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1686, 04 (Lyon)
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807156
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
DEM
LE DAUPHIN
AVRIL 1686 .
LEQUE
LYOR
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY,
ruë Merciere , au Mercure Galant.
M. DC. LXXXVI.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.

~
LE LIBRAIRE
AU LECTEUR.
'ON trouvera à la fin
de ce Mercure Avril
les Figures qui man
quoit a celuy du mois
de Mars , que l'on a peu avoir
dans ſon tems.
LIVRES NOUVEAUX
du Mois d' Avril 1686.
LE quatriem
E quatriéme Tome de l'Hiſtoire
des Troubles de Hongrie
, contenant le Siege de Bu-
لا
a
2
de, la prife de Neuhaufel, &
tout ce qui s'eſt paſſé entre les
Armées des Imperiaux , & des
Troupes Ottomanes , juſqu'à
l'année 1686. indouze 30. f.
Les trois premiers volumes ſe
trouve auſſi dans la meſme boutigue
pour 4. liv. Io. f.
Les Delices de l'Eſprit par
Monfieur Deſmareſt Nouvelle
Edition , avec pluſieurs Figures
en Taille-douce ,indouze 2. vol.
3. liv .
La Morale deTacite parMonſieur
Amelot de la Houſſaie, indouze
40. f.
Bibliotheque des Autheurs
Eccleſiaſtique, in octav. 4. liv.
Pleaume à trois Colomnes,avec
des Nottes de Monfieur Ferrand,
indouze 2. liv. 10. f.
Idem Latin François ſans Notte
30. l.
:
1
:
TABLE DES MATIERES
contenues dans ce Volume.
Relude.
Preludadrigal de Mademoiselle
de Scudery.
Suite du Prelude..
Sonnets..
3
4
7
Lettre d'un nouveau Catholiquefur
le Pouvoir que le Roy a exerce
dans l'Extinction du Schif
me.
12
Nouveaux Confeillers d'Etat. 45
La Verité, Fable . 1
47
Ce qui s'est passé à la Cour des
Aydes le jourde l'enregistrement
des Lettres de Monsieur leChancelier
, avec une partiedu Difcours
de Monsieurde Tefle. 57
Lettre à Monsieur l'Evesque de
TABLE..
Lavaur. 82
Mort de Madame l'Electrice Palatine
Doüairiere . 87
Mere de Madame la Marquise de
Saint Remy. १०
Histoire, 93
faite à Privas. 102
Fruits extraordinaires d'une Miſſion
Verspreſentezau Roy par Monsieur
le Comtede Medaillan.
119
Baptefme d'un Iuiffait à Versailles
123
Eveſché de Poitiers donnéà Monſieur
l'Evefque de Treguier.
124
Idille Dramatique chanté aux
Apartemens de Versailles. 127
Mariages, 139
Reception faite parMonsieur le Vicelegat
d'Avignon à Monsieur le
Comtede Caſtelmene , 150
Relation generale de tout ce qui s'est
paffé touchant la StatuequeMonTABLE.
i
fieur le Ducde la Feüilladeà fait
élever à la gloire du Roy. 158
Services faits à Arras pour le repos
de l'Ame de feu Monsieur le
Chancelier .
Conversions.
Morts,
219
221
223
Galanteries faites à l'occaſion du
nouveau Carrousel. 229
Complimens de Condoleance faits à
leurs Alteſſes Royales, 233
Predicateurs de Versailles & de Paibid.
ris pendant le Caresme.
Gueriſon de Monsieur le Marquis
d'Antin.
235
Mariage de Monfieur de Polignac
236
Benefices. 237
Tomes nouveaux de l' Aristote moderne
, parMonsieur Gilot. 241
Quatrième Tome de l'Histoire de
Hongrie. 242
Fin de la Table .
Avis pourplacer les Figures.
'Airqui commence par , La
de l'Amour , doit regarder la
page ss
La Medaille doit regarder la
page 187
L'air qui commence par , Le
Printemps ſe paſſe , doit regarder
Ja page 141
I
MERCURE
GALANT BOJA
J
AVRIL
1686090
E fuis fort perfuadé ;
Madame , que les bruits
confus & maléclaircis ,
qui ont pû courir dans
les Provinces , ſur l'Indiſpoſition
du Roy , vous ont caufé des alarmes
encore plus fortes que vous
ne me les peignez. Il y a longtemps
que je connois les ſentimens
de zele & d'attachement
Avril 1686 . A
2 MERCURE
parfait que vous avez pour ce
Grand Monarque , & il m'eſt
aité par là de m'imaginer la joye
que vous reffentez de l'entier
rétabliſſement d'une Santé fi
prétieuſe à toute la France. Cette
Indiſpoſition , qui a répandu
l'inquietude dans tout le Royaume
, a donné lieu à ces Vers de
Mademoiſelle de Scudery. Elle
penſe juſte , tout ce qu'elle fait
eſt de bon gouft , & vous ſçavez
que dans un ſeal Madrigal , elle
a ſouvent mieux loüé le Roy,
que les plus longs Eloges ne
l'auroient pû faire.
GALANT.
3
SUR L'INDISPOSITION
DE SA MAJESTE .
Rop penible Vertu
importune ,
د
Patience
Portez voſtreſecours à quelqueAmé
commune ,
C'est affez pour LOVIS de vos
aimables Soeurs ,
Eloignez- vous de luy , mais avec les
douleurs ,
Cherchez les malheureux ; fa merveilleuſe
Hiſtoire
N'a pas besoin de vous , ny de nouvelle
Gloire.
Plus vous le rendez Grand par Sa
Tranquillité,
Plus nous sentons les maux dont il
eft tourmenté.
A 2
4
MERCURE
Vous charmez ſes douleurs , divine
Patience ,
Mais toutes ses douleurs font celles
de la France ,
Nous ne vivons qu'en luy ; ſi ce Roy
genereux
Compteſes maux pour rien , quand
l'Etat est heureux ,
Nefentons plus auſſfiles biens qu'il
nous envoye ,
Et tant qu'il fouffrira renonçons à
la joye.
On ne pouvoit trop y renoncer,
ny trop craindre dans tout le
cours de fon mal ; non pas qu'il
fuſt aſſez dangereux pour en
faire apprehender aucune ſuite
fâcheuſe , mais parce qu'il n'y a
point de legers ſujets de crainte,
quand on les a pour celuy dont
la conſervation eſt ſi neceffaire
au repos du monde. Les Envieux
GALANT.
5
de ſa Gloire y ont intereſt euxmeſmes
, puis qu'ils partagent
l'heureuſe tranquilité dans laquelle
il fait vivre ſes Suiets. C'a
eſté pour empêcher qu'elle ne
fuſt alterée , qu'il a travaillé ſans
diſcontinuer même un ſeul jour.
Quoy qu'il n'y ait point de mal,
quelque leger qu'il puiſſe eſtre,
qui ne ſoit accompagné de quelque
douleur , ce Prince venoit
àbout de la ſurmonter , pour
s'appliquer uniquement à ce que
demandoit de luy un devoir qu'il
n'eſtoit pas obligé de remplir
dans un temps où il ſouffroit , &
l'on peut dire que s'il a manqué à
quelques-unes des choſes dont
il s'eſt fait une regle , ce n'a eſté
qu'à celles dont il auroit pû tirer
quelque divertiſſement. Les
Conſeils differens ſe ſont tenus
aux jours& aux heures ordinai
A 3
6 MERCURE
res, & ce Monarque a même vu
pluſieurs fois de la feneſtre de
fon Cabinet , les Mouſquetaires,
& les Soldats des Gardes paffer
en reveuë devant luy. Comme
il ne fait rien qui ne ſoit utile ,
même dans les momens qu'il
employe à ſe délaſſer l'eſprit il a
repaſſe dans fa memoire toutes
les Actions des Grands Hommes,
en ſe faiſant montrer toutes
les Medailles qui en ont eſté faites.
Les foins qu'il a pris pour la
deſtruction de l'Hereſie , ayant
fait augmenter le travailqu'il s'eſt
impoſé luy-même , il a donné à
l'affermiſſement de ce qu'il a ſit
heureuſement executé , le même
temps qu'il donnoit à cette grande
Entrepriſe avant les ſuccés
preſque incroyables dont nous
venons d'eſtre les témoins. Les
avantages qu'en reçoit l'Eglife,
GALANT.
7
ont fourny à Monfieur l'Abbé le
Houx la matiere du Sonnet que
vous allez lire .
******** 好好好好好好
SUR LE TRIOMPHE
DE LEGLISE.
Grand
Rand Dieu , qu'àvoſtre Eglise
ont livré de combats,
Les perfides Auteurs d'une affreufe
Herefte!
Contre elle tout f' Enfer avec rage
&furie
Avomy les poiſons de sesfiersApo
Stats.
Quede Divisións , que de noirsAttentats
!
Que de maux répandus par les
traits de l'Envie !
A4
8 MERCURE
:
Que d'hommes ont perdu le Salut
&la Vie!
Et que de Rois enfin ont craint pour
leurs Etats !

Mais aujourd'huy , de Christ Epoufe
digne &Sainte ,
Oubliez vos douleurs , banniſſez
voſtre crainte,
Vos troubles font finis , vos combats,
vos afſauts .
Si ſous les autres Rois vous futes
militante ,
Un repos éternelſuccede à vos travaux
,
Sous l'Auguste LOUIS vous estes
triomphante.
Cet autre Sonnet eſt de Monfieur
de la Porte.
GALANT. و
PARALLELE
DE LOUIS LE GRAND
& du Grand Conſtantin .
L
OVIS & Constantin , ont dom
pté l'Herefie.
Ce Roy dansſes Etats vient d'extirper
l'Erreur ,
Etpaſſant de bien loin un si grand
i
Empereur , :
Voit l'Europe à son tour l'emporter
Sur l'Asie,
Constantin vitſa Cour de Sectaires
Saifie,
Dont la Cour de LOVISfut toûjours
la terreur ,
Et ce Monstre abbatu qui luy fit
tant d'horreur ,
As
10 MERCURE
Fait de toute la France une Eglife
choisie.
Du Calviniſme éteint le fameux
Souvenir ,
Sera l'étonnement des Siecles
venir ;
Comme l'Arianisme est celuy de
l'Histoire.
Miracle de nos jours ! Prodige qui
Surprend!
LOVIS de Constantin eust jadis fait
lagloire :
Constantin aujourd'huy Seroit
LOVIS LE GRAND.
Je vous ay parlé dans ma derniere
Lettre d'un Ouvrage de
Monfieur l'Abbé Huvet , auffi
beau & auſſi eſtimé , qu'il eſt
utile , & je vous envoye aujourd'huy
une Lettre entiere de ce
GALANT. II
meſme Abbé , auſſi curieuſe que
pleine d'érudition. Elle fait voir
le pouvoir des Rois à l'égard des
choſes qui appatiennent à la
Religion , & donne lieu d'admirer
de plus en plus le zele & la
pieté de noſtre Auguſte Monarque.
C'eſt ſous le nom d'un nou -
veau Converty que cette Leture
eſt écrite.
A G
12 MERCURE
****** やややややややや
LETTRE
D'UN NOUVEAU
CATHOLIQUE.
Sur le Pouvoir que le Roy a
exercé dans l'Extinction
du Schifme .
A MONSIEUR ....
Ous defirez , Monsieur
Vousatisface voteriositeque
ce quiſe paſſe en France à l'égard
de nos Freres Pretendus Reformez,
&il faut que je vous diſe d'abord
comme le Docteur Gamaliel dans
les Actes des Apostres , que cet
GALANT. 13
mes
,
ouvrage de la Reformation , où
j'avois auparavant le malheur
d'estre engagé , s'eſt diſſipé si facilement
, qu'on a pû connoistre qu'il
n'estoit pas de Dieu , maisdes hom
c'est à dire un ouvrage de
Cabale , de Party , & de Politique
humaine. On a eu beau crier dedans
& dehors le Royaume à la violence,
commeont fait les Ignorans paſſionnez
, & les Ennemis de l'Etat. Le
Roy s'est acquis par l'execution
de cette grande entrepriſe une
Couronne immortelle de Gloire
mais il faut conſiderer cét évenement
si fameux , dans tout
Son jour , & dans toute fors
étenduë pour la gloire de Sa Majesté.
On peut envisager ſelon trois
égards le pouvoir que le Roy y a
exercé , ou dans son fond & luy
même , ou par rapport aux Fidelles
14 MERCURE
& aux Ministres de l'Eglife , ou à
Végard des choses facrées , & qui
appartiennent à la Religion. Du
costé de la puissance du Roy , il eft
certain qu'étantsouveraine , il n'y
enapoint d'autre sur la Terre , non
Seulement au deffus , mais même à
costé, c'est à dire qui luy foit Supe
rieure , ou égale hors celle de Dicu,
dont elle depend , puisque c'est le
propre du Souverain Empire de n'a
voir ny Superieur ny Egal fur la
Terre , autrement il ne feroit pas
Souverain. Du coſté de fes Sujets ,
foit Fidelles , ſoit Ministres de
l'Eglise , il n'est pas moins certain,
qu'ils font tous soumis à cette fou
veraine puiſſance , même les fe
conds en qualité de Ministres &de
Pasteurs de l'Eglise. C'est la doctri
ne de Saint Paul , lors qu'il dit ex
preffement , Que toute ame foit
foûmiſe aux Puiſſances Souve
GALANT.
ry
raines. D'où vient que Saint Chry
foftome expliquant ce Paffage dit ;
Encore que ce ſoit un Apoftre,
un Evangeliſte , un Prophete ,
S. Bernard écrivant à un Archevesque
defon temps ; Si toute ame
eſt ſoûmiſe , la voſtre Teſt auſfi ,
car qui peut vous excepter de lax
generalité ? En effet personne ne
peut estre exempt de cette Puiffan
cecar outre que ce feroit à celuy
qui pretendroit de l'estre , de prouverfon
Privilege , ce qui luy seroit
impoſſible , ilfaudroit , ou que cette
indépendance fust abfolue , & ce
Seroit ouvrir la porte au defordre &
àla confusion , ou qu'elle ne fust
pas absoluë , & par confequent
qu'elle relevât de quelqu'autre
Puiſſance , qui estant égale , ou fuperieure
encepoint à celle du Roy.
detruiroit , comme ila esté dit , fa
Souveraineté. Quant aux choses
16 MERCURE
Sacrées , & qui appartiennent à la
Religion , il est encore conftant ,
qu'elles font dans l'enceinte & du
reffort de cette méme Puissance.
Saint Paul dit , que les Souverains
font Miniſtres de Dieu
pour le bien , & pour vanger le
mal indefiniment , ce qui enferme
le bien , & le mal , qui regarde la
Religion , dont par confequent ils
peuvent connoistre . Il dit autre
part , qu'il faut prier pour eux,
afin que nous paſſions la vie paiſiblement
, & tranquillement en
toute piete & honneſteté. Ilfaut
donc qu'ils puiſſent connoistre de la
Religion , dans laquelle conſiſte la
veritable Pieté , & exercer leur
pouvoir dans cette matiere.
Auſſi les Empereurs Theodofe &
Honorius dans l'Epiſtre à Marcellin
luydifent. L'unique fin que nous
nous propoſons , & par les tra
GALANT.
17
vaux de la Guerre , & par les
deſſeins de la Paix , c'eſt de
maintenir le veritable Culte de
Dieu parmy nos Peuples , &
qu'ils l'embraſſent avec devotion
. Theodofe dans l'Epître à l'Evesque
Cyrille , metſelon le même
Sens le devoir de Cefar à établir
nonseulement lapaix , mais la pieté -
parmyſes sujets,fans quoy les Etats
ne peuvent estre veritablement
heureux , puisque leur felicité confiste
, felon S. Augustin , à aimer
Dieu , & qu'ils en fortent aimez ,
le reconnoiſſant pour leur veritable
Roy. Plusieurs Papes ont appellé tes
Rois , Apoftoliques , & ont dit
qu'ils avoientfur cesujet un Eſprit
Sacerdotal . La fauſſe Epître attribuée
au Pape Eleuthere appelle
un Roy , Vicaire de Dieu dans la
Religion , On trouve dans le Concile
de Calcedoine pluſieurs acclas
-18 MERCURE
mations faites à l'Empereur en ces
termes , à l'Empereur Pontife , au
vray Prêtre . C'est pour cela que les
noms d'Autheurs & Défenſeurs
de la Foy leur ont esté ausfidonnez ,
comme celuy de Paſteurs des Pafteurs
, & un Pape Leon dans un
Chapitre inferé au Décret de Gra
tian appelle les Empereurs François
de la feconde race , Pontifes . S.Remy
parlant de Clovis l'appelle Eveque
des Eveſques , à l'occasion
d'un Prêtre qu'il avoit fait parfon
ordre , & Gregoire de Toursparlant
auſſià un Roy de la Race de Clovis
luy dit ; Si nous manquons , vous
vous pouvez corriger ; mais fi
vous manquez , vous ne pouvez
eſtre corrigé que par celuy , qui
eſt la Justice meſme ; & il est à
remarquer que les Evesques de
France avoient de coûtume pour lors
de rendre la Communion à seux
GALANT. 19
qu'il'en avoient retranchez , quand
its estoient affez heureux que d'e
ſtre admis à la Table , & à la pre
-fence des Rois. Les Conciles neſe
-tenoient dans le Royaume que par
leur ordre , & mesme les Decrets
portoient bien souvent cet ordre en
particulier , & estoient ensuite zeneralement
confirmezpar leur Au
thorité Royale. Ainsi il n'appar
tient qu'aux Souverains , fur tout
de cette Souveraineté finguliere à
nos Roys , d'executer anus toute fon
étenduë, ce qui regarde laReligion,
parce qu'eux seuls poffedent le pouvoir
neceſſaire à cette execution.
D'où vient encore , que Justinien
dans la Diviſion du Droit , en Public
& en Privé ou particulier , fait
deux especes du Public , dont l'une
eft le Public Divin , par lequel il
- commence ſon Code , au lieu quele
Theodofien finiſſoit par là. Vlpien
۱
20 MERCURE
definit de même la Jurisprudence ,
non celle qui decide les differens
entre les particuliers , mais celle
qu'on appelle Legislatrice , la connoiſſance
des choſes Divines &
Humaines , & le mesme Justinien
dit , que l'authorité des Loix met
le bon ordre & la bonne diſpoſition
dans les choses Divines & Humaines
, & en bannit toute forte de malice
, & d'iniquité.
Il faut avoüer neanmoins que les
fonctions du Ministere Sacré ne venant
point de la puiſſance Souveraine
, mais de Jeſus- Christ , qui en
a donné le pouvoir àfon Eglife, elles
ne peuvent s'exercer par la voye diu
Souverain Empire , quoy que le pou
voir que l'Eglife donne par l'ordinationà
ses Miniſtres , neſoit pas
incompatible avec celuy de la Sou
veraineté en un même sujet , com.
me on voit dans la Perſonne
GALANT. 21
- du rape , qui à l'égard des Peuples
de fes Etats , peut exercer
I en même temps l'un & l'autre ; ce
qu'ilfaut pourtant bien diftinguer à
l'égard des autres Etats & Royau
mes , quine dépendent point de luy.
Il faut auſſi convenir que le Souverain
ne peut changer ce que Dieu ,
- Roy des Roys , & Maistre Souve_
- rain des Souverains a estably luy.
même pour estre immuable , comme
la nouvelle Alliance , ensuite de
- l'ancienne , contractée avec leshom...
- mes , au prix de ſon Sang par Iefus-
Christ fon Fils , Mediateur de ce
Pere Celeste auprès des hommes ,
laquelle alliance s'execute par la
voye de la Predication , qui se fait...
de cette heureuſe nouvelle , qu'on.
appelle Evangile , de la remiſſion
des pechez , d'une vie éternelle, &
• du Royaume des Cieux , foit par le
Ministere de la parole , Soit par
$22 MERCVRE
d'autres fignes visibles qu'on appelle
"Sacremens , & par une vie con
forme à la Morale du Décalogue
dans la pureté& la perfection , où
Iefus- Christ l'a portée ; mais aussi
les Pasteurs de l'Eglise duns lesfon-
Etions qu'ils exercent à cét égard,
n'ont au fond que le pur ministere
de cette parole ou heureuſe nouvelle,
de quelque maniere , ou par quelques
fignes ſenſibles qu'ils la dif
pensent au Troupeau , c'est à dire
la voye de Déclaration , Difpen_
Sation , & Manifestation de la
part de Dieu , qui seul comman
de aux coeurs & aux esprits , &
àqui toute la vertu & l'efficace
de cette parole doit eftre attribuée
par Jesus - Christ fon Fils , & ils
n'ont par confequent que cette
mesme voyepour juger les Rebelles
àla parole , & pour leur annoncer
qu'ils n'ont point de part à lafocicté
GALANT.
213
1.
1
des Saints , s'ils ne se corrigent. Ils
exercent cette Censure Divine ſelon
Le langage de Tertullien , par l'impoſition
des peines Medicinales à
ceux qui s'y veulent soumettre , &
par une espece de relegation , qui les
Aprive du faint commerce de leurs
Freres , & de la participation aux
Assemblées , comme on pratiquoit
anciennement , & aux Sacrifices..
aussi bien que de celle des Enfans ,
& des autres Seaux & gages de
- l'Alliance qui font les Sacremens ,
cette Censure est un jugement
- dans un sens , & lors qu'estant
- faite par l'Esprit de Dieu & de
Iefus- Christ, elle se ratifie dans le
Ciel , jugement d'autant plus re-
- doutable qu'il est un prejugéſelon
le mesme Pere , pour celuy de l'Eternité
, fi ces Rebelles persistent
.jusqu'à lafin dans le mépris & le
violement de cette fainte Alliance.
24
MERCURE
C'est ce qui fait dire à un grand
Pape, que le Privilege accordé au
premier des Apostres , d'estre Pierre
fondamentale de l'Eglise aprés la
celebre confeſſion qu'il fit de leſus-
Christ comme Fils du Dieu vivant,
est répandu par toute l'Eglise en
quelque lieu qu'on y prononce des
jugemens Selon l'équité de Saint
Pierre , c'est- à- dire ſelon la juſteſſe
de ſon eſprit , & la droiture de fon
coeur , charmez de la découverte de
la Charité d'un Dieu , qui luy infpirerent
cette Confeffion ; qu'ainsi.
bien que leſus- Christ parlat fingu.
lierement à S. Pierre pour estre la
forme & le modelle des autres Ministres
( en quoy les Papes font fingulierementfes
Succeffeurs ) le droit
de Pierre Fondamentale paſſa àtons
les autres , qui font à cet égard ſes
Succeffeurs , lors qu'ils agiffent par
Son Esprit ,& que lamesme Charitéles
anime.
Mais
GALANT.
25
Mais enfin la force & l'efficace
de tout ce Ministere exterieur , qui
viennent uniquement de Dieu,aboutiffent
à l'interieur & au fond du
coeur , & les Ministres de l'Eglise
ne peuvent en cette qualitése faire
obeïr dans cesfonctions exterieures ,
y maintenir l'ordre étably . & en
bannir le trouble & la confufion,
par aucune forte de contrainte ,
qu'autant que le Souverain leur
a communiqué defon pouvoir , d'a
bord ou dans lafuite , lors que la Sotieté
des Fidelles s'est introduite &
affermie dans les Etats, carſeton un
ancien Evesqued'Afrique ,la Repu
blique n'est pas dans l'Eglise , mais
l'Eglise dans la Republique , ce qui
fait dire àl'Historien Socrate , que
depuis que l'Eglise fut receive dans
l'Empire par une autorité publique ,
dont on pourroit marquer l'Epoque
par l'Edit de Constantin & de
Avril 1686 . B
4
26. MERCVRE
Licinius , tout ce qui regardela Religion
a fort dépendu des Empereurs
. C'est ce qu'on peut auffi dive
àproportion de tous les Royaumes ,
où l'Egliſe eſt entrée , & où elle s'eft
trouvée établie , aprés qu'ils se
Sont formezde la décadence de
l'Empire.
Vous voyez donc , Monsieur ,
aprés tout ce que je viens d'établir
fiſolidement , de quelle étendue eft
ce Pouvoir Souverain. Il enferme
nonseulement ce que les Ecclefiafti
ques appellent Ierisdiction , qui
émane de luy , comme de ſa ſource,
&dontle Prince , en le communiquant
, n'a pû se dépoüiller , non
plus que de fa Souveraineté , en
• forte que nonobstant cette delega
tionſpeciale , il peut l'exercer toutes
les fois qu'il voudra par Soymême
, & dans toutesa plenitude.
Ilembrafſſe toutes les personnes,mes
GALANT.
27
me les Ministeres de l'Eglife , les
lieux , les temps , les circonstances ,
&generalement tout ce qui regarde
La Discipline & l'Oeconomie exterieure
de cette mesme Eglife. Ie dis
plus;outre qu'il l'autorise pour l'exercice
deſes Fonctions exterieures , &
luy donne le pouvoir deſefaire obeir
au dehors pour entretenir le bon
ordre,&bannir la confusion,ilmain
tient mesme la Foy , & la Profeſſion
exterieure qui s'en fait ,& lors que
la Societéveut s'aſſembler par ses
Députez , pour terminer des Con
testations par rapport à cette mesme
Foy, & à la Discipline , elle ne le
peut que par son autorité. Les
Decrets ou Canons qu'elle fais dans
ces Affemblées , ou Conciles, doivent
estre autoriſez par cette puiſſance,
&ne paſſent que par elle en force
& vigueur de Loix. C'est dans ce
- Sens que Constantin prenoit le nom
A
3
B 2
28 MERCURE
d'Evesque exterieur , &qu'il écri
voit aux Evesques affemblez à
Tyr, qu'il luy appartenoit de juger,
fi on avoit bien ou mal jugéfelon
la Regle divine ; qu'Ozius dans
Saint Athanase donnoit à l'Empereur
tout l'empire fur la Terve
, à l'excluſion des Evesques ,
auxquels les feules Fonctions facrées
, &de brûler l'Encens , faifant
allusion à l'histoire d'Ozias ,
font refervées ,& c'est ce que les
anciens Peres apres appelloient,tant
àl'égard de la Foy , que dela Difcipline
, raporter aujugementſacré,
àqui les Grecs donnoient le nom
d'Epichrefe.
Les Juifs &les Samaritains porà
terent leur differend ſur le Temple
de Ierufalem &celuy de Garizam;
àPtolomée , Roy d'Egypte , qui en
jugea par la Loy de Moyfe. Les
mesmes Juifs n'eurent point de droit
GALANT.
29
- de rétablir ce Temple , que par
Cyrus & les autres Rois de Perſe,
&l'on nefait pas affez de reflexion
fur ce que lesHebreux leurs Predeceffeurs
, ne crurentpas devoirfortir
- de l'Egypte , pour aller facrifier à
Dieu dans le Defert ,fans la permiſſion
de Pharaon , &qu'ilfallut
une Miſſion extraordinaire pour les
tirer de ce Royaume en la personne
de Moyfe , prouvée & authorisée
par des Miracles & des Prodiges.
