque & le
Parlement entrent dans la grand
Chambre. L'Eveſque remercie
le Parlement du choix qu'il a
fait de luy pour cette fonction ;
&le Parlemenr le remercie par
labouche de ſon Premier Preſident
, de ce qu'il a bien voulu
la faire. Ensuite le Parlement ſe
retire , & n'entre que huit ou
quinze jours aprés , & quelquefois
meſme aprés trois ſemaines;
car la ſemaine qu'il rentre doit
eſtre ſans reſtes, du nombre defquelles
font les Feſtes du palais ,
comme Sainte Catherine. Quoy
que le Parlement ne rentre pas
le lendemain de S. Martin , ou
plûtoſt qu'il ne continuë pas ſes
Seances , les delais ne laiſſent
pas de courir. Ce n'eſt que le
jour qu'il rentre , que ſe font les
Haran
GALANT. 169
P
Harangues de Monfieur le Premier
Preſident , & de Meſſieurs
les Gensdu Roy. L'Eveſque qui
a celebré la Meſſe cette année
eſt Monfieur de Montmor,Evê
que de perpignan. Il eſtoit à paris
parce qu'on luy avoit ordonné
d'y demeurer pour travailler
à des affaires qui regardent ſon
Diocese. Il commença par
un Eloge du Parlement & dit
Que l'honneur que cette illuftre
Compagnie lui avoit fait en le choi
Siffant pour une fonction aufſſi venerable
& auſſiſainte, que celle dont
il venoit d'eftre le Ministre , ex
citoit en luy de tres-grands senti
mens de reconnoiſſance , mais que
de toutes les raiſons qui l'obligeoient
d'y eſtre ſenſible , il n'y en avoit
point de plus puissante que l'occafion
favorable où il ſe trouvoit de
faire connoistre publiquement , &
Novembre 1686 . H
170
MERCURE
en prefence même de cette Auguste
Cour, leprofond respect , & lafin..
cere veneration qu'il avoit nonfeulement
en general pour tous lesfages
Magiftrats qui la compofoient,
mais encore en particulier pour celuy
qu'une vive penetration , un
juste discernement , & une appli
cation infatigable rendentfi digne
d'enestre le Chef; pour ceux qu'une
probité reconnuë & une droiture
inflexible distinguoient bien plus
que le rang qu'ils occupoient , &la
majesté de la Pourpre dont its
estoient revestus ; & enfin pour ces
celebres Organes du Roy & du Public
, qui nese faisoient jamais entendre
qu'en faveur de la justice ,
de la verité & de l'innocence. Il
ajoûta , que ce reſpect avoit pris
en luy de profondes racines , puis
qu'il n'estoit pas moins un effet de
Saraison, qu'unesuite de son édu
GALANT.
17.
cation. Il dit qu'il estoit néd'un
Pere qui l'avoit vivement imprimé
dansfon coeur parson exemple, &
que cet exemple avoit eſté ſoûtenu
de tant d'autres qui luy estoient
domestiques,qu'il auroit démenty le
fangqui le loit àplusieurs Magiftrats
de ce Corps Illustre , s'il n'am
voit pas de luy les grandes idées
qu'ils en avoient eux memes conçûës
; mais que quand dans un âge.
plus avancé , il avoit voulu exami.
ner les préjugez de son enfance ,
c'étoit alors qu'il s'estoit confirmé
par luy-mesme dans ces sentimens
respectueux qui estoient déjaformez
en luy ; qu'il avoit reconnu dans ce
Parlement auguste tant de gran.
deur , tant de lumiere , & tant de
fageſſe , que s'abandonnant entierement
à tous les mouvemens que
pouvoit produire unfibeau mélange,
il s'estoit fait une heureuse neceffué
H 2
172
MERCURE
de le regarder comme un objet qui
demandoit toute fon eſtime,& toute
Sa confideration ; qu'on pouvoit dire
que la Justice ſembloit avoir choisi
cet auguste Corps comme un fan-
Etuaire venerable pour établir fa
demeure , foit que l'on consideraft
ou l'équité de ſes Arrests , ou la
Severitéqu'ilexerce contre les vices,
ou le Zele qu'il fait paroistre pour
étoufer les mauvaiſes doctrines , ou
laprotection qu'ilfait toûjoursgloi
re d'accorder à l'Eglise en la perſonne
deſesſacrez Ministres,oufon attachement
inviolable pour les droits
de la Couronne. Il s'étendit la deffus
avec beaucoup d'éloquence,
& fit voir que toutes ces rares
qualitez enſemble le rendoient
non ſenlement la ſource de la felicité
des Peuples qui reconnoifſent
ſes Loix , mais encore le
modele & la regle de tous les
GALANT
173
autres Tribunaux du Royaume,
ce qui l'avoit mis dans une ſi
hante eſtime dans toute l'Euro
pe , que pluſieurs Souverains
avoient reconnu hautement fon
integrité , en ſoûmettant volontairement
& par choix leurs plus
importans intereſts à la déciſion
de ſes Oracles. Il prit de là occaſion
de loüer le Roy , & aprés
avoir marqué qu'il ne craignoit
point que les témoignages finceres
qu'il ſe ſentoit obligé de
rendre à la gloire de cette auguſte
Compagnie , fuſſent imputez
aux flateries lâches & groffieres
, où les Orateurs avoient
ſi ſouvent recours , mais aufquelles
la grandeur & la ſainteté
de ſon Ministere ne permettoit
pas qu'il s'abaiſſaſt ; il dit que non
Seulement onne pouvoit douter de ce
qu'il avoit avancé , mais qu'il n'y
H3
174 MERCURE
avoit perſonne qui pust estreSurpris
de ce que tous les Parlemens prenoiet
pour regle un Parlement qui feregloit
luy mesme fur le plus grand
Roy du monde , un Parlement qui
n'avoit pour modeledeſaconduite,
deson eſprit,desa justice, defon integrité,
desa pieté, deſes jugemeus;
que l'esprit, la justice, l'integrité, la
pieté , la conduite du Monarque le
plus accomply qui fuſt jamais . Une
fi grande matiere fut traitée par
ce Prelat de la maniere la plus
délicate. Il fit connoître que c'étoit
un glorieux avantage pour tous
ces grands Magistrats , que voulant
remplir tous les devoirs de leur
redoutable Ministere , au lieu de
confulter pour cela des Livres mort's
& inanimez , au lieu de rappeller
leſouvenir de ces Grands Hommes
qui ont esté l'admiration de leur
Siecle , & qui cependant ne nous
GALANT.
175
ont laissé que des Loix douteuſes ,
ou obfcures, ou imparfaites , ils n'a
voient qu'à étudier les actions de
LOUIS LE GRAND; Actions qui
luy faisant porteràſijuſte titre les
noms auguſtes de Pere du Peuple ,
de Protecteur de l'Innocenec de
Soûtiende la Foy , d'Ange exter
minateur des Hereſies , & des
nouveautez également contraires à
la Religion & à l'Estat , estoient
comme autant de regles fidelles ,
comme autant de Loix vivantes
qui les conduifoient avec afſeurance
&Sans craindre l'égarement , puis
qu'ils les avoient toujours devant
les yeux , dans les routes penibles
de la Justice.
Il ébaucha une partie des
grands traits qui frapent ſi fortement
dans la Vie du Roy . Il
dit que lors qu'il estoit question du
bien du Peuple , onvoyoit cegrand
G4
176 MERCURE
PrinceSacrifier ſes intereſts à l'a
Vantage public , & se dépoüiller
luy-même , parce qu'il est Roy , en
faveur defes Sujets , d'un droit que
Safustice confervefi religieusement
au moindre de ceux qui luy ſontſoûmis
; que s'il falloit poursuivre le
crime, il estoit aisé de remarquer
Les dégrez d'éloignement & d'horreur
avec lesquels ce Monarque
l'envisageoit , ce zele ardent dont
il eſtoit animépour lepunir , lesfazes
mesures qu'il prenoit pour en
prevenir les defordres , & la juste
rigueur dont il s'armoit pour les
bannir entierement deſes Etats. Il
paſſa enſuite au fincere attachement
de Sa Majeſté pour les
veritables intereſts de l'Eglife, &
dit à ces Sages Magiſtrats que
c'estoit par le ſoin qu'ils avoient de
l'imiter qu'ils apprenoient àrendre
àDieu ce qui appartient à Dieu ,
GALANT.
177
-
>
commeils sçavoient si bien rendre
àCefarce qui appartient àCefar.
Il parla de la Foy , de la force
&de la ſageſſe que le Roy vient
de faire paroiſtre pour ſoûtenir
la Religion de nos Peres , &
pour la faire triompher de la
malheureufe & obſtinée Herefie
qui la troubloit depuis ſi longtemps.
Il dit qu'on n'avoit quà
lire ſes Déclarations &ſes Ordonnances
, pour y voir avec autant
d'admiration que d'étonnement
que leur justice , leur moderation ,
leur douceur , foûtenuës du bras du
tres. haut , entre les mains de qui
font les coeurs des Peuples & des
Roys, avoient suffy pour abbatre
ces Temples prophanes où regnoient
le mensonge, & l'esprit d'aveuglement
; pour diſſiper ces faux Paſteurs
qui nourriſſoient du pain de
l'erreur,des Brebis égarées forties
1
H 1
178 MERCURE
de leur veritable Troupeau ; pour
aneantir ces Cultes monstrueux ,
Selon lesquels demalheureux Chreſtiensfans
Chefprofeſſoient une Religion
ſans Sacrifice ; pour revoquer
à jamais ces déplorables Edits qui
estoient l'ouvrage de la hardieffe
d'un Peuple aveuglé , & dont la
force& la neceſſue des temps avoient
contraint le Parlement de
chargerſes Regiſtres ; enfin pourfaperjusqu'aux
fondemens une herefie
que l'esprit d'independance
avoit fait naiſtre , que la rebellion
avoit établie au milieu du carnage
&des horreurs de la Guerre, quele
libertinage avoit fçeu conſerver
jusqu'àpresent ,&qui ſubſiſteroit
encore parmy nous fans le zele infatigable
de nostre Invincible Monarque.
Ce Difcours receut de
grands applaudiſſemens de toute
la Compagnie , au nom de laGALANT.
179
quelle Monfieur le Premier Preſident
le remercia , & de la fonction
dont il avoit bien voulu
s'acquiter , & de tout ce qu'il
avoit dit à l'avantage du Corps.
Il ajoûta qu'il n'y avoit point
lieu d'eſtre ſurpris de fon éloquence
, puiſqu'il eſtoit né parmy
les Muſes & dans la Robe. Il
entendoit parler de feu Monfieur
de Monmor ſon Pere , qui eſt
mort Doyen des Maiſtres de Requeſtes
& de l'Academie Françoiſe.
Ce Prelat fut traité enſuite
avec beaucoup de magnificence
chez Monfieur le Premier Prefident,
où se trouverent la pluſpart
de Meſſieurs les Preſidens
&Confeillers.
La Cour des Aydes entra le
meſme jour , & comme ce n'eſt
point parCeremonie , & qu'elle
continuëſes Audiences, les Ha
H 6
180 MERCURE
rangues ſe font ce jour là.Mone
ſieur le Camus , premier Preſident
de cette Cour , parla fur
la pureté de coeur que doivent
avoir les luges,& dit de tres belles
choſes à fon ordinaire. Les
Extraits que vous avez trouvez
dans mes Lettres de pluſieurs
Diſcours qu'il a pronocez dans
lameſme occafion ne vous per
mettent pas d'en douter. Monfieur
le Haguais qui à ſuccedé
depuis peu de temps à feuMonfieurde
Monchal dans laCharge
d'Avocat General de la mesme
Cour , parla enſuite ,&remplit
parfaitement ce qu'on avoit attendu
de luy. C'eſt beaucoup
dire , puiſque l'attente eſtoic
grande , &que la haute eſtime
où il eſt , avoit tellement prevenu
tous les eſprits , qu'il ne pouvoit
fatisfaire le Public que par
;
GALANT. 181
un Diſcours d'unebeauté extraordinaire.
Je ſçay que vous en
parler de cette forte , c'eſt vous
faire naiſtre beaucoup d'envie
dele voir. Il n'a pas tenu à moy
qu'il n'ait embelly ma Lettre.
l'ay fait agir ſes amis pour le
faire conſentir à me le donner ,
& ſes Amis n'ont rien obtenu
ſur ſa modeſtie N'attendez point
queje vous en diſe icy autre choſe
que le plan. Monfieur le Haguaiseſt
un homme qui penſe
beaucoup , qui penſe juſte ,&
qui n'employe que les termes
neceſſaires à exprimer ce qu'il
penſe. Comme il n'en choiſit
que de tres- propres , changez
ſes termes , ce ne ſont plus les
penſées , ou du moins ce changement
les défigure ſi fort , qu'il
eſt mal-aifé de les reconnoiltre
Il parla ſur l'autorité du Magi(-
L
4
182 MERCURE
trat , & fit voir qu'il n'eſtoit pas
ſeulement le bras par lequel la
Loy étoit ſoûtenuë , mais qu'il
en eſtoit auſſi l'ame , & que fans
cela les Loix ne ſeroient pas
plus animées que le marbre fur
lequel on les gravoit autrefois.
Il fit voir que comme leur authorité
dépendoit de celle du
Magiſtrat , ceux qui les avoient
eftablies s'eſtoient appliquez à
imprimer aux Peuples le reſpect
de la Magiſtrature , en la reveſtant,
d'ornemens exterieurs , en
luy élevant des Tribunaux ,&
en faiſant du reſpect qu'ondevoit
avoir pour les Magiſtrats
une eſpece de culte religieux ,
qu'on avoit rendu venerable par
des Ceremonies. Il montra enſuite
que quelques ſoins qu'on
euſt pris pour leur donner de
l'authorité , elle ſeroit toûjours
GALANT. 183
foible , ſi le caractere qu'ils ont
par le Sceau du Prince n'eſtoit
ſoûtenu par leur vertu. Il fit là
deſſus une peinture tres vive
d'un Magiſtrat qui n'eſtant recommandable
que par ſa Charge
, ne s'attiroit qu'un reſpect
contraint , & fit connoiſtreaved
des traits d'éloquence qui charmerent
tout le monde , combien
cette authorité qui tiroit tout
fon luſtre d'un éclat emprunré ,
eſtoit au deſſous de celle , quio
ne dépendoit point de la diſpoſition
de la Loy , & qui estoit
attachée , non pas à la Pourpre
my au Tribunal du Magiftrat ,
mais à ſon eſprit & à fon coeur.
Tout ce qu'il ditfur cette ſeconde
authorité fut admirable . Il fit.
connoiſtre qu'elle trouvoit dans
celuy qui la poſſedoit par fon
ſeul merite tout ce qui pouvoic
184
MERCURE
luy attirer du reſpect ; que nous
nous portions d'autant plus volontiers
à luy obeïr, qu'elle n'impoſoit
aucune contrainte ; que
nous la regardions comme l'ouvragede
la raiſon & de l'équité ,
&que les ordres qu'elle donnoit
nous faifoient des devoirs indifpenſables
, parce qu'elle nous
rendoit nous . meſmes les luges
de la déference qu'on luy devoit.
Pour mieux prouver cette
verité , il ſe ſervit de l'exemple
d'Aristide , qui ſans titre & fans.
caractere , par le ſeul credit que
luy donnoit ſa vertu,s'eſtoit élevé
un Tribunal au deſſus de tous
les Tribunaux de la Grece. Il
ajoûta qu'on avoit eſté perſuadé
qu'il devoit eſtre le plus puifſant
, parce qu'il étoit le plus.
juſte , & qu'on luy avoit fait
porter la peine de ſon merite par
GALANTA 185
un exil qui avoit mis le comble
à ſa gloire. Il fit voir enſuite que
les Rois& les Magiſtrats avoient
cela de ſemblable , que la principale
authorité da Prince ne
venoit pas de ſa Couronne que
la naiſſance qui ladonnoit eſtoit
un pur effet du hazard, qui pouvoittomber
ſur une ame indigne
comme ſur celle du premier ordre
, & que bien qu'on ne puſt
fans facrilege apporter la moindre
oppofition à ſe ſoûmettre à
fon Souverain , parce que les
Rois estoient choiſis de la main
de Dieu , qui s'en ſervoit quel
quefois pour punir les Peuples ,
on ne laiſſoit pas de s'y loumettre
à regret , lors que le Troſne
eſtoit le ſeul avantage qui leur
faiſoitmeriter noſtre obeïſſance;
que ce ſentiment eſtoit naturel ,
quoy qu'il nous fuſt inconnu
186 MERCURE
par l'heureuſe habitude où nous
eſtions d'obeir au plus digne .
Que ne puis je icy , Madame ,
vous faire part de toutes les choſes
qu'il diven faiſant le Portrait
d'un Prince ſage , vertueux , &
infiniment éclairé : Il ne nomma
point le Roy , mais ce fut unPortrait
ſi reſſemblant , qu'on ne s'y
pouvoit méprendre. Il dit que les
Rois pouvoient apprendre des
Princes leurs voiſins le mal heureux
art de ſe faire craindre,mais
qu'il faloit qu'ils fiſſent traverſer
lesMers pour apprendre àſe faire
aimer de leurs Sujets , en imitant
un monarque qui renonçoit
à ſes propres intereſts , quand il
s'agiſſoit de favoriſer ſes Peuples;
qui donnoit à leur repos ſes
ſoins & fes veilles avec une application
infatigable ,& qui s'attiroit
leur veneration & leur refGALANT.
187
pect , bien moins par une Souveraineté
de puiſſance , que par
une ſuperiorité de vertu . Il finit
par un éloge de feu Monfieur de
Monchal , dont il remplit aujourd'huy
la place , & laiſſa toute
l'Aſſemblée dans le chagrin de
le voir finir ſi-toſt . Souvenez .
vous , s'il vous plaiſt , que tout
ce que je vousdis eſt misicy ſans
nul ordre , & que ce ne ſont
que des traits groffiers de ce que
Monfieur le Haguais traita avec
autant de delicateſſe , qu'il y
eut de force dans tout fon Difcours.
Le Parlement rentra Mardy
dernier 26. de ce mois , quoy
qu'il n'ait pas accoûtumé de rentrer
dans une ſemaine où il y
ait quelque Feſte. Il y en avoit
deux dans celle - cy , celle de
Sainte Catherine , Feſte du Pa188
MERCURE
lais ,& celle de S. André. On
doit cela à la vigilance de Monſieur
le premier Preſident , qui
aime à faire expedier les Affaf
res. levous parleray la premiere
fois d'un tres-bel éloge du Roy ,
que fit ce jour-là Monfieur l'AvocatGeneral
de Lamoignon.
Le Parlement de Roüen rentra
le lendemain de la S. Martin,
&Monfieur de Ris, premier Preſident
, ſe fit admirer par un excellent
Diſcours, comme il avoit
fait quelques mois auparavant ,
lors qu'il prit poſſeſſion de cette
importante Charge . Monfieur
leGuerchois , Procureur General,
parla aprés luy avec ſon éloquence
ordinaire.
Je vous manday ily a quelque
temps que Monfieur de Préfontaine
, Avocat General de ce
meſme Parlement , avoit eſté
GALANT. 189
fait premier Preſident au Conſeil
d'Artois. Ce changement
rendit Monfieur de Langrie prepier
Avocat General ,& laiſſa
la Charge de ſecond Avocat
General vacante. Elle vient d'ê
tre remplie parMonfieurdeMenibus
, qui y fut receu le 27. de
ce mois avec l'applaudiſſement
de toute la Ville. Son éloquence
qui avoit paru dans le Barreau
avec un trés-grand ſaccés , lúy
avoit acquis une reputation
avantageuſe. On ne doute point
qu'il ne la ſoûtienne glorieuſement
dans un poſte , où il aura ſi
ſouvent occafion de faire paroître
l'heureux talent qui luy. eſt
fi naturel. Il a beaucoup de capacité
,une conduite tres-judicieuſe
,& un fond d'integrité
&d'honneur qui le rend incapable
de rien faire d'oppoſé àſon
190
MERCURE
devoir. Ainſi l'on peut dire que
dans un âge fort peu avancé , il
n'ade la jeuneſſe que ce qu'elle
donne de vivacité & d'agré
ment. Monfieur de Menibus
fon Pere , a eſté Conſeiller au
Parlement de Mets , & enſuite
Preſident en la Cour des Aydes
de Normandie.
Je vous appris il y a un mois
la mort de Monfieur de Mollondin
, ancien Colonel des Gardes
Suiſſes -Françoiſes , mais je ne
vous dis rien de particulier de
ſes Emplois. C'eſtoit un homme
d'experience & de reſolution ,
qui s'eſt ſignalé en pluſieurs occaſions
ſous leRegnedu feu Roy,
&ſous celuy de LoüIS LE
GRAND. Il naquiten Suiſſe vers
l'an 1608. d'une noble & ancienne
Famille , originaire du
Pays de Vaud , dit de Vaux , &
GALANT
191
fit ſes premieres Campagnes au
Siege de la Rochelle en 1628.au
ſecours de Caſal en 1629. & à
la reduction de la Savoye,de Pignerol
, de Saluces , & autres
Places en 1630. L'année ſuivante
il paſſa en Allemagne , &
eut part aux glorieuſes entrepri
ſes des Suedois. Eſtantde retour
en France il donna des preuves
de ſa valeur à la Bataille d'Avein,
& à celle de Rocroy ; aux Sieges
d'Arras, de Perpignan,de Thion
ville & de Graveline avec Monſieur
de Mollondin , ſon Frere
aiſné, qui lui ceda ſon Regiment
en 1645. Eſtant à la teſte de ce
Regiment & de ſa Compagnie ,
il ſe diſtingua au Siege de Dun
kerque en 1646. à la Bataille de
Lens , au ſecours d'Arras , & en
toutes les occaſions qui s'offrirent.
En reconnoiffance des fer192
MERCURE
vices qu'il avoit rendus à l'Estat,
& particulierement à Dunkerque
, où il appaiſa la Garniſon
mal contente de la détention du
Mareſchal de Rantzau , le Roy
l'honora de la Charge de Colonel
du Regiment des Gardes
Suiſſes Françoiſes , dont il preſta
le ferment en 1655. aprés quoy
il fit paroiſtre beaucoup de courage
& de bravoure aux Sieges
de Landrecies & de Valenciennes
, où il fut bleſſé en 1656.à
celuy de Dunkerque , & au
Combat des Dunes prés de cette
Place en 1658. La Guerre s'étant
ralumée depuis avec l'Efpagne
, il ſe trouva à la priſe des
Villes de Tournay , de Doüay ,
&de Lifle en 1667.fuivit Sa Majeſté
à la conqueſte de la Franche-
Comté , de la Hollande, &
deMaſtric ,ſe trouva au Combat
de
GALANT.
193
de Senef,& fervit dignement aux
Sieges de Valenciennes,de Cambray,
de Gand , & d'Ipres, avec
Monfieurd'Eſtavaye ſon Neveu .
Enfin ſon grand âge ne luy permettant
plus de s'appliquer aux
fonctions de ſa Charge , il s'en
démit volontairement au mois
de Septembre 1685. & mourut
- icy ſubitement le 23. du mois
paffé , en ſa 79. année.
- Les Perſonnes confiderables
dont j'ay à vous apprendre la
mort depuis ma derniere Lettre,
font
Meſſfire Michel-Pierre Paſſant,
Seigneur de Saint Aubin , receu
en 1682. Preſident en la deuxiéme
Chambre des Requeſtes
du Palais. Il avoit eſté auparavant
Conſeiller au Grand Confeil.
Monfieur Paſſant fon Frère
eſt Chanoine de Noſtre-Dame.
Nouvembre 1686 . I
194
MERCURE
Cette Famille eſt aſſez connuë
dans la Robe , où elle a donné
pluſieurs Conſeillers au Parlement
& au Grand Conſeil , &
des Maiſtres des Requeſtes.
:
Dame Madelaine - Eliſabeth
Levé , morte le premier jour de
ce mois. Elle estoit Femme de
Meffire Jean- Baptiste le Feron ,
Sieur du Pleſſis , Maiſtre des
Comptes.
Mademoiselle du Gué de Bagnols.
Elle eſt morte icy le même
jour aprés une longue maladie,&
une patience exemplaire
dans ſes maux. Comme elle
s'eſtoit addonnée aux actions
de pieté & à ſecourir les Pauvres
, elle a fait pluſieurs legs
pieux , & fondé une Priere publique
à S. Gervais , le matin &
le foir. Elle eſtoit Fille de feu
Meffire Antoine du Gué de Ba
GALANT ..
195
gnols , Maiſtre des Requeſtes,
& de Dame Gabrielle Feydeau
de Brou , Sooeur de feu Meſſire
François Feydeau de Brou ,
Abbé de Bernay , Conſeiller .
Clerc au Parlement de Paris.
La Famille des du Gué eſt originaire
du Lionnois , & a donné
diverſes perſonnes de merite
dans la Robe. Feu Monfieur du
Gué, Conſeiller d'Eſtat ordinaire
, & Intendant de Juſtice à
Lyon , qui eſt mort depuis un
an , avoit épousé la Soeur de
Madame la Chanceliere le Tellier,
dont eſt venu Meſſire François
du Gué , cy devant Conſeiller
au Grand Conſeil , & receu
Prefident en la Chambre
des Comptes de Paris en 1681 .
Il a épousé la fille de feu Monſieur
de Paris , Conſeiller en la
Grand' Chambre. Monfieur du
८
12
196 MERCURE
Gué de Bagnols , Maiſtre des
Requeſtes , & Intendant de Juftice
en Flandre eſt de la meſme
Famille.
Monfieur de S. Amant , mort
le 3. de ce mois . Il eſtoit Capitaine
de Vaiſſeau , & avoit eſté
Ambaſſadeur de Sa Majesté vers
le Roy de Maroc. Sa Famille eſt
conſiderable dans le Languedoc.
Meſſire Olivier le Fevre d'Or .
meſſon , Seigneur d'Amboille ,
Maiſtre des Requeſtes honoraire,
mort le 4. de ce mois , aprés une
longue maladie. Il eſt extreme-
•mement regreté. L'intelligence
qu'il avoit dans les affaires, & ſa
grande probité luy avoient acquisune
eſtime generale, en forte
que les Princes & Grands Seigneurs
le choiſiſſoient pour Arbitre
, & ſe ſoûmettoient à ſon
GALANT. 197
Jugement dans leurs affaires les
plus importantes . Il avoit épousé
Dame Marie de Fourcy , Fille de
Monfieur de Fourcy , Preſident
en la Chambre des Comptes ,
& Surintendant des Baſtimens
du Roy , dont il a eu feu Monſieur
le Fevre d'Ormeſſon Maître
des requêtes , qui eſt mort jeune
en l'Intendance de Lyon , où il a
eſté univerſellement regreté , &
qui avoit épousé la fille de feu
Monfieur le Maiſtre , Preſidert
en la quatrième Chambre des
Enqueſtes du Parlement. Monſieur
d'Ormeſſon qui vient de
mourir a laiſſe un ſecond Fils,qui
a eſté Conſeiller au Grand Conſeil
, & qui fut fait Maître des
Requeſtes aprés la mort de Monſieur
d'Ormeſſon ſon Frere aiſné.
Il ſuit les traces de ſes Anceſtres.
Le meſme Monfieur d'Ormeſſen
13
198 MERCURE
dont je vous apprens la mort ,
eſtoit Filsd'André le Fevre d'Ormeſſon
, maiſtre des Requeſtes,
puis Conſeiller d'Etat ordinaire ,
employé en pluſieurs negociations
d'Etat importantes ,
& d'Anne le Prevoſt d'Herbeley
, d'une Famille qui a
donné des Preſidens &des Confeillers
au Parlement ,des Maiftres
des Requeſtes , & autres
Perſonnes de conſideration dans
- la Robe. Son Ayeul Olivier le
Févre , Seigneur d'Ormeſfon ,
Eaubonne , & d'Ambolle, estoit
Preſident en la Chambre des
Comptes , & Surintendant des
- Finances , & avoit épouſe Anne
•le Fevre d'Aleſſo , Fille de lean
d'Aleſſo Sieur d'Eragny , de la
Famille des d'Aleſſo originaire
deCalabre , deſcenduë du Seigneur
Antoine d'Aleſſo & de
GALANT. 199
Brigide Martotile , Soeur de S.
François de Paule decedé en
1507. Fondateur de l'Ordre des
Minimes , & qui vint en France
ſous le Regne de Louis XI.
Monfieur d'Ormeſſon avoit
deux Oncles . L'un fut Olivier le
Fevre Sieur d'Eaubonne , Preſident
en la Chambre des Comptes
, dont viennent Meſſieurs
le Fevre d'Eaubonne , Conſeillers
aux Cours Souveraines ,&
le Pere d'Eaubonne Capucin ,
& Miffionnaire renommé , &
l'autre Nicolas le Fevre Seigneur
de Lezean , Conſeiller d'Estat ,
dont viennent Meſſieurs le Fevrede
Lezeau .Tous les le Fevre,
Seigneurs d'Eaubonne , d'Ormeſſon
& de Lezeau , portent
d'Azur à trois lis de Iardin aunaturel.
Meſſire lean de Magnaut ,
14
200 MERCURE
Comte de Montaigu , Lieutenant
General des Armées du
Roy , ſon Lieutenant General
en. Guyenne , & Gouverneur
du Chaſteau Trompette.Ileſtoit
brave , tres- honneſte homme ,
&avoit faitde fort belles actions .
Ie vous en ay parlé amplement
dans quelqu'une de mes Lettres.
Monfieur BretheldeGremonville
Abbé de Lire , & Commandeur
de Malthe, Iene vous
en diray rien qui ne ſoit connu
de tout lemonde. Il a commandé
l'Armée des Venitiens pendant
douze ou quinze années,
& s'eſtoit acquis beaucoup de
réputation dans cet Employ. Il
fut enſuite Envoyé Extraordinaire
de Sa Majeſté à la Cour
de l'Empereur , où il fit voir ſa
conduite & ſon eſpritdans touGALANT.
201
tes les choses qu'il eut à traiter.
Il eſtoit magnifique naturellement
, & s'eſt toûjours pleu à
ſoûtenir cette qualité. Il a eu
trois Freres , dont l'aiſné fut envoyé
Ambaſſadeur à Veniſe. Le
ſecond a eſté Preſident au Mortier
au Parlement de Rouen ; &
le troiſiéme eſt haut Doyen de
la Cathedrale de la meſme Ville.
Monfieur de Gremonville ,
leur Pere , eſt mort Preſident
au Mortier dans le meſme Parlement.
Monfieur Nicolas le Tourneux.
prieur de Villers ſur Fere
en Tardenois. Il eſt mort d'Apoplexie
depuis peu de jours.
Il avoit de grands talens , & il
les a fait paroiſtre avec beaucoup
d'avantage , & dans la
Chaire , & dans les Ouvrages
qu'ila donnez au Public. Sa Se-
L
1
202 MERCURE
maine Sainte, ſon Année Chreftienne
, & fes autres Livres de
Sermons font fort eſtimez .
Le Roy a donné pluſieursBenefices
. Mr l'Abbé Fouquet
a eſté pourveu de l'Abbaye de
S. lagut , de l'Ordre de Saint Benoift
, Dioceſe de S. Malo . Il eſt
Aumoſnier de Sa Majesté , &
d'une Famille où la pieté eſt
hereditaire. L'Abbaye de Nanteüil
en Vallée , Dioceſe de
Poitiers , qui eſt auſſi de l'Ordre
de S. Benoiſt , aeſté donnée à
Monfieur l'abbé de gineſte. Son
merite joint à beaucoup d'habileté
l'a fait employer auprés
des Miniſtres. Monfieur l'Abbé
de Brizac , Grand Vicaire &
Officialde Chartres , a eu l'Abbaye
de la Buffiere , Ordre de
Cifteaux , Dioceſe d'Autun ; &
Monfieur l'Abbé Bifot , celle de
4
GALANT.
203
S. Vincent de Besançon , Ordre
de S. Benoist . Monfieur l'Abbé
Bizot eſt fort ſcavant dans l'Antiquité
,& s'eſt acquis une eſtime
generale. Monfieur l'Abbé
le Vaſſeur a obtenu l'Abbaye
d'Aubepierre. Elle eſt de l'Ordrede
Ciſteaux dans le Diocefede
Limoges.
'
On écrit de Mets qu'il y eut
grande Solemnité le 21. de ce
mois au Convent & Hofpital
des Religieux de la Charité , où
Monfieur l'Archeveſque d'Ambrun
, qui eſt à preſent Eveſque
de Mets officia pontificalement.
Ce digne Prelat , qui a
fait bâtir cet Hoſpital , & qui
vientde le fonder , joüira pendant
ſa vie du plaisir de voir le
foulagement que les Pauvres
recevront d'une ſi pieuſe fondation.
Il eſt Frere de Monfieur
16
204
MERCURE
le Maréchal Duc de la Feüillade.
Ie croy , Madame , que ce
vous ſera une nouvelle agreable
d'apprendre que j'eſpere vous
envoyer avec cette Lettre un
Livre nouveau de l'Auteur des
Dialogues des Morts. Quoyque la
matiere de ſes Entretiensfur la
Pluralité des Mondes , foitentierement
de Philofophie , & par
conſequentmoins propre àplaire
à celles de voſtre ſexe , се
ſecond Ouvrage , auſſi galamment
tourné qu'il eſt , n'a pas
laiſſe de vous confirmer dans
l'eſtime que vous faifiez & de
fon eſprit & de ſa maniere d'écrire
, & cette eſtime ſera augmentée
ſans doute par ſon Hi-
Stoire des Oracles , qui ſera debitée
au premier jour dans la Boutique
de la veuve Blageart. Cette
GALANT. 205
Hiſtoire eſt compoſée de deux
Differtations. Il fait voir dans
l'une , contre l'opinion qui a prévalu
juſqu'à preſent , faute d'avoir
eſté aſſez bien examinée.
Que les Oracles n'ont point eſté
rendus par les Demons ; & dans
l'autre , Que les Oracles n'ont
point ceſſé au temps de la venuë
du Sauveur du monde.Ces deux
Diſſertations ſont divisées en divers
Chapitres , pleins de traits
d'Hiſtoire finement tournez ,qui
ont dequoy ſatisfaire également
&les delicats& les curieux.
Au reſte , il faut que j'avoüe
que je me fuis trompé dans la
penſée que j'ay evë que je pourrois
découvrir l'Auteur des Lertres
qui ont eſté imprimées ſous
le nom de Monfieur le Chevalier
d'Her..... Celle que je vous en
envoyay le dernier mois , mar
206 MERCURE
quoit que ce Chevalier , veritable
ou faux , avoit commerce
avec une jeune Penſionnaire det
Convent. Je connoisun Cavalier
plein d'eſprit & de merite , qui a
ce meſme commerce , &je m'étois
figuré que c'eſtoit celuy que
je cherchois; mais cela ne sçauroit
eftre , puiſque la perſonne à
laquelle il rend des ſoins , eſt
actuellement dans un Convent ,
& qu'il paroiſt par quatre ou
cing Lettres qu'on m'a fait voir
nouveau du Chevalier
d'Her.... que la Penſionnaire en
queſtion , a quitté la Grille
qu'elle eſt dans le monde , où ſa
beauté fait fracas , & qu'elle apprend
à chanter & à jouër du
Thuorbe ; ce qui ne s'accorde
point avec ce que j'avois ſoupçonné.
Ily a meſme une de ces
Lettres qui marqued'une maniede
"
GALANT. 207
re tout à fait galante l'extrême
ſurpriſe qu'elle eut la premiere
- fois qu'on luy fit voir l'Opera , &
que cet Opera eſtoit Pſyché.Cela
fait connoiſtre qu'il y a déja
longtemps que ces Lettres ont
eſté écrites , puiſque l'Opera de
Pſyché n'a point eſté repreſenté
depuis quatre ou cinq années.
l'on m'avoit promis dem'en donner
une copie , c'eſtoit un regale
que je prétendois vous faire de
temps en temps ; mais au lieu de
ces quatre ou cinq Lettres , je
pourray vous en envoyer bientốt
cinquante tout à la fois..
L'Auteur ayant veu par celle
dont je vous fis part le mois pafſé
, qu'elles commençoient à
eſtre publiques ,a crû devoir les
faire imprimer luy- même , afin
qu'au moins elles fuſſent plus
correctes. Ainſi un homme ing
208 MERCURE
connu les a apportées à mon Libraire,
quien va hater l'impreſfion.
Je les ay leuës toutes avec
un fort grand plaiſir , & je puis
vous aſſeurer que cette ſeconde
Partie ſera une digne ſuite de la
premiere.
Les deux Enigmes proposées
dans le Mercure d'Octobre ,
avoient eſté faites fur le Traverfin.
Voicy les noms de ceux qui
ont expliqué l'une & l'autre fur
ce mot . Meffieurs A. P. Boiſtel
de S. Romain ,de la ruë de Buſſi;
C. Hutuge ,d'Orleans;La Prairie
Cairon , Profeſſeur public .
des.Mathematiques ; I. Rafafou
de la Touchardiere ; Cambe
d'Haragne, Receveur au Bureau
d'Aix ; Dougan , demeurant à
Caen ; Meriel , maiſtre à chanter
, au même lieu ; La Tronche,
de Roüen i L'Amant des
GALANT. 209
-
S
a
1
,
deux belles Enjoüées ; le Solitaire
deſeſperé ; l'aimable Spirituelle
; Tamiriſte , de la ruë
de la Ceriſaye ; le Chevalier
de Viaraut Amant de la
grande Brune de la ruë des
Noyers B. G.; Raguenet de Colommiers
, & fa belle Philis ; le
jeune Cleante de Sarre- Loüis ;
le Frere ainédes trois aimables
Soeurs de la ruë de l'Arbre- ſec;
l'Habitant de la Place. G. ; le
petit Godon , de la ruë de la
Coûtellerie ; de Boiſduil, amoureuxde
la Corbeille de Morlaix ;
les trois Etats de Bretagne,amoureux
de la Sainte-amour , de la
même Ville; le Solitaire de la rüe
S. Severin; la Bonté même l'Exilé
d'Argentan ; le Fils de la charmate
Maman,de la Porte de Buſſij
l'Incomparable ; le NormandiP.
210 MERCURE
amoureux des Belles de Roſny ;
l'Aſſemblée nocturne des Amans
noirs ; le petit Coeur de Nanette
la teſtuë , enflâmé de loin par
Pivolle ; Colin la muſique ; l'Amant
des Belles de Blois de SainteCroix
de la Bretonnerie ; le
charmant Embonpoint de la ruë
du Cygne ; le gros Ventru à la
maigre mine , du coin de la ruë
de Richelieu ; le galant Suiſſe.
En vers , Meſſieurs Vignier ;
C.F. Lourdet ; l'aimable Catin
de la Conference , rue des deux
Ponts ; & l'Amant de Cileſie, de
la ruë des bons-Enfans ; Mademoiſelle
d'Aluſeau ,d'auprés S.
Roch ; l'aimable Bru de monfieur
B. T. L. de la rie S. Lo
d'Angers ; la belle Captive , du
plus beau quartier de Paris ; la
Reine des Procureuſes , l'Amante
infortunée;la belle MarGALANT.
211
guerite ; la belle Brune Champenoiſe
, de la rue S. Loüis dans
l'iſle ; la plus aimable des trois
Soeurs du Fauxbourg S. Germain
, & fa bonne amie l'Indifferente
; la Brune aux beaux
yeux , de la ruë de la Harpe ; la
belle Pleureuſe , du Quartier S.
Paul ; la Guenuche de Frederic;
la Mere de la petite Fille , de la
ruë de Richelieu ; la jolie Femme
groſſe , de la ruë S. Nicaiſe ;
la groſſe Maman , de la même
ruë.
La premiere des deux Enigmes
nouvelles que je vous propoſe
, m'a eſté envoyées ſous le
nom de l'Amant ſans eſpoir , du
quartier de la Place- Maubert .
A
212 MERCURE
ENIGME .
E remplis l'Univers de mille objets
funebres ;
De larmes ny de Sang je ne puis
m'aſſouvir.
:
P
Fils d'un Pere brillant , & né dans
les tenebres ,
Ieviensàla lumiere afin de laravir.
:
J'aime la couleur rouge,&je cause
lanoire.
Ie bleſſe &fuis bleſſe je bats&Suis
battu,
La honte ſuit mes coups , auſſibien
que la gloire,
Et jeſuis instrument device&de
vertu.
Un avare me cherche , un inhumain
m'employe.
Ie donne le trépas , &je rends eter
nel:
GALANT.
213
Mais en perdant autruy, moy-même
je me noye ,
Et me cache auffi tost que je suis
criminel.
Iefuis dedeux partis,& ie nesuis
point traître,
En un même moment j'attaque &
ieSecours.
Parmoy l'on est captif, par moy l'on
devient maître.
Tout cruel que iefuis , j'ay pourtant
mes amours.
Ie borne les Etats , & ie les fais
accroiſtre,
I'y fers également , en la guerre , en
la paix.
Toy qui m'entens parler, travaille à
me connoiſtre ;
Mais garde,si tu peux, de mefentir
jamais.
214 MERCURE
AUTRE ENIGME .
Celay post
Eluy pour qui ces Vers font
faits,
Est un signe d'amour auſſi bien que
de paix ,
Vn avant- goût d'un plaisir plus
Jolide.
Ilse pratique en tout set Univers:
Mais quoique que la mode en
decies ,
Ie ne sçaurois l'aimer qu'entresexes
divers .
Les Peuples meridionaux
Qui ne veulent point de rivaux
, :
Enfont un crime puniſſable ;
Maisnous, mieux aviſez, ne l'esti
monspas tel ;
Et pourveu qu'il n'ait rien qui le
rende blamable ,
GALANT.
215
Nous le iugeons civil, & non pas
criminel.
泰
Philis ,ſivous avezde la peine à
comprendre
Ce que par cet écrit ie veux faire
Sçavoir ,
Dés que j'auray le bonheur de
vous voir,
Ma bouche pourra vous l'apprendre.
Aprés vous avoir envoyé l'Hiſtoire
du Siege de Bude , qui ſert de
ſeconde Partie à ma Lettre d'Otobre,
j'avois deſſein de vous apprendre
les particularitez des Sieges
de Segedin &de Cinq-Egliſes,&
de la deffaite des Turcs qui
venoient ſecourir la premiere de
ces Places ; mais comme on n'a
point encore eu nouvelles que les
Troupesdes Imperiaux ayenteſté
216 MERCURE
miſes en quartier d'hyver , j'attendray
qu'on ſcache ſi la priſe de
Ziclos n'aura point eſté ſuiviede
quelque nouvelle entrepriſe , afin
de vous pouvoir donner un corps
plus entier du reſte de la Campagne.
J'y joindray les nouvelles
conquêtes des Venitiens , depuis
la priſe de Napoli de-Romanie.
Vous ferez bien aiſe d'avoir des
nouvelles de la Cour du Grand-
Seigneur. En voicy de ſeures, venuës
de bon lieu .
AConftantinople , le 9. Octobre 1686.
LBude ,
A confirmation de la prise de
venue seulement depuis
trois semaines , a causé icy
une fort grande consternation. On
publie tout haut quele Grand-Seigneur
est la seule cauſe de tous les
mal- beurs de cét Empire; & un peu
aprés que l'on eut appris cette nouvelle
1
GALANT.
217
ン
velle, un Iman ou Prédicateur Ture
ofa dire, prêchant devant Sa Hauteſſe
, qu'on ne pouvoit imputer
qu'à Elle feule le mauvais fuccés
de la Guerre , que ses débauches &
Sa vie faineante avoient attire
furles Ottomans la colere de Dieu;
qu'un Empereur devoit aller à la
Guerre , & non pas paffer sa vie
avec des Concubines: qu'il en seroit
puny toſt ou tard : que les Chiens
mangeroientfon corps en ce monde,
& que les Demons dévoreroient fon
Ame dans l'autre. Ce discours
effraya tous ceux de laſuize de l'Ima.
Ils s'imaginerent qu'on lesmaffacreroit
tous aufortir de la Mofquée
; mais le G. S. n'en parut pas
plus émeu. Ilfortit de la Mosquée
en diſant que l'Iman estoit unfou,
&demandaſes Chevaux pour aller
à la chaffe. On dit qu'on les luy refufa,
& que ce refus le fit penfor à
Novembre 1686. K
218 MERCURE
luy-mesme. Sapaſſion pour la Chaf-
Se est telle , que rien ne l'en a pû
encore détourner.Il y a un mois que
des Députez d'Athenes vinrent
icy demander permiſſion de contribuersurla
menace que leur avoient
faite les Venitiens, de mettre tout
à feu &àsang , s'ils ne donnoient
quarante mille écus. Le Kifler- Aga
ou chefdes Eunuques , qui a pour
apanageAthènes &ſes depandances,
ayant trouvé le Grand- Seigneur
feul dans un de ses jardins , prit
cette occaſion de luy parler du déplorable
estat des affaires de l'Empire
, & luy demanda ce qu'il fouhaitoit
que fift Athènes. Il luy répondit
que c'estoitson apanage , &
qu'ilpouvoitfaire ce qu'il voudroit,
&s'estant appuyéſur ſon caude il
Semità rêverjusqu'à ce qu'un Boſtangi
ou Iardinier luy vint dire
qu'ilvenoit de voir deux Liévres.Il
} 219
GALANT
ſe levadans le même instant,&de
manda fes Chevaux . Cependant le
murmure des peuples continuoit, م
le Grand-Seigneur qui crnignoit
pourſa perſonne , déposa le Mufti,
en luy reprochant qu'il eſtoit la cau-
Se de la Guerre ,par le Tefta ou
conſentement qu'il avoit donné,fans
lequelſuivant les Loix fondamentales
de l'Empire, on ne peut entre
prendre aucune Guerre que pour luy
il n'avoit rien épargné pour en
avoir un heureuxfuccés ,ayant donné
des hommes , des armes & des
vivres lors qu'on luy en avoit de
mandé, & que s'il avoit manqué à
quelque chose , c'estoit parceque le
Mufti ne lay avoit pas represente
lespreffantes neceffitez de l'Empire.
Il nomma le Cadilesker de Bornutie
ou chef de la justice d'Europe ,
pour remplir la Place du Mufii
qu'ildéposoit , en luy ordonnant de
K 2
220 MERCURE
ne luy rien cacher,&de luy marquer
ce qu'il devoit faire dans cette fåcheuse
conjoncture.Il luy dit que s'il
falloit ouvrir ſon treſor, vendreſes
joyaux,& même qu'il allast en per-
Sonneàla Guerre, il eſtoit preſt à le
faire pour délivrer fon peuple du
malheur dont il eſtoit menacé. Le
nouveau Mufti prit de làoccaſion
de luy representer que le peuple
estoit fort animécontre luy ,à quoy
il répondit , que veut- il ? Et comme
il montroit de la diſpoſition à
faire tout cequ'on pouvoit demander
de luy , le Mufti luy dit qu'il
avoit dans ſon Serrail plus de trois
mille Esclaves, que le Sultan Amurath
n'en avoit jamais eu plus de
trois cens;que la dépense que faisoit
une seule de ces Esclaves pouvoit
entretenir vingt Soldats , & bien ,
dit- il , je me réduiray à ce nombre.
LeMufti ajoûta que ladépen
GALANT. 221
ſe qu'il faisoit à la Chaſſe eſtoit
extraordinaire,& que s'il employoit
cet argent à entretenir ſes Trou_
pes,elles ne mourroient pas de faim
comme elles faisoient ; ce qui estoit
cauſe que laplus grande partie dé
fertoit ou periſſoit de neceſſité. Il
aſſeura le Mufti qu'il n'iroit deſa
vie à la Chaſſe ; qu'ilferoit noyer
Ses Chiens ; qu'il congedieroit fes
Officiers de Chaffe,&feroit étrangler
celuy d'entr'eux qui luy en
Parleroit. Le Mufti luy dit encore
qu'il avoit dans ſon Serrail quan
tité d'anciens Officiers, riches,puiſ
ſans & propres pour la Guerre,qu'il
falloit les y envoyer,&ſeſervirdes
richeſſes de ceux qui ne pourroient
ou nevoudroient pas marcher. Ces
remontrances ont eu quelque effet.
Le Grand. Seigneur a promis vingt
millions pour la campagneprochaine,&
la Sultane Affequi ou Sultane-
1
K 3
222 MERCURE
Reyne en a promis dix. Il a retran_
ché ladépense defon Serrail ; & on
affeure qu'il a fait ofter ou diminuer
beaucouple pain ou proviſion qu'on
donnoit à pluſieurs de fes Officiers.
Le Kiflar Aga qui avoit par jour
fix cens mesures d'Orge pour fes
Chevaux , n'en a plus quefix mesu.
res,& ainsi dureste des fournitures
qu'il reçoit journellement du Serrail.
On croit qu'on luy prendra encoreſes
richeſſes,qui ſontfort grandes,
puis qu'il a enſa garde toutes
les Femmes du Serrail , desquelles il
reçoit de grands prefens. Le bruit
court qu'on l'envoyera au Caire vivre
en homme privé,comme laplus
part de ſes Prédeceffeurs. Cette
Charge est une des plus belles de
l'Empire , à cauſequ'on est toûjours
proche de la Perſonne de Sa Hauteffe.
Le Selictar , ou Porte-épée du
Grand Seigneur , &fon Officier de
GALANT .
223
Cuiſine ont esté faits Bachas , avec
ordre de se mettre au plûtoſt en
équipage pourse rendre au Camp.
On en a encore nommé d'autres dont
je nesçay pas le nom. Le Bostangi
Bachi , ou Chef des fardiniers du
Serrail, parcourt toutes les nuits le
Canalde la Mer Noire , & s'il apperçoitdela
chandelle dans quelque
maiſon, avec la moindre apparence
d'Afſſemblée , il entre dedans poar
Sçavoir ce qui s'yfait. On dit qu'il
a trouvé dans celle d'un Grec deux
ou trois mille Sequins.Le Muftifai-
Sant faire réflexion au Crand Seigneur
sur la défiance qu'il devoit
avoir du Peuple , luy dit que pour
gagner ſa bienveillance , il falloit
qu'il allaſt ſouvent à Constantinople.
N'y fuis- je pas venu , répon .
dit-il? le Peuple m'en a-t- il témoigné
plus d'amitié pour cela t
Le Grand Vifira envoyé un Cou
K 4
224
MERCURE
rier du Camp avec une Lettre au
Grand Seigneur , par laquelle il luy
repreſente , que quand il a accepié
le Sceau de l'Empire , il s'est bien
imaginé qu'il auroit le fort de ceux
qui l'ont precedé dans la même
Charge,mais que Sa Hauteſſe devoit
fe reſſouvenir qu'il ne l'avoit acceptée,
qu'à condition,que ny les Troupes,
ny les vivres, ny l'argent ne luy
manqueroient ; que quoy qu'on luy
eust promis avant que deſe mettre
en campagne , qu'on luy envoyeroit
des Troupes de temps en temps , il
n'en avoitveu paroiſtre aucunes , ny
provisions. Ce Courier afſfeure qu'il
n'est pas resté une ame dans Bude ,
que tout y a esté paßé au filde l'é
pée ; que le Grand Visir a estéblessé,
&son fils tué , qu'il avoit repassé
le Pont d'Effec , & qu'Albe-Royale
estoit affiegée. On luy a envoyé ordre
de se rendre inceſſamment à la
GALANT.
225
Porte , afin de résoudre ce qu'il y
aura àfairepourla Campagneprochaine.
On dit mesme que le Conſeil
s'est fait representer l'Histoire des
Vies d'Amurat &de Soliman , avec
deffein de ſuivre les traces de celuycy
pour la Guerre , & l'oeconomie de
celuy la dans le Serrail.
M. Girardin, Ambaſſadeur de
France,alla le 6.de ce mois congratu
ler le Muftifurſa Dignité nouvele.
Ce Chefde la Loy ſe leva lors qu'il
levit entrer,ce qui ne s'estoit jamais
pratiqué pour aucun Ambassadeur,
Le Muftineſe levant ordinairement
que quand leGrand Seigneur le vient
viſiter, ce qui luy arrive affez rare.
ment , & alors il ne s'aſſied qu'après
que le Grand Seigneur luy a baisé la
main. Il ne ſe leve qu'à demy pour
le Grand Vifir.Cette distinction pour
l'Ambassadeur de nostre Auguste
Monarque fait affez connoiſtre que
K
८
226 MERCURE
۱
ce Ministre est fortement perfuade
de la Puiſſance dont les Turcs craignent
de reffentir les effets .La Con
verſation qu'ils eurent enſemble finit
parle Café , le Sorbet , l'Eaurose,
& le Parfum qu'on preſenta a
M.l'Ambassadeur ; aprés quoy s'étant
levez l'un & l'autre, ilsſe ſe
parerent avec de grandes protesta_
tions d'amitié.
Je ne vous parle point du
Voyage que la Cour a fait à
Fontainebleau; vousdevez eſtre
perfuadée qu'on y a fait regner
les plaiſirs tant qu'elle y a demeuré.
La Promenade, laChalſe
, le leu , la Paume , les Apar .
temens , la Comedie Italienne,
& Françoiſe , ont fait alternativement
le ſujerdes Divertiſſemens
qu'on y a pris, Le Roy qui
agit inceſſamment pour le bien
de l'Eſtar , s'eſt depuis quelques
GALANT. 227
:
années rétranché la plus grande
partie de ces plaiſirs afin de s'apliquer
entierementaux Affaire
Monfieur Boëffer Surintendant
de la muſique de laChambre du
Roy , qui ſert le Semeſtre de
Janvier , ayant mis un Opera en
Muſique , cer Opera a eſté repreſenté
à Fontainebleau en forme
de Concert , Sa Majesté a
bien voulu l'entendre, mais Elle
n'en faiſoit repreſenter qu'un
Aste chaque ſoir , afin d'eſtre
moins détournée de ſes ordinaire
occupations . La Muſique en a
eſté trouvée excellante,& le Roy
a marqué à Monfieur Boëſſet par
des paroles tres obligeantes qu'il
en eſtoit extremement fatisfait.
Sa Maieſté eſtant ſur le
point de partir pour Verſailless
& Monseigneur le Dauphin , &
Madame la Dauphine y estant
K6
228 MERCURE
arrivez le 13. de ce mois , mada
me la Ducheſſe de Bourbon qui
avoit déia commencé à ſe ſentir
indiſpoſée , ſe trouva tout à fait
mal de la petiteverole qui avoit
peine à fortir , ce qui fut cauſe
quele Roy ne voulut point partir
tant qu'il la crut en danger.
Monfieur le Prince n'eut pas fitoſt
apris cette maladie , qu'il ſe
rendit à Fontainebleau. Il fe
trouva dans l'Apartement de
cette princeſſe quand Sa Majeſté
voulut entrer dans ſa
Chambre , & apporta des raiſons
fortes pour l'empeſcher
d'aller plus avant , que le Roy
ne put refuſer à fon zele ce que
ſa tendreſſe luy fit long . temps
difputer contre ce prince . Madame
la Duccheſſe , de Bourbon
s'eſtant trouvée quelque - temps
aprés hors de, danger , le Roy
GALANT.
229
revint à Versailles , & toute la
Cour cut une joye qu'on ne
ſçauroit exprimer , d'aprendre
qu'il n'y avoit rien à craindre
pour la vie de cette jeune princeſſe
, qui en fait un des plus
beaux , &des plus grands ornemens
.
Quoyque le Roy fuſt dans une
ſanté parfaite,à la reſerve de l'incommodité
qui luy eſtoit ſurvenuë
il y a environ onze mois &
qui fuſt meſme en eſtat de monter
à cheval , &de chaſſer, comme
il faifoit tres - ſouvent , Sa
Majesté qui vit qu'Elle couroit
riſque de ſouffrir toute la vie
cette forte d'incommodité , à
laquelle ſont ſujets ceux qui
manquent de courage neceſſaire
pour s'en tirer,prit une reſolution
dignedeſa fermeté & comme ce
mal eſtoit grand plutoſt par la
230
MERCURE
douleur que l'operatió luy devoit
faire ſouffrir , que par la nature
dont il eſtoit , il cacha ce qu'il
avoit reſolu de faire , comme il
fait toutes les choſes qu'il juge à
propos de tenir ſecrette. Il ſçavoit
l'inquietude que donneroit
le mal qu'il devoit endurer,& ne
doutoit point que la crainte de
quelque accident , & l'amour
qu'on a pour luy ne fiffent trouver
des raiſons pour l'en détourner
; mais ce Prince vouloit ſouffrir
, afin d'eſtre plus en eſtat de
travailler fans ceſſe pour le bien
& pour le repos de ſes Sujets ,
& pour éviter les conteſtations
quiſe pouvoient former là deffus
, il aima mieux ſe charger de
toute la douleur , que de joüir du
foulagement d'eſtre plaint , ce
qui conſole beaucoup ceux qui
fouffrent. D'ailleurs il ſcavoit
GALAN T.
238
que ce bruit venantà ſerépandre
auroit jetté de la crainte & de
l'abattement dans tous les coeurs,
& qu'il rendroit incapables d'agir
tous ceux qui eſtoient occupez
pour les Affaires de l'Etat
, & il vouloit endurer ſeul ,
ſans que l'Etat en ſouffriſt un
ſeul moment. Ainſi ayant pris ſa
reſolution , il travailla à la faire
executer ſans que l'on s'en apperceuſt.
Comme jamais Prince
ne ſceat regner fur luy- meſme
avec tant d'empire , il en vint à
bout fans peine. Il ſe purgea
deux fois à Fontainebleau , parce
que venant enſuite à Versailles ,
ce changement de lieu devoit
oſter l'idée qu'on auroit pu prendre,
s'il avoit eſté poſſible qu'on
euſt ſoupçonné quelque choſe de
ſon deſſein. Il monta à cheval le
Dimanche 17.de ce mois , foupa
232 MERCURE
-
ce jour- là avec la Famille Royale
, & s'informa de Monſeigneur
où eſtoit le rendez vous de
Chaſſe le lendemain. On connut
le jour ſuivant, que ce Prince,
quoy qu'il duſt alors ſentir les
premieres atteintes de la peur
que luy pouvoit cauſer l'operation
, avoit demandé ce rendezvous
d'une ame tranquille , afin
que s'il arrivoit quelque accident
, il puſt en faire avertir
Monſeigneur. On a mémeremarqué
qu'il ſe coucha ce ſoir
là plus tard qu'à l'ordinaire. Il
marqua pour le Lundy 18.l'heure
de ſon lever , où la plus grande
partiede laCour ſe trouve ordinairement.
Il avoit pris la ſienne
plus matin pour l'operation.
Ceux qui devoient y travailler ,
ou dont la preſence eſtoit neceffaire
entrerent par differens
} 233
GALANT.
endroits,ce qui empeſcha qu'on
n'en euſt aucun ſoupçon. Quoy
que je ne faſſe point icy le détail
du reſte , je puis vous dire qu'il
s'y paſſa mille choſes dignes de
l'inébranlable fermeté du Roy.II
voulut voir tout ce qui devoit le
faire ſouffrir,& ne fit que ſoûrire
au lieu d'en paroiſtre étonné . Η
fit enſuite ce qu'un Prince auſſi
Chreftien que luy doit faire en
de pareilles occaſions,& fouffrit
patiemment, eftant toûjours dans
l'eſtat d'un homme libre , & qui
eſt aſſcuré d'eſtre maiſtre de ſa
douleur. Aucun cryne luy échapa,
& bien loin de témoigner de
la crainte , il demanda ſi on ne
l'avoit point épargné, parce qu'il
avoit recommandé ſur toutes
choſes de ne le pas faire . Si- toſt
qu'on eut achevé l'operation, la
porte fut ouverte à ce qu'on apel
134
MERCURE
lela premiere Entrée , c'eſt àdire
aux perſonnes qui ont droit
d'entrer les premiers au lever,
Les autres n'entrerent pas, parce
qu'il n'y eut point de lever. On
peut dire aprés cela que le mal
meſme du Roy devroit faire
trembler ſes Ennemis , s'il en
avoit , puiſqu'il ne ſerviroit qu'à
leur faire mieux connoiſtre de
quoy ſa fermeté eſt capable. Le
bruit de cette operation s'eſtant
répandu dans Verſailles, comme
on s'imagine toûjours voir les
maux que l'on craint , quand
meſme ils ne ſeroient point à
craindre ; la douleur parut fur
tous les Viſages, & l'ont euſt dit
à voir le Roy, que ce Monarque
eſtoir le ſeul qui ſe portoit bien
ayant remarqué qu'on ne faiſoit
aucun bruit , il ordonna que toutes
choſes ſe fiſſent à l'odinaire,
GALANT.
235
tint Conſeil dés le iour meſme:
& permit dés le lendemain aux
Miniſtres Etrangersde le ſalüer.
Quoy ique de ſemblables maux
ayent accoûtumê de cauſer un
peu de fiévre ſans pourtant qu'il
yait ſujetd'en apprehender aucune
facheuſe ſuite il ſemble que
le Ciel , pour ne nous pas alarmer
, n'ait pas voulu qu'il en
euſt le moindre reſſentiment .
On ne ſçauroit exprimer le triſte
eſtat où Madame la Dauphine
ſe trouva lorſqu'elle apprit que
cette operation avoit eſté faite ,
& l'empreſſement avec lequel
cette Princeſſe courut chez le
Roy ſans eſtre habillée.
Je devrois vous parler icy de
la Feſte magnifique que Monfieur
a donné à Saint Cloud , mais
je la referve pour ma troiſieme
Lettre , qui contiendra la Suite
236 MERCURE
du lournal de l'Ambaſſade , de
Siam , & le Voyage de ces Ambaſſadeurs
en Flandre , Je ſuis,
Madame , Voſtre, &c .
A Paris ce 30. Nου . 1686 .
:
Avis pour placer les Figures.
Lair, Ma douleur ,doit regar
der la page 55 .
Les armes des Cardinaux ,
doivent regarder la page 121 .
:
১
TABLE DES MATIERES
contenuës dans ce Volume.
Relude.
Portrait du Roy.
1.
3
Détail des Ceremonies obſervées le
jour que l'on conſacra l'EglisePa-
さ
roiſſfiale de Versailles , avec la
Description de cette nouvelle
Eglife,&du Bastiment des Preftres
de la Miffion. 11
Deviſes. 23
Sonnet . 24
Déclaration du Roy. 25
Madrigal. 29
Histoire. 31
Corpsàreffort. 39
Fable.
43
Réjoüiſſances faites au Havre de
Grace. 55
TABLE.
Madrigal. 64
Questiongalante avec la réponse.
66
Quatrième ſuite de l'Histoire des
Estampes , contenant toutes celles
qui ont esté gravées d'aprés les
OuvragesdeM. le Brun. 69
Estampes de M.Vandermeulen. 103
Ordre du Roy de Danemarc pourrelâcher
les Vaißeaux de Hambourg.
105
Bout de l'An de feu M. le Chancelier.
Histoire.
110
112
Armes des nouveaux Cardinaux ,
avec pluſieurs chofes concernant
leurspersonnes , &leur naiſſance.
121
Détail de tout ce qui s'est passéà
Fontainebleau le jour que Sa
Maiefté donna le Bonnet à M. le
Cardinal Ranuzzi,
isI
Baptefme du fils de Monsieur le
TABLE,
ComtedeMagny.
Ouverture du Parlement .
165
167
Ouverture de la Cour des Aydes.
179
Monsieur de Menibus receu Avocat
General au Parlement de Roüen.
168
Emplois de Monfieur de Mollondin.
190
Morts.
193
Abayes données . 201
Fondation d'un Hôpital de la CharitéàMets
par Monsieur l'Evêque
deMets.
203
Histoire des Oracles.
204
Nouvelles Lettres du Chevalier
d'Her....
205
Noms de ceux qui ont deviné les Enigmes.
108
Voyage du Roy à Fontainebleau. 216
Enigmes.
Lettre de Constantinople.
Fermeté de Sa Majestédans l'operation
quelle s'estfait faire.
212
216
FIN.
P
Extr
Ar Grac
Chaville
le Roy en fo
permis à I.
faire imprin
titulé MER
pluſieurs Pie
tures ,& au
rieux &ga
nôtre cher
pendant le to
à compte
Volu
pr
br
s , d'imprimer graver & de-
Livre ſans le conſentement de
ny d'en extraire aucune Piece,ny
ſervant à l'ornement dudit Livres
ed'en vendre ſeparément,&de donner
te ledit Livre; le tout à peine de fix mille
aille livres d'amende contre chacun des
contrevenans , & confiſcation des Exem.
plaires , contrefaits ; ainſi que plus au long
il eſt porté audit Privilege.
Registréſur le Livre de la Communauté le 14
Septembre 1683 .
Signé ANGOT , Syndic .
Et ledit Sieur J. D. Ecuyer , Sicur de
Vizé , a cedé & tranſporté ſon droit de
Privilege à Thomas Amaulry , Libraire à
Lyon , pour en joüir ſuivant l'accord fait
entr'eux.
511
m
1686.11
< 36624555080011
< 36624555080011
Bayer. Staatsbibliothek
33
m
Eur. 511 1686,11
Mercure
:
• MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
NOVEMBRE 1686 .
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY ,
ruë Merciere , au Mercure Galant.
M. DC. LXXXVI.
AVEC PRIVILEGE DU ROΥ.
Bayerische
સ્વ ORRRRRRRRRR$છ
AU LECTEUR .
Eux qui nejugent des Ou
C vrages que par le Titre,
Sans ſe donner la peine
d'en rien lire,&fansfaire
meſme un instant de reflexionfur
ce qu'ils voyent , pourrontse rebuter
d'abord du mot de Siam qu'ils trouveront
à la teſte de la seconde Partie
de ce Mercure , & dire que c'est
trop parler sur une mesme matiere
; cependant avec une mesme
matiere on fait tous les jours mille
chofes differentes. Onfait des Figu
res d'Hommes & d'Animaux avec
du Marbre , auſſi bien que des colomnes
, & tout ce qu'on veut faire
ลี
a
2
AU LECTEUR.
representer , &laſuite d'un Livre,
bien qu'ilait le mesmeTitre, ne doit
avoir que le Titre de commun avec
ce qui l'a précedé. Il faut Separer ce
qui regarde les Livres qui parlent
de Siam en deux matieres , qui
renferment deux Ambaſſades, Sçavoir
l'Ambassade de Monsieur le
Chevalier de Chaumont au Royau
me de Siam, & celle des Ambaffadeurs
du Roy de Siam en France.
L'Ambaffade de Monsieur le Che
valier de Chaumout a esté faite
par luy-mesme en un feul Volume ,
&la mesme Ambaſſade ,&non la
Suite, aesté mise dans leMercure
de Juillet,& dans un Volume entier
qui luy fert de ſeconde Partie . On
atraitéle mesmeſujet, parce qu'on
a eu divers Memoires pour faive
cetteRelation plus ample,&tout ce
qui regarde cette Ambassade est
finy dans ces trois Volumes . Ainsi il
AU LECTEUR.
!
n'est plus question que de l'Ambaf-
Sade des Siamois en France. Cellelà
n'est point double , n'ayant esté
traitée que par lefeulAutheur du
Mercure.Le premier Volume a pour
Titre, Voyage des Ambaſſadeurs
-de Siam en France, contenant la
Reception qui leur a eſté faite
dans les Villes où ils ont paſſé ,
leur Entrée à Paris, lesCeremonies
obſervées dans l'Audience
qu'ils ont euë du Roy , & de la
Maiſon Royale, les Complimens
qu'ils ont faits, la Deſcription des
lieux où ils ont eſté ,& ce qu'ils
ont dit de remarquable ſur tout
ce qu'ils ont veu.
Le ſecond Volume est intitulé ,
Suite du Voyage des Ambaffleurs
de Siam en France ,
contenant ce qui s'eſt paſſé
* à l'Audience de Madame laDauphine
,des Princeſſes du Sang ,
ā 3
AU LECTEUR.
&de Maſſicurs de Croiſſy & de
Seignelay , avecune Deſcription
exacte des Chaſteaux, Appartemens
, Iardins ,& Fontaines de
Verſailles , S. Germain , Marly,
& lagny; de la machine de
Marly ,des Invalides , de l'Obſervatoire
, & de ce que ces
Ambaſſadeursont veu dans tous
les autres lieux où ils ont eſté
depuis la premiere Relation , à
quoy l'on a joint leDiſcours qu'ils
ont fait au Roy.
On peut voir par ces deux Titres,
* que ces Ouvrages ne parlent point
des meſmes choses , mais on avertit
icy que l'extreme curiosité des Am
baſſadeurs de Siam ayant toûjours
augmenté , &leur ayant fait demander
l'explication de toute
qu'ils ont veu ,les matieres qui
font dans lefecond Journalde cetr
Ambaſſade , font traitées encore
AU LECTEUR.
1
i
plus à fond que dans le premier
Volume ,&que les Maiſons Royales,&
furtout Versailles ,yfont
décrites avec toute l'exactitude
poſſible ,& d'une maniere à donner
autant d'intelligence aux cusieux
, que s'ils avoient le Plan
àla main. On peut dire que l'on
verra dans ce Volume laseuleDefcription
de Versailles qui ait efte
jusqu'icy donnée au Public , les
Lambeaux qui en ont paru nepouvant
pas monter à la vingtième
partie de ce qu'on y trouvera , &
les choses mesmes ayant entierement
changé de figure depuis ce
temps là. On ne dit rien du reſte
du Livre qui contient Sept ou huit
autres articles aussi curieux que
wuveaux , c'est à dire , qui n'ont
point encore esté imprimez.
On peut croire que cetteAmbasfade
ayant déja remply deux Valu
AU LECTEUR.
mes , on ne la laiſſera pas imparfaite
,fans quoy ce qu'on a donné au
Public ne paſſeroit que pour des
Pragmens. Ainsi après avoirfait
un Journal de tout ce qui regarde les
Ambaſſadears depuis Brest , ou on
les a pris endébarquant , on les y .
reconduit, afin que tous ces Volumes
ensemble ne faſſent qu'un corps de
cette Ambassade, qui pourra tenir
rang parmy les Voyageslesplus curieux
, & qui pourra estre utile à
tous les Ambassadeurs qui viendront
en France , pour leur apprendre
ce qu'ils doivent voir. Les Livres
d' Ambaſſades ont toûjours eftè
fort recherchez , & nous ne cons
noiſſons point mieux la Chine que
dans un Livre in folio remply de
Figures , qui décrit la grande Am.
bassade que les Hollandois y firent
1659. dedié àfeuM. Colbert. On
n'oublierapas dans la ſeconde Par
AU LECTEUR.
tie de ce Journalle Voyage de Flandres
, qui a fait connoistre aux
Ambassadeurs la Grandeur du
Roy , & qui en faiſant voir mille
choses qui regardent la Guerre ,
n'a pas laiſſsé d'estre tout remply de
Festes & de galanteries. On ne
marque point qu'on ne laiffera rien
àdire sur cette matiere , on peut
voirsi l'on a traitéàfond celle que
renferment les deux Volumes de
cette Ambassade , dont le dernier
vient deparoiſtre avec celuy cy.
f
***********
LIVRES NOUVEAUX
V
de Novembre 1686.
Ies desSaints , nouvelle Edition , fol. 2.
vol . Paris grand papier 16. liv.
-Idem de papier ordinaire, 11. liv, auffi
de Paris , fol , 2. vol .
Hiſtoire de la Morée avec so , figures en
tailles douce de toutes les Villes que les Venitiens
ont emportées ſur les Turcs , 8.4.liv.
L'Eſpion du Grand Seigneur & ſes Relations
ſecrettes envoyées au Divan de Conſtantinople
découvertes à Paris, pendant le Regne
de Loüis le Grand , contenant les évenemens
les plus confiderables de la Chrétienté & de
la France indouze , 4. vol. 6. liv. les trois
derniers vollumes ſe vendent ſeparé pour 4.
liv. 1ο. Γ.
Hiſtoire des Oracles par Monfieur de Fon.
tenelle , Autheur du Dialogue des Morts ,
12. 30. f.
Voyage des Ambaſſadeurs de Siamen France
,contenant la reception qui leur a eſté faite
dans les Villes où ils ont paſſé , leur entré à
Paris , les ceremonies obſervées dans l'Audiance
qu'ils ont eu du Roy & de la Maiſon
Royale , les complimens qu'ils ont faits , la
deſcription des lieux où ils ont eſté , & co
qu'ils ondit de remarquable ſur tout ce qu'ils
ont vûjuſqu'à la fin de l'année 1686.12.2.vol.
40.ſols.le deuxiême tome ſe vend ſeparé pour
20. fols.
.
;
Tournal des Saints pour les Congregations
qui ſert de billets des Saints de mois en Latia
la main 45. f. & en François aufli 45 .
L'Homme inſtruit par ſa raiſon & par ſa
Religion , Dialogue Moral & Chrêtien, 8.2.1.
Le nouveau Negotiant , contenant les reductions
toutes faites des meſures , Poids &
Monnoyes de France , reduite aux meſmes
Poids & Monnoyes de diverſes Villes & Païs
concernant le Negoce , par le ſieur Ricard de
Bordeaux , inquarto , so. f.
*
L'Eſprit de la Religion , ou l'abregé du Livre
de la Science univerſelle des ſaintes Ecritures
, 12. 20. f.
Almanach de Milan 1587. 12. 20. fols.
De Liege pour 1687. 15. f.
Connoiſſancedes temps pour 1687.20.f.
Hiſtoire du Siege de Bude avec toutes les
particularitez fidelement écrite & circonftantié
le tout jour par jour , avec une grande fis
gure en tailledouce , par l'Autheur duMercureGalant
, 12. 20. f.
Lettre d'un Docteur en Theologie à un Miſe
fionaire de la Chine, 12. 20. f.
Livres que l'on Imprime & que l'on don
nera inceſſamment.
LesGrands Voyages de Monfieur Chardin ,
dela Perſe & des Indes Orientalles avec dixhuit
grandes figures en taille douce , 12. 2 .
gros vollumes.
Lebon uſage du Thé , du Caffé & du Cho
cholat parM. deBlegny avec pluſieurs figures
en taille douce.
LaNouvelleMethode accomplie du Blafon
du Pere Meneſtrier , indouze, Le Pontificat de
S. Leon , de M. Maimbour , L'Hiſtoire de
Loüis douziéme de Varillas & la ſuite des
Herefies auffi de M. Varillas , les Annales de
laGrece deMadame de Villedieu,& pluſieurs
autres dontje vous donneray Avis.
MERCURE
A
MERCURE
GALANT.
NOVEMBRE 1686.
J
E commençay ma Lertre
du mois paffé par
une Epître en Vers ,
qui contenoit une vive
peinture des vertus qui rendent
le Roy ſi digne de l'Immortalité
qu'il s'eſt acquiſe. Quand on
lit ces fortes d'Ouvrages , l'efprit
en eſt tellement remply , & la
Grandeur de Sa Majesté s'y trou-
Novembre 1686 . A
:
2 MERCURE
ve ſi bien dépeinte , qu'on croit
que l'Autheur n'a rien oublié
de tout ce qui peut la faire connoiſtre.
Cependant comme la
matiere eſt inépuiſable ,& toûjours
belle , lors qu'elle vient
à eſtre traitée par un autre , elle
nous paroiſt briller d'un nouvel
éclat , & l'on y découvre des
beautez que l'on n'a point encore
veuës ailleurs. Je ne doute
point que vous n'en trouviez
de grandes dans l'Ouvrage que
vous allez lire. Il eſt deMonſieur
l'Abbé de la Chaiſe. Quoy
qu'il ait eſté devancé dans ce
1
deſſein par beaucoup d'habiles
Gens , il n'a regardé que la matiere
,& ſeur de l'abondance
qu'elle fournit , il a fait parler la
Gloire. Il ſuppoſe que cette
Déeſſe eſt au Temple de Memoire
, où elle tient un pinceau ,
GALANT
3
& regarde un Autel particulier
qui luy eſt dedié , & qui d'un
coſté a pour ornement un Tableau
d'Auguſte , & une Table
d'attentede l'autre .
あれれ
PORTRAIT
DE
LOUIS LE GRAND
En paralelle avec celuy
D'AUGUSTE.
Aprésde cet Autel où je suis
Depuis le temps que j'y placé
Auguste que j'avois tracé,
Cette Table d'attente eft toûjours
demeurée.
A 2
4 MERCURE
L'Antiquité m'offrit en vain,
Pour mettre en paralelle avec ce
grand Romain ,
Les Heros qu'elle avoit les plus
dignes d'envie ;
Malgré cette fausse lueur
Que la Fable ajoûtoit à l'éclat de
leurvie ,
Aucun ne me parut meriter cet honneur.
Pour trouver icy place au mesme
A
rangqu'Auguste ,
C'estpeu que d'estre Conquerant,
Il faut qu'un Prince vraiment
Grand,
Soit vaillant , ſoit heureux , foit
prudent , ferme , & iuste ,
Qu'il soit l'Ame de ſes Etats ,
Qu'ildécide au Confeil , qu'il commande
aux Combats ,
Qu'ilfaſſe tout mouvoir , foit en
Paix, SoitenGuerro ,
GALAN T.
5
Etqu'aprés avoirſurmonté
Tout ce qui luy reſiſte &sur Mer ,
&Sur Terre ,
Ilforce les Vaincus d'admirer Sa
bonté...
Ilfaut que l'Univers le redoute &
l'estime
Et qu'adoredeſes Sujets,
Ilfoit l'ennemy des forfaits ,
Comme le Protecteur de tous ceux
qu'on opprime.com al vore
Quesimesmeon doutedes droits
Qu'ilprétendcontre ceux quireçoivent
ſes Loix ,
Ilfaut qu'en leurfaveur luy- mesme
ilse déclare.
DansAuguste on vit s'aſſembler
Toutes ces qualitezpar un concours
fi rave ,
Que iusqu'au Grand LOUIS nul
n'a pû l'égaler.
A
6 MERCURE
C'estceHeros François que doit fur
cette Table
Traceraujourd'huy mon Pinceau ,
Et ieveux luy faire un Tableau
Quin'ait à tousſes traits qu'Auguste
desemblablesp
Ala teste du ſes Guerriers ,
Comme Auguste on l'a veu courbé
Sous les Lauriers ,
Combartve,furmonter,&puis cal
mer le monde ;
Comme Augusteilfait tout mou-
Dans la Paix dans la Guerre , &
fur terve &fur l'onde
Sa conduite s'admire , & l'on craint
fonpouvoir.
১
Comme Auguste on l'estime on l'aime,
on le revere ;
Ses Alliez toûjours en luy
Rencontrent unſolide appuy
4
GALANT.
7
Et toujours fes Sujets y rencontrent
un Pere.
CePeuple avecfacilité
L'aborde comme Auguste , & s'en
voit écouté ;
Chezluy ceux qu'on opprime ont
toujours leur refuge
Comme Augaste enfes interests
Ilfuffit que l'on doute , il examine ,
iljuge ,
Et contre luy luy-mefme it donne
5. des Artepost an ghe va
Iepeindray donc ce Royfur leChar
de Bellonne bones) 3
Qui triomphe des autres Rois,
Je peindray leur ligue aux abois,
Quireçoit àgenoux lapaix comme
il là donne
Après les murs qu'il a forcez,
Paris,d'un pinceau d'or je peindray
tes foffez,
L'y peindray ce Vainqueur , mais
qui rendra les armes ,
A 4
8 MERCURE
~
Moy mesme auffiie m'y peindray;
Themis defarmera ce Herosparses
charmess
Et dans le meſme temps ie le couronneray.
Ainsi i'ay peint Auguste , & pour
ce grand Ouvrage afro
L'emprunteray tous ses beaux
traits , [faits ,
Mais il faut de ceux que i'ay
Pour ne m'y pas tromper , que ic
faffeuntriage.
Tout le Tableau de ceRomain
N'apas estétracé par une mesme
main
Ie voy couler dusang quin'est pas
de lamienne ,
Ces funestes proſcriptions ,
Ce dur Triumvirat , n'ont rien qui
m'appartienne,
Pour ces malheurs publics ie n'ay
point de crayons .
GALANT.
و
C'est ce qui de LOVIS fera la
difference
D'avec ce fameux Empereur ;
Sous ce grand Roy iamais l'horreur
D'un beau Sang immolé n'a fait
fremir la France.
Aucunevictime d'Etat
N'ade fon Regne heureux iamais
terny l'éclat ,
Jamais de fon couroux on ne l'avû
l'esclave,
Etpour le bien representer ,
Le vieil Auguste seul ,& non le
jeune Octave ,
Mefournira les traits que je dois
imiter.
Mais dans le vieil Auguste il ſe
rencontre encore
Des traits quiſemblent obfcurciss
On tel Prince n'a point de Fils ,
A
fo MERCURE
Dansſon plus grand éclatSon Sang
le des honore.
LOVIS au contraire aujourd'huy
Voit déia trois Neveux d'un Fils
digne de luy ,
Voit l'honneur deſa Cour dans leur
Auguste Mere ,
Et iepeindray tout àlafois ,
LOVIS ungrand Heros, LOVIS
2
an heureux Pere ,
LOVIS le plus puiſſans & le
meilleur des Rois.
Ainsi le Grand LOVIS remplira
uncaractere
cetteplace
Sous fi beau,
bleau
:
Qu' Auguste amesme enfon Tar
Des Sceptres àfes pieds qu'il faut
que i'en efface.
Parlà ie voulois deſſfigner
Combien il Surpaſſoit tous ceux
qu'on voit regner ;
Mais c'est àLOVISjeul que ces
marquesfont denës.
GALANT. 11
Tuprévoyois unfort pareil,
Quandparton ordre , Auguste , on
fondit tes Statuës ,
Afin d'en enrichir le Temple du
Soleil.
Quelques Eloges que tantde
beaux Eſprits zelez pour la gloire
deleur Prince , ayent donné
à ce Monarque , aucun ne l'a
encore loué fur l'Article que je
vais vousdonner pour nouvelle,
mais on n'en doit pas eſtre ſurpris
, puiſque la vie de Sa Majeſté
eſtant un continuel enchaî
nement de merveilles , les Ac
tions de grandeur &de pieté ſe
fuccedent tellement les unes
auxautres , que ſi on vouloit les
renfermer toutes dans un Ouvrage
, il ne fortiroit jamais des
mains de celuy qui oſeroit l'entreprendre.
Ce que j'ay à vous
:
A 6
12 MERCURE
dire de nouveau regarde la Paroiſſede
Verſailles que ce Prince
a fait élever à ſes deſpens ; en
forte que par les ſoins qu'il a pris
d'en faire fournir les fonds neceſſaires
, ce grand Ouvrage , ſi
digne de celuy qui l'a fait conftruire,
a eſté commencé & achevé
en deux années , auſſi - bien
queles beaux & grands Logemens
des Prêtres de la Miſſion
qui doivent deſſervir l'Eglife .
Toutes chofes ayant eſté miſes
en eſtat pour la conſacrer,Monfleur
l'Archeveſque de Paris
donna permiffion le 26. Octobre
dernier à Monfieur l'Eveſque de
Bethleem d'en faire toutes les
Ceremonies . Le jour en fut in
diqué le lendemain Dimanche
au Proſne de la grande Meſſe ,
pour le Mercredy 30. du meſme
mois. Le Lundy 28. Monfieur .
GALANT. 13
l'Eveſque ſe rendit à Verſailles
accompagné de Meſſieurs les
Abbez de la Mothe & de la Roche
,l'un Archidiacre , & l'autre
Chanoine de Noftre - Dame
de Paris ,tant pour obſerver le
leune qui avoit eſté ordonné
pour le jour ſuivant , à tous les
Paroiffiens de cette nouvelle
Eglife,que pour faire dés la veil
le toutes les chofes preferites
par le Pontifical . Le 30. la Ceremonie
fut annoncé au Peuple
àquatre heures dumatin par le
fon des Cloches ,& elle commença
fur les ſept heures en
cette maniere. Monfieur l'Eveſque
de Bethleem s'eſtant rendu
àl'ancienne Eglife Paroiffia-.
le , y prit ſes Habits Pontificaux
, & precedé de plus de:
quarante Preſtres de la Mif
fion , & de Monfieur Jolly
14
MERCURE
leur General , outre pluſieurs
Curez des environs , il en fortit
proceſſionnellement, ayant toûjours
prés de luy Monfieur
l'Abbé de la Mothe revêtu de
fon Surplis , avec une Etolle &
fon Aumuſſe . Il y laiſſa les Reliques
qu'on y avoit depoſées le
jour precedent , & aprés que
l'on eut fait l'Eau -beniſte à la
porte de la nouvelle Eglife , on
fit en dehors les Afperfions tout
autours juſqu'à trois fois avec
les Prieres propres pour une pareille
Ceremonie. En ſuite on
reitera en dedans les meſmes
Prieres , & les meſmes Aſperſions
avec l'Alphabet Grec &
Latin que Monfieur l'Eveſque
écrivitavec le bout de faCroffe
fur la cendre que l'on avoit répanduë
en croix ſur le pavé ; &
aprés beaucoup de Prieres,
GALANT.
15
d'Aſperſions & d'Encenſemens
faits ſept fois autour de l'Autel
qui devoit eſtre conſacré , on
retourna à l'ancienne Egliſe
prendre les Reliques de Saint
Julien & de SaintJucombe Martirs,
qui en eſtoient les Patrons,
& on les porta en Proceffion
autour de la nouvelle. Avant
que d'y entrer Monfieur l'Everque
ſe mit fur un Fauteüil à la
Porte , & fit un fort beau Difcours
for cette Ceremonie. Il le
finit par les Loüanges du Roy,
fit voir ſa magnificence & fa liberalité
, & exhorta les Peuples
dejoindre leurs Prieres aux fiennes
pour la conſervation d'un
Prince qui furpafſſoit les Conſtantins
& les Alexandres. Aprés
cela on rentra dans l'Egliſe , où
les Reliques furent enfermées
dans le Sepulcre del'Autel,avec
-
16 MERCURE
une pierre que Monfieur l'Eveſque
ſcella à chaux & à fable .
La Confecration ou Dedicaffe
fut faite ſous l'Invocation de la
Vierge , en memoire de ſa glorieuſe
Aſſomption ; & aprés
d'autres Ceremonies auſquelles
Monfieur Bontemps fut toûjours
preſent , l'on retourna encore
une fois à l'ancienne Egliſe,
d'où l'on apporta le Saint Sacrement
ſous un magnifique
Dais . Les Ruës eſtoient tenduës
des Tapiſſeries de la Couronne,
& les Recolets precederent le
Clergé Seculier à cette Proceffion
, à laquelle tous les Confreres
du Saint Sacrement aſſiſterent
avec un Cierge blanc à la
main. Madame la Mareſchale
de la Mothe & quantité d'autres
perſonne de qualité s'y trouverent
, auffi bien qu'à la Meſſe
>
17
GALANT.
qui fut chantée Pontificalement
par Monfieur l'Eveſque de Bethleem
, reveſtu des Ornemens
precieux que le Roy a donnez
à cette Eglife . Le nombre de ces
Ornemens auſſi bien que celuy
de l'argenterie & du linge , fera
connoiſtre aux Siecles à venir
la magnificence & la pieté de
LOUISLE GRAND. La Ceremonie
ne finit qu'à deux heures
aprés midy. 13
Vous ne ſerez pas fâchéeque
j'ajoûte à ceDétail la Deſcription
de cette nouvelle Eglife.
Elle eſt ſituée dans la Ruë de
Paris , en face de la Ruë, Dauphine
, par laquelle on entre
dans la Place du meſme nom.
Elle a eſte conſtruite de neuf de
fonden comble , de pierres de
taille. Le Portail , en compre.
nant les deux Tours,a dix- neuf
18 MERCURE
1
toiſes de largeur. Il eſt décoré
d'un Ordre Dorique de quatre
colomnesde front,& qui portent
auſſi quatre colomnes Ioniques ,
couronnées d'un fronton. Les
Tours font ornées de ce dernier
Ordre, letout avec de la ſculpture.
La longueur de l'Eglife
hors oeuvre eſt dequarante toifes
, & dans oeuvre , depuis le
grand Autel juſqu'à la grande
Porte , elle a trente toiſes. La
largeur de la Nef eſt de trentedeux
pieds , & la longueur de
la Croiſée de dix fept toiſes.
Les Arcades ont quatorze pieds
& demy , & les bas coſtez qui
regnent au pourtour , en ont
dix-huit.Les Chapelles ont neuf
pieds de profondeur. Au milieu
de la Croiſée eſt une Coupe ,
ou Cul de four , voûtée de pierre,
de fix toiſes & demie. La
GALANT. 19
১
Lanterne a vingt pieds de diametre,&
porte par dehors ſur
un grand quarré de maçonnerie
de huit toiſes de largeursla hauteur
fous clefen dedans de la
voûte eſt de neuf toiſes & demie;&
de la Coupe de la ' Lanterne
au pavé de l'Egliſe il y a
dix- huit toiſes . L'Ordre de dedans
eft Dorique; le grand Autel
eſt enrichyde quatre colomnesCorinthiennes
de Marbre,
de deux pieds de diametre,couronnées
de leurs entablemens
&frontons. Tous les Autelsfont
garnis de Tableaux des meilleurs
Maistres. A coſtéde cette
Eglife , le Roy a fait auffi conftruire
de fond en comble un
grand Baſtiment , pour le logement
des Preſtres qui la deſſervent.
Il conſiſte en un corps de
Baſtiment paralelle au coſté de
20 MERCURE
l'Eglife , de quarante quatre
toiſes de longueur ,& joint fur
la ruë à d'autres Bâtimens , renfermeune
baſſe court de treize
toiſes en quarré. Le Baſtimenta
fix toiſes deux pieds d'épaiſſeur,
&renferme par bas un grand
Corridor de quarante - trois toiſes
ſur douze pieds de large ,
avec cinq grandes Salles pour
les Exercices. Le Refectoire eſt
au pieddu grand Eſcalier. Le
premier étage , & l'étage en galetas,
ont chacun un grand Corridor.&
renferme plus de ſoixante
Cellules , & dix petits Appartemens
dedeux pieces. Le tout ,
enycomprenant les pieces pour
le ſervice de la Maiſon , comprennent
plusde cent cinquante
lieux differens . Ce Baſtiment ,
& l'Egliſe dont je viens de vous
parler, fontdudeſſein de MonGALANT.
221
fieurManſard , & Monfieur de
Louvois , qui comme Surintendant
& Ordonnateur des Baſtimens
de Sa Majesté , avoit fait
conſtruire en une annéel'Egliſe
&le Convent des Recolets ,
fituez dans le mefme lieu de
Verſailles , voulant répondre au
zele du Roy , a pris de ſi juſtes
meſures , que non ſeulement
tous cesBaſtimens ont eſté entierement
achevez en deux an
nées , mais que tous les dedans
ſe ſont auſſi trouvez faits , ainſi
quetoutes les Peintures qui embelliſſent
l'Eglife. Le jour de fa
confecration Monfieur l'Ever
que de Bethleem , Meſſieurs les
Abbez dela Mothe &de la Roche,
& tous ceux qui avoient
eſté employez à cette Ceremonie
, ainſi que les Perſonnes de
marque qui y aſſiſterent , furent
1
1
22 MERCURE
conviez par Monfieur Bontemps
àdiſner avec les Miſſionnaires
dans leur nouvelle Maiſon . Il y
eut ſoixante Portions , chacun
ayant mangé ſelon l'uſage du lieu
où il eſtoit . Tout fut ſervy avec
beaucoup de propreté,& un fort
grand ordre. Vous n'en doutez
pas , puis que Monfieur Bontemps
s'en meſloit ; c'eſt ce qui
fit qu'il y eut meſme des Portions
de reſte.
Monfieur Magnin , toûjours
remply d'admiration pour les
grandes choſes que fait le Roy,
continuë à marquer ſon zele
par ſes Ouvrages. Voicy trois
Deviſes avec un Sonnet de ſa
façon , qui meritent bien d'avoir
place icy. Le corps de chaque
Deviſe eſt le Soleil. La premiere
aces mots pour ame , Videt &
regit omniafolus.
GALANT
23
Il remplit deſa lumiere
LeMondede bout en bout ;
Seul du haut defa carriere
Ilvoit tout®it tout.
La ſeconde , Forma , virtute ,
nomine magnus
LOVISdanssa pompeuse& brillante
carriere
Eft comme le Soleil ;
En charmes , en vertus , en gran
deur , en lumiere .
Iln'a point de parcil.
La troiſieme ,Et Spes & gloria
rerum.
A mille corps divers
Uneheureuse influence
Fait Sentirſapuiſſance ;
Il est de l'Univers
La gloire&l'esperance.
1
1
24
MERCURE
LOUIS LE GRAND .
L
Other
SONNET
Es loüanges qu'on donne aux
Teſtes couronnées,
Tandis que le Heros que l'on love
est vivant ,
1
Paſſent pourun Encens mercenaire,
Souvent
Cen'est pas fans raison qu'elles
SontSoupçonnées.
Mais celle qu'à mon Roy jay mille
fois données ,
Ne viennent point d'un charme &
feint & decevant ;
Non, l'Univers jamais n'arien veu
de fi grand ,
Rien qui puiſſe égaler fes belles detinees.
Si
GALANT
ές
Si quelqu'un contredit à cette ve-
こ
Qu'ilparcoure avec moy toute l'An .
|
tiquité,
: F'y trouveray dequoy l'inftruire , ce
me.Sembles cois
爽
Car parmy tant de Rois qui font
こ、こévanouis ,
-Qu'iljoigne tous les temps les plus
heureux ensemble ,
2
:
Il n'en formera pas le Regne de
LOFIS.
Sous ce Regne quia rendu la
France ſi glorieuſe ,on ne voit
de Mandians , que ceux qu'une
faineantiſe volontaire empeſche
-d'accepter le travail qui leur eſt
offert de toutes parts , Sa Majeſté
ayant meſme ſouvent entrepris
de faire faire des Ouvra-
Novembre 1686 . B
i
26 MERCURE
2
ges afin de les occuper , & comme
Elle a veu l'obſtination de
pluſieurs à demeurer dans une
oiſiveté qui eſt importune , & à
charge au Public , elle a cru
pour le bien generaldevoir faire
la Déclaration ſuivante.
t
Loris, & c. L'application continuelle que Nous donnons à
tout ce qui regarde la Police generale&
le bien de nos Sujets . Nous
aporté à prendre un foin particulierpour
l'établiſſement &augmen.
tation des Hôpitaux Generaux dans
les Villes & gros Bourgs de nostre
Royaume , dans lesquels les Pauvres
qui ne sont en estat de travailler
, trouvent leur fubſiſtance
affeurée , avec une occupation proportionnéeàleur
âge&à leur infirmité,
& quoy qu'au moyen de
ces établiſſemens il ne dust rester
GALANT. !
27
}
1
aucun de nos Sujets à charge au
Public , Nous avons cependant esté
informez que plusieurs Valides qui
nefont dela qualitéà eſtre recens
dans les Hôpitaux,au lieu de s'employer
aux Ouvrages auſquels ils
font propres , & qui leur produi
roient leur ſubſiſtance , s'adonnent
àla mendicité, & s'abandonnant
à l'oiſiveté , commettent des vols ,
& tombent malheureusement dans
pluſieurs autres crimes : A quoy
voulant pourvoir , &empefcher un
defordre fi confiderable. A CES
CAUSES , en confirmant nos
Ordonnances & Reglemens cydevant
faits contre les Mendians
valides , Nous leur avons enjoint
& enjoignons par ces Presentes
Signées de nostre main , de se retirer
inceſſamment dans les lieux
&Provinces de leur naissance ,
ou autres lieux ,poury travailler
a
B 2
23 MERCURE
aux ouvrages ausquels ils voudront
s'employer , leurfaisant tres - expreſſes
inhibitions & défenſes dc
mendierſous quelque pretexte que
ce ſoit ; & en cas qu'acuns Valides
fuſſent trouvezmendiant , huit
jours aprés la publication des Preſentes
, voulons qu'ils soient pris
& arrestez , de l'Ordonnance de
nos Baillifs , Senéchaux , leurs
Lieutenans & autres Officiers , &
partes Prevoſts de nos Cousins les
Maréchaux de France, & conduits
és Prisons les plus prochaines , pour
Sur le témoignage de ceux qui les
auront vû mendier , ou autre preuve
& notorieté suffisante de leur
mendicité , estre condamnezaux
Galeres pourle temps de cinq ans.
Si donnons en mandement , & c .
Je ne ſçay ſi vous avez entendu
parler d'un petit Nain,
GALANT. 29
qui a fait icy plus de bruit que
le plus grand homme. Il a trente-
cinq ans avec une Mouſtache
d'un doigt , & n'a que quatorze
pouces de hauteur. Il eſt
de Bretagne , & a eſté envoyé
à Sa Majesté par Monfieur de
Lavardin , Lieutenant de Roy
de cette Province. C'eſt ce qui
a donné lieu au Madrigal que je
vous envoye. On y fait parler
le Nain.
Nonje nemeplainspoint de ce
que laNature
M'a fait de petite structure ,
C'est un bonheur pour moy qui par
tout retentit .
Je n'aurois pas la gloire fans
Seconde
D'estre au plus grand Homme
dumonde,
Sije n'estois le plus petit.
B 3
30
MERCURE
Rien n'eſt plus juſte & plus
agreable que ce Madrigal. Auſſi
a t'il receu plus d'applaudiſſement
quel'on n'en donne fouvent
a de grands Ouvrages. Il
eſt de Monfieur Vigner , ainſi
que la Lettre que vous allez lire.
Vousy trouverez une Avan
zure fort finguliere dont je vous
puis garentir la verité , puif
qu'il veutbienqueje vous l'en
voye , non ſeulement ſous ſon
nom , mais encore de la maniere
qu'il l'a écrite. Quoy qu'il
p'y ait rien dans cette Avanture
qui puiffe choquer perfonne, &
que la Nature ſoit ſeule àblaf
mer , je ne vous l'envoyerois
pas , fi les choſes qui ont eſté
plaidées à l'Audience d'un Parlement
, pouvoient ne pas devenir
publiques.
SGALANT. 31
A ME LE BARON DE C***.
Drisque malgré tant de belles,
reſolutions la tentation enfin
vous a pris de vous marier, ne vous
laiſfezpas tant aveugler par vostre
paffion quevous en foyezla dupe.
J'avois cru jusqu'à present que
quand il estoit queſtion de choisir
une Femme riche & bien faite , il
fuffiſoit de prendre garde àſa teſte;
mais aujourd'huy je vous dis qu'il
faut mesme prendre garde à fes
pieds , pour ne pas tomber dans
l'inconvenient de ce Gentilhom_
me de Bourgogne ,qui pour n'avoir
pas eu ceſoinvoulut ces jours paf-
Sezfaire caffer fon Mariage. C'est
un hommefort riche , & qui fait
ordinairement fa demeure à la
Campagne proche de Dijon. Quel
B 4
32 MERCURE
ques uns defes Amis estant venus
luy rendre viſite , il leur propoſa
d'aller voir une fort belle Maison à
trois lieuës de la sienne ,& où il
n'avoitiamais esté. Une Veuve en
estoit Fermiere Son Mary luy avoit
laiſſe en mourant de grands Biens
&deux fort belles Filles ,mais la
beauté de la Cadette l'emportoit
Sur celle de l'Aisnée. La Dame
recent ces Messieurs fort honneste.
ment , leur fit voir tous les Appar
temens du Chasteau les Avenuës
& les Iardins.Elle avoit donné l'ordre
àses deux Filles de tenir la
Collation preste ,de forte qu'au retour
de la Promenade la Compa
gnie trouva une Table proprement
couverte des plus excellens fruits
de la Saifon. Onse rangea autour
fans ceremonie,mais les deux Fil-
Les voulurentſe retirer. Ces Mefſieurs
coururent aprés ,& dirent à
GALANT.
33
2
la Mere qu'ils s'en iroient fi elles
nes'y mettoient pas.Ellessemirent
donc àtable & en firent les bon-
-neurs ; & la Cadette particulierement
les faisoit defi bonnegrace,
a que noftre Gentilhomme fongeoit
bien moins à manger qu'à laregarder
, ou plûtoſt à l'admirer ,&fi
ſes gens ne l'euffent averty qu'il
avoit trois lieuës àfaire &que la
nuit approchoit , iln'auroitpas penféàremenerSaTroupe
chez luy. Ie
vous laiſſe àjuger , Monfieur , tout
ce qui fut dit par le chemin en faveur
de ces deux Belles ,& l'estat
où le coeurde nostre Amant ſe trouva
quand le lendemain ſes Amis
luy eurent dit adieu. Ce fut avec
peine qu'il attendit jusqu'au jour
fuivant à retournervoir ce qui l'ar
voit déja jettédans des inquietudes
extraordinaires. Il feignit de
faire un Voyage plus éloigné, afin
BS
34 MERCURE
1
de paſſer chezla Veuve. Lors qu'il
en fut proche il rencontra heureu
Sement celle qu'il cherchoit au bout
d'une grande Allée , jusqu'où elle
avoit conduit sa Mere qui estoit
allée à quelque Métairie voisine.
Cette aimable Fille ne fut point
déconcertéedefa rencontre ,& il
trouva tant de ſageſſe, tant d'ef
prit , & tant d'agrement danstou
tesses réponſes , qu'il s'en retouraa
dans la reſolution de la demander
en Mariage. Cette propoſition furprit
la Fermiere. Elle crut d'abord
que c'estoit un railleur ; mais com.
mesa demande estoit accompagnée
de fermens pour luy persuader
qu'il parloitferieusement , elle fit
fes efforts pour tuy donner le change,&
luy representa qu'il estoit
juste que l'Aiſnée paffast devant
fa Cadette , & qu'elle luy feroit
tous les avantages poffibles pour
GALANT.
35
2
reconnoiſtre l'honneur qu'il faisoit
àſa Famille ; mais il falut ceder
aux raisons & à l'inclination de
l'Amant , qui d'ailleurs estoit un
Party trop confiderablepour le refufer.
LaFille quin'avoit rien oublié
pour le détourner de penser àelle ,
luy avoüa enfin qu'elle feroit la
plus ingrate perſonne du monde
si elle n'estoit pas touchée d'une
auſſi forte paſſion que celle qu'il luy
témoignoit ,& leſupplia de croire
que le refus d'une auffi grande fortune
que celle quise preſentoit en
Sapersonne, ne provenoit que d'un
défaut qu'elle avoit ,& qu'elle ne
pouvoit vaincre. Le Gentilhomme
la conjura de s'expliquer davan
tage , & luy fit mille protestations
de l'aimer paſſionnement , quelque
grand quepust estre ce défaut qui
Se vouloit opposer à son amour.
Puisque vous le voulez ſcavoir ,
B 6
36 MERCURE
dit - elle, avec un vermillon qui
donnoit un nouveléclat àſabeauté,
je vous diray , Monsieur , que la
Naturem'a donné une telle averfionpour
les pieds nuds , que je ne
puis mesme souffrir la veuë des
miens ; c'est pourquoy fi vous desirez
fincerement que j'aye l'honneur
d'estre vostre Femme, il faut que
vous me prometiez de coucher toute
voſtre vie chauffé , & de trouver
bonque j'en faffe de mesme. Quoy
que cela fust capable de faire refver
un homme , ilne beſita pas nn.
momentà le luy promettre , & elle
eutfuiet d'estre contente des affurances
qu'il luy en donna. Ainsipeu
de temps aprés onpaſſale Contract
de Mariage , par lequel il luy
fit tous les avantages que la Cou
tume permet. La nuit tant desirée
arriva. Le Gentilhomme &la De
moiselleſe mirent au lit, chauffez
GALANT 37
Eun & l'autre , & l'on ne vit iamais
de Mariez plus contens qu'ils
Leparurent le lendemain au matin.
Ce bonheur dura pluſieurs années
mais il arriva quʼuniour de Gentil
hommefit une Partie de Chaffe où
ilfut bleſſe. On le reporta chez luy
toutsanglant , ce qui ſaiſit telle
mentsa Femme qui l'aimoit fort
tendrement , qu'elle s'évanoüit. On
fit tout ce que l'on pût pour la fou--
Lager ,mais ilfalut envenir à une
Saignée du pied qui découvrit le
mystere qu'elle avoit caché avec
tant de foin. On tay trouva des
pieds & des jambes de Chevre ,
dont le Mary conçeut une tellehorreur
, que dans cet inſtant il cut
autant de haine pour elle qu'ilavoit
eu d'amour. Il la fit ofter de fa
presence ,& neput souffrir depuis
ce temps. là qu'elle parust devant
Luy. Ilpresenta ensuite Requested
38
MERCURE
Meſſieurs du Parlement de Dijon
pourfaire cafferfon Mariage, al-
Leguant qu'il avoit épousé un
Monstre plûtost qu'une Femme.
Surquoy les Parties appellées l'Avocat
de la Dame parla le premier.
D'abord il fit voir qu'unesi
grande défectuosité n'avoit point
d'autre cauſe que l'imagination de
SaMere,quiſe voyant groſſe d'elle,
s'avisa de faire alaioer sa soeur
aisnéepar une Chévre , dont elle
avoit ſoin de tenir les pieds depeur
d'accident ; & il dit ensuite des
chosessifortes&fi touchantes en
faveur de la Dame que toute
IAudience en fut émeuë. Le Gentilhomme
mesme n'y pût reſiſter ;
i'l en fut attendry , & comme il
portoit inceſſamment ſes regerds
fur celle qu'il avoit aimée avec
tant de passion , ses beaux yeux ,
quoy que languiſſans , ayant pene
GALANT. 39
tréfon coeur ,il repaſſa tout d'un
coup de la haine àla tendreſſe , en
- forte qu'il défendit àfon Avocat
de répondre. La Courfur celarendit
fon Arrest , & renvoya les
Parties hors de Cour & de Procés.
Le Gentilhomme plus amoureux
que iamais conjurasa Femme d'ou
blierſes foibleſſes &de retourner
chez luy ; mais elle n'ena voulu
rienfaire iusqu'àpreſent. On croit
que la Cour rendra unſecond Ar
reft qui portera , que ceux qui se
marieront à l'avenir , ne coucheront
point avec lenrs Femmes qu'ils
ne les avent fait déchauffer ,&
qu'ils ne leur ayent fait laver les
pieds devant eux ,de pear qu'on
ne leur lave la teste à eux-mes.
mes. Ie fuis , Monfieur , Vostre
&c.
L'eſprit de l'homme eſt ſi
inventif, qu'on peut dire qu'en
40
MERCURE
beaucoup de rencontres l'Art
par fon moyen l'emporte
fur la Nature . D'un coſté il polit
ce qu'elle nous donne de
groffier , & d'imparfait , & de
P'autre il luy preſte des forces , &
la fait pour ainſi dire revivre
quand elle languit dans un
Corps abbatu de maladie , &
enfin il ſçait repouſſer ſes deffauts,
& la fait en quelque forte
rentrer en elle- meſme ; comme
nous voyons par le ſurprenant
Secret du Sieur Sigouney qui demeure
dans l'Iſle Noſtre - Dame..
Heſt aſſez heureux pour pouvoir
remeure les Tailles mal- faites
des jeunes Enfans par de certains
Corps à reffore dont il a
trouvé l'invention , & que perſonne
n'a pû encore contrefaire..
Plus les Enfans font jeunes
plasil les redreſſe ; mais il eſt"
GALANT 41
/
fort mal aiſé qu'il en vienne à
bout quand ils ont une fois atteint
l'âge de quinze ans . Vous
jugez bien que je ne mettray
pas icy la Liſte des jeunes Perfonnes
qui avoient des Tailles
qui leur eſtoient à charge , &
qui font preſentement auffi
droites , que ſi elles n'avoient
jamais eu ſujet de ſe plaindre de
la Nature. Quoy qu'elles
n'ayent plusaucune marque de
ces deffauts , il y auroit peut-!
eſtre des Maris aſſez fantaſques
pour intenter Procés à leurs
Femmes comme celuy dont
je viens de vous parler , qui
pourtant pourroit avoir eu plus
de raiſon de ſe plaindre de ſa
Femme & de la Nature. On
peut dire d'un autre coſté que
l'eſprit de la Dame avoit fait
encette occaſion tout ce que
42 MERCURE
l'adreſſe eſt capable de produi
re , pour luy cacher un défaut
dont elle ne devoit point eſtres
refponfable. C'étoit l'unique
party qu'elle avoit à prendre ,
puiſque la Nature ne pouvoit
eſtre ny changée , ny corrigée ,
qu'il luy auroit eſté inutile d'avoir
recours à l'Art , comme
celles qui ſont devenuës plus
droites qu'elles n'étoient par le
moyen des Corps àreffort. Parmy
cellesdont le Sieut Sigouney
a heureuſement corrigé la taille
, il y en a d'aſſez détachées du
monde pour vouloir bien rendre
témoignage à la verité , &
dire en quel eſtat elles eſtoient,
avant qu'il leur euſt rendu ce.
bon office.
Le grand nombre de Conqueſtes
eſt quelque choſe de
doux pour la vanité des Belles,
GALANT. 43
4
mais c'eſt bien ſouvant un avantage
dont la ſuite eſt dangereuſe
,& en voulant trop avoir , if
eſt à craidre qu'on ne garderien.
L'Avanture que vous
trouverez ſous des noms d'Oiſeaux
dans la trable que je
vous envoye , eſt un exemple
fur lequel on pourra faire d'uti
les reflexions.....
LA PINCONNE.
2
FABLE.
a
Our l'incertain abandonner le
Pourl'ince feur
٠١
Est ,àmonsens , trait de peu defageffe,
C'est en un mot,n'avoirpas l'eſprit
meur,
C'est s'oublier ,&n'avoir pas d'adreſſe.
44
MERCURE
Gensfont afſfezqui manquent en ce
: point ,
Etfottement donnent dans l'appa .
rence ,
Si dans ce cas ils ont peu de prudence
,
C'eſt - là le fait ,& je n'en doute
point.
Si l'ignorez , jadis en une Fable
Par maints beaux dits Efopele
prouva;
Mais en ce jour Hiſtoire veritable
Sous noms d'Oyſeaux, Surprenante,
agreable ,
Vous l'apprendra. Voicy comme il
en va.
Dans une Voliere charmante
Fut une Pinçonne fringante ,
Belle caufeuse , & qui n'ignoroit
rien ,
Pleine d'esprit , de maniere engageante,
:
GALANT.
45
Au veste , Pinçonne de bien ,
Etqui parloit Italien
CommeSa Langue naturelle.
Enfin tout ce qu'il faut avoir
Pour estre parfaitement belle ,
Elle l'avoit , & qui pouvoit la voir
Incontinent estoit amoureux d'elle.
Moult en estoit , mais un tres-facheux
cas
: Desesperoit ; elle estoit infidelle
Autant quefut iamais femelle ,
Faisant toutson plaisir , quand on
goutoit l'appas
De certains tours fins de prunelle,
D'inspirer de l'amour , & de n'en
garderpas.
Deſes Amans grande estoit laſequelle.
On y voyoit un Perroquet
Plein desçavoir & de caquet ,
Beau diſeur, conteur de fleurette,
Mais de fon Bienle caleul trop tost
fait
46 MERCURE
N'avançoit pas fon amourettes
Il faut du Bien , prou d'écus font
effer.
Cen'est paspourtant que le drole
Par beau maintien ,& par belle
parole ,
N'eust tant foit peu gagné fon
coeur.
Mais quoy , tout change , & par
malheur
• Changeante estoit noftre mignonne;
D'ailleurs affez bonne personne.
Ce changement I avoitfait enrager,
Pefter , crier , ilvouloit ſe vanger ,
Mais comme enfin de toutonse confole
,
Auſſi s'en confola l'avisé Perroquet,
Et tout hommefage ainfifait.
Depuis l'Oyfeau joua fon rolle ,
En Oyseaufage,&de bon iugement
PrésdePinçonne eftoit encor un au
tre Amant.
GALANT .
47
C'estoit maistre Butor , de tous le
moin charmant ,
Auſſi jadis aimé , mais pour qui
l'inconstante
أ
Estoit alors affezindifferente ,
Lors qu'un Pinçon de maniere
éclatante ,
La voyant un beau jour , d'elle s'amouracha
,
Nypeu ny prou ne la facha.
Il estoit beau , bienfait, avoit une
Efcareille
Pleine d'écus , item fort grande
Kyrielle
De belles qualitez , plus estoit de
Maison ,
Avoit l'esprit tourné de la bonne
façon , [la Belle,
Somme toute , il estoit avenant pour
Tous deux en affez peu de temps
L'un de l'autrefurent contens;
Ils se marquoient une tendreſſe
extrême;
i
48 MERCURE
2
Si l'un iuroit d'aimer toûjours ,
L'autre ausfuost faisoit de mesme,
Etpromettoit d'éternelles amours.
Eloignez,ilsſouffroient avec impatience,
Ce n'estoit que sanglots , que larmes
, que foûpirs ;
Se revoyant ce n'estoit que plaiſirs.
Tous deux avoient mille defirs ;
Pour deviner ſur quoy n'est besoin
descience,
Pendant ce temps un autre Oy
Seau
En donnant au Pinçon de ialouſes
alarmes ,
De cet Amourfi plein de charmes
Mal àpropos vint creuſer le tombeau
Un certain Roffignol de noble parentage,
a [boccage,
Lemieuxrenté des Oiseaux du
Ayant veu par hazard Pinçonne,
enfut épris ;
Il
GALANT.
49
Itla choisit pourſa Cloris ,
Mit toutſon ſçavoir en usage ,
Pour luy donner l'amour qu'il a
voit pris.
Pas n'y faillit ; l'éclat de fa
naissance ,
D'un gros bien la belle apparence
Estoient d'affez puiſſans attraits,
Outre mille autres galans traits
Dont il sçavoit afſaiſonner la
choses 2
Il en avoit croqué plus d'une à
moins defrais.
C'estoit un maistre Sire , en Vers
ainsi qu'en Profe
Il l'emportoit , il estoit écouté ,
S'il parloit , c'estoit un Oracle ,
S'il faisoit , c'estoit un mira.
cle,
Pinçonne en luy ne trouvoit que
beauté.
Auſſi rien n'épargnoit pour attendrirſon
ame ,
Novembre 1686 . C
50 MERCURE
Parmille emproſſemens il luy marquoitſa
flâme ,
Sans ceffe ilſoupiroit , pleuroit mesmeſouvent
,
Afin de la rendre plus douce.
Mais en amour quelques soupirs
qu'on pouffe ,
1 Autant en emporte le vent.
Pinçonne cependant payoit de com
plaisance [Amant,
Les petits Soins deson nouvel
Etpleine de reconnoiffance
Luy marquoit son reffentiment.
Pour luy d'abord on conceut de l'eftime
Delàfansypenſer on vint à l'amiz."
tié
7
Ensuite l'onse fit un crime
Dene le payer qu'à moitié.
Il falloit plus ; un Roſſignolfi
tendre ,
Meritoit bien pourluy que l'on prist
も de l'amour ,
GALANT5
:
Pinçonne ne s'en pût deffendre ,
Le Galant sçavoit plus d'un
tour...
Pour la contraindre de ſe rendre.
Pinçon eut beau pleurer&. demander
raifon ,
<
Pinçonne fut fourde à Pinçon ;
De Rossignol elle estoit trop
éprise.
Chaque Oysean fe fcandalise
De ce cruel changement ,
Mais l'ingrate fit ferment
Den'en faire qu'àsa guiſe.
Qu'arriva - t - il ? Le Pinçon de
Solé, १ ..
Après avoir crié , parlé , ...
Maudit Pinçonne & fa Maigrie
: folé ,
Par noſtre Perroquet à la fin con-
Traita fon amour demanie ,
Reſolut de changer de vie,
> C2
52
MERCURE
Et de chercher dans une autre
Beauté.
Plus de conſtance & de fidelité.
Une Linote fincere
Dont il devint amoureux ,
Le rendit bien- toft heureux.
Elle estoit faite pour plaire .
Comptoit parmyſes Ayeux
Les Oyſeaux les plus fameux ;
Tout conſpiroit pour leur joye ,
Et les jours de ces Amans
Sans Soucis &fans tourmens
Paroifſſoient filez de foye,
Iln'en estoit pas ainſi
Des jours que paſſoit Pinçonne;
L'Amant d'abordfi transi
En peu de temps l'abandonne.
Du nom d'Epoux point n'estoit
enteſté;
Outreplus , en Pinçonne ilnetrouvoitfinance
ConvenableàJa qualité,
GALANT. 53
Etfans écusunebeauté
Ne merite pas qu'on y pense,
Roffignol en faisant une infidelité,
Fit voirà la Bellevolage
Qu'elle eust esté cent fois plus
Sage,
Sifon coeurfatisfait d'un tendre
empreſſement
Eust conſervé pinçon pour fon
Amant ,
Sans en demander davantage.
On ne m'a point dit le nom
de l'Auteur de cette Fable. Je
ſçay ſeulement qu'il eſt de
Troyes , & qu'en l'envoyant à
Mademoiſelle C... il l'accompagna
de ce Madrigal.
Sha
Ila Belle dont ils'agit
Avoit eu vos yeux , vostre
esprit;
C3
14
MERCURE
Et mille qualitez qu'en vous cha
cun admire .
Pinçon malgré son changement,
Quelque chose qu'on eust pû dire
N'auroit jamais ceffé de l'aimer
un moment.
Voicy un Air de Monfieur
l'Abbé , de qui vous connaiſſez
leGenie par ceux que je vousay
envoyezde ſa compoſition avant
qu'il fût étably à Roien, où on
l'a fait venir de Caën comme un
homme rare , & qui paſſe pour
un des plus habiles Muſiciens
du Royaume , non ſeulement
pour l'Art de compoſer , mais
auſſi pour la belle métode du
Chant , qu'il enſeigne à tout ce
qu'il y a de Perſonnes de qualité
dans la Ville.
J.
55
éme,
faut
avoir
hofes
effer
eſtre
enlors
i les
puis
s'elt
ce la
artin.
Roy
,
14
Et n
Nu
P
2
N'a
ΓΑΙ
leG
env
qu'i
l'af
hon
טמ
du
pou
aufl
Ch
qu'
téd
4.
et
GALANT. 55
:
AIR NOUVEAU .
En
A douleur est extréme,
Feene puis le celer ,
perdant ce quej'aime
Comment me conſoler ?
Mon mal eſt ſans remede , il faut
perdre la vie ,
Mourons mais du regret d'avoir
perdu Silvie.
Comme toutes les choſes
dont la cauſe eſt bonne & l'effer
agreable , doivent toûjours eſtre
eſtimées , quoy qu'arrivées entre
des particuliers fur tout lors
qu'il ſont d'une qualité qui les
diftingue , je croy que je puis
vous faire ſçavoir ce qui s'eſt
paſſé au Havre de Grace la
veille & le jour de S. Martin .
La parfaite ſanté dont le Roy
,
C4
56 MERCURE
joüiſſoit à Fontainebleau , & le
ſouvenir encore recent de la
naiſſance de Monſeigneur le
Duc de Berry ayant diſpofé
tous les eſprits à la joye , Monſieur
le Duc de Saint Aignan
qui ſe trouvadans fon Gouvernement
, & dans la Ville du
Havre , où il ne s'eſtoit encore
rien fait d'aſſez éclatant pour
celebrer ces deux Feſtes , &
marquer le zele qu'il ſçait fi
bien inſpirer dans le coeur des
Peuples , ſurtout ce qui regarde
Sa Majesté , donna un diſner la
veillede la S. Martin à Monfieur
de Montmor , Intendant general
de la Marine de la Province
de Normandie , que la délicateſſe
, l'abondance , & la
propreté de la table qu'il
tient ordinairement au Havre ,
ne rendirent pas moins deliGALANT.
17
cieux, que laCompagnie de Cavaliers
& de Dames qui s'y rencontra.
Le reſte du jour fut employé
en Concerts , promenades
, & autres divertiſſemens ,
qui ne manquent point dans la
Maiſon de ce Duc. Le lendemain
, jour de S. Martin, ce Gouverneur
accompagné de Madame
la Ducheſſede S. Aignan,
&d'une ſuite nombreuſe de
Gentilhommes,d'Officiers & de
Dames des plusqualifiées de la
Province , s'eſtant rendu ſur les
cinqheures du ſoir chez Monfieur
de Montmor , où il eſtoit
priéde ſouper , fut receu au for
des Tambours , Trompettes ,
Timbales , & d'un grand bruit
d'Artillerie , par cinquante ou
foixante Officiers de Marine lef
tement veſtus , qui l'attendoient
dans la Place qui eſt vis à vis la
C
58 MERCURE
Maiſon de Monfieur de Montmor
, où il vit avec une ſurpriſe
agreable une tres belle Illus
mination qui éclairoit toute la
façade du logis. La Porte de cet
Intendant eſtoit ornée de Trom
phées à la gloire de Sa Majesté,
dont les Armes eſtoient toutes
brillantes de lumiere,&des plus
ſuperbes ornemens .Celles dece
Gouverneur & de Monfieur le
Marquisde Seignelay eſtoient au
defſſous ,& il n'y avoit aucun
lieu en toute la Maiſon où il n'y
euſt des lumieres avec des Deviſes&
des Emblêmes à la gloire
de cet Auguſte Monarque. Les
Armes de Monfieur le Duc &
de Madame la Ducheffe de S.
Aignan estoient encore dans la
court avec pluſieurs ornemens.
Le bruit des Trompettes & des
Tambours ceda à une Sim
GALANT.
59
phonie charmante qui eſtoit
dans un Salon , d'où toute la
Compagnie a eſté conduitedans
un Apartementrichementmeublé
, elle trouva dans une des
Salles un Theatre dont les Déa
corations eſtoientd'Azurſemées
de Fleurs de Lys . On y repre
ſenta une Comedie. Les Dana
çes qui ſuivirent furent accom
pagnées de Concerts meſlez de
Simphoniequi darerent prés de
deux heures , aprés quoy on
deſcendit dans une Salle tres
parée& fort éclairée , où eſtoit
un Dais ſous lequelon avoit mis
le Portrait du Roy , & oùſe
trouva un magnifique Buffet &
deux Tables. L'une eſtoit de
vingt- quatre Couverts,&Mon
fieur le Ducde S. Aignan s'y
trouva ſeul d'homme entre tout
ce qu'il y avoit de Dames qui
C
60 MERCURE
étoient venues avec Madame la
Ducheſſe de S. Aignan.Tous les
Officiers en grand nombre demeurerent
derriere les Dames
pour les ſervir , quoy qu'il y euſt
une ſeconde Table pour eux.
Hsfurent récompenſez par les
Dames , qui leur firent part de
ce qu'on ſervit dans ce Repas
magnifique , où tout ce qu'on
peut s'imaginer de plus deli
cat& de plus rare dansla faiſon
, ſe trouva. Il y eut pendant
le Soupé une Simphonie de
Flûtes& de Violons tres - agreable.
Elle fut interrompuë par les
Timbales & par les Trompettes
qu'on entendoit lors qu'on
beuvoit les Santez. Le Soupé ne
fut pas plûtoſt finy , qu'on preſenta
à Madame la Ducheffe de
S-Aignan une Lance à feu avec
laquelle elle alluma un pragon "
GALANT. 61
:
par la feneſtre de la Salle. Ce
Dragon alla embrafer un Feu
d'artifice qui estoit dans la court,
&aprés ce premier ſpectacle ,
on monta en haut pour voir le
Feu d'artifice qui étoit preparé
dans la Place vis à visla Maiſon
de Monfieur de Montmor , où
lePeuple attendoit patiemment
en fedeſalterant à des Fontaines
de vin qui estoient aux coſtez
de la face du Logis , & en dançant
au bruit de mille cris de
joye. Rien n'eftoit mieux imaginé
que ce Feu , dont les ornemens
& le deſſein eſtoient fur
les Victoires du Roy ,& particulierement
ſur l'Extirpation de
'Herefie . La Religion,la Victoire&
la Renommée paroiſfoient
en l'air tenant un Enfant couronné,
dont le Maillot eſtoitſemé
de Fleurs de Lis, qu'ils élevoient
62 MERCURE
àun Soleil fort brillant , en luy
montrant pluſieurs actions memorables
de LOUIS LE
GRAND. Elles faiſoient la Décoration
de ce feu avec pluſieurs
Anges , dont les Epées flamboyantes
chaſfoient l'Herefie &
tous les Vices.Le Bal commença
enfuite. Ily eut pleſicurs Entrées
de Maſques tres galantes ; ony
fit meſme des Sauts perilleux ,
&pluſieurs jeunes gens de la
Ville pour divertir cet Illuſtre
Gouverneur qui estoit veſtu
tres proprement , danſerent des
Danſes qui font ordinaires ſur les
Ports de Mer,& quiluy parurent
tres divertiſſantes . On y diftribua
en abondance toutes fortes
de liqueurs ,& tous ces plaiſirs
qui avoient commencé des cinq
heures, ne finirent qu'aprés minuit.
Tout le monde fortit de
GALANT. 63
1
cette charmante Feſte avec tant
de ſatisfaction ,que Monfieur le
Ducde S. Aignan toûjours galant
& fpirituel , dit à Monfieur
de Montmor , qu'il estoit impoſſi
ble d'estre jamais mal avec celuy
quiſcavoitsi bien unir les Elemens
les plus oppoſez , puiſqu'on avoit
veu lefeu avec l'airpar les Fufèes
volantes , & la Terre & l'Eau
d'accord par la bonne intelligence
des Officiers de la Marine avec
ceux de la Garnison , & qu'il ne
pouvoit comprendre qu'on pust tant
meſler de plaisirs ensemble dans
vingt - quatre heures Seulement..
Tous ces Divertiſſemens eſtant
finis , ce Duc fut conduit dans.
la Citadelle avec lesTrompettes.
& les Tambours qui ſe meſloient
aux cris de Joye ,& de Vive le
Royquetout le Peuple pouffoit ,
&qui font les honneurs qu'on
64
MER CURE
rend fur les Vaiſſeaux de Sa
Majeſté.
Quoy qu'on fe mefle d'aimer
àtout âge , cen'eſt pas du confentement
de l'Amour , ſi l'on
en doit croire ce Madrigal.
0
L'AGE D'AIMER .
N dit que les Graces un
jour
:
S'entretenant avec l'Amour
Vinrent àdiſcourir de l'âge
De ceux quifont receus àcomposer
Sa Cour.
Chacune en tint divers langage,
Surquoy Cupidon àson tour
Fit cette réponse tres ſage.
Ocheres Graces nous diſons ,
Quepaſſequarant ans tout Amant
qui ſoûpire
GALANT.
↓ 65
!
te
Doit estre mis aux PetitesMai-
Sons,
Et que pour les Beautezde noftre
vaste Empire ,
Malgré les Diſeurs de Phebus
Et les Amateurs de grimaces ,
Six Luftres écoulez elles ne doivent
د
plus
Sinon regenter dans nos claffes.
Lesbelles Perſonnes ont un
privilege particulier pour eſtre
de cette galante Cour, mais elles
y font rarement fracas ſi leur
beauté n'eſt accompagnée des
agrémens de l'eſprit. Ainſi je ne
doute point que vous ne ſoyez
du ſentiment de celuy qui a
décidé une Queſtion que vous
aurez ſans doute oüy ſouvent
propoſer ,& quia eſté faite encore
depuis peu dans les termes
que je vous l'envoye .
66 MERCURE
DEMANDE ..
Si vous aviez deſſein d'aimer ,
Qui pourroit plûtoſt vous charmer
,
Ou la Sotte quiferoit belle,
Oula Laide ſpirituelle ?
RESPONSE .
La Beſtiſe est un Monstre affreux
Qui fait tout paroiſtre hideux ,
Ce qu'on en voit atteint n'a rien
qui ne déplaiſe ,
Et je dis hardiment de bouche&
par écrit,
Qu'un laid objet remplyd'eſprit
Me charmeroit plûtost qu'une
Beauténiaise.
८
Celuy quia fait cette réponſe
a rendu raiſon de ſon ſentiment
par ces autres Vers que
vous trouverez d'une Muſe
aiſée.
GALAN T. 67
:
LA BELLE SOTTE .
E vous aimerois bien , Aminte
,
Mais s'il faut vous parlerSans
feinte,
La beautéſans l'esprit nesçauroit
me charmer
Malgré tous vos attraits , Sotte
comme vous estes
" fe foûtiens que fans crime on ne
peut vous aimer ,
4
Si c'en est un d'aimer les Beftes.
Vous me direz , belle Niaiſe
Que ce n'est pas l'esprit qu'on
baife
Mais c'est là raiſonner fort bestialements
د
Un Corps inanimé ne cause point
de flame ,
Et vos meilleurs Amis confeffent
hautement .
:
4
68 MERCURE
Que vous estes un corps Sans
ame.
La paſſion n'est poins émeuë
Par la beauté d'une Statuë :
Fuft- elle de la main du Docte
Phidias .
Comme on nepeut aimer des charmes
en peinture,
Vous n'eſtes point , Aminte, un Objet
pleind'appas ,
Vous n'en estes que lafigure.
t
Il n'est plus de Culte Idolâtre
Une Divinitéde plâtre
Parmy nous aujourd'huy n'a plus
d'Adorateurs ;
Vous pretendezen vain que chacun
vous cajole ,
On ne peut vous donner ny d'encens
A
nyde coeurs ,
Puisqu'on ne souffre plus d'Idole.
GALANT. 69
!
Vive la Belle Ingenieuse ,
Dont la Grace victorieuse
Gagne tout parsa veue &par ce
qu'elle dit.
Ge font les qualitez de ma chere
Corine,
Dont la beautém'enchante,& l'ef
pritme ravit
Mais dont la rigueur m'aſſaffine.
Voicy la quatrième ſuite de
l'Hiſtoire des Estampes ; fi je l'ay
interrompuë le dernier mois ,
ce n'a eſté que parce que je le
voulois continuer par quelque
choſe de curieux fur ce ſujet.
J'en ſuis venu à bout , & ce que
je vous envoye eſt d'un grand
travail , d'une grande recherche
& glorieux à la France , qui
peut ſe vanter d'avoir chez-elle
:
70 MERCURE
d'auſſi grands Hommes que le
Siecle le plus renommé en a cu
pour les beaux Arts.Cela ſe connoiſt
dans ce que je vous envoye
, qui en vous faiſant voir
Monfieur le Brun preſque entier
, ne vous laiſſera point douter
que nous n'ayons en luy un
de ces Genies merveilleux &
univerſels qui n'ignorent rien .
La France le doit au Roy, puifque
le déſir qu'il a eu de plaire
à ce Monarque pour qui il a
fait un ſi grand nombre d'ouvrages
, luy a donné de nouvelles
lumieres & une nouvelle force.
Auſſi peut on dire qu'il a plus
travaillé luy ſeul que beaucoup
des plus illuftres Anciens enſemble.
le paſſe à l'Hiſtoire
de ſes Estampes , qui vous
apprendra mille choſes cuGALANT.
71
Quoy qu'il y en ait un fort
grand nombreque l'on a gravées
d'aprés ſes Deſſeins &
ſes Tableaux , ily a lieu des'étonner
qu'il s'en trouve enco
re ſi peu , quand on conſidere
tous les Ouvrages qu'il a faits
en divers endroits. De toutes
les Estampes qui paroiſſent au
jour , le Roy en a faitgraver une
partie ,dont les Planches font
conſerveésdansſaBibliotheque.
Monfieur le Brun en a fait graver
une autre partie , & pluſieurs
Soûtenans d'une qualité
diftinguée ont fait graver les
ſujets de Theſe qu'il a faits pour
eux.
Le peu d'exactitude qu'il a
eu à faire valoir les Privileges
que le Roy luy a accordez , de
faire luy ſeul graver ſes Ouvrages
, avec deffenſes à toutes pers
72
MERCURE
ſonnes de l'entreprendre ſans
ſon conſentement , eſt caufe
qu'il ſe trouve encore pluſieurs
Estampesd'aprés luy & fous fon
nom, dont il auroit lieu de deſavoüer
une partie , à cauſe du
peude ſoinque ceux qui les ont
executées ont apporté à leur
donner quelque conformité
avec lesOriginaux.
Les Estampes que le Roy a
faitgraver ſont celles de l'Hiſtoire
d'Alexandre.
- La premiere quieſt gravée au
Burin par Monfieur Edelink en
deux Planches , eſt celle où eſt
repreſentée la Viſitequ'Alexandre
accompagné d'Epheſtion
rendit à la Famille de Darius ,
aprés l'avoir vaincu prés de la
Ville d'iffe , & comme Alexan
dre marqua en cette occafion
beaucoup de clemence envers
cette
:
73
GALANT.
cette Famille affligée , elle eſt
exprimée en ces termes au bas
des Estampes ,
C
Sui victoria indicat Regem .
Il est d'un Roy de se vaincre
Soy-mesme.
Le Tableau d'aprés lequels
ceite Eſtampe eſt gravée eſt le
premier que Monfieur le Brun
ait faitfur cette Hiſtoire .
- Le Royen 1661.defirant connoiſtre
par luy- meſme ſi le merite
de celuy qu'il avoit deſtiné
pour ſon premier Peintre répondoit
à l'eſtime qu'il s'eſtoit acquiſe
dans le monde , luy donna
ce Sujet , & comme Sa Majeſté
voulut le voir travailler. Elle luy
ordonna un Appartement dans
le Chasteau de Fontaine-bleau,
où Elle lay faiſoit l'honneur de
le venir voir peindre dans des
temps meſme imprevûs ,& Elle
Novembre 1686 . D
74
MERCURE
y paſſoit pluſieurs heures. Le
Roy a fait preſentement placer
ce Tableau dans l'Antichambrede
fon grand Appartement
de Verſailles.Il en a eſté fait une
Deſcription par Monfieur Phelibien
, ou l'on pourra voir le
deſſein que Monfieur le Bruna
eu entraitant ce ſujer ,& la raiſon
des paſſions quis'y trouvent.
Les quatre autres Eſtampes
dela ſuite de cette Hiſtoire ſont
gravées par Monfieur Audran ,
&reprefentent.
1.L'Entrée qu'Alexandre s'ouvrit
dans la Perſe parle Paſſage
du Granique. La reſiſtance qu'il
y trouva par la multitude inombrable
des Troupes qui eſtoient
de l'autre coſté du Rivage , eſt
marquée au bas de l'Eſtampe
par ces mots.
Virtus omni obice major.
10
GALANT.
75
La vertu , la valeur surmonte
tout obstacle.
2. La fameuſe Bataille d'Arbelles
par laquelle Alexandre
s'aſſura l'Empire des Perſes.L'Eftampe
a cette Inſcription au bas,
Dignaorbis imperio virtus.
La Vertu peut pretendre à
l'Empiredu monde..
3. Porus amené tout bleſſé
qu'il eſtoit aprés ſa deffaite devant
Alexandre , & qui par la
fermeté de ſon courage merita
d'eſtre trairé en Roy par fon
Vainqueur avec cette Inſcription
au bas.
Sic virtus & victa placet.
La Vertu plaift quoy que
vaincuë.
4. Le Triomphe d'Alexandre
dans la Ville de Babilone avec
cet autre mot ,
Sic virtus evebit ardens,
D2
76 MERCURE
Ainsi par la Vertu s'élevent
les Heros.
De ces quatresEſtampes , les
trois premieres ſont en quatre
Planches , & la quatrième en
deux Planches. Les Tableaux
d'aprés leſquels elles ont eſté
gravées ſont placez dans le Cabinet
du Roy au vieux Louvre,
& font d'une grandeur au deſſus
de tous les Tableaux dont on ait
connoiſſance. Ils font tous quatre
de la meſme hauteur de 6.
pieds , & ont de longueur , le
premier 30. pieds , le ſecond
39. pieds cinq pouces , le troiſieme
pareille longueur , & le
quatrième 21. pieds 5. pouces.
Les Figures qui ſont ſur le devant
, ſont plus grandes que
nature.
Monfieur le Brun a fait ces
grands Tableaux dansles GobeGALANT.
77
1
lins peu de temps aprés l'établiſſement
qui y a eſté fait des
Manufactures Royales des meubles
de la Couronne , & dans le
meſme temps qu'il eſtoit occupé
à la conduite de toutes les Peintures
qui ſe faiſoient pour le Roy
en divers endroits , & à donner
les deſſeins de tous lesOuvrages
quiſe font dans cet Hoſtel , en
forteque ces quatre grands morceaux
parurentau jour fans que
l'on ſe fuſt preſque apperçûque
Monfieur le Brun euſt pû trouver
du temps pour y travailler..
Comme ce ſont des Batailles,
il ſeroit trop difficile d'en faire
une deſcription , & je ne penſe
pas meſme qu'on puiffe concevoir
autrement qu'en les voyant ,
le grand mouvement qui s'y
trouve , la grandeur de la conception
,la fertilité de l'inven-
D3
78 MERCURE
tion , la beauté de l'ordonnance,
la correction du deſſein ,& l'induſtrie
de la diſtribution des
lumieres. Puiſque les Estampes
font en beaucoup d'endroits , je
croy qu'il vaut mieux vous inviter
à les voir , que de s'imaginer
pouvoir vous en donnerune
idée par un recit qui réponde
dignement àl'intention del'Aur
teur.
On a fait la diſtribution des
Eſtampes dont je viens de vous
parler pendant trois ou quatre
années dans la Bibliotheque du
Roy , mais on l'a diſcontinuée ,
&elles ſe trouvent ſeulement
chez quelques Marchandsd'Eftampes
, qui dans le temps de
laVente en ont fait proviſion
Il a auſſi eſté gravé par le
mefme Sieur Audran une autre
Eſtampe en cinq Planches d'a
GALANT.
79
pres la Coupe peinte à freſque
dans la Chapelle du Chaſteau
de Sceaux . Monfieur Colbert
luy fit faire ce morceau comme
uneſſay avant que de faire l'Efcalier
de Verſailles qui eſt peint
auſſi à freſque; mais il eſt facile
de juger par la force de cette
freſque qui ſe ſoûtient d'une
maniere à durer toûjours , que
fon eſſay eſt un coup de Maiſtre.
Le ſujetde cetteChapelle eft
leBaptefme du SauveurduMonde
par Saint Jean , qui eſt repre
fenté ſur l'Autel en deux figures
de marbre plus grandes que nature,
& comme ce fut dans ce
temps là que Dieu le Pere dé-.
couvrit aux Hommes la Divinité
de ſon Fils par cette parole , C'eſt
icy mon Fils bien aimé , c'eſt ce
moment que Monfieur le Brun
a voulu repreſenter dans la
voûte.
D4
80 MERCURE
La Figure de Dieu le Pere eſt
dans le milieu foutenuë partrois
Anges ,dont les deux qui ſont
plus bas repreſentent la Loy de
Nature & la Loy de Moyfe,& le
troiſième la Loy de Grace. Monſieur
le Brun a donné à ces trois
Anges des caracteres qui conviennent
à ce qu'ils fignifient.
Celuy dela Ley de Nature eft
preſque toutdans l'ombre, celoy
de la Loy de Moyſe eſt moins
ombré , & a les y eux éclairezi
d'un rayon de lumiere , & tous
deux tirent un grand Voile par
lequel eſt figurée cette ſeparationqui
estoit entre Dieu & les
Hommes , & qui a eſté levée par
la Miſſion de leſus- Chriſt . Le
troiſieme Ange , qui eſt celuy
de la Loyde Grace , eſt tout
éclairé. Cette voûte eſt remplie
de pluſieurs figuresd'Anges
)
GALANT... S
avec des Inſtrumens de Mufique
, & qui fufpendent leur
Concert pour entendre cette
voix qui les étonne. D'autres
enlevent les Vaſes qui ſervoient
aux Sacrifices de l'ancienne
Loy , l'Arche d'Aliance & le
Chandelier , & déchirent le
Voile du Temple. Les Saints
Anges Michel & Gabriel femblent
s'entretenir des Myſteres
qui s'operent en ce moment,&
un Ange qui repreſente la Charité
, eſt accompagné de la Pureté
, de la Foy & de l'Obeiſſance
, toutes diftinguées par des
Symboles qui leur ſont propres.
Monfieur l'Abbé Talemand en
a fait une deſcription en Profe
qui n'eſt point encore au jour,
& Mademoiselle de Saint André
4une autre en Vers qui a
εθé veuë
L
D
82 MERCURE
L'Eſtampe dont je viens de
vous parler eſt gravée depuis
deux à trois ans , mais elle n'a
point encore paru , non plus
quel'Eſtampe qui eſt gravéeen
huit Planches , qui toutes en
ſemble font neuf pieds de long.
par Monfieur Baudet d'aprés
les peintures å freſquedel'Eſcalier
de Verſaille. Cet Escalier
eſt un morceau connu , la beau-.
té de la freſque répond à la
grandeur de l'Ouvrage, jevous
en ay mefme donné une defcription
dans la ſeconde Partie
de ma Leure de Septembre
1680. ce qui fait que je ne la
repeteray point icy.
Il s'est encore diſtiribué dans
la Bibliotheque du Roy quel
ques autres Estampes gravées
par Monfieur le Clerc d'apres
les Tapiſſeries qui ſe font aux
T
GALANT. 83
Gobelins.Vous ſçavez que c'eſt
dans ce lieu que Monfieur le
Brun fait faire les deſſeins de
toutes les Tapiſſeries qui ont
pour ſujet l'Hiſtoire du Roy.,
L'on avoit projetté d'en continuer
la graveure pour les donner
au Public , mais cet Ouvragea
eſté diſcontinué. Les Eſtampes
qui ſont gravées font.
La Deffaite du Comte de
Marfin.
La Priſede Douay..
Celle de Tournay..
L'Audience des Suiſſes.
Les quatre Elemens..
Les quatre Saiſons.
Les autres Estampes que
Monfieur le Brun a fait graver,
&dont il a les Planches en fa
poffeffion , font ,
•Celle du Palais du Soleil au
tour duquel l'année eſt repre
D6
84 MERCURE
ſentée ſous la forme d'un Serpent
qui joint fa teſte à ſa
queuë.
Le Triomphe de Conſtantin.
La Bataille de Conſtantin
contre махерсе .
Le Martire de S. Eſtienne,
Une Preſentation de la Vierge
au Temple .
Le Maſſacre des Innocens.
Un S.Michel où eſt un Groupe
d'un Sujet de la cheute des
Anges.
Un Livre de Fontaines.
Un Livre de Friſes Mariti
mes.
Un Livre de Façades d'Architecture
faite pour Marly.
L'Eſtampe du Palais du Soleil
eſt de forme ovale , & gravée
par Monfieur Audran en quatre
Planche sal'eau forte retouchée
e
GALANT. 85
au Burin ,& eft dedicé au Roy,
Elle a eſté faite d'aprés un deffein
quidevoit ſervir d'exquiſſe
à un Plat fond que Monfieur le
Brun avoit projetté de peindre
dansune Salle du Chaſteau de
Vaux le Vicomte ; mais qui n'a
pûeſtré executé.
Le Soleil y eſt repreſenté
affis ſur le devant du Palais en
touré du Serpent qui joint ſa
reſte à ſa queuë , & qui figure
le cours de l'année , ainſi que
les Egyptiens la repreſentoient.
Lcs quatre Saiſons ſont placées
en quatre endroits , & formens
quatre Groupes principaux qui
environnent le Palais. :
L'eſté eſt place au devant,
L'Hyver eft derriere à l'oppofite.
t
ti 11
Le Printemps eſt àdroite dans
ce Tableau , & à gauche dans
86 MERCURE
l'Eſtampe , ce qui arrive ordinairement
à la graveure.
L'Automne eſt à l'oppoſite
del'autre coſté .
Monfieur le Brun y a fait entrer
les ſept Planettes , les figures
du Zodiaque , les vents , les
mois , les jours & les heures ,
ce qui fait tout enſemble une
merveilleuſe harmonie dans
l'Ordonnance.
Le Triomphe de Conſtantin
eſt gravé en quatre Planches,
auſſi à l'eau forte retouchée au
Burin , par le meſme d'aprés un
deſſein fait pour une Tapiſſerie
qui devoit accompagner la Ba
taille de Conſtantin contre
Maxence qui eſt du deſſein de
Raphaël peinte par lules Romain
, & c'eſt pour cela que
Monfieur le Brun y a donné
desairs de teſte ,& des fortes
) GALANT 87
de veſtemeus qui ont rapport
aux manieres de lules Romains,
elle eſt dediée à Monfieur
Colbert.
Conſtantin y paroiſt dans le
milleu fur un Char tiré par
pluſieurs Chevaux. Il eſt couronné
par la Victoire qui eſt en
pied derriere luy for le meſme
Char , & au deſſus de ſa teſte
font pluſieurs Genies qui luy
preparentde nouvelles Palmes,
il eſt accompagné & devancé
de tout ce qui faiſoit la gloire
du Triomphe chez les Romains
,&eſt ſuivy des Eſclaves
les plus qualifiez qu'il avoit
vaincus . Il y paroiſt deux Arcs
de Triomphe , l'un tur le de
vant qui elt celuy qui a eſté
élevé à la gloirede Conſtantin,
d'où il fort , & dont iln'eſt pas
encore fort éloigné ; & l'autre
88 MERCURE
eſt plus dans le lointain vers
lequel il s'avance pour aller au
Capitole.
Ce deſſein avoit eſté fait pour
des Tapifferies que faiſoit faire
Monfieur Fouquet. Monfieur le
Cardinal Mazarin l'ayant veu
un jour qu'il alla à Vaux , fut fu
fatisfait du deſſein de ce Triomphe
qu'il dit à Monfieur le
Brun , qu'il auroit ſouhaité
de voir de luy une Bataille qui
l'accompagnaſt , & c'eſt ce qui
luy donna lieu de faire l'autre
defſſein de la Bataille de Conſtantin
contre Maxence , que
Rahpaël avoit déjar traittée ,
mais qu'il a voulu particulariſer
davantage.
Maxence avoit fait conſtruire
un Pont, qui pouvoit ſe brifer
facilement en relachant cer
cains liens qui en faifoient l'af
GALANT. 89
ſemblage. Il avoit deſſein d'y
attirer Conſtantin pour le faire
perir en cet endroit , mais fa
Machine n'eut pas une réüffite
conforme à ce qu'il avoit projetté.
Dés le commencement
du Combat ſon Armée fut
pouſſé par Conſtantin , & voulant
fuir par deſſus ce Pont en
defordre , elle l'acabla de ſon
poids , tous ceux qui ſe trouverent
deſſus y perirent,& Maxence
luy-meſme fut noyé.
C'eſt ce deſſein qui a eſté gravé
en trois Planches comme l'autre
& par le meſme ; l'Estampe
eſt auffi dediée au Roy .
Le Martyre de S. Eſtienne à
l'eau forte auſſi de Monfieur
Audran en une ſeule Planche ,
eſt gravée d'aprés un Tableau
que Monfieur le Brun a fait autrefois
pour un May à Noſtre
१०
r
MERCURE
Dame de Paris. L'on ſçait la Loy
que les Orfèvres ſe ſont faited'y
preſenter tous les ans un Tableau
le premier jour de May.
C'eſt un employ que recherchent
tous les Peintres qui veulent
ſe faire connoiſtre. Monſieur
le Brun y en a fait deux ,
&celuy- cy eſt placé au deſſus
d'une des petites portes du
Chooeur à gauche en entrant
Contre la coûtume detous ceux
qui ont traité ce Sujet , il a re.
preſenté S. Eſtienne avec des
cheveux longs & une Aube
blanche ſans Dalmatique , en
quoy il a fait voir combien il eſtoit
inſtruitdes coûtumes, eſtant
certain que dans ce premier
temps du Chriſtianiſme les
Diacres ne ſe ſervoient point de
ces habillemens qu'ils ont pris
depuis , & qu'ils portoient les
GALANT. 91
S
S
S
=
S
S
S
cheveux longs à cauſe du Voeu
de Nazaréen que les Diacres
faifoient , & fur tous ceux qui
eſtoient Juifs.
Pro
L'Eſtampe de la Preſentation
de la Vierge au Temple eſt
gravée auBurin enune Planche
par Monfieur Sertlin d'aprés
un Tableau qui eſt aux Capucins
du Faux-bourg S. Jacques .
La Vierge y eſt à genoux aux
ods du Grand Preſtre , qui
en avançant les bias témoigns
la joye qu'il à de la recevoir , &
elleyen repreſentée dans une
action qui marque tant de pudeur&
de fimplicité , qu'il n'y
aque les yeux qui en peuvent
eſtre les Juges. L'Eſtampe eſt
dediée à Monfieur de Harlay
Archeveſque de Paris . :
L'Eſtampe du Maſſacre des
Innocens eſt en deux Planches
*
92
MERCURE
à l'Eau - forte , retouchée au
Burin par Monfieur Loir , Orphévre
, le Tableau d'aprés
lequel elle eſt gravée , n'eſtoit
preſque qu'ébauché lors qu'il
eſt ſorty de la main de Monfieur
le Brun , & il ne l'a achevé
que long-temps aprés , à la
confideration de Monfieur du
Metz , entre les mains duquel il
eſt tombé. bosto
La maniere avec laquelle le
✓ ſujet eſt traité , merite que l'on
y admire la ſageſſe de celuy
qui l'a fait. Il n'y avoit pas d'apparenceque
dans le temps d'une
telle cruauté , tant de Meres &
d'Enfans ſe fuſſent trouvez en
un mesme lieu , ſans y avoir
eſté conduits par quelque
motif , puis qu'au contraire il
n'y a point de doute qu'elles ne
cherchaffent les endroits les
**
93
GALANT.
plus reculez & les plus ſecrets.
C'eſt pourquoy -Monfieur le
Brun a peint pluſieurs Tombeaux
dans le lieu qui ſert de
champ à ſon Tableau ; & comme
les Tombeaux eſtoient facrez
chez les Juifs , il feint que
ces pauvres Femmes s'y eſtoient
rétirées pour mettre leurs Enfans
à couvert de ceux qui
les vouloient maſſacrer , mais
inutilement , puis que deux
Miniſtres d'Herodeafſis dans un
Char, dont les chevaux foulent
aux pieds des meres , qui écraſent
elles- meſmes leurs Enfans
ſous elles , viennent juſque dans
ce lieu faire executer les ordres
de leur maiſtre.Monfieurle Brun)
y a peint des Femmes de diffe-!
rentes conditions , pour avoir
lieu d'y traiter des caracteres de
douleur qui leur conviennent ,
94
MERCURE
&l'on peut dire qu'il n'y a point
de diſcours , quelque éloquent
qu'il fuſt , qui puſt mieux exciter
la conmpaſſion & les larmes.
L'Eſtampe du S. Michel , &
duGroupe de la cheute des Anges,
eſt du mesme Monfieur Loir,
Orphévre , à l'Eau forte retouchée
au Burin ,& eſt dédiée à
Monfieur de Louvois. Le ſujet
toutentier de la cheute des An
ges avoit eſté faît pour peindre
dansla Chapelle de Verſailles ,
qui eſtoit où eſt preſentement
l'Escalier de la Reyne. Il a eſté
faitune Exquiffe du tout enſembledansun
modelle de la voûte
où il devoit eſtre executé , &
outre cette Exquiffe ,Monfieur
leBrunen a peint le Groupede
milicu dans un Tableau fort
finy ,& d'aprés lequel cette
Eſtampe a eſté gravée. Dans ce
GALAN T.
95
e
ſujet il n'a point mis d'épées dans
les mains des Anges qui executent
les ordres du Ciel , comme
ont fait tous ceux qui ont traité
ce ſujet; mais il a peintune grofſe
nuée ſous les pieds de la figu
re de la Divinité , qui eſt dans
le milieu du deſſein , & cette
nuée eſt formée & groffie par
les crimes des Anges rebelles ,
&c'eſt delà que fortent les foudres
qui les précipitent. Il s'eſt
bien ſervy de plufieurs figures
d'Anges , comme d'inſtrumens
de la vangeance , mais il les faic
agir de maniere , que toute leur
force eſt tirée de la toute puifſance
de Dieu , ne ſe ſervant
que des meſmes foudres qui
fortentde la nuée , & des Bou
cliers qu'il leur a mis à la main ,
où ſont écrites les vertus oppoſées
aux crimes capitaux. La
96 MERCURE
figure de Saint Michel , qui a
le nom de Dieu fur fon Bouclier,
eſt dans le milieu. Le noeud principal
du Groupe qui eſt au deſſous
de luy , eſt un Dragon à
ſept Teſtes , qui ont la figuredes
Animaux dont on ſe ſert pour
repteſenter les ſept Pechez capitaux.
Ce Dragon entraîne avec
luy un grand nombre d'Anges
robelles qui ſemblent ſe vouloir
ſervir de luy , comme d'un
ſoûtien pour s'empêcher de
tomber. La Figure qui repreſente
la Divinité , eſt tranquille , &
ne faitque pouffer la nuée , qui
s'éleve jufque devant elle , &
dans le Ciel , qu'il a fait un lieu
de repos pour contraſter avec le
defordre . Au deſſous font plufleurs
autres Figures d'Anges
de ceux qui font demeurez dans
l'innocence , ils font un Sacrifice
GALANT.
97
S
1
e
e
i
X
20
fice àDieu de leur ſoumiſſion &
de leur obeïſſance.
Le Livre des Fontaines eſt gravé
à l'Eau- forte en pluſieurs
Planches par Monfieur de Chaftillon
. Monfieur le Brun en a
fait un grand nombre de Defſeins
,dont la pluſpart ont eſté
executez dansles Jardinsde Verfailles
, & il a fait un Recueil de
celles qui n'ont point ſervy pour
le donner au Public.
Le Livre de Deſſeins & de
Friſes maritimes eſt auſſi gravé
par le meſme,en pluſieurs Planches.
Celuy d'Architecture contient
les Façades qui ont eſté
faites pour les Pavillons de Marly
, & dont on a executé une
es partie. Elles ſont gravées par
le
0-
DS
riice
Monfieur le Clerc.
Monfieur Edelink a gravé
Nouvembre 1686 . E
(
98 MERCURE
au Burin , en deux Planches
depuis ſept ou huit mois , un
Crucifix entouré de pluſieurs
Anges. Le Tableaux fur lequel,
cette Eſtampe a eſté gravée,
appartient au Roy , & a eſté
fait pour la Reyne Mere de Sa
Majeſté. Elle avoit eu en penſée
de repreſenter le Sauveur du
Monde expirant en Croix , &
environné de pluſieurs Anges,
qui entrant dans tous les ſentimens
de douleur , d'aneantiſfement
& d'amour qu'elle s'eſtoit
imagine , compatiſſoient à cet
Homme - Dieu mourant. Elle
le propoſa à Mr le Brun , qui
entra ſi bien dans ſon ſentiment,
qu'il avoüa qu'il eſtoit impoſſible
d'exprimer mieux ſa penſée.
Les deſſeins des Theſes que
Monfieur le Brun a faits pour
pluſieurs perſonnes de confideGALANT.
وو
-
a
ration,ont eſté gravez par differens
Graveurs. Monfieur Rouf
ſeleta gravé les premiers ; Mon.
fieur Poilly en a gravé une autre
partie , & Monfieur Edelink
a gravé les derniers qui
ont paru. Il y en a un grand
nombre , & fi j'en puis avoir
une liſte , je vous l'envoyeray.
Je me contenteray de vous parler
icy des deux derniers , qui
ont eſté gravez au Burin par
Monfieur Edelink . Elle ont eſté
toutes deux preſentées au Roy ;
la premiere par Monfieur le
Coadjuteur de Roüen , & la feconde
par Monfieur le Marquis
de Croiſſy.
1
e -La prémiere de ces Theſes
repreſente le Roy à cheval ,
e qui ſurmonte les efforts des trois
ut formidables Puiſſances qui s'ee-
ſtoient liguée enſemble contre
E 2
100 MERCURE
luy. La Providence qui eſt au
deſſus du Roy , étend ſon manteau
comme pour le couvrir &
le défendre contre les inſultes
deſes Ennemis. La Gloire eſt
auprés d'elle , & une Victoire
tientdes Palmes & une Couronne,
pour couronner les Actions
heroïques de Sa Majeſté. Le
Roy s'avance vers une Hydre à
fept teſtes excitée par l'Envie ,
&qui ſemble qu'une Aigle qui
eſtàcoſté , ait couvée ſous les
ailes . Il y a encore pluſieurs autres
Figures qui conviennent au
ſujet , & qui marquent les
efforts de ſes Ennemis. Le bas
de la theſe eſt un Rocher , ſur
lequel eſt le Roy , d'où tombentd'un
côté la Rebellion , &
de l'autre la Fourberie ; & dans
lemilieu l'on avoit écrit les Poſitions
: mais elles ont eſté effaGALANT.
101
-
S
s
コー
&
ns
[ -
Facées
aprés avoir été ſoûtenuës ,
& l'on y a mit à la place le
Defordre ou la Fureur de la
Guerre , attaché à un Dragon
qui tombe avec luy , & qui ſous
une de ſes Serres eſtoufe un enfant
quieſt le Simbole de l'Innocence.
La Pieté & la Religion
paroiſſent ſortir de l'obſcurité
du rocher où elles s'étoient
retirées pendant les troubles &
regardent le Roy comme leur
Liberateur.
Dans la ſeconde Theſe , le
Roy eſt repreſenté donnant la
Paix à l'Europe d'une main , &
de l'autre retenant la Victoire
qui luy montre de nouveaux
Trouphées. La Gloire luy met
une Couronne ſur la teſte , &
un petit Amour en tient une
autre qui eſt un peu plus élevée,
& qui eſt formée de pluſieurs
E
3
102 MERCURE
1
étoilles . L'Europe eſt au bas
d'un coſté avec toutes les marques
qui la font reconnoiſtre.
Elle tend les bras pour recevoir
la Paix qui luy eſt donnée
ſous la figure d'unebelle Femme
tenant en ſa main un Caducée ,
& accompagnée de l'Abondance;
& de l'autre coſté eſt la
Philoſophie qui ſoutient une
draperie fur laquelle ſont écrites
les poſitions. Elle a le viſage
éclairé du flambeau d'un petit
Genie , qui eſt celuy du Soutenant.
Au deſſous eſt la Nature
que la draperie où ſont écrites
les Poſitions , laiſſe voir àdecou
vert. Elle a dans ſon ſein ,& eft
accompagnée des animaux les
plus féconds , & à ſes pieds eſt
un Vautour qui devore un Oiſeau
pour marquer la deſtruction
&la generationde toutes choGALANT.
103
コ
ſes. A coſtédu Roy eſt une Vitoire
tenant un Etendard qui
eſt déployé par la Renommée ;
la Dedicace eſt écrite dans cet
Etendard. De l'autre coſté la
Pieté & la Bonté ferment le
Templede Janus , ce qui faiſoit
connoiſtre chez les Romains
que tout eſtoit en paix.
Il y a encore pluſieurs autres
Estampes gravées d'aprés les ouvrages
de Monfieur le Brun par
divers Graveurs. Je tâcheray
d'en avoir un Memoire dans la
fuite. Toutes les Eſtampes dont
jeviens de vous parler , fe trouvent
chez le Sieur Perou , Concierge
de l'Academie Royale de
Sculpture & de Peinture , dans
da Ruë de Richelieu .
C'eſt chez le meſme que ſe
vendent les belles Estampes de
Monfieur de Vandermeulen ,
:
E 4
104 MERCURE
dont je vous ay déja parlé , &
qui repreſentent au naturel toutes
les Conquêtes du Roy deſſinées
ſur les lieux par ce fameux
Peintre. Il eſt impoſſible de
mieux travailler en ce genre ,
& l'on peut dire que non ſeulement
il eſt original pour ces
fortes d'ouvrages, mais que nous
ne voyons perſonne aujourd'huy
qui travaille à le copier ,
tant il eſt difficile d'y atteindre.
Si vos amis ſouhaitent avoir de
ces Eſtampes , vous devez leur
dire qu'elles commencent à devenir
rares , à cauſe du grand
nombre que les Etrangers en
enlevent, & qu'on en porte juf
qu'au fond des Indes , ces Peuples
étant curieux de voir les
Conqueſtes de Sa Majesté , qui
ny font pas moins de bruit qu'elles
en font dans toute l'Europe.
GALANT. 105
Vousſçavez , Madame , que
le Roy de Dannemarck a donneordre
qu'on relachât les Vaif
ſeaux qui apartenoient aux Negocians
de Hambourg , & qui
avoient été arrêtez àGlukſtadt,
& à Copenhague. Voicy en
quelstermes cet ordre a été conceu
fuivant la traduction litterale
que l'on en a faite.
SAAMMaajjeessttééRoyale de Danne-
6 Nord - Vveghe &c .
i
ayant eu l'extréme clemence de fe
faire representer ce qui s'estoit
passé& enſuivy aux conferences
qui ſe ſont tenues jusqu'icy entre
les Ministrespar Elle établis Commiſſaires
avec ceux de l'Electeur
de Brandebourg , des Princes de
i Lunebourg , & de Heffe - Caffel ,
fur les affaires de Hambourg , &
Lamaniere dont ils ont reiteré leurs
Es
106 MERCURE
instances en termes preſſans tou
chans & obligeans ,de la part de
leurs Principaux & Maistres , Elle
a bien voulu par une bonté toute
royale , negliger ſon reſſentiment ,
&y renoncer tout à fait envers
ladite Ville de Hambourg ; eny joi
gnant encore par une graceſpeciale
la reftitution& le relâchement
des Navires , Marchandises , &
Effets , qui appartiennent aux
Habitans & Dépendans de ladite
Ville,lesquels Sa Majesté avoit
fait arrester & retenus juſques à
preſent , & redonnant la pleine&
entiere liberté du commerce de
Hambourg en tous les lieux &places
où ilſe peut faire. Pour tout le
refte, Sadite Majesté veut bien
s'en raporterà ce qui est dit dans le
Traité de Pinnenberg , veu mef
me que la Ville s'en est ainsi expli
quée , & l'a instamment requis de
GALANT.
107
laforte avec une profondeſoûmis.
fion par sa Lettre du 16. de ce
mois. Ce faisant, Sadite Souveraine
Royale Majesté , a déclaré &
declare par ces preſentes , que be
nignement & par sa pure bonté ,
pour témoigner d'autant plus fon
inclination volontiers porté à ter
miner definitivement la reſente
meſintelligence , & àprocurer le
bien de ladite Ville , fon trafic
commerce , profits & autres avan
tages , comme aussi à faire tout
ce qui peut contribuer au repos des
Peuples , Elle a bien voulu par un
pur effet de fa clemence Royale ,
déroger à fon juſte reſſentiv st
a
touchant l'indignation&la ha: e
disgrace que la Ville s'estoit attirée
auprés de SaMajesté , & ainsi luy
-
rendre & restituer ce qu'ily a d'ar
restéde fes Navires &Effets , re
... E 6
1
108 MERCURE
t
mettant aux Conferences qui se
tiendront cy aprés ,la satisfaction
qu'Elle vouloit exiger de la Ville ,
tantpourl'hommagerequis , qu'au .
tres griefs qui font en debat ; laif-
Sant des à preſent la ville ,ſous la
faveur d'une Amnistie generale ,
dansfapremiere liberté&joüiffance
du commerce par eau ; & par
terre , en tout endroit , fans nulle
interruption ny alteration , deforte
qu'Elle la laiſſe rentrer dans tous
fes droits & dans les avantages.
qui luy ont esté accordez , &stipu
lez par le Refultat de Pinnenberg;
à condition que ladite Ville de
Hambourg en uſera de mesme envers
les Sujets de Sa Majesté,&
de tears biens & effets , pour les
rendre &reftituer entierement , &
pour restablir l'ancienne & bonne
correspondance qui estoit entr'eux ,
avec la mesme liberté d'aller&
GALANT.
109
venir , de faire &gerer comme auparavant
pareillement que la Ville
licenciera&feraretirer les Troupes
Auxiliaires qu'elle avoit fait
venir. Veut en outre Sa Majesté ,
fans attendre la Députationde la
Ville ,ſuivant ce qu'elle avoit refolu
& ce qu'elle en dit dans ſa
Seconde & tres - humble Lettre ,
agréer ainsi purement &simplement
fon Alliance , pourveu que
de son coſté elle promette d'execu
ter avecſoûmiſſion exactement&
ponctuellement toutes les clauses
&conditions qu'ellese trouve d'elle
mesme obligée & engagée d'accom
plir par ledit Traité de Pinnen.
berg. En témoin de quoy Sa Ma
jesté a signé ces preſentes de sa
propremain ,&les a confirmées da
Jon Cachet. Donné enfon Chasteau
de Gottorple 8. Octobre 1686
Signé. CHRESTIEN
110 MERCURE
Cet ordre de relâcher les
Vaiſſeaux & tous les Effets
apartenans à ceux de Hambourg
leur ayant eſté envoyé
par le Roy de Dannemarck ,
l'Infanterie de l'Electeur de
Brandebourg partit de la Ville
auſſi bien que celles des Princes
de la Maiſon de Brunſvic. Toute
cette Milice faiſoit environ
quarante Compagnies. Le Commerce
fut ouvert en mesme
temps avec les Villes voiſines,
& le repos entierement rétably.
Le 12. de cemois on celebra
àHambourg un jour folemnel
d'Action de graces pour cet
Accommodement , & il fut
ſuivy de rejoüiſſances publiques.
Comme rien n'égale l'exactitude
de Monfieur de Louvois
pour toutes les choses qui le
GALANT. 111
regardent , il fit faire un Service
ſolemnel dans l'Egliſe de S.
Gervais pour feu Monfieur le
leChancelier le Tellier au bout
de l'année , & le mefme jour
que ce Miniſtre mourut. Il revint
exprés de Fontainebleau
pour y aſſiſter. On acheve auſſi
un Mauſolée de marbre , que fa
Pieté & fa tendreſſe pour un
Pere ſi digne d'un eternel fouvenir
, l'ont engagé à faire élever
dans la meſme Eglife. Le
meſme jour que ce ſervice du
bout del'an fut celebré àS. Gervais
, Monfieur l'Archeveſque
de Rheims en fit faire un autre
avec beaucoup de ſolemnité
dans ſon Egliſe Metropolitaine.
auquel il officia en Habits Pon
ficaux . Il y fonda en meſme
temps à perpetuité un Obit ſelemnel
pour le repos de l'Ame
de ce Chancelier..
112 MERCURE
Je croy Madame , que ny
vous , ny vos amis de Province,
ne pourrez donner aucun éclairciſſement
ſur un Billet qui m'a
été adreſſé. Cependant on me
prie de l'employer dans ma Lettrede
ce mois , pour voir ſi par
cemoyen , unjeune homme qui
eſt aujourd'huy dans une tres
grande inquietude , ne pourra
point fortir d'embaras. Comme
vous avez fouffert que toutes
mes Letres devinſſent publiques
, on eſpere que celle - cy
tombera entre les mains des
perſonnes ; qui juſqu'à preſent
ont pris intereſt à l'état d'un
malheureux qui ne s'eſt jamais
connu. L'avanture eſt ſinguliere.
Voicy le fait dans toutes ſes
circonstances . Il y a dix neuf ou
vingt ans que des hommes &
des femmes qui paroiſſoient étre
GALANT. 113
•
b
S
a
e
S
-
s
C
n
is
-e!
de qualité , tant par leurs manieres
que par l'équipage d'un .
Caroſſe à fix Chevaux , arriverent
à Falaiſe , Villede Normandie
à ſept lieuës de Caën. Ils
amenoient un enfans agé de
fix mois , qu'ils mirent entre les
mains de la Femme du St Guillaume
Vinquenelle , Marchand
Drapier dans le Faux bourg
apellé Valdente , la priant de
vouloir bien prendre ſoin de le
nourrir & de l'élever.Cette Marchande
leur dit qu'elle n'avoit
plus de lait , & ils repondirent
que l'Enfant n'ayant jamais teté,
il ſuffiroit qu'on luy donnât du
lait chaud de vache , comme il
en avoit toûjours pris depuis
qu'il eſtoit au monde. Ils ajoûrent
qu'il s'apelloit laques du
Pleffis ,& aprés luy avoir laiſſé
de l'argent& toutes les choſes
114 MERCURE
qui luy pouvoient eſtre neceſſaires
dansun ſi bas âge , ils s'en
retournerent , l'aſſeurant qu'elle
auroit ſouvent de leurs nouvelles.
En effet un Religieux de
l'Abbaye du Val qui eſt à vingt
lieuës de Falaiſe , venoit tous les
mois payer la penſion de l'Enfant
, recommandoit toûjours
qu'on en euſtgrandſoin,& fourniffoit
à ſon entretien avec
abondance. Il nele laiſſoit manquer
d'aucune choſe , & pendant
dix ans qu'il demeura dans
cette maifon , il le fit toûjours
veſtir en Enfant de qualité. Ce
Religieux mourut ,& apparemment
il trouvamoyen de ſe décharger
avant ſa mort du ſecret
quiluy avoit eſté confié , puifqu'auſſi
- toſt un autre Religieux
prit ſoin de l'Enfant. Ce dernier
quieſtoit du petit S. Antoine
GALANT.
15
e
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ans
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Ce
mdé-
Cret
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UX
Dier
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de Paris & s'apelloit le Pere Coton
, le fit venir de Falaiſe dans
la Voiture publique , & le mit
d'abord chez Madame Gadois,
quitient Auberge à la Perle ruë
des Noyers , où il le laiſſa un an .
En ſuite il le fit loger chez une
Veufve d'une grande pieté nommée
Madame le Fevre qui demeure
ruë Sainte Avoye , proche
Monfieur le Preſident de
Meſme. Il luy payoit penſion
pour le jeunedu Pleſſis , qu'ilentretenoit
fort proprement comme
un Enfans de naiſſance. Il
luy faiſoit aprendre à écrire , &
à faire des Armes, &diſoit toû
jours que quand ils eroit un peu
plus avancéen âge , il luy feroit
avoir de l'employdans les Troupes
de ſa Majeſté. Les Armes efroient
un exercice qui flatoit
fort ce jeune homme , & l'in116
MERCURE
clination qu'ils marquoit pour
tout ce qui pouvoit regarder la
Guerre , perfuadoit aisément
qu'il eſtoit né pour cette profeffion.
Pendant qu'il eſtoit chez
cette Veuve il eut une dangereuſe
maladie . On ne sçauroit
exprimer avec quelle ardeur ,
&avec combien de ſoins le Pere
Cotton le fit ſecourir, Medecins
, remedes , rien ne luy fot
épargné. Il eſtoit ſans ceſſe auprésdelay,&
un Laquais ſans livréevenoit
tous les jours ſçavoir
en quel eſtat eſtoit le malade. Sa
grande jeuneſſe le tirad'affaire,
&le Laquais inconnu ne revint
plus. Six ou ſeptans ſe paſſerent,
& aprés ce temps , lors qu'il
preſſoit pour l'employ qu'on
luy faifoit eſperer fans luy vouloirdécouvrir
le ſecretde ſa nailfance
, le Pere Cotton fut apGALAN
T. 117
t
2
epit
٢ ,
re
defot
auslivoir
. Sa
aire,
Evint
rent,
qu'il
C
0
COA
Dai
tap
pellé pour confeſſer un Malade
à la Charité des hommes. Il y
fut ſurpris tout à coup d'apoplexie
, & ayant d'abord perdu
la parole , il ne revint point de
cet accident. Vous pourez juger
combien ce jeune homme fentit
vivement la mort de ce bon
Religieux . Quelque affliction
qu'elle luy cauſaſt, il ſe conſola
par l'eſperance qu'il eut que
ceux qui l'ont mis au monde
continuëroient à luy faire donner
du ſecours , au moins par le
miniſtere de quelque autre perſonne
charitable , s'ils ne le
vouloient pas ſecourir par eux
meſmes . Ainſi il a attendu une
année entiere ſans découvrir à
perſonne l'eſtat malheureux où
il ſe trouve , mais ne recevant
aucun adouciſſement dans ſon
Dalheur , aprés tant de ſoins
118 MERCURE
qu'on a eus de luy depuis dixneuf
ans , il croit que ceux qui
ontbien voulu prendre intereſt
aſa fortune pendantun ſi grand
nombre d'années , font en peine
mémes de ce qu'il eſt devenu,
&par le Billet qu'il m'a fait rendre
, il me prie deleur declarer
dans cette Lettre, ſi par hazard
elle tombe entre leurs mains,
qu'ils ſçauront de ſes nouvelles
s'adreſſant au Pere Jerôme de
Monceaux Capucin de la ruë S.
Honoré, qui gardera le ſecret
auſſi inviolable que celuy de la
Confeſſion , à ceux qui viendront
luy parlerde cette affaire.
On ſçait qu'il eſt le Refuge des
pecheurs , &des affligez , & que
ſa vertu & ſa probité répondent
pour luy , qu'on ne court aucun
perils à luy confier les plus importans
ſecrets. J'ay ſceude co
GALANT. 119
i
t
à
e
,
ner
ard
ns,
les
Pere , car je n'ay voulu parler
de cette avanture qu'apres lui
avoir fait voir le Billet que j'ay
receu , que ce qui inquiete le
plus ce jeune homme , c'eſt de
n'eſtre pas certains s'il a receu le
Batéme. Comme il a toûjours
eſté entre les mains de Religieux
, il s'eſt repoſe ſur eux
de toutes choſes , & n'a point
ſongé à le demander. Ce ſcrupule
le tourmente , & fi on ne
luy donne au plutoſt quelque
éclairciſſement là deſſus , il eſt
reſolu de ſe faire baptiſer ſous
condition. Ceux à qui il apartient
, qui ne peuvent eſtre que
des gens de qualité , ſont d'autant
plus obligez à le tirer de
la miſere où il eſt , qu'il eſt tres
cun digne du ſecours qu'il leur dede
S.
Cret
ela
enaire.
des
que
dent
im
eca
mande. Voicy le portrait que
n'en a fait le Pere de Monceaux,
120 MERCURE
Il a la taille tres belle, le viſage
fort agreable , & un certain air
de grandeur , qui malgré la neceſſité
qu'il ſoufre preſentement,
fait éclaterdans ſon port , dans
fadémarche , &dans toutes ſes
manieres , je ne ſçay quoy qui
eſt beaucoup au deſſus de ſa fortune.
Les qualitez de ſon ame
accompagnent avec avantage
cet heureux exterieur. Il eſt
doux , affable , honneſte & civil,
& n'a aucun des defauts d'une
infinité de gens de ſon âge. Sur
tout , il ſe ſent le coeur ſi bien
placé ,que pour ne pas faire affront
à fon Pere & à ſa Mere,il a
mieux aimé juſqu'à preſent ſe
voir denué de toutes choſes ,
que de chercher du foulagementen
ſe mettant en ſervice.
Ieſouhaite que l'avis queje donne
icy de fon malheur luy ſoir
util
GALANT. 121
S
S
i
e
ge
A
il ,
ne
Sur
ien
af.
le
fes
ge
vice
don
wile , & qu'il produiſe l'effer
qu'ily a ſujet d'en eſperer.
Je vous envoye les Armes des
vingt ſept Cardinaux de la Promotion
du ſecond jour de Septembre
dernier , ſelon l'ordre &
l'ancienneté de leurs Dignitez .
Des vingt- ſept , il y en a vingt
Preſtres , ſçavoir huit Archeveſques
, huicEveſques, & quatre
qui ne font point dans la Prelature.
Lesſept derniers ne ſont
que Diacres. Ie vay vous dire
un mot de chacun , ſuivant les
Chifres marquez dans la Planche.
Le choix qu'en a fait Sa
Sainteté ne peut laiſſer mettre
en doute qu'ils ne ſoient tous
d'un fortgrand merite.
: 1. Giacomo de Angelis. Il eſt
de Piſe , Archeveſque d'Urbin ,
&Vicegerent. Piſe eſt une Ville
3.Novembre 1686 . F
1
122 MERCURE
deToſcane en Italie , tres ancienne
,&diviſée par la Riviered'Arne
qu'on ypaſſe ſur trois
Ponts. Elle a Archeveſché &
Univerſité , & a eſté autrefois
une Republique puiſſante qui a
refifté aux Turcs , & qui a
ſoûmis les Ifles de Corſe & de
Sardagne. Preſentement les
Grands Ducs de Toſcane en
font les Maiſtres. L'Univerſité
fut fondéeen 147 2. par Laurent
de Medicis. C'eſt la reſidence
des Chevaliers de l'Ordre de
Saint Eſtienne qui s'y aſſemblentdans
l'Egliſe de ce Saint.
Coſme de Medicis établit cét
Ordre en 1961. On a tenu divers
Conciles dans Piſe. Urbin
eſt la Capitale du Duché de ce
meſme nom dans l'Estat Eccleſiaſtique
. L'Estat d'Urbin aeſté
poſſedé par la Maiſon de la
GALANT.
123
et
i
da
Ser
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Lite
en
cnct
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Ent.
cét
dibin
ce
leeſté
la
1
Rouere ,&cette Famille ayant
manqué , il eſt dévoulu au Saint
Siege ſous le Pontificat d'Urbain
VII sha . 2 2015
12. Obizzo Pallavicini. Il eft
de Genes& Archeveſque d'E
pheſe. Il a eſté Nonce à Cologne
,&preſentement ild'eſt en
Pologne. La Maiſon Pallavicini
eſt Noble& fort ancienne en
Italie , où elle a diverſes branches
à Rome & à Genes. Ily a
eu pluſieurs Cardinaux de ce
nom. Antoniot Pallavicini , &
Jean-Baptiste Pallavicini fon
Neveu , qui estoient tous deux
Genois , furent faits Cardinaux,
l'un en 1489. par Innoncent
VIII. & l'autre en 1917. par
Leon X. Sforze Pallavicini Je
fuite , que le Pape Alexandre
VII. fit Cardinal en 1659. étoit
de Rome. Lazare Pallavicini a
eſté auſſi Cardinal. Il eſtoit de
F2
124 MERCURE
la Promotion de Clement IX. &
eſt mort depuis fix ans. Les Pallavicini
de Genes ont eſté dans
une tres grande confideration .
Auguſtin Pallavicini fut éleu
Doge dela republique en 1637 .
C'eſt le premier qui ait pris une
Couronne Royale. Il mourut
en 1649. Epheſe dont le nouveau
Cardinal Pallavicini eſt
Archeveſque , eſt une Ville
d'lonie dans l'Aſie Mineure.
Quelques- uns la nomment prefentement
Figena. Elle eſt ſituée
fur la Mer Egée où elle a un
Port affez commode. Cette Ville
eſt fort celebre par le Temple
de Diane , qu'on dit qui eſtoit
long de quatre cens vingt- cinq
pieds , & large de deux cens
vingt , & que brula Eroſtrate
afin de rendre ſon nom immortel.
Le troiſiéme Concile GeneGALANT.
125
S
0.
eu
7
ne
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סנ
eft
lle
re.
ce.
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מ
ble
ral fut tenu à Epheſe l'an 431.
fousle Pape Celeſtin , contre les
Erreurs de Neſtorius , Patriarche
de Conſtantinople.
3. Angelo Ranuzzi. Il eſt
de Boulogne , Archeveſque de
Damiette , & Eveſque de Fano .
Il a eſté Nonce en Pologne , &
il eſt preſentement Nonce extraordinaire
à la Cour de France .
Boulogne qu'on nomme ordinairement
la Graffe , à cauſe
de labonté deſon Territoire qui
eſt aux extremitez de la Lombardie
, eſt une des plus belles
Villes d'Italie , &la ſeconde de
l'Etat Eccleſiaſtique. La pluſpart
de ſes Ruës font en galerie par
arcades , en forte qu'on y peut
marcher fans recevoir aucune
oit
Fing
ens
ratc incommodité du Soleil nyde la
mor pluye. Elle eſtoit ſoumiſe aux
:
ne Lombards dans le ſixième Sie
F3
126 MERCURE
cle , & le fut aux Empereurs
aprés que Pepin & Charlemagne
l'eurent tirée de la ſervitude.
Les Empereurs ayant tranfferé
leur Siege en Allemagne,
les differens qu'ils eurent avec
lesPapes furent cauſe queBoulogne
s'érigea en Republique.
Cette Ville devenuë puiſſante,
foûtint pluſieurs Guerres , &
aprés avoir eſſuyé la domination :
des Bentivoglio,des Cannetules,
& des Pepoli , qui ſe chafferent,
lesuns les autres elle ſe donna ,
au S. Siege. Comme elle s'eſt
ſoûmiſe elle-meſme à l'Eglife, elle
a un privilege particulier, qui eſt [
d'avoir un Ambaſſadeur ordinaire
à Rome, Elle eſt gouvernée
par un Legat à Latere, que le
Pape y envoye. Outre une celebre
Univerſité, elle a l'Academie
appellée de gli otiofi. Ceux qui
GALANT. 127
نر
A
;
la compoſent ont voulu prendre
le nom d'oififs , pour faire entendre
qu'ils ne le ſont jamais
moins que lors qu'ils affectent
de l'eſtre. Damiette eſt une Ville
d'Afrique en Egypte ſur la
Mer,& d'une grande importance
à cauſe de ſon affiete. Les
Chreftiens croiſez la prirent
en 1219. & la rendirent deux
ans aprés au Sultan. Les Sarrafins
l'abandonnerent au Roy
Saint Louis , lors qu'il paſſa en
Egypte en 1249. & ce Prince
ayant eſté fait Priſonnier l'année
ſuivante ,la donna pour ſa rançon.
Fano eſt une Ville d'Italie
dans l'Etat Eccleſiaſtique, ſituée
fur les bords de la Mer entre
Senegalli & Peſaro , & proche
da lieu où eſtoit autrefois le
e
Temple de la Fortune. Les Romains
avoient fair baſtir ce
F4
128 MERCURE
Temple en memoire de la celebre
Bataille qu'ils gagnerent
contre Afdrubal , Frere d'Anni
bal , qu'ils défirent avec cinquante
mille hommes. C'eſt
pour cela que Fano s'appelle
en Latin Fanum Fortuna . On y
voit un Arc triomphal de Marbre
qui a trante coudéesde hauteur
, & qui eſt un des plus
magnifiques Ouvrages d'Italie.
Ie vous parleray de la Maiſon
& des Emplois de Monfieur le
Cardinal Ranuzzi dans l'Article
de la Ceremonie qui fut faite à
Fotainebleau quand Sa Majesté
luydonna le Bonnet.
4. Maximilien de Kiembourg .
Il eſt Allemand , & Archevefque
de Baltsbourg. C'eſt une
Ville d'Allemagne en Baviere,
ſituée ſur la Riviere de Saltza,
Elle est belle & grande. L'Ar-
1
1
GALANT. 129
S
cheveſque en eſt Seigneur , &
a la qualité de Prince de l'Em
pire. On y a celebré divers Con
ciles.
5. Veriſſimo d'Alencastro. II .
eſt de Portugal , & Inquifiteur
General de ce Royaume. Il a
eſté Archeveſque de Brague, &
il l'eſt preſentementde Lisbonne.
Brague eſt une Ville de Portugal
ſituée ſur la Riviere de
Cavado un peu au deſſus de fon
emboucheure. Elle est à cinq
lieuës de la Mer , & a este autrefois
dans la Galice. On tient
que ce fut le Siege des anciens
Rois Sueves , & qu'elle a eſté
tres confiderable ſous les Gots,
Elle a eu d'Illuſtres Prelats,qui
ſc diſent Primats d'Eſpagne.
Alphonſe I. ayant tiré cette Ville
des mains des Maures en
1240. tous les Eveſques d'Eſpas
Ε
130 MERCURE
gne ſe ſoumirent alors à l'Egliſe
de Brague. C'eſt un avantage
que celle de Tolede luy diſpute.
6. Marcello Durazzo. Il eſt
Genois, Frere du Doge , & Archeveſque
de Chalcedoine. Il
a eſté Nonce en Portugal, & il
eſt preſentement en Eſpagne en
la meſme qualité. Chalcedoine
eſt une Ville d'Aſie dans la
Bithinie , ſituée ſur le Boſphore
ou Canal de la Mer Noire , prés
de Scutari ,& vis à vis de Conſtantinople.
Elle fut d'abord
Ville Epiſcopale ſous Nicomedie
,& enſuite on l'érigea en
Metropole, Procope ,qui ſe
diſoir deſcendu de Julien l'Apoſtat
, s'eſtant emparé de Chalcedoine
dans le quatrième Siecle
, entra fecretement dans
Conftantinople , & fe rendit
Maiſtre de l'Empire. L'Empereur
7
GALANT. 131
S
Valens l'ayant fait mourir fic
abatre les murailles de Chalcedoine
, qui eſt celebre par le
ConcileGeneral qu'on y cele
bra en 451. Il s'y trouva fix
cens trente Eveſque , qui s'affemblerent
dans l'egliſe de Sainte
Euphemie. L'Herefic d'eutichez
y fut condamnée.oh
7. Horatio Mathei. Il eſt
Romain ,Archeveſque de Damas
, Auditeurde Rote & Major
- dome du rape. Il avoit
exercé la meſme Charge ſous
Clement X. Damas , autrefois
Capitale de Syrie , & aujourd'huy
de la phenicie, eſt une des
plus grandes & des plus riches
Villes de tout le Levant. Elle a
eſté la neuvième Metropole ſous
le patriarchat d'Antioche. Les
Turcs quien font les Maiſtres
depuis prés de deux cens ans, y
)
F6
132
MERCURE
ont un Bacha , & la nomment
Scham. Elle eſt ſituée dans une
plaine tres fertile au pied du
Mont Liban , & enfermée de
collines à la façon d'un arc de
Triomphe. Entre un fortgrand.
nombre de marchands les Juifs
font bon negoce. Il y a peu de
Sectes de Chreſtiens Orientaux
qui nes'y ſoient établies. On y
trouve auffi des Catholiques ,&
les Jeſuites , les Cordeliers , &
les Capucins y ont chacun un
Hofpice.
}
8. Marc Antonio Barbarigo.
Il eſt Archeveſque de Corfou ,
Coufin du Cardinal Barbarigo,
Eveſque de Padoüe , & d'une
tres- noble Famille de Veniſe.
Corfou eſt la Capitale de l'iſle
de la Mer Jonienne qui porte ce
nom & qui appartient aux
::
:
GALANT. 133
Venitiens. Elle eft affez grande,
bien peuplée , & a deux Chafteaux
qui la défendent , & que
leur affiete rend preſque imprenables.
Les Habitans de Corfou
que les Anciens appelloientCorcire
, font Chreftiens Latins &
Grecs. L'Archeveſque a pour
Suffragans les Eveſques de Cephalonie
& de Zante.
9. CarloCiceri . Il eſt Eveſque
de Come , lieu de ſa naiſſance.
Come eſt une Ville d'Italie dans
le milanez , grande , riche , &
bien peuplée. Elle eſt à vingt ou
vingt- cinq milles de Millan , fur
lebord d'un Lacauquel elle donne
ſon nom , & qui a environ
cent milles de tour. Elle a produit
de grands Hommes, parmy
leſquels on compte le Poëte
Cecilius,Pline le leune,& Paul
Love. Le vous ay parlé deMe
134 MERCURE
le Cardinal Ciceri dans ma Let
tre du mois paſſé , en vous faiſant
part d'une Feſte que fit à
Cavaillon un Gentilhomme de
cette Famille , lors qu'il eut appris
ſa Promotion .
10. Leopold , Comte de Colonits.
Il eſt Hongrois , & a eſté
Evefque de lavarin. Il l'eſt
preſentement de Neustadt.
Javarineſt une Ville avec Fortereffeau
confluantdu Raab &
du Danube. Les Allemans l'appellent
Raab. Elle fut priſe par
lesTurcs en 1591. & repriſe en
1606. par Monfieur de Vaubecourt
, François. Neustadt eſt
une Ville d'Allemagne furlaRiviere
de Briſchave , à fix lieuës
de Vienne en Auſtriche Paul II.
fonda en 1468 l'Eveſché de
Neustadt , qui eſt Suffragant de
Saltzbourgi
GALANT.
135
-: i 1. Eſtienne le Camus. Il eſt
de Paris , Docteur de Sorbonne,
1 Eveſque de Grenoble , & a eſté
Aumônier de Sa Majefté. Le
foin tres- particulier qu'il a toûjours
pris de ſon Dioceſe eſt
connu detout le monde. Meffieurs
le Camus ſont d'une Fa
mille des plus conſiderables dans.
la Robe. Ce Cardinal eſt Frere
deMonfieur leCamus, premier
Preſident en laCour des Aydes
de Paris , & de Monfieur le
Camus , Lieutenant Civil:
s
L
F
12. Jean , Baron de Goëız . Il
eſt Allemand,Eveſque de Gurk,
& a eſté Ambaſſadeur plenipo .
tentiaire de l'Empereur à la paix
de Nimegue. Gurkou Goritz
eſt une Ville d'Allemagne dans
là Carinthie. Gebbard , Archeveſque
de Saltzbourg , fonda
l'Eveſché de Gurk en 1073-
1
136 MERCURE
L'Eveſque eſt aujourd'huy prince
de l'Empire.
12. Michel Radzievzki. Il eſt
polonois , & Eveſque de Vvarmie.
Vvarmie ou Vvarmeland ,
eſt un Pays de Pologne , dont
l'Eveſque réſide à Brunſberg ,
Villede ce meſme Etat , dans la
Pruffe Royale. 7
14. Pier. MatheoPetrucci. II.
eſt Evefque de leſi , lieu de ſa
naiſſance. Jeſi , qu'on nomme
Efiumen Latin, eſt une Ville
d'Italie
15. Fr. Pedro de Salazar. Il
eſt Eſpagnol , Eveſque de Salamanque
, & nommé à l'Evê
ché de Cordouë. Il a eſté General
de la Mercy . Salamanque
eſt une des plus grandes Villes
d'Eſpagne , dans le Royaumede
Leon. Son Univerſité eſt
tres-renommée Cordouë eſtune
GALANT.
137
autre Ville d'Eſpagne dans l'Andalouſie
, qui a eu autre fois titre
de Royaume. Elle eſt celebre
par la naiſſance des deux Seneques
, du Poëte Lucain , & de
Ferdinand Gonzales ou Gon.
zalve , appellé le grand Capitaine
, qui ſervit à la conquête du
Royaume de Grenade ſous les
Rois Ferdinand & Iſabelle.Certe
Ville a eſté tres - renommée
ſous ladomination des Romains
& des Maures. Ces derniersy
firent bâtir une Moſquée , la
plus belle qu'ils euſſent aprés la
Mecque. C'eſt preſentement
l'Egliſe Epifcopale. Il y a eu un
Eſtienne de Salazar de Grenade,
fameux par ſon érudition , qui
a laiſſé divers Traitez qu'on
eſtime. Il eſt mort Chatreux . Il
ya eu auſſi deux Pierres de Salazar
, dont l'un qui vivoit vers
138 MERCURE
: l'an 1570. a écrit enEſpagnol la
Chroniquede l'EmpereurCharlesquint
, & l'Histoire de la,
conqueſte d'Afrique. L'autreeſtoit
Chanoine de Tolede en
1620. & a compoſé divers Ouvrages.
Les principaux ſont la
Vie de Dom leap Tavera , &
celle du Cardinal Gonſalez de
Mendoza , tous deux Archevelques
de Tolede , la Chronique
de laMaiſon de Ponce de Leon,
& l'Origine des Dignitez ſeculieres
de Leon & de Caſtille.
16. Guillaume Egon , Comte
de Furſtemberg. Il eſt Eveſque
de Strasbourg ,& je vous parlay
deluy fort amplement lors qu'il
fat élen Eveſque de cette Ville.
Strasbourg eſt la Capitale de
l'Alface , & une des plus belles
Villes d'Allemagne , à un quart
de lieuë du Rhin. Elleeſt ſituée
GALANT . 139
-
el
au milieu d'une grande Plaine ,
où elle reçoit les Rivieres d'Ill
& de Breuſche. L'Eveſche eſt
Suffragant de Mayence. Furftemberg
, autre Ville d'Allemagne
en Suabe , a donné fon
nom à la Maiſon de Furſtem-,
berg, qui eſt feconde en grands
Hommes , & que l'empereur a
faits Princes de l'Empire. Cette
Maiſon , qui tire ſon origine de
puis le temps de Charlemagne ,
a eu divers Conſeillers des Electeurs
de Mayence & de Cologne
, de grands Capitaines ,
quantité de Chanoines dans les,
Egliſes de Tréves , Cologne ,
Spire , & Monster , tous Amis
des Lettres & Défenſeurs de la,
Foy , plufieurs Prelats d'un merite
fingulier , & grand nombre
de Chevaliers & Commandeurs,
tant de l'Ordre Theutonique
1
140 MERCURE
que de celuy de Livonie. Guillaumede
Furſtemberg fut nommé
Grand Maiſtre de ce dernier
Ordre vers l'an 1535 .
17. Iean Caſimir de Denhof.
Il eſt Polonois , Commandeur
de l'Hoſpital du S. Eſprit , &
Envoyé extraordinaire de Pologne
à Rome.
18. Dom loſeph Saenz de
Aguirre. Il eſt Eſpagnol , & Re--
ligieux Benedictin. Depuis plus
de douze cens ans que l'Ordre
de S. Benoiſt eſt ſi celebre dans
l'Egliſe , il luy a donné quantité
de Papes , de Cardinaux , de Patriarches,&
un tres-grand nombre
d'Archeveſques & d'Evefques.
Ce faint Patriarche qui
l'établit fur le Mont-Caffin , y
mourut en 5430
19. Le Pere Leandro Coloredo.
Il eſt natif du Frioul ,&
GALANT. 141
preſtre de l'Oratoire . C'eſt un
homme d'une vertu éminente ,
* &d'une profonde érudition. Le
Friouleſt une province d'Italie,
qui a eu autrefois titre de Duché.
Les Lombards le prirent
ſous leur Roy Alboïn ,qui vers
- l'an 568. y établit ſon Neveu
Giſulfe en qualité de Duc &
de Gouverneur. Charlemagne
- ayant éteint le Royaume de
Lombardie en 774. donna le
Frioul à Rigaut , Seigneur Lombard,
à conditionde l'hommage.
Enfin aprés differentes révolutions
il fut donné vers l'an 1028.
par l'Empereur Conrad Il . à Po-t
pon ſon Chancelier , Patriarche
d'Aquilée. Les Succeſſeurs
de ce prelaten joüirent juſqu'en
1420. que Loüis Techio s'étant
engagé témerairement à la
Guerre contre les Venitiens ,
l
1
0
&
142 MERCURE
ocux-cy ſe rendirent Maiſtres:
da Frioul ,& l'onttoûjours con..
ſorvédepuis.
20. Fortunato Caraffa . Il elt
Frere du Grand Maistre de la
Religion de Malte. La Maiſon
deCaraffe eſt une des plus nobles&
desplus illuſtres du Royaume
de Naples,où elle ſediviſe
endiverſes branches , d'ariano
, de Montorio , de Ruvo , de
Montebello , de Montenegro &
d'Anza. Quelques-uns la font
deſcendre d'un Roy de Pologne.
Jean-Pierre Caraffe qui fut élevé
au pontificat en 1955. ſous le
nom de paul IV. eſtoitde cette
Maiſon , où l'on trouve neuf ou
dix Cardinaux , autant d'Archeveſques
de Naples , & pluſieurs
Vicerois , Gouverneurs &
Capitaines celebres.
21.Dominico Maria de CurGALANT.
143
ci. Il eſt de Florence , & Auditeur
de la Chambre Apoftolique.
Florence eſt la Capitalede
Toſcane ,& eft comptée entre
les plus grandes Villes d'Italie
. Onla nomme Florence la
Belle,à cauſede la beauté de ſes
Ruës , pavées de pierres larges
qui répond à celle de ſes Maiſons
, & à la magnificence deſes
Eglifes . C'eſt où les Grands
Ducs font leur demeure. Les
peintures & les Statuës du palais
du prince ſont des Chef d'oeuvres
des meilleurs Maiſtres , &
il y a dans ſon Cabinet & dans
la Gallerie de l'ancien palais , un
tres - grand nombre de pieces
que leur rareté ne rend pas
moins confiderables que leur
richeſſe. Cette Ville qui eſt fertile
en hommes de Lettres , &
dans laquelle s'eſt établie la ce
44
MERCURE
lebre Academie de la Grufca ,
a eſté ſous la domination de dif
ferens Maîtres,juſqu'à ce qu'el
le ſe ſoit ſoûmiſe à la Maiſon de
Medicis.
22. Gio. Franceſco Negroni .
Il eſt de Genes, & Tréſorier General
de la Chambre
23. Fulvio Aſtalli. Il eſt Romain
, Clerc de Chambre &
Neveu du Cardinal de ce meſme
nom.20
६ 24. Gaſpard Cavallieri . Il eſt
auffi Clercde Chambre , & Romain.
:
25. JoanGualterius Slufius. Il
eſt Liegeois & Secretaire des
Brefs. Liege , ou Pays de Liege,
eſt un Duché en la haute Allemagne
comprisdans le Pays-bas.
La Ville eſt ſituée ſur la Meufe
dans une agreable Vallée, environnée
de belles Montagnes que
divers
GALANT.
145
divers Vallons ſeparent avec
des prairies arroſées de pluſieurs
petites Rivieres qui ſe déchar
gent dans la Meuſe avant qu'elle
entre dans la Ville. La Cathedrale
dediée à S. Lambert , eſt
celebre par fon Chapitre , qui
eſt composé de princes , deCardinaux
, & de perſonnes de tres
grande qualité. L'Evefque prend
Je titre de Duc de Baillon ,de
Marquis de Franchimont , & de
Comte de Hoots & de Hasbain.
Il eſt Seigneur de tout le pays ,
& Prince du Saint Empire.Monſieur
l'Abbé Sluze Frere de ce
nouveau Cardinal eſt Chanoine
de Liege. Ainfi l'on ne peut douter
dela Nobleſſe de cette Maiſon
, puis qu'on n'eſt receu dans
ce Chapitre , qu'aprés avoir fait
-des preuves incontestables. Ils
font tous deux dans une treshaute
eſtime.
Nouvembre 1686 . G
146 MERCURE
26. François - Marie de Medicis.
Il eſt Frere de Coſme III .
Grand Duc de Toſcane , qui
en 1761. épousa Marguerite
Loüife d'Orleans , Fille de Gaſton-
Jean - Baptifte de France,
Ducd'Orleans , & de Margueritede
Lorraine. La Maiſon de
Medicis s'eſt renduë extremément
confiderable dans ces
derniers Siecles par ſon élevation&
par ſes Alliances. Elle a
donné quatre papes à l'egliſe ,
Leon X. Clement V11. Pie IV .
& Leon XI. & deux Reines à la
France Catherine de Medicis
Femme deHenry II.& mere des
Rois François II . Charles IX. &
Henry III.& Marie de Medicis,
Meredu feu Roy. La ſucceſſion
de cetteMaiſonn'eſt bien connuë
que depuis Philippes de Medicis
,que la prudence avoit mis
i
1
GALANT .
147
P
コ
dans une tres - grande reputation.
Les Guelphes de Florence
avoient accoûtumé de le conſulterdans
tous les deſſeins qu'ils
faifoient contre les Gibelins
leur Ennemis . Ceux cy voulant
s'en vanger reſolurent d'exterminer
tous les Medicis , mais
leur entrepriſe n'eut point de
fuccez . Les Guelphes qui les
batirent , ramenerent à Florence
les Medicis triomphans , &
non ſeulement ils les y receurent
Citoyens , mais ils les firent
encore admettre dans les principales
Charges de la Republique.
Philippes de Medicis mourut
en 1258. & laiſſa Everard
pere d'Everard I I. qui eut Clariffime
ou Sylvestre de Medicis
qu'on fait tige des Medicis ou
Mediquin, de milan. C'eſt de
cettebranche que Pie IV. eſtoit
G 2
148 MERCURE
venu. Jean de medicis , qui
mourut en 1418. eut pour
Fils Coſme & Laurent. La
branche de Coſme fut continuée
juſqu'à Laurent 1 1. qui
fut Pere de la Reyne Catherine
de medicis , & eut un
Fils Naturel , nommé Alexandre
, que Charles - Quint
fit Duc de Florence en 1531 .
Laurent de medicis ſon Coufin
, deſcendu de la branche
de Laurent fils puiſné de
Jean , le tua en 1537. &
mourut ſans laiſſer d'Enfans
ayant toûjours affecté le nom
de Populaire. Coſme I. de ce
nom , venu d'un autre puifné
de cette ſeconde branche ,
fut fait Grand Duc de Tofcane
en 1569. ipar le Pape
Pie V. Il laiſſa François I. de
GALANT. 149
د
ce nom Grand Duc , qui de
Jeanne d'Auſtriche , fille de
l'Empereur Ferdinand I. eut
un grand nombre d'Enfans
& entre autres marie de medicis
Femme de Henry I V.
& Ferdinand I. Grand Duc
de roſcane. Ferdinand épouſa
Chriſtine de Lorraine , Fille
de Charles II. Duc de Lorraine
, & de Claude de France
,& laiſſa Coſme I I. qui prit
alliance avec Madelaine d'Auſtriche
, Soeur de l'empereur
Ferdinand I I. Il en eut ferdinand
II. qui mourut en
1670. C'eſtoit le pere de Coſme
III . aujourd'huy Grand Duc , &
de François - Marie , qui eſt le
nouveau Cardinal dont je vous
parle.
G3
150
MERCURE
/
27. Reinaldo d'Eſt . Ileſt Oncle
du Ducde Modene. Eſt ou
Eſte , Ville fort ancienne d'Italie
dans le padoüan , a donné fon
nom à l'Illuſtre Maiſon d'eſt.
Borſo d'eſt, Fils de Lionello маг-
quis d'Est & de Ferrare , ayant
receu magnifiquement Frideric
III. en 1451. cet Empereur le fit
Duc de Modene , & de Reggio
l'année ſuivante , & en 1471. il
fat fait Duc de Ferrare par le
Pape Paul II. Ses Succeſſeurs
joüirent de ce dernier Duché
juſqu'à lamort d'Alfonſe I I. qui
ne laiſſa point de pofterité . Cefar
d'Eft , petit Fils d'Alphonſe
I. & de Laura Euſtochia , l'une
de ſes Maîtreſſes qu'il avoitépoufee
fecretement,ſe mit en poffeffion
de Ferrare , quoy que cet
Estat fuſt dévolu à la Chambre
Apoftolique ; mais n'ayant pû
GALANT. 151
1
reſiſter à l'Armée du pape , il fic
ſon accommodement,& ſe contenra
de Modene & de Reggio.
Il fut pere d'Alfonce III. qui
laiſſa François I. Ce dernier eut
pour Fils Alfonce I V. Frere du
nouveauCardinal d'Eſt . Il mouruten
1662. & laiſſa de Laure
Martinozzi , Niece de Monfieur
le Cardinal Mazarin , François
II. Duc de Modene & de Reggio,
Marquis d'eſt , prince de Carpiné
le 6. Mars 1660.
Il faut preſentement vous parlerde
ce qui ſe paſſale jour que
Sa Majesté donna le Bonnetà
Monfieur le Cardinal Ranuzzi .
Monfieur l'abbé Servient , Camerier
ſecret du pape qui l'apportoit
au Roy de la part de Sa
Sainteté avec ceux de Meſſieurs
lesCardinaux de Furstenberg ,
& le Camus, afin qu'ils leur fuf
G4
152 MERCURE
ſent diſtribuez ſelon les ordres
de ce monarque , eſtant arrivé
icy le 26. du mois paſſe , en fit
auſſi toſt donner avis à la Cour
par un Courrier qu'il fit partir
pour Fontainebleau . Le Royqui
a une eſtime particuliere pour
Monfieur le Cardinal Ranuzzi ,
reſolut de luy donner le Bonnet
luy-meſme , & choiſit le mercredy
6. de ce mois pour en faire
la Ceremonie. Ce Cardinal
ſe rendit le jour precedent à
Fontainebleau avec Monfieur
l'Abbé Servient , & logea dans
le Château à l'appartement de
Monfieur le marquis de S.Heran
qui en eſt Gouverneur. Le lendemain
à dix heures du matin ,
Monfieur l'Abbé Servient alla
faluer le Roy , qu'il complimenta
de la partdu Pape. Il luy preſenta
le Bonnet deſtiné pour ce
1
1
1
GALANT.
153
nouveau Cardinal avec un Bref
de ſa Sainteté , & s'eſtant enfuite
retiré avec le Bonnet , il alla
le mettre dans la Chapelle du
Chaſteau ſur une Credence du
coſté de l'Autel , dans un Baſſin
de Vermeil. Il ſe rendit de-là auprés
de Son Eminence , que mon.
fieur le Prince Camille de Lorraine
, ſecond Fils de Monfieur
le Comte d'Armagnac , nommé
par le Roy pour l'accompagner
dans cette Ceremonie , & Monfieur
de Bonneüil, Introducteur
des Ambaſſadeurs, vinrentprendre
dans les Caroſſes de Sa Majeſté
& de Madame la Dauphine.
Les Gardes Françoiſes &
Suiſſes eſtoient ſous les armes
avec les autres Gardes ordinaires,
ſelon ce qu'on a couſtume de
pratiquer aux premieres Audiences
des Nonces du Pape,&
G
154
MERCURE
des Ambaſſadeurs des Teſtes
couronnées. Monfieur le Cardinal
Ranuzzi fut conduit à la
Chapelle du Chaſteau , où Sa
Majesté entendoit la meſſe.Monfieur
le marquis de Blainville ,
Grand Maistre des Ceremonies
& Monfieur de Saintot Maitre
des Ceremonies , le receurent à
la porte ,& le conduifirentavec
Monfieur l'abbé Servient au
Prié Dieu du Roy,où ce Cardinal
, aprés luy avoir fait une
tres profonde reverence, ſe rangea
du côté gauche. Monfieur
l'abbé Servient qui ſe rangea à
ladroite, preſenta à S.M. le Bonnetquiestoitdans
le Baffin,couwert
d'un Taffetas cramoifi. Le
Roy le prit,& le mit ſur la teſte
de ce nouveau Cardinal en luy
diſant d'une maniere obligeante,
Voila, Monfieur, ce que le Papem'a
A
GALANT.. 155
1
envoyé pour vous donner. Vous ne
devezpas douter que je ne le faſſe
avec un tres grand plaisir , ayant
autant d'estime que j'en ay pour
vostrepersonne.Ce Cardinal ayant
fait une profonde inclination
au Roy , luy fit ſes remerciemens
en peu de paroles par un
compliment qui plut extrémement
à Sa Majesté , aprés quoy
il alla à la Sacriſtie changer ſes
habits de Nonce dont il eſtoit
encore reveſtu , en une Soutane
rouge , avec le Camail ,
le Rochet & le Manteler ..
Bendant ce temps , le Roy s'avança
vers la porte de la Chapelle
, & marcha ſi doucement.
que Son. Eminence eut le temps
de le rejoindre avantqu'il en fût
forty. Monfieur le Cardinal Ranuzzi
ayant abordé Sa Majesté
la falüa fort profondement. Le
G6
156 MERCURE
ce
Roy eſtant hors de la Chappel
le , ſe couvrit ,& dit à ce Cardinal
qu'il miſt ſon Bonnet
qu'il fit , accompagnant Sa Majeſté
à l'antichambre de l'appar
tement de la Reyne où il devoit
avoir l'honneur de diſner avec
Elle. On y avoit preparé la Table.
Elle estoit d'environ dix
pieds de long ſur quatre de large.
A trois pieds de diſtance du
haut bout de la table, étoit la
Nef & le Couvert du Roy, avec
ſon Fauteüil vis- à-vis du Couvert,
tournant le dos à la cheminée.
A cinq pieds plus bas
que le Couvert de Sa Majesté ,
étoit celuy de Monfieur le Cardinal
, ſans Cadenas avec un fiege
pliant vis-à-vis de ſon Couvert.
Le Roy en prenant ſaplace
, dit à Son Eminence qu'elle
prit la fienne. Monfieur l'Evêque
GALANT.
157
d'Orleans , premier Aumônier
de Sa Majeſté , benit la Table.
Le Roy recent la ſerviette pour
laver les mains , de ſon premier
Maître d'Hôtel , & Monfieur le
Cardinal Ranuzzi , la receut de
celles du Controlleur General
de quartier. Il fut ſervy par les
Officiers du Roy ,& les ſervices
furent ſemblables . Le Roy ayant
demandé à boire , dit qu'il faloit
commencer par la Santé de
Sa Sainteté ,& lors qu'il eut le
verre à la main , il ſe leva , oſta
fon Chapeau , & dit en ſe tour
nant du coſté de ce Cardinal ,
que c'estoit à la Santé du Pape..
Enſuite il remit ſon chapeau,&
s'eſtant aſſis il but; aprés quoy il
ſere leva,ôta encore fon chapeau
&ſe tourna de nouveau du côté
de Son Eminence , qui s'étant
levée , & ayant ôté ſon Bonnet
158 MERCURE
fi-toſt que le Roy eut parlé de
boire à la Santé du Pape , demeura
dans cette poſture juſqu'à
ce que Sa Majesté ſe fuſt remiſe
laſeconde fois dans ſon Fauteüil.
Quelques momens aprés , Monfieur
le Cardinaldemanda àboire
,&s'eſtant levé il remercia le
Roy de ce qu'il luy avoit pleu de
boire à la Santé de Sa Sainteté. Il
ſe tint debout & découvert en
beuvant,& aprés avoirbu, il falua
le Roy ,remit ſon Bonnet, &
s'affic. Le repas dura une heure .
Lors qu'il fut finy , Monfieur
L'Eveſque d'Orleans dit les.
Graces , & Sa Majeſté ayant
pris le chemin de ſon Cabinet,..
y fit entrer Monfieur le Cardi
nal Ranuzzi. Ils y furent ſeuls.
pendant trois quarts d'heure.
Son Eminence en eſtant fortie
alla rendre ſes devoirs àMada
GALANT. 159
me la Dauphine , à Monfieur &
à Madame , qui receurent chacun
un Brefde Sa Sainteté par
Monfieur l'Abbé Servient , qui
accompagnoit ce Cardinal , avec
Monfieur le Prince Camille , &
Monfieur de Bonneüil. Leurs
✓ Alteſſes Royales le firent afſfeoir,
& luy marquerent par une tresobligeante
reception les égards,
qu'elles avoient pour ſon rang
&pour ſon merite.Monſeigneur
qui eſtoit depuis trois jours à
Valery avec Monfieur le Duc, &
pluſieurs grands Seigneurs de la
Cour à une partie de Chaſſe, en
revint fort card ce meſme jour..
Le lendemain Monfieur le Car
dinal Ranuzzi alla au lever du
Roy , & s'eſtant rendu ſur les dix
heures à la Salle des Ambaffadeurs
Meffieurs le Prince Camille
,& les autres qui l'avoient
160 MERCURE
accompagné le jour precedent ,
le vinrent prendre pour le conduire
chez MonſeignearleDauphin,
qui le receut avec des marques
fingulieres de confideration
&d'eſtime . Monfieur l'Abbé
Servient preſenta à ce Prince un
Bref de Sa Sainteté. L'apreſdînée,
ce Cardinal rendit quelques
viſites ,& accompagna ſa Majeſté
à la Comedie Italienne. Il y
avoit fort longtems qu'on n'avoitfaitune
ceremonie de cette
nature. Celle- cy ſe fit avec plufieurs
prérogatives , qui n'avoient
jamais eſté accordée , ce
qui obligea le Roy de déclarer
que ſon intention n'eſtoit pas
qu'elles tiraffent à conſequence
ende pareilles occafions . Toute
la Cour a témoigné une grande
joye de cette diſtinction .
La Maiſon desRanuzzi , NoGALAN
T. 161
bles Senateurs Bolonois &
Comtes de la Porrete , s'eſt fait
connoiſtre depuis plus de quatre
Siecles , & n'eſt pas moins illuſtre
qu'elle eſt ancienne . Marie-
Antoine Ranuzzi fut envoyé
Ambaſſadeur à Rome pour la
Ville de Bologne. Il eſtoit Pere
du nouveau Cardinal dont je
vous parle, qui a tres- utilement
ſervy l'Egliſe ſous les quatre derniers
Papes. Il commença ſes
Emplois ſous le Pape Alexandre
VII. qui le fit Referendaire
de Signature de Juſtice en 1656 .
Enſuite il fut Referendaire de la
Signature de Grace , aprés quoy
il eut le Gouvernement de la
Ville de Rimini , de Rieti , du
Duché de Cametin , de la Ville
& Port d'Ancone. Ila eſté Commiſſaire
general des Armes des
Estats d'Urbin , deux fois Vice-
)
162 MERCURE 1
1
legat dans les meſmes Estats,Inquifiteur
& Miniſtre Apostolique
à Malte, & Gouverneur General
de la Province de la marche
ſous Clement IX. Il fut envoyé
Nonce Apoftolique en
Savoye ſous Clement X. & enſuite
il alla en la meſme qualité
auprés du Roy de Pologne. Il
eut le titre d'Archeveſque de
-Damiette dans cette Nonciature
, & donna juſqu'à ſa Vaiſſelle
d'argent pour les neceffitez de la
Guerre contre le Turc. Ildonna
auſſi une ſomme confiderable
pour la meſme Guerre, au commencement
du Pontificat du
Pape à preſent regnant,& ayant
eſté fait Eveſque de Fano , il
employa quatre années du revenu
de cet Eveſché pour faire
baſtir entierementun Palais où
l'Eveſque fuſt logé commodé
GALANT .
163
ment. Au mois de Fevrier 1683 .
Sa Sainteté l'envoya Nonce
Apoftolique extraordinaire en
France , où il a travillé ſans relaſche
, pour tacher de retenir
les princes Chreſtiensen intelligence.
Il a beaucoup contribué
à la Tréve , & procuré aux
Genois les moyens deſe remettre
dans les bonnes graces du
Roy. Entre pluſieurs belles qualitez
, ila particulierement une
douceur naturelle , & une inclination
à obliger tout le monde
, ce qui luy a toûjours attiré
l'eſtime & l'amitié des princes
& des peuples auprés deſquels il
a eſté employé , ne manquant
jamais d'expediens pour terminer
les affaires à l'amiable quelques
difficiles qu'elles ſoient , &
ne s'impatientant point lors qu'il
s'agit de mettre la paix entre
164 MERCURE
:
deux Familles où deux perſonnes
, juſqu'à ce qu'ily ait entierement
réüſſi.C'eſt ce qui a donne
lieu à ces quatre Vers qui
ont eſté mis au deſſous d'un de
ſes portraits , par alluſion au
nom d'Ange que porte ceCardinal.
Comme un Ange autrefois pour
le Salut de l'homme
Fut envoyédes Cieux ,
CetAngeque tu vois eft envoyé de
Rome
Pour la paix de ces lieux.
Si vos Amis ſouhaitent d'avoir
les Portraits de Meſſieurs les
Cardinaux , Monfieur Habert
qui s'applique à les graver , a
déja achevé ceux de Monfieur
le Cardinal Ranuzzi,& de Monſieur
le Cardinal le Camus , &
GALANT. 165
1
eſt preſentement occupé à finir
celuy de Monfieur de Furſtemberg.
Je ne ſçaurois finir cet Article
ſans vous apprendre que le
18.de ce mois, ce meſme Cardinal
Ranuzzi tint ſur les Fonts de
Baptême le Fils de meſfire François
de Bonenfant , Comte de
Magni , & de Dame Anne- Antoinette
Nicole Gauraux du
Mont, fille de Meſſire Nicolas de
Gauraux du mont Marquis
de le Perier , d'une des plus anciennes
Maiſons d'Italie , & de
Dame Catherine du Autoy de
Luxembourg. Cet Enfant qui
eſtoit né le 30. Septembre , fut
baptisé à S. Sulpice par Monfieur
le Curé de la Paroiffe , & nommé
Ange. Madame de Boſſuer ,
Femme de Monfieur de Boſſuer ,
Intendant à Soiffons , & Soeur
de madame la Comteſſe de ма
د
166 MERCURE
gny , qui luy ſervit de Marraine ,
parut avec tout l'éclat poſſible ,
tant par l'agrément de ſa perſonne
, que par ſon eſprit , quoy quet
dans un état tres - modeſte. Le
compliment qu'elle fit à cette
Eminence , fut admiré de tous
ceux qui l'entendirent. La Ce
remonie ſe fit en prefence de
Madame la Comteſſe de magny,
Mere de l'enfant , de Madame
l'Abbeſſe du Mont , ſa Sooeur ,
Dame d'un fort grand merite
de madame de Boutonvilliers ,
Soeur de Monfieur le Comte de
Magny ,de Monfieur l'Abbé de
Boffuet , & autres . Monfieur le
Comte de magny eſt Fils de
Meffire Philippe de Bonenfant ,
Seigneur Comte de Magny , &
de Dame Marie deFaudons,Fille
de Meſſire François de Faudons
Lerillac , aifnéde la Branche de
,
GALANT.
167
4
Faudons, Comte de Blin , Gouverneur
de Paris ſous Henry IV.
&Chevalierde l'Ordre , de la
meſme Maiſon que Barbaſan de
Faudons , grandChambellande
Charles VII . enterré aux pieds
du Roy ſon Maiſtre à S. Denys.
Vous ſçavez , Madame , que
tous les ans le lendemain de la
S. Martin , le Parlement ſe trouve
en Robes rouges avec les
Preſidens au Mortier en teſte
dans la grande Salle du palais ,
c'eſt à dire dans la Salle des
Marchands , dans laquelle ily
a une Chapelle. Tout le coſté
que cet auguſte Senat occupe &
qui eſt celuyde la Chapelle , eſt
tapillé ,&gardé par les Archers
de Ville. La Meſſe ſe chante en
Muſique , & elle eſt toûjours
celebrée par un Eveſque , qui
en eſt prié quelquesjours aupa168
MERCURE
-
1
ravant, de la part du Parlement.
La Meſſe finie , l'Evefque & le
Parlement entrent dans la grand
Chambre. L'Eveſque remercie
le Parlement du choix qu'il a
fait de luy pour cette fonction ;
&le Parlemenr le remercie par
labouche de ſon Premier Preſident
, de ce qu'il a bien voulu
la faire. Ensuite le Parlement ſe
retire , & n'entre que huit ou
quinze jours aprés , & quelquefois
meſme aprés trois ſemaines;
car la ſemaine qu'il rentre doit
eſtre ſans reſtes, du nombre defquelles
font les Feſtes du palais ,
comme Sainte Catherine. Quoy
que le Parlement ne rentre pas
le lendemain de S. Martin , ou
plûtoſt qu'il ne continuë pas ſes
Seances , les delais ne laiſſent
pas de courir. Ce n'eſt que le
jour qu'il rentre , que ſe font les
Haran
GALANT. 169
P
Harangues de Monfieur le Premier
Preſident , & de Meſſieurs
les Gensdu Roy. L'Eveſque qui
a celebré la Meſſe cette année
eſt Monfieur de Montmor,Evê
que de perpignan. Il eſtoit à paris
parce qu'on luy avoit ordonné
d'y demeurer pour travailler
à des affaires qui regardent ſon
Diocese. Il commença par
un Eloge du Parlement & dit
Que l'honneur que cette illuftre
Compagnie lui avoit fait en le choi
Siffant pour une fonction aufſſi venerable
& auſſiſainte, que celle dont
il venoit d'eftre le Ministre , ex
citoit en luy de tres-grands senti
mens de reconnoiſſance , mais que
de toutes les raiſons qui l'obligeoient
d'y eſtre ſenſible , il n'y en avoit
point de plus puissante que l'occafion
favorable où il ſe trouvoit de
faire connoistre publiquement , &
Novembre 1686 . H
170
MERCURE
en prefence même de cette Auguste
Cour, leprofond respect , & lafin..
cere veneration qu'il avoit nonfeulement
en general pour tous lesfages
Magiftrats qui la compofoient,
mais encore en particulier pour celuy
qu'une vive penetration , un
juste discernement , & une appli
cation infatigable rendentfi digne
d'enestre le Chef; pour ceux qu'une
probité reconnuë & une droiture
inflexible distinguoient bien plus
que le rang qu'ils occupoient , &la
majesté de la Pourpre dont its
estoient revestus ; & enfin pour ces
celebres Organes du Roy & du Public
, qui nese faisoient jamais entendre
qu'en faveur de la justice ,
de la verité & de l'innocence. Il
ajoûta , que ce reſpect avoit pris
en luy de profondes racines , puis
qu'il n'estoit pas moins un effet de
Saraison, qu'unesuite de son édu
GALANT.
17.
cation. Il dit qu'il estoit néd'un
Pere qui l'avoit vivement imprimé
dansfon coeur parson exemple, &
que cet exemple avoit eſté ſoûtenu
de tant d'autres qui luy estoient
domestiques,qu'il auroit démenty le
fangqui le loit àplusieurs Magiftrats
de ce Corps Illustre , s'il n'am
voit pas de luy les grandes idées
qu'ils en avoient eux memes conçûës
; mais que quand dans un âge.
plus avancé , il avoit voulu exami.
ner les préjugez de son enfance ,
c'étoit alors qu'il s'estoit confirmé
par luy-mesme dans ces sentimens
respectueux qui estoient déjaformez
en luy ; qu'il avoit reconnu dans ce
Parlement auguste tant de gran.
deur , tant de lumiere , & tant de
fageſſe , que s'abandonnant entierement
à tous les mouvemens que
pouvoit produire unfibeau mélange,
il s'estoit fait une heureuse neceffué
H 2
172
MERCURE
de le regarder comme un objet qui
demandoit toute fon eſtime,& toute
Sa confideration ; qu'on pouvoit dire
que la Justice ſembloit avoir choisi
cet auguste Corps comme un fan-
Etuaire venerable pour établir fa
demeure , foit que l'on consideraft
ou l'équité de ſes Arrests , ou la
Severitéqu'ilexerce contre les vices,
ou le Zele qu'il fait paroistre pour
étoufer les mauvaiſes doctrines , ou
laprotection qu'ilfait toûjoursgloi
re d'accorder à l'Eglise en la perſonne
deſesſacrez Ministres,oufon attachement
inviolable pour les droits
de la Couronne. Il s'étendit la deffus
avec beaucoup d'éloquence,
& fit voir que toutes ces rares
qualitez enſemble le rendoient
non ſenlement la ſource de la felicité
des Peuples qui reconnoifſent
ſes Loix , mais encore le
modele & la regle de tous les
GALANT
173
autres Tribunaux du Royaume,
ce qui l'avoit mis dans une ſi
hante eſtime dans toute l'Euro
pe , que pluſieurs Souverains
avoient reconnu hautement fon
integrité , en ſoûmettant volontairement
& par choix leurs plus
importans intereſts à la déciſion
de ſes Oracles. Il prit de là occaſion
de loüer le Roy , & aprés
avoir marqué qu'il ne craignoit
point que les témoignages finceres
qu'il ſe ſentoit obligé de
rendre à la gloire de cette auguſte
Compagnie , fuſſent imputez
aux flateries lâches & groffieres
, où les Orateurs avoient
ſi ſouvent recours , mais aufquelles
la grandeur & la ſainteté
de ſon Ministere ne permettoit
pas qu'il s'abaiſſaſt ; il dit que non
Seulement onne pouvoit douter de ce
qu'il avoit avancé , mais qu'il n'y
H3
174 MERCURE
avoit perſonne qui pust estreSurpris
de ce que tous les Parlemens prenoiet
pour regle un Parlement qui feregloit
luy mesme fur le plus grand
Roy du monde , un Parlement qui
n'avoit pour modeledeſaconduite,
deson eſprit,desa justice, defon integrité,
desa pieté, deſes jugemeus;
que l'esprit, la justice, l'integrité, la
pieté , la conduite du Monarque le
plus accomply qui fuſt jamais . Une
fi grande matiere fut traitée par
ce Prelat de la maniere la plus
délicate. Il fit connoître que c'étoit
un glorieux avantage pour tous
ces grands Magistrats , que voulant
remplir tous les devoirs de leur
redoutable Ministere , au lieu de
confulter pour cela des Livres mort's
& inanimez , au lieu de rappeller
leſouvenir de ces Grands Hommes
qui ont esté l'admiration de leur
Siecle , & qui cependant ne nous
GALANT.
175
ont laissé que des Loix douteuſes ,
ou obfcures, ou imparfaites , ils n'a
voient qu'à étudier les actions de
LOUIS LE GRAND; Actions qui
luy faisant porteràſijuſte titre les
noms auguſtes de Pere du Peuple ,
de Protecteur de l'Innocenec de
Soûtiende la Foy , d'Ange exter
minateur des Hereſies , & des
nouveautez également contraires à
la Religion & à l'Estat , estoient
comme autant de regles fidelles ,
comme autant de Loix vivantes
qui les conduifoient avec afſeurance
&Sans craindre l'égarement , puis
qu'ils les avoient toujours devant
les yeux , dans les routes penibles
de la Justice.
Il ébaucha une partie des
grands traits qui frapent ſi fortement
dans la Vie du Roy . Il
dit que lors qu'il estoit question du
bien du Peuple , onvoyoit cegrand
G4
176 MERCURE
PrinceSacrifier ſes intereſts à l'a
Vantage public , & se dépoüiller
luy-même , parce qu'il est Roy , en
faveur defes Sujets , d'un droit que
Safustice confervefi religieusement
au moindre de ceux qui luy ſontſoûmis
; que s'il falloit poursuivre le
crime, il estoit aisé de remarquer
Les dégrez d'éloignement & d'horreur
avec lesquels ce Monarque
l'envisageoit , ce zele ardent dont
il eſtoit animépour lepunir , lesfazes
mesures qu'il prenoit pour en
prevenir les defordres , & la juste
rigueur dont il s'armoit pour les
bannir entierement deſes Etats. Il
paſſa enſuite au fincere attachement
de Sa Majeſté pour les
veritables intereſts de l'Eglife, &
dit à ces Sages Magiſtrats que
c'estoit par le ſoin qu'ils avoient de
l'imiter qu'ils apprenoient àrendre
àDieu ce qui appartient à Dieu ,
GALANT.
177
-
>
commeils sçavoient si bien rendre
àCefarce qui appartient àCefar.
Il parla de la Foy , de la force
&de la ſageſſe que le Roy vient
de faire paroiſtre pour ſoûtenir
la Religion de nos Peres , &
pour la faire triompher de la
malheureufe & obſtinée Herefie
qui la troubloit depuis ſi longtemps.
Il dit qu'on n'avoit quà
lire ſes Déclarations &ſes Ordonnances
, pour y voir avec autant
d'admiration que d'étonnement
que leur justice , leur moderation ,
leur douceur , foûtenuës du bras du
tres. haut , entre les mains de qui
font les coeurs des Peuples & des
Roys, avoient suffy pour abbatre
ces Temples prophanes où regnoient
le mensonge, & l'esprit d'aveuglement
; pour diſſiper ces faux Paſteurs
qui nourriſſoient du pain de
l'erreur,des Brebis égarées forties
1
H 1
178 MERCURE
de leur veritable Troupeau ; pour
aneantir ces Cultes monstrueux ,
Selon lesquels demalheureux Chreſtiensfans
Chefprofeſſoient une Religion
ſans Sacrifice ; pour revoquer
à jamais ces déplorables Edits qui
estoient l'ouvrage de la hardieffe
d'un Peuple aveuglé , & dont la
force& la neceſſue des temps avoient
contraint le Parlement de
chargerſes Regiſtres ; enfin pourfaperjusqu'aux
fondemens une herefie
que l'esprit d'independance
avoit fait naiſtre , que la rebellion
avoit établie au milieu du carnage
&des horreurs de la Guerre, quele
libertinage avoit fçeu conſerver
jusqu'àpresent ,&qui ſubſiſteroit
encore parmy nous fans le zele infatigable
de nostre Invincible Monarque.
Ce Difcours receut de
grands applaudiſſemens de toute
la Compagnie , au nom de laGALANT.
179
quelle Monfieur le Premier Preſident
le remercia , & de la fonction
dont il avoit bien voulu
s'acquiter , & de tout ce qu'il
avoit dit à l'avantage du Corps.
Il ajoûta qu'il n'y avoit point
lieu d'eſtre ſurpris de fon éloquence
, puiſqu'il eſtoit né parmy
les Muſes & dans la Robe. Il
entendoit parler de feu Monfieur
de Monmor ſon Pere , qui eſt
mort Doyen des Maiſtres de Requeſtes
& de l'Academie Françoiſe.
Ce Prelat fut traité enſuite
avec beaucoup de magnificence
chez Monfieur le Premier Prefident,
où se trouverent la pluſpart
de Meſſieurs les Preſidens
&Confeillers.
La Cour des Aydes entra le
meſme jour , & comme ce n'eſt
point parCeremonie , & qu'elle
continuëſes Audiences, les Ha
H 6
180 MERCURE
rangues ſe font ce jour là.Mone
ſieur le Camus , premier Preſident
de cette Cour , parla fur
la pureté de coeur que doivent
avoir les luges,& dit de tres belles
choſes à fon ordinaire. Les
Extraits que vous avez trouvez
dans mes Lettres de pluſieurs
Diſcours qu'il a pronocez dans
lameſme occafion ne vous per
mettent pas d'en douter. Monfieur
le Haguais qui à ſuccedé
depuis peu de temps à feuMonfieurde
Monchal dans laCharge
d'Avocat General de la mesme
Cour , parla enſuite ,&remplit
parfaitement ce qu'on avoit attendu
de luy. C'eſt beaucoup
dire , puiſque l'attente eſtoic
grande , &que la haute eſtime
où il eſt , avoit tellement prevenu
tous les eſprits , qu'il ne pouvoit
fatisfaire le Public que par
;
GALANT. 181
un Diſcours d'unebeauté extraordinaire.
Je ſçay que vous en
parler de cette forte , c'eſt vous
faire naiſtre beaucoup d'envie
dele voir. Il n'a pas tenu à moy
qu'il n'ait embelly ma Lettre.
l'ay fait agir ſes amis pour le
faire conſentir à me le donner ,
& ſes Amis n'ont rien obtenu
ſur ſa modeſtie N'attendez point
queje vous en diſe icy autre choſe
que le plan. Monfieur le Haguaiseſt
un homme qui penſe
beaucoup , qui penſe juſte ,&
qui n'employe que les termes
neceſſaires à exprimer ce qu'il
penſe. Comme il n'en choiſit
que de tres- propres , changez
ſes termes , ce ne ſont plus les
penſées , ou du moins ce changement
les défigure ſi fort , qu'il
eſt mal-aifé de les reconnoiltre
Il parla ſur l'autorité du Magi(-
L
4
182 MERCURE
trat , & fit voir qu'il n'eſtoit pas
ſeulement le bras par lequel la
Loy étoit ſoûtenuë , mais qu'il
en eſtoit auſſi l'ame , & que fans
cela les Loix ne ſeroient pas
plus animées que le marbre fur
lequel on les gravoit autrefois.
Il fit voir que comme leur authorité
dépendoit de celle du
Magiſtrat , ceux qui les avoient
eftablies s'eſtoient appliquez à
imprimer aux Peuples le reſpect
de la Magiſtrature , en la reveſtant,
d'ornemens exterieurs , en
luy élevant des Tribunaux ,&
en faiſant du reſpect qu'ondevoit
avoir pour les Magiſtrats
une eſpece de culte religieux ,
qu'on avoit rendu venerable par
des Ceremonies. Il montra enſuite
que quelques ſoins qu'on
euſt pris pour leur donner de
l'authorité , elle ſeroit toûjours
GALANT. 183
foible , ſi le caractere qu'ils ont
par le Sceau du Prince n'eſtoit
ſoûtenu par leur vertu. Il fit là
deſſus une peinture tres vive
d'un Magiſtrat qui n'eſtant recommandable
que par ſa Charge
, ne s'attiroit qu'un reſpect
contraint , & fit connoiſtreaved
des traits d'éloquence qui charmerent
tout le monde , combien
cette authorité qui tiroit tout
fon luſtre d'un éclat emprunré ,
eſtoit au deſſous de celle , quio
ne dépendoit point de la diſpoſition
de la Loy , & qui estoit
attachée , non pas à la Pourpre
my au Tribunal du Magiftrat ,
mais à ſon eſprit & à fon coeur.
Tout ce qu'il ditfur cette ſeconde
authorité fut admirable . Il fit.
connoiſtre qu'elle trouvoit dans
celuy qui la poſſedoit par fon
ſeul merite tout ce qui pouvoic
184
MERCURE
luy attirer du reſpect ; que nous
nous portions d'autant plus volontiers
à luy obeïr, qu'elle n'impoſoit
aucune contrainte ; que
nous la regardions comme l'ouvragede
la raiſon & de l'équité ,
&que les ordres qu'elle donnoit
nous faifoient des devoirs indifpenſables
, parce qu'elle nous
rendoit nous . meſmes les luges
de la déference qu'on luy devoit.
Pour mieux prouver cette
verité , il ſe ſervit de l'exemple
d'Aristide , qui ſans titre & fans.
caractere , par le ſeul credit que
luy donnoit ſa vertu,s'eſtoit élevé
un Tribunal au deſſus de tous
les Tribunaux de la Grece. Il
ajoûta qu'on avoit eſté perſuadé
qu'il devoit eſtre le plus puifſant
, parce qu'il étoit le plus.
juſte , & qu'on luy avoit fait
porter la peine de ſon merite par
GALANTA 185
un exil qui avoit mis le comble
à ſa gloire. Il fit voir enſuite que
les Rois& les Magiſtrats avoient
cela de ſemblable , que la principale
authorité da Prince ne
venoit pas de ſa Couronne que
la naiſſance qui ladonnoit eſtoit
un pur effet du hazard, qui pouvoittomber
ſur une ame indigne
comme ſur celle du premier ordre
, & que bien qu'on ne puſt
fans facrilege apporter la moindre
oppofition à ſe ſoûmettre à
fon Souverain , parce que les
Rois estoient choiſis de la main
de Dieu , qui s'en ſervoit quel
quefois pour punir les Peuples ,
on ne laiſſoit pas de s'y loumettre
à regret , lors que le Troſne
eſtoit le ſeul avantage qui leur
faiſoitmeriter noſtre obeïſſance;
que ce ſentiment eſtoit naturel ,
quoy qu'il nous fuſt inconnu
186 MERCURE
par l'heureuſe habitude où nous
eſtions d'obeir au plus digne .
Que ne puis je icy , Madame ,
vous faire part de toutes les choſes
qu'il diven faiſant le Portrait
d'un Prince ſage , vertueux , &
infiniment éclairé : Il ne nomma
point le Roy , mais ce fut unPortrait
ſi reſſemblant , qu'on ne s'y
pouvoit méprendre. Il dit que les
Rois pouvoient apprendre des
Princes leurs voiſins le mal heureux
art de ſe faire craindre,mais
qu'il faloit qu'ils fiſſent traverſer
lesMers pour apprendre àſe faire
aimer de leurs Sujets , en imitant
un monarque qui renonçoit
à ſes propres intereſts , quand il
s'agiſſoit de favoriſer ſes Peuples;
qui donnoit à leur repos ſes
ſoins & fes veilles avec une application
infatigable ,& qui s'attiroit
leur veneration & leur refGALANT.
187
pect , bien moins par une Souveraineté
de puiſſance , que par
une ſuperiorité de vertu . Il finit
par un éloge de feu Monfieur de
Monchal , dont il remplit aujourd'huy
la place , & laiſſa toute
l'Aſſemblée dans le chagrin de
le voir finir ſi-toſt . Souvenez .
vous , s'il vous plaiſt , que tout
ce que je vousdis eſt misicy ſans
nul ordre , & que ce ne ſont
que des traits groffiers de ce que
Monfieur le Haguais traita avec
autant de delicateſſe , qu'il y
eut de force dans tout fon Difcours.
Le Parlement rentra Mardy
dernier 26. de ce mois , quoy
qu'il n'ait pas accoûtumé de rentrer
dans une ſemaine où il y
ait quelque Feſte. Il y en avoit
deux dans celle - cy , celle de
Sainte Catherine , Feſte du Pa188
MERCURE
lais ,& celle de S. André. On
doit cela à la vigilance de Monſieur
le premier Preſident , qui
aime à faire expedier les Affaf
res. levous parleray la premiere
fois d'un tres-bel éloge du Roy ,
que fit ce jour-là Monfieur l'AvocatGeneral
de Lamoignon.
Le Parlement de Roüen rentra
le lendemain de la S. Martin,
&Monfieur de Ris, premier Preſident
, ſe fit admirer par un excellent
Diſcours, comme il avoit
fait quelques mois auparavant ,
lors qu'il prit poſſeſſion de cette
importante Charge . Monfieur
leGuerchois , Procureur General,
parla aprés luy avec ſon éloquence
ordinaire.
Je vous manday ily a quelque
temps que Monfieur de Préfontaine
, Avocat General de ce
meſme Parlement , avoit eſté
GALANT. 189
fait premier Preſident au Conſeil
d'Artois. Ce changement
rendit Monfieur de Langrie prepier
Avocat General ,& laiſſa
la Charge de ſecond Avocat
General vacante. Elle vient d'ê
tre remplie parMonfieurdeMenibus
, qui y fut receu le 27. de
ce mois avec l'applaudiſſement
de toute la Ville. Son éloquence
qui avoit paru dans le Barreau
avec un trés-grand ſaccés , lúy
avoit acquis une reputation
avantageuſe. On ne doute point
qu'il ne la ſoûtienne glorieuſement
dans un poſte , où il aura ſi
ſouvent occafion de faire paroître
l'heureux talent qui luy. eſt
fi naturel. Il a beaucoup de capacité
,une conduite tres-judicieuſe
,& un fond d'integrité
&d'honneur qui le rend incapable
de rien faire d'oppoſé àſon
190
MERCURE
devoir. Ainſi l'on peut dire que
dans un âge fort peu avancé , il
n'ade la jeuneſſe que ce qu'elle
donne de vivacité & d'agré
ment. Monfieur de Menibus
fon Pere , a eſté Conſeiller au
Parlement de Mets , & enſuite
Preſident en la Cour des Aydes
de Normandie.
Je vous appris il y a un mois
la mort de Monfieur de Mollondin
, ancien Colonel des Gardes
Suiſſes -Françoiſes , mais je ne
vous dis rien de particulier de
ſes Emplois. C'eſtoit un homme
d'experience & de reſolution ,
qui s'eſt ſignalé en pluſieurs occaſions
ſous leRegnedu feu Roy,
&ſous celuy de LoüIS LE
GRAND. Il naquiten Suiſſe vers
l'an 1608. d'une noble & ancienne
Famille , originaire du
Pays de Vaud , dit de Vaux , &
GALANT
191
fit ſes premieres Campagnes au
Siege de la Rochelle en 1628.au
ſecours de Caſal en 1629. & à
la reduction de la Savoye,de Pignerol
, de Saluces , & autres
Places en 1630. L'année ſuivante
il paſſa en Allemagne , &
eut part aux glorieuſes entrepri
ſes des Suedois. Eſtantde retour
en France il donna des preuves
de ſa valeur à la Bataille d'Avein,
& à celle de Rocroy ; aux Sieges
d'Arras, de Perpignan,de Thion
ville & de Graveline avec Monſieur
de Mollondin , ſon Frere
aiſné, qui lui ceda ſon Regiment
en 1645. Eſtant à la teſte de ce
Regiment & de ſa Compagnie ,
il ſe diſtingua au Siege de Dun
kerque en 1646. à la Bataille de
Lens , au ſecours d'Arras , & en
toutes les occaſions qui s'offrirent.
En reconnoiffance des fer192
MERCURE
vices qu'il avoit rendus à l'Estat,
& particulierement à Dunkerque
, où il appaiſa la Garniſon
mal contente de la détention du
Mareſchal de Rantzau , le Roy
l'honora de la Charge de Colonel
du Regiment des Gardes
Suiſſes Françoiſes , dont il preſta
le ferment en 1655. aprés quoy
il fit paroiſtre beaucoup de courage
& de bravoure aux Sieges
de Landrecies & de Valenciennes
, où il fut bleſſé en 1656.à
celuy de Dunkerque , & au
Combat des Dunes prés de cette
Place en 1658. La Guerre s'étant
ralumée depuis avec l'Efpagne
, il ſe trouva à la priſe des
Villes de Tournay , de Doüay ,
&de Lifle en 1667.fuivit Sa Majeſté
à la conqueſte de la Franche-
Comté , de la Hollande, &
deMaſtric ,ſe trouva au Combat
de
GALANT.
193
de Senef,& fervit dignement aux
Sieges de Valenciennes,de Cambray,
de Gand , & d'Ipres, avec
Monfieurd'Eſtavaye ſon Neveu .
Enfin ſon grand âge ne luy permettant
plus de s'appliquer aux
fonctions de ſa Charge , il s'en
démit volontairement au mois
de Septembre 1685. & mourut
- icy ſubitement le 23. du mois
paffé , en ſa 79. année.
- Les Perſonnes confiderables
dont j'ay à vous apprendre la
mort depuis ma derniere Lettre,
font
Meſſfire Michel-Pierre Paſſant,
Seigneur de Saint Aubin , receu
en 1682. Preſident en la deuxiéme
Chambre des Requeſtes
du Palais. Il avoit eſté auparavant
Conſeiller au Grand Confeil.
Monfieur Paſſant fon Frère
eſt Chanoine de Noſtre-Dame.
Nouvembre 1686 . I
194
MERCURE
Cette Famille eſt aſſez connuë
dans la Robe , où elle a donné
pluſieurs Conſeillers au Parlement
& au Grand Conſeil , &
des Maiſtres des Requeſtes.
:
Dame Madelaine - Eliſabeth
Levé , morte le premier jour de
ce mois. Elle estoit Femme de
Meffire Jean- Baptiste le Feron ,
Sieur du Pleſſis , Maiſtre des
Comptes.
Mademoiselle du Gué de Bagnols.
Elle eſt morte icy le même
jour aprés une longue maladie,&
une patience exemplaire
dans ſes maux. Comme elle
s'eſtoit addonnée aux actions
de pieté & à ſecourir les Pauvres
, elle a fait pluſieurs legs
pieux , & fondé une Priere publique
à S. Gervais , le matin &
le foir. Elle eſtoit Fille de feu
Meffire Antoine du Gué de Ba
GALANT ..
195
gnols , Maiſtre des Requeſtes,
& de Dame Gabrielle Feydeau
de Brou , Sooeur de feu Meſſire
François Feydeau de Brou ,
Abbé de Bernay , Conſeiller .
Clerc au Parlement de Paris.
La Famille des du Gué eſt originaire
du Lionnois , & a donné
diverſes perſonnes de merite
dans la Robe. Feu Monfieur du
Gué, Conſeiller d'Eſtat ordinaire
, & Intendant de Juſtice à
Lyon , qui eſt mort depuis un
an , avoit épousé la Soeur de
Madame la Chanceliere le Tellier,
dont eſt venu Meſſire François
du Gué , cy devant Conſeiller
au Grand Conſeil , & receu
Prefident en la Chambre
des Comptes de Paris en 1681 .
Il a épousé la fille de feu Monſieur
de Paris , Conſeiller en la
Grand' Chambre. Monfieur du
८
12
196 MERCURE
Gué de Bagnols , Maiſtre des
Requeſtes , & Intendant de Juftice
en Flandre eſt de la meſme
Famille.
Monfieur de S. Amant , mort
le 3. de ce mois . Il eſtoit Capitaine
de Vaiſſeau , & avoit eſté
Ambaſſadeur de Sa Majesté vers
le Roy de Maroc. Sa Famille eſt
conſiderable dans le Languedoc.
Meſſire Olivier le Fevre d'Or .
meſſon , Seigneur d'Amboille ,
Maiſtre des Requeſtes honoraire,
mort le 4. de ce mois , aprés une
longue maladie. Il eſt extreme-
•mement regreté. L'intelligence
qu'il avoit dans les affaires, & ſa
grande probité luy avoient acquisune
eſtime generale, en forte
que les Princes & Grands Seigneurs
le choiſiſſoient pour Arbitre
, & ſe ſoûmettoient à ſon
GALANT. 197
Jugement dans leurs affaires les
plus importantes . Il avoit épousé
Dame Marie de Fourcy , Fille de
Monfieur de Fourcy , Preſident
en la Chambre des Comptes ,
& Surintendant des Baſtimens
du Roy , dont il a eu feu Monſieur
le Fevre d'Ormeſſon Maître
des requêtes , qui eſt mort jeune
en l'Intendance de Lyon , où il a
eſté univerſellement regreté , &
qui avoit épousé la fille de feu
Monfieur le Maiſtre , Preſidert
en la quatrième Chambre des
Enqueſtes du Parlement. Monſieur
d'Ormeſſon qui vient de
mourir a laiſſe un ſecond Fils,qui
a eſté Conſeiller au Grand Conſeil
, & qui fut fait Maître des
Requeſtes aprés la mort de Monſieur
d'Ormeſſon ſon Frere aiſné.
Il ſuit les traces de ſes Anceſtres.
Le meſme Monfieur d'Ormeſſen
13
198 MERCURE
dont je vous apprens la mort ,
eſtoit Filsd'André le Fevre d'Ormeſſon
, maiſtre des Requeſtes,
puis Conſeiller d'Etat ordinaire ,
employé en pluſieurs negociations
d'Etat importantes ,
& d'Anne le Prevoſt d'Herbeley
, d'une Famille qui a
donné des Preſidens &des Confeillers
au Parlement ,des Maiftres
des Requeſtes , & autres
Perſonnes de conſideration dans
- la Robe. Son Ayeul Olivier le
Févre , Seigneur d'Ormeſfon ,
Eaubonne , & d'Ambolle, estoit
Preſident en la Chambre des
Comptes , & Surintendant des
- Finances , & avoit épouſe Anne
•le Fevre d'Aleſſo , Fille de lean
d'Aleſſo Sieur d'Eragny , de la
Famille des d'Aleſſo originaire
deCalabre , deſcenduë du Seigneur
Antoine d'Aleſſo & de
GALANT. 199
Brigide Martotile , Soeur de S.
François de Paule decedé en
1507. Fondateur de l'Ordre des
Minimes , & qui vint en France
ſous le Regne de Louis XI.
Monfieur d'Ormeſſon avoit
deux Oncles . L'un fut Olivier le
Fevre Sieur d'Eaubonne , Preſident
en la Chambre des Comptes
, dont viennent Meſſieurs
le Fevre d'Eaubonne , Conſeillers
aux Cours Souveraines ,&
le Pere d'Eaubonne Capucin ,
& Miffionnaire renommé , &
l'autre Nicolas le Fevre Seigneur
de Lezean , Conſeiller d'Estat ,
dont viennent Meſſieurs le Fevrede
Lezeau .Tous les le Fevre,
Seigneurs d'Eaubonne , d'Ormeſſon
& de Lezeau , portent
d'Azur à trois lis de Iardin aunaturel.
Meſſire lean de Magnaut ,
14
200 MERCURE
Comte de Montaigu , Lieutenant
General des Armées du
Roy , ſon Lieutenant General
en. Guyenne , & Gouverneur
du Chaſteau Trompette.Ileſtoit
brave , tres- honneſte homme ,
&avoit faitde fort belles actions .
Ie vous en ay parlé amplement
dans quelqu'une de mes Lettres.
Monfieur BretheldeGremonville
Abbé de Lire , & Commandeur
de Malthe, Iene vous
en diray rien qui ne ſoit connu
de tout lemonde. Il a commandé
l'Armée des Venitiens pendant
douze ou quinze années,
& s'eſtoit acquis beaucoup de
réputation dans cet Employ. Il
fut enſuite Envoyé Extraordinaire
de Sa Majeſté à la Cour
de l'Empereur , où il fit voir ſa
conduite & ſon eſpritdans touGALANT.
201
tes les choses qu'il eut à traiter.
Il eſtoit magnifique naturellement
, & s'eſt toûjours pleu à
ſoûtenir cette qualité. Il a eu
trois Freres , dont l'aiſné fut envoyé
Ambaſſadeur à Veniſe. Le
ſecond a eſté Preſident au Mortier
au Parlement de Rouen ; &
le troiſiéme eſt haut Doyen de
la Cathedrale de la meſme Ville.
Monfieur de Gremonville ,
leur Pere , eſt mort Preſident
au Mortier dans le meſme Parlement.
Monfieur Nicolas le Tourneux.
prieur de Villers ſur Fere
en Tardenois. Il eſt mort d'Apoplexie
depuis peu de jours.
Il avoit de grands talens , & il
les a fait paroiſtre avec beaucoup
d'avantage , & dans la
Chaire , & dans les Ouvrages
qu'ila donnez au Public. Sa Se-
L
1
202 MERCURE
maine Sainte, ſon Année Chreftienne
, & fes autres Livres de
Sermons font fort eſtimez .
Le Roy a donné pluſieursBenefices
. Mr l'Abbé Fouquet
a eſté pourveu de l'Abbaye de
S. lagut , de l'Ordre de Saint Benoift
, Dioceſe de S. Malo . Il eſt
Aumoſnier de Sa Majesté , &
d'une Famille où la pieté eſt
hereditaire. L'Abbaye de Nanteüil
en Vallée , Dioceſe de
Poitiers , qui eſt auſſi de l'Ordre
de S. Benoiſt , aeſté donnée à
Monfieur l'abbé de gineſte. Son
merite joint à beaucoup d'habileté
l'a fait employer auprés
des Miniſtres. Monfieur l'Abbé
de Brizac , Grand Vicaire &
Officialde Chartres , a eu l'Abbaye
de la Buffiere , Ordre de
Cifteaux , Dioceſe d'Autun ; &
Monfieur l'Abbé Bifot , celle de
4
GALANT.
203
S. Vincent de Besançon , Ordre
de S. Benoist . Monfieur l'Abbé
Bizot eſt fort ſcavant dans l'Antiquité
,& s'eſt acquis une eſtime
generale. Monfieur l'Abbé
le Vaſſeur a obtenu l'Abbaye
d'Aubepierre. Elle eſt de l'Ordrede
Ciſteaux dans le Diocefede
Limoges.
'
On écrit de Mets qu'il y eut
grande Solemnité le 21. de ce
mois au Convent & Hofpital
des Religieux de la Charité , où
Monfieur l'Archeveſque d'Ambrun
, qui eſt à preſent Eveſque
de Mets officia pontificalement.
Ce digne Prelat , qui a
fait bâtir cet Hoſpital , & qui
vientde le fonder , joüira pendant
ſa vie du plaisir de voir le
foulagement que les Pauvres
recevront d'une ſi pieuſe fondation.
Il eſt Frere de Monfieur
16
204
MERCURE
le Maréchal Duc de la Feüillade.
Ie croy , Madame , que ce
vous ſera une nouvelle agreable
d'apprendre que j'eſpere vous
envoyer avec cette Lettre un
Livre nouveau de l'Auteur des
Dialogues des Morts. Quoyque la
matiere de ſes Entretiensfur la
Pluralité des Mondes , foitentierement
de Philofophie , & par
conſequentmoins propre àplaire
à celles de voſtre ſexe , се
ſecond Ouvrage , auſſi galamment
tourné qu'il eſt , n'a pas
laiſſe de vous confirmer dans
l'eſtime que vous faifiez & de
fon eſprit & de ſa maniere d'écrire
, & cette eſtime ſera augmentée
ſans doute par ſon Hi-
Stoire des Oracles , qui ſera debitée
au premier jour dans la Boutique
de la veuve Blageart. Cette
GALANT. 205
Hiſtoire eſt compoſée de deux
Differtations. Il fait voir dans
l'une , contre l'opinion qui a prévalu
juſqu'à preſent , faute d'avoir
eſté aſſez bien examinée.
Que les Oracles n'ont point eſté
rendus par les Demons ; & dans
l'autre , Que les Oracles n'ont
point ceſſé au temps de la venuë
du Sauveur du monde.Ces deux
Diſſertations ſont divisées en divers
Chapitres , pleins de traits
d'Hiſtoire finement tournez ,qui
ont dequoy ſatisfaire également
&les delicats& les curieux.
Au reſte , il faut que j'avoüe
que je me fuis trompé dans la
penſée que j'ay evë que je pourrois
découvrir l'Auteur des Lertres
qui ont eſté imprimées ſous
le nom de Monfieur le Chevalier
d'Her..... Celle que je vous en
envoyay le dernier mois , mar
206 MERCURE
quoit que ce Chevalier , veritable
ou faux , avoit commerce
avec une jeune Penſionnaire det
Convent. Je connoisun Cavalier
plein d'eſprit & de merite , qui a
ce meſme commerce , &je m'étois
figuré que c'eſtoit celuy que
je cherchois; mais cela ne sçauroit
eftre , puiſque la perſonne à
laquelle il rend des ſoins , eſt
actuellement dans un Convent ,
& qu'il paroiſt par quatre ou
cing Lettres qu'on m'a fait voir
nouveau du Chevalier
d'Her.... que la Penſionnaire en
queſtion , a quitté la Grille
qu'elle eſt dans le monde , où ſa
beauté fait fracas , & qu'elle apprend
à chanter & à jouër du
Thuorbe ; ce qui ne s'accorde
point avec ce que j'avois ſoupçonné.
Ily a meſme une de ces
Lettres qui marqued'une maniede
"
GALANT. 207
re tout à fait galante l'extrême
ſurpriſe qu'elle eut la premiere
- fois qu'on luy fit voir l'Opera , &
que cet Opera eſtoit Pſyché.Cela
fait connoiſtre qu'il y a déja
longtemps que ces Lettres ont
eſté écrites , puiſque l'Opera de
Pſyché n'a point eſté repreſenté
depuis quatre ou cinq années.
l'on m'avoit promis dem'en donner
une copie , c'eſtoit un regale
que je prétendois vous faire de
temps en temps ; mais au lieu de
ces quatre ou cinq Lettres , je
pourray vous en envoyer bientốt
cinquante tout à la fois..
L'Auteur ayant veu par celle
dont je vous fis part le mois pafſé
, qu'elles commençoient à
eſtre publiques ,a crû devoir les
faire imprimer luy- même , afin
qu'au moins elles fuſſent plus
correctes. Ainſi un homme ing
208 MERCURE
connu les a apportées à mon Libraire,
quien va hater l'impreſfion.
Je les ay leuës toutes avec
un fort grand plaiſir , & je puis
vous aſſeurer que cette ſeconde
Partie ſera une digne ſuite de la
premiere.
Les deux Enigmes proposées
dans le Mercure d'Octobre ,
avoient eſté faites fur le Traverfin.
Voicy les noms de ceux qui
ont expliqué l'une & l'autre fur
ce mot . Meffieurs A. P. Boiſtel
de S. Romain ,de la ruë de Buſſi;
C. Hutuge ,d'Orleans;La Prairie
Cairon , Profeſſeur public .
des.Mathematiques ; I. Rafafou
de la Touchardiere ; Cambe
d'Haragne, Receveur au Bureau
d'Aix ; Dougan , demeurant à
Caen ; Meriel , maiſtre à chanter
, au même lieu ; La Tronche,
de Roüen i L'Amant des
GALANT. 209
-
S
a
1
,
deux belles Enjoüées ; le Solitaire
deſeſperé ; l'aimable Spirituelle
; Tamiriſte , de la ruë
de la Ceriſaye ; le Chevalier
de Viaraut Amant de la
grande Brune de la ruë des
Noyers B. G.; Raguenet de Colommiers
, & fa belle Philis ; le
jeune Cleante de Sarre- Loüis ;
le Frere ainédes trois aimables
Soeurs de la ruë de l'Arbre- ſec;
l'Habitant de la Place. G. ; le
petit Godon , de la ruë de la
Coûtellerie ; de Boiſduil, amoureuxde
la Corbeille de Morlaix ;
les trois Etats de Bretagne,amoureux
de la Sainte-amour , de la
même Ville; le Solitaire de la rüe
S. Severin; la Bonté même l'Exilé
d'Argentan ; le Fils de la charmate
Maman,de la Porte de Buſſij
l'Incomparable ; le NormandiP.
210 MERCURE
amoureux des Belles de Roſny ;
l'Aſſemblée nocturne des Amans
noirs ; le petit Coeur de Nanette
la teſtuë , enflâmé de loin par
Pivolle ; Colin la muſique ; l'Amant
des Belles de Blois de SainteCroix
de la Bretonnerie ; le
charmant Embonpoint de la ruë
du Cygne ; le gros Ventru à la
maigre mine , du coin de la ruë
de Richelieu ; le galant Suiſſe.
En vers , Meſſieurs Vignier ;
C.F. Lourdet ; l'aimable Catin
de la Conference , rue des deux
Ponts ; & l'Amant de Cileſie, de
la ruë des bons-Enfans ; Mademoiſelle
d'Aluſeau ,d'auprés S.
Roch ; l'aimable Bru de monfieur
B. T. L. de la rie S. Lo
d'Angers ; la belle Captive , du
plus beau quartier de Paris ; la
Reine des Procureuſes , l'Amante
infortunée;la belle MarGALANT.
211
guerite ; la belle Brune Champenoiſe
, de la rue S. Loüis dans
l'iſle ; la plus aimable des trois
Soeurs du Fauxbourg S. Germain
, & fa bonne amie l'Indifferente
; la Brune aux beaux
yeux , de la ruë de la Harpe ; la
belle Pleureuſe , du Quartier S.
Paul ; la Guenuche de Frederic;
la Mere de la petite Fille , de la
ruë de Richelieu ; la jolie Femme
groſſe , de la ruë S. Nicaiſe ;
la groſſe Maman , de la même
ruë.
La premiere des deux Enigmes
nouvelles que je vous propoſe
, m'a eſté envoyées ſous le
nom de l'Amant ſans eſpoir , du
quartier de la Place- Maubert .
A
212 MERCURE
ENIGME .
E remplis l'Univers de mille objets
funebres ;
De larmes ny de Sang je ne puis
m'aſſouvir.
:
P
Fils d'un Pere brillant , & né dans
les tenebres ,
Ieviensàla lumiere afin de laravir.
:
J'aime la couleur rouge,&je cause
lanoire.
Ie bleſſe &fuis bleſſe je bats&Suis
battu,
La honte ſuit mes coups , auſſibien
que la gloire,
Et jeſuis instrument device&de
vertu.
Un avare me cherche , un inhumain
m'employe.
Ie donne le trépas , &je rends eter
nel:
GALANT.
213
Mais en perdant autruy, moy-même
je me noye ,
Et me cache auffi tost que je suis
criminel.
Iefuis dedeux partis,& ie nesuis
point traître,
En un même moment j'attaque &
ieSecours.
Parmoy l'on est captif, par moy l'on
devient maître.
Tout cruel que iefuis , j'ay pourtant
mes amours.
Ie borne les Etats , & ie les fais
accroiſtre,
I'y fers également , en la guerre , en
la paix.
Toy qui m'entens parler, travaille à
me connoiſtre ;
Mais garde,si tu peux, de mefentir
jamais.
214 MERCURE
AUTRE ENIGME .
Celay post
Eluy pour qui ces Vers font
faits,
Est un signe d'amour auſſi bien que
de paix ,
Vn avant- goût d'un plaisir plus
Jolide.
Ilse pratique en tout set Univers:
Mais quoique que la mode en
decies ,
Ie ne sçaurois l'aimer qu'entresexes
divers .
Les Peuples meridionaux
Qui ne veulent point de rivaux
, :
Enfont un crime puniſſable ;
Maisnous, mieux aviſez, ne l'esti
monspas tel ;
Et pourveu qu'il n'ait rien qui le
rende blamable ,
GALANT.
215
Nous le iugeons civil, & non pas
criminel.
泰
Philis ,ſivous avezde la peine à
comprendre
Ce que par cet écrit ie veux faire
Sçavoir ,
Dés que j'auray le bonheur de
vous voir,
Ma bouche pourra vous l'apprendre.
Aprés vous avoir envoyé l'Hiſtoire
du Siege de Bude , qui ſert de
ſeconde Partie à ma Lettre d'Otobre,
j'avois deſſein de vous apprendre
les particularitez des Sieges
de Segedin &de Cinq-Egliſes,&
de la deffaite des Turcs qui
venoient ſecourir la premiere de
ces Places ; mais comme on n'a
point encore eu nouvelles que les
Troupesdes Imperiaux ayenteſté
216 MERCURE
miſes en quartier d'hyver , j'attendray
qu'on ſcache ſi la priſe de
Ziclos n'aura point eſté ſuiviede
quelque nouvelle entrepriſe , afin
de vous pouvoir donner un corps
plus entier du reſte de la Campagne.
J'y joindray les nouvelles
conquêtes des Venitiens , depuis
la priſe de Napoli de-Romanie.
Vous ferez bien aiſe d'avoir des
nouvelles de la Cour du Grand-
Seigneur. En voicy de ſeures, venuës
de bon lieu .
AConftantinople , le 9. Octobre 1686.
LBude ,
A confirmation de la prise de
venue seulement depuis
trois semaines , a causé icy
une fort grande consternation. On
publie tout haut quele Grand-Seigneur
est la seule cauſe de tous les
mal- beurs de cét Empire; & un peu
aprés que l'on eut appris cette nouvelle
1
GALANT.
217
ン
velle, un Iman ou Prédicateur Ture
ofa dire, prêchant devant Sa Hauteſſe
, qu'on ne pouvoit imputer
qu'à Elle feule le mauvais fuccés
de la Guerre , que ses débauches &
Sa vie faineante avoient attire
furles Ottomans la colere de Dieu;
qu'un Empereur devoit aller à la
Guerre , & non pas paffer sa vie
avec des Concubines: qu'il en seroit
puny toſt ou tard : que les Chiens
mangeroientfon corps en ce monde,
& que les Demons dévoreroient fon
Ame dans l'autre. Ce discours
effraya tous ceux de laſuize de l'Ima.
Ils s'imaginerent qu'on lesmaffacreroit
tous aufortir de la Mofquée
; mais le G. S. n'en parut pas
plus émeu. Ilfortit de la Mosquée
en diſant que l'Iman estoit unfou,
&demandaſes Chevaux pour aller
à la chaffe. On dit qu'on les luy refufa,
& que ce refus le fit penfor à
Novembre 1686. K
218 MERCURE
luy-mesme. Sapaſſion pour la Chaf-
Se est telle , que rien ne l'en a pû
encore détourner.Il y a un mois que
des Députez d'Athenes vinrent
icy demander permiſſion de contribuersurla
menace que leur avoient
faite les Venitiens, de mettre tout
à feu &àsang , s'ils ne donnoient
quarante mille écus. Le Kifler- Aga
ou chefdes Eunuques , qui a pour
apanageAthènes &ſes depandances,
ayant trouvé le Grand- Seigneur
feul dans un de ses jardins , prit
cette occaſion de luy parler du déplorable
estat des affaires de l'Empire
, & luy demanda ce qu'il fouhaitoit
que fift Athènes. Il luy répondit
que c'estoitson apanage , &
qu'ilpouvoitfaire ce qu'il voudroit,
&s'estant appuyéſur ſon caude il
Semità rêverjusqu'à ce qu'un Boſtangi
ou Iardinier luy vint dire
qu'ilvenoit de voir deux Liévres.Il
} 219
GALANT
ſe levadans le même instant,&de
manda fes Chevaux . Cependant le
murmure des peuples continuoit, م
le Grand-Seigneur qui crnignoit
pourſa perſonne , déposa le Mufti,
en luy reprochant qu'il eſtoit la cau-
Se de la Guerre ,par le Tefta ou
conſentement qu'il avoit donné,fans
lequelſuivant les Loix fondamentales
de l'Empire, on ne peut entre
prendre aucune Guerre que pour luy
il n'avoit rien épargné pour en
avoir un heureuxfuccés ,ayant donné
des hommes , des armes & des
vivres lors qu'on luy en avoit de
mandé, & que s'il avoit manqué à
quelque chose , c'estoit parceque le
Mufti ne lay avoit pas represente
lespreffantes neceffitez de l'Empire.
Il nomma le Cadilesker de Bornutie
ou chef de la justice d'Europe ,
pour remplir la Place du Mufii
qu'ildéposoit , en luy ordonnant de
K 2
220 MERCURE
ne luy rien cacher,&de luy marquer
ce qu'il devoit faire dans cette fåcheuse
conjoncture.Il luy dit que s'il
falloit ouvrir ſon treſor, vendreſes
joyaux,& même qu'il allast en per-
Sonneàla Guerre, il eſtoit preſt à le
faire pour délivrer fon peuple du
malheur dont il eſtoit menacé. Le
nouveau Mufti prit de làoccaſion
de luy representer que le peuple
estoit fort animécontre luy ,à quoy
il répondit , que veut- il ? Et comme
il montroit de la diſpoſition à
faire tout cequ'on pouvoit demander
de luy , le Mufti luy dit qu'il
avoit dans ſon Serrail plus de trois
mille Esclaves, que le Sultan Amurath
n'en avoit jamais eu plus de
trois cens;que la dépense que faisoit
une seule de ces Esclaves pouvoit
entretenir vingt Soldats , & bien ,
dit- il , je me réduiray à ce nombre.
LeMufti ajoûta que ladépen
GALANT. 221
ſe qu'il faisoit à la Chaſſe eſtoit
extraordinaire,& que s'il employoit
cet argent à entretenir ſes Trou_
pes,elles ne mourroient pas de faim
comme elles faisoient ; ce qui estoit
cauſe que laplus grande partie dé
fertoit ou periſſoit de neceſſité. Il
aſſeura le Mufti qu'il n'iroit deſa
vie à la Chaſſe ; qu'ilferoit noyer
Ses Chiens ; qu'il congedieroit fes
Officiers de Chaffe,&feroit étrangler
celuy d'entr'eux qui luy en
Parleroit. Le Mufti luy dit encore
qu'il avoit dans ſon Serrail quan
tité d'anciens Officiers, riches,puiſ
ſans & propres pour la Guerre,qu'il
falloit les y envoyer,&ſeſervirdes
richeſſes de ceux qui ne pourroient
ou nevoudroient pas marcher. Ces
remontrances ont eu quelque effet.
Le Grand. Seigneur a promis vingt
millions pour la campagneprochaine,&
la Sultane Affequi ou Sultane-
1
K 3
222 MERCURE
Reyne en a promis dix. Il a retran_
ché ladépense defon Serrail ; & on
affeure qu'il a fait ofter ou diminuer
beaucouple pain ou proviſion qu'on
donnoit à pluſieurs de fes Officiers.
Le Kiflar Aga qui avoit par jour
fix cens mesures d'Orge pour fes
Chevaux , n'en a plus quefix mesu.
res,& ainsi dureste des fournitures
qu'il reçoit journellement du Serrail.
On croit qu'on luy prendra encoreſes
richeſſes,qui ſontfort grandes,
puis qu'il a enſa garde toutes
les Femmes du Serrail , desquelles il
reçoit de grands prefens. Le bruit
court qu'on l'envoyera au Caire vivre
en homme privé,comme laplus
part de ſes Prédeceffeurs. Cette
Charge est une des plus belles de
l'Empire , à cauſequ'on est toûjours
proche de la Perſonne de Sa Hauteffe.
Le Selictar , ou Porte-épée du
Grand Seigneur , &fon Officier de
GALANT .
223
Cuiſine ont esté faits Bachas , avec
ordre de se mettre au plûtoſt en
équipage pourse rendre au Camp.
On en a encore nommé d'autres dont
je nesçay pas le nom. Le Bostangi
Bachi , ou Chef des fardiniers du
Serrail, parcourt toutes les nuits le
Canalde la Mer Noire , & s'il apperçoitdela
chandelle dans quelque
maiſon, avec la moindre apparence
d'Afſſemblée , il entre dedans poar
Sçavoir ce qui s'yfait. On dit qu'il
a trouvé dans celle d'un Grec deux
ou trois mille Sequins.Le Muftifai-
Sant faire réflexion au Crand Seigneur
sur la défiance qu'il devoit
avoir du Peuple , luy dit que pour
gagner ſa bienveillance , il falloit
qu'il allaſt ſouvent à Constantinople.
N'y fuis- je pas venu , répon .
dit-il? le Peuple m'en a-t- il témoigné
plus d'amitié pour cela t
Le Grand Vifira envoyé un Cou
K 4
224
MERCURE
rier du Camp avec une Lettre au
Grand Seigneur , par laquelle il luy
repreſente , que quand il a accepié
le Sceau de l'Empire , il s'est bien
imaginé qu'il auroit le fort de ceux
qui l'ont precedé dans la même
Charge,mais que Sa Hauteſſe devoit
fe reſſouvenir qu'il ne l'avoit acceptée,
qu'à condition,que ny les Troupes,
ny les vivres, ny l'argent ne luy
manqueroient ; que quoy qu'on luy
eust promis avant que deſe mettre
en campagne , qu'on luy envoyeroit
des Troupes de temps en temps , il
n'en avoitveu paroiſtre aucunes , ny
provisions. Ce Courier afſfeure qu'il
n'est pas resté une ame dans Bude ,
que tout y a esté paßé au filde l'é
pée ; que le Grand Visir a estéblessé,
&son fils tué , qu'il avoit repassé
le Pont d'Effec , & qu'Albe-Royale
estoit affiegée. On luy a envoyé ordre
de se rendre inceſſamment à la
GALANT.
225
Porte , afin de résoudre ce qu'il y
aura àfairepourla Campagneprochaine.
On dit mesme que le Conſeil
s'est fait representer l'Histoire des
Vies d'Amurat &de Soliman , avec
deffein de ſuivre les traces de celuycy
pour la Guerre , & l'oeconomie de
celuy la dans le Serrail.
M. Girardin, Ambaſſadeur de
France,alla le 6.de ce mois congratu
ler le Muftifurſa Dignité nouvele.
Ce Chefde la Loy ſe leva lors qu'il
levit entrer,ce qui ne s'estoit jamais
pratiqué pour aucun Ambassadeur,
Le Muftineſe levant ordinairement
que quand leGrand Seigneur le vient
viſiter, ce qui luy arrive affez rare.
ment , & alors il ne s'aſſied qu'après
que le Grand Seigneur luy a baisé la
main. Il ne ſe leve qu'à demy pour
le Grand Vifir.Cette distinction pour
l'Ambassadeur de nostre Auguste
Monarque fait affez connoiſtre que
K
८
226 MERCURE
۱
ce Ministre est fortement perfuade
de la Puiſſance dont les Turcs craignent
de reffentir les effets .La Con
verſation qu'ils eurent enſemble finit
parle Café , le Sorbet , l'Eaurose,
& le Parfum qu'on preſenta a
M.l'Ambassadeur ; aprés quoy s'étant
levez l'un & l'autre, ilsſe ſe
parerent avec de grandes protesta_
tions d'amitié.
Je ne vous parle point du
Voyage que la Cour a fait à
Fontainebleau; vousdevez eſtre
perfuadée qu'on y a fait regner
les plaiſirs tant qu'elle y a demeuré.
La Promenade, laChalſe
, le leu , la Paume , les Apar .
temens , la Comedie Italienne,
& Françoiſe , ont fait alternativement
le ſujerdes Divertiſſemens
qu'on y a pris, Le Roy qui
agit inceſſamment pour le bien
de l'Eſtar , s'eſt depuis quelques
GALANT. 227
:
années rétranché la plus grande
partie de ces plaiſirs afin de s'apliquer
entierementaux Affaire
Monfieur Boëffer Surintendant
de la muſique de laChambre du
Roy , qui ſert le Semeſtre de
Janvier , ayant mis un Opera en
Muſique , cer Opera a eſté repreſenté
à Fontainebleau en forme
de Concert , Sa Majesté a
bien voulu l'entendre, mais Elle
n'en faiſoit repreſenter qu'un
Aste chaque ſoir , afin d'eſtre
moins détournée de ſes ordinaire
occupations . La Muſique en a
eſté trouvée excellante,& le Roy
a marqué à Monfieur Boëſſet par
des paroles tres obligeantes qu'il
en eſtoit extremement fatisfait.
Sa Maieſté eſtant ſur le
point de partir pour Verſailless
& Monseigneur le Dauphin , &
Madame la Dauphine y estant
K6
228 MERCURE
arrivez le 13. de ce mois , mada
me la Ducheſſe de Bourbon qui
avoit déia commencé à ſe ſentir
indiſpoſée , ſe trouva tout à fait
mal de la petiteverole qui avoit
peine à fortir , ce qui fut cauſe
quele Roy ne voulut point partir
tant qu'il la crut en danger.
Monfieur le Prince n'eut pas fitoſt
apris cette maladie , qu'il ſe
rendit à Fontainebleau. Il fe
trouva dans l'Apartement de
cette princeſſe quand Sa Majeſté
voulut entrer dans ſa
Chambre , & apporta des raiſons
fortes pour l'empeſcher
d'aller plus avant , que le Roy
ne put refuſer à fon zele ce que
ſa tendreſſe luy fit long . temps
difputer contre ce prince . Madame
la Duccheſſe , de Bourbon
s'eſtant trouvée quelque - temps
aprés hors de, danger , le Roy
GALANT.
229
revint à Versailles , & toute la
Cour cut une joye qu'on ne
ſçauroit exprimer , d'aprendre
qu'il n'y avoit rien à craindre
pour la vie de cette jeune princeſſe
, qui en fait un des plus
beaux , &des plus grands ornemens
.
Quoyque le Roy fuſt dans une
ſanté parfaite,à la reſerve de l'incommodité
qui luy eſtoit ſurvenuë
il y a environ onze mois &
qui fuſt meſme en eſtat de monter
à cheval , &de chaſſer, comme
il faifoit tres - ſouvent , Sa
Majesté qui vit qu'Elle couroit
riſque de ſouffrir toute la vie
cette forte d'incommodité , à
laquelle ſont ſujets ceux qui
manquent de courage neceſſaire
pour s'en tirer,prit une reſolution
dignedeſa fermeté & comme ce
mal eſtoit grand plutoſt par la
230
MERCURE
douleur que l'operatió luy devoit
faire ſouffrir , que par la nature
dont il eſtoit , il cacha ce qu'il
avoit reſolu de faire , comme il
fait toutes les choſes qu'il juge à
propos de tenir ſecrette. Il ſçavoit
l'inquietude que donneroit
le mal qu'il devoit endurer,& ne
doutoit point que la crainte de
quelque accident , & l'amour
qu'on a pour luy ne fiffent trouver
des raiſons pour l'en détourner
; mais ce Prince vouloit ſouffrir
, afin d'eſtre plus en eſtat de
travailler fans ceſſe pour le bien
& pour le repos de ſes Sujets ,
& pour éviter les conteſtations
quiſe pouvoient former là deffus
, il aima mieux ſe charger de
toute la douleur , que de joüir du
foulagement d'eſtre plaint , ce
qui conſole beaucoup ceux qui
fouffrent. D'ailleurs il ſcavoit
GALAN T.
238
que ce bruit venantà ſerépandre
auroit jetté de la crainte & de
l'abattement dans tous les coeurs,
& qu'il rendroit incapables d'agir
tous ceux qui eſtoient occupez
pour les Affaires de l'Etat
, & il vouloit endurer ſeul ,
ſans que l'Etat en ſouffriſt un
ſeul moment. Ainſi ayant pris ſa
reſolution , il travailla à la faire
executer ſans que l'on s'en apperceuſt.
Comme jamais Prince
ne ſceat regner fur luy- meſme
avec tant d'empire , il en vint à
bout fans peine. Il ſe purgea
deux fois à Fontainebleau , parce
que venant enſuite à Versailles ,
ce changement de lieu devoit
oſter l'idée qu'on auroit pu prendre,
s'il avoit eſté poſſible qu'on
euſt ſoupçonné quelque choſe de
ſon deſſein. Il monta à cheval le
Dimanche 17.de ce mois , foupa
232 MERCURE
-
ce jour- là avec la Famille Royale
, & s'informa de Monſeigneur
où eſtoit le rendez vous de
Chaſſe le lendemain. On connut
le jour ſuivant, que ce Prince,
quoy qu'il duſt alors ſentir les
premieres atteintes de la peur
que luy pouvoit cauſer l'operation
, avoit demandé ce rendezvous
d'une ame tranquille , afin
que s'il arrivoit quelque accident
, il puſt en faire avertir
Monſeigneur. On a mémeremarqué
qu'il ſe coucha ce ſoir
là plus tard qu'à l'ordinaire. Il
marqua pour le Lundy 18.l'heure
de ſon lever , où la plus grande
partiede laCour ſe trouve ordinairement.
Il avoit pris la ſienne
plus matin pour l'operation.
Ceux qui devoient y travailler ,
ou dont la preſence eſtoit neceffaire
entrerent par differens
} 233
GALANT.
endroits,ce qui empeſcha qu'on
n'en euſt aucun ſoupçon. Quoy
que je ne faſſe point icy le détail
du reſte , je puis vous dire qu'il
s'y paſſa mille choſes dignes de
l'inébranlable fermeté du Roy.II
voulut voir tout ce qui devoit le
faire ſouffrir,& ne fit que ſoûrire
au lieu d'en paroiſtre étonné . Η
fit enſuite ce qu'un Prince auſſi
Chreftien que luy doit faire en
de pareilles occaſions,& fouffrit
patiemment, eftant toûjours dans
l'eſtat d'un homme libre , & qui
eſt aſſcuré d'eſtre maiſtre de ſa
douleur. Aucun cryne luy échapa,
& bien loin de témoigner de
la crainte , il demanda ſi on ne
l'avoit point épargné, parce qu'il
avoit recommandé ſur toutes
choſes de ne le pas faire . Si- toſt
qu'on eut achevé l'operation, la
porte fut ouverte à ce qu'on apel
134
MERCURE
lela premiere Entrée , c'eſt àdire
aux perſonnes qui ont droit
d'entrer les premiers au lever,
Les autres n'entrerent pas, parce
qu'il n'y eut point de lever. On
peut dire aprés cela que le mal
meſme du Roy devroit faire
trembler ſes Ennemis , s'il en
avoit , puiſqu'il ne ſerviroit qu'à
leur faire mieux connoiſtre de
quoy ſa fermeté eſt capable. Le
bruit de cette operation s'eſtant
répandu dans Verſailles, comme
on s'imagine toûjours voir les
maux que l'on craint , quand
meſme ils ne ſeroient point à
craindre ; la douleur parut fur
tous les Viſages, & l'ont euſt dit
à voir le Roy, que ce Monarque
eſtoir le ſeul qui ſe portoit bien
ayant remarqué qu'on ne faiſoit
aucun bruit , il ordonna que toutes
choſes ſe fiſſent à l'odinaire,
GALANT.
235
tint Conſeil dés le iour meſme:
& permit dés le lendemain aux
Miniſtres Etrangersde le ſalüer.
Quoy ique de ſemblables maux
ayent accoûtumê de cauſer un
peu de fiévre ſans pourtant qu'il
yait ſujetd'en apprehender aucune
facheuſe ſuite il ſemble que
le Ciel , pour ne nous pas alarmer
, n'ait pas voulu qu'il en
euſt le moindre reſſentiment .
On ne ſçauroit exprimer le triſte
eſtat où Madame la Dauphine
ſe trouva lorſqu'elle apprit que
cette operation avoit eſté faite ,
& l'empreſſement avec lequel
cette Princeſſe courut chez le
Roy ſans eſtre habillée.
Je devrois vous parler icy de
la Feſte magnifique que Monfieur
a donné à Saint Cloud , mais
je la referve pour ma troiſieme
Lettre , qui contiendra la Suite
236 MERCURE
du lournal de l'Ambaſſade , de
Siam , & le Voyage de ces Ambaſſadeurs
en Flandre , Je ſuis,
Madame , Voſtre, &c .
A Paris ce 30. Nου . 1686 .
:
Avis pour placer les Figures.
Lair, Ma douleur ,doit regar
der la page 55 .
Les armes des Cardinaux ,
doivent regarder la page 121 .
:
১
TABLE DES MATIERES
contenuës dans ce Volume.
Relude.
Portrait du Roy.
1.
3
Détail des Ceremonies obſervées le
jour que l'on conſacra l'EglisePa-
さ
roiſſfiale de Versailles , avec la
Description de cette nouvelle
Eglife,&du Bastiment des Preftres
de la Miffion. 11
Deviſes. 23
Sonnet . 24
Déclaration du Roy. 25
Madrigal. 29
Histoire. 31
Corpsàreffort. 39
Fable.
43
Réjoüiſſances faites au Havre de
Grace. 55
TABLE.
Madrigal. 64
Questiongalante avec la réponse.
66
Quatrième ſuite de l'Histoire des
Estampes , contenant toutes celles
qui ont esté gravées d'aprés les
OuvragesdeM. le Brun. 69
Estampes de M.Vandermeulen. 103
Ordre du Roy de Danemarc pourrelâcher
les Vaißeaux de Hambourg.
105
Bout de l'An de feu M. le Chancelier.
Histoire.
110
112
Armes des nouveaux Cardinaux ,
avec pluſieurs chofes concernant
leurspersonnes , &leur naiſſance.
121
Détail de tout ce qui s'est passéà
Fontainebleau le jour que Sa
Maiefté donna le Bonnet à M. le
Cardinal Ranuzzi,
isI
Baptefme du fils de Monsieur le
TABLE,
ComtedeMagny.
Ouverture du Parlement .
165
167
Ouverture de la Cour des Aydes.
179
Monsieur de Menibus receu Avocat
General au Parlement de Roüen.
168
Emplois de Monfieur de Mollondin.
190
Morts.
193
Abayes données . 201
Fondation d'un Hôpital de la CharitéàMets
par Monsieur l'Evêque
deMets.
203
Histoire des Oracles.
204
Nouvelles Lettres du Chevalier
d'Her....
205
Noms de ceux qui ont deviné les Enigmes.
108
Voyage du Roy à Fontainebleau. 216
Enigmes.
Lettre de Constantinople.
Fermeté de Sa Majestédans l'operation
quelle s'estfait faire.
212
216
FIN.
P
Extr
Ar Grac
Chaville
le Roy en fo
permis à I.
faire imprin
titulé MER
pluſieurs Pie
tures ,& au
rieux &ga
nôtre cher
pendant le to
à compte
Volu
pr
br
s , d'imprimer graver & de-
Livre ſans le conſentement de
ny d'en extraire aucune Piece,ny
ſervant à l'ornement dudit Livres
ed'en vendre ſeparément,&de donner
te ledit Livre; le tout à peine de fix mille
aille livres d'amende contre chacun des
contrevenans , & confiſcation des Exem.
plaires , contrefaits ; ainſi que plus au long
il eſt porté audit Privilege.
Registréſur le Livre de la Communauté le 14
Septembre 1683 .
Signé ANGOT , Syndic .
Et ledit Sieur J. D. Ecuyer , Sicur de
Vizé , a cedé & tranſporté ſon droit de
Privilege à Thomas Amaulry , Libraire à
Lyon , pour en joüir ſuivant l'accord fait
entr'eux.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères