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1686, 10 (Lyon)
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Eur.
511
m
1686,10
Eusx 5112
1686,10
Mercure
:
< 36624555060017
S
< 36624555060017
Bayer. Staatsbibliothek
33
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
OCTOBRE 1686 .
:
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY
ruë Merciere , au Mercure Galant .
M. DC. LXXXVI.
AVEC PRIVILEGE DU ROY,
7
Avis pourplacerles Figures .
'Air qui commence par
Silvie , doit regarder la page 35 .
La Figure doit regarder la
page. 141 .
L'Airqui commence par , La
ieune Iris , doit regarder la page
231
Bayerische
Stanrioliptheky
Pyben
i
TABLE DES MATIERES
contenuës dans ce Volumes.
Rélude...
au Roy
I
2
Réiouiſſances faites à Bourges
pour la Naissance de Monfeigneur
le Dac de Berry. 10
Epithalame. 37
Complimens faits à Monfieur le
-premier president de Rowen.
47
Jeu de l'Arquebuse...... 54
Lettre de Monsieur le Chevalier
d'Her ... 55
Morts, 65
Compliment fait à Monfieur de
Louvois à l'Academie de Peintu.
re & de Sculpture.
Penſion donnéeparleRoj..
72
81
2
TABLE .
Converfions. 82
Election d'un Procureur & Chef
de la Nation de France dans
l'Univerſité de Paris.
*
83
Election d'une jeune Fille pour Tutrice
de ſes Freres. 86
L'Hymen à Madamela Dauphi..
ne.
Madrigal.
Academie d'Angers.
87
92
93
Discours sur la Deviſe du Roy.
94
Cour des Monnoyes transportée
au grand Pavillon de la Courtneuve
du Palais.
133
Le Grand - Conſeil transferé à
l'Hostel d'Aligre , rue S. Honoré.
135
Avanture. 136
Histoire. 140
Nouvelle d'Alger.
Ce qui s'est passé en Hollande à
L'occasion de l'Ambassadeur de
148
TABLE .
Maroc. 153
Buste du Roy placé sur le Portail
de l'Hostel de Ville de Gref
noble , avec les Ceremonies obfervées
en cette occafion. 159
Autres réjoüiſſances. 162
Prise deNapolide Romanie. 163
Campagne du Roy de Pologne. 181
Lettre de Sa Majesté Polonoise au
General Teleki. 186
Affaire deHambourg. 195
Rejoüifſſances faites par le Comte
de Lobcovits. 198
Mariage de Monsieur de Biron
avec Mademoiselle de Bautru.
206
Monfieur Sauveur est nommé par
le Roy pour enfeigner les Mathetiques
à Monsieur le Duc de
Chartres. 208
Réjoniſſances faites à Grenoble &
à Cavaillon , pour la promotion
de Meſſieurs les Evefqaes
TABLE.
de Grenoble & de come. 209
Conversions faites à Mets. 214
Morts. 219
Memoires touchant la communau
oéde S. Loüis établir à S. Cir
228
Arrivée de la Flote de Cadix
230
Enigme. 234
Autre Enigme. 235
:
Fin de la Table.. J
Extrait du Privilege du Roy.
PaAr Grace & Privilege du Roy , donnéà
Chaville le 18. Juillet 1683. Signé , Par
le Roy en fon Conſeil , luNQUIERES. Il eſt,
permis à 1. D. Ecuyer , Sicur de Vizéeſt,
faire imprimer tous les Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , contenant
pluſieurs Pieces , Relation, Hiſtoires , Avantures,&
autres Ouvrages hiſtoriques , curieux
& galans , pour la fatisfaction de
nôtre cher & tres amé Fils LE DAUPHIN ;
pendant le temps & eſpace de dix années,
à compter du jour que chacun deſdits
Volumes ſera achevé d'imprimer pour la
premieres fois : Comune auſſi défenſes font
faites à tous Libraires , Imprimeurs Graveurs
& autres , d'imprimer , graver & debiter
ledit Livre fans le confentement de
l'Expoſant, ny d'en extraire aucune Piece,ny
Planchesſe rvant à l'ornement dudit Livret
meſme d'en vendre ſeparément, & de donner
à lire ledit Livre ; le tout à peine de fix mille
mille livres d'amende contre chacun des
contrevenans , & confiſcation des Exem.
plaires , contrefaits ; ainſi que plus au long
il eſt porté audit Privilege.
Registré fur le Livre de la Communaut
le 14. Septembre 1683 .
Signé ANGOT , Syndic.
Et ledit Sieur J. D. Ecuyer , Sieur de
Vízé , a cedé & tranſporté ſon droit de
Privilege à Thomas Amaulry , Libraire à
Lyon, pour en joüir ſuivant l'accord fait
entr'cux.
MERCURE
MERCURE
GALANT
OCTOBRE
:
1686.
4
C
E ne ſera point , Madame
, par une Action
particuliere du
Roy que je commenceray cette
Lettre. Tout ce qu'il a fait de
grand ſe trouve fi heureusement
ramaſſé dans une Epiſtre
en Vers , faite par Monfieur de
Senlecque , Prieur de Garnay ,
qu'il feroit bien difficile de pou
Octobre 1686 . A
2 MERCURE
voir fournir d'ailleurs un Eloge
de će grad monarque,qui eût les
beautez qu'elle contient. Comme
il ne faut que la lire pour les
connoiſtre , je me contente de
vous l'envoyer , & croirois vous
faire tort, ſi je cherchois à vous
prévenir ſur le plaiſir que vous
donnera cette lecture .
EPISTRE
AU ROY.
Ror, digne d'eftre éleu le feul Mortels ,
Que du temps des Cefars on l'eust
dreſséd'Autels !
Qu'on eust mesme en toy ſeul trouvé
• de Dieux enſemble !
Tu deviens Iupiter quand tu veux
que tout tremble ,
GALANT.
3
On voit revivre en toy la vaillance
de Mars;
Tusçais comme Apollon proteger
les beaux Arts ;
Tu peux far l'Ocean commander en
Neptune;
Tu n'es pas moins puiſſans que l'eſtoit
la Fortune;
Rome eust cru que Minerve euft
parlé dans tes Loix ,
Et qu'Heroule caft efté jaloux de
tes Exploits.
Ton esprit fait revoir la Iuftice
d'Aftrée ,
Et ton coeur la bonté de Saturne&
de Rhée ;
Et c'est cette luftice , &c'est cette
bonté ,
Qui ſoutiennent , grand Roy , tu
vare probité.
Te dis rare. En effet , peu de Rois,
comme Tite ,
Fontde la probité leur vertufavo
rite ;
A2
4
MERCURE
Etplus d'un Prince a crû qu'il ne
luy manquoit rien
Quand il ne luy manquoit que
d'estre homme de bien.
Sur tout , ceux que Bellone aime à
combler de gloire ,
Accordent rarement Themis & la
Victoire .
Achille n'eut pour droit que celuy
de fon bras,
Et la loy de Cefarfut de n'en avoir
pas.
Mais toy dont l'Equité tempere la
Vaillance ,
Qui tiens en mesme temps le Foudre
& la Balance ,
Tu regles tes Exploits fur ce qui
t'eſtpermis;
Tu deviens dans ton Camp Miniftre
deThemis;
Tu veux qu'à ta raiſon ta valeur
obeïffe ;
Et ton ChardeTriomphe est un Lit
deIustice. ٠١٠٠
GALANT.
S
Tu fais plus; ta bonté t'empesche
quelquefois.
D'écouter ta Iustice , & d'user de
tes droits..
Ony , quelquefois , grand Roy, ta
bonté t'afait rendre,
DesVilles que tes droits t'avoient
forcé de prendre.
Ie fçay que
12.2
devant Dole avec
toy tes Guerriers sorber
Ont parmy les glaçons moiſſonné
des lauriers ,
Et qu'aujourd'huyle Rhin écume
encor de rage , ob anuellam
Den'avoir pû former d'obstacle à
ton paſſage.yaho
Ie ſçayque ta vaillance a bordé
de tes Lis ,
Et la Sambre , & la Meuse , &
l'Escaut & la Lis ;
Que ton foudre est tombésur des
Villes ingrates , t
Et qu'il a fait d'Alger un bucher
dePirates .
A 3
6 MERCURE
Maisfans cette bonté qui regnoit
dans ton coeur , AR
Et quivainquoit LOVIS dés qu'il
estoit vainqueur ,
La fierté du Lion auſſi vaine que
grande ,
Daft bientost expirefur les xamm
parts
L'orgueilleux Amsterdam , qu'eust
foudroyé ton bras , 208101 233
Fuft bientoft devenu le tombeau
des Estats.
Valencienne eust fouffert tous les
malheurs de Trope
Elle estoit to conqueste , elle cuft
eſté ta proye. :
InDoge auroit en vain, auxyeux
de res Sujets. ,
Deſavoué fon peuple , &mandie
la Paix :
1
Ta kustice à son crime eust égalé
Sa peine ,
Et ta toutepuiffance cuft aneanty
Genne.
GALANT. 7
Oüy,si tu n'estoit bon , l'on cust vû
ta valeur ,
Voler jusqu'au Danube, &le gla
cer depeur ,
Ebranler plus d'un Trofne au feul
bruit de tes armes ,
Et faire un nouveau fleuve & de
Sang & de larmes .
!
Enfin Sans ta bonté Tripoli maintenant
1
Neferoit qu'une condre abandon.
néeau vent ,
Et Thunis n'eust osé concevoir l'esperance
D'éteindreavecses pleurs lefeu de
ta vangeance
Vous donc ,Heros cruels , qui
mesme vous vantez
Deverſer tout lefangde ceux que
vous domptez;
Vainqueurs , dont la furie afati.
guè les Parques;
Suivez dansſa bonté le plus grand
des Monarques,
A 4
8 MERCURE
Vous ne pourrezl'atteindre , encor
moins le paſſer ;
Mais leſuivre de loin , c'est beaucoup
s'avancer .
Et vous , Rois bienfaifans , bons
Princes, mais timides,
Vous qui dans vos conſeils n'ofez
marcher fans guides ,
Songez que mon Heros eft luy ſeul
fon Confeil;
Il brille parluy-mesmeautant que
le Soleil ,
Il fait mesme ébloüir quiconque
leregarde.
L'Aiglene peut souffrir les rayons
qu'il luy darde ;
Luy Seal , quand il luy plaift, éleve
dans les airs
Dequoyformer le foudre ,&punir
l'Univers.
LuySeul peut diſſiper le plus épais
nuage ;
Il est le Maistre enfin du calme &
del'orage.
GALANT.1
و
Maisje m'égare icy , moy qui
n'ay medité ,
GrandRoy , que quelques Versfur
taSeulebonté. า
C'est d'elle que tu fçais ceque
Sçavoit Auguste ,
Que Souvent la vangeance est
baſſe&mesme injustes
Qu'un Roy n'est plus un Roy dés
qu'il est en couroux ,
Et que le plus beau regne est tou
jours le plusdoux.
Aussile crime est-il l'objet ſeul
deta haine;
Tu reprens fans aigreur , tu punis
Kar avec peine.
Nousnete voyons pointferme avec
dureté,
Promptparimpatience , &fier par
vanité -
Ton air est obligeant , mefme quand
tu refuses , 1
Tu n'accuses jamais qu'ausſſitost to
w'excuses,
S
10 MERCURE
Quiconque enfin te voit, paffe cent
fois le jour
De l'amour au refpect , du respect
àl'amour,
Etquandon te verroitfans Sceptre
&Sans Couronne ,
On trouveroit toûjours un Roy dans
ta Perfonne.
Il faut vous parler des Réjouiſſances
faites à Bourges pour
la Naiſſance de Manſeigneur le
Ducde Berry. Toute la Province,
qui ſe ſouvenoit des avantages
qu'elle avoit eus autrefois
fous la protection deſes anciens
Dues, n'en eut pas plutoſt reçeu
la nouvelle , qu'elle en marqua
une joye qui ne ſe peut exprimer.
Les Berruyers on Biturigos
, anciens Peuples qui ont
habité cette Province , ont longtemps
tenu l'Empire des Gaur
GALANT.
14
les ,& ce furent eux qui réſiſterent
le plus à Cefar. Il ne
laiſſa pas de prendre Bourges
l'an 702. de Rome. Depuis ce
temps- làle Berry demeura ſujer,
aux Romains ,& il le fut enſuite
aux François. Il faiſoit alors
partie du Royaume d'Aquitaine.
Sur la fin de la feconde
Race de nos Rois cette Province
eut des Seigneurs particuliers,
qui prirent le titre de Comtes
de Bourges. Le dernier,
nommé Geoffroy , vivoit ſous
Hugues Caper. Il laiſſa un Fils
appellé Herpin , qui voulant
faire le Voyage d'Outre-Mer ,
vendit Bourges au Roy Philipe.
Ainfi ce Comte fut uny à la
Couronne juſqu'en 1360. que
le Roy lean l'érigea en Duché
& Pairie pour Jean de France,
fon Fils , Frere de Charles V.
t
A6
12 MERCURE
la chargequ'il retourneroit à la
Couronne , s'il mouroit ſans
Enfans males. Ce fut le premier
Duc de Berry , & il le fut pendant
cinquante ſix ans , n'eſtant
mort qu'en 1416. aprés Charles
& Jean de Berry , ſes Fils , qui
moururent fans Lignée. Vn autre
Jean de France , Fils du Roy
Charles V I. porta le titre de
Duc de Berry , & ce meſme
Roy donna le Berry en Apanage
à ſon cinquiéme Fils Charles,
qui devient enſuite Roy de
France, & fut le ſeptième de ce
nom. En 1464. Le Roy Loüis XI.
Fils de Charles VII. donna ce
Duché à Charles ſon Frere, qui
mourut fans Enfans. En 1472 .
leRoy Louis XII. laiſſa leBerry
pour usufruit à la Bienheureuſe
leanne de France,fa Femme
, aprés la diſſolution de
GALANT.
13
1
leur mariage. Elle prit le Titre
de Ducheſſe de Berry , & fonda
àBourges le Monastere des Fil-
Jesde l'Annonciade , où elle fe
fit Religieuſe ,& y mouruten
1504. François I. donna ce mê -
me Duché pour Apanage en
1517. à ſa Scoeur Marguerite
d'Orleans ou de Valois , alors
Ducheſſe d'Alençon , & puis
Reine de Navarre ; & en 1975 .
le Roy Henry III. le laiſſa à fon
Frere François , Duc d'Alençon,
qui mourut en 1584. ſans avoir
eſté marié. Le Roy Henry IV .
eſtant parvenu à la Couronne,
donna ce Duché, à la Reine
Louiſe , veuve du Roy Henry
III. Elle mourut en 1601. &
depuis ce temps il a toûjours été
uny au Domaine.
Meſſieurs de Bourges ayant
efté avertis par une Lettre de
14
MERCURE
>
و
fe
Cachet, qu'il avoit plû au Roy
de faire un Duc de Berry ;
Monfieur le Large, Maire, Mefſieurs
Delard , Ragueau , Coeur
doux & Dudanjon , Echevins
&Monfieur Sauger , Procureur
des Affaires communes
rendirent à l'Hoſtel de Ville ,
pour déliberer des marques
publiques qu'ils donneroient
de leur joye & afin d'avoir
le temps de rendre la choſe
pluséclatante,ils remirent au 17 .
du mois paſſé la Feſte qu'ils refolurent
de faire. Ainſi ils ordonnerent
que ce jour- là il ſeroit
dreſſé un Feu de joye &
d'artifice au milieu de la Place
du Marché; & qu'à l'avenir cette
Place ſeroit appellée la place
Ducale , juſqu'à ce que le Roy
leur euſt permis d'en faire conſtruire
une nouvelle en l'honGALANT
.
15
neurde leur nouveau Duc ; que
les Artiſans fermeroient leurs
Boutiques ,& les orneroient de
feüillages au dehors ; qu'à tous
les Carrefours & bouts des ruës,
il y auroit des Arcs de Triomphe
de Laurier , & d'autre verdure
, où feroient les Armes du
jeune Duc de Berry , avec des
Fontaines de Vin qui coule
roient tout le jour ; qu'à toutes
les portes cocheres on dreſſeroit
des tables garnies de paſtez,
jambons,& autres viandes.avec
pluſieurs bouteilles de Vin,pour
y arreſter tous les Paffans ; qu'il
y auroit des Illuminations à
toutes les feneſtres au dehors
des Maiſons , & un Concert de
Muſique & autres Inſtrumens
en la grande Place publique de
S. Pierre le Puellier àl'iſſuë du
Ecu de joye , avec des tables
16 MERCURE
remplies de 'toutes fortes de
rafraichiſſemens ; qu'en memoire
des ſept Ducs de Berry
on delivreroit ſept Prifonniers
detenus pour dettes ,&
qu'ontraiteroit tous les Pauvres
de l'Hoſpiral general. Cette Or
donnance ayant eſté publiée ;
lesHabitans ſe diſpoſerent avec
tout le zele imaginable àſolemniſer
cette grande reſte. Il y eut
par tout des Arcs de Triomphe,
ornez de feſtons , d'Ecuſſons ,
& de Peintures. On apporta
des Foreſts de bois dont on
embellitles ruës. On coupa des
Vergers entiers chargezde fruits
d'Hyver , & Monfieur le Large,
Maire de la Ville , n'épargnant
rien pour ſe diftinguer fit abatre
la muraille de ſa court , afin de
faire faire un Arc de Triomphe
de verdure, chargé des Armes de
GALAN T.
17
toute la Maiſon Royale , avec
quantité de Piramides illumi
nées de Globes& de Lampes ,
toutes ajuſtees aux Armes du
Duc de Berry. Il n'y avoit rien
deplus beau que les Boutiques.
Elles eſtoient ornées de fleurs ,
de feüillages , & de cartouches,
& aux fenestres eſtoient des
Fleurs de Lys , des Lanternes
hiſtoriées , des antiques,&enfin
toutes les dépoüilles des Cabinetsles
plus curieux . On voyoit
le Buſte du Roy , avec ce Vers
au deſſous ,
Vive diu , Biturix ,fub tanto
Principefelix.
Tout estoit remply d'Emblêmes
,& de Deviſes . En voicy
quelques-unes.
Un Lis dans un lieu où ily a
des Moutons qui paiſſent,& ces
Mots pour ame' , Nafcitur unus
ovili ,
18 MERCURE
L'Etoile du jour Lumen de
lumine...
La Roſée qui tombe dans
un Pacage où des MoutonsPaifſent
, In tenerâpecoria gratiffimus
herba.
Un Feu qui dans les commencemens
n'eſt preſque rien ,
mais qui s'allume enfuite avec
violence , & embraſetout,Vivet ,
&ex minimo maximus erit.!!
Vne Fuſée volante qui creve
en l'air ,& ſe répanden Etoiles ,
Hinc lumen& ardor ..
Un jeune Pin , Summa petet.
L'Hoſtel de Ville ſe trouva
orné d'une infinité de Lampes
illuminées . Il y avoit fix Portiques
de feuillages , où eſtoient
des Hercules qui repreſentoient
les Ducs de Berry. On voyoit le
Jeune Ducdans un grad tableau
de quinze pieds de hauteur ,
GALANT .
19
& large de dix à douze. Les
quatre Compagnies dela Ville ,
compoſées de gens fort leſtes ,
ayant paſſé en revevë avec leurs
Officiers à leur teſte ,allerent
ſe ranger en bataille, ſçavoir les
deux premieres , Bourbonnoux
&Auron devant l'entrée principale
de l'Egliſe Patriarchale de
Saint Eſtience & celles de S.
Sulpice & de Saint Privé , dans
la Placedu Cloiſtre de la meſme
Egliſe devant le Palais Archiepiſcopal.
Leschoses eſtantdifpoſées
de cette forte , & les
Magiftratsen Robe Conſulaire,
les premiers Magistrats, & tout
de Prefidial en tres bel ordre ,
softantrendus dans l'Egliſe avec
MonGeur l'Intendant àleur têις,
on commença à chanter le Te
Deum au bruit des Tambours ,
des Trompetes ,&desCloches.
20 MERCURE
2
Il fut fuivy d'un fort beauMo
tet, & la Simphonie & la MuL
ſique ſe firent également admierer
dans l'un & dans l'autre.
Lors qu'on eut finy le Te Deum ,
auquelMonfieur l'Archeveſque
de Bourges affiſta , la décharge
du Canon& de toute la Moufqueterie
ſe fit entendre . sur les
huit heures du foir, Monfieur
l'Intendant , accompagné du
Maire & des Echevins , alla allumer
le Feu que l'on avoit préparé
dans la Place Ducale , &
alors tout retentit de cris de
Vive le Roy , & Monseigneur le
Duc de Berry , & d'une nouvelle
decharge du Canon & de la
Mouſqueterie. Il y cut aprés cela
un tres-beau Feu d'artifice ,
d'où il fortit un tres - grand
nombre de Fuſées volantes & de
Serpenteaux , accompagnez de
GALANT.
21
a
S
-
1
Petards. Monfieur l'Archevêque
, qui fait tout avec grandeur
, finit cette Feſte par une
Illumination ſurprenante. Son
Baſtiment neuf eſtoit éclairé
d'un nombre infiny de Lampes
qu'on avoit rangées ſur les Balcons,
& fur les Saillies , auprés
de quelques Piramides qui paroiſſfoient
toutes enflâmées . Vne
Statuë qui repreſentoit Madame
la Dauphine tenant un Enfant
entre ſes bras , eſtoit élevée dans
la Place de l'Archeveſché , avec
ces deux Vers de Virgile écrits
fur le piedeſtal.
3
Et nova progenies cælo demittitur
alto
:
Clara Deum foboles , magnum
Jovis
incrementum.
Autour de cette Statuë regnoit
une Balustrade toute remplie de
Feux d'artifice , qui en forme22
MERCURE
rent mille autres , dont on voyoit
les uns s'élever en haut , &
les autres faire ſeulement la
rovë. Le bruit des Petards ſe
mefla au bruit des Boëtes , &
quantité de Fuſées volantes donnerent
long - temps un fort
grand plaifir. Si tant de magnificence
parut au dehors,ce Prelat
n'en fit pas moins éclater au
dedans de ſon Palais. Il y eut
troisTables ſervies avec aurant
de delicateffe & de propreté
que d'abondance ; la premiere
pour les Perſonnes d'Eglife ; la
ſeconde pour les Dames , & la
troifiéme pour les Gentilshommes.
Il y joignit tous les agrémens
que peut donner la Malique
à une feſte , & ce qui le fit
au dedans & au dehors de la
Maiſon de Monfieur l'intendant
ne fut pas moins remarGALAN
T.
23
quable. Les principaux Bourgeois
ſe ſignalerent de leur coſté
à l'égard du Peuple qu'ils
voulurent regaler , les uns par
des Fontaines de Vin expoſées
au Public , & les autres dans
leurs Maiſons , par des Tables
ſervies fort abondamment , &
ouvertes à tout le monde. La
nuit ſe paſſa dans la diverſité
des Spectacles , dont le principal
eſtoit ſur la plus haute Tour de
la Cathedrale , en forme d'une
Piramide ardente .
Le meſme jour 17.de Septembre
, Monfieur l'Abbé de la
Bourlidiere , Aumônier de la
feuë Reyne , & Treforier de la
Sainte Chapelle de Bourges , fit
chanter dans ſon Egliſe un Te
Deum en muſique , pour laNaifſancede
Monseigneur le Duc
deBerry. Il fut fuivy d'Illumina24
MERCURE
tions autour de l'Eglife, & dans
la place de la Sainte Chapelle ,
au milieu de laquelle on avoit
diſpoſé un tres-grand Feu , avec
quatre Tables aux quatre coins ,
&deux Fontaines de Vin , outre
d'autres Tables qui furent
ſervies ſous des Feüillées . De
temps en temps on entendoit
des Concerts de Violons & de
plufieurs autres Inſtrumens ,&
l'on fit partir, beaucoup de Fuſées
volantes , à la lueur defquelles
on voyoit un Etendard ,
que l'on avoit attaché au haut
du Clocher. Dans un des coſtez
de cet Etendard eſtoient les Armes
du Roy , & dans l'autre
celles du Duc de Berry , avec
cette Inſcription , Regem Ducem-,
que fequuntur. Pendant que le
Peuple eſtoit reçen à ces Tables
cet Abbé n'oublia rien pour regaler
GALANT.
25
galer ſes Chanoines. Il leur donna
un magnifique Soupé , & fit
voir avec grand zele la joye qu'il
avoitde la Naiſſance d'un Prince
qui va faire revivre le nom
du glorieux Fondateur de fon
Eglife. Ce fut Jean de France ,
Duc de Berry , & Fils du Roy
Jean qui la fonda, Il mourut
âgé de quatre- vingts ans , & fut
enterré au milieu du Choeur ,
où l'on voit ſon Tombeau . Cette
Eglife , appellée la Sainte
Chapelle ,dépend immediatement
du Saint Siege.
Les réjoüiſſances continuerent
àBourges les jours fuivans,
&il s'en fit encore de tres - remarquables
le Dimanche, 22 .
Septembre dans la Place du
Poids du Roy. On y avoit élevé
un grand Theatre , qui estoit
foûtenu par quatre colomnes ,
Octobre 1679 . B
26 MERCURE
chargées & embellies d'un
agreable mélange de fleurs &
de verdure. Quatre Bergeres
paroiſfoient au hautde ces colomnes
fur autantde piedeſtaux,
Elles tenoient leur Houlete
d'une main , & de l'autre cette
infcription.
Pafce greges , Biturix , inter
Borbonia tutos
Lilia ; Dux vigilans eft tibi ,
pafce greges ,
Le Theatre repreſentoit le magnifique
Palais de Versailles ,
lieu de la Naiſſance de Monſeigneur
le Duc de Berry . On y
voyoit les Vertus & les Sciences
venir à l'envy les unes aprés les
autres luy preſenterdes Deviſes
fur ce qu'il doit eſtre un jour.
Aumilieu de ce ſuperbe Edifice
eſtoit comme une Citadelle
munie de forts Baſtions , fur laGALANT.
27
,
quelle s'élevoit un Donjon environnéd'un
grand nombre de
Balustrades . C'eſtoit la demeure
delaRenommée & dela Victoire.
La premiere , employée à
publier la naiſſance de ce
Prince avoit cette Infcription
, Confiderate quomodo Libia
crescunt. Al'aifle droite eſtoit
l'apartement de la Paix , qui
venoit apprendre au nouveau
Duc qu'il eſtoit né dans un
temps où la France gouſte un
repos tranquille par les bontez
de noſtre Auguſte Monarque.
Elle portoit pour Deviſe , Pacis
- opus. L'appartement qui luy
faiſoit face,eſtoit celuy de Thé.
mis. Cette déeſſe faiſoit voir au
jeune Prince le Portrait de fon
Biſayeul Loüis XIII. & luy preſentoit
ces mots , Filius erit Proa
vofimilis. Deux grands corps de
B 2
28 MERCURE
Logis avec quatre Pavillons ,
faifoient l'ornement de l'aifle
gauche . La Force qui habitoit le
premier , venoit propoſer au
nouveau Duc les incomparables
Actions de LoüISLE GRAND ,
&luy marquoit parces mots l'attachement
qu'elle auroit pour
toute ſon auguſte Poſterité, Borbonios
Ducesfequor quocunque. La
Religion qui occupoit l'autre ,
venoit rendre hommage au jeune
Prince par reconnoiſſance
des ſervices que la Maiſon de
Bourbon luy a rendus de tout
temps contre l'Herefie. Elle faifoit
voir ces mots gravez ,
firma , perte intacta manebo. Les
Muſes , les beaux Arts , & les
Sciences avoient leur ſejour dans
les Pavillons ,& faisoient connoiſtre
par ces mots les grandes
choſes qu'il devoit attendre de
Iam
GALANT.
29
leurs foinspour ſon éducation.
Ducem ad ardua fingimus. Audeſſus
de ce ſuperbe Palais eſtoit
un Soleil , qui illuminant tout
ce Spectacle,enflâmoitdes coeurs
attachez à trois Portails par où
l'on pouvoit y avoir entrée. Ces
cooeurs avoient cette Inſcription ,
Luce tuâ vivimus. Au premier
Portail ,qui eſtoit chargé , comme
les deux autres , de Feſtons
ornez de Fleurs de Lys & d'Emblémes
eſtoient repreſentez
d'un coſté deux Signes , ta
Vierge& la Balance , quiſontles
Aftres ſous lesquelsest né le jeune
Duc;&de l'autre, le Chaſteau
de Versailles avec un Aſtre au
deſſus ,& le Dieu Mars pour Planete.
Au ſecond , du coſté de la
Porte de Paris , on avoit peint
quatre Siamois , que la Renommée
appelloit pour eſtre témoin
,
B3
30 MERCURE
de cette naiſſance. On y avoit
peintencoredes Alcions ſur une
Mer calme , & la Déeſſe Aſtrée
fur la Terre . On remarquoit le
Dieu Mars dans le troiſiéme Portail
. Il y avoit auſſi des Bergers ,
dont les uns tenoient des Chalumeaux
; les autres eſtoient profternez
devant le berceau du jeune
Duc , audeſſus duquel la Victoire
tenoit une Couronne. Plufieurs
Fontaines de Vin coulerent
dans la Place où fut donné ce
Spectacle,& il y avoit des Tables
ouvertes devant les portesdesOfficiers
, non ſeulement àtoute la
Milice , mais encore à tous ceux
des Habitans qui voulurent prendre
part à cette réjoüiſſance . Elle
commença par un Te Deum, qui
fut chantédans l'Egliſe de S.Pierrele
Marché , & ſe termina par
un grand Feu d'artifice.
GALANT. 3
Le Lundy7. de ce mois , la
Ieuneſſe de la meſme Ville, voulant
marquer à ſon Prince combien
elle s'intereſſe dans le bonheur
du Berry , s'aſſembla ſous
un' Drapeau blanc ſemé de
Moutous meſlez à des Fleurs de
Lys , pour faire connoiſtre que
cette Province joüit preſentement
d'un honneur dont elle
s'eſtoit veuë privée pendant plus
de deux Siecles. Au milieu
étoient les Armes du jeune Duc
avec ces mots au deſſous .
1
Hoc Juvenes. IVVENIſigne
dedêre DUCI.
Cette belle & jeuneTroupe ſe
rendit dans un équipage fort
leſte & fort propre dans la Place
qui eſt devant l'Eglife Cathedrale
, & où par ſes ſoins on
avoit préparé un Feu d'artifice.
Ledeſſein en eſtoit tel. Sur un
Theatre haut & large de douze
B 4
32 MERCURE
pieds , s'élevoit une Tour qui
en avoit treize de hauteur. Elle
avoit quatre Portiques , foûtenusdeleurs
Pilaſtres , & ornez
de Corniches , Friſes & Architraves.
L'ordre eſtoit Dorique,
&les carneaux de la Tour , qui
avoit quatre Fenestres & autant
deportes , donnant entrée chacune
fur fon Balcon bien ouvragé
, eſtoient percez de Fleurs
de Lys , & portez fur des Confoles
de feüilles de refente , au
lieu de Machicoli. Tout l'Ouvrage
eſtoit défandu d'un Parapet
, percé auſſi de Fleurs de
Lys, & accompagné de quatre
Guerites . Outre ces ornemens
d'Architecture , tout eſtoit embellyd'Ecuffons
de France & de
Berry, auſquels on avoit attaché
ces mots , Dedit hos Victoria
Flores.
GALANT.
33
Ily avoit quatre Deviſes , dont
la premiere eſtoit un Soleil , &
avoit pour ame , Nafcitur ut re
creet.
La ſeconde repreſentoit des
Moutons paiſſans à l'abry de
quelques Lys en fleur fous un
Ciel qui paroiſſoit grondant de
Tonnerre. Ces paroles en faifoient
l'ame , Tuti hocpræfidio..
Dans la troiſième eſtoit un
Oyſeau , qui a toûjours eſté le
ſimbole d'un bon Prince. C'eſt
un Pelican ouvrant ſes veines
pour donner ſon ſang à ſes pe--
tits. Vt prolem foveat.
La derniere eſtoit un Aigle
qui preſentoit un de ſes Aiglons
au Soleil , avec ces paroles,Di
gna Jovi Soboles .
L'Artifice & les Illuminations
répondirent à la beauté du
deffein ; & afin que dans de fis
BS
:
34 MERCURE
juſtes réjoüiſſances les oreilles
euſſent leur part du plaiſir , la
Muſique d'accord avec pluſieurs
Inſtrumens , fit oüir les
Vers qui ſuivent.
Pour noſtre jeune Duc chantons nos
plus beauxAirs ,
Pouſſons mille cris d'allegreſſe,
Tout ce que nous faiſons s'adreffe
Au plus grand Roy de l'Uni
vers.
Loignez-vous à nos voix,vigoureuſe
leunesse
Pour cet Enfant du Cielchery,
Puis que le bonheur du Berry
Egalement nous intereſſe.
Pour porter dignement iusqu'au
plushautdes Airs
Vn Nom pour nous fi plein de
charmes
GALANT. 35
Regiezle grand bruit de vos
armes
Aladouceurde nos Concerts..
Aprés que l'on eut joüy de
tout ce Spectacle , on ſe rendit
en un lieu où cette galante
Troupe avoit fait venir les
Violons pour donner le bal aux
jeunes Demoiselles de la Ville.
LaCollation leur fut ſervie ,
&rien ne fut oublié de tout ce
qui pouvoit contribuer aux plaifirs
de cette feſte.
Je vous envoye un Air nouveau
, qui eſt , comme tous les
autres , d'un de nos plus habiles
Maiſtres.
AIR NOUVEAU
.
Q
Vand i'estois ſeul près de
Sylvie
B6
36
MERCURE
:
Le croyois paſſerunevie
Douce, tranquille , & fans de
firs
Et je m'estois fait un plaisir
D'avoirſçen reſiſter aux yeux de
sette Belle,
Mais, belas ! que je croyois mal!
Dés que je vis Torcis s'attacher
auprés delle .
Ie vis que i'avois un Rival.
Ievous ay appris par ma Lettre
du mois d'Aouſt , que Monſieur
le Marquis d'Antin avoit
épousé Mademoiselle d'Ufez .
Dans le temps que ſe fit ce
mariage , il courut un Epithalame
pour ces jeunes Mariez ,
dont j'ay demandé une copie..
Je vousl'envoye. CetOuvrage a
reçeu des Connoiffeurs toute
l'approbation que l'Auteur pouvoitattendre.
Cela devroit l'obliger
à ne point cacher fon nom..
1
GALANT.
37
2
EPITHALAME..
CRace , aux heureux Deſtins,
enfinvoicy lejour ,
Que l'on va voir l'Hymen d'ac ..
cord avec l'Amour.
La Paix, comme l'onsçait, est rare
entre ces Freres ;
Ilssemblent estre nez l'un à l'au
tre contraires;.
Et pour s'entretenir dans d'éternelss
combats, 106
Toûjours ce que l'un veut l'autre
ne le veut pas,
Mais ils viennent de faire une
double alliancetic Ho
Et vont vivre long-temps en bonne
intelligence.c
1
En faveur de deux Coeurs l'unpoury
L'autre formeza
426
38 MERCURE
Etpar les plus beauxfeux l'un pour
l'autre enflâmes ,
Le coup, dont lesfrapa le beau
Fils de Cithére ,
Ne fut point de ces coups portez
parla colere ,
Commeilfot àVenus , dont il eſtoit
grondé,
Comme ilfit à Phébus, qui l'avoit
gourmandé,
Comme ilfait à plusieurs , dont la
longue Souffrance
De cet Enfant cruel fatisfait la
vangeance.
Lors que nos deux Amans feront
blessezau coeur ,
L'Amour ne fut jamais d'unefi
bellehumeur: 72
Tout flatoit ſes deſſeins, tout cherchoit
à tuy plaire ;
Il venoit d'obtenir des baiſers de
Sa Mere,
Et libre , avec les leux , les Ris&
Les Plaifirs
GALANT .
39
Ilalloit folâtrer au gré deſes deſirs
Amans , qu'il a vaincus , tout
vous est favorable,
Vivez , vivez heureux Sous Son
Empire aimable :
La Fortune vous fert, l'Amour rit
avec vous;
L'Hymen ferre vos Noeuds , eft.il
un bien plus doux ?
Vos iours pleins, de repos vont cou
lerfans alarmes:
La vie aurapour vous toûjours de
nouveaux charmes :
Surpris de vos plaisirs , vous ne
comprendrez pas 4
Comment tant de Bonheur peut
regner icy- bas,
Si vous avez fouffert quelque peu
par l'attente;
Si les Soupçons ialoux , la Crainte
impatiente ,
Kous ontfait quelquefoisfentir de
La douleur
14
40
MERCURE
L'Amour vous en fera mieuxsentir
ſa douceur.
Surpaſſant en attraits , en fentimens
fidelles ,
L'untouslesCavaliers, l'autre tou
tes les Belles,
1
Sans meſure tous deux & charmez
&charmans ,
Rien ne doit estre égal àvos contentemens:
La Nymphe a la beauté d'une
naiſſante Aurore , 9
Ou d'une aimable Fleur , qu'un
Zephir fait éclorres,
Sa bouche est un corail fait exprés
A `pour charmer..
Ses yeux ont un brillant qui peut
tout enflamer.
Le plus grand Dieu, reduit à brouterlerivage
,
Paſſa pour moins d'attraits le Bofphore
à la nage..
Helene aima Paris avec moins de
beauté
GALANT.
41
Penelopefit voir moins defidelité.
Venus a moins d'éclat, Diane moins
d'adreſſe ,
Iunon moins de grandeur , Pallas
moins deſageſſe.
On voit, par cesfaveurs du Destin
qui l'aima ,
Les exemples qu'elle eut , la main
qui laforma.
Ellea d'un tendre Amour l'air
&le caractere ,
Trop jeune à nos regards pour en
estre la Mere,
Etfivous la voyiezs'exposer aux
hazars ,
Sur un Courſierfongeux, cetAmour
estunMars.
Sila Nymphe au Heros difputa le
<courage ,
Le Heros , des apas , dispute l'avantage:
:
Sur le Prè c'est un Mars ; mais estilde
retour ,
:
42
MERCURE
:
A-t- il quitté le fer , ce Mars eft
un Amour.
9
Qui pourroit resister à tant de bonnemine?
Adonis moins charmant fceutenchanter
Cyprine.
Pour moins d'apas Diane eut le
coeur enflame.
L'Aurore aima Tithon moins digne
d'estre aimé.
On voit furson visage , on voit
dans sa maniere ,
L'esprit&les attraits defon aima.
bleMere.
Parler ainſi du Fils, c'est en un mot
marquer
Ce qu'unfort longdiscours nesçauroit
expliquer.
Le Sangdont vous fortez , a depuis
deux cens Lustres
Répandu Ses rwiſſeaux dans des
Vaines illuftres ,
Et pourformer les coeurs aux projets
lesplus hauts ,
GALANT. 43
S'est long- temps épuré de Heros en
Heros.
De vos nobles Ayeux l'éclatante
Memoire
Demande de ce Sang la durée & la
gloire:
Et l'on s'attend qu'aprés certain
nombre de iours ,
Lors que la Lune aura neuffois
fourngSon cours,
1
A peine verra-t-on la dixieme
paroitre,
Qu'en un digne Neven vous les
ferez renaître,
Et quepour empêcher ce beau Sang
de finir ,
Par vous on le verra tous les ans
raieunir.
Hatez-vous de remplir cette iufte
esperance ;
Pour vous l'Aftre du Soir , en leur
faveur, s'avance.
Que loinde nos Amans,Sous le
poids defesfers , ...
44
MERCURE
:
La Diſcorde à jamais gronde dans
les Enfers.
Qu'unlit vaste&Superbe enriches
broderies
Où brillent à l'envy l'or&les Pierreries
Icy foit élevé par les mains des
Amours ,
Et que l'Hymen joyeux leur prête
SonSecours.
Qu'un delicat travailen mille exploitsytrace
La vertu naturelle à leur auguſte
Race.
Queles plus doux Sommeils, &les
Ieux tour à tour
Devant ce lit pompeux viennent
faire leur Cour;
Et qu'enfin les rideaux ornez de
fleurs nouvelles ,
Soient tirez parles mains des Gra
ces immortelles.
Toy qui vas donner l'estre à tant
de demy-Dieux ;
GALANT.
45
:
Amour, ce que tu fais , quand tu
formes des Noeuds ,
N'estpas toûjours un coup aveugle
& témeraires ...
Et malgré la façon dont tepeint le
Vulgaire ,
Quand, pour tesignaler , tu fis un
choix fi beau ,
Alors tu n'avois pas fur lesyeux
un bandeau.
Faveurs des Immortels , heureu
fes Destinées ,
Qui reglez des Heros les trames
fortunées ,
Que ne puis-je , d'icy , dans la
posterité,
Voir lefublime éclat & la felicité
D'une Branche , qui dois fournir
parses Merveilles ,
Aux Malherbes futurs leſujet de
leursveilles ;
Ou plûtoft , noble Véne, Esprit che
ry des Cieux ,
46
MERCURE
Toy qui parlas si bien des auguſtes
Ayeux ,
Quene peux- tu , Voiture , enfurpaſſant
les Maistres ,
Chanter les Descendans ainſique
les Ancestres !
Par tes doctes écrits au lieu deme
regler ,
Sur defibeauxfuiets que ne peuxtuparler
,
Et pourquoy les Deſtins , enprolongeant
la vie ,
Ne t'ont- ils pasfait voir la troi
fiéme Iulie ?
Mais la Nuit , de ſon voile , a
couvert tous ces lieux,
Mille brillans Flambeaux ornent
l'Azur des Cieux .
Le Sommeil àses loix aſſervit la
Nature,
L'Amourſeul doit veiller dans
cette Nuit obfcure.
C'enest affez gardons de rompre
trop long- temps,
GALANT. 3 47
Vn Silence propice à nos heureux
Amans.
Ie vous appris il y a un mois
avec quelles acclamations Monſieurde
Faucon deRis avoit eſté
reçeu à Roüen , lors qu'ily vint
prendre poſſeſſion de la Charge
de premier Preſident du Parlelementde
Normandie. Le jour
qu'il y prit ſeance , Monfieur le
Noble , Avocat en ce meſme
Parlement , ayant à parler dans
la premiere Cauſequi fut plaidéedevant
luy , ſe ſervit d'une
occaſion ſi favorable pour luy
faire compliment. Il ditqu'il auroit
crû tromper l'attente publique
, ſi la premiere fois qu'il
avoit l'honneurde parlerdevant
ce grand Magiſtrat , il propoſoit
dés le commencement de ſon
Plaidoyé la Queſtion qu'il falloit
48 MERCURE
que l'on jugeaſt ; que ſes yeux
n'eſtoient pas ſeuls occupez àle
regarder , & que ſon eſprit ſe
trouvoit bien plus remply des
idées qu'il en avoit conçeuës ,
quede celles de fa Cauſe ; qu'il
avoüoit qu'un ſujet ſi vaſte &
fi élevé demandoit une bouche
plus éloquente que la ſienne ,
&que s'il s'eſtoit arreſté à faire
reflexion ſur ſon impuiſſance &
fur ſa foibleſſe , le filence euſt
eſté le ſeul party qu'il auroit dû
prendre. Après avoir ajoûté que
les plus grands Orateurs ne
pourroient fournir qu'à peine à
une ſi belle matiere, il pourſuivit
en ces termes.:
Tous ceux qui ont esté témoins
des Discours que Monsieur le Premier
Preſident a prononcez en public,
les ont admirez comme les
plus beaux Ouvrages ,& les plus
heureuses
GALANT. 49
heureuſes productions de l'esprit ;
&fi i'avois un rayon des vives lamieres
qu'ily a fait remarquer à
tout le monde, je ne craindrois pas
dediminuër, comme iefaisparmes
foibles expreffions , les Eloges que
merite cet illuftre Chefdu ſecond
Parlement du Royaume; maisMesfieurs
, voussçavez mieux ce qu'il
est que ie nepuis- vous le dire , &
quelque foin , quelque étude que
ie puiffey apporter , il m'est impoffible
de vous le representer tel que
vous le connoissez. Vous n'ignorex
pas que la Famille de Faucon est
originaire de France; qu'ayantpas-
Sé en Italie elle s'habitua à Florenoù
elle eut les premieres Charges
de la République , & s'allia
avec l'illustre Maison de Bucelli ;
qu'en 1495. François de Faucon
repaſſa en France,àlasuite du Roy
Charles VIII. qui revenoit du
Octobre 1686 ,
се ,
C
50 MERCURE
Royaume de Naples dont il avoit
fait la conqueste ; qu'Alexandre
de Faucon ,ſon Fils fut Evesque
deTulles , d'Orleans , de Mâcon ,
&deCarcassonne , & l'un des plus
Sçavans Prelats de fon temps ;
queleRoy François 1. l'honora de
fon estime en diverſes Negotiations
importantes ; que Claude de Faucon
, Seigneur de Puiredon & de
Ris, fut Premier President aux
Enquestes du Parlement de Paris ,
ensuite Confeiller d'Estat ,&premier
President au Parlement de
Bretagne ; qu'ilfervit utilement
l'Estat pendant les defordres de la
Ligue; que le Roy le députa Son
Commiſſaire pour la Paix àla Con.
ferencede Montmartre , & qu'en
retournant de Paris à Rennes , il
fut fait prisonnier par ceux qui
tenoient le Party des Ligueurs contre
le Roy , & compoſa pendant
GALANT.
fa captivité un Traité des Guerres
Civiles ; qu'il eut plusieurs Enfans,
l'un Chevalier de Malthe ,
ficonnu sous le nom de Comman.
deur de Ris , lequel consacra fes
jours & sa vie pour la défense
de la Religion , &pour le ſervice
du Roy , particulierement à la pris
fe de la Rochelle, où il ſeſignala;
que deux autres furent premiers
Preſidens en ce Parlement ; que
l'un , qui estoit Alexandre de Ris,
rendit beaucoup de fervices au
Roy & à l'Estat en 1620. durant
les Troubles de ce temps là; &que
l'autre , qui estoit Charles de Faucon
, mourut à Dieppe dans la
Maison du Roy, apres avoirbaran
qué Sa Majestéà la teste de Mesfieurs
les Députez de ce Parlement
que Jean Loüis de Faucon , fon
Fils. Perede Monsieur le premier
President , a auffi exercéavec hon-
C 2
52
MERCURE
১
neurlaméme Charge,&queMonfieur
le premier President , avant
que d'estre nommé pour la remplir,
a esté Conseiller en la Cour , ینم
Commiſſaire aux Requestes , Maiſtre
des Requestes , & Intendant
de Iustice dans les Provinces de
Bourbonnois & de Guyenne pendant
douze années. Ainsi,Mes-.
ſieurs , vous voyez que le rang qu'il
occupe , est la récompense desfervices
importans qu'il a rendus à
l'Estat dans tous les Emplois glo
rieux par lesquels il a déja paſſé ;
qu'encore que ses Ancestres ayent
esté ornez de la mesme pourpre
dont il est revestu , il ne brille pas
Seulement de leur éclat , & que
cette Dignité neseroit pas comme
hereditaire dans sa Maiſon, s'il
n'avoit pas poſſedé commeà droit
fucceſſif toutes ces rares qualitez
dont la Nature a effé prodigue enGALANT.
53
:
versluy , qui luy ont attire l'eſtime
&la bienveillance du Roy , & que
forment un Magistrat accomply. Il
finit ce juſte Eloge endiſant qu'il
ne doutoit point que celuy dort
il ſoûtenoit les interêts,ne reſſer -
tit les effets de cette fuperiorité
de Geniel, & de cet eſpritde penetratio
& de justice,qui accompagnoit
toutes ſes Déciſions , &
celles des luges devant lesquels
il avoit l'honeur de plaider.Il s'agiffoit
de la validité d'un mariage
Il occupa toute l'Audience,& ce
ne fut que dans l'Audience fuivante
, que Meſſieurs le Queſne,
Je Breton , & de Meherencplaiderent
felon les differens intereſts
qu'ils avoient pour leurs
Parties dans la meſme Caufe. Ils
firent auffides complimens fort
juſtes à Monfieur le premier Preſident,&
aprés que chacund'eux
eut parlé , Monfieur de Langrie
C3
$4
MERCURE
3
premier Avocat General , prit la
parolepourleRoy ,& fit admirer
la delicateſſe de ſes pensées
dans l'éloge particulier de ce
grand Magiftrat ,digne fucceffeur
du merite auffi-bien que
dela Chargede ſes Anceſtres,
Iepuis vous dire , Madame , que
cequia furpris tout le monde,
c'eſt la vivacité avec laquelle
Monfieur de Risa répondu fur
le champ,& fans préparation
àplusde cinquante complimens,
qui layont eſté faits dans foc-1
cafion dontje vous parle. S'il a :
fait briller ſon éloquence dans
labeauté du diſcours , la folidité
dujugement& la prefenced'efpritn'yontpasmoins
éclaté, fui-t
vant les qualitez differentes des
Perfones auſquelles il répondoit.
le croy vous avoir marqué
dans quelqu'une de mes Lettres,
que les Chevaliers du leu de
GALANT.
55
l'Arquebuſe , de Provins , gagnerent
le Bouquet à Nogent
au mois d'Aouſt 1684. L'obligation
où ils eſtoient de rendre
le Prix leur en ayant fait choiſir
lejour , ils firent ſçavoir par des
Lettres circulaires qu'ils le rendroient
le 25. Aouſt dernier
jourde la Feſte de S.Loüis. On
vint à Provins de toutes parts,
& ils employerent tout le Samedy
24. Aouſt à recevoir les Bandes
avec les ceremonies ordinaires.
Les uns à cheval, ayant
à leur teſte Monfieur Beſſel ,
leur Capitaine perpetuel , allerent
les recevoir hors la Ville
au ſon des Haut-bois & des
Trompetes , & les autres commandez
par Monfieut Guerin ,
leur Lieutenant , prirent ſoin
de les conduire au ſon des
Tambours & des Violons dans
C 4
56 MERCURE
les Loges qui leur eſtoient preparez.
On les regala enfuire
des Preſens accoûtumez de
Gonferves&de Vin . Le lendemain
toutes les Bandes ſe rendirent
en bel ordre dons l'Egliſe
Collegiale de Saint Quevace, où
laMeſſe fut celebrée par Monſieur
le Doyen de Jolycoeur,
ancien Aumônier de Monfieur.
Le Concert de l'Orgue & des
Violons fut admirable pendant
que les Drapeaux furent portez
à l'Offrande. L'apreſdinée
les Compagnies ſe raffemblerent
, & vinrent Prendre le
Bouquet & le Prix chez Monfieur
Beſſel ; Capitaine. On les
apporta dans l'Hoſtel de Ville,
où le Maire & les Echevins
preſenterent auxChevaliers une
magnifique Collation . Cet Hoſtel
eſtoit orné de Feſtons, d'arGALANT.
57
cades & de Guirlandes. On y
voyoit les Armes du Roy , &
&celles de la Province , & des
Gouverneurs , avec unTableau ,
où paroiſſoit un Rofier , & trois
Soleils au deſſus . Ces mots fervoientd'armes
à la Devife , Sole
triplici revirefco. Les Aimes de
la Maiſon d'Aligre font trois
Soleils , & le Rofier est le Hierogliphe
de la Ville de Provins,
qui vouloit marquer par là la
reconnoiffance qu'elle conſerve
des bons Offices que luy a rendus
Monfieur l'Abbé de S. Jacques
, Fils de feu Monfieur le
Chancelier d'Aligre. De l'Hoſtel
de Ville les Chevaliers allerent
à l'Abbaye de S. Jacques
pour y prendre une Médaille
d'or , de la valeur de vingt Loüis
que cet Abbé avoit propoſée
pour une cinquiéme Chaffe. Ils
C
3
58
MERCURE
pafferent le reſte du jour à ſe
divertir, &le foir au Bal en divers
lieux. Le Lundy 26. la
premiereChaffe fut ouverte par
le coup du Roy. Ce fut Monſieur
le Lieutenant General qui
le tira. On fixa le nombre des
Prix à quatre - vingt en quatre
Chaffes , vingtPrix à chacune ,
&le nombre des Tireurs fut de
236.de trente- fix Villes. Le pre
mier Panton for gagné par les
ChevaliersdeChaſteau-Tierry,
avec le Bouquet ,d'un coup de
broche fait par le Sieur Folien
Beaujou. Ce Bouquer eft ane
Tour ornée de Fleurs artificiel
les. Ce Vers Latin eſt écrit au
tour en groffes lettres ,
Condidit hanc Cefar ,fervar
nunc Cesare Maior.
La Ville de Provinsapour Ar
mes uneTour , à cauſe quedans
GALANT.
59
la Ville haute il y a une groſſe
Tour fort ancienne, baſtie par
Iules Cefar. Cela ſuffit pour l'intelligence
de ce Vers. Le fecond
Panton fut emporté par ceuxde
Chalons , d'un coup de broche
que fit le Chevalier Guyot. Les
Chevaliers de Provins gagnerent
le troifiéme Panton , par
un autrecoup de broche que fir
Mª Guerin Lieutenant. Le qua
triéme fut emporté par les Che
valiers de Meaux. Enfin l'on
tira une cinquiéme Chaffe, pour
la Médaille frapée au Coin de
Monfieur le Chancelierd'Aligre .
Ce furent ceux de Villenauxe
qui la gagnerent d'un coup de
broche fait par le Chevalier
Rivot. lamais ont n'avoit fi bien
tiré. Les Chevaliers de Provins
fe diftinguerent , & l'on n'en
fçauroit douter, puis que de qua
C6
८०
1
MERCURE
tre vingt Prix , ils en remporterent
vingt & un. 1.
Je croy vous faire plaiſir , Madame
, en cherchant à découvrir
qui eſt ce Monfieurle Chevalierd'Her
... dont vous avez
tant eſtimé le Recüeilde Lettres.
L'approbation que vous leur
avez donnée a eſte ſuivie de tous
ceux qui s'y connoiffent ,& le
cours qu'elles continuënt toû .
jours d'avoir , ne permet point
de douter qu'on n'y ait ſenty ce
tour fin & delicat que vous y
avez trouvé.Ce qui me faitcroire
qu'on en pourra connoiſtre
l'Autheur, c'eſt que l'on aſſeure
qu'il a intrigue avec une jeune
perſonne , qui eſt Penſionnaire
dans un Convent , & qu'il va
ſouvent l'entretenir à la Grille.
Il luy écrit meſme , & par une
Leture qu'on m'en afait voir , il
GALANT. 61
paroiſt qu'il prend gouft à ce
commerce. Il ſera bien mal aifé
qu'ildemeure long-tems ſecret ,
puiſque la jeune Penſionnaire
voulant le faire honneur de fes
Lettres , en a laiſſé échaper des
Copies. Voicy celle qu'on m'a
donnée. On m'en promet encore
quelques autres. Lifez ; le
vous croiray de mauvaiſe humeur
ſi aprés cela vous n'avoüez
pas que peu de Perſonnes ſcavent
écrire auſſi galamment.
A MADEMOISELLE ***
Vous voulez bien fouffrir
que je me
vante de vous donner de l'esprit.
Fay crû d'abord que c'estoit
quelque chose defort glorieux pour
moy ; mais ie voy que je vous en
denne tant en peu de temps que
3
62 MERCURE
ie vous avonë
ien'aypas grandfuiet de m'enfaire
bonneur. Lafacilité que vous avez
a en recevoir , diminuë extreme
ment le merite qu'ily auroit à vous
en communiquer . Vous qui n'estes
pas ingrate ,vous me donnez en
recompense de ce que je n'oferois
nommerdansune Letre qui doit en
trerdans un Conpent. Si cependant
ie croyois qu'iln'y eust que vous
qui duffiez la voir , je hazarderois
lemot d'amour,car
que ien'ay pas tant de respectpour
vous que pour la Mere de ... Les
jolies perfonnes en inſpirent moins ,
&vous êtes aſſurément bien plus jolie
qu'ell.eJemeplains doncàvous,
Mademoiselle de l'échange que nous
faiſonsensemble. I'aime mieuxvous
donner de l'esprit gratis,je vous declare
queje n'ay point affaire d'a
mour.Ce qui me déplaist le plus, c'est
que vôtre connoiſſancefi exacte que
GALANT. 63
vous voulez me donner un ametry
qui dure autant que durera l'efprit
que jevous donne. A ce compre ,.
ie vous aimerois toute ma vie ? Ie
vous rends tres humbles graces , i
n'ay iamais esté amoureux de cette
façonlà. L'aypromis àchaque Belle
que i'ay quittée , que je n'en aimerois
iamais d'autreplusfidellement..
Voulez- vous que ie manque tout
d'un coup àtant de promesses qui
estoient les feutes que i'efperois de
pouvoir tenir ? Ne me permettrez
vous point de conferver à l'égard
de toutes les personnes que i'ay
aimées cette espece unique de filelité
? Vous me rendez infidelle à un
monde de Belles tout à la fois.
_faut pourtant s'y refoudreſi on con
tinuë de vous voir , mais du moins
recompensez- moyfur le piedde cet.
te multitude & de Maîtreſſespasfées
, &de Maistreffes àvenir quer
64 MERCURE
is vousfacrific,carpendant le reste
de ma vie que ie voy bien qu'il
faut vous dévoäer , i'eſtois homme
à avoir encore quelque douzaine
ou deux de paffions. Vous étouffez
dans mon coeur toute cette belle ef
perance d'amours ànaiſtre. Ie n'ay
point de regretà la diverſité quiſe
fût trouvéedans ma viezi'euſſe aimé
tantôt une Brune,tantôt une Blonde
tantoſt une personnegaye , tantost
uneferieuse. Il mesemble que vous
raſſemblez le merite de tous ces diferents
caracteres Vous me paroiffez
gaye &ferieuse ,& ce qui est plus
Surprenant , i'ay tant d'envie de
rencontrer tout en vous, que ie vOHS
trouve blonde & brune en mesme
temps. Celame fait voir qu'ilvaut
autant que je vous aime vousſeule,
que ſi ie m'étois amusé à aimer en
détail toutes ces autres Perſonnes
quifont en vous en racourcy ,mais
1
GALANT. 65
auſſi afin que l'Empire d' Amour ne
perdist rien , il faudroit que vous
m'aimaſſiezautant qu'elles auroient
pûfaire toutes enſemble. Vous estes
ieune ; il feroit extrêmement glo ...
rieux que vostre coup d'eſſay fust
quelque chose de grand.
Voicy les noms des Perſonnes
dont j'ay aujourd'huy à vous
apprendre la mort. Meffire lacques
Canaye , Seigneur des Roches
, Grand Fonds & autres
lieux. Conſeillers Honoraire
en la Grand ' Chambre. Il
eſtoit Sous - Doyen du Parlement
, où il avoit eſté receu
Conſeiller le 30. Decembre
1633. Il mourut le 23. du mois
paſſé. Meſſire Estienne Canaye
fon Fils, fut recen Conſeiller en
la Premiere des Enquestes le
19. lanvier de l'année derniere.
Canaye porte d'azur au Chevron
१
66 MERCURE
d'argent , accompagné de deux
Etoiles d'argent en Chef, & d'une
rofe de mesme en pointe.
Dame Catherine Foretz,Femme
de Meſſire Bruno de Riqueri
,Seigneur de Mirabeau , Capitaine
au Regiment des Gardes
Françoiſes, morte le Samedy 28 .
de Septembre . Elle estoit Fille
de feu Monfieur Foretz , Confeiller
à la Cour des Aydes, fort
eſtimé dans ſa Compagnie par
ſa probité & par fon merite , &
eſtant demeurée Veuve de
Meffire Denys Feideau , Scigneur
de Vaugien , elle avoit
épousé depuis peu d'années
Monfieur le Comte de Mirabeau.
Elle est extremement regretez
de tous ceux qui la connoiffoient.
Monfieur Feideau ſon
premierMary , de la Famille des
Feideau originaire de la MarGALANT.
67-
che , eſtoit Frere de Monfieur
Feideau Preſident en la Cour
des Monnoyes,de deux Chevaliersde
Malthe ,&de feu Monſieur
Feideau Chanoine de No.
ſtre-Dame ,& petit Fils de feu
Meffire Antoine Feideau Confeiller
au Parlement en 1573 .
Certe Famille a fait pluſieurs
branches. Ilyen a une en Bour.
bonnois ; une autre des Sei
gneurs de Calende ,dont font
Meffire Henry Feidean Confeil
ler au Grand Confeil ,& Meffire
François Feideau Maiſtre
des Requeſtes ; une autre des
Seigneurs de Brou , dont eſt
Meſſire Denys Feideau , Maître
des Requeſtes , & enfin une
autre branche , quia finy en la
perſonne de Dame marie Feideau
, qui épousa meſſire Timoleon
de Daillon , Comte du
68 MERCURE
Lude. Feideau porte d'azur au
Chevron d'or , accompagnéde trois
Coquilles de mesme , & Foretz
porte d'argent à trois Croiſſans de
Sable au Chefd'azur , chargé de
trois Teſtes de Cerfs d'or.
Monfieur le Comte de Mirabeau
, ſecond Mary de Dame
Catherine Foretz , dont je vous
apprens la mort , eſt de la maiſon
de Riqueti de Provence, où
cette Famille , quoy qu'Eſtrangere,
nelaiſſe pas de tenir rang
parmy les plus diftinguées , tant
parelle-même que par les grandes
Alliances qu'elle a faites.
Ils font aujourd'huy cinq Freres
vivans. L'aiſné qui eſt marié,
eſt Monfieur le marquis de mirabeau
, Syndic de la Nobleſſe du
Pays. Le ſecond eſt Monfieur
l'Abbé de Mirabeau , fort connu
par ſon ſçavoir . Le troiſiéme eſt
GALANT. 69
L
Chevalier de Malthe,& Capitaine
d'une des Galeres de Sa
Majeſté. Le quatrième eſt Monſieur
de Beaumont , auſſi Chevalier
de Malthe. Il a commandé
long-temps un Vaiſſeau du
Roy ,& vit preſentement retiré
dans ſa Commanderie de Selve.
Le cinquiéme eſt Monfieur de
Mirabeau Capitaine aux Gardes
, demeuré Veufdepuis peu
de jours.
Meffire lean Gaudard , Sei
gneur de petit Marais , le Piple ,
& autres lieux , mort le 3. dece
mois. Il eſtoit Doyen de la
Grand Chambre du Parlement
de Paris , & avoit eſté receu
Conſeiller le 7. May 1627. меб-
- fire lean lacques Gaudard ſon
Fils , fut receu le 11. Mars 1667 .
Conſeiller en la Premiere des
Enqueſtes. Ils portent d'or à la
70
MERCURE
bande d'azur , chargéedetrois dé.
fences de Sanglier d'argent. La
mort de Monfieur Gaudard a
fait monter à la GrandChambre
Meſſire Jeande Brion ,Conſeiller
enla Troiſiéme de Enquefres
, & Meffire Charles Hervé
eſt preſentement Doyen du
Parlement , où il fut receu le
28. Fevrier 1633 .
Dame Marie de Thierſault ,
morte le 9. de ce mois.Elle eſtoit
Femme de Meffire Sebastien du
Bois , Seigneur de Guedreville ,
Signy , & autres lieux , maiſtre
des Requeſtes Honoraire ; &
Preſident au Grand Conſeil , où
il fut receu en 1667. & Soeur
de Meffire Guillaume de Thierfault
, Conſeiller au Grand
Confeil. Monfieur le Preſident
deGuedreville eſt Frere de mef.
Gre lean du Bois, Sieur du Me-
:
GALANT.
71
niller , Conſeiller en la Grand'
Chambre, dont le Fils qui eſtoit
Maiſtre des Requeſtes , & Intendantde
Iustice dans le Bearn,
eſt mort depuis quelque temps.
DuBois du Menillet& deGuedreville,
portent d'argent au chef.
ne de Sinople , au Chef d'azur ,
chargé de trois Croiſſans d'argent.
Il ne faut pas s'étonner ſi l'on
voit les Arts en France dans le
plus haut point de perfection
où ils ayent jamais eſté chez aucune
des Nations étrangeres ,
puis que le Roy n'épargne pas la
dépenſe ny les Miniſtres , leurs
ſoins pour les faire fleurir tous
en general , & chaque Art en
particuliers. On en peut juger
par ce qui ſe fait pour la ſeule
Academie de Peinture . & de
Sculpture. On y diſtribuë des
Prix tous les trois mois à ceux
72
MERCURE
des Eleves qui ont le mieux
réüſſi , & les Vainqueurs eurent
l'honneur de les recevoir le 20.
du mois paſſé de la main de monſieur
de Louvois . Ce zelé Miniſtre
s'y eſtant rendu le jour que
jeviens de vous marquer. MonſieurGuillet
de S. Georges , Hiſtoriographe
de l'Academie , luy
fit le Diſcours qui ſuit.
MONSEIGNEUR ,
L'Academie ne sçauroit porter
plus loinſa joye ny ſes defirs, aprés
toutes les preuves qu'elle a des foins
que vous prenez pour elle auprés
del'Auguste Monarque qui l'afondée.
Auiourd'huy vous la favori.
fezde vostreprefence ; chaquejour
vous luy procurez de nouveaux
bienfaits , & vous ne mettezpoint
d'intervalle entre les graces que
VOUS
GALANT.
73
vous luy faites . Aussi , prévenuë
d'un zele qui nese ralentit point,
elle parlefans ceffe de sa Pension
augmentée fous vos auspices , pour
rendre fonEcole plusfloriſſante.Sans
ceffe elle vante les nouveaux Prix
inſtituez à la fin de chaque Quar
tier, pour tenirſes Eleves dans une
émulation continuelle : & jamais
elle n'oubliera les Gratifications
particulieres , accordées avec au
tantde bonté que de discernement
à pluſicurs Ecoliers , dont le peu de
fortune auroit interrompu les Etudesfans
unSecoursfi utile.Cefontlà
, Monseigneur , des marques
Senſibles de vostreprotection ; mais
l'Academie ne croit pas vous en
pouvoir témoigner une plus forte
reconnoiſſance , qu'en s'appliquant
Sans relâche à cultiver fon Art illuftre
, pour en ſoûtenir la réputation
, & luy conſerver l'avantage
Octobre 1679. D
74 MERCURE
qu'il a de celebrer les grandes
Actions du Roy . & de contribuer
àlaſplendeur de la France ; car
enfin la Compagnie est persuadée
querienne vous est plus cher que
leService& la gloire de SaMajesté,&
qu'on nemanquera iamais
de vous plaire, quandfur les grands
exemples que vous en donnez, chacun
y employera ſes talens. C'est
dans cette veuë , Monseigneur,que
les Eleves , animez d'une noble
ambition , &flatezd'une agréable
esperance , ont disputé les Prix
que vous allez diſtribuer aux Vain_
queurs , tous engeneralconnoiſſaut
assezque l'honneur de recevoir ces
Prix de voſtre main est le puiſſant
motifde leurs études , la principale
cauſe de leurs progrés , & le comble
de leurgloire. Parmy les foins que
l'Academie à pris pour eux , elle
a continué les deux Afſemblées de
chaque mois ,pour regler,dans l'une,
4
GALANT.
75
les affaires qui se prefentent,&
pour entretenirdans l'autre , ceste
liaison d'amitié ,&cet esprit de
Societé, qui a toûjours estéfinoces
faire ,&fi lovable dans le com
merce des Compagnies illuftres. Icy
cette unionſefortifie par des Con
ferences,dont la matiere est tirée
des Ouvrages de Peinture où de
Sculpture qui ont esté donnez
par chaque Academicien pour
Sa Réception , & qui peuvent
estre diviſezen trois especes Selon
qu'ony atraitédes Surets de Devotion
, des Suiets tirez purement de
l'Histoire , ou bien des Suiers Alle
goriques , dont le fons mystericux
exprime les principales circonstances
de la Vie du Roy. Ces differens
Difcours ont leur utilité particulie
re , qui est mesme jointe àbeaucoup
de plaifir ; car fi l' Academi.
cien qui en écoute la lecture , fu-
D2
76 MERCURE
poſe qu'il auroit pû traiter le même
ſujet , il remarquera dans l'Ouvrage
proposé de certaines choses
qu'il voudroit avoirfaites , quelques-
unes qu'il auroit évitées,mais
außi quelques autres dont ilne ſe
Seroit iamars avisé : ce qui luy donne
lieu , ou de s'inſtruire en ſecret,
ou de se confirmer dans ses lumieres.
Dans la suite de ces Lectures
ien'ay pû garder l'ordre des années
qui convient au ſuiet de chaque
Ouvrage , parce quej'en ay fait le
Discours à mesure que les Acade
miciens m'ont donné un Memoire
de leur Deffein ; mais cette diftin-
Etion des temps fera ponctuellement
obſervée dans un Recueil particulier.
Voicy donc la suite des Tableaux
de Reception qui ont ſervy
d'entretien à l'Academie. Celuy de
Monfieur Paillet , furle Triomphe
GALANT. 77
des.Armos du Roy , aprés la Ba
taille des Duues , gagnée le 14.
Juin 1658. Celuy de Monsieur
Houaſſe , ſur l'estat où se trouva
laHollande ,qunnd le Roy y fit en
perſonne la Campagne de 1672.Le
Tableau de Monsieur Friquet ,fur
-les avantages de la Paix signée à
Aix-la-Chapelle en 1668. Celuy
de Monsieur Bologne l'aisné ,fur
les progrés de la Campagne de
1676.fameuse par la reduction de
Condé,de Bouchain , & d'Aire ,
&par le secours de Mastric. Le
Tableau de Monfieur Bologne le
ieune ,ſur la Paix de Nimegue ,
concluë en 1678. Celuy de Monficur
Toutain ,Sur la seconde Conqueste
de la Franche Comté en
1674. Celuy de Monsieur Blan.
chard , fur la Naiſſance du Roy
en 1638. Celui de Monfieur Corneille
le jeune ,far l'Infraction de
D3
78 MERCURE
F
la Foy publique , que les Ennemis
du Roy violerent dans l'Affemblée
de Cologne en 1674.. Le Tableau
deMonfieur Monier,fur une idée
generale du progrès des Armes du
Roy. Celuyde Monsieur Montagne,
Surla Penfion que le Roy accorda à
l'Academie en 1654. Le Tableau
deMonsieur Parroſſel,far la prise
de Mastric en 1674. Celuy de
Monfieur Coëspel le Fils, fur la
Splendour du Regne de Sa Maiefté.
Celuy de Monfieur Halé , fur le
rétabliſſement de la Religion Catholique
dans Strasbourg en 1681 .
Celuy de Monfieur Vignon , fur
les Prix que le Roy inftitua dans
I' Academie en 1654. Celuy de M.
Arnoul , fur le Mariage de
Monseigneur le Dauphinen 1680 .
LeTableau de Monsieur Alexan.
are,fur les Avantages de la Paix.
Celuyde Monsieur de Seve lejeune,
:
GALANT.
79
3
fur la Paix des Pyrenées , concluë
en 1659. Le Tableau de Monfienr
Verdier , fur la Triple Alliance ,
Signée en 1670. Le Bas relief de
Monfieur Maniere le Pere , fur le
Combat de l' Art contre la Nature.
Le Tableau de Monsieur Yvar,Sur
la gloire de la Sculpture. Celuy de
Monsieur Jouvenet ,fur Esther&
Aßuerus, Celuy de Monsieur Bonne-
mere, fur l'origine des Couronnes
de Laurier , &fur les honneurs
décernez aux Armes &aux Arts ,
Sousle Regne de Sa Maiesté. Le
Tableau qui a feruy d'entretien
dans la derniere Conference , est
celuy de Monsieur Stella , quiarepreſenté
les leux Pythiens , pour
faire allusion au Carrousel que le
Roy fit en 1662
Le reste des Ouvrages de Reception
, qui conſiſtent presque tous
en Bas- reliefs , doit estre expliqué
D 4
80 MERCURE
fans relâche ,&formera bientoft
an Recueil , qui nefera peut- estre
pas indigne d'estre mis an iour. Il
y a long- temps , Monseigneur, que
te Publicsouhaite qu'on luy faſſe
part des productions particulieres
de l'Academie , qui espere de répondre
bien- toſt à cette attente.
Ellese diſpoſe à faire voir en cette
occafion qu'elle n'est pas muettefur
les Elogesde fon Auguste Fondateur
, aprés les avoirpubliez avec
Saccès en toute autre rencontre. Ce
fera là que par des Estampes particulieres
, qui conviendrontàchaque
Ouvrage ,le Burin Secondera
le Pinceau &le Ciseau, pour montrer
qu'il leur est dignement affocié
dans les prérogatives de l'Academie.
Plusieurs Academiciens
ont déia fourny leurs Esquiffes ,&
Monsieur Corneille le jeune à même
donné la Planche de fon TaGALANT.
81
bleau. Ainsi , Monseigneur, chacunſuivra
le mesme projet avec
d'autant plus de chaleur , qu'il le
croira conforme àvos intentions ,
puis qu'elles feront toûjours execu
tées avec une ſoûmiſſion tres-refpectueuse.
:
Vous ferez ſans doute bien
aiſe d'apprendre que le Roy a
donné une Penſion de mille
écus a Mademoiselle d'Heudicourt,
outre une ſomme de dix
mille écus qu'il a ordonnéqu'on
luy fiſt toucher tout à la fois.
Cette liberalité luy eſt d'autant
plus avantageuſe , que jamais
prince n'a eſté d'un plus juſte
difcernement dans ſes bienfaits ,
que ce grand Monarque. Mademoiselled'Heudicourt
a beaucoup
d'eſprit , & les fentimens
fort relevez. Elle a eu l'honneur
DS
82 MERCURE
d'eſtre élevée pendant quelques
années auprés de Monfieur le
Duc du Maine , & de madame
la Ducheſſe de Bourbon. l'efpere
qu'elle me fournira bientoſt
l'occaſion de vous entrerenis
plus particulierement de
toutes ſes belles qualitez . Elle
eſt Fille de Monfieur le marquis
d'Heudicourt , grand Louvetier
de France & Mestre de Camp
d'un Regiment de Cavalerie..
Madame la Marquiſe d'Heudicourt
, la Mere , eſt de l'illuſtre
Maiſon de Pons.
Enfin , Madame , aprés une
exacte recherche de la verité
MonfieurleMarquis du Bordage
a embraffé la ReligionCatholique.
Il a voulu eſtre entierement
convaincu de ſes Er
reurs avant que d'y renoncer ,
&tant qu'il luy eſt reſté des
GALANT. 83
Doutes , il en a cherché l'éclairciſſement.
Il fit Abiuration
àLifle en Flandre ſur la fin du
mois dernier , entre les mains de
Monfieur l'Eveſque de Tournay.
Le Dimanche 29. de Septembre,
Monfieur le Curé de Saint
Germain en Laye baptifa le
Sieur Abraham Alvares , Fils.
du Sieur Ilac Alvares , natifde
Londres , en prefence de Monſieur
l'Eveſque de Chalons. Il
cut pour parrain Monfieur le
Ducde Noailles , & pour Marraine
Madame la Ducheſſe de
Noailles la Douairiere. Chacun
connoiſt la vertu & la pieté de
l'un&de l'autre. Ils luy donne..
rent le nom de Loüis Jules..
Monfieur l'Abbé Billet , Dire-
Aeurdes jeunes Eccleſiaſtiques
de S.Jean en Grève , a eſté éleu:
D6
84 MERCURE
Procureur & Chefde la Nation
de France dans l'Univerſité
de Paris. Cette élection ſe fit
le 10. de ce mois ,& fut accompagnée
de tant de marques de
fatisfaction& de joye de la part
de toute cette Nation , qu'ily a
long-temps qu'on n'a vû chez
elle donner une Charge d'un
conſentement ſi univerſel , ny
avec un aplaudiſſement plus
general. Le remerciement Latin
qu'il fit fur le champ à l'Affemblée
, luy attira l'admiration de
tous les Scavans qui la compofoient
. L'Eloquence naturelle
de cet Abbé eſt ſoûtenuë de
beaucoup d'érudition , & fes
manieres honneſtes le font eſtimer.
de tout le monde.
Noſtre Amy , dont vous me
demandez des nouvelles , eſt de
retour du Voyage qu'ila fait en
GALANT. 85
!
Normandie . Il m'a appris qu'il y
avoit vû une Demoiſelle qui
foûtienttres-dignement la gloire
de voſtre Sexe. Elle s'appelle
Mademoiselle Cherences . Elle
eſt d'Evreux , & d'une Famille
où ceux dont elle deſcend ont
toûjourstenu les premiere Charges
du Prefidial. C'eſt en effer
quelque choſe de rare & de fingulier
,que ce qui s'eſt fait en ſa
faveur. Elle n'avoit que ſeize
ans quand elle perdit ſon Pere
& faMere,& tout Pupille qu'elle
eſtoit par ſon peu d'âge , elle
ne laiſſa pasd'être élevé Tutrice
de deux Freres & d'une Soeur
pár la déliberation des Parens,
tant ils luy trouverent d'intelligence,
de jugement , de conduite
&de ſageffe . Mademoiſelle
de Boüillon qui vivoit alors , &
qui avoit connoiſſance de ſes
86 MERCURE
belles qualitez , voulut bien
entrer dans cet avis , & quoy
que cette inſtitution d'une Sooeur
mineure , choiſie pour Tutrice
de ſes Freres , fuſt contre la Reglede
toute la Juriſprudence, &
contre le droit Municipal de la
Province , qui exclut les Filles
detoutes les Charges Publiques,
Tutelles , Curatelles , & autres,
les luges des lieux autoriſerent
cette élection , fort perfuadez,
que cette jeune perſonne répondroit
parfaitement à la confiance
que ſes lumieres & fon
eſprit avancé faifoient prendre
enelle..
L'eſprit eſt un grand tréſor..
Heureuſes celles à qui la nature
en a eſté liberale. Mademoi-
- ſelle Bernard de Rouën eſt de
ce nombre. Tout ce qu'elle fait
aun tour fin & aifé , qu'il eſt
GALANT. 87
difficile d'attraper à force d'étude.
Je vous envoye un nouvel
Ouvrage de fa façon . Il eſt extremement
eſtimé , & les applaudiſſemens
qu'il a receut
à la Cour, on eſté ſuivis de ceux
de tout le Public. La matiere
ne pouvoit eſtre plus noble. Le
titre ſuffit pour vous le faire
connoiftre..
?
L'HIMEN
A MADAME
LA DAUPHINE.
TE l'avoüray de bonne foy ,
Jen'étois ng galant ny tendre ,
Mais vous avez fceu me le
rendre
a
Envous engageant fous ma Loy..
88 MERCURE
Depuis le jour heureux ( il m'en
Souvient fans ceffe )
Où j'unis vos appas , adorable
Princeffe ,
Avec ceux d'un Herosplus brillant
que le jour ,
Le ſuis auſſivifque l'Amour ;
Non pas pour tous , plus d'une
Epouse en gronde,
Mais il faudroit pour charmer
un Epoux
Que
C'est ce
l'on fuftfaite comme vous,
qu'on voit peu dans le
monde.
Deux Princes dont l'amour à lieu
d'estre ialoux ,
Me donnent fur ce Dieu d'aſſez
grands avantages ,
Le le diray , deuſſay-je exciterfon
couroux ,
Non , l'Amour nesçauroit montrer
de tels ouvrages.
Quefera ce dans quelque temps
GALANT. 89
Que par mille Vertus , mille Faits
éclatans
Du Pere de l' Ayeul ils feront
les Images?
Qu'ils imitent leurs faitsGuerriers
,
I'en suis feur , mais LOUIS en
treprend une affaire
Qu'en vain ils voudroient imiter
,
Son zele heureux ne laiſſe rienà
faire ...
Ils ne pourront que l'entendre
conter.
:
Déia la gloire en eſt ſemée ,
Par la voix dela Renommée,
Dans les plus reculez Climats ,
Quelfuiet d'entretien pour les Peu.
ples Barbares !
Car franchement je ne jurerois
Pas
Qu'on ne connust Calvin chez
lesTartares.
१०
MERCURE
Grace à celuy qui l'a détruit
Son Nom paffera d'âge en age ;
Dansfon progrez il a fait quelque
bruit ,
Mais dans sa chute il en fait
davantage.
Mevoilà loin de mon fujet ,
Mais lors que d'un discours LOUIS
devient l'objet ,
Et que c'est àvous qu'on s'adreſſe,
Il n'est pas aiséde finir ;
On ſçait aſſez,Grande Princeſſe,
Que c'est vous bien entretenir.
Les loüanges que Lon vous
donne
Ne vous touchent que foiblement.
Vous les aimez en la Perfonne.
D'un Pere Auguste, &d'un Epoux
charmant,
Vous loüer cependant , feroit bien
mon affaire ,
Ie voy les gens de prés & dis les
Veritez
GALANT. gf
Les voſtres auroient lieu, Princeffe,
deVOUS plaire 3 J3 757 3
Mais vostre modestie égale àvos
beautez
Contraint fur ce sujet l'Hymen
mesmeàfe taire.
-On ne parle que des Ambaſſadeurs
Siamois depuis qu'ils
font arrivez en France. Chacun
s'entretient des marques
d'eſprit qu'ils y donnent tous les
jours ,& jevous en vois vousmeſme
aſſez ſatisfaite , par la
connoiſſance que vous en a
donné la Relation particuliere
que je vous ay envoyée de tout
ce qu'ils ont dit icy de plus remarquable.
Vous ſçavez leurs
moeurs . Dans ce que je vous en
écrivis au mois de fuillet à
l'occafion de l'Ambaſſade de
Monfieur le Chevalier de Chau
92
MERCURE
mont ,je vous marquay qu'ils
n'ont point eu de Dieu depuis
Nacodon , qu'ils pretendent
s'eſtre enfin aneanty aprés plus
de cinq mille Tranſmigrations
en toutes fortesde Corps. Cette
opinion qu'ils ont conſervée , a
donné lieu à ces Vers de Monſieur
Vignier.
MADRIGAL.
IES Siamois , ces Teſtes Baza
nées
Ont de l'efprit afſurément.
Laſſez de chercher vainement
Le Dieu qu'ils ont perdu depuis
longues années ,
Avec des Trefors inoüis
Ils sont venus en diligence
GALANT. 93
Voirs'ilneseroit point en France
Caché dans l'Auguste LOVIS.
Vous avez raiſon de vous
plaindre de ce que je ne vous
ay encore rien dit de l'Academie
Royale d'Angers , dont l'Ouverture
ſe fit le premier jour de
Juillet dernier ; mais ayant eſté
prié de la part de ceux qui la
compoſent , de n'en parler que
fur leurs Memoires , j'attens
qu'ils me les envoyent. Ils m'ont
promis une Copie de leurs. Lettres
Patentes , les noms & les
qualitez des Academiciens , les
fonctions auſquelles ils doivent
eſtre employez , leurs Statuts,
les Ceremonies qui ſe ſont faites
le jour de leur premiere Affemblée
, & les Difcours qui y ont
eſté prononcez. Je ne doute
pointqu'ils ne metiennent paro
94
MERCURE
le. Ils feroient tort à toute la
France , & particulierement à
leur Proviuce, s'ils ne publioient
pas la permiffion qu'ils ont de
faireunCorps ,puiſque la gloire
n'en doit pas ſeulement rejallir
fur eux , mais ſur toute leur
Patrie ,& fur le Roy meſme.
Ce ſont en effet les merveilles
de fonRegne qui produiſent ces
fortes d'établiſſemens. En atten
dant que j'aye receu ces Memoires
, je vous envoyeun Dif
cours de Monfieur le Chevalier
de Longüeil , l'un des trente
Academiciens dont cette nouvelle
Compagnie eſt compoſée.
Je vous ay déja parléde luy plufieurs
fois. La beauté de cet
Ouvrage vous fera juger de l'eſ
prit de tous ceux du même
Corps. Comme on ne sçauroit
douter qu'ils n'en ayent beauGALANT.
95
coup , il ſeroit à ſouhaiterque
chacun d'eux en donnaſt de
pareilles preuves au Public. Si
cela eſtoit , je pourrois vous
promettre de vous envoyer
long-temps de tres beaux Ou
vrages.
DISCOURS
SUR LA DEVISE
DUROΥ
A Meſſieurs de l'Academie
Royale d'Angers.
ESSIEVRS ,
Vous voyez briller ce Soleil qui
éclaire toute la Terre, &dont nous
1
}
96 MERCURE
admirons la beauté. Il est au milieu
desa course ,&nous le voyons élevé
sur nos teftes. C'est LOUIS LE
GRAND , le plus Sage & le plus
puiſſant des Monarques. C'est
LOUIS , le tres- Chrestien , le Victorieux
, qui s'est élevé jusqu'au ſoin
de la gloire , d'où il voit les François
luy faire hommage de la felicité
qu'ils goûtentſousſon Empire.
CegrandMonarque amonté de
Victoire en Victoire jusqu'au faiste
de cette grandeur que toute l'Europeredoute
, commele Soleil monte
de degré en degré jusqu'au plus
haut point de ſa courſe ; & femblable
à cet Aftrequi en commen.
çant de paroiſtre ne se montre pas
moins grand qu'il est dans ſa plus
haute élevation , il a fait éclater
dans tous lestemps cette ame havte
, cevaſte genie qui formoit ces
deffeins extraordinaires qu'il execute
GALANT.
97
te chaque jour ; il a toûjours fait
voir LOUIS LE GRAND tel que
nous levoyons autourd'huy .
Combien de merveilleux évenemens
, combien de grandes actions
de prudence & de valeur ont ren .
duſon nom le plus fameux de l'Vnivers
! Toute la terre en est dans
l'étonnement. Voussçaurez, Mes
ſieurs , les rendre presentes à la
poſterité la plus éloignée , parce
qu'elles doivent efſtre immortelles
comme elles font heroïque. Vous
rappellerez les temps écoulez du
Regne glorieux de LOUIS LE
GRAND , vous pourrezle ſuivre
par tous les lieux où il a paſſsé,parce
qu'il y a laißé les marques éclatantes
de Ses Triomphes.
C'est vous , Meſſieurs , qui devez
obſerver toutes les vertus , tous les
travaux de ce grand Monarque.
Le titre d'Academiciens , dont il
Octobre 16.86 . E
98 MERCURE
vient de vous honorer , marque ce
qu'il attend de vous. Pour moy ,
dont la veuë est encore foible , ie
n'ose & ne puis le regarderfixement
dans l'éclat qui l'environne ;
mais comme l'on peut réünir lesra
yons du Soleil avec un miroir , a
mesurer fon mouvement par une
protectionfur un plan ,Sans lever
lesyeux au Ciel,j'ay ébauchéquel
ques traits du Portrait de ce grand
Prince ,fansme hazarder de foûtenir
témerairement ſes régards.
Je m'en suis formé lidée en confiderant
cette illustre Deviſe qui se
preſentefans ceſſe à nos yeux , &
qui apour corps le Soleil , & ces
mots pour ame , Nec pluribus
impar.
Ne doutez point , Mis que cet
te Deviſe Royale ne nous découvre
toute la grandeur du deſtin & du
merite de l'auguste LOVIS , en le
GALANT .
99
representant ſemblable au Soleil
dans l'étenduë du parallelle qu'on
en peut imaginer. Elle nous fait
concevoir l'esperance de le voir
commander à toutes les Nations;
elle marque qu'il est digne de gouverner
plusieurs Empires , comme
Le Soleileft capable d'éclairer plufieurs
Mondes.
SOL
....... Nec pluribus impar
Orbibus-
........
Imperiis.
REX
Nec pluribus impar
Aplus d'un Monde entier le Soleil
peut fuffire;
Ainſi le plus grand Roy qui ſoit
dans l'Univers ,
LOUIS peut gouverner cent
Empires divers ,
Ou l'Univers entier devenir ſon
Empire.
E 2
100 MERCURE
६ Mais Sans m'arreſter à toutes
les applications differentes que l'on
peut tirer des rapports communs
qui se trouvent entre le Soleil &
le Roy , ie vais faire voir que
LOUIS LE GRAND na
point de pareilfur la terre , com
me le Soleil n'en a point dans le
Ciel , & que par divers effetsſem.
blables à ceux de cet Aftre , il
fait dans la France ce nombre pro
digieux de merveilles que le Soleil
fait dans la Nature.
SOL
....... Nec pluribus impar
Sideribus .
REX
....... Nec pluribus impar
Regibus.
LeCiela ſon Soleil ,& la Terre
àſon Roy;
L'un & l'autre obſerve la loy
1
GALANT. IOT
De ces deux AuguſtesMonarques
:
Les rayons du Soleil font pâlir
tous les feux ,
LesVertusde LOUIS parcent
illuſtres marques
Le font entre les Rois voir le
plusglorieux..
t
Le Soleil est le Roy des Aftres,
LOVIS est le Soleil des Rois. Tout
ce qui fe peut diredu plus grand
des Rois-, on les doit dire de LOVIS
LE GRAND, & ce n'est que
de luy qu'on le peut dire. Quel est
le Heros de la Renommée ? Quel
est l'Arbitre de la Paix & de la
Guerre ? Quel est le Roy aimé ,
obéy de ſes Sujets, craint & admiré
de tous les autres Peuples , töûjours
victorieux , toûjours juste ,
magnifique , bienfaisant , c'est à
dire , veritablement Roy ? LOVIS
E 3
102 MERCURE
feul a acquis par fa vertu ces Titres
qui dureront éternellement.
Luy Seul a reçeu du Cielces rares
avantages qui le rendent aimable ,
comme les Heros , à tous ceux qui
le regardent, parce quefa Perſon--
ne eſt auſſi royale quefon Ame.
Ce n'est pas seulement de la bouche
des Peuples qu'il tire l'aveu de
fa grandeur , mais de celle des Šouverains
qui viennent eux- mesmes:
jusqu'au centre de la France , luy
faire des foûmiſſions inoüies jusqu'à
preſent , incroyables à la posterité.
Les Genois s'humilient devant
LOVIS LE GRAND pour recevoir
la loy qu'il leur impose , & le pardon
qu'il ne refuse point à tous
ocux qui se mettent en estat de
L'obtenir. Les Rois autrefois recher
choient l'alliance & l'amitié des
Romains ; Rome elle - mesme qui
avoit offensé LOVIS LE GRAND ,
GALANT.
103
a esté obligée d'implorerſa clemence
royale , elle a élevé une Pira
mide pour prévenirſa juste vangeance.
Le Roy, ſemblable au Soleil élevé
dans le Meridien qui nesouffre
point d'ombre ſur la Terre , eft au
plus haut point de gloire où puis-
Sent arriver les hommes. Ily demeure
&par Saprudence , & par
faforce , &balance lefort de toute
l'Europe. C'est un Monarque
élevé an deſſus de la Monarchie
mesme. C'est un Prince qui furpaſſe
tous les autres Princes par une
grandeur qui luy eft propre , parce
qu'il s'est éleve en élevant la France,
& qu'il n'est pas moins neceffaire
à ses Peuples pour la vie cis
vile & politique , que le Soleil
l'eſt à tous les hommes pour la vie
naturelle.
Qui Sçait mieux que vous
*
E 4
104 MERCURE
Messieurs; que LOVIS n'est pasfew
lement le Pilote qui gouverne le
Vaiſſeau de la France , qu'il n'est
passeulement le Theſée qui la retire
du Labirinthe de l'erreur , &
Son Auguste qui luy donne le plus
beau Siecle qu'elle eut jamais mais
qu'il est luy - même l'ame de ſes
Etats , & cet heureux genie de-la
France qui luy fait prendre l'af
cendantfur tous les autres Empires
du Monde ſemblable au Soleil qui
eft le Pere de la Nature ,le prin
cipe du mouvement , & l'ame de
l'Univers ?
Le Soleil est dans le Ciel l'Ima
ge de l'Auteur de la Nature ; les
Rois expriment aussi parmy les
hommes des traits merveilleux de
la puiſſance ou de la Sageſſe de
Dieu ; mais pour trouver un Roy
qui ait quelque rapport avec cet
adorable original , ilfaut parcou-
*
GALANT .
1ος
rir toutes les Histoires , tous les
Empires , tous les âges. On trouve
le Sage Salomon qui gouverna le
Peuple de Dieu , l'heureux Alexandre
qui afſuiettit à l'Empire
des Grecs les Peuples les plus redoutables
de l'Asie,& chez nous
Charlemagne ,& LOVIS LE
GRAND , qui reünit tous les Titres
de ces Princes admirables.
LOVIS est heureux , parce qu'il est
Søge; il eſtſage ,parce qu'il puiſe
ſa ſageſſe dans la Religion , &
c'eſt par la Religion qu'il estgrand
devant Dieu , comme il l'est aux
yeux deshommespar l'art de vaincre&
de regner.
C'est ainſi que LOVIS est parvenu
à cette élevation d'ame heroïque
qui est laſource de cette douceur
charmante , qui le fait agir
avec tous les hommes , comme le
Pere du Genre humain , de cette-
Es
106 MERCURE
rare moderation qui luy auroit ga
gné tous les coeurs ,ſiſavertu , autant
que fa fortune , ne luy avoit
fait des ialoux quiont eu la teme.
rité deſe dire ſes Ennemis. Nous
voyons dans la Nature que les Elemensſemblent
quelquefois conspirer
pour obscurcir la beauté du Ciel ,
& dérober au Solcilla gloire qu'il
a de l'éclairer parses rayons. L'air
condenféles vapeurs des eaux &
les exhalaiſons de la Terre ; il en
forme ces nuages qui portent l'hor
reur des tenebres, &semblent écli
pſer ce bel Aftre ; mais il n'est pas
moins brillant dans le Ciel , il dif-
Sipe ces nuages pour rendre sa lua
miere à la Terre , & paroist plus
pompeux.aprésleur défaite. LeRoy
Sans eſtre troublé , toûjours maître
de Soy-mesme , & dans peu de
temps Maistre de Jes Ennemis , a
vû la Ligue que l'envie de fes
>
GALANT. 107
1
voiſins avoitformée contre luy ; il
a fait leplan deſes deſſeins dans
le Cabinet , dans la campagne;
il a couppé avec l'épée le
noeud des projets de tant d'Ennemis
joints enſemble, Nec pluribus
Impar Regibus.
Croirions nous,Meſſieurs,si nous
n'avions pas esté témoins d'une
parties des Victoires de LOUIS LE
GRAND , si nous n'avions pas entendu
le bruit des autres ,fi nous ne
reſſentions pas les effets de toutes
ensemble, qu'il eust remportéautant
de gloire fur la Mer que fur la
Terre , qu'il eust triomphe dans
toutes les Parties du Monde ,&
pourra-t- on croire unjour que pouvant
tout vaincre , il ait esté le
genereux Vainqueur deſoy-même ,
qu'il ſe ſoit mis au deſſus defes
Conquestes , en preferant la tran
quillité & l'amour de l'Univers à
E6
108 MERCURE
lagloire de le conquerir ?
Làilprenddes Places que l'Arts
l'Histoire de leurs Sièges ont
rendues fameuses;ſouvent d'affaut...
& toûjours ensi peu de temps qu'elles
ne reſiſtent que pour rendrefon
triomphe plus glorieux. Icy il gagne
des Batailles , il emporte des Provinces
entieres dans le temps qu'il
faut pour les parcourir , affrontant.
les rigueurs des Saiſons,la reſiſtan
ce des Fleuves,le courage &le few
des Ennemis ,furmontant la Nature.
mesme , comme le Soleil par fon.
mouvement particulier va contre,
le mouvement impetueux qui em
porte chaquejour le Ciel avec tou
tes les Etoiles...
Que LOVIS foit an Conque
rant, qu'il ait merité tous les noms.
&toutes les Couronnes qu'on peut.
donner aux Vainqueurs ,fisa va-
Leuz n'auoit eſtéplus ſecondéedefa
:
GALANT... 1097
prudence que de ſa fortune , ilya
beaucoupde Princes fameux qu'il
ne Surpaſſeroit que par le nombre
de fes Victoires. Mais quand noris
voyons ſa ſageſſe qui ne retarde
Point les effets defon courage , qui
trompe l'esperance deſes Ennemis,
qui les occupe plus que le nombre de
Ses Soldats , qui finit la guerre
quand il luy plaiſt , qui regle seule
les conditions. de la Paix qu'il a
preſcrites àtoute l'Europe armée,
nous ne pouvons, exprimer ce que
nous penſons de ce grand Prince,quà
fedistinguefifort de tous les autres
Monarques. Sa Sageſſe ne merite
pas moins de veneration que celle.
de cét ancien Roy d'Italic qui fut
repreſenté à deux Visages , pour
faire entendre qu'il voyoit parsa
prudence le paffé , & l'avenir
camme le Soleil , auquel il estoit
camparé, estant élevéfur l'horizons.
110 MERCURE
voit en mesme temps les deux points
où commence&finitſa Carriere.
Fiers Ennemis , qui estes auſſijaloux
de la puiſſance des François ,
qu'impuiſſans à repousser leurs efforts,
aujourd'huy quevous ne pou
vez pas faire seulement balancer
la Victoire ,il ne vous reſte que le
chimerique plaisirde dire que la
Politique de Charles- Quint & de
Philippes ſecond,afait tout ce que
peut faire la valeur de LOVIS.
Vous avezdit tant de fois que de
leur Cabinet ils pouvoient ébranler
toute l'Europe ; mais pouvezvous
vousflater; quesi vous neles aviez
point perdus , voſtre Monarchie
feroit encore floriſſante ſous leur
Empire , comme la France , Sous
celuy de nostre Auguste Monarque
? Souvenez- vous que le premier
de ces deux Princes ne reüffit pas
dans l'entreprise d'Alger , qu'ilfut
GALANT. HIT
repoussé dans le Languedoc , qu'il
wit le changementdeſabonnefortune
dans la Lorraine ,& que le
Sesond vit la perte de Tunis ,& le
&lecommencement de la Revolte
des Pays-bas , fans pouvoir les retenirſous
ſon obeïfſſance. LOVIS
LE GRAND a este vainqueur
dans tous ces lieux où ils ont esté
vaincus. Nous voyonsde temps en
temps de nouveaux Aftres qui ſe
forment dans le Ciel qui recommencent
d'y paroiſtre ; mais ces feux
rivaux du Soleil furent- ils jamais
comparables àl'éclatdefa lumiere,
à la beauté deses rayons ?"
L'Antiquité plaça entre les
Aftres pluſieurs Heros dont le nom
eft demeuré aux Constellations qui
les devoient representer. L'Europe
Ghrêtienne est plus modeste , elle
eſt plus raisonnable qu'elle n'estoit
du temps de l'Empire des Grecs &
li MERCURE
des Romains. Elle ne met pas
LOUIS entre les Aſtres ; mais le
nom de GRAND qu'elle luy donne
par un confentement general , &
cette pompeuse Deviſe qui fait
voirpar une comparaiſon magnifique
à quel point elle l'estime ,
font les plus nobles marques qu'elle
pouvoit donner à ce grand Prince
de l'admiration qu'elle a pour ses
vertus, auffivives , aussi éclatantes
aux yeux des hommes que la lumiere
du Soleil.
Je voy qu'elles forment un cercle
brillant autour de fa Perſonne
Royale. La pieté , la justice,la valeur,
la liberalité, la clemencefont :
des lignes de lumiere qui se réü
niſſent dans LOVIS , plus éclatant.
par le concours admirable deses
grandes qualitez , que par les
brillans defa Couronne. Souffrez,.
Meſſieurs , que j'en détourne la..
GALAN T. 13
veuë . Vous qui avez le vol d'un
Aigle , vous pouvez ſuivre des
yeux ceglorieux Monarque , vous
pouvez contempler ce qui m'ébloüit.
Je vais achever le paralelle
de sa Devise en parlant des effets .
merveilleux qu'il produit dans la
France ,ſemblables à ceux que le
Soleilfait dans la Nature,
SOL, REX,
...........
Officijs ..
Nec pluribus impar
Reglerſeul tous les temps, éclai
rer l'Univers ,
Suffire à cent travaux divers,
N'interrompre jamais ſes
veilles
C'eſt ce que le Soleil fait dans
ſon vaſte cours;
France , lors que pour toy
LOUIS fait ces merveilles,
Ce n'est qu'à ce Soleil que tus
dois tes beaux jours.
F14 MERCURE
Nos Roisfont nos Aftres , leurs
lumieres nous éclairent , leurs regards
, comme les influences des
Astres , produisent nos inclinations
&nos habitudes , les uns & les autresfont
la difference des temps&
des Saiſons dans leGouvernement
&dans la Nature. Les Empires
ont leurs révolutions comme les
Aſtres ; mais tous ces changemens
fi divers , fi prodigieux que l'on y
remarque , font les effets de la conduite
de celuy qui les gouverne.La
France en a veude funestes , elle
n'en voit plus que de glorieux. Elle
a changé de face&defortune en
changeant de Maistre , & les
François ont de nouvelles moeurs &
de nouvelles maximes , parce que
LOVIS , à qui le Cielavoit réſervé
un Regne fecond en prodiges , a
mis toutes choses dans leurperfe-
Etion
L
GALANT.
TIS
Il est raisonnable qu'un Genie
auffi haut , auſſipuiſſant que celuy
de LOVIS , dominefur celuy defes
Peuples ; il est juſte qu'il entraiſne
leurs volontez par ses exemples ,
comme un premier mobile qui emporte
tous les Aftres par la rapidi
tédefon mouvement. Le Commer
ce n'est plus impoſſible aux François
dans les Pais les plus éloignez.
LOVIS LEGR AND l'a affeuré
en le protegeant ; il l'a rendu
facile,parce que l'ambition qu'ils
sont de luy plaire , leur a fait nai.
ſtre de l'inclination pour la Marine,
négligée iusqu'à nosjours ,&
presque ignorée des François, qui
font devenus depuis vingt ans les
plus redoutables&les plus habiles
Gens de la Mer. Le François est
accoûtumé à la discipline , il aime
le travail, parce que le Prince est
16 MERCURE
regulier en tous ſes devoirs, & travaille
au bien de l'Estatfans prendre
d'inutile repos ; Semblable au
Soleil, qui marche toûjoursfur une
mesme ligne avec un mouvement
égal , & qui ne peut s'arrefter un
moment par une loy neceſſairepour
la conſervation de l'Univers. Le
François est fage en toutes choses
parce que connoiffant aujourd'huy
la veritable valeur d'avec lafaus
fe, il accorde fon devoir avec le
point d'honneur ,& ne se laiſſe
plus emporter à la fureur des
Duels.Il reconnoist que cette cruelle
manie , si longtemps appellée la
Bravoure Françoise , eſt auſſifauſſe
quela vertu de ces Romains , qui
n'ayant pas affez de courage pour
attendre la mort ,ſe ladonnoient
eux- mesmes par timidite ; tant il
eft vray que dans tous les temps il
y a eu de ces manies d'Etat qui
GALANT. 117
préoccupent le jugement , & corrompent
les moeurs. Non , Sans
doute ces Peuples n'ont point euxmesme
quitté leurs abus , ils n'ont
point eux - mesmes condamné le
préjugez avec lesquels ils fembloient
estre nez ; ces changemens
font des miracles du grand Roy des
François ; il a parlé, ils ont obéy.
Jamais la France ne futfi foû
miſe , jamais elle ne fut fi triomphante.
Le Royqui est le coeur de
l'Etat, anime ce Corps politique;il
en fait mouvoir tous les refforts les
plus fecrets avec cette prompte
obéiſſance , & cette diligence concertée
, qui font voir que la France
eft toûjours attentive àſa voix,&
foumiseà l'execution de fes ordres.
C'eſt ce qui la rend invincible &
victorieuse, Sa force , comme la
chaleur du Soleil , est plus puiſſante
, parce qu'elle est reünie ,&le
118
. MERCURE
en
Roy ne s'en fert que pour accabler
fes Ennemis au dedans& au dehors
, &pour introduire une nou
velle forme de Gouvernement ,
réconciliant le Genie de la Paix
avec le Geniede la Guerre , & les
faiſant regner tous deux à la fois
d'intelligence , comme deux Genies
qui se confervent mutuellement.
C'estainsi que le Soleilfait unpartage
agreable & neceſſaire des
nuits & des jours ,& les unit les
uns aux autres , quoy qu'ils femblent
se détruire. A peine le peuton
concevoir. La France triomphe
dans la Paix , elle conferve fon
repos & son abondance dans la
Guerre; toûjours armée , toûjours
tranquille , en même temps aguerrie&
pacifiée.
Fameux Romains , qui avez été
Maistres de tant de Nations , vous
ne gouverniez nysiSeurement ny
1
GALANT.
119
fiheureusement que LOUIS. Il
falloit que la Paix regnast dans
toutes les terres de vostre Empire
pour former le Temple de Janus .
C'estoit- là le signal de la Seureté
&de la tranquillité publique , il
n'a estéfermé que troisfois depuis
Numa jusqu'à Auguste ; mais
LOVIS a acquis à la France une
Paix auffi durable que glorieuse..
parce qu'ila fait une Guerre qui
a étonnèſes Ennemis , qui a puny
leur témerité.
Le Soleil a deux principaux effets
semblables , la chaleur qui
anime les corps vivans , & lalu
miere qui nous découvre les couleurs
differentes, l'ordre & laforme
des objets. Le Roy entretient la
chaleurdansle corps del'Etat, qui
feroit froid & languiſſant , s'il
ceffoit de l'échauffer par le mouvement
qu'il luy donne ; il arrive &
120 MERCURE
répand tous les tresors de la Fran
ce,comme le Soleil attire les exha
laiſons &les vapeurs pour lesfai..
re retomber sur la terre par de
douces rofées qui la rendentfertile.
Mais de tout ce que nons admirons
dans LOVIS LE GRAND ,
qu'est- ce que je puis compareravec
plus de juſteſſe à la lumiere du Soleil
? Sera.ce sa magnificence ro
yale , qui attire les Peuples de tou
tes parts pour leur faire admirer
enchantemens de Versailles,Pavis
embelly de Monumens publics ,
augmenté presque d'une moitié,&
qui doit plus à LOVIS,pour la di
verſité de fes bienfaits , que Rome
àtous fes Empereurs ? Sera-ce ces
manteres nobles & naturelles qui
uous diftinguent de tous les autres
Peuples ; ie veux dire cet air François
, tel qu'il nous le donne, qui est
les
aniourd'huy le modelle de la politeffe
GALANT. 121
de toutes les Cours de l'Europe ?
Non , il est encore quelque chosede
plus beau , & qui merite davantage
d'estre comparéà la lumiere
même du Soleil. C'eſt lagloire dont
brille ce Prince , lors qu'il remet
LaVeritéde la Foy dans son jour ,
en diffipant les ombres du Men-
Songe & de l'Erreur , en chaſſant
La nuit affreuse de l'Herefie.
Jamais Monarquea tilentre
pris un Ouvrage plus difficile ?At-
il rien tenté de plus glorieux que
le grand deffein de rendre toute la
France Catholique , que LOVIS a
achevé en si peu de temps ? Ila
arresté ſes Conquestes pour donner
à l'Univers le beau spectacle du
triomphe de l'Eglise , ſemblable
au Soleil , qui s'arresta fur le panchant
rapide de ſa courſe pourfai
re voir un Heros que le Ciel prote.
geoit , victorieux par l'entiere dé.
Octobre 1679. F
122 MERCURE
faite de ſes Ennemis . Le François
n'est plus divisé du François par
ta fameuse querelle de la Religion,
parce que LOVIS LE GRAND a
pû réünir tous les coeurs en déterminant
leur liberté à ne croire
qu'une mesme Veritédéposée dans
le sein de l'Eglise : & ce qui est
en mesme temps le chef d'oeuvre
de ſa ſageſſe , & la marque de
fa puiſſance & de fon bonheur , il
a arraché l'Herefic des entrailles
de la France , pour ainsi dire ,fans
faire violence au Corps de l'Estat,
parce que Dieu en l'élevant à l'Empire
, l'a choisi pour abbatre les
Temples de l'Impieté , & a rendu
Son bras victorieux & redoutable,
afin qu'ilfrapast l'Hérefie, cette
Hydremonstrueuse que layfeula cu
la force de défaire.
L'Eglife , cette divine Fille du
Ciel, voyant ſes droits violez par
GALANT. 123
'Herefie ,ſes Images brisées ,fes
Autels renverſez , s'adreſſe àfon
Fils ainé, elle a recours à la puif-
Sance de LOVIS. LOVIS tonne,
éclate , foudroye , lance traits fur
traits fur cette infolente Ennemie,
Semblable à Apollon qui vangea
la Divinité de Latone des
outrages d'une Rivale criminelle
qui avoit ofé troubler ſes Sacrifices
, & se faire rendre des hon
neurs divins. Cette Niobe orgucil
leuſe par le nombre de ſes Enfans,
àpeineforcée dansſon malheur de
redouter les Puiſſances Celestes ,
n'enaplus qu'un petit nombre pour
lequel enfin elle demande grace à
Apollon. L'Herefie , la plus redoutable
ennemie qu'eut jamais la
Monarchie Françoise , retranchée
dansfon petit Troupeau enfin s'humilie
pour implorer la clemence de
LOVIS ; mais il est armé de fa
F 2
124 MERCURE
justice , il la punit , il la deffait,
&la laiſſeſans voix &Sans mouvement
, comme s'il l'avoit changée
en Rocher , en lux faisant
éprouver un fort pareilà celuy de
cette ambitieuse Princeffe dont La
Fable propoſe l'exemple & le châ
siment.
C'est ainsi que ce grand Prince ,
qui veut que la Pieté & la Justi
ce foient les fermes Colomnes de
fon Etat , fait hommage au Ciel
de la puissance qu'il en a reçeuë ,
& tient la Terre ſous fon obeif
Sance. Il est guidé de Dieu , lors
qu'il tient les reſues de cet Empi
re, comme les Aſtres qui gouvernent
les hommes font eux-mêmes
regis par une Intelligence Divine
qui regle leur mouvement &leurs
influences .
Que la France est heureuse d'e
ftre éclairée du plus grand Roy
GALANT 125
qu'elle ent jamais ! Qu'il luy est
glorieux de devoir tout àce gene.
reux Monarque , qui fait tout pour
elle , & qui fait tout luy mesme.
C'eſt luy qui dans cette diverſité
d'ordres , d'intrigues & de def-
Seins , imagine , examine , décide,
& conſerve au dedans de luy mê
me le fecret de ſes plus importantes
refolutions. Ce scoret demeure tel
lement impenetrable , que ceseroit
vouloir dérober du feu de la Sphe
re du Soleil , que de fonder la profondeur
de ses deſſeins. S'ilne peut
ſe paſſer de Ministres ,il en fait
un fi bon choix , qu'il fait éclater
en eux des traits de fa moderation
&de fa fageffe , comme le Soleil
Serepresente dans les eaux,&fur
les furfaces polies des métaux &
duverre. 12
Veut-on sçavoir combien il s'est
écoulé de temps d'un Regne si doux .
:
1
F 3
126 MERCURE
-
د
fi glorieux ? On peut compter com
bien LOVIS en a employé à retablir
la Francedansses anciennes bornes,
combien il en amis à la reformer &
à l'embellir. On comptera les années
à venir depuis l'Extirpation de
l'Heresie. Le mouvement du Soleil
meſure la durée des temps & des
Saiſons , les travaux de LOVIS
fes Conquestes,ses grandes actions .
marquent & consacrent les années,
Les mois , &les jours que nous paf-
Sons fousfon Empire. Sa vie qui
eſt l'abregé des plus beaux évenes
mens de l'Histoire de nostre Monar
chie , ſera un jour le modele des
bons Princes , des grands Capitaines
& des Politiques . Ils admire ,
ront ce que nous voyons , un Royqui
veille ſur le Trône,& qui ſans
avoir besoin de fortir du centrede
la France,agit comme prefent ,&
Se multiplie en autant de lieux
GALANT. 127
qu'elle a de Provinces , de Ports ,
& de Villes differentes ; ſemblable
au Soleil monté fur l'horizon
qui en éclaire tous les Climats de
quelque distance qu'il en foit éloigné.
Combien se fait- il de chofes
au dedans du Royaume qu'on ne
pourroit compter qu'avec peine ?
Combien s'en fait - il au dehors ?
LOVIS LE GRAND eft capable
de les faire toutes , commele Soleil
est l'Auteur de toutes les produ..
Etions de la Nature , Nec pluribus:
impar officiis.
Peuples heureux , Peuples reconnoiſſans,
dignes d'obeir à LOVIS;
François ne ceſſez point de faire
des voeux pour sa gloire dont la
voſtre dépend. Que ces grands
hommes qui affurent l'Immortalité
aux Heros par leurs écrits, furpaf-
Sent tout ce qu'on a dit de nos plus
grands Princes pour parler de
F4
128 MERCURE
LOUIS LE GRAND , autant qu'il
a luy mesme furpaffé tous nos Monarques
qui l'ont precede. Que les
foibles mesme élevent leurs voix
pour le lover , affurez de trouver
plus de gloire dans leur Zele,que de
honte dans leur foibleffe.
Je vous avovë , Messieurs , pour
excufer la hardieſſe que j'ay euë
d'entreprendre ce Discours ,que je
ne puis parler que de mon zele qui
L'a emporté fur les autres confide_
vations qui devoient me retenir
dans le filence. C'eſt luy ſeul qui
m'a representé que ne pouvant
Lover que foiblement un Roy , qui
eſt au deſſus de tous les éloges , je
pouvois pourtant luy consacrer
quelques marques de ma profonde
veneration , dans un temps où tous
ceux qui ont quelque teinture des
belles Lettres ne peuvent demeurer
dans le filence fans estre lâches, où
GALANT.
129
tous les Angevins ne peuvent se
taireSans estre ingrats , dans un
temps où nostre grand Monarque
veut estre deux fois voſtre Pere ,
comme Pere du Peuple &de laPatrie,&
comme Pere de vostreAcademie
Royale.
Ce Prince éclairé qui ſcait que
rien n'agit si puiſſamment sur les
coeurs des François que la gloire
avoulu par des marques d'honneur
prévenir la noble ambition que
vous avez, Meſſieurs , de vous
Signaler en publiant ses grandes
actions. Il a beſoin de vous , parce
qu'il a besoin de Témoins illuftres
qui rendent croyables à la Posterité
les merveilles de fon Regne glovieux.
Quelle gloire pour vousde
voir que cegrand Monarque vous
distingue d'unemaniere éclatante, --
lors qu'ilveut remplir la France de
Sçavans ! Il fait voir qu'il eſtime
Fs
"
1.30
MERCURE
voſtre merite , & qu'il connoist le
veritable prix& la necessité des
Sciences , qui ont contribué en tant
defaçons à rehauffer l'éclatde cet
Empire.
Jamais le merite ne fut fi liberalement
recompense , jamais les
Muſes nefurentfi honorées qu'elles
font aujourd'huy de LOVIS LE
GRAND , qui marque une inclination
particulirre pour ces beaux
Genies , qui fontfleurir les Sciences
&les Arts; Semblable au Soleil
qui ne voyant rien fur la terre de
plus beau , deplus brillant que les
fleurs,ſemble ne lancerfurelles que
Ses plus doux rayons , pour lespeindre,
que des regardsfavorables pour
les embellir.
On met les fleurs exquiſes dans
des terres cultivées avec un foin
particulier , on en compose des Parterres
agreables quifont l'ornement
GALANT.
131
des Fardins delicieux. Le Roy vous
a choisis, Meſſieurs, entre les beaux
efprits de cette Province.fans doute
une des plus fameuses de la
France , & des plus fecondes en
hommes doctes. Ilvous a affemblez
àAngers dansſonHostel de Ville ,
comme dans le lieule plus magnifique,
& le plus digne de vous.
Les Poëtes nous vantent sesfleurs
merveilleuses qui naiſſent empourprées,
où l'on remarqueles tracesde
quelques Chiffres ,& des premiers
caracteres du nom d'un Illustre
Prince de Grece. Ne reſſemblezvous
pas , Meſſieurs , àces fleurs
dont je vous parle , aujourd'huy
que chacun de vous porte le nom
d' Academicien Royal , &que pluſieurs
d'entre vous ſe voyent reveftus
de la Pourpre? Quand je regarde
d'un costé cette protection
Royale dout LOVIS vous honore
L
F6
132 MERCURE
& de l'autre , ces genereux em.
preſſemens que vous avez de répon
dre à ſes bontez &à sonjugement,
ilme semble que la Fable qui repreſente
Apollon amoureux de
Daphné changée en Laurier qui
luyfut conſacré pour ornerSes Temples&
fes Statuës , nous figure
LOVIS amoureux des Academies
qui travaillent pour luy faire des
Couronnes , parce que c'est dans les
Academies que croiffent les Lau
riers que les feuls Heros ont droit de
cüeillir
Vous allez commencer, Messieurs ,
à faire de pompeux Panegyriques...
LOVIS anime voſtre éloquence,
il vous inspire le feu divin de la
Poësie. Il fera que vous vous furpafferez
vous-mefmes , semblable
au Soleil qui donne desta force au
parfum du Baume , & des Plantes
odoriferantes . Les Zephirs & les
GALANT. 133
rayons du Soleil ouvrent le ſein des
fleurs , il les font éclore ; le bruit
de la Renommée & l'estime do
LOVIS LEGRAND vous feront
produire des Ouvrages qui mars
queront que vous estes dignes de
Soutenir l'honneur de vostre Illu-
Stre Patrie, & d'une Academie Ro
yale, qui dans peu de tempsnefera
pas moins floriſſante que les plus
fameuses du Royaume , Nec pla--
ribus impar...
:
On apporte tous les ans à la
Chambre des Comptes de Paris :
les Comptes des Receptes pour
les examiner. Elle les garde en
dépoſt avec les Aquits , & comme
les lieux qui estoient deſti
nez pour cela ne ſuffiſent pass.
Sa Majesté a reſolu de les augmenter
des Appartemens qu'oc
cupe la Cour des Monnoyés att
134
MERCURE
deſſus de la Chambre des Comp
tes ;depuis l'année 1358. juſqu'à
preſent , & dans ce deſſein Elle
atransferé cette Cour au grand
Pavillon de la Court neuve du
Palais , où Monfieur le Controleur
General & Monfieur le
Pelletier fon Frere , Intendant
des Finances , on fait conſtruire
les Appartemens neceffaires.
Ony monte de la Galerie neuve
du Palais par un grand Escalier
de vingt degrez diſpoſé d'une
maniere agreable & dégagée . Il
eſt de l'invention de Monfieur
Chaſſebras du Breau, Cét Eſca-
Jier mene à un Veſtibule , puis
à une Salle où eſt la Chapele,&
enfuite à la Grande Chambre
d'Audience de cette Cour , où
ilya hauts & bas Sieges pour
les grandes & petites Audiences,
avec le Parepet de Meſſieurs
GALANT . 135
les Gens du Roy , Chambre du
Confeil , & Greffes au deſſus ,
où ſe gardent les Chartres &
Titres de nos Rois ſur les Monnoyes
, Metaux , Mines , &
Poids , depuis le Regne de Philippes
Auguſte , que Monfieur
Chaſſebras du Breau met en un
ordre facile: La Cour des Monnoyes
a tint ſa premiere Seance
en ce nouvel Appartement le
16. de ce mois..
Pendant celuy de Septembre
le Grand Conſeil qui ſe tenoic
dans le Cloiſtre de Saint Gera
main l'Auxerrois , en la Maiſon
du Doyen de cette Eglife , fut
transferé pour neufans à l'Hoſtel
d'Aligre en la rue Saint
Honoré proche la Croix du
Tiroir.
Je vous aydéja envoyé quelques
Hiſtorietes en Versda
136 MERCURE
MonfieurVignier. Vous les avez
trouvées agréables , & je croy
que celle- cy ne vous plaira pas
moins que les autres.
AVANTURE.
7Ne Dame pleine d'adreſſe ,
Soy difant Marquise
Comteffe,
A
Selon que le temps le vouloit ;
Ou que l'or chez elle rouloit ,
Decharmes encore pourvûë ,
Sçavoit bien donner dans lavûë..
Par eux elle s'estoit acquis
Pour Amans Comtes &Marquis ,
Confeillers, Abbez,Mousquetaires,
Et Partisans& Commiffaires.
Prés d'elle un Allemand logeoit ,
Qui ne beuvoit ny ne mangeoit,。
Denepouvoir aller luy-mefme
2
:
2
GALANT.
137
↓
Luy marquer ſon amour extrême ,
Sans faire un Galimatias
Que la Belle n'entendroit pas.
Aussi le partyde fetaire
N'accommodoit pas fon affaire.
Mars l'Amour toûjours inventif
Quand il s'agit du conjonctif,
Luymit un moyen dans lateste
Pour faciliter la conqueste
De celle qui ſous ſon pouvoir
L'avoit rangéſans le vouloir.
Un jour donc qu'il lavit parestre
Toute brillante à la fenestre ,
Il mit finiment sur son oeil
Un Quadruple , qui du Soleil
Tirant uneforce nouvelle ,
Sçeut toucher le coeur de la Belle,
Etfans hefiter un moment
Elle luy dit fort galamment :
Que le beau Seigneur qui me
lorgne
Scache que l'Amour n'eſt pass
borgne ,
138
MERCURE
:
Il eſt aveugle , & le ſera
Tant que le Monde durera.
De noftre Galant fut fentit
Vne si juste repartie
Qu'ellefit en Italien ,
Langue qu'il entendoit fort bien
Et pour mieux témoigner fa flame
Ilfut foudain trouver la Dame ,
Bien muny de cet agrément
Qu'elle avoit trouvési charmant.
Dans cette premiere viſite
Il luy fit voir tant de merite .
Et la Dame de fon costé
Luy découvrit tant de beauté ,
Que l'Amant,ainsi que l'Amante,
Eurent tous deux l'Ame contente.
Ils n'avoient rien à Souhaiter ,
Quand on entendit Gens monter .
De Dames c'estoit une bande
Qu'on pouvoit dire de commande ,
Tant elles avoient d'enjoûmens.
Pendant les premiers complimens ,
Et que pour joüer on s'apreſte ,
{
P
GALANTA 139
ouvint à parler de la Feste
Que la Dame pour s'égayer.
Avoit promis de leur payer ,
Et du jour qu'elle vouloit prendre,
Afin que l'on s'y pust attendre.
Elle, comptant fur fon Germain,
Leurdit, Mesdames , à demain ,
Le lendemain nostre Marquise
Fut agréablement furprise ,
De trouver , le Rideautiré
Vn Baffinde Vermeil doré
Chargéd' Ortolans&de Cailles,
De Perdreaux , Faisans &Volailles
,
:
7
Que fon cher& nouvel Amant
Accompagnoit d'un compliment.
Pourjouer encor mieuxfon rôle , D
Elle pritsoudain la parole:
Quel riche Baffin vois - je icy
Le Gibier enest - il auſſi ?
Mon cher , tu diras à ton mмаaй-
ftre, i 1
Queje ne puis mieux reconnoi
ftre
140 MERCURE
Le Preſent d'un fi beau Baffin)
Qu'en m'y lavant ſoir & matin ..
Ily a grande apparence que
la Dame ne s'eſt point hâte de
renvoyer le Bafſfio . Je ne ſcay fi
on ſera plus exact à renvoyer
quelques Diamans dont on n'a
pas eu deſſein de faire un Pre
ſent. En voicy l'Hiſtoire. Deux.
Cavaliers d'aſſez bonne mine,
mais manquant d'argent pour
foûtenir leur dépenſe , reſolurentd'en
avoir aux dépens de
quelque paper. Ils avoient re
marqué un jeune Orphévre
que l'on diſoit preſt à ſe marier
Ils entrerent on matin dans ſa
Boutique , & fur le pretexte
d'un mariage pils demanderent
àvoir des Bijoux. De tout ce
que l'Orphêvre leur montra, ils
ne trouverent qu'un Bracelet
GALANT. 141
de Perles , orné de Tabletes ,
qui fuſt à leur gré. Ils le prierent
d'en dire le prix de bonne
foy , parce qu'ils ne ſçavoient
pas ce que valoient ces fortes de
chofes,& l'Orphévre ayant juré
qu'il ne pouvoit le donner à
moins de vingt Loüis d'or , ils
conclurent le marché. L'un
d'eux en paya fix à l'Orphévre
qui conſentit à porter le Bracelet
entre midy & une heure , à
'Hoſtelde ... Fauxbourg Saint
Germain , où les Cavaliers logeojent,
& où il devoit recevoir
le reſte du payement Leur honneſteté
le fatisfit d'autant plus,
qu'il ſe defaiſoit du Bracelet af
ſez à ſon avantage. Il ne manqua
point au rendez- vous. On
le fit monter dans une chambre
bien meublée où eſtoient les
Cavaliers. Celuy qui avoit déja
142 MERCURE
L
donné fix Loüis prit le Bracelet,
l'examina , & l'ayant trouvé encoreplus
beau qu'il ne luy avoit
paru le matin , il ouvrit une portequi
estoit a un des coins de la
chambre , couverte d'uneTapif
ferie , pour y prendre de quoy
achever de payer la fomme dont
ilseftoient convenus. Il rentra
preſque aufli- toſt, & aprés avoir
encore compté quatorze Loüis
àl'Orphévre , ille pria de vouloir
bien ſe donner la peine de luy
chercher deux Bagues de Diamans
, où il vouloit employer fur
ſa parole , juſqu'à fix vingts ou
cent cinquante Loüis,parce qu'il
avoit un air de franchiſe & de
probité qui l'engageoit à luy
confier ſa bourſe plus volontiers
qu'à un autre . L'Orphéyre fortic
fortfatisfait des manieres du Cavalier
, & ille fut beaucoup daGALANT.
143
wantage le lendemain , quand le
Cavalier paſſa chez luy , pour
luy avoüer que tout le monde
eſtimoit ſon Bracelet vingt- cinq
& trente Piſtoles . L'Orphévre
luyditqu'il vendoit en confcience,&
fe contentoit à peu de
gain, lors qu'il avoit eu des Bijoux
àbon marché. On le pria
de ſe ſouvenir des Bagues , &
d'attendre que l'on vinſt ſçavoir
chez luy s'il en auroit trouvé
quelques- unes. Les Cavaliers y
repaſſerent quatre jours aprés ,
& en virent deux qu'il avoit achetées
d'unIouallier lejourprécedent.
Ily en avoit une de ſoixante
Piſtoles , & l'autre eſtoit
un peumoins confiderable. Cela
failoit cent Loüis à les donneren
Amy , & l'Orphévre n'en pouvoitrabattre
aucune choſe. Le
Cavalier qui avoit la boutſe, luy
144 MERCURE
fit lever la main en riant , & eftantenfin
demeuré d'accord du
prix, il le pria d'aporter les Bagues
fur les quatre heures, au
mefme lieu où il avoit apportéle
Bracelet , parce qu'ils alloient
diſner en Ville. Il fut ponctuel à
l'heure marquée , il y alloit de
ſon intereſt , puis qu'on l'avoit
laiſſé maiſtre du profitqu'il voudroit
faire fur l'achat des Diamans.
Il monta à l'appartement
des Cavaliers. Un Laquais qui
luyouvrit, luy dit qu'il ne croyoit
pas qu'on puſt leur parler ,parce
qu'ils jouoientun afſez gros jeu,
&qu'ils n'aimoient pas à ſe voir
interrompus . L'Orphévre pria
qu'on les avertiſt qu'il leur apportoit
des Bagues , & la - deſſus
illuy fut permis d'entrer. On
luy fitdonner un ſiege pour ſe
repoſer pendant qu'ils acheveroient
GALANT.
145
roientune partie. L'un deux tenanttoûjours
les Cartesen main,
luy demanda à revoir les Dia
mans. Illes regarda , mit les Ra
gues à ſon doigt , & continia de
joüer , après avoir dit qu'elles
luy ſembloient tres -belles Il perdit
beaucoup d'argent , & s'échaufant
dans le ieu , il tira de
ſon doigtlaBague qu'on luy faiſoir
ſoixante Loüis, & la fit valoir.
la meſme ſomme.L'Orphévre s'y
oppoſa , & le pria fort honneſte.
ment de ne la joüer que quand
¡ll'auroit payée. Il répondit qu'il
efperoit la payer de l'argent qu'il
gagneroit ,& qu'ilvoyoit for la
table , & malgré l'inquietude.
que marquoit l'Orphévre , irioiia
la Bague & la perdit. L'autrel
Cavalier s'en faifitlen meſme
temps , ainſi que de tout l'argent
, & tandis que le Perdant
Octobre 1686 . G
146
MERCURE
| -
faisoit d'inutiles exclamations
fur fon malheur , le Laquais vint
avertit celuy qui avoit gagnéqu'on
luy vouloit parler à la
porte. Il ſe leva ,& fortit fur l'Ef
calier. L'Orphévre fort alarmé
devoir ſes deux Bagues en deux
differentes mains , pria l'affligé
Ioüeur de luy en donner l'argent
ou de vouloir les luy rendre.
Le Cavalier pouſſa un foupir
les yeux tournez vers le
Ciel , & luy diſant qu'il eſtoit
juſte de le ſatisfaire , il ouvrit la
meſme porte qu'il avoit ouverte
dans l'occaſion du Bracelet.
L'Orphévre écouta attentivement
, & il entendit compter
de l'or. Il ſe raſſeura ſur un fon
ſi agréable , & ne douta point
que le Cavalier ne ſe diſpoſaſt à
luy apporter la ſomme qu'il atsendoit
, mais n'entendant plus
GALANT.
147
aucune choſe , s'approcha davantage
, & enfin la crainte autoriſant
ſon impatience,il réfo.
lut d'entrer dans le Cabiner. K
ouvrit la porte , & penſa to
ber à la renverſe , lors qu'au lieu
d'un Cabinet , il n'apperçcut
qu'un degré. C'eſtoit un Eicalier
dérobé , par où l'on deſcendoit
à la court. Il alla ſoudain à
l'autre porte pour voir file Cavalier
gagnant y ſeroit encore.
Il n'y trouva plus perfonne ; &
jugeant bien que ſes Diamans
eltoient perdus , il fut tellement
- ſaiſi , qu'il n'eut pasla force d'appeller
à ſon ſecours. Quelques
Valets qui paſſerent voyant la
pâleurde ſon viſage luy demanderent
s'il ſe trouvoit mal. Il fut
longtemps fans pouvoir parler,
&aprés qu'il ſe fut un peu remis,
il s'informa i l'on connoiffoit les
G 2
¥48 MERCURE.
:
Cavaliers qui occupoient cette
chambre. On luy dit qu'ils ne
l'oecupoient que poury difner,
que cela leur arrivojt aflez rarement
, & qu'on croyoit les avoir
vus trois ou quatre fois ſans
pourtant qu'on ſceuſt qui ils
eſtoient. L'Orphévre copia le
piege qu'ils luy avoient tendu
par le Bracelet ,& connut à fes
dépens qu'il eſt des Filoux de
toute eſpece Ceux qui le paroiffent
moins , font quelquefois
les plus dangereux , & en matjere
de Gens inconnus , il faut
ſouvent ſe défier de la bonne
mine. L'Orphévre fait faire
d'exactes recherches pour ſes
Diamans ; mais il y a bien à
craindre qu'on ne les faſſe inutilement,
On a eu avis que Mezo-
MortoGeneral d'Alger ne s'eſt
GALANT. 149
pas contenté de rendre au
Conful de France les cinq Eſclaves
François qui avoient eſté
pris depuis peu les armes à la
nain fur deux Baſtimens , l'un
Italien proche de Sardaigne , &
l'autre Eſpagnol à la Coits de
Catalogns , mais qu'ilen a rendu
encore vingt qui estoient fore
avant dans les Terres , quand
Monfieur le Marquis du Quefne
fit faire il y a trois ans une
reftitution generale de tous les
Eſclaves Chrétiens . On ajoûre
que le meſme Mezo - Morto
ayant appris qu'un Rays ou Capitaine
Corfaire d'Alger entroit
dans le Port avec une Prife
Françoiſe, l'envoya querir auſſitoſt
, & luy fit donner en plein
Divan cinquante coups de Baſton
. Il donna ordre pendant le
fupplice , qu'on rendiſt au Capi-
2
1
G3
٢٥ MERCURE
taine François tout ce qui luy
avoit eſté pris , & ce Capitaine
ſe trouva en eſtat de ſe remettre
à la Voile avant que le Conſul
euſt eu le tempsde le venir reclamer.
Cette fatisfaction fut
ſuivie d'une Ordonnance que
l'on publia , & par laquelle il fut
declaré , que le premier qui feroit
tort aux François , ſeroic
étranglé ſur l'heure. Mezo-
Morto aprés avoir dit au Cond
ful , que dés qu'il auroit connoiſſance
de quelque Eſclave
de la Nation , il l'avertiſt auffitoſt
, & qu'il verroit ſi le Roy
n'eſtoit pas plus ponctuellement
obey à Alger , que le Grand
Seigneur à Conſtantinople , il
écrivit à Sa Majesté une Lettre
tres - reſpectueule & tres- foumiſe
, par laquelle il lay rend
compte de tout ce qui s'eſt
GALANT. ISI
pallé. Il en écrivit une autre à
Monfieur de Vauvray , Intendant
de Marine , pour des affaires
qui le regardenten particulier.
Cette obeïſſance renduë
aux ordres du Roy , eſt bien
glorieuſe à ce monarque , & en
meſme temps fort avantageuſe
à ceux de ſes Suiets qui auroient
le malheur d'eſtre faits Eſclaves.
En vous parlant dans ma Lettre
d'Aouſt des Conventions
paſſées entre Monfieur le Duc
de Mortemar , & les Tripolins ,
je vous manday qu'outre les
ving- fept Eſclaves dont je vous
marquay les noms , on avoit encore
rendu quatre mouſſes,qu'on
avoit fait renier par force , &
dont le premier eſtoit lean l'Etoile
de Lyon .On s'eſtoittrompé
ſur ſon Article dans le Memoire
qu'onm'a envoyé. On n'a rendu
G4
152
MERCURE
que trois Mouffes , & ce lean
l'Etoile qui eſt effectivement de
Lyon , eſt l'Esclave François
qui fut trouvé dans la Ville ,
&dont il est parlé ſans lenomer
dansles Conventions de Monſieur
le Duc de Mortemar. Il a
demeuré dix huit ans efclave ,
faifant les fonctions de Chirur
gien à Derne , avec beaucoup
de perfeverance & de reputation
parmy les Chreftiens Elclaves
gu'il foulagcoit meſme par ſes
charitez. Ainfi il n'a jamais renié
ſa Foy.Il a preſentement quaranteans
, & c'eſt un âge qui repugue
entierement à la qualité de
Mouffe. Mouſſe en termes de
Marine , eſt un jeune Matelot
qui fert de Valet aux gens de l'Equipage.
Ce nomvientdu mot
Eſpagnol Moço , qui veut dire
jeune Garçon.
GALANT.
153
Le 17. du mois paffe. Mahomer
Iſquieterdo , Ambaſſadeur
de Maroc , arriva à Voorburg à
une lieuë de la Haye. Monfieur
figur Heffel - Van - Dinter premier
Maiſtre d'Hoſtel de Mefſieurs
les Etats Generaux , eut
ordre d'aller l'y trouver & de
l'amener ſur un Yacht. Il arriva
le lendemain à la Haye , avec
nne ſuite de dix à douze Perſonnes.
Au fortir de ſon Yacht ,
il fut receu à terre par Meſſieurs
des Ceremonies qui eſtoient venus
au devant deluy avec deux
Carroffes ; ils le conduiſirent à
ſon Logement, & le meſme jour
Monfieur Spronſen , Agent des
Etats Generaux,le complimenta
au nom de l'Etat. Le 20. ſur le
midy , il fut mené à l'Audience.
publique dans le ſecond Carroffe
del'Etat , attelé de quatre
GS
154 MERCURE
Chevaux , & ſuivy de deux autres
Carroffes Meſſieurs de Berc-
Kenſtein , & Glinſtra Députez ,
l'un pour la Province d'Utrecht ,
& l'autre pour la Province de
Friſe,l'ayant receu avec lesCeremonies
accoûtumées , le conduiſirent
à cette Audience. II
fit ſa Harangue en Arabe , affis
dans un Fauteüilde Velours vert,
vis à vis de Monfieur Kuyper ,
Preſident en Semestre , & ne
parla quedela bonne correſpondance
que le Roy de Maroc fon
Maiſtre eſtoit reſolu de plus en
plus d'entretenir avec leurs
Hautes Puiſſances.Sa Harangue
faite , il délivra au Preſident fes
Lettres de Creance qui estoient
dans un petit Sac de Velours
rouge qu'il tenoit du coſté gauche
ſur ſoneſtomach par deſſous
fon luſte- au-Corps. Il ne les lay
:
GALANT.
155
preſenta qu'aprés les avoir baiſées
& preſſées contre ſon front
avec les geſtes ufitez en ſon
Pays. Monfieur Kuyper répondit
en Hollandois ,& luy dit entre
autres choſes que fa Perſonne
leur eſtoit fort agreable ; que
les Etats Generaux contribuëroient
de tout leur pouvoir à
affermir une bonne intelligence
, & qu'ils nommeroient des
Commiſſaires pour écouter ce
qu'il avoit ordre de leur propofer.
Il fut reconduit à ſon Hôtel
comme il avoit eſté amené , &
accompagné à diſner par ceux
qui avoient eſté le recevoir. On
luy a donné des Commiſſaires
auſquels il a dit que le Roy ſon
Maiſtre aſſuré du Regime , ou de
la Regence de Salé , avoit conceu
le deſſein de former le Siege
d'Alger par Terre, fuleursHaus
1
G6
136 MERCURE
tes Puiflances vouloient l'atta
quer par Mer. Il a auffi propoſé
de la part de ceux de Salé le rachat
de quatre- vingt dix Eſclaves
, dont la rançon neconfiftera
qu'en Armes ,& pour les autres
il a demandé trois Maures
pour un Chreſtien. Il étoit chargé
d'une Lettre du Viceroy de
cette derniere Place , qu'il a fait
donner par le nommé Torros ,
InifPortugais.
Les Confuls de la Ville de
Grenoble, impatiens de marquer
leur zele pour le Roy ,ont fait
travailler à un Buſte de Marbre
blanc de Sa Majeſté , pour le
poſer au deſſusdu grand Portail
delHoſtelde Ville,en attendant
une Statuë Equestre en
Bronze , qu'on doitélever en la
principale Mace.Ce Buſte eſtant
fait,ilsn'ont point voulu diffeGALANT.
157
4
rer à le placer; & comme toutce
qui regardele Roy doit eſtre toûjoursaccompagne
de beaucoup
d'éclat , ils firent affembler la
Milice le 25. du dernier mois...
Les onze Compagnies s'étant
renduës dans le milieu de la
Place du Breuil ſur les deux
heures aprés midy , elles y furent
rangées en un Bataillon
par les ordres de Monfieur le
Comte de Marcieux Gouver
neur de la Ville . Ce Bataillon
occupoit toute la longueur de
cette Place. A quatre heures les
Confuls & les Officiers de Ville,
partirent de leur Hoſtel qui eſt
à la teſte de la place. Ils avoient
_leurs habits de Ceremenie , &
eſtoient precedez des Valets de
Ville , & de pluſieurs loüeurs
d'inſtrumens. Ils allerent dansla
Court du College-des Dominie -
;
158
MERCURE
cains , où ils trouverent ceBuſte
relevé ſur un Char de Triomphe
, attellé de ſix Chevaux
blancs. Le Char qui fit le tour
de la place , le commença par
l'aifle droite du Bataillon ,& l'ayant
continué par la queuë , il le
finit par l'aifle gauche juſques à
l'Hostel de Ville. Les Confuls le
ſuivirent au ſon des meſmes In-
Arumens , & aprés que le Buſte
eat eſté poſé fur le Portail , toute
la Milice fit une décharge,aprés
quoy elle défila avec beaucoup
d'ordre. Les Officiers en paſſant
devant ce Buſte , le ſalüerent
avec leurs Piques, ou leurs Drapeaux.
Les Soldats tirerent en
core leurs Mouſquets àmeſure
qu'ils pafferent , & la Feſte ſe
termina par des cris reïteréz de
Vive le Roy. L'Hoſtel de Ville
fut Illuminé le ſoir par pluſieurs
GALANT.
159
Fanaux & autres lumieres. Les-
Hautbois & les Violons jouërent
juſqu'à minuit, & la Place
ſe trouva remplie de tant de
monde , qu'encore qu'elle foit
fort ſpatieuſe , il n'y parut aucun
endroit vuide , ny qui fuſt
propre à ſe promener. L'Infcription
qui a eſté miſe au deſſous ,
du Buſte, eſt en ces termes.
:
LUDOVICO MAGNO
:
PIO , INVICTO ,
OPTIMO PRINCIPI ,
BELLI ET PACIS ARBITRO,
HÆRESEOS DOMITORI ,
DEVOTI CONSULES
GRATIANOPOLITANI
MONUMENTUM POSVERE .
ΑΝΝΟ M. DC. LXXXVI .
On a celebré dans la même
Ville l'heureuſe Naiſſance de
160 MERCURE
Monseigneur le Duc de Berry."
Le jour qu'on avoit choiſy pour
cette Ceremonie eſtant arrivé ,
on fit fermer toutes les Boutiques
dés le matin. Surles quatre
heures du foir , la Milice ayant
eſté rangée ſous les armes, ſe mit
en haye depuis la Place de Saint
André juſqu'à celle de Noftre-
Dame. Le Parlement en robes
rouges , & la Chambre des
pres avec ſes habits de ceremonie,
ſe rendirent dans l'Egliſe
Cathedrale à travers cette Mili-
'ce. Là Monfieur le Cardinal le
Camus , Eveſque de Grenoble,
commença le Te Deum , qui fut
chanté par le Chapitre de cette
Eglife. Tout ce qu'il y avoit...
de Gens de qualité & de merire
dans la Ville , y aſſiſterent avec
une tres grande affluence de
Peuple. Lors qu'on cut finy ler.
A.
GALANT. 161
Te Deum , Monfieur le premier
Prefident ſe renditen ſon Hatel
, où les Confols & les autres
Officiers de l'Hoſtel de Ville ,
qui avoient auffi paru dans
l'Egliſe avec leurs robes, allerens
le prendre,précedez de pluſieurs
Joueurs d'inſtrumens, ils le fuivirent
juſques à la Place de S,
André, où l'on avoit élevé un
grand Bucher. Ce fage Magi-
Araty mit le feu en qualité de
Commandant dans cette Province
, & lors qu'il fut allumé,
la Milice qui l'entouroit en forme
de Croiffant , fit une décharge
fi juſte & fi a propos,
qu'il ſembla que ce ne fuſt qu'un
ſeul coup . Sur le ſoir les Illuminations
& les feux parurent,
Monfieur l'intendant s'y diftingua
par trois Fontaines de Vin
qui coulerent fort long-temps,
162 MERCURE
Onvit plus de ſoixante Fanaux
le long de deux Terraſſes & fur
un grand Portail , qui eftau devant
de fon Hoſtel. Plufieurs
Fuſée qu'on tira dans la court de
l'Hoſtel de Ville , ajoûterent de
nouveaux charmes à ceux qu'on
avoit déja goûtez , & les réjoüiſſances
ne finirent que fort
avant dans la nuit..
l'ay oublié de vous dire que
le jour que l'on fit à Bourges les
mêmes réjoüiſſances , les Religieuſes
fondées par la Bienheureuſe
Jeanne , Ducheſſe de Berry,
ſous le Titrede l'Annonciade,
ſignalerent leur zele par un
Te Deum chanté en muſique, &
accompagné d'une Simphonie
tres - agréable . Il fat foivy d'un
Feu d'artifice orné de Deviſes ,
&de Banderole à l'honneur
du jeune Prince. Il y eut
GALANT. 163
6
quantité d'illuminations dehors
& dedans ce qui attira
un grand concours de perfonno
de toutes fortes de conditions
, & une approbation generale.
Les Venitiens ont pourſuivy
leurs Conqueſtes , & ontaſſeuré
celles qu'ils avoient déja faites
dans la Morée , par la priſe
de Napoli de Romanie. Cette
Place que la Mer environne
par trois endroits , eſt ſituée
dans leGolfe qui porte ſon nom
fur une langue de Terre qui ſe
courbe. Le Port en eſt ſeur , &
peut contenir pluſieurs Vaifſeaux
, mais comme l'entrée en
eſt fort étroite & difficile , deux
Galeres n'y ſçauroient entrer de
front. Vn Chaſteau ſitué ſur un
écueil , qui n'en eſt qu'à trois
cens pas , luy ſert de défence ,
164 MERCURE
& cette défenſe eſt d'autan
plus ſeure queles Vailleaux &
les Galeres , n'ayant pas affez de
fond pour s'en pouvoir appo
cher à la portée du Canon , le
Chateau ne peut-eftre faciles
meni ataque. Bajazer 11. Em--
pereur des Tures ayant entre
pris en 1500, de fe rendre Mal
tre de la Morée , fit affembler
une redoutable Armée à Sainte.
Maure, Il voulut d'abord s'affurer
de Napoli de Romanie , 80
tandis que l'on prenoit cette
route,une partie de la Cavalerie
s'eſtant avancée,ceux de la Ville
firent une ſortie ſi vigoureuſe
qu'ils la taillerent en pieces , ce
qui donna beaucoup de terreur
aux Ennemis , & les obligea d'abandonner
l'entrepriſe . Les
Turcs allerent affiegerModon ,
& la priſe de Coron aïant ſuivy
GALANT.
169
2
celle de cette premiere place
enflezde ces grands fuccez , ils
crurent que Napolinoleur pour
roit refifter. Ils y revinrent , &
employerent toutes leurs forces
pour faire cette Conqueſte
mais les Affiegez ne firent pas
moins paroiſtre de réſolution
pour ſe bien défédre.Paul Con
tarini ne contribua pas peu àles
maintenir dans ce deſſein , Ce
toit un homme d'une grande
reputation , Comme il s'étoit
trouvé dans Coren lors que cet
te Ville avoir eſte priſe,il eſtoit
tombé au pouvoir des Turcs,
Bajazer perfuadé de la creance
qu'on auroit en luy, voulut qu'il
parlaſt aux Affiegez , pour les
porter à ſe rendre. Il s'avança
juſqu'à la muraille, & one Porte
de la Ville s'eſtant ouverte , il
pouſſa ſon Cheval avec tant de
166 MERCURE
..
force , que fe dégageant des
Turcs qui estoient autour de
luy , il ſe jetta dans la Place , où
il exhorta les Habitans à ne rien
craindre. Bajazet leva le Siege
peu de jours aprés , & retourna
aConſtantinople. Soliman II.
aprés avoir attaqué inutilement
Corfou en 1537. donna ordre à
Caffin Bacha, de faire la Guerre
auxenvirons de Napoli de Romanie
,& des autres lieux voifins.
Les Venitiens qui estoient
entrez en ligue contre luy avec
l'Empereur Charles - Quint ,
s'oppoſerent vivement àtous les
deffeins des Turcs , qui ayant
encore affiegé Napoli de Romanie,
furent contraint de nouveaude
ſe retirer honteuſement
& avec beaucoup de perte ;
mais enfin les Venitiens ayant
trouvé qu'il eſtoit de leurs inte
GALANT. 167
reſts de faire la paix avec Soli
man , envoyerent Loüis Badoaro
à Conſtantinople avec plein
pouvoir de la traiter. Toutes
les inſtances qu'il fit pour conſerver
Napoli de Romanie , &
Napoli de Malvoiſie qui estoient
les ſeules Places que poffedoient
les Venitiens dans la morée, furentinutiles.
Soliman avoit efté
averty par des intelligences ſecretes
, que la Republique luy
avoit donné ordre de conclure
ce Traité à quelque prix que
ce fuſt . Ainſi il fut obligé de ceder
ces Places avec deux Chaſteauxdans
la Dalmatie , ſçavoir
Nadin & Laurane. Cela ſe fir
en 1540. & depuis ce temps.
Napoli de Romapie eſtoit tou
jours demeurée ſous la domination
des Turcs. Le Generaliſſime
Morofini ayant reſolu
1
168 MERCURE
d'en faire le Siege , fit meitre à
laVoilele 27. de Iuillet dernier,
L'Armée conſiſtoit en huit mille
hommes de pied , & fix cens
Chevaux des Troupes de la
Republique qu'il avoit fait em.
barquer fur lesGaleres & fur les
Galiotes, avec les Troupes du
Pape , le Regiment du Duc de
Florence , &le Bataillon de Malte.
Il y avoit encore d'autres
Troupes Auxiliaires que l'on
avoit embarquées ſur des Vaifſeaux
& fur les galeaffes. Peu
de jours aprés , les Galeres &
les Galiores qui avoient pris le
devant , arriverent au Port de
Tolon , où elles débarquerent
fans aucun obſtacle. Ce Port
n'eſt éloigné que de quatre à
cing milles dela Place que l'on
vouloit affieger. Elle fut inveſtie
le 31. & un Esclave Chreſtien
qui
GALANT .
169
défendre
,
و
qui s'étoit ſauvé , rapporta que
Haffan Bacha , Mustapha Bacha
, & trois Beys ſes Freres
qui étoient 'dedans ſe preparoient
d'autant plus à ſe bien.
que la Garnifon
eſtoit fort nombreuſe , qu'il y
avoit des Munitions de guerre
& de bouche en grande abondance.
Aprés qu'on eut commencé
à travailler aux lignes
de Circonvallation , on ſe ſaiſit :
de la hauteurdu Mont Palamida
où l'ondreſſa une Baterie. Cette)
hauteur eſt du coſté de la terre
ferme , & pour y aller , il faloit ?
prendre un chemin étroit quieft
entre la pente de la Montagne
& la Marine. Le 2. d'Aouſt , les
Afſiegez firent une fortiededeux
cens homines de pied & de vingt
Chevaux , mais tout ce qu'ils
purent faire fut de charger les
Octobre 1679. H
:
170 MERCURE
Gardes avancées ,& de tuer ou
bleſſer ſix ou ſept Soldats. Les
Allemans accoururent ,& avec
centMilanois qui les foûtinrent,
ils les obligerent de rentrer prefque
auſſi toft . Le Major General
Lauro d'Andria receutun coup
deMouſquet au pied dans cette
fortie. Les Vaiſſeaux & les Galeaſſes
qui arriverent le lende
main avec le reſte desTroupes ,
rapporterent que le Capitan Bacha
avoit voulu faire approcher
dela Place ſept de ſes Galeres,
dans lesquelles il y avoit plus de
trois mille hommes , mais que
furl'avis qu'elles avoient eu que
la Flote de la Republique étoit
à l'entrée du port , elles avoient
pris la toute de Negrepont. Le
Generaliffime n'oublia rien de
ce qui pouvoit contribuer à
l'heureux ſuccez du Siege. Il reGALANT.
171
connut la Place du coſté de la
Marine , eſtant monté ſur laGaleredu
Gouverneur des Forçats .
Il en fit le tour en ſuite du coſté
de la terre , viſica les poſtes du
Mont Palamida , & jugeant qu'il
ſeroit fortdifficile de venir àbout
de ſon entrepriſe , tant que la
Mer feroit libre aux Afliegez ,
il reſolut d'aller attaquer les
Turcs dans leur Camp.On avoit
ſçeu que le Seraskier étoit campé
à quatre ou cinq milles des
lignes ſous le Canon du Chafteau
d'Argos. Le ComtedeKonifmark
laiſſa ſeulement quinze
cens hommes pour les garder ,
& marcha contre le Seraskier
avec le reſte. Le Generaliffime '
s'avança de ſon coſté avec les
Galeres , & ayant trouvé un lieu
propre à débarquer aſſez prés
d'Argos , il fit deſcendre quinze
H 2
172
MERCURE
cens Soldats ou Matelots armez ,
qu'il tira des Vailſeaux , & qui
marcherent ſous le commande.
ment du Colonel Magnanini.
Cette conduite obligea les Tures
à partager leurs Troupes. Il en
demeura une partie pour défendre
leur Camp , & leur Cavalerie
, au nombre de trois mille
hommes , vint à la rencontre
des Venitiens , qui eſſuyerent
leur premier feu avec beaucoup
de courage & de fermeté . Le
Comte de Konigsmark,qui marcha
vers eux en tres-bon ordre ,
trouva moyen de les rompre,
&les contraignit de prendre la
fuite. Cependant les Batteries
des Mortierseſtant en eſtat,commencerent
a jetter des Bombes
dans la Ville . Elles mirent le feu
enpluſieurs endroits , & y cauferent
un fort grand dommage.
GALANT.
173
Le Generaliſſime fit ſommer le
Commandant,& fur le refus qu'il
fitde ſe rendre , on reſolut de
faire brûler tousle Villages voifins
, afin d'empeſcher que les
Turcs ne s'y logeafflent. LeComte
de Konigſmark ſe chargea
d'executer ce deſſein,& en méme
temps il ſe rendit maiſtre
du Chaſteau d'Argos. Ceux qui
le gardoient l'abandonnerent
fans aucune reſiſtance , & il y
trouva quelques vivres avec en
viron 12.milliers de poudre . On
continüa de battre la Ville &
le Commandant perſiſtant toûjours
dans la reſolution de ſe
défendre juſqu'à ce que les Affiegeans
euſſent fait bréche , on
fit l'ouverture de la Tranchée
ſans y perdre qu'un ſeul homme.
Pendant qu'on avançoit les
Travaux,on apperçeut pluſieurs
: G3
174 MERCURE
Tentes que les Turcs avoient
dreſſées au meſme lieu où le
Comte de Konigſmark les avoit
défaits quelques jours auparavant
, ce qui obligea le Generaliffime
à renforcer la garde des
Lignes avec des Troupes tirées
de huit Vaiſſeaux de guerre que
Monfieur Piſani avoit amenez .
Il crut auſſi qu'il eſtoit impor
tant pour faciliter le ſuccés du
Siege de faire garder le bras de
Mer par où le Seraskier pouvoit
avoir communication avec la
Place , & dans ce deſſein il fit
avancer Monfieur Bragadin
avec trois galeres , outre quatre
Felouques bien armées que le
Chevalier Morel commandoit.
Les travaux ayant eſté avancez
juſques au pied de la Contreſcarpe
, on prépara tout ce qui
pouvoit eſtre neceſſaire pour
GALANT. 175
fairela deſcente du Foſſé . Les
Infidelles détacherent divers
Partis de leur Camp , mais ils
ne firent que de legeres eſcarmouches
, & fe retirerent toûjours
preſque auſſi- toſt. LesAffregeans
ne laiſſoient pas d'en
eſtre extrêmement fatiguez ,
parce qu'il faloit que leurs troupes
fuſſent ſous les armes nuit
&jour à cauſe de ces continuelleseſcarmouches.
On s'appliqua
à ſapper un coſtéde la Contrefcarpe
, & aprés que l'on eut fait
la deſcente du roſſé , on commença
à travailler à des Galeries.
