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1686, 02 (partie 2) (Lyon)
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8.26 Mo
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295
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Texte
ultriffimus
Archiepifcopus
&Prorex
Lugdunenfis
Camillus
de Neufville
Collegio
SS .
Trin
um Societatis
JESU
Teftamentu
apuns
attribuit
anno 1693-


807156
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR IGNEUR
LE DAUPHIN
FEVRIER 1686 .
SECONDE PARTIE .
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY,
ruë Merciere , au Mercure Galant.
M. DC. LXXXVI.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
1
A MADAME
DE ********
MADAME ,
1
On n'ajamais vû d'Epître de la
nature de celle que j'oſe vous pre-
Senter , où l'Autheur n'ait employé
tout son art & toute son éloquence
pour élever fon Heros ou fon Heroine;
Et lors que ces fortes de Pane
2
۱
EPITRE.
gyriques ont paru défectueux , on
n'a dû l'imputer qu'à lasterilitéde
la matiere ou au peu d'art de celuy
qui n'apû la faire briller. Le contraire
m'arrive aujourdhuy , &
jamais champ vaste &fertille n'a
offert une plus ample moiſſon. Il
faut cependant que je cherche des
couleurs qui obfcurciſſent un merite
éclatant ,& que je mette un voile
épais fur les vertus de monHeroine.
afin de la cacber, s'ilsepeut, àell.e.
même , ſa modestie luy faisant apprehender
, juſques aux Eloges
qui ne seroient connus que d'Elle
Seule. Mais , MADAME .
fravez - vous qu'en vous decla
rant ennemie des loüanges , vous
en devenez encore plus digne ? Il
est mal - aisé de les arrester,
lors que toutes nos actions nous
en attirent. On a beau les fuir
EPITRE.
د
les mépriser & engager au filence
ceux dont on pourroit en recevoir.
Comme on en merite alors
davantage , il s'en forme comme
un torrent qui groſſit à force
d'estre retenu ,& qui se fait
jour par tant d'endroits , qu'on
ne peut luy fermer tous les paffages
, par où il trouve à s'épan
cher. Voulez VOUS
د
MADAME
, n'estre plus loüée ,
meritozde l'estre moins ; mais si
vous ne pouvezcesser d'estre parfaite,
croyez vous qu'il ne fust pas
injuſte de vous dérober les glorieux
tributs qu'exige un merite generatement
applaudy ? Cependant ,
lorſque vous en paroiſſezalarmée ,
ne pourrois - je point , pour obeïr
à voſtre modestie , & vous donner
en mesme temps les Eloges
que vous refusez , Suivre l'exemr
3
EPITRE.
ple d'un Ancien , qui n'osant rez
veler un secret ,& ne le pouvant
taire , le dit dans un trou ?
La terre produifit dans le mesme
lieu un grand nombre de Rofeaux,
qui estant pouſſez par les vents
Les uns contre les autres , repete
rent le Secret que l'on avoit en
terré. Parler de vous , MADAME
, Sans vous nommer , ne ſeroit
ce point marcher sur les traces
de cet Ancien ? Et Serois - je
plus coupable que luy , lorſque la
Renommée imitant les vents qui
firent parler les Roseaux , décou
vriroit ce qui merite d'estre exposé
au plus grand jour ? Quoy
que ma faute fust pardonnable ,
je n'ose toutefois que paffer legerement
, fur ce qui pourroit faire
le sujet d'un Panegyrique entier ,
& je ne dis qu'en tremblant , que
EPITRE.
jamais la Fortune ne s'est attachée
auprés de perſonne qui ait regardé
d'un oeil plus indifferent la foule
d'adorateurs , ou plûtoſt de flateurs
qu'elle traîne toûjours après elle ;
que vous avez ſceu triompher de
tout voſtre esprit ; que vous l'avez
empeſché de faire éclater l'orgueil
legitime, qu'il estoit en droit de faire
paroistre , & qu'au milieu de la
plus pompeuse Cour de la Terre ,
vous cachez une vie retirée ſous
quelques dehors , que la prudence
vous oblige de donner à l'éclat du
lieu où vous estes. Mais MADAME
, vous avez beau vouloir dé
rober à nostre veuë ce qui vous doit
attirer les loüanges que vous fuyez
avectant de foin. Lavertu éclate ,
plus on la veut obscurcir;& fi elle
brille dans les cabanes , elle ébloüit à
la-Cour, ou le bien&lemal eft exaa
4
EPITRE .
miné jusqu'à la racine , & où les
Cenſeurs , qui ne pardonnent rien ,
font & plus penetrans , & en plus
grand nombre qu'ailleurs. Vous ne
leur avez fait ouvrir la bouche que
pour lower le difcernement & lajuſteſſe
de vôtre Esprit , la beauté de
vostre Ame, la bontéde voštre Coeur,
l'austerité de vostre Vertu ; & que
pour dire que vous estes une Amie
obligeante , gemereuse &fincere;que
vous embraffez toutes les occaſions
de faire du bien ,ſur tout lors que
ta gloire de Dieu s'y trouve meſlée;
enfin que vous justifiez la Fortune.
&que vous estes digne defon choix.
je tairois ce quivous est le plus avatageux
,si je n'ajoûtois à cela que
vous parlez ſouvent des charmes
qu'on doit trouver dans une vie tranquille,&
éloignée d'un éclat tumultueux
, qui rend la grandeur emba-
:
EPITRE.
raſſante& les honneurs fatiguans
& qui laiffe peu de temps pour penfer
que le ſejour que nous faisons
icy-bas, doit paffer comme un éclair.
C'est ce qui fait que les Divertiſſemens
vous touchentsi peu, que vous :
n'en voulez joüir que rarement ,&
Seulement pour empefcher le Puplic
de condamner une Vervu qui luy pa
roiſtroit trop austere , tant il est dif
ficilede s'accommoderau goût gene.
ral d'es hommes. Cependant , MA
DAME.... mais il faut que jem'ar
rešte au plus bel endroit, n'ofantfaire
icy plus d'un éloge. La contrainte
eft cruelle,&sesilence,quoy quefor
cé, me doit tenir lieu de quelque me.
rite auprés de vous. L'ay esté con.
traint d'envelopper ce queiedevois
découvrir, & ilm'afaludéguiſerla
perfonne du monde la plusfincere.
I'aurois pú neanmoins ajoûter beau
as
EPITRE.
coup de choſes aux éclatantes Vertus
dont ie n'ay fait qu'une foible
ébauche, & mettrevôtre délicatesse
à couvert , en declarant que mon
deffein vous estoit inconnuşmais j'ay
crû les devoir referver pour l'Epitre
particuliere qui accompagne cellecy.
Vôtremodestie la pourravoiravec
moins de peine, & ne rougira qu'en
Secretdes juſtes loüanges dont beaucoup
d'autres voudroient pouvoir
s'applaudir en public; mais peut
eftre m'avez vous déjajugé digne
devostre colere, pour avoir ofévous
rendre un peu de iustice. Cependant,
MADAME , Songez que les crimes
qu'on commet à bonne in_
tention , font pardonnables , &
que nous ne sommes pas au
temps de ce Romain qui condamna
Son Fils à la mort , quoy qu'il eust
gagné une Bataille parce qu'il
EPITRE.
avoit combattu fans ordre. Nous
vivons sous un Prince , qui loin
d'approuver cette dureté , a récom
pensé depareils crimes , c'est pourquoy
j'espere , MADAME , que
fi quelqu'un découvre que vous
eſtes le sujet des Eloges dont ie n'ay
donné qu'une peinture imparfaite
vous pardonnerez à l'ardeur d'un
zele qui a éclatéſans vostre aven,
mais qui n'a publié que la verité.
Ilfaut que je vous l'avo . Ie me
Suis fenty plus d'une fois , porté à
meriter toutevostre colere,& ie ne
Sçaissi ie ne m'enferois point fait
une gloire , & n'en aurois pas eu
de la joye , parce que je vous
aurois rendu la iustice que vous
vous deniez à vous-mesme. Ie
fçay qu'apres cet aveu , l'ay, be
Soin que vôtre bonté vousfaſſe oublier
une penséeſi contraire à vos
EPITRE
intentions;mais vous estes tropgene.
reuse pour en manquer &pour vouloir
punir le Zele ardent & def- intereffe
de celuy qui est avec un tresprofond
respect,
MADAME
Voſtre tres-humble & tres- obeïffant
Serviteur, DEVISE'.
A
TABLE DES MATIERES
contenues dans ce Volume .
A
Vant-propos. I
Sonnet au Roy ,pour avoir dé
truit l'Hereſie ,par M. Marcel. 3
Dialogue de Damon & de Tircis , à
l'honneur du Roy,par le mesme. 5
Prierepour le Roy,parlemême.
ALoüisle Grand ,fur le zele qu'il
apour la Religion, contreſes Ennemis
, Sonnet, par Monsieur de
Rochebrane.
12
I13
Sonnet au Roy , fur la revocation de
l'Edit de Nantes ,par Mademoifelle
de Villandon.
Entretien familier de l'Herefie ,&
I
de Calvin en l'autre monde. 18
Sur la revocationde l'Edit de Nan
tes, Sonnet. 31
Sonnet au Roy ,fur la Conversiondes
1 Heretiques,parMile Houx. 33
Sonnet pour le Rox. 35
TABLE.
Sonnet fur l'Extirpation de l'Herefie.
1
36
Quatrains furle mesmeſuiet. 38
Discours prononcé dans l'Hostel de
Ville de Marseille ,fur la propofition
de fupplier le Roy d'agréer
qu'ony érigeast une Statuë Eque
stre de Sa Maiesté. 40
Lettre écrite au Roy , fur le même
Sujet 55
Vers en maniere de Poëme , pour le
Roy. 58
Eloge du Roy, prononcé à Roüen par
le Pere Chevillard. 64
Sonnet fur la fierté du Cheval qui
-porte le Roy. 74
Discours au Roy , fur la Conversion
des Heretiques ,parle Pere Clau
de Salle , Celestin. 75
Plaintede l'Eglise contreſes Enfans
rebelles.
77
Lettredu Roy de Perfe,au Roy. 102
Idile au Roy , parM. Perry. 109
Relation exacte de tout ce qui s'est
TABLE.
e
paße la veille de la Démolition
du Temple de Charenton , & le
lendemain . La maniere dont ce
Temple a esté dèmoly , avec une
Description & une Figure de ce
même Temple. 117
Cantique pourle Roy ,par M.Magninde
l'Academie Royale d'Arles.
128
Poëme au Roy ,furles grandes cho-
Ses qu'il a faites pour la Religion
Catholique, par M.Bauldry. 138
Histoire finguliere de deux Amans
Calviniſtes,oùparmy les intrigues
&les traverſes de leur amour, on
voit beaucoup de chofes concernant
la Religion , traitées d'une
maniere aisée & intelligible àtout
le monde.Cette Histoire peut
estre utile en divertiſſant,&ren.
dre habiles en matiere de Reli
gion , ceux mêmes quineſeſont
jamais appliquez à lire des Livres
de Controverse. Onyvoitun
TABLE .
P
e
Ecrit tres- curieux ,trouvé dans le
Cabinet d'un grand Prince aprés
Sa mort , & composépar luy-même.
146
Devise pour LOVIS LE GRAND ,
par M. de Vertron. 148
Deviſe ſur la défaite de l'Herefic ,
par lemême. 150
Inscriptions pourſervir à la Statuë
du Roy, par le méme. 151
Deviſe fur la FigureEquestre de Sa
Maiesté. 152
Inscriptions pour le chasteau du
Louvrea 153
Devise pour Sa Majesté, fur le fuiet
des Converfions parle PereMourgues
Iesuite. 154
Deviſe ſur le Soleil , par Madame
de Saliez Viguiere , d'Alby. 155
Lettre Pastorale de M. l'Evêque
d'Amiens.
Fin de la Table .
156
MERCURE
MERCURE
110TP
GALANT.
FEVRIER 1686. 11 PART .
AA
J
E vous tiens parole , Mas
dame , & j'ajoute à ma
Lettre unefeconde Partie,
ainſi que je vous l'ay promis
au commencement de la premiere.
Presque tous les Ouvrages qui la
rempliffent, ont estéfaits à l'occaſion
de ce que le Royvient de faire en
faveur de la Religion Catholique.
Ceux qui ne font point fur cette
Fev . 1686.2 P. A
2
MERCURE
matiere, regardent le Roy par d'autres
endroits . Ainsi l'on peut dire
que le tout enſemble forme un corps
d'Eloges de cet Auguste Monarque ,
composé par plus de cinquante per-
Sonnes , dont les sentimens doivent
faire micux connoistre aux siecles
à venir ce que le noſtre a pensé des
avantages qu'il vient de procurer
àl'Eglise , que ce qu'en dira l'Hiſtoire.
En effet , l'Histoire est l'ouwrage
d'un homme ſeul qui peut
déguiſer la verité , au lieu que ce
que je vous envoye estant l'ouvrage
de quantité d'Autheurs differens ,
est comme un Acteſigné de tous les
Sujets de Sa Majesté, pour confirmer
à ceux qui viendront aprés nous des
choſesſi éloignées de toute apparence
de verité , que pour estre creuës
elles ont besoin d'un nombre infiny
de temoignages , & que ceux mêmes
qui enparlent ayant vécu du Regne
GALANT.
3
e
S
-,
1
S
-
a
du Roy , Sans quoy la Pofterité
auroit peine à croire les étonnantes
merveilles qui font aujourd'huy
L'entretien & l'admiration de tout
Lunivers. Voicy les Ouvrages dont
j'ay commencé à vous parler.
AU ROY,
Pour avoir détruit l'Herefie.
SONNET.
U'un fidelle Ecrivain , en
traçant ton Hiftoire
Pour la faire paffer à nos derniers
Neveux
La rempliffe , grand Roy , de ces
Exploits fameux :
Qu'aux Siecles à venir on aura
peine àcroide. J
A2
4
MERCVRE
Qu'il te peigne par tout ſuivy de
la Victoire ;
Doux à tes Ennemis que la Paix
rend heureux ;
Craintde tout l'Univers , dont tu
reçois les voeux ;
Mais Calvin expirant met le
comble à ta gloire.
Par là ta Pieté releve encor ton
rand .
Oüy , nos Autels vangez , ſans
répandre de ſang ,
De LOUIS & du Ciel marquent
l'intelligence .
Pour la rendre eternelle il n'eſtoit
qu'un milieu.
Le Ciel donna LOUIS aux peuples
de la France,
LOUIS donne à fon tour tous ſes
Peuples à Dieu.
GALANT. 5
:
DIALOGUE
De Damon & de Tircis ,
à l'honneur du Roy.
TIRCIS.
Vous, Princes, vous Rois,&
vous, Peuples divers
Qui regnez dans la Paix , ou vivez
dans la Guerre ,
Venez des deux bouts de la
Terre
Pour prendre part à nos concerts;
Beniffons tous le Dieu de l'Vni
vers.
DAMON ..
Beniffons- le, chantons la gloire
Dont fon bras protegeant
LOUIS,
A3
6 MERCURE
Aprés mille Exploits inoüis ,
Couronne enfin ſa derniere Victoire;
De ſon Egliſe il eſt le Fils Aîné,
Et des Rois le plus fortuné .
TIRCIS .
Qui ne ſçait que LOUIS poffede
un grand Empire ? -
DAMON.
Cet Empire eſtencor plus grand,
qu'on ne peut dire ,
Puiſque ſon Maître eſt audef
fus des Rois ,
Ce qu'eſt l'Aſtre du jour audeffus
des Etoiles ,
Qui d'une belle nuit parent les
fombres Voiles .
Pour celebrer ſon nom , Tircis ,
joignons nos voix.
TOUS DEUX.
Que la France en ce jour chante
&ſe rejoüiffe ,
Qu'elle offre au Ciel en facrifice
GALANT .
7
Mille & mille voeux pour fon
Roy
Qui rétablit la veritable Foy.
Que ſes Peuples heureux rempliſſent
nos ſaints Temples
Deleurs chants les plus triomphans,
Et que de ſi fameux exemples
Paſſent à leurs derniers enfans .
DAMON .
C'eſt de LOUIS la valeur ſans
ſeconde ,
Qui fait trembler la Terre &
l'onde.
TIRCIS .
C'eſt luy , dont l'nvincible
bras
Se fait craindre dans les Combats.
DAMON.
Mais ſi ſes Ennemis le trouvent
redoutable ;
S'il eſt auſſi puiſſant qu'heureux,
A 4
8 MERCURE
Dans la paix qu'il leur donne , il
n'eſt pas moins aimable ;
Et n'attire pas moins leurs
voeux .
TIRCIS.
Le nom de Tres -Chrétien , dont
l'Egliſe l'honore ,
Et qu'il compte parmy fes
droits,
L'éleve encore
Sur la teſte de tous les Rois.
TOUS DEUX.
François , preparons à ſa gloire
Des Cantiques de paix , de joye ,
& de victoire ,
Pour celebrer ſes triomphes
nouveaux ,
Employons nos chants les plus
beaux.
DAMON.
Combatre & vaincre eſt pour
luy meſme choſe.
Quel Heros peut du prix diſputer
avecluy ?
GALANT .
9
Non, tout ce que de grand noſtre
eſprit ſe propoſe ,
६.
N'égalera jamais ce qu'on voit
aujourd'huy.
TIRCIS.
Son Regne produit des miracles;
Son Trône eſt comme un Ciel
d'où partent mille éclairs ;
Sa valeur franchit tous obſta-
-clesi
T
FO
Sa Grandeur remplit l'Univers .
DAMON.
Sa Sageſſe profonde , & fa rare
prudence
Ont vaincu deux Monſtres
cruels,
Les Blasphémes & les Duels
Ne foüillent plus la gloire de
٤٠ la France.
TIR CIS.
:
Il porte encor ſa Pieté plus
loin.
As
10 MERCURE
Il reünit d'un charitable foin
Tous ſes Sujets à la Foy de nos
Peres.
T
Et faiſant triompher la ſainte Verité
,
Ildétruit l'Herefie & ſes vaines
chimeres ,
De mefme qu'unbeaujour chaſſe
l'obſcurité.
TOUS DEUX.
Od'un Roy Tres- Chreftien entrepriſe
admirable :
Odes Decrets divins ouvrage
memorable ; Top
DAMON.D.C
Vousqui ſeduis par l'eſprit de
l'erreur ,
Marchiez de bonne foy dans une
fauſſevoye,
Ouvrez , ouvrez vos coeurs aux
graces du Seigneur ,
Et recevez ſa lumiere avec joye .
GALANT. H
TIRCIS.
Faites un divorce eternel
Avec les oeuvres de tenebres.
LOUIS vous tend la main dans
ces routes funebres,
Rendez- vous aux attraits de ſon
ſoin paternel.
DAMON.
Mais nebornez pas là voſtre reconnoiffance
,
Etdans cette douceur immenfe
Pour luy renouvellez vos voeux,
Luy qui n'a pour objet que de
vous rendre heureux.
TIRCIS.
Ceffez de craindre
Mais ceſſez de feindre.
د
Suivez la Loy
Que vous impoſe votre Maître ,
Servez un Koy,
Par ſes Vertus digne de l'eſtre
Deteſtez pour jamais vos premieres
erreurs .
A 6
12 MERCURE
Et qu'une ſeule Egliſe unifle tous
nos coeurs .
PRIERES A DIEU
pour le Roy.
TOUS DEUX .
EStre infiny, de qui la main
puiſſante
Sur tout ce qui reſpire étend ſes
juſtes droits ,
Baiſſe tes yeux ſur le plus grand
desRois ,
Et protege LOUIS ton Image
vivante.
DAMON.
Que ſon Nom glorieux
Volejuſques aux Cieux
TIRCIS..
Que la Race feconde
GALANT.
13
Dure autant que le monde !
TOVS DEVX.
Préte luy tes conſeils , donne luy
tes ſecours ,
Afin qu'il marche en ta prefence;
Et fais pour le bien de la France
Que ſes Lis triomphans refleuriffent
toûjours. MARCEL .
A LOUIS LE GRAND ,
fur le zele qu'il a pourla Religion
contre ſes Ennemis.
Nébranlable Appuy de la parfaite
Eglife ,
Auguſte Défenfeur de nosfacrez
Autels ,
Qui donnez ſaintement vos
foins continuels
Adétruire l'Erreur que Calvin
authorife.
14 MERCURE
Le Ciel qui voit l'ardeur dont
vôtre ame eſt épriſe,
Prepare à vos travaux des honneurs
immortels ;
Quand votre coeur Royal abat
ces criminels
C'eſt untriomphe heureux que
Dieu même eternife.
La force& la vertu de voſtre efpritdivin
Ont dompté la Fortune& reglé
le Deſtin ,
Vous avez en tout temps enchaîné
la victoire .
Vôtre Nom glorieux eſt celebre
en tout lieu ;
Mais , Grand Roy , dans ces
jours vôtre plus grande gloire
C'eſt d'eſtre la terreur des Ennemis
de Dieu .
Fr. DE ROCHEBRUNE, Prestre,
GALANT.
15
Sur la Révocation de l'Edit
de Nantes.
SONNET AV ROY.
ARbitre fouverain dela Paix, de la Guerre ,
Tout fléchit ſous tes Loix, tu n'a
plus d'Ennemis ,
A ta rare valeur quoy que tout
ſoitpermis ,
L'ardeur de conquerir dans ton
coeur ſe reſſerre.
1
La Tréve pour long-temps , fufpend
ton Cimeterre ,
Tu n'as plus de Voiſins qui ne
foient tes Amis ,
L'Algerien dompté , le fier Genois
foumis ,
16 MERCURE
Ne te laiſſent plus rien avaincre
fur la terre .
Mais le Ciel qui t'a fait le plus
grand de nos Rois,
Deſtine ta valeur à de nouveaux
Exploits ;
Alcide Tres - Chrétien , aprés
tant de Conqueſtes ,
Il endeſtine une autre à l'effort
de ton bras .......
Luy ſeul doit étouffer ce Monſtre
à tant de teſtes ,
Cette Hydre que Calvin fit naî
tre en tes Etats.
AU ROY
SONNE T.
DE l'Europe lignée accepter
le Cartel
GALANT.
17
La vaincre, la calmer, faire tremblerle
More.
Eſtre craint& chery plus loin que
le Bosphore.
Et par tout acquerir un honneur
immortel.
Fier dans le Champ de Mars,
humble au pied de l'Autel;
Détruire des Erreurs que leCiel
haït abhorre.
Eſtre juſte , prudent , plus intrepide
encore.
Si vaillant que jamais Conquerant
ne fut

tel.
Triompher par bonheur bien
moins que par Sageſſe.
Sçavoir juger de tout avec de
licateffe.
Avoir le coeur encore au deſſus
defon Rang.
18 MERCVRE
Faire plus en unjourqu'en trente
on n'en peut dire.
Euſt on d'Apollon même & la
voix& la Lyre.
C'eſt ce que l'Univers voit dans
LOVIS le Grand.
Mademoiselle De VILLANDON.
ENTRETIEN FAMILIER
De l'Hereſie & de Calvin en
l'autre Monde.
Yous me semblez tout triste,
Il est vray
que vous n'avez jamais esté bien
guay quand vous estiez au Monde,
mais marquer du mécontentement
en un lieu qui vous a tant d'obligation
, &que vous avez peuplé d'un
fi grand nombre d'Ames , c'est de
quoyjem'étonne.
GALANT. 19
CALVIN.
C'est vous qui estes cause de la
mauvaise humeur où jefuis.
L'HERESIE .
Les Demons nos Confreres m'ont
receuë bien autrement que vous,
car je nesuis pasfi- toſt entrée dans
ce lieu de tenebres, qu'ilsfontvenus
au devant de moy avec une conte
nance qui marquoit de la joye. Les
uns ont donné des éloges àmes travaux
& à mes artifices ; les autres
m'ont fait mille amitiez, & tous
en general m'ont remerciée d'avoir
reduit des Provinces & des Villes
Sous leur puiſſance. J'avois beſoinde
cèt accüeil, car en paſſant le Fleuve
dans la Barque de Caron , je me
trouvay je ne sçay par quelhazard
auprès de deux Catholiques Romains
qui pafſoient avec moy. L'un étoit
Homme de Guerre & l'autre étoit
Devot ; lepremier ſe mit à invecti20
MERCURE
verfifortement contre moy qu'il ne
restoit plus qu'à me jetter dans
l'eau , le ſecond ſe mit àfoûpirer
&àpleurer sur mon aveuglement,
diſoit-il. Iamais inſulte ne m'a esté
ſiſenſible que la compaffion de ce
Devot. Il me tardoit que je ne vous
viſſe au plûtoſt pour me conſoleravec
vous , & neanmoins vous avez de
la peine à me voir , moy qui ſuis
voſtre Fille ; moy qui en renverſant
les Images des prelats & des Apostres
, ay étably les vostres en les
rendant venerables parmy nos Peuples
; moy qui vous ay rendu plus
celebre parmy les faux Prophetes ,
que celuy qui brûla le temple d'Epheſene
la jamais esté parmy les
Fous ; moy qui ay détaché tant
d'Enfans de l'Eglise Romaine , pour
estre les Disciples , finon de vostre
Doctrine , au moins de la Senfualné.
GALANT. 21
CALVIN.
Pourquoy avez - vous quitté le
poſte que vous aviez en France ?
L'HERESIE.. ١٠١
Et vous , pourquoy avez - vous
quitté celuy que vous aviezà Ge_
nève ?
CALVIN.
F'estois né Mortel , il falloit
mourir , mais si le Docteur meurt ,
la Doctrine ne devoit pas mourir.
Les Calviniſtes ſont mortels , mais
le Calviniſme devoit estre immortel.
Nous voyons tous les jours que les
Traîtres meurent , mais que la Tra
hifon ne meurt pas. Nedeviez- vous
pas joüir dumesme privilege ? Je
vous avois donné tout ce qu'ilfalloit
pour ceſujet. La Sensualitéqui
ne meurt jamais pendant que les
Sensuels meurent , je vous l'avois
laiffée. L'Hypocrifie qui ne s'en va
jamais pendant que les Hypocrites
22 MERCURE
s'en vont , je vous l'avois donnée ,
&neanmoins vous voilà auſſi- bien
quenous parmy les Morts. Pourquoy
avez- vous laisséfaire ceux qui vous
ontfait mourir.
L'HERESIE .
Il est vray que vous m'aviezaffez
bien armée contre les Prestres & les
Moines, pour me rendre immortelle ;
mais le mal eſt que vous nem'aviez
pas armée contre les Raiſons des
Roys. L
CALVIN.
Jesçavois bien que les Raiſons
des Roys estoient puiſſantes , mais je
vous avois laiſſfé la Rebellion comme
une grande resource contre les dif
graces qui vous pourroient arri .
ver.
F
L'HERESIE .
La Rebellion nem'apas manqué,
ny moy à elle , mais le temps n'en
estplus.
:
GALANT.
231
CALVIN.
Est. ce qu'iln'y aplus de Scclerats
ny de Broüillons au Monde ?
L'HERESIE .
Ilyena , & j'en avois qui ne
manquoient nyde bonne volonté ng
de violence, mais leur malheur&le
mien a esté , qu'ils font venus en un
temps où la Sageſſe armée d'une
Souveraine Puiſſance , leur a osté
tous les moyens de remüer.
CALVIN.
Si la Sageſſe eſt de ſaiſon , que
naviez-vous recours à la Politique
queje vous ay enseignée , qui estde
vous accommoder à tous les temps,
& de faire la Grave avec les Serieux
,la Triste avec les Penitens, la
Severe avec les Devots , la prudente
avec les Sages , & de conſerver ce
pendantvoſtre esprit & vos droits ?
L'HERESIE .
Vous m'avez donné toutes ces
24 MERCURE
Maximes , il est vray ,&je les ay
gardées autant que le temps l'a permis,
mais vous ne m'avez pas donné
la plus neceſſaire de toutes , qui
estoit de ne meseparerpoint , ny de
Temples d'avec les Catholiques
Romains , parce que le Libertinage
n'est jamais plus autorisé que quand
il est dans un lieu Saint , ny de la
focieté de ceux qui s'appellent Orthodoxes
, parce que le Serpent n'est
jamais plus en aſſurance que quand
ildort dans les plys de la Robe de
ceux qu'il veut picquer , ny de la
compagnie de ceux quiſe difent les
Disciples du Fils de Dieu , parce
que l'Hypocrifie ne pouſſe jamais
mieux fes deſſeins queſous les apparences
de la Sainteté; au contrai.
re vous avezvoulu qu'ily euft une
guerre ouverte& déclaré entre eux
&moy. Il est arrivé de là queje
n'ay pû faire mes attaques si fourdement
GALANT.
25
1
F
i
dement que j'aurois bien voulu , &
que l'on s'eſt toûjours deffié de mes
deffeins & de ma Politique.
CALVIN.
Tavois pourveu à cela, en vous
enseignant la maniere de cacher la
Sensualitéſous les apparences d'une
Vie reformée , afin que si quelqu'un
venoit àſe deffier de vostre Politi
que , ilne se deffiast pas d'une Do.
Etrine qui estsi commodeà la chair
& auxſens ; car comme tout le monde
a du penchant au vice , on neſe
deffiepassi aisément d'une Religion
qui déclame en public contre le
relâchement des moeurs , & qui
permet àſes Disciples deſe répandre
enfecret dans les plaiſirs.
L'HERESIE.
Vous ne sçavez pas ce que c'est
que devivreſous un Prince éclairé,
qui ne veut pas tromper & qui ne
Sçauroit estre trompé Il a decouvert
Fev . 1686.2. P. B
26 MERCURE
Ines Secrets & les vostres. Ila veu
cette diffimulation que je cachois
Jous debelles paroles , ila veu cette
Trahison ma fidelle Compagne , que
je couvrois de mille & mille prote-
Stations de ma fidelité ,& là-deſſus
il a pris le deſſein de m'exterminer.
C'est affez dire , car entre ſes def-
Seins& leur execution , il n'y a pas
une grande distance......
CALVIN.
Comment s'y eft il pris ?
L'HERESIE .
Je n'ay jamais mieux éprouvé
ce quepeut une grande Sagesse avec
un Pouvoir abfolu. Ilm'a premierement
dénuéede tous mes privileges.
Secondement il m'a ofté toutes les
refſources que je pouvois avoir tant
du coſté de la France que du costé
des Etrangers. Fay paru alors fi
miserable &fi confuse , que je me
uis retirée dans mes Temples pour
4
1.
27 GALANT.
laiſſfer paſſer l'orage , & pour y
gemir en fecret en un temps où mes
gemiſſemens en public pafſſoient pour
criminels. Durant la nuit j'y enter
dois des Hiboux , dont les chants
estoient pour moy d'un mauvais pré-
Sage; & ce qui me confirma le plus
dans mon préſentiment est qu'ily en
eut un qui s'alla percher fur la
Chaize du Predicant , où il redoubla
Son chant d'une façon plus lugubre
qu'auparavant. Là- deſſus vostre
Ombre s'apparoiſſoit à moy , mais
triſte & languiſſante , qui me faifoit
entendre que j'estoit menacéede
quelque grand malheur. A mon
réveil j'entendois quelques uns de
mes Miniſtres qui se diſoient à
l'oreille , chaque choſe à ſon
temps , voicy le regne de la verité
, rendons - nous. Je les arreftois
neanmoins pardes Pensions &
des honneurs qu'ils ne trouvoient pas
1
B 2
28 MERCURE
autre part , mais ce qu'il m'effraya
le plus , c'est que j'entendis une fois
dans mes Temples en plein jour la
voix des Demons qui en estoient les
Protecteurs qui disoient , forronsd'icy
. I'avois alors voſtre Portrait
auprés de moy , je le regardois pour
me fortifier , mais il me sembloit
que la ſeverité qui vous est naturellese
changeoit en indignation ,
&vôtre gravité en une triſteſſe inconfolable.
Ie vis bien que tout cela
ne me prédiſoit rien de bon ; je n'y
fus pas trompée , car peu de temps
aprés j'entendis à la Porte de mon
Temple un Decret Royal qui en com_
mandoit la Démolition . Iamais le
pauvre Pescheur de Lucain n'eutſi
grand peur quand il entendit la
main de Cesar qui frappoit à la
porte deSa Cabane , que j'en eus
pour lors.
GALANT.
29
CALVIN.
Et quefaisoit en ce temps là la
-Rebellion , elle qui ne m'a jamais
manqué dans les bonnes occaſions ?
L'HERESIE .
Nela condamnez point de lâcheté,
je vous ay déja dit qu'elle estoit
preſte à bienfaire ; mais qu'auroitellepû
contre celuy qui ſe jove de la
puiſſance des autres Roys ?Tant que
mes artifices ont esté en état de
tromper ils ont trompé. Tant que
maviolence a esté en estat d'écla
ter elle n'yapas manqué , mais le
temps eft venu ou la fineſſe ne peut
pas plus contre la Sageſſe , que le
Menfonge contre la Verité.
CALVIN.
Mais queferez-vous icy où iln'y
a plus perſonne à tromper ? Que
fera voſtre Sensualité où il n'y a
perſonne qui puiſſe eſtre flattépar
le plaifir des Sens ? Que fera voſtre
B3
30
MERCVRE
violence où il n'y a point d'Innocent
àopprimer ? Que fera voſtre Politique
où il n'y a perſonne qui puiſſe
eſtre gagné par les apparences du
bien?
L'HERESIE .
I'y feray ceque vousyfaites ,ma
diffimulationy fera ce que les Diffimulez
y font , mes paſſions y feront
ce que les Genspaſſionnezyfont.
CALVIN.
Mais si l'Hypocrite y paſſe mal
fontemps , l'Hypocrifie ne l'y paſſeza
pas mieux.
L'HERESIE .
Ce que le temps à fi bien ioint
ensemble , l'Eternité ne teseparerapas.
GALANT.
31
118
Sur la Révocation de l'Edit
de Nantes.
SONNET.
Peuples trop fortunez que le
Sous l'ombre des Lauriersdu plus
puiſſantdes Rois ,
Reſpirez en repos à l'abry de ſes
Loix ,
Il vient par ſes Edits de faire un
coupde Maiſtre.
4
Les Erreursde Calvin vont bientoſt
diſparoiſtre ,
Son Troupeau ſans Pasteurs eſt
réduit aux abois ,
Il n'a plus que trois jours pour
faire un meilleur choix .
B 4
32
MERCVRE
Heureux , cent fois heureux s'il
ſe veut reconnoiſtre .
LOUIS par ſa valeur ne voit
plus d'Ennemis ,
Son bras victorieux les a ſi bien
ſoûmis ,
Qu'ils tremblent au ſeul bruit de
ce Nom redoutable.
Mais pour comble de gloire il
montre à l'Univers
Que d'un trait de ſa main il dé
trône le Diable ,
Et qu'il peut triompher juſqu'au
fond des Enfers .
GALANT. 33
AU ROY.
Sur la Conversion des Heretiques .
Q
SONNET.
Ue LOUIS ait toûjours
vaincu ſes Ennemis ,
Que fon bras l'ait conduit de Vi-
Aoire en Victoire
Que fon bonheur l'ait mis au
comble de la Gloire ,
Que les plus grands Heros en
foient tous éblouis ..
Que fur des monumens de ſes
faits inoüis
Les Siecles à jamais confervent la
Memoire ,
Qu'il foit à l'avenir l'ornement de
l'Histoire
BS
34
MERCURE
CCeessnmarquesdeGrandeurne font
rien pour LOUIS .
Mais que malgré l'Enfer , ſa rage
&fon envie ,
Il ait depuis dompté l'Hydre de
'Herefie ,
Qu'il ſe faſſe un plaiſir de convertir
les coeurs.
Qu'il n'entreprenne rien que le
Ciel n'authorife ,
C'eſt par là qu'il fait plus que les
autres Vainqueurs ,
Et c'eſt par làqu'il eſt Fils Aiſné
de l'Eglife.
LE Houx..
GALANT.
35
POUR LE ROY.
SONNET..
Eut- on porter plus haut le
comblede la gloire?
Eſtre le plus puiſſanr & le plus
heureux Roy.
Donner à l'Univers ſa volonté
pour Loy.
Pouvoir ſeul arreſter le cours de
fa Victoire.
Non , ſi l'on ne cherchoit que
Thonneur dans l'Histoire ;
Mais un Heros Chreſtien animé
par fa? O Foy
Neſe contente pas de regner par
301 2000 L'effroy
Que peut caufer par tout fon
Nom & memoire.
B6
36
MERCURE
LOUIS n'auroit pas crû ſonbonheur
achevé,
Ses jours aſſez remplis , ny fon
Thrône élevé
Si l'erreur n'euſt gemy ſous ſon
bras intrepide.
Voilà l'unique but de ſes faits
immortels.
Après avoir para plus genereux
qu
Alcide.
Rien n'eſt digne de luy, que
l'honneur des Autels.
Sur l'Extirpation de l'Herefie.
SONNET.
Enous retraçons plus cette
NE odieuſe image..
De ſes maſſacres & des horreurs
GALANT. 37
Dont la Reforme& les Ligueurs
Ontfaitduranttrente ans un trophée
à leur rage.
Vn Roy , de tous les Rois le plus
grand , le plus ſage ,
Atonné contre les Erreurs ,
Et malgré ſes vaines fureurs
Si ce Monſtre reſpire, au moins il
eſt en cage.
LOUIS LE IUSTE fit un ſurpre
nant effort ,
Il brida l'Ocean pour avancer la
mort
De cette Hydre, qui n'aque ſon
orgueil pour guide ;
La Rochelle à l'Hiſtoire en eſt
un bon garand :
Mais comme c'eſt une Hydre , il
falloit un Alcide ,
CetAlcide paroît, &c'eſt LOUIS
LEGR 4
38 MERCURE
C
QUATRAINS.
Hantons
Paix,
COLIS T'heureuſe
LOVIS a par ſa puiſſance
Banny Calvin pour jamais
Hors de l'Empire de France.
Ce qui coûta vainement
Tant de temps & tant de teſtes
LOVIS l'a fait promptement
Comme ſes autres Conqueſtes.
۱
Quel bonheur de voir l'erreur
De toutes parts diſſipée ,
Sans que ce Grand Empereur
En doive rien à l'Epée
Sans crainte d'aucun malheur
Il fait bien voir ſa ſcience 1st
Arerenir ſa valeur
Pour faire agir fa prudence M
is tulla
ContPeuples font tous rendus.
GALANT.
39 .
le
es
S
Quelle plus belle Victoire i
Quepeut- il faire de plus
Pour le comble de ſa gloire
Malheureux les ennemis
De će Prince redoutable !
Heureux les Peuples ſoûmis
Aſon Empire équitable !
Huguenots , conſolez- vous ,
Si l'on vous fait violence ,
Un jour vous la prendrez tous
Pour un effet de clemence.
Pour faire ce changement
Quelques maux que l'on vous
falle,
Bien-toft chez vous ce tourment
Aura le nom d'une grace.
122
Voſtre ame en quittant la foy
Sera ferme pour la noftre ,
Encor plus à cette Loy .
* 40 MERCURE
Qu'elle n'eſtoit à la voſtre.
Entre nous plus de froideur ,
Noſtre Egliſe eſt voſtre Temple.
Nous y verrons voſtre ardeur
Qui nous ſervira d'exemple.
22
Beniſſons cet heureux jour ,
Nos coeurs feront tous ſinceres .
La haine cede à l'Amour ,
Et déja nous ſommes Freres .
Le Conseil de ville s'estant ex
traordinairement aſſemble à Mar
Seille, on y propoſa deſupplier treshumblement
le Roy d'agréer qu'ony
érigeast une Statuë Equestre de Sa
Maiesté. Voicy le Discours queMon
fieur Chaluet Avocaten Parlement,
de l'Academie Royale d'Arles , نم
Affeffeur de Marseille , prononça
Sur ceſuiet dans la Sale de l'Hostel
de Ville.
1
GALANT. 41
ESSIEURS ,
M L'image de LOUIS LE
GRAND , quefes beroïques Vertus
,fa Bonté paternelle pourſes
Suiets , fes Exploits inoüis dans la
Guerre ,fa Sageffe incomprehensi
ble dans la Paix , ont gravée dans
nos coeurs , & tracée dans nos efprits
: cette auguste Image , dont
la diſtance des lieux , ny lafuite
des années ne peuvent nous empescher
de recevoir ny de conſerver
l'aimable impreſſion : il est temps
de la produire au dehors , de l'expoferaux
yeuxde toutes les Nations,
que le commerceou la curiofité atire
parmy nous, &de taiſſer àla poſte.
ritè un monument eternel de noſtre
bonheur & de noſtre zele.
Marseille fameuse Soeur de
Rome , cher objet de l'admiration
de tous les Peuples de l'Univers ;
42
MERCURE
ancienne Academie des Sciences&
des beaux Arts ; Ville celebre par
tafituation heureuſe, par lafeureté,
par l'affranchiſſement , par la commoditéde
ton Port, mais plus celebre
encore par ton inviolable fidelité
, il te manque le principal de
tes donemens . La Statue de ton
Roy , qui dans les Siecles idolâtres
auroit merité des Temples & des
Autels , doit embellir , doit confacrer
la vaſte enceinte,& aprés cela
tu n'as plus rien à defirer pour ta
gloire.
Mais où m'engage inſenſiblement
l'ardeur de mon zele particulier
? Que puis-je me propofer en
parlant dans cette Affemblee ?Difcours
inutile , discours injurieux , fi
je vous faifois ce tort de m'imagi.
ner que vous avez besoin d'estre
perfuadez pour confentir à la propoſition
qu'on vient de vous faire.
GALANT.
43
Témoin de la joye qui a éclaté
dans vos yeux &ſur vos viſages ,
quand vous l'avez entenduë , je ne
Sçaysi l'impatience où vous estes de
conclure cette Deliberation folem.
nelle , que vous avez mille fois prévenue
dans vos entretiens , me permettra
d'achever un discours que ie
consacre pour vous & pour moy à la
gloire immortelle de LOUIS LE
GRAND , dans une occasion où
Marseille condamneroit unſtupide,
un lâche filence..
Suspendez , Meſſieurs, suspendez
pour quelques momens cette juste &
toüable impatience ; Et bien que je
n'aye rien à vous dire que vous ne
-pensiez vous- mesmes , & que tout
le monde ne pense & ne public
comme nous , agréez que fans art
& avec cette naïveté que nostre
Ciel& nostre Genie nous inspirent,
j'explique icy nos pensées communes
1
44
MERCURE
fur la Statue qu'on vous propose
d'ériger , quenul autre Royn'aja
maissi justement meritée , &qui ne
Sçauroit estre placée dans un lieu
plus avantageux& plus propre que
leſeins de noſtre Patrie.
La providence mit la plus belle
Couronne du monde fur la teste
auguste de ce grand Roy dans fon
enfance ; & la Fortune quiſembloitprévoirque
la Vertu de ce merveil.
leux Enfant ne luy laiſſeroit rien à
faire pour luy , quand il regneroit
par luy - même ſe hâta de
le combler deses faveurs , le rendit
victorieux & redoutable dés
les premieres années de fa belle
vie.
Durant le temps qui fucceda à
JonEnfance, laſageſſe d'une Heroïne
, & la prudence d'un grand
Ministre, eurent part au GouverneGALANT.
45
e
d
lo
7
ment ; tandis que ceFeu donttoute
la Terre devoit fentir la chaleur,
ou recevoir la lumiere , achevoit de
s'allumer. Mais à peine LOUIS
gouvernefcul , qu'il se montre digne
du titre de Grand , que le conſen
tement generalde tous les Peuples
luy a donné. Ilmet en usage un nouvel
Art de regner qu'il n'a appris
de personne, &où perſonne ne pourra
peut- estre iamais atteindre , fi
Son auguste Fils n'est excepté. Il n'a
des Ministres que pour la dignité&
pour la bienfeance , & non pour la
neceffué & pour le besoin. Appliqué
à tous les devoirs qu'ilse fait dans
la Royauté , comme s'il n'en avoit
qu'unseul à remplir ; aimé , reveré
au dedans ; admiré , redouté au
dehors ; Arbitre de la Guerre dont
ila changé les maximes ; Arbitre
de la Paix , dont il a toûjours reglè
46 MERCURE
les conditions ; ilsemble qu'il n'est
pas forty de cette longue fuite de
Rois celebres qui revivent en ſa
personne , mais que DieuSeulàpris
plaisirà le former.
Ily a eu tant de mains fçavantes
occupées à écrire ſes loüanges , tant
de bouches éloquentes ouvertes pour
les prononcer , qu'il a toûjours esté
audeſſus de tous les éloges : & ie ne
ferois qu'un foible Echo , fi j'ofois
entreprendre de publier en cette occaſion
une partie des iustes loüanges
qui luy font deuës.
Une seule reflexion me suffit en
ce lieu. Les Loix renouvellées , les
abus de la Iustice reformez , &ses
longueurs retranchées , le Commer
ce libre &florifſant , les Finances
reglées , la Discipline rétablie dans
les Troupes , l'Etat conftrué dans
unepaix profonde & constante , les
Autels relevez , l'Hereſie éteinte,
GALANT.
47
1
le Duel aboly , & la valeur Françoi.
feréduite àfon legitime usage , la
Nobleffe purifiée , les defordres bannis
, la Vertu récompensée, les Scien
ces & les Arts cultivez & favori-
Sez, tes Forces Navales du Royaume
, si peu considerables autrefois,
devenuës si redoutables &fi heureuſes
fous ſon Regne ; tant de grandes
choses que ie rapportefans ordre,
parce que mon esprit s'y confond&
s'y perd , que ie propoſe ſans ornement,
parce qu'iln'y apoint d'orne_
ment étranger qui ne cede à leur
grandeur & à leur beauté naturelle;
tant d'autres merveilles également
ſurprenantes , que je ne dis
pas qu'il est plus facile de concevoir
que d'exprimer , & que ie revere
avec ce filence respectueux , qui
est l'effet ou le langage de l'admiration
; que dis ie ! unefeule de tou
48 MERCURE
tes ces grandes chofes , capable de
rendre immortelle toute autre vie
quecellede cegrand Roy, nemeritet-
elle pas la Statuë que nous allons
Luy ériger ?
Ne nous flatons pas pourtant ,
Meſſieurs , de pouvoir contribuer ou
aioûter quelque chose àla gloire de
Sa Majesté par cet hommage , trop
heureux ! fi ce monument n'est pas
trouvé indigne de LOUIS LE
GRAND , &au deſſous de la veneration
que nous luy devons.
Quelques Provinces , des Villes
mesmes du Royaume ont på nous
prévenir dans ce deſſein , mais con-
Solons- nous : encore que leur exemplc
nous foit inutile , nouspouvons
lesSurpaſſerſi ce n'estpar la richeſſe
&par la magnificence du Monument
, du moins par bardeur &par
la pureté de noſtre zele , que nostre
foibleſſe & noſtre impuiſſance mê-
Cepen
GALAN T.
49
me vont rendre plus confiderable.
Cependant joüiffons par avance
de l'effet que nous pouvons attendre
de la Statuë du Roy dans Marseille.
Commençons à goûter lafatisfaction
qui nous demeurera de luy avoir
donné cette marque de nostre amour
&de nosrespects.
Je ne dis rien duplaisir qu'ilnous
Sera permis de nous faire , d'avoir
employé nos soins à élever cette
Statue. Mais quand nos Enfans,
mais quand nos derniers Neveux la
contempleront : Heureux nos Peres,
s'écrieront-ils , qui ont veu ce grand
Monarque , dont nous ne pouvons
admirer que la figure heureux le
Siecle,dont il afait toute la gloire !
heureuſe la France,dont il a afſuréle
repos,l'honneur, lafelicité jusques à
nous,& pour l'avenir leplus éloigné.
Et danse concours de Perſonnes
de differentes Nations, qui abordent
Fev. 1686.2 . Р. C
50
MERCURE
àMarseille, quand tous les Peuples
de la terre arreſteront tour à tour
leursregardsfur ce Monument auguſte
; quelle admiration , quel concert
de loüanges n'xcitera - t-il pas !
quelles idées ne va-t- il pas renouvellerparmy
eux !
Les uns reconnoiſtront avec un
respectmeslé de crainte , cet Illuftre
Conquerant , à qui il euvent le malheurde
déplaire. Ilssefouviendront
du fameux Paſſage du Rhin , aprés
lequelil auroit bien toſt rétablyſous
la puiffance des Rois toutes ces Provinces
que la revolte en aſouſtraites;
fi leur repentir& leurs foûmiſſions
n'eussent appaiséson juste reſſenti
& arresté le cours & la ment
rapidité de fes Victoires.
Les autres viendront reverer ce
Vainqueur incomparable , qui prit ,
qui rendit , qui reprit leur Comté,
mais toûjeurs avec une nouvelle
:
GALANT.
5
gloire pour luy , sans qu'on ait pû
expliquer , s'ily eut plus de justice
&de valeur àla prendre & à la
reprendre , qu'iln'y eut de Magnanimité
quand illa rendit.
S
Ceux-cy dont le Païs fut toûjour
leTheatre de la Guerre , avoüeront
qu'on n'y vid jamais de Guerrier fi
formidable que celuy que cette Sta
tuë representera. Ils publieront qu'i
prit des Villes , qu'il conquit de
Provinces en auſſi peu de temps qu'il
en auroit fallu pour les parcourir ,
&que vaincreſouventfans combat
par la terreur de ses armes toûjours
victorieuses , & couronner ses conquestes
par la memorable priſe de
Luxembourg , c'estoient des miracles
refervez àſa Valeur.
Ceux-là admireront ce Monarque
, qui auroit étendu les bornes de
Son Royaume au delà de Madrid ,
fiSa moderation n'en eut mis à ses
C 2
MERCURE
4
52
Victoires ; ſiſa Bonté &La Sageffe
ne les euffent enfin reduits à recevoir
la Paix , qu'ildonna à toute l'Europe
, & qui termina une Guerre fi
fameuse parses avantages & par
leurs pertes.
Quelques- uns rappelleront lefouvenir
de l'avantage & de la gloire
qu'ily eut pour eux , que leurs Rois
ayent entretenu lafoy des Traitez ,
contracté ou renouvellé des alliances
avec le nostre .
Plusieurs à l'aspect deſa Statuë ,
ſeſouviendront que la vigilance &
les ordres de ce grand Roy , lavaleur
& l'obeiſſance deſes Troupes le
rendoient preſent aux lieux mesmes
où il n'étoit pas , & qu'avec une
partie deſesforces Navales ildéfit,
il brûla les Flotes d'Espagne & de
Hollande unies pour ſa plus grande
gloire , & pour leur plus grande
honte ; fi toutefois il eft honteux de
GALANT.
53
cederà un Conquerant à qui rien
peut refifter.
ne
Enfin, Sane que jem'engage dans
un plus grand détail, qui feroit prefque
infiny , toutes les Nations de
l'ancien & du nouveau Monde , in
formées comme nous des merveilles
de la vie de nostre Heros , touchées
comme nous de l'éclat deſes Vertus ,
& de la ſplendeur de ſa gloire ,
avoücrontfans contestation que jamais
Monarque ne fut fi digne de
commander à tout l'Univers .
Venez donc , fameux Ouvrier *
que Marseille à produit & élevé
vous à qui l'execution de nostre def
Seindoit estre commife , venez. C'est
peu d'avoir égalé les Anciens ; il
s'agit de les furpaſſer. Jamais la
Sculpture we travaillafur un fi noble
ſujet. La Statuë que nous proje-
* Puget, celebre Sculpteur originaire &
Habitant de Marseille...
C3
54
MERCURE
tons , demande tous lesfecrets , tous
les efforts de vôtre Art. Que toute
la Posterité, que tous les Peuplesy
remarquent la majesté de Jupiter ,
la beauté d'Apollon , la fierté de
Mars ; & pour dire quelque chofe
de plus encore , & en deux mots ,
tout ce qui se peut imaginer qu'on
y reconnoiffe LOUIS LE
GRAND.
LeConſeil receut & approuva
la propoſition de Meffieurs les
Echevins , avec toutes les marques
de joye qu'elle pouvoit exiger;
& délibéra que le Roy ſeroit
tres-humblement fuppliéde permettre
de faire élever en Bronze
la Statuë Equestre de Sa Majesté
dans Marseille. On écrivit auffitoſt
la Lettre ſuivante , & on le
fit avecd'autant plus d'empreſſement
, que le deſſein qui venoit
GALANT.
55
d'eſtre pris, n'eſtoit pas ſeulement
l'effet de la Harangue qu'on venoit
d'entendre , mais du zele
commun de toutes les perſonnes
dont le Conſeil eſtoit compoſé .
AUROY
IRE,
St Marfeille prosternée à vos
pieds , ne vient pas demander à
Vostre Majesté des graces qui regardent
la fortune de ſes Citoyens ;
le bonheur qu'ils ont d'eftre aurang
de vos Sujets , leur tient lieu de
toutes choses.
Elle penſe à ſa gloire , SIRE ,
parce que cette gloire Vous a pour
objet. Ce n'est pas affez que vôtre
Portrait foit imprimé dans nos
& qui doive paffer avec
notreſang jusqu'à nos derniers Ne
coeurs
C 4
56
MERCURE
veux ; nous ofons nous propofer de
faire le principal ornement de cette
Ville d'une Statue Equestre de Vostre
Majesté , en Bronze , s'il luy plaist
de nous permettre de laiffer à la
Posterité cette preuve eternelle de
l'amour & de laveneration que nous
Vous devons.
Si noſtre éloignement nous prive
de la fatisfaction de contempler
vostre Perfonne facrée ; ce monument
, SIRE , y fera fucceder pour
nous la confolation de pouvoir du
moins reverer Vostre auguste Image.
L'avenir le plus éloignéy vera
une marque de nostre bonheur & de
nos reſpects , dont il n'y aura que la
durée qui puiſſe avoir quelque rapport
avec vos Vertus immortelles .
Et à l'égard de tant de Nations de
l'ancien &du nouveau Monde , qui
abordent à Marseille , cette Statuë
renouvellera dans leurs efprits l'idée
GALANT.
17
des merveilles de voſire vie dont
elles ont ou fenty , ou admiré tes
effets.
, avec Nous demandons , SIRE
une foumiſſun tres - profonde cette
permiſſionfi ardemment & fi iustementdefirée.
Nous l'esperons comme
une des plus grandes faveurs que
nous puiſſions recevoir ; & nous tâ
cherons de l'executer comme une
choſe qui doit rendre témoignage à
tous les Peuples &à tous les Siecles ,
du zele avec lequel nous sommes .
SIRE ,
De Voſtre Majesté.
Les tres-humbles , tres-obeïſſans
&tres- fideles Serviteurs & Sujets
, Les Echevins & Affeffeur
de voſtre Ville de Marseille
J.PAUL.M.BAUL ME. F.BORELY.
J.CHARPUIS.M.A.CHALVET..
Alfeffeur
C
58
MERCURE
POUR LE ROY.
' Eſtoit- ce pas affez que la
plus grand des Rois.
Euſt remply l'Univers du bruit de
ſes Explois ;
Qu'on ait veu se Heros que la
gloire accompagne,
Triompher tant de fois de l'or.
gueil de l'Eſpagne,
Abattre fous ſes coups Bataves&
Germains ,
Et ſurpaſſer enfin les plus grands
desRomains;
Qu'à les fameux Vaiſſeaux Alger
rendant hommage.
Aittiré par luy ſeul les Chrétiens
d'éſclavage.
Et que Gennes tremblante implorant
fa bonté,
Vinſt ſoûmettre àſes pieds ſa ficre
liberté ?
GALAN T. 59
Non , il fait plus encor , ſuivy de
la Victoire ,
Aborner ſes Explois il trouve de
la gloire.
Après avoir vaincu cent Peuples
ennemis,
Satisfaits de les voir humiliez,
foûmis,
Loin de s'afſſujettir le reſte de la
Terre,
Il arreſte ſon bras , & retient ſon
tonnerre.
A l'Europe alarmée il accorde la
Paix ,
Qui goutant les douceurs d'un
calme pleind'attraits ,
Etbeniffant LOUIS dans ce bonheur
extrême,
Admire le Heros qui s'eſt vaincu
luy même. :
Maisde tous fes Sujets , quel eſt
l'eſtat heureux !
S
Un repos plein d'appas regne
roûjours chez eux ,
C6
60 MERCURE
A
Rien netrouble jamais leurs rel
traites tranquilles ,
La pompe & la grandeur éclate
dans leurs Villes .
Dans ces fuperbes lieux on voit
de toutes parts
Faire fleurir les Loix , cultiver les
beauxArts .
Ony voit dans ſon jour la plus
rare ſcience,
Etjamais la vertu n'y fut fans récompenfe.
LOUIS la ſçait connoiftre , & par
mille bienfaits
Prévient inceſſamment les plus
vaſtes fouhaits .
Le merite eſt toûjours chery ſous
ſon Empire
Etdans un calme heureux l'inno
cence y reſpire .
Après avoir enfin comblé par ſes
bontez
Ses Peuples de plaiſirs & de felicitez
A
GALANT. 61
Son zele va plus loin , il ſçait que
cette vie
Par un ordre ſepréme eſt d'une
autre ſuivie , !
Et fon coeur genereux pleind'une
ſainte ardeur ,
Veut leur faire une voye à l'èter
nel bonheur.
- D'une funeſte erreur ils étoient
les eſclaves ,
Et fans pouvoir fortirde ces noires
entraves ,
Mille & mille François remplis
d'aveuglement,
Languiſſoient dans l'horreur
d'un triſte égarement.
Touché de leur malheur, ceHeros
magnanime
Briſe tous les liens du joug qui
les opprime;
Devoille leurs eſprits; &par fes
ſoins pieux
Les retire du bord d'un précipi
ceaffreux.
62 MERCURE
Sa bonté les conduit , ſon zele les
éclaire ,
Et leur ouvre des Cieux la porte
ſalutaire.
De ce Schiſme fatal les funeſtes
erreurs
Icy depuis long - temps tyrannifoient
les coeurs .
Biendes Rois ſe ſervantde leur
pouvoir auguſte,
CHARLES , HENRY LE
GRAND , enfin LOUIS LE
JUSTE
Ne l'ont point abbattu ; le ſeul
LOVIS LE GRAND
Le terraffe auffi-toft que ſon bras
l'entreprend.
Oüy, le Ciel deſtinoit fa main vitorieufe
Pour détruire ce Monſtre & fa
rageodieuſe
Fils Aiſné de l'Eglife, il endéfend
les droits
GALANT..
63
:
a
F

Ses Enfans à l'envy reviennent
fous fes Lois
Etdes bords de la Seine aux bords
de la Charante ,
On voit de toutes parts l'Herefie
expirante.
Quel triomphe éclatant pour ſon
heureux Vainqueur !
Vit-on jamais Heros atteindre à
cet honneur ?
Quelque part qu'un Guerrier
porte l'effort des armes ,
Ilen coufte toûjours bien du ſang
&des larmes.
Mais LOUIS quandil vainc , c'eſt
pour briſer des fers ,
C'eſt pour gagner des coeurs au
Dieu de l'Univers.
On nepeut remporter de victoire
plusbelle.
Puiſſe le juſte Ciel dont il prend
laquerelle,
Conduire à chaque pasee Heros
glorieux ,
64 MERCURE
Et combler de faveurs des jours
- précieux ,
Faire toûjours briller fes grandes
deſtinées ,
Etretranchant nos jours prolonger
ſes années .
Je vous envoye le Fragment d'un
Panegyrique que j'ay recherché
avec d'autant plus de foin , que je
l'ay crû digne de vous eſtre envoyé
estant perfuadé qu'un Ouvrage qui
a receu de grands applaudiffemens,
ne pouvoit manquer de beautez.
Les loüanges du Roy y font mélées
avec beaucoup de délicateffe
Sujet des Converſions que l'Eglise
doit à fon zele & àſa pieté. Le
Panegyrique est de Saint François
de Sales, il fut prononcé avec beaucoup
d'éloquence à Roven , dans le
grand Convent des Religieuses de
la vifitation le 29. du mois de Jan
au
GALANT. 65
e
e
S
,
e
de
vier jour de la Feſte du Saint , par
le R. P. Chevillard, Chanoine Regulier
de Saint Augustin , de l'ordre
de Saint Antoine. Il fit entrer dans
la fuite defon Discours Saint François
de Salles , comme un Apoftre
dans le Chablais , qui estant une
Province du vioſinage de Geneve,
avoitſuivyfa revolte &fes erreurs.
Aprés avoirremarqué , Quel'Egliſe
a ſes temps de ſouffrances &
ſes temps de repos ; qu'il y a une
Providence qui l'afflige , &une
Providence qui la conſole ; &
que ſi Dieu permet quelquefois
que le Demon luy arrache ſes
Enfans d'entre ſes bras par des
Jugemens de ſa Juſtice , ſoit pour
punir les pechez des Peuples ,
foit pour réveiller le zele des Paſteurs
; il le force auſſi de les luy
rendre par des Jugemens de ſa
Mifericorde dans les temps qu'il
66 MERCURE
1 a marquez. Il montra , que ces
Jugemens de Mifericorde & de
Juſtice n'avoient jamais mieux
éclaté qu'en ces derniers temps
ſi funeſtes à l'Egliſe ; où l'Allemagne
ſeduite par l'Apoſtaſie de
Luther, l'Angleterre ſeparée par
le Schiſme de Henry VIII . &
la France reformée , ou plûtoſt
difformée par la pretenduë Reformede
Calvin,étoient les fruits
de nos pechez , Dien n'ayant
laiſſe fortir du fond de l'abiſme
cettenoire& puante vapeur, qui
ſelon l'expreffion del' Apocalipſe,
obfcurcit le Soleil , finon pour
punir les tenebres du coeur par
les tenebres de l'eſprit. Ilfit voir
enfuite , Que fi ces Jugemens eftoient
juſtes , ils n'avoient pas
eſté fans mifericorde , puiſque
ſoixante &dix années abandonnées
à l'Herefie , appaiferent déGALANT.
67
ja ſa colere ſur une partie de ſon
Peuple.
• Aux Portes de Geneve , dit- il,
Ville rebelle à fon Prince & à fon
Dieu , ſiege d'iniquité , l'azile du
crime & de l'erreur , il ſuſcita le
grand Saint François de Salles ,
pour ſubvenir au Monde Chreftien
, & commencer en Eveſque
par ſa douceur, ce que le pieux,ce
que l'invincible , ce que LOUIS
LE GRAND vient d'achever en
Roy par ſon authorité ; mais en
Roy Tres -Chreſtien , qui purifie
- le Chriſtianiſme de la corruption
& de l'erreur , & qui ſoigneux
du ſalut de ſes Sujets , comme s'il
en eſtoit le Pere , envoye ſes Serviteurs
le long des grands chemins
, afin qu'ils battent les ha
yes , les buiſſons & les épines , &
- qu'ils forcenttous les retranchemens
de l'Herefie par des guer
68 MERCVRE
res innocentes . Heureux les Capufs
volontaires qu'ils ont entraînez
aux pieds des Autels dans le
cours de leurs victoires ! Heureux
les pauvres que le Prince a
gagnez par ſes charitables aumô
pes ! Heureux les foibles & les
boiteux , à qui il a tendu ſa main
Royale & fon Sceptre pour les
conduire à l'Eglife : Heureux les
aveugles & les eſprits tenebreux,
àqui ila envoyé des Guides éclairez
pour les ramener dans lebeau
jour de la Verité ! Mais heureux
luy-meſme, & mille fois heureux,
d'y faire ainfi entrer par d'innocens
moyens tous ceux que le
malheur de leur naiſſance avoit
ſeparez de l'Eglife , afin que , ſelon
le pieux deſir du Pere de famille,
toute la maiſon ſe remplifſe
par ſes ſoins ! Ut impleatur Domus
mea tota. Quel changement
GALANT. 69
heureux ! quelle joye pour nous !
- quelle douceur ! quel bonheur de
n'avoir plus aujourd'huy qu'une
- meſme Maiſon , un mesme Temple
,&un mesme Autel. Il eſtoic
refervé au plus Chrétien de tous
- les Rois , de renverſer & démolir
tous les autres , ſemblable à ce
Saint Roy de l'Ecriture , qui non
content de ne point fléchir un
- genoüil ſuperſtitieux devant les
Idoles , que les Rois ſes Prédecefſeurs
avoient ſouffertes autour
de Jerufalem , fit même détruire
&brûler leurs Autels , afin qu'on
- n'en viſt plus nul veſtige. Telle a
eeſté en ces derniers jours la Pieté
de LOUIS ; ces Chaires d'erreur
- briſées & renversées ; ces Tem-
- ples démolis & confondus avec
- la pouffiere ; les Loups chaſſez
- loin du Troupeau , les Miniſtres
hors du Royaume 3ce Peuple
70 MERCURE
nouvellement acquis à Jesus-
CHRIST; voilàl'Eloge de François
de Salles ; voilà l'Eloge de
LOUIS ; celuy d'un grand Saint,
&celuy d'un grand Roy.
Oty grand par toutes ſes autres
Vertus , foit pacifiques , ſoit
guerrieres ; mais plus grand encore
par cette action recente de
ſa Pieté , quoy qu'il nous paruſt
que ſa grandeur ne pouvoit plus
croiſtre ; mais nous ne prenions
pas garde que fi elle ne pouvoit
plus croiſtre devant les hommes,
les grands & glorieux évenemensdeſonRegne
incomparable
ayant mis le comble à ſa grandeur
à noſtre égard, elle pouvoit
encore croiſtre à l'égard de
Il y a dans la Nature un point
fixe d'élevation , au deſſus duquel
le Soleilone monte plus ; &
GALANT. 71
déja depuis long-temps , les yeux
humains contemploient le Soleil
duMonde François dans ce point
ſupréme de grandeur , & dans le
Midy ſubſiſtant de ſa gloire ; mais
dans la grace rien n'y eſt fixe ,
rien n'y eſt borné ; comme elle
fort du ſein de Dieu , elle ne
s'arreſte nulle part parmy les
Creatures , qu'elle n'ait achevé
ce cercle de lumiere qui la rappelle
au premier point de ſon origine
, ou elle monte toûjours de
ſplendeurs en ſplendeurs par des
degrez qui ſe ſuivent , maisdont
on ne trouve jamais le dernier.
Par là , LOUIS a pû s'ouvrir de
nouvelles routes àune belle gloire
inconnuë aux anciens Heros ,
&monter du coſtéde Dieu a de
nouveaux degrez de grandeur
par ſa Pieté , après avoir parcouru
du coſté de l'homme tous les
autres par ſa valeur .
72
MERCVRE
Le Roy donc , grand devant
les hommes , grand devant Dieu ;
le Roy , les delices de ſes Peuples
, l'étonnement des Etrangers
, & le ſpectacle de tout l'Univers
, n'aura point à l'avenir de
plus grande gloire que celle d'avoir
fait regner dans toute l'étenduë
de ſon Empire celuy par
qui il regne luy-meſme ſi heureufement&
fi glorieuſement.
Ce que je dis , Meſdames , n'eſt
point étranger à mon diſcours.
Les loüanges de voſtre Roy en
cette rencontre , ſont les loüan-
- ges de voſtre Pere , & j'ay crû ne
pas abandonner l'Eloge de Saint
François de Salles , en rappellant
à vôtre memoire les chofes pafſées
par l'exemple des preſentes.
Rien n'entre ſi naturellement &
ſi noblement dans mon diſcours,
que cette religieuſe application
du
GALANT.
73
du Prince à réünir à l'Egliſe Romaine
ceux de ſes Sujets qui s'en
trouvoient ſeparez par le malheur
de leurs Peres. La je vois
tout le zele & la pieté de Saint
François de Salles , dont les ſoins
n'alloientqu'à convertirdes ames
à Dieu. Là je découvre toutes
les Victoires d'un Heros du
Chriſtianiſme , d'un Apoſtre de
JESUS CHRIST , du grand Evefque
de Geneve , comme dans
ſes Victoires Chreſtiennes je
trouve auſſi toutes celles que nos
infatigables Prelats , & leurs
Troupes facrées , viennent de
remporter avec tant de gloire ſur
les meſmes erreurs. Leur travail,
- leur doctrine, leur zele , leur prudence
, leur douceur , voilà quelles
furent les Vertus qui ſervivirent
à Saint François de Salles
à faire tant de conquestes à
JESUS CHRIST .
Fev . 1686.2. P. D
74
MERCURE
Sur la fierté du Cheval qui porte
la Statuë du Roy.
Q
SONNET.
J'on ne nous vante plus le
fuperbe Cheval
Qui ne pouvoitſouffrir un autre
qu'Alexandre ,
Tout ce qu'on en a dit, il eſt vray,
peutſurprendre ,
Maisnous en voyonsun quin'eut
jamais d'égal .
:
D'un air fier & hardy l'on voit
1. cet animal
S'élancer furieux comme s'il vou
loir fendre
Cent Bataillons épais,afin de leur
apprendre,
Que tous doivent ceder à fon fardeau
Royal.
GALANT.
75
Envain nos Ennemis l'arreſtent
fur le Tibre ,
Malgré tous leurs efforts il ſe rend
bien- toſt libre ,
Et bondiſſant de joye il les brave
aiſement.
Comme s'il diftinguoit le prix de
ſa Victoire ,
Il traverſe les Mers pour aller
promptement
Porter LOUIS LE GRAND
fur le Mont de la Gloire.
AU ROY.
Sur la Converſion des Heretiques.
:
Grand Roy , qui avez cette
clarté de jugement qui tire
les Heretiques des ténebres du
D 2
76 MERCURE
menfonge , & qui découvre à
leurs yeux l'éclat de la Verité ,
nous ne devons plus regarder le
Soleil que comme un Ambaſſadeur
muet , qui nous avertit de
vous conſacrer nos hommages
dés le commencement du jour ,
& qui nous dit par ſon ſilence
que vous n'eſtes pas ſeulement
juſte dans vos Guerres , genereux
dans vos Combats, clement
dans vos Victoires , moderé dans
vos Triomphes ; mais que vous
témoignez que la tranquillité de
l'Egliſe vous eſt plus chere que
le Repos que vous donnez à la
France,Monarque invincible,qui
n'eſtes pas moins audeſſus des
antres par la grandeur de vos
Actions , que par la Dignité de
vôtre Sceptre. Objet digne de
Vous- meſme ,& feul capable de
Vous donner une gloire qui réGALANT.
77
ponde à vôtre Grandeur , nous
publions qu'il n'eſt rien de ſi auguſte
que les perfections qui
font renfermées dans Voſtre Majeſté
, mais que pouvons nous dire
pour en bien parler, ſinon de proteſter
que vous vous eſtes acquis
un triomphe immortel dans l'eſpritde
vos Peuples ; & qu'aprés
avoir détruit ce Monſtre , qui ne
ſubſiſte que dela perte des Mortels
, vous n'aurez point d'autre
ſiege dans le Ciel , que le Trône
des Cherubins, des Puiſſances, &
des Dominations.
V
Parle Pere Claude Salle, Celestin.
PLAINTE DE L'EGLISE
Contreſes Enfans Rebelles.
Vous qui femblez cherir la paix
D3
78 MERCURE
Du moins faites mieux voir que la
Paix vous eft chere ,
Qu'en deſavoüant mes bien-faits
Et qu'envous feparant d'avecque vôtreMere.
Eſprits trop attachez àvos illufions,
•Efclaves malheureux de vos opinions
,
Cedez à la raiſon ,rendez enfin les
armes,
-Et connoiffez ma voix ou reſpectez
mes larmes ,
Bien qu'Enfans revoltez , vous eſtes
mes Enfans ;
Je vous ay tous portez& conçûs dans
mesflancs .
Et ſi vous m'accuſez d'un infame di
vorce
D'avec ce Dieu Puiſſant qui fait toute
ma force ;
Si j'ay briſé les fers de cét aimable
Eſpoux ,
Quel nom devez-vous prendre ,
Quel Pere avez-vous ?
이나
Certes, loin de prévoir ce blâme temeraire
,
J'ay ſervy deNourrice auffi-bien que de
Mere:
GALAN T.
79
A
Jay pour vous élever épuiſé mes efforts
,
Jay prodigué pour vous , mes foins &
mes trefors,
Et fi dans cette Secte où l'erreur vous
engage
Vous pretendez avoir la justice en
partage ,
4
Si vous l'avez receuë & fi vous la donnez,
C'eſt de moy qu'elle vient , & que
vous la tenez .
Pourquoy done inconſtant que le Ciel
abandonne ,
-Pourquoy chercher ailleurs des Trefors
quejedonne.
Vous qui ſemblez cherir la Paix ,
Du moins faites mieux voir que la
Paix vous eft chere ,
Qu'en deſavoüant vos bien-faits
Etqu'en vous ſeparant d'avec que vêtreMere.
Ie ſcay que les abus& les déreglemens
Servent ſouvent d'excuſe à ces foulevemens
,
Que de beaucoup des miens la licence
invincible
ر ب
D 4
So MERCURE
Et à vôtre revolte un pretexte plarfible
;
Que vous laiſſant ſéduire à de fauſſes
couleurs ,
Vous blâmez la Doctrine en regardant
les moeurs ,
Sur tout , fi cet abus va juſqu'à mes
Miniſtres ,
Vous courez auffi-toſt à des projets
ſiniſtres ;
Alors il faut ailleurs chercher la Verité
,
Faire Autel contre Autel , & rompre
l'Unité ,
La faute du Miniſtre à voſtre eſprit
fevere
Devient au meſme temps celle du Miniftere
2
Au lieu de punir l'un ou de le reformer,
Il faut ou changer l'autre , ou bien le
ſuprimer :
Mais helas ! pour l'erreur , ou le peché
du Frere ,
Faut- il cruellement abandonner la
Mere,
Et qu'un débordement qu'on me
voitdetefter
GALANT . 8
Malgré mon amitié vous force à m ,
quitter ?
Le Sauveur des humains nous paroiſt
dans l'Eglife
Avec un grand filet, tout chargé de ſa
prife ,
Qu'on retire de l'onde avec beaucoup
d'efforts ,
Et qui vien étaler ſon Butin ſur les
bords ;
Le Pecheur ſuſpendant ſa douleur
& la joye
D'un regard attentif examine fa
proye ,
Et trouvant dans ſes Rets bons &mauvais
Poiffons
Rejette les mauvais & reſerve les bons :
Cette comparaiſon bien priſe &bien
conceuë
Peut rendre la lumiere à voſtre ame
deceuë ,
30
Elle peut rappeller vos eſprits égarez ,
Et defiller enfin vos yeux mal éclairez ;
Ce divorce eternel des uns d'avec les
autres
Et pour le dernier jour & non pas pour
les noftres ; και οι δεμτονΑ
Das
82 MERCVRE
Il faut que le filet ſe traiſne juſqu'au
bord ,
Que la fainte Nacelle arrive juſqu'au
Port,
Et qu'elle offre à ſon Juge& clement
&ſevere ,
De quoy faire éclater , ſa grace & fa
colere ,
Cependant gardons bien de détruire la
Paix ,
De brifer la Nacelle ou de rompre les
Rets ,
Tant qu'au dernier des jours ce Juge
redoutable
Separe l'innocent d'avec le coupable.
Sur les crimes des miens je pleure comme
vous,
Mais ma rendre amitié les fouffre avec
nous ;
Il faut quele peché marque fa tiran
nie ,
Qu'avec que le froment croiffe la zizanie
,
A faut laiſſer venir leur derniere faifon ,,
Et pour les ſeparer attendre leur moiffon,
Avec que le bongrain il faut fouffrir la
paille يلا 2
GALANT. 83
En vain à l'en purger noſtre eſprit ſe
travaille
د
Tant que le Maiſtre vienne & que le
van enmain
Il réjette la paille ,& garde le bon
grain.
Enunmot confefſſons qu'en l'état où
nous fomines
Cedroit de ſeparer n'appartient point
aux Hommes ,
Noſtre eſprit agité de fon propredefir
Ne ſçait pas juftement ou laiffer ou
choiſir ,
Et fi d'autres clartez fur luy ne viennent
luire
Son propre ſens l'égare au lieu de le
conduire..
Laiffez donc mes Enfans ce foin àdi
vifer,
Acét coeil clair-voyant qui ne pent
s'abufer
Et pour l'aveuglement , ou le crime du
Frere
Sçachez qu'il ne faut pas abandonner
laMere;
Mais que ſert d'épargner voſtre confufion
D6
84
MERCURE
L'erreur est le ſignal de la diviſion ,
Et depuis ce moment qui vit naiſtre
l'Eglife ,
La Verité nous joint & l'Erreur nous
diviſe.
Vous qui ſemblez , &c.
Que ſi d'un Dieu vivant les importans
difcours
De vos foulevemens n'arreſtent pas le
cours
Si ſa parole en vous trouve une ame rebelle
,
Du inoins que ſon exemple inſtruiſe vôtre
zele ;
Il voit ce deſerteur qui fonge à le trahir,
H voit ſes noirs projets & ne peut le
haïr ,
Loin de le retrancher d'avec fes Apôtres
, e
11 le carreffe autant qu'il carreffe les
autres ;
Il veut inalgré l'horreur de ſes impietez
Qu'il annonce aux humains les grandes
veritez
Il veut qu'il participe au plus haut des
Mysteres
GALAN T. 85
Et traitte un Ennemy comme il traitte
ſes Freres .
Voilà cette douceur qu'il falloit imiter.
Vous deviez nous fouffrir& non pas
nous quitter ;
Peut-eftre qu'on verroit la licence détruite
Par voſtre bon exemple&par voſtre
conduite ,
Et que de vos vertus l'éclat officieux
Reſchaufferoit noſtre ame , éclaireroit
nosyeux ;
Mais àd'autres conſeils vous vous laiffez
conduire ,
Vous vous cachez de nous de peur de
nous inſtruire , vo
Vous fuyez mes Enfans comme des
Scelerats , oik c
م
Vous les traittez plus mal qu'on n'a
traitté Judasslinnq 40 up
Et pour l'aveuglement, ou le peché du
Frere
Vous avez lâchement abandonné la
Mere .
Vous qui ſemblez , &c.
Que fert de vous cacher des maux que
nous ſcavons
86 MERCURE
Vous avez des peſcheurs comme nous
en avons ,
Et ſi d'avecnous le pechévous diviſe,
Proſcrivezle chez -vous auffi-bien qu'en
l'Eglife ;
Retranchez hardiment cequi peut vous
tâcher د
EtVous aurez fans doute affez à retrancher
;
Mais une autre maxime à droit de vous
conduire,
Toute voſtre vertu n'aboutir qu'à me
muire,
Et c'eſt executer ſaintement voſtre Loy
Que d'outrager mon nom & tonner
contre moy.c
Parmy vos Sectateurs pourveu qu'on
me haïffe ,
Il n'eſt gueres de crime ou d'erreur
qu'on puniffe ,
Quidonque a déclaré contre moy fon
couroux
Quelque Secte qu'il ſuiveeſt bien venu
chez vous.
N'importe queſa Loy ſoit contraire
àla voſtre ,
Il tient voſtre party , s'il attaque le
noftre ;
GALANT. 87
-
Les pechez , les erreurs que vous nous
reprochez ,
Pour luy perdent le nom d'erreur & de
pechez ,
Et voſtre aveuglement vous unit à des
Hommes
Qui vous ſont oppofez bien plus que
nous ne ſommes ,
Auffi ce nouveauCorps de membres fu
divers.
Etale voſtre honte aux yeux de l'Univers
,
Et du plus clair-voyant,l'ame eſt toute
interdite ,
Scachant qu'on les reçoit ,& ſcachant
qu'onmequitte.
Vous qui ſemblez , &c ..
Je ſçay bien juſqu'on va voſtre injufte
fureur,
Vous allez me charger d'opprobres &
d'horreur ,
Et penfez qu'à mes yeux voſtre honte
ſe cache,
Pourveu que l'on m'imprime uneplus.
noire tâche.
Nous choquons direz-vous , les point
Fondamentaux ,
88 MERCURE
Nous adorons des Dieux de marbre &
demetaux ,
Nous avons lachement par des raiſons
frivoles
Rappellé des Enfers le culte des Idoles .
Nous avons transferé l'honneur d'un
Dieu jaloux
A des Divinitez aveugles comme nous
Ainfi l'Idolatrie& ſes noires maximes
Rendent vos factions ſaintes & legitimes.
C'eſt ce Monſtre hideux qui vous a devorez
,
Qui vous a fait horreur& vous a ſeparez;
Mais ou d'un faux brillant ma raiſon
eſt guidée ,
Où ce Monſtre hydeux n'eſt que dans
voſtre idée.
Pour ſeduire les coeurs vous faignez
d'ignorer ,
Ou bien vous ignorez ce que c'eſt
qu'adorer,
Sçachez que c'eſt connoiſtre avecque
déference ;
La Majesté ſuprême & noſtre dépendance
,
GALAN T. 89
a
Et rendre un plein hommage à l'Eſtre
Souverain ,
De l'Eſtre dépendant qui nous vient
de famain.
C'eſt la Loy qu'il impoſe à tout ce
qu'il fait naiſtre,
C'eſt là , cegrand devoir qu'exige ce
grand Maiſtre ;
C'eſt cet honneur qu'il aime à rece
voir de nous
Le droit qu'il ſe reſerve & dont il eſt
jaloux .
Auſſi qui dans ſon Temple a rendu ces
hommages
A la grandeur des Saints , ou bien a
leurs Images ?
Nous ſçavons nous garder de tous ces
faux appas ,
Nous pouvonsreverer , mais nous n'a
dorons pas.
L'honneur queDieu demande eſt d'un
plus hautétage ,
Celuy qu'on porte ailleurs luy feroit
un outrage ,
Et fi nous luy rendions l'honneurqu'on
rend aux Saints .
La foudre partiroit juſtement de ſes
mains ,
90
MERCURE
CeCulte ravalédeviédroitune offenſe,
Et contre un faux reſpect armeroit fa
vengeance;
Mais ſi l'erreur tient là vos eſprits arreftez
Que ces illufions paſſent pour veritez ,
Pour laiffer quelque force aux traits
qu'on nous décoche
Changeons la calomnie en un juſte reproche.
Quand nous aurions bleſſé l'honneur
d'un Dieu jaloux
Ce n'eſtoit pas affez pour rompre avec
nous ,
Quand vous auriez ſenty lacontrainte
&la force
C'eſtoit peu pour courir à ce honteux
divorce ,
Etvous ne deviez pas en cette extremité
Faire Autel contre Autel ,& rompre
l'Unité.
L'Egliſe des Hebreux a parmy ſes Fidelles
Veu des Enfans pervers & des ames
Rebelles.
GALANT. 91
1
:
1
Elle aveu mille fois fumer en mefme
lieu
L'Encens pour les faux Dieux , comine
pour le vray Dieu ,
Au milieu de ſon Temple elle a veu l'Idolâtre
Rendre hommage à des Dieux demétail&
de platre ,
Les Juſtes abbatus ſous un cruel effort,
Les Prophetes livrez à la plus rude
mort ,
Les Preſttes devenirde fanglantes Vitimes
,
Et les plus noirs forfaits ſe rendre legitimes,
Cepedant elle n'ofe en cette extremité
Faire Autel contre Autel & rompre
l'Unité ;
Elle ſouffre avec elle un Monſtre qui
Péronne ,
Mais c'eſt Dieu qui le veut ,& c'eſt
Dieu qui l'ordonne.
C'eſt ce Dieu de la paix qui verſe dans.
les coeurs
La haine des pechez , & l'horreur des
Pecheurs ,
Au point qu'elle gemit de ſous la tyrannie
92
MERCURE
A fes cruels Tyrans elle fait compagnie
,
Le Juſte auScelerat meſté confufément,
N'oſe s'en ſeparer que de coeur ſeulement
;
Donc ſi la verité peut ſouffrir l'impo-
1 ſture ,
Si celuy qui connoiſt l'Autheur de la
Nature
Demeure avec celuy qui ne le connoiſt
pas ,
Quel pretexte choiſir à vos grands
Attentats ?
La gloire demon Nom à t'elle eſtéfletrie
?
Par des crimes plus noirs que n'eſt l'Idolatrie
?
Quel forfait affez grandvous ſepare de
nous ?
N'avons - nous pas encore le meſme
Dieu que vous ?
Avons-nous mit Baal ou Moloch en
ſaplace?
Attendons-nous d'un autre ou la perte
ou la grace ?
Non,non, coeurs abuſez , nous ne voulonsque
luy,
GALANT.
93
}
1
4
Il eſt tout noſtre eſpoir & fait tout
noftre apuy .
Lorſque nous reverons ou prions ceux
qu'il aime ,
Nous n'honorons en eux que fa bonté
ſuprême ,
Et ce Culte innocent qu'on leur rend
icy bas
Ne paſſe que par eux & n'y ſejourne
pas.
Quiconque aime du Roy la perſonne
Sacrée
Reſpecte ſon Portrait , fon Sang & fa
Livrée,
Et ce Prince équitable au lieu d'être jaloux
Croit recevoir l'honneur qu'ils reçoivent
de nous .
Ainsi loin d'outrager le Monarque ſuprême
,
Nous ſervons ſa grandeur er aimant
ceux qu'il aime ;
Tout ce que je revere en Terre ou dans
les Cieux
Ce n'eſt que par rapport à ſon Nom
glorieux ,
Etje proſcris tout haut toute la déference
,
94
MERCURE
Qui va ſe terminer dans une autre puif
fance.
Vous qui ſemblez , &c.
Autrefois le plus grand de tous nos
differens
Eſtoit ce bean Mystere où ſe perdent
lesſens
Où d'un Dieu Tout Puiſſantles paroles
expreffes ,
Promettent un Soleil ſous les ombres .
épaiſſes ,
Où du Sauveur enfin l'amour ingenieux,
Le découvre à nos coeurs , & le cache
ànos yeux ;
C'eſtoit dis - je pour vous un devoir
trop penible ,
De croire un Dieu caché ſous un ſigne
viſible,
Les trompeuſes clartez d'un orgueilleux
ſçavoir,
A leur foible compas y regloient fon
pouvoir ,
Et c'eſtoit contre nous provoquer ſa
vengeance
D'y chercher Jeſus-Chrift &croire ſa
prefence;
GALANT.
95
Mais vos nouveaux Decrets ont receu
parmy vous
Cette Secte du Nort qui la croit comme
nous.
Son coeur comme le noftre en ce point
s'humilie
Sa raiſon ſe ſoumer & ſa ſageſle plie ,
Comme nous elle avoie ,& de bouche
&de coeur
Cette Realité qui vous fait tant d'horreur
,
Et fans chercher de preuves & d'argumens
ſenſibles ,
= Connoit un Dieu caché ſous desſignes
viſibles.
Je le ſers direz-vous en un eftat ſi bas,
C'eſt l'abus queje fouffre & qu'il ne
ſouffre pas ?
I'adore monEpoux ſous ce nüagebléme
,
Partout où je le croy ,je l'embraſſe
&je l'aime ,
Et duſſent les Enfers avec vous murmurer
,
Par tout oùje le croy je le veux a
dorer ,
Les Peuples ont pour vous des regles
bien plus ſages ,
96 MERCURE
De croire un Dieu preſent ſans luy
rendre d'hommages .
De braver hardiment Jeſus-Chriſt à
ſesyeux ,
Auſſi de voſtre accord c'eſt le noeud
ſpecieux ;
Mais rappelléz un peu voſtre eſprit qui
s'égare ,
Voyez ce qui vous joint & ce qui vous
fepare, ۱
Reſpectez mon Epoux où je pretens
qu'il eft ;
Sçachez que c'eſt luy rendre un devoir
qui luy plaift ,
Sçachez que c'eſt luy ſeul qui cherche
cét hommage ,
Quand il n'y feroit pas , c'eſt luy que
j'enviſage ؟
Quand la credulité ſeduiroit mon ar
deur,
Je ne faispasun crime en luy donnant
mon coeur ,
Ou quand j'aurois enfin mal conceu
ſa parole , ১ 11
Qui n'adore que luy ne ſert pas un
Idole.
Mais c'eſt un attentat des plus noirs
d'icybas
Mais
GALANT.
97
De croire ſa prefence & ne l'adorer
pas ,
Oudes ſacrez concerts ou des Legions
d'Anges
Celebrent fa grandeur & chantent ſes
louanges ;
Certes c'eſt un mépris qu'il vous faut
abhorrer
Que l'homme l'y connoille , & n'ofe
l'adorer.
Aufſi l'Autheur fameux de voſtre infame
Schifme
Auroit plûtoſt tenu pour le Mahometifine
,
Plûtoſt avecque nous il auroit fait accord
Que de s'unir jamais à la Secte du
Nord ,
Mais enfin dans nos jours la Verité fuprême
Avoulu que l'erreur s'arme contre ellemefme.
Que vous faffiez un Corps de Membres
fi divers ,
Qu'il étale fa honte aux yeux de l'Univers
,
Que la raiſon s'alarme & que la foy
s'étonne ,
Fey. 1686.2 . Ρ. E
98
MERCURE
De voir ce qu'on reçoit & ce qu'on
abandonne.
Vous qui ſemblez , &c.
Revenez donc enfin , Revencz mes
Enfans ,
C'est trop que voſtre erreur ait fubfifté
cent ans ,
Et c'eſt injustement qu'elle vous ſemble
belle
Puifque cene ans paffez elle n'eſt plus
nouvelle ,
Encoreque pour moy vousn'ayez que
rigueur
Je veux ouvrir pour vous & mes bras
& mon coeur ;
Bien que vousn'ayez plus que haine
&que colere ,
Jay toûjours de l'amour & je ſuis tou
joursMere;
Helas ! pour vous 'refoudre à rompre
avecque moy
A changer ma Doctrine & faire une
autre Loy ,
Pour donner aux humains de fi honteux
exemples ,
Que vous aurois-jefait ? ou qu'avoient
fait mesTemples ?
GALANT.
Autels ſi chensia DE
Qu'avoient fait mes
vos Ayeux,
Pour eſtre le fupplice & Phorreur de
Vous eut-on menacéde vous arracher
vos yeux ?
Tame , ::
Devous faire éprouver & le fer & la
flame ?
triompher ,
De vos ſombres terreurs il falloit
Et braver à la fois & la flame & le
fer;
!
Il falloit constamment attendre, cét
orage ,
Vous armer d'un beau zele& d'un ferme
courage ,
Et non pointvous ſouſtraire à cette
extremité ,
Divifer Jeſus - Chrift & rompre lUnité
Ainſi que dans ſon tronc la branche
diviſée
Eſt de ſon propre fuc auffi -tôt épuiſée,
Ainſi que de fon Corps un Membre
ſeparé
Devient en meſme temps , pafle &
défiguré ,
E 2
100 MERCURE
Ainſi qui d'avec moy veut faire un
pleindivorce
Voitmourir à l'inſtant ſa couleur & fa
force ,
Etl'aliment qu'il cherche ailleurs qu'en
ma Maiſon
Ne porte dans ſon coeur qu'abſinte&
que poifon ;
Certes , fi l'un des miens dans une audace
extréme
Sembled'avecque moy ſe ſeparer luymefme
,
Je proſcris quelquefois cét Enfant revolté
,
Mais fans troublerda paix ny rompre
l'Unité
La plus ſaine raiſon permet bien qu'on
ſe haſte ,
De retrancher du corps un Membre
qui le gaſte ,
Mais c'eſt un nouveau ordre & de
nouveaux efforts ,
Qu'unmembre s'authoriſe à retrancher
le Corps ;
Voilà pourtant , voilà cette noire condunte
,
Où malgé ma douleur voſtre Secte
eft ronize ,
GALANT. 101
Et ce petit Troupeau diviſé du plus
grand
Elt de vôtre revolte un viſible garand.
N'allez plus alleguer des feintes concertées
,
Des crimes ſuppoſez des erreurs inventées.
On voit des deux partis qui tient la
Verité ,
Quand on ſçaitqui des deux,entretient
l'Unité ,
C'eſt la roche conſtante & la ferme
colomne ,
Que l'Enfer conjuré ne ſappe ny n'étonne
,
Qui s'y tient attaché ne s'ébranle jamais
,
Et c'eſt là ſeulement qu'il rencontre la
Paix.
Sus donc rendez enfin les Enfans à
:
laMere ,
Songez à reünir le Frere avec le Frere ,
Que vos eſprits flottans s'arreſtent à
cepoint ,
De ne diviſer plus ce que le Ciel a
joint ,
Paiſque ces factions , ces revoltes celebres
E3
102. MERCURE
Ne font que les Enfans du Prince
desTenebres.
Vous qui fembez cherir la Paix ,
Du moins faites mieux voir que la
Paix vous eft chere ,
Qu'en deſavoüant mes bien-fairs ,
Et qu'en vous ſeparant d'avecque vôtre
Mere.233 2
Comme tout ce qui est dans cette
Seconde Partie de la Lettre que je
vous envoye tous les mois regarde le
Roy , ou la Religion , & que ce qui
la concerne n'est qu'un effet de l'application
des foins de Sa Majesté,
pour fon accroiſſement & pour fa
gloire ; je crois d'autant plus devoir.
donner place icy à la Lettre du Roy
de Perſe , dont vous avez déja oüy
parler , qu'ellemarque le zele de cét
Auguste Souverain , pour tout ce qui
la regarde , meſmes dans les pays les
plus reculez où elle a plus besoin de
protection . Quoy que cette Lettre
nefoit pas nouvelle ,elle ne laiffera
GALANT. 103

pas de donner le mesme plaisir qu'on
prend à toutes les chofes curieuses
quin'ont point encore efté veuës , &
quifont toûjours nouvelles pour ceux
qui les apprennent ou qui les voyent
pour la premiere fois. Cette Lettre
fut presentée au Roypar Monsieur
Athanaſe Saffar Evesque deMaredin
& de Niſibin en Mésopotamie.
Elle a este traduite par Monfieur de
LaCroix Interprete du Roy en Langue
Persienne ; Ainsi vous devez croire
que cette Traduction est fidelle.
L'Evesque qui la prefentane parla
au Roy qu'en Langue Arabique,
& fit ſon Compliment en Italien à
Monseigneur le Dauphin , & à
Madame la Dauphine, à Monfieur
& à Madame ; & quoy que toutes
ces Augustes Personnes euffent une
parfaite connoiſſance de la Langue
Italienne , comme il est de leur Dignité
qu'on leur explique tous les
E4
104 MERCURE
Discours qu'on ne leur fait point en
leur Langue; Ces Complimens frrent
interpretez par Monsieur de
Carfueil, qui depuis Marseille avoit
efté chargé de la conduite de cét
Evesque. Voicy la Lettre du Royde
Perfe.
C'estàDieu à qui la Gloire
Suprême est deuë.
L
OUIS Empereur , qui faites
honneur aux Rois par la
Majesté , par la grandeur d'Ame,
par la gloire & le bon-heur qui
ſont en vous , dont la Dignité eſt
auſſi élevée que les douze Maiſons
Celestes ; Qui avez une ardeur
de Lion dans les Combats ,
& une Confcience fi juſte qu'elle
donne de l'éclat au Trône Imperial
que poſſede Voſtre Majeſté
ſi digne de ce Trônefur leGALANT.
105
quel vous eſtes affis , & de la
Couronne qui couvre de gloire
Voſtre Teſte par voſtre courage
&voſtre équité, qui eſtes leplus
Grand , le plus Noble , le plus
Liberal & le plus Magnifique des
Roys & des Empereurs Chrêtiens
, &le Tres- Puiſſant Monarque
des Royaumes de Fran
ce. Nous donnons avis à votre
Haute Majesté , que nous avons
heureuſement receu par l'Evef
que de Cefaropolis la belle Lettre
dont vous l'avez chargé , qui
marque voſtre ſincerité , &lan
bonne intelligenceque vous voulez
garder avec nous , en fortica
fiant les fondemens de l'union
qui a eſté contractée avec les
Peres & Ayeuls de Voftre Ma
jeſté Imperiale , & les Roys de
noſtre tres glorieuſe & tres Auguste
Famille Ceiten Lettre a
Es
106 MERCVRE
donc renouvellé dans noſtre
coeur la tendreſſe ,& l'amitié ancienne
& nouvelle , & comme
vous nous y avez recommandé
les Chreſtiens Armeniens de la
Province de Nakchivan avec
des termes obligeans ; Je vous
diray qu'il eſt vray qu'il arrive
quelquefois quelesGouverneurs'
de Narchivan eſtant changez,
ces nouveaux venus n'eſtant pas
informez de la recommandation
deVoſtre tres ExcellenteMaje ?
ſté , ny de l'auguſte Comman
dement que nous avons fait en
conſequence de cette Recom
mandation ; ils ont peut -eftre
manqué de proteger ces Armeniens.
Pour ce qui concerne la
Demande que vous faites d'un
Commandement plus exprés &
plus fort en faveur de l'Evefque
de Cefaropolis , & des Chre
GALANT. 1071
tiens EuropeansCatholiquesRomains
, principalement à l'égard
des Peres Jefuites veſtus de noir ;
Je vous répondray que noſtre intelligence
ſemblable au Soleil
qui penetre tour , a eſté pleine 1
ment informée de toutes ces afh
faires , avant meſme que voſtre
Haute& Imperiale Majesté nous
eut fait l'amitié de nous écrire
ſon intention pour la protection
desuns & des autres . Un Ordre
à Papillon dont la Nobleſſe ſe
fait obeïr ſouverainement , avoir
deja eſté delivré de noſtre part
en leur faveur , ainſi que nous
avons marqué autrefois dans la
Lettre d'amitié que nous vous
avons écrite fur ce ſujet. Cet
Ordre eſt dans toute fa force
& preſentement executé avec
ponctualité par le nouveau Com
mandant , fans qu'ily ait fur ces
E6
108 MERCURE
ſujet aucune innovation. Si vô
tre Majesté à quelques autres affaires
dans ce Pays faites le nous
ſçavoir , & nous donnerons nos
Ordres à ce que les Eſclaves de:
noſtre Tribunal qui eſt la figure
deceluy de Dieu , les executent
ſelon voſtre plus grand plaifir.
Je ſouhaite que tous vos deſſeins
ayent un ſuccés auſſi favorable
que vous pouvez defirer.
Le Sceau du Roy de Perſe, où
eſt gravé Soliman Eſclave d'Aly,
Roy de la Sainte Terre , eſt
attaché à cette Lettre , & autour
du Sceau ſont les Noms des
douze Imans ou Prelats de la
Religion de Perſe.
Il y avoit autrefois un Papillon
marqué à ces Ordres , qui
font les plus confiderables de
tous ceux qui ſont accordez par
leRoyde Perſe.
ラーム
GALANT .
109
L
AU ROY,
IDILE .
Б
OR Squ'une heureuſe Paix
donne à toute la France
Des biens qui paſſent nos defirs,
Que la joye & que l'abon
dance
Yregnent avec les plaiſirs;
Chantez Muſes chantez des Vi-
Aoires nouvelles ,
C'eſt LOUIS , c'eſt voſtre
Heros ,
Qui par de glorieux travaux
Rend ſes Conqueſtes immortelles.
Cen'eſt plus Bellone en couroux
Qui ſoumes à ſes Loix des Provinces
rebellesMO
MERCVRE
Dans ceTriomphe heureux tout
eſt tranquille & doux .
Je ſçayque juſtement vous eſtiez
alarmez ,
Quand on voyoit LOVIS commander
nos Armées ;
Que rien ne calmoit voſtre
peur
Que le plaifir charmant de revoir
ce Vainqueur ,
Si l'on diſoit que la Victoire
Portoit ce nouveau Mars en des
bords étrangers,
Quoy faut- il difiez - vous , que
l'amour de la Gloire
L'Expoſe tous les jours à de
nouveaux dangers .
Aujourd'huy qu'il veut bien
loin du bruit de la Guerre
Montrer ſa grandeur à la Terre,
Vaincre ſans donner descombats
,
Que nos voix ne foient plus
tremblantes,
GALANT.
III.
* Et que ſur l'appuy de vos bras
Vos Lires , doctes Soeurs ne ſoient
plus chancelantes.

Vous ſçavez par combien
d'Exploits
Ila ſignalé fon courage ,
Son bras à fait trembler cent
2
Le Rhin , le Po,l'Ebre , &le
Tage
Vous ſçavez qu'en tout l'URien
n'eſt égal à ſa puiffance,
αποφοιτο
Les Monarques lointains cherchent
fon allianceton
Aux Corfaires d'Alger it a fermé
Et fait taire leur infolence.
Aprés tant d'Exploits inotis ,
Une infame furie , une Fille re-
Belle0051
логоть го
Un Monſtre que la faim"chaffa
de la Rochelle,
112 MERCURE
L'Hereſie en un mot expire ſous
LOUIS.
Nos Rois en ont en vain entrepris
la défaite ,
Leur Victoire eſtoit imparfaite,
Cét Hydre écrasé renajſſoit
Sous le coup qui le terraſſoit ,
Sa défaite augmentoit ſa rage
Le trepas luy rendoit le jour ,
Il fortit tout fier du Carnage
De Jarnac & de Moncontour ,
Nos Villes eſtoient au pillage
Nos Citoyens trahis , nos Temples
prophanez ,
Nos Roys expoſez à l'outrage,
Et nos Preſtres affaffinez
Oublions aujourd'huy ces difgraces
paffées ,
Nous vivons ſous un Regne &
plus doux , & plus beau
Nos larmes font recompenfées,
Nous avons en LOUIS un Al
cide nouveau alb
T
GALANT.
113
Bien mieux que le Dieu de la
Fable
Qui pour rendre le Ciel aux
hommes redoutable ,
Foudroya jadis les Titans
Qui diſputoient aux Dieux leurs
Trônes éclatans .
LOUIS pour rétablir la France
dans la France
Ne donne rien à la vengeance,
Mais ſon zele & ſa pieté
Rappellent danstes coeurs l'ancienne
verité ,
Remettent dans ſes droits cette
Illuſtre exilée ,
Etde tant de Sujets on la voit
rappellée ,
Que la Foy qu'ils profeſſe unira
tous les coeurs ,
Et le Ciel n'aura plus de faux
Adorateurs ;
C'eſt ainſi que LOUIS avec
un ſoin extrême
106 MERCVRE
1
Clone renouvellé dans noſtre
coeur la tendreſſe ,& l'amitié ancienne
& nouvelle , & comme
vous nous y avez recommandé
les Chreſtiens Armeniens de la
Province de Nakchivan aveci
des termes obligeans Je vous
diray qu'il eſt vray qu'il arrive
quelquefois que lesGouverneurs
de Narchivan eſtant changez ,
ces nouveaux venus n'eſtant pas
informez de la recommandation
deVoſtre tres-ExcellenteMajeip
ſtés ny de l'auguſte Gomman
dement que nous avons fait en
conſequence de texte Recomad
mandation ; ils ont peut- eſtre
manqué de proteger ces Armet
niens . Pour ce qui concerne la
Demande que vous faites d'un"
Commandement plus exprés &
plus fort en faveur de l'Evefque
de Cefaropolis , & des Chre
GALANT.
107
tiens EuropeansCatholiquesRomains
, principalement à l'égard
des Peres Jeſuites veſtusde noir
Je vous répondray que noſtre intelligence
ſemblable au Soleil
_qui penetre tout , a eſté pleinement
informée de toutes ces afsh
faires , avant meſme que voſtre
Haute& Imperiale Majesté nous
eut fait l'amitié de nous écrire
ſon intention pour la protection
desuns & des autres . Un Ordre
à Papillon dont la Nobleſſe ſe
fait obeïr ſouverainement , avoit
deja eſté delivré de noſtre part
en leur faveur , ainſi que nous
avons marqué autrefois dans la
Lettre d'amitié que nous vous
avons écrite ſur ce ſojet. Cer
Ordre eſt dans toute fa force
& preſentement executé avec
ponctualité par le nouveau Com
mandant , fans qu'il y ait fur ces
E6
108: MERCURE
ſujet aucune innovation . Si vôtre
Majesté à quelques autres affaires
dans ce Pays faites le nous
ſçavoir , & nous donnerons nos
Ordres à ce que les Eſclaves de:
noſtre Tribunal qui eſt la figure
deceluy de Dieu , les executent
ſelon voſtre plus grand plaifir
Je ſouhaite que tous vos deſſeins
ayent un ſuccés auſſi favorable
que vous pouvez defirer .
Le Sceau du Roy de Perſe, où
eſt gravé Soliman Eſclave d'Aly,
Roy de la Sainte Terre , eſt
attaché à cette Lettre , & autour
du Sceau ſont les Noms des
douze Imans ou Prelats de la
Religion de Perſe.
Il y avoit autrefois un Papillon
marqué à ces Ordres , qui
font les plus conſiderables de
tous ceux qui ſont accordez par
leRoyde Perſe.
2
{
GALANT.
109
AU ROY ,
L
IDILE
E
OR S qu'une heureuſe Paix
donne à toute la France
Des biens qui paſſent nos defirs
,
Que la joye & que l'abondance
Yregnent avec les plaiſirs;
Chantez Muſes chantez des Vi-
Aoires nouvelles ,
C'eſt LOUIS , c'eſt voſtre
Heros ,
Qui par de glorieux travaux
Rend ſes Conqueſtes immortelles.
Cen'est plus Bellone en cowroux
Qui ſoumes à ſes Loix des Provinces
rebelles .
MO MERCVRE
Dans ceTriomphe heureux tout
eſt tranquille & doux .
Je ſçayque juſtement vous eſtiez
alarmez ,
Quandon voyoit LOVIS commander
nos Armées ;
Que rien ne calmoit voſtre
peur
Que le plaifir charmant de revoir
ce Vainqueur ,
Si l'on diſoit que la Victoire
Portoit ce nouveau Mars en des .
bords étrangers ,
Quoy faut- il difiez - vous , que
l'amour de laGloire
L'Expoſe tous les jours à de
nouveaux dangers.
Aujourd'huy qu'il veut bien
loin du bruit de la Guerre
Montrer ſa grandeur à laTerre,
Vaincre ſansdonner descombats
,
Que nos voix ne foient plus
tremblantes,
GALANT. III
Et que ſur l'appuy de vos bras
Vos Lires , doctes Soeurs ne ſoient
plus chancelantes.
Vous fçavez par combien
d'Exploits
Il a ſignalé fon courage ,
134
Son bras à fait trembler cent
Le Rhin, le Pol'Ebre , &le
Tage;
21
Vous ſçavez qu'en tout l'Ubiversioll
Rien n'eſt égal à ſa puiffance,
اب
Les Monarques lointains cherchent
fon allianceton
Aux Corfaires d'Alger it a fermé
Et fait taire leur infolence.
Aprés tant d'Exploits inotis ,
Une infame furie , une Fille Fme rebelle
ost потготты гой
Un Monſtre que la faim chaffa
de la Rochelle,
112 MERCURE
L'Hereſie en un mot expire ſous
LOUIS .
Nos Rois en ont en vain entrepris
la défaite ,
Leur Victoire eſtoit imparfaite,
Cét Hydre écrasé renajſſoit
Sous le coup qui le terraſſoit ,
Sa défaite augmentoit fa rage
Le trepas luy rendoit le jour ,
Il fortit tout fier du Carnage
De Jarnac & de Moncontour ,
Nos Villes eſtoient au pillage
Nos Citoyens trahis , nos Temples
prophanez , ar
Nos Roys expoſez à l'outrage,
Etnos Preſtres affaffinezou
Oublions aujourd'huy ces difgraces
paffées ,
Nous vivons ſous un Regne &
plus doux , & plus beau
Nos larmes font recompensées,
Nous avons en LOUIS un Alcide
nouveauool lob
GALANT.
113
Bien mieux que le Dieu de la
Fable
Qui pour rendre le Ciel aux
hommes redoutable ,
Foudroya jadis les Titans
Qui diſputoient aux Dieux leurs
Trônes éclatans .
LOUIS pour rétablir la France
dans la France
Ne donne rien à la vengeance,
Mais ſon zele & ſa pieté
Rappellent danstes coeurs l'ancienne
verité ,
Remettent dans ſes droits cette
Illuſtre exilée ,
Et de tant de Sujets on la voit
rappellée ,
Que la Foy qu'ils profeſſe unira
tous les coeurs ,
Et le Ciel n'aura plus de faux
Adorateurs ;
C'eſt ainſi que LOUIS avec
- un ſoin extrême
114 MERCURE
Moiffonne des Lauriers qu'il ne
doit qu'à luy- meſme ,
Et qu'il daigne par des bienfaits
Des nouveaux Convertis prevenir
les fouhaits .
Auſſi pleins de ſes biens &de fes
grands exemples ;
Nous les voyons en foule accou
८ rir dans nos Temples ,
De leur retour heureux nous
rendre les témoins,
Et benir de LOUIS les travaux
&les foins.
Jadis quand il foûtint l'Europe
toute entiere
Qu'au pouvoir de ſes Loix il la
pouvoit ranger ,
Ce Prince loin de ſe vanger
Eut pour ſes Ennemis la tendrefſed'un
Pere ,
De meſme ſon grand coeur
fait agir ſes bontez
GALANT.
rfs
Sur ceux dont il pourroit forcer
les volontez ,
Sa verto pretend ſeule en avoir
la Victoirey
Et veur avec le Ciel en partager
la gloire.
Que nedevras-tu point à ces
nouveaux Lauriers
Nourrice des beaux Arts , Mere
des grands Guerriers ,
France ?quivit jadis les diſcordesCiviles
Ouvrir à l'herefie & les comars
& les Villes ,
Tu ne reverras plus l'injuſte nou-
Des Mooeurs de tes François
foüiller la pureté.
Mais faire triompher la veritable
Eglife,
Ne vouloir point ſouffrir que
l'Erreur la divife ,
Reünir à ſon corps des membres
ſeparez , chulasy
116 MERCVRE
Remettredans ſon ſein des Enfans
égarez ,
Rendre à Rome aujourd'huy
toute ſon étenduë ,
Soumettre à ſes Decrets *** confonduë
,
Et porter en tous lieux nos Myſteres
ſacrez ,
C'eſt de LOUIS LE GRAND
la gloire la plus chere ,
Et c'eſt par ce beau Caractere
Qu'il ſe rend auſſi glorieux,
Que fi du Belge , ou de l'Ibere
,
La France le voyoit encore Vitorieux.
PRIERE.
Rand Dieu confervez
la Perſonne
D'un Roy qui ſert l'Egliſe en
veritable Fils ,
GALANT.
117
- Noſtre repos le veut , voſtre
gloire l'ordonne ,
Ec tout nous parle pour
LOUIS.
PERRY.
Lors que je vous manday ily a
quelques mois , qu'on avoit démoly
le Temple de Charenton, je n'en fis
point graver d'Estampe , ainsi que
vous l'aviez ſouhaité , & ne vous
en envoyay point de defcription ; je
n'entray pas même dans le détailde
ce qui s'estoit paſſé le jour qu'il fut
démoly , & ne vousfis point part de
pluſieurs choses qui regardoient cette
grande journée. Il n'estoit pas aisé
d'en estre bien inſtruit , la trop gran
de foule de spectateurs empesche
Souvent de bien voir un Spectacle ,
&d'en bien juger , & tant de Gens
farlent differemment de ce qui ſe
Laſſe en public , lors que la multi
18 MERCURE
tude s'y rencontre , que c'est rarement
Sur le raport de ces fortes de témoins,
quoy que presens à l'action dont il
s'agit, qu'on en peut donner des nouvelles
certaines , il faut aller juſques
àlasource pour en trouver de feures .
C'est ce que j'ay fait , &j'ay crû que
le Roy estant l'ame qui afait mou
voir tant de bras , cet Article tiendroit
avantageuſementſa place dans
un Recueilqui n'est remply que d'Ouvrages
qui regardent ce Monar.
Le Lundy vingt- deuxième d'OEtobre
1685. l'Edit du Roy, qui portoit
la Révocation de l'Edit de Nantes
, & qui par confequent ordonnoit
la Démolition de tous les Tem.
ples du Royaume, fut verifié au Parlement.
La veille de cette Verification
estoit un Dimanche , & le
Ministre Claude devoit prefcher ce
jour-là ,suivant l'ordre étably entre
GALANT. 119
les Ministres de Paris , de faire le
Prefche chacun à leur tour. Ce Miniſtre
ayantSceu ce quiſe devoit paſſer
le lendemain au Parlement, crut que
non seulement il ne faloit point
prefcber la veille d'une journée fi
glorieuse pour le Roy &fifuneste à
l'Hereſie ; mais qu'on ne devoit pas.
mefme s'aſſembler à Charenton pour
y faire aucun Exercice , ny tenir
aucune Affemblée. Il envoya pour
cet effet la nuit du Samedy au Dimanche
ordre aux Portiers du Temple
d'en tenir les Portes fermées , &
d'allerfur les routes dés le grand
matin , afin d'avertir les Religionnaires
qu'il n'y auroit point de Predication
, & de leur dire de s'en
retourner. Ces grandes nouvelles s'estant
répandues parmy le Peuple de
l'une, & de l'autre Religion , la curioſité
en attira unesi grande foule
Sur les chemins, qu'on en auroit dû
120 MERCURE
craindre quelques suites dangereu.
SesfiMonsieur de la Reynie , qui
prévoit à tout , & qui n'attend pas
que le malfoit arrivé pour y remedier
, n'y eust mis ordre , en choisis-
Sant Monsieurle commiſſaire Labbé
pour veiller à tout ce quiſe paſſeroit,
pour prendre garde que les Catholiques&
les Religionnaires , qui
estoient en grand nombre , tant à
Charenton que fur les chemins , &
à la Porte , & au Fauxbourg Saint
Antoine , n'eussent ensemble quelques
paroles , qui auroient på caufer
de plus grands démélez . Ceſage &
prévoyant Magistrat poussant fes
Soins encore plus loin , envoya des.
Brigades de Monsieur le Provost de
l'Isle ſur les chemins , pendant que
d'autres Brigades de Monsieur le
Chevalier du Guet faisoient la ron
de dans le Fauxbourg Saint Antoine,
ce qui eut un ſi heureuxfuccès , que
tout
ي
GALANT.
tout le monde fut extrêmement furpris
de trouver tantde tranquillité
dans un Quartier où l'on avoit lieu
de craindre que l'émotion ne fust
grande. :
Le lendemain Lundy l'Edit de
Nantes ayant esté revoqué , Monfieur
le Lieutenant Generalde Poli
ce donna ordre à Messieurs les Commiſſaires
de la Marel, e Page,&
Labbé , de faire travaillerà la Démolition
du Templede Charenton, de
s'emparer des Regiſtres du Conſiſtoire
, & de fairesur les lieux tout ce
qu'ils trouveroient àpropos , & qui.
dépendroit de leur Ministere , ce
qu'ils executerent avec autant de
prudence que de ponctualité. Il arri.
va fur le foir cinquante Compa.
gnons Menuisiers,qui animezdu zelede
la Religion , entrerent dans le
Temple , & en enleverent , en qua .
tre ou cinq heures , toute laMenui-
Fev . 1686.2 . P. F
1
122 MERCURE
ferie, & tous les Bancs ,furlesquels
ily avoit place pour quatorze mille
personnes.
Le lendemain Mardy quarante
Compagnons Couvreurs travail
Lerent des lematin ,& la diligence
qu'ils firent fut si grande , qu'une
partiedu Templese trouva décou
verte dans la mesme matinée; ce
qui donna lieu à Meffieurs Herbet ,
Le Roy , & Guezard , qui avoient
esté choisipour la Démolition de ce
Temple , de faire monter les Char- 2
pentiers . Maçons , Plombiers , &
antres Ouvriers neceffaires. Its travaillerent
avec tant d'ardeur , que
le Temple auroit esté razé en deux
jours ,fi la couverture de la Charpente
n'eust point este double. Ilfa
lut l'enleveràforce d'hommes , qui
en ſapoient les affemblages , & qui
les laiſſoient tomber à terre, ce qui
dura trois jours . Le tout fut entiereGALAN
T.
28
ment détruit en cing , &le Samedy
au ſoir à peine pouvoit on reconnoître
la place fur laquelle ce fameux
Temple avoit eſté élevé, la pluſpart
des matereaux ayant esté enlevez
pour l'Hôpital General , à qui ils
avoient esté donnez par Sa Ma
jesté.
Monsieur de la Reynie prévoyant
qu'un Spectacle pareil attireroit tout
Paris, fit tenir à Charenton pendant
la Démolition de ceTemple des Brigades
de Monfieurle Chevalier du
Guet , & de Monsieur le Prevost de
l'Iſte, pour empeſcher le defordre qui
auroit pû être causépar le trop grand
nombre de spectateurs. En effet, tout
-Paris voulut estre témoin de lade
ftruction d'un Edifice qui ſervoit de
Trône à l'Herefie. Ce grand Ouvra
ge estant achevé,ceux qui en avoient
la conduite remarquerent avec éton
nement qu'il n'y avoit eu aucun Ou
F2
124
MERCURE
vrier de bleßè , quoy qu'ils euffent
tous travaillé avec une activité inconcevable,
& qu'ils euffent estépluſieurs
fois en peril , tant à cause de
la chute des matereaux , à laquelle
ils estoient souvent expofez , & qui
tomboient en confusion , que parce
que leur zele les emportoit ſouvent
dans des endroits extremément pevilleux.
Ie croy devoir joindre à la Démolition
de ce Temple la Deſcription
qui m'en a estédonnée , je vous l'envoyefansy
rien changer, de crainte
de tomber dans de plus grandes fau.
tes que celles que j'y voudrois corriger,
supposé qu'il y en ait. Chaque
Art a ſes termes , & s'il n'est souvent
pas aisé à ceux mesmes qui
profeffent un Art deſe bien faire en .
tendre , lors qu'ils ont quelques Difcours
à faire qui le regarde, ceux qui
w'en font point profeffion doivent toû
GALANT.
125
jours éviter d'expliquer ce qu'ils ne
Sçaventpas.
DESCRIPTION
DU TEMPLE
DE CHARENTON,3
Le plan de ce Temple ef.
toit un Carré long , percé de
trois Portes ; ſçavoir , une à cha
quebout ,&une au milieu d'une
desgrandes Faces. Il eſtoit éclairé
par 81. Croiſées en trois Etages
l'une deſſus l'autre , élevées de
27. pieds juſques à l'entablement.
Il avoit de longneur 104.
pieds dans oeuvre , & 66. pieds
de large , auſſi dans oeuvre. Les
murs avoient trois pieds&demy
d'épaiſſeur , par le dedans. Il y
avoit une grande Nef,au Plafond
F3
126 MERCURE
:
dans laquelle estoient les Tables
du Vieux & du Nouveau Teftament
, écrites en lettres d'or fur
un fond bleu , qui avoit eſté peint
exprés ſur le Lambris de la voûte
de ladite Nef, laquelle estoit de
74: pieds de long fur 36. pieds
de large , & au pourtour de la
quelle étoient vingt colomnes
d'ordre Dorique , de 21. pieds
de haut , & qui formoient trois
étages de Galeries , au pourtour
deſquelles on montoit par quatre
Eſcaliers qui estoient dans leſdits
quatre angles . La Charpenterie
du comble du Temple eſtoir
d'un fort bel aſſemblage , &
les Bois d'une confiderable longueur.
Il y avoit un Clocher,dans
lequeleſtoitune Cloche de trois
pieds de diametre,qui peſoit deux
milliers ou environ ; & avoit
eſté donnée par Monfieur Gillot
GALANT. 127
en l'année 1624. La Lanterne
de ce Clocher eſtoit reveſtuë
de plomb , & tout le reſte du
comble couvert de Thuiles en
pavillon . A gauche dudit Temple
eſtoit le Cimetiere des Gens
de qualité,&enſuite leConfiftoire
, où ily avoit un autre Cimetiere
pour le menu Peuple.
Aprés vous avoir donné une De-
Scription d'un des plus fameux Temple
que l'Hereſie ait jamais eu ,&
vous avoir appris en même temps
de quelle maniere il a eftè abatu ,
ilfaut que le Burin vous en faſſe
voir lafigure , afin qu'elle conferve
à la posteritè la gloire immortelle
dont le Roy ſe vient de couronner
en le détruiſant. C'est pourquoy je
vous en envoye le profil , que j'ax
fait graver.
:
F4
128 MERCURE
CANTIQUE
POUR LE ROY.
Repleatur os meum laude , ut cantem
gloriam tuam tota die magnitudinem
tuam. Pfal.
Our chanter le plus Sage&
le plus grand des Roys ,
Pour celebrer ſa gloire, & fes juſtes
loüanges ,
Que ne puis - je à ma foible
voix
Unir la voix de tous les Anges!
Ah !dans l'impuiſſance ou je
fuis
Reçois Monarque Magnanime
L'eſſay de tout ce que je puis
Dans la juſte ardeur qui m'anime
:
1
GALANT...
119 .
La grandeur de ton Nom , tes
Vertus tour à tour ,
Tes travaux éclatans , la gloire
de tes Armes
Sont des merveilles ,dont les
Charmes 61
Meritent mon reſpect , meritent
* mon amour ,
Je les chanteray tout le jour.
Tu confregifti Capita Draconis. Pfal.73
Qui mieux a merité les voeux &
les Cantiques ,
De tout ce que l'Egliſe a conſervé
de Coeurs , th
Qui deteſtent les Heretiques
Et leurs criminelles erreurs ?
N'a-tu pas écrasé la teſte
DeceMonſtre long-temps fi fier
ſi redouté ,
N'as-tu pas fait vomir le venin
à la Beſte
Dans le ſein de la Veriré?
F
130
MERCURE
De Cælo anditum fecifti Judicium ; terra
tremuit , & quievit . Pfal. 75.
!
Aprés t'eſtre élevé ſur toutes les
Puiffances, avır
Ne reconnoiſſant plus que le
Maistre des Cieux , 3
Ta voix a prononcé ce Decret
glorieux , :
Qui rétablit ſa gloire , & vange
ſesoffenfes;
L'incertitude du ſuccés
D'une Loy ſi juſte , & ſi ſainte
Acaule for la Terre un mouve
ment de crainte
Qui farfoit cremblertes Sujets ,
Mais ton Regne eſt un Regne ,
où rien ne donne atteinte
A la felicité qui doit fuivre la
Paix.
Memor ero ab initio mirabilium tuorum
GALANT. 131
Quand je repaſſe en ma memoire
, :
Qui ne s'occupe que de toy
Tous les beaux traits de ton
,
Hiſtoire
Je les admire , & dis,GRAND
ROY,
L'avenir les voudra-t'il croire
Quoy regner depuis le Berceau
Et chaquejour ravir le Monde
Par quelque miracle nouveau,
Toûjours Vainqueur par tout fur
la Terre & fur l'Onde ;
Vit-on jamais rien de fi beau ?
2Borner par une force extrême
La grandeur de courage à fe
vaincre ſoy meſmes
Eftre affez fort pour s'arreſter,
Ne penfer qu'à la Paix en faiſant
des Conquestes
Et pour affermir ſes Eſtats
Contre les plus fiers Potentats
F6
132
MERCURE
Tenir ſes Armes toûjours prêtes:
Aux ſoins d'un Regne glorieux
,
Soins ſi grands , a laborieux ,
Allier les Jeux & les Feſtes ,
Ranger l'Univers ſous ſes Loix
Egalement heureux tout le temps
de ſa vie ,
Que de merveilles à la fois !
Mais je n'en dis qu'une partie.
Notam fecifti in populis virtutem tuam,
redemiſtiin brachiopopulum tuum.P.76.
La grandeur de tes actions
Etde tes vertus triomphantes
N'a t'elle pas ravy toutes lesNations
?
Etn'as tu pas receu des preuves
éclatantes :
Du reſpect qu'elles ont pour
toy?
Elles ont admire ton courage intrepide.
GALANT.
133
}
Ta Sage retenuë en ce penchant
rapide ,
De pouffer la Victoire , & de
donner laLoy
Ades Ennemis pleins d'effroy:
Mais il faut l'avoüer , l'Herefie
abatuë
Eſt le miracle le plus grand ,
Le deſſein , le ſuccés , la ſuite
tout ſurprend ; ne
Combien d'aveugles nez ont recouvré
la veue
En mille lieux en un inſtant !
Ajoûte àtes lauriers Monarque
incomparablesgos
Tant & tant de ſujets vaincus,
& reconquis ;
Cette Victoire eſtd'un telprix,
Que ton bras n'en a point remporté
de ſemblable : P
Hac mutatio dextera excelfi. Pfal. 76.
Oüy grand Roy tu nous l'avoüeras
,
134
MERCVRE
•Ce rate & triomphant Ouvrage
De la main do tres haut dont tu
:
n'eſt que l'image ,
Eſt une merveille icy bas :
Il t'éclaire l'eſprit , comme il guidetonbras;
On dit par tout , LOUIS à fait
... cette merveille
Mais on ajoûte en mesme
temps
Non , c'eſt Dien , qui par luy
flechit les ſentimens ,
Les hommes ſeuls n'ont pas une
vertu pareilleldmagnons
Increpasti gentes periit impius , no
men corum delesti iinn eternum.Pial.9.
TaRoyaleindignation
Contre l'Erreur s'eſt foulevée
Par fa vaine obſtination ,
L'Egliſe deformais ne ſera plus
bravée )
T
GALANT.
135
Loin d'icy , loin d'icy , Docteurs
ſeditieux ,
La verité par tout eſt enfin reconnuë
,
Les rayons du Soleil ont diffipé
la nuë e
Qui l'avoit fi long-temps deguiſée
à nos yeux .
Fidelles Convertis qui voyez la
lumiere ,
Oubliez juſqu'au nom de cette
nuit premiere ,
Dont le voile malicieux
Fitd'une cruelle maniere
L'aveuglement de vos Ayeux.
Exaltare Domine in virtute tua , cantabimus
, &psallemus virtutes tuas.
Plal. 20.
Mais , Grand Roy , fi jamais le
brillantde ta gloire
Pouvoit te plaire & te charmer,
د
1
36. MERCURE
1
C'eſt ce beau trait de ton
Hiſtoire ,
Dont tu dois t'aplaudir ,que tu
dois eſtimer.
Vante toy ,tu le peux ,
que incomparable ,
Monar-
Vante toy d'avoir fait un Ouvrage
ſi grand ,
Que le paſſe jamais n'en a veu
de ſemblable ;
Etl'avenir en l'apprenant
L'écoutera commeune Fable .
Et que pourroit - on ajoûter
A cette merveille éclatante ?
Ton ame en doit eſtre contente
,
Mais tagloire ,Grand Roy, peutelle
encore monter !
Tagrandeur maintenant eſt dans
fon Apogée,
:
De nos charmans Concerts , c'eſt
l'objet le plus doux ,
Si l'éclat de ta gloire irrite tes
jaloux ,
GALANT.
137
Puiſque le Ciel l'a partagée ,
Toute la Terre eſt engagée ,
Ala chanter ainſi que nous.
:
Non mortui laudabunt te Domine , neque
omnes qui deſcendunt in infernum
Pfal. 113 .
Ceux qui ſont obſtinez à mou
rir dans l'Erreur ,
Au lieu de celebrer les grandeurs
de ta vie ,
Verront dans les Enfers d'une
éternelle horreur
Leur obſtination ſuivie.
Sed nosqui vivimus , benedicimus Don
minum, ex hoc nunc, & ufque in Sacи-
lum. Pfal. 113 .
1
Mais nous heureux cent &
cent fois
De vivre ſous les ſaintes loix
Du plus Auguſte des Monarques
!
L
1
138 MERCVRE
Juſqu'à la fin des temps, par l'accord
de nos voix ,
Par nos voeux prés du Roy
des Rois ,
De noſtre amour pour luy nous
donnerons des marques .
さい
Mr Magnin de l' Academie Royale
d'Arles.
AUROY
SUR LES GRANDES
choses qu'il a faites pour la
Religion Catholique. ٢٥٠
RANDROY, dans tous
GR les lieux où le fort me
3.conduit ,
Je ne vois que l'éclat , je n'entens
que le bruit ,
Dont ton nom revere ſur la
terre & furlonde !
GALANT.
139
Frappe d'étonnement tous les
Peuples du Monde .
On n'entend plus parler de tous
ces demy Dieux ,
Queles Siecles paſſez élevoient
juſqu'aux Cieux ,
L'Antiquité n'a rien que la
France n'efface,
Et ton Regne aujourd'huy fait
tout changerde face.
C'eſt en vain que les Roys dans
leur ſeule valeur..
Eſtabliſſent l'eſpoird'un ſemblable
bon-hour ,
A
Si marchant fur tes pas la vertu
ne les guide,
Leur gloire n'aura pas un eſtat
plas folide ,
Que les foibles rayons d'un faux
Aſtre qui luit
Qu'un moment fait paroiſtre , &
qu'un moment détruit .
Mais ta valeur unie au beau feu
de ton zele
140
MERCURE
if
T'a dés long temps acquis cette
gloire immortelle ,
Déja ton ſang heureux par la
fecondité
Reçoit le juſte prix de cettePieté,
Quand dans tes jeunes ans par
un nouveau prodige
Ta gloire s'éterniſe en ton aus
guſte tige ,
Et te fait rencontrer dedans un
petit Fils ,
4
Le bonheur de ton Peuple , &
la ſplendeur des Lys .
Sans toy la Verité ſouffrante &
deſolée ,
Se voyoit en tous lieux au men
ſonge immolée ,
Pendant que l'Enfer même avec
impunité
Profanoit les Autels de la Divinité
,
Et pour mieux établir le plus
lâche des vices
GALANT. 141
Détruiſoit le plus Saint de tous
les Sacrifices .
LeCiel pour arreſter le progrez
de ces maux
Te reſervoit , Grand Roy , ces
glorieux travaux ,
Etcomme un Fils touché de zele
& de tendreſſe ,
Aux larmes d'une Mere auſſi-tôt
s'intereſſe ,
Seul reconnu des Cieux digne
de cét employ
Tu l'entreprens en Fils , & le
pourſuis en Roy :
Rebelles, dont la Ligue oppoſée
à ſa gloire
Aſuby tantde fois le joug de la
Victoire ,
Vous voyez que LOUISen
pardonnant à tous
Armoit contre l'Erreur , plûtoſt
que contre vous ;
Lors que forçant le khin par un
heureux paſſage ,
142
MERCURE
De tant d'illuſtres morts il borda
ſon rivage ,
Et lors qu'il reduiſit l'Eſcault au
meſme eſtat
Ce fut un Sacrifice auſſi - bien
qu'un Combat ,
Où ſon bras immolant l'Hereſie
& le crime
En vouloit faire aux Cieux une
juſte Victime ,
Et du fameux débris des Temples
abbatus
Eriger un Trophée à ſes hautes
vertus.
Grand Prince, quand je voistant
d'Ames égarées
Reprendredu ſalut les routes affurées
,
Qu'avec tant de fuccés tes Illuſtres
Prelats ,
Déracinent l'Erreur qui troubloit
tes Estats ,
J'admire ce beau feu qui t'anime
&t'enſeigne
GALANT. 143
L'Art de faire regner , celuy par
qui l'on regne ,
Et qui fait que le Ciel te donne
le moyen
D'étendre en meſme temps fon
empire& le tien.
criminelle
15
Miniſtres aveuglez dont l'erreur
Donnoit à l'Etat meſme une atteinte
mortelle
LOUIS, des faits paffez perdant
le ſouvenir ,
Ne veut que vous convaincre &!
non pas vous punir ;
Heureux crimes pour vous, puif
qu'au lieu de Supplice
Ils vous ont fait trouver l'Eglife
pour Nourricel," sagan
Voſtre naufrage ainſi vous a con-1
duit au port,
Et vous trouvez la vie , où vous
portiez la mort.
Orgueilleuſes Citez , dont les
remparts terribles
1441 MERCURE
Rendoient de toutes parts vos
murs inacceſſibles ,
Cequen'avoient pas fait des Siecles
&des Roys ,
LOUIS en un ſeul jour vousreduit
ſous ſes loix ,
Et ce Fleuve indompté , dont la
ſuperbe rive
Tenoit dans ſes détroits la Veri-
τέ captive ,
Voit dans ce meſme jour ſon auguſte
Prelat
Remis par ce Heros en ſon premier
eſtat ;
Mais lors que par l'effet d'une ſi
juſte guerre
LOUIS purgeant l'Erreur qui
regne ſur la Terre ,
Pour la gloire des Cieux fait un
ſi grand progrés,
Son zele fur les Mers n'a pas
moins de ſucces .
Ses commerces frequents duCouchant
à l'Aurore
Ne
THEQUE
IN
LYON
1800*
}
:
!
1
A

GALANT.
145
P
Ne recherchent point l'or du
Chinois&du Maure;
Mais ce Divin Heros uſe de ſes !
moyens
Pour leur communiquer la ſource
des vrais biens ...
Heureuxdeſſeins pour vous, infortunez
eſclaves ,
Quidepuisunlong- temps reduits
dans les entraves
Mouriez autant de fois que vous
viviez de jours ,
LOUIS vous va chercher dans
ces affreux ſéjours ,
Et tirant du cahos voſtre troupe
affſervie
Vous fait refpirer l'air d'une ſe--
conde vieр гой ८
GRAND KOY, que de concert .
-ce grand & fameux.corps ....
Qui du ſacré valon garde ſeul les
Deſtine fon travail & ſa plume a
ta gloire :
Fev. 1686.2 . P. G
1
146 MERCURE
Moy , de crainte que j'ay d'en
ternir la memoire ,
Er de voir fuccomber ma Muſe
ſous le faix ,
Je regarde, j'entens, j'admire , &
je me tais.
T
BAULDRY.
HISTOIRE.
Out Paris retentiſſoit du bruit
des louanges quefaisoit donner
au Roy la Suppression de l'Edit de
Nantes , & l'on travailloit à la
Démolition du Templede Charenton,
avec la vive chaleur qui fait toujours
agir, ceux qu'un zele de Religion
anime , lors qu'un Amant
matheureux , & qui devoit veftre
marié au premier Preſche ſe trouvachez
luy tout accable de douleur.
Il tomba dans une espece de foibleffe
,dont il fut quelque temps à
:
GALANT.
147
revenir. Aufortir de cet aſſoupis
Sement , pendant lequel il avoit
gardé assez de connoiffance pour
Sentir toûjours fon malheur , ilmit
la mainà la plume ,& écrivit ce
quifuit àſa Maistreffe.
L ne faloit pas moins que les
Edits de LOUIS LE GRAND,
& la Deſtruction d'on ſuperbe
& fameux Temple , pour étonner
mon amour. Cependant
malgré les mauvais augures qu'on
peut tirer du changement qui
arrive , cet amour tout étonné
& tout abattu qu'il eſt , ne peur
perdre l'eſperance. Je ſuis trop
perfuadé de la bonté de voſtre
coeur pour douter de ſa conſtance
, & les plus grands fupplices
ne me feroient pas réfoudre à
ceſſer de vous aimer. Nos Peres
ſont d'accord , nos coeurs le font
G
2
148 MERCURE
auſſi ; mais une Puiſſance que
nous devons reverer traverſe
noſtre bonheur. Le coup eſt rude
pour un Amant qui ſe voyoit
preſt de poſſeder tout ce qu'ila
de plus cher au monde , & je
ne le trouve ſuportable que dans
la penſée qu'il ne vous eſt pas
moins cruel qu'à moy. Le temps
qui amene tout , nous rendra
unjour heureux. Il faut l'eſperer,
mais helas ! qu'il doit paroiſtre
long à un Amant , qui n'attend
que de luyla fin de ſes peines.
Cette triste Amante recent cette
Lettre comme l'unique chose qui la
pouvoit conſoler en l'estat où elle
eftoit. Elle y fit cette réponse.
AImez, perfeverez, & croyez
que pour vaincre tous les
obſtacles qui peuvent traverſer
GALANT . 149
une forte paffion , il ſuffit de
bien aimer. J'aurois trop à vous
dire ſur leſujetqui retarde noſtre
bonheur , & pour vous montrer
que je ſuis ſenſible , je vous aſſeure
que je ne quitte la plume que
pour y penfer , & que mon malheur
ne ſortant pointde ma memoire
, celuy qui le partage y ſera
toûjours preſent. 3
:
Cet Amant auſſi malheureux que
paſſionné , ne fit point de réponse à
cette Lettre , mais fi-tost qu'il fut
un peu remis , il ne manqua point
d'aller trouver sa Maiſtreſſe pour
Se confoler avec elle , & avec fon
Pere ,des malheurs qui leur étoient
communs. Ils eurent de longs entre.
tiens là-deſſus , mais ces entretiens
ne produiſoient rien qui fust favo
rable à leur Amour. L'Amant retourna
plusieurs fois chez fa Mat
G3
150 MERCURE
treffe , & ils se dirent ſouvent la
mefme chose, les repetitions n'estant
jarnais ennuyeuses quand on s'aime.
Vn jour qu'il venoit de rentrer chez
luy plein de sa paſſion , & qu'il y
refvoit encore ,fon Pere le fit entrer
dans fon Cabinet , &luy parla en
ces termes. Il eſt temps, mon Fils ,
que je vous ouvre mon coeur, &
que je vous parle d'une choſe
plus importante , que n'eſt le ſuccés
de voſtre amour , dont je voy
quevous eſtes tout occupé. Vous
jugez bien que ce que j'ay à
vous dire regarde la Religion ;
mais ne croyez pas que le mouvement
où ſont aujourd'huy toutes
les affaires qui la touchent,
m'ait fait faire des reflexions aufquelles
, je me devrois eſtre plûtoſt
appliqué. Non , ce ne ſont
point les Converfions qui ſe ſont
faites depuis un mois qui m'ont
GALANT. 131
engagé à penſer à la mienne. Je
croy que ces nouveaux Converetis
le font de bonne foy ,& que
la neceffité où on les a mis de fe
faire inſtruire , leur a fait découvrit
des Veritez que leur obſtination
des empefchoit de connoiſtre
Cependant ce n'eſt pas tout
ce qui me fait reſver aujour
d'huy à cette grande affaire , je
fais reflexion fur le grand nombre
de Converſions qui ſe ſont
faitesdepuis ſept ou huit années,
parmy leſquelles on en compte
de beaucoup de Miniſtres. Ils
ont eu le temps d'étudier la Verité,
ils l'ont connue , ils ſe font
rendus à ſes lumieres,& ont écrit
les motifs de leur changement..
C'eſt ce qui adû abreger le chemin
à ceux qui viennent de ſuivre
leur exemple , puis que tout
- ce qui les pouvoit arreſter , eſtoir
4
152
MERCUR
éclaircy par les Miniſtres les plus
éclairez deleur Religion meſme ;
& comme le zele du Roy n'a pas
moins causé ces premieres Converſions
, que celles dont elles
viennent d'eſtre ſuivies, on peut
dire qu'on les doit toutes à l'ardeur
que ce Monarque a fait voir
pour le ſalut de ſes Sujets .Seray-je
immobile au milieu de tout cela ,
& ne travailleray - je pas à découvrir
la Verité, à l'exemple de tant
de Perſonnes d'un merite'& d'un
eſprit diftinguez ? Si je me réſousà
la chercher,je puis dire par avan
ce que je ſuis déja Catholique ,
puis que de mille qui ont voulu la
connoître ,à peine ſans eſt-il trouvé
un qui ay pû luy réſiſter ; lors
qu'il a voulu de bone foy luy préſter
l'oreille . Vous ne répondez
rien poursuivit.il , vous ſoupirez .
Ah,mon Fils ! j'en connoy la cauſe
, vous craignez que je ne ſuive
GALANT. 153
en me convertiſfant , l'exemple
de beaucoup de perſõnes plus fages
, & plus éclairées que moy, &
qu'enfuiteje ne me ferve de mon
authorité pour vous engager d
vous faire Catholique. Ce feroit
un coup mortel àton amour , tu
l'apprehendes .Le Pere de taMaî
treſſe eſt obſtiné dans ſa Religion,
& rien n'égale ſon opiniatretéque
cellede fa Fille; mais ſi cette Religion
n'eſt pas la veritable, ce que
je découvte de jour en jour de
puis que je commence à ouvrir
les yeux , voudrois- tu combattre
mes fentimens , & me conſeiller
de perdre mon ame pour te conſerver
ta Maiſtreſſe. Tu changes
de couleur. Ah ! je n'en ſçaurois
douter , ton Amourt'occupe tout
entier ,&ton coeur n'eſt preſentement
remply que des fuites
dangereuses que tu aprehendes
G
154
MERCVRE
lors qu'on ſçaura que ie cherche
les lumieres neceſſaires pour me
rendre veritablement Catholique.
Ah mon Pere, repartit le Fils,
que puis je répondre , lors que
je me trouve frapé d'un coup de
foudre que je n'avois pas ſujet
d'attendre ? Puis-jedans le cruel
embaras où me vient de jetter
voſtre Difcours , entrer tout d'un
coup dans vos fentimens ? Puisje
approfondir ſur l'heure une
matiere ſi delicate , & fuis-je
meſme en estat de raiſonner ? La
voix de la Nature ſe fait oüir
d'un coſté l'amour effrayé me
parle de l'autre , & l'intereſt de
mon falut ſe mettant de la partie,
ma raiſon tremblante & incertaine
, écoute tout , & ne fait de
quel coſté pencher. Mon Fils,
repliquale Pere , donne toy de
garde de l'Amour. Il devroit eſtre
GALANT.
de plus foible,& cependant il
triomphe preſque toûjours. Mais
jevoy que dans cette occafion
il ſera également vainqueur , &&
vaincu ; car ou ton amour perfuadera
à ta Maîtreſſe de ſe con
vertir , ou le fien empeſchera ta
Converfion. Examine l'eſtat où
su te trouves réduit , & tâche
d'empeſcher que les faux plaiſirs
de l'Amour ne te cauſent des
peineséternelles ! Ah !mon Pere
repartit le Fils , d'un air qui mar
quoit la violence defa paffion,vous
ſçavez combien les femmes font
obſtinées en matiere de Reli
gion , & mon amour quelque
fort qu'il foie,ne pourra vaincre
l'opiniaſtreté de ma Maiſtreſſe
Cettes conſtance des Femmes,
repliqua le Pere, à Kégarddes chofes
pour lesquelles elles ont pris
de l'attachement , te fait voir
G6
156
MERCURE
qu'elle aurade la peine à étouffer
la tendreſſe que tu loy as inſpirée,
& ton amour qui a ſceu toucher
ſon coeur , le ſçaura peuteſtre
vaincre encore une fois en
faveur du Ciel. Je crains bien
que cela n'arrive pas , répondit ce
triste Amant , lors que je ſurpris
ſon coeur , il n'eſtoit remply d'aucun
autre amour , mais la Religion
qu'elle profeſſe y regne avec
trop d'empire , pour fouffrir
qu'une autre l'en chaffe , & les
coeurs préocupez , & fur tout
ceux des Femmes , font trop difficiles
à gagner.
Le Pere alloit repartir lors qu'ils
furent interrompus ,ce qui les empefcha
de pousser plus ton leur
entretien. Le Fils promit Seulement
au Pere qu'ilpenfcrot ferien
GALANT.
157
Sementàla conversation qu'ilvenost
d'avoir avec luy . Le Père n'ende.
meura pas là. Il fit parler àfon Fils
par des personnes éclairées dans
l'une& dans l'autre Religion , &
comme tout estoit en mouvement
au sujet des Conversions , que le
Mary preſſoitla Femme de se ren.
dre Catholique , ou la Femme le
Mary ; quele Frere en uſoit de
mesme à l'égard de la Soeur , & la
Soeur à l'égard du Frere ,&que tous
les Amis sefaifoient les uns aux
autres une innocenté guerre fur le
mesme fujet , ilfut attaquede tant
d'endroits differens , qu'ilse feroit
avoué vaincu , sisa paffion n'avoit
point ofté un obstacle à cet aveu.
La premiere fois qu'il retourna
chez. Sa Maistreffe , après avoir
effuvé un si grand nombre d'affauts ,
itfensit en y entrant une agitation
158 MERCVRE
qui le rendit prefque fans mou.
vement , de maniere qu'il parut à
fes yeux comme un homme abattu,
non ſeulement par la violence d'un
mal cuifant ,mais encore par une
extreme trifteffe. Il la regardoit plus
qu'à l'ordinaire , il foupiroit , &
faifort affez connoistre par tous
les mouvemens de fon ame , & de
fes yeux , qu'il n'ofoit expliquer
lesujet deson chagrin. Dés qu'on
parloitdes Affaires de la Religion ,
SesSoupirs redoubloient , it barfſoit
la venë , & n'osoit regarder fixe
mentsa Maiſtreſſe , ce qui fit bien
toft deviner à cette aimable perfonne
le sujet de l'abatement qu'il
faifort paroistre. Elle prit d'abord
unferieux , qui achevant del'acca
bler, le réduisit àunteleftat, qu'elle
ne jugea pas à propos de luy faire
voir tout le mépris qu'elle croyoit
GALANT.
159
avoirdéja pris pour lay. Elle le rail
la seulement;& comme ſouvent
l'espritne brille pas moins à défendre
une mauvaiſe cauſe qu'une bons
ne , elle en fit paroistre beaucoup ,
en l'accufant de foibleſſe , d'une
maniere enjouée , mais qui nelaiſſa
pas de l'embaraſſer , parce qu'il
crut penetrer au fond defon ame ,.
&y découvrir que son obstination
feroit invinciblefur le changement
de Religion. Les choses ne se pousferent
pas plus avant ce jour-là ,
&ils ſe ſeparérent affezmalfatisfaits
l'un de l'autre.
Comme tout l'entretien de Pa
ris ne rouloit que sur ceux qui se
convertiſſoient chaque jour , ou qui
estoientfur le point de ſe convertir ,
on apprit bien- toft que ce malheureux
Amant &son Pere fongevient
à faire Abjuration. Ce fut alors
que la crainte fit fentin dans les
160 MERCURE
ames de ces Amans , tout ce qu'elle
a de plus rigoureux , & que le
Cavalier crut que le Pere de ſa
Maistreffe donneroit de terribles
atteintes à fon amour. C'estoit un
Vieillard opiniaſtre , tout plein de
Calvin , qui depuis cinquante ans
n'avoit laiſſe paſſer aucunesemaine
Sans aller à Charenton , & qui
parce qu'il estoit Ancien , & qu'a
force d'entendre des Preſches , il
• estoit instruit aussi à fonds de fa
Religion , que la plupart des Ministres
, la croyoitsi bonne , qu'ilsefai-
Soit un crime d'entrer en Disputefur
aucun des Articles qui la regardoient.
Ce Vieillard toûjours en colere
contre ceux qui le chagrinoient là
deſſus , ayant appris quefon Gendre
pretendu estoit fur le point de profeffer
les Veritez Catholiques , en
parla àfa Fille avec un emporte-.
ment plein de mépris. Elle ne vou
GALANT. 161
1 lut luy témoigner aucune foiblefſſe
pourfonAmat,quoy qu'elle enſentist
encore beaucoup; & ayant renchery
fur ce que fon Pere luy dit,nonſeulement
elle appaiſa ſa colere , mais
elle le fit demeurer d'accord qu'on
ne devoit point congedier cet Amant
jusqu'à ce qu'il eust renoncé à leur
Party; parce que le mouvement qui
-l'y engageoit ne venant que de fon
Pere, ily avoit fujet d'esperer que
fon amour Serviroit d'obstacle au
changement qu'ils apprehendoient.
Les choses estoient en cet estat ,
lors qu'un autre Amant qui n'avoit
pû réüſfir auprés de la Belle ,fentit
renaiſtre ſes esperances , parce qu'il
estoit bon Protestant , & qu'il ſetenoit
affeure qu'un Catholique ne l'obtiendroit
pas . Dans cette pensée , il
ne balança point à revenir dans une
maiſon , d'où le peu de cas qu'on
avoit marqué faire de luy , l'avoit
-
162 MERCVRE
obligé de ſe bannir. Le Peren'enfut
pas faché , & la Fille mesme enparut
affez contente , mais le motifde
leur poye estoit different. Le Pere Se
mit dans l'esprit , qu'il pourroit renoüer
avec luy ,Selon qu'illuy seroit
utile , crur que cet Amant feroit
propre àses deſſeins; & comme c'ètoit
un homme intriguant qui avoit
fait beaucoup de Voyages , & qui
connoiffoit un grand nombre d'Etrangers,
il s'imagina qu'il pourroit
Le confutterfur des veues qu'il avoit,
dont il n'ofoit se confieràpersonne.
Et la Fille fe perfuada que fon Amant
voyant auprés d'elle un Rival
qui luy avoit déja donné des alarmes
, en prendroit tout de nouveau ,
& que son amour estant réveillé
parsa jalousie, ces deux chofes l'engageroient
à combatire avec plus de
force les fentimens de fon Pere , qui
le preffort desefaire Catholique.Ce
GALANT.
163
la produisit des effets affez nouveaux.
Cet Amant , qui quelque
temps auparavant avoit esté rebuté
&du Fere & de la Fille , fut fi favorablement
receu de l'un& de l'autre
, qu'il crut que la Belle avoit pris
pour luy dessentimens plus avantageux,&
que son Pere les autoriſoit.
Vn jour qu'ilse trouvaſeul avec
luy , la Conversation ayant tourné
Sur la difficulté qu'ily avoit àfortir
du Royaume, & ce Vieillard tout
plein de feu pourfa fauſſe Religion,
ayant laißé échaper quelques paroles
qui marquoient l'impatient defir
qu'il avoit de quitter la France, cet
Amant adroit , qui ne souhaitoit
rien avec plus d'ardeur que de voir
ce daffein executéparce qu'il croyoit
enlever par là ſa Maistreffe à son
Rival, loüa la reſolution où il levo
yoit ,& luy dit que connoissant sa
délicateſſe fur le fait de la Religion,
164 MERCURE
il avoit déja reſvé aux moyens de
le servir , en cas qu'il fust dans la
pensée de fortir d'un Pais ou ceux
de leur Religion ne pouvoient avoir
que du chagrin , && que mesmes il
estoit prest de l'accompagner. Le
Vieillard tout transporté de joye ,
luy demanda avec empreſſement ,
les expediens qu'il avoit trouvez.
Voicy la réponſe qu'il luy fit .
On ne peut mieux entendre,
nymieux parler l'Italien que fait
voſtre Fille ,&les Converſations
-que vos affaires luy ont donné
lieu d'avoir chez vous avec pluſieurs
perſonnes de ce Pays -là ,
font que l'accent de cette Langue
luy eſt naturel. Vous la ſçavez
parfaitement , ayant eſté Agent
d'un grand Seigneur Italien qui
avoit icy des Procés. Vous en
avez un fort grand nombre de
Letires , elles vous ſont adref-
-
GALANT. 165
E
ſées , le deſſus eſt en la mefme
Langue , & elles ſont cachetées
du Cachet de ce Seigneur.
Elles parlenttoutes d'affaires,
& cela me ſuffit , puis que
je me promets d'accommoder
quelques- unes de ces Lettres de
maniere , qu'on croira qu'elles.
ne vous auront eſté écrites , que
comme àun Domeſtique Italien
que ce Seigneur avoit à Paris.
Ce n'eſt pas là-deſſus ſeulement
que je me fonde , poursuivit- il,
& je ne pretens pas que ces Lettres
nous ſerventqu'à laderniere
extremité. Vous ſçavez que je
parle aſſez bien la meſme Langue
, & que j'ay icyun Amy Ita->
lien , connu pour un hommequi
peut avoir pluſieurs Domeſtique.
Il doit s'en retourner dans
1
peu en ſon Païs. Nous partirons.
avecluy , & afin que le bruit de
166 MERCURE
voſtre,depart ne ſe répande
point, on feindra que vous eſtes
àvoſtre Maiſon de Campagne,
d'oùdes Gens affidez affecteront
de venir de temps en temps
acheter icy pupliquement des
Vivres pour vous porter& vous
leur laiſſerez meſme des Lettres
que vous écrirez à vos Amis , &
que vous daterez de ce lieu- là.
Pendant cela nous pourſuivrons
noſtre Voyage , & quand nous
aprocheronsde la Frontiere, pluſieurs
Italiens entreronten France,
& feront quelques lievës au
devant de leur Amy , ils ditont
meſme le ſujets de leur entrée
dans le Royaume , & qu'ils repaſferont
dés le jour meſme , ou
tout au plus tard le lendemain .
Ce nombre d'Italiens connus ,
ſera aſſez grand pour former un
petit Corps. On vous mettra au
E
GALANT.167.
millieu , & voſtre Fille déguisée
pourra aisément paffer pour le
Fils de quelqu'un d'eux. Comme
l'Italie,ajoûta-t-il,n'est pas un
Pays de Refuge pour ceux de
noſtre Religion , ie ne croy pas..
qu'on examine avec la derniere
exactitude ceux qui ſortent de
France de ce coſté- là. En tout
cas, ie vous promets de chercher
des moyens encore plus ſeurs
pour noſtre retraite , ce queje
vous viens de dire ne devant
eſtre regardé que comme les
premieres idées qui me font venoës
, & for leſquelles j'ay pourtant
preſſenty mon Amy , qui
me fervira aſſurement. Quand
nous ferons en Italie , nous pren
drons nos meſures pour paſſer
dans un pays où nous puiſſions .
vivre ſans être troublez. On NG
peut témoigner plus de joye qu'en
168 MERCURE
fitparoiſtre le Vieillard , d'une propofition
qui luy estoitfi agreable. Il
embraffa cet Amant , & luy promit
Sa Fille , s'il arrivoit que par fon
moyen ils fortiffent du Royaume. Il
recommanda leſecret, & il convint
avec luy , que pour beaucoup de rai.
Sons, il le cacheroit àſa Fille mesme,
qui n'en seroit informée qu'un peu
avant leur départ. Cet Amant
ayant pris fur luy toute la conduite
de l'affaire, vint ſouvent en rendre
compte. La Fille se chagrina du
commerce étroit dans lequel elle le
voyoit avecſon Pere , &des Conferences
particulieres qu'ellesçavoit
qu'ils avoient ensemble , Elle crut
que c'estoit autant d'attentats qu'on
faisoit contrefon coeur, &qu'en luy
defendant bien - toft de voir un
Amant aimé , on luy ordonneroit
de regarder comme un homme
qui devoit estre un jourfon Epoux.
celuy
GALANT.
169
celuy qu'elle haiſſoit , cette crainte
redoubloitsa paffion , elle écrivit ce
qui fuit au Cavalier qu'elle aimoit .
I
E connoy peu l'amour ; mais
de la maniere qu'on le dépeint
& que je vous en ay oüy parler
à vous - meſme , on n'aime pas
beaucoup , lors qu'on voit ſi peu
les gens . Voſtre procedé a réveil.
lé l'eſpoir de voſtre Rival , & il
eſt ſouvent en conference avec
mon Pere , je ne ſçay s'il s'agit
de mon coeur ; on peut le promettre
, mais je crains bien qu'on
ne le puiſſe livrer. Ce n'eſt pas
que vos manieres n'ayent fait diminuer
la paſſion que mon devoir
avoit fait naiſtre. Ainſi vous
në devez point vous applaudir
d'une reſiſtance que je ne feray
pas pour l'amour de vous ; mais
parce que je croy qu'il ſoffir d'a-
Fev. 1686.2 . P. H
170
MERCURE
:
voir montré une fois en ſa vie de
la foibleſſe à un homme. C'eſt
encore trop. Craignez cependant
que comme celles de mon
ſexe ſont nées pour obeïr à leurs
parens , on ne me force d'écouter
voſtre Rival . Vous avez
trouvé le moyen de m'y faire
contraindre , en prenant le defſein
de vous rendre Catholique.
Je ne ſçais ſi vous aurez la foibleſſe
de perſeverer ; mais je ſuis,
perfuadée , que qui peut penſer
ſeulement à quitter ſa Religion ,
peut bien avoir reſolu de quitter
ſa Maiſtreſſe , & que quiconque
eſt infidelle à Dieu , le peut être
aux Hommes.
Lne
que
par un Billet de quatre lignes dans
lequelilpromit qu'iliroit luy mesme
porterSa réponse. La Lettre qu'ilre-
Σ
GALANT..
171
cèut ne le furprit point. Ilestoitbeaucoup
mieux inftruit de ce qu'on luy
mandoit , que ne l'estoitsa Maîtref
fe. Il avoit de la prudence , & de
cet efprit du monde , qui fait que
ceux qui en connoiffent lesmanieres,
font rarement pris pour dupes , &
Sçavent toujours les affaires des au
tres fans que l'on ſçache les leurs.
Ayant appris , dés qu'il commença
d'aimer la belle Perſonne , qu'il auroit
épouséesans la Démolition pré.
cipitée du Temple , où ils ſe devoient
donner lafoy qu'il avoitun rival ,
affez intriguant pour estre craint ,
il prit de fi justes mesures , qu'un
homme qui estoit entierement à luy,
entra chez ce Rival , en qualité de
Domestique. On ne peut rien ajoûter
àla pénetration qui fit découvrir à
cet homme tout ce qui ſe paſſa, de
plus fecret chezceluy où il n'estoit
que pour en estre l'espion. Et quoy
1
H 2
172
MERCURE
que l'affaire , où ils s'agiſſoit de la
Sortie du Royaume ,y fust tenuë
beaucoup plus fecrete que les autres,
il ne laiſſa pas d'en developer toutes
les particularitez. Il n'y avoit pas
long tempsqu'il lessçavoit , & qu'il
en avoit inſtruit l' Amant , à qui
Sa Maistreffe en venoit demander
une partie , lorſque cet Amant alla
chez elle , ainſi qu'il luy avoit promis
parfon Billet . Il la trouva feule
, & ils eurent une affez longue
conversation , dans laquelle il luy
apprit le ſuiet des Conferences que
Son Pere & fon Rival avoient fi
Souvent ensemble. Illuy en fit un
détail fi exact , qu'elle n'eut aucun
fujet d'en douter , parce qu'elle rappella
dans sa momoire pluſieurs
chofes auſquelles elle n'avoit point
pris garde , & quelques paroles de
Son Pere, qu'elle trouva entierement
conformes au recit de fon Amant.
GALANT . 173
Il ajoûta que fon ame estoit dans
un estat bien cruel ; qu'il ne pouvoit
ſe reſoudre à découvrir ce qu'ilfçavoit
, parce que fa declaration les
rendroit coupables , & leur feroit
meriter les peines portées contre les
fugitifs , mais que d'une autre coſté
Son amour ne luy pouvoitpermettre
de laiſſer tranquillement fortir hors
du Royaume , une personne qu'il
adoroit , &qui seroit accompagnée
deſon Rival , lorſqu'il estoit en fon
pouvoir de mettre obstacle à leur
fuite. Je ne croy pas , poursuivitil
, que dans la ſituation ou je me
trouve , ily ait aucun Amant qui
puſtſe répondre de ce qu'il feroit
capable de faire. Avec tant d'amour
, on n'est point maistre d'un
premier mouvement , le deſeſpoir
n'écoute point la raison ; & quand
mesme il la pourroit écouter , jene
fçaysi la raisonne devroit pas estro
H
174
MERCURE
en ce rencontredu party de l'amour.
On ne laiffe point ainsi partir ce
qu'on aime avec un Rival. Ne dites
point qu'il y auroit de la generofiteànesepas
opposer à un deſſein
de cette nature , c'estune vertuqu'un
Amant ne doit point avoir dans
une pareille occaſion;mais Suppo
Sons quejem'en trouvaſſe capable,
& que je vouluſſe immolermafatisfaction
à la vôtre , & au faux repos
dont vous prétendez, joüir hors du
Royaume , je ne le doy pas faire ,
puiſqu'ily va de la pert de vostre
ame , & que je puis esperer que fi
vous ne quittez point Paris , voς
amis , la raison , la verité , & le
Ciel vous toucheront ,& qu'à l'exemple
de tout ce qu'ily aeu de gens
d'esprit de vostre Religion , vous
devien drezun jour Catholique. Je
vous parle , ajoûta- t-il , comme un
homme qui leferoit déja devenu ,
GALANT. 175
cependant je ne ſuis encor que dans
la voye , qui y conduit ceux qui
n'ayant ny prévention , ny opiniastreté
, cherchent de bonne foy les
clartez neceffaires pour connoître
laverité. Faites comme moy ,afin
de n'avoir rien à vous reprocher à
vous - mesme le jour que tous les
hommes feront juge.z Tenez d'ail
leurs pour certain , que ny vôtre
Pere , ny mon Rival , ne feront aucun
pas pour Sortir du Royaume
que je n'en fois averty , &que vous
ne devez point riſquer vostre dé
part ,puisque l'amour , la jalousie ,
voſtre propre interest , &vostre
Salut , m'engagent à ne le pas
Souffrir.
Le commencement de ce discours
n'avoit pas dépleu , parce qu'il eftoit
la marque d'uneforte paſſion.
Et que laſpirituelle perſonne à qui
il estoit adreſſé , avois jugé qu'un
H4
176 MERCURE
Amant qui prend tant de ſoin pour
découvrir les ſecrets de ſon Rival ,
doit aimer beaucoup ; mais si elle
avoit esté contente de ce qu'il luy
avoit dit d'abord ſur les obstacles
qu'il ne pourroit s'empefcher de
mettre àsafuite , elle ne le fut pas
de ce qu'il aioûta touchant la Reli.
gion , parce qu'elle avoit fortement
refolu de demeurer dans la Protef
tante , & de ne point aimer un
Catholique ; de maniere qu'ils se
Separerent ce jour là avec une
espece d'aigreurforcée , qui n'au .
roit pas laissé de faire connoistre à
ceux qui auroient vû cette feparation
, qu'ils s'aimoient tous deux.
plus qu'ils nepensoient . Peu de jours
aprés , le Pere de cet Amant abiura
publiquement l'Herefie , & fon
Abjuration fut bien toſt ſuivie de
celle du Fils : Celafit du bruit dans
la maison de sa Maistreffe. Son
-
GALANT. 177
Pere luy defendit de penser iamais
àcet Amant , & le Rival qui ſe
tenoitfeurde ſon aveu , parce qu'il
S'estoit déja engagé à luy donnerſa
Fille fi - tost qu'ilsferoient hors dus-
Royaume , redoubla ſes ſoins pour
gagner le coeur de cette charmante
perfonne ; mais le contre- temps
qu'ilprit , à cause de l'accablement
de douleur où elle estoit ,ne luy en
attira que des mépris . Quelque
temps aprés , ellereceut cette Lettre
de fon Amant , qui avoit changé
deReligion.
Enfin,je fuis Catholique. Ne
verfdoéysez lpeoicnotmſumrepnricſeementtroduema
Lettre , un aven ſi ſincere &
ſi peu enveloppé; lors queje doy
craindre qu'il n'acheve de m'enlever
tout ce que j'ay de plus
cher au monde,puiſqu'il m'expo178
MERCURE
4
ſe à vous perdre entierement ;
mais la Religion que je viens
d'embraſfer eſtant la veritable, ne
ſçauroit fouffrit qu'on ſe cache ,
& ceux qui la profeſſent ſe font
une telle gloire d'en eſtre , qu'ils
prennent plaiſir à le publier.
C'eſt la Religion de vos Anceftres
; ils estoient Catholiques ,
& vous ne pouvez faire de prenves
d'une Nobleſſe un peu ancienne
qu'il n'y en ait à la teſte.
Rentrez donc dans le party
qu'ont ſuivy vos Peres , & ne
montrez pas par vôtre obſtinationque
vous les damnez. L'avenir
ne sçaura peut- eſtre pas fi
la Religion que vous profeſſez
aujourd'hny aura infectétant de
perfonnes , & la poſterité la regardera
comme un ſonge . Ily a
eu plus de trois cens Hereſies ,
dont quelques unes ont eu au
GALAN T.
179
tant de Sectateurs que la voſtre.;
& cependant l'Histoire n'a conſervé
que les noms de la pluſpart,
& nous ignorons meſme ſi celuy
debeaucoup d'autres n'a point
eſté enſevely. L'Egliſe Catholique
a toûjours eſté ſeule univerſelle
, & feule qui n'a jamais
eléinterrompuë. Son ancienneté
eſt incontestable, & les Tours
de Noſtre Dame ſont plus vieilles
que ne l'étoit le Temple de
Charenton. Cette comparaiſon
vous ſurprendra dans une Lettre
comme celle- cy , mais Dieu permet
qu'on faſſe quelquefois re- .
flexion ſur des choſes de cette
nature qui nous frappent , &
nous font ouvrir les yeux ; & c'eſt
par ce raiſonnement , ou pour
mieux dire par ces propres paroles
qu'un homme generalement
reconnu pour un des plus beaux
:
180 MERCURE
eſprits de France , trouva moyen
de vaincre l'obſtination de ſa
Femme , qui ne vouloit pas fuivre
ſon exemple en ſe convertiſfant.
Si ceux qui refuſent de ſe
faire Catholiques , profeſſoient
une Religion auſſi ancienne &
auſſi univerſelle , leur opiniaſtreté
pourroit avoir quelque fondement
; mais le grand nombre
des autres en fait connoiſtre la
fauſſeté , & ceux qui ne veulent
point eſtre Catholiques , font
fort embaraſſez à choiſir parmy
tantde Religions. On pourroit
mefme croire , que comme ils
n'en veulent point avoir,& qu'on
nefouffre perſonne dans le monde
ſans paroître au moins eſtre
de quelqu'une , ils choififfent
celle qui leur permetde vivre le
plus commodement. Toutes ces
Religions ſe détruiſent les unes
les
GALANT. 181
و plas
Jes autres , & ne ſont d'accord
contre la Catholique , que parce
qu'eſtant plus ancienne , ſeule ,
veritable , plus conncë
reverée ,& plus fuivie que toutes
les autres enſemble , elles en
ont de la jalouſie , & s'uniſſent
contre elle , comme des voleurs
qui ſe battroient les uns contre
les autres , s'uniroient contre les
Officiers de Juſtice qui viendroit
pour les ſaiſir. Je ſuis perfuadé ,
&pluſieursde vos Freres ; ne le
nient pas , que la maniere aiſée
de vivre dans la Religion Proteſtante
, contribuë beaucoup à y
faire demeurer la pluſpart de
ceux qui s'y trouvent nez ; mais
vous ne voudriez pas eſtre de
ce nombre-là , & vous damner
en l'autre monde , pour vivre un
peu plus commodément en celuy
- cy . Si l'on a vû des Royau-
Fev . 1686. 2. P. I
182 MERCURE
mes changer preſque en un jour
de Religion , l'Hiſtoire nous en
fait connoiſtre les motifs , l'intereſt
du Ciel n'y a eu aucune parr;
&l'amour , la vangeance ,& les
autres paffions des hommes en
'ont eſté les ſeules cauſes. On
ſçait combien ce changement de
Religion en a fait enfanterd'autres
. C'eſt l'ordinaire. Dés qu'on
c'eſt écarté du grand chemin, on
ſe perd dans mille détours , en
prenantdes routes qui y font oppoſées.
Si vous jettez les yeux
fur les Converfions qui ſe ſont
faites en France depuis quelques
années , vous verrez un grand
nombre de Miniſtres , qui non
feulement ont renoncé à leurs
Erreurs , mais qui ont meſme fait
des Volumes entiers , pour marquer
la fauſſeté de la Religion
qu'ils abandonnoient. Serez- vous
GALANT.. 183
plus obſtinée que tant de grands
Hommes ſi ſçavans dans tout ce
qui regardoit l'Egliſe , dont ils
eſtoient les Paſteurs , & leurs lumieres
ne vous éclaireront- elles
point ? Faut- il que l'amour du
party , la gloire de ne point paroiſtre
vaincuë , & des bienfeances
humaines , vous empeſchent
d'ouvrir les yeux quand tout
vous parle de vôtre ſaluteJe ſçais
bien que lors qu'il eſt queſtion
de ſe defendre contre un ennemy,
on fe rend le plus tard qu'on
peut;mais ence dant aujourd'huy
à ceux qui ne vous parlent que
pour vous- meſme , c'eſt à la raiſon
, à la verité , & à Dieu que
vous vous rendrez. Tout eft
contre vous , je distout , puiſque
le nombre de vos Freres eſt ſi
petit , qu'on n'y doit point avoir
d'égard. Vous ſçavez que la plu-
I 2
184 MERCVRE
ralité de voix fait les Arreſts
parmy tout ce qui a droit dedecider
, & que d'elle dépend auſſi
noſtre vie, puiſque dansles Conſultations
des Medecins , l'avis
du plus grand nombre eſt ſuivy.
La Pretenduë Reformé qu'ont
faitles Autheurs de voſtre Religion
, & qui a cauſe tant de
Guerres civiles.continuera- t- elle
àmettre noſtre amour en defordre
? Etle ſang qu'elle a fait verfer
nous fera-t- il répandre des
larmes ? Ne vous faites point
diſtinguer par voſtre obſtination ,
comme font aujourd'huy quantité
de Femmes. Elles ſe font une
vanité de ce qui fait connoître
leur peu de lumiere , puiſque ſi
elles avoient de profondes connoiſſances
de ce qu'elles s'opiniaſtrent
à ſoûtenir , elles ſe rendroient
auſſi-toſt que ceux qui
GALANT . 185
1
font plus éclairez qu'elles. Je ne
vous demande point au nom de
noſtre amour , de faire reflexion
à toutes ces choſes. Les confiderations
humaines ne doivent
point entrer dans une auffi grande
affaire que celle qui regarde
noſtre ſalut. Penſez au voſtre ,
maisne m'oubliez pas.
Quoy que cette belle Perſonne
fust persuadée ily avoit déja quelque
temps , que fonAmant se ren .
droit Catholique , cette nouvellene
laiſſa pas de la surprendre beaucoup.
Sa Lettrela surprit encore
davantage , & en luy donnant un
wray chagrin , elle excita dans fon
coeur le dépit quefentent ordinairement
les personnes d'une humeur
altiere , lors qu'on leurfait voir trop
clairement ce qu'elles ne veulent
pas avoüer. Ce qui regardoit la
14
186 MERCURE
Religion estoit de cette nature àfonégard,
parce qu'elle avoit fortement
réſolu de n'en point changer. Ainsi
plus on luy donnoit de raiſons pref-
Santes pour la convaincre , plus fon
coeurſe révoltoit.
Comme elle estoit encore toute
remplie du violent dépit qu'elle
avoit contre. fon Amant, moins solu
tefois parce qu'il s'estoit rendu Ca.
tholique , qu'à cause de ce qu'illuy
avoit écrit , ſon pere entra dansſa
chambre , & luy dit : Ic croy qu'a
prés l'Abjuration que ton Amant
vient de faire d'une Religion auſſi
bonne & aussi épurée que la nostre,
&dans laquelle il avoit mille &
mille fois promis de mourir , tu ne
doutes pas qu'il ne renonce a ton
amour , comme il a renoncé à fu
Foy. C'est ce que ta gloire & un
juſte reſſentiment te doivent empescher
d'attendre. C'est pourquoy
GALANT. 187
ilfaut que pour le prévenir , tu dé
clare hautement que tu le haïs , que
tu ne veux jamais entendre parler
de luy , & queje t'ay défendu de le
revoir. Comme la colere où ſa Lettre
l'avoit miſe, l'occupoit entierement,
elle promit àfon Pere tout ce qu'il
exigea d'elle , & elle parla d'unton
fi fier &fi animé , qu'il fut convaincu
que toutesa paſſion s'estoit
convertie en haine , ce quifut cause.
qu'il luy fit un détail des mesures
qu'il avoit priſes avec le Rival de
cet Amant Catholique pour fortir
hors du Royaume , mais il fut bien
étonné lors qu'elle luy fit connoistre
qu'elle en sçavoit plus que luy , en
luy aprenant juſques aux moindres
particularitezde cette affaire.
Illuy demanda par qui elle avoit
eſtési bien inſtruite , &jamais furpriſe
ne fut égaleà la fienne , lors
qu'après luy avoir dit, qu'elle avoit
14
188 MERCVRE
toutſceu par l' Amant Catholique ,
elle ajoûta qu'il avoit des espions ,
par lesquels il feroit averty des
moindres mouvemens qu'ils feroient
pour leur depart ,& que fa jalousie,
&lapeur de voir Son Rival heu
reux , feroient cauſe qu'il décou
uriroit tout leur secret , afin qu'on
les arrêtaſtdés le premier pas qu'il
feroient pour s'échaper , ce qu'elle
fçavoit de sabouche mesme. Le
Vieillard s'emporta extremement,&
Je plaignit de fa destinée , mais il
falut prendre patience , & refver
àd'autres mesures, pour nepas tomber
dans le malheur qu'il appre.
bendoit le plus. Pendant ce temps.
on n'oublia rien pour luy persuader
qu'il devoit changer de Religion. Il
avoit quelques parens Catholiques
qui s'empreſſerent fort pour luy faire
connoiſtre ſes erreurs , beaucoup de
Ses Amis firent la même chose. Les
GALANT. 189
plussçavans Docteurs furent employez,
les Magistrats luy parlerent,
&l'on combatit tellement les raiſons
aufquelles ilfe retrancha , qu'on le
mit en estat de laiſſer voir ; que
l'obstination feule l'empefchoit de
quitterſa Religion. Le zele dont il
avoit toûjours eftépenetré pourtout
ce qui la regardoit , luy avoit fait
élever un de ſes Fils avec tous les
foins necessaires pour en faire un
habileMinistre. Letravail de ce
Fils , & fon affiduité à l'Etude
avoient répondu àſesſouhaits ,
il exerçoit l'Employ auquel fon
Pere avoit souhaité de le voir
parvenir, dans une des plus grandes
Villes du Royaume. Tous les Prote
ſtans de cette Ville - là s'estoients.
convertis, & ce Ministre , qui avoit
embraffé des premiers la Religion
Catholique, avoit fort contribuéà
cet heureux changement. Son Pere
IS
190
MERCURE
2
le ſceut des derniers , parce qu'on
craignoit quefon emportement, lors
qu'il apprendroit cette nouvelle ,
ne fust préjudiciable àſaſanté. Ce
pendant la colere qu'il fit paroistre
lors qu'elle vint à ſa connoiſſance .
fut beaucoup moins violente qu'on
ne l'avoit crû ; & comme elle n'eut
point tous les impetueux éclats qu'on
en attendoit ,ſes Amis ,&fes Parens
Catholiques commencerent à en
tirer bon augure. Ce Vieillard fit
plus. Quelques jours aprés qu'on luy
eut appris cette nouvelle , il confentit
que fon Fils partiſt de la Ville
où il eſtoit pour le venir voir , &
promit mesme qu'il le logeroit chez
Luy. Cependant il eſtoit toûjours d'u
ne humeur insupportable , ne vou
lantvoir ny écouter perfonne Sa Fil
le estoit encore plus chagrine , puis
que les affaires de la Religion n'eftoient
pas les feules qui l'inquie
GALANT.
191
.
toient , & que celles de fon coeur s'y
trouvoient jointes. Son Amant devenu
Catholique n'oſoit plus venir
chezelle , &le Protestant qui l'accabloit
de visites , n'estoit pas plus
heureux, depuis que le Pere avoit
réfolu de ne plus fortir du Royaume
avec luy , de crainte d'estre arreſté.
Les chofes estoient en cet eftat , lors
que le Fils converty arriva au logis
de fon Pere. Il y fut receu avec
beaucoup de froideur , ce qui ne le
Surprit point. Il fut quelque temps
Sans parler d'aucune chose qui regardast
la Religion , & fans qu'on
luy en parlast , & tâcha auparavant
de gagner les bonnes graces de
Son Père par une maniere honneſte
&Soumise. Il estoit Fils ; la Nature
parla , &il reprit dansfon coeurfa
premiere place. Tous ceux qui do
voient déja livré des affauts à cet
obſtiné Vieillard pour l'engager àfe
16
192
MERCURE
rendre Catholique , les recommen
cerent , & le preſſerent plus vive_
ment qu'iln'avoient encore fatt . On
luy marqua mesme qu'il avoit beau
differer , que ce n'estoit que gagner
du temps , mais qu'il faloit qu'à la
fin il se rendist. Ce fut alors que le
Fils ſemit de la partie , mais d'une
maniere à faire croire qu'il eust
triomphe dés le premier afſaut , si
fon Pere n'eust point crû qu'il luy
custesté honteux de ceder fitoft. It
ne faut pas s'étonner de ce prompt
Juccés. Cet habile Fils connoiſſoit
par où fon Pere tenoit le plus àSa
Religion. Il fçavoit par quels en
droits il le faloit attaquer , & les
détours qu'il prendroit pour se dé
fondre. Il s'estoit preparéàtout celan
& s'estoit armé de fortes raiſons
pour le convertir. Il en vint about
dés le troisième jour qu'ils dispute
rent ensemble , & l'obstination de
GALANT.
193
ce zelé Protestant fut caufe qu'il
fut tellement éclaircy deſes erreurs,
qu'ilne luyreſta aucunforupuledans
L'esprit. Ainsi les Peres de ces deux
Amans furent convertis , mais avec
cette difference , que le premier convertit
fon Fils , & que le second
fut converty par lefien. Ce dernier
voulut travailler àla Converſion de
fa Soeur , mais bien loin qu'elle con- -
fentistàl'écouter, elle te traitacom_-
me s'il avoit fait le plus grand cri
me du monde , en portant fon Pere
àrenoncer àses erreurs. Ce Vieil
lard voulut à son tour prendre le
Soin de l'instruire. Elle luy dit qu'elle
fouffriroit qu'il luy parlast de bas
Religion qu'il venoit d'embraffer ,
parce que son devoir l'engageoit à
l'écouter , mais qu'elle ne croyoit pas
estre obligée àfaire davantage ,&
qu'elle ne sçavoit mesmesi en agif
Sans de laforte, elle neferoit poime
194
MERCURE /
plus qu'elle ne devoit. Son Pere indigné
de ce procedé , l'abandonna à
fon obstination , & luy dit qu'elle
ne meritoit pas d'estre detrompée ,
& que s'il n'estoit point fon Pere , il
La laiſſeroit fans aucune peinedans
- l'aveuglement qui luy plaifoit tant.
Depuis ce temps-là elle entendit
parler presque chaque jour de quel
que Conversion éclatante , & il ſe
trouva ſouvent que ceux qu'elle
avoit citez peu auparavant , com_
me des personnes parfaitement éclairées
, & qui devoient estre les colomnes
inébranlables defa Religion,
estoient de ce nombre ; ce qui luy
donnoit de cruelles mortifications.
Son Pere &fon Amant Catholique
ne s'estant point encore vûs , depuis
qu'ils avoient tous deux abjuré ,fe
rencontrerent un jour chez un de
leurs Amis communs. Ilssefelicite.
rent fur leur changement de ReliGALANT..
195
gion, &le Pere permit à l'Amant de
revenir chez luy avecſa premiere
affiduité. Il luy promit même de nouveau
sa Fille , s'il la pouvoit con.
vertir , &le pria d'eſſayerſi l'amour
ne feroit point ce que la Nature n'an
voit pûfaire. Ils ne se separerent
pas fans admirer les refforts cachez
de la Providence , & les merveil
leux effets qu'elle avoit produits en
ſi peu de temps dans leurs personnes.
Cet Amant impatient de revoir
faMaiſtreſſe , nemanqua pas d'aller
luy rendre viſite dés le lendemain.
Il la trouva avec un de ses
Parens qui estoit Catholique né,
C'estoit un homme d'une humeur
affez enjoüée , dont il ne se cachoit
point , & qu'il ne fut pas fâché d'y
rencontrer , parce qu'il crut qu'avic
Ses manieres aisées , il pourroit le
Servir , en adouciſſant l'erreur de
*
196 MERCURE
cette aimable personne, s'il arrivoit
qu'elle luy en fist paroiſtre. Elle fut
extremément ſurpriſe lors qu'elle le
vit entrer dans sa chambre. Elle
luy fit pourtant un accueil, qui bien
que froid , ne laiſſoit pas de marz
quer l'honneſteté qu'on doit avoir
pour toutes les personnes que l'on
considere. Aprés un quart d'heure
de Conversation generale ;N'admi--
rez vius point, lug dit-il , combien
de differens perſonnages on joüe dans
la vie ,& à combien de changemens
on est exposé , sans que la prudence
humaine les puiffe prévoir. Iln'y a
pas deux mois que j'estois àlaveille
de mon bonheur. F'entrois icy aves
toute la liberté d'un heureux Amat
qui n'avoit plus qu'un jour à atten
dre pour être un heureux Epoux. Ce
temps n'est plus ,& quoy que nous
foyons àpeine plus vieux de deux
mois , les chofes ne laiffent pas d'eGALANT.
197
ftre aussi changées que s'ily avoit
un grand nombre d'années que nous
ne nous fuffions veus. F'estois Proteftant
, je suis Catholiquc. Vostre
Frere estoit Ministre, ilpreſche prefentement
contre ceux dont il a af
fermy les Erreurs. Vostre Pere me
baiſſoitparce que j'avois changéde
Religion , ilen a changé luy même.
Il ne voutoit plus que je fuſſe fon
Gendre parce que nos Religions
étoient oppofées, il y conſent aujour
d'buy par une raiſon contraire; il
auroit esté au defefpoir s'il avoit
fçeu que vous eußiez eu deſſeinde
vous convertir , & il m'envoye icy
aujourd'huy pour travailler à vous
faire connoistre , que puisqu'il s'est
converty , luy qui ſçavoitsi parfaitement
Sa Religion , vous le devez
imiter , puisqu'il n'a rien faitsans
avoir examiné bien àfonds laquelle
des deux Eglifes la veritable. Apress
198 MERCURE
tous ces miracles il n'en manqueplus
qu'un pour donner une joye parfaite
àvoſtre Famille , c'est celuy de vostre
Conversion. Je croy que vous au
rez preſentement moins de peine
àvousy refoudre, &qu'eſtant éclai
rée par les exemples d'un Pere &
d'un Frere, vosyeux s'ouvriront pour
reconnoiftre les lumieres qui les ont
portezàfaire Abjuration de leurs
Erreurs. Il est naturel, répondit- elle,
que je me rende aux clartez d'un
Frere qui ayant esté Ministre , doit
connoiſtre plus àfond tout ce qui regarde
l'une & l'autre Religion ; Ie
dois regler ma conduite fur celle de
mon Pere , & croire qu'il est affez
éclairé pour prendre le bon party, &
je dois enfin pancher du coſté de mon
Amant puiſque je le perds en refusät
de le faire. Ainsi la Nature ,le devoir,&
l'amour, tout me parle de me
rendre Catholique , de la maniere
GALANT.
199
du monde la plus preffante & il
Semble qu'on ne doive pas douter d'un
changement qu'on a tant de divers
Suiets d'esperer. Croyez- vous pour-
Suivit elle que fi ie me rendois à
tant deraiſonssur tout quand elles
Sontsipuiſſantes , quesans rien examiner
davantage , on doit croire
dans le Monde , que ce seroit inutilement
que l'y voudrois reſiſter ?
Quand aprés toutes ces choses ,ie
renoncerois aux Erreurs que vous
imputez à ma Religion , le miracle
que vous attendez feroit si petit,
qu'on s'imagine qu'il est déia fait..
A peine me met on preſentement du
nombre des protestans. C'est pour.
quoy , puiſque vous attendez de moy
un miracle , j'en veux faire un plus
grand que vous ne le demandez ,
quiſera ſans doute estimétel. Ce miracle
est que je ne quitteray jamais
ma Religion , que ieneſuivray point
200 MERCURE
lessentimens de mon Frere , que je
ne me rendray point aux volontez de
mon Pere , parce que je suis perfuadée
que le Ciel me le défend , &
que mon Amant n'obtiendra rien
lors que pour acquerir ma perſonne ,
ilpeut confentirà perdre mon ame.
Ainsi continua-t'elle en hauffant la
voix , &en prononçant les dernieres
paroles de fon discours avec un
visage aſſuré je n'écouteray ny
l'amour ny la nature , je demeureray
ferme dunsma Religion , & croiray
que ceux qui me voudront persua
der d'y renoncer ,feront ou mes ennemis
, ou du moins dans un aveuglement
qui meritera que jeles plaigne.
Elle eut lieu de s'applaudir d'abord
defa reſolution , car elle excita une
telle ſurpriſe qu'onne lay repliqua
rien; Quoy qu'un double interest fift
Souhaiter ſa Conversion àfon malheureux
Amant qui estoit demeuré
GALANT. 201
comme immobile ,&qu'il ne defiraſt
pas moins de la voir changer de Religion
, à cause de l'estat où estoit
Son ame qu'afin de l'épouser ;fon
Zele ne putfur monterson accable.
ment , & la douleur qui luy ferma
la bouche auroitfaitfinir cette Converſation
,ſi le parent n'eustpris la
parole. En verité , ma Cousine , ditil
àcette belle obſtinée , vous avez
trouvé le moyen de confondre lesplus
grands Docteurs ,&vous triompherez
toûjours tant que vous nevoudrez
pas qu'on vous réponde. Si vous
n'avez pretendu que faire briller
voſtre obstinacion par deſſus celle de
tout vostre Sexe , vous avezaſſuré
ment remporté la victoire ; mais fi
vous avez crû avoir l'avantage du
combat , vous vous estes trompée ,
puisque vous n'avezpoint comba
tu . On a bien-toft donnéunenegati
ve ,lors qu'elle n'est foûtenuë de
202 MERCVRE
rien; le plus ignorant la peut donner,
& c'est ainſi que raiſonnent les En
fans lors qu'ils commencent àparler.
qu'ils font dans l'âge où l'on
Jouffre leur obstination à cause de
leur jeunesse , comme on fouffre celle
des Femmes à cause de leur Sexe.Si
elles ont peu accoûtumé de raifonner
, poursuivit il , avec un air plus
enjoüé ,&plus galant , c'est parce
qu'on a accoûtumé de leur ceder en
coutes choses , & quepoursefaire
obeyr , elles n'ont besoin que d'un
coup d'oeil : mais croyez-moy , en
matiere de Religion , il n'y a point
de complaisance , & l'on n'en doit
non plus avoir pour une Femme que
pour le plus habile Docteur, puiſque
cette complaisance luy deviendroit
trop fatale. Cette repartie embarrafſa
la Belle à son tour , &fut
cauſe qu'elle entra inſenſiblement en
disputesur quelques points de Con-
}
GALANT.
203
troverse . Elle parla beaucoup, chan_
gea vingt fois de matiere , & n'ayant
donné le temps d'en approfondit
aucune , elle dit en s'applaudis-
Sant , que l'esprit& les lumieres de
fon Sexe , en matiere de Religion, le
faisoient traiter d'obſtinée , parce
que l'on ne pouvoit le convaincre ,
&que c'estoit par cette raiſon que
les Hommes se convertiſſoient en
plus grand nombre que les Femmes.
Dites plutost, luy repliqua ce Parent,
que les Femmes n'estant pas ordinairement
Sçavantes , n'aprofondiſſent
jamais une matiere,& qu'elles
en changent fi tost que larepli.
que les embaraſſe. La deference qu'on
a pour leur Sexe , fait garder une
certaine honneſteté qui empeſche
qu'on ne les pouſſe à bout , & Sautant
auſſi ſouvent de matiere en
matiere que les Oyſeaux font de
branches en branches, onne peut les
204
MERCURE
arrester fur aucune , de forte qu'on
perdson temps àdiſputer avec elles.
C'est ce que vous venez de faire
poursuivit-il ,& pour vous micux
marquer que je dis vray , vous n'avez
qu'à choisir une matiere telle
qu'il vous plaira , & n'en point
changer , & je m'engage à me ren.
dre Protestant,sije ne vousfaispas
demeurer d'accord de vos Erreurs
fur l'Article que vous choiſirezi
mais il faut auſſi que vous me pro
metiez de vous faire Catholique fi
vous ne remportez pas la Victoire.
Cette proposition ne plut pas à la
Belle , &foit qu'elle tombast exprès
ou naturellement dans ce qu'on
lux venoit de reprocher , elle parla
tant qu'ilfust impoſſible de rien conclure
avec elle. Ce Parentſeſouvint
qu'il avoit fur luy un papier touchant
l'affaire dont ilestoit question.
ماعلا
CePapierfaisoit grand bruit dans
le
GALANT. 119
le Monde, & avoitſervy à pluſieurs
Conversions ; C'estoit un Ecrit qu'on.
avoit trouvé aprés la mort d'un
grand Prince dans une Caffette qui
luy appartenot. Ce Prince faisoit
urefigure affez confiderable parmy
ceux defon rang , pour faire fouhaiter
d'entendre la lecture de cét
Ecrit. Voicy ce qu'il contenoit. Il est
dans les mesmes termes qu'il a esté
traduit dans les Estats du Prince qui
lefitpeude temps avantfa mort.
I
E croy que vous eſtes pleinement
fatisfait du Difcours que
nous euſmes l'autre jour enfemble
, que Jeſus Chriſt ne peut
avoir icy en Terre qu'une ſeule
Eglife. Pour moy je tiens plus viſible
que n'eſt l'Ecriture imprimée
, que cette Egliſe ne peut
étre autre que celle qu'on appelle
l'Egliſe Catholique , Apaſtolique
Fevrier 1686.2.P. K
2
120 MERCURE
,
&Romaine. Je pense que vous
n'avez pas beſoin de vous tourmenter
, en vous mettant dans
unocean de Diſputes particulieres
, puiſque la principale queſtion
eſt de ſçavoir où eſt cette
Egliſe , laquelle nous profeſſons
dans les deux Credo. Là dedans
nous profeffons de croire une
Egliſe Catholique Apoſtolique;
& il n'eſt pas permis au caprice
de chaque homme bizarre ,
de croire cela comme il luy plaiſt;
mais ſeulement de croire à cette
Eglife , à laquelle. J. C. a laiſſé le
pouvoir fur Terre de nous gouverner
en matiere de Religion ,
& laquelle a fait le Credo pour
noſtre conduite. Il ſeroit tout-àfait
hors de raiſon de faire des
Loix pour un Pays ou pour une
Ville en particulier , & de permettre
en meſme temps à ceux
qui en ſeroient Habitans , d'eſtre
GALANT. 121
4
lès Interpretes & les luges de
ces Loix, puiſqu'en ce cas chacun
ſeroit Juge de ſoy- meſme. Pourrons-
nous donc ſuppoſer que
Dieu Tout- puiſſant nous ait laiſſe
dans une telle incertitude , de
⚫ nous donner des Regles pour nôtre
direction , & qu'il ait laiſſé en
meſme temps la liberté àun chacun
d'eſtre luge de ſoy-mefme.
Ie demande à tout homme de
jugement, ſi ce n'eſt pas la meſme
choſe de ſuivre fon caprice , &
d'interpreter l'Ecriture ſuivant
ce meſme caprice. Ie voudrois
que qu'elqu'un fiſt voir l'endroit
où l'on a donné à chaque homme
en particulier le pouvoir de
decider en matiere de Foy Le
Sauveur du monde a laiſſé à ſon
Egliſe ſon pouvoir , mefme de
remettre les pechez. Il a laffé fon
Eſprit à ceux de ſon Eglife , &
K 2
122 MERCVRE
ceux-là l'ayant exercé aprés ſa
Reſurrection , premierement par
le moyendes Apôtresdans le Credo.
Et beaucoup d'années apres
par le moyen du Concile de Nice,
où l'ont fit le Credo , qui porte fon
Nom, furent toûjours les Juges
de la meſme Ecriture , & deciderent
quels Livres eſtoient Canoniques
ou non. Si ceux- là eurent
un tel pouvoir , je ſouhaiterois
ſçavoir comment ils l'ont
perdu , & par quelle autorité
quelques-uns ſe ſont ſeparez de
cette Eglife. L'unique pretexte
que j'ay entendu dire juſqu'à
preſent , eſt parce que l'Egliſe eſt
venue à manquer , en détournant
& interpretant l'Ecriture
en des ſens contraires aux fens
veritables . C'eſt icy que je ſouhaite
ſçavoir , qui doit eſtre le
vray Juge de cela , ou toute l'E-
>
GALANT.
123
,
ou bien
glife ,la fucceffion de laquelle a
duré juſqu'à aujourd'huy , fans
aucune interruption
quelques hommes particuliers ,
qui pour leurs propres intereſts
ontfait un Schifme .
On a fait beaucoup de Volumes
touchant la Religion , qui tous enfemble
disent beaucoup moins que ce
peu de lignes , & l'on nefera putestre
jamais rien defibeausur cet
te matiere, enſi peu de mots. L'obstinée
Maiſtreſſe de l'Amant Catholique
en demeura d'accord , mais
elle dit qu'elle n'étoit pas convaincuë
pour celta , qu'il falloit approfondir
les matieres , que tant qu'un
homme parloit ſeul il avoit raiſon ,
& que de tres belles choses pouvoient
estre détruites par d'autres
plus fortes & plus belles , qu'elle
faisoit plûtost profeſſion de croire
1
K 3
124
MERCURE
que de disputer , qu'elle vouloit
imiter les Catholiques en cela , &
laifferà ſes ministres à diſputer fur
ce qui regardoit la Religion , de
mesme que nous en laiſſions presque
toûjours le ſoin à nos Docteurs. It
auroit esté affez inutile , &mesme
de mauvaise grace , aprés une pa.
reille declaration , de la préſſer dés
ce mesme jour d'entrer dans une
Dispute reguliere ; de forte que fi
l'on ne quitta pas tout àfait les
matieres de Controverse , on n'en
parla que par repriſes , & mesme
affez foiblement . La Conversation
tourna fur le zele du Roy pour le
Salut de fes Sujets ,fur les bontez
de ce Prince , &fur les grandsfoins
qu'ilprenoit ; en s'appliquant avec
tant d'ardeur à cette importante
affaire. La difference de Religion
n'empefcha pas cette Zelée Proteftante
, de tomber non seulement
GALANT.
125
d'accord de ce que l'on dit du Roy,
mais d'aoûter mesmes beaucoup de
loüanges qui parurent tres finceres ,
à celles que l'on donna à ce grand
Monarque. L'Amant fortit peu de
temps aprés , mais il fit voir un air
fi mortifié en quittantfa Maiſtreſſe,
qu'elle ne put s'empefcherde laiſſer
auſſi paroître quelque triſteſſe fur
fon visage. Apeine fut- ilforty , que
Le Parent jetta les yeux fur un Portelettre
qu'il apperceut à la place
qu'il venoit de quitter , & qu'apparemment
il avoit fait tomber de
fa poche fans y prendre garde. Ce
Parent le prit , & comme les Femmes
font naturellement curieuses ,
& que les maiſtreſſes croyent que
les affires de leurs Amans ne leur
doivent point estre cachées , elle fit
connoistre à fon Parent qu'ils pouvoient
voir ce qu'il renfermoit. Il
l'ouvrit ,&ayant jetté lesyeuxfur
K 4
126. MERCURE
une affez grande Lettre ,& connu
dés les premieres lignes de quelle
matiere elle traitoit , iln'en témoi
gna rien, & lut ce quifuit.
Duifquenous fommes dansun
temps où tout eſt en mouvement
pour le ſalut de ceux de
voſtre Religion , & que chacun
travaille à leur faire connoiſtre
leurs Erreurs, à l'exéple d'un Roy
qui s'eſt acquis le ſurnom de
GRAND , par cent Actions qui
pouvoienttoutes le luy faire meriter
autantde fois ; je dois m'intereffer
avec tous vos Amis , à la
Converfion d'un homme à qui il
ne manque que la veritable Foy
pour eſtre tout accomply.Je n'approfondiray
point les choſes en
Docteur de l'Ecole, & feray parler
mon zele autant que mes raiſons
; mais ces raiſons ne laiſſeGALANT.
127
:
ront pas d'eſtre affez fortes pour
vous convaincre , ſi vous voulez
ouvrir les yeux aux lumieres de
la Foy , & ne les point fermer à la
Verité , comme font par une
obſtination déterminée la plufpart
des Sectateurs de Calvin .
Ouvrez donc les yeux Monfieur,
& confiderez que l'Egliſe Romaine
a de grandes prerogatives
fur toutes celles qui s'en ſont ſeparées
. Si vous le faites , vousſerez
convaincu que toutes les Se-
-tes du Chriſtianiſme ſont ſorties
de cette Eglife , & qu'ellea cet
avantage fur toutes les autres ,
d'avoir ſuccede immediatement
aux Apôtres & par confequent
d'etre encore par le droit
de la fucceffion , ce Corps &
cette Societe que ces faints
Hommes établirent fur la Terre.
L'Eglite Romaine eſt au
KS
128 MERCURE
thoriſée par ſon antiquité ,& fon
étenduë par tout le monde' ,
pendant plus de quinze Siecles ,
&confirmée par un grand nombrede
Miracles.Tout ce que vos
Miniſtres avancent pour vous
donnerdes idées deſavantageuſes
de ſon Service public , eſt fondé
fur de faux principes , ſurdes imputations
injuſtes ,& furde faufſes
explications. Voſtre ſimplicité
affectée veut empeſcher qu'on
ne ſerve Dieu avec majeſté ; &
rejete les Ceremonies ſacrées
dont l'ancienne Egliſe s'eſt toû--
jours ſervie pour faire l'Office
divin avec bienſeance , & avec
cette fainteMajeſté qui imprime
dans l'ame de ceux qui regar
dent ces Ceremonies , les ſentimens
d'une devotion tendre&
reſpectueuſe, pour honorer Dieu
dans ſes plus redoutables MiGALANT.
129
ſteres . Vos Miniſtres ne sçauroient
nier que voſtre Confeffion
de Foy , qui contient quarante
Articles , n'ait eſté fabriquée au
Fauxbourg Saint Germain , en
l'année 1559. par quarante perſonnes
, dont la pluſpart eſtoient
Apoſtats.Ainſi il n'y a pas un Siecle&
demy que voſtre Religion
eſt établie. Calvin ayant voulu
eſtre Chef du Party auſſi-bien
que Luther , travailla à l'établiſ
ſement de celle que vous profef
fez; & quoy que le meſme Plan
euſtſervy à cet eſprit fubril , les
Lutheriens & les Calviniſtes ſe
traitoient d'Heretiques , avant
que quelques raiſons politiques
euſſent obligé ces derniers à rechercher
l'union; mais les pre--
miers demeurerent toûjours dans
le meſme ſentiment. On peut dire
que comme aprés le Deluge ,
K6
130
MERCURE
les hommes voulurent ſe baſtir
une haute Tour , afin de ſe preſerver
d'une ſeconde innondation
, Dieu témoigna viſiblement
qu'il deſapprouvoit leur
deſſein , & condamnoit leur Ouvrage
, quand il confondit leur
langage , & les fit parler chacun
differemment. De meſme ceux
qui pretendoient s'eſtre ſauvez
du.Deluge des Erreurs & des
Superftitions en ſortant de l'Egliſe
Romaine , voulurent ſe faire
un édifice , & bâtir une nouvelle
Egliſe , qui ne fuſt plus ſujette à
une pareille innondation . Dieu
marqua ſans doute manifeſtement
, qu'il deſapprouvoit leur
deffein , & condamnoit leur Ou
vrage, en confondant leur tangage
pour les laiſſer parler ſi diverſſement.
l'ay déja dit quelque
choſedes fauſſes imputations de
GALANT.
131
vos Docteurs. Il en paroiſt une
manifeſte , lors qu'ils mettent le
mot d'Images à la place d'Idoles
taillées que Dieu defend. Il faut
remarquer , que l'Image differe
de l'Idole , en ce que l'Image eft
la repreſentation d'une choſe
réelle , comme le Portrait d'un
homme eſt proprement une Image
, & l'idole eſt une repreſen
tation d'une choſe quin'eſt point,
&qui n'a jamais eſte. Saint Auguſtin
a fort bien expliqué , que
par ces Idoles il faut entendre les
faux Dieux , puiſque c'eſt d'eux
que Dieu parle immediatement
avant que de dire, Tu ne te feras
point d'Idoles taillées , qui eſt ce
qu'il a déja dit , Tu n'auras point
d'autres Dieux quemoy. L'Eglife
dont vous vous feparez, conferve
toûjours ſon ancien culte ,&fes
premieres prerogatives , ſon mi
132
MERCURE
niftere ,& fon ordre ; & ceux qui
en ont voulu former une nouvelle
, ne ſont que des hommes
fortordinaires, ſans miſſion, ſans
vocation , & fans Miracles , qui
n'agiſſent que par paſſion, ou du
moins par occafion; de forteque
ce ne peut eſtre que par une criminelle
témerité qu'ils ſe ſont ſeparez
de l'Egliſe Romaine. On
dira peut-eſtre qu'il n'eſtoit pas
neceſſaire qu'ils fiſſent des Miraoles
pour authoriſer uue Miſſion,
parce qu'ils ne venoient pas an--
noncer une nouvelle alliance
comme faifoient les Apoſtres ,
& qu'ils ne preſchoient que le
meſme Evangile , que les Apô
tres avoient fi bien confirmé par
leurs propresMiracles; mais c'eſti
là la queſtion. C'eſt là proprement
ce qu'on leur difpute. On
les accuſe d'alterer cette alliance,
1
133
GALANT.
de falfifier cer Evangile à divers
égards , de forte qu'ils avoient
beſoin de preuves autentiques .
pour ſe juſtifier de cela , & il ne
ſerviroit de rien de dire qu'ils fe
justifieroient par la fainte Ecriture,
par la Parole de Dieu , car
on pretend que ce n'eſt pas laa
Parole de Dieu qui leur rend témoignages
, mais leurs propress
paroles , ayant détourné l'Ecriture
àleur ſens , par leurs fubtiles
, mais vaines explications; de
forte qu'il eſtoit toûjours neceffaire
qu'ils fiſſent des Miracles ,
pour faire recevoir fans contre--
dics leurs Explications , comme
conformes à l'intentionde Dieu,
fur tout parce qu'elles s'oppoſent
àun confentement tranquille &
univerſel de toute l'Eglife , & à
une tradition qu'elle tient des
Apoſtres meſme. Souffrez donc,
:
134
MERCURE
Monfieur , que je vous conjure
encore une fois d'ouvrir les yeux,
&de faire ſerieulement refle-
* xion ſur des veritez ſi inconteſtables.
Je ſçay que Dieu veut, comme
parle l'Ecriture , qu'il y ait
des Erreurs , afin que les veritables
Fidelles ſoient manifeſtez.
Mais ayant autant de lumieres
que vous en avez , vous ne devez
pas demeurer enveloppé
dans les tenebres d'une Hereſie ,
que tant d'hommes illuſtres par
l'eſprit& par la naiſſance viennentd'abjurer.
Avoück , dit-ilà ſa Parente ,
aprés qu'il eut achevé de lire , que
vostre curiosité vient d'eſtre punic,
que vous croyiez entendre autre
chofe. Ilfaut , ajoûta-t-il , que cet
te Lettre ait esté écrite a voſtre
Amant , quelque temps avant Lo
GALANT.
139
parce
Conversion, par un Amy zelé pour
Jon Salut. Vous ne pouvez nier
qu'elle ne ſoit remplie de raiſonnemens
ſolides. Ilssontsi forts , qu'il
eft impossible que vous ne tombiez
d'accord qu'on n'y sçauroit faire
reflexion ſans en avoir l'esprit pènetré.
C'est ce que je ne puis bien vous
dire , luy repartit - elle
qu'aussi- tost que j'ay connu la matierequi
estoit traitée dans cette Lettre
,j'ay fongéà autre chose ,&ne
vous aypoint du tout écouté , Voilà,
dit-il en riant , pousser l'obstination
jusqu'où ellepeut aller ; mais cepen
dant vous avez beau faire , vous
rentrerez aufein de l'Eglise , comme
ces Enfans débauchez , qui
ayant abandonné le logis de leur
Pere,font trop heureux d'y revenir,
& d'y trouver un azile , aprés leur
desobeïſſance , & l'Eglise qui est
vostre Mere fera de mesme. Elle
136
MERCVRE
vous recevra , & vous pardonnera
vostre revolte. Penfez y , de grace,
un peu ferieusement , ajouta- t-il
avec un air plein d'amitié , pendant
que je vais prier le Cichpour vostre
Conversion. Il prit congé d'olle en
achevant ces paroles , & se retira
parce qu'ilestoit déjafort tard.
Quelquefermetéqu'elle eust fait
paroiſtre , elle ne laiſſa pas de refver
lors qu'elle fut feule , àtout ce
qu'elle avoit oüy lire , & elle repas-
Samesme dans son esprit pendant
la nuit , quelques endroits dont elle
s'estoit ſentie frappée , & qui luy
donnerent de l'inquietude . Son
Amant n'en avoit pas moins de ſon
costé, mais elle estoit d'une autre
nature, & l'opiniaſtretéqu'il voyoit
en elle , commençoit à le faire
desesperer defon changement, comme
il refvoit à de nouveaux moyens
pour l'y engager, ilſeſouvient qu'elGALANT.
137
:
len'avoit pû s'empefcher de donner
au Roy les loüanges qui estoient
deuës au zele ardent que ce Prince
faisoit paroistre pour la Religion. Il
prit de là occaſion de luy écrive la
Lettre quifuit ,&cut ſujet de bien
augurer de lafuite, par la maniere
dont on luy apprit qu'elle avoit esté
receuë . En voicy les termes.
Vous me dites dans nôtre dernier
Entretien , qu'on ne
pouvoit trop eſtimer le zele du
Roy pour l'accroiſſement de ſa
Religion ; & que non- ſeulement
il devoit eſtre loüé de tous ceux
qui ſervent Dieu d'une maniere
differente; mais que tout ce que
ce Monarque fait de grand , meriteroit
les loüanges de ſes Ennemis
meſmes , & en recevoit tous
les jours. Vous ajoûtates que
c'eſtoit la marque la plus certai
138 MERCURE
ne à laquelle on peut connoiftre
un veritable Heros , parce que
les Ennemis ne latent jamais ,
que leurs loüanges ne fontpoint
intereſſées ; & que lors qu'il leur
arrive d'en donner , elles font arrachées
par le vray merite.Chacundemeura
d'accord dans cette
Converfation , que ſi l'on drefſoit
des Statues au Roy , preſque
dans toutes les grandes Villes du
Royaume , cela n'avoit rien de
commun avec celles qu'on erigeoit
autrefois en l'honneur des
anciens Conquerans qui les fouhaitoient,&
dont l'ambition trop
aveugle alloit ſouvent juſques à
vouloir qu'on les traitaſt de
Dieux ; mais qu'au contraire
tous les Sujets de Sa Majesté luy
demandoient à genoux , & avec
les plus reſpectueuſes inſtances ,
la permiffion de luy en élever ,
2
GALANT.
139
ce qu'Elle n'a ſouvent accordé
qu'avec peine à l'empreſſement
de leurs deſirs , & pour ne point
exciterde jaloufic entre ſes Peuples
, parce que ceux qui n'auroient
pû avoir ce glorieux avantage
, auroient eſté jaloux du
bonheur des premiers , à qui ce
Monarque n'avoit pû le refuſer.
Vous avouaſtes avec moy , que
fi ce Heros continuoit à ſediſtinguer
par une foule d'actions ſi
extraordinaires que l'Antiquité
n'en fourniſſoit aucune qui en
approchaſt. Nous tomberions
dans un malheur pire que celuy
de faire profeſſion d'une Herefie
, puiſque nous aurions peine à
nous empeſcher de devenir Ido.
latres , en luy dreſſant des Autels
, qu'il a peut-eſtre déja dans
nos coeurs , lorſque ſes Statuës
ſont dans les Places publiques.
140
MERCVRE
Vous fuſtes obligée de convenir ,
qu'il étoit impoſſible de concevoir
comment , ſans verſer une
feule goute de ſang , le Roy avoit
pû aneantirdans ſon Royaume ,
une Religion , quitoute commode
qu'elle eſt, en avoit tant coûté
pour l'établir ; ce qui ne pouvoit
venir que d'un Prince qui n'a
imité perſonne dans ce qu'il a
fait de grand , & qui ne peut
eſtre imité que par luy-meſme.
Aprés cela , vous ne ſerez pas
furpriſe , ſi je vous prouve par ce
Monarque meſme , que vous devez
croire que la Religion Catholique
eſt la veritable. Dieu
l'auroit- il fait naiſtre ſi parfait ,
luy auroit- il donné de ſi vives
clartez , & un difcernement ſi
juſte ? L'auroit-il rendu les délices
du monde, & ſe ſeroit-il fervy
de luy pour executer tant demerGALANT.
141
veilles , & impoſer la Paix à l'Europe
entiere ? L'auroit-il enfin
rendu le plus grand des Hommes
, s'il ne luy avoit pas donné
_ la veritable Religion ,& s'il étoit
vray qu'il ne l'euſt pas poſſedée ,
fes grandes & vives lumieres qui
penetrent juſques dans le fond
des coeurs , ne luy auroient elles
pas fait développer les voiles &
l'obſcurité qui la luy auroient
cachée ? Il voit tout , il ſçait tout,
&rien n'échappe à la juſteſſedu
difcernement qu'il fait éclater
entoutes choſes. Dieu ne luy a
pas donné tant de grandes qualitez
, tant de merite , tant de vertus
, & tant de lumieres , afin
qu'elles fervent à ſa perte;& nous
devons croire , que puiſqu'il luy
a eſté ſi liberal , il ne luy a pas
caché la veritable maniere de le
ſervir. On le voit, on l'approche ,
142
MERCURE
on luy parle , il écoute , & fçachant
par les lumieres de tout ce,
ce qu'il y a de ſçavans Hommes ,
comme par les ſiennes propres,
tout ce qui regarde l'une & l'autre
Religion , il peut voir en un
ſeul jour par l'étude de mille &
mille perſonnes , ce que nous ne
pourrions apprendre dans le
cours de cent vies comme la notre
miſes de ſuite ; & cependant
il eſt non ſeulement Catholique,
mais il eſt tellement perſuadé de
la verité de ſa Religion , qu'il
donne ſon temps , applique ſes
ſoins , & ouvre ſes treſors , pour
nous engager à n'en point profeſſer
d'autre. Nous ne riſquerons
rien à l'imiter , & nous devons
croire que Dieu veut ſauver celuy
qu'il a tant pris de plaiſir à
former ; que les Rois eſtant ſes
Images ſur la Terre , ce Monarque
GALANT.
143
que en eſt la plus parfaite; &
qu'aprés tant de Miracles quele
Ciel a faits pour luy , il en feroit
encore un pour luy enſeigner la
veritable Religion , s'il eſtoit vray
qu'il ne la profeſſaſt pas.
Cette Lettre la jetta dans une fi
profonde refuerie , qu'elle ne se reconnut
plus elle mesme. Ellefentit
tout à coup diminuer la grande fermeté
qu'elle avoit pour la Religion
Protestante , elle en avoit de la joyc,
&du chagrin tout ensemble ,&ne
Sçavoit quelssouhaits former. Elle
repaſſa dans son esprit toute l'Hiſtoire
du Roy , & y trouva que de
vant estre le Favory du Ciet , puis
qu'il l'avoit comblé de tant de Be
nedictions,ilfalloit qu'ilfuft éclairé
des lumieres de la veritable Foy ;
de forte qu'elle se refolut de rela
cher beaucoup de la ſeverité qu'elle
faisoit paroiſtre à ceux qui la por
Fev.1686.2 . Р. L
144 MERCURE
toient àse convertir. Elle écouta .
&Lestoit affez puisque la Religion
Protestante est si foible &fi mat
fondée , que dés qu'onveut bien en
trer de bonne foy en dispute , on est
Seur de succomber. Elle n'avoüa
pourtant pas fi- toſt ſa défaite ; &
comme Jon Amant en avoit esté la
principale cause , elle voulut luy en
donner la premiere nouvelle
qu'elle fit par ces lignes.
,
ce
Ln'eſt pas honteux àunePlace
de ſe rendre, lors qu'elle a fouffert
pluſieurs Aſſfauts , & qu'elle
eſt forcée par des Vainqueurs à
qui l'on peut ceder avec gloire.
Ie me rends à mon devoir , à la
nature , & à l'amour , puiſque
j'obeïs à mon Roy& àmon Pere,
&que je fais ce quemon Amant
ſouhaite. le pourrois dire Epoux
en parlantde ce dernier , puiſque
J
GALANT.
145
,
la veritable Religion réünit ce
que la fauſſe s'efforçoitde ſéparer.
La Catholique éſt celle d'un
Roy, qui ne ſe peut tromper; elle
eſt celled'un Pere , àqui je dois
obeïr ; & celle d'un Epoux par
qui je dois me laiffer conduire.
Mon Roy me commande , mon
Pere me preffe , mon Epoux me
prie,& tous trois ont droit d'agir
avec moy en Maiſtres. Quand
je confidere l'obeïſſance que je
leur dois, je ſçay qu'en fatisfaiſant
à ce qu'ils veulent de moy, je fais
mon devoir ſelon les hommes ,
&je croy le faire auſſi ſelon
Dieu , puiſque je ſoûmets mes
volontez à ceux a qui il m'or
donne d'obeïr. Si je fais mal ils
en feront la caufe , & en porteront
la peine , de meſme qu'ils
feront recompensez s'ils m'ont
miſe dans la bonne voye. C'eſt à
L 2
146 MERCURE
la clartéde leurs lumieres que
je marche , je deſavouëles miennes
, je ne voy que par leurs
yeux,&je les rends refponſables
devant Dieu de ce que je fais
aujourd'huy. Ie croy qu'ils font
dans le bon chemin , &je le ſouhaite
, puiſque s'ils avoient beſoin
de tout mon ſangje le verſerois
pour eux autant par devoir
que par inclination.
Jamais Amant n'a estési fatisfait
que le fut celuy de cette belle
Personne. Il baifa vingt fois fa
Lettre,& s'applaudit en luy-même,
de ce qu'il avoit dit du Roy , puisque
cela avoit produit un effet fi
avantageux à l'un & à l'auire. Il
allafur l'heure chezsa Maistreffe,
&la joye dont ileſtoit tout penetré
brilloit tellement dans ses yeux ,
que ceux qui le rencontrerent ne
Sceurent à quoy attribuer les vifs
GALANT.
147
transports qu'ilen laiſſoit echaper.
Ilfut àpeine entré dansſa Chambre
qu'il se jetta àses genoux , &
les embraſſa . Le Pere le ſurprit en
cette posture, n'en pouvant deviner
la cause , parce que fa Fille ne
s'estoit point encore declarée à luy .
Il fit voir ſurſon visage une froideur
qu'ilfut aiséde luy faire perdre.
On luy apprit l'heureux changement
qu'il souhaitoit avec tant
d'ardeur , & la belle Convertie qui
ne l'estoit encore que de volonté,
luy parla à peu prés de la maniere
dont elle avoit écrit àfon Amant,
il en cut beaucoup de joye. Le Contract
avoitesté dreſſé avant que le
Temple de Charenton fust abatu ;
los habits de Nopce estoient faits ,
les Parens d'accord , les Amans contants
; Ainsi le iourfut choiſy pour
calebrer à l'Eglise ce Mariage , que
l'on devoit celebrer dans un Tem-
L3
148 MERCURE
ple où l'Hereſie avoit toujours rem
gné.
DEVISE
POUR LOUIS LE GRAND..
Le Soleil avec ce mot :
L
Non furrexit major.
SONNET.
Es grands Heros qu'on voit tant
vantez dans l'Histoire ,
Celebres en vertus,fameuxpar milte
Exploits ,
Et qui malgré du temps les rigoureuſes
Loix
Dans l'Univers encor font briller
leur memoire.
Surpris dans la défaite , enflezdans
la victoire,
:
GALANT.
149
Ont laissé dégouvrir des defauts
quelquefois :
Il n'est que LOUISſeul, dont le Ciel
aitfait choix ,
Four arriver fans tache au comble
de la gloire.
Tout conduit ce Monarque à l'immortalité
,
Son zele ,fes Edits , ſes ſoins ,fon
équité,
Ses immenfes travaux ,ſa ſageſſe
profonde.
Il est du nom Chrêtien & l'honneur
& l'appuy ,
On n'en a jamais veu de fi grand
dans le monde ,
Et l'on n'en verra point defigrand
apré luy.
Mr de Vertron , Hiſtoriographe
de Sa Majesté , de l'Academie
Royale d'Arles .
L 4
150
MERCURE t
:
DEVISE
Sur la Défaite de l'Hereſie.
Elle a pour corps le Soleil montant
ſur l'Horiſon,&& pourame.
Procul , error, & umbra.
E
Nouvrant chaque jour
riere des Cieux ,
la bar.
Jeporte mon éclat aux endroits les
plus Sombres ; う
Etfaifant reſſentir ma prefence en
tous lieux ,
Je tire l'Univers de l'erreur & des
ombres . Lemeſme.
GALANT.
LSI
Pourfervir d'Inſcription àla Statuë
du Roy.
LUDOVICO XIV .
IMPERATORI LXIV .
ES
FRANCORUM .
CARMEN.
SMagni quartus ; Iufti , LODOICE
,Secundus ;
Primus es Invicti cognomine ; at
I
Imparis unus .
VERSION .
!
)
Left GRAND quatrième ; il
elt JUSTE ſecond ;
INVINCIBLE premier : que de
Tires enſemble !
Mais pour le diſtinguer avec plus
de raiſon ,
Il eſt le ſeul à qui nul autre ne
reſſemble.
Le meſme:
LS
152
MERCURE
SUR LA FIGURE
Equestre du Roy,
S
It locus invidia vobis qui Sceptra
tenetis,
Vefter magnanimo pectore victor
adeft
AUTRE.
Hic certis ligata gemat fortuna
triumphis .
Ille est , Principibus qui nova juraA
dedit .
AUTRE .
Cafar , Alexander, Princeps hic oma
nis in uno
Mens Regit Europam, folaquè
dextrafugat.
?
GALANT .
153
INSCRIPTIONS
pour le Louvre.
Monde, vient voir ce que je
Et ce que le Soleil admire ;
Romedans un Palais, dans Paris un
Empire,
Ettous les Cefars en unRoy.
Aula capit Romam , Regnumque
Lutetia , Reges
Tu LODOICE capis ; Majus in
orbe nihil...
L. 64
54
MERCURE
DEVISE
POUR SA MAJESTE' ,
ſur le ſujet desConverſions prefentes.
Le corps eſt un Champ ſemé
d'Hellotropes tournez vers le
Soleil. Et l'ame eſt , Ex te converſio
nostra
D
:
V Ciel defcend l'attrait qui
vers vous nous entraine ,
Rien deplus fort rien de plus doux ,
Tout tourne à voſtre gré , tout obeït
Sanspeine,
Vous reglez l'Univers , nous nousrea
gionsſur vous.
Le Pere Mourgues , Jefuite.
GALANT.
155
DEVISE
Elle a le Soleil pour corps.
Et pour ame , Più Grande là sù.
M
MADRIGAL
VOUS Ortels qui m'admirez ,
ne sçauriez connoistre ,
Par mes soins ſans relâche &ma
brillante ardeur ,
Ny par tous mes bienfaits qui font
voſtre bonheur ,
Combienje ſuis plus grand que je ne
parois estre,
Et le Ciel feulement fçait toute ma
Grandeur.
Madame de Saliez .
ינ
1365 MERCURE
LETTRE PASTORALE
de Monfieur l'Eveſque d' Amiens,
pourregler les Actions de graces
que l'on doit à Dieu & au Roy ,
pour avoirdelivré ce Diocese de
IHeresie ,&les Instructions qu'on
doit faire aux nouveaux Conventis:
FRANÇOISpar la Mifericorde
de Dieu , & par la grace da
Saint Siege Apoftolique Eveſque
d'Amiens ; A tous les Fideles de
noſtre Diocese , tant Eccleſiaſti-
Seculiers , Salut & Be-- ques que
nediction .
Il ne s'eſt jamais rien fait de ſi
grand , que ceque vient de faire
LOUIS LE GRAND ; je ne parle
'point de ce qu'à fait noſtre AuGALANT..
157
guſteMonarque au dedans deſon
Royaume , où il a reformé tous
les Corps de l'Estat , que quelques-
uns de ſes Predeceſſeurs avoient
tenté ,& que luy ſeul a pû:
entreprendre & achever ; ny de:
ce qu'il a fait au dehors ; où dans
une Campagne il a forcé plus
de Places eſtimées imprenables ,
que les plus grands Conquerans
du Monde n'en ont emporté en
toute lear vie ; ny de ce prodi--
gieux nombre de Victoires figna ..
lées qu'il a remportées par Mert
& par Terre , par leſquelles il a
porté ſon Royaume juſqu'aux
anciennes limites , en reuniffant
àſaCouronne tant & de ſi confiderables
Provinces,que lesGuerres
domeſtiques& les étrangeres
en avoientenlevé. le ne veux pas
meſme parler de cette Paix qu'ils
vient de donner àtoute l'Europe..
158
MERCURE
ft finguliere & fi admirable dans
toutes les circonstances . Ce fontlà
ncanmoins des choſes veritablement
grandes , que l'on regarde
comme autant de prodiges &
de miracles de ſa Magnanimité
fans pareille , & de ſa Moderation
ſans exemple,qui ont étonnétoute
la Terre , & porté laterreur de
ſes Armes , & la gloire de fon
grandNomdans toutes les parties
de l'Univers . Je parle ſeulement ,
mes Freres , de ce que vient de
faire noſtreMonarque incompa
rable , pour la gloire de Dieu ,
pour l'honneur de l'Eglife , pour
la tranquillité ,& pour le falut de
ſes Peuples; & je dis que cetOnvrage
eſt incomparablement plus
grand,que tout ce qui s'eſt jamais
fait de plus grand dans tous les
autres Royaumes , qu'il eſt d'un
merite plus grand que toutes
(
GALANT.
159
les autres grandes choſes qu'ila
faites luy- meſmes.
Nous trouvons dans l'Hiſtoire
Sainte,& meſme dans la Prophane
, que Dieu a ſuſcité quelquefois
des Princes pour châtier les
Peuples , & qu'en d'autres rencontres
il en a fait naiſtre pour
les rendre heureux.Tous ces Monarques
ainſi choiſi de Dieu , ou
dans la fureur de ſa colere , ou
dans l'excés de ſa Mifericorde,ont
fait de grandes choses ;& c'eſt
pour cela que les uns portent les
grands Noms de Maffuë ou de
Marteau , pour écrafer toute la ter...
re , ou de Fleau defa vengeance, ou
de Verges de fa fureur ; & que les
autres ont eſté nommez les Peres,
Les Pasteurs, & les Sauveurs des Nations.
Mais tous ces Emplois
eſtoient bornez & reſtraints , &
celuy qui estoit deſtiné pourvan160
MERCVRE
ger les injures faites au Dieu des
Armées , n'eſtoit pas employé
pour exercer ſes Mifericordes: if
ne s'en trouve que denx fort diſtingoez
de tous les autres , qui
ont porté tout enſemble ce double
Caractere de Vengeurs des in
jures faites à Dieu , & de Dispen-
Sateur de fes graces , leGrandCyrus
, & LOUIS LE GRAND . Cyrus
a porté ce double Caractere , &
Dieu s'en eſt ſervy dans l'ancien
Teſtament pour châtier les mé
chans , & pour gratifier les gens
de bien, pour détruire Babylone ,
& reédifier Jerufalem, pour affliger
les Egyptiens , & pour confoler
les Ifraëlites. LOUIS LE GRAND
entre tous les autres Rois ,porte
dans le nouveau Testament , &
avec plus de justice que Cyrus,
double Caractere , & il paroiſt viſiblement
que Dieu s'eſt ſervy de
ce
GALANT. 161
luy pour exterminer la Babylone
de confufion , & pour reédifier la
Jerufalem pacifique , pourdétruire
totalement l'Herefie , & pour
rétablir entierement l'Eglife ,
LOUIS LE GRAND vient de terrafſſer
ce Monſtre de l'Hereſie,qui
s'eſtoitengraiſſé du fang des Martyrs
, dans toutes les parties de
fon Royaume , qui avoit élevé
dans les lieux les plus Saint l'abomination
de ladéſolation, en aboliſſant
le vray , l'unique & l'adorable
Sacrificede noſtre ſainte Religion
: Loüts , le grand Loürs a
enlevé toutes les abominations:
de cette monstrueuſe & maligne
impicté, renverſé tous ces Temples
, banny tous ces miniſtres ,
aneanty entierement le culte de
cette fauſſe religion. Il en a purgé
non une ſeule , mais toutes , &
preſque tout à la fois , toutes less
162 MERCURE
parties de ſon Royaume ,& ce qui
eſt de plus furprenant , que nous
ne croirions pas, fi nous ne l'a
vions vû , que la poſterité aura
peine à croire , parce qu'elle ne
l'eſtimera pas faiſable , c'eſt que
• Louis LE GRAND a fait toutes
ees grandes choſes ſi incroyables,
en moins de temps que le Soleil
n'en met à faire ſa courſe,& qu'en
moins d'une année , il a guery
-toutes lesplayes du Corps de l'E
gliſe de France ,déchirée en mil .
le manieres ; qu'il l'a purifiée &
affranchie ,qu'il a rendu à cette
chaſte Epouſe du Seigneur ſa premiere
ſanté, ſa premiere beauté,
&fon ancienne liberté , qu'ila
rappellé tout ce grand nombre de
Brebis égarées , & les a réunies
dans une meſme Bergerie , fous
un mesme Pasteur : En forte que
fion avoit peine autrefois de faire
GALANT. 163
un pas dans le Royanme , ſans
trouver un Huguenot, dont le
voiſinage eſtoit toûjours contagieux,
on auroit peine maintenant
d'en trouver un dans ce
grand & vaſte Empire , dont
quelques jours auparavant toutes
les parties eſtoient infectées.
Aprés cela , mes Freres ; j'ofe
dire , que quand le Prophete
Iſaye a fait l'Eloge du grand
Cyrus , il a fait le Portrait de
LOUIS LE GRAND. Ils eſtoient
nez l'un & l'autre pour de grandes
chofes , ils ont eſté l'un &
l'autre le bras & la main de Dieu
pour executer ſes volontez impenetrables
, chacun d'eux s'eſt
dignement acquité de ſon Employ.
Mais il faut confeffer qu'il
ya bien de la difference entre ces.
deux grands Monarques; les betles
inclinations & les grandes qua164
MERCURE
A
Litez que Dieu avoit données à
Cyrus , pour le rendre capable
de l'Employ auquel il le deſti
noit , furent affoiblies par ſes vices
,&toutes corrompuës par les
crimes de ſon Idolatrie; les excellentes
inclinations , & les admirables
qualitez dont pieu a
remply Loürs LE GRAND , ont
eſté animées & foûtenuës par
toutes les graces du Chriftianifme
, & fortifiées par le continuel
exercicede toutes les Vertus Politiques
, Morales & Chreftiennes.
Ainſi autant que l'Egliſe eſt
audeſſus de la Synagogue , pour
laquelle Cyrus efſtoit deſtine , &
que le Chriſtianiſme eſt au deſſus
de l'Idolatrie , autant Loüts LE
GRAND , employé pour l'egliſe ,
eſt elevé au deſſus du grand Cyrus
, non ſeulement par la dignitéde
ſes Emplois , mais par la finGALANT.
165
gularité& par l'éminence de ſes
merites . Que fi le Prophete a dit,
que quand le grand Cyrus executoitles
volontez de Dieu àl'égard
de la Synagogue , Dieu ſe
cachoit en luy , & qu'il paroiſſoit
par luy. Nous pouvons dire hardiment
, que lors que LOUIS
execute les ordres & les volontez
de Dieu à l'égard de l'Eglife, c'eſt
Dieu, qui par la main de LOUIS,
diſons par ſa teſte & par fon
coeur, a operé tant de grandes
choſes,que LOUIS dans ce grand
Ouvrage a fait connoiſtre &fentir
la main de Dieu peſante &
ſevere ſur l'Herefie qu'il vouloit
détruire, douce & favorable fur
l'Egliſe qu'il vouloit fauver. Que
Dieu s'eſt caché en LOUIS, &
s'eſt manifeſté par LOVIS. Il n'y
n'y avoit que Dieu & LOUISLE
GRAND capables d'entreprendre
166 MERCVRE
& de conduire à ſa perfection ce
grand Chef- d'oeuvre de la pieté
Royale , qui couronne toutes les
autres grandes Actions d'une
immortalité de gloire.
- Or, mes Freres, puis que nous
recevons maintenant dans ce
Dioceſe le fruit de cet Ouvrage
fi grand, ſi ſaint, ſi ſurprenant&
fadmirable en toutes ſes circonſtances
, entrepris avec tant de
pieté , conduit avec tant de ſagelſe
, executé avec tant d'efficace
&de bonheur. De cetOu-
VREGE TOUT ROYAL & TOUT
DIVIN quelles actions de graces
ne devons nous pas rendre à ce
grand Dieu, qui nous a gratifié
d'un ſi grand bien fait , & à ce
grand Monarque , par lequel il
nous laprocure.
Pour ne pas demeurer ingrats,
&pour fatisfaireen meſme temps
:
à
GALANT.
167
à Dieu & au Roy , parquelque
Acte public d'une fi juſte reconnoiſſance
, qui ſoit proportionnée
, autant qu'il nous fera poffible,
à la grandeur d'un ſi infigne
Bienfait , Nous n'avons pu nous
imaginer de moyen plus propre,
ny plus efficace; que celuy d'of
frir à Dieu pour le Roy, l'AdorableSacrifice
du Corps & du Sang
de leſus - Chriſt au Saint Sacrifi
ce de la Meſſe, qui par ſon Inſtitution
,& par ſa nature , eſt le
veritable Sacrifice Eucharistique,
ou d'action de grates .
C'eſt pourquoy, aprés en avoir
communiqué avec noftre Venerable
Chapitre , Nous avons ré
folu de celebrer pontificalement
Dimanche prochain dans noftre
Egliſe Cathedrale , la fainte Mef
fe pour le Roy telle qu'elle eft
Fev 1686.2.P. M
168 MERCURE
imprimée dans noſtre Miſſel, qui
ſera terminée par un Te Deum,
où tous les Corps de la Ville ſerent
invitez de ſe trouver. Et
Nous avons ordonné qu'il en ſera
celebré une tres folemnelle
dans toutes les Egliſes de noſtre
Dioceſe , le même jour ; ou le
Dimanche immediatement aprés
qu'ilsauront receu noſtre preſent
Mandement.
Et pour rendredansceDioce
ſe noſtre reconnoiſſance publique
& immortelle , tant envers
Dieu , qu'envers nôtre religieux
Monarque , Nous avons ordonné
, qu'à l'avenir cette Meſſe ſera
celebrée pour le Roy, avec la méme
Solemnité, & les mêmes Ceremonies
dans toutes les Eglifes
duDioceſe, tous les premiers Dimanches
du mois de Février, fi
GALANT.
169
cen'eſt que la Feſte de la Purification
de Noſtre-Dame , ou la
Septuagefime ſe rencontrent en
ce premier Dimanche de Fé
vrier.
FIN.
1
P
Extrait du Privilege du Roy
Par
Ar Grace & Privilege du Roy , donné i
Chaville le 18. Juillet 1683. Signé ,
leRoy en fon Confeil, luNQUIERES. Il eſt,
permis à I. D. Ecuyer , Sicur de Vizé, de
faire imprimer tous les Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , contenant
pluſieurs Pieces , Relation,Hiſtoires , Avantures
, & autres Ouvrages hiſtoriques , curieux
& galans , pour la fatisfaction de
nôtre cher & tres-amé Fils LE DAUPHIN ;
pendant le temps & eſpace de dix années,
àcompter du jour que chacun deſdits
Volumes ſera achevé d'imprimer pour la
premiere fois : Comme auſſi défenſes font
faites à tous Libraires , Imprimeurs Graveurs
& autres , d'imprimer , graver& debiter
ledit Livre ſans le conſentement de
Expoſant ,ny d'en extraire aucune Piece, ny
Planches ſervant à l'ornement dudit Livre,
meſme d'en vendre ſeparément , & de donner
à lire ledit Livre; le tout à peine de fix mille
livres d'amende contre chacun des contrevenans
, & confiſcation des Exemplaires contrefaits;
ainſi que plus au long il eſt porté
auditPrivilege.
Registré sur le Livre de la Communauté
-1614. Septembre 168.3 .
Signé ANGOT , Syndic,
Et ledit Sicur I. D. Ecuyer , Sicur de
Vizé , a cedé & tranſporté ſon droit de
Privilege à Thomas Amaulry , Libraire à
Lyon , pour en joüir ſuivant l'accord fait
entr'cux.
Avis pourplacer les Figures.
L
A Figure du Temple de
Charanton , doit regarder
la page. 145
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le