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1686, 03 (Lyon)
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Illuftriffimus
Archiepifcopus &Prorex Lugdunenfis
Camillus de Neufville Collegio SS
Trinitatis Patrum Societatis JESU
Teſtamenti tabulis attribuit anno 1693 .
807156
LA
&
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEU
LE DAUPHIN
MARS 1686 .
LYON
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY,
ruë Merciere , au Mercure Galant.
M. DC. LXXXVI.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
AU LECTEUR .
Es ordres auxquels
il eſt glorieux d'obeïr
, ayant engagé à un
Ouvrage du temps, dont
le travail ne ſoufre point
de delay , l Extraordinaire
qui devoit paroiſtre
au quinziéme d'Avril, ne
ſera mis en vante qu'au
quinziéme de luillet. On
eſt auſſi obligé de remet-
*
ã 2
tre l'Hiſtoire des Eſtampes.
Le Public fera averty
par un Avis particulier
du temps auquel elle paroiftra
.
LE LIBRAIRE
AU LECTEUR.
ON ne pût pas ſe difpenſer
de donner au public
le mois paſſé deux
tomes au Mercure , par
la grande abondance de matiere
que l'on avoit , je ſuis perfuadé
que pluſieurs perſonnes n'en
ont pas eſté fatisfait , à cauſe du
prix qui double , ce qui a fair
refoudre à l'Autheur de bonnifier
plûtôt à l'avenir leſdits Mer
cures , & ne plus donner de
ſeconde partie.
Comme le nom de Meſſieurs
23
LE LIBRAIRE
de la Barmondiere eſt connu de
tout ce qu'il y a de perſonne de
confideration en France. J'ay
crû eſtre obligé de vous avertir
que l'Autheur de l'Anagrame
qui eſt à la page 39. faite fur
le nom du Roy, qui à eſté ſi bien
reçeu de Sa Majesté , eſt le pius
jeûne de Meſſieurs de la Barmondiere
, & l'on le diftingue
par une de ſes Terres , dont il
porte le nom; de Monfieur de
la Barmondiere de S. Fonts de
l'Academie de Villefranche en
Beaujolois. Je ne vous dit riende
fon Erudition , il ſuffit de vous
dire qu'il eſt Frere de Monfieur
le Curé de S. Sulpice à Paris &
de Monfieur de la Barmondiere
Secretaire du Roy , maiſon Couronne
de France & ſon Procureur
du Roy à Villefranche , ce
AU LECTEUR.
font deux perſonnes d'une piete
exemplaires.
L'on continuë toûjours à diſtribuër
le Journal des Sçavans
tous les quinze jours pour fix
fols chaque cahier , comme je
me fais un plaifir de vous obeïr
en tout ce que vous me commandez
& que vous m'avez ordonné
beaucoup de fois de vous
envoyer de pluſieurs fortes
d'Heures de Paris. J'en ay fait
venir un aſſortiment de toutes
manieres tant en Chagrin , Fermoirs
d'Argent qu'autrement ,
ainſi vous en pouvez faire pare
à vos amis. Je ne puis vous en
marquer le prix , car il y en a de
trop de façon tant de grandes
que de petites , Latin , François
, qu'autrement. Je vous prepare
nombre de Livres Nou-
ลี 4
4
LE LIBRAIRE
veaux dans peu de temps , tant
Livres de Monfieur Varillas
que la ſuite de l'Eſpion Turc ,
le fix & ſepriéme des Conferences
de Luçon , & nombres dont
je vous entretiendray chaque
Mois.
LIVRES NOUVEAUX
du mois de Mars 1686 .
FNtretiens fur la pluralitez
Mondes , par
du Dialogue des Morts , indouze
, 30. fols.
Nouvelle Bibliotheque des
Autheurs Eccleſiaſtiques, contenant
l'Hiſtoire de leur vie , le
Catalogue , la Critique , & la
Cronologie de leurs Ouvrages ,
Au LECTEUR.
le Sommairede ce qu'ils contien
nent un jugement ſur leur ſtile,
& fur leur doctrine , & ce dé
nombrementdes differentes Editions
, de leurs Ouvrages par M
L. du Puy Docteur de Paris , des
Autheurs des trois premiers Sie
cles de l'Eglife , avec une diſſertation
Préluminaire ſur les Autheurs
des Livres de la Bible in
octavo, 4. fols.
L'Etat de la France où l'o'n
voit tous les Princes , Ducs &
Pairs , Maréchaux de France , &
autres Officiers de la Couronne,
des Evêques , les Cours qui Iugent
endernierReffort , les Gouverneurs
des Provinces, les Chevaliers
des Ordres , & enſemble
les noms de tous les Offices de la
Maiſon du Roy , & Maiſon des
Princes juſques aujourd'huy in
a
LE LIBRAIRE
douze deux vol . 3. liv. dix ſols.
Les Remedes des Malades
du Corps Humain , qui ſert de
fecond tome à l'Anatomie du
Corps Humain in octavo 4.liv.
La ſcience parfaite des Notaires
où le moyen de faire un parfait
Noraire , contenant les Ordonnances
, Arreſts , & Reglemens
rendus touchant la fontion
des Notaires par Me Claude
de la Ferriere , ſeconde Edition
augmenté d'un tier , s . liv.
L'Eſprit de l'Ecriture Sainte
avec des Reflexions par Monfieur
le Baron des Coûtures in
douze deux vol. 3. liv.dix fols.
Reflexions ou Sentences &
maximes Morales , par Monfieur
la Roche Foucaut , augmentée
de plus de cent nouvelles maximes
in douze 30. fols .
Les devoirs de la vie Civile
AU LECTEUR.
nouvelle Edition revevë corri
gée,augmentée , in 12. 2 vol 3.1 .
La liberté des Dames,in 12.20.f.
Alcibiade Tragedie pour monfieur
Capiſtron, in douze 25.fols.
L'Homme à bonne Fortune,
_ Comedie in douze 25. fols .
e
La ſcience & l'Artdes Deviſes
dreſſez fur de nouvelles regles,
- aveciſix cent deviſes ſur les principaux
évenemens de la vie du
Roy , & quatre cent deviſes Sacrées
dont tous les mots ſont tirés
de l'Ecriture Sainte , par le Reverend
Pere Menestrier, in 8. 2.liv.
コ
e
コ
r
e
6
Inſtructions Paſtorales , & Pratique
, pour la conduite d'un
leûne Curéen Forme d'entretien,
in douze 30. fols .
Diſcours Satiriques , & Moraux
, où Satires Generales par
Mr Petit de Roüen, in douze 25 ...
L'Arioſte Moderne où Roland
:
i
LE LIBR. AU LECTEUR .
le Furieux , tome 3.&4. 30. f. le
premier & le ſecond ſe trouve
auſſi dans la méme boutique pour .
led. prix de 30. f. c'eſt 3.1 . les 4.to
Prieres affectives in ſeize pour
les nouveaux convertis. 4..
Secrets des bains de Vichy în
douze 15.f..
Petit flambeaude la Mer,in4.3.1.
Recüeil d'Emblême où Tableaux
des ſciences,& des verras
Morales, par M Baudoin de laCademie
Françoiſe,avec pluſieurs figure
en tailledouce in 12.3 . v.6.1 .
La Liturgie Sacrée où l'Antiquité
, les miſteres & les Ceremonies
de la Sainte Meſſe , indouze
3. vol. 4. liv. 10.f.
Hiſtoire du Pontificat de MonficurMaimbourg,
inquarto 6.liv.
& indouze , deux vol. Paris 3. liv.
& de Lyon fort bien Imprimé
affi en 2.vol. 2.liv.
TABLE DES MATIERES
contenuës dans ce Volume.
Relude. I
de Monfieurl'Ar-
Mandement deMo
chevesque de Paris , fur le Refpect
qu'on doit garder dans les
Eglifes.
Extrait de Sermon.
Sonnets.
Devife. J
Lettre en Profe & en Vers.
5
9
34
34
35
Anagramme. 39
Epigramme. 40
Sonnets. 41
Servicesfaits pourle repos de l'Ame
de feu Monsieur le chance.
lier.
43
Extraitd'une Oraiſon Funebre. 46
TABLE .
ficiles à croire.
Lettre de Conftantinople.
ans Thoulouse.
Huitième Dialogue des choses dif-
54
१०
Festes galantes qui se font tous les
ΙΟΙ
Service fait pour le repos de l'Ame
de feu Monsieur le Prince de
Conty. 113
AutrepourfeaMonsieurle Maréchal
Duc de Villeroy. 119
Officiers Generaux nommez pour
le Roy.
Histoire. 126
Monfieur Faucon de Ris est nommé
Premier President au Parlement
de Roüen .
135
Intendances données par Sa Maje--
Sté. 136
Conversions faites depuis le mois
dernier , & tout ce qui s'est passé
far ce sujet. 140
TABLE.
. Ce qui s'eſt paſſe au Grand Confeil
le jour de l'enregistrement des
Lettres de Monfieur le Chancelier.
169
Service fait àl'Hostel Royaldes Invalides.
182
Mort de Monfieur le Curé de S.
Gervais. 184
Cure de S. Gervais conferée par
Monfieur l'Abbé Colbert. Ibidem.
Noms de ceux qui ont deviné les
Enigmes du mois passé. 185
Enigmes . 187
AutreEnigme. 188
Alphabet des nouveaux Conver
tis.
193
Cavalcade. 198
Nouvelles de Constantinople. 190
Mariage de Monsieur le Comte
de Quelus & de Mademoiselle
de Murce. 202
Galanterie magnifique. 203
TABLE.
3
Morts. 204
Prodigenouveau. 205
Avanture. 206
Nouvelle Réponse à la Lettrepretenduë
Pastorale du Ministre
Claude. 208
Nouvellejoye. 213
Article pour le mois prochain. 214
Fin de la Table.
to
6
re
3
44
MERCURE
GALANT THEQUETE
MARS 1686.
BIBLIO
VILE
A pluſpart des Vies que
l'on a faites des Saints ,
nous apprennent que
dés leur plustendre jeuneffe
ils ont donné des marque
d'une pieté qui faifoit connoître
ce qu'ils devoient eſtre un jour.
On peut dire la meſme choſe du
Roy. Il a commencé à faire éclater
un zele extraordinaire par
Mars 1686. A
2 MERCVRE
toutes les chofes qui regardent
le culte de Dieu , dans un âge
où l'on n'eſt ordinairement occupé
que des plaiſirs , & c'eſt à
quoy l'on connoiſt une Ame
prédeſtinée. Je ne dis rien qu'on
nepuiſſe voir en beaucoupd'endroits
du Panégyrique de ce Monarque
, compofé il y a déja pluſieurs
années par Monfieur l'Evêque
d'Amiens . Ce Prelat pouvoit
en parler beaucoup mieux
qu'un autre , puis qu'il a eſté
luy-meſme témoin de toutes les
chofesdont ſon Hiſtoire eſt remplie.
Cette pieté dont on luy a
veu prendre les ſentimens dés le
berceau , loin d'avoir eſté affoiblie
par les plaiſirs , comme il arrive
preſque toûjours dans un
âge propre à s'y abandonner ſans
retenuë , s'eſt augmentée avec
les années de ce grand MonarGALANT.
13
5
1
me
0
Γ
e
1
S
C
que , & l'on ne doit pas s'étonner
aprés cela , s'il s'eſt appliqué
avec tant de ſoin à rappellerdans
la veritable Eglife tant de milliers
d'Ames égarées . Il y a ſujet
de croire que ce grand deſſein ,
dont on n'auroit pû s'imaginer
-l'execution poffible eſt un ouvrage
qu'il a medité toute la vie.
Aprés cette heureuſe réünion
des Proteſtans , qui donne tant
de joye aux Catholiques , il falloit
pour l'édification des uns &
des autres , non ſeulement que
le reſpect regnaſt dans nos Temples,
mais qu'on l'y vift redoublé.
Cependant comme toutes
choſes ſe relâchent , & que les
Chreſtiens ou plûtoſt , tous les
hommes manquent inſenſiblement
à la veneration qu'ils doivent
aux Lieux faints , ſi on ne
les fait de temps en temps apper-
A 2
4 MERCURE
cevoir des fautes qu'ils commet
tent , plus par habitude & par
negligence , que par aucun def
-ſein prémedité, du moins la plu
part , car il n'eſt pas croyable
que des Chreſtiens fuſſent capables
de porter leurs irreverences
juſqu'à une profanation volontaire
, Monfieur l'Archeveſque
pour fatisfaire da -deſſus aux
pieuſes intentions de Sa Majesté
afait publier le Mandement que
vous allez lire. Il eſt conceu en
des termes ſi dignes de la piete
de ce grand Prelat , que je crey
vous faire plaiſir de vous l'en
voyer.
2101
GALANT
5
e
0
Di
MANDEMENT
De Mr l'Archevêque de Paris
fur le Reſpect que l'on doit
garder dans les Eglifes.
1
CRANCOIS , par la grace de
FDieu, & du Saint Siege Apostotique
, Archevefque de Paris, Duc
1
Pair de France , Commandeur
des Ordres du Roy , Proviseur de la
maison de Sorbonne , & Superieur
de celle de Navarre; A tous Doyens
Abbez, Prieurs Archiprestres,Curez,
Vicaires, Superieurs, Superieures, &
Predicateurs desEglifes &des Com.
munautezde Paris , Salut & Benediction
Bien que l'Homme juste ait
toûjours esté le Temple vivant de
Dieu , iln'a pas laissé de vouloir
demeurer par une prefence Speciale
en des lieux conſacrez àſagloire..
A 3
6 MERCURE
Ellese rendit fenfible fur lapierre
qui recent l'onction de Jacob , &
dans le Temple où Salomon renferma
I Arche &le Tabernacle , ces
Patriarches furent autant faijis de
frayeur , qu'ils funent touchez de
refpret pour des lieux quin'estoient
quel'image & la representation de
nos Eglifes. Elles doivent d'autant
plus attirer nôtre veneration , que
be même Pontife , Laquel , felon S.
Paul , eft entrédans un Tabernacle
qui n'est point l'ouvrage des hom
mes , & qui s'est élevé jusques au
feinde fon Pere , daigne defcendre
fur nos Autels , habiter dans nos
Temples ,y recevoir nos adorations,
& soffrir pour nous en facrifice.
Mais par un étrange dereglement,
la Maison d'Oraifon est devenuë la
vetraite des Impies , & les Ames
Saintes gemiffent de la profanation
qu'on en fait tous les jours en plu.
GALANT.
7
d
S
1-
ſieurs endroits de cette Ville. Nous
Sommes d'autant plus animezà
retrancher ces abus & ces irreverances
, que la Pieté du Roy le fol.
licite à ſe rendre le vangeur fevere
de la gloire de Dieu , des Regles de
l'Eglife,&des Ordonnances des Rois
fes predeceffeurs. Outre que le Pum
blic estfortement perfuadé , que les
menaces d'un châtiment temporel
arreſteront l'inſolence de ceux qui
ne peuvent estre ébranlez , ny par
la veuë des Jugemens de Dieu , ny
par la crainte des peines Canoni
ques. A CES CAUSES , Nous vous
mandons de commettre quelques
Eccleſiaſtiques qui veillent fans
ceſſe fur ce qui ſe paſſe dans vos
Eglises, & avertiffent ceux quiparë
leront ensemble ,ou qui seront en
posture indécente , de ſe tenir dans
lefilence & dans la modestie convenable
à la ſainteté du licu. S'il
A.4
8 MERCURE
s'en trouve quelques- uns qui refit
Sent de les écouter , ou de profiter
de leurs remontrances , Nous vous
ordonnons d'en dreſſer Procés verbals
pour estre mis entre nos mains , نم
estrepar Nous porté à Sa Majesté.
Decette maniere, Nous efperons que
Dieu , qui a mis l'Epée entre les
mains des Souverains pour réduire
les Impies à respectersa Divinite,
& les lieux qui luy font dédiez .
beniva les bonnes intentions de Sa
Majesté& les nôtres ; & que ceux
qui par leur irreligion ſervoient de
pretexte aux Infidelles & aux
Heretiques pour blafphemer lefaint
Nomde Dieu, leurferviront d'exemplepourse
convertir à luy , & venir
dansfon Teple lay offrir des facrifices
de loüange & de justice. Nous vous
ordonnons auſſi de lire nôtre preſent
Mandement àvos Prônes & a vos
Predications , & de faire affichers.
GALAN T.
9
A
t
1
nonseulement aux Portes mais encore
aux principaux endroits de vos
Eglises, Donnéà Paris en noftre Palais
Archiepifcopal,le vingt-fixieme
Fevrier mil fix cens quatre-vingt
fix.
Ce Mandement devant eſtre
publié dans toutes les Paroiffes
deParis il fut mis entre les mains .
de Monfieur l'Abbé Faydit , qui
qui preſche le Careſme à S
Jacques du Haut- pas , & qui
aprés l'avoir leu à ſes Auditeurs, >
leur parla de cette forte.
M
ESSIEURS,
Vouloir ajoûter quelque "
choſe de nouveau à l'éloquence&
aux lumieres de MonfieurtArchefvesque
, c'est vouloir ajoûterde nouveaux
rayons au Soleit; &j'ay ap
pris de Saint Augustin , que lorsque
te Giel gronde & menace les hom
AS
10 MERCURE
mes par le tonnerre & par les
éclairs , la Providence Divine fait
taire les petits oiseaux dans l'air ,
&oblige les vils infectes des Marais
de ſe cacher dans leur bouë, &
de ne pas rompre la teſte davantage
au monde par leurs cris groffiers &
importuns. Cælum tonat rane taceant.
Ainsi , aprés avoir lù les
Remontrances également fortes &
éloquentes que ce grand Prelat fait
dans ce Mandement aux Profanateurs
des Eglises , je n'ay garde d'y
rien ajoûter du mien , de peur d'affoiblirpar
la baſſeſſe de mes expreffions
les mouvemens vifs & les im
preffions puiſſantes que cette lecture
doit avoirproduit dans vos eſprits;
&de peur auſſi qu'on ne me reproche
le mesme défaut quele Prophete
Daniel trouva dans la Statuë de
Nabuchodonofor , d'avoir joint dans
un mesme Ouvrage l'or & l'argent
GALANT. Π
• le plus pur avec le cuivre le plus
rouillé , & l'argile la plus méprifas
ble. L'un gâtera l'autre , dit - il ,
& ce meslange de deux choses fi
differentes , fera qu'elles se détrui
ront toutes deux. Non adhærebunt
fibi ficut ferrum mifcerinon poteſt
teſtæ. Je me contenteray donc .
MESSIEURS , de vous reprefenter
pourvoštre édification , qu'il
femble que Dieu veüille renouveller
en ce temps pour noſtre avantage
ce qu'il fit autrefois dans l'ancie.n.
ne Loy , pour le bien& la gloire de
la Synagogue.
Nous apprenons de l'Ecriture, &
fur tout du Prophete Zacharie ,que
les Babyloniens & les Affyriens
ayant pris Ferusalem , & remply
tout de feu & de sang , pillerent ,
profanerent , & brûlerent le Temple
, & que les Samaritains , &
autres Juifs tres-corrompusse joi
A6
12. MERCURE
gnirent à eux , & commirent dans .
cettefainte Maison de Dieu , des
abominations non moins scandaleufes,
que celles que les Gentils & les
Etrangersyavoientfaites. Les Gens
de bien gemirent de ce double defor--
dre ,& Dieu touché de leurs Prieres
, reſolut de rétablir le Temple
dans ſa premiere pureté & Splen
deur , & de purger Jerusalem dis
culte facrilege qui s'y estoit introduit
dans ce temps de tenebres نم
deguerre. Pour cet effet , il ſuſcita
un Prince Selon ſon coeur , plein de
waleur , de courage , & de pruden
ce , & il donna en mesme temps:
aux Iuifs un Grand Prestre & Souverain
Pontife , aussi recommanda
ble par sa vertu & par fon. Zele
pour la Religion , que parsafcience&
parses lumieres.Ce Princefut
Zorobabel. Ce Pontife fut lofedech
ou Iefus, Non content de les avoir
GALANT. 13:
donnez à la Synagogue , pourremedier
à ses maux , il les unit tous
deux de l'amitié la plus étroite. Ils
ne faisoient rien fansse communiquer.
Its concertoient ensemble toutes
leurs mesures , & toutes ces
mesures tendoient àla paix. Con--
filium pacis erit inter illos duos.
Par ce moyen le Temple fut bien--
toſt remis dans son premier éclat..
Ierufalem fut bien - toft purgée
des defordres des schismes qui
là défiguroient & la diviſoient de
toutes parts. Les Impies qui ne crai
gnoient pas les armes ſpiritueltes ,
l'Excommunication du Grand..
Prestre , ( car l'Excommunication
dont on use parmy les Chreftiens ,
vient originairement des luifs )ap--
prehenderent l'Epée du Roy , &
ainſi le Sacerdoce&l'Empire étant
joints ensemble,firent rendre à Dieu ,
à la Religion , & aux Autels ,le
cutie &le respect qui leur est dû..
14
MERCVRE
Lamême chose se prepareparmy
nous. L'Eglise , qui est la veritable
Maison de Dieu , comme dit Saint
Paul, estoit horriblement défigurée
par les Sacrileges que les Etrangers
&ses propres Enfans , commettoient
depuis long temps, Quipourroit
expliquer les defordres que les
premiers , je veux dire les Hereti
ques , firent dans les Eglises de
France au commencement de leurs
revolte & de leurseparation ? Saint
François de Sales qui vivoit pour
lors , en fait la peinture dans une
defes Lettres à Clement VIII. en
ces termes. Quand j'arrivay dans
mon Diocese ,je ne trouvay dans
cette Partie qui releve de la Erance,
ny Autels ny Croix , Nullibi Altaria
nullibi, Crucis figna. Les
Temples estoient sous ruinez , &
ceux que la fureur des Calvinistes
avoient épargnez , estoient tous nus
& tous dépoüillez d'Ornemens &
GALANT ...
15
d'Images ; Templa partim diruta,
partim nuda. Enfin , je ne trouvay
nulle part aucune trace ny aucun
monument de l'ancienne pieté de
nos Peres. Ubique veræ & antiquæ
Fidei monumenta deleta.
Il est certain que les Babyloniens
& les Affyriens ne firent jamais
tant de degast dans le Temple de
Salomon , car au moins ils ne tou
cherent pas à l'Arche du Seigneur.
Ils donnerent le temps à Ieremie de
la mettre à couvert , & de la cacher
dans une Caverne inconnue ,
comme nous apprenons d'une Le: tre
Circulaire des Juifs , rapportée au
premier Livre des Machabers ; au
lieu que la profanation de l'Eucha-.
ristie fut le premier attentat de ces
Pretendus Reformateurs. Il com
mencerent à reformer l'Eglise par
jetter aux chiens par foulerſous les
pieds , par jetter dans des égouts
16 MERCURE
&des cloaques le Saint du Seignear;
& la veritable Arche d'Alliance
qui avoit toûjours esté , comme elle
Sera toûjours , l'objet de l'adoration
&de l'amour des Fidelles , & devant
qui les Cherubins mesme tremblent
, & étendent leurs aîtes pour
s'en couvrir le visage par respect;
comme ils les étendoientsur la premiere
Arche qui n'en estoit que la
figure. Ces Sacrileges furent coms
mis generalement par toute la
France. Le nombre des Heretiques
groffiſſant tous les jours , augmenta
auffi leur audace à piller , à profa
nerà brûler les Eglifes &les Reli .
ques des Saints quiy estoient com
Servées depuis tant de Siecles. Il
n'en reste quere aujourd'huy qui ne
portent des marques de leur rage
&de leur emportement. Mais le
croirez-vous , Chrestiens ? Les En
fans de la Maiſon ont achevé dee
GALANT. 17
mettre le comble à l'iniquité des
Heretiques , par la profanation con
tinuelle & Scandaleuſe qu'ils font
de ces mesmes Eglifes. Celles que
les Calviniſtes n'ont pû , ou n'ont
pas voulu ruiner . ſont deshonorées
pardes abominations auffi criminelles
des Catholiques ; car que vaut
mieux brûler les Eglifes , ou les con
Server pour en faire un marché, où
l'on cause , où l'on trafique , où l'on
parle d'affaires , où l'on s'entretient
de nouvelles , que n'enfaire un rendez-
vous , où l'Amant trouve àcoup
feur Sa..Maitresse, un theatre ou
l'on rit , où l'on chante des Airs
d'Opera ; enfin que d'en faire le
mesme usage que les Payens fai
foient autrefois de leurs Temples
de Venus& de Mars , où un Poëte
leur reproche qu'ils ne venoient que
pour voir & eſtre veus , & poury
admirer la beauté des plus belless
:
18 MERCURE
Damesde la Ville. Dieu est affurement
aussi offensé par les uns que
par les autres , & encore devonsnous
rendre aux Heretiques cette
iuſtice, que Saint Paulrendà Pilate
&aux autres Meurtriers du Fils
de Dieu , qu'ils ne l'auroient iamais
crucifié , s'ils l'avoient connu pour
le Seigneurde la Gloirejau lieu que
le connoiffant d'une part pourtel ,
&eſtant tous fortement perfuadez
que ce seigneur de la Gloire reſide
dans nos Ciboires &dans nos Eglifes,
nous l'y crucifions tous les jours,
tuy faiſons mille outrages plus
Scandaleux que ceux que les Iuifs
firentfur le Calvaire.
C'est à ces deux grands maux, à
ces deux funestes & dangereuses
playes , que Dieu ayant regardé ces
temps de malice d'un oeil de miſericorde
, veut remedier fouveraine_
ment & efficacement à l'Hereſio ,
1
GAL ANT. 19
Roy
& à la profanation des Eglifes.
Pour cet effet , il nous a donné un
incomparable , un Roy non feulement
le plus grand, le plus accomply
, le plus heureux qui ait esté
depuis l'établiſſement de la Monarchie
, mais qui ne cede en rien pour
faprudence , pour sa sagesse , pour
fa pieté,& pour fon Zele aux David
, max Salomon, aux Cyrus , نم
aux Borobabel. D'an autre coſté , il
amis fur le Chandelier de l'Eglife
de Paris ,c'est à dire fur le plus il-
Lustre Theatre de l'Univers , leplus
grand, le plus sçavant ,&le plus
aimable Prelat qui fut jamais. Non
content d'avoir donnéà la France ce
grand Monarque & ce grand Prelat
, ou comme parle plus correctement
Saint Augustin , dans une occaſion
toute pareille , co deuxfublimes
Perſonnes , auſquelles tout doit
obcir: Duas illas fublimes perſo
20 MERCURE
5
nas Regem & Sacerdotem , quibus
omnis terra caput inclinat
il les a unis tous deux d'une amitié
Sainte & étroite. Comme il tourne
le coeur des Rois felonſes volontez ,
il a inspiré à celuy de nostre invin
cible Monarque un panchant , une
tendreſſe & une inclination toute
• particuliere pour nostre illustre Prelat
. Tout le monde lefçais & le
voit , MESSIEVRS . Le Roy bonore
Monsieur l'Archevesque d'une efti
me & d'une confiance toute parti
culiere ,& ce nouveau Fofedech est
auffi attaché au Roy par tant de
liens , & par de fi fortes chaînes
de respect , de reconnoiſſance &d'a.
mour , qu'on ne vit jamais une liaifon
Semblable. Dieu a eu fesveuës
dans cette conduite ; c'est afin que
Se communiquant mutuellement l'un
à l'autre leur puiſſance & leur lumiere
,ils travaillafſent de concert
GALANT. 21
àrétablir la Maiſon de Dieu dans
fon ancien lustre , telle qu'elle estoit
du temps de Charlemagne & de
Saint Louis , que nulle Herefie ne
L'infectoit au dehors , nul fcandale
ne la defiguroit au dedans. Confilium
pacis erit inter illos duos.
Nous en voyons déja un effet bien
éclatant dans la ruine de l'Herefie.
Cette Herefie épouvantable , qui
avoit englouty prés des trois quarts
de la France ,& où l'on a compté
jusqu'à dix fept cens mille secta .
teurs , est entierément détruite par
les foins de ces deux grands Heros.
Tous les Temples abatus , toutes les
Synagogues de Satan démolies , tous
les Preſches&les Chaires de men-
Songe renversées par terre , font le
fruit de leur union toutefainte. On
ne voit plus de Ministres prescher
en Chaire , avec les Habits tels que
Les Avocats&les Procureurs en ont
22 MERCURE
lors qu'ils plaident auBarreau. Nos
oreilles ne font plus importunées du
jargon &des miserables rimes des
Pfeaumes de Marot. Nos yeux ne
font plus foüillez de la celebration
d'une Cene pollue , & qui n'avoit
vien deSaint , mesme en apparence ,
que le nom. Il ne se fait plus d'e- .
xercice de cette Pretendue Religion .
qui vouloit reformer toutes les auUtres
;& aulieu qu'un Ecrivaincele
bre ( c'est l'Historien Sleidam ) cro-
-yant que la Mesſſe alloit estre abolie
de son temps ,&qu'on en oublieroit
mesme jusqu'aux Ceremonies &
aux paroles dont elle estoit composée,
crût obliger la Posterité , & bien
- meriter d'elle , de luy conferver
des Estampes des Habits du Pre-
Stre , & une Copie de nos Mif-
Sels &de nos Rubriques , un Religionnaire
de France a fait imprimer
depuis peu en Hollande les faux
GALANT.
23
Synodes des Calviniſtes , & un Livre
de leur Rit & de leurs Prieres ,
pour en conferver leſouvenir , parce
qu'il a bien veu qu'ils'alloit perdre
dans un oubly eternel. En effet, tout
est converty en France. Tout à re
noncé à Calvin , &àſa pretenduë
Reforme. Le peu d'opiniaſtres qui
font restez , se retirent dans les
Pais Etrangers , & y portent des
nouvelles du débris de leur Coloffe.
Ilsdifent tous , les larmes aux yeux,
ce que disoient ces vagabonds & ces
malheureux Fugitifs de cette Villefi
fameusede la Fable ou de l'Histoire,
lors qu'elle eut esté brûlée&faccagée
par les Grecs : Noſtre dernier
jour eſt venu , ce jour fatal
& funeſte que les Deſtins
avoient marqué , pour eſtre le
jour de noſtre deſolation & de
noſtre ruïne entiere. Nous fommes
perdus ſans reſſource. Nous
24
MERCVRE
avons été autrefois bien crains &
bien redoutez . Nous ne ferons
plus rien pour jamais. Troye , la
ſuperbe Troye , eſt détruite. Elle
eſt toute en cendre. Noftre premiere
gloire eſt paſſée.
Venit fummadies, & inelucta
bile tempus , &c.
A la verité il reste encore , &
il restera peut estre quelque temps
les Enfans Heretiques , qui ontfuccé
avec le lait le poison de l'erreurs
mais on a pris des mesures pour em
pêcher qu'il ne paſſe jusqu'à leurs
Descendans. La Tige estant morte
&fechée , le rejeton sera fain &
pur , & on l'entera fur l'Olivier
franc, pour estre fait participant de
Son fuc &de ſa ſeve , commeparle
l'Apoftre. En un mot , cette race
d'Amorréens &de Chananéens , en
moins de cent ans ,fera effacée de
deſſus la face de la Terre-promise.
T'appelle
GALANT. 25
E
F'appelle ainsi ,la France , puisque
Selon le témoignage de Saint Ierome
, elle ne portajamais de Monstre
dans son sein , & n'y souffrit ja
mais d'Heretiques. Nos Neveux ne
fçauront que par la lecture des Li
vres , qu'ily a eu une Herefie en
France , qui nâquit ſous François I.
&qui expira ſous Loüis le Grand ,
& au lieu qu'un puiſſant Roy de
Perſe , fameux dans nos Ecritures ,
& dans les Historiens profanes ,
j'entens Xerxes , pleura de douleur
en faisant la reveuë de ſon Armée,
qui estoit de dix - sept cens mille
hommes ,felon Herodote , &fefouvenant
que dans cent ans il ne re-
Steroit pas un ſeul homme de cette
prodigieuse multitude ,le Saint Pere
Innocent X I. a pleuré de joye , en
faisant reflexion que d'un pareil
nombre d'Heretiques qu'il y avoit
autrefois en France , il n'en reſteroit
Mars 1686 .
B
Y
26 MERCURE
pas aussi un seul en moins de cent
ans ; es pour en témoigner ſon vaviſſement
au Roy , il luy a écrit une
Lettre toute pleinede congratulation
& de loüanges; ce que la Pieté du
Roy luy a fait regarder comme plus
glorieux pour luy que les anciens
Mandemens & Decrets que le Senat
Romain envoyoit autrefois aux Generaux
d'Armées victorieux ,
aux Heros qui avoient gagné des
Batailles,par lesquels il leur ordonnoit
des fupplications & des triom.
phes,fur tout lorſque ces gains de
Bataille ces ruines de Villes
ennemies n'avoient quere coutéde
Sang, comme iln'ena pas coûté une
Seule goute aux Calviniſtes pour la
ruine de leur Hereſie , tout s'estant
pafſſė dans la douceur par la ſageſſe
du Roy ,& la prudente conduite de
Monsieur l'Archevesque. Confilium
pacis erit inter illos duos.
GALANT.
27
1
Il ne reste donc plas , pour vendre
àl'Eglisefon premier éclat , d'autre
defordre à corriger, que les moeurs
corrompuës des méchans Catholiques
&fur tout le ſcandale effroyable
qu'ils caufent aux nouveaux Convertis
par le peu de respect qu'ils
ont pour les Temples où Dieu reſide;
c'est àquoy la Pieté du Roy ,
celle de Monfieur l'Archevesque ,
les applique aujourd'huy. L'un a
fait une Declaration ,par laquelle
il condamne à une amende pecuniai
re les Profanateurs de la Maiſon de
Dieu. L'autre a fait le Mandement
dont jeviens de vousfaire la lecture,
par lequel il les menace des Cenfu...
res Eccleſiaſtiques. le nesçay pas ce
qui pourra toucher les Pecheurs ,fi
les menaces de ces deux Puiſſances
jointes enſemble ne les effrayentpas.
Qu'ya-t-il de plus redoutable que
La colere du Roy , que cette main qui
B 2
28 MERCURE
a foudroyé Mastric , Cambray
Luxembourg ? Qu'y a- t-il de plus à
craindre que ces Armes fpirituelles
de l'Eglise , qui firent mourirfubitement
d'une mort tragique Ananie
& Saphiré ? Quandle Ciel & la
Terre se joignent ensemble pour
punir l'homme , il faut estre , je ne
dis pas endormy , mais tout-à-fait
mort & inſenſible , dit faint Auguſtin
, pour n'en estre pas ébranlé.
Réveillez vous au bruit de ces deux
Tonnerres , & faites reflexion à
cette belle parole que dit autrefois
Philon Iurf, au plus méchant & au
plus brutal de tous les hommes l'Empereur
Caligula , pour l'empescher
deprofaner le Temple de Ierufalem,
eny mettant fa Statue. Prince,
Songez que Dieu vous a laissé le
Maistre detant d'autres Lieux , du
Cirque de l'Amphitheatre , des
Places publiques , des Hostels de
GALANT. 29
Ville , & de tant de beaux Palais
qu'il vous a donnez . Faites-yce que .
vous voudrez . Placez -ytelle Statuë
" qu'il vous plaira ; ce grand Dieu
qui est be Maistre de tout , ne s'est
refervé dans ce vaſte Univers qu'il
a creé, que le feul Femple de Salomon
pour s'y faire adorer ; pourquoy
le troublez-vous dans cette poffeffion?
Pourquoy voulez- vous luy in-.
fulter jusque chez luy - mesme ?
Trouveriez- vous bon que dans vôtre
Palais on vousfist outrage, qu'on
adorast un autre que vous , que l'on
manquaft au respect qui vous est
dù ? Enfin , Chreftiens , faites quelque
reflexion sur la Pieté avec la
quelle le Royluy- mesme assiste à
l'Eglife. Vit- on jamais rien de fi
modeſté&de plus composé ?Tournetille
dos à l'autel ? Parle-t-il à
haute voix à qui que ce soit ? Se
tient il appuyésur un pied. ou débous
B 3.
30
MERCURE
pour jetter les yeux de costé&d'au
tre ? N'est- il pas au contraire tou
jours à genoux , toûjours priant ,
toûjours dans la posture d'un homme
contrit & humilié ? D'un autre
costé , fut-il jamais rien defi grave,
de fi ferieux , & de fi édifiant
que nostre grand Prelat ? L'air dont
il celebre l'Office,n'imprime-t-ilpas
du respect pour les Ceremonies de
l'Eglife ? Peut- on traiter les Miſteres
de la Religion plus noblement?
Les Ambassadeurs des Pays Etrangers
n'ensont-ils pas touchez ? I'efpere
aussi que ces deux Exemples
vous toucheront , & que dans le
deffein d'imiter vostre Roy &vostre
Pasteur, vous édifierez les nouveaux
Convertis pur vostre modestie , &
que nos Eglises feront deformais
comme elles estoient du temps de
S.Augustin, des Affemblées pures &
chafte, Sancta & caſta celebritas.
GALANT.
31
Je vous envoye deux Sonnets,
- dont on m'a fait part , ſur l'Extirpation
de l'Herefie. Le premier
eſt de Monfieur l'Abbé de la
Chaiſe , & le ſecond de Mon-
- ſieur Ramonnet de Nogent for
Seine.
SUR
L'ANEANTISSEMENT.
De la R. P.R. qui a commenceven
France fous François
I.&qui vient de finir fous
Louïs le Grand.
:
EN uains pou
Nvain pour étouffer l'Erreur
danssanaissance ,
- François auxHuguenots fit preparer
des feux;
Envainfes Succeſſeurs employerent
contre eux
Les efforts redoublez de toute leur "
puiſſance.
B 4
3.2
MERCVRE
On les vit s'en défendre , & par
leur resistance ,
Les forceràsouscrire à des Traitez
honteux.
Mais noſtre Grand LOVIS ditfeulement
, je veux ,
Et dans trois mois à peine il s'en
rencontre en France.
Princes , que fa valeur a contraints
d'accepter
Les Articles de Paix qu'ila voulu
dicter,
Que cet évenement aujourd'huy
vous confole.
*
Pourriez-vous éviter de recevoir
des Loix
D'un Heros qu'on voit faire avec
une parole
Ce qu'en cent ans n'ont pú les forces
defept Rois?
GALANT.
33
SUR LE MESME SUJET.
T
El que dansſes travaux Altide
infatigable ,
Quand de Monstres fans nombre it
purgeoit les Etats,
Al'Hydre fit fentir laforce defon
bras ,
Etd'un coup écrasaceMonstre épouvantable.
:
Tel nostre Auguste Roy, parun coup
favorable..
De l'Hereſie enfin met lapuissance à
bas;
Plus glorieux encor que dans tous les
combats-
Où triompha toûjoursſa valeur redoutable.
-Du Serpent toutefois qui tout Lerne
infectoit ,
Sur les corps feulement le veninfe
jettoit,
BS
34
MERCVRE
Et de jours paſſagers coupoit trop
toft la trame ;
Mais LOUIS, de Calvin détruifant
les erreurs ,
1
M
Extermine unpoison qui paſſoitjus
qu'à l'ame .
Et la precipitoit dans d'eternels =
malheurs.
La défaite de l'Hereſie a don
né auſſi ſujet au Pere Bigot Jeſuite
de faire une Deviſe , dont lea
corps eſt une Hydre celeste. Ces
paroles en font l'Ame. Periiffe
Jalus, Vos Amies les trouveront
expliquéesdans ceMadrigal.
E ne suis plus cece Monstre aux
Mortels odieux ,
Tel que pour les punir le Ciel me
laiffort vivre;
UnHeros m'a défait, ſa valeur les
délivre
GALANT.
35
Monfort change , & ma mort me
placedans les Cieux.
Cet Article de Religion , doit
faire trouver place icy àune Lettre
que je vous envoye de Monfieur
Vignier. Elle est adreſſée
àMadame de Tibergeau , Fille
de Monfieur le Marquis de Sillery
, & petite Fille de Madame
de Puifieux.
A MADAME
DETIBERGEAU.
J
Ce 2. Mars 1686.
Ene trouve point étrange , MADAME
que dans un temps où les
perſonnes de vostre Qualité quittent
la Province , pour venir à la Cour,
vous soyez demeurée dans vostre
4
B6
36 MERCURE
Solitude. Vous ne pouvez pasSans
doute vous y ennuyer, apprenant ce
que nôtre grand Monarque fait tous
lesjours pour la Conversion des Pretendus
Reformez , & tous les Eloges
qui luy ſont donnezpar les bouches
lés plus eloquantes , & les Plumes
les plussçavantes du Royaume ; de
forte que pour vous dire quelque
choſe de nouveau , ilfaudroit que
je vous diffe en Vers ce que l'on adit
en Profe,&en Profe ce qui s'eſt dit
en Vers. Quelque plaisir pourtant
que vous ayez eu juſques icy de voir
unHeros Guerrier , ce vous en ſera
un plus grand de voir un Heros.
Chreftien , qui fait encore plus pour
l'Eglise , qu'il n'a fait pour l'Etat ;
& qui par une moderation Sans
exemple , n'a pas voulu étendre davantage
Son Royaume pour mieux.
étendre celuy du Sauveur du Mon
decar comme il a...fceu recouvrer
GALANT.
37.
par la force des Armes ce que la
France avoit perdu ſous quelquesuns
de ses Predeceffeurs , il vent
auffi recouvrer par des moyens paci-
#fiques ce que l'Eglise Catholique a
perduſous les Valois,
Ainfi l'on voit qu'au meſme.
temps
Que les Peuples conquis entonnent
ſes loüanges ,
Les Nouveaux Convertis paroifſent
ſi contens ,
- Qu'ils meſlent avec nous leurs
chant à ceux des Anges..
Pluſieurs Religionnaires mesme ,
qui s'estoient retirez dans les Pays
Etrangers pour éviter defe convertir,
ont reconnu leurs. Erreursen des
Lieux , où , felon toutes les appa
-rences, elles devoientſe fortifier,&
-nont point eu de repos qu'ils ne
38
MERCURE
Joient venus icy en faire une Abjuration
publique ; & la pluſpart de
ces Fugitifs , qui avoient emporté
plus de bien qu'il n'en falloit pour
vivre fort à leur aife , ont avoüé
qu'ils n'avoient pû refifter aux Sentimens
que LoUIS LE GRAND
imprime dans le coeur de ſes Sujets,
& que ce charme ſeul les avoit forcez
de ſe rendre à des Veritez , que
fans cela ils n'auroient peut- eftre
jamais reconnuës . Vous voyez, Ma
dame
Qu'il n'eſt point de ſi bon Doteur
Que celuy quitouche le coeur.
LOUIS le Grand le fait par tou
tes les manieres.
Qui peuvent faire ouvrir les
yeux .
Aux pures & faintes lumieres,
Que l'Egliſe receut des Cieux..
GALANT.
39
Monfieur Boru de la Barmondiere
, de l'Academie de Villefranche
en Beaujolois , a fait
l'Anagramme que j'ajoute icy..
LOUIS LE GRAND.
RANG DU SOLEIL..
Si commeun Aftre au Ciel un Roy
brillefur terre ,
LOUIS le Grandſe trouvantSans
pareil,
てこ
• Soit dans la Paix,foit dans la
Guerre ,
Tient le Rangdu Soleil.
Cette autre Epigramme vous
fera connoiſtre que le Roy, aprés
avoir travaillé aux Affaires de
l'Estat , ne dédaigne pas de ſe
delaſſer dans l'Etude des belles
Sciences . Elle est adreſſée au
fameux Monfieur Rainfant, Gar
4,0
MERCURE
de des Medailles du Cabinet de
Sa Majeſté.
Elicat Antiquaire ,
Drainfant
plaire
toy qui ſçais
Auplus fage des Rois ,
Lors que ton éloquente voix
Sur pluſieurs Medaillons , tous d'un
prix non vulgaire ;
Etaleàce grandPrince un Discours
curieux ,
C'est top dans ce moment qui doit le
plus apprendre.
Quandon peut , comme toy, voir
LOVIS ,& l'entendre,
La docte Antiquité n'a rien qui
vaillemieux .
Ce n'est pas ſeulement en
Eranceque l'on employe ſonGenie
à loüer le Roy ; voicy des
Vers qui ont eſté faits en Grece,
GALANT.
4
& que j'ay receus de Sainte-
Maure. Vous ſeavez , Madame,
que cette Place a eſté conquiſe
depuis peu de temps ſur les
Turcs dans la Morée. Monfieur
dela Madelene , homme de naifſance
, voyant que la Paix luy
oſtoit l'occaſion de ſignaler ſon
courage , partit de Paris au mois
de Juillet dernier , && alla ſervis
en qualité de Volontaire chez
les Venitiens , qui ayant reconnu
ſon merite , l'ont fait Commandant
de Dragons. Quoy que
L'Employ luy ſoit glorieux , il te
moigne par ces Vers qu'il voudroit
ne porter jamais les armes
quepour le ſervice de ſon Prince.
G
AUROY.
Rand Roy, dont leshauts Faits
&le rare merite
42
MERCURE
Font retentir tout l'Univers ,
De ce que je te dois ,foufre que je
macquite,
En élevant ton grand Nom par
mes Vers
Mais quel est mon orgueil, &qu'o
Say-je entreprendre ?
Suis je digne de cet Employ ?
Appellés feulement ofa peindre
Alexandre,
Get exemple aujourd'huy me doit
Servirde loy..
Pour chanter dignement un Heros
invincible ,
Sous qui tremblent les autres Rois,
Charmant pour ſes Amis , pour tes
autres terrible ,
Iln'est point d'aſſezforte voix.
7
Les plus profonds reſpects dans un
humble silence.
GALANT. 43
Marqueront mieux mon zele&mon
obeissance ,
La Lyre est trop douce pour moy ;
Ma main est pour l'épée,&ce que je
demande,
C'est que ta Bonté me commande
De m'en servir toûjours pour mon
Auguste Roy.
Chacun s'efforce à l'envy à
donner des marques publiques
de la douleur qu'il reſſent de la:
perte de feu Monfieur le Chancelier
, & pluſieurs Corps continuent
à faire celebrer des Ser
vices pour le repos de ſon Ame.
Meſſieurs les Secretaires du Roy.
en firent faire un aux Celestins
ſur la fin de Février , & Meffieurs
les Avocats du Conſeil de Sa
Majesté en firent faire un autre:
le Samedy ſecond de ce mois ,
dans l'Egliſe des Grands Augu44
MERCVRE
Ains , avec toute la pompe qui
eſtoit devë à la memoire d'un i
grandHomme. L'Oraiſon Fonebre
fut prononcée par Monfieur
l'Abbé Maboul , qui s'attira l'applaudiſſement
d'un tres- nombreux
Auditoire . Il eſt Frere de
Monfieur Maboul , Procureur
Generaldes Requeſles de l'Ho
ftel , qui fe diftingue depuis dix
ansdans cette importante Char
ge,&ils font voir l'un & l'autre
que l'Eloquence eſt le partage
de leur Marſon. Vous pourrez
juger de celle de Monfieur l'AbbéMaboul
par quelques endroits
de fon Oraiſon Funebre. Son
Texte eſtoir ſur le bonheur de
l'homme qui a trouvé la ſageſſe;
non pas cette ſageſſe qui n'ayant
pour fondement que l'orgueil de
l'homme , n'eſt que vanité dewant
Dieu ; mais celle qui prend
GALANT.
45
א
al
0%
di
Ho
fon origine de Dieu meſme , qui
a avec ſoy de Conſeil , l'Equité,
la Prudence, la Fortune, celle par
qui les Rois regnent , les Legiflateurs
font des Loix juſtes , les
Puiſſans rendent juſtice , enfin
celle , qui aprés avoir comblé
l'homme d'honneurs&de graces
pendant ſa vie, le couronne de
gloire aprés ſa mort.Ilfit voir enfuite
que feu Monfieur le Chancelier
étoit reconnoiſſable a toute
la Terre dans ces paroles de fon
Texte , & qu'on le pouvoit former
l'idée qu'on avoit de ſa feli
cité fur celle qu'on avoit de ſa
ſageſſe. Il ajoûra que la Sageſſe
eſtant l'aſſemblage de toutes les
Vertus s'il avoit à prononcer
l'Eloge d'un autre que de ce Miniſtre
, il pourroit au milieu de
tant de Vertus en trouver une ,
,
qui luy cſtant propre , le feroit
$46 MERCURE
reconnoiſtre , mais que s'agiſſant
de parler de Monfieur leTellier ,
il les falloit toutes pour former
ſon caractere. Il pourſuivit en
ces termes . Joindre aux lumieres
de l'esprit , la droiture du coeur, à
la verité, l'amour de la Justice ; à
la facilité de concevoir les grands
deffeins , le courage de les executer ;
accorder les interests les plus éloignezfans
les bleſſer ; remplir tous
les devoirs de la Vie publique , ſans
oublier les devoirs de la Vie privées
agir avec force contre les méchans ,
quand il faut tes confondre ; les
traiter avec bonté , quand il faut
les gagner ; severe sans rigueurs
doux fans foibleſſe; élevé fans orgueil;
moderé sans contrainte ; fidelle
au Roy ; tendre envers le Peuple
; plein de Zele pour la Religion ;
tout cela n'est qu'une partie de l'Illustre
Mort dont les obfeques vous
GALANT.
47
1
t
1
affemblent. Te voy toutes les Vertus
qui se prefentent en foule,& qui
demandent place dans fon Eloge.
Accablépar le nombre , que puis-je
faire de mieux que de vous les montrer
ſous l'idée generalede la fageſſe
qui les renferme ?
Il paſſa de la àſa Diviſion qu'il
fit de ceue maniere. Cette Sageffe
incomparable , qui ne fut point en
luy le fruit tardifde l'experience ,
luy fervit de guide dans tous les
Emplois où il plut à Dieu de l'appeller
; dans les Affaires de l'Etat ,
dans l'administration de la Iustice,
danssa conduite particuliere. Dans
les Affaires de l'Etat elle en fit un
Ministre fidelle ; dans l'adminiſtration
de la lustice , elle en fit un
Ministre accomply ; dansſa conduiteparticuliere
, elle en fit un parfait
Chrestien.
On peutjuger par cette Di48
MERCURE
viſion de la Beauté ,& de la nettetéde
tout le Diſcours. Elle repreſente
parfaitement feu Monſieur
le Chancelier à ceux qui
le connoiffoient , ou plutoſt à
toute l'Europe , puis que toutes
ſes grandes qualitez y ſont generalement
reconnuës. Ainſi je ne
rapporteray point icy tout ce
qu'on ſe peut aifément imaginer,
je me contenteray de vous faire
part de quelques endroits , où
Monfieur Maboul employe des
paroles de cegrand Homme. Il
aſſeure qu'on luy a ſouvent entendu
dire , qu'il ne pouvoit pas
à la verité juger par tout , mais
qu'il estoit obligé de repandre par
tout l'esprit de la Justice , & de la
faire regner dans tout les tribunaux
du Royaume. Ce grand Miniftre
diſoit auſſi ſouvent , Qu'il ne pouvoit
rien luy-mesme , mais qu'il
jugeoit
.
GALANT.
49
jageoitsur ce qu'il entendoit , qu'il
el estoit l' Arbitre des Affaires , &
do non pas le Maistre; & que le Dieu
de l'Univers , qui jugera les Juges
mesmes , l'avoit étably , non pas
O pourſuivrelepanthant de ſa proet
pre volonté , mais pourſe conformer
aux ordres inviolables de l'Eternel-
Le Iustice.
De Ayant pendant deux mois
fentiers tenu Conſeil deux fois
dans un meſme jour,& fa Famille
par l'intereſt de ſa ſanté le
preſſant d'aller à la Campagne ,
e afin d'y prendre un peu de repos :
Ie n'en puis , leur dit- il , avoir de
veritable , ſi je retiens à Paris des
Gens éloignez de leur Famille , pen
dant que je puis les renvoyer. Les
dernieres paroles d'un homme ,
qui pendant le long cours de
ſa vie en avoit tant prononcé
de dignes d'eſtre conſervées , ne
Mars 1686 . C
MERCURE
50
pouvoient eſtre que belles. Il
expira en diſant : Mifericordias
Domini in æternum cantabo . le n'ay
plus rien à vous dire de cette
Oraiſon Funebre , que ce que dit
Monfieur l'Abbé Maboul en la
finiſſant. Le Roy en perdant Monfieur
le Tellier , perdit un Ministre
fidelle , l'Etat un Chancelier plein
de justice , la Religion un zele Défonfeur.
Les Pauvres pleurerent un
Pere tendre, les Gens de bien un
Protecteur,tout le Royaume un grand
exemple. Perte cruelle , dont nous
• Serions inconsolables ,fi la Providence
ne l'avoit heureuſement reparée.
Un illustre Succeſſeur , une
illustre Epouse , d'illustres Enfans
font revivre parmy nous toutesses
Vertus. Sa pieté éclate dans fon
Epouse ;sa fidelité , &sa prudence
Se font admirer dans un grand
Miniſtre ; Son amour pour l'Eglise
GALANT. I
paroiſt dans un Sçavant Archeves.
que; enfinſa iustice, ſa capacité,ſa
vaste intelligence,ſa ſageſſe,ſon ex-
-perience se trouvent toutes dansM.
le Chancelier, qui parfes raresqualitez
, & par les longsſervices s'eſt
rendu digne de l'estime , & du choix
du plus grand Roy du Monde.Mais
pendant que j'essaye de tromper
voſtre douleur , ne perdez pas le
fruit de ce lugubre Spectacle , &
tournant les yeux vers ce Tombeau ,
Souvenez vous que c'est là que tou
tes les Grandeurs aboutiſſent , que
nous allons à grands pas à la mort ;
qu'en ce moment toutes choses periront
pour nous; que nos defſſeinsferont
détruits , nos fortunes renversées ,
& qu'estant confondus dans une
juste égalité , nous ne ferons distinguez
que par nos Vertus , &
nos bonnes Oeuvres . Puiſſiez vous
vous convaincre efficacement de
: T C 2
52
MERCVRE
cetteſenſible verité , afin que pro.
fitant des grands exemples de Monfieur
le Tellier, vous puissiez meriter
laGloire.
Le Mardy sadece mois , Mefſieurs
les Officiers de la grande
Chancellerie firent celebrer
un pareil Service à Sainte Croix
de la Bretonnerie .
On les a continuez preſque
dans toutes les Villes du Royaume
, & on en a fait faire un depuis
peu à Arras avec beaucoup
de magnificence dans la Chapelle
du Conſeil Provincial d'Artois .
Le Chapitre de la meſme Ville
en a celebré un autre dans
l'Egliſe Cathedrale & il n'a
rien oublié de ce qui pouvoit
donner de l'éclat à cette lugubre
Ceremonie .
,
Monfieur Jolly , Receveur des
Etats d'Artois , & ancien Pre
GALANT.
53
voſt de la Confrairie de faint
Eloy , en a auſſi fait faire un
à Bethune pour donner des marques
de ſa reconnoiſſance , &
de celle de la Confrairie qui a
receu de grands Bien-faits de feu
Monfieur le Chancelier. Une
triſte magnificence éclatoit dans
toute l'Eglife , & le Mauzolée étoit
élevé de fix dégrez. Il y avoit
une Figure appuyée ſur unTableau
dans lequel on liſoit des
Vers Latins à la gloire de ce
Miniſtre. Tous les magiftrats &
les Officiers de la Place ayanteſté
conviez par Monfieur lolly , ſe
rendirent dans l'Egliſe àl'heure
marquée , & aprés que les Conſeils
en Habit de deüil & en mang
de Ceremonie y furent entrez ,on
commença une grand'Meſſe en
Muſique , qui fut celebrée par
les Chanoines de l'Egliſe Colle
C3
54
MERCURE
giale de Saint Barthelemy. L'un
d'eux prononça l'Eloge Funebre,
& s'attira beaucoup d'applaudiffemens.
Je vous envoye une ſuite des
Dialogues de Monfieur Bordelon.
• DES CHOSES
DIFFICILES A CROIRE .
DIALOGUE HVITIE'ME.
BELOROND , PHILONTE.
J
PHILONTE .
ay leu avec beaucoup de plaifir
la Liſte Alphabetique que
vous avez faite des diferentes
fortes de Divinations , & je croy
GALANT.
55
auffi bien que vous qu'il y a
eu des Gens aſſez ſuperſtitieux
pour les mettre en pratique ; mais
je ne puis croire qu'elles ayent
produit les effets qu'elles promettent
puiſqu'ils font au deſſus
des forces de ce qu'on pretend
qui devoit les produire. La connoiſſance
de l'Avenir libre &
contingent , eſt ſi particuliere à
Dieu, qu'on ne doit l'attendre du
pouvoir naturel d'aucune Creature
, non pas mesme du Demon
, quelque Pacte Exprés ou
Tacite qu'on puiſſe faire avec
luy.
BELOROND .
Avant que de continuer voſtre
Propofition , je vous prie de
me dire ce que vous appellez
Pacte Tacite , parce que je fouque
haite ſçavoir fi nous l'entendons
vous & moy de la meſme maniere
.
C 4
56 . MERCURE
PHILONTE .
: On fait un Pacte Tacite avec
les Demons , lors que ſans convenir
expreſſement avec eux ,
ſans les invoquer ou les faire invoquer
viſiblement , ſans leur
attribuer ce qu'on fait , & fans
attendre d'eux aucun des effets
qu'on veut produire , on ſe ſert
de certaines choſes qui n'ont aucune
vertu naturelle ou furnaturelle
, pour la production de ce
qu'on en efpere , & qui ne font
nyd'inſtitution Divine , ny d'inſtitution
Eccleſiaſtique.
BELOROND .
Je ſuis faſché de vous avoir
VOUS interrompu , parce que
concevez le Pacte Tacite de la
meſme maniere que je le conçois .
-Continuez , je vous prie .
PHILONTE .
Je dis donc qu'on ne peut
GALANT.
57
1
pretendre en aucune forte de la
puiſſance naturelle des Demons ,
la connoiſſance de l'Avenir libre
4 & contingent , parce que cette
connoiſſance appartient à Dieu
ſeul. Dites- nous ce qui doit arriver
dans le temps à venir , & nous vous
reconnoistrons pour des Dieux , dit
Iſaye ; & l'Eccleſiaſte ajoûte ,
qu'il n'y a perſonne qui puiſſe
ſçavoir l'Avenir. Les Payens mêmes
ont reconnu cette verité ;
témoin Horace qui dit , que
Dieu par fon infinie Sageſſe a
caché l'Avenir dans une profonde
obſcurité , & qu'il ſe moque
des hommes qui veulent porter
leur eſprit au delà des bornes
qu'il leur a preſcrites. En effet
pour connoiſtre les choſes libres
& contingentes , il faut les confiderer
en elles meſmes, ce qu'on
ne peut faire que lors qu'elles
C
58 MERCURE
ſont preſentes. Ainſi quand elles
font à venir , elles ne peuvenr
eſtre connuës des Demons , mais
de Dieu ſeul , à qui l'Eternité eſt
toûjours preſente , par un caratere
propre de la ſimplicité de
ſa nature. Il connoiſt & comprend
luy ſeul l'Eternité, & comprend
en mefme temps ce que
comprend cette même Eternité,
c'eſt à dire les chofes futures ,
auffi - bien que les paſſées & les
preſentes. Les choses qui fontdans
les choses contingentes font neceffaires
devant luy , dit un Sçavant
du dernier Siecle en termes expreſſifs
, quoy que peu polis. Il
voit , pourſuit - il , eternellement
prefent àfoy , ce qui est futur aux
choses. Il voit en ſoy la cauſe des
caufes,&voiteternellement àfaire
ce qu'on a àfaire , volontairement
ce que volontairement , naturelle
GALANT.
59
ment ce que naturellement , ſans
que noſtre liberté perde pour
cela aucun de ſes Privileges. Il
connoit la nature des hommes en la
graine , au lieu qu'à peine la connoiſſons
nous en la fleur. Jugez
aprés cela combien on doit traiter
de ridicule ce que Solin écrit
au Chap. 27. d'une Pierre qui
eſtant mile ſous la langue fait
predire l'Avenir.
BELOROND .
Il y a eu pourtant des Devins
qui ont reüſſi dans ce que leur
Art promettoit , & entre plufieurs
fortes que l'on peut remarquer
dans l'Hiſtoire , examinons
particulierement les Oracles de
l'Antiquité . Premierement tout
le monde convient qu'il y en a
eu. Nous en avons des preuves
dans l'Histoire Profane , mais
encore dans l'Ecriture Sainte
C6
2
60 MERCURE
comme dans le Deuteronome
Chap. 18. où il eſt défendu de
les confulter. Les plus fameux
de ces Oracles eſtoient celuy de
Themis , celuy d'Amphiarais ,
les deux de Trophonius , l'un à
Thebes , l'autre à Lebadie en la
Boeoce ; celuy de Ceres qui faifoit
voir dans un Miroir l'évenement
des Maladies ; celuy d'Hercule
qui enſeignoit par la chance
de quatre Dez qu'on jettoit ce
qui devoit arriver; celuy de Jupiter
Hammon en Lybie ; celuy
de Dodone en Grece ; mais le
plus renommé de tous , eſtoit celuy
d'Apollon à Delphes. On
pretend que cet Oracle avoit
prophetiſé avant le Siecle des
évenemens , qui rendirent Troye
fi memorable dans l'Histoire , &
on veut que la Sybille qui prononçoit
les Oracles fuft appellée
e
ン
GALANT . 61
Pythie , à cauſe des Queſtions
qu'on luy faiſoit , d'un motGrec
qui ſignifie Interroger. Theodore
dit que la découverte de cetOracle
eſt devë à un Troupeau de
Chevres, qui paiſſant autour d'une
ouverture de terre , furent
veuës par celuy qui les conduiſoit
, s'agitant & jettant des cris
extraordinaires toutes les fois
qu'elles s'approchoient de се
trou . Le Paſteur voulant donc
_ reconnoître en viſiſtant le lieu ce
qui pouvoit produire un effer fo
- violent , fut ſurpris d'une exha-
- laiſon qui en ſortoit , & prononça
en meſme temps , à ce qu'on
dit , des Propheties , qui dans la
fuite ſe trouverent veritables .
Cette merveille ayant eſté pu
blié dans tout le Pays , une infinité
de Gens curieux de l'Avenir
, ſe tranſportoient en ceten
62 MERCURE
droitlà , & s'entredonnoient des
réponſes ſur leurs demandes ;
mais comme cette ouverture de
terre eſtoit dangereuſe , & que
beaucoup de perſonnes agitées
de fureur par l'exhalaiſon , y tomboient,
on s'aviſa d'accommoder
ce lieu , en forte que par le moyen
d'une eſpece de Trepied ,
l'on recevoit fans aucun peril la
vapeur qui faisoit deviner. On
choiſit alors des Filles conſacrées
à Diane pour prononcer les Oraeles
de fon Frere, juſqu'à cequ'un
certain Enechrates de Theffalie
en ayant enlevé une qu'il aimoit,
-on n'en deſtina plus à cét office
qui ne fuſſent âgées de plus de
cinquante ans.
PHILONTE .
Je ſçay bien que des Philoſophes
ont attribué l'eſprit de Divination
de la Pythoniſſe à des
GALANT. 63
Exhalaiſons. Plutarque meſme
eſt de ce ſentiment , mais cette
= opinion a ſi peu d'apparence de
( verité , qu'elle ne merite pas d'être
refutée. La Divination eſt
l'oeuvre d'une nature remplie
dIntelligence , & non pas de la
- matiere. Il ſe peut faire que des
- exhalaiſons ayent excité à ſe
tourmenter par ces contorſions
- dont parlent les Hiſtoriens , &
par ces fureurs que nous liſons
- dans Horace , & particulierement
dans Virgile , lors que pour
nous reprefenter l'eſtat de ces
Preſtreſſes d'Apollon dans leur
entouſiaſme , il dit. Leur visage
Se change , elles n'ont plus la même
couleur , leurs cheveuxse heriffent
elles font hors d'haleine ; leur coeur
eft remply de fureur. Il ſe peut faire
encore ſelon Ariftote que l'humeur
mélancolique ou le tempe
64 MERCURE
rament atrabilaire ait causé ces
fureurs ; mais je ne voy aucune
raiſon qui me puiffe engager à
croire que de la fumée ait en ſoy
une proprieté affez puiſſante
pour faire entrer dans l'Avenir ,
&y découvrir des choſes que la
fubtilité des plus beaux eſprits ne
peut jamais penetrer. Je ne veux
pourtant pas dire que l'Oracle
de Delphes n'ait point eu de credit;
il faudroit eſtre peu inſtruit
dans l'Histoire de l'Antiquité
pour ignorer le concours extraordinaire
de tant de Peuplesdif
ferens qui l'alloient confulter. Je
ne veux pas dire auffi comme
quelqu'un a pretendu , que ce
qui contribuoit à ſa renommée ,
eſtoit une Fontaine qu'on appelloit
Caffiotis , ſituée prés de ſon
Temple , & dont les Eaux éteignoient
des Flambeaux allumez ,
و
GALAN T..
65
& allumoient ceux qui estoient
éteints. le ſuis perfuadé que fi
ce n'eſt pas ,comme je croy , la
verité de ſes Predictions qui l'a
rendu recommandable , ce n'eſt
pas auſſi cette Fontaine , mais la
facilité avec laquelle l'eſprit humain
ſe laiſſe ſouvent tromper ,
pour flater quelque paſſion qui le
domine.
ELOROND .
Mais enfin il me ſemble qu'on
peut aſſeurer queles Oracles ont
quelquefois predit la verité. Entre
pluſieurs exemples , en voicy
quelques-uns auſquels il eſt aſſez
difficile de répondre.
Latone avoit un Oracle à
Butis en Egypte qui prédit la
mort de Cambiſe à Ecbatane.
Les Doriens eſtant en querelle
contre les Atheniens , à
cauſe qu'ils pretendoient en avoir
66 MERCURE
receu autrefois quelques injures,
& ayant reſolu de s'en vanger
par la voye des armes , ils confukerent
l'Oracle pour ſçavoir
quel ſeroit l'évenement de cette
guerre . L'Oracle leur répondit
qu'ils feroient victorieux pourveu
qu'ils ne tuaſſent point le
Roy des Atheniens. Les Doriens
avant que la Bataille ſe donnaſt ,
recommanderent fur tout à leurs
Soldats & à leurs Capitaines de
ne luy faire aucun mal. Codrus
qui regnoit pour lors à Athenes
ayant appris la réponſede l'Oracle,
& la précaution des Ennemis
à ſon égard , prit un habit qui le
déguiſoit , & fe fir tuer par un
Soldat Ennemy qu'il avoit exprés
inſulté , & par le moyen de
cette action , les Atheniens furent
victorieux des Doriens ,
comme l'Oracle l'avoit prédit.
GALAN Τ.
67
Ajoûtez à ces deux Hiſtoires
celle-cy que j'ay tirée de l'Ecriture
Sainte. Saül premier Roy
d'Iſraël ,eſtant attaqué par une
puiſſante Armée de Philiſtins, &
voyant qu'aprés avoir conſulté
Dieu ſur le ſuccez de ſes Armes ,
il ne luy faiſoit aucune reponſe ,
ny par les Songes, ny par les Preſtres
, ny parles Prophetes , alla
confulter une Pythoniffe , aprés
s'eſtre déguisé pour n'en eſtre pas
connu. Cette Preſtreſſe ayant
évoqué l'ame de Samtel à la
priere de Saül , découvre que
c'eſtoit le Roy qui l'interrogeoit.
Celuy- cy reconnoiſt auſſi à l'âge
& à l'habit que c'eſtoit Samuel
qui s'élevoit de terre.Le Prophete
ſe plaint d'eſtre ainſi inquieté
par le Roy , luy predit la perte
de la Bataille ,& que dés le lendemain
luy & fes Enfans per
68 MERCURE
droient la vie, ce qui arriva comme
il avoit eſté prédit.
Vous n'ignorez pas auſſi les
Vers veritablement prophetiques
des Sybilles touchant le Sauveur
du Monde , & les particularitez
de ſa Vie & de ſa Mort , comme
ceux que nous liſons dans le 18 .
Livre Chap. 23. de la Cité de
Dieu de Saint Auguſtin , & qui
veulent dire en noſtre Langue,
Il tombera entre les mains Impies
des Infidelles , ils luy donneront des
Souflets , & luy cracheront au vifage.
Saint Auguſtin rapporte dans
le meſme lieu vingt- ſept Vers de
la Sybille Erythrée traduits de
Grec en Latin , qui déclarent
nettement ce qui doit arriver à
la findu monde ; & les premieres
Lettres de ces Vers ramafſées
enſemble forment en Grec
des paroles qui ſignifient celles
GALANT. 69
cy Jesus- Christ Fils de Dieu , Sauyeur
Croix. Ces Hiſtoires ne ſemblent-
elles pas juſtifier ce qu'on
f dit en faveur des Devins , &
particulierement des Oracles de
l'Antiquité ?
:
PHILONTE .
Ces Hiſtoires paroiſſent juſtifier
les Oracles , il eſt vray , mais
Felles ne les juſtifient pas.En effet
peur repondre à celle de Cambiſe
, & à quelques autres femblables
, s'il y ena , je veux bien
avoüer , ſi vous le voulez , que
ſa mort a eſté prédite , & qu'elle
eſt arrivée ſelon la prédiction ;
mais quelle conſequence peut on
tirer delà , finon que les Oracles
prononçoient tant de Prédictions
differentes , & qui pouvoient
ſouffrir tant de ſortes d'interpretations
, comme dans celle- cy ,
qu'il eſtoit comme impoſſible qu'il
MERCURE
70
ne s'en trouvaſt quelques-unes
de veritables , & parce que c'étoit
de celles - là ſeules qu'on tenoit
regiſtre , il ne faut pass'étonner
ſi toutes les auttes , quoy
que fauſſes , ne détruiſoient pas
le credit de ceux qui les prononçoient.
J'ay dit que la Prédiction
de la mort de Cambiſe pouvoit
ſouffrir differentes interpretations
, parce qu'en effet elle eſtoit
équivoque ; car nous liſons chez
Herodote qu'il mourut dans une
petite Bicoque de Syrie nommée
Ecbatane , & non dans l'Ecbatane
, Capitale de Medie , comme
on avoit cru que l'Oracle l'entendoit.
L'Hiſtoire de Codrus n'eſt pas
plus favorable aux Oracles , puiſque
ſi les Atheniens furent victorieux
des Doriens , ce ne fut que
parce que ceux- cy ne voulurent
GALAN T.
71
pas combatre au raport de Juſtin,
rant le peuple eſtoit en ce tempslà
préoccupé en faveur de ces
5$ fortesde Propheties, & tant nous
# ſommes ſuſceptibles de l'impreſſion
pour laquelle nous ſommes
déja prevenus. C'eſt cet
enteſtement qui excitoit ſouvent
les peuples , & meſme les
Princes à executer les Predictions
de ces fortes de Devins.
On a veu un Calicula, qui ayant
appris que Traſylle avoit predit
que celuy qui traverſeroit le Golphe
de Baye feroit Empereur ,
l'étant en effet , y fit faire un
Pont de Vaiſſeaux , & y paſſa
ſouvent à Cheval & en Carroffe,
comme Suetone l'aſſure en ſa
Vie. On donne meſme des interprétations
violentes à ces Predictions
pour les rendre veritables.
On predit à l'Empereur .
72
MERCURE
Conſtans qu'il mourroit dans le
giron de ſa Mere. Il fut tué dans
un Bourg proche de l'Eſpagne,
appellé Helene , & on voulut que
la Prediction s'étoit verifiée , parce
que ſon Ayeule s'appelloit de
ce nom. Rutilianus ayant confulté
le faux Oracle d'Alexandre
dont parle Lucien , pour ſçavoir
quel Precepteur il donneroit à
ſon Fils , il répondit , Pythagore
& Homere ; mais l'Enfant eſtant
mort quelque temps aprés , comme
ileſtoit en peine de défendre
fon Oracle , Rutilianus aidoit
luy- meſme à ſe tromper, & affen-
⚫roit qu'il avoit predit la mort de
fon Fils en luy donnant pour
Precepteurs des gens qui n'eſtoient
plus au Monde. Voilà
qu'elle fortede verité on trouvoit
dans les Oracles . On leur faifoir,
• heureuſement pour eux , deviner
ce
GALANT.
73
S
e
٢٠
e
コ
re
ore
ce àquoy ils ne fongeoient pas ;
& s'il y en a eu quelqu'un qui ait
rencontré la Verité , comme la
Pythoniſſe à l'égardde Samuël ,
& les Sybilles , ſi ce n'eſt pas le
hazard ,ce n'eſt pas auſſi parle
pouvoir qu'ils ayent d'eux-mémes
; mais par un ſecret & ex
Dit traordinaire jugement de Dieu,
dit S. Auguftin , comme à Saül,
pour le punir de ſon Impieté ;
comme les Sybilles , pour prédire
les effets de ſa mifericorde ,
dre contraindre les Infidelles de les
Boit faire connoiſtre. Mais je vous
Teu prie , ne ſoyez pas furpris de ce
de que je viensde vous dire , puifbour
que bien des Sçavans étoient
n'e convaincus de la vanité desOra-
Jollicles , lors meſme qu'ils estoient
vot en reputation. Euripide dit que
fois le meilleur de tous les Oracles -
De eſtoit celuy qui parmy une in
ad
m
ce Mars 1686 . D
74 MERCURE
finité de menſonges prononçoit
quelquefois la verité ; & Creon
fait ce reproche à Tirefias dans
l'Antigone de Sophocle.Tous ceux
* qui font mestier de deviner, aiment
l'argent. Oenomaüs , Philofophe
& Orateur Grec , ayant ſouvent
eſté trompé par l'Oracle de Delphes
, fiſt un recüeil de fes Menfonges.
Diogene dit auſſi ſubtilement
qu'agreablement chez
Dion Chryfoftome , que ceux
qui ont de l'eſprit ſe peuvent
fort bien paſſer des Oracles .
Non ſeulement les Sçavans s'en
font mocquez , mais encore des
Princes les ont traitez de mépris ,
& ont même puny ceux qui
les prononçoient. Alexandre le
Grand coupant le Noeud Gordien
dont le denouëment promettoit
l'Empire de toute l'Afie
à celuy qui en viendroit à bout,
GALANT.
75
ne faiſoit-il pas voir par cette
( action le peu de foy qu'il ajoûtoit
à ces Predictions ? Le même
Alexandre voulant conſulter l'Oracle
de Delphes , & la Sybille
refuſant de faire ſa charge à cauſe
que c'eſtoit un jour qui paf-
↑ ſoit pour malheureux , il la vio-
+ lenta de telle ſorte qu'elle luy dit
ces mots ; Vous voulez donc faire
paroiſtre jusqu'à moy que vous eſtes
invincible. A quoy il repartit agreablement
, je ne veux point
d'autre Oracle , parce que je n'en
puis entendre de voſtre bouche un
plus avantageux , & la laiſſa aller
-ſans exiger d'elle aucune Prediction.
Pyrrhus Fils d'Achilles ,
Xerxes , la Nation des Phlegies ,
les Phocéens & pluſieurs autres
ontdonné des marques du mépris
qu'ils avoient pour les Ora
cles , y eſtant excitez par la con-
D.2
76 MERCURE
noiſſance de leurs Impoſtures,ou
pour leurs obſcuritez affectées ,
ou à cauſe de leurs bouffonneries
; comme lors que celuy de
Delphes eſtant interrogé pour
ſçavoir quelle eſtoit la meilleur
Religion , il répondit que c'eſtoit
la plus ancienne ; & étant encore
interrogé quelle eſtoit la plus
ancienne , il repartit quec'étoit la
meilleure ; ou comme lors qu'il
ordonna aux Doriens de prendre
pour Admiral un homme à trois
yeux , ce qu'ils executerent en
prenant un homme monté ſur
un Mulet borgne ; mais on ne
les a pas ſeulement mépriſez ,
on les a encore punis pour
leur Impieté. En voicy un exemple
memorable tiré de Strabon,
LesBoeotiens étant allez confulter
l'Oracle de Dodone ſur leurs
Affaires , il répondit qu'elles auroient
de bons ſuccez , s'ils fai
GALANT.
77
ſoient des actions d'Impieté. Cette
réponſe leur parut fi impertinante
qu'eſtant indignez contre
la Sybille , ils la prirent & la
jetterentdans le feu , diſant qu'ils
le devoient faire ainſi , ſoit pour
la punir , ſoit pour obeïr à ſes ordres
en ſe montrant impies. Remarquez
, je vous prie , que c'étoient
trois Filles qui ſervoient de
truchement à cét Oracle , & non
des Colombes perchées ſur un
Cheſne, comme les Poëtes le veulent
faire croire. Ce qui a caufé
cette erreur c'eſt l'équivoque du
mot Peleiade, qui ſignifie en Langue
Theſſalique & Colombe & Divinatrice
.Enfin pouvoi- ton mieux
ſe mocquer des hommes que lors
que la Sybille écrivant les répon-
- ſes qu'on attendoit ſur des feüil
les de Palmier dont on ſe ſervoit
alors pour cela , le vent les dif
D 3
78
MERCVRE
perſoit de forte qu'on s'en retournoit
auffi ignorant qu'on eſtoit
venu. Le troifiéme & le fixiéme
Livre de l'Eneïde prouvent ce
que je dis en expoſant la crainte
qu'Enée eut d'eſtre traité de cettemaniere.
BELOROND .
J'avoue avec vous que les
Oracles ont eſté mépriſez &
maltraitez ; mais avoüez auffi
avec moy que pluſienrs Princes
les ont conſultez avec autant de
reſpect que de confiance .
PHILONTE .
Si ce n'eſtoit pas une foibleſſe,
c'eſtoit l'intereſt apparent de la
Religion , ou bien l'intereſt veritable
de l'Etat , qui engageoit
ces Princes à ce reſpect & à cet
te confiance , car s'il eſt vray,
comme dit Seneque, que la crainre
qu'impriment les Guerres dans
GALANT.
79
ed
한
del
el
10
les eſprits , jointe aux terreurs
que donne la Religion ſuperſtitieufe
, fait ces eſprits fanatiques
qui ſe meflent de prédire l'Avenir
, il faut penſer la meſme choſe
de la pluſpart de ceux qui les
confultoient . Je me perfuade
done que l'intereſt apparent de
la Religion , ou celuy de l'Estat ,
eſtoit le mobile qui entraiſnoitla
pluſpart de ces Princes vers ces
Oracles; l'intereſt apparent de la
Religion , ou plûtoſt le leur propre
, parce que s'ils les avoient
mépriſez ouvertement , on les
auroit pris pour des Impies ; ce
luy del'Estat , parce que ſouvent
en les confultant ils les corrompoient
, pour leur faire prononcer
des Propheties qui leur fuffent
favorables , afin que l'efperance
fondée ſur Predictions ,
animaſt les Peuples à ſe défendre
}
D 4
80 MERCURE
contre les Ennemis de l'Estat , &
les Soldats à les attaquer. C'eſt
pour ces raiſons , ou de ſemblables
, qui regardent l'Estat , que
la Faction contraire aux Piſiſtratides
, obtint par argent , ſelon
Herodote , le commandement
qu'Apollon fit aux Lacedemoniens
de délivrer la Ville d'Athe- .
nes du joug de ces Ufurpateurs ;
qu'Alcibiade , au rapport de Plutarque
, corrompit l'Oracle de
Jupiter Hammon , pour faire
agréer à ſes Citoyens l'entrepriſe .
de Sicile , & que Demofthene
crioit publiquement , que la Sy .
bille Philippifoit , c'eſt à dire que
l'or do Roy Philippe faisoit répondre
par cette faufſe Devinerefſe
tout ce qu'il ſouhaittoit . Iugez
par ces exemples de la fourberie
de ces Devins ; & fi vous
voulez en avoir une plus grande
GALANT. 8г
E
لاس
idée , lifez l'Hiſtoire du Fourbe
Alexandre , écrite agreablement
par l'enjoué Lucien ,mais s'ils
eſtoient extremément fourbes
ils eſtoient tres-adroits pour déguifer
leurs tromperies , & c'eſt
particulierement avec les équivoques
de geſtes ou de paroles
qu'ils les déguiſoient , & fe rendoient
fi ob curs , qu'ils avoient
beſoin d'autres Oracles pour eſtre
entendus ; comme à Antioche
Jupiter Philien , qui ne répondoit
que par ſignes , branlemens de
fteftes , & regards . l'ay veu pratiquer
la meſme maniere d'impoſture
à Bourges il y a quinze
ans par un Devin , qui fut affez
heureux pour tromper une grande
partie des Habitans de la Ville,
& gagner beaucoup d'argent,
Il fit accroire qu'il ne ſçavoit pas
la Langue Françoiſe , quoy qu'il
D
82 MERCURE
la ſceuſt fort bien ; il ſe diſoit
d'Irlande , & eſtoit de France ,
& tout cela pour n'employer que
des geſtes équivoques, que ceux
qui le conſultoient interpretoient
toûjours en faveur de leurs demandes.
Comme je n'ajoûtois
point de foy à ce qui luy attiroit
tant de Conſultans , je l'étudiay
avec attention. I'en avois le tems
&la commodité , parce qu'il logeoit
chez une perſonne de ma
connoiffance. Enfin je découvris,
quoy qu'il ſe défiaſt de moy ,
qu'il ſçavoit parler François.Vous
jugez bien que ceux qui le confultoient
, croyant qu'il ignorois
cette Langne , diſoient ingenuëment
devant luy les choſes qu'ils
vouloient qu'il divinaſt. Il les
exprimoit enſuite par des geſtes
plus patetiques & plus ſignificatifs
que ceux dont il ſe ſervoit
GALAN T.
83
et
e
20
じ
pour celles dont il n'avoit point
la connoiſſance. Cet artifice luy
réüffit fi heureuſement ; qu'il
eſtoit accablé d'un grand nombre
de perſonnes qui le venoient
confulter. Ses impoſtures furent
pourtant découvertes , & on le
chaſſa de Bourges ; mais revenons
à l'antiquité. L'Oracle de
Mercure en Achaïe , ſe ſervoit
d'une maniere auſſi adroite qu'ex-
Fraordinaire pour ſe faire entendre.
En voicy l'hiſtoire. Les
Habitans de Phares , émus par
je ne ſçay quelle occafion ,planterent
au milieu de la grande
Place de leur Villé , une Image
de pierre de Mercure portant
barbe , & ſe perfuaderent que
cette Image répondoit à ceux qui
luy demandoientleurs avantures .
Ceux qui vouloient l'interroger
venoient le foir ; & aprés avoir
D6
84
MERCURE
brûlé de l'encens ſur un Autel
de pierre & devant l'image , ils
empliſſoient d'huile les lampes;
les ayant allumées , ils mettoient
en la main droite de cette Statuë
une piece de monnoye du Pays ,
&declaroient à ſes oreilles leurs
demandes , puis bouchoient exa-
Aement les leurs , s'en alloient
promptement en leurs maiſons ,
les débouchoient en y entrant ,
& les premiers bruits ou mots
qu'ils entendoient , c'eſtoit à leur
avis la réponſe de l'Oracle. Autres
équivoques , comme lorſque
la Pythie promit aux Heraclides
leur retour aprés le troifiéme
fruit , ceux-cy l'entendoient des
fruits que produit la terre , &
celle-là de leur Race ou Famille.
Elle promit à Cleomene qu'il ſeroit
Maiſtre d'Argos ; celuy- cy
croyoit que c'eſtoit la Ville d'Ar
GALAN T.
85
gos , & cette Propheteſſe pretendit
n'avoir voulu ſignifier que le
Bois Argus qu'il fit brûler. Un
Oracle avertit Satyrus, Vt à mufculofibi
caveret. Il crat qu'il ſe
devoit défier des Rats ; & eſtane
mort d'une bleſſeure au muſcle
du bras , le Devin aſſeura avoir
it entendu le musculo , du muſcle.
C'eſt Diodore Sicilien , qui rap-
- porte cette Hiſtoire. Un autre
Oracle prédit à Lyſandre qu'il
✓ mourroit par un Serpent , il fut
tué par un homme ,& heureuſement
pour l'Oracle , celuy qui le
tua avoit un Serpent peint ſurfon
Bouclier. Enfin , lorſque ces Devins
voyoient qu'ils ne pouvoient
ſe ſervir d'équivoques , ny mentir
hardiment , ils ne voulaient
pas parler , priant qu'on les laifſaſt
en repos , dit Porphyre , &
aſſeurant que ſi on les importu
1
j
86 MERCURE
noit , ils diroient des menſonges.
Admirez leur précaution , afin
de ne pas paſſer pour menteurs,
meſme en difant des menfonges.
Le temps auquel ils ont ceffe de
parler , eſt encore une preuvede
ce que j'ay avancé touchans leurs
menfonges. Il ne faut pas attri
buer leur filence à la quantité de
Sages qui ſuppléoit à leur defaur,
comme dit Plutarque , car il y en
a eu de tout temps ; ny à des
cauſes naturelles', comme celles
qui font tarir quelquefois lesRivieres.
C'eſt parler , dit Ciceron
, de la force des Oracles , de
la meſme maniere que l'on feroit
de celle de quelque vin , que
Vâge auroit diminué , comme fi
la nature des Dieux qui rendoient
ces Oracles ( felon l'opinion
de ce temps- là ) eſtoit fujette
à de ſemblables foibleſſes
GALAN T. 87
-
2
& imbecillitez. Usont commencé
à ſe taire vers le temps.de JESUS
- CHRIST , Vn jeune Enfant
Hebreu,Dieu, Roy des Bien-heureux,
me fait taire tout court , dit Apollon
, chez Suidas , ce que nous
apprenons encore de Ciceron
Strabon , Juvenal Lucain , Celfus
Epicurien , Julien l'Apoſtar ,
& Porphyre ; & s'ils ont ceffé
plûtoſt dans ce temps - là que
dans d'autres , c'eſt encore une
marque de leur mauvaiſe foy ,
parce que le menſonge eſt incompatible
avec la Souveraine
Verité. Permettez que je ceſſe
auſſi de parler aprés cette reflexion
, puiſqu'on ne peut mieux
découvrir la vanité des Oracles
de l'Antiquité , que fait la prefenced'un
Dieu Incarné .
BELOROND .
Vous ne pouvez finir d'une
88 MERCURE
maniere plus convaincante &
plus Chreſtienne ; & je ne puis
mieux vous témoigner combien
je ſuis perfuadé de tout ce que
vous venez de me dire , qu'en
vous aſſeurant que je n'ay rien à
vous repartir là-deſſus. Je vous
diſpenſe aujourd'huy volontiers
dem'entretenir de la vie de quelques-
uns des grands Hommes
de l'Antiquité , comme vous me
l'avez promis , parce que je fouhaite,
pour ne pas perdre tout
ce que vous m'avez appris , me
retirer au plûtoſt , afin de mettre
for le papier ce que ma memoire
pourroit perdre ,& dont je pourray
me ſervir dans l'occaſion , car
je me ſouviens de ce Proverbe
Arabe , avec lequel je vous laifſe,
Qui non habet in manica album,
won habet in corde verbum,
GALANT. 89
1
Les Amans ſont toûjours preſts
à ſe dégager quand on leur donne
ſujer de ſe plaindre , & il en
eſt peu qui gardent long-temps
le deſir de ſe vanger. C'eſt ce qui
eſt agreablement exprimé dans
- les paroles de l'Air nouveau que
je vous envoye .
AIR NOUVEAU.
VEnez ,juſte dépit ,venezà mon
Secours ,
Ma gloire vous attend , ma raison
vous appelle ,
Ilfaut punir un Infidelle ,
Et de mes longs ennuis interrompre
le cours ;
Mais ſur la foy de voſtre violence
Je n'oſe aſſeurer ma vengeance,
Carvos tranſports, helas ! ne durent
Pas toûjours.
१०
MERCURE
Quelques Nouvelles publiques
ont parlé depuis peudes
derniers Mouvemens arrivez à
la Cour Ottomane. Je vous envoye
l'Original d'où ces Nouvelles
ont elé tirées ; vous les y
trouverez beaucoup plus amples.
L
AConſtantinople , le 8. Janvier 1686-
Es changemens quisefont faits
à la Porte depuis quelques semaines,
feront le ſujet de cette Lettre.
La bravoure avec laquelle
Cheitan Ibrahim Pacha Seraskier
avoit défendu la Ville de Bude ,
n'ayant pû le mettre à couvert du
blâme d'avoir causé une perte con..
fiderable à l'Empire Ottoman prés
de Strigonie dans la derniere Campagne
;& cette perte ayant eſteſuivie
de celle de Neubauzel , & de
l'embrasement du Pont d'Effek , le
GALANT. 91
Grand Seigneur , qui le vit d'ail
* leurs accusé d'avoir frustré les Trou
pes de leur paye , dépeſcha un of-
* ficier avec ordre de luy apporter fa
teste , & celles de quelques autres
des principaux officiers que ce Seraskier
avoit auprés de luy.
Le Grand Vizir Cara Ibrahim
Pacha , agiſſant par fes interests
particuliers , propoſa au Grand Seigneur
de faire remplir la place du
- Generalat de la Hongrie , à Soliman
Pacha , qui estoit General des Trou
pes employées contre la Pologne. Lors
qu'il en eut obtenu l'agrément , il luy
fit sçavoir qu'il euſt àse rendre incontinent
à la Porte ,& luy cachant
- Son deſſein , il luy mandaſeulement
qu'il avoit este choisy pour l'employ
de Caimacan auprès de Sa Hauteſſe,
ne doutant point qu'il neſe miſtſans
peine en chemin , attiré par cette
Charge qui luy avoit eſté donnée il
92
MERCURE
y a deux ans , & oftée peu de temps
aprés pour l'éloigner&l'envoyer en
Pologne . Ce fut une fort grandefur.
priſe pour Soliman Pacha , lors qu'il
fut arrivéà Andrinople , d'apprendrede
la bouchedu Grand Visir , que
le Grand Seigneur l'avoit appelle
pour l'envoyer en Hongrieprendre le
Commandementdeſon Armée en ta
placede Cheitan Ibrahim Pacha. Il
connut les intentions du grand Ministre
, & qu'il cherchoit àse déchargerfur
luy des mauvaisfuccés
qui estoient à craindre dans la prochaine
Campagne. Ilne voulut nean
moins luy en faire rien paroiſtre,&
alla ſe prefenter devant Sa Hauteſſe
; qui aprés luy avoir marqué
la satisfaction qu'elle avoit des
Services qu'il luy avoit rendus contre
la Pologne , luy ordonna de se
preparer au voyage de Hongrie , où
ſa volonté estoit qu'il prist la place
E 93
GALANT.
de Cheitan Ibrahim. Commeil étoit
déja informé du deſſein du Grand
Seigneur , & qu'il avoit pensé aux
moyens de ſe tirer à fon avantage
d'un pas qui luy paroiſſoitfi dange
reux , il ſupplia Sa Hauteſſe d'ordonner
fa mort fur l'heure , plûtoſt
que de le charger d'un employ , au
quel la perte desa teste estoit attachée
, puisque quelque zele ardent
qui le fist agir, il ne pourroit rendre
d'aſſez grands services pour remedier
au defordre où les fuccés deſavantageux
de la derniere Campagne
avoient mis les Affaires de
Hongrie. Il attribua ce defordre au
peu de foin que l'on avoit eu de pas
yer les Troupes , & à la negligence
du Grand Vifir , qui avoit manquéà
beaucoup de choſes qui auroient pû
empeſcher laprisedeNeuhaufel. Il
ſe ſoûmit neanmoins à prendre le
Commandement de l'Armée, si le
94
MERCURE
Grand Seigneur vouloit paroiſtre à
la teste , à l'exemple de la pluspart
des Sultans ſes Predeceffeurs ,ne dousant
point que fa prefence n'ani.
mast les Troupes , au lieu que leur
ardeur estoit ralentie , lors qu'elles
estoient abandonnées aux ordres d'un
Grand Vifir. Il Supplia fur tout sa
Hauteffe , de vouloir pourvoir à les
faire payer exactement, rien n'étant
plus propreàles maintenir dans le
devoir . Le Grand Seigneur l'ayant
écouté favorablement , luy ordonna
de preſider au Divan , à la place du
GrandVisir , qui estoit indisposé , ex
attendant qu'il luyfiſtſçavoir la ré-
Solution qu'il prendroit. Cependant
après avoir fait réflexion aux raifons
qui obligeoient Soliman Pacha
de ne pas accepterle Commandement
qu'il luy offroit , il envoya demander
au Grand Visir s'il feroit en
eftat d'entreprendre le Voyage de
GALAN T.
95
Hongrie la Campagne prochaine ,
luy faisant dire qu'il s'y rendroit
auffien Perſonne . Cara Ibrahim ré
pondit que son indiſpoſition ne luy
permettoit pas de s'exposer à cette
fatigue , & Sa Hauteffe luy envoya
un Officier quelques jours apeés,
pour luy demander le Sceau, qui est
la marque de la Puiſſance du premier
Ministre de la Porte . Celuy
qui eut cette commiſſion le trouva à .
table , & lors qu'il luy eut expliqué
fon ordre , le Grand Visir tira le
Sceau de ſonſein où il le portoitfui .
vant la coûtume de tout les Grands
Viſirs , & après l'avoir baisé, il le
remit entre les mains de l'Officier,
en luy demandant s'iln'avoit que ce
Seul ordre à executer. Ilcrut que fa
teste accompagnercit le Sceau , &
Se raſſuraſur la parole de cét Officiers
, qui luy dit que le Grand Seigneur
luy laiſſoit la vie. TouteSa
96
MERCVRE
Maiſonfut en ce moment dans une
grande conſternation , tous fes Officiers
se trouvant privez de leurs
Charges , & obligez de ſe retirer.
La premiere chose qu'il fit , fut
d'ordonner à fon Kiaia de donner
un Cheval à chacun deſes Itchoglans
, avec le pouvoir d'aller où il
leur plairoit . Ily avoit parmy eux
quelques Reniez François , à qui il
avoit donné la libertépeu de temps
auparavant dans les premiers jours
de sa maladie. Ils font tous venus
icy où ils demeurent cachez pour y
attendre les Vaisseaux du Roy qui
les pourront remener en France. Le
bruit a couru que leur Maistre avoit
esté arresté quelques jour aprés qu'on
luy eu ofté le Sceau , mais cette nouvelle
s'est trouvée fauſſe. On luy a
permis de se rendre en cette Ville ,
où il est dans sa Maiſon proche le
Canalde la Mer Noire prés de Scutaret.
2
GALANT .
97
11
varet. On ne doute point que pour
prolonger ſa vie il ne continuë de fe
faire plus malade qu'iln'est en effet.
Ily a deux ans qu'il fut crée Grand
Visir. Si-toft que le Grand Seigneur
eut receut le Sceaux , ilfit appeller
Soliman Pacha & lelug remit entre
les mains . On dit qu'en le recevant,
il a déclaré qu'il n'acceptoit cet
bonneur que parce que SaHautesfe
luy permettoit d'esperer qu'Elle
feroit le Voyage de Hongrie pour
remedier par sa presence au malbeur
qu'ont en ſes Armes les Campagnes
precedentes . On aioûte que
fe diſpoſant àl'accompagner dans
ce Voyage pour faire executer fes
Ordres , il a commencé l'Exercice
deſa Charge par tous les foins qui
regardent les preparatifs neceſſaives
. Il a fait Pacha de Damas te
Kiaia du Grand Visirson predecef
feur , avec ordre en mesme temps
Mars 1686 . El
98
MERCURE
des'acheminer vers la Hongrie. Il
afait venir de cette Ville Misfirli
Oglu qui commandoit une Escadre
de cinq Vaiſſeaux de dix qui ont
estéen Mer cette Campagne pour
la premierefois , & l'a fait déclarer
Capitan Pacha àlaplace duGendre
du Grand Seigneur , qui a estéfait
General des Troupes qui font dans
la Morée , d'où l'on croit qu'il feva
rapellé ,n'estant pas affez fain
pourSupporter la fatigue du Commandement.
Baba-Hafan qui commandoit
les cinq autres Vaisseaux
commandera feul les neuf qui reſtent,
un des dix ayant couléàfonds
prés de l'ifle de Chypre. Les Vaisfeaux
arriverent icy au commen
cement du mois de Decembre dernier
, & quelque temps aprés les
Galeres arriverent . Elles estoient
en si mauvais estat &fi dépourvevës
de monde , que la nuit de
leur arrivée ony fit paffer les Sol
RE
99
GALANT.
dats des Vaiſſeaux pour faire je
lendemain la décharge ascoûtumées
1 de Mousqueterie , & d'Artillerie
devant le Kiosque du Grand Seigneur
qui est à la Marine , afin
d'empefcher qu'on ne s'apperceust
de la foibleſſe de leurs équipages.
Soliman Pacha nouveau Grand
Visir , ayant esté autrefois Kiaia du
Grand Visir Kiupruli Oglu , &
estant fort attachéàcette Maiſon,
on publie qu'il a mandé de Chio
Mustapha Pacha Kiupruli fon Frere,
pour tuy donner un Employ plus
honorable , comme de Caimacan à
Constantinople , ou auprès de sa
Hauteffe. Ily en a qui croyent qu'il
pourra estre Muphti. Il n'est pas
moins capable de cette Charge que
des autres , estant plus versé dans
les Loix Mahometanes que la plûpart
des Barbons qui ne font bien
Souvent recommandables que par
E 2
TOO MERCURE
3
leurs Barbes blanches ; mais on ne
fait ordinairement Muphtis que
des Perſonnes d'un age fort avancé.
On expofe depuis peu de temps de
nouveaux Paras au coin du Grand
Seigneur. Ce sont des pièces de trois
Afpres . Cette nouvelle Monnoye est
de plus bas alloy qu'à l'ordinaire, ce
qui est une marque du mauvais état
des, Finances . Monfieur Girardin
Ambassadeurde France , arriva aux
Chasteaux des Dardanelles deux
jours avant Noël. Le vent est prefentement
fort bon . & il pourra
bien arriver icy demains Il a envoyé
chercher Monfieur d'Hermange
Medecin de feu Monsieur de
Guilleragues qu'il a retenu auprés
de luy en cette mesme qualité, ne
fe trouvant pas dans unefontéparfaite.
Monfieur Fontainespremier
Drogman, de France , estant venu
prendre ſes ordres aux Dardanelles,
GALANT.
10F
il te depeſcha auſſi- toſt à Andrinople
pour demander fon Audience ,
& l'expedition des Vaiſſeaux du
Roy, afin qu'ils ne restent pas longtemps
dans ce Port lors qu'ils y feront
entrez. On n'a veu encore arriver
icy aucunes Troupes d'Afie, comme
il en venoit les autres années
dans cette mesme ſaiſon.
Ce n'eſt pas à la Cour & à
Paris ſeulement queles François
font galans & magnifiques. Il
y a peu de Villes en France , où
ces deux qualitez ſi naturelles à
ceux de noſtre Nation n'éclatent.
Toulouze eſt une de ceiles où
elles regnent le plus. Tout le
Carnaval s'y paffe dans les divertiffemens
propres à cette ſaiſon,
&ceux qui ont eſté Rois de Bal ,
fontle Mardy gras une deſpenſe
extraordinaire , pour ſe diſtinguer
dans des Maſcarades publi-
E 3
102 MERCURE
ques , les uns dans des Chariots
& Charsde Triomphe , les autres
à Cheval avec de grandes ,
Eſcortes de leurs Amis maſquez
ayant des Habits particuliers &
fomptueux , & montez ſur de
fuperbes Chevaux ornez de
Houſſes , de plumes , & de
quantité de Rubans de la couleur
qui plaiſt davantage à leurs
Maiſtreſſes. Ils ſe promenent ainfi
par la Ville , & ſe rendentdans
la Place appellée de Salins
distribuant des Confitures aux
Dames , & d'autres Preſens , qui
font paroiſtre leur galanterie.
Ces fortes de liberalitez ſe continuent
pour elles pendant le Careſme
, ſur tout les Dimanches
qu'elles vont faire leurs prieres
dans les Chapelles des Lepreux
qui font au bout des Fauxbourgs
, où chacune de ces Cha-
, en
GALANT. 103
1
pelles à un Dimanche de Carefme
deſtiné aux devotions qu'on
y vient faire. Au fortir de là , les
Dames font une eſpece de Cours,
où ceux qui ont fait les Maſcarades
dont je viens de vous parler,
font diſtribuer de tres - grands
Gateaux & des Maſſepains chargez
de Confitures exquiſes que
les Dames reçoivent dans leurs
Carroffes. Elles en renvoyent
une partie à celuy qui leur a fait
faire le prefent , & qui ne manque
pas de ſe trouver à ce Cours,
auſſi en Carroſſe avec ſes Amis ..