Ezechias rompit les Idoles , &mefme
le Serpent d'Airain élevé par
Moyfe. Luy & Iofias détruiſirent
les Lieux hauts , qui faisoient di
version pour le Culte qu'on devoit
rendre à Dieu au Temple de Ieru
Salem. Le Roy des Ninivites ordon.
na un Icûne public. Darius donna
pouvoirà Daniel de rompre l' Idole,
&condamna aux Lyons fes Enne
mis , & Nabuchodonofor defendit
B 3
30 MERCURE
dans ſes Etats de blasphemer le
vray Dieu . Saint Pierre & S. Iean,
dansles Actes des Apostres, ne recufent
point le Savedrin , lors qu'ils
difent , Nous ſommes jugez pour
avoirdonné la ſante à un Malade,
& quand ce Tribunal leur défend
de Prischer Jefus - Christ pour
Mesie , ils alleguent l'ordre de
Dieu, en luy difant , Jugez vousmermes
, fi nous devons plûtoſt
obeïr à Dieu qu'aux hommes. S.
Paul gagna Sergius fon luge , qui
estoit affisfur le Tribunal, pourjuger
entre luy &Elymas le Magicien.
Le mesme Apostre accusé par Tertullus
d'estre de la Secte des Na-
D
zaréens
9. fubit le iugement de
Felix. Il reclama ensuite celuy
de Festus , Succeſſeur de Felix , di-
Sant qu'il devoit estre jugé à ce
Tribunal ; & lors qu'il apprehenda
que le mesme Festus ne lug rendist
GALANT.
3
a
pas justice , il appella à Cefar , qui
euſt eu effectivement le bonheur
d'employer ſa Puiſſance Souveraine
en faveur de la Religion Chreftien.
ne , s'il eust abſous S. Paul , & condamné
les Iuifs. Iustin, Athenagore,
Tertullien , adrefferent des Apologies
aux Empereurs pour la Religion
Chrétienne, Les Peres d'Antioche
s'adreſſerent à Aurelien, pour
- faire donner le Siege Epifcopal
celuy qui avoit este ordonné à la
place de Paul de Samosate qu'ils
avoient déposé. L'Evesque Archelaus
défendit contre Manes , Chef
des Manichéens , la cause de la Foy
devant Marcellin , luge Imperial,
qui prit pour Affeſſeurs un Medecin,
un Retheur , & un Grammairien
Payens. S. Athanase défendit auſſi
cette mesme Foy à Laodicée contre
Arius devant Probus , qui jugeoit,
vice ſacra , & qui prononça en fa-
1
B 4
3.2 MERCURE
veur d'Athanafe, Ce mesme Saint,
les Evesques Catholiques s'adrefferent
fouvent pour ces effet à Con
Stance & à Lovinien , Empereurs,
quoy que contraires. Theodoric ,
Arien , jugea entre les Eveſques de
Rome dans un Schisme de cette
Eglife. Eugene, Evesque d'Afrique,
offrit aux Ariens de prendre pour
Iuge Hunneric , Roy des Vandales,
& les Ariens refuferent ce party..
Je pourrois civer une infinité d'autres
exemples , car enfin combien de
Loix de l'Empereur Justinien ,Sans
parler des autres , fur les perſonnes,
les biens , & generalement tout ce
qui regarde la Religion. Ilregleles
Ceremonies du Baptefme; il ordonne
qu'on prononcera le Canon de la
Meſſe àhaute voix , qu'on n'ordonnera
point d'Evêques qu'à l'âge de
trente ans ; que l'Evesquenepourra
estre absent defon Diocese plus d'un
GALANT.
33
h
لو
کر
t
.
A
A
an,&Sansfa permiffion ; qu'on ne
celebrera point les Mysteres Sacrez
dans des Maiſons particulieres ; en
un mot , il commence , ainsi qu'il a
efté dit , fon Code par la Foy Catholique
, & la premiere Loy eft
celle des Empereurs Valentinien .
Gratien , & Theodofe , qui ordonnent
que tous les Peuples foumis à
leur Empire , Suivront la Commu
nion du Pontife Damase , & de
Pierre Evesque d'Alexandrie, Per-
Sonnage d'uneSainteté Apoftolique.
Combien auſſi de Loix , & d'ordonnances
de nos Rois dans toutes
les Races ! Combien de Capitulaires
de Charlemagne , & de ses Succeffeurs
!
Ainsipour faire l'application de
tout ce que j'ay étably au fuiet du
Pouvoir Souverain , à l'hypothese
dont il s'agit , il eſt conſtant que les
Pretendus Reformez n'avoient pu
B
34
MERCURE
fans cette autorité s'ériger dans
Le Royaume en Corps & en Societé
de Religion , & qu'ils n'y avoient
pû de mesme ſubſiſter jusqu'à pre-
Sent. Cette Societé c'est mesmeformée
d'abord par une entrepriſe ſur
l'autorité Royale , & par une vio
lente rupture de l'unité de la Societé
Catholique , à laquelle le droit
du Ministere de la Parole appartenoit
originairement ,par unefucceſſionnon
interrompuë deſes Miniſtres
depuis ſes Fondateurs Apostoliques
, & dans laquelle l'Exercice
de ce droit avoit esté conservé &
maintenu parle Chef de l'Etat ,
premier Membre de cette Societé,
& en qui reſide toutle Souverain
Empire. La liberté , qui dans ſon
origine avoit esté arrachée par la
Societé Schifmatique , a esté tolerée
dans ſon progrés à la faveur des
Edits, par une ſage condescendan-
A
GALAN T. 35
ce,& par une Chrétienne Politique,.
Selon la neceſſité des temps ; mais
aujourd'huy cette même Prudence
Chrétienneſecondée parfon Clergé,
fur tout par deux Grands Hommes
, ( j'entens l'Illustre Archevesque
du Siege de l'Empire , & le
digne Directeur de Conscience du
Roy ) a inspiré heureuſement Sa
Majesté de retirer par la suppresfion
des Editsfa main , qui ſoûtenoit
commeà regret ce Corps étranger
dans l'usage de fes Fonctions ,
&par ce moyenils'est détruit , &
s'est diffous . Que devoit on faire
des parties éparſes de ce corps dif-
Sipé, quisont tout autant de Fidelles
, qui ne doivent ny ne peuvent
demeurer fans Profeſſion exterieure
&publique de la Religion Chrétienne
, qu'ils ont dans le coeur ? La
Charité paternelle du Souverain ne
l'obligeoit elle pas à employer fa
B6
36
MERCURE
Puiſſance Royale , afin qu'ils vinf
Sent se rejoindre au Corps legitime
naturel de l'Eglife Catholique;
& cette même Charité de la part
deſes Sujets diviſez , pour ne pas
dire l'équité & le bonsens , ne les
preſſoit- elle vivement eux - mêmes
deſe reünir à leurs Parens , à leurs
Amis , & à leurs Concitoyens ,se
lon l'ordre civil , en un mot , à leurs
Freres en Iefus-Christ , qui font En
fans aussi-bien qu'eux du mesme
Dieu qu'ils adorent par le mesme
Iesus- Chrift , qui esperent aux mêmes
promesses , & au mesme heri
tage celeste , qui obfervent la même
Loy , & vivent de la mesme Foy ,
& de la mesme. Morale ? Refufer
cette réünion , n'estoit ce pas refifter
à l'ordre de Dieu, qui leur fai
foit ce commandement par leur Sou
verain, &mesmeàl'Espritde Dieu,
best-à-dire , àson Amour &à sa
GALANT.
37
S
4
T
Charité qui les en follicitoit ? &
n'estoit- ce pas meriter par cette réſiſtance
l'indignation & la colere de
la Puiſſance Royale , ordonnée de
Dieu pour procurerce bien , qu'ils
refusoient , & pour vanger le mat
qu'ilsfaisoient en le refusant ? Gra..
ces à Dieu , le nombre des Opiniâ.
tres & des Refractaires est àcette
heurefipetit , qu'on peut aisément
le compter , & il faut avoüer que
c'est une des felicitezdu Regne glorieux
de ce Grand Monarque , que
le doigt de Dieu ait tellement écla
tésurson autorité , qu'il ait laiſſeſi
peu à faire à l' Instruction &à la
Persuasion..
Rien n'estfifoible &fifaux que
le retranchement , dont ces Defo
beiſſans fe couvrent , lors qu'ils di
Sent , qu'on n'est point maistre de
leurs confciences , qu'onne leur peut
ordonner de croire , maisseulement
38 MERCURE
tes y exhorter ; qu'on ne forcepoint
les esprits , & qu'on ne commande
point la Religion , qu'ainsi ilfaut
obeïr plutoſt à Dieu , qu'aux hom
mes , parce qu'ils font affeurez d'eſtre
dans la veritable Religion ; car
il ne s'agit point de changer de Religion
, c'est la mesme dansſon fond
& dans sa substance. Il ne s'agit
point de la Regle de la Foy , puis
qi'on ne la leur conteste pas, &qu'ils
ne peuvent aussi la contester àl'E.
gliſe Catholique , qui la poſſede
de toute ancienneté& qui leur ouvre
ſonſein pour les recevoir à la
Profeſſion exteriere de cette Foy avec
ſes autres Enfans dans l'unité de
l'Esprit & le lien de la Paix . Tous
les autres Sentimens , qui ſervoient
de pretexte ſpecieux , plûtoſt que de
cauſe ſolide au Schisme , foit qu'ils
ayant du raport àla Regle fondamentale,
foit qu'ils n'en ayent point,
GALANT.
39
feront aiſezaprés cela à éclaircir.
On leur fera voirfacilement , qu'on
ne comprend pas sur toutes ces Queſtions
l'Eglife Catholique , & qu'on
luy a imposéàl'occaſion dequelques
Docteurs particuliers de ſa Communion
, puis qu'elle n'a changény de
Sentimens , n'y de langage , qui ſe
confervent dans les Livres pablics,
dont ellesefert pour rectifier ces Do-
Eteurs particuliers, & les ramenerà
la pureté deses sentimens , au lieu
que par un étrange renversement
d'esprit les Docteurs de l'Erreur,qui
ont produit le Schisme ſous la belle
apparance de Reforme ,mais en ef
fet par la haine qu'ils avoient con--
ceue contre les autres,sefont mal..
heureuſement jettez dans une extremité
d'autant plus dangereuse,
qu'ils ontcommencé par lafuppreffion
de tous ces Monumens publics,
où l'Eglife a toûjours conſervé fes
40 MERCURE
veritables idées & ses verita
bles expreſſions , pour établir ies
Leurs particulieres , & par cette
conduite ils ont ouvert la porte à
toutes fortes de Nouveautez , bien
Loin de retrancher celles qu'ils s'imaginent
avoir efté introduites , & de
lafermer pour l'avenir. On leur fera
voir en un mot , que ce ne font la
pluspart que des Questions de nom,
fondées fur des équivoques de leur
part, ou de Discipline , qui nemeritoient
pas une si funeste separa
tion , puis que le fondement en lefus-
Christ est toûjours demeuréfer ..
me parmy lès Catholiques. Auſſi dans
la plupart des Dioceses , & fur
tout , en celuy de Paris , on n'a fait
Signer qu'un Formulaire general de
Foy Catholique universelle , &Apoſtolique
, Sans entrer dans aucun
détail qu'aprés s'estre reüny , ou fi
L'on est entré en quelque éclairciffe.
ment avec quelques- uns denos Fre
GALANT. ?

res, ce n'a esté que poursatisfaire à
ces faux: Scrupules , & pour leur
montrer qu'on ne leur demandoit
que cette Profeſſion generale &
Orthodoxe. Quant au Paſſage des
Actes des Apostres , Qu'il faut
obeïr à Dieu plutoſt qu'aux
hommes , rien n'estsi mal applique
à lamatiere preſente par la lecture
du Texte. Les luifs defendoient
aux Apoftres de prescher Jesus-
Christ pour Meſſie& pour Libera.
teur , qui au contraire leur avoit ordonné
de la part de fon Pere de te
prefcher par touten cette qualité ,
& avoit confirmé cette Miſſion par
le Miracle de fe Resurrection ,
par tous ceux qui la fuivirent , &
qui furent la consommation de tous
Les autres qu'il avoit faits à leurs
yeux,& en presence des fuifspen
dant fa vie. Est-il question de renoncer
icy à la Predication de ce
1
42
MERCURE
Messie & Liberateur ? ou plutoft
n'est- ilpas question de la ratifierpar
une réunion avec ceux qui le recon
noiſſent , & dont on s'estoit injustement
feparé ? C'est donc obeïrveritablement
à Dieu & à Iefus-Christ
fa Fils, c'est le reconnoistre pour le
Mafie & pour le Liberateur , que
d accomplir cette réünion quifait la
plenitude de la Charitéque le Pere
& le Fils nous ordonnent d'avoir
pour nos Freres , qui compofent un
Corps dont Jefus- Christ est le Chef.
Iefuis ,Monsieur , vostre , &c .
Monfieur Bignon , & Monfieur
de la Reynie , Conſeillers
d'Etat de Semestre,ont eſté faits
Conſeillers d'Etat ordinaires. If
y a long- temps que le merite de
Monfieur Bignon eſt connu ,&
laCharge d'Avocat General qu'il
a exercée fort long-temps dans
GALANT .
43
1
le plus auguſte Senat du Royaume
, parle affez à ſon avantage ,
puis qu'on ne peut ſoûtenir le
fardeau d'une Charge qui de.
mande tant de travail , & tant
de lumieres , ſans ſçavoir à fonds
les Loix , & le Monde. Ainfi je
n'ay point à faire d'Eloges d'un
homme, dont on en a fait pendant
un fi grand nombre d'années
dans les plus belles Affembléesdu
Parlement .
Quant à Monfieur de la
Reynie , il fuffit de le nommer
pour le faire connoiſtre. Paris luy
doit mille choſes qui n'ontjamais
pû eſtre faites avant luy , par aucun
des Magiſtrats qui ont eu
le foin de la Police. Il eſt judicieux
, d'un grand ordre , ferme,
incorruptible , civil , doux aux
perſonnes de merite , propre à
vaincre des ſeditieux , & à faire
44 MERCURE
rentrer dans leur devoir ceux
qui ſe prépareroient à le devenir.
Il a eſté employé dans
les Affaires de la plus haute
importance , &dans leſquelles
on a eu beſoin d'un Ju-
& penetrant. Il ne condamne
ge difcret 9 habile و
zelé
jamais avec precipitation. Il
écoute les Parties & leur
fait voir que leurs pretentions
font mal fondées. C'eſt ce qui
conſole les malheureux . Cette
peinture eſt moins fait pour
le lover , que parce qu'il eſt
neceſſaire , & ſouvent utile de
connoiſtre à fonds les Magiſtrats
d'un auſſi grand poids ,
& que j'ay cru que ce ſincere
portrait valoit bien une nou
velle.
L
4
GALANT.
45
Meffieurs de Bezons & de
Harlay ont eſté faits dans
le même temps Conſeillers d'Etat
de Semestre. Le Pere de
Monfieur de Bezons , fort intelligent
dans les Affaires
eſtoit Conſeiller d'Etat ordinaire
, & de l'Academie Francoiſe.
Il eſt mort depuis deux
ans aprés s'eſtre diftinguć
dans tous les Emplois que pou
voit poſſeder un homme de
fon caractere. Monfieur de Bezons
ſon Fils , qui vient d'eſtre
د
receu Conſeiller d'Etat , mar- .
che ſur ſes traces. Il avoit
eſté nommé quelque temps auparavant
Intendant en Guyenne.
Son eſprit eft generalement
reconnu & eftimé,& fon me-
⚫rite l'a mis dans un pofte , que
34
46 MERCURE
fon âge ſembloit luy devoir encore
faire attendre.
Monfieur du Harlay , Gendre
de Monfieur le Chancelier,
eſt digne par luy meſme du rang
où le Roy le vient d'elever . C'eſt
un homme éloquent , qui s'eſt
fait admirer toutes les fois qu'il
a parlé en public , qui ſçait parfaitementles
Affaires du Bareau ,
&celles de l'Etat , qui a déja
eſté honoré du caractere d'Ambaſſadeur
& de Plenipotentiaire,
& qui s'eſt fait aimer par tout
où il a eſté employé. Je vous en
dirois davantage , ſi je ne craignoisde
choquer ſa modeſtie.
La Fable qui ſuit a eſté trouvée
fort ingenieuſe. Elle est d'un
Centilhomme de Marseille, dont
Je vous ay déja envoyé pluſieurs
Ouvrages galans , que vous avez
leus avecplaifir. La Morale ren
: 47
GALANT.
fermée dans celuy - cy pourra
eſtre utile à ceux qui voudront
bien ne ſe point flater.
好好好好好好好好やややややや
LA VERITE .
FABLE.
Do temps heureux de Saturne
deRhée.
La Veritédigne d'estre adorée,
Faifoit icy basſonſejour.
Les hommes s'empreſſoient àluyfai
re la Cour;
Mais dés que la Discorde affreuse?
Eut infecté tous les coeurs de fon
fiel
Elle fut obligéeà chercher dans le
Ciel
Avec la Paix devenuë odieuſe
Une retraite plus heureuse.
-48 MERCURE
Les grands honneurs qu'elle receut
des Dieux ,
Lear accueil obligeant , leur entretien
aimable ,
Le Nectardelicieux
Qu'elle beuvoit à leur table
Tout celafut incapable
D'adoucirle chagrin de fon banniffement
.
Cent fois le jour , de moment en
moment
La terre qu'elle avoit laiſſée ,
Eftoit presente à sa pensée.
Elle ſe ſouvenoit d'avoir veu les
Mortels
Profternez àses pieds luy rendre des
hommages ,
Couronner de fleurs ſes Images,
Et preſts à luy dreſſer de Superbes
Autels.
Pourse défaire d'une idée
Sa puiſſance & pleine d'appas,
En vain fon coeur donna mille com.
bats , Elle
GALANT.
49
Elle en estoit trop poſſedée ,
Ilfallut se résoudre à descendre
icy bas
Depuis ce jour fatal qu'elle se vit
reduite
Afuivre la Paix dansſafuite,
Plusieurs Siecles s'étoient paſſez..
Par le luxe orgueilleux , la Nature
changée
Ne laiſſoit plus former que desvoeux
infenfez.
Iugezcombien elle fut affligée,
Vn Palais riche & Spacieux ,
Qui jusqu'au Ciel portefon dome
S'offre à ses regards curieux.
Là jadis un couvert de chaume
Garantiſſoit des injures du temps
Des Bergers ſimples & contens.
La bure n'est plus en usage ,
Le Porte-faixn'oferoit s'en vétir,
Chacun aspire àla pourpre de Tyr,
- Que chez luy le Marchand a miſe
.
a
en étalage.
Avril 1686 . C
50
MERCURE
Le champ qui produiſoit une moiſſon
de Blé ,
Eft ceint d'un vaste Amphiteatre.
A l'aspect du Peuple aſſemblé
: Deux Athletes y vont combattre.
• Elle voit dans des chars Pompeusement
traiſnez
Par des Chevaux en harnois magnifiques
,
Triompher de jeunes Phrinez ,
Pour avoir afſervy mille coeurs impudiques.
Laſſe enfin de courir , de voir , de
s'affliger ,
Dans un Palais , où l'or far le Por-
'phyrebrille ,
Elle demande à loger.
Jeſuis cettemesme Fille
Que vos Ayeux remplis de pietė
Reveroient avec leur Famille;
Comme une Divinité ,
Le m'appelle Verité.
GALAN T.
51
le
e.
e-
هنو
mde
٥٢٠
icte
ille;
L
:
Acenom le Portier par ordre defon
Maistre,
Qui parut à la fenestre ,
Luyferma la porte, au nez ,
En luy difant , partez , vous nous
importunez .
Sans murmurer la pauvrete
Obest,& s'en va de Palais en Palais
Mandier uue retraite .
Pareils complimens luy ſont faits,
* A chaque porte on la traite
De coureuse & d'indiscrete ;
Elle devient le joüet des Laquais.
Ilfuffit qu'elle se nomme
: Pour effuyer des refus ;
Elle cherche l'homme en l'homme,
Mais ſes foins font fuperflus
L'homme d'autrefois n'est plus.
Cependant la nuits'avance ,
Elle ne ſçait encore on ſe refugier ;
A quelques pas de là dans un autre
Quartier,
Elle découvre au pied d'une éminence
C 2
52
MERCURE
Unemaison de chetive apparenee,
Ie ne dois craindre icy, dit - elle, aucun
Portier ,
Nydes Laquais la detestable engeance
,
Entrons avec affeurance.
Le Veuve d'un Savetier ,
Qui malgrésoixante ans ſe piquoit
de jeunesse,
De ce lieu ſe ditla Maiſtreſſe.
Sur le nom & la qualité
De cette divine Beauté ,
Qui veut estrefon Hoſteſſe ,
De joye & d'amour transporté
A cet honneurſon coeur est sisenfible
, 1
Qu'elle en perd à l'instant lefouvenir
terrible
De ſon extrême pauvreté
Elle cour dans fon voisinage
Publierſafelicité.
Pour acheter des oeufs , des herbes ,
dufromage ,
GALANT.
53
e
De la vinette & du pain ,
Avec plaisir elle engage
Son pauvre petit Saint Creſpin.
Tout remuë en fon voisinage ,
Ses enfans empreſſez travaillent au
repas.
Acet accueil pourtant honneſte &
favorable
La Dame ne répondit pas,
Elle apperceut en se mettant à
table
Que nostre officieuse avoit les cheveux
blancs .
Il faut ,luy dit elle , ma Mie ,
Que vous ayez grand nombre
d'ans,
Sur vos pieds malaffermit
Vous marchez à pas chancelans.
O Dieux ! vous n'avezpoint de
dents.
Fe vous laiſſe àpenser quelle fut la
colere
Que ce discours franc ,
mocqueur ,
mais
:
C3
54
MERCURE
Deut allumer dans le coeur
De cette nouvelle Mégere.
Perdant respect &raiſon
Elleprend par le bras la Dame trop
fincere,
Luy dit pire que son nom ,
Et la met hors de la maison.
Decette ingenieuse Fable
Voicy la moralité ;
Quoy que belle , la Verité.
N'estpas toûjours agreable...
Tous les Airs nouveaux que
je vous envoye depuis quelque
temps , font choiſis par un fort
habile Maiſtre. Ainſi je ne doute
point que vous ne ſoyez auſſi
fatisfaite de celuy-cy , que vous
l'avez eſté de la pluſpart de ceux
qui me font venus par la même
voye.
GALANT.
55
AIR NOUVEAU.
L
A Saifon des Zephirs eft celle
de l'Amour,
Le Printemps de retour
Ramene les plaisirs , les jeux , les
chansonnettes ,
Et l'on entend déja dans ce charmantSejour
Les Bergers d'alentour
Chanter ſur leurs tendres Muſet.
tes,
La Saiſon des Zephirs est celle de
Amour.
le vous ay promis de vous
faire part de ce qui s'eſt paſſé à la
Cour des Aydes , lors qu'on y
preſenta les Lettres de Monſieur
le Chancelier , pour y eſtre
enregiſtrées. Je ne manquay pas
de m'y trouver le jour d'une
C 4
$6 MERCURE
Action ſi celebre. Ce fut le 20.
du mois paſſé Comme pour ces
fortes d'Actions qui font d'un
fort grand éclat , on choiſit toû
jours quelque perſonne diſtinguée
dans le Barreau , pour faire
l'Eloge de ceux que le Roy éleve
à cette premiere Dignité de la
Robe M' de Teſſé , fameux Avocat
du Parlement , fut chargé de
requerir l'enregiſtrement des
Lettres de Monfieur de Boucherat.
Il eſt Fils du Doyen des
Confeillers du Préſidial de la
Fléche , & proche Parent du
docte Monfieur Ménage. Il y a
long-temps que l'on n'a fait un
Difcours public qui ait eſté plus
generalement applaudy , que celuy
qu'il pononça. Chacun fut
charmé de ſon éloquence , &
tant de perſonnes s'attacherent
auſſi bien que moy à retenir les
GALANT
57
endroits qui fraperent le plus
vivement , qu'il y en a quelquesnus
que je croy pouvoir vous
rapporter preſque dans les mefmes
termes qu'il a employez.
Tel eſt l'Eloge du Roy , qui luy
attira mille loüanges de tous ceux
qui l'entendirent.
Monfieur de Teſſe dit d'a .
bord , que comme il n'y avoit
rien dans le Monde qui repreſentaſt
mieux la grandeur de
Dieu , que la ſouveraine Majesté
des Rois , il n'y avoit rien auſſi
qui approchaſt davantage de
cette ſouveraine Majesté , que
la haute élevation d'un Chancelier
de France ; qu'on le voyoit
aſſis au pied du Trône , annonçant
aux Peuples les volontez
fuprêmes d'un grand Roy, dépoſitaite
de ſes plus ſecretes penlées
, diſpenſateur de fes Graces,
CS
18
MERCURE
tenant en ſes mains la deſtinée
de ſes Sujets , & décidant ſouverainement
de leur fortune . Il
demanda par un beau trait d'Eloquence
, qui estoit celuy qui ſous
un Prince comme le noſtre, pouvoit
ſoûtenir dignement un fi
haut degré de gloire , & ayant
fait voir que cet avantage n'appartenoit
qu'à cet homme juſte
dont parle le Philoſophe , à cet
homme tout divin , à qui il ne
manquoit aucune de toutes les
Vertus Morales & Politiques ,
qui eſtoit toûjours élevé au deffus
des paffions de l'homme , toûjours
égal dans les differens
caprices de la Fortune , & qui
n'avoit pour objet que l'intereſt
ſeul de la Patrie , il ſembla craindre
que ce ne fuſt- là cette belle
& noble Idée , que la Sageſſe
Payenne avoit conceuë tant de
GALANT.
59
+
;
:
5
2
a
2
fois , ſans l'avoir produite au jour
par aucun exemple , & le beau
fruit d'une profonde ſpeculation
dont cette vaine Sageſſe n'avoit
jamais goûté la douceur qu'en
voeux inutiles & en defirs ſans
effets. Il ne marqua cette crainte
, que pour dire enſuite avec
plus de force , que ſi les Sages
de l'Antiquité n'avoient pas eſté
capables d'une ſi pure Vertu ,
c'eſt que le Ciel avoit reſervé ce
bonheur à la France , pour honofer
le Regne de LoüIS LE
GRAND , ce Prince tout mer
veilleux que Dieu avoit formé
pour eſtre le modelle des plus
grads hommes ;que nous venions
d'en perdre un qu'on pouvoit
nommer veritablement juſte , &
qui tiroit toute ſa perfection de
ce divin modelle, & que la France
, cette Terre ſi cherie au-
C6
60 MERCURE
jourd'huy du Ciel , par une fecondité
toute merveilleuſe , avoit
reparé auſſi-toſt en la perſonne
de Monfieur de Boucherat une
perte , qui en d'autres temps ,&
en tous les autres Climats du
Monde , auroit eſté irreparable.
Il ajoûta , que s'il n'avoit à faire
l'Eloge que d'une Vertu à demyheroïque
, il ſuivroit l'exemple
des grands Maiſtres de l'Eloquence,
& qu'il chercheroit dans
les Actions des Morts & des Anceſtres
des Lauriers pour couronner
celles de Mr le Chancelier ;
qu'il feroit valoir les grands ſervices
que feu Me de Boucherat ſon
Pere avoit rendus à l'Etat & à la
Religion ſous le Regne de plu-
Geurs Rois,tantoſt en Conſeillers
d'Etat ordinaire tantôt en Doyen
des maîtres des Comptes de Paris,
&en Intendant de cette victo
GALANT. 6
-
rieuſe Armée Navale , qui avoit
cu'l'avantage d'affoiblir l'Herefie
juſque dans les Ports de la Rochelle
, qu'il parleroit de cette
fameuſe Digue dont il avoit eſté
l'Inſpecteur & l'Ordonnateur,de
ce formidable Ouvrages qui
avoit dompté la mer , arreſté la
fureur des Anglois , vaincu les
forces confederérs des Rebelles ,
&ſervyde fondementau Triomphe
glorieux que nous voyons
aujourd'huy ; qu'il s'étendroit
fur l'illustre Maiſon des Dormans
, fur celles des Molé , des
Hannequins , & des Lomenie,
des Fourcy , des Barillans, & des
Harlay , & que remontant plus
- hautdans le Siecle paſſé , il feroit
5 paroiſtre deux celebres Abbez
de Citeaux , Nicolas & Charles
Boucherat; l'un défendant courageuſement
dans le Concile de
62 MERCURE
,
Trente les intereſts de l'Eglife,
la juſte autorité des Papes , & la
Majeſté de noſtre Empire; l'autre
aſſiſtant aux Etats Generaux de
la France , Preſident aux Etats
de Bourgogne , & tenant cinq
Chapitres Generaux de ſon
Ordre ; mais qu'il publioit les
loüanges immortelles d'un Genie
tout extraordinaire qui non
content de voir fleurir en luy
toute la Vertu , toute la fortune
de ſes Peres , avoit voulu comme
un Aigle par un vol plus haut ,
s'élever infiniment au deffus
d'eux , tournant inceſſamment
fes regards vers ce grand Soleil,
qui fait en ce Siecle la deſtinée
de l'Univers , qu'il loüoitun Sujet
fidelle inviolablement attaché à.
la Perſonne de ſon Prince , au
culte des Autels , à la Police de
l'Etat à la felicité des Peuples;
GALANT. 63
,
a
ES
9
n
es
je
un grand Magiſtrat , qui n'avoit
jamais eu d'autre paffion
dans le coeur que la regle de
el ſon devoir , & qui ſans le ſecours
de la fortune ny de la
protection , montant de Dignité
, en Dignité , eſtoit enfin
parvenu à force de Vertus ,
au degré ſuprême de la Magiftrature
, & qu'il vouloit faire
voir dans un exemple éclatant,
que ſous le Regne de Louis
LE GRAND laplus haute recompenſe
eſtoit toûjours le prix de
laplus haute Vertu . Il entra de
là dans le détail des qualitez
naturelles de Monsieur leChancelier
,de ſon Education , de ſes
Etudes , & de ſes Emplois pendant
la Minorité du Roy. Il fitc
connoiſtre qu'à peine avoit- il
eſté trois ans Conſeiller au Parlement
de Paris , qu'on le vit
on
y
me
ne
, لا
us
ent
eil,
ée
jer
éà
au
de
Jess
64 MERCURE
Maiſtre des Requeſtes , Intendant
dans l'iſle de France , Conſeiller
d'Etat , & l'Arbitre fouverain
de ce fameux differend
qui diviſoit alors la Province du
Languedoc entre le Parlement
& les Etats. Il die qu'il y avoit
des Sageſſes avancées qui n'e
toient, ſujettes ny aux Loix de
l'âge, ny à l'ordre des temps , &
qu'on troubloit quelquefois cer
ordre & ces Loix pour élever
certains prodiges d'eſprit aux
Emplois & aux Dignitez ; mais
qu'on n'avoit jamais veu tirer,
pour ainſi dire , du Novitial de la
Magiftrature , un jeune Magiſtrat
pour le faire Juge des Juges
, & pour l'envoyer apprendre
aux Sages de l'Areoge à ſe
juger eux meſmes. Après avoir
marqué vivement , quoy qu'en
peu de mots , dans quel trouble
GALANT. 65
la diviſion qui s'eſtoit miſe il y
a prés de quarante ans entre le
Parlement de Toulouſe , & l'Afſemblée
des Etats de Languedoc,
avoit jetté ces deux Puiffance,
jalouſes d'un point d'honneur ,
& attachées à des intereſts particuliers
, ſans que les Perſonnes
du premier ordre , qui
avoient voulus les accommoder,
euſſent pû y reüſfir , il fit paroiſtre
Monfieur de Boucherat reveſtu
de l'autorité Royale , &
aſſis au milieu des Anciens d'lfraël
, les écoutant , leur parlant ,
décidant , & ce qui eſt preſque
ſans exemple, reconciliant ſur le
champ le victorieux avec le vaincu
. Il repreſenta avec combien
d'application il avoit remply tous
les devoirs d'Intendant de l'Armée
qui fut envoyée en Guienne
contre les Rebelles dans ces
66 MERCURE
temps aveugles & tenebreux, ou
fous une fauſſe apparence de
bien public & de zele pour le
ſervice du Roy , la pluſpart des
bons Sujets s'étoient égarez parmy
les mauvais , où la France
étoit endeſordre & le devoir con .
fondu ,& ou enfin la fidelité n'avoitpreſque
plusrien que lenom.
Il parla enfuite de ce qu'il avoit
fait en qualité d'Intendant de Juſtice,
dans le Laguedoc dansrifle
de France,dans la Champagne,&
dans toutes les autres Provinces
qui avoient eſté confiées à ſes
ſoins. Il y fit voir le Peuple foulagé
la licence reprimée , les abus
reformez , les malverſations punies
, l'ordre retably , & la felicité
répanduëpar tout. Il s'étendit
ſur l'ardeur avec laquelle il
avoit couru dans la haute Guyenne
, dans le Comté de Foix , &
GALANT. 67
e
e
es
-
Dit
-
J
Je
&
es
es
dans les Sevenes , au ſecours des
Catholiques contre les Pretendus
Reformez . L'Herefic , dit- il,
quigraces au Ciel &à la pieté de
de nostre grand Monarque , est
presque entierement détruite au.
jourd'huy , troubloit alors le repos de
nos Freres dans toute l'étenduë de
11. ces Provinces. Ce cruel Monstre
avoit rompu les chaiſnes qui luy
avoient esté données par les Edits
de nos Roys. Il commençoit déja à
paroître en campagne , il formoit
des deffeins & des entrepriſes dans
les Villes ,& l'on estoitfur le point
de voir renaiſtre ces temps à jamais
déplorables , de carnage & de meurtre
, qui ont coûté tant de ſens à
nos Peres. Monfieur de Boucherat
marche , il court , il vole , il porte
avec luy cét Art admirable qui
charme les Serpens & les Dragons..
A.peine a-t'il parlé , &fait reten
a-
コー
il
1-
&
68 MERCURE
tir de tour coſtez le nom du Roy ,
qu'on voit la tranquilité renduë au
Peuple de Dieu,, en attendant qu'un
bras plus puiſſant que leſien, vienne
comme un autre Moyfe ,le delivrer
pour toûjours de la fervitude.
Monfieur de Teſſe paſſa de là
aux Emplois qu'aeus Monfieur
de Boucherat depuis la Majorité
du Roy. Voicy à peu prés les ter
mes dont il ſe ſervit. Apres l'avoir
confideré comme une de ces Riuieres
qui ayant arrosé plusieurs
Plaines , roulé ses flots avec ma
jesté pendant un long cours ,
laißé par tout les fertiles impreſſions
de fa fecondité , porte
enfin ses eaux & fes richeſſes
dans une profonde Mer ; admirons
le maintenant dans les Conſeils du
plus grand , du plus ſage , du plus
parfait de tous les Rois , & le contemplons
auprés de ce Monarque
نم
GALANT .
69
comme l'on fait cette Etoile plus
brillante que les autres qui co.m..
mence & qui finit les jours , fans ceſſe
attachée au cours du soleil , & qui
parfa qualité bien faisante femble
ne recevoir de ce bel Astre une
plus grande étenduë de lumiere que
pour en répandre davantage fur la
Surface de la terre . Que dis-je , le
contempler auprés de ce Monarque !
Eh de qui peut on contempler les
Vertus auprés de ce Prince incomparable.
Il prit là-deſſus occafion de
faire l'Eloge du Roy , & il le fit
avec une force d'éloquence que
tout le monde admira . C'eſt icy,
pourſuit- il , d'eft icy où je ne connois
plus monſujet . Surpris, étonné éblouy
de tant de lumieres , de tant de
grandeurs , de tant de miracles qui
viennent à la fois fraper mes yeux,
de quelque costé que je les tourne ,
70 MERCURE
ou sur la Perſonne ,ou surles actions
de ce grand Prince, je nesçay plusſi
je parle ou sije tombe dans le filence.
Mon imagination emeuë de tant de
beautez,de tant de merveilles,nevoyent
plus rien que des objets qui le
raviſſent & qui l'enlevet.Ouy,Meffieurs,
je ne crains point de le dire. Te
voy dans ce Princercluire tout ce qui
peut leplusvivement , le plus fenfiblement
representer fur la terre
l'Image de la Divinité. L'Estat qui
est aujourd'huy fon ouvrage , m'offre
de toutes parts une face nouvelle,
comme si elle fortoit du cahos. Ce
n'est plus ce Theatre de duels , de
rapines , de Finances ruinées de
Loix muettes ou impuiſſantes , de
troubles ,d'impieté, ny de mélange de
Religions. Ie në trouve par tout que
L'ordre , l'union , la Iustice , l'abondance
, le repos , & parmy tant de
douceursje n'entens plus retentir de
GALANT.
e
e
i
e
Ce
de
de
de
de
не
۱۰
de

tous coſtez que des cris de joye dans
toutes nos Eglifes triomphantes de
l'Heresie. Levoy au dehors nos Frontieres
fireculées , qu'à peine peut- on
connoiſtre où elles ont esté autrefois.
Ie vois au dedans tant de magnifi
cence , que fi celle des Cieux publie
Sans ceſſe les loüanges de fon Autheur
, celle de la France ne ceffera
jamais de publier auſſi les loüanges
du plus puiſſant Monarque de la
Terre. Si je contemple ſes Victoires
&ſes Conquestes , quelle moiſſon de
Lauriers ! Tantoſt je le vois ſembla
ble au Dien des Batailles , tantoft
Semblable au Dieu de la Paix , tantoft
à celuy des vangeances, & toû
jours ſemblable au Dieu de la Gloire.
Si je porte ma veuë fur la vaſte
étendue des Mers , je vois l'esprit
de ce Prince plus vaste , & plus
profond que la Mer mesme , regnant
par tout fur les eaux ; d'une
72 MERCVRE 6
4
main joindre à la France toutes les
Parties du Monde par les liens d'un
heureux Commerce , pendant que
d'une autre main il force les plus
fieres Puiſſances de ce terrible Element
, à venir à ses pieds luy faire
hommage , & respecter son doigt
imprimé sur nos Rivages. D'un autre
coſté je vois l'Ocean ſe precipi
ter dans la Mediterranée , par une
voye inconnuë à tous les Siecles ; les
Rochers &les Deserts transformez
en Villes , en Ports , en Edifices Somptueux
, les Montagnes applanies ,
les Precipices comblez , les Rivieres
détournées ; enfin vous diriez que la
Terre , la Mer , l'Art , la Nature ,
que tout l'Univers obeït à ſa voix ,
tant elle est semblable à celle dis
tres-haut. Ciel, vous n'en estes point
jaloux. Ce Prince est voſtre plus bel
Ouvrage ; il est le Protecteur de vos
Autels , la terreur de vos Ennemis .
C'est
GALANT.
73
4
L
t
.
1
t
C'est vous qui nous l'avez donné,
vous nous l'avez donnéfi grand &
si puiſſant , qu'il semble que vous .
ayez enfermé dans sa Perſonne
cette ame univerſelle qui anime le
Monde. Voilà , Meffieurs , le Prince
qui forme aujourd'huy, ou qui perfe-
Etionne les plus grands Hommes de ce
Siecle. Voilàle Prince qui par ſom
exemple enseigne aux Rois àbien regner,
qui apprend aux grands Miniſtres
l'Art de gouvernerles Estats,&
aux plus grands Magistrats de la
Terre celuy de rendre la Iuftice , &
voilà le divin modelle qui a formé
laperfection de Monfieur le Chancelier
dans cette haute region de
l'Etat & du Ministere, où les Sujets
du premier ordre reſſemblentà ces
premieres Intelligences du Ciel qui
roulent fans ceſſe fur nos Testes.
Cſt là , n'en doutons point , c'est
dans le ConfeilRoyal des Finances ,
Avril 1686 . D
74
MERCURE
ou ce grand Homme s'est remply de
tant d'excellentes qualitez qui le
diftinguent , & qui l'éleventfi haut
au deſſus de tous les autres Magi-
Strats. C'est dans cetteſourceſivive
&fi pure qu'il a puisé ces grands
principes de Iustice ; cette abondancede
raiſons & de lumieres qui le
rendent digne de nos admirations.
Esprit haut , GenieSublime , s'il
m'estoit permis devous ſuivre , fije
pouvois percer avec ces nuages Sacrezqui
environnent le Trône du.
plus grand des Rois , entrer dans
le Sanctuaire de ſes Secrets & de
Ses Misteres , contempler auprés
de vous les admirables refforts
qui font mouvoir avec tant de
gloire la plus belle Monarchie de
I'Vnivers. Que nous verrions de SAgeffe
: que de Trésors , que de Gran
deurs , que de Vertus ! Mais , Meffieurs
,je le perds de veuë dans cette
GALANT.
75
a
haute region , &je nepuis plus VOUS
le repesenter que comme dans une
perspective tres-éloignée ,ſans ceſſe
appliqué à l'étude , à l'admiration
des vertus de ce grand Roy , n'ayant
point d'autre objet devant les yeux ,
-dans le coeur , dans l'ame que cette
Testefi anguste , brulant de Zele
pour ſon ſervice , d'amour pour ſa
Personne , de paſſion pour la durée
de ſon glorieux Regne , & ne re-
- Spirant que le falut & la felicité
deſes Peuples .Si nous jugeons duprogrez
de cette heureuse étude , com
- me les Philosophes jugent des Secrets
de la Nature par les effets , nous
voyons ſenſiblement l'esprit de ce
grand Monarque regner par tout
dans la conduite, dans les actions de
• Monsieur le Chancelier. Nous trouvons
dans ſes paroles cet esprit de
douceur& de majesté , qui nous fait
auffi- tost connoistre qu'il est la bou
2
D 2
76
MERCVRE
che du Roy ; dansſes bienfaits, cette
maniere obligeante , plus agreable
& plus charmante mille fois que le
bien mesme ; dans le discernement
des Perſonnes & des chofes , cet oeil
vif& perçant cette prudence admirable
dont parle l'Ecriture ; dans les
obstacles & dans les difficultez, cette
grandeur d'ame qui surmonte tout ,
cette pieté folide qui ne s'attache
qu'à la droite verité , cette pureté
deraison qui luyfait juger de toutes
chofes par le principe & par la nature
des choses meſmes . Regardez-le
au milieu de cette foule de monde .
d'affaires , de devoirs qui l'environnent.&
qui accableroient tout autre
que luy,vous le trouvez toûjours prefent
, toûjours exact , toûjours pon-
Etuel , toûjours infatigable , facile
pour écouter les malheureux, tendre
pour lesfecourir,ferme dansſes reſotions
,droit dansſes confeils ,folide
GALANT. 77
dansſesjugemens, humain , affable,
religieux .Enfin vous trouvez en luy
tant de traits , tant de rayons de
l'esprit du Monarque qui l'anime ,
que vous reconnoiffez par tout fans
peine le Maistre dans le Diſciple ;
&c'est de luy qu'ilfaut que la France
vous diſe aujourd'huy par ma
bouche ce que Rome a tantvanté de
fameux Confident d'Auguste , que
tout autre que luy n'auroit jamais pû
Soûtenir l'éclat d'une vertusi vive
&fi agiſſante.
Monfieur de Teſſé fit connoiſtre
enſuite que depuis vingtcinq
ans il ne s'eſtoit preſenté
aucune Affaire importante dans
le Royaume , où le Roy n'euſt
honoré Monfieur le Chancelier
deſa confiance. Il fit voir la gloire
qu'il s'eſtoit acquiſe dans ces dif-.
ferens Emplois , & le bien que
la France avoit receu de ſa vigi-
D 3
78
MERCURE
lance & de fon zele. Il parla de
cette funeſte Conſtellation qui
avoit paru au milieu de nos Vitoires
, de cette Peſte engendrée
des noires vapeurs de l'Amour
, de l'Ambition , de l'Avarice
, de l'Impieté , pendant le
cours de laquelle nous ne voyions
plus dans l'enceinte de nos murailles
que morts précipitées,mais
toutes cruelles & toutes extraordinaires
, lors qu'un venin chaud
brûloit l'un , qu'un poiſon froid
glaçoit l'autre, que le Frere eſtoit
étouffé par le Frere , le Pere par
l'enfant , le Mari par la Femme
, & que la Nature eſtoit
éteinte par la Nature meſme ,
& il n'en parla que pour faire
voir avec quelle force,avec quelle
penetration Monfieur leChancelier
animé de cer Eſprit de ſageſſe
que le Roy luy avoit communiqué
, & auquelnul Ennemy
GALANT.
79
-
ne peut reſiſter , eſtoit allé jufqu'au
fonds des abiſmes du coeur
humain juſqu'au fonds des entrailles
de la terre , chercher &
combattre ce Demon domeſtique
dont il avoit heureuſement
triomphé. Aprés cela il fit un fort
beau Portraitde la modeſtie de ce
grand Homme,& ayant dit qu'on
ne le trouvoit jamais dans le repos,
qu'un Employ ſuivoit immediatement
l'autre , tantoſt pour
le Public , tantoſt pour le Particulier
, & qu'il eſtoit toûjours
ſemblable à cette favorable Divinité
des Anciens , par tout l'azile
des miferables , par tout le
leau des Injuſtes , par tout la reſſource
des opprimez , en un
mot , par tout l'Image des
Vertus deſon Prince, il ajoûta ,
pour finir ce grand Tableau ,
. qu'une vertu auſſi pure & auſſi
D4
80 MERCURE
éprouvée que la ſienne, luy avoit
fait meriter à juſte titre la place
éminente qu'il rempliſſoit,& qui
ne connoiſt rien au deſſus d'elle
que le Trône des Rois ; qu'il y
avoit eu des temps malheureux,
où les plus hautes Dignitez de la
France avoient eſté comme en
proye aux paffions , aux caprices,
aux cabales , aux hazards , &
ſouvent le prix d'une honteuſe
ſervitude , plûtoſt que la recompenſe
de la Vertu , mais que nous
vivions ſous un Prince , dont
le Trône plus brillant mille fois
parl'éclat de ſa Perſonne , que
par celuy de ſa Couronne , n'eftoit
ouvert qu'aux hommes du
premier Ordre , à ces Genies extraordinaires
, quilibres de paf
ſions , conſommez par une lon .
gue ſuite de travaux , dévoüez
au falut de ſon Etat ,& formez
GALANT. 81
-
1
a
ב
e
ſes exemples , eſtoient plûtoſt
des Anges que des hommes .
Ie remets encore juſqu'au mois
prochain à vous parler de l'Oraifon
Funebre prononcée dans
l'Egliſe de l'Hoſtel Royal des Invalides
, par Monfieur l'Abbé
Fléchier ; nommé àl'Eveſché de
Lavaur , le jour que Monfieur le
Contrôleur General y fit faire
un Service pour feu Monfieur le
Tellier , Chancelier de France
Quoy qu'on ait pû vous en dire ,
on ne vous en peut avoir trop dit.
Ce Panegyrique paſſe pour un
Ouvrage achevé ,& je me tiens
ſeur que vous en croirez ſans
peine le témoignage qu'en rend
cette Lettre . Elle eſt de Monffieur
l'Abbé Faydit , dont la ré-
S
S
e
0
בי

putation vous eſt connue.
N
7
D
1
82 MERCURE
A M. L'EVESQUE
DE LAVAUR,
Adame de Mayerchroon,
Ambassadrice de Dannemarch,
& Mademoiselle du Tillet,
Niece de Monsieur Daurat , font
enchantées de vostre Eloquence ,
Monseigneur, &m'ont priéde vous
en faire leurs complimens. Je m'en
Suis chargé avec dautant plus de
plaisirque je cherchois l'occaſion de
vousfaire les miens fur la nouvelle
Dignité dont venezd'estre revestu,
&que vous allez honorer par vôtre
merite, le vous les aurois faits
* plûtoſt ,ſi j'avois ſceu précisément
en quel endroit de Bretagne vous
faifiez la guerre à l'Herefie. La
GALANT.
83
gtoire de vos Armes ne m'apas esté
inconnuë , mais le champ de Bataille
l'estoit. Ie n'ay point estéſurpris
de vos Victoires , Sçachant que
l'épée de la Parole de Dieu entre
vos mains , est telle que le Prophete
dépeint celle d'un grand Conquerant
d'Asie , fort polie& bien limée
d'une part pour briller , & fort
aiguë & tranchante de l'autre pour
bleſſer les méchans , Ut ſplendeat
limatus eſt , acutus eſt ut vul...
neret. Le moyen de vous reſiſter ,
puis qu'on dit quevoussçavezencore
mieux confondre les Heretiques
que lower les Heros ? Vous nous en
fiftes un charmant de Monsieur le
Tellier.
Ic me trouvay prés d'un Aven
gle, qui est fort éclairé d'esprit ;
c'est Monsieur l'Abbé Deffiat. It
remercia Dieu tout haut , aprés vous
avoir entendu , de ce qu'il luy avoit
D 6
84 MERCURE
ofté les yeux , & non les oreilles,
préferant , difoit-il , la lumiere de
vos Difcours à celle du Soleil , &
aimant mieux eftre en estat d'entendre
les uns , que de voir l'autre. Vn
de mes Amis qui a fort voyagé,
m'aſſuroit dernierement qu'il avoit
veu à la Meque un Ture qui s'étoit
crevé les yeux après avoir veu le
Tombeau de Mahomet , de peur de
les foüiller par la veuë d'autres
objets. Ie vous répons, Monseigneur,
que je boucheray deformais mes
oreilles pour ne plus entendre d'autres
Orateurs. Vous estes le fleau de
ceux qui parlent en public. Le
moyen qu'on nous écoute aprés voUS
avoir entendu !
Vidi quanto fub nocte jaceret
Noſtra dies.
Enfortant des Invalides , ie fus
GALANT. 85
tentédefaire ce que le Pere loubert
Cordelier m'a dit qu'il avoit fait
aprés avoir oùy le Sermon de l' Ambition
, du Pere Bourdalouë qui est
un de ses Chefs- d'oeuvre. Il brula
tous les fiens , & en fit un sacrifice
à cegrand Predicateur. L'ay failly
àvous en faireun des miens.
Ie n'ay point de regret , Mon-
Seigneur , de n'estre point né au
temps des Demosthenes &des Cicerons.
Ie trouve en vous tout ce qu'ils
avoient de grand & d'élevé , & je
Sçay bon gréà nostre amy Monsieur
l'Abbé de la Chambre qui dit, qu'il
nefaut plus que les Orateurs jurent
parles Manesde ceux quifont morts
dans la Bataille de Marathon
mais bien par les illuftres Morts
dont vous avez fait les Oraiſons
Funebres . I'ay du chagrin ſeulement
de n'avoir pas vécu du temps de nos
Peres , que ces bonnes gens admi .
86 MERCURE
roient des Discours fort infipides.
I'aurois valu quelque chose en ce
temps-là ; mais par malheur pour
moy vous avez mis noſtre Siecle
dans un autre goust. Ce que je vais
vous dire l'est de bien du monde.
I'ay une petite Maison de Campagne,
où pour tout ornement j'ay
fait peindre les ſept plus grands
Perſonnages qui ayent jamais esté
chacun en leurgenre , & que je re
garde comme les ſept miracles du
Monde ; Monfieur le Princepour la
Guerre; Monsieur Descartes pour
la Physique ; Monsieur Arnauld
pour la Science de la Religion & la
Polemique;Monfieur de Corneille
pour la Tragedie ; Monfieur de
Lully pour laMusique; Monsieurle
Brun pour la Peinture ; & vous,
Monseigneur , pour l'Eloquence. Le
Roy est au deſſus de tous vous autres
qui répand Ses rayons pour vous
GALANT.
87
éclairer & vous échauffer au travail.
Hæc funt ætatis ſeptemMiracula
noſtræ ,
Lullius , Arnaldus , Condæus
Cartefiuſque
Et tragico Princeps Cornelius
ille cothurno ,
Et Brunnus pictor, dicendique
arte Magiſter
Flexierus. Lodoix tamen hos
ſupereminet omnes .
Il y aen bas un petit homme qui
vous admire & qui vous regarde
tous avec des Lunetes de longue
veuë. C'est voſtre tres humble &
tres - obeiffant Serviteur ,
FAYDIT. a
28. Mars 1686 .
Sur la fin du dernier mois , on
88 MERCURE
eut avis d'Heidelberg , que la
Princeſſe Charlote de Heſſe, Eletrice
Palatine Doüairiere , y eftoit
morte aprésune longue maladie.
Elle nâquit en 1627. Elle
étoit Veuve de Charles - Louys ,
Comte Palatin , Electeur , qu'
elle avoit épousé en 1650. Elle
en avoit eu Charles , Electeur
Palatin , mort depuis un an , &
Charlote Elizabeth , mariée le
16. Decembre 1671. à Philippes
de France , Monfieur,Duc d'Orleans
, & Frere unique du Roy.
C'eſtoit une des plus genereuſes
Princeſſes qu'on ait jamais veües
en Allemagne. Elle estoit Fille de
Guillaume V. dit le Conſtant ,
Landgrave de Heſſe-Caffel,mort
en 1637. & d'Emelie-Elizabeth
de Hanavv , qui a eſté une
Heroïne de noſtre Siecle , ayant
relevé par les Armes les Etats
GALANT.
S;
e
e
e
de Guillaume VI. ſon Fils ,qui
eeſtoient ruinez ; & les ayant ac-
| crusen 1648. par le Traité de
1. Munſter,de l'Abbaye d'Hirsfeld,
depluſieurs Bailliages , du Territoire
de Gelingen , &de la Ville
de Marpurg , qui estoit autrefois
lelieude la reſidence du Landgrave
de ce nom , car la Heſſe fur
diviſée ſur la fin du ſeiziéme
Siecle en trois parties, qui appartenoient
à trois Branches de cet-
-te Maiſon , ſçavoir Caſſel,Darm-
- ſtad , & Marpurg. Cette derniere
ayant manqué , la plus grande
partie de les biens eſt rentrée
dans la Branche de Caſſel, qui eſt
l'aifnée. Guillaume VI . Landgrave
de Hefle , Frere d'Emilie ,
mariée en 1648. à Henry Charles
de la Tremoille , Prince de
Tarante , & de Charlote , Electrice
Palatine Doüairiere , dont
S
a
१०
MERCURE
je vous apprens la mort , eſtant
décedé en 1663. laiſſa d'Heduvige
Sophie , Fille de George-
Guillaume , Electeur de Brande
bourg , Guillaume VII. Landgrave
de Heſſe-Caſſel , né en
1651. La Maiſon de Heſſe eſt
une des plus illuſtres d'Allemagne
par ſon ancienneté , & par
les grands Hommes qu'elle a
produits . Elle tire ſon origine des
anciens Ducs de Brabant , & de
Charlemagne , du coſtédes Femmes.
Celle de Hanavveſt auſſi
tres-ancienne, Hanavy , Ville &
Comté de l'Empire dans la Veteravie
, dépend du Comté qui
porte ce nom .
Madame la Marquiſe de Saint
Remy mourut icy le 10. de ce
mois. Elle avoit épousé en premieres
Noces Monfieurde Rezé,
& eſtant demeurée Veuve fort
GALANT.
91
jeune; elle ſe maria avec Monſieur
le Marquis de la Valliere ,
dont elle eut feu Monfieur le
Marquis de la Valliere , Pere de
✔ Madame la Ducheſſe de Choiſeul
, & Madame de la Valliere;
Ducheſſe de Vaujour , qui porte
le nom de la Baume-le - Blanc .
C'eſt une maiſon de Bourbonnois
, établie en Touraine depuis
* un Siecle & demy , & alliée à la
Maiſon de Beauvau , & aux plus
anciennes de cette même Province.
Elle avoit épousé en troi
ſiémes Noces Monfieur le Mar-
- quis de S. Remy, premier maiſtre
d'Hoſtel de feu Monfieur le Duc
d'Orleans. Il eſtoit de la Maiſon
de Courtalvert , l'une des plus
- conſiderables du Maine , dont
Monfieur le marquis de Pezé eſt
l'aiſné . Elle en a eu une ſeule
Fille , qui eſt Veuve de Monfieur
22
MERCURE
le marquis d'Entragues , en
Lyonnois: C'eſtoit une Dame
d'une tres - grande vertu .
On a fort parlé icy d'une
Avanture , qui n'a pû ſe terminerque
par un Arreſt du Parlement.
Je me préparois à vous la
conter dans mon ſtile ſimple ,
quand il m'eſt tombé entre les
mains une Lettre de Monfieur
Vignier , où je l'ay trouvée écrite
en Vers avec beaucop d'agrément.
Je vous l'envoye , étant afſeuré
que vous la lirez avec
plaifir .
GALANT.
93
it
A MADAME LA MARQUISE
J
DANGUITAR .
A S. SIMON.
AParis , ce 28. Mars 1686.
E connois , Madame, qu'unefaute
en fait commettre cent , & qu'aprés
avoir manqué plusieurs fois à
fon devoir , on nesçait plus com_
ment y rentrer. Il me falloit pour
cela un Arrest de la Cour aussi
agreable que celuy qui a esté rendu
àlagrande Tournelle Samedy dernier
23. Mars.
Un Galant à bonne Fortune,
Qui peut-eſtre jamais n'en avoit
eu pas une ,
Un de ces vains extravagans ,
94 MERCURE
Qui font les beaux , les Intrigans
,
Qui ne trouvent jamais de Per
ſonnes Cruelles
Et qui , ſi l'on en croit leur ſotte
vanité ,
Ont cu mille faveurs des Dames
les plus belles ,
Fut n'aguere puny de ſa temerité.
Dans le milieu d'une débauche
Ce beau Galant s'eſtoit vanté
Que dans toute ſa Ruë à droit ,
ainſi qu'à gauche
Il n'eſtoit aucune Beauté
Dont il n'eût eſté bien traité.
Le beau Sexe outragé s'affemble
,
On s'anime , on confere enſemble
;
Jugez ce qui fut dit , quels Arreſts
on donna
GALANT.
95
Et combien l'on ſe déchaiſna.
Aprés beaucoup de bruit , cette
Troupe nombreuſe
Se rendit aux Avis d'une Sage
Boiteuſe;
Car il eſt à noter qu'où la choſe
arriva ,
Cinquante entre deux cens mar
chent cahin caha ;
CetteBoiteuſe dit, que pour vanger
l'outrage
Il falloit ſe ſaiſir de ce laſche Im
poſteur ,
Et que ſur ſon honneur
Elle leur promettoit de le rendre
plus ſage.
Pour en venir à bout on fit tous
les appreſts ;
Le Galant viſitoit ſouvent une
:
Voiſine,
Qui malgré ſon humeur badine
م
N'eſtoit pas dans ſes intereſts.
96 MERCURE
C'eſt là qu'on le furprit , fort
éloigné de croire
Qu'il feroit le ſujet d'une plaiſante
Hiſtoire .
On le prend au colet & dans le
meſme inſtant
On le lie , on le deshabille ,
Chacun avecgrand ſoin l'époufſette
, l'étrille ,
On le meine Tambour batcant
,
Chaque coup eſt ſuivy d'une
nouvelle injure ,
Puis on le laiſſe ſeul pleurer ſon
avanture .
Après s'eſtre ſi bien vangé.
Le Sexe ayant pour Chef cette
Boiteuſe habile ,
Alla ſe plaindreen Corps au Juge
de la Ville ,
De ce faux Détracteur qui l'avoit
outragé.
TEL
Noftre
pauvre
Etrille
plein
de
LYON
honte
GALANT.
و و
LYON
honte & de rage ,
Ne perdit pas courage ,
- Et pour avoir raiſon d'un ſi vilain
affront ,
Quoyque moins prompt ,
Il vint auſſi faire ſa plainte.
Le Juge , homme judicieux ,
Ne ſe fit pas peu de contrainte
Pour conſerver ſon ſerieux .
Avez - vous preuve convain
cante,
Luy dit-il d'un air affez doux,
Ou quelques bons Témoins de
l'injure outrageante
Dont vous venez vous plaindre
à Nous ?
Pour preuve & pour Témoins
4 de ſa méchante affaire
Noſtre homme n'auroit pû montrer
que ſon Derriere,
Mais il falloit pour rendre un
Jagement
Avril 1686: E
ELAVILLE
100
MERCURE
i
Un plus grand éclairciſſement;
Cependant comme la luſtice
Veut quelquefois qu'on uſe d'artifice
,
Le Juge le queſtionna
Sur la cruauté de ces Dames,
Puis ille condamna
A reparer l'honneur de ces honneſtes
Femmes,
A ce rigoureux Jugement,
Penetré de douleur extréme
Il appelle à la Cour contre le
Juge meſme;
Qui ne s'en faſcha nullement,
Non plus que la Boiteuſe .
Cette bonne Solliciteuſe
N'oublia pas de faire fon Paquet
Pour ſe preſenter au Parquet,
Avec cinq autres bonnes langues
Qui firent de belles Harangues,
On plaida Samedy la Cauſe au
Parlement, VA
GALANT. 101
Où l'Appellant inconfiderément
Voulut de ſa Prefence
Honorer l'Audience.
Chacun fur luy jettoit les yeux,
Et Moliere jamais ne fit de Comedies
Où l'on ſe ſoit diverty mieux.
On mit hors de Cour les Para
ties ,
Condamnant le Battu de payer
les Dépens
Au prudent Juge d'Orleans .
Avoüez , Madame , que vous
me quitteriez tous les Mois pour
ane pareille Lettre. Encore qu'elle
nefois pas trop du temps où nous
Sommes,jenay pû m'empefcher de
vousfaire part de cette Historiette.
C'est affez qu'elle aille vers vous
pourne pas manquer de Commentaires
& de reflexions . Jeſuis avec
beaucoup de respect, Vostre, &o.
E2
102 MERCURE
Il s'eſt fait à Privas une Mifſion
qui a produit de grands
fruits . Privas eſt une Ville dans
le Vivarets , qui a ſoûtenu l'Hereſie
juſqu'à la Rebellion , en
forte qu'on fut obligé de l'aſſieger
pour la réduire à l'obeïſſance.
On en bannit tous les Religionnaires,
ce qui fut cauſe qu'il
y reſta peu de monde. Il y a
preſentement environ quinze
cens Habitans , dont huit cens
ne ſe ſont convertis que depuis
le mois de Septembre dernier .
C'eſt ſeulementdepuis ce tempslà
qu'ils ont eſté receus dans la
Ville. Les Pretendus Reformez
ſe tenoient dans le voiſinage , &
quand quelque Famille fe con
vertiſfoit , ces nouveaux Gonvertis
venoient demeurer , on
dans la maiſon de leurs Peres, ou
GALANT. 103
dans quelque autre maiſon ruinée
que la Ville leur donnoit , à
condition de la rétablir. C'eſt
ainſi que pluſieurs Familles s'y
font retirées depuis le Siege,
outre les Catholiques de naiſſance,
qui font en fort petit nombre,
y ayant tres peu de perſonnes
dans Privas qui n'ayent eſté de
la Religion de Calvino, oupak
moins dont lesParens ne l'ayent
profeſſée. On doit les premieres
Converſions au zele de Mefſieurs
du Seminaire de Viviers,
- les ſuivantes aux Inſtructions de
Monfieur le Curé de Privas , &
les dernieres à la Pieté du Roy,
qui n'a plus voulu fouffrir en
France d'autre Religion que la
Catholique. Le Pere Hierôme
de Lyon & quelques autres
Capucinsy ayant eſté envoyez
pourMiſſionnaires, ils firent l'ou-
E 3
104
MERCURE
1
\
verture de leur Miſſion par une
Proceffion generale , & par un
Sermonqui fut ſuivy de laBenediction
du Saint Sacrement. Ils
declarerent qu'ily auroit tous les
jours une Predication à fix heures
du matin , & enſuite une
Meſſe ; qu'à une heure aprés
midy on feroit un Catechiſme,
&que tous les foirs il y auroie
une ſeconde Prédication , à la
finde laquelle on donneroit la
Benediction du Saint Sacrement.
Les nouveaux Catholiques ayant
eſté fort affidus à tous les Sermons
de la premiere ſemaine , la
pluſpart demeurant dans l'Egliſe
pour entendre la Meffe ,& ne
ſortant point le ſoir lors qu'on
donnoit la Benediction , ces zelez
Miſſionnaires leur dirent
qu'ils étoit temps qu'il fongeafſent
à remplir tous les devoirs de
GALANT.
105
0
bons Catholiques en ſe preparac
à ſe confeffer , & à recevoir la
Communion , mais que pour
éviter l'embaras , ils jugeoient à
propos de leur aſſigner des fe-
_maines differentes ; la premiere
- pour les Filles , la ſeconde pour
les Femmes & les Veuves , la
troiſieme pour les hommes &
les jeunes Gens , & la derniere
pour tous ceux qui étoient au
deſſous dedix- huit ans .En même
temps ils exhorterent les Filles
de penſer à leur confcience , &
de ſe confeffer dans la ſemaine
où l'on commençoit d'entrer, afin
que le Dimanche ſuivant elles
puſſent communier toutes enfemble.
Le lendemain Monfieur
l'Eveſque de Lodeve arriva. Il
viſitoit pour Monfieur l'Evêque
de Viviers toutes les Paroiſſes de
ce Dioceſe, où ilya de nouveaux
E 4
106 MERCURE
Catholiques , & il fut charme de
voir la ferveur de ceux de Privas .
Il l'alluma encore plus par les
fortes Exhortations qu'il leur fir,
en ſorte qu'ils beniſſoient Dieu
de ſon arrivée. Ce Prelat leur fit
ſçavoir qu'il adminiſtreroit le
Sacrement de Confirmation à
ceux qui ſeroient en estat de le
recevoir , & les ayant exhortez à
s'y préparer , il confirma cinq
cens perſonnesde l'un &de l'autre
ſexe,parmy leſquelles ſe trouverent
tous les Chefs de Familles
nouvellement converties ,
hommes & femmes , & entre
autres deux miniſtres. Il y en avoit
un troiſieme , mais Monfieur
l'Evêque de Lodevetrouva à propos
de ne luy adminiſtrer ce Sacrement
que ſur les lieux où il
avoit fait les fonctions de Miniftre.
Quoy que les Miffionnaires
GALANT.
107
euffent confeſſe indifferemment
- tous ceux qui s'eſtoient preſen-
- tez , pour les mettre en eſtat de
profiter d'une occaſion ſi favorable
, il n'y eut pourtant que
- les Filles qui communierent le
Dimanche , ſuivant l'ordre qu'ils
avoient cru devoir établir . Afin
qu'une ſi ſainte action paruſt
plus édifiante , ils les prierent de
s'habiller ce jour-là de blanc ,&
d'avoir chacune un Cierge à la
main pour aſſiſter àla Proceffion,
qui ſe devoit faire immediatement
avant leur Communion
. Elles, ſe trouverent à
l'Eglife , à l'heure marquée , au
nombre de deux cens , & le Crucifix
fut mis entre les mains de
celle qui avoit demandé à le porter.
On entonna les Litanies.
Elles continuerent à les chanter,
fortant de l'Egliſe deux à deux ,
4
Ε
108 MERCURE
&marcherent ainſi fort devotement
, ſuivies de Monfieur le
Curé , & de quelques Ecclefiaſtiques
, qui chantoient desMotets
en Fauxbourdon. Aprés eux
marchoient quantité d'hommes
& de Femmes , dont la foule fit
connoiſtre que cette Ceremonie
ne les choquoit pas. A leur retour
elles ſe placerent dans l'endroit
qu'on leur avoit préparé.
Monfieur le Curé commença la
Meſſe, pendant laquelle un des
Miſſionnaires produiſoit à haute
voix des Actes de Foy , d'Eſperance
, de Charité , de regret &
d'humilité , alternativement avec
un Ecclefiaftique , qui chantoit
en Plein-chant quelques paroles
de l'Hymne Pange lingua. A la
fin de la Meffe , le Pere Louis
leur fit une courte , mais forte
Exhortation , qui attira les lar
GALANT.
109
6
1
mes de la pluſpart de ces Filles.
Enſuite on leur donna la Communion
, aprés laquelle le meſme
Miſſionnaire produiſit les Actes
d'Actions de graces comme il
avoit produit les autres pendant
qu'on diſoit une ſeconde Meſſe
qu'elles entendirent. La Ceremonie
finit par le Pater& l'Ave
- queMonfieur leCuré recita cinq
_ fois à haute voix , afin que faiſant
toutes la meſme priere avec luy
elles puſſent gagner l'Indulgence
de laMiffion. Les Femmes ne firent
pas moins éclater de zele à
ſe venir confeſſer pendant leur
Semaine.Elles demanderent qu'il
leur fuſt permis d'orner l'Autel ,
ce qu'elles firent d'une maniere
fort propre , donnant quantité
de Cierges pour l'éclairer. Le
Dimanche elles ſe rendirent à
l'Eglife, chacune avec unCierge
1
E6
110 MERCVRE
& un Voile blanc , que les Mifſionnaires
les avoient priées de
prendre , pourven qu'elles n'y
cuſſent pas une entiere repugnance.
Elles eſtoient environ
trois cens. Le Crucifix fut porté
par l'une d'elles , & l'on fit les
meſmes Ceremonies qu'on avoit
faites la premiere fois. Les Hommes
ne voulurent point ceder
aux Femmes , & ils envoyerent
cent cinquante Cierges pour il-
Juminer l'Autel. Ce jour- là fut
diftingué par une Proceffion ſolemnelledu
S. Sacrement. La rigueur
du temps qui par la violence
du froid ſemble mettre
quelque obſtacle à cette devotio,
ne ſervit qu'à faire paroiſtre la
ferveur de ceux pour qui ſe faifoit
la Ceremonie. Quatre cens,
Hommes&jeunes gens quicompoſoient
la Proceffion mar
GALANT. 11:
טמ
- choient fort modeſtement
Cierge à la main & la teſte nuë,
Il y en eut un qui paroiffant tout
- tranſy de froid , demanda à un
Ecclefiaſtique s'il ne pourroit pas
mettre ſon Chapeau. Comme on
= luy eut répondu qu'il valoit
- mieux qu'il ſe retiraſt , & qu'il
- en avoit la liberté , il ne voulut
-point le faire , preferant le plaiſir
de ſuivre le bel exemple des autres
au ſoulagement qu'il aurois:
receu. Ce qui rendit cette Proceffion
encore plus celebre aux
yeux de ceux qui connoiſſent les
Habitans de Privas ; c'eſt que
pour faire triompher l'Auguſte
Miſterede l'Eucharistie, les Miffionnaires
avoient choiſy quatre
nouveaux Convertis pour porter
le Dais , ſçavoir deux Gentilshommes
, le Sindic , & un Bourgeois
de la Ville. Quatre jeunes
112 MERCURE
Avocats , auſſi nouveaux Convertis
, marchoient devant eux
portant chacun un Flambeau.
Les ruës eſtoient tapiſſées , &
l'on fit trois décharges de Moufqueterie
pour honorer le S. Sacrement.
Au retour on trouva
l'Egliſe entierement éclairée. On
en avoitbouché toutes les fenefſtres
, & la clarté qui venoit des
Cierges ſervit à augmenter le
recueillement de ces nouveaux
Catholiques. Ils entendirent la
Meſſe fort devotement , parurent
touchez de tout ce que leur
dit le Pere Loüis , entendirent
une ſecond Meſſe pour Actions
de graces , & ſe retirerenttresfatisfaits
après avoir gagné les
Indulgences. Cette Proceffion
toucha les coeurs endurcis , &
les Miſſionnaires qui croyoient
n'avoir qu'à preſcherdans la der
GALANT. 113
niere Semaine , furent obligez
■ de confeffer plus de deux cens
perſonnes de l'un & de l'autre
■ Sexe qui avoient manqué à faire
- leurs devotions avec les autres.
- Le Dimanche ſuivant on fit la
Proceffion des Enfans qu'on avoit
inſtruits dans les Catechiſmes .
- Ils eſtoient au nombre de cent.
Ceux qui ſe trouverent affez
avancez en âge communierent
avec beaucoup de devotion . L'apreſdinée
l'Egliſe ſe remplit de
monde pour commencer la Ceremoniedeplanter
la Croix. Comme
on devoit aller proceſſionneltement
au lieu choiſy pour cela,
uneDemoiselle convertie depuis
unan aprés une opiniâtreté qui
paroiffoit invincible , demanda
à porter le Crucifix. Il luy fuc
donné , & elle marcha ſuivie de
toutes les Filies deux à deux ,
114
MERCURE
de toutes les Femmes, des jeunes
Gens ; & de tous les Hommes
dans le meſme ordre ,& dans un
profond filence . Enſuite paroifſoient
vingt Soldats portant une
Croix de Chefne de la hauteur
de quarante pieds , & la Proceſſion
eſtoit terminée par Monfieur
le Curé & quelques Eccleſiaſtiques
. Lorſque l'on fut arrivé
à trente pas des Murs hors de
la Ville , qui eſtoit le lieu où l'on
devoit planter cette Croix ; les
Charpentiers l'éleverent fur les
ruines d'une Tour , leſquelles
eſtant détachées formoient une
eſpece de petit Calvaire. Monſieur
le Curé la benit ſolemnellement
, & le Pere Loüis fit une
Exhortation tres vive , pour exciter
tout le monde à former des
Actes d'un vray repentir. Ils le
firent tous ſans heſiter , & ce
GALANT . 115
Pere les voyant touchez par ce
mouvement , leur cria qu'ils de-
= mandaſſent mifericorde. L'air
- retentit auſſi toſt juſques à trois
fois de cette parole penitente.
Aprés cela Monfieur le Curé
-baiſala Croix , ainſi que les Eccleſiaſtiques
& les Miſſionnaires.
Les principaux de ces
nouveaux Convertis s'empreſſerent
pour faire la meſme choſe,&
- les autres baiferent la terre devant
laCroix , parce que la Ceremonie
auroit duré trop longtemps
, ſi on euſt voulu attendre
que chacun luy euſt donné le
meſme ſigne de veneration . On
retourna dans le meſme ordre à
l'Eglife , & l'on y chanta le Te
Deum. Les Habitans rendirent
d'eux - meſmes dés le commencement
de la Miſſion , les Livres
dont ils ſe ſervoient dans l'exer
116 MERCURE
cicedela Religion Pretenduë Reformée
? Il s'eſt trouvé environ
quatre - vingt perſonnes qui ont
demandé à differer leur communion
, pour avoir le temps de ſe
faire mieux inſtruire , & l'on y a
conſenty. Le jour des Cendres ils
ſe ſoûmirent ſans peine à la Ceremonie
de l'Eglife , & pendant
tout le Careſme ils ont eſté fort
affidus au Sermon , & ont entendu
laMeſſe preſque tous les jours,
que leurs grands biens conſiſtant
en vignes , les Ouvriers, lesMaiftres&
les Domeſtiques ne puifſent
ſe diſpenſer d'un travail qui
ne pouvoit eſtre remis à un autre
temps . Tous ces nouveaux Convertis
voulant perfuader encore
plus ſenſiblement Sa Majesté de
leur fincere retour à l'Eglife , luy
ont envoyé un Acte paſſé dans
une Aſſemblée de Ville, & figné
GALANT.
117
de ſoixante des plus confidera-
1 bles d'entre eux,par lequel aprés
avoir remercié le Roy de leur
avoir fait connoiſtre la bonne
Religion , dans laquelle ſeule ils
! ſont convaincus qu'ils peuvent
trouver leur repos& leur ſalut ,
ils luy demandent pardon de la
faute de leurs Peres , luy jurent
une fidelité inviolable ,& com-
- me s'ils vouloient luy répondre
non ſeulement d'eux & de leurs
Familles , mais encore de tous
leurs Defcendans,ils aſſeurent Sa
Majeſté qu'ils mettront un pareil
Acte dans les Archives de la
Ville , pour eſtre un monument
eternel de la bontéque le Roy a
euë pour eux,& de l'engagement
que la Ville a contracté , ſur tout
dans cette occaſion , de luy eſtre
fidelle , & de ſoutenir l'intereſt
de Sa Majesté au peril de leurs
118 MERCURE
vies. C'eſt ainſi que cette Ville
infortunée pour avoir eſté autrefois
le theatre de la revolte contre
l'Eglife & contre ſon Prince ,
mais heureuſe maintenant par ſa
converſion qui paroiſt parfaite ,
peut ſervir d'exemple& de modelle
àbeaucoup d'autres. Aufſſi
quantité de gens fort éclairez
ont- ils publié que l'on pouvoit
dire de Privas ce que S. Auguſtin
àdit des Donatiſtes dans ſon Epitre
à Boniface, que dans les lieux
où l'Hereſie a paru plus acharnée
contre la Religion , les Habitans
font gloire d'eſtre plus attachez
aux intereſts de l'Egliſe , & plus
zelez à donner des marques d'une
veritable converfion .
Je vous ay appris celle de Monfieur
le Comte de Madaillan .
Voicy des Vers qu'il a preſentez
à Sa Majesté depuis ce temps-là
GALAN T.
119
لو
Ilsen ont eſté fort bien receus,&
* on les a lûs à la Cour avec ap-
** plaudiſſement.
1
AU ROY.
Ice n'est point trop entrepren
SIcewe dre ,
Qued'oferparces Vers quelque compte
vous rendre
Des raiſons qui m'ont fait le plus
d'impreſſion ,
Pour mefaire embraſſer vostre Religion
;
Pour commencer à vous le dire ,
Voicy par où l'on a commencé de
10 m'instruined DAR
C'est parme faire entrer dans la reflexion
De la longuefucceffion
Qu'on voit de tous les temps dans
l'Eglise Romaine .
120
MERCURE
( Succeſſion qui m'a toûjoursfait de
lapeine)
Ensuite j'ay voulu, pour ne m'y tromperpoint
,
Continuer ainſi toûjours de point en
point
Am'inſtruire de vos Myſteres ,
Avec des Gens verſez en pareilles
Matieres,
Qui voulant achever parma réü
nion
L'Ouvragedefiréde leur Instruction,
M'ont fait voir clairement , quoy
qu'on faſſe , ou qu'on dife ,
Qu'il n'est point de Salut hors de la
Sainte Eglife .
Aprés ils m'ont parlé de la neceſſité
Defe foûmettre à fon autorité,
Comme pour le Salut d'un point fort
meceffaine, vint car rad P
Et puis ils m'ontprouvéquedans le
Sacrement.
Jesus Christ est réellement
GALANT.12
5.
}
Mais quefans raiſonner àfondsfur
la maniere ,
Il faut en l'adorant s'yfoûmettre &
Setaire,
Jusque là , SIRE , ils m'ont aſſez
bien éclaircy ,
I'ay goûté leurs raisons , mon ame en
eft contente ,
Mais ce qui m'embaraſſe &ce qui
me tourmente ,
C'est qu'ils m'ont fait connoistre
auffi ,
Quequelque réüny qu'on puiſſe eſtre
àl'Eglise ,
La maniere fust- elle entierement
Soûmise,
Sans Grace l'on n'y fait que d'inuti-
Les Voeux ,
Et mesme fans Grace efficace
L'on n'y peut jamais , quoy
qu'on faſſe ,
Ny bien vivre , ny vivre heureux.
Ainsimalgré tant de raiſons certaines
122 MERCVRE
Elles demeureront inutiles& vaines,
Puis que je n'y vivrayjamais que
malheureux
,
Sans confolation , comme sansefpe.
rance,
Si vous dont les bontez font le bonheur
detous ,
Ne me donnez au moins quelque
affeurance
De recevoir un jour quelques graces
de Vous,
Mais celle que mon coeur defire
Avec le plus d'ardeur &d'empres
ment , SIRE ,
De vostre Auguste Majesté,
C'est qu'Elle veuille bien agréer
mes Services ,
Et les voeux queje fais poursapro-
Sperité.
En luy voüant un coeur plein de fidelité,
t
Comme le plus parfait de tous les
Sacrifices'spa
Ce
GALANT. 123
Ce ne font pas feulement les
Pretendus Reformez qui abjurent
leur fauſſe Religion . Le
grand mouvement qui ſe fait en
France pour faire rentrer les Egarez
dans la vraye voye du Salut,
fait ouvrir les yeux aux plus Infidelles
. On en a un exemple dans
Levi de Saluzzo, natif de Turin .
C'eſtoit un Juif tres ſcavantdans
la Litterature Judaïque & dans
les Langues , outre l'Hebraïque
qu'il poſſede parfaitement. Il fut
baptisé le Mardy 26. du mois
paſſé , dans l'Eglife Paroiffiale de
Verſailles , par Monfieur l'Evefque
de Soiſſions , qui avoit pris
ſoinde le convertir. Il eut pour
Parain Monsieur le Duc de Montaufier
, & pour Marraine Mademoiſelle
d'Uzez , ſa petite Fille,
qui l'ont nommé Charles.
Ie vous ay mandé depuis quel
Avril 1685 . F
124
MERCVRE
ques mois , que Monfieur l'AЬ-
bé de Quincé avoit eſté nommé
à l'Eveſché de Poitiers. Tout
le monde connoiſt ſon merite,&
l'application qu'il a toûjours enë
à remplir tous ſes devoirs. Il a
examiné ſerieuſemét ceux qu'impoſe
la Dignitéde l'Epifcopat, &
ſa ſanté toûjours incertaine ne
le laiſſant pas en eſtat de s'en acquiter
avec la vigilance & l'exatitude
qui luy paroiſſent d'une
obligation indiſpenſable dans un
fi haut miniftere , il a ſupplié le
Roy de vouloir agréer ſa démiſfion.
Comme l'Eveſché de Poitiers
demandoitun ſçavant homme
, pour affermir les Proteſtans
qui y estoient en grand nombre ,
dans la veritable créance qu'ils
viennent d'embraſſer , Sa Majeſté
ena pourveu Monfieur l'Eveſque
de Treguier. Vous ſçavez , Ma
GALANT. 125
dame , la réputation qu'il s'eſt acquiſe
ſous le nom du Pere Saillant
, Preſtre de l'Oratoire. On
connoiſt par là que le Roy ne rend
pas ſeulement juſtice au merite ,
mais qu'en donnant au particulier
, il fait encore du bien au
general .
Il y a quelques années queje
vous fis une exacte & entiere deſcription
de tous les Appartemens
de Versailles ,& de ce que
l'on appelle tenir Apartement.
La Muſique eſt du nombre des
divertiſſemens que l'on y prend
les jours qu'on le tient. Non feulement
les plus beaux Airs de
Monfieur de Lully y font chantez
, mais encore ceux des Maiftres
de Muſique quiont quelque
distinction , & dont les Ouvrages
ont fait bruit. Cela fait qu'ils
s'empreſſent tous à travailler , &
P26 MERCURE
,
qu'ils cherchent de belles paroles
parce que lors qu'ils font
aſſez heureux pour en avoir , il
ſont ſeurs que leur Muſique pa
roiſtra beaucoup davantage.C'eſt
ce qui arriva dernierement au
Sieur Marets , qui ayant mis en
Muſiquel'Idille que je vous envoye
, le fit chanter aux Apartemensen
preſence de toute la
Cour. Il y arriva une choſe extraordinaire
,& qui fait connoiſtre
fon grand fuccés. Madame la
Dauphine en fut fi contente ,
qu'elle le fit recommencer fur
l'heure. Tous ceux qui l'avoient
déja oüy , l'entendirent une ſeconde
fois ,& témoignerent y
prendre un nouveau plaifir. II
fut encore chanté le jour d'Appartement
ſuivant. le vous ay
ſouvent parlé des Ouvrages de
Profe&de Vers , & de differens
caracteres, de l'Auteur des paroenty
GALANT. 127
les , c'eſt tout ceque je vous en
diray aujourd'huy. l'eſpere vous
envoyer le mois prochain quelques
endroits notez de l'Idille.
IDILLE
DRAMATIQVE.
SCENE Ι.
La France , la Paix , le Repos ,
les Plaiſirs , Choeur.
LA FRANCE .
Venez, aimable Paix ,
Venez, Repos tranquille ,
La France pour jamais
Doit estrevôtre azile.
LEREPOS .
Allons , aimable Paix.
LA PAIXх.
- Allons , Repos tranquille.
FS
128 MERCURE
( Le Repos & la Paix enſemble.
La France pourjamais
Doit estre noftre azile.
Choeur
Venez, aimable Paix , &c.
La Paix & le Repos.
Arrestons dans ces lieux les leux &
les Plaisirs
De nos plus doux bienfaits comblans
tous les defirs,
Faiſons que tout repose ,
Et ne souffrons d'autres foûpirs
Que ceux que l'Amour cause...
Entrée des Plaiſirs & des Jeux
qui fe mêlent avec les Bergers
qui danſent.
Trois Plaiſirs chantent.
Dans ce beaufejour
Les craintes feroient vaines,
Les Plaisirs tour à tour
En banniſſent les peines ,
On n'y porte d'autres chaisnes ,
Que les chaines de l'Amour.
GALANT. 119
Une Bergere.
On ne voit dans ce Boccage
Que les Ieux les plus charmans .
C'eſt icy que l'on s'engage ,
Sans connoiſtre les tourmens.
On ne craindra plus les peines
Dans unſi charmantſejour ,
Onn'y porte d'autres chaiſnes
Que les chaiſnes de l'Amour.
ENTREE.
Les Bergeres s'en vont avec les
Plaifirs.
Les Bergers reſtent ſeuls.
SCENE II.
Tirfis , Iris , Liſandre.
TIRSIS .
Suivons Tires Vivons nos jeunes Bergeres,
Les Ieux & les Plaiſirs s'attachent
à leurs pas ,
Les, Bergers neſe plaisent queres
F4
130 MERCURE
Où les Bergeres nefont pas.
LISANDRE ..
Allez, Bergers , dans ce Boccage,
Vous qui vivez contens dans l'Empire
amoureux ,
Les Ris , les Ieux , le Badinage
Sont faits pour les Amant heureux.
Le voy danſer Tirfis , il court àma
Bergere ,
Elle me fuit , elle l'attend ;
Quandon voit un Rival content,
Tous les plaisirs ne touchent
guere.
IRIS.
Ne plaift on plus dés que l'on aime?
I'avois fceu le charmer
Avant que de sçavoir aimer ,
Son amour estoit extrême
Avant qu'ilfist naiſtre le mien;
Et quand je l'aime plus qu'il ne
m'aimoit luy- mesme ,
Ilne me dit plus rien.
*
GALANT. 131
Neplaist-on plus dés que l'on aime?
LISANDRE .
Ie vous entens , vousſoûpirez ,
Depuis quand eftes- vousfi tendre?
IRIS.
Depuis que vous ignorez
Que voussçavez vous faire entendre.
LISANDRE.
Tirſis n'est pas avec vous ,
Vous croyez luy parler Sans doute.
IRIS.
Depuis que Lifandre eſtjaloux.
Ie luy parlefans qu'ilm'écoute.
LISANDRE.
Mon coeur toûjours de bonne foy
Nesçauroit s'attacherqu'auvôtre,
Etvous,quand vous parlezà moy,
Vousfougez à quelque autre.
IRIS.
Vous affectezun vain couroux
Pour mefaire une querelle;
Vous voulezoſtre cru jaloux,
A
FS
1321 MERCURE
1
Pour estre cru fidelle.
LISANDRE .
Si vous craignez toûjours que ie
puiffe changer
L'obiet d'un amour extrême ,
Iris , connoiſſez- moy , connoissezvous
vous- mesme,
Vous ne craindrez plus ce danger.
Enſemble.
Aimons-nous d'une ardeur mu
tuelle.
Aimons - nous pour nous aimer toujours;
Qu'uneflâme toûjours nouvelle
Rallume à tous momens nos premie
res amours,
Aimons - nous d'une ardeur mu
twelle ,
A
Aimons-nous pour nous aimer toû
yours.
Le Choeur repete ces deux derniers
Vers .
GALANT. 133
f
Q
PASSECAILLE .
Vun Berger dans ce charmant
Bocage
Eft heureux
Dés qu'il est amoureux !
Son amour n'est jamais volage ,
Et jamais la Beauté qui l'engage
Ne trahit en l'aimant ſes deſirs ny
Sesfeux.
Qu'un Berger dans ce chamaus
bocage
Eft heure x
Dès qu'il est amoureux
Un jeune Amant tendre & fidélle.
Toujours conſtant dans ſon amour,
Ne trouve point de coeur rebelle,
Qui malgré ses rigueurs ne cede
quelquejour.
Nevous rebutez pas dans vos tendre
defirs ,
|
1 D6
134
MERCURE
Amans ,vos frayeursfont vaines,
Ce n'estqu'avec des peines
Qu'on achete lesplaiſirs.
SCENE III .
La France , la Paix , la Victoire,
Choeur.
Q
LA FRANCE .
Vels Tambours
Trompettes?
2 quelles
LAPAX & LA FRANCE
Quelles clameurs malà propos
Interrompent nos Muſettes,
Et menacent nostre repos ?
LA PAIX A LA FRANCE .
Quoy , juſque dans ton fein crain
dray-je la Victoire ?
LE REPOS.
La barbare en tous lieux m'attaque
&me détruit
GALANT.
135
Je ſuis d'accord avec la Gloire ,
Et lavictoire me poursuit.
La Paix & le Repos enfemble.
Iefuis d'accord avec la Gloire ,
Et laVictoireme poursuit.
LA FRANCE.
Victoire toûjours agiſſante ,
La Paix &le Repos regnent dans
mes Etats ,
Les Plaiſirs & les leuxſuivent icy
leurs pas,
Neviens pas me priver de leur dow
ceur charmante,
La Gloire en est contente.
Et la Victoire ne l'est pas.
LA VICTOIRE .
Non, je ne puis souffrir tes Festes
Et tu reçois trop bien la Trix &le
Repos,
La bontédu Heros.
Limiteſes Conquestes,
1
S'il n'eustjamais donné la Paix,
Ta gloire alloit plus loin que ses
fouhaits.
136 MERCVRE'
LA FRANCE .
Tout rit , tout chante ,
Dans ces lieux pleins d'appas ,
La Gloire en est contente ,
Et la Victoire ne l'eſt pas.
LA VICTOIRE .
Quelle terreur, quelle épouvante
A jamais troublé tes Etats
Dans le temps mesme des combats ?
Du Heros que je fers la valeur
triomphante
Te laiſſoit entre les bras
D'un paisible repos & d'une Paix
constante.
Quelleterreur , quelle épouvante
Ajamais troublé tes Etats
Dans le temps méme des combats?
LA FRANCE .
Du Heros que tu ſfers la douceurest
charmante ,
Iusqu'àses ennemis, ilveut que tout
reffente
Le tranquille repos qui regne en fes
Etats.
GALANT.
137
La Gloire en est contente
Et la Victoire ne l'estpas..
LA VICTOIRE .
LeMaistre de cet Empire
Devoit l'eftre de l'Univers
Dans les plaisirs divers .
Que le repos inspire ,
Laiſſe chanter &rive
Ceux dont il briſe lesfers ;
Mais toy, connois ce que tu perds,
Le Maistre de cet Empire
Devoit l'étre de l'Univers.
La France , la Paix & le Repos ,
Du Heros triomphant laſageſſeprofonde
Cherche moins fon bonheur que le
bonheurdu Monde.
LA VICTOIRE.
Ilfaut doncceder au Repos ,
La Paix m'arreste ,
Ie nevay qu'avec le Heros .
Ie n'interrompt plus vostre Festes
La Paix m'arreste;
138 MERCURE
GrandChoeur.
Beniſſons le Vainqueur , qu'il triom
phe àjamais ,
Ilunit le Repos , la Victoire & lar
Paix.
Une Bergere.
Bergers , qui vous plaignez de vos
peinesfecretes ,
Bergers , qui murmurezdu fort de
vos Rivaux ,
Quittez vosHouletes ,
Confiezà vos chiens ,leſoin de vos
Troupeaux ,
La Paix accorde les ! Trompettes.
Aufon de nos Musettes ,
Reprenezvos Chalumeaux ;
Depetites Chansonnettes
Soulagent fouvent de grands maux.
Une autre Bergere .
Nous ne craindrons plus que la
Gloire
Nous vienne enlever nos Amans,
1
GALANT.
139
La Paix afiny nos tourmans ,
Elle defarme la Victoire;
• Les Bergers à leur tour
Vontfaire triompher l'Amour.
Le Grand Choeur.
Beniffons le Vainqueur , qu'il triom
pheàjamais ,
Ilunit le Repos , la victoire & la
Paix.
Sur la fin du dernier mois ,
Monfieur le Marquis de Dangeau
Chevalier d'honneur de
Madame la Dauphine ,époufa
Madame la Comteſſe de Leveſtein
, Fille d'honneur de cette
Princeffe . Comme elle estoit
Chanoineſſe , on la traitoit de
Madame , quoy que Fille , & il
ſuffit qu'elle poſſedaſt cette qualité
pour faire connoiſtre les
avantages qu'elle a du coſté de
ſa Naiſſance. Elle eſt Fille de
140 MERCURE.
Federic Charles , Comte de Le
veſtein , qui épousa en 1651.
Anne-Marie , Fille d'Egon Cote
de Furſtemberg, & d'Anne-Marie;
Princeſſe née de Hohenzoline.
Elle a l'air doux, l'ame grande
&genereufe,& les manieres hőneſtes.
Je ne vous dis rien de ſa
beauté , le bruit qu'elle fait vous
en doit avoir inſtruite. Elle a
eſté fiancée dans le grand Cabinet
de Madame la Dauphine,&
mariée le lendemain danslaChapelle
du Château de Versailles,
par Monfieur l'Abbé Fléchier,
nommé à l'Eveſché de Lavaur,
Aumônier ordinaire de Madame
la Dauphine. La Naiſſance de
Monfieur le Marquis de Dangeau
eſt ſoûtenuë de beaucoup
d'eſprit, de merite &de conduite
à la Cour , & dans tous les Emplois
qu'il a eus. Il s'eſt toûjours
GALANT. 141
,
dont
fair quantité d'Amis , & a merité
l'eſtime du Roy, ce qui ſeul faic
fon Eloge. Il eſt de la Maiſon de
Courcillon , diftinguée par une
- Nobleſſe tres ancienne
- l'origine remonte juſques au
temps de Hugues Capet. On
trouve dans l'Hiſtoire des anciens
Comtes d'Anjou , qu'ils
- avoient au nombre de leurs
principaux Vaſſaux les Seigneurs
de Courcillon. Cette Terre qui
eſt ſituée dans la Province du
Maine a eſté portée parleMaria
ge de leur Branche aiſnée dans
la Maiſondes Comtes de Sancerre.
Guillaume Sire de Courcillon
eſtmentionné dans des Char-
⚫tes de Geoffroy furnommé Plantegent
Comte d'Anjou , du Mai
ne , & de Touraine , qui mourue
l'an 1151. Guillaume Sire de
Courcillon fon petit Fils , au
142 MERCURE
د
gmenta la Fondation de l'Abbaye
de la Clarté- Dieu , & comme il.
ſceut joindre la pieté à la valeur,
on le trouve qualifié Chevalier
dans des titres de l'an 1250. Un
ancien Regiſtre de la chambre
des Comptes de Paris
contient pluſieurs Traitez faits
en 1277. 1282. 1288. par Monſeigneur
Guillaume , Sire de
Courcillon Chevalier , & par
Monſeigneur Geoffroy de Courcillon
fon Fils auſſi Chevalier
avec Robert Comte de
Dreux , Prince de la Maiſon
Royale, & avec Beatrix , Comteffede
Chateaudun ſa femme.
Briſegaut de Courcillon Frere
puiſné de Guillaume &
de Geoffroy , Sires de Courcillon
Chevaliers
د
, ayant eu
par ſon partage la Seigneurie
de Montleans en Dunois l'an
GALANT. 143
1363. forma une Branche que
ele merite & les actions militaires
de ceux qui en ſont iſſus , ont
élevez a des Emplois & à des
Charges , dont la Juſtice de
nos Roys a crû devoir honnorer
leurs grands ſervices . Tous ces
-avantages leur ont donné dans
tous les temps une ſuite de no
bles Alliances avec les principales
Maiſons du Royaume. Guillaume
de Courcillon Chevalier,
Seigneur de Montleans , épouſa
en 1390. Jeanne de Chartres
ſortie de la Maiſon des Vidames
de cette Ville- là. Guillaume de
Courcillon ſon Fils , Conſeiller
- & Chambellan du Roy Charles
VII. Bailly de Chartres & de
Dauphiné , maria en 1466.
✓ Geoffroy de Courcillon ſon Fils
aiſné , avec Marie de Cugnac ,
Soeur d'Antoine de Cugnac Sei
44 MERCURE
gneur de Dampierre , premier
Maistre d'Hoſtel de Loüis XII.
&Grand Maître des Eaux & FOreſts
de France , Ayeul de François,
de Cugnac , Seigneur de
Dampierre , fait Chevalier du
S. Eſprit par Henry IV. en 1595 .
Ce Geoffroyde Courcillon épouſa
en ſecondes Noces l'an 147 2 .
Marie Cholet , Dame de la Seigneurie
de Dangeau, Fille& unique
heritiere de Meſſfire Jean
Cholet , Chevalier Seigneur de
la Choletieres & de Dangeau ,
Grand Maistre de l'Artillerie de
France ſous le Regne de Loüis
XI. Je ne parle point de plufieurs
autres Alliances avec les
Maiſonsde Chabot-Jarnac , dont
Monfieur le Duc de Rohan eft
le Chef; de Salazar , renommée
✓ par pluſieurs grands Capitaines;
de Chameroles dont eſt venu le
GALANT.
145
-Grand Amiral de Coligny , & du
Pleffis de Liancourt , honorée de
la Dignité de Duc & Pair de
-France.J'ajoûteray ſeulement que
Monfieur le Marquis de Dangeau
eſt petit Fils d'Anne de
Mornay , dont le nom eſt auſſi
noble qu'il eſt celebre dans l'Hiſtoire
du dernier Siecle .Elle estoit
Fille de Philippes de Mornay Seigneur
du Pleſſis Marly ,& Gouverneur
de Saumur , grand' Tante
de René du Bec , Marquis de
Vardes , Capitainedes Cent Suiffes
de la Garde ,& Commandeur
des Ordres de Sa Majesté , Beau .
pere de Monfieur le Duc de
Rohan , & petite fille de Françoiſe
du Bec, dont le Pere Charles
du Bec Vice-Amiral de France
, avoit épousé Magdelaine de
Beauvilliers , grand' Tante de
Monfieur le Duc de S. Aignan.
146
MERCURE
Elle avoit pour ſes Oncles , Pierre
de Mornay Baron de Buhi , maréchal
General des Camps & Armées
du Roy , Chevalier de ſes
Ordres , & Lieutenant General
au Gouvernement de l'iſſe de
France , & Philippe du Bec Archeveſque
& Duc de Rheims,
premier Pair de France , & commandeur
des Ordres du Roy.
Cette Dame épouſa en ſecondes
Noces Jacques Nompar de Caumont
, Duc de la Force , Pair &
Maréchal de France. L'attachement
fidelle & zelé que Monſieur
le marquis de Dangeau a
toûjours eu pour la Perſonne du
Roy , luy a fait acquerir ſucceſſivement
pour recompenſe les
Charges de Colonel du Regiment
du Roy , de Gouverneur
de la Province de Touraine , de
l'undes Seigneurs choiſis pour
eſtre
GALANTA
147
eſtre toûjours auprés de la Perſonne
de Monſeigneur le Dau
phin,& l'agrément de Sa Majesté
pour celle de Chevalier d'hon-
-neur de Madame la Dauphine.
J'ay à vous parler d'un autre
Mariage qui s'eſt fait icy depuis
un mois par une avanture fort
- particuliere. Mademoiselle de
Seve , Fille de Monfieur de Seve
d'Aubeville , revenant de Pologne,
où elle avoit eſté Fille d'honneur
de la Reyne , paſſa à Bruxelles
il y a deux ans , & fut logée
par recommandation avec
deux de ſes Compagnes , & un
Abbé qui les conduiſoit de la part
de cette Princeſſe , chez Monfieur
le Comte de Baſt . Madame
la Comteſſe de Baſt ſa Femme ,
qui n'avoit rien oublié , non plus
queluy , pour bien regaler cette
belle Compagnie , eſtant morte
Avril 1686 . G
148 MERCVRE
un an aprés le départ de Mademoiſelle
de Seve , Monfieur le
Comte de Baſt eut tant de douleur
de cette perte , qu'il ne pût
plus ſoûtenir la veuë d'un lieu
qui renouvelloit ſon affliction à
tous momens. Il abandonna Bruxelles
, & alla voyager en Hollande
& en Angleterre pour tâ
cher de diſſiper ſon chagrin .
Tous les efforts qu'il fit pour le
vaincre , demeurerent inutiles ,
& enfin il n'y trouva point d'autre
remede , que de venir en
France chercher Mademoiselle
de Seve , dont il avoit toûjours
conſervé l'idée , quoy qu'il y euſt
deux ans qu'il ne l'avoit veuë , &
que meſme depuis ce temps-là il
n'en euſt eu aucune nouvelles. Il
partit en poſte avec un Valet de
Chambre feulement , & eſtant
arrivé à Paris , il la demanda en
GALANT.
149 !
mariage. On s'informa de fon
- bien &de ſa naiſſance , & comme
on en fut aiſement inſtruit ,
elle luy fut accordée. Il l'épousa
ſur la findu mois paſſé dans l'Ἐ
gliſe de S. Paul. Mademoiselle de
Seve eſt jeune , blonde , & fort
bien faite , & il eſt rare qu'une
Fille de ſon âge & de ſa naiſſance
ait autant voyagé qu'elle. Il
eſt aisé de connoittre à ſes manieres
qu'elle a profité avec beau
-coup d'avantage de ce qu'elle a
veu dans les Pays Etrangers. Elle
est Niece de Monfieur d'Aubeville
qui eſt à preſent Envoyé
Extraordinaire du Roy vers la
Republique de Genes , aprés l'avoir
eſté en Portugal , en Lorrai
ne , & en pluſieurs autres Cours
Etrangeres. La Famillede Meſſieurs
de Seve eſt tres- ancienne,
&trop connue pour vous en rien
1
G2
150 MERCURE
dire. Madame de Seve , Mere de
cette nouvelle Mariée , eſt de la
Maiſon de Marle , qui eſt auſſi
fort ancienne .
Je croy , Madame , que vous
avez ſceu il y a déja quelque
temps , que Monfieur le Comte
de Caſtelmene a eſté nommé
pour aller à Rome en qualité
d'Ambaſſadeur d'Obedience à Sa
Sainteté de la part du Roy d'Angleterre.
C'eſt un homme d'un
fort grand Genie ,& qui entend
& parle ſept fortes de Langues.
Monfieur Cency Vice - Legar
d'Avignon, ayant ſceu qu'il étoit
party de Paris , dépeſcha ſon Secretaire
juſques au Pont S. Eſprit,
pour luy faire compliment de ſa
part , & luy offrir tout ce qui
pouvoit dépendre de luy dans
fon Gouvernement ; & fur l'avis
qu'il receut que Monfieur l'Am
GALVNT. 151
baſſadeur arriveroit à Avignon
le ſoir du Dimanche 24. de mars,
il fit auſſi - toſt aſſembler Meſſieurs
du Corps de Ville & de la Nobleſſe
, qui ſe rendirent en même
temps au Palais. Monfieur le Vice-
Legat en ſortit ſur les cinq
heures , avec ſes Carroſſes ſuivis
d'un Cortege de plus de cinquante
autres . Celuy où il eſtoit avec
Monfieur le Viguier & les Conſuls
, eſtoit precedé de cinquante
Cavaliers de ſa Garde avec leurs
Officiers à la teſte.La Garde Suifſe
eſtoitaux deux coſtez du Carroffe
, & une partie marchoitde.
vant. Ils allerent dans cet ordre
juſqu'au bord du Rhône , au lieu
où Mongeur l'Ambaſſadeur devoitdeſcendre.
Il arriva ſur les
fix heures du ſoir , & fut ſalué de
tout le Canon. Aprés qu'il fut
monté en Carroſſe , on marcha
G3
152
MERCURE
le longdu bord du Rhône , pour
luy faire voir la belle ſiruation
de la Ville. On y entra aux Flambeaux
par la Porte de maille ,&
comme la nuit commençoit ,
Monfieur le Vice-Legatavoitenvoyé
ordrede mettre par toutdes
lumieres aux Fenêtres, cequi fue
executé de la part des Habitans
avec une promptitude qui marquoit
leur zele. Une partie des
Eſtafiers de Monfieur le Vice-
Legat marchoit devant ſes Carroffes
,& les autres à coſté. En
arrivant dans la Place qui eſt devant
le Palais , on trouva l'Infanterie
rangée en Bataille , & un
concours extraordinaire de Peuple.
Monfieur l'Ambaſſadeur fur
ſalué d'une décharge generale
de mouſqueterie , & eſtant defcendu
de Caroſſe au pied de
l'Eſcalier qui eſt dans la Courtdu
GALANT.
153
Palais, il fut conduit par Monfieur
ale Vice- Legat ,& par tous ceux
qui avoient eſté avec luy le recevoir
à la deſcente du Bateau , à
l'Apartement qu'onluy avoit preparé.
Il eſtoit meublé magnifiquement
ainſi que les autres
pour les Seigneurs & Gens
de ſa ſuite. Meſſieurs du Corps
de Ville le vinrent complimenter
, & luy apporterent les
Preſens accoûtumez. Monfieur
-le Vice - Legat l'ayant laiffé
pour quelques momens , en-
-tra dans ſon Apartement , où
_ayant pris ſes Habits de Ceremonie
, il alla voir cet Ambaſſadeur
dans le ſien ; & Monfieur
l'Ambaſſadeur luy rendit ſa viſite
preſque auſſi toſt. Peu de
temps aprés Monfieur le Vice--
Legat le vint prendre pour Souper.
La Table eſtoit de vingt
G4
154
MERCURE
quatre Couverts , & il y eut fix
Services , chacun de neufgrand
Baſſins , de douzé Plats moyens,
&de douze autres hors d'oeuvre.
La magnificence, la propreté
& la delicateſſe Françoiſe
auſſi-bien que l'Italienne , parurent
à ce Repas &à ceux qui le
ſuivirent , par l'abondance des
viandes les plus exquiſes, par une
excellente Simphonie , & pardes
Triomphes à la mode de Rome.
Ces Triomphes ſont des paſtes
de ſucre , avec leſquelles on forme
des figures , des édifices , &
tout ce qu'on veut. Outre Monfieur
le Comtede Caſtelmene &
Monfieur le Vice- Legat , il y eut
toûjours à table fix Seigneurs
Anglois , & le Secretaire Royal
de l'Ambaſſade ; Monfieur l'Auditeur
General de la Legation,
Monfieur le Dataire de la Chan
GALANT. 155
cellerie d'Avignon , quelques
Gentilshommes de la Ville , &
- les principaux Officiers tant de
☐ la Cavalerie que d'Infanterie,
que Monfieur le Vice- Legat in-
- vitoit pour tenir compagnie à
Monfieur l'Ambaſſadeur. Le premier
ſoir lors que l'on but les
- Santez du Pape & du Roy d'Angleterre
, elles furent faluées
chacune de fix coups de Canon
Les autres Gens de la ſuite de
Monfieur l'Ambaſſadeur ont eſté
toûjours traitez à d'autres Tables.
1
Le lendemain, jour de la reſte
- de l'Anonciation , Monfieur le
Vicelegat mena cet Ambaſſadeur
entendre la meſſe a l'Eglife
des leſuites , & enfuite il luy fic
voir lebeau Convent des Celeſtins
, où eſt le Tombeau de S.
Pierre de Luxembourg , & le
GS
756 MERCURE
:
corps de S. Benozet , que l'on y
conſerve entier depuis plus de
cinq cens ans. L'apreſdînée ils
allerent ſe promener au Cours
avec un Cortege de plus de
vingt- cinq Caroffes , & le ſoir ils
ſe rendirent àunegrandeAſſemblée
de Dames, ou ſe trouva la
pluſpartde la Nobleffe. Monfieur
l'Ambaſſadeur ayant voulu partir
le 26. aprés diſne , Monfieur
le Vicelegat l'accompagna avec
la meſme Nobleſſe , & la Cavalerie
qui avoit eſté le recevoir,&
unCortege nombreux de Carofſes
à fix chevaux juſqu'à deux
lieuës de la Ville. Au fortir du
Palais il fut falué du Canon &
de la Moufqueterie,& aux Portes
de la Ville,les Corps de Garde le
faluërent encore. Monfieur le
Vicelegat ayant pris congé de
GALANT. 157
0
luy ,& s'étant mis dans un autre
Caroffe, le fit encore accompagner
d'une Brigade de fa Cavalerie
juſques à Cavaillon où il
alloit coucher ce jour- là , & le
lendemain juſqu'au bord de la
Durance , qui en eſt éloignéede
ſept lieuës. Ainſi l'on peut dire
= qu'il n'a rien oublié pour honorer
cet Ambaſſadeur , & pour
marquer la joye qu'il avoit du
devoir d'Obedience que rend à
Sa Sainteté un Roy, dont l'Avenement
à la Couronne eſt fi
avantageux à l'Eglife , & dans
lequel toute la Chreſtienté doit
s'intereſſer. On n'a point eſté
furpris qu'il ait fait paroiſtre en
ce rencontre un caractere tout
particulier de magnificence &
d'honneſteté. C'eſt celuy de tous
ceux de ſa Maiſon , qui eſt illuſtre
par les Papes & les Cardinaux
1
G6
158 MERCURE
qui en font fortis ,& qui luy ont
donné le rangqu'elle tient parmy
les premieres maiſons de la Nobleſſe
Romaine.
Quelques Recits particuliers
qui ayent paru , & quoy que les
Nouvelles publiques ayent pû
nous apprendre touchant la Statuë
érigée à la gloire du Roy par
Monfieur le marefchal Duc de la
Feüillade , il reſtera toûjours
affez dequoy faire d'amples
Relations pour ceux qui voudrontmetire
dans leur jour toutes
les circonstances d'une fi
belle matiere. Il s'agit de plus
que d'une Feſte , ou fi voirs
voulez , d'un jour entier d'allegreſſe
publique. Il faut remonter
plus haut,& vous parler prefque
de tous les Siecles , avant que
de venir à cette grande journée ,
qui doit eſtre glorieuſe à la Fran3.
GALANT.
159
ce, ſenſible à tous ſes. Peuples ,
- utile à tous les monarques qu'une
noble & loüable émulation excitera
à marcher fur les traces du
- Roy ,& qui immortalifera le nom
de Monfieur de la reüillade , &
l'ardeur d'un zele auffi grand que
nouveau pour la gloire de Sa ма-
jeſté. Les Statues & les Arcs de
Triomphes estoient autrefois dé.
diez aux Empereurs & aux
grands Conquerans, par le Senar,
par le Peuple Romain , & quel
quefois même par un Particulier,
lors qu'il avoit receu de grands
bienfaits de quelque Empereur ,
ou lorsqu'il en avoit eſté honoré
d'une bienveillance finguliere.
Ce furent les motifs qui engagerent
Monfieur leCardinal de Richelieu
à faire élever la Statuë
Equestre de Louis XIII. que l'on
voit à la PlaceRoyale.Je neparle
160 MERCURE
1
point de celle de Henry le
Grand , élevée ſur le Pontneuf,
parce que c'eſtoit un Preſent du
Duc de Florence à la ReyneMarie
de Medicis . Quelques beauzez
qu'ayent ces Monumens , ils
n'approchent ny de la grandeur ,
ny de la magnificence du fuperbe
Ouvrage qui vient de faire
l'étonnement de tout Paris , &
l'on peut dire que Monfieur le
Duc de la Feüillade , en le faiſant
élever , a donné à tout l'Univers
un pompeux Spectacle des Ver.
sus qui ont rendu noſtre Auguſte
Prince non ſeulement le plus
grand des Rois , mais encore le
plus grand de tous les hommes.
Ce Monarque eſtoit dans tous
les coeurs ; mais il n'eſtoit point
encore dans les Places publiques
avec un éclat qui approchaſt de
fa grandeur; & fi les Statuës des
GALANT. 166
Princes , dont les vertus ſont à
- imiter , doivent eſtre élevées
pour ſervir d'exemple à la poſterité
, quel Monarque , quel Heros
,& quel Sage fur la Terrea
plus merité cet honneur , que
celuy à qui mille vertus Morales
& Politiques ont fait donner le
furnom de Grand. Ariftote mer
les Eloges qu'on prononce en publicàla
gloiredes grands Hom
mes , & les Statues qu'on leur
dreſſe , au rang des choses qui
exhortent , & qui honorent enſemble.
C'estoit le deſſein des
Atheniens lors qu'ils firent mertre
en public des Inſcriptions à
P'honneur des Guerriers qui avoient
battu leurs Ennemis , &
que l'Orateur Eſchines raporte
toutes entieres. Elles marquent
qu'on leur rendoit cet honneur ,
afin d'exciter la poſterité àimi
162 MERCVRE
ter leur vertu. De pareils Monu.
mens d'honneur engagent les
Peuples à un amour plus tendre ,
&àuneobeïſſance plus prompre,
en leur propoſant continuellement
l'image des vertus do Prince.
Comme ces Statuës ont encore
pour motifd'honorer la Vertu,
de fi pompeuſes& de fi éclatan .
tes marques du plus haut merite
font eſperer à ceux qui cherchent
les mêmes voyes pour les
obtenir ,qu'ils pourront s'en rendre
dignes . Le but des Heros en
faiſant de grandes Actions , doit
toûjours eſtre de meriter de femblables
Monumens , afin qu'apres
leur mort ils ne periffent
pointdans la memoire des hommes
, & que durant leur vie le
bruit de leur vertu les rendant
preſens en tous lieux , ils foient
par là en état d'égaler la durée
GALANT. 16.3
de tous les Siecles par la perpetuité
de leurs loüanges. Ces
magnifiques Repreſentations du
Prince font des motifs continuels
à ſes Sujets de l'aimer & de luy
obeïr avec uneardeur inviolable .
On les éleve , afin que les Peuples
touchez de ſes vertus , augmentent
, s'il ſe peut , leur amour
& leur obeïſſance envers luy, &
quele Prince touché de leur zele
, conſacre encore plus volontiers
ſes ſoins & les precieux
momens de ſa vie au bonheur
de ceux qui luy ſont ſoûmis , &
que dans la mutuelle correfpondance
de la veneration du Peuple
envers le Prince , & de la
tendreſſe du Prince envers le
Peuple , l'Etat ſoit heureux &
Aoriſſant. Seneque dit que rien
ne releve tant le coeur , que les
Portraits des grands Hommes, &
164
MERCURE
que ce ſont autant d'aiguillons
preſſans qui nous piquent , &
qui nous portent à les imiter. En
voyant ces Statuës , on ſe repreſente
auffi-toſt que ceux qu'elles
nous font voir, n'ont pû les meriter
que par de grandes actions.
Cefar ſoupiroit à la veuë de la
Statued'Alexandre , & ſe ſentoit
excité à marcher ſur ſes traces.
Scipion diſoit que la veuë des
Images de ſes Aanceſtres ne luy
avoit laiſſé prendre aucun repos,
juſqu'à ce qu'il euſt fait des
Actions dignes de leur nom. Ces
Statues nous montrent tout enſemble
& les traits du viſage des
Heros qui en onteſté dignes , &
l'eſtime generale qu'on a evë
pour leur merite. C'eſt en quoy
confiſte la plus glorieuſe recom-
1
penſe de la Vertu , de pouvoir
ſervir d'exemple& de guide à la
GALANT. 165
poſterité , & d'aiguillon aux
grands Hommes. Quand l'ab-
Iſence nous les ravit , nous ſentons
du ſoulagement à contempler
leurs Portraits, & à les avoir
ſans ceſſe devant les yeux. Chacun
y aura celuy duRoy , comme
on y avoit autrefois celuy
d'Alexandre , pour ſe rendre la
fortune favorable. On ne peut
trop élever de Statuës en France
à la gloire d'un ſigrand Prince,
puis que chaque Particulier devroit
, s'il luy eſtoit poſſible , en
avoir une chez foy. Si ce Monarque
a tant fait pour la gloire de
l'Etat , M. de le reüillade à fait
au delà de tout ce qu'un Sujet
peut faire pour la rendre immortelle
, & il n'appartient qu'à un
prince comme le Roy de faire
d'auſſi puiſſans , & d'auſſi zelez
Sujets. Le grand avantage qu'il
166 MERCVRE
y a à eſperer pour les peuples du
reſpect que leur imprinie la majeſté
de ces Statuës& de ces Eloges
legitimes , eſt cauſe que la
Religion chreſtienne qui condamne
ſeverement toutes les
actions d'orgueil , ne s'oppoſe
point à ces hommages publics
que l'on rend à la vertu des Souverains
, parce que Dieu vent
que les Roys ſoient honorez. Les
Statuës meſme parmy les Princes
Chreſtiens ſervoient d'azile aux
coupables qui les embraſſoient ,
& ceux qui abatirent celles de
l'EmpereurTheodoſe,furent punis
tres- ſeverement . Il n'y a rien
de plus glorieux dans ces Monumens
publics que les Inſcriptions
qui font connoître le ſujet que
l'on a eu de les élever , & qui
confervent le nom de celuy à qui
on les a élevez. C'eſt ce qui a
GALANT. 167
fait dire à Pline , qu'auſſi - toſt
qu'on a commencé àdreſſer des
Statues , on a commencé auſſi à
ymettre des Inſcriptions quicontiennent
les Elogesde ceux qu'elles
reprefentent. On peut cont
clure de là que ces Statuës im
mortaliſent celuy pour qui elles
ſont dreſſées ; qu'elles nous apprennent
ſes actions en peu de
paroles ; qu'elles laiſſent à la po-
-ſterité ; qu'elles excitent à les imi.
ter dans tous les Siecles ; & qu'elles
ſont utiles non ſeulement à
l'Etat , mais à l'Univers par le
rapport des Etrangers , des Livres
, des Métaux , & du Burin
qui les font paſſer , pour ainſi dire
, juſque chez les Nations les
plus reculées. Il ne faut pas s'étonner
aprés celà ſi Ciceron adia
qu'un ſemblable Monument eſt
pour l'éternité ,& que c'eſt un
168 MERCURE
Autel dedié à la Vertu . Sans ces
beaux Ouvrages de Sculpture,la
Grece n'auroit pas eſté ſi renommée
, & la magnificencede Ro
me ſeroit preſque ensevelie. Il y
en avoit à Rome dans le Champ
de Mars , & je ne ſçaurois mieux
vous marquer l'eſtime qu'on en
faiſoit , qu'en vous diſant qu'Auguſte
ordonna des Soldats pour
les garder. Ainſi l'on peut dire
que Monfieur de la reüillade a
fait un beau Preſent à la France,
endonnantun ſi pompeux orne.
ment à la Ville de Paris , & que
par deſſus tous les effets avantageux
que produiſent les Statuës
des grands Hommes, il a fait connoiſtre
par là l'état floriſſant où
le Roy a mis les beaux Arts dans
le Royaume. Si la Sculpture n'étoit
pas au nombredes Arts liberaux
, plus capable d'ennoblir
GALANT. 169
que d'abaiſſer ceux qui y travail-:
lent , puiſque chacun ſçait qu'on
ne degenere point en y travailellant
, un auſſi bel Ouvrage que
celuy que Monfieur des Jardins
vient d'achever , devroit ennoblir
tout l'Art de la Sculpture ,
non ſeulement à cauſe de ſa
beauté , maisà cauſe du Prince
qu'il repreſente. Que la poſterité
l'admire , & que nos Neveux
s'entretiennent en le regardant ,
des exploits miraculeux du grand
Monarque dont nous voyons la
Statue , que Monfieur le Ducde
la Feüillade a ſait élever avec des
foins incroyables, &unedépenſe
digne d'un zele auſſi ardent que
le ſien. Cet ouvrage qui pour
ſa grandeur & pour ſa magnificence
furpaffe tous ceux de
cette nature dont l'antiquité ſe
vante , ſurprend d'abord les yeux
701 MERCURE)
Par une Statuë de Bronze de
treize pieds de hauteur , où le
Roy eſt repreſenté de bout avec
ſes habits Royaux. Un Cerbere
paroiſt ſous ſes pieds. Il marque
la triple Aliance , & fait voiren
meſme temps que Sa Majesté en
a glorieuſement triomphé. La
Victoire a un pied ſur un Globe,
d'oùelle s'élevé , l'autre pied en
l'air. Elle a les aifles ouvertes
pour prendre fon effor , & en
paffant elle conronne le Roy,
Tout ce Groupe qui est compoſé
du Roy reveſtu de ſes habits
Royaux , de ce Cerbere , de las
Victoire avec l'attitude que je
viens de vous marquer , du Globe
, d'une Maſſue d'Hercule ,
dune peau de Lyon , & d'un
Caſque le tout dans leurs proportions
,& pefant plus de trenre
milliers , eft fait d'un ſeul jet ,
ce
GALANT. 171
ce qui contribuë beaucoup davantage
à ſa beauté , que cette
grande quantité de matiere de
trente milliers Comme les reſtes
de l'Antiquité & les Hiſtoires
ne nous marquent point
qu'il ſe ſoit jamais fait aucunOuvrage
de fonte auffi grand
que ce Groupe , la France ſera
eternellement redevable à Monſieur
de la Feüillade de luy en
avoir fait produire un dont l'Antiquité
, toute ſuperbe qu'elle
eſt , ne ſe peut vanter ,& il a le
glorieux avantage d'avoir fait
faire une choſe ſans égale pour
un Monarque qui n'a point , &
qui n'a jamais eu de Pareil. Le
Piedeſtal fur lequel le Roy eſt
elevé, eſtde Marbre blanc veiné.
Sa hauteur est de vingt deux
pieds. Il eſt orné d'Architecture
avec des Corps avancez en bas ,
Avril 1685 .
H
172
MERCURE
aux quatre coins deſquels ſont
quatre Captifs ou Eſclaves de
Bronze. Ces Eſclaves ont onze
pieds de proportion chacun , &
font accompagnez de grand
nombre de Trophées auffi de
Bronze. le ne vous décrits point
leurs differentes attitudes , non
plusque ce que contiennent les
bas reliefs qui rempliffent les
faces & les coſtez du Corps du
piedestal , & qui ſont de Bronze,
& ont fix pieds de long ſur quatre
de haut. Je ne vous parle
pointnon plus de pluſieurs ronds
de bronze ornez de Feſtons qui
contiennent divers ſujets, ny des
ornemens de tout l'Ouvrage.
Monfieur l'Abbé Regnier Defmarais
, Secretaire delAeademie
Françoiſe , qui en a fait un Livre,
eſtdeſcendu dans le détaille plus
exactde toutes ces chofes ,& il
GALANT. :
173
✓écrit d'une maniere ſi juſte , &
qui reprefenre ſi bien ce qu'il
cherche à faire entendre , qu'on
n'y peut rien ajoûter. Ainſi je me
contenteray de vous dire que la
Place où l'on voit cet Ouvrage,
aujourd'huy le plus merveilleux
de l'Univers , eſt de quarante
toiſes , que Monfieur le Duc de
la Feüillade en a donné plus de
la moitié , ayant fait abattre pour
l'agrandir la plus grande partie
-deſon Hoſtel ,& que la Ville de
Paris a fourny plus de quatre
cens mille francs pour le reſte,
ſous les ordres de Monfieur le
Preſident de Fourcy , Prevoſt des
Marchands .
Il faut vous parler des Infcriptions
, qui ont eſté faites par
Monfieur l'Abbé Regnier Defmarais
. Il a quatre grands Ronds
de Bronze entre les Corps avan-
(
H2
174- MERCURE
cez , & au deſſous des Eſclaves.
Ceux des deux Faces contiennent
la dedicace de l'Ouvrage
en Latin&en François , & ceux
des coſtez ſont deux Bas reliefs ,
avec des Inſcriptions qui expliquent
ceque l'on y voit repreſenté.
Quatre autres Bas- reliefs de
Bronze rempliffent les Faces &
les coſtez du corps de Piedeſtal ,
&& ont auſſides Inſcriptions. Voicy
celle qui eſt en François , &
qui explique le ſujet de tout
l'Ouvrage.
A LOUIS LE GRAND ,
LE PERE ET LE CONDUCTEUR
DES ARMEʼES ,
TOUJOURS HEUREUX ,
Aprés avoir vaincu ſes Ennemis,
protegé ſes Alliez , ajoûté de
GALANT. 175
tres - puiſſans Peuples à son
Empire , affure les Frontieres
par des Places imprenables ,
joint l'Oceanàla Mediterranée,
chaffé les Pirates de toutes les
Mers , reformé les Loix , détruit
l'Hereſie , porté par le bruit de
Son nom les Nations les plus
barbaresà le venir reverer des
extremitezde la Terre , & reglé
parfaitement toutes choses au
dedans & au dehors parla grandeur
de fon Courage & de fon
Genie ,
François , Vicomte d'Aubuſſon , Duc
de la Feüillade , Pair &Marefchal
de France , Gouverneur du
Dauphiné ,& Colonel des Gardes
Françoiſes.
Pour perpetuelle memoire à la
Pofterité.
4
H3
176 MERCURE
Au pied de la Statuë du Roy
font ces mots.
VIRO IMMORTALI.
Ces deux Vers ſervirontd'Inſcription
pour cette Statuë.
Tali ſe ore ferens , Orbi & fibi , jura
modumque
Dat LuDOIX , famamque affectat
vincere factis.
Ils font voir que cette Statuë
al'air& les traits du Roy', & que
ce Monarque y paroiſt avec cette
meſme Majesté qu'ila , lors
que dans le plus haut éclat de ſa
gloire il triomphe de luy- meſme
en impoſant des Loix à la Terre,
& qu'il furpaſſe par la grandeur
de ſes Actions tout ce que la Renommée
en publie.
Je vous ay marqué que ces deux
GALANT. 177
- Vers ſerviront d'Inſcription, parce
que n'ayant pû eſtre mis au
- corps du Piedeſtal , on les doit
mettre ſur le devant de la Grille
qui enferme l'eſpace où la Statuë
eſt placée , ce qui n'eſt point encore
fait.
Voicy les Inſcriptions des fix
Bas-reliefs du Piedeſtal , fur les
ſujets que chaque Bas- reliefcontient.
3
La Prèſeance de la France reconnuë
par l'Espagne 1662 .
:
Indocilis quondam potiori cedere
Gallo
Ponit İber tumidos faſtus ,& cedere
difcir.
Ce qui marque que l'Eſpagne
a voulu en vain s'égaler à la
France,&que le Roy l'a forcée à
reconnoiſtre qu'elle luy devoit
ceder.
H4
178
MERCURE
Le Paſſage du Rhin 1672 .
Granicum Macedo, Rhenum ſecat agmine
Gallus :
Quiſquis facta voles conferre,& flumi
na confer.
On connoiſt par ces deux
Vers que les Grecs ont paffé le
Granique , & que les François
ont paſſé le Rhin ; mais que l'on
ſçaura combien l'entrepriſe des
derniers eſt plus glorieuſe que
celledes autres , lors qu'on examinera
la rapidité du Rhin , &
la largeur de ſes eaux en les comparant
aux eaux du Graniquea
Laderniere Conqueste de la Franche
Comté 1674
Sequanicam Cæfar gemino vix vincere
Gentem
Menſe valet , LODOIX ter quinta
luce ſubnegit.
GALANT. 179
Ces autres Vers font voir que
Cefar & le Roy ont fait de grandes
Conqueſtes , mais qu'il a fallu
deux mois à Cefar pour prendre
ce que le Roy a conquis en quinze
jours .
La Paixde Nimegue 1678 .
Auguſtus , toto jam nullis hoftibus
Orbe ,
Pacem agit ; armato Lodoix pacem
imperat Orbi .
Cette Inſcription nous fait entendre
qu'Auguſte donna la Paix
quand il n'eut plus d'Ennemis, &
que le Roy l'impoſa à l'Univers
-quand toute l'Europe eſtoit en
armes.
Les Duels abolis.
Impia , quæ licuitRegum componere
nulli,
Η
180 MERCURE
Prælia, voce tua , LODOIX , compoſta
quiefcunt.
Rien ne marque mieux , que
le Roy d'une ſeule parole a plus
fait pour abolir les Duels , que
tous les Rois ſes Predeceffeurs
n'avoient fait avec la force.
L'Herefie détruite 1685 .
Hiclaudum cumulus ; LODOICO vindice
victrix
Relligio, & pulfus male partis fedibus
Error.
On peut dire avec raiſon comme
l'expriment ces Vers , que la
deſtruction de l'Hereſie met le
comble à la gloire de Sa Majefté.
Je ne mets point icyles Infcriptions
des Bas-reliefsdes Colomnes
, parce que cet Ouvrage n'étant
pas achevé, le grand nom-
:
GALANT. 181
bre des Actions du Roy peut en
_faire changer quelques-uns. Je
vous diray ſeulement qu'au deſfus
des quatre Groupes de Co
lomnes auſquels ils font attachez,
il y a quatre grands Fanaux de
Bronze doré d'or moulu, qui doivent
éclairer la Place toute la
nuit , par le moyen des feux dont
Monfieur le Duc de la Feüillado
afondé l'entretien pour toûjours .
On voit par là que ce Duc n'a
rien épargné de ce qu'il a crû capable
de ſervir en quelque maniere
à éterniſer la gloire du Roy.
Aprés vous avoir parlédu ſujet
de la grande Feſte dont toutParis
fut témoin le 28.de Mars dernier,
il faut vous faire ladeſcription de
cette memorable Journée, quine
fera pas moins vivre dans l'Hiſtoire
Monfieur le Duc de la
Feüillade , que les Actions de va-
H6
182 MERCURE
leur & d'intrepidité qui luy ont
fait meriter de remplir tantd'endroits
de l'Hiſtoire de LoürS LE
GRAND. Il eut ſoin quetes Ornemens
de la Place fuſſent proportionnez
à la grandeur & à l'éclat
de la Fefte. Le lieu deſtine
pour Monseigneur le Dauphin ,
Monfieur , Madame ,& tous les
Princes & Princeſſes qui le devoient
accompagner , eſtoit d'une
magnificence extraordinaire.
C'eſtoit une eſpece de Galerie
ouverte à hauteurd'appuy par le
devant , & le long d'un des cô
tez. Cette Galerie eſtoit toute entourée
depuis l'appuy juſqu'au
bas de pluſieurs Pieces de Tapifſeries
brodées d'or , que l'on peut
dire avoir été faites pour la Feſte,
puis qu'elles n'ont jamais paru
que ce jour - là. Cette Galerie
eſtoit couverte & ornée en de.
GALANT.
183
dans d'un Plat fonds d'une tresriche
étoffe . Sa fituation eſtoit
avantageuſe , parce que d'un cô
- té on découvroit toute laPlace ,
& que de l'autre on voyoit & dedans&
dehors tant que la venë
ſe pouvoit étendre . Vis à vis de
cet endroit , au bas duquel les
Troupes & Meſſieurs de Ville devoient
paſſer, il y avoit un échaffaut
remply de Violons , de Timbales
, de Trompettes , &de plufieurs
autres Inftrumens . Toute
la Place eftoit environnée d'Echaffauts
& de Balcons , dont le
devant eſtoit orné de Tapis fi
magnifiques , que les moindres
quis'y faifoient remarquer étoient
de Velours plein. Il y en avoit
d'une richeffe furprenante , &
Stouttdremplis d'Ecuffons de la
Maiſon d'Anbuffon , d'une broderie
or & argent fort relevée.
184
MERCURE
:
Tous ces Echaffauts furent occu
pez par le plus beau Monde de
Paris . On y entroit par diverſes
portes,& fans peine , tant Monfieur
le Ducde la Feüillade avoit
donné de bons ordres pour empeſcher
la confufion , preſque
infeparable des grandes fêtes.
L'Academie Françoiſe , & l'Ac2-
demie Royale de Peinture & de
Sculpture y avoient été invitées.
Ceux qui étoient fur les Echaf
fauts qui avoient des iſſuës dans
l'Hôtel de la reüillade , pouvoient
aller prendre des rafrai
chiſſemens en pluſieurs lieux où
il y avoit des Collations preparées
. Les Echaffauts étant remplis
, la Place vuide , les entrées
bien gardées , & les avenuës couvertes
d'une foule incroyable de
Peuple, Monſeigneur le Dauphin
arriva fur les trois heures aprés
GALANT. 185
midy , & ſe plaça avecMonfieur
& Madame dans le lieu que je
vous aydépeint , & qui luy étoit
deſtiné. Jamais on n'a veu enſemble
une plus nombreuſe & plus
auguſte Compagnie, puiſque l'on
voyoit fur une ligne Monſeigneur,
Monfieur , Madame,Monſieur
le Ducde Chartres , Mаде-
moiſelle, Mademoiſelle d'Orleans,
Madame la grand' Ducheſſe, madame
de Guiſe,MonfieurleDuc,
Madame la Ducheſſe , M'le Duc
de Bourbon , madame la Ducheffe
de Bourbon , Mademoiselle de
Bourbon , Mademoiselle d'Anguien,
Monfieur le Ducde Vandôme
, Monfieur le Grand Prieur,
Monfieur le Comte de Soiffons ,
&Madame la Comteffe de Soiffons
, avec un grand nombre de
Princeſſes , de Ducheffes , & de
Perſonnes de la premiere qualité.
186 MERCURE
Lors que Monſeigneur entra ,
receut de la part de Monfieur le
Duc de la Feüillade une Bourſe
remplie de Medailles d'or. Il en
prit une pour luy , & une pour
Madame la Dauphine , & diſtribua
lesautres aux Princes & Princeſſes
. Outre ces Medailles d'or ,
Monfieur de la Feüillade en porta
encore le lendemain à Monfeigneur
le Duc de Bourgogne, & à
Monſeigneur le Duc d'Anjou , &
en envoya à M. le Prince à Chan .
tilly , à M. le Prince de Conty , &
aux autres Princes & Princeſſes
du Sang ,qui ne purent ſe trouver
à cette Feſte. On a fait un
Coin particulier pour Sa Majeſté.
Il eſt une fois plus grand ,&
l'on ne frappera qu'une Medaille
pour le Roy , afin que ce Monarque
en ait une qui ſoit unique
dans le monde. Monfieur de la
e
Π
םי
1
1
D
MAGNVS REX
CHRISTIA
SM
NISS
LVDOVICV
R
VVM
-ET
-
DVCTORI
PATRI
-
EXERCIT

SEMPER FELICI
VIROIMMORTALL
UNYS INTER PROCERES POSV
IN ARLA PVBL- LYTE ΤΙΑ
CIDI OLXXXVI
B
D
GALANT. 187
Feüillade fait encore fraper une
grande quantité de Medailles
d'or pour les envoyer à tout ce
qu'il y a de Potentats ou de Princes
, non ſeulement en Europe,
mais fur la Terre. Il en fait auſſi
fraper un fort grand nombre
d'argent&de cuivre pour le peuple.
J'en ay fait graver une que
je vous envoye.dat
Pendant que Monſeigneur
diſtribuoit ces Medailles, les Violons&
les autres Inſtrumens ſe
faisoient entendre alternative
ment, &quelquefois tous enſemble.
Monfieur l'Abbé Regnier
preſenta enfuite à Monſeigneur
le Dauphin , & aux Princes &
Princeſſes qui l'accompagnoient,
des Livres , où la deſcription de
la Figure du Roy , & de tout
l'Ouvrage , eſtoit contenuë , &
dans le meſme temps , des Suiſſes
!
188 MERCURE
)
de Monfieur de la Feüillade portoient
de ces meſmes Livres
aux Perſonnes diftinguées , qui
étoient placées en divers endroits.
Il faut preſentement vous
parler de l'ordre qui fut gardé
dans la Marche.
Dix- huit cens hommes du
Regiment des Gardes , le Lieutenant
Colonel , tous les Capitaines
, Officiers , Sergens , Tambours
, Hautsbois & Fifres , avec
quarante Trompettes s'eſtant
rendue à la Place Dauphine à
dix heures du matin , on détacha
cent hommes pour la Garde
de Monſeigneur le Dauphin à
'Hoſtel de la Feüillade , autant
pour l'Opera ,où devoit aller ce
Prince , & l'on en diſperſa trois
cens à tous les bouts & Carrefours
des Ruës qui aboutiſſoient
dans celles par leſquelles on de
GALANT. 189
voit paſſer pour aller à la Place
des Victoires . C'eſt ainſi que
s'appelle le lieu où l'on a élevé la
Statuë du Roy. Ils alloient incefſamment
d'un Corps de garde à
l'autre pour faire paſſer les Caroffes
& les Gens de pied ,& les
empeſcher de prendre des poſtes
qui pûſſent cauſer quelque embarras
. Comme Monſeigneur devoit
arriver par le Quay du Louvre,&
qu'il eſtoit facile de l'appercevoir
de deſſus le Pont-neuf,
on avoit placé des Tambours de
diſtance en diſtance depuis la
Place Dauphine juſqu'à la Maiſon
de Ville , qui devoient battre à
ſon arrivée , ce qui estoit le ſignal
pour faire tirer le Canon. Ce
= Prince ayant paru ſur le Quay à
- deux heures & demie , les Tambours
en avertirent la Ville , le
Canon tira , & la Marche come
190
MERCVRE
mença dans l'ordre qui ſuit. Le
Major à cheval eſtoit à la teſte ,
ſuivy des' quatre Aydes , & des
quatre ſous -Aydes major. Aprés
luy marchoient cinquante Sergens.
Ils formoient cinq rangs ,
dont chacun étoit de dix ,& ils
precedoient trente Trompettes ,
qui faisoient auſſi trois rangs.
Monfieur le Duc de la Feüillade,
qui s'étoit rendu en Caroſſe àla
PlaceDauphine ſur les deux heures
aprés midy , paroiffſoit à cheval
aprés les Trompettes, au milieu
d'un grand eſpace que l'on
avoit ſoin de laiſſer vuide. Vingt
hommes de Livrées veſtus de
neuf , marchoient devant luy ,
& deux de ſes Gentilshommes
alloient de chaque coſté ,
ayant à l'arçon de la ſelle de
grandes Bourſes de velours remplies
d'argent , qu'ils jettoient au
GALANT. 191
Peuple pendant toute cette Marche.
Ce Duc eſtoit ſuivy du
Lieutenant Colonel , aprés lequel
quatorze Capitaines à pied
avec la Pique à la main , marchoient
en deux rangs. Ils precedoient
fix Sergens , qui étoient
ſuivis de vingt- fix Diviſions de
cinquante Soldats chacune, marchant
dix de front. Il y en avoit
dix de Mouſquetaires , fix de
Piquiers , & enſuite dix autres
de Mouſquetaires. Trois Officiers
étoient à la teſte de chaque
Diviſion de Mouſquets , & cinq
Enſeignes portoient leurs Drapeaux
à la teſte de chaque Diviſion
de Piques. Les Tambours &
les Hautbois marchoient entre
ces Diviſions, ſçavoir vingtTambours
entre la ſeconde & la troiſieme
de Mouſquets , huit Hautbois
entre la cinquième & la ſi
192 MERCURE
xiéme ; vingt autres Tambours
entre la ſeptiéme & la huitieme ;
huit Hautbois à la teſte des Piquiers;
vingt Tambours entre la
troifiéme & quatriéme Diviſion
de Piques ; huit Hautbois à la
teſte de la ſeconde manche des
Mousquets ; vingt Tamboursentre
la troifiéme & la quatrième
Divifion de cette ſeconde manche;
huit Hautbois entre la cinquiéme&
la fixieme; vingt Tambours
entre la ſeptiéme & la huitiéme.
Quatorze Capitaines en
deux rangs marchoient à la queüe
des Troupes , précedez par douze
Trompettes , & fuivis de cinquante
Sergens , qui faisoient
cinq rangs, comme les premiers.
On alla par le Pont neufdans la
ruë de l'Arbre-ſec ; on détourna
` à la Croix du Tiroir le long de la
ruë Saint Honoré , & l'on entra
GALANT.
par celle de Richelieu dans la ruë
neuve des Petits champs. Toutes
les feneſtres eſtoient remplies de
beau Monde , & ornées de magnifiques
tapis. Rien ne troubla
l'ordre de la Marche , par le ſoin
qu'eurent trente Mouſquetaires ,
qui alloient cinquante pas devant,
de faire ranger tous ceux
qui bordoient les ruës. Ils s'arrêterentà
l'entrée de la Place ſans
y entrer. Lors que l'on fut dans
la ruë neuve des Petits champs
à la veuë de la Statuë de Sa Majeſté
, Monfieur le Duc de la
Feüillade , qui avoit toujours eſté
à cheval, fort ſuperbementmonté
, mit pied à terre à trois cens
pas de la Place , marcha la Pique
à la main. Il la mit ſur l'épaule
eny entrant , paſſa devant Monſeigneur
, & laiſſant la Statue à
gauche , il la falüa de la Pique
194
MERCURE
en paſſant devant. Tous les Capitaines
, Officiers , & Drapeaux
la ſaluërent de meſme. Le Major
avec les Aydes & fous - Aydes
Major ayant paſſé à cheval de
vant la Statuë , tous chapeau bas,
les Aydes & fous-Aydes allerent
mettre pied à terre , & il n'y eut
que le major qui demeura à che
val. Un Ayde major à la teſte de
cinquate Sergens qui avoient cõ
mencé la marche,fit ledemy tour
de la Statuë, & lors qu'il fut prés
des bornes qui ſeparent la ruë , de
laPlace , il leur fit faire un quart
de converfion à droit , marchant
le long des maiſons de la Ville.
Ils allerent ſe poſter en bordant
la haye , & faiſant un quart de
converfion par rang le long du
petit ruiſſeau que forme le Pavé,
& qu'ils laifferent un piedderriere
eux , en occupant à diſtance
égale
GALANT.
195
,
tout l'eſpace qui eſt depuis le Fanal
du coin de la rue d'Aubuſſon,
juſqu'au Fanal qui eſt prés de la
ruë des Foffez Montmartre. Les
trente Trompettes qui ſuivoient
les Sergens , aprés avoir fait comme
eux le demy tour de la Figure,
firent une demie converfion
paſſerent entre le rang des Sergens
& des Troupes , en fonnanc
toûjours , & allerent ſe poſter
en face de la Statuë , le dos tourné
contre l'Hoſtel de Monfieur
le Duc de la Feüillade. Ce Duc
avec tous les Capitaines , fit le
tour entier de la Statuë , auprés
de laquelle il alla ſe poſter a droit,
tenant toûjours la Pique à la
main, & faiſant face comme la
- Statuë. Le LieutenantColonel ſe
poſta à trois pas derriere luy , le
premier Capitaine à deux pas
derriere le Lieutenant Colonel ,
Avril 1686. I
196 MERCURE
&tous les Capitaines l'un derriere
l'autre environnant la Statuë
, & à un pas de la Balustrade
de fer.Les fix Sergens qui étoient
à la teſte des Troupes , menerent
les Soldats hors de la Place , &
leur firent occuper le Carrefour,
la court, & la ruë des Petits Peres
, où un Ayde Major les poſta
de forte qu'ils ne pûſſent bleſſer
perſonne en tirant. Les Officiers
qui étoient à la teſte des Divifions
, au lieu de fortir avec leurs
Soldats , qu'ils menerent ſeulement
prés des bornes qui font la
ſeparation de la ruë , firent un
quart de converſion à droit,& fe
mettant à la file , ils allerent former
un rang devant celuy des
Sergens qui estoient déja poſtez ,
n'occupant que le meſme front
que les Sergens , & faiſant face à
Ja Statuë. Les Hautbois accom
GALANT. 197
pagnerent les Troupes juſqu'à
lear fortie de la Place , & faiſant
enfuite une demie converfion à
gauche , ils allerent ſe poſter derriere
la Statuë , à laquelle ils firent
face à trois pas de la baluſtrade
de fer. A meſure que les
Tambours arrivoient prés des
bornes, ils ſe ſeparoient des Troupes
, & le Tambour Major les poſtoit
dans la ruë le long des bornes.
lls firent auſſi face àla Statuë,
& occuperent l'eſpace qui eſt entre
les deux Fanaux qui ſont derriere.
Les premiers Piquiers ayant
paſſé devant la Statue, le Drapeau
blanc & quatre Sergens ſe
détacherent ,& allerent ſe poſter
devant& aux pieds de la Statuë,
à trois pas devant la balustrade .
Les autres Enſeignes menerent
leurs Diviſions derriere la Statuë,
juſques auprés des bornes, aprés
12
198. MERCVRE
quoy les quatorze premiers firent
un quart de converfion à droit ,
& paſſant à la file entre les rangs
des Sergens & celuy des Officiers
avec le Drapeau haut , ils allerent
ſe poſter dans le rang des
Officiers . Ils en laiſſoient deux
entre chaque Drapeau , & prenoient
garde que la droite & la
gauche du rang fuffent fermées
par deux Officiers à Pique. Les
quinze derniers Enfeignes eſtant
prés des bornes , firent un quart
de converfion àgauche , & marchant
à la file le long du ruiſſeau
de la ruë , ils le laiſſerent deux
pas derriere eux, & ſe poſterent
depuis le Fanal qui eſt au coin de
la ruë de la Feuïllade , juſqu'à celuy
qui eſt prés du coin des Petits
Peres . Un Ayde Major ſe mit à la
teſte des Piquiers , aprés que les
premiers Enſeignes les eurent
GALANT. 199
quittez, & les mena au ſortirde la
Place dans la ruë du mail parle
coin des Petits Peres . A meſure
qu'il arrivoit des Tambours &
des Hautbois auprés des bornes ,
ils ſe ſeparoient des Troupes , &
alloient joindre leurs Camarades,
les Tambours hors de la Place le
long des bornes , & les Hautbois
derriere la Statuë prés de la baluſtrade
de fer. Les Officiers qui
étoient à la teſte des Diviſions de
la ſeconde manche de Moufquets
, ſaluerent la Statue,& lors
qu'ils en eurent fait le tour dans
le meſme ordre , un Ayde Major
ſe mit à la teſte des Mouſquetaires,
& les mena par la Rue d'Aubuſſon
à l'entrée de la grande
Ruë des Petits-Champs , où il les
poſta le long des murailles. Les
Officiers des derniers de cette
ſeconde manche pafferent derrie-
13
200 MERCURE
re les Enſeignes derniers poſtez,
&allerent ſe mettre dans le même
rang des Drapeaux , ſçavoir
deux à la droite du premier prapeau
prés la ruë de la Feüillade,
ces Officiers ſe plaçant de ſuite ,
& toûjours deux entre chaque
Drapeau. Les quatorze Capitaines
qui fuivoient les Troupes ne
firent que le demy tourde la Statuë
, & allerent ſe placer aprés
les premiers Capitaines poſtez
tout autour de la Statuë. Les
Trompettesde la queuë pafferent
auſſi devant la Statuë, tourne
rent à droit , & ſe joignirent à
leurs Camarades. Les cinquante
Sergens qui formoient la Marche
allerent former un rang derriere
les Officiers , entre lesdeux
Fanaux qui ſont du côté des
Petits Peres . Voila dans quel
ordre le Regiment ſe poſta.
GALANT. 201
Aini il ne reſta dans la Place
que Monfieur le Colonel le
Lieutenant Colonel , les Capitaines
& le Drapeau Colonel,
qui entourant la balustrade, tandisqueles
autres Officiers étoient
poſtez autour de la Place au
pied des Balcons , faifoient un
rond , & laiſſoient la plus grande
partie de la Place libre pour la
Ceremonie & la Marche de
Meſſieurs de Ville. Les Hautbois
Trompetes, Tambours & Fiffres ,
bordoient en dehors l'ouverture
de la Place entré les deux Fanaux
qui ſont derriere la Statuë.
Tout eſtant dans l'ordre que je
viens de vous marquer , le major
fit un ſignal qui fittaire lesTambours
& les Trompettes ; & à ce
bruit tout guerrier fucceda une
Simphonie tres agreable de Violons
, Hautbois , Trompetes &
14
202 MERCURE
Timbales de la Chambre , pour
divertir Monſeigneur le Dauphin,
juſqu'à ce que la Ville fut arrivée.
Je vous ay marqué tous les
mouvemens que le Regimentdes
Gardes fit dés dix heures du matin
avant que de commencer ſa
Marche. Monfieur le Prevoſt des
Marchands ſe rendit à la même
heure à l'Hoſtel de Ville avec
Meſſieurs les Echevins , Procureur
du Roy , Greffier , Receveur
, les Conſeillers de Ville , les
Quarteniers , & trente deux notables
Bourgeois de Paris , Officiers
& Marchands , mandez par
les Quarteniers ſuivant l'ordre
de Monfieur de Fourcy & des
Echevins. Avant qu'on ſortiſt de
l'Hoſtel de Ville , Monfieur le
Prevoſt des Marchands regla,
que les Notables marcheroient
GALANT. 203
-ſans s'arreſter à leur qualité, chacun
ſuivant l'ordre de la reception
de leurs Quarteniers, mais aprés
les Conſeillers de Ville & les
Quarteniers. On ſe rendit enſuite
chez Monfieur le Duc de Crequi ,
Gouverneur de Paris , qui receut
la Ville à l'entrée de ſa Salle , &
fit entrer dans ſa Galerie Mefſieurs
les Prevoſt des Marchands
Echevins , Procureur du Roy , &
Greffier . Toute la Ville eſtoit en
Habit de Ceremonie. Les Conſeillers
de Ville les Quarteniers &
les Notables ſe repoſerent dans la
Salle qui joint cette Galerie , jufqu'à
ce que l'on vit paroiſtre dans
leCours le Carroſſe de monfeigneur
le Dauphin ,dont on devoit
eſtre averty par un Garde qui en
avoit l'ordre . Si- toſt que ce Garde
ſe fut acquité de ſa Commiffion ,
Monfieur le Gouverneur monta
Is
204 MERCURE
à Cheval avec Monfieur le Prevoſt
des marchands , & l'on ſe
mit en marche, Monfieur le Gouverneur
eſtant à la droite precedé
de fes Gardes à pied , & de ſes
Gentilshommes à Cheval , & de
trois cens Archers de Ville , leur
Colonel , & leurs Officiers en
reſte. On trouva le Pont-neuf
garny de deux hayes de Soldats
des Gardes , à qui Monfieur le
Duc de la Feüillade avoit donné
ordre de demeurer juſqu'à la fin
de la Ceremonie , & qui ne fouffroient
perſonne que ſur les Parapers
Toutes les ruës en estoient
auffi bordées juſqu'à la Place des
Victoires , & cetGarde estoit redoublée
aux avenues des ruës
pour empeſcher la confufion .
Les Gardes de la Ville étant
arrivez à la Place au nombre de
trois cens tous à Cheval , & marGALANT.
205
chant quatre à quatre allerent
prendre leurs poſtes derriere les
rangs que formoient les Officiers .
Monfieur le Duc de Crequi
ayant devant luy ſes Gardes à
pied , & Meſſieurs de Ville deux
àdeux, bien montez, & dans l'ordre
que je viens de vous marquer
, firent le tour de la Statuë,
paſſant entre les Capitaines qui
environnoient la balustrade , & le
rang des Officiers & Drapeaux .
Ce premier tour fait , Monfieur
le Gouverneur & Monfieur le
Prevoſt des Marchands s'arreſterent
devant la Statue , & aprés
s'étre découverts & avoir fait une
profonde inclination , ils firent
faire une Chamade par leurs
Tambours & trompettes , & fur
un ſignal que fit le Major du Regiment
des Gardes , les autres
Tambours , Trompettes , Fifres ,
16
206 MERCVRE
Hautbois & Muſettes répondi
rent auffi-soft. Les Mouſquetaires
poſtez tout au tour hors de la
Place, firent une décharge qui fot
ſuivie de quantité de cris de Vive
LeRoy.Enfuite fur un ſecond ſignal
du major , tout le bruit ceſſa à
la reſerve des Violons & Hautbois
qui continuerent de joüer ,
tandis que la Ville fit encore le
tour de la Statie, devant laquelle
Monfieur le Gouverneur & Mr
le Prevoſt des marchands s'arrelterent
de nouveau avec les mefmes
inclinations . Ils firent faire
une ſeconde Chamade , à laquelle
on répondit comme la premiere
fois, & elle fut reïterée une
trojſieme. Cette derniere Chamade
ayant été faite , les Gardes
de la Ville qui estoient àCheval
derriere les rangs des Officiers &
Sergens , marcherent en quatre
GALANT. 207
files , & fortirent de la Place par
où ils eſtoient entrez. La Ville
les ſuivit dans l'ordre qu'elle avoit
tenu pendant la Marche. Les
trente Trompettes qui avoient
paru d'abord fortirent en trois
rangs trente pas aprés la Ville,
ayanteſté mis en marche par un
Ayde- Major tandis qu'un autre
Ayde-Major formoit les cinquante
premiers Sergens , poſtez dix
de front.ll les mitdevant les trente
Trompettes , faiſant le tour de
la Place. Quand les trompettes
furent à coſté de Monfieur le Colonel
, il fit à droit , & alla prendre
fa marche derriere eux , fuivy
du Lieutenant Colonel ,& de
tous les Capitaines , marchant
fix de front. Les Drapeaux fuivirent
les Capitaines,& aprés eux
marcherent les Officiers dans ce
meſme ordre de fix de front ; ils
208 MERCURE
furent ſuivis des douze Trompet
tes de la queuë. Enſuite les cinquante
derniers Sergens rangez
dix de front ; le major , les quatre
Aydes , & les quatre ſous -Aydes
Major à Cheval , fermerent la
Marche. Les Hautbois & les Muſettes
ſe partagerent en trois , dix
aprés le ſecond rang des Capitaines
, dix à la teſte des Drapeaux,
& dix aprés le troifiéme rang
d'Officiers. Monfieur le Colonel
fit dans cet ordre le tour de la
Statuë , qu'il ſalüa pour la ſeconde
fois de la pique , & fortit de la
Place par la rue d'Aubuſſon comme
il y estoit entré , en repaſſant
devant Monſeigneur.
Cette Ceremonie eſtant finie ,
Monſeigneur le Dauphin qui
avoit reſolu de voir l'Illumination
qui devoit être le foir autour de
la Statuë du Roy , & d'aller à
GALANT. 209
-

l'Hôtel de Ville , où Monfieur le
Duc de la Feüillade avoit envoyé
une Compagnie des Gardes , &
au devant duquel la Ville avoit
fait preparer un Feu d'Artifice
alla prendre le Divertiſſement de
l'Opera , en attendant que la nuit
fuſt venuë. Ce Prince fut à peine
forty , que malgré les efforts que
Pon fit pour tenir la Place vuide
juſqu'à fon retour, le Peuple que
preffoit un violent defir de voir
la Statuë qui avoit fait fi longtemps
le ſujet de ſon entretien ,
s'avança de tous coſtez pour la
confiderer à loiſir , & ce ne fut
pas fans peine qu'il ſe retira de
cette Place , lors qu'il fallut la
laiſſer libre pour Monfeigneur le
Dauphin . Ce Prince s'y rendit
fur les dix heures du foir , & traverſa
la ruë S.Honoré , celle de
Richelieu, & tout le chemin qui
210 MERCURE
conduit à l'Hoſtel de la Feuillade,
au travers d'une double haye
de Soldats des Gardes . Toutes
ces ruës estoient non ſeulement
brillantes par les lumieres qui les
couvrant de toutes parts faifoient
comme une voûte de fer,
mais encore par celles dont toutes
les feneſtres eſtoient remplies.
Monſeigneur fut receu au bruit
des Hautbois à la Place des Vi-
Ctoires & il la trouva toute
éclatante , & la Figure encore
davantage , parce qu'elle eſtoit
éclairée par plus de deux mille
Lampes qui répandoient un
grand jour fans qu'on les viſt.
Ces Lampes eſtoient attachées
en dedans ſur la grille de fer qui
environne la Figure du Roy , &
fur tous les ornemens qui l'embelliffent
; les Fanaux faifoient
auſſi remarquer leurs lumieres.
,
GALANT. 211
Le Caroffe de Monſeigneur le
Dauphin ſuivy de pluſieurs autres
, fit deux fois le tour de cette
grille , & aprés que ce Prince
eut admiré de prés la figure du
Roy qu'il n'avoit veuë que de
loin l'apreſdinée , il fortit par la
ruë des Petits-Champs que l'on
voyoit toute illuminée , fur tout
la Maiſon de Monfieur Chuppin
Notaire & Echevin en Charge
, où toutes les feneſtres ſe fai-
-ſoient diftinguer par un grand
nombre de Flambeaux de Cire
blanche qui estoient en ſailli. Du
bas de ces reneſtres s'éleverent
quantité de Fuſées volantes lors
que Monseigneur paſſa . Toutes
les ruës eſtoient remplies de Peuple
, & les Maiſons , de lumieres
juſqu'à l'Hoſtel de Ville. Ainſi
l'on ne voyoit que des Feux , &
l'on n'entendoit par tout que des
212 MERCURE
acclamatiops & des cris de joye.
Monſeigneur fat receu à la porte
de l'Hostel de Ville àla deſcente
de ſon Caroſſe par Monfieur le
Gouverneur de Paris , & par M
le Prevoſt des Marchands. Ils
monterent à ſes coſtez,MeleDuc
de Crequi à la droite,& Monfieur
le Preſident de Fourcy à la gauche,
ſuivis de Meſſieurs les Echevins
, & des Officiers du Bureau
de la Ville. L'Eſcalier eſtoit éclairé
des deux coſtez depuis le bas
juſqu'en haut,par un grand nombre
de Flambeaux de Cire blanche,
& la Salle eſtoit remplie de
Luſtres . Il y avoit auſſi quantité
de Trompettes & de Hautbois,
& divers autres Inſtrumens.
On avoit ſervy une magnifique
Collation dans la Salle qui joignoit
celle où Monſeigneur le
Dauphin entra pour voir le Feu.
GALANT. 213 .
L'ordre fut donné pour le tirer
par Monfieur le Gouverneur , Sc
par Monfieur le Prevoſtdes marchands
, auſſi-toſt que monfeigneur
fut arrivé. Il repreſentoit la
Victoire poſée ſur des Trophées,
& tenant des Palmes & des Lauriers.
Il y avoit pour Infcription
= aux quatre faces.
LUDOVICO MAGNO
VICTORI PERPETUO .
Ces quatre faces eſtoient ornées
de Deviſes . Celles de la premiere
regardoient la Paix ; celles
de la ſeconde l'Hereſie ; celles de
1 la troiſiéme les Victoires du Roy
fur les Corfaires d'Affrique ; &
⚫ celles de la quatrième , les Soû
miſſions renduës à Sa Majeſté par
des Peuples quil'avoient offencé.
| Comme il étoit plus de onze heures
lors qu'ou eut achevé de tirer
214
MERCURE
le Feu , Monſeigneur fortit auffitoſt
aprés pour s'en retourner à
Versailles , & fut reconduit de la
maniere qu'il avoit eſté receu. 11
eſtoit accompagné de preſque
tous les Princes & Princeſſes qui
avoient veu avec luy la Ceremonie
de la Place des Victoires .Dés
qu'il fut party on ſe mit à table
dans la grand' Salle , & l'on but
pluſieurs fois la Santé du Roy.Il y
avoit à cette table Monfieur le
Gouverneur, Monfieur le Prevoſt
des marchands, Meſſieurs les Echevins
, Procureur du Roy,Greffiers ,
Receveurs,les Conſeillers de Ville,
les Quarteniers , & les trentedeux
Notables mandez. La joye
continuoitdans tous les Quartiers
de Paris ,& les Fontaines de la Ville
qui font au nombre de vingt ,
avoient jetté du vin toute la journée
, auſſi -bien que deux FontaiGALANT.
215
nes artificielles qui étoient au milieu
du Pont- neuf, & la Samari
taine , dont le carillon ſembloit
s'accorder pendant la marche
avec le ſon des Inſtrumens .
Monſeigneur le Dauphin trouva
encore en s'en retournant tous
les lieux où il paſſa , remplis de
Peuple & de joye , & il fut conduit
avec des cris d'allegreſſe juſques
auprés du Palais des Thuilleries.
Comme le calme ſe fair
mieux connoiſtre après un grand
bruit , il commençoit à le remarquer
, lors qu'en approchant de
la Porte de la Conference , il vit
en l'air un grand nombre de Fuſées
volantes , ſans ſçavoir d'où
elles eſtoient parties. Il crut que
c'eſtoit un reſte des réjoüiſſances
de la Ville , mais l'air en ayant
encore paru chargé un moment
aprés, on commença à s'apperces
216 MERCURE
voir qu'elles venoient d'une autre
cauſe. Dans le temps que l'on
s'attachoit à la rechercher, celles
qui parurent pour la troifiéme
fois , ſemblerent ſortir de l'eau.
On pouvoit le croire , puiſqu'a
l'autre bord de la Riviere il y
en avoit des partemens de cinquante
, de trois toiſes en
trois toiſes , ce qui formoit comme
une ligne de feu , qui en
fourniſſoit fans ceſſe à l'air &
à la Riviere , en forte que lors
que les feux d'un partement
eſtoient tombez dans l'eau , &
paroiffoient y brûler , ceux du
partement qui le ſuivoit paroiſ
ſoient dans l'Air , ce qui continua
juſqu'au Pont de Seve , tant que
Monſeigneur pût voir la Riviere.
On divina aiſément par la maniere
dont ce Spectacle eſtoit ordonné,
& par la profuſion d'ArtifiGALANT.
217
ce , que Monfieur le Duc de la
Feüillade donnoit encore ce Di-
I vertiſſement ,&vouloit couronner
par là une journée qui lay
eſtoit fi glorieuſe ,& dans laquelle
il avoit fait voir juſqu'où peut
aller le zele d'un Suiet pour fon
Prince .
Les Auguſtins Deſchauſſez
ſe crurent obligez le même jour
de prendre part à la joye publique
, & ils y furent portez avec
d'autant plus d'ardeur , que cette
Statuë devant immortaliſer les
Victoires de Sa Majesté , elle ſe
trouvoit heureuſement élevée
devant leur Eglife , dont Loüis
XIII . mit la premiere pierre en
perſonne, ſous le titre de Noftre-
Dame des Victoires , pour d'éternelles
Actions de graces de la
Priſe de la Rochelle ; cequi peut
donner ſujet de dire que les
218 MERCURE
Victoires du Fils ſont reünies
avec celles du Pere. Dans cette
veüe , aprés s'eſtre aquittez de
leur devoir par des Prieres ſolemnelles
pour noſtre Auguſte
Monarque , ils travaillerent à
faire éclater leur joye par trois
*décharges de cinquante Boëtes
chacune ; la premiere à l'arrivée
deMonſeigneur dans la Place, la
ſeconde aprés les trois Décharges
du Regiment des Gardes,
& la troiſième à dix heures du
foir , lors que Monſeigneur vint
faire letour de la Figure. Ilſemble
que ces Religieux foient
deſtinez pour conſerver les Monumensde
la Pieté Royale, auffibien
que de la Reconnoiſſance
de nos derniers Rois pour les
heureux ſuccès de leurs Armes,
puis qu'ils ont encore à Roüen
une Egliſe dédiée à Noftre-Dame
GALANT.
219
me des Victoires , dont la feüe
- Reyne ſe declara Fondatrice en
1672. lors qu'elle ſe trouva Regente
; cette pieuſe Princeſſe
ayant ordonné par une Lettre de
Cachet au Maire & aux Echevins
de la Ville , d'y mettre en ſon nom
la premiere pierre, en reconnoifſance
des Conqueſtes du Roy
dans ſa premiere Campagne de
Hollande.
On m'a envoyé pluſieurs Sonnets
& Madrigaux ſur la Statuë
de Sa Majefté. Je vous en feray
part le mois prochain ; ma Lettre
commence déja à eſtre ſi longue,
qu'il me reſte peu de place pour
d'autres Articles .
Comme feu Monfieur le Chancelier
' s'eſt diſtingué par une
bonté finguliere autant que par
ſes autres vertus , on reçoir toûjoursde
nouveaux Memoires des
Avril 1685 . K
220 MERCURE
Services ſolemnels , qui ont eſté
faits en divers lieux pour le repos
de ſon Ame. Meſſieurs du Chapitre
de la Cathedrale d'Arrasen
ont fait faire un dans leur Egliſe ,
avec beaucoup de magnificence
&& de pompe. L'Estat major de la
Place, le Conſeil Provincial d'Artois
, les Députez des Etats de la
meſme Province, la Gouvernance
, & le Corps du magiftrat de
la Ville y aſſiſterent. L'Oraiſon
Funebre fot prononcée par mon.
ſieur le Febvre , Prevoſt , Chanoine
& Theologal de la meſme
Eglife. Son merite & ſa capacité
font affez connus en France par
pluſieurs Volumes de Sermons
qu'il a donnez au Public , par
ceux qu'il a faits à la Cour en
qualité d'Aumônier de la feüe
Reyne , & par le choix que les
-Etats d'Artois firent de ſa perGALANT.
221
e
i
fonne , pour repreſenter àSa Majeſté
les intereſts de la Province.
Il s'acquita de cette Commiſſion
avec un entier ſuccés .
Meſſieurs du Conſeil d'Artois
ont auſſi fait faire un pareil Service
dans leur Chapelle Royale.
Comme je ne vous parle depuis
long-temps que des Converſions
des Villes entieres , je
ne vous apprendrois pas celles
des Sieurs Bertrand Cagnon &
Thomas Couſturier , ſi elles n'en
avoient cauſe pluſieurs autres.
C'eſtoient les principaux Anciens
& Surveillans de Goron,
Ville du Bas Coſtentin , proche
leMontmargantin . Ils retenoient
dans l'Erreur la pluſpart des Religionnaires
de la Ville & des environs
, par leur obſtination à rejetter
les Veritez Catholiques, &
la confiance qu'on a ordinaire-
K 2
222 MERCVRE
ment aux Chefs de Party , les
faiſoit croire ſur les mauvaiſes raiſons
dont ils ſe ſervoient pour
ſoûtenir leur fauſſe Religion.
Enfin aprés beaucoup de combats
& de Diſputes particulieres
& publiques , ils ont eſté contraints
de ſe rendre aux éclairciſſemens
que leur ont donné le
Pere Agathange du Polet , & le
Pere Ange d'Ingouville , Capu
cins , fameux Predicateurs Mifſionnaires
& Controverfiſtes ,
qui ont fait paroiſtre leur capacité
& leur zele dans le Poitou
& dans les Sevenes , où ils ont
converty beaucoup de monde.
Ces deux Anciens ayant donné
l'exemple par leur abjuration , ils
furent ſuivis des plus obſtinez.
Ainſi l'on peut dire que ce fut
une Converfiongenerale.
1
GALANT. 223
Nous avons perdu pendant ce mois
pluſieurs perſonnes conſiderables de
l'un & de l'autre ſexe. En voicy les
noms ſelon le jour de leur mort.
Dame Marie Colbert , morte le 3.
_ d'Avril . Elle estoit Femme de Meſſire
Louys de Bechameil , Marquis de
Nointel, Secretaire ordinaire du Conſeil
d'Estat du Roy , & Direction de
ſes Finances , Surintendant des Maiſon
& Finances de ſon Alteſſle Royale
Monfieur.
Meſſfire Pierre de Franciny , mort,
le 4. Il eſtoit Maiſtre d'Hoſtel ordi
naire de ſa Majeſté.
Dame Marie-Anne Chicot , morte
le 12. âgée de trente deux ans. Elle
eftoit Femme de Meſſire René Robin,
Marquis de la Tremblaye , Pimpeau,
& autres lieux , & s'eſtoit diftinguée
par ſa beauté.
Jean Comte de Coligny , Lieutenant
General des Armées du Roy,
mort le 16. de ce mois enſon Chaſteau
de la motte S. Jean , en Bourgogne,
où il s'eſtoir retiré depuis quelques an
nées, à cauſe de ſes infirmitez . Ileſtoit
4
K3
224
MERCURE
Fils de Gaspardde Coligny , Cheva
lier des Ordres du Roy , auſſi Lieutenant
General de ſes Armées , & Capitaine-
Lieutenant de ſes Gendarmes .
Il en a ſuivy les traces avec une ſi forte
ardeur pour la gloire , qu'il s'en eſt
acquis beaucoup dans les differens
Emplois dont Sa Majesté l'a honoré.
Il fut choiſy en 1664. pour commander
le Secours de la Nobleſſe qu'Elle
envoya en Hongrie contre les Infidelles
, & remporta eette fameuſe Vi-
Etoire au paffage de Raab , où le
Grand Vihr eſtoit en perſonne , ce
qui empeſcha la ruine de l'Empire,
comme l'Empereur l'a témoigné par
trois Lettres qu'il luy fit l'honneur de
luy écrire , & par fon Portrait qu'il
luy envoya. Cet heureux ſuccés luy a
acquis autant d'eſtime dans toute la
Chreſtienté , que ſes Anceſtres en ont
autrefois receu de blâme pendant la
Ligue. Il a laiſſe deux Enfans , Gafpard-
Alexandrede Coligny , Abbé de
S. Denis de Rheims , & de l'Iſle
Chauvette en Bretagne , Bachelier de
Sorbonne , & une Fille de ſeize ans ,
GALANT.. 225
5
dont le merite , la beauté , & la fortune
répondent ſi bien à fon illuſtre naifſance
, qu'on ne peut douter qu'elle
n'augmente le lustre de la Famille , à
laquelle elle fera alliée.
Meſſire Jean- Baptifte Guillemeau ,
Maiſtre des Comptes , mort le 17.
Dame Huberte- Renée de Buffy Dinteville
, morte le 20. Elle estoit Veuve
de Meffire Jean de Meſgrigny , Marquis
dudit lieu &de Vandeuvre , Vicomte
deTroyes, Baron de Colombey
&de Couchey , Conſeiller Ordinaire,
&Sous-Doyen des.Conſeils du Roy,
& auparavant premier Preſident au
Parlement de Provence. Elle a eſté
inhumée avec ſon Mary en l'Egliſe de
S. André , dans la Chapelle des Fondateurs
de la Maiſon & College de
Boiffy , dont il deſcendoit. Des cinq
Enfans qu'elle a eus , l'aiſné eſtoit
Me le Marquis de Meſgrigny , Vandeuvre,
Grand Tranchant du Roy , &
Cornette - Blanche de France , qui
mourut au commencement de l'année
derniere. Je vous parlay amplement
dé cette Famille en ce tems - là. Son
K 4
226 MERCURE
ſecond Fils eſt le Pere de Meſgrigny,
Capucin & miſſionnaire. Ses trois
Filles ſont Religieuſes , & l'une eſt
Abbeſſe de Charanton en Berry , Ordre
de S. Benoist .
Meſſfire Jacques Doublet , Confeiller
& Treſorier General des Maifon
& Finances de Monfieur , Frere
Unique du Roy , mort le meſme jour.
Dame Françoiſe Molé, morte le 22.
Elle estoit Abbeſſe de l'Abbaye Royale
de S. Antoine des Champs lez
Paris.
Meſſire Jacques le Coigneux,Marquis
de Montmeliand , Plailly, Mertefontaine
, Conſeiller ordinaire du
Roy en fes Conſeils , & Preſident au
Mortier au Parlement de Paris .'Il s'cſtoit
acquis beaucoup de réputation
par lagrande Integrité ,&par la parfaite
intelligence , qu'il a toûjours fait
paroiſtre dans ce qui regardoit ſa
Charge , & fur tout dans les Affaires
criminelles. Il avoit eſté receu Prefident
au Parlement le 21. Aouſt 1651 .
aprés avoir exercé la Charge de Preſident
aux Requeſtes du Palais. Il
GALANT.
227
-
eſtoit Fils de meſſire Jacques le Coigneux
, qui avoit eſté d'abord Prefident
aux meſmes Requeſtes du Palais,
puis Preſident en la Chambre des
Comptes , & Chancelier de feu Monſieur
le Duc d'Orleans, & enſuite Prefident
au mortier au Parlement de
Paris , & de Dame Marie Cerifier,
Fille de meſſire Barnabé Cerifier , maiſtre
des Comptes ,& petit Fils de mef
fire Antoine le Coigneux, Seigneur de
Lierville , maiſtre des Comptes , &
de marie de Longüeil, de l'illuſtre Famille
de Longüeil qui a donné un
Cardinal en 1326. des Evêques du
Mans , & d'Auxerre , des Ambaſſadeurs
pour Sa Majesté , &des Prefidens
au Parlement de Paris , recommandables
par un grand merite. Son
grand.Oncle eſtoit meſſire Jacques
leCoigneux, St de Sandricourt , Confeiller
en la Grand' Chambre du Parlement
, qui épouſa Dame Geneviefve
deMontholon , Fille de Mr de Montholon
Garde des Sceaux de France,
dont il eut Meſſire Edoüard le Coi .
gneux,Conſeiller au Parlement, Aycul
Κ
228 MERCURE
de Mr le Coigneux, à preſent Conſeil
ler au Chaſtelet. Il avoit deux Freres
&deux Soeurs . Les Freres ſont Meffire
François le Coigneux , St de Bachaumont,
& Meffire Gabriel le Coigneux,
St de Belabre , Maistre des Requeſtes.
L'une des Soeurs avoit épousé M. de
Thoré , Preſident aux Enqueſtes , &
P'autre Mr le Marquis de Vibraye.
Mr le Preſident de Coigneux eſt mort
âgé de 78. ans , & a eu trois Femmes.
La premiere fut Dame Angelique le
Camus; la ſeconde, Dame Marie d'Aloigny
, & la troiſiéme eſt Dame...de
Navailles , Fille de Mt le Marquis de
S. Geniez . Il alaiſſe de cette derniere
un Fils âgé de trois ans , & n'a point
eu d'Enfans des deux autres . Les Armesdes
le Coigneux font d'azur à trois
Porcs-Epics d'or.
:
Le Roy a donné à Mr le Pelletier,
Controlleur General des Finances , l'agrément
de la Charge de Prefident au
Mortier , vacante par cette mort , &
Sa Majeſté l'a gratifié en mefme tenis
de cinquante mille écus . ১
Dame Anne Maſparaulte , morte
GALANT. 229
Ie 26. Elle estoit Veufve de Meſſire
Jean Delabriffe , Seigneur de Roquefort,
Treforier General de France , &
Mere de Mr Delabriffe , maiſtre des
Requeſtés , Gendre de Me le Premier
preſident.
Je ne puis vous dire en quel jour du
mois prochain ſe fera la magnifique &
galante Feſte , où les trente Dames ,
dont je vous envoyay les noms la derniere
fois , doivent paroiſtre à cheval.
On prépare toutes chofes pour cela ,
Comme il n'y a rien de plus agreable.
ny qui fourniſſe plus de galanteries,
que les divertiſſemens où les Dames
font mêlées , vous ne devez point douter
que celuy-cy ne donne lieu à beaucoup
de Gens d'écrire de jolies choſes
. Les deux Madrigaux que vous allez
lire en ſont déja un commencement.
Ils ont eſté envoyez à Mr le
Duc de S. Aignan , Mareſchal de
Camp General dans ce nouveau Carrouſel,
& donnez au Concierge de fon
Hoſtel par deux inconnus , qui n'ont
point voulu dire de quelle part ils les
apportoient. Ils avoient pour Titre.
G
K 6
230 MERCURE
LA DAME INCONNUE,
Aux Illuftres Dames
du Carrouſel.
MADRIGAL.
:
Beautezqu'on ne peut trop
Pour vos vertus , voſtre adreſſe &
vos charmes ,
Et qui pouveztout enflamer ,
Sans avoirnul beſoin dufecours de
vosarmes.
Je vous fais unsouhait d'un Zele
Sans égal ,
Ayant pour vostre gloire une ardeur
affezforte
Que chaque Epoux unjour ,fi la
chaleur l'emporte ,
Vous mene aux coups de mesme
forte
GALANT . 231
Queferoit vostre General.
L
AUTRE.
E Duc qui vous conduit est tout
faitpour les Dames ,
Ileſt diſcret , civil, adroit& vigou.
reux ,
Mais comme nostre Sexe eft toûjours
dangereux ,
Il doit craindre vos yeux plus qu'il
ne craint les lames.
S'ilpeut les éviter , que je le tiens
heureux!
REPONSE
DU MARESCHAL DE CAMP
GENERAL ,
A la Dame inconnuë.
T
T
E connoiſſez - vous bien ,
Madame ,
232 MERCURE
Lors que vous raisonnezainsi ?
Vous voulez doncsçavoiricy
Si je peux craindre ou mépriser la
lame?
Peut estre àmonhonneur cepoint eft
éclaircy..
A celaprésjen'ay rien quim'enflame
;
Pour les plus beaux objets mon coeur
est endurcy ,
Et de peur de me voir réduit àſa
mercy ,
Je me fers contre luy du fecours de
mon Ame.
Je voy donc cent Beautez brillerde
toutes parts
Sans vouloirfur aucunc arrester mes
regards ,
Puis qu'avec la raison , qui veut
qu'on les évite ,
Ie dois cette justice à mon peu de
merite.
ARTABAN.
GALANT.
233
ef
Je vous envoyeray la Relation de
cette Feſte, à laquelle je travaille, ainfi
que j'ay fait aux deux que vous avez
veuës du dernier Carrousel. J'efpere
en parler d'une maniere qui divertira
ceux qui la liront .
Je vous ay parlé de la mort de Madame
l'Electrice Doüairiere palatine,
maisje ne vous ay pas dit qu'auſſi toft
que cette mort eut eſté ſeeiie à la
Cour , le Roy voulut en aller faire
compliment à Madame juſque dans
ſon Apartement , quoy que ce Monar
que ne fuſt pas encore remis de fon
indifpofition. Cela marque une bonté
finguliere , & la tendreſſe qu'il a pour
fon Alteffe Royale. Male Nonce , les
Ambaſſadeurs , les Envoyez extraordinaires
& les Reſidens qui font en
cette Cour, ont auſſi fait leurs Complimens
de condoleance à Monfieur,
à Madame , à Monfieur le Duc de
Chartres, & à Mademoiselle.
: Comme on choifit tous les ans les
Predicateurs qui font le plus en réputation
, pour preſcher à la Cour pendant
le Carême , le Pere Soanen , &
234 MERCURE
Ms les Abbez Anfelme & Boiſſeau y
ont prêché cette année , chacun pendant
quinze jours. Toute la Cour eſt
demeurée d'accord que ces trois Predicateurs
ont dit de tres- belles choſes,
&les vives deſcriptions de Mr l'Abbé
Boifleau ont eſté admirées. Le Roy,
queſon indiſpoſition avoit empéché de
les entendre , ſe trouva lejour de Pâques
au Sermon de ce dernier , & Sa
Majesté en fut fi contente , que lors
qu'ilenpritcongé , Elle luy marqua
publiquement la fatisfaction qu'Elle
avoit receuë , avec cette maniere obli.
geante qui charme encore plus que les
loüanges de ce grand Monarque. Il
avoit touché le jour précedent pres de
quinze cens Malades , après avoir affifté
à tous les Offices de la Semaine
Sainte Mt l'Abbé Cappeau , qui fit le
Sermon de la Cene, merita les applaudiſſemens
de tous ceux qui l'entendirent.
Entre les Predicateurs qui ſe ſont
diſtinguez à Paris pendant le Careſime,
on a fort eſtimé le Pere Hubert ,
Preſtre de l'Oratoire , le pere de la
GALANT .
235
5
Blandiniere , Religieux de la Mercy ,
& le Pere de la Ruë, Jeſuite. Les Ser
mons de ce dernier ont attiré à S. Euſtache
une foule extraordinaire de tous
les Quartiers de paris , & ſes Auditeurs
, qu'il a eus en fi grand nombre,
parlant tous en ſa faveur , il n'eſt pas
beſoin que j'en diſe davantage. Monfieur
l'entendit avec toute ſa Cour ,
le jourdu Vendredy Saint , & leurs
Alteſſes Royales ſe trouve rent auſſi au
Sermon qu'il fit le jour de pâques, ſuivies
d'une Cour nombreuſe. Elles en
furent extrémement fatisfaites , & le
firent voir par les loüanges qu'Elles
luy donnerent. On ne peut rien ajoûter
àla maniere toute édifiante dont
Elles ont aſſiſté dans pluſieurs Eglifes
de paris à tous les Offices de la Semaine
Sainte.
Vous aurez ſans doute appris par
quelle fatale avanture Mr le Marquis
d'Antin a eſté bleſſé à la teſte. C'eſt
undes Seigneurs de la Cour qui paroiſt
avoir les plus belles inclinations.
Ilpromet beaucoup , & il aje ne ſçay
236 MERCURE
quoy d'engageant dans l'air , qui fait
qu'on ſe fent porté à l'eſtimer. Auffi
toute la Cour a- t'elle eſté touchée de
fon accident , & en a marqué beaucoup
d'inquietude tant qu'on l'a veu
en peril . L'eſtime qu'on avoit déja
pour lay a fort augmenté quand on a
fceu avec combien de conſtance il a
ſupporté ſon mal. Cenx qui ont tra
vaillé à ſa gueriſon avoient avec étonnement
que peu de gens ſont capables
de ſouffrir d'auſſi violentes &d'auſſi
vives douleurs avec tant de fermeté.
Les perſonnes qui estoient dans ſa
Chambre pendant ces douloureuſes
operations , ne luy entendirent pas
pouſfer le moindre ſoûpir. Lors qu'il
falut les recommencer , il demanda ce
qu'on luy faiſoit , & l'ayant ſceu , il
dit froidement qu'on achevaſt. Cette
conſtance à ſouffrir , & cette réponſe
pendant les grandes douleurs , parlent
bien plus à ſa gloire que tout ce que
je pourrois vous dire.
Me le Marquis de Polignac a épou
ſé depuis peu de jours Mademoiselle
GALANT.
237
+
de Rambure , Fille d'honneur de Madame
la Dauphine. Il eſt Fils de mole
Vicomte de Polignac , Commandeur
des Ordres du Roy , & Gouverneur
du Puy , & de Grimorad , de Beauvoir
du Roure . Mademoiselle de Rambure
eſt Fille de Mr le Marquis de Rambure,
Mestre de Camp du Regiment
de ce meſime nom , & de .... Bautru ,
Fille & Scoeur des Comtes de Nogent,
Capitaines de la Porte de la Maiſon
duRoy.
☐Je vous parleray le mois prochain
des Benefices donnez par Sa Majefté.
Je n'ay pû encore avoir des Memoires
aſſez exacts ſur ce qui regarde cét
Article.
Le mot de la premiere Enigme du
dernier mois étoit le Verre. Il a esté
trouvé par Mrs G. F. Lourdaut du
Quartier de la Place Maubert ; le
Maiſtre Clerc Eſpagnol de la Barriere
des Sergens de la ruë S. Honoré , l'Orateur
de l'Ordre de la Fidelité ; le
Miſantrope de la Fidelité ; noſtre gros
& bon Amy de Versailles , le gros &
238 MERCURE
bon Compagnon du Mouſquetaire de
la ruë S. Honoré ; Mademoiselle Catin
H; le petit Cercle noir & blanc
d'Abbeville ; l'Agrément dela ruë du
Bon ; la Belle indolente ; & la plus
jeûne des Graces de la ruë de la Coffonerie.
Mr Bouchet , ancien Curé de
Nogent le Roy ; Mademoiselle Mr
Provais , & Tamiriſte de la ruë de la
Cerifaye , ont expliqué la ſeconde
Enigme dans ſon vray ſens. C'eſtoit
l'Eau de Vie.
Ceux qui ont trouvé le vray mot de
l'une& l'autre font , Mrs Hutuge de
Mets ; r . Carrier de Roüen ; de la
Tronche de Roüen ; Briere ; H. de la
Croix R. Percheron , Exempt de la
Maréchauffée d'Etampes; de la prairie
Cairon P. aux Mathematiques ; le
Chevalier de Mazeres ; le nouveau
Laonnois perſecuté; Bonnaventure le
Cocq ; la Serre-bois du carrefour de
l'Ecole ; Dom Arnophe de la Folie;
Giges du Havre ; Silvie , Alcidor , &
la petite Aſſemblée du méme lieu;
Meſdemoiselles Dorville ; Charlotte

GALAN T. 139
Grittin; la plus Spirituelle d'Etampes;
la charmante Solitaire de Verſailles,
la Belle brune de l'Arsenal. C. H. la
Belle Nourriture ; la Deſolée ,&Hermophile
du Havre.
Voicy les deux Enigmes nouvelles.'
La premiere eſt du Brave Leandre ,
& l'autre de l'aimable Caliſte ſon
Epouſe.
ENIGME.
Ous embraſſons ce qui nous
NOporte,
Et nous faiſons aller ce qui le porte
auffi.
Le mouvement qui les tranſporte
Ne nous donna jamais ny peine , ny
foucy,
Noussommes durs , impitoyables ,
Faitspour caufer du mal , d'où re-
Sultedduubbiieenn ;
Etquoy quenousfoyonsſemblables,
240 MERCURE
Toutefois nous n'en voyons rien.
Labelle & charmante figure
Des petits ornemens des Cieux ,
Se remarque en noſtre ſtructure ;
Mais nos rayons plusforts pourroient
crever les yeux .
AUTRE ENIGME .
ESuis petite &fuis brunette,
De la forme la plus parfaite ,
Mon pere m'appelle un treſor ,
Etſouvent m'habille tout d'or.
Pour me vendre , où l'on me desire ,
Il mefaut traverser un Palais pre
tieux ,
Etpuis descendre en d'autres lieux,
Que leur obfcurité m'empeſche de
décrire.
Là toutefois j'exerce mon empire ,
Et c'est pour soulager les maux
Du Roy des Animaux .
1
GALANT. 241
Je vous envoye un ſecond Printems
, qui a plû icy aux delicats en
Muſique.
AIR
L
NOUVEAU.
E Printempsſe paſſe,Silvie ,
Et nous ne parlons point d'amour.
Goûtons dans ce charmantSejour
Les plus doux plaiſirs de la vie.
Unjour , dans l'hyverde nos ans ,
Nous regreteronsle Printemps.
Il y a quelque tems que je vous
parlay d'une nouvelle traduction de
l'Arioſte. Les deux premiers Tomes
qu'on en donna au Public eurent l'approbation
de toutes les perſonnes de
bon goût , & ce fut avecjuſtice , puis
qu'il feroit malaiſé d'écrire d'une maniere
plus naturelle ny d'un ſtyle plus
coulant. Aufſi la Dame qui a travaillé
à cette Traduction , eſt elle d'un merite
diftingué. Ses expreſſions font nobles
,&l'on peut dire qu'elles rendent
témoignage de ſa Naiſſance. Son Pere
242 MERCURE
eſtoit Portugais , & de l'Illuſtre май
ſon des Gomes de Vaſconcelles. Ces
noms ne ſont pas inconnus à ceux qui
ſcavent l'Histoire ; mais comme c'eft .
le fort des Filles de changer de nom
en ſe mariant , on la connoiſt davantagepar
celuy de Gillot. Je fais ce petit
détail afin que l'on ait plus de plaifir
à lire la ſuite de ſon Arioſte, dont les
deux dernieres Parties ſe débitent de.
puis peu de jours , chez la Veuve Blageart.
Vous eſtiez fachée que l'Histoire
des Troubles de Hongrie finiſt en l'année
1683. Vous allez eſtre contente,
puiſque je vous apprens que l'Autheur
en a fait une quatriéme Partie , qui
contient le Siege de Bude , la Priſe de
Neuhauſel ,& tout ce qui s'eſt pallé
entre l'Armée des Imperiaux , &les
Troupes Ottomanes juſqu'à la fin de
l'année 1685. Cette quatrième Partie
ſe débitera au commencement du
mois prochain chez le Sr de Luynes
au Palais à la Juſtice , & chez la Veuve
Blageart Court-Neuve du Palais,
au
GALANT.
243
au Dauphin. Et à Lyon chez le
Sieur Amaulry. Ie ſuis , madame , vôtre
,&c.
A Paris ce 30. Avril 1686.
1
C
21203
1.8 .)
Extrait du PrivilegeduRoy. 1
Ar Grace & Privilege du Roy , donné à
1683 .
le Roy en fon Conſeil, luNQUIERES. Il eſt ,
permis à I. D. Ecuyer , Sicur de Vizé , de
faire imprimer tous les Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , contenant
pluſieurs Pieces, Relation ,Hiſtoires ,Avantures,
& autres Ouvrages hiſtoriques , curieux
& galans , pour la fatisfaction de
nôtre cher & tres-amé Fils LE DAUPHIN ;
pendant le temps & eſpace de dix années,
à compter du jour que chacun deſdits
Volumes ſera achevé d'imprimer pour la
premiere fois : Comme auſſi défenſes ſont
faites à tous Libraires , Imprimeurs Gra--
veurs & autres , d'imprimer , graver& debiter
ledit Livre ſans le conſentement de
Expoſant , ny d'en extraire aucune Piece, ny
Planches ſervant à l'ornement dudit Livre ,
meſme d'en vendre ſeparément , & de donner
à lire ledit Livre ; le tout à peine de fix mille
livres d'amende contre chacun des contrevenans
, & confiſcation des Exemplaires contrefaits
; ainſi que plus au long il eſt porté
auditPrivilege.
Registré sur le Livre de la Communauté
le14. Septembre 1683 .
Signé ANGOT , Synic.

LACOBUS
IIDG
MAG
BRI
ET 6

SOITOVI
CRASETSCEPTRAT
LACOBUS
DE
MONT
MOUT
ARGHI
BALD
D'AR
AMBITIO
MALE SUADA
RUIT
Et ledit Sieur I. D. Ecuyer , Sicur de
Vizé , a cedé & tranſporté ſon droit de
Privilege à Thomas Amaulry , Libraire à
Lyon , pour en joüir ſuivant l'accord faiz
entr'eux..
THEQUE DEL
ABLI
LYON
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le