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1685, 11 (Lyon)
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illuftriffimus
Archiepifcopus &Prorex Lugdunenfis
Camillus de Neufville Collegio SS .
Trinitatis Patrum Societatis JESU
Teſtamenti tabulis attribuit anno 1693 .
1
333
MERCURE
807156
GALANT
DE LA
VILLE
DEDIE' A
MONSEIGNEUR
LE
DAUPHIN
NOVEMBRE 1685 .
LY
A LYON ,
Chez THOMAS
AMAULRY,
⚫ruë Merciere, au Mercure Galant.
M. DC.
LXXXV.
AVEC PRIVILEGE DU ROY,
LE LIBRAIRE
au Lecteur.
J
Evous envoiray dans huic
Jour , L'Hiſtoire du Pontificat
de S.Gregoire le Grand
par Monfieur Mainbourg ,
inquarto , le prix eſt 6. livres , le merite
de l'Autheur yous eſt aſſez connu
ſans que je vous en parle,& huit Jours.
aprés je vous l'envoiray auſſi en deuxvolumes
indouze , de la meſme Impreſſion
de Paris ; pour 3. livres , & quinze
jours enfuite Impreſſion de Lyon, auffi
en deux volumes pour 2. livres,vous aurez
en miſme temps l'Hiftoire des Herefies
de Monfieur Varillas , la Vie de
Cefar & d'Auguſte par l'Autheur de
l'Hiſtoire des Triumvirs & la Confpiration
du Duc de Montmout. L'Hiſtoire
de la Rebellion de Hongrie ,& plu
fieurs autres nouveautez .
a 2
&
LIVRES NOUVEAUX
dumois de Novembre.
L
A vie de S. Philippe Nery Fondateur
de l'Ordre de l'Oratoire ino-
Etavo 3. liv.
Theologie Morale de S. Auguftin
où le precepte de l'amour de Dieu eft
traittéà fond , & les autres maximes de
l'Evangile ſe trouvent expliquées &
demontrée indouze, 45. fols..
La Morale d'Epicure avec des reflexions
par Monfieur le Baron des Couleurs
Autheur de la traduction de Lucrece
, 40. fols .
L'ordinaire de la Sainte Meſiſe , avec
Vexplication des principales ceremonies
quis'y obfervent , l'explication plus
étendue des principales ceremonies de
la Sainte Meffe , & les fentimens de
pictétirez de tous ce qui ſe fait & fe dit
PAutel dontles fideles peuvent s'entretenir
en afitant à ce ſaint Sacrifice
pour l'uſage des nouveaux convertis par
P'ordre de Monſeigneur l'Evêque de la
Rochelle indouze , 20. fols .
Ordonnance de Neron nouvelle édition
infolio , 8. liv .
La vie du Pere Jean Rigoleug de la
Compagnie de Jeſus indouze , 30. fols.
L'Almanach de Milan pour l'année
1686.indouze , 20. fols.
L'Almanach de Liege indouze, 15.f.
La connoiſſance des temps pour l'Année
1686.20 . fols .
La vie du Pape Sixte V. nouvelle
édition , indouze deux vollume impref
fion de Lyon , 2. liv.
L'hiſtoire du Royaume de Chypre
par Monfieur le Pelletier Autheur de la
vie de Sixte V. inoctavo impreffion
de Lyon , 2. liv.
Actes de l'Aſſemblée generale du
Clergé de France concernant la Relia
gion inquarto , 20. fols.
Idem indouze avec le Catalogue des
livres deffondu , 30. fols.
Avis pour la ſainte Communion ,
7. fols.
***********
TABLE DES MATIERES
contenuës dans ce Volume...
Relude.
Panegyrique dduuRoy. 3
Dialogue de l'Eloquence &du Loüis
d'or.
37
Benediction de l'Abbeſſe de Betancourten
Picardie.
47
Prix donnépar Monsieur le Duc de
laMeilleraye. 50
Lettre touchant une nouvelle dé.
couverte.
Theme celefte,
Lettre en Profe &en Vers.
Translations,
Ode.
57
60
6z
70
76
Emplois , ſervices , & mort de Monfieur
le Chancelier. 94
Choix quele Roy fait de M. de
TABLE .
Boucherat , pour remplir la place
de Chancelier de France , avec
tout ce qui regarde cet article ,
& ce qui a fuivy ce choix . 115
Mort de Monsieur le Prince de
Conty, 134
Madrigaux, 139
Préference de la Chargede Chancelierde
Monfieur, donnée à Monſieur
de Boisfrant . 142
Gouvernement de Broüage , donne à
Monfieur de Sauſſay. 144
Histoire. 145
Morts. 152
Remede ſurprenant. 164
Eveſques decedez , avec les noms&
lesſervices qu'ont rendu à l'Egli-
Je ceux qui ont remply leur place.
168
Service fait pour Monfieur le Duc
deLude 180
Monsieur d'Argouges est nommé
Conſeiller d'Etat ordinaire, à la
TABLE.
place de Monfieur Boucherat.
ibid.
Article concernant tout ce qui s'est
paffétouchant les affaires de la
Religion , & les Conversions depuis
le mois derniers. 181
Prife du Comte de Tekeli , avec les
avantages remportez parles Po-
Lonois.
211
Hiftoire deHongrie. 216
Nom de ceux qui ont deviné les
Enigmes. 217
Enigmes. 220
Monfieur de Bonrepaus eft pourven
de la Charge de Lecteur ordinaire
de la Chambre du Roy. 224
Conclufion. 226
Findela Table.
1
6
7
4
6
MERCURE
GALANT
NOVEMBRE 1685 .
LYON
1893
떡
E
Estavecraiſon,Madame
, que tous ceux
qui ont entrepris l'Eloge
du Roy , ont dit
que ſa vie eſtoit un continuel
enchaînement de Miracles. Ce
qui ſe paſſe aujourd huy nous le
fait connoiſtre , & il ne me feroit
pas difficile d'y trouver une ample
matiere aux loüanges de ce
grand Prince , ſi je n'avois ac
Novembre 1685 . A
2 MERCVRE
1
coûtumé de me taire , quand je
puis faire parler un autre en ma
place. Je n'ay ny le temps de ramaſſer
toutes les choſes que l'on
peut dire à fa gloire, ny l'éloquence
qui me ſeroit neceſſaire pour
les bien repreſenter. C'eſt ce qui
m'oblige à commencer cette Lettre
par le Panegyrique de Sa Majeſté
, qui fut prononcé à Caën
le cinquième de Septembre , au
ſujet de la Statuë que les Habitans
luy ont élevée. Je vous envoyay
le mois paflé une exacte
Relation de cette Feſte , & vous
marquay que le Pere Fejac, Proſeſſeur
en Theologie , & Prieur
des Jacobins de la Ville , avoir
charmé par un excellent Difcours
le grand nombre d'Auditeurs
que le zele qu'on a par
tout pour le Roy , avoit attirez à
cet auguſte Spectacle. Vaicy en
GALANT .
3
quels termes ce Diſcours eſtoit
conceu .
Q
Vattendez - vous de moy ,
Meſſieurs ? Avez- vous esperé
que je répondrois à vos idées,quand
vous m'avez fait l'honneur de me
choisir pour Panegyriste de nostre
Auguste Monarque . &pour interpretede
vos coeurs ? Ces deux qualitezfont
difficiles à ſoûtenir; ce
qu'à fait LOUIS LE GRAND eft fi
extraordinaire & fi fingulier ; les
Sentimens que vous avez pour luy
font fi vifs & fi délicats , qu'on ne
peut fans témeritéſe promettre de
réüſfir , ſoit qu'on soit obligédeparler
de luy , foit qu'il faille parler
pourvous.
L'Invincible , le Magnanime
Loüis fait le bonheur de la Fran
ce , la destinée de l'Europe , l'éton
nement de l'Univers. La gloire de
Az
4
MERCURE
fon Nom s'étendjusqu'au extrémi
tezde la terre ; & de ces extrémi
rez , des Peuples dont les Noms nous
estoient presque inconnus , viennent
le voir & l'admirer . Adoré deses
Sujets , respecté de ſes Voisins , toûjours
vainqueur , ſoit qu'irrité de
L'orgueil de fes Ennemis , il leur
faſſe la guerre ; foit que touchéde
leur foibleffe , il leur donne la Paix.
Quelles expreſſions peuvent égaler
la gloire d'un tel Prince ? L'Eloquence
accoûtumée à relever les
actions des autres Heros , ne peut
qu'affoiblir celles de Louis , prefque
reduite à ne le loüer que par
Jon defordre & Son filence.
Il paroist bien , Meffieurs , qu'un
merite fi extraordinaire a fait sur
vos coeurs toute l'impreßion qu'il est
capable de faire. L'éclat de ce jour
qui va devenir celebre ; cette Pompe.
cette Affemblée, la joye qui pa
GALANT .
5
roiſt dans vos yeux , la Place même
que vous avez fait embellir , & la
magnifique Statue que vous venez
d'y ériger , ne nous laiſſent point
douter , qu'entre tous les Sujets d'un
fi grand Roy , il n'y en a point qui
reffentent mieux que vous, le plaiſir
& la gloire de luy obeïr. Rien de
tout ce quefa Grandeur vous a fait
penſer , ne devroit échapper à quiconque
doit parler pour vous. Mais
comment une langue pourroit- elle
Servir d'interprete à tant de coeurs?
Quel Orateur affez habile pourroit
expliquer ce qu'ont pensé tant de
Spirituelles & d'illustres Person
nes?
Quand il ne seroit pas mesme
impoßible d'y réussir , estoit-ce fur
moy , Messieurs , que devoit tomber
voſtre choix ? Né dans une autre
Province , &presque inconnu dans
cette Ville , onfleuriffent les beaux
A 4
6 MERCURE
Arts , oùplusieurs excellens Hommes
joignent l'étude de l'Eloquence à
celle des Loix , des belles Lettres ,
des Sciences humaines , &de la Divine
Theologie , devois -je esperer
d'autre part au Panegyrique que
vous prepariez , que celle d'entendre
& d'applaudir ?
Mais vous avezvoulu que ce
Panegyrique deust sa beauté à la
grandeur de fa matiere , ſans rien
devoir à l'orateur. Vous l'avez
voulu , Meſſieurs , & j'obeis ; per-
Suadé de mon insuffisance , ſeur
neanmoins de vous plaire , puiſque
j'ay l'honneur de parler d'un Prince
pour qui vous n'avez pas moins de
tendreſſe que de respect , &qui merite
l'admiration qu'ont pour luy les
deux Mondes qui composent l'Univers
,je veux dire le Monde Chrêtien
,& le Monde Politique. Il est
rare qu'on leur plaiſe également.
GALANT.
Tels Princes qui ont esté les delices
de l'Eglise , n'ont pas eu l'approbation
du Siecle ; & tels qui ont fait
l'admiration de ces ſages mondains,
qui préferent à toutes les vaifons la
raison d'Estat , ont eu le mal-heur
de déplaire aux Sages Evangeli
ques, qui préferentà tous les inte
rests , l'intereſt de la Religion.
Ce qui diftingue le Roy depresque
tous les autres Rois , est qu'il plaist
en mesme temps à ces deux Mondes.
On voit en luy ce que l'Eglise peut
aimer , on y voit ce que le Siecle
peut admirer. Etfijesuis affezheureux
pour raconter feulement quelqu'une
de ses actions fans en affoiblir
la beauté , ou pour découvrir
quelqu'une de fes vertusfans en diminuer
l'éclat ; vous avoüerez ,
Messieurs , qu'on pourroit ajoûter
aux nobles Inscriptions , que des
personnes distinguées par leur rang ,
A4
8 MERCURE
১
& par leur merite , ont fait graver
au pied tu Superbe Monument , que
cette Ville consacre à la gloire du
Roy , qu'on pourroit , dis-je , y ajoû
ter ces deux mots , qui ſeuls valent
un Panegyrique ; LOUIS LE
GRAND , l'Amour du Monde
Chreſtien,l'Adiniration du MondePolitique.
Si ce que l'Egliſe aime dans les
Princes , n'est pas toûjours ce qui
brille le plus en eux, c'est du moins ce
qui merite le plus d'estime. Incapable
qu'elle est de ſe laiſſer ébloüir
par un faux jour , éclairée des lumieres
de l'Evangile , elle n'eſtime
que le vray merite , & ne donne que
de justes éloges. Que peut- on s'imaginer
de plus grand que ce qu'elle
aime dans les Rois ? Ne se croire
élevé ſur le Trône que pour rendre
des Sujets heureux ; n'entreprendre
la Guerre que pour reprimer l'inGALANT.
و
justice , ou pour affermir la Paix;
n'avoir de puiſſance &de grandeur,
que pour les faire ſervir aux interests
de la Religion ; c'est ce qu'aime
l'Eglise , & ce que nous admirons
en LOUIS LE GRAND .
Qu'on est heureux quand on obeït
à un Prince , perfuadé comme luy ,
que la Providence fait naiſtre les
Rois pour l'utilité de leurs Sujets !
& que comme les Aftres ne font at
tachez au Ciel que pour éclairer
l'univers , les Souverains ne font
élevez fur le Trône , que pour le
bien de leurs Estats ! Loüis ne
pense qu'à faire la felicité desfiens.
Si nous l'admirons , il nous aime.
Nous nous eſtimons heureux de l'avoir
pour Maiſtre , & il ne seroit
pas content de luy meſme , s'il y
avoit dans le monde un meilleur
Maître que tuy.
Aqui devons- nous qu'àsa va
AS
10 MERCURE
beur &à fes soins , le repos dont
nous avons joûy pendant une longue
Guerre , qui ne nous a point empêché
de goûter les fruits & les dou
ceurs de la Paix ? Si nos voisins
n'ont pas seulement approché de nos
Provinces qu'ils esperoient conquerir,
s'ils n'ont rien fait de tout le mat
qu'ils voutoient faire; n'est- ce point
qu'ils les a prévenus,&que portant
la terreur & la defolationſur leurs
terres , il les a mis hors d'état d'en
treprendre rien ſur les nostres ?
Aqui devons- nous qu'àsa prudence
, & à la paſſion qu'il a de
nous rendre heureux , l'établiſſe
ment du Commerce , lafureté de la
Navigation la reforme des Loix ,
le bon ordre de la fustice , la discipline
des Armées ; tout enfin ce
qui rend la France aussi florissan
te au dedans , qu'elle est redoutée
au dehors ? De tout ce qui peut
GALANT. I
nous eftre utile , rien n'échappe à
Sa prévoyance , rien ne fatigue ſa
bonté , rempliffant ſelon nos divers
besoins les differentes fonctions de
Legislateur , de Pere & de Juge ;
tantoft il fait des Loix , tantoſt il
accorde des Graces , & tantost il
termine des Differens .
• Plus Sage que tant de Rois , qui
ne se foucians pas que leurs Sujets
foient bons , pourveu qu'ils leur
foient foûmis , pensent plus quand
ils font des Loix , à conserver à
chacun fon bien , que son innocence
; Loüis ſe conſiderant plûtôt
- comme le Directeur des moeurs de
fes Sujets , que comme l'Arbitre
Souverain de leur fortune , ne fait
passeulement des Loix pour maintenir
la tranquillité dans ſon Empire,
il en fait pour y conferver la vertu.
Il punit le Blasphéme, il défend les
Vfures,il arreste la fureur des Duels,
A 6
12 MERCURE
fureur presque außi ancienne que la
Monarchie , inveterée , opiniâtre ,
incurable à tout autre qu'à Loüis
LE GRAND , dont l'empire femble
s'étendre jusques fur les coeurs .
Il commande , & comme on perd en
même temps jusqu'au defir , infqu'ir
la pensée de luy desobeïr, ilne
trouve preſque point de coupables
qu'il foit obligé de punir .
Il voudroit bien ne pas trouver
plus de malheureux ; mais parce que
telle est nostre destinée , qu'il y en
aura toûjours , itse fait un plaisir
&une loy de les fecourir. Qui d'entre
ſes Suiets distingué par le merite
, & accablé par la fortune ,
luy a fait connoiſtre ſes beſoins fans
le vor s'y intereſſer ? Laquelle de
fes Provinces a veu mourir ses ef
perances par le déreglement des
Saiſons ,fans les voir außi-toſt renaître
par les foins qu'ila pris de
GALANT. 13
lafoulager ? Ilsuffit que LoürIsS
Sçaché qu'on est malheureux pour
qu'on ceſſe außt-toſt de l'estre. Son
air feul &fes manieres obligeantes
tiennent lieu de bonne fortune aux
miferables qui ont l'honneur de l'aborder
; ily aioûte des fecours confiderables
, & ilſemble que la Providence
nepermet qu'il arrive quel
ques disgraces , que pour luy laiſſer
la gloire d'avoirfaitfeul le bonheur
de fes Suiets.
L'amour qu'il a pour eux le fait
Souvent descendre du Trône pour
monter ſur le Tribunat , où comme
s'il n'estoit point d'ailleurs occupé à
regler la destinée de presque tous
les Souverains de l'Europe , ilſefait
une ferieuse occupation de terminer
les Differens de ſes Suiets. Il écoute ,
il examine, il prononce ; mais avec
quel difcernement ? Avec quel refpect
pour les loix ? Ceux dont il
14 MERCURE
d aigne prendre les avi , avoient
que plus habile qu'exx il ne regne
Pasmoins dansſonConfertpar l'éle
vation de ſon genie , que par la fisperiorité
defon rang. Il démele touiours
le bon droit , &fi nous en exceptans
les occaſions , où sa bonté
pourfes Suiets l'empefche de se rendre
sustice à foy-même , il le favori
Se toûjours ; inflexible dans la iuftice
qu'il rend aux autres ; iniufte
avec honneur dans les iniuftices
qu'il se fait à luy-même ; & par
tout également digné de l'amour du
Monde Chrestien.
Mais peut - ſtre qu'il paroist
moins aimable àce mondepacifique,
quand à la teſte de fes redoutables
Armées ilporte la guerre chez les
Peuples ialoux deſa puiſſance. Rien
moins , Meßieurs , il plaiſt autant
Sous les armes que ſur le Trône.
Qu'on ne se figure point icy un
GALANT.
15
"de ces Conquerans , qui ne troublent
le repos de la terre , que pour cal )
mer le trouble qu'un defir déreglé
de s'agrandir excite dans le coeur.
Tels ont esté les Cefars & les Alexandres
, qui en asquerant un peu
de gloire , ſe ſont attirezbeaucoup
de haine ; au lieu que nostre invincible
Monarque ne s'est pas moins
acquis par ses conquestes l'amour
que l'admiration de l'Univers .
NeSçait- on pas , que le defirde
vaincre , le plaisir , de fe vanger,
le deſſeinde nuire , ny aucune deſes
farouches paſſions qui font tes guerres
injustes , ne luy a pointfait prendreles
armes ? Nos Ennemis mêmes
peuvent- ils defavoüer que quelque
ardeur qu'il eust pour la gloire ,
quelque afſfeuré qu'il fuft de triompher
, il n'a combattu que malgré
buy ? Famais il n'eust fait la guerre,
il cust på réprimer l'injustice deſes
16 MERCURE
3
voiſins , ou aſſurer le repos de fes
Sujets?