Cela s'appelle le Feretra d'un
lieu de ce nom , où l'une de ces
Chapelles de Lepreux ſe trouve
établie. On voit tous les ans plus
de quatre mille hommes maſquez
à Cheval dans les Maſcarades
du Mardy gras . Il y en a eu de
tres - magnifiques cette année , &
۱
E 4
104
MERCVRE
entre autres on a admiré celle
que fit ce jour là Monfieur Nolet
Tréſorier de France , de l'une
des premieres Familles de Toulouſe.
Comme il y a peu de Perſonnes
dans la Province qui ayent
de plus beaux Chevaux d'Eſpagne
que luy , il étoit avantageuſement
monté à la teſte de ſes
Amis , qui marchoient devant un
Char parfaitement bien attelé ,
& orné de pluſieurs Tableaux
qui repreſentoiét divers Amours ,
avec autant de Deviſes. Cette
galante Troupe regaloit les Dames
de preſens de confitures , &
diſtribuoit au reſte du monde les
Vers que vous allez lire. Ils expliquent
les Deviſes des Amours qui
efſtoient peints ſur le Char.
GALANT.
105
N
P
es
LES AMOURS
A
L'AIMABLE IRIS.
RIS, de mille attraits le Ciel vous
a pourveuë ,
Cette troupe d' Amours ne s'adreſſe
qu'à vous ;
D C'est vousseule qu'ils cherchent tow
Et qui peut en douter, ne vous ajamais
veuë.
Un Amour dans les chaînes .
Je ne puis, ny ne veux les rompre
Quoy qu'il en couste des larmes
Des Soupirs &des alarmes ,
Jeſuis toûjours amoureux ;
Rompe qui voudra fa chaîne ,
Un panchant trop doux m'entraine
,
Es
106 MERCURE
Et je ne puis , ny ne veux.
Un Amour dans un Berceau.
Crescendo, decrefcit.
Vous qui voyez au Berceau cet
Amour ,
Puis qu'il eſt , dites - vous , fi fort
danssa naiſſance ,
Et qu'enfant mesme encor, il a tant
de puiſſance ,
Que ne fera-t- il point un jour?
Vous vous trompez , ce n'est pas
le connoître ,
Avec le temsfon agréměts'enfuit.
Loin d'augmenter , luy- mesme il
Sedétruit ,
Et n'est jamais si fort, que quand il
vient de naître.
Un Amour auprés d'un Alambic.
De mi fuego mis lagrimas.
Helas,queje ferois heureux
Si je n'estois pas amoureux !
GALANT.
107
Mes Soins, mesfoûpirs, mes alarmes
Me caufent unfort rigoureux,
Et vous voyez combien mes feux
Me coûtent tous les jours de larmes
;
Mais n'estre jamais amoureux ,
C'est estre encorplus malheureux.
Un Amour avec une Trompette .
Sempre di favori,giamai di rigori.
Qued'Amours de ce caractere!
Tel ne parle que de faveurs ,
Tel dit qu'il est aimé , qui n'a ja
mais ſceu plaire ,
Etpour qui les Beautezn'ont eu que
des rigueurs.
De ces Amours infolens, témeraires,
Aimable IRIS,distinguez- nous ,
Ils ne font que gâter les amoureux
miſteres ,
Il faut les chaffer de chez vous.
Ils font legers, indiscrets ,& pew
Sages, E6
109 MERCURE
Mais au regret des tendres coeurs,
Ces indifcrets & ces volages
Ont ſouvent toutes les faveurs.
Un Amour appuyé ſur une Ancre
, avec le doigt ſur la bouche.
Demi filencio , mi esperança.
Deux chofes rares en ce temps ,
Grande discretion , & beaucoup de
filence ;
Cependant , jeune IRIS , fur celaje
pretens
** Fonder toute mon esperance.
Qui de l' Amour découvre lesfecrets,
Merite peu l'avantagede plaire.
Haiſſez donc les indifcrets ,
Aimezceux quisçaventſetaire.
Un Amour qui porte une Lanterne
, avec des mots Grecs
fignifians
NON COMME DIOGENE..
1
GALAN T ..
109
- Un Reveur autrefois , la lanterneà
lamain,
Cherchoit un homme ,&sage &
veritable ;
De cet Amour a figure femblable.
Bien different est le deſſein.
(faire
Quoy qu'il s'explique en Langue
peu vulgaire ,
Vous l'entendez, vous ſeule pouvez
Ou qu'il trouve , ou qu'il cherche
en vain.
Un Amour qui peint un Portrait.
Le Bellezze , non j vitij .
L'Amour est un Peintre flateur ,
Quelque Portrait qu'ilfaſſe, ilnous
enchante ;
Tout ce qui part de fa main com
plaisante ,
Charme lesyeux, touche le coeur.
Ilpeint avec un ſoin extrême
Tout ce qui plaît dans ce qu'il aimes
110 MERCURE
La douceur , l'agrément , l'esprit &
les appas ;
Mais pour tout ce qui peut déplaire,
Changemens, trabisons ,forbleſſe.humeur
legere ,
Iris , c'est ce qu'ilne peint pas.
Un Amour , avec ſon Bandeau
fur la bouche.
Je voy toutfans parler...
F'aurois mille chofes àdire;
Mais le Bandeau que j'avois fur
lesyeux , ( je Soûpire.
Est tombésur ma bouche ; en fecret
Si je pouvois parler , jem'expliquerois
mieux .
Un Amour avec le Bandeau fur
les yeux , qui cueille la plus
belle Fleur d'un Parterre.
Ben Sceglio , benche cieco.
Parmy ces brillantes Fleurs ,
Mon Bandeau n'empeſche quere
GALANT. 110
:
Le choix que je pretens faire ;
Ien'en voy point les couleurs ,
Mais ce n'est pas une affaire ,
Le coeur choisit toûjours mieux
C'est là mon guide fidelle ,
Et fans le secours des yeux ,
L'ay ſceu choisir la plus belle.
Vn Amour pourtant une Bourfe:
dans une deſes mains , & des
Fléches dans l'autre.
Mipoder no es de mi factas..
De tous les tendres Coeurs , mauditfoit
àjamais
Le premier qui receut cet Amour
dans lemonde , (fonde
Periffe cet Amourde qui l'espoirſe
Surfon or, &non ſur ſes traits..
Non , non , Venus n'est point fa:
mere,
Ce n'est qu'un enfantsupposé ,
Et les Amours ont toûjours refusé:
De le reconnoître pourfrere.
2 MERCURE
C'eſt par luy que ſont confondus
Le Jeune & le Barbon , le fourbe&
le fincere
Tel quifans luy ne plairoitplus,
Trouve encor le ſecret de plaire ;
Tous les plaisirs qu'il donne enfin
font imparfaits :
Cependant contre luy quoy qu'on parle&
qu'on gronde ,
Il est trop bien étably dans le monde,
On ne le chafferajamais .
Voilà bien des Amours , Iris ,
Chacun a fon defaut , & chacun a
Son prix
Chorfiffez , vostre choix est toûjours
adorable;
Mais quelquefoit l'Amourquevous
accepterez ,
Quels que foient les Amours que
vous rejetterez,
Puis-je vous dire , Iris , fans me
xendre coupable ,
GALANT. Frz
Sans accufer vostre coeur ny vos
yeux ,
Quesi vous connoissez quel est le
plus aimable ,
Itfçay quel est celuy qui vous aime
: lemieux ?
La Ville de Saint Tibery au
Dioceſe d'Agde , ayant toûjours
reſſenty des effets particuliers de
la protection de feu Monfieur le
Prince de Conty , a eſté auſſi la
premiere de toute la Comté de
Pezenas à ſignaler fon zele pour
ſa memoire , par un Service Solemnet
qu'elle a fait faire dans l'Egliſe
principale de l'Abbaye des
Religieux Benedictins de ce même
lieux , quelque temps aprés
qu'elle eut receut la nouvelle de
ſa mort. Le Choeurde cette Eglife
qui eſt fort long & fort vaſte ,
étoit tout tendu de noir juſqu'au
F1I14 MERCURE
Maiſtre- Autel , avec des Ecuffons
& des Chiffres de ce Prince.
Il y avoit au milieu une magnifique
Repreſentation élevée
fur une Eſtrade à laquelle on
montoit par quatre degrez Aux
quatre coin de l'Eſtrade estoient
quatre Fauteüils pour les quatre
Officians reveſtus en Chappe, &
au milieu du coſté de l'Autel , on
en avoit preparé deux autres
pour le Celebrant & pour le
Diacre. Le Lit dans lequel étoir
la Lectique couverte d'un drap
de Velours chargé d'Ecuſſons,
&d'une Couronne fur le haut
avecungrand Creſpe , eſtoitgarnyd'une
riche Courtine en bro .
derie enrichie d'une Creſpine
d'or , & il en pendoit des quatre
côtez quatre grands Creſpes
entrelaſſez avec des Houpes
d'or. Tout le dedans & le déhors
GALANT.
115
de ce Lit eſtoit parſemé de Larmes
d'argent & de Teſtes de
More , qui recevoient un fort
grand éclat d'un tres - grand
nombre de Cierges , dont cette
Repreſentation eſtoit illuminée,
# auffi -bien que toute la corniche
du Choeur. Au quatre faces du
Lit on avoit mis quatre Emblê
a mes qui étoient commeun abregé
des Actions, les plus éclatan-1
tes& les plus heroïques de Monfieur
le Prince de Conty.La premiere
faiſoit voir une Colomne
pour marque de ſa valeur & de
fon courage, qui a fur tout éclaté
aux Sieges de Courtray& de
Luxembourg, avec cette Deviſe
tirée du Livre des Rois Sedit in
forti arcus ejus. La ſeconde repreſentoit
un Soleil tout embrazé
& avec des aifles , afin de
marquer fon zele pour les inte
116 MERCURE
reſts de l'Egliſe qui l'avoit com
me fait voler à ſon ſecours contre
les Armes Ottomanes , & où
il ſe diftingua de la maniere que
tout le monde l'a ſeeu . Ces mots
lay ſervoient de Deviſe Ale ejus
ata ignis. La troifiéme étoit une
Foy , vray ſymbole de la fidelité
que ce Prince a conſervée pour
fon illuſtre Epouſe juſqu'à la
mort , qu'il a trouvée lors qu'il
ne cherchoit qu'à conſerver la
vie de cette Princeffe . Ces paroles
de l'Ecriture en étoient une
fidelle expreffion , Sicut David fidelis
& gener. On voyoit enfin à
la quatrième un jeune Conquerant
élevé ſur un Globe , d'où il
s'éforçoit d'enlever la Gloire
avec ces paroles du Sage , qui
marquoient la mort avancée de
ce jeune Prince ; Confummatus in
brevi explevit tempora multa.Tou
GALANT.
117
tes choſes eſtant ainſi diſpoſées ,
la Ceremonie commença à neuf
heures du matin par un Convoy
de deüil qui partit de l'Egliſe
Abbatiale , ſuivy du Chapitre
des Religieux , avec les Officiers
de l'Autel& du Choeur revêtus
de riches Ornemens , pour ſe
rendre à l'Hoſtel de Ville où
eſtoient les Magiſtrats , avec les
Principaux de la Ville en Habits
de deüil . On fit là les Prieres ac-
-coûtumées à la levée des Corps ,
aprés quoy on retourna procefſionnellement
à l'Egliſe dans le
meſme ordre qu'on en eſtoit forty
, fi ce n'est qu'immediatement
aprés le Celebrant , fuivoientceux
quiportoient leDrap
d'honneur qui estoit de Velours
chargé des Armes du Prince , &
aprés eux les Magiſtrats & le
Peuple. La Meſſe fut celebrée
118 MERCURE
folemnellement par Monfieur de
Brulé Abbé Regulier de ce Monaftere
, & aprés l'Evangile , le
P. Dom Joſeph de Lombrail
Sous- Prieur de l'Abbaye de S.
Chinian du meſme Ordre de S.
Benoift , prononça l'Eloge Funebre
, dans lequel il fit paroiſtre
autant d'eſprit que d'éloquence
&d'érudition . La Meſſe eſtant
achevée, les Officiers de l'Autel
precedez de quatre autres Religieux
reveſtus de Chappes , &
desautres Miniſtres accoûtumez,
vinrent prendre place autourde
la Repreſentation , où chacun
d'eux fit fon Abfoute aprés autantde
Répons. Cette triſte Ce
remonie attira toutes les Perfonnes
confiderables des environs ,
parmy leſquelles il y en avoit un
grand nombre de Montpellier &
de Pezenas. Elle ſe paſſa avec
GALANT.
beaucoup de pompe & d'édification
, ce qui eſt ordinaire aux Religieux
de cét Ordre , qui ont
toûjours un foin tres- particulier
que le Service Divin le faſſe avec
toute la Majesté poſſible .
:
On a fait auſſi un Service
tres-folemnel pour le repos de
l'Ame de Monfieur le Mareſchal
Duc de Villeroy , à S. Eſtienne
en Foreſt . L'Egliſe qui eſt une
des plus belles de la Province
par la juſte proportion de ſon
Baſtiment , étoit tenduë juſqu'à
la Corniche , au deſſous de laquelle
on avoit mis deux Bordures
d'Hermine , ſeparées par
de grands Ecuſſons aux Armes
du défunt , dans des Cartouches
ſemez de Larmes d'argent. Les
deux Aifles étoient auſſi tenduës
& garnies d'Ecuffons & de Cartouches
, mais un peu moins
420 MERCVRE
grands que ceux qui eſtoient autour
de la Nef & du Choeur. A
l'oppoſite de la Chaire dont le
toureſtoit d'un Velours noir bordé
d'Hermines , & ſemé de perites
Croix avec les Armes en broderie
au milieu , on voyoit dans
la meſme élevation le Portrait
deMonfieurde Villeroy avec un
Manteau Ducal. Quoy que le
Choeur de l'Egliſe ne ſoit pas fort
grand , il eſt neanmoins des plus
commodes pour ces fortes de
Ceremonies . Sa Cloſture eſt un
excellent Ouvrage de Fer , qui
prend au deſſus des Chaires , &
s'éleve environ de douze pieds ,
fans compter ce qui compoſe la
Friſe , qui eſt une double bande
de trois pouces de largechacune,
ornée de Roſes & de Fleurs de
lys d'or, de laquelle on voit naiſtre
une infinité de pointes en
langues
GALANT. 121
langues de Serpent , partie recourbées
en Croix, partie droites
& arrangées avec tant d'ordre,
qu'il n'y paroit point de confuſion;
ce qui donnoit une diſpoſition
fort avantageuſe à cette
pompe , la Balustrade n'empéchantpointqu'on
ne viſt leMauzolée
qu'on avoit élevé au milieu
du Choeur. C'eſtoit une eſpece.
de Tombeau , couvert de Velours.
noir croifé de Moire d'argent , &
fémé de quantité de petites Ancres
d'or. Le Piedeſtal eſtoit couvert
du meſme Velours , ſemé de
Larmes & de petites Croix , &
les degrez eſtoient revêtu de
noir. Tout cela étoit illuminé
d'un nombre infiny de Cierges.
Au deſſus de ce Tombeau on
voyoit deux Bâtons de Maréchal
paſſez en ſautoir , & accompa-:
gnez des Cordons & de la Croix
Mars 1686.
9
F
122 MERCURE
de l'Ordre du S. Eſprit , dont
Monfieur de Villeroy étoitCommandeur
, avec le Manteau Ducal
, ſous une grande Couronne
Ducale d'or. Un Dais fort riche
de Velours noir bordé d'Hermine
eſtoit attaché à la voute , &
couvroit le Mausolée , dont de
gros Bouquets de plumes garnis
d'Aigretes, rempliſſolentles coins.
L'Autel eſtoit richement orné ,
& des Ecuffons en Broderie
étoient attachez à tous les Cierges.
Monfieur Colombel , Do-
&eurde la Societé de Sorbonne,
officia folemnellement , & l'on
chanta la Meſſe en Muſique.
Monfieur Billiet , auſſi Docteur
de Sorbonne,& Curé de la Ville
de S. Marcelin , prononça l'Oraifon
Funebre avec beaucoup de
fuccez . Il prit pour ſon Texte
ces paroles de l'Ecriture , Nam
GALAN T.
123
quid ignoratis quia cecidit Princeps
-maximus in Iſraël, & fit paroiſtre
beaucoup d'éloquence dans tour
ce qu'il dit à l'avantage deMº de
Villeroy. Le tout s'eſt execute
par les ordres & foinsde MrCarrier
Eſchevin de ladite Villede
S. Eſtienne . La Ville de Lyon n'a
rien épargné pour rendre les
honneurs funebres à la memoire
de ce maréchal, & chacun s'eſt
empreſſé à l'envy à faire éclater
fon zele pour cette Illuftremaifon .
Quoy que le temps de la Paix
ne ſoit pas ordinairement un
temps de recompenſe pour ceux
qui embraſſent la vertu guerriere
; le Roy , toûjours favorable
au vray merite , ne ſe plaiſt pas
moins à reconnoiſtre la valeur
qui ſe repoſe , que la valeur qui
agit ; & comme il n'aime rien
sant qu'à rendre juſtice , il ne fait
aucune difference entre l'avoir
F2
124
MERCURE
ſervy & le ſervir. C'eſt par la
qu'il vient de nommer pluſieurs
Officiers Generaux ; il a fait huit
Brigadiers d'Infanterie, & quatre
de Cavalerie. Ceux d'Infanterie,
ſont Monfieurde la Nave , Lieutenant
Colonel du Regiment de
Bourbonnois ; Monfieur des Bordes
, Lieutenant Colonel du Regiment
de Navarre ; Monfieur
Polaſtron , Lieutenant Colonel
duRegiment du Roy ;Monfieur
de Barville , Lieutenant Celonch
du Regiment des Fuzeliersde Sa
Majesté ; Monfieur de Vertillac ,
Lieutenantdes Cent Suiſſes de la
Garde , & Lieutenant Colonel
du Regiment Dauphin Monſieur
de Laubanie , Lieutenant
Colonel du Regiment de la Sarre,
Monfieur de Lauzieres , Inſpeteur
general de l'Infanterie à
Cafal & àPiguerol ; & Monfieur
le marquis de Pufignan , ColoGALANT.
125
5
e
nel du Regiment de Languedoc.
Les Brigadiers de Cavalerie, ſont
Monfieur Dugas , Meſtre de
Camp de Cavalerie ; Monfieur
Quinçon , auffi Meſtre de Camp
de Cavalerie ; Monfieur le Comte
de Cogney , Meſtre de Camp
du Regiment Royal Etranger ;
& Monfieur du Bourg , Maréchal
general des Logis de laCavalerie.
Sa Majeſté dans le même
temps a nommé Monfieur le
Comte de Longueval , Colonel
du Regiment des Dragons de
Monſeigneur le Dauphin , pour
eſtre Brigadier de Dragons.Vous
remarquerez , Madame , qu'il y
a pluſieurs Lieutenans Colonels
parmy ces Officiers Generaux ;
ce qui doit faire admirer une
bonté & une juſtice du Roy ,
dont on voit peu d'exemples en
de pareilles occaſions. Les Lieu-
E 3
126 MERCURE
tenans Colonels ne viennent ora
dinairement à ce poſte qu'aprés
avoir expoſe ſouvent leur vie;&
ils ne parviennent à la teſte du
Regiment , que lors qu'ils en ont
veu perir tous les Capitaines. Ils
aſpirent alors à en eſtre Colonels,
afin que s'ils continuent à ſe ſignaler
, ils puiffent eſtre nommez
Officiers Generaux. La Paix
leur en fermoit le paſſage , & ils
ne pouvoient ſe plaindre que
d'une oiſiveté involontaire. Le
Roy voyant que la valeur de
pluſieurs qui demeuroit inutile ,
n'avoit point agy depuis longtemps
, pour les conduire aux
honneurs où ils avoient ſujet de
pretendre , a voulu en les nommant
Officiers Generaux , faire
pour eux ce que la Guerre auroit
fait.
L'Avanture dont je vais vous
GALANT. 127
faire part , a eſté écrite par une
Perſonne tres digne de foy , &
qui a eſté témoin de toutes ſes
circonſtances. Je ne change rien
aux termes. Un Gentilhomme
François âgé de vingt ans , ayant
fait déja plufieurs Voyages avec
un efpece de Gouverneur , fur
qui ſon Pere qui l'aimoit fort tendrement
s'étoit repofé de fa conduite
. arriva en Eſpagne , où il
fit un plus long ſejour que dans
tous les autres lieux qui ne l'arreſtoient
que par une ſimple curioſité.
Un jour eſtant à Madrid
il entra dans une Eglife , & le
hazard voulut qu'il ſe mit auprés
d'une Dame , dont la beauté le
frappa ſi vivement , qu'elle- même
s'appercent de l'admiration
qu'elle luy cauſoit. Quoyque les
déclarations ſe faſſent bien viſte
en ce Pays-là, il n'oſa pourtant
F4
128 MERCVRE
luy découvrir ſi promptement ce
qu'il commençoit à ſentir pour
elle , mais eſperant qu'il ſeroit
affez heureux pour la trouver
encore d'autres fois dans la même
Egliſe , il s'y rendit avec beaucoup
d'affiduité ,& ne ſe rebuta
point d'y venir pluſieurs jours de
fuite , bien que ce fuft inutilement.
Enfin s'informant par tout
de cette belle Perſonne qu'il ne
pouvoit bannir de ſon coeur , il
apprit qu'elle estoit tombée malade
, & que ceux qui la traittoient
ne répondoiens pas de fa
guerifon. Cette faſcheuſe nouvelle
luy cauſa les plus cruelles
inquietudes qu'il euſt jamais refſenties.
Il mit toutes chofes en ufage
pour ſçavoir le cours que ſon
mal prenoit , & lors qu'il étoit
dans cette agitation , on luy
apprit qu'elle commençoit à ſe
GALANT.
129
mieux porter , & qu'elle devoit
- dans peu de jours aller à la Meſſe.
Il ne ſongea plus qu'à ſe rendre
- au lieu où ſa liberté s'eſtoit perduë
quelques jours auparavant ,
& en y voyantla jeune Eſpagnole
, illa vit pour luy plus charmante
que jamais , quoy qu'un
peu changée aux yeux des autres.
H ne fut pas fi diſcrerqu'il l'avoit
eſté la premiere fois. Il s'approcha
d'elle pour luy déclarer
-ſa paffion , mais il connut avec
- beaucoup de douleur qu'il luy
parloit ſans qu'il en fuſt entendu .
- H ſe conſola pourtant ſur l'atention
qu'elle avoit cuë à le re-
- garder , & jugeant par là qu'elle
l'auroit écouté avec plaiſir s'il .
luy avoit parlé Eſpagnol ; il mit
tous ſes ſoins à apprendre cette
Langue , & s'y appliqua avec un
attachement qui devint ſuſpect
FS
130
MERCURE
à ſon Gouverneur. Il obferva
toutes ſes démarches , & l'empreſſementque
ce jeune Gentilhomme
avoit de ſe trouver dans
les lieux où il pouvoit voir l'aimable
Eſpagnole , l'ayant convaincu
de ſon amour, il crut qu'il
falloit le tirer d'un lieu où tout
eſtoit à craindre pour luy . Ainfi
fans balancer davantage ſur le
party qu'il avoit à prendre , il
feignit d'avoir receu des nouvelles
de ſon Pere ,qui luy donnoit
un ordre preſſant de luy ramener
fon Fils le plus promptement
qu'il ſeroit poſſible. Ce jeune
Amant fit tout ce qu'il put pour
reculer ſon départ , mais il ſe
vit contraint de ceder à ſa malheureuſe
deſtinée. Il reſolut
d'écrire en partant à la charmante
Eſpagnole , & de remettre luymeſme
le Billet entre ſes mains
GALANT.
131
unjour qu'elle devoit ſe trouver
dans une Aſſemblée où il l'avoit
déja veuë . Il écrivit le Billet que
vous allez lire en noſtre Langue,
& ayant obligé celuy qui luy
apprenoit l'Eſpagnol à le traduire,
il le porta où il eſtoit aſſeuré
qu'il trouveroit l'aimable Perſonné
qui luy avoit donné tant d'amour.
Comme c'eſtoit la derniere:
fois qu'il devoit la voir , ſadouleur
le mitdans un tel accablement
, qu'il n'eut de force que
pour luy donner ſa Lettre , &
prononcer cinq ou fix motsEſpa--
gnols qui luy apprenoient qu'on
Parrachoit d'auprés d'elle. Voicy
ce qu'il avoit fait traduire en cette
Langue.
Paifque
ma paſſion n'a pu s'affoiblir
par les difficultez qui
m'ont empeſché de vous l'expliquer,
E6
132
MERCURE
je croy , Madame , que vous re
trouverez pas mauvais queje prenne
la liberté de vous faire entendre
par cette Lettre des sentimens que
mes paroles n'ont jamais pû vous
découvrir , mais qui se font affez
montrez dans tout le reste de mes
actions. Pourpeu que vous ayezdai.
gné les examiner, vous aurez conn
que je meurs d'amour pour vous , &
c'est ce qui me fait esperer qu'au
moins par pitié vous voudrez bien
lire dans ce Billet ce que je n'ay pû
vous dire moy mesme. Mais , Madame
, ne meflatay- je point trop ,
quand j'ofe croire que vous aurez
cette bontépour un homme qui vous
eft à peine connu , qui vrayſemblablement
n'a fait nulle impreffionfar
vôtre coeur,&à qui vous n'êtes engagée
nyparvos paroles nyparaucune
conduite qui aitpul'autoriseràprendre
quelque esperance. Il mesemble
GALAN T.
133
1
cependant , que vous devez cette
justice à une paſſion qui toute muette
qu'elle a esté, ne peut vous estre
inconnue. Tout le prix que j'en dez
mande , c'est que vous puiſſiez estre
convaincuë qu'en me feparant de
vous , je ne verray plus rien fur los
terre qui m'attache aßez pour m'y
retenir..
La belle Eſpagnole n'eut pas
le temps de lire toute la Lettre.
Elle entendit un grand bruit qui
s'éleva tout d'un coup , & elle
vit ſon Amant évanouy , que ſon
Gouverneur faifoit emporter. If
demeura ſans aucune connoifſance
plus de fix heures , & fur
fort ſurpris lors qu'eſtant revenu
à luy , il ſe trouva dans la compagnie
de ceux dont ſon Pere
l'avoit fait accompagner dans ſes
134
MERCURE
Voyages , & éloigné de Madrid
de plus de deux lieuës. Son defeſpoir
fut fi grand qu'il ne parla
plus que de mourir. Plein de cetre
idée , il appercent uneHoſtellerie
fort ruinée , & ſe trouvant
effectivement accablé de mal &
de fatigue , il demanda à s'y repofer
quelques heures. Il n'y fut pas
plûtoſt arrivé qu'une fiévre ardente
le faifit. Il s'en tira neanmoins
heureuſement auffi - bien
que de la cheute d'un Grenier
chargé de bled qui fondit fur luy
dans le temps qu'il eſtoit ſeul
& qui l'auroit ſans doute accablé
fans un Singe qui ne le quittoit
preſque jamais . Cét Animal le
voyant étoufé ſous ce fardeau ,
écarta le Bled avec tant d'adreffe
, qu'il luy rendit la reſpiration
libre,& le mit par là en eſtatd'attendre
un plus grand ſecours qui
9
4 135
GALANT.
* tarda peu à venir. Il s'eſtoit flate
que les ruines de cette vieille
Maiſon finiroient ſa vie & fes
#malheurs , mais fon Gouverneur
le contraignant d'en fortir , il ſe
laiſſa ramener en France , refolu
d'y traîner le reſte de ſes jours
dans la Solitude. Il a executé ce
deſſein , en ſe retirant dans une
des Terres de ſon Pere , où il vic
éloigné de tout commerce , &
conſerve ſans diſtraction l'image
- d'une Perſonne qui luy rendtour
le reſte ennuyeux , & inſuppor
table.
1
コ
Monfieur Faucon de Ris,Maî
tre des Requeſtes & Intendant à
Bordeaux, a eſté nommé Premier
- PreſidentauParlement de Roüen..
Cette importante Charge qui vaquoit
depuis 1683. & qui le fait
Chefd'un auguſte Corps,recompenſe
un merite diftinguédans ſas
136
MERCURE
Perſonne , & les ſervices que Sa
Majeſté en a receuë , auffi - bien
que de ceux de ſa Maiſon , qui
avoit déja donné trois Premiers
Preſidens à ce meſme Parlement;
Monfieur de Ris ſon Pere , fon
Grand Pere , & fon Grand. Oncle,
ayant poſſedé fucceſſivement
cette grande Charge. Toute la
Province en a fait paroiſtre une
joye particuliere.
L'Intendance de Bordeaux que
quitte Monfieur de Ris a efté
donnée à Monfieur de Bezons
qui avoit celle d'Orleans.
Monfieur de Barillon Morangis
qui eſtoit Intendant à Caën ,
l'eſt preſentement d'Orleans. Il
estGendrede Monfieur le Chancelier.
Monfieur de Gourgues quitte
l'Intendance de Limoges pour
aller exercer celle de Caën , &
GALANT.; 137
cette Intendance de Limoges va
eſtre remplie par Monfieur Jarbery
de S. Conteft.
Monfieur le Bret Intendant de
Dauphiné , a eſté nommé pour
l'Intendance de Lyon. Elle eſtoir
exercée par Monfieur de Bercy ,
qui va faire la viſite des Havres
& Ports de mer , à la place de
Monfieur d'Herbigny .
Monfieur Bouchu ſuccede à
Monfieur le Bret dans l'Intendance
de Dauphiné. Je ne vous
dis point que tous ces Intendans
font des Perſonnes diftinguées.
Vous ſçavez qu'on ne les choiſit
pour ces poſtes qui demandent
de l'intelligence & du travail ,
qu'aprés qu'ils ont fait paroiſtre
leur capacité dans le confeil..
Sur la fin du dernier mois mourut
Dame Marie Geneviefve Larcher
, Femme de meſſire Nicolas
138
MERCURE
le Camus , Seigneur de la Grange
, de Bligny & autres lieux ,
Premier Preſident de la Cour des
Aydes. Larcher eſt une fort bon
ne Famille dans la Robe , de laquelle
il y a eu pluſieurs Maîtres
que
des Requeſtes , Conſeillers au
Parlement & à la Cour des Aydes.
Huit jours aprés mourut Da
me Anne Canaye , Femme de
Meſſire Guillaume de Montigny,
Seigneur de Montigny , & de
Sours , Baron de la Coudraye ,
Vicomte de Dreux , & Chaſtelain
de Long , & Long Pré les
Corps Saints. Les Montigny ſont
deſcendus de la Robe. Leur nom
eſtoit Boulanger , & ils font Parens
des Boulanger de Paris,mais
le Grand pere , ou le Biſayeul
ayant épousé une Heritiere de
Montigny , ils en ont pris le
nom.
GALANT
. 139
و
Monfieur Nicolas du Bois de
- Baillet
Fils de Meſſire du
Bois du Menillet , Conſeiller de
la Grand Chambre , eſt mort
dans le meſme temps. Il avoit
eſté Avocat General en la Cour
des Aydes , enſuite Maiſte des
Requeſtes , puis Intendant en
Bearn. Il a eſté le premier qu'on
ait envoyé en cette Province en
qualité d'Intendant. Aprés y
avoir demeuré deux ans , il fut
nommé par le Roy Intendant à
Montauban . Son zele pour le
ſervice de Sa Majeſté a cauſe ſa
mort par la precipitation qu'il a
euë à faire faire une Operation,
fur ce que le Roy luy avoir fait
l'honneur de luy témoigner que
ſes ſervices luy étoient agreables.
Je vous envoye une medaille,
que l'on peut dire nouvelle,
140 MERCURE
স
puis qu'elle n'a eſté frapée que
depuis le commencementde cette
année. On yvoit le Buſte du
Roy d'Angleterre fur pluſieurs
Sceptres. Dans le revers eſt une
Juſtice l'épée à la main droite,
& labalance à la gauche , terraſſant
des pieds deux Cadavres
fans teſte. Ces teſtes ſont ſur
deux élevations quarrées , fur
l'une deſquelles , du coſté de
l'épée, eſt écrit, Iacobus de Montmouth
; & fur celle qui eſt du
coſté dela balance il ya ces mots,
Archibal d'Argil. On lit ceux-cy
fur le piedeſtal qui ſoûtient le
tour , Ambitio maleſuada ruit.
Enfin le grand Article des
Converfions , qui groſſiſſoit tous
les mois ma Lettre , commence
heureuſement à diminuer , faute
de matiere , & la veritable Religion
va regner entierement chez
GALANT.
des Peuples, à qui il ne manquoir
que cette union pour joüir avec
une pleine joye de la gloire & du
repos que leur procurele plus
floriſſant & le plus beau Regne
quel'on vit jamais.Je ne vous parleray
plus de Converſions de Ville
entiere mais de quelques Particuliers
ſeulement ,dont l'obſtination
a rendu la défaite plus
éclatante . Vous en allez voir trois
de cette nature dans la Lettre
que je vous envoye. Elle eſt curieuſe,&
remplie en peu de mois
de choſes touchantes.
142
MERCURE
A MONSIEVR
L'ABBE DE SAZILLY.
ESçay , Monsieur , le plaisir que
vous avez d'apprendre lenombre
deceux qui rentrent dans lefein de
l'Eglise , non feulement par l'intereſt
que vous prenezau falut de
leurs Ames , mais encore parce que
les merveilles que Dieu fait paroiſtre
dans plusieurs de cas Conver
fions, font autant d'Eloges pour noftre
Auguste Monarque. Voicy ce
quej'ay veu dans une Lettre écrite
de Lodeve le 17. Ianvier , par un
Docteur de Sorboneà Monfieur Ber
the , Superieur de Messieurs de la
Congregation de la Miſſion à Saint
Lazare , dont le rare merite vous
GALANT.
143
est connu. Après avoir parlé d'un
grand nombre de Conversions ,& de
l'affiduité de plus de huit mille per-
Sonnes à a entendre ſes Sermons tous
les foirs , il dit qu'une Fille âgée de
dix-huit ans se cacha affez longtemps
dansson lit , feignant d'estre
malade , pour n'estre pas obligée
d'aller à l'Eglife ; mais dans la
crainte de s'y voir forcée , elle quitta
le lit ,&fe retira dans une Caver.
Ine , qui auroitparu affreuſe à toute
autre. Elle y demeura prés de trois
mois , fans enfortir que lanuit pour
aller chercher des herbes de la Cam
pagne , afin de s'en nourrir. Enfin
preſſéepar des mouvemens interieurs
du S. Esprit , elle quitta ſa Solitu
de , &vint le jour mesme qu'il écri
wit cette Lettre , le prierde recevoir
fon abjuration , qu'elle fit avec les
Sentimens les plus religieux du monde,
après un entretien de cinq heu144
MERCURE
6
res , où elle fit connoiſtre qu'elle étoit
extraordinairement ſcavante dans
Sa Religion , & fort attachée àsa
croyance. Elle fit ensuite fa Confeſſion
generale , non fans verſer
beaucoup de larmes , tant pour ſes
pechez , que pour avoir trop tardé
àsefaire inftruire. Sa Mere &Son
Frere, qui estoient dans une obstination
inconcevable pour leur fauffe
Religion , touchez d'un exemple
qu'ils n'auroient jamais attenduſe
convertirent aussi. Voila, Monsieur,
une Conversion quifait voir.
Que Dieu répand ſouvent fes
plus rares faveurs
Dans les plus jeunes Coeurs ,
Une autre va montrer avecquel
avantage
Il les répand auſſi dans ceux d'un
plus grand âge.
Vne
GALANT.
145
1
Une Demoiselle de Qualité fit
connoiſtre dans le mesme temps qu'il
ne faut qu'un moment à la Grace
pour brifer le coeur le plus endurcy.
Ellese nomme la Baronne de Faugere
âgée de quarante ans. Son opiniastreté
estoit si grande , qu'elle protestoit
de fe laiſſer plutoſt massacrer,
que d'aller iamais à confeffe. Elle
vint auſſi ſe ietter aux pieds du
mesme Docteur ,& fes larmes conloient
en fi grande abondance dise
regret d'avoir demeuréfi long- temps
dans l'Erreur , qu'il eut toutes les
peines du monde à tes arrester, &fut
extremément touché de ſa penitence.
Ce n'est pas seulement à
Lodeve que Dieu a operé de tels
Miracles , ie croy me pouvoir fervir
de ce terme après S. Thomas...
On feroit des Volumes entiers de
tous ceux qui font arrivez dans
chaque endroit du Royaume , mais
Mars 1686. G
146 MERCURE
ane Conversion qui s'est faite dans
une Paroiſſe de Paris , est si par.
ticuliere , qu'elle peut tenir fa place
icy ; & ie m'affeure , Monsieur ,
que vous direzavec tous ceux qui
enferont la lecture.
Quand ce n'eſt que la ſeule
bouche
Qui demande à Dieu du ſecours.
On ne voit pas qu'elle le touche,
Mais lors que le Coeur parle , il
luy répond toujours .
C'est une Dame qui mene prefentement
une vie si cachée & fi
remplie de pieté , que je ne pourrois
la nommerſans luy faire de la
peine , & bleffer sa modestie. Ce
que ie puis dire , c'est qu'elle est
Etrangere , & degrande Qualité;
GALANT.
147
qu'elle est tres bien faite , & felon
ce que l'on peut inger,d'environ tren_
te-deux ans ; qu'elle a aimé le Mon
de ,&a laiſſe de fort grands Biens
en fon Pays. Ellevint en France avec
fon Mary , qui estoit de la Religion
P. R. comme elle . & qui est mort
depuis quelques mois. Cette mort
luy a esté tres -fenſible , mais les
grandes choses quele Roy a faites
pour le falut de ſes Suiets qui
estoient dans l'Erreur , luy ayant
fait naiſtre des doutes de ſa croyan
ce , elle oublia toutes chofes pour ne
penſer qu'à celle- là. Elle ne s'en ou
vrit pourtant à personne. Ellen'avoit
de recours qu'à la Priere & à
-ſes larmes pour demander à Dieu
qu'il luy enseignast le chemin qu'elle
devoit fuivre. Un foir fort tard
(qu'elle prioit avec une ferveur extraordinaire,
de luy fuire cette grace,
elle entendit une Voix qui luy ditfort
1
G 200
148 MERCVRE
distinctement Leve-toy , & fuy
celuyqui paffe. Elle court auſſi toft
àlafenestre , voit paſſer nostre Sci.
gneur que l'on portoir à quelques
malades. Elle prit soudain fon Efcharpe,
&se mit ale ſuivre. Eftant
revenue chez elle , ellepaſſa une partie
de la nuit àgenoux , pour remercier
fon Divin Maistre de la grace
qu'illuy avoit faite. Le lendemain
elle fit fon abjuration & Sa Confefſſion
generale. On luy a voulu donner
une Pension affez forte , mais
elle n'a accepté que ce qu'il luy fast
pour vivre tres- modiquement. le
fuis, Monsieur, avec respect, vostre
tres , &c . VIGNIER.
A Paris ce 3. Mars 1686.
Madame la marquiſe de S.
→Aignan , qui paroiſſoit fi attachée
à la Religion de Galvin , n'a pas
voulu profiter du Paffeport que
leRoy avoit accordé à Monfieur
leComte de Clermont ſon Fils ,
GALANT. 149
pour paſſer en tel Pays Etranger
qu'elle voudroit. Elle a pris un
meilleur party , en reconnoiſſant:
fes Erreurs qu'elle a abjurées ,&
elle en eſt fi contente , qu'elle eſt
tous les jours au pied des Autels,
pour remercier Dieu de la grace
qu
qu'il luy a faite de luy faire ouvrir
les yeux fur la Verité. Les bons
conſeils de Mademoiselle de
Cliſſon , ſon Amie , n'ont pas peu
contribué à ce grand Ouvrage.
C'eſt une Perſonne d'une vertu
finguliere , &dont la devotion attire
l'eſtime de tout le monde.
- Madame la marquiſe de S. Aignan
porte le nom d'une Terre. Elle
eſt d'une autre Maiſon que celle
de Beauvillier S. Aignan.
Entre pluſieurs perſonnes de
la R. P. R. qui ont renoncé depuis
peu à leurs Erreurs, Madame
de Laugiere eſt une des plus re-
1
G3
150
MERCURE
marquables par ſa naiſſance , par
fon eſprit , && par ſon opiniaſtreté
à foûtenir les préventions qu'elle
avoir de ſa Religion . Monfieur
de Laugerie fon mary, qui s'eſtoit
fait Catholique il y a quatre ans,
n'avoit pû la toucher par fon
exemple , & les plus proches
Parens , qui ayant eſté comme
elle élevez dés leur enfance dans
l'Herefie de Calvin , l'avoient
heureuſement abjurée , luy remontroient
inutilement. qu'elle
n'eſtoit pas dans la bonne voye.
Enfin elle a eſté entierement
convaincuë par Monfieur l'Abbé
deGrancé, ſi connu par ſon merite
, & par fa grande réputation.
Il eſt Filsde feu Monfieur leMaréchal
de Grancé , & Neveu de
Mr l'Archevêque de Roüen. Je
luy rends justice en vous diſant
qu'il a donné d'éclatantes marGALANT.
151
ques de ſa Pieté &de ſa Doctri-
-ne dans les ſcavans Entretiens
qu'il a eus avec un grand nom-
-bre d'Heretiques , & que la Converſion
de tant d'Ames obſtinées,
qu'il a ramenées au sein de l'Egliſe
, eſt une preuve infaillible
-de ſon zele & de ſa capacité.
Madame de Laugerie fit ſon abjuration
le Vendredy 15. de ce
mois , & nous fournit un exemiple
qui nous fait voir bien ſenfiblement
, que de toutes les Perſonnes
qui ſe ſont trouvées engagées
par leur naiſſance dans
les erreurs de Luther&de Calvin
, il n'y en a preſque point
dont les Peres n'ayent embraſſé
'Hereſie par quelque intereſt
humain , ou par quelque mou-
+
vement de haine pour les Catholiques.
Cette Dame eſt de
l'ancienne Maiſon noble de Len-
G4
152 MERCURE
fant , qui s'eſt habituée depuis
plus de trois fiecles dans les Provinces
d'Anjou & du Maine .
Georges Lenfant , Seigneur de
la Patriere , de Cimbré , & autres
lieux, épouſa en 1539.Françoiſe
du Pleſſis de Richelieu ,
Soeur de Loüis du Pleſſis , Mary
de Françoiſe de Rochechart , &
Ayeul du grand Cardinal qui a
rendu ce nom ſi Illustre. Ce Seigneur
de la Patriere eut trois Fils,
Pirrus , Gabrias , & Loüis . Pirrus
felon la Coûrume de ces Provinces,
fucceda aux deux tiers du
bien de ſon Pere qui étoit confiderable
, mais il ne luy fucceda
point en ſa pieté. Il épouſaClaude
du Pleſſis de Chivré , zelée
Proteſtante , & Dame d'Honneur
de madame la Ducheſſe de
Bar , Scoeur d'Henry IV. & elle
cat l'adreſſe de l'engager dans le
GALAN T.
193
1
Pa-
Party Proteſtant , ce qui caufa
la ruine de ſa Maiſon. Sa Terre
de la Patriere fut attaquée, priſe,
& brulée pendant qu'il eſtoit
occupé en une expedition de
Guerre , par Monfieur du Pleſſis
de Coſme ſon Cousin ,Catholique
un peu trop ardent. Pour
s'en vanger , il mit tout en cendres
dans trois Terres de ce
rent , & fut enſuite pris àDomfront
avec le Comte de Montgommery
, ce qui acheva de l'ac--
cabler , puiſque pour éviter d'être
amené avec luy à Paris , il racheta
ſa vie & fa liberté , par dix
mille écus qu'il falut payer comptant.
Son Fils qui avoit épousé
une Demoiselle de la Maiſon d'Alonville
de Beauce ; ſe convertit
avant la mort , & fit faire abjuration
à ſes Enfans qui font demeurez
bons Catholiques. Il n'y
G
९
154
MERCURE
eut que Monfieur Deſpeaux ſon
Cadet qui refuſa de ſe convertir
alors , & qui abjura le jour de
Noël dernier. Gabrias Lenfant ,
Seigneur de Lirieres & de Boismoreau
, ſe fir Proteſtant comme
Pirrus (on aiſné , & repandit le
poiſon de l'Hereſie dans toute ſa
branche ; mais Monfieur de Boifmoreau
qui en eſt aujourd'huy
le Chef, a reconnu ſon erreur
depuis quelques mois , ainſi que
Madame ſa Femme , & Merdemoiſelles
ſes Filles, qui ayant eſté
miſes par ordre du Roy aux nouvelles
Catholiques , y ont fait
abjuration entre les mains de
Monfieur l'Abbé de la Motte-Fenelon
, en prefence de Monfieur
le Premier Preſident; de forte
que de toute cette maiſon il ne
reſtoit plus dans le partydesPretendus
Reformez que madame
GALANT.
55
১
de Laugerie , dont je vous apprensla
Converſion, Meſſieurs de
la Gareliere & du Bordage-Lenfant
, cadets de cette Branche ,
eſtant Catholiques il y a long.
temps. A l'égard de Loüis Len.
fant , Seigneurde Saint Gilles,
&de Cimbré en partie , troiſième
Fils deGeorges Lenfant,Seigneur
de la Patriere , & de Françoiſe du
Pleffis de Richelieu , il fut enlevé
par la Dame ſa Mere , qui pour
empeſcherque ſes Freres ne l'engageaſſent
dans les Erreurs de
Calvin , l'envoya à Paris , où luy
ny ſes Defcendans n'ont point
eſté infectez de l'Hereſie;& c'eſt
de celuy- cy qu'eſt iſſu Monfieur
de Saint Gilles Lenfant , dont je
vous ay ſi ſouvent rapporté les
actions de valeur aux Sieges que
le Roy a faits en Flandre , pendant
qu'il eſtoit Page de la petite
Ecurie.
G6
156 MERCVRE
La- destruction de l'Hereſie a
émeu la charité Chrêtienne , &
elle n'avoit jamais éclaté avec
tant de zele qu'elle a fait en
France depuis les Converſions.
Tous ceux qui ſe ſont ſenty quelque
talent pour le ſalut des
Ames , ont creu devoir l'employer
pour la gloire de Dieu , &
pour imiter le plus pieux des Monarques
. Les uns ont parlé &
écrit pour vaincre l'obſtination
des Heretiques , & les autres
pour affermir dans la veritable
Egliſe ceux qui ont fait abjuration.
Monfieur l'Abbé Petit de
'Accademie Royale d'Arles , a
eſtédu nombre de ces derniers ,
& l'on voit depuis peu un Livre
de ce Sçavant homme, Intitulé ,
Les Veritez de la Religion prouvées
défendues contre les anciennes
Herefies par la verité de l'Encha
GALANT.
137
riftie , ou Traité pour confirmer les
nouveaux Convertis dans la Foy de
l'Eglife Catholique.
Aprés un ſi grand nombre de
Livres qui ont eſté faits touchant
la Réalité dans le Sacrement
de l'Eucharifſtie , cet Ouvrage
ne laiſſe pas de paroiſtre
fingulier. L'Auteur fait d'abord
connoiſtre que le miracle de l'Euchariſtie
que les Heretiques des
premiers Siecles ont creu , a eſté
une preuve dont S. Irenée , ancien
Evefque de Lyon , s'eſt ſervy
pour prouver que Jesus-
CHRIST eſt le veritable Fils
de Dieu , & aprés avoir demandé
à ceux qui ne font pas encore
pleinement convaincus de la
verité de l'Eucharistie , ſi le ſens
qu'ils donnoient à ces paroles
Cecy est mon Corps , c'eſt à dire ,
la Figure de mon Corps, peutprou
158 MERCURE
ver la Divinité de J. C. il ajoûte :
Si Saint Irenée diſoit aux Hereti.
ques de fon temps , Comment croyez
- vous le grand Miracle des
Saints myſteres , vous qui ne voulez
point croire que celuy qui le
fait , eſt le Fils de Dieu , N'avons
nous pas raison de dire à ceux qui
ne font pas encore convaincus de la
verité de l'Eucharistie , pourquoy
croyez vous la Divinité de 7. C.
vous qui doutez encore du grand
Miracle de l'Eucharistie , qui en a
esté la preuve. Voyez combien la
Foy de ce grand Miracle est an
cienne. Saint Iustin, Disciple des
Apoftres , S. Irenée . Difeiple de Sa
Polycarpe , qui l'avoit eſté de l'Apoštre
S. Iean, font les Docteursde
qui nous l'avons appris , comme ils
l'avoient eux - mesmes appris des
Apoftret . Voyez combien cette Foy
estoit publique , &univerſellement
GALANT.
159
receuë dans les premiers Siecles ,
puis que les Heretiques en convenoient
avec les Catholiques. Voyez
enfin combien elle estoit incontestable,
puis qu'on s'enſervoit pour prouver
le grand Article de nostre Foy
qui est la Divinitéde I. C.
Monfieur l'Abbé Petit dit dans
dans un autre endroit de ſon Livre
, Nous n'ofons rien dire de cet
adorable Sacrifice , que nous ne l'a
yons appris des Peres de l'Eglise.
Nous diſons que ces paroles de 7.C.
Cecy eſt mon Corps , produisent
ce Sacrifice ,& qu'elles luy donnent
toutefaforce &toutefavertu.Voila
ceque nous avons appris de S. Jean
Chryfoftome.Cecy eſt mon Corps..
C'est par cette parole, dit ce Pere,
que les choses offertes par les Fidelles,
font consacrées, & comme ces
paroles de Dieu , Croiſſez , multipliez
, & rempliffez toute la Ter160
MERCURE
re , quoy qu'elles n'ayent esté dites
qu'une seule fois dans la Creation
du Monde ne laiſſent pas de produire
leur effet dans toute la Nature
; ainſi quoy que ces paroles efficaces
de I. C. Cecy eſt mon Corps ,
n'agent esté proferées qu'une feulé
fois , ce font elles neanmoins qui ont
imprimé à ce Sacrifice la force &
la vertu qu'il a eue juſques à prefent
jur tous les Autels de l'Eglife ,
qui la luy imprimeront encore
Sans ceffe jusqu'au dernier Avenement
du Seigneur.
Le meſme Auteur, aptés avoir
rapporté pluſieurs choses qui
marquent la vertu miraculeuſe
du Sacrifice de l'Eucharistie , &
qu'on lit dans S. Cyprien , dans
S.Auguſtin , & dans S. Bernard ,
dit encore. Sinous croyons ce grand
Miracle du Sacrifice de l'Eucharifie
,que celuy qui ne communie que
GALANT. 16г
fous une seule espece , ou qui ne
reçoit qu'une partie des Especes
consacrées , ne laiſſe pas de reccuoir
tout entier le tres Saint Corps , نم
l'adorable Sang du Seigneur , nous le
croyons avec S. Eutique , Evesque
de Constantinople , dont la Naiffance
, la vie , & l'Election à l'Episco-.
ont ešte miraculeuses. Quoy
dit ce
pat ,
que le Corps & le Sang ,
faint Evesque , foit divifé & distribué
à tous , parce qu'il se mesle
en chacun d'eux , il ne laiſſe pas de
demeurer toûjours indiviſible en luy
mesme. Comme unfeul Cachet impri
mésurplusieurs cires differentes,leur
donne àchacune en particulier toute
fafigure & toutesaforme,&ne laif-
Se pas de demeurer toûjours unique
ensoy- mesme ,sans que la multipli
cité des sujets qui reçoivent l'im-
- preſſion de fon image divife ou
162 MERCURE
.
changefon unité ; &comme la voix
qui est proferée par unſeul homme ,
&quife répand dans l'air , est toute
entiere dans sa bouche , & entre
toute entiere dans les oreilles de ceux
qui l'entendent ,sans que l'un en
reçoive plus ou moins que l'autre ,
parce qu'encore que la voix foit un
corps , n'eftant autre chose qu'un air
agité, elle est tellement une & indiviſible
, que tous l'entendent éga
lement quand ily auroit ensemble
dix mille Auditeurs. Ainsi perſonne
ne doit douter qu'aprés laConfecration
mystique & la ſainte Fraction,
Le Sang du Seigneur, incorruptible ,
immortel, faint &vivifiant ,&se
formant par la vertu du Sacrifice
dans les especes consacrées , n'impri
me toute fa force dans chacun de
ceux qui le reçoivent, &nese trou-
De tout entier en tous comme il
arrive dans les exemples qui ont
estérapportez.
,
-
GALANT.
163
Après avoir cité dans un
autre endroit un paſſage de Saint
Justin Martir , Diſciple des Apoftres
, qui prouve aux luifs qu'ils
ne ſont pas dans la veritable Religion
predite par le Prophete
Malachie , puis qu'ils ne ſont pas
repandus par toute laTerre pour
y offrir le vray Sacrifice , au lieu
qu'il n'y a aucune Nation au
Monde où il ne ſe trouve des
Chreſtiens qui offent àDieu le
Sacrifice de l'Euchariftie , ce qui
fait voir que la Religion des
Chreſtiens eſt la ſeule veritable
qui a été predite par ce Prophete.
C'est encore parcette mesme raison
pourſuit- il ,que les Peres de l'Egli
Se ont combatu les Heretiques & les
Schifmatiques . Quoy qu'ils offriſſent
le Sacrifice qui est offert par toute
la Terre , comme ils estoient separez
de l'Eglise Catholique ,ils ne
164 MERCURE
pouvoient pas l'offrir par tout . Ceft
pourquoy onleur diſoit l'Eglise est
partout où sont les Hereſies ,mais
vous n'estes pas par tout où elle eft.Il
y a une Secte en Affrique, une autre
en Orient une autre in Egypte,&une
autre en Mesopotamie. Lepartyde
Donat est en Afrique , mais les Eunomeens
n'y font point , &l'Eglise
Catholique est avec le party de Dowat.
Les Eunomeens font en Orient ,
les Donatiftes n'y font point ; mais
l'Eglise Catholique estpar tous où ils
nesont pas. L'Eglise est cét Arbre
qui estendſes branches par toute la
Terre,& les Heretiques& les Schif.
matiques font des branches rompuës
qui n'ont plus la vie de la racine ,
& qui tombent chacune en fon lieu.
L'Eglise Catholique est donc lafeule
veritable , qui a estépredite par
le Prophete Malachie , puis qu'elle
est laseule qui puiſſe offrir en tous
GALANT. 165
lieux le Sacrifice pur & digne de
Dien. Il ajoûre que e'eſt la le raifonnement
des Peres contre les
Heretiques , & principalement
contre les Schifmatiques ; que
S. Pacien l'a employé contre les
Novatiens , S. Jerôme contre les
Luciferiens , S. Optat & S. Auguſtin
contre les Donatiſtes . On
ne peut avoir trop de ſurpriſe
lors qu'on fait réflexion ſur l'opiniâtre
aveuglement des Calviniſtes
, puis qu'il paroiſt par les
raiſons des Peres de l'Egliſe , que
les Heretiques contre qui ils difputoient
, comme les Valentiniens,
les Ariens , les Macedoniens
, les Neſtoriens , les Eutychéens
, & pluſieurs autres convenoient
avec l'Egliſe de la prefence
Réelle de J. C. au S. Sacrement
, & de l'Adoration de
l'Euchariftie ; de forte qu'il y a
166 MERCURE
fujet de s'étonner que dans ces
derniers Siecles il ait pû naiſtre
une Hereſie , qui a attaqué une
verité recevë par tous les Chreſtiens
du Monde , & dont l'Egliſe
dans les premiers Siecles s'eſt
ſervie pour refuter tant de differentes
fortes d'Hereſies. Ce font
les termes que Monfieur l'Abbé
Petit employe ſur la fin de ſon
Ouvrage , qui eſt remply de raifons
fi folides & fi convaincantes
, que cette lecture n'eſt pas
moins utile pour ramener les.
Heretiques au ſein de l'Eglife,
que pour affermir les nouveaux
Convertis dans la veritable Religion.
Le Chapitre Royal de S.Quentin
en Vermandois qui employe
tous ſes efforts à ſeconder les intentions
du Roy , ayant travaillé
depuis trois ans avec un zele exGALANT.
167
traordinaire à ramener à l'Egliſe
ceux qui en avoient eſté ſeparez
e par leur naiſſance , a veu enfin
l'entier ſuccez de ſes ſoins , &
pour en rendre des Actions de
graces à Dieu , il ordonna une
Proceffion Generale qui ſe fit
Lundy dernier , jour de l'Anonciation
de la Vierge. Tous les
Corps , tant Reguliers que Seculiers
s'y trouverent. Monfieur
l'Abbé Gebuys , Chanoine de
Soiſſons , preſcha doctement ſur
ce Sujet , & s'attira beaucoup de
loüanges. On chanta leTe Deum
en Muſique avec des Prieres
pour le Roy. Jamais Ceremonie
ne s'eſt paſſée avec plus de mo-
- deſtie qu'en firent paroiſtre, tant
les nouveaux Catholiquesqueles
anciens. Le Chapitre avoit fait
huit jours auparavant une Or
donnance pour empêcher les Ir-
ر
368 MERCURE
reverences qui ſe commettent
ordinairement dans les Eglifes,&
il a meſime étably des perſonnes
qui doivent y ſurveiller.Ce Chapitre
eſt un des plus illuſtres de
France, tant pour ſon Antiquité
que pour les Droits de ſon Domaine.
Ils font Epifcopaux , &
montent à plusde cinquante mille
ecus de revenu . L'Egliſe eſt
d'unetres belle Structure , & ale
tiltre de Proſepiſcopale. Elle a
eſté autrefois le Siege des Eveques
du Vermandois; il fut transferé
à Noyon par S. Medard l'an
535. Il y a ſoixante-dix Prebendes
, toutes remplies de Graduez
& deGentilshommes . Monfieur
de Maupeou nommé à l'Evêché
de Caftres , fi connu par fon
merite & par ſa naiſſance, en eſt
Doyen , & le Roy en eſt premier
Chanoine & Collateur . Outre
ces
GALANT.
169
ces Prebendes , il y a plus de
cent Chapelles .
Les Lettres de Chancelier de
France en faveur de Monfieurde
Boucherat , ont eſté enregiſtrées
au Grand Conſeil , comme elles
l'avoient eſté au Parlement quelque
temps auparavant. L'Aſſemblée
étoit auſſi illuſtre que nombreuſe
, & jamais on ne vit d'ordres
mieux obſervez pour empeſcher
la foule extraordinaire
qu'on avoit preveu , qu'attireroit
le defir d'entendre l'Eloge d'un
grand Homme , & la reputation
de ceux qui le devoient faire. Les
Lettres furent preſentées par
- Monfieur le Maiſtre de Ferriere ,
& il remplit avec beaucoup d'avantage
l'attente qu'on avoit de
luy.
Il fit d'abord une peinture de
la joye univerſelle qui s'étoit ré-
Mars 1686 . H
170
MERCVRE
panduë dans tous les ceoeurs au
moment de l'élevation de Monfieur
de Boucherat à la Dignité
de Chancelier , & de ce
qui s'eſtoitfait à cette occafion ,
&marqua que toutes ces chofes
luy donnoient la confiance dont
il avoit beſoin , pour répondre
àl'attente publique & à l'éclat
del'action qu'il alloit faire. Il fit
voir enſuite qu'il ne laiſſoit pas
d'eſtre étonné par la difficulté
qu'il y avoit de rien ajoûter aux
applaudiſſemensdetoute laFrance,
& de loüer un homme que
la loüange du Roy avoit mis au
deſſus de toutes les louanges . Il
pourſuivit en diſant qu'ily avoit
eu des Siecles , & qu'ily avoit
encore aujourd'huy des Etats , où
les grandes Dignitez ne ſont pas
des preuves aſſurées d'un grand
GALANT.
171
X
merite. Il expliqua toutes les
voyes injuſtes par leſquelles les
hommes trouvoient quelquefois
moyen d'y parvenir , & dit que
le Roy ſçavoit bien nous preſerver
de ces fortes de malheurs ;
que ſes lumieres le garantiſſoient
de toute prevention , que ſa raifon
le défendoit des paffions d'autruy
comme des ſiennes ; que ſa
puiſſance le mettoit au deſſus de
la neceſſite ; que ſa ſageſſe déconcertoit
les intrigues ; que ſon
authorité réüniſſoit tous les partis
, & que la vertu donnoit l'excluſion
à tous les vices ; en forte
que toûjours guidé par ſa prudence
& par l'equité , on pouvoit
dire qu'il eſtoit le Prince du
monde qui ſçavoit le mieux donner
des Emplois aux hommes , &
des hommes aux Emplois. Ilpaſſa
de la à la mort de Monfieur le
H 2
172 MERCURE
Tellier , & fit voir que c'étoit
une des plus grandes pertes que
nous pouvions faire au dedans du
Royaume , nous qui ne ſçavons
plus ce que c'eſt que d'en faire au
déhors.Il s'étendit enſuite fur les
qualitez requiſes pour un parfait
Chancelier , & ce morceau de
ſon Diſcours fut trouvé ſi beau
qu'il luy attira de grands applaudiſſemens.
Après avoir finy ce
Portrait , il dit qu'il croyoit avoir
fait heureuſement celuydeMonſieur
de Boucherat; qu'il ne doutoit
point qu'on ne l'euſt enviſagé
dans ce Tableau , & qu'on
ne l'y euft reconnu , ce qui luy
donna ſujet de faire un abregé
de ſa Vie , & de parler de tous
ſes Emplois & de ſes Anceſtres.
Cette peinture ne fut pas moins
vive & moins délicate que la
precedente. Il la finit en diſant
GALANT. 173
qu'eſtre Chancelier de France ,
ce n'eſtoit pas aſſez dire , mais
qu'eſtre Chancelier de LOUIS LE
GRAND ; mais qu'eſtre l'Ouvrage
de ſa raiſon , l'objet de ſon
choix & de ſa preference , c'étoit
le plus glorieux de tous les
Eloges . Il ajoûta que quand il
parloit de LouÏS LE GRAND , il
nommoit un Prince qui fait plus
d'honneur au Trône que le Trône
n'en fait aux autres Rois ; un
Prince qui efface & qui releve
tout à la fois la gloire des Rois ſes
Ayeux , leur rendantde la ſienne
bien plus qu'il ne prend de la
leur; un Prince qui remplittoute
la Terre de l'éclat de fon nom
& de ſes Victoires ; qui comme
Salomon dans ſa magnificence ,
attire des extremitez de l'Orient
des témoins de fes merveilles, ou
des admirateurs deſa ſageſſe ,&
H3
174
MERCURE
qui par des évenemens inoüis ,
donne le plaifir à ſes Sujets de
voir ſans fortir du Royaume toutes
les Nations de l'Univers ſe
proſterner à ſes pieds , ou pour
implorer ſa clemence , ou pour
fatisfaire fa juſtice , ou pour rendre
hommage à Sa Grandeur ;
un Prince qui ſe regardant non
pas comme un Roy , mais comme
le Miniſtre du Royaume de
Dieu , conſume toute ſa puiſſance
aux ouvrages de picté ; un
Prince qui purge le monde non
pas de Monſtres imaginaires
comme le Heros de la Fable ;
mais qui aprés avoir aboly les
Duels , étouféle Blaſpheme , reduit
l'Impisté à ſe cacher , ſçait
encore ſi glorieuſement triompher
de l'Herefie ; un Prince
ſemblable au Fameux Conque.
rant dont il eſt parlé dans le Pro
GALANT.
175
phete , que Dieu appelle fon
Paſteur , que le Seigneur prend
par la main pour le conduire à
l'execution de ſes deſſeins , à la
veuë duquel les Peuples font
frappez d'admiration ,& de frayeur
, les Portes des Villes ſont
- ouvertes, les Souverains fontmis
en fuire ,& le Peuple d'Iſraël ſe
trouve delivré d'une longue , &
dure captivité , avec cette diffe
rence que cet Illuſtre Roy de
Perſe ſervoit un Dieu qu'il ne
connoiſſoit pas,& ne briſa que les
chaînes materielles dont le Peu-
- ple de Dieu eſtoit accablé,au lieu
que noſtre incomparable Monarque
adore religieuſemét ce même
Dieu qu'il fait adorer , & par un
facré zele qui l'anime , employe
tous ſes ſoins pour rendre la liberté
à des Ames qu'une Erreur
hereditaire retenoit dans un ef-
1
H4
176 MERCURE
clavage d'autant plus dangereux
qu'il eſtoit inviſible ; un Prince
en un mot qui conçoit & qui
acheve toutes les grandes choſes
, par cette raiſon ſuperieure
qui l'éleve au deſſus de tous les
autres hommes , par cette raiſon
fuperieure qui le fait dominer
fur la fortune , qui le rend Maître
des volontez , & qui le met
au deſſus de ſes propres Victoires
; enfin par cette raiſon ſuperieure
qui eſt comme le Sceptre
par lequel il regne ſur le Peuple,
fur les Etrangers, & fur luy-mefme..
Monfieur le Maiſtre conclut
de là ; que ſous les Loix d'un tel
Souverain , nous devions tout
eſperer de Monfieur le Chancelier.
Il entra enſuite dans le détail
de ce qu'il feroit pour la felicité
publique ſous les ordres de.
GALANT.
177
+
0
Sa Majesté , puiſqu'il ne le faloit
pas ſeulement enviſager comme
la bouche qui rend les Oracles
du Prince , mais encore comme
l'oeil de ce meſme Prince incefſamment
appliqué à démeſler
tout ce qui ſe paſſe dans l'Etat
; puis s'addreſſant à Meffleurs
du Grand Conſeil , il
leur dit que dans cette joye publique
perſonne n'en devoit avoir
une plus particuliere qu'eux , puis
qu'entre toutes les Compagnies
Souveraines , il n'y en a point
qui touche de plus prés àMonfheur
le Chancelier Il ajoûra que
: quand le Roy dennoisun Chancelier
à toute la France,il donnoit
un Chef au Grand Confeil ,c
qu'il eſtoit leur Premier Preſident
nés qu'à l'égard des autres Compagnies
, on pouvoit ne le regarder
que comme l'intelligence
H
178 MERCURE
quiles faifoit mouvoir , mais qu'a
leur égard il eſtoit l'ame qui les
animoit ; que pour continuer fa
comparaiſon , ſi ſes grandes &
penibles occupations pour le fervice
da Prince & de l'Etat , les
privoient de l'honneur de le voir
ſouvent en Perſonne à leur,teſte;
il étoit de luy comme de l'ame:
qu'on ne voit point , & qui ne
laiſſe pourtant pas de ſe rendre
fenſible dans le corps par les operations
qu'elle y exerce ; que fi
Monfieur le Chancelier ne prefidoit
pas actuellement à leur :
Compagnie, ſon eſprit preſidoit à
leurs Arreſts & que ces Arreſts
eſtoient toûjours formez avecune
telle equité , qu'il eſtoit aifé de
reconnoître qu'ils eſtoient les
plus proches de la ſource de la
Juſtice ,&que le meſme Genie
sutelaire des Loix quilesanimoit,
4
GALANT. ۱ 179
les leur inſpiroit. Il finit en ſouhaitant
que la parfaite union d'une
ſi grande Ame avec un ſi illuftre
Corps dura fi long - temps,&
que les Peuples joüiffent pendant
une longue ſuite d'années
de ce don precieux que le Roy
avoit faità tous ſon Royaume ;
qu'ils en puſſent recüeillir tous
les fruits dont les merveilleuſes
qualitez de ce grand Miniſtre de
la luſtice leur donnoit lieu de ſe
flater ,& que les voeux de toute
la France fuſſent comblez par
une longue & heureuſe vie du
Monarque , à qui le Ciel avoit
inſpiré un ſi digne choix.
Il feroit inutile de vous dire
que ce Difcours , & fur tout l'Eloge
qu'il renferme du Roy , fur :
extremement applaudy , puiſque
vous l'avezdeu connoiſtre par les 、
morceaux que je viens de vous
H6
180 MERCURE
en rapporter , autant que ma -
memoire me les a fournis. Les
Ouvrages des Perſonnes de qualité
ont un certain tour & un caractere
noble qui les diſtingue
des autres , & qui ne pouvoit
manquer à Monfieur le Maiſtre.
Sa naiſſance vous eſt connuë ;je
vous en parlay il y a quelques
mois aſſez amplement dans une
de mes Lettres , & des Emplois
qu'ont poſſedé ſes Anceſtres. Il
s'eſt mis en eſtatde les ſurpaſſer ,
&de meriter les plus hautes
Charges de la Robe, puiſque depuis
vinge cinq ans il fait briller
ſon eſprit dans le Bareau , & la
parfaite connoiſſance qu'il a des
Loix
Monfieur Enjorant , Avocat
General au Grand Conſeil, parla
aprés Monfieur le Maiſtre , &
dit que c'eſtoit le propre de la
2
GALANT. ச
Iuſtice d'eſtre ſatisfaite d'ellemeſme
, & que Monfieur le
Chancelier eſtant au deſſfus des
Eloges, il luy importoit peud'en
recevoir , puiſque ſa gloire eſtoit
trop bien établie pour tirer au
cun éclat des loüanges qu'on luy
pourroit donner ; mais que ſi el
les ne pouvoient rien ajoûter à ſa
gloire , on ne devoit pas laiſſer
de faire le détail de fes Vertus ,
parce qu'il feroit utile au public,
& pourroit fervir d'exemple à
pluſieurs. Il pritde là occafionde
s'étendre ſurla juſtice que le Roy
avoit fait paroître dans ſon choix ,
&dit que fi le Prince honoroit
celuy qu'il choiſiſfoit pour les
grands emplois , il eſtoit auſſi honoré
par les applaudiſſemensque
l'équité de ſon choix faifoit re
tentir par tout. Il fit voir enſuite
que toute la puiſſance Royale ne
182 MERCURE
produiſoit rien fans la Sageſſe
neceſſaire dans toutes les actions
des Rois , ce qui luy donna lieu
de faire la peinture d'une puiſſante
Armée, mais ſans mouvement,
&qui n'en reçoit que de la teſte
du Prince , qui la fait agir felon
ſa ſageſſe , & il ajoûta qu'alors le
hazard & la fortune n'avoient
point de part à ce que cette Armée
faiſoit de grand pour les
avantages du Prince & de l'Etat ,
mais que le Prince luy ſeul en
avoit toute la gloire. Il fit l'Eloge
de feu Monfieur le Tellier , &
de ſon innocente profperité , &*
dit qu'on ne pouvoit pas accu
ſer le Siecle d'eſtre avare de
grands Hommes , puiſqu'il avoit
donné ces deux Chanceliers à
la France. Aprés cét Eloge , qui
fut vif , touchant , & fort ap--
plaudy , il parla de tous les Em--
GALAN T.
183
A
ploisde Monfieur de Boucherar ,
& de ce qu'il avoit fait dans
chacun de digné d'eſtre confervé
à la Poſterité. Il fit connoître
que ce grand Magiſtrat avoit cu
en de certaines rencontres toute::
la fermeté d'un homme intrepide
, & avoit diffipé des Rebel--
lions en s'expoſant contre des
Mutins. Il n'oublia riendu grand
merite de ſes Anceſtres , qui
avoient eſté appellez aux Emplois
de la Robe ſans qu'ils les
euffent recherchez ,& finit par
une peinture de ce qu'on devoit
eſperer de Monfieur de Boucherat
dans la Charge de Chancelier
, aprés ce que ſes Predeceffeurs&
luy avoient fait de grand...
Il conclut à l'Enregiſtrement ; on
alla aux Opinions , & les Lettres
furent enregiſtrées. Elles T'ont
eſté auſſià la Cour des Aydes ,
184 MERCURE
mais je remets à vous en parler
dans ma premiere Lettre , auffibien
que du Service que Monfieur
le Controleur General fic
faire le 22. de ce mois pour feu
Monfieur le Tellier ,dans l'Egliſe
de l'Hoſtel Royal des Invalides:
Monfieur l'Abbé Flechier
nommé à l'Eveſché deLavaury
fit admirer ſon éloquence. Il n'y
a rien en cela de ſurprenant , ces
grands fuccez luy font ordinaires.
Meffire Jacques Sachot Do-
: cteuren Theologie de la Maiſon
&Societé de Sorbonne , Curé de
l'Egliſe Paroiſſiale de S.Gervais ,
eſt mort depuis peu de jours. Il
avoit beaucoup d'exactitude à
remplir tous ſes devoirs , & faifoit
fur tout paroiſtre un zele extraordinaire
à exhorter les Mourans.
La-Cure de S. Gervais ;
GALANT.
185
avec quatre autres des principa
les de Paris dépend del'Abb
du Bec , & Monfieur Colt.
Coadjuteur de Roüen qui en ei.
Abbé , l'a conferée à Monſicur
Feu , Docteur en Theologie..
C'eſt un tres-digne Sujet.
La premiere Enigme du der.
nier mois a eſté expliquée ſur le
Bonnet qui en eſt le vray ſens, par
Mefſieurs la Tronche & P. Carrier
de Roüen ; Hoſtone Maiſtre
Chirurgien ; G. F. Lourdet , du
quartier de la Place Maubers;
L'Amant de la Belle , de la Ville
de Paris , le Serviteurde la petite
Brunette , & de ſes deux aimables
Compagnes ; le gros Bouza
du Mouſquetaire de la ruë Saint
Honoré ; la Belle Brune de l'Arſenal
, & la plus jeune desGraces
de la rue de la Coſſonnerie ..
La plus ſpirituelle d'Etampes;,
286 MERCURE
Hermophile du Hoc, du Havre
Grace , & Veritéle Fils marié
ois fois à la meſme perſonne ,
ont trouvé le vray ſens de la ſeconde
, qui eſtoit le mot duGuet .
Ceux qui ont expliqué toutes
les deux, font Meſſieurs Vignier;
la Quille de la ruë Beaubourg ,
Commiffionnaires des Princes &
Princeſſes d'Allemagne ; leChanoine
Taf; le Maiſtre Clero Efpagnol
de la Barriere des Sergens
de la ruë S. Honoré ; l'Infortuné
Nodo ; l'Incomparable Mitis ;
Alcidor ; Gyges ; Silvie ; la Belle
Nourriture ; la Petite Aſſemblée
G.& la Petite Aſſemblée A. du
Havre..
Je vous envoye deux Enigmes
nouvelles. La premiere m'a eſté
envoyée ſous le nom de Monfieur
l'Abbé Car du Pont de
Bois ; l'autre eſt de Monfieur
Rault de Roüen ..
GALANT . 18-
ENIGME.
E ſuis une production
ойI'Art fait briller la
ture ,
Si fier de mon extraction
Na-
Queje nesouffre aucune injure
Carſouvět jen'en puis souffrir
Sans eftre reduit à perir.
Fuges de ma delicateſſe ;
Cependant quoy que jefois tel.
Tout le monde à l'envy s'empreffe
Ame dreffer chaquejour un Autel..
Mon origine eft noble & pure.
Je change de couleur fans changer
de nature ,
Et comme je touche le coeur
Par leſoinqueje prens d'offrir ce qu's
doit plaire ,
Chacunfi fort me confidere ,
Qu'il gronde en ſeplaignant fou
vent de mon malheur..
188 MERCURE
J
Jais onfait plus encore, on meflate,
on me touche ,
Et je me faissi bien priſer ,
on Qu'iln'est point de fi belle bowche
Qui quelquefois ne chercheà me
baifer.
AUTRE ENIGME.
E fuis Fille d'un Pere aimé de tout
le monde ;
De ma Mere je fors d'une étrange
façon ;
Lepaſſe par le feu,par l'eau, par la
prifon,
Et Semblable à Niobe , en pleurs je
Suis feconde.
Mon Pere a l'esprit vif, c'est ainfi
que je l'ay.
Etfi quelquefois je m'échape,
Ilest bienfin qui me ratrape ,
GALANT .
189
Mais on me tient captive en tous
lieux où je vay.
Soit que j'aille Sur Mer . foit que
j'aillefur terre ,
On trouve du fecours en moy ,
Et je suis mesme en mon employ
Neceffaire enla Paix , neceſſaireen
La Guerre.
Mais fur tout admirez mon mer
veilleux pouvoir;
D'ungueux jefais un riche,&change
un autre en beste ,
A celuy-cy je mets des cornes en la
teste ,
Et ce que Circé fit , je le fais aussi
voir.
Voicy un ſecond Air nouveau
, dans lequel vous netrouverez
pas moins de beautez que
dans le premier.
१०.
MERCVRE
AIR NOUVEAU.
B
Elle&jeune Saiſon , ton retour
est charmant ,
Et chacun le defire avec empreffement.
Nous lefouhaiterions encor bien davantage
,
Si par luy nous estions toûjours dans
le bel âge;
Mais par malheur àforce de Printemps
,
Nous nous trouvons enfin dans l'hyver
de nos ans.
l'ay veu des Lettres de Conſtantinople
, qui marquent que
Monfieur Girardin , Ambaffadeur
de France , eſtoit heureuſement
arrivé au Port de cette
Ville- là l'onzième de lanvier. Le
lendemain il deſcendit du Vail
GALAN T.
191
feau , & alla prendre poffeffion
du Palais. Il fut ſalué de toute
l'Artillerie des trois Vaiſſeaux du
Roy qui l'avoient accompagné.
Un Canonnier ayant oublié d'ôter
un boulet d'un Canon , il arriva
malheureuſement que ce
boulet tua un Inif, & endommagea
quelques maiſons. Cet accident
n'eut aucune ſuite. Le Caimacan
qui en fut informé ſur
l'heure , envoya dire à Monfieur
l'Ambaſſadeur qu'il ne s'en miſt
point en peine , & qu'il ſe chargeoit
de cette affaire.Le 13. Monſieur
l'Ambaſſadeur fit affembler
toute la Nation Françoiſe ,
&déclara à tous ceux de la Religion
Prétenduë Reformée,qu'il
leurdonnoit quatre mois pour ſe
determiner à ſe convertir , ou à
retourner en France. Le 14.il alla
viſiter la fameuſe Egliſe de Sainte
192 MERCURE
Sophie , aujourd'huy la principa
le Moſquée du Grand Seigneur ,
& plus de deux cens perſonnes
de Nations differentes y entrerent
avec luy.
On nous apprend par les me(-
mes Lettres que l'Eglife de S. Benoiſt
, d'un ancien Monastere
Benedictin , ſitué dans la Ville de
Galata , la ſeule des anciennes
Egliſes Latines , toutes les autres
ayant eſté confumées par les incendies
paſſez , ou détruites par
les Turcs , fut brûlée le 9. Novembre
dernier , par un Cierge
mal éteint qui y mit le feu , en
forte qu'il n'en reſta que les murailles.
La maiſon des Peres leſuites
, qui deſſervoient cette
Eglife , n'en fut point endommagée,
non plus que le voiſinage..
Celuy qui a eſté nommé par le
Roy Agent pour la Nation Françoife
GALANT. 193
çoiſe aprés la mort de Monfieur
de Guilleragues , en écrivit auſſi -
toſt au Grand Viſir , pour obtenir
permiffion de la rebaſtir; ce qui
Juy fut accordé le 14. de Decembre
par un Commandement autentique
du Grand Seigneur.
Il court un Alphabet plein
d'Inſtructions utiles , dont on
m'a donné une copie. le vous
l'envoye. C'eſt l'Ouvrage d'un
Pasteur zelé pour ſes Oüailles
nouvellement recouvrées. Ilest
de Monfieur Hamel , Curé de
Mouy , Diocese de Beauvais.
L'ALPHABET
Des Nouveaux Convertis à la
Foy de l'Egliſe Romaine.
220
A
?
Dorez I. C. réellement con.
tenu ſous les Efpeces du
Mars 1686.
Pain
I
n
194 MERCURE
&du Vin dans l'Egliſe Catholi
1
que.
Beuvez fon Sang en mangeant
Jon Corps Sous la seule Espece du
Pain , Sans defirer l'usage de la
Coupe , qui n'est neceſſaire qu'au
Sacrifice.
Confeſſez vos pechez à l'oreille
des Prestres faites les Penitences
qu'ils vous enjoindront pouryfatis.
faire,&fervez vous des Indulgences
de l'Eglise , pour vous acquiter
plus promtement enversDieu.
Depoüillez-vous de tous respect ·
humain , & de tous les sentimens
de la Chair & du sang, pourn'écouter
que laseule Verité.
Expliquez l'Ecriture SainteSelon
l'esprit des Saints Peres & Docteurs
de l'Eglise , & non pas par vos
lumieres particulieres.
Faites grand état de toutes les
Ceremonies de l'Eglise Romaine ,
GALANT.
195
dont vous trouverez l'explication
misterieuse dans un grand nombrede
Livres , composezpour cela.
Gardez toutes les Ordonnances
defes Conciles Generaux , & principalement
de celuy de Trente.
Honorez tous les Saints qu'elle
reconnoist comme tels , avec leurs
Reliques &leurs Images.
Implorez leur credit auprès de
Dieu , & pour meriter leur protection
imitez leurs Vertus .
Lifez leurs Vies Vies avecrespect ,&
avec intention d'en profiter , auffibien
que les autres Livres de Picté.
Mortifiez vostre chair en
100 %
en gardes
dant les cufnes du Caresme ,
Vigites & Quatre temps ,, & l'ab
ſtinance des Vendredis & Samedis
l'annee.
ot.
Nourriffez vos Ames du Pain de
la Parole de Dieu , & dde l'oraifon,
pour vous convaincre des Veritez
1
T 2
196 MERCURE
que vous avez ignorées jusqu'à
present.
Oubliez lesvieilles querelles que
vous avez eues cy- devant avec
l'Eglise Romaine , qui comme une
bonne Mere vous tend les bras ,
pour vous recevoir avec amour au
nombre de ſes Enfans , nonobstant
vos égaremens paſſez .
Purifiez - vous autant que vous
pourrez en cette vie croyez
qu'il y a un Purgatoire en l'autre,
pour achever de vous rendre dignes
du Royaume des Cieux où rien de
foüilléne peut entrer.
Quittezgenereusement vos Parens
& Amis ui ne voudront pas ND
rentrer comme vous au giron de la
2
aritable Eglife.
२
*Reconnoisseznostre Saint Pere le
rape pour le Vicaire de I. C. en
Terre le Succeſſeur de S. Pierre
& le Chef visible &
de l'Eglise militantt.
univerfel
د
GALANT.
197
4
Soumettez - vous avec joje à fon
obeiſſance , comme de bons Enfans
à l'égard de leur veritable Pere.
Travaillez fortement en la pratique
des bonnes oeuvres , fans lefquelles
la Foy est morte , comme dit
S. Lacques , & ne peut pas fuffire
pour nous fauver.
Veillez & priez , de peur que
vous n'entriez dans la tentation de
retourner à vos premieres Erreurs ,
& de vous perdre éternellement
avec vos Peres qui les ontſuivies.
Vous aurez entendu parler
de la Cavalcade de trente Seigneur
& de trente Dames , qui
ſe doit faire à Verſailles un peu
aprés les Feſtes de Paſques,
C'eſt le fort qui a donné à chaqueChevalier
la Dame qu'il doit
conduire ,& qui a pareillement
décidé du rang de la Marche , à
13
198 MERCURE
l'exception des Chefs & de leurs
Dames, qui ſont Monſeigneur le
Dauphin , & Madame la Ducheſſe
de Bourbon ; M. le Duc de Bourbon
& Mademoiselle de Bourbon.
Voicy les noms des autres
ſelon les Billets qui leurs font
écheus.Le nom de chaque Dame
eſt avec celuy de ſon Chevalier.
QUADRILLE
DE MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
MONSEIGNEUR.
MADAME LA DUCHESSE
DE BOURBON .
M. le Marquis de Bellefons.
Mademoiselle de Humieres.
GALANT.
199
M. le Chevalier Colbert.
Mademoiselle Defemeac.
M. le Duc de la Trimoüille.
Mademoiselle de Iarnac.
M. le Duc de la Meilleraye.
Mademoiselle de Gramont.
M. le Marquis de Rochefort,
Madame d'Alegre.
M. le Comte de Brionne.
Mademoiselle de Viantais .
M. le Comte de Duras .
Mademoiselle d'Alerac.
M. le Comte de Nogent.
Madame de Vassé.
M. le Marquis de Villequier.
Mademoiselle de Piennes.
M. le Comte de Mailly.
Madame de Bellefons .
M. le marquis de Plumartin.
Madame de Chaſtillon .
M. le Duc de Vandofme .
Mademoiselle de Rambures,
TA
14
200 MERCURE
M. le Comte du Bourg.
Madame de Chofeil.
M. le Comte de Blanfac .
Mademoiselle de Sanfay.
: ああああああ
QUADRILLE
DE MONSIEUR
LE DUC DE BOURBON.
MONSIEUR LE DVCDE BOURBON,
MADEMOISELLE DE BOURBON.
M. le Marquis de Polignac.
Mademoiselle de la Rochealard.
M. le marquis de Crequi,
Mademoisellede Pomy .
M. le Prince de Rohan.
Mademoisellede Senneterre..
M. le Grand Prieur.
Madame deMortemart.
GALANT. 201
M. le marquis de Neſle.
Madame de la Fare.
M. le marquis d'Antin.
Mademoiselle de Sinteran:
M. le Comte de Coffé .
Mademoiselle de Hautefort.
Male Comte de Cruffol.
Mademoiselle Doré.
M. le Prince Camille.
Mademoisellede croiffy.
M. le Comte de Rouffy.
Mademoiselle d'Uzes.
M. le marquis de la Châtre.
Mademoiselle d'Estrées.
M: le Marquis de Chamarante...
Madame de Leveſtein.
M.le Prince de Tingry.
Madame d'Urfé.
M. le marquis de Nangis .
Mademoiselle de l'Illemarie,
Monfieur le Ducde S. Aignan
eſt ſeul Mareſchalde Camp , &
15
202 MERCVRE
Iugedes Courſes. Il n'y aura point
d'autres Officiers Generaux ny
de mareſchaux de France pour
juger , comme il y'en eut dans le
Carouſelde l'année derniere.
Monfieur le Comte de Quelus
a épousé Mademoiselle de murcé,
Niepce de madame de maintenon
àla mode de Bretagne. Elle eſt
Fille de Monfieur Villette ,dont
je vous ay parlédans pluſieurs de
mes Lettresi, & fur tout depuis
deux ou trois mois , dans le temps
qu'il a abjuré la Religion Preten.
duë Reformée. Monfieur le Comte
de Quelus eſt celuy qui eſtoit
de la Quadrille des Zegris dans
ledernier Carouſel. Ie vous disalors
, qu'il eſtoit Fils d'Henry de
Tubieres de Peſtelt & de Leri ,
Comte de Quelas en Roüergue,
&de Claudede Fabert , Fille du
Mareſchalde ce nom.
GALANT.
203
Vous avez ſceu par les nouvelles
publiques que Dona Maria
Virginia Altiery , Niece de Clement
X. a pris depuis peu de
temps l'Habit de Religieuſe dans
le Monastere di Torre di Specchio,
& que Monfieur le Cardinal
Altieri fit la Ceremonie de lay
donner le Voile. Cette nouvelle
eſt venuë icy avec une circonſtance
fort particuliere. Aprés
qu'on fut forty de l'Egliſe , toutes
les Religieuſes de cette maiſon,
au nombre de deux cens , furent
traitées magnifiquement à Difner
, & à la fin du Repas , on
apporta fur la table un grand
Baffin , où eſtoit un Arbre chargé
de fruits , le tout d'argent. Chaque
Religieuſe eut ordre d'en
cüeillir un , & elle y trouva un
preſent de ſept Piaſtres.
Ie viens d'apprendre que Da-
16
204
MERCURE
me Françoiſe de Puy-du Fou eſt
morte le 20. de ce mois. Elle
eſtoit Veuve de Meffire Hilaire
Marquis de Laval Lezan, Chef
du Nom& Armés de Laval.
Meffire Urfin Durandeſt mort
auſſi depuis peu de jours. Il eſtoit.
Conſeiller de la Grand Cham--
bre. Monfieur Brodeau eſt montéàſa
place.
Il y a quelques années que je
vous appris une petite merveille
arrivée à Bar ſur Seine. C'eſtoit
un oeuf de Poule fur lequel la
Nature avoit marqué en relief
l'image du Soleil.. Il en a paru
une autre dans la meſme Ville ,
fur la fin du mois paſſé . C'eſt un
Agneau qui a deux corps , avec
une ſeule teſte , où ſont trois
oreilles , une ſur la nuque du
col ,& les deux autres aux places
ordinaires. Ces deux Corps
GALANT.
205
ont chacun leur dos , leur échi
ne , leur queue ,& leurs quatre
jambes; mais ils font joints par
la poitrine & par le ventre , &
enfermez ſous une meſme pean
juſqu'au nombril. Ils avocat
pourtant chacun leur coeur &
leurs autres parties nobles. De...
puis le nombril , ces Corps accollez
ſe ſeparent , ont leur peau
particuliere , & font meſme de
different Sexe. La Bergere que
le hazard fit trouver à la naifſance
de ce petit Monſtre, en eut
fi grande peur , qu'elle le jetta
contre la muraille de l'Eſtable ,.
& le tua. La Brebis qui l'a pro--
duit n'avoit jamais fait d'AL
gneaux , mais elle vient d'une
mere qui en faiſoittoûjours deux
de chaque portée. Monfieur de
Vienne de Plancy àqui on en a
fait preſent , l'à envoyé à Troyes,
206 MERCURE
àMonfieur Quinot , pour avoir
place dans fon Cabinet de Curiofitez
, où l'on peut le voir.
Il eſt quelquefois de nos avantages
qu'on ne tienne pas ce
qu'on nous promet. Ce que je
vay vous conter en eſt une
preuve. Un jeune Cavalier en
reputation d'honneſte homme ,
&qui l'eſtoit en effet, ayant des
raiſons qui l'obligeoient à ſe marier
, jetta les yeux ſur une Veuve
fort riche , mais qui paroifſoit
tout au moins Sexagenaire.
Comme il eſtoit fort bien-fait, il
n'eut pas de peine à toucher ſon
coeur , & le mariage fut preſque
auffi- toſt conelu , à condition
que l'on employeroit dans le
Contract ; qu'elle feroit ce que
fon premier mary luy avoit toujours
permis de faire , c'est- àdire
qu'elle recevroit , payeroit ,
A
GALAN T. 207
&auroit la Clef du Cabinet où
feroit l'argent. Le Cavalier conſentit
àtout ,&ſe maria. Le len
demain il luy demanda fort civilement
la clefde ſon Cabinet Elle
crut qu'il vouloit rire,& fes longs
refus ayat obligé le Cavalier à luy
faire entendre dans les termes les
plus honnêtes qu'il peut choiſir
qu'il ne l'avoitépousée ny pour ſa
beauté ny pour ſa jeuneſſe, mais
pour eſtre maiſtre de l'argent ,
- elle fut contrainte d'abandonner
ſon tréfor. Il l'aſſeura , lors qu'il
eut la clefdu Cabinet , qu'il en
uſeroit d'une maniere dont elle
auroit lieu d'eſtre contente.Il luy
achepta de plus beaux Chevaux
que ceux qu'elle avoit , & luy fic
avoir toutes les choſes qu'elle
s'épargnoit par avarice. Ce procedé
continuë. Il luy donne de
l'argent , luy entretient bonne
208 MERCURE
table,fait mettre tous les matins
un bouquet for la Toilette , l'exempre
du ſoin de recevoir& de
compter avec des Fermiers , &
luy dit toûjours qu'eſtant déli..
vrée de ces fortes d'embarras ,
elle goûtera mieux les douceurs
qui accompagnentune vie tranquille
, & par conſequent vivra
plus long-temps. Elle a reconnu
que ce party étoit le meilleurs
pour elle , & ils vivent fort far
tisfaits l'un de l'autre.
Il a paru un Ecrit, qui est trèsutile
, non ſeulement pour faire
connoiſtre.anx Proteſtans qu'ils
font dans l'Erreur , mais encore
pouraffermir les nouveauxConvertis
dans la veritable Religion.
Il a pour Titre , Réponse fraterwelle
au nom des nouveaux Catho
liques de France, àune Lettre prézenduë
Pastorale, attribuée au MiGALANT.
109
nistre Claude. L'ay appris que
cette Réponſe eſt de Monfieur
l'Abbé Huvet de Lyon , qui a
fervy prés de treize ans de Secretaire
à Rome , ſous Monfieur
le Duc d'Eſtrées. L'eſtime qu'il
s'eſt acquiſe dans cet Employ ,
confirmée par les témoignages
autentiques que ce Duc en a
rendus, auffi- bien que Monfieur
le Cardinal d'Eſtrées , fon Frere,
tous deux infiniment éclairez ,
eſt une preuve affeurée de ſon
merite. Il réfute ſolidement , &
par les Paſſages de l'Ecriture , les
raiſonnemens de la Lettre pretenduë
Paſtorale , & vous trouverez
en la lifant, que ſans s'embaraſſer
dans aucun Article con .
troversé , il s'eſt renfermé uniquement
en ce qui regarde le
Schifme , & fon iujuſtice. Par
exemple , il ſe ſert du Paſſage:
210 MERCVRE
de S. Paul , Qu'il faut croire de
coeur à lustice ,& confeffer de bouche
à Salut , pour prouver que
l'Egliſe Catholique poſſedant
tous les Articles fondamentaux
& les Veritez capitales , rien
n'avoit eſté plus injuſte que la
ſeparation , & qu'au contraire
rien n'eſtoit plus juſte que la
réünion qui s'eſtoit faite. En
effet , dans le ſeul developement
de ce Paſſage de S. Paul
ſens propre & litteral de l'Apôtre
que l'Autheur de la Lettre
Paſtorale a détourné à un
ſens tres- faux , prétendant montrerque
les nouveaux Catholiques
ont renié I. C. Monfieur
l'Abbé Huvet fait voir claire-
⚫ment que l'Egliſe Catholique à
laquelle ils font revenus , par le
Symbole de la Foy qui s'y rencontre
tout entier , poffede tout
, au
GALAN Τ. 211
cequ'il faut pour eſtre la veri
table Eglife , de laquelle on ne
devoit point ſe ſeparer , & à
laquelle on devoit par conſequent
revenir , qu'ainſi ils ont
confeſſe veritablement J. C. par
cette réünion en fuivant lon
eſprit , qui eſt d'unir enſemble
par le lien de la paix , c'eſt à dire
la Charité , tous ceux qui le confeſſe,
ce qu'il confirme par d'autres
Paſſages tirez du meſme
Apoſtre. Il ſe ſert auſſi de ce
Paſſage pour combatre en paſ
ſant la fauſſe idée de juſtification
parmy les Proteſtans , & détruit
toutes les pretenduës illufions
que cet Auteur a imputées aux
nouveaux Catholiques , autant
qu'il le peut , par les propres termes
de l'Ecrirure. Il n'applique
aucune parole des Peres , qui
ne ſe rapporte à cette meſme
212 MERCURE
Ecriture , dont il fait regner l'ef
prit & le langage par tout ; & il
finit aprés avoir ruiné tout ce
que ce meſme Auteura dir contre
la réünion , par un Siſtême
de l'amour de Dieu , qui par ſa
feule oppoſition renverſe celuy
de predeſtination des Proteftans,
& il le tire purement de l'Ecriture.
Il n'oublie pas de lovër
le Roy , mais naturellement , &
par des endroits qui viennent
de la matiere , outre le beau
Paſſage de S. Auguſtin , qui eſt
au frontiſpice de l'Ouvrage , &
qui donne une idée Chreſtienne
de l'employ que noſtreAuguſte
Monarque fait de ſa puifſance
Royale pour la réunion
dont on luy eſt redevable. Voicy
la traduction de ce Paſſage
de S. Auguſtin. Qui refuse d'o
GALANT.
213
beïr à la Verité , c'est àdire , an
coeur d'un Dieu parlant par le
coeur d'un grand Roy , pour réünir
ſes Enfans diviſez n'est pas seu
lement criminel devant les hommes,
mais ne sçauroit estre innocent devant
Dieu En effet , lors que les
Rois , qui fontles Ministres de
Dieu pour le bien , en ordonnent un
auſſi grand que cette reünion , ce ne
font pas proprement eux qui commandent
, mais Iefus-Chrift , puis
qu'ils ne commandent que ce que
Iefus - Christ commande luy mes
- Je ne ſçaurois mieux finir ma
Lettre , que par un Article qui
doit répandre une joye generale
dans toute la France. Le vingt
cinquième de ce mois , jour de
l'Anonciation de la Vierge , Ma
dame la Dauphine eſtant à la
214
MERCVRE
Meſſe , y ſentit remüer pour la
premiere fois , l'Auguſte Enfant
demandé au Ciel par nos fouhaits,
puis que nous ne pouvons
'avoir trop de Princes d'un Sang
ſi fecond en miracles. On peut
dire que le premier mouvement
de ſa Viea eſté un acte d'adoration
,& qu'en imitant S. Jean
Baptifte , il a fait éclater ſa joye
dés qu'il s'eſt vû en preſence du
Sauveur du Monde. En effet , il
femble qu'en commençant à
refpiren, il ait applaudy par ce
mouvement à ce que le Roy fait
en faveur de la Religion Catholique
, & qu'il ait voulu faire
connoiſtre qu'il ſe prepare à
employer tous ceux de fa vie
pour la gloire & pour la défenſe
des Autels , puis que le premier
qui a marqué qu'il refpiroit, s'eft
fait fentir dans le vray Temple
GALANT.
215
de Dieu. Le Siecle à venir ſera
témoin de ce qu'il fera un jour
de digne de ſa Naiſſance. L'Auguſte
Sang dont il eſt formé nous
rend affez heureux pour nous
empeſcher de porter envie au
bonheur de ceux qui verront ces
grandes choses. Contentonsnous
aujourd'huy de la pleine
Joye que ce mouvement nous
donne par l'entiere certitude
que nous recevons de la Grof
ſeſſe de Madame la Dauphine,
dont juſque- la on avoit lieu de
douter.
Ce qui s'eſt paſſé àl'occaſion
de la Statuë dreſſée au Roy par
Monfieur le Maréchal Duc de
Feüillades demandant un long
détail, je remets au mois prochain
à vous en faire une relation exacte,&
fuis , Madame, vôtre, &c.
AParis, ce 31.Mars 1696.
DE
1993* 2
Avis pour placer les Figures. 1
LAAir qui ccoommence par Venez
, juſte dépit , venez à mon
fecours , doit regarder la page 89 .
La medaille doit regarder la
page 139.
L'Air qui commence par,Jeune
& belle Saifon , doit regarder la
page 190.
Στον σα :
2 છછ િછ ?? **
P
Extrait du Privilege du Roy.
Ar Grace & Privilege du Roy , donné
Chaville le 18. Juillet 1683. Signé , Par
le Roy en fon Confeil, IUNQUIERES. Il eſt ,
permis à I. D. Ecuyer , Sieur de Vizé , de
faire imprimer tous les Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , contenant
pluſieurs Pieces , Relation , Hiſtoires , Avantures,
& autres Ouvrages hiſtoriques , cus
sieux & galans , pour la fatisfaction de
Bôtre cher & tres- amé Fils LE DAUPHIN
pendant le temps & eſpace de dix années,
à compter du jour que chacun deſdits
Volumes ſera achevé d'imprimer pour la
premiere fois : Comme auſſi défenſes ſont
faites à tous Libraires , Imprimeurs Graveurs
& autres , d'imprimer , graver& debiter
ledit Livre ſans le conſentement de
Expoſant , nyd'en extraire aucune Piece , ny
Planches ſervant à l'ornement dudit Livre,
meſme d'en vendre ſeparément , & de donner
à lire ledit Livre ; le tout à peine de fix mille
livres d'amendecontre chacun des contrevenans
, & confiſcation des Exemplaires contrefaits;
ainſi que plus au long il eſt porté
auditPrivilege. :
Registré sur le Livre de la Communauté
le14. Septembre 1683 .
Signé ANGOT , Syndic,
Er ledit Sieur I. D. Ecuyer , Sieur de
Vizé , a cedé & tranſporté ſon droit de
Privilege à Thomas Amaulry , Libraire à
Lyon , pour en joüir ſuivant l'accord fair
entr'cux.
Archiepifcopus &Prorex Lugdunenfis
Camillus de Neufville Collegio SS
Trinitatis Patrum Societatis JESU
Teſtamenti tabulis attribuit anno 1693 .
807156
LA
&
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEU
LE DAUPHIN
MARS 1686 .
LYON
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY,
ruë Merciere , au Mercure Galant.
M. DC. LXXXVI.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
AU LECTEUR .
Es ordres auxquels
il eſt glorieux d'obeïr
, ayant engagé à un
Ouvrage du temps, dont
le travail ne ſoufre point
de delay , l Extraordinaire
qui devoit paroiſtre
au quinziéme d'Avril, ne
ſera mis en vante qu'au
quinziéme de luillet. On
eſt auſſi obligé de remet-
*
ã 2
tre l'Hiſtoire des Eſtampes.
Le Public fera averty
par un Avis particulier
du temps auquel elle paroiftra
.
LE LIBRAIRE
AU LECTEUR.
ON ne pût pas ſe difpenſer
de donner au public
le mois paſſé deux
tomes au Mercure , par
la grande abondance de matiere
que l'on avoit , je ſuis perfuadé
que pluſieurs perſonnes n'en
ont pas eſté fatisfait , à cauſe du
prix qui double , ce qui a fair
refoudre à l'Autheur de bonnifier
plûtôt à l'avenir leſdits Mer
cures , & ne plus donner de
ſeconde partie.
Comme le nom de Meſſieurs
23
LE LIBRAIRE
de la Barmondiere eſt connu de
tout ce qu'il y a de perſonne de
confideration en France. J'ay
crû eſtre obligé de vous avertir
que l'Autheur de l'Anagrame
qui eſt à la page 39. faite fur
le nom du Roy, qui à eſté ſi bien
reçeu de Sa Majesté , eſt le pius
jeûne de Meſſieurs de la Barmondiere
, & l'on le diftingue
par une de ſes Terres , dont il
porte le nom; de Monfieur de
la Barmondiere de S. Fonts de
l'Academie de Villefranche en
Beaujolois. Je ne vous dit riende
fon Erudition , il ſuffit de vous
dire qu'il eſt Frere de Monfieur
le Curé de S. Sulpice à Paris &
de Monfieur de la Barmondiere
Secretaire du Roy , maiſon Couronne
de France & ſon Procureur
du Roy à Villefranche , ce
AU LECTEUR.
font deux perſonnes d'une piete
exemplaires.
L'on continuë toûjours à diſtribuër
le Journal des Sçavans
tous les quinze jours pour fix
fols chaque cahier , comme je
me fais un plaifir de vous obeïr
en tout ce que vous me commandez
& que vous m'avez ordonné
beaucoup de fois de vous
envoyer de pluſieurs fortes
d'Heures de Paris. J'en ay fait
venir un aſſortiment de toutes
manieres tant en Chagrin , Fermoirs
d'Argent qu'autrement ,
ainſi vous en pouvez faire pare
à vos amis. Je ne puis vous en
marquer le prix , car il y en a de
trop de façon tant de grandes
que de petites , Latin , François
, qu'autrement. Je vous prepare
nombre de Livres Nou-
ลี 4
4
LE LIBRAIRE
veaux dans peu de temps , tant
Livres de Monfieur Varillas
que la ſuite de l'Eſpion Turc ,
le fix & ſepriéme des Conferences
de Luçon , & nombres dont
je vous entretiendray chaque
Mois.
LIVRES NOUVEAUX
du mois de Mars 1686 .
FNtretiens fur la pluralitez
Mondes , par
du Dialogue des Morts , indouze
, 30. fols.
Nouvelle Bibliotheque des
Autheurs Eccleſiaſtiques, contenant
l'Hiſtoire de leur vie , le
Catalogue , la Critique , & la
Cronologie de leurs Ouvrages ,
Au LECTEUR.
le Sommairede ce qu'ils contien
nent un jugement ſur leur ſtile,
& fur leur doctrine , & ce dé
nombrementdes differentes Editions
, de leurs Ouvrages par M
L. du Puy Docteur de Paris , des
Autheurs des trois premiers Sie
cles de l'Eglife , avec une diſſertation
Préluminaire ſur les Autheurs
des Livres de la Bible in
octavo, 4. fols.
L'Etat de la France où l'o'n
voit tous les Princes , Ducs &
Pairs , Maréchaux de France , &
autres Officiers de la Couronne,
des Evêques , les Cours qui Iugent
endernierReffort , les Gouverneurs
des Provinces, les Chevaliers
des Ordres , & enſemble
les noms de tous les Offices de la
Maiſon du Roy , & Maiſon des
Princes juſques aujourd'huy in
a
LE LIBRAIRE
douze deux vol . 3. liv. dix ſols.
Les Remedes des Malades
du Corps Humain , qui ſert de
fecond tome à l'Anatomie du
Corps Humain in octavo 4.liv.
La ſcience parfaite des Notaires
où le moyen de faire un parfait
Noraire , contenant les Ordonnances
, Arreſts , & Reglemens
rendus touchant la fontion
des Notaires par Me Claude
de la Ferriere , ſeconde Edition
augmenté d'un tier , s . liv.
L'Eſprit de l'Ecriture Sainte
avec des Reflexions par Monfieur
le Baron des Coûtures in
douze deux vol. 3. liv.dix fols.
Reflexions ou Sentences &
maximes Morales , par Monfieur
la Roche Foucaut , augmentée
de plus de cent nouvelles maximes
in douze 30. fols .
Les devoirs de la vie Civile
AU LECTEUR.
nouvelle Edition revevë corri
gée,augmentée , in 12. 2 vol 3.1 .
La liberté des Dames,in 12.20.f.
Alcibiade Tragedie pour monfieur
Capiſtron, in douze 25.fols.
L'Homme à bonne Fortune,
_ Comedie in douze 25. fols .
e
La ſcience & l'Artdes Deviſes
dreſſez fur de nouvelles regles,
- aveciſix cent deviſes ſur les principaux
évenemens de la vie du
Roy , & quatre cent deviſes Sacrées
dont tous les mots ſont tirés
de l'Ecriture Sainte , par le Reverend
Pere Menestrier, in 8. 2.liv.
コ
e
コ
r
e
6
Inſtructions Paſtorales , & Pratique
, pour la conduite d'un
leûne Curéen Forme d'entretien,
in douze 30. fols .
Diſcours Satiriques , & Moraux
, où Satires Generales par
Mr Petit de Roüen, in douze 25 ...
L'Arioſte Moderne où Roland
:
i
LE LIBR. AU LECTEUR .
le Furieux , tome 3.&4. 30. f. le
premier & le ſecond ſe trouve
auſſi dans la méme boutique pour .
led. prix de 30. f. c'eſt 3.1 . les 4.to
Prieres affectives in ſeize pour
les nouveaux convertis. 4..
Secrets des bains de Vichy în
douze 15.f..
Petit flambeaude la Mer,in4.3.1.
Recüeil d'Emblême où Tableaux
des ſciences,& des verras
Morales, par M Baudoin de laCademie
Françoiſe,avec pluſieurs figure
en tailledouce in 12.3 . v.6.1 .
La Liturgie Sacrée où l'Antiquité
, les miſteres & les Ceremonies
de la Sainte Meſſe , indouze
3. vol. 4. liv. 10.f.
Hiſtoire du Pontificat de MonficurMaimbourg,
inquarto 6.liv.
& indouze , deux vol. Paris 3. liv.
& de Lyon fort bien Imprimé
affi en 2.vol. 2.liv.
TABLE DES MATIERES
contenuës dans ce Volume.
Relude. I
de Monfieurl'Ar-
Mandement deMo
chevesque de Paris , fur le Refpect
qu'on doit garder dans les
Eglifes.
Extrait de Sermon.
Sonnets.
Devife. J
Lettre en Profe & en Vers.
5
9
34
34
35
Anagramme. 39
Epigramme. 40
Sonnets. 41
Servicesfaits pourle repos de l'Ame
de feu Monsieur le chance.
lier.
43
Extraitd'une Oraiſon Funebre. 46
TABLE .
ficiles à croire.
Lettre de Conftantinople.
ans Thoulouse.
Huitième Dialogue des choses dif-
54
१०
Festes galantes qui se font tous les
ΙΟΙ
Service fait pour le repos de l'Ame
de feu Monsieur le Prince de
Conty. 113
AutrepourfeaMonsieurle Maréchal
Duc de Villeroy. 119
Officiers Generaux nommez pour
le Roy.
Histoire. 126
Monfieur Faucon de Ris est nommé
Premier President au Parlement
de Roüen .
135
Intendances données par Sa Maje--
Sté. 136
Conversions faites depuis le mois
dernier , & tout ce qui s'est passé
far ce sujet. 140
TABLE.
. Ce qui s'eſt paſſe au Grand Confeil
le jour de l'enregistrement des
Lettres de Monfieur le Chancelier.
169
Service fait àl'Hostel Royaldes Invalides.
182
Mort de Monfieur le Curé de S.
Gervais. 184
Cure de S. Gervais conferée par
Monfieur l'Abbé Colbert. Ibidem.
Noms de ceux qui ont deviné les
Enigmes du mois passé. 185
Enigmes . 187
AutreEnigme. 188
Alphabet des nouveaux Conver
tis.
193
Cavalcade. 198
Nouvelles de Constantinople. 190
Mariage de Monsieur le Comte
de Quelus & de Mademoiselle
de Murce. 202
Galanterie magnifique. 203
TABLE.
3
Morts. 204
Prodigenouveau. 205
Avanture. 206
Nouvelle Réponse à la Lettrepretenduë
Pastorale du Ministre
Claude. 208
Nouvellejoye. 213
Article pour le mois prochain. 214
Fin de la Table.
to
6
re
3
44
MERCURE
GALANT THEQUETE
MARS 1686.
BIBLIO
VILE
A pluſpart des Vies que
l'on a faites des Saints ,
nous apprennent que
dés leur plustendre jeuneffe
ils ont donné des marque
d'une pieté qui faifoit connoître
ce qu'ils devoient eſtre un jour.
On peut dire la meſme choſe du
Roy. Il a commencé à faire éclater
un zele extraordinaire par
Mars 1686. A
2 MERCVRE
toutes les chofes qui regardent
le culte de Dieu , dans un âge
où l'on n'eſt ordinairement occupé
que des plaiſirs , & c'eſt à
quoy l'on connoiſt une Ame
prédeſtinée. Je ne dis rien qu'on
nepuiſſe voir en beaucoupd'endroits
du Panégyrique de ce Monarque
, compofé il y a déja pluſieurs
années par Monfieur l'Evêque
d'Amiens . Ce Prelat pouvoit
en parler beaucoup mieux
qu'un autre , puis qu'il a eſté
luy-meſme témoin de toutes les
chofesdont ſon Hiſtoire eſt remplie.
Cette pieté dont on luy a
veu prendre les ſentimens dés le
berceau , loin d'avoir eſté affoiblie
par les plaiſirs , comme il arrive
preſque toûjours dans un
âge propre à s'y abandonner ſans
retenuë , s'eſt augmentée avec
les années de ce grand MonarGALANT.
13
5
1
me
0
Γ
e
1
S
C
que , & l'on ne doit pas s'étonner
aprés cela , s'il s'eſt appliqué
avec tant de ſoin à rappellerdans
la veritable Eglife tant de milliers
d'Ames égarées . Il y a ſujet
de croire que ce grand deſſein ,
dont on n'auroit pû s'imaginer
-l'execution poffible eſt un ouvrage
qu'il a medité toute la vie.
Aprés cette heureuſe réünion
des Proteſtans , qui donne tant
de joye aux Catholiques , il falloit
pour l'édification des uns &
des autres , non ſeulement que
le reſpect regnaſt dans nos Temples,
mais qu'on l'y vift redoublé.
Cependant comme toutes
choſes ſe relâchent , & que les
Chreſtiens ou plûtoſt , tous les
hommes manquent inſenſiblement
à la veneration qu'ils doivent
aux Lieux faints , ſi on ne
les fait de temps en temps apper-
A 2
4 MERCURE
cevoir des fautes qu'ils commet
tent , plus par habitude & par
negligence , que par aucun def
-ſein prémedité, du moins la plu
part , car il n'eſt pas croyable
que des Chreſtiens fuſſent capables
de porter leurs irreverences
juſqu'à une profanation volontaire
, Monfieur l'Archeveſque
pour fatisfaire da -deſſus aux
pieuſes intentions de Sa Majesté
afait publier le Mandement que
vous allez lire. Il eſt conceu en
des termes ſi dignes de la piete
de ce grand Prelat , que je crey
vous faire plaiſir de vous l'en
voyer.
2101
GALANT
5
e
0
Di
MANDEMENT
De Mr l'Archevêque de Paris
fur le Reſpect que l'on doit
garder dans les Eglifes.
1
CRANCOIS , par la grace de
FDieu, & du Saint Siege Apostotique
, Archevefque de Paris, Duc
1
Pair de France , Commandeur
des Ordres du Roy , Proviseur de la
maison de Sorbonne , & Superieur
de celle de Navarre; A tous Doyens
Abbez, Prieurs Archiprestres,Curez,
Vicaires, Superieurs, Superieures, &
Predicateurs desEglifes &des Com.
munautezde Paris , Salut & Benediction
Bien que l'Homme juste ait
toûjours esté le Temple vivant de
Dieu , iln'a pas laissé de vouloir
demeurer par une prefence Speciale
en des lieux conſacrez àſagloire..
A 3
6 MERCURE
Ellese rendit fenfible fur lapierre
qui recent l'onction de Jacob , &
dans le Temple où Salomon renferma
I Arche &le Tabernacle , ces
Patriarches furent autant faijis de
frayeur , qu'ils funent touchez de
refpret pour des lieux quin'estoient
quel'image & la representation de
nos Eglifes. Elles doivent d'autant
plus attirer nôtre veneration , que
be même Pontife , Laquel , felon S.
Paul , eft entrédans un Tabernacle
qui n'est point l'ouvrage des hom
mes , & qui s'est élevé jusques au
feinde fon Pere , daigne defcendre
fur nos Autels , habiter dans nos
Temples ,y recevoir nos adorations,
& soffrir pour nous en facrifice.
Mais par un étrange dereglement,
la Maison d'Oraifon est devenuë la
vetraite des Impies , & les Ames
Saintes gemiffent de la profanation
qu'on en fait tous les jours en plu.
GALANT.
7
d
S
1-
ſieurs endroits de cette Ville. Nous
Sommes d'autant plus animezà
retrancher ces abus & ces irreverances
, que la Pieté du Roy le fol.
licite à ſe rendre le vangeur fevere
de la gloire de Dieu , des Regles de
l'Eglife,&des Ordonnances des Rois
fes predeceffeurs. Outre que le Pum
blic estfortement perfuadé , que les
menaces d'un châtiment temporel
arreſteront l'inſolence de ceux qui
ne peuvent estre ébranlez , ny par
la veuë des Jugemens de Dieu , ny
par la crainte des peines Canoni
ques. A CES CAUSES , Nous vous
mandons de commettre quelques
Eccleſiaſtiques qui veillent fans
ceſſe fur ce qui ſe paſſe dans vos
Eglises, & avertiffent ceux quiparë
leront ensemble ,ou qui seront en
posture indécente , de ſe tenir dans
lefilence & dans la modestie convenable
à la ſainteté du licu. S'il
A.4
8 MERCURE
s'en trouve quelques- uns qui refit
Sent de les écouter , ou de profiter
de leurs remontrances , Nous vous
ordonnons d'en dreſſer Procés verbals
pour estre mis entre nos mains , نم
estrepar Nous porté à Sa Majesté.
Decette maniere, Nous efperons que
Dieu , qui a mis l'Epée entre les
mains des Souverains pour réduire
les Impies à respectersa Divinite,
& les lieux qui luy font dédiez .
beniva les bonnes intentions de Sa
Majesté& les nôtres ; & que ceux
qui par leur irreligion ſervoient de
pretexte aux Infidelles & aux
Heretiques pour blafphemer lefaint
Nomde Dieu, leurferviront d'exemplepourse
convertir à luy , & venir
dansfon Teple lay offrir des facrifices
de loüange & de justice. Nous vous
ordonnons auſſi de lire nôtre preſent
Mandement àvos Prônes & a vos
Predications , & de faire affichers.
GALAN T.
9
A
t
1
nonseulement aux Portes mais encore
aux principaux endroits de vos
Eglises, Donnéà Paris en noftre Palais
Archiepifcopal,le vingt-fixieme
Fevrier mil fix cens quatre-vingt
fix.
Ce Mandement devant eſtre
publié dans toutes les Paroiffes
deParis il fut mis entre les mains .
de Monfieur l'Abbé Faydit , qui
qui preſche le Careſme à S
Jacques du Haut- pas , & qui
aprés l'avoir leu à ſes Auditeurs, >
leur parla de cette forte.
M
ESSIEURS,
Vouloir ajoûter quelque "
choſe de nouveau à l'éloquence&
aux lumieres de MonfieurtArchefvesque
, c'est vouloir ajoûterde nouveaux
rayons au Soleit; &j'ay ap
pris de Saint Augustin , que lorsque
te Giel gronde & menace les hom
AS
10 MERCURE
mes par le tonnerre & par les
éclairs , la Providence Divine fait
taire les petits oiseaux dans l'air ,
&oblige les vils infectes des Marais
de ſe cacher dans leur bouë, &
de ne pas rompre la teſte davantage
au monde par leurs cris groffiers &
importuns. Cælum tonat rane taceant.
Ainsi , aprés avoir lù les
Remontrances également fortes &
éloquentes que ce grand Prelat fait
dans ce Mandement aux Profanateurs
des Eglises , je n'ay garde d'y
rien ajoûter du mien , de peur d'affoiblirpar
la baſſeſſe de mes expreffions
les mouvemens vifs & les im
preffions puiſſantes que cette lecture
doit avoirproduit dans vos eſprits;
&de peur auſſi qu'on ne me reproche
le mesme défaut quele Prophete
Daniel trouva dans la Statuë de
Nabuchodonofor , d'avoir joint dans
un mesme Ouvrage l'or & l'argent
GALANT. Π
• le plus pur avec le cuivre le plus
rouillé , & l'argile la plus méprifas
ble. L'un gâtera l'autre , dit - il ,
& ce meslange de deux choses fi
differentes , fera qu'elles se détrui
ront toutes deux. Non adhærebunt
fibi ficut ferrum mifcerinon poteſt
teſtæ. Je me contenteray donc .
MESSIEURS , de vous reprefenter
pourvoštre édification , qu'il
femble que Dieu veüille renouveller
en ce temps pour noſtre avantage
ce qu'il fit autrefois dans l'ancie.n.
ne Loy , pour le bien& la gloire de
la Synagogue.
Nous apprenons de l'Ecriture, &
fur tout du Prophete Zacharie ,que
les Babyloniens & les Affyriens
ayant pris Ferusalem , & remply
tout de feu & de sang , pillerent ,
profanerent , & brûlerent le Temple
, & que les Samaritains , &
autres Juifs tres-corrompusse joi
A6
12. MERCURE
gnirent à eux , & commirent dans .
cettefainte Maison de Dieu , des
abominations non moins scandaleufes,
que celles que les Gentils & les
Etrangersyavoientfaites. Les Gens
de bien gemirent de ce double defor--
dre ,& Dieu touché de leurs Prieres
, reſolut de rétablir le Temple
dans ſa premiere pureté & Splen
deur , & de purger Jerusalem dis
culte facrilege qui s'y estoit introduit
dans ce temps de tenebres نم
deguerre. Pour cet effet , il ſuſcita
un Prince Selon ſon coeur , plein de
waleur , de courage , & de pruden
ce , & il donna en mesme temps:
aux Iuifs un Grand Prestre & Souverain
Pontife , aussi recommanda
ble par sa vertu & par fon. Zele
pour la Religion , que parsafcience&
parses lumieres.Ce Princefut
Zorobabel. Ce Pontife fut lofedech
ou Iefus, Non content de les avoir
GALANT. 13:
donnez à la Synagogue , pourremedier
à ses maux , il les unit tous
deux de l'amitié la plus étroite. Ils
ne faisoient rien fansse communiquer.
Its concertoient ensemble toutes
leurs mesures , & toutes ces
mesures tendoient àla paix. Con--
filium pacis erit inter illos duos.
Par ce moyen le Temple fut bien--
toſt remis dans son premier éclat..
Ierufalem fut bien - toft purgée
des defordres des schismes qui
là défiguroient & la diviſoient de
toutes parts. Les Impies qui ne crai
gnoient pas les armes ſpiritueltes ,
l'Excommunication du Grand..
Prestre , ( car l'Excommunication
dont on use parmy les Chreftiens ,
vient originairement des luifs )ap--
prehenderent l'Epée du Roy , &
ainſi le Sacerdoce&l'Empire étant
joints ensemble,firent rendre à Dieu ,
à la Religion , & aux Autels ,le
cutie &le respect qui leur est dû..
14
MERCVRE
Lamême chose se prepareparmy
nous. L'Eglise , qui est la veritable
Maison de Dieu , comme dit Saint
Paul, estoit horriblement défigurée
par les Sacrileges que les Etrangers
&ses propres Enfans , commettoient
depuis long temps, Quipourroit
expliquer les defordres que les
premiers , je veux dire les Hereti
ques , firent dans les Eglises de
France au commencement de leurs
revolte & de leurseparation ? Saint
François de Sales qui vivoit pour
lors , en fait la peinture dans une
defes Lettres à Clement VIII. en
ces termes. Quand j'arrivay dans
mon Diocese ,je ne trouvay dans
cette Partie qui releve de la Erance,
ny Autels ny Croix , Nullibi Altaria
nullibi, Crucis figna. Les
Temples estoient sous ruinez , &
ceux que la fureur des Calvinistes
avoient épargnez , estoient tous nus
& tous dépoüillez d'Ornemens &
GALANT ...
15
d'Images ; Templa partim diruta,
partim nuda. Enfin , je ne trouvay
nulle part aucune trace ny aucun
monument de l'ancienne pieté de
nos Peres. Ubique veræ & antiquæ
Fidei monumenta deleta.
Il est certain que les Babyloniens
& les Affyriens ne firent jamais
tant de degast dans le Temple de
Salomon , car au moins ils ne tou
cherent pas à l'Arche du Seigneur.
Ils donnerent le temps à Ieremie de
la mettre à couvert , & de la cacher
dans une Caverne inconnue ,
comme nous apprenons d'une Le: tre
Circulaire des Juifs , rapportée au
premier Livre des Machabers ; au
lieu que la profanation de l'Eucha-.
ristie fut le premier attentat de ces
Pretendus Reformateurs. Il com
mencerent à reformer l'Eglise par
jetter aux chiens par foulerſous les
pieds , par jetter dans des égouts
16 MERCURE
&des cloaques le Saint du Seignear;
& la veritable Arche d'Alliance
qui avoit toûjours esté , comme elle
Sera toûjours , l'objet de l'adoration
&de l'amour des Fidelles , & devant
qui les Cherubins mesme tremblent
, & étendent leurs aîtes pour
s'en couvrir le visage par respect;
comme ils les étendoientsur la premiere
Arche qui n'en estoit que la
figure. Ces Sacrileges furent coms
mis generalement par toute la
France. Le nombre des Heretiques
groffiſſant tous les jours , augmenta
auffi leur audace à piller , à profa
nerà brûler les Eglifes &les Reli .
ques des Saints quiy estoient com
Servées depuis tant de Siecles. Il
n'en reste quere aujourd'huy qui ne
portent des marques de leur rage
&de leur emportement. Mais le
croirez-vous , Chrestiens ? Les En
fans de la Maiſon ont achevé dee
GALANT. 17
mettre le comble à l'iniquité des
Heretiques , par la profanation con
tinuelle & Scandaleuſe qu'ils font
de ces mesmes Eglifes. Celles que
les Calviniſtes n'ont pû , ou n'ont
pas voulu ruiner . ſont deshonorées
pardes abominations auffi criminelles
des Catholiques ; car que vaut
mieux brûler les Eglifes , ou les con
Server pour en faire un marché, où
l'on cause , où l'on trafique , où l'on
parle d'affaires , où l'on s'entretient
de nouvelles , que n'enfaire un rendez-
vous , où l'Amant trouve àcoup
feur Sa..Maitresse, un theatre ou
l'on rit , où l'on chante des Airs
d'Opera ; enfin que d'en faire le
mesme usage que les Payens fai
foient autrefois de leurs Temples
de Venus& de Mars , où un Poëte
leur reproche qu'ils ne venoient que
pour voir & eſtre veus , & poury
admirer la beauté des plus belless
:
18 MERCURE
Damesde la Ville. Dieu est affurement
aussi offensé par les uns que
par les autres , & encore devonsnous
rendre aux Heretiques cette
iuſtice, que Saint Paulrendà Pilate
&aux autres Meurtriers du Fils
de Dieu , qu'ils ne l'auroient iamais
crucifié , s'ils l'avoient connu pour
le Seigneurde la Gloirejau lieu que
le connoiffant d'une part pourtel ,
&eſtant tous fortement perfuadez
que ce seigneur de la Gloire reſide
dans nos Ciboires &dans nos Eglifes,
nous l'y crucifions tous les jours,
tuy faiſons mille outrages plus
Scandaleux que ceux que les Iuifs
firentfur le Calvaire.
C'est à ces deux grands maux, à
ces deux funestes & dangereuses
playes , que Dieu ayant regardé ces
temps de malice d'un oeil de miſericorde
, veut remedier fouveraine_
ment & efficacement à l'Hereſio ,
1
GAL ANT. 19
Roy
& à la profanation des Eglifes.
Pour cet effet , il nous a donné un
incomparable , un Roy non feulement
le plus grand, le plus accomply
, le plus heureux qui ait esté
depuis l'établiſſement de la Monarchie
, mais qui ne cede en rien pour
faprudence , pour sa sagesse , pour
fa pieté,& pour fon Zele aux David
, max Salomon, aux Cyrus , نم
aux Borobabel. D'an autre coſté , il
amis fur le Chandelier de l'Eglife
de Paris ,c'est à dire fur le plus il-
Lustre Theatre de l'Univers , leplus
grand, le plus sçavant ,&le plus
aimable Prelat qui fut jamais. Non
content d'avoir donnéà la France ce
grand Monarque & ce grand Prelat
, ou comme parle plus correctement
Saint Augustin , dans une occaſion
toute pareille , co deuxfublimes
Perſonnes , auſquelles tout doit
obcir: Duas illas fublimes perſo
20 MERCURE
5
nas Regem & Sacerdotem , quibus
omnis terra caput inclinat
il les a unis tous deux d'une amitié
Sainte & étroite. Comme il tourne
le coeur des Rois felonſes volontez ,
il a inspiré à celuy de nostre invin
cible Monarque un panchant , une
tendreſſe & une inclination toute
• particuliere pour nostre illustre Prelat
. Tout le monde lefçais & le
voit , MESSIEVRS . Le Roy bonore
Monsieur l'Archevesque d'une efti
me & d'une confiance toute parti
culiere ,& ce nouveau Fofedech est
auffi attaché au Roy par tant de
liens , & par de fi fortes chaînes
de respect , de reconnoiſſance &d'a.
mour , qu'on ne vit jamais une liaifon
Semblable. Dieu a eu fesveuës
dans cette conduite ; c'est afin que
Se communiquant mutuellement l'un
à l'autre leur puiſſance & leur lumiere
,ils travaillafſent de concert
GALANT. 21
àrétablir la Maiſon de Dieu dans
fon ancien lustre , telle qu'elle estoit
du temps de Charlemagne & de
Saint Louis , que nulle Herefie ne
L'infectoit au dehors , nul fcandale
ne la defiguroit au dedans. Confilium
pacis erit inter illos duos.
Nous en voyons déja un effet bien
éclatant dans la ruine de l'Herefie.
Cette Herefie épouvantable , qui
avoit englouty prés des trois quarts
de la France ,& où l'on a compté
jusqu'à dix fept cens mille secta .
teurs , est entierément détruite par
les foins de ces deux grands Heros.
Tous les Temples abatus , toutes les
Synagogues de Satan démolies , tous
les Preſches&les Chaires de men-
Songe renversées par terre , font le
fruit de leur union toutefainte. On
ne voit plus de Ministres prescher
en Chaire , avec les Habits tels que
Les Avocats&les Procureurs en ont
22 MERCURE
lors qu'ils plaident auBarreau. Nos
oreilles ne font plus importunées du
jargon &des miserables rimes des
Pfeaumes de Marot. Nos yeux ne
font plus foüillez de la celebration
d'une Cene pollue , & qui n'avoit
vien deSaint , mesme en apparence ,
que le nom. Il ne se fait plus d'e- .
xercice de cette Pretendue Religion .
qui vouloit reformer toutes les auUtres
;& aulieu qu'un Ecrivaincele
bre ( c'est l'Historien Sleidam ) cro-
-yant que la Mesſſe alloit estre abolie
de son temps ,&qu'on en oublieroit
mesme jusqu'aux Ceremonies &
aux paroles dont elle estoit composée,
crût obliger la Posterité , & bien
- meriter d'elle , de luy conferver
des Estampes des Habits du Pre-
Stre , & une Copie de nos Mif-
Sels &de nos Rubriques , un Religionnaire
de France a fait imprimer
depuis peu en Hollande les faux
GALANT.
23
Synodes des Calviniſtes , & un Livre
de leur Rit & de leurs Prieres ,
pour en conferver leſouvenir , parce
qu'il a bien veu qu'ils'alloit perdre
dans un oubly eternel. En effet, tout
est converty en France. Tout à re
noncé à Calvin , &àſa pretenduë
Reforme. Le peu d'opiniaſtres qui
font restez , se retirent dans les
Pais Etrangers , & y portent des
nouvelles du débris de leur Coloffe.
Ilsdifent tous , les larmes aux yeux,
ce que disoient ces vagabonds & ces
malheureux Fugitifs de cette Villefi
fameusede la Fable ou de l'Histoire,
lors qu'elle eut esté brûlée&faccagée
par les Grecs : Noſtre dernier
jour eſt venu , ce jour fatal
& funeſte que les Deſtins
avoient marqué , pour eſtre le
jour de noſtre deſolation & de
noſtre ruïne entiere. Nous fommes
perdus ſans reſſource. Nous
24
MERCVRE
avons été autrefois bien crains &
bien redoutez . Nous ne ferons
plus rien pour jamais. Troye , la
ſuperbe Troye , eſt détruite. Elle
eſt toute en cendre. Noftre premiere
gloire eſt paſſée.
Venit fummadies, & inelucta
bile tempus , &c.
A la verité il reste encore , &
il restera peut estre quelque temps
les Enfans Heretiques , qui ontfuccé
avec le lait le poison de l'erreurs
mais on a pris des mesures pour em
pêcher qu'il ne paſſe jusqu'à leurs
Descendans. La Tige estant morte
&fechée , le rejeton sera fain &
pur , & on l'entera fur l'Olivier
franc, pour estre fait participant de
Son fuc &de ſa ſeve , commeparle
l'Apoftre. En un mot , cette race
d'Amorréens &de Chananéens , en
moins de cent ans ,fera effacée de
deſſus la face de la Terre-promise.
T'appelle
GALANT. 25
E
F'appelle ainsi ,la France , puisque
Selon le témoignage de Saint Ierome
, elle ne portajamais de Monstre
dans son sein , & n'y souffrit ja
mais d'Heretiques. Nos Neveux ne
fçauront que par la lecture des Li
vres , qu'ily a eu une Herefie en
France , qui nâquit ſous François I.
&qui expira ſous Loüis le Grand ,
& au lieu qu'un puiſſant Roy de
Perſe , fameux dans nos Ecritures ,
& dans les Historiens profanes ,
j'entens Xerxes , pleura de douleur
en faisant la reveuë de ſon Armée,
qui estoit de dix - sept cens mille
hommes ,felon Herodote , &fefouvenant
que dans cent ans il ne re-
Steroit pas un ſeul homme de cette
prodigieuse multitude ,le Saint Pere
Innocent X I. a pleuré de joye , en
faisant reflexion que d'un pareil
nombre d'Heretiques qu'il y avoit
autrefois en France , il n'en reſteroit
Mars 1686 .
B
Y
26 MERCURE
pas aussi un seul en moins de cent
ans ; es pour en témoigner ſon vaviſſement
au Roy , il luy a écrit une
Lettre toute pleinede congratulation
& de loüanges; ce que la Pieté du
Roy luy a fait regarder comme plus
glorieux pour luy que les anciens
Mandemens & Decrets que le Senat
Romain envoyoit autrefois aux Generaux
d'Armées victorieux ,
aux Heros qui avoient gagné des
Batailles,par lesquels il leur ordonnoit
des fupplications & des triom.
phes,fur tout lorſque ces gains de
Bataille ces ruines de Villes
ennemies n'avoient quere coutéde
Sang, comme iln'ena pas coûté une
Seule goute aux Calviniſtes pour la
ruine de leur Hereſie , tout s'estant
pafſſė dans la douceur par la ſageſſe
du Roy ,& la prudente conduite de
Monsieur l'Archevesque. Confilium
pacis erit inter illos duos.
GALANT.
27
1
Il ne reste donc plas , pour vendre
àl'Eglisefon premier éclat , d'autre
defordre à corriger, que les moeurs
corrompuës des méchans Catholiques
&fur tout le ſcandale effroyable
qu'ils caufent aux nouveaux Convertis
par le peu de respect qu'ils
ont pour les Temples où Dieu reſide;
c'est àquoy la Pieté du Roy ,
celle de Monfieur l'Archevesque ,
les applique aujourd'huy. L'un a
fait une Declaration ,par laquelle
il condamne à une amende pecuniai
re les Profanateurs de la Maiſon de
Dieu. L'autre a fait le Mandement
dont jeviens de vousfaire la lecture,
par lequel il les menace des Cenfu...
res Eccleſiaſtiques. le nesçay pas ce
qui pourra toucher les Pecheurs ,fi
les menaces de ces deux Puiſſances
jointes enſemble ne les effrayentpas.
Qu'ya-t-il de plus redoutable que
La colere du Roy , que cette main qui
B 2
28 MERCURE
a foudroyé Mastric , Cambray
Luxembourg ? Qu'y a- t-il de plus à
craindre que ces Armes fpirituelles
de l'Eglise , qui firent mourirfubitement
d'une mort tragique Ananie
& Saphiré ? Quandle Ciel & la
Terre se joignent ensemble pour
punir l'homme , il faut estre , je ne
dis pas endormy , mais tout-à-fait
mort & inſenſible , dit faint Auguſtin
, pour n'en estre pas ébranlé.
Réveillez vous au bruit de ces deux
Tonnerres , & faites reflexion à
cette belle parole que dit autrefois
Philon Iurf, au plus méchant & au
plus brutal de tous les hommes l'Empereur
Caligula , pour l'empescher
deprofaner le Temple de Ierufalem,
eny mettant fa Statue. Prince,
Songez que Dieu vous a laissé le
Maistre detant d'autres Lieux , du
Cirque de l'Amphitheatre , des
Places publiques , des Hostels de
GALANT. 29
Ville , & de tant de beaux Palais
qu'il vous a donnez . Faites-yce que .
vous voudrez . Placez -ytelle Statuë
" qu'il vous plaira ; ce grand Dieu
qui est be Maistre de tout , ne s'est
refervé dans ce vaſte Univers qu'il
a creé, que le feul Femple de Salomon
pour s'y faire adorer ; pourquoy
le troublez-vous dans cette poffeffion?
Pourquoy voulez- vous luy in-.
fulter jusque chez luy - mesme ?
Trouveriez- vous bon que dans vôtre
Palais on vousfist outrage, qu'on
adorast un autre que vous , que l'on
manquaft au respect qui vous est
dù ? Enfin , Chreftiens , faites quelque
reflexion sur la Pieté avec la
quelle le Royluy- mesme assiste à
l'Eglife. Vit- on jamais rien de fi
modeſté&de plus composé ?Tournetille
dos à l'autel ? Parle-t-il à
haute voix à qui que ce soit ? Se
tient il appuyésur un pied. ou débous
B 3.
30
MERCURE
pour jetter les yeux de costé&d'au
tre ? N'est- il pas au contraire tou
jours à genoux , toûjours priant ,
toûjours dans la posture d'un homme
contrit & humilié ? D'un autre
costé , fut-il jamais rien defi grave,
de fi ferieux , & de fi édifiant
que nostre grand Prelat ? L'air dont
il celebre l'Office,n'imprime-t-ilpas
du respect pour les Ceremonies de
l'Eglife ? Peut- on traiter les Miſteres
de la Religion plus noblement?
Les Ambassadeurs des Pays Etrangers
n'ensont-ils pas touchez ? I'efpere
aussi que ces deux Exemples
vous toucheront , & que dans le
deffein d'imiter vostre Roy &vostre
Pasteur, vous édifierez les nouveaux
Convertis pur vostre modestie , &
que nos Eglises feront deformais
comme elles estoient du temps de
S.Augustin, des Affemblées pures &
chafte, Sancta & caſta celebritas.
GALANT.
31
Je vous envoye deux Sonnets,
- dont on m'a fait part , ſur l'Extirpation
de l'Herefie. Le premier
eſt de Monfieur l'Abbé de la
Chaiſe , & le ſecond de Mon-
- ſieur Ramonnet de Nogent for
Seine.
SUR
L'ANEANTISSEMENT.
De la R. P.R. qui a commenceven
France fous François
I.&qui vient de finir fous
Louïs le Grand.
:
EN uains pou
Nvain pour étouffer l'Erreur
danssanaissance ,
- François auxHuguenots fit preparer
des feux;
Envainfes Succeſſeurs employerent
contre eux
Les efforts redoublez de toute leur "
puiſſance.
B 4
3.2
MERCVRE
On les vit s'en défendre , & par
leur resistance ,
Les forceràsouscrire à des Traitez
honteux.
Mais noſtre Grand LOVIS ditfeulement
, je veux ,
Et dans trois mois à peine il s'en
rencontre en France.
Princes , que fa valeur a contraints
d'accepter
Les Articles de Paix qu'ila voulu
dicter,
Que cet évenement aujourd'huy
vous confole.
*
Pourriez-vous éviter de recevoir
des Loix
D'un Heros qu'on voit faire avec
une parole
Ce qu'en cent ans n'ont pú les forces
defept Rois?
GALANT.
33
SUR LE MESME SUJET.
T
El que dansſes travaux Altide
infatigable ,
Quand de Monstres fans nombre it
purgeoit les Etats,
Al'Hydre fit fentir laforce defon
bras ,
Etd'un coup écrasaceMonstre épouvantable.
:
Tel nostre Auguste Roy, parun coup
favorable..
De l'Hereſie enfin met lapuissance à
bas;
Plus glorieux encor que dans tous les
combats-
Où triompha toûjoursſa valeur redoutable.
-Du Serpent toutefois qui tout Lerne
infectoit ,
Sur les corps feulement le veninfe
jettoit,
BS
34
MERCVRE
Et de jours paſſagers coupoit trop
toft la trame ;
Mais LOUIS, de Calvin détruifant
les erreurs ,
1
M
Extermine unpoison qui paſſoitjus
qu'à l'ame .
Et la precipitoit dans d'eternels =
malheurs.
La défaite de l'Hereſie a don
né auſſi ſujet au Pere Bigot Jeſuite
de faire une Deviſe , dont lea
corps eſt une Hydre celeste. Ces
paroles en font l'Ame. Periiffe
Jalus, Vos Amies les trouveront
expliquéesdans ceMadrigal.
E ne suis plus cece Monstre aux
Mortels odieux ,
Tel que pour les punir le Ciel me
laiffort vivre;
UnHeros m'a défait, ſa valeur les
délivre
GALANT.
35
Monfort change , & ma mort me
placedans les Cieux.
Cet Article de Religion , doit
faire trouver place icy àune Lettre
que je vous envoye de Monfieur
Vignier. Elle est adreſſée
àMadame de Tibergeau , Fille
de Monfieur le Marquis de Sillery
, & petite Fille de Madame
de Puifieux.
A MADAME
DETIBERGEAU.
J
Ce 2. Mars 1686.
Ene trouve point étrange , MADAME
que dans un temps où les
perſonnes de vostre Qualité quittent
la Province , pour venir à la Cour,
vous soyez demeurée dans vostre
4
B6
36 MERCURE
Solitude. Vous ne pouvez pasSans
doute vous y ennuyer, apprenant ce
que nôtre grand Monarque fait tous
lesjours pour la Conversion des Pretendus
Reformez , & tous les Eloges
qui luy ſont donnezpar les bouches
lés plus eloquantes , & les Plumes
les plussçavantes du Royaume ; de
forte que pour vous dire quelque
choſe de nouveau , ilfaudroit que
je vous diffe en Vers ce que l'on adit
en Profe,&en Profe ce qui s'eſt dit
en Vers. Quelque plaisir pourtant
que vous ayez eu juſques icy de voir
unHeros Guerrier , ce vous en ſera
un plus grand de voir un Heros.
Chreftien , qui fait encore plus pour
l'Eglise , qu'il n'a fait pour l'Etat ;
& qui par une moderation Sans
exemple , n'a pas voulu étendre davantage
Son Royaume pour mieux.
étendre celuy du Sauveur du Mon
decar comme il a...fceu recouvrer
GALANT.
37.
par la force des Armes ce que la
France avoit perdu ſous quelquesuns
de ses Predeceffeurs , il vent
auffi recouvrer par des moyens paci-
#fiques ce que l'Eglise Catholique a
perduſous les Valois,
Ainfi l'on voit qu'au meſme.
temps
Que les Peuples conquis entonnent
ſes loüanges ,
Les Nouveaux Convertis paroifſent
ſi contens ,
- Qu'ils meſlent avec nous leurs
chant à ceux des Anges..
Pluſieurs Religionnaires mesme ,
qui s'estoient retirez dans les Pays
Etrangers pour éviter defe convertir,
ont reconnu leurs. Erreursen des
Lieux , où , felon toutes les appa
-rences, elles devoientſe fortifier,&
-nont point eu de repos qu'ils ne
38
MERCURE
Joient venus icy en faire une Abjuration
publique ; & la pluſpart de
ces Fugitifs , qui avoient emporté
plus de bien qu'il n'en falloit pour
vivre fort à leur aife , ont avoüé
qu'ils n'avoient pû refifter aux Sentimens
que LoUIS LE GRAND
imprime dans le coeur de ſes Sujets,
& que ce charme ſeul les avoit forcez
de ſe rendre à des Veritez , que
fans cela ils n'auroient peut- eftre
jamais reconnuës . Vous voyez, Ma
dame
Qu'il n'eſt point de ſi bon Doteur
Que celuy quitouche le coeur.
LOUIS le Grand le fait par tou
tes les manieres.
Qui peuvent faire ouvrir les
yeux .
Aux pures & faintes lumieres,
Que l'Egliſe receut des Cieux..
GALANT.
39
Monfieur Boru de la Barmondiere
, de l'Academie de Villefranche
en Beaujolois , a fait
l'Anagramme que j'ajoute icy..
LOUIS LE GRAND.
RANG DU SOLEIL..
Si commeun Aftre au Ciel un Roy
brillefur terre ,
LOUIS le Grandſe trouvantSans
pareil,
てこ
• Soit dans la Paix,foit dans la
Guerre ,
Tient le Rangdu Soleil.
Cette autre Epigramme vous
fera connoiſtre que le Roy, aprés
avoir travaillé aux Affaires de
l'Estat , ne dédaigne pas de ſe
delaſſer dans l'Etude des belles
Sciences . Elle est adreſſée au
fameux Monfieur Rainfant, Gar
4,0
MERCURE
de des Medailles du Cabinet de
Sa Majeſté.
Elicat Antiquaire ,
Drainfant
plaire
toy qui ſçais
Auplus fage des Rois ,
Lors que ton éloquente voix
Sur pluſieurs Medaillons , tous d'un
prix non vulgaire ;
Etaleàce grandPrince un Discours
curieux ,
C'est top dans ce moment qui doit le
plus apprendre.
Quandon peut , comme toy, voir
LOVIS ,& l'entendre,
La docte Antiquité n'a rien qui
vaillemieux .
Ce n'est pas ſeulement en
Eranceque l'on employe ſonGenie
à loüer le Roy ; voicy des
Vers qui ont eſté faits en Grece,
GALANT.
4
& que j'ay receus de Sainte-
Maure. Vous ſeavez , Madame,
que cette Place a eſté conquiſe
depuis peu de temps ſur les
Turcs dans la Morée. Monfieur
dela Madelene , homme de naifſance
, voyant que la Paix luy
oſtoit l'occaſion de ſignaler ſon
courage , partit de Paris au mois
de Juillet dernier , && alla ſervis
en qualité de Volontaire chez
les Venitiens , qui ayant reconnu
ſon merite , l'ont fait Commandant
de Dragons. Quoy que
L'Employ luy ſoit glorieux , il te
moigne par ces Vers qu'il voudroit
ne porter jamais les armes
quepour le ſervice de ſon Prince.
G
AUROY.
Rand Roy, dont leshauts Faits
&le rare merite
42
MERCURE
Font retentir tout l'Univers ,
De ce que je te dois ,foufre que je
macquite,
En élevant ton grand Nom par
mes Vers
Mais quel est mon orgueil, &qu'o
Say-je entreprendre ?
Suis je digne de cet Employ ?
Appellés feulement ofa peindre
Alexandre,
Get exemple aujourd'huy me doit
Servirde loy..
Pour chanter dignement un Heros
invincible ,
Sous qui tremblent les autres Rois,
Charmant pour ſes Amis , pour tes
autres terrible ,
Iln'est point d'aſſezforte voix.
7
Les plus profonds reſpects dans un
humble silence.
GALANT. 43
Marqueront mieux mon zele&mon
obeissance ,
La Lyre est trop douce pour moy ;
Ma main est pour l'épée,&ce que je
demande,
C'est que ta Bonté me commande
De m'en servir toûjours pour mon
Auguste Roy.
Chacun s'efforce à l'envy à
donner des marques publiques
de la douleur qu'il reſſent de la:
perte de feu Monfieur le Chancelier
, & pluſieurs Corps continuent
à faire celebrer des Ser
vices pour le repos de ſon Ame.
Meſſieurs les Secretaires du Roy.
en firent faire un aux Celestins
ſur la fin de Février , & Meffieurs
les Avocats du Conſeil de Sa
Majesté en firent faire un autre:
le Samedy ſecond de ce mois ,
dans l'Egliſe des Grands Augu44
MERCVRE
Ains , avec toute la pompe qui
eſtoit devë à la memoire d'un i
grandHomme. L'Oraiſon Fonebre
fut prononcée par Monfieur
l'Abbé Maboul , qui s'attira l'applaudiſſement
d'un tres- nombreux
Auditoire . Il eſt Frere de
Monfieur Maboul , Procureur
Generaldes Requeſles de l'Ho
ftel , qui fe diftingue depuis dix
ansdans cette importante Char
ge,&ils font voir l'un & l'autre
que l'Eloquence eſt le partage
de leur Marſon. Vous pourrez
juger de celle de Monfieur l'AbbéMaboul
par quelques endroits
de fon Oraiſon Funebre. Son
Texte eſtoir ſur le bonheur de
l'homme qui a trouvé la ſageſſe;
non pas cette ſageſſe qui n'ayant
pour fondement que l'orgueil de
l'homme , n'eſt que vanité dewant
Dieu ; mais celle qui prend
GALANT.
45
א
al
0%
di
Ho
fon origine de Dieu meſme , qui
a avec ſoy de Conſeil , l'Equité,
la Prudence, la Fortune, celle par
qui les Rois regnent , les Legiflateurs
font des Loix juſtes , les
Puiſſans rendent juſtice , enfin
celle , qui aprés avoir comblé
l'homme d'honneurs&de graces
pendant ſa vie, le couronne de
gloire aprés ſa mort.Ilfit voir enfuite
que feu Monfieur le Chancelier
étoit reconnoiſſable a toute
la Terre dans ces paroles de fon
Texte , & qu'on le pouvoit former
l'idée qu'on avoit de ſa feli
cité fur celle qu'on avoit de ſa
ſageſſe. Il ajoûra que la Sageſſe
eſtant l'aſſemblage de toutes les
Vertus s'il avoit à prononcer
l'Eloge d'un autre que de ce Miniſtre
, il pourroit au milieu de
tant de Vertus en trouver une ,
,
qui luy cſtant propre , le feroit
$46 MERCURE
reconnoiſtre , mais que s'agiſſant
de parler de Monfieur leTellier ,
il les falloit toutes pour former
ſon caractere. Il pourſuivit en
ces termes . Joindre aux lumieres
de l'esprit , la droiture du coeur, à
la verité, l'amour de la Justice ; à
la facilité de concevoir les grands
deffeins , le courage de les executer ;
accorder les interests les plus éloignezfans
les bleſſer ; remplir tous
les devoirs de la Vie publique , ſans
oublier les devoirs de la Vie privées
agir avec force contre les méchans ,
quand il faut tes confondre ; les
traiter avec bonté , quand il faut
les gagner ; severe sans rigueurs
doux fans foibleſſe; élevé fans orgueil;
moderé sans contrainte ; fidelle
au Roy ; tendre envers le Peuple
; plein de Zele pour la Religion ;
tout cela n'est qu'une partie de l'Illustre
Mort dont les obfeques vous
GALANT.
47
1
t
1
affemblent. Te voy toutes les Vertus
qui se prefentent en foule,& qui
demandent place dans fon Eloge.
Accablépar le nombre , que puis-je
faire de mieux que de vous les montrer
ſous l'idée generalede la fageſſe
qui les renferme ?
Il paſſa de la àſa Diviſion qu'il
fit de ceue maniere. Cette Sageffe
incomparable , qui ne fut point en
luy le fruit tardifde l'experience ,
luy fervit de guide dans tous les
Emplois où il plut à Dieu de l'appeller
; dans les Affaires de l'Etat ,
dans l'administration de la Iustice,
danssa conduite particuliere. Dans
les Affaires de l'Etat elle en fit un
Ministre fidelle ; dans l'adminiſtration
de la lustice , elle en fit un
Ministre accomply ; dansſa conduiteparticuliere
, elle en fit un parfait
Chrestien.
On peutjuger par cette Di48
MERCURE
viſion de la Beauté ,& de la nettetéde
tout le Diſcours. Elle repreſente
parfaitement feu Monſieur
le Chancelier à ceux qui
le connoiffoient , ou plutoſt à
toute l'Europe , puis que toutes
ſes grandes qualitez y ſont generalement
reconnuës. Ainſi je ne
rapporteray point icy tout ce
qu'on ſe peut aifément imaginer,
je me contenteray de vous faire
part de quelques endroits , où
Monfieur Maboul employe des
paroles de cegrand Homme. Il
aſſeure qu'on luy a ſouvent entendu
dire , qu'il ne pouvoit pas
à la verité juger par tout , mais
qu'il estoit obligé de repandre par
tout l'esprit de la Justice , & de la
faire regner dans tout les tribunaux
du Royaume. Ce grand Miniftre
diſoit auſſi ſouvent , Qu'il ne pouvoit
rien luy-mesme , mais qu'il
jugeoit
.
GALANT.
49
jageoitsur ce qu'il entendoit , qu'il
el estoit l' Arbitre des Affaires , &
do non pas le Maistre; & que le Dieu
de l'Univers , qui jugera les Juges
mesmes , l'avoit étably , non pas
O pourſuivrelepanthant de ſa proet
pre volonté , mais pourſe conformer
aux ordres inviolables de l'Eternel-
Le Iustice.
De Ayant pendant deux mois
fentiers tenu Conſeil deux fois
dans un meſme jour,& fa Famille
par l'intereſt de ſa ſanté le
preſſant d'aller à la Campagne ,
e afin d'y prendre un peu de repos :
Ie n'en puis , leur dit- il , avoir de
veritable , ſi je retiens à Paris des
Gens éloignez de leur Famille , pen
dant que je puis les renvoyer. Les
dernieres paroles d'un homme ,
qui pendant le long cours de
ſa vie en avoit tant prononcé
de dignes d'eſtre conſervées , ne
Mars 1686 . C
MERCURE
50
pouvoient eſtre que belles. Il
expira en diſant : Mifericordias
Domini in æternum cantabo . le n'ay
plus rien à vous dire de cette
Oraiſon Funebre , que ce que dit
Monfieur l'Abbé Maboul en la
finiſſant. Le Roy en perdant Monfieur
le Tellier , perdit un Ministre
fidelle , l'Etat un Chancelier plein
de justice , la Religion un zele Défonfeur.
Les Pauvres pleurerent un
Pere tendre, les Gens de bien un
Protecteur,tout le Royaume un grand
exemple. Perte cruelle , dont nous
• Serions inconsolables ,fi la Providence
ne l'avoit heureuſement reparée.
Un illustre Succeſſeur , une
illustre Epouse , d'illustres Enfans
font revivre parmy nous toutesses
Vertus. Sa pieté éclate dans fon
Epouse ;sa fidelité , &sa prudence
Se font admirer dans un grand
Miniſtre ; Son amour pour l'Eglise
GALANT. I
paroiſt dans un Sçavant Archeves.
que; enfinſa iustice, ſa capacité,ſa
vaste intelligence,ſa ſageſſe,ſon ex-
-perience se trouvent toutes dansM.
le Chancelier, qui parfes raresqualitez
, & par les longsſervices s'eſt
rendu digne de l'estime , & du choix
du plus grand Roy du Monde.Mais
pendant que j'essaye de tromper
voſtre douleur , ne perdez pas le
fruit de ce lugubre Spectacle , &
tournant les yeux vers ce Tombeau ,
Souvenez vous que c'est là que tou
tes les Grandeurs aboutiſſent , que
nous allons à grands pas à la mort ;
qu'en ce moment toutes choses periront
pour nous; que nos defſſeinsferont
détruits , nos fortunes renversées ,
& qu'estant confondus dans une
juste égalité , nous ne ferons distinguez
que par nos Vertus , &
nos bonnes Oeuvres . Puiſſiez vous
vous convaincre efficacement de
: T C 2
52
MERCVRE
cetteſenſible verité , afin que pro.
fitant des grands exemples de Monfieur
le Tellier, vous puissiez meriter
laGloire.
Le Mardy sadece mois , Mefſieurs
les Officiers de la grande
Chancellerie firent celebrer
un pareil Service à Sainte Croix
de la Bretonnerie .
On les a continuez preſque
dans toutes les Villes du Royaume
, & on en a fait faire un depuis
peu à Arras avec beaucoup
de magnificence dans la Chapelle
du Conſeil Provincial d'Artois .
Le Chapitre de la meſme Ville
en a celebré un autre dans
l'Egliſe Cathedrale & il n'a
rien oublié de ce qui pouvoit
donner de l'éclat à cette lugubre
Ceremonie .
,
Monfieur Jolly , Receveur des
Etats d'Artois , & ancien Pre
GALANT.
53
voſt de la Confrairie de faint
Eloy , en a auſſi fait faire un
à Bethune pour donner des marques
de ſa reconnoiſſance , &
de celle de la Confrairie qui a
receu de grands Bien-faits de feu
Monfieur le Chancelier. Une
triſte magnificence éclatoit dans
toute l'Eglife , & le Mauzolée étoit
élevé de fix dégrez. Il y avoit
une Figure appuyée ſur unTableau
dans lequel on liſoit des
Vers Latins à la gloire de ce
Miniſtre. Tous les magiftrats &
les Officiers de la Place ayanteſté
conviez par Monfieur lolly , ſe
rendirent dans l'Egliſe àl'heure
marquée , & aprés que les Conſeils
en Habit de deüil & en mang
de Ceremonie y furent entrez ,on
commença une grand'Meſſe en
Muſique , qui fut celebrée par
les Chanoines de l'Egliſe Colle
C3
54
MERCURE
giale de Saint Barthelemy. L'un
d'eux prononça l'Eloge Funebre,
& s'attira beaucoup d'applaudiffemens.
Je vous envoye une ſuite des
Dialogues de Monfieur Bordelon.
• DES CHOSES
DIFFICILES A CROIRE .
DIALOGUE HVITIE'ME.
BELOROND , PHILONTE.
J
PHILONTE .
ay leu avec beaucoup de plaifir
la Liſte Alphabetique que
vous avez faite des diferentes
fortes de Divinations , & je croy
GALANT.
55
auffi bien que vous qu'il y a
eu des Gens aſſez ſuperſtitieux
pour les mettre en pratique ; mais
je ne puis croire qu'elles ayent
produit les effets qu'elles promettent
puiſqu'ils font au deſſus
des forces de ce qu'on pretend
qui devoit les produire. La connoiſſance
de l'Avenir libre &
contingent , eſt ſi particuliere à
Dieu, qu'on ne doit l'attendre du
pouvoir naturel d'aucune Creature
, non pas mesme du Demon
, quelque Pacte Exprés ou
Tacite qu'on puiſſe faire avec
luy.
BELOROND .
Avant que de continuer voſtre
Propofition , je vous prie de
me dire ce que vous appellez
Pacte Tacite , parce que je fouque
haite ſçavoir fi nous l'entendons
vous & moy de la meſme maniere
.
C 4
56 . MERCURE
PHILONTE .
: On fait un Pacte Tacite avec
les Demons , lors que ſans convenir
expreſſement avec eux ,
ſans les invoquer ou les faire invoquer
viſiblement , ſans leur
attribuer ce qu'on fait , & fans
attendre d'eux aucun des effets
qu'on veut produire , on ſe ſert
de certaines choſes qui n'ont aucune
vertu naturelle ou furnaturelle
, pour la production de ce
qu'on en efpere , & qui ne font
nyd'inſtitution Divine , ny d'inſtitution
Eccleſiaſtique.
BELOROND .
Je ſuis faſché de vous avoir
VOUS interrompu , parce que
concevez le Pacte Tacite de la
meſme maniere que je le conçois .
-Continuez , je vous prie .
PHILONTE .
Je dis donc qu'on ne peut
GALANT.
57
1
pretendre en aucune forte de la
puiſſance naturelle des Demons ,
la connoiſſance de l'Avenir libre
4 & contingent , parce que cette
connoiſſance appartient à Dieu
ſeul. Dites- nous ce qui doit arriver
dans le temps à venir , & nous vous
reconnoistrons pour des Dieux , dit
Iſaye ; & l'Eccleſiaſte ajoûte ,
qu'il n'y a perſonne qui puiſſe
ſçavoir l'Avenir. Les Payens mêmes
ont reconnu cette verité ;
témoin Horace qui dit , que
Dieu par fon infinie Sageſſe a
caché l'Avenir dans une profonde
obſcurité , & qu'il ſe moque
des hommes qui veulent porter
leur eſprit au delà des bornes
qu'il leur a preſcrites. En effet
pour connoiſtre les choſes libres
& contingentes , il faut les confiderer
en elles meſmes, ce qu'on
ne peut faire que lors qu'elles
C
58 MERCURE
ſont preſentes. Ainſi quand elles
font à venir , elles ne peuvenr
eſtre connuës des Demons , mais
de Dieu ſeul , à qui l'Eternité eſt
toûjours preſente , par un caratere
propre de la ſimplicité de
ſa nature. Il connoiſt & comprend
luy ſeul l'Eternité, & comprend
en mefme temps ce que
comprend cette même Eternité,
c'eſt à dire les chofes futures ,
auffi - bien que les paſſées & les
preſentes. Les choses qui fontdans
les choses contingentes font neceffaires
devant luy , dit un Sçavant
du dernier Siecle en termes expreſſifs
, quoy que peu polis. Il
voit , pourſuit - il , eternellement
prefent àfoy , ce qui est futur aux
choses. Il voit en ſoy la cauſe des
caufes,&voiteternellement àfaire
ce qu'on a àfaire , volontairement
ce que volontairement , naturelle
GALANT.
59
ment ce que naturellement , ſans
que noſtre liberté perde pour
cela aucun de ſes Privileges. Il
connoit la nature des hommes en la
graine , au lieu qu'à peine la connoiſſons
nous en la fleur. Jugez
aprés cela combien on doit traiter
de ridicule ce que Solin écrit
au Chap. 27. d'une Pierre qui
eſtant mile ſous la langue fait
predire l'Avenir.
BELOROND .
Il y a eu pourtant des Devins
qui ont reüſſi dans ce que leur
Art promettoit , & entre plufieurs
fortes que l'on peut remarquer
dans l'Hiſtoire , examinons
particulierement les Oracles de
l'Antiquité . Premierement tout
le monde convient qu'il y en a
eu. Nous en avons des preuves
dans l'Histoire Profane , mais
encore dans l'Ecriture Sainte
C6
2
60 MERCURE
comme dans le Deuteronome
Chap. 18. où il eſt défendu de
les confulter. Les plus fameux
de ces Oracles eſtoient celuy de
Themis , celuy d'Amphiarais ,
les deux de Trophonius , l'un à
Thebes , l'autre à Lebadie en la
Boeoce ; celuy de Ceres qui faifoit
voir dans un Miroir l'évenement
des Maladies ; celuy d'Hercule
qui enſeignoit par la chance
de quatre Dez qu'on jettoit ce
qui devoit arriver; celuy de Jupiter
Hammon en Lybie ; celuy
de Dodone en Grece ; mais le
plus renommé de tous , eſtoit celuy
d'Apollon à Delphes. On
pretend que cet Oracle avoit
prophetiſé avant le Siecle des
évenemens , qui rendirent Troye
fi memorable dans l'Histoire , &
on veut que la Sybille qui prononçoit
les Oracles fuft appellée
e
ン
GALANT . 61
Pythie , à cauſe des Queſtions
qu'on luy faiſoit , d'un motGrec
qui ſignifie Interroger. Theodore
dit que la découverte de cetOracle
eſt devë à un Troupeau de
Chevres, qui paiſſant autour d'une
ouverture de terre , furent
veuës par celuy qui les conduiſoit
, s'agitant & jettant des cris
extraordinaires toutes les fois
qu'elles s'approchoient de се
trou . Le Paſteur voulant donc
_ reconnoître en viſiſtant le lieu ce
qui pouvoit produire un effer fo
- violent , fut ſurpris d'une exha-
- laiſon qui en ſortoit , & prononça
en meſme temps , à ce qu'on
dit , des Propheties , qui dans la
fuite ſe trouverent veritables .
Cette merveille ayant eſté pu
blié dans tout le Pays , une infinité
de Gens curieux de l'Avenir
, ſe tranſportoient en ceten
62 MERCURE
droitlà , & s'entredonnoient des
réponſes ſur leurs demandes ;
mais comme cette ouverture de
terre eſtoit dangereuſe , & que
beaucoup de perſonnes agitées
de fureur par l'exhalaiſon , y tomboient,
on s'aviſa d'accommoder
ce lieu , en forte que par le moyen
d'une eſpece de Trepied ,
l'on recevoit fans aucun peril la
vapeur qui faisoit deviner. On
choiſit alors des Filles conſacrées
à Diane pour prononcer les Oraeles
de fon Frere, juſqu'à cequ'un
certain Enechrates de Theffalie
en ayant enlevé une qu'il aimoit,
-on n'en deſtina plus à cét office
qui ne fuſſent âgées de plus de
cinquante ans.
PHILONTE .
Je ſçay bien que des Philoſophes
ont attribué l'eſprit de Divination
de la Pythoniſſe à des
GALANT. 63
Exhalaiſons. Plutarque meſme
eſt de ce ſentiment , mais cette
= opinion a ſi peu d'apparence de
( verité , qu'elle ne merite pas d'être
refutée. La Divination eſt
l'oeuvre d'une nature remplie
dIntelligence , & non pas de la
- matiere. Il ſe peut faire que des
- exhalaiſons ayent excité à ſe
tourmenter par ces contorſions
- dont parlent les Hiſtoriens , &
par ces fureurs que nous liſons
- dans Horace , & particulierement
dans Virgile , lors que pour
nous reprefenter l'eſtat de ces
Preſtreſſes d'Apollon dans leur
entouſiaſme , il dit. Leur visage
Se change , elles n'ont plus la même
couleur , leurs cheveuxse heriffent
elles font hors d'haleine ; leur coeur
eft remply de fureur. Il ſe peut faire
encore ſelon Ariftote que l'humeur
mélancolique ou le tempe
64 MERCURE
rament atrabilaire ait causé ces
fureurs ; mais je ne voy aucune
raiſon qui me puiffe engager à
croire que de la fumée ait en ſoy
une proprieté affez puiſſante
pour faire entrer dans l'Avenir ,
&y découvrir des choſes que la
fubtilité des plus beaux eſprits ne
peut jamais penetrer. Je ne veux
pourtant pas dire que l'Oracle
de Delphes n'ait point eu de credit;
il faudroit eſtre peu inſtruit
dans l'Histoire de l'Antiquité
pour ignorer le concours extraordinaire
de tant de Peuplesdif
ferens qui l'alloient confulter. Je
ne veux pas dire auffi comme
quelqu'un a pretendu , que ce
qui contribuoit à ſa renommée ,
eſtoit une Fontaine qu'on appelloit
Caffiotis , ſituée prés de ſon
Temple , & dont les Eaux éteignoient
des Flambeaux allumez ,
و
GALAN T..
65
& allumoient ceux qui estoient
éteints. le ſuis perfuadé que fi
ce n'eſt pas ,comme je croy , la
verité de ſes Predictions qui l'a
rendu recommandable , ce n'eſt
pas auſſi cette Fontaine , mais la
facilité avec laquelle l'eſprit humain
ſe laiſſe ſouvent tromper ,
pour flater quelque paſſion qui le
domine.
ELOROND .
Mais enfin il me ſemble qu'on
peut aſſeurer queles Oracles ont
quelquefois predit la verité. Entre
pluſieurs exemples , en voicy
quelques-uns auſquels il eſt aſſez
difficile de répondre.
Latone avoit un Oracle à
Butis en Egypte qui prédit la
mort de Cambiſe à Ecbatane.
Les Doriens eſtant en querelle
contre les Atheniens , à
cauſe qu'ils pretendoient en avoir
66 MERCURE
receu autrefois quelques injures,
& ayant reſolu de s'en vanger
par la voye des armes , ils confukerent
l'Oracle pour ſçavoir
quel ſeroit l'évenement de cette
guerre . L'Oracle leur répondit
qu'ils feroient victorieux pourveu
qu'ils ne tuaſſent point le
Roy des Atheniens. Les Doriens
avant que la Bataille ſe donnaſt ,
recommanderent fur tout à leurs
Soldats & à leurs Capitaines de
ne luy faire aucun mal. Codrus
qui regnoit pour lors à Athenes
ayant appris la réponſede l'Oracle,
& la précaution des Ennemis
à ſon égard , prit un habit qui le
déguiſoit , & fe fir tuer par un
Soldat Ennemy qu'il avoit exprés
inſulté , & par le moyen de
cette action , les Atheniens furent
victorieux des Doriens ,
comme l'Oracle l'avoit prédit.
GALAN Τ.
67
Ajoûtez à ces deux Hiſtoires
celle-cy que j'ay tirée de l'Ecriture
Sainte. Saül premier Roy
d'Iſraël ,eſtant attaqué par une
puiſſante Armée de Philiſtins, &
voyant qu'aprés avoir conſulté
Dieu ſur le ſuccez de ſes Armes ,
il ne luy faiſoit aucune reponſe ,
ny par les Songes, ny par les Preſtres
, ny parles Prophetes , alla
confulter une Pythoniffe , aprés
s'eſtre déguisé pour n'en eſtre pas
connu. Cette Preſtreſſe ayant
évoqué l'ame de Samtel à la
priere de Saül , découvre que
c'eſtoit le Roy qui l'interrogeoit.
Celuy- cy reconnoiſt auſſi à l'âge
& à l'habit que c'eſtoit Samuel
qui s'élevoit de terre.Le Prophete
ſe plaint d'eſtre ainſi inquieté
par le Roy , luy predit la perte
de la Bataille ,& que dés le lendemain
luy & fes Enfans per
68 MERCURE
droient la vie, ce qui arriva comme
il avoit eſté prédit.
Vous n'ignorez pas auſſi les
Vers veritablement prophetiques
des Sybilles touchant le Sauveur
du Monde , & les particularitez
de ſa Vie & de ſa Mort , comme
ceux que nous liſons dans le 18 .
Livre Chap. 23. de la Cité de
Dieu de Saint Auguſtin , & qui
veulent dire en noſtre Langue,
Il tombera entre les mains Impies
des Infidelles , ils luy donneront des
Souflets , & luy cracheront au vifage.
Saint Auguſtin rapporte dans
le meſme lieu vingt- ſept Vers de
la Sybille Erythrée traduits de
Grec en Latin , qui déclarent
nettement ce qui doit arriver à
la findu monde ; & les premieres
Lettres de ces Vers ramafſées
enſemble forment en Grec
des paroles qui ſignifient celles
GALANT. 69
cy Jesus- Christ Fils de Dieu , Sauyeur
Croix. Ces Hiſtoires ne ſemblent-
elles pas juſtifier ce qu'on
f dit en faveur des Devins , &
particulierement des Oracles de
l'Antiquité ?
:
PHILONTE .
Ces Hiſtoires paroiſſent juſtifier
les Oracles , il eſt vray , mais
Felles ne les juſtifient pas.En effet
peur repondre à celle de Cambiſe
, & à quelques autres femblables
, s'il y ena , je veux bien
avoüer , ſi vous le voulez , que
ſa mort a eſté prédite , & qu'elle
eſt arrivée ſelon la prédiction ;
mais quelle conſequence peut on
tirer delà , finon que les Oracles
prononçoient tant de Prédictions
differentes , & qui pouvoient
ſouffrir tant de ſortes d'interpretations
, comme dans celle- cy ,
qu'il eſtoit comme impoſſible qu'il
MERCURE
70
ne s'en trouvaſt quelques-unes
de veritables , & parce que c'étoit
de celles - là ſeules qu'on tenoit
regiſtre , il ne faut pass'étonner
ſi toutes les auttes , quoy
que fauſſes , ne détruiſoient pas
le credit de ceux qui les prononçoient.
J'ay dit que la Prédiction
de la mort de Cambiſe pouvoit
ſouffrir differentes interpretations
, parce qu'en effet elle eſtoit
équivoque ; car nous liſons chez
Herodote qu'il mourut dans une
petite Bicoque de Syrie nommée
Ecbatane , & non dans l'Ecbatane
, Capitale de Medie , comme
on avoit cru que l'Oracle l'entendoit.
L'Hiſtoire de Codrus n'eſt pas
plus favorable aux Oracles , puiſque
ſi les Atheniens furent victorieux
des Doriens , ce ne fut que
parce que ceux- cy ne voulurent
GALAN T.
71
pas combatre au raport de Juſtin,
rant le peuple eſtoit en ce tempslà
préoccupé en faveur de ces
5$ fortesde Propheties, & tant nous
# ſommes ſuſceptibles de l'impreſſion
pour laquelle nous ſommes
déja prevenus. C'eſt cet
enteſtement qui excitoit ſouvent
les peuples , & meſme les
Princes à executer les Predictions
de ces fortes de Devins.
On a veu un Calicula, qui ayant
appris que Traſylle avoit predit
que celuy qui traverſeroit le Golphe
de Baye feroit Empereur ,
l'étant en effet , y fit faire un
Pont de Vaiſſeaux , & y paſſa
ſouvent à Cheval & en Carroffe,
comme Suetone l'aſſure en ſa
Vie. On donne meſme des interprétations
violentes à ces Predictions
pour les rendre veritables.
On predit à l'Empereur .
72
MERCURE
Conſtans qu'il mourroit dans le
giron de ſa Mere. Il fut tué dans
un Bourg proche de l'Eſpagne,
appellé Helene , & on voulut que
la Prediction s'étoit verifiée , parce
que ſon Ayeule s'appelloit de
ce nom. Rutilianus ayant confulté
le faux Oracle d'Alexandre
dont parle Lucien , pour ſçavoir
quel Precepteur il donneroit à
ſon Fils , il répondit , Pythagore
& Homere ; mais l'Enfant eſtant
mort quelque temps aprés , comme
ileſtoit en peine de défendre
fon Oracle , Rutilianus aidoit
luy- meſme à ſe tromper, & affen-
⚫roit qu'il avoit predit la mort de
fon Fils en luy donnant pour
Precepteurs des gens qui n'eſtoient
plus au Monde. Voilà
qu'elle fortede verité on trouvoit
dans les Oracles . On leur faifoir,
• heureuſement pour eux , deviner
ce
GALANT.
73
S
e
٢٠
e
コ
re
ore
ce àquoy ils ne fongeoient pas ;
& s'il y en a eu quelqu'un qui ait
rencontré la Verité , comme la
Pythoniſſe à l'égardde Samuël ,
& les Sybilles , ſi ce n'eſt pas le
hazard ,ce n'eſt pas auſſi parle
pouvoir qu'ils ayent d'eux-mémes
; mais par un ſecret & ex
Dit traordinaire jugement de Dieu,
dit S. Auguftin , comme à Saül,
pour le punir de ſon Impieté ;
comme les Sybilles , pour prédire
les effets de ſa mifericorde ,
dre contraindre les Infidelles de les
Boit faire connoiſtre. Mais je vous
Teu prie , ne ſoyez pas furpris de ce
de que je viensde vous dire , puifbour
que bien des Sçavans étoient
n'e convaincus de la vanité desOra-
Jollicles , lors meſme qu'ils estoient
vot en reputation. Euripide dit que
fois le meilleur de tous les Oracles -
De eſtoit celuy qui parmy une in
ad
m
ce Mars 1686 . D
74 MERCURE
finité de menſonges prononçoit
quelquefois la verité ; & Creon
fait ce reproche à Tirefias dans
l'Antigone de Sophocle.Tous ceux
* qui font mestier de deviner, aiment
l'argent. Oenomaüs , Philofophe
& Orateur Grec , ayant ſouvent
eſté trompé par l'Oracle de Delphes
, fiſt un recüeil de fes Menfonges.
Diogene dit auſſi ſubtilement
qu'agreablement chez
Dion Chryfoftome , que ceux
qui ont de l'eſprit ſe peuvent
fort bien paſſer des Oracles .
Non ſeulement les Sçavans s'en
font mocquez , mais encore des
Princes les ont traitez de mépris ,
& ont même puny ceux qui
les prononçoient. Alexandre le
Grand coupant le Noeud Gordien
dont le denouëment promettoit
l'Empire de toute l'Afie
à celuy qui en viendroit à bout,
GALANT.
75
ne faiſoit-il pas voir par cette
( action le peu de foy qu'il ajoûtoit
à ces Predictions ? Le même
Alexandre voulant conſulter l'Oracle
de Delphes , & la Sybille
refuſant de faire ſa charge à cauſe
que c'eſtoit un jour qui paf-
↑ ſoit pour malheureux , il la vio-
+ lenta de telle ſorte qu'elle luy dit
ces mots ; Vous voulez donc faire
paroiſtre jusqu'à moy que vous eſtes
invincible. A quoy il repartit agreablement
, je ne veux point
d'autre Oracle , parce que je n'en
puis entendre de voſtre bouche un
plus avantageux , & la laiſſa aller
-ſans exiger d'elle aucune Prediction.
Pyrrhus Fils d'Achilles ,
Xerxes , la Nation des Phlegies ,
les Phocéens & pluſieurs autres
ontdonné des marques du mépris
qu'ils avoient pour les Ora
cles , y eſtant excitez par la con-
D.2
76 MERCURE
noiſſance de leurs Impoſtures,ou
pour leurs obſcuritez affectées ,
ou à cauſe de leurs bouffonneries
; comme lors que celuy de
Delphes eſtant interrogé pour
ſçavoir quelle eſtoit la meilleur
Religion , il répondit que c'eſtoit
la plus ancienne ; & étant encore
interrogé quelle eſtoit la plus
ancienne , il repartit quec'étoit la
meilleure ; ou comme lors qu'il
ordonna aux Doriens de prendre
pour Admiral un homme à trois
yeux , ce qu'ils executerent en
prenant un homme monté ſur
un Mulet borgne ; mais on ne
les a pas ſeulement mépriſez ,
on les a encore punis pour
leur Impieté. En voicy un exemple
memorable tiré de Strabon,
LesBoeotiens étant allez confulter
l'Oracle de Dodone ſur leurs
Affaires , il répondit qu'elles auroient
de bons ſuccez , s'ils fai
GALANT.
77
ſoient des actions d'Impieté. Cette
réponſe leur parut fi impertinante
qu'eſtant indignez contre
la Sybille , ils la prirent & la
jetterentdans le feu , diſant qu'ils
le devoient faire ainſi , ſoit pour
la punir , ſoit pour obeïr à ſes ordres
en ſe montrant impies. Remarquez
, je vous prie , que c'étoient
trois Filles qui ſervoient de
truchement à cét Oracle , & non
des Colombes perchées ſur un
Cheſne, comme les Poëtes le veulent
faire croire. Ce qui a caufé
cette erreur c'eſt l'équivoque du
mot Peleiade, qui ſignifie en Langue
Theſſalique & Colombe & Divinatrice
.Enfin pouvoi- ton mieux
ſe mocquer des hommes que lors
que la Sybille écrivant les répon-
- ſes qu'on attendoit ſur des feüil
les de Palmier dont on ſe ſervoit
alors pour cela , le vent les dif
D 3
78
MERCVRE
perſoit de forte qu'on s'en retournoit
auffi ignorant qu'on eſtoit
venu. Le troifiéme & le fixiéme
Livre de l'Eneïde prouvent ce
que je dis en expoſant la crainte
qu'Enée eut d'eſtre traité de cettemaniere.
BELOROND .
J'avoue avec vous que les
Oracles ont eſté mépriſez &
maltraitez ; mais avoüez auffi
avec moy que pluſienrs Princes
les ont conſultez avec autant de
reſpect que de confiance .
PHILONTE .
Si ce n'eſtoit pas une foibleſſe,
c'eſtoit l'intereſt apparent de la
Religion , ou bien l'intereſt veritable
de l'Etat , qui engageoit
ces Princes à ce reſpect & à cet
te confiance , car s'il eſt vray,
comme dit Seneque, que la crainre
qu'impriment les Guerres dans
GALANT.
79
ed
한
del
el
10
les eſprits , jointe aux terreurs
que donne la Religion ſuperſtitieufe
, fait ces eſprits fanatiques
qui ſe meflent de prédire l'Avenir
, il faut penſer la meſme choſe
de la pluſpart de ceux qui les
confultoient . Je me perfuade
done que l'intereſt apparent de
la Religion , ou celuy de l'Estat ,
eſtoit le mobile qui entraiſnoitla
pluſpart de ces Princes vers ces
Oracles; l'intereſt apparent de la
Religion , ou plûtoſt le leur propre
, parce que s'ils les avoient
mépriſez ouvertement , on les
auroit pris pour des Impies ; ce
luy del'Estat , parce que ſouvent
en les confultant ils les corrompoient
, pour leur faire prononcer
des Propheties qui leur fuffent
favorables , afin que l'efperance
fondée ſur Predictions ,
animaſt les Peuples à ſe défendre
}
D 4
80 MERCURE
contre les Ennemis de l'Estat , &
les Soldats à les attaquer. C'eſt
pour ces raiſons , ou de ſemblables
, qui regardent l'Estat , que
la Faction contraire aux Piſiſtratides
, obtint par argent , ſelon
Herodote , le commandement
qu'Apollon fit aux Lacedemoniens
de délivrer la Ville d'Athe- .
nes du joug de ces Ufurpateurs ;
qu'Alcibiade , au rapport de Plutarque
, corrompit l'Oracle de
Jupiter Hammon , pour faire
agréer à ſes Citoyens l'entrepriſe .
de Sicile , & que Demofthene
crioit publiquement , que la Sy .
bille Philippifoit , c'eſt à dire que
l'or do Roy Philippe faisoit répondre
par cette faufſe Devinerefſe
tout ce qu'il ſouhaittoit . Iugez
par ces exemples de la fourberie
de ces Devins ; & fi vous
voulez en avoir une plus grande
GALANT. 8г
E
لاس
idée , lifez l'Hiſtoire du Fourbe
Alexandre , écrite agreablement
par l'enjoué Lucien ,mais s'ils
eſtoient extremément fourbes
ils eſtoient tres-adroits pour déguifer
leurs tromperies , & c'eſt
particulierement avec les équivoques
de geſtes ou de paroles
qu'ils les déguiſoient , & fe rendoient
fi ob curs , qu'ils avoient
beſoin d'autres Oracles pour eſtre
entendus ; comme à Antioche
Jupiter Philien , qui ne répondoit
que par ſignes , branlemens de
fteftes , & regards . l'ay veu pratiquer
la meſme maniere d'impoſture
à Bourges il y a quinze
ans par un Devin , qui fut affez
heureux pour tromper une grande
partie des Habitans de la Ville,
& gagner beaucoup d'argent,
Il fit accroire qu'il ne ſçavoit pas
la Langue Françoiſe , quoy qu'il
D
82 MERCURE
la ſceuſt fort bien ; il ſe diſoit
d'Irlande , & eſtoit de France ,
& tout cela pour n'employer que
des geſtes équivoques, que ceux
qui le conſultoient interpretoient
toûjours en faveur de leurs demandes.
Comme je n'ajoûtois
point de foy à ce qui luy attiroit
tant de Conſultans , je l'étudiay
avec attention. I'en avois le tems
&la commodité , parce qu'il logeoit
chez une perſonne de ma
connoiffance. Enfin je découvris,
quoy qu'il ſe défiaſt de moy ,
qu'il ſçavoit parler François.Vous
jugez bien que ceux qui le confultoient
, croyant qu'il ignorois
cette Langne , diſoient ingenuëment
devant luy les choſes qu'ils
vouloient qu'il divinaſt. Il les
exprimoit enſuite par des geſtes
plus patetiques & plus ſignificatifs
que ceux dont il ſe ſervoit
GALAN T.
83
et
e
20
じ
pour celles dont il n'avoit point
la connoiſſance. Cet artifice luy
réüffit fi heureuſement ; qu'il
eſtoit accablé d'un grand nombre
de perſonnes qui le venoient
confulter. Ses impoſtures furent
pourtant découvertes , & on le
chaſſa de Bourges ; mais revenons
à l'antiquité. L'Oracle de
Mercure en Achaïe , ſe ſervoit
d'une maniere auſſi adroite qu'ex-
Fraordinaire pour ſe faire entendre.
En voicy l'hiſtoire. Les
Habitans de Phares , émus par
je ne ſçay quelle occafion ,planterent
au milieu de la grande
Place de leur Villé , une Image
de pierre de Mercure portant
barbe , & ſe perfuaderent que
cette Image répondoit à ceux qui
luy demandoientleurs avantures .
Ceux qui vouloient l'interroger
venoient le foir ; & aprés avoir
D6
84
MERCURE
brûlé de l'encens ſur un Autel
de pierre & devant l'image , ils
empliſſoient d'huile les lampes;
les ayant allumées , ils mettoient
en la main droite de cette Statuë
une piece de monnoye du Pays ,
&declaroient à ſes oreilles leurs
demandes , puis bouchoient exa-
Aement les leurs , s'en alloient
promptement en leurs maiſons ,
les débouchoient en y entrant ,
& les premiers bruits ou mots
qu'ils entendoient , c'eſtoit à leur
avis la réponſe de l'Oracle. Autres
équivoques , comme lorſque
la Pythie promit aux Heraclides
leur retour aprés le troifiéme
fruit , ceux-cy l'entendoient des
fruits que produit la terre , &
celle-là de leur Race ou Famille.
Elle promit à Cleomene qu'il ſeroit
Maiſtre d'Argos ; celuy- cy
croyoit que c'eſtoit la Ville d'Ar
GALAN T.
85
gos , & cette Propheteſſe pretendit
n'avoir voulu ſignifier que le
Bois Argus qu'il fit brûler. Un
Oracle avertit Satyrus, Vt à mufculofibi
caveret. Il crat qu'il ſe
devoit défier des Rats ; & eſtane
mort d'une bleſſeure au muſcle
du bras , le Devin aſſeura avoir
it entendu le musculo , du muſcle.
C'eſt Diodore Sicilien , qui rap-
- porte cette Hiſtoire. Un autre
Oracle prédit à Lyſandre qu'il
✓ mourroit par un Serpent , il fut
tué par un homme ,& heureuſement
pour l'Oracle , celuy qui le
tua avoit un Serpent peint ſurfon
Bouclier. Enfin , lorſque ces Devins
voyoient qu'ils ne pouvoient
ſe ſervir d'équivoques , ny mentir
hardiment , ils ne voulaient
pas parler , priant qu'on les laifſaſt
en repos , dit Porphyre , &
aſſeurant que ſi on les importu
1
j
86 MERCURE
noit , ils diroient des menſonges.
Admirez leur précaution , afin
de ne pas paſſer pour menteurs,
meſme en difant des menfonges.
Le temps auquel ils ont ceffe de
parler , eſt encore une preuvede
ce que j'ay avancé touchans leurs
menfonges. Il ne faut pas attri
buer leur filence à la quantité de
Sages qui ſuppléoit à leur defaur,
comme dit Plutarque , car il y en
a eu de tout temps ; ny à des
cauſes naturelles', comme celles
qui font tarir quelquefois lesRivieres.
C'eſt parler , dit Ciceron
, de la force des Oracles , de
la meſme maniere que l'on feroit
de celle de quelque vin , que
Vâge auroit diminué , comme fi
la nature des Dieux qui rendoient
ces Oracles ( felon l'opinion
de ce temps- là ) eſtoit fujette
à de ſemblables foibleſſes
GALAN T. 87
-
2
& imbecillitez. Usont commencé
à ſe taire vers le temps.de JESUS
- CHRIST , Vn jeune Enfant
Hebreu,Dieu, Roy des Bien-heureux,
me fait taire tout court , dit Apollon
, chez Suidas , ce que nous
apprenons encore de Ciceron
Strabon , Juvenal Lucain , Celfus
Epicurien , Julien l'Apoſtar ,
& Porphyre ; & s'ils ont ceffé
plûtoſt dans ce temps - là que
dans d'autres , c'eſt encore une
marque de leur mauvaiſe foy ,
parce que le menſonge eſt incompatible
avec la Souveraine
Verité. Permettez que je ceſſe
auſſi de parler aprés cette reflexion
, puiſqu'on ne peut mieux
découvrir la vanité des Oracles
de l'Antiquité , que fait la prefenced'un
Dieu Incarné .
BELOROND .
Vous ne pouvez finir d'une
88 MERCURE
maniere plus convaincante &
plus Chreſtienne ; & je ne puis
mieux vous témoigner combien
je ſuis perfuadé de tout ce que
vous venez de me dire , qu'en
vous aſſeurant que je n'ay rien à
vous repartir là-deſſus. Je vous
diſpenſe aujourd'huy volontiers
dem'entretenir de la vie de quelques-
uns des grands Hommes
de l'Antiquité , comme vous me
l'avez promis , parce que je fouhaite,
pour ne pas perdre tout
ce que vous m'avez appris , me
retirer au plûtoſt , afin de mettre
for le papier ce que ma memoire
pourroit perdre ,& dont je pourray
me ſervir dans l'occaſion , car
je me ſouviens de ce Proverbe
Arabe , avec lequel je vous laifſe,
Qui non habet in manica album,
won habet in corde verbum,
GALANT. 89
1
Les Amans ſont toûjours preſts
à ſe dégager quand on leur donne
ſujer de ſe plaindre , & il en
eſt peu qui gardent long-temps
le deſir de ſe vanger. C'eſt ce qui
eſt agreablement exprimé dans
- les paroles de l'Air nouveau que
je vous envoye .
AIR NOUVEAU.
VEnez ,juſte dépit ,venezà mon
Secours ,
Ma gloire vous attend , ma raison
vous appelle ,
Ilfaut punir un Infidelle ,
Et de mes longs ennuis interrompre
le cours ;
Mais ſur la foy de voſtre violence
Je n'oſe aſſeurer ma vengeance,
Carvos tranſports, helas ! ne durent
Pas toûjours.
१०
MERCURE
Quelques Nouvelles publiques
ont parlé depuis peudes
derniers Mouvemens arrivez à
la Cour Ottomane. Je vous envoye
l'Original d'où ces Nouvelles
ont elé tirées ; vous les y
trouverez beaucoup plus amples.
L
AConſtantinople , le 8. Janvier 1686-
Es changemens quisefont faits
à la Porte depuis quelques semaines,
feront le ſujet de cette Lettre.
La bravoure avec laquelle
Cheitan Ibrahim Pacha Seraskier
avoit défendu la Ville de Bude ,
n'ayant pû le mettre à couvert du
blâme d'avoir causé une perte con..
fiderable à l'Empire Ottoman prés
de Strigonie dans la derniere Campagne
;& cette perte ayant eſteſuivie
de celle de Neubauzel , & de
l'embrasement du Pont d'Effek , le
GALANT. 91
Grand Seigneur , qui le vit d'ail
* leurs accusé d'avoir frustré les Trou
pes de leur paye , dépeſcha un of-
* ficier avec ordre de luy apporter fa
teste , & celles de quelques autres
des principaux officiers que ce Seraskier
avoit auprés de luy.
Le Grand Vizir Cara Ibrahim
Pacha , agiſſant par fes interests
particuliers , propoſa au Grand Seigneur
de faire remplir la place du
- Generalat de la Hongrie , à Soliman
Pacha , qui estoit General des Trou
pes employées contre la Pologne. Lors
qu'il en eut obtenu l'agrément , il luy
fit sçavoir qu'il euſt àse rendre incontinent
à la Porte ,& luy cachant
- Son deſſein , il luy mandaſeulement
qu'il avoit este choisy pour l'employ
de Caimacan auprès de Sa Hauteſſe,
ne doutant point qu'il neſe miſtſans
peine en chemin , attiré par cette
Charge qui luy avoit eſté donnée il
92
MERCURE
y a deux ans , & oftée peu de temps
aprés pour l'éloigner&l'envoyer en
Pologne . Ce fut une fort grandefur.
priſe pour Soliman Pacha , lors qu'il
fut arrivéà Andrinople , d'apprendrede
la bouchedu Grand Visir , que
le Grand Seigneur l'avoit appelle
pour l'envoyer en Hongrieprendre le
Commandementdeſon Armée en ta
placede Cheitan Ibrahim Pacha. Il
connut les intentions du grand Ministre
, & qu'il cherchoit àse déchargerfur
luy des mauvaisfuccés
qui estoient à craindre dans la prochaine
Campagne. Ilne voulut nean
moins luy en faire rien paroiſtre,&
alla ſe prefenter devant Sa Hauteſſe
; qui aprés luy avoir marqué
la satisfaction qu'elle avoit des
Services qu'il luy avoit rendus contre
la Pologne , luy ordonna de se
preparer au voyage de Hongrie , où
ſa volonté estoit qu'il prist la place
E 93
GALANT.
de Cheitan Ibrahim. Commeil étoit
déja informé du deſſein du Grand
Seigneur , & qu'il avoit pensé aux
moyens de ſe tirer à fon avantage
d'un pas qui luy paroiſſoitfi dange
reux , il ſupplia Sa Hauteſſe d'ordonner
fa mort fur l'heure , plûtoſt
que de le charger d'un employ , au
quel la perte desa teste estoit attachée
, puisque quelque zele ardent
qui le fist agir, il ne pourroit rendre
d'aſſez grands services pour remedier
au defordre où les fuccés deſavantageux
de la derniere Campagne
avoient mis les Affaires de
Hongrie. Il attribua ce defordre au
peu de foin que l'on avoit eu de pas
yer les Troupes , & à la negligence
du Grand Vifir , qui avoit manquéà
beaucoup de choſes qui auroient pû
empeſcher laprisedeNeuhaufel. Il
ſe ſoûmit neanmoins à prendre le
Commandement de l'Armée, si le
94
MERCURE
Grand Seigneur vouloit paroiſtre à
la teste , à l'exemple de la pluspart
des Sultans ſes Predeceffeurs ,ne dousant
point que fa prefence n'ani.
mast les Troupes , au lieu que leur
ardeur estoit ralentie , lors qu'elles
estoient abandonnées aux ordres d'un
Grand Vifir. Il Supplia fur tout sa
Hauteffe , de vouloir pourvoir à les
faire payer exactement, rien n'étant
plus propreàles maintenir dans le
devoir . Le Grand Seigneur l'ayant
écouté favorablement , luy ordonna
de preſider au Divan , à la place du
GrandVisir , qui estoit indisposé , ex
attendant qu'il luyfiſtſçavoir la ré-
Solution qu'il prendroit. Cependant
après avoir fait réflexion aux raifons
qui obligeoient Soliman Pacha
de ne pas accepterle Commandement
qu'il luy offroit , il envoya demander
au Grand Visir s'il feroit en
eftat d'entreprendre le Voyage de
GALAN T.
95
Hongrie la Campagne prochaine ,
luy faisant dire qu'il s'y rendroit
auffien Perſonne . Cara Ibrahim ré
pondit que son indiſpoſition ne luy
permettoit pas de s'exposer à cette
fatigue , & Sa Hauteffe luy envoya
un Officier quelques jours apeés,
pour luy demander le Sceau, qui est
la marque de la Puiſſance du premier
Ministre de la Porte . Celuy
qui eut cette commiſſion le trouva à .
table , & lors qu'il luy eut expliqué
fon ordre , le Grand Visir tira le
Sceau de ſonſein où il le portoitfui .
vant la coûtume de tout les Grands
Viſirs , & après l'avoir baisé, il le
remit entre les mains de l'Officier,
en luy demandant s'iln'avoit que ce
Seul ordre à executer. Ilcrut que fa
teste accompagnercit le Sceau , &
Se raſſuraſur la parole de cét Officiers
, qui luy dit que le Grand Seigneur
luy laiſſoit la vie. TouteSa
96
MERCVRE
Maiſonfut en ce moment dans une
grande conſternation , tous fes Officiers
se trouvant privez de leurs
Charges , & obligez de ſe retirer.
La premiere chose qu'il fit , fut
d'ordonner à fon Kiaia de donner
un Cheval à chacun deſes Itchoglans
, avec le pouvoir d'aller où il
leur plairoit . Ily avoit parmy eux
quelques Reniez François , à qui il
avoit donné la libertépeu de temps
auparavant dans les premiers jours
de sa maladie. Ils font tous venus
icy où ils demeurent cachez pour y
attendre les Vaisseaux du Roy qui
les pourront remener en France. Le
bruit a couru que leur Maistre avoit
esté arresté quelques jour aprés qu'on
luy eu ofté le Sceau , mais cette nouvelle
s'est trouvée fauſſe. On luy a
permis de se rendre en cette Ville ,
où il est dans sa Maiſon proche le
Canalde la Mer Noire prés de Scutaret.
2
GALANT .
97
11
varet. On ne doute point que pour
prolonger ſa vie il ne continuë de fe
faire plus malade qu'iln'est en effet.
Ily a deux ans qu'il fut crée Grand
Visir. Si-toft que le Grand Seigneur
eut receut le Sceaux , ilfit appeller
Soliman Pacha & lelug remit entre
les mains . On dit qu'en le recevant,
il a déclaré qu'il n'acceptoit cet
bonneur que parce que SaHautesfe
luy permettoit d'esperer qu'Elle
feroit le Voyage de Hongrie pour
remedier par sa presence au malbeur
qu'ont en ſes Armes les Campagnes
precedentes . On aioûte que
fe diſpoſant àl'accompagner dans
ce Voyage pour faire executer fes
Ordres , il a commencé l'Exercice
deſa Charge par tous les foins qui
regardent les preparatifs neceſſaives
. Il a fait Pacha de Damas te
Kiaia du Grand Visirson predecef
feur , avec ordre en mesme temps
Mars 1686 . El
98
MERCURE
des'acheminer vers la Hongrie. Il
afait venir de cette Ville Misfirli
Oglu qui commandoit une Escadre
de cinq Vaiſſeaux de dix qui ont
estéen Mer cette Campagne pour
la premierefois , & l'a fait déclarer
Capitan Pacha àlaplace duGendre
du Grand Seigneur , qui a estéfait
General des Troupes qui font dans
la Morée , d'où l'on croit qu'il feva
rapellé ,n'estant pas affez fain
pourSupporter la fatigue du Commandement.
Baba-Hafan qui commandoit
les cinq autres Vaisseaux
commandera feul les neuf qui reſtent,
un des dix ayant couléàfonds
prés de l'ifle de Chypre. Les Vaisfeaux
arriverent icy au commen
cement du mois de Decembre dernier
, & quelque temps aprés les
Galeres arriverent . Elles estoient
en si mauvais estat &fi dépourvevës
de monde , que la nuit de
leur arrivée ony fit paffer les Sol
RE
99
GALANT.
dats des Vaiſſeaux pour faire je
lendemain la décharge ascoûtumées
1 de Mousqueterie , & d'Artillerie
devant le Kiosque du Grand Seigneur
qui est à la Marine , afin
d'empefcher qu'on ne s'apperceust
de la foibleſſe de leurs équipages.
Soliman Pacha nouveau Grand
Visir , ayant esté autrefois Kiaia du
Grand Visir Kiupruli Oglu , &
estant fort attachéàcette Maiſon,
on publie qu'il a mandé de Chio
Mustapha Pacha Kiupruli fon Frere,
pour tuy donner un Employ plus
honorable , comme de Caimacan à
Constantinople , ou auprès de sa
Hauteffe. Ily en a qui croyent qu'il
pourra estre Muphti. Il n'est pas
moins capable de cette Charge que
des autres , estant plus versé dans
les Loix Mahometanes que la plûpart
des Barbons qui ne font bien
Souvent recommandables que par
E 2
TOO MERCURE
3
leurs Barbes blanches ; mais on ne
fait ordinairement Muphtis que
des Perſonnes d'un age fort avancé.
On expofe depuis peu de temps de
nouveaux Paras au coin du Grand
Seigneur. Ce sont des pièces de trois
Afpres . Cette nouvelle Monnoye est
de plus bas alloy qu'à l'ordinaire, ce
qui est une marque du mauvais état
des, Finances . Monfieur Girardin
Ambassadeurde France , arriva aux
Chasteaux des Dardanelles deux
jours avant Noël. Le vent est prefentement
fort bon . & il pourra
bien arriver icy demains Il a envoyé
chercher Monfieur d'Hermange
Medecin de feu Monsieur de
Guilleragues qu'il a retenu auprés
de luy en cette mesme qualité, ne
fe trouvant pas dans unefontéparfaite.
Monfieur Fontainespremier
Drogman, de France , estant venu
prendre ſes ordres aux Dardanelles,
GALANT.
10F
il te depeſcha auſſi- toſt à Andrinople
pour demander fon Audience ,
& l'expedition des Vaiſſeaux du
Roy, afin qu'ils ne restent pas longtemps
dans ce Port lors qu'ils y feront
entrez. On n'a veu encore arriver
icy aucunes Troupes d'Afie, comme
il en venoit les autres années
dans cette mesme ſaiſon.
Ce n'eſt pas à la Cour & à
Paris ſeulement queles François
font galans & magnifiques. Il
y a peu de Villes en France , où
ces deux qualitez ſi naturelles à
ceux de noſtre Nation n'éclatent.
Toulouze eſt une de ceiles où
elles regnent le plus. Tout le
Carnaval s'y paffe dans les divertiffemens
propres à cette ſaiſon,
&ceux qui ont eſté Rois de Bal ,
fontle Mardy gras une deſpenſe
extraordinaire , pour ſe diſtinguer
dans des Maſcarades publi-
E 3
102 MERCURE
ques , les uns dans des Chariots
& Charsde Triomphe , les autres
à Cheval avec de grandes ,
Eſcortes de leurs Amis maſquez
ayant des Habits particuliers &
fomptueux , & montez ſur de
fuperbes Chevaux ornez de
Houſſes , de plumes , & de
quantité de Rubans de la couleur
qui plaiſt davantage à leurs
Maiſtreſſes. Ils ſe promenent ainfi
par la Ville , & ſe rendentdans
la Place appellée de Salins
distribuant des Confitures aux
Dames , & d'autres Preſens , qui
font paroiſtre leur galanterie.
Ces fortes de liberalitez ſe continuent
pour elles pendant le Careſme
, ſur tout les Dimanches
qu'elles vont faire leurs prieres
dans les Chapelles des Lepreux
qui font au bout des Fauxbourgs
, où chacune de ces Cha-
, en
GALANT. 103
1
pelles à un Dimanche de Carefme
deſtiné aux devotions qu'on
y vient faire. Au fortir de là , les
Dames font une eſpece de Cours,
où ceux qui ont fait les Maſcarades
dont je viens de vous parler,
font diſtribuer de tres - grands
Gateaux & des Maſſepains chargez
de Confitures exquiſes que
les Dames reçoivent dans leurs
Carroffes. Elles en renvoyent
une partie à celuy qui leur a fait
faire le prefent , & qui ne manque
pas de ſe trouver à ce Cours,
auſſi en Carroſſe avec ſes Amis ..
Cela s'appelle le Feretra d'un
lieu de ce nom , où l'une de ces
Chapelles de Lepreux ſe trouve
établie. On voit tous les ans plus
de quatre mille hommes maſquez
à Cheval dans les Maſcarades
du Mardy gras . Il y en a eu de
tres - magnifiques cette année , &
۱
E 4
104
MERCVRE
entre autres on a admiré celle
que fit ce jour là Monfieur Nolet
Tréſorier de France , de l'une
des premieres Familles de Toulouſe.
Comme il y a peu de Perſonnes
dans la Province qui ayent
de plus beaux Chevaux d'Eſpagne
que luy , il étoit avantageuſement
monté à la teſte de ſes
Amis , qui marchoient devant un
Char parfaitement bien attelé ,
& orné de pluſieurs Tableaux
qui repreſentoiét divers Amours ,
avec autant de Deviſes. Cette
galante Troupe regaloit les Dames
de preſens de confitures , &
diſtribuoit au reſte du monde les
Vers que vous allez lire. Ils expliquent
les Deviſes des Amours qui
efſtoient peints ſur le Char.
GALANT.
105
N
P
es
LES AMOURS
A
L'AIMABLE IRIS.
RIS, de mille attraits le Ciel vous
a pourveuë ,
Cette troupe d' Amours ne s'adreſſe
qu'à vous ;
D C'est vousseule qu'ils cherchent tow
Et qui peut en douter, ne vous ajamais
veuë.
Un Amour dans les chaînes .
Je ne puis, ny ne veux les rompre
Quoy qu'il en couste des larmes
Des Soupirs &des alarmes ,
Jeſuis toûjours amoureux ;
Rompe qui voudra fa chaîne ,
Un panchant trop doux m'entraine
,
Es
106 MERCURE
Et je ne puis , ny ne veux.
Un Amour dans un Berceau.
Crescendo, decrefcit.
Vous qui voyez au Berceau cet
Amour ,
Puis qu'il eſt , dites - vous , fi fort
danssa naiſſance ,
Et qu'enfant mesme encor, il a tant
de puiſſance ,
Que ne fera-t- il point un jour?
Vous vous trompez , ce n'est pas
le connoître ,
Avec le temsfon agréměts'enfuit.
Loin d'augmenter , luy- mesme il
Sedétruit ,
Et n'est jamais si fort, que quand il
vient de naître.
Un Amour auprés d'un Alambic.
De mi fuego mis lagrimas.
Helas,queje ferois heureux
Si je n'estois pas amoureux !
GALANT.
107
Mes Soins, mesfoûpirs, mes alarmes
Me caufent unfort rigoureux,
Et vous voyez combien mes feux
Me coûtent tous les jours de larmes
;
Mais n'estre jamais amoureux ,
C'est estre encorplus malheureux.
Un Amour avec une Trompette .
Sempre di favori,giamai di rigori.
Qued'Amours de ce caractere!
Tel ne parle que de faveurs ,
Tel dit qu'il est aimé , qui n'a ja
mais ſceu plaire ,
Etpour qui les Beautezn'ont eu que
des rigueurs.
De ces Amours infolens, témeraires,
Aimable IRIS,distinguez- nous ,
Ils ne font que gâter les amoureux
miſteres ,
Il faut les chaffer de chez vous.
Ils font legers, indiscrets ,& pew
Sages, E6
109 MERCURE
Mais au regret des tendres coeurs,
Ces indifcrets & ces volages
Ont ſouvent toutes les faveurs.
Un Amour appuyé ſur une Ancre
, avec le doigt ſur la bouche.
Demi filencio , mi esperança.
Deux chofes rares en ce temps ,
Grande discretion , & beaucoup de
filence ;
Cependant , jeune IRIS , fur celaje
pretens
** Fonder toute mon esperance.
Qui de l' Amour découvre lesfecrets,
Merite peu l'avantagede plaire.
Haiſſez donc les indifcrets ,
Aimezceux quisçaventſetaire.
Un Amour qui porte une Lanterne
, avec des mots Grecs
fignifians
NON COMME DIOGENE..
1
GALAN T ..
109
- Un Reveur autrefois , la lanterneà
lamain,
Cherchoit un homme ,&sage &
veritable ;
De cet Amour a figure femblable.
Bien different est le deſſein.
(faire
Quoy qu'il s'explique en Langue
peu vulgaire ,
Vous l'entendez, vous ſeule pouvez
Ou qu'il trouve , ou qu'il cherche
en vain.
Un Amour qui peint un Portrait.
Le Bellezze , non j vitij .
L'Amour est un Peintre flateur ,
Quelque Portrait qu'ilfaſſe, ilnous
enchante ;
Tout ce qui part de fa main com
plaisante ,
Charme lesyeux, touche le coeur.
Ilpeint avec un ſoin extrême
Tout ce qui plaît dans ce qu'il aimes
110 MERCURE
La douceur , l'agrément , l'esprit &
les appas ;
Mais pour tout ce qui peut déplaire,
Changemens, trabisons ,forbleſſe.humeur
legere ,
Iris , c'est ce qu'ilne peint pas.
Un Amour , avec ſon Bandeau
fur la bouche.
Je voy toutfans parler...
F'aurois mille chofes àdire;
Mais le Bandeau que j'avois fur
lesyeux , ( je Soûpire.
Est tombésur ma bouche ; en fecret
Si je pouvois parler , jem'expliquerois
mieux .
Un Amour avec le Bandeau fur
les yeux , qui cueille la plus
belle Fleur d'un Parterre.
Ben Sceglio , benche cieco.
Parmy ces brillantes Fleurs ,
Mon Bandeau n'empeſche quere
GALANT. 110
:
Le choix que je pretens faire ;
Ien'en voy point les couleurs ,
Mais ce n'est pas une affaire ,
Le coeur choisit toûjours mieux
C'est là mon guide fidelle ,
Et fans le secours des yeux ,
L'ay ſceu choisir la plus belle.
Vn Amour pourtant une Bourfe:
dans une deſes mains , & des
Fléches dans l'autre.
Mipoder no es de mi factas..
De tous les tendres Coeurs , mauditfoit
àjamais
Le premier qui receut cet Amour
dans lemonde , (fonde
Periffe cet Amourde qui l'espoirſe
Surfon or, &non ſur ſes traits..
Non , non , Venus n'est point fa:
mere,
Ce n'est qu'un enfantsupposé ,
Et les Amours ont toûjours refusé:
De le reconnoître pourfrere.
2 MERCURE
C'eſt par luy que ſont confondus
Le Jeune & le Barbon , le fourbe&
le fincere
Tel quifans luy ne plairoitplus,
Trouve encor le ſecret de plaire ;
Tous les plaisirs qu'il donne enfin
font imparfaits :
Cependant contre luy quoy qu'on parle&
qu'on gronde ,
Il est trop bien étably dans le monde,
On ne le chafferajamais .
Voilà bien des Amours , Iris ,
Chacun a fon defaut , & chacun a
Son prix
Chorfiffez , vostre choix est toûjours
adorable;
Mais quelquefoit l'Amourquevous
accepterez ,
Quels que foient les Amours que
vous rejetterez,
Puis-je vous dire , Iris , fans me
xendre coupable ,
GALANT. Frz
Sans accufer vostre coeur ny vos
yeux ,
Quesi vous connoissez quel est le
plus aimable ,
Itfçay quel est celuy qui vous aime
: lemieux ?
La Ville de Saint Tibery au
Dioceſe d'Agde , ayant toûjours
reſſenty des effets particuliers de
la protection de feu Monfieur le
Prince de Conty , a eſté auſſi la
premiere de toute la Comté de
Pezenas à ſignaler fon zele pour
ſa memoire , par un Service Solemnet
qu'elle a fait faire dans l'Egliſe
principale de l'Abbaye des
Religieux Benedictins de ce même
lieux , quelque temps aprés
qu'elle eut receut la nouvelle de
ſa mort. Le Choeurde cette Eglife
qui eſt fort long & fort vaſte ,
étoit tout tendu de noir juſqu'au
F1I14 MERCURE
Maiſtre- Autel , avec des Ecuffons
& des Chiffres de ce Prince.
Il y avoit au milieu une magnifique
Repreſentation élevée
fur une Eſtrade à laquelle on
montoit par quatre degrez Aux
quatre coin de l'Eſtrade estoient
quatre Fauteüils pour les quatre
Officians reveſtus en Chappe, &
au milieu du coſté de l'Autel , on
en avoit preparé deux autres
pour le Celebrant & pour le
Diacre. Le Lit dans lequel étoir
la Lectique couverte d'un drap
de Velours chargé d'Ecuſſons,
&d'une Couronne fur le haut
avecungrand Creſpe , eſtoitgarnyd'une
riche Courtine en bro .
derie enrichie d'une Creſpine
d'or , & il en pendoit des quatre
côtez quatre grands Creſpes
entrelaſſez avec des Houpes
d'or. Tout le dedans & le déhors
GALANT.
115
de ce Lit eſtoit parſemé de Larmes
d'argent & de Teſtes de
More , qui recevoient un fort
grand éclat d'un tres - grand
nombre de Cierges , dont cette
Repreſentation eſtoit illuminée,
# auffi -bien que toute la corniche
du Choeur. Au quatre faces du
Lit on avoit mis quatre Emblê
a mes qui étoient commeun abregé
des Actions, les plus éclatan-1
tes& les plus heroïques de Monfieur
le Prince de Conty.La premiere
faiſoit voir une Colomne
pour marque de ſa valeur & de
fon courage, qui a fur tout éclaté
aux Sieges de Courtray& de
Luxembourg, avec cette Deviſe
tirée du Livre des Rois Sedit in
forti arcus ejus. La ſeconde repreſentoit
un Soleil tout embrazé
& avec des aifles , afin de
marquer fon zele pour les inte
116 MERCURE
reſts de l'Egliſe qui l'avoit com
me fait voler à ſon ſecours contre
les Armes Ottomanes , & où
il ſe diftingua de la maniere que
tout le monde l'a ſeeu . Ces mots
lay ſervoient de Deviſe Ale ejus
ata ignis. La troifiéme étoit une
Foy , vray ſymbole de la fidelité
que ce Prince a conſervée pour
fon illuſtre Epouſe juſqu'à la
mort , qu'il a trouvée lors qu'il
ne cherchoit qu'à conſerver la
vie de cette Princeffe . Ces paroles
de l'Ecriture en étoient une
fidelle expreffion , Sicut David fidelis
& gener. On voyoit enfin à
la quatrième un jeune Conquerant
élevé ſur un Globe , d'où il
s'éforçoit d'enlever la Gloire
avec ces paroles du Sage , qui
marquoient la mort avancée de
ce jeune Prince ; Confummatus in
brevi explevit tempora multa.Tou
GALANT.
117
tes choſes eſtant ainſi diſpoſées ,
la Ceremonie commença à neuf
heures du matin par un Convoy
de deüil qui partit de l'Egliſe
Abbatiale , ſuivy du Chapitre
des Religieux , avec les Officiers
de l'Autel& du Choeur revêtus
de riches Ornemens , pour ſe
rendre à l'Hoſtel de Ville où
eſtoient les Magiſtrats , avec les
Principaux de la Ville en Habits
de deüil . On fit là les Prieres ac-
-coûtumées à la levée des Corps ,
aprés quoy on retourna procefſionnellement
à l'Egliſe dans le
meſme ordre qu'on en eſtoit forty
, fi ce n'est qu'immediatement
aprés le Celebrant , fuivoientceux
quiportoient leDrap
d'honneur qui estoit de Velours
chargé des Armes du Prince , &
aprés eux les Magiſtrats & le
Peuple. La Meſſe fut celebrée
118 MERCURE
folemnellement par Monfieur de
Brulé Abbé Regulier de ce Monaftere
, & aprés l'Evangile , le
P. Dom Joſeph de Lombrail
Sous- Prieur de l'Abbaye de S.
Chinian du meſme Ordre de S.
Benoift , prononça l'Eloge Funebre
, dans lequel il fit paroiſtre
autant d'eſprit que d'éloquence
&d'érudition . La Meſſe eſtant
achevée, les Officiers de l'Autel
precedez de quatre autres Religieux
reveſtus de Chappes , &
desautres Miniſtres accoûtumez,
vinrent prendre place autourde
la Repreſentation , où chacun
d'eux fit fon Abfoute aprés autantde
Répons. Cette triſte Ce
remonie attira toutes les Perfonnes
confiderables des environs ,
parmy leſquelles il y en avoit un
grand nombre de Montpellier &
de Pezenas. Elle ſe paſſa avec
GALANT.
beaucoup de pompe & d'édification
, ce qui eſt ordinaire aux Religieux
de cét Ordre , qui ont
toûjours un foin tres- particulier
que le Service Divin le faſſe avec
toute la Majesté poſſible .
:
On a fait auſſi un Service
tres-folemnel pour le repos de
l'Ame de Monfieur le Mareſchal
Duc de Villeroy , à S. Eſtienne
en Foreſt . L'Egliſe qui eſt une
des plus belles de la Province
par la juſte proportion de ſon
Baſtiment , étoit tenduë juſqu'à
la Corniche , au deſſous de laquelle
on avoit mis deux Bordures
d'Hermine , ſeparées par
de grands Ecuſſons aux Armes
du défunt , dans des Cartouches
ſemez de Larmes d'argent. Les
deux Aifles étoient auſſi tenduës
& garnies d'Ecuffons & de Cartouches
, mais un peu moins
420 MERCVRE
grands que ceux qui eſtoient autour
de la Nef & du Choeur. A
l'oppoſite de la Chaire dont le
toureſtoit d'un Velours noir bordé
d'Hermines , & ſemé de perites
Croix avec les Armes en broderie
au milieu , on voyoit dans
la meſme élevation le Portrait
deMonfieurde Villeroy avec un
Manteau Ducal. Quoy que le
Choeur de l'Egliſe ne ſoit pas fort
grand , il eſt neanmoins des plus
commodes pour ces fortes de
Ceremonies . Sa Cloſture eſt un
excellent Ouvrage de Fer , qui
prend au deſſus des Chaires , &
s'éleve environ de douze pieds ,
fans compter ce qui compoſe la
Friſe , qui eſt une double bande
de trois pouces de largechacune,
ornée de Roſes & de Fleurs de
lys d'or, de laquelle on voit naiſtre
une infinité de pointes en
langues
GALANT. 121
langues de Serpent , partie recourbées
en Croix, partie droites
& arrangées avec tant d'ordre,
qu'il n'y paroit point de confuſion;
ce qui donnoit une diſpoſition
fort avantageuſe à cette
pompe , la Balustrade n'empéchantpointqu'on
ne viſt leMauzolée
qu'on avoit élevé au milieu
du Choeur. C'eſtoit une eſpece.
de Tombeau , couvert de Velours.
noir croifé de Moire d'argent , &
fémé de quantité de petites Ancres
d'or. Le Piedeſtal eſtoit couvert
du meſme Velours , ſemé de
Larmes & de petites Croix , &
les degrez eſtoient revêtu de
noir. Tout cela étoit illuminé
d'un nombre infiny de Cierges.
Au deſſus de ce Tombeau on
voyoit deux Bâtons de Maréchal
paſſez en ſautoir , & accompa-:
gnez des Cordons & de la Croix
Mars 1686.
9
F
122 MERCURE
de l'Ordre du S. Eſprit , dont
Monfieur de Villeroy étoitCommandeur
, avec le Manteau Ducal
, ſous une grande Couronne
Ducale d'or. Un Dais fort riche
de Velours noir bordé d'Hermine
eſtoit attaché à la voute , &
couvroit le Mausolée , dont de
gros Bouquets de plumes garnis
d'Aigretes, rempliſſolentles coins.
L'Autel eſtoit richement orné ,
& des Ecuffons en Broderie
étoient attachez à tous les Cierges.
Monfieur Colombel , Do-
&eurde la Societé de Sorbonne,
officia folemnellement , & l'on
chanta la Meſſe en Muſique.
Monfieur Billiet , auſſi Docteur
de Sorbonne,& Curé de la Ville
de S. Marcelin , prononça l'Oraifon
Funebre avec beaucoup de
fuccez . Il prit pour ſon Texte
ces paroles de l'Ecriture , Nam
GALAN T.
123
quid ignoratis quia cecidit Princeps
-maximus in Iſraël, & fit paroiſtre
beaucoup d'éloquence dans tour
ce qu'il dit à l'avantage deMº de
Villeroy. Le tout s'eſt execute
par les ordres & foinsde MrCarrier
Eſchevin de ladite Villede
S. Eſtienne . La Ville de Lyon n'a
rien épargné pour rendre les
honneurs funebres à la memoire
de ce maréchal, & chacun s'eſt
empreſſé à l'envy à faire éclater
fon zele pour cette Illuftremaifon .
Quoy que le temps de la Paix
ne ſoit pas ordinairement un
temps de recompenſe pour ceux
qui embraſſent la vertu guerriere
; le Roy , toûjours favorable
au vray merite , ne ſe plaiſt pas
moins à reconnoiſtre la valeur
qui ſe repoſe , que la valeur qui
agit ; & comme il n'aime rien
sant qu'à rendre juſtice , il ne fait
aucune difference entre l'avoir
F2
124
MERCURE
ſervy & le ſervir. C'eſt par la
qu'il vient de nommer pluſieurs
Officiers Generaux ; il a fait huit
Brigadiers d'Infanterie, & quatre
de Cavalerie. Ceux d'Infanterie,
ſont Monfieurde la Nave , Lieutenant
Colonel du Regiment de
Bourbonnois ; Monfieur des Bordes
, Lieutenant Colonel du Regiment
de Navarre ; Monfieur
Polaſtron , Lieutenant Colonel
duRegiment du Roy ;Monfieur
de Barville , Lieutenant Celonch
du Regiment des Fuzeliersde Sa
Majesté ; Monfieur de Vertillac ,
Lieutenantdes Cent Suiſſes de la
Garde , & Lieutenant Colonel
du Regiment Dauphin Monſieur
de Laubanie , Lieutenant
Colonel du Regiment de la Sarre,
Monfieur de Lauzieres , Inſpeteur
general de l'Infanterie à
Cafal & àPiguerol ; & Monfieur
le marquis de Pufignan , ColoGALANT.
125
5
e
nel du Regiment de Languedoc.
Les Brigadiers de Cavalerie, ſont
Monfieur Dugas , Meſtre de
Camp de Cavalerie ; Monfieur
Quinçon , auffi Meſtre de Camp
de Cavalerie ; Monfieur le Comte
de Cogney , Meſtre de Camp
du Regiment Royal Etranger ;
& Monfieur du Bourg , Maréchal
general des Logis de laCavalerie.
Sa Majeſté dans le même
temps a nommé Monfieur le
Comte de Longueval , Colonel
du Regiment des Dragons de
Monſeigneur le Dauphin , pour
eſtre Brigadier de Dragons.Vous
remarquerez , Madame , qu'il y
a pluſieurs Lieutenans Colonels
parmy ces Officiers Generaux ;
ce qui doit faire admirer une
bonté & une juſtice du Roy ,
dont on voit peu d'exemples en
de pareilles occaſions. Les Lieu-
E 3
126 MERCURE
tenans Colonels ne viennent ora
dinairement à ce poſte qu'aprés
avoir expoſe ſouvent leur vie;&
ils ne parviennent à la teſte du
Regiment , que lors qu'ils en ont
veu perir tous les Capitaines. Ils
aſpirent alors à en eſtre Colonels,
afin que s'ils continuent à ſe ſignaler
, ils puiffent eſtre nommez
Officiers Generaux. La Paix
leur en fermoit le paſſage , & ils
ne pouvoient ſe plaindre que
d'une oiſiveté involontaire. Le
Roy voyant que la valeur de
pluſieurs qui demeuroit inutile ,
n'avoit point agy depuis longtemps
, pour les conduire aux
honneurs où ils avoient ſujet de
pretendre , a voulu en les nommant
Officiers Generaux , faire
pour eux ce que la Guerre auroit
fait.
L'Avanture dont je vais vous
GALANT. 127
faire part , a eſté écrite par une
Perſonne tres digne de foy , &
qui a eſté témoin de toutes ſes
circonſtances. Je ne change rien
aux termes. Un Gentilhomme
François âgé de vingt ans , ayant
fait déja plufieurs Voyages avec
un efpece de Gouverneur , fur
qui ſon Pere qui l'aimoit fort tendrement
s'étoit repofé de fa conduite
. arriva en Eſpagne , où il
fit un plus long ſejour que dans
tous les autres lieux qui ne l'arreſtoient
que par une ſimple curioſité.
Un jour eſtant à Madrid
il entra dans une Eglife , & le
hazard voulut qu'il ſe mit auprés
d'une Dame , dont la beauté le
frappa ſi vivement , qu'elle- même
s'appercent de l'admiration
qu'elle luy cauſoit. Quoyque les
déclarations ſe faſſent bien viſte
en ce Pays-là, il n'oſa pourtant
F4
128 MERCVRE
luy découvrir ſi promptement ce
qu'il commençoit à ſentir pour
elle , mais eſperant qu'il ſeroit
affez heureux pour la trouver
encore d'autres fois dans la même
Egliſe , il s'y rendit avec beaucoup
d'affiduité ,& ne ſe rebuta
point d'y venir pluſieurs jours de
fuite , bien que ce fuft inutilement.
Enfin s'informant par tout
de cette belle Perſonne qu'il ne
pouvoit bannir de ſon coeur , il
apprit qu'elle estoit tombée malade
, & que ceux qui la traittoient
ne répondoiens pas de fa
guerifon. Cette faſcheuſe nouvelle
luy cauſa les plus cruelles
inquietudes qu'il euſt jamais refſenties.
Il mit toutes chofes en ufage
pour ſçavoir le cours que ſon
mal prenoit , & lors qu'il étoit
dans cette agitation , on luy
apprit qu'elle commençoit à ſe
GALANT.
129
mieux porter , & qu'elle devoit
- dans peu de jours aller à la Meſſe.
Il ne ſongea plus qu'à ſe rendre
- au lieu où ſa liberté s'eſtoit perduë
quelques jours auparavant ,
& en y voyantla jeune Eſpagnole
, illa vit pour luy plus charmante
que jamais , quoy qu'un
peu changée aux yeux des autres.
H ne fut pas fi diſcrerqu'il l'avoit
eſté la premiere fois. Il s'approcha
d'elle pour luy déclarer
-ſa paffion , mais il connut avec
- beaucoup de douleur qu'il luy
parloit ſans qu'il en fuſt entendu .
- H ſe conſola pourtant ſur l'atention
qu'elle avoit cuë à le re-
- garder , & jugeant par là qu'elle
l'auroit écouté avec plaiſir s'il .
luy avoit parlé Eſpagnol ; il mit
tous ſes ſoins à apprendre cette
Langue , & s'y appliqua avec un
attachement qui devint ſuſpect
FS
130
MERCURE
à ſon Gouverneur. Il obferva
toutes ſes démarches , & l'empreſſementque
ce jeune Gentilhomme
avoit de ſe trouver dans
les lieux où il pouvoit voir l'aimable
Eſpagnole , l'ayant convaincu
de ſon amour, il crut qu'il
falloit le tirer d'un lieu où tout
eſtoit à craindre pour luy . Ainfi
fans balancer davantage ſur le
party qu'il avoit à prendre , il
feignit d'avoir receu des nouvelles
de ſon Pere ,qui luy donnoit
un ordre preſſant de luy ramener
fon Fils le plus promptement
qu'il ſeroit poſſible. Ce jeune
Amant fit tout ce qu'il put pour
reculer ſon départ , mais il ſe
vit contraint de ceder à ſa malheureuſe
deſtinée. Il reſolut
d'écrire en partant à la charmante
Eſpagnole , & de remettre luymeſme
le Billet entre ſes mains
GALANT.
131
unjour qu'elle devoit ſe trouver
dans une Aſſemblée où il l'avoit
déja veuë . Il écrivit le Billet que
vous allez lire en noſtre Langue,
& ayant obligé celuy qui luy
apprenoit l'Eſpagnol à le traduire,
il le porta où il eſtoit aſſeuré
qu'il trouveroit l'aimable Perſonné
qui luy avoit donné tant d'amour.
Comme c'eſtoit la derniere:
fois qu'il devoit la voir , ſadouleur
le mitdans un tel accablement
, qu'il n'eut de force que
pour luy donner ſa Lettre , &
prononcer cinq ou fix motsEſpa--
gnols qui luy apprenoient qu'on
Parrachoit d'auprés d'elle. Voicy
ce qu'il avoit fait traduire en cette
Langue.
Paifque
ma paſſion n'a pu s'affoiblir
par les difficultez qui
m'ont empeſché de vous l'expliquer,
E6
132
MERCURE
je croy , Madame , que vous re
trouverez pas mauvais queje prenne
la liberté de vous faire entendre
par cette Lettre des sentimens que
mes paroles n'ont jamais pû vous
découvrir , mais qui se font affez
montrez dans tout le reste de mes
actions. Pourpeu que vous ayezdai.
gné les examiner, vous aurez conn
que je meurs d'amour pour vous , &
c'est ce qui me fait esperer qu'au
moins par pitié vous voudrez bien
lire dans ce Billet ce que je n'ay pû
vous dire moy mesme. Mais , Madame
, ne meflatay- je point trop ,
quand j'ofe croire que vous aurez
cette bontépour un homme qui vous
eft à peine connu , qui vrayſemblablement
n'a fait nulle impreffionfar
vôtre coeur,&à qui vous n'êtes engagée
nyparvos paroles nyparaucune
conduite qui aitpul'autoriseràprendre
quelque esperance. Il mesemble
GALAN T.
133
1
cependant , que vous devez cette
justice à une paſſion qui toute muette
qu'elle a esté, ne peut vous estre
inconnue. Tout le prix que j'en dez
mande , c'est que vous puiſſiez estre
convaincuë qu'en me feparant de
vous , je ne verray plus rien fur los
terre qui m'attache aßez pour m'y
retenir..
La belle Eſpagnole n'eut pas
le temps de lire toute la Lettre.
Elle entendit un grand bruit qui
s'éleva tout d'un coup , & elle
vit ſon Amant évanouy , que ſon
Gouverneur faifoit emporter. If
demeura ſans aucune connoifſance
plus de fix heures , & fur
fort ſurpris lors qu'eſtant revenu
à luy , il ſe trouva dans la compagnie
de ceux dont ſon Pere
l'avoit fait accompagner dans ſes
134
MERCURE
Voyages , & éloigné de Madrid
de plus de deux lieuës. Son defeſpoir
fut fi grand qu'il ne parla
plus que de mourir. Plein de cetre
idée , il appercent uneHoſtellerie
fort ruinée , & ſe trouvant
effectivement accablé de mal &
de fatigue , il demanda à s'y repofer
quelques heures. Il n'y fut pas
plûtoſt arrivé qu'une fiévre ardente
le faifit. Il s'en tira neanmoins
heureuſement auffi - bien
que de la cheute d'un Grenier
chargé de bled qui fondit fur luy
dans le temps qu'il eſtoit ſeul
& qui l'auroit ſans doute accablé
fans un Singe qui ne le quittoit
preſque jamais . Cét Animal le
voyant étoufé ſous ce fardeau ,
écarta le Bled avec tant d'adreffe
, qu'il luy rendit la reſpiration
libre,& le mit par là en eſtatd'attendre
un plus grand ſecours qui
9
4 135
GALANT.
* tarda peu à venir. Il s'eſtoit flate
que les ruines de cette vieille
Maiſon finiroient ſa vie & fes
#malheurs , mais fon Gouverneur
le contraignant d'en fortir , il ſe
laiſſa ramener en France , refolu
d'y traîner le reſte de ſes jours
dans la Solitude. Il a executé ce
deſſein , en ſe retirant dans une
des Terres de ſon Pere , où il vic
éloigné de tout commerce , &
conſerve ſans diſtraction l'image
- d'une Perſonne qui luy rendtour
le reſte ennuyeux , & inſuppor
table.
1
コ
Monfieur Faucon de Ris,Maî
tre des Requeſtes & Intendant à
Bordeaux, a eſté nommé Premier
- PreſidentauParlement de Roüen..
Cette importante Charge qui vaquoit
depuis 1683. & qui le fait
Chefd'un auguſte Corps,recompenſe
un merite diftinguédans ſas
136
MERCURE
Perſonne , & les ſervices que Sa
Majeſté en a receuë , auffi - bien
que de ceux de ſa Maiſon , qui
avoit déja donné trois Premiers
Preſidens à ce meſme Parlement;
Monfieur de Ris ſon Pere , fon
Grand Pere , & fon Grand. Oncle,
ayant poſſedé fucceſſivement
cette grande Charge. Toute la
Province en a fait paroiſtre une
joye particuliere.
L'Intendance de Bordeaux que
quitte Monfieur de Ris a efté
donnée à Monfieur de Bezons
qui avoit celle d'Orleans.
Monfieur de Barillon Morangis
qui eſtoit Intendant à Caën ,
l'eſt preſentement d'Orleans. Il
estGendrede Monfieur le Chancelier.
Monfieur de Gourgues quitte
l'Intendance de Limoges pour
aller exercer celle de Caën , &
GALANT.; 137
cette Intendance de Limoges va
eſtre remplie par Monfieur Jarbery
de S. Conteft.
Monfieur le Bret Intendant de
Dauphiné , a eſté nommé pour
l'Intendance de Lyon. Elle eſtoir
exercée par Monfieur de Bercy ,
qui va faire la viſite des Havres
& Ports de mer , à la place de
Monfieur d'Herbigny .
Monfieur Bouchu ſuccede à
Monfieur le Bret dans l'Intendance
de Dauphiné. Je ne vous
dis point que tous ces Intendans
font des Perſonnes diftinguées.
Vous ſçavez qu'on ne les choiſit
pour ces poſtes qui demandent
de l'intelligence & du travail ,
qu'aprés qu'ils ont fait paroiſtre
leur capacité dans le confeil..
Sur la fin du dernier mois mourut
Dame Marie Geneviefve Larcher
, Femme de meſſire Nicolas
138
MERCURE
le Camus , Seigneur de la Grange
, de Bligny & autres lieux ,
Premier Preſident de la Cour des
Aydes. Larcher eſt une fort bon
ne Famille dans la Robe , de laquelle
il y a eu pluſieurs Maîtres
que
des Requeſtes , Conſeillers au
Parlement & à la Cour des Aydes.
Huit jours aprés mourut Da
me Anne Canaye , Femme de
Meſſire Guillaume de Montigny,
Seigneur de Montigny , & de
Sours , Baron de la Coudraye ,
Vicomte de Dreux , & Chaſtelain
de Long , & Long Pré les
Corps Saints. Les Montigny ſont
deſcendus de la Robe. Leur nom
eſtoit Boulanger , & ils font Parens
des Boulanger de Paris,mais
le Grand pere , ou le Biſayeul
ayant épousé une Heritiere de
Montigny , ils en ont pris le
nom.
GALANT
. 139
و
Monfieur Nicolas du Bois de
- Baillet
Fils de Meſſire du
Bois du Menillet , Conſeiller de
la Grand Chambre , eſt mort
dans le meſme temps. Il avoit
eſté Avocat General en la Cour
des Aydes , enſuite Maiſte des
Requeſtes , puis Intendant en
Bearn. Il a eſté le premier qu'on
ait envoyé en cette Province en
qualité d'Intendant. Aprés y
avoir demeuré deux ans , il fut
nommé par le Roy Intendant à
Montauban . Son zele pour le
ſervice de Sa Majeſté a cauſe ſa
mort par la precipitation qu'il a
euë à faire faire une Operation,
fur ce que le Roy luy avoir fait
l'honneur de luy témoigner que
ſes ſervices luy étoient agreables.
Je vous envoye une medaille,
que l'on peut dire nouvelle,
140 MERCURE
স
puis qu'elle n'a eſté frapée que
depuis le commencementde cette
année. On yvoit le Buſte du
Roy d'Angleterre fur pluſieurs
Sceptres. Dans le revers eſt une
Juſtice l'épée à la main droite,
& labalance à la gauche , terraſſant
des pieds deux Cadavres
fans teſte. Ces teſtes ſont ſur
deux élevations quarrées , fur
l'une deſquelles , du coſté de
l'épée, eſt écrit, Iacobus de Montmouth
; & fur celle qui eſt du
coſté dela balance il ya ces mots,
Archibal d'Argil. On lit ceux-cy
fur le piedeſtal qui ſoûtient le
tour , Ambitio maleſuada ruit.
Enfin le grand Article des
Converfions , qui groſſiſſoit tous
les mois ma Lettre , commence
heureuſement à diminuer , faute
de matiere , & la veritable Religion
va regner entierement chez
GALANT.
des Peuples, à qui il ne manquoir
que cette union pour joüir avec
une pleine joye de la gloire & du
repos que leur procurele plus
floriſſant & le plus beau Regne
quel'on vit jamais.Je ne vous parleray
plus de Converſions de Ville
entiere mais de quelques Particuliers
ſeulement ,dont l'obſtination
a rendu la défaite plus
éclatante . Vous en allez voir trois
de cette nature dans la Lettre
que je vous envoye. Elle eſt curieuſe,&
remplie en peu de mois
de choſes touchantes.
142
MERCURE
A MONSIEVR
L'ABBE DE SAZILLY.
ESçay , Monsieur , le plaisir que
vous avez d'apprendre lenombre
deceux qui rentrent dans lefein de
l'Eglise , non feulement par l'intereſt
que vous prenezau falut de
leurs Ames , mais encore parce que
les merveilles que Dieu fait paroiſtre
dans plusieurs de cas Conver
fions, font autant d'Eloges pour noftre
Auguste Monarque. Voicy ce
quej'ay veu dans une Lettre écrite
de Lodeve le 17. Ianvier , par un
Docteur de Sorboneà Monfieur Ber
the , Superieur de Messieurs de la
Congregation de la Miſſion à Saint
Lazare , dont le rare merite vous
GALANT.
143
est connu. Après avoir parlé d'un
grand nombre de Conversions ,& de
l'affiduité de plus de huit mille per-
Sonnes à a entendre ſes Sermons tous
les foirs , il dit qu'une Fille âgée de
dix-huit ans se cacha affez longtemps
dansson lit , feignant d'estre
malade , pour n'estre pas obligée
d'aller à l'Eglife ; mais dans la
crainte de s'y voir forcée , elle quitta
le lit ,&fe retira dans une Caver.
Ine , qui auroitparu affreuſe à toute
autre. Elle y demeura prés de trois
mois , fans enfortir que lanuit pour
aller chercher des herbes de la Cam
pagne , afin de s'en nourrir. Enfin
preſſéepar des mouvemens interieurs
du S. Esprit , elle quitta ſa Solitu
de , &vint le jour mesme qu'il écri
wit cette Lettre , le prierde recevoir
fon abjuration , qu'elle fit avec les
Sentimens les plus religieux du monde,
après un entretien de cinq heu144
MERCURE
6
res , où elle fit connoiſtre qu'elle étoit
extraordinairement ſcavante dans
Sa Religion , & fort attachée àsa
croyance. Elle fit ensuite fa Confeſſion
generale , non fans verſer
beaucoup de larmes , tant pour ſes
pechez , que pour avoir trop tardé
àsefaire inftruire. Sa Mere &Son
Frere, qui estoient dans une obstination
inconcevable pour leur fauffe
Religion , touchez d'un exemple
qu'ils n'auroient jamais attenduſe
convertirent aussi. Voila, Monsieur,
une Conversion quifait voir.
Que Dieu répand ſouvent fes
plus rares faveurs
Dans les plus jeunes Coeurs ,
Une autre va montrer avecquel
avantage
Il les répand auſſi dans ceux d'un
plus grand âge.
Vne
GALANT.
145
1
Une Demoiselle de Qualité fit
connoiſtre dans le mesme temps qu'il
ne faut qu'un moment à la Grace
pour brifer le coeur le plus endurcy.
Ellese nomme la Baronne de Faugere
âgée de quarante ans. Son opiniastreté
estoit si grande , qu'elle protestoit
de fe laiſſer plutoſt massacrer,
que d'aller iamais à confeffe. Elle
vint auſſi ſe ietter aux pieds du
mesme Docteur ,& fes larmes conloient
en fi grande abondance dise
regret d'avoir demeuréfi long- temps
dans l'Erreur , qu'il eut toutes les
peines du monde à tes arrester, &fut
extremément touché de ſa penitence.
Ce n'est pas seulement à
Lodeve que Dieu a operé de tels
Miracles , ie croy me pouvoir fervir
de ce terme après S. Thomas...
On feroit des Volumes entiers de
tous ceux qui font arrivez dans
chaque endroit du Royaume , mais
Mars 1686. G
146 MERCURE
ane Conversion qui s'est faite dans
une Paroiſſe de Paris , est si par.
ticuliere , qu'elle peut tenir fa place
icy ; & ie m'affeure , Monsieur ,
que vous direzavec tous ceux qui
enferont la lecture.
Quand ce n'eſt que la ſeule
bouche
Qui demande à Dieu du ſecours.
On ne voit pas qu'elle le touche,
Mais lors que le Coeur parle , il
luy répond toujours .
C'est une Dame qui mene prefentement
une vie si cachée & fi
remplie de pieté , que je ne pourrois
la nommerſans luy faire de la
peine , & bleffer sa modestie. Ce
que ie puis dire , c'est qu'elle est
Etrangere , & degrande Qualité;
GALANT.
147
qu'elle est tres bien faite , & felon
ce que l'on peut inger,d'environ tren_
te-deux ans ; qu'elle a aimé le Mon
de ,&a laiſſe de fort grands Biens
en fon Pays. Ellevint en France avec
fon Mary , qui estoit de la Religion
P. R. comme elle . & qui est mort
depuis quelques mois. Cette mort
luy a esté tres -fenſible , mais les
grandes choses quele Roy a faites
pour le falut de ſes Suiets qui
estoient dans l'Erreur , luy ayant
fait naiſtre des doutes de ſa croyan
ce , elle oublia toutes chofes pour ne
penſer qu'à celle- là. Elle ne s'en ou
vrit pourtant à personne. Ellen'avoit
de recours qu'à la Priere & à
-ſes larmes pour demander à Dieu
qu'il luy enseignast le chemin qu'elle
devoit fuivre. Un foir fort tard
(qu'elle prioit avec une ferveur extraordinaire,
de luy fuire cette grace,
elle entendit une Voix qui luy ditfort
1
G 200
148 MERCVRE
distinctement Leve-toy , & fuy
celuyqui paffe. Elle court auſſi toft
àlafenestre , voit paſſer nostre Sci.
gneur que l'on portoir à quelques
malades. Elle prit soudain fon Efcharpe,
&se mit ale ſuivre. Eftant
revenue chez elle , ellepaſſa une partie
de la nuit àgenoux , pour remercier
fon Divin Maistre de la grace
qu'illuy avoit faite. Le lendemain
elle fit fon abjuration & Sa Confefſſion
generale. On luy a voulu donner
une Pension affez forte , mais
elle n'a accepté que ce qu'il luy fast
pour vivre tres- modiquement. le
fuis, Monsieur, avec respect, vostre
tres , &c . VIGNIER.
A Paris ce 3. Mars 1686.
Madame la marquiſe de S.
→Aignan , qui paroiſſoit fi attachée
à la Religion de Galvin , n'a pas
voulu profiter du Paffeport que
leRoy avoit accordé à Monfieur
leComte de Clermont ſon Fils ,
GALANT. 149
pour paſſer en tel Pays Etranger
qu'elle voudroit. Elle a pris un
meilleur party , en reconnoiſſant:
fes Erreurs qu'elle a abjurées ,&
elle en eſt fi contente , qu'elle eſt
tous les jours au pied des Autels,
pour remercier Dieu de la grace
qu
qu'il luy a faite de luy faire ouvrir
les yeux fur la Verité. Les bons
conſeils de Mademoiselle de
Cliſſon , ſon Amie , n'ont pas peu
contribué à ce grand Ouvrage.
C'eſt une Perſonne d'une vertu
finguliere , &dont la devotion attire
l'eſtime de tout le monde.
- Madame la marquiſe de S. Aignan
porte le nom d'une Terre. Elle
eſt d'une autre Maiſon que celle
de Beauvillier S. Aignan.
Entre pluſieurs perſonnes de
la R. P. R. qui ont renoncé depuis
peu à leurs Erreurs, Madame
de Laugiere eſt une des plus re-
1
G3
150
MERCURE
marquables par ſa naiſſance , par
fon eſprit , && par ſon opiniaſtreté
à foûtenir les préventions qu'elle
avoir de ſa Religion . Monfieur
de Laugerie fon mary, qui s'eſtoit
fait Catholique il y a quatre ans,
n'avoit pû la toucher par fon
exemple , & les plus proches
Parens , qui ayant eſté comme
elle élevez dés leur enfance dans
l'Herefie de Calvin , l'avoient
heureuſement abjurée , luy remontroient
inutilement. qu'elle
n'eſtoit pas dans la bonne voye.
Enfin elle a eſté entierement
convaincuë par Monfieur l'Abbé
deGrancé, ſi connu par ſon merite
, & par fa grande réputation.
Il eſt Filsde feu Monfieur leMaréchal
de Grancé , & Neveu de
Mr l'Archevêque de Roüen. Je
luy rends justice en vous diſant
qu'il a donné d'éclatantes marGALANT.
151
ques de ſa Pieté &de ſa Doctri-
-ne dans les ſcavans Entretiens
qu'il a eus avec un grand nom-
-bre d'Heretiques , & que la Converſion
de tant d'Ames obſtinées,
qu'il a ramenées au sein de l'Egliſe
, eſt une preuve infaillible
-de ſon zele & de ſa capacité.
Madame de Laugerie fit ſon abjuration
le Vendredy 15. de ce
mois , & nous fournit un exemiple
qui nous fait voir bien ſenfiblement
, que de toutes les Perſonnes
qui ſe ſont trouvées engagées
par leur naiſſance dans
les erreurs de Luther&de Calvin
, il n'y en a preſque point
dont les Peres n'ayent embraſſé
'Hereſie par quelque intereſt
humain , ou par quelque mou-
+
vement de haine pour les Catholiques.
Cette Dame eſt de
l'ancienne Maiſon noble de Len-
G4
152 MERCURE
fant , qui s'eſt habituée depuis
plus de trois fiecles dans les Provinces
d'Anjou & du Maine .
Georges Lenfant , Seigneur de
la Patriere , de Cimbré , & autres
lieux, épouſa en 1539.Françoiſe
du Pleſſis de Richelieu ,
Soeur de Loüis du Pleſſis , Mary
de Françoiſe de Rochechart , &
Ayeul du grand Cardinal qui a
rendu ce nom ſi Illustre. Ce Seigneur
de la Patriere eut trois Fils,
Pirrus , Gabrias , & Loüis . Pirrus
felon la Coûrume de ces Provinces,
fucceda aux deux tiers du
bien de ſon Pere qui étoit confiderable
, mais il ne luy fucceda
point en ſa pieté. Il épouſaClaude
du Pleſſis de Chivré , zelée
Proteſtante , & Dame d'Honneur
de madame la Ducheſſe de
Bar , Scoeur d'Henry IV. & elle
cat l'adreſſe de l'engager dans le
GALAN T.
193
1
Pa-
Party Proteſtant , ce qui caufa
la ruine de ſa Maiſon. Sa Terre
de la Patriere fut attaquée, priſe,
& brulée pendant qu'il eſtoit
occupé en une expedition de
Guerre , par Monfieur du Pleſſis
de Coſme ſon Cousin ,Catholique
un peu trop ardent. Pour
s'en vanger , il mit tout en cendres
dans trois Terres de ce
rent , & fut enſuite pris àDomfront
avec le Comte de Montgommery
, ce qui acheva de l'ac--
cabler , puiſque pour éviter d'être
amené avec luy à Paris , il racheta
ſa vie & fa liberté , par dix
mille écus qu'il falut payer comptant.
Son Fils qui avoit épousé
une Demoiselle de la Maiſon d'Alonville
de Beauce ; ſe convertit
avant la mort , & fit faire abjuration
à ſes Enfans qui font demeurez
bons Catholiques. Il n'y
G
९
154
MERCURE
eut que Monfieur Deſpeaux ſon
Cadet qui refuſa de ſe convertir
alors , & qui abjura le jour de
Noël dernier. Gabrias Lenfant ,
Seigneur de Lirieres & de Boismoreau
, ſe fir Proteſtant comme
Pirrus (on aiſné , & repandit le
poiſon de l'Hereſie dans toute ſa
branche ; mais Monfieur de Boifmoreau
qui en eſt aujourd'huy
le Chef, a reconnu ſon erreur
depuis quelques mois , ainſi que
Madame ſa Femme , & Merdemoiſelles
ſes Filles, qui ayant eſté
miſes par ordre du Roy aux nouvelles
Catholiques , y ont fait
abjuration entre les mains de
Monfieur l'Abbé de la Motte-Fenelon
, en prefence de Monfieur
le Premier Preſident; de forte
que de toute cette maiſon il ne
reſtoit plus dans le partydesPretendus
Reformez que madame
GALANT.
55
১
de Laugerie , dont je vous apprensla
Converſion, Meſſieurs de
la Gareliere & du Bordage-Lenfant
, cadets de cette Branche ,
eſtant Catholiques il y a long.
temps. A l'égard de Loüis Len.
fant , Seigneurde Saint Gilles,
&de Cimbré en partie , troiſième
Fils deGeorges Lenfant,Seigneur
de la Patriere , & de Françoiſe du
Pleffis de Richelieu , il fut enlevé
par la Dame ſa Mere , qui pour
empeſcherque ſes Freres ne l'engageaſſent
dans les Erreurs de
Calvin , l'envoya à Paris , où luy
ny ſes Defcendans n'ont point
eſté infectez de l'Hereſie;& c'eſt
de celuy- cy qu'eſt iſſu Monfieur
de Saint Gilles Lenfant , dont je
vous ay ſi ſouvent rapporté les
actions de valeur aux Sieges que
le Roy a faits en Flandre , pendant
qu'il eſtoit Page de la petite
Ecurie.
G6
156 MERCVRE
La- destruction de l'Hereſie a
émeu la charité Chrêtienne , &
elle n'avoit jamais éclaté avec
tant de zele qu'elle a fait en
France depuis les Converſions.
Tous ceux qui ſe ſont ſenty quelque
talent pour le ſalut des
Ames , ont creu devoir l'employer
pour la gloire de Dieu , &
pour imiter le plus pieux des Monarques
. Les uns ont parlé &
écrit pour vaincre l'obſtination
des Heretiques , & les autres
pour affermir dans la veritable
Egliſe ceux qui ont fait abjuration.
Monfieur l'Abbé Petit de
'Accademie Royale d'Arles , a
eſtédu nombre de ces derniers ,
& l'on voit depuis peu un Livre
de ce Sçavant homme, Intitulé ,
Les Veritez de la Religion prouvées
défendues contre les anciennes
Herefies par la verité de l'Encha
GALANT.
137
riftie , ou Traité pour confirmer les
nouveaux Convertis dans la Foy de
l'Eglife Catholique.
Aprés un ſi grand nombre de
Livres qui ont eſté faits touchant
la Réalité dans le Sacrement
de l'Eucharifſtie , cet Ouvrage
ne laiſſe pas de paroiſtre
fingulier. L'Auteur fait d'abord
connoiſtre que le miracle de l'Euchariſtie
que les Heretiques des
premiers Siecles ont creu , a eſté
une preuve dont S. Irenée , ancien
Evefque de Lyon , s'eſt ſervy
pour prouver que Jesus-
CHRIST eſt le veritable Fils
de Dieu , & aprés avoir demandé
à ceux qui ne font pas encore
pleinement convaincus de la
verité de l'Eucharistie , ſi le ſens
qu'ils donnoient à ces paroles
Cecy est mon Corps , c'eſt à dire ,
la Figure de mon Corps, peutprou
158 MERCURE
ver la Divinité de J. C. il ajoûte :
Si Saint Irenée diſoit aux Hereti.
ques de fon temps , Comment croyez
- vous le grand Miracle des
Saints myſteres , vous qui ne voulez
point croire que celuy qui le
fait , eſt le Fils de Dieu , N'avons
nous pas raison de dire à ceux qui
ne font pas encore convaincus de la
verité de l'Eucharistie , pourquoy
croyez vous la Divinité de 7. C.
vous qui doutez encore du grand
Miracle de l'Eucharistie , qui en a
esté la preuve. Voyez combien la
Foy de ce grand Miracle est an
cienne. Saint Iustin, Disciple des
Apoftres , S. Irenée . Difeiple de Sa
Polycarpe , qui l'avoit eſté de l'Apoštre
S. Iean, font les Docteursde
qui nous l'avons appris , comme ils
l'avoient eux - mesmes appris des
Apoftret . Voyez combien cette Foy
estoit publique , &univerſellement
GALANT.
159
receuë dans les premiers Siecles ,
puis que les Heretiques en convenoient
avec les Catholiques. Voyez
enfin combien elle estoit incontestable,
puis qu'on s'enſervoit pour prouver
le grand Article de nostre Foy
qui est la Divinitéde I. C.
Monfieur l'Abbé Petit dit dans
dans un autre endroit de ſon Livre
, Nous n'ofons rien dire de cet
adorable Sacrifice , que nous ne l'a
yons appris des Peres de l'Eglise.
Nous diſons que ces paroles de 7.C.
Cecy eſt mon Corps , produisent
ce Sacrifice ,& qu'elles luy donnent
toutefaforce &toutefavertu.Voila
ceque nous avons appris de S. Jean
Chryfoftome.Cecy eſt mon Corps..
C'est par cette parole, dit ce Pere,
que les choses offertes par les Fidelles,
font consacrées, & comme ces
paroles de Dieu , Croiſſez , multipliez
, & rempliffez toute la Ter160
MERCURE
re , quoy qu'elles n'ayent esté dites
qu'une seule fois dans la Creation
du Monde ne laiſſent pas de produire
leur effet dans toute la Nature
; ainſi quoy que ces paroles efficaces
de I. C. Cecy eſt mon Corps ,
n'agent esté proferées qu'une feulé
fois , ce font elles neanmoins qui ont
imprimé à ce Sacrifice la force &
la vertu qu'il a eue juſques à prefent
jur tous les Autels de l'Eglife ,
qui la luy imprimeront encore
Sans ceffe jusqu'au dernier Avenement
du Seigneur.
Le meſme Auteur, aptés avoir
rapporté pluſieurs choses qui
marquent la vertu miraculeuſe
du Sacrifice de l'Eucharistie , &
qu'on lit dans S. Cyprien , dans
S.Auguſtin , & dans S. Bernard ,
dit encore. Sinous croyons ce grand
Miracle du Sacrifice de l'Eucharifie
,que celuy qui ne communie que
GALANT. 16г
fous une seule espece , ou qui ne
reçoit qu'une partie des Especes
consacrées , ne laiſſe pas de reccuoir
tout entier le tres Saint Corps , نم
l'adorable Sang du Seigneur , nous le
croyons avec S. Eutique , Evesque
de Constantinople , dont la Naiffance
, la vie , & l'Election à l'Episco-.
ont ešte miraculeuses. Quoy
dit ce
pat ,
que le Corps & le Sang ,
faint Evesque , foit divifé & distribué
à tous , parce qu'il se mesle
en chacun d'eux , il ne laiſſe pas de
demeurer toûjours indiviſible en luy
mesme. Comme unfeul Cachet impri
mésurplusieurs cires differentes,leur
donne àchacune en particulier toute
fafigure & toutesaforme,&ne laif-
Se pas de demeurer toûjours unique
ensoy- mesme ,sans que la multipli
cité des sujets qui reçoivent l'im-
- preſſion de fon image divife ou
162 MERCURE
.
changefon unité ; &comme la voix
qui est proferée par unſeul homme ,
&quife répand dans l'air , est toute
entiere dans sa bouche , & entre
toute entiere dans les oreilles de ceux
qui l'entendent ,sans que l'un en
reçoive plus ou moins que l'autre ,
parce qu'encore que la voix foit un
corps , n'eftant autre chose qu'un air
agité, elle est tellement une & indiviſible
, que tous l'entendent éga
lement quand ily auroit ensemble
dix mille Auditeurs. Ainsi perſonne
ne doit douter qu'aprés laConfecration
mystique & la ſainte Fraction,
Le Sang du Seigneur, incorruptible ,
immortel, faint &vivifiant ,&se
formant par la vertu du Sacrifice
dans les especes consacrées , n'impri
me toute fa force dans chacun de
ceux qui le reçoivent, &nese trou-
De tout entier en tous comme il
arrive dans les exemples qui ont
estérapportez.
,
-
GALANT.
163
Après avoir cité dans un
autre endroit un paſſage de Saint
Justin Martir , Diſciple des Apoftres
, qui prouve aux luifs qu'ils
ne ſont pas dans la veritable Religion
predite par le Prophete
Malachie , puis qu'ils ne ſont pas
repandus par toute laTerre pour
y offrir le vray Sacrifice , au lieu
qu'il n'y a aucune Nation au
Monde où il ne ſe trouve des
Chreſtiens qui offent àDieu le
Sacrifice de l'Euchariftie , ce qui
fait voir que la Religion des
Chreſtiens eſt la ſeule veritable
qui a été predite par ce Prophete.
C'est encore parcette mesme raison
pourſuit- il ,que les Peres de l'Egli
Se ont combatu les Heretiques & les
Schifmatiques . Quoy qu'ils offriſſent
le Sacrifice qui est offert par toute
la Terre , comme ils estoient separez
de l'Eglise Catholique ,ils ne
164 MERCURE
pouvoient pas l'offrir par tout . Ceft
pourquoy onleur diſoit l'Eglise est
partout où sont les Hereſies ,mais
vous n'estes pas par tout où elle eft.Il
y a une Secte en Affrique, une autre
en Orient une autre in Egypte,&une
autre en Mesopotamie. Lepartyde
Donat est en Afrique , mais les Eunomeens
n'y font point , &l'Eglise
Catholique est avec le party de Dowat.
Les Eunomeens font en Orient ,
les Donatiftes n'y font point ; mais
l'Eglise Catholique estpar tous où ils
nesont pas. L'Eglise est cét Arbre
qui estendſes branches par toute la
Terre,& les Heretiques& les Schif.
matiques font des branches rompuës
qui n'ont plus la vie de la racine ,
& qui tombent chacune en fon lieu.
L'Eglise Catholique est donc lafeule
veritable , qui a estépredite par
le Prophete Malachie , puis qu'elle
est laseule qui puiſſe offrir en tous
GALANT. 165
lieux le Sacrifice pur & digne de
Dien. Il ajoûre que e'eſt la le raifonnement
des Peres contre les
Heretiques , & principalement
contre les Schifmatiques ; que
S. Pacien l'a employé contre les
Novatiens , S. Jerôme contre les
Luciferiens , S. Optat & S. Auguſtin
contre les Donatiſtes . On
ne peut avoir trop de ſurpriſe
lors qu'on fait réflexion ſur l'opiniâtre
aveuglement des Calviniſtes
, puis qu'il paroiſt par les
raiſons des Peres de l'Egliſe , que
les Heretiques contre qui ils difputoient
, comme les Valentiniens,
les Ariens , les Macedoniens
, les Neſtoriens , les Eutychéens
, & pluſieurs autres convenoient
avec l'Egliſe de la prefence
Réelle de J. C. au S. Sacrement
, & de l'Adoration de
l'Euchariftie ; de forte qu'il y a
166 MERCURE
fujet de s'étonner que dans ces
derniers Siecles il ait pû naiſtre
une Hereſie , qui a attaqué une
verité recevë par tous les Chreſtiens
du Monde , & dont l'Egliſe
dans les premiers Siecles s'eſt
ſervie pour refuter tant de differentes
fortes d'Hereſies. Ce font
les termes que Monfieur l'Abbé
Petit employe ſur la fin de ſon
Ouvrage , qui eſt remply de raifons
fi folides & fi convaincantes
, que cette lecture n'eſt pas
moins utile pour ramener les.
Heretiques au ſein de l'Eglife,
que pour affermir les nouveaux
Convertis dans la veritable Religion.
Le Chapitre Royal de S.Quentin
en Vermandois qui employe
tous ſes efforts à ſeconder les intentions
du Roy , ayant travaillé
depuis trois ans avec un zele exGALANT.
167
traordinaire à ramener à l'Egliſe
ceux qui en avoient eſté ſeparez
e par leur naiſſance , a veu enfin
l'entier ſuccez de ſes ſoins , &
pour en rendre des Actions de
graces à Dieu , il ordonna une
Proceffion Generale qui ſe fit
Lundy dernier , jour de l'Anonciation
de la Vierge. Tous les
Corps , tant Reguliers que Seculiers
s'y trouverent. Monfieur
l'Abbé Gebuys , Chanoine de
Soiſſons , preſcha doctement ſur
ce Sujet , & s'attira beaucoup de
loüanges. On chanta leTe Deum
en Muſique avec des Prieres
pour le Roy. Jamais Ceremonie
ne s'eſt paſſée avec plus de mo-
- deſtie qu'en firent paroiſtre, tant
les nouveaux Catholiquesqueles
anciens. Le Chapitre avoit fait
huit jours auparavant une Or
donnance pour empêcher les Ir-
ر
368 MERCURE
reverences qui ſe commettent
ordinairement dans les Eglifes,&
il a meſime étably des perſonnes
qui doivent y ſurveiller.Ce Chapitre
eſt un des plus illuſtres de
France, tant pour ſon Antiquité
que pour les Droits de ſon Domaine.
Ils font Epifcopaux , &
montent à plusde cinquante mille
ecus de revenu . L'Egliſe eſt
d'unetres belle Structure , & ale
tiltre de Proſepiſcopale. Elle a
eſté autrefois le Siege des Eveques
du Vermandois; il fut transferé
à Noyon par S. Medard l'an
535. Il y a ſoixante-dix Prebendes
, toutes remplies de Graduez
& deGentilshommes . Monfieur
de Maupeou nommé à l'Evêché
de Caftres , fi connu par fon
merite & par ſa naiſſance, en eſt
Doyen , & le Roy en eſt premier
Chanoine & Collateur . Outre
ces
GALANT.
169
ces Prebendes , il y a plus de
cent Chapelles .
Les Lettres de Chancelier de
France en faveur de Monfieurde
Boucherat , ont eſté enregiſtrées
au Grand Conſeil , comme elles
l'avoient eſté au Parlement quelque
temps auparavant. L'Aſſemblée
étoit auſſi illuſtre que nombreuſe
, & jamais on ne vit d'ordres
mieux obſervez pour empeſcher
la foule extraordinaire
qu'on avoit preveu , qu'attireroit
le defir d'entendre l'Eloge d'un
grand Homme , & la reputation
de ceux qui le devoient faire. Les
Lettres furent preſentées par
- Monfieur le Maiſtre de Ferriere ,
& il remplit avec beaucoup d'avantage
l'attente qu'on avoit de
luy.
Il fit d'abord une peinture de
la joye univerſelle qui s'étoit ré-
Mars 1686 . H
170
MERCVRE
panduë dans tous les ceoeurs au
moment de l'élevation de Monfieur
de Boucherat à la Dignité
de Chancelier , & de ce
qui s'eſtoitfait à cette occafion ,
&marqua que toutes ces chofes
luy donnoient la confiance dont
il avoit beſoin , pour répondre
àl'attente publique & à l'éclat
del'action qu'il alloit faire. Il fit
voir enſuite qu'il ne laiſſoit pas
d'eſtre étonné par la difficulté
qu'il y avoit de rien ajoûter aux
applaudiſſemensdetoute laFrance,
& de loüer un homme que
la loüange du Roy avoit mis au
deſſus de toutes les louanges . Il
pourſuivit en diſant qu'ily avoit
eu des Siecles , & qu'ily avoit
encore aujourd'huy des Etats , où
les grandes Dignitez ne ſont pas
des preuves aſſurées d'un grand
GALANT.
171
X
merite. Il expliqua toutes les
voyes injuſtes par leſquelles les
hommes trouvoient quelquefois
moyen d'y parvenir , & dit que
le Roy ſçavoit bien nous preſerver
de ces fortes de malheurs ;
que ſes lumieres le garantiſſoient
de toute prevention , que ſa raifon
le défendoit des paffions d'autruy
comme des ſiennes ; que ſa
puiſſance le mettoit au deſſus de
la neceſſite ; que ſa ſageſſe déconcertoit
les intrigues ; que ſon
authorité réüniſſoit tous les partis
, & que la vertu donnoit l'excluſion
à tous les vices ; en forte
que toûjours guidé par ſa prudence
& par l'equité , on pouvoit
dire qu'il eſtoit le Prince du
monde qui ſçavoit le mieux donner
des Emplois aux hommes , &
des hommes aux Emplois. Ilpaſſa
de la à la mort de Monfieur le
H 2
172 MERCURE
Tellier , & fit voir que c'étoit
une des plus grandes pertes que
nous pouvions faire au dedans du
Royaume , nous qui ne ſçavons
plus ce que c'eſt que d'en faire au
déhors.Il s'étendit enſuite fur les
qualitez requiſes pour un parfait
Chancelier , & ce morceau de
ſon Diſcours fut trouvé ſi beau
qu'il luy attira de grands applaudiſſemens.
Après avoir finy ce
Portrait , il dit qu'il croyoit avoir
fait heureuſement celuydeMonſieur
de Boucherat; qu'il ne doutoit
point qu'on ne l'euſt enviſagé
dans ce Tableau , & qu'on
ne l'y euft reconnu , ce qui luy
donna ſujet de faire un abregé
de ſa Vie , & de parler de tous
ſes Emplois & de ſes Anceſtres.
Cette peinture ne fut pas moins
vive & moins délicate que la
precedente. Il la finit en diſant
GALANT. 173
qu'eſtre Chancelier de France ,
ce n'eſtoit pas aſſez dire , mais
qu'eſtre Chancelier de LOUIS LE
GRAND ; mais qu'eſtre l'Ouvrage
de ſa raiſon , l'objet de ſon
choix & de ſa preference , c'étoit
le plus glorieux de tous les
Eloges . Il ajoûta que quand il
parloit de LouÏS LE GRAND , il
nommoit un Prince qui fait plus
d'honneur au Trône que le Trône
n'en fait aux autres Rois ; un
Prince qui efface & qui releve
tout à la fois la gloire des Rois ſes
Ayeux , leur rendantde la ſienne
bien plus qu'il ne prend de la
leur; un Prince qui remplittoute
la Terre de l'éclat de fon nom
& de ſes Victoires ; qui comme
Salomon dans ſa magnificence ,
attire des extremitez de l'Orient
des témoins de fes merveilles, ou
des admirateurs deſa ſageſſe ,&
H3
174
MERCURE
qui par des évenemens inoüis ,
donne le plaifir à ſes Sujets de
voir ſans fortir du Royaume toutes
les Nations de l'Univers ſe
proſterner à ſes pieds , ou pour
implorer ſa clemence , ou pour
fatisfaire fa juſtice , ou pour rendre
hommage à Sa Grandeur ;
un Prince qui ſe regardant non
pas comme un Roy , mais comme
le Miniſtre du Royaume de
Dieu , conſume toute ſa puiſſance
aux ouvrages de picté ; un
Prince qui purge le monde non
pas de Monſtres imaginaires
comme le Heros de la Fable ;
mais qui aprés avoir aboly les
Duels , étouféle Blaſpheme , reduit
l'Impisté à ſe cacher , ſçait
encore ſi glorieuſement triompher
de l'Herefie ; un Prince
ſemblable au Fameux Conque.
rant dont il eſt parlé dans le Pro
GALANT.
175
phete , que Dieu appelle fon
Paſteur , que le Seigneur prend
par la main pour le conduire à
l'execution de ſes deſſeins , à la
veuë duquel les Peuples font
frappez d'admiration ,& de frayeur
, les Portes des Villes ſont
- ouvertes, les Souverains fontmis
en fuire ,& le Peuple d'Iſraël ſe
trouve delivré d'une longue , &
dure captivité , avec cette diffe
rence que cet Illuſtre Roy de
Perſe ſervoit un Dieu qu'il ne
connoiſſoit pas,& ne briſa que les
chaînes materielles dont le Peu-
- ple de Dieu eſtoit accablé,au lieu
que noſtre incomparable Monarque
adore religieuſemét ce même
Dieu qu'il fait adorer , & par un
facré zele qui l'anime , employe
tous ſes ſoins pour rendre la liberté
à des Ames qu'une Erreur
hereditaire retenoit dans un ef-
1
H4
176 MERCURE
clavage d'autant plus dangereux
qu'il eſtoit inviſible ; un Prince
en un mot qui conçoit & qui
acheve toutes les grandes choſes
, par cette raiſon ſuperieure
qui l'éleve au deſſus de tous les
autres hommes , par cette raiſon
fuperieure qui le fait dominer
fur la fortune , qui le rend Maître
des volontez , & qui le met
au deſſus de ſes propres Victoires
; enfin par cette raiſon ſuperieure
qui eſt comme le Sceptre
par lequel il regne ſur le Peuple,
fur les Etrangers, & fur luy-mefme..
Monfieur le Maiſtre conclut
de là ; que ſous les Loix d'un tel
Souverain , nous devions tout
eſperer de Monfieur le Chancelier.
Il entra enſuite dans le détail
de ce qu'il feroit pour la felicité
publique ſous les ordres de.
GALANT.
177
+
0
Sa Majesté , puiſqu'il ne le faloit
pas ſeulement enviſager comme
la bouche qui rend les Oracles
du Prince , mais encore comme
l'oeil de ce meſme Prince incefſamment
appliqué à démeſler
tout ce qui ſe paſſe dans l'Etat
; puis s'addreſſant à Meffleurs
du Grand Conſeil , il
leur dit que dans cette joye publique
perſonne n'en devoit avoir
une plus particuliere qu'eux , puis
qu'entre toutes les Compagnies
Souveraines , il n'y en a point
qui touche de plus prés àMonfheur
le Chancelier Il ajoûra que
: quand le Roy dennoisun Chancelier
à toute la France,il donnoit
un Chef au Grand Confeil ,c
qu'il eſtoit leur Premier Preſident
nés qu'à l'égard des autres Compagnies
, on pouvoit ne le regarder
que comme l'intelligence
H
178 MERCURE
quiles faifoit mouvoir , mais qu'a
leur égard il eſtoit l'ame qui les
animoit ; que pour continuer fa
comparaiſon , ſi ſes grandes &
penibles occupations pour le fervice
da Prince & de l'Etat , les
privoient de l'honneur de le voir
ſouvent en Perſonne à leur,teſte;
il étoit de luy comme de l'ame:
qu'on ne voit point , & qui ne
laiſſe pourtant pas de ſe rendre
fenſible dans le corps par les operations
qu'elle y exerce ; que fi
Monfieur le Chancelier ne prefidoit
pas actuellement à leur :
Compagnie, ſon eſprit preſidoit à
leurs Arreſts & que ces Arreſts
eſtoient toûjours formez avecune
telle equité , qu'il eſtoit aifé de
reconnoître qu'ils eſtoient les
plus proches de la ſource de la
Juſtice ,&que le meſme Genie
sutelaire des Loix quilesanimoit,
4
GALANT. ۱ 179
les leur inſpiroit. Il finit en ſouhaitant
que la parfaite union d'une
ſi grande Ame avec un ſi illuftre
Corps dura fi long - temps,&
que les Peuples joüiffent pendant
une longue ſuite d'années
de ce don precieux que le Roy
avoit faità tous ſon Royaume ;
qu'ils en puſſent recüeillir tous
les fruits dont les merveilleuſes
qualitez de ce grand Miniſtre de
la luſtice leur donnoit lieu de ſe
flater ,& que les voeux de toute
la France fuſſent comblez par
une longue & heureuſe vie du
Monarque , à qui le Ciel avoit
inſpiré un ſi digne choix.
Il feroit inutile de vous dire
que ce Difcours , & fur tout l'Eloge
qu'il renferme du Roy , fur :
extremement applaudy , puiſque
vous l'avezdeu connoiſtre par les 、
morceaux que je viens de vous
H6
180 MERCURE
en rapporter , autant que ma -
memoire me les a fournis. Les
Ouvrages des Perſonnes de qualité
ont un certain tour & un caractere
noble qui les diſtingue
des autres , & qui ne pouvoit
manquer à Monfieur le Maiſtre.
Sa naiſſance vous eſt connuë ;je
vous en parlay il y a quelques
mois aſſez amplement dans une
de mes Lettres , & des Emplois
qu'ont poſſedé ſes Anceſtres. Il
s'eſt mis en eſtatde les ſurpaſſer ,
&de meriter les plus hautes
Charges de la Robe, puiſque depuis
vinge cinq ans il fait briller
ſon eſprit dans le Bareau , & la
parfaite connoiſſance qu'il a des
Loix
Monfieur Enjorant , Avocat
General au Grand Conſeil, parla
aprés Monfieur le Maiſtre , &
dit que c'eſtoit le propre de la
2
GALANT. ச
Iuſtice d'eſtre ſatisfaite d'ellemeſme
, & que Monfieur le
Chancelier eſtant au deſſfus des
Eloges, il luy importoit peud'en
recevoir , puiſque ſa gloire eſtoit
trop bien établie pour tirer au
cun éclat des loüanges qu'on luy
pourroit donner ; mais que ſi el
les ne pouvoient rien ajoûter à ſa
gloire , on ne devoit pas laiſſer
de faire le détail de fes Vertus ,
parce qu'il feroit utile au public,
& pourroit fervir d'exemple à
pluſieurs. Il pritde là occafionde
s'étendre ſurla juſtice que le Roy
avoit fait paroître dans ſon choix ,
&dit que fi le Prince honoroit
celuy qu'il choiſiſfoit pour les
grands emplois , il eſtoit auſſi honoré
par les applaudiſſemensque
l'équité de ſon choix faifoit re
tentir par tout. Il fit voir enſuite
que toute la puiſſance Royale ne
182 MERCURE
produiſoit rien fans la Sageſſe
neceſſaire dans toutes les actions
des Rois , ce qui luy donna lieu
de faire la peinture d'une puiſſante
Armée, mais ſans mouvement,
&qui n'en reçoit que de la teſte
du Prince , qui la fait agir felon
ſa ſageſſe , & il ajoûta qu'alors le
hazard & la fortune n'avoient
point de part à ce que cette Armée
faiſoit de grand pour les
avantages du Prince & de l'Etat ,
mais que le Prince luy ſeul en
avoit toute la gloire. Il fit l'Eloge
de feu Monfieur le Tellier , &
de ſon innocente profperité , &*
dit qu'on ne pouvoit pas accu
ſer le Siecle d'eſtre avare de
grands Hommes , puiſqu'il avoit
donné ces deux Chanceliers à
la France. Aprés cét Eloge , qui
fut vif , touchant , & fort ap--
plaudy , il parla de tous les Em--
GALAN T.
183
A
ploisde Monfieur de Boucherar ,
& de ce qu'il avoit fait dans
chacun de digné d'eſtre confervé
à la Poſterité. Il fit connoître
que ce grand Magiſtrat avoit cu
en de certaines rencontres toute::
la fermeté d'un homme intrepide
, & avoit diffipé des Rebel--
lions en s'expoſant contre des
Mutins. Il n'oublia riendu grand
merite de ſes Anceſtres , qui
avoient eſté appellez aux Emplois
de la Robe ſans qu'ils les
euffent recherchez ,& finit par
une peinture de ce qu'on devoit
eſperer de Monfieur de Boucherat
dans la Charge de Chancelier
, aprés ce que ſes Predeceffeurs&
luy avoient fait de grand...
Il conclut à l'Enregiſtrement ; on
alla aux Opinions , & les Lettres
furent enregiſtrées. Elles T'ont
eſté auſſià la Cour des Aydes ,
184 MERCURE
mais je remets à vous en parler
dans ma premiere Lettre , auffibien
que du Service que Monfieur
le Controleur General fic
faire le 22. de ce mois pour feu
Monfieur le Tellier ,dans l'Egliſe
de l'Hoſtel Royal des Invalides:
Monfieur l'Abbé Flechier
nommé à l'Eveſché deLavaury
fit admirer ſon éloquence. Il n'y
a rien en cela de ſurprenant , ces
grands fuccez luy font ordinaires.
Meffire Jacques Sachot Do-
: cteuren Theologie de la Maiſon
&Societé de Sorbonne , Curé de
l'Egliſe Paroiſſiale de S.Gervais ,
eſt mort depuis peu de jours. Il
avoit beaucoup d'exactitude à
remplir tous ſes devoirs , & faifoit
fur tout paroiſtre un zele extraordinaire
à exhorter les Mourans.
La-Cure de S. Gervais ;
GALANT.
185
avec quatre autres des principa
les de Paris dépend del'Abb
du Bec , & Monfieur Colt.
Coadjuteur de Roüen qui en ei.
Abbé , l'a conferée à Monſicur
Feu , Docteur en Theologie..
C'eſt un tres-digne Sujet.
La premiere Enigme du der.
nier mois a eſté expliquée ſur le
Bonnet qui en eſt le vray ſens, par
Mefſieurs la Tronche & P. Carrier
de Roüen ; Hoſtone Maiſtre
Chirurgien ; G. F. Lourdet , du
quartier de la Place Maubers;
L'Amant de la Belle , de la Ville
de Paris , le Serviteurde la petite
Brunette , & de ſes deux aimables
Compagnes ; le gros Bouza
du Mouſquetaire de la ruë Saint
Honoré ; la Belle Brune de l'Arſenal
, & la plus jeune desGraces
de la rue de la Coſſonnerie ..
La plus ſpirituelle d'Etampes;,
286 MERCURE
Hermophile du Hoc, du Havre
Grace , & Veritéle Fils marié
ois fois à la meſme perſonne ,
ont trouvé le vray ſens de la ſeconde
, qui eſtoit le mot duGuet .
Ceux qui ont expliqué toutes
les deux, font Meſſieurs Vignier;
la Quille de la ruë Beaubourg ,
Commiffionnaires des Princes &
Princeſſes d'Allemagne ; leChanoine
Taf; le Maiſtre Clero Efpagnol
de la Barriere des Sergens
de la ruë S. Honoré ; l'Infortuné
Nodo ; l'Incomparable Mitis ;
Alcidor ; Gyges ; Silvie ; la Belle
Nourriture ; la Petite Aſſemblée
G.& la Petite Aſſemblée A. du
Havre..
Je vous envoye deux Enigmes
nouvelles. La premiere m'a eſté
envoyée ſous le nom de Monfieur
l'Abbé Car du Pont de
Bois ; l'autre eſt de Monfieur
Rault de Roüen ..
GALANT . 18-
ENIGME.
E ſuis une production
ойI'Art fait briller la
ture ,
Si fier de mon extraction
Na-
Queje nesouffre aucune injure
Carſouvět jen'en puis souffrir
Sans eftre reduit à perir.
Fuges de ma delicateſſe ;
Cependant quoy que jefois tel.
Tout le monde à l'envy s'empreffe
Ame dreffer chaquejour un Autel..
Mon origine eft noble & pure.
Je change de couleur fans changer
de nature ,
Et comme je touche le coeur
Par leſoinqueje prens d'offrir ce qu's
doit plaire ,
Chacunfi fort me confidere ,
Qu'il gronde en ſeplaignant fou
vent de mon malheur..
188 MERCURE
J
Jais onfait plus encore, on meflate,
on me touche ,
Et je me faissi bien priſer ,
on Qu'iln'est point de fi belle bowche
Qui quelquefois ne chercheà me
baifer.
AUTRE ENIGME.
E fuis Fille d'un Pere aimé de tout
le monde ;
De ma Mere je fors d'une étrange
façon ;
Lepaſſe par le feu,par l'eau, par la
prifon,
Et Semblable à Niobe , en pleurs je
Suis feconde.
Mon Pere a l'esprit vif, c'est ainfi
que je l'ay.
Etfi quelquefois je m'échape,
Ilest bienfin qui me ratrape ,
GALANT .
189
Mais on me tient captive en tous
lieux où je vay.
Soit que j'aille Sur Mer . foit que
j'aillefur terre ,
On trouve du fecours en moy ,
Et je suis mesme en mon employ
Neceffaire enla Paix , neceſſaireen
La Guerre.
Mais fur tout admirez mon mer
veilleux pouvoir;
D'ungueux jefais un riche,&change
un autre en beste ,
A celuy-cy je mets des cornes en la
teste ,
Et ce que Circé fit , je le fais aussi
voir.
Voicy un ſecond Air nouveau
, dans lequel vous netrouverez
pas moins de beautez que
dans le premier.
१०.
MERCVRE
AIR NOUVEAU.
B
Elle&jeune Saiſon , ton retour
est charmant ,
Et chacun le defire avec empreffement.
Nous lefouhaiterions encor bien davantage
,
Si par luy nous estions toûjours dans
le bel âge;
Mais par malheur àforce de Printemps
,
Nous nous trouvons enfin dans l'hyver
de nos ans.
l'ay veu des Lettres de Conſtantinople
, qui marquent que
Monfieur Girardin , Ambaffadeur
de France , eſtoit heureuſement
arrivé au Port de cette
Ville- là l'onzième de lanvier. Le
lendemain il deſcendit du Vail
GALAN T.
191
feau , & alla prendre poffeffion
du Palais. Il fut ſalué de toute
l'Artillerie des trois Vaiſſeaux du
Roy qui l'avoient accompagné.
Un Canonnier ayant oublié d'ôter
un boulet d'un Canon , il arriva
malheureuſement que ce
boulet tua un Inif, & endommagea
quelques maiſons. Cet accident
n'eut aucune ſuite. Le Caimacan
qui en fut informé ſur
l'heure , envoya dire à Monfieur
l'Ambaſſadeur qu'il ne s'en miſt
point en peine , & qu'il ſe chargeoit
de cette affaire.Le 13. Monſieur
l'Ambaſſadeur fit affembler
toute la Nation Françoiſe ,
&déclara à tous ceux de la Religion
Prétenduë Reformée,qu'il
leurdonnoit quatre mois pour ſe
determiner à ſe convertir , ou à
retourner en France. Le 14.il alla
viſiter la fameuſe Egliſe de Sainte
192 MERCURE
Sophie , aujourd'huy la principa
le Moſquée du Grand Seigneur ,
& plus de deux cens perſonnes
de Nations differentes y entrerent
avec luy.
On nous apprend par les me(-
mes Lettres que l'Eglife de S. Benoiſt
, d'un ancien Monastere
Benedictin , ſitué dans la Ville de
Galata , la ſeule des anciennes
Egliſes Latines , toutes les autres
ayant eſté confumées par les incendies
paſſez , ou détruites par
les Turcs , fut brûlée le 9. Novembre
dernier , par un Cierge
mal éteint qui y mit le feu , en
forte qu'il n'en reſta que les murailles.
La maiſon des Peres leſuites
, qui deſſervoient cette
Eglife , n'en fut point endommagée,
non plus que le voiſinage..
Celuy qui a eſté nommé par le
Roy Agent pour la Nation Françoife
GALANT. 193
çoiſe aprés la mort de Monfieur
de Guilleragues , en écrivit auſſi -
toſt au Grand Viſir , pour obtenir
permiffion de la rebaſtir; ce qui
Juy fut accordé le 14. de Decembre
par un Commandement autentique
du Grand Seigneur.
Il court un Alphabet plein
d'Inſtructions utiles , dont on
m'a donné une copie. le vous
l'envoye. C'eſt l'Ouvrage d'un
Pasteur zelé pour ſes Oüailles
nouvellement recouvrées. Ilest
de Monfieur Hamel , Curé de
Mouy , Diocese de Beauvais.
L'ALPHABET
Des Nouveaux Convertis à la
Foy de l'Egliſe Romaine.
220
A
?
Dorez I. C. réellement con.
tenu ſous les Efpeces du
Mars 1686.
Pain
I
n
194 MERCURE
&du Vin dans l'Egliſe Catholi
1
que.
Beuvez fon Sang en mangeant
Jon Corps Sous la seule Espece du
Pain , Sans defirer l'usage de la
Coupe , qui n'est neceſſaire qu'au
Sacrifice.
Confeſſez vos pechez à l'oreille
des Prestres faites les Penitences
qu'ils vous enjoindront pouryfatis.
faire,&fervez vous des Indulgences
de l'Eglise , pour vous acquiter
plus promtement enversDieu.
Depoüillez-vous de tous respect ·
humain , & de tous les sentimens
de la Chair & du sang, pourn'écouter
que laseule Verité.
Expliquez l'Ecriture SainteSelon
l'esprit des Saints Peres & Docteurs
de l'Eglise , & non pas par vos
lumieres particulieres.
Faites grand état de toutes les
Ceremonies de l'Eglise Romaine ,
GALANT.
195
dont vous trouverez l'explication
misterieuse dans un grand nombrede
Livres , composezpour cela.
Gardez toutes les Ordonnances
defes Conciles Generaux , & principalement
de celuy de Trente.
Honorez tous les Saints qu'elle
reconnoist comme tels , avec leurs
Reliques &leurs Images.
Implorez leur credit auprès de
Dieu , & pour meriter leur protection
imitez leurs Vertus .
Lifez leurs Vies Vies avecrespect ,&
avec intention d'en profiter , auffibien
que les autres Livres de Picté.
Mortifiez vostre chair en
100 %
en gardes
dant les cufnes du Caresme ,
Vigites & Quatre temps ,, & l'ab
ſtinance des Vendredis & Samedis
l'annee.
ot.
Nourriffez vos Ames du Pain de
la Parole de Dieu , & dde l'oraifon,
pour vous convaincre des Veritez
1
T 2
196 MERCURE
que vous avez ignorées jusqu'à
present.
Oubliez lesvieilles querelles que
vous avez eues cy- devant avec
l'Eglise Romaine , qui comme une
bonne Mere vous tend les bras ,
pour vous recevoir avec amour au
nombre de ſes Enfans , nonobstant
vos égaremens paſſez .
Purifiez - vous autant que vous
pourrez en cette vie croyez
qu'il y a un Purgatoire en l'autre,
pour achever de vous rendre dignes
du Royaume des Cieux où rien de
foüilléne peut entrer.
Quittezgenereusement vos Parens
& Amis ui ne voudront pas ND
rentrer comme vous au giron de la
2
aritable Eglife.
२
*Reconnoisseznostre Saint Pere le
rape pour le Vicaire de I. C. en
Terre le Succeſſeur de S. Pierre
& le Chef visible &
de l'Eglise militantt.
univerfel
د
GALANT.
197
4
Soumettez - vous avec joje à fon
obeiſſance , comme de bons Enfans
à l'égard de leur veritable Pere.
Travaillez fortement en la pratique
des bonnes oeuvres , fans lefquelles
la Foy est morte , comme dit
S. Lacques , & ne peut pas fuffire
pour nous fauver.
Veillez & priez , de peur que
vous n'entriez dans la tentation de
retourner à vos premieres Erreurs ,
& de vous perdre éternellement
avec vos Peres qui les ontſuivies.
Vous aurez entendu parler
de la Cavalcade de trente Seigneur
& de trente Dames , qui
ſe doit faire à Verſailles un peu
aprés les Feſtes de Paſques,
C'eſt le fort qui a donné à chaqueChevalier
la Dame qu'il doit
conduire ,& qui a pareillement
décidé du rang de la Marche , à
13
198 MERCURE
l'exception des Chefs & de leurs
Dames, qui ſont Monſeigneur le
Dauphin , & Madame la Ducheſſe
de Bourbon ; M. le Duc de Bourbon
& Mademoiselle de Bourbon.
Voicy les noms des autres
ſelon les Billets qui leurs font
écheus.Le nom de chaque Dame
eſt avec celuy de ſon Chevalier.
QUADRILLE
DE MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
MONSEIGNEUR.
MADAME LA DUCHESSE
DE BOURBON .
M. le Marquis de Bellefons.
Mademoiselle de Humieres.
GALANT.
199
M. le Chevalier Colbert.
Mademoiselle Defemeac.
M. le Duc de la Trimoüille.
Mademoiselle de Iarnac.
M. le Duc de la Meilleraye.
Mademoiselle de Gramont.
M. le Marquis de Rochefort,
Madame d'Alegre.
M. le Comte de Brionne.
Mademoiselle de Viantais .
M. le Comte de Duras .
Mademoiselle d'Alerac.
M. le Comte de Nogent.
Madame de Vassé.
M. le Marquis de Villequier.
Mademoiselle de Piennes.
M. le Comte de Mailly.
Madame de Bellefons .
M. le marquis de Plumartin.
Madame de Chaſtillon .
M. le Duc de Vandofme .
Mademoiselle de Rambures,
TA
14
200 MERCURE
M. le Comte du Bourg.
Madame de Chofeil.
M. le Comte de Blanfac .
Mademoiselle de Sanfay.
: ああああああ
QUADRILLE
DE MONSIEUR
LE DUC DE BOURBON.
MONSIEUR LE DVCDE BOURBON,
MADEMOISELLE DE BOURBON.
M. le Marquis de Polignac.
Mademoiselle de la Rochealard.
M. le marquis de Crequi,
Mademoisellede Pomy .
M. le Prince de Rohan.
Mademoisellede Senneterre..
M. le Grand Prieur.
Madame deMortemart.
GALANT. 201
M. le marquis de Neſle.
Madame de la Fare.
M. le marquis d'Antin.
Mademoiselle de Sinteran:
M. le Comte de Coffé .
Mademoiselle de Hautefort.
Male Comte de Cruffol.
Mademoiselle Doré.
M. le Prince Camille.
Mademoisellede croiffy.
M. le Comte de Rouffy.
Mademoiselle d'Uzes.
M. le marquis de la Châtre.
Mademoiselle d'Estrées.
M: le Marquis de Chamarante...
Madame de Leveſtein.
M.le Prince de Tingry.
Madame d'Urfé.
M. le marquis de Nangis .
Mademoiselle de l'Illemarie,
Monfieur le Ducde S. Aignan
eſt ſeul Mareſchalde Camp , &
15
202 MERCVRE
Iugedes Courſes. Il n'y aura point
d'autres Officiers Generaux ny
de mareſchaux de France pour
juger , comme il y'en eut dans le
Carouſelde l'année derniere.
Monfieur le Comte de Quelus
a épousé Mademoiselle de murcé,
Niepce de madame de maintenon
àla mode de Bretagne. Elle eſt
Fille de Monfieur Villette ,dont
je vous ay parlédans pluſieurs de
mes Lettresi, & fur tout depuis
deux ou trois mois , dans le temps
qu'il a abjuré la Religion Preten.
duë Reformée. Monfieur le Comte
de Quelus eſt celuy qui eſtoit
de la Quadrille des Zegris dans
ledernier Carouſel. Ie vous disalors
, qu'il eſtoit Fils d'Henry de
Tubieres de Peſtelt & de Leri ,
Comte de Quelas en Roüergue,
&de Claudede Fabert , Fille du
Mareſchalde ce nom.
GALANT.
203
Vous avez ſceu par les nouvelles
publiques que Dona Maria
Virginia Altiery , Niece de Clement
X. a pris depuis peu de
temps l'Habit de Religieuſe dans
le Monastere di Torre di Specchio,
& que Monfieur le Cardinal
Altieri fit la Ceremonie de lay
donner le Voile. Cette nouvelle
eſt venuë icy avec une circonſtance
fort particuliere. Aprés
qu'on fut forty de l'Egliſe , toutes
les Religieuſes de cette maiſon,
au nombre de deux cens , furent
traitées magnifiquement à Difner
, & à la fin du Repas , on
apporta fur la table un grand
Baffin , où eſtoit un Arbre chargé
de fruits , le tout d'argent. Chaque
Religieuſe eut ordre d'en
cüeillir un , & elle y trouva un
preſent de ſept Piaſtres.
Ie viens d'apprendre que Da-
16
204
MERCURE
me Françoiſe de Puy-du Fou eſt
morte le 20. de ce mois. Elle
eſtoit Veuve de Meffire Hilaire
Marquis de Laval Lezan, Chef
du Nom& Armés de Laval.
Meffire Urfin Durandeſt mort
auſſi depuis peu de jours. Il eſtoit.
Conſeiller de la Grand Cham--
bre. Monfieur Brodeau eſt montéàſa
place.
Il y a quelques années que je
vous appris une petite merveille
arrivée à Bar ſur Seine. C'eſtoit
un oeuf de Poule fur lequel la
Nature avoit marqué en relief
l'image du Soleil.. Il en a paru
une autre dans la meſme Ville ,
fur la fin du mois paſſé . C'eſt un
Agneau qui a deux corps , avec
une ſeule teſte , où ſont trois
oreilles , une ſur la nuque du
col ,& les deux autres aux places
ordinaires. Ces deux Corps
GALANT.
205
ont chacun leur dos , leur échi
ne , leur queue ,& leurs quatre
jambes; mais ils font joints par
la poitrine & par le ventre , &
enfermez ſous une meſme pean
juſqu'au nombril. Ils avocat
pourtant chacun leur coeur &
leurs autres parties nobles. De...
puis le nombril , ces Corps accollez
ſe ſeparent , ont leur peau
particuliere , & font meſme de
different Sexe. La Bergere que
le hazard fit trouver à la naifſance
de ce petit Monſtre, en eut
fi grande peur , qu'elle le jetta
contre la muraille de l'Eſtable ,.
& le tua. La Brebis qui l'a pro--
duit n'avoit jamais fait d'AL
gneaux , mais elle vient d'une
mere qui en faiſoittoûjours deux
de chaque portée. Monfieur de
Vienne de Plancy àqui on en a
fait preſent , l'à envoyé à Troyes,
206 MERCURE
àMonfieur Quinot , pour avoir
place dans fon Cabinet de Curiofitez
, où l'on peut le voir.
Il eſt quelquefois de nos avantages
qu'on ne tienne pas ce
qu'on nous promet. Ce que je
vay vous conter en eſt une
preuve. Un jeune Cavalier en
reputation d'honneſte homme ,
&qui l'eſtoit en effet, ayant des
raiſons qui l'obligeoient à ſe marier
, jetta les yeux ſur une Veuve
fort riche , mais qui paroifſoit
tout au moins Sexagenaire.
Comme il eſtoit fort bien-fait, il
n'eut pas de peine à toucher ſon
coeur , & le mariage fut preſque
auffi- toſt conelu , à condition
que l'on employeroit dans le
Contract ; qu'elle feroit ce que
fon premier mary luy avoit toujours
permis de faire , c'est- àdire
qu'elle recevroit , payeroit ,
A
GALAN T. 207
&auroit la Clef du Cabinet où
feroit l'argent. Le Cavalier conſentit
àtout ,&ſe maria. Le len
demain il luy demanda fort civilement
la clefde ſon Cabinet Elle
crut qu'il vouloit rire,& fes longs
refus ayat obligé le Cavalier à luy
faire entendre dans les termes les
plus honnêtes qu'il peut choiſir
qu'il ne l'avoitépousée ny pour ſa
beauté ny pour ſa jeuneſſe, mais
pour eſtre maiſtre de l'argent ,
- elle fut contrainte d'abandonner
ſon tréfor. Il l'aſſeura , lors qu'il
eut la clefdu Cabinet , qu'il en
uſeroit d'une maniere dont elle
auroit lieu d'eſtre contente.Il luy
achepta de plus beaux Chevaux
que ceux qu'elle avoit , & luy fic
avoir toutes les choſes qu'elle
s'épargnoit par avarice. Ce procedé
continuë. Il luy donne de
l'argent , luy entretient bonne
208 MERCURE
table,fait mettre tous les matins
un bouquet for la Toilette , l'exempre
du ſoin de recevoir& de
compter avec des Fermiers , &
luy dit toûjours qu'eſtant déli..
vrée de ces fortes d'embarras ,
elle goûtera mieux les douceurs
qui accompagnentune vie tranquille
, & par conſequent vivra
plus long-temps. Elle a reconnu
que ce party étoit le meilleurs
pour elle , & ils vivent fort far
tisfaits l'un de l'autre.
Il a paru un Ecrit, qui est trèsutile
, non ſeulement pour faire
connoiſtre.anx Proteſtans qu'ils
font dans l'Erreur , mais encore
pouraffermir les nouveauxConvertis
dans la veritable Religion.
Il a pour Titre , Réponse fraterwelle
au nom des nouveaux Catho
liques de France, àune Lettre prézenduë
Pastorale, attribuée au MiGALANT.
109
nistre Claude. L'ay appris que
cette Réponſe eſt de Monfieur
l'Abbé Huvet de Lyon , qui a
fervy prés de treize ans de Secretaire
à Rome , ſous Monfieur
le Duc d'Eſtrées. L'eſtime qu'il
s'eſt acquiſe dans cet Employ ,
confirmée par les témoignages
autentiques que ce Duc en a
rendus, auffi- bien que Monfieur
le Cardinal d'Eſtrées , fon Frere,
tous deux infiniment éclairez ,
eſt une preuve affeurée de ſon
merite. Il réfute ſolidement , &
par les Paſſages de l'Ecriture , les
raiſonnemens de la Lettre pretenduë
Paſtorale , & vous trouverez
en la lifant, que ſans s'embaraſſer
dans aucun Article con .
troversé , il s'eſt renfermé uniquement
en ce qui regarde le
Schifme , & fon iujuſtice. Par
exemple , il ſe ſert du Paſſage:
210 MERCVRE
de S. Paul , Qu'il faut croire de
coeur à lustice ,& confeffer de bouche
à Salut , pour prouver que
l'Egliſe Catholique poſſedant
tous les Articles fondamentaux
& les Veritez capitales , rien
n'avoit eſté plus injuſte que la
ſeparation , & qu'au contraire
rien n'eſtoit plus juſte que la
réünion qui s'eſtoit faite. En
effet , dans le ſeul developement
de ce Paſſage de S. Paul
ſens propre & litteral de l'Apôtre
que l'Autheur de la Lettre
Paſtorale a détourné à un
ſens tres- faux , prétendant montrerque
les nouveaux Catholiques
ont renié I. C. Monfieur
l'Abbé Huvet fait voir claire-
⚫ment que l'Egliſe Catholique à
laquelle ils font revenus , par le
Symbole de la Foy qui s'y rencontre
tout entier , poffede tout
, au
GALAN Τ. 211
cequ'il faut pour eſtre la veri
table Eglife , de laquelle on ne
devoit point ſe ſeparer , & à
laquelle on devoit par conſequent
revenir , qu'ainſi ils ont
confeſſe veritablement J. C. par
cette réünion en fuivant lon
eſprit , qui eſt d'unir enſemble
par le lien de la paix , c'eſt à dire
la Charité , tous ceux qui le confeſſe,
ce qu'il confirme par d'autres
Paſſages tirez du meſme
Apoſtre. Il ſe ſert auſſi de ce
Paſſage pour combatre en paſ
ſant la fauſſe idée de juſtification
parmy les Proteſtans , & détruit
toutes les pretenduës illufions
que cet Auteur a imputées aux
nouveaux Catholiques , autant
qu'il le peut , par les propres termes
de l'Ecrirure. Il n'applique
aucune parole des Peres , qui
ne ſe rapporte à cette meſme
212 MERCURE
Ecriture , dont il fait regner l'ef
prit & le langage par tout ; & il
finit aprés avoir ruiné tout ce
que ce meſme Auteura dir contre
la réünion , par un Siſtême
de l'amour de Dieu , qui par ſa
feule oppoſition renverſe celuy
de predeſtination des Proteftans,
& il le tire purement de l'Ecriture.
Il n'oublie pas de lovër
le Roy , mais naturellement , &
par des endroits qui viennent
de la matiere , outre le beau
Paſſage de S. Auguſtin , qui eſt
au frontiſpice de l'Ouvrage , &
qui donne une idée Chreſtienne
de l'employ que noſtreAuguſte
Monarque fait de ſa puifſance
Royale pour la réunion
dont on luy eſt redevable. Voicy
la traduction de ce Paſſage
de S. Auguſtin. Qui refuse d'o
GALANT.
213
beïr à la Verité , c'est àdire , an
coeur d'un Dieu parlant par le
coeur d'un grand Roy , pour réünir
ſes Enfans diviſez n'est pas seu
lement criminel devant les hommes,
mais ne sçauroit estre innocent devant
Dieu En effet , lors que les
Rois , qui fontles Ministres de
Dieu pour le bien , en ordonnent un
auſſi grand que cette reünion , ce ne
font pas proprement eux qui commandent
, mais Iefus-Chrift , puis
qu'ils ne commandent que ce que
Iefus - Christ commande luy mes
- Je ne ſçaurois mieux finir ma
Lettre , que par un Article qui
doit répandre une joye generale
dans toute la France. Le vingt
cinquième de ce mois , jour de
l'Anonciation de la Vierge , Ma
dame la Dauphine eſtant à la
214
MERCVRE
Meſſe , y ſentit remüer pour la
premiere fois , l'Auguſte Enfant
demandé au Ciel par nos fouhaits,
puis que nous ne pouvons
'avoir trop de Princes d'un Sang
ſi fecond en miracles. On peut
dire que le premier mouvement
de ſa Viea eſté un acte d'adoration
,& qu'en imitant S. Jean
Baptifte , il a fait éclater ſa joye
dés qu'il s'eſt vû en preſence du
Sauveur du Monde. En effet , il
femble qu'en commençant à
refpiren, il ait applaudy par ce
mouvement à ce que le Roy fait
en faveur de la Religion Catholique
, & qu'il ait voulu faire
connoiſtre qu'il ſe prepare à
employer tous ceux de fa vie
pour la gloire & pour la défenſe
des Autels , puis que le premier
qui a marqué qu'il refpiroit, s'eft
fait fentir dans le vray Temple
GALANT.
215
de Dieu. Le Siecle à venir ſera
témoin de ce qu'il fera un jour
de digne de ſa Naiſſance. L'Auguſte
Sang dont il eſt formé nous
rend affez heureux pour nous
empeſcher de porter envie au
bonheur de ceux qui verront ces
grandes choses. Contentonsnous
aujourd'huy de la pleine
Joye que ce mouvement nous
donne par l'entiere certitude
que nous recevons de la Grof
ſeſſe de Madame la Dauphine,
dont juſque- la on avoit lieu de
douter.
Ce qui s'eſt paſſé àl'occaſion
de la Statuë dreſſée au Roy par
Monfieur le Maréchal Duc de
Feüillades demandant un long
détail, je remets au mois prochain
à vous en faire une relation exacte,&
fuis , Madame, vôtre, &c.
AParis, ce 31.Mars 1696.
DE
1993* 2
Avis pour placer les Figures. 1
LAAir qui ccoommence par Venez
, juſte dépit , venez à mon
fecours , doit regarder la page 89 .
La medaille doit regarder la
page 139.
L'Air qui commence par,Jeune
& belle Saifon , doit regarder la
page 190.
Στον σα :
2 છછ િછ ?? **
P
Extrait du Privilege du Roy.
Ar Grace & Privilege du Roy , donné
Chaville le 18. Juillet 1683. Signé , Par
le Roy en fon Confeil, IUNQUIERES. Il eſt ,
permis à I. D. Ecuyer , Sieur de Vizé , de
faire imprimer tous les Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , contenant
pluſieurs Pieces , Relation , Hiſtoires , Avantures,
& autres Ouvrages hiſtoriques , cus
sieux & galans , pour la fatisfaction de
Bôtre cher & tres- amé Fils LE DAUPHIN
pendant le temps & eſpace de dix années,
à compter du jour que chacun deſdits
Volumes ſera achevé d'imprimer pour la
premiere fois : Comme auſſi défenſes ſont
faites à tous Libraires , Imprimeurs Graveurs
& autres , d'imprimer , graver& debiter
ledit Livre ſans le conſentement de
Expoſant , nyd'en extraire aucune Piece , ny
Planches ſervant à l'ornement dudit Livre,
meſme d'en vendre ſeparément , & de donner
à lire ledit Livre ; le tout à peine de fix mille
livres d'amendecontre chacun des contrevenans
, & confiſcation des Exemplaires contrefaits;
ainſi que plus au long il eſt porté
auditPrivilege. :
Registré sur le Livre de la Communauté
le14. Septembre 1683 .
Signé ANGOT , Syndic,
Er ledit Sieur I. D. Ecuyer , Sieur de
Vizé , a cedé & tranſporté ſon droit de
Privilege à Thomas Amaulry , Libraire à
Lyon , pour en joüir ſuivant l'accord fair
entr'cux.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères