→ Vous voyez ici les données brutes du contenu. Basculez vers l'affichage optimisé.
Nom du fichier
1686, 02 (partie 1) (Lyon)
Taille
7.44 Mo
Format
Nombre de pages
251
Source
Année de téléchargement
Texte
Illuſtriſſimus
Archiepifcopus
&Prorex Lugdunenfis
Camillus de Neufville Collegio SS .
Trinitatis Patrum Societatis JESU
Teſtamenti
tabulis attribuit anno 1693 .


MERCUR E07156
VILLE
DE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEURO
LE DAUPHIN.
MOTHERDE DE
FEVRIER 1686.
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY,
ruë Merciere , au Mercure Galant.
M. DC. LXXXVI.
AVEC PRIVILEGE DU ROY

TABLE DES MATIERES
contenuës dans ce Volume .
P
Relude.
Relation de tout cee
I
qui s'est pas
Se à Saint Gervais , le jour des
obſeques de Monsieur leChan
celier. 2
Panegyrique de Saint Charlemagne,
prononcé par Monsieur Godeau २
Selon la Fondationfaitepar Monfieur
du Boulay.
Le PoëterebutéCaprice. 17
Détailde l'Academie des belles Lettres
, établie à Niſmes. 22
32
Les Pescheurs ou la Table d'or,Conte
tiréde Diogene Laërce.
Theses dediées à Monsieur leDuc de
Bourbon , avec l'Epitre adreßée à
ce Prince, &tout ce qui s'estpaſſe
en cette occafion.. 42
7
TABLE .
Morts. 45:
Vers libres à Tirfis. 47
Remede donné au Roy par le Prieur
de Cabrieres. 52
Livre de Monsieur Portal. 61
Mademoiselled' Antigny prendl'Ha.
bit des Filles de Sainte Marie . 62
Versfur le Mariage.
Histoire.
64
75
Prise de poſſeſſion de la charge de
Prefident Chef da Conseil d'Artois
, par Monfieur de Prefontaine.
94
Discours prononcé par Monsieur de
Corberon , Procureur General du
Parlement de Mcts , à l'ouverture
-du semestre de ce Parlement. 96
Declarations du Roy. 100
Eloge du Roy , prononcé par le Pere
Cloüet , Minime. 1ος
Cloche fonduë à Ronen ,pour accom
pagner la Cloche nommée Georges
Amboise. 117
TABLE.
Monfieur Charlet est receu Maistre
d'Hosteldu Roy. 121
Service celebré en l'Eglise de Sorbonne,
pourfeu Monsieur le Chancelier.
122
Ce qui s'est passé au Parlement à
l'enregistrement des Lettres du
Chancelier de Boucherat.
125
Epigrammesfur le Nom & fur les
Armes deMonfieurde Bousherat.
129
Monfieur Forant est nommé Chef
d'Escadre des Armées Navales du
Roy , à la place de feu Monsieur
le Chevalier de Sourdis.
Antres Morts.
130
131
Converfions faites depuis le mois
dernier 136
Lettre de Monficarle ComtedeMadaillan
de Lespare,furles Motifs
de réünion à l'Eglife Romaine. 158
Vers de Monsieur l'Abbé Genest
164
43
TABLE.
Actions de graces renduës à Dieu ,
àCorbie.
173
Edit de Monfieur le Duc de Savoye ,
qui défend dans ſes Etats l'exercicede
la R. P. R. ९
176
Madrigaux. 189
Réponse des nouveaux Convertis , à
un Ecrit d'un Ministre. 190
MariagedeMonsieurle Marquis
de Thiange avec Mademoiselle de
la Roche-Giffart. 205
MariagedeMonfieurHervart,avec
Mademoiselle, de Bretonvilliers.
209
Ballet de la Jeuneſſe , parMonsieur
de la Lande. 210
Mort deMadamede Riant. 214
Mort de Madame la Comteſſe de
Canaples, ibid.
Mort de Monsieurle President Nicolai.
215
MortdeMonsieur leMareschald'EStrades.
2177
TABLE.
Solution du Problême, remise au 6.de
Mars. 218
Discours Anatomique , prononcépar
Monfieur Pafferat. 219
Noms de ceux qui ont deviné less
Enigmes...
Enigme...
Autre Enigme...
223
2253
227
Divertiſſemens du Carnaval. 2299
Fin de la Table.
P
Extrait du Privilege du Roy...
ArGrace&Privilege du Roy, donnéà
Chavillele 18. Juillet 1683. Signé , Par
leRoy en ſon Conſeil, luNQUIERES. Il eſt ,
permis à 1. D. Ecuyer , Sicur de Vizé , de
faire imprimer tous les Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , contenant
pluſieurs Pieces , Relation , Hiſtoires , Avantures,
& autres Ouvrages hiſtoriques , curieux
& galans , pour la fatisfaction de
nôtre cher & tres ame Fils LE DAUPHINI
pendant le temps & eſpace de dix années,
à compter du jour que chacun deſdits
Volumes fera achevé d'imprimer pour la
premiere fois : Comme auſſi défenſes font
faites à tous Libraires , Imprimeurs Graveurs
& autres , d'imprimer , graver& debiter
ledit Livre ſans le confentement de
l'Expoſant , ny d'en extraire aucune Piece, ny
Planches fervantà l'ornement dudit Livre
mefine d'en vendre ſeparément ,&de donner
à lire ledit Livre ; le tout à peine de fix mille
livres d'amende contre chacun des contrevenans
, & confiſcation des Exemplaires contrefaits;
ainſi que plus au long il eſt porté
auditPrivilege.
Registré sur le Livre de la Communauté
Le14. Septembre 1683 .
Signé ANGOT , Syndic .
Et ledit Sieur 1. D. Ecuyer , Sieur de
Vizé , a cedé & tranfporte fon droit de
Privicge à Thomas Amaulry , Libraire à
Lyon , pour en joüir ſuivant l'accord fait
catr'cux.
DELA VIE
MERCURE
GALANT
FEVRIER 1686.
E ſoyez point ſurpriſe ,
Madame , ſi vous ne
trouvez point d'Eloges
du Roy au commencement
des Nouvelles dont j'ay
à vous faire part ce Mois cy. Ce
que ce Grand Prince vient de
faire pour l'accroiſſement de la
veritable Eglife , a fait travailler
tant de Perſonnes d'eſprit à ſa
Fevrier 1686 . A
2 MERCURE
1
gloire , que ne ſcachant que
choiſir parmy tant d'Ouvrages
differens , je me ſuis réſolu de
donner une ſeconde Partie à ma
Lettie , afin de pouvoir les y
placer tous. J'y joindray divers
autres Articles curieux qui regardent
la Religion , des Lettres
adreſſées au Roy , & des Diſcours
qui font autant de Panegyriques
de cet Auguſte Monarque. Cela
me donnera lieu de mettre dans
cette premiere Partie divers Ouvrages
d'une autre nature , que
je n'ay pú employer depuis longtemps
dans mes Lettres , à cauſe
des matieres de Religion , qui en
ont preſque toûjours remply la
moitié.
Je ſçay que vous attendez la
Deſcription des Ceremonies qui
ont eſté faites pour les Obſeques
de Monfieur le Chancelier , dans
GALAN T.
3
l'Egliſe de Saint Gervais ſa Paroiffe.
Si toſt qu'il fut mort , on
travailla à cet appareil , & toutes
choſes s'eſtant trouvées prêtes ,
on marqua le jour , qui fut le 25 .
du mois paſſé. Comme on avoit
réſolu que l'on dreſſeroit le Grand
Autel àla face du Jubé; afin d'éviter
la confufion lors qu'il faudroit
prononcer l'Oraiſon Funebre
, on fit ofter de la Neftous les
Bancs qui en auroient occupé la
place. Toute l'Egliſe eſtoit tenduë
de drap noir depuis les Vitres
juſqu'en bas , & fur ce drap
eſtoient deux lez de velours ,
avec les Armes de Monfieur le
Chancelier, entre laffées de deux

Maſſes paſſées en ſautoir &
noüées du Collier des Ordres du
Roy , dont ce Miniſtre eſtoit
Commandeur. Ce qui reſtoit de
vuide au velours , eſtoit ſemé de
A 2
4 MERCURE
Larmes d'argent & d'Etoiles d'or.
Un rang de grandes Armes hautes
de fix pieds , pareilles aux autres
, eſtoit attaché ſur le drap entre
les deux lez de velours. Au
deſſus du premier on avoit fait
une Corniche argentée , large
d'un demy pied , ſur laquelle
eſtoient des Obeliſques feints de
Marbre , qui ſuportoient deux
Lezards d'argent , ayant au milieu
une Chauveſouris , & deux
Maſſes paſſées en ſautoir par derriere.
Entre ces Obeliſques , furmontez
d'une grande Etoile d'or
portant un gros Cierge , on avoit
difpofé des Chandeliers d'argent
ſeparez de quatre en quatre par
des Vaſes far leurs pieds d'eſtal ,
portant de gros Flambeaux en
maniere de pots à feu pour faire
le tour de l'Eglife & des deux
Croiſées. Ces Chandeliers ainſi
GALANT.
5
diſpoſez eſtoient au nombre de
plus de huit cens ;& le tout faiſoit
un effet d'autant plus beau ,
que la Simetrie y eſtoit regulierement
obſervée , & que la Tenture
bouchoit toutes les feneſtres
du Choeur. La même Tenture
eſtoit élevée juſqu'au ceintre à
l'un & à l'autre bout de l'Eglife.
Un Dais de broderie ſurmonté
en l'air , eſtoit au deſſus de l'Autel
, dreſſé , comme je l'ay dit , à
la face da Jubé. Une Eſtrade élevée
de cinq degrez remplis de
plus de cent cinquante Chandeliers
garnis de Cierges aux Armes
de Monfieur le Chancelier,
faiſoit la Repreſentation au bas
de la Nef. On voyoit aux quatre
coins quatre figures d'Albastre ,
qu'il eſtoit facile de reconnoiſtre
pour la luſtice , la Prudence , la
Temperance , & la Foy.Un grand
A 3
6 MERCURE
Dais de velours noir aux meſmes
Armes , eſtoit ſuſpendu au deffus
de cette Repreſentation. Le
corps de ce Grand Miniſtre , qui
depuis ſa mort eſtoit demeuré en
depoſt dans ſa Chapelle , avoir
eſté apporté fur l'Eſtrade le ſoir
précedent . Un Poëfle de velours
noir , que l'on avoit fait exprés ,
bordé d'Hermines avec des Armes
en broderie, couvroit leCer
cueil ,& fur ce Cercueil eſtoient
une Couronne Ducale , un Mortier
d'or rebraſſé d'Hermines , les
Maſſes paffées en ſautoir ,& la
Robe de velours écarlate fonrrée
d'Hermines , avec la Croix de
l'Ordre , le tout couvert de Crefpe.
A coſté de l'Autel il y avoit
une grande Estrade , où ſe devoient
placer les Prelats que l'on
avoit invitez à cette Ceremonie.
Les deux Coſtez de la Nef
GALANT. 7
étoient remplis de Fauteüils & de
Chaiſes pour toute la Compagnie.
Sur les dix heures Monfieur
l'Eveſque de Troyes commença
la Meffe en Habits Pontificanx ,
& aprés l'Offrande , qui fut preapr
ſentée par trois Gentilhommes ,
Monfieur l'Eveſque de Meaux
prononça l'Oraiſon Funebre en
preſence de Monfieur le Nonce
du Pape , d'un grand nombra
d'Archeveſques , d'Eveſques ,
Ducs , Mareſchaux de France ,
Preſidens au Mortier , Conſeillers
d'Estat , Maiſtres des Requeſtes ,
&Conſeillers de la Cour , outre
toute la Famille de Monfieur le
Chancelier ; de forte que l'on
peut dire qu'il y avoit tres-longtemps
qu'on n'avoit veu une ſi
grande Aſſemblée de tous les Ordres.
Une eſpece d'Amphithea
A 4
8 MERCURE
tre avoit eſté pratiquée dans la
Croiſée qui regardoit la Chaire
du Predicateur ; ce fut où l'on
plaça ceux qui ne pûrent approcher
de la Nef, ou des Croiſées
voiſinės. Les Dames furent placées
au Choeur de l'Egliſe , qu'on
avoit orné comme la Nef ; &
aprés l'Offrande , Madame de
Louvois , & les plus qualifiées
monterent dans les deux Tribunes
qui font à la face du Jubé , où
elles entendirent fort commodement
l'Oraiſon Funebre. Il y avoit
derriere la Repreſentation quantitédeBancs
pour les Officiers de
Monfieur le Chancelier & de fa
Famille. A la teſte de la mefme
Repreſentation eſtoient deux
Aumôniers en Rochet , & aux
pieds l'on avoit diſpoſé trois places
pour l'Exempt & les deux
Gardes de la Prevoſté qui ferGALANT.
و
vent auprés des Chanceliers de
France. Sur les dix heures du
foir Monfieur de Louvois , Monfieur
l'Archeveſque de Rheims ,
Monfieur le Duc d'Aumont , &
les plus proches Parens retournerent
à l'Eglife , où Monfieur
le Curé de Saint Gervais fit la
Ceremonie d'inhumer le Corps ,
que l'on deſcendit dans le Caveau.
Quoy qu'il y eût une affluence
de monde extraordinaire
, tout fe paſſa fans confufion
& fans defordre , les portes étant
gardées par un grand nombre
de Suiſſes du Roy , & les avenuës
des Ruës par les Archers
du Guer, qui facilitoient le paffage
des Caroffes .
Le Lundy 28. du mefme mois ,
l'Univerſité s'affembla au Colle
ge Royal de Navarre , pour y
celebrer la Feſte de Saint Char-
AS
10 MERCURE
lemagne ſon Inſtituteur , felon
L'ordre de la Fondation faite par
feu Monfieur du Boulay , Re-
Aeur , Greffier , Hiſtoriographe
de ce ſçavant Corps. La.Meffe
fut celebrée par Monfieur Che
ron , Official de Paris , & Monſieur
Godeau ; Profeffeur de
Rhetorique au College des Grafſins
, prononça le Panegyrique
du Saint. Il fit l'ouverture de fon
Exorde par un texte de l'Ecriture
, qui renfermoit en ſubſtance
toute la difpofition & l'ordonnance
de ſon Difcours. Aprés
avoir fait fuccinctement le portrait
des Vertus qui ont donné à
Charlemagne le nom deGrand ,
aprés l'avoir repreſenté comme
choiſi par la Providence pour
mettre l'Egliſe en liberté , pour
en chaffer l'ignorance & l'erreur,
pour dompter les Tyrans & les
GALANT.
vices , pour eſtre le Maiſtre &
l'Arbitre du Monde , il entra naturellement
dans le partage du
Panegyrique. La premiere partic
mit dans un jour éclatant la grandeur
de l'eſprit de Charlemagne.
MonfieurGoudeau fit voir que le
vaſte Genie de cet Empereur
avoit embraſſé les Sciences les
plushautes& les plus épineufes
avec des diſpoſitions ſi faintes
: qu'il les avoit fait fervir
de degrez pour monter juf
ques à Dieu. Il montra par
une infinité d'exemples , que
ce Prince avoit recherché les
préceptes de la vraye Politique
dans la ſource de la Verité ,&
qu'il avoit puiſé dans la lecture
des Livres facrez & des Saints
Peres , une pieté virile & courageuſe
qui l'éloigna toûjours de
la fuperftition & de la nou
A 6
12 MERCURE
veauté. Il fit une peinture de la
barbarie qui regnoit du temps
de Charlemagne , pour exciter
les François àune reconnoiffance
finguliere envers ce faint Empereur
, à la ſageſſe duquel ils
font redevables de leur politeffe ,
de leurs bonnes Loix , & de leur
habileté en toutes les Sciences .
Il finit cette partie en faiſant remarquer
avec quelle exacte vigilance
il faloit que Charlemagne
euſt travaillé à inſtruire & à polir
les François , puis qu'en peu de
temps il les avoit rendus capables
d'eſtre les Maiſtres de tous les
Peuples du Monde , les Reformateurs
de l'Eglise , & les Protecteurs
des Papes opprimez . Il
prouva dans la ſeconde Partie
que Charlemagne eut un coeur
& un zele egal à la force de ſon
Genie. Les Guerres qui ont exer
GALANT.
13
cé cet Empereur pendant trente-
trois années avec les Saxons ,
les Sarraſins , les Lombards, pour
les foumettre ou aux Loix de la
Juſtice , ou à la Religion Chreftienne,
les Autelsdes faux Dieux
que ſa pieté luy a fait détruire ,
les Voyages frequens qu'elle luy
a fait entreprendre en Italie pour
la délivrance des Papes , & en
Eſpagne pour la delivrance des
Chreftiens , furent d'excellentes
preuves de la grandeur de ſon
coeur. Ces grandes actions de generoſité
qui ouvrirent à Charlemagne
le chemin au Royaume
d'Italie & à l'Empire d'Occi
dent , furent traitées dans un
détail qui les rendit fort ſenſibles,
fans leur rien faire perdre de leur
grandeur. La troiſième partie repreſenta
Charlemagne comme
un puiſſant Legiflateur ,que les
14
MERCVRE
grandes actions avoient fait aimer
&craindre des Princes les plus
redoutables & les plus éloignez.
Pluſieurs Rois que ſon autorité
rétablit , cinq Conciles celebrez
par ſon ordre , l'Hereſie de Felix
Eveſque d'Urgel étouffée par la
terreur ſeule de ſon nom , trouverent
leur place en cet endroit.
La Fondation de la celebre Univerſité
de Paris y fut expoſée
avec éclar. Monfieur Godean
aprés avoir comparé les quatre
Nations qui la conpoſent aux
quatre grands Fleuves quiprennent
leur ſource dans le Paradis
Terreſtre , la repreſenta comme
Finſtrument le plus utile que
Charlemagne euſt pû employer
pour s'acquerir l'immortalité , &
donner à la France le ſouverain
Empire ſur toutes les Nations de
laTerre. Il prouva cette pensée
GALANT.
15
par les exemples de Philippes le
Bel , Charles le Chauve, Philippes
Auguſte , Loüis le Debonnaire
, qu'il ſoûtint n'avoir eſté
invincibles , qu'à cauſe que par .
le moyen des Maiſtres de l'Univerſité
, ils avoient gagné les
coeursdes Princes dont les Enfans
avoient reſpiré l'amour de la
domination Françoiſe , en reſpirant
l'air ſalutaire des Sciences
qui. s'enſeignent à Paris . Aprés
avoir exhorté Meffieurs de l'Univerſité
à ne ſe départir jamais de
la fincerité , de la fidelité , & de
l'invincible attachement avec lequel
leurs Anceſtres ont travaillé
à l'établiſſement de la puiſſance
de nos Rois , il finit par une
Apoſtrophe à Saint Charlemagne
, qu'il pria d'inſpirer aux
Princes dont il a affermy laMonarchie
, le meſme amour qu'il
6 MERCVRE
avoit pour la celebre Academie,
dont il eſtoit le Fondateur & le
Pere. Je vous ay déja parlé de
Monfieur Godeau , en vous fai-.
ſant part de quelques fragmens
des Difcours publies qu'il a faits.
avec une approbation generale ,
ſur les grandes actions de Sa Majeſté.
Le talent de ſçavoir faire des
Vers , eſt un talent qui a fon me- .
rite , mais il eſt infructueux , & la
pluſpart de ceux qui s'en mélent ,
ne font pas trop bien avec la fortune.
C'eſt ce qui a fait fairel'Ouvrage
qui ſuit àun galant hom
me; qui n'a trouvé que de vains
amuſemens dans le commerce
des Muſes.
GALANT.
17
LE POETE REBUTE' .
1
CAPRICE.
Abandonne le Parnaſſe ,
Et pour ne vous point tromper ,
Muſes , je cede ma place
A qui voudra l'occuper ;
L'ay plus tiré de ma Veine
Que je n'avois esperé ,
Et les eaux de l'Hypocrene
M'ont enfin deſalteré.
Vois-je dés que je frequente
Ce froid & maigre coſteau ,
Queson pasquerage augmente
L'embonpoint de mon Troupeau ?
Dans la langucur qui l'accable
Ie le vois prest à perir ,
Et nul aspect favorable
Ne s'offre à lesecourir.
18 MERCURE

Quay- je à faire des conquestes
Des Heros & des Guerriers ,
Si quandj'en chante les Festes ,
Ie ſeche aux pieds des Lauriers ?
Ouy , Muses jele veux croire ,
La gloire est vostre deſtin ,
Mais qui ne vit que de gloire ,
Peut fort bien mourir defaim.
vain.jay fait mon poffible
Pour mettre en credit mavoix ,
Mon Creancier inflexible
La voudron d'or & de poids ?
Demes plus douces paroles
Il prend leſens de travers ,
Ilveut de bonnes pistoles ,
Et n'a que faire de Vers.
Enfin dansvos champs fteriles,
Muses, on a beaufemer ,
Ievoy que les plus habiles
Rarement les font germer.
GALANT. 19
Leurfort nefait point d'envie ,
Car la pluſpart feurement ,
Ne chantent touteleurvie
Quepour mourirpauvrement.
Que pourrois-je donc pretendre,
Moy, dont les fotbles concerts
Ont peineàfefaire entendre
AuxEchos les plus ouverts !
Aux doux fons de vostre Live
Quand ma voix pourroit fournir ,
Qui s'avifera de dire
Qu'il la faudroitfoutenir
Lors qu'une ardeurindifcrete
M'a conduit au champ de Mars ,
N'ay-je pas pris la trompete
Pourſuivrenos étendars ?
Quand LOUIS par fes Conquestes
Atoutpris , tout deſolé ,
En a..t-on fais quelques Festes
Dont je ne mefois mêlé ? ...
۱
20 MERCVRE
Ay je manqué ny de zele ,
N'y de Soins laborieux ?
Infatigable , & fidelle,
Que pouvois iefaire mieux ?
Par tout àperte d'haleine.
f'aySecondévos accords ,
Etn'ay tiré de ma Veine
Qued'inutiles transports.
Sonnets, Madrigaux, Deviſes .
Poëmes , Odes , Chansons ,
Qu'à tant & tant de repriſes
I'ay tourné de centfaçons
Rimes riches & parfaites ,
Que m'avez-vous épargné ?
Afaire des allumettes
I'aurois bien autant gagné.
Dans cette oiſive habitude
Oùje vay m'enſevelir ,
I'auray loin de toute étude
Quelques Pavots a cueillir,
GALANT.
Dans ma pareſſe indolente
Quand je voudray sommeiller ,
Nulle rime embaraſſante
Neme viendra réveiller .
Aprés mille & mille épreuves
De la dureté du fort ,
Si j'en veux encor des preuves..
I'en auray iusqu'à la mort.
Les malheurs qui m'accompagnent
Ont cent incidens divers ,
Par tout où les autres augnent ,
Si ie m'embarque , je perds .
Dans mon bel air de ienneſſe
Iene me plaignois de rien ,
Mes affaires de tendreffe
Alloient par tout affez bien :
Mais de ce plaisir volage
Peut- on ioüir en repos !
Amour a compté mon âge ,
Et puis m'a tourné le dos
22 MERCURE
Dans la tendreſſefineere
Que i'ay pourAmarillis .
Plus i'ay d'ardeur pour luy plaire ,
Plas i'augmenteson mépris.
Ellen'est point équitable.
Mais dois ie m'en alarmer ?
Lors qu'on ceſſe d'eſtre aimable ,
Pourquoyſe méler d'aimer ?
C'est afſſez, il fautserendre ,
Et les deſtins coniurez ,
Sur ce que i'en dois attendre
Se font affez declarez,
Ils entraiſnent ilfautSuivre,
Et ce qui peut fecourir ,
C'est qu'un homme las devivre
Amoins de peine à mourir.
Je vous ay déja parlé de plufieurs
Academies de belles Lettres
, qui ont eſté établies dans
les principales Villes du RoyauGALANT.
23
me. Voicy un détail de celle de
Niſmes. Je vous l'aurois envoyé
plûtoſt , ſans les Articles des
Converfions qui occupant depuis
prés d'un an la plus grande
partiede mes Lettres , m'ontobligé
d'en réſerver beaucoup d'autres
. L'établiſſement de cette
Royale Academie a eſté fait par
Lettres Patentes de Sa Majesté
du mois d'Aouſt 1682. ſous la
protection de Mre lacques Seguier
, Eveſque de Niſmes. Voicy
la Liſte des Academiciens, ſelon
le rang que le ſort leur a
donné.
François Annibal de Rochemore,
Preſident , Juge-Mage , & Lieutenant
General en la Senéchaufſée&
Siege Prefidial de Niſmes .
Joseph de la Baume, Conſeiller
du Roy en la Senéchauffée &
Siege Prefidial de Niſmes.
24 MERCURE
cat.
Jean Saurin , Docteur & Avo
Claude de Roverié, Seigneur de
Cabrieres.
Iean Menard , Preſtre , Prieur
d'Aubort. Il doit bien toſt donner
au Public la Traduction Françoife
des Lettres de Pierre de Blois .
Pierre Cauffe, Preſtre , Chanoine
, ſecond Archidiacre en l'Egliſe
Cathedrale de Niſmes, Vicaire,
General , & Officialde Monfieur
l'Eveſque de Niſmes .
Charles Restaurand , Docteur
& Avocat. 1
Antoine Teiffier , Docteur &
Avocat. On a de luy une Tradu
ction Françoiſe de l'Epiſtre de
Saint Clement aux Corinthiens;
&de la premiere Lettrede Saint
Chryfoftome à Theodore ; les
Eloges des Hommes Illuſtres , ti
rez de l'Hittoire de Monfieur de
Thou ,
GALANT.
25
Thou , avec des Notes de fa façon.
Il a auſſi fait imprimer àParis
quelques Homelies de Saint
Chryfoftome traduites en François
; & il donnera bien-toſt au
Public la Bibliotheque des Bibliotheques
du Pere Labbé,augmentée.
Antoine Rouviere, Docteur &
Avocat.
Claude Maltret , Docteur &
Avocat.
Honoré de Trimond , Preſtre ,
ConſeillerCler en la Senéchaufſée
& Siege Prefidial de Niſmes.
Jean Pierre Chazel , Conſeiller
du Roy ,& Lieuteuant Principal
en la Senéchauffée & Siege Prefidial
de Niſmes.
François Graverol , Docteur &
Avocat. C'eſt luy qui a publié
depuis quelques années des Obſervations
ſur les Arreſts du Par-
Fourier 1686 . B
K
1
26 MERCURE
lement de Toulouſe , recueillis
par le Preſident la Roche-Flavin .
Il fait imprimer actuellement à
Toulouſe un Recueil des Lettres
que le Cardinal Sadolet avoit
écrites au nom du Pape Leon X.
avec quelques Notes de fa facon
. Ileſt l'Auteur d'une Differtation
fur l'Inſcription du Tombeau
de Pons , Fils d'Ildefonſe
de la Famille des Raymonds ,
Comtes de Toulouſe , que l'on
voit parmy les Recherches curieuſes
d'Antiquité , que Monſieur
Spon publia en l'année
1683. Monfieur Graverol travaille
encore à la Bibliotheque ,
du Languedoc, laquelle contiendra
en abregé la Vie des Sçavans
de cette Province, qui ont écrit.
L'Academie luy doit auffi laDeviſe
qu'elle a priſe à l'imitation
de celle de l'Academie Françoiſe.
Σ
GALANT.
27
C'eſt une Couronne de Palme ,
avec ces mots , Æmula Lauri.
*
Loüis de Trimond d'Ayglun ,
Preſtre , Docteur en Theologie ,
Chanoine de l'Egliſe Cathedrale
de Niſmes , Prour de Quinfon ,
& de Belcoüades. Il traduit les
Eloges des Hommes de Lettres
de l'Italien de Lorenzo Graffo.
Pierre Chazel , Procureur du
Roy, en la Senéchauffée, & Siege
Prefidial de Nifmes. Jean Antoine
de Digoine , ſon predeceſſeur
en cette Charge , & qui mourut
en 1684. rempliffoit dignement
une place en la meſme Academie.
François de Faure Fondamente ,
à qui Monfieur Peliſſon a dedié
fon Hiſtoire de l'Academie Fran-
Spife
Jules Cafar de Fain , Marquis
de Peraud , Maréchal de Camp
B2 :
28 MERCURE
aux Armées du Roy. Lors qu'on
fit l'Etabliſſement de l'Academie
, il en fut fait le Secretaire;
mais fon abſence eſt cauſe que
cette Charge eſt preſentement
entre les mains de Monfieur de
Saurin.
Henry Caffagnes , Conſeiller da
Roy Honoraire en la Senéchaufſée
& Siege Prefidial de Niſmes ,
& Treſorier dú Domaine en la
meſme Senéchauffée. Il donnera
au Public dans peu de temps ſa
Traduction Françoiſe du Courtiſan
de Baltaſar Caſtalioni. Feu
l'Abbé Caſſagnes , de l'Academie
Françoiſe, eſtoit ſon frere.
Henry Guiran , Conſeiller au
Parlement d'Orange.
IgnaceDemerés , Preſtre , Chanoine
en l'Egliſe Cathedrale de
Nifmes.
Pierre Petit , Ecuyer , cy - de
GALANT. 29
vant Maréchal general des Logis
de laCavalerie Legere de France.
Les Academiciens Externes
font en petit nombre , mais ils
font tous Gens de diſtinction &
`de merite.
Baltazar Phelypeau , Marquis
de Chaſteauneuf, Conſeiller du
Roy en ſes Conſcils , Secretaire
d'Estat, & Commandeur desOrdres
de Sa Majeſté.
David Brüeys, Docteur & Avo
catde la Ville de Montpelier. Ila
publié une belle Paraphrafe en
François de l'Art Poëtique d'Ho .
race , une Réponſe au Livre de
Monfieur de Meaux , intitulé ,
Expofition de la Doctrine de l'Eglife
Catholique ; & ayant enſuite quitté
le party des Proteſtans , il fic
imprimer l'Examen des Raiſons
qui ont donné lieu à la Separation
des Pretendus Reformez,fait
B 3
30
MERCURE
ſans prevention ſur le Concile de
Trente, ſur la Confeffion de Foy
des Eglifes Proteſtantes , & fur
l'Ecriture Sainte......
Jean-Antoine de Charnes , Prêtre
, & Doyen de l'Egliſe Collegiale
Noſtre-Dame de Villeneuve
d'Avignon. Il a fait la Contrecritique
de la Princeſſe de Cleves;
la Vie de Sainte Roſe ;la derniere
Traduction Françoiſe de la Vie
de Lazarille de Tormes ,& quelques
autres Traductions de Livres
Italiens .
Iacob Spon , Docteur aggregé
au College des Medecins de
Lyon , & à l'Academie des Rid
covrati de Padoue. Il a publié un
Traité De Aris Deorum incognitorum
, l'Histoire de Geneve ; fon
Voyage de Grece, en trois volumes
; les Recherches curieuſes,
d'Antiquitez ; la Recherche des
GALANT.
31
Antiquitez & Curiofitez de la
Ville de Lyon . Aphorismi novi ex
Hippocratis Operibus collectis , avec
des Notes , un Traité des Fiévres
& des Fébrifuges , & un Livre
intitulé , Miscellanea Erudita Ana
tiquitatis , qui vient d'eſtre achevé,
qui contient une tres grande
quantité d'Inſcriptions , de Bas-
Keliefs , & de Statuës antiques,
qui n'avoient pas eſté publiées.
Tout cela ſe trouve à Lyon chez
le Sieur Amaulry Libraire. On
verra bientoſt de luy des Vies
nouvelles des Hommes Illuftres
de l'Antiquité , qui contiennent
celles d'Homere , de Virgile ,
d'Annibal , de Scipion , d'Epaminondas
; de Corbulon , d'Hippocrate
, de Gallien , de Denys, de
Piſiſtrate , d'Epicure , & dequelques
autres , qui n'ont pas été
écrites par Plutarque.
B 4
32
MERCURE
Voicy un Conte nouveau de
Monfieur de la Barre de Tours.
Divers Ouvrages de mesme nature
que je vous ay déja envoyez
de luy , vous ont fait connoiſtre
combien ce genre d'écrire luy
eſt naturel.
LES PESCHEURS,
Ou la Table d'or , Conte tiré de
Diogene Laërce.
LApaſſion laplus trativeffe,
Et qui plus finement segliffe dans
un coeur ,
C'eſt l'amourpropre : & ce tyran
flateur
Eft d'autant plus cruel qu'il est rem
ply d'adreſſe:
GALANT.
33
Ilne cherche que l'intereſt ,
En aveugle, ignorant , fuit lafauffe
apparence
Est trompeur dans ſa fin , menteur
danssa naiſſance,
Et jamais ne découvre un objet tel
qu'il est.
Des autres paffions c'estlasourcefe
conde ,
Etplus d'un Philoſophe écrit que se
tyran
Parmy les paſſions non seulement a
rang,
Mesme qu'iln'est que luy de paffions
aumonde.
Quoy, la Haine , l'Armour , la Peur,
l'Ambition ,
Et le reſte , feront la mefmepaſſion!
Pour en juger qu'on voje avec un
Soin extrême
Le but de chacune ensoy mefme :
Par exemple,d'Amour les traits nous
femblent doux ,
BS
34. MERCURE
Noftre coeurfatisfait un desirdevans
geance,
D'un Ennemy nous craignons la
puiffance,
Faiſons- nous tout cela que par rapport
à nous ວ ນ 2
Cherchons des gens exempts depas
reille foibleſſe ,
Mais ou pouvoir en trouver icybas?
Iln'est plus de Sages de Grece,..
Il n'est plus de Solons, de Thales, de
Bias
Ils font tous morts ; &fi ce n'est
Histoire , sentati
Je voy peu de Contrée où vivent tels
Manan's
Mais quand c'est pourpuiſer quelque
exemple notoire
Pour nos maurs , ou pour nostre
gloire , i
Il faut chercher les Morts au defaut
desVivans.
GAŁANT.
35
: 14
Un Autheur dit , que le long d'un
vivage ,
31
Peu loin d'une Cité qu'on appelloit-
Milet ,
Certains Pescheurs jetterent leur
filet:
Par cas fortuit c'estoit dans lepas-
Jage
De quatre Voyageurs , qui cherif-
Soient beaucoup
Les gros Poiſſons,& je les en revere,
Vieux Poiſſon, jeune chairfaisant la
bonne chere ;
Enfin nos Voyageurs marchanderent
le coup.
Eux & Pescheurs ftipulerent en-
Semble ,
L'argent par les derniers fut d'abord
empochet
A tout hazard , pour eux c'estoit
fort bien pesché ,
Et ce n'est pas toûjours faire un trop
fou marché
B6
36
MERCURE
Quedeferrer l'argent. Lecteur,que
vous en ſemble ?
La Peſche dépendant du fort ,
Lefilet bien souvent de la Riviere
fort
Sans amener lamoindre choſe ;
Mais pourle couples Pescheurs eu
rent tort ,
Et vous verrez qu'en vain l'homme
propofe.
Quandde luy Fortune difpose.
Voyons. Ils sentirent d'abord
Beaucoup de pesanteur; ce qui fai
Soit lajoye
Des Voyageurs. Enfin voicy lax
proye,
QuatreMerlansfür une table d'or,
Quelqu'un dit un trepied, mais ſoit
trepied, foit table,
Ce n'est tout un , puisqu'il est veritable
Que l'un ou l'autre estoit d'or, &
d'or deducat.
GALANT
37
37
Entre nos gens il furvint un debat,
Les Peſcheurs vouloient l'or ; à nos
gens de Voyage
L'or auſſi ſembloit bon ; on dispute,
onse bat. 4
Lefait (ilfaut tout dire) estoit tres--
delicat;
Les Peſcheurs enflamezd'avarice&-
de rage
Disoient aux Voyageurs. Les Merlans
ſont pour vous ,
/ C'eſt là voſtre Poiffon ,vousn'avez
autre affaire
Achercher dans nos rets. Letre--
pied eſtà nous.,
A
Difoient les Voyageurs. PayantvVôOtre
ſalaire
Comme nousl'avons fait ; & l'or
&le Poiffon
Sont ànousjuſtement; vous pou--
viez ne rien prendre ,
Le coup eſtant payé , nous perdions
la façon ,
38
MERCVRE
A
Nous ne pouvions nous endéfendre.
Mais pour finir tousincidens ,
Si vous avez defir de manger des
Merlans
(Quoy que ceux - cy ſoient noſtre
Peſche )
Nous vous les cedons de bon
coeur ,
Mangez , rien ne vous en empelche.
:
Ils prirent ce discours pour un propos
moqueur ,
Et jurant que la table iroit devant
l'Oracle ,
Porterent sans remise aux Juges de
Milet ,
Ce beau coup de filet.
D'abord on le fit leſpectacle
Des grands & des petits. A Delphe
on le porta ,
Oùſans estre ambigu, l'Oracleclara
Que les Dieux destinoient ce preſent
auplusfage.
GALANT.
39
On n'attendit pas davantage
A le presenter à Solon.
Solon n'en voulut point , à Bias ille
donne;
Bias qui se croyoit moins fage que
* personne ,
-Se croit auffipeu digne de ce don
-L'offre àThales,Thalés s'excuse,
Et le donne à quelqu'un encor qui le
refuse
- Enfin on le rend au premier ,
Quifait comme afait le dernier.
Il s'aviffa pourtant d'une prudente
adreffe
: Queluy suggerasafageſſe.
Si c'eſt pour le plus fage il n'eſt
point de milieu ,
Dit-il , c'eſt à l'Oracle àquimon
coeur l'adreſſe ;
Eſt- ilrienicybasde plus ſageque
Dieu ?
Sans moraliſer davantage ,
Ie voudrois qu'à quelqu'un on portát
aujourd'huy
40
MERCURE
La table d'or,comme au plusſage;
Quelqu'inſenſé qu'ilfust, je zage
Qu'il ne manqueroit pas de la gar
der pour luy.
Le 27. du mois paſſeMonfieur
de Terre ſoûtint une Theſe dédiée
àMonfieur le Duc de Bourbon
, & s'en acquitta avec beaucoup
de ſuccés. Monfieur l'Abbé
le Pelletier , Cadet de Monſieur
l'Abbé le Pelletier qui preſidoit
à cet Acte , tous deux Fils
de Monfieur le Controlleur General
, ouvrit la diſpute par un
Diſcours qu'il fit à l'honneur de
ce jeune Prince. Il y fit entrer
l'Eloge des Heros de l'Illuftre
Maiſon de Condé,& parla avec
une netteté & une éloquenceque
tout le monde admira: On
applaudit fort le Soûtenant. Ses
Réponſes furent juſtes , & il n'y
GALANT.
4
eut point de difficulté qu'il ne
reſoluſt. Il eſt Fils de Monfieur
du Tertre , l'un des plus celebres
Chirurgiens de Paris , & quia
toûjours eſté entierement attaché
au ſervice des Princes qui
portent l'auguſte Nom de Con-
- dé. L'Acte ſe fit dans les Ecoles
- de S. Thomas , les plus ſpacieu-
- ſes del'Univerſité, & qui avoient
- eſté choiſies exprés à cauſe du
grand nombre de perſonnes
qu'on y avoit invitées. La Sale
eſtoit ornée de riches Tapiſſeries
, & éclairée de quantité de
Luftres de criſtal ,dont les lumieres
faifoient un tres- agreable
effet. On avoit élevé ſur la droite
un Dais magnifique , ſous lequel
eſtoit la Theſe , dans un Cadre
d'un gouft fort particulier. Il y
avoit auſſi une Eſtrade couverte
d'un tres beauTapis de Perſe , &
42
MERCURE
د
fur laquelle eſtoit un Fauteuil ,
preparé pour Monfieur le Duc
de Bourbon. Monfieurle Nonce
du Pape aſſiſta à cette Action
ainſi que pluſieurs Prelats , & un
nombre infiny de perſonnes des
plus diftinguées de Paris. le vous
envoye la Traduction de l'Epître
quiestoit au bas des Theſes , addreſſée
à Monfieur le Duc de
Bourbon.
ONSEIGNEUR ,
M Pendant que la Cour estoit
encore occupée à celebrer par mille
fortes de divertiſfemens lafolemnité
de vôtre auguste Mariage , la Phitofophie
auroit craint avec raiſon
de paffer pour nne importune , fi
avec ce visage triste&ferieux que
vous luy connoiffez , elle sefust avi.
fée de venir alors se preſenter devant
vous , & de vous interrompre
GALANT.
43
mal àpropos au milieu des réjoüiffances
de Marly , de Chambor &
de Fontainebleau. Elle a crû devoir
garderplus de mesures avecunjeune
Prince , dont elle a tant de ſujet
deſe lover , & qui dés ſes premie-
-res années n'a point eu deplus grand
plaisir que de la cultiver & de luy
- plaire. Ellen'ignore pas neanmoins,
MONSEIGNEUR , que vous estes
d'une illuftre Maison , où elle ne
fut jamais regardée comme Etrangere
, ny rebutée comme importune.
Peut-estre mesme qu'elle pourroit
Se glorifier avec justice d'avoir
aidé à former & à perfectionnner
en vous cet esprit excellent , qui a
paru autrefois avec tant d'éclat
dans les Ecoles , &quisefait maintenant
unfi grand nombre d'admirateurs
à la Cour.
Souffrez donc , s'il vous plaiſt,
MONSEIGNEUR , qu'elle ose enfin
44
MERCURE
paroiſtre devant voſtre Alteffe Se
reniſſime. Vous luy trouverezun air
bien different de celuy qu'elle avoit
autrefois , lorsque vous faifiezgloire
d'estre fon Difciple. Ellewa garde,
Jans doute , de s'imaginer que vous
ayez encore besoin de ses Enfeignemens,
Vous qui dans laperſonne
du plus grand Roy du Monde , pouvez
découvrir d'un coup d'oeil , tout
ce qu'une multitude onoreuſe de pre.
ceptes auroit peine à vos apprendre.
C'est en Suppliante qu'elle se prefente
aujourd' huy devant Vous heureuſe
de pouvoir executer ce qu'elle
a de tout temps desiré avec tant
d'ardeur , c'est à dire de fe confacrer
absolument àvostre Alteſſe Se.
reniffime , & de luy offrir ſes treshumbles
obeiſſances. Mais si celuy
qui a maintenant l'honneur de luy
fervir d'Introducteur auprès de
Kous , & de la faire parler , oze
GALANT.
45
prendre la liberté de Vous parlerun
moment pour luy - mesme , il vous
dira , MONSEIGNEVR , qu'il est
Fils d'un Pere entierement devoüe
àvostre illustre Maison , d'un Pere
que Monseigneur le Prince vôtre
Ayeul ,&Monseigneur le Ducvô
tre Pere , ont comblé de bienfaits ,
& qui se trouvant dans l'impuisfance
de répondre aux bontédont ils
l'honorent , a voulu au moins par
cette Action publique , témoigner le
mieux qu'il luy a esté poſſible , le
profond respect &l'eternelle reconnoiſſance
qui l'attachent à vous ,
MONSEIGNEUR , & àvostre auguste
Maison. Iefuis
MONSEIGNEUR ,
De V. A. S.
Le tres-humble & tres-obeïſſant Serviteur
, P. L. DU TERTRE.
Meſſire Loüisde la Tremoille,
46
MERCURE
Comte d'Olonne , Baron d'Af.
premont , mourut icy le 5. dece
mois , à l'âge de ſoixante ans . Il y
avoit fort long - temps que les
goutes qui le tourmentoient
cruellement , ne le laiſſoient pas
en pouvoir de quitter la chambre.
Il eſtoit Fils de Meffire Phi
lippes de la Tremoille , Comte
d'Olonne , Senéchal de Poitou ,
& avoit épousé Catherine Henriette
d'Angennes de la Loupe ,
Soeur de Madame la maréchale
de la Ferté , dont il n'a point eu
d'Enfans. Cette mort a rendu
Monfieur le Marquis de Royan
ſon Frere , Chefd'une branche
Cadette de la Maiſon de la Tremoille.
Dame Marie Henriette Poncher
, Femmede Monfieur Val
lot Seigneur de Maiguan , Gonfeiller
au Grand Confeil , eft
GALAN T.
47
. morte environ dans le meſme
temps.
L'Ouvragequiſuit meritebien
que vous le liſiez. On nem'en a
point nommé l'Autheur. Je ſçay
ſeulement qu'un de ſes Amis
l'ayant prié de faire des Vers ,
pour justifier une inconſtance
dont l'accuſoit ſa Maiſtreſſe , il
luy envoya ceux- cy pour s'en
excufer.
A TIRSIS ,
VERS LIBRES.
N
Aclimene, à Daphné, vous con
tez lafleurete,
L'une& l'autre , Tirfis ,Soupçonnent
voſtrefoy .
Il faut justifier vostre humeur trop
coquette,
- Et vous me donnez cet employ.
48 MERCURE
Pour vous, m'avez vous dit, iln'est
rien plus facile ,
Vostre Muſe à celaſuffit.
Si poury réüffir elle est afſſez habile,
Quelle part auray-je auprofit?
Vous voulez que je tende unpiege
A de trop credules appas.
Répondez-moy da moins de quelque
privilege ,
Gratis je ne l'entreprens pas .
Quand vous aurez trompé la
Belle,
Vous pourrez me tromper auffi;
Mes Vers auront eu beau vous fervir
auprès d'elle ,
Vous les payerez d'un grandmercy.
Vostre legeretéparoištra legitime ,
Voilà ce qu'ils auront produit.
Quand
GALANT.
49
Pour moy, j'en auray tout le crime
Quand vous en aurez tout le
fruit.
Non, je ne puis souffrirvostre libertinage
,
Aimez,mais aimez comme ilfaut.
Par tout, comme il luy plaiſt , quand
un coeurſe partage ,
En amour c'est un grand defaut.
Pour Daphnéle voſtreſoûpire,
Mais à Climene aussi vous adres-
Sez des voeux.
Cher Tirfis,vous avezbeau dire,
De ſemblables ſoûpirs mesemblent
fort douteux.
Qui s'y fie est trompé ; quand voſtre
coeur ſe donne ,
De ce don vous estes jaloux.
Comment peut - il estre à per-
Sonne
Fevrier 1686. C
so
MERCVRE
S'il demeure toûjours à vous ?
Pour la plus aimable Maiſtreſſe,
Coment garderoit- ilquelquefidelité,
Si ce qu'il montre de tendreſſe
N'est qu'un effet de vanité ?
D'un Coquet le vray caractere,
C'est de feindre en tous lieux qu'il
Se trouve charmé.
Quelquessoins qu'il prenne pour
plaire,
Il ne veut que paroiſtre aimé.
A dire des douceurs sa bouche est
toûjours preſte ,
Vous levoyez toûjours errant ;
Mais il compte pour rien la plus
belle conquefte ,
Si l'on ne sçait qu'il est le Conquerant,
Volage , il eſtſouvent parjure ,
GALANT.
51
Ces deux nomsſeſuivent deprés,
L'amour propre , à l'amour croit-il
faire une injure
Pour conferverſes interests ?
Il n'est rien qu'il ne facrifie
S'il croit sefatisfaire au dedans,au
dehors.
Tout crime par l'éclat chez luy se
justifie ,
Jamais Coquet n'eut de remords.
Vous devez à ces traits, Tircis ,vous
reconnoistre ,
Aflez au naturel ils font vôtre Portrait.
:
Corrigezvostre coeur,le mal pourroit
s'accroiſtre ...
Et quelque jour vous en auriez
regret.
ConfultezfonpanchantfurDaphne,
Sur Climene , دمحم
C2
52
MERCURE
Que l'une ait voſtre estime,& l'autre
vostre amour.
Enſuivant ce conſeil vous deviendrez
fans peine
Amant fidelle à voſtre tour.
Je vous ay ſouvent parlé des
Remedes Specifiques que Monſieur
le Prieur de Cabrieres avoit
donnez au Roy ; du Secret que
Sa Majeſté avoit promis pendant
la vie de ce ſçavant Homme , &
de la peine qu'Elle ſe donnoit de
travailler Elle-meſme à la com .
poſition de ces Remedes . Vous
ſçavez la mort de ce Prieur , &
que depuis ce temps-là le Roy a
fait preſent au Public de ſon Secret
touchant les Defcentes . Ie
vous envoye tout ce qui regarde
ce Remede , ſa compofition , &
la maniere de s'en ſervir. Vous
pouvez compter ſur ce Memoire,
GALANT.
53
auſſi ſeurement que ſi vous voyiez
les Originaux qui ſont entre les
mains de Sa Majeſté . Ce qui a pu
meriter l'application d'un ſi grand
Monarque , merite bien d'aller
dans voſtre Province , où l'on
pourroit ne ſe pas ſervir de ce
Remede, faute d'en avoir la connoiſſance.
Les choſes qui concernent
la ſanté , ſont à préferer aux
nouvelles les plus agreables & les
plus curieuſes ; & c'eſt ce qui
m'a engagé à mettre icy cet Article.
C3
54
MERCURE
REMEDE DU PRIEUR
de Cabrieres pour les Defcentes
, donné au Public
par la bonté du Roy, dont
les Originaux font demeurez
entre les mains de Sa
Majefté.
A Dose est differente selon les
Lages, quoyque le Remede fois
le mesme ; & pour les Enfans à la
mamelle , bien quele bandage Seul
les gueriffe ,le Prieur de Cabrieres
ne laiſſoit pas de leur en donner , &
preparer Son Remede à la maniere
Suivante.
Depuis deux ans juſques à fix.
Prenez de bon esprit de ſel bien
rectifié trois ou quatre goutes ; mê.
lez-les dans une cuillerée ou deux
GALANT.
55
de vin , & la faites avaler tous les
matins à jeung vingt &un jours de
fuite.
Depuis fix ans juſques àdix .
Prenezquatre fcrupules de bon
esprit de ſel ; mêlez -les fort exaêtement
dans une chopine de bon vin
rouge , & en preneztous les matins
environ la quantité de deux onces ,
en telle forte que cette Dofe dure
pourſept jours , aprés lesquels vous
renouvellerez le Remede , juſques à
ce que vous en ayez pris vingt-un
jours defuite.
Depuis dix ans juſques à
quatorze.
Prenez deux gros du mesme efprit,
fur une chopine de vin rouge.
Depuis quatorze ans juſques à
dix- fept .
Prenez deux gros & demy du
mesme esprit , ſur une chopine de
vin rouge.
C 4
56 MERCURE
Depuis dix- sept ans , &durant
toute la vie au delà.
Prenez cing gros d'esprit de ſel ,
Sur une chopine de vin rouge.
Recepte de l'Emplaſtre.
Prenez du maſtic en tarme,demie
once.
Ladanum , trois dragmes .
Trois noix de Cyprés bienfechées.
Hypocystis , une dragme.
Terre figillée , une dragme.
Poix noire , trois onces .
Terebenthine de Venize,une once.
Cire neuve jaune , une once.
Racine de grande conſolde fechée
, demie once.
Pulverisezce qui ſe doit pulveri
Ser , &faites cuire le tout en remuant
toûjours , jusqu'à ce qu'ilsoit
réduit en bonne conſfitence d'Emplaftre
, pour vous en fervir comme il
s'enfuit .
GALANT.
57
MANIERE DE TRAITER
les Defcentes.
१ ১
La faut avoir un bon Bandage
,
-
tre une Emplaſtre ſur la rupture ,
& deux s'il est neceſſaire , aprés
avoir rasé le lieu où on la doit
mettre.
Il faut prendre le remede à
jeun. :
Il faut battre la bouteille a
vant que de verſer le vin dans le
verre.
Il faut aprés en mettre trois
doigts dans le verre & l'avaler.
Il ne faut ny boire ny manger
que quatre heures aprés avoir pris
le remede.
Il faut en prendre vingt- un
jours; s'il fait mal à l'estomach
C
:
58
MERCURE
onpeut estre un jour fans en prendre
, & mesme deux en cas de be-
Soin.
Pendant qu'on prend le remede
, il faut porter le Brayer jour &
nuit ; ne jamais s'affeoir.
Eſtre toûjours debout ou couché
marcher beaucoup , n'aller point à
Cheval, en Caroffe , ny en Charette;
aller toûjours àpied ou en Bateau
, nefaire aucun excés de bou
che , ny autres.
Il faut porter le Brayer trois
mois aprés, les vingt-un jours dis
Remede jour & nuit .
Ilne faut monter à Cheval qu'aprés
les trois mois ; & quand ony
montera , il faut encore porter le
Brayer autant qu'on croira en avoir
besoin pour laiſſfer affermie la
partie.
Ce Remede nous doit faire re
marquer trois choiſes , qui font
1
GALANT..
$9
fort glorieuſes au Roy ; la bonté
qu'il a euë de le vouloir apprendre
du Prieur de Cabrieres ; la
peine qu'il a priſe de le compoſer ,
&ſes ſoins àbien éclaircir le Public
de tout ce qui entre dans ſa
compoſition , & de la maniere
dont chacun s'en doit ſervir. Elles
ſont plus dignes de loüanges ,
&de faire faire des reflexions fur
l'extréme bonté de ce Prince ,
que mille actions qui paroiſſent
éclatantes . Le caractere & l'employ
de la Souveraineté , engagent
les Rois à faire ſouvent les
grandes choses ; mais defcendre
ainſi dans celles qui regardent le
particulier , & la ſantéde leurs
Sujets , c'eſt ce qui éleve encore
ceux qui font déja audeſſus des
Rois ,& ces petites choſes deviennent
extremément grandes , ſe--
- lonle rang de celuy qui conſent
a
C6
60. MERCVRE
à s'abaiſſer pour les avantages de
ſon Peuple. Un des Officiers de
ſanté du Roy , m'a aſſeuré que ce
Monarque avoit guery plus de
mille Perſonnes par ce Remede
forty de ſes mains Royalles , &
fait par ces meſmes mains. Eſt- il
bonté , charité & zelle pareil ?
Quoy qu'il l'ait rendu public , &
que chacun le puiſſe faire chez
foy, ces fortesde compoſition ne
laiſſent pas d'eſtre difficiles pour
les perſonnes qui ne font point
da métier. Il faut de la connoifſance
, il faut de la pratique , &
ainſi il est bon d'avoir recours à
ceux qui font leur principal employde
la compoſition des Remedes.
Monfieurde Rouviere, Apoticaire
des Champs & Armées de
Sa Majesté , & qui eſt le mefme
qui l'Eté dernier fit luy ſeul la
Theriaque , dont on parle par
GALANT. 6-1
tour le Royaume , à cauſe des,
• bons effets qu'elle produit tous
les jours , a une ſi grande prati-.
que de ce qui concerne ce Re--
mede donné par Sa Majesté ,.
qu'il eſt ſouvent obligé d'en recommencer
la compoſition..
Puifque nous ſommes ſur le
chapitre de la ſanté , qui eſt ce
que l'homme a de plus precieux,
tant pour ſoy qne pour tout ce .
qui le touche , je croy devoir .
vous parler icy d'un Livre intitulé
, La pratique des Accouchemens,
Soûtenue d'ungrandnombre d'Obfervations
, composée par Monsieur
Portal Maistre Chirurgien Iuré. On .
a fait , & l'on fait encore tous les
jours quantiré de Livres remplis
de fort beaux raiſonnemens , &
de beaucoup de choſes qu'il eſt
impoſſible , ou du moins fort difficile
de bien faire entendre :
2
62
MERCURE
quand on ne les a pas pratiquées.
Quelque ſçavant que l'on foit on
ne marche que dans des tenebres,
& l'on donne ſouvent pourdes
veritez , des conjectures douteuſes.
Ainſi un Livre ſoûtenu d'experiences
, comme l'eſt celuy de
Monfieur Portal , eſt beaucoup
plus intelligible ,& fait agir avec
moins de riſques ; & dans ces fortes
d'affaires , il eſt auſſi beaucoup
plus avantageux de ſe ſervir d'un
Homme qui s'eſt rendu ſçavant
par une longue pratique.
On a écrit d'Avalon , Ville de
Bourgogne , que Mademoiselle
du Puis d'Autigny , âgée de quinze
ans , tres belle & bien faite , y
a pris l'habit de Religieufe dans
le Convent des Filles de Sainte
Marie. Elle eſt Fillede Monfieur
le Comte d'Autigny , & petite
Fille de feuë Madame du Puis,
GALANT.
63
qui a eſté Gouvernante de la
Reine de Portugal,& de Madame
la Ducheſſe de Savoyela Doüai--
riere. La Ceremonieſe fit le 14.
du mois paſſé . Cette jeune Demoiſelle
ſurprit toute l'Affemblée
, par la fermeté avec laquelle
elle renonça au monde. Sa modeſtie
eſtoit égale à ſa joye ,& tour
ſon viſagedonnoit des marques
d'une veritable vocation. Monſieur
de Converſet Docteur de
-Sorbonne.Archidiacre de Vezelay
, & l'un des Chapelains de
Madamela Dauphine , luy fit un
tres beau Diſcours , qui luy attira
- de grands applaudiſſemens . Il a
travaillé tres-utilement à la converfion
des Pretendus Reformez
de Vezelay ,& de pluſieurs Maifons
de Nobleſſe des environs.
L'Air nouveau que je vous
envoye , eſt d'un de nos plus
.
64 MERCVRE
habiles Maiſtre. Vous le connoiftrez
en le chantant .
AIR NOUVEAU.
Vandle Printemps dans les
champs nous appelle
Pour refpirer les doux Zephirs ,
Cen'est pas la faiſon nouvelle
Quifait nos plus charmans plaifirs.
Pour les Amans le temps eft toûjours
beau ;
Si tu veux me croire , Lyſette ,
Prens ta Musette ,
Ie prendray mon Chalumeau ,
Et tu verras qu'en Hyver , ma Bru--
nette ,
Nous pourrons dans le Hameau
Folaſtrer comme ſous l'Ormeau.
Tantde Gens ſe plaignenr du
Mariage , que les Vers que vous
:
GALANT. 65
allez lire, doivent eſtre d'un gouft
general . Je n'en connois point
l'Authear. le ſçay ſeulement
qu'on les a fort eſtimez icy , &
quepluſieurs Connoiffeurs ſe ſont
empreſſez pour en avoir des
Copies.
SUR LE MARIAGE .
Non,je
ne fcray pas ce qu'on
que je faſſe ,
Et deuſſent ſucceder cent maux à la
menace ,
Deuſſent tous mes parens me priver
de leur bien ,
Me marier, bons Dieux ! nonje n'en
feray rien.
Mon repos m'est plus cher que tout
leurheritage ;
On le perd au moment qu'on se met
enménage ,
Ie veux le conferver jusqu'à l'exi
trémité.
66 MERCURE
L'Epoux le moins àplaindre estun
hommegâté.
Quoy , s'attacher toûjours àlamesme
perſonne!
Ne la pouvoir quitter que la mort
ne l'ordonne !
Eſtre forcé d'oüir un babil odieux !
S'entendre contredire à toute beure,
en tous lieux !
Eſſuyer une humeur bizare & querelleufe!
Avoirà contenter nne ame ambis
tieuse !
Ah, c'est trop de tourment pour pouvoir
estre heureux ,
Et trop d'abaiffement pour un coeur
genereux.
L'Hymen avec la ioye a tant d'antipatie,
Qu'il n'a que deux beaux jours ,
l'Entrée & la Sortie ; 4
Si l'on en trouveplus , c'est par un
cas fortuit 3
GALANT. 67
I en a cent mauvais , pour une bon
ne nuit .
Tircis dit que penſer aux douceurs
du Veuvage ,
C'est le plus grandplaisir qu'en reçoit
l'hommeſage ,
Que ceport defalutfait son affec
tion .
Qu'il emprunte de làſa confolation,
Et que fans cet espoir il n'est point
d'avantage
Qui le pust engager au joug du
Mariage.
Mais belas ! quelplaisir d'attendre
Son bonheur
D'un coup , dont le trépas peut feul
estre l'autheur ; 3
Et s'il differe trop , d'en pester dans
Son ame,
Et de mourir centfois , devoirvivre
Iem
une femme!
m'aime trop , Damon , pour vouloir
m'exposer
68 MERCURE
A ces tristes deſirs que l'Hymen ſçait
caufer.
Bans , Articles , Contrat , n'ont jamais
pû me plaire.
L'estime un bon Curé , ie priſe un bon
Notaire';
Mais qui peut approuver leurs Actes
inhumains ?
On est perdu d'abord qu'on tombe
entre leurs mains ;
Iln'est pointfous les Cieux de telle
piperie
Pour un mot , ces gens làvvoouuss. brident
pour lavie.
On n'a pas plutoſt dit le malheureux
Oüy
Que tout cequi charmoit ,ſe trouve
évanoüy.
L'amour comme l'éclairqui traverſe
lanuë2
Se paſſe en ſe perdant , dés que la
choſe eſt devë ;
Et l'onne peut unir , que l'on ne foit
jaloux ,
GALANT.
69
Les façons de l'Amant àcelles de
l'Epoux .
Point donc d'engagement d'une telle
nature ,
Le nom d'Epoux estfade, &demauvais
augure ,
Son employ, c'est bienpis ; il causede
l'ennuy ,
En moins de quatre iours , au plus
zelé pour luy ,
Et l'épreuve fait voir , que prenant
une Femme
On s'érige en Forçat qui va tirer la
rame.
Seigneur , preferve moy d'un estat fi
fâcheux.
Vive la liberté, c'est l'estat que je
veux.
Estes-vous bien auprés d'Aminte, ou
de Silvie ?
Vous les pouvez aimer s'il vous en
prend envie ;
Et quand vous eſtes las de leurfaire
la cour ,
1
70
MERCURE
Vous pouvez à Climene attacher
vôtre amour.
Hors du cruel Hymen , on n'aime
point parforce ; C
Sans congé de Justice , on rompt , on
fait divorce ;
On gouverne fon coeur felon fon bon
plaisir ,
Les cheminsſont ouverts,on n'a qu'à
bien choiſir.
Quand on est marié , centſujetsfe
preſentent ,
Ou l'ardeur diminuë ou les froideurs
augmentent ;
Le tropde libertén'aqu'un fâcheux
retour ,
Onse laſſe aisément deſe voir chaque
jour ;
Rien alors de nouveau ; plus alors de
mistere ;
Plus de douceur ,sinon quelque douceur
amere;
On est comme abismé dans un gouffre
profond ,
GALANT.
71
1
Dont on ne peut trouver la rive ny
le fond.
Veut- on toûjours s'aimer,&sefaire
careffe?
Qu'on s'en tienne aux beaux noms
d'Amant & de Maiſtreſſe .
Lorsque l'on fait l'amour , on veut .
toûjoursſe voir ,
Son ardeur adoucit la peine & le
devoir.
A- t- on quelque defaut on fait tout
Son possible
Pour empeſcher du moins qu'il ne
Soit trop viſible ;
Mais est- on marié, l'on nese cona
traint plus ,
Tous les foins qu'on a prisparoiſſent
Superflus ;
On devient negligédés la premiere
année,
Clindor estoit fort propre avant ſon
Hymenée;
- Tous ſes ajustemens nefaisoientpas
un ply ;
72
MERCURE
1
C'estoit un aimable homme , un ga
lant accomply ;
Il ne lavoit fes mains que d'Eauroſe
ou d'Eau d'Ange ;
Sa Perruque &Ses Gands n'étoient
que Fleur d'Orange ;
Il répandoitpar tout la joye &les
douceurs ,
De la mesme façon que les bonnes
odeurs .
Mais depuis fonHymen, que de Metamorphofes
Pervertiſſent en luy les plus aimables
choses !
Ce Berger qui charmoit les ſens &
les eſprits ,
Sent maintenant le buoc , au lieu de
l'ambre gris ;
Iln'a plus d'enjoüement , plus aucun
Soin de plaire ;
Ilfemple avoir toûjours enteſte quelque
affaire;
Apeine en quatre jours prosoncet-
il un mot ;
Il
GALANT.
73
Il nefait quereſver; enfin il est tout
fot.
Qui recourt à l'Hymen, court grand
risque de l'estre ;
En ce cas le Mary n'est pas toûjours
le Maistre ;
Son pouvoir nesçauroit détourner ce
malheur,
Si l'on ne m'en croit pas , il est certain
, Seigneur ,
Que iepourrois nommer tant la cho
Se est publique ,
Il est declaréfot par Arrest auten
tique.
Liſisl'est comme luy ; Licas l'est en
Secret;
Sije les nommois tous ie n'auroisjamais
fait.
Il faudroit remonter jusqu'au premier
des hommes ,
Et voir si le Serpent ne le trompa
qu'en pommes .
Pour moy , qui ne veux point courir
un tel danger ,
Fevrier 1686 . D
MERCURE
74
74 Ie fuis le Mariage , & ny veux
pointfonger.
Ieſçay qu'on ne voit point fous ſes
loix , dans cet age,
DeBergere , d'espritsi modesté &fi
fage ,
Qui leſſe avec le temps d'estre Femme
de bien ,
Ne donne quelque atteinte à ce rude
lien ;
Ieleſçay des Bergers de plus d'une
contrée,
Et iel'ay mesme appris de Zelie, &
d' Aftrée.
Deſifâcheux avis m'ont jetté dans
l'effroy ,
Iamais on n'entendra parler d'Hymenpourmoy
.
Quedis-je ,belas !
jefens qu'ilfaut
Queiem'y rende.
A
Le Ciel me met dans l'ame une
frayeur plus grande;
Il neforce perſonne àce joug importun
;
GALANT.
75
Mais il damne celuy qui vitfur le
commun.
Quelque averſion qu'on ait
pour le Mariage , il n'y a perſonne
qui puiſſe éviter un engagement
quand l'Amour s'en méle;
mais peut- eſtre n'en a - t'il jamais
formé par une voye auſſi
extraordinaire que celle dont il
s'eſt ſervy pourunir deux coeurs,
que rien enſuite n'a pû diviſer.
L'Avanture qui a fait cetteUnion
•des circonstances aſſez ſingulieres
, pour meriter d'avoir place
parmy les Nouvelles de ce mois,
Un homme ſans Marquiſat, mais
qui prend pourtant la qualité de
Marquis , ayant entretenu pluſieurs
fois une jeune Demoiselle
qui ne manque ny d'eſprit ny de
beauté , luy trouva tant de merite
, que mettant fon bon-heur
D 2
76 MERCURE
dans l'avantage de s'en faire aimer
, il reſolut de n'épargner
rien pour y reüſſir. La conqueſte
eſtoit aſſez difficile à faire. Quoy
qu'elle n'euſt pas encore dix- huit
ans , elle avoit affez entendu
parler du peu de bonne foy
qu'ont les hommes quand il s'agit
de dire qu'ils aiment , pour
eſtre perfuadée que les douceurs
ſont pour eux des lieux communs
,&qu'en proteſtant le plus
violentamour ils ne ſentent rien
de tout ce qu'ils diſent. Ainſi le
Marquis eut beau employer les
expreffions les plus engageantes
&les plus perfuafives,elles voulut
delongues épreuves,& ce ne fut
qu'à force de foins , recens quelquefois
avec affez de froideur ,
qu'il vintenfin à bout de luy faire
croire qu'il avoit le coeur veritablement
touché. Elle n'en fut
GALANT. 77
pas plûtoſt convaincuë , qu'elle
ceffa de s'oppoſer au penchant
qu'elle avoit d'abord ſenty pour
luy. Il eſtoit bien fait de ſa perfonne
, & affez de qualitez eſti
mables le rendoient digne des
fentimens qu'il luy inſpira. Us
furent finceres , & d'autant plus
tédres , qu'aprés avoir long-temps
combatu , elle abandonna fon
coeur fans nulle referve àce que
Famour a de plus flateur. L'aveu
qu'elle luy en fit , fut accompagné
de toutes les aſſeurances
qui pouvoient le fatisfaire , &
rien n'auroit approché de fon
bonheur fi à force d'en joüiril ne
s'en fuſt fait une habitude qui
diminua beaucoup de ſon ordinaire
empreſſement. Le bien
qui luy eſtoit ſeur n'eut plus pour
luy les meſmes appas & en
laiſſant languir fon amour , il
D 3
78 MERCURE
ouvrit les yeux fur le merite d'une
jeune Blonde , Amie de la belle ,
en qui juſque là il n'avoit rien
trouvé de touchant.Il commença
à luy parler plus ſouvent,& d'une
maniere plus obligeante qu'il
n'avoit accoûtumé , & la choſe
alla fi loin , qu'aprés luy en avoir
fait ſouvent la guerre en riant ,
la Belle luy en marqua un veritable
chagrin . Il plaiſanta fur ſa
> jalousie ,& non ſeulement il ne
changea point de ſentiment pour
la belle Blonde , mais il luy rendit
quelques viſites , dont il fit miſtere
à ſa Maiſtreſſes Jugez de ſon
déplaifir quand elle en fut avertie.
Elle luy en fit mille reproches
, & la fatisfaction qu'elle
en receut ne répondant point à
ce qu'elle avoit ſujet d'attendre
de ſon amour , elle ne vit qu'un
party à prendre.Ce fut de rompre
GALANT. 79
avec ſon Amie,& d'oſter par là
à ſon Amant les occaſions de la
chagriner. Elle prit un pretexte
aſſez leger pour ſe broüiller avec
elle , & l'ayant pouſſée fort vivement
ſans luy parlerdu Marquis,
elle la pria de la laiſſer en repos,&
de finir un commerce qui n'avoit
pour elle aucun agrément. Le
Marquis au lieu d'entrer dans ſes
intereſts avec autant de chaleur
qu'elle ſe l'eſtoit promis , prit
en quelque forte le party de ſon
Amie , & fit ce qu'il pût pendant
quelques jours pour obtenir
d'elle qu'elle conſentiſt à la
revoir. Tous ſes efforts furent
inutiles . Elle proteſta qu'elle
avoit rompu avec cette Amie,
pour ne renoüerjamais, & dit au
Marquis que s'il ne rompoit luymeſme
avec elle, il devoit ſe preparer
à voir la plus forte haine
D 4
80 MERCURE
fucceder à fon amour. La menace
étonna peu leMarquis. Il con
tinua derendre des ſoins àla belle
Blonde , qui pour ſe vanger de
l'injuſte & bizarre changement
de ſon Amie , n'oublia rien de ce
qu'elle crut capable de luy oſter
ſon Amant. Elle y reüffit par mille
manieres tendres qu'elle affecta
pour mieux l'engager , & qui
l'obligerent de la preferer à ſa
premiere Maîtreſſe. On ne ſcauroit
exprimer le deſeſpoir où fur
cette aimable Fille, lors qu'elle
ſe vit trompée malgré la précaution
qu'elle avoit priſe de n'abandonner
ſon coeur à l'amour
qu'aprés des épreuves qui luy
répondoient pour le Marquis
d'une fidelité eternelle. Elle luy
parla , & fes efforts pour le ramener
ayant eſté ſans effet , elle
l'aſſeura d'un ton fier & emporté
GALANT. 81
qu'il devoit tout craindre d'elle,
& que puiſqu'il la forçoit à étoufer
fon amour , il n'eſtoit aucuns
moyens , quelque violens qu'ils.
fuffent , qu'elle ne tentaſt avec
plaiſir pour le punir de ſa perfidie.
Le Marquis luy répondit froidement
que puiſque ſa vie n'eſtoit
pas en ſeureté avec elle , il fuiroit
les lieux où il croiroit pouvoir la
trouver. En effet il ceſſa entierement
de la voir, & ce mépris luy
fut ſi ſenſible , qu'eſtant incapable,
de ſe poſſeder , elle n'écouta
que ſon deſeſpoir. Elle crut qu'un
homme qui la trahiffoit ſi lachement
eſtoit indigne de vivre,
&s'eſtant munie de deux Piſtolets
de poche , elle alla un jour
chez luy d'aſſez bon matin pour
le ſurprendre avant qu'il fuſt hors
du lit. Le Logis luy eſtant connu,
elle monta dans ſa Chambre fans >
DS
82 MERCURE
avoir trouvé perſonne qui puſt
l'aller avertir qu'elle avoit à luy
parler.Elle entra tout doucement,
& entr'ouvrant un rideau , & voyantun
home qui dormoit la teſte
tournée de l'autre coſté, elle reſo.
lut d'executer ſa vangeance , ſans
s'expoſer, à recevoirde nouvelles
marques de ſon mépris. Elle prit
un de ſes deux Piſtolets &le tira,
mais comme ce fut d'une main
tremblante , le coup porta contre
la muraille. Elle tenoit déja
l'autre Piſtolet , & ſe preparoit à
le tirer , mais le Dormeur s'étant
éveillé au bruit , & ayant hauffé
la teſte , luy fit tomber ce Piſtolet
de la main , en luy montrant
un viſage qui n'eſtoit point celuy
du Marquis. C'eſtoit un
Cavalierqu'elle connoiſſoit , &
que le Marquis avoit quelque
GALANT .
83
fois amené chez-elle. Il eſtoit venu
coucher avec luy cette nuit
là , & le Marquis que quelque
affaire avoit fait fortir de fort
grand matin , l'avoit laiſſe maître
de ſa Chambre. La Belle toute
troublée s'enfuit promptement ,
aprés avoir fait un cry qui témoignoit
ſa ſurpriſe. Le Cavalier tout
épouvanté du bruit qu'avoit fait
le Piſtolet, ſe taſta long - temps
pour voir ſi le coup n'avoit point
porté ſur luy , & le Marquis eſtant
de retour , il luy réprocha ſon inconſtance
qui avoit reduit laBelle
à ſe vouloir vanger ſi cruellement.
Le Marquis ſe contenta de ſe précautionner
contre un deſeſpoir ſi
dangereux , & au lieu de le regarder
comme l'effet d'un amour
tres -violent qui luy devoit faire
condamner ſon injustice , il continua
d'eſtre affidu chez la belle
D6
84 MERCURE
Blonde , ſe moquant du Cavalier
qui le vouloit faite rentrer en
luy meſme ſur ſon infidelité.Cependant
le Cavalier alla voir la
Belle , pour la prier de ne le pas
rendre reſponſable du crime de
fon Amy. Quoy qu'elle ſe fuſt
ſentie aſſez de courage pour vouloir
oſter la vie à un Amant qui
l'avoit trompée avec tant de lacheté
, elle ne put retenir ſes
larmes , lors qu'entretenant le
Cavalier , & entrant dans le détail
de tous les fermens que le
Marquis luy avoit faits pour la
convaincre d'un parfait amour ,
elle luy exagera la bonne foy
avec laquelle elle y avoit répondu
, après avoir pris tous les
ſoins poffibles de ne laiſſer point
engager ſon coeur qu'elle n'euſt
lien de ſe croire aimée. Le Cavalier
fut touché de la confidenGALANT.
ج 85
ce qu'elle luy fit de ſes ſentimens
les plus fecrets , & il y vit tane
d'honneſteté , & une maniere
d'aimer ſi pen ordinaire , qu'en
blamant la conduite du Marquis,
il le plaignit de l'aveuglement
qui le faiſoit renoncer à eſtre le
plus heureux de tous les Amans .
Il s'étendit auprés de la Belle
fur les fuites qu'elle n'avoitpoint
enviſagées dans l'emportement
qu'elle avoit eu ,& luy fit comprendre
que le Marquis ne meritant
pas qu'elle ſe fiſt pour luy
aucune affaire d'éclat , c'eſtoit
par le ſeul mépris qu'elle devoit
ſe vanger de ſa perfidie. Le con
ſeil eſtoit fort bon , mais pour
s'en fervir il falloit qu'elle s'arrachaſt
du coeur les tendres impreffionsque
l'amour y avoit gravées
depuis long-temps , & ce
n'eſtoit pas une choſe aiſée . Elle
:
86 MERCURE
:
promit d'y faire tous ſes efforts ,
& pria le Cavalier de la voir fouvent
, parce qu'il eſtoit le ſeul
avec qui elle puſt ſentir quelque
conſolation à s'entretenir de ſon
malheur , & qu'il pouvoit d'ailleurs
la fortifier dans le deſſein
d'oublier un Infidelle , qui en
ufoit ſi indignement. Le Cavalier
qui voyoit toûjours fon coeur
tout remply d'amour , parla pluſieurs
fois à ſon Amy , pour le
rappeller vers cette aimable Perfonne
, & n'ayant pû le perſuader
, il s'appliqua ferieuſement à
la guerir d'une paffion qui ne
pouvoitluy cauſer que beaucoup
d'inquietude & des peines inutiles.
Il employa des raiſons fi fortes
, & ſes manieres pour ne luy
laiſſer aucune eſperance furent
fi honneſtes & fi pleinesde douceur
, qu'inſenſiblement il l'enGALANT.
87
gagea à prendre pour luy la même
eſtime qu'il avoit pour elle.
Cette eſtime reciproque qui s'augmenta
par le temps , alla plus
loin qu'il ne crurent ,& ils s'aimerent
effectivement ſanss'eſtre
apperceus qu'ils commençoient
à s'aimer. Comme leurs amour
étoit un effet du vray merite
qu'ils s'eſtoient connu en s'examinant
l'un l'autre , ils ne ſe furent
pas plûtoſt expliquez que
chacun d'eux ſe trouva dans la
diſpoſition de nedémentir jamais
les aſſeurances qu'ils ſe donnerent
d'une eternelle tendreſſe . Le
Marquis à qui ſon Amy nepar-
- loit plus de la Belle , commença
- à fe faſcher des ſoins empreſſez
qu'il luy rendoir. Il le pria de les
moderer , & jugeant par le refus
qu'ilen fit qu'ily avoit de l'amour
entre eux la jaloufie commença
83 MERCURE
àreveillerdans ſon coeur des fentimens
qui n'y eſtoient qu'aſſoupis.
La Belle luy parut avoir plus
de merite , quand illa vit aimée
par un autre ;& la mefme bizarrerie
qui l'avoit obligé à la quitter
,luy rendant pour elle ce qu'il
avoit fenty autrefois il voulut
rentrer dans ſes premiers droits ,
&ſe conſerver cette conqueſte.
Ainſi l'ayant rencontrée un jour
à la promenade , il ſe reſolut à l'aborder.
Elle le receutd'un air dé
daigneux , qui luymarquoit fon
entiere indifference,& quoy qu'il
puſt faire , il ne put eſtre écouté.
Comme il meritoit ce traitement,
il ne ſe rebuta point. Il l'attribua à
un premier mouvement de fierté
qu'elle ne ſoûtiendroit pas , & la
confiance qu'il avoit en fon merite
, luy fit croire qu'en luy écri
vant un peu tendrement , pour
GALANT. 89
la prier de fouffrir qu'il allatt
chez elle ſe juſtifier de ce qui
n'avoit que l'apparence d'un crime
, il en obtiendroit aisément
un teſte à teſte. Ce deſſein luy
plut ; il l'executa , & donna ſa
Lettre à une Amie qui avoit eu
part à tout leur commerce. La
Belle que le Cavalier avoit entierement
guerie du Marquis, vit
avec beaucoup d'indignation
qu'il ſe fuſt encore hazardé à luy
écrire , & elle eſtoit preſte à luy
renvoyer ſa Lettre toute cache .
tée , lors qu'un moment de reflexion
luy fit changer de deſſein.
Elle l'ouvrit , la lût toute entiere,
ſoûrit pluſieurs fois en la liſant ,
& témoigna à la Dame qui s'étoit
chargéede l'apporter, qu'elle
en eſtoit affez fatisfaite . Elle re-.
fuſa pourtant d'y faire réponſe ,
fur ce qu'elle avoit beſoin d'un
१०
MERCURE
peu de temps pour examiner fon
coeur avant que de faire une nouvelle
démarche. Le Marquis inſtruit
du calme où ſon Amie
avoit trouvé ſon eſprit , ſe tint
aſſeuré de vaincre , puis qu'on
ne faiſoit que differer la réponſe
qu'il avoit fait demander. Il s'applaudiſſoit
de ce triomphe ,& fa
vanité luy faiſoit goûter d'avance
le plaiſir de voir le Cavalier
ſans Maîtreffe , mais la choſe
tourna autrement qu'il ne le croyoit.
La belle envoya ſa Lettre
àſa Rivale ,& luy manda que
quoy qu'elles ne fuſſent plus
amies , elle ne pouvoit fouffrir
quele Marquis vouluſt revenir
àelle fans l'en avertir ; qu'elle
pouvoit prendre ſes meſures pour
le retenir ſur les lumieres qu'elle
luy donnoit , & que cette marque
de ſa bonne foy luy devoit
-
GALANT.
91
faire connoiſtre que s'il arrivoit
que cette Conqueſte luy échapaſt
, elle n'auroit pas à l'en accufer
. La belle Blonde ne peut ſe
taire avec le Marquis. Elle luy
fit de cruels reproches ,& ces
reproches augmenterent la froideur
qu'il commençoit à marquer
pour elle. Ainfi ce fut tout
de bon qu'ils ſe broüillerent , &
dans la deſunion où les mit cette
querelle , la belle Blonde preſta
- l'oreille fans peine à un Party fort
avantageux qui ſe preſenta en ce
meſme temps. Elle fongea que
le Marquis ne s'eſtoit donné à
elle que par une trahiſon ; elle le
voyoit moins empreſſé , & jugeant
de là que le mariage luy
donneroit pour elle un entier
dégoust , elle conſentit à la propoſition
qui luy fut faite pour un
homme de naiſſance qui avoir
92
MERCVRE
beaucoup debien , & qu'elle é
pouſa quinze jours aprés . Le
Marquis le vit fans aucun chagrin.
Il eſtoit bien aiſe d'eſtre delivré
d'un engagement qui luy
devenoit à charge,ou plutoſt tout
plein d'amour malgré luy pour ſa
première Maiſtreſſe , il ſe faifoit
d'autant plus de gloire de venir à
boutde ſa fierté , que c'étoit une
nouvelle conquête plus difficile à
faire pour luy,que quand ill'avoit
d'abord entrepriſe. Il s'y appliqua
de tout ſon pouvoir, mais les ſoins
qu'il pris furent inutiles; laBelle
nevoulut ny le revoir ny recevoir
de ſes lettres . Comme la crainte
d'une nouvelle inconſtance pouvoit
la porter à ce refus , il luy
fit dire qu'afin qu'elle n'eust
point à douter de la ſincerité de
ſes ſentimens , il ne demandoit à
eftre receu chez elle , que pour
GALANT.
93
dreſſer des Articles tels qu'elle
voudroit , & pour l'épouſer des
lelendemain. Elle répondit à tout
celade l'air le plus mépriſant ,&
quoy qu'on luy puſt offrir ,elle
demeura inexorable. Une refiſtance
ſi peu attenduë deſeſperant
le Marquis , fit de ſon amour
une eſpece de fureur. Ilchercha
le Cavalier , luydit tout ce qu'il
put de deſobligeant ſur ſon heureuſe
fortune , & luy voyant
conſerver une froideur, qui ſembloit
braver ſon emportement,
il mit enfin l'épée à la main , &
le contraignit de ſe défendre . Le
Cavalier recula long temps ſans
faire autre choſe que parer , mais
le Marquis le pouffant toûjours,
il fut obligé de faire ferme ,& ne
ſongea plus à le ménager. Des
Amis communs que le hazard
amena , les ſeparerent. Ce ne fut
94
MERCURE
pourtantqu'aprés que le Marquis
eut receut quelques bleſſures ,
qui luy firent garder le lit pendant
plus de trois ſemaines . La
choſe ayant fait éclat , la Belle en
voulut prévenir les ſuites par fon
mariage. Elle oſtoit par là toute
eſperance au Marquis, & finiſſoit
la querelle . Ainſi elle prouva ſa
tendreſſe au Cavalier en l'épouſant
peu de jours aprés cette
Avanture . Quoy que mariez , ils
ont toujours l'un pour l'autre des
égards d'Amans. On m'a dit que
leMarquis ſe voyant guery de ſes
Bleſſures , s'étoit éloigné pour
s'épargner le chagrin d'eſtre témoin
des douceurs qu'ils goûtent
dans une ſi tendre & fi parfaite
union. !
Monfieur de Préfontaine qui
a exercé pendant vingt-cinq ans
la charge de premier Avocat
GALANT.
95
General du Parlement de Roüen
5 avec une approbation generale ,
s'étant rendu à Arras , ya pris
Lipoffeffion de celle de Preſident ,
& Chefdu Conſeil d'Artois dont
Sa Majesté la gratifié. Il y fot
receu le 21. du dernier mois par.
le Conſeil, par la Nobleſſe , &
par tous les Habitans , avec de
grands témoignages d'une joye
particuliere. Quoy qu'ils fufſent
tous perfuadez de ſon Sçavoir
, il leur en donna des marques
publiques par la Harangue
qu'il leur fit dans le Con-
- ſeil. Tout le butde ſon Dif-
-cours fut de leur montrer quel
merite on ſe doit faire de rendre
une exacte & prompte justice.
Il en apporta de fi folides raiſons
qu'ils en furent convaincus ; enforte
qu'en cette ſeule journée
on expedia plus d'Affaires qu'on
96
MERCURE
n'en avoit vuidé depuis quinze
jours.
Le Vendredy premier de ce
mois , Monfieur de Corberon
Procureur General du Parlement
de Metz , y fit l'Ouverture du
Semestre de Fevrier , & choiſit
pour ſon ſujet l'Excellence de la
Juftice , qu'il fit connoiſtre , & en
elle-meſme , & dans ſes effets .
Il fit voir qu'elle eſtoit toute divine,&
qu'elle tiroit fon origine de
Dieu meſme , & aprés avoir tracé
en peu de mots l'idée de fon
veritable caractere , il montra
qu'elle eſtoit le lien de la Societe,
& faifoitſeule la felicité des Particuliers
auſſi-bien que des Etats.
Ils'attacha à décrire le bon heur
de l'homme juſte , & prit cette
occaſion de témoigner ſa reconnoiffance
envers la memoire de
défunt Monfieur le Chancelier.
11
GALANT.
97
as en-
Il fit un fort court détail de ſes
actions les plus remarquables ,
& dit que s'il avoit fait regner
- ſi long- temps la luſtice dans le
Royaume , cette meſme Iuftice
l'avoit élevé au plus haut point
de la gloire , & luy avoit fait
poſſeder ſans envie la faveur du
■ Prince & l'affection des Peuples .
Mais , ajoûta-t'il , ce n'estpas
core affez , elle ranime aujourd'huy
Ses cendres , & le faisant revivre
dans le coeur des veritables François
d'une vie plus glorieuse que la premiere
, elle le proposeà la posterité,
comme lemodele le plus achevéd'un
illustre Magistrat , d'un Ministre
fidelle , & d'un Sage Politique.
Enſuite il fit voir la neceffité de la
Iustice dans la Police du Gouvernement
, d'où dépend tout
le bon-heur des Etats. Il remarqua
que c'étoit à elle que la Fran-
Fevrier 1686 . E
98 MERCURE
A
ce devoit ſes profperitez , & l'ayant
repreſentée ſur le Trône de
LOUISLE GRAND , comme dans
l'endroit où elle paroiſt avec plus
de luſtre ; C'est là , dit- il , quelle
decide du fort des plus grands Etats,
c'est là qu'elle reçoit les hommages
des Souverains , & c'eſt de là qu'elle
donne des Loix aux Nations les plus
éloignées . Il fit connoiſtre qu'elle
regnoit ſur le coeur du Prince , &
qu'elle le faiſoit regner ſur le
coeur de ſes Sujets ; qu'elle travailloit
àla gloire du Souverain ,
& àla felicité de ſes Peuples. Il
tomba de la ſur là deſtruction du
Calviniſme dans tout le Royaume
, & fit voir que c'eſtoit cette
meſme luſtice qui avoit inſpiré
au Roy ce grand deſſein , & qui
luy avoit fourny les moyens dont
il s'eſtoit ſervy pour l'executer,
GALANT.
وو
i
Il repreſenta ce Demon du Schif
me enſevely ſous les ruïnes de
ſes Temples , ſans que ſa chûte
aitbleſſé aucun de ceux que leur
infortune y avoit attachez . Ils'étendit
ſur l'amour paternel que
le Roy avoit pour eux , & le compara
à celuy de ce Pere , qui
ſans faire aucune bleſſure à fon
Fils , tua le Serpent qui l'entouroit.
Il finit en paraphrafant les
- paroles que la Reyne de Saba
prononça à la veuë de la Sagefle,
&de la Gloire de Salomon , &
les appliqua au Roy à peu prés
en ces termes . Heureux les Peuples
qui vivent ſous ſes Loix , qui font
les témoins de ſa Sagelſe , & qui
goûtent les fruits de ſes vertus ! Il
aesté étably Roy fur Terre poury.
fawe regner la Justice , & il a efte
choiſy de Dieu pour édifier Son
1
T
وا
* E 2 .. D
1
100 MERCVRE
Temple , c'est à dire , pour détruire
'Herefie , retablirle Culte de la
veritable Religion.
On a publié depuis quelques
jours deux Déclarations du Roy,
qui font connoiſtre que les ſoins
*les plus preſſans de S.M.ſont toujours
fur ce qui regarde la Religion
, & l'interêt de l'Eglife. Par
une autre Déclaration du mois de
Mars 1664.les Portions congruës,
que ceux à qui les groffes Dixmes
appartiennent,ſont obligez de payer
aux Curezou Vicaires perpetuels
, avoient eſté fixées à la ſomme
de 200. livres pour les Curez
ou Vicaires perpetuels des Paroifſes
ſituées dans les Provinces au
deça de la Riviere de Loire , &
dans lesquelles il n'y a point de
Vicaire; & à la ſomme de 300. livres
pour celles où il eſt neceſſaire
d'en avoir;& comme un revenu fi
GALANT. TOT
mediocre n'eſt point capable de
faire ſubſiſter ces Preſtres, ce qui
eft cauſe que ces Cures font abandonnées,
ou remplies par des Eccleſiaſtiques
qui n'ont point les
qualitez neceſſaires pour en foû
tenir les devoirs , S. M. qui à veu
- d'ailleurs que par la réunion des
P. R. à l'Eglife , les Curez de
ces Paroiſſes ſe trouvent chargez
d'un Troupeau beaucoup
plus nombreux , & qui a encore
un plus grand beſoin de Paſteurs
d'une doctrine épurée , a ordonné
par ſa Déclaration du 29. du
mois paſſé, que ces Portions congruës
demeureront fixées à l'avenir
dans toute l'étenduë de fon
Royaume, à la ſomme de 300. livres
par chacun an,outre les Of.
frandes, Droits Cafuels,& Dixmes
novales ſur les Terres qui feront
défrichées depuis que les Curez
E 3
102- MERCURE
ou Vicaires perpetuels auront fait
Toption de la Portion congruë au
lieudu revenu de leur Cure ou
Vicairerie , & dans les Paroiſſes
où il y a preſentement des Vicaires
, ou dans lesquelles les Arche.
veſques ou Eveſques jugeront
qu'il fera beſoin d'en établir. Sa
Majesté veut qu'il ſoit payé cent
cinquante livres pour chacunde
ces vicaires , leſquelles fommes
ſeront payées franches & exemptes
de toutes Charges par ceux
àqui les Dixmes Eccleſiaſtiques
appartiennent , & fi elles ne font
pas fuffifantes , par ceux qui ont
les Dixmes infeodées .
Le meſme jour qu'on a publié
sette Déclaration , il en a paru
une autre par laquelle le Roy
ordonne queles Cures qui font
unies à des Chapitres ou aurres
Communautez Eccleſiaſtiques ,
.
GALANT.
103
20
12
?
& celles où il y a des Curez primitifs
, feront deſſervies par des
Curez ou des Vicaires perpetuels
qui ſeront pourvûs en titre ,
fans que l'on y puiſſe mettre à
l'avenir des Preſtres amovibles
fous quelque pretexte que ce
puiſſe eſtre. Comme pluſieurs
Curez primitifs & autres à qui la
collation des Cures & des Vicaireries
perpetuelles appartient ,
commettoient des Preſtres pour
les deſſervir pendant le temps
qu'ils jugeoient à propos de les y
employer avec une retribution
tres mediocre , Sa Majefté par
cette ſeconde Déclaration reme- .
die à un abus tres prejudiciable
à l'Eglife , & condamné par les
-SaintsCanons. En effet les Eccle-
- ſiaſtiques qui eſtoient capables
de s'acquiter utilement de ces
emplois , faifoient difficulté de les
E 4
104
MERCURE
accepter , non ſeulement à caufe
du peu de retribution , mais parce
que les Curez primitifs pouvoient
les dépoſſeder quand ils vouloient.
Ce defordre ceffe par les ſoins du
Roy , qui voyant que le grand
• nombre de ſes Sujets Convertis
depuis peu de temps eſt une nouvelle
charge pour les Curez, veut
que ceux que l'on choiſit pour ſe
repoſer ſur eux de la conduite des
ames , foient dignes par leurs
moeurs & par leur doctrine de
s'acquiter d'un Miniſtere ſi ſaint.
Ainſi par la Déclaration dont je
vous parle, il eft enjoint à tous les
Curez primitifs qui ont commis
des Preſtres pour deſſervir les
Cures ou Vicaireries perpetuelles
dont ils ont la colation , d'en preſenter
de capables d'y eſtre pourvûs
en titre , & durant leur vie ,
aux Ordinaires des lieux . Ils ont
GALANT.
105
1
trois mois pour cela, aprés lequel
temps, ce ſera aux Archeveſques
& Evêques à y pourvoir chacun
dans ſon Dioceſe.
Cette Pieté du Roy qui éclate
en toute forte de rencontres , eft
cauſe qu'il ne ſe fait plus de Difcours
publics dont elle ne fourni
ſe la matiere. On en parle dans
toutes les Chaires , & je ne puis
m'empeſcher de vous raporter
icy ce que le Pere Cloüet Minime
en a dit à Guiſe dans un Sermon
qu'il preſcha le jour de l'Octave
de l'Epiphanie . Après avoir fait
remarquer beaucoup de choſes
touchant l'Etoile , à la faveur de
laquelle, les Mages avoient publié
qu'ils avoient veu les mer
veilles du Seigneur , c'eſt à dire
qu'ayant eſté prevenus par la
Grace , ils avoient connu leur .
idolatrie , & le culte abominable
E5
106 MERCURE
qu'ils rendoient à des Idoles & à
de fauſſes Divinitez , il fit voir
que Dieu avoit renouvelé les
meſmes merveilles en faveur des
nouveaux Convertis , en faiſant
paroître depuis quelques mois
une nouvelle Etoile pour eux . Faites
-y réflexion, mes Freres, dit- il en
apoſtrophant ceux qui venoient
de renoncer à la Religion deCalvin.
Le Sauveur du Monde ne vous
a- t'il pas esté chercher parsa grace
comme les Mages , non pas à la ve
rité dans les tenebres du Paganiſme
, mais dans celles de l'Herefie ?
Autrefois vous estiez dans l'aveuglement
; autrefois vous viviez au
milieu de l'obscurité que cauſe l'erreur
; mais preſentement vous estes
tous des lumieres , vous estes devenus
des Aſtres & des Etoiles . C'est donc
aujourd'huy que vous pouvez dire
que vous avez ven. Mais quelle est
GALANT.
107
cette lumiere , quelle est cette Etoile
quevous avezdécouverte , & qui
vous a éclairezfi heureuſement ?Je
croy vous entendre dire. Cette Etoile,
cette lumiere qui a paru en nostre faveur
, c'est le juſte Edit qui a revo
qué ceux de Nantes & de Nismes ,
&par lequel nostre InvincibleMonarque
a ordonné que tous les Tema
plesde la Religion Pretenduë Refor
mée feront démolis dans ſon Royaume
, & que ses sujets de l'un & de
l'autre Sexe rentreront dans le ſein
de l'Eglife Catholique , hors de la
quelle il n'y a point de Salut. C'est
par la ſplendeur de cèt Aštre que
nous avons veu la fauſſeté de nostre
Religion. C'est par le moyen de cette
nouvelle Etoile , que nous pouvons
appeller l'Etoile d'une nouvelle creation
, pour user des termes de Ter
tullien qui appelle ainſi celle que les
Mages virent , c'est dis je , par le
E6
108 MERCVRE
moyen de cette nouvelle Etoile que
nous avons connu les Erreurs quenous
prenions pour des veritez , avant
que nous fuffions Catholiques . C'est
cetteEtoile qui nous a conduitshea
reuſement avec les Mages dans l'Etable
de Bethleem , nous voulons dire
dans l'Eglise des Catholiques , où le
Sauveur du Monde est caché ſous les
especes Sacramentelles .
Ce Pere fit enſuite une énumeration
de la croyance de l'Egliſe
Catholique , & après avoir
fait connoiſtre que l'Edit qui
fupprime l'Exercice de la Religion
des Pretendus Reformez ,
marque plus qu'aucune choſe la
grandeur & la puiſſance du Roy,
Qu'on diſe tant qu'on voudra, ajoû
ta- cil que cet Auguste Monarque
s'est rendu redoutable aux Ennemis
de fon Etat par la force de ſes Armes
toûjours invincibles ; que toute
i
GALANT.
109
PEurope voit avec étonnement la rapidité
de ſes Conquestes ; que tout le
monde admire lesſignalées Victoires
qu'il a remportées für la Hollande ,
fur l'Espagne , &fur l'Empire ; que
toutes les Nation'sfoient dans la dexniere
ſurpriſe de la moderation ſans
exemple qui luy a fait donner la
paix au Monde Chreftien, en abandonnant
au milieu de fes Triomphes ;
-tous les nouveaux avantages dont
luy répondoit le cours de la guerre ;;
qu'on faſſe réflexion sur tant d'ef
claves dont il a brisé les chaisnes
en reduisant les Corſaires d' Alger &
- de Tripoly ; en un mot , que tous les
Princes de l'Univers regardent com
me un des plus grands effets de sa
puiſſance lafoûmiſſion que le Doge
& les Senateurs de Genes luy font
venus faire au nom de leur Republique
; pour nous , nous ne trouvons
rien de ſemblable aux Surprenantes
;
MO
MERCURE
Conquestes que ce grand Monarque
afaites en ordonnant la démolition
de tous les Temples des Religionnaires.
Ce font des Exploits fi confiderables
, que ses actions les plus écla
tantes semblent n'estre rien en comparaison
de celle- cy, C'est en cette
occaſion que nous pouvons dire qu'il
a fait un coup de sa puiſſance , &
que cette Puiffance est fans bornes
aussi bien que fa Sageffe. Les Portes
de l'Enfer ne peuvent se prevaloir
contre les forces de ce Fils aisné de
l'Eglife. N'ayant plus d'Ennemis vi.
fibles à combattre , il va attaquer
'Hereſie juſque dansfon Fort.Il déclare
la guerre à tous les Demons ; il
fait trembler toutes les Puiſſances de
l'Enfer ; it les insulte jusque dans
teurs retranchemens , & les contraint
de fortir de fon Royaume aver honte;
il détruit les Temples des Prote
ftans ; il leur enleve toutes les Places
GALANT. IF
dont ils s'estoient rendus maistres , &
revient de ce combat tout chargé de
Palmes. Donnons plus de jour àma
pensée, &faisons paroiſtre la puiffance
de ce Prince avec plus d'éclat,
de pompe , &de majesté , en faisant
voir que l'Edit qui a produit toutes
ces merveilles , est un abregé deses
actions les plus étonnantes, puisqu'il
renferme les divers miracles de fa
vie , & qu'il semble qu'il ait prit
plaisirpar làà nous donner un excellent
Tableau de tout ce qu'il afait .
de plus Auguste.En effet fi nous parcourons
la vie de ce grand Monarque
, nous remarqueronsſes Ennemis
vaincus & humiliez , des Loix
établies en faveurs de la Faftice , des
Villes priſes d'aſſant , d'autres rui-
-nées & renversées par les Bombes, le
nombre de ſes Sujets augmenté les
- limites de ce florifſfant Royaume plus
-étenduës qu'elles n'estoient avantfes
142 MERCURE
Conquestes,& une infinité de Captifs
Chrestiens rachetez par Sagenerofité.
Tous ces prodiges neſerencontxent-
ils pas dans les effets de l'Edit
fameux qui a revoqué celuy de
Nantes ? N'y voit on pas le Calvi.
nisme , c'est à dire le plus furieux ,
le plus terrible de tous les Ennemis
que la France ait jamais cus ; celuy
qui l'a autrefoisfi defolée par le
fer&par le feu ; ne voit onpas disje,
cet ennemy redoutable , non ſeulement
deſarmé , abatu , humilié, &
Soûmis aux pieds du Roy , mais encore
vaincu & aneanty ?Ne voit-on pas
une infinité d'Enfans rebelles , renoncer
àleur revolte , pour rentrer dans
l'obeiſſance qu'ils doivent à leur
Sainte Mere , qui est l'Eglise Catho
lique , dont ils avoient malheureusement
fecové le joug par l'Herefie ??
Nat'on pas veu la démolition de
tous les Preſches du Royaume à la
GALANT.
113
premiere publication que l'on afaite
de cejuſte Edit ? La voix de ceux qui
L'ont publiée par l'ordre du Roy , a eu
ce me semble , lamesmevertu que le
Son des Trompetes , & des autres Instrumens
dont ſe ſervirent les Prêtres
qui ſuivoient l'Armée de Iofue
au Siege de Ierico , je veux dire qu'à
la publication de cét Edit , tous les
Temples des Ennemis du Seigneur
ont eſté renverſez defond en comble
comme le furent autrefois les murailles
de Ierico. Peus'en faut queie ne
compare toutes les Lettres qui font
en ce mesme Edit à autant de Gre_
nades , les mots qui les composent
aux Bombes , les feüilles de papier
fur lesquelles il est imprimé aux
Carcaffes , & toutes les lignes à autant
de batteries de Canon , puis :
qu'elles ont eu laforce de détruire les
Preſches des Protestans , à peu près
comme les feux d'artifice on reduit
114
MERCURE
&
en cendre les Villes d'Alger ,deTri.
poly & de Genes , qui refuſoient les
justes demandes de Sa Majesté. Si
ce Prince Tres-Chrestien a rompu les
chaisnes d'un nombre infiny d'Efclaves
que les Infidelles retenoient ,
n'a-t'ilpas par cette mesme puissan
ce retiré une infinité d'Ames des
abismes de l'Enfer ? Quel bon-heur
pour vous , mes Freres, continua- t'il
en s'addreſſant aux nouveaux
Catholiques , & quelle obligation
n'avez-vous pas à ce grandMonarque
, des soins qu'il prend de travaillersi
puiſſamment àvoſtrefalut,
de contribuer d'une maniere fi
noble à voſtre Sanctification : Un
Pere de l'Eglise nous dit quefi Saint
Estienne n' custpasprié pour la Converſion
de Saint Paul , l'Eglise eust
esté privée d'un si grand Apostre.
Appliquons cecy à noſtre ſujet , &
dison que si noſtre Invincible Mo
GALANT .
119
narquem'eut pas fait publier l'Edit
qui a rendu à la Bergerie du bon
Pasteur tant de Brebis égarées , il
n'y avoit point de falut pour les Heretiques
qui n'auroient jamais ſongé
àfe convertir , au lieu qu'ils se peuvent
tous ſanctifier àpreſent dans le
fein de l'Eglise Catholique. Diſons
mieux, ila donnéà l'égliſe autantde
Saints qu'ily a de veritables Conver
tis. Ainsi l'on peut avancer avec jufti-
-ce , que par cét Edit LOUIS XIV. est
devenu l'Apôtre de toute la France.
Le PereCloüet finit cette longue
&utile digreffion en apostrophant
le Roy ,& laiſſa tout ſon auditoire
dans une entiere ſatisfaction de
fon Difcours. Ce zelé Religieux
( eſt Fils de Monfieur Cloüet , celebre
Avocat du Parlement de
Roüen , qui mourut l'année derniere
.
En vous parlant de Roüen, je
FI MERCURE
me ſouviens d'un voyage que
vousy fiſtes ily a quelque temps,
& que vous euſtes la curioſité
d'aller voir la fameuſe Cloche
appellée Georges d'Amboise , qui
fait une des raretez de la Ville:
Meſſieurs du Chapitre, de l'Egliſe
Cathedrale & Primatiale , la vou
lant accompagner d'une autre
qui euit une groſſeur remarquable
, firent fondre cette
nouvelle Cloche le Mardy 15. du
dernier mois dans le Terrain du
College de l'Albane. Ce fut entre
neuf& dix heures du ſoir que
cette Fonte ſe fit. Elle eſt de
douze à treize mille. Auffi -toft
qu'elle fut fixe , arreſtée & feure,
les principales Cloches de la mefme
Cathedrale ſonnerent deux
fois en carrillon ; ce qui répandit
pendant la nuit une grande joye
par toute la Ville. Cét Ouvrage
GALANT. 117
atres heureuſement réüſſi . Auffi
a-t'on fait de grandes liberalitez
au Sieur Jean Aubert de Lyſieux
qui l'a entrepris , & qui eſt un
-des plus experimentez Fondeurs
de la Province. La nouvelle Cloche
dontje vous parle eft formée
du métal de quatre autres moindres
, outre celuy qui a eſté ajoûté
de la part du meſme Chapitre ,
Elle a dix- huit pieds & demy de
tour ,& fon ton eſt ſur Ré. Celles
que l'on a briſées pour la faire,
font Guillaume d'Eſtouteville ,
Romaine , la Petite Marie , &
Complies , qui étoient dans la
Tour de Saint Romain , ou des
onze Cloches , où celle- cy doit
eſtre placée. Ces mots ſont autour
prés des Anſes , Iean Aubert , Fondeurde
laville de Lyfieux , & audeſſous
on lit cette Inſcription .
Audite populi & attendite de
longe. Ilaix. 49.
د
118 MERCURE
L. Guillemus Cardinalis d'Eſtoute.
viie.2 . Romanus. 3. Mariaminor
4. Completoria : ex quatuor una
diviſo quondam , nunc conjuncto
metallo .
SEV
Sum fuſa è quatuor nonritèſonantibus
una.
Le meſme Chapitre animé par
l'heureux fuccés de cét Ouvrage
adeſſein de faire jetter une autre
Cloche au moule par le meſme ra
Fondeur , pour accomplir une
Octave par tous les tons de Mufique.
Celle de Georges d'Amboiſe &
commence par Ut , celle- cy con- ef
tinuë par Ré , & les autres auront ce
leurs tons particuliers & differens, n
•&par là ce ſera le plusarmonieux ;
le plus gros & le plus plein Carrillon
qui ſoit en Europe. Cette
nouvelle Cloche ſera bien toſt en
état de contribuer au ſon éclatant
GALANT. 119
qui ſe fait entendre dans les Solemnitez
extraordinaires , telles
que celle de rendre graces à Dieu
de la Deſtruction de l'Herefie , &
pour lors on pourra compter du
moins cent mille de metal en
branfle ; de ſorte que cette Cathedrale
, malgré le dommage
qu'elle a fouffert par le dernier
- Orage , peut encore ſe vanter
d'avoir pluſieurs choſes confiderables
en ſon enceinte , comme
fon grand Vaiſſeau , ſes hautes
Tours , la richeſſe de ſes Chapes ,
&la hauteur de ſa Pyramide , qui
eſt de 395. pieds. Voicy des Stances
de Monfieur Rault ſur cette
1
- nouvelle Cloche.
D'a
Un ton armonieux , mais char.
mant à l'oreille ,
Ie vay formerde doux accords ,
Pour faire entendre la merveille ,
120 MERCURE
e
:
De quatre Soeurs , dont l'Art n'afait
en moy qu'un Corps.
Leurs Timbres &le mien estant unis
ensemble ,
Quoy que divers n'en feront
qu'un ;
Carlemétal qui nous aſſemble
Par la fonte entre nous va le rendre
commun.
Puisqueje tiens monfort d'un illustre
Chapitre,
Ilfaut m'attacher àſes Loix s
Et comme il est monfeul Arbitre,
N'y dois -je pas regler mon organe &
ma voix ?
C'est donc &par son zele ,& sa
main liberale ,
Qu'on voit triompher cebelArt ,
Et qu'àsa gloireſans égale ,
Sa Metropole doitprendre beaucoup
de part.
Mais
GALAN T. 121
Mais encore une Soeur, qu'en peu de
temps j'efpere ,
Parſa voix & nos tons divers ,
En ſon Octave icy doit faire ,
Le plus beau Carillon qui ſoit en
l'Univers.
Ce sera quand l'Hymen , la Paix, ou
l'Alliance ,
Rendront les Peuples réjoüis ,
Ou quand au bon - heur de la
France ,
LOUIS.
- LaVictoireſuivra par tout le grand
:
Rault de Roüen,
Le 30. du mois dernier Mon-
- ſieur Eſtienne Charler, Seigneur
d'Eſbly , de la Grand cour-d'Iſle ,
de Tourvoye , & de Liſſy , cy-devant
Chef de Vol pour les
Champs de la Chambre du Roy,
Fevrier 1686 . F
122 MERCURE
au
futreceu Maiſtre d'Hoſtel de Sa
Majesté , en la place de fenMonfieur
Hotman, Seigneurde Mort
fontaine , & il en a prêté le Serment
le 6. de ce mois. Il eſt d'une
Famille fort confiderable , & a
épousé Dame Anne Ribier , Fille
de Monfieur Ribier , Conſeiller
Parlement , deſcendu de
Monfieurle Chancelierdu Vair.
Il porte d'or àl'Aigle defable.
Le 8. de ce mois l'Univerſité
fit celebrer en l'Egliſe de Sorbonneun
Service pour feu Monſieur
le Tellier , Chancelier de
France. Monfieur Herſan , qu'elle
avoit choiſi pour prononcer
l'Oraiſon Funebre en Latin, s'acquitta
de cette action avec un
applaudiſſement general. Il prit
pour ſon Texte ces paroles du
Chapit Chapitre 3. des Proverbes de
Salomon : Longitudo dierum in
GALANT.
123
dextera illius , & in sinistra dis
vitia & gloria. Viæ ejus vis pul
chra , &femita illis pacifica. Ce
( Texte , dont l'application eſtoit
ſi heureuſe pour ſon ſujet , fit
d'abord juger de la beauté de la
Piece. Il entra dans un détail des
divers Emplois de Monfieur le
| Tellier , & fit voir avec combien
de fidelité , de prudence & de
conduite il les avoit tous remplis ,
ce qui luy avoit attiré la recom
penſe deüe à ſes grands & con
tinuels ſervices , ſans que perſonne
euſt jamais porté envie à tous
les honneurs dont Sa Majesté
Favoit comblé , tant on l'en avoit
- toûjours connudigne. Il fit enſui-
-te un admirable tableau de la Vie
laborieuſe & toûjours active ,
& de l'égalité d'ame de ce grand
Miniſtre en toutes fortes d'occaſions.
Il n'oublia pas la force
F2
124
MERCURE
& la prefence de ſon eſprit , qui
demeura ſain juſqu'à fon dernier
moment. Deforte, dit - il , que com.
me on le rapportoit malade à Paris
de SaMaiſoa de Chaville , ilſembloit
que fon Esprit conduiſiſt ſon
corps au tombeau , & qu'il voulust
affister àfes Funerailles. Il parla de
la conſolation avec laquelle il
quittoit la vie, laiſſant ſon Roy ſi
puiſſant , & fon zele perpetué
dans les Services que Monfieur
de Louvois & Monfieurl'Archeveſque
de Rheims rendoient à
l'Egliſe & à l'Etat avecune fidelité
égale à la ſienne. Il toucha
l'Edit qui a détruit entierement
'Herefie , & fit connoiſtre que
Monfieur le Chancelier avoit
témoigné mourir fans regret ,
puis qu'il avoit veſcu affez longtemps
pour ſeeller ce Monument
fi autentique de la Pieté
de ſon Prince.
GALANT.
125

Mr Herſan a profeſſé la Rhetorique
pendant quinze ans dans
le College du Pleffis Sorbonne ,t
n'a pas peu contribué a le mettre
dans l'eſtime oùil eſt preſentement
, eſtant ſecondé par beaucoup
d'autres Profeſſeurs d'un
merite diftingué.C'eſt un avantage
qu'on doit à M'Gobinet, Principal
de ce College , qui ne conſidere
que le merite quand il
s'agit de remplir des poſtes où le
Publica tantd'intereſt . Pendant
queMonfieur Herſan a profeſſé,
il a toujours fait admirer ſon
éloquence. Elle a fur tout paru.
en deux Actions publiques , qui
luy ont acquis beaucoup de réputation.
Monfieur l'Archevefque
de Paris aſſiſta à l'une & à
l'autre , & rendit juſtice à cet
habile Orateur. L'une fut l'Oraifon
Funebre de la Reyne , &.
F 3
126 MERCURE
l'autre le Panegyrique de Monſeigneur
le Duc de Bourgogne,
àla Naiſſance de ce jeune Prince..
Feu Monfieur le Chancelier
eſtoit ſi aimé , que chacun s'eſt
efforcé à ſa maniere de faire vivre
la memoire de ce grand
Homme. le vous ay parlé d'un
long Eloge Funebre que les Religieux
de Saint Germain des
Prez ont fait à ſa gloire. Comme
cet Eloge eſt en Latin, pluſieurs
perſonnes qui n'entendent point
cette langue , auroient eſté privées
de la ſatisfaction de le lire,
fi Monfieur du Pradel , Avocat
au Conſeil , n'y euſt remedié en
nous ledonnant traduit en François.
La Copie eſt digne de l'Original
.
Les Lettres de Monfieur Boucherat
, nouveau Chancelier,ont |
GALANT. 127
eſté enregiſtrées au Parlement.
Elles furent preſentées par Monfieur
Chardon , celebre Avocat ,
1
dont la réputation eſt connuë
dans le Barreau . Aprés qu'il eut
fait connoiſtre qu'il deſcend du
Chancelier Dormans , & qu'en
parlant de l'ancienneté de ſa
Maiſon , il eut marqué tous les
grands Emplois dont avoient
joüy ſes Predeceſſeurs, il dit qu'il
n'avoit eu beſoin que de ſon propre
merite & de ſa ſeule vertu ,
pour arriver à la haute Dignité ,
à laquelle il eſtoit parvenu par
une longue ſuite de ſervices. Ce
fut ce qui luy donna occaſion
d'entrer dans le dénombrement
des. divers Emplois qu'il avoit
eus , & dont il s'eſtoit toûjours
acquité avec tant de gloire , que
ſon élevation eſtoit ſuivie de
l'applaudiſſement de toute la
F4
128 MERCURE
France. Aprés pluſieurs autres
choſes qu'il dit à ſon avantage ,
il conclut à l'enregiſtrement de
fes Lettres de Chancelier. Monfieur
Talon , Avocat General ,
parla enſuite. Il fit voir que monfieur
Boucherat eſtoit tellement
connu par fon merite par ſes Emplois
, & par tout ce qui peut
faire ſouhaiter de voir un grand
Homme dans le Poſte glorieux
où il avoit eſté élevé , qu'on
chercheroit inutilement à luy
donner des loüanges. Il dit qu'on
ne pouvoit rien ajoûter àla maniere
dont il faifoit rendre la Juſtice
, chacun travaillant ſous luy
fort exactement , & appliquant
tous ſes ſoins à ſes fonctions particulieres.
Il ſe ſervit d'un ſtile
concis ,& tout ſon Diſcours fut
admiré. Il conclut à l'enregiſtrement
des meſmes Lettres, ce que
GALANT.
129
l'on executa. Il y a long -temps
qu'on n'avoit veu une plus illuſtre
& plus nombreuſe Affemblée
au Parlement , que celle qui
ſe trouva à cette Audience. Il n'y
manquoit preſque aucun Duc &
Pair.
Je vous ay déja envoyé une
Anagramme ſur le nom de Monſieur
le Chancelier. En voicyune
ſeconde ; elle est de Monfieurde
Salbray , Valet de Chambre de
Sa Majefte.
LOUIS DE BOUCHERAT . A
LE BEAUCHOIS DU ROY.
Illuftre Chancelier de France ,
Qui remplis dignement toute for
esperance ,
Dans cepremier & grandEmploy
- Themis avec raiſon te cede fa Ba
Lance ,
F
130 MERCURE
LOVIS de Boucherat est le beau
choix du Roy.
Cette autre Epigramme a eſté
faite fur les Armes de Monfieur
le Chancelier , qui porte d'azur ,
au Coq d'or.
Des plus obfcures nuits fes Chants
percent l'horreur ,
Et lors que le Soleil repose au seim
de l'onde ,
Aux plus fiers Animaux imprimant
la terreur ..
Ses veilles font fagloire,&lefalut
du Monde..
Monfieur Forant , qui aprés
plus de trente ans de ſervice ,
eſtoit devenu le plus ancien Capitainedes
Vaiſſeaux du Roy , a
aſté nommé Chef d'Escadre des
Armées Navales de Sa Majesté ,,
GALANT.
131
àla place de Monfieur le Chevalier
de Sourdis , qui mourut le
mois paffé . Ce Chevalier avoit
ſervy avec beaucoup de diſtin-
Stion dans cet Employ. Il eſtoit
- de l'ancienne Maiſon d'Eſcoubleau
, d'où ſont ſortis les Marquis
de Sourdis & d'Aluys , &
qui a donné des Chevaliers de
l'Ordre du Roy , des Gouverneurs
d'Orleans , de Chartres ,
de Blois, & d'Amboiſe , pluſieurs
Eveſques , & un Cardinal.
: Meffire François Goder de
Soudé , Maiſtre des Comptes , de
la Famille des Godet , Vicomtes
de Soude en Champagne , eſt
mort depuis peu de jours. Il avoir
on Frere Chevalier de Malthe,
& avoit épousé Dame Anne Joly
de Fleury , Fille de feulean Joly,
Sieur de Fleury , Conſeiller au
Grand Confeil , & de Charlote
Б
132
MERCVRE
د
divers
de Bourlon , Soeur de Jean François
Joly de Fleury , Confeiller
en la Grand' Chambre , & de
Jean Matthieu Joly de Fleury ,
Chanoine de l'Egliſe de Soiffons.
Les Joly de Fleury viennent de
Bourgogne , & ont donné des
Preſidens au Mortier
Conſeillers , & autres Officiers
au Parlement , & à la Chambre
des Comptes de cette Province .
Godet de Soudé , porte d'azur
au Chevron d'argent ,accompagné
de trois pommes de Pin d'or. Iolyde
Fleury, porte écartelé au premier
& dernier d'azur au Lys de jardin
d'argent , au Chefd'or, chargéd'une
Croix patée d'argent , écartelé
d'azur , au Leopard d'or armé de
Gueules.
Dame Anne Deſprez,Veuve de
Meffire Noël le Boults , Seigneur
de Chaumot , Confeiller en la
GALANT.
133
Grand Chambre , eſt morte environ
dans le meſme temps. Elle
✓ eſtoit dans ſa ſoixante & quinzième
année, & a laiſſe deux Fils
&une Fille . L'aiſne eſt Monfieur
le Boultz , Conſeiller en la Troifiéme
des Enqueſtes , & l'autre
eſt Licentié en Theologie. Sa
Fille a épousé Monfieur de Becdelievre
d'Hocqueville , premier
- Preſident en la Cour des Aydes
de Roüen . Monfieur le Bouliz
- dont elle estoit Veuve , avoit
trois Freres , ſçavoir feu Monfieur
le Boultz , Doyen des Confeillers
de la Seconde Chambre
- des Requeſtes du Palais, feu monfieur
le Boultz , Maiſtre des
Comptes, & Monfieur le Boultz,
qui a eſté Maiſtre des Requê
tes .
Ces morts ont eſté ſuivies de
celle de Meffire Nicolas duBois,
134
MERCURE
Seigneur de Baillet , du Coudray
, Saint Florent, & c . Maistre
des Requeſtes .
On a fait icy un Service en la
Chapelle du Seminaire des Mif
fions Etrangeres , Fauxbourg
Saint Germain pour Muffire François
Pallu , Eveſque d'Heliopolis
, Vicaire Apoftolique de
Fokien , & Adminiſtrateur general
de la Chine , où il eſt mort..
Il eſtoit Frere du Pere Pallu , Iefuite.
On a eu aufſi avisque Meffire
François Picquet , Eveſquede
Babylone , eſt mort en Perſe ,
dont il eftoit Vicaire Apoftolique.
+
le vous envoye les nouveaux
Iettons , que j'ay accoûtumé de
faire graver au commencement
de chaque année le nevous en
donne point d'explication. Lents
JETTONS DE L'AN
RED
I.
•OPES
AERARIVM .
REGIVM.
1686
V.
SVPERIS
.
1686
II. OPVM
VARIAR
SHA
DIVE
1686
HAFERES
PLVRAD
III .
REVENVS
CASVELS
1686.
VII .
134
Seig
dra
des
Ch:
fion...
Sain
çois
lis
Pok
ral
Nel
fuiu
C
Fra
Bab
don
que
le
Tett
faire
dec
don.
GALANT.
135.
-
Deviſes les font affez connoiſtre,
&il ſuffit meſme pour celade ce
qui eſt marqué dans l'Exerque
de la plus grande partie. D'ailleurs
, l'habitude que vous avez
à les voir depuis dix ans que je
vous les envoye , vous fait entendre
aisément ce que je me
diſpenſe aujourd'huy de vous ens
dire. Ainfi je ne vous parleray
que d'un ſeul de ces lettons..
C'eſt le dernier de l'Eſtampe..
Les Confreres Porteurs de la
Chaffle de Sainte Geneviève du
Mont, l'ont fait faire;& comme je
ne vous ay point encore envoyé
de ce Corps- là , je croy devoir
expliquer ce qu'il repreſente.
D'un coſté eſt la figure de cette
Sainte , au devant de la Ville de
Paris dont elle eſt la Protectrice,
comme les mots qui font autour
le font connoiſtre.. On voit au
136 MERCURE
revers la Proceffion de Sainte
Genevieve , dans laquelle les
porteurs paroiſſent avec laChafſe
ſur leurs épaules. Pluſieurs
malades qui recouvrent leur fanté
, ſont au devant de la Chaffe.
La Deviſe marque la fatisfaction
des Porteurs de cette précieuſe
Relique. Elle est exprimée par
ces paroles qu'a fournies Monſieur
de Santeül , Chanoine Regulier
de Saint Victor. Nec nos labor
ifte gravabit. Ce letton a eſté
fait par Monfieur Rotier , ſi connu
dans toute l'Europe , par tant
de belles Medailles qu'il a fait
frapper en Angleterre & en
France. Le letton du Trefor
Royal , qui eſt à la teſte de ceux
que je vous envoye , eſt auſſi
de luy.
Pour continuer le grand Arti
cle qui regarde la Religion , &
GALANT.
137
1
- qui a remply dequis un an la plus
grande partie de toutes mes Lettres
, j'ay à vous faire ſçavoir que
Monfieur l'Eveſque de Rennes
s'eſtant rendu à Vitré en Bretagne
le 19. Novembre dernier,
alla dés le lendemain chez les
plus confiderables des Pretendus
Reformez , pour les exhorter à
ouvrir les yeux fur leurs erreurs .
Le foir il donna la Benediction
dans la grande Eglife , reveſtu de
ſes habits Pontificaux , ce qu'il
fit tous les Soirs juſqu'au dernier
jour de ce meſme mois , qu'il s'en
retourna à Rennes. Les jours fuivans
il continua ſes Viſites , toûjours
à pied , accompagné de ſon
Grand Vicaire , du P. Bruant Jefuite
,& de pluſieurs autres ſçavans
Eccleſiaſtiques. Il les vit
tous , & plus d'une fois ,& mefme
il ſe donna la peine d'en aller
D
138 MERCVRE
it
chercher quelques - uns jufque
dans leurs Maiſons de Campa
gne , à une affez grande diſtance
de la Ville. Il leur parla avec
fermeté , mais en répondant à
tout ce qu'ilsluy oppoferent ,
employa des manieres ſi honnêtes
, & fi pleinesde douceur, que
beaucoup d'entr'eux demandant
du temps pour ſe faire inſtruire ,
commencerent à faire voir que
les raiſons dont il ſe ſervoit contre
eux leur paroiffoient convaincantes.
Le Jeudy 22. on receut
des Lettres de Monfieur le
Duc de Chaunes , Gouverneur
de Bretagne qui expliquoient les
intentions du Roy. Les Magi.
ſtrats firent auſſi toſt aſſembler
les Religionnaires à la Maifon de
Ville,& les exhorterent a ſe rendre
dignes de l'extreme bonté
que Sa Majesté témoignoit pour
GALANT.
139
cette Province , puis que c'eſtoit
par elle qu'on achevoit de preffer
les Pretendus Réformez du
Royaume de changer de Religion
, & qu'ainſi ils avoient eu le
temps de ſe preparer à ſuivre l'exemple
des autres. Deux jours
aprés on fit une ſeconde Aſſemblée
, & alors ſans balancer ,
Monfieur de Gennes Guilmarais
Avocat au Parlement de Paris ,
qui s'eſt marié à Vitré , porta la.
parole pour luy, & pour les principaux
du Party , qui estoiena
preſens. Le Senéchal les pria de
- Faccompagner , pour aller donner
leurs Noms à Monfieur L'Eveſque
de Rennes. Les Catholiques
& eux s'embraſfoient de
tous coſtez ,& par tout où ils paffoient
ce n'eſtoient que des démonſtrations
dejoye. Leur nombre
s'eſtant extremément accru.
140 MERCURE
en trois jours , ce zelé Prelaz
leur fit faire Abjuration le 27.
dans le Choeur des Beneditins .
Il leur dit d'abord qu'ils ne pouvoient
trop ſe réjoüir d'eſtre rentrez
fi heureuſement au ſein de
l'Egliſe dont leurs Anceſtres s'étoient
ſeparez , & fur la fin de
cette Ceremonie il les exhorta à
bien travailler pour leur falut , &
porta tous les Aſſiſtans à rendre
graces à Dieu avec luy du recouvrement
de ces Brebis égarées , à
l'exemple du Paſteur de l'Evangile.
Il dit enſuite la Meſſe du
Saint Eſprit , aprés laquelle ils
fignerent tous. Il ſe fit encore
quantité d'Abjurations le lende
main , & en huit jours il ne reſta
plus que cinquante Religionnaires
dont il y avoit quarantecinq
Femmes , & cing Hommes,
qui tarderent peu à faire comme
د
GALANT.
141
el
tt
1
les autres. Le Pere Bruant Jeſuite
faiſoit tous les ſoirs un fort long
Difcours , en forme d'Instruction;
ce qui estoit d'une grande utilité
pour les nouveaux Convertis. Il
continna ces Difcours juſqu'aprés
Noël , ſans prendre un jour
de repos ,& ce fûttoûjours avec
de grands fruits. Le 27. Decembre
Monfieur l'Eveſque de Rennes
revint àVitré ,& s'eſtant rendu
le lendemain en l'Egliſe de
Noſtre Dame, principale Paroiſſe
de la Ville , où tout leClergé ſe
trouva , il y entonna le Te Deum
aprés Veſpres , en preſence de
Monfieur le Duc de Chaunes
qui aſſiſta à cette Ceremonie ,
accompagné de Monfieur l'Abbé
Flechier , nommé à l'Eveſché de
Lavaur , & de Monfieur l'Abbé
de Guenegaud. Le Samedy 29.de
ce meſme mois, ce Duc fit affem-
د
142
MERCURE
bler au Chaſteau tous les nouveaux
Convertis , pour leur témoigner
ſa joye de leur réünion
à l'Egliſe, & les exhorter à répondre
par des fentimens ſinceres
aux ſoins que Sa Majesté prenoit
pour procurer leur ſalut. र
Je vous ay déja fait un détail
de tout ce qui s'eſt pafféà Alençon
touchant les Converſions, il
faut vous en apprendre les ſuites.
Les Jefuites ont fait une Miffion
par l'ordre du Roy pour les nou
veaux Catholiques. Elle fut ou
verte le ſecond du mois paſſépar
une Proceffion Generale , à laquelle
aſſiſtent le Corps de Ville,
Meſſieurs du Prefidial , dix de ces
Peres en Surplis , les Capucins ,
& tout le Clergé. Au retour
Monfieur Cheſnard Curé d'Alençon,
fit un excellent Diſcours
fur les motifs de la Penitence , à
E 143
GALANT.
laquelle cette Miffion invitoit
toute la Ville. Il chanta enſuite
la Meſſe du S. Eſprit , où tousles
Peres de la Miſſion ſe trouverent.
Depuis ce temps - là , il y a eu
chaque jours quatre Difcours ;
l'un de grand matin pour les gens
de travail & de ſervice ; un autre
à dix heures ſur les Points
fondamentaux de noſtre Religion
; une inſtruction familiere à
une heure aprés midy ,& le ſoir
à cinq heures une Controverſe
ſuivie des Prieres ordinaires dans
les miffions. Le jour des Roys ,
premier Dimanche de l'année ,
le Maire & les Echevins voulant
honorer la Mifion , preſenterent
les Pains Benits au nom de Sa
Majesté & de la Ville. On les alla
prendre à l'Hoſtel de Ville au
fon des Tambours , & ils furent
apportez par ſeize Sergens d'Ar-
1
144
MERCVRE
mes avec leurs Bandolieres fleur
deliſées . Les Trompetes les receurent
à la porte de l'Eglife , &
ſe mélant au fon des Cloches &
desOrgues , attirerent une infinité
de monde à voir cette ancienneCeremonie
qu'on renouvelloit
en faveur des nouveaux Catholiques
, pour les accoûtumer à
nos uſages . L'affiduité & l'attention
qu'ils ont evë pendant cette
Miffion , font aſſez connoiſtre
que leur Converſion a eſté ſincere.
Le Dimanche 10. de ce mois ,
Dame Susanne de Vez , Veuve
deMeffire Daniel de Kainneval ,
Lieutenant Colonel du regiment
de Souche , à preſent nommé
d'Arcourt , fit Abjuration de
l'Hereſie , dans une des plus confiderables
Parroiſſes d'Arras Elle
s'eſtoit miſe depuisquelque tems
entre
GALANT.
145
2
entre les mains d'un Capucin
tres-ſqavant dans les Controverfes,&
elle en avoit receu tous les
éclairciſſemens dont elle avoit
beſoin ſur ſes Doutes , auſſi bien
que Mademoiselle Saquier , Fille
d'Iſaac Saquier Miniſtre fameux.
Toutes choſes étant diſpoſées ,
Monfieur de Préfontaine Prefident
en Chef du Conseil d'Artois
, & Monfieur Bataille , ProcureurGeneral
au même Conſeil ,
allerent les prendre en Carroſſe ,
& les conduifirent à l'Eglife.
Toutes les Perſonnes confiderables
de la Province s'y trouverent
, & il y en eut beaucoup
qui ſe firent un honneur de
ſigner ſur l'Acte de leur Profeffion
de Foy ; entre autres Madame
de Montmorency : Madame
la Marquiſe d'Arancy , & madame
la Comteſſe de Mauve , de
Fevrier 1686 . G
146 MERCURE
la Maiſon de Crequy. On chanta
•leVeni Creator, qui fut ſuivy d'un
tres- éloquent Diſcours que le
Pere Capucin fit à cesdeux Dames
avant que de recevoir leur
Abjuration . Cela eſtant fait',
elles prononcerent leur Profefſion
de Foy avec une ferveur
toute édifiante ,& cette Ceremonie
finit par le Te Deum. Mademoiſelle
de Rainneval , âgée de
quinze à ſeize ans , Fille de madame
de Rainneval , eſt dans le
Conventdes Urſulines , où l'on
nedoute point que les exemples
de vertu& depieté de ces faintes
Religieuſes , joints aux lumieres
qu'elle y reçoit du Pere
de la Ferté leſuite , auffi recommandablepar
ſon zele & par fon
rare ſçavoir , que par ſa naiſſance
, ne l'engagent dans peu de
temps àfaire la meſme Abjuration.
GALANT.
147
1
1
Monfieur le Vaſſeur , Prieur
d'Auchy, a receu depuis quelque
temps la Profeſſion de Foy de
quatorze Religionnaires qui ont
I renoncé à leurs Erreurs. Une
Niepce du fameux Monfieur
Conrard , mort Secretaire de
de l'Accademie Françoiſe , eſtoit
de ce nombre . La Ceremonie a
eſté faite à Roſoy prés de Soiffons
.
Mademoiselle Dorte ,dont la
fermeté pour la Religion Proteftante
paroiſſoit infurmontable ,
& qui meſme l'a fait connoiſtre
par des actions trop hardies pour
une perſonne de fon Sexe , a fait
auſſi Abjuration à Metz entre
les mains de Monfieur l'Eveſque
- dansl'Egliſe des Urſulines. Mademoiselle
de Montigny abjura
en meſme temps. Monfieur
Duchat Conſeiller au Parlement,
G2
1.48 MERCURE
& Monfieur Bancelin Capitaine
&proche Parent d'un Miniſtre
de Mets , ſe ſont convertis dans
la meſme Ville.
,
&
l'ay auſſi à vous apprendre la
Converſion de Monfieur du
Faux Amperoux. C'eſt un Gentilhomme
de Bretagne , qui avoir
eſté deſtiné pour la Robe
dont la fortune feroit beaucoup
plus confiderable qu'elle n'eſt ,
s'il avoit moins aimé les Lettres
& fa Famille. Ces deux raiſons
l'ont obligé de ceder à ſes Proches
, des avantages qu'il pouyoit
legitimement pretendre,
L'amour qu'il a pour les Lettres
n'a pas eſté ſans progrez ,puif
qu'il ſçait l'Antiquité & l'Ecriture
autant qu'aucun homme de
fon âge. Sur tout il poſſede parfaitement
l'Hiſtoire , la Geographie
, l'Estat preſent de l'Europe,
GALANT. 149
لا
الا
C
D
C
Fintereſt des Princes ,& les Affaires
étrangeres. Il entend dix
* Langues , & parle & écrit la
noſtre avec une entiere pureté.
Quoy qu'il fuſt fort persuadé de
fa Religion, neantmoins comme
( il eſtoit extremément éloigné de
ſe croire infaillible & incapable
de ſe tromper , le ſoindeſon ſalut,
& la volonté du Roy l'obligerent
de s'inſtruire à fonds des matieres
de Controverſe , auſquelles
juſques alors il ne s'eſtoit pas entierement
attaché. Après avoir
fait un long Examen en liſant les
Livres qui ont eſté publiez de
part & d'autre , n'ayant pû ſe
fatisfaire ny ſe determiner , il alla
trouver Monfieur l'Eveſque de
Meaux pour quila lecture de ſes
Ouvrages , & fa reputation luy
avoient donné une haute eſtime,&
les longues Conferences
G3
150
MERCURE
qu'il eut avec ce Sçavant Prelat
diſſiperent ſi bien tous ſes Doutes
, qu'il fut enfin convaincu que
ſelon les promeſſes de l'Evangile,
il doit y avoir eu toûjours une
veritable Egliſe , ſubſiſtante &
viſible , qui ne peut eſtre autre
quel'Egliſe Catholique. Ainfi il
abjura entre ſes mains à Verſailles
peu de jours aprés ces Conferences.
Il reſte ſi peu de Perſonnes à
convertir à Paris ,qu'on peutdire
qu'on n'y trouve preſque plus de
Proteſtans. Ainfi je ſerois trop
long ſi ievous nommois tous ceux
qui s'y ſont faits Catholiques. Iec
vous diray ſeulement que Monſieur
Muiffon Conſeiller au Parlement
, & Madame ſa remme
ont fait Abjuration après avoir
pris un ſoin tres-particulier de ſe
faire inſtruire , & employé un
GALANT.
151
long-temps pour chercher la
Verité qu'ils ont enfin reconnuë.
MonfieurMonginot la Sale s'eſt
auffi converty avec toute ſa Famille.
Entre toutes ces Converſions,
iln'y en a point eu de plus éclatante
que celle de Monfieur le
ComtedeMadaillan de Leſpare,
auſſi diſtingué par les vives lumieres
de ſon eſprit , que par les
glorieux avantages qu'il tire de
ſa naiſſance. Il a voulu-s'éclair- (
cir à fond des Veritez Catholiques
, & il en a eſté ſi pleinement
convaincu , que ne ſe
contentant pas de renoncer à
l'Erreur , il a voulu que ce
qui avoit ſervy à le détromper ,
contribuaſt à faire ceſſer l'ave.u..
glement de ceux qui perſiſtent
dans l'Hereſie de Calvin.Il a écrit
les Motifs qui l'ont engagé à ſe
G4
152 MERCURE
reünir à l'Egliſe Romaine ,& ces
raiſons ſont ſi fortes , & expliquées
avec tant de netteté,qu'elles
ont déja ramené pluſieurs
Perſonnes du meſme paty. le ne
doute point que les plus opiniatres
n'en ſoient touchez, & qu'aprés
les avoir leus , ils ne demeurent
d'accord quel'Egliſe Catholique
eſt la ſeule Eglife , dans laquelle
on peut faire ſon ſalur.
2 .
あれれゆ
われ
:
: GALANT.
153
hish
LETTRE
De Monfieur le Comte de
Madaillan de Leſpare, fur
ſes Motifs de réunion à
l'Egliſe Romaine.
A Paris cc 4. Fevrier 1686.
A MONSIEUR ***
Jobligation
3
:
E me trouve à l'heure qu'il estdans
l'obligation de vous tenir la parole
que je vous ay donnée , Monsieur ,
de vous mander les Motifs de ma
Reünion à l'Eglise Romaine , ſi- toft
que je l'aurois refolüe, puis qu'enfin
je l'ay faite aprés une meure & lon
que déliberation , &après plusieurs
Conferences avec un grand nombre
G
154
MERCURE
des plus importans, &des plus habilesde
cette Communion , parmy lefquels
Monfieur l'Archevêque de Paris
m'a enfin déterminé ày rentrer ;
& j'ose me flater , qu'on me rend
icy affez de justice , poury estreper-
Suadé que ie ne l'ay fait par aucun
motif, ou de crainte , ou d'esperance,
& que fi ie n'avois crû le pouvoir
faire en confcience , rien au monde
n'auroit efté capable de m'y forcer,
en me faisant oublier que Dieuſeul
doit , & peut me tenir lieu de toutes
choses.
Ie vous diray donc que comme
l'article de l'Adoration dans l'Eucharistie
, m'avoitparu lefondement
principalde nostrefeparation àcaufe
de l'Idolatrie que i'y croyois couverte
fous leſpecieux titre d'Adoration , it
m'aparu tout de mesme , que lesdif.
ficultez fur ce point estant levées
cette feparation deviendroit trop
GALANT.
155
1
Scandaleuse, & marqueroit unesprit
opimaſtre qu'on auroit raison de
condamner , fi elle continuoit davan.
tage; à quoy i'adioûte que ceferoit
une espece de revolte contre noſtre
Souverain( à qui nous devons tout
se qui ne vapoint contre la confcience)
que de differer noftre reünion par
lefeul motifde la gloire , ou plûtoft
de lavanité d'estre des derniers , le
quel devient une desobeiffance , &
mesme une foibleſſe en nous , fi- tost
que nous sommes perfuadez que nous
pouvons obeir fans pecher contre
nostre confcience. Voicy le raifonne
mentfur lequel ie mefuis fondé pour
lever mes fcrupules fur le point de
l'Eucharistie.
Comme les Pretendus Reformez
ingent du ſens des Ecriturespar euxmesmes
, &non paraucune authorité
( sans que je veüille decider rien
G6
156
MERCVRE
là-deſſus ) ie pourrois leur demander
pourquoy ils expliquent litteralement
le paſſage de l'Ecriture qui dit
que JESUS - CHRIST eſt Dieu ,&
qu'ils n'expliquent pas tout de méme
litterallement celuy qui dit , que le
Pain eſt ſa Chair , puis qu'ilya
plus loin de l'Humanité de Jesus-
CHRIST,à la Divinité , que de la
Subſtance du Pain àla ſubſtance de
Sa chair, & qu'il est plus aisé de
concevoir que du Pain foitſa Chair,
que de concevoir que fon Humanité
foit Dicu , ( quoy que tous deux inconcevables
) de mesme qu'il n'est
pas plus difficile de croire , que la
Toute - Puissance de Dieu ait fait
d'un mourceau de Pain ,ſa propre
Chair, fans que les especes diſpa
roiffent , que de croire que cette
mefme Toute-Puiſſance ait fait que
'Humanité ſoit devenuë Dieu en
IESUS-CHRIST , Sans que les apGALANT.
157
1
parences de l'Humanité diſparuſſent
non plus , comme il est arrivé lors
qu'il vivoit parmy-les Hommes , &
qu'ainsi il ne peut y avoir plus de
contrarieté à conclure felon les Ecri
tures , que ce qui nous paroist du
Pain , foitla Chair de lesUSCHRIST,
que de conclure que ce qui
aparu Homme en JESUS - CHRIST
fust Diew.
De tout ce raisonnement, l'on peut
inferer par une conſequence neceflai-
're, qu'il n'a point den paroiſtre plus
juste aux Apostres d'adorer la Divinité
de JESUS- CHRIST , ſous la
figure Humaine , qu'à nous d'adorer
- fa Chair comme vivifiante par le
Saint Esprit, ſous les ſignes qui nous
ta reprefentent , puis qu'il n'y avoit
point d'autre raiſon d'adorer JEsus-
CHRIST lors qu'ilestoitfur la Terre,
que celle defonunion avec la Divi
nité,& qu'ainsi en adorantfa Figure
158 MERCURE
Humaine , ce n'estoit qu'adorer fa
Divinité, unie à fon Humanitépar
cét Efprit Saint..
D'où il s'enfuit que noſtre adoration
dans la Sainte Eucharistie , ce n'est
qu'adorer LESUS - CHRISTſous ce
quiparoist Pain , c'est à dire adorer
le principe de nostre Sanctification ,
qui est cét Esprit vivifiant , lequel
S'unit &se donne à nous par la Foy
dansce Divin Mistere ,& nous l'y
rend uniquement , autant que neceffairement
adorablepar cette mesme
Foy, puis quenfin ce n'est ny le Pain
aufens des P. R. ny la Chair dans le
Sens des Catholiques qui nous fan-
Etifient, mais lefeul Esprit par la
Foy.
Ainsi les P.R. regardant , & recevant
ce Pain par la Foy , comme
representant réellement l'Esprit vivifiant
de Dieu , ie ne trouve aucune
difficultéà luy rendre lemême Culle
GALANT. 159
que s'ily estoit au ſens des Catholi
ques, (Supposé qu'ils s'y trompaſſent)
puiſqueles P R.demeurent perfuadezqu'il
y est par laseule chose qui
le rend adorable , qui est fon Efprit
vivifiant ; & que là , il ſe donne à
nous d'une façon toute particuliere,
ce qu'il ne fait point ainsi dans tous
les autres lieux du Monde, quoy qu'il
ne laiſſe pas de les remplirpar ſon
Esprit, & parson immenfité.
Ie me fers du mesme raisonnement
touchant le Sacrifice de la Messe,
puis qu'à l'égard de Dieu ( & felon
l'explication que m'en ont donnée les
plus celebres Docteurs de l'Eglife
Romaine ) c'est une Commemoration
du vray Sacrifice du Corps de lesus-
CHRIST , qu'il a luy mesme offert
fur la Croix pour noftre Redemption.
- qu'à noſtre égard c'est une applica
tion de ce Sacrifice propitiatoire
pour la Remißion de nos offences ,
(
!
MERCURE
que dans ce Sacrifice Eucharistique,
ou d'action de Graces , cét Esprit vivifiant
est le mefme que dans le Saint
Sacrement fous les ſignes &fous les
especes qui nous y apparoiſſent .
Voilà , Monsieur, en peu de mots
quels font les Motifs de mareünion.
Lafimplicité avec laquelle je viens
de m'en expliquer , vous paroiſtra
fans doute moins proportionnée à la
dignité de ſon ſujet, qu'à l'ignoran
ce des gens de ma Profeffion ; cependant
vous ne devez pas en estre
moins touché , car enfin la fimplicité
ne laiſſe pas d'avoir ſes graces ,
fur tout dans la Religion , ou vous
Içavez que la Foy qui y estsi eſſen.
*ticlle , nous demande la fimplicité
de la Colombe. Je souhaite donc , que
vous & tous ceux qui ont defiré com
-me vous , de sçavoir ce que je vous
viens d'écrire , en foyez autant convaincus
que je le suis , afin que per
GALANT. 161
ſuadez que vous pouvez obeir au
Roy Sans pecher contre vos confcien
ces , vous ne differiez pas davantage
en les mettant en repos , & vous
auffi , à luy donner comme moy, cette
marque de vostre obeïsfance , &du
defir que vous devez avoir de luy
plaire , dont vous ne devez ny ne
pouvez legitimement vous diſpenſer .
puisque vous le pouvez faire fans
offenser Dieu , qui permet tout ce qui
arrive dans le Monde ( dont la connoiffance
des causes luy est reservée )
puis qu'enfin aprés luy , nous devons
tout au Roy qu'il nous a donné ,
&Sur tout à un auſſi grand Roy que
e nostre.
:
Monfieur le Comte de Madaillan
a renfermé ces meſmes
raiſons dans les Vers qui ſuivent .
Ils vous feront voir que ſon genie
eſt fort étendu , & qu'il le rend
capable de tout
162
MERCURE
SUR L'ADORATION
dans l'Euchariftic , ou l'opinion
de ceux qui la
croyent une Idolatrie couverte
, eft abſolument détruite.
L
ECorps du Fils de Dieu dans
SonHumanité
N'eftant qu'un Corps comme les no
tres,
Ne meriteroitpas Sans (a Divinité,
Plus d' Adoration qu'en meritent les
autres ,
-Et même , quoy qu'enfin, Sous mille
obiets divers
Sa Divinité Soit tracée.
C'est par Son Esprit feul qui remplit
1. l'univers ,
:
Qu'elle remplit nos coeurs comme no
tre pensée ,
E 163 GALANT.
i
Sur tout ce qu'il a fait,fur tout ce
qu'il a dit ,
Ce que nostre raiſony trouve d'impossible
,
SaGrace ,parSon Saint Esprit,
Anostre foy le rend comprehenſible.
C'estpar cet Esprit Saint que fon Humanité
,
Communique & s'unitàla Divinité;
Que d'une maniere ineffable
Son Corps humain eft adorable,
Et qu'ilſe donne ànous dans le Saint
Sacrement ;
Du reste quant à nous , il n'importe
comment
Pourl'y croire adorable , il ſoit dans
ce Mystere ,
S'il est vray qu'ily Soit digne d'estre
adoré ,
Par la ſeule vertude Son Esprit Sacré
,
Et fi d'une façon toute particuliere
Nous croyons qu'ily ſoit , & qu'il s'y
donne à nous .
164 MERCURE
Sans raisonner Sur la maniere
Nous l'y devons adorer tous ,
Et le prier ensuite , & les uns &les
autres ,
En élevant nos coeurs & nos eſprits
aux Cieux ,
Dese donnerànous demême qu'aux
Apostres ,
Et que nous puiſſions tous l'y recevoir
comme eux .
1. Je vous parlay il y a un mois ,
de quelques Converſions , qui
n'eſtoient encore que commencées.
Elles ſe ſont faites depuis
ce temps là.Je ne puis pourtant
vous bien aſſeurer , que celle de
Monfieur de la Baftide ſoit de
ce nombre. Monfieur l'Abbé
Geneſt , dont le merite vous eſt
connu , luy a adreſſé une Lettre
en Vers , qui paſſe pour un Chefd'oeuvre.
Quoy qu'elle ſoit admiGALANT.
165
rable en tout ce qu'elle contient,
je ne vous en envoyeray que ce
quiregarde le Roy. Aprés beaucoup
de fortes raiſons , foûtenuës
d'un tour de Vers auſſi naturel
que majestueux , par lefquelles
il tâche de porter Mr de
la Baſtide à le ſoûmettre aux Veritez
ſaintes qui ſont enſeignées
dans l'Egliſe Catholique , voicy
dequelle maniere il luy parle.

ToyOy que la Probite peut choisir
pour modelle ,
- Amy tendre ,sincere,ardent ,ſage fidelle
,
Esprit rare &charmant népourles
grands emplois ,
Et queſouvent ton Prince honora de
Son choix ,
Fais de ces dons du Ciel unSalutaire
usage ,

Quesa graceen ton coeur acheve
Son Ouvrage.
166 MERCURE
Repons aux juſtes voeux , au Zele
d'ungrand Roy.
Instruit par la Sageſſe , animépar
laFoy;
D'un Roy victorieux dont l'active
prudence
Concertefes Projets avec la Providence,
Et fçait que le pouvoir n'est remis
enſes mains.
Quepour le consacrer au falut des
Humains.
Tant d'Ennemis vaincus faisoient
peupoursagloire,
Iltrouve en ſes Sujets fa plus belle
victoire.
Aceux quifansfonger à leur aveuglement
,
Dans le ſein de l'Erreur dormoient
negligemment ,
CeRoyfait éprouver l'heuruſeviolence,
Qui de ce froid Sommeil tire leum
nonchalance.
E 167
GALANT.
Aceux qui s'égaroientſansvouloir
s'égarer ,
Il offrele Flambeau qui doit les
éclairer.
Aces coeurs endurcis quefefecours
irrite ,
Qu'une erreur obſtinée entraine &
precipite ,
Il montresa puiſſance,&d'un pieux
effort
Malgréleur deſeſpoir lespouſſedans
leport.
Qu'ils ne se plaignent point que
des ordres feveres
Revoquent les Edits accordez à
leur Peres.
Si le malheur dutemps a pû les étai
blir.
Un temps plus favorable a dû les
abolir.
Pour le repos public ces Loix furent
dictées ,
Pour le bonheur public ellesfont retractées.
168
MERCURE
Quand la France livrée àſon em.
portement ,
Dans fes sanglantes mains tenoit
l'acier fumant ,
Et dune aveugle ardeur contre elleméme
armée.
Exerçoitſurſon ſein Sa rage enve
nimée.
J
Les Temples de l'Erreurſe purent élever
,
Ce n'estoit qu'à ce prix qu'on la pouvoitSauver
;
Mais la mesme pitié qu'on eut alors
pour elle ,
De ſes malheurs paſſez la memoire
cruelle ,
En détruisant l'Erreur , doit faire
prévenir
Ceux quipourroient encor menacer
l'avenir
Arracher ce levain des fureurs parricides
Qu'enfantent les Esprits de Now
veautez avides ,
Dont
GALANT. 171
Dont les coups inhumains font d'au
tantplus mortels
Que leur acharnement croit fervir
les Autels.
Venez tous ; achevez l'union defirée
,
Qui d'un communbonheurmous promet
la durée
,
Etpar qui cet Estatsi craint &fi
puissant
Doit eftre pour jamais tranquille &
floriſſant .
Si c'est un Sang François qui coule
dans vos veines ,
Si pour les Loix du Ciel , ſi pour les
Loix humaines ,
Si pour vostre Pays , pourvous, pour
vos Neveux ,
Vostre esprit peut jamais former
d'utiles voeux ,
Qu'au pied des vrais Autels vostre
retourfincerc
Prefente de vos coeurs thommage
volontaire;
Fevrier 1686 . H
172 MERCVRE
Qu'un tendre amour fuccedeàvotre
injuste effroy ,
LOUIS agit pour vous plus en Pere
qu'un Roy.
Forcé dansses rigueurs , contraint
dans ses menaces ,
Samain est bien pluspropre àrépandre
desgraces .
Reünis avec nous dans une aimable
paix ,
Venez nous diſputer l'honneur defes
bienfaits.
Bien toſt de ce grand Roy la Bonté
genereuse
Ne fera de l'Estat qu'une Famille
heureuse ,
Et nous va tous combler de ces biens
precieux ,
Qu'àson auguste Regne ont reservé
LesCieux.
On m'écrit d'Abbeville que
tous les Pretendus Reformez s'y
GALANT.
173
ſont convertis , & qu'on ne peut
rien ajoûter au zele que le Pere
Marcel de Paris , Capucin Miffionaire
, a fait paroiſtre en cette
rencontre. Il a receu l'Abjuration
de toute la Nobleſſe de la
Ville& des environs,& n'a laiſſe
aucun Religionaire à SaintVale
ry, fur les autres coſtes de la Mer,
dans le Ponthieu ,& dans le Vi
meux p * -- *----- ઝ-?????
La deſtruction de l'Herefie
eſt un ſi grand ſujet dejoye pour
l'Eglife , qu'on a commencé
dans pluſieurs Villes du Royaume
à rendre des graces ſolemnelles
à Dieu pour l'entiere Converſion
des Proteſtans de ces
meſmes Villes. En attendant que
j'aye receu les Memoires que l'on
m'en promet , je vous diray que
le Dimanche 17. de ce mois , on
fit pour cela une Ceremonie écla
H 2
174
MERCVRE
tante dans l'Abbaye Royale de
Saint Pierre de Corbie. Le jour
precedent l'on deſcendit avec
beaucoup de ſolemnité laChaſſe
de l'Abbé Pafchaſe qui a tant
écrit contre les Heretiques , &
on la poſa entre pluſieurs Cierges
toûjours allumez ſur une Table
richement parée au milieu du
Choeur , pour eſtre portée à la
Proceſſion Generale , qui fut
annoncée le ſoir pour lendemain
par toutes les Cloches du gros
Clocher , quoy qu'elle l'euſt déja
eſté deux jours auparavant au
fon des Tambours par ordre de
Meſſieurs de Ville , afin que les
ruës ſe trouvaſſent nettes & tenduës
de Tapiſſeries . Ce jour- là
un tres habile Predicateur fit un
excellent Diſcours fur le ſujet de
cette Ceremonie , & aprés les
Vefpres la Proceſſion ſortit de:
H
GALANT.
178
l'Eglife.Quatre Diacres enTuniques
porterent la Chaſſe , & le
grandPrieur de l'Abbaye porta le
S. Sacrement ſous un magnifique
Dais , dont les bâtons furent
foûtenus par quatre Echevins . U
eſtoit accompagné d'un Diacre
&d'un Sous- diacre , & quatre
Chantres estoient au milieu du
Choeur. Meffieurs de Ville y affifterent
en Corps , & l'on y vir
zoute la jeuneſſe ſous les Armes.
Les Tambours la precedoient , &
les Violons marcherent avec les
Chantres. A chaque Repoſoir où
l'on s'arreſta , il y eut pluſieurs
décharges de coups de Moufquer.
Le Te Deum fut chanté
folemnellement au retour de la
Proceffion , pendant laquelle
toutes lesCloches fonnerent.
Le Roy par cét amour paternel
qui luy a fait rechercher
H3
176 MERCURE
le ſalut detant d'Ames égarées ,
n'a pas ſeulement travaillé pour
ſesSujets ,il a donné un exemple
de pieté qui eſt ſuivy dans d'autres
Etats ,& rien ne luy pouvoit
eſtre plus glorieux que l'aveu
publicqui vientd'en eſtre rendu.
L'aurois beaucoup de choſes à
vous dire là-deſſus fi je n'eſtois
pas preſſé par le temps. le le reſerve
pour une autre occafion,&
me contenteray aujourd'huy de
vous envoyerune Copie de l'Edit
queMonfieur le Duc de Savoye
fit publier le premier jour de ce
mois contre ceux de ſes Sujets
qui font de la Religion Pretenduë
Reformée. En voicy les ter-
:
mes.
72ICTOR - AMEDEE ,
Duc de Savoye , RoydeChypre
,&c. 3
GALANT. 177
La Prudence Chrestienne &
Politique persuade bien ſouvent
de tolerer les maux qui n'estant pas
encorefusceptibles de remedes, pourroient
devenir plus grands , fi on
tentoit de les appliquer hors de
faifon. C'est ainsi qu'entre les exemples
qu'on a veus dans quelques
Monarchies , il est arrivé ànos
Sereniffimes & Royaux Prédecef
Seurs ; car quoy qu'ils ayent tous cu
en veuë de tirer leurs Sujets de la
Religion Pretenduë Reformée des
tenebres de l'Herefie , qui par le
malheur des temps s'étoit déja avan
céedu centre des Vallées de Lucerne
presque dans celuy du Piemont, ils
n'ont på toutefois achever ce faint
Ouvrage , à cauſe que leursdits Sujets
de la Religion Pretenduë Reformée
estoient continuellement fomen.
tez & Secourus par les Religionnaires
Etrangers. C'est pourquoy ils
H4
178 MERCURE
Se contenterent de renfermer dans
les Vallées de Lucerne , Angrogne ,
Saint Martin , Perouse , Saint Barthelemy
, Roccapianta , & Praru
ſtin , ce venin qu'il ne fut pas poffible
de purger entierement ,Souffrant
par proviſion qu'il continuaf-
Sent d'exercer leur fauſſe Religion
dans les plus étroites bornes , où les
conjonctures des temps puſſent permettre
de les refferrer,jusqu'à ce
qu'il pluſt à la bonté Divine d'en
faire n'aistre une affez propre pour
ramener ces Ames égarées dans le
Sein de nostre fainte&unique Religion
Catholique Apostolique & Romaine.
Le temps cependant a fait
connoiſtre combien it estoit neceſſaire
d'abbatre cette Hydre , veu que
les mesmes Heretiques , au lieu de
répondre par une foûmiſe obeiſſance
aux graces qu'il recevoient en ladite
tolerance , ſeſont plusieursfois
GALANT.
179
t
laiße aller à des excez tres-manifestes
&Scandaleux de desobeiſſan
ee& de Rebellion. Mais puis qu'on
voit ceſſer preſentement un des principaux
Motifs qui perfuadoient la
fusdite tolerance par le retour à la
Sainte Foy des Heretiques voisins ,
procuré par l'heroïque pieté du glorieux
Monarque de la France , nous
nous croirions coupables d'ingratitude
des graces que nous avons re
ceues & recevons continuellement
de la Divine Majesté ,sinous ne
gligions la conioncture qu'elle nous
preſente de terminer l'Ouvrage que
nosdits predeceffeurs avoient pro
iette. C'est pourquoy pour lesſuſdites&
autres dignes causes , en vertu
de nostre preſent Edit ,& de noftre
certaine Science , pleine Puif
fance ,& Authorité abfolue ,&de
l'avis de Noftre Confeil , NOUS
AVONS RESOLU d'ordonner à nos
H
180 MERCURE
>
Suiets de la Religion Pretenduë Reformée
, de s'abstenir d'oreſnavant
de toute Exercice de ladite Religion,
&en consequence de cela , NOUS
deffendons à nos meſmes Suiets de
s'aſſembler aprés la Publication du
preſent Edit , en aucun lieu ou Mai-
Son particuliere , pour faire lesdits
Exercices fous pretexte on cause
quelconque ,sous peine de la vie ,
confiscation des biens , aboliſſant
toute passée & pretenduë tolerance
qu'ils pourroient fonder ſous quelque
titre que ce foit.
Nous voulons pareillement que
tous les Temples , Granges, & Maifons
qui fervent à prefent au fufdit
Exercice ,foient entierement démo
lis, comme auffi celles où l'on feroit à
l'avenir quelque Affemblée contre la
disposition de l'Article precedent ,
mesme à l'infcen des Maistres des
mefmes Maisons 10109

GALANT. 181
Nous commandons à tous lesMiniſtres
Preſcheurs , & Maîtres d'Ecole
de ladite Religion Pretenduë
Reformée , qui dans quinze jours
aprés la Publication du preſent Edit
-ne se rendront pas effectivement
Catholiques,de partir de nos Estats
auſſi toft que ledit temps fera expiré,
ſous peine de la vie,&confisca
tion de leurs biens , leur défendant
Sous lamesmepeine d'y faire avant
leurdépart aucun Preſche , Exhore
tation , ny autre fonction de la Reli
gion susdite , faisant entre autres
défense à qui que ce foit de ladite
Religion Pretenduë Reformée , de
tenir à l'avenir Ecole publique ou
particuliere ,voulant que doreſna
want leurs Enfans ne puiſſent estre
instruits que pardes Maistres d'E
cole quifoient Catholiques;& quant
à ceux defdits Ministres quisefo
ront Catholiques dans ledit terme .
H6
182 MERCURE
Nous voulons qu'ils joüiffent leurvie
naturelle durant , comme aussi leurs
Veuves pendant qu'elles resteront
dans leur viduité, des mêmes exem
ptions de charges , dont ils joüif
foient lors qu'ils faisoient leurs fon-
Etions de Ministres ; & de plus nous
ferons payer ausdits Ministres qui
Se convertiront comme deſſus , un
entretien ou Pension qui furpaſſera
d'un tiers les gages dont ils ioüiffoient
en qualité de Ministres de
Ladite Religion , la moitié duquel
entretien ou Pension , aprés leur
mort, fera continuée àleurs Femmes
tandis qu'elles demeureront Veuves.
Nous voulons que les Enfans qui
naiſtront de ceux de ladite Religion
Pretendue Reformée aprés la Publi.
cation de la presente Ordonnance ,
Soient baptisez par les Curex des
Paroiffes établies , & qui s'établi
rent dans lesdites Villes.A cér effet
GALANT .
183
Nous commandons à leurs Peres &
Mires de les porter & envoyer aux
Eglises,sous peine aux Peres quiy
contreviendront , de cinq années de
Galeres , & aux Meres de Fustigation
publique.
Lesdits Enfans feront ensuite
élevez dans laſuſdite Religion Catholique
Apostolique & Romaine ,
nous chargeons particulierement
les fuges, Chaſtellenies , & autres
qu'ilappartiendra , de tenir la main
à se qu'ainsi il foit executé.
Nous confirmons noftre Edit du 4.
Novembre dernier , touchant les Sujets
de Sa Majesté Tres-Chrestienne
, faisant Profeſſion de la mesme
Religion Pretenduë Reformée , qai
ſe trouveront dans nos Etats , ou y
auront laissé quelques hardes, effets
ou argent ; & quant aux autres Btrangers
de la mesme Religion , qui
contre la disposition des Edits des
4
184 MERCURE
1
Souverains nos Predeceſſeurs , font
venus habiter dans lesdites Vallées
Sans la permiſſion par écrit desmêmes
Souverains , comme aussi les
Descendants desdits Etrangers qui
font nez dans lesdites Vallées; Nous
Ordonnons qu'au cas qu'ils neſe de
terminent point aprés la Publication
du preſent Edit , à vivre conformement
à nostre Religion Catholique
Apostolique&Romaine ,ils ayent ,
ledit terme expiré , à partir de
Nofdits Etatssous peine de la vie ,
& confiscation des biens ; & quoy
que nous pourrions pretendre que les
biens que les Etrangers ont acquis
dans nos Etats, foient en vertu des
mêmes Edits dévolus à noſtre Fiſcq,
voulant toutefois en cela user de
nostre Clemence , Nous leur permettons
de les vendre , & d'en diſpofer
s'ils veulent dans le terme ſpecifié
, pourven neanmoins que la
GALANT. 185
vente&diſpoſition desdits biens &
immeubles tombe sur des Perſonnes
qui foient Catholiques ; & au cas
qu'ilnese trouve pas d'Acheteurs ,
ils s'entendrontvendus ànostre Pa.
trimonial ,felon la juſte évaluation
-qui en sera faite. Nous mandons à
cet effet,&commandons ànosMa
gistrats Ministres , & Officiers de
Justice& de Guerre ,&àtous ceux
qu'il appartiendra , de faire obferver
inviolablement noſtre preſent
Edit ,& à nostre Senat de Piemont,
de l'entretenir & approuver en tout
&par tout, voulant que la Publication
qui enfera faite aux lieux,
& avec les formalitez accoûtumées
, ait force pour tous d'intima-
Stion Perfonnelle , & qu'on ait la
mesme for à ajoûter à la Copie im
primés par nostre Imprimeur Simi
galde , qu'à l'Original ; Car tel eft
Noftre plaisir. Donné , &c.
186 MERCURE
Je reçois avis tous preſentement
, que le Dimanche troifiéme
jour de ce mois , Monfieur
l'Eveſque d'Amiens fit chanterle
Te Deum dans fa Cathedrale ,
pour rendre graces à Dieu de
l'entiere Converfion des Religionnaires
de fon Dioceſe. Cette
Action fut précedée d'une Meſſe
folemnelle où ce Prelat officia , &
où tous les Corpsde Ville aſſiſterent.
On en celebrera une pareille
à perperité , avec une
Oraifon particuliere pour le Roy.
Monfieur Chauvelin Intendant
de Picardie & d'Artois , qui s'eſt
acquistantdegloire dans l'intendancede
la Franche-Comté, quül
a exercée pendant neuf ansa
beaucoup contribué à executer
les Intentions du Roy , par les
voyes de ſageſſe & de douceur
qu'il a employées. L'effet enaété
GALANT.
187
fi heureux , que de plus de cinq
mille Proteſtans quieſtoient dans
ſon Departement , il n'en reſte
plus aucun . Ses ſoins ont encore
beaucoup aidé à la converfion
d'un grand nombre d'Etrangers
qui avoient deſſein de ſe retirer.
Des Eclcfiaſtiques choiſis , & fur
toutdes Jefuites &des Capucins,
ont travaillé à l'Inſtruction de ces
nouveaux Convertis. Je ne vous
dis rien du zele de Monfieur l'E
veſque d'Amiens. Il ne ſe preſente
aucune occafion de l'employer
pour la gloire du Roy , qu'il ne le
faſſe éclater avec beaucoup d'a
vantage. Comme vous devez
avoir entendu parler de ſa Lettre
Paftorale , j'en ay recouvré une
Copie , que vous trouverez dans
la ſeconde Partie de cette Lettre.
Je vous envoye un Madrigal
que Monfieur Vignier a fait pour
188 MERCURE
une Dame de la Religion Pretenduë
Reformée , qui fongeant
à s'échaper du Royaume , luy
demanda une Fuite de noſtre Seigneur
en Egypte , d'aprés le
Pouffin. Il accompagna ce prefent
des Vers qui ſuivent.
Voicy
Coicy les Fugitifs que vous me
demandez,
Leur fuite n'est pas un mistere
Qui puiffe autoriser ce que vous
voulez faire ,
Ny vous faire esperer ce que vous
attendez.
Defortir du Royaume , Iris , perdez
l'envie ,
Tous trois fuyoient la Mort
vousfuiriezla vie.
د
نم
• I'ay ſçeu que la Dame ne parle
plus de ſe retirer , & que donnant
tous ſes ſoins à ſe faire inſtruire ,
GALANT. 189
elle ſe ſertde ce Madrigal , pour
engager ceux qu'elle voit encore
dans l'aveuglement où elle eſtoit,
àimiter ſon exemple. Les Converſionsontdonné
lieu à cet autre
Madrigal , qu'on a tourné d'une
maniere galante.
LA
!
A France Sous LOUIS , prend
desfaces nouvelles ,
Plus de Schisme , plus de Calvin ;
Il n'est plus d'Heretique enfin ,
Mais il est bien encor , Iris , des
Infideltes
Ila paru un Ecrit plein de ca-
Jomnies , contre la conduite que
l'on a tenuë en France pour
ramener les Proteſtans à l'Eglife.
Vous ferez bien aiſe de voir la
Reponſe qu'on y a faite. Elle fait
connoiſtre avec combien d'injuſtice
on veut noircir la plus écla-
1
190
MERCURE
tante& la plus ſainte action qu'on
ait jamais entrepriſe.
REPONSE
A UN ECRIT INTITULE
Lettre Pastorale aux Proteſtaus
de France tombez
par la force destourmeus..
le titre de L ne faut que voir
cette Leure , pour juger de
quel eſprit étoit animé celuy qui
l'a écritte , & qu'elle idée il a
voulu donner de ce qui s'eſt paſſé
en France à l'égard des Proteftants.
Qui ne croiroit en lifant
cette expreffion outrée , ( des
tombez par la force des tourmens )
qu'on n'a employé pour leur converſion
que le fer & le feu , que
GALANT.
191
les bourreaux & les gehennes.
-On ne nie pas que le Roy ait
jugéà propos de ſe ſervir de ſon
authorité pour faire réüſſir un
deſſein auffi pieux , & qu'il n'ait
crû pouvoir faire aujourd'huy ce
qu'ont fait autrefois les Empereurs
Chreſtiens dans un cas pareil
, afin de retirer ſes Sujets de
la funeſte obſcurité dans laquelle
le malheur de leur naiſſance &
la force de l'habitude les retenoit
depuis fr long - temps , mais ce
n'a eſté qu'à l'extremité qu'il s'y
eſt reſolu : & l'Egliſe ſe ſeroit contentée
d'employer pour cela la
force des raiſons, ſi apres pluſieurs
exhortations vainement reiterées
, on n'avoitreconnu que la
ſeule perfuafion ne ſeroit pas
capable d'arracher des erreurs
auſſi enracinées. Il falloit ou renoncer
à la penséede faire ceffer
192 MERCURE
le Schiſme en France & laiffer
perpetuellement ſubſiſterdes levains
dediſcorde dans l'Etat , ou
ſe refoudre de joindre les menaces
aux exhortations , afin que
la crainte diſpoſaſt les eſpritsà
recevoir l'inſtruction. Saint Auguſtinaprouva
la ſeverité de l'ancienne
Egliſe contre les Donatiftes,
quand elle vit les heureux
fuccez qu'elle avoit produite. La
conduite qu'on atenuëen France
à l'égard des Proteſtants , ſe
juſtifie par des ſuccez beaucoup
plus ſurprenans : outre qu'on
doitavoüerà la loüangede noſtre
grandMonarque, que jamais perfonne
avant luy , n'a ſçû ſi bien
l'art de temperer la ſeverité par
la douceur , car s'ilaeſté obligé
quelque fois de parler en maiſtre ,
on l'a veu toûjours agir en Pere ;
s'il a quelquefois leve le bras, ſa
GALANT.
193
bonté le luy a quaſi toûjours retenu,&
il n'a jamais frapé qu'à
regret:Au fonds ce que l'Autheur
de la Lettre Paſtorale appelle en
ſtyle de Declamateur des cruaurez
& des barbaries inoüies , n'a
eſté autre choſe qu'un logement
- deGens de Guerre à l'ordinaire ,
- qui à la verité a fait ſouffrir les
gens dans leurs biens mais jamais
dans leurs perſonnes , les Officiers
des Troupesentrants dans l'eſprit
du Maiſtre , n'ont eu d'autre
application que celle de deffendre
& d'empeſcher les violences,
& fi malgré leurs précautions , il
s'en eſt commis quelqu'une , du
n'a pas eſté ſceue , ou elle a eſté
punie ſur le champ .
Une marque de cette verité ,
c'eſt que cet Autheur ſeditieux
qui ſçait ſi bien peindre les choſes
, qui leur donne de ſi fortes
:
94
MERCVRE
couleurs quand il luy plaiſt , &
qui va juſqu'à outre meſme les
exagerations , ne marque aucun
exemples de ces barbaries
inoüies,&que toutes ces cruautés
horribles desdragons ſe reduiſent
felon luy-meſme à avoir empefché
leurs Hoſtes de dormir. Mais
il a beau faire , il a beau ternir la
gloire du plus grand evenement
que Dieu ait jamais accordé à
aucun Prince de la Terre : malgré
luy , malgré tous les efforts du
demon il ne mourra jamais dans
la memoire des hommes , & l'on
ne pourra s'empeſcher d'y reconnoiſtrele
doigt de Dieu , ſi l'on
confidere avec quelle rapidité
tant de Villes , tant de Provinces
ont cſté ramenées à l'obéïſſance
de l'Egliſe , ſans qu'il en ait couſte
une ſcule goutte de ſang. Auſſi
l'Autheur de la Lettre etopnné.
de
GALANT.
195
de cetévenemét miraculeux qu'il
appelle une defection generale
&une chutte quien fait tomber
mille à droit & mille à gauche ,
avoue qu'il ne peut s'empeſcher
d'en fremir. Il a raiſon ſans doute,
mais cedevroit être d'un ſaint fremiſſement,
qui l'obligeant dedonner
gloire à Dieu , luy fit employer
les grands talens à exalter
les merveilles de la Providence , à
faire admirer les choſes magnifiques
que Dieu a voulu faire en
nos jours & à reftituer à l'Eglife
les droits & les prérogatives qu'il
s'efforce de lay ofter.
Cer Autheur ne ſe contente
pas de peindre des plus noires
couleurs la plus grande , la plus
éclatante & la plus loüable de
toutes les actions , fon eſprit in
quiet&malinne peut foufrinque
ceux qu'il appelle Tombez, joüif
Fevrier 1686 . I
196
MERCURE
fent de la tranquillité que leur
converfion leur a procurée ; il
taſche par toutes fortes de moyens
d'allarmer leur conscience , d'ébranler
leur fidelice , & de les
porter à la desobeïſſance & à la
revolte. C'eſt icy qu'oubliantqu'il
eſt né le ſuiet de noſtre Auguſte
Prince , il déploye tous les traits
de ſon éloquence & ſe ſert de tout
ce que l'Art a accouſtumé de
mettre en pratique pour émouvoir
les eſprits. Il leur peintd'un
coſté la grandeur & l'enormité
de leur faute , & leur fait voir de
l'autre les enfers ouverts prefts à
les engloutir , s'ils ne ſe relevent
promptement de leur chutte , &
tout cela avec des figures ſi vives
&un ton ſi menaçant qu'il n'y a
point d'ame qu'il ne fuſt capable
de jetter dans le dernier defefpoir.
GALAN T.
177
1
1
Heureuſement il ne s'addreſſe
qu'à ceux qui ſont tombez par la
forcedes tourmens , & il declare
qu'il n'entend point parler à ces
lâches Chreſtiens,qui vont d'euxmeſmes
porter leur noms , parce,
dit- il , qu'il n'y a plus pour eux
de ſacrifice , mais une attente
terrible des jugemens de Dieu ,
ſans ſe ſouvenir que cette delicateſſe
qu'il affecte en cette occaſion
, n'a jamais eſté en uſage
dans ſa communion ; & l'on a
toujours receu indifferemment
toutes fortes de relaps , mais pour
donner plus de poids à ſa lettre , il
ne falloit pas qu'il s'en tint là .
Conſolons nous donc puiſqu'il
veut bien ſe reſtraindre aux ſeuls
Tombez par la force des tourmens
; car fur ce pied là ſa Lettre
ne nous fera pas un fort grand
mal.
eve
12
198 MERCURE
Au reſte quand cet Autheur
faitune comparaiſon des Chrêtiens
quitomboient par foibleſſe
au temps de la perfecution avec
nos Nouveaux Convertis , il fe
met à la place de ces ſaints Peres
dont il emprunte les expreffions
&les reparties qu'ils faifoient aux
foibles il nous fait l'honneur de
nous mettre à celle des Payensde
ce temps- là. Comme il a bien
preveu qu'une réunion à l'Egli
ſe Romaine conſiderée ſur le
pied d'une ſocieté chreſtienne ,
ne paroiſtroit pas un aſſez grand
crime & ne donneroit pas afſez
de lieu à ſes declamations
& à ſes reproches , il a bien
fallu qu'il en fiſt une ſocieté
payenne . C'eſt pour cela qu'il
compare par tout la fautedes pretendus
Tombez à celle de ces
mauvais Chreſtiens qui alloient
GALANT. 199
anciennement offrir de l'encens
aux Idoles , qu'il la qualifié du
nom d'apoſtaſie , de blafphemes,
& qu'il appelle les Paſteurs qui
ont changé des demons volages.
C'eſt pour cela encore qu'il avertit
les Tombez , que ſa Lettre eſt
le troifiéme chant de Coq , que
comme leur crime eſt ſemblat le
àceluy de ſaint Pierre , il faut
qu'ils imitent ce faint Apoſtre en
fſoorrttaannttpprroommpptementde la maiſon
de Caïphe , & qu'aprés avoir
renté Jeſus-Chriſt publiquement,
ils devoient le confeffer auſſi publiquement.
•En verite oneſt ſurpris qu
homme nourry dans le ſein du
Chriſtianiſme , puiſſe porter la
fureur de la calomnie juſqu'à ce
point là , que d'appeller ceux qui
ſe reüniſſent à l'Egliſe Romaine,
des apoſtats , des blafphemateurs
13
200 MERCURE
& des Demons qui renient Jeſus-
Chriſt. La ſeule propoſition fait
horreur , & l'on ne croit pas devoir
s'arrêter à combattre une
opinion auſſi damnable & auſſi
viſiblement fauſſe.On ſe contentera
donc pour la conſolation de
ceux qu'il appelle Tombez , de
faire voir par l'aveu même d'un
des plus illuſtres du Party , que
cette opinion luy eft particuliere,
&ne fut jamais celle des autres
Proteſtans. Voicy ce qu'il dit
parlant de la croyance de l'Egtiſe
Romaine : Elle adore le même
Iefus - Chriſt que nous adorons ;
elle confefſe l'unité de ſa Perſonne
& la verité de ſes deux Natures
, le croyant Dieu eternel de
meſme ſubſtance que le Pere
le Saint Efprit , & homme fait
en temps de la chair , de la
bien heureuſe Vierge ſemblable
GALANT . 201
à nous en toutes choſes , hormis
le peché , vrayement Emmanuel
comme nous l'avoient promis les
anciens Oracles : Elle reconnoift
la verite ,Butilité & la neceffité
de ſes ſouffrances , & prefche
commenous que ſon Sang a expić
les crimes du genre humain,
&que le falut de l'Univers eſt le
prixde ſa mort . Elle le croit aſſis
dans les Cieux à la dextre de Dieu
ſon Pere pelle l'attend au dernier
jour pour juger le Monde , &
efperede ſa grace la bien- heureufe
immortalité. Elle donne à fes
Enfans le Baptême qu'il nous a
inſtitué . Elle les repaiſt del'Euchariftie.
Elle leur recommande
la pieté envers luy & la charité.
envers les hommes , & c . Certes,
ajoûte til , nous ne pouvons ni
ne voulons nier que l'Egliſe Ro-)
maine ne croye encore aujour-
14
202 MERCVRE
d'huy toutes ces ſaintes veritez .
Qu'on juge aprés cela si c'eſt
renier Jeſus- Chriſt quedeſejoindre
à une Societé qui enſeigne
toutes les choſes que nous venons
deraporter.
Mais nous eſperons que les
Pretendus Tombez , à qui s'addreſſe
noſtre Autheur , feront
bien toſt eux- mêmes les Defenſeurs
de noftre fainte Religion ,
& qu'au lieu de ſe faire les illufions
que craint cet Autheur , ils
s'appercevront de toutes celles
qu'on leur a faites autrefois. Que
leur Réünion ſera non ſeulement
exterieure,mais interieure & fincere
, & qu'au lieu de fongerà
amaffer des richeſſes pour les
tranſporter dans des Terres
Etrangeres ,ils ne ſongeront plus
qu'à ſe faire un threſor de bonnes
oeuvres , pour meriter un jour les
GALANT.
203
د
glorieuſes récompenfes que
Dieu promet à ceux qui l'auront
ſervi fidellement .
Al'égard des Paſteurs qui ont
abandonné ce titre uſurpé , pour
devenir de ſimples Brebis du
Seigneur : on les exhorte d'en
reprendre l'eſprit , & de pardonner
à cet Autheur envenimé tous
les traits qu'il a pouſſez contre
leur honneur & leur reputation ,
afin que cet exemple de moderation
ſerve à le corriger & à le faire
r'entrer en luy-même : Et pour
nous , nous prierons ce grand
Sauveur qui a racheté fon Eglife
par fon Sang , d'en eſtre luymême
le Défenſeur & le Bouclier
& d'inſpirer ft bien cet Autheur
qu'il ne fonge plus deſormais à
l'outrager mais plutoſt que r'entrant
dans ſa commenion , il reconnoiffe
à tous fos divin's ca
204 MERCURE
racteres ,qu'elle eſt veritablement
l'Epouſe de JESUS - CHRIST à qui
ſeule appartiennent ces precieuſes
promeſſes qu'il a faites d'eſtre
avec Elle juſqu'à la fin des
fiecles.
Ie vous envoye un ſecond
Air , que les Connoiffeurs eſtiment
fort.
AIR NOUVEAU.
L
Es charmes d'un repas
Ne font pas bornez à manger
&boire ,
Si l'on m'en veut croire
}
Nous y meslerons toûjours d'autres
appas,
Le goust seulen auroit it la gloire ?
Non , non , il faut bien que les
yeux
Soient regalez à table
• De quelque Objet aimable
Lerepas envaudra mieux.
GALANT. 205
La France n'eſtant jamais ſte-)
rile de nouvelles , & particulierement
ſous le regne d'un Roy
dont les moindres actions fourniſſent
tous les jours dequoy embellir
l'hiſtoire vous ne devez
pas vous étonner s'il m'échape
quelquefois des Articles confiderables
, & fur tout depuis quel
jayeu àvous entretenirdugrand
✓ nombre de Converſions qui ſe
font faites. C'eſt ce qui est cauſe
que je ne vous ay point encore
parlédu Mariage de Monfieur le
Marquisde Thiange avecMademoiſelle
la Roche - Leiffart. Si je
ne vous en apprens pas la pres
miere nouvelle , je me ſerviray
du moins de l'occaſión que ce
Mariage me donned'entrerdans
quelque détail de la Maiſon de
Thiange dont je ne vous ay encore
rien dit. Elle est fort an
16
206 MERCURE
cienne. Quelques Autheurs tiennent
qu'elle vient des Rois de
Damas.D'autres prétendent que
pluſieurs de cette Famille ayant
fait le voyage de la Terre Sainte
avec Godefroy de Bouillon , &
ayant conquis la Province de
Damafie, le nom de Damas leur
fut donné à leur retour en Fran
ce.C'eſt ce qu'en a écrit Geliot.
Il y eut un Jean de Damas Seigneur
de Marcilly , marié en mil
quatre cens ſeptante deux avec
Anne de Digoine , Dame de
Thiange , dont il eut Georges
de Damas , Seigneurde Marcilly
&de Thiange , qui épouſa Jeanne
de Rochechoüart Dame d'Yvoy,
Fillede François de Rochechoüart
, Seigneur de Chandenier.
Ainfi il y a déja long-temps
quelesMaiſons de Rochechoüart
&de Damas font alliées.Legrand
GALANT. 207
Perede celuy qui vient d'épouser
Mademoiselle de la Roche-Leiffart
, étoit Charles de Damas ,
Marquis de Thiange , Maréchal
des Camps & Armées du Roy,
Lieutenant General des Païs de
Breffe&de Charolois. Son Pere
eft Claude Leonard , Marquis de
Thiange en Bourgogne, & Com
te de Chalencey en Champat
gne. Monfieur le Marquis de
Thiange , nouveau marié, eſt fort
bien fait , & poſſede toutes les
qualitez qu'un homme de fa
naiſſance doit avoir. Il a de l'efprit&
la maniere dont il a commencé
à ſe diftinguer , fait affez
connoiſtre qu'ila le coeur entierement
porté à la gloire. Il eſtoir
Volontaire au Siege de Luxembourg
, où il recent une contufion
affez confiderable , pour
l'empêcher de s'expoſer de nou208
MERCURE
veau ; mais il la cacha de crainte
qu'on ne luy permiſt pas de retourner
aux endroits où l'appelloit
l'impatiente ardeurde ſe ſignaler.
Madame la Marquiſe de
Thiange ſa Mere , eſt fille de
Meffire Gabriël de Rochechoüart,
Duc de Mortemar ,Pair
de France , Chevalier des Ordres
du Roy, premierGentilhomme
de ſa Chambre , & Gouverneur
de Paris . Il eſtoit Fils de
Gaspard de Rochechoüart, & de
Loüiſe Comteſſe de Maure, Flile
de Charles Comte de Maure , &
de Diane d'Eſcars , Princeſſe de
Carency. La Maiſon de Rochechoüart
eſt ſortie des anciens
Comtes de Limoges,& ce qu'il eſt
preſque impoffible de trouver
dans aucune autre , ellea produit
fix Branches Illuſtres,dontle
dénombrement demanderoit un
GALANT.
209
volume, fur tout ſi je vous parlois
des Alliances & des Dignitez
qui s'y rencontrent. Je vous
diray ſeulement que dans ce que
nous voyons aujourd'huy à la
Cour , de la branchedontje vous
parle , on trouve outre tous les
avantages que donne une naif
ſance auffi Illuſtre qu'Ancienne,
de l'Eſprit , de la Valeur, de la
Politeſſe , de la grandeur d'Ame,
de la Galanterie, & du bon gouſt..
Quand a Mademoiſelle de la
Roche-Leiffart qui eſt d'une fort
bonne Maiſon de Bretagne , elle
eſt bien faite , & ceux qui la connoiffent
particulierement aſſeurent
qu'elle a l'eſprit encore
mieux fait que le Corps.
Monfieur Hervart dont je vous
ay appris la Converſion Fils de
feu Monfieur Hervart , Intendant
des Finances , a épousé une
210 MERCURE

Fille de Monfieur de Bretonvil
liers , Preſident en la Chambre
des Comptes de Paris. Millebelles
qualitez qui brillent en cette
aimable perſonne , luy ont fait
meriter une eſtime generale. Les
Prefens de noces qu'elle a receus
de Monfieur Hervart ſont d'une
magnificence finguliere.
Pluſieurs Divertiſſemens ayant
eſté ordonnez pour occuper la
Cour pendant le ſéjour que Sa
Majefte devoit faire à Fontainebleau
ſur la fin de l'eſté dernier,
on y dança le Balet intitulé le
Temple de la Paix. C'eſtoit le premier
que l'on avoit deſtiné pour
y paroiſtre . Quoyqu'il n'euſt pas
eſté préparé ſur le pied des Opera
, dontle Roy regale la Cour
tous les hyvers , comme on ne
Sçauroit rien faire en France qui
n'ait du grand , quand mefme on
GALANT. 211
a reſolu de ne donner que de
ſimples Maſcarades, ce Balet parut
fi beau , & l'on trouva que
Monfieur de Lully avoit fi bien
reüfi en tout ce qui estoitde luy
dans cet Ouvrageque non-feulement
il n'y eut point d'autredivertiſſement
à Fontainebleau ,
mais que ce meſme Balet fut encore
dancé pluſieurs fois à Verfailles
au commencement de cet
Hyver, de forte qu'on n'y a commencé
les repreſentations du
Balet de la Icuneſſe , que le 28.
Janvier , quoy qu'on y euſt travaillé
dans le deſſein de le danfer
à Fontainebleau. Tous lesAirs
de ce Ballet ſontde Monfieurde
la Lande, l'un des quatre Maîtres,
de Muſique de la Chapelle du
Roy , ou l'on a ſouvent chanté
des Ouvrages de fa compoſition,
qui ont receu de grands applau212
MERCURE
diſſemens. Il en a fait auſſi beaucoup
qui ont diverty dans le par
ticulier , n'eſtant point faits pour
des ſpectacles. Le Ballet de la
Jeuneſſe eſt le premier, qu'ait fait
Monfieur de Lande , & peut
eſtre que c'eſt le premier debut
de ces fortes d'ouvrages , qui ait
eſté d'un auffi bon gouft . Ce Balet
ayant eſté executé par la Mu-
Aque du Roy , & Monfieurde
Beauchamp en ayant fait les Entrees
, ne pouvoit manquer de
plaire , & ce qui failoit encore
une agreable varietédans ce ſpetacle
, c'est qu'il eſtoit fait de
maniere que l'on y pouvoit toujours
mefler une Comedie en
crois Actes. Ainſi on y en a meflé
deux nouvelles pendant le cours
de cedivertiſſement.Ellesétoient
de l'Autheur des vers du Baller
auſquels Monfieur Quinaut n'a
GALANT. 213
point travaillé. Il eſtoit alors occupé
par ordre du Roy a achevé
l'Opera d'Armide , qui avoit elté
commandéd'abord pour Verfailles.
Comme il n'a pû y eſtre repre
ſenté , a caufe de l'autre divertif
ſement qu'on a commencé plus
tard que l'on ne croyoit, il a paru
à Paris dans les derniers jours du
Carnaval , fur le Theatre Royal
de Muſique , avec le fuccez qui
fuit tous ces grands Spectacles.
Monſeigneur le Dauphin honora
de ſa prefence la premiere repreſentation
qui en fut faite , les
paroles en ſont trouvées tres dignesde
leur Autheur ce qui eſt
tout dire puiſqu'il excelle dans
les Ouvrages de cette nature.
Chacun eſt charmé de la ſymphonie&
de la Muſique. Ce qu'il
yade Spectacle a paru grand &
nouveau & fur tout le Theatre
214 MERCURE
qui ſe briſe. Il eſt de l'invention
de Monfieur Berrin , Deſſinateur
du cabinet du Roy On s'eſt fort
recrié fur la beauté de toutes les
parties qui compoſent le cinquième
Acte de cet Opera.
Madame de Riants eſt morte
dés le commencement de ce
mois. Elle estoit Veuve d'un
Lieutenant general de Troye ,
avant qu'elle épouſaſt Monfieur
de Riants , Procureur du Roy au
Chaſtelet.
Dame Annedu Roure, Comteſſe
de Canaples , eſt morte auffi
- depuis peu de jours Elle eſtoit
Niepce du Conneſtables de Lupas
, Fille de Claude Seigneurde
Ronneval & de Combalet ,& de
Marie d'Albert-Luynes , & Veuve
de Charles , Sire de Crequi
Comte de Canaples , Mestre de
Campdu Regiment des Gardes,
GALANT.. 215
mort à Chambery en 1630. d'une
bleſffure qu'il avoit receu au Siege
de cette Place. Il eſtoit Frere
de Monfieur le Duc de l'Efdiguieres
, Pere du Duc de ce premier
nom appellé long-temps le
Comte de Sault , & mort depuis
cing on fix années. Madame la
Comteffe de Canaples a laiſſé
trois Fils qui ſont Monfieur le
Ducde Crequi , premier Gentilhomme
de la Chambre &
Gouverneur de Paris ; Monfieur
le Comte de Canaples , & Monſieur
de Crequi Maréchal de
France.
Vous aurez ſçeu le malheureux
accident qui a terminé la
vie de MonfieurNicolaï, Marquis
de Couſſainville , premier Prefident
en la Chambre des Comptes
de Paris. Il mourut en la
Maiſon de Prefles le 20. de ce
216 MERCURE
mois . Il eſtoit veuf de Dame.....
Fieubet & n'avoit eu qu'une
Soeur , qui eſtoit Feuë Madame
la Marquiſe de Vardes. C'eſtoit
un homme d'un tres- grand ſca
voir à qui l'éloquence eſtoit naturelle.
Le Roy en conſideration
des fervices àdonné ſa Charge à
Monfieur Nicolaï ſon Fils , Avocat
General dans la meſme
Chambre , quoy qu'il ſoit encore
dans un âge fort peu avancé :
C'eſt le ſeptième de cetteFamille
qui l'ait poſſedée de Pere en Fils.
lean Nicolaï Conſeiller au Parlement
de Toulouſe , vivoit ſous
le regne de Charles VIII . qui
eſtant informé de ſon merite ,
voulut qu'il l'accompagnat au
voyage du Royaume de Naples.
Il l'employa en pluſieurs Negotiations
importantes auprés des
Princes d'Italie , & lors qu'il eut
A
GALANT.
217
conquis ce Royaume. Il l'y laiſſa
en qualité de ſon Chancelier.
Aprés la perte de cet Eſtat , lean
Nicolaï revint en France,& continua
ſes ſervices à Loüis XII . qui
le fit Maiſtre des Requeſtes
en 1504. & l'année ſuivante,premier
Preſident de ſa Chambre
des Comptes , Aimar ſon Fils
luy fucceda en 1518. Anthoine
Fils d'Aimar en 1555. Jean Fils
d'Antoine en 1587. Jean Fils de
Jean en 1610. Nicolas Fils de
Jean 1656. C'eſt celuy qui vient
de mourir,& qui a laiſſé lean Aimar
ſon Fils , que Sa Majesté à
qualifié de la meſme charge.
Ces morts ont eſte ſuivies de
celle de Meffire Godefroy d'Eſtrades
, Maréchal de France ,
Chevalier des Ordres du Roy ,
Gouverneur de la Ville & Citadelle
de Dunkerque , Maire per218
MERCURE
petuel de la Ville de Bourdeaux.
Viceroy de l'Amerique , &Gouverneur
de Monfieur le Ducde
Chartres. Il eſt mort au Palais
Royal âgé de quatre vingt ans.
Il eſtoit Fils de François d'Eſtrades
qui a eſté Gouverneur de
Meffieurs de Mercoeur & de
Beaufort ,&Maire perpetuel de
Bordeaux. Il a eu de Dame ....
Dallier , Fille de Monfieur du Pin
Loüis Marquis d'Eſtrades , lean
François , dit l'Abbé d'Eftrades ,
Hoſeph , Chevalier , Gabriel , &
Marie Anne, Demoiſelled'Eſtrades.
Il avoit épousé en ſecondes
noces Dame Marie Daligre,Veuve
de Monfieur de Vertamort
Maistre des Requeftes. le vous
parleray de luy plus amplement
dans ma Lettre du mois prochain .
Le temps limité au 20. de ce
mois touchant le Probléme que
je
GALANT. 219
je vous ay envoyé dans ma Lertre
de lanvier , a eſté prolongé
juſqu'au 6. de Mars à cauſe de
quelque incommodité ſurvenuë
en ce temps là au Pere Meron.
Le Notaire n'ayant point voulu
accepter la Monſtre , elle a eſté
miſe entre les mains de Monfieur
Arquin Horloger à la Trinité ,
pour eſtre delivrée à celuy à qui
le prix ſera adjugé. Monfieur le
Blanc expliquera dans ſa Geometrie
l'utilité de ce Problême
en la pratique du Toisé , & fera
voir qu'il contient &la Theorie
&la Pratique , ce qui deſabufera
ceux qui le mépriſent , n'ayant
que de la Pratique ſans Theorie,
oude la Theorie ſans Pratique.
L'approbation univerſelle qu'a
eu Monfieur Paſſerat , un des
plus fameux Chirurgiens de
Paris , dans une Anatomie publi-
Fevrier 1686 . K
220 MERCURE
que qu'il a faite pour ſatisfaite à
quelque obligation de la communauté
m'oblige à vous dire que
jamaishomme de cette Profeſſion
•n'a pouſſé plus loin que luy l'élegance
du Difcours Anatomique.
Il a fait voir ſenſiblement en quoy
les anciens Auteurs ſe ſont mépris
au ſujet de l'uſage des principales
parties du Corps humain , & a
méme eſtéjuſqu'à détruire la plus
grande partie des Siſtemes des
Novateurs , ſans que perſonne ait
encore formé aucune oppoſition
àceux qu'il a avancez . Comme
apparemment on y répondra , ce
ſeradequoy meſlerdans mes Lettres
des Articles curieux fur cette
matiere. Il faut que ce ſçavant
Homme ait penetré dans l'interieurdu
Corps vivantde l'Homme
, & qu'il y ait veu à qu'elle
fonction chacunedes partiesy eft
deſtinée ; ce qu'on n'a pû ny du
GALANT. 221
croire juſqu'à preſent que par
conjecture , puiſque le coeur &
le foye , qui ſont ſelon l'ancienne
Medecine les principes de noſtre
vie, ne fontplus aujourd'huy que
de ſimples parties du Corps comme
il l'a fait voir. le vous dis ce
qu'il a dit, laiſſant aux habiles du
Meſtier à decider s'il a dit vray
ou non. L'affaire eſt d'une nature
à ne devoir eſtre jugée que par
cux ; mais il eſt certain qu'on ne
ſçauroit mieux parler qu'a fait
Monfieur Pafferat , n'y s'attirer
plus d'appladdiſſemens. On me
promet un Extrait de ſon Dif
cours dontje ne manqueray pas
à vous en faire part ſi on me le
donne.
On m'a fait connoiſtre que
l'une des deux Enigmes du dernier
mois eſtoit imprimée dans
un recüeil de Monfieur Cotin.
K 2
222 MERCURE
Comme il y a des Devineurs de
bonne foy qui ne l'ont pas veuë
dans ce recüeil , j'en vais mettre
icy les noms. La Femme & la toile
d'Araignée étoient les vrais mots
de ces Enigmes. Ceux qui ont
trouvé le ſens detoutes les deux,
font Meſſieurs Leger de la Verbiffonne
; Vignier, Le Chevalier
de Mazeres ; le Petit Colin de
Pethiviers ; C.H.D.B. LeCoq.de
Lyon ; Varlet Docteur de la Faculté
de Medecine en l'Univerſité
d'Angers Lædipe François ; l'Archange
de Bourbon l'Archambault
, Amant de Climene ; La
jeuneblonde , ou la Belle Veuve
de la ruë des Singes ; La Veuve
d'Achille de la Porte S. Denys ;
L'Indifferente du meſme quartier;
L'Amante d'un gros Garçon;
Lejeune Amant de la Belle Parmis;
L'Amant ſans Amante;L'OuGALANT.
223
vrier fans pareil ; l'Amant de la
Belle de la Ville de Paris; L'Amant
incurable ou deſeſperé ;
Toinon de la Rouë ; Le Berger
diſcret de la Bergere Fidelle.
Voicy les noms de ceux qui
n'ont deviné que la Toile d' Araignée;
Meſſieurs le Baron de Contigny,
P. G. de Loches , l'Abbé
Meufnier de la Porte de Paris; de
Bacq Greffier d'Amiens , Dazegar
de la Ville d'Arles ; Cartier
de Roten ; Bechu de Nantes ;
de la Sabloniere de Rhetel en
Champagne , Cadet dans la
Compagnie des Gentishommes
de la Citadelle de Valencienne;
Douglan Anglois , de Caën ;
L'abbé Moles Chanoine de ſaint
Martin de Cournon en Auvergne
; Pellerin d'Offouville , de
la ruë de la Harpe ; Rault de
Roüen ; Bouchet ancien Curé
K3
224
MERCURE
de Nogentle Roy ; C. F. Lourder
du quartier de la Place Maubert ;
I. L. Faucault; la Tronche de
Rouen ? De la Vinaudiere Gril.
leau de Nantes ; Meſdemoiselles
deCeffes de Bethune , Penſionnaire
à Beaumont prés de Tours;
Cato du Boquet prés de Chartres
; Catin H. Marion Bariban
de Toul ; Petit ; la Spirituelle de
la ruë Saint Denys ; le Complaiſant
de la meſme ruës le jeune
Eccleſiaſtique de la ruë Saint
Laurent de Roüen ; le veritable
Jacques de Taverny ; les charmantes
Carbonnets ; la belle
Margotond'Amiens ; M.G. H. la
belle Taille de la ruë Saint Denys;
Alcidor & Giges du Havre;
la Ragoûtante du quartier de
Montmartre ; la belle Nouriture;
Hermophile du Hoc ; la petite
Aſſemblée A. la petite Affem
blée G. & Silvie du Havre.
GALANT.
225
Je vous envoye deux Enigmes
nouvelles. La premiere eſt de M.
Rault, de Roüen.
J
ENIGME.
Efuis iaune , blanc , verd , noir ,
gris , rouge, ou cendré,
Oude quelques couleurs plus rares ;
Si la mode aime les bizarres ,
Lemeplais àlaſuivre , &m'aiuste
àfongré.
Mais c'est bien une autre merucille,
Ie fuis court, long, haut, plat, rond,
parquarts , ou pointu ,
T'ay ſouvent ou n'ay point d'oreille;
Et mon usagefait conoître mavertu.
Quelquefois aussi l'on me donne
Une Compagne, ou Compagnon ;
C'eſt ſelon que l'âge l'ordonne,
Ou pour me rendre plus mignon.
K4
226 MERCURE
:
Si ie deſigne un rangsuprême,
Ou du moins un honneur nouveau;
I'ay ce que l'on craint d'avoir
même ,
Et qui ne veut point d'écriteau.
Le Bifayeul,l' Ayeul,&le Pere& la
Mere,
Le grand&le petit Enfant ,
Le Gendre,la Bru , l'Oncle,& la Soeur
&le Frere ,
Le Neveu, le Cousin m'aiment éga-
Lement
De Pere en Fils , de Mere en Fille,
Ils me cheriffent à leur tour ;
Enfin tous ceux de la Famille,
Me cheriront encor tant la nuit que
le iour.
Mais deplus, c'est dés leurnaif
Sance
GALANT. 227
Que naît cet amour envers moy ;
Devinez, donc un peu pourquoy ,
I'aifur eux tous tant de puiſſance.
AUTREENIGME.
Oulez- vous Sçavoir d'où ie
Voulez
Comment ie ſuis bašty , quel est mon
ministere ?
Sur ces trois points il faut vous fa-
1
tisfaire.
Diversmembres forment mon corps
Tous de figure irreguliere,
Celuy qui meproduit est toûjours un
Seigneur ,
ParSon rang distingué des autres .
Iefuis Pape ou Martyr,ou Vierge,ou
Confeffeur,
I'ay même ſouvent le bonheur
D'estre du nombre des Apostres,
Quoy que ie fois parmy des vaga
bonds ,
Ks
228 MERCURE
Qui n'ont de Dieuny l'amour ny
la crainte ,
Ma sainteté n'en reçoit point
d'atteinte ,
Et ie fuis faint chez euxainsi que
chezles bons.
Ie'n aypourParainque mon Pere ,
Il me changemon nomfi-tostque le
Soleil
Paſſe dans un autre Hemisphere,
Ce changement estmême neceffaire
Pour le faire dormir d'un tranquille
fommeil,
Groirez - vous bien ce que je vais
vous dire ?
Sur des pieds empruntezie cours
toute la nuit ,
C'eſt ſous mon nom qu'en repos il
respire ;
Enfinfans force&fans valeur
Le le defends des tranſports de
fureur
D'un ennemy qui cherche à le détruire...
GALANT.
229
J'ay peu de choſes à vous dire
des Divertiſſemens du Carnaval.
Je vous ay déja parlé de ceux de
la Cour , où le Temple de la Paix
a eſté repreſenté tous les Lundis
juſqu'au 28. de lanvier ,qu'on y a
dancé le Balet de la leuneſſe tous
les autres Lundis juſques au Ca-
✔reſme. Lesautres Divertiſſemens
de chaque ſemaine ont eſté de
trois manieres. Il y a eu Comedie
Françoiſe & Italienne , entre lef
quelles ona tenu les Appartemens.
Monfeigneur leDauphin ,
&Monfieur,ont eſté en pluſieurs
Bals , ſi bien deguiſez , que fort
ſouvent on ne les a pas reconnus .
Enfin on peutdire que cette longue
ſuite de plaiſirs en a formé un
continuel. Il ſembloit que l'indifpoſition
du Roy y duſt mettre
obstacle ; mais comme elle aeſté:
fans aucundanger, ce Prince s'eſt
1
230 MERCURE
faitune joye de voir ſa Courtoute
occupée à ſe divertir dans le
temps qu'il travailloit . Ainfi il
s'eſt toûjours également appliqué
au ſoin des affaires de fon Etat ,
&tous lesConſeils ſe ſont tenus
comme de coûtume. La groſſeſſe
de Madame la Dauphine aeſté
cauſe que cette Princeſſe s'eſt
privéede beaucoup de plaiſirs .
Les Divertiſſemens de Paris ;
outre l'Opera d' Armide , ont eſté
Alcibiade , dont les Repreſentations
continuent encore,& l'Hom.
me à bonne Fortune , qui est un
Portrait fort naturel ,& tres bien
touché des Perſonnes de ce caractere
. Il y a eu quantité de Bals ,
& l'on s'eſt tres agreablement
diverty en pluſieursMaiſons particulieres.
ben Abe
C'eſt par la negligence d'un
Graveur , queje ne vous envoye
2
+
231
GALANT.
point encore aujourd'huy les Entretiens
ſur la Pluralité des Mondes
de l'Autheur des Dialogues
des morts. La Planche qui doit
repreſenter les Planetes , ſelon la
diſtance où elle ſont du Soleil ,
n'a pû eſtre preſte. J'eſpere vous
envoyer ce Livre au premierjour.
Il eſt extremément attendu , &
je ne doute point que les Sçavans
de voſtre Province n'en
ſoient ſatisfaits. Je ſuis , Madame ,
voſtre ,&c.
AParis , ce 28. Fevrier 1686 .
AVIS.
On croit devoir encore avertir icy,
que le Volume de ce mois eft divisé en
deux Parties. Le grand mouvement qui
s'eſt fait en France , à l'occaſion des
Affaires dela Religion, fait la principa232
MERCURE
C
C
le matiere de l'une & de l'autre.Comme
⚫les choſes dont on n'a point ſceu les
particularitez , font encore nouvelles |
quand on les apprend , on en trouverat
de cette nature dans la ſeconde Partie,
&fur tout une Relation exacte de tout
ce qui s'eſt paſſé la veille de la Demolition
du Temple de Charenton & le
lendemain ; la maniere dont le Temple
fut demoly avec une Deſcription & une
Figure de ce meſime Temple; des Lettres
écrites au Roy,parmy les quelles il s'en
trouve une du Roy de Perſe , pluſieurs
Eloges entiers de Sa Majesté , prononcez
en public, & quantité d'Ouvrages
fur la Religion , & de Sonnets , Madrigaux
& Deviſes à la gloire du Roy , fur
le meſine ſujet. Ily a de plus une Hiſtoire,
qui pouvoit remplir ſeule un Volume
digne de la curiofité du Public , parce
que le ſujet en eſt ſi nouveau,qu'on peut
dire qu'elle eſt l'unique de ce caractere
qu'on ait encore veue.Elle regarde auffi
la Religion ; & quoy que tout s'y paſſe
avec la galanterie ordinaire entre les
Amans,ladiverſitéde leur Religion,fait
que les points de Controverſe les plus
GALAN T.
233
delicats , y font traitez d'une maniere fi
claire & fi débarallée des grands &
longs raiſonnemens des Livres qui ne
traitent que de cette ſeule matiere ,
- que ceux qui ne l'aiment point , & n'en
liſent jamais y peuvent prendre plaifir.
Il y a dans la mesme Hiftoire un Ecrit
touchant la Religion , composé par un
grand Prince , & trouvé aprés ſa mort
dans l'une de ſes Caffettes.
BIBE
LYON
* 1009
%
Avis pour placer les Figures.
L
*Air qui commence par Quandle
Printempsdans les champs
pelle , doit regarder la page 64.
nous ap
Les Iettons doivent regarder la page
134
L'Air qui commencepar Les charmes
d'un repas , doit regarder la page
204
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le