Empereurs , Rois , Souverains ,
Republiques , Estats , Peuples qu'il
a vaincus , ne vous en prenez qu'à
Vous mesmes de vos pertes & de
vos malheurs . Si l'Espagne n'eust
pas contesté des Droits trop bien juftifiez
, Loüis n'eust point attaque
les Païs-bas , qu'il parcourut com.
me un foudre , avec une incroyable
rapidité , laiſſant par tout d'éclai
tantes marques de ſes victoires. Si
la Hollande cust esté moins ingrate ,
on ne l'eust point veuë fuccomber
Sous lamesme puiſſance , à laquelle
elle estoit redevable de ſon élevation
Si l'Allemagne eust mieux connu
fes veritables intereſte,fi des
craintes imaginaires , fi d'injuftes
défiances ne l'euffent fait armer
contre la France ,le Roy qu'elle
contraint , de devenir ſen Enne
GALAN T. 17
1
my , n'eust jamais esté que fon Protecteur.
Combien les Princes liguez avec
tant de peine , & avec si peu de
fuccés , eussent-ils épargnédefang?
Combien de Places euffent - ils con-
Servées , ſi leur opiniâtreté ne les
eust empesché d'obſerver les Traitez
que leur foibleſſe les avoitforcé de
conclure ? Luxembourg n'eust point
changé de maître , s'il n'eust fallu
par un coup de fi grand éclat met
tre fin aux lenteurs & aux artifices
de la Politique Eſpagnole. L'obſtination
des Ennemis à perdre cette
importante Place , à forcé le Royà
la prendre. Paſſionné pour la paix
juſques dans le ſein de la victoire,
il n'a fait cette derniere conqueste
que pour n'estre pas obligé d'enfaire
de nouvelles.
Quel autre obstacle , quefafeule
moderation s'est opposée à celles
18 MERCURE
riers consacrezau Dieu des Batail
qu'il pouvoit faire ? L'occaſionſerat-
elle jamais plus favorable de res
monter fur le Trône de Charlema.
gne , & de s'aſſujetir l'Empire, qui
Sur le penchant de sa ruine fembloit
demanderun nouveau Maître,
&un plus puiſſant Protecteur ? Le
Roy n'avoit qu'à le vouloir , ilpou
voit tout. Maisfemblable au grand
Theodofe , que Saint Augustin admire
pour avoir estémoins ſenſible
au defir d'acquerir un Empire , qu'à
la gloire de secourir un Empereur
destituéde tout fecours : Loüis ,
pour laiſſfer à l'Empire la liberté
de réünirſes forces contre les Turcs,
retire les ſiennes du voisinage de
Luxembourg , prestàſecourir l'Em.
pereur , & à renouveller ſur les
bords du Danube les merveilles de la
journée du Raab , fice Prince n'eust
mieux aimé s'exposer àperdre tout,
GALANT . 19
qu'à devoir deux fois sa couronne.
Que cet endroit , Meſſieurs a esté
touchant pour l'Eglife ! &que le Roy
parut aimable au Monde Chreftien,
quand il ſuſpendit ſes conquestes
pourfaciliter le ſecours de Vienne,
dont la perte n'estoit pas tout le mal
qu'on devoit craindre. Les interests
de la Religion estoient meſtezavec
ceux de l'Empire dans la conſervation
de cette Place : c'est ce qui faifoit
trembler le Monde Chrétien ,
c'est ce qui toucha Louis LE
GRAND : car fut-il jamais an
Prince plus religieux ?
F'en prens à témoin toute la terre
: on voit par tout des marques de
fon zele & de sa pieté. Dans l'Empire
, Strasbourg & Munster affuietis
à leurs Princes legitimes , & en
mesme temps à leurs legitimes Paſteurs
; dans la Hollande , des lau
20 MERCURE
les , & au lieu d' Arcs de triomphe,
des Croix élevées & des Autels re
parezes en Afrique les Priſons de
Tripoli , d'Alger & de Tunis ouvertes
par de glorieux Traitez , oв
brisées par d'heroïques efforts ; &
un nombre infini d'esclaves arra
chez à la fureur des Ennemis diu
nom Chrétien ; dans tout l'Empire
Ottoman , le Christianisme floriffant
à l'ombre des lys ; dans la Pa
lestine les Lieux Saints protegez
contre l'impieté des Infideles ,
mis àl'abry de leurs infultes ; dans
les Indes dans le Japon , dans la
Perſe , des Mißions d'Hommes Apoſtoliques
, établies , protegées , entretenuës
; dans l'Italie ,lafameuse
Pyramide qui fut élevée pour van_
ger l'honneurde la France , abbatuë
pour ménager la gloire dufaint Siege
; à nos yeux , de dangereuses
nouveautez ou prévenuës ; ou difGALANT.
21
fipées ; lapaix renduë àl'Eglife ,&
ce quifera l'éternité de cette Paix,
l'Epifcopat remply d'excellens Sujets
, & de grands Hommes.
Ajoutons à tant de merveilles
ce qui ſeul suffiroit pour immorta
lifer la pietéde Louis LE GRAND:
le Calviniſme presque aneanty ; il
expire ce monstre qui deſoloit autrefois
la France ; elle languit , elle
meurt cette herefie qui fut laſource
funeste de nos diviſions & de nos
guerre. Ils ne fubsistent plus ces
Temples élevez ſur les ruines de
nos Eglifes ; ces Temples où l'on n'offroit
pas de Victimes , & où l'on
formoit des voeux qui n'avoient
peut- estre pas pour objet nos profperitez
. Des millions de Protestans
Sont réduits à un petit nombre , &
bien- toft ce ne fera plus que par
l'Histoire qu'on apprendra qu'elle
a estélafortune de ce formidabl
party.
)
22 MERCURE
(
Il avoit refifté aux armes de
pluſieurs grands Rois , & il cede
presque fans resistance à Loüis
LE GRAND , qui n'employe pour
le ruiner que fa bonté, fa douceur,
Ses bienfaits , fon zele , & fes
Loix ; Loix qui ſans violer d'anciens
Edits en repriment les abus ;
Loix également douces &feveres ,
justes & charitables ; Loix favorables
à ceux mesmes qui les trouvent
dures , & auſquelles ceux qui s'en
plaignent se confefferont quelque
jour redevables de leurfalut.
L'Eglise peut - elle donner moins
que son caoeux à un Prince qui lay
rend de fi grands fervices ? Est- ce
affez qu'elle l'appelle le Prédicateur
de la Foy ,le Defenseur des Veritez
Orthodoxes , l'Evesque feculier de
fesSujets ?Noms glorieux que Saint
Remy donnoit autrefois à Clovis.
Eft.ce affez ..... mais laiſſons à
GALANT.
23
l'Eglise le choix de ce qu'elle doit
faire pour marquerfareconnoiſſance
àce Grand Roy; & voyons dans le
peu de temps quinous reste , s'il ne
merite pas auſſi justement l'admiration
du Monde Politique , que l'a-
- mour du Monde Chreftien.
L'admiration, toute muette qu'elle
eſt ordinairement , eft leplusglo-
- rieux de tous les Eloges. Tandis que
-ce qu'on estime laiſſe la liberté de
parler , ce qu'on dit peut estrefou
pçonné de flaterie ; tout est naturel ,
tout est fincere dans le filence qui
accompagne la ſurpriſe ; ce qu'on
voit ne peut estre que tres- grand ,
quand on admire Sansloüer. Alexandretoûjours
brave, toûjourshenreux
, ne trouva rien qui pût arrêter
le corus rapide de ſes Victoires , toute
la terre en fut ſaiſie d'étonnement;
& comme il est remarqué dans l'Ecriture
, ne pouvant le lover, ellefe
24 MERCURE
tut , & l'admira . Salomon fut le
plus magnifique de tous les Rois , &
ceux qui le virent , tomberent dans
une espece de raviſſement qui leur
osta l'usage de la parole. Ce que ces
Princes ont efté dans leur Siecle ,
Louis LE GRAND ne l'estil
pas dans le nostre ? Est- il moins
vaillant & moins heureux qu'Alexandre
? Est - il moins magnifique
que Salomon ? N'en doutez pas ,
Meſſieurs , ta posterité l'admirera ,
commenous les admirons.
Le fameux Paſſage du Rhinva
prendre parmy les prodiges le rang
qu'ont tenu jusqu'icy les paſſages du
Granique & de l'Hydaspe. Ony verva
Louis LE GRAND s'eſtimer
heureux d'avoir enfin trouvé
un peril digne de luy ; & ce que ne
put faire Alexandre , on l'y verra
imprimer dans les coeurs de tous les
fiens la noble ardeur dont il brûloit .
Soûtenus
GALAN T.
25
tenus parsa prefence , animezpar
Sa valeur , glorieux de combatre
Sous lesyeux d'unsi grand Roy ils ſe
précipiterent dans les eaux , & ils
allerent malgré la profondeur & la
rapidité du Fleuve , chercher des
Ennemis qui n'eurent n'y afſſez de
fermeté pour les recevoir , ny affez
-de coeur pour les attendre.
Cent prodiges ont fuivy ce premier
miracle ; mais la Poſteritéqui
les doit admirer , les croira telle?
Vous mesmes , Messieurs , qui les
avezveus , les croyezvous ? L'Hi_
ſtoire de LOUIS LE GRAND , tou
te vraye qu'elle est a t-elle moins
- que celle d' Alexandre l'air de la
- Fable ? Yat il de la vray Semblance
dans les verisez qu'on dit
-de luy ?
Qu'enquinze jours , dans la plus
fâcheuſe ſaiſon de l'année , il ait
Subjugué toute une Province confi-
• Septembre 1685 . B.
26 1 MERCURE
derable par le nombre & par la
force deſes Places, qu'en moins d'un
mois il ait pris plus de Villes qu'il
n'enfaudroit pour faire un puiſſant
Etat ; qu'il ait reſiſté ſeul à toute
l'Europe ; qu'il ait triomphe par
tout où il a combattu ; queſes Enne
mis n'ayent esté que les témoins &
les ſpectateurs immobiles de fes
victoires ; qu'illeurait ofté jusqu'au
courage de se défendre ; qu'il ait
reduit Alger à confeffer qu'il luy
faisoit grace , quand il luy impofoit
des Loix , qu'il ait humilié Gennes,
Sans achever de la détruire: fouf.
frez que je le repete , vous qui en
avezesté les témoins , le croyez vous?
Ou parce qu'il vous est impoſſible
d'en douter , esperez- vous que les
siecles futurs n'en doutent point ?
Alexandre crût qu'il étoit de ſa
gloire de les tromper, par les vaines
apparences d'une grandeur quil
GALANT.
27
n'avoit pas : ilest au contraire de la
gloire du Roy qu'on les ménage , &
qu'on ne leur apprenne des grandes
choses qu'ilafaites, que celles qu'ils
pourront croire.
Que la Posterité ſcache , que
Loüis s'est rendu deux fois maître
de Valenciennes par ses Armes &
parses Bienfaits. Maisne luy diſons
■ pas quecette importante Place atta
quée au milieu de l'Hyver , a esté
priſe en un quart d'heure & en
- plein jour ; qu'on la vit paſſer en
un moment de la confiance au defefpoir
, du deſeſpoir à la joye ; & que
Ilefort des Vaincus y fut bien-toft
égal àceluy des Victorieux ; ceux- cy
penſant avecplaisir à la gloire qu'ils
avoient acquise , ceux là au pardon
qu'on leur avoit accordé ; &
tous à la Victoire que Louis avoit
emportée.
Que la Posterité ſcache, que le
B 2
28 MERCURE
formidable Cambray n'a resisté que
tres.pcu de iours : mais qu'elle ignore
que le Roy n'employa pour le prendre
que la moindre partie de fes
Forces : & que plus genereux qu'Alexandre,
qui croyoit perdre autant
de gloire , que les autres en acque
roient , il avoit envoyé ses meilleuves
Troupes à fon illuftre Frere , qui
dans le mesme temps prenoit une
Ville , &gagnoit une Bataille.
Ce que nous retrancherons des
Surprenantes actions que I Invinci
ble Louis a faites , empeschera
ceux qui viendront aprés nous de le
prendre pour un Heros fabuleux; &
lepeu que nous en divons ſuffira pour
le faire regarder comme le plus
grand des Heros.
Pourra ton luy refuser ce titre,
quand on sçaura qu'après avoir
triomphe de ſes ennemis , il s'eft
vaincu luy- mesme ? C'est ce qu'il
GALANT.
19
}
faudra raconter exactement à la
د
Pofterité. Il eſt de l'intereſt de toute
la terre qu'aucun Prince ne le
puiffe ignorer. Loüis plus grand
quesa gloire & queſafortune, auſſi
maître de luy- mesme que de fes
Ennemis , s'arreſte au milieu de ſa
course , & borne ſes Conquestes
dans un temps où ſon glorieux de
ſtin ſembloit l'appeller à l'Empire
de l'Univers. Il est vray qu'il fait
la Paix en Conquerant& en Maitre
; il la donne à ſes Ennemis ,
comme il donne des Loix à ſes Sujets;
seul Arbitre , feul Mediateur,
il conclut , il décide ; ce qu'il pretend
qu'on restitue , ce qu'il veut
donner, ce qu'ildoit retenir , ilregle
tout ; mais il le règle d'une maniere
si desintereſſée , si genereuse ,
qu'il ſemble vouloir partager avec
les Vaincus le fruit deſes Victoires.
& qu'il donne ſujet de douter ,
B 3
30
MERCURE
lequel des deux luy estplus glorieux,
ou d'avoirſiſouvent triomphe durant
la guerre , ou d'avoir facrifié
tant de Conqueſtes à la Paix.
L'Antiquité , toute fiere qu'elle
eft du grand nombre de ſes Heros .
pourroit- elle nous en montrer un,qui
dans telles conjonctures ait fait un
fi grand facrifice ? Il y a peu de
Conquerans qui neſe ſoient laiſſez
entraîner comme des esclaves par
leur bonne fortune ; Alexandre fuccomba
ſous le poids de la fienne,
aveuglé de fon bonheur il perdit
toute moderation. C'eſtoit , Mefſieurs,
c'estoit à LOUIS LE GRAND
qu'estoit refervé l'avantagede donner
au monde ce rare exemple de
vertu ; & d'apprendre aux Souverains
qu'ils doivent préferer aux
charmes de la gloire , le repos de
leurs Sujets , & au titre de Conque.
rant la qualité de Pacifique.
GALANT .
31
1
4
11
0
t
X
tre
,
Un Prince connaſous ce nom dans
la fudée , fut autrefois adoré de
toute la terre , & ce Prince femble
renaître en LOUIS LE GRAND.
Ces nombreuſes Armées preſtes en
tout temps à marcher &à combatces
Flotes quifont trembler
toutes les mers ; ces fortificationsſi
regulieres , & presque aussi_toft
achevées que reſoluës ; ces richeſſes
immenfes , ces magnifiques Palais,
cet assemblage de tous les Chefsd'oeuvres
de la Nature & de l'Arti
ces Montagnes abattues
vieres détournées, cent autres femblables
merveilles ne renouvellent.
elles pas dans nos jours les merveil
les du temps de Salomon ? N'en
voyons- nous pas mesme un grand
nombre qui échaperentà la magni.
ficence, ou auxfoins du Monarque
des Juifs ? Ce fameux Hoſtel , qui
difputcroit de beauté avec les plus
,
ces Ri
B 4
32 MERCURE
fuperbes Palais des Rois ,& qui
fert d'azyle àde braves & d'ill.u..
ftres malheureux ; cesſoinsfi noble.
ment employez à former de jeunes
Guerriers , ces établiſſemens où la
beauté trouve une protection qui
l'empeſche de devenir criminelle ,
&où la Nobleffe trouve des fecours
qui l'empefche d'eftre miferable ;
ne sont ce pas des prodiges de ma
gnificence inconnus jusqu'au temps
de Louis LE GRAND ? Le monde
les admire ; mais ce qu'il admire
le plus , est la perſonne mesme
de Loürs . 1.
Quelle grace quet air ! quel
admirable mélange de douceur &
de majesté ! peut-on le voir fans
l'aimer ?Et se laſſe- t'on de le voir?
N'y a-t- il point dans ſes moindres
mouvemens je ne sçay quel agré
ment qui enchante ? Un air de Heros
& de Souverain ? Ie ne sçay
1
GALANT.
3
quoy de plus qu'humain qui charn
les yeux , qui ravit les coeurs , & qu
inspire tout à la fois la tendreffe
l'obeiſſance & le reſpéct : Un fer
defes regards le fait mieux connoi
tre que ne le feront jamais fes
Historiens & Ses Panegyristes : &
pour estre perfuadé de tout ce que la
renommée publiede luy , il ne faut
que le voir un moment. On fel'imagine
d'abord , tel qu'il eſt , à la teſte
deſes Armées, intrepide , agiſſant,
infatigable ; tel qu'il est dansson
Confeil , affidu , pénetrant , judi.
cieux ; tel qu'il est danssa Cour, es
au milieu de cette foule d'adora.
teurs , que son merite plûtoſt quef
fortune luy attire de tous les endroit:
de la terre , doux , careffant , de
facile accés , ſenſible à l'amitié,
diftinguant le merite, récompensan
diffimulant les defauts ,
la vertu ,
Suportant les foibleſſfes ; enfin plus
BS
34
MERCURE
grandHomme encore que grand Roy,
&toûjours digne de l'admiration
du Monde Politiqne , & de l'amour
du Monde Chreftien .
Quen'ay-je , Messieurs , une éloquence
affezvive & affez forte
pour le representer tel qu'il paroist
àceux qui ont l'honneur de le voir!
Mais vous avez heureusement
fuppleè à ce que vous sçaviez qui
manqueroit à ma voix. L'excellente
Statue que vous avez érigée parle
pourvous , elle parlera mesme dans
tous les temps ; & ce monument
travaillé avce un art & une délicateffe
capables d'immortaliſerſon
Autheur , n'est pas seulement le
temoin fidelle des sentimens refpectueuxque
vous avez pour le Roy,
ilfera fon Panegyriste eternel. Les
Siécles les plus reculezfe fouviendront
en levoyant , des Vistoires &
des Vertus de Louis LE GRAND;
GALANT.
35
on penſera tout ce que vous pensez
aujourd'huy , & l'on dira que si
Louïs a esté le plus Grand des
Roys , vous avez esté les plus fidel
les , & vous vous eſtes eſtimez les
plus heureux deſes Sujets.
Faites , ô mon Dieu ! que nous
joüiſſions long temps de ce bon-heur,
&qu'ildure encoreaprés nous. Con-
Serveznous un Prince quevous nous
avez donné parce que vous nous
aime.z Laiffez-luy letempsd'achever
ce qu'il medite pourvostre gloire
, & comblez- le de vos graces ,
tandis qu'ilnous comble de ſes faveurs
. Qu'il n'ait point d'ennemis,
ou qu'il en triomphe toûjours ; Que
la felicité de son regne s'étende
égalementfurfa Famille &fur ſes
Etats ; Quele glorieux heritier de
Sa Grandeur le foit de ſa vertu ;
Qu'il aitson coeur , comme il a for
nom ; Que les peuples reverent ce
B6
36
MERCURE
Monarque , l'amour de l'Eglise .
l'admiration du monde ; Que les
Roys l'imitent ; Que tout luy ſoit
aſſujetty , & que luy-mesme vous
Soit Soumis .
Ce font , ô mon Dieu , les Voeux
que forment de toute l'étenduë de
leur coeur ce Prelat ſi vertueux &fi
digne defon Auguste Caractere : Ce
Sage & judicieux Intendant , digne
Mimstre d'un si grand Roy ; ces
Magistratsfi zelez pour le bien public;
ces Docteursfi habiles ; ces Iuges
équitables , & éclairez, ces Sca.
vans de toutes prefeſſions , & tout
ce Peuple. Ils vous demandent, Seigneur
, & je vous demande avec
eux , la continuation des graces que
vous avez fi liberalement répanduës
fur la Perſonne ,fur la Famille
, & fur les Etats de Loüis LE
GRAND .