Ce fut un travail funeſte
pour le major du Bataillon de
Malthe, qui fut tué en cette occafion
comme le Chevalier
Alcenago Major General , l'avoit
eſté d'un coup de moufquer
quelques jours aupara-
د
H 4
176 MERCURE
vant , en allant reconnoiſtre le
Follé . Le Seraskier avança ſon
Camp plus prés de celuy des
Afſiegez , & ce fut ce qui les
empeſcha de demander à capituler
, malgré la conſternation
où eſtoit toute la Ville. Sa preſence
leur relevoit le courage ,
& ne doutant point qu'ils ne
fuſſent ſecourus , ils travaillerent
à des Coupures & à des
Retranchemens , pour ſe défendre
s'il arrivoit que les Affiegeans
filent une bréche affez
conſiderable pour ſe hazarder à
donner l'Affaut. Le Generalife
fime voyoit tous les jours déperir
ſes Troupes. Pluſieurs Officiers
eſtoient morts de maladie.
Il y en avoit pluſieurs autres
hors d'eſtat de ſervir, & un plus
long Siege ne pouvantIny eſtre
que tres deſavantageux , il ſe
GALANT. 177
reſolvoit à aller tout de nouveau
attaquer le Seraskier , lors que
le Seraskier le prevint , en venant
luy - meſme attaquer les
lignes à la teſte de dix mille
hommes . D'abord il ſe rendit
maiſtre d'une hauteur qui commandoit
une partie du Camp,&
comme il n'y avoit qu'un ſeul
Eſcadron qui gardoit ce coſté
là, l'Eſcadron plia , n'ayant pâû
foutenir les Ennemis , qui fondirent
enſuite avec beaucoup
de furie ſur le Bataillon de Malthe.
Il demeura ferme , & re
pouſſa leurs premiers efforts
avec une ſi grande bravoure ,
qu'il les contraignit de regagner
la hauteur. Deux Bataillons des
Troupes de Saxe & de celles de
Brunſvic , commandez par le
Comte de Konifgmark marcherent
contre eux , & les charge -
Hs
2
178
MERCURE
rent de la maniere la plus vigoureuſe.
Le Generaliſſime qui avoit
fait un grand détachement de
Soldats tirez des Vaiſſeaux &
des Galeres , les fit avancer aprés
avoir donné tous les ordres neceſſaires
pour la ſeureté du
Camp , & s'eſtant mis à la teſte
de quelques Troupes choiſies ,
il chargea les Ennemis , parmy
leſquels ce ſecours , & lesTroupes
qu'ils virent venir du coſté
de la Marine , jetterent tant de
terreur, que tous les efforts que
firent les Officiers le ſabre à la
main pour les empeſcher de fuir,
n'en purent venir à bout. Ils en
tuerent meſme quelques uns ,
mais tout cela ne putarreſter les
autres ,qui continuerent àprendre
la fuite. Le Combat dura
ſept heures , & fut fort opiniatré.
Les Infidelles laiſſferent en
GALANT. 179
viron quatorze cens hommesfur
le Champ de Bataille , & il n'y
en eut que trois cens tuez ou
bleſſez du coſté des Chrétiens .
La défaite du Seraskier ayant
eſté annoncée aux Aflegez par
les cris de joye que firent les
Troupes en rentrant au Camp ,
& par les Etendarts gagnez fur
les Infidelles qu'on éleva avec
les reſtes de ceux qui avoient
eſté tuez dans leCombat, iln'y
eut plus à déliberer s'ils continuëroient
à ſe défendre. Le
commandant envoya trois Deputez
à la Galere da Generaliſ--
fime , qui leur accorda que la
Garniſonfortiroit avec armes &
bagage , qu'on luy donneroitdix
jours pour s'embarquer ', &
qu'elle ſeroit conduite juſqu'à
Tenedo. Le Combat fut donné
le 29.Aouſt , le lendemain
H6
180 MERCURE
la Capitulation ſe fit. Ils remirent
le Château entre les mains
du Generaliſſime , & luy envoyerent
des Oftages fans qu'il en
donnâtde ſon coſté. On atrouvé
dans la Place dix- sept pieces.
de Canon de fonte , ſept de fer,
un Mortier & quantité deMunitions
de guerre. On a fait de
grandes réjoüiſſances à Veniſe
pour la priſe de cette importantePlace
,& le Doge accompa
gné de toute la Seigneurie a
aſſiſté au Te Deum, qu'on y a
chanté dans l'Egliſe Ducale de
S. Marc , où pour marque d'une
joye extraordinaire, on a expoſé
l'Etendart de la Morée
qu'on n'avoit point déployé depuis
cent ans . Les grands fervices
que Monfieur Moroſini a.
rendus depuis quelques années.
à la Republique , meritant une
3
GALANT 1811
4
récompenſe de diſtinction , le
Senat qui a voulu luy donner
une marque perpetuelle d'honneur
, a fait un Decret , par lequel
il déclare que Monfieur
Morofini fon Frere ,& tous les
aiſnez de la Famille feront à
perpetuité Chevaliers , & qu'ils
jouiront de tous les honneurs
qui ſuivent cette Dignité. Le Senat
a auſſi voulu donner des
marques de reconnoiſſance à
Monfieur le Comte de Konigſmark
, qui dans toutes les
actions du Siege n'a rien oublié...
de ce qu'on pouvoit attendre&
de fon courage ,&de ſa conduite.
On doit luy donner un Baf
fin d'or du prix de fix mille Ducats:
Jenevous ay rien dit du Roy
de Pologne detoute cetteCampagne.
Ce Prince né pour les
182 MERCURE
grandes chofes , a mieux aimé
aller prendre des Provinces entieres
au dela de Caminiek, que
d'affoiblir ſon Armée devant
cette Place qu'il a deſſein d'en
fermer. Ainſi il s'eſt fort éloigné
de ſon Pays . Il a paſſé de grandes
Foreſts . Il a pris la Moldavie
, & preſentement il eſt aux
Bouches du Danube, à ſoixante
lieuës de Conſtantinople , dans
un fertile & tres-bon Pays où
ſes Troupes ſe refont. Il s'avança
d'abord vers Jaſſy, Ville deMoldavie
, ſituée ſur la Riviere de
Pruth à vingt - cing ou trente
lieuës de la pologne , & il cut
avis pendant ſa Marche , quele
Caſtellan Chelmsky campé vers >
Caminiek , s'eſtoit mis en poffeffion
de la pluſparts desChâteaux
du Voiſinage de cette pla---
ce ,& qu'il tenoit une grande
GALANT. 183 ;
quantité de Coſaques dans la
Foreſt de Niedobor , en forte
qu'il ne pouvoit plus rien ſortir
de Caminiek. Il arriva à Stephanopoli
au commencement =
d'Aouſt , & ce fut là que les
principaux de Moldavie vinrent
l'aſſurer de leur obeïſſance.
Il ſçeut qu'on avoit abandonné
Jaffy , & il y envoya des
Ingenieurs pour faire travailler
aux Fortifications neceſſaires. Il
dépeſcha auſſi vers le Hoſpodar
, ou Prince de Moldavie
pour luy faire dire qu'il le prenoit
en ſa protection , & pour
l'obliger à luy amener ſes Troupes.
2
Le 15. d'Aouſt Sa Majeſté
Polonoiſe fit ſon Entrée à Jaſſy ,
d'où les Boïars , & tous les Habitans
rangez ſous les armes for-
Litent pour la venir recevoir. Ils s
:
184 MERCURE
ldy preſenterent les Clefs de
leur Ville , & luy rendirent
leurs foumiffions comme à leur
Liberateur , qui eſtoit venu les
delivrer du joug de l'Empire
Ottoman , & de la tyrannie des
Tartares . Ce Monarque fut d'abord
conduir à l'Egliſe des Catholiques
, où quelques Prêtres
Miſionnaires chanterent le Te
Deum , aprés quoy il ſe rendit à
l'Eglife Cathedrale des Rutheniens
, où le Patriarche reveſtu
d'Ornemens Epifcopaux rehauffez
de Perles & de Pierreries ,
& accompagné de deux cens
Preſtres Rutheniens , fit une
docte Harangue en laquelle il
cita divers paſſages de l'Ecriture:
pour autoriſer l'obeïſſance dont
ils l'affeuroient .Aprés ces Ceremonies
, le Roy alla difner dans
les.Galeries du Palais de l'HofGALANT.
185
podar,& traita magnifiquement
le patriarche, les Boïars , & tout
ce qu'il y avoit de plus confiderable
dans la Ville. Le mêmejour
on luy preſta le Serment
de fidelité qui fut receu en fon
nom avec les Ceremonies ach
coûtumées par le Palatin de Podolie
, & par le Chatelain de
Czarnovitz. On appelle Rutheniens
ceux qui ſont de la Ruſſie.
Onla diviſe en Ruffie Blanche ,
qui eſt la Moſcovie , & enRuffie
noire , Province de Pologne,
dont la Capitale eſt Leopol ou
Lavovv , que les Allemands
appellent Ruffelemburg. Quel.
ques jours avant que Sa Majesté
Poloneiſe arrivaſt à laſſy , Elle
écrivit cette Lettre au General
Tekely , qui commande l'Armee
de Tranſilvanie.
186 MERCURE
:
E
XCELLENT ET GENEREUX
SEIGNEUR.
Nous devons en peu de mots
exalter votre integrité &finceri--
té , car letemps nous manque pour
en dire davantage , attendu que
noussommes en marche , &preſſez
d'aller à Cecora , & de là plus
avant chercher l'occaſion de ruiner
l'Ennemy communautant que nous
le pourrons. Nostre marche en deça
aeftéde beaucoup retardée par des
Fortereſſes que nous avonsfait elever
le long de ce meſme chemin,
depuis leurs fondemens jusqu'au
comble , au nombre de trois ; une
avant que d'entrer dans la Forest
de Boukovvin , une dedans , & une
autre derriere ce mesme Bois. Nous
avons mis bonneGarnisondans chacun
de ces trois Poſtes , afin d'em.
,
Y
GALANT. 187
pescherles courſes de celle de Kami.
niek , & de rendre libre le paſſage
de cette route jusqu'ànoſtre Armée.
Nous pouvons preſentement faire
Sçavoir à nos Amis que toute la
Province de Moldavie s'eſt ſoumiſe
ànous d'elle-mesme & de son bon
grè , & qu'elle a promis de joindre
Ses Armes aux nostres contre ces
mesmes Ennemis. C'est pourquoy
nous allons au premier jour faire
fortifier Iaffy , & y mettre une
Suffisante Garnison. Cependant ,
pour nous conformer à l'usage de
ceux de la Nation,nous remettrons
la Province à la conduite de quatre
Carmacans , & leur en laiſſerons
lesoin poury maintenir la tran
quillité & le bon ordre. Ilssçaurons
bien nous faire tenir vos Lettres
en toute diligence & Seureté par
lavoye cette ville de lafſfy , qui en
est la Capitale , felon la bonne
188 MERCURE
correspondance qu'ils doivent étaz
blir à cette fin . Nous sommes perfuadez
que non seulement tout le
Royaume de Pologne , mais aussi
ces deux Provinces de Moldavie
& de Valachie , dont les Troupes
iointes aux voſtres faifoient autrefoisle
grand & fameux Royaume
des Daces,vivront &se maintiendront
dans une double amitié par
faite avec voſtre Excellence. Nous
ne doutons point que vos Provinces
ne soientpreſentement delivrées du
penible fardeau des armes ,parce
quele Sieur G. Szymorisky ,Refident
ordinairede Sa Majesté Imperiale
en noſtre Cour , a déclaré
depuis peu en termes convenables ,
& publiquement en plein Senat ,
que cet Illuftre Sereniffime Empeinclinant
à nos iteratives reur ,
interpoſitions , a envoyé ordre à
Son Generalle Comte de Scherf
GALANT. 189
fomberg , de quitter les Terres de
-vostre Patrie,&nous voulons croire
que la Transylvanie , nous en mar
quera sa reconnoiſſance par des
remerciemens obligeans. Nous avons
appris auffiavec un rres grandfentiment
de joye , que le fang des
Chrestiens, pour la défense desquels
nous nous sommes engagez en cette
Sainte Guerre,y aesté &Sera éparé
gnéavec tout le soin poſſible. Atu
reste , nousfouhaitons àvoſtre noble
excellent merite toute prosperité.
Donnéen nostre Cample 9. Aouft
1686.
Pendant que le Roy de Po
logne eſtoit à laſſy, il eut avis
que le Hoſpodar s'eſtoit retiré
avec les principaux Boyars, pluſieurs
Trefors , des munitionsde
Guerre , & de l'Artilleriee,, vers
le Sultan Nuradin prés de
Bucziak.L'envie del'aller cher
190 MERCURE
:
cher le fit partir le 23.Aouſt , &
continuër ſa marche de ce coſté
là, & du coſté de la Beſſarabie
vers l'emboucheure du Danube.
La Beſſarabie eſt une partie de
la Moldavie , & la moins confiderable
. La Moldavie , qui a
quatre-vingt- dix lieuës d'étenduë
d'Orient en Occidens , &
ſoixante-dix du Septentrion au
Midy , à la mer Noire à l'Orient,
& le Danube qui la ſepare de la
Bulgarie , & la borne auſſi an
Midy avec la Riviere de Serethe.
Au Couchantelle a la Vvalachie
, & la Transilvanie , dont
elle eſt ſeparée par le Mont
Hemus- Le Nieſter la ſepare de
la podolieau Septentrion. Choczim
eſt une de ſes Villes. Vous
ſçavez qu'elleeſt celebre par la
Victoire que le Roy de Pologne
y remporta ſur les Turcs un peu
GALANT. 191
avant ſon élection . La Moldavie
aeu autrefois des Princes parti
culiers, auſquels fuccederent des
Gouverneurs ſous la protection
de la Pologne. L'un d'eux appellé
Estienne , ſe rendit Maiſtre
de laBeſſarabie , que Bajazet II.
avoit priſe en 1485. & vainquit
les Turcs & les Polonois. La cruautéde
ſes Succeſſeurs en a fait
tuer pluſieurs par ſes Sujets , &
entre un grand nombre de ces
Princes qui prenent la qualitéde
Vaivode,il y en a peu qui ayent
laiffé leur Estat à leurs Enfans.
En 1612. Eſtienne Tomſa , Soldat
de fortune, mais protegé par
le Ture , ſe fit Vaivode en laplace
deConſtantin, Filsde Mohila.
Il ne poſſeda cette dignité
quejuſqu'en 1618. que le méme
Turc luy oſta la Moldavie,
&la donna à Gaſpard Gratian.
492 MERCURE
Ce dernier devint bientoſt fufpect
à la Porte , à cauſe des
intelligences qu'il avoit avec
Empereur , & avec les Polonois
, dans le party deſquels il
ſejetta. Il fut tué par les fiens
en 16.20 . à la Bataille deCicora,
&depuis ce temps lesTurcs ont
diſpoſé de la Moldavie. Mahomet
IV . qui regne aujourd'huy ,
en ayant inveſty George Gifca
en 1658. le fit ſucceder au Vaivode
Mathias . Les Moldaves
font profeffion du Chriſtianifme
, & reconnoiſſent le Patriarche
des Grecs. Le Tribut qu'ils
payent au Turc n'eſtoit autrefois
quede cent quatre- vingt mille
livres, mais la Porte l'augmente
de temps en temps étant bienaiſe
de maintenir ces Peuples
dans l'obeïſſance par la pauvreté.
Le
GALANT.
191
✔ Le Roy de Pologne, qui paffa
la Pruth au fortir de Jaſſy , s'avança
dans une grande Plaine
pour entrer dans le Budziak , &
aprés une marche fort penible,
parce qu'on n'y peut aller qu'en
traverſant des Montagnes qui
font coupées par des défilez &
par des ravines , on commença
à découvrir l'Armée du Sultan
Nuradin, Generaldes Tartares ,
qu'on dit avoireſté joint par le
Prince Sarbane Cantacuzene ,
Hoſpodar de Valachie , qui a
pris ce party malgré la parole
qu'il avoit donnée de favorifer
celuy du Roy. Il eſtoit à la
teſte de vingt mille Tartares
bien aguerris , & occupoit une
haute Montagne. Sa Majeſté
Polonoiſe fit approcher ſonAr
mée , & tâcha de l'attirer au
combat , mais il l'évita , & aprés
Octobre 1686 . J
192 MERCURE
quelques legeres eſcarmouches,
on ſe retira de part & d'autre.
On ne put cependant pourſuivre
la marche , qu'on n'euſt re
connu un paffage étroit commandé
par des hauteurs que les
Infidelles avoient occupées . On
donna ordre au Chevalier Lubormiski
, Maréchal de la Cour,
d'aller avec cinq mille hommes
faire cette découverte , & franchir
ce défilé. Si-toſt qu'il fut
arrivé à ce paſſage , les Tartares
deſcendirent de la Montagne ,
&recommencerent une eſcarmouche
qui dura juſques àdeux
heures aprés Midy , ſans que
l'on puſt ſuivre l'Avantgarde
qui avoit pris ledevant. Les Tartares
qui feignirentde ſe retirer ,
furent pourſuivis juſqu'à leurs
Tentes ; & lors qu'ils virent
qu'on avoit mis pied à ter
GALANT.
193
re pour faire butin , toutes
leurs forces , auffi bien que celles
des Valaques , marcherent
à l'Avantgarde avec beaucoup
de viſteſſe , & chargerent brufquement
le Chevalier Lubormiski
qui la commandoit. Le
bonheur qu'il eut de ſe trouver
en un poſte avantageux , l'empeſcha
d'eſtre défait. Il eſtoit
couvert de la Pruth en queuë ,
& avoit une hauteur eſcarpée à
ſa droite , & un Marais a fa gauche.
Ainſi il foutint avec beaucoup
de bravoure toute l'Armée
ennemie pendant deux
heures ,&le Combat ne ſe termina
que par l'arrivée de toute
la Cavalerie que le Roy amena
à ſon ſecours. Elle fut reconnuë
par les Gardes avancées des Infidelles
, ce qui les obligea de
ſe retirer avec perte de plus de
۱
J 2
194
MERCURE
fix cens hommes qui demeure
rent ſur la place. Il y eut ſept de
leurs principaux Officiers tuez ,
& entre autres le Gendre du
Sultan Nuradin , & l'on fit trois
cens Priſonniers. On gagna fur
eux un Drapeau vert , que l'on
dit eſtre celuy du Sultan. Le
manque de fourrage ne permettant
pas de continuer la marche
par la route que l'on s'étoit
propoſée , le Roy de Pologne
fit paſſer la Pruth à ſon Armée,
pour en aller chercher de l'autre
coſté. On a nouvelles qu'il
eſt arrivé heureuſement à Galatzin
proche du Danube , à
foixante lieuës de Conſtantinople
, & à dix d'Andrinople. Il
y a plus de deux cens ans
que l'on n'avoit vû d'Armée
Chreſtienne aller juſque - là.
GALANT.
195
Le Païs eſt abondant , & les
Troupes n'y manquent d'aucune
choſe. Le General des
Moſcovites Boriſteniens a donné
avis que celles des Czars, ſes
Maiſtres , s'eſtoient emparées
de la Ville de Perecop,& qu'elles
eſperoient s'emparer auſſi en
peu de temps de toutes les autres
Villes & Chaſteaux qui
obeïſſent au Kam de Crimée.
Je n'ay rien à vous dire de l'affaire
de Hambourg. C'eſt une
Ville ſur laquelle le Roy de
Danemark pretend avoir quel--
ques droits. Ce n'eſt point à
moy à examiner de quelle natu
re ils font. Je ſuis perfuadé que
ce Prince les croit juſtes , puis
qu'il veut les foutenir. D'un autre
coſté il y a grande apparence
que la Ville de Hambourg
ne s'oppoſe aux pretentions du
13
1961
MERCURE
1
Roy de Dannemark que parce
qu'elle ne les croit pas legitimes:
Quoy quede deux hommes qui
plaident enſemble , celuy qui
fuccombe paroiſſe injuſte , il ne
l'eſt pas pour cela. Il y a des
choſes Problematiques , & qui
peuvent donner lieu de croire à
chaque partie que ſon droit eſt
bien fondé. Ce que Meffieurs
de Hambourg ſe perfuadent
que le Roy de Dannemark
avoit tenté pour faire valoir le
fien , ayant eſté découvert , il a
faitdes malheureux. Si le ſuccez
avoit eſté favorable , ils n'auroient
point paru criminels,puis
que dans toutes les choſes doureuſes
, qui demandent une forte
reſolution , & pour lesquelles
on riſque le bien , la vie , &
quelquefois l'honneur meſme ,
plus on réüffit , plus on eſt ju
GALANT . 197
itifie.Comme cette Affaire confiſte
dans une entrepriſe manquée
, & que le Siege de Hambourg
n'avoit eſté commencé ,
au moins à ce qui paroiſt , que
pour la favoriſer , comme les
Loix de la Guerre le permetzent
, il me paroiſt inutile d'entrer
dans aucun détail de ce
commencement de Siege irre
gulier , s'il n'a eſté entrepris
qu'afin de couvrir d'autres deſſeins.
L'Affaire eſt preſentement
tournée en negociation , & il ya
beaucoup de Souverains qui
s'en meflent . Je vous appren
dray le reſultat de ce different
quand il ſera terminé , & vous
diray aujourd'huy qu'il en a
couſté la vie aux Sts Schnitker ,
& Jaſtram , Bourgeois de Hambourg.
Ils ont eſté convaincus
d'avoir eu des correſpondances
14
198 MERCURE
:
préjudiciables au repos public,
& ils curent la teſte coupée
le 14. de ce mois. L'Arreſt par
lequel ils ont eſté condamnez
porte , que leurs Teſtes demeureront
expoſées au deſſus
des deux Portes principales de
la Ville.
Un Courrier exprez qui paſſa
inceſſamment en Eſpagne,ayant
apporté la nouvelle de la priſe
de Bude à Monfieur le Comte
Venceſlas Ferdinand Poppel de
Lobkovvits , Seigneur de Billin
&de Liobschauſen , Conſeiller
& Chambellan de Sa Majesté
Imperiale , & fon Envoyé Extraordinaire
à la Cour de France
, avec ordre d'en faire part
au Roy ,& de luy donner une
Lettre écrite de la main de l'Empereur
, il ſe rendit auffi - toſt à
Verſailles avec un fortgros CorGALANT.
199
tege de Gens de qualité de la
Nation Allemande , & aprés s'eftre
acquité de cette agreable
Commiſſion , il revint icy marquer
la joye qu'il avoit d'une
Conqueſte qui estoit ſi importante
pour les Intereſts de fon
Maiſtre. Comme il ne pouvoit
la contenir dans ſon coeur , il
voulut que le Public la partageaſt
avec luy,& dans ce deſſein
il employa les Sieurs Iean Bapa
tiſte Gervais & Claude Morel,
Ingenieurs de Sa Majesté ,qui ſe
chargerent de faire dreſſer un
Feu d'artifice d'une invention
particuliere. Le Dimanche 22.
Septembre fut choiſi pour cette
grande réjoüiſſance , dont le
ſignal fut donné au point du
jour par la décharge de vingtquatre
groffes Boëtes. Sur les
neufheures du foir , Monfieur le
Is
200 MERCURE
Comtede Lobkovits ſe renditau
Préaux Clercs avec tous ſes Carroffes
, accompagné de tous les
Gentilshommes Allemans qui
eſtoient icy. Il s'y trouva pluſieurs
Princes & Princeffes , avec tous
les Ambaſſadeurs & Miniſtres
des Puiſſances Etrangeres , &
quantitéd'autres perſonnes confiderables
par leur qualité , qui
ſe placerent ſur un grandBalcon
bien baſty,& fort richemét orné.
La Place eſtoit propre à contenir
le grand nombre de perſonnes
que le bruit de ce ſpectacle avoit
attirées . Les Feux d'artifices
avoient eſté preparez ſur un
Theatre de vingt quatre pieds
de haut , &de dix-huit de large.
La face eſtoit un Portique
d'un Ordre Corinthien qui repreſentoit
la Porte Ottomane.
Aux coſtez fur les degrez
GALANT. 201
étoient aſſis deux Eſclaves Turcs
que l'on voyoit enchaiſnez . Il y
avoit fur l'entablement un Piedeſtal
avec pluſieurs Trophées
d'Armes . Sur ces Trophées
eſtoit un Croiſſant , & au deffus
du Croiſſant un Aigle à
deux teſtes , tenant dans ſes ſerres
à la droite un globe & une
épée, &à la gauche un Sceptre,
qui font les marques des Dignitez
Electorales des trois Ele-
Eteurs de Raviere , de Saxe , &
de Brandebourg , Confederez
de S. M. I. dans la Guerre de
Hongrie. Sur le Corps de l'Aigle
, paroiſſoient les Armes de la
Maiſon d'Autriche , qui ſont de
gueules à une face d'argent , le
Collierde la Toiſon d'or tout à
l'entour , & au deſſus la Couronne
Imperiale. Vous verrez
tout cela repreſenté dans la
3
ε
16
202 MERCURE
Planche que je vous envoye.
Les Feux de Joye commencerent
par la décharge de quarante-
huit Boëtes , dont le bruit
eſtoit agreablement meſlé du
fon de vingt- quatre Trompetes
& Timbales. On ne remarqua
d'abord que le Croiffant , & à
meſure qu'il diſparoiſſoit,l'Aigle
commençoit à s'illuminer , &
demeura ſeul juſques à la fin. La
durée de l'Aigle , & l'aneantifſement
du Croiſſant , marquoient
la deſtruction des Infidelles
, & la perpetuite de la
domination de la Maiſon d'Autriche
en Hongrie. A ces premiers
Feux ſuccederent douze
douzaines de Fuſées volantes ,
qui ſignifioient douze Victoires
remportées par les Armes Imperiales
en autant de Batailles
rangées , ou de rencontre fune-
:
2
GALANT 203:
ſtes aux Turcs , depuis qu'ils .
ont violé la Tréve. Quatre douzaines
de groſſes Fuſées d'honneur
foivirent. Elles faifoient =
connoiſtre la gloire que l'Empereur
s'eſt acquiſe en arrachant
des mains Otomanes les
quatre importantes. Fortereſſes
de Gran de Solnoc , de Neuhaufel
& de Bude. Enſuite on
fit partir fix groſſes Fuſées de
gloire, comme autant d'heureux
preſages de la Conqueſte que
l'on eſpere de faire des fix Villes
de Hongrie qui reſtent encore:
ſous la domination des Infidelles.
Voila la vevë qu'ont elë
ceux qui ſe ſont meflez du Feu,
& l'interpretation qu'ils donnent
à la diſpoſition de ces Fuſées.
Aprés que l'on eut joüy de
tout ce Spectacle, on mit le Fou
auCorps , compoſe de cinquan-.-
3
:
204 MERCURE
te douzaines de Pots à Feu ,
qui tirerent dix à la fois , avec
vingt- quatre partemens de Fufées
. Chaque partement élevoit
toûjours le feu plus haut , & on
le mit en ſuite à deux Gerbes
ferpentines , de l'invention du
Sieur Gervais ; elles tirerent des
deux coſtez pendant un quartd'heure.
Tous ces Feux finirent
parune girande de ſeize douzaines
de Fuſées , entre leſquelles
il y en avoit de fort groſſes,& de
quatre douzaines de Pots à feu
garnis de Sauciſſons volans. Le
Spectacle entier dura plus d'une
heure , & fut terminé par une
décharge de cinquante Boëtes.
Ces plaiſirs eſtant finis avec un
applaudiſſement general, on alla
en prendre de nouveaux dans
l'Hoſtel de Monfieur l'Envoyé
Extraordinaire. Cet Hoſtel eſtoit
GALANT.
205
illuminé d'une grande quantité
de Flambeaux blancs. Sur l'une
des Portes on voyoit un Aigle ,
qui jetta de tres-bon vin depuis
neuf heures du ſoir juſqu'au
point du jour. Les Appartemens
eſtoient auſſi richemens meublez
que bien éclairez . On y
trouva un Concert charmant de
Violons, de Baſſes , & de Hautbois,
qui fut écouté avec grand
plaifir. L'heure du Soupéeſtant
venue , on entra dans une Salle ,
où il y avoit une Table en Croiffant
de cinquante couverts ,
garnie de cinquante pyramides
de confitures d'une ſtructure
extraordinaire,& d'une quantité
prodigieuſe de toutes fortes de
viandes qui compofoient un
Ambigu magnifique . Toutes les..
Dames s'affirent , & occuperent
laplus grande partie de laTable...
206 MERCURE
Elles furent ſervies par les Seigneurs
& les Gentilshommes
qui estoient en ſi grand nombre
que les gens de livrée nepurent
entrer. Les Dames s'étant
levées firent place aux Cavaliers
qui ſouperent àleurtour.
Une partie ſe retira dans un Aps
partement où il y avoit un Concertde
Luts,& les autres fe rendirent
dans une Salle qui avoit
eſté preparée pour le Bal. On y
dança fort avant dans la nuit ,
&toute la Feſte ſe paſſa avec un
ordre admirable.
J'oubliay le mois dernier à vous
apprendre que Monfieurle MarquisdeBiron
s'eſtoit marié. Ila
épouséMademoiſelle de Bautru,
Fille de feu Meſſire Armand de
Bautru , Comte de Nogent , qui
fut tué au paffage du Rhin en
1672.& petite Fille de feu Mef-
4
4
GALANT.
207
fire Nicolas de Bautru Comte
de Nogent , qui estoit Capitaine
de la Porte du Louvre , &
fort confideré du feu Roy. Ce
jeune Seigneur qui trouve dans
ſa Maiſon des Cordons bleus ,
des Ducs & Pairs , & des Mareſchaux
de France , eſt bien
fait de ſa perſonne , & fort eftimé
pour ſa bravoure. Il en porte
de glorieuſes marques ſur ſon
Corps , par les bleſſeures qu'il
receut il y a quelques mois , en
ſoûtenant le party de Monfieur
le Duc de Savoye , contre les
Ennemis de noſtre Religion.
Mademoiselle de Bautru eſt une
jeune perſonne fort agreable ,
& qui à l'eſprit tres-bien tourné.
Elle parle juſte , mefle une
douceur charmante à une fierté
modeſte , & n'a point de ſentimens
qui ne ſoient nobles , &
4
208 MERCURE
dignes de fa naiſſance Madame
la Comteſſe de Nogent ſa Mere
, qui s'eſt fait un plaiſir de
fon éducation , l'a élevée dans
ce grand air qui ſied ſi bien aux
perſonnes de qualité.
Je vous ay déja parlé du merite
de Monfieur Sauveur de l'Academie
Royale des Sciences Sa
Majesté qui l'honore de fon eftime
, lay en a donné depuis peu
dejours de nouvelles marques ,
en le nommant pour enfeigner
les Mathematiques à Monfieur
le Ducde Chartres. Il ne perdra
pas ſon temps aux leçons qu'il
doit donner à ce jeune Prince ,
dont vous ſçavez que l'eſprit eſt
vif,&fort capable des plus hautes
connoiſſances .
Iene vous tiens point encore
tout à fait parole, touchant l'Article
des vingt-quatre Cardinaux
GALANT. 209
que Sa Sainteté à faits. Comme
le nombre en eſt grand, & qu'ils
font diſperſez dans toute l'Europe
, ce n'eſt pas une choſe qui
ſe puiſſe faire en ſi peu de temps .
Cependant j'ay deja trouvé
moyen d'avoir leurs Armes , &
je les ay données à graver , afin
de vous les pouvoir envoyer le
mois prochain . En attendant que
ie vous faſſe part de cette Planche,
je vous diray que Meſſire
Eſtienne le Camus Evefque de
Grenoble , ayantappris le 8. de
Septembre ſa Promotion au Cardinalat
par un Courrier du Pape
qui paſſoit par là pour aller en
Cour , toute la Ville,& les Communautez
Religieuſes marquerent
de leur mouvementla joye
que leur donnoit cette dignité
deleur Prelat. Monfieur le Camus
écrivit ſur l'heure au Roy ,
210 MERCURE
& ſe retira pour quelques jours
dans la grande Chartreuſe. Sa
Majesté luy ayant fait l'honneur
deluy marquerqu'Elle luy don -
noit ſon agrément , il alla auffitoſt
continuer ſes Viſites dans
quelques Paroiſſes de fon Dio
ceſe, où il crut ſa prefence neceſſaire
pour l'inſtruction des
nouveaux Convertis .
La Promotion de Monfieurde:
Ciceri Eveſquede Come au Cardinalat
, a auſſi donné lieu à de
grandes réjoüiſſances qui ſe ſont
faites àCavaillon,Ville du Comté
Venaiſin , qui n'eſt éloignée
d'Avignon que de quatre
lieuës,où depuis fort long-temps
une Famille de la Maiſon de
Ciceri s'eſt établie. Celuy qui en
eſt le Chef, ayant appris la nouvellede
cete Promotion , par les
ſoins de Monfieur le Vicelegat
GALANT. 211
d'Avignon , qui luy dépeſcha un
Chevau Leger de ſa Garde , ſe
crut obligépar le nom qu'il porte
, & par la fatisfaction qu'il refſentoit
de voirunde ſes Parens
élevé à cette Dignité ,de donner
des marques pupliques de ſa
joye. Il la fit paroiſtre en faiſant
élever dans une Place qui regarde
le Palais Epiſcopal , trois
grands feux entourez de Boëtes.
Sa Maiſon , vis à vis de laquelle
furent allumez ces Feux , eſtoit
éclairée par quantité de Flambeaux
de Cire blanche , & par
une illumination generale mélée
des Armes du nouveau Cardinal.
Au bas coulerent deux
Fontaines de vin qu'ilabandonna
au Peuple. Les Confuls&le
Corps de Ville ,àla teſteduquel
eſt ce Gentilhomme en qualité,
de Viguier , voulurent honorer
i
212 MERCURE
cette Feſte de leur prefence.
Ainſi ils partirent de l'Hoſtel
de Ville à l'entrée de la nuit ,
precedez d'une partie de la Milice,
au nombre de deux cens
Mouſquetaires,avec leurs Tambours
, leurs Fifres& leurs Drapeaux.
On tira trois fois les Boё-
tes , auſquelles les Mouſquetaires
répondirent autant de fois.
Les Fuſées & autres Feux d'artifice
ne furent pas épargnez,&
on termina la Réjoüiſſance par
une ſuperbe Collation. Toute
cette Feſte , quoy que tres-bien
ordonnée , demeura fort au deffous
de ce que celuyqui la donnoit
auroit voulu pouvoir faire,
pour témoigner dans une pareilleoccafion
les ſentimens d'eſtime&
de reſpect.qu'il atoûjours
conſervez pour la perſonne de
ce nouveau Cardinal , tant pour
GALANT. 213
fes rares vertus , que pour ſon
infigne piete , qui luy fait diſtribuer
aux Pauvres , & aux plus
preſſans beſoins de ſon Troupeau
, tous les revenus de ſes
Benefices , avec une partie de
ceux de ſon Patrimoine , qui
montent à huit ou dix mille écus
tous les ans. On peut juger par là
que fonnom & fa Famille , qui
eſt des plus illuſtres ,des plus anciennes
, & des plus diftinguées
de l'Etat de Milan , comme on
le peut voir par les Autheurs qui
en ont écrit , &qui preſque tous
la fontdeſcendre de Ciceron,ont
eu moinsde part à ſa promotion,
que ſes éminentes vertus connuës
depuis long-temps de Sa
Sainteté , dont il a l'honneur.
d'eſtre Parent. Monfieur de
Ciceri , dont les ayeux ont eu
l'avantage de paroiſtre en Fron
114 MERCURE
ce avec le Titred'Ambaſſadeurs,
& entre autres , André Ciceri ,
Ambaſſadeur vers Loüis XII.
pour la Republique de Genes,
&Lucio CucioCiceri, qui commanda
les Armées du PapeGregoire
XIV. fons Hercule Sfondrat
, en qualité de Lieutenant
General , voulant faire imiter
à ſes Enfans de ſi beaux exemples
qu'il n'a pu ſuivre luy-mef
me , a mis ſon Fils Page deMadame
la Dauphine , & par l'attachement
qu'il témoigne à
remplir tous ſes devoirs , & par
la maniere dont il s'acquite de
ſes exercices , on eſt fort perfuadé
qu'il ne dégenerera , ny du
courage, ny de la vertu de ſes:
Anceſtres.
Toutes les Converſions ont
eſté enfin achevée , à Mets , &
aprés de longues Inſtructions
qui
GALAN Τ . 215
qui ont eſté données dans la
Cathedrale par les ſoins de mon.
ſieur l'Eveſque qui a fait éclaircir
pleinement tous les points
controverſez , la réunion s'eſt
trouvée entiere au commencement
du mois paſſé. On en a
rendu graces à Dieu par un Te
Deum au retour d'une Procefſion
generale . Monfieur l'Evefque
de Mets l'entonna ,& il fut
chanté par la Muſique. Le Parlement
& les autres Corps y
aſſiſterent avec tout l'Eſtar Ma
jor. Ona formé depuis ce temps.
là une eſpece de Miſſion. Elle
fut ouverte par ce Prelat , qui
parla du Sacrifice de la Mefſe
avec autant de netteté &
d'éloquence , que d'érudition
& d'énergie en prefence de
tout ce qu'il y a de plus con-
Octobre 1679 . : K
;
216 MERCURE
fiderable dans la Ville, d'un peuple
infiny , & d'un tres-grand
nombre de nouveaux Catholiques,
qui continuënt de venirentendre
la parolede Dieu à l'Egliſe
tous les Lundis , Mercredis &
Vendredis. Les femmes& les fil
les que l'on avoit miſes dansles
maifons Religieuſes ,y ont prefquetoutes
abjuré en fort peude
temps,& il y en a pluſieurs de ſi
veritablement changées,qu'elles
marquent un empreſſement extraordinaire
pour le Cloiſtre.Les
Dames Urſulines meritent for
tout d'eſtre diftinguées par le
fruit qu'elles ont fait. On leur a
donné pluſieurs fois des femmes
de la Religion protenduë reformée
à inſtruire,& en plus grand
nombrequ'aux autres Convents,
& il n'en eſt ſorty aucune de
chez elles ,dontle changement
GALANT. 217
n'ait paru conſiderable. Le plus
remarquable à eſté celuydeMadame
de Blair.Elle est femmede
Mrde Blairde Fayoles,Preſident
au Mortier dans le Parlement
deMets, Homme d'un profond
ſçavoir , d'une integrité ſinguliere,
d'une application toute extraordinaire
, d'une fublime vertu
, & d'une modeſtie encore
plus grande. Il a eſté de la Reli-1
gion Proteftante,& l'ayant abandonnée
depuis quelques années
avec connoiſſance de cauſe ,
comme on le peut voir par les
motifs de ſa Converſion, qu'il a
preſentez à Sa Majesté, & don
nez au public ; il n'a épargné
ny peines ny ſoins pour convertir
Madame ſa Femme , ſur tout
apres qu'elle fut entrée chez les
Dames Ursulines. Il la voyoit à
Kz
218 MERCURE
toute heure , & luy écrivoit fouvent
de la maniere la plus engageante&
la plus forte. Il l'avoit
meſme reduite à luy avoüer
que ſon eſprit eſtoit convaincu ,
mais elle ajoûtoit en même
temps que fon coeur ne l'eſtoir
pas , c'eſt à dire que ce coeur
inclinoit toûjours pour le party
dans lequel elle estoit née. Il
falloit l'en détacher. Ce coup
important n'appartenoit qu'à
Dieu ſeul, qui en eſt venu àbout
d'une maniere ſi parfaite , que
Monfieur de Blair qui vient de
l'amener à Paris pour quelque
temps , apres luy avoir vû faire
abjuration entre les mains de
Monfieur l'Eveſque de Mets , ſe
louë fortdes ſoins qui ont fibien
ſecondé les ſiens , & en marque
fareconnoiffance à la Superieure
GALANT.
219
de cette maiſon dans laquelle
on peut dire que les membres
ſont dignes du chef , puiſqu'on
y trouve des Dames également
recommandables par la grandeur
de leur naiſſance,par la force de
leur eſprit, par la folidité de leurs
inſtructions , & par la ſainteté
de leur vie.Celle qui eft preſentement
à leur teſte,poſſede avec
avantage toutes ces belles quali-
-tez. Elle eft Niece de Monfieur
le Prince de furſtemberg Evefque
de Strasbourg , & Cardinal
de la derniere promotion. Elle
penſe , parle , & écrit avec beaucoup
de delicateffe ,& ſa pieté
furpaſſe encore tout cela.
Ce ne ſont pas toûjours les
grands biens , la grande Naifſance
, ny les grandes Charges
, qui font eſtimer les hom-
K 3
220 MERCURE
mes. Il s'en trouve d'un certain
efprit , & d'un certain caratere
, qui vivent plus heureux ,
&qui font plus connus & plus
eſtimez que ceux qui poffedent
tous ces divers avantages. Tel
eſtoit Monfieur Chapelle , qui
eſt mort depuis un mois. Il ſçavoit
beaucoup fans faireprofeffion
de Lettres , & quoy qu'il
fuſt Philofophes , fes manieres
n'avoient rien de ceux quipor-
-tent ce nom. Il ſçavoit le monde,
avoit le gouft bon ,&paffoit
la vie parmy les perſonnes
de qualité , qui ſe faifoient un
fort grand plaifir de l'avoir
dans tous leurs divertiſſemens .
&de le logerchez eux. Il n'étoit
pas moins agrable dans le
Cabinet que dans le repas. Ilſe
connoiſſoit en bons Ouvrages
GALANT. 221
comme en bonne chere , & l'on
peut dire que c'eſtoit un homme
univerſel. Sur tout il avoic
une maniere ſi aiſée pour le
commerce de la vie , qu'il n'y a
perſonne qui ne demeure d'accord
que c'eſt une perte difficile
àreparer. 3
Nous avons perdu auffi ces
derniers jours Meffire Laurent
d'Eſtavay de Mollondin , Maréchal
des Camps & Armées
du Roy , & ancien Colonel du
RegimentdesGardes Suiſſes. Il
avoit foixante & dix- neuf ans ,
&en avoit employé cinquanteſeptdans
le ſervice. Il s'eſt trouvé
en quantité de Rencontres,
Combats& Sieges , où il a donné
des marques de ſa valeur , &
receu beaucoup de bleſſures &
pluſieurs coups favorables qui
K 4
222 MERCURE
ne luy ont fait que des contuſions.
Toutes les Compagnies
du Regiment des Gardes Suif
ſes qui eſtoient à Paris , ont
aſſiſté à ſon Enterrement. Elles
marchoient les premieres. Les
Officiers veſtus dedeüil eſtoient
à la teſte de chaque Compagnie
, ayant leurs Piques
traiſnantes ; & les Soldats portoient
leurs Mouſquets ſous
le bras. Les Tambours eſtoient
couverts de crefpe , & les
Drapeaux pliez. Enſuite venoient
les Enfans , bleus , gris ,
& rouges , tenant chacun un
flambeau de cire blanche. Aprés
eux paroiſſoit tout le Clergé
de Saint Eustache , & chaque
Preſtre avoit un Cierge à la
main. Quelques Officiers fuivoient.
Ils marchoient à la teſte
১
GALANT. 223
J
du Corps , qui eſtoit couvert
d'un Poëfle , dont les quatre
coins eſtoient portez par quatre
Officiers . L'épée du défunt
eſtoit nuë ſur la Biere ,
& paffée en ſautoir avec le
fourreau . Le Corps eſtoit environné
de beaucoup de luminaire
, & ſuivy des Parens dụ
Mort en deüil. La marche ſe
trouva fermée par une foule
extraordinaire de Peuple , ce
qui faiſoit voir combien il étoit
aimé dans ſon Quartier. Les
Compagnies Suiſſes firent deux
décharges aprés qu'on cut
inhumé le Corps. Il y a déja
quelque temps que Monfieur
de Mollondin s'eſtoit
démis de ſa Charge de Colonel
entre les mains de Monſieur
Stoupe ,dont le merite
224
MERCURE
n'eſt pas ſeulement connu dans
ce qui regarde la Guerre ,
mais qui ſçait joindre à la valeur
, & à l'experience que l'on
doit avoir dans cemétier,tout ce
qui peut rendre habile un hom
me de Cabinet.
J'avois bien cru que vous
prendriez plaiſir à lire ce qui
regarde l'Etabliſſement de la
Communauté de Saint Loüis ,
établie à Saint Cir. Voicy encore
un Memoire touchant ce
meſme établiſſement. Il pourra
fervir à ceux de voſtre Province
qui aſpireront à ſe faire
recevoir dans cette Communauté.
Je ne change rien
ny dans le Titre , ny dans le
corps du Memoire , & je vous
l'envoye tel que le donne Monheur
d'Hozier , qui a eu l'hon
GALANT.
225
neur d'eſtre choiſi par le Roy ,
pour examiner ſi les Lettres de
Nobleſſe qu'on produit , font
valablesa
K6
226 MERCURE
MEMOIRES DES TITRES
en Original , qu'il faut mettre entre
les mains de Monfieur d'Hozier
, Genealogifte de la Maiſon du
Roy , Juge General des Armes &
Blazons de France , & Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Maurice
& de S. Lazare de Savoye , pour
dreſſer les preuves de Nobleſſe des.
Demoiſelles qui font choiſies par
leRoy , pour eftre receües dans la
Communautéde S. Loüis , ſous le
Gouvernement de Madame de
Maintenon , Inſtitutrice & Superieure
perpetuelle de cette Communauté.
L faut que la Demoiselle qui
fera preſentée raporte Son Extraits
Baptiftaire legalisé que le
jour de sa naiſſance Soit marque
dans cet Extrait qu'elle ait fept
GALANT. 217
ans accomplis , & qu'elle ait moins
de douze ans..
Ilfaut que pour la preuve qu'elle
doit faire de quatre degrez
paternels au moins , elle rapporte
les Contracts de Mariage , defes
Pere , Ayeul,Bifayeul, & Trifayeal.
& quelle joigne à chacun de ces
Contracts deux autres actes , commeGardes-
Nobles,Partages, Tran
factions , Arrests , Sentences , Lettres
- Royaux, Hommages , Aveus,
Contracts d'acquisition , de vente,
-ou d'échange, Provisions, de Charges
, Commiſſions , &c. afin que
la filiation , & la qualité foient
fuffisamment justifiées dans chacun
de ces quatre degrez .
Ilfaut que le premierde ces Contract's
commence au moins à l'an.
Il faut auff le Blazon des Ar
mes de cette Demoiselle , avecceux
130
MERCURE
defesMere, Ayeule, Bifayeule, &
Trifayeule ; & il faut qu'elle y
ajoute encore les Arrests, les Sentences;
ou les Jugemens qui ont
eſté rendus fur la Noblesse de fa
Famillefoitpar le Confeil , par la
Cour des Aides par les commiſſaires
,où par les Intendans, pendant
La derniererecherche.
Vous ſçavez qu'il eſt arrivé
unenouvelle Flore à Cadis. Elle
a rapporté vingt- fix à vingt ſept
millions d'écus en or& en argent.
Il en eſt demeuré cinq
millions en barre à Lima , le
Roy d'Eſpagne ayant défendu
le tranſportdes barres ſous peine
de confifcation. Il ya en Emeraudes
environ deux cens cinquante
mille écus , en Perles
cent mille écus , & un million:
GALANT. 231
d'écus en Cacao & Laines de
Vigogne. Le Vaiſſeau la Thereſe
aencore rapportédeux millions
d'écus , qui font à des Particuliers,&
ſept cens mille écus pour
le Viceroy. 사장
Je vousenvoye une nouvelle
Chanson choiſie à l'ordinaire
par un de nos plus grandsMaiferes.
AIR NOUVEAU.
L
Ajeune Iris m'aime plus que
Sa vie ,
Et fon amour netouche point
mon coeur; :
Ie languisje meurspour Silvie,
La cruellepourmoy
rigueur
naquedela
:
Si j'aime laBeauté qui m'aime,
.: Mon fort feroit moins malheng
reux
6
.
230
MERCURE
Maissi j'estois aimé de l'objet de
mes voeux ,
Quemon bonheurferoit extrême!
2. Ceux qui m'ont expliquéque
la premiere des deux derniers
Enigmes dans fon vray ſens ,
qui estoit les Soupirs, font Monfieur
L. Boucher , ancien Curé
deNogent-le- Roy ; la Tronche
de Roüen ; C. Hutuge d'Orleans
(ces trois en Vers ) H. F.
Troulleau ; de S. Severe de
Roüen; Brebanio ; C. T. Lourdet
; Æ. P. R. de C ; Tamirifte
de la ruë de la Ceriſaye ; le
* beau Garçon ; l'Aſſemblée nocturne
des Amans noirs ; Servinic
& Hindelbert de Soiffons ;
l'aiſnée des deux aimables Brunes
du Chapeau rouge de la
suë des Lombards ; les trois
GALANT.
231
I
Amiesde la ruë de Buſſy,aſſociées
avec les Vendangeurs de
la meſme ruë ; la plus aimable
des trois Soeurs du Fauxbourg S.
Germain,& l'inconftante Brebis
du petitCoeur fidelle d'Angers .
115 Le mot de la ſeconde eſtoit
• ['Hospital , & elle a eſté expliquée
, auffi - bien que la premiere
, par Meffieurs le Curé
d'Oüailly L. Radigues ; Vigniez
d'Audicour la Guerre ; A. P.
Boiſtel de S. Romain ; la Prairie
Cairon , Profeffeur public des
Mathematiques à Caën ; BaroniusGuenotde
S. Pallez Vaux ;
le Balcon ; le Chevalier de la
Colique , Monfieur de la Civette
; le charmant Embonpoint
de la ruë des Lombards ;
la Perle & la Merveille de la
ruëdu Foin ; la Prude de la Porte
234 MERCURE
te de Paris; les deux charmantes
Fillesdu charmant Embonpoint
, & la Maigre Royale de
S. Germain l'Auxerrois.
Voicyles deux Enigmes nouvelles
. L'une eſt de l'aimable
Caliſte , & l'autre du Galant
Lizandre , ſon Epoux
Σ
Lne
2
ENIGME
s'agiticy deGuerreny d'Amaurs
L'ayle corps fouple&mol, laforme
tongue&ronde ,
7
- Et fuis pourle repos dumonde
- D'un affez utilesecours.
Auſſiſans qu'on m'en prie
Ie porte chaque jour , du foir au
Lendeniain
GALANT. 235
Lameilleure partie
Du Genre humain.
AUTRE ENIGME.
Enemanque non plus de plumes
JE que Mere Oye ,
Ou qu'un oiſeau de proye ;
40
Etpourtant ienepuis voler
L'ay deux bouches en vain ; l'une
& l'autre estant clofe
On ne m'entend jamais parler.
Toutefois en ce jour découvrons
quelque chose,
Mais agiffons de bonnefoy.
N'est- ilpas vray, Philis , qu'estant
auprés de moy ,
Vous me preffez ſouvent de vos
lévres de rofe ,
Et que quand voſtre esprit fonge
amoureusement ,
1
234 MERCURE
Vostre bras quelquefois me ferre
étroitement ?
Ne craignez rien vous estesſage,
Ie n'en diray pas davantage.
Les Venitiens ontfaitde nouvelles
Conqueſtes , dont je vous
parleray le mois prochain. Ie
fuis , Madame , voſtre, &c.
AParis ce31. Octobre 1686 .
Q
AVIS.
Voy qu'il ait paru quelques
Relations du Siege de Bude ,
le Publicn'apas l'aiſſéd'en ſouhaiterune
encoreplus particuliere,telle
quefont les Relations des Sieges de
Vienne & de Luxembourg, & pour
lefatisfaire , on y travaille avec
GALANT.
235
tant deſoin, qu'on espere la donner
auplus tard le 20. de Novembre.
Comme le public demande auſſi la
Suite du Voyage des Ambassadeurs
du Roy du Siam en France, on l'af-
Seure qu'ilferasatisfait là deſſus,
&que s'il a esté contentde lapremierePartie,
il leſera encore plusde
Lafeconde , qui outre ce qui regarde
Les Ambassadeurs , centiendra des
chofes tres- curieuses , dont on n'a
point eu le détail , & qui pourroient
fervir de matiere à pluſieurs
Volumes. On donnera cette ſeconde
Partie avec le Mercure de Novembre.
FIN.
511
m
1686,10
Eusx 5112
1686,10
Mercure
:
< 36624555060017
S
< 36624555060017
Bayer. Staatsbibliothek
33
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
OCTOBRE 1686 .
:
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY
ruë Merciere , au Mercure Galant .
M. DC. LXXXVI.
AVEC PRIVILEGE DU ROY,
7
Avis pourplacerles Figures .
'Air qui commence par
Silvie , doit regarder la page 35 .
La Figure doit regarder la
page. 141 .
L'Airqui commence par , La
ieune Iris , doit regarder la page
231
Bayerische
Stanrioliptheky
Pyben
i
TABLE DES MATIERES
contenuës dans ce Volumes.
Rélude...
au Roy
I
2
Réiouiſſances faites à Bourges
pour la Naissance de Monfeigneur
le Dac de Berry. 10
Epithalame. 37
Complimens faits à Monfieur le
-premier president de Rowen.
47
Jeu de l'Arquebuse...... 54
Lettre de Monsieur le Chevalier
d'Her ... 55
Morts, 65
Compliment fait à Monfieur de
Louvois à l'Academie de Peintu.
re & de Sculpture.
Penſion donnéeparleRoj..
72
81
2
TABLE .
Converfions. 82
Election d'un Procureur & Chef
de la Nation de France dans
l'Univerſité de Paris.
*
83
Election d'une jeune Fille pour Tutrice
de ſes Freres. 86
L'Hymen à Madamela Dauphi..
ne.
Madrigal.
Academie d'Angers.
87
92
93
Discours sur la Deviſe du Roy.
94
Cour des Monnoyes transportée
au grand Pavillon de la Courtneuve
du Palais.
133
Le Grand - Conſeil transferé à
l'Hostel d'Aligre , rue S. Honoré.
135
Avanture. 136
Histoire. 140
Nouvelle d'Alger.
Ce qui s'est passé en Hollande à
L'occasion de l'Ambassadeur de
148
TABLE .
Maroc. 153
Buste du Roy placé sur le Portail
de l'Hostel de Ville de Gref
noble , avec les Ceremonies obfervées
en cette occafion. 159
Autres réjoüiſſances. 162
Prise deNapolide Romanie. 163
Campagne du Roy de Pologne. 181
Lettre de Sa Majesté Polonoise au
General Teleki. 186
Affaire deHambourg. 195
Rejoüifſſances faites par le Comte
de Lobcovits. 198
Mariage de Monsieur de Biron
avec Mademoiselle de Bautru.
206
Monfieur Sauveur est nommé par
le Roy pour enfeigner les Mathetiques
à Monsieur le Duc de
Chartres. 208
Réjoniſſances faites à Grenoble &
à Cavaillon , pour la promotion
de Meſſieurs les Evefqaes
TABLE.
de Grenoble & de come. 209
Conversions faites à Mets. 214
Morts. 219
Memoires touchant la communau
oéde S. Loüis établir à S. Cir
228
Arrivée de la Flote de Cadix
230
Enigme. 234
Autre Enigme. 235
:
Fin de la Table.. J
Extrait du Privilege du Roy.
PaAr Grace & Privilege du Roy , donnéà
Chaville le 18. Juillet 1683. Signé , Par
le Roy en fon Conſeil , luNQUIERES. Il eſt,
permis à 1. D. Ecuyer , Sicur de Vizéeſt,
faire imprimer tous les Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , contenant
pluſieurs Pieces , Relation, Hiſtoires , Avantures,&
autres Ouvrages hiſtoriques , curieux
& galans , pour la fatisfaction de
nôtre cher & tres amé Fils LE DAUPHIN ;
pendant le temps & eſpace de dix années,
à compter du jour que chacun deſdits
Volumes ſera achevé d'imprimer pour la
premieres fois : Comune auſſi défenſes font
faites à tous Libraires , Imprimeurs Graveurs
& autres , d'imprimer , graver & debiter
ledit Livre fans le confentement de
l'Expoſant, ny d'en extraire aucune Piece,ny
Planchesſe rvant à l'ornement dudit Livret
meſme d'en vendre ſeparément, & de donner
à lire ledit Livre ; le tout à peine de fix mille
mille livres d'amende contre chacun des
contrevenans , & confiſcation des Exem.
plaires , contrefaits ; ainſi que plus au long
il eſt porté audit Privilege.
Registré fur le Livre de la Communaut
le 14. Septembre 1683 .
Signé ANGOT , Syndic.
Et ledit Sieur J. D. Ecuyer , Sieur de
Vízé , a cedé & tranſporté ſon droit de
Privilege à Thomas Amaulry , Libraire à
Lyon, pour en joüir ſuivant l'accord fait
entr'cux.
MERCURE
MERCURE
GALANT
OCTOBRE
:
1686.
4
C
E ne ſera point , Madame
, par une Action
particuliere du
Roy que je commenceray cette
Lettre. Tout ce qu'il a fait de
grand ſe trouve fi heureusement
ramaſſé dans une Epiſtre
en Vers , faite par Monfieur de
Senlecque , Prieur de Garnay ,
qu'il feroit bien difficile de pou
Octobre 1686 . A
2 MERCURE
voir fournir d'ailleurs un Eloge
de će grad monarque,qui eût les
beautez qu'elle contient. Comme
il ne faut que la lire pour les
connoiſtre , je me contente de
vous l'envoyer , & croirois vous
faire tort, ſi je cherchois à vous
prévenir ſur le plaiſir que vous
donnera cette lecture .
EPISTRE
AU ROY.
Ror, digne d'eftre éleu le feul Mortels ,
Que du temps des Cefars on l'eust
dreſséd'Autels !
Qu'on eust mesme en toy ſeul trouvé
• de Dieux enſemble !
Tu deviens Iupiter quand tu veux
que tout tremble ,
GALANT.
3
On voit revivre en toy la vaillance
de Mars;
Tusçais comme Apollon proteger
les beaux Arts ;
Tu peux far l'Ocean commander en
Neptune;
Tu n'es pas moins puiſſans que l'eſtoit
la Fortune;
Rome eust cru que Minerve euft
parlé dans tes Loix ,
Et qu'Heroule caft efté jaloux de
tes Exploits.
Ton esprit fait revoir la Iuftice
d'Aftrée ,
Et ton coeur la bonté de Saturne&
de Rhée ;
Et c'est cette luftice , &c'est cette
bonté ,
Qui ſoutiennent , grand Roy , tu
vare probité.
Te dis rare. En effet , peu de Rois,
comme Tite ,
Fontde la probité leur vertufavo
rite ;
A2
4
MERCURE
Etplus d'un Prince a crû qu'il ne
luy manquoit rien
Quand il ne luy manquoit que
d'estre homme de bien.
Sur tout , ceux que Bellone aime à
combler de gloire ,
Accordent rarement Themis & la
Victoire .
Achille n'eut pour droit que celuy
de fon bras,
Et la loy de Cefarfut de n'en avoir
pas.
Mais toy dont l'Equité tempere la
Vaillance ,
Qui tiens en mesme temps le Foudre
& la Balance ,
Tu regles tes Exploits fur ce qui
t'eſtpermis;
Tu deviens dans ton Camp Miniftre
deThemis;
Tu veux qu'à ta raiſon ta valeur
obeïffe ;
Et ton ChardeTriomphe est un Lit
deIustice. ٠١٠٠
GALANT.
S
Tu fais plus; ta bonté t'empesche
quelquefois.
D'écouter ta Iustice , & d'user de
tes droits..
Ony , quelquefois , grand Roy, ta
bonté t'afait rendre,
DesVilles que tes droits t'avoient
forcé de prendre.
Ie fçay que
12.2
devant Dole avec
toy tes Guerriers sorber
Ont parmy les glaçons moiſſonné
des lauriers ,
Et qu'aujourd'huyle Rhin écume
encor de rage , ob anuellam
Den'avoir pû former d'obstacle à
ton paſſage.yaho
Ie ſçayque ta vaillance a bordé
de tes Lis ,
Et la Sambre , & la Meuse , &
l'Escaut & la Lis ;
Que ton foudre est tombésur des
Villes ingrates , t
Et qu'il a fait d'Alger un bucher
dePirates .
A 3
6 MERCURE
Maisfans cette bonté qui regnoit
dans ton coeur , AR
Et quivainquoit LOVIS dés qu'il
estoit vainqueur ,
La fierté du Lion auſſi vaine que
grande ,
Daft bientost expirefur les xamm
parts
L'orgueilleux Amsterdam , qu'eust
foudroyé ton bras , 208101 233
Fuft bientoft devenu le tombeau
des Estats.
Valencienne eust fouffert tous les
malheurs de Trope
Elle estoit to conqueste , elle cuft
eſté ta proye. :
InDoge auroit en vain, auxyeux
de res Sujets. ,
Deſavoué fon peuple , &mandie
la Paix :
1
Ta kustice à son crime eust égalé
Sa peine ,
Et ta toutepuiffance cuft aneanty
Genne.
GALANT. 7
Oüy,si tu n'estoit bon , l'on cust vû
ta valeur ,
Voler jusqu'au Danube, &le gla
cer depeur ,
Ebranler plus d'un Trofne au feul
bruit de tes armes ,
Et faire un nouveau fleuve & de
Sang & de larmes .
!
Enfin Sans ta bonté Tripoli maintenant
1
Neferoit qu'une condre abandon.
néeau vent ,
Et Thunis n'eust osé concevoir l'esperance
D'éteindreavecses pleurs lefeu de
ta vangeance
Vous donc ,Heros cruels , qui
mesme vous vantez
Deverſer tout lefangde ceux que
vous domptez;
Vainqueurs , dont la furie afati.
guè les Parques;
Suivez dansſa bonté le plus grand
des Monarques,
A 4
8 MERCURE
Vous ne pourrezl'atteindre , encor
moins le paſſer ;
Mais leſuivre de loin , c'est beaucoup
s'avancer .
Et vous , Rois bienfaifans , bons
Princes, mais timides,
Vous qui dans vos conſeils n'ofez
marcher fans guides ,
Songez que mon Heros eft luy ſeul
fon Confeil;
Il brille parluy-mesmeautant que
le Soleil ,
Il fait mesme ébloüir quiconque
leregarde.
L'Aiglene peut souffrir les rayons
qu'il luy darde ;
Luy Seal , quand il luy plaift, éleve
dans les airs
Dequoyformer le foudre ,&punir
l'Univers.
LuySeul peut diſſiper le plus épais
nuage ;
Il est le Maistre enfin du calme &
del'orage.
GALANT.1
و
Maisje m'égare icy , moy qui
n'ay medité ,
GrandRoy , que quelques Versfur
taSeulebonté. า
C'est d'elle que tu fçais ceque
Sçavoit Auguste ,
Que Souvent la vangeance est
baſſe&mesme injustes
Qu'un Roy n'est plus un Roy dés
qu'il est en couroux ,
Et que le plus beau regne est tou
jours le plusdoux.
Aussile crime est-il l'objet ſeul
deta haine;
Tu reprens fans aigreur , tu punis
Kar avec peine.
Nousnete voyons pointferme avec
dureté,
Promptparimpatience , &fier par
vanité -
Ton air est obligeant , mefme quand
tu refuses , 1
Tu n'accuses jamais qu'ausſſitost to
w'excuses,
S
10 MERCURE
Quiconque enfin te voit, paffe cent
fois le jour
De l'amour au refpect , du respect
àl'amour,
Etquandon te verroitfans Sceptre
&Sans Couronne ,
On trouveroit toûjours un Roy dans
ta Perfonne.
Il faut vous parler des Réjouiſſances
faites à Bourges pour
la Naiſſance de Manſeigneur le
Ducde Berry. Toute la Province,
qui ſe ſouvenoit des avantages
qu'elle avoit eus autrefois
fous la protection deſes anciens
Dues, n'en eut pas plutoſt reçeu
la nouvelle , qu'elle en marqua
une joye qui ne ſe peut exprimer.
Les Berruyers on Biturigos
, anciens Peuples qui ont
habité cette Province , ont longtemps
tenu l'Empire des Gaur
GALANT.
14
les ,& ce furent eux qui réſiſterent
le plus à Cefar. Il ne
laiſſa pas de prendre Bourges
l'an 702. de Rome. Depuis ce
temps- làle Berry demeura ſujer,
aux Romains ,& il le fut enſuite
aux François. Il faiſoit alors
partie du Royaume d'Aquitaine.
Sur la fin de la feconde
Race de nos Rois cette Province
eut des Seigneurs particuliers,
qui prirent le titre de Comtes
de Bourges. Le dernier,
nommé Geoffroy , vivoit ſous
Hugues Caper. Il laiſſa un Fils
appellé Herpin , qui voulant
faire le Voyage d'Outre-Mer ,
vendit Bourges au Roy Philipe.
Ainfi ce Comte fut uny à la
Couronne juſqu'en 1360. que
le Roy lean l'érigea en Duché
& Pairie pour Jean de France,
fon Fils , Frere de Charles V.
t
A6
12 MERCURE
la chargequ'il retourneroit à la
Couronne , s'il mouroit ſans
Enfans males. Ce fut le premier
Duc de Berry , & il le fut pendant
cinquante ſix ans , n'eſtant
mort qu'en 1416. aprés Charles
& Jean de Berry , ſes Fils , qui
moururent fans Lignée. Vn autre
Jean de France , Fils du Roy
Charles V I. porta le titre de
Duc de Berry , & ce meſme
Roy donna le Berry en Apanage
à ſon cinquiéme Fils Charles,
qui devient enſuite Roy de
France, & fut le ſeptième de ce
nom. En 1464. Le Roy Loüis XI.
Fils de Charles VII. donna ce
Duché à Charles ſon Frere, qui
mourut fans Enfans. En 1472 .
leRoy Louis XII. laiſſa leBerry
pour usufruit à la Bienheureuſe
leanne de France,fa Femme
, aprés la diſſolution de
GALANT.
13
1
leur mariage. Elle prit le Titre
de Ducheſſe de Berry , & fonda
àBourges le Monastere des Fil-
Jesde l'Annonciade , où elle fe
fit Religieuſe ,& y mouruten
1504. François I. donna ce mê -
me Duché pour Apanage en
1517. à ſa Scoeur Marguerite
d'Orleans ou de Valois , alors
Ducheſſe d'Alençon , & puis
Reine de Navarre ; & en 1975 .
le Roy Henry III. le laiſſa à fon
Frere François , Duc d'Alençon,
qui mourut en 1584. ſans avoir
eſté marié. Le Roy Henry IV .
eſtant parvenu à la Couronne,
donna ce Duché, à la Reine
Louiſe , veuve du Roy Henry
III. Elle mourut en 1601. &
depuis ce temps il a toûjours été
uny au Domaine.
Meſſieurs de Bourges ayant
efté avertis par une Lettre de
14
MERCURE
>
و
fe
Cachet, qu'il avoit plû au Roy
de faire un Duc de Berry ;
Monfieur le Large, Maire, Mefſieurs
Delard , Ragueau , Coeur
doux & Dudanjon , Echevins
&Monfieur Sauger , Procureur
des Affaires communes
rendirent à l'Hoſtel de Ville ,
pour déliberer des marques
publiques qu'ils donneroient
de leur joye & afin d'avoir
le temps de rendre la choſe
pluséclatante,ils remirent au 17 .
du mois paſſé la Feſte qu'ils refolurent
de faire. Ainſi ils ordonnerent
que ce jour- là il ſeroit
dreſſé un Feu de joye &
d'artifice au milieu de la Place
du Marché; & qu'à l'avenir cette
Place ſeroit appellée la place
Ducale , juſqu'à ce que le Roy
leur euſt permis d'en faire conſtruire
une nouvelle en l'honGALANT
.
15
neurde leur nouveau Duc ; que
les Artiſans fermeroient leurs
Boutiques ,& les orneroient de
feüillages au dehors ; qu'à tous
les Carrefours & bouts des ruës,
il y auroit des Arcs de Triomphe
de Laurier , & d'autre verdure
, où feroient les Armes du
jeune Duc de Berry , avec des
Fontaines de Vin qui coule
roient tout le jour ; qu'à toutes
les portes cocheres on dreſſeroit
des tables garnies de paſtez,
jambons,& autres viandes.avec
pluſieurs bouteilles de Vin,pour
y arreſter tous les Paffans ; qu'il
y auroit des Illuminations à
toutes les feneſtres au dehors
des Maiſons , & un Concert de
Muſique & autres Inſtrumens
en la grande Place publique de
S. Pierre le Puellier àl'iſſuë du
Ecu de joye , avec des tables
16 MERCURE
remplies de 'toutes fortes de
rafraichiſſemens ; qu'en memoire
des ſept Ducs de Berry
on delivreroit ſept Prifonniers
detenus pour dettes ,&
qu'ontraiteroit tous les Pauvres
de l'Hoſpiral general. Cette Or
donnance ayant eſté publiée ;
lesHabitans ſe diſpoſerent avec
tout le zele imaginable àſolemniſer
cette grande reſte. Il y eut
par tout des Arcs de Triomphe,
ornez de feſtons , d'Ecuſſons ,
& de Peintures. On apporta
des Foreſts de bois dont on
embellitles ruës. On coupa des
Vergers entiers chargezde fruits
d'Hyver , & Monfieur le Large,
Maire de la Ville , n'épargnant
rien pour ſe diftinguer fit abatre
la muraille de ſa court , afin de
faire faire un Arc de Triomphe
de verdure, chargé des Armes de
GALAN T.
17
toute la Maiſon Royale , avec
quantité de Piramides illumi
nées de Globes& de Lampes ,
toutes ajuſtees aux Armes du
Duc de Berry. Il n'y avoit rien
deplus beau que les Boutiques.
Elles eſtoient ornées de fleurs ,
de feüillages , & de cartouches,
& aux fenestres eſtoient des
Fleurs de Lys , des Lanternes
hiſtoriées , des antiques,&enfin
toutes les dépoüilles des Cabinetsles
plus curieux . On voyoit
le Buſte du Roy , avec ce Vers
au deſſous ,
Vive diu , Biturix ,fub tanto
Principefelix.
Tout estoit remply d'Emblêmes
,& de Deviſes . En voicy
quelques-unes.
Un Lis dans un lieu où ily a
des Moutons qui paiſſent,& ces
Mots pour ame' , Nafcitur unus
ovili ,
18 MERCURE
L'Etoile du jour Lumen de
lumine...
La Roſée qui tombe dans
un Pacage où des MoutonsPaifſent
, In tenerâpecoria gratiffimus
herba.
Un Feu qui dans les commencemens
n'eſt preſque rien ,
mais qui s'allume enfuite avec
violence , & embraſetout,Vivet ,
&ex minimo maximus erit.!!
Vne Fuſée volante qui creve
en l'air ,& ſe répanden Etoiles ,
Hinc lumen& ardor ..
Un jeune Pin , Summa petet.
L'Hoſtel de Ville ſe trouva
orné d'une infinité de Lampes
illuminées . Il y avoit fix Portiques
de feuillages , où eſtoient
des Hercules qui repreſentoient
les Ducs de Berry. On voyoit le
Jeune Ducdans un grad tableau
de quinze pieds de hauteur ,
GALANT .
19
& large de dix à douze. Les
quatre Compagnies dela Ville ,
compoſées de gens fort leſtes ,
ayant paſſé en revevë avec leurs
Officiers à leur teſte ,allerent
ſe ranger en bataille, ſçavoir les
deux premieres , Bourbonnoux
&Auron devant l'entrée principale
de l'Egliſe Patriarchale de
Saint Eſtience & celles de S.
Sulpice & de Saint Privé , dans
la Placedu Cloiſtre de la meſme
Egliſe devant le Palais Archiepiſcopal.
Leschoses eſtantdifpoſées
de cette forte , & les
Magiftratsen Robe Conſulaire,
les premiers Magistrats, & tout
de Prefidial en tres bel ordre ,
softantrendus dans l'Egliſe avec
MonGeur l'Intendant àleur têις,
on commença à chanter le Te
Deum au bruit des Tambours ,
des Trompetes ,&desCloches.
20 MERCURE
2
Il fut fuivy d'un fort beauMo
tet, & la Simphonie & la MuL
ſique ſe firent également admierer
dans l'un & dans l'autre.
Lors qu'on eut finy le Te Deum ,
auquelMonfieur l'Archeveſque
de Bourges affiſta , la décharge
du Canon& de toute la Moufqueterie
ſe fit entendre . sur les
huit heures du foir, Monfieur
l'Intendant , accompagné du
Maire & des Echevins , alla allumer
le Feu que l'on avoit préparé
dans la Place Ducale , &
alors tout retentit de cris de
Vive le Roy , & Monseigneur le
Duc de Berry , & d'une nouvelle
decharge du Canon & de la
Mouſqueterie. Il y cut aprés cela
un tres-beau Feu d'artifice ,
d'où il fortit un tres - grand
nombre de Fuſées volantes & de
Serpenteaux , accompagnez de
GALANT.
21
a
S
-
1
Petards. Monfieur l'Archevêque
, qui fait tout avec grandeur
, finit cette Feſte par une
Illumination ſurprenante. Son
Baſtiment neuf eſtoit éclairé
d'un nombre infiny de Lampes
qu'on avoit rangées ſur les Balcons,
& fur les Saillies , auprés
de quelques Piramides qui paroiſſfoient
toutes enflâmées . Vne
Statuë qui repreſentoit Madame
la Dauphine tenant un Enfant
entre ſes bras , eſtoit élevée dans
la Place de l'Archeveſché , avec
ces deux Vers de Virgile écrits
fur le piedeſtal.
3
Et nova progenies cælo demittitur
alto
:
Clara Deum foboles , magnum
Jovis
incrementum.
Autour de cette Statuë regnoit
une Balustrade toute remplie de
Feux d'artifice , qui en forme22
MERCURE
rent mille autres , dont on voyoit
les uns s'élever en haut , &
les autres faire ſeulement la
rovë. Le bruit des Petards ſe
mefla au bruit des Boëtes , &
quantité de Fuſées volantes donnerent
long - temps un fort
grand plaifir. Si tant de magnificence
parut au dehors,ce Prelat
n'en fit pas moins éclater au
dedans de ſon Palais. Il y eut
troisTables ſervies avec aurant
de delicateffe & de propreté
que d'abondance ; la premiere
pour les Perſonnes d'Eglife ; la
ſeconde pour les Dames , & la
troifiéme pour les Gentilshommes.
Il y joignit tous les agrémens
que peut donner la Malique
à une feſte , & ce qui le fit
au dedans & au dehors de la
Maiſon de Monfieur l'intendant
ne fut pas moins remarGALAN
T.
23
quable. Les principaux Bourgeois
ſe ſignalerent de leur coſté
à l'égard du Peuple qu'ils
voulurent regaler , les uns par
des Fontaines de Vin expoſées
au Public , & les autres dans
leurs Maiſons , par des Tables
ſervies fort abondamment , &
ouvertes à tout le monde. La
nuit ſe paſſa dans la diverſité
des Spectacles , dont le principal
eſtoit ſur la plus haute Tour de
la Cathedrale , en forme d'une
Piramide ardente .
Le meſme jour 17.de Septembre
, Monfieur l'Abbé de la
Bourlidiere , Aumônier de la
feuë Reyne , & Treforier de la
Sainte Chapelle de Bourges , fit
chanter dans ſon Egliſe un Te
Deum en muſique , pour laNaifſancede
Monseigneur le Duc
deBerry. Il fut fuivy d'Illumina24
MERCURE
tions autour de l'Eglife, & dans
la place de la Sainte Chapelle ,
au milieu de laquelle on avoit
diſpoſé un tres-grand Feu , avec
quatre Tables aux quatre coins ,
&deux Fontaines de Vin , outre
d'autres Tables qui furent
ſervies ſous des Feüillées . De
temps en temps on entendoit
des Concerts de Violons & de
plufieurs autres Inſtrumens ,&
l'on fit partir, beaucoup de Fuſées
volantes , à la lueur defquelles
on voyoit un Etendard ,
que l'on avoit attaché au haut
du Clocher. Dans un des coſtez
de cet Etendard eſtoient les Armes
du Roy , & dans l'autre
celles du Duc de Berry , avec
cette Inſcription , Regem Ducem-,
que fequuntur. Pendant que le
Peuple eſtoit reçen à ces Tables
cet Abbé n'oublia rien pour regaler
GALANT.
25
galer ſes Chanoines. Il leur donna
un magnifique Soupé , & fit
voir avec grand zele la joye qu'il
avoitde la Naiſſance d'un Prince
qui va faire revivre le nom
du glorieux Fondateur de fon
Eglife. Ce fut Jean de France ,
Duc de Berry , & Fils du Roy
Jean qui la fonda, Il mourut
âgé de quatre- vingts ans , & fut
enterré au milieu du Choeur ,
où l'on voit ſon Tombeau . Cette
Eglife , appellée la Sainte
Chapelle ,dépend immediatement
du Saint Siege.
Les réjoüiſſances continuerent
àBourges les jours fuivans,
&il s'en fit encore de tres - remarquables
le Dimanche, 22 .
Septembre dans la Place du
Poids du Roy. On y avoit élevé
un grand Theatre , qui estoit
foûtenu par quatre colomnes ,
Octobre 1679 . B
26 MERCURE
chargées & embellies d'un
agreable mélange de fleurs &
de verdure. Quatre Bergeres
paroiſfoient au hautde ces colomnes
fur autantde piedeſtaux,
Elles tenoient leur Houlete
d'une main , & de l'autre cette
infcription.
Pafce greges , Biturix , inter
Borbonia tutos
Lilia ; Dux vigilans eft tibi ,
pafce greges ,
Le Theatre repreſentoit le magnifique
Palais de Versailles ,
lieu de la Naiſſance de Monſeigneur
le Duc de Berry . On y
voyoit les Vertus & les Sciences
venir à l'envy les unes aprés les
autres luy preſenterdes Deviſes
fur ce qu'il doit eſtre un jour.
Aumilieu de ce ſuperbe Edifice
eſtoit comme une Citadelle
munie de forts Baſtions , fur laGALANT.
27
,
quelle s'élevoit un Donjon environnéd'un
grand nombre de
Balustrades . C'eſtoit la demeure
delaRenommée & dela Victoire.
La premiere , employée à
publier la naiſſance de ce
Prince avoit cette Infcription
, Confiderate quomodo Libia
crescunt. Al'aifle droite eſtoit
l'apartement de la Paix , qui
venoit apprendre au nouveau
Duc qu'il eſtoit né dans un
temps où la France gouſte un
repos tranquille par les bontez
de noſtre Auguſte Monarque.
Elle portoit pour Deviſe , Pacis
- opus. L'appartement qui luy
faiſoit face,eſtoit celuy de Thé.
mis. Cette déeſſe faiſoit voir au
jeune Prince le Portrait de fon
Biſayeul Loüis XIII. & luy preſentoit
ces mots , Filius erit Proa
vofimilis. Deux grands corps de
B 2
28 MERCURE
Logis avec quatre Pavillons ,
faifoient l'ornement de l'aifle
gauche . La Force qui habitoit le
premier , venoit propoſer au
nouveau Duc les incomparables
Actions de LoüISLE GRAND ,
&luy marquoit parces mots l'attachement
qu'elle auroit pour
toute ſon auguſte Poſterité, Borbonios
Ducesfequor quocunque. La
Religion qui occupoit l'autre ,
venoit rendre hommage au jeune
Prince par reconnoiſſance
des ſervices que la Maiſon de
Bourbon luy a rendus de tout
temps contre l'Herefie. Elle faifoit
voir ces mots gravez ,
firma , perte intacta manebo. Les
Muſes , les beaux Arts , & les
Sciences avoient leur ſejour dans
les Pavillons ,& faisoient connoiſtre
par ces mots les grandes
choſes qu'il devoit attendre de
Iam
GALANT.
29
leurs foinspour ſon éducation.
Ducem ad ardua fingimus. Audeſſus
de ce ſuperbe Palais eſtoit
un Soleil , qui illuminant tout
ce Spectacle,enflâmoitdes coeurs
attachez à trois Portails par où
l'on pouvoit y avoir entrée. Ces
cooeurs avoient cette Inſcription ,
Luce tuâ vivimus. Au premier
Portail ,qui eſtoit chargé , comme
les deux autres , de Feſtons
ornez de Fleurs de Lys & d'Emblémes
eſtoient repreſentez
d'un coſté deux Signes , ta
Vierge& la Balance , quiſontles
Aftres ſous lesquelsest né le jeune
Duc;&de l'autre, le Chaſteau
de Versailles avec un Aſtre au
deſſus ,& le Dieu Mars pour Planete.
Au ſecond , du coſté de la
Porte de Paris , on avoit peint
quatre Siamois , que la Renommée
appelloit pour eſtre témoin
,
B3
30 MERCURE
de cette naiſſance. On y avoit
peintencoredes Alcions ſur une
Mer calme , & la Déeſſe Aſtrée
fur la Terre . On remarquoit le
Dieu Mars dans le troiſiéme Portail
. Il y avoit auſſi des Bergers ,
dont les uns tenoient des Chalumeaux
; les autres eſtoient profternez
devant le berceau du jeune
Duc , audeſſus duquel la Victoire
tenoit une Couronne. Plufieurs
Fontaines de Vin coulerent
dans la Place où fut donné ce
Spectacle,& il y avoit des Tables
ouvertes devant les portesdesOfficiers
, non ſeulement àtoute la
Milice , mais encore à tous ceux
des Habitans qui voulurent prendre
part à cette réjoüiſſance . Elle
commença par un Te Deum, qui
fut chantédans l'Egliſe de S.Pierrele
Marché , & ſe termina par
un grand Feu d'artifice.
GALANT. 3
Le Lundy7. de ce mois , la
Ieuneſſe de la meſme Ville, voulant
marquer à ſon Prince combien
elle s'intereſſe dans le bonheur
du Berry , s'aſſembla ſous
un' Drapeau blanc ſemé de
Moutous meſlez à des Fleurs de
Lys , pour faire connoiſtre que
cette Province joüit preſentement
d'un honneur dont elle
s'eſtoit veuë privée pendant plus
de deux Siecles. Au milieu
étoient les Armes du jeune Duc
avec ces mots au deſſous .
1
Hoc Juvenes. IVVENIſigne
dedêre DUCI.
Cette belle & jeuneTroupe ſe
rendit dans un équipage fort
leſte & fort propre dans la Place
qui eſt devant l'Eglife Cathedrale
, & où par ſes ſoins on
avoit préparé un Feu d'artifice.
Ledeſſein en eſtoit tel. Sur un
Theatre haut & large de douze
B 4
32 MERCURE
pieds , s'élevoit une Tour qui
en avoit treize de hauteur. Elle
avoit quatre Portiques , foûtenusdeleurs
Pilaſtres , & ornez
de Corniches , Friſes & Architraves.
L'ordre eſtoit Dorique,
&les carneaux de la Tour , qui
avoit quatre Fenestres & autant
deportes , donnant entrée chacune
fur fon Balcon bien ouvragé
, eſtoient percez de Fleurs
de Lys , & portez fur des Confoles
de feüilles de refente , au
lieu de Machicoli. Tout l'Ouvrage
eſtoit défandu d'un Parapet
, percé auſſi de Fleurs de
Lys, & accompagné de quatre
Guerites . Outre ces ornemens
d'Architecture , tout eſtoit embellyd'Ecuffons
de France & de
Berry, auſquels on avoit attaché
ces mots , Dedit hos Victoria
Flores.
GALANT.
33
Ily avoit quatre Deviſes , dont
la premiere eſtoit un Soleil , &
avoit pour ame , Nafcitur ut re
creet.
La ſeconde repreſentoit des
Moutons paiſſans à l'abry de
quelques Lys en fleur fous un
Ciel qui paroiſſoit grondant de
Tonnerre. Ces paroles en faifoient
l'ame , Tuti hocpræfidio..
Dans la troiſième eſtoit un
Oyſeau , qui a toûjours eſté le
ſimbole d'un bon Prince. C'eſt
un Pelican ouvrant ſes veines
pour donner ſon ſang à ſes pe--
tits. Vt prolem foveat.
La derniere eſtoit un Aigle
qui preſentoit un de ſes Aiglons
au Soleil , avec ces paroles,Di
gna Jovi Soboles .
L'Artifice & les Illuminations
répondirent à la beauté du
deffein ; & afin que dans de fis
BS
:
34 MERCURE
juſtes réjoüiſſances les oreilles
euſſent leur part du plaiſir , la
Muſique d'accord avec pluſieurs
Inſtrumens , fit oüir les
Vers qui ſuivent.
Pour noſtre jeune Duc chantons nos
plus beauxAirs ,
Pouſſons mille cris d'allegreſſe,
Tout ce que nous faiſons s'adreffe
Au plus grand Roy de l'Uni
vers.
Loignez-vous à nos voix,vigoureuſe
leunesse
Pour cet Enfant du Cielchery,
Puis que le bonheur du Berry
Egalement nous intereſſe.
Pour porter dignement iusqu'au
plushautdes Airs
Vn Nom pour nous fi plein de
charmes
GALANT. 35
Regiezle grand bruit de vos
armes
Aladouceurde nos Concerts..
Aprés que l'on eut joüy de
tout ce Spectacle , on ſe rendit
en un lieu où cette galante
Troupe avoit fait venir les
Violons pour donner le bal aux
jeunes Demoiselles de la Ville.
LaCollation leur fut ſervie ,
&rien ne fut oublié de tout ce
qui pouvoit contribuer aux plaifirs
de cette feſte.
Je vous envoye un Air nouveau
, qui eſt , comme tous les
autres , d'un de nos plus habiles
Maiſtres.
AIR NOUVEAU
.
Q
Vand i'estois ſeul près de
Sylvie
B6
36
MERCURE
:
Le croyois paſſerunevie
Douce, tranquille , & fans de
firs
Et je m'estois fait un plaisir
D'avoirſçen reſiſter aux yeux de
sette Belle,
Mais, belas ! que je croyois mal!
Dés que je vis Torcis s'attacher
auprés delle .
Ie vis que i'avois un Rival.
Ievous ay appris par ma Lettre
du mois d'Aouſt , que Monſieur
le Marquis d'Antin avoit
épousé Mademoiselle d'Ufez .
Dans le temps que ſe fit ce
mariage , il courut un Epithalame
pour ces jeunes Mariez ,
dont j'ay demandé une copie..
Je vousl'envoye. CetOuvrage a
reçeu des Connoiffeurs toute
l'approbation que l'Auteur pouvoitattendre.
Cela devroit l'obliger
à ne point cacher fon nom..
1
GALANT.
37
2
EPITHALAME..
CRace , aux heureux Deſtins,
enfinvoicy lejour ,
Que l'on va voir l'Hymen d'ac ..
cord avec l'Amour.
La Paix, comme l'onsçait, est rare
entre ces Freres ;
Ilssemblent estre nez l'un à l'au
tre contraires;.
Et pour s'entretenir dans d'éternelss
combats, 106
Toûjours ce que l'un veut l'autre
ne le veut pas,
Mais ils viennent de faire une
double alliancetic Ho
Et vont vivre long-temps en bonne
intelligence.c
1
En faveur de deux Coeurs l'unpoury
L'autre formeza
426
38 MERCURE
Etpar les plus beauxfeux l'un pour
l'autre enflâmes ,
Le coup, dont lesfrapa le beau
Fils de Cithére ,
Ne fut point de ces coups portez
parla colere ,
Commeilfot àVenus , dont il eſtoit
grondé,
Comme ilfit à Phébus, qui l'avoit
gourmandé,
Comme ilfait à plusieurs , dont la
longue Souffrance
De cet Enfant cruel fatisfait la
vangeance.
Lors que nos deux Amans feront
blessezau coeur ,
L'Amour ne fut jamais d'unefi
bellehumeur: 72
Tout flatoit ſes deſſeins, tout cherchoit
à tuy plaire ;
Il venoit d'obtenir des baiſers de
Sa Mere,
Et libre , avec les leux , les Ris&
Les Plaifirs
GALANT .
39
Ilalloit folâtrer au gré deſes deſirs
Amans , qu'il a vaincus , tout
vous est favorable,
Vivez , vivez heureux Sous Son
Empire aimable :
La Fortune vous fert, l'Amour rit
avec vous;
L'Hymen ferre vos Noeuds , eft.il
un bien plus doux ?
Vos iours pleins, de repos vont cou
lerfans alarmes:
La vie aurapour vous toûjours de
nouveaux charmes :
Surpris de vos plaisirs , vous ne
comprendrez pas 4
Comment tant de Bonheur peut
regner icy- bas,
Si vous avez fouffert quelque peu
par l'attente;
Si les Soupçons ialoux , la Crainte
impatiente ,
Kous ontfait quelquefoisfentir de
La douleur
14
40
MERCURE
L'Amour vous en fera mieuxsentir
ſa douceur.
Surpaſſant en attraits , en fentimens
fidelles ,
L'untouslesCavaliers, l'autre tou
tes les Belles,
1
Sans meſure tous deux & charmez
&charmans ,
Rien ne doit estre égal àvos contentemens:
La Nymphe a la beauté d'une
naiſſante Aurore , 9
Ou d'une aimable Fleur , qu'un
Zephir fait éclorres,
Sa bouche est un corail fait exprés
A `pour charmer..
Ses yeux ont un brillant qui peut
tout enflamer.
Le plus grand Dieu, reduit à brouterlerivage
,
Paſſa pour moins d'attraits le Bofphore
à la nage..
Helene aima Paris avec moins de
beauté
GALANT.
41
Penelopefit voir moins defidelité.
Venus a moins d'éclat, Diane moins
d'adreſſe ,
Iunon moins de grandeur , Pallas
moins deſageſſe.
On voit, par cesfaveurs du Destin
qui l'aima ,
Les exemples qu'elle eut , la main
qui laforma.
Ellea d'un tendre Amour l'air
&le caractere ,
Trop jeune à nos regards pour en
estre la Mere,
Etfivous la voyiezs'exposer aux
hazars ,
Sur un Courſierfongeux, cetAmour
estunMars.
Sila Nymphe au Heros difputa le
<courage ,
Le Heros , des apas , dispute l'avantage:
:
Sur le Prè c'est un Mars ; mais estilde
retour ,
:
42
MERCURE
:
A-t- il quitté le fer , ce Mars eft
un Amour.
9
Qui pourroit resister à tant de bonnemine?
Adonis moins charmant fceutenchanter
Cyprine.
Pour moins d'apas Diane eut le
coeur enflame.
L'Aurore aima Tithon moins digne
d'estre aimé.
On voit furson visage , on voit
dans sa maniere ,
L'esprit&les attraits defon aima.
bleMere.
Parler ainſi du Fils, c'est en un mot
marquer
Ce qu'unfort longdiscours nesçauroit
expliquer.
Le Sangdont vous fortez , a depuis
deux cens Lustres
Répandu Ses rwiſſeaux dans des
Vaines illuftres ,
Et pourformer les coeurs aux projets
lesplus hauts ,
GALANT. 43
S'est long- temps épuré de Heros en
Heros.
De vos nobles Ayeux l'éclatante
Memoire
Demande de ce Sang la durée & la
gloire:
Et l'on s'attend qu'aprés certain
nombre de iours ,
Lors que la Lune aura neuffois
fourngSon cours,
1
A peine verra-t-on la dixieme
paroitre,
Qu'en un digne Neven vous les
ferez renaître,
Et quepour empêcher ce beau Sang
de finir ,
Par vous on le verra tous les ans
raieunir.
Hatez-vous de remplir cette iufte
esperance ;
Pour vous l'Aftre du Soir , en leur
faveur, s'avance.
Que loinde nos Amans,Sous le
poids defesfers , ...
44
MERCURE
:
La Diſcorde à jamais gronde dans
les Enfers.
Qu'unlit vaste&Superbe enriches
broderies
Où brillent à l'envy l'or&les Pierreries
Icy foit élevé par les mains des
Amours ,
Et que l'Hymen joyeux leur prête
SonSecours.
Qu'un delicat travailen mille exploitsytrace
La vertu naturelle à leur auguſte
Race.
Queles plus doux Sommeils, &les
Ieux tour à tour
Devant ce lit pompeux viennent
faire leur Cour;
Et qu'enfin les rideaux ornez de
fleurs nouvelles ,
Soient tirez parles mains des Gra
ces immortelles.
Toy qui vas donner l'estre à tant
de demy-Dieux ;
GALANT.
45
:
Amour, ce que tu fais , quand tu
formes des Noeuds ,
N'estpas toûjours un coup aveugle
& témeraires ...
Et malgré la façon dont tepeint le
Vulgaire ,
Quand, pour tesignaler , tu fis un
choix fi beau ,
Alors tu n'avois pas fur lesyeux
un bandeau.
Faveurs des Immortels , heureu
fes Destinées ,
Qui reglez des Heros les trames
fortunées ,
Que ne puis-je , d'icy , dans la
posterité,
Voir lefublime éclat & la felicité
D'une Branche , qui dois fournir
parses Merveilles ,
Aux Malherbes futurs leſujet de
leursveilles ;
Ou plûtoft , noble Véne, Esprit che
ry des Cieux ,
46
MERCURE
Toy qui parlas si bien des auguſtes
Ayeux ,
Quene peux- tu , Voiture , enfurpaſſant
les Maistres ,
Chanter les Descendans ainſique
les Ancestres !
Par tes doctes écrits au lieu deme
regler ,
Sur defibeauxfuiets que ne peuxtuparler
,
Et pourquoy les Deſtins , enprolongeant
la vie ,
Ne t'ont- ils pasfait voir la troi
fiéme Iulie ?
Mais la Nuit , de ſon voile , a
couvert tous ces lieux,
Mille brillans Flambeaux ornent
l'Azur des Cieux .
Le Sommeil àses loix aſſervit la
Nature,
L'Amourſeul doit veiller dans
cette Nuit obfcure.
C'enest affez gardons de rompre
trop long- temps,
GALANT. 3 47
Vn Silence propice à nos heureux
Amans.
Ie vous appris il y a un mois
avec quelles acclamations Monſieurde
Faucon deRis avoit eſté
reçeu à Roüen , lors qu'ily vint
prendre poſſeſſion de la Charge
de premier Preſident du Parlelementde
Normandie. Le jour
qu'il y prit ſeance , Monfieur le
Noble , Avocat en ce meſme
Parlement , ayant à parler dans
la premiere Cauſequi fut plaidéedevant
luy , ſe ſervit d'une
occaſion ſi favorable pour luy
faire compliment. Il ditqu'il auroit
crû tromper l'attente publique
, ſi la premiere fois qu'il
avoit l'honneurde parlerdevant
ce grand Magiſtrat , il propoſoit
dés le commencement de ſon
Plaidoyé la Queſtion qu'il falloit
48 MERCURE
que l'on jugeaſt ; que ſes yeux
n'eſtoient pas ſeuls occupez àle
regarder , & que ſon eſprit ſe
trouvoit bien plus remply des
idées qu'il en avoit conçeuës ,
quede celles de fa Cauſe ; qu'il
avoüoit qu'un ſujet ſi vaſte &
fi élevé demandoit une bouche
plus éloquente que la ſienne ,
&que s'il s'eſtoit arreſté à faire
reflexion ſur ſon impuiſſance &
fur ſa foibleſſe , le filence euſt
eſté le ſeul party qu'il auroit dû
prendre. Après avoir ajoûté que
les plus grands Orateurs ne
pourroient fournir qu'à peine à
une ſi belle matiere, il pourſuivit
en ces termes.:
Tous ceux qui ont esté témoins
des Discours que Monsieur le Premier
Preſident a prononcez en public,
les ont admirez comme les
plus beaux Ouvrages ,& les plus
heureuses
GALANT. 49
heureuſes productions de l'esprit ;
&fi i'avois un rayon des vives lamieres
qu'ily a fait remarquer à
tout le monde, je ne craindrois pas
dediminuër, comme iefaisparmes
foibles expreffions , les Eloges que
merite cet illuftre Chefdu ſecond
Parlement du Royaume; maisMesfieurs
, voussçavez mieux ce qu'il
est que ie nepuis- vous le dire , &
quelque foin , quelque étude que
ie puiffey apporter , il m'est impoffible
de vous le representer tel que
vous le connoissez. Vous n'ignorex
pas que la Famille de Faucon est
originaire de France; qu'ayantpas-
Sé en Italie elle s'habitua à Florenoù
elle eut les premieres Charges
de la République , & s'allia
avec l'illustre Maison de Bucelli ;
qu'en 1495. François de Faucon
repaſſa en France,àlasuite du Roy
Charles VIII. qui revenoit du
Octobre 1686 ,
се ,
C
50 MERCURE
Royaume de Naples dont il avoit
fait la conqueste ; qu'Alexandre
de Faucon ,ſon Fils fut Evesque
deTulles , d'Orleans , de Mâcon ,
&deCarcassonne , & l'un des plus
Sçavans Prelats de fon temps ;
queleRoy François 1. l'honora de
fon estime en diverſes Negotiations
importantes ; que Claude de Faucon
, Seigneur de Puiredon & de
Ris, fut Premier President aux
Enquestes du Parlement de Paris ,
ensuite Confeiller d'Estat ,&premier
President au Parlement de
Bretagne ; qu'ilfervit utilement
l'Estat pendant les defordres de la
Ligue; que le Roy le députa Son
Commiſſaire pour la Paix àla Con.
ferencede Montmartre , & qu'en
retournant de Paris à Rennes , il
fut fait prisonnier par ceux qui
tenoient le Party des Ligueurs contre
le Roy , & compoſa pendant
GALANT.
fa captivité un Traité des Guerres
Civiles ; qu'il eut plusieurs Enfans,
l'un Chevalier de Malthe ,
ficonnu sous le nom de Comman.
deur de Ris , lequel consacra fes
jours & sa vie pour la défense
de la Religion , &pour le ſervice
du Roy , particulierement à la pris
fe de la Rochelle, où il ſeſignala;
que deux autres furent premiers
Preſidens en ce Parlement ; que
l'un , qui estoit Alexandre de Ris,
rendit beaucoup de fervices au
Roy & à l'Estat en 1620. durant
les Troubles de ce temps là; &que
l'autre , qui estoit Charles de Faucon
, mourut à Dieppe dans la
Maison du Roy, apres avoirbaran
qué Sa Majestéà la teste de Mesfieurs
les Députez de ce Parlement
que Jean Loüis de Faucon , fon
Fils. Perede Monsieur le premier
President , a auffi exercéavec hon-
C 2
52
MERCURE
১
neurlaméme Charge,&queMonfieur
le premier President , avant
que d'estre nommé pour la remplir,
a esté Conseiller en la Cour , ینم
Commiſſaire aux Requestes , Maiſtre
des Requestes , & Intendant
de Iustice dans les Provinces de
Bourbonnois & de Guyenne pendant
douze années. Ainsi,Mes-.
ſieurs , vous voyez que le rang qu'il
occupe , est la récompense desfervices
importans qu'il a rendus à
l'Estat dans tous les Emplois glo
rieux par lesquels il a déja paſſé ;
qu'encore que ses Ancestres ayent
esté ornez de la mesme pourpre
dont il est revestu , il ne brille pas
Seulement de leur éclat , & que
cette Dignité neseroit pas comme
hereditaire dans sa Maiſon, s'il
n'avoit pas poſſedé commeà droit
fucceſſif toutes ces rares qualitez
dont la Nature a effé prodigue enGALANT.
53
:
versluy , qui luy ont attire l'eſtime
&la bienveillance du Roy , & que
forment un Magistrat accomply. Il
finit ce juſte Eloge endiſant qu'il
ne doutoit point que celuy dort
il ſoûtenoit les interêts,ne reſſer -
tit les effets de cette fuperiorité
de Geniel, & de cet eſpritde penetratio
& de justice,qui accompagnoit
toutes ſes Déciſions , &
celles des luges devant lesquels
il avoit l'honeur de plaider.Il s'agiffoit
de la validité d'un mariage
Il occupa toute l'Audience,& ce
ne fut que dans l'Audience fuivante
, que Meſſieurs le Queſne,
Je Breton , & de Meherencplaiderent
felon les differens intereſts
qu'ils avoient pour leurs
Parties dans la meſme Caufe. Ils
firent auffides complimens fort
juſtes à Monfieur le premier Preſident,&
aprés que chacund'eux
eut parlé , Monfieur de Langrie
C3
$4
MERCURE
3
premier Avocat General , prit la
parolepourleRoy ,& fit admirer
la delicateſſe de ſes pensées
dans l'éloge particulier de ce
grand Magiftrat ,digne fucceffeur
du merite auffi-bien que
dela Chargede ſes Anceſtres,
Iepuis vous dire , Madame , que
cequia furpris tout le monde,
c'eſt la vivacité avec laquelle
Monfieur de Risa répondu fur
le champ,& fans préparation
àplusde cinquante complimens,
qui layont eſté faits dans foc-1
cafion dontje vous parle. S'il a :
fait briller ſon éloquence dans
labeauté du diſcours , la folidité
dujugement& la prefenced'efpritn'yontpasmoins
éclaté, fui-t
vant les qualitez differentes des
Perfones auſquelles il répondoit.
le croy vous avoir marqué
dans quelqu'une de mes Lettres,
que les Chevaliers du leu de
GALANT.
55
l'Arquebuſe , de Provins , gagnerent
le Bouquet à Nogent
au mois d'Aouſt 1684. L'obligation
où ils eſtoient de rendre
le Prix leur en ayant fait choiſir
lejour , ils firent ſçavoir par des
Lettres circulaires qu'ils le rendroient
le 25. Aouſt dernier
jourde la Feſte de S.Loüis. On
vint à Provins de toutes parts,
& ils employerent tout le Samedy
24. Aouſt à recevoir les Bandes
avec les ceremonies ordinaires.
Les uns à cheval, ayant
à leur teſte Monfieur Beſſel ,
leur Capitaine perpetuel , allerent
les recevoir hors la Ville
au ſon des Haut-bois & des
Trompetes , & les autres commandez
par Monfieut Guerin ,
leur Lieutenant , prirent ſoin
de les conduire au ſon des
Tambours & des Violons dans
C 4
56 MERCURE
les Loges qui leur eſtoient preparez.
On les regala enfuire
des Preſens accoûtumez de
Gonferves&de Vin . Le lendemain
toutes les Bandes ſe rendirent
en bel ordre dons l'Egliſe
Collegiale de Saint Quevace, où
laMeſſe fut celebrée par Monſieur
le Doyen de Jolycoeur,
ancien Aumônier de Monfieur.
Le Concert de l'Orgue & des
Violons fut admirable pendant
que les Drapeaux furent portez
à l'Offrande. L'apreſdinée
les Compagnies ſe raffemblerent
, & vinrent Prendre le
Bouquet & le Prix chez Monfieur
Beſſel ; Capitaine. On les
apporta dans l'Hoſtel de Ville,
où le Maire & les Echevins
preſenterent auxChevaliers une
magnifique Collation . Cet Hoſtel
eſtoit orné de Feſtons, d'arGALANT.
57
cades & de Guirlandes. On y
voyoit les Armes du Roy , &
&celles de la Province , & des
Gouverneurs , avec unTableau ,
où paroiſſoit un Rofier , & trois
Soleils au deſſus . Ces mots fervoientd'armes
à la Devife , Sole
triplici revirefco. Les Aimes de
la Maiſon d'Aligre font trois
Soleils , & le Rofier est le Hierogliphe
de la Ville de Provins,
qui vouloit marquer par là la
reconnoiffance qu'elle conſerve
des bons Offices que luy a rendus
Monfieur l'Abbé de S. Jacques
, Fils de feu Monfieur le
Chancelier d'Aligre. De l'Hoſtel
de Ville les Chevaliers allerent
à l'Abbaye de S. Jacques
pour y prendre une Médaille
d'or , de la valeur de vingt Loüis
que cet Abbé avoit propoſée
pour une cinquiéme Chaffe. Ils
C
3
58
MERCURE
pafferent le reſte du jour à ſe
divertir, &le foir au Bal en divers
lieux. Le Lundy 26. la
premiereChaffe fut ouverte par
le coup du Roy. Ce fut Monſieur
le Lieutenant General qui
le tira. On fixa le nombre des
Prix à quatre - vingt en quatre
Chaffes , vingtPrix à chacune ,
&le nombre des Tireurs fut de
236.de trente- fix Villes. Le pre
mier Panton for gagné par les
ChevaliersdeChaſteau-Tierry,
avec le Bouquet ,d'un coup de
broche fait par le Sieur Folien
Beaujou. Ce Bouquer eft ane
Tour ornée de Fleurs artificiel
les. Ce Vers Latin eſt écrit au
tour en groffes lettres ,
Condidit hanc Cefar ,fervar
nunc Cesare Maior.
La Ville de Provinsapour Ar
mes uneTour , à cauſe quedans
GALANT.
59
la Ville haute il y a une groſſe
Tour fort ancienne, baſtie par
Iules Cefar. Cela ſuffit pour l'intelligence
de ce Vers. Le fecond
Panton fut emporté par ceuxde
Chalons , d'un coup de broche
que fit le Chevalier Guyot. Les
Chevaliers de Provins gagnerent
le troifiéme Panton , par
un autrecoup de broche que fir
Mª Guerin Lieutenant. Le qua
triéme fut emporté par les Che
valiers de Meaux. Enfin l'on
tira une cinquiéme Chaffe, pour
la Médaille frapée au Coin de
Monfieur le Chancelierd'Aligre .
Ce furent ceux de Villenauxe
qui la gagnerent d'un coup de
broche fait par le Chevalier
Rivot. lamais ont n'avoit fi bien
tiré. Les Chevaliers de Provins
fe diftinguerent , & l'on n'en
fçauroit douter, puis que de qua
C6
८०
1
MERCURE
tre vingt Prix , ils en remporterent
vingt & un. 1.
Je croy vous faire plaiſir , Madame
, en cherchant à découvrir
qui eſt ce Monfieurle Chevalierd'Her
... dont vous avez
tant eſtimé le Recüeilde Lettres.
L'approbation que vous leur
avez donnée a eſte ſuivie de tous
ceux qui s'y connoiffent ,& le
cours qu'elles continuënt toû .
jours d'avoir , ne permet point
de douter qu'on n'y ait ſenty ce
tour fin & delicat que vous y
avez trouvé.Ce qui me faitcroire
qu'on en pourra connoiſtre
l'Autheur, c'eſt que l'on aſſeure
qu'il a intrigue avec une jeune
perſonne , qui eſt Penſionnaire
dans un Convent , & qu'il va
ſouvent l'entretenir à la Grille.
Il luy écrit meſme , & par une
Leture qu'on m'en afait voir , il
GALANT. 61
paroiſt qu'il prend gouft à ce
commerce. Il ſera bien mal aifé
qu'ildemeure long-tems ſecret ,
puiſque la jeune Penſionnaire
voulant le faire honneur de fes
Lettres , en a laiſſé échaper des
Copies. Voicy celle qu'on m'a
donnée. On m'en promet encore
quelques autres. Lifez ; le
vous croiray de mauvaiſe humeur
ſi aprés cela vous n'avoüez
pas que peu de Perſonnes ſcavent
écrire auſſi galamment.
A MADEMOISELLE ***
Vous voulez bien fouffrir
que je me
vante de vous donner de l'esprit.
Fay crû d'abord que c'estoit
quelque chose defort glorieux pour
moy ; mais ie voy que je vous en
denne tant en peu de temps que
3
62 MERCURE
ie vous avonë
ien'aypas grandfuiet de m'enfaire
bonneur. Lafacilité que vous avez
a en recevoir , diminuë extreme
ment le merite qu'ily auroit à vous
en communiquer . Vous qui n'estes
pas ingrate ,vous me donnez en
recompense de ce que je n'oferois
nommerdansune Letre qui doit en
trerdans un Conpent. Si cependant
ie croyois qu'iln'y eust que vous
qui duffiez la voir , je hazarderois
lemot d'amour,car
que ien'ay pas tant de respectpour
vous que pour la Mere de ... Les
jolies perfonnes en inſpirent moins ,
&vous êtes aſſurément bien plus jolie
qu'ell.eJemeplains doncàvous,
Mademoiselle de l'échange que nous
faiſonsensemble. I'aime mieuxvous
donner de l'esprit gratis,je vous declare
queje n'ay point affaire d'a
mour.Ce qui me déplaist le plus, c'est
que vôtre connoiſſancefi exacte que
GALANT. 63
vous voulez me donner un ametry
qui dure autant que durera l'efprit
que jevous donne. A ce compre ,.
ie vous aimerois toute ma vie ? Ie
vous rends tres humbles graces , i
n'ay iamais esté amoureux de cette
façonlà. L'aypromis àchaque Belle
que i'ay quittée , que je n'en aimerois
iamais d'autreplusfidellement..
Voulez- vous que ie manque tout
d'un coup àtant de promesses qui
estoient les feutes que i'efperois de
pouvoir tenir ? Ne me permettrez
vous point de conferver à l'égard
de toutes les personnes que i'ay
aimées cette espece unique de filelité
? Vous me rendez infidelle à un
monde de Belles tout à la fois.
_faut pourtant s'y refoudreſi on con
tinuë de vous voir , mais du moins
recompensez- moyfur le piedde cet.
te multitude & de Maîtreſſespasfées
, &de Maistreffes àvenir quer
64 MERCURE
is vousfacrific,carpendant le reste
de ma vie que ie voy bien qu'il
faut vous dévoäer , i'eſtois homme
à avoir encore quelque douzaine
ou deux de paffions. Vous étouffez
dans mon coeur toute cette belle ef
perance d'amours ànaiſtre. Ie n'ay
point de regretà la diverſité quiſe
fût trouvéedans ma viezi'euſſe aimé
tantôt une Brune,tantôt une Blonde
tantoſt une personnegaye , tantost
uneferieuse. Il mesemble que vous
raſſemblez le merite de tous ces diferents
caracteres Vous me paroiffez
gaye &ferieuse ,& ce qui est plus
Surprenant , i'ay tant d'envie de
rencontrer tout en vous, que ie vOHS
trouve blonde & brune en mesme
temps. Celame fait voir qu'ilvaut
autant que je vous aime vousſeule,
que ſi ie m'étois amusé à aimer en
détail toutes ces autres Perſonnes
quifont en vous en racourcy ,mais
1
GALANT. 65
auſſi afin que l'Empire d' Amour ne
perdist rien , il faudroit que vous
m'aimaſſiezautant qu'elles auroient
pûfaire toutes enſemble. Vous estes
ieune ; il feroit extrêmement glo ...
rieux que vostre coup d'eſſay fust
quelque chose de grand.
Voicy les noms des Perſonnes
dont j'ay aujourd'huy à vous
apprendre la mort. Meffire lacques
Canaye , Seigneur des Roches
, Grand Fonds & autres
lieux. Conſeillers Honoraire
en la Grand ' Chambre. Il
eſtoit Sous - Doyen du Parlement
, où il avoit eſté receu
Conſeiller le 30. Decembre
1633. Il mourut le 23. du mois
paſſé. Meſſire Estienne Canaye
fon Fils, fut recen Conſeiller en
la Premiere des Enquestes le
19. lanvier de l'année derniere.
Canaye porte d'azur au Chevron
१
66 MERCURE
d'argent , accompagné de deux
Etoiles d'argent en Chef, & d'une
rofe de mesme en pointe.
Dame Catherine Foretz,Femme
de Meſſire Bruno de Riqueri
,Seigneur de Mirabeau , Capitaine
au Regiment des Gardes
Françoiſes, morte le Samedy 28 .
de Septembre . Elle estoit Fille
de feu Monfieur Foretz , Confeiller
à la Cour des Aydes, fort
eſtimé dans ſa Compagnie par
ſa probité & par fon merite , &
eſtant demeurée Veuve de
Meffire Denys Feideau , Scigneur
de Vaugien , elle avoit
épousé depuis peu d'années
Monfieur le Comte de Mirabeau.
Elle est extremement regretez
de tous ceux qui la connoiffoient.
Monfieur Feideau ſon
premierMary , de la Famille des
Feideau originaire de la MarGALANT.
67-
che , eſtoit Frere de Monfieur
Feideau Preſident en la Cour
des Monnoyes,de deux Chevaliersde
Malthe ,&de feu Monſieur
Feideau Chanoine de No.
ſtre-Dame ,& petit Fils de feu
Meffire Antoine Feideau Confeiller
au Parlement en 1573 .
Certe Famille a fait pluſieurs
branches. Ilyen a une en Bour.
bonnois ; une autre des Sei
gneurs de Calende ,dont font
Meffire Henry Feidean Confeil
ler au Grand Confeil ,& Meffire
François Feideau Maiſtre
des Requeſtes ; une autre des
Seigneurs de Brou , dont eſt
Meſſire Denys Feideau , Maître
des Requeſtes , & enfin une
autre branche , quia finy en la
perſonne de Dame marie Feideau
, qui épousa meſſire Timoleon
de Daillon , Comte du
68 MERCURE
Lude. Feideau porte d'azur au
Chevron d'or , accompagnéde trois
Coquilles de mesme , & Foretz
porte d'argent à trois Croiſſans de
Sable au Chefd'azur , chargé de
trois Teſtes de Cerfs d'or.
Monfieur le Comte de Mirabeau
, ſecond Mary de Dame
Catherine Foretz , dont je vous
apprens la mort , eſt de la maiſon
de Riqueti de Provence, où
cette Famille , quoy qu'Eſtrangere,
nelaiſſe pas de tenir rang
parmy les plus diftinguées , tant
parelle-même que par les grandes
Alliances qu'elle a faites.
Ils font aujourd'huy cinq Freres
vivans. L'aiſné qui eſt marié,
eſt Monfieur le marquis de mirabeau
, Syndic de la Nobleſſe du
Pays. Le ſecond eſt Monfieur
l'Abbé de Mirabeau , fort connu
par ſon ſçavoir . Le troiſiéme eſt
GALANT. 69
L
Chevalier de Malthe,& Capitaine
d'une des Galeres de Sa
Majeſté. Le quatrième eſt Monſieur
de Beaumont , auſſi Chevalier
de Malthe. Il a commandé
long-temps un Vaiſſeau du
Roy ,& vit preſentement retiré
dans ſa Commanderie de Selve.
Le cinquiéme eſt Monfieur de
Mirabeau Capitaine aux Gardes
, demeuré Veufdepuis peu
de jours.
Meffire lean Gaudard , Sei
gneur de petit Marais , le Piple ,
& autres lieux , mort le 3. dece
mois. Il eſtoit Doyen de la
Grand Chambre du Parlement
de Paris , & avoit eſté receu
Conſeiller le 7. May 1627. меб-
- fire lean lacques Gaudard ſon
Fils , fut receu le 11. Mars 1667 .
Conſeiller en la Premiere des
Enqueſtes. Ils portent d'or à la
70
MERCURE
bande d'azur , chargéedetrois dé.
fences de Sanglier d'argent. La
mort de Monfieur Gaudard a
fait monter à la GrandChambre
Meſſire Jeande Brion ,Conſeiller
enla Troiſiéme de Enquefres
, & Meffire Charles Hervé
eſt preſentement Doyen du
Parlement , où il fut receu le
28. Fevrier 1633 .
Dame Marie de Thierſault ,
morte le 9. de ce mois.Elle eſtoit
Femme de Meffire Sebastien du
Bois , Seigneur de Guedreville ,
Signy , & autres lieux , maiſtre
des Requeſtes Honoraire ; &
Preſident au Grand Conſeil , où
il fut receu en 1667. & Soeur
de Meffire Guillaume de Thierfault
, Conſeiller au Grand
Confeil. Monfieur le Preſident
deGuedreville eſt Frere de mef.
Gre lean du Bois, Sieur du Me-
:
GALANT.
71
niller , Conſeiller en la Grand'
Chambre, dont le Fils qui eſtoit
Maiſtre des Requeſtes , & Intendantde
Iustice dans le Bearn,
eſt mort depuis quelque temps.
DuBois du Menillet& deGuedreville,
portent d'argent au chef.
ne de Sinople , au Chef d'azur ,
chargé de trois Croiſſans d'argent.
Il ne faut pas s'étonner ſi l'on
voit les Arts en France dans le
plus haut point de perfection
où ils ayent jamais eſté chez aucune
des Nations étrangeres ,
puis que le Roy n'épargne pas la
dépenſe ny les Miniſtres , leurs
ſoins pour les faire fleurir tous
en general , & chaque Art en
particuliers. On en peut juger
par ce qui ſe fait pour la ſeule
Academie de Peinture . & de
Sculpture. On y diſtribuë des
Prix tous les trois mois à ceux
72
MERCURE
des Eleves qui ont le mieux
réüſſi , & les Vainqueurs eurent
l'honneur de les recevoir le 20.
du mois paſſé de la main de monſieur
de Louvois . Ce zelé Miniſtre
s'y eſtant rendu le jour que
jeviens de vous marquer. MonſieurGuillet
de S. Georges , Hiſtoriographe
de l'Academie , luy
fit le Diſcours qui ſuit.
MONSEIGNEUR ,
L'Academie ne sçauroit porter
plus loinſa joye ny ſes defirs, aprés
toutes les preuves qu'elle a des foins
que vous prenez pour elle auprés
del'Auguste Monarque qui l'afondée.
Auiourd'huy vous la favori.
fezde vostreprefence ; chaquejour
vous luy procurez de nouveaux
bienfaits , & vous ne mettezpoint
d'intervalle entre les graces que
VOUS
GALANT.
73
vous luy faites . Aussi , prévenuë
d'un zele qui nese ralentit point,
elle parlefans ceffe de sa Pension
augmentée fous vos auspices , pour
rendre fonEcole plusfloriſſante.Sans
ceffe elle vante les nouveaux Prix
inſtituez à la fin de chaque Quar
tier, pour tenirſes Eleves dans une
émulation continuelle : & jamais
elle n'oubliera les Gratifications
particulieres , accordées avec au
tantde bonté que de discernement
à pluſicurs Ecoliers , dont le peu de
fortune auroit interrompu les Etudesfans
unSecoursfi utile.Cefontlà
, Monseigneur , des marques
Senſibles de vostreprotection ; mais
l'Academie ne croit pas vous en
pouvoir témoigner une plus forte
reconnoiſſance , qu'en s'appliquant
Sans relâche à cultiver fon Art illuftre
, pour en ſoûtenir la réputation
, & luy conſerver l'avantage
Octobre 1679. D
74 MERCURE
qu'il a de celebrer les grandes
Actions du Roy . & de contribuer
àlaſplendeur de la France ; car
enfin la Compagnie est persuadée
querienne vous est plus cher que
leService& la gloire de SaMajesté,&
qu'on nemanquera iamais
de vous plaire, quandfur les grands
exemples que vous en donnez, chacun
y employera ſes talens. C'est
dans cette veuë , Monseigneur,que
les Eleves , animez d'une noble
ambition , &flatezd'une agréable
esperance , ont disputé les Prix
que vous allez diſtribuer aux Vain_
queurs , tous engeneralconnoiſſaut
assezque l'honneur de recevoir ces
Prix de voſtre main est le puiſſant
motifde leurs études , la principale
cauſe de leurs progrés , & le comble
de leurgloire. Parmy les foins que
l'Academie à pris pour eux , elle
a continué les deux Afſemblées de
chaque mois ,pour regler,dans l'une,
4
GALANT.
75
les affaires qui se prefentent,&
pour entretenirdans l'autre , ceste
liaison d'amitié ,&cet esprit de
Societé, qui a toûjours estéfinoces
faire ,&fi lovable dans le com
merce des Compagnies illuftres. Icy
cette unionſefortifie par des Con
ferences,dont la matiere est tirée
des Ouvrages de Peinture où de
Sculpture qui ont esté donnez
par chaque Academicien pour
Sa Réception , & qui peuvent
estre diviſezen trois especes Selon
qu'ony atraitédes Surets de Devotion
, des Suiets tirez purement de
l'Histoire , ou bien des Suiers Alle
goriques , dont le fons mystericux
exprime les principales circonstances
de la Vie du Roy. Ces differens
Difcours ont leur utilité particulie
re , qui est mesme jointe àbeaucoup
de plaifir ; car fi l' Academi.
cien qui en écoute la lecture , fu-
D2
76 MERCURE
poſe qu'il auroit pû traiter le même
ſujet , il remarquera dans l'Ouvrage
proposé de certaines choses
qu'il voudroit avoirfaites , quelques-
unes qu'il auroit évitées,mais
außi quelques autres dont ilne ſe
Seroit iamars avisé : ce qui luy donne
lieu , ou de s'inſtruire en ſecret,
ou de se confirmer dans ses lumieres.
Dans la suite de ces Lectures
ien'ay pû garder l'ordre des années
qui convient au ſuiet de chaque
Ouvrage , parce quej'en ay fait le
Discours à mesure que les Acade
miciens m'ont donné un Memoire
de leur Deffein ; mais cette diftin-
Etion des temps fera ponctuellement
obſervée dans un Recueil particulier.
Voicy donc la suite des Tableaux
de Reception qui ont ſervy
d'entretien à l'Academie. Celuy de
Monfieur Paillet , furle Triomphe
GALANT. 77
des.Armos du Roy , aprés la Ba
taille des Duues , gagnée le 14.
Juin 1658. Celuy de Monsieur
Houaſſe , ſur l'estat où se trouva
laHollande ,qunnd le Roy y fit en
perſonne la Campagne de 1672.Le
Tableau de Monsieur Friquet ,fur
-les avantages de la Paix signée à
Aix-la-Chapelle en 1668. Celuy
de Monsieur Bologne l'aisné ,fur
les progrés de la Campagne de
1676.fameuse par la reduction de
Condé,de Bouchain , & d'Aire ,
&par le secours de Mastric. Le
Tableau de Monfieur Bologne le
ieune ,ſur la Paix de Nimegue ,
concluë en 1678. Celuy de Monficur
Toutain ,Sur la seconde Conqueste
de la Franche Comté en
1674. Celuy de Monsieur Blan.
chard , fur la Naiſſance du Roy
en 1638. Celui de Monfieur Corneille
le jeune ,far l'Infraction de
D3
78 MERCURE
F
la Foy publique , que les Ennemis
du Roy violerent dans l'Affemblée
de Cologne en 1674.. Le Tableau
deMonfieur Monier,fur une idée
generale du progrès des Armes du
Roy. Celuyde Monsieur Montagne,
Surla Penfion que le Roy accorda à
l'Academie en 1654. Le Tableau
deMonsieur Parroſſel,far la prise
de Mastric en 1674. Celuy de
Monfieur Coëspel le Fils, fur la
Splendour du Regne de Sa Maiefté.
Celuy de Monfieur Halé , fur le
rétabliſſement de la Religion Catholique
dans Strasbourg en 1681 .
Celuy de Monfieur Vignon , fur
les Prix que le Roy inftitua dans
I' Academie en 1654. Celuy de M.
Arnoul , fur le Mariage de
Monseigneur le Dauphinen 1680 .
LeTableau de Monsieur Alexan.
are,fur les Avantages de la Paix.
Celuyde Monsieur de Seve lejeune,
:
GALANT.
79
3
fur la Paix des Pyrenées , concluë
en 1659. Le Tableau de Monfienr
Verdier , fur la Triple Alliance ,
Signée en 1670. Le Bas relief de
Monfieur Maniere le Pere , fur le
Combat de l' Art contre la Nature.
Le Tableau de Monsieur Yvar,Sur
la gloire de la Sculpture. Celuy de
Monsieur Jouvenet ,fur Esther&
Aßuerus, Celuy de Monsieur Bonne-
mere, fur l'origine des Couronnes
de Laurier , &fur les honneurs
décernez aux Armes &aux Arts ,
Sousle Regne de Sa Maiesté. Le
Tableau qui a feruy d'entretien
dans la derniere Conference , est
celuy de Monsieur Stella , quiarepreſenté
les leux Pythiens , pour
faire allusion au Carrousel que le
Roy fit en 1662
Le reste des Ouvrages de Reception
, qui conſiſtent presque tous
en Bas- reliefs , doit estre expliqué
D 4
80 MERCURE
fans relâche ,&formera bientoft
an Recueil , qui nefera peut- estre
pas indigne d'estre mis an iour. Il
y a long- temps , Monseigneur, que
te Publicsouhaite qu'on luy faſſe
part des productions particulieres
de l'Academie , qui espere de répondre
bien- toſt à cette attente.
Ellese diſpoſe à faire voir en cette
occafion qu'elle n'est pas muettefur
les Elogesde fon Auguste Fondateur
, aprés les avoirpubliez avec
Saccès en toute autre rencontre. Ce
fera là que par des Estampes particulieres
, qui conviendrontàchaque
Ouvrage ,le Burin Secondera
le Pinceau &le Ciseau, pour montrer
qu'il leur est dignement affocié
dans les prérogatives de l'Academie.
Plusieurs Academiciens
ont déia fourny leurs Esquiffes ,&
Monsieur Corneille le jeune à même
donné la Planche de fon TaGALANT.
81
bleau. Ainsi , Monseigneur, chacunſuivra
le mesme projet avec
d'autant plus de chaleur , qu'il le
croira conforme àvos intentions ,
puis qu'elles feront toûjours execu
tées avec une ſoûmiſſion tres-refpectueuse.
:
Vous ferez ſans doute bien
aiſe d'apprendre que le Roy a
donné une Penſion de mille
écus a Mademoiselle d'Heudicourt,
outre une ſomme de dix
mille écus qu'il a ordonnéqu'on
luy fiſt toucher tout à la fois.
Cette liberalité luy eſt d'autant
plus avantageuſe , que jamais
prince n'a eſté d'un plus juſte
difcernement dans ſes bienfaits ,
que ce grand Monarque. Mademoiselled'Heudicourt
a beaucoup
d'eſprit , & les fentimens
fort relevez. Elle a eu l'honneur
DS
82 MERCURE
d'eſtre élevée pendant quelques
années auprés de Monfieur le
Duc du Maine , & de madame
la Ducheſſe de Bourbon. l'efpere
qu'elle me fournira bientoſt
l'occaſion de vous entrerenis
plus particulierement de
toutes ſes belles qualitez . Elle
eſt Fille de Monfieur le marquis
d'Heudicourt , grand Louvetier
de France & Mestre de Camp
d'un Regiment de Cavalerie..
Madame la Marquiſe d'Heudicourt
, la Mere , eſt de l'illuſtre
Maiſon de Pons.
Enfin , Madame , aprés une
exacte recherche de la verité
MonfieurleMarquis du Bordage
a embraffé la ReligionCatholique.
Il a voulu eſtre entierement
convaincu de ſes Er
reurs avant que d'y renoncer ,
&tant qu'il luy eſt reſté des
GALANT. 83
Doutes , il en a cherché l'éclairciſſement.
Il fit Abiuration
àLifle en Flandre ſur la fin du
mois dernier , entre les mains de
Monfieur l'Eveſque de Tournay.
Le Dimanche 29. de Septembre,
Monfieur le Curé de Saint
Germain en Laye baptifa le
Sieur Abraham Alvares , Fils.
du Sieur Ilac Alvares , natifde
Londres , en prefence de Monſieur
l'Eveſque de Chalons. Il
cut pour parrain Monfieur le
Ducde Noailles , & pour Marraine
Madame la Ducheſſe de
Noailles la Douairiere. Chacun
connoiſt la vertu & la pieté de
l'un&de l'autre. Ils luy donne..
rent le nom de Loüis Jules..
Monfieur l'Abbé Billet , Dire-
Aeurdes jeunes Eccleſiaſtiques
de S.Jean en Grève , a eſté éleu:
D6
84 MERCURE
Procureur & Chefde la Nation
de France dans l'Univerſité
de Paris. Cette élection ſe fit
le 10. de ce mois ,& fut accompagnée
de tant de marques de
fatisfaction& de joye de la part
de toute cette Nation , qu'ily a
long-temps qu'on n'a vû chez
elle donner une Charge d'un
conſentement ſi univerſel , ny
avec un aplaudiſſement plus
general. Le remerciement Latin
qu'il fit fur le champ à l'Affemblée
, luy attira l'admiration de
tous les Scavans qui la compofoient
. L'Eloquence naturelle
de cet Abbé eſt ſoûtenuë de
beaucoup d'érudition , & fes
manieres honneſtes le font eſtimer.
de tout le monde.
Noſtre Amy , dont vous me
demandez des nouvelles , eſt de
retour du Voyage qu'ila fait en
GALANT. 85
!
Normandie . Il m'a appris qu'il y
avoit vû une Demoiſelle qui
foûtienttres-dignement la gloire
de voſtre Sexe. Elle s'appelle
Mademoiselle Cherences . Elle
eſt d'Evreux , & d'une Famille
où ceux dont elle deſcend ont
toûjourstenu les premiere Charges
du Prefidial. C'eſt en effer
quelque choſe de rare & de fingulier
,que ce qui s'eſt fait en ſa
faveur. Elle n'avoit que ſeize
ans quand elle perdit ſon Pere
& faMere,& tout Pupille qu'elle
eſtoit par ſon peu d'âge , elle
ne laiſſa pasd'être élevé Tutrice
de deux Freres & d'une Soeur
pár la déliberation des Parens,
tant ils luy trouverent d'intelligence,
de jugement , de conduite
&de ſageffe . Mademoiſelle
de Boüillon qui vivoit alors , &
qui avoit connoiſſance de ſes
86 MERCURE
belles qualitez , voulut bien
entrer dans cet avis , & quoy
que cette inſtitution d'une Sooeur
mineure , choiſie pour Tutrice
de ſes Freres , fuſt contre la Reglede
toute la Juriſprudence, &
contre le droit Municipal de la
Province , qui exclut les Filles
detoutes les Charges Publiques,
Tutelles , Curatelles , & autres,
les luges des lieux autoriſerent
cette élection , fort perfuadez,
que cette jeune perſonne répondroit
parfaitement à la confiance
que ſes lumieres & fon
eſprit avancé faifoient prendre
enelle..
L'eſprit eſt un grand tréſor..
Heureuſes celles à qui la nature
en a eſté liberale. Mademoi-
- ſelle Bernard de Rouën eſt de
ce nombre. Tout ce qu'elle fait
aun tour fin & aifé , qu'il eſt
GALANT. 87
difficile d'attraper à force d'étude.
Je vous envoye un nouvel
Ouvrage de fa façon . Il eſt extremement
eſtimé , & les applaudiſſemens
qu'il a receut
à la Cour, on eſté ſuivis de ceux
de tout le Public. La matiere
ne pouvoit eſtre plus noble. Le
titre ſuffit pour vous le faire
connoiftre..
?
L'HIMEN
A MADAME
LA DAUPHINE.
TE l'avoüray de bonne foy ,
Jen'étois ng galant ny tendre ,
Mais vous avez fceu me le
rendre
a
Envous engageant fous ma Loy..
88 MERCURE
Depuis le jour heureux ( il m'en
Souvient fans ceffe )
Où j'unis vos appas , adorable
Princeffe ,
Avec ceux d'un Herosplus brillant
que le jour ,
Le ſuis auſſivifque l'Amour ;
Non pas pour tous , plus d'une
Epouse en gronde,
Mais il faudroit pour charmer
un Epoux
Que
C'est ce
l'on fuftfaite comme vous,
qu'on voit peu dans le
monde.
Deux Princes dont l'amour à lieu
d'estre ialoux ,
Me donnent fur ce Dieu d'aſſez
grands avantages ,
Le le diray , deuſſay-je exciterfon
couroux ,
Non , l'Amour nesçauroit montrer
de tels ouvrages.
Quefera ce dans quelque temps
GALANT. 89
Que par mille Vertus , mille Faits
éclatans
Du Pere de l' Ayeul ils feront
les Images?
Qu'ils imitent leurs faitsGuerriers
,
I'en suis feur , mais LOUIS en
treprend une affaire
Qu'en vain ils voudroient imiter
,
Son zele heureux ne laiſſe rienà
faire ...
Ils ne pourront que l'entendre
conter.
:
Déia la gloire en eſt ſemée ,
Par la voix dela Renommée,
Dans les plus reculez Climats ,
Quelfuiet d'entretien pour les Peu.
ples Barbares !
Car franchement je ne jurerois
Pas
Qu'on ne connust Calvin chez
lesTartares.
१०
MERCURE
Grace à celuy qui l'a détruit
Son Nom paffera d'âge en age ;
Dansfon progrez il a fait quelque
bruit ,
Mais dans sa chute il en fait
davantage.
Mevoilà loin de mon fujet ,
Mais lors que d'un discours LOUIS
devient l'objet ,
Et que c'est àvous qu'on s'adreſſe,
Il n'est pas aiséde finir ;
On ſçait aſſez,Grande Princeſſe,
Que c'est vous bien entretenir.
Les loüanges que Lon vous
donne
Ne vous touchent que foiblement.
Vous les aimez en la Perfonne.
D'un Pere Auguste, &d'un Epoux
charmant,
Vous loüer cependant , feroit bien
mon affaire ,
Ie voy les gens de prés & dis les
Veritez
GALANT. gf
Les voſtres auroient lieu, Princeffe,
deVOUS plaire 3 J3 757 3
Mais vostre modestie égale àvos
beautez
Contraint fur ce sujet l'Hymen
mesmeàfe taire.
-On ne parle que des Ambaſſadeurs
Siamois depuis qu'ils
font arrivez en France. Chacun
s'entretient des marques
d'eſprit qu'ils y donnent tous les
jours ,& jevous en vois vousmeſme
aſſez ſatisfaite , par la
connoiſſance que vous en a
donné la Relation particuliere
que je vous ay envoyée de tout
ce qu'ils ont dit icy de plus remarquable.
Vous ſçavez leurs
moeurs . Dans ce que je vous en
écrivis au mois de fuillet à
l'occafion de l'Ambaſſade de
Monfieur le Chevalier de Chau
92
MERCURE
mont ,je vous marquay qu'ils
n'ont point eu de Dieu depuis
Nacodon , qu'ils pretendent
s'eſtre enfin aneanty aprés plus
de cinq mille Tranſmigrations
en toutes fortesde Corps. Cette
opinion qu'ils ont conſervée , a
donné lieu à ces Vers de Monſieur
Vignier.
MADRIGAL.
IES Siamois , ces Teſtes Baza
nées
Ont de l'efprit afſurément.
Laſſez de chercher vainement
Le Dieu qu'ils ont perdu depuis
longues années ,
Avec des Trefors inoüis
Ils sont venus en diligence
GALANT. 93
Voirs'ilneseroit point en France
Caché dans l'Auguste LOVIS.
Vous avez raiſon de vous
plaindre de ce que je ne vous
ay encore rien dit de l'Academie
Royale d'Angers , dont l'Ouverture
ſe fit le premier jour de
Juillet dernier ; mais ayant eſté
prié de la part de ceux qui la
compoſent , de n'en parler que
fur leurs Memoires , j'attens
qu'ils me les envoyent. Ils m'ont
promis une Copie de leurs. Lettres
Patentes , les noms & les
qualitez des Academiciens , les
fonctions auſquelles ils doivent
eſtre employez , leurs Statuts,
les Ceremonies qui ſe ſont faites
le jour de leur premiere Affemblée
, & les Difcours qui y ont
eſté prononcez. Je ne doute
pointqu'ils ne metiennent paro
94
MERCURE
le. Ils feroient tort à toute la
France , & particulierement à
leur Proviuce, s'ils ne publioient
pas la permiffion qu'ils ont de
faireunCorps ,puiſque la gloire
n'en doit pas ſeulement rejallir
fur eux , mais ſur toute leur
Patrie ,& fur le Roy meſme.
Ce ſont en effet les merveilles
de fonRegne qui produiſent ces
fortes d'établiſſemens. En atten
dant que j'aye receu ces Memoires
, je vous envoyeun Dif
cours de Monfieur le Chevalier
de Longüeil , l'un des trente
Academiciens dont cette nouvelle
Compagnie eſt compoſée.
Je vous ay déja parléde luy plufieurs
fois. La beauté de cet
Ouvrage vous fera juger de l'eſ
prit de tous ceux du même
Corps. Comme on ne sçauroit
douter qu'ils n'en ayent beauGALANT.
95
coup , il ſeroit à ſouhaiterque
chacun d'eux en donnaſt de
pareilles preuves au Public. Si
cela eſtoit , je pourrois vous
promettre de vous envoyer
long-temps de tres beaux Ou
vrages.
DISCOURS
SUR LA DEVISE
DUROΥ
A Meſſieurs de l'Academie
Royale d'Angers.
ESSIEVRS ,
Vous voyez briller ce Soleil qui
éclaire toute la Terre, &dont nous
1
}
96 MERCURE
admirons la beauté. Il est au milieu
desa course ,&nous le voyons élevé
sur nos teftes. C'est LOUIS LE
GRAND , le plus Sage & le plus
puiſſant des Monarques. C'est
LOUIS , le tres- Chrestien , le Victorieux
, qui s'est élevé jusqu'au ſoin
de la gloire , d'où il voit les François
luy faire hommage de la felicité
qu'ils goûtentſousſon Empire.
CegrandMonarque amonté de
Victoire en Victoire jusqu'au faiste
de cette grandeur que toute l'Europeredoute
, commele Soleil monte
de degré en degré jusqu'au plus
haut point de ſa courſe ; & femblable
à cet Aftrequi en commen.
çant de paroiſtre ne se montre pas
moins grand qu'il est dans ſa plus
haute élevation , il a fait éclater
dans tous lestemps cette ame havte
, cevaſte genie qui formoit ces
deffeins extraordinaires qu'il execute
GALANT.
97
te chaque jour ; il a toûjours fait
voir LOUIS LE GRAND tel que
nous levoyons autourd'huy .
Combien de merveilleux évenemens
, combien de grandes actions
de prudence & de valeur ont ren .
duſon nom le plus fameux de l'Vnivers
! Toute la terre en est dans
l'étonnement. Voussçaurez, Mes
ſieurs , les rendre presentes à la
poſterité la plus éloignée , parce
qu'elles doivent efſtre immortelles
comme elles font heroïque. Vous
rappellerez les temps écoulez du
Regne glorieux de LOUIS LE
GRAND , vous pourrezle ſuivre
par tous les lieux où il a paſſsé,parce
qu'il y a laißé les marques éclatantes
de Ses Triomphes.
C'est vous , Meſſieurs , qui devez
obſerver toutes les vertus , tous les
travaux de ce grand Monarque.
Le titre d'Academiciens , dont il
Octobre 16.86 . E
98 MERCURE
vient de vous honorer , marque ce
qu'il attend de vous. Pour moy ,
dont la veuë est encore foible , ie
n'ose & ne puis le regarderfixement
dans l'éclat qui l'environne ;
mais comme l'on peut réünir lesra
yons du Soleil avec un miroir , a
mesurer fon mouvement par une
protectionfur un plan ,Sans lever
lesyeux au Ciel,j'ay ébauchéquel
ques traits du Portrait de ce grand
Prince ,fansme hazarder de foûtenir
témerairement ſes régards.
Je m'en suis formé lidée en confiderant
cette illustre Deviſe qui se
preſentefans ceſſe à nos yeux , &
qui apour corps le Soleil , & ces
mots pour ame , Nec pluribus
impar.
Ne doutez point , Mis que cet
te Deviſe Royale ne nous découvre
toute la grandeur du deſtin & du
merite de l'auguste LOVIS , en le
GALANT .
99
representant ſemblable au Soleil
dans l'étenduë du parallelle qu'on
en peut imaginer. Elle nous fait
concevoir l'esperance de le voir
commander à toutes les Nations;
elle marque qu'il est digne de gouverner
plusieurs Empires , comme
Le Soleileft capable d'éclairer plufieurs
Mondes.
SOL
....... Nec pluribus impar
Orbibus-
........
Imperiis.
REX
Nec pluribus impar
Aplus d'un Monde entier le Soleil
peut fuffire;
Ainſi le plus grand Roy qui ſoit
dans l'Univers ,
LOUIS peut gouverner cent
Empires divers ,
Ou l'Univers entier devenir ſon
Empire.
E 2
100 MERCURE
६ Mais Sans m'arreſter à toutes
les applications differentes que l'on
peut tirer des rapports communs
qui se trouvent entre le Soleil &
le Roy , ie vais faire voir que
LOUIS LE GRAND na
point de pareilfur la terre , com
me le Soleil n'en a point dans le
Ciel , & que par divers effetsſem.
blables à ceux de cet Aftre , il
fait dans la France ce nombre pro
digieux de merveilles que le Soleil
fait dans la Nature.
SOL
....... Nec pluribus impar
Sideribus .
REX
....... Nec pluribus impar
Regibus.
LeCiela ſon Soleil ,& la Terre
àſon Roy;
L'un & l'autre obſerve la loy
1
GALANT. IOT
De ces deux AuguſtesMonarques
:
Les rayons du Soleil font pâlir
tous les feux ,
LesVertusde LOUIS parcent
illuſtres marques
Le font entre les Rois voir le
plusglorieux..
t
Le Soleil est le Roy des Aftres,
LOVIS est le Soleil des Rois. Tout
ce qui fe peut diredu plus grand
des Rois-, on les doit dire de LOVIS
LE GRAND, & ce n'est que
de luy qu'on le peut dire. Quel est
le Heros de la Renommée ? Quel
est l'Arbitre de la Paix & de la
Guerre ? Quel est le Roy aimé ,
obéy de ſes Sujets, craint & admiré
de tous les autres Peuples , töûjours
victorieux , toûjours juste ,
magnifique , bienfaisant , c'est à
dire , veritablement Roy ? LOVIS
E 3
102 MERCURE
feul a acquis par fa vertu ces Titres
qui dureront éternellement.
Luy Seul a reçeu du Cielces rares
avantages qui le rendent aimable ,
comme les Heros , à tous ceux qui
le regardent, parce quefa Perſon--
ne eſt auſſi royale quefon Ame.
Ce n'est pas seulement de la bouche
des Peuples qu'il tire l'aveu de
fa grandeur , mais de celle des Šouverains
qui viennent eux- mesmes:
jusqu'au centre de la France , luy
faire des foûmiſſions inoüies jusqu'à
preſent , incroyables à la posterité.
Les Genois s'humilient devant
LOVIS LE GRAND pour recevoir
la loy qu'il leur impose , & le pardon
qu'il ne refuse point à tous
ocux qui se mettent en estat de
L'obtenir. Les Rois autrefois recher
choient l'alliance & l'amitié des
Romains ; Rome elle - mesme qui
avoit offensé LOVIS LE GRAND ,
GALANT.
103
a esté obligée d'implorerſa clemence
royale , elle a élevé une Pira
mide pour prévenirſa juste vangeance.
Le Roy, ſemblable au Soleil élevé
dans le Meridien qui nesouffre
point d'ombre ſur la Terre , eft au
plus haut point de gloire où puis-
Sent arriver les hommes. Ily demeure
&par Saprudence , & par
faforce , &balance lefort de toute
l'Europe. C'est un Monarque
élevé an deſſus de la Monarchie
mesme. C'est un Prince qui furpaſſe
tous les autres Princes par une
grandeur qui luy eft propre , parce
qu'il s'est éleve en élevant la France,
& qu'il n'est pas moins neceffaire
à ses Peuples pour la vie cis
vile & politique , que le Soleil
l'eſt à tous les hommes pour la vie
naturelle.
Qui Sçait mieux que vous
*
E 4
104 MERCURE
Messieurs; que LOVIS n'est pasfew
lement le Pilote qui gouverne le
Vaiſſeau de la France , qu'il n'est
passeulement le Theſée qui la retire
du Labirinthe de l'erreur , &
Son Auguste qui luy donne le plus
beau Siecle qu'elle eut jamais mais
qu'il est luy - même l'ame de ſes
Etats , & cet heureux genie de-la
France qui luy fait prendre l'af
cendantfur tous les autres Empires
du Monde ſemblable au Soleil qui
eft le Pere de la Nature ,le prin
cipe du mouvement , & l'ame de
l'Univers ?
Le Soleil est dans le Ciel l'Ima
ge de l'Auteur de la Nature ; les
Rois expriment aussi parmy les
hommes des traits merveilleux de
la puiſſance ou de la Sageſſe de
Dieu ; mais pour trouver un Roy
qui ait quelque rapport avec cet
adorable original , ilfaut parcou-
*
GALANT .
1ος
rir toutes les Histoires , tous les
Empires , tous les âges. On trouve
le Sage Salomon qui gouverna le
Peuple de Dieu , l'heureux Alexandre
qui afſuiettit à l'Empire
des Grecs les Peuples les plus redoutables
de l'Asie,& chez nous
Charlemagne ,& LOVIS LE
GRAND , qui reünit tous les Titres
de ces Princes admirables.
LOVIS est heureux , parce qu'il est
Søge; il eſtſage ,parce qu'il puiſe
ſa ſageſſe dans la Religion , &
c'eſt par la Religion qu'il estgrand
devant Dieu , comme il l'est aux
yeux deshommespar l'art de vaincre&
de regner.
C'est ainſi que LOVIS est parvenu
à cette élevation d'ame heroïque
qui est laſource de cette douceur
charmante , qui le fait agir
avec tous les hommes , comme le
Pere du Genre humain , de cette-
Es
106 MERCURE
rare moderation qui luy auroit ga
gné tous les coeurs ,ſiſavertu , autant
que fa fortune , ne luy avoit
fait des ialoux quiont eu la teme.
rité deſe dire ſes Ennemis. Nous
voyons dans la Nature que les Elemensſemblent
quelquefois conspirer
pour obscurcir la beauté du Ciel ,
& dérober au Solcilla gloire qu'il
a de l'éclairer parses rayons. L'air
condenféles vapeurs des eaux &
les exhalaiſons de la Terre ; il en
forme ces nuages qui portent l'hor
reur des tenebres, &semblent écli
pſer ce bel Aftre ; mais il n'est pas
moins brillant dans le Ciel , il dif-
Sipe ces nuages pour rendre sa lua
miere à la Terre , & paroist plus
pompeux.aprésleur défaite. LeRoy
Sans eſtre troublé , toûjours maître
de Soy-mesme , & dans peu de
temps Maistre de Jes Ennemis , a
vû la Ligue que l'envie de fes
>
GALANT. 107
1
voiſins avoitformée contre luy ; il
a fait leplan deſes deſſeins dans
le Cabinet , dans la campagne;
il a couppé avec l'épée le
noeud des projets de tant d'Ennemis
joints enſemble, Nec pluribus
Impar Regibus.
Croirions nous,Meſſieurs,si nous
n'avions pas esté témoins d'une
parties des Victoires de LOUIS LE
GRAND , si nous n'avions pas entendu
le bruit des autres ,fi nous ne
reſſentions pas les effets de toutes
ensemble, qu'il eust remportéautant
de gloire fur la Mer que fur la
Terre , qu'il eust triomphe dans
toutes les Parties du Monde ,&
pourra-t- on croire unjour que pouvant
tout vaincre , il ait esté le
genereux Vainqueur deſoy-même ,
qu'il ſe ſoit mis au deſſus defes
Conquestes , en preferant la tran
quillité & l'amour de l'Univers à
E6
108 MERCURE
lagloire de le conquerir ?
Làilprenddes Places que l'Arts
l'Histoire de leurs Sièges ont
rendues fameuses;ſouvent d'affaut...
& toûjours ensi peu de temps qu'elles
ne reſiſtent que pour rendrefon
triomphe plus glorieux. Icy il gagne
des Batailles , il emporte des Provinces
entieres dans le temps qu'il
faut pour les parcourir , affrontant.
les rigueurs des Saiſons,la reſiſtan
ce des Fleuves,le courage &le few
des Ennemis ,furmontant la Nature.
mesme , comme le Soleil par fon.
mouvement particulier va contre,
le mouvement impetueux qui em
porte chaquejour le Ciel avec tou
tes les Etoiles...
Que LOVIS foit an Conque
rant, qu'il ait merité tous les noms.
&toutes les Couronnes qu'on peut.
donner aux Vainqueurs ,fisa va-
Leuz n'auoit eſtéplus ſecondéedefa
:
GALANT... 1097
prudence que de ſa fortune , ilya
beaucoupde Princes fameux qu'il
ne Surpaſſeroit que par le nombre
de fes Victoires. Mais quand noris
voyons ſa ſageſſe qui ne retarde
Point les effets defon courage , qui
trompe l'esperance deſes Ennemis,
qui les occupe plus que le nombre de
Ses Soldats , qui finit la guerre
quand il luy plaiſt , qui regle seule
les conditions. de la Paix qu'il a
preſcrites àtoute l'Europe armée,
nous ne pouvons, exprimer ce que
nous penſons de ce grand Prince,quà
fedistinguefifort de tous les autres
Monarques. Sa Sageſſe ne merite
pas moins de veneration que celle.
de cét ancien Roy d'Italic qui fut
repreſenté à deux Visages , pour
faire entendre qu'il voyoit parsa
prudence le paffé , & l'avenir
camme le Soleil , auquel il estoit
camparé, estant élevéfur l'horizons.
110 MERCURE
voit en mesme temps les deux points
où commence&finitſa Carriere.
Fiers Ennemis , qui estes auſſijaloux
de la puiſſance des François ,
qu'impuiſſans à repousser leurs efforts,
aujourd'huy quevous ne pou
vez pas faire seulement balancer
la Victoire ,il ne vous reſte que le
chimerique plaisirde dire que la
Politique de Charles- Quint & de
Philippes ſecond,afait tout ce que
peut faire la valeur de LOVIS.
Vous avezdit tant de fois que de
leur Cabinet ils pouvoient ébranler
toute l'Europe ; mais pouvezvous
vousflater; quesi vous neles aviez
point perdus , voſtre Monarchie
feroit encore floriſſante ſous leur
Empire , comme la France , Sous
celuy de nostre Auguste Monarque
? Souvenez- vous que le premier
de ces deux Princes ne reüffit pas
dans l'entreprise d'Alger , qu'ilfut
GALANT. HIT
repoussé dans le Languedoc , qu'il
wit le changementdeſabonnefortune
dans la Lorraine ,& que le
Sesond vit la perte de Tunis ,& le
&lecommencement de la Revolte
des Pays-bas , fans pouvoir les retenirſous
ſon obeïfſſance. LOVIS
LE GRAND a este vainqueur
dans tous ces lieux où ils ont esté
vaincus. Nous voyonsde temps en
temps de nouveaux Aftres qui ſe
forment dans le Ciel qui recommencent
d'y paroiſtre ; mais ces feux
rivaux du Soleil furent- ils jamais
comparables àl'éclatdefa lumiere,
à la beauté deses rayons ?"
L'Antiquité plaça entre les
Aftres pluſieurs Heros dont le nom
eft demeuré aux Constellations qui
les devoient representer. L'Europe
Ghrêtienne est plus modeste , elle
eſt plus raisonnable qu'elle n'estoit
du temps de l'Empire des Grecs &
li MERCURE
des Romains. Elle ne met pas
LOUIS entre les Aſtres ; mais le
nom de GRAND qu'elle luy donne
par un confentement general , &
cette pompeuse Deviſe qui fait
voirpar une comparaiſon magnifique
à quel point elle l'estime ,
font les plus nobles marques qu'elle
pouvoit donner à ce grand Prince
de l'admiration qu'elle a pour ses
vertus, auffivives , aussi éclatantes
aux yeux des hommes que la lumiere
du Soleil.
Je voy qu'elles forment un cercle
brillant autour de fa Perſonne
Royale. La pieté , la justice,la valeur,
la liberalité, la clemencefont :
des lignes de lumiere qui se réü
niſſent dans LOVIS , plus éclatant.
par le concours admirable deses
grandes qualitez , que par les
brillans defa Couronne. Souffrez,.
Meſſieurs , que j'en détourne la..
GALAN T. 13
veuë . Vous qui avez le vol d'un
Aigle , vous pouvez ſuivre des
yeux ceglorieux Monarque , vous
pouvez contempler ce qui m'ébloüit.
Je vais achever le paralelle
de sa Devise en parlant des effets .
merveilleux qu'il produit dans la
France ,ſemblables à ceux que le
Soleilfait dans la Nature,
SOL, REX,
...........
Officijs ..
Nec pluribus impar
Reglerſeul tous les temps, éclai
rer l'Univers ,
Suffire à cent travaux divers,
N'interrompre jamais ſes
veilles
C'eſt ce que le Soleil fait dans
ſon vaſte cours;
France , lors que pour toy
LOUIS fait ces merveilles,
Ce n'est qu'à ce Soleil que tus
dois tes beaux jours.
F14 MERCURE
Nos Roisfont nos Aftres , leurs
lumieres nous éclairent , leurs regards
, comme les influences des
Astres , produisent nos inclinations
&nos habitudes , les uns & les autresfont
la difference des temps&
des Saiſons dans leGouvernement
&dans la Nature. Les Empires
ont leurs révolutions comme les
Aſtres ; mais tous ces changemens
fi divers , fi prodigieux que l'on y
remarque , font les effets de la conduite
de celuy qui les gouverne.La
France en a veude funestes , elle
n'en voit plus que de glorieux. Elle
a changé de face&defortune en
changeant de Maistre , & les
François ont de nouvelles moeurs &
de nouvelles maximes , parce que
LOVIS , à qui le Cielavoit réſervé
un Regne fecond en prodiges , a
mis toutes choses dans leurperfe-
Etion
L
GALANT.
TIS
Il est raisonnable qu'un Genie
auffi haut , auſſipuiſſant que celuy
de LOVIS , dominefur celuy defes
Peuples ; il est juſte qu'il entraiſne
leurs volontez par ses exemples ,
comme un premier mobile qui emporte
tous les Aftres par la rapidi
tédefon mouvement. Le Commer
ce n'est plus impoſſible aux François
dans les Pais les plus éloignez.
LOVIS LEGR AND l'a affeuré
en le protegeant ; il l'a rendu
facile,parce que l'ambition qu'ils
sont de luy plaire , leur a fait nai.
ſtre de l'inclination pour la Marine,
négligée iusqu'à nosjours ,&
presque ignorée des François, qui
font devenus depuis vingt ans les
plus redoutables&les plus habiles
Gens de la Mer. Le François est
accoûtumé à la discipline , il aime
le travail, parce que le Prince est
16 MERCURE
regulier en tous ſes devoirs, & travaille
au bien de l'Estatfans prendre
d'inutile repos ; Semblable au
Soleil, qui marche toûjoursfur une
mesme ligne avec un mouvement
égal , & qui ne peut s'arrefter un
moment par une loy neceſſairepour
la conſervation de l'Univers. Le
François est fage en toutes choses
parce que connoiffant aujourd'huy
la veritable valeur d'avec lafaus
fe, il accorde fon devoir avec le
point d'honneur ,& ne se laiſſe
plus emporter à la fureur des
Duels.Il reconnoist que cette cruelle
manie , si longtemps appellée la
Bravoure Françoise , eſt auſſifauſſe
quela vertu de ces Romains , qui
n'ayant pas affez de courage pour
attendre la mort ,ſe ladonnoient
eux- mesmes par timidite ; tant il
eft vray que dans tous les temps il
y a eu de ces manies d'Etat qui
GALANT. 117
préoccupent le jugement , & corrompent
les moeurs. Non , Sans
doute ces Peuples n'ont point euxmesme
quitté leurs abus , ils n'ont
point eux - mesmes condamné le
préjugez avec lesquels ils fembloient
estre nez ; ces changemens
font des miracles du grand Roy des
François ; il a parlé, ils ont obéy.
Jamais la France ne futfi foû
miſe , jamais elle ne fut fi triomphante.
Le Royqui est le coeur de
l'Etat, anime ce Corps politique;il
en fait mouvoir tous les refforts les
plus fecrets avec cette prompte
obéiſſance , & cette diligence concertée
, qui font voir que la France
eft toûjours attentive àſa voix,&
foumiseà l'execution de fes ordres.
C'eſt ce qui la rend invincible &
victorieuse, Sa force , comme la
chaleur du Soleil , est plus puiſſante
, parce qu'elle est reünie ,&le
118
. MERCURE
en
Roy ne s'en fert que pour accabler
fes Ennemis au dedans& au dehors
, &pour introduire une nou
velle forme de Gouvernement ,
réconciliant le Genie de la Paix
avec le Geniede la Guerre , & les
faiſant regner tous deux à la fois
d'intelligence , comme deux Genies
qui se confervent mutuellement.
C'estainsi que le Soleilfait unpartage
agreable & neceſſaire des
nuits & des jours ,& les unit les
uns aux autres , quoy qu'ils femblent
se détruire. A peine le peuton
concevoir. La France triomphe
dans la Paix , elle conferve fon
repos & son abondance dans la
Guerre; toûjours armée , toûjours
tranquille , en même temps aguerrie&
pacifiée.
Fameux Romains , qui avez été
Maistres de tant de Nations , vous
ne gouverniez nysiSeurement ny
1
GALANT.
119
fiheureusement que LOUIS. Il
falloit que la Paix regnast dans
toutes les terres de vostre Empire
pour former le Temple de Janus .
C'estoit- là le signal de la Seureté
&de la tranquillité publique , il
n'a estéfermé que troisfois depuis
Numa jusqu'à Auguste ; mais
LOVIS a acquis à la France une
Paix auffi durable que glorieuse..
parce qu'ila fait une Guerre qui
a étonnèſes Ennemis , qui a puny
leur témerité.
Le Soleil a deux principaux effets
semblables , la chaleur qui
anime les corps vivans , & lalu
miere qui nous découvre les couleurs
differentes, l'ordre & laforme
des objets. Le Roy entretient la
chaleurdansle corps del'Etat, qui
feroit froid & languiſſant , s'il
ceffoit de l'échauffer par le mouvement
qu'il luy donne ; il arrive &
120 MERCURE
répand tous les tresors de la Fran
ce,comme le Soleil attire les exha
laiſons &les vapeurs pour lesfai..
re retomber sur la terre par de
douces rofées qui la rendentfertile.
Mais de tout ce que nons admirons
dans LOVIS LE GRAND ,
qu'est- ce que je puis compareravec
plus de juſteſſe à la lumiere du Soleil
? Sera.ce sa magnificence ro
yale , qui attire les Peuples de tou
tes parts pour leur faire admirer
enchantemens de Versailles,Pavis
embelly de Monumens publics ,
augmenté presque d'une moitié,&
qui doit plus à LOVIS,pour la di
verſité de fes bienfaits , que Rome
àtous fes Empereurs ? Sera-ce ces
manteres nobles & naturelles qui
uous diftinguent de tous les autres
Peuples ; ie veux dire cet air François
, tel qu'il nous le donne, qui est
les
aniourd'huy le modelle de la politeffe
GALANT. 121
de toutes les Cours de l'Europe ?
Non , il est encore quelque chosede
plus beau , & qui merite davantage
d'estre comparéà la lumiere
même du Soleil. C'eſt lagloire dont
brille ce Prince , lors qu'il remet
LaVeritéde la Foy dans son jour ,
en diffipant les ombres du Men-
Songe & de l'Erreur , en chaſſant
La nuit affreuse de l'Herefie.
Jamais Monarquea tilentre
pris un Ouvrage plus difficile ?At-
il rien tenté de plus glorieux que
le grand deffein de rendre toute la
France Catholique , que LOVIS a
achevé en si peu de temps ? Ila
arresté ſes Conquestes pour donner
à l'Univers le beau spectacle du
triomphe de l'Eglise , ſemblable
au Soleil , qui s'arresta fur le panchant
rapide de ſa courſe pourfai
re voir un Heros que le Ciel prote.
geoit , victorieux par l'entiere dé.
Octobre 1679. F
122 MERCURE
faite de ſes Ennemis . Le François
n'est plus divisé du François par
ta fameuse querelle de la Religion,
parce que LOVIS LE GRAND a
pû réünir tous les coeurs en déterminant
leur liberté à ne croire
qu'une mesme Veritédéposée dans
le sein de l'Eglise : & ce qui est
en mesme temps le chef d'oeuvre
de ſa ſageſſe , & la marque de
fa puiſſance & de fon bonheur , il
a arraché l'Herefic des entrailles
de la France , pour ainsi dire ,fans
faire violence au Corps de l'Estat,
parce que Dieu en l'élevant à l'Empire
, l'a choisi pour abbatre les
Temples de l'Impieté , & a rendu
Son bras victorieux & redoutable,
afin qu'ilfrapast l'Hérefie, cette
Hydremonstrueuse que layfeula cu
la force de défaire.
L'Eglife , cette divine Fille du
Ciel, voyant ſes droits violez par
GALANT. 123
'Herefie ,ſes Images brisées ,fes
Autels renverſez , s'adreſſe àfon
Fils ainé, elle a recours à la puif-
Sance de LOVIS. LOVIS tonne,
éclate , foudroye , lance traits fur
traits fur cette infolente Ennemie,
Semblable à Apollon qui vangea
la Divinité de Latone des
outrages d'une Rivale criminelle
qui avoit ofé troubler ſes Sacrifices
, & se faire rendre des hon
neurs divins. Cette Niobe orgucil
leuſe par le nombre de ſes Enfans,
àpeineforcée dansſon malheur de
redouter les Puiſſances Celestes ,
n'enaplus qu'un petit nombre pour
lequel enfin elle demande grace à
Apollon. L'Herefie , la plus redoutable
ennemie qu'eut jamais la
Monarchie Françoise , retranchée
dansfon petit Troupeau enfin s'humilie
pour implorer la clemence de
LOVIS ; mais il est armé de fa
F 2
124 MERCURE
justice , il la punit , il la deffait,
&la laiſſeſans voix &Sans mouvement
, comme s'il l'avoit changée
en Rocher , en lux faisant
éprouver un fort pareilà celuy de
cette ambitieuse Princeffe dont La
Fable propoſe l'exemple & le châ
siment.
C'est ainsi que ce grand Prince ,
qui veut que la Pieté & la Justi
ce foient les fermes Colomnes de
fon Etat , fait hommage au Ciel
de la puissance qu'il en a reçeuë ,
& tient la Terre ſous fon obeif
Sance. Il est guidé de Dieu , lors
qu'il tient les reſues de cet Empi
re, comme les Aſtres qui gouvernent
les hommes font eux-mêmes
regis par une Intelligence Divine
qui regle leur mouvement &leurs
influences .
Que la France est heureuse d'e
ftre éclairée du plus grand Roy
GALANT 125
qu'elle ent jamais ! Qu'il luy est
glorieux de devoir tout àce gene.
reux Monarque , qui fait tout pour
elle , & qui fait tout luy mesme.
C'eſt luy qui dans cette diverſité
d'ordres , d'intrigues & de def-
Seins , imagine , examine , décide,
& conſerve au dedans de luy mê
me le fecret de ſes plus importantes
refolutions. Ce scoret demeure tel
lement impenetrable , que ceseroit
vouloir dérober du feu de la Sphe
re du Soleil , que de fonder la profondeur
de ses deſſeins. S'ilne peut
ſe paſſer de Ministres ,il en fait
un fi bon choix , qu'il fait éclater
en eux des traits de fa moderation
&de fa fageffe , comme le Soleil
Serepresente dans les eaux,&fur
les furfaces polies des métaux &
duverre. 12
Veut-on sçavoir combien il s'est
écoulé de temps d'un Regne si doux .
:
1
F 3
126 MERCURE
-
د
fi glorieux ? On peut compter com
bien LOVIS en a employé à retablir
la Francedansses anciennes bornes,
combien il en amis à la reformer &
à l'embellir. On comptera les années
à venir depuis l'Extirpation de
l'Heresie. Le mouvement du Soleil
meſure la durée des temps & des
Saiſons , les travaux de LOVIS
fes Conquestes,ses grandes actions .
marquent & consacrent les années,
Les mois , &les jours que nous paf-
Sons fousfon Empire. Sa vie qui
eſt l'abregé des plus beaux évenes
mens de l'Histoire de nostre Monar
chie , ſera un jour le modele des
bons Princes , des grands Capitaines
& des Politiques . Ils admire ,
ront ce que nous voyons , un Royqui
veille ſur le Trône,& qui ſans
avoir besoin de fortir du centrede
la France,agit comme prefent ,&
Se multiplie en autant de lieux
GALANT. 127
qu'elle a de Provinces , de Ports ,
& de Villes differentes ; ſemblable
au Soleil monté fur l'horizon
qui en éclaire tous les Climats de
quelque distance qu'il en foit éloigné.
Combien se fait- il de chofes
au dedans du Royaume qu'on ne
pourroit compter qu'avec peine ?
Combien s'en fait - il au dehors ?
LOVIS LE GRAND eft capable
de les faire toutes , commele Soleil
est l'Auteur de toutes les produ..
Etions de la Nature , Nec pluribus:
impar officiis.
Peuples heureux , Peuples reconnoiſſans,
dignes d'obeir à LOVIS;
François ne ceſſez point de faire
des voeux pour sa gloire dont la
voſtre dépend. Que ces grands
hommes qui affurent l'Immortalité
aux Heros par leurs écrits, furpaf-
Sent tout ce qu'on a dit de nos plus
grands Princes pour parler de
F4
128 MERCURE
LOUIS LE GRAND , autant qu'il
a luy mesme furpaffé tous nos Monarques
qui l'ont precede. Que les
foibles mesme élevent leurs voix
pour le lover , affurez de trouver
plus de gloire dans leur Zele,que de
honte dans leur foibleffe.
Je vous avovë , Messieurs , pour
excufer la hardieſſe que j'ay euë
d'entreprendre ce Discours ,que je
ne puis parler que de mon zele qui
L'a emporté fur les autres confide_
vations qui devoient me retenir
dans le filence. C'eſt luy ſeul qui
m'a representé que ne pouvant
Lover que foiblement un Roy , qui
eſt au deſſus de tous les éloges , je
pouvois pourtant luy consacrer
quelques marques de ma profonde
veneration , dans un temps où tous
ceux qui ont quelque teinture des
belles Lettres ne peuvent demeurer
dans le filence fans estre lâches, où
GALANT.
129
tous les Angevins ne peuvent se
taireSans estre ingrats , dans un
temps où nostre grand Monarque
veut estre deux fois voſtre Pere ,
comme Pere du Peuple &de laPatrie,&
comme Pere de vostreAcademie
Royale.
Ce Prince éclairé qui ſcait que
rien n'agit si puiſſamment sur les
coeurs des François que la gloire
avoulu par des marques d'honneur
prévenir la noble ambition que
vous avez, Meſſieurs , de vous
Signaler en publiant ses grandes
actions. Il a beſoin de vous , parce
qu'il a besoin de Témoins illuftres
qui rendent croyables à la Posterité
les merveilles de fon Regne glovieux.
Quelle gloire pour vousde
voir que cegrand Monarque vous
distingue d'unemaniere éclatante, --
lors qu'ilveut remplir la France de
Sçavans ! Il fait voir qu'il eſtime
Fs
"
1.30
MERCURE
voſtre merite , & qu'il connoist le
veritable prix& la necessité des
Sciences , qui ont contribué en tant
defaçons à rehauffer l'éclatde cet
Empire.
Jamais le merite ne fut fi liberalement
recompense , jamais les
Muſes nefurentfi honorées qu'elles
font aujourd'huy de LOVIS LE
GRAND , qui marque une inclination
particulirre pour ces beaux
Genies , qui fontfleurir les Sciences
&les Arts; Semblable au Soleil
qui ne voyant rien fur la terre de
plus beau , deplus brillant que les
fleurs,ſemble ne lancerfurelles que
Ses plus doux rayons , pour lespeindre,
que des regardsfavorables pour
les embellir.
On met les fleurs exquiſes dans
des terres cultivées avec un foin
particulier , on en compose des Parterres
agreables quifont l'ornement
GALANT.
131
des Fardins delicieux. Le Roy vous
a choisis, Meſſieurs, entre les beaux
efprits de cette Province.fans doute
une des plus fameuses de la
France , & des plus fecondes en
hommes doctes. Ilvous a affemblez
àAngers dansſonHostel de Ville ,
comme dans le lieule plus magnifique,
& le plus digne de vous.
Les Poëtes nous vantent sesfleurs
merveilleuses qui naiſſent empourprées,
où l'on remarqueles tracesde
quelques Chiffres ,& des premiers
caracteres du nom d'un Illustre
Prince de Grece. Ne reſſemblezvous
pas , Meſſieurs , àces fleurs
dont je vous parle , aujourd'huy
que chacun de vous porte le nom
d' Academicien Royal , &que pluſieurs
d'entre vous ſe voyent reveftus
de la Pourpre? Quand je regarde
d'un costé cette protection
Royale dout LOVIS vous honore
L
F6
132 MERCURE
& de l'autre , ces genereux em.
preſſemens que vous avez de répon
dre à ſes bontez &à sonjugement,
ilme semble que la Fable qui repreſente
Apollon amoureux de
Daphné changée en Laurier qui
luyfut conſacré pour ornerSes Temples&
fes Statuës , nous figure
LOVIS amoureux des Academies
qui travaillent pour luy faire des
Couronnes , parce que c'est dans les
Academies que croiffent les Lau
riers que les feuls Heros ont droit de
cüeillir
Vous allez commencer, Messieurs ,
à faire de pompeux Panegyriques...
LOVIS anime voſtre éloquence,
il vous inspire le feu divin de la
Poësie. Il fera que vous vous furpafferez
vous-mefmes , semblable
au Soleil qui donne desta force au
parfum du Baume , & des Plantes
odoriferantes . Les Zephirs & les
GALANT. 133
rayons du Soleil ouvrent le ſein des
fleurs , il les font éclore ; le bruit
de la Renommée & l'estime do
LOVIS LEGRAND vous feront
produire des Ouvrages qui mars
queront que vous estes dignes de
Soutenir l'honneur de vostre Illu-
Stre Patrie, & d'une Academie Ro
yale, qui dans peu de tempsnefera
pas moins floriſſante que les plus
fameuses du Royaume , Nec pla--
ribus impar...
:
On apporte tous les ans à la
Chambre des Comptes de Paris :
les Comptes des Receptes pour
les examiner. Elle les garde en
dépoſt avec les Aquits , & comme
les lieux qui estoient deſti
nez pour cela ne ſuffiſent pass.
Sa Majesté a reſolu de les augmenter
des Appartemens qu'oc
cupe la Cour des Monnoyés att
134
MERCURE
deſſus de la Chambre des Comp
tes ;depuis l'année 1358. juſqu'à
preſent , & dans ce deſſein Elle
atransferé cette Cour au grand
Pavillon de la Court neuve du
Palais , où Monfieur le Controleur
General & Monfieur le
Pelletier fon Frere , Intendant
des Finances , on fait conſtruire
les Appartemens neceffaires.
Ony monte de la Galerie neuve
du Palais par un grand Escalier
de vingt degrez diſpoſé d'une
maniere agreable & dégagée . Il
eſt de l'invention de Monfieur
Chaſſebras du Breau, Cét Eſca-
Jier mene à un Veſtibule , puis
à une Salle où eſt la Chapele,&
enfuite à la Grande Chambre
d'Audience de cette Cour , où
ilya hauts & bas Sieges pour
les grandes & petites Audiences,
avec le Parepet de Meſſieurs
GALANT . 135
les Gens du Roy , Chambre du
Confeil , & Greffes au deſſus ,
où ſe gardent les Chartres &
Titres de nos Rois ſur les Monnoyes
, Metaux , Mines , &
Poids , depuis le Regne de Philippes
Auguſte , que Monfieur
Chaſſebras du Breau met en un
ordre facile: La Cour des Monnoyes
a tint ſa premiere Seance
en ce nouvel Appartement le
16. de ce mois..
Pendant celuy de Septembre
le Grand Conſeil qui ſe tenoic
dans le Cloiſtre de Saint Gera
main l'Auxerrois , en la Maiſon
du Doyen de cette Eglife , fut
transferé pour neufans à l'Hoſtel
d'Aligre en la rue Saint
Honoré proche la Croix du
Tiroir.
Je vous aydéja envoyé quelques
Hiſtorietes en Versda
136 MERCURE
MonfieurVignier. Vous les avez
trouvées agréables , & je croy
que celle- cy ne vous plaira pas
moins que les autres.
AVANTURE.
7Ne Dame pleine d'adreſſe ,
Soy difant Marquise
Comteffe,
A
Selon que le temps le vouloit ;
Ou que l'or chez elle rouloit ,
Decharmes encore pourvûë ,
Sçavoit bien donner dans lavûë..
Par eux elle s'estoit acquis
Pour Amans Comtes &Marquis ,
Confeillers, Abbez,Mousquetaires,
Et Partisans& Commiffaires.
Prés d'elle un Allemand logeoit ,
Qui ne beuvoit ny ne mangeoit,。
Denepouvoir aller luy-mefme
2
:
2
GALANT.
137
↓
Luy marquer ſon amour extrême ,
Sans faire un Galimatias
Que la Belle n'entendroit pas.
Aussi le partyde fetaire
N'accommodoit pas fon affaire.
Mars l'Amour toûjours inventif
Quand il s'agit du conjonctif,
Luymit un moyen dans lateste
Pour faciliter la conqueste
De celle qui ſous ſon pouvoir
L'avoit rangéſans le vouloir.
Un jour donc qu'il lavit parestre
Toute brillante à la fenestre ,
Il mit finiment sur son oeil
Un Quadruple , qui du Soleil
Tirant uneforce nouvelle ,
Sçeut toucher le coeur de la Belle,
Etfans hefiter un moment
Elle luy dit fort galamment :
Que le beau Seigneur qui me
lorgne
Scache que l'Amour n'eſt pass
borgne ,
138
MERCURE
:
Il eſt aveugle , & le ſera
Tant que le Monde durera.
De noftre Galant fut fentit
Vne si juste repartie
Qu'ellefit en Italien ,
Langue qu'il entendoit fort bien
Et pour mieux témoigner fa flame
Ilfut foudain trouver la Dame ,
Bien muny de cet agrément
Qu'elle avoit trouvési charmant.
Dans cette premiere viſite
Il luy fit voir tant de merite .
Et la Dame de fon costé
Luy découvrit tant de beauté ,
Que l'Amant,ainsi que l'Amante,
Eurent tous deux l'Ame contente.
Ils n'avoient rien à Souhaiter ,
Quand on entendit Gens monter .
De Dames c'estoit une bande
Qu'on pouvoit dire de commande ,
Tant elles avoient d'enjoûmens.
Pendant les premiers complimens ,
Et que pour joüer on s'apreſte ,
{
P
GALANTA 139
ouvint à parler de la Feste
Que la Dame pour s'égayer.
Avoit promis de leur payer ,
Et du jour qu'elle vouloit prendre,
Afin que l'on s'y pust attendre.
Elle, comptant fur fon Germain,
Leurdit, Mesdames , à demain ,
Le lendemain nostre Marquise
Fut agréablement furprise ,
De trouver , le Rideautiré
Vn Baffinde Vermeil doré
Chargéd' Ortolans&de Cailles,
De Perdreaux , Faisans &Volailles
,
:
7
Que fon cher& nouvel Amant
Accompagnoit d'un compliment.
Pourjouer encor mieuxfon rôle , D
Elle pritsoudain la parole:
Quel riche Baffin vois - je icy
Le Gibier enest - il auſſi ?
Mon cher , tu diras à ton mмаaй-
ftre, i 1
Queje ne puis mieux reconnoi
ftre
140 MERCURE
Le Preſent d'un fi beau Baffin)
Qu'en m'y lavant ſoir & matin ..
Ily a grande apparence que
la Dame ne s'eſt point hâte de
renvoyer le Bafſfio . Je ne ſcay fi
on ſera plus exact à renvoyer
quelques Diamans dont on n'a
pas eu deſſein de faire un Pre
ſent. En voicy l'Hiſtoire. Deux.
Cavaliers d'aſſez bonne mine,
mais manquant d'argent pour
foûtenir leur dépenſe , reſolurentd'en
avoir aux dépens de
quelque paper. Ils avoient re
marqué un jeune Orphévre
que l'on diſoit preſt à ſe marier
Ils entrerent on matin dans ſa
Boutique , & fur le pretexte
d'un mariage pils demanderent
àvoir des Bijoux. De tout ce
que l'Orphêvre leur montra, ils
ne trouverent qu'un Bracelet
GALANT. 141
de Perles , orné de Tabletes ,
qui fuſt à leur gré. Ils le prierent
d'en dire le prix de bonne
foy , parce qu'ils ne ſçavoient
pas ce que valoient ces fortes de
chofes,& l'Orphévre ayant juré
qu'il ne pouvoit le donner à
moins de vingt Loüis d'or , ils
conclurent le marché. L'un
d'eux en paya fix à l'Orphévre
qui conſentit à porter le Bracelet
entre midy & une heure , à
'Hoſtelde ... Fauxbourg Saint
Germain , où les Cavaliers logeojent,
& où il devoit recevoir
le reſte du payement Leur honneſteté
le fatisfit d'autant plus,
qu'il ſe defaiſoit du Bracelet af
ſez à ſon avantage. Il ne manqua
point au rendez- vous. On
le fit monter dans une chambre
bien meublée où eſtoient les
Cavaliers. Celuy qui avoit déja
142 MERCURE
L
donné fix Loüis prit le Bracelet,
l'examina , & l'ayant trouvé encoreplus
beau qu'il ne luy avoit
paru le matin , il ouvrit une portequi
estoit a un des coins de la
chambre , couverte d'uneTapif
ferie , pour y prendre de quoy
achever de payer la fomme dont
ilseftoient convenus. Il rentra
preſque aufli- toſt, & aprés avoir
encore compté quatorze Loüis
àl'Orphévre , ille pria de vouloir
bien ſe donner la peine de luy
chercher deux Bagues de Diamans
, où il vouloit employer fur
ſa parole , juſqu'à fix vingts ou
cent cinquante Loüis,parce qu'il
avoit un air de franchiſe & de
probité qui l'engageoit à luy
confier ſa bourſe plus volontiers
qu'à un autre . L'Orphéyre fortic
fortfatisfait des manieres du Cavalier
, & ille fut beaucoup daGALANT.
143
wantage le lendemain , quand le
Cavalier paſſa chez luy , pour
luy avoüer que tout le monde
eſtimoit ſon Bracelet vingt- cinq
& trente Piſtoles . L'Orphévre
luyditqu'il vendoit en confcience,&
fe contentoit à peu de
gain, lors qu'il avoit eu des Bijoux
àbon marché. On le pria
de ſe ſouvenir des Bagues , &
d'attendre que l'on vinſt ſçavoir
chez luy s'il en auroit trouvé
quelques- unes. Les Cavaliers y
repaſſerent quatre jours aprés ,
& en virent deux qu'il avoit achetées
d'unIouallier lejourprécedent.
Ily en avoit une de ſoixante
Piſtoles , & l'autre eſtoit
un peumoins confiderable. Cela
failoit cent Loüis à les donneren
Amy , & l'Orphévre n'en pouvoitrabattre
aucune choſe. Le
Cavalier qui avoit la boutſe, luy
144 MERCURE
fit lever la main en riant , & eftantenfin
demeuré d'accord du
prix, il le pria d'aporter les Bagues
fur les quatre heures, au
mefme lieu où il avoit apportéle
Bracelet , parce qu'ils alloient
diſner en Ville. Il fut ponctuel à
l'heure marquée , il y alloit de
ſon intereſt , puis qu'on l'avoit
laiſſé maiſtre du profitqu'il voudroit
faire fur l'achat des Diamans.
Il monta à l'appartement
des Cavaliers. Un Laquais qui
luyouvrit, luy dit qu'il ne croyoit
pas qu'on puſt leur parler ,parce
qu'ils jouoientun afſez gros jeu,
&qu'ils n'aimoient pas à ſe voir
interrompus . L'Orphévre pria
qu'on les avertiſt qu'il leur apportoit
des Bagues , & la - deſſus
illuy fut permis d'entrer. On
luy fitdonner un ſiege pour ſe
repoſer pendant qu'ils acheveroient
GALANT.
145
roientune partie. L'un deux tenanttoûjours
les Cartesen main,
luy demanda à revoir les Dia
mans. Illes regarda , mit les Ra
gues à ſon doigt , & continia de
joüer , après avoir dit qu'elles
luy ſembloient tres -belles Il perdit
beaucoup d'argent , & s'échaufant
dans le ieu , il tira de
ſon doigtlaBague qu'on luy faiſoir
ſoixante Loüis, & la fit valoir.
la meſme ſomme.L'Orphévre s'y
oppoſa , & le pria fort honneſte.
ment de ne la joüer que quand
¡ll'auroit payée. Il répondit qu'il
efperoit la payer de l'argent qu'il
gagneroit ,& qu'ilvoyoit for la
table , & malgré l'inquietude.
que marquoit l'Orphévre , irioiia
la Bague & la perdit. L'autrel
Cavalier s'en faifitlen meſme
temps , ainſi que de tout l'argent
, & tandis que le Perdant
Octobre 1686 . G
146
MERCURE
| -
faisoit d'inutiles exclamations
fur fon malheur , le Laquais vint
avertit celuy qui avoit gagnéqu'on
luy vouloit parler à la
porte. Il ſe leva ,& fortit fur l'Ef
calier. L'Orphévre fort alarmé
devoir ſes deux Bagues en deux
differentes mains , pria l'affligé
Ioüeur de luy en donner l'argent
ou de vouloir les luy rendre.
Le Cavalier pouſſa un foupir
les yeux tournez vers le
Ciel , & luy diſant qu'il eſtoit
juſte de le ſatisfaire , il ouvrit la
meſme porte qu'il avoit ouverte
dans l'occaſion du Bracelet.
L'Orphévre écouta attentivement
, & il entendit compter
de l'or. Il ſe raſſeura ſur un fon
ſi agréable , & ne douta point
que le Cavalier ne ſe diſpoſaſt à
luy apporter la ſomme qu'il atsendoit
, mais n'entendant plus
GALANT.
147
aucune choſe , s'approcha davantage
, & enfin la crainte autoriſant
ſon impatience,il réfo.
lut d'entrer dans le Cabiner. K
ouvrit la porte , & penſa to
ber à la renverſe , lors qu'au lieu
d'un Cabinet , il n'apperçcut
qu'un degré. C'eſtoit un Eicalier
dérobé , par où l'on deſcendoit
à la court. Il alla ſoudain à
l'autre porte pour voir file Cavalier
gagnant y ſeroit encore.
Il n'y trouva plus perfonne ; &
jugeant bien que ſes Diamans
eltoient perdus , il fut tellement
- ſaiſi , qu'il n'eut pasla force d'appeller
à ſon ſecours. Quelques
Valets qui paſſerent voyant la
pâleurde ſon viſage luy demanderent
s'il ſe trouvoit mal. Il fut
longtemps fans pouvoir parler,
&aprés qu'il ſe fut un peu remis,
il s'informa i l'on connoiffoit les
G 2
¥48 MERCURE.
:
Cavaliers qui occupoient cette
chambre. On luy dit qu'ils ne
l'oecupoient que poury difner,
que cela leur arrivojt aflez rarement
, & qu'on croyoit les avoir
vus trois ou quatre fois ſans
pourtant qu'on ſceuſt qui ils
eſtoient. L'Orphévre copia le
piege qu'ils luy avoient tendu
par le Bracelet ,& connut à fes
dépens qu'il eſt des Filoux de
toute eſpece Ceux qui le paroiffent
moins , font quelquefois
les plus dangereux , & en matjere
de Gens inconnus , il faut
ſouvent ſe défier de la bonne
mine. L'Orphévre fait faire
d'exactes recherches pour ſes
Diamans ; mais il y a bien à
craindre qu'on ne les faſſe inutilement,
On a eu avis que Mezo-
MortoGeneral d'Alger ne s'eſt
GALANT. 149
pas contenté de rendre au
Conful de France les cinq Eſclaves
François qui avoient eſté
pris depuis peu les armes à la
nain fur deux Baſtimens , l'un
Italien proche de Sardaigne , &
l'autre Eſpagnol à la Coits de
Catalogns , mais qu'ilen a rendu
encore vingt qui estoient fore
avant dans les Terres , quand
Monfieur le Marquis du Quefne
fit faire il y a trois ans une
reftitution generale de tous les
Eſclaves Chrétiens . On ajoûre
que le meſme Mezo - Morto
ayant appris qu'un Rays ou Capitaine
Corfaire d'Alger entroit
dans le Port avec une Prife
Françoiſe, l'envoya querir auſſitoſt
, & luy fit donner en plein
Divan cinquante coups de Baſton
. Il donna ordre pendant le
fupplice , qu'on rendiſt au Capi-
2
1
G3
٢٥ MERCURE
taine François tout ce qui luy
avoit eſté pris , & ce Capitaine
ſe trouva en eſtat de ſe remettre
à la Voile avant que le Conſul
euſt eu le tempsde le venir reclamer.
Cette fatisfaction fut
ſuivie d'une Ordonnance que
l'on publia , & par laquelle il fut
declaré , que le premier qui feroit
tort aux François , ſeroic
étranglé ſur l'heure. Mezo-
Morto aprés avoir dit au Cond
ful , que dés qu'il auroit connoiſſance
de quelque Eſclave
de la Nation , il l'avertiſt auffitoſt
, & qu'il verroit ſi le Roy
n'eſtoit pas plus ponctuellement
obey à Alger , que le Grand
Seigneur à Conſtantinople , il
écrivit à Sa Majesté une Lettre
tres - reſpectueule & tres- foumiſe
, par laquelle il lay rend
compte de tout ce qui s'eſt
GALANT. ISI
pallé. Il en écrivit une autre à
Monfieur de Vauvray , Intendant
de Marine , pour des affaires
qui le regardenten particulier.
Cette obeïſſance renduë
aux ordres du Roy , eſt bien
glorieuſe à ce monarque , & en
meſme temps fort avantageuſe
à ceux de ſes Suiets qui auroient
le malheur d'eſtre faits Eſclaves.
En vous parlant dans ma Lettre
d'Aouſt des Conventions
paſſées entre Monfieur le Duc
de Mortemar , & les Tripolins ,
je vous manday qu'outre les
ving- fept Eſclaves dont je vous
marquay les noms , on avoit encore
rendu quatre mouſſes,qu'on
avoit fait renier par force , &
dont le premier eſtoit lean l'Etoile
de Lyon .On s'eſtoittrompé
ſur ſon Article dans le Memoire
qu'onm'a envoyé. On n'a rendu
G4
152
MERCURE
que trois Mouffes , & ce lean
l'Etoile qui eſt effectivement de
Lyon , eſt l'Esclave François
qui fut trouvé dans la Ville ,
&dont il est parlé ſans lenomer
dansles Conventions de Monſieur
le Duc de Mortemar. Il a
demeuré dix huit ans efclave ,
faifant les fonctions de Chirur
gien à Derne , avec beaucoup
de perfeverance & de reputation
parmy les Chreftiens Elclaves
gu'il foulagcoit meſme par ſes
charitez. Ainfi il n'a jamais renié
ſa Foy.Il a preſentement quaranteans
, & c'eſt un âge qui repugue
entierement à la qualité de
Mouffe. Mouſſe en termes de
Marine , eſt un jeune Matelot
qui fert de Valet aux gens de l'Equipage.
Ce nomvientdu mot
Eſpagnol Moço , qui veut dire
jeune Garçon.
GALANT.
153
Le 17. du mois paffe. Mahomer
Iſquieterdo , Ambaſſadeur
de Maroc , arriva à Voorburg à
une lieuë de la Haye. Monfieur
figur Heffel - Van - Dinter premier
Maiſtre d'Hoſtel de Mefſieurs
les Etats Generaux , eut
ordre d'aller l'y trouver & de
l'amener ſur un Yacht. Il arriva
le lendemain à la Haye , avec
nne ſuite de dix à douze Perſonnes.
Au fortir de ſon Yacht ,
il fut receu à terre par Meſſieurs
des Ceremonies qui eſtoient venus
au devant deluy avec deux
Carroffes ; ils le conduiſirent à
ſon Logement, & le meſme jour
Monfieur Spronſen , Agent des
Etats Generaux,le complimenta
au nom de l'Etat. Le 20. ſur le
midy , il fut mené à l'Audience.
publique dans le ſecond Carroffe
del'Etat , attelé de quatre
GS
154 MERCURE
Chevaux , & ſuivy de deux autres
Carroffes Meſſieurs de Berc-
Kenſtein , & Glinſtra Députez ,
l'un pour la Province d'Utrecht ,
& l'autre pour la Province de
Friſe,l'ayant receu avec lesCeremonies
accoûtumées , le conduiſirent
à cette Audience. II
fit ſa Harangue en Arabe , affis
dans un Fauteüilde Velours vert,
vis à vis de Monfieur Kuyper ,
Preſident en Semestre , & ne
parla quedela bonne correſpondance
que le Roy de Maroc fon
Maiſtre eſtoit reſolu de plus en
plus d'entretenir avec leurs
Hautes Puiſſances.Sa Harangue
faite , il délivra au Preſident fes
Lettres de Creance qui estoient
dans un petit Sac de Velours
rouge qu'il tenoit du coſté gauche
ſur ſoneſtomach par deſſous
fon luſte- au-Corps. Il ne les lay
:
GALANT.
155
preſenta qu'aprés les avoir baiſées
& preſſées contre ſon front
avec les geſtes ufitez en ſon
Pays. Monfieur Kuyper répondit
en Hollandois ,& luy dit entre
autres choſes que fa Perſonne
leur eſtoit fort agreable ; que
les Etats Generaux contribuëroient
de tout leur pouvoir à
affermir une bonne intelligence
, & qu'ils nommeroient des
Commiſſaires pour écouter ce
qu'il avoit ordre de leur propofer.
Il fut reconduit à ſon Hôtel
comme il avoit eſté amené , &
accompagné à diſner par ceux
qui avoient eſté le recevoir. On
luy a donné des Commiſſaires
auſquels il a dit que le Roy ſon
Maiſtre aſſuré du Regime , ou de
la Regence de Salé , avoit conceu
le deſſein de former le Siege
d'Alger par Terre, fuleursHaus
1
G6
136 MERCURE
tes Puiflances vouloient l'atta
quer par Mer. Il a auffi propoſé
de la part de ceux de Salé le rachat
de quatre- vingt dix Eſclaves
, dont la rançon neconfiftera
qu'en Armes ,& pour les autres
il a demandé trois Maures
pour un Chreſtien. Il étoit chargé
d'une Lettre du Viceroy de
cette derniere Place , qu'il a fait
donner par le nommé Torros ,
InifPortugais.
Les Confuls de la Ville de
Grenoble, impatiens de marquer
leur zele pour le Roy ,ont fait
travailler à un Buſte de Marbre
blanc de Sa Majeſté , pour le
poſer au deſſusdu grand Portail
delHoſtelde Ville,en attendant
une Statuë Equestre en
Bronze , qu'on doitélever en la
principale Mace.Ce Buſte eſtant
fait,ilsn'ont point voulu diffeGALANT.
157
4
rer à le placer; & comme toutce
qui regardele Roy doit eſtre toûjoursaccompagne
de beaucoup
d'éclat , ils firent affembler la
Milice le 25. du dernier mois...
Les onze Compagnies s'étant
renduës dans le milieu de la
Place du Breuil ſur les deux
heures aprés midy , elles y furent
rangées en un Bataillon
par les ordres de Monfieur le
Comte de Marcieux Gouver
neur de la Ville . Ce Bataillon
occupoit toute la longueur de
cette Place. A quatre heures les
Confuls & les Officiers de Ville,
partirent de leur Hoſtel qui eſt
à la teſte de la place. Ils avoient
_leurs habits de Ceremenie , &
eſtoient precedez des Valets de
Ville , & de pluſieurs loüeurs
d'inſtrumens. Ils allerent dansla
Court du College-des Dominie -
;
158
MERCURE
cains , où ils trouverent ceBuſte
relevé ſur un Char de Triomphe
, attellé de ſix Chevaux
blancs. Le Char qui fit le tour
de la place , le commença par
l'aifle droite du Bataillon ,& l'ayant
continué par la queuë , il le
finit par l'aifle gauche juſques à
l'Hostel de Ville. Les Confuls le
ſuivirent au ſon des meſmes In-
Arumens , & aprés que le Buſte
eat eſté poſé fur le Portail , toute
la Milice fit une décharge,aprés
quoy elle défila avec beaucoup
d'ordre. Les Officiers en paſſant
devant ce Buſte , le ſalüerent
avec leurs Piques, ou leurs Drapeaux.
Les Soldats tirerent en
core leurs Mouſquets àmeſure
qu'ils pafferent , & la Feſte ſe
termina par des cris reïteréz de
Vive le Roy. L'Hoſtel de Ville
fut Illuminé le ſoir par pluſieurs
GALANT.
159
Fanaux & autres lumieres. Les-
Hautbois & les Violons jouërent
juſqu'à minuit, & la Place
ſe trouva remplie de tant de
monde , qu'encore qu'elle foit
fort ſpatieuſe , il n'y parut aucun
endroit vuide , ny qui fuſt
propre à ſe promener. L'Infcription
qui a eſté miſe au deſſous ,
du Buſte, eſt en ces termes.
:
LUDOVICO MAGNO
:
PIO , INVICTO ,
OPTIMO PRINCIPI ,
BELLI ET PACIS ARBITRO,
HÆRESEOS DOMITORI ,
DEVOTI CONSULES
GRATIANOPOLITANI
MONUMENTUM POSVERE .
ΑΝΝΟ M. DC. LXXXVI .
On a celebré dans la même
Ville l'heureuſe Naiſſance de
160 MERCURE
Monseigneur le Duc de Berry."
Le jour qu'on avoit choiſy pour
cette Ceremonie eſtant arrivé ,
on fit fermer toutes les Boutiques
dés le matin. Surles quatre
heures du foir , la Milice ayant
eſté rangée ſous les armes, ſe mit
en haye depuis la Place de Saint
André juſqu'à celle de Noftre-
Dame. Le Parlement en robes
rouges , & la Chambre des
pres avec ſes habits de ceremonie,
ſe rendirent dans l'Egliſe
Cathedrale à travers cette Mili-
'ce. Là Monfieur le Cardinal le
Camus , Eveſque de Grenoble,
commença le Te Deum , qui fut
chanté par le Chapitre de cette
Eglife. Tout ce qu'il y avoit...
de Gens de qualité & de merire
dans la Ville , y aſſiſterent avec
une tres grande affluence de
Peuple. Lors qu'on cut finy ler.
A.
GALANT. 161
Te Deum , Monfieur le premier
Prefident ſe renditen ſon Hatel
, où les Confols & les autres
Officiers de l'Hoſtel de Ville ,
qui avoient auffi paru dans
l'Egliſe avec leurs robes, allerens
le prendre,précedez de pluſieurs
Joueurs d'inſtrumens, ils le fuivirent
juſques à la Place de S,
André, où l'on avoit élevé un
grand Bucher. Ce fage Magi-
Araty mit le feu en qualité de
Commandant dans cette Province
, & lors qu'il fut allumé,
la Milice qui l'entouroit en forme
de Croiffant , fit une décharge
fi juſte & fi a propos,
qu'il ſembla que ce ne fuſt qu'un
ſeul coup . Sur le ſoir les Illuminations
& les feux parurent,
Monfieur l'intendant s'y diftingua
par trois Fontaines de Vin
qui coulerent fort long-temps,
162 MERCURE
Onvit plus de ſoixante Fanaux
le long de deux Terraſſes & fur
un grand Portail , qui eftau devant
de fon Hoſtel. Plufieurs
Fuſée qu'on tira dans la court de
l'Hoſtel de Ville , ajoûterent de
nouveaux charmes à ceux qu'on
avoit déja goûtez , & les réjoüiſſances
ne finirent que fort
avant dans la nuit..
l'ay oublié de vous dire que
le jour que l'on fit à Bourges les
mêmes réjoüiſſances , les Religieuſes
fondées par la Bienheureuſe
Jeanne , Ducheſſe de Berry,
ſous le Titrede l'Annonciade,
ſignalerent leur zele par un
Te Deum chanté en muſique, &
accompagné d'une Simphonie
tres - agréable . Il fat foivy d'un
Feu d'artifice orné de Deviſes ,
&de Banderole à l'honneur
du jeune Prince. Il y eut
GALANT. 163
6
quantité d'illuminations dehors
& dedans ce qui attira
un grand concours de perfonno
de toutes fortes de conditions
, & une approbation generale.
Les Venitiens ont pourſuivy
leurs Conqueſtes , & ontaſſeuré
celles qu'ils avoient déja faites
dans la Morée , par la priſe
de Napoli de Romanie. Cette
Place que la Mer environne
par trois endroits , eſt ſituée
dans leGolfe qui porte ſon nom
fur une langue de Terre qui ſe
courbe. Le Port en eſt ſeur , &
peut contenir pluſieurs Vaifſeaux
, mais comme l'entrée en
eſt fort étroite & difficile , deux
Galeres n'y ſçauroient entrer de
front. Vn Chaſteau ſitué ſur un
écueil , qui n'en eſt qu'à trois
cens pas , luy ſert de défence ,
164 MERCURE
& cette défenſe eſt d'autan
plus ſeure queles Vailleaux &
les Galeres , n'ayant pas affez de
fond pour s'en pouvoir appo
cher à la portée du Canon , le
Chateau ne peut-eftre faciles
meni ataque. Bajazer 11. Em--
pereur des Tures ayant entre
pris en 1500, de fe rendre Mal
tre de la Morée , fit affembler
une redoutable Armée à Sainte.
Maure, Il voulut d'abord s'affurer
de Napoli de Romanie , 80
tandis que l'on prenoit cette
route,une partie de la Cavalerie
s'eſtant avancée,ceux de la Ville
firent une ſortie ſi vigoureuſe
qu'ils la taillerent en pieces , ce
qui donna beaucoup de terreur
aux Ennemis , & les obligea d'abandonner
l'entrepriſe . Les
Turcs allerent affiegerModon ,
& la priſe de Coron aïant ſuivy
GALANT.
169
2
celle de cette premiere place
enflezde ces grands fuccez , ils
crurent que Napolinoleur pour
roit refifter. Ils y revinrent , &
employerent toutes leurs forces
pour faire cette Conqueſte
mais les Affiegez ne firent pas
moins paroiſtre de réſolution
pour ſe bien défédre.Paul Con
tarini ne contribua pas peu àles
maintenir dans ce deſſein , Ce
toit un homme d'une grande
reputation , Comme il s'étoit
trouvé dans Coren lors que cet
te Ville avoir eſte priſe,il eſtoit
tombé au pouvoir des Turcs,
Bajazer perfuadé de la creance
qu'on auroit en luy, voulut qu'il
parlaſt aux Affiegez , pour les
porter à ſe rendre. Il s'avança
juſqu'à la muraille, & one Porte
de la Ville s'eſtant ouverte , il
pouſſa ſon Cheval avec tant de
166 MERCURE
..
force , que fe dégageant des
Turcs qui estoient autour de
luy , il ſe jetta dans la Place , où
il exhorta les Habitans à ne rien
craindre. Bajazet leva le Siege
peu de jours aprés , & retourna
aConſtantinople. Soliman II.
aprés avoir attaqué inutilement
Corfou en 1537. donna ordre à
Caffin Bacha, de faire la Guerre
auxenvirons de Napoli de Romanie
,& des autres lieux voifins.
Les Venitiens qui estoient
entrez en ligue contre luy avec
l'Empereur Charles - Quint ,
s'oppoſerent vivement àtous les
deffeins des Turcs , qui ayant
encore affiegé Napoli de Romanie,
furent contraint de nouveaude
ſe retirer honteuſement
& avec beaucoup de perte ;
mais enfin les Venitiens ayant
trouvé qu'il eſtoit de leurs inte
GALANT. 167
reſts de faire la paix avec Soli
man , envoyerent Loüis Badoaro
à Conſtantinople avec plein
pouvoir de la traiter. Toutes
les inſtances qu'il fit pour conſerver
Napoli de Romanie , &
Napoli de Malvoiſie qui estoient
les ſeules Places que poffedoient
les Venitiens dans la morée, furentinutiles.
Soliman avoit efté
averty par des intelligences ſecretes
, que la Republique luy
avoit donné ordre de conclure
ce Traité à quelque prix que
ce fuſt . Ainſi il fut obligé de ceder
ces Places avec deux Chaſteauxdans
la Dalmatie , ſçavoir
Nadin & Laurane. Cela ſe fir
en 1540. & depuis ce temps.
Napoli de Romapie eſtoit tou
jours demeurée ſous la domination
des Turcs. Le Generaliſſime
Morofini ayant reſolu
1
168 MERCURE
d'en faire le Siege , fit meitre à
laVoilele 27. de Iuillet dernier,
L'Armée conſiſtoit en huit mille
hommes de pied , & fix cens
Chevaux des Troupes de la
Republique qu'il avoit fait em.
barquer fur lesGaleres & fur les
Galiotes, avec les Troupes du
Pape , le Regiment du Duc de
Florence , &le Bataillon de Malte.
Il y avoit encore d'autres
Troupes Auxiliaires que l'on
avoit embarquées ſur des Vaifſeaux
& fur les galeaffes. Peu
de jours aprés , les Galeres &
les Galiores qui avoient pris le
devant , arriverent au Port de
Tolon , où elles débarquerent
fans aucun obſtacle. Ce Port
n'eſt éloigné que de quatre à
cing milles dela Place que l'on
vouloit affieger. Elle fut inveſtie
le 31. & un Esclave Chreſtien
qui
GALANT .
169
défendre
,
و
qui s'étoit ſauvé , rapporta que
Haffan Bacha , Mustapha Bacha
, & trois Beys ſes Freres
qui étoient 'dedans ſe preparoient
d'autant plus à ſe bien.
que la Garnifon
eſtoit fort nombreuſe , qu'il y
avoit des Munitions de guerre
& de bouche en grande abondance.
Aprés qu'on eut commencé
à travailler aux lignes
de Circonvallation , on ſe ſaiſit :
de la hauteurdu Mont Palamida
où l'ondreſſa une Baterie. Cette)
hauteur eſt du coſté de la terre
ferme , & pour y aller , il faloit ?
prendre un chemin étroit quieft
entre la pente de la Montagne
& la Marine. Le 2. d'Aouſt , les
Afſiegez firent une fortiededeux
cens homines de pied & de vingt
Chevaux , mais tout ce qu'ils
purent faire fut de charger les
Octobre 1679. H
:
170 MERCURE
Gardes avancées ,& de tuer ou
bleſſer ſix ou ſept Soldats. Les
Allemans accoururent ,& avec
centMilanois qui les foûtinrent,
ils les obligerent de rentrer prefque
auſſi toft . Le Major General
Lauro d'Andria receutun coup
deMouſquet au pied dans cette
fortie. Les Vaiſſeaux & les Galeaſſes
qui arriverent le lende
main avec le reſte desTroupes ,
rapporterent que le Capitan Bacha
avoit voulu faire approcher
dela Place ſept de ſes Galeres,
dans lesquelles il y avoit plus de
trois mille hommes , mais que
furl'avis qu'elles avoient eu que
la Flote de la Republique étoit
à l'entrée du port , elles avoient
pris la toute de Negrepont. Le
Generaliffime n'oublia rien de
ce qui pouvoit contribuer à
l'heureux ſuccez du Siege. Il reGALANT.
171
connut la Place du coſté de la
Marine , eſtant monté ſur laGaleredu
Gouverneur des Forçats .
Il en fit le tour en ſuite du coſté
de la terre , viſica les poſtes du
Mont Palamida , & jugeant qu'il
ſeroit fortdifficile de venir àbout
de ſon entrepriſe , tant que la
Mer feroit libre aux Afliegez ,
il reſolut d'aller attaquer les
Turcs dans leur Camp.On avoit
ſçeu que le Seraskier étoit campé
à quatre ou cinq milles des
lignes ſous le Canon du Chafteau
d'Argos. Le ComtedeKonifmark
laiſſa ſeulement quinze
cens hommes pour les garder ,
& marcha contre le Seraskier
avec le reſte. Le Generaliffime '
s'avança de ſon coſté avec les
Galeres , & ayant trouvé un lieu
propre à débarquer aſſez prés
d'Argos , il fit deſcendre quinze
H 2
172
MERCURE
cens Soldats ou Matelots armez ,
qu'il tira des Vailſeaux , & qui
marcherent ſous le commande.
ment du Colonel Magnanini.
Cette conduite obligea les Tures
à partager leurs Troupes. Il en
demeura une partie pour défendre
leur Camp , & leur Cavalerie
, au nombre de trois mille
hommes , vint à la rencontre
des Venitiens , qui eſſuyerent
leur premier feu avec beaucoup
de courage & de fermeté . Le
Comte de Konigsmark,qui marcha
vers eux en tres-bon ordre ,
trouva moyen de les rompre,
&les contraignit de prendre la
fuite. Cependant les Batteries
des Mortierseſtant en eſtat,commencerent
a jetter des Bombes
dans la Ville . Elles mirent le feu
enpluſieurs endroits , & y cauferent
un fort grand dommage.
GALANT.
173
Le Generaliſſime fit ſommer le
Commandant,& fur le refus qu'il
fitde ſe rendre , on reſolut de
faire brûler tousle Villages voifins
, afin d'empeſcher que les
Turcs ne s'y logeafflent. LeComte
de Konigſmark ſe chargea
d'executer ce deſſein,& en méme
temps il ſe rendit maiſtre
du Chaſteau d'Argos. Ceux qui
le gardoient l'abandonnerent
fans aucune reſiſtance , & il y
trouva quelques vivres avec en
viron 12.milliers de poudre . On
continüa de battre la Ville &
le Commandant perſiſtant toûjours
dans la reſolution de ſe
défendre juſqu'à ce que les Affiegeans
euſſent fait bréche , on
fit l'ouverture de la Tranchée
ſans y perdre qu'un ſeul homme.
Pendant qu'on avançoit les
Travaux,on apperçeut pluſieurs
: G3
174 MERCURE
Tentes que les Turcs avoient
dreſſées au meſme lieu où le
Comte de Konigſmark les avoit
défaits quelques jours auparavant
, ce qui obligea le Generaliffime
à renforcer la garde des
Lignes avec des Troupes tirées
de huit Vaiſſeaux de guerre que
Monfieur Piſani avoit amenez .
Il crut auſſi qu'il eſtoit impor
tant pour faciliter le ſuccés du
Siege de faire garder le bras de
Mer par où le Seraskier pouvoit
avoir communication avec la
Place , & dans ce deſſein il fit
avancer Monfieur Bragadin
avec trois galeres , outre quatre
Felouques bien armées que le
Chevalier Morel commandoit.
Les travaux ayant eſté avancez
juſques au pied de la Contreſcarpe
, on prépara tout ce qui
pouvoit eſtre neceſſaire pour
GALANT. 175
fairela deſcente du Foſſé . Les
Infidelles détacherent divers
Partis de leur Camp , mais ils
ne firent que de legeres eſcarmouches
, & fe retirerent toûjours
preſque auſſi- toſt. LesAffregeans
ne laiſſoient pas d'en
eſtre extrêmement fatiguez ,
parce qu'il faloit que leurs troupes
fuſſent ſous les armes nuit
&jour à cauſe de ces continuelleseſcarmouches.
On s'appliqua
à ſapper un coſtéde la Contrefcarpe
, & aprés que l'on eut fait
la deſcente du roſſé , on commença
à travailler à des Galeries.
Ce fut un travail funeſte
pour le major du Bataillon de
Malthe, qui fut tué en cette occafion
comme le Chevalier
Alcenago Major General , l'avoit
eſté d'un coup de moufquer
quelques jours aupara-
د
H 4
176 MERCURE
vant , en allant reconnoiſtre le
Follé . Le Seraskier avança ſon
Camp plus prés de celuy des
Afſiegez , & ce fut ce qui les
empeſcha de demander à capituler
, malgré la conſternation
où eſtoit toute la Ville. Sa preſence
leur relevoit le courage ,
& ne doutant point qu'ils ne
fuſſent ſecourus , ils travaillerent
à des Coupures & à des
Retranchemens , pour ſe défendre
s'il arrivoit que les Affiegeans
filent une bréche affez
conſiderable pour ſe hazarder à
donner l'Affaut. Le Generalife
fime voyoit tous les jours déperir
ſes Troupes. Pluſieurs Officiers
eſtoient morts de maladie.
Il y en avoit pluſieurs autres
hors d'eſtat de ſervir, & un plus
long Siege ne pouvantIny eſtre
que tres deſavantageux , il ſe
GALANT. 177
reſolvoit à aller tout de nouveau
attaquer le Seraskier , lors que
le Seraskier le prevint , en venant
luy - meſme attaquer les
lignes à la teſte de dix mille
hommes . D'abord il ſe rendit
maiſtre d'une hauteur qui commandoit
une partie du Camp,&
comme il n'y avoit qu'un ſeul
Eſcadron qui gardoit ce coſté
là, l'Eſcadron plia , n'ayant pâû
foutenir les Ennemis , qui fondirent
enſuite avec beaucoup
de furie ſur le Bataillon de Malthe.
Il demeura ferme , & re
pouſſa leurs premiers efforts
avec une ſi grande bravoure ,
qu'il les contraignit de regagner
la hauteur. Deux Bataillons des
Troupes de Saxe & de celles de
Brunſvic , commandez par le
Comte de Konifgmark marcherent
contre eux , & les charge -
Hs
2
178
MERCURE
rent de la maniere la plus vigoureuſe.
Le Generaliſſime qui avoit
fait un grand détachement de
Soldats tirez des Vaiſſeaux &
des Galeres , les fit avancer aprés
avoir donné tous les ordres neceſſaires
pour la ſeureté du
Camp , & s'eſtant mis à la teſte
de quelques Troupes choiſies ,
il chargea les Ennemis , parmy
leſquels ce ſecours , & lesTroupes
qu'ils virent venir du coſté
de la Marine , jetterent tant de
terreur, que tous les efforts que
firent les Officiers le ſabre à la
main pour les empeſcher de fuir,
n'en purent venir à bout. Ils en
tuerent meſme quelques uns ,
mais tout cela ne putarreſter les
autres ,qui continuerent àprendre
la fuite. Le Combat dura
ſept heures , & fut fort opiniatré.
Les Infidelles laiſſferent en
GALANT. 179
viron quatorze cens hommesfur
le Champ de Bataille , & il n'y
en eut que trois cens tuez ou
bleſſez du coſté des Chrétiens .
La défaite du Seraskier ayant
eſté annoncée aux Aflegez par
les cris de joye que firent les
Troupes en rentrant au Camp ,
& par les Etendarts gagnez fur
les Infidelles qu'on éleva avec
les reſtes de ceux qui avoient
eſté tuez dans leCombat, iln'y
eut plus à déliberer s'ils continuëroient
à ſe défendre. Le
commandant envoya trois Deputez
à la Galere da Generaliſ--
fime , qui leur accorda que la
Garniſonfortiroit avec armes &
bagage , qu'on luy donneroitdix
jours pour s'embarquer ', &
qu'elle ſeroit conduite juſqu'à
Tenedo. Le Combat fut donné
le 29.Aouſt , le lendemain
H6
180 MERCURE
la Capitulation ſe fit. Ils remirent
le Château entre les mains
du Generaliſſime , & luy envoyerent
des Oftages fans qu'il en
donnâtde ſon coſté. On atrouvé
dans la Place dix- sept pieces.
de Canon de fonte , ſept de fer,
un Mortier & quantité deMunitions
de guerre. On a fait de
grandes réjoüiſſances à Veniſe
pour la priſe de cette importantePlace
,& le Doge accompa
gné de toute la Seigneurie a
aſſiſté au Te Deum, qu'on y a
chanté dans l'Egliſe Ducale de
S. Marc , où pour marque d'une
joye extraordinaire, on a expoſé
l'Etendart de la Morée
qu'on n'avoit point déployé depuis
cent ans . Les grands fervices
que Monfieur Moroſini a.
rendus depuis quelques années.
à la Republique , meritant une
3
GALANT 1811
4
récompenſe de diſtinction , le
Senat qui a voulu luy donner
une marque perpetuelle d'honneur
, a fait un Decret , par lequel
il déclare que Monfieur
Morofini fon Frere ,& tous les
aiſnez de la Famille feront à
perpetuité Chevaliers , & qu'ils
jouiront de tous les honneurs
qui ſuivent cette Dignité. Le Senat
a auſſi voulu donner des
marques de reconnoiſſance à
Monfieur le Comte de Konigſmark
, qui dans toutes les
actions du Siege n'a rien oublié...
de ce qu'on pouvoit attendre&
de fon courage ,&de ſa conduite.
On doit luy donner un Baf
fin d'or du prix de fix mille Ducats:
Jenevous ay rien dit du Roy
de Pologne detoute cetteCampagne.
Ce Prince né pour les
182 MERCURE
grandes chofes , a mieux aimé
aller prendre des Provinces entieres
au dela de Caminiek, que
d'affoiblir ſon Armée devant
cette Place qu'il a deſſein d'en
fermer. Ainſi il s'eſt fort éloigné
de ſon Pays . Il a paſſé de grandes
Foreſts . Il a pris la Moldavie
, & preſentement il eſt aux
Bouches du Danube, à ſoixante
lieuës de Conſtantinople , dans
un fertile & tres-bon Pays où
ſes Troupes ſe refont. Il s'avança
d'abord vers Jaſſy, Ville deMoldavie
, ſituée ſur la Riviere de
Pruth à vingt - cing ou trente
lieuës de la pologne , & il cut
avis pendant ſa Marche , quele
Caſtellan Chelmsky campé vers >
Caminiek , s'eſtoit mis en poffeffion
de la pluſparts desChâteaux
du Voiſinage de cette pla---
ce ,& qu'il tenoit une grande
GALANT. 183 ;
quantité de Coſaques dans la
Foreſt de Niedobor , en forte
qu'il ne pouvoit plus rien ſortir
de Caminiek. Il arriva à Stephanopoli
au commencement =
d'Aouſt , & ce fut là que les
principaux de Moldavie vinrent
l'aſſurer de leur obeïſſance.
Il ſçeut qu'on avoit abandonné
Jaffy , & il y envoya des
Ingenieurs pour faire travailler
aux Fortifications neceſſaires. Il
dépeſcha auſſi vers le Hoſpodar
, ou Prince de Moldavie
pour luy faire dire qu'il le prenoit
en ſa protection , & pour
l'obliger à luy amener ſes Troupes.
2
Le 15. d'Aouſt Sa Majeſté
Polonoiſe fit ſon Entrée à Jaſſy ,
d'où les Boïars , & tous les Habitans
rangez ſous les armes for-
Litent pour la venir recevoir. Ils s
:
184 MERCURE
ldy preſenterent les Clefs de
leur Ville , & luy rendirent
leurs foumiffions comme à leur
Liberateur , qui eſtoit venu les
delivrer du joug de l'Empire
Ottoman , & de la tyrannie des
Tartares . Ce Monarque fut d'abord
conduir à l'Egliſe des Catholiques
, où quelques Prêtres
Miſionnaires chanterent le Te
Deum , aprés quoy il ſe rendit à
l'Eglife Cathedrale des Rutheniens
, où le Patriarche reveſtu
d'Ornemens Epifcopaux rehauffez
de Perles & de Pierreries ,
& accompagné de deux cens
Preſtres Rutheniens , fit une
docte Harangue en laquelle il
cita divers paſſages de l'Ecriture:
pour autoriſer l'obeïſſance dont
ils l'affeuroient .Aprés ces Ceremonies
, le Roy alla difner dans
les.Galeries du Palais de l'HofGALANT.
185
podar,& traita magnifiquement
le patriarche, les Boïars , & tout
ce qu'il y avoit de plus confiderable
dans la Ville. Le mêmejour
on luy preſta le Serment
de fidelité qui fut receu en fon
nom avec les Ceremonies ach
coûtumées par le Palatin de Podolie
, & par le Chatelain de
Czarnovitz. On appelle Rutheniens
ceux qui ſont de la Ruſſie.
Onla diviſe en Ruffie Blanche ,
qui eſt la Moſcovie , & enRuffie
noire , Province de Pologne,
dont la Capitale eſt Leopol ou
Lavovv , que les Allemands
appellent Ruffelemburg. Quel.
ques jours avant que Sa Majesté
Poloneiſe arrivaſt à laſſy , Elle
écrivit cette Lettre au General
Tekely , qui commande l'Armee
de Tranſilvanie.
186 MERCURE
:
E
XCELLENT ET GENEREUX
SEIGNEUR.
Nous devons en peu de mots
exalter votre integrité &finceri--
té , car letemps nous manque pour
en dire davantage , attendu que
noussommes en marche , &preſſez
d'aller à Cecora , & de là plus
avant chercher l'occaſion de ruiner
l'Ennemy communautant que nous
le pourrons. Nostre marche en deça
aeftéde beaucoup retardée par des
Fortereſſes que nous avonsfait elever
le long de ce meſme chemin,
depuis leurs fondemens jusqu'au
comble , au nombre de trois ; une
avant que d'entrer dans la Forest
de Boukovvin , une dedans , & une
autre derriere ce mesme Bois. Nous
avons mis bonneGarnisondans chacun
de ces trois Poſtes , afin d'em.
,
Y
GALANT. 187
pescherles courſes de celle de Kami.
niek , & de rendre libre le paſſage
de cette route jusqu'ànoſtre Armée.
Nous pouvons preſentement faire
Sçavoir à nos Amis que toute la
Province de Moldavie s'eſt ſoumiſe
ànous d'elle-mesme & de son bon
grè , & qu'elle a promis de joindre
Ses Armes aux nostres contre ces
mesmes Ennemis. C'est pourquoy
nous allons au premier jour faire
fortifier Iaffy , & y mettre une
Suffisante Garnison. Cependant ,
pour nous conformer à l'usage de
ceux de la Nation,nous remettrons
la Province à la conduite de quatre
Carmacans , & leur en laiſſerons
lesoin poury maintenir la tran
quillité & le bon ordre. Ilssçaurons
bien nous faire tenir vos Lettres
en toute diligence & Seureté par
lavoye cette ville de lafſfy , qui en
est la Capitale , felon la bonne
188 MERCURE
correspondance qu'ils doivent étaz
blir à cette fin . Nous sommes perfuadez
que non seulement tout le
Royaume de Pologne , mais aussi
ces deux Provinces de Moldavie
& de Valachie , dont les Troupes
iointes aux voſtres faifoient autrefoisle
grand & fameux Royaume
des Daces,vivront &se maintiendront
dans une double amitié par
faite avec voſtre Excellence. Nous
ne doutons point que vos Provinces
ne soientpreſentement delivrées du
penible fardeau des armes ,parce
quele Sieur G. Szymorisky ,Refident
ordinairede Sa Majesté Imperiale
en noſtre Cour , a déclaré
depuis peu en termes convenables ,
& publiquement en plein Senat ,
que cet Illuftre Sereniffime Empeinclinant
à nos iteratives reur ,
interpoſitions , a envoyé ordre à
Son Generalle Comte de Scherf
GALANT. 189
fomberg , de quitter les Terres de
-vostre Patrie,&nous voulons croire
que la Transylvanie , nous en mar
quera sa reconnoiſſance par des
remerciemens obligeans. Nous avons
appris auffiavec un rres grandfentiment
de joye , que le fang des
Chrestiens, pour la défense desquels
nous nous sommes engagez en cette
Sainte Guerre,y aesté &Sera éparé
gnéavec tout le soin poſſible. Atu
reste , nousfouhaitons àvoſtre noble
excellent merite toute prosperité.
Donnéen nostre Cample 9. Aouft
1686.
Pendant que le Roy de Po
logne eſtoit à laſſy, il eut avis
que le Hoſpodar s'eſtoit retiré
avec les principaux Boyars, pluſieurs
Trefors , des munitionsde
Guerre , & de l'Artilleriee,, vers
le Sultan Nuradin prés de
Bucziak.L'envie del'aller cher
190 MERCURE
:
cher le fit partir le 23.Aouſt , &
continuër ſa marche de ce coſté
là, & du coſté de la Beſſarabie
vers l'emboucheure du Danube.
La Beſſarabie eſt une partie de
la Moldavie , & la moins confiderable
. La Moldavie , qui a
quatre-vingt- dix lieuës d'étenduë
d'Orient en Occidens , &
ſoixante-dix du Septentrion au
Midy , à la mer Noire à l'Orient,
& le Danube qui la ſepare de la
Bulgarie , & la borne auſſi an
Midy avec la Riviere de Serethe.
Au Couchantelle a la Vvalachie
, & la Transilvanie , dont
elle eſt ſeparée par le Mont
Hemus- Le Nieſter la ſepare de
la podolieau Septentrion. Choczim
eſt une de ſes Villes. Vous
ſçavez qu'elleeſt celebre par la
Victoire que le Roy de Pologne
y remporta ſur les Turcs un peu
GALANT. 191
avant ſon élection . La Moldavie
aeu autrefois des Princes parti
culiers, auſquels fuccederent des
Gouverneurs ſous la protection
de la Pologne. L'un d'eux appellé
Estienne , ſe rendit Maiſtre
de laBeſſarabie , que Bajazet II.
avoit priſe en 1485. & vainquit
les Turcs & les Polonois. La cruautéde
ſes Succeſſeurs en a fait
tuer pluſieurs par ſes Sujets , &
entre un grand nombre de ces
Princes qui prenent la qualitéde
Vaivode,il y en a peu qui ayent
laiffé leur Estat à leurs Enfans.
En 1612. Eſtienne Tomſa , Soldat
de fortune, mais protegé par
le Ture , ſe fit Vaivode en laplace
deConſtantin, Filsde Mohila.
Il ne poſſeda cette dignité
quejuſqu'en 1618. que le méme
Turc luy oſta la Moldavie,
&la donna à Gaſpard Gratian.
492 MERCURE
Ce dernier devint bientoſt fufpect
à la Porte , à cauſe des
intelligences qu'il avoit avec
Empereur , & avec les Polonois
, dans le party deſquels il
ſejetta. Il fut tué par les fiens
en 16.20 . à la Bataille deCicora,
&depuis ce temps lesTurcs ont
diſpoſé de la Moldavie. Mahomet
IV . qui regne aujourd'huy ,
en ayant inveſty George Gifca
en 1658. le fit ſucceder au Vaivode
Mathias . Les Moldaves
font profeffion du Chriſtianifme
, & reconnoiſſent le Patriarche
des Grecs. Le Tribut qu'ils
payent au Turc n'eſtoit autrefois
quede cent quatre- vingt mille
livres, mais la Porte l'augmente
de temps en temps étant bienaiſe
de maintenir ces Peuples
dans l'obeïſſance par la pauvreté.
Le
GALANT.
191
✔ Le Roy de Pologne, qui paffa
la Pruth au fortir de Jaſſy , s'avança
dans une grande Plaine
pour entrer dans le Budziak , &
aprés une marche fort penible,
parce qu'on n'y peut aller qu'en
traverſant des Montagnes qui
font coupées par des défilez &
par des ravines , on commença
à découvrir l'Armée du Sultan
Nuradin, Generaldes Tartares ,
qu'on dit avoireſté joint par le
Prince Sarbane Cantacuzene ,
Hoſpodar de Valachie , qui a
pris ce party malgré la parole
qu'il avoit donnée de favorifer
celuy du Roy. Il eſtoit à la
teſte de vingt mille Tartares
bien aguerris , & occupoit une
haute Montagne. Sa Majeſté
Polonoiſe fit approcher ſonAr
mée , & tâcha de l'attirer au
combat , mais il l'évita , & aprés
Octobre 1686 . J
192 MERCURE
quelques legeres eſcarmouches,
on ſe retira de part & d'autre.
On ne put cependant pourſuivre
la marche , qu'on n'euſt re
connu un paffage étroit commandé
par des hauteurs que les
Infidelles avoient occupées . On
donna ordre au Chevalier Lubormiski
, Maréchal de la Cour,
d'aller avec cinq mille hommes
faire cette découverte , & franchir
ce défilé. Si-toſt qu'il fut
arrivé à ce paſſage , les Tartares
deſcendirent de la Montagne ,
&recommencerent une eſcarmouche
qui dura juſques àdeux
heures aprés Midy , ſans que
l'on puſt ſuivre l'Avantgarde
qui avoit pris ledevant. Les Tartares
qui feignirentde ſe retirer ,
furent pourſuivis juſqu'à leurs
Tentes ; & lors qu'ils virent
qu'on avoit mis pied à ter
GALANT.
193
re pour faire butin , toutes
leurs forces , auffi bien que celles
des Valaques , marcherent
à l'Avantgarde avec beaucoup
de viſteſſe , & chargerent brufquement
le Chevalier Lubormiski
qui la commandoit. Le
bonheur qu'il eut de ſe trouver
en un poſte avantageux , l'empeſcha
d'eſtre défait. Il eſtoit
couvert de la Pruth en queuë ,
& avoit une hauteur eſcarpée à
ſa droite , & un Marais a fa gauche.
Ainſi il foutint avec beaucoup
de bravoure toute l'Armée
ennemie pendant deux
heures ,&le Combat ne ſe termina
que par l'arrivée de toute
la Cavalerie que le Roy amena
à ſon ſecours. Elle fut reconnuë
par les Gardes avancées des Infidelles
, ce qui les obligea de
ſe retirer avec perte de plus de
۱
J 2
194
MERCURE
fix cens hommes qui demeure
rent ſur la place. Il y eut ſept de
leurs principaux Officiers tuez ,
& entre autres le Gendre du
Sultan Nuradin , & l'on fit trois
cens Priſonniers. On gagna fur
eux un Drapeau vert , que l'on
dit eſtre celuy du Sultan. Le
manque de fourrage ne permettant
pas de continuer la marche
par la route que l'on s'étoit
propoſée , le Roy de Pologne
fit paſſer la Pruth à ſon Armée,
pour en aller chercher de l'autre
coſté. On a nouvelles qu'il
eſt arrivé heureuſement à Galatzin
proche du Danube , à
foixante lieuës de Conſtantinople
, & à dix d'Andrinople. Il
y a plus de deux cens ans
que l'on n'avoit vû d'Armée
Chreſtienne aller juſque - là.
GALANT.
195
Le Païs eſt abondant , & les
Troupes n'y manquent d'aucune
choſe. Le General des
Moſcovites Boriſteniens a donné
avis que celles des Czars, ſes
Maiſtres , s'eſtoient emparées
de la Ville de Perecop,& qu'elles
eſperoient s'emparer auſſi en
peu de temps de toutes les autres
Villes & Chaſteaux qui
obeïſſent au Kam de Crimée.
Je n'ay rien à vous dire de l'affaire
de Hambourg. C'eſt une
Ville ſur laquelle le Roy de
Danemark pretend avoir quel--
ques droits. Ce n'eſt point à
moy à examiner de quelle natu
re ils font. Je ſuis perfuadé que
ce Prince les croit juſtes , puis
qu'il veut les foutenir. D'un autre
coſté il y a grande apparence
que la Ville de Hambourg
ne s'oppoſe aux pretentions du
13
1961
MERCURE
1
Roy de Dannemark que parce
qu'elle ne les croit pas legitimes:
Quoy quede deux hommes qui
plaident enſemble , celuy qui
fuccombe paroiſſe injuſte , il ne
l'eſt pas pour cela. Il y a des
choſes Problematiques , & qui
peuvent donner lieu de croire à
chaque partie que ſon droit eſt
bien fondé. Ce que Meffieurs
de Hambourg ſe perfuadent
que le Roy de Dannemark
avoit tenté pour faire valoir le
fien , ayant eſté découvert , il a
faitdes malheureux. Si le ſuccez
avoit eſté favorable , ils n'auroient
point paru criminels,puis
que dans toutes les choſes doureuſes
, qui demandent une forte
reſolution , & pour lesquelles
on riſque le bien , la vie , &
quelquefois l'honneur meſme ,
plus on réüffit , plus on eſt ju
GALANT . 197
itifie.Comme cette Affaire confiſte
dans une entrepriſe manquée
, & que le Siege de Hambourg
n'avoit eſté commencé ,
au moins à ce qui paroiſt , que
pour la favoriſer , comme les
Loix de la Guerre le permetzent
, il me paroiſt inutile d'entrer
dans aucun détail de ce
commencement de Siege irre
gulier , s'il n'a eſté entrepris
qu'afin de couvrir d'autres deſſeins.
L'Affaire eſt preſentement
tournée en negociation , & il ya
beaucoup de Souverains qui
s'en meflent . Je vous appren
dray le reſultat de ce different
quand il ſera terminé , & vous
diray aujourd'huy qu'il en a
couſté la vie aux Sts Schnitker ,
& Jaſtram , Bourgeois de Hambourg.
Ils ont eſté convaincus
d'avoir eu des correſpondances
14
198 MERCURE
:
préjudiciables au repos public,
& ils curent la teſte coupée
le 14. de ce mois. L'Arreſt par
lequel ils ont eſté condamnez
porte , que leurs Teſtes demeureront
expoſées au deſſus
des deux Portes principales de
la Ville.
Un Courrier exprez qui paſſa
inceſſamment en Eſpagne,ayant
apporté la nouvelle de la priſe
de Bude à Monfieur le Comte
Venceſlas Ferdinand Poppel de
Lobkovvits , Seigneur de Billin
&de Liobschauſen , Conſeiller
& Chambellan de Sa Majesté
Imperiale , & fon Envoyé Extraordinaire
à la Cour de France
, avec ordre d'en faire part
au Roy ,& de luy donner une
Lettre écrite de la main de l'Empereur
, il ſe rendit auffi - toſt à
Verſailles avec un fortgros CorGALANT.
199
tege de Gens de qualité de la
Nation Allemande , & aprés s'eftre
acquité de cette agreable
Commiſſion , il revint icy marquer
la joye qu'il avoit d'une
Conqueſte qui estoit ſi importante
pour les Intereſts de fon
Maiſtre. Comme il ne pouvoit
la contenir dans ſon coeur , il
voulut que le Public la partageaſt
avec luy,& dans ce deſſein
il employa les Sieurs Iean Bapa
tiſte Gervais & Claude Morel,
Ingenieurs de Sa Majesté ,qui ſe
chargerent de faire dreſſer un
Feu d'artifice d'une invention
particuliere. Le Dimanche 22.
Septembre fut choiſi pour cette
grande réjoüiſſance , dont le
ſignal fut donné au point du
jour par la décharge de vingtquatre
groffes Boëtes. Sur les
neufheures du foir , Monfieur le
Is
200 MERCURE
Comtede Lobkovits ſe renditau
Préaux Clercs avec tous ſes Carroffes
, accompagné de tous les
Gentilshommes Allemans qui
eſtoient icy. Il s'y trouva pluſieurs
Princes & Princeffes , avec tous
les Ambaſſadeurs & Miniſtres
des Puiſſances Etrangeres , &
quantitéd'autres perſonnes confiderables
par leur qualité , qui
ſe placerent ſur un grandBalcon
bien baſty,& fort richemét orné.
La Place eſtoit propre à contenir
le grand nombre de perſonnes
que le bruit de ce ſpectacle avoit
attirées . Les Feux d'artifices
avoient eſté preparez ſur un
Theatre de vingt quatre pieds
de haut , &de dix-huit de large.
La face eſtoit un Portique
d'un Ordre Corinthien qui repreſentoit
la Porte Ottomane.
Aux coſtez fur les degrez
GALANT. 201
étoient aſſis deux Eſclaves Turcs
que l'on voyoit enchaiſnez . Il y
avoit fur l'entablement un Piedeſtal
avec pluſieurs Trophées
d'Armes . Sur ces Trophées
eſtoit un Croiſſant , & au deffus
du Croiſſant un Aigle à
deux teſtes , tenant dans ſes ſerres
à la droite un globe & une
épée, &à la gauche un Sceptre,
qui font les marques des Dignitez
Electorales des trois Ele-
Eteurs de Raviere , de Saxe , &
de Brandebourg , Confederez
de S. M. I. dans la Guerre de
Hongrie. Sur le Corps de l'Aigle
, paroiſſoient les Armes de la
Maiſon d'Autriche , qui ſont de
gueules à une face d'argent , le
Collierde la Toiſon d'or tout à
l'entour , & au deſſus la Couronne
Imperiale. Vous verrez
tout cela repreſenté dans la
3
ε
16
202 MERCURE
Planche que je vous envoye.
Les Feux de Joye commencerent
par la décharge de quarante-
huit Boëtes , dont le bruit
eſtoit agreablement meſlé du
fon de vingt- quatre Trompetes
& Timbales. On ne remarqua
d'abord que le Croiffant , & à
meſure qu'il diſparoiſſoit,l'Aigle
commençoit à s'illuminer , &
demeura ſeul juſques à la fin. La
durée de l'Aigle , & l'aneantifſement
du Croiſſant , marquoient
la deſtruction des Infidelles
, & la perpetuite de la
domination de la Maiſon d'Autriche
en Hongrie. A ces premiers
Feux ſuccederent douze
douzaines de Fuſées volantes ,
qui ſignifioient douze Victoires
remportées par les Armes Imperiales
en autant de Batailles
rangées , ou de rencontre fune-
:
2
GALANT 203:
ſtes aux Turcs , depuis qu'ils .
ont violé la Tréve. Quatre douzaines
de groſſes Fuſées d'honneur
foivirent. Elles faifoient =
connoiſtre la gloire que l'Empereur
s'eſt acquiſe en arrachant
des mains Otomanes les
quatre importantes. Fortereſſes
de Gran de Solnoc , de Neuhaufel
& de Bude. Enſuite on
fit partir fix groſſes Fuſées de
gloire, comme autant d'heureux
preſages de la Conqueſte que
l'on eſpere de faire des fix Villes
de Hongrie qui reſtent encore:
ſous la domination des Infidelles.
Voila la vevë qu'ont elë
ceux qui ſe ſont meflez du Feu,
& l'interpretation qu'ils donnent
à la diſpoſition de ces Fuſées.
Aprés que l'on eut joüy de
tout ce Spectacle, on mit le Fou
auCorps , compoſe de cinquan-.-
3
:
204 MERCURE
te douzaines de Pots à Feu ,
qui tirerent dix à la fois , avec
vingt- quatre partemens de Fufées
. Chaque partement élevoit
toûjours le feu plus haut , & on
le mit en ſuite à deux Gerbes
ferpentines , de l'invention du
Sieur Gervais ; elles tirerent des
deux coſtez pendant un quartd'heure.
Tous ces Feux finirent
parune girande de ſeize douzaines
de Fuſées , entre leſquelles
il y en avoit de fort groſſes,& de
quatre douzaines de Pots à feu
garnis de Sauciſſons volans. Le
Spectacle entier dura plus d'une
heure , & fut terminé par une
décharge de cinquante Boëtes.
Ces plaiſirs eſtant finis avec un
applaudiſſement general, on alla
en prendre de nouveaux dans
l'Hoſtel de Monfieur l'Envoyé
Extraordinaire. Cet Hoſtel eſtoit
GALANT.
205
illuminé d'une grande quantité
de Flambeaux blancs. Sur l'une
des Portes on voyoit un Aigle ,
qui jetta de tres-bon vin depuis
neuf heures du ſoir juſqu'au
point du jour. Les Appartemens
eſtoient auſſi richemens meublez
que bien éclairez . On y
trouva un Concert charmant de
Violons, de Baſſes , & de Hautbois,
qui fut écouté avec grand
plaifir. L'heure du Soupéeſtant
venue , on entra dans une Salle ,
où il y avoit une Table en Croiffant
de cinquante couverts ,
garnie de cinquante pyramides
de confitures d'une ſtructure
extraordinaire,& d'une quantité
prodigieuſe de toutes fortes de
viandes qui compofoient un
Ambigu magnifique . Toutes les..
Dames s'affirent , & occuperent
laplus grande partie de laTable...
206 MERCURE
Elles furent ſervies par les Seigneurs
& les Gentilshommes
qui estoient en ſi grand nombre
que les gens de livrée nepurent
entrer. Les Dames s'étant
levées firent place aux Cavaliers
qui ſouperent àleurtour.
Une partie ſe retira dans un Aps
partement où il y avoit un Concertde
Luts,& les autres fe rendirent
dans une Salle qui avoit
eſté preparée pour le Bal. On y
dança fort avant dans la nuit ,
&toute la Feſte ſe paſſa avec un
ordre admirable.
J'oubliay le mois dernier à vous
apprendre que Monfieurle MarquisdeBiron
s'eſtoit marié. Ila
épouséMademoiſelle de Bautru,
Fille de feu Meſſire Armand de
Bautru , Comte de Nogent , qui
fut tué au paffage du Rhin en
1672.& petite Fille de feu Mef-
4
4
GALANT.
207
fire Nicolas de Bautru Comte
de Nogent , qui estoit Capitaine
de la Porte du Louvre , &
fort confideré du feu Roy. Ce
jeune Seigneur qui trouve dans
ſa Maiſon des Cordons bleus ,
des Ducs & Pairs , & des Mareſchaux
de France , eſt bien
fait de ſa perſonne , & fort eftimé
pour ſa bravoure. Il en porte
de glorieuſes marques ſur ſon
Corps , par les bleſſeures qu'il
receut il y a quelques mois , en
ſoûtenant le party de Monfieur
le Duc de Savoye , contre les
Ennemis de noſtre Religion.
Mademoiselle de Bautru eſt une
jeune perſonne fort agreable ,
& qui à l'eſprit tres-bien tourné.
Elle parle juſte , mefle une
douceur charmante à une fierté
modeſte , & n'a point de ſentimens
qui ne ſoient nobles , &
4
208 MERCURE
dignes de fa naiſſance Madame
la Comteſſe de Nogent ſa Mere
, qui s'eſt fait un plaiſir de
fon éducation , l'a élevée dans
ce grand air qui ſied ſi bien aux
perſonnes de qualité.
Je vous ay déja parlé du merite
de Monfieur Sauveur de l'Academie
Royale des Sciences Sa
Majesté qui l'honore de fon eftime
, lay en a donné depuis peu
dejours de nouvelles marques ,
en le nommant pour enfeigner
les Mathematiques à Monfieur
le Ducde Chartres. Il ne perdra
pas ſon temps aux leçons qu'il
doit donner à ce jeune Prince ,
dont vous ſçavez que l'eſprit eſt
vif,&fort capable des plus hautes
connoiſſances .
Iene vous tiens point encore
tout à fait parole, touchant l'Article
des vingt-quatre Cardinaux
GALANT. 209
que Sa Sainteté à faits. Comme
le nombre en eſt grand, & qu'ils
font diſperſez dans toute l'Europe
, ce n'eſt pas une choſe qui
ſe puiſſe faire en ſi peu de temps .
Cependant j'ay deja trouvé
moyen d'avoir leurs Armes , &
je les ay données à graver , afin
de vous les pouvoir envoyer le
mois prochain . En attendant que
ie vous faſſe part de cette Planche,
je vous diray que Meſſire
Eſtienne le Camus Evefque de
Grenoble , ayantappris le 8. de
Septembre ſa Promotion au Cardinalat
par un Courrier du Pape
qui paſſoit par là pour aller en
Cour , toute la Ville,& les Communautez
Religieuſes marquerent
de leur mouvementla joye
que leur donnoit cette dignité
deleur Prelat. Monfieur le Camus
écrivit ſur l'heure au Roy ,
210 MERCURE
& ſe retira pour quelques jours
dans la grande Chartreuſe. Sa
Majesté luy ayant fait l'honneur
deluy marquerqu'Elle luy don -
noit ſon agrément , il alla auffitoſt
continuer ſes Viſites dans
quelques Paroiſſes de fon Dio
ceſe, où il crut ſa prefence neceſſaire
pour l'inſtruction des
nouveaux Convertis .
La Promotion de Monfieurde:
Ciceri Eveſquede Come au Cardinalat
, a auſſi donné lieu à de
grandes réjoüiſſances qui ſe ſont
faites àCavaillon,Ville du Comté
Venaiſin , qui n'eſt éloignée
d'Avignon que de quatre
lieuës,où depuis fort long-temps
une Famille de la Maiſon de
Ciceri s'eſt établie. Celuy qui en
eſt le Chef, ayant appris la nouvellede
cete Promotion , par les
ſoins de Monfieur le Vicelegat
GALANT. 211
d'Avignon , qui luy dépeſcha un
Chevau Leger de ſa Garde , ſe
crut obligépar le nom qu'il porte
, & par la fatisfaction qu'il refſentoit
de voirunde ſes Parens
élevé à cette Dignité ,de donner
des marques pupliques de ſa
joye. Il la fit paroiſtre en faiſant
élever dans une Place qui regarde
le Palais Epiſcopal , trois
grands feux entourez de Boëtes.
Sa Maiſon , vis à vis de laquelle
furent allumez ces Feux , eſtoit
éclairée par quantité de Flambeaux
de Cire blanche , & par
une illumination generale mélée
des Armes du nouveau Cardinal.
Au bas coulerent deux
Fontaines de vin qu'ilabandonna
au Peuple. Les Confuls&le
Corps de Ville ,àla teſteduquel
eſt ce Gentilhomme en qualité,
de Viguier , voulurent honorer
i
212 MERCURE
cette Feſte de leur prefence.
Ainſi ils partirent de l'Hoſtel
de Ville à l'entrée de la nuit ,
precedez d'une partie de la Milice,
au nombre de deux cens
Mouſquetaires,avec leurs Tambours
, leurs Fifres& leurs Drapeaux.
On tira trois fois les Boё-
tes , auſquelles les Mouſquetaires
répondirent autant de fois.
Les Fuſées & autres Feux d'artifice
ne furent pas épargnez,&
on termina la Réjoüiſſance par
une ſuperbe Collation. Toute
cette Feſte , quoy que tres-bien
ordonnée , demeura fort au deffous
de ce que celuyqui la donnoit
auroit voulu pouvoir faire,
pour témoigner dans une pareilleoccafion
les ſentimens d'eſtime&
de reſpect.qu'il atoûjours
conſervez pour la perſonne de
ce nouveau Cardinal , tant pour
GALANT. 213
fes rares vertus , que pour ſon
infigne piete , qui luy fait diſtribuer
aux Pauvres , & aux plus
preſſans beſoins de ſon Troupeau
, tous les revenus de ſes
Benefices , avec une partie de
ceux de ſon Patrimoine , qui
montent à huit ou dix mille écus
tous les ans. On peut juger par là
que fonnom & fa Famille , qui
eſt des plus illuſtres ,des plus anciennes
, & des plus diftinguées
de l'Etat de Milan , comme on
le peut voir par les Autheurs qui
en ont écrit , &qui preſque tous
la fontdeſcendre de Ciceron,ont
eu moinsde part à ſa promotion,
que ſes éminentes vertus connuës
depuis long-temps de Sa
Sainteté , dont il a l'honneur.
d'eſtre Parent. Monfieur de
Ciceri , dont les ayeux ont eu
l'avantage de paroiſtre en Fron
114 MERCURE
ce avec le Titred'Ambaſſadeurs,
& entre autres , André Ciceri ,
Ambaſſadeur vers Loüis XII.
pour la Republique de Genes,
&Lucio CucioCiceri, qui commanda
les Armées du PapeGregoire
XIV. fons Hercule Sfondrat
, en qualité de Lieutenant
General , voulant faire imiter
à ſes Enfans de ſi beaux exemples
qu'il n'a pu ſuivre luy-mef
me , a mis ſon Fils Page deMadame
la Dauphine , & par l'attachement
qu'il témoigne à
remplir tous ſes devoirs , & par
la maniere dont il s'acquite de
ſes exercices , on eſt fort perfuadé
qu'il ne dégenerera , ny du
courage, ny de la vertu de ſes:
Anceſtres.
Toutes les Converſions ont
eſté enfin achevée , à Mets , &
aprés de longues Inſtructions
qui
GALAN Τ . 215
qui ont eſté données dans la
Cathedrale par les ſoins de mon.
ſieur l'Eveſque qui a fait éclaircir
pleinement tous les points
controverſez , la réunion s'eſt
trouvée entiere au commencement
du mois paſſé. On en a
rendu graces à Dieu par un Te
Deum au retour d'une Procefſion
generale . Monfieur l'Evefque
de Mets l'entonna ,& il fut
chanté par la Muſique. Le Parlement
& les autres Corps y
aſſiſterent avec tout l'Eſtar Ma
jor. Ona formé depuis ce temps.
là une eſpece de Miſſion. Elle
fut ouverte par ce Prelat , qui
parla du Sacrifice de la Mefſe
avec autant de netteté &
d'éloquence , que d'érudition
& d'énergie en prefence de
tout ce qu'il y a de plus con-
Octobre 1679 . : K
;
216 MERCURE
fiderable dans la Ville, d'un peuple
infiny , & d'un tres-grand
nombre de nouveaux Catholiques,
qui continuënt de venirentendre
la parolede Dieu à l'Egliſe
tous les Lundis , Mercredis &
Vendredis. Les femmes& les fil
les que l'on avoit miſes dansles
maifons Religieuſes ,y ont prefquetoutes
abjuré en fort peude
temps,& il y en a pluſieurs de ſi
veritablement changées,qu'elles
marquent un empreſſement extraordinaire
pour le Cloiſtre.Les
Dames Urſulines meritent for
tout d'eſtre diftinguées par le
fruit qu'elles ont fait. On leur a
donné pluſieurs fois des femmes
de la Religion protenduë reformée
à inſtruire,& en plus grand
nombrequ'aux autres Convents,
& il n'en eſt ſorty aucune de
chez elles ,dontle changement
GALANT. 217
n'ait paru conſiderable. Le plus
remarquable à eſté celuydeMadame
de Blair.Elle est femmede
Mrde Blairde Fayoles,Preſident
au Mortier dans le Parlement
deMets, Homme d'un profond
ſçavoir , d'une integrité ſinguliere,
d'une application toute extraordinaire
, d'une fublime vertu
, & d'une modeſtie encore
plus grande. Il a eſté de la Reli-1
gion Proteftante,& l'ayant abandonnée
depuis quelques années
avec connoiſſance de cauſe ,
comme on le peut voir par les
motifs de ſa Converſion, qu'il a
preſentez à Sa Majesté, & don
nez au public ; il n'a épargné
ny peines ny ſoins pour convertir
Madame ſa Femme , ſur tout
apres qu'elle fut entrée chez les
Dames Ursulines. Il la voyoit à
Kz
218 MERCURE
toute heure , & luy écrivoit fouvent
de la maniere la plus engageante&
la plus forte. Il l'avoit
meſme reduite à luy avoüer
que ſon eſprit eſtoit convaincu ,
mais elle ajoûtoit en même
temps que fon coeur ne l'eſtoir
pas , c'eſt à dire que ce coeur
inclinoit toûjours pour le party
dans lequel elle estoit née. Il
falloit l'en détacher. Ce coup
important n'appartenoit qu'à
Dieu ſeul, qui en eſt venu àbout
d'une maniere ſi parfaite , que
Monfieur de Blair qui vient de
l'amener à Paris pour quelque
temps , apres luy avoir vû faire
abjuration entre les mains de
Monfieur l'Eveſque de Mets , ſe
louë fortdes ſoins qui ont fibien
ſecondé les ſiens , & en marque
fareconnoiffance à la Superieure
GALANT.
219
de cette maiſon dans laquelle
on peut dire que les membres
ſont dignes du chef , puiſqu'on
y trouve des Dames également
recommandables par la grandeur
de leur naiſſance,par la force de
leur eſprit, par la folidité de leurs
inſtructions , & par la ſainteté
de leur vie.Celle qui eft preſentement
à leur teſte,poſſede avec
avantage toutes ces belles quali-
-tez. Elle eft Niece de Monfieur
le Prince de furſtemberg Evefque
de Strasbourg , & Cardinal
de la derniere promotion. Elle
penſe , parle , & écrit avec beaucoup
de delicateffe ,& ſa pieté
furpaſſe encore tout cela.
Ce ne ſont pas toûjours les
grands biens , la grande Naifſance
, ny les grandes Charges
, qui font eſtimer les hom-
K 3
220 MERCURE
mes. Il s'en trouve d'un certain
efprit , & d'un certain caratere
, qui vivent plus heureux ,
&qui font plus connus & plus
eſtimez que ceux qui poffedent
tous ces divers avantages. Tel
eſtoit Monfieur Chapelle , qui
eſt mort depuis un mois. Il ſçavoit
beaucoup fans faireprofeffion
de Lettres , & quoy qu'il
fuſt Philofophes , fes manieres
n'avoient rien de ceux quipor-
-tent ce nom. Il ſçavoit le monde,
avoit le gouft bon ,&paffoit
la vie parmy les perſonnes
de qualité , qui ſe faifoient un
fort grand plaifir de l'avoir
dans tous leurs divertiſſemens .
&de le logerchez eux. Il n'étoit
pas moins agrable dans le
Cabinet que dans le repas. Ilſe
connoiſſoit en bons Ouvrages
GALANT. 221
comme en bonne chere , & l'on
peut dire que c'eſtoit un homme
univerſel. Sur tout il avoic
une maniere ſi aiſée pour le
commerce de la vie , qu'il n'y a
perſonne qui ne demeure d'accord
que c'eſt une perte difficile
àreparer. 3
Nous avons perdu auffi ces
derniers jours Meffire Laurent
d'Eſtavay de Mollondin , Maréchal
des Camps & Armées
du Roy , & ancien Colonel du
RegimentdesGardes Suiſſes. Il
avoit foixante & dix- neuf ans ,
&en avoit employé cinquanteſeptdans
le ſervice. Il s'eſt trouvé
en quantité de Rencontres,
Combats& Sieges , où il a donné
des marques de ſa valeur , &
receu beaucoup de bleſſures &
pluſieurs coups favorables qui
K 4
222 MERCURE
ne luy ont fait que des contuſions.
Toutes les Compagnies
du Regiment des Gardes Suif
ſes qui eſtoient à Paris , ont
aſſiſté à ſon Enterrement. Elles
marchoient les premieres. Les
Officiers veſtus dedeüil eſtoient
à la teſte de chaque Compagnie
, ayant leurs Piques
traiſnantes ; & les Soldats portoient
leurs Mouſquets ſous
le bras. Les Tambours eſtoient
couverts de crefpe , & les
Drapeaux pliez. Enſuite venoient
les Enfans , bleus , gris ,
& rouges , tenant chacun un
flambeau de cire blanche. Aprés
eux paroiſſoit tout le Clergé
de Saint Eustache , & chaque
Preſtre avoit un Cierge à la
main. Quelques Officiers fuivoient.
Ils marchoient à la teſte
১
GALANT. 223
J
du Corps , qui eſtoit couvert
d'un Poëfle , dont les quatre
coins eſtoient portez par quatre
Officiers . L'épée du défunt
eſtoit nuë ſur la Biere ,
& paffée en ſautoir avec le
fourreau . Le Corps eſtoit environné
de beaucoup de luminaire
, & ſuivy des Parens dụ
Mort en deüil. La marche ſe
trouva fermée par une foule
extraordinaire de Peuple , ce
qui faiſoit voir combien il étoit
aimé dans ſon Quartier. Les
Compagnies Suiſſes firent deux
décharges aprés qu'on cut
inhumé le Corps. Il y a déja
quelque temps que Monfieur
de Mollondin s'eſtoit
démis de ſa Charge de Colonel
entre les mains de Monſieur
Stoupe ,dont le merite
224
MERCURE
n'eſt pas ſeulement connu dans
ce qui regarde la Guerre ,
mais qui ſçait joindre à la valeur
, & à l'experience que l'on
doit avoir dans cemétier,tout ce
qui peut rendre habile un hom
me de Cabinet.
J'avois bien cru que vous
prendriez plaiſir à lire ce qui
regarde l'Etabliſſement de la
Communauté de Saint Loüis ,
établie à Saint Cir. Voicy encore
un Memoire touchant ce
meſme établiſſement. Il pourra
fervir à ceux de voſtre Province
qui aſpireront à ſe faire
recevoir dans cette Communauté.
Je ne change rien
ny dans le Titre , ny dans le
corps du Memoire , & je vous
l'envoye tel que le donne Monheur
d'Hozier , qui a eu l'hon
GALANT.
225
neur d'eſtre choiſi par le Roy ,
pour examiner ſi les Lettres de
Nobleſſe qu'on produit , font
valablesa
K6
226 MERCURE
MEMOIRES DES TITRES
en Original , qu'il faut mettre entre
les mains de Monfieur d'Hozier
, Genealogifte de la Maiſon du
Roy , Juge General des Armes &
Blazons de France , & Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Maurice
& de S. Lazare de Savoye , pour
dreſſer les preuves de Nobleſſe des.
Demoiſelles qui font choiſies par
leRoy , pour eftre receües dans la
Communautéde S. Loüis , ſous le
Gouvernement de Madame de
Maintenon , Inſtitutrice & Superieure
perpetuelle de cette Communauté.
L faut que la Demoiselle qui
fera preſentée raporte Son Extraits
Baptiftaire legalisé que le
jour de sa naiſſance Soit marque
dans cet Extrait qu'elle ait fept
GALANT. 217
ans accomplis , & qu'elle ait moins
de douze ans..
Ilfaut que pour la preuve qu'elle
doit faire de quatre degrez
paternels au moins , elle rapporte
les Contracts de Mariage , defes
Pere , Ayeul,Bifayeul, & Trifayeal.
& quelle joigne à chacun de ces
Contracts deux autres actes , commeGardes-
Nobles,Partages, Tran
factions , Arrests , Sentences , Lettres
- Royaux, Hommages , Aveus,
Contracts d'acquisition , de vente,
-ou d'échange, Provisions, de Charges
, Commiſſions , &c. afin que
la filiation , & la qualité foient
fuffisamment justifiées dans chacun
de ces quatre degrez .
Ilfaut que le premierde ces Contract's
commence au moins à l'an.
Il faut auff le Blazon des Ar
mes de cette Demoiselle , avecceux
130
MERCURE
defesMere, Ayeule, Bifayeule, &
Trifayeule ; & il faut qu'elle y
ajoute encore les Arrests, les Sentences;
ou les Jugemens qui ont
eſté rendus fur la Noblesse de fa
Famillefoitpar le Confeil , par la
Cour des Aides par les commiſſaires
,où par les Intendans, pendant
La derniererecherche.
Vous ſçavez qu'il eſt arrivé
unenouvelle Flore à Cadis. Elle
a rapporté vingt- fix à vingt ſept
millions d'écus en or& en argent.
Il en eſt demeuré cinq
millions en barre à Lima , le
Roy d'Eſpagne ayant défendu
le tranſportdes barres ſous peine
de confifcation. Il ya en Emeraudes
environ deux cens cinquante
mille écus , en Perles
cent mille écus , & un million:
GALANT. 231
d'écus en Cacao & Laines de
Vigogne. Le Vaiſſeau la Thereſe
aencore rapportédeux millions
d'écus , qui font à des Particuliers,&
ſept cens mille écus pour
le Viceroy. 사장
Je vousenvoye une nouvelle
Chanson choiſie à l'ordinaire
par un de nos plus grandsMaiferes.
AIR NOUVEAU.
L
Ajeune Iris m'aime plus que
Sa vie ,
Et fon amour netouche point
mon coeur; :
Ie languisje meurspour Silvie,
La cruellepourmoy
rigueur
naquedela
:
Si j'aime laBeauté qui m'aime,
.: Mon fort feroit moins malheng
reux
6
.
230
MERCURE
Maissi j'estois aimé de l'objet de
mes voeux ,
Quemon bonheurferoit extrême!
2. Ceux qui m'ont expliquéque
la premiere des deux derniers
Enigmes dans fon vray ſens ,
qui estoit les Soupirs, font Monfieur
L. Boucher , ancien Curé
deNogent-le- Roy ; la Tronche
de Roüen ; C. Hutuge d'Orleans
(ces trois en Vers ) H. F.
Troulleau ; de S. Severe de
Roüen; Brebanio ; C. T. Lourdet
; Æ. P. R. de C ; Tamirifte
de la ruë de la Ceriſaye ; le
* beau Garçon ; l'Aſſemblée nocturne
des Amans noirs ; Servinic
& Hindelbert de Soiffons ;
l'aiſnée des deux aimables Brunes
du Chapeau rouge de la
suë des Lombards ; les trois
GALANT.
231
I
Amiesde la ruë de Buſſy,aſſociées
avec les Vendangeurs de
la meſme ruë ; la plus aimable
des trois Soeurs du Fauxbourg S.
Germain,& l'inconftante Brebis
du petitCoeur fidelle d'Angers .
115 Le mot de la ſeconde eſtoit
• ['Hospital , & elle a eſté expliquée
, auffi - bien que la premiere
, par Meffieurs le Curé
d'Oüailly L. Radigues ; Vigniez
d'Audicour la Guerre ; A. P.
Boiſtel de S. Romain ; la Prairie
Cairon , Profeffeur public des
Mathematiques à Caën ; BaroniusGuenotde
S. Pallez Vaux ;
le Balcon ; le Chevalier de la
Colique , Monfieur de la Civette
; le charmant Embonpoint
de la ruë des Lombards ;
la Perle & la Merveille de la
ruëdu Foin ; la Prude de la Porte
234 MERCURE
te de Paris; les deux charmantes
Fillesdu charmant Embonpoint
, & la Maigre Royale de
S. Germain l'Auxerrois.
Voicyles deux Enigmes nouvelles
. L'une eſt de l'aimable
Caliſte , & l'autre du Galant
Lizandre , ſon Epoux
Σ
Lne
2
ENIGME
s'agiticy deGuerreny d'Amaurs
L'ayle corps fouple&mol, laforme
tongue&ronde ,
7
- Et fuis pourle repos dumonde
- D'un affez utilesecours.
Auſſiſans qu'on m'en prie
Ie porte chaque jour , du foir au
Lendeniain
GALANT. 235
Lameilleure partie
Du Genre humain.
AUTRE ENIGME.
Enemanque non plus de plumes
JE que Mere Oye ,
Ou qu'un oiſeau de proye ;
40
Etpourtant ienepuis voler
L'ay deux bouches en vain ; l'une
& l'autre estant clofe
On ne m'entend jamais parler.
Toutefois en ce jour découvrons
quelque chose,
Mais agiffons de bonnefoy.
N'est- ilpas vray, Philis , qu'estant
auprés de moy ,
Vous me preffez ſouvent de vos
lévres de rofe ,
Et que quand voſtre esprit fonge
amoureusement ,
1
234 MERCURE
Vostre bras quelquefois me ferre
étroitement ?
Ne craignez rien vous estesſage,
Ie n'en diray pas davantage.
Les Venitiens ontfaitde nouvelles
Conqueſtes , dont je vous
parleray le mois prochain. Ie
fuis , Madame , voſtre, &c.
AParis ce31. Octobre 1686 .
Q
AVIS.
Voy qu'il ait paru quelques
Relations du Siege de Bude ,
le Publicn'apas l'aiſſéd'en ſouhaiterune
encoreplus particuliere,telle
quefont les Relations des Sieges de
Vienne & de Luxembourg, & pour
lefatisfaire , on y travaille avec
GALANT.
235
tant deſoin, qu'on espere la donner
auplus tard le 20. de Novembre.
Comme le public demande auſſi la
Suite du Voyage des Ambassadeurs
du Roy du Siam en France, on l'af-
Seure qu'ilferasatisfait là deſſus,
&que s'il a esté contentde lapremierePartie,
il leſera encore plusde
Lafeconde , qui outre ce qui regarde
Les Ambassadeurs , centiendra des
chofes tres- curieuses , dont on n'a
point eu le détail , & qui pourroient
fervir de matiere à pluſieurs
Volumes. On donnera cette ſeconde
Partie avec le Mercure de Novembre.
FIN.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères