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1686, 05 (Lyon)
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< 36624555150016
S
< 36624555150016
Bayer. Staatsbibliothek
Elus 511m 1686,5
Mercure
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
ΜΑΥ 1686 .
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY,
ruë Merciere , au Mercure Galant.
M. DC. LXXXVI.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
L
Avis pour placer les Figures.
'Air qui commence par , Le
Printemps fait éclore aujour
d'huy mille Fleurs , doit regarder
la page 136 .
La Medaille de Monfieur le
Chancelier doit regarder la page
225 .
L'Air qui commencepar , Profitons
tous de la Saiſon nouvelle ,
doit regarder la page 292 .
Bayerische
Staatsbibliothek
LIVRES NOUVEAUX
depuis Ianvier 1686. jusqu'à present
qui se trouveront à Lyon chez le S".
AMAULRY.
Iſtoire des Revolutions arrivées dans
HI
Europe en matiere de Religion juſqu'a
Calvin par le Sçavant Monfieur de Varillas ,
inquarto , 2. vol . 12.liv. le meſme en 4. vol.
indouze pour 7. liv.
Hiſtoire de Gustave Adolphe dit le Grand,
& de CharlesGustave , Comte Palatin , Roy
de Suede; & de tout ce qui s'eſt paffé en
Allemagne , depuis la mort duGrand Guftave,
par Monfieur de Prade , in 12. 40. f.
Charanton , ou l'Herefie détraite , inquarro
20. f.
Catechisme des Nouveaux Convertis, par
Canifius traduit in 12. 15 .
La Morale de Jeſus-Chriſt inquarto par
le Pere Dozenne de la Compagnie de Jefus
, s . liv .
Suite du Genie de la Langue Françoiſe, in
12.30.
Hiſtoire du Pontificat de S. Gregoire le
Grand par Monfieur Maimbourg , inquarto,
6. liv. & in 12.2. vol . Paris 3. liv . Idem
de Lyon 2. liv.
La Conduite du Roy à l'égard des Prote
ſtans , par Monfieur Ferrand , in 12.15 . f.
;
á 2
Sentimens Chrétiens ſur les principaux
Myſteres de Nôtre Seigneur , & fur la Vie,
laMort &la g'oire de la Sainte Vierge par
Ordre de Madame la Dauphine, in 12.30.6.
L'Ordinaire de la Sainte Meſſe , avec
l'Explication des principales Ceremonies
qui s'y. obſervent , augmenté des Vêprès &.
Complies , en latin & en François , & de
pluſieurs Exercices de picté , imprimé par
Ordre de Monſeigneur de la Rochelle , in
16. 15.1.
Acte de l'Aſſemblée generale du Clergé
de France , concernant la Religion , avec le
Catalogue des Livres défendus, in 12. 30.f.
Entretiens ſur la Pluralité des Mondes,
par l'Auteur du Dialogue des Morts, indouze
30. l.
Nouvelle Bibliotheque des Autheurs Ecclefiaftiques
, contenant l'Histoire de leur
Vie ,le Catalogue , la Critique & la Chronologie
de leurs. Ouvrages , le Sommaire
de ce qu'ils contiennent un Lugement fur
leur Stile & fur leur Doctrine ,&leDénombrement
des differentes Editions de leurs
Ouvrages, des Autheurs , des trois premiers
Siecles de l'Eglife , avec une Differtation
préluminaire fur les Autheurs des Livres de
la Bible par Me. L. du Puy Docteur de Paris
inoctavo , 4. liv.
L'Etat de la France , où l'on voit tous les
Princes, Ducs & Pairs , Maréchaux de France,
& autres Officiers de la Couronne , des
Cours qui jugent en derniers Refforts , les
Gouverneurs des Provinces , les Chevaliers
des Ordres , & enſemble les noms de tous
les Officiers de la Maiſon du Roy & Maiſon
es Princes , juſqu'aujourd'huy indouze ,
3. liv. 10. f.
Les Remedes des Maladies du Corps humainqui
ſertde ſecond Tome à l'Anatomie
duCorps humain ia octavo , 4. liv.
La Science parfaite des Notaites par Monficar
Ferriere , ſeconde Edition augmentée
d'un tiers inquarto , s.liv. "
L'Esprit de l'Ecriture Sainte avecdesRe.
flexions par Monfieur le Baron des Coûtu.
res indouze 2.vol. 3. liv. 10.f. Σας
Reflexions ou Sentences & Maximes morales
, par Monfieur de la Roche Foucaut,
augmentées de plusde cent nouvelles Maximes
indouze , 30.f.
La liberté des Dames, in 12, 20 .
-Alcibiade Tragedie par Monfieur Capiſtron
indouze , a.fi.
L'Homme à bonne Fortune , Comedie
parMonf, le Baron Comedien , in 12.2 5.f.
-La Science & l'Art des Deviſes dreſſez ſur
de nouvelles Regles , avec fix cent Deviſes
fur les principaux évenemens de la vie du
Roy,& quatre cent Deviſes ſacrées , dont
tous les mots font tirez de l'Ecriture ſainte,
parle R. Pere Meneſtrier , inoctavo, z.liv .
Inſtructions Pastorales , & Pratique pour
laconduite d'un jeune Curé, en forme d'entretien
, indouze , 30 f.
L'Arioſte moderne, ou Roland le Furieux,
Tome 3. & 4. indouze. 30. f. Le premier &
fecondTome ſe trouvent auſſi dans la même
23
:
Boutique auffi pour 30. f.
Prieres affectives pour les nouveaux Convertis
, inſeize , 4. f.
Secrets des Bains de Vichy, in 12.15.
Petit Elambeau de la mer , in 4. 3. liv.
Recueil d'Emblêmes ou Tableaux des
fciences , & des Vertus morales par MonſieurBaudoinde
l'Academie Françoiſe, avec
pluſieurs figures en taille douce , indouze
trois volumes 6. liv.
La Liturgie ſacrée , ou l'Antiquités les
Mifteres & les Ceremonies de la ſainteMefſe
, indouze trois vol. 4. liv . το 1.
Le quatriéme Tome de l'Histoire des
troubles de Hongrie , contenant le ſiege de
Bude , la Priſe de Neuhauſel & tout ce qui
s'eſt paffé entre les Armées des Imperiaux&
des Troupes Ottomanes , juſqu'en l'année
1686. indouze 30. Les trois premiers volumes
ſe trouvent auſſi dans la même Bourique
pour 4. liv. 10. Ι.
Les Delices de l'eſprit Entretiens par
Monfieur Deſmareſt Nouvelle Edition, avec
pluſieurs figures en taille douce , indouze
2. vol. 3. liv.
( 2
La Morale de Tacite par MonfieurAmelot
de la Houſfaïe , in 12.40 . f.
Pleaumes à trois Colomnes avec desNow!
tes,par Monfieur Ferrand, in 12.2. liv. 10.1.
Idem Latin François, 1. liv.10. f.
Traitté des Jeux & des divertiſſemens qui
peuvent être permis , ou qui doivent être
défendus aux Chrétiens ſelon les Reglesde
l'Eglife & le ſentiment des Peres , parMe
:
Jean-Baptiste Thiers , Docteur enTheolo
gie , indonze 2 liv. s.f.
Les deux derniers Livres des Rois traduits
en François , avec une Explication tirée des
Saints Peres&des Autheurs Eccleſiaſtiques,
in octavo. 4. liv. 10.f.
Nouveau Recueil de tout ce qui s'eft fait
pour& contre
les Proteftansparticuliere
ment en Francc , où l'on voit l'Eſtabliſſement
, le Progrez , la Decadence , & l'Extinction
de la R.P.R. dans ce Royaume , par
Me. Jacques Lefebvre , Prêtre Docteur en
Theologie de la Faculté de Paris, inquarto
, 9. liv.
Oeuvres Tragiques de Monfieur Capiftron
, indouze. 4. liv.
NF
Idem de Monfieur de la Tuillerie, indouze
, 3. liv.
Idem de Monfieur de la Chapelle, indouze,
3. liv.
Idem de Monfieur de Pradon,in12.50.6.
Le nouveau Carrouſel repreſenté le 27.
May 1686, inquarto, 30.6. Les deux Anciens
ſetrouvent auffi pour so. f.
Oraiſon funebre de Monſeigneur le
Chancellier ,par Monfieur Flechier, inquar-
το. 30
Recueil de ce qui s'eſt fait depuis laRevocation
de l'Edit de Nantes juſqu'à pro
font,inquarto.20.
1
TABLE DES MATIERES
contenue dans ce Volume.
:
Rélude.
Discours à la gloire du Roy ,
nonté par le Pape.
I
pro-
5
Nouvelle Réponse à la LettrePasto-
9 rale du Ministre Claude..
Dix Madrigaux & Sonnets faits
fur la Statue que Monsieur le
Duc de la Feüillade a fait élevera
la gloire du Roy.
Prieres faites pour vendre graces à
2.Dien du rétabliſſement de la
Santé du Roy,& Saluts fondez
pourle mesme fuiet . }
36
48
Lifte de divers Preſens envoyez au
Roy. 51
158
Mort. J.
Feste pour celebrer lejour de la naiffance
du Duc de Modene. 60
TABLE.
Lettre contenant plusieurs Nouvelles
de Lisbonne.
67
Translation. 70
Nouvelles de Constantinople. 72
La Rave donnée à Loüis XI.
Conte.
78
Complimens faits & receus par
Meſſieurs de l' Academie Royale
d'Arles.
93
Morts.
97
Histoire.
११
Reception faites par les Habitans
du Ponteaudemer à Monsieurle
Marquis de Beuvron , Lieute
nant General pour le Roy en
Normandie. 117
Lettres de Sa Majesté Imperiale.
125
Coligny.
Belle action de Monfieur l'Abbé de
Vers au Roy par Madame des Hou-
129
lieres.
132
Table contenant les principes de la
TABLE..
Musique en Dialogue.
Messe & Sermon en Grec.
D35
137
Lettre contenant ce qui s'estpasséà.
Rome touchant le Te Deum ,
chanté pourrendre graces à Dieu
de l'entiere reünion des Proteftans
de France àl'Eglise Catholique.
139
Ouverture d'une Miſſion à Roüen.
204
Incendie dans la mesme Ville. 206
Ceremonie faite dans l'Eglise de S...
Ican en Greve. 208
Autre faite à Versailles . 211
Audiences donnée par le Roy aux
Députez des Etats de Bourgogne,
d'Artois , & de Bretagne. 213
Morts. 227
Arrivée du grand Commiſſaire du
Roy d'Angleterre en Ecoffe , à
Edimbourg, avec le Discours qu'il
•afait au Parlement . 233
Benefices donnez par le Roy. 242
TABLE .
:
Converſion de M. le Duc de la Force.
3
246
Noms de ceux qui ont devinė les Enigmes.
247
Enigmes . 250
Tout ce qui s'est passé touchant la
défaite des Sujets rebelles du Duc
de Savoye. 252
Ce qui s'est paſſe au Carrousel touchant
les Prix donnez par le Roy,
la maniere dont ils ont esté disputez,&
les noms de ceux qui les ont
emportez .
Articles Referve.z
Finde la Table.
286
293
:
3
P
Extrait du Privilege du Roy.
Ar Grace & Privilege du Roy , donné à
Chaville le 18. Juillet 1683. Signé , Par
leRoy en fon Conſeil, luNQUIERES. Il eſt ,
permis à I. D. Ecuyer , Sicur de Vizé , de
faire imprimer tous les Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , contenant
pluſieurs Pieces , Relation , Hiſtoires , Avantures
,& autres Ouvrages hiſtoriques , cutieux
& galans , pour la fatisfaction de
nôtre cher & tres amé Fils LE DAUPHIN ;
pendant le temps & eſpace de dix années,
à compter du jour que chacun defdits
Volumes ſera achevé d'imprimer pour la
premiere fois : Comme auſſi défenſes ſont
faites à tous Libraires , Imprimeurs Grayeurs
& autres , d'imprimer , graver& debiter
ledit Livre ſans le conſentement de
l'Expoſant , nyd'en extraire aucune Piece, ny
Planches fervant à l'ornement dudit Livre ,
meſme d'en vendre ſeparément , & de donner
à lire ledit Livre ; le tout à peine de fix mille
livres d'amende contre chacun des contrevenans
,&confiſcation des Exemplaires contrefaits
; ainſi que plus au long il eſt porté
audit Privilege .
Registré sur le Livre de la Communauté
le 14. Septembre 1683 .
Signé ANGOт , Syndic.
Et ledit Sieur I, D. Ecuyer , Sieur de
Vizé , a cedé & tranſporté ſon droit de
Privilege à Thomas Amaulry , Libraire à
Lyon , pour en joüir ſuivant l'accord fait
entr'eux.
MERCURE
GALANT.
A
ΜΑΥ 1686.
د
E ne ſuis point étonné
Madame que voſtre
coeur ait eſté touché de
ces mouvemens de joye
qui tirent des larmes , lors que
vous avez appris dans ma Lettre
précedente , ce qui s'eſt paſſé
dans la Ville de Privas touchant
les marques publiques que les
Habitans y ont données de leur
May 1686. A
2 MERCURE
fincere réünion à l'Egliſe Catho
lique. On connoiſt par là ce
qu'elle doit à noſtre auguſte &
pieux Monarque , & rien ne merite
mieux d'eſtre conſervé dans
Ja memoire de nos Deſcendans ,
que l'Acte que ces nouveaux
Convertis ont fait de leurpropre
mouvement , & par lequel ,
après avoir remercié le Roy
du ſoin qu'il a pris de les éclairer
, ils luy demandent pardon
de la faute de leurs Peres,
& l'affeurent qu'ils mettront un
pareil Ate dans les Archives
de leur Ville , pour eſtre un monument
éternel de la bonté que
Sa Majesté a cuë pour eux . Cet
exemple dans une Ville qui a
eſté autrefois juſqu'à la révolte,
pour ſoûtenir les Erreurs qu'elle
condamne aujourd'huy, devroit
bien convaincre ce qui reſte
GALANT.
3
d'obſtinez , & quand tous les
ſoins du Roy pour la vraye Religion
n'auroient produit aucun
autre effet que d'avoir converty
une Ville entiere auſſi veritablement
que l'eſt celle de Privas, on
pourroit dire que jamais Monarque
n'a contribué davantage au
bien de l'Egliſe . Cependant il eſt
certain qu'il s'eſt fait un nombre
infiny de Converſions auſſi ſinceres
que celle des Habitans de
Privas. Je vous ay ſouventmarqué
les circonstances qui empeſchent
d'en douter. Je vous ay
envoyé les Motifs d'abjuration
de pluſieurs , compoſez par eux.
mêmes , & dans leſquels les Erreursdes
Calviniſtes ſont ſi bien
prouvées,qu'il eſt impoſſible que
ceux qui les ont écrits , ne ſoient
entierement convaincus des veritez
Catholiques. Vous avez
A2
4 MERCURE
veu quantité de ces nouveaux
Convertis refuſer des graces &
des Penſions , & vous en ſcavez
qui aprés avoir renoncé à l'Hereſie
, ont tâché d'en meriter le
pardon auprés de Dieu , par des
penitences qui fait connoiſtre la
douleur qu'il reſſentoient d'avoir
vêcu dans l'aveuglement. Ainfi
rien ne ſe peut ajoûter à la gloire
que donne au Roy le grand
nombre de Conqueſtes qu'il a
faites pour l'Eglife . Il eſt certain
que le Calviniſme banny de tous
fes Etats , le met encore plus au
deſſus des Heros , qui doivent
faire le plus bel ornement de
l'Hiſtoire Sainte , qu'il n'eſt déja
au deſſus des plus fameux Conquerans
par le nombre de ſes Vi
toires , & en general , au deſſus
des plus grands Hommes pour
avoir donné la Paix , lors qu'il
GALANT.
eſtoit le plus en eſtat d'aſſujetir
tout ce qu'il auroit voulu foumettre.
Je ne vous parle du Roy
que de la maniere qu'en parle
toute l'Europe. Le Pape rendic
là- deſſus un témoignage tresglorieux
pour ce Prince dans le
Conſiſtoire qu'il tint le 18.Mars.
Il y fit un Diſcours Latin , dont
voicy une Traduction litterale .
Nous estimons qu'il est inutile de
vous faire ſouvenir des avantages
que la Chreftientéa remportez fur
les Infidelles dans la derniere Campagne,
par les conquestes qui ont
esté faites en Hongrie , & dont ſans
doute vous n'avez pas perdu la
memoire. Mais il est à propos de
vous entretenir en peu de paroles
des grandes actions de noſtre trescher
Fils LOVIS , dont le Duc
d'Estrées ,Son Ambaſſadeur , nous a
informez. Elles nous donnent une
A
A 3
6 MERCURE
tres-fenſible joge par l'amitié que
nous avons pour le Roy , &pour le
tres-floriſſant Royaume de France,
Dieu a fait éclaterſa mifericorde,
Bors que donnant à ce Prince la
paissance neceſſaire pour extirper
l'Herefie , il a delivré en tres-peu
de mois tout "Son Royaume d'une
fauſſe Religion , qui s'y estant gliffée
au Siecle passé , avoit de
folé les Provinces pardes Guerres
Civiles , & qui tâchant de renwerfer
la Foy Orthodoxe , avoitmis
la France fur le panchantdeſaperte.
Noftre cher Fils ayant évoquéles
Edits que les Heretiques rebelles
avoient extorquez des Rois fes Predeceffeurs
, & leur ayant interdit
l'usage des Temples , & la liberté
des Affemblées , il est viſible que
Dieu a daignéy mettre la main, en
donnant àſes Sujets de la Religion
Pretenduë Reformée un caurnous
GALANT.
7
veau pour les faire rentrer au ſein
de l'Eglise & les détacher des
Erreurs dans lesquelles ils avoient
eu le malheur d'estre nourris ; &
comme le zele & la Pieté du Roy
tres-Chreftien ont éclaté merveilleuſement
dans cette action , Nous
devons dés à preſent donner à fon
merite les loüanges que la posterité
Iny donnera 'avecabondance , toutes
les fois qu'elle parlera d'une entrepriſe
qui luy est si glorieuse , &
dont le succés est si avantageux à
l'Eglise. Cependant ilfaut prier te
Pere des lumieres qu'il luy plaiſe
d'exciter le coeur du Royà continuer
d'employersa puiſſance pour procurer
le ſalut & la joye de la Chrêtienté.
Le Pape ordonna enſuite que
leTe Deum ſeroit ſolemnellement
chanté au bruit du Canon & des
Mortiers , en action de graces de
A 4
8 MERCURE
cette reünion univerfelle des Pro
teſtans de France à la Religion
Catholique. Cette Ceremonie
devoit ſe faire le 24. du meſme
mois , mais elle a efté differée ,
& elle ſe fera dans une Chapelle
que Sa Sainteté tiendra exprés. -
J'en pourray apprendre les particularitez
avant que je finiſſe ma
Lettre, & je vous en feray part.
Il paroiſt de jour en jour de
nouveaux Ouvrages fur les matieres
de Religion. Comme ils.
font publics , je ne vous en diray
rien , & je me contenteray de
vous en faire un dont on n'a laifſé
encore échaper que peu de
copies. On afſfeure qu'ileſt d'une
perſonne de voſtre Sexe , qui s'eſt
convertie depuis peu de temps.
Le raiſonnement en eſt ſolide , &
la lecture n'en peut eſtre qued'u
ne tres grande utilité pour ceux
qui ſont encore dans l'Erreur.
GALANT.
9
REPONSE A LA LETTRE
Paſtorale du Miniftre
Claude , par une nouvelle
Convertie , Penſionnaire
à l'Abbaye des Filles-
Dieu , au Mans.
Puisque
Vis que nous ſommes vos Freres
en 7. C. par la Grace du Baptê
me , Souffrez que nous vous répondions
en cette qualité. Iln'est plus
temps que vous nous regardiez comme
nostre Pasteur. Un Troupeau que
vous avez abandonné ne peut entendre
vos leçons deſi loin , & l'on
ne persuade guere par des discours
quand les oeuvres ne perfuadent pas...
Vous nous exhortez àSouffrir lapauvreté
, la miſere, & à mourir pour
AS
K
JO MERCURE
lefoûtien de nôtre foy , &vousn'a
vez ofé nous en donner l'exemple.
Vous avez fait commele Berger
Mercenaire qui quitteſes Brebis&
s'enfuit dés la premiere approche
des Loups. Vous avezévité des peines
que vous nous croyiez deſtinées ,
& n'avezpas voulu attendre que
le coup qui nous ménaçoitvousfrapastlepremier.
Vous direz, mais
en vain , que vous vous eſtes retiré
pour obcir aux ordres d'un grand
Roy. Nous sçavons comme vous
qu'on ne doit jamais reſiſter aux
Souverains dans un esprit dedeſobeiffance&
de rebellion ; maisnous
fçavons auſſi que s'ilvous a estépermis
de ſauver voſtre vie , il ne vous
auroit pas esté moins permis de la
perdre,ſi vous aviez eu le courage
de l'expofer au martire que vous
nous preschez. Si vous cuffiez esté
veritablement animéde l'Esprit de
GALANT. II
Evangile dans lequel vous nous
reprochezde n'estrepas bien entrez,
vous auriez imité le bon Pasteur
quife tient au milieu de fon Troupeau,
qui ne le perd point de veuë
& qui facrifie sa viepourſesBrebis.
Vous nous auriez donné un genereux
exemple d'intrepidité dans
les perils. Enfin , vous nous auricz
apris àmourir constamment ,&la
veuë de vôtreſang répandu pour le
Soutient de vostre Religion , eust du
moins prouvé que vous estiez perfuadéde
fes Dogmes. Mais comme
cefont de pures illusions , Dieu n'a
pas permis qu'elles fuſſent parées
des livrées de la Verité Eternelle,
nyque des caracteres defang ou de
flâmes portaffent plus avant dans
nos coeurs les impreſſions du menſonge&
de l'imposture , & prévalus-
Sentfurlagracedenostre Vocation
Ila en pitiéd'un Peuple , qui estoiz
A 6
12 MERCURE
plus coupable par le crime de fes
Peres , que par le ſien propre. It
nous a regardez comme des Brebis
égarées qu'il vouloit ramener àfa
Bergerie , & pour cela il a pris le
fouet , comme il fit en Ierufalem,
pour châtier les Profanateurs du
Temple, & les faire rentrer en leur
devoir. Il a mis ce foüet entre
les mains du plus ſage & du plus
religieux Monarque du Monde , en
luy donnant une pleine autoritéfur
nous , & luy a commandé de s'en
fervir pour nous emmener au Festin
qu'il a preparé à ſes Elus , & de
nous contraindre d'entrer avec luy
dans la Maiſon du Perede Famille,
afin que toutes les places fuſſent
remplies. Dien qui a estably les
Roy fur la Terre , les a fait dépofitaires
de sa Puissance & de
Sa Justice pour punir les peuples.
rebelles à Sa Loy , & it les
GALANT.
13
chaftieroit eux mêmes s'ils manquoient
à chaſtier les coupables.Savl
ne fut - il pas maudit pour avoir
épargnéune partie des Amalechites
? Si le Seigneur n'exerce pas de
pareilles rigueurs dans la Loy de
grace , s'il ne veut point la mort du
pecheur, il veut pourtantſa converfionàquelque
prix que ceſoit.Ilfaut
mettre le feu àlaplaye pour la guerir
quandonne le peut autrement ,
& ce n'est que cét ordre divin que
leRoy execute aujourd'huy, & dans
lequelfa bonté garde toute la mo.
deration que le zele de fa Religion
peut permetre. Mais la Medecine
la plus falutaire a fes amertumes
&ses dégouts , & ilfaut en fouffrir
la peine avant que d'en fentir les
effets. Ilestoit important pour noftre
Salut que nous connuſſions par la
perte de quelques biens de lafortu
ne, celle que nous avions faite des
14 MERCVRE
biens de lagrace, &que commedes
Enfans prodigues un peu de miſere
temporelle nous fist ouvrir les yeux
fur ie malheureux estat où nous
estions , & fur les funestes fuites
de nos égaremens. Nous estions
des aveugles conduits par d'autres
Aveugles , & il estoit neceffaire
que l'on appliquaſt un peu de bonë
fur nosyeuxpour en diffiper les tenebres.
Nous avions besoin pour
écouter la voix du Seigneur , qu'il
nous parlast comme ilfit autrefois
aux Ifraelites , & puis à S. Paul,
c'està dire avec le bruit menaçant
du Tonnerre. Ilfalloit qu'une terreur
falutaire nous retiraft du profond
aſſoupiſſement où nous estions
enfevelis par le malheur de nostre
naiſſance , dans le ſein de l'Herefie,
parle venin que vous enavionsſuçé
avecle tait,par les impreßions de
GALANT.
15
L'education , par les liens d'une lon
que habitude, fans aucune reflexion,
&enfinparlesdouceurs empoisonnées,&
les commoditezd'une
vie molle , où les ſens trouvoient
leur compte , & où l'orgueil de la
raiſon humaine confervoit toute
Sortede liberté. Dien qui estleMaitre
des Coeurs & des Esprits , &qui
peut difpoferde nousfans nous-mesmes
, a neanmoins la bonté de demander
noſtre concours dans les
chofes qui nous regardent , & fe
Sert ſouvent de moyens humains
pour nous difpofer à recevoir les
impreſſions de fa grace , & à y
répondre; & comme il avoit refolu
de nous rappeller àfon Eglife , il a
permis que la crainte des peines
temporelles nous excitaſtà chercher
lafeuretédes biens eternels. Pour
ne pas fouffrir en vain , nous avons
Suivycemouvement. Ilnous a porté
16 MERCURE
-dans des reflexions , ces reflexions
ont fait naistre des doutes , noUS
avons voulu les éclaircir , & voir
fi les choses à quoy nous nous atta
chions, estoient veritablement celles
auſquelles ilfalloit facrifier tout le
reste. Nous nous fommes appliquez
fortement àexaminer les deux Religions
, dont on vouloit nous faire
quitter l'une & embraſſer l'autre;
&afin de nous mettre en estat d'en
pouvoir juger fainement , autant
que le bon fens & la raiſon humaine
peuvent s'étendre,avec leſecours du
Ciel que nous avons bumblement
imploré, nous avons crû devoir nous
défaire de toutes fortes de préoccu
pations & de prejugez touchant les
Déciſions de nos Docteurs ; parce
que lapréventionchange d'ordinai
re les objets, ou du moinsnous empesche
de les voir distinctement. Aprés
nous eftre dont débaraffé l'Esprit de
GALANT.
17

tout ce qui pouvoit nous ofter la
liberté de connoiſtre & de décider
par nous - mêmes , nous avons pofé
pour principe certain , l'existence
& l'unité de Dieu , & la parole
de Jesus - Christ fur laquelle doit
neceſſairement estre fondée la veritable
Religion que nous cherchons.
Nous nous sommes attaché
à ce que nous avons trouvé de
plus clair dans l'Ecriture. Nous
en avons tiré les preuves & les
inductions dont nous avions be-
Soin , pour former la parfaite idée
de l'Eglise , que le Seigneur nous y a
figurée tant de fois , & qu'il a depuis
enfantéefurle Calvaire. Nous
avons reconu l'unité de cette Eglife
dans l'Arche de l' Alliance , dans
l'Epouſe des Cantiques , dans la Vigne
du Seigneur , dans sa Bergerie,
dans ſes Brebis qui ne composent
qu'un mesme Troupeau ,Sous unseut
18
a
MERCVRE
Pasteur , & dans la parole de I. C.
à Simon quand il luy changeafon
nom , & luy promit qu'ilferoit la
pierre fur laquelle il bâtiroit fon
Eglife, car ilne dit pasſes Eglifes,
maisfon Eglife ; Il n'est pas dit non
plus , les Arches , les Epouses , les
Vignes, les Bergeries , les Paſtcurs,
lesTroupeaux ; mais l'Arche , l'E.
pouse , la Vigne , la Bergerie , le
Pasteur &le Troupeau. Tout cela
n'avoit pas besoin d'autre explication
, mais il falloit en faire l'application
, & voir à qui elle convenoit,
qui desCatholiques ou de
nous avoit trouvé cette Eglifeunique,
hors laquelle il n'est point de
Salut. Nous n'enpouvions jugerque
par lesvaports à cepremierModelle
; nous sçavions ce que disoient
nos Docteurs , il falloit fçavoir ce
que disoient les Catholiques. La
Mifericorde Divine qui connoiffſoit
1
1
GALANT. 19
la droiture de nos coeurs & de nos
intentions , n'a pas permis que
l'Erreur triomphaft plus long-temps
de noſtre bonne foy . Elle nous afait
rencontrer des Doctes &Sages Prelats
, & d'autres Sçavans Personnages
dont les lumieres & les charitablesſoins
nous ont aydez à de
velopper ce qu'on nous avoit caché
fous de fauſſes explications , & à
démeſler la Verité d'avec le Men-
Songe. Ils nous ontpremierementfait
remarquer ce qui est écrit de l'éten
duë , de lafecondité , de la perpetuité
& de la durée de l'Eglise de
I. C. On ne peut pas nier , nous difoient-
ils, quece neſoit d'Elle qu'il
eft dit , J'eleveray une haute
Montagne au deſſus des autres,
toutes les nations luy viendront
rendre hommage , & ſe ſoûmertre
à fon authorité ; & ailleurs,
ſtendez vos Pavillons de plus
20 MERCURE
loin en plus loin , car ils n'auront
pas d'autres bornes que celles de
l'Univers , & le Monde entier
ſera vôtre partage. En voila affez
pourmarquerfon étenduë. Safecondité
n'est elle pas exprimée par ces
termes ? Je multiplieray voſtre
race comme les Etoiles du Ciel ,
& les grains de Sable de la Mer.
Vos Enfans ſeront établis Princes
fur toute la Terre , & leur
voix ſera entenduë juſqu'aux
extremitez des Mers , &pour fa
perpetuité &Sa durée , il est écrit
qu'elle commencera de la predication
en Jerufalem , & durera
juſques à la conſommation des
Siecles ſans interruption & ſans
changement. Et ils ajoûtent , S.
Paul ne dit- ilpas ; Si un Ange
deſcendoit du Ciel pour vous
annoncer un autre Evangile que
celuy qui a eſté Preſché dans
GALANT. 21
Jeruſalem , qu'il foit Anatheme.
Voyons maintenant , reprenoientils
fur qui de vos Docteurs ou des
noſtre doit tomber cette malediction,
qui de ceux de vôtre party ou de
celuy que nous foûtenons , a mieux
entendu & mieux expliqué le ſens
de l'Ecriture , mieux ſuivy l'Esprit
de l'Evangile , & mieux pratiquẻ
la morale de J. C. Vos Pretendus
Reformateurs étoient-ils plus habiles
& plus gens de bien que tous
les Peres de l'Eglise , que tant de
grands Saints & d'Illustres Martyrs
que vous reverez vous mesme;
un nombre preſque infiny de Sages
Docteurs qui ont éclairé les Siecles
paſſez& les nostres , & qui éclaireront
encore l'avenirpar leurssçavās
Escrits,&peut-onfans aveuglement
&Sans injustice les mettre en comparaiſon?
Ily avoit dés le tems de ces
grands homes beaucoup de corruption
22 MERCURE
dans les moeurs de quelques Chreftiens
, les ont-ils abandonnez pour
cela ? s'enfont-ils def-unis ?n'ontils
pas obey au precepte qui deffend
deſeparer le bon grain d'avec l'yvroye
, jusqu'au jour de la Moiſſon
generale ? Il ne s'est trouvé pens
dant leurvie que trop de Libertins
&de Chimeriques , quifur lepretexte
de reformesefont retranchez
del'Eglise , pour élever Autel contre
Autel , &former une Communion
à part ; les ont- ils ſuivis , ou
appuyez ? ont- ils donné dans les
nouveautez ? n'ont- ils pas au contraire
travailléde toutes leurs forces
à la réunion , & nefont ils pas
demeurez attachez à l'unité de
l'Eglise , comme de fermes Colom
nes qui ſoûtenoient ce Corps myftique
de J. C. & qui representoient
les os defon Corps naturel , dont il
estoit écrit qu'ils ne seroient point
GALANT.
23
briſez ? On a veu dans la suite
comme les branches qui ſont ſeparées
de leur troncfechent &se reduiſent
en pouſſiere. Ces heretiques
& ceux qui les ont imitez ſe ſont
détruits d'eux- mesmes , & l'on ne
parleplus aujourd'huy de leursfauf-
Ses opinions. Il en fera de mesme
de celles de Calvin & de Luther ,
nous diſoient nos Inſtructeurs, puisqu'elles
nefont pas conformes à celles
de l'Eglife universelle , comme
nous sommes obligez de le croire ,
&que la preuve en est claire. Faites
réflexion , ajoûtoient- ils, au peu
de temps qu'ily a que vostre Secte
paroist , an peu de lieux où elle est
connuë , & au peu de perſonnes qui
l'ont ſuivie , & voyezſi elle a du
rapport à l'étendue , à lafecondité,
à la perpetuité , & à la durée de
cette mystique Jerusalem dont parle
l'Ecriture. Examinezſi vôtre Do
24
MERCURE
itrine est tout-à-fait conforme à
celle des Apostres , ſi vos Loix , vôtre
Morale , voſtre Diſcipline ,&م
wos pratiques conduisent par cette
voye étroite que le Sauveur appelle
la sienne ,& qui ſeule peut mener
au Royaume des Cieux ; & fur cela
ils nous ont fait découvrir des relâchemens
&des abus dont nous n'a
vions jamais remarqué la confequence.
Nous n'avons pas besoin ,
emon tres - cher Frere , de vous les
expliquer icy. Vous aveztrop d'efprit
pour ne les pas reconnoiſtre dés
que vous voudrezy faire attention.
Ilfuffit d'en citer ſeulement un qui
n'est pas Supportable , & qui va
directement contre le droit Divin.
C'est la porte que vous ouvrez au
Libertinage , & à l'Impieté des
Prestres & des Moines Apostats,
qui apres avoir violé des Sermens
& des Voeux folemnels qu'ils ont
faits
GALANT. 25

faits à Dieu à la face du Ciel&
de la Terre , vont chercher l'impunité
de leurs crimes dans vostre
Communion , où vous les mettez à
couvert des poursuites de la Justice
humaine. On nous a fait confiderer
encore que nous n'avions presque
Pas de Regles certaines dans nos
Maximes ,&dans nos pratiques ;
que de temps en temps nous admettions
à noftre Communion des Gens
d'opinions differentes des nostres
Chacun de nousſe donnela liberté
d'expliquer l'Ecriture au grédefa
fantaisie, d'introduire des nouveautezqui
luy plaiſent , & par confequent
de diviſer par la diverſité
desSentimens un point qui doit eftre
indiviſible. Cela nous afait ſouvenir
de la menace du Seigneur qui
dit. que tout Royaume divifé
fera deſolé. Nous en avons regardé
T'effet dans ce qui se paſſe aujour
May 1686. B
26 MERCURE
d'huy;& pour éviter la colere Divi.
ne qui punit la diviſion , nous avons
cherché l'unité pour nousy attacher,
&nous avons voulu voir si elle
ſe trouveroit dans cette Arche
dont les Catholiques nous ouvroient
l'entrée. On nous a fait lire d'abord
l'exposition de leur doctrine dans
un Traité qu'en a fait Monficur
l'Evesque de Meaux. Nous y
avons trouvé des éclairciſſemens
merveilleux pour détruire les chimeres
dont on nous avoit entretenus.
Nousavons vû ensuite leurs Livres
de Controverfes , les Decifions de
leurs Docteurs , les Decrets de leurs
Conciles , & les Regles de leur
Morale. Nousy avons remarqué la
conformité des sentimens , l'uniformité
des opinions qui font abſolument
neceffaires pour former cette
unité que nous ne trouvions point
ailleurs. Nous avons reconnu un
GALANT.
27
1
:
Esprit de Sainteté qui regne dans
tous leurs Dogmes , & qui inspire
de la veneration pour leurs Mysteres.
Nous avons admiré la Sageffe
& la justice de leurs Loix , la
prudence&la charité de leur conduite
dans l'exercice de leur Difcipline,&
affez de ſeverité pour en
empefcher lesrelaſchemenszunepieté
&une reverence dans leurs Ceremonies
qui en imprime le respect,
& enfin une candeur & unc integritédans
la pratique de leurMorale,
qui pouvoit contraindre les plus
opiniatres Ennemis de cette Religion
de reconnoître la bonté de fon principe.
Maisce qui a achevé de nous
perfuader, ça esté la confideration
des progrés de cette mesme Religion,
quisefont eftendus jusqu'aux
Climats les plus reculez. On voit
tous les jours des millions d'homme's
chezles peuples les plus barbares.
:
B 2
28 MERCURE
quitter une vie licentieuse pour en
embraſſer une autre où l'on ne prefche
que la penitence, la foûmiſſion
de l'esprit, lamortification du coeur.,
l'austerité du corps , & jamais
on n'a veu que dans les temps ou
cette Religion a esté le plus perſecutée
, on ſoit parvenu à la détruire
en quelque lieu du monde que ce
fust ; au contraire on a toûjourS
remarqué que le Sang des Martirs
qui a commencéà coulerdés letemps
des Apostres , a esté comme uneſe.
mence feconde qui produiſoit chaque
jour une infinité d'Enfans à l'Eglise.
Ilfaut bien demeurer d'accord, nous
diſoit- on , que des évenemens fi
extraordinaires , &fi peu naturels
font des ouvrages de la main de
Dieu , & des marques viſibles de
Saprotection , pour ſon Egliſe qu'il
veut faire reconnoistre par de fi
Jaints &defi augustes Caracteres.
GALANT. 29
Itnènous apas esté poſſible de repliquer
à des preuves ſi convaincantes.
Nous cherchions de bonne foy à
nous éclairer, fans nous amufer aux
chicanes de l'Ecole ; nous voulions
nous instruire & non pas disputer;
la Grace estvenue à noſtreſecours,
nous a fait comprendre que noftre
premier enteſtement n'estoit
qu'un effet de la prevention&de
l'habitude , & qu'il y avoit de l'aveuglement
& de la folie àrisquer
tout ce que nous avions en ce Monde
, fans rien amaſſer pour l'autre
que des Trésors de colere. Beny-foit
celuy qui a dit , Cherchez & vous
trouverez. Nous avons trouvé ,
parce que nous avons cherché ,
nous n'aurions jamais cherché,fion
ne nousy avoit forcez. Ceffez donc,
mon tres- cher Frere , de donner le
nom de Perfecution à la conduite
du Roy à noftre égard , & ceſſez
B 3
30
MERCURE
aussi d'appeller nostre Converfion
un peché d'infirmité. Vous ne devez
point regarder nostre changement
comme un effet de nostre foibleſſe,
&de la violence des autres ; mais
comme une fuite des Decrets de la
Sageffe Eternelle, &une execution
des ordres de fa Providence, à la
quelle ce grand Monarque afervy
d'organe & de Ministre. C'est par
luy que nous ſommes enfantez une
Secondefois à l'Eglise, que les bran
ches de l'Olivierfont entéessur leur
Tronc naturel , que les Brebis quả
avoient esté changées en Boucs par
leur desertion , font redevenus Agneaux
par leur retour , & c'est
enfin par là que nous eft renda le
Droit & l'Heritage de nostre Pere
Celeste , & que nous sommes admis
"aunombre de ceux qu'il a marquez
du Sang de fon Fils. Ne pleurez
point la deſolation de vostre Peuple,
GALANT.
31

mais pleurez fur vous - mesme. Si
dans la joyede nostre réünion à l'Egliſe
nous sentons quelque douleur,
c'estde voir que vous & le reste de
nos Freres errans , en estes encoreſeparez.
Quoy que le feu de la Charité
ne nous donne pasun zele auſſi
ardent que celuy de S. Paul , qui
vouloit estre Anatheme pourlefa
lutdefes Freres , nous pouvons du
moins affeurer que nous souffririons
de bon coeur cette pauvreté &cette
miſere que vous nous exhortez de
Supporter,non pas pour le foutien
de vostre opinion , mais pour leur
changement. Si après nous avoir
donnéde méchans conſeils,vousvou
liez en écouter de bons , que ne
vous dirions nous pointfur les experiences
quenous avonsfaites?Nous
ne pouvons pas sçavoir les deffeins
de Dieu ſur vous la Grace auffi-bien
que la Mortaforheure determinée.
B 4
3..2 MERCVRE
Peut-estre que la vostre n'est pas
encorevenuë , mais quoy que ce soit
unfecret impenetrable , nous ne de
vons pourtant pas negliger ce que
la charité fraternelle nous inſpire
pour vous. Quiſçait fi le Seigneur
ne veut pointſeſervirde cette Voye
pour parlerà voſtre coeur ? Il nous
commande defairepart de nos biens
ànos Freres. Saint André nous en
donne l'exemple quandil court chercher
Simon pour luy annoncer l'heu
reuſe rencontre du Meffie. NousS
n'avons riendeplus precieux que la
découverte que nous avons faite de
La Veritê. Nous venons de vous expliquer
les moyens dont nous nous.
SommesServispour latrouver. Ilne
nous reste plus qu'à vous exhorter
de vouloir vous enfervir à vostre
tour , afin qu'il nefoit pas dit que
pendantqu'on nous mene aux Nopces
de l'Agneau , vous demeurez
GALANT.
33
derriere dans le chemin de la perdition.
Seroit-il poſſible , mon trescher
Frere , quedes raiſonshumaines
vous fourniſſent de quoy vous
excufer d'entrer dans la Salle du
Feſtin ; où tout le monde est aujour
d'huy appellé ?Pensez au chasti.
mens qui menace ceux qui veſiſtent;
profitezdu temps qui est si cher
&fi court . Ne laiſſezpasretirer le
Seigneur qui vous dit déja qu'il s'en
va entrer dans la Piscine ,pendant
que vous avez du secours , & prenezgarde
que l'endurciſſement de
coeur ne vous faſſe mourir dans
vostre peché. N'écoutez point les
vains diſcours d'une fauffe gloire ,
qui vous fait craindre qu'on dife
de vous , quand on vous verra fui
vre d'autres maximes que celles
que vous avezpreſchées , qu'il y
peude l'ignorance dans vostre efprit
, ou qu'ilya presentement de
BS
34
MERCVRE
la legereté & de l'inconstance dans
voſtre coeur. Confiderezqu'il estplus
honteux de demeurerdans l'Erreur
que d'en fortir ,fur tout quand on
eſt auſſicapable que vous l'eſtes de
La reconnoiſtre.L'exemple de tantde
grands homesqui ontſuivy pendant
quelque temps lepartyde I Hereſic
&qui l'ont quitté quand ils ont esté
éclairezdes lumieres de la Verité,
vous doit affermir de ce costé là. S.
Augustin en est-il moins honoré
pour avoirfoûtenu plusieurs Sectes
differentes avant que d'estre entré
dans la veritable Religion ? Saintest-
il moins reveré
avoir prefché une Loy qu'il avoit
persecutée , & quand il arriveroitque
vostre changement feroit du
bruit parmy ceux qui font encore
dans les tenebres , Laiffez murmurer
les Homines pendant que vous re
joiſſez les Anges. Faites-vous l'ap
Paul en
,pour
GALANT. 35
plication de ce que vous nous reprochez
avec tant d'éloquence. Vous
n'avez qu'à changer l'objet de vos
reflexions. Faites les tomberſur l'Eternité
des malheurs qui fuivent le
funeste estat où vous estes. Sortezau
plûtoft de la Barque des vains foucis
du Monde ; écoutez la voix du
Seigneur qui vous appelle dans la
fienne ; prenez une feure confiance
en luy, il vous fera marcher à pied
fermefur la Mer orageuse des dif
ficultez , il vous tend la main , il
vous foûtiendra , & vous conduira
luy-mesme dans l'heureuſe Societé
où nous vivons maintenant , & où.
nous vous demandons àluy detoutes
Les forces de nostre ame...
On admire icy de plus en plus
la magnifique Statuë que Monfieur
le Duc de la Feüillade a fait
élever à la gloire du Roy. La
Relation dela Feſte qui fut faite
B6
36 MERCURE
le jour qu'on la découvrit , ayant
occupé la plus grande partie de
ma derniere Lettre , je ne pûs
trouver de place pour mettre les
Vers que l'on me donna ſur ce
ſujet. Monfieur Doujat , Doyen
de l'Academie Françoiſe , a fait
les deux. Madrigaux que vous
allez lire ; & le Sonnet qui les
fuit , eſt de Monfieur le Clerc
de la meſme Academie .
SUR LA STATUE
DUROY
T
MADRIGAL.
U vois du Grand LOUISle
fidellePortrait ,
De ce Roy quivautſeul tous les Rois
de la Terre...
:
GALANT.
37
Dont l'esprit & la main , ſoit en
Paix ,foit en Guerre ,
Rempliffent les devoirs d'un Monarque
parfait .
Ses Royales vertus luy batiffent un
Temple ,
Et le nombre infiny deſes Faits glorieux
Asa posteritè donne un plus grand
exemple,
Quen'avoient fait tousſes Ayeux.
Sur la même Statuë érigée en
Habit pacifique dans la
Place des Victoires .
Venez voir defarmé ce modelle des
Peuples qu'ila vaincu fur la terre
&fur l'onde ,
Vous tous queſonſeul nom fit trem
blertant defois . "
Quand fon bras luy promet la conqueſte
du monde ,
38 MERCURE
Son grand coeur metſa gloire àbora
nerfes Exploits.
Au repos des Mortels tout fon travail
afpire ,
Parsa seule Justice il veut donner
des Loix ,
Et par elle en tous lieux étendrefon
Empire.
Ans
DA
SONNET.
ce Bronze animé par un
art plus qu'bumain,
Paffant , du Grand LOUIS vient.
admirer les charmes :
Ilne s'y montre pas tout brillant de
Sesarmes,
Les éclairs dans les yeux & lafor
dre à la main.
Si Sa Gloire au Batave, àl' Ibere,ass
Germain
GALANT. 39
Acoûté justement tant de Sang&
de larmes
La Paix, qu'il leur impose, appaise
leurs allarmes ::
A
Et rendà ceHerosson visageferain.
La Victoire, en tous lieuxSa Compagne
fidelle,
Qui luy metſur lefront la Couronne
immortelle ,
Semble encor l'appeller à de nou
veaux Exploits..
Mais,fans qu'il ait beſoin de r'allumer
la Guerre ,
Son nom,de qui le bruit remplittoute
La Terre
Parcrainte ou par amour lafoúmes
àſes Loix.
Cet autre Madrigal eſt de
Monfieur de Vertron , de l'Academie
Royale d'Arles
40
MERCURE
A Mr LE MARESCHAL
Duc de la Feüillade.
Ourfignater ton zele, &
Poudelité ,
ta fi
Elevant à LOVISce Monument de
gloire.
Te t'éleves toy- mesme ; & lapoſterité
Ne verra pointſon nomfans le tien
dans l'Histoire.
Voicy des Vers de Monfieus
Vignier ſur cette meſme Statuë .
DAris, tu
Aris, que tu tefens heureux
D'allumerſiſouvent des Feux
Pour celebrer la gloire
D'un Roy qui n'eutjamaisfonpareil
dans l'Histoire !
GALANT. 41-
Mais au milieu de ces plaiſirs
Vn Secret chagrinte devore ,
De ne poffeder pas l'objet de tes defirs
Ce Prince que ton coeur adore,
Pour charmer cet ennuy ,
La Feüillade veut aujourd'huy
De ce charmant Heros te donner la
Figure;
Si Versailles a poursa part
Vn Chef- d'oeuvre de la Nature ,
Gonſole- toy d'avoirun Chef- d'oeuvre
del'Art
Ces autres Vers font connoî
tre ce que Monfieur le Duc de
la Feüillade doit efperer , pour
avoir fait ériger la Statuëdu Roy .
DEMANDE .
Q
Velleplace aura dans l'Histoire
L'incomparable d' Aubuſſon,
Qui pour faire place à la Gloire ,
DémolitSa propre maison ?
42
MERCURE
REPONS ES
L'incomparable d'Aubusson ,
Pour avoir fait place à la Gloire
Aura place avec sa maison
Aux plus beaux endroits de l'Hi-
Stoire.
L'Oracle de la Place confulté
Par I. Carage.
J'ajoûte deux autres Madri-"
gaux. Le premier eſt de Monſieur
de Valnay , & l'autre de
Monfieur Marcel.
MADRIGAL.
A
Ccourez , ô Peuples divers ,
Des quatre coins de l'vnivers
,
Venez tous admirer la Figure par
lante
Du plus grand Roi qui fut jamais;
Venez voirsurses mesmes traits
GALANT. 43
Cet airfier &pompeux dontSa face
est brillante.
Grand Duc , qui fis agir l'Esprit ingenieux
Qui moula cette ressemblance ,
On n'a rien encor veu qui represen
tast mieux
Lepuiſſfant Monarque de France.
L'Art tout seul s'ébloüit defanoble
grandeur,
Illevoit en tremblant , il le point
tout de mesme ,
Mais avec toy qui vois jusqu'au
fondde fon coeur ,
Cet Art qui t'aſuivy s'estsurpaſſe
luy mesme
La Feüillade , il falloit de tes fora
mes leçons;
Sans toy cet Art fameux , & fes
chers Nourrissons
Auroient toûjours manqué ceHeros
de l'Histoire ,
On l'auroit méconnu ſurſes propres
Aurels.
44
MERCURE
Iln'appartient qu'aux Immortels
De peindre,&d'estrepeints au Temple
de la Gloire.
Q
AUTRE.
Vel Sujet , par un zele à
rien ne reſſemble ,
qui
Eleva pourſon Prince un Monument
pareil?
Que je voy de grandeur dans ce noς
ble appareil !
Que de marbre & de bronze en
Semble
Pour peindre àla Posterité
LOVIS', le plus grand Roy du
Monde ,
Regnier & Des-Jardins ont chacun
emprunté
De leur Art immortel toute la ma
jesté
Mais bien qu'à leurs travaux un
pleinſuccés réponde ,
Quedans leurs traits hardis autant
qu'ilsfont heureux
GALANT.
45
Les beautezſe trouventfans nombre
,
Que je plains nos derniers Neveux
!
De LOVIS tout entier ils ne verront
que l'ombre.
Je finis cette matiere par deux
Ouvrages de Monfieur Ramon .
net,de Nogent ſur Seine.
Q
SONNET.
Và nos yeux ébloüis la grandeur
de ton tonZele
Expose , d'Aubusson , un spectacle
charmant !
Jamais l'Antiquitévit elle un Monument
Etaler, mesme à Rome, une Pompef
belle?
Du plus grand des Heros la Statue
immortelle
46 MERCURE
Te fera comme luy vivre éternellement
,
Et nos derniers Neveux remplis d'etonnement
,
Loüeront detes reſpects cettepreuve
fidelle.
Dequoi ſext toutefois ce gage Solemnel
,
Si ton coeurpour LOVIS est un vivant
Autel ,
Ou ton amour ardent facrifie à fa
gloire?
Oüy, ton Roy convaincu de tes voeux
aujourd'huy ,
Priſe moins ce Tableau du Temple
de Memoire ,
Que tous les noeuds facrez qui t'attachent
à luy.
MADRIGAL.
Rillez , nobles morceaux d'excellente
Sculpture , Brilleen
GALANT..
47
Dont leſuperbe éclat rendnos yeux
ébloüis:
Du temps qui détruit tout n'éprou
vez point l'injure ,
Et Servez à jamais de trophée à
LOVIS.
Cependant , l'oferay-dive ?
On vous promet en vain un fi glorieux
fort.
CeMarbre , ce Metal qu'à l'envy
l'on admire ,
Ne pourront pas des ans toûjours
braver l'effort.
LOVIS plus feurement Sçait pourvoir
àfa gloire ,
Etconsacrerfon nom au Temple de
Memoire.
CeSurprenant amas de miracles di
vers ,
Dont le bruit chaque jour vole par
[Vnivers ,
Grave dans tous les coeurs une plus
vive image ,
1
48 MERCURE
Qui luy répond de l'Immortalité ,
Et les Sieclesfuturs la verrontd'âge
en age
Paffer à la Posterité.
vous ne
Rien n'eſtant plus pretieux à
la France que la Santé de noftre
auguſte Monarque ,
devez pas douter que ſon rétabliſſemetn'ait
caufé icy une tresſenſible
joye. Elle a eſté generale
,& pour en donner des marques
publiques , Meſſieurs les
Marguilliers de la Paroiſſe de S.
Roch firent celebrer un Salut
tres ſolemnel le Samedy 4. de ce
mois , en action de graces à Dieu
de cet heureux rétabliſſement.
Outre que le zele qu'ils ont pour
leur Prince les portoit às'acquiter
d'un devoir ſi juſte , ils s'y
crurent d'autant plus obligez,
que Sa Majesté a mis la premiere
GALANT.
49
re Ceremonie de cette nature ,
qu'Elle euſt faite de ſon Regne.
On expoſa le S. Sacrement , &
il fut porté en Proceſſion autour
du dedans de l'Eglife , qui eſtoir
magnifiquement parée. On y
voyoit de tres -riches Tapiſſeries ,
& nonſeulement le grand Autel
eſtoit éclairé d'un fort grand
nombre de Cierges , mais il y en
avoit beaucoup fur tous les autres
Autels. Tout le Clergé eſtoit
en Chapes à cette Proceffion ,
& les Marguilliers , tant en
Charge qu'Anciens , s'y trouverent
tous , chacun un Cierge
à la main . Il y cut Mufique
& Symphonie conduite
par Monfieur Oudeau
qui fut tres bien execute ; & afin
que rien ne manquaſt de ce qui
pouvoit contribuer à rendre
May 168.6.
,
C
, CC
MERCURE
50
la Ceremonie plus remarquable,
ce fut le fameux Monfieur le
Begue qui toucha l'Orgue . Elle.
avoit eſté annoncée désle matin
par le carillon de toutes les Clo-.
ches ; auſſi l'Egliſe ſe trouvat'elle
remplie d'un nombre infiny
de Perſonnes de qualité de l'un
& de l'autre Sexe. Monfieur
l'Official de l'Archeveſche s'y
rendit , ainſi que pluſieurs Miniftres
Etrangers , qui s'en retournerent
tres - édifiez de cette Action
, dans laquelle ils furent témoins
de l'ardeur fincere avec
laquelle tout le monde fit des
voeux pour la confervation du
Roy. On a fondé ce Salut , & il
fera celebré tous les ans le premier
Samedy du mois de May ,
avec les meſmes ceremonies,pour
demander de nouvelles benedictions
du Ciel ſur la ſacrée Perſonne
de Sa Majesté.
GALANT.
31
Les Religieux du Convent
Royal de S. Maximin &de la
Sainte Baume,animez du mefme
zele , firent chanter un Te Deum
le jour de Paſques , en preſence
des Confuls & des Magiſtratsde
la Ville , pour rendre graces à
Dieu de l'heureuſe convalefcen
ce de ce Prince ,& firent en mê
me tempsun voeu à Sainte Magdeleine
, leur Patronne , afin
d'obtenir par ſes prieres , la conſervation
d'une ſi prétieuſe ſanté,
de toute la Maiſon Royale
Le Roy n'eſtant pas moins
connu & reveré dans lesClimats
les plus éloignez , que dans for
Royaume ,on tache , en luy fail
fantdes Preſens , de luy marquer
l'admiration que l'on a pour loy.
Voicy un Memoire de ceux
qu'on a eu avis que SOMDES BA
MABACARFAT TRATICAIC
C2
52
MERCURE
BAR DE SIAM , luy envoye. Ce
Memoire m'eſt venu d'un lieu q
ſeur , qu'il ne doit pas vous eſtre
ſuſpect.On y a marqué les choſes
quiſuivent.
Differens Vaſes d'or , qui ſont
des Ouvrages du Japon peſant
yingt- trois ou vingt- quatre livres
d'or.Il y a dix huit pieces en tout,
dont les unes ſont pour du Thé,
les autres ſont des Taſſes,& deux
grand Coeurs , pour mettre des
Parfums.
Dix pieces , ou Vaſes d'argent,
auſſi ouvragedu Japon .
Deux Vaſes de Tambaque ,
avec le couvercle de la meſme
matiere . Ce metal eſt preſque
auſſi pretieux que l'or. Il ne ſe
roüille jamais , & garde toûjours
ſon éclat. On croit que c'eſt ce
que les Anciens appelloient
Electrum.
GALAN T. 53
1
-Deux Sabres , dont les Rois
du Japon ont fait preſent au Roy
de Siam. La poignée de ces Sabres
eſt entourée d'un certain
cordonde Loup , qui marque la
Nobleſſe dans le lapon. La gard
dede l'un eſt d'or. On a tiré l'or
de l'autre pour y mettre de la
Tambaque, croyant qu'on l'eſtimeroit
davantage en France. On
dit que ceux qui ſçavent bien
manier ces forres de Sabres , peuvent
aisément couper un hom
me par le milieu du corps , c'eſt
ce qui fait qu'ils n'ont pointde
prix.
:
Un grand Tapis de ſoye dont
l'Empereur de la Chine fit preſent
au Roy de Siam il y a dix ou
douze ans.S0
Deux Veſtes à la laponoiſe.
L'une eſt à fond yiolet , & l'autre
à fond rouge , & toutes les deux
C3
$4
MERCURE
1
font des ouvrages en or. Ces forres
de Veſtes ſont tres- cheres à
Siam.
1 Quelques Figures de marbre,
recommandables par leur antionité
, & parmy leſquelles il y a
le Portrait d'un Chinois , que les
Siamois appellent Toughoif. On
croit que c'eſt celuy que nous.
appellons Confufius. Les autres
Figures repreſentent d'anciens
Chinois, qui font encore aujour
d'huy en grande veneration
chez eux . Il y en a quelquesunes
travaillées à jour. Celles-là
font auffi fort anciennes .
Deux Vaſes de Soufre rouge.
* On croit que c'eſt du Cinambre
naturel , quoy que le naturel
mait pas ordinairement les vertus
de celuy-cy. L'un eſt plus
grand , l'autre moindre. Le plus
grand eſt doublé d'un certain
GALANT.
55
métal qu'on appelle Toute- naque,
& le moindre eſt double d'un
autre metal qui n'eſt pas connu.
L'on aſſure que quand on met
quelque liqueur empoiſonnée
dans le plus grand, il en fort incontinant
une fort groſſe fumée,
& que le poiſon perd entierement
ſa force dans le petit , de
forte que l'on en peut boire enſuite
fans rien craindre. L'experience
en a eſté faite à Siam. Ils
diſent que la difference qui ſe
trouve entre ces deux Vaſess
vient du different métail dont ils
ſont doubles. Le premier fut
envoyé il y a environ cinquante
huit ans par un Empereur de
la Chine nommé Thiarde , pere
de celuy que les Tartares vainquirent
, & le ſecond par l'Empereur
des Tartares , aprés qu'il
ſe fut rendu Maiſtre de la Chi-
C 4
56 MERCVRE
ne. Afin que le Roy de Siam en
connuſt mieux la valeur , il luy
manda que ces fortes de Vaſes
eſtoient particuliers aux Empereurs
de la Chine , & qu'on s'en
ſervoit pour mettre le vin qu'ils
devoient boire. Il luy fit auffi
ſçavoir que la matiere dont ils
eſtoient compoſez , avoit la vertu
de chaſſer les Animaux vene
neux ; qu'il n'en demeuroit au
cundans les lieux oùl'on gardois
ces Vaſes ,& que l'onen avois
eſté mordu , il ne falloit qu'en
rendre un peu , &le mettre en
poudre l'avaler enſuite dans
quelque liqueur , ou en froter
l'endroit de la playe , ce qui étoit
un préſervatif tres-feur contre
toute forte de poiſons .
و
Du bois de Calembac du meilleur
& du plus pretieux qu'on
puiſſe trouver. Il ne vient que
GALANT. $7
dans les Foreſts qui ſont proche
de la Cochinchine & de Siampa .
Differens morceaux de Bois
d'Aigle , que l'on a choiſis avec
grand ſoin .
De l'Ambre gris , le poids de
dix Tacls , ce qui vient à une livre
quatre onces. Cet Ambre
croiſt ſur les coſtes de l'ifle de
Jonſalam.
Ces divers Preſens ſont renfermez
dans deux Cabinets du
Iapon , qui ſont couverts de la
peau d'un certain poiſſon , fort
eſtimé en ce pays- là. Le dedans
eſt de Verny , & tout parfemé
de Fleurs de- Lys . On les a fair
faire exprés pour les envoyer en
France. Il y a à chaqueCabinet
comme une table , pour les ſoûtenir.
Elle eſt couvertede la mê
me peau. Ces Cabinets coûtent
deuxmille écus au lapon, ce qui
C6
58 MERCVRE
fait connoiſtre qu'ils doiventva
loirbeaucoupdavantage ailleurs
L'oubliay le mois paſſe à vous
apprendre la mort de Monfieur
deGuiſigny,Gentilhomme ordi
naire de Monſeigneur le Dau.
phin, & Lieutenant de la Lou
veterie. Il s'eſtoit fait diftinguer
agreablementdans ce poſte,auſſibien
que dans ceux qu'il avoit
occupez à l'Armée , où il avoit
commencé dés l'âge de quatorze
ans à faire paroiſtre ſon zele pour
le ſervice du Roy dans les pre
mieres Campagnes de Hollande:
&d'Allemagne . Il eſtoit forty de:
la Maiſon de Guitri- Fours - S..
Clair , iffuë des anciens Comtes .
de Vernon. Cette Maiſonqueles
Charges confiderables , les
Gouvernemens qu'ont poſſfedez
ceux qui en font defcendus , ont
soûjours rendue recommandable
GALANT. 59
en Normandie ,& alliée à celles
de Choiſeüil , de Soyecourt , de
Bailleul , le Pelletier , Courtin ,
de Pont-d'Albret, de Vardes, de
Monchevreüil, d'Almera,d'Heudicourt
, & porte d'Azur à la
Croix dentelée d'or. Ceux qui en
reſtent conſervent encore pluſieurs
marques de la forte confideration
où leurs Anceſtres
eſtoient auprés de nos Rois. La
Lettre que Charles IX. écrivit
à un George de Fours en l'honorant
du Collier de l'Ordre de
S. Michel , en eſt une preuve..
La Maiſonde Madame de Saint
Clair , Mere de feu Monfieur de
Guiſigny , n'est pas moins conſiderable.
Cette Maiſon qui porte
le nom de Migneux des Effarts ,
adonné de grands hommes à la
France , & peut compter cinq
Gouverneurs de Montreüil de
CG
4
60 MERCVRE
ſuite. Ces avantages font glos
rieuſement foutenus par les alliances
qu'elle a avec les Maiſons
de l'Hôpital , d'Hocquincourt ,
de Valencé , des Princes de.
Lignes ; de Vantadoux , de la
Marc , de S. Simon , de Boüillon
du Pont- brian , de Sautour , de
Barada , de Saveuſe , de la Fare ,
de Luz - de - Vantelet , & c . Ses
Armes ſont de Gueule à trois Crois-
Sans montans d'or.
On a fait cette année une gran--
de Feſte à Modene , pour celebrer,
ſelon la coûtume du Pays,
le jour de la Naiſſance du Prince
qui gouverne cét Eſtar . Elle devoit
ſe faire le 6. de Mars , maisune
legere indiſpoſition qui luy
arriva , fut cauſe qu'on la remit
au 13. du meſme mois. Outre un
Opera en Muſique pluſieurs
Gentilshommes de cette Cour
GALANT. 61
entreprirent de chanter, d'autres
Cavaliers de la meſme Cour preparerent
un Tournoy , avec l'agrément
de Monfieur le Duc de
Modene , qui voulut eſtre luymeſme
de cette partie avec Mon--
fieur le Prince Foreſte ſon Coufin,
Fils du feu Prince Borſe
d'Eſte , grand Oncle du Duc regnant.
Le 27. de Fevrier,dernier
jour du Carnaval , pendant que
toute la Cour prenoit le Divertiſſement
d'un Bal , auquel les
Dames avoient eſté invitées par
ce Prince , la Danſe fut interrompuë
pat un Concert de Mufique
,aprés lequel on vit entrer
dans la Salle la fameuſe magi
cienne Circé, dans un équipage
tres pompeux , & avec tout l'ornement
qui pouvoit faire connoiſtre
une Fille du Soleil. Elle
avoitune Baguette àla main , &
62 MERCURE
eſtoit ſuivie d'un fort grand nom
bre de Pages . Elle chanta quelques
Vers , pour expliquer le
ſujet de ſa venue,& fur un ſigne
qu'elle fit enſuite , les Pages pre--
ſenterent un Cartel de Defy à
Monfieur le Duc de modene & à
tous ceux de ſa Cour , pour foutenir
les armes à la main , que
dans les coeurs genereux l'amour
donne de l'éclat à la valeur. Le
Défy fut accepté. Il eſtoit fait ſous
les noms d'Uliffe Princed'Itaque;
de Telegone fon Fils ; d'Euriloque
&d'Elpenor , Compagnons d'U-
-liffe , de Picus Roy des Latins &
de Learque. Circé en ſe retirant
chanta un autre Air pour mar
quer l'impatience qu'elle avoit de
voir arriver le jour du Combat..
Monfieur le Duc de Modene
avec Monfieur le Prince Foreſte,
& dix-huit Chevaliers de leur
1
GALANT. 63
fuite , ſe rendit le 13. de Mars
dans la Place aſſignée pour le
Camp devant le Palais Ducal.
Deux Champions de Circé ſous
les noms d'Uliffe & de Telegone,
ſe placerent dans leurs poſtes,,
& Elpenor ſous la forme d'un
Lyon , & Euriloque ſous celle
d'un Ours , parurent fur deux
morceaux de Bâtimens anciens
& à demy ruinez .. On voyoit
dans la meſme Place deux eſpeces
de Rochers , où ſe cacherent
Picus & Learque , tous deux
changez en Sirenes . Une Sim
phonie guerriere avertit les Spetateurs
de l'arrivéede Circé,qui
parut aſſiſe ſur un Dragon. Elle
s'avança juſques au milieu du
Camp , & aprés avoir animé ſes
Champions au Combat, elle fe
retira pour en eſtre Spectatrice..
Alors la Courte fut commencée
64 MERCURE
au bruit des Timbales & des
Trompettes , & Monfieur le Duc
de Modene , & Monfieur le Prince
Foreſte ,le premier armé d'une
Lance,& l'autre d'une Zagaïe,
les allerent rompre contre Uliffe
&Telegone. Enſuite ne voyant
point d'autres ennemis , ils firent
une grande volte ſur le Camp ,
& pendant ce temps , le Lyon
& l'Ours fortirent de leurs tanieres
. Monfieur le Duc de Modene
courut contre ces Animaux
avec la Zagaïe , & Monfieurle
Prince Foreſte avec la Lance , &
aprés qu'ils eurent continué fur
les voltes , ils revinrent fur le
Lyon & fur l'Ours , & tirerent
chacun un coup de Piſtolet en
paffant. Ces deux Courſesachevées
, les Sirenes parurent hors
de leurs Rochers , & ils allerent
lesattaquer l'épée àla main.Tous
GALANT.
65
les autres Chevaliers coururent
deux à la fois , & firent la même
choſe, aprés quoy deux Sarrafins
fortirent des meſmes Rochers
d'où l'on avoit veu fortir les Si
renes Monfieur le Duc de Modene
, & Monfieur le Prince Foreſte
, chacun ſuivy de quatre
Chevaliers,recommencerent les
Courſes , rompant de nouveau
leurs Lances & leurs Zagaïes
contre Uliffe & Telegone ,&
contre les Sarraſins . Les huit autres
Chevaliers coururent à leur
tour de la meſme forte , & cette
Courſe fut faite trois fois. Enfin
Circé réntra dans le Camp aſſiſe
for fon Dragon comme elle y
eſtoit venue d'abord. Elle fic
connoiſtre par les derniers Vers
qu'elle chanta , que ſes Champions
cedoient la Victoire .Aprés
qu'elle ſe fut retirée , Monfieur
66 MERCVRE
:
le duc de modene , avec Mon
fieur le Prince Foreſte , & les
autres Chevaliers , fit une ma--
niere de Caracol autour du
Camp , & tous s'eſtant mis en
fuite en Eſcadron , ils ſortirent .
en bon ordre , & rentrerent au
Palais. Toute cette Felte ſe fit
fans Comparſe , & fans les ſuites
qui font ordinaires dans les Tournois
; Monfieur le Duc n'ayant
regardé celuy-cy que comme un
fimple Divertiſſement , qui permettoit
qu'on ſe diſpenſaſt des
Regles..
Vous vous eſtes quelquefois
étonnée de ce qu'on dit de ces
lourdes Croix que traînent au
Mont-Valerien certains Penitens .
contrits, la nuit du Jeudy au Vendredy
Saint. Ce n'eſt preſque
rien ſi on les compare à ce qui ſe
fait en Portugal. La Lettre qui
fuit vous l'apprendra.
GALANT. 67
M
A Lisbone le 11. de Mars 1686..
Adame la Comtesse de Ri
bera eft accouchée d'une Fille
depuis quelques jours. On le ſceut
dés le moment mesme , parce que la
mode en ce Pays cy est qu'incontinat
après l'accouchement d'une Dame,
les Domestiques courent en donner
avisà tous les Amis de la Maiſon ,
& tirent par ce moyen un écu de
chacun de ceux àqui ils en portent
La nouvelle. Cet écu leur est donné
parune coutume qui vaut une Loy..
Madame l' Ambassadrice la voit
tous les mois , & elle pareillement.
La derniere fois qu'elles ſe virent .
cefut chezcette Comteffe , qui deux
jours avant qu'elle accouchast ,
avoit prié Madame l' Ambaſſadrice
de venir chez elle voir passer la
Proceſſion de la Paſſion . On l'appel.
le ainsi, àcauſe qu'ony voit l'Image:
68 MERCURE
de Nostre Seigneur qui porte Sa
Croix. Elle fe fit Vendredy dernier,
fecond Vendredy de Carefme. La
distance du chemin est de plus d'un
quart de lieuë ,& d'une montagne
à une autre , toutes deuxfort rudes.
Commeily a degrandes Indulgences
que l'on peut gagner en s'acquittant
de cette devotion , tous ceux de'
Lisbone , a la referve de fort pen
de monde , font ce chemin , & on a
vinge quatre heures pour cela , ens
commençant dés la nuit du feudy.
Tant que cette nuit dura , les routes
que devoit tenir la Proceſſion, fu
rent remplies de Penitens de toutes
manieres , dont la pluſpart mar..
choient àgenoux , &avec les mains
à terre , traiſnant plus de cinquan
te livres pesant de groffes chaisnes
attachées àleurs pieds. Hy eutdu
moins fix cens perſonnes qui firent
le chemin de cette forte. Le lendeGALANT.
69
main la Proceſſion fut ornée de
Penitens qui s'impofoient d'autres
peines. Les principaux au nombre
de cent trente car je pris leſoin
de les compter)sſeſervoient de Difciplines
,&se déchiroient le corps
dans cette marche de la plus cruelle
façon qu'on se puiſſe imaginer. On
dit que parmy ces Penitens ily a
des Gens de toutes conditions. Les
Femmes y estoient en Penitentes
d'une autre maniere , & j'en comptay
juſques à deux cens. Elles marchoient
les pieds nuds , vestuës de
blanc , tenant dans leurs mains de
grandes épées nuës par la pointe ,
& la garde en haut. Les unes en
avoient deux, d'autres trois , quatre ,
&juſques à cinq dans chaque main.
J'y en avoit mesme plusieurs que
avec cela traiſnoient des chaiſnes
pareilles à celles que je viens de
weusmarquer. Quelques- unes tom-
1
70
MERCURE
bant en defaillance sur le chemin.
Souffroient qu'on les foûtinſt par
deſſous les bras , afin d'achever leur
course , & d'autres demeuroient.
couchées par terre fans pouvoir aller
plus loin. Outre l'Image dont je
vous ay déja parlé , &qui est plus
grande que nature, on porte tous les
Instrumens de la Paffion , & on les
voit d'espace en espace au milieu
d'une double haye de Confreres, tous
vestus de violet , avec un Rochet
Semblable à ceux des Evesques , la
pluſpart Gens de la premiere qua
lité, car ceux qui tiennent icy les.
postes considerables , font gloire ouverte
d'estre Chrestiens , & d'en
porter toutes les marques exterieu
res , comme les moindres du Peuple.
Jefuis , Gaελατώ
છ 2223 RRRRR*************** ****** *** …
Monfieur l'Eveſque de Laon
étant arrivé à la Ferele 20. due
GALANT.
71
mois paffé , fit le lendemain la
Ceremoniede la Tranſlation des
Corpsde Saint Victoire & de S.
Felix Martirs , que Monfieur le
Duc de la Meilleraye a rappor
tez de Rome , & d'une Coſte de
Sainte Clotilde donnée par l'Abbé
& les Religieux de Sainte
Geneviefve de Paris, à Monfieur
le Duc Mazarin. Le Corps de
Saint Victoire fut mis dans deux
Chaſſes, & déposé en la Chapelle
de la Maiſon des Pauvres de la
Ville , avec la Coſte de Sainte
Clotilde , qui en ſera Patronne,
dans ce temps où la Foy qu'elle
a procurée à la France reçoit un
nouvel éclat par les ſoins de nôtre
pieux Monarque. Le Corps
de Saint Felix a eſté laiſſe en la
Chapelle du Chaſteau , pour la
conſolation de Monfieur le Duc
Mazarin , qui a couronné par...
72 MERCURE
de ſi riches preſens le zele inſigne
qu'il a fait paroiſtre à la
Fere pendant tout le Careſme ,
dont les nouveaux Catholiques
n'ont pas eſté moins édifiez que
tout le reſte du Peuple.
On écrit de Conſtantinople
que le nouveau Grand Viſir ſe
fert de toutes fortes de voyes ,
pour découvrir en quel lieu fon
Predeceffeur a mis ſes tréſors. H
a déja trouvé trois mille cinq
cens Bourſes en argent monnoyé
, & pour plus de cent mille
écus de pierreries. On tient que
c'eſt la le fond le plus liquide
pour les dépenſes de la Campar
gne prochaine. Neuf Vaiſſeaux
de guerre du Grand Seigneur
de 70. à 80. Picces de Canon
chacun , eſtant arrivé à Conſtantinople
dans le temps que
Monfieur le Chevalier du Mené,
Capitaine
GALANT.
73
Capitaine des Vaiſſeaux du Roy
y étoit , ils luy firent demander
le ſalut qu'il ne voulut point leur
donner ſans ſçavoir auparavant
de quelle maniere on le luy rendroit.
Aprés pluſieurs allées &
venuës , il fut arreſté que Monfieur
le Chevalier du Mené ſalüeroit
le Vaiſſeau Amiral du
Grand Seigneur qui portoit le
Pavillon au grand Mats , de ſept
coups de Canon , & qu'ils lay ſeroient
rendus coup pour coup;
ce qui fut executé. Quelques
jours aprés , les Matelots & les
Soldats de ces Vaiſſeaux Turcs
- prirent querelle avec des Fran
çois , qui les repouſſerent avec
beaucoup de vigueur. Neuf Levantin's
demeurerenr ſur la place,
& les François furent pourſuivis
à coups de pierre , dont il y en eut
quelques- uns de bleſſez en en
May 1686 ...
D
74
MERCVRE
trant dans leurs Chaloupes.Monfieur
Girardin Ambaſſadeur de
France , en ayant fait ſes plaintes
au Caïmacan , obtint toutes les
fatisfactions qu'il pouvoit attendre.
Le Capitan Bacha qui com.
mande les Vaiſſeaux du Grand
Seigneur , demanda pardon par
écrit à Mele Chevalier du Mené
'auſſi - toſt que ce Chevalier
luy eut fait dire qu'il eſtoit content
, il fit pendre ſur le Port à
la veuë des Vaiſſeaux du Roy ,
quatre de ces Soldats Turcs que
l'on avoit arreſtez dans le temps
que le deſordre eſtoit arrivé , &
alla enſuite au bord de Monfieur
du mené , auquel il reïtera de
bouche ce qu'il luy avoit écrir.
Le Caïmacan de ſa part fit toutes
les ſoûmiſſions poſſibles à
Monfieur l'Ambaſſadeur , pour
l'empeſcher de fe plaindre à Andrinople
de l'inſulte qu'on avoic
GALANT.
75
faite aux François. Il partit pour
y aller le 20. de Fevrier. Le mê
me jour Monfieur Dortiere,Com
miſſaire de la marine,s'embarqua
fur le Vaiſſeau que Monfieur le
Chevalier du Mené commande.
Il va par ordre du Roy dans toutes
les Echelles du Levant , pour
regler les avantages que ſes Su
jets pourront tirer du commerce
deces Ports. Il étoit revenu d'An
drinople àConſtantinople le 12.
du meſme mois , aprésavoirob .
tenu de la Porte tout ce qu'il
avoit demandé pour executer
avec autorité les ordres qu'il a
receus. On luy a donné un Aga
de conſideration qui doit l'accompagnerdans
toutes les Echelles
, afin de chaſtier ceux qui
s'oppoſeront aux graces que le
Grand Seigneur a accordées à la
Nation Françoiſe. Il a meſme ob
1
D2
76 MECRURE
tenu une Permiffion qui est pref
que ſans exemple , c'eſt celle
d'entrer luy quinziéme dans le
Saint Sepulchre.On ſçait que jamais
perſonne n'y met le pied ,
qu'il ne luy en couſte du moins
cent écus. L'Aga Ture qui accompagne
Monfieur Dortiere
s'eſt embarqué ſur l'Aquilon . Ce
Vaiſſeau eſt commandé par Monfieur
Bidaud qui eſcorta l'année
derniere les Vaiſſeaux Marchands
François dans le Levant,
& à Smirne, où il ſouſtint fortement
les intereſts de la Nation .
S'eſtant trouvé dans cette der.
niere rade avec un ſeul Vaiſſeau
de Sa Majesté , nommé le Fidelle,
le Capitan Bacha qui estoit à
Fogny à trois petites lieuës de
luy , luy envoya demander trois
Vaiſſeaux Venitiens qui étoient
venus ſe mettre ſous la prote
GALANT.
77
tion du Pavillon du Vaiſſeau du
Roy. Il luy fit demander en même
temps le Secretaire Capello,
qui s'étoit ſauvé de Conſtantinople
ſur ſon bord , le menaçant
en cas de refus , de l'attaquer
avec quarante-quatre Galeres",
&cinq Vaiſſeaux Algeriens qu'il
commandoit. Monfieur Bidaud
répondit avec vigueur,& leCapitan
Bacha n'oſa tenter d'obtenir
par force ce qu'il demandoir,
ſcachant que les François ſont
accoûtumez à ſoûtenir de telles
affaires , quoy qu'ils foient ſeuls
contre un nombre confiderable
d'Ennemis.
Vous avez déja veu differens
Contes de Monfieur de la Barre
de Tours , écrits d'un ſtile ſi naturel,
qu'il me ſuffit de vous avertir
que celuy que vous allez lire ,
eſt de ſa façon , pour vous faire
D 3
78 MERCVRE
attendre quelque choſe de tres
agreable dans ce genre. Il a pour
tître.
LA RAVE DONNE'E
à Loüis XI.
Donnerpour
Onnerpour recevoirest ce estre
Ie dis non, ſans reſver: ce n'est pas
la pensée
De Seneque non plus. Tout homme
: donne mal ,
Dit. il,dont en donnant l'ame eft in
tereffée.
Il faut , pour donner bien ; obferver
quelques loix ;
D'abord,que le DonneurSçachefaire
le choix
D'un objet digne auquel on donne,
Et c'est déja ce que ne fait perform
ne.
4
1
GALANT. 79
Aprés ce choixvient l'air : puis que
cet air parfois
Vaut autant que le don. Telfes dons
empoisonne
Quand il les fait en rechignant.
Après l'air, voyez le Preſent
Que vous voulez & que vous pouvez
faire.
Enfin , pour achever ma Morale en
deux mots ,
Regardez quand ; car donner à
propos
Eft le point principal par où nous
pourrons plaire ,
Si nous voulons paroištre liberaux;
Maisſur tout qu'en pareille affaire
Certain Quidan qui se trouve en
tous lieux , (stere.
(C'est l'Interest)nefoit point du my
Donnant felon ces loix vous charmerez
les Dieux ,
Vous allez voir dans l'Histoire
presente
D 4
So MERCURE
Deux exemples du Don, l'un de l'In
tereffé.
Quifera reconnu d'une façon plai
Sante ,
Et l'autre, quoy que vil, bien mieux
récompensé.
Du temps que Loüis Onze estoit
Dauphin de France .
Et qu'ilvivoit en meſintelligence
Avec Charles Son Pere ; on Sçait
que ce Dauphin
En differens endroits alla chercher
azile ,
Et que comme un Renard bien fin
Qui viſe quelque volatile,
( L'Histoire en parle ainsi ) chez
Philippe le Bon ,
2
Ce mesme Prince Bourguignon
Dont j'ayfait le portrait en parlant
d'Oenophile ,
Ce Dauphin se gliſſa , ſe voyant
fugitif
Pour charmerſes chagrins, entr'autre
lenitif
GALANT. 81
Il aima tellement la Chaffe,
Qu'il y pasfoit ses plus beaux
jours .
A la remiſe il revenoit toûjours
Chez Canon Payfan , qui de fort
bonné grace
Luy donnoitfow pain bis , les fruits
defon Iandin ,
Des RAVES, du lait doux,
pauvre vin ,
d'affez
Mais tel qu'il le cueilloit dans ſa
petiteTreille.
L'appetit d'un Chaſſeur, &fur tout
du Dauphin ,
A tels ragousts ſe faisoit à merveille.
A ceux pour qui la Chaſſe a des
appas
Qui dit Pain Bis , dit presque
Bisque ,
Et comme un bon Soudart, un bon
Chaſſeur court risque
Avec grand appetit de faire tels
repas.
D
5
82 MERCURE
Nostre Prince proſcript fut dix ans
de laforte,
Mangeant Conon, mais le trépas,
Qui biendu changement apporte
Enleva Charles ſept. Loüis ne tarda
Pas
A gagner Reims , pour prendre
une Couronne
Telle que la France la donne ,
Conformémentà la Salique Loy.
Pour acourcir le Conte enfin Loüisfur
Roy :
Mais Roy que l'on pouvoit bien
dire
Un Maiſtre Sire.
Le rapporterois bien ...
Sans que je suis Conteur , & non
Historien ,
Comment il fonda ſon Empire ,
Et fi ce fut ſur l'équité
S'il est vray que la cruauté
Fut le moyen qu'il aima davantage
GALANT. 83
Pour tirer les Rois hors de Page ;
Mais je pretens laiſſer aux Auteurs
cedebat ,
Etfans trop me mêler des Affaires
d'Etat ,
Avec Philippes de Comines ,
Une des Plumes les plus fines
Quiſur l'Histoire au écrit autrefois
,
Je vous dis qu'il a rang parmy les
plusgrands Rois.
Ca , retournons dans la Chaumine
Où nous avons laiſſsé le bon homme
Conon.
Son Dauphin Roy, cetaugure étoit
bon ,
Vers le Pleſfis lez Tours ilfaut qu'il
s'achemine..
Quede bien vont venir ! Mais Conon
examine.
Avant que de partir quels Prefens
it fera
)
1
D6
84 MERCURE
Il est embarassé , car venir la mairs
vuide ,
Il ne peut pas se réfoudre à cela ,
S'imaginant que le don est un guide
Tres - feur pour approcher des
Grands ,
( S'entend de ceux qui ſont de l'ava
rice esclaves )
Mais Conon n'avoit rien. S'il luy
portoit des Raves
De Son petit Jardin ,Seroit- ce-des
Prefens
Dignes d'un Roy ? fort bons ; quand
c'est le coeur qui donne ,
Fuft- ce unfestu ,la choſe est bonne.
Conon ferré de neuf un beau matin
Part de chez luy chargé de Raves
plus belles
Que l'onverra jamais. Pour les tenir
nouvelles
Il les rafraiſchiſſoit tout le long diw
chemin.
Mais, o malheur funeste
GALANT. 85
Conon manqua d'argent ; accueilly
par lafaim ,
-Malfacheux autant que lapeſte)
Faut- il qu'ilse laiſſe mourir
Quandila dans ſonſac dequoise
Secourir ?
Itferoit un vrayfot. Il joüa defon
reste ,
Avala le Prefent: & quad it arriva
Par cette bizarre fortune
De Raves il n'avoitplus qu'une.
Conon d'abord s'en chagrina , ..
Mais qu'y faire ? A lafinſon coeur
Seconfola
Arrive au Louvre , & vit le Roy
quand il paffa.
Ah , par la fangué le voila ,
S'écria- t-il. Bien prés de cinq ans
d'intervale
N'avoient point affoibly la memoire
Royale,
Tant il est vray que les bienfaits .
Ny leur reſſouvenir ne ſe perdent
jamais.
86 MERCVRE
LeRoy voyant Conon, le fait entrer
au Louvre , e
L'embraffe mille fois devant toute
Sa Cour,
Le fait aſſevir, ordonne qu'il se
couvre ,
Et parte ainfi. Pendant le malheureux
fejour
Qu'en Bourgogne je fis du vivant
de mon Pere ,
Conon adoucit mes chagrins ,
Appaifa la rigueur fevere
De mon exil & de mes noirs deſtins.
Sous ſon toit je trouvois un azile
agreable
Contre la fureur des Saiſons ,
Et dans les plus hautes maisons
Ie n'eusse pas trouvé de table
Plus prompte à fecourir mes plus
preſſans besoins ,
L'entens la faim , la foif, & mifere
Semblable.
Pour tant de foins
GALANT. 87
Teveux que ma reconnoiffance
Eclate enſafaveur,& qu'ilsoit aw
jourd'huy
Traité comme je fus chez luy
Voila la juſte récompenfe
Qu'attire ſurſon cheftouthomme
bienfaisant.
Cononfit une reverence
Avec un mauvais compliment,
Quifut receu mieux que fine Eloquence..
Il nefaut plus que parler du Prefent
Qui conſiſtoit en une Rave.
Il est vray qu'elle estoit d'une étrangegroffeur:
Conon la preſenta d'une façon plus
:
grave
Ques'il avoit offert un trefor ; mais
le coeur ,
Comme j'ay dit tantoft, affaiſonnoit
l'offrande ,
Et la faisoit paffer pour affaire bien
grande.
88 MERCVRE
Le Roy pour cette Rave ordonne
mille écus ;
Sa Majestéde plus
ASon Maître d'Hôtel commande
De ferrer cette Rave , en faisant
fort grand cas.
Mais si Conon long-temps ne s'accommodoit
pas
Au grand fracas
}
Quifuit la Cour ;fon mince lar
dinage,
SesRaves,fa chaumine,&fon petit
tracas ,
Sans contredit luy plaifoient davantage.
Il veut partit, obtient.congé , content
Du procedé du Prince ,& fur tout
de l'argent ,
Car le bon homme
Onc ne ſe vit avec pareillesomme,
Et quelque definteressé
Qu'un pauvre Paisan puiſſe estre,
GALANT. 89
Quand il voit tant d'argent fous
Son toit amaßé ,
- Heureux, il ne croit pas que le Roy
foit Son Maiſtre.
د ر و م
Certain Seigneur Gascon , qui de..
puis peu de temps
Eftoit en Cour, pour faire fa for
tune ,
Et qui croyoit en Dieu moins qu'en
argent comptant ,
Aux Courtisans c'estoit chofe com
mune ,
La Pieté pour lors n'ayant pas le
: haut rang
Que luy donne LOUIS LE
GRAND
Ce Courtiſan ,dont l'ame intereſſée
Avoit connu qu'une Rave donnée
Avec beaucoupde liberté ,
Avoit charmé la liberalité
De Loüis , qui l'avoit trop bien res
compensée ,
१० MERCURE
ร Se flata , luy qui donnoit peu ,
De l'espoir mal fondé de quelque
récompense,
Sire interest joüant ſon jeu ,
La Rave mille écus ! Il penſe
Qu'au Roy prefentant un Cheval
Qui reſſembloit à Bucephal ,
Il auroit davantage,&c'estoit l'apo
parence,
Son préfent valant mieux que celuy
de Conon;
Voyons comme le Roy va combler
l'esperance
:
De ce Seigneur Gascon...
Penetrantle deffein de cette Ame
venale ,
Il prit confeilde quelques Favovis
,
Pour mieux sçavoirjusqu'à quel
prix
La liberalité Royale
- Devoit s'étendre en cas pareil.
Il faudroit , dit Tristan , cent Louis
au Soleil.
GALANT
91
Breffiure en ajoûte ainquante.
Triſtan , & Breſſiure , Favoris de Loüis XI
Un autre dit deux cens. Le cheval
estoit beau ,
Le fait d'un Prince , & mis en
vente ,
Le Faiſeur de Preſent évitoit le
Paneau.
Que luy tendoit son avarice.
Enfin , le Present fait , le Roy
Feignant avoir reſvé,s'écria, j'ay
dequoy
Reconnoiſtreſon bon office ,
Qu'on lefaffe venir. A peine fut-il
là ,
Que le Roy luy dit les paroles
A peu prés quevoila..
L'on m'avoit confeillé qu'avec deux
cens pistoles
Ie payaffe un preſent que j'estime
bien plus:
Mais cen'est pas aux Rois àſe trou
ver vaincus
92 MERCUR E
En liberalité,car la grandeur Royale
Sur toutes les vertus choifit la li
berale.
Par une faveurſpeciale
Le vous fais un Prefent qui couste
mille écus.
On vit s'incliner noftre Brave
Au nom de mille écus qu'il crut
tenir déja ;
Mais le Diable, ce fut quand le Roy
demanda
Qu'on apportast la groffe Rave
Du bon Conon, laquelle ilpreſenta
Au Cavalier confus , qui laprit
Sans mot dire ,
Et chagrin d'aprefter ävive
Atant de Courtisans , reduit au
desespoir,
Il s'en alla , le Roy fitſon devoir.
CetteAvanture doit apprendre ,
Si vous avez voulu l'entendre ,
Qu'il ne faut point donner afin de
recevoir.
GALANT 93
La prévoyance que Sa Majesté
a toûjours euë dans ce qu'elle a
fait pour le bien de ſon Etat,
l'ayant obligée d'établir dans la
Ville d'Arles une Academie
"Royale , pour y faire cultiver les
talens qu'un grand nombre de
Gentilshommes dont cette Ville
eſt remplie temoigne pour les
belles Lettres dans le temps que
la tranquillité de la Paix , femble
rendre leur épée inutile au fervice
de leur Prince , on ne doit
pas s'étonner que cette illuſtre
Compagnie fourniſſe ſouvent
d'importans ſujets aux Charges
les plus éclatantes , où ils peuvent
luy donnerdes marques de
leur fidelité& de leur zele. C'eſt
ce qui eſt arrivé depuis peu de
temps en la Perſonne de Monſieur
le marquis d'Ubaye de Vachieres
, que les fufrages publics
94
MERCURE
⚫onteſlevé à la Charge de premier
Conful , & Gouverneur de la
Ville en ſa vingt- ſixième année.
Cette Election a paru ſi avantageuſe
par les grandes qualitez
que ce jeune Gentilhomme pofſede
,& fur tout par une vertu
& une probité exemplaire , que
l'Academie ne pouvant contenir
la joye qu'elle reſſentoit
d'avoir donné aux Affaires publiques
un ſujet de ce merite ,
s'aſſembla extraordinairement
pour l'en faire feliciter , ainſi
qu'elle a toûjours fait pour tous
les autres de ce meſme Corps ,
lors qu'ils ont remply de parcils
emplois. Elle députa pour cét
effet Monfieur d'Arbaud Baron
de Blanzac , l'Abbé de Verdier,
Sabbatier & Gifon. Monfieur
d'Arbaud fut chargé du Compliment
dont il s'acquita avec
GALANT.
95
autant d'eſprit que d'honneſteté,
& qui fut receu de la meſme
forte. Monfieur d'Ubaye n'en
pouvant venirremercier la Compagnie
dés ce meſme jour , tant
acauſe de l'arrivée de Monfieur
le Comte de Grignan , Lieutenant
de Roy de la Province , que
pår le peu de temps qu'il avoit à
faire inviter quantité de Gentilshommes
qu'il vouloit rendre témoins
de cette Ceremonie , il la
remit au Lundy ſuivant , jour or
dinaire des Aſſemblées de l'Academie.
Il s'y rendit ſur les trois
heures accompagné d'un grand
nombre de perſonnes confiderables.
Meſſieurs le Chevalier de
Romieu & Giffon furent priez
de les recevoir à la premiere porte
de l'endroit où l'Academie
s'aſſemble , & les ayant conduits.
dans la Salle où cile tient fes
86 MERCURE
Seance , Monfieur d'Ubaye , qui
fe trouvoit alors Directeur de la
Compagnie , prononça un Difcours
tres éloquent , dans lequel
il fit voir que les plus grand
hommes de tous les Siecles de
voient leur plus haute élevation ,
à l'opinion qu'ils avoient fceu
établir de leur érudition & de
leur eſprit , ce qu'il appliqua admirablement
bien fur les calens
de chaque Academicien , & fur
Pobligation où tous les Peuples
eſtoient de ſignaler leur reſpect
à la gloire de LoÜIS LE GRAND.
Aprés avoir fait connoiſtre l'heo .
reux Eftat où ce Monarque avoit
mis la France , par les ſoins qu'il
avoit pris d'y faire fleurir les
Sciences & les beaux Arts , il
peignit fon zele pour les intereſts
dela vraye Religion ,& la dignité
de la matiere donnant de la
force
GALANT.
97
aux moindres expreſſions dont il
ſe ſervit , il fit admirer dans ce
grand Roy tout ce qui peut rendre
un Heros inimitable . Monſieur
le Marquis de Robias d'Ef
toublon , Secretaire & Chancelier
perpetuel de l'Academie , qui
en cette qualité ſe trouve obli
gé de répondre au défaut du
Directeur , dans les Ceremonies
de cette nature , s'attira un applaudiſſement
general par la
réponſe qu'il fit à Monfieur d'Ubaye
. Ce fut un Diſcours dans
lequel on remarqua une profondeur
d'érudition proportionnée
à l'étenduë de ſon eſprit &
de ſon merite.
Dame Françoiſe de Choiſeüil
du Pleſſis Praflin , eſt morte icy
au commencement de ce mois.
Elle estoit Teuve de Meffire
Alexandre de Canonville , Marquis
deRaffetor.
May 1686- E
98
MERCURE
Meffire Michel de Larche,Seigneur
de Saint Mandé , Preſtre,
Conſeiller & Aumoſnier ordinaire
du Roy , eſt mort dans le
meſme temps. Il eſtoit dans ſa
86me année.
Ces morts onteſte ſuivies de
celle de Meffire Pierre le Fevres
Seigneur de Lezeau , Conſeiller
duRoy en ſa Cour des Aydes:
Monfieur de'Lezeau ſon Pere
eſt mort Doyen des Conſeillers
d'Etat.
On vient de m'apprendre une
autre mort qui vous ſurprendra.
C'eſt celle de Monfieur de Barillon
de Morangis , qui s'eſtoit
acquis une eſtime generale. Elle
eft arrivée le 18. de ce mois. Il
avoit eſté recen Maiſtre des Requeſtes
en 1672.& quittoit l'Intendance
de Caën , pour aller
exercer celle d'Orleans. Vops
4
GALANT.
99
İçavez , Madame , qu'il avoit
épousé une Fille de Monfieur le
Chancelier , qui estoit Veuve
de Monfieur de Neſmond , маі-
ſtredes Requeſtes, &qu'il eſtoir
Frere de Monfieur deMorangis
Ambaſſadeur d'Angleterre , &
deMonfieur l'Evſquede Luçon.
Monfieur de Barillon fon Pere,
mort Preſident aux Enqueſtes,
eſtoit Fils de Meſſire Jean Barillon
Conſeiller au Parlement , &
de Judith de meſmes , Fille de
Henry de meſmes Sieur de
Roiſſy , Conſeiller d'Estat Barrillon
porte d'Azur au Chevron d'or,
accompagné de deux Coquilles en
Chef,& d'une rose en pointe de
mefme. 1
Rienn'eſt plus fâcheux qu'un
ordreabſolu de donner ſon coeur,
quandils'eſt déja laiſſé prévenir
par ce panchant agreable qui
E2
100 MERCVRE
l'entraine malgré nous , & done
rarement nous cherchons à nous
défendre . C'eſt l'eſtat où s'eſt
trouvé depuis peu une jeune
Demoiselle , qui ayant receu de
la Nature tous les avantages qui
font remarquer les belles Perſonnes
, n'avoit pas manqué de
plaire à beaucoup de Gens . Elle
avoit for tout charmé un Gentilhomme
bien fait , qui par
tous les ſoins qu'ils pouvoit luy
rendre' , l'avoit engagée à l'eſtimer
. L'eſtime va loin quand
le coeur eſt favorable. Le Gentilhomme
avoit de merite , & l'empreſſement
qu'il faifoit paroiſtre à
ſe rencontrer dans tous les lieux,
où il apprenoit qu'il pourroit la
voir , ne l'avoit pas laiſſée inſenfible
à ſon amour. Leur intelligence
ne put demeurer longtemps
ſecrete. La Mere qu'une
langueur d'accident retenoit au
GALANT 101
lit depuis quelques mois , fut
avertie des ſentimens que ſa Fille
avoit pour le Gentilhomme , &
ce Party ne luy plaiſant pas , ell,e
erutdevoir la marier au plûtoſt
pour étouffer une paſſion, dont
elle craignoit les ſuites. Dans ce
deſſein elle pria une Dame qui
la venoit voir ſouvent, de vouloir
bien luy choiſir un Gendre.
La Dame jetta les yeux fur un
Cavalier fort riche ,& par le
portrait avantageux qu'elle luy
fit de la Belle , elle l'engagea à
fonger au Mariage.Il fut content
&de ſa naiſſance &de ſon bien,
mais quelque aimable qu'on la
luy peigniſt, il n'en voulut croire
que ſes propres yeux, & demanda
à la voir dans quelque Egliſe ,
avant que de s'expliquer ſur les
propoſitions qu'on luy pourroit
faire. La Mere ayant ſceu ce que
E 3
TO2 MERCVRE
fouhaitoit le Cavalier, le fit aver
tirde l'heure où il trouveroit fa
Fille à la Meffe , & afin qu'il la
connuſt , on luy marqua qu'elle
auroit un manteau blanc avec
une jupe verte. En meſme temps
elle ordonna àſa Fille de relever
fa beauté par les ornemens que
luypermettoit ſon âge. La Belle
eut beauluy répondrequ'on devoit
du moins luy donner le
temps de faire reflexion ſur ce
que c'étoit que des'engager pour
toute ſa vie ; elle avoit affaire à
une Mere abſoluë qui vouloit
qu'on luy obeiſt ſans répliquer ,
&il fallut qu'elle conſentiſt àla
recherche d'un homme qu'elle
n'avoit aucune envie d'épouſer.
Elle en eut un chagrin inconcevable,&
comme l'ardeur de ſe
conſerver à ſon Amantoccupoit
tout ſon eſprit , elle reſolut de
GALANT. 103
tromper ſa Mere , qui eſtanttoûjours
au lit ne pouvoit eſtre témoin
de l'entreveuë qu'on avoit
promiſe au Cavalier. Une jeune
Dame , mariée depuis aſſez peu
de temps ,& qui ayant eſté élevée
Fille dans ſon voisinage ,
l'avoit toûjours cherie tendrement
, eſtoit venuë paſſer huit
ou dix jours avec elle , pendant
unvoyage que ſon Mary avoit
eſtéobligéde faire. La Belle la
pria de tenir ſa place au rendezvous
, en prenant ſon manteau
blanc & fajupe verte , & fçachant
que l'on eſtoit demeuré
d'accord que le Cavalier l'aborderoit
lors qu'il la verroit fortirde
l'Eglife , elle l'engagea à tourner
les choſes d'une maniere qui
ledégoutaſt de cette recherche,
en luy laiſſant entrevoir que fi
on la forçoit de ſe déclater , ſes
E 4
104 MERCURE
pretentions ſeroient inutiles. La
tromperie ayant eſté concertée ,
il ne reſtoit plus qu'à l'executer.
Quelque avantageux portrait
que l'on euſt fait de la Belle , la
jeune Dame pouvoit ſoûtenir le
Perſonnage. Elle avoit les yeux
fort doux, le teint vif, la bouche
belle,les dents admirables, & ſoit
en parlant, ſoit en riant, elle fai
ſoit voir le commerce étroit qu'elle
avoit avec les Graces , tant
elle en ſtoit toûjours bien ac
compagnée. La Belle s'étant
montrée àſa Mere , coeffée à fon
avantage , & avec l'habit qui
devoit la faire connoiſtre au Ca
valier , alla promptement le donner
à ſon Amie ,& elles ſortirent
enſemble pour le rendez - vous
où elle eſtoit attenduë. La jeune
Dame ſe plaça ſeule à l'endroit
qui avoit eſté marqué,& le Ca
GALANT. τος
valier fut frappé d'abord par le
manteau blanc & la jupe verte.
Il la regarda avec grande atten
tion , & n'euſt pas.fi- toft rencontré
ſes yeux , qu'il la falüa
d'un air qui luy fit comprendre
qu'elle estoit fort à ſon gré.Aprés
l'avoir bien examinée pendant
tout le temps qu'elle employa
en devotion , il l'aborda lors
qu'elle fortit , & luy fit paroiſtre
tout ce qu'un amour naiſſant
peut avoir de violence. Cét
amour redoubla fort par la ma
niere dont elle ſouſtint cette premiere
entreveuë. Il luy trouva
dans l'eſprit un charme ſecret
qui fit ſur ſon coeur une impreffion
nouvelle, & ce fut pour luy
quelque choſe de bien doux d'êtreconvaincuque
ſa beauté étoit
le moindre de ſes avantages. Il
la priade ſouffrir qu'il allât chez
Es
106 MERCURE
elledés ce meſme jour , & laDa
me qui cherchoit à obliger ſon
Amie, luy répondit en riantqu'un
amour ſi prompt luy eſtoit fufpect;
qu'il eſtois juſte qu'on luy
donnaſt quelque temps pour la
mieux connoiſtre, avantqu'il fiſt
aucune démarche auprés de ſa
Mere ; qu'elle en avoit beſoin
elle- meſme pour bien ſçavoir
de quels ſentimens elle ſeroitcapable
pour luy ,&qu'ils en pour
roient le lendemain dire davantage
à la meſme heure , s'il vou
loit ſe rendre au meſme lieu. Le
Cavalier fut obligé de ſe retirer
aprés la promeſſe du rendezvous
, & la Dame qui rejoignit
fonAmie , luy rendit compte de
cequis'eſtoit paffé.La Belle ayant
repris ſon habit , ſuivit la Dame
dans la chambre de ſa Mere, qui
leur demanda des nouvelles de
GALANT. 107
Pamant. Elles en parlerent fort
modeſtement, commed'un homme
qui n'avoit rien qui choquaſt.
La Belle marqua toûjours
beaucoup de dégouſt pour le
Mariage , & fa Mere luy déclara
en termes tres-abſolus que fi le
Cavalier perſiſtoit à la demander
pour Femme , elle vouloit
que l'affaire fe terminaſt en fort
peu de temps. Cette menace
obligea la Belle à redoubler les
inſtructions qu'elle avoit dõnées
à ſon Amie , pour la défaire du
Cavalier , qui ne manqua pas le
lendemain de venir au rendezvous.
Il en fortit beaucoup plus
charmé de la jeune Dame , qu'il
-ne l'eſtoit la premiere fois qu'il
l'avoit venë, & aprés cing ou fix
Jautres converſattons de mefme
-nature , il luy demanda ce qu'il
pouvoit cfperer. Elle répondit.
E6
108 MERCVRE
qu'elle avoit pour luy toute l'eff
me que luy devoient inſpirer les
ſentimens qu'il luy avoit expliquez
qu'elle en auroit tant
qu'elle vivroit , beaucoup de reconnoiſſance
, mais que ne fe
trouvant pas en eſtat de penſer
au Mariage , elle ſe croyoit obligéde
luy conſeiller de chercher
ailleurs quelque perfonne digne
de ſon choix. Le Cavalier tranf
porté d'amour l'interrompit pour
luy dire qu'il n'étoit plusen pou
voir de choiſir ailleurs ; que c'étoit
à elle uniquement qu'il s'attacheroit
toute la vie , & que s'il
ne pouvoit l'obliger à l'épouſer ,
le ſeul plaifir de la voir,& d'eſtre
de ſes Amis , luy paroiffoit preferable
à tous les engagemens
qu'on luy pourroit propofer. La
Dame ne fut pas fachée d'apprendre
de luy que ſa paſſion
GALANT. 109
eftoit violente. Elle en débaraf
foit fon Amie en l'affermiſſant
dans l'attachement qu'il luy pro
mettoit , & c'eſtoit dans cette
veue qu'elle avoit toûjours agy.
Ainſi elle le pria d'examiner s'il
eſtoit capablede foutenir ce qu'il
venoit de luydire ,& fur les fermens
qu'il luy en fit , elle l'afſeura
qu'elle ſe faifoit un vray
plaifir d'avoir un Amy de ſon caractere.
Ils fe revirent encore ,
&leurs eintretiens roulerenttou.
jours ſur les mêmes choſes. Le
Cavalier luy juroit qu'ilne trouvoit
qu'elle qui fuft digne d'être
aimee ,& la Dame prioit leCa
valier de fonger qu'elle le regardoit
ſeulement comme ſon Amy ,
&qu'elle n'avoit confenty àl'écouter
que fur ce pied- là. Cette
priere ne l'étonna point. Il crut
que l'éloignement qu'elle luy
110 MERCURE
marquoit pour tout ce qui eſt
amour , estoit l'effet d'un dégoût
aveugle pour le Mariage , & ne
doutant point qu'il ne vinſt à
bout de luy faire perdre ce dégouſt
par ſes complaiſances &
par les grands avantages qu'il
pouvoit luy faire en l'époufant, il
ne mit aucunes bornes au panchantqui
le portoit à ſe donner
tout à elle. Cependant il eſtoir
tempsd'éclaircir la tromperie. La
Mere ayant ſceu par celle qui
conduiſoit cette affaire , que le
Cavaliereſtoit charmé de ſa Fille,
demandoit de jour en jour à le
voir. Il preſſoit de ſon coſté pour
avoir la liberté de rendre viſite...
D'ailleurs la jeuue Dame qui attendoit
fon Mary , fut obligée
de ſe ſeparer de ſon Amie , & de
revenir dans ſon Quartier. Ainfi
il fut arreſté qu'elle avertiroit le
GALANT. FFE
Cavalierde ſe rendre aux Tuile
ries ; que par de longues converfations
elle tâcheroit de l'enfla
mer encore davantage,& qu'enfuite
elle luy découvriroit le ſe
cretde l'avanture. Le Cavalier
fut ravy de ce changement de
rendez- vous. Il ſe flata du plaiſir
d'entretenirplus long-temps l'aimable
perſonne qui faiſoit toute
fa joye , & il la trouva en effet le
lendemain dans une Allée écartée
des autres , qu'elle luy avoit
marquée. Elle estoit accompagnéed'une
Amie qui ſçavoit la
choſe , & qui la traitant de Fille,
mitencore plus fortement le Cavalier
dans l'erreur. Il ditdevant
elle à la jeune Dame tout ce
qu'on peut dire de paſſionné &
d'obligeant , & dans le moment
qu'ils ſe ſeparerent , il fut apper
seu d'un de les Amis , qui vint
112 MECRURE
te feliciter fur fon bon gouft d
choiſir les Gens qui meritoient
qu'on leur en contaſt. Comme
on ſe plaiſt à parler de ce qu'on
aime,&qu'ayant un deffein fort
legitime , le Cavalier faiſoit vanitéde
ſa paſſion, il luydemanda
ce qu'il trouvoit de la perſonne
qa'il venoit de voir.Cet Amy luy
répondit qu'il la connoifſoit , &
aprés en avoir fait une peinture
tres-avantageuſe , il ajoûta qu'il
la trouveroittoute parfaite , ſans
ungranddefaut qu'il avoit peine
à luy pardonner. Cedefaut eſtoit
qu'elle ne vouloit que des Amis ,
&que fi - toſt que l'on s'échapoiz
à prononcer ſeulement le mot
d'amour , on ſe faiſoitdes affaires
avec elle. Le Cavalier repliqua
qu'il ſe pouvoit faire que l'amitié
latouchaſt plus que l'amour,mais
qu'il avoit la douceur de voir
GALANT.
113
que s'en eſtant declaré fort
amoureux , cette declaration ne
l'avoit point offenfée. Il ajoûta
que comme elle avoit les ſentimens
nobles & tres-bien tournez
fur toutes choſes , il ſuffiſoit
qu'elle l'eſtimaſt , pour luy donner
ſujet d'eſperer qu'elle le rendroit
heureux quand il l'auroit
épousée.Son Amy ſurpris de cette
réponſe , luy dit en riant, qu'il
neſçavoit pas qu'on puſt épouſer
une femme mariée , & la diſpute
qui s'éleva là deſſus entr'eux ,ne
fut pas aiſée à terminer. Il fallut
enfin que l'Amy cedaſt . Le Cavalier
luy ſoûtint ſi fortement
que la belle Perſonne qu'il avoit
venë avec luy , eſtoit une Fille
avec laquelle il eſtoit preſt de ſe
marier du conſentement d'une
Mere de qui elle dépendoit, que
ne l'ayant veue que d'un peu
114 MERCVRE
loin , il crut qu'il pouvoit s'eſtre
trompé. Il dit ſeulement au Cavalier
qu'elle réſſembloit extrêmement
àune jeune Dame de
fon voisinage , & que ſans ce
qu'il luy difoit de poſitif , il auroit
juré que c'eſtoit elle . LeCavalier
ne conferva pas le moindre
ſcrupule , & revint le jour
ſuivant attendre la jeune Dame
dans la meſme Allée , auffi remply
d'eſperance qu'il l'avoit encore
eſté. Elle continua pourtant
à luy dire , qu'elle ne pouvoit
ceſtre contente tant qu'il exigeroit
d'elle des fentimens qu'elle
n'eſtoit point capable d'avoir,&
le Cavalier commençoit à luy
répondre , lors que ſe trouvant
au bout de l'Allée , ils y virent
tout d'un coup entrer cet Amy
qui les connoiſfoit tous deux. Le
Cavalierqui eſtoit bien aiſe qu'il
GALANT.
viſt de prés ſa Maiſtreſſe, eut de
la joyede cette rencontre , mais
fon Amyqui voulut luy faire voir
qu'il luy avoit parlé juſte le jour
précedent , troubla bientoſt cet
te joye. Il s'adreſſa à la jeune
Dame , & luy demandant des
nouvellesde fon Mary , il la jetta
dansun ſi grand embaras , qu'elle
ne ſceut que répondre. Elle regarda
le Cavalier , le Cavalier
la regarda dans le meſme temps,
& comme ils gardoient tous
deux le filence, ce nouveau venu
les voyant ainſi déconcertez ſe
retira en diſant qu'il s'apperce
voit qu'ils avoient enſemble
quelque affaire à démeſler , &
que ſa prefence ne leur pouvoit
eſtre qu'incommode, Ce fut
alors que ſe fit l'entier éclairciffement.
Mais avec quelle douleur
le Cavalier connut-il qu'il
116 MERCURE
avoit pris de l'amour pour une
perſonne qui ne pouvoit en
prendre pour luy ! Il ſe plaignit
à la Dame de la cruauté qu'elle
avoit euë de l'engager à des ſentimens
qu'elle devoit condamner
, & dont , quelque violence
qu'il ſe fiſt , il ſentoit bien qu'il
luy ſeroit malaiſé de ſe défaire.
La Dame , aprés luy avoir appris
ce qui l'avoit obligée à joüer le
perſonnage dont il ſe plaignoit,
le fit ſouvenir , qu'elle avoit
toûjours voulu qu'il s'en tinſt à
l'amitié. Il luy jura que cette
amitié ſeroit éternelle ; & ne
pouvant plus entendre parler de
Mariage, il rompit l'engagement
où il eſtoit avec ſon Ami. La
Mere qui croyoit les choſes en
eſtat de ſe conclure , fut fort furpriſe
de ce changement.. Elle
l'imputa à la froideur de ſa Fille
GALANT.. 17
qui avoit toûjours fait voir beaucoup
de dégouſt pour cette affaire.
La Belle effuya quelque gronderie
, mais elle en fut confolée
par la joye qu'elle eut de n'eſtre
point obligée d'abandonner fon
Amant. Je ne puis vous dire ſi le
Cavalier n'a plus que de l'amitié
pour la jeune Dame. Je ſçay ſeulement
qu'il met ſon plus grand
bonheur à luy marquer par ſes
ſoins qu'il la trouve toute aimable,
&que s'il ne la voit pas avec une
entiere affiduité , c'eſt parce
qu'elle s'oppoſe aux viſites trop
frequentes.
Monfieur le Marquis de Beuvron
, Lieutenant General pour
le Roy en Normandie , ſe rendit
en la Ville du Ponteaudėmer le
24. du dernier mois , accompagné
de Madame la Marquiſe de
Beuvron ſa Femme , & de Mademoiselle
de Genlis ſa Fille, pour
18 MERCURE
viſiter un nouveau Port de Mer
que Sa Majesté y fait faire dans
le deſſein de rendre cette Villelà
une des plus maritimes de la
Province, Elle eſt dans une ſituation
tres- commode pour cela ,
étant placée entre Roüen, Honfleur
, & le Havre , & ayant de
tous coſtez un grand nombre
d'eaux & de fontaines. Le Magiſtrat
ayant eſté averty que ce
Marquis arrivoit avec un or
dre particulier du Roy pour
cette viſite , le fit ſçavoir à la
Nobleſſe & au Peuple. La pluſpart
des Gentilshommes & des
jeunesGens , monterent à cheval
avec des parures magnifiques
, & tous les Bourgeois ſe
mirent en armes. Sur tout ,deux
Compagnies de Cuiraffiers qui
font en Garniſon dans les Fauxbourgs
allerent le recevoir le
GALANT.
ناو
Sabre àla main , & il entra dans
la Ville avec de grandes acclamations.
Monfieur d'Argences,
LieutenantGeneral dans la Ville
& Vicomté du Ponteaudemer ,
le vint haranguer à la teſte des
Eſchevins , auſſi-bien que Monſieur
du Bourg , premier Avocat
du Roy dans la même Vicomté.
Le premier preſenta à Madame
de Beuvron au nom de la Ville
desCorbeilles de Confitures,&
des rafraîchiſſemens de toutes
fortes. Il y eut deux jours de réjoüiſſances
publiques , avec Cavalcade
, grands feſtins , bruitde
Canon & de Mouſqueterie ,
Trompettes , Tambours , Illuminations
, Feuxde joye , & d'Arti
fice. Monfieur de Beuvron viſita
ce Port dede Mer , & partitenfuite
au milieu des cris de Vive le
Roy.
120 MERCURE
J'ay fait, Madame, ceque vous
avez ſouhaité. Il ya un mois.
qu'en vous aprenant la mort de
Monfieur le Comte de Coligny,
je vous parly de trois Lettres que
P'Empereur luy avoit écrites fur
la fameuſe Victoire qu'il remporta
au paſſage du Raab en 1664.
Vous m'avez marqué beaucoup
d'envie de les voir , comme ces
Lettres regardent l'honneur de
la France , je croy pouvoir les
rendre publiques aprés la mort
de ce Comte , & fatisfaire par la
voſtre curioſité. Toutes les trois
avoient pour Suſcription , Au
Haut & bien né , nostre bien aimé
Le Comte de Coligny , General d'Armée
du tres - Illustre , & tres - Puisfant
Roy de France,Noftre bien aime
Cousin & Frere. En voicyune tresfidelle
Traduction , qui a eſté
faite à la lettre.
II.
GALANT .
125
:
4
LETTRES
DESA MAJESTE'
Imperiale à Monfieur le Comte
de Coligny , General de
l'Armée de France , pendant
la Campagne de Hongrie en
1664 .
B
Ien aimé Comte de Coligny.
On m'a raconté avec beaucoup
de loüanges la valeur & la bravoure
que vous avezfait paroiſtre
dans le dernier Combat qui s'est
donné contre les Turcs près du Raab
Lepremierjour de ce mois , en forte
qu'avec l'aide de Dieu , & par
voſtre courage & cooperation remplie
de Zele , aprés un vigoureux
combat de fept heures , vous avez
May 1686.
A
F
116 MERCURE
gagné le Champ de Bataille fur
I Ennemy , qui a esté contraint de
fe retirer avec perte de quelques
milliers deſes meilleurs hommes au
delà du Raab qu'il avoit déjapaf-
Jé. Or comme avant toutes choses
nous devons à Dieu de justes remercimenspour
cet heureuxfuccés,vous
m'avez aussi rendu & à toutle Public
unſervice tres - particulier&
tres- confiderable , qui tourne à ma
Satisfaction particuliere,& à voſtre
immortelle réputation ; deforte que
je ne manqueray pas dans les occa
fions quisepreſenteront de reconnoî
tre cette courageuse resistance que
vousavezmontrée contre l'Ennemy,
& lès belles actions que vousy avez
faites , & demeure avec ma grace
Imperiale , Vostre bien affectionné.
Donné en ma Ville de Vienne le 7
Aoust 1664. LEOPOLD.
GALANT.
127
II . LETTRE.
Ien aimé Comte de Coligny.
f'ay appris par la Lettre que
vous m'avezécrite comme vous defirezque
les Troupes que vous com_
mandez, Soient logées en desquartiers
où elles puiſſent trouver les
moyens de ſubſiſter , en attendant
&jusqu'à ce qu'elles ayent d'autres
ordres de ce qu'elles auront encore à
faire. Or commej'ay receu un singuliercontentement
des braves actions
& grande valeur quevous & leſdites
Troupes avez fait paroître jus
qu'à preſent , & que je les reconnois
auſſi avec des remercimens tres-gra .
cieux ; ainſi je trouve fort juste
& fort équitable , & ay pourveu
moy mesme à ce qu'on
vous affignaſt des lieux commodes ,
où vous puissiez trouver ſuffifam .
ment desvivrespourvos hommes &
F 2
128 MERCVRE
vos chevaux ; &fur ce, je demeure
avec ma grace Imperiale , vostre
bien affectionné , Donné en mon
Chasteau d'Ebersdorffle 10. Octobre
1664. LEOPOLD .
III . LETTRE.
Her Comte de Coligny. Fay
Sceis
de ce mois , que vous avez recen
ordre de mon cher Cousin & Frere
le Roy de France , de vous en retour
ner avec les Troupes que vous com
mandez , ở quà cause de vôtre
indiſpoſition de corps , vous avez
esté obligéde prendre licence ou congé
par écrit. Fay appris vostre in
commodité avec déplaisir & compaffion
& aurois esté bien aiſe de
vous voir avant voſtre départ,mais
comme l'occaſion ne s'en estpas prefentée
, vous pouvez vous afſeurer
1
طرت
GALANT.
129
quej'eſtime vos braves & genereuſes
actions , & vos bons ſervices , e
que j'en ay unefatisfaction particu
liere, les ayant receus comme je les
reçois avec remercimens ; mesme je
les ay haut loüez au Roy. Je n'obmettray
pas de les reconnoistre en
vers vous & les vôtres , là où l'oc
cafion s'en presentera vous eftant ,
& demeurant d'ailleurs bien af
fectionné.A Vienne , le 25. Ostobre
1664. LEOPOLD.
On aditde Monfieur le Comte
de Coligny ce qui s'eſt dic
autrefois de ſes Anceſtres , que
les hommes de ce ſang naiſſoient
guerriers , ce que l'on a reconnu
de regne en regne. Cependant
Monfieurl'Abbé de Coligny ſon
Fils a pris une route differente .
Comme il eſt jeune, bien fait , &
qu'il ſe voit Chefd'une Maiſon
F 3
130
MERCVRE
!
fort Illuſtre , avec une grande
fucceſſion , on avoit cru qu'il
fuivroit les mouvemens de ſon
Sang, & fe refoudroit à changer
d'eſtat , mais il eſt demeuré ferme
dans ſa vocation , & a fait
voir qu'il eſtoit peu ſenſible à
toutes ces choſes. Ayant eu
l'honneur de ſaluer le Roy le 17 .
de ce mois, il déclara à Sa Majeſté
en prefence de Monfieur
l'Archeveſque de Paris , du R.
P. de la Chaiſe & de Monfieur
le Marquis de Seigne
lay qui le preſenta , qu'il continueroit
ſous ſon bon plaifir
dans la Profeſſion où il s'étoit
ſenty appelle. Il eſt d'une vertu
exemplaire , & cette action a
paru d'autant plus loüable , que
Monfieur de Coligny fon Pere
l'a desherité,par ſon Testament,
en cas qu'il reſte dans l'eſtat
د
GALANT.
131
Eccleſiaſtique , où l'on peut dire
qu'il entre en Apoſtre . Il ſemble
que Dieu ait voulu par là que les
injures qui ont eſté faites autrefois
àl'Egliſe par Odet de Coligny
Cardinal , Archeveſque de
Toulouſe , & Eveſque de Beauvais,
aifné des Coligny,fon grand
Oncle , fuſſent réparées par un
autre aiſné de cette méme Maifon.
Comme ſon merite & fa
naiſſance doivent nous le faire
voir dans ſa conduite fait affez
connoiſtre ce que la Religion
Catholique doit attendre de ſon
zele , dans un temps , où le Calviniſme
qui avoit eſté la cauſe
del'égarement de ſes Anceſtres,
* vient d'eſtre éteint par les ſoins
de noſtre Auguſte Monarque.
Ce grand triomphe remporté
fur l'Hereſſe eſt quelque choſe
de ſi ſurprenant , que l'illuſtre
:
F 4
132
MERCURE
Madame des Houlieres a raiſon
de dire qu'il eſt au deſſus de
l'Homme . C'eſt ainſi qu'elle parle
dans les Vers qu'elle a depuis
peu adreſſez au Roy. Je vous en
envoye une Copie . Je ſçay que
c'eſt vous faire un fort grand
plaifir.
***
AU RO Υ.
L'E
1
'Erreur feconde en attentats,
Qui traiſnoit la Diſcorde & l'orgueil
àſaſuite ,
Ne répand plus enfin dans tes vaſtes
Eftats .
Lepoiſondont l'arma l'Enfer qui l'a
produite;
Ta picté , Grand Roy , pour jamais
l'adétruite.
7
GALANT. 1133
1 Quelle Hydre viens tu d'étouffer?
En vain tes Grands Ayeux oferent
la combatre ,
CesHerosne pûrent abatre
Le Monstre dont fans peine on te
SA voit triompher .
Par combiendeforfaits , de Batailles
, de Sieges
Son orgueil s'est- ilsignalé ?
Que d'Autels ont fenty ſes fureurs
facrileges!..
Le Trône où l'on tevoit en fut même
ébranlé;
Tu le ſçais , & tes Soins toûjours
prompts , toûjoursfages ,
Préſervent nos Neveux d'un desastre
pareil.
Ainsi voyons nous le Soleil
Pour fairede beaux jours diſſiper les
nuages.
e
Leplus rudeſentierfoustes pas s'aplanit
Prince heureux, les Deftinsfont pour
toy fans caprices .
FS
134
MERCURE
Contre une Hydre indomptée unseul
ordrefuffit ,
Ata voixfont tombez les nombreux
Edifices
2 .
Où se nourriffoient les fureurs ;
A ta voix elle rentre en cegoufre
d'horreurs
Destiné pour punir les vices.
Adefigrandsfuccès tout le Ciel applaudit,
(tentit.
De longs gemiſſemens l'abyſme re-
Qued'Ames ton fecours dérobeà
defesfupplices!
Ab, pour fauver tou Peuple,&pour
vanger la Foy ,
Ce que tu viens defaire est au deſſus
de l'homme ;
De quelquesgrands noms qu'on te
nomme
On t'abaiſſe , il n'est plus d'affez
grands nomspour toy.
Mais dans les bras de la Victoire
Plains- toy de ton bonheur,crains
l'excés deta gloire
GALANT.
135
Voy le fort qu'à ton Peuple elle va
préparer;
Ta main puiſſante &Secourable
Tire ce Peuple aimé d'une Erreur
déplorable,
Etpar une autre Erreur tu le was
égarer.
Inſtruitparcentfameux exemples,
Qu'à de moindres Heros on a basty
desTemples ,
Contre ta modestie on ose murmurer.
Ouy,si ta pietén'y mettoit des obftacles
Tes jours fertiles en miracles
Nous forceroient à t'adorer.
Il s'eſt fait depuis peu une
Table contenant les principes de
la Muſique en Dialogue. Non
feulement elle eft facile & divertiffante
pour ceux qui apprennent
cette Science de ceue
maniere , mais elle eſt auſſi fort
curieuſe pour les Speculatifs , &
136
MERCURE
les plus habiles , qui ont témoigné
en faire grand cas . Cetre
Table ſe diſtribuë chez Monfieur
Fleury', qui en eſt l'Auteur.
On y trouve encore d'autres Ou
vrages fort conſiderables , qu'il a
faits pour joüer la Baſſe continuë
fur le Theorbe , fur le Lut , & fur
la Guitarre..
On fait toûjours de nouveaux
Printemps . En voicy un qui eſt
eſtimé des Connoiffeurs.
AIR NOUVEAU.
L
1
EPrintempsfait éclorre aujourd'huy
mille Fleurs ,
Tout enchanté dans la Nature ,
Dans nos Bois , dans nos Prez on ne
voit que verdure ,
;
Et l'Amourſous fes loix enchaiſne
tous les coeurs.
Il n'est point de fierté qui ne rende
les armes
po
faitpasunjeune homn
torze ou quinze ans , &
137
лих
ce
T
A
toufois
oraeleiers
annre
l'Een
ya
hae
fe
Da136
les
gné
Tal
Jur
laC
0
Prir
efti
L
Les coeurs .
eft point defierté qui ne rende
tesarmes
GALANT.
137
f
Sous le doux regne des beaux
jours ,
Et les Amans voudroient que ce
temps plein de charmes ,
Pour leur bonheur durant toûjours.
4
Je vous ay parlé pluſieurs fois
de la Feſte de la Commemoration
du S. Sepulchre qu'on celebre
tous les ans aux Cordeliers
du Grand Convent , le Dimanche
de Quasi modo. On y chante
une Meſſe en Grec ; & aprés l'Evangile
, on fait un Difcours en
la mesme Langue ; & ce qu'il y a
de remarquable , c'eſt que chaque
fois que cette Ceremonie fe
fait , on voit un prodige qui paroît
toûjours nouveau , puis que
ce Difcours Grec eſt toûjours
fait par unjeune homme dequatorze
ou quinze ans , & ſouvent
138 MERCURE
meſme beaucoup moins âgé. Le
Fils de feu Monfieur de Solad ,
Conſeiller en la Cour des Aydes
de Monpellier , a eu cette année
la gloire de cette Action , qui luy
attira beaucoup de loüanges d'une
ſcavante & tres - nombreuſe
Aſſemblée .
J'ay eu raiſon de vous dire que
j'eſperois ne pas finir cette Lettre,
ſans vous apprendre ce qui
ſe ſeroit paſſé dans la Ceremonie
du Te Deum qu'on devoit
chanter à Rome , pour rendre
graces à Dieu de l'entiere réünion
des Proteftans de France à
l'Egliſe Catholique . Ce que Monfieur
de Chaſſebras de Cramailes
a écrit là- deſſus à Monfieur le
Ducde S. Aignan , contient toutes
les particularitez de cette
Feſte. On m'a donné une copie
de ſa Lettre ,dont je vous fais
GALAN T. 139
part. Comme il a eſté témoin de
tout, ſa Relation eſt fort exacte .
De Rome ce Mardy 30. Avril 1686.
Liempotes
'On admiroit icy depuis longgrands
progrés qui se
faisoient dans la France ausujetde
la Conversion des Religionnaires,&نم
l'on voyoit que le Ciel ſecondoit de
plus en plus les pienses entrepriſes
de nôtre Auguste Monarque,lorſque
la nouvelle arriva de l'Edit du mois
d'Octobre dernier , par lequel Sa
Majesté deffendoit l'Exercice de la
Religion Pretenduë Reformée dans
tout fon Royaume. Cette nouvelle
fut sa bien receuë à Rome , que la
Chambre Apostolique fit ausfitoft
traduire cét Editen Italien. On le
mit ſous la preſſe ; mais le grand
nombre des Exemplaires qui en furent
faits ne fuffisant pas pourfatisfaire
l'empreſſement que chacun
e
140
MERCVRE
t
.
montroit d'en avoir une copie , on
fut obligé de l'imprimer de nouveau
à Bologne , & en d'autres Villes
d'Italie . Le Pape écrivit auſſi toſt à
Sa Majesté une Lettre de congratulation,
comme vous avezfoen , &
témoigna à plusieurs particuliers
qu'il n'avoit jamais receu de nouvelle
qui le touchaft plus ſenſible.
ment .L'effet Jurprenant de cet Edit
ayant fait voir par la suite que
Dieu y mettoit la main , & toute la
France se trouvant aujourd'huy
presque entierement purgée de l'Herefie
de Calvin par les foins extraordinaires
du Roy , qui n'a d'autre
veue dans toutesses entrepriſes que
lagloire de Dieu,la grandeur defon
Royaume & la felicité de fes Peuples;
Sa Sainteté fit convoquer un
Confiftoire fecret au commencement
de ce Carême , &fit à la fin unDifcours
Latin tout plein d'éloquence ,
GALANT.
141
pour faire voir l'avantage que la
Religion recevoit du zele. de no-
Stre pieux Monarque , qui ſoûtenoit
avec tant de gloire la qua
lité de Tres - Chrestien & de Fils
aisné de l'Eglife . Ce Discourt fut
fi touchant qu'il attendrit le coeur
de tous ceux qui l'entendirent ,
& fit d'autant plus d'impref.
ſion ſur leur esprit qu'il fortoit de
la bouche du Pere commun de tous
les Chrestiens , qui comme Vicaire
de 1. C. ne prononce que des Oracles,
&quiſemble avoirfurpaſſé tous les
autres Papes fes predeceffeurs parfa
-conduite admirable , &par lafain
teté defa vie. Il ne fe contenta pas
de cette Declaration particuliere
faite en plein conſiſtoire ,il voulut
encore la rendre publique , & choisit
pour cela le temps de Pasques, comme
le temps le plus propre , & où les
Chreftiens commencent à respirer
142 MERCURE
1
la joye aprés les fouffrances & les
mortifications de la Penitence du
Caresme. Le 26. de ce mois , il ordonna
qu'il se tiendroit Chapelle
extraordinaire le Dimanche fuivant
dans la Chappelle defon Palais
,& que dans le temps qu'il entonneroit
luy mesme leTe Deum ,
les Canons du Chasteau S. Angeferoient
leur décharge ,& que toutes
lesEglifes de Rome , tant les Bafiliques
, Patriarcales , Collegiales, que
les autres Seculieres & Regulieres
Jans en excepter aucune,Sonneroient
ensemble toutes leurs Cloches durant
l'espace d'une demie heure , ordonnant
encore qu'il feroit chanté un
Te Deum folemnelle mesme iour
dans chacune de ces Eglises à la fin
de la grand Meffe , qui est l'heure
où la devotion attire le plus de monde.
Ce jour venu qui fut Dimanche
dernier 28. d'Avril , Monsieur le
GALANT.
143
Cardinal d'Estréesſe redit le matin
de bonne heure à la Chapelle du
Pape, accompagné d'une fuite ex.
traordinaire de Carroffes ; tous les
François qui font à Rome & un
grand nombre de Prelats & de Gentilshommes
Romains & Etrangers
luy ayant voulu faire Cortege. Il
chanta la Meffe en prefence de tous
les Cardinaux & de toute la Prelature
de Rome. Les Maîtres de Ceremonie
du Pape avoient mis leur
habit rouge dont ils nese fervent
quedans les plus grandes Festes ,&م
La Meſſe étant finie, ce mesme Cardinal
entonna le Te Deum aux
Fanfares de toutes les Trompettes du
Palais , & au bruit du Canon , &
de toutes les Cloches de la ville qui
fe firent entendre àplus de douze
milles aux environs. Quoy que le
Pape fe fust trouvé mal le jour precedent
& toute la nuit , il voulut
144
MERCURE
descendre pour cette Ceremonie,mais
Ses Medecins l'en empêcherent.Depuis
long temps on n'avoit veu une
fi grande foule dans la Chapelle.
On fut obligé de redoubler les Suiſſes
du Pape qui en gardoient les avenuës
& les portes , & l'on eut toutes
les peines du monde à fendre la
preſſepourfaire paſſage àMonsieur
le Duc de Mantouë qui voulut y
venir incognito . Madame de la
Haye Vantelet , femme de l'Am
bassadeur de France vers la Republique
de Venise , s'estant rencontré
icy , Souhaita d'estre pre-
Sente à cette celebre Ceremonie.
Comme iln'est pas de l'usage que l'on
reçoive les Dames dans les Chapelles
du Pape , pour satisfaire fon
zele, on éleva exprés une petite Tribune
separée & ornée de Tapiſſeries
où elle vint avec quelques Princef-
Ses Etrangeres , & vit commode
4
GALAN Τ. 145
ment toute la fonction fans estre
veuë.
Le mesme iour au matin l'on exposa
le Saint Sacrement pour les
Prieres de Quarante heures , dans
l'Eglise Paroiſſiale de S. Loüis des
François , adminiſtrée par des Eccleſiaſtiques
de la Nation. Le Pape
avoit accordé, une Indulgence pleniere
àtous ceux qui viſiteroient cet-
•te Eglise l'un des trois jours qu'ily
demeureroit exposé , & qui s'estant
mis en état de meriter les graces du
Ciel , remerciroient Dieu de l'heureux
retour des Heretiques de France
à l'Eglise Catholique, Pendant
ces trois jours ily est venu un nombre
infiny de Peuple , &le Sieur
Mellani , Maistre de la Musique
de cette Eglife , &l'un des plus ha
biles de Rome , àſemble ſeſurpaſſer
luy-même dans cette rencontre , où
il a voulu faire paroiſtre le Zele ar
146 MERCVRE
dent qu'il a pour l'intereſt de la
Religion , &pour tout ce qui regarde
l'avantage de la France.
Le Dimanche au foir & hier
Lundy toute la Ville de Rome fut
illuminée jusqu'à une heure aprés
minuit Le Dome de S. Pirre du Vatican
,& la Façade de l'Eglise paroiſſoient
tout en feu . Sa Sainteté
avoit fait mettre des Lanternesà
àtoutes les Fenestres & aux Galeries
deses deux Palais du Vatican
de Monte Cevallo. Le Senateur,
&les Confervateurs de Rome en
avoient fait mettre de mesme fur
le Clocher ,&furle Palais du Capitole.
Celuy de Monsieur le Duc
d'Estrées estoit éclairé de flambeaux
juſque ſur les toits. L'on voyoit fur
la Façade les Armes du Pape &
celles de France environnées de lu
mieres. Il avoit fait faire des feux
par toute la Place ,& autour des
GALANT. 147.
deux grandes Fontaines qui font
en veuëdeſon Hostel. La Reine de
Suede avoit pareillement illuminé
Son Palais de flambeaux de cire
blanche. Tous les Cardinaux , les
Princes , les Ambaſſadeurs , les Refidens
des Couronnes , les Prelats , les
Ducs , & generalement toutes les
perſonnes de qualité avoient auffi
fait allumer des feux devant leurs
portes & éclairer leurs Hôtels , les
uns avec desflambeaux , & les au
tres avec des lanternes , & il n'y
eut presque personne qui nefist des
Feux devant sa porte , & qui ne
mist des lumieres àsesfenestres . Toutes
les Lanternes estoient auxArmes
desa Sainteté & à celles de Fran
ce. Ily en eut pluſieurs qui firent
des Emblèmes & des Deviſes ſur
l'Heresie terraſſsée. Entre les Communautez
quiſeſignalerent leplus,
on remarqua particulierement la
198 MERCURE
Communauté des Prestres de la Paroiſſe
de S. Loüis & de celle de
S. Yves ; les Chanoines Reguliers
de S. Augustin de l'Abaye de S.
Antoine de Vienne , qui ont leur
Maiſon proche Sainte Marie Ma
jeure ; les Peres de S. François de
Paule , vulgairement appellez les
Minimes de la Trinité du Mont,
Egliſe Titulaire de Monfieur le Cardinal
d'Estrées ; les Peres Mineurs
Reformez du Tiers Ordre de S.
François, connus à Parisſous le nom
de Picpus , qui ont icyle Convent
de Sainte Marie des Miracles ; les
Peres Trinitaires Reformez de la
Redemption des Captifs , dont l'Egliſe
eſt dediée à S. Denis ; les Peres
Benedictins de l'Abaye de S. Germain
de Paris qui ont un Hofpice à
Rome, & les Religieux Reformezde
Citeaux apellez d'un autre nom les.
Feüillans , qui ont aussi à Rome ua
Hospice,
GALANT.
199:
Hospice , dont l'Eglise est dediéeà
la Vierge. Toutes ces Communautez
& Convent font gouvernez par des
Ecclesiastiques & Religieux de la
Nation Françoise.
Auiourd'huy Mardy matin , les
Peres Picpus de Sainte Marie des
Miracles ont celebré une Meffe
Solemnelle dans leur Eglife , avec
grand Choeur de Musique & Sim
phonie. Ensuite ils ont chanté le
Te Deum, & tiré toute la journée
quantité de Boëtes & de Mortiers.
Ils se preparent à redou
bler ce foir les Illuminations du
Dome de leur Eglise , &de toutes
les fenestres de leur Convent. Ces
Religieux ont icy une des belles
Eglifes de Rome , quoy que petite.
Ilsfont tous François , & vivent
dans unesi grande regularité qu'ils
peuvent ſervir d'exemple àla pluspart
des autres Reguliers. Comme
May 1686.
G
200 MERCURE
feu Monfieur le Cardinal Gastaldi
les eſtimoit fort , il voulut à la fin
deſes jours avoir toûjours auprés de .
luy un Religieux de ce Convent ,
pour luyſervir de conſeil&de con-
Solation.
Voicy une autre Lettre de
Monfieur Chaſſebras , écrite à
Monfieur le Duc de S. Aignan,
huit jour aprés la premiere.
De Rome le Mardy 7. May 1686.
Imanche dernier
Dmois
5. de ce
les Peres de S. Antoine
de Rome celebrerent une
Meffefolemnelle en action de graces
de la Converſion des Heretiqucs de
France. Le S. Sacrement fut expoſe
dés le matin. Ily eut une su
perbe Musique avec grande Simphonie.
Monfieurd'Hervault , l'un
des douze Auditeurs du Tribunal
de la Rote , chanta le Te Deum
GALANT. 201
àla fin de la Messe , ou se trouva
Monsieur l'Ambassadeur de France,
avec un concours extraordinaire ,
de Perſonnes de qualité. Comme ces
- Peres ont le coeur tout François,
& qu'ils font gloire d'estre nez
- Sujets d'un Monarque qui fait
l'admiration de toute la Terre , ils
n'oublierent rien pour rendre cette
Feſte des plus auguſtes & des plus
celebres . Ils avoient fait orner leur
Eglise d'un riche Damas rougecramoiſy,
rehauffé de tiſſus &de
franges d'or , avecle Portrait de
Sa Sainteté , & celuy du Roy. Ils
avoient mis au dehors un autre
Portrait de Sa Majesté à cheval ,
entouré defestons&de fatins. Les
Trompettes qui estoient dans un
Balcon au dessous , mélant leurs
fanfares avec le ſon des Timbales,
Sembloient porter jusqu'au Ciel les
Loüanges du Fils aisné de l'Eglise.
G2
202 MERCURE
Il y avoit unefontaine devin à la
porte du "Convent , qui coula toute
la journée , & l'air retentiſſoit de
tous coſtez des cris d'alegreffe de
Vive la France , & Vive le Roy
Tres- Chreftien. La nuit venuë,
l'on éclaira tout le Convent de
lanternes. On alluma des feux
dans la ruë , on tira quantité de
fusées , & d'autres Artifices , avec
plusde quatrevingt Boëtes & Mortiers
, qui s'estoient déja fait entendre
le foir du jour précedent , &
tout le matin de ce jour-là.CesPe-..
resfont des Chanoines Reguliers de
l'Ordre de S. Antoine , qui ſuivent
la Regle de S. Augustin. Leur Ordre
eſt étably dés l'onziéme Siecle , &
ils joüiffent de plusieurs beaux Pri
vileges. Ils font au nombre de vingtquatre
, tous François , & ont un
Hospital , où l'on reçoit ceux qui
font malades de quelque brûlure.Ils
GALANT. 203
font tous les jours de fort grandes
charitez , & aſſiſtent d'argent &
de vivres tous les neceſſiteux qui
leur viennent demander l'aumône .
Le Reverendiſſime Pere Antoine
Pain de la laſſe , Lyonnois , estprefentement
leur General. Ileft Abbé
perpetuel,mitré &croßé. Ila ſeance
au Parlement de Dauphiné,& droit
de prefider aux Estats Generaux de
la mesmeProvince , en l'absence de
Monsieur l'Evesque de Grenoble. Il
refide au Convent de S. Antoine ,
proche de Vienne en Dauphiné , où
est le corps de S. Antoine , Patron
de l'ordre. Leur Superieur est un
Vicaire Triennal dont l' Abbéà la
nomination. Comme cette Maison de
Rome est unedes principales de l'Ordre
, il n'y met jamais qu'une per-
Sonne d'un grand merite &d'une
vie exemplaire. C'eslteP.PaulBail
let , de la mesme Province de Dan
G3
204 MERCURE
phiné , qui remplit un poste fi honorable.
Le 4. de ce mois Sa Sainteté fit
rendre un Edit , par lequel Elle défend
à toutes fortes de Femmes , de
quelque qualité& condition qu'elles
foient , tant Filles que veuves,
& mariées , d'apprendre à chanter,
n'y à joüer d'aucun Instrument de
Muſique , de quelque Maistre que
ce puiſſe estre, foit Seculiers. , Ecclefiaftiques
on Reguliers , quand
mesme ceux qui leur voudroient en-
Seigner, feroient leurs proches Pavens
ou Alliez, voulant pareillement
que les Religieuses qui ont accoûtumé
de chanter les Offices Divinsen
Musique,ne puiſſent l'apprendre que
des autres Religieuſes leurs Compa.
gnes. Cet Edit fut hier affiché dans
les principaux endroits de Rome.
Le Dimanche 19.de ce mois ,
Monfieur l'Archeveſque de

GALANT. 205
Roüen fit l'ouverture d'une Miffion
dans ſa Cathedrale. Monfieur
Colbert , ſon Coadjuteur,
y preſcha le matin avec un zele
dont tout le monde fut extremement
édifié . Ce fut une affluence
d'Auditeurs extraordinaire.
Il prit pour Texte : Que
la Priere abaiſſe l'orgueil,& éler e
I'ame du Pecheur contrit juſques à
Dien. Tous ſes Auditeurs , parmy
leſquels il y avoit quantité
de nouveaux Catholiques , frrent
penetrez des hauts fentin
mens de pieté qu'il leur inſpira .
Aprés les Veſpres,tout le Clergé
des Paroiſſes de la Ville,&του.ς
les Ordres Religieux ſe rendirent
en la Cathedrale , pour
prendre les devans de la Proceſfion
qui ſe devoit faire de Nôtre-
Dame à S.Oüen . Monfieur
l'Archeveſque , & Monfieurl
!
G4
206 MERCURE
Coadjuteur y aſſiſterent avec
tout le Corps du Chapitre , &
ils furent ſuivis d'une foule extraordinaire
de Peuple. Pendant
le cours de la Miſſion , qui
eſt faite particulierement en faveur
des nouveaux Convertis ,
on doit preſcher à Notre-Dame,
à S. Maclou , à S. Godard , &
à S. Eloy. Ce ſont les Peres Jefuites
qui font cette Miffion .
Le Mardy 21. de ce mois , le
feu prit dans la mesme Ville
avec tant de violence, qu'il conſuma
plus de vingt- cinq maifons
, & entre autres une partie
du Convent des Filles Religieuſes
de la Congregation de Notre-
Dame. Il commença àune
heure aprés minuit , par un tas
de cercles , & ayant gagné un
grand Magazin qui en eſtoit
remply , il s'étendit par le traGALANT.
vers d'une ruë en une tre ruë
fort écartée , où eſtoient quantité
de vieilles maiſons. Les Cloches
de diverſes Egliſes fonnant
en un même temps àune heure
ideuë , auſſi-bien que la nouvelle
Cloche de la Cathedrale ,
repandirent un grand effroy par
toute laVille. On avertit Monſieur
l'Archevêque de cet acci
* dent, & fi-toſt qu'il ſceut qu'on
voyoit le feu dans le Convent
des Religieuſes que je viens de
vous nommer , il y courut pour
donner ſes ordres ; ſon zele &
fa charité paroiſſant en toutes
occafions pour la conſolation
des affligez. L'Incendie dura le
reſte du jour , & toute la nuit
fuivante. Malgré ce furieux embraſement
, on eut le temps de
tranſporter les Malades , & une
partie des meubles .
G
208 MERCURE
Le 12. de ce mois on celebra
avecbeaucoup de magnificence
-la Feſte de la Tranflation des
Reliques de S. Nicolas , Evêque
de Mire , dans l'Egliſe de S. Jean
en Greve. Le motif de cette
Feſte fut de relever une Confrairie
érigée à l'honneur de ce
Saint il y a plus de trois Siecles,
&qui avoit eſté comme éteinte
dans les dernieres années . C'eſt
à quoy Meffire Antoine- Alexandre
de Francelles , Docteur
de la Maiſon & Societé de Sorbonne
, & Curé de S.Jean , á
fort contribué par ſes ſoins,auffi.
bien que Monfieur l'Abbé Bil.
let , Directeur de cette Confrairie
, qui eſt maintenant adminiſtrée
par les Clercs & Acolytes
de la Paroiffe . On appelle ain
les jeunes Gens tonſurez qui ſe
dévoüent àl'Eglife.Ce fontEn-
?
GALANT. 209
fans des Paroiffiens ; & ceux qui
ont le plus de naiſſance tien.
nent à honneur d'eſtre de ce
nombre. Il y en eut pluſieurs des
Paroiſſes de S. Paul , S. Gervais ,
S. Severin , S.Coſme , S.Nicolas
des Champs , S. Eustache , qui
aſſiſterent en Surplis , & avec
un Cierge à la main , à la Proceffionqu'on
fit le matin au tour
de l'Eglife . Monfieur l'Abbé de
Marillac ſervit de Preſtre Afſiſtant
, Monfieur l'Abbé Chaſeul
de Diacre , Monfieur l'Abbé
Morel de Sousdiacre ; &
Monfieur l'Abbé le Gendre , &
pluſieurs autres jeunes Abbez ,
y firent paroiſtre une modeſtie
dont tout le monde fut édifié .
C'eſt le moyen de devenir bon
-Eccleſiaſtique , que de s'appli
quer ainſi de bonne heure aux
fonctions du party que l'on em-
G6
210 MERCVRE
braffe , & il n'y a rien qui ſoit
de meilleur exemple , & qui
touche davantage , que de voir
tant de jeuneſſe , riche & dans
l'âge des plaiſirs , renoncer au
monde,& le donner tout à Dieu.
Monfieur l'Abbé Morelet fit le
Panegyrique du Saint avec
beaucoup d'applaudiſſement, &
prés de deux cens Preſtres fe
trouverent au Salut. a Muſique
avoit eſté faite par le St Boutillier,
Muſicien de Mademoiselle
de Guiſe , qui n'en a que de
bons , & diſciple de Monfieur
Marais , ſi connu pour la Baffe
de Viole. Le Te Deum fut chanté
en action de graces à Dieupour
le rétabliſſement deʻla ſanté de
Roy , & pour le retour des Proteſtans
au ſein de l'Eglife .Ce fut
par ces deux raiſons que l'on
s'attacha particulieremet àdon
GALANT. 211
ner à cette Feſte toute la pompe
qui en pouvoit augmenter l'éclat.
Cette Confrairie rend entre
autres choſes à ſecourir quel.
ques pauvres Filles , & meſme à
les marier , fur tout , ſi elles ſont
de naiſſance , & de la Paroiffe
de S. Jean. De ſemblables ſoins
font fort pieux , puis qu'ils fervent
à retirer de jeunes perſonnes
du précipice où la neceſſiré
les peut entraîner.
Comme réſoudre & executer
n'eſt pour le Roy qu'une même
choſe , ſur tout dans ce qui regarde
le ſervice de Dieu , le Bâtimentde
la Paroiſſe de Versail
les eſt preſque achevé , quoy
qu'il foit commencé depuis peu
de temps,& qu'il ait deux Tours
& une grande façade. Les fix
Cloches destinées pour cette
nouvelle Eglife , furent benîtes
212 MERCVRE
le 3. de ce mois par Monfieur
l'Archevêque de Paris. Monſeigneur
le Dauphin & Madame
la Dauphine nommerent la
premiere & la cinquiéme , &
les quatre autres furent nommées
par les Princes & les Princeſſes
du Sang qui aſſiſterent à
cette Ceremonie. Sa Majesté qui
ſe connoiſt parfaitement à tout ,
a pris plaiſir à entendre le Carillon
de ces Cloches , qui ont
leur ſon ſur les fix Tons de Mufique
, avec une juſteſſe admi..
rable. Elles ont eſté fonduës au
vieux Louvre par le Sieur de
Ninville , & le Sieur Droüart
fon Gendre. Cette fonte a fuccedé
à celle du Carillon de la
Samaritaine , ce qui augmente
de jour en jour la reputation
des Ouvriers , qui continuent
à travailler pour le Roy dans le
meſme lieu .
EGALANT.
213
- Le RoyLeſtant entierement
remis de fon indiſpoſition , a
donné Audience aux Députez
des Etats de Bourgogne , d'Artois
, &de Bretagne . Sa Majefté
qui préfere le bien de l'Etat à
fon repos , n'avoit pas attendu
qu'Elle fuſt en parfaite ſanté
pour donner des audiences particulieres
aux Miniſtres des
Princes Etranges. Ainſi l'on peut
dire que ce Prince a ſeul reſſenty
fon mal ,&que les Etrangers,
-ny fes Sujets ne s'en font point
apperceus. Les Députez des
Etats de Bourgogne eſtoient
Monfieur l'Abbé de Maulevrier,
Aumônier de Madame la Dauphine;
pour le Clergé,Monfieur
le Comte de Tournelle pour la
Nobleffe , & Monfieur Barbier
pour le Tiers Etat. Ils furent prefentez
par Son Alteſſe Serenif
214 MERCURE
fime Monfieur le Duc , Gouverneur
de Bourgogne , & par
Monfieur le Duc de Bourbon ,
receu en ſurvivance. Vous remarquerez
, Madame, que c'eſt
la premiere fonction que ce jeune
Prince ait faite en qualité
de Survivant. Il y a lieu de croire
par tout ce qu'on luy voit
faire dans un âge ſi peu avancé,
qu'il marchera ſur les traces de
fes illuftres Anceſtres. Je croy
pouvoir vous dire fans fortir de
mon ſujet , que cette Survivance
adonné lieu cette année à la
Deviſe des Jettons de Bourgogne.
C'eſt un Soleil levant qui
commence le Printemps dans le
Signe du Belier , qui eſt la premiere
Maiſon celeſte , de même
que cette Province eſt la premiere
du Royaume. On ſçait
auſſi que la Toiſon d'or du mêGALANT.
215
me Belier qui fut mis au rang
des Aftres, a fait l'Ordre des anciens
Ducs de Bourgogne.Cette
Deviſe a ces mots pour ame.
Ses premiers regards ſont pourmoy.
C'eſt le Signe qui parle dans le
ſens litteral , & la Province dans
le figuré. Le reſte de l'application
eſt facile , par rapport au
jeune Prince qui en fait le ſujer.
Si -toft que ce bel Astre eftfurnotre
Hemisphere , 1
Ilattire les yeux fur foy ;
Mais des qu'ilfait du bien au moude
qu'il éclaire ,
Ses premiers regards font pour
moy.
Ces Vers , auffi -bien que la Deviſe
, ſont de Monfieur l'Abbé
Gauthier, dont le talent eſt connu
par pluſieurs autres Deviſes ,
fur tout , par celles qu'il fit pour
Monfieur aprés la Bataille de
216 MERCVRE
Caffel , & pour la Reyne , lors
que la France pleura la mort de
cette Princeffe. Ce dernier Jet- (
ton pour les Etats de Bourgogne
a eſté gravé par le Sieur Soubiran
, Graveur du Cabinet de
Monseigneur le Dauphin.
- Les Députez de Bourgogne ,
dont j'ay commencé à vous parler,
furent conduis à l'Audience
du Roy par Monfieur de Saintor,
Maistre des Ceremonies ; &
comme en de pareilles occa-
-ſions, c'eſt toûjours le Député
du Clergé qui porte la parole ,
Monfieur l'Abbé de maulevrier
eut cet honneur , & preſenta le
-Cahier des Etats à Sa Majesté ,
qui le remit entre les mains de
-Monfieur le Marquis de Chaſteauneuf
, Secretaire d'Etat.
Les Députez des Etats d'Artois
eurent Audience le lendeGALANT!
217
main ,& furent preſentez par
Monfieur le Prince d'Elbeuf, receu
en furvivance du Gouver
nement de Picardie & d'Artois.
Ces Députez font Monfieur l'EL
veſque de S. Omer , Monfieur
de Belleforiere , & Monfieur
d'incourt. Les Cahiers que ce
Prelat preſenta au Roy , furent
Temis entre les mains de Mon-
Geur le marquis de Barbefieux,
Pils de Monfieurde marquis de
Louvois ,& receu en ſurvivance
de la Charge de Secretaire
71
Deux joursaprés les Députez
des Etats de Bretagne furent
preſentez par Monfieur le Duc
deChaunes ,Gouverneurde la
Province. Monfieur l'Evêque de
Treguier , nommé à l'Eveſché
de Poitiers , porta la parole. Il
eſtoit accompagné de Monfieur
218 MERCURE
le marquis de Charoſt , Député
de la Nobleſſe , & du Député
du Tiers Etat.Les Cahiersqu'ils
preſenterent, furent remis entre
les mains de Monfieur Colbert
de Croiffy, Miniſtre & Secretaire
d'Etat. Je ne vous dis rien de
particulier des trois Diſcours qui
ont eſté faits au Roy dans ces
differentes occaſions . Comme
ceux qui les ont faits , ſont tous
trois fort éloquens , & que l'on
n'eſt point nommé par de grads
Corps fans avoir lesqualitez neceſſaires
pour s'aquitter de pareilles
fonctions , vous pouvez
croire qu'ils les ont dignement
remplies , & qu'ils ont receu
beaucoup d'applaudiſſemens ;
mais quand on a l'honneur de
parler au Roy, on peut toujours
s'aſſurer d'un pareil ſuccés , puis
GALANT. 219
que la beauté de la matiere la
feroit paroiſtre par elle-meſme ,
ſans qu'on euſt beſoin du ſecours
de l'Art . Les Députez des Etats
fonttoûjours conduis par le maiſtre
des Ceremonies , & prefentez
par le Gouverneur de la
Province , ce qui fait connoiſtre
qu'on les reçoit avec beaucoup
de distinction. Ils vont à l'Audience
des Enfans de France, &
yfont auſſi conduis par le Maiſtre
des Ceremonies. Il y a une
choſe à remarquer , qui embaraſſe
quantité de Gens. Ils demandent
pourquoy Sa Majesté
a remis à trois differens ſecre
taires d'Erat les Cahiers des
Etats de ces trois Provinces ; fi
c'eſt qu'ils les doivent recevoir
chacun à fons tour , ou fi le
hazard en a eſté cauſe. Ce n'eſt
par aucune de ces deux raiſons.
220 MECRURE
Toutes les Provinces de France
ſont ſeparées en quatre , & l'on
donne le nom de Départemens
à ce partage. Tous ceux qui ont
affaire au Roy, doivent s'adreffer
au Secretaire d'Etat du Département
dont ils font , & c'eſt
toûjours à luy que Sa Majeſté
remet les Cahiers des Etats . Il
faut auffi remarquerque leGouverneur
de la Province preſente
toûjours les Députez . Je ne
fçaurois finir cetsAtticle fans
vousdireune choſe fort glorieuſe
pour les Etats de Bourgogne;
& qui marque l'amour que les
Peuples de cette Province ont
pour le Roy. Comme ils ont
deſſein de faire élever dans la
Place Royale de Dijon une Statuëà
cheval, ſemblable à celle
de Henry IV. que l'on voitfur
le Pont-neuf, ils avoient charg
GALANT. 2212
gé leurs Députez de conſommer
cette affaire avant leur retour
, en choiſiſſant le plus ha->
bile Sculpteur qu'il feroit poffible
de trouver ,& en arrêtant)
& fignant le marché, tant pour
le prix de l'Ouvrage ,que pour
le temps qu'il y faudroit employer
, afin qu'ils pûffent avoir au
plûtoſt chez eux une Figurel
reſſemblante de ce Monarque ,
& la contempler à loiſir au defaut
de l'Original. Monfieur le
Duc les a ſervis dans cette occaſion
non ſeulement comme un
zelé Gouverneur , qui ne ſouhaitoit
pas moins qu'eux de voir
l'execution des choſes qu'ils demandoient
, mais encore comme
un Prince tout plein d'amour
pour le Roy , & comme
il a beaucoup de lumieres fur
toutes chofes , il s'eſt donné la
1
2225 MERCVRE
peine de chercher le plus fameux
Sculpteur , & de voir les
Ouvrages qu'ont fait ceux qui
paſſent pour les plus habiles
dans cet Art. Il a examiné toutes
les Figures de marbre qui
font à Verſailles , & qui ont eſté
faites par des Sculpteurs modernes
,& celle qui repreſente l'Air
luy a paru la plus belle.Ce Prince
aconfirmé par là l'opinion avantageuſe
qu'on avoit de ſon bon
gouſt , puis que le Sculpteur qui
a fait cette Figure , a merité une
gratification pardeſſus le prix
de fon Ouvrage. Je pourrois
dire que c'eſt un prix pour avoir
mieux fait que les autres. Vous
le nommerez comme il vous
plaira , c'eſt une choſe dans laquelle
je ne pretens point entrer,
à caufe des Illuſtres quiont
eſté concurrens avec ce Sculpteur,
GALANT.
223
pteur , qui s'appelle Monfieur le
Hongre. Cette Figure de l'Air
frape beaucoup plus les fins
Connoiffeurs que les autres , à
cauſe qu'elle n'eſt point animée
par tout ce quimarque la crainte
, la douleur , & la joye , qui
font que les Figures auxquelles
on est obligé de donner les vives
expreſſions , arrachent toûῦ ·
jours d'abord des loüanges ,
quand meſme elles n'auroient
ny l'art ny la correction qu'il
leur faudroit pour eſtre parfaites.
Ainſi l'on peut dire que c'eſt
l'expreſſion que l'on y remarque
qui attire tous ces applaudiffemens.
En effet, il eſt difficile que
le Sculpteur le moins animé
n'en donne à ſa Figure , quand
il faut qu'elle repreſente quelque
choſe de paſſionné. Il n'en
eſt pas de meſme d'une Figure
May 1686. H
224
MERCVRE
ſage , qui ne demande point ces
fortes expreffions , qu'on ne regarderoit
pas , fi elle n'eſtoit
point d'un habile homme , parce
que cetOuvrage eſt tout du
Sculpteur , & que l'autre tire
tout ce qu'elle a de beau , de la
paffion que le Sculpteur a dû y
repreſenter ,& comme le moins
habile l'exprime toûjours en
quelque forte , il eſt impoſſible
qu'elle ne frape. Si quelquesunes
de vos Amies vont à Verfailles,
elles trouveront la Figure
del'Air au bout du lieu que l'on
appelloit Le Parterre d'eau, prefqu'à
coſté d'une Diane faite
dans le meſme temps par MonſieurDes-
Jardins ; & du meſme
coſté où eſt en bas celle de M
Girardon , qui repreſente l'Hile
pourrois dire que ces
trois Illuſtres , avec Monfieur
ver.
WE
2.25
• GALANT.
Puget , habitué à Marseille , où
il a travaillé au Milon & à l'Andromede
qu'on voit à Verſailles ,
font aujourd'huy les quatre premiers
Sculpteurs de l'Europe;
-mais j'aime mieux le laiſſer dire
au Public , qui ne le tait pas, &
en reconnoiſtre beaucoup d'autres
, comme tres- habiles , & qui
le ſonten effer. 1
On frapa une Médaille pour
Monfieur de Boucherat , fi-toſt
que le Roy l'eut nommé ſon
-Chancelier. Je l'ay fait graver , &
je vous l'envoye. Il eſt naturel
de vouloir connoiſtre les Grands
Hommes.Ainfi je ne doute point
qu'elle ne ſoit vevë avec plaifur
dans voſtre Province. le croy
vous avoir marqué que quand
Sa Majesté l'honorade cette im-
•portante Charge , Elle luy dit de
cet air honneſte & obligeant
>
H 2
226 MERCURE
.
dont Elle accompagne toutes les
graces qu'il luy plaiſt de faire ,
qu'Elleneluy confioit les Sceaux ,
qu'à la charge qu'illes garderoit
long-temps. Il ſemble que Monfieur
de la Cour ait voulu ſe conformer
aux intentions du Roy ,
en dédiant à Monfieurle Chancelier
un Livre qu'il a donné au
Public depuis peu , ſous le Titre
de Regime de Santé. Les reflexions
qui font à faire ſur la maxime à
ledentibus &juvantibus , peuvent
contribuer àla conſervation d'une
ſanté ſi pretieuſe à l'Estat , &
à procurer une longue vie à ce
digne Chef de la luſtice On doit
meme entirer un bon augure ,
puis que c'eſt le premierOuvrage
qui luy ait eſté dedié depuis
qu'il eſt Chancelier;& que pour
luy rendre ce premier devoir ,
l'Auteur achoiſy la plus utile ma-
11 ک
GALANT. 227
t
tiere qu'il pouvoit traiter. La
lecture de ce Livre ne ſera pas
moinsavantageuſe àtous les honneſtes
Gens, s'ils examinent avec
▸ quelque attention ſur leur conduite
, que tous les Preceptes de
Santé ſont renfermez dans ceux
qui enſeignent à ſe priver de ce
qui fait mal ,& à uſer de ce que
l'on ſent qui fait du bien .
Meffire Charles - Loüis de
Monchals, Avocat General en la
Cour des Aydes de Paris, mourut
le 24. de ce mois. Cette place
vient d'eſtre remplie par Monſieur
des Haguets , l'un des plus:
fameux Avocats que nous ayons "
aujourd'huy . Avec un ſi grand
talent , il ne peut manquer de
s'acquiter avec gloire d'un pareil
Employ.
Cette mort a eſté ſuivie le 28 .
decelle de Dame Marthe- Agnés
H3
228 : MERCURE
Potier de Novion , Femme de
Meffire Armand de la Briffe ,
Conſeiller d'honneur au Parlement
de Paris , Maiſtre des Requeſtes
, & Prefident au Grand
Confeil. Elle estoit Fillede Meffire
Nicolas Potier de Novion,
Premier Prefident au Parlement,
& Secretaire des Ordres du Roy,
& de Dame Catherine , Gallard,
Soeur de Monfieur Gallard, Prefidenten
la Chambre des Conptes,
& de Monfieur Gallard de
Painville , Maiſtre des Requeſtes!
Nicolas Potier Sieur du Blanemerhil
&& de Groflay , General
des Monoyes de France , fut élû
Prevoſt des Marchands à Paris :
ſous Louys XII. Il refufa cette
Charge, & fur les fouhaits du
Public , il fut obligé de l'accepterpar
Arreſt du Parlement Il for
Père de Jacques Potier Sieur du
GALANT. 229
Blancmeſnil , Conſeiller au Parlement
ſous François I. fi recommandable
pour ſes vertus , que
Monfieur le Chancelier de Lhofpital
Bodin , & pluſieurs illuſtres,
Scavans en font une mention
tres-avantageuſe dans leurs Hiſtoires.
Ce Jacques Potier épouſa
Françoiſe Cueillette, Dame de
Gefvres , & eut pour Fils Nicolas
Potier, Seigneur du Blancmef
nil , Preſident au Mortier au Parlement
de Paris en 1585. &
Chancelier de la Reine quiprit
Alliance avec ſabeau Baillet ,
Dame de Sceaux , Treſmes &
Sully , Fille d'un Preſident au
Mortier du Parlement de Paris.
De ce mariage fortit.André Potier
de Novion , qui époufa
Catherine Cavelier. 11 füt Prefident
au Mortier au Parlement de
Paris , aprés avoir exercé lamê-
Η
230 MERCURE
me Charge au Parlement de Bre
tagne. C'eſt l'Ayeul de meſſire de
la Briffe dont je vous parle. Elle
étoit Soeur de Meſſire de Ribeyre,
Femme de Monfieur de Ribeyre ,
Conſeiller d'Estat .
,
ט מ
Cette maiſon de Potier a donné
des Evefques & Comtes de
Beauvais Pairs de France
grand Aumônier de la Reyne ,
des Ducs de Geſvres & de Tref
mes , auſſi Pairs de France , des
Capitaines des Gardes duCorps
de Sa Majesté , Chevaliers de ſes
Ordres , Lieutenans Generaux
de ſes Armées , ſignalez dans les
Armes , & pluſieurs morts au lit
d'honneur couverts de playes ,
particulierement Mt le marquis
de Geſvres , tué au Siege de
Thionville âgé de 33. ans , ayant
receu 41. bleſſures en ſon corps.
Divers Secretaires d'Estat de cer-

GALANT.
234
te meſme Maiſon ont rendu de
grands ſervices à nos Rois en
beaucoup d'occaſions importantes.
Elle a auſſi donné pluſieurs
Conſeillers d'Estat , maîtres des
Requeſtes , Conſeillers au Parlement
, & c . Feu Monfieur Potier
de Novion , maiſtre des Re
queſtes , & receu Preſident au
Mortier en ſurvivance de Monſieur
ſon Pere , eſtoit Frere de
Madame de la Briffe. Il avoit
épousé la Fille de Monfieur de
Malon de Bercy , Preſident au
Grand Confeil , & Doyen des
Maiſtres des Requeſtes , & en a
laiſſe pluſieurs Enfans. L'aiſné
eft Conſeiller au Parlement de
Paris.
Monfieurle Comte de Murray,
grandCommiſſaire du Roy d'Angleterre
en Ecoffe arriva àEdimbourg
le 6. de ce mois , pour y
Η
2321 MERCVRE
préſider au Parlement. Il avoit
eſté accompagné depuis la Frontiere
par pluſieurs Seigneurs du
Royaume, & par quelques Compagnies
des Gardes du Roy Monfieur
le Comte de Perth , Grand
Chancelier , le Conſeil d'Etat , le
Clergé , & les principaux Of
ficiers , ſuivisde plus de fix cens
Bourgeois à cheval , allerent au
devant de luy à cinq milles de la
Ville. Cing pieces de Canon qui
avoiét êté miſes exprés àun mille
d'Edimbourg, firent trois décharges
pour avertir de ſon arrivée.
Le Grand Prevolt , accompagné
des autres Magiſtrats, reveſtus de
leurs robes de Ceremonie , le receut
à la Porte de l'Eau . H fur
conduit au Chaſteau avec toutes
les marques d'honneur que l'on
devoit à fon caractere , & traité
enfuite avec beaucoup de mai
a
GALANT.
433
gnificence par la Nobleſſe , le
Clergé, & les Magiftrats. Le 9.
tous les Députez qui doivent
compoſer le Parlement s'eſtant
rendus au Chaſteau , l'accompa
gnerent à la Salle où ſe devoit
tenir l'Aſſemblée. Il ſe plaça ſous
le pais , & aprés que la lecture
de la Commiſſion cut eſté faite
avec les ceremonies ordinaires
& que l'on euſt leu la Lettre du
Roy, il fit le Diſtours qui fuit......
ILORSET MESSIEURS
Le Roy acstési fatisfait
des témoignages de fidelité , de
respect & de zele qu'il a receus
de vous dans la derniere Seance de
cette Assemblée ,& des grandes
marques d'affection que vous avez
données , pour sa Perſonne facrée
&ſes interests , enfaisant paroistre
votre attachement inviolable àla
H 6
234 MERCURE
Couronne , dans le temps de la dan
gereuse Rebellion qu'il a heureu
Sement étouffée , que voulant auſſi
vous donner des marques du ſoin
paternel qu'il prend de vous , qui
eſtes fon ancien& bien aimépesple,
ila jugè à propos de vous raf
Sembler promptement , afin de vous
fournir par une genereuse reconnoiſſance
de nouvelles occafions de
faire des choses qui pourront contribuer
au bien commun de laNation.
Tous les divers Etats de ce
Royaume , de quelque rang qu'ils
foient, luy ayant donné de grandes
preuves de leur fidelité &de leur
obeiſſance , non seulement lors qu'it
les abonnerezdefaprefenceRoyale,
mais encore depuis ce temps-là , Sa
Majesté a aussi reſolu devous faire
Sentir à tous les effets de fa bien
veillance & de fa protection , &
pout cet effet , Elle a deſſein de refGALANT
.
235
pandre fur voussesfaveurs, qu'Elle
pretend rendre aussi generales &
auſſi entieres , que vostre respect&
vostre affection ont esté remarquables.
C'estfur ce fondement que j'ay
ordre de vous affeurer que le Roy,
qui employe tous fes soinspourétablir
un commerce libre entre ſes
Royaumes d'Ecoffe & d'Augleterre,
comme un moyen des plus affeurez
de prevenir la mine dontſes Villes
Royales font menacées par celle du
Negoce , n'oubliera rien pour achever
un Ouvrage si avantageux à
ce Royaume. Dans cette veue , Sa
Majesté a donné fes ordres à fon
Envoyé à la Cour de France , afin
qu'il taſche defaire fupprimer les
cinquantefols par tonneau , & de
recouvrer la poſſeſſion des autres
privileges dont joiſſoient autrefois
les Marchands Ecofois trafiquans
en France , & que l'on a laissé
236
MERCVRE
perdre , faute de s'en fervir. Le
Roy voyant que ſes Bourgs deRegaiſté&
de Baronie joüiffent plus
que les autres de ce trafic ,pour
lequel les Villes Royales payent là
fixième partie des taxes de la Nation
, m'a ordonné de consentir pour
luy à tous les Reglemens que vous
trouverez équitables sur ce sujet,
& comme plusieurs plaintes luy ont
efté faites touchant les empefchemens
que les Marchands de ce
Royaume trouvent dans le negoce
qu'ils ont aux Pays Bas , Fay aussi
ordrede confentir enfon nom à tout
ce que vous croirez estre raiſonna.
ble poury apporter remede. On l'a
pareillement informé du grand préjudice
que fouffre l'Ecoffe par les
Bestiaux, les Chevaux,&les vivres
qu'on y apporte d'Irlande , & jay
plein pouvoir , non seulement pour
GALANT
237
donner son consentement Royal à
tout ce qui pourra empescher à
l'avenir un pareil abus, mais encore
pour examiner la conduite & les
malversations de ceux à qui on
avoit confié leſoin de s'opposer àce
commerce illicite , afin qu'ils soient
punisfelon la rigueur des Loix. Sa
Majestéayant esté aussi avertie du
grand préjudice que fouffre le Negoce
de ce Royaume , parce qu'on
n'y bat pas monnoye continuelle
ment , m'a permis de consentir à
tout ce que ce Parlement,felon fa
fageſſe , trouvera juste de reglerfur
oet Article. Le Roy qui en avan
çant le Commerce de cette Nation
par toutes fortes de voyes raisonna
bles , veut en mesme temps vous
donner desmarques particulieres de
fa bonté , m'a commandé de vouS
dire qu'il ne vous demande prefen
1 :
238
MERCURE
tement aucuns ſubſides ny aucunes
taxes de quelques nature que ceſoit,
quoy qu'il ait esté obligéde faire de
grandes dépenses pour faire avorter
la derniere Rebellion , Sa Majesté
estant persuadée que vostre
affection & voſtre zele vous ont
portezà luyfournir tout ce que vous
avezpû luy donner. C'est pour vous
marquer combien Elley eſt ſenſible,
qu'Elle a reſolu de n'épargner aucuns
deſesſoins pour l'avantage &
le bien de ce Royaume, qu'Elle croit
avoir esténegligé trop long-temps ,
carElle ne doutepas que fa condition
Royale ne foit inseparable du
bonheur & de la prosperitédefon
Peuple. Elle Sçait que les rentes
qui proviennent des Terresfontfurchargées
de taxes , &feferoit un
plaisir d'en ofter une partie fi elles
n'estoient pas absolument neceſſaires
, tant pour voſtre ſeureté que
GALANT.
239

pour Soûtenir fon Gouvernement.
C'est àvous àvoirſi l'on peut paſſer
quelque acte qui puiſſe donnerquel
ques foulagement là deſſus ,sans
trop diminuer les quotes ou portions
ordinaires. L'ay ordre d'y confentir
ainſi qu'à tous les Reglemens qui
pourront afſfeurerà venir payement
exact àses sujets de la part des
Officiers &des Soldats de fes Trou
pes, foit dans leurs quatiers ,foit
dans leur marche , & garentir be
commun Peupledes oppreffions qu'on
dit avoir estécommiſes parles Com
miſſaires. Ce qui doit vous furprendre
davantage , est que le Roy ne
Secontentepas, depourvoiràtafeuretéde
ce Royaume , &de regarder
Ses bons&fidelles Suiers commeſes
Enfans, mais encore comme un Pere
plein de compaſſion&de tendreſſe, il
est toûjours prest àpardonner lesfautesinexcufables
de ceux quiont ofé
240 MERCVRE
perdre le reſpect qui lisy est deu,
porter leur défobeiſſance jusqu'à la
revolte. C'est pourquoy voulant appaiſer
les alarmes de fon Peuple ,
& diſſiper encore unefois les apprehenſions
des coupables , en les déli
vrant de la crainte de fubir les
châtimens qu'ils ont meritez , il a
eu la bonté de m'ordonuer de paſſer
un Acte d' Amnistie , avec quelques
exceptions neceſſaires & raisonnables
, pour toutes fortes de crimes
cy-devant commis , ce qui fera voir
àtout le monde qu'il cherche àramener
Jes Sujets à leur devoir par
la douceur & par la clemence ,&
qu'il n'y a que leur opiniatreté invincible
à faire le mat, qui puiſſe
Kobliger àuser de cette feverité,qui
est quelquefois neceſſaire pour la
feureté des peuples & des Estats.
Milords & Meßieurs. LeRoy aprés
avoirformé defi grands deffeins de
GALAN T. 241
travailler de tout son pouvoir àce
qui regarde l'honneur & le biende
ce Royaume , après avoir pris la re
Solution de pardonner a tant d'Ennemis
, & de délivrer les coupables
de ce qu'ils devoient craindre d'une
juste & rigoureuse poursuite , croît
que perfonne ne s'étonnera s'il de
mande avec l'avis & le conſentement
de cette Assemblée ,le foula
gement & la Seureté de quelques..
uns defes bons sujets de laReligion
Catholique Romaine , qui ont toujours
eu de l'attachement pour la
Monarchie , & ont esté prests en
tour temps de facrifier leurs vies
& leurs biens pour le ſervice&la
défense de la Couronne ; de forte
que Sa Majesté qui connoist parfaitement
les inclinationsfidelles
respectueuses defon Peuple Ecoffois,
eft entierement persuadée que vous
ferez volontiers & fans delay c
e
242
MERCURE
qu'Elle ſouhaite , cela ne regardant
pas moins voſtre ſeuretéque fa fatisfaction.
Ainsi j'efpere que vous
me renvoyrez à mon grand Maître
avecles meilleures marques quevous
puiſfiez luy donner du respect &de
la fidelité inviolable de ſon ancien
Royaume d'Ecoffe. C'est en cela que
vous ferez paroiſtre que vous estes
les meilleurs & les plus affectionnez
Sujets du meilleur &du plus heroïque
Prince de la Terre.
Les Députez témoignerent
eſtre fort contensde ce Difcours.
On commença àle mettre en déliberation
, & à choiſir les Commiſſaires
ou Lords des Articles .
Je ne vous ay point parlé des
derniers Benefices qui ont eſté
donnez par le Roy , parce que
le mois eſtant déja avancé quand
cette nomination a eſte faite , je
n'aurois pû eſtre aſſez bien inGALAN
Τ .
243
formé de tout ce qui regarde cet
Article. Monfieur Verjus , Evêque
de Glandeve , cy-devant
Preſtre de l'Oratoire, a eſté nommé
à l'Eveſche de Graſſe , &
Monfieur l'Abbé de Viens , Evê
que de Graffe , à l'Eveſché de
Vence. Il a de la qualité , de l'eſprit
, du merite , de l'érudition ,
&tout ce que l'on peut ſouhaiter
dans un Prelat. Monfieur
l'Abbé de Vence de Ville-neuve,
homme de qualité , a fait voir
tant de merite dans l'Aſſemblée
du Clergé , qu'on l'a trouvé digne
d'un Eveſché, quoy que dans
un âge à pouvoir encore l'attendre.
Il a eu celuy de Glandeve.
L'Eveſché de Treguier a eſté
donné à Monfieur l'Abbé de Carcado.
Il eſtoit autrefois Aumônier
de la Reyne Mere. Cette nomition
fait connoiſtre la bonté , la
244 MERCURE
justice , & la memoire du Roy.
Monfieur l'Abbé de Clermontde
Toury a eſté pourveu de l'Abbaye
de S. Pierre de Verteüil ,
Ordre de S. Auguſtin , Diocefe
-de Bordeau. Le nom de Clermont
marque la nobleſſe de cette
Maiſon. Ce nom eſt celebre dans
J'Eglife , & qui voudra y marcher
fur les traces de Monfieur l'Evêque
, Pair de France , Comte de
Noyon, paroiſtra avec une diſtinction
glorieuse. L'Abbaye de
Pontieres , Ordre de S. Benoist ,
Dioceſe de Saumur,a eſté donnée
à Monfieur d'Aubigné. Il a du
merite , une grande application à
l'étude,& beaucoup de modeſtie.
Monfieur l'Abbé de Mauroy a cu
l'Abaye de Noirlac , Ordre de
Cifteaux , Dioceſe de Bourges ,
&Monfieur l'Abbé Bloüin, Frere
de Monfieur Bloüin , premier
GALANT.
245
1
:
Valet de Chambre du Roy , a eſté
pourveu de l'Abbaye que poffe .
doit Monfieur le Chevalier de
Sourdis . Le Roy a auffi donné l'ab.-
baye Reguliere de S. Benoint , Ordre
de Ciſteaux , Diocese de
Mets , au Pere Cuvier, Religieux
du meſme Ordre , & l'Abbaye de
l'Amour- Dieu , Dioceſe de Soif
fons, auſſi de l'Ordre de Ciſteaux,
àMadame Bergelonne , Prieure
du meſme Convent, & Tante de
Me Manſart. Le Roy avoit donné
quelques jours auparavant l'Abbaye
de S. Antoine lez Paris , à
Madame de Montchevreüil , Religieuſe
de Gomer- Fontaine , &
| Soeur de Monfieur le marquis de
Montchevreüil , Capitaine du
Chaſteau de S. Germain en Laye,
C'eſt une Dame d'un fort grand
merite , & qui par une vertu
exemplaire , & la pieté la plus
246 MERCURE
ſolide, s'eſtoit acquis l'eſtime particuliere
de Madame l'Abbeſſe de
Gomer-Fontaine , & de toute fa
Communauté. Cette Abbeſſe eſt
Soeur de Monfieur l'Archevêque
de Roüen , & joint aux avantages
de ſa naiſſance des qualitez
diftinguées , qui la mettent dans
une tres grande confideration.
Enfin Monfieur le Ducde la
Force , après avoir eu pluſieurs
conferences avec Monfieur l'Ar
cheveſque de Paris , a eſté entie
rement convaincu des erreurs de
laReligion Proteſtante. Plus cette
conqueſte a coûté de ſoins , plus
elle eſt glorieuſe à l'Eglise , & à
ce Prelat ; & plus Monfieur le
Duc de la Force a cherché à s'é
claircir pleinement ſur tous ſes
doutes , plus on a ſujet de croire
qu'il a eſté penetré des lumieres
de la Foy. ...
La
GALANT.
247
La premiere des deux Enigmes
du dernier mois avoit eſté faite
fur les Eperons. Meſſieurs de Bernay
, de la Caillerie , l'Abbé de
Choix ; Mademoiſelle Catin S. &
le tres-humble Serviteur de l'aimable
Fileuſe , l'ont expliquée
dans ce ſens.
La Pilule eſtoit le vray motde
la ſeconde. Il a eſté trouvé par
Meſſieurs le Chevalier de S.Brice,
- Fumée ; Langerie ; S. Silvin , des
Averdins en Berry : L. Boucher,
e ancien Curé de Nogent le Roy ;
: Hordé de Senlis ; meſdemoiſelles
: Marion Bariban de Toul; Madelon
- Provais ; la ſage Fanchon du
: Treillis vert ; l'Aſſemblée ſpiri-
- tuelle du Quartier d'enhaut de la
ruë de l'Arbre-ſec , l'Homme à
l'eſprit droit de la meſme ruë ; le
trop Sincere de la ruë S.Antoine ;
Scaricaski de Nava , & le gros
Amy de Versailles .
May 1686.
$
I
148 MERCVRE
Ceux qui ont trouvé le vray
: ſens de l'une & l'autre , ſont
-Meſſieurs Dougan de Caën : P.
Carrier de Roüen ; Simonin ;
l'Abbé de Mont- oliveto; le Chevalier
de Mazeres ; Rault de
Roüen ; Campion & du Ruiſſeau
de Chaalons ſur Saaone ; le Marquis
de S. Vorle ; C. F. Lourdet
du quartier de la Place Maubert ,
la Prairie ; Cairon de Caën ; la
Tronche de Roüen ; l'Abbé de
Beſſay ; meſdemoiſelles deCourtalvert
de Colombiers au mans ;
Dantardde la ruë de la Coffonnerie
; Manon la belle beauté
L'eſclave de labeauté de l'Ordre
les bons Gouts de Beaumonts ;
l'Ouvrier ſans pareil ; l'Exilé
d'Argentant ; la Fidelité malheureuſe
; G. D. M. Amant de la
Charmante inviſible ; M. M. de
la Place Maubert ; L'Arrabe du
GALANT .
249
meſme quartier ; Tamiriſte de
la ruë de la Ceriſaye; l'Amy fidelle
, le MaiſtreClerc Eſpagnol
de la rue S. Honoré ; les Habitans
du Mont Parnaſſe ; l'Amant
Conſtant maltraité par la Belle
Indifferente du coin du Pont
Noſtre- Dame ; miſtou de Charny;
le Chevalier de beau Regard;
l'Orateur de l'Ordre de la Fidelité
; le Miſantrope de la Fidelité;
Dom Arnolphe de la folie; le
- petit Cercle noir & blanc per-
= ſecuté ; Les Infortunez Amans
- de l'aimable Solitaire de Verſailles
, y compris le Chatoüilleux ;
= l'Illuſtre Berger Nicaiſe au nez
aquilin ; le Ciceron de Chaillot
en Turquie , l'un des Animaux
del'Arsenal ; Alcidor du Havre;
la plus Spirituelle d'Eſtampes, la
Charmante Veuve G. de la ruë
du Roy de Sicile; les Belles in-

1
I 2
250
MERCURE
ſeparables de Lagny fur Marne ,
la Bergere au petit nez ; l'Enjoüée
Angelique ; la grande
Anachorette; la belle Indolente;
l'agrément de la ruë S. Bon ; la
Belle brune de l'Arsenal ; la
Charmante Solitaire du vieux
Verſailles ; la plus jeunes des
Graces de la ruë de la Coſſonerie
; Silvie ; & la petite Aſſemblée
A. du Havre .
Je vous envoye deux Enigmes
nouvelles . La premiere eſt du
Berger de Flore. L'amant de la
Belle de la Ville de Paris a fait la
feonde .
ENIGME.
Vand je ſuis plein d'esprit , on
eftime mon pere ;
Quand j'ayle corps bien fait , on
enpriſe ma mere ?
GALANT. 251
Les Roses & les Lys m'embellifſſent
Souvent ;
Je puis , àla mesme heure , estre en
plus d'uneplace ;
On me peut transporter en Perſe,
comme en Trace ;
MaisDieu mesmene peut me pous-
Ser plus avant.
AUTRE ENIGME .
L
A Confufion &l'Envie
Sont ceux qui me donnent
la vie ,
Et j'aime autant celuy qui veut me
l'enlever ,
Que celuy qui s'applique àme la
conferver,
Quoy que de tels parans je naiſſe,
Chacun dans l'équitéſepeutfervir
de moy ;
Tel qui me hait, à qui je fais effroy.
I3
252
MERCURE
Seroit en me perdant accablé de tri
Steſſe.
Quelquefois j'ay raison,& quelque.
fois ay tort ;
Jefais grands frais , grande dé
panse;
Etsi l'on ne prend ſoin d'y mettre
ordre d'abord,
I'epuiſe enpeude temps laplusforte
finance....
:
Ce n'est pas en habits, puis que i'en
ay de neufs
Pourunfol tout auplus pourdeux.
J'aurois pû vous parler dés le
commencement de ma Lettre de
la défaite des Proteſtans des Vallées
de Lucerne , ſi je n'avois
voulu attendre que cette affaire
fuſt tout à fait conſommée , afin
de la mettre entiere dans une
meſme Relation . La Religion que
ces Peuples profeſſoient , leur
GALANT.
253
S

avoit toûjours donné de l'averfion
pour les Souverains.Leur revolte
continuelle ayant obligé
Monfieur le Duc de Savoye à les
ſoûmettre d'une maniere qui pût
empeſcher à l'avenir leur rebellion
, ce Prince voulut ſe ſervir
auparavant des voyes de dou- ,
ceur. Ainſi aprés pluſieurs offres,
il leur déclara par un Edit qu'il
leur pardonnoit s'ils ſe reſolvoient
à rentrer dans leur devoir, & que
s'ils eſtoient opinjâtres , il leur
accordoit encore huit jours pour
fortir de ſes Etats , leur laiſſant la
liberté de vendre leurs biens tant
meubles qu'immeubles,& meſme
de laiſſer ſix perſonnes d'entreeux
pour achever cette vente , fi
elle ne pouvoit ſe faire dans ce
delay de huit jours. Les Seditieux,
ſans avoir égard à la clemence
de leur Souverain, ayant continué
14
254 MERCVRE
de ſe fortifier dans leurs Montagnes
, d'en boucher les paſſages ,
& de faire amas de munitions
de guerre & de bouche , l'obligerent
enfin à prendre la refolution
de les faire attaquer par fix
endroits differens , tous de tresdifficile
accés , & qui avoient toûjours
paru inacceſſibles . Ces Rebelles
n'eſtoient pas ſeulement
fortifiez d'un terrain ſi avantageux
, ils l'étoient encore par
quantité de Forts , & par la penſée
qu'ils avoient qu'il eſtoit impoſſible
de les vaincre. C'étoit
beaucoup ſe flater ; cependant
ils avoient raiſon d'en eſtre perſuadez
, puisqu'ils ont reſiſté
vingt- fix fois aux Guerres que les
Ducs de Savoye leur ont faites ,
quoy qu'ils fuſſent ſecondez une
fois des armes du Pape , une autre
de celles de la France,& qu'ils
GALANT .
255
l'ayent eſté auſſi de celles d'Eſpagne.
Ils estoient au nombre de
douze mille hommes capables de
ſoſtenir un combat,& ils avoient
beaucoup de Femmes armées &
agueries , & qui dans un terrain
auſſi avantageux que celuy - là ,
pouvoient travailler à leur défence
, preſque auſſi utilement que
les Hommes meſmes. Toutes ces
choſes leur pouvoient faire eſperer
des ſuccez tres - favorables ;
mais ſi l'eſprit de Rebellion qui
regnoit parmy eux depuis ſi longtemps
ne les euſt point aveuglez,
ils auroient connuqu'ils ne pouvoient
éviter leur ruine entiere ,
puiſqu'ils eſtoient attaquez par
un jeune Prince en perſonne,que
le zele de la religion, &le defir
de la gloire animoient , & qui
eſtant formé en partie du Sangde
nos Rois , ne fait rien attendre
Is
56 MERCURE
qued'extraordinaire Les revoltez
n'avoient pas ſeulement à faire
réflexion là-deſſus , ils devoient
encore confiderer qu'un Prince
quileur devoit eſtre ſi redoutable,
eſtoit ſecondé dans ſa loüable &
juſte entrepriſe par des Troupes
Françoiſes , c'eſt à dire par des
Chefs & par des Soldats , qui ne
font jamais revenus du Combat,
que Victorieux .
Quoy que Monfieur le Duc
de Savoye avec le fecours de ſon
courage & de ces Troupes in
vincibles , euſt tout lieu de ſe
promettre les avantages qu'il a
remportez , une bonté genereuſe
ne laiſſa pas de ſuſpendre ſa
vangeance lors qu'il fuſt preſt
d'en fuivre les mouvemens. Il fiz
offrir de nouveau à ſes Sujets re
belles l'argent de leurs biens ,
avec des Paſſeports pour ceux
GALANT.
257
qui ne voudroient pas faire abju.
ration , ce qu'ils refuſerent avec
une obſtination auſſi grande que
la bonté de leur Prince l'eſtoit
pour eux. Ainfi on ne ſongea
plus qu'à les punir.
Les choſes eſtant en cet état ,
les Troupes de Savoye s'avance-i
rent juſqu'à Briqueras pour eſtre
plus prés des Montagnes où elles
avoient reſolu d'entrer. Elles
eſtoient de fix Bataillons , d'un
Regimentde Dragons, & de trois
à quatre cens Gardes du Corps.
Toutes ces Troupes eſtoient belles
& magnifiques , & tellement
reſoluës à vaincre ou à perir, que
la pluſpart de ceux qui les compoſoient
avoient fait leur Teſtament,
ce qui marquoit une refolution
bien remplie de zele, puiſqu'il
eſt beaucoup plus glorieux
d'affronter les dangers l'orſqu'on
I -6
258 MERCURE
ſe croit preſque aſſuré d'y perir,
que quand la Victoire paroiſt peu
douteuſe. Les Troupes de France
commandées par Monfieur Catinat
étoient de cinq Bataillons , &
de deux Regimens de Dragons.
Ces Troupes qui étoient dans le
Piedmont du coſté de Suze & de
Veillane s'avancerent dans les
quartiers de Buriaſque ,Oſafque ,
S. Segond , Mirandol, & Maſſel ;
les plus éloignées étoient à trois
milles de Pignerol au pied des
Montagnes , vis- à- vis des gorges
par où l'on peut entrer dans les
Vallées de Lucerue , & d'Angrogne.
Le Quartier du Roy eſtoit
à S. Segond. Monfieur Catinat
avoit pour Brigadiers Meſſieurs.
de Melac , Longueval , &Naves.
Les Colonels des cinq Regimens
eſtoient Meſſieurs de la Lande, du
Pleſſis - Beliere , Clerambault
GALANT .
259
4
:
Dampierre , & milly. Les Religionnaires
voyant tous ces mouvemens
, travaillerent le jour de
Paſques à boucher les chemins
& les avenuës par où l'on pouvoit
aller à eux.
Les Troupes de Savoye partirent
de Briqueras le 23. d'Avril
pour ſe rendre à Ypian. Elles
eſtoient feparées en trois Corps.
Le premier eſtoit commandé par
Dom Gabriel de Savoye, General;
le ſecond par le marquis Dogliani
, Mareſchal de Camp , & Capitaine
des Gardes du Corps ; & le
troifiéme par Monfieur de Bri
chanteau. Ily avoit à la queuë de
la Colomne commandée par Dom
Gabriel , douze Mulets chargez
de poudres , bales , méches ,
& grenades ; cing Mulets chargez
d'ais & de crocs , une Mule
chargée d'outils , deux. Mules
260 MERCVRE
chargées de pierres à fufil , lanternes
, & torches à vent quinze
Mules chargées de ſacs de laine,
&dix hommes qui portoientchacun
une échelle. Il y avoit auſſi
huit Espingardes & quatre pieces
de Canon , avec une Mule
chargée de ſacs à terre , des barils
& des corbeilles pour faire
les batteries des Canons , & des
Espingardes , une autre Mule
chargée de pelles , haches , &
hoyaux , & cent Travailleurs
avec leurs outils.
A la queuë de la Colomne du
Marquis Dogliani , étoient ſeize
mulets chargez de poudres, balles
, méches & grenades ; quinze
Mulets chargez de ſacs de laines
dix hommes , chacun avec une
échelle , cinq Mules pour porter
des ais & trente crocs; une Mule
chargée d'outils ; deux Mules
GALANT. 261
pour porter des cordages , des
lanternes , &des torches à vent ;
quinze Efpingardes ; une mule
qui portoit des facs à terre , &
des ſaputtes pour porter la pou
dre, des barils & des corbeilles
pour faire les batteries des Eſpingardes,&
cent Travailleurs avec
leurs outils. Si rien ne manquoit
àces Troupes du coſté des munitions
de Guerre , & de Bouche
, & des Instrumens propres ,
à l'expedition où elles alloient ;
l'ordre de leur marche , des mouvemens
qu'elles devoient faire ,
&de leurs attaques , eſtoir quel,
que choſe de ſi bien concerté
qu'il eſtoit impoffible que cette
entrepriſe ne reüſſiſt. Je ſçay
qu'on n'a pas accoûtumé de faire
entrer ces fortes de choſes dans
de pareilles Relations ; mais j'ay
jugé de court détail neceſſaire
>
262 MERCVRE
pour faire voir que Monfieur le
Duc de Savoyedoit eſtre unjour
un prudent & grand Capitaine.
Le coſté où les Troupes de
France devoient donner , eſtoit
extremement fortifié , non ſeulement
parcequ'on les y apprehendoit
, mais encore parce que c'étoit
une Frontiere du Pays ; &
que toutes les Frontieres d'un
Etat ſont ordinairement mieux
fortifiées que le reſte. Ainſi les
attaquesde ces Troupesdevoient
eſtre & difficiles, & dangereuſes .
Monfieur Catinat qui avoit concerté
toutes choles avec Monfieur
le Duc de Savoye , & qui
eſtoit charge du ſoin de toute
cette affaire à l'égard des François,
fit un détachement des Regimens
d'Infanterie de Bourgogne,
de Caſtres , & des Suiſſes
de Pignerol. Ce Détachement
GALANT. 263
eſtoit commandé par Monfieur
de Bar , Lieutenant Colonel de
Bourgogne. Il devoit s'emparer
du Pont de la Mirandole , pour
faciliter le paſſage de l'Infant.e.
rie. It établit auſſi des Ponts fur
le Chiſon , vis - à-vis le Village
Deſportes , & il y occupa des
hauteurs pour les garder. Monſieur
de Catinat fit en meſme
temps un ſecond Détachement
des Regimens de Limofin , Provence
, & du Pleſſis Beliere ,qui
fut commandé par Monfieur de
Villevieille , Lieutenant Colonel
du. Regiment de Limoges. Ce
Détachement paſſa le longde la
Riviere du côté des Etats de Son
A. R. pour ſoûtenir les Troupes
que commandoit Monfieur de
Bar. Ces deux Détachemens
s'arreſterent dans cet endroit jufqu'à
ce que la teſte des Troupes
:
264 MERCURE
paruſt , aprés quoy Monfieur de
Melac fut commandé avec un
Detachement pour ſe ſaiſir du
Temple de S. Germain , où il eut
ordre de laiſſer Monfieur de Villevieille
avec ſes deux cens hommes
, afin que par une fauſſe attaque
il puſt amufer les Ennemis
, & faciliter le paſſage. Ce
Détachement les pouſſa un peu
trop loin , & ſe tint preſque au
pied du fort des Rebelles . Les
Dragons de la Lande paſſerent
la Riviere à pied , & poufferent
ſi avant ſur la droite , qu'ils s'embaraſſferent
dans des rochers , où
ils perdirent quelque monde. Le
Capitaine qui les commandoit y
futbleſſé .Un autre Détachement
de Dragons prit ſur la gauche, à
la teſte duquel ſe mirent comme
Volontaires pluſieurs Officiers
de differens Regimens. LeMajor
GALANT.
265
de Provence y fut bleſfé à mort.
Monfieur le Marquis de Biron y
receut une bleſſure àla teſtedes .
Dragons de la Lande , & Monſieur
de Gontaut fut auſſi bleſſé.
Ils s'eſtoient avancez avec fix
Dragons pour reconnoiſtre un
paſſage. Leur zele pour la Religion
, & le defir d'acquerir de la
gloire , ont efté cauſe qu'ils ſe
ſont trouvez à cette Expedition.
Ils eſtoient allez en Savoye avec
Monfieur le Marquis d'Urfé,Envoyé
du Roy , & ils s'y arreſterent
ſi toſt qu'ils eurent appris
qu'ils pourroient trouver occaſion
de ſe ſignaler. Aprés que
Monfieurde Villevieille eut été
quatre où cing heures en preſence
du Fort des Rebelles, il receut
ordre de ſe rendre aux maiſons
de S. Germain , qui luy avoient
eſté marquées par MonfieurCa266-
MERCVRE
tinat. A peine ſe fuſt-il mis en
eſtat de ſuivre cet ordre, qu'il fut
attaqué par un gros de Rebelles ,
qui estoit caché dans un Ravin
ſur ſa gauche , & par ceux du
Fort , qui fortirent en méme
tems pour le charger. Il eut quel.
ques hommes , & pluſieurs Officiers
bleſſez , & ſe retira dans un
Temple ſeulement avec trente
Soldats , & deux Officiers de ſon
Regiment. Il y fut attaqué par
cinq à fix cens Rebelles , qui
allumerent des feux tout autour
en luy criant de ſe rendre. Ils
firent armes de tout , & jetterent
un nombre infiny de pierres ,
mais il leur répondit toûjours à
coups de Mouſquet, & ne voulut
écouter aucune de leurs propoſitions
, quoy qu'ils l'aſſuraſſent
qu'ils luy feroient bon quartier,
Enfin la nuit finit ce combat , &
GALAN T. 267
}
1
- après avoir eu 14. hommes de
tuez & ſept de bleſſez , des trente
Soldats qui s'eſtoient retirez
avec luy dans le Temple , il receut
un renfort de Monfieur le
Marquis d'Herville , & conſerva
glorieuſement ſon poſte. Monſieur
de Bar fut auſſi attaqué à
deux ou trios repriſes , mais
- n'ayant pû ſeulement étre ébranlé
, il conſerva ſans aucune perte
les poſtes dont il s'eſtoit ſaiſy.
3


Pendant ce temps Monfieur
Catinat prit ſon chemin avec
toute l'Armée juſqu'à la Perouſe
le long de la Riviere. Il la traverfa
, & monta les montagnes toû
jours à pied , ou plûtoſt il y grimpa,
ſi l'on peut employer icy ce
terme. Il détache Monfieur de
Longueval, Brigadier, pour monter
d'un coſté , & Monfieur de
Melac pour monter de l'autre, &
268 MERCURE
y
batre toûjours le Pays , en chaffant
ce qui ſe trouveroit juſqu'à
la Vallée de S. Martin ,où ils devoient
ſe réjoindre. Le chemin
eſtoit dangereux , long; & penible.
On perdit quelques Soldats,
un Sergentde Bourgogne,& uטמ
Mareſchal des Logis Dauphin
furent tuez . Les Rebelles ſe ſauverent
parmy les rochers aprés
avoir fait leurs decharges , & la
nuit ſurprit les Troupes Françoiſes
au milieu de la montagne prés
de S. Martin. Comme elles
étoient beaucoup fatiguéés d'une
ſi longue marche , on fit alte , &
l'on ſe repoſa ſur la neige juſqu'à
la pointe du jour. Le lendemain
Monfieur de Catinar arriva à S.
Martin ſur le midy , où les Troupes
ſe joignirent , après avoir
chaffé ou tué tout ce qu'elles
avient rencontré de Rebelles. Le
f
GALANT . 269
4
matindu meſme jour Monfieur de
Catinat avoit attaqué & pris le
Fort - Loüis. Il paſſa ce jour-là
juſques à Riovelaret , de la il ſe
rendit à Prancor. Le meſme jour
23. Monfieur de Melac entra par
la Vallée de Pragellas dans celle
de S. Martin avant que de joindre
Monfieur de Catinat ; il s'empara
de quantité de poſtes qu'il
brûla , & tua tout ce qui luy fit
réſiſtance. Le 24. au matin les
Troupes de Mondevis avancerent
vigoureuſement de leur cô
té. Elles firent beaucoup de carnage
, & ſe trouverent à une
lieuë , ou environ , des noſtres .
Cependant les Troupes de Savoye
pouſſoient leurs attaques.
Celles que commandoit Dom
Gabriel de Savoye eſtoient à la
premiere , avec les Grenadiers du
Regiment des Gardes. La moitié
270 MERCVRE
du Regiment de Dragons eſtoit
enſuite, ayant à ſa teſte le Comte
de Veruë qui en eſt Colonel ,
ainſi ce jeune Comte ſe vit expо-
ſé aux plus grands perils, ce quelle
defir de la gloire luy faiſoir
ſouhaiter ; auſſi en a-t'il acquis
beaucoup dans cette occaſion.
Aprés les Dragons ſuivoient les
Gardes du Corps , commandez
parMonfieur de S. Maurice, qui
avoit mis pied à terre. Toutes
ces Troupes eſtoient ſoûtenuës
du Regiment des Gardes , commandé
par Monfieurle Marquis
de Parelle , & de deux Regimens
d'Infanterie. Les Troupes de la
ſeconde attaque eſtoient commandées
par Monfieur le Marquis
Dogliani ; & celles de la
troiſieme , où efſtoit Monfieur le
Marquis d'Aix , par Monfieur de
Brichanteau . Les Troupes que
comman
GALANT . 271
commandoient ces deux Chefs ,
eſtoient compoſées de l'autre
moitié du Regiment de Dragons
du Comte de Veruë des Gendarmes,
& de fix Regimens d'Infanterie.
Tous ces Corps marcherent
droit à leurs retranchemens .
On les ébranla par le moyen des
petites pieces de Canon qu'on
avoit portées, & parles Machines
dont je vous ay parlé , qui ne
firent guere moins d'effet ; de
forte que les Rebelles furent extremement
ſurpris de ſe voir
pouffez par des endroits qu'ils
croyoient hors d'inſulte. On les
attaqua avec beaucoup de vigueur,
& l'on ſe poſta d'une maniere
qui les empeſcha de bien
faire leurs décharges , ce qui les
obligea à prendre le party de ſe
retirer de retranchement en retranchement.
Ils le firent avec
May 1686.
K
272
MERCURE
tant de précipitation , qu'en un
feul jour on ſe rendit maiſtre de
vingt-deux Forts. Monfieur le
Duc de Savoye eſtoit aſſez prés
pour voir toute cette Action , &
il s'eſt toûjours beaucoup plus
approché que ſes Generaux ne
ſouhaitoient. La preſence de ce
Prince , l'impatiente ardeur de la
Victoire , que l'on voyoit briller
dans ſes yeux , & la crainte qu'on
avoit qu'il ne ſe jettaſt au milieu
desdangers, pour peu que le ſuccés
eſperé paruſt douteux , anima
tellement les Chefs & les
Soldats , qu'aprés s'eſtre ſaiſis des
vingt-deux Forts dont j'ay parlé,
ils contraignirent les Rebelles à
ſe retirerdans un lieu appellé le
Pré de la Tour , qu'ils avoient extrêmement
fortifié , & pourveu
demunitions . Ainſiavec l'avantage
dela ſituation , ce lieu auroit
GALANT.
273
pû tenir plus de quatre mois contre
une Armée de vingt mille
hommes , i la prefence , & la
réſolution de Monfieur le Duc
de Savoye n'euſſent jetté l'épouvante
dans l'ame de ceux qui
avoient reſolu de s'y défendre.
On ſe preparoit à les attaquer ,
lorsqu'ils expoſerentun Drapeau
blanc, & envoyerent dire qu'ils
ſe rendroient à diſcretion. Pluſieurs
autres étonnez de la vi-
- gueur& de la viteſſe de ces Troupes
, implorerent auſſi la clemence
de Son A.R. qui les receut pareillement
à difcretion le 25. &
fit entrer des ce moment meſme
des Troupes dans tous leurs Forts.
Ce Prince y alla luy - meſme le
lendemain , & donna ordre qu'on
diftribuaft tous ces Rebelles dans
les Villes de Piémont. On prit
leurs enfans pour les faire inſtrui
K 2
274 MERCURE
re dans la Religion Catholique.
Ainſi l'on a finy en trois ou quatre
jours une entrepriſe tres-épineuſe
, & dont le ſuccés paroifſoit
preſque impoffible. Cette
courte Guerre a détruit la race
des Vaudois , qui depuis quatre
cens ans eſtoit en poffeffion de
cesMontagnes.Pendant ce temps
on eſtoit en prieres dans toutes
les Egliſes & dans tous les Convens
de Turin . Voicy les noms
des François qui ont eſté bleſſez
en cette occaſion.
Monfieur le Marquis de Biron,
Monfieur de Gontaut, Volon-
Volontaire.
taire.
Monfieur de Villevielle , legerement
en deux endroits.
Monfieur de Mirabel ,& Monſieur
de la Valterie , Capitaines
dansLimoſin.
GALANT.
:
275
• Monfieur de Graves , Aide-
Major de Limofin.
Monfieur de Menonville,Ayde-
Major de Limofin.
Le major de Provence , bleſſé
àmort.
Monfieur de Seguieres , Capitaine
de Provence.
Monfieur Chapuis , Lieutenant
desGrenadiers de Provence.
Monfieur Beroude , Capitaine
de Dragons de la Lande.
Un marefchal des Logis de la
Lande.
Monfieur du Pleſfis -Boccaſſel ,
Capitaine dans Pleſſis- Beliere .
Quoy que les Troupes auxiliaires
de France , auſſi - bien que
celles de Monfieur le Duc de Sa
voye,euſſent fait tout ce que l'on
peut attendre des Troupes les
plus intrepides , il étoit impoffible
que les Rebelles fuffent entiere-
2
K 3
276 MERCURE
ment cxterminez , à cause dela
diverſité des poſtes qu'ils occupoient,
& de la difficulté qu'il y
avoit à les attaquer. On peutdire,
méme que ces lieux auroient eſté
inacceſſibles pour les Attaquans ,
ſi le zele de la vraye Religion ne
leur euſt donné aſſez de reſolution
& de force pour y monter,
malgré la Nature , l'Art , & la
Rebellion qui les avoit fortifiez ,
Quelques-unes de ce Troupes
partirent le 6. de ce mois pour
cette ſeconde expedition. Le
reſte ſuivi le 7. & le lendemain
les paſſages des Vallées de Villars
, & de Bobie ſe trouverent
entierement fermez. Les Ennemis
ayant rompu unPont ſur un
torrent par où ces Troupes devoient
paſſer , elles le traverſerent
ayant l'eau juſques à la ceinture,
Ily eut à ce paſſage enviGALANT.
277
ron trente Soldats tuez ou blef:
fez , & les Rebelles , que l'on
pouſſa juſqu'au Bourg de Bobie,
perdirent beaucoup de monde.
On les chaſſa d'un grand retranchement
qu'ils y avoient fair,
aprés qu'on en eut tué un aſſez
grand nombre. Ceux qui échaperent
, ſe ſauverent au ſommer
des plus hautes Montagnes, dans
des lieux , & fur des pointes de
Rocher , où les beſtes meſmes
auroient eu bien de la peine à
grimper , on ne laiſſa pas de prendre
poſte amy- coſte , de les y
envelopper , & de les tailler en
pieces . On leur donna la chaſſe
fur le haut de ces Rochers pendant
trois ou quatre heures. Ce
qui reſta de ces miferables aprés,
cette action , trouva moyen de
defcendre avec des cordes , dans
des Cavernes où l'on propoſa de
K 4
278 MERCURE
jetuer desbombes comme un ſeur
moyen de les exterminer tout- àfait.
Leſuccés en étoit infaillibles
mais je n'ay vû aucune Relation
qui marque qu'onſe ſoit ſervyde
cét expedient. Ce ſeroit faire injuſtice
aux Troupes en general ,
.&aux Braves en particulier , de
finir cette Relation , ſans faire
connoiſtre la grandeur du peril
où ils ſe ſont trouvez , & avec
combien d'intrepidité ils l'ont regardé.
Outre tous les endroits que
les Troupesont forcez ,& le torrent
qu'il falut paſſer ſans Pont ,
elles ont traverſé les Montagnes
les plus hautes , & marché fix
jours ayantde la neige juſqu'à la
moitié du corps , par des endroits
où il n'y avoit point de chemin
frayé. Il faloit ſouvent ſe faire
élever par des cordes , coucher
fur la neige & ne manger que du
GALANT. 279
pain qui yavoit eſté trempé. Ces
Troupes n'alloient que le long
des Precipices, dont elles ne voyoient
ny le bout ny le fonds.
Elles marchoient quelquefois fur
des mines , qui leur eſtoient in-
- connues , & elles n'apprenoient
qu'ily en avoit en ces endroits- là,
qu'aprés que ces mines avoient
joüé. Tant de fatigues & tant de
perils n'étoient encore rien. Elles
trouverent les retranchemens les
plus élevez des Rebelles faits
avec de gros arbres couchez ,
entre leſquels il y avoit de grofſes
pierres . Tous ces Remparts.
qui n'étoient point cimentez,n'étant
retenus que par des cables ,
il eſtoit aiſé de les faire ſervir à
la ruine des Attaquans ; auſſi les
Rebelles coupoient- ils les cables,
afin que la chûtedes pierres qu'ils
retenoient, écraſaſſent beaucoup
KS
280: MERCURE
de perſonnes à la fois. Enfin c'e
toit une tempefte de rochers, qui
rouloient depuis la cime des plast
hautes montagnes , juſquestau
fond des plus affreux précipices .
Un Lieutenant de Monfieur le
Comte de Veruë , Colonel de
Dragons ,& Gentilhommede la
Chambre de Monfieur le Duc de
Savoye , en fut tué à ſes coſtez ,
&le Fils de Madameda Comteffe
deBerthedangereuſementbleſſé.
Quelques momens aprés Monſieur
le Comte de Veruë fut pre..
ſervé comme par miracle d'on
accident pareil. Unde ces mor
ceaux de rocher , d'une groſſeur
prodigieuſe, rouloit du haut da
chemin par où il montoit avec.
Monfieur le Marquis de Parelle,
Ils eſtoient au bord d'un précipice
, & la pierre avoittant d'éten
duë ,& eſtoit ſi proche d'eux,
GALANT. 28г
qu'il eſtoit impoſſible qu'ils l'évitaſſent
Elle n'eſtoit plus qu'àquatre
pas , lors que la pointe d'un
morceau de rocher qui eſtoit
dans lemefme chemin, la fit briſer
, de maniere qu'elle ſe ſepara
en deux , & leur donna moyen
de paffer. On aſſeure que quoy
qu'ils ſe viſſent à un inſtant prés
de leur mort, ny l'un ny l'autre
n'en parut êmeu. Leurs Soldats
voyant rouler cettegroſſe pierre,
firent leurs efforts pour ſe jetter
au devant d'eux , afin de mourir
au moins les premiers, puis qu'ils
ne pouvoient empécher leur perte.
Le zele de ces Soldats fait
l'éloge de leurs Chefs. Ce qu'il
y a de ſurprenant, c'eſt que cette
Campagne eſt la premiere de
Monfieur le Comte de Veruë ,
cependant il a toûjours eſté au
devant du peril avec un air tran-
K 6
282 MERCVRE
quille& deliberé , animant ſes
Gens par ſes paroles & par ſon
exemple. Lors qu'il connut que
la difficulté de traverſer les rochers
empeſchoit ſes proviſions
'd'avancer , & qu'il y avoit du
peril à demeurer long-temps en
chemin , il les fit toutes jetter.Le
Regiment des Gardes fit plus de
douze milles à pied dans la plus
rude montagne de tout le pays,
Le pied ayant manqué à Monſieur
le Comte de Druſé , Frere
de Monſicur le Marquis de Parelle,
il tombadans un precipice ,&
fut tout brifé .
Monfieur Bourrier , Capitaine
aux Gardes , eutla cuiſſe caſſée
&le corps tout fracaſſé, des pierres
que les Rebelles jettaient. Il
eſt mortde ſes bleſſures.
Monfieur Mayne , Cadet aux
Gardes , receut auffi pluſieurs
GALANT. 283
coups de pierre , mais il n'a rien
decaffé.
Monfieur Vagnon Cornette
deDragons , a eſté écrasé.
Monfieur Filippi , Lieutenant
de Montferrat , recent trois bale
dans la poitrine , & Monfieur du
Clos , jeune Gentilhomme ;
coup dans la cuiffe.
un
Monfieur Premonu , Capitaine
dans la Marine , a cu un coup
dans la cuiſſe,& Monfieur Martin ,
Gentilhomme Savoyard, un dans
lajambe.
Monfieur le marquis Dogliani
a tellement fatigué , qu'il eſt revenu
du Camp fort malade.
Meſſieurs les Comtes de la
Trinité & de Bernets dontierent
l'exemple à leurs Soldats en ſe
jettant les premiers dans le Torrent
, & le traverſant ſans s'étonner
, quoy qu'ils euſſentde l'eau.
284 MERCVRE
juſqu'à la ceinture. Monfieur le
Comte de la Trinité eſt Colonel
du Regimentde Montferrat , &
l'un des quatre premjers Ecuyers
de Son A. R. Il a eſté Envoyé
Extraordinaire en France , & en
Angleterre , & s'eſt toûjours
diftingué par ſon merite ,&par
ſon eſprit , comme il vient de
faire par ſavaleur.
Monfieur le Comte de Bernets
eſt un des quatre premiers
Eſcuyers de madame Royale. Il
a long temps ſervy en France à
la teſted'un des quatre Regimens
d'Infanterieque Monfieur le Duc
de Savoye avoit envoyez au Roy
au commencement de la guerre
de Hollande. Lors que ce Prince
leva pour la premiere fois deux
Regimens de Dragons , il fut fait
Colonel de ceux de Madame
Royale,& il vient d'étre nommé
GALANT. 285
Colonel d'un Regiment d'Infanterieſous
lenomde Chablais,levé,
pourilaGarniſon de Montmeillian.
Comme on a ſouvent à parler
des perſonnes de distinction
j'ay crû devoir ce peu de paroles
à la valeurde ces deux Comtes ,
afin qu'en vous les nommant
ſeulement, il vous ſoient connus
une autre fois .
Quoy que les mal-intentionnez
publient que Monfieur le
Duc de Savoye n'a pas entierement
diffipé ſes Sujets rebelles, il
n'y a rien de plus faux que ces
bruits- là, puiſque pluſieurs Regimens
des Troupes Françoiſes
ſont déja retournez en Dauphiné.
Les Officiers ont receu de riches
Preſens de la part de ce
Prince , & Monfieur de Villevieille
a eſté traité avec la diſtintion
que meritoit la belle action
286 MERCURE
qu'il vient de faire.Tous ceux de
ce nom ſont depuis long-temps
dans le ſervice . Il a un Frere Lieu-:
tenant de Roy de Sommieres , &
unNeveu du même nomOfficier
aux Gardes.
< Il ne me reſte plus qu'à vous
parler de l'adreſſe des Princes , &
des Seigneurs qui estoient du :
Carrousel , & de ceux qui ont
remporté les Prix , puiſque la
Relation particuliere que je vous
envoyayla veille de ce Spectacle,..
s'eſt trouvée ſi ſemblable àtout
ce qu'on a vû , que je ne vous
pourrois rien mander de nouveau.
On ne courut que les Têtes
le premier jour qui fut leMar.
dy 18. de ce mois , & les courſes
des deux. Quadrilles eſtant finies,
il ſe trouva cinq Chevaliers qui
avoient également bienfait , &
GALANT. 287
L
furpaſſe tous les autres. C'étoient
Monfieur le Grand Prieur .
Monfieur le Comte de Duras
qui n'a pas encore ſeize ans.
Monfieurde Murcé qui eſt auſſi
fort jeune.
:
Monfieur le marquis de Nangis .
Monfieur le marquis de Nefle .
Ces cinq Chevaliers ſe trouverent
encore égaux dans pluſieurs
autres courſes qu'ils firent ;
mais enfin Monfieur le Grand
Prieur & Monfieur le Marquis
de Nefle demeurerent Vainqueurs
des trois autres. La gloire
des trois qui ſortirent de combat
, ne laiſſa pas d'eſtre grande,
& l'on a ſouvent remporté des
Prix aprés avoir fait voir beaucoup
moins d'adreſſe , & avoir
moins fait de teſtes . Le Prix qui
n'eſtoit plus à diſputer qu'entre
les deux Vainqueurs du Champ
288 MERCURE
de Bataille , les anima tellement,
qu'ils firent toutes les Teſtes
dans les Courſes qu'ils recommencerent
pluſieurs fois, de forte
que toute l'Aſſemblée les
combloit d'applaudiſſemens. 11
yavoit un grand nombre d'Etrangers
, qui dirent tout haut,
quedans toutes les Cours où ils
s'étoient rencontrez , ils n'avoient
vû ny tant d'adreſſe que
ceux qui avoient diſputé le prix
en avoient montré, ny de ſi bons
hommes de cheval , que leur
avoient paru tous les Chevaliers.
Enfin la nuit approchant ſans
que Monfieur le Grand Prieur,
& Monfieur le marquis de Nefle
puſſent avoir aucun avantage
Tun ſur l'autre , les Courſes fu .
tent remifesau lendemain , & le
prix àdiſputerde nouveau entre
tous les Chevaliers. Il faloit huit
GALANT. 289
teſtes pour le remporter ,& Monſeigneur
le Dauphin en fit ſept
ce jour la , mais il les fit d'un fi
bon air , que chacun s'écria que
la bonne grace avec laquelle il
les avoit faites, luy devoit tenir
lieu de la huitième. Monfieur le
Comte de Brionne eut le bon .
heur de les faire toutes , mais il
auroit etté encore plus heureux,
s'il avoit pû eſtre moins adroit,
puiſqu'il auroit eu la gloire de
contribuer à l'augmentation de
celle de Monſeigneur le Dauphin.
Cependant , ce Prince en
manquant le Prix qu'il avoireſté
fur le point de remporter , eut
l'avantage de ne le ceder qu'à un
GrandEcuyer de France,qui doit
mieux ſçavoir ces fortes d'Exercices&
manier des Chevaux,que
tout ce qu'il y a de gens dans le
Royaume , puiſque c'eſt un des
290 MERCURE
principaux devoirs de ſaCharge.
On courutauſſi la Bague le même
jour,& fi le Prix des Teſtes n'eût
pas eſté remis, c'eſtoitleſeul divertiſſement
deſtiné pour ce
jour -là. Aprés les Courſes , Mr le
Grand-Prieur,& м² le marquis de
la Chaſtre furent ceux qui ſe
trouverent avoir le plus de dedans.
Ils coururent enſemble ,&
le Prix de la Bague demeura à
Monfieur le marquis de la Chaſtre.
Le Roy a donné ces deux
Prix. Ce ſont deux tres-belles
Epées , toutes garnies de pierreries
. Si vous joignez à cét Article
la Relation particuliere du Carrouſel
que je vous ay deja envoyée
, vous pouvez vous aſſenrer
d'avoir juſques à la moindre
circonſtance de tout cequia regardé
ce Spectacle. J'ay fait plus
encore,puis que j'ay accompagné
GALANT.
291
L
1
la Relation de cette Feſte des Portraits
en Vers de tous les Chevaliers,&
des Dames qui en ont été.
L'entrepriſe eſtoit grande , & la
diſſimulation eſtant une vertu de
Cour, il eſtoit mal - aifé de bien
faire connoître les Habitans d'un
Pays où le déguisement paſſe
pour vertu . Cependant ſi j'en
crois le ſentiment des Sages qui
ont vieilly à la Cour,& dont l'auſtere
vertu a toûjours fait dire la
verité , ces Portraits font affez
reſſemblans.Pent eſtre qu'ils plairoient
davantage à de certaines
gens , ſi l'on ne les avoit pas tous
pris du beau côté.Quelque avantageux
qu'ils foient pour ceux
qu'ils regardent , comme ils ſe
trouvetoûjours des perſonnes qui
ontl'art de faire paſſer les vertus
meſmes pour des vices,on a voulu
interpreter deſavantageuſement
1
292 MERCURE
quelques endroits qui ne diſent
rien moins que ce qu'on veut
qu'ils fignifient, mais ce n'eſt pas
d'aujourd'huy qu'il y a,ou d'ignorans,
ou de malicieux Interpretes,
& fi les Intereſſez veulent ſe donner
la peine de faire reflexion fur
le portrait entier , ils connoîtront
par les endroits qui ne peuvent
eftre empoifonnez , qu'on n'a eu
deffein de choquer perfonne.
Je vous envoye un nouveau
Prip
Mai
A
)
Qui
Goû
GALANT .
293
D'une Saiſons fi belle.
Chantons , danfons , &fuyons deformais
Et l'Amour &ſes traits .
Je viens d'apprendre que Meffieurs
les Grands - Audienciers ,
les Contrôleurs Generaux du
Sceau , les Gardes Rôles , les
Confervateurs des Hypoteques
& Cenfes , & le Treforier du
Sceau , ont fait fraper la medaille
de Monfieur le Chancelier , qui
accompagne cette Lettre ;ils ont
meſme pris le ſoin de la faire graver
avec quelques additions ,
mais comme toutes ces chofes
ſont venuëstrop tard à ma connoiſſance,
vous vous contenterez
ce mois-cy de la Medaille que
j'ay fait graver , & le mois prochain
vous aurez les Eſtampes de
ces Meſſieurs , avec le Diſcours
294 MERCVRE
qu'ils ont fait à Monfieur leChacelier
en luy preſentant lesMedailles
qu'ils ont fait fraper. Je
vous entretiendray auffi d'un
Plaidoyé qui a fait grand bruit
icy touchant un Enfant ſuppoſé,
declaré Impoſteur ,& vous ver,
rez quelque choſe de tres - ſingulier.
Ce Plaidoyé a eſté fait par
Monfieur Lordelot. Ce fameux
Avocat ſemble deſtiné pour toutes
les Cauſes extraordinaires ,
puis qu'il plaida pour le Cordelier
, dont la Cauſe fit tant de
bruit il y a quelques années , &
dont je vous parlay en ce tempslà.
Jeſuis voſtre , & c.
:
A Paris ce 31. May 1686 .
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le