Fichier
Nom du fichier
1686, 09 (partie 1) (Lyon)
Taille
7.26 Mo
Format
Nombre de pages
247
Source
Lien vers la source
Année de téléchargement
Texte
EX BIBLIOTHECA
AUGVSTINIANA
LVGDUNENSI
MERCUR E
807150
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
SEPTEMBRE 1686VON
*1893*
Divisé en deux Parties.
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY
ruë Merciere , au Mercure Galant.
M. DC. LXXXVI.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
i
i
AU LECTEUR.
E Mercure est divisé en
matiere qui le remplit, n'auroit pû
entrer toute entiere dans un ſeul.
Quelques Particuliers , car ieferois
tort au Public ,si l'ofois l'en
accuſer,ſeſont plaintsſouventde
ce que lesSecondes Parties n'entroient
pas dans les premieres,
commesi deux Volumesd'une égale
groſſeur , pouvoient estre reduits
en un ſeul. Ils apportent pour rai
Son, que lors que cette abondance
dematierese rencontre , on doit
retrancher quelques Pieces galantes
&d'érudition. Ilya deux repon
Ses à cela; l'une , qu'ilfaut que le
premier Volumeait toûjoursfonmélange
ordinaire , parce que le but
3
AD LECTEUR.
que l'on a dans cet Ouvrage eftant
de le vendre propre à toutes fortes
de personnes , it faut des Vers
des Galanterics & des Pieces dètachées
pour ceux qui n'aiment
pas les Nouvelles ; des Pieces d'érudition
pour les Sçavans , & des
Nouvelles pour ceux que ces fortes
de choſes ne touchent point. Ainsi
chacun est content , ou doit l'estre
du moins en partie, car les Galans
ne voudroient que des Vers & des
Histoires , & les Nouvelliſtes que
des Nouvelles.Mais quand on voudroit
fatisfaire ceux qui demandent
qu'on retranche quelques
Ouvrages galans lors qu'il se rencontre
des fuiets de secondes Parties
, afin de les faire entrer dans
la premiere , le pourroit - on &le
quare tout au plus d'un Volume
qu'on trouveroit à retrancher ,
fourniroit il affezde placepour en
faire entrer un entier dans le mêAU
LECTEUR
UA
me Volumee ? Onatache de les conan
mots ondeux , en
àSiam
tenter ily a
mettant la Relation du Voyage de
Monsieur le Chevalier de Chaumont
à , dans le Mercure ;
mais comme ilfut impoffible de la
faire entrer entiere, il falut avoir
recours à un second Volume que
l'on vouloit éviter ; ce qui a donné
lieu au Public de ſe plaindre de ce
que la Relation n'eſloit pas toute
dansunseul Volume. Cela est cause
qu'on s'arrestera à l'avis du plus
grand nombre ; & quand il fe
trouvera affez de belle matiere
pour faire une ſeconde Partie , on
Satisfera le Public là deſſus , Ces
Seconds Tomes font des ouvrages
d'un grand travail , & contiennent
des détails fi recherbez&fi
curieux , que la posterité ne les
trouvera pas ailleurs. Le Siege
de Vienne , l'Hiſtoire du Siege
4
AU LECTEUR
de Luxembourg , la Relation
de tout ce qui s'eſt fait devant
Gennes par l'Armée Navale
du Roy , le Mariage de Monſei
gneur le Dauphin , & celuy de
la Reine d'Eſpagne ,font des
Morceaux d'Histoire traitez à
fond, & le Public a paru ravy de
les avoir ſeparez , pour n'estrepoint
embarassé à les chercherparmy les
autres Nouvelles du Mercure. Si
ce qu'il en couſte à quelques Parti
culierspour avoir les fecondes Parties
les fait parler , on pour leur
repondre que l'on n'en profite pas,
que les Recherches qu'on est obligé
defaire pour ces fortes d'Ouvrages
reviennent à beaucoup , & que
ceux qui lesfont imprimer dans
les Pays Etrangers ſur les Exemplaires
de Paris ,& qui les distri
buënt dans toute l'Europe , en ont
Seuls tout le profit ; de forte qu'on
ne les fait qu'afin d'avoir le plaisir
AU LECTEUR
defoûtenir la gloire du Mercure,
&pour montrer qu'ilne luy échape
rien.Laseconde Partie qu'on donne
aujourd'huy a pourTitre , Voyage
des Ambaſſadeurs de Siam en
France, contenant la Reception
qui leur a eſté faitedans les Villes
où ils ontpaſſe , leur Entrée
à Paris , les Ceremonies obfervéesdans
l'audience qu'ils ont
euë du Roy & de la Maiſon
Royale , les Complimens qu'ils
ont faits , la Deſcription des
Lieux oùils ont eſté, & ce qu'ils.
ont dit de remarquable for tour
ce qu'ils ont vû. Ce Titre maxque
affez les choses curieuses que
ce Volume renferme , & quand il
n'y auroit rien des Ambaſſadeurs
de Siam , les Descriptions feules
des endroits de Paris où ils ont esté,
peuvent apprendre des chofes dont
4
jamais perſonne ne s'est avisé de
parler.
·
LIVRES NOUVEAUX
du Mois de Septembre 1686.
Voyage des Ambafladeurs de Siam en France , con
tenant la Reception qui leur
a eſté faite dans les Villes où
ils ont paffé , leur Entrée à
Paris , les Ceremonies obfervées
dans l'Audiancé qu'ils ont
euë du Roy & de la Maiſon
Royale , les Complimens qu'ils
ont faits , la Deſcription des
Lieux où ils ont eſté , & ce
qu'ils ont dit de remarquable
fur tout ce qu'ils ont vû , in
douze , 20. fols .
Inſtructions pour les nouveaux
Catholiques , où tous
les Points principaux de la Religion
font familierement ex-
2
pliquez par l'Ecriture, les Conciles
& les Peres , par Monfeigneur
l'Evêque & Comte de
Châlons fur Saone , in douze,
40. fols.
Hiſtoire des Avanturiers qui
ſe ſont ſignalez dans les indes,
contenant co qu'ils ont fait de
plus remarquable depuis, vingt
Années ; Avec la Vie , les
Moeurs , les Coûtumes des Habitans
de Saint Dominique &
de la Tortuë ; & une Defcri
ption exacte de ces Lieux , où
l'on voit l'Etabliſſement d'une
Chambre des Comptes dans
les Indes , & un Etat tiré de
cette Chambre , des Offices
tant Ecleſiaſtiques que Seculiers
, où le Roy d'Eſpagne
pourvoit ; les Revenus qu'il
tire de l'Amerique , & ce que
les plus grands Princes de
l'Europe y poſſedent ; le tout
enrichi de Cartes Geographi
ques , & de Figures en Taille
douce , in douze , deux volumes
, 4, livres.
Amours du Comte Tekely,
in douze, 15. fols..
3
Pieces à une ou à deux Violes
, compoſées par Monfieur
Marais, Muficien ordinaire de
la Muſique de la Chambre du
Roy , le tout gravées en Tailledouce.
14. liv.
L'Eſpion Turc , deux & troifiéme
Tome, deux voll, in douze
, 3. livres . Le premier Tome
ſe trouve auſſi dans la même
Boutique , les trois Tomes
valent 4. liv. 10.f.
Nouveau Siſteme des Bains
& Eaux Minerales de Vichy,
fondé fur pluſieurs belles Experiences
, & fur la Doctrine
2
de l'Acide & de l'Alcaly ; Ouvrage
curieux & neceſſaire à
tous les Phiiciens & aux Malades
, auſquels il donne de
grandes lumieres ſur la nature
&ſur les effets des Bains &
Eaux Minerales en general ,
par Monfieur Foüet , Gonſeil
ler , Medecin-ordinaire du Roy,
Intendant &Maistre des Eaux,
in douze , 30. fols.
Jugement des Sçavans ſur les
principaux Ouvrages , depuis
Moïſe juſqu'à preſent, in douze
cing Volumes , 10. livres. Les
quatre premiers Volumes fe
trouvent dans la même Bouti
que pour 8. liv. C'eſt 18. livr
les neuf Volumes.
les
La Vie de S. François de Sa.
> par l'Autheur de la Vie
de Madame de Montmorency,
inquarto, 5. liv.
1
En attendant la fuite des
Hereſies , l'Hiſtoire de Loüis
douziéme , de Monfieurde Varillas
; Le Pontificat de S.Leon ,
de Monfieur Mainbour ; L'Hiſtoire
de la Morée , avec cinquante
Figures en Tailles douce
de toutes les Villes que les
Venitiens ont emportées ſur
les Turcs ; Les Annales de la
Grece , de Madame de Villedicu
, Les grands Voyages de
Monfieur Chardin , de la Perſe
& des Indes Orientales , avec
beaucoup de Figures en Tailes
douces La nouvelle Methode
accomplie du Blafon, du
P. Meneftriers Exilebon uſage
du Thé , du Caffé & du Chocolati
par le ſeavantMonfieur
da Blegny , Docteun en Mes
decine. Vous ſcavez que pour
traiter de la nature, des proΓνịt
dai commence but
S
- prietez & de l'uſage de ces
Boiffons , il faut eſtre ſcavant
Medecin : En vous l'envoyant
je vous l'expliqueray plus au
- long , & pluſieurs autres Livres
nouveaux dont je vous entre
tiendray de mois en mois .
-sq al rebianaszichi
Berto
Anal sebager sichergia 1
৪১৮
Avis pourplacerles Figures.
L'airqui commecepar,Dos Raisins, doit regarder lapa-
де но
La Figuredoit regarder lapa
ge168
L'air qui commence par ;
Change qui voudra , doit regar
der la pag. 17.8.
I
MERCURE
GALANT 170
SEPTEMBRE 1686.
J
E me ſens ſi penetré
de ce que j'ay à vous
dire au commencement
de cette Lettre ,
que ne ſçachant de quels termes
me ſervir pour bien exprimer
ce que je penſe , j'aime mieux
me taire ,& vous envoyer l'Edit
de l'établiſſement de Saint Cir,
C'eſt une Piece qui vous parlera
au lieu de moy , puis qu'elle
Septembre 1686. A
2 MERCURE
parle aſſez d'elle- meſme ,& que
les quatorze Articles qu'elle
renferme , font autant de ſujets
de Panegyriques pour Sa Majeſté.
Quel bonheur pour nous ,
auſſi-bien que pour les François
qui nous ſuivront , que Dieu
nous ait donné un Monarque,
qui outre un nombre infiny de
grandes choſes qu'il a faites pour
lagloire de ſes Peuples & pour
leur utilité , en a fait trois ſi dignes
de ſa grandeur , & en même
temps ſi ſurprenantes , que
tous les Souverains de la Terre
unis enſemble pour former quelque
deſſein qui fiſt aſſez éclater
cette union de puiſſance , auroient
peine à imaginer , & plus
encore à executer l'une de ces
trois choſes. Vous les trouverez
dans l'établiſſement des Invalides
, dans celuy des Compa
GALAN T.
3
gnies des jeunes Gentilshommes
qu'on inſtruit en pluſieurs
Villes , comme en des Academies
,& dans celuy de S. Cir.
Ces trois Etabliſſemens font la
grandeur de Sa Majesté puis
qu'en récompenſant la Nobleſſe
quia ſervy , ils donnent en même
temps moyen de continuer
àceux qui en ont encore la force.
Les Invalides font qu'on
trouve des Soldats, & l'on pourroit
meſme dire qu'eſtant afſſeurez
d'avoir tout ce qui est neceffaire
pour la vie dans un lieu fi
beau , qu'il eſt peu de Souverains
qui ayent de plus ſuperbes
Palais , ils brigueroient volontiers
la gloire d'eſtre bleſſez , &
de devenir Invalides aprés le
travail de quelques Campagnes ,
afin de finir leurs jours tranquillement
dans ce magnifique
A2
4 MERCURE
Hoſtel , & avec tous les fecours
qu'on peut eſperer pour l'ame
auſſi- bien que pour le corps.
Quoy que l'on donne le nom
d'Invalides à tant de Braves,
parce qu'ils font hors d'eſtat de
porter les armes, on ne peut pas
dire qu'ils ſoient entierement
inutiles , puis que l'établiſſement
qu'on a fait pour eux , fert à faire
éclater la gloire & la bonté de
noſtre Auguſte Monarque. Celuy
qui a eſté fait pour les jeunes
Gentilshommes, n'eſt pas moins
confiderable. Il décharge les
Peres du ſoin que donneroit l'éducation
de leurs Enfans , & de
la dépenſe qu'il leur faudroit
faire pour cela ,& met les uns
&lesautres en eſtat de ſervir le
Roy en meſme temps. Il apprend
à ces jeunes Gentilshommes
à eſtre Soldats & Chefs , à
GALANT.
5
obeïr& à commander ; & il rend
ledur Métier de la Guerre compatible
avec le crainte de Dieu,
ce qui n'eſt pas ordinaire.
Quant à l'établiſſement de la
Maiſon de Saint Cir, il donne
auſſi lieu à la Nobleſſe de ſervir
le Roy , puis que les Peres qui
auront des Filles dans cette
Communauté , eſtant déchargezde
la dépense à laquelle les
engageroit l'obligation de les
faire inſtruire ſelon leur naiſſance
, ſeront plus en pouvoir de
ſervir le Roy avec leurs Fils. Ce
ſage Prince qui laiſſe la liberté
la-deſſus , fait voir par l'Avant
propos de ſon Edit, que la Communauté
de S. Cir eſt particulierement
établie pour y élever
les jeunes Demoiſelles dont les
Peres ſeront morts dans le ſervice.
L'éducation des Filles n'eſt
A3
6 MER CURE
pas une choſe aiſée. On en voit
peu qui dans un âge tendre
n'ayent du panchant vers le
monde. La jeuneſſe eſt toûjours
foible , & n'obeit pas bien volontiers
lors qu'elle eſt gouvernée
pard'autres que par un Pere
& par une Mere, ſi ce n'eſt dans .
des Convens. Mais combien de
jeunes Filles ont-elles de la repugnance
à y entrer , & quand
il arriveroit qu'elles n'en ſentiroient
pas , combien y a- t'il de
Gentils-hommes qui n'ont pas
affez de bien pour les y mettre?
N'ont- elles donc pas ſujet de ſe
tenir tres- heureuſes d'eſtre dans
aine Maiſon comme celle de
Sint Cir , où ſans qu'on les oblige
à prendre le Voile , elles vivront
avec autant de regularité
que dans le Convent , & attendront
l'âge , où l'on a l'eſprit af
GALANT. 7
ſez meur pour voir le party que
l'on doit prendre ? Que les prieres
de cette jeuneſſe innocente
doivent avoir d'efficace auprés
de Dieu , & quelles benedictions
n'attireront - elles pas , &
fur ceux qui ont formé ce grand
établiſſement ,& fur tout l'Etat !
Toutes ces choſes font voir que
LOUIS LE GRAND ſera toûjours
Invincible , qu'il aura toûiours
des Soldats & desOfficiers
autant qu'il en pourra ſouhaiter,
que le Meſtier de la Guerre leur
ſera parfaitement connu avant
qu'ils ayent ſervy pour l'apprendre,
& que des ames pures prieront
continuellement pour la
proſperité de ſes Armes. Voicy
l'Editdontj'ay commencé à vous
parler. Vous le trouverez remply
d'Articles ou la prudence
n'éclaté pas moins que la gran
A4
8 MERCURE
deur , & vous avoüerez qu'on
n'en a pas encore veu de mieux
dreſſé.
EDIT D'ETABLISSEMENT
DE SAINT CIR.
L
07) IS parla Grace de Dieu,
Roy de France &deNavarre,
à tous preſens & à venir , Salut .
Comme Nous ne pouvons affezté
moigner la satisfaction qui nous
reste de la valeur& du zele que la
Noblesse de nostre Royaume afait
paroiſtre dans toutes les occafions ,
en fecondant les deſſeins que nous
avons formez , & que nous avons
fiheureusement executez avec l'afſiſtance
Divine pour la grandeurde
nostre Etat ,&pour la gloiredenos
:
9
GALANT.
armes ; la paix que nous avonsfi
Solidement affermie , nous ayant
mis en estat de pouvoir eſtendre nos
Soins juſque dans l'avenir , & de
jetter des fondemens de la grandeur
& de la felicité durable de cette
Monarchie ; Nous avons étably plu
fieurs Compagnies dans nos Places
frontieres , où ſous la conduite de
divers Officiers de Guerre d'un me
rite éprouve , Nous faiſons élever
un grand nombre de jeunes Gentilsbommes
; pour cultiver en eux les
Semences de courage & d'honneur
que leur donne la naiſſance , pour
lesformerparune exacte &fevere
Discipline aux exercices Militai
res , & les rendre capables de foûtenir
à leur tour la reputation du
nom François ; Et parce que nous
avons estimé qu'iln'estoit pas moins
juste , &moins utile , de pourvoir
à l'éducation des Damo felles d'ex
As
10 MERCURE
traction Noble , fur tout pour celles
dont les Peres estant morts dans le
Service , où s'estant épuisez par les.
dépenses qu'ils auroient faites ,se
trouveroient hors d'estat de leur
donner les secours neceffaires pour
les faire bien élever , après l'épreuwe
qui a esté faite pendant plufieurs
années par nos ordres , des
moyens pour y réuffer , Nous avons
refolu de fonder & établir une
Maison & Communauté , où un
nombre confiderable de jeunes Fil
tes , iffuës de Familles Nobles , &
particulierement des Peres morts
dansle fervice , ou qui y feroient
actuellement , foient entretenues
gratuitement ,& élevées dans les
principes d'une veritable &folide
picté,& reçoivent toutes les Inſtru
Etions qui peuvent convenirà leur
naiſſance &à leur Sexe , fuivant
l'estat auquel il plairaà Dieu les
GALANT. H
,
appeller, enforte qu'aprés avoir eſté
élevées dans cette Communauté ,
celles qui enfortiront puiſſent porter
dans toutes les Provinces de nôtre
Royaume des exemples de modeſtie
& de vertu , & contribuer,
Soit au bonheur des Familles où
elles pourront entrer par mariage ,
foit à l'édification des Maiſons
Religieuses , où elles voudront ſe
consacrer entierement à Dieu
auquel effet Nous avonsfait acquerir
, construire & meubler de
nos deniers la Maison de Saint
Cir,ſituée prés de noſtre Chasteau
de Versailles ; il ne reste plus
qu'à declarer nos intentions tant
pourlesfonds , que pour les Regle.
mens neceffaires pour l'entiere execution
d'un établiſſement fi utile &
fi avantageux,SÇAVOIR FAISONS
que pour ces Causes,de nostre propre
mouvement pleine Puiſſance &au-
A6
12 MERCURE
thorite Royale , Nous avons fondé,
érigé & etably , fondons , érigeons
& établiſſons à perpetuitépar ces
Preſentes fignées de nostre main,en
lad teMaison de Saint Cir , une
Communauté qui sera composée
de trenteſix Dames Profeſſes , de
deux cens cinquante Demoiselles
d'extraction Noble & de vingtquatre
Soeurs Converses; pour y estre
receues ainsi qu'ilfera expliqué cyaprès,&
vivre ſuivant les regles
& constitutions qui leurferont données
par noftre amé &feal Confeillerd'Etat
ordinaire , le Sieur Evefque
de Chartres , dans le Diocese
&ſous l'autorité duquel , & defes
Succeffeurs , fera & demeurera ladite
Maison , pour tout ce qui dépend
de la Vifite , Correction &
Iurisdiction Epifcopale.
I.
Nepourra ce nombre de trenGALANT.
13
teſix Dames estre augmenté pour
quelque cause & occasion que ce
foit& vacation avenant de l'une
defdites places , par mort ou au
trement , Nous voulons qu'elle ne
puiſſe eſtre remplie que de l'une
des deux cens cinquante Demoi-
Selles , qui fera choisie par la
Communauté , & par la pluralité
des fuffrages,âgée au moins de dixhuit
ans accomplis , pour estre receuë
au Noviciat , & le temps
du Noviciat paſſé , à la Profeffion
; Et lesdites Dames feront
les voeux ordinaires de Pauvreté,
Chasteté &Obeissance ,&un voeu
particulier de comfacrer leur vie à
l'Education & Instriction des De
moiselles &les vingt- quatre Soeurs
Converses feront pareillement receues
au Noviciat&àla Profeffion,
en faisant lesvoeux de Pau
vreté Chasteté & Obeiffance fuivant
les Constitutions.
14 MERCURE
II.
Pour regir ladite Maison &
Communauté au Spirituel , ledit
Sieur Evesque commettrapour tout
le temps qu'il jugera à propos ,
un Superieur Ecclefiaftique Secu
lier qui nous foit agreable . &à
nos succeffeurs.
111.
Nous nous refervons pour nous
& nos Succeſſeurs Roys , la nomi.
nation & entiere diſpoſition par
Simple Brevet des deux cens cin.
quante places des Demoiselles, pour
par nous &nos Succeſſeurs en dif
poſer en faveur des Filles Nobles,
& principalement de celles qui
Seront iſſues de Gentils - hommes
qui auront portéles Armes. Voulons
qu'aucune Demoiselle ne puiſſe eſtre
admisepour remplir l'une desdites
deux cens cinquante places, qu'elle
n'aitfait quelque preuve deNoblefGALANT.
15
Separtitres en bonneforme de qua
tre degrez du côté paternel , & en
cas quepar le raport qui nous fera
fait & à nos Succeffeurs defdites
preuves, ellesfoiët jugées de la qualité
requise, Nous ordonnerons l'expedition
de nostre Brevet enfafaveur,&
ferale Procésverbal conl'ArbreGenealogique
, avec
lespreuvesde Nobleſſe inferit dans
un Registre quifera gardé dans
lesArchivesde la Maifon.
tenant
IV
Aucune Demoiselle ne pourra
estre pourveuë de l'une de ces places
,si elle n'est âgée au moins de
fept ans accomplis , & celles qui
auront plus de douze ans n'y pourront
estre admiſes . Celles quiyauront
esté receuës ,n'y pourront demeurer
que jusqu'à l'âge de vingt
ans accomplis , & trois mois avant
qu'elles ayent atteint cet age , les
16 MERCURE
Parens feront avertis par le Superieurde
la Maiſon ,de les reti.
rer.
V.
Vaccation arrivant de l'unedefdites
deux cens cinquante places ,
Soit parmortou autrement ,le Su
perieur & la Superieure de ladite
Maison Seront tenus de nous en
informer inceſſamment , pour remplir
la place vacante d'une autre
Demoiselle de la qualité requise.
VI.
Les deux cens cinquante Demoiselles
feront inſtruites par les
Dames en tous les Devoirs de pieté
Chreftienne , & autres exercices
convenables àleur qualité,ſuivant
les Regles & Constitutions de la
Maison.
VII.
Les Peres &Meresdes Demoifeilles,
leurs Tuteurs , ou à leur
GALANT.
17
defaut leurs plus proches parens ,
pourront les retirer de ladite Mai
Son pour lespourvoirpar mariage ,
ou pour autres bonnes conſiderations
& interests de Familles. Comme
aufſſi lors que la Superieure jugera
àpropos par l'avisde la Communauté
de renvoyer l'une desdites
Demoiselles à ses parens , elle les
fera avertirde la vetirer , sinon&
en cas de refus ou delay, ellepourra
ſans aucune formalité la leur
renvoyer , dont nous ferons pareillement
informez poury pourvoir.
VIII.
Les trente-fix Dames de S. Cir,
les deux cens cinquante Dernoiſelles
à nostre nomination , & les vingtquatre
Converſes qui composeront
la Maison & Communautéferont
receuës & entretenues gratuite
ment dansla Maiſon , de toutes
chofes necessaires pour leur fubfia
18 MERCURE
Stance, tant enSanté qu'en maladie;
deffendons tant au Superieur qu'à
la Superieure & Communauté de
Souffrir qu'il soit reçeu , pris ny
exigé aucuces sommes de deniers,
rentes , ou autres choses pour l'entrée
dans la Maiſon, pour laReception
au Noviciat & Profeſſion ,
Sous quelque pretexte que ce puiſſe
estre ,foit d'augmentation , fonda_
tion , conceffion de qualité , de
Bienfaictrice , Pension , Aumônes à
la Sacristie , Ornemens , frais de
Ceremonie, de Noviciat & de pro
feſſion , achat de meubles , ou autres,
en quelque cas ou occaſion que
ce foit , àpeine d'eſtre procedefui_
vant les Conftitutious de la Maiſon
contre la Superieure , ou autre de
ladite Communauté qui auroit
accepté un present tel qu'il pust
estre , & de confiscation des
} 19 GALANT.
chofes données,& de condamnation
du double contre ceux ou celles qui
auroient donné oufait quelquePrefent,
le tout appliquable moitié à
l'Hôtel- Dieu , & moitié à l'Hôpi
tal General de nostre bonne Ville
deParis.
IX.
Pour la Dotation , subsistance,
& entretenement de la preſente
fondation , Nous avans de lamême
authorité que deſſus , donné , cedé,
quité, transporté& delaiſſé, Donnons
, cedons , quittons , transpor
tons ,&delaiffons par ces presen
tes à ladite Maison & Commu
nauté de Saint Cir , dés maintenant
à toûjours pour Nous & nos
Succeffeurs Roys ladite Maison de
S. Cyr , Bastimens & Meubles que
nousy avons fait faire , enſemble
la Terre & Seigneurie dudit Saint
Cir, & tous les Domaines , droits
i
:
20 MERCURE
& revenus mentionnez au Contract
d'échange paſſsé par les Commiſſaires
de nostre Conſeil ou Deputez
avecnostre cher &bien amé
Cousin le Duc de la Feüillade , en
conſequence de l'Arrest de nostre
Conſeil, & ce à quelque somme
que le tout puiſſe monter & revenir;
Et en outre Nous donnerons à
ladite Communauté la ſomme de
cinquante mille livres de rente , en
autre fonds de Terre qui fera declaré
quitte envers Nous du droit
d'amortissement & de tout droit
d'indemnité envers les Seigneurs
de Fiefs ainſi que ladite Maiſon,
Terre & Seigneurie de Saint Cir,
& en attendant que nous ayons
fait fournir ledit fonds jusqu'à
concurrence deſdits cinquante mille
livre de rente , Nous ferons payer
àladite Maiſon& Communauté
par chacun an la somme de cin
GALANT. 21
quante millelivres à deux termes
égaux , de Saint Jean & Noël , &
nous la feront employer dans nos
Etats des Charges aſſignéessurnos
Domaines de la Generalité de
Paris , au Chapitre des Fiefs &
Aumônes.
X.
Et d'autant que ce Revenu ne
feroit pas fuffisant pour Satisfaire
aux charges d'une Communauté
Sinombreuſe, Nous confirmons pour
plus ample dotation & fondation
Royale nostre Brevet du deuxième
Mayde la preſente année 1686.
pour l'Union de le Mense Abbatiale
de l'Abbaye de S. Denys en
Franceà ladite Communautéde S.
Cir;voulons & nous plaiſt que tou.
tes diligences foient continuées en
Cour de Rome, & Lettres neceſſaires
expediées pourla Suppreffion
duTitre Abbatial , &pour l'Union
22 MERCURE
des revenus en dépendans , à ladite
Maison &Communauté , Sans
neanmoins en ce fait prejudicier à
la Mense conventuelle des Reli
gieux , & fans que leur nombre
&le Service Divin , & les Fondations
en puiſſent estre aucune-
* ment diminuées.
XI.
Deffendons expreſsément à ladite
Maison & Communauté de
Saint Cir, de recevoir ny accepter
à l'avenir aucune augmentation
de dotation & fondation de
quelque nature de biens que cepuif-
Seestre ,si ce n'est de la part des
Roys nos Succeffeurs : ou des Reynes
de France , ou defaire aucune ac
quisition en fonds , ou d'accepter
aucunsfonds , legs ny oblations,ſous
quelque pretexte que ce soit , mesme
atitre de Confrairie , & neanmoins
mettant en consideration
1
GALANT.
23
1
que ladite Communautéa estéfor ...
mée par les soins & la conduite
de Madame de Maintenon , Voulons
que ladite Dame puiſſe faire
au profit de ladite Maison de Saint
Cir , telles diſpoſitions&dons que
bon luy ſemblera , tant en meubles
qu'immeubles , lesquels ladite Com
munautéſera tenue d'accepterSans
tirer à consequence.
XII.
Au cas que les Charges & les
dépences de la communauté acqui
tées , &aprés avoir laiſſe un fonds
de cinquante mille livres, enreferve
pour les cas impreveus & beſoins.
de ladite Communauté, ilse trouve
par l'arrestédes Comptes du Receveur
de la Maiſon , à lafin de
chaque année , des deniers revenans
bons , Nous voulons & ordonnons
qu'ils soient employez à marier
quelques unes de ces Demoi24
MERCURE
Selles,ſuivant le choix qui enſera
par Nous fait & nos Succeſſeurs
Roys, Sur la propoſition qui en fera
faitepar la Superieure&la Communauté.
Voulons mesme qu'au défaut
dudit fonds , ilfoit pris des
deniers dans noſtre Tréſor , pour
contribuer à la dot de celles defdites
Demoiselles , qui feferont diftinguées
dans la Maiſon par leur
pieté & bonne conduite , & qui
Jeroient agreables. Voulons en outre
que celles desdites Demoiselles qui
Seront appellées à la Religion ,
Soient preferées dans la nomination
aux places des Religieuses dont la
diſpoſition nous appartient és Abbayes
Royales , dans lesquelles
elles (erout receues gratuitement,
Suivant qu'il fera estimé àpropos
par Nous & nos Succeſſeurs
Roy's.
ΧΙΙΙ.
GALANT.
25
ΧΙΙΙ.
Voulons & nous plaiſt , qu'en
confideration de nostre presente
Fondation Royale , ladite Commu
nautéſoit tenuë de faire celebrer
une Meſſe haute, & deux Meſſes
baſſes tous les Dimanches & Feſtes
de l'année , & deux Meſſes baſſes
les jours ouvrables , à l'intention
qu'il plaiſe à Dieu nous donner&
ànos Succeſſeurs les lumieres neceffairespourgouverner
nostre Etat
Selon les Regles de la luſtice ,&
pouraugmenter son culte & exal
terfon Eglise dans nostre Royaume,
Terres & Seigneuries de noftre
Obeiſſance , comme aussi à l'intention
de remercier Dicu des graces
qu'ilrépandſur Nous, &fur nostre
Maison Royale &fur nostre Etat ,
Nous voulons qu'à la Meſſe de la
Communauté il foit chanté le
Pfeaume Exaudiat te Dominus,
Septembre 1686... B
26 MERCURE
avec le Verfet & l'Oraiſon accoûtumée
, & à la fin de Vespres , le
Domine ſalvum fac Regem ; Et
comme nous mettons cette Maison
Sous laprotection de la Sainte Vierge
& de Saint Loüis , VOULONS
que l'une deſdites deux Meſſes qui
doivent estre dites chaquejour,foit
celebrée pour le repos des Ames des
Roysnos Predeceffeurs,&de la feuë
Reyne noſtre Epouse , & aprés qu'il
aura plû à Dieu de diſpoſer de
nous , ladite Messe fera pareillement
celebrée à nostre intention,
feront lesdites Dames tenues
de dire à la fin de la Meſſe de la
Communauté & Salut les jours cy.
deffus un De profundis pour le
repos de nostre Ame.
XIV.
Si nous trouvons par lasuite des
temps qu'il soit neceſſaire d'expliquer
quelques-uns des Articles de
GALANT. 27
J
noftre Fondation , Nous nous refervons
la faculté d'y pourvoir comme
aussi au Reglement particulier
de l'administration du revenu
temporel de ladite Maison , Sans
neanmoins qu'il puiſſe eſtre rien
changény derogépar Nous &nos
Succeffeurs aux principaux Articles
de lapreſente Fondation.
*Et pour l'execution Canonique des
Presentes , Nous voulons qu'elles
Soient preſentées au Sieur Evesque
. de Chartres , pour estre par luy
decretées en la forme preſcrite par
les Regles de l'Eglife. SI DONG
NONS EN MANDEMENT, &C .
Les Vers que vous allez lire
ne ſont pas nouveaux , mais ils
le feront pour vous , puis que
vous medites qu'on ne vous les
a point encore envoyez. D'ailleurs
ils font de Madame des
B2
28 MERCURE
Houlieres , & tout ce qu'elle fait
eſt ſi beau , qu'en touttemps on
le voit avec plaiſir. Ils ont eſté
faits fur le rétabliſſement de la
Santé du Roy , aprés le mal dont
Sa majesté a eſté guerie avant
les accés qu'Elle a eus de Fiévrequarte.
IDYLE
DE MADAME
DES HOULIERES
Sur le retour de la Santé
du Roy.
Deuples, qui gemiſſez au pied
Que par des voeus ardens , des foupirs&
des larmes ,
GALANT.
29
Demandez la ſanté du plus grand
des Mortels ,
En plaisirs changez vos alarmes,
Couronnez vos teftes de fleurs ,
LOVIS n'est plus en proye à de
vives douleurs ,
D'uneſanté parfaite il goûte tous
les charmes.
Désſes plus jeunes ans à vaincre
accoûtumé ,
Il a dompté les maux qui luy faia
Soient la guerre ,
Ilsn'ont ſervy qu'à montrerà la
Terre
Combien LOVIS est grand, com
bienil eſt aimé.
Tandis que devorezpar des craintes
mortelles
Nous cherchions en tramblant d'agreables
nouvelles ,
Tandis qu'il nous coutoit tant de
pleurs , tant de cris ,
B 3
30 MERCURE
L
Luy , dont rien nesçauroit ébranler
lecourage ,
Regardoit fes douleurs avec un fier
mépris.
Elles ne paroiſſoient quefur nostre
visage.
Aumilieu des plaisirs qu'enfante
un doux repos ,
Eut- il jamaisl'esprit plus libre?
Vous le sçavez , Tamise , Elbe ,
Rhin, Tage , Tibre ;
Vous lesçavez aussi, Mers , dont il
joint lesflots.
Ces foins qu'on voit toûjours
renaiſtre ,
Et dont , hors le Heros que nous
avons pour maiſtre ,
Nul Roy n'a porté feul le penible
fardeau ,
Les a- t- on veu ceſſerdansſes douleurs
cruelles ,
GALANT... 31
i
Qucy qu'en des mains ſages ,fidelles
,
Il cuft pû confier le timon du Vaif-
Seau? 1
Maispourquoy dans des jours des
ſtinez àla joye
Rappeller des jours douloureux ?
Loüiſſons du bonheur que le ciel
nous envoye ,
LOVIS ne souffre plus, noussommes
trop heureux.
Que dans nos moeurs le travail
ceffe ,
Que levincoulle,qu'on s'empreſſe
D'allumer d'innombrables feux,
Qu'on lance dans les airs de fi vives
eftoiles .
Que leur éclat faſſe pâlir
Celles de qui pour s'embellir
La nuitfeme ſes fombres voiles,
Et vous , qui par un ſage choix
B 4
32 MERCURE
Preferez vos rustiques toits
A ces lambris dorezſous qui la
cemperance .
La tranquillité l'innocence ,
Logent rarement avec nous';
Bergers , pour quilavie afi peu de
dégoûs;
Bergers , plus heureux qu'on ne
pense;
Quittezleſoin de vos troupeaux.
Deguirlandes parezvos testes ,
Foulez l'herbe naiſſante aufon des
chalumeaux ;
Que des jeux innocens , que d'am
greables festes
Ramenent les plaisirs que vous
aviez bannis,
LOVIS ne fouffre plus , nos mal
heurs font finis.
Les Bergeres jeunes & belles ,
Qui font regner l'amour , & qui
regnent par luy ,
GALANT.
33
Sont feules à plaindre aujourd'huy3
Ie fremis des malheurs que jeprè
voy pour elles.
Ils font plus grands cent & cent
fois ,
Quesi dans les plus Sombres bois ,
Sans chiens leurs moutons alloient
paiſtre ,
Que fur leurs foibles coeurs elles
veillent toûjours,
S'il est vray que la joye est mere
* des Amours ,
La Santé de LOVIS en va plus
faire naiſtre
Que le doux retour des beaux
jours.
Dans le meſme temps Monſieur
Doujar , Doyen de l'Academie
Françoiſe, fit ce Madrigal
fur le mefme ſujer.
B
1
34
MERCURE
MADRIGAL .
ARrétons deformais nos larmes
,
Elles ne font point deſaiſou ,
Le Ciel donne à LOVISl'entiere
querifon
Du mal qui caufoit nos alarmes.
Grand Dieu , qui de la France es
l'éternelappuy ,
Qu'au delà de Nestor nostre Monarque
vive ;
C'est l'uniquesouhait qu'elleforma
aujourdbuy.
Si ce bien par toy nous arrive,
Le reste nous viendra par luy.
On cherche en tous lieux à
donner des marques du zele ardent
& refpectueux qu'on a
pour Sa Majesté. Ce qui s'eſt
GALANT.
35
fait au Ponteaudemer en est
une preuve. On y a celebré la
Feſte de S. Loüis avec grande
pompe , ſuivant le Concordat
que les Echevins de la Ville out
fait du conſentement du Magif
itat avec les Peres Carmes,pour
une Meſſe qui ſera chantée ſolenellement
tous les ans à pareil
jour dans leur Eglife . Le Corps
de la Justice & celuyde la Ville
y ont aſſiſté cette année , ayant
àleur teſte Monfieur le Gris ,
Lieutenant General , & Monſieur
d'Argences , Lieutenant
Criminel , Monfieur de Tricquevillle
, Gentilhomme des
plus qualifiez de la Ville , qui ſe
trouva auſſi à cette Ceremonie
avec toute la Nobleſſe , fit annoncer
la Feſte le jour précedent
par quantité de Fufées
volantesd'une beauté extraor-
B6
36 MERCURE
dinaire. Elles ſe diſperſoient en
mille figures , & dans la plufpart
, lors qu'elles venoient à
produire leur effet , on eſtoit
Surpris de voir briller un Soleil
avecle nom auguſte du Roy.
Le ſoir il donna un magnifique
Regaleà un fort grand nombre
de Perſonnes confiderables de
l'un &de l'autre ſexe. Le jour
de la Feſte , le Panegyrique du
Saint fut prononcé dans la principale
Egliſe de la Ville ,par le
Pere de Romé , Cordelier du
grand Convent, qui s'en acquita
avec l'entiere ſatisfaction de
fon Auditoire. Il prit pour fon
texte ces paroles de S. Luc ,
Beati oculi qui vident que vos videtis
,& dit que nous ne pouvions
affez estimer noſtre bonheur,
de voir les prodiges dont
nous eſtions les témoins ; que
GALANT.
37
nous pouvions dire que le Siecle
où nous vivons , n'offroit à nos
yeux que des Miracles ,& que
les vertus heroïques de noſtre
incomparable Monarque , la
profondeurde ſa ſageſſe , l'empire
qu'il poſſedoit ſon coeur ,
bienplus étendu que celuy qu'il
a ſur ſes Sujets , la fermeté de
ſon courage, la vivacité de ſeslumieres
,la force de ſes paroles ,
l'integrité de ſa juſtice , le nombre
preſque incroyable de ſes
grands ſuccés,nous engageoient
au filence & à l'admiration ,
mais que ce qui mettoitle comble
à tantde prodiges, c'eſt qu'il
faifoit voir un parfait Chreftien
dans un Heros achevé ,& qu'en
mefme temps qu'il élevoit le
Trône , il prenoit ſoin de procurer
celle des Autels ; ce qui
l'obligeoit à repeter , que nous
38 MERCURE
eſtions mille fois heureux d'avoir
veu foudroyer ces Temples
d'iniquité, ces retraites malheureuſes
, où l'Hereſie infolente
fomentoit ſon venin , ſes révoltes,
ſes menſonges , que beaucoup
de Rois en ayant médité
l'entrepriſe , diverſes Guerres
l'avoient ébauchée , mais que
le ſuccés en avoit eſté reſervé
au Roy , &que c'eſtoit ſur tout
en cela qu'on le voyoit digne
Succeffeur de S. Louis. Cer
Eloge que le Pere de Romé
étendit avec untour fin & éloquent,
luy attira un aplaudiſſement
general , auſſi-bien que le
reſte de ſon Difcours , qui fut
d'une grande utilité pour les
nouveaux Convertis , puis qu'il
traita à fond tout ce qui regarde..
l'Invocation des Saints. Le Sermon
finy, on chanta l'Exaudiat
GALANT.
39
en Muſique , & l'on dit les Prieres
ordinaires pour le Roy. Les
Corps qui s'eſtoient trouvez à
toute la Ceremonie , fortirent
dans le meſme ordre avec leurs
Chefs , & on alla diſner chez
Monfieur de Tricqueville , qui
fit un ſecond Regale auffi magnifique
que le premier. Quantité
de Dames s'y trouverent,
& il envoya de toutes fortes de
confitures à celles qui ne pûrent
eftre de ce grand Repas. Il n'oubliadans
cette magnificence ny
'Hoſpital genéral , ny les Prifonniers
, auſquels il fit faire diſtribution
d'argent & de vin.
Il fit placer le Buſte du Roy
dans une place éminente. Il étoit
d'Albastre avec des ornemens
d'or .
Meffieurs de l'Academie de
Ville- franche en Beaujolois,
40
MERCURE
ont folemnifé la même Feſte
avec des circonstances quimeritent
d'eſtre ſceuës. Le matin
ils ſe rendirent dans l'Egliſe
Collegiale , où Meſſieurs du
Chapitre chanterent avec beaucoup
de folemnité la grand'
Meſſe , qui fut ſuivie de Prieres
pour le Roy. M' Libert Prieur
d'Alys , y prononça le Panegyrique
de S. Louis , que l'Academie
a pris pour Patron. C'eſt
un Predicateur celebre dans
ces Provinces , diſtingué de
beaucoupd'autres parde grands
talens naturels pour la Chaire,
&par une profonde érudition
ſoûtenue avec éclat d'une éloquence
forte & penetrante.
Sop ſujet fut le zele de Saint
Loüis pour la Converſion des
Infidelles , & vous jugez bien
qu'il luy fut aifé de faire entrer
GALANT.
41
naturellement dans ſon diſcours
les Eloges de Sa Majeſté touchant
la Converſion des Heretiques
; mais comme c'eſtoit la
matiere que l'Academie avoit
choiſie pour les Difcours publics
de l'apreſdinée , il ne fit
que l'ébaucher , afin d'en laiſſer
toute la gloire aux excellens
Orateurs dont la Compagnie
eſt compoſée. A trois heures
aprés midy , les Academiciens
en Corps ſe rendirent dans la
Salle de Monfieur Beſſie du
Peloux Secretaire perpetuelde
l'Academie , qui par ſa magnificence
& par ſon honneſteté,
. contribuë beaucoup tous les ans
àl'éclat de ces ſortes d'actions .
La Salle eſtoit remplie d'un
grand nombre de perſonnes
Sçavantes , & de la premiere
qualité. Les Dames y vinrent
42
MERCURE
dans une grande parure , & avec
une propreté extraordinaire.
Les Orateurs choiſis pour faire
le Panegyrique du Roy fur le
Triomphe del Hereſie , étoient
Monfieur Mercier Docteur en
Medecine , & Directeur de l'Academie,
&Monfieur Terraſſon
de l'Abbaye Royale de loux
Dieu. Ils s'en acquiterent avec
l'applaudiſſement de toute l'Afſemblée.
Monfieur Duboft ,
Preſident en l'Election , avoit
fait un Poëme Latin ſur le mefme
ſujet , qui fut leu & écouté
avec beaucoup de plaifir. La
Compagnie fut invitée à ſe rendre
le lendemain en la meſme
Salle.On la trouva parée de deüil
pourla Pompe funebre de MonfieurBottu
de la Barmondiere
Seigneur de S. Fonds , un des
plus celebres Academiciens de
,
GALANT.
43.
Ville - franche , fort connu &
eſtimé par pluſieurs Ouvrages
d'Eloquence & de Poësie qu'il
a donnez au Public. Il mourut
au mois de may dernier ; cette
perte a eſté grande pour ce
Corps. Elle a donné lieu à une
Elegie que leut Monfieur Mignor
de Buffy , Lieutenant General
au Bailliage de la Province.Monſieur
de la Roche , Avocat du
Roy au meſme Bailliage , fit l'Oraiſon
Funebre avec ce beau feu
d'eſprit qui brille dans tous les
Diſcours qu'il fait à l'Academie,
&dans les fonctions de ſa Charge.
Enſuite ces meſſieurs allerent
à l'Eglife Collegiale qui eſtoit
tenduë de noir , & éclairée d'un
tres-grand nombre de Cierges ,
& ils affifterent au Service qui
ſe fit pourcét Illuſtre Academicien.
44 MERCURE
Le meſme jour , Feſte de S.
Loüis, il y eut un Salut fort ſolemnel
dans l'Egliſe des Peres Auguſtins
déchauſſez de Noſtre-
Dame de Victoire. La muſique
eſtoitde la compoſition de Monfieur
Laloüete ,Eleve de Mon-
-fieur deLully,& fatisfit fort tous
ceux quiy afſiſterent. Ce Salut
ſera chanté tous les ans dans la
mefme Eglife. le ne vous dis
point lenomde celuy quil'a fondé.
ll cherche moins àeſtre con-
D0 qu'à donner occafion de
prier Dieu pour le Roy.
Peut-être n'avez-vouspas ſçeu
juſqu'à preſentque le s . de ce
mois , jour de la naiſſance de Sa
Majesté , on diſoit tous les ans
une meſſe baſſe dans l'Egliſe des
Clercs Reguliers , dits Theatins,
pour rendre graces à Dieu du
preſent qu'il luy a plû de faire à
,
GALANT.
45
la France en la perſonne de ce
grandMonarque.C'eſt une Fondationde
la Reine Mere.Le Pere
Alexis du Buc , Superieur , qui
n'oublie rien quand il s'agit de
marquer ſon zele pour Loüis
LE GRAN D,a rendu cette annéece
Remercîment plus ſolemnel
, en faiſant chanter la meſſe
en muſique.Elle étoit de la compoſition
de Monfieur Lorenzani,
Maistre de muſique de la feuë
Reyne. Tous ceux qui l'ont entenduë
avoüent qu'on ne peut
rien faire de plus beau. L'Exaudiat
qui ſuivit la meſſe , charma
toutel'Aſſemblée.Elle ne fut pas
moins illuſtre que nombreuſe ,
puis que M'le Nonce , & pluſieurs
Eveſques s'y trouverent.
Le ſoir Monfieur le marquis
Duc de la Feüillade , celebra le
our de cette heureuſe Naiſſan46
MERCURE
ce , en faiſant tirer quantité de
Boëtesdans la Place des Victoires.
Cette premiere décharge
fut ſuivie d'un nombre infiny
de Fuſées volantes. Ce n'e.
ſtoient que feux autour de la
Place , & la Figure 'du Roy
eſtoit environnée de Hautbois
, de Violons , & de Flûtes
douces. Tout un grand Peuple
joüit de ce divertiſſement pendant
trois heures entieres , &
ne pouvoit ſe laſſer de loüer le
zele de Monfieur de la Feüillade
, qui avoit déja fait la meſme
choſe le ſoirdu jour de la Feſte
de S. Loüis. Il y eut diſtribution
de pain&de vin.
Je vous ay mandé que Mademoiſelle
de Scudery avoit donné
au Roy une Agate qui repreſentoit
Homere. Sa Majesté luy
a fait donner enſuite une granGALANT.
47
deMedaille d'or où eſt ſon Portrait
,& luy a marqué par là plus
d'eſtime que s'il luy avoit fait un
plus grand Preſent , quoy que
la Médaille foit d'un poids confiderable.
C'eſt là deſſus qu'on
a fait les Vers qui ſuivent. On
y a donné le nom d'Alexandre
auRoy.
A SAPНО.
1
ALexandre ,il est vray, merite
vostre Homere
Sapho , de deux coſtez j'admire
voſtre choix;
Mais ce charmant Heros , à qui
vous volezplaire ,
Surpaſſe également d'une commune
voix ,
Tout ce que nousfaiſons& tout ce
que vousfaites ;
48 MERCURE
Lors que vous luy donnez le plus
grand des Poëtes ,
Il vous rend le plus grand des
Rois.
Comme jamais Prince n'amerité
tant d'Eloges que le Roy,
on a peine à ſe borner ſur une ſi
belle&vaſte matiere. Monfieur
de Vertron vient d'en compoſer
un Livre entier , & cependant
bienloin qu'il ait épuiſé ce grand
ſujet,on peuttous les jours écrire
& tous les jours dire quelque
choſede nouveau ſur ce que fait
ce Monarque, Le Livre deM
de Vertron eſt intitulé , le Nouveau
Pantheon , ou le raport des
Divinitez du Paganiſme
Heros de l'Antiquié,& des Princes
SurnommeZGRANDS , aux vertus
& aux actions de LOVIS LE
GRAND , avec des Inscriptions
, des
Latines
GALANT.
49
Latines & Françoises en Vers &
en Proſe pour l'Histoire du Roy ,
pour les Monumens Publics erigez
àſa gloire , & pour les principales
Statues du Palais de Versailles.
Le titre de cét Ouvrage parle
aſſez , ſans qu'il foit beſoin de
vous en rien dire. Il marque la
fecondité du genie de fon Autheur
, & l'attachement qu'ila
pour ce qui regarde la gloire
du Roy.
Les Articles importans qui
ont remply mes dernieres Lettres
, ne m'ont point permis depuis
quelques mois de vous envoyer
la ſuite des Dialogues de
Monfieur Bordelon. Celuy que
vous allez lire , eſt fait fur une
matiere des plus curieuſes , &
pourra deſabufer beaucoup de
perſonnes de voſtre Sexe , qui
ont de la foy aux Predictions.
Septembre 1686 . C
50
MERCURE
DES CHOSES
DIFFICILES A CROIRE .
DIALOGUE NEUVIE ME.
BELOROND , PHILONTE .
1
PHILONTE .
E viens de lire une particularité
hiſtorique que nous pourrions
mettre au nombre des
choſes difficiles à croire , ſi nous
ne devions pas eſtre convaincus
, come nous l'avons déja dit
tatde fois de la foibleſſe de l'efprithumain.
C'eſt chez Herrera
queje l'ay leuë lors qu'il dit *
*Tome 3. liv.13 chap.13 .
GALANT.
SE
que les Infulaires du Ternate
aux Moluques pleurent aux
Eclipfes du Soleil & de la Lune,
parce qu'ils croyent qu'elles doivent
cauſer la mort du Roy ou*
- de quelque Grand.
BELOROND.
Bien des Gens plus éclairez
que ces Peuplesdont parleHerrera
font tombez dans des
erreurs plus groſſieres à l'égard
des Eclipſes. Il y avoit autrefois
des Philofophes qui pretendoient
que l'Eclipſe de la Lune
n'eſtoit autre choſe que la Lune
en travail , & ce travail n'étoit
que la violence que luy failoient
les Magiciens pour l'attirer en
Terre ,& s'en ſervir dans leurs
enchantemens. Les Vers Magiques
ont laforce d'arracher la Lune
defon Ciel, dit Virgile. *
* Eccl . 8 .
1
C2
52
MERCVRE
Carmina vel Cælo poffunt deducere
Lunam.
Horace parle d'une fameuſe
Sorciere d'Ariminum , qui par
Tes enchantemens , faiſoit defcendre
du Ciel la Lune & les
Aftres.
Qua fidera excantatâ voce
• Theſſala ,
Lunamque Cælo deripit.
Les Sorciers faiſoient croire>
au Peuple , toûjours credule &
ſuperſtitieux ,dit un habileCritiqueſur
ce paſſage d'Horace ,
qu'ils avoient le pouvoir d'arracherdu
Ciel la Lune & tous les
Aſtres par des enchantemens ,
&de les faire deſcendre enTerre.
Ils prenoient pour cela le
temps des Eclipſes , & ſe fervoient
de certaines pierres tranſparentes
qu'ils avoient accom-
* Ο. 5. liv . s.
GALANT.
53
e
modées de telle ſorte qu'ils y
faisoient voir , ou la Lune ,ou
le Soleil.Plutarque parlant d'une
Eclipſe de L'une , nous apprend
qu'en cette occaſion les Romains
ſonnoient des Inſtrumens
d'Airain , & élevoient au Ciel
de groffes Torches allumées ,
s'imaginant que par ce moyen
la Lune eſtoit beaucoup foulagée.
C'eſt pourquoy Ovide *
appelle ces Inſtrumens les auxiliaires
de la Lune.
Cum fruftra resonant ara auxiliaria
Luna.
Et Juvenal parlant dans ſa
-Satire ſixième d'une Femme qui
ne fait que babiller , dit qu'elle
eſt capable de faire aſſez debruit
pour ſecourir la Lune dans ſon
travail.
Una laboranti poterit fuccurrere
Luna,
* Liv . 4. Metam.
C3
34
MERCURE
Lataiſon de cette Ceremonie
felon quelques-uns , eſtoit qu'ils
craignoient que le monde ne
s'endormiſt quand ils voyoient
qu'unde ſes yeux commençoic.
à ſe fermer ; c'eſt pourquoy ils
faiſoient ces bruits pour l'éveiller
,&ſe ſervoient de ces flambeaux
allumez pour luy donner
la lumiere qu'elle commençoit
àperdre. Enfin on ne pouvoit ſe
perfuader que cét, obſcurciſſement
fuſt une choſe naturelle .
Les Armées , comme nous l'apprennent
Plutarque en la Vie de
Nicias , & Quintilien * s'en eftonnoient
en les voyant ,& laiffoient
paſſer trois jours , ou tout
le reſte de la Lune , ſans vouloir
rien faire. C'eſtoit un crime
de leze Majesté Divine que d'en
vouloir donner aucune cauſe
* Liv. 8 .
GALANT.
55
naturelle.Anaxagoras en fut mis
en prifon.Protagoras en futbanny
d'Athenes. Les Mathematiques
en furent condamnées ,
commedangereuſes dans la Religion.
Aprés cela la Relation
d'Herrera vous doit - elle furprendre
, & aurez - vous de la
peineà croire ce qu'on dit de
Chriſtophe Colomb , qu'ayant
predit aux Indiens du nouveau
Monde que la Lune indignée
contre eux de leur barbarie,s'obſcurciroit
à l'heure qu'il leur
marqua , & qu'il avoit preveuë
par le moyen de l'Aſtronomie ,
il mit ſes affaires en meilleur
eſtat parmy eux ? Cela ne ſeroit
pas ſans doute arrivé s'ils avoient
eu pour eux un Pericles quidiffipaſt
leurs vaines frayeurs .
PHILONTE.
る
Je ſçay bien que Pericles ef-
C4
56 MERCURE
toit un grand Capitaine ; mais
jene vois pas pourquoy vous le
citez icy à propos des Eclipſes .
BELOROND .
Vous le verrez ſi vous voulez
vous reſſouvenir que Plutarque
dit que Pericles , Capitaine
Athenien , eſtant preſt de partir
avec une Armée Navale pour
aller affieger Epidaure , il ſe fic
une Eclipſe de Soleil qui donna
de l'effroy à tous ſes gens,& particulierement
au Pilote de ſa Galere
, parce qu'ils penſoient que
c'eſtoit un tres - mauvais preſage
pour leur navigation. Pericles
voyant donc ce Pilote ſi effrayé ,
étendit ſon manteau
د luy en
couvrit les yeux , puis luy demanda
ſi cela luy ſembloit de
mauvais preſage ; le Pilote luy
répon dit que non . Hé bien , dit
Pericles , il n'y a point d'autre
GALANT.
57
difference entre cecy & ce qui
vous donne tant de peur , finon
quele corps qui fait ces tenebres
, eſt plus grand que mon
manteau qui te bouche les ïeux.
Tous les jours le Peuple ſe laiſſe
faifir par la peur , &s'alarme
avec auſſi peu de raiſon que ce
Pilote , & pour des choſes plus
legeres , & tous les jours il ſe
trouve des gens fins , ruſez &
artificieux , qui ſçavent ſe prevaloirde
ſa foibleſſe &de ſa facilicé.
Tous les jours ils ſe trouve
des Aftrologues qui veulent faire
croire qu'ils arrachent , non pas
la Lune & les Aſtres , mais leurs
influences,fur leſquelles ils pretendent
fonder la ſuite des ac.
tions de ceux qui font affez fimples
pour les croire ; foibleſſe
pour laquelle on ne peut avoir
tropde mépris , erreur qu'on ne
1
Cs
58
MERCURE
peut trop deteſter ,& fur laquelleje
vous prie de vouloir permettre
que nous nous entretenions
aujourd'huy .
PHILONTE .
C'eſt avec plaifir que j'écoûteray
tout ce que vous me direz
fur cette matiere , & ce ſera en
meſme temps avec beaucoup de
déference à vos ſentimens que
je vous témoigneray ce que j'en
penſe , puiſque dans nos derniers
entretiens , j'ay connu que
vous eſtiez plus habile que moy
en cette matiere. Ne voulezvous
pas bienque je vous diſe
par exemple que l'Aſtrologie
me paroiſt avoir fes utilitez
&ſes certitudes ? En effet , ne
predit - elle pas ſouvent certaines
choſes accidentelles qui dépendent
ordinairementde l'influence
des Cieux , comme les mala
GALANT.
59
dies generales , les grandes chaleurs
, les pluyes exceſſives , les
ſechereſſes extraordinaires ? Ne
nous apprend - elle pas par des
principes univerſels , conftans
& invariables , les choſes qui
doivent neceſfairement arriver
felon le cours ordinaire que Dieu
a eſtably dans la Nature, comme
les Eclipſes , les Revolutions des
Saiſons , le cours des Etoiles &
des Planetes,leurs conjonctions,
leurs aſpects,& leurs oppoſitios ?
Enfin condamnerez - vous plufieurs
Predictiores qui ne ſont
fondées que ſur des experiences
autant Phiſiques qu'Aſtrologiques
, comme quand elles conſeillent
de ne ſe point expoſer
au Soleil pendant les mois qui
ontdes RR.
Menfibus rratis ad Salemme
Sedeatis
C6
60 MERCURE
ou quand elle nous fait remarquer
par les differentes couleurs
de la Lune les differentes diſpoſitionsdu
temps.
Pallida Luna pluit , rubicuwda
flat, albaSerenat.
BELOROND .
Cen'eſt pas cette forte d'Af
trologie que je crois impertinente
&criminelle , puiſque Salomon
meſme confeffe * qu'il
tient immediatement du Tout-
Puiſſant la connoiſſance du
cours des années , & de la diſpofition
des Etoiles ; mais c'eſt cellequi
eſtant fondée ſur des Principes
inconftans & variables ,
predit avec affeurance les chofes
cafuelles & non neceſſaires ,
& celles qui dépendent de la
volonté de Dieu ou de la liberté
de l'homme comme ſi elles eftoient
neceſſairement cauſées
* Chap. 7. Sap.
GALANT. 61
par les Corps Celeſtes. Enfin
c'eſt celle que nous appellons
Astrologie judiciaire , qui pretend
par l'inſpection des Aſtres
penetrer dans l'avenir , & y dé
couvrir le cours de la vie des
hommes avec leurs fortunes ,
conditions , Etats , & autres
choſes qui dépendent de leur
liberté.
PHILONTE .
2
Cette Aftrologie eſt pourtant
fort recherchée en pluſieurs
Pays , & meſme dans les plus
éloignez , comme nous l'apprenonsdes
Relations que nous en
ont donné des Perſonnes dignes
de foy. Herrera affeure que
toutes les affaires du Royaume
de la Chine ſe reſolvoient for
des Obſervations Aſtronomiques,
le Roy ne faifant rien fans
confulter ſon Thême natal
62 MERCURE
que luy dreſſent ceux du College
Royal, auſquels il eſt ſeulement
permis d'étudierdans ce
Livre du Ciel . Agathias dit * que
les Perſes ſe fioient tellement
aux Predictions des Mages
qui eſtoient leurs Aftronomes,
qu'ayant eſté aſſurez par eux
que la Veuve d'un de leurs Roys
eſtoit groſſe d'un Fils , ils couronnerent
le ventre de cette
Reyne , & proclamerent Roy
fon Enbrion . Monfieur Bernier
nous apprend dans ſa Relation
du Mogol , que la Charge d'Aſtrologue
y eſt erigée en titre
d'Office , & qu'on n'y oſe planter
un arbre ou prendre un
habit neuf ſans l'approbation
de cét Aftrologue. Monfieur
Tavernier dans ſa Relation de
Perſe , & les Ambaſſadeurs de
**Livre 4. Hist .
GALANT.
63
F
la Compagnie Hollandoiſe dans
celle dela Chine , confirment
la meſme choſe de ces Pays.
Delrio dit auff
,
*
que cette
Science avoit tant de credit en
France du temps de la Reyne
Catherine de Medicis , que les
Dames de la Cour n'oſoient entreprendre
aucune choſe ſans
avoir auparavant conſulté les
Astrologues , qu'elles appelloientleurs
Barons.
BELOROND .
Je ſuis perfuadé que cette
vaine ſcience a eu credit dans
prefque tous les Païs quiont eu
quelque connoiſſance du cours
des Aftres , & de leurs révolutions.
Je ſçay meſme que pluſieurs
grands Hommes ont donné
dans cette Erreur , qu'ils ont
regardé les Cieux comme un
* Liv.3. Queſt 4. Sect.6... さ
64
MERCURE
Livre , où Dieu a écrit l'Hiſtoire
du Monde par le moyen des
Eſtoiles ; que Plotin & Origene
l'ont crû , au rapport d'Eufebe , *
juſque là qu'Origene voulant
confirmer ſon ſentiment par
quelque choſe de bien fort , apporte
l'autorité d'un Livre apocriphe
attribué au Patriarche
Joſeph , où l'on fait dire par le
Patriarche Jacob à ſes Enfans ,
qu'il a lû dans le Livre des
Cieux tout ce qui leur doit arriver,
& à leurs Enfans. Legi in
tabulis cali quacumque contingent
vobis & filiis veftris. Je ſcay
enfin que bien des Rois & des
Princes ont donné cours par
leurs exemples à cette Science,
& qu'ils n'ont ſouvent banny
les Aftrologues , qu'afin de les
poffeder tous ſeuls , & qu'ils
* Pr. Evang. lib.6. cap.4.
1
GALAN T.
65
n'ont condamné la Judiciaire,
que pour ſe reſerver une connoiſſance
qu'ils envioient au
reſte des hommes , comme fit
Vefpafien , ſi nous en croyons
Dieu ; mais tout cela ne veut
dire autre choſe , que de meſme
que tout homme eſt menteur,
auſſi tout homme eft capable
d'ajoûter foy aux mensonges
des autres , & qu'ainfi quoy
qu'une Erreur ſoit receuë de
pluſieurs perſonnes , & en pluſieurs
lieux , elle ne laiſſe pas
d'eſtre erreur. Que l'Aftrologie
Judiciaire ſoit une erreur , c'eſt
ce qu'il me ſera facile de prouves
, aprés que j'auray répondu
àtout ceque vous pourrez dire
en ſa faveur.
PHILONTE.
Vous ſçavez le credit d'Ariſtote
dans les Ecoles , & que ſes
66 MERCURE
ſentimens , s'ils ne font pas receus,
meritent du moins qu'on
prenne la peine de donner de
bonnes raiſons du refus qu'on
fait de le recevoir ; ainſi vous
voulez bien que je vous diſe
qu'il me ſemble que les principes
de ce Philoſophe paroiſſent eſtre
fort favorables à l'Aftrologie Iudiciaire.
En effet , il tient pour
conſtant que rien n'arrive jufqu'à
l'entendement qui n'ait
paſſé par les ſens , Nihil eft in
intellectu.quod nonfuerit in ſenſu.
Or ſelon la commune opinion ,
les ſens , comme materiels , dependent
beaucoup des Corps
ſuperieurs , qui operent incefſamment
for tout ce qui eſt ſublunaire.
L'entendement dépend
donc en quelque façon des
Cieux, & par conſequent auſſi
la volonté , puis qu'elle ne fait
GALANT .
67
A
rien que par la direction de l'entendement.
S. Thomas meſme
I en eſt tombé d'accord, * diſant
que les cauſes celestes ne cauſent
pas les actions humaines
directement , mais ſeulement
indirectement lors qu'elles agifſent
ſur la matiere qui compoſe
l'organe des ſens.
BELOROND .
t
Avant que de répondre à ce
que vous venez d'avancer , je
veux bien vous dire que je me
perfuade que fi Ariftote avoit
eu bonne opinion de l'Aftrologie
Judiciaire , & qu'il euſt ajoûtéfoy
à ſes promeſſes , il en auroit
témoigné quelque choſe
dans ſes Problêmes , où il y a
tant de Queſtions Mathematiques,
ou dans ſa Morale , où il
diſcourt des profperitez & des
* Prima fec. qu.9. art..
68 MERCURE
adverſitez qui dépendent de la
Fortune , ou dans ſes Livres du
Ciel & des Méteores. Cependant,
quoy qu'il ait eu tant d'occaſions
de parler en faveur de
cette Science , il n'en dit pas un
mot , autant que j'en puis juger
par la lecture que j'ay faite de
ces Ouvrages. Pour ce qui eſt
del'objection que vous me faites,
fondée ſur un de ſes principes
que je ne me crois pas obligé de
recevoir , elle ſe détruit ( entre
pluſieurs réponſes qui ſe tireront
de cequej'eſpere vous dire dans
la ſuite) par la conſideration des
agens libres , tels que nous fommes
qui ceſſerions de l'eſtre , fi
nous pouvions eſtre forcez dans
le libre arbitre que Dieu nous a
donné. Le Ciel peut bien donner,
ſi vous voulez ,de certaines
diſpoſitions à la matiere,qui nous
GALANT. 69
1
donneront quelque eſpece d'inclination
au bien & au mal,ſelon
la doctrine de S. Thomas ; mais
toutes ces influences , outre
que leurs proprietez ſont inconnuës
, ne nous ſçauroient forcer
à faire , à dire , ou à penſer quoy
que ce ſoit , n'ayant aucun pouvoir
ſur nous que de nous émouvoir
ſimplement , comme le dit
le meſme S. Thomas . * C'eſt
tout au plus ce qu'on peut recuëillir
de plus fort en faveurde
cette Science des Ouvrages de
ce ſaint Docteur & encore
connoiſtrez - vous dans la ſuite
de nos raiſonnemens , que cette
émotion eſt ſi ſimple & fi legere
, qu'à peine merite- t- elle d'en
porter le nom.
د
PHILONTE.
Mais vous ne pouvez nier que
*1. qu. 115. art.4.
70
MERCURE
les choſes d'en-haut ſont encore,
ſelon la doctrine de S. Thomas ,*
les cauſes de ce qui ſe fait icybas
. Ainfi la connoiſſance des
cauſesdonne tellement celle des
effets, qu'en bonne Philofophie
on ne ſçait rien de bien que ce
que l'on connoiſt par ſa cauſe,
& par conſequent celuy qui
poſſodera la Science du Ciel ,
comme fait l'Aftrologue , connoiſtra
les effets de ce qui ſe
paffe en terre dans leur cauſe,
&les pourra prédire avec certitude,
BELOROND .
1
Pour répondre à cela , il ne
fautque confiderer la nature &
les genres differens des cauſes,
dont les unes font generales,
les autres particulieres , les unes
éloignées & les autres prochai-
*1. qu. 11 5. art. 3.
GALANT.
71
F
ד
nes; les unes neceſſaires & les
autres accidentelles. Or puis
que le Ciel ne peut eſtre pris
que pour une cauſe univerſelle
& éloignée , on ne peut pas dire
qu'il pourra faire prévoir avec
aſſeurance des effets finguliers
qui dépendent d'autres cauſes
plus prochaines , & ſouvent
fortuites , parce que , ſelon la
doctrine de l'Ecole & de la raiſon
, on ne doit jamais attribuer
préciſement un effet particulier
qu'àſa cauſe particuliere , ny un
effet univerſel qu'à une cauſe
univerſelle ; ce qui fait voir que
tout ce qu'on peut obtenir de ce
raiſonnement , c'eſt que ſi on
connoiffoit bien cette cauſe univerſelle
du Ciel , on pourroit
prédire par fon moyen les effets
univerſels comme ſont les differentes
ſaiſons de l'année , les
72
MERCURE
Eclipſes , & c . Mais à l'égard des
choſes ſingulieres qui ſont infi.
nies , & qui dépendent de pluſieurs
cauſes qui concourent en
leur productiõ, c'eſt s'abuſer,que
de prétendre en pouvoir lire l'évenement
dans les Cieux . Vous
me direz peut- eſtre , que le
Soleil eſt cauſe de la lumiere &
de la chaleur , & qu'en s'approchant
ou en s'éloignant il cauſe
la ſuite & la viciffitude des ſaiſons
, qu'il fait naiſtre les plantes
& les animaux , qu'il engendre
même l'homme avec l'homme ;
que la Lune remplit ou vuide les
coquillages & les os des animaux
à meſure qu'elle croiſt
ou décroift ; qu'elle a un pouvoir
fingulier ſur les choſes
humides , particulierement for
la Mer dont elle cauſe le flux &
reflux , & que par conſequent
,
tous
GALANT.
73
tous ces grands Corps Celeſtes
peuvent produire les effets que
leur attribuënt les Aftrologues
que je condamne. Pour réponſe,
j'avoue que le Soleil fait la diverſité
des Saiſons,& que peut- eſtre
la Lune remplit & vuide les os
& les coquillages , & eſt la cauſe
du flux & du reflux de la
Mer. Cela ſuffit il pour nous
convaincre que les Aftrologues
puiffent prouver quelque choſe
de ſemblable des ſignes du Zodiaque
& de leurs degrez , de
Saturne , de Mercure , & des
autres Planetes , ou que par
aucune obſervation ils puiſſent
jamais montrer le moindre effer
qui ſe doive plûtoſt raporter à
un Aſtre qu'à un autre ? En
effet, les Aſtres n'eſtant que des
cauſes generales à l'égard des
choſes d'icy bas , nous ne de-
Septembre 1686 . D
74
MERCURE
*
vons pas leur rapporter la dé
termination de chaque effet
fingulier , mais plutoſt à une
cauſe ſinguliere & determinatrice
qui ſoit icy-bas. De même
qu'ayant à expliquer pourquoy
une telle Plante naiſt & croift
en cet endroit là , & non pas
dans celuy- cy , & une autre au
contraire dans celuy- cy ,& non
pas dans celuy-là. Nous attribuons
cela aux ſemences , dont
l'une aura eſté jettée dans cét
endroit & l'autre dans cet autre,
&non pas à l'eau dont elles ſont
toutes arroſées , parce que cette
eau eſt ſeulement une cauſe generale
& indifferente pour toutes
les Plantes.Enfin comme ces
Aſtres ne concourent pas ſeuls
aux actions des hommes , c'eſt
une erreur de vouloir leur en
attribuer le ſuccez , & puiſque
GALANT.
75
nous ne connoiſſons pas meſme
ces autres cauſes qui nous font
plus prochaines que les Aſtres ,
n'est-ce pasune temerité de pretendre
plûtoſt connoiſtre la proprieté
de ceux-cy que de celleslà
? Nous ignorons la vertu des
moindres herbes que nous foulons
aux pieds , & nous voulons
connoiſtre la vertu des Aftres
dont mefme nous ne connoiffons
pas la nature. De plus ,
quelle apparence y a t il d'attribuer
au Ciel ſeulement tous les
évenemens de la vie des hommes
, s'il n'eſt pas ſeul la cauſe
de leur être ? Le Soleil & l'Homme
produiſent un autreHomme
, dit Ariftote , & il pouvoit
ajoûter encore pluſieurs autres
cauſes ſubalternes outre la premiere
qui est Dieu . Pourquoy
donc n'y aura-t- il que le Ciel
D 2
76 MERCURE
qui ſoit cauſe de tout ce qui arrive
aux Hommes , & s'il y a
pluſieurs autres cauſes qui cooperent
avec luy en ce qui eſt de
noſtre bonne au mauvaiſe fortu->
ne, comment ſe pourroit- il faire
que la ſeule connoiſſance des
Aſtres nous donnaſt celle que
diſent les Judiciaires ? Les influences
des Cieux ne peuvent
bien ſouvent pas tant ſur nous
que les Loix & les exemples .
Mais pour vous faire voir la vanité
de cette Science plus au
long , voicy en quoy elle conſiſte
particulierement. Les Aſtrologues
Judiciaires veulent par
exemple que tout ce qui doit arriver
à un homme pendant le
cours de ſa vie, dépende du moment
precis auquel il vient au
monde , & qu'en quelque endroit
que ſoient alors les Aſtres,
GALANT.
77
& principalement les ſept Planetes,
ils agiſſent d'une telle maniere
ſur cét Enfant par les rayons
qu'ils raſſemblent & dirigent
conjointement ſur luy ,
qu'ils luy impriment une eſpece
de neceſſité de vivre un certain
eſpace de temps determiné , de
mourir d'un certain genre de
mort , de ſe marier dans un certain
temps , de faire naufrage
dans un autre , un jour de perdre
un Procés, un autre de tomber
malade , & ainſi de tous les
autres accidens differens & prefque
innombrables de la vie ; &
tout cela avec autant d'aſſurancé
que ſi les Aſtres n'étoient
occupez qu'à former la ſeule
deſtinée d'un Enfant, & cependant
en ce meſme moment il
en naiſt une infinité d'autres
par toute la terre dont les ſuites
D3
1 78 MERCURE
د
I de la vie feront d'une inconcevable
diverſité . Ils n'appuyent
toutes leurs conjectures que fur
un momentdont ils pretendent
avoir une connoiſſance parfaite,
mais comment avoir cette connoiffance
puiſque l'enfan.
tement ſe fait ſucceſſivement ;
qu'il eſt tres- rare que des Aſtrologues
ſoient à preſens à la naiſ
ſance de cét Enfant avec l'Aſtrolabe
à la main ( c'eſt àdire un
Inſtrument qui ne peut avoir
toute l'exactitude qu'ondeman -
de ) pour prendre ce moment ,
& que la rapidité des mouvemens
Celeſtes ſurpaſſe preſque
l'imagination ? Ils doivent ſçavoir
le veritable lieu du Soleil &
des Etoiles , ce qu'on ne connoît
pas encore affez Ils doivent connoiſtre
exactement la hauteur
du Pole , ce qui a eſté obſervé
GALANT.
79
en peu de lieux , & ce qu'on
peut dire n'eſtre connu entierement
en aucun. Ces connoif
ſances ſont fondées ſur les experiences
, diſent quelques - uns ;
mais comment pouvoir prouver
ces experiences,puiſque les Etoiles&
les Planetes n'ont jamais
eu deux fois une meſme diſpoſition
entre elles , parce que la
grande revolution celeſtene s'a
cheveraqu'entrente- fix ou quarante-
neuf mille ans ? Ajoûtez
pour confirmer tout ce que je
viens de dire contre la vanité de
cette ſcience , qu'en matiere de
ſciences réelles & veritables , la
contrarieté détruit la difcipline,
comme dit fort bien un Sçavant
de ce ſiecle , d'une tres-grande
érudition .Or eft - il qu'on ne voit
rien de ſi different que les principes
que ſe ſont donnez les
D 4
80 MERCURE
Aftrologues chacun à ſa fantaifie
, ny de ſi contraire que leurs
Axiomes. Ils n'ont pû convenir
du calcul qu'il falloit ſuivre , ny
de quelles table on devoit ſe ſervir.
Les uns approuvent les Prutheniques
, les autres celles d'Alphonſe
, quelques- uns celle de
Blanchin , d'autres celles de Royaumont
, & neantmoins la fu
putation des unes eſt fort differente
de celle des autres , comme
ceux de l'Art ſont obligez de l'avoüer.
Les Caldéens n'avoient
qu'onze ſignes dans le Zodiaque.
Les Chinois , ſelon le Pere
Trigault , ont cinq cens conſtellations
plus que nous. Ils ne
s'accordent point ſur le ſexe des
Aſtres . Alcabice par exemple &
Albumaſar font Mercure Mafle.
Il eſt ſouvent Femelle chez
Prolomée , il le confidere comGALANT.
81
me un Androgine au fixieme
Livre de ſon Quadripartit , &
depuis que Tireſias eut mis cette
difference de ſexe entre les Planetes
( d'où les Poëtes ont pris
ſujet de dire qu'il avoit l'une &
l'autre nature ) on n'a pû mettre
d'accord les Aftrologues fur ce
ſujet ; mais voicy bien d'autres
contrarietez .....
PHILONTE .
1
J'avoüeray , fi vous voulez ,
qu'il y a beaucoupde contrarietez
dans les principes de l'Aſtrologie
Judiciaire ; mais enfin que
pourriez- vous répondre à pluſieurs
exemples de prédictions
que ſes Sectateurs ont faites, qui
ſont arrivées avec ſuccés ?On en
trouve un grand nombre dans
les Hiſtoires anciennes & modernes
, qui ſemblent juftifier
cette Science dans tout ce qu'el
D4
82 MERCURE
le promet. Entre pluſieurs que
je pourrois vous rapporter icy ,
en voicy quelques- uns que je
vay vous dire, qui meritent bien
qu'on les écoute , quelque préoccupé
qu'on puiſſe eſtre contre
la ſcience qui les a produis. Spirink
, Astrologue fameux , dit
au dernier Duc de Bourgogne ,
que s'il alloit contre les Suiffes
comme il s'y préparoit, il y periroit;
ce qui arriva, quoy que ce
Duc cuſt répondu en ſe moquant
de la prediction , que la
fureur de ſon épée vaincroit facilement
le cours des Cieux
& de toutes leurs Planetes .
Spartian écrit qu'Adrian eſtoit
fi bon Mathematicien , qu'il
avoit accoûtumez de marquer
de fa main le premier jour
deJanvier ce qui luy devoit arriver
le reſte de l'année , mais
イン
GALANT. 83
qu'en celle où il mourut , on
trouva que ſes prédictions n'alloient
que juſqu'à l'heure de
fon trépas. Porphire aſſeure que
lors qu'il eſtoit dans la réſolution
de ſe tuer , Plotin leut ſon
intention dans les Aſtres, & l'en
détourna. Richard Cervin reconnut
, au rapport de Thuan, *
dans l'Horoscope de ſon fils
Marcel , qu'il devoit arriver aux
plus hautes Dignitez de l'Egliſe,
ce que Luc Goric mit dans ſon
Livre des Genitures , imprimé
à Veniſe trois ans avant que
Marcel fuſt Pape. Un Landgrave
de Heſſe , tres habile en
l'Aftrologic Iudiciaire , donna
charge , encore au rapportde
Thuan , à Baradat de dire au
Roy Henry III . qu'il ſe gardast
d'une teſte raſée,&vousſçavez
* Livre 15.Hift.
D6
84 MERCURE
ร
qu'il fut tué par un Moine . Enfin
l'Hiſtoire de Tibere & de
Traſule eſt une des plus fameuſes
qu'on puiffe rapporter ſur
ce ſujet. La voicy tirée de Tacite.
Tibere eſtant de loiſir dans
Rhodes voulut fatisfaire ſa
curioſité touchant l'Aftrologie
Judiciaire. Pour cet effet deſirant
éprouver la ſuffiſance de
ceux qui en faifoient profeffion ,
il ſe ſervit d'un lieu de ſa Maiſon
fort haut , élevé fur des rochers
qui ſe perdoient dans la
Mer , où on ne pouvoit monter
que par des précipices qui rempliffoient
l'eſprit de crainte &
d'horreur. C'eſt en cet endroit
qu'il faifoit venir ceux qui ſe
mêloient de prédire l'avenir , les
y faiſant conduire par un de ſes
Libertins en qui il ſe fioit, homme
auſſi puiſſant de corps qu'i
_GALANT. 85
gnorant d'eſprit. Au retour cet
homme ne manquoit pas à un
ſignal de précipiter dans la Mer
ceux que Tibere avoit trouvez
trompeurs, comme le ſont la plûpart
de ces fortes de gens. Trafule
fort ſcavant en cet Art ,
ayant eſté mené en ce lieu comme
les autres , aſſeura Tibere
qu'il ſeroit Empereur , & luy
revela pluſieurs autres choſes
qui regardoient l'avenir. Tibere
luy ayant demandé s'il ſçavoit
bien ſa deſtinée, celuy- cy dreſſe
ſon Theme ſur l'heure , enſuite
pâlit , tremble, & s'écrie enfin
qu'il eſt menacé par les Aſtres
du dernier moment de ſa vie.
Tibere l'admire , l'embraffe , &
le tint enſuite pour un Oracle ,
le mettant au rang de ſes plus
intimes Amis. Je vous pourrois
icy rapporter pluſieurs autres
86 MERCURE
,
exemple auſſi convainquansque
ceux- cy , fi je ne craignois d'abufer
de voſtre patience , mais
vous repartirez peut- eſtre qu'il
y abeaucoup d'exemples de Prédictions
qui ſe ſont trouvées
fauſſes ; on répond que c'eſt une
choſe tres - évidente qu'il ſe
commet beaucoupd'erreurs dans
toutes fortes de Profeſſions
qu'on n'impute qu'à ceux qui les
ont mal exercées . La Medecine,
la Jurisprudence , & même la
Theologie ne laiſſent pas d'eſtre
eſtimées , quoy qu'il y ait des
Charlatans , des Chicaneurs , &
des Heretiques , qui ſemblent
devoir les diffamer, & s'il falloit
condamner les choses à cauſe
des abus qui s'y commettent, les
meilleures ſe devroient rejetter.
Les Yvrognes ſeroient cauſe
qu'on arracheroit la vigne , &
GALANT. 87
les Diables nous mettroient en
défiance des Anges de lumiere.
BELOROND
Avant que je réponde en particulier
à toutes vos Hiſtoires ,
& ſans vous rapporter icy pluſieurs
Prédictions qui ſe ſont
trouvées fauſſes & qui pourroient
détruire celles que vous
venez de m'apprendre , je veux
vous donner cinq réponſes generales.
La premiere , c'eſt que
les Aftrologues dont il s'agit font
tant de prédictions differentes ,
qu'il eſt preſque impoffible que
le hazard n'en faſſe pas trouver
quelques-unes de veritables , &
ce ſont ſeulement celles- cy que
l'on remarque dans les Hiſtoires.
H ne ſe paſſoit point d'année ny
de mois où les Aftrologues n'annonçaſſent
ſelon les conjonctures
tirées des affaires d'alors ,
88 MERCURE
plûtoſt que par l'inſpection des
Aſtres , à Henry le Grand la terrible
menace de ſa mort. Ils diront
vray enfin , dit un jour ce
Prince , & le public ſe ſouviendra
mieux de la ſeule fois où
leur prédiction aura eſté vraye,
que de tant d'autres où ils ont
prédit à faux. Il eſt vray qu'un
certain Oberius , Beneficier de
Barcelone , prédit à peu prés le
temps de la mort de ce grand
Prince ; mais il ne falloit pas
qu'il fuſt Aftrologue pour cela;
car il pouvoit avoir ſceu quelque
choſe de cet execrable defſein
, dont quelques Grands
d'Eſpagne n'avoient pu ſe taire,
&dont le bruit eſtoit tellement
répandu par tout , que nos Ambaſſadeurs
, & particulierement
Monfieur Bochart de Champigny
, qui estoit à Venise , en
GALANT. 89
د
avoient écrit au Roy ; & qu'il
ne venoit pas un de nos Vaifſeaux
du coſté d'Eſpagne , qui
ne demandaſt d'abord fi le Roy
eſtoit mort , parce que le bruic
couroit par toute l'Eſpagne qu'il
avoit eſté ou devoit bientoſt
eſtre tué. La ſeconde Réponſe
generale , c'eſt que l'ambiguité
avec laquelle ces Charlatans celeſtes
parlent ordinairement , &
les differentes conditions qu'ils
ajoûtent pour ce qu'ils prédiſent
, les mettent à couvert de
bien des reproches qu'on leur
pourroit faire ſur leur ignorance,
ou plûtoſt de leur mauvaiſe foy .
Ils parlent ordinairement avec
ambiguité , comme autrefois les
Oracles parloient,afin que quelque
choſe qui arrive , on interprete
qu'ils l'ont prédite , ou s'ils
ſemblent quelquefois dire la
90
1 MERCURE
choſe clairement , ils y ajoûtent
une condition , afin que ſi par
hazard elle n'arrive pas , ils
puiſſent en rejetter la faute ſur
cette condition , & que ſi elle
arrive , ils puiſſent alors ſans
avoir aucun égard à la condition
, ſe vanter de l'avoir prophetiſée.
La troifiéme , l'ignorance
& la ſimplicité de ceux
qui les interrogent , leur aident
ſouvent à trouver la verité, comme
vous me l'avez fait voir dans
voſtre Hiſtoire de ce Devin, qui
pour réüffir à Bourges dans ſon
Art, faifoit acroire qu'il ne ſçavoit
pas parler François. I aquatriéme
, la malice induſtrieuſede
ces Faiſeurs d'Horoſcopes verifie
ſouvent leurs prédictions ; en
voicy deux exemples . Cardan
ayant prédit lejour auquel il devoit
finir la vie , & y eftantarri
GALANT.
95
vé, il ſe laiſſa mourir de faim ,
ſelon l'opinion commune de ce
temps-là, rapportée par Scaliger
&Monfieur de Thou, pour conſerver
ſa réputation. Aubigny
dit * que le fils du Duc deMonpenſier
ayant pris le Pouffin,Place
entre Lion & Marseille,comme
on pilloit la Ville , le jeune
Nostradamus , fils de Michel ,
qui avoit aſſeuré Monfieur de
S. Luc qu'elle periroit par les flâmes
, fut trouvé qui mettoit le
feu par tout , afin de verifier ſa
prédiction ; mais le lendemain
Mr de S. Luc , pour châtier ſa
malice,& enmême temps ſe moquer
de ſa prédiction,luy deman.
da quel accident notable luy devoit
arriver ce jour- là. Je n'en
prévoy point , répondit-il.Aufſitoſt
Mr de S. Lucle toucha, comme
en ſe jouant , du bout d'une
* Tome , Hift . Lib.2 .
92 MERCURE
baguette qu'il tenoit en ſa main;
en même temps le cheval ſur lequel
il eſtoit monté , faità cela ,
luy porta un ſi grand coup de
pied dans le ventre , qu'il le creva
ſur la place. Enfin la cinquiéme
Réponſe generale , c'eſt
qu'il ne faut pas croire toutes
les Hiſtoires . Les boeufs & les
arbres ont parlé chez Tite-Live,
dont les oeuvres ont eſté condamnées
au feu par S. Gregoire.
L'eau des Rivieres s'y voit
convertie en ſang , l'air & le
Ciel y paroiſſent pleins de Spetres
, & pluſieurs animaux ,
outre les hommes , y changent
d'eſpece. Ce n'eſt pas pourtant
à dire que luy & la pluſpart des
autres Hiſtoriens qui rapportét
des Hiſtoires fauſſes , ayent eu
intention de faire croire ce dont
GALANT.
93
ils n'eſtoient pas eux-mêmes
perfuadez. Au contraire ils debitent
tous ces prodiges de telle
ſorte,qu'on voit bien qu'ils n'ont
eu d'autre but que de faire comprendre
de quelles erreurs le
peuple eſtoit alors abuſé,les loix
de l'Hiſtoire les obligeant à cela .
Ces réponſes generales me
paroiſſent ſuffiſantes pour détruire
les conſequences que l'on
pourroit pretendre tirer de nos
Hiſtoires , en faveur de l'Aſtrologie
Judiciaire. Je n'en veux
pourtant pas demeurer là, parce
que je pretens répondre en peu
de mots à chacune en particulier.
Voicy donc mes réponſes .
Les Amis de ce Duc de Bourgogne,
ſurnommé le Temeraire ,
jugeant ſon entrepriſe contre les
Suiſſes temeraire & de peu d'utilité
, puiſque ce n'eſtoit que
94 MERCURE
pour vanger un autre d'une charette
de peau de Mouton enlevée
, exciterent apparemment
Spiring à luy predire ſa perte s'il
l'executoit , afin de l'en détourner
, s'il eſt vray qu'il la luy ait
predite auſſi formellement qu'on
le rapporte.Il fut facile à Adrien
de predire ſa mort ſi voſtre Hiſtoire
eſt veritable , puis qu'aprés
l'avoir cherchée par pluſieurs
moyens , il ſe la cauſa
luy-meſme en ſe laiſſant mourir
par deſeſpoir , aprés avoir
mépriſé tous les conſeils de
ſes Medecins. Porphire eſt un
menteur en cette occafion auſſibien
qu'en pluſieurs autres. Je
ſçay bien que les Rabins ſe ſont
imaginé que le Ciel eſtoit plein
de Caracteres , qui nous pouvoient
apprendre bien des choſes
cachées , & que Poſtel s'eſt
GALANT.
95
vanté hardiment d'y avoir lû
confufément tout ce que contient
la nature; mais ce ſont des
viſions indignes de repartie . Je
voudrois bien demander à ceux
qui pretendent faire valoir ce
Rabinage pour qui eſt fait ce
bel ABC des Cieux , puis qu'il
n'appartient pas à l'homme de
connoiſtre les momens de l'avenir
, dont Dieu ſelon l'Evangile
, s'eſt reſervé à luy ſeul la
connoiſſance ? Pour ce qui regarde
le Pape Marcel , il n'y a
rien dans cette hiſtoriette qui
me ſurprenne , quand je fais réflexion
qu'il n'y a guere de Cardinaux
dans Rome , à qui quelque
Aftrologue n'ait promis la
Chaire de Saint Pierre s'ils en
ont voulu écouter. La mort
d'Henry III . n'eſtoit pas extremement
difficile à deviner à
96 MERCURE
ceux qui estoient inſtruits dans
la Politique , & dans les affaires
du temps de ce Roy . La grande
prudence du Landgrave qui jugeoit
naturellement tres - bien
des affaires du monde , luy put
faire donner cet avis. L'Hiſtoire
de Traſule me paroiſt unvray
conte; car comment tant d'hommes
euſſent- ils eſté jettez dans
la Mer ſans que la Iuftice , ou
du moins Traſule en euſſenteſté
avertis ? Mais quand meſme le
fait ſeroit veritable , Traſule
ayant conſideré l'aſſiete du lieu ,
l'air du viſage de Tibere , ou
pluſieurs autres marques qui paroiſſoient
le menacer , put facilement
connoiſtre le dangerou
il eſtoit , & par conſequent le
deviner ; mais pourtant en faifant
croire qu'il le voyoit dans
les Aſtres pour ſe tirer d'affaires .
Mais
GALANT.
97
Mais afin de confirmer ce que
je viens de vous répondre pour
prouver que nous ne devons
ajoûter aucune foy à ce que
nous promet cette ſcience , je
veux encore vous faire voir fes
ridiculitez , fon impieté, ſes dangereuſes
maximes,& fon inutilité
, quand meſme elle ſeroit veritable
dans ſes Predictions .
Entre un nombre preſque
infiny d'impertinences & de
ridiculitez je choiſis celles-cy.
Les Aftrologues judiciaires font
des fignes feconds comme les
Poiſſons , des ſteriles comme la
Vierge, des ſpirituels comme les
Jumeaux , des ſtupides comme
le Taureau , des beaux & des
laids , des gras & des maigres,
de ruminans &de non ruminans
, de coleriques , de patiens,
&c . Ils foûmettent les Regions,
Septembre 1686 . E
98 MERCURE
les Provinces & les Villes à ces
ſignes , par exemple la France
au Belier , l'Italie au Lion , la
Norvegue au Scorpion , Marſeille
au Belier , Paris à la Vierge,
Avignon au Sagitaire. Il n'y
a pas juſques aux parties du
Corps qu'ils ne faſſent ſujettes
à de certains ſignes , comme la
teſte au Belier , le col au Taureau
, &c. Saturne & Mars ſelon
ces ridicules Superſtitieux
promettent une courte vie; lupiter
& Venus une longue ; le
Soleil , des Charges & des commandemens
; Mercure , des
Sciences ; la Lune , des Voyages
Saturne & Mars dans une cer .
taine Maiſon , des miferes& de
la pauvreté , Jupiter & Venus ,
de l'abondance ; le Soleil , de
la beauté ; Mercure de la faveur.
Saturne à les entendre
GALANT.
و ر ا د ش
و
dire preſide à l'Agriculture ,
à aux hor * 77711
Jupiter au Gouvernement, Mars
la Guerre , le Soleil
neurs , Venusaux Amans , Mercure
à la Marchandise , & c. &
tout cela ſans aucune autre raiſon
que celle de l'imagination &
du caprice qu'ils prennent pour
regle des évenemens des choſes
les plus ferieuſes & les plus conſiderables
de la vie. Mais l'Aſtrologie
judiciaire n'eſt pas feulement
ridicule , elle eſt encore
impie dans pluſieurs de fes
Aphorifmes , soumettant la Religion&
les chofes les plus faintes
à ſes extravagances. En voicydes
exemples. Celuy qui naîſtra
, dit Maternus , ayant Saturne
dans la Maiſon du Lion , ſon
ame ira droit en Paradis quand
il mourra . Quiconque priera
Dieu , dit Aponenfis , lors que ,
E 2
100 MERCURE
la Lune eſt conjointe à Jupiter
dans le Lion , quelque choſe
qu'il demande , il eſt aſſuré de
l'obtenir . Il ſuffit , ſelon Alpumaſar
, d'avoir en ſa naiſſance la
Lune conjointe à Jupiter dans
la teſte du Dragon , pour eſtre
aſſeuré que Dieu ne nous peut
rien refufer . Nous devrions aux
Elections des Papes invoquer
Mercure, ſelon Borat en ſa Preface
fur laTheorie des Planetes .
Voicy encore d'autres Impietez
ſemblables tirée de la Somme
Anglicane d'Omer , d'Haly ,
d'Alcabice , de Ville-neuve &
de Schoner, dans leſquels on en .
trouvera pluſieurs autres. Si les
Jumeaux afcendans avec Mercure&
Saturne dans le Signe
du Verſeau , rempliſſent la neuviéme
Maifon , il eſt impoſſible
qu'il n'en naiſſe un Prophete.
GALANT. 101
er
le
a
Mars bien placé dans la neuviéme
Maiſon du Ciel , donne le
pouvoir de chaſſer les Demons
des Polfedez , Tiberius Roſſilia,
nus & un autre que je ne veux
pas nommer pourcauſe, ontofé
faire l'Horoscope de Noſtre-
Seigneur au raport de Petrus de
Aliaco aprés Albert le Grand,
Hieroſme Colombe trouve que
toutes les Vertus de ce Dieu
Incarné font viſibles dans cet
Horoscope , & Cardan qui aime
à dire des choses extraordinai-
- res & qui ſont pour moy tresdifficiles
a croire , pretend que
ſon genre de mort y eſt tout
marquédans une mauvaiſe pofitionde
Mars. Il y en a qui font
Saturne autheur de la Religion
Judaïque , d'où vient le jour du
Sabath des luifs au Samedy ;
- Venus du Mahometiſme , c'eſt
1
E 3
102 MERCURE
pourquoy le Vendredy y eſt refpecté
,& la Luxure cruë une
grande felicité . Ils croyent le
Şoleil autheur de la Chrétienté ,
&que par cette raiſon nous avons
mis noſtre Dimanche au
jour ſoumis à cette Planete.le ne
veux point répondre à toutes
ces extravangantes Impietez .
Bardeſanos Sirien , le plus ſage
des Caldéens , leur va répondre
mieux que moy dans Eufebe. *
Vous diviſez , dit- il , le monde
en ſept Climats , dominez par
chaque Planete ; mais ſous chaqueClimat,
combien de Nation ?
Sous chaque Nation combien
de Provinces ? Sous chaque Province
combien de Villes differentes
en Loix , en Dieux & en
Religions ! Aux Indes ſous un
meſme Climat, les uns mangent
* Liv. 6. Chap. 18. de la Pr.
GALANT. 103
les hommes , les autres s'abſtien.
ne de toute chair ; les uns adorent
les Idoles , les autres n'en
reconnoiſſent aucune. Les Magiciens
qui ſortent de Perſe en
quelque lieu qu'on les tranſporte
, ſont inceſtueux ſelon leur
coûtume , & les Juifs épandus
par tout le monde , ſous quelque
Climat qu'on les loge , ne
changent ny de Religion ny de
façon de vivre. Enfin un Peuple
partd'un Climat & va donner
de nouveaux Dieux & de nouvelles
Loix à l'autre , ſans que le
Climat où il va luy aporte aucun
empeſchement. Les Forests, les
Montagnes & les Rivieres rendent
plûtoſt les Loix differentes
que les Climats & les Signes.
Les Coûtumes & les Victoires
reduiſent les Loix en une,en dépit
des Climats de Saturne ,de
E 4
104 MERCURE
Iupiter & des autres Planetes.
En effet , d'où vient qu'aux Provinces
où autrefois Venus &
Mercure eſtoient adorez , ces
Signes eſtant au meſme lieu ,
cependant les Dieux en ſont abolis
& chaſſez ; & comment la
Loy Judaïque dure-t- elle encore
fous tous lesClimats,quoy.qu'elle
ſoit bannie du ſien propre ?
Comment la Religion Mahometane
ſubſiſte- t-elle où fut autrefois
le Chriſtianiſme,& laChreſtienne
où eſtoient autrefois
les ſanglans Autels de Saturne
&deMars?Est- ce que les Signes
qui préſidoient dans le lieu où
regnoit , par exemple , la Loy
Judaïque , ont changé de place
dans les Cieux pour la ſuivre en
quelque lieu qu'elle ait eſté por
tée ? Il faut que ces Aſtrologues
foient reduis à faire cette imperGALANT.
105
tinente réponſe , ou à avoüer
que leurs raiſonnemens ne font
fodez que ſur l'erreur & le menfonge.
Il eſt maintenant facilede
faire voir , après ce que je viens
de dire , les dangereuſes confequencesde
cette Science , puis
quetoute forted'Impieté ne peut
fortir que d'un ſujet ſuſpect &
dangereux. Je veux pourtant
ajoûter icy quelques penſées qui
ne ſont pasde moy, pour confir
mer le danger qu'il y a des'appliquer
àl'étude de toutes ces folies
& extravagances . Origene rapporté
par Euſebe,* dit nettement
que ſi les Aſtres ont quelque
pouvoir for noſtre volőté, il s'enfuit
premierement que nous ne
ſommes pas libres , & par confequent
que ne pouvant meriter
ny demeriter , nos actions ne
ſont dignes ny de loüange , ny
* Liv. 6. de pr. Evang. cap.9.
A
Es
106 MERCURE
de blâme. Secondement , que
noſtre Foy , la venuëdu Sauveur
du monde , & toutes les Prédications
des Apoftres ſont inutiles
. Troiſièmement , qu'on ne
peut avec juftice nous imputer
les plus grands crimes , puis que
nous y tombons par la dure neceffité
que Dieu nous impoſe par
les influences des Aftres. Quatriémement
, qu'il eſt inutile de
prier , de faire des voeux , & de
demander à Dieu le ſecours de
ſesgraces. Hé bien,en faut-il davantage
pour convaincre ceux
qui ont unpeu de Religion , de
l'horreur que l'on doit avoir
d'une Science , dont les confequences
font & pernicieuſes. S.
Bafile ajoûte cette reflexion : Si
le bien&le malque nous faiſons,
ne fontpas en noſtre liberté,&
qu'ils dépendent de la neceffité
GALANT . 107
fataleque nous impoſent les in-
Auences des Planetes dans nôtre
naiſſance , en vain les Legiflateurs
ont preſcrit ce qu'il faut
faire & ce qu'il faut fuir.En vain .
les Juges honorent la vertu , &
puniſſent le crime . Enfin ſi noftre
naiſſance nous impoſe une
neceſſité d'agir , nous ne pouvons
ny loüer les Gens de bien ,
ny blâmer les Impies , dit * Saint
Ambroise. Il eſt vray que les Aftrologues
ludiciaires diſent que
lesCieux ne font qu'inclinerſans
forcer perſonne , que le Sage
donne la loy aux Aſtres , Sapiens
dominabitur Aftris , & qu'on doit
prendre leurs regles comme tenant
le milieu entre le poſſible
&le neceffaire ; mais toutes ces
proteſtations ne font faites que
pour ofter le ſcrupule àceux qui
*Lib. 4. Hexamer.cap-4.
E6
108 η
MERCVRE
feroient fans cela confcience de
les écouter : car quand il s'agit
de pratiquer leur Art,ils prononcent
auſſi déciſivement, que fi
au lieu d'animaux libres & raiſonnables
, nousn'eſtions que de
vrayes Marionnettes attachées.
aux Aſtres par des influences ..
comme par des cordes,de qui
nous receuſſions tous nos mouvemens
, ſans en avoir aucun de
propre. Enfin quand meme
l'Aftrologie Judiciaire ne ſeroit
ny ridicule , ny impie , ny dangereuſe
, elle ſeroit encore à
mépriſer à cauſe de ſon inutilité
, parce que le bien qu'elle
promet , nous deſeſpere s'il.
ne vient pas, & s'il vient, l'attente
en eſtennuyeuſe ,& l'efperance
en diminuë ce qu'il y a de
plus ſenſible ; & fi elle nous me
nace de mal, l'imagination nous
?
GALANT . 109
F
le fait ſentir avant qu'il arrive; &
s'il n'arrive pas , la crainte n'a
pas laiſſé de nous faire fouffrir
quelque peine.
PHILONTE ..
En voilà affez pour me faire
avoir de l'horreur pour cette
Science , du mépris pour ceux
qui la mettront en pratique ; de
la compaffion pour la foibleffe &
la fotte facilité de ceux qui leur
en donneront occafion , & en
même temps pour m'engager à
mettre au nombre des choses
difficiles à croire tout ce qu'on
pourra dire en faveur des Faiſeurs
d'Horoscopes , & autres
pareils Charlatans celestes .
On fait des Automnes comme
des Printemps , & puis que
nous commençons à entrer dans
cette ſaiſon , je vous en envoye
un de Monfieur Luder..
110 MERCURE
AIR NOUVEAU.
Raisin , dont l'Amour
Doux Raisin
puissance ,
L'implore à mon secours vostre ai
mable liqueur ;
Ius divin , toſt , coulez jusqu'au
fondde mon coeur ,
Et faites-y toûjours regner l'indif.
ference.
Maisbelas ! plus je bois de ce jus
de l'Automne ,
Plus Climene me rend ſenſible à
fes appas,
Ab! j'ay beau m'enyorer, la raison
m'abandonne ;
Mais le cruel Amour ne m'aban
donnepas.
Je ne vous ay point parlé d'un
Carrouſel qui s'eſt fait depuis
quelque temps à Florence , &
GALANT.
qui repreſentoit la Sageffe& la
Valeur , ſous la conduite de
Monfieur le Prince Ferdinand,
Fils aiſné de Monfieur leGrand
DucdeToſcane. C'eſt un Prin
ce fort bien fait , âgé ſeulement
de vingt trois ans , grand , de
belle taille , & qui eſt tres bien
à cheval. Comme il a eſté élevé
dans tous les Exercices Militaires,
il a voulu prendre pour
ſujet de cette Feſte Pallas &
Mars,qui envoyent leurs Champions
contre les Hydres , & autres
Monſtres qui troublent le
repos de la Terre. Le jour qui
avoit eſté choisy pour ce grand
Spectacle eſtant arrivé , Monfieur
le Prince Ferdinand ſe ren--
ditdans la grande Place qui eſt
devant l'Eglife de Sainte Marie
Nouvelle , à la teſte de trois
Quadrillesde Pallas ,& de trois
112 MERCURE
autres Quadrilles de Mars com
poſées des Gentilshommes les
plus qualifiez de Florence. La
premiere Quadrille de Pallas
portoit jaune & argent, la feconde
noir & argent. Tous leurs
habits eſtoient magnifiques ,
aufſibien que ceux des Chevaliers
des trois Quadrilles de
Mars, dont les couleurs eſtoient,
le blanc , le vert , & le bleu ,
meflez avec l'or. Toutes ces
Quadrilles ſe placerent au milieu
de la Place , qui estoit environnée
d'échaffauts dreſſez en
ovale , & peints en marbre avec
des Corniches. Il y avoit alentour
fix rangs de degrez , & un
grand nombre de Loges pour les
Spectateurs . Celle de Monfieur
leGrand Duc de Toſcane eſtoit
toute peinte , & la dorure n'y
avoit pas eſté épargnée. Quan
GALANT.
1134
!
tité de Vaſes & de Statuës contribuoient
à fon ornement. Ma.
dame la Grande Ducheſſe Mere
, les Princes & les Princeffes
y eurent place , ainſi que la plus
grande pattie de la Cour. Il y
eut pluſieurs Choeurs de Muſique
, compoſez de differens Inſtrumens
, & des meilleures voix
d'Italie. Monfieur le Prince Ferdinand
, accompagné deMonfieur
le Marquis Corſini , Mareſchal
de Camp , rangea les fix
Quadrilles à droit & à gauche.
Il eſtoit tout brillant de pierreries
, & veſtu à la Romaine , &
avoit autour de luy quantité de
Pages & d'Eſtafiers. Les Chevaliers
des Quadrilles eſtoient
auſſi habilez à la Romaine. Mars
&Pallas qui les commandoients
eſtoient dans de magnifiques
Chars. Auſſi- toſt que ces deux
114
MERCURE
1
Divinítez eurent donné le fignal
, chaque Chevalier ſe prepara
à combatre , & les Monſtres
fortant des Cavernes , couvrirent
le Champ de Bataille, &
ferangerent en un Corps quarré
qui faifoit face de tous coſtez
pour le combat. Monfieur le
Prince Ferdinand , fuivy de
fes Chevaliers , alla la Lance
a la main , & défit les Monſtres
avec une adreſſe quiattira
mille cris de joye des Spetateurs.
L'applaudiſſement fut
general , les Trompetes & les
Timbales ſe firent entendre ,&
un Choeur de Muſique ayant
ſuivy , ce jeune Prince s'avança
juſqu'au milieu de la Place à
la teſte de's Chevaliers de Pallas ,
pour faire le coup de Piſtoler ,
avec ceux de la Quadrille de
Mars qui luy eſtoit oppoſée. Ils
GALANT. 115
caracolerent , & firent des voltes
, paſſant ſouvent les uns devant
les autres , aprés quoy toutes
les quadrilles ſe diſpoſerent
à un Combat general avec l'épée.
Il ne fut pas fi-toſt commencé
que Mars & Pallas
rappellerent leurs Chevaliers,
& les inviterent à la Paix par
divers Choeurs de Muſique.
Monfieur le Prince Ferdinand
revint à ſon premier poſte auprés
des Divinitez , & fit des
courbettes en differentes voltes
avec une grace merveilleuſe.
Les Chevaliers ſe rangerent autour
de luy en faiſant pluſieurs
figures , dont la derniere eſtoit
en forme de demy-Lune. La
Feſtes'eſtantterminée par là, ils
défilerent au bruit des Timbales
& des Tromperes , ayant ce
jeune Prince à leur teſte .
116 MERCURE
Je me souviens , Madame,que
vous m'avez demandé ce que
c'eſt que les Boucaniers , ou Flibuſtiers
. Apparemment l'envie
deles connoiſtre ne vous eſt venuë
que depuis qu'un Livre nouveau
, quia paru depuis peu , a
donné occafion de parler d'eux.
Je puis vous en dire des particularitez
fans le ſecours de ce Livre
, puis que j'ay veu & entretenu
un Boucanier François , de
qui j'ay appris toutesleurs Coûtumes
. Il n'y a pas fort longtemps
que leur nom eſt generalement
connu en ce mondecy.
Il n'eſtoit auparavant celebre
que dans l'Amerique , dont ils
font l'eff oy & la terreur. Vous
ſçavez que la pluſpart des Americains
avoient cette barbare
coûtume de brûler & de rôtir
leurs Ennemis , lors qu'ils les
GALANT .
117
k
avoient pris en guerre . Le lieu où
ils exerçoient cette cruauté s'appelloit
Boucanen leur Langue ,
&de la l'action a eſté nommée
Boucaner. Les Européens habitans
de l'Amerique , eſtant ſouvent
obligez d'aller à la Chaſſe,
foit pour leur ſubſiſtance , ſoit
pour le commerce des cuirs ,
rôtiffoient & fumoient la viande
des Beſtes qu'ils avoient priſes ;
comme les Naturelsdu Pays celle
deleurs Priſonniers , & c'eſt
par cette raiſon que le nom de
Boucaniers leur a eſté donné.
Leur premier employ fut donc
ſeulementd'aller à la Chaſſe des
Sangliers , dont ils vendoient la
viande , ou des Boeufs ſauvages,
dont ils envoyoientles cuirs en
Europe, & c'eſt encore plus particulierement
cette derniere efpece
de Chaffeurs qu'on appelle
118 MERCURE
1
1
Boucaniers. Ces gens- là qui n'avoient
point d'autre moyen de
ſubſiſter , qu'un Métier ſi dur &
penible , ſe firent une habitude
des fatigues les plus grandes ,
& formerent differens petits
Corps , plus redoutables par
leur courage & par leur intrepidité
que par leur nombre. Il
y a des Boucaniers de toutes les
Nations Européennes qui habitent
l'Amerique ; mais comme
les Eſpagnols font laNation
la plus puiſſamment établie dans
le nouveau Monde , & qu'il n'y
en a preſque point de ſi miferables
entre eux qui ne trouvent
moyen d'y faire fortune , les
Boucaniers Eſpagnols moins
preffez par la neceffité que les
autres, ſe ſont auſſi moins aguerris
,& on ne compte pour vrais
Boucaniers que ceux d'entre les
François , Anglois , ou Hollan
GALAN T. 119
dois , qui ſe ſont mis à exercer
cemétier. Ceux-cy dégoûtez du
peu de profit que leur apportoit
la Chaffe , à proportion des peinés
qu'elle leur coûtoit , & prenant
l'occaſion des Guerres qui
ſurvenoient entre l'Eſpagne &
les Couronnes dont ils dépendoient
, commencerent a pirater
ſur les Eſpagnols , & à piller les
ljeux qui les reconnoiſſoient
pour Maiſtres. L'Eſpagne eſt preſentement
ſi foible en Amerique,
& les Boucaniers ſont ſi bons
Soldats,que preſque toutes leurs
entrepriſes leur ont réuffi. Les
Avanturiers ne craignent point
de ſe mettre ſur un petit Canot,
tout au plus ſur une méchante
Barque , & d'aller aborder un
grad Vaiſſeau qui portera beaucoup
d'hommes & de Canon ;
& ce qui vous paroiſtra peut
120 MERCURE
eſtre inconcevable , ils font fi
déterminez qu'ils le forcent à
ſe rendre. Lors qu'ils font maiftres
d'un bon Vaiſſeau , ils ſongent
à de plus hautes entreprife.
lls entrent dans les Ports d'Efpagne
,& pillent des Villes tresriches
. Le Boucanier que je vous
aydit d'abord que j'avois entretenu
, s'eſtoit trouvé au pillage
de Vera Cruz,dont on a tant parlé.
Ilm'a conté quantitéde choſes
qui regardent , ou leur difcipline,
& la forme de leur Gouvernement
, ou leur Hiſtoire ,
& leurs Avantures . Ils n'ont
point de General en Amerique ;
ilsn'ont que des Commandans
particuliers , qui ne le font que
pour l'Expedition que l'on va
faire. Ils font élûs à la pluralité
des voix,ou reconnus pour Com.
mandans parce que le Vaiſſeau
eſt
1
GALANT. 121
2
eſt à eux , ou qu'ils font d'une
réputation établie. Quelque fois
ils compoſent une petite Flote
de cinq ou fix Vaiſſeaux , qui
font ordinairement en mauvais
eſtat ,& ſeulement redoutables
par le courage de ceux qui les
montent. Avant que de partir
pour leur entrepriſe , ils font
entre-eux un accord par lequel
ils conviennent de la maniere
de partager la proye , de
la part qu'y aura le Commandant
, ſon Lieutenant , & les
autres , ſelon leurs divers emplois
, ou felon ce qu'ils fournifſent
pour l'expedition. On arreſte
auſſi de donner tant par
deſſus ſa part legitime à celuy
qui montera le premier ſur un
Vaiſſeau Ennemy , & tant à celuy
qui aura eſté eſtropié de
tels membres . Enfin ils n'ont en
Septembre 1686 . F
122 MERCURE
veuë dans un tel accord que
d'éviter la diviſion qui pourroit
ſe mettre entre eux , d'animer
leurs gens à bien faire ,& de
leur propoſer des recompenſes
capables de les porter à ne s'épargner
pas , carle defir de la
gloire n'a aucune part à leurs
belles actions ; ce n'eſt que le
gain. le nedoute point que vous
ne ſoyez ſurpriſe de la Religion
de cesgenslà. Dés qu'ils découvrentun
Vaiſſeau Eſpagnol , ils
font la Priere , & demandent à
Dieu fortdevotementqu'ilyfaffe
trouverun Butin conſiderable ,
& qu'ils puiſſent s'en rendre
maiſtres , aprés quoy ils ſe preparent
à l'attaquer. Mon Boucanier
m'a dit que les François
Catholiques & les Anglois Proteſtans
allant enſemble en courſe,
faiſoient tous les jours la PrieGALANTA
123
re chacun à leurmode , & que
meſme dans les Villes qu'ils pillent
,& où ils ont toute forte de
licence , fi un Proteftant faifoit
une irreverence remarquable à
l'image d'un Saint, le Confeil de
Guerre ne manqueroit pas de
luy faire caffer la teſte. Ils ont
quelquefois furpris des Villes
qui fe feroient défenduës contre
des Sieges reguliers , & quinont
pû se défendre de la fureur de
ces determinez Boucaniers , à
qui l'efperance dul pillage fait
entreprendredes choſesquione
paroiffent preſque pas humai.
nes. Quand les Habitans d'une
Ville font avertis de la matche
des Avanturiers,ils commen
cent par fuir dans le Bois & ; y
emportent le plus qu'ils penvét
de leurs richeſſes ,& de ce qu'ils
ont deplusprecieux, tant on fe
F2
124
MERCURE
trouve remply de terreur à leur
ſeule approche ,& tant on eſt
perfuadé qu'on reſiſteroit inutilement.
Les Boncaniers , Maiftres
d'une Ville ,y trouventtoûjours
affez dequoy piller , quel.
que abandonnée qu'elle puiſſe
eſtre , mais ils envoyent encore
dans les Bois differens Partis ,
qui y découvrent les Habitans ,
&qui les font Priſonniers afin
de les mettre enſuite à rançon.
Après une priſe conſiderable ils
font tous riches mais au bout de
quelques mois aucun d'eux n'a
rien. Ils ſe jettent dans les dé-
1
bauches les plus outrées ſi - toſt
qu'ils ont de l'argent ,& ils le
répandent avec autant de déreglement&
de folie , qu'ils ont
eu de courage & de hardieſſe
pour le gagner. De là vient que
leurs Courſes ſont fort frequen
GALANT. 125
tes , & qu'à peine revenus d'une
expedition ,il faut qu'ils ſongent
à en commencer un autre.
Le Mercredy 14. de ce mois
Monfieur de Faucon de Ris ,
qui pendant pluſieurs années a
exercé l'Intendance de Bordeaux
avec tant de gloire , &
qui avoit eſté nommé par le Roy
Premier Preſident en ſon Parlement
de Normandies, arriva
en fa Terre & Maison de Chari
leval , à cinq lieuës de Roüen,
&il en partit le lendemain , jour
de la Feſte de l'Aſſomption ,
pour venir prendre poffeffion de
ſa Charge. Si toſt que la nouvelle
en eut eſté répanduë , tous les
- Officiers ordinaires de la Ville
ayant en teſte leurs Capitaines
ou Lieutenans , avec leurs Dra
peaux , & Trompettes , allerent
- à cheval au devant de luy jul-
F3
126 MERCURE
qu'à la premiere Poſte , & les
autres à pied juſqu'à S. Paul,
quieſt au bas de la Montagne
Enſeignes déployées , & Tam.
bours battans , pour le recevoir
& l'accopagner juſqu'à fonHoſtel
. Il arriva avec un fort grand
Cortege de Caroſſes à fix chevaux
, où eſtoient les Perſonnes
les plus qualifiées de la Ville,
dont il avoit eſté ſaluée ſur ſa
route. Il fortit d'ailleurs une fi
grande quantité de peuple que
le chemin& les ruës en étoient
toutes bordées. La joye eſtoit
generale de voir le quatrième
Succeſſeur de la meſme famille,
en une charge ſi éminente que
ſes Anceſtres ont fi dignement
remplie. 11 fut falué de la Moufqueterie
à diverſes repriſes, fur
ſa route & devant fon Hoſtel.
La Ville le complimenta , ayant
GALANT. 127
à ſa teſte Monfieur Tabouret
premier Eſchevin , & il en receut
les Preſens accoûtumez
Pluſieurs Corps le complimenterent
encore le lendemain , &
le preſidial y envoya fix deputez ,
qui furent Monfieur du Montier,
Lieutenant Criminel , quatre
Conſeillers , & Monfieur
Brunel Procureur du Roy , dor t
je vous ay fait connoiſtre l'eſprit
&le merite en une autre occafion.
Monfieurdu Montier porta
la parole. Il avoit eu le jour precedent
une vapeur terrible qui
l'avoit fait croire mort , & ce fut
là le ſujet de fon Diſcours . Il dit
àMonfieur de Ris que la joye
de luy voir reprendre la place
de ſes Peres le rappelloit à la vie,
& qu'il ne devoit pas eſtre ſurpris
que ſa preſence fiſt de ſi
grands effets dans la Compa
F 4
128 MERCURE
gnie dont il eſtoit Deputé , puis
qu'elle avoit eſté toûjours attachée
aux grands hommes de ſa
Maiſon qui avoient eſté Chefs
du Parlement ; que cet attachement
eſtoit fondé ſur celuy
qu'elle a toûjours eu pour le
fervice du Roy, & que le ſervice
du Roy avoit toûjours eſté le
feul but que ſes Anceſtres s'étoient
propoſé dans toutes leurs
actions. Il donna à cette penſée
toute l'étenduë qu'elle meritoit,
& fon compliment fut tresapplaudy
. S'il en receutde grandes
loüanges , il en reçoit tous les
jours beaucoup davantage , &
de ſon habilité , & de l'exactitude
qu'il a à remplir tous les devoirs
de ſa Charge. Le meſme
jour Meſſieurs du Chapitre de la
Cathedrale de Roüen luy envoyerent
des Depütez , & MonGALANT.
ונפ
fieur le Pigny quien eſt Archidiacre
, porta la parole , avec le
meſme applaudiſſement qu'il a
eu toutes les fois qu'il a parlé en
public. Voicy les termes dont il
_ ſe ſervit. 23175
MONSEIGNEUR ,
L'Eglise de Roven nous a députez
pour vous marquer la joye
qu'elle a de vous voir reprendre une
place que vos illustres Ayeux ont
tenuë pendant unfi long temps avec
tant d'éclat & tant de gloire.
Lesſervices importans qu'ils ont
rendus à l'Estat , &fur tout lafermeté
inébranlable avec laquelle ils
ont maintenu l'autorité du Roy , au
milieu des tempestes qui ont tant
de fois agité cette Province pendant
leur Magistrature , leur ont
acquis de noms fameux dans l'Hi130
MERCURE
stoire que jamais le temps n'effa.
cera &fait meriter des récompenfes
de nos Rois , qui combleront
d'une gloire immortelle toute leur
posterité. Mais Monseigneur,
l'integrité avec laquelle ils ont
rendu la justice à la teste de cet
auguste Parlement , la grandeur
de leur ame, foûtenuë par la nobleffe
de leur Extraction , la beauté
de leur esprit jointe à une éloquence
victorieuse , & à une érudition
profonde, leur probité infigne , leur
defintereſſement , qui les a toûjours
élevez andeſſus des gains fordides
&des pratiques baſſes qui obfcurciffent
quelquefois la ſplendeur du
Corps de la Iustice; c'est ce qui a
attiré sur leurs personnes les bene.
dictions du Ciel , &c'est ce quifait
encore aujourd'huy fortir de la bouchedes
Peuples mille loñanges , que
L'envie & la jalousie ne pourront
jamais fleſtrir.
GALANT.
131
C'est au ſouvenir charmant de
toutes ces vertusſi rares &fi extraordinaires
que nous voyons aujourd'huy
revivre fi heureusement
envostre personne , que nous aban
donnons nos coeurs aux transports
de la joye la plus parfaite & la
plusfincere. C'est par là que nous
oublions avec plaisir cette parentheſe,
qui ne nous a privez pour
un temps devostre Perſonne , qu'a
fin que vostre retour fust plus glorieux
, ſemblable à ces nuages qui
ne nous cachent le corps du Soleil,
qu'afin qu'il répande ensuitefa lumiere
avec plus de force & avec
plus de vivacité. Ainsi, Monfeigneur,
vostre absence & voſtre éloignementn'ontſervy
qu'à nous fournir
de nouveaux sujets d'admirer
voſtre vertu , par l'avantage que
vous avez eu de réäſſir dans toutes
les affaires importantes que Sa
F6
132 MERCURE
Majesté vous a confiées , ſoit dans
Ses Conseils,foit dans l'Intendan.
ce deſes Provinces , où voſtre probité,
voſtre prudence , voſtre habileté
, ont égalé , pour ne pas dire
Surpassé, toutes les vertus de vos
Ancestres.
C'est ce qui rend auſſi voſtre entrée
dans toute cette grande Province
fi agreable ; car la Dignité
que vous poſſedez , & qui est comme
hereditaire dans vostre illustre
Maiſon , n'auroit pas l'éclat & le
relief qu'elle a ,si vousy veniez
comme les autres par un droit de
fucceſſion ; mais y entrant , comme
vous faites , par le choix , par la
préference , & par le don du plus
grand Monarque qui ait jamais
regnésur la Terre , eft il rien qui
foit comparable à vostre gloire, estil
rien qui égale vostrefelicité ?En
effet , quelque magnifique que foiz
GALANT.
133
ce don, je puis dire qu'il devient
encore infiniment plus precieux par
lamain Royale qui vous le donne,
& je puis à ce ſuiet vous faire
Souvenir desparolos du Poëte , Non
tam ex dono quam quia dediſti .
C'est par cette actionfiſignalée de
fajustice que le Roy s'acquitte envers
voſtre Famille , ou pour mieux
dire , couronne en voſtre personne ,
tous les merites& tous lesſervices
des grands Perſonnages , auſquels
vous avezla gloire defucceder Faf-
Se le Cielque vous en ioü:ffiezlongtemps
pour la gloire de Dieu , pour
l'honneur du Royaume,pour la tranquillitépublique
, &pour la fatis
factionde tous les gens de bien. C'est
dans cet esprit que nous venons
vous offrir les reſpects d'une Compagnie
Ecclefiaftique , qui a eu toû
jours le bonheur d'estre cherie&
d'estre protegée par vos illustres
134
MERCURE
Ayeux. Elle espere que vous luy continuerezla
mesme faveur ; &c'eſt ,
Monseigneur, le ſuiet de nos treshumbles
prieres & denoštre Députation.
Monfieur de Ris répondit à
cetteHarangue, avec beaucoup
de vivacité d'eſprit , & d'honneſteté
, ainſi qu'à toutes les
autres , qui luy furent faites par
tous les Corps Seculiers & Reguliers.
Le Mardy 17. il alla au
Parlement commencer les fonctions
de ſa Charge. Toutes les
Chambres s'eſtant aſſemblées il
ſe mit àgenoux ſur un Carreau
qu'on luy preſenta , & preſta le
Serment ordinaire à portes cloſes.
Il fut harangué à l'Audience
parMonfieur le GuerchoisProcureurgeneral
, dont l'eloquence
eſt connuë , & par Monfieur
GALANT.
136
de Languerie Avocat General ,
qui fut écouté avec beaucoup
de plaifir. Aprés qu'ils eurent
parlé , Monfieur de Ris fit un
excellent & judicieux Diſcours
fur le merite & la dignité de ſa
Charge, fur les obligations de
tous ceux dont leCorpsdu Parlement
eſtoit compofé , & fur
l'obſervation indiſpenſable des
Loix ſelon les intentions de Sa
Majesté , & les Ordonnances
des Roys ſes Predeceſſeurs Tout
le monde s'écria fur la beauté
deceDifcours , & quand l'Audience
fut finie,Monfieur le Premier
Preſident retourna en fon
Hoſtel , où il regla avec beaucoup
de magnificence une partie
de Meſſieurs du Parlement , ce
qu'il continua de faire les jours
fuivans-
Je vous ay déja marqué que
136 MERCURE
r
Me l'Abbé d'Harcourt eſtoit
mort ſur la fin du dernier mois.
Ilavoit eu une affez longue indiſpoſition
qui l'avoit obligé à ſe
mettre en chemin pour aller
prendre des eaux. On les avoit
jugées neceſſaires pour l'entier
rétabliſſement de ſa ſanté , &
ſon mal l'ayant repris tout à
coup , il eſt mort preſque ſubitement.
Il eſtoit Frere de Monſieur
le Comte d'Armagnac ,
grand Ecuyer de France , de
Monfieur le Chevalier de Lorraine
, de Monfieur le Comte de
Marfan,&de Monfieur le Chevalier
d'Harcourt , & Fils de
feu Monfieur le Comte d'Harcourt,&
d'une Niepce de Monſieur
le Cardinal de Richelieu ,
Veuve de Monfieur de Puylaurens.
Monfieur le Comte d'Harcourt
eſt ſi connu dans l'Hiſtoi
GALANT.
137
re par le gain de differentes Batailles
, & par la priſe de plu
ſieurs Places importantes qu'il
me ſeroit inutilede vous en parler
. Le Roy a donné à Monfieur
l'Abbé de Lorraine,Fils de Monſieur
le Comte d'Armagnac ,
l'Abbaye de S. Faron de Meaux
que poſſedoit feu Monfieur l'Abbé
d'Harcourt ſon Oncle.
Voicy la troiſième ſuite de
l'Histoire des Estampes que je
vous promis la derniere fois .
Voustrouverez dans cette Liſte
les Estampes qui reſtent de feu
Monfieur le Pautre. C'eſtoit un
des plus fameux Graveursde ce
Siecle , & celuy qui a le plus travaillé.
Auſſi ſes Ouvrages , qui
font eſtimez de tout le monde ,
- ont-ilseſté ſi fort recherchez ,
- qu'on n'en trouve plus que ce
- qui fuic.
138 MERCURE
Vo Livre de Portraiture , de
douze feüilles , pour apprendre
à deſſiner. Ileſt remply d'yeux ,
debouches , & de pluſieurs autres
parties du corps .
Un Livre de douze feüilles ,
contenant les principaux ſujets
de la Bible.
Un Livre de Serrurerie,douze
feüilles , remplyde Balcons , de
grilles , de cloſtures , de rampes ,
heurtoirs , gonds , & generalement
de tous les Ouvrages de
Serrurerie qui peuvent faire paroiſtre
l'invention , l'adreſſe , &
l'eſprit de l'Ouvrier.
Un Livre d'Academies , de
fix feüilles , remply de figures
Academiques pour apprendre à
deſſiner.
Vn Livre de Cheminées , de
fix feüilles , contenant pluſieurs
Profils d'Architecture , Bas - reGALANT.
139
liefs , & generalement tout ce
qui peut fervir d'ornement aux
cheminées...
Vn Livre de Parterres , de fix
feüilles . On y voit des Compartimens
pour toutes fortesde Parterres
, ſelon leur ſituation.
Vn Livrede Lits , de fix feüilles.
Ces Lits , qui ſont faits fur
ceux des anciens Romains , ſont
aujourd'huy appellez Lits d'Anges.
On en fait depuis quelques
annéesde tant de manieres differentes
, qu'à peine en trouvet-
ondeux ſemblables .
Vn Livre de Tables , & de
Miroirs ,de fix feuilles , remply
de differens Deſſeins de bordures
de miroir , & de pieds deTables
de differentes figures .
Vn Livre de Friſes en travers,
de fix feüilles. Les Friſes en travers
font pour mettre dans les
Corniches d'Architecture .
140
MERCVRE
Vn Livre de Termes , de fix
feüilles. Ces Termes font , tant
pour mettre dans les Jardins, que
pour employer dans l'Architeture.
-Un Livre de Paneaux , de fix
feuilles . Ce font des Paneaux
d'ornemens pour des Lambris ,
pour des Chambranles,pour des
Plafonds , & generalement pour
tous les endroits où l'on peut
mettre des Paneaux . 3
Un Livre de mauſolées , de fix
feüilles . Ce ſont des mauſolées
antiques.
Un Livre de Veües de Jardins,
de fix feuilles .On y voit des pontaines
, & tour ce que les Veuës
differentes peuvent fournir.
Un Livre de Cartouches ,
pour enfermer del'Ecriture , de
fix feüilles .
Un Livre d'Orphevrerie , de
1
GALANT. 141
fix feüilles . On y voit des Chafſes
, des Calices , des Figures,
des pieds de Croix , & beaucoup
d'autres Ouvrages que
l'Orphevrerie peut fournir.
Un Livre de Païſages ,de fix
feüilles.
Un Livre de Nopces de
Village.
Un Livre de Jeux de Paſto
relles , de fix feuïlles .
Tous ces Livres ſe vendent
chez laVeuve de Monfieur le
Pautre , ruë S. Jacques , proche
la Fontaine Saint Benoiſt.
Les formalitez qui ont eſté
établies par les Ordonnances
pour les Mariages des Enfans
de Famille , ne pouvant eſtre
obſervées à l'égard de ceux dont
les Peres & Meres , Tuteurs ou
Curateurs ſe ſont retirez dans
les Pays Etrangers , pour éviter
de faire abjuration de la Reli
141 MERCURE
gion Prétendue Reformée , qui
n'eſt plus ſoufferte en France,
le Roy , comme Pere commun
de tous ſes Sujets , trouvant à
propos de pourvoir à la ſeureté
de ces Mariages , donna le 6 .
du mois paſſé une Déclaration
qui permet aux Enfans de Famille
, élevez dés leur enfance dans
la Religion Catholique , ou
nouveaux Convertis , de ſe marier
, ſans qu'ils ſoient obligez
d'attendre ny de demander le
conſentement de leurs ; Peres&
Meres , ou de leurs Tuteurs &
Curateurs qui font fortis du
Royaume, à condition qu'avant
que de paſſer le Contractude
Mariage ils feront une Affem
blée de fix de leurs plus proches
Parens ou Alliez, tant paternels,
que maternels , devant le Juge
Koyal des lieux &le Procureur
-4157 alb notatuide sus ob
GALANT.
143
de Sa Majesté ; & s'il n'y a point
de luge Royal , cette Aſſemblée
fe fera devant le Juge
ordinaire des lieux , le Procureur
Fiſcal de la Juſtice preſent.
Au defaut des Parens & Alliez,
ils aſſembleront fix Amis ou
Voiſins , qui donneront leur avis
&conſentement, s'il y échet, &
figneront le Contract de Mariage
, dont il leur ſera expedié
tous Actes neceſſaires fans aucuns
frais. Cette Declaration
fut enregiſtrée au Parlement
le 21.du meſme mois.
Quand les Eſpagnols trouvent
quelque occaſion de faire
éclater leur galanterie , ils font
connoiſtre qu'ils n'oublient pas
les leçons que les Maures de
Grenade leur ont autrefois donnée.
Vous en allez trouver une
preuve dans les honneurs que
144 MERCURE
Monfieur le Marquis del Carpio
, Vice-Roy de Naples , a
rendu à Madame la Ducheſſe
de Bracciane. Je ne vous dis
pointde quel merite eſt cette
Ducheſſe , tant pour l'agrément
de ſa perſonne , que pour la
beauté de ſon eſprit , & la delicateſſe
de ſes ſentimens. Je ſçay
que vous en avez entendu parler
à pluſieurs perſonnes qui la
voyoient fort ſouvent pendant
qu'elle estoit icy. Elle eſt Soeur
de Monfieur le Duc de Noirmonſtier
, de Madame la Marquiſe
de Royan , & de Madame
la Princeſſe de Belmont. Monſieur
le Duc de Bracciane , ſon
Mary , eſt de la Maiſon des
Urſins. C'eſt aſſez vous dire,
pour vous apprendre qu'il eſt
d'une tres - grande naiſſance.
Cette Ducheſſe ayant envie de
voir
(
GALANT.
145
voir la Ville de Naple , & Mon
ſieur le Marquis del Carpio luy
ayant fait témoigner le plaifir
qu'il ſe feroit de l'y recevoir,
elle partit de Rome le premier
de Iuin , accompagnée de Monfleur
le Prince de Belmont , fon
Beaufrere , & alla ſouper à Albano
, où elle fut receuë par le
Prince & par la Princeſſe Savelli.
Enfuite elle alla coucher à Gia.
nerane , & y demeura tout le
lendemain juſques au ſoir, qu'elle
en partit pour Neptune. Elle
ytrouva deux Galeres de l'Eſcadre
de Naples , que le Viceroy
avoit envoyées pour luy faire
faire le trajer. Dom loſeph d'Aglere,
Favory du Viceroy , la fit
monter avec toute ſa fuite , fur
celle qu'on appelle Les trois Rois.
LaPoupe en étoit richement ornée,&
au lieu deSoldats elle ne la
Septembre 1686. G
146 MERCURE
vit remplie que d'Officiers ,& de
Gentilshommes. Si-toſt qu'elle
y fut entrée , on la ſalia de toute
la Mouſqueterie. Le bruitda
Canon ſe joignit à cette ſalve,&
aprés un magnifique Soupé qui
luy fut ſervy , on commença à
ſe mettre en Mer. Le jour fuivant
, fur les vingt-deux heures
elle arriva à la veüe de Naples ,
à cinq milles de la Ville. En ce
temps-là elle apperçeut le Viceroy
dans ane Felouque. Il entra
dans ſa Galere , & les com.
plimens ſe firent de part & d'autre
dans les termes les plus obli
geans & les plus honneſtes. On
continua la route , & lors qu'ils
paſſerentdevant le Chaſteau del
Ovo , Madame de Bracciane fut
ſalüée de tout le Canon. Monfieur
le Marquis del Carpio luy
demanda la permiſſion de ré
GALAN T.
147
pondre à ce ſalut par la décharge
de ſon Artillerie, & enfin for
les trois heures ils arriverent au
Port, où la Ducheſſe eſtoit atten
duë par Madame la Princeſſe
Cariati , de la Maiſon de Savelli,
Coufine au troiſiéme degré de
Monfieur le Ducde Bracciane.
Il ſe trouva là trois Chaires, dont
l'une , qui estoit toute brodée
d'or , entra dans la Galere. Elle
eſtoit deſtinée pour porter Madame
la Ducheffe de Bracciane,
qui ſe mit dedans aprés que le
Viceroy eut pris congéd'elle. Sitoſt
qu'elle fut à terre , elle fut
falüée de nouveau par toute
l'Artillerie du Chaſteau del Ovο,
& par une décharge de tous
les Vaiffeaux & de toutes les
Galeres. Ce fut an milieu de te
grand bruit qu'elle arriva aapu
Palais de la Princeffe Cariati ,
G 2
48 MERCURE
où elle trouva à la porte une
Compagnie de Soldats Eſpagnols
, qui avoit ordre d'y faire
la Garde. Les deux autres Chaires
porterent ſes Filles d'honneur
, & les Filles de fa fuite&
ſes Gentilshommes ſe mirent
dansdes Caroſſes. Le lendemain
le Viceroy luy envoya un rafraiſchiſſement
magnifique de toutes
fortes de fruits & de liqueurs,
porté par vingt hommes , & fur
le ſoir elle fut viſitée du Marquis
de Cogolludo , Filsaiſné du Duc
deMedina-Celi ,& General des
Galeres de Naples. Le Mercre
dy s. Juin elle receut la viſite de
la Marquiſe de Cogolludo , &
de la Princeſſe d'Aveline , &
enfuite celle du Viceroy , qui
eſtoit accompagné de tous ſes
Gardes. Madame de Bracciane
lerecent àla porte de ſon anti
GALANT.
149
chambre , & aprés de profondes
reverences qu'il luy fit , ils entrerent
dans la chambre , où il
luy dit qu'il venoit alors la viſi
ter comme Viceroy , & qu'il
luy viendroit bien toſt rendre
ſes reſpects ſans aucune ſuite
comme homme particulier. La
viſite dura environ une demy
heure , aprés quoyla Ducheſſe
l'accompagna juſques à la porte
- de l'antichambre ; & le Viceroy,
ſuivant la Coûtume d'Eſpagne ,
コla ramena dans ſa chambre jufqu'au
fiege d'où elle s'eſtoit levée
pourle conduire.
Le 6. elle alla ſur le ſoir chez
la Marquiſe de Cogolludo , où
elle trouva la Princeſſe d'Aveli
ne avec pluſieurs Dames . Le
Viceroy y alla auſſi,&y demeura
juſqu'à la fin d'un Concert.Lors
qu'il fut forty , on ouvrit le Bal,
G3
150 MERCURE
qui fut commencé par des Dames
&des Gentilshommes Eſpagnols
, à la maniere d'Eſpagne ,
& continué parles Filles deMadame
la Duchefſſe de Bracciane,
comme on fait en France. Il fur
ſuivy d'une magnifique Collation,
aprés quoy cetteDucheffe
fut reconduite chez elle .
Lei0onluy fit voir le Palais
des Rois de Naples. Tous les
Gardes prirent les armes à fon
arrivée , & l'Enſeigne joüa' du
Drapeau. La meſme choſe ſe fir
dans tous les Corps de Garde ;
ce qui eſt un honneur extraordinaire
qu'on ne fait qu'aux
Princes Souverains. Elle fut receuë
dans ce Palais par toute la
Cour du Viceroy ,& aprés un
Concert qui dura peu , on luy
donna un fort ſomptueux Regaleata
:
GALANT.
151
Le 12. elle fut priée par le
Marquis & par la marquiſe de
Cogolludo , d'aller voir les Antiquitez
de Puzzol & de Baye. La
Ducheffe d'Aveline & le Duc
de S. Macer l'y accompagnerent,
& elle fut eſcortée par huit
Galeres , qui estoient toutes
remplis de Concerts & deTrompetes.
Toutes les fois qu'elle
mettoit pied à terre , ou qu'elle
remontoit dans la Galere , toute
I'Artillerie faifoit une décharge
pour la faluër. Elle estoit fur la
Capitane , où on luy donna un
Diſné & un Soupé des plus magnifiques.
On la reconduifit à
Naples avec les meſmes honneurs.
Le 13.jourde laFeſte Dieu ,
on l'invita à voir la Proceffion ,
&commeellela trouva dans la
ruë , elle ſe mit à genoux pour
G
152
MERCURE
laiſſer paffer le S. Sacrement.Le
Viceroy qui ſuivoit le Dais , l'ayant
apperceuë , alla ſe mettre
à genoux à coſté d'elle, & luy
donna un Bouquet, aprés quoy
reprenant ſaplace aprésle Dais,
il luy laiffa des Gardes Suiffes
pour la conduire , ſans qu'elle
puſteſtre preffée par la foule , à
un Balcon deſtine pourles Vice
Reynes.Elle voyoit de làà main
gauche un tres- riche Repoſoir ,
&à droite une fort belle Fonraine
artificielle. Ce fut làqu'un
Gentilhomme la vint complimenter
dela part de la Ville , &
Juy fit on Preſent de quantité de
fruits , d'Eaux , de Chocolat ,
& de pluſieurs autres chofes de
cette nature.
Le 14. la Marquiſe de Cogolludo
luy fit preſent de deux habits
aufſi riches que galans , mais
GALANT.
153
àl'Eſpagnole , avec des Boutons
de Diamans pour les manches
dela Chemiſe, & cette Duchefſe
pour marquer l'eſtime qu'elle
faifoit du Preſent ,voulut porter
ces Habits , & parut dans Naples
habillée à l'Eſpagnole .
• Le 15. elle alla voir le Sang de
S. Giannare , & fut receuë par
un grand nombre de Gentilshommes.
L'un deux la complimenta
au nom de tous les autres
Elle estoit accompagnée de la
Princeſſe Cariati.
Le 16. le Viceroy l'invita
d'aller à Pofilippe , Maiſon de
Plaiſance des Roys de Naples.
Elley arriva veſtuë à l'Eſpagno.
le ,& pendant qu'elle viſitoit les
Appartemens , le Viceroy s'y
rendit accompagné du Prince
de Forin, de ſes deux Fils , da
Marquis S.Elme& de fon Frere
G
5 MERCURE
Aprés un Concert qui dura
deux heures , on ſervit diverſes
Tables , dont l'une n'eſtoit que
de deux Couverts , pour la Du
cheſſe & pour la Princeſſe Cariati.
Le Viceroy afin de mar
quer un plus grand reſpect , fervit
la Ducheſſe ſans Chapead
& fans Epée ,& mit luy-méme
les Plats ſur la Table & lesen.
oſta , ſans vouloir permettre
qu'aucun de ſes Officiers lay
épargnaſt cette peine. La ſe-.
conde Table fut pour les Filles
de Madame de Bracciane qui
fouperenten même temps qu'elle
,& furent fervies par le Mar-...
quis Saint Elme, par fon Frere,
&parles deux Fils du Princede
Forin. Enfuite il y eut unetroifréme
Table de fix Couverts:
pour le Viceroy, & pour les autres
Seignears que je viens de
GALANT.
155
vous nommer , & quand ils eurent
ſoupé on en ſervit une autre
pour les Gentilshommes de la
Ducheffe & de la Princeſſe Cariati
, & tous ces Repas furent
d'une magnificence extraordinaire.
L'heure de s'en retourner
eſtant venuë , le Viceroy pric
congéde la Ducheſſe. Elle monte
en Carroffe & revint à Naples.
Elle croyoit que le Viceroy
s'étoit retiré dans ſon Palais,
mais elle fut fort ſurpriſe de le
trouver dans la Court du fien,
où il l'attendoit pour la conduire
juſque dans ſa Chambre. La
galanterie ne pouvoit aller plus
Join.
Pendant le ſéjour que cette
Ducheſſe fit à Naples , toutes
les Dames la voulurent viſiter;
méme la Ducheſſe de Matalone
vint juſqu'a ſa porte , mais elle
G6
136 MERCURE
s'excufa de la recevoir , parce
que le peu de temps qu'elle
avoir à paſſer en ce lieullà , ne
ſuffiſoit pas poor leur rendre-
Jeurs viſites. Son Antichambre
fut toûjours remplie de Sei +
gneurs Eſpagnols & Napolizains.
Le Viceroy luy fit pluſieurs
Preſens de choſes galan.
bes , ainſi qu'à fes Filles, & pour
luy Marquer l'extrême confideration
qu'il avoit pour elle, il
donna au Comte Caponi Urfin
une Compagniel de Cavalerie,
& diftribua pluſieurs graces à
differentes Perſonnes. Il fit plus
encore; il remit à la Ducheſſe
tous les Placets qu'on luy avoit
prefentez, avec plein pouvoir
de faire ce qu'elle, jugeroit à
propos , & elle accorda toutes
les graces & les Charges aux
Officiers Eſpagnols qui l'avoiert
GALANT.
837
fervie pendant le temps qu'elle .
avoit eſté à Naples
Le 20. il alla encore la viſiter,
foivy de tous ſes Gardes , tant
Soldats que Cavalerie , & aprés
luy avoir fait quelques compli
mens il ſe retira . Comme elle
avoitmarqué ce jourlà pour ce
luy de fon départ , if retourna
chez elle peu de temps aprés.
& luy donna le divertiſſement
d'un Ballet. Lorsqu'elle voulur
partir ,il la conduifitau Port,
la fit monter avec toute ſa ſuite
dans la meſme Galere qui l'avoit
amenée ; il monta luy- meſme,
& l'ayant accompagnée à qua
tre milles ſur Mer , il prit congé
d'elle avec toutes les marques
qu'elle pouvoit ſouhaiter de fon
eſtime, luy laiſſant pour la con
duire le mefme Gentilhome ſon
Favory qui estoit allé la prendre
158
MERCVRE
àNeptune. Sa navigation fut
heureuſe. Elle deſcendit àGaët
te pour vifiter l'Egliſe de la Tri.
nité. La Fortereſſe la ſalüa de
plus de quarante coups de Canon
, & on la regala dans cette
Ville d'un magnifique Diſner.
Le ſoir elle remonta ſur laGalere
au bruiede toute l'Artilleric,
&continua ſa route. Sur la minuit
, la Galere qui l'accompagnoit
, & qui estoit demeurée
fix milles derriere , tira deux
coups deCanon preſque en même
tems. LeCapitaine de la Galere
où étoit Madame de Bracciane
, entendant ces deux
coups tirez l'un ſur l'autre , crut
que c'eſtoit un ſignal pour luy
faire entendre qu'on voyoit
paroiſtre quelque Voile Turque.
Il fit auſſi toſt prendre les
armes , ce qui donna beaucoup
GALANT.
دو
de frayeur à toutes les Filles
de cette bucheſſe , qui malgré
la crainte dontelle les vit ſaiſies,
conſerva toûjours une entiere
fermeté. Deux. Eſclaves qui
eſtoient dans ſa Galere , l'un
blanc& l'autre noir , luy dirent.
qu'elle nedevoit rien apprehen-
- der,& queſſi on la menoit àConſtantinople
, le Grand Seigneur
la recevroit auſſi bien que le
Viceroy avoit fait àNaples. Elle
ne put s'empeſcher de rire de
cette maniere de la conſoler , &
fesFilles rirent elles- mefmes du
peril où elles avoient cru eftre,
lors que la Galere qui avoit tiré
s'eſtant approchée , on apprit
qu'elle n'avoit donné ce ſignal
qu'afin de ſe faire attendre , à
cauſe que l'antenne eſtoit rompuë.
On continua le voyage:
heureuſement. On aborda à
160 MERCURE
Neptune où eſtoient lesCarrof
fesdela Ducheſſe pour la reconduire
à Rome. Elle y arriva fur
les vingt- trois heures , & trouva
Madame la Princeſſe de Belmont,
ſa Scoeur , qui venoit au
devant d'elle , accompagnée
d'un grand nombre de Carroffes
pleins de Dames &de Seigneurs
de diverſes Nations , qui ont
toûjoursa eu un attachement
particulierpour le merite de Madame
la Ducheſſede Bracciane.
Comme je n'appris le mois
paſſé l'Accouchement de Madame
la Dauphine , que dans le
temps que je finiſſois ma Lettre,
&que je ne pûs vous en rien
mander de particulier , cet Article
merite bien que je vous
en parle encore une fois , & quς
je le reprenne de plus haut.
Certe Princeſſe , qui a toûjours.
GALANT.
161
honoré Monfieur Clement d'une
confiance finguliere , tant
parce que le Roy l'a nommé
fon Chirurgien Accoucheur ,
que parce qu'il l'a toûjours heureuſement
delivrée , le fit venir
à Versailles des le 26. de Juiller,
afin que l'on n'euft qu'a l'appeller
lors qu'elle en auroit beſoin.
Le 19. Aouſt il commença à coucher
dans ſon antichambre par
fon ordre , & le 29. du même
mois , elle le fit éveiller à trois
heures du matin pour luy apprendre
l'eſtar où elle ſe trouvoit.
Il l'éclaircit de ce qu'elle
fouhairoit ſçavoir là deſſus, & la
fuite fit connoiſtre qu'il avoit
parlé en homme ſçavat dans ſon
Emploi Elle voulur qu'il demeu
raſt dans ſa chamble , croyant
qu'elle dormiroit avec moins
d'inquietude , mais il luy fut im
162 MERCURE
poſſible.Cette Princeſſe ſe trouvaldans
un eſtat affez tranquille
juſqu'au lendemain. Vendredy
30. Aouſt , trois heures du matin
, qu'elle ſentit quelque douleurs
mais affez legeres. Elles
continüerent de meſme le refte
du jour. Le Roy la vint voir l'aprés
- dineés , & fit l'honneur à
Monfieur Clement de luy demander
ce qu'il penſoit de ſon
Accouchement. Il répondit à Sa
Majesté , que le ravail feroit
douloureux & long , mais qu'il
n'en ſeroit pas moins heureux.
Les douleurs augmenterent
un peu fur le foir ,& ne
ceſſerent point juſqu'au lendemain
Midy 31. Aouſt. A trois
heures du matin elles furent
tres-violentes, & obligerent M
Clement, deux heures aprés , de
faire avertir le Roy MonfeiGALAN
T..
163
1
gneur le Dauphin , & toute la
Famille Royale , mais à peine
fut-elle arrivée que les douleurs
ſe relâcherent , en forte que madame
la Dauphine demeura
beaucoup de temps fans en reffentit
. Monfieur Clement ordonna
alors ce qu'il crut neceffaire
pour avancer , & faciliter
Accouchement , mais il ne pût
faire tout-à- fais renaiſtre les
douleurs ralenties. Sa Majefté
propoſa quelques moyens pour
les faire revenir, Sur les onze
heures de la meſme matinée ,
le Roy dit à Madame la Dauphine
qu'il alloit au Conſeil, &
qu'on ne manquaſt pas de l'avertir
s'il furvenoit quelque
changement. Il n'en arriva que
troisquartsd'heures aprés. Ces
douleurs continuant d'inſtant
en inſtant , & devenant pref164
MERCURE
1
ſantes , Monfieur Clement dit
qu'il falloit avertir promptement
le Roy. On y alla , & ce Prince
eftant venu auffi - toft , dit à
Mr Clement , Mevoila, vous me
direzquel Enfant c'eſt,ſi- tost qu'il
feravenu. Les douleurs recommencerent
dans ce moment, &
comme ſi l'Enfant n'euſt attendu
que la preſence du Roy, Mal
dame la Dauphine accoucha.
Ce fut entre onze heures trois
quarts & Midy. MonfieurClement
ditaufli-toſt tout bas à Sa
Majesté que c'eſtoit un Prince.
Madame la Dauphine, qui avoit
dit pluſieurs fois pendantſa groffeſſe
, qu'elle fouhaitoit ſçavoir
dans le moment de quel Enfant
elle feroit accouchée , pria le
Roy de le vouloir dire , l'aſſeurant
qu'elle l'apprendroit ſans
émotion ; & Sa Majeſté dit tour
GALANT.
165
haut , C'est un Duc de Berry. En
mefme temps le chagrin qu'on
avoit eu de voir ſouffrir cette
Princefie , & qui paroiſſoit encore
fur tous les viſages , ſe
changea en joye. Le Roy la vint
embraſſer en luy diſant , fefuis
ravy , Madame , que vous nous
ayez donné trois Princes, Monſeigneur
vint auſſi l'embraſſer , &
luy témoigna la joye qu'il avoit
de ce qu'elle ne ſouffroit plus.
Cependant Monfieur Clement
mitl'Enfant dans la couche , &
dans les langes que Madame la
Maréchale de la Motte tenoit ,
& Monfieur l'Eveſque d'Orleans
eſtant entré auſſi-toſt ,
ondoya ce Prince. Le Roy retourna
au Conſeil , & dit en y
entrant, Louons Dieu , Meſſieurs ,
de ce qu'il vient de nous donner en
core un Prince. Le Conſeil eſtant
166 MERCURE
finy , Sa Majesté alla à la Chapelle
rendre graces à Dieu de
l'heureux Accouchement de
Madame la Dauphine. Le lendemain
ce Monarque aſſiſta au
Te Deum , qui fut chanté dans
la meſme Chapelle , où ſe trouverent
Monfieur le Nonce ,&
toute la Cour. Le ſoir il y eut
des Feux de joye ,& des Illuminations
par toutes les ruës .Le Lundy
2. de ce mois on chanta le
Te Deum dans l'Egliſe de la Paroiffe
, & le ſoir on continua
les réjoüiffances du jour précedent.
Lemeſme jour il s'en fit
degrandes à Paris. Elles furent
annoncées dés le matin par le
Canon de l'Arcenal,& par celuy
que l'on avoit amené fur le
Quay de la Greve. L'aprédifnée
on chanta le Te Deum dans
l'Egliſe de Noftre-Dame. Me le
GALANT.
167
Chancelier y aſſiſta à la teſte
du Conſeil , ainſi que le Parlement
, la Chambre des Comptes
, & les autres Cours Superieures
, avec le Corps de Ville,
& les Miniſtres Etrangers qui
y avoient eſte invitez. Le Canon
ſe fit entendre avant &
aprés la Ceremonie , & recommença
le ſoir avant qu'on tiraft
le Feu d'artifice qui avoit eſté
préparé devant l'Hoſtel de Ville.
Il eſtoit remply d'Hierogliphes
, & d'Inſcriptions fur cette
naiſſance . Il y eutun grand Repas
& Bal à l'Hoſtel de Ville ,
& l'on n'y oublia rien pour
marquer la joye que chacun en
reſſentoit. Aprés que l'on cut
tiré ce Feu , on en fit par toutes
lesruës.On accompagna le bruit
des Boëtes de quantité de Fuſées
qui furentdiſperſéesenl'air,
5
168 MERCURE
& tout le Peuple donna de fortes
marques de joye; ce qui dura
la plus grande partie de la nuit.
Si toſt que Madame la Dauphine
futaccouchée , Monfieur de la
Sourdiere , l'un de ſes Ecuyers
partit , pour en aller porter la
nouvelle à Monfieur l'Electeur
de Baviere, le remets au premier
mois les réjoüiſſances qui
ont eſté faites à Bourges , Capitale
du Berry , pour la Naiſſance
de ce nouveau Prince.
Ieme ſouviens que dans ma
Lettre du moisde luillet,je vous
ay parlé du Preſent que Monheur
de Semerie , Gentilhomme
Genois ,a fait au Roy , d'une
Perle qui peſe cent grains , &
qui a eſté apportée des Indes
par un Gentilhomme de ſes Parens.
le vous l'envoye gravée
avec tous les riches ornemens
qui
0169
éſent .
rapmarjufte
d'or
petits
ache
y de
illée
eurs
&
ette
lont
100 ,
pinqui
Septembre 1686 . H
GALANT. 0169
qui ont accompagné ce Préſent .
En voicy l'explication par rapport
aux lettres qui font marquéedans
la Planche
A. La Perle ſuivant ſa juſte
forme & grandeur.
B. La teſte & les bras d'or
émaillé , couleur d'acier à petits
clouds d'or.
C.Le Caſque & Panache
auffi d'or émaillé & enrichy de
Diamans.
30.De L'Echarpe d'or émaillée
debleu , & parfemée de Fleurs
de Lys d'or.
E. Les lambes d'or émaillé &
couleur d'acier
F. La Pique d'or que cette
Figure tient à la main , & dont
la pointe eſt un ſeul Diamant ,
enchaſſe ſeulement par la poin-
G. Trois gros Diamans qui
Septembre 1686 . H
0170 MERCURE
formentparfaitement une Flear
deLys.
H.Une Couronne d'or toute
enrichie de Diamans jau baut
de laquelle il y aune petite sleur
deLys .
I. Un Ange qui ſoutient la
Fleur de Lys & la Couronne ,
auſſi d'or émaillé. Il tient à la
main une Trompette , comme
preſt à publier la gloire de Sa
Majeſté.
L. Par cette ſeule Lettre font
marquez tous les Trophées qui
ſont ſur le Piedeſtail , ſçavoir ,
un Timbre avec on Panache
enrichy de Diamans ,uneCui
raffe , un Bouclier , un autre
Caſque ,un Turban , un Etendartàla
pointe duquel il ya un
Diamant preſquetout hors d'oeuvre
, un Arc & une Fléche , à
pointe de laquelle ily aun Dia-
:
a
GALANT. 171
20 mant de meſme que celuy de
l'Etendart , un Sabre , un Fufil
dont la pierre eſt auſſi un Diamant
, & un Tambour , le tout
d'or émaillé , avec les couleurs
que doit avoir chaque choſe , &
garny de Diamans ,aux endroits
où l'on a pû les faire entrer dans
ce rareOuvrage ſans le rendre -
irregulier.
M. Trente-deux grosDiamans
au tour du Piedeſtal , moitié en
couleur de Rubis , & moitié en
couleurde Topaze , ce qui pro
duit un tres bel effer.
N. Quatre Fées entremeflées
de Feüillages qui ſoutiennent le
Piedeftal.
3 Toutes ces richefſes nous font
voir que Monfieur de Semerie
n'a rien oublié pour faire que
cette Perle fuſt un Chef- dieuvie
de l'Art ,comme elle en eft
H 2
1 172 MERCUR E
un de la Nature. Elle eſt devenuë
par là encore plus digne
d'eſtre preſentée au Roy , àqui
toutes les chofes qu'il y a ajoutées
conviennent parfaitement ,
puis qu'elles marquentla Force,
la Valeur , & la Sageffe. La Renommée
y paroiſt fort à propos
, elle qui eſt toute employée
pour les grandes Actions de Sa
Majefté. Ce Gentilhomme doit
tenir àgrande gloire d'avoir eu
l'honneur de préſenter au Roy
un Ouvrage de la Nature ,au
quel ce monarque a donné le
nomdeSingulier. Aufſi eſtoit- il
bien juſte qu'une choſe qu'on
peut dire fans pareille tombaſt
entre les mains d'un Prince qui
n'a point d'égal. C'eſt un avantage
pour la Republique de Genes,
qu'un de ſes Sujets ait eu
lebonheur de faire un pareil Pre-
ال
GALANT.
173
fest,& qu'il ait eſtéreçen avec
autant de bonté que le Roy en
a fait voir en l'agréant. Elle a
fujet de conſiderer Monfieur:
do Semerie ,& tous ceux de ſa
Famille comme des perſonnes
qui ont travaillé pour ſa gloire.
J'apprens que Monfieur Ber
rier , Secretaire du Conſeil du
Roy & des Commandemens de
la feuë Reyne, eſt mort àTorcy,
âgé de foixante & onze ans. IlA
a laiſſe deux Fils ,& une Fille,
mariée à Monfieur le Marquisn
des Marais. L'aiſne des Fils eftot
Monfieur Berrier , Seigneur deb
la Ferriere, Maistre des Reque-a
ſtes , qui a épousé une Fille de
feu Monfieur Potier de Novions
Maiſtre des Requeſtes ,& recoub
enſurvivance de la Charge de
Preſidentau Mortier. Le ſecond
H3
174 MERCURE
-
1
Fils , eſt Monfieur Berrier de
Renonville , cy- devantConfeiller
au Parlement , & à preſent
Secretaire du. Conſeil en la placedeMonfieur
Berrier ſon Pere...
Les Mathematiques ſont plus
en vogue qu'elles n'ont jamais
ené. On regarde comme une
Science de laquelle on tire det
grandes utilitez , & que l'on peut
appeller la Science des Princes .
Aufſi fait elle la paſſion de pluſieurs
grands Rois , & àla Chine
, où l'on permet l'entrée à
fort peu de gens, ceux qui poffedent
les Mathematiques n'y font
pas ſeulement reçûs ,mais ils
deviennent Favoris de l'Empereur.
Il ne faut pas vous en dire
davatage pour vous en faire voir
combien il eſt glorieux à Monfieur
Sauveur , Maiſtre de MaGALANT.
175
thematique des Pages de Madame
la Dauphine , d'avoir eſté
choify pour exercer la Charge
de Profeffeur Royal en cette
Science. C'eſt ce que Monfieur
le Marquis de Seignelay à fait
agréer au Roy. Sa grande capacitél'a
fait diftinguer à la Cour
depuis pluſieurs années. Il a eu
l'honneur d'expliquer à Sa Majeſté
les avantages & les defavantages
du Jeu de la Baffette
par les Calculs qu'il en a faits ;
de faire pluſieurs experiences
en preſence de Monſeigneur le
Dauphin & de Madame la
Dauphine , & d'entretenir ſouvent
Monfieur le Prince
Monfieur le Duc , qui ont fait
choix de luy pour montrer les
Fortifications à Monfieur le Duc
deBourbon , comme il avoit faic
à feu Monfieur le Comte de
&
H 4
176. MERCURE
Vermandois . Meſſieurs les Mi-..
niſtres lay ont confié l'examen
de diverſes Machines Hydrauliques
, & ont marqué en diffe-.
rentes, occafions l'eſtime particuliere
qu'ils font de fon habi
leré.
3
LaChairede Profeſſeur Royal
en Langue Greque , eſtant demeurée
vacante par la mort de
Monfieur Corelier que je vous
appris le mois paſſe , le Roy
pour la remplir dignement , a
fait choix d'un homme dont lan
profonde érudition& les grands
talens ſont connus de tout le
monde. Pour vous en faire un
Eloge qui vous faffe convenit
detout fon merite, il me fuffira
de vous le nommer. C'eſt Mone
fieur l'Abbé Galois Heſt de l'AI
cademie Françoiſe ,& del'Aca
demie des Sciences , & la repuGALANT
177
tation qu'il s'eſt acquiſe dans
l'une & dans l'autre, fait affez
connoiſtre qu'on ne peut trop
dire à fon avantage.......
N
Je vousay parlé pluſieurs fois
des Capucins que l'on appelloit
Capucins du Louvre , à cauſe
du Laboratoire que Sa Majeſté
y avoit fait établir pour eux.
Vous ſçavez qu'ils y ont travaillé
quelques années avec beaucoup
de fuccez,& qur quantitéde
Cures confiderables les
ont misen grande eſtime. L'envien'a
pas manqué de les artaquer
, & ils ont eſté calomniez
fur divers ſujets , mais enfin la
verité s'eſt montrée. Ils ont gagné
leur Procez à Laval où le
Chapitre eſtoit affemblé,& celuy
qui s'eſtoit fait leur Partie,
a eſté déclaré Calomniateur par
un Commiſſaire Apoftolique.
H
178 MERCURE
Voicy un aurre Air nouveau .
que je vous envoye.
Vous vous connoiſſez trop
bien en Muſique pour ne pas
juger par vous - meſme de tous
les Ouvrages de cette nature.
2
AIR NOUVEAU
C
Hante qui voudra le Prin
temps
Le ne veux chanter-que l'Au
tompe.
Cette aimable Saifon nous donne
Le charmant jus de la tonne
Et fans cette Liqueur il n'est point.
de bon temps mi
Amans , cüeillez des Fleurs &foulez
la verdure ,
3
Pour moy , je ne veux fouler que
de Raisinsub 35
Toutes les Fleurs de la Natwe
GALANT..
179
T
Ne valent pas une goute de
L
Je vous parlay il y a un mois
de la priſe de Modon , mais je
ne vous en dis que des choſes
generales , & je croy que vous
ne ferez pas fachée de voir un
Journal du Siege de cette Place.
Vous le trouverez dans la Let
tre que je vous envoyez. Quoy
qu'il foit court , il ne laiſſe pas
de renfermer toutle Siege.
Au Camp devant Modon le 9. Juillet 1686.
MOONSIEUR ,
Depuis ma derniere , par la
quelle je vous mandois les circon
ſtances de laprise desdeux Nava
rins,& du Combat donné au SeraS
kier par Monsieur le Comte de
Konigsmarck , General de l'Ar-
H6
1.80 MERCURE
mée de Terre , & de la fermeté du
Bacha du nouveau Navarin , qui
Sefitfauter en l'air, nous avonsfait
une marche d'un jourparterre &
Somme arrivez devant Modonle
22. de fuin. La Ville est située fur
une langue de terre qui s'avance à
la Mer,fortifice d'une muraille de
pierres de taille terraſſée conuerter
du coſté de terre d'un Bastion détaché
, & d'une espece de Pasté
le tout envelopé d'un bon Foffe re-s
vestu .M.le Comtede Konigsmarck
donna d'abord ſes ordres pour la
Circonvallation , qui fut aisée
cauſe de pluſieurs Ravines impraticables
qui environnent la place.
Le 23 on travailla à fe retrancher,&
le 14. on alla aux fafcines
dans le Comp mesme qui traverse
une Forest d'Orangers ,dans
laquelle on fit cent mille Fascines
de se bois , Le 25, on commença
H
GADANTM 1802
àbombarder avec huit Mortiers
&l'onjetra cing cens Bombes, dont
quatre- vingtmanquerent la Ville
&trente creverent en l'air. Le 26.2
Monfieur le General de Konigs
marck fit attaquer le Fauxbourg
&s'em estant rendu Maistre, il fit
retrancher la testé des ruës , &
mit quatre Bataillons d'Esclavons
dans les fardins du mesme Fauxas
bourg. Ce jour - là on ietta ſept
cens Bombes. Le 27. onfit Sommer
la Ville. Le Difdar ou Gouverneur
répondit , qu'il n'attendoit du fe
cours que de Dieu , qu'il estoit né
pour mourir, qu'il se défendroit
tant qu'il y auroit, un homme en
vie dans la Place,& que le der
nier vivant mettroit le feu aux
Poudres , afin quesi la Ville devoit
Sortir de l'Empire des Mahome
tans, elle ne tombas point au pou
voir des Chreftiens. Le 26 on com
182: MERCURE
mença à travailler à une Batterie
de dix pieces de Canon. Le 29. on
continua à bombarder , & à travailler
aux Fafcines & à la Batterie.
Le 30. La Batherie commen
ça à jouer avec un fuccés admi
rable , & démonta em trois heures
cing prece de Canon de la Ville.
NosCanonniers font excellens &
tirent da Canon comme on ferois
une Carabine. Le 1. de fuiller less
Troupes de Malte ouurirent la
Tranchée , & firent dense cens pas
de travail. Le zales Kroupes d'Efpagne
relevexent. La Tranchée,
le Generaliſſime Morosini fit encore
Sommer la Ville. Les Turts entre
rent en capitulation ; le Gouver
neurpropoſa de porterlaGarnison
àse rendre , fi on luy vouloit don
ner deux mille Sequins , & dit qu'il
faloit une Treve pour affembler le
Confeil. La Trévefut accordée à
GALANT. 1831
condition que le travail continue..
roit de part & d'autre... Outre les
Travailleurs Monfieur le Comtede
Konigsmarck commanda encore
cing cens Allemans , & on pouffa
le travail iusqu'à trente pas de la
Contreſcarpe , avec une Ligne de
communication de cinquante pas
une Place d' Armes de chaque
costé. Le 3.le Diſdar rompit laTré.
ve , diſant qu'il n'avoit pû obliger
les autres àfe rendre. Le 4. les saxons
releverent la Tranchée. Quatre
Mortiers ietterent des pierres
toute la nuit , avec deux des Carcaffes,&
les autres poufferent des
Bombes à l'ordinaire. On perdit un
Lieutenant Colonel & trente Sol
dats. Le g. les Troupes de Brunfvic
monterent laTranchée ; on avança
la Batterie des Bombes; on en com
mença une de Canon, & l'on pouffa
les Tranchées iufques au Foffé. Un
1844 MERCURE
Transfuge confirma ce que d'autres
avoient dit , que les Maisons de
la ville estoient presque toutes
rainées de quatre mille Bombes...
qu'on y avoit déia iettées , & que
les pierres les incommodoient plus
que tout le reste. Le 6. les Troupes
de Florence monterent la Tranchée;
on fit grand feu de chaque coſté ,
&les Ennemis firent tout ce qui
Se pût pour retarder le travail,
Tous les. Ingenieurs qui estoientàla
Tranchée ayant esté bleffez, Monst
fieur le Comte Charles de Konigf
marck, Neveu du General & Colo
nel au fervice du Roy Tres-Chres
ſtien,conduisit les travaux,&traça
La Place d' Armes ,&le Logement
de la contreſcarpesefitfans beaucoup
de perte. Legiles Maltoise
remonterent la Tranchée. Umge
Chevaliers avec les Volontaires ,
dont Monsieur te Vicomte de Tu
GALANT.. 185
rene & Monsieurle Comte Charles
de Konigmarck estoient , &
cinquante Grenadiersfe logerent à
découvert fur l'angle de la droite:
de la Contrefcarpe. Les Poftes n'étant
pas encore joints, il falut tra
vailler en arriere. On fit encore
cette nuit une Batterie de fix Pie
ces fur une hauteur qui battoit la
Ville à revers. Le grand clair de
Lunenous fit perdre du monde deux
Chevaliers furent bleffeż. Le Siles
Espagnols remonterent la Tran
chée , on fit trois deſcentes dans le
Foffe, & l'on commença la Galerie.
Las Tunes firent grandfeu de Grenades
& de facs à Poudre Cependant
àMidy on fut au pied du
Bastion. La teste tourna aux Turcs,
& ils arborerent Pavillon blanc,&
donnerent des Oftagesstasy ab
Il paroiſt une nouvelle Carte
186 : MERCURE
de la Morée qui contente fort
lesCurienx. Elle a efté faite par
Monfieur de Fer. Une grande
partie des Diviſions & des Pofi
tions modernes de cette Carte
ne ſe trouve dans aucune autre,
& il y a de petits Plans autour
du Cartouche, quidonnent une
idée des Places Conquifes para
les Venitiens dans cette Pref-c
qu'ifle.
l'ay pris un fi grand ſoin de
m'informer de tout ce qui s'eſt
paffé à Aner pendant le ſéjour
de Monseigneur te Dauphin,,
queje vous en envoyeunJournal.
Vous ſçavez que Diane de
Poitiers , Ducheſſe de Valentinois
,a fait bâtir cette belle Maifan
, & que Monfieur le Duc
de Vendoſme à quielle appar
tient, a faitbeaucoup dedépenſe
pour l'augmenter & pour
GALANT. 187
l'embelir. Il ſe preparoit depuis
long-temps à y recevoir Mon-
- ſeigneur ; mais ce Prince n'y
voulut aller qu'aprés les Couches
de Madame la Dauphine ,
diſant , Qu'il ne pouvoit se di
vertir fans inquietude ,jusqu'à ce
que cete Princeffe fut heureusement
accouchée. Cela fut cauſe qu'il
ne partir de Verſailles que le
Vendredy 6. de ce mois à fix
heures du matin. Sur les dix
heures il arriva à Anet qui en
eſt éloigné de treize lieuës. Peu
de temps aprés l'arrivée de ce
Prince, on ſervit à diſner for
une Table de 16. à 18. Couvens
placée dans le milieu du
Salon de ce Château , & dans le
mefme moment on en fervitune
autre dans le meſme lieu del 8.
à 20. Couverts , fans qu'il y cult
aucune difference entre les Ser
188 MERCURE
vices de ces deux Tables. Mon--
ſeigneur l'avoit ainſi ordonné ,
ce Prince ayant meſme refolu
de ſe mettre à celle qu'il trouveroit
la plus proche de luylors
qu'il entreroit dans le Salon, où
l'on peut entrer par divers endroits.
Ces Tables ont efté ſer
vies par quatre Controleurs de
la Maiſon du Roy en Quartier::
Monfieur Gemat ſervant chez
Monseigneur , a fervy devant
ce Prince ,& Monfieur Rivero
lesde l'autre coſté. Le Contro
leur General ſervoit à boire à
Monſeigneur , & donnoit les
Affiettes . Meſſieurs Bastard , &
Cornilau ſervoient l'autre Tables.
Ces deux Tables ont tou
jours étémagnifiquemét ſervies,
&de la mesme maniere . Mile
Duc de Vendofme en a fait ſervir
tous les jours ſept ou huit autres.
GALANT. 189
t
La premiere paſſoit pour celle
de ce Prince , quoy qu'il ne
s'y foit guere trouvé. Elle eſtoit
tenuë par Monfieur l'Abbé de
Chaulieu. On ne peut rien ajoûter
àla delicateffe , & à la ma
gnificence de ceste Table.
La ſeconde eſtoit tenuë par
Monfieur de Bois de Laval,
Capitaine ou Gouverneur du
Chaſteau . Ceux qui trouvoient
quelquefois les autres Tables
trop pleines , venoient manger
àcelle là. Elle estoit auſſi deſtinée
pour une partie des Demoifelles
de l'Opera.
La troifiéme eſtoit celle de
Monfieur de Lully. Elle estoit
ſervie avec autant de regularité
que les autres , & il y avoit un
Maiſtre d'Hoſtel uniquement
pour cela . On y voyoit toûjours
bonne Compagnie tant à man6190
MERCURE
冬
ger qu'à faire conversation avec
Monfieur de Lully pendant le
Repas , parce que ſon entretien
n'eſt pas moins agreable que ſes
Ouvrages.
La quatrième étoit pour une
partiedes Demoiſelles qui chantoient
à l'Opera , & pour toutes
celles qui y dançoient.
La cinquième pour tous les
Muficiens &Danfeurs.
La fixieme pour tous les
Joüeurs d'Inftrumens.
La ſeptième pour les Brigadiers,
&Gardes du Corps qui
ſervoient auprés de Monfeigneur.
La huitiéme eſtoit celles des
Suiffes du Roy ſervant auprés
de ce Prince.
: Outre toutes ces Tables reglées
, il y avoit une Cuiſine
avecdes viandes toûjours prêGALANT.
191
ices ,& des Officiers deſtinez ,
pour attendre toutes les Perſonines
de qualité , & toutes les
Dames qui venoient fouvent
de Paris & de Roüen en grand
nombre. On leur donnoit àmanger
àtouteheure fuivantlaqualité
qu'ils prenoient,& ce qu'il
y a de merveilleux , c'eſt qu'on
en donnoit auſſi àtoutes les perſonnes
qui venoient de la Cour,
& qui la pluſpart arrivoient la
nuit. On peut dire meſme que
toute la Cour y eſt venuë altere
nativement , & que toutes les
Perſonnes diftinguées qui la
compoſent, ontdu moins paflé
un ou deux jours à Anet. Monfieur
le mareſchal Duc de Vivonne
y a toujours demeuré.
Tous les Seigneurs de la Cour
ont eſté logez dans le Château ,
&tous les Officiers ont eu des
192 MERCVRE
:
Chambres marquées dans le
Village.
Le meſme jour que monfeigneur
le Dauphin fut arrivé , il
alla l'apreſdinée courre le Cerf
avec la Meutte de Monfieur le
Grand Prieur , & il le pritaprés
J'avoir couru trois heures. Sur
ale's fept heures, il monta dans la
Galerie de Diane , pour y voir
l'Opera d'Acis & Galatée.Monſieur
le Duc de Vandoſme voulant
donner à ce Prince un Divertiſſement
qu'il n'euſt point
encore veu , en a fait toute la
dépenſe. Les Vers de cet Opera
ſont de Monfieur Capiſtron. 11
reçût beaucoup d'applaudiffemens.
Le Samedy 7. Monseigneur
alla courreale Loup avec les
chiens de fon Equipage. Il le
prit aprés trois heures de courfe.
GALANT.
193
ſe. On joüa le reſte du jour. A
ſept heures on alla à l'Opera ,
puis on ſoupa à l'ordinaire.
Le Dimanche 8.Monseigneur
alla tirer , & permit à ceux qui
T'accompagnoient de tirer auffi .
Monfieur le Maréchal de Vivonne
eſtoit du nombre , & ne
tira pas inutilement. Monfeigreur
envoya toute la nuit cinquante
tres - beaux Perdreaux
au Roy , Sa Majesté luy ayant
envoyé le jour precedent quatre
grandes corbeilles du plus
beau Fruit qu'il fuſt poſſible de
voir . Il y eut encore Opera , &
l'on ſoupa enfuite .
Le Lundy 9.Monſeigneur alla
courre le Loup avecl'Equipage
de Monfieur le Duc de Vendoſme
, & le prit aprés cinq
heures de courſe . On ſoupa , &
il y eut Jeu aprés Soupé.
Septembre 1686 .
194
MERCURE
Le Mardi 10. Monseigneur
courut le Loup dans le Parc de
Breval , avec ſon Equipage. II.
enpritun de huit mois , & un
jeune Loup que devorerent les
Chiens. Il y eut Opera avant
Soupé.
Le Mercredy 11. Monfeigneur
alla courre le Cerf avec
l'Equipage de Monfieur le Grad
Prieur. Le Cerfaprés avoir cou
ru plus de trois heures , ſe vint
faire prendre dans la Riviere
d'Anet. Beaucoup de Dames
des environs eſtoient dans leurs
Caroſſes. Il y a long-temps que
cette forte de Chaſſe n'a donné
plus de plaifir, & pour le rendre
plus grand, Monſeigneur fit faire
ſur le champ une partie de la
Curée. Il y eut Opera au retour.
Le leudy 12. Monſeigneur
alla courre le Loup avec l'EquiGALANT.
195
page de Monfieur le Duc de
Vendoſme , & prit une tres- grofſeLouve.
Il y cut ce ſoir là une
Illumination , au milieu de laquelle
eſtoit une Piramide d'environ
ſoixante pieds de haut;
elle finiſſoit par une Fleur de
Lys toute brillante de lumiere
Monſeigneur voulut ſouper fur
la Terraſſe du Parterre , vis à vis
de cettePiramide. Il y eut aprés
le Soupé un tres- beau Feu d'artifice.
Le Vendredy 13.Monseigneur
alla courre le Loup avec fon
Equipage. Il en prit un gros
aprés quatre heures de courſe.
Il y eut le ſoir Opera.
Le Samedy 14. Monseigneur
alla encore courre le Loup du
coſté de Dreux , & aprés en
avoir pris un des plus grands , il
ſe rendit àMaintenon avant l'ar-
I 2
196 MERCURE
rivée du Roy' , avec la pluſpart
de ceux quil'avoient accompagné
à Anet. Cette journée fut
une des plus fatigantes , & peu
de chevauxy pûrent fournir .
Le Dimanche 15. Sa Majeſté
fit la Reveuë des vingtdeux
mille hommes qui font
aux environs de Maintenon .
Le Lundy 16. Monseigneur
entendit la meſſe à ſept heures
du matin , & alla tirer juſques
à midy, L'apréfdifnée il ſuivit
le Roy , qui alla viſiter tous
les Travaux de la Riviere d'Eu
re. SaMaeſte ne revint qu'à huic
heures du fair?silapago
Le Mercredy 17. Monseigneur
entendit la Meſſe fur les ſept
heures,aprés quoy l'on monta à
cheval pour retourner à Verſaliles
, où il arriva à neuf; ainſi in
ne demeura pas deux heures à
GALANT. 197
faire douze lienës. Le Roy ne
partit qu'entre dix & onze , &
vint en relais juſques àTrape ,
où Sa Majefté avoit donné ordre
qu'on luy tint des chevaux propres
pour tirer. Elle y arriva
avant quatre heures , & chaſſa
juſqu'à l'entrée de la nuit.
Pendant que Monseigneur a
eſté à Anet , & à maintenon ,
Madame la Dauphine a tous les
jours envoyé fçavoirde fesnouvelles
, par les Officiers de fa
Maiſon , qui ont l'honneur d'approcher
le plus prés de fa Perfonne.
Voicy les noms de ceux
qui ont fait ces agreables Cour
ſes ſuivant l'ordre qu'ils font
partis de Verſailles. Meſſieursde
Soleiſel, de Bonneüil,de Chenedé
, de Verneüil , Vandrevec.
C'eſtoit àMonfieur de Soleiſel à
recommencer ; mais comme il
13
198 MERCURE
eſt auffi Gentilhomme ordinaire
de la Maiſon du Roy Sa Majeſté
l'envoya ce jour- là faire compliment
à Monfieur le Nonce
fur ſa Promotion au Cardinalat,
de forte que Monfieur de Bonneüil
y retourna au lieu de luy.
Monfieur de Soleiſel reprit ſon
rang le lendemain , & Monfieur
de Chenedé y alla enfuite , &
tous les autres chacun à leur
tour , à commencer par le premier.
Je devrois faire icy un grand
Article de la nouvelle Promotion
de Cardinaux que le Pape
à faite ; mais comme en fi peu
de temps il n'eſt pas ailé de parler
un peu à fond de vingt ſept
Perſonnes , je remets au mois
prochain à vous en entretenir.
Cependant je vous diray que
Monfieur Ranuzzi , Nonce de
GALANT. 199
Sa Sainteté en France,vint ſalizer
le Roy après avoir eſté nommé
Cardinal. Il y vint ſans aucune
marque de ſa Dignité nouvelle;
mais fi - toſt qu'il fut forty d'au .
prés de Sa Majesté , il mit ſa
Calote rouge pour les autres vifites
qu'il avoit à faire ; ce qui
fut remarquez & applaudy.
Si je vous parle affez rarement
des Nouvelles d'Allemagne
, c'eſt parce que je veux
vous en parler juſte , & que je
crois inutile de vous rapporter ,
ou des choſes fauſſes, ou de fimples
bruits qui courent. Si j'avois
fuivy l'exemple des autres ,
je vous aurois fait des Hiſtoires
non pas une fois , mais plus de
cent , des mauvais traitemens
imaginaires que l'on avoit faits
au Comte Terely aprés qu'il
eut eſté arreſté. Je l'aurois fait
14
100 MERCURE
2
mourir,je l'aurois reffuſcitépour
le faire de nouveau accabler de
chaifnes. J'aurois fait lever de
nombreuſes Armées au Roy de
Perſe , & je luy aurois fait mettre
déja dix fois le Siege devant
-Babylone , quoy que la coutume
foit parmy les Mahometans
qu'une Puiſſance n'attaque.
point l'autre quand elle eſt en
guerre contre les Chreſtiens ,
parce qu'ils aideroient eux-mêmes
à détruire leur Religion. Je
ne vous ay pas dit un ſeul mot
de toutes ces choſes , parce qu
elles n'eſtoient pas veritables,&
cependant voila tout ce qu'on a
lû depuis plus d'une année dans
la pluſpart des Nouvelles qui
ont eſté données au Public. Si
l'on cherche aini à faire croire
des choſes dont la fauſſeté paroiſt
ſi manifeſte , & eft fi aisée
GALANT. IOT
t
y
àdémeſler , que ne nous dit on
point de faux touchant celles
dont la verité n'eſt pas fi facile
àdeveloper ? Vous me deman
dez une Relation du Siege de
Bude , & je vous remets à trois
mois , parce que je ne veux pas
coudre enſemble toutes les Relations
qui viennent , dont les
unes font faites à plaiſir , & les
autres fauſſes de bonne foy. Je
ſçay que je feray prevenu , &
qu'on imprime par tout les Relations
du Soldat, comme celles
du Capitaine. Le Siege de Bude
eſt un beau Siege ; on en fouhaite
des Relations,& celles qui
paroiſtront les premieres ſeront
recherchées avidement , & les
mieux receuës , parce qu'elles
contenteront l'empreſſementdu
Public ; mais il ne s'enfuit pas
pour cela qu'elles foient les plus
15
102 MERCURE
fidelles. Je ne blâme point ceux
qui les donneront les premiers ;
ils ont leur but. Pour moy , je
ne cherche que l'avantage de
dire la verité , & pour la dire ,
je veux voir des gens dignes de
foy qui ſoient revenus du Siege.
Je veux les entretenir , & ſcavoir
leur ſentiment ſur tout ce
qu'on aura écrit & rendu public
fur cette matiere. Ie n'affure
pas pour cela de faire une
Relation tout à fait exacte , mais
ap moins fera-t- elle la plus reguliere.
Comme les veritez ne
plaiſent pas toujours à tout le
monde , la Relation queje donnay
il y a trois ans du Siege de
Vienne trouva des Critiques ,
qui cherchoient à la faire foupçonner
de fauſſeré , quoy que
je n'euſſe rapporté que des faits
conftans & imprimez meſme à
GALANT.
203
Vienne. Cependant le temps l'a
fait eſtimer , tant il eſt vray que
la verité eſt toſt ou tard reconnuë.
Celle de la priſe de Bude eſt
incontestable , & cette Action
eſt trop grande , trop éclatante,
&trop avantageuſe à la Chrêtienté
pour n'en pas parlerdés
aujourd'huy,mais comme je dois
vous envoyer une Relation entierede
tout le Siege , je n'entreray
point icy dans un détail trop
particulier , afin d'éviter les repetitions
auſquelles je ſerois
alors obligé . La Relation que je
vous promets , en vous faiſant
voir les fautes du Grand Viſir ,
vous fera connoiſtre que le ſecours
qui devoit empeſcher la
priſe de la Place , ou du moins la
reculer , l'a avancée. Elle déve.
lopera les motifs du Siege , & ce
qui a excité Monfieur le Prince
16
204
MERCURE
1
Charles de Lorraine à ſortir-
Vainqueur de cette entrepriſe.
Enfin , j'eſpere qu'elle vous apprendra
beaucoup de choſes ,
qui apparemment ne feront pas
dans les relations précipitées
que les particuliers nous vont
donner de ce Siege. Cependant
je vais taſcher de vous faire icy
une peinture affez forte pour
vous aider à vous bien reprefenter
à vous meſme l'Affaut qui a
cauſe la perte de cette place . Ie
referve pour la Relation entiere
que je dois vous donner du
Siege , le détail de la défaite des
Troupes , que le Grand Viſir
voulut faire paſſer le 29. d'Aouſt
dans la Place . Après cette heureufe
& grande défaite , les Ge
neraux des Troupes Auxiliaires ,
foit qu'ils fuſſent las de voir déperir
celles qu'ils comman
GALANT.
205
doient,foit qu'ils cruſſent que les
Turcs eſtantdéfaits , on ne pou
voit choiſir uneoccaſion plus favorable,
demanderent tous avec
un égal empreſſement qu'on
donnast un Affaut General. Le
Prince Charles qui ſouhaittoit
auſſi ardemment qu'eux de voir..
Ja fin de ce Siege , tint Conſeil
avec l'Electeur de Baviere , &
cejeune Souverain qui ne reſpire
que la gloire , conſentit ſans
peine à ce qu'elledemandoit de
luy. Ainsi l'Affaut general fut
refolu . Le Grand Viſiravoit mis
ſes Troupes en Bataille. Le ſecours
qu'il avoit voulu jetter
dansBude , avoit eſté batu par
les Aſſiegeans , & peut eſtre que
voyant la Place hors d'eſtat de
faire une plus longue défenſes .
felon les nouvelles qu'il pouvoit
en avoir eues , ſa refolutioη
206 MERCURE
eſtoitde donnerdans les Lignes ,
avec toute ſon Armée , à quoy
l'on reüſſit avecbeaucoup moins
de peine , qu'à combattre des
Troupes rangées en Bataille.
S'il avoit pris ce deſſein , il fut
rompu par le Prince Charles ,
qui ayant mis une partie de ſon
Armée en battaille hors des Lignes,
luy fit faire un front oppoſe
àcelle du Grand Viſir , comme
s'il euſt voulu le combattre.
La Cavalerie eſtoit commandée
par le General Biele , le Prince
deSavoye,leComte de la Torre,
&leGenerald'Arco, Monfieur
Steinau & le Comte d'Aſpre.
mont , commandoient l'Infanterie.
Ilyavoit en meſme tempsdes
Troupesdeſtinées pour la ſeuretédes
Lignesde tous lesQuartiers.
On avoit à ſe rendre maifGALANT.
207
tre de la Bréche qui eſtoit à la
ſeconde muraille ,& des retranchemens
qui estoient derriere.
Voicy l'ordre avec lequel on
monta à l'Aſſfaut , aprés quatre
volées de Canon qui avoient
eſté marquées pour ſignal.Quatre
Capitaines marchoient à la
droite à la teſte de cinquante
Grenadiers. Quatre Lieutenans
& autant de Sergens les fuivoient
ayant à leur teſte leBaron
d'Aſti , mais ayant eſté bleſſé
d'abord , un Sergent Major prit
ſa place. Ces Troupes étoient
foutenuës par deux cens Moufquetaires
que commandoient
quatres Capitaines. Un Colonel
Major marchoit avec cent Piquiers
qui avoient chacun un
Sabre&deux Piſtolets à la ceintum.
Quatre Capitaines & pluficurs
Officiers , ſuivis de trois
208 MERCURE
cens Arquebuſiers , venoient
aprés. Il y avoit trois Bataillons
de reſerve , chacun de fix cens
hommes . L'ordre de la gauche
eſtoit à peu prés lemeſme,excepré
qu'elle avoit enteſte quinze
cens Arquebufiers avec leurs
Officiers precedez de cinquante
Grenadiers, de trente hommes
arméz de Tertuiſanes &
d'Epées , ayant chacununeHache
à la ceinture. La place des
Volontaires qui estoient tous
d'une grande diſtinction par la
valeur ,& par la naiſſance , eftoit
entre ces deux Aifles ; mais
il leur eſtoit fortement ordonné,
de ne paffer pas les premieres Files.
Ceux qui avoientle commandement
de cette attaque ,
eſtoient , le Prince de Neu--
bourg , le prince deCroy , les
Comtes de Souches &de Scher
GALANT.
209
femberg , & le General Major
Dippendal . L'attaque de l'Electeur
de Baviere eſtoit à peu
prés de meſme , & fuivant fes
ordres elle estoit commandée
par le Prince Loüis de Bade , le
Marquis de la Verne, le Comte
de Serini , le Raron de Beck &
quelques autres. Le General
Schenech.comandoit les Troupes
de Brandebourg , & l'on
peut dire que le plus ou moins.
deTroupes rendoit ces attaques
differentes. Les Attaques ſe firent
le 2. de ce mois, à la faveur
des Boulets enchaiſnez,qui fou
droyoient les flancs desRetranchemens
oppofez derriere les
Bréches. On fut repouſſé deux
fois à l'attaque de Lorraine,& le
courage des Affegeans ſetrouva
alors un peu ébranlé , mais enfin
ayant donné un troifiéme af210
MERCURE
faut , aidez de ceux qui les ſoſttenoient
,& ayant arraché des
Paliſſades de la groffeur d'un
homme,ils entrerent dans la Ville
malgré les Bombes,les Mines,
les Boulets , les Pots à feu , les
Machines roulantes ,les Poudres,
les Chevaux de friſe,les Facines
poiffées,& remplies de Souffre ,
& la grefle des Mousquets &
des Fleches .On ſe rendit Maître
des Coupures,& des Retranchemens
, fans vouloir voir les Drapeaux
blancs qu'avoient arboré
les Aſſiegez , ny écouter les cris
de ceux qui demandoient la vie
àgenoux ; de forte que le deſeſ
poir ayant fait reprendre les Armes
à quelques-uns , ils vendirent
leur ſang le plus cher qu'ils
purent , & mirent le feu endivers
endroits, ce qui a fait perdre
unepartie du Butin qu'on auroit
GALANT. 211
pû faire. Le Sous-Bacha quidéfendoit
l'attaque de Baviere s'étant
apperçu de ce qui ſe paffoit
, & ayant enſuite eſté averty
, que ceux qui ſoûtenoient
l'attaque de Brandebourg avoient
auſſi eſté forcez , ſe retira
dans la Rondelle qui eſt entre le
Chaſteau & la Ville, avec treize
cens hommes ou environ ,& obtint
la vie pour tous . Il eſt impo
fible de dire encore ny le nombre
des Priſonniers , & de ceux
qui ont eſté tuez , ny le Butin
qu'on a fait . Avant que de ſçavoir
toutes les circonstances
d'une fi grande action , il faut
voir vingt ou trente Relations.
On aſſure que la mort du Bacha
Gouverneur , tué ſur la Bréche ,
abeaucoup contribué à la priſe
de la Place ,& que tout bleffé
qu'il fut d'abord, il combatit fur
la Bréche un Sabre à chaque
212 MERCURE
mains, juſqu'à ce qu'un dernier
coup le renverſa mort.
Je finispar l'Article accoûtumé
des Enigmes. La premiere
des deux que je vous envoyay les
*dernier mois , avoit eſté faite fur
l'Imagedu Soleil dans l'eau elle a
eſté expliquée dans ſon vray ſens
par Meffieurs Brignondela ruë
S. Antoine , Louvard do quartier
de S. Merty ; Audinot de
la rue S. Jacques ; Perier de la
ruë S. Honore ; l'indifferent
malgré luy l'Aimable Infidelle ;,
leBeuveur fans foucy; laBrune
enjoiée , & la Belle dédaigneufe.
Le vray mot de la ſeconde
eſtoit le Clouà Soulier. Ceuxqui
l'on trouvé font Meſſieurs Bovinetde
la rue des trois Mores;
C. D. L. d'Orleans ; Richeval
de Poitiers ; Miſtou de Charny ,
&les trois Amis de la ruë de
GALANT ..
213
Bully , Affociez avec les Vandangeurs
de la mermeruë.
L'un & l'autre a eſté expliquée
dans fon vray ſens par
Meffieurs deRoncherie du quartier
de la Place Maubert ; de la
Solaye de la ruë de la Harpe ;
Renantot de Tours; l'indolent
par habitude l'Amant de toutes
les Blondes ; la Délicate en
Amour ;les Amans commodes ;
Les Aflociez en bonnes Fortunes
, & les Coquets de Profeffion.
Voicy deux Enigmes nouvelles.
La premiere m'a eſté envo
yée ſous le nom de Lyſandre .
Celuy qui a fait la ſeconde m'a
2104
ENIGME100
'Homme qui fent discourt d'una
airfi pleind'appas,
214 MERCURE
Peut - estre aussi le ſeul qui nous
donne la vie.
L'avantage eft petit ; qu'il ne s'en
vante pas.
Puis qu'en nous la donnant , elle
nous eft ravie.
Mais quoy que nous Soyonsfi pen
de temps au jour ,
Nous avons l'art de beaucoup
dire ,
Nous parlons de peine & d'amour,
Nous expliquons ce qu'on defire.
Belle Clione, un grand nombre de
gens
Avoſtre Court nous font paroiſtre.
Ah , que leurs coeurs feroient
contens , T
Si vous nous donniez aussi l'estre!
Aientoft on ne nous verroit plus,
2
GALANT.
215
Les unsferoient mourir les au
tres ,
Et la joye auroit le deſſus ,
Nos deſirs deviendroient les vo
Stres.
AUTRE ENIGME.
que le Maistre à Voy que le
jefuis, Q
qui
Paffe en grandeur toute puiſſan-
се ,
C'est toûjours avec repugnance
Que ceux qu'à me chercher leur
malheura reduits ,
Mefont témoin de leurfoufrance,
Ce qui devroit contribuer
A rendre leurpeinefinie ,
C'est qu'ils font jour &nuit en
grande compagnie ,
Que rarement on voit diminuer,
4 216 MERCURE
Mais ce n'est pas comme en certaines
Festes,
Ouplus on est ,& plus on rit ,
Ceux pour qui j'ay des faveurs
toûjours prestes ,
Auroient,s'ils estoientſeuls , moins
de trouble enl'esprit.
sob- Par moy de grandsſecours s'
tiennent ,
Etquoy que le Sejour ait de quoy
dégoûter ,
Et que plusieurs avec joye en
reviennent
Il en est beaucoup qui s'y tiennent.
Inſqu'à ce qu'on mette ordre à les
faire emporter.
Je vous parleray lemois prochain
de l'Affaire de Ham .
bourg , dont je ne veux faire
رد
qu'un
GALANT. 217
qu'un Article. Il y a grande
apparence qu'elle ſera terminée
en ce temps- là Je ſuis ,Mada
me , voſtre , &c.
FIN
*
Septembre 1886- E
i
1 TABLE DES MATIERES
contenuës dans ce Volume.
Rélude fur l'Etabliſſement
da la Maison de Saint
Cir. I
Edit de l'Etabliſſement de cette
Maison. 8
Illide de Madame des Houlie-
Lieres. 28
Madrigal fur le mesme Sujet.
34
Prieres & réiouiſſances faites en
divers endroits de la ville de
Paris , & en pluſieurs endroits
du Royaume le jour de la fefte
de S. Louis a cause que le Roy
porte le nom de ce Saint.
Madrigal à Sapho.
35
47
Le couveau Pantheone148
TABLE
e
Neuvième Dialogue des choses difficiles
à croire. so
Deſcription du Carrousel fait à
Florence.
110
Hiſtoire des Boucanniers ou Fliba-
Stiers.
1
116
Arrivée à Roven de Monsieur
Faucon de Ris premier Préfident
au Parlement de cette
Ville-là , avec les Harangues
qui lux ont esté faites & tout
ce qui s'est passe Sur ce fuiet.
12
Morts.
sh
136
Troifiéme fuite de l'Histoire des
Estampes.
Galanterie Efpagnole
a0137
143
Particularitez touchant l'Accou-
Schement de Madamela Dauphine.
Mort de Monfieur Berrier. 173
Chargede Profeffeur Royal en Ma
2
TABLE.
thematiques , donnéeà Monheur
Sauveur. 174
Monsieur l'Abbé Galois est pourveu
de la Charge de Profeffeur
Royal en Langue Grecque. 176
Procez gagné par les Capucins ,
dits du Louvre,
C
177
Journal de la prise de Modon.
na
179
Nouvelle Carte de la Morée. 185
Journal de tout ce qui s'eſt paſſe à
Anet pendant le Séjour de
Monseigneurle Dauphin. 186
Promotion de nouveaux Cardinaux,
198
Particularitez de laprisede Bude.
106
Noms de ceux qui ont devinez les
Enigmes . 212
Enigmes nouvelles. 113
Affaires deHambourg. 216
Findela Table.
IYON
P
Extrait du Privilege du Roy.
du Roy, donnéa
→
ArGrace & Privilege
Chaville le 18. Juillet 1683. Signé , Par.
le Roy en fon Conſeil , luNQUIERES. Ileſt,
permis à I. D. Ecuyer, Sicur de Vizé eſt,
faire imprimer tous les Mois un Livrezatitulé
MERCURE GALANT , contenant
pluſieurs Pieces , Relation, Hiſtoires,Avan
rures,& autres Ouvrages hiſtoriques , cus
rieux &galans,pour la fatisfaction de
nôtre cher & tres-amé Fils LE DAUPHING
pendantle temps & eſpace de dix années,
à compter du jour que chacun deſdits
Volumes ſera achevé d'imprimer pour la
premieres fois : Comme auſſi défenſes font
faites à tous Libraires , Imprimeurs Graveurs
& autres , d'imprimer , graver&de
biter ledit Livre ſans le conſentement de.....
l'Expoſant, ny d'en extraire aucune Piece,ny
Planchesſe ryant à l'ornement dudit Livret
meſme d'envendre ſeparément,&de donner
àlire ledit Livre ; le tout àpeine de fir mille
mille livres d'amcude,com
contrevenans , & confiſcation des Exema
plaires , contrefairs ; ainſi que plus au long
il eſt porté audit Privilege.
Registré fur le Livre de la communauté
le 14 Septembre 1683
Sigać ANGOT, Syndic
人
i
Et ledit Sieur J. D. Ecuyer , Sieur de
Vizé , a cedé & tranſporté ſon droit de
Privilege à Thomas Amaulry , Libraire à
Lyon, pour en jouir fuivant l'accord fait
4
Max achaossom 33
το πόλεσινοι
BOLIC CU
RDIOV
A
COULLOACOS2
-ARRORS2
AUGVSTINIANA
LVGDUNENSI
MERCUR E
807150
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
SEPTEMBRE 1686VON
*1893*
Divisé en deux Parties.
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY
ruë Merciere , au Mercure Galant.
M. DC. LXXXVI.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
i
i
AU LECTEUR.
E Mercure est divisé en
matiere qui le remplit, n'auroit pû
entrer toute entiere dans un ſeul.
Quelques Particuliers , car ieferois
tort au Public ,si l'ofois l'en
accuſer,ſeſont plaintsſouventde
ce que lesSecondes Parties n'entroient
pas dans les premieres,
commesi deux Volumesd'une égale
groſſeur , pouvoient estre reduits
en un ſeul. Ils apportent pour rai
Son, que lors que cette abondance
dematierese rencontre , on doit
retrancher quelques Pieces galantes
&d'érudition. Ilya deux repon
Ses à cela; l'une , qu'ilfaut que le
premier Volumeait toûjoursfonmélange
ordinaire , parce que le but
3
AD LECTEUR.
que l'on a dans cet Ouvrage eftant
de le vendre propre à toutes fortes
de personnes , it faut des Vers
des Galanterics & des Pieces dètachées
pour ceux qui n'aiment
pas les Nouvelles ; des Pieces d'érudition
pour les Sçavans , & des
Nouvelles pour ceux que ces fortes
de choſes ne touchent point. Ainsi
chacun est content , ou doit l'estre
du moins en partie, car les Galans
ne voudroient que des Vers & des
Histoires , & les Nouvelliſtes que
des Nouvelles.Mais quand on voudroit
fatisfaire ceux qui demandent
qu'on retranche quelques
Ouvrages galans lors qu'il se rencontre
des fuiets de secondes Parties
, afin de les faire entrer dans
la premiere , le pourroit - on &le
quare tout au plus d'un Volume
qu'on trouveroit à retrancher ,
fourniroit il affezde placepour en
faire entrer un entier dans le mêAU
LECTEUR
UA
me Volumee ? Onatache de les conan
mots ondeux , en
àSiam
tenter ily a
mettant la Relation du Voyage de
Monsieur le Chevalier de Chaumont
à , dans le Mercure ;
mais comme ilfut impoffible de la
faire entrer entiere, il falut avoir
recours à un second Volume que
l'on vouloit éviter ; ce qui a donné
lieu au Public de ſe plaindre de ce
que la Relation n'eſloit pas toute
dansunseul Volume. Cela est cause
qu'on s'arrestera à l'avis du plus
grand nombre ; & quand il fe
trouvera affez de belle matiere
pour faire une ſeconde Partie , on
Satisfera le Public là deſſus , Ces
Seconds Tomes font des ouvrages
d'un grand travail , & contiennent
des détails fi recherbez&fi
curieux , que la posterité ne les
trouvera pas ailleurs. Le Siege
de Vienne , l'Hiſtoire du Siege
4
AU LECTEUR
de Luxembourg , la Relation
de tout ce qui s'eſt fait devant
Gennes par l'Armée Navale
du Roy , le Mariage de Monſei
gneur le Dauphin , & celuy de
la Reine d'Eſpagne ,font des
Morceaux d'Histoire traitez à
fond, & le Public a paru ravy de
les avoir ſeparez , pour n'estrepoint
embarassé à les chercherparmy les
autres Nouvelles du Mercure. Si
ce qu'il en couſte à quelques Parti
culierspour avoir les fecondes Parties
les fait parler , on pour leur
repondre que l'on n'en profite pas,
que les Recherches qu'on est obligé
defaire pour ces fortes d'Ouvrages
reviennent à beaucoup , & que
ceux qui lesfont imprimer dans
les Pays Etrangers ſur les Exemplaires
de Paris ,& qui les distri
buënt dans toute l'Europe , en ont
Seuls tout le profit ; de forte qu'on
ne les fait qu'afin d'avoir le plaisir
AU LECTEUR
defoûtenir la gloire du Mercure,
&pour montrer qu'ilne luy échape
rien.Laseconde Partie qu'on donne
aujourd'huy a pourTitre , Voyage
des Ambaſſadeurs de Siam en
France, contenant la Reception
qui leur a eſté faitedans les Villes
où ils ontpaſſe , leur Entrée
à Paris , les Ceremonies obfervéesdans
l'audience qu'ils ont
euë du Roy & de la Maiſon
Royale , les Complimens qu'ils
ont faits , la Deſcription des
Lieux oùils ont eſté, & ce qu'ils.
ont dit de remarquable for tour
ce qu'ils ont vû. Ce Titre maxque
affez les choses curieuses que
ce Volume renferme , & quand il
n'y auroit rien des Ambaſſadeurs
de Siam , les Descriptions feules
des endroits de Paris où ils ont esté,
peuvent apprendre des chofes dont
4
jamais perſonne ne s'est avisé de
parler.
·
LIVRES NOUVEAUX
du Mois de Septembre 1686.
Voyage des Ambafladeurs de Siam en France , con
tenant la Reception qui leur
a eſté faite dans les Villes où
ils ont paffé , leur Entrée à
Paris , les Ceremonies obfervées
dans l'Audiancé qu'ils ont
euë du Roy & de la Maiſon
Royale , les Complimens qu'ils
ont faits , la Deſcription des
Lieux où ils ont eſté , & ce
qu'ils ont dit de remarquable
fur tout ce qu'ils ont vû , in
douze , 20. fols .
Inſtructions pour les nouveaux
Catholiques , où tous
les Points principaux de la Religion
font familierement ex-
2
pliquez par l'Ecriture, les Conciles
& les Peres , par Monfeigneur
l'Evêque & Comte de
Châlons fur Saone , in douze,
40. fols.
Hiſtoire des Avanturiers qui
ſe ſont ſignalez dans les indes,
contenant co qu'ils ont fait de
plus remarquable depuis, vingt
Années ; Avec la Vie , les
Moeurs , les Coûtumes des Habitans
de Saint Dominique &
de la Tortuë ; & une Defcri
ption exacte de ces Lieux , où
l'on voit l'Etabliſſement d'une
Chambre des Comptes dans
les Indes , & un Etat tiré de
cette Chambre , des Offices
tant Ecleſiaſtiques que Seculiers
, où le Roy d'Eſpagne
pourvoit ; les Revenus qu'il
tire de l'Amerique , & ce que
les plus grands Princes de
l'Europe y poſſedent ; le tout
enrichi de Cartes Geographi
ques , & de Figures en Taille
douce , in douze , deux volumes
, 4, livres.
Amours du Comte Tekely,
in douze, 15. fols..
3
Pieces à une ou à deux Violes
, compoſées par Monfieur
Marais, Muficien ordinaire de
la Muſique de la Chambre du
Roy , le tout gravées en Tailledouce.
14. liv.
L'Eſpion Turc , deux & troifiéme
Tome, deux voll, in douze
, 3. livres . Le premier Tome
ſe trouve auſſi dans la même
Boutique , les trois Tomes
valent 4. liv. 10.f.
Nouveau Siſteme des Bains
& Eaux Minerales de Vichy,
fondé fur pluſieurs belles Experiences
, & fur la Doctrine
2
de l'Acide & de l'Alcaly ; Ouvrage
curieux & neceſſaire à
tous les Phiiciens & aux Malades
, auſquels il donne de
grandes lumieres ſur la nature
&ſur les effets des Bains &
Eaux Minerales en general ,
par Monfieur Foüet , Gonſeil
ler , Medecin-ordinaire du Roy,
Intendant &Maistre des Eaux,
in douze , 30. fols.
Jugement des Sçavans ſur les
principaux Ouvrages , depuis
Moïſe juſqu'à preſent, in douze
cing Volumes , 10. livres. Les
quatre premiers Volumes fe
trouvent dans la même Bouti
que pour 8. liv. C'eſt 18. livr
les neuf Volumes.
les
La Vie de S. François de Sa.
> par l'Autheur de la Vie
de Madame de Montmorency,
inquarto, 5. liv.
1
En attendant la fuite des
Hereſies , l'Hiſtoire de Loüis
douziéme , de Monfieurde Varillas
; Le Pontificat de S.Leon ,
de Monfieur Mainbour ; L'Hiſtoire
de la Morée , avec cinquante
Figures en Tailles douce
de toutes les Villes que les
Venitiens ont emportées ſur
les Turcs ; Les Annales de la
Grece , de Madame de Villedicu
, Les grands Voyages de
Monfieur Chardin , de la Perſe
& des Indes Orientales , avec
beaucoup de Figures en Tailes
douces La nouvelle Methode
accomplie du Blafon, du
P. Meneftriers Exilebon uſage
du Thé , du Caffé & du Chocolati
par le ſeavantMonfieur
da Blegny , Docteun en Mes
decine. Vous ſcavez que pour
traiter de la nature, des proΓνịt
dai commence but
S
- prietez & de l'uſage de ces
Boiffons , il faut eſtre ſcavant
Medecin : En vous l'envoyant
je vous l'expliqueray plus au
- long , & pluſieurs autres Livres
nouveaux dont je vous entre
tiendray de mois en mois .
-sq al rebianaszichi
Berto
Anal sebager sichergia 1
৪১৮
Avis pourplacerles Figures.
L'airqui commecepar,Dos Raisins, doit regarder lapa-
де но
La Figuredoit regarder lapa
ge168
L'air qui commence par ;
Change qui voudra , doit regar
der la pag. 17.8.
I
MERCURE
GALANT 170
SEPTEMBRE 1686.
J
E me ſens ſi penetré
de ce que j'ay à vous
dire au commencement
de cette Lettre ,
que ne ſçachant de quels termes
me ſervir pour bien exprimer
ce que je penſe , j'aime mieux
me taire ,& vous envoyer l'Edit
de l'établiſſement de Saint Cir,
C'eſt une Piece qui vous parlera
au lieu de moy , puis qu'elle
Septembre 1686. A
2 MERCURE
parle aſſez d'elle- meſme ,& que
les quatorze Articles qu'elle
renferme , font autant de ſujets
de Panegyriques pour Sa Majeſté.
Quel bonheur pour nous ,
auſſi-bien que pour les François
qui nous ſuivront , que Dieu
nous ait donné un Monarque,
qui outre un nombre infiny de
grandes choſes qu'il a faites pour
lagloire de ſes Peuples & pour
leur utilité , en a fait trois ſi dignes
de ſa grandeur , & en même
temps ſi ſurprenantes , que
tous les Souverains de la Terre
unis enſemble pour former quelque
deſſein qui fiſt aſſez éclater
cette union de puiſſance , auroient
peine à imaginer , & plus
encore à executer l'une de ces
trois choſes. Vous les trouverez
dans l'établiſſement des Invalides
, dans celuy des Compa
GALAN T.
3
gnies des jeunes Gentilshommes
qu'on inſtruit en pluſieurs
Villes , comme en des Academies
,& dans celuy de S. Cir.
Ces trois Etabliſſemens font la
grandeur de Sa Majesté puis
qu'en récompenſant la Nobleſſe
quia ſervy , ils donnent en même
temps moyen de continuer
àceux qui en ont encore la force.
Les Invalides font qu'on
trouve des Soldats, & l'on pourroit
meſme dire qu'eſtant afſſeurez
d'avoir tout ce qui est neceffaire
pour la vie dans un lieu fi
beau , qu'il eſt peu de Souverains
qui ayent de plus ſuperbes
Palais , ils brigueroient volontiers
la gloire d'eſtre bleſſez , &
de devenir Invalides aprés le
travail de quelques Campagnes ,
afin de finir leurs jours tranquillement
dans ce magnifique
A2
4 MERCURE
Hoſtel , & avec tous les fecours
qu'on peut eſperer pour l'ame
auſſi- bien que pour le corps.
Quoy que l'on donne le nom
d'Invalides à tant de Braves,
parce qu'ils font hors d'eſtat de
porter les armes, on ne peut pas
dire qu'ils ſoient entierement
inutiles , puis que l'établiſſement
qu'on a fait pour eux , fert à faire
éclater la gloire & la bonté de
noſtre Auguſte Monarque. Celuy
qui a eſté fait pour les jeunes
Gentilshommes, n'eſt pas moins
confiderable. Il décharge les
Peres du ſoin que donneroit l'éducation
de leurs Enfans , & de
la dépenſe qu'il leur faudroit
faire pour cela ,& met les uns
&lesautres en eſtat de ſervir le
Roy en meſme temps. Il apprend
à ces jeunes Gentilshommes
à eſtre Soldats & Chefs , à
GALANT.
5
obeïr& à commander ; & il rend
ledur Métier de la Guerre compatible
avec le crainte de Dieu,
ce qui n'eſt pas ordinaire.
Quant à l'établiſſement de la
Maiſon de Saint Cir, il donne
auſſi lieu à la Nobleſſe de ſervir
le Roy , puis que les Peres qui
auront des Filles dans cette
Communauté , eſtant déchargezde
la dépense à laquelle les
engageroit l'obligation de les
faire inſtruire ſelon leur naiſſance
, ſeront plus en pouvoir de
ſervir le Roy avec leurs Fils. Ce
ſage Prince qui laiſſe la liberté
la-deſſus , fait voir par l'Avant
propos de ſon Edit, que la Communauté
de S. Cir eſt particulierement
établie pour y élever
les jeunes Demoiſelles dont les
Peres ſeront morts dans le ſervice.
L'éducation des Filles n'eſt
A3
6 MER CURE
pas une choſe aiſée. On en voit
peu qui dans un âge tendre
n'ayent du panchant vers le
monde. La jeuneſſe eſt toûjours
foible , & n'obeit pas bien volontiers
lors qu'elle eſt gouvernée
pard'autres que par un Pere
& par une Mere, ſi ce n'eſt dans .
des Convens. Mais combien de
jeunes Filles ont-elles de la repugnance
à y entrer , & quand
il arriveroit qu'elles n'en ſentiroient
pas , combien y a- t'il de
Gentils-hommes qui n'ont pas
affez de bien pour les y mettre?
N'ont- elles donc pas ſujet de ſe
tenir tres- heureuſes d'eſtre dans
aine Maiſon comme celle de
Sint Cir , où ſans qu'on les oblige
à prendre le Voile , elles vivront
avec autant de regularité
que dans le Convent , & attendront
l'âge , où l'on a l'eſprit af
GALANT. 7
ſez meur pour voir le party que
l'on doit prendre ? Que les prieres
de cette jeuneſſe innocente
doivent avoir d'efficace auprés
de Dieu , & quelles benedictions
n'attireront - elles pas , &
fur ceux qui ont formé ce grand
établiſſement ,& fur tout l'Etat !
Toutes ces choſes font voir que
LOUIS LE GRAND ſera toûjours
Invincible , qu'il aura toûiours
des Soldats & desOfficiers
autant qu'il en pourra ſouhaiter,
que le Meſtier de la Guerre leur
ſera parfaitement connu avant
qu'ils ayent ſervy pour l'apprendre,
& que des ames pures prieront
continuellement pour la
proſperité de ſes Armes. Voicy
l'Editdontj'ay commencé à vous
parler. Vous le trouverez remply
d'Articles ou la prudence
n'éclaté pas moins que la gran
A4
8 MERCURE
deur , & vous avoüerez qu'on
n'en a pas encore veu de mieux
dreſſé.
EDIT D'ETABLISSEMENT
DE SAINT CIR.
L
07) IS parla Grace de Dieu,
Roy de France &deNavarre,
à tous preſens & à venir , Salut .
Comme Nous ne pouvons affezté
moigner la satisfaction qui nous
reste de la valeur& du zele que la
Noblesse de nostre Royaume afait
paroiſtre dans toutes les occafions ,
en fecondant les deſſeins que nous
avons formez , & que nous avons
fiheureusement executez avec l'afſiſtance
Divine pour la grandeurde
nostre Etat ,&pour la gloiredenos
:
9
GALANT.
armes ; la paix que nous avonsfi
Solidement affermie , nous ayant
mis en estat de pouvoir eſtendre nos
Soins juſque dans l'avenir , & de
jetter des fondemens de la grandeur
& de la felicité durable de cette
Monarchie ; Nous avons étably plu
fieurs Compagnies dans nos Places
frontieres , où ſous la conduite de
divers Officiers de Guerre d'un me
rite éprouve , Nous faiſons élever
un grand nombre de jeunes Gentilsbommes
; pour cultiver en eux les
Semences de courage & d'honneur
que leur donne la naiſſance , pour
lesformerparune exacte &fevere
Discipline aux exercices Militai
res , & les rendre capables de foûtenir
à leur tour la reputation du
nom François ; Et parce que nous
avons estimé qu'iln'estoit pas moins
juste , &moins utile , de pourvoir
à l'éducation des Damo felles d'ex
As
10 MERCURE
traction Noble , fur tout pour celles
dont les Peres estant morts dans le
Service , où s'estant épuisez par les.
dépenses qu'ils auroient faites ,se
trouveroient hors d'estat de leur
donner les secours neceffaires pour
les faire bien élever , après l'épreuwe
qui a esté faite pendant plufieurs
années par nos ordres , des
moyens pour y réuffer , Nous avons
refolu de fonder & établir une
Maison & Communauté , où un
nombre confiderable de jeunes Fil
tes , iffuës de Familles Nobles , &
particulierement des Peres morts
dansle fervice , ou qui y feroient
actuellement , foient entretenues
gratuitement ,& élevées dans les
principes d'une veritable &folide
picté,& reçoivent toutes les Inſtru
Etions qui peuvent convenirà leur
naiſſance &à leur Sexe , fuivant
l'estat auquel il plairaà Dieu les
GALANT. H
,
appeller, enforte qu'aprés avoir eſté
élevées dans cette Communauté ,
celles qui enfortiront puiſſent porter
dans toutes les Provinces de nôtre
Royaume des exemples de modeſtie
& de vertu , & contribuer,
Soit au bonheur des Familles où
elles pourront entrer par mariage ,
foit à l'édification des Maiſons
Religieuses , où elles voudront ſe
consacrer entierement à Dieu
auquel effet Nous avonsfait acquerir
, construire & meubler de
nos deniers la Maison de Saint
Cir,ſituée prés de noſtre Chasteau
de Versailles ; il ne reste plus
qu'à declarer nos intentions tant
pourlesfonds , que pour les Regle.
mens neceffaires pour l'entiere execution
d'un établiſſement fi utile &
fi avantageux,SÇAVOIR FAISONS
que pour ces Causes,de nostre propre
mouvement pleine Puiſſance &au-
A6
12 MERCURE
thorite Royale , Nous avons fondé,
érigé & etably , fondons , érigeons
& établiſſons à perpetuitépar ces
Preſentes fignées de nostre main,en
lad teMaison de Saint Cir , une
Communauté qui sera composée
de trenteſix Dames Profeſſes , de
deux cens cinquante Demoiselles
d'extraction Noble & de vingtquatre
Soeurs Converses; pour y estre
receues ainsi qu'ilfera expliqué cyaprès,&
vivre ſuivant les regles
& constitutions qui leurferont données
par noftre amé &feal Confeillerd'Etat
ordinaire , le Sieur Evefque
de Chartres , dans le Diocese
&ſous l'autorité duquel , & defes
Succeffeurs , fera & demeurera ladite
Maison , pour tout ce qui dépend
de la Vifite , Correction &
Iurisdiction Epifcopale.
I.
Nepourra ce nombre de trenGALANT.
13
teſix Dames estre augmenté pour
quelque cause & occasion que ce
foit& vacation avenant de l'une
defdites places , par mort ou au
trement , Nous voulons qu'elle ne
puiſſe eſtre remplie que de l'une
des deux cens cinquante Demoi-
Selles , qui fera choisie par la
Communauté , & par la pluralité
des fuffrages,âgée au moins de dixhuit
ans accomplis , pour estre receuë
au Noviciat , & le temps
du Noviciat paſſé , à la Profeffion
; Et lesdites Dames feront
les voeux ordinaires de Pauvreté,
Chasteté &Obeissance ,&un voeu
particulier de comfacrer leur vie à
l'Education & Instriction des De
moiselles &les vingt- quatre Soeurs
Converses feront pareillement receues
au Noviciat&àla Profeffion,
en faisant lesvoeux de Pau
vreté Chasteté & Obeiffance fuivant
les Constitutions.
14 MERCURE
II.
Pour regir ladite Maison &
Communauté au Spirituel , ledit
Sieur Evesque commettrapour tout
le temps qu'il jugera à propos ,
un Superieur Ecclefiaftique Secu
lier qui nous foit agreable . &à
nos succeffeurs.
111.
Nous nous refervons pour nous
& nos Succeſſeurs Roys , la nomi.
nation & entiere diſpoſition par
Simple Brevet des deux cens cin.
quante places des Demoiselles, pour
par nous &nos Succeſſeurs en dif
poſer en faveur des Filles Nobles,
& principalement de celles qui
Seront iſſues de Gentils - hommes
qui auront portéles Armes. Voulons
qu'aucune Demoiselle ne puiſſe eſtre
admisepour remplir l'une desdites
deux cens cinquante places, qu'elle
n'aitfait quelque preuve deNoblefGALANT.
15
Separtitres en bonneforme de qua
tre degrez du côté paternel , & en
cas quepar le raport qui nous fera
fait & à nos Succeffeurs defdites
preuves, ellesfoiët jugées de la qualité
requise, Nous ordonnerons l'expedition
de nostre Brevet enfafaveur,&
ferale Procésverbal conl'ArbreGenealogique
, avec
lespreuvesde Nobleſſe inferit dans
un Registre quifera gardé dans
lesArchivesde la Maifon.
tenant
IV
Aucune Demoiselle ne pourra
estre pourveuë de l'une de ces places
,si elle n'est âgée au moins de
fept ans accomplis , & celles qui
auront plus de douze ans n'y pourront
estre admiſes . Celles quiyauront
esté receuës ,n'y pourront demeurer
que jusqu'à l'âge de vingt
ans accomplis , & trois mois avant
qu'elles ayent atteint cet age , les
16 MERCURE
Parens feront avertis par le Superieurde
la Maiſon ,de les reti.
rer.
V.
Vaccation arrivant de l'unedefdites
deux cens cinquante places ,
Soit parmortou autrement ,le Su
perieur & la Superieure de ladite
Maison Seront tenus de nous en
informer inceſſamment , pour remplir
la place vacante d'une autre
Demoiselle de la qualité requise.
VI.
Les deux cens cinquante Demoiselles
feront inſtruites par les
Dames en tous les Devoirs de pieté
Chreftienne , & autres exercices
convenables àleur qualité,ſuivant
les Regles & Constitutions de la
Maison.
VII.
Les Peres &Meresdes Demoifeilles,
leurs Tuteurs , ou à leur
GALANT.
17
defaut leurs plus proches parens ,
pourront les retirer de ladite Mai
Son pour lespourvoirpar mariage ,
ou pour autres bonnes conſiderations
& interests de Familles. Comme
aufſſi lors que la Superieure jugera
àpropos par l'avisde la Communauté
de renvoyer l'une desdites
Demoiselles à ses parens , elle les
fera avertirde la vetirer , sinon&
en cas de refus ou delay, ellepourra
ſans aucune formalité la leur
renvoyer , dont nous ferons pareillement
informez poury pourvoir.
VIII.
Les trente-fix Dames de S. Cir,
les deux cens cinquante Dernoiſelles
à nostre nomination , & les vingtquatre
Converſes qui composeront
la Maison & Communautéferont
receuës & entretenues gratuite
ment dansla Maiſon , de toutes
chofes necessaires pour leur fubfia
18 MERCURE
Stance, tant enSanté qu'en maladie;
deffendons tant au Superieur qu'à
la Superieure & Communauté de
Souffrir qu'il soit reçeu , pris ny
exigé aucuces sommes de deniers,
rentes , ou autres choses pour l'entrée
dans la Maiſon, pour laReception
au Noviciat & Profeſſion ,
Sous quelque pretexte que ce puiſſe
estre ,foit d'augmentation , fonda_
tion , conceffion de qualité , de
Bienfaictrice , Pension , Aumônes à
la Sacristie , Ornemens , frais de
Ceremonie, de Noviciat & de pro
feſſion , achat de meubles , ou autres,
en quelque cas ou occaſion que
ce foit , àpeine d'eſtre procedefui_
vant les Conftitutious de la Maiſon
contre la Superieure , ou autre de
ladite Communauté qui auroit
accepté un present tel qu'il pust
estre , & de confiscation des
} 19 GALANT.
chofes données,& de condamnation
du double contre ceux ou celles qui
auroient donné oufait quelquePrefent,
le tout appliquable moitié à
l'Hôtel- Dieu , & moitié à l'Hôpi
tal General de nostre bonne Ville
deParis.
IX.
Pour la Dotation , subsistance,
& entretenement de la preſente
fondation , Nous avans de lamême
authorité que deſſus , donné , cedé,
quité, transporté& delaiſſé, Donnons
, cedons , quittons , transpor
tons ,&delaiffons par ces presen
tes à ladite Maison & Commu
nauté de Saint Cir , dés maintenant
à toûjours pour Nous & nos
Succeffeurs Roys ladite Maison de
S. Cyr , Bastimens & Meubles que
nousy avons fait faire , enſemble
la Terre & Seigneurie dudit Saint
Cir, & tous les Domaines , droits
i
:
20 MERCURE
& revenus mentionnez au Contract
d'échange paſſsé par les Commiſſaires
de nostre Conſeil ou Deputez
avecnostre cher &bien amé
Cousin le Duc de la Feüillade , en
conſequence de l'Arrest de nostre
Conſeil, & ce à quelque somme
que le tout puiſſe monter & revenir;
Et en outre Nous donnerons à
ladite Communauté la ſomme de
cinquante mille livres de rente , en
autre fonds de Terre qui fera declaré
quitte envers Nous du droit
d'amortissement & de tout droit
d'indemnité envers les Seigneurs
de Fiefs ainſi que ladite Maiſon,
Terre & Seigneurie de Saint Cir,
& en attendant que nous ayons
fait fournir ledit fonds jusqu'à
concurrence deſdits cinquante mille
livre de rente , Nous ferons payer
àladite Maiſon& Communauté
par chacun an la somme de cin
GALANT. 21
quante millelivres à deux termes
égaux , de Saint Jean & Noël , &
nous la feront employer dans nos
Etats des Charges aſſignéessurnos
Domaines de la Generalité de
Paris , au Chapitre des Fiefs &
Aumônes.
X.
Et d'autant que ce Revenu ne
feroit pas fuffisant pour Satisfaire
aux charges d'une Communauté
Sinombreuſe, Nous confirmons pour
plus ample dotation & fondation
Royale nostre Brevet du deuxième
Mayde la preſente année 1686.
pour l'Union de le Mense Abbatiale
de l'Abbaye de S. Denys en
Franceà ladite Communautéde S.
Cir;voulons & nous plaiſt que tou.
tes diligences foient continuées en
Cour de Rome, & Lettres neceſſaires
expediées pourla Suppreffion
duTitre Abbatial , &pour l'Union
22 MERCURE
des revenus en dépendans , à ladite
Maison &Communauté , Sans
neanmoins en ce fait prejudicier à
la Mense conventuelle des Reli
gieux , & fans que leur nombre
&le Service Divin , & les Fondations
en puiſſent estre aucune-
* ment diminuées.
XI.
Deffendons expreſsément à ladite
Maison & Communauté de
Saint Cir, de recevoir ny accepter
à l'avenir aucune augmentation
de dotation & fondation de
quelque nature de biens que cepuif-
Seestre ,si ce n'est de la part des
Roys nos Succeffeurs : ou des Reynes
de France , ou defaire aucune ac
quisition en fonds , ou d'accepter
aucunsfonds , legs ny oblations,ſous
quelque pretexte que ce soit , mesme
atitre de Confrairie , & neanmoins
mettant en consideration
1
GALANT.
23
1
que ladite Communautéa estéfor ...
mée par les soins & la conduite
de Madame de Maintenon , Voulons
que ladite Dame puiſſe faire
au profit de ladite Maison de Saint
Cir , telles diſpoſitions&dons que
bon luy ſemblera , tant en meubles
qu'immeubles , lesquels ladite Com
munautéſera tenue d'accepterSans
tirer à consequence.
XII.
Au cas que les Charges & les
dépences de la communauté acqui
tées , &aprés avoir laiſſe un fonds
de cinquante mille livres, enreferve
pour les cas impreveus & beſoins.
de ladite Communauté, ilse trouve
par l'arrestédes Comptes du Receveur
de la Maiſon , à lafin de
chaque année , des deniers revenans
bons , Nous voulons & ordonnons
qu'ils soient employez à marier
quelques unes de ces Demoi24
MERCURE
Selles,ſuivant le choix qui enſera
par Nous fait & nos Succeſſeurs
Roys, Sur la propoſition qui en fera
faitepar la Superieure&la Communauté.
Voulons mesme qu'au défaut
dudit fonds , ilfoit pris des
deniers dans noſtre Tréſor , pour
contribuer à la dot de celles defdites
Demoiselles , qui feferont diftinguées
dans la Maiſon par leur
pieté & bonne conduite , & qui
Jeroient agreables. Voulons en outre
que celles desdites Demoiselles qui
Seront appellées à la Religion ,
Soient preferées dans la nomination
aux places des Religieuses dont la
diſpoſition nous appartient és Abbayes
Royales , dans lesquelles
elles (erout receues gratuitement,
Suivant qu'il fera estimé àpropos
par Nous & nos Succeſſeurs
Roy's.
ΧΙΙΙ.
GALANT.
25
ΧΙΙΙ.
Voulons & nous plaiſt , qu'en
confideration de nostre presente
Fondation Royale , ladite Commu
nautéſoit tenuë de faire celebrer
une Meſſe haute, & deux Meſſes
baſſes tous les Dimanches & Feſtes
de l'année , & deux Meſſes baſſes
les jours ouvrables , à l'intention
qu'il plaiſe à Dieu nous donner&
ànos Succeſſeurs les lumieres neceffairespourgouverner
nostre Etat
Selon les Regles de la luſtice ,&
pouraugmenter son culte & exal
terfon Eglise dans nostre Royaume,
Terres & Seigneuries de noftre
Obeiſſance , comme aussi à l'intention
de remercier Dicu des graces
qu'ilrépandſur Nous, &fur nostre
Maison Royale &fur nostre Etat ,
Nous voulons qu'à la Meſſe de la
Communauté il foit chanté le
Pfeaume Exaudiat te Dominus,
Septembre 1686... B
26 MERCURE
avec le Verfet & l'Oraiſon accoûtumée
, & à la fin de Vespres , le
Domine ſalvum fac Regem ; Et
comme nous mettons cette Maison
Sous laprotection de la Sainte Vierge
& de Saint Loüis , VOULONS
que l'une deſdites deux Meſſes qui
doivent estre dites chaquejour,foit
celebrée pour le repos des Ames des
Roysnos Predeceffeurs,&de la feuë
Reyne noſtre Epouse , & aprés qu'il
aura plû à Dieu de diſpoſer de
nous , ladite Messe fera pareillement
celebrée à nostre intention,
feront lesdites Dames tenues
de dire à la fin de la Meſſe de la
Communauté & Salut les jours cy.
deffus un De profundis pour le
repos de nostre Ame.
XIV.
Si nous trouvons par lasuite des
temps qu'il soit neceſſaire d'expliquer
quelques-uns des Articles de
GALANT. 27
J
noftre Fondation , Nous nous refervons
la faculté d'y pourvoir comme
aussi au Reglement particulier
de l'administration du revenu
temporel de ladite Maison , Sans
neanmoins qu'il puiſſe eſtre rien
changény derogépar Nous &nos
Succeffeurs aux principaux Articles
de lapreſente Fondation.
*Et pour l'execution Canonique des
Presentes , Nous voulons qu'elles
Soient preſentées au Sieur Evesque
. de Chartres , pour estre par luy
decretées en la forme preſcrite par
les Regles de l'Eglife. SI DONG
NONS EN MANDEMENT, &C .
Les Vers que vous allez lire
ne ſont pas nouveaux , mais ils
le feront pour vous , puis que
vous medites qu'on ne vous les
a point encore envoyez. D'ailleurs
ils font de Madame des
B2
28 MERCURE
Houlieres , & tout ce qu'elle fait
eſt ſi beau , qu'en touttemps on
le voit avec plaiſir. Ils ont eſté
faits fur le rétabliſſement de la
Santé du Roy , aprés le mal dont
Sa majesté a eſté guerie avant
les accés qu'Elle a eus de Fiévrequarte.
IDYLE
DE MADAME
DES HOULIERES
Sur le retour de la Santé
du Roy.
Deuples, qui gemiſſez au pied
Que par des voeus ardens , des foupirs&
des larmes ,
GALANT.
29
Demandez la ſanté du plus grand
des Mortels ,
En plaisirs changez vos alarmes,
Couronnez vos teftes de fleurs ,
LOVIS n'est plus en proye à de
vives douleurs ,
D'uneſanté parfaite il goûte tous
les charmes.
Désſes plus jeunes ans à vaincre
accoûtumé ,
Il a dompté les maux qui luy faia
Soient la guerre ,
Ilsn'ont ſervy qu'à montrerà la
Terre
Combien LOVIS est grand, com
bienil eſt aimé.
Tandis que devorezpar des craintes
mortelles
Nous cherchions en tramblant d'agreables
nouvelles ,
Tandis qu'il nous coutoit tant de
pleurs , tant de cris ,
B 3
30 MERCURE
L
Luy , dont rien nesçauroit ébranler
lecourage ,
Regardoit fes douleurs avec un fier
mépris.
Elles ne paroiſſoient quefur nostre
visage.
Aumilieu des plaisirs qu'enfante
un doux repos ,
Eut- il jamaisl'esprit plus libre?
Vous le sçavez , Tamise , Elbe ,
Rhin, Tage , Tibre ;
Vous lesçavez aussi, Mers , dont il
joint lesflots.
Ces foins qu'on voit toûjours
renaiſtre ,
Et dont , hors le Heros que nous
avons pour maiſtre ,
Nul Roy n'a porté feul le penible
fardeau ,
Les a- t- on veu ceſſerdansſes douleurs
cruelles ,
GALANT... 31
i
Qucy qu'en des mains ſages ,fidelles
,
Il cuft pû confier le timon du Vaif-
Seau? 1
Maispourquoy dans des jours des
ſtinez àla joye
Rappeller des jours douloureux ?
Loüiſſons du bonheur que le ciel
nous envoye ,
LOVIS ne souffre plus, noussommes
trop heureux.
Que dans nos moeurs le travail
ceffe ,
Que levincoulle,qu'on s'empreſſe
D'allumer d'innombrables feux,
Qu'on lance dans les airs de fi vives
eftoiles .
Que leur éclat faſſe pâlir
Celles de qui pour s'embellir
La nuitfeme ſes fombres voiles,
Et vous , qui par un ſage choix
B 4
32 MERCURE
Preferez vos rustiques toits
A ces lambris dorezſous qui la
cemperance .
La tranquillité l'innocence ,
Logent rarement avec nous';
Bergers , pour quilavie afi peu de
dégoûs;
Bergers , plus heureux qu'on ne
pense;
Quittezleſoin de vos troupeaux.
Deguirlandes parezvos testes ,
Foulez l'herbe naiſſante aufon des
chalumeaux ;
Que des jeux innocens , que d'am
greables festes
Ramenent les plaisirs que vous
aviez bannis,
LOVIS ne fouffre plus , nos mal
heurs font finis.
Les Bergeres jeunes & belles ,
Qui font regner l'amour , & qui
regnent par luy ,
GALANT.
33
Sont feules à plaindre aujourd'huy3
Ie fremis des malheurs que jeprè
voy pour elles.
Ils font plus grands cent & cent
fois ,
Quesi dans les plus Sombres bois ,
Sans chiens leurs moutons alloient
paiſtre ,
Que fur leurs foibles coeurs elles
veillent toûjours,
S'il est vray que la joye est mere
* des Amours ,
La Santé de LOVIS en va plus
faire naiſtre
Que le doux retour des beaux
jours.
Dans le meſme temps Monſieur
Doujar , Doyen de l'Academie
Françoiſe, fit ce Madrigal
fur le mefme ſujer.
B
1
34
MERCURE
MADRIGAL .
ARrétons deformais nos larmes
,
Elles ne font point deſaiſou ,
Le Ciel donne à LOVISl'entiere
querifon
Du mal qui caufoit nos alarmes.
Grand Dieu , qui de la France es
l'éternelappuy ,
Qu'au delà de Nestor nostre Monarque
vive ;
C'est l'uniquesouhait qu'elleforma
aujourdbuy.
Si ce bien par toy nous arrive,
Le reste nous viendra par luy.
On cherche en tous lieux à
donner des marques du zele ardent
& refpectueux qu'on a
pour Sa Majesté. Ce qui s'eſt
GALANT.
35
fait au Ponteaudemer en est
une preuve. On y a celebré la
Feſte de S. Loüis avec grande
pompe , ſuivant le Concordat
que les Echevins de la Ville out
fait du conſentement du Magif
itat avec les Peres Carmes,pour
une Meſſe qui ſera chantée ſolenellement
tous les ans à pareil
jour dans leur Eglife . Le Corps
de la Justice & celuyde la Ville
y ont aſſiſté cette année , ayant
àleur teſte Monfieur le Gris ,
Lieutenant General , & Monſieur
d'Argences , Lieutenant
Criminel , Monfieur de Tricquevillle
, Gentilhomme des
plus qualifiez de la Ville , qui ſe
trouva auſſi à cette Ceremonie
avec toute la Nobleſſe , fit annoncer
la Feſte le jour précedent
par quantité de Fufées
volantesd'une beauté extraor-
B6
36 MERCURE
dinaire. Elles ſe diſperſoient en
mille figures , & dans la plufpart
, lors qu'elles venoient à
produire leur effet , on eſtoit
Surpris de voir briller un Soleil
avecle nom auguſte du Roy.
Le ſoir il donna un magnifique
Regaleà un fort grand nombre
de Perſonnes confiderables de
l'un &de l'autre ſexe. Le jour
de la Feſte , le Panegyrique du
Saint fut prononcé dans la principale
Egliſe de la Ville ,par le
Pere de Romé , Cordelier du
grand Convent, qui s'en acquita
avec l'entiere ſatisfaction de
fon Auditoire. Il prit pour fon
texte ces paroles de S. Luc ,
Beati oculi qui vident que vos videtis
,& dit que nous ne pouvions
affez estimer noſtre bonheur,
de voir les prodiges dont
nous eſtions les témoins ; que
GALANT.
37
nous pouvions dire que le Siecle
où nous vivons , n'offroit à nos
yeux que des Miracles ,& que
les vertus heroïques de noſtre
incomparable Monarque , la
profondeurde ſa ſageſſe , l'empire
qu'il poſſedoit ſon coeur ,
bienplus étendu que celuy qu'il
a ſur ſes Sujets , la fermeté de
ſon courage, la vivacité de ſeslumieres
,la force de ſes paroles ,
l'integrité de ſa juſtice , le nombre
preſque incroyable de ſes
grands ſuccés,nous engageoient
au filence & à l'admiration ,
mais que ce qui mettoitle comble
à tantde prodiges, c'eſt qu'il
faifoit voir un parfait Chreftien
dans un Heros achevé ,& qu'en
mefme temps qu'il élevoit le
Trône , il prenoit ſoin de procurer
celle des Autels ; ce qui
l'obligeoit à repeter , que nous
38 MERCURE
eſtions mille fois heureux d'avoir
veu foudroyer ces Temples
d'iniquité, ces retraites malheureuſes
, où l'Hereſie infolente
fomentoit ſon venin , ſes révoltes,
ſes menſonges , que beaucoup
de Rois en ayant médité
l'entrepriſe , diverſes Guerres
l'avoient ébauchée , mais que
le ſuccés en avoit eſté reſervé
au Roy , &que c'eſtoit ſur tout
en cela qu'on le voyoit digne
Succeffeur de S. Louis. Cer
Eloge que le Pere de Romé
étendit avec untour fin & éloquent,
luy attira un aplaudiſſement
general , auſſi-bien que le
reſte de ſon Difcours , qui fut
d'une grande utilité pour les
nouveaux Convertis , puis qu'il
traita à fond tout ce qui regarde..
l'Invocation des Saints. Le Sermon
finy, on chanta l'Exaudiat
GALANT.
39
en Muſique , & l'on dit les Prieres
ordinaires pour le Roy. Les
Corps qui s'eſtoient trouvez à
toute la Ceremonie , fortirent
dans le meſme ordre avec leurs
Chefs , & on alla diſner chez
Monfieur de Tricqueville , qui
fit un ſecond Regale auffi magnifique
que le premier. Quantité
de Dames s'y trouverent,
& il envoya de toutes fortes de
confitures à celles qui ne pûrent
eftre de ce grand Repas. Il n'oubliadans
cette magnificence ny
'Hoſpital genéral , ny les Prifonniers
, auſquels il fit faire diſtribution
d'argent & de vin.
Il fit placer le Buſte du Roy
dans une place éminente. Il étoit
d'Albastre avec des ornemens
d'or .
Meffieurs de l'Academie de
Ville- franche en Beaujolois,
40
MERCURE
ont folemnifé la même Feſte
avec des circonstances quimeritent
d'eſtre ſceuës. Le matin
ils ſe rendirent dans l'Egliſe
Collegiale , où Meſſieurs du
Chapitre chanterent avec beaucoup
de folemnité la grand'
Meſſe , qui fut ſuivie de Prieres
pour le Roy. M' Libert Prieur
d'Alys , y prononça le Panegyrique
de S. Louis , que l'Academie
a pris pour Patron. C'eſt
un Predicateur celebre dans
ces Provinces , diſtingué de
beaucoupd'autres parde grands
talens naturels pour la Chaire,
&par une profonde érudition
ſoûtenue avec éclat d'une éloquence
forte & penetrante.
Sop ſujet fut le zele de Saint
Loüis pour la Converſion des
Infidelles , & vous jugez bien
qu'il luy fut aifé de faire entrer
GALANT.
41
naturellement dans ſon diſcours
les Eloges de Sa Majeſté touchant
la Converſion des Heretiques
; mais comme c'eſtoit la
matiere que l'Academie avoit
choiſie pour les Difcours publics
de l'apreſdinée , il ne fit
que l'ébaucher , afin d'en laiſſer
toute la gloire aux excellens
Orateurs dont la Compagnie
eſt compoſée. A trois heures
aprés midy , les Academiciens
en Corps ſe rendirent dans la
Salle de Monfieur Beſſie du
Peloux Secretaire perpetuelde
l'Academie , qui par ſa magnificence
& par ſon honneſteté,
. contribuë beaucoup tous les ans
àl'éclat de ces ſortes d'actions .
La Salle eſtoit remplie d'un
grand nombre de perſonnes
Sçavantes , & de la premiere
qualité. Les Dames y vinrent
42
MERCURE
dans une grande parure , & avec
une propreté extraordinaire.
Les Orateurs choiſis pour faire
le Panegyrique du Roy fur le
Triomphe del Hereſie , étoient
Monfieur Mercier Docteur en
Medecine , & Directeur de l'Academie,
&Monfieur Terraſſon
de l'Abbaye Royale de loux
Dieu. Ils s'en acquiterent avec
l'applaudiſſement de toute l'Afſemblée.
Monfieur Duboft ,
Preſident en l'Election , avoit
fait un Poëme Latin ſur le mefme
ſujet , qui fut leu & écouté
avec beaucoup de plaifir. La
Compagnie fut invitée à ſe rendre
le lendemain en la meſme
Salle.On la trouva parée de deüil
pourla Pompe funebre de MonfieurBottu
de la Barmondiere
Seigneur de S. Fonds , un des
plus celebres Academiciens de
,
GALANT.
43.
Ville - franche , fort connu &
eſtimé par pluſieurs Ouvrages
d'Eloquence & de Poësie qu'il
a donnez au Public. Il mourut
au mois de may dernier ; cette
perte a eſté grande pour ce
Corps. Elle a donné lieu à une
Elegie que leut Monfieur Mignor
de Buffy , Lieutenant General
au Bailliage de la Province.Monſieur
de la Roche , Avocat du
Roy au meſme Bailliage , fit l'Oraiſon
Funebre avec ce beau feu
d'eſprit qui brille dans tous les
Diſcours qu'il fait à l'Academie,
&dans les fonctions de ſa Charge.
Enſuite ces meſſieurs allerent
à l'Eglife Collegiale qui eſtoit
tenduë de noir , & éclairée d'un
tres-grand nombre de Cierges ,
& ils affifterent au Service qui
ſe fit pourcét Illuſtre Academicien.
44 MERCURE
Le meſme jour , Feſte de S.
Loüis, il y eut un Salut fort ſolemnel
dans l'Egliſe des Peres Auguſtins
déchauſſez de Noſtre-
Dame de Victoire. La muſique
eſtoitde la compoſition de Monfieur
Laloüete ,Eleve de Mon-
-fieur deLully,& fatisfit fort tous
ceux quiy afſiſterent. Ce Salut
ſera chanté tous les ans dans la
mefme Eglife. le ne vous dis
point lenomde celuy quil'a fondé.
ll cherche moins àeſtre con-
D0 qu'à donner occafion de
prier Dieu pour le Roy.
Peut-être n'avez-vouspas ſçeu
juſqu'à preſentque le s . de ce
mois , jour de la naiſſance de Sa
Majesté , on diſoit tous les ans
une meſſe baſſe dans l'Egliſe des
Clercs Reguliers , dits Theatins,
pour rendre graces à Dieu du
preſent qu'il luy a plû de faire à
,
GALANT.
45
la France en la perſonne de ce
grandMonarque.C'eſt une Fondationde
la Reine Mere.Le Pere
Alexis du Buc , Superieur , qui
n'oublie rien quand il s'agit de
marquer ſon zele pour Loüis
LE GRAN D,a rendu cette annéece
Remercîment plus ſolemnel
, en faiſant chanter la meſſe
en muſique.Elle étoit de la compoſition
de Monfieur Lorenzani,
Maistre de muſique de la feuë
Reyne. Tous ceux qui l'ont entenduë
avoüent qu'on ne peut
rien faire de plus beau. L'Exaudiat
qui ſuivit la meſſe , charma
toutel'Aſſemblée.Elle ne fut pas
moins illuſtre que nombreuſe ,
puis que M'le Nonce , & pluſieurs
Eveſques s'y trouverent.
Le ſoir Monfieur le marquis
Duc de la Feüillade , celebra le
our de cette heureuſe Naiſſan46
MERCURE
ce , en faiſant tirer quantité de
Boëtesdans la Place des Victoires.
Cette premiere décharge
fut ſuivie d'un nombre infiny
de Fuſées volantes. Ce n'e.
ſtoient que feux autour de la
Place , & la Figure 'du Roy
eſtoit environnée de Hautbois
, de Violons , & de Flûtes
douces. Tout un grand Peuple
joüit de ce divertiſſement pendant
trois heures entieres , &
ne pouvoit ſe laſſer de loüer le
zele de Monfieur de la Feüillade
, qui avoit déja fait la meſme
choſe le ſoirdu jour de la Feſte
de S. Loüis. Il y eut diſtribution
de pain&de vin.
Je vous ay mandé que Mademoiſelle
de Scudery avoit donné
au Roy une Agate qui repreſentoit
Homere. Sa Majesté luy
a fait donner enſuite une granGALANT.
47
deMedaille d'or où eſt ſon Portrait
,& luy a marqué par là plus
d'eſtime que s'il luy avoit fait un
plus grand Preſent , quoy que
la Médaille foit d'un poids confiderable.
C'eſt là deſſus qu'on
a fait les Vers qui ſuivent. On
y a donné le nom d'Alexandre
auRoy.
A SAPНО.
1
ALexandre ,il est vray, merite
vostre Homere
Sapho , de deux coſtez j'admire
voſtre choix;
Mais ce charmant Heros , à qui
vous volezplaire ,
Surpaſſe également d'une commune
voix ,
Tout ce que nousfaiſons& tout ce
que vousfaites ;
48 MERCURE
Lors que vous luy donnez le plus
grand des Poëtes ,
Il vous rend le plus grand des
Rois.
Comme jamais Prince n'amerité
tant d'Eloges que le Roy,
on a peine à ſe borner ſur une ſi
belle&vaſte matiere. Monfieur
de Vertron vient d'en compoſer
un Livre entier , & cependant
bienloin qu'il ait épuiſé ce grand
ſujet,on peuttous les jours écrire
& tous les jours dire quelque
choſede nouveau ſur ce que fait
ce Monarque, Le Livre deM
de Vertron eſt intitulé , le Nouveau
Pantheon , ou le raport des
Divinitez du Paganiſme
Heros de l'Antiquié,& des Princes
SurnommeZGRANDS , aux vertus
& aux actions de LOVIS LE
GRAND , avec des Inscriptions
, des
Latines
GALANT.
49
Latines & Françoises en Vers &
en Proſe pour l'Histoire du Roy ,
pour les Monumens Publics erigez
àſa gloire , & pour les principales
Statues du Palais de Versailles.
Le titre de cét Ouvrage parle
aſſez , ſans qu'il foit beſoin de
vous en rien dire. Il marque la
fecondité du genie de fon Autheur
, & l'attachement qu'ila
pour ce qui regarde la gloire
du Roy.
Les Articles importans qui
ont remply mes dernieres Lettres
, ne m'ont point permis depuis
quelques mois de vous envoyer
la ſuite des Dialogues de
Monfieur Bordelon. Celuy que
vous allez lire , eſt fait fur une
matiere des plus curieuſes , &
pourra deſabufer beaucoup de
perſonnes de voſtre Sexe , qui
ont de la foy aux Predictions.
Septembre 1686 . C
50
MERCURE
DES CHOSES
DIFFICILES A CROIRE .
DIALOGUE NEUVIE ME.
BELOROND , PHILONTE .
1
PHILONTE .
E viens de lire une particularité
hiſtorique que nous pourrions
mettre au nombre des
choſes difficiles à croire , ſi nous
ne devions pas eſtre convaincus
, come nous l'avons déja dit
tatde fois de la foibleſſe de l'efprithumain.
C'eſt chez Herrera
queje l'ay leuë lors qu'il dit *
*Tome 3. liv.13 chap.13 .
GALANT.
SE
que les Infulaires du Ternate
aux Moluques pleurent aux
Eclipfes du Soleil & de la Lune,
parce qu'ils croyent qu'elles doivent
cauſer la mort du Roy ou*
- de quelque Grand.
BELOROND.
Bien des Gens plus éclairez
que ces Peuplesdont parleHerrera
font tombez dans des
erreurs plus groſſieres à l'égard
des Eclipſes. Il y avoit autrefois
des Philofophes qui pretendoient
que l'Eclipſe de la Lune
n'eſtoit autre choſe que la Lune
en travail , & ce travail n'étoit
que la violence que luy failoient
les Magiciens pour l'attirer en
Terre ,& s'en ſervir dans leurs
enchantemens. Les Vers Magiques
ont laforce d'arracher la Lune
defon Ciel, dit Virgile. *
* Eccl . 8 .
1
C2
52
MERCVRE
Carmina vel Cælo poffunt deducere
Lunam.
Horace parle d'une fameuſe
Sorciere d'Ariminum , qui par
Tes enchantemens , faiſoit defcendre
du Ciel la Lune & les
Aftres.
Qua fidera excantatâ voce
• Theſſala ,
Lunamque Cælo deripit.
Les Sorciers faiſoient croire>
au Peuple , toûjours credule &
ſuperſtitieux ,dit un habileCritiqueſur
ce paſſage d'Horace ,
qu'ils avoient le pouvoir d'arracherdu
Ciel la Lune & tous les
Aſtres par des enchantemens ,
&de les faire deſcendre enTerre.
Ils prenoient pour cela le
temps des Eclipſes , & ſe fervoient
de certaines pierres tranſparentes
qu'ils avoient accom-
* Ο. 5. liv . s.
GALANT.
53
e
modées de telle ſorte qu'ils y
faisoient voir , ou la Lune ,ou
le Soleil.Plutarque parlant d'une
Eclipſe de L'une , nous apprend
qu'en cette occaſion les Romains
ſonnoient des Inſtrumens
d'Airain , & élevoient au Ciel
de groffes Torches allumées ,
s'imaginant que par ce moyen
la Lune eſtoit beaucoup foulagée.
C'eſt pourquoy Ovide *
appelle ces Inſtrumens les auxiliaires
de la Lune.
Cum fruftra resonant ara auxiliaria
Luna.
Et Juvenal parlant dans ſa
-Satire ſixième d'une Femme qui
ne fait que babiller , dit qu'elle
eſt capable de faire aſſez debruit
pour ſecourir la Lune dans ſon
travail.
Una laboranti poterit fuccurrere
Luna,
* Liv . 4. Metam.
C3
34
MERCURE
Lataiſon de cette Ceremonie
felon quelques-uns , eſtoit qu'ils
craignoient que le monde ne
s'endormiſt quand ils voyoient
qu'unde ſes yeux commençoic.
à ſe fermer ; c'eſt pourquoy ils
faiſoient ces bruits pour l'éveiller
,&ſe ſervoient de ces flambeaux
allumez pour luy donner
la lumiere qu'elle commençoit
àperdre. Enfin on ne pouvoit ſe
perfuader que cét, obſcurciſſement
fuſt une choſe naturelle .
Les Armées , comme nous l'apprennent
Plutarque en la Vie de
Nicias , & Quintilien * s'en eftonnoient
en les voyant ,& laiffoient
paſſer trois jours , ou tout
le reſte de la Lune , ſans vouloir
rien faire. C'eſtoit un crime
de leze Majesté Divine que d'en
vouloir donner aucune cauſe
* Liv. 8 .
GALANT.
55
naturelle.Anaxagoras en fut mis
en prifon.Protagoras en futbanny
d'Athenes. Les Mathematiques
en furent condamnées ,
commedangereuſes dans la Religion.
Aprés cela la Relation
d'Herrera vous doit - elle furprendre
, & aurez - vous de la
peineà croire ce qu'on dit de
Chriſtophe Colomb , qu'ayant
predit aux Indiens du nouveau
Monde que la Lune indignée
contre eux de leur barbarie,s'obſcurciroit
à l'heure qu'il leur
marqua , & qu'il avoit preveuë
par le moyen de l'Aſtronomie ,
il mit ſes affaires en meilleur
eſtat parmy eux ? Cela ne ſeroit
pas ſans doute arrivé s'ils avoient
eu pour eux un Pericles quidiffipaſt
leurs vaines frayeurs .
PHILONTE.
る
Je ſçay bien que Pericles ef-
C4
56 MERCURE
toit un grand Capitaine ; mais
jene vois pas pourquoy vous le
citez icy à propos des Eclipſes .
BELOROND .
Vous le verrez ſi vous voulez
vous reſſouvenir que Plutarque
dit que Pericles , Capitaine
Athenien , eſtant preſt de partir
avec une Armée Navale pour
aller affieger Epidaure , il ſe fic
une Eclipſe de Soleil qui donna
de l'effroy à tous ſes gens,& particulierement
au Pilote de ſa Galere
, parce qu'ils penſoient que
c'eſtoit un tres - mauvais preſage
pour leur navigation. Pericles
voyant donc ce Pilote ſi effrayé ,
étendit ſon manteau
د luy en
couvrit les yeux , puis luy demanda
ſi cela luy ſembloit de
mauvais preſage ; le Pilote luy
répon dit que non . Hé bien , dit
Pericles , il n'y a point d'autre
GALANT.
57
difference entre cecy & ce qui
vous donne tant de peur , finon
quele corps qui fait ces tenebres
, eſt plus grand que mon
manteau qui te bouche les ïeux.
Tous les jours le Peuple ſe laiſſe
faifir par la peur , &s'alarme
avec auſſi peu de raiſon que ce
Pilote , & pour des choſes plus
legeres , & tous les jours il ſe
trouve des gens fins , ruſez &
artificieux , qui ſçavent ſe prevaloirde
ſa foibleſſe &de ſa facilicé.
Tous les jours ils ſe trouve
des Aftrologues qui veulent faire
croire qu'ils arrachent , non pas
la Lune & les Aſtres , mais leurs
influences,fur leſquelles ils pretendent
fonder la ſuite des ac.
tions de ceux qui font affez fimples
pour les croire ; foibleſſe
pour laquelle on ne peut avoir
tropde mépris , erreur qu'on ne
1
Cs
58
MERCURE
peut trop deteſter ,& fur laquelleje
vous prie de vouloir permettre
que nous nous entretenions
aujourd'huy .
PHILONTE .
C'eſt avec plaifir que j'écoûteray
tout ce que vous me direz
fur cette matiere , & ce ſera en
meſme temps avec beaucoup de
déference à vos ſentimens que
je vous témoigneray ce que j'en
penſe , puiſque dans nos derniers
entretiens , j'ay connu que
vous eſtiez plus habile que moy
en cette matiere. Ne voulezvous
pas bienque je vous diſe
par exemple que l'Aſtrologie
me paroiſt avoir fes utilitez
&ſes certitudes ? En effet , ne
predit - elle pas ſouvent certaines
choſes accidentelles qui dépendent
ordinairementde l'influence
des Cieux , comme les mala
GALANT.
59
dies generales , les grandes chaleurs
, les pluyes exceſſives , les
ſechereſſes extraordinaires ? Ne
nous apprend - elle pas par des
principes univerſels , conftans
& invariables , les choſes qui
doivent neceſfairement arriver
felon le cours ordinaire que Dieu
a eſtably dans la Nature, comme
les Eclipſes , les Revolutions des
Saiſons , le cours des Etoiles &
des Planetes,leurs conjonctions,
leurs aſpects,& leurs oppoſitios ?
Enfin condamnerez - vous plufieurs
Predictiores qui ne ſont
fondées que ſur des experiences
autant Phiſiques qu'Aſtrologiques
, comme quand elles conſeillent
de ne ſe point expoſer
au Soleil pendant les mois qui
ontdes RR.
Menfibus rratis ad Salemme
Sedeatis
C6
60 MERCURE
ou quand elle nous fait remarquer
par les differentes couleurs
de la Lune les differentes diſpoſitionsdu
temps.
Pallida Luna pluit , rubicuwda
flat, albaSerenat.
BELOROND .
Cen'eſt pas cette forte d'Af
trologie que je crois impertinente
&criminelle , puiſque Salomon
meſme confeffe * qu'il
tient immediatement du Tout-
Puiſſant la connoiſſance du
cours des années , & de la diſpofition
des Etoiles ; mais c'eſt cellequi
eſtant fondée ſur des Principes
inconftans & variables ,
predit avec affeurance les chofes
cafuelles & non neceſſaires ,
& celles qui dépendent de la
volonté de Dieu ou de la liberté
de l'homme comme ſi elles eftoient
neceſſairement cauſées
* Chap. 7. Sap.
GALANT. 61
par les Corps Celeſtes. Enfin
c'eſt celle que nous appellons
Astrologie judiciaire , qui pretend
par l'inſpection des Aſtres
penetrer dans l'avenir , & y dé
couvrir le cours de la vie des
hommes avec leurs fortunes ,
conditions , Etats , & autres
choſes qui dépendent de leur
liberté.
PHILONTE .
2
Cette Aftrologie eſt pourtant
fort recherchée en pluſieurs
Pays , & meſme dans les plus
éloignez , comme nous l'apprenonsdes
Relations que nous en
ont donné des Perſonnes dignes
de foy. Herrera affeure que
toutes les affaires du Royaume
de la Chine ſe reſolvoient for
des Obſervations Aſtronomiques,
le Roy ne faifant rien fans
confulter ſon Thême natal
62 MERCURE
que luy dreſſent ceux du College
Royal, auſquels il eſt ſeulement
permis d'étudierdans ce
Livre du Ciel . Agathias dit * que
les Perſes ſe fioient tellement
aux Predictions des Mages
qui eſtoient leurs Aftronomes,
qu'ayant eſté aſſurez par eux
que la Veuve d'un de leurs Roys
eſtoit groſſe d'un Fils , ils couronnerent
le ventre de cette
Reyne , & proclamerent Roy
fon Enbrion . Monfieur Bernier
nous apprend dans ſa Relation
du Mogol , que la Charge d'Aſtrologue
y eſt erigée en titre
d'Office , & qu'on n'y oſe planter
un arbre ou prendre un
habit neuf ſans l'approbation
de cét Aftrologue. Monfieur
Tavernier dans ſa Relation de
Perſe , & les Ambaſſadeurs de
**Livre 4. Hist .
GALANT.
63
F
la Compagnie Hollandoiſe dans
celle dela Chine , confirment
la meſme choſe de ces Pays.
Delrio dit auff
,
*
que cette
Science avoit tant de credit en
France du temps de la Reyne
Catherine de Medicis , que les
Dames de la Cour n'oſoient entreprendre
aucune choſe ſans
avoir auparavant conſulté les
Astrologues , qu'elles appelloientleurs
Barons.
BELOROND .
Je ſuis perfuadé que cette
vaine ſcience a eu credit dans
prefque tous les Païs quiont eu
quelque connoiſſance du cours
des Aftres , & de leurs révolutions.
Je ſçay meſme que pluſieurs
grands Hommes ont donné
dans cette Erreur , qu'ils ont
regardé les Cieux comme un
* Liv.3. Queſt 4. Sect.6... さ
64
MERCURE
Livre , où Dieu a écrit l'Hiſtoire
du Monde par le moyen des
Eſtoiles ; que Plotin & Origene
l'ont crû , au rapport d'Eufebe , *
juſque là qu'Origene voulant
confirmer ſon ſentiment par
quelque choſe de bien fort , apporte
l'autorité d'un Livre apocriphe
attribué au Patriarche
Joſeph , où l'on fait dire par le
Patriarche Jacob à ſes Enfans ,
qu'il a lû dans le Livre des
Cieux tout ce qui leur doit arriver,
& à leurs Enfans. Legi in
tabulis cali quacumque contingent
vobis & filiis veftris. Je ſcay
enfin que bien des Rois & des
Princes ont donné cours par
leurs exemples à cette Science,
& qu'ils n'ont ſouvent banny
les Aftrologues , qu'afin de les
poffeder tous ſeuls , & qu'ils
* Pr. Evang. lib.6. cap.4.
1
GALAN T.
65
n'ont condamné la Judiciaire,
que pour ſe reſerver une connoiſſance
qu'ils envioient au
reſte des hommes , comme fit
Vefpafien , ſi nous en croyons
Dieu ; mais tout cela ne veut
dire autre choſe , que de meſme
que tout homme eſt menteur,
auſſi tout homme eft capable
d'ajoûter foy aux mensonges
des autres , & qu'ainfi quoy
qu'une Erreur ſoit receuë de
pluſieurs perſonnes , & en pluſieurs
lieux , elle ne laiſſe pas
d'eſtre erreur. Que l'Aftrologie
Judiciaire ſoit une erreur , c'eſt
ce qu'il me ſera facile de prouves
, aprés que j'auray répondu
àtout ceque vous pourrez dire
en ſa faveur.
PHILONTE.
Vous ſçavez le credit d'Ariſtote
dans les Ecoles , & que ſes
66 MERCURE
ſentimens , s'ils ne font pas receus,
meritent du moins qu'on
prenne la peine de donner de
bonnes raiſons du refus qu'on
fait de le recevoir ; ainſi vous
voulez bien que je vous diſe
qu'il me ſemble que les principes
de ce Philoſophe paroiſſent eſtre
fort favorables à l'Aftrologie Iudiciaire.
En effet , il tient pour
conſtant que rien n'arrive jufqu'à
l'entendement qui n'ait
paſſé par les ſens , Nihil eft in
intellectu.quod nonfuerit in ſenſu.
Or ſelon la commune opinion ,
les ſens , comme materiels , dependent
beaucoup des Corps
ſuperieurs , qui operent incefſamment
for tout ce qui eſt ſublunaire.
L'entendement dépend
donc en quelque façon des
Cieux, & par conſequent auſſi
la volonté , puis qu'elle ne fait
GALANT .
67
A
rien que par la direction de l'entendement.
S. Thomas meſme
I en eſt tombé d'accord, * diſant
que les cauſes celestes ne cauſent
pas les actions humaines
directement , mais ſeulement
indirectement lors qu'elles agifſent
ſur la matiere qui compoſe
l'organe des ſens.
BELOROND .
t
Avant que de répondre à ce
que vous venez d'avancer , je
veux bien vous dire que je me
perfuade que fi Ariftote avoit
eu bonne opinion de l'Aftrologie
Judiciaire , & qu'il euſt ajoûtéfoy
à ſes promeſſes , il en auroit
témoigné quelque choſe
dans ſes Problêmes , où il y a
tant de Queſtions Mathematiques,
ou dans ſa Morale , où il
diſcourt des profperitez & des
* Prima fec. qu.9. art..
68 MERCURE
adverſitez qui dépendent de la
Fortune , ou dans ſes Livres du
Ciel & des Méteores. Cependant,
quoy qu'il ait eu tant d'occaſions
de parler en faveur de
cette Science , il n'en dit pas un
mot , autant que j'en puis juger
par la lecture que j'ay faite de
ces Ouvrages. Pour ce qui eſt
del'objection que vous me faites,
fondée ſur un de ſes principes
que je ne me crois pas obligé de
recevoir , elle ſe détruit ( entre
pluſieurs réponſes qui ſe tireront
de cequej'eſpere vous dire dans
la ſuite) par la conſideration des
agens libres , tels que nous fommes
qui ceſſerions de l'eſtre , fi
nous pouvions eſtre forcez dans
le libre arbitre que Dieu nous a
donné. Le Ciel peut bien donner,
ſi vous voulez ,de certaines
diſpoſitions à la matiere,qui nous
GALANT. 69
1
donneront quelque eſpece d'inclination
au bien & au mal,ſelon
la doctrine de S. Thomas ; mais
toutes ces influences , outre
que leurs proprietez ſont inconnuës
, ne nous ſçauroient forcer
à faire , à dire , ou à penſer quoy
que ce ſoit , n'ayant aucun pouvoir
ſur nous que de nous émouvoir
ſimplement , comme le dit
le meſme S. Thomas . * C'eſt
tout au plus ce qu'on peut recuëillir
de plus fort en faveurde
cette Science des Ouvrages de
ce ſaint Docteur & encore
connoiſtrez - vous dans la ſuite
de nos raiſonnemens , que cette
émotion eſt ſi ſimple & fi legere
, qu'à peine merite- t- elle d'en
porter le nom.
د
PHILONTE.
Mais vous ne pouvez nier que
*1. qu. 115. art.4.
70
MERCURE
les choſes d'en-haut ſont encore,
ſelon la doctrine de S. Thomas ,*
les cauſes de ce qui ſe fait icybas
. Ainfi la connoiſſance des
cauſesdonne tellement celle des
effets, qu'en bonne Philofophie
on ne ſçait rien de bien que ce
que l'on connoiſt par ſa cauſe,
& par conſequent celuy qui
poſſodera la Science du Ciel ,
comme fait l'Aftrologue , connoiſtra
les effets de ce qui ſe
paffe en terre dans leur cauſe,
&les pourra prédire avec certitude,
BELOROND .
1
Pour répondre à cela , il ne
fautque confiderer la nature &
les genres differens des cauſes,
dont les unes font generales,
les autres particulieres , les unes
éloignées & les autres prochai-
*1. qu. 11 5. art. 3.
GALANT.
71
F
ד
nes; les unes neceſſaires & les
autres accidentelles. Or puis
que le Ciel ne peut eſtre pris
que pour une cauſe univerſelle
& éloignée , on ne peut pas dire
qu'il pourra faire prévoir avec
aſſeurance des effets finguliers
qui dépendent d'autres cauſes
plus prochaines , & ſouvent
fortuites , parce que , ſelon la
doctrine de l'Ecole & de la raiſon
, on ne doit jamais attribuer
préciſement un effet particulier
qu'àſa cauſe particuliere , ny un
effet univerſel qu'à une cauſe
univerſelle ; ce qui fait voir que
tout ce qu'on peut obtenir de ce
raiſonnement , c'eſt que ſi on
connoiffoit bien cette cauſe univerſelle
du Ciel , on pourroit
prédire par fon moyen les effets
univerſels comme ſont les differentes
ſaiſons de l'année , les
72
MERCURE
Eclipſes , & c . Mais à l'égard des
choſes ſingulieres qui ſont infi.
nies , & qui dépendent de pluſieurs
cauſes qui concourent en
leur productiõ, c'eſt s'abuſer,que
de prétendre en pouvoir lire l'évenement
dans les Cieux . Vous
me direz peut- eſtre , que le
Soleil eſt cauſe de la lumiere &
de la chaleur , & qu'en s'approchant
ou en s'éloignant il cauſe
la ſuite & la viciffitude des ſaiſons
, qu'il fait naiſtre les plantes
& les animaux , qu'il engendre
même l'homme avec l'homme ;
que la Lune remplit ou vuide les
coquillages & les os des animaux
à meſure qu'elle croiſt
ou décroift ; qu'elle a un pouvoir
fingulier ſur les choſes
humides , particulierement for
la Mer dont elle cauſe le flux &
reflux , & que par conſequent
,
tous
GALANT.
73
tous ces grands Corps Celeſtes
peuvent produire les effets que
leur attribuënt les Aftrologues
que je condamne. Pour réponſe,
j'avoue que le Soleil fait la diverſité
des Saiſons,& que peut- eſtre
la Lune remplit & vuide les os
& les coquillages , & eſt la cauſe
du flux & du reflux de la
Mer. Cela ſuffit il pour nous
convaincre que les Aftrologues
puiffent prouver quelque choſe
de ſemblable des ſignes du Zodiaque
& de leurs degrez , de
Saturne , de Mercure , & des
autres Planetes , ou que par
aucune obſervation ils puiſſent
jamais montrer le moindre effer
qui ſe doive plûtoſt raporter à
un Aſtre qu'à un autre ? En
effet, les Aſtres n'eſtant que des
cauſes generales à l'égard des
choſes d'icy bas , nous ne de-
Septembre 1686 . D
74
MERCURE
*
vons pas leur rapporter la dé
termination de chaque effet
fingulier , mais plutoſt à une
cauſe ſinguliere & determinatrice
qui ſoit icy-bas. De même
qu'ayant à expliquer pourquoy
une telle Plante naiſt & croift
en cet endroit là , & non pas
dans celuy- cy , & une autre au
contraire dans celuy- cy ,& non
pas dans celuy-là. Nous attribuons
cela aux ſemences , dont
l'une aura eſté jettée dans cét
endroit & l'autre dans cet autre,
&non pas à l'eau dont elles ſont
toutes arroſées , parce que cette
eau eſt ſeulement une cauſe generale
& indifferente pour toutes
les Plantes.Enfin comme ces
Aſtres ne concourent pas ſeuls
aux actions des hommes , c'eſt
une erreur de vouloir leur en
attribuer le ſuccez , & puiſque
GALANT.
75
nous ne connoiſſons pas meſme
ces autres cauſes qui nous font
plus prochaines que les Aſtres ,
n'est-ce pasune temerité de pretendre
plûtoſt connoiſtre la proprieté
de ceux-cy que de celleslà
? Nous ignorons la vertu des
moindres herbes que nous foulons
aux pieds , & nous voulons
connoiſtre la vertu des Aftres
dont mefme nous ne connoiffons
pas la nature. De plus ,
quelle apparence y a t il d'attribuer
au Ciel ſeulement tous les
évenemens de la vie des hommes
, s'il n'eſt pas ſeul la cauſe
de leur être ? Le Soleil & l'Homme
produiſent un autreHomme
, dit Ariftote , & il pouvoit
ajoûter encore pluſieurs autres
cauſes ſubalternes outre la premiere
qui est Dieu . Pourquoy
donc n'y aura-t- il que le Ciel
D 2
76 MERCURE
qui ſoit cauſe de tout ce qui arrive
aux Hommes , & s'il y a
pluſieurs autres cauſes qui cooperent
avec luy en ce qui eſt de
noſtre bonne au mauvaiſe fortu->
ne, comment ſe pourroit- il faire
que la ſeule connoiſſance des
Aſtres nous donnaſt celle que
diſent les Judiciaires ? Les influences
des Cieux ne peuvent
bien ſouvent pas tant ſur nous
que les Loix & les exemples .
Mais pour vous faire voir la vanité
de cette Science plus au
long , voicy en quoy elle conſiſte
particulierement. Les Aſtrologues
Judiciaires veulent par
exemple que tout ce qui doit arriver
à un homme pendant le
cours de ſa vie, dépende du moment
precis auquel il vient au
monde , & qu'en quelque endroit
que ſoient alors les Aſtres,
GALANT.
77
& principalement les ſept Planetes,
ils agiſſent d'une telle maniere
ſur cét Enfant par les rayons
qu'ils raſſemblent & dirigent
conjointement ſur luy ,
qu'ils luy impriment une eſpece
de neceſſité de vivre un certain
eſpace de temps determiné , de
mourir d'un certain genre de
mort , de ſe marier dans un certain
temps , de faire naufrage
dans un autre , un jour de perdre
un Procés, un autre de tomber
malade , & ainſi de tous les
autres accidens differens & prefque
innombrables de la vie ; &
tout cela avec autant d'aſſurancé
que ſi les Aſtres n'étoient
occupez qu'à former la ſeule
deſtinée d'un Enfant, & cependant
en ce meſme moment il
en naiſt une infinité d'autres
par toute la terre dont les ſuites
D3
1 78 MERCURE
د
I de la vie feront d'une inconcevable
diverſité . Ils n'appuyent
toutes leurs conjectures que fur
un momentdont ils pretendent
avoir une connoiſſance parfaite,
mais comment avoir cette connoiffance
puiſque l'enfan.
tement ſe fait ſucceſſivement ;
qu'il eſt tres- rare que des Aſtrologues
ſoient à preſens à la naiſ
ſance de cét Enfant avec l'Aſtrolabe
à la main ( c'eſt àdire un
Inſtrument qui ne peut avoir
toute l'exactitude qu'ondeman -
de ) pour prendre ce moment ,
& que la rapidité des mouvemens
Celeſtes ſurpaſſe preſque
l'imagination ? Ils doivent ſçavoir
le veritable lieu du Soleil &
des Etoiles , ce qu'on ne connoît
pas encore affez Ils doivent connoiſtre
exactement la hauteur
du Pole , ce qui a eſté obſervé
GALANT.
79
en peu de lieux , & ce qu'on
peut dire n'eſtre connu entierement
en aucun. Ces connoif
ſances ſont fondées ſur les experiences
, diſent quelques - uns ;
mais comment pouvoir prouver
ces experiences,puiſque les Etoiles&
les Planetes n'ont jamais
eu deux fois une meſme diſpoſition
entre elles , parce que la
grande revolution celeſtene s'a
cheveraqu'entrente- fix ou quarante-
neuf mille ans ? Ajoûtez
pour confirmer tout ce que je
viens de dire contre la vanité de
cette ſcience , qu'en matiere de
ſciences réelles & veritables , la
contrarieté détruit la difcipline,
comme dit fort bien un Sçavant
de ce ſiecle , d'une tres-grande
érudition .Or eft - il qu'on ne voit
rien de ſi different que les principes
que ſe ſont donnez les
D 4
80 MERCURE
Aftrologues chacun à ſa fantaifie
, ny de ſi contraire que leurs
Axiomes. Ils n'ont pû convenir
du calcul qu'il falloit ſuivre , ny
de quelles table on devoit ſe ſervir.
Les uns approuvent les Prutheniques
, les autres celles d'Alphonſe
, quelques- uns celle de
Blanchin , d'autres celles de Royaumont
, & neantmoins la fu
putation des unes eſt fort differente
de celle des autres , comme
ceux de l'Art ſont obligez de l'avoüer.
Les Caldéens n'avoient
qu'onze ſignes dans le Zodiaque.
Les Chinois , ſelon le Pere
Trigault , ont cinq cens conſtellations
plus que nous. Ils ne
s'accordent point ſur le ſexe des
Aſtres . Alcabice par exemple &
Albumaſar font Mercure Mafle.
Il eſt ſouvent Femelle chez
Prolomée , il le confidere comGALANT.
81
me un Androgine au fixieme
Livre de ſon Quadripartit , &
depuis que Tireſias eut mis cette
difference de ſexe entre les Planetes
( d'où les Poëtes ont pris
ſujet de dire qu'il avoit l'une &
l'autre nature ) on n'a pû mettre
d'accord les Aftrologues fur ce
ſujet ; mais voicy bien d'autres
contrarietez .....
PHILONTE .
1
J'avoüeray , fi vous voulez ,
qu'il y a beaucoupde contrarietez
dans les principes de l'Aſtrologie
Judiciaire ; mais enfin que
pourriez- vous répondre à pluſieurs
exemples de prédictions
que ſes Sectateurs ont faites, qui
ſont arrivées avec ſuccés ?On en
trouve un grand nombre dans
les Hiſtoires anciennes & modernes
, qui ſemblent juftifier
cette Science dans tout ce qu'el
D4
82 MERCURE
le promet. Entre pluſieurs que
je pourrois vous rapporter icy ,
en voicy quelques- uns que je
vay vous dire, qui meritent bien
qu'on les écoute , quelque préoccupé
qu'on puiſſe eſtre contre
la ſcience qui les a produis. Spirink
, Astrologue fameux , dit
au dernier Duc de Bourgogne ,
que s'il alloit contre les Suiffes
comme il s'y préparoit, il y periroit;
ce qui arriva, quoy que ce
Duc cuſt répondu en ſe moquant
de la prediction , que la
fureur de ſon épée vaincroit facilement
le cours des Cieux
& de toutes leurs Planetes .
Spartian écrit qu'Adrian eſtoit
fi bon Mathematicien , qu'il
avoit accoûtumez de marquer
de fa main le premier jour
deJanvier ce qui luy devoit arriver
le reſte de l'année , mais
イン
GALANT. 83
qu'en celle où il mourut , on
trouva que ſes prédictions n'alloient
que juſqu'à l'heure de
fon trépas. Porphire aſſeure que
lors qu'il eſtoit dans la réſolution
de ſe tuer , Plotin leut ſon
intention dans les Aſtres, & l'en
détourna. Richard Cervin reconnut
, au rapport de Thuan, *
dans l'Horoscope de ſon fils
Marcel , qu'il devoit arriver aux
plus hautes Dignitez de l'Egliſe,
ce que Luc Goric mit dans ſon
Livre des Genitures , imprimé
à Veniſe trois ans avant que
Marcel fuſt Pape. Un Landgrave
de Heſſe , tres habile en
l'Aftrologic Iudiciaire , donna
charge , encore au rapportde
Thuan , à Baradat de dire au
Roy Henry III . qu'il ſe gardast
d'une teſte raſée,&vousſçavez
* Livre 15.Hift.
D6
84 MERCURE
ร
qu'il fut tué par un Moine . Enfin
l'Hiſtoire de Tibere & de
Traſule eſt une des plus fameuſes
qu'on puiffe rapporter ſur
ce ſujet. La voicy tirée de Tacite.
Tibere eſtant de loiſir dans
Rhodes voulut fatisfaire ſa
curioſité touchant l'Aftrologie
Judiciaire. Pour cet effet deſirant
éprouver la ſuffiſance de
ceux qui en faifoient profeffion ,
il ſe ſervit d'un lieu de ſa Maiſon
fort haut , élevé fur des rochers
qui ſe perdoient dans la
Mer , où on ne pouvoit monter
que par des précipices qui rempliffoient
l'eſprit de crainte &
d'horreur. C'eſt en cet endroit
qu'il faifoit venir ceux qui ſe
mêloient de prédire l'avenir , les
y faiſant conduire par un de ſes
Libertins en qui il ſe fioit, homme
auſſi puiſſant de corps qu'i
_GALANT. 85
gnorant d'eſprit. Au retour cet
homme ne manquoit pas à un
ſignal de précipiter dans la Mer
ceux que Tibere avoit trouvez
trompeurs, comme le ſont la plûpart
de ces fortes de gens. Trafule
fort ſcavant en cet Art ,
ayant eſté mené en ce lieu comme
les autres , aſſeura Tibere
qu'il ſeroit Empereur , & luy
revela pluſieurs autres choſes
qui regardoient l'avenir. Tibere
luy ayant demandé s'il ſçavoit
bien ſa deſtinée, celuy- cy dreſſe
ſon Theme ſur l'heure , enſuite
pâlit , tremble, & s'écrie enfin
qu'il eſt menacé par les Aſtres
du dernier moment de ſa vie.
Tibere l'admire , l'embraffe , &
le tint enſuite pour un Oracle ,
le mettant au rang de ſes plus
intimes Amis. Je vous pourrois
icy rapporter pluſieurs autres
86 MERCURE
,
exemple auſſi convainquansque
ceux- cy , fi je ne craignois d'abufer
de voſtre patience , mais
vous repartirez peut- eſtre qu'il
y abeaucoup d'exemples de Prédictions
qui ſe ſont trouvées
fauſſes ; on répond que c'eſt une
choſe tres - évidente qu'il ſe
commet beaucoupd'erreurs dans
toutes fortes de Profeſſions
qu'on n'impute qu'à ceux qui les
ont mal exercées . La Medecine,
la Jurisprudence , & même la
Theologie ne laiſſent pas d'eſtre
eſtimées , quoy qu'il y ait des
Charlatans , des Chicaneurs , &
des Heretiques , qui ſemblent
devoir les diffamer, & s'il falloit
condamner les choses à cauſe
des abus qui s'y commettent, les
meilleures ſe devroient rejetter.
Les Yvrognes ſeroient cauſe
qu'on arracheroit la vigne , &
GALANT. 87
les Diables nous mettroient en
défiance des Anges de lumiere.
BELOROND
Avant que je réponde en particulier
à toutes vos Hiſtoires ,
& ſans vous rapporter icy pluſieurs
Prédictions qui ſe ſont
trouvées fauſſes & qui pourroient
détruire celles que vous
venez de m'apprendre , je veux
vous donner cinq réponſes generales.
La premiere , c'eſt que
les Aftrologues dont il s'agit font
tant de prédictions differentes ,
qu'il eſt preſque impoffible que
le hazard n'en faſſe pas trouver
quelques-unes de veritables , &
ce ſont ſeulement celles- cy que
l'on remarque dans les Hiſtoires.
H ne ſe paſſoit point d'année ny
de mois où les Aftrologues n'annonçaſſent
ſelon les conjonctures
tirées des affaires d'alors ,
88 MERCURE
plûtoſt que par l'inſpection des
Aſtres , à Henry le Grand la terrible
menace de ſa mort. Ils diront
vray enfin , dit un jour ce
Prince , & le public ſe ſouviendra
mieux de la ſeule fois où
leur prédiction aura eſté vraye,
que de tant d'autres où ils ont
prédit à faux. Il eſt vray qu'un
certain Oberius , Beneficier de
Barcelone , prédit à peu prés le
temps de la mort de ce grand
Prince ; mais il ne falloit pas
qu'il fuſt Aftrologue pour cela;
car il pouvoit avoir ſceu quelque
choſe de cet execrable defſein
, dont quelques Grands
d'Eſpagne n'avoient pu ſe taire,
&dont le bruit eſtoit tellement
répandu par tout , que nos Ambaſſadeurs
, & particulierement
Monfieur Bochart de Champigny
, qui estoit à Venise , en
GALANT. 89
د
avoient écrit au Roy ; & qu'il
ne venoit pas un de nos Vaifſeaux
du coſté d'Eſpagne , qui
ne demandaſt d'abord fi le Roy
eſtoit mort , parce que le bruic
couroit par toute l'Eſpagne qu'il
avoit eſté ou devoit bientoſt
eſtre tué. La ſeconde Réponſe
generale , c'eſt que l'ambiguité
avec laquelle ces Charlatans celeſtes
parlent ordinairement , &
les differentes conditions qu'ils
ajoûtent pour ce qu'ils prédiſent
, les mettent à couvert de
bien des reproches qu'on leur
pourroit faire ſur leur ignorance,
ou plûtoſt de leur mauvaiſe foy .
Ils parlent ordinairement avec
ambiguité , comme autrefois les
Oracles parloient,afin que quelque
choſe qui arrive , on interprete
qu'ils l'ont prédite , ou s'ils
ſemblent quelquefois dire la
90
1 MERCURE
choſe clairement , ils y ajoûtent
une condition , afin que ſi par
hazard elle n'arrive pas , ils
puiſſent en rejetter la faute ſur
cette condition , & que ſi elle
arrive , ils puiſſent alors ſans
avoir aucun égard à la condition
, ſe vanter de l'avoir prophetiſée.
La troifiéme , l'ignorance
& la ſimplicité de ceux
qui les interrogent , leur aident
ſouvent à trouver la verité, comme
vous me l'avez fait voir dans
voſtre Hiſtoire de ce Devin, qui
pour réüffir à Bourges dans ſon
Art, faifoit acroire qu'il ne ſçavoit
pas parler François. I aquatriéme
, la malice induſtrieuſede
ces Faiſeurs d'Horoſcopes verifie
ſouvent leurs prédictions ; en
voicy deux exemples . Cardan
ayant prédit lejour auquel il devoit
finir la vie , & y eftantarri
GALANT.
95
vé, il ſe laiſſa mourir de faim ,
ſelon l'opinion commune de ce
temps-là, rapportée par Scaliger
&Monfieur de Thou, pour conſerver
ſa réputation. Aubigny
dit * que le fils du Duc deMonpenſier
ayant pris le Pouffin,Place
entre Lion & Marseille,comme
on pilloit la Ville , le jeune
Nostradamus , fils de Michel ,
qui avoit aſſeuré Monfieur de
S. Luc qu'elle periroit par les flâmes
, fut trouvé qui mettoit le
feu par tout , afin de verifier ſa
prédiction ; mais le lendemain
Mr de S. Luc , pour châtier ſa
malice,& enmême temps ſe moquer
de ſa prédiction,luy deman.
da quel accident notable luy devoit
arriver ce jour- là. Je n'en
prévoy point , répondit-il.Aufſitoſt
Mr de S. Lucle toucha, comme
en ſe jouant , du bout d'une
* Tome , Hift . Lib.2 .
92 MERCURE
baguette qu'il tenoit en ſa main;
en même temps le cheval ſur lequel
il eſtoit monté , faità cela ,
luy porta un ſi grand coup de
pied dans le ventre , qu'il le creva
ſur la place. Enfin la cinquiéme
Réponſe generale , c'eſt
qu'il ne faut pas croire toutes
les Hiſtoires . Les boeufs & les
arbres ont parlé chez Tite-Live,
dont les oeuvres ont eſté condamnées
au feu par S. Gregoire.
L'eau des Rivieres s'y voit
convertie en ſang , l'air & le
Ciel y paroiſſent pleins de Spetres
, & pluſieurs animaux ,
outre les hommes , y changent
d'eſpece. Ce n'eſt pas pourtant
à dire que luy & la pluſpart des
autres Hiſtoriens qui rapportét
des Hiſtoires fauſſes , ayent eu
intention de faire croire ce dont
GALANT.
93
ils n'eſtoient pas eux-mêmes
perfuadez. Au contraire ils debitent
tous ces prodiges de telle
ſorte,qu'on voit bien qu'ils n'ont
eu d'autre but que de faire comprendre
de quelles erreurs le
peuple eſtoit alors abuſé,les loix
de l'Hiſtoire les obligeant à cela .
Ces réponſes generales me
paroiſſent ſuffiſantes pour détruire
les conſequences que l'on
pourroit pretendre tirer de nos
Hiſtoires , en faveur de l'Aſtrologie
Judiciaire. Je n'en veux
pourtant pas demeurer là, parce
que je pretens répondre en peu
de mots à chacune en particulier.
Voicy donc mes réponſes .
Les Amis de ce Duc de Bourgogne,
ſurnommé le Temeraire ,
jugeant ſon entrepriſe contre les
Suiſſes temeraire & de peu d'utilité
, puiſque ce n'eſtoit que
94 MERCURE
pour vanger un autre d'une charette
de peau de Mouton enlevée
, exciterent apparemment
Spiring à luy predire ſa perte s'il
l'executoit , afin de l'en détourner
, s'il eſt vray qu'il la luy ait
predite auſſi formellement qu'on
le rapporte.Il fut facile à Adrien
de predire ſa mort ſi voſtre Hiſtoire
eſt veritable , puis qu'aprés
l'avoir cherchée par pluſieurs
moyens , il ſe la cauſa
luy-meſme en ſe laiſſant mourir
par deſeſpoir , aprés avoir
mépriſé tous les conſeils de
ſes Medecins. Porphire eſt un
menteur en cette occafion auſſibien
qu'en pluſieurs autres. Je
ſçay bien que les Rabins ſe ſont
imaginé que le Ciel eſtoit plein
de Caracteres , qui nous pouvoient
apprendre bien des choſes
cachées , & que Poſtel s'eſt
GALANT.
95
vanté hardiment d'y avoir lû
confufément tout ce que contient
la nature; mais ce ſont des
viſions indignes de repartie . Je
voudrois bien demander à ceux
qui pretendent faire valoir ce
Rabinage pour qui eſt fait ce
bel ABC des Cieux , puis qu'il
n'appartient pas à l'homme de
connoiſtre les momens de l'avenir
, dont Dieu ſelon l'Evangile
, s'eſt reſervé à luy ſeul la
connoiſſance ? Pour ce qui regarde
le Pape Marcel , il n'y a
rien dans cette hiſtoriette qui
me ſurprenne , quand je fais réflexion
qu'il n'y a guere de Cardinaux
dans Rome , à qui quelque
Aftrologue n'ait promis la
Chaire de Saint Pierre s'ils en
ont voulu écouter. La mort
d'Henry III . n'eſtoit pas extremement
difficile à deviner à
96 MERCURE
ceux qui estoient inſtruits dans
la Politique , & dans les affaires
du temps de ce Roy . La grande
prudence du Landgrave qui jugeoit
naturellement tres - bien
des affaires du monde , luy put
faire donner cet avis. L'Hiſtoire
de Traſule me paroiſt unvray
conte; car comment tant d'hommes
euſſent- ils eſté jettez dans
la Mer ſans que la Iuftice , ou
du moins Traſule en euſſenteſté
avertis ? Mais quand meſme le
fait ſeroit veritable , Traſule
ayant conſideré l'aſſiete du lieu ,
l'air du viſage de Tibere , ou
pluſieurs autres marques qui paroiſſoient
le menacer , put facilement
connoiſtre le dangerou
il eſtoit , & par conſequent le
deviner ; mais pourtant en faifant
croire qu'il le voyoit dans
les Aſtres pour ſe tirer d'affaires .
Mais
GALANT.
97
Mais afin de confirmer ce que
je viens de vous répondre pour
prouver que nous ne devons
ajoûter aucune foy à ce que
nous promet cette ſcience , je
veux encore vous faire voir fes
ridiculitez , fon impieté, ſes dangereuſes
maximes,& fon inutilité
, quand meſme elle ſeroit veritable
dans ſes Predictions .
Entre un nombre preſque
infiny d'impertinences & de
ridiculitez je choiſis celles-cy.
Les Aftrologues judiciaires font
des fignes feconds comme les
Poiſſons , des ſteriles comme la
Vierge, des ſpirituels comme les
Jumeaux , des ſtupides comme
le Taureau , des beaux & des
laids , des gras & des maigres,
de ruminans &de non ruminans
, de coleriques , de patiens,
&c . Ils foûmettent les Regions,
Septembre 1686 . E
98 MERCURE
les Provinces & les Villes à ces
ſignes , par exemple la France
au Belier , l'Italie au Lion , la
Norvegue au Scorpion , Marſeille
au Belier , Paris à la Vierge,
Avignon au Sagitaire. Il n'y
a pas juſques aux parties du
Corps qu'ils ne faſſent ſujettes
à de certains ſignes , comme la
teſte au Belier , le col au Taureau
, &c. Saturne & Mars ſelon
ces ridicules Superſtitieux
promettent une courte vie; lupiter
& Venus une longue ; le
Soleil , des Charges & des commandemens
; Mercure , des
Sciences ; la Lune , des Voyages
Saturne & Mars dans une cer .
taine Maiſon , des miferes& de
la pauvreté , Jupiter & Venus ,
de l'abondance ; le Soleil , de
la beauté ; Mercure de la faveur.
Saturne à les entendre
GALANT.
و ر ا د ش
و
dire preſide à l'Agriculture ,
à aux hor * 77711
Jupiter au Gouvernement, Mars
la Guerre , le Soleil
neurs , Venusaux Amans , Mercure
à la Marchandise , & c. &
tout cela ſans aucune autre raiſon
que celle de l'imagination &
du caprice qu'ils prennent pour
regle des évenemens des choſes
les plus ferieuſes & les plus conſiderables
de la vie. Mais l'Aſtrologie
judiciaire n'eſt pas feulement
ridicule , elle eſt encore
impie dans pluſieurs de fes
Aphorifmes , soumettant la Religion&
les chofes les plus faintes
à ſes extravagances. En voicydes
exemples. Celuy qui naîſtra
, dit Maternus , ayant Saturne
dans la Maiſon du Lion , ſon
ame ira droit en Paradis quand
il mourra . Quiconque priera
Dieu , dit Aponenfis , lors que ,
E 2
100 MERCURE
la Lune eſt conjointe à Jupiter
dans le Lion , quelque choſe
qu'il demande , il eſt aſſuré de
l'obtenir . Il ſuffit , ſelon Alpumaſar
, d'avoir en ſa naiſſance la
Lune conjointe à Jupiter dans
la teſte du Dragon , pour eſtre
aſſeuré que Dieu ne nous peut
rien refufer . Nous devrions aux
Elections des Papes invoquer
Mercure, ſelon Borat en ſa Preface
fur laTheorie des Planetes .
Voicy encore d'autres Impietez
ſemblables tirée de la Somme
Anglicane d'Omer , d'Haly ,
d'Alcabice , de Ville-neuve &
de Schoner, dans leſquels on en .
trouvera pluſieurs autres. Si les
Jumeaux afcendans avec Mercure&
Saturne dans le Signe
du Verſeau , rempliſſent la neuviéme
Maifon , il eſt impoſſible
qu'il n'en naiſſe un Prophete.
GALANT. 101
er
le
a
Mars bien placé dans la neuviéme
Maiſon du Ciel , donne le
pouvoir de chaſſer les Demons
des Polfedez , Tiberius Roſſilia,
nus & un autre que je ne veux
pas nommer pourcauſe, ontofé
faire l'Horoscope de Noſtre-
Seigneur au raport de Petrus de
Aliaco aprés Albert le Grand,
Hieroſme Colombe trouve que
toutes les Vertus de ce Dieu
Incarné font viſibles dans cet
Horoscope , & Cardan qui aime
à dire des choses extraordinai-
- res & qui ſont pour moy tresdifficiles
a croire , pretend que
ſon genre de mort y eſt tout
marquédans une mauvaiſe pofitionde
Mars. Il y en a qui font
Saturne autheur de la Religion
Judaïque , d'où vient le jour du
Sabath des luifs au Samedy ;
- Venus du Mahometiſme , c'eſt
1
E 3
102 MERCURE
pourquoy le Vendredy y eſt refpecté
,& la Luxure cruë une
grande felicité . Ils croyent le
Şoleil autheur de la Chrétienté ,
&que par cette raiſon nous avons
mis noſtre Dimanche au
jour ſoumis à cette Planete.le ne
veux point répondre à toutes
ces extravangantes Impietez .
Bardeſanos Sirien , le plus ſage
des Caldéens , leur va répondre
mieux que moy dans Eufebe. *
Vous diviſez , dit- il , le monde
en ſept Climats , dominez par
chaque Planete ; mais ſous chaqueClimat,
combien de Nation ?
Sous chaque Nation combien
de Provinces ? Sous chaque Province
combien de Villes differentes
en Loix , en Dieux & en
Religions ! Aux Indes ſous un
meſme Climat, les uns mangent
* Liv. 6. Chap. 18. de la Pr.
GALANT. 103
les hommes , les autres s'abſtien.
ne de toute chair ; les uns adorent
les Idoles , les autres n'en
reconnoiſſent aucune. Les Magiciens
qui ſortent de Perſe en
quelque lieu qu'on les tranſporte
, ſont inceſtueux ſelon leur
coûtume , & les Juifs épandus
par tout le monde , ſous quelque
Climat qu'on les loge , ne
changent ny de Religion ny de
façon de vivre. Enfin un Peuple
partd'un Climat & va donner
de nouveaux Dieux & de nouvelles
Loix à l'autre , ſans que le
Climat où il va luy aporte aucun
empeſchement. Les Forests, les
Montagnes & les Rivieres rendent
plûtoſt les Loix differentes
que les Climats & les Signes.
Les Coûtumes & les Victoires
reduiſent les Loix en une,en dépit
des Climats de Saturne ,de
E 4
104 MERCURE
Iupiter & des autres Planetes.
En effet , d'où vient qu'aux Provinces
où autrefois Venus &
Mercure eſtoient adorez , ces
Signes eſtant au meſme lieu ,
cependant les Dieux en ſont abolis
& chaſſez ; & comment la
Loy Judaïque dure-t- elle encore
fous tous lesClimats,quoy.qu'elle
ſoit bannie du ſien propre ?
Comment la Religion Mahometane
ſubſiſte- t-elle où fut autrefois
le Chriſtianiſme,& laChreſtienne
où eſtoient autrefois
les ſanglans Autels de Saturne
&deMars?Est- ce que les Signes
qui préſidoient dans le lieu où
regnoit , par exemple , la Loy
Judaïque , ont changé de place
dans les Cieux pour la ſuivre en
quelque lieu qu'elle ait eſté por
tée ? Il faut que ces Aſtrologues
foient reduis à faire cette imperGALANT.
105
tinente réponſe , ou à avoüer
que leurs raiſonnemens ne font
fodez que ſur l'erreur & le menfonge.
Il eſt maintenant facilede
faire voir , après ce que je viens
de dire , les dangereuſes confequencesde
cette Science , puis
quetoute forted'Impieté ne peut
fortir que d'un ſujet ſuſpect &
dangereux. Je veux pourtant
ajoûter icy quelques penſées qui
ne ſont pasde moy, pour confir
mer le danger qu'il y a des'appliquer
àl'étude de toutes ces folies
& extravagances . Origene rapporté
par Euſebe,* dit nettement
que ſi les Aſtres ont quelque
pouvoir for noſtre volőté, il s'enfuit
premierement que nous ne
ſommes pas libres , & par confequent
que ne pouvant meriter
ny demeriter , nos actions ne
ſont dignes ny de loüange , ny
* Liv. 6. de pr. Evang. cap.9.
A
Es
106 MERCURE
de blâme. Secondement , que
noſtre Foy , la venuëdu Sauveur
du monde , & toutes les Prédications
des Apoftres ſont inutiles
. Troiſièmement , qu'on ne
peut avec juftice nous imputer
les plus grands crimes , puis que
nous y tombons par la dure neceffité
que Dieu nous impoſe par
les influences des Aftres. Quatriémement
, qu'il eſt inutile de
prier , de faire des voeux , & de
demander à Dieu le ſecours de
ſesgraces. Hé bien,en faut-il davantage
pour convaincre ceux
qui ont unpeu de Religion , de
l'horreur que l'on doit avoir
d'une Science , dont les confequences
font & pernicieuſes. S.
Bafile ajoûte cette reflexion : Si
le bien&le malque nous faiſons,
ne fontpas en noſtre liberté,&
qu'ils dépendent de la neceffité
GALANT . 107
fataleque nous impoſent les in-
Auences des Planetes dans nôtre
naiſſance , en vain les Legiflateurs
ont preſcrit ce qu'il faut
faire & ce qu'il faut fuir.En vain .
les Juges honorent la vertu , &
puniſſent le crime . Enfin ſi noftre
naiſſance nous impoſe une
neceſſité d'agir , nous ne pouvons
ny loüer les Gens de bien ,
ny blâmer les Impies , dit * Saint
Ambroise. Il eſt vray que les Aftrologues
ludiciaires diſent que
lesCieux ne font qu'inclinerſans
forcer perſonne , que le Sage
donne la loy aux Aſtres , Sapiens
dominabitur Aftris , & qu'on doit
prendre leurs regles comme tenant
le milieu entre le poſſible
&le neceffaire ; mais toutes ces
proteſtations ne font faites que
pour ofter le ſcrupule àceux qui
*Lib. 4. Hexamer.cap-4.
E6
108 η
MERCVRE
feroient fans cela confcience de
les écouter : car quand il s'agit
de pratiquer leur Art,ils prononcent
auſſi déciſivement, que fi
au lieu d'animaux libres & raiſonnables
, nousn'eſtions que de
vrayes Marionnettes attachées.
aux Aſtres par des influences ..
comme par des cordes,de qui
nous receuſſions tous nos mouvemens
, ſans en avoir aucun de
propre. Enfin quand meme
l'Aftrologie Judiciaire ne ſeroit
ny ridicule , ny impie , ny dangereuſe
, elle ſeroit encore à
mépriſer à cauſe de ſon inutilité
, parce que le bien qu'elle
promet , nous deſeſpere s'il.
ne vient pas, & s'il vient, l'attente
en eſtennuyeuſe ,& l'efperance
en diminuë ce qu'il y a de
plus ſenſible ; & fi elle nous me
nace de mal, l'imagination nous
?
GALANT . 109
F
le fait ſentir avant qu'il arrive; &
s'il n'arrive pas , la crainte n'a
pas laiſſé de nous faire fouffrir
quelque peine.
PHILONTE ..
En voilà affez pour me faire
avoir de l'horreur pour cette
Science , du mépris pour ceux
qui la mettront en pratique ; de
la compaffion pour la foibleffe &
la fotte facilité de ceux qui leur
en donneront occafion , & en
même temps pour m'engager à
mettre au nombre des choses
difficiles à croire tout ce qu'on
pourra dire en faveur des Faiſeurs
d'Horoscopes , & autres
pareils Charlatans celestes .
On fait des Automnes comme
des Printemps , & puis que
nous commençons à entrer dans
cette ſaiſon , je vous en envoye
un de Monfieur Luder..
110 MERCURE
AIR NOUVEAU.
Raisin , dont l'Amour
Doux Raisin
puissance ,
L'implore à mon secours vostre ai
mable liqueur ;
Ius divin , toſt , coulez jusqu'au
fondde mon coeur ,
Et faites-y toûjours regner l'indif.
ference.
Maisbelas ! plus je bois de ce jus
de l'Automne ,
Plus Climene me rend ſenſible à
fes appas,
Ab! j'ay beau m'enyorer, la raison
m'abandonne ;
Mais le cruel Amour ne m'aban
donnepas.
Je ne vous ay point parlé d'un
Carrouſel qui s'eſt fait depuis
quelque temps à Florence , &
GALANT.
qui repreſentoit la Sageffe& la
Valeur , ſous la conduite de
Monfieur le Prince Ferdinand,
Fils aiſné de Monfieur leGrand
DucdeToſcane. C'eſt un Prin
ce fort bien fait , âgé ſeulement
de vingt trois ans , grand , de
belle taille , & qui eſt tres bien
à cheval. Comme il a eſté élevé
dans tous les Exercices Militaires,
il a voulu prendre pour
ſujet de cette Feſte Pallas &
Mars,qui envoyent leurs Champions
contre les Hydres , & autres
Monſtres qui troublent le
repos de la Terre. Le jour qui
avoit eſté choisy pour ce grand
Spectacle eſtant arrivé , Monfieur
le Prince Ferdinand ſe ren--
ditdans la grande Place qui eſt
devant l'Eglife de Sainte Marie
Nouvelle , à la teſte de trois
Quadrillesde Pallas ,& de trois
112 MERCURE
autres Quadrilles de Mars com
poſées des Gentilshommes les
plus qualifiez de Florence. La
premiere Quadrille de Pallas
portoit jaune & argent, la feconde
noir & argent. Tous leurs
habits eſtoient magnifiques ,
aufſibien que ceux des Chevaliers
des trois Quadrilles de
Mars, dont les couleurs eſtoient,
le blanc , le vert , & le bleu ,
meflez avec l'or. Toutes ces
Quadrilles ſe placerent au milieu
de la Place , qui estoit environnée
d'échaffauts dreſſez en
ovale , & peints en marbre avec
des Corniches. Il y avoit alentour
fix rangs de degrez , & un
grand nombre de Loges pour les
Spectateurs . Celle de Monfieur
leGrand Duc de Toſcane eſtoit
toute peinte , & la dorure n'y
avoit pas eſté épargnée. Quan
GALANT.
1134
!
tité de Vaſes & de Statuës contribuoient
à fon ornement. Ma.
dame la Grande Ducheſſe Mere
, les Princes & les Princeffes
y eurent place , ainſi que la plus
grande pattie de la Cour. Il y
eut pluſieurs Choeurs de Muſique
, compoſez de differens Inſtrumens
, & des meilleures voix
d'Italie. Monfieur le Prince Ferdinand
, accompagné deMonfieur
le Marquis Corſini , Mareſchal
de Camp , rangea les fix
Quadrilles à droit & à gauche.
Il eſtoit tout brillant de pierreries
, & veſtu à la Romaine , &
avoit autour de luy quantité de
Pages & d'Eſtafiers. Les Chevaliers
des Quadrilles eſtoient
auſſi habilez à la Romaine. Mars
&Pallas qui les commandoients
eſtoient dans de magnifiques
Chars. Auſſi- toſt que ces deux
114
MERCURE
1
Divinítez eurent donné le fignal
, chaque Chevalier ſe prepara
à combatre , & les Monſtres
fortant des Cavernes , couvrirent
le Champ de Bataille, &
ferangerent en un Corps quarré
qui faifoit face de tous coſtez
pour le combat. Monfieur le
Prince Ferdinand , fuivy de
fes Chevaliers , alla la Lance
a la main , & défit les Monſtres
avec une adreſſe quiattira
mille cris de joye des Spetateurs.
L'applaudiſſement fut
general , les Trompetes & les
Timbales ſe firent entendre ,&
un Choeur de Muſique ayant
ſuivy , ce jeune Prince s'avança
juſqu'au milieu de la Place à
la teſte de's Chevaliers de Pallas ,
pour faire le coup de Piſtoler ,
avec ceux de la Quadrille de
Mars qui luy eſtoit oppoſée. Ils
GALANT. 115
caracolerent , & firent des voltes
, paſſant ſouvent les uns devant
les autres , aprés quoy toutes
les quadrilles ſe diſpoſerent
à un Combat general avec l'épée.
Il ne fut pas fi-toſt commencé
que Mars & Pallas
rappellerent leurs Chevaliers,
& les inviterent à la Paix par
divers Choeurs de Muſique.
Monfieur le Prince Ferdinand
revint à ſon premier poſte auprés
des Divinitez , & fit des
courbettes en differentes voltes
avec une grace merveilleuſe.
Les Chevaliers ſe rangerent autour
de luy en faiſant pluſieurs
figures , dont la derniere eſtoit
en forme de demy-Lune. La
Feſtes'eſtantterminée par là, ils
défilerent au bruit des Timbales
& des Tromperes , ayant ce
jeune Prince à leur teſte .
116 MERCURE
Je me souviens , Madame,que
vous m'avez demandé ce que
c'eſt que les Boucaniers , ou Flibuſtiers
. Apparemment l'envie
deles connoiſtre ne vous eſt venuë
que depuis qu'un Livre nouveau
, quia paru depuis peu , a
donné occafion de parler d'eux.
Je puis vous en dire des particularitez
fans le ſecours de ce Livre
, puis que j'ay veu & entretenu
un Boucanier François , de
qui j'ay appris toutesleurs Coûtumes
. Il n'y a pas fort longtemps
que leur nom eſt generalement
connu en ce mondecy.
Il n'eſtoit auparavant celebre
que dans l'Amerique , dont ils
font l'eff oy & la terreur. Vous
ſçavez que la pluſpart des Americains
avoient cette barbare
coûtume de brûler & de rôtir
leurs Ennemis , lors qu'ils les
GALANT .
117
k
avoient pris en guerre . Le lieu où
ils exerçoient cette cruauté s'appelloit
Boucanen leur Langue ,
&de la l'action a eſté nommée
Boucaner. Les Européens habitans
de l'Amerique , eſtant ſouvent
obligez d'aller à la Chaſſe,
foit pour leur ſubſiſtance , ſoit
pour le commerce des cuirs ,
rôtiffoient & fumoient la viande
des Beſtes qu'ils avoient priſes ;
comme les Naturelsdu Pays celle
deleurs Priſonniers , & c'eſt
par cette raiſon que le nom de
Boucaniers leur a eſté donné.
Leur premier employ fut donc
ſeulementd'aller à la Chaſſe des
Sangliers , dont ils vendoient la
viande , ou des Boeufs ſauvages,
dont ils envoyoientles cuirs en
Europe, & c'eſt encore plus particulierement
cette derniere efpece
de Chaffeurs qu'on appelle
118 MERCURE
1
1
Boucaniers. Ces gens- là qui n'avoient
point d'autre moyen de
ſubſiſter , qu'un Métier ſi dur &
penible , ſe firent une habitude
des fatigues les plus grandes ,
& formerent differens petits
Corps , plus redoutables par
leur courage & par leur intrepidité
que par leur nombre. Il
y a des Boucaniers de toutes les
Nations Européennes qui habitent
l'Amerique ; mais comme
les Eſpagnols font laNation
la plus puiſſamment établie dans
le nouveau Monde , & qu'il n'y
en a preſque point de ſi miferables
entre eux qui ne trouvent
moyen d'y faire fortune , les
Boucaniers Eſpagnols moins
preffez par la neceffité que les
autres, ſe ſont auſſi moins aguerris
,& on ne compte pour vrais
Boucaniers que ceux d'entre les
François , Anglois , ou Hollan
GALAN T. 119
dois , qui ſe ſont mis à exercer
cemétier. Ceux-cy dégoûtez du
peu de profit que leur apportoit
la Chaffe , à proportion des peinés
qu'elle leur coûtoit , & prenant
l'occaſion des Guerres qui
ſurvenoient entre l'Eſpagne &
les Couronnes dont ils dépendoient
, commencerent a pirater
ſur les Eſpagnols , & à piller les
ljeux qui les reconnoiſſoient
pour Maiſtres. L'Eſpagne eſt preſentement
ſi foible en Amerique,
& les Boucaniers ſont ſi bons
Soldats,que preſque toutes leurs
entrepriſes leur ont réuffi. Les
Avanturiers ne craignent point
de ſe mettre ſur un petit Canot,
tout au plus ſur une méchante
Barque , & d'aller aborder un
grad Vaiſſeau qui portera beaucoup
d'hommes & de Canon ;
& ce qui vous paroiſtra peut
120 MERCURE
eſtre inconcevable , ils font fi
déterminez qu'ils le forcent à
ſe rendre. Lors qu'ils font maiftres
d'un bon Vaiſſeau , ils ſongent
à de plus hautes entreprife.
lls entrent dans les Ports d'Efpagne
,& pillent des Villes tresriches
. Le Boucanier que je vous
aydit d'abord que j'avois entretenu
, s'eſtoit trouvé au pillage
de Vera Cruz,dont on a tant parlé.
Ilm'a conté quantitéde choſes
qui regardent , ou leur difcipline,
& la forme de leur Gouvernement
, ou leur Hiſtoire ,
& leurs Avantures . Ils n'ont
point de General en Amerique ;
ilsn'ont que des Commandans
particuliers , qui ne le font que
pour l'Expedition que l'on va
faire. Ils font élûs à la pluralité
des voix,ou reconnus pour Com.
mandans parce que le Vaiſſeau
eſt
1
GALANT. 121
2
eſt à eux , ou qu'ils font d'une
réputation établie. Quelque fois
ils compoſent une petite Flote
de cinq ou fix Vaiſſeaux , qui
font ordinairement en mauvais
eſtat ,& ſeulement redoutables
par le courage de ceux qui les
montent. Avant que de partir
pour leur entrepriſe , ils font
entre-eux un accord par lequel
ils conviennent de la maniere
de partager la proye , de
la part qu'y aura le Commandant
, ſon Lieutenant , & les
autres , ſelon leurs divers emplois
, ou felon ce qu'ils fournifſent
pour l'expedition. On arreſte
auſſi de donner tant par
deſſus ſa part legitime à celuy
qui montera le premier ſur un
Vaiſſeau Ennemy , & tant à celuy
qui aura eſté eſtropié de
tels membres . Enfin ils n'ont en
Septembre 1686 . F
122 MERCURE
veuë dans un tel accord que
d'éviter la diviſion qui pourroit
ſe mettre entre eux , d'animer
leurs gens à bien faire ,& de
leur propoſer des recompenſes
capables de les porter à ne s'épargner
pas , carle defir de la
gloire n'a aucune part à leurs
belles actions ; ce n'eſt que le
gain. le nedoute point que vous
ne ſoyez ſurpriſe de la Religion
de cesgenslà. Dés qu'ils découvrentun
Vaiſſeau Eſpagnol , ils
font la Priere , & demandent à
Dieu fortdevotementqu'ilyfaffe
trouverun Butin conſiderable ,
& qu'ils puiſſent s'en rendre
maiſtres , aprés quoy ils ſe preparent
à l'attaquer. Mon Boucanier
m'a dit que les François
Catholiques & les Anglois Proteſtans
allant enſemble en courſe,
faiſoient tous les jours la PrieGALANTA
123
re chacun à leurmode , & que
meſme dans les Villes qu'ils pillent
,& où ils ont toute forte de
licence , fi un Proteftant faifoit
une irreverence remarquable à
l'image d'un Saint, le Confeil de
Guerre ne manqueroit pas de
luy faire caffer la teſte. Ils ont
quelquefois furpris des Villes
qui fe feroient défenduës contre
des Sieges reguliers , & quinont
pû se défendre de la fureur de
ces determinez Boucaniers , à
qui l'efperance dul pillage fait
entreprendredes choſesquione
paroiffent preſque pas humai.
nes. Quand les Habitans d'une
Ville font avertis de la matche
des Avanturiers,ils commen
cent par fuir dans le Bois & ; y
emportent le plus qu'ils penvét
de leurs richeſſes ,& de ce qu'ils
ont deplusprecieux, tant on fe
F2
124
MERCURE
trouve remply de terreur à leur
ſeule approche ,& tant on eſt
perfuadé qu'on reſiſteroit inutilement.
Les Boncaniers , Maiftres
d'une Ville ,y trouventtoûjours
affez dequoy piller , quel.
que abandonnée qu'elle puiſſe
eſtre , mais ils envoyent encore
dans les Bois differens Partis ,
qui y découvrent les Habitans ,
&qui les font Priſonniers afin
de les mettre enſuite à rançon.
Après une priſe conſiderable ils
font tous riches mais au bout de
quelques mois aucun d'eux n'a
rien. Ils ſe jettent dans les dé-
1
bauches les plus outrées ſi - toſt
qu'ils ont de l'argent ,& ils le
répandent avec autant de déreglement&
de folie , qu'ils ont
eu de courage & de hardieſſe
pour le gagner. De là vient que
leurs Courſes ſont fort frequen
GALANT. 125
tes , & qu'à peine revenus d'une
expedition ,il faut qu'ils ſongent
à en commencer un autre.
Le Mercredy 14. de ce mois
Monfieur de Faucon de Ris ,
qui pendant pluſieurs années a
exercé l'Intendance de Bordeaux
avec tant de gloire , &
qui avoit eſté nommé par le Roy
Premier Preſident en ſon Parlement
de Normandies, arriva
en fa Terre & Maison de Chari
leval , à cinq lieuës de Roüen,
&il en partit le lendemain , jour
de la Feſte de l'Aſſomption ,
pour venir prendre poffeffion de
ſa Charge. Si toſt que la nouvelle
en eut eſté répanduë , tous les
- Officiers ordinaires de la Ville
ayant en teſte leurs Capitaines
ou Lieutenans , avec leurs Dra
peaux , & Trompettes , allerent
- à cheval au devant de luy jul-
F3
126 MERCURE
qu'à la premiere Poſte , & les
autres à pied juſqu'à S. Paul,
quieſt au bas de la Montagne
Enſeignes déployées , & Tam.
bours battans , pour le recevoir
& l'accopagner juſqu'à fonHoſtel
. Il arriva avec un fort grand
Cortege de Caroſſes à fix chevaux
, où eſtoient les Perſonnes
les plus qualifiées de la Ville,
dont il avoit eſté ſaluée ſur ſa
route. Il fortit d'ailleurs une fi
grande quantité de peuple que
le chemin& les ruës en étoient
toutes bordées. La joye eſtoit
generale de voir le quatrième
Succeſſeur de la meſme famille,
en une charge ſi éminente que
ſes Anceſtres ont fi dignement
remplie. 11 fut falué de la Moufqueterie
à diverſes repriſes, fur
ſa route & devant fon Hoſtel.
La Ville le complimenta , ayant
GALANT. 127
à ſa teſte Monfieur Tabouret
premier Eſchevin , & il en receut
les Preſens accoûtumez
Pluſieurs Corps le complimenterent
encore le lendemain , &
le preſidial y envoya fix deputez ,
qui furent Monfieur du Montier,
Lieutenant Criminel , quatre
Conſeillers , & Monfieur
Brunel Procureur du Roy , dor t
je vous ay fait connoiſtre l'eſprit
&le merite en une autre occafion.
Monfieurdu Montier porta
la parole. Il avoit eu le jour precedent
une vapeur terrible qui
l'avoit fait croire mort , & ce fut
là le ſujet de fon Diſcours . Il dit
àMonfieur de Ris que la joye
de luy voir reprendre la place
de ſes Peres le rappelloit à la vie,
& qu'il ne devoit pas eſtre ſurpris
que ſa preſence fiſt de ſi
grands effets dans la Compa
F 4
128 MERCURE
gnie dont il eſtoit Deputé , puis
qu'elle avoit eſté toûjours attachée
aux grands hommes de ſa
Maiſon qui avoient eſté Chefs
du Parlement ; que cet attachement
eſtoit fondé ſur celuy
qu'elle a toûjours eu pour le
fervice du Roy, & que le ſervice
du Roy avoit toûjours eſté le
feul but que ſes Anceſtres s'étoient
propoſé dans toutes leurs
actions. Il donna à cette penſée
toute l'étenduë qu'elle meritoit,
& fon compliment fut tresapplaudy
. S'il en receutde grandes
loüanges , il en reçoit tous les
jours beaucoup davantage , &
de ſon habilité , & de l'exactitude
qu'il a à remplir tous les devoirs
de ſa Charge. Le meſme
jour Meſſieurs du Chapitre de la
Cathedrale de Roüen luy envoyerent
des Depütez , & MonGALANT.
ונפ
fieur le Pigny quien eſt Archidiacre
, porta la parole , avec le
meſme applaudiſſement qu'il a
eu toutes les fois qu'il a parlé en
public. Voicy les termes dont il
_ ſe ſervit. 23175
MONSEIGNEUR ,
L'Eglise de Roven nous a députez
pour vous marquer la joye
qu'elle a de vous voir reprendre une
place que vos illustres Ayeux ont
tenuë pendant unfi long temps avec
tant d'éclat & tant de gloire.
Lesſervices importans qu'ils ont
rendus à l'Estat , &fur tout lafermeté
inébranlable avec laquelle ils
ont maintenu l'autorité du Roy , au
milieu des tempestes qui ont tant
de fois agité cette Province pendant
leur Magistrature , leur ont
acquis de noms fameux dans l'Hi130
MERCURE
stoire que jamais le temps n'effa.
cera &fait meriter des récompenfes
de nos Rois , qui combleront
d'une gloire immortelle toute leur
posterité. Mais Monseigneur,
l'integrité avec laquelle ils ont
rendu la justice à la teste de cet
auguste Parlement , la grandeur
de leur ame, foûtenuë par la nobleffe
de leur Extraction , la beauté
de leur esprit jointe à une éloquence
victorieuse , & à une érudition
profonde, leur probité infigne , leur
defintereſſement , qui les a toûjours
élevez andeſſus des gains fordides
&des pratiques baſſes qui obfcurciffent
quelquefois la ſplendeur du
Corps de la Iustice; c'est ce qui a
attiré sur leurs personnes les bene.
dictions du Ciel , &c'est ce quifait
encore aujourd'huy fortir de la bouchedes
Peuples mille loñanges , que
L'envie & la jalousie ne pourront
jamais fleſtrir.
GALANT.
131
C'est au ſouvenir charmant de
toutes ces vertusſi rares &fi extraordinaires
que nous voyons aujourd'huy
revivre fi heureusement
envostre personne , que nous aban
donnons nos coeurs aux transports
de la joye la plus parfaite & la
plusfincere. C'est par là que nous
oublions avec plaisir cette parentheſe,
qui ne nous a privez pour
un temps devostre Perſonne , qu'a
fin que vostre retour fust plus glorieux
, ſemblable à ces nuages qui
ne nous cachent le corps du Soleil,
qu'afin qu'il répande ensuitefa lumiere
avec plus de force & avec
plus de vivacité. Ainsi, Monfeigneur,
vostre absence & voſtre éloignementn'ontſervy
qu'à nous fournir
de nouveaux sujets d'admirer
voſtre vertu , par l'avantage que
vous avez eu de réäſſir dans toutes
les affaires importantes que Sa
F6
132 MERCURE
Majesté vous a confiées , ſoit dans
Ses Conseils,foit dans l'Intendan.
ce deſes Provinces , où voſtre probité,
voſtre prudence , voſtre habileté
, ont égalé , pour ne pas dire
Surpassé, toutes les vertus de vos
Ancestres.
C'est ce qui rend auſſi voſtre entrée
dans toute cette grande Province
fi agreable ; car la Dignité
que vous poſſedez , & qui est comme
hereditaire dans vostre illustre
Maiſon , n'auroit pas l'éclat & le
relief qu'elle a ,si vousy veniez
comme les autres par un droit de
fucceſſion ; mais y entrant , comme
vous faites , par le choix , par la
préference , & par le don du plus
grand Monarque qui ait jamais
regnésur la Terre , eft il rien qui
foit comparable à vostre gloire, estil
rien qui égale vostrefelicité ?En
effet , quelque magnifique que foiz
GALANT.
133
ce don, je puis dire qu'il devient
encore infiniment plus precieux par
lamain Royale qui vous le donne,
& je puis à ce ſuiet vous faire
Souvenir desparolos du Poëte , Non
tam ex dono quam quia dediſti .
C'est par cette actionfiſignalée de
fajustice que le Roy s'acquitte envers
voſtre Famille , ou pour mieux
dire , couronne en voſtre personne ,
tous les merites& tous lesſervices
des grands Perſonnages , auſquels
vous avezla gloire defucceder Faf-
Se le Cielque vous en ioü:ffiezlongtemps
pour la gloire de Dieu , pour
l'honneur du Royaume,pour la tranquillitépublique
, &pour la fatis
factionde tous les gens de bien. C'est
dans cet esprit que nous venons
vous offrir les reſpects d'une Compagnie
Ecclefiaftique , qui a eu toû
jours le bonheur d'estre cherie&
d'estre protegée par vos illustres
134
MERCURE
Ayeux. Elle espere que vous luy continuerezla
mesme faveur ; &c'eſt ,
Monseigneur, le ſuiet de nos treshumbles
prieres & denoštre Députation.
Monfieur de Ris répondit à
cetteHarangue, avec beaucoup
de vivacité d'eſprit , & d'honneſteté
, ainſi qu'à toutes les
autres , qui luy furent faites par
tous les Corps Seculiers & Reguliers.
Le Mardy 17. il alla au
Parlement commencer les fonctions
de ſa Charge. Toutes les
Chambres s'eſtant aſſemblées il
ſe mit àgenoux ſur un Carreau
qu'on luy preſenta , & preſta le
Serment ordinaire à portes cloſes.
Il fut harangué à l'Audience
parMonfieur le GuerchoisProcureurgeneral
, dont l'eloquence
eſt connuë , & par Monfieur
GALANT.
136
de Languerie Avocat General ,
qui fut écouté avec beaucoup
de plaifir. Aprés qu'ils eurent
parlé , Monfieur de Ris fit un
excellent & judicieux Diſcours
fur le merite & la dignité de ſa
Charge, fur les obligations de
tous ceux dont leCorpsdu Parlement
eſtoit compofé , & fur
l'obſervation indiſpenſable des
Loix ſelon les intentions de Sa
Majesté , & les Ordonnances
des Roys ſes Predeceſſeurs Tout
le monde s'écria fur la beauté
deceDifcours , & quand l'Audience
fut finie,Monfieur le Premier
Preſident retourna en fon
Hoſtel , où il regla avec beaucoup
de magnificence une partie
de Meſſieurs du Parlement , ce
qu'il continua de faire les jours
fuivans-
Je vous ay déja marqué que
136 MERCURE
r
Me l'Abbé d'Harcourt eſtoit
mort ſur la fin du dernier mois.
Ilavoit eu une affez longue indiſpoſition
qui l'avoit obligé à ſe
mettre en chemin pour aller
prendre des eaux. On les avoit
jugées neceſſaires pour l'entier
rétabliſſement de ſa ſanté , &
ſon mal l'ayant repris tout à
coup , il eſt mort preſque ſubitement.
Il eſtoit Frere de Monſieur
le Comte d'Armagnac ,
grand Ecuyer de France , de
Monfieur le Chevalier de Lorraine
, de Monfieur le Comte de
Marfan,&de Monfieur le Chevalier
d'Harcourt , & Fils de
feu Monfieur le Comte d'Harcourt,&
d'une Niepce de Monſieur
le Cardinal de Richelieu ,
Veuve de Monfieur de Puylaurens.
Monfieur le Comte d'Harcourt
eſt ſi connu dans l'Hiſtoi
GALANT.
137
re par le gain de differentes Batailles
, & par la priſe de plu
ſieurs Places importantes qu'il
me ſeroit inutilede vous en parler
. Le Roy a donné à Monfieur
l'Abbé de Lorraine,Fils de Monſieur
le Comte d'Armagnac ,
l'Abbaye de S. Faron de Meaux
que poſſedoit feu Monfieur l'Abbé
d'Harcourt ſon Oncle.
Voicy la troiſième ſuite de
l'Histoire des Estampes que je
vous promis la derniere fois .
Voustrouverez dans cette Liſte
les Estampes qui reſtent de feu
Monfieur le Pautre. C'eſtoit un
des plus fameux Graveursde ce
Siecle , & celuy qui a le plus travaillé.
Auſſi ſes Ouvrages , qui
font eſtimez de tout le monde ,
- ont-ilseſté ſi fort recherchez ,
- qu'on n'en trouve plus que ce
- qui fuic.
138 MERCURE
Vo Livre de Portraiture , de
douze feüilles , pour apprendre
à deſſiner. Ileſt remply d'yeux ,
debouches , & de pluſieurs autres
parties du corps .
Un Livre de douze feüilles ,
contenant les principaux ſujets
de la Bible.
Un Livre de Serrurerie,douze
feüilles , remplyde Balcons , de
grilles , de cloſtures , de rampes ,
heurtoirs , gonds , & generalement
de tous les Ouvrages de
Serrurerie qui peuvent faire paroiſtre
l'invention , l'adreſſe , &
l'eſprit de l'Ouvrier.
Un Livre d'Academies , de
fix feüilles , remply de figures
Academiques pour apprendre à
deſſiner.
Vn Livre de Cheminées , de
fix feüilles , contenant pluſieurs
Profils d'Architecture , Bas - reGALANT.
139
liefs , & generalement tout ce
qui peut fervir d'ornement aux
cheminées...
Vn Livre de Parterres , de fix
feüilles . On y voit des Compartimens
pour toutes fortesde Parterres
, ſelon leur ſituation.
Vn Livrede Lits , de fix feüilles.
Ces Lits , qui ſont faits fur
ceux des anciens Romains , ſont
aujourd'huy appellez Lits d'Anges.
On en fait depuis quelques
annéesde tant de manieres differentes
, qu'à peine en trouvet-
ondeux ſemblables .
Vn Livre de Tables , & de
Miroirs ,de fix feuilles , remply
de differens Deſſeins de bordures
de miroir , & de pieds deTables
de differentes figures .
Vn Livre de Friſes en travers,
de fix feüilles. Les Friſes en travers
font pour mettre dans les
Corniches d'Architecture .
140
MERCVRE
Vn Livre de Termes , de fix
feüilles. Ces Termes font , tant
pour mettre dans les Jardins, que
pour employer dans l'Architeture.
-Un Livre de Paneaux , de fix
feuilles . Ce font des Paneaux
d'ornemens pour des Lambris ,
pour des Chambranles,pour des
Plafonds , & generalement pour
tous les endroits où l'on peut
mettre des Paneaux . 3
Un Livre de mauſolées , de fix
feüilles . Ce ſont des mauſolées
antiques.
Un Livre de Veües de Jardins,
de fix feuilles .On y voit des pontaines
, & tour ce que les Veuës
differentes peuvent fournir.
Un Livre de Cartouches ,
pour enfermer del'Ecriture , de
fix feüilles .
Un Livre d'Orphevrerie , de
1
GALANT. 141
fix feüilles . On y voit des Chafſes
, des Calices , des Figures,
des pieds de Croix , & beaucoup
d'autres Ouvrages que
l'Orphevrerie peut fournir.
Un Livre de Païſages ,de fix
feüilles.
Un Livre de Nopces de
Village.
Un Livre de Jeux de Paſto
relles , de fix feuïlles .
Tous ces Livres ſe vendent
chez laVeuve de Monfieur le
Pautre , ruë S. Jacques , proche
la Fontaine Saint Benoiſt.
Les formalitez qui ont eſté
établies par les Ordonnances
pour les Mariages des Enfans
de Famille , ne pouvant eſtre
obſervées à l'égard de ceux dont
les Peres & Meres , Tuteurs ou
Curateurs ſe ſont retirez dans
les Pays Etrangers , pour éviter
de faire abjuration de la Reli
141 MERCURE
gion Prétendue Reformée , qui
n'eſt plus ſoufferte en France,
le Roy , comme Pere commun
de tous ſes Sujets , trouvant à
propos de pourvoir à la ſeureté
de ces Mariages , donna le 6 .
du mois paſſé une Déclaration
qui permet aux Enfans de Famille
, élevez dés leur enfance dans
la Religion Catholique , ou
nouveaux Convertis , de ſe marier
, ſans qu'ils ſoient obligez
d'attendre ny de demander le
conſentement de leurs ; Peres&
Meres , ou de leurs Tuteurs &
Curateurs qui font fortis du
Royaume, à condition qu'avant
que de paſſer le Contractude
Mariage ils feront une Affem
blée de fix de leurs plus proches
Parens ou Alliez, tant paternels,
que maternels , devant le Juge
Koyal des lieux &le Procureur
-4157 alb notatuide sus ob
GALANT.
143
de Sa Majesté ; & s'il n'y a point
de luge Royal , cette Aſſemblée
fe fera devant le Juge
ordinaire des lieux , le Procureur
Fiſcal de la Juſtice preſent.
Au defaut des Parens & Alliez,
ils aſſembleront fix Amis ou
Voiſins , qui donneront leur avis
&conſentement, s'il y échet, &
figneront le Contract de Mariage
, dont il leur ſera expedié
tous Actes neceſſaires fans aucuns
frais. Cette Declaration
fut enregiſtrée au Parlement
le 21.du meſme mois.
Quand les Eſpagnols trouvent
quelque occaſion de faire
éclater leur galanterie , ils font
connoiſtre qu'ils n'oublient pas
les leçons que les Maures de
Grenade leur ont autrefois donnée.
Vous en allez trouver une
preuve dans les honneurs que
144 MERCURE
Monfieur le Marquis del Carpio
, Vice-Roy de Naples , a
rendu à Madame la Ducheſſe
de Bracciane. Je ne vous dis
pointde quel merite eſt cette
Ducheſſe , tant pour l'agrément
de ſa perſonne , que pour la
beauté de ſon eſprit , & la delicateſſe
de ſes ſentimens. Je ſçay
que vous en avez entendu parler
à pluſieurs perſonnes qui la
voyoient fort ſouvent pendant
qu'elle estoit icy. Elle eſt Soeur
de Monfieur le Duc de Noirmonſtier
, de Madame la Marquiſe
de Royan , & de Madame
la Princeſſe de Belmont. Monſieur
le Duc de Bracciane , ſon
Mary , eſt de la Maiſon des
Urſins. C'eſt aſſez vous dire,
pour vous apprendre qu'il eſt
d'une tres - grande naiſſance.
Cette Ducheſſe ayant envie de
voir
(
GALANT.
145
voir la Ville de Naple , & Mon
ſieur le Marquis del Carpio luy
ayant fait témoigner le plaifir
qu'il ſe feroit de l'y recevoir,
elle partit de Rome le premier
de Iuin , accompagnée de Monfleur
le Prince de Belmont , fon
Beaufrere , & alla ſouper à Albano
, où elle fut receuë par le
Prince & par la Princeſſe Savelli.
Enfuite elle alla coucher à Gia.
nerane , & y demeura tout le
lendemain juſques au ſoir, qu'elle
en partit pour Neptune. Elle
ytrouva deux Galeres de l'Eſcadre
de Naples , que le Viceroy
avoit envoyées pour luy faire
faire le trajer. Dom loſeph d'Aglere,
Favory du Viceroy , la fit
monter avec toute ſa fuite , fur
celle qu'on appelle Les trois Rois.
LaPoupe en étoit richement ornée,&
au lieu deSoldats elle ne la
Septembre 1686. G
146 MERCURE
vit remplie que d'Officiers ,& de
Gentilshommes. Si-toſt qu'elle
y fut entrée , on la ſalia de toute
la Mouſqueterie. Le bruitda
Canon ſe joignit à cette ſalve,&
aprés un magnifique Soupé qui
luy fut ſervy , on commença à
ſe mettre en Mer. Le jour fuivant
, fur les vingt-deux heures
elle arriva à la veüe de Naples ,
à cinq milles de la Ville. En ce
temps-là elle apperçeut le Viceroy
dans ane Felouque. Il entra
dans ſa Galere , & les com.
plimens ſe firent de part & d'autre
dans les termes les plus obli
geans & les plus honneſtes. On
continua la route , & lors qu'ils
paſſerentdevant le Chaſteau del
Ovo , Madame de Bracciane fut
ſalüée de tout le Canon. Monfieur
le Marquis del Carpio luy
demanda la permiſſion de ré
GALAN T.
147
pondre à ce ſalut par la décharge
de ſon Artillerie, & enfin for
les trois heures ils arriverent au
Port, où la Ducheſſe eſtoit atten
duë par Madame la Princeſſe
Cariati , de la Maiſon de Savelli,
Coufine au troiſiéme degré de
Monfieur le Ducde Bracciane.
Il ſe trouva là trois Chaires, dont
l'une , qui estoit toute brodée
d'or , entra dans la Galere. Elle
eſtoit deſtinée pour porter Madame
la Ducheffe de Bracciane,
qui ſe mit dedans aprés que le
Viceroy eut pris congéd'elle. Sitoſt
qu'elle fut à terre , elle fut
falüée de nouveau par toute
l'Artillerie du Chaſteau del Ovο,
& par une décharge de tous
les Vaiffeaux & de toutes les
Galeres. Ce fut an milieu de te
grand bruit qu'elle arriva aapu
Palais de la Princeffe Cariati ,
G 2
48 MERCURE
où elle trouva à la porte une
Compagnie de Soldats Eſpagnols
, qui avoit ordre d'y faire
la Garde. Les deux autres Chaires
porterent ſes Filles d'honneur
, & les Filles de fa fuite&
ſes Gentilshommes ſe mirent
dansdes Caroſſes. Le lendemain
le Viceroy luy envoya un rafraiſchiſſement
magnifique de toutes
fortes de fruits & de liqueurs,
porté par vingt hommes , & fur
le ſoir elle fut viſitée du Marquis
de Cogolludo , Filsaiſné du Duc
deMedina-Celi ,& General des
Galeres de Naples. Le Mercre
dy s. Juin elle receut la viſite de
la Marquiſe de Cogolludo , &
de la Princeſſe d'Aveline , &
enfuite celle du Viceroy , qui
eſtoit accompagné de tous ſes
Gardes. Madame de Bracciane
lerecent àla porte de ſon anti
GALANT.
149
chambre , & aprés de profondes
reverences qu'il luy fit , ils entrerent
dans la chambre , où il
luy dit qu'il venoit alors la viſi
ter comme Viceroy , & qu'il
luy viendroit bien toſt rendre
ſes reſpects ſans aucune ſuite
comme homme particulier. La
viſite dura environ une demy
heure , aprés quoyla Ducheſſe
l'accompagna juſques à la porte
- de l'antichambre ; & le Viceroy,
ſuivant la Coûtume d'Eſpagne ,
コla ramena dans ſa chambre jufqu'au
fiege d'où elle s'eſtoit levée
pourle conduire.
Le 6. elle alla ſur le ſoir chez
la Marquiſe de Cogolludo , où
elle trouva la Princeſſe d'Aveli
ne avec pluſieurs Dames . Le
Viceroy y alla auſſi,&y demeura
juſqu'à la fin d'un Concert.Lors
qu'il fut forty , on ouvrit le Bal,
G3
150 MERCURE
qui fut commencé par des Dames
&des Gentilshommes Eſpagnols
, à la maniere d'Eſpagne ,
& continué parles Filles deMadame
la Duchefſſe de Bracciane,
comme on fait en France. Il fur
ſuivy d'une magnifique Collation,
aprés quoy cetteDucheffe
fut reconduite chez elle .
Lei0onluy fit voir le Palais
des Rois de Naples. Tous les
Gardes prirent les armes à fon
arrivée , & l'Enſeigne joüa' du
Drapeau. La meſme choſe ſe fir
dans tous les Corps de Garde ;
ce qui eſt un honneur extraordinaire
qu'on ne fait qu'aux
Princes Souverains. Elle fut receuë
dans ce Palais par toute la
Cour du Viceroy ,& aprés un
Concert qui dura peu , on luy
donna un fort ſomptueux Regaleata
:
GALANT.
151
Le 12. elle fut priée par le
Marquis & par la marquiſe de
Cogolludo , d'aller voir les Antiquitez
de Puzzol & de Baye. La
Ducheffe d'Aveline & le Duc
de S. Macer l'y accompagnerent,
& elle fut eſcortée par huit
Galeres , qui estoient toutes
remplis de Concerts & deTrompetes.
Toutes les fois qu'elle
mettoit pied à terre , ou qu'elle
remontoit dans la Galere , toute
I'Artillerie faifoit une décharge
pour la faluër. Elle estoit fur la
Capitane , où on luy donna un
Diſné & un Soupé des plus magnifiques.
On la reconduifit à
Naples avec les meſmes honneurs.
Le 13.jourde laFeſte Dieu ,
on l'invita à voir la Proceffion ,
&commeellela trouva dans la
ruë , elle ſe mit à genoux pour
G
152
MERCURE
laiſſer paffer le S. Sacrement.Le
Viceroy qui ſuivoit le Dais , l'ayant
apperceuë , alla ſe mettre
à genoux à coſté d'elle, & luy
donna un Bouquet, aprés quoy
reprenant ſaplace aprésle Dais,
il luy laiffa des Gardes Suiffes
pour la conduire , ſans qu'elle
puſteſtre preffée par la foule , à
un Balcon deſtine pourles Vice
Reynes.Elle voyoit de làà main
gauche un tres- riche Repoſoir ,
&à droite une fort belle Fonraine
artificielle. Ce fut làqu'un
Gentilhomme la vint complimenter
dela part de la Ville , &
Juy fit on Preſent de quantité de
fruits , d'Eaux , de Chocolat ,
& de pluſieurs autres chofes de
cette nature.
Le 14. la Marquiſe de Cogolludo
luy fit preſent de deux habits
aufſi riches que galans , mais
GALANT.
153
àl'Eſpagnole , avec des Boutons
de Diamans pour les manches
dela Chemiſe, & cette Duchefſe
pour marquer l'eſtime qu'elle
faifoit du Preſent ,voulut porter
ces Habits , & parut dans Naples
habillée à l'Eſpagnole .
• Le 15. elle alla voir le Sang de
S. Giannare , & fut receuë par
un grand nombre de Gentilshommes.
L'un deux la complimenta
au nom de tous les autres
Elle estoit accompagnée de la
Princeſſe Cariati.
Le 16. le Viceroy l'invita
d'aller à Pofilippe , Maiſon de
Plaiſance des Roys de Naples.
Elley arriva veſtuë à l'Eſpagno.
le ,& pendant qu'elle viſitoit les
Appartemens , le Viceroy s'y
rendit accompagné du Prince
de Forin, de ſes deux Fils , da
Marquis S.Elme& de fon Frere
G
5 MERCURE
Aprés un Concert qui dura
deux heures , on ſervit diverſes
Tables , dont l'une n'eſtoit que
de deux Couverts , pour la Du
cheſſe & pour la Princeſſe Cariati.
Le Viceroy afin de mar
quer un plus grand reſpect , fervit
la Ducheſſe ſans Chapead
& fans Epée ,& mit luy-méme
les Plats ſur la Table & lesen.
oſta , ſans vouloir permettre
qu'aucun de ſes Officiers lay
épargnaſt cette peine. La ſe-.
conde Table fut pour les Filles
de Madame de Bracciane qui
fouperenten même temps qu'elle
,& furent fervies par le Mar-...
quis Saint Elme, par fon Frere,
&parles deux Fils du Princede
Forin. Enfuite il y eut unetroifréme
Table de fix Couverts:
pour le Viceroy, & pour les autres
Seignears que je viens de
GALANT.
155
vous nommer , & quand ils eurent
ſoupé on en ſervit une autre
pour les Gentilshommes de la
Ducheffe & de la Princeſſe Cariati
, & tous ces Repas furent
d'une magnificence extraordinaire.
L'heure de s'en retourner
eſtant venuë , le Viceroy pric
congéde la Ducheſſe. Elle monte
en Carroffe & revint à Naples.
Elle croyoit que le Viceroy
s'étoit retiré dans ſon Palais,
mais elle fut fort ſurpriſe de le
trouver dans la Court du fien,
où il l'attendoit pour la conduire
juſque dans ſa Chambre. La
galanterie ne pouvoit aller plus
Join.
Pendant le ſéjour que cette
Ducheſſe fit à Naples , toutes
les Dames la voulurent viſiter;
méme la Ducheſſe de Matalone
vint juſqu'a ſa porte , mais elle
G6
136 MERCURE
s'excufa de la recevoir , parce
que le peu de temps qu'elle
avoir à paſſer en ce lieullà , ne
ſuffiſoit pas poor leur rendre-
Jeurs viſites. Son Antichambre
fut toûjours remplie de Sei +
gneurs Eſpagnols & Napolizains.
Le Viceroy luy fit pluſieurs
Preſens de choſes galan.
bes , ainſi qu'à fes Filles, & pour
luy Marquer l'extrême confideration
qu'il avoit pour elle, il
donna au Comte Caponi Urfin
une Compagniel de Cavalerie,
& diftribua pluſieurs graces à
differentes Perſonnes. Il fit plus
encore; il remit à la Ducheſſe
tous les Placets qu'on luy avoit
prefentez, avec plein pouvoir
de faire ce qu'elle, jugeroit à
propos , & elle accorda toutes
les graces & les Charges aux
Officiers Eſpagnols qui l'avoiert
GALANT.
837
fervie pendant le temps qu'elle .
avoit eſté à Naples
Le 20. il alla encore la viſiter,
foivy de tous ſes Gardes , tant
Soldats que Cavalerie , & aprés
luy avoir fait quelques compli
mens il ſe retira . Comme elle
avoitmarqué ce jourlà pour ce
luy de fon départ , if retourna
chez elle peu de temps aprés.
& luy donna le divertiſſement
d'un Ballet. Lorsqu'elle voulur
partir ,il la conduifitau Port,
la fit monter avec toute ſa ſuite
dans la meſme Galere qui l'avoit
amenée ; il monta luy- meſme,
& l'ayant accompagnée à qua
tre milles ſur Mer , il prit congé
d'elle avec toutes les marques
qu'elle pouvoit ſouhaiter de fon
eſtime, luy laiſſant pour la con
duire le mefme Gentilhome ſon
Favory qui estoit allé la prendre
158
MERCVRE
àNeptune. Sa navigation fut
heureuſe. Elle deſcendit àGaët
te pour vifiter l'Egliſe de la Tri.
nité. La Fortereſſe la ſalüa de
plus de quarante coups de Canon
, & on la regala dans cette
Ville d'un magnifique Diſner.
Le ſoir elle remonta ſur laGalere
au bruiede toute l'Artilleric,
&continua ſa route. Sur la minuit
, la Galere qui l'accompagnoit
, & qui estoit demeurée
fix milles derriere , tira deux
coups deCanon preſque en même
tems. LeCapitaine de la Galere
où étoit Madame de Bracciane
, entendant ces deux
coups tirez l'un ſur l'autre , crut
que c'eſtoit un ſignal pour luy
faire entendre qu'on voyoit
paroiſtre quelque Voile Turque.
Il fit auſſi toſt prendre les
armes , ce qui donna beaucoup
GALANT.
دو
de frayeur à toutes les Filles
de cette bucheſſe , qui malgré
la crainte dontelle les vit ſaiſies,
conſerva toûjours une entiere
fermeté. Deux. Eſclaves qui
eſtoient dans ſa Galere , l'un
blanc& l'autre noir , luy dirent.
qu'elle nedevoit rien apprehen-
- der,& queſſi on la menoit àConſtantinople
, le Grand Seigneur
la recevroit auſſi bien que le
Viceroy avoit fait àNaples. Elle
ne put s'empeſcher de rire de
cette maniere de la conſoler , &
fesFilles rirent elles- mefmes du
peril où elles avoient cru eftre,
lors que la Galere qui avoit tiré
s'eſtant approchée , on apprit
qu'elle n'avoit donné ce ſignal
qu'afin de ſe faire attendre , à
cauſe que l'antenne eſtoit rompuë.
On continua le voyage:
heureuſement. On aborda à
160 MERCURE
Neptune où eſtoient lesCarrof
fesdela Ducheſſe pour la reconduire
à Rome. Elle y arriva fur
les vingt- trois heures , & trouva
Madame la Princeſſe de Belmont,
ſa Scoeur , qui venoit au
devant d'elle , accompagnée
d'un grand nombre de Carroffes
pleins de Dames &de Seigneurs
de diverſes Nations , qui ont
toûjoursa eu un attachement
particulierpour le merite de Madame
la Ducheſſede Bracciane.
Comme je n'appris le mois
paſſé l'Accouchement de Madame
la Dauphine , que dans le
temps que je finiſſois ma Lettre,
&que je ne pûs vous en rien
mander de particulier , cet Article
merite bien que je vous
en parle encore une fois , & quς
je le reprenne de plus haut.
Certe Princeſſe , qui a toûjours.
GALANT.
161
honoré Monfieur Clement d'une
confiance finguliere , tant
parce que le Roy l'a nommé
fon Chirurgien Accoucheur ,
que parce qu'il l'a toûjours heureuſement
delivrée , le fit venir
à Versailles des le 26. de Juiller,
afin que l'on n'euft qu'a l'appeller
lors qu'elle en auroit beſoin.
Le 19. Aouſt il commença à coucher
dans ſon antichambre par
fon ordre , & le 29. du même
mois , elle le fit éveiller à trois
heures du matin pour luy apprendre
l'eſtar où elle ſe trouvoit.
Il l'éclaircit de ce qu'elle
fouhairoit ſçavoir là deſſus, & la
fuite fit connoiſtre qu'il avoit
parlé en homme ſçavat dans ſon
Emploi Elle voulur qu'il demeu
raſt dans ſa chamble , croyant
qu'elle dormiroit avec moins
d'inquietude , mais il luy fut im
162 MERCURE
poſſible.Cette Princeſſe ſe trouvaldans
un eſtat affez tranquille
juſqu'au lendemain. Vendredy
30. Aouſt , trois heures du matin
, qu'elle ſentit quelque douleurs
mais affez legeres. Elles
continüerent de meſme le refte
du jour. Le Roy la vint voir l'aprés
- dineés , & fit l'honneur à
Monfieur Clement de luy demander
ce qu'il penſoit de ſon
Accouchement. Il répondit à Sa
Majesté , que le ravail feroit
douloureux & long , mais qu'il
n'en ſeroit pas moins heureux.
Les douleurs augmenterent
un peu fur le foir ,& ne
ceſſerent point juſqu'au lendemain
Midy 31. Aouſt. A trois
heures du matin elles furent
tres-violentes, & obligerent M
Clement, deux heures aprés , de
faire avertir le Roy MonfeiGALAN
T..
163
1
gneur le Dauphin , & toute la
Famille Royale , mais à peine
fut-elle arrivée que les douleurs
ſe relâcherent , en forte que madame
la Dauphine demeura
beaucoup de temps fans en reffentit
. Monfieur Clement ordonna
alors ce qu'il crut neceffaire
pour avancer , & faciliter
Accouchement , mais il ne pût
faire tout-à- fais renaiſtre les
douleurs ralenties. Sa Majefté
propoſa quelques moyens pour
les faire revenir, Sur les onze
heures de la meſme matinée ,
le Roy dit à Madame la Dauphine
qu'il alloit au Conſeil, &
qu'on ne manquaſt pas de l'avertir
s'il furvenoit quelque
changement. Il n'en arriva que
troisquartsd'heures aprés. Ces
douleurs continuant d'inſtant
en inſtant , & devenant pref164
MERCURE
1
ſantes , Monfieur Clement dit
qu'il falloit avertir promptement
le Roy. On y alla , & ce Prince
eftant venu auffi - toft , dit à
Mr Clement , Mevoila, vous me
direzquel Enfant c'eſt,ſi- tost qu'il
feravenu. Les douleurs recommencerent
dans ce moment, &
comme ſi l'Enfant n'euſt attendu
que la preſence du Roy, Mal
dame la Dauphine accoucha.
Ce fut entre onze heures trois
quarts & Midy. MonfieurClement
ditaufli-toſt tout bas à Sa
Majesté que c'eſtoit un Prince.
Madame la Dauphine, qui avoit
dit pluſieurs fois pendantſa groffeſſe
, qu'elle fouhaitoit ſçavoir
dans le moment de quel Enfant
elle feroit accouchée , pria le
Roy de le vouloir dire , l'aſſeurant
qu'elle l'apprendroit ſans
émotion ; & Sa Majeſté dit tour
GALANT.
165
haut , C'est un Duc de Berry. En
mefme temps le chagrin qu'on
avoit eu de voir ſouffrir cette
Princefie , & qui paroiſſoit encore
fur tous les viſages , ſe
changea en joye. Le Roy la vint
embraſſer en luy diſant , fefuis
ravy , Madame , que vous nous
ayez donné trois Princes, Monſeigneur
vint auſſi l'embraſſer , &
luy témoigna la joye qu'il avoit
de ce qu'elle ne ſouffroit plus.
Cependant Monfieur Clement
mitl'Enfant dans la couche , &
dans les langes que Madame la
Maréchale de la Motte tenoit ,
& Monfieur l'Eveſque d'Orleans
eſtant entré auſſi-toſt ,
ondoya ce Prince. Le Roy retourna
au Conſeil , & dit en y
entrant, Louons Dieu , Meſſieurs ,
de ce qu'il vient de nous donner en
core un Prince. Le Conſeil eſtant
166 MERCURE
finy , Sa Majesté alla à la Chapelle
rendre graces à Dieu de
l'heureux Accouchement de
Madame la Dauphine. Le lendemain
ce Monarque aſſiſta au
Te Deum , qui fut chanté dans
la meſme Chapelle , où ſe trouverent
Monfieur le Nonce ,&
toute la Cour. Le ſoir il y eut
des Feux de joye ,& des Illuminations
par toutes les ruës .Le Lundy
2. de ce mois on chanta le
Te Deum dans l'Egliſe de la Paroiffe
, & le ſoir on continua
les réjoüiffances du jour précedent.
Lemeſme jour il s'en fit
degrandes à Paris. Elles furent
annoncées dés le matin par le
Canon de l'Arcenal,& par celuy
que l'on avoit amené fur le
Quay de la Greve. L'aprédifnée
on chanta le Te Deum dans
l'Egliſe de Noftre-Dame. Me le
GALANT.
167
Chancelier y aſſiſta à la teſte
du Conſeil , ainſi que le Parlement
, la Chambre des Comptes
, & les autres Cours Superieures
, avec le Corps de Ville,
& les Miniſtres Etrangers qui
y avoient eſte invitez. Le Canon
ſe fit entendre avant &
aprés la Ceremonie , & recommença
le ſoir avant qu'on tiraft
le Feu d'artifice qui avoit eſté
préparé devant l'Hoſtel de Ville.
Il eſtoit remply d'Hierogliphes
, & d'Inſcriptions fur cette
naiſſance . Il y eutun grand Repas
& Bal à l'Hoſtel de Ville ,
& l'on n'y oublia rien pour
marquer la joye que chacun en
reſſentoit. Aprés que l'on cut
tiré ce Feu , on en fit par toutes
lesruës.On accompagna le bruit
des Boëtes de quantité de Fuſées
qui furentdiſperſéesenl'air,
5
168 MERCURE
& tout le Peuple donna de fortes
marques de joye; ce qui dura
la plus grande partie de la nuit.
Si toſt que Madame la Dauphine
futaccouchée , Monfieur de la
Sourdiere , l'un de ſes Ecuyers
partit , pour en aller porter la
nouvelle à Monfieur l'Electeur
de Baviere, le remets au premier
mois les réjoüiſſances qui
ont eſté faites à Bourges , Capitale
du Berry , pour la Naiſſance
de ce nouveau Prince.
Ieme ſouviens que dans ma
Lettre du moisde luillet,je vous
ay parlé du Preſent que Monheur
de Semerie , Gentilhomme
Genois ,a fait au Roy , d'une
Perle qui peſe cent grains , &
qui a eſté apportée des Indes
par un Gentilhomme de ſes Parens.
le vous l'envoye gravée
avec tous les riches ornemens
qui
0169
éſent .
rapmarjufte
d'or
petits
ache
y de
illée
eurs
&
ette
lont
100 ,
pinqui
Septembre 1686 . H
GALANT. 0169
qui ont accompagné ce Préſent .
En voicy l'explication par rapport
aux lettres qui font marquéedans
la Planche
A. La Perle ſuivant ſa juſte
forme & grandeur.
B. La teſte & les bras d'or
émaillé , couleur d'acier à petits
clouds d'or.
C.Le Caſque & Panache
auffi d'or émaillé & enrichy de
Diamans.
30.De L'Echarpe d'or émaillée
debleu , & parfemée de Fleurs
de Lys d'or.
E. Les lambes d'or émaillé &
couleur d'acier
F. La Pique d'or que cette
Figure tient à la main , & dont
la pointe eſt un ſeul Diamant ,
enchaſſe ſeulement par la poin-
G. Trois gros Diamans qui
Septembre 1686 . H
0170 MERCURE
formentparfaitement une Flear
deLys.
H.Une Couronne d'or toute
enrichie de Diamans jau baut
de laquelle il y aune petite sleur
deLys .
I. Un Ange qui ſoutient la
Fleur de Lys & la Couronne ,
auſſi d'or émaillé. Il tient à la
main une Trompette , comme
preſt à publier la gloire de Sa
Majeſté.
L. Par cette ſeule Lettre font
marquez tous les Trophées qui
ſont ſur le Piedeſtail , ſçavoir ,
un Timbre avec on Panache
enrichy de Diamans ,uneCui
raffe , un Bouclier , un autre
Caſque ,un Turban , un Etendartàla
pointe duquel il ya un
Diamant preſquetout hors d'oeuvre
, un Arc & une Fléche , à
pointe de laquelle ily aun Dia-
:
a
GALANT. 171
20 mant de meſme que celuy de
l'Etendart , un Sabre , un Fufil
dont la pierre eſt auſſi un Diamant
, & un Tambour , le tout
d'or émaillé , avec les couleurs
que doit avoir chaque choſe , &
garny de Diamans ,aux endroits
où l'on a pû les faire entrer dans
ce rareOuvrage ſans le rendre -
irregulier.
M. Trente-deux grosDiamans
au tour du Piedeſtal , moitié en
couleur de Rubis , & moitié en
couleurde Topaze , ce qui pro
duit un tres bel effer.
N. Quatre Fées entremeflées
de Feüillages qui ſoutiennent le
Piedeftal.
3 Toutes ces richefſes nous font
voir que Monfieur de Semerie
n'a rien oublié pour faire que
cette Perle fuſt un Chef- dieuvie
de l'Art ,comme elle en eft
H 2
1 172 MERCUR E
un de la Nature. Elle eſt devenuë
par là encore plus digne
d'eſtre preſentée au Roy , àqui
toutes les chofes qu'il y a ajoutées
conviennent parfaitement ,
puis qu'elles marquentla Force,
la Valeur , & la Sageffe. La Renommée
y paroiſt fort à propos
, elle qui eſt toute employée
pour les grandes Actions de Sa
Majefté. Ce Gentilhomme doit
tenir àgrande gloire d'avoir eu
l'honneur de préſenter au Roy
un Ouvrage de la Nature ,au
quel ce monarque a donné le
nomdeSingulier. Aufſi eſtoit- il
bien juſte qu'une choſe qu'on
peut dire fans pareille tombaſt
entre les mains d'un Prince qui
n'a point d'égal. C'eſt un avantage
pour la Republique de Genes,
qu'un de ſes Sujets ait eu
lebonheur de faire un pareil Pre-
ال
GALANT.
173
fest,& qu'il ait eſtéreçen avec
autant de bonté que le Roy en
a fait voir en l'agréant. Elle a
fujet de conſiderer Monfieur:
do Semerie ,& tous ceux de ſa
Famille comme des perſonnes
qui ont travaillé pour ſa gloire.
J'apprens que Monfieur Ber
rier , Secretaire du Conſeil du
Roy & des Commandemens de
la feuë Reyne, eſt mort àTorcy,
âgé de foixante & onze ans. IlA
a laiſſe deux Fils ,& une Fille,
mariée à Monfieur le Marquisn
des Marais. L'aiſne des Fils eftot
Monfieur Berrier , Seigneur deb
la Ferriere, Maistre des Reque-a
ſtes , qui a épousé une Fille de
feu Monfieur Potier de Novions
Maiſtre des Requeſtes ,& recoub
enſurvivance de la Charge de
Preſidentau Mortier. Le ſecond
H3
174 MERCURE
-
1
Fils , eſt Monfieur Berrier de
Renonville , cy- devantConfeiller
au Parlement , & à preſent
Secretaire du. Conſeil en la placedeMonfieur
Berrier ſon Pere...
Les Mathematiques ſont plus
en vogue qu'elles n'ont jamais
ené. On regarde comme une
Science de laquelle on tire det
grandes utilitez , & que l'on peut
appeller la Science des Princes .
Aufſi fait elle la paſſion de pluſieurs
grands Rois , & àla Chine
, où l'on permet l'entrée à
fort peu de gens, ceux qui poffedent
les Mathematiques n'y font
pas ſeulement reçûs ,mais ils
deviennent Favoris de l'Empereur.
Il ne faut pas vous en dire
davatage pour vous en faire voir
combien il eſt glorieux à Monfieur
Sauveur , Maiſtre de MaGALANT.
175
thematique des Pages de Madame
la Dauphine , d'avoir eſté
choify pour exercer la Charge
de Profeffeur Royal en cette
Science. C'eſt ce que Monfieur
le Marquis de Seignelay à fait
agréer au Roy. Sa grande capacitél'a
fait diftinguer à la Cour
depuis pluſieurs années. Il a eu
l'honneur d'expliquer à Sa Majeſté
les avantages & les defavantages
du Jeu de la Baffette
par les Calculs qu'il en a faits ;
de faire pluſieurs experiences
en preſence de Monſeigneur le
Dauphin & de Madame la
Dauphine , & d'entretenir ſouvent
Monfieur le Prince
Monfieur le Duc , qui ont fait
choix de luy pour montrer les
Fortifications à Monfieur le Duc
deBourbon , comme il avoit faic
à feu Monfieur le Comte de
&
H 4
176. MERCURE
Vermandois . Meſſieurs les Mi-..
niſtres lay ont confié l'examen
de diverſes Machines Hydrauliques
, & ont marqué en diffe-.
rentes, occafions l'eſtime particuliere
qu'ils font de fon habi
leré.
3
LaChairede Profeſſeur Royal
en Langue Greque , eſtant demeurée
vacante par la mort de
Monfieur Corelier que je vous
appris le mois paſſe , le Roy
pour la remplir dignement , a
fait choix d'un homme dont lan
profonde érudition& les grands
talens ſont connus de tout le
monde. Pour vous en faire un
Eloge qui vous faffe convenit
detout fon merite, il me fuffira
de vous le nommer. C'eſt Mone
fieur l'Abbé Galois Heſt de l'AI
cademie Françoiſe ,& del'Aca
demie des Sciences , & la repuGALANT
177
tation qu'il s'eſt acquiſe dans
l'une & dans l'autre, fait affez
connoiſtre qu'on ne peut trop
dire à fon avantage.......
N
Je vousay parlé pluſieurs fois
des Capucins que l'on appelloit
Capucins du Louvre , à cauſe
du Laboratoire que Sa Majeſté
y avoit fait établir pour eux.
Vous ſçavez qu'ils y ont travaillé
quelques années avec beaucoup
de fuccez,& qur quantitéde
Cures confiderables les
ont misen grande eſtime. L'envien'a
pas manqué de les artaquer
, & ils ont eſté calomniez
fur divers ſujets , mais enfin la
verité s'eſt montrée. Ils ont gagné
leur Procez à Laval où le
Chapitre eſtoit affemblé,& celuy
qui s'eſtoit fait leur Partie,
a eſté déclaré Calomniateur par
un Commiſſaire Apoftolique.
H
178 MERCURE
Voicy un aurre Air nouveau .
que je vous envoye.
Vous vous connoiſſez trop
bien en Muſique pour ne pas
juger par vous - meſme de tous
les Ouvrages de cette nature.
2
AIR NOUVEAU
C
Hante qui voudra le Prin
temps
Le ne veux chanter-que l'Au
tompe.
Cette aimable Saifon nous donne
Le charmant jus de la tonne
Et fans cette Liqueur il n'est point.
de bon temps mi
Amans , cüeillez des Fleurs &foulez
la verdure ,
3
Pour moy , je ne veux fouler que
de Raisinsub 35
Toutes les Fleurs de la Natwe
GALANT..
179
T
Ne valent pas une goute de
L
Je vous parlay il y a un mois
de la priſe de Modon , mais je
ne vous en dis que des choſes
generales , & je croy que vous
ne ferez pas fachée de voir un
Journal du Siege de cette Place.
Vous le trouverez dans la Let
tre que je vous envoyez. Quoy
qu'il foit court , il ne laiſſe pas
de renfermer toutle Siege.
Au Camp devant Modon le 9. Juillet 1686.
MOONSIEUR ,
Depuis ma derniere , par la
quelle je vous mandois les circon
ſtances de laprise desdeux Nava
rins,& du Combat donné au SeraS
kier par Monsieur le Comte de
Konigsmarck , General de l'Ar-
H6
1.80 MERCURE
mée de Terre , & de la fermeté du
Bacha du nouveau Navarin , qui
Sefitfauter en l'air, nous avonsfait
une marche d'un jourparterre &
Somme arrivez devant Modonle
22. de fuin. La Ville est située fur
une langue de terre qui s'avance à
la Mer,fortifice d'une muraille de
pierres de taille terraſſée conuerter
du coſté de terre d'un Bastion détaché
, & d'une espece de Pasté
le tout envelopé d'un bon Foffe re-s
vestu .M.le Comtede Konigsmarck
donna d'abord ſes ordres pour la
Circonvallation , qui fut aisée
cauſe de pluſieurs Ravines impraticables
qui environnent la place.
Le 23 on travailla à fe retrancher,&
le 14. on alla aux fafcines
dans le Comp mesme qui traverse
une Forest d'Orangers ,dans
laquelle on fit cent mille Fascines
de se bois , Le 25, on commença
H
GADANTM 1802
àbombarder avec huit Mortiers
&l'onjetra cing cens Bombes, dont
quatre- vingtmanquerent la Ville
&trente creverent en l'air. Le 26.2
Monfieur le General de Konigs
marck fit attaquer le Fauxbourg
&s'em estant rendu Maistre, il fit
retrancher la testé des ruës , &
mit quatre Bataillons d'Esclavons
dans les fardins du mesme Fauxas
bourg. Ce jour - là on ietta ſept
cens Bombes. Le 27. onfit Sommer
la Ville. Le Difdar ou Gouverneur
répondit , qu'il n'attendoit du fe
cours que de Dieu , qu'il estoit né
pour mourir, qu'il se défendroit
tant qu'il y auroit, un homme en
vie dans la Place,& que le der
nier vivant mettroit le feu aux
Poudres , afin quesi la Ville devoit
Sortir de l'Empire des Mahome
tans, elle ne tombas point au pou
voir des Chreftiens. Le 26 on com
182: MERCURE
mença à travailler à une Batterie
de dix pieces de Canon. Le 29. on
continua à bombarder , & à travailler
aux Fafcines & à la Batterie.
Le 30. La Batherie commen
ça à jouer avec un fuccés admi
rable , & démonta em trois heures
cing prece de Canon de la Ville.
NosCanonniers font excellens &
tirent da Canon comme on ferois
une Carabine. Le 1. de fuiller less
Troupes de Malte ouurirent la
Tranchée , & firent dense cens pas
de travail. Le zales Kroupes d'Efpagne
relevexent. La Tranchée,
le Generaliſſime Morosini fit encore
Sommer la Ville. Les Turts entre
rent en capitulation ; le Gouver
neurpropoſa de porterlaGarnison
àse rendre , fi on luy vouloit don
ner deux mille Sequins , & dit qu'il
faloit une Treve pour affembler le
Confeil. La Trévefut accordée à
GALANT. 1831
condition que le travail continue..
roit de part & d'autre... Outre les
Travailleurs Monfieur le Comtede
Konigsmarck commanda encore
cing cens Allemans , & on pouffa
le travail iusqu'à trente pas de la
Contreſcarpe , avec une Ligne de
communication de cinquante pas
une Place d' Armes de chaque
costé. Le 3.le Diſdar rompit laTré.
ve , diſant qu'il n'avoit pû obliger
les autres àfe rendre. Le 4. les saxons
releverent la Tranchée. Quatre
Mortiers ietterent des pierres
toute la nuit , avec deux des Carcaffes,&
les autres poufferent des
Bombes à l'ordinaire. On perdit un
Lieutenant Colonel & trente Sol
dats. Le g. les Troupes de Brunfvic
monterent laTranchée ; on avança
la Batterie des Bombes; on en com
mença une de Canon, & l'on pouffa
les Tranchées iufques au Foffé. Un
1844 MERCURE
Transfuge confirma ce que d'autres
avoient dit , que les Maisons de
la ville estoient presque toutes
rainées de quatre mille Bombes...
qu'on y avoit déia iettées , & que
les pierres les incommodoient plus
que tout le reste. Le 6. les Troupes
de Florence monterent la Tranchée;
on fit grand feu de chaque coſté ,
&les Ennemis firent tout ce qui
Se pût pour retarder le travail,
Tous les. Ingenieurs qui estoientàla
Tranchée ayant esté bleffez, Monst
fieur le Comte Charles de Konigf
marck, Neveu du General & Colo
nel au fervice du Roy Tres-Chres
ſtien,conduisit les travaux,&traça
La Place d' Armes ,&le Logement
de la contreſcarpesefitfans beaucoup
de perte. Legiles Maltoise
remonterent la Tranchée. Umge
Chevaliers avec les Volontaires ,
dont Monsieur te Vicomte de Tu
GALANT.. 185
rene & Monsieurle Comte Charles
de Konigmarck estoient , &
cinquante Grenadiersfe logerent à
découvert fur l'angle de la droite:
de la Contrefcarpe. Les Poftes n'étant
pas encore joints, il falut tra
vailler en arriere. On fit encore
cette nuit une Batterie de fix Pie
ces fur une hauteur qui battoit la
Ville à revers. Le grand clair de
Lunenous fit perdre du monde deux
Chevaliers furent bleffeż. Le Siles
Espagnols remonterent la Tran
chée , on fit trois deſcentes dans le
Foffe, & l'on commença la Galerie.
Las Tunes firent grandfeu de Grenades
& de facs à Poudre Cependant
àMidy on fut au pied du
Bastion. La teste tourna aux Turcs,
& ils arborerent Pavillon blanc,&
donnerent des Oftagesstasy ab
Il paroiſt une nouvelle Carte
186 : MERCURE
de la Morée qui contente fort
lesCurienx. Elle a efté faite par
Monfieur de Fer. Une grande
partie des Diviſions & des Pofi
tions modernes de cette Carte
ne ſe trouve dans aucune autre,
& il y a de petits Plans autour
du Cartouche, quidonnent une
idée des Places Conquifes para
les Venitiens dans cette Pref-c
qu'ifle.
l'ay pris un fi grand ſoin de
m'informer de tout ce qui s'eſt
paffé à Aner pendant le ſéjour
de Monseigneur te Dauphin,,
queje vous en envoyeunJournal.
Vous ſçavez que Diane de
Poitiers , Ducheſſe de Valentinois
,a fait bâtir cette belle Maifan
, & que Monfieur le Duc
de Vendoſme à quielle appar
tient, a faitbeaucoup dedépenſe
pour l'augmenter & pour
GALANT. 187
l'embelir. Il ſe preparoit depuis
long-temps à y recevoir Mon-
- ſeigneur ; mais ce Prince n'y
voulut aller qu'aprés les Couches
de Madame la Dauphine ,
diſant , Qu'il ne pouvoit se di
vertir fans inquietude ,jusqu'à ce
que cete Princeffe fut heureusement
accouchée. Cela fut cauſe qu'il
ne partir de Verſailles que le
Vendredy 6. de ce mois à fix
heures du matin. Sur les dix
heures il arriva à Anet qui en
eſt éloigné de treize lieuës. Peu
de temps aprés l'arrivée de ce
Prince, on ſervit à diſner for
une Table de 16. à 18. Couvens
placée dans le milieu du
Salon de ce Château , & dans le
mefme moment on en fervitune
autre dans le meſme lieu del 8.
à 20. Couverts , fans qu'il y cult
aucune difference entre les Ser
188 MERCURE
vices de ces deux Tables. Mon--
ſeigneur l'avoit ainſi ordonné ,
ce Prince ayant meſme refolu
de ſe mettre à celle qu'il trouveroit
la plus proche de luylors
qu'il entreroit dans le Salon, où
l'on peut entrer par divers endroits.
Ces Tables ont efté ſer
vies par quatre Controleurs de
la Maiſon du Roy en Quartier::
Monfieur Gemat ſervant chez
Monseigneur , a fervy devant
ce Prince ,& Monfieur Rivero
lesde l'autre coſté. Le Contro
leur General ſervoit à boire à
Monſeigneur , & donnoit les
Affiettes . Meſſieurs Bastard , &
Cornilau ſervoient l'autre Tables.
Ces deux Tables ont tou
jours étémagnifiquemét ſervies,
&de la mesme maniere . Mile
Duc de Vendofme en a fait ſervir
tous les jours ſept ou huit autres.
GALANT. 189
t
La premiere paſſoit pour celle
de ce Prince , quoy qu'il ne
s'y foit guere trouvé. Elle eſtoit
tenuë par Monfieur l'Abbé de
Chaulieu. On ne peut rien ajoûter
àla delicateffe , & à la ma
gnificence de ceste Table.
La ſeconde eſtoit tenuë par
Monfieur de Bois de Laval,
Capitaine ou Gouverneur du
Chaſteau . Ceux qui trouvoient
quelquefois les autres Tables
trop pleines , venoient manger
àcelle là. Elle estoit auſſi deſtinée
pour une partie des Demoifelles
de l'Opera.
La troifiéme eſtoit celle de
Monfieur de Lully. Elle estoit
ſervie avec autant de regularité
que les autres , & il y avoit un
Maiſtre d'Hoſtel uniquement
pour cela . On y voyoit toûjours
bonne Compagnie tant à man6190
MERCURE
冬
ger qu'à faire conversation avec
Monfieur de Lully pendant le
Repas , parce que ſon entretien
n'eſt pas moins agreable que ſes
Ouvrages.
La quatrième étoit pour une
partiedes Demoiſelles qui chantoient
à l'Opera , & pour toutes
celles qui y dançoient.
La cinquième pour tous les
Muficiens &Danfeurs.
La fixieme pour tous les
Joüeurs d'Inftrumens.
La ſeptième pour les Brigadiers,
&Gardes du Corps qui
ſervoient auprés de Monfeigneur.
La huitiéme eſtoit celles des
Suiffes du Roy ſervant auprés
de ce Prince.
: Outre toutes ces Tables reglées
, il y avoit une Cuiſine
avecdes viandes toûjours prêGALANT.
191
ices ,& des Officiers deſtinez ,
pour attendre toutes les Perſonines
de qualité , & toutes les
Dames qui venoient fouvent
de Paris & de Roüen en grand
nombre. On leur donnoit àmanger
àtouteheure fuivantlaqualité
qu'ils prenoient,& ce qu'il
y a de merveilleux , c'eſt qu'on
en donnoit auſſi àtoutes les perſonnes
qui venoient de la Cour,
& qui la pluſpart arrivoient la
nuit. On peut dire meſme que
toute la Cour y eſt venuë altere
nativement , & que toutes les
Perſonnes diftinguées qui la
compoſent, ontdu moins paflé
un ou deux jours à Anet. Monfieur
le mareſchal Duc de Vivonne
y a toujours demeuré.
Tous les Seigneurs de la Cour
ont eſté logez dans le Château ,
&tous les Officiers ont eu des
192 MERCVRE
:
Chambres marquées dans le
Village.
Le meſme jour que monfeigneur
le Dauphin fut arrivé , il
alla l'apreſdinée courre le Cerf
avec la Meutte de Monfieur le
Grand Prieur , & il le pritaprés
J'avoir couru trois heures. Sur
ale's fept heures, il monta dans la
Galerie de Diane , pour y voir
l'Opera d'Acis & Galatée.Monſieur
le Duc de Vandoſme voulant
donner à ce Prince un Divertiſſement
qu'il n'euſt point
encore veu , en a fait toute la
dépenſe. Les Vers de cet Opera
ſont de Monfieur Capiſtron. 11
reçût beaucoup d'applaudiffemens.
Le Samedy 7. Monseigneur
alla courreale Loup avec les
chiens de fon Equipage. Il le
prit aprés trois heures de courfe.
GALANT.
193
ſe. On joüa le reſte du jour. A
ſept heures on alla à l'Opera ,
puis on ſoupa à l'ordinaire.
Le Dimanche 8.Monseigneur
alla tirer , & permit à ceux qui
T'accompagnoient de tirer auffi .
Monfieur le Maréchal de Vivonne
eſtoit du nombre , & ne
tira pas inutilement. Monfeigreur
envoya toute la nuit cinquante
tres - beaux Perdreaux
au Roy , Sa Majesté luy ayant
envoyé le jour precedent quatre
grandes corbeilles du plus
beau Fruit qu'il fuſt poſſible de
voir . Il y eut encore Opera , &
l'on ſoupa enfuite .
Le Lundy 9.Monſeigneur alla
courre le Loup avecl'Equipage
de Monfieur le Duc de Vendoſme
, & le prit aprés cinq
heures de courſe . On ſoupa , &
il y eut Jeu aprés Soupé.
Septembre 1686 .
194
MERCURE
Le Mardi 10. Monseigneur
courut le Loup dans le Parc de
Breval , avec ſon Equipage. II.
enpritun de huit mois , & un
jeune Loup que devorerent les
Chiens. Il y eut Opera avant
Soupé.
Le Mercredy 11. Monfeigneur
alla courre le Cerf avec
l'Equipage de Monfieur le Grad
Prieur. Le Cerfaprés avoir cou
ru plus de trois heures , ſe vint
faire prendre dans la Riviere
d'Anet. Beaucoup de Dames
des environs eſtoient dans leurs
Caroſſes. Il y a long-temps que
cette forte de Chaſſe n'a donné
plus de plaifir, & pour le rendre
plus grand, Monſeigneur fit faire
ſur le champ une partie de la
Curée. Il y eut Opera au retour.
Le leudy 12. Monſeigneur
alla courre le Loup avec l'EquiGALANT.
195
page de Monfieur le Duc de
Vendoſme , & prit une tres- grofſeLouve.
Il y cut ce ſoir là une
Illumination , au milieu de laquelle
eſtoit une Piramide d'environ
ſoixante pieds de haut;
elle finiſſoit par une Fleur de
Lys toute brillante de lumiere
Monſeigneur voulut ſouper fur
la Terraſſe du Parterre , vis à vis
de cettePiramide. Il y eut aprés
le Soupé un tres- beau Feu d'artifice.
Le Vendredy 13.Monseigneur
alla courre le Loup avec fon
Equipage. Il en prit un gros
aprés quatre heures de courſe.
Il y eut le ſoir Opera.
Le Samedy 14. Monseigneur
alla encore courre le Loup du
coſté de Dreux , & aprés en
avoir pris un des plus grands , il
ſe rendit àMaintenon avant l'ar-
I 2
196 MERCURE
rivée du Roy' , avec la pluſpart
de ceux quil'avoient accompagné
à Anet. Cette journée fut
une des plus fatigantes , & peu
de chevauxy pûrent fournir .
Le Dimanche 15. Sa Majeſté
fit la Reveuë des vingtdeux
mille hommes qui font
aux environs de Maintenon .
Le Lundy 16. Monseigneur
entendit la meſſe à ſept heures
du matin , & alla tirer juſques
à midy, L'apréfdifnée il ſuivit
le Roy , qui alla viſiter tous
les Travaux de la Riviere d'Eu
re. SaMaeſte ne revint qu'à huic
heures du fair?silapago
Le Mercredy 17. Monseigneur
entendit la Meſſe fur les ſept
heures,aprés quoy l'on monta à
cheval pour retourner à Verſaliles
, où il arriva à neuf; ainſi in
ne demeura pas deux heures à
GALANT. 197
faire douze lienës. Le Roy ne
partit qu'entre dix & onze , &
vint en relais juſques àTrape ,
où Sa Majefté avoit donné ordre
qu'on luy tint des chevaux propres
pour tirer. Elle y arriva
avant quatre heures , & chaſſa
juſqu'à l'entrée de la nuit.
Pendant que Monseigneur a
eſté à Anet , & à maintenon ,
Madame la Dauphine a tous les
jours envoyé fçavoirde fesnouvelles
, par les Officiers de fa
Maiſon , qui ont l'honneur d'approcher
le plus prés de fa Perfonne.
Voicy les noms de ceux
qui ont fait ces agreables Cour
ſes ſuivant l'ordre qu'ils font
partis de Verſailles. Meſſieursde
Soleiſel, de Bonneüil,de Chenedé
, de Verneüil , Vandrevec.
C'eſtoit àMonfieur de Soleiſel à
recommencer ; mais comme il
13
198 MERCURE
eſt auffi Gentilhomme ordinaire
de la Maiſon du Roy Sa Majeſté
l'envoya ce jour- là faire compliment
à Monfieur le Nonce
fur ſa Promotion au Cardinalat,
de forte que Monfieur de Bonneüil
y retourna au lieu de luy.
Monfieur de Soleiſel reprit ſon
rang le lendemain , & Monfieur
de Chenedé y alla enfuite , &
tous les autres chacun à leur
tour , à commencer par le premier.
Je devrois faire icy un grand
Article de la nouvelle Promotion
de Cardinaux que le Pape
à faite ; mais comme en fi peu
de temps il n'eſt pas ailé de parler
un peu à fond de vingt ſept
Perſonnes , je remets au mois
prochain à vous en entretenir.
Cependant je vous diray que
Monfieur Ranuzzi , Nonce de
GALANT. 199
Sa Sainteté en France,vint ſalizer
le Roy après avoir eſté nommé
Cardinal. Il y vint ſans aucune
marque de ſa Dignité nouvelle;
mais fi - toſt qu'il fut forty d'au .
prés de Sa Majesté , il mit ſa
Calote rouge pour les autres vifites
qu'il avoit à faire ; ce qui
fut remarquez & applaudy.
Si je vous parle affez rarement
des Nouvelles d'Allemagne
, c'eſt parce que je veux
vous en parler juſte , & que je
crois inutile de vous rapporter ,
ou des choſes fauſſes, ou de fimples
bruits qui courent. Si j'avois
fuivy l'exemple des autres ,
je vous aurois fait des Hiſtoires
non pas une fois , mais plus de
cent , des mauvais traitemens
imaginaires que l'on avoit faits
au Comte Terely aprés qu'il
eut eſté arreſté. Je l'aurois fait
14
100 MERCURE
2
mourir,je l'aurois reffuſcitépour
le faire de nouveau accabler de
chaifnes. J'aurois fait lever de
nombreuſes Armées au Roy de
Perſe , & je luy aurois fait mettre
déja dix fois le Siege devant
-Babylone , quoy que la coutume
foit parmy les Mahometans
qu'une Puiſſance n'attaque.
point l'autre quand elle eſt en
guerre contre les Chreſtiens ,
parce qu'ils aideroient eux-mêmes
à détruire leur Religion. Je
ne vous ay pas dit un ſeul mot
de toutes ces choſes , parce qu
elles n'eſtoient pas veritables,&
cependant voila tout ce qu'on a
lû depuis plus d'une année dans
la pluſpart des Nouvelles qui
ont eſté données au Public. Si
l'on cherche aini à faire croire
des choſes dont la fauſſeté paroiſt
ſi manifeſte , & eft fi aisée
GALANT. IOT
t
y
àdémeſler , que ne nous dit on
point de faux touchant celles
dont la verité n'eſt pas fi facile
àdeveloper ? Vous me deman
dez une Relation du Siege de
Bude , & je vous remets à trois
mois , parce que je ne veux pas
coudre enſemble toutes les Relations
qui viennent , dont les
unes font faites à plaiſir , & les
autres fauſſes de bonne foy. Je
ſçay que je feray prevenu , &
qu'on imprime par tout les Relations
du Soldat, comme celles
du Capitaine. Le Siege de Bude
eſt un beau Siege ; on en fouhaite
des Relations,& celles qui
paroiſtront les premieres ſeront
recherchées avidement , & les
mieux receuës , parce qu'elles
contenteront l'empreſſementdu
Public ; mais il ne s'enfuit pas
pour cela qu'elles foient les plus
15
102 MERCURE
fidelles. Je ne blâme point ceux
qui les donneront les premiers ;
ils ont leur but. Pour moy , je
ne cherche que l'avantage de
dire la verité , & pour la dire ,
je veux voir des gens dignes de
foy qui ſoient revenus du Siege.
Je veux les entretenir , & ſcavoir
leur ſentiment ſur tout ce
qu'on aura écrit & rendu public
fur cette matiere. Ie n'affure
pas pour cela de faire une
Relation tout à fait exacte , mais
ap moins fera-t- elle la plus reguliere.
Comme les veritez ne
plaiſent pas toujours à tout le
monde , la Relation queje donnay
il y a trois ans du Siege de
Vienne trouva des Critiques ,
qui cherchoient à la faire foupçonner
de fauſſeré , quoy que
je n'euſſe rapporté que des faits
conftans & imprimez meſme à
GALANT.
203
Vienne. Cependant le temps l'a
fait eſtimer , tant il eſt vray que
la verité eſt toſt ou tard reconnuë.
Celle de la priſe de Bude eſt
incontestable , & cette Action
eſt trop grande , trop éclatante,
&trop avantageuſe à la Chrêtienté
pour n'en pas parlerdés
aujourd'huy,mais comme je dois
vous envoyer une Relation entierede
tout le Siege , je n'entreray
point icy dans un détail trop
particulier , afin d'éviter les repetitions
auſquelles je ſerois
alors obligé . La Relation que je
vous promets , en vous faiſant
voir les fautes du Grand Viſir ,
vous fera connoiſtre que le ſecours
qui devoit empeſcher la
priſe de la Place , ou du moins la
reculer , l'a avancée. Elle déve.
lopera les motifs du Siege , & ce
qui a excité Monfieur le Prince
16
204
MERCURE
1
Charles de Lorraine à ſortir-
Vainqueur de cette entrepriſe.
Enfin , j'eſpere qu'elle vous apprendra
beaucoup de choſes ,
qui apparemment ne feront pas
dans les relations précipitées
que les particuliers nous vont
donner de ce Siege. Cependant
je vais taſcher de vous faire icy
une peinture affez forte pour
vous aider à vous bien reprefenter
à vous meſme l'Affaut qui a
cauſe la perte de cette place . Ie
referve pour la Relation entiere
que je dois vous donner du
Siege , le détail de la défaite des
Troupes , que le Grand Viſir
voulut faire paſſer le 29. d'Aouſt
dans la Place . Après cette heureufe
& grande défaite , les Ge
neraux des Troupes Auxiliaires ,
foit qu'ils fuſſent las de voir déperir
celles qu'ils comman
GALANT.
205
doient,foit qu'ils cruſſent que les
Turcs eſtantdéfaits , on ne pou
voit choiſir uneoccaſion plus favorable,
demanderent tous avec
un égal empreſſement qu'on
donnast un Affaut General. Le
Prince Charles qui ſouhaittoit
auſſi ardemment qu'eux de voir..
Ja fin de ce Siege , tint Conſeil
avec l'Electeur de Baviere , &
cejeune Souverain qui ne reſpire
que la gloire , conſentit ſans
peine à ce qu'elledemandoit de
luy. Ainsi l'Affaut general fut
refolu . Le Grand Viſiravoit mis
ſes Troupes en Bataille. Le ſecours
qu'il avoit voulu jetter
dansBude , avoit eſté batu par
les Aſſiegeans , & peut eſtre que
voyant la Place hors d'eſtat de
faire une plus longue défenſes .
felon les nouvelles qu'il pouvoit
en avoir eues , ſa refolutioη
206 MERCURE
eſtoitde donnerdans les Lignes ,
avec toute ſon Armée , à quoy
l'on reüſſit avecbeaucoup moins
de peine , qu'à combattre des
Troupes rangées en Bataille.
S'il avoit pris ce deſſein , il fut
rompu par le Prince Charles ,
qui ayant mis une partie de ſon
Armée en battaille hors des Lignes,
luy fit faire un front oppoſe
àcelle du Grand Viſir , comme
s'il euſt voulu le combattre.
La Cavalerie eſtoit commandée
par le General Biele , le Prince
deSavoye,leComte de la Torre,
&leGenerald'Arco, Monfieur
Steinau & le Comte d'Aſpre.
mont , commandoient l'Infanterie.
Ilyavoit en meſme tempsdes
Troupesdeſtinées pour la ſeuretédes
Lignesde tous lesQuartiers.
On avoit à ſe rendre maifGALANT.
207
tre de la Bréche qui eſtoit à la
ſeconde muraille ,& des retranchemens
qui estoient derriere.
Voicy l'ordre avec lequel on
monta à l'Aſſfaut , aprés quatre
volées de Canon qui avoient
eſté marquées pour ſignal.Quatre
Capitaines marchoient à la
droite à la teſte de cinquante
Grenadiers. Quatre Lieutenans
& autant de Sergens les fuivoient
ayant à leur teſte leBaron
d'Aſti , mais ayant eſté bleſſé
d'abord , un Sergent Major prit
ſa place. Ces Troupes étoient
foutenuës par deux cens Moufquetaires
que commandoient
quatres Capitaines. Un Colonel
Major marchoit avec cent Piquiers
qui avoient chacun un
Sabre&deux Piſtolets à la ceintum.
Quatre Capitaines & pluficurs
Officiers , ſuivis de trois
208 MERCURE
cens Arquebuſiers , venoient
aprés. Il y avoit trois Bataillons
de reſerve , chacun de fix cens
hommes . L'ordre de la gauche
eſtoit à peu prés lemeſme,excepré
qu'elle avoit enteſte quinze
cens Arquebufiers avec leurs
Officiers precedez de cinquante
Grenadiers, de trente hommes
arméz de Tertuiſanes &
d'Epées , ayant chacununeHache
à la ceinture. La place des
Volontaires qui estoient tous
d'une grande diſtinction par la
valeur ,& par la naiſſance , eftoit
entre ces deux Aifles ; mais
il leur eſtoit fortement ordonné,
de ne paffer pas les premieres Files.
Ceux qui avoientle commandement
de cette attaque ,
eſtoient , le Prince de Neu--
bourg , le prince deCroy , les
Comtes de Souches &de Scher
GALANT.
209
femberg , & le General Major
Dippendal . L'attaque de l'Electeur
de Baviere eſtoit à peu
prés de meſme , & fuivant fes
ordres elle estoit commandée
par le Prince Loüis de Bade , le
Marquis de la Verne, le Comte
de Serini , le Raron de Beck &
quelques autres. Le General
Schenech.comandoit les Troupes
de Brandebourg , & l'on
peut dire que le plus ou moins.
deTroupes rendoit ces attaques
differentes. Les Attaques ſe firent
le 2. de ce mois, à la faveur
des Boulets enchaiſnez,qui fou
droyoient les flancs desRetranchemens
oppofez derriere les
Bréches. On fut repouſſé deux
fois à l'attaque de Lorraine,& le
courage des Affegeans ſetrouva
alors un peu ébranlé , mais enfin
ayant donné un troifiéme af210
MERCURE
faut , aidez de ceux qui les ſoſttenoient
,& ayant arraché des
Paliſſades de la groffeur d'un
homme,ils entrerent dans la Ville
malgré les Bombes,les Mines,
les Boulets , les Pots à feu , les
Machines roulantes ,les Poudres,
les Chevaux de friſe,les Facines
poiffées,& remplies de Souffre ,
& la grefle des Mousquets &
des Fleches .On ſe rendit Maître
des Coupures,& des Retranchemens
, fans vouloir voir les Drapeaux
blancs qu'avoient arboré
les Aſſiegez , ny écouter les cris
de ceux qui demandoient la vie
àgenoux ; de forte que le deſeſ
poir ayant fait reprendre les Armes
à quelques-uns , ils vendirent
leur ſang le plus cher qu'ils
purent , & mirent le feu endivers
endroits, ce qui a fait perdre
unepartie du Butin qu'on auroit
GALANT. 211
pû faire. Le Sous-Bacha quidéfendoit
l'attaque de Baviere s'étant
apperçu de ce qui ſe paffoit
, & ayant enſuite eſté averty
, que ceux qui ſoûtenoient
l'attaque de Brandebourg avoient
auſſi eſté forcez , ſe retira
dans la Rondelle qui eſt entre le
Chaſteau & la Ville, avec treize
cens hommes ou environ ,& obtint
la vie pour tous . Il eſt impo
fible de dire encore ny le nombre
des Priſonniers , & de ceux
qui ont eſté tuez , ny le Butin
qu'on a fait . Avant que de ſçavoir
toutes les circonstances
d'une fi grande action , il faut
voir vingt ou trente Relations.
On aſſure que la mort du Bacha
Gouverneur , tué ſur la Bréche ,
abeaucoup contribué à la priſe
de la Place ,& que tout bleffé
qu'il fut d'abord, il combatit fur
la Bréche un Sabre à chaque
212 MERCURE
mains, juſqu'à ce qu'un dernier
coup le renverſa mort.
Je finispar l'Article accoûtumé
des Enigmes. La premiere
des deux que je vous envoyay les
*dernier mois , avoit eſté faite fur
l'Imagedu Soleil dans l'eau elle a
eſté expliquée dans ſon vray ſens
par Meffieurs Brignondela ruë
S. Antoine , Louvard do quartier
de S. Merty ; Audinot de
la rue S. Jacques ; Perier de la
ruë S. Honore ; l'indifferent
malgré luy l'Aimable Infidelle ;,
leBeuveur fans foucy; laBrune
enjoiée , & la Belle dédaigneufe.
Le vray mot de la ſeconde
eſtoit le Clouà Soulier. Ceuxqui
l'on trouvé font Meſſieurs Bovinetde
la rue des trois Mores;
C. D. L. d'Orleans ; Richeval
de Poitiers ; Miſtou de Charny ,
&les trois Amis de la ruë de
GALANT ..
213
Bully , Affociez avec les Vandangeurs
de la mermeruë.
L'un & l'autre a eſté expliquée
dans fon vray ſens par
Meffieurs deRoncherie du quartier
de la Place Maubert ; de la
Solaye de la ruë de la Harpe ;
Renantot de Tours; l'indolent
par habitude l'Amant de toutes
les Blondes ; la Délicate en
Amour ;les Amans commodes ;
Les Aflociez en bonnes Fortunes
, & les Coquets de Profeffion.
Voicy deux Enigmes nouvelles.
La premiere m'a eſté envo
yée ſous le nom de Lyſandre .
Celuy qui a fait la ſeconde m'a
2104
ENIGME100
'Homme qui fent discourt d'una
airfi pleind'appas,
214 MERCURE
Peut - estre aussi le ſeul qui nous
donne la vie.
L'avantage eft petit ; qu'il ne s'en
vante pas.
Puis qu'en nous la donnant , elle
nous eft ravie.
Mais quoy que nous Soyonsfi pen
de temps au jour ,
Nous avons l'art de beaucoup
dire ,
Nous parlons de peine & d'amour,
Nous expliquons ce qu'on defire.
Belle Clione, un grand nombre de
gens
Avoſtre Court nous font paroiſtre.
Ah , que leurs coeurs feroient
contens , T
Si vous nous donniez aussi l'estre!
Aientoft on ne nous verroit plus,
2
GALANT.
215
Les unsferoient mourir les au
tres ,
Et la joye auroit le deſſus ,
Nos deſirs deviendroient les vo
Stres.
AUTRE ENIGME.
que le Maistre à Voy que le
jefuis, Q
qui
Paffe en grandeur toute puiſſan-
се ,
C'est toûjours avec repugnance
Que ceux qu'à me chercher leur
malheura reduits ,
Mefont témoin de leurfoufrance,
Ce qui devroit contribuer
A rendre leurpeinefinie ,
C'est qu'ils font jour &nuit en
grande compagnie ,
Que rarement on voit diminuer,
4 216 MERCURE
Mais ce n'est pas comme en certaines
Festes,
Ouplus on est ,& plus on rit ,
Ceux pour qui j'ay des faveurs
toûjours prestes ,
Auroient,s'ils estoientſeuls , moins
de trouble enl'esprit.
sob- Par moy de grandsſecours s'
tiennent ,
Etquoy que le Sejour ait de quoy
dégoûter ,
Et que plusieurs avec joye en
reviennent
Il en est beaucoup qui s'y tiennent.
Inſqu'à ce qu'on mette ordre à les
faire emporter.
Je vous parleray lemois prochain
de l'Affaire de Ham .
bourg , dont je ne veux faire
رد
qu'un
GALANT. 217
qu'un Article. Il y a grande
apparence qu'elle ſera terminée
en ce temps- là Je ſuis ,Mada
me , voſtre , &c.
FIN
*
Septembre 1886- E
i
1 TABLE DES MATIERES
contenuës dans ce Volume.
Rélude fur l'Etabliſſement
da la Maison de Saint
Cir. I
Edit de l'Etabliſſement de cette
Maison. 8
Illide de Madame des Houlie-
Lieres. 28
Madrigal fur le mesme Sujet.
34
Prieres & réiouiſſances faites en
divers endroits de la ville de
Paris , & en pluſieurs endroits
du Royaume le jour de la fefte
de S. Louis a cause que le Roy
porte le nom de ce Saint.
Madrigal à Sapho.
35
47
Le couveau Pantheone148
TABLE
e
Neuvième Dialogue des choses difficiles
à croire. so
Deſcription du Carrousel fait à
Florence.
110
Hiſtoire des Boucanniers ou Fliba-
Stiers.
1
116
Arrivée à Roven de Monsieur
Faucon de Ris premier Préfident
au Parlement de cette
Ville-là , avec les Harangues
qui lux ont esté faites & tout
ce qui s'est passe Sur ce fuiet.
12
Morts.
sh
136
Troifiéme fuite de l'Histoire des
Estampes.
Galanterie Efpagnole
a0137
143
Particularitez touchant l'Accou-
Schement de Madamela Dauphine.
Mort de Monfieur Berrier. 173
Chargede Profeffeur Royal en Ma
2
TABLE.
thematiques , donnéeà Monheur
Sauveur. 174
Monsieur l'Abbé Galois est pourveu
de la Charge de Profeffeur
Royal en Langue Grecque. 176
Procez gagné par les Capucins ,
dits du Louvre,
C
177
Journal de la prise de Modon.
na
179
Nouvelle Carte de la Morée. 185
Journal de tout ce qui s'eſt paſſe à
Anet pendant le Séjour de
Monseigneurle Dauphin. 186
Promotion de nouveaux Cardinaux,
198
Particularitez de laprisede Bude.
106
Noms de ceux qui ont devinez les
Enigmes . 212
Enigmes nouvelles. 113
Affaires deHambourg. 216
Findela Table.
IYON
P
Extrait du Privilege du Roy.
du Roy, donnéa
→
ArGrace & Privilege
Chaville le 18. Juillet 1683. Signé , Par.
le Roy en fon Conſeil , luNQUIERES. Ileſt,
permis à I. D. Ecuyer, Sicur de Vizé eſt,
faire imprimer tous les Mois un Livrezatitulé
MERCURE GALANT , contenant
pluſieurs Pieces , Relation, Hiſtoires,Avan
rures,& autres Ouvrages hiſtoriques , cus
rieux &galans,pour la fatisfaction de
nôtre cher & tres-amé Fils LE DAUPHING
pendantle temps & eſpace de dix années,
à compter du jour que chacun deſdits
Volumes ſera achevé d'imprimer pour la
premieres fois : Comme auſſi défenſes font
faites à tous Libraires , Imprimeurs Graveurs
& autres , d'imprimer , graver&de
biter ledit Livre ſans le conſentement de.....
l'Expoſant, ny d'en extraire aucune Piece,ny
Planchesſe ryant à l'ornement dudit Livret
meſme d'envendre ſeparément,&de donner
àlire ledit Livre ; le tout àpeine de fir mille
mille livres d'amcude,com
contrevenans , & confiſcation des Exema
plaires , contrefairs ; ainſi que plus au long
il eſt porté audit Privilege.
Registré fur le Livre de la communauté
le 14 Septembre 1683
Sigać ANGOT, Syndic
人
i
Et ledit Sieur J. D. Ecuyer , Sieur de
Vizé , a cedé & tranſporté ſon droit de
Privilege à Thomas Amaulry , Libraire à
Lyon, pour en jouir fuivant l'accord fait
4
Max achaossom 33
το πόλεσινοι
BOLIC CU
RDIOV
A
COULLOACOS2
-ARRORS2
Qualité de la reconnaissance optique de caractères