GALANT. 37
Je vous envoye un Dialogue
qui a receu icy de grands applaudiſſemens.
le ne ſçay point le
nom de ſon Auteur , mais l'Ouvrage
parle affez de lay-meſme,
fans qu'il foit beſoin d'autre choſe
pour vous le faire eſtimer.
**
DIALOGUE
DE L'ELOQUENCE
ET DU LOUIS D'OR.
A
L'ELOQUENCE .
Vous voir & à vous entendre
, les Hommes n'ont
point d'autre Divinité que vous ;
il ne reſte plus qu'à vous bâtir un
Temple.
LE LOUIS DOR .
On m'en a déja bâty un où
:
38 MERCURE
jene faifois pas mal le Perſonnage
d'un Dieu; mais il m'importe fort
peu d'avoir un Temple de pierre
*&de bois , pourveu que j'aye le
coeur del Homme pour mon Autel
, où il me conſacre tous les
travaux & ſes foins .
L'ELOQUENCE .
Vous parlez bien haut pour
le Filsde la Terre.
LE LOUIS DOR.
Je ne ſuis point tellement le
Fils de la Terre , que je ne ſois
auſſi le Fils du Soleil & des Aftres .
L'ELOQUENCE .
Pour moy,je ſuis la Fille de
l'entendement & du coeur de
Thomme.
LE Louis D'OR.
S'il n'y a qu'à ſortir de l'entendement&
du coeur de l'Homme
pour prouver fa nobleſſe , les
trahiſons & les grands crimes
GALANT. 39
< feront bientoſt illuftres , & difputeront
avec vous de la gloire
( de la Naiſſance. Ileſt vray que
j'ay eſté conceu dans un lieu bien
- obfcur , mais j'ay trouvé dans
cette obſcurité la je ne ſçay quoy
qui ébloüit les yeux , &qui n'eſt
pas fort defagreable aux voſtres .
J'avoue que ma Naiſſance m'a
rendule voiſin des Enfers , mais
on m'y a trouvé ; & fi vous y
eſtiez cachée comme moy , je ne
ſçay pas qui vous iroit chercher
là pour vous déterrer .
L'ELOQUENCE .
Jeſçay bien que vous plaiſez
aux Hommes , mais ce n'est qu'à
cauſe que vous leur impoſez par
de petits agrémens qui donnent
dans les yeux.
Le Louis DOR .
Mes agrémens ne donnent
point ſi fort dans les yeux , qu'ils
40 MERCURE
ne donnent encore plus dans le
coeur. Pour ce qui eſt d'impoſer ,
nous ſommes dans un temps où
l'on ne peut faire fortune dans
le monde à moins qu'on n'impoſe.
Nous le faiſons tous deux
mais avec cette difference que
vous n'impoſez que par des paroles
, au lieu que j'impoſe par
ma folidité , car on dit qu'il n'y a
pointde raiſon plus ſolide que
moy , & qu'on ne peut donner
une plus belle couleur àla verité
que la mienne ; au moins vous
m'avoüerez qu'elle vaut bien le
brillantde vos penſées.
L'ELOQUENCE .
Toute comparaiſon eſt odieuſe,
mais s'il eſt queſtiond'en venir
au merite, c'eſt moy quiay reüny
les Peuples quand ils eſtoient
errans dans les Déſerts , & quiles
ay fait vivre en Republique.
GALAN T.
41
e
et
コ
e
it.
10
es
LE Louis D'OR.
C'eſt moy qui ſuis le nerf de
leur Republique & la liaiſon de
leurs Eſtats ; c'eſt moy qui fuis
les delices des Jeunes , & le ſoin
des Vieillards.
le ſuis la bien venuë par tour.
LE Louis DOR.
Principalement quand je vous
accompagne.
L'ELOQUENCE .
J'ay accés dans le Palais des
Roys .
LE LOUIS D'OR.
Vous n'y en avez point tant ,
qu'un Mulet qui me porte n'y en
ait encore davantage que vous.
L'ELOQUENCE .
l'ay beaucoup de pouvoir ſur
le coeur de l'Homme.
LE LOUIS D'OR .
Vous enavez , mais avec un
grand embarras de paroles , au
,
42 MERCURE
lieu que moy , ſans preparation
& fans artifice, j'ay le don de me
faire écouter dans les coeurs , &
dem'en rendre le maiſtre ; car
étant queſtion dernierement de
confoler un miſerable , vous tachâtesde
le faire par beaucoup
de paroles,peut- eſtre qu'il n'étoit
pas fait à un a beau langage ,
mais vôtre diſcours luy ſembloit
bien fade , lors que quelqu'un
s'aviſa de me mettre dans
ſa main ,& alors on vit la joye
qui s'épanouiſſoit fur ſon viſage,
& à l'entendre il fortoit de moy
une vertu ſecrete qui luy alloit
gagner le coeur. Feriez - vous
bien par vos paroles ; ce que je
faifois en ce temps là par mon
filence ?
L'ELOQUENCE .
Ie rends biend'autres ſervices
à l'Homme.
GALANT.
43
0
LE Louis D'OR.
Vous en rendez , mais je ne
fçay s'ils valent les miens ; car je
m'en vais chez un Roturier, je le
rends Gentil- Homme ; je m'en
vais chez un Ignorant , auſſi toſt
c'eſt un Homme d'un ſens profond;
je m'en vais chez un Temeraire;
auſſi- toſt c'eſt un Brave,
&fi vous faites les Doctes , j'ay
le privilege de faire les Docteurs ,
Vos ſervices valent- ilsbien ceux
là ?
L'ELOQUENCE.
D'où vient donc qu'aprés tant
de bien- faitsque vous rendez ,je
vous voyois dernierement ſous
ele marteau d'un Artiſan où vous
faifiez une pauvre figure ?
Le Louis D'OR.
Ie ne ſçay pas ſi vos figures
font plus agreables , mais je ſçay
bien que le tour qu'on me don44
MERCURE
noit alors , vaut bien le tour de
vos Periodes & de vos Vers .
L'ELOQUENCE .
Mais avec ce beau tour on
vous voit courir le Monde comme
un miferable qui n'a point de
Pays.
LE LOUIS D'OR .
Si c'eſt un mal que de courir
le Monde , il m'eſt commun avec
le Soleil. Ie n'ay point de Pays
arreſté , mais par tout où je ſuis ,
l'Homme trouve ſa Patrie .
L'ELOQUENCE .
Il a donc grand tort de vous
traiter auſſi mal qu'il fait ; car
vous tombâtes dernierement entre
les mains d'un vieux Avare
qui vous mit en priſon dans un
Coffre fort , & qui vous enfouït
dans la terre.
LE LOUïS D'OR.
Quand je ſuis en priſon de la
GALANT.
45
forte , il n'y a perſonne qui n'aime
mieux y entrer , que d'aller
dans les lardins des Princes. le
n'y fuis pastout ſeul, le coeur de
- celuy qui m'y met., s'y cache
avec moy .
L'ELOQUENCE .
Mais que faites- vous là ?
LE Louis D'OR.
Ce que vous faites dans vos
Ecrits qui font cachez dans la
- Boutique d'un Libraire .
L'ELOQUENCE .
Ie ſuis là comme le monumentdes
Orateurs , où leur Efprit
repofe.
LE LOUIS D'OR .
Etmoy je ſuis dans ce Tréſor
enfouy comme le monument
du Riche où ſon Ame
repoſe.
,
L'ELOQUENCE .
le plains pourtant bien voſtre
46 MERCURE
deſtinée , puis qu'au fortir de là
on vous voit ſouvent à la diſcretion
d'un faux Monnoyeur .
LE LOUIS D'OR .
Ie ne plains pas moins vos
Ecrits , puis qu'aprés avoir eſté
lûs avec tant de plaifir , on les
voit quelquefois dans un Cabinet
à la difcretion des Souris .
L'ELOQUENCE .
Vous allez aprés cela dans des
lieux peſtiferez .
LE LOUISDOR
Ie n'y prens point de mauvais
air , & je n'en fuis pas moins bien
venu à la Cour , où les Creatures
les plus délicates diſent que je
porte la ſanté avec moy.
L'ELOQUENCE .
On voit meſme ſortir quelquefois
d'entre les mains des.
Scelerats.
GALANT.
LE LOUIS D'OR.
Je n'en repoſe pas moins
agreablement entre les mains
des Innocens,
L'ELOQUENCE .
Parmy eux il s'en trouvent
- qui font merveille à déclamer
contre vous,
LE LOUIS D'OR.
Ils ne déclameroient pas fi
fort , s'ils ne me propoſoient à
eux-meſmes comme le prix de
leur déclamation,
L'ELOQUENCE .
Cela n'empêche pas qu'il ny
ait des Philoſophes qui vous
- condamnent en Public.
Le Louis D'OR.
Il n'y ena pas unqui ne m'ap
prouve en particulier lors que
jeſuis dans ſa Bourſe,
Le Dimanche 7. du dernier
mois,Dame Catherine Elifabeth
48 MERCVRE
de Longueval de Manicamp,
Abbeſſe de l'Abbaye de Beſtancour
en Picardie , fut benîte par
les mains de Meffire François
Faure , Eveſque d'Amiens . Ce
Prelat eſtoit reveſtu de ſes Habits
Pontificaux , & affiſté de
tous ſes Officiers . La Ceremonie
ſe fit au bruit de pluſieurs décharges,&
en prefence de quantité
de Nobleſſe de la Province,
de l'un & de l'autre ſexe . La
Meſſe fut chantée par la Mafique.
Cette Abbeffe alla recevoir
la Benediction , précedée
de Dame Elifabeth de Monchi
de Senarpont,Religieuſe de l'Abbayede
Beſtancour,ſaChapelaine
,qui portoit ſaCroffe.Acoſté
d'elle marcherent Dame Cecile
Gabrielle Faure,Niepce deMonfieur
l'Eveſque d'Amiens,Prieure
de cette Abbaye , & Dame Marguerite
GALANT.
49
guerite Foucault Superieure.
Mademoiselle de Monchi , fe-
- conde Fille de Monfieur de Monchi
, Marquis de Senarpont , &
Mademoiselle d'Augenlieu,Penſionnaires
de la meſme Abbaye,
portoient ſa queuë. Une ſimpho-
- nie fort agreable ſe fit entendre
_pendant la marche du Choeur
des Religieuſes juſques àl'Autel.
Monfieur le Marquis de Senarpont
, dont je vient de vous parler
, Monfieur de la Roche Marquis
de Fonteville , Monfieur de
Monchi Baron de Viſmes , Monſieur
de Monchi Seigneur de
Courcelle , & Monfieur de Vauchelle
, portoient les Offrandes.
La Ceremonie finit par un Te
Deum chanté en Muſique , pendant
lequel on alla baifer l'Anneau
de Madame l'Abbeffe . Ily
eut enſuiteunmagnifique repas.
Novembre 1685. C
50
MERCURE
Le 24. du meſme mois , Mona
ſieur le Duc de la Milleraye , qui
eſt dans la Compagnie des Gentilshommes
de la Citadelle de
Besançon ,& qui monte à cheval
dans l'Academie de Monfieurde
Beaumarché,donna un Prix pour
une Courſe de Teſtes , & le gagna.
Ce fut comme un petit Carrouſel
, auſſi toſt executé que
penſé. Il y avoit douze Chevaux
qu'il fit couvrir de rubans de differentes
couleurs,en moins d'une
heure. On commença par une
Galopade de ces douze Chevaux,
avec tous les changemens de
main que l'on peut faire. Enſuite
il ſe fit un Manége figuré de cinq
Chevaux en meſme temps dans
un eſpace d'environ dix toiſes en
quarré. Il y avoit un Cavalier à
chaque coin , & un au milieu .
Les quatre des coins faiſoient des
GALANT.
demy voltes , paſſant les uns fur
SI
les autres , & celuy du milieu
faiſoit des voltes entieres ; mais
tous avec une telle juſteſſe &
tant de meſure qu'on euſt dit que
- c'eſtoit un Ballet danſe à cheval.
Monfieur le Duc de la Meilleraye
- y fit voir beaucoup d'adreſſe.
- Aprés cela on courut les Teſtes .
Il avoit eſté convenu , que chacun
feroit trois Courſes, & dans
- chaque Courſe il y avoit quatre
coups à faire, ce qui faiſoit douze
coups en tout De ces douze,
Monfieur le Duc de la Meilleraye
en fit dix , de ceux que l'on
( appelle coups francs; & àl'égard
des deux qu'il manqua, l'un toucha
la teſte du Maure , l'autre
entra bien avant dans le milieu
du Poteau , à un doigt au deſſous
de la Teſte. On peut dire qu'il
remporta ce jour-là pluſieurs
C 2
52
MERCURE
Prix ; non ſeulement celuy qu'il
avoit donné , mais encore celuy
de la bonne grace & de la vigueur.
Comme il ne couroit que
pour la gloire, il ne voulut point
profiter de ſon avantge . Il ſe fit
une autre Courſe dont il ne fut
point. Le Prix y fut remporté
par un Gentilhomme de la Province
, qu'on appelle le Comte
de Grammont. Monfieur le Duc
de la Meilleraye eſt Fils de Monſieur
le Duc Mazarin , c'eſt vous
dire qu'ileſt un des plus grands
Seigneurs du Royaume , mais il
n'eſt pas moins honneſte homme
que grand Seigneur , & l'on afſeure
à ſa gloire qu'il a encore
plus de merite que de fortune.
Il eſt entré au commencement
du mois de May dernier , dans
la Compagnie des Gentilshommes
, commandée par Monfieur
GALANT.
53
de Montcaut. Il ne fuit aucune
peine , portant le Mouſquet , &
faiſant toutes les fonctions & les
gardes comme le moindre Soldat
de la Garniſon . Il a paſſé par toutes
les Charges ,& a fait ſouvent
celle de Major , avec beaucoup
d'application & de fuccés.
Depuis noſtre commerce de
Lettres je vousay fait partde tou
tes les Découvertes qui ſe font
en France. C'eſt ce qui m'oblige
à vous envoyer ce qui a eſté
écrit depuis peu par un Religieux
de la Charité , à un fort
habile Medecin. Il vaut mieux
< que je parle par ſa bouche , fur
une matiere qui ayant ſestermes
particuliers , doit eſtre expliquée
par ceuxqui en ont une entiere
connoiſſance.
C3
54
MERCURE
A MONSIEUR DONY,
Doyen des Medecins du
College de Grenoble.
T
Rouvez bon , Monsieur , queje
vous faſſe part de mes pensées ,
Surune Fontaine nouvellement découverte
au Monestier de Clermont,
à quatre licuës de Grenoble. Fefpere
que ce que je vous en écriray ,
Sera utile à plusieurs personnes ;
parce qu'en faiſant connoiſtre les
effets de ſes Eaux , les Malades
pourront y avoir recours dans leurs
besoins. Cette Fontaine est placée
au milieu d'une grande Prairiefort
Spacieuse. C'est un Parterre naturel,
au bas duquel est un Boccage rem .
ply de plafieurs chemins couverts ,
où les Beuveurs peuvent prendre le
plaisir de la promenade ſans estre
exposez aux rayons du Soleil , &
GALANT.
1
rendre leurs eaux Sans estre veus de
- personne. Sa ſource fort de deſſous
une groffe Roche , qui depuis longtemps
estoit couverte de beaucoup de
terre. Autour du Baſſin , on voit fortir
quantité de petits boüillons
qui font autant de tentatives que
- font ces prisonniers innocens dans le
Sein de leur mere , afin de se com
- muniquer avec plus d'abondance
pour laſanté des Malades , Cen'est
toutefois que depuis deux années
que cette Fontaine a efté de quelque
usage. On se contentoit de boire les
Eaux d'une fource qui est éloignée
= de cinq cens pas de celle dont je
-vous parle , & beaucoup plus cruë&
plus pesante , plus chargée de fer,
- & moins vitriolée. La derniere qui
a esté découverte , estant beaucoup
plus chargée de vitriol & moins
ferrugineuse que l'ancienne , il s'en
faut beaucoup qu'elle ne foitfi in
grate nysi pesante, parce que l'ef-
C 4 .
36 MERCURE
/
prit de vitriol ayant attenué &
-fubtilizé le corps du mort, le diſſoud
plusparfaitement , ſoit dans la matrice
interieure de ces eaux , foit
dans le chemin qu'ellesfont enſemble
dans le gravier , ſe filtrant l'une
& l'autre , ce qui luy donne une
grande legereté , & une facilité à
fe diftribuer par les urines & par
les felles, estant par confequent fort
propre , comme l'experience me l'a
fait connoistre , pour les affections
nephretique , causées par un phlegme
,fable, ou gravier , que quelques
Benveurs ont fait d'une groffeur proportionnée
aux ureteres , & tresfavorable
aux maladies chroniques
& inveterées du bas ventre , pouf-
Jant par les felles &par les urines,
Suivant les diſpoſitions particulieres
du Malade.
Je dis de plus , qu'elle chaffehors.
les voyes de l'urine les corps mols
GALANT.
57
aux
& non encore petrifiez d'une grof-
Seur confiderable. Elle purge l'humeur
tartareuse & mélancolique
retenue dans la rate & aux parties
voisines , &par là elle convient
aux affections Scorbutiques
Schirres naiſſans , leve les obftructions
des vaiſſeaux du bas ventre
, &en mesme temps délivre les
Maladies de toutes lesfunestesfuites
de ces embarras , &de toutes fortes
defuppreffions. Elle éteint pareille-
_ment l'intemperie du foye & des
reins ; elle tuë les vers comme on l'a
veu en la perſonne de Jacques Aglot
dumeſme lieu,âgé de vingt ans,qui
aprés avoir beu trois jours des Eaux
de cette nouvelle découverte , jetta
parses felles un ver deſept pieds de
long, qui avoit la tefte faite comme
un bec de canne. Monsieur Dobert
Procureur au Parlement de Grenoble
, en jetta un le fecond jour de la
Cs
58
MERCVRE
longueur d'un pied & demy , &plufleurs
autres Beuveurs en ont jettè
de la longueur ordinaire , & entre
autres Monfieur de Bouvets , Confeiller
Garde de Sceau au mesme
Parlement.
Les Animaux y accourent de toutes
parts. Les Vaches , les Moutons
Sentant ces atomes spiriteux , acides
& appetiſſans qui leur frapent l'odorat
,&ensuite le goust , viennent
avec empressement pour boire , &
en boivent une quantité ſurpre.
nante. En un mot ceux qui ont l'u-
Sage des Eaux des Fontaines de la
Marie de Vals , de Saint Meon
d'Auvergne , de celle des Celestins
de Vicky , ne font point de difficulté
de les mettre les unes & les autres
presque en paralelle. On en a fait
évaporer quatre livres de medecine
, & la reſidence non calcinée à
eſté de couleur tannée tendant a
1
1001
1
ا
1
C6
11.!"
"
GALANT. 59
gris blanc , de la pesanteur d'une
- dragme. Après avoir diſſous la refi.
dence dans l'eau commune , enfuite
vitré& évaporéinſqu'àficcité,lefel
Separédefa terre aparu fort blancde
la pesanteur de demie dragme de
goust acide. L'on voit sur l'eau des
ruiſſeau qui s'écoule de la ſource
grande quantité de fel de coule
blanche de goust moins acide , comme
eftant un fel fixe dont la volatilité
eft feparée par l'ardeur du
Soleil. Ie fuis de tout mon coeur vo-
Stre ,&c .
Frere Gilles , Religieux de la Charité
de Grenoble.
Un celebre Mathematicien
Anglois , ayant remarqué que
trois heures ſonnerent au moment
qu'on poſa la couronne
fur la teſte de Jacques I I. Roy
d'Angleterre , a eu la curiofité
C6
60 MERCURE
de fuputer les vrais lieux des Planetes
, & de dreſſer un Theme
celeſte pour cet inſtant. Il l'a
communiqué en Latin à un François
de ſes Amis , qui en a fait la
traduction qui ſuit en noftre Langue.
L'an 1685. le 23. d'Avril ,
Stile Jolien , à trois heures aprés
midy temps égal , ou à 2. heures
56. minutes 48. ſecondes aprés
midy , temps apparent à Londres.
Latitude 51. degrez 32. minutes.
Sept. & longit. 17. degrez 57.
minutes.
Sig. Deg. Mi. Sec.
1. 12 6. 22. Moy. Iong. du Soleil.
3 7.10 43. Apogée.
13. 46. 29. Vray lieu du Soleil.
1. 13. 0. 28. Moy. Long. de la Lune.
2. 0. 22. 4. Apogée.
2. 29. 32. 46. Teſte du Dragon.
14. 42. 12. la Lune en 'Ecliptique.
. 3. 31. 18. Latit. M.A. de la Lune.
7
GALANT. Gr
5.9.55-58 . Moy. Lieu de Saturne.
8.27.43 55 Aphelie .
3.22 . 40. 22. Nooeud Boreal .
m 10.43.41 . Vray lieu de Saturne, Oc.R.
.2 4. 19. Lat. S. A, de Saturne,
Sig . Deg. Mi. Sec.
6. 20.33.53 . Moy. Lieu de Jupiter.
6. 7. 18. 18 Aphelie.
3. 5. 30. 53. Nooeud Boreal .
14. 10. 13. Vray lieu de Jupiter .
1.1. 31. 31. Lat. S. D.delupiter. Oc.Ret.
8. 5. 1. 37. Moy Lieu de Mars .
5.0 33. 18. Aphelie.
1. 17. 40. 24. Noeud Boreal.
13. 41. 8. Vray lieu de Mars, Ori, R.
0. 34. 41. Lat. M. D. de Mars .
0. 8. 22. 19. Moy. Lieu de Venus .
10. 3 4. 1. Aphelie.
2. 14. 6. 47. Nooeud Boreal.
28.47 11. Vray lieu de Vénus,Or.Dir.
1. 21. 22. Lar M. A de Vénus.
2. 24. 16. 11. Moy. Lieu de Mercure.
8. 14. 17. 5. Aphelie.
1. 14 25. 6. Noeud Boreal.
23.58 17.Vray lieu de Mercure,Oc.Dir .
1. 13. 0. Lat. S. A. de Mercure .
m 27.45 . 18. Vray liu de la Fortune.
62 MERCURE
POINTES DES XII . MAISONS .
La I. ou l'Afcend. 26.49, 35. de Virgo .
8. 27. 13. de Scorpio.
25. 52. 17. de Sagitarius,
14. 12. 55. d'Aquarius.
4. 4. 40. de Dilces .
Deg. Min . Sec. Signes.
La II . a 19. 17. 32. de Libera .
La III . a
La IV. a
La V. a
La VI. a
La VII . a
La VIII. a
La IX. a
La X. a
La XI . a 14. 12. 55. de Leo.
La XII . a 4. 4. 40. de Virgo .
26. 69. 35. de Pifces.
19. 17. 32. d'Aries.
8. 27. 28. de Taurus.
25. 52. 17. de Gemini,
J'ay fait graver ce Theme celeſte
, & je vous l'envoye .
Voicy une Lettre meſlée de
Proſe & de Vers , que vous trou-!
verez fort agreable. Elle a paru
telle à des Connoiffeurs tresdelicats.
A CALISTE.
Vous us avez eu raiſon de ne
me point écrire , puiſque
GALANT. 63
vous m'avez crû mort. Je l'eſtois
en effet,& je ſçay trop bienmon
monde pour ne pas mourir aprés
vous l'avoir promis. D'ailleurs ,
il n'y a aucune difference entre
mourir & eftre éloigné de vous .
Cependant je vous aſſure de ma
refurrection , que je croy devoir
aux devotes prieres que vous
avez faites pour mon ame. Ic
vous en ſuis infiniment obligé,
& je vous diray franchement
qu'il n'eſt que de vivre. La vie
eſt bonne à cent choſes , & la
mort n'est bonne à rien. Ainfi
j'ay eſté dans une geſne inſupportable
durant trois ou quatre
jours qu'elle m'a tenu captif. En--
fin une ame ſans corps eſt une
choſe du moins auſſi triſte qu'un
corps ſans ame ; & fans mentir,
la mienne ſe trouva furieuſement
déconcertée , de n'eſtre plus
レ
64
MERCURE
dans mon corps. Ainfi , je vous
declare que je ne veux plus mourir
par complaifance. Me voilà
donc bien & deüement reſuſcité
, pour autantde temps qu'il
plaira au Maiſtre des Deſtinées,
&je ſeray , tant qu'il me ſera
poſſible , voſtre tres - humble
& tres- tendre adorateur. J'allois
finir là cette Lettre , mais j'ay
crû que vous ſeriez bien aiſe
d'apprendre mes avantures de
l'autre Monde. Ma Muſe vous
en va faire un recit fidelle .
Si toft que je vous eus quittée ,
Aprés vous avoir dit adieu ,
Adieu dont la doulcur perça parle
milieu
Moname devous enchantée,
Ie fis venir la mort qui me pris au
collet,
D'une maniere violente
GALANT. 65
3
5
Et fa Bayonnete tranchante
M'eut bien- toft coupé le fifler.
Son abord me sembla ſi laid
Que je me repentis de l'avoir appellée;
Mais quand d'un noir chagrin on a
l'ame troublée ,
Onnesçait guere ce qu'on fait,
Cependant , aimable Califte
Ie la crus , l'unique recours
Que pouvoit esperer un soupirant
tout triste
D'eſtre loin de l'objet de fes cheres
amours ,
Ie mourus donc , & dans la Biere
Tout de mon long on m'étendit ,
Et ma pauvre ame defcendit
En ces lieux que jamais ne perçala
lumiere.
た
Dame, quifut bien étonné,
Caliste,cefut moy ,commes'il
tonné.
eust
66 MERCURE
( L'emprunte de Marot ce burlesque
Distique. ) :
Et làfans nul retardement
Ie receus ,fort melancolique ,
Un affezrude Iugement.
Ce fut d'aller dans une chabre noire
Poury demeurerſeulement
Deux mille ans Sans dormir,Sans
manger, & fans boire .
Iedemanday pourquoy dans ce lieu
ténebreux
M'ordonner de fubir un fort firigoureux
?
Et l'on me répondit , Lisandre,
C'estpour expier le plaisir
Qu'à bruler pour Caliſte a trop pris
ton coeur tendre ,
Quoy quefans criminel defir.
Incontinent la vive flame
De ce lieu remply de douleur ,
Un peu trop fort me lécha l'ame;
GALANT. 67
Mais un Ange confolateur
A peu prés de vostre figure,
Fit quefansplainte &fans murmure
L'enduray ce tourment qui devoit
prendre fin ,
Et l'espoir afſeuré de ma gloire future
Adoucit beaucoup mon chagrin.
Iln'estoit pas petit fans doute.
Souffrir Sans ceffe , & ne voir
goute ,
Et plus que tout cela neplus voir
vos appas!
Ab Ciel , l'insupportable geſne !
Auſſi dans l'excés de ma peine ,
Je dis cent fois , j'eus tort de courir
au trépas,
•Ensuite je diſois ; dans la cruelle
abfence
De Caliste , quelle apparence
De ſe trouver encore au nombre des
Vivans!
68 MERCURE
Oùy , je devois mourir , j'en donnay
ma parole ,
Iamais elle ne fut frivole,
Etj'ay tortsije m'enrepens.
و ر د
Caliſte , vous pouvez donc croire
Ma mort comme une verité.
Cependant par bonheur malgré la
Parque noire ,
Ieme trouve reſuſcité ,
Graces à vous , belle Bergere .
Quifaisant pour mon ame une bonne
Oraifon ,
M'avez delivréde miſere ,
La relogeant dans sa prison.
Certe Lettre eſt de Monfieur
Perit de Roüen,& fait connoiſtre
combien l'enjoüement galant luy
eſt naturel. C'eſt un homme
dont le merite eſt connu , non
ſeulementde toute la Ville , mais
de quantité de perſonnes qui
GALAN Τ. 69
tiennent le premier rang à la
Cour. Comme il a beaucoup d'uſage
du monde par la longue experience
que luy a fait faire un
âge fort avancé ,& que la vivacité
de ſon eſprit le rend capable
de tout , il s'eſt appliqué depuis
quelque temps à étudier les defauts
des hommes , & cette étu-
_ de luy a fait faire des Satyres generales
pleines de moralité , où ſans
qu'il nomme perſonne , chacun
pourra trouver ſon Portrait. Ces
Satyres , dans lesquelles il s'eſt
attaché à un ſtile ſimple , qui fait
mieux ſentir la verité que ne
feroient tousles ornemens de la
Poësie , ſe debitent chez la Veuve
Blageart , Court-Neuve du
Palais au Dauphin. La lecture
n'en peut eſtre que tres- profitable
, puis qu'elle détrompe
des erreurs , où l'emportement
7.0 MERCURE
des Paffions plonge ſouvent les
plus éclairez .
On a fait une grande Ceremonie
chez les Peres Minimes
de Peronne , pour la Tranſlation
des Oſſemens du Corps de S.
Juſte Martyr , qui ont eſté nouvellement
envoyez de Rome.
La Proceſſion alla prendre la
Chaſſe qui avoit eſté portée à
un Repoſoir dreſſeau bout de la
Ville. Les ruës eſtoient tenduës
de Tapiſſeries & pendant
la marche l'on fit des pauſes
de diſtance en diſtance où
la Muſique chanta des Motets.
Meffieurs de Ville de l'ancienne
& nouvelle Loy ſe trouverent
tous à cette Proceſſion,
où tous les Drapeaux des Corps .
de Meſtiers ; au nombre de trente-
deux furent portez quatre à
quatre, chacun par le Capitaine-
,
GALANT.
71
Enſeigne de leur Corps , l'Epée
au coſté, & la pomme de laLance
fur l'eſtomach . On entra dans
l'Egliſe Royale & Collegiale de
S. Furcy , où la Chaſſe repoſa
pendant le Panegyrique du Saint ,
qui fut prononcé par Monfieur
Desfreſnes , Chantre& Chanoine
de la même Eglife. Enfuite
elle fut portée chez les Peres
Minimes , où elle demeura
toute l'Octave expoſée à la Devotion
du Peuple. L'Egliſe étoit
fort parée , & il y avoit quantité
d'Inſcriptions dans de grands
Cartouches.
Le concours a auſſi eſté extraordinaire
pour une pareille Ceremonie
que l'on a faite à Niort , à
l'occaſion du Corps preſque entier
de S. Victor , dont le Pere
Ifidore de Niort , Ex- Provincial
& Viſiteur des Capucins de
4
72 MERCURE
la Province de Touraine , à fait
Preſent à la Ville , pour y laiſſfer
un monument éternel de ſa pieté
& de fon amour pour ſa Patrie.
Cette Sainte Relique qu'il a obtenuë
du Pape, fut tirée en 1675 .
du Cimetiere Ciriaque. Le vray
Nom de cet Illuſtre Martyr que
l'on pretend eſtre du premier fiecle
, eſt Aphrodize ; c'eſt ce qui
eſtoit marqué ſur ſon Tombeau,
trouvé aupres de celuy des Apoſtres
S. Pierre & S.Paul. Le Pape
Innocent XI.luy adonné celuyde
Victor, à cauſe que les Romains,
ſuivant leurs Privileges, ne permettent
point que l'on tranſporte
un Corps Saint hors de la Vil
le , ſi on ne luy donne un ſecond
Nom. On trouva dans ce Tombeau
une Phiole de verre , pleine
du Sang de ce S. Martyr , qui
conſervoit encore fa couleur
rouge
GALANT. 37
rouge , bien que congelé , ce qui
eſt la vraye marque du Martyre .
Je n'entreray point dans l'entier
- détail des Ceremonies qui ont
-eſté faites à Niort , à l'occaſion
- de cette Sainte Relique . La Proceffion
fut tres- folemnelle le jour
que l'on en fit la Tranſlation . 11
s'y trouva plus de douze mille
perſonnes ; & comme l'Egliſe des
Capucins où elle devoit ſe rendre
n'auroit pû les contenir , & que
les Halles de Niort font tres .
grandes & tres- belles , on y avoit
dreſſé un Autel fort éleve avec
des grandins , & orné de Tapifleries.
Une cloſture que l'on avoit
auſſi faite , compoſoit un Choeur,
au milieu duquel eſtoit une Fſtrade
fur laquelle la Relique fut
poſée. Monfieur de la Terraudiere
, Maire de la Ville , avoit
pris le ſoin de toutes ces choſes .
Novembre 1685 . D
74
MERCURE
Monfieur le Curé de Noftre-
Dame chanta ſolemnellement la
grand' Meſſe ſur cet Autel ,& le
Pere Ifidore fit le Panegyrique du
Saint . La Proceſſion s'eſtant renduë
en l'Egliſe des Capucins , qui
eſt au Fauxbourg du Port , on
chanta le Te Deum , au carrillon
de toutes les Cloches de la Ville,
& le ſoir il y eut des Illuminatious
& des Feux d'artifice dans
le Convent. Le jour de l'Octave
on fit une ſeconde Proceſſion,
où l'on porta encore la Relique.
La meſme affluence de monde s'y
trouva , & le Pere Meſnard de
l'Oratoire prononça le Panegyrique
dans le grand Carrefour du
Port , où l'on avoit placé une
Chaire.
La triſte Nouvelle que je vous
ay fait attendre ſans rien expliquer
,en finiſſant ma derniere
GALANT.
75
Lettre, eſtoit la mort de Monfieur
le Chancelier. Il ne vous a pas
eſté difficile de le connoiſtre , puis
que la douleur qu'ellea répanduë
dans toute la France , convient
aux termes que j'ay employez
pour vous l'anoncer. Quoy que
vous ſoyez inſtruite de toutes les
grandes qualitez que poſſedoit
ce Sage Miniſtre , la Peinture
que Monfieur Magnin en a faite
dans l'Ode que je vous envoye,
ne vous fera pas defagreable . Elle
luy fut preſentée de ſon vivant,
mais ſa modeſtie l'emportanttoûjours
ſur les témoignages qu'on
doit à la verité , il ne voulut
point la laiſſer paroiſtre , & il a
fallu perdre ce Grand Homme,
pour avoir la liberté de publier
cetOuvrage.
؟
D2
76
MERCURE
ODE
Pretendez vous toujours avec les
cris guerre
Mesler de vostre les voix timides
accords ;
Etes- vousfille du tonnerre
Pour foutenir des tons ſi hardis &fi
forts?
Non ,non , je vous connois , ma Muse;
un air paisible
De vos plus chers accens est le penchantſenſible
,
Laissez à nos Guerriers ſuivre nos
Ennemis.
Avecque les Tambours qu'un autre
s'abandonne ,
Vous en avez déja fait aſſez pour
Bellonne ,
Songez , Songez , quels droits vous
devez à Themis .
GALAN T. 77
Si du plus grand des Rois la gloire
triomphanté ,
De vos regards charmez l'unique
enchantemens ,
Sans ceſſe à vos yeux sepreſente ,
Vous la verrez icy briller également .
Sur toutes les vertus , il cherit la ju-
Stice ,
Elle est deſes deſſeins la fainte directrice
;
Et quand vous chanterez leſage LE
TELLIER ,
Quand voſtre voix fuivrale beau
feu qui l'anime ,
Elle fera l'Echo de la Royale estime
De LOVIS, qui daigna lefaire Chancelier.
Placédans ce haut rangparceMonar
que Auguste ,
Dieupar lavoix du Peuplé avoitprédit
fon choix ;
D3
78 MERCURE
Et qui ne le croiroit pas juste ,
Sçait peu du vray merite & le Prix
& le poids.
Tant & tant de vertus ſi ſouvent
admirées
Par mille emplois divers fi longtemps
épurées ,
Cette judicieuse &fage égalité
Dans l'agitation des temps lesplus
contraires,
Ont dûfaire avoüer meſme àſes adverfaires
,
Qu'iljou' t d'un honneur qu'il abien
merité.
O vous, de la faveur chancelante&
fragile
Esclaves enchantez , courtisans
malheureux ,
Par un chemin court &facile
Voulez - vous arriver au fuccés de
vos veux ?
Concevez une foisqu'un merite ſolide.
GALANT. 79
Doit de tout vos deſſeins eſtre l'ame
& la guide ;
Mais pour en voir de prés un exemple
aujourdh'uy ,
Du Heros queje chante examinez la
vie ,
Songezen la voyant de tant d'honneur
remplie ,
Qu'onn'y peut arriverqu'en vivant
comme luy.
Parcourez de ſes ans la noble &
longuefuite.
Les revolutions de tant d'évenemens
Ne verrez-vous pas ſa conduite
Egalement reglée &Sage en tous les
temps ,
Le menerdroit au portà travers les
tempestes
Qui menaçoient &même écraſoient
tant de teftes ?
Toûjours heureux & calme en ces
jours orageux ,
D 4
80 MERCURE
On a veu LE TELLIER en Politique
habile
Sçavoirſe ménager, sçavoirſe ren.
dre utile ,
Etprendre le party le plus avanta.
geux.
Vous sçavez,vous sçavez,grands &
fameux Ministres ,
Illuftres Cardinaux, Richelieu , Ma-
Zarin ,
Combien de prefages finiſtres
Il a fçeu conjurer d'un air doux &
Serain.
De mille embarquemens , il a veu le
naufrage ,
Seur , tranquille , toûjours à l'abry
de l'orage ;
Mais pouvoit- il manquer en ce penible
effort?
Danssa fidelité constante & Sans
égale
Ila toûjoursſuivy l'autorité Royale,
GAL ANT. 81
Ainfi que le Cadran fuit l'Etoile du
Nord.
N'avons nous pas encor des témoins
plus illustres
De ce zele éclatant éprouvétant de
Fois ?
Zelependant combien de lustres
Confideré, chery,reverédes François ?
Et de LOVIS le lufte , & d'ANNE
la Regente ,
Ne merita- t-il pas une estime écla
tante ?
Egal dans tous les temps,&de guer.
re &de paix ,
Il vit fans s'alarmer mille affreuſes
alarmės ,
Ilfut fans se troubler dans le trouble
des Armes ,
Et tout fut ébranlé,fans qu'illefust
jamais .
Quand les vents en fureur d'une
mer agitée ,
DS
S2 MERCURE
Souffiant de toutes parts, ont foulevé
Les flots ,
Et que la tempeste irritée
Semble braver l'audace , & l'art des
Matelots ,
Un Sage Nautonnier obfervant Sa
Bouffote
S'applique, ſe ménage&fuit fi bien
Son Pole ,
Que tandis que la vague engloutit
cent Vaisseaux ,
Tranquillefur fon bord &plaignant
leur disgrace ,
Ilattend le retour d'une heureuſe bonace
,
Et se met à couvert de la fierté des
eaux.
שפנ
De mefme de ce temps & difficile&
Sombre ,
Temps plein de tous coſtez , de trou
bies , d'embarras ,
De pieges &d'écueilsſans nombre.
GALANT.
83
LE TELLIERfagement nese tira
t- ilpas ?
Il plaignit , en prenant deplus juftes
mesures ,
De ceux qui s'égaroient les tristes
avantures ,
Il les invita mesme àprévoir ledan
ger;
Ilfçeut au bon Party fidellement se
rendre ,
Etparquelques appas qu'on voulut
le Surprendre .
A nul autre jamais on ne put l'enga
ger.
Dufecret desHeros confidentes dif
crettes ,
Dottes Soeurs , qui vivez en faveur
auprès deux ,
Venez, fçavantes Interpretes,
Venez, conduisez -moydans ce fonds
lumineux.
De ces ménagemens d'interest& de
gloire
D 6
84 MERCURE
Montrez-moy les refforts , écrivezmoy
l'Histoire ,
Ie prétendrois en vainicy les démes.
ler ,
Ie ne vois qu'un amas de vertus excellentes
,
De mouvemens reglez , d'habitudes
constantes ;
Le détail , c'est à vous de me le reveler.
Queles foibles Humains afpirant à
lagloire ,
Fixent tant qu'ils voudront leurs
deffeins icy bas
Et pour embellir leur hiſtoire ,
Et pour fauver leur nom de la nuit
du trépas ;
De mille contretems laſurpriſe im .
prévenë
Forçant de leur raiſon lafoible retenuë,
Dansles plus beaux endroits les veut
faire échoüer.
GALANT. 85
Ainfi de mon Heros danssa longue
carriere ,
L'égalité toûjours&fage®uliere
Eftfans doute un effort qu'on ne peut
trop loüer.
Dans cette fermeté conftante , inébranlable
,
Maintenirſa faveur , & vieillir à
la Cour ;
Où voit- on d'exemple semblable ?
Le destin n'est- ilpas d'y tomber tour
à tour?
Des projets lesplus beaux la Fortune
Se iovë,
Tout fuit le mouvement deſavolage
rouë ,
Ettel le vent en poupe est tout fierde
monter ,
S'applaudit vainement , mais plus
heureux qu habile १
Il ne s'apperçoit pas dans ce poste
fragile 2
86 MERCVRE
Que celuy qui lefuitvaleprecipiter
De ces enteſtemens dont la vapeur
fatale
Au comble des honneurs ne peut se
démentir ,
Parsa prudence fans égale
Le Heros que ie chante àſçeusegarantir,
Une application à ſes devoirs fidelle
Par tout égalemět asignaléSon Zele;
Mille endroits de l'Histoire ontfçeu
le remarquer ,
Ont tracé de ſes ſoins les heureux
avantages ,
Toûjours reglé, toûjours à la teſte des
Sages ;
Avec d'autres iamais leſpeut on embarquer
?
Dansfes deſſeins fon ame & contente
&tranquille
Ne fut jamais en butte anul trouble
indifcret
GALANT.
87
Un abord égal & facile
Eft lesigne constant de ce reposfecret.
Elevé dans un rang, dont la hauteur
étonne ,
Des grandes Dignitez dont l'éclat
l'environne ,
Vn air doux & ferain tempere la
fierté
Le respect voit de prés l'amour qui
leseconde ,
Etiamais, non iamais on ne vit dans
Lemonde
Les graces mieux d'accord avec la
Maiesté.
Mouvemens orgueilleux des Puif-
Sanceshumaines ,
Triste écueil des heureux ,fatalen
chantement ,
Foible tranſport des ames vaines ,
Qui t'a iamais icy veu regner un
moment?
LE TELLIER a des biens , des bonneurs
én partage;
88 MERCVRE
Mais en fit-on iamais un plus modeſte
usage?
Conduit par une ſage & Suprême
raison ,
De ses prosperitezil fut toûjours le
Maistre,
Et l'on ne dira point qu'elles ayent
fait paroistre ,
Ny folles vanitez , ny luxe en sa
maison.
Qu'on ne s'y trompe point; les vertus
damestiques
Sont de l'Homme public le premier
element ,
Et les actions heroïques
Sur ce principe heureux roulent uniquement.
Ces travaux éclatans qui brillent
dans l'Histoire ,
Ces Monumens pompeux & d'honneur
& de gloire ,
Bienfouvent du merite ont le dehors
trompeur.
GALANT. 89
Laſeule ambition agit &les enfate,
Et fous quelque couleur qu'elle les
represente ,
Nous prouve- t- elle affez la droiture
du coeur?
Mais icy des vertus laſource est vi
ve &pure ,
Tout estfincere , heureux , constant ,
de bonne foy ;
Deux Regles en font la meſure ,
Plaire fur tout à Dieu,plaire enfuite
àfon Roy.
LE TELLIER s'eſt acquis par une
longue étude
De ces deux grands devoirs la fi
delle habitude ,
Reglé dans ſes defirs , iuſte dans ſes
deſſeins ,
Guidé par la raison , fondé ſur des
maximes
Toûjours égalementſeures & legiti
mes;
-
१० MERCURE .
A- t-il iamais manqué d'arriver à
Sesfins?
Semblable, mon Heros , à ce Palmier
auguste
Par l'Oracle divin celebré tant de
fois ,
Floriſſant fous Lovis le lufte ,
Etfous LOVISle Grand le plus parfait
des Rois.
Du faiste des honneurs ce Ministre
fidelle
Bien loin dans l'avenir voitſa gloire
immortelle
De l'un à l'autre bout remplir tout
l'Univers ,
Et nos Neveux charmez par mille
beaux exemples ,
En consacrer l'Histoire , en graver
dans les Temples ,
Iusqu'à la fin des temps les monu
mens divers.
GALANT. 91
10
,
Mesme de ſes Enfans ( grande &
rave merveille
Qui faitfaire icy-bas tant de voeux
Superflus ) 7
Par une faveur ſans pareille
Dans un merite égal ils verront les
i
vertus .
Elevez àdes foins d'une haute importance
,
Nesignalent- ils pas la gloire de la
France ?
Louvors du Grand LODIS .....
mais où vont mes transports ?
Ce nom ſeul me découvre une vašte
Carriere ,
Et ma Muſe déja n'a que trop de
matiere ,
Sans l'engager encore à de nouveaux
efforts .
Peut- eſtre un jour , peut - eſtre ayant
repris haleine ,
:
92 MERCURE
د
Temeraire qu'elle est,elle pouroit ofer
Abandonner icy ſa veine
Qui commence à tarir&veutse reposer.
Aux celebres Acteurs je remets la
Trompette ,
Mais ce filet de voix forty de ma
retraite ,
Doit àmefoutenir aumoins les inciter.
Le deſſein est heureux , la matiere
infinie ;
<
Certes, unefi longue, unesi belle vie.
Aux Maistres des beaux Arts four.
nit bienà chanter.
Illustre Chancelier,toy par qui la Iuftice
Voit regner de ſes Loix la fincere
vigueur ,
Honore d'un regard propice
Ce grain d'encens brûle dans l'ar.
deurde mon coeur.
GALAN T.
93
Si la fincerité decide du merite
Des voeux dont envers toy le Parnaffe
s'acquitte ,
De tajuste équité j'oferay préſumer,
Tout foible que jefuis , qu'encor que
mon offrande
Nefoit ny du bel air , ny fublime ,
ny grande ,
Ta bonté pourroit bien te la faire
estimer.
Acheve de replir tes belles destinées
A l'honneur de la France & de ce
Siecle heureux ,
De mille Palmes couronnées ,
Puiſſen telles s'étendre außi lo n que
mes voeux ;
Que tandis que LOVIS , les delices
du monde,
I fera revererſa Sageſſe profonde ,
Redonnant auxHumains unnouveau
Siecle d'or ,
Dufage LE TELLIER laprudence
fidelle
94
MERCURE
Signale ſous ſes loix ſon ardeur &
fon zele ,
Et qu' Achille jamais n'abandonne
Neftor.
Vous voyez par cette Ode les
choſes generales qui font venuës
à la connoiffance de Monfieur
Magnin , & qui n'ont eſté ignorées
preſque de perſonne. Il y
en a tantd'autres à dire dans une
vie auſſi longue & auffi illuftre
qu'a eſté cellede ce Grand Miniſtre
; que ma Lettre entiere ne
ſuffiroit pas , ſi je voulois entrer
en quelque détail des actions remarquables
qui luy ont fait meriter
l'admiration qu'il s'eſt attirée.
Ainſi je vay ſeulement vous
rapporter la fuitede ſes Emplois,
dans chacun deſquels il a rendu
de grands & continuels ſervices
à Sa Majesté & à l'Etat. Il fur
\
GALANT.
95
Conſeiller au Grand Confeil
en 1623. c'eſt àdire que dés qu'il
cut l'âge porté par les Ordonnances
pour pouvoir adminiſtrer la
luſtice , il fut pourveu de cette
5 Charge. Comme il eſtoit encore
jeune , il demeura huit ans au
Conſeil . Sa prudence , ſa moderation
& fon affiduité dans un âge
ſi peu avancé , firent juger déslors
de ce qu'il ſeroit un jour. On
vit bien toſt des effets de cette
grande capacité , puis qu'il fut
enfuite Procureur du Roy au
Chaſtelet. Tout le monde ſçait
que c'eſt une Charge qui demande
un homme intelligent ; vif, &
de probité. Il eut pluſieurs Commiſſions
importantes ; & la maniere
dont il s'en acquitta , ayant
fait connoître ſon merite , il fut
quelque temps aprés Maître des
Requeſtes ,& le zele qu'il con
96 MERCURE
tinua de faire éclater dans cette
Charge , le fit nommer Intendant
de Juſtice dans l'Armée d'Italie,
puis Ambaſſadeur auprés de
Leurs Alteſſes Royales de Savoye.
Comme les ſervices qu'il
rendit en Italie ſont connus , &
que les Hiſtoires en ſont pleines,
je ne vous en diray rien .
A fon retour , le feu Roy qui
connoiſſoit l'entiere application
qu'il avoit euë à s'aquitter dignementdetous
ces Emplois , & qui .
vouloit luy donner d'éclatantes
marques de la pleine ſatisfaction
qu'il en avoit , l'honora de la
Charge de Secretaire d'Etat , vacante
par la démiſſion de Monſieur
des Noyers . Il eut le Département
de la Guerre , & fervit :
dans cette Charge d'une maniere
fi utile à l'Etat , & fi agreable
aux Generaux & aux Officiers,
qu'on
GALAN T.
97
qu'on luy remit bien- toſt tout le
ſoin des Affaires de la Guerre . Il
entra enſuitedans le Conſeil , en
qualité de Miniſtre . Sa prudence
& fon zele ont toûjours éclaté ,
pour toutce qui a regardé l'auguſte
Monarque , ſous l'heureux
Regneduquel nous avonsle bonheurdevivre.
Ila ſervy ce Prince
pendant les temps les plus difficilesjavec
une fidelité à l'épreuve
de toutes chofes , & la maniere
dont il a veſcu avec ceux qui
s'écartoient de ce qu'ils devoient
à leur Souverain , leur a toûjours
fait apprehender ſes remontran
ces. Lors qu'ils ont voulu rentrer
dans leur devoir , ils ont tâché
pluſieurs fois d'obtenir leur pardon
par fon moyen , ne connoifſant
perſonne à qui l'on puſt confier
ſon honneur & ſa vie avec
plus de ſeureté. Je ne dois pas
Novembre 1685.
E
98
MERCURE
oublier icy , que pendant les defordres
de Guyenne , le Roy qui
le laiſſa auprés de feu Monfieur
le Duc d'Orleans , luy donna
pouvoir de ſigner en ſon abfence
tout ce qui ſeroit reſolu pour
ſon ſervice , & qu'il eut le même.
pouvoir pour le ſecours d'Arras ,
pendant que les Ennemis étoient
devant cette Place , le Roy étant
alors attaché au Siege de Stenay .
Comme il eſtoit d'une tres- grande
importance à l'Etat de conferver
Arras , it falloity faire entrer
du Secours ; & la Commiſſion de
ce ſage & vigilant Miniſtre fut
ample pour tout ce qu'il jugeroit
neceſſaire au bien de la France
. Il pourveutavectant de pon-
Aualité & de prudence aux preſſans
beſoins des Affiegez & des
Generaux de l'Armée , que la
Place fut ſecouruë , & les En
GALANT.
99
nemis défaits. Ses manieres honneſtes
& obligeantes luy avoient
acquis dés ce temps-là une eſtime
ſi generale , que pour eſtre convaincu
, il ne falloit qu'entendre
tous les Officiers dont il avoit fi
ſouvent les intereſts entre les
mains. Il n'y en avoit aucun qui
ne ſe loüaſt de ſa bonté , & co
n'eſtoit pas une petite preuve de
l'humeur bienfaiſante avec la
quelle il eſtoit né , que d'avoir
pû contenter tout le monde dans
un employ auſſi difficile que le
Département de la Guerre. Ses
grandes qualitez luy avoient fait
meriter l'entiere confidencede la
Reine Mere , dont il a receu de
glorieuſes marques par fon Teſtament
, & par les dernieres
Actions de ſa vie. Cette Princefſe
avoit de grandes lumieres , &
le difcernement juſte ſur le vray
E 2
100 MERCURE
merite . Si les ſecrets du Cabinet
n'eſtoient pas des miſteres , qui
ne peuvent eſtre dévoilez , & fur
tout en France depuis le Regne
du Roy , que nous verrions de
ſages conſeils donnez par le
grand Miniſtre dont je vous parle
! Que de zele pour la gloire de
l'Etat & du Roy , & que de bontez
pour ſes Sujets : Les évenemens
nous ont donné ſujets d'en
juger. Nous avons veu les caufes
qui les ont produits , mais le reſte
eſt impenetrable , & ce ſont des
fecrets qu'on ne peut percer. Si
les Miniſtres Etrangers qui l'ont
veu dans les Negotiations ,& ont
connu la penetration de ſon
eſprit, ſa bonté & la justice, vouloient
parler la ſeule expoſition
de la verité feroit ſon Eloge. Si
les grands Sujets du Roy qu'il a
xamenez à leur devoir , fi les Par
GALANT. JOI
ticuliers qu'il a ſervis ſi les Malheureux
qu'il a ſecourus , publioient
tout ce qu'il a fait en leur
faveur , on n'entendroit par tout
que les loüanges de ce zelé &
judicieux Miniſtre. Le Roy , qui
connoiſt mieux que perſonne le
merite des grands Hommes de
fon Royaume , & qui n'ignoroit
rien de tout ce que je viens de
vous dire , nomma Monfieur le
Tellier Chancelier & Garde des
Seaux de France , for la fin de
l'année 1677. Ce choix fut generalement
applaudy , & ne fut pas
moins à la gloire de Sa Majesté,
qu'à l'avantage de ce Miniſtre.
Quelque temps aprés , Monfieur
le Procureur General preſenta
ſes Lettres de Chancelier au
Parlement , afin qu'elles fuſſent
enregiſtrées . Elles y furent leuës
tout haut , & receuës avec un
E 3
102 MERCURE
applaudiſſement qui ne ſe peut
concevoir. Elles contenoient les
grands & importans ſervices que
ce Miniſtre a rendus à l'Etat , en
Italie pendant le Regne du feu
Roy , en Francependant la Re--
gence ,&enſuite ſous LOUIS
le Grand. Parmy tous les Eloges
dont ces Lettres étoient remplies,
il y estoit expreſſément marqué ,
Que parsesfoins&parsaprudence,
il avoit beaucoupfervyàpacifier les
Troubles de l'Etat. Monfieur le
Procureur General fit un Eloge
fort court de ce Miniſtre ; mais
ilditbeaucoup en peu de paroles,
& fit voir entr'autres chofes ,
Que Monsieur le Tellier estoit heuveux,
d'estre néavec toutes les qualitezqui
le rendoient recommandable
; heureux d'avoir trouvé tant
d'occaſions de s'employer pour l'Etat,
heureuxdeſe voir Chef d'une FaGALANT.
103
mille qui ſecondoit si bien fon Zele
dans les ſervices qu'il rendoit inceffamment
àfon Prince ; heureux
d'avoir esté choisy pour remplir la
Charge de Chancelier de France,&م
de l'avoir eſté par un Roy , dont le
juste discernement est la marque la
plus incontestable du vray merite,
& heureux enfin pardeſſus toutes
chofes , de s'estre montré digne des
avantages qu'il poffedoit. Il fut
complimenté de tous les Corps ,
& Monfieur l'Abbé Fléchier qui
porta la parole pour l'Academie
Françoiſe ſe fit admiter. Je ne
vous rapporteray point icy fon
Difcours ; mais ſeulement un
endroit qui luy attira beaucoup
d'aplaudiſſemens . Ilditde la ma
niere du monde la plus délicate,
QuesiM. leTellier avoit confervé
une pénetration d'esprit , qui ſom-
E 4
104
MERCURE
bloit ne devoir plus estre defon âge,
Monfieur de Louvois dés fon entrée
aux Affaires , avoit prévenu par
des connoiſſances avantageufes , ce
qu'iln'y avoit qu'une longue experience
qui luy dustfaire acquerir.
Monfieur le Tellier eut à
peine commencé les fonctions de
la Charge de Chancellier , qu'il
parut auſſi inſtruits des Affaires
dela Chancellerie , & de tout ce
qui les regarde , que s'il euſt exercé
toute la vie cette Chargede
Chef de la Iuſtice. Il s'attacha
fur tout à ſe garentir des ſurprifes
, parce que ſans de grandes
précautions , & fans une application
tres-exacte, on eſt ſouvent .
exposé à ſceller beaucoup de
choſes , qu'une ſevere Juſtice , la
Religion & les bonnes moeurs,
obligent à rejetter. Quoy qu'il
fuſt déja d'un âge fort avancé,
GALANT.
ſes années ne luy ont point ſervy
de pretexie pour ſe donner moins
entier à toutes les fonctions de
ſa Charge. Son eſprit a eſté toûjours
égal , & quoy qu'il enviſageaſt
ſa mort comme prochaine,
& qu'il fuſt toûjours preparé à la
recevoir , il marquoit affez par
une heureuſe tranquillité qu'il
ne l'apprehendoit pas: On ne
doit point en eſtre ſurpris , puis
qu'il avoit toûjours vécu avec
beaucoup de moderation
qu'il avoit fait connoiſtre par
toutes les actions , qu'il n'eſtoit
attaché à la vie qu'autant qu'elle
luy avoit fourny les occafions
de ſervir l'Etat & fon Souverain.
و
&
Preſque dans le meſme temps
qu'il fut attaqué de la maladie
dont il eſt mort, il ſella ce fameux
Edit , dont la poſterité n'enten-
Es
106 MERCURE
dra parler qu'avecéronnemens ,
& qui ouvre le chemin du Ciel
à tant d'Ames , à qui l'Hereſie
l'avoit fermé. C'eſt ce qu'il a fait
dire , à tout le monde , qu'aprés
avoir ſcellé cét Edit , Monfieur
le Chancellier pouvoit s'écrier
avecraiſon, comme fit S. Simeon,
lors qu'il eut veu le Fils de Dieu
entre ſesbras: Nunc dimittis fervum
tuum Domine. Si S. Simeon
n'avoit plus rien à defirer , M
le Chancelier n'avoit plus rien à
faire ; c'eſt à dire qu'apres s'eſtre
fervy du Sceau que le Roy luy
avoit confié pour ſceller le falut
de tant de milliers d'hommes , it
nedevoit plus rien fceller, parce
qu'il ne pouvoit plus imprimer
le ſacré dépoſt que Sa Majeſté
loy avoit remis entre les mains,
fur aucune choſe qui puſt eſtre ſi
utile au monde Chrêtien . Il ſemr
GALANT.
107
:
ble que Dieu ait voulu luy donner
cette fatisfaction avant que
de l'appeller à luy , afin qu'il puſt
voir les approches de la mort
avec joye, au lieu de les regarder
avecchagrin . S'il n'avoit eu l'ame
grande & élevée , s'il n'avoit eſté
preparé à tout comme le Sage ,
il auroit fenty toutes les craintes
&tous les fremiſſemens que donne
ordinairement ce dernier paf
ſage , à ceux qui font aſſeurez
qu'ils n'ont plus que quelques
momens à vivre , puis qu'il a veu
approcher la mort , n'étant point
dans ſon lit , ayant le jugement
auffi libre que s'il euſt joüy d'une
parfaite ſanté , & ne ſe ſentant
preſque point de mal. Ce fut ce
qui l'obligea à demander à Monfieur
Fagon , Premier.Medecin
de la feuë Reyne à qui il ſe confroit
, S'il estoit poſſible que l'Ame
E6
108 MERCURE
,
Seseparast du Corpsfans qu'onfentist
plus de mal qu'il n'en fouffroit .
Cét habile Medecin luy ayant
fait connoiſtre par un raiſonnement
qui luy ſembla juſte , que
cela ſe pouvoit faire , il n'en parut
ny plus agité ny moins tranquile.
Cependant l'eſtat où il ſe trouvoit
eſt un eſtat bien plus
violent que lors qu'on est accablé
d'une forte maladie. Quoy
qu'elle foit telle qu'elle faffe
eroire aux Medecins qu'on n'en
doit pas échaper , on n'eſt point
fi abſolument condamné que ce
Miniſtre l'étoir. Ainfitantqu'on
ne l'eſt point entierement , l'efpoir
qui reſte & qui eſt ſi naturel
à tous les hommes , fait voir
de l'incertitude dans la mort , &
en combat les frayeurs. D'ailleurs
l'abatement où l'on eſt dans
une maladie qui accable , empêGALANT
109
che qu'on n'enviſage tout ce que
l'on en doit craindre ; mais Monfieur
le Chancelier étant dans
l'eſtat que je viens de vous mar .
quer , voyoit approcher la mort
avec toutes les horreurs qui l'accompagnent
, & c'eſt par la fermeté
qu'il a fait paroiſtre dans ce
terrible moment qu'il a rendu ſa
mort auſſi remarquable que ſa
vie . Quoy qu'il fuſt fort aſſuré
que la fin eſtoit proche , il n'a
pas laiſſe de travailler en de certains
temps pour le bien de l'E .
tat , & pour des Affaires auſquelles
il eſt permis à un Chreftien
de penſer , lors qu'il ſçait qu'il va
rendre compte de toutes ſes actions
. Scachant unjourqueMadame
la Chanceliere étoit à l'Eglife
, il dit , qu'elle estoit fans doute
allédemander à Dieu le retour defa
Santé,mais qu'elle feroit mieux tde
110 MERCVRE
>
prier pour fon falut. Il y penſoit
fans ceſſe & diſoit , qu'il avoit
peur d'estre surpris , & de n'avoir
pas tout lejugement neceſſaire quand
ce dernier instant arriveroit . Il die
à un de ſes Amis qui eſt d'un âge
fort avancé & qui le vint voir en
cét eſtat , qu'ilse preparoit autant
qu'il pouvoit au paſſage qu'il alloit
faire ; que peut-estre ceseroit bientoſt
ſon tour , & qu'il devoit faire
encore mieux que luy. Quelques
momens avant qu'il mouruſt ,
comme on le croyoit pafie , &
qu'il entendoit que chacun diſoit
qu'il eſtoit mort , il prononcz
d'un air fort tranquille , quelques
paroles d'un Pleaume , qui
faifoient connoiſtre qu'il comprenoit
ce que l'on penſoit de luy.
Vne ſi juſte application eſt une
marque de l'habitude qu'il s'étoie
faite d'une lecture ſi ſainte. Ainfi
GALANT.
il eſt mort avec la meſme tranquillité
qu'il a vécu , & l'on a toujours
admiré en luy une moderation
fans exemple, que la fortune
& les grands honneurs ont eſté
incapables de corrompre. Auſſi
a-t'il jouy en mourant du ſeul
avantage qu'un homme auſſi moderé
que luy pouvoit defirer , qui
eſt de ſe voir heureux dans ſa poſterité
, & de ſçavoir avant ſon
trépas le chagrin que l'on auroit
de ſa mort , puiſque pendant ſes
maladies precedentes comme
dans cette derniere ,le Peuple eſt
venu pluſieurs fois en foule à ſa
porte demander des nouvelles de
fon mal , & marquer par fes gemiſſemens
& ſes larmes,la crainte
qu'on avoit qu'il ne mouruſt.
C'eſt un effet de ſa douceur , &
de la patience avec laquelle ce
Miniſtre écoutoit tous les parti112
MERCURE
culiers , & de l'attachement qu'il
avoit à leur rendre Juſtice , & à
examiner à fond les affaires qui
les regardoient . Ses grandes charitez
ne contribuoient pas peu
auſſi à la douleur de tant d'ames
affligées ; mais il ſeroit bien difficile
de les bien metire icy dans
leur jour , puis qu'il pratiquoit ce
que l'Ecriture enfeigne , & que
ſa main gauche ne ſçavoitpas ce
que ſa droite faiſoit . En effet la
plus part de ceux qui recevoient
ſes dons , ignoroient à qui ils en
eſtoient obligez ; mais comme il
eſt difficile que les actions de cette
nature foient entierement cachées
, parce qu'on ne peut foulager
tant de malheureux , fans ſe
ſervir de quelqu'un à qui l'on eſt
obligé de ſe confier ; il en échape
toûjours quelque choſe , qui
fait que les Intereſſez penetrent
GALANT. 113
ce qu'on veut oſter à leur connoiffance
. Comme la vanité n'a
jamais rien pû ſur l'esprit de ce
modeſte Miniſtre , & qu'il fuyoit
l'éclat dans les choses meſme où
il pouvoit en faire paroiſtre ; il
avoit quantité de grandes qualitez
& de vertus cachées , qu'il a
toûjours taché de dérober aux
yeux du public. Je laiſſe à ceux
qui ſe font chargez de ſon Eloge
Funebre , non ſeulement à les découvrir
, mais à leur donner toute
l'étenduë que demandent de ſi
glorieuſes veritez. Elles doivent
eſtre connues de tout le monde ,
afin qu'elles fervent d'exemple à
ceux qui font en eſtat de pratiquer
les mesmes vertus , & qui
étant entraînez par des panchans
contraires , ont de la peine à rerefifter.
Monfieur le Chancelier
eſt mort le 30. du mois d'Octo114
MERCVRE
bre âgé de quatre-vingt trois
ans , aprés avoir donné des marques
d'une reſignation , & d'une
fermeté d'ame qu'il feroit difficile
de bien exprimer. La pieté de
toute ſa Famille parut auſſi en
cette occafion , puis qu'avec toute
la pompe requiſe , & le refpect
, Thumilité , & la veneration
que tous les vrays Chreftiens
doivent avoir en ces rencontres
là , elle accompagna à pied le
Saint Sacrement , lors qu'on apporta
le Viatique à Monfieur le
Chancelier, & le reconduifirjul
qu'à la Paroiſſe; de forte que l'on
fut beaucoup édifié du triſte
éclat , & des manieres humbles
& devotes aveclaquellecette Ce.
remonie ſe paſſa.Je finis pour laifſer
parler les autres, puiſque dans
les bornes que je me fuis prefcrites,
je n'aurois pas aſſez d'eſpa.
GALANT. 115
ce pour ébaucher ſeulement une
vie qui a eſté auſſi glorieuſe que
longue.
Le Roy qui eſtimoit ce fage
Miniſtre , non ſeulement à cauſe
des grands ſervices qu'il luy rendoit
, mais encore parce qu'il
eſtoit parfaitement honnête homme
, a fait voir avant ſa mort
combien ſa perte luy ſeroit ſenſible.
Si - toſt que Sa Majefté en
eut receu la nouvelle,Elle témoi
gna à ſa Famille, avec les manieres
les plus obligeantes , la parte
qu'Elle prenoit à ſon déplaiſir, &
le cas qu'elle faiſoit du merite de
feu Monfieur le Tellier , &de ce
qui reſtoit de ſon ſang.
L'affiduité labourieuſe & toute
reguliere avec laquelle ce Prince
s'attache au gouvernement de
fon Etat , luy donne une connoiſſance
parfaite de tous les
116 MERCURE
grands Hommes de fon Royaume
; & il en juge par les choſes
qu'il leur voit faire , & qu'il leur
entend dire dans les Conſeils où
il eſt preſent , par le zele- qu'ils
témoignent en s'acquittant des
emplois qu'il leur confie , par le
rapport qu'ils font des grandes
affaires dont il les charge , & par
mille autres endroits que nous ne
connoiſſons pas , & par leſquels
ce Monarque éprouve la capacité
, le merite ,& l'exacte maniere
de rendre justice de ceux qu'il
veut élever aux plus hautes Dignitez
. Ces raiſons qui font extremément
glorieuſes à Monfieur
Boucherat , n'ont pas laiſſé longtemps
balancer le Roy ſur le
choix d'un nouveau Chancelier.
Comme ce grand Prince fait
toutes choſes de ſon propre mouvement
, qu'il ne veut point de
GALANT.
117
brigues , & qu'on n'oſe pas même
en faire , parce qu'on ſçait
que non ſeulement elles ſeroient
inutiles auprés de luy , mais encore
qu'il les condamneroit avec
une juſte ſeverité , chacun attendoit
que Sa Majesté declaraſt ſon
choix qu'elle ſçavoit ſeule , &
Monfieur de Boucherat meſme
dormoit tranquillement lorſque
le Roy l'envoya querir à neuf
heures du ſoir ; ce qui fait connoiſtre
qu'il n'avoit point l'eſprit
agité de ces cruelles inquietudes
que donne un devorant defir de
s'élever , qui ne fouffre de repos
ny nuit ny jour à ceux qui ſont
attaquez d'une paſſion ſi violente .
Monfieur Boucherat ſe leva , &
vinttrouver le Roy, qui ſans ceſſe
occupé des affaires de ſon Etat ,
travailloit ſeul dans ſon Cabinet.
こ
118 MERCURE
Sa Majeſté luy declara qu'Elle le
faifoit Chancelier de France ,&
en meſme temps luy donna les
Seaux . Ce Prince ne faiſant ja.
mais de Dons qu'il ne les accompagne
de paroles obligeantes , &
d'agrémens qui en augmentent
encore le prix , quelques grands
qu'ils puiſſent eſtre , il dit à Monſieur
Boucherat , Qu'en le faifant
Chancelier , il luy demandoit
une choſe , qui estoit de l'estre longtemps.
Ce nouveau Chancelier
ſe jetta aux genoux de Sa Majeſté
, pour luy faire ſes tres- humbles
remerciemens , & ne ſongea
point en cemoment à lagrandeur
de la Dignité où ce Prince l'élevoit
, mais au glorieux avantage
qu'il avoit d'eſtre choiſy par un
Roy , dont le difcernement eſt ſi
juſte , & dont les choix ſont ſi
applaudis. En effet , eſtre nommé
GALANT.
119
Chef de la Justice par LOUIS
leGrand , c'eſt un titre qui le fera
distinguer à la Poſterité de tous
les Chanceliers qui n'ont pas eſté
de ce regne des miracles. S'il étoit
permis d'entrer dans les ſecrets
mouvemens du coeur , je dirois
que peut-eſtre en cet inſtant il
s'en falut peu que Monfieur Boucherat
ne ſe crût en luy-meſme
le plus grand de tous les Hommes
, puis qu'il recevoit de
ſi éclatantes marques d'eſtime
du plus grandde tous les Rois.
Aprés vous avoir parlé du
choix de Sa Majeſté , il faut vous
faire connoiſtre les divers Emplois
, & la Maiſon de ce nouveau
Chancelier. Il ſe nomme
Loüis Boucherat , & eſt Seigneur
de Compans en France. Il fut
d'abord Correcteur en la Chambre
des Comptes , puis Confeil
120 MERCURE
ler au Parlement de Paris , &
Commiſſaire aux Requeſtes du
Palais en 1641. & enfuite Maître
des Requeſtes , Intendant deJuſtice
à Soiffons , & en Languedoc,
Confeiller d'Etat ordinaire, Confeiller
d'Honneur au Parlement
de Paris , & Conſeiller au Conſeil
Royal des Finances de Sa Majeſté
en 1681. Son zele pour le
ſervice du Roy , & l'intereſt du
Public , a éclaté dans tous ces
emplois avec une approbation
generale ; ce qui a fait que depuis
l'année 1657. juſqu'en 1679 .
il a eſté auſſi Commiſſaire de Sa
Majesté aux Etats de Bretagne.
En 1670. il fut un des Commiffaires
établis pour la recherche
des Ufurpateurs du titre de Nobleſſe
; & au mois de Mars 1672 .
il eut l'honneur d'eſtre un des
fix Conſeillers d'Etat que Sa
Majesté
:
GALANT. 121
,
e
Majeſté nomma pour l'aſſiſter
lors qu'elle tenoit le Sceau en
perfonne . En 1673. il fut étably
un des Commiſſaires de la Chambre
Royale , pour la Réünion
des Biens de l'Ordre de Saint Lazare
, & en 1679. il en fut fait
Preſident. Il fut auſſi un des
Commiſſaires choiſis en 1674.
pour juger ſouverainement le
Procez des Acuſez de Crimes
contre l'Etat , & en 1679. il fut
Commiſſaire & Preſident de la
Chambre Souveraine établie à
l'Arſenal pour la recherche des
Crimes de Poiſon. En 1683. Sa
Majesté le fit Chefde la Commiffion
pour le Procez desTreſoriers
Provinciaux des Guerres , & le
premier de ce mois , Elle la nommé
Chancelier & Garde des
Sceaux de France.
Monfieur Boucherat,qui vient
Novembre 1685. F
122 MERCURE
d'eſtre revêtu d'une Dignité ſi
éminente , a eu deux Filles d'Anne
Marchant ſa premiere Femme.
La premiere eſt Magdeleine
Boucherat , Femme d'Henry de
Fourcy , Preſident en la troifiéme
Chambre des Enquestes du Parlement
, & Prevoſt des Marchands
de la Ville de Paris. La
ſeconde eſt Catherine Boucherat
, Femme en premieres Noces
d'Henry de Neſmond Sieur de
Saint Diſan , Maiſtre des Requeſtes
, Intendant de Juſtice à Limoges
; & en ſecondes Noces
d'Antoine Barillon Sieur de Morangis
, maiſtre des Requeſtes ,
Intendant à Caën , cy - devant
Intendant à Metz & Alençon ,
Frere de Paul de Barillon de Morangis
, Conſeiller d'Etat ordinaire
, & Ambaſſadeur Extraordinaire
de Sa Majesté en AngleGALANT.
123
terre. Dela ſeconde Femme de
- Monfieur le Chancelier , nom-
-mée Anne Françoiſe de Lome-
- nie , Veuve de Jean Bretel Sieur
.de Gremonville , Maistre des
Requeſtes & Intendant en a
S
د
- Champagne , d'une Famille qui
a donné divers Secretaires d'Eſtat
, eſt venuë Françoife-Louiſe
- Marie Boucherat , mariée à
Nicolas - Auguſte de Harlay ,
e Comte de Coeli , & Seigneur de
Bonnoeil, Maistre des Requeſtes,
Intendant de Justice en Bourgogne
, cy - devant l'un des deux
1. Ambaſſadeurs Extraordinaires&
& Plenipotentiaires de France à
l'Aſſemblée de Francfort, & aux
Conferences de l'Empire. Le Pere
deMonfieur le Chancelier, eſtoit
Jean Boucherat Sieur d'Athis
prés Lonjumeau , Doyen des
1 F2
124 MERCURE
Maîtres des Comptes de Paris ;
& fon Ayeul , Guillaume Boucherat
Auditeur des Comptes .
Cette Famille porte d'azur au
Coq d'or , & deſcend de Pierre
Boucherat Sieur de la Forge Valcon
, Procureur du Roy à Troyes
, l'an 1420. Elle donna diverſes
perſonnes de confideration .
Nicolas Boucherat Docteur en
Theologie de la Faculté de Paris,
Religieux & Procureur general
de l'Ordre de Citeaux , fut deputé
au Concile de Trente , où il fit
paroiſtre & ſa doctrine & ſa prudence
,& obtint la confirmation
des Droits & Privileges de fon
Ordre. Enſnite il fut éleu Abbé
& General de l'Ordre de Citeaux
, & Conſeiller né au Parlement
de Dijon. Il fit divers voyages
vers les Papes Pie V. &
Gregoire XIII. deſquels il obtint
GALANT.
125
divers Droits à l'avantage de ſon
Ordre. Charles IX. & Henry III .
l'honorerent de leur eſtime , &
luy donnerent diverſes Commiſſions
en Bourgogne , dont il s'acquitta
avec ſuccés. Il mourut le
12. Mars 1596. & fut inhumé
prés le grand Autel de l'Egliſe
de Citeaux . Nicolas Boucherat
ſon Neveu , Docteur en Theologie
de la Faculté de Paris , Religieux
auſſi deCiteaux , paſſa à
l'imitation de ſon Oncle , par les
principale Dignitez de cet Ordre.
Il fut Prieur de Citeaux, Abbé
de Vaucelles , Coadjureur du
General de Citeaux ,& en 1604.
Abbé & General de cet Ordre ,
Conſeiller né au Parlement de
Dijon. Pendant ſon Adminiſtration
, il viſita les Monaſtetes de
fon Ordre en France , Franche-
Comté , Suiſſe , haute & baffe
F 3
126 MERCURE
,
Allemagne , Boheme , Hongrie
&Païs-bas. Illes reforma par ſon
exemple , & y établit une exacte
rectitude de la Vie Monaſtique
&une abstinence continuelle de
viande Il fut deputé diverſes fois
vers les Rois Hen y le Grand &
Loüis le Juſte , prefida aux Etats
de Bourgogne , aſſiſta aux Estats
generaux de France , tint cinq
Chapitres generaux de fon Ordre
, & inſtitua leSeminaire de
Dole. Il mourut le 3. May 1625 .
& fat inhumé auprés de fon Oncle.
Denys Boucherat Abbé de
Pontigny en Bourgogne, fut Vicaire
general de l'Ordre de Ci
teaux. Claude Boucherat a eſté
auffi Abbé de Pontigny. Jacques
Boucherat fut homme d'armes
de la Compagnie d'Ordonnance
du feu Roy , ſous la conduite
de Monfieur de Pralin,& enfuite
Maiſtre d'Hoſtel de Sa Majesté.
GALANT.
127
Jean Boucherat Sieur de Nogent,
a eſte Capitaine au Regiment de
Duras . Edmont Boucherat celebre
Avocat au Parlement de Paris
, fut enſuite Avocat General
au meſme Parlement ſous Henry
II . Guillaume Boucherat fut
pourveu de la Charge de Prefident
aux Enquestes du Parlement
de Paris , & mourut avant
qu'il y fuſt receu. Edmond Boucherat
Sieur de la Moshe , a été
Conſeiller au Grand Confeil.
Guillaume Boucherat Abbé de
Saint Sever & Prieur de Nen-
-teüil , fut receu Conſeiller au
Parlement de Paris en 1646. La
Mere de Monfieur le Chancelier
fe nommoit Catherine de Machault
, d'une ancienne Famille ,
qui a donné divers Preſidens &
Conſeillers aux Parlement de Paris
, Grand Confeil , Cour des
F4
128 MERCVRE
Aides , & autres Compagnier
Superieures , divers Conſeillers
d'Etat , Maiſtres des Requeſtes ,
& Intendans de luſtice . Son
Ayeule Marie Perrot , eſtoit d'une
Famille qui a donné divers
Conſeillers au Parlement. Sa Bifayeule
Lovïſe le Coq , Femme
de Baptifte de Machault Conſeiller
au Parlement , eſtoit Fille
de Charles le Coq Preſident en
la Cour des Monnoyes , & defcondoit
du celebre lean le Coq
Avocat General au Parlement de
Paris , quia laiſſé un Traité confiderable
des Deciſions du Parlement
de ſon temps , & cette
Famille a donné divers Maîtres
des requeſtes & Conſeillers au
Parlement .
Il y a peu de familles qui ſe
puiſſent vanter d'autant d'avantages
, ſoit du coſté de la naif
GALANT.
129
fance& des alliances , ſoit du cô
té des Dignirez Eccleſiaſtiques ,
ou de celles de robe & d'Epée ,
& de plus d'ancienneté à l'égard
de ces Dignitez , qui ont rendu
illuſtre le nom de Boucherat , fur
tout dans le plus auguſte Senat
du monde , & dans les Conciles
generaux. Mais il n'eſtoit pas beſoin
que Monfieur Bouchetat tiraft
tant de gloire du coſté de
ſes Anceſtres , puis qu'il ne doit
qu'à luy meſme la premiere Dignité
de la robe,dont Sa Majesté
le vient d'honorer. Il ne faut pour
cela quejetter les yeux ſur les differens
Emplois qu'Elle luy a confiez,
pour leſquels il devoit avoir
l'intelligence parfaite de toutes
fortes de Loix , ſçavoir les Coûtumesdes
Provinces, connoître à
fonds les Finances, ne rien ignorer
de tout ce qui regarde les
F5
130
MERCURE
1
matieres Civiles & Criminelles ,
avoirune forte pénetration d'efprit
, & eſtre porté à rendre la
plus exacte juſtice. Le Roy ayant
connu par les differens Emplois
que Monfieur de Boucherat a
exercez , & par ceux de confiance
qu'il luy a donnez , qu'il poffedoit
toutes les qualitez qu'on
peut ſouhaiter dans un Chancelier
de France, il ne faut pas
s'étonner fi Sa Majefté ayant
ainſi éprouvé la capacité & fon
merite , l'a élevé à la haute Dignité
où tout le monde le voic
avec joye. Quoy que tant de
grands & divers emplois Tayent
toûjours extremément occupé,
il n'a pas laiſſe de donner beaucoup
de temps à l'étude , & il a
autant d'érudiction que de polireſſe.
Sa pieré eſt connuë , &
chacun ſçait combien les inte
GALANT.
131
reſts de la Religion luy ont eſté
chers quand il s'eſt agy de les
foûtenir. Il eſt civil & obligeant,
& a toûjours eſté au devant des
occafions de faire plaifir aux
perſonnes de merite. Le ſien eſt
fi grand , & fa capacité ſi ſolidement
établie , que Meſſieurs
de la Chambre des Comptes en
eſtant convaincus dés le temps
qu'il ſe preſenta pour la Charge
de Correcteur, ordonnerent qu'il
feroit receu ſans Examen. Il y a
lieu d'eſperer qu'on le verra
long - temps Chancelier , puis
qu'on afſfeureque Monfieur Boucherat
ſon Pere , qui a eſté Doyen
de cette Chambre , eſt mort
âgé de quatre vingt douze ans.
Apeine ſceut-on que le Roy
l'avoit honoré de cette importante
Charge , que tous les Corps de
Iuſtice & autres , ſe préparerent
F6
132
MERCURE
à luy en aller faire leurs Complimens.
Les grands Emplois qui
luy ont eſté confiez en divers
temps , leur en fourniſſant une
ample matiere, ils furent bien- tôt
en eſtat de s'acquitter d'un devoir
ſi juſte. La Chambre des
Comptes ,& le Grand Conſeil y
allerent. Le Parlement , & la
Cour des Aydes , n'y doivent
aller qu'aprés que les Lettres auront
eſté preſentées au Parlement.
On ne peut trop admirer
la memoire & la preſence d'eſprit
de ce digne Chef de la Iustice ,
qui pour répondre à chaque
Compliment , en reprenoit tout
defens , & s'expliquoit fur tous
les articles avec une netteté ſurprenante.
Il fit plus , & marqua
meſme à quelques Chefs de ces
Corps , mais d'une maniere fors
honneſte , qu'il ſçavoit qu'il s'y
GALANT.
133
étoit gliffé des abus auſquels il
falloit remedier. L'Univerſité
l'ayant harangué en Latin , il répondit
qu'ayant l'honneur d'eſtre
chargé de la Parole du Roy , il
ne devoit parler que la Langue
de ce Monarque; & pour faire
voir que la Latine ne laiſſoit pas
de luy eſtre familiere , il s'en fervit
fur la fin de ſa réponſe , avec
des expreſſions qui faiſoient con .
noiſtre qu'il la poſſfédoit parfaitement.
Il a pareillement receu les
Complimens de la Cour des
Monnoyes. Monfieur de Chauvry
qui en eſt premier Preſident,
porta la parole. Les Treſoriers
de France ſe ſont auſſi acquittez
du meſme devoir par la bouche
de Monfieur de Varoquier Doyen
des Chevaliers de Saint
Michel , & Preſident au Bureau
desFinances . Il eſt d'une naiffan134
MERCURE
en
ce diftingueé. Meſſieurs del'Academie
Françoiſe l'ont auſſi complimente.
Monfieur Boyer , qui
eſt preſentement Chancelier de
leur Compagnie , parla avec la
juſteſſe ordinaire aux Academiciens.
Je vous entretiendray plus
amplement le mois prochain de
tout ces Complimens , & vous
envoyeray quelques – uns .
J'oubliois à vous marquer , que
la premiere fois que Monfieur le
Chancelier donna Sceau , il fit
voirque quoy qu'il ne duſt pas
encore avoir toutes les lumieres
que donne une longue fonction
dans cette Charge , il ne pouvoit
neanmoins eſtre ſurpris ;
il refuſa de ſeeller quantité de
choſes , qui n'eſtoient pas conformes
aux Ordonnances .
Vous ſçavez la mort de Monfieurle
Prince de Conty , arrivée
GALANT.
135
le 9. de ce mois. Les nouvelles de
cette nature font trop publiques
pour pouvoir eſtre ignorées de
ceux meſme qui prenent le moins
d'intereſt à ce qui ſe paſſe dans le
monde . Madame la Princeſſe de
Conty fa Femme,ayant témoigné
pendanttout le temps que ce
Prince a eſté en Allemagne , un
extréme chagrin de ſon abſence ,
une apprehenfion continuelle
pour ſa vie , & une tres- grande
impatience de le revoir , à peine
eut-il veu qu'il n'y avoit plus
d'occaſions d'acquerir de la gloire
, & que la campagne étoit finie
pour ceux de fon rang , qu'il vint
la trouver avec le plus de diligence
qu'il luy fut poſſible , afin de
luy temoigner par ce prompt retour
l'empreſſement qu'il avoit
de ſe revoir auprés d'elle , & de
luy marquer ſa reconnoiſſance
136 MERCURE
pour mille foins obligeans qu'elle
'avoit eus pendant ſon abfence .
La Cour eſtant partie pour
Chambor , ce Prince la joignit
en chemin , & y demeura pendant
un mois de ſejour qu'elle
fit en ce lieu - là. La Cour vint
enfuite à Fontainebleau , où cette
jeune Princeſſe fut attaquée
auſſi toſt de la petite verole.
Monfieur le Prince de Conty,
pour luy faire voir la force de
ſon amour , ne voulut point la
quitter , & s'enferma avec elle.
Sil'on examine le danger qu'il y
avoit pour un homme de ſon âge,
qui eſt plus ſuſceptible du mauvais
air , on trouvera que ce n'eſtoit
pas peut- eſtre affronter
moins les perils , que lors que ce
Prince s'eſtoit expoſé au plus redoutables
dangers de la guerre.
La ſuite àfait voir que le riſque
GALANT.
137
1
eſtoit fort grand , puis que ſi toſt
que Madame la Princeſſe de
Conty fut guerie, il ſe ſentit atta
qué du mesme mal. Sa petite verole
fortoit affez bien , lors que
le tranſport commençant à luy
monter au cerveau , on fut obligé
de le faigner pour en arrêter
le cours. La petite verole rentra ,
& ce Prince mourut peu de
temps aprés dans ſa vingt-cinquiéme
année. Il eſtoit Fils d'Armand
de Bourbon , Prince d'une
grande vivacité , & d'un grand
brillant d'eſprit , & qui en a même
donné des marques par quelques
Ouvrages remplis de pieté,
qu'il a compoſez avant ſa mort.
Eſtant General des Armées du
Roy en Catalogne , il prit Villefranche
, Puicerda & Caſtillon .
Il eſtoit Grand Maiſtre de la
Maiſon du Roy , & Gouverneur
138 MERCVRE
de Languedoc , & avoit épousé
Anne Marie Mattinozzi , Niece
de Monfieur le Cardinal mazarin
, premier miniſtre d'Etat . La
vertu de cette Princeſſe égaloit
ſa beauté ; elle a toûjours mené
une vie exemplaire , & fa memoire
eſt en veneration . Le prince
qui vient de mourir ayant été
élevé auprés de Monſeigneur le
Dauphin , & une ſi belle éducation
ne luy ayant inſpiré que
de l'ardeur pour la gloire , il ne
refpiroit que les 'combats. Quoy
qu'il n'euſt que vingt quatre ans,
il s'étoit déja trouvé en pluſieurs
Sieges & Combats , en Flandre
& en Hongrie. Voicy quelques
Vers qui ont eſté faits fur cette
mort.
GALANT.
139
MADRIGAL.
PLeurez, pleurez, Guerriers ,
Le gencreux Conti tout couvert de
Lauriers ;
Pleurez le triſte ſort de cet Epoux
fidelle :
Pourfauver du trépas un Objet plus
qu'humain ,
" Aprés que de fon mal il cut pris le
venin ,
Ilpayale Tribut pour Elle.
AUTRE .
Cilluftre Prince de Conty
Dans son malheur prit le
party
DeSouffrir avecsa Princeſſfe.
140
MERCURE
Mausole n'a jamais témoigné tant
d'amour ,
Nous pouvons aisément juger deSa
tendreſſe ,
Pour luyſauver la vie , il a perdu
le jour !
IMITAΤΙΟΝ
De la 58 Epigramme du Livre
10. de Martial.
Ar un
Par
trépas précipité
Ce Prince à la France est
Mort ,
Ah ! fans doute la mort nous l'eust
ravy plus tard ,
Mais comptant les Lauriers dontſa
teste est couverte ,
Elle l'a pris pour un Vieillard.
Le premier de ces Madrigaux
eſt de Monfieur Vignier , le ſe
GALANT. 141
cond de Monfieur Estienne de
Senlis , & le troiſième de Monſieur
de Loſme , qui a traduitc
avec beaucoup d'agrémét quantité
d'Epigrammes de Martial ,
qu'il doit bien - toſt donner au
Public.
La mort de ce Prince fit ceffer
tous les Divertiſſemens à Fontainebleau
, & celuy du Balet du
Temple de la Paix fut du nombre.
Je n'eus pas le temps de vous
dire le mois paſſé, que Monfieur
le Marquis de la Vrilliere s'y
eſtant fait admirer , les applaudiſſemens
qu'il receu furent cauſe
que Sa Majeſté trouva bon
qu'il dançaſt une Entrée ſeul. Il
y réüſſit d'une maniere ſi avantageuſe
, que l'on entendit en même
temps toutes les voix s'éle
ver pour luy donner des loüanges.
142 MERCVRE
Je ne vous préviendray point
fur l'Air nouveau que je vous
envoye. Vous enjugerez, je vous
le laiſſe chanter.
AIR NOUVEAU.
Amour , le
LA
Seul amour est
Que je neglige mon Troupeau ;
Mais comme il est le moindre du
看
Hameau,
On dira que c'est peu de chose.
Ah!quandj'aurois tous les Moutons
Des-Bergers de nos Cantons ,
Je les negligerois encore
Pour la Bergere que j'adore.
Je vous apris le mois paſſé que
Monfieur de Boisfrant avoit eſté
nommé Chancelier de Son Alteſſe
Royale , aprés la mort de
GALANT. 143
Monfieur du Houſſet , qui eſtoit
pourveu de cette Charge. l'ajouteray
aujourd'huy à cette nouvelle
que pluſieurs perſonnes y
pretendoient , mais que les fidelles
& longs ſervices de Monfieur
de Boisfrant dans l'adminiſtration
des Finances de Monfieur ,
&dans beaucoup d'autre choſes
qui regardent la Maiſon de ce
Prince , luy ont fait donner la
preference . Elle a eſté accompagnée
de la part de Son Alteſſe
Royale de tous les agrémens , &
de toutes les marques d'eſtime
que meritoient des ſervices tels
que ceux de Monfieur de Boisfrant
, & ce choix a eſté fort applaudy.
Cette Charge eſt tres-
✔ confiderable , le Chancelier de
Monfieur , eſtant auſſi Chef de
Son Confeil. Monfieur de Boisfrant
fon Fils, Maiſtre des requê
144
MERCURE
tes , à qui ce Prince en donna en
meſme temps la ſurvivance , à
confervé avec cette Charge celle
de Surintendant des Batimens
de Monfieur , parce qu'elle demande
un homme d'ordre , fidel.
le , & intelligent , & qu'il pourra
y rendre ſervice à Son Alceſſe
Royale.
Ceux qui font montez à la
qualité d'Officiers Generaux ſous
le Regne du Roy , ne pouvant
eſtre que d'une valeur éprouvée,
à cauſe de la maniere dont on a
fait la guerre , & parce que Sa
Majesté juge Elle- meſme du vray
merite , on ne doit pas s'étonner
ſi leurs ſervices ſont ſi glorieuſement
recompenſez . Ceux de
Monfieur du Sauſſay font affez
connus . Ainſi l'on n'eſt pas furpris
que le Roy luy ait donné le
Gouvernement de Broüage , va
cant
GALANT.
145
cant par la mort de Monfieurde
Carnavalet.
Quelques meſures qu'on prenne
pour venir à bout d'une entrepriſe
, elles ne font jamais afſfurées
, & ce qu'on employe pour
empeſcher une choſe , eſt bien
ſouvent cequi la fait reüſſir. Un
homme tres- riche avoit atteint
un âge fort avancé , ſans autre
chagrin confiderable , que celuy
den'avoir point eu d'Enfans,quoy..
qu'il ſe fuſt marié deux fois. Sa
ſeconde Femme, qu'il avoit épouſée
depuis quinze ans , n'en avoit
encore que trente , & les Neveux
dubon Homme , à qui elle plaifoit
fort par une Sterilité qui
leur étoit favorable , faifoient des
voeux tous les jours pour la conſervation
de ſa vie. Cependant
quelque jeune qu'elle fuſt , une
Novembre 1685. G
146 MERCURE
fiévre violente l'emporta en peu
de jours , malgré tous les ſoins
qu'ils prirent de faire venir les
plus fameux Medecins . Sa mort
les mit en inquietude touchant
la fucceffion de l'oncle qui leur .
pouvoit échaper. Ils le connoiffoient
d'un temperament fort
amoureux , & ſa ſanté qui n'étoir
point affoiblie par ſa vieilleſſe,
leur faifoit apprehenderun troifiéme
Mariage. Il n'y avoit que
fix mois qu'il eſtoit veuf lors
qu'ils découvrirent qu'il ſongeoit
àépouſer une fille de vingt ans
qu'l voyoit ſeretement. Ils firent
d'abord éclater la choſe , & comme
ils estoient puiſſans, ils apporterent
de ſi grands obſtacles à ce
qu'il avoit conclu , que l'affaire
fut rompuë . Ce ne fut pas aſſez
pour les raſſurer contre la crainte
continuelle où ils eſtoient qu'il
GALANT.
147
ne s'engageât ailleurs , & qu'ils
ne pûſſent pas toûjours empêcher
qu'il ne diſpoſaſt de luy.
Pour s'en délivrer entierement ,
ils s'emparerent de ſon bien ſous
divers pretextes , luy ſuſciterent
quelques affaires fâcheuſes , &
ſe rendant maiſtres de ſa perſonne
ils l'enfermerent dans une
Priſon , où le credit qu'ils avoient
leur fit eſperer qu'ils luy laiſſeroient
finir ſes jours. Afin qu'il la
ſupportaſt avec moins d'impatience
, ils le firent mettre dans
une Chambre fort propre , & à
la reſerve de la liberté , rien ne
luy manquoitde toutes les choſes
qu'il témoignoit ſouhaiter. Il ne
manqua pas d'intenter Procez
contre ſes Neveux qui luy
retenoient ſon bien ſi injuſtemét,
& qui le traitoient avec tant
d'indignité ; mais il eut beau de-
G 24
148 MERCURE
mander à eſtre oüy , toutes ſes
inſtances furent inutiles ,& il ſe
paffa deux ans ſans qu'il puſt
avoir raiſon de la violence quiluy
eſtoit faite. Il avoit quelques
Amis de l'un & de l'autre Sexe ,
qui n'eſtant point du party de ſes
Neveux , luy rendoient viſitede
temps en temps. S'ils ne pouvoient
le remettre en liberté , du
moins ils le conſoloient dans ſa
diſgrace, & c'eſtoit toûjours pour
luy un foulagement qui adouciſſoit
ſes déplaiſirs.Un jour que
quelques Dames parloient d'aller
paſſer avec loy une apreſdinée ,
une jeune Demoiſelle qui eſtoit
preſéte voulut les accompagner.
Elle n'avoit jamais veu aucune
Priſon , & la curiofité fut
le ſeul motif qui l'engagea à eſtre
de la partie. Le Prisonnier les
eceut avec beaucoup de mar-
1
GALANT.
149
د
ques de joye , & comme il eſt naturel
de faire le détail de ſes malheurs
, il exagera dans les termes
les plus forts l'indigne
maniere dont ſes Neveux le traitoient
,& ajoûta qu'il reſſentoit
d'autant plus le chagrin de fa Pri
ſon qu'il eſtoit feur d'en fortir ,
pourveu qu'on vouluſt luy accorder
Audience. La Demoiselle
àquile diſcours étoit fur tout adreffé
, parce que c'eſtoit la premiere
fois que le Vieillard la
voyoit , taſcha dele conſoler en
le plaignant. Elle témoigna entrer
dans ſes intereſts , & l'affura
qu'ayant des Parens au Parlement
fort confiderez dans
leur Compagnie , elle employeroit
tous ſes ſoins pour obtenir
: ce qu'il ſouhaitoit. Le bon Homme
luy promit que a elle loy
rendoit un pareil ſervice , il n'é-
۱
G3
150
MERCURE
F
toit rien qu'il ne fiſt pour elle ,
& cette promeſſe luy donnant
des veuës qu'elle n'avoit pas d'abord
, elle fongea ſerieuſement à
le tirer de Priſon . Elle avoit fort
peu de bien , & le Vieillard qui
pouvoit luy faire de grandsavantages
en l'épouſant , l'auroit fort
accomodée. L'occaſion étoit favorable
, il ne s'agiſſoit que d'en
profiter . L'agrément de ſa Perfonne
joint à un eſprit fort délicat
luy en donna l'eſperance.
Ainſi elle diſpoſa les choſes en
faveur du Prifonnier , & trois ou
quatre viſites qu'elle luy rendit
encore ſous pretexte de venir
luy demander quelques éclairciſſemens
, l'ayant mis au point
où elle croyoit devoir l'amener ,
elle fit agir fi heureuſement le
pouvoir de ceux qui s'intereffoient
pour elle , qu'enfin on luy
GALANT .
151
2
donna Audience. Cette Audience
obtenuë , il eut_bien- toſt gagné
ſon Procés. Si toſt qu'il fur
libre , il courut marquer ſa reconnoiſſance
àla Demoiselle , en
luy offrant telle partie de fon
bien qu'elle pouvoit ſouhaiter.
Elle répondit , que n'ayant enviſagé
que le ſeul plaiſir de faire
ceffer une injustice , il ſuffifoit
qu'elle euſt réüffi pour avoir fujet
d'eſtre contente. L'air tout
charmant qui accompagna cette
réponſe , toucha fenfiblement le
coeur du Vieillard. Illuy dit tout
tranſporté , que c'eſtoit trop peu
pour elle qu'une partie de fon
bien , & ques'il eſtoit aſſez heureux
pour ne luy voir point de
repugnance à l'accepter tout
entier avec ſa perſonne , il la
rendoit Maîtreſſe de tout. Vous
jugez bien que l'offre fut acce-
G4
152
MERCURE
ptée. Le Notaire vint : les Articles
furent dreflez & fignez , &
le Mariage ſe fit en trois jours .Le
deſeſpoir des Neveux fut grand,
mais il a bien augmenté depuis ,
lors qu'ils ont appris la groſſeſſe
de la Dame. Le Vieillard en a une
joye inconcevable , & il eſt ravy
qu'un Heritierleur ofte entierement
l'eſperance d'avoir jamais
accune part à fon bien .
Monfieur le Marquis d'Urfé ,
dont vous connoiſſez l'illuſtre
Maiſon mourut le Vendredy 2 .
de ce mois , dans ſa quatre- vingt
& uniéme année. Le ſenſible
déplaifir qu'il eut d'avoir perdu
il y a deux ans . Madamela Marquiſe
d'Urfé ſa Femme , luy fit
prendre le deſſein de chercher la
folitude. Il ſe retira chez les Peres
de l'Oratoire en leur Maiſon
' de Noſtre- Dame des Vertus , où
GALANT.
!
:
153
le Pere d'Urfé , l'un de ſes Fils
2
qui estoit alors Viſiteur de cette
Congregation , vint demeurer
avec luy . Il le choiſit pour ſon
Confeffeur ; & les confolations
qu'il receut de ſes conſeils , luy
firent goufter beaucoup de douceurs
qu'il n'auroit pas trouvées
dans le monde. Pendant qu'il fuc
dans cette Maiſon il fit voir par
de continuelles pratiques de vertu
& de pieté , que la volonté de
Dieu eſtoit ſon unique étude.
Pour mieux travailler à ſon ſalut,
il crutdevoir fatisfaire aux Creaciers
de ſes Predecefleurs , auſſibien
qu'aux fiens. Il modera ſa
dépenſe , & regla ſi bien fon
train& ſon équipage , qu'il épar
gnadequoy s'acquitter de toutes
debres . Ce fut pour luy une confolation
ſenſible au milieu de
beaucoup d'infirmitez, de marier
G
154
MERCURE
Monfieur le Marquis d'Urfé fon
Fils , l'unique eſperance de ſa
Maiſon , avec Mademoiselle de
Goutault. Peu de temps aprés,
ſes maux s'étant augmentez , il
quitta Noſtre Dame des Vertus,
&vint demeurer à l'Inſtitution
de l'Oratoire , pour eſtre plus
proche du ſecours qu'il pouvoit
tirer des Medecins de Paris . Ce
fut là où il donna des témoignages
nouveaux de ſa patience
dans ce qu'il fouffront , & de fa
fidelité dans le ſervice de Dieu . Il
enviſagea la mort , & s'y difpoſant
de fon propre mouvement ,
il fit aſſembler Meſſieurs fes Fils ,
dont les quatre Ainez ont embraffe
l'Estat Ecclefiaftique. Il
leur recommanda fortement de
conſerver parmy eux l'eſprit d'union
, dont Dieu avoit favorisé
fa Famille. Il pria Monfieur l'EGALANT.
155
기
コ
veſque de Limoges , de vouloir
bien leur ſervir de Pere , les
exhortant tous d'avoir en luy
une entiere confiance , ſoûtenuë
du reſpect qu'il luy devoient
comme à leur Aifné , & à un
tres - digne Prelatsil leur dit qu'ils
ne pouvoient avoir de trop
grands égards pour Monfieur
l'Abbé d'Vrfé , de qui le zele
pour le ſervice de Dieu l'avoir
engagé à aller faire une troifiéme
foisles fonctions de Miſſionnaire
en Canada , & qu'ils le devoient
regarder comme un Apoſtre par
l'entier détachement des biens
de ce monde , quiluy avoit fait
reſigner ſon Doyenné avant ſon
départ. Aprés qu'il les eut priez
de déferer auſſi aux avis de Monſieur
d'Vrfé de l'Oratoire , &
d'aimer toûjours Monfieur l'Abé
de S. luft d'Vrfé , Doyen de Nê-
G6
ㅏ
1
196 MERCURE
tre- Dame du Puy , il s'adreſſa à
Monfieur leMarquis d'Vrfé , auquel
il recommanda expreſſément
de ſervir le Roy avec une
exacte & inviolable fidelité. Ildit
auſſi quelque choſe de fort tendre&
de fort touchant à Madame
la marquiſe d'Vrfé , fur l'union
qu'il luy demandoit avec
Monfieur ſon Mary ; & paffant du
general au particulier , il les pria
tous de ſe ſouvenir de luy dans
leurs prieres. Il fit tout cela d'un
eſprit fi fain , qu'il ne ſembloit
pas toucher à ſa derniere heure,
mais ſentant que la nature manquoit
en luy , il tâcha de reparer
ce defaut par le ſecours de la
grace & ſouhaita l'Extrêmeonction.
Ce fut alors qu'il fit connoître
ſa derniere volonté touchant
la diſpoſition de fon corps.
Monfieur d'Urfé de l'Oratoire ſe
১
GALANT.
197
wouvant auprés de luy , illuy demanda
s'il pouvoit eſperer que
les Peres de cette fainte Congregation
luy, vouloffent accorder
un lieu de repos dans leur Eglife,
pour comble des douceurs ſpirituelles
qu'il avoit ſenties pendant
fon ſejour dans leur Maiſon. II
expira aprés ces paroles , & fut
enterré comme il l'avoit ſouhaité
, en l'Egliſe de l'Inſtitution de
l'Oratoire , dans la Chapelle du
• Cardinal de Berulle. La pompe
funebre , quoy qu'accompagnée
de Gmplicité & de modeſtie , ne
laiſſa pas d'avoir ſa beauté , tant
par leClergé , que par un grand
luminaire.
Dame Suzanne Garnier, Veuve
de Charles de Brancas ,Chevalier
d'Honneur de la Reine
Mere , Lieutenant general des
Camps & Armées de Sa Majesté,
158 MERCURE
Marquis de Maubec, d'apilly ,
& autres Lieux , eſt morte auſſi
depuis peu de temps. Elle
eſtoit Fille de feu Monfieur
Garnier Treſorier des Parties
Cafuelles. De ce Mariage eſt venuë
Marie Françoiſe de Brancas ,
Dame du Palais de la Reine , mariée
avec Henry Charles de Lorraine
Prince d'Harcourt, Comte
de Montlor & de S.Romaiſe, маг-
quis de Maubec , Baron d'Aubenas,
de Montbonnet & d'Ayguſe ,
Seigneur de Montpezat , de Miremande
& de Grateloup. Monfieur
Garnier eut deux autres
Filles , Soeurs de Madame de Brancas,
dont je vous apprens la mort.
L'une nommée Magdeleine Garnier
, fut mariée à feu Jean molé
Seigneur de Champlatreux , Prefident
au mortier au Parlement
de Paris , dont eſt venu Loüis
GALANT.
159
:
Molé Seigneur de Champlatreux ,
Preſident auſſi au mortier ; &
l'autre épouſa Monfieur Doradoux
, Lieutenant de l'Artillerie
de France .
Dela Maiſon de Brancas , ori
ginaire du Royaume de Naples ,
font fortis fix Cardinaux, ſçavoir
Landolphe de Brancas Cardinal
en 1294. Raynaud de Brancas
Cardinal en 1385. qui estoit au
Concile de Conſtance ; Loüis de
Brancas Cardinal en 1408.Nicolas
de Brancas Cardinal qui étoit
au Concile de Piſe . Thomas de
Brancas Cardinal en 1411. &
Marie de Brancas Cardinal en
1633. Alexandre de Brancas vivoit
en 1374. & fut Maréchal du
Royaume de Sicile & de la Principauté
d'Achaye. Buffile de
Brancas fut Maréchal de l'Egliſe
Romaine , & ſe retira en Pro
160 MERCVRE
vence ily a trois cens ans. C'eſt
d'où font venus en France les de
Brancas , que nous connoiffons.
André de Brancas Sieur de Vil
lars , Amiral de France , Gouverneur
du Havre de Grace , fut tué
en 1595. Georges de Brancas
Duc de Villars , auffi Gouver.
neur du Havre , eſtoit Frere de
l'Amiral. La Terre de Villars fut
érigée en Duché en faveur de
ce dernier. Loüis de Brancas aujourd'huy
Chefde cette famille,
eſt Duc de Villars , Marquis de
Graville &t de Grand - champ ,
Comte de Maubec , Vicomte de
Coutance, Baron d'Oife , de l'Ifle ,
& de la Ferté Bernard , Seigneur
de Maubec. Il a épousé mademoiſelle
de Brancas ſa Coufine ,
Soeur de Madame la princeſſe
d'Harcourt. De Brancas porte
d'azur au Pal d'argent , chargé de
GALANT. 161
trois Chateaux de gueules , maçonnez
de fable , & tenu par quatre
pates de Lyond'or.
Il faut auſſi vous apprendre
la perte que l'on afaite d'un de
nos braves François , appellé
Monfieurde Saint André du nom
de Caffan,d'une Nobleſſe diſtinguée
dans le bas Languedoc. Il
avoit receu ſept coups à la priſe
de l'importante Place de Coron
dansla Morée , & il en eſt mort.
Il a eſté extremément regreté
dans toute l'Armée ; particulierement
du General Morofini , ८
du jeune Prince Maximilian de
Brunſvick. 11 eſtoit Colonel d'un
Regiment d'Infanterie des Troupes
que le Duc de Brunſvick
Hanover avoit données aux
Venitiens. Il avoit ſervy des l'âge
de quatorze ans , ayant quitté ſes
études pour aller au Siege de Bar162
MERCURE
celone. Il s'y diftingua d'une
maniere ſi avantageuſe,qu'on luy
donna nne Lieutenance dans le
Regiment dela Reine , où il fut
enfuiteCapitaine,& aprés Capitaine
& Major dans le Regiment
deGuitaut. Il eut les mêmes
emplois dans celuy de Perfan
, & alla en Candie avec ce
Corps, lors que le Roy y envoya
du Secours. Ily fut fait Lieutenant
Colonel de ce Regiment
qui fut caſſe aprés qu'on eut fait
la Paix Generale en France , ce
qui l'obligea d'aller chercher de
l'employ en Allemagne. Il emportades
Lettres de recomman
dation de Monfieur le Prince
qui l'honoroit d'une eſtime particuliere
, & s'attacha aupres du
feu Duc de Hanover , qui levoit
alors des Troupes. Ce prince le
fit Capitaine de ſes Gardes , &
GALANT. 163
1
• enſuite Lieutenant Colonel . Sa
mort eſtant furvenue, Monfieur
de S. André fongeoit à ſe retirer
quand Monfieur l'Evefque d'Ofnabruc
fon Frere & fon Succefſeur
, à preſent Duc de Hanover
, le retint à ſon ſervice dans
le meſme employ , & luy angmenta
meſme ſes apointemens.
Il le fit enſuite Colonel d'un des
Regimens qu'il envoya aux Venitiens
contre les Turcs , & c'eſt
à la teſte de ce Regiment qu'il
a recen les Bleſſeures dont il eſt
mort pour le ſervice de la Chrêtienté.
De ſon Mariage avec une
Demoiselle de Rimou en Breta-
- gne , il n'a laiſſé que deux Filles .
- Le Pere de ce brave Gentilhomme
avoit toûjours porté les armes
, juſqu'à ce que le nombre
de ſes Bleſſeures l'obligea d'abandonner
le ſervice. Son Ayeul a
e
164 MERCURE
donné auſſi en pluſieurs occaſions
de grandes marques d'intrepidité
&de bravoure.
S'il n'y a point de remede qui
puiſſe nous empeſcher de mourir,
il n'eſt point de mal , quelque
grand & incurable qu'il ſoit , auquel
on ne puiſſe aporter du ſoulagement
, puis qu'on en trouve
mefme pour la goute , qui de tous
les maux qui ne ſe peuventguerir
, eſt eſtimé le plus incurable.
L'Aumonier de Monfieur le Mareſchal
de Lorges , a trouvé le
ſecret , non ſeulementd'en apaiſer
la douleur , mais auſſi de l'arreſter,
je n'oſe pas dire pourquelques
années , parce que cela approcheroit
trop de la pleine guerifon
. Cependant il eſt certain
que le Sieur Royer Serrurier, demeurant
ruë Sainte Anne du
coſté de la rue S. Honoré , PaGALAN
T.
165
:
roiffe S.Roch , qui avoit la goute
aux pieds & aux mains, les doigts
tout roides , & qui depuis fort
long - temps avoit preſque eſté
toûjours contraint de garder le
lit , n'a fenty aucune atteinte de
goute depuis trois ans que cét
Aumônier le traite. Il marche ai
fément,& il ſe ſert de ſes mains
pour le travail de ſa Profeffion .
Je parle ſur le raport de mes yeux.
J'ay veu ce Serrurier qui a encore
les mains toutes contrefaites de
la rigueur de ſon mal. Monfieur
l'Abbé de la Rocque l'a vû auſſi ,
&en a fait un article dans l'un
de ſes lournaux des Sçavans . Ce
Gouteux qui a fouffertfi longtemps
, nous a confirmé à l'un &
à l'autre ce que nous avions appris
du foulagement qu'il avoit
receu. Il a dit la meſme choſe à
pluſieurs Perſonnes de qualité
166 MERCURE
qui l'ont voulu voir , fur cequ'avoit
dit cét Aumônier , qui inſtruira
luy- meſme de ſes Remedes
, & nommera ceux qu'il a
foulagez . Quand on a recours à
luy , il ne s'engage qu'à faire
ceſſer la douleur pour un an ,
s'il ne guerit pas tout à fait. Son
attachement ne luy permettant
pas de s'éloigner , il ne fort point
de Paris , ou des lieux où eſt la
Cour.
L'Egliſe de France a perdu plufieurs
Prelats d'un fort grand
merite. Je vous parleray de chacun
d'eux ſelon le jour de leur
mort ,& vous appendray en même
temps quels Succeffeurs ils
ont eu. Meffire Charles de Bourlon
, Evefque de Soiffons , mourut
le 26. du dernier moins dans
fon Palais Epifcopal. Il eſtoit
âgé de 72. ans , & en avoit emGALANT.
167
2
1
ployé 35. dans la conduite de ce
Dioceze. Sa charité luy faïſoit
aimer les fatigues & les peines .
Il viſitoit fort affiduëment les Paroiſſes
de la Campagne , ſecouroit
les Pauvres, & alloit exhorter
les Malades à prendre une refignation
Chreftienne. Quand la
Ville de Soiſſons fut affligée de
là Peſte , il n'en fortit point , &
contribua de tous ſes ſoins au
foulagement qu'elle reçût. Il ſucceda
dans cet Eveſché à Meſſire
Simon le Gras , dont il avoit eſté
nommé Coadjuteur en 1652 .
Il luy ſervit d'Eveſque Aſſiſtant
2. lors que le Roy fut facré à
Rheims .
11
Monfieur l'Abbé Huet , de
l'Acadmie Françoiſe , cy- devant
Sous- Precepteur de Monfeigneur
le Dauphin a eſté fait
Eveſque de Soiffons. C'eſt un
د
168 MERCURE
homme d'une tres- profonde érudition
, & dont le merite & la
probité paſſent tout le bien qu'on
en peut dire.
Jerôme Grimaldi Noble د
Genois , Cardinal , Archeveſque
d'Aix en Provence د Eveſque
d'Albano , & Abbé de Saint
Florent , mourut dans fon Palais
Archiepifcopal le 4. de ce
mois , aprés avoir receu les Sacremens
avec des marquesd'une
pieré toute finguliere. Tous les
Malheureux de ſon Dioceze
recevoient de grands fecours de
ſa charité , & vous jugez bien
par là qu'il y doit eſtre extremement
regreté. Il étoit Fils de
Jean Jacques Grimaldil Baronde,
S. Feli dans le Royaume de
Naples , & de Jeronime Mari.
Il fut Referendaire de l'une &
l'autre Signature en 1621. fous
4 Gregoire
GALANT. 166
en
Gregoire XV. Urbain VIII. le
fit Vice- Legat de la Province du
Patrimoine en 1625. Gouver
neur de Rome en 1628. & de
Perouſe & d'Vrbin en 1634. Il
fut envoyé Nonce en Allemagne
, puis en France , & receut
le Chapeau de Cardinal
1643. Il eſt mort âgé de 90.
ans , & avoit renoncé aux honneurs
de la Dignité de Doyens
du Sacré College , n'ayant point
voulu quitter ſon Eglife pour aller
à Rome. Il y a en un autre
Jerôme Grimaldi de Genes , qui
ayant perdu ſa Femme , dont il
avoit eu trois Fils, embraſſa l'Etat
Eccleſiaſtique. Clement VII.le
fit Cardinal en 1527. Il fut Archeveſque
de Bary , & eut encore
les Eveſchez de Venafre &
d'Arbenga.
L'Archeveſché d'Aix érant
Novembre 1685 . H
7
170
MERCURE
demeuré vacant par la mort de
Monfieur le Cardinal Grimaldi ,
Sa Majesté y a nommé Meſſire
Charles le Goux de la Berchere ,
Eveſque de Lavaur , Prieur
Commendataire du Prieuré Royal
de ſaint Mauris de Senlis ,
Docteur en Theologie de la Faculté
de Paris , & cy-devant Aumonier
du Roy . Il eſt d'une humeur
fort douce , & a les manieres
tres- honneſtes.Il fut nommé
à l'Eveſché de Lavaur le 18 .
Juin 1677. facré le 12. Avril
1678. & en prit poſſeſſion le 17 .
Decembre de la meſme année.
Il eſt Fils de feu Meſſire Pierre
le Goux de la Berchere , Marquis
d'Inteville , Comte de la
Rochepot , Baron de Toify , Seigneur
de la Breteſche , Premier
Prefident au Parlement de Dijon,
&depuis au Parlement de GreGALAN
T.
171
e
コー
0
noble, & de Dame Loüife Joly ,
Soeur de Georges Joly , Preſident
au Mortier du Parlement de Dijon
, d'une Famille qui a donné
divers Conſeillers aux Parlemens
de Paris , Dijon & Mets , & au
Grand Confeil. Son Ayeul Jean
Baptifte le Goux , Seigneur de la
Berchere , Boncourt , Vofne ,
Flegey , & Santeney , fut auſſi
Premier Preſident au Parlement
de Bourgogne , & député en
1612. par le feu Roy, pour regler
avec les Deputez d'Eſpagne , les
Limites du Duché & Comté de
Bourgogne. Monfieur de la Berchere
nommé Archeveſque
d'Aix , a eu deux Freres , l'aiſné
eſtoit Denys le Gouxde la Berchere,
marquis d'Inteville,Comte
de Rochepot , Baron de Toiſy ,
Premier Prefident au Parlement
deDauphiné , qui eſt mort ſans
H 2
172
MERCURE
alliance , & a laiſſé de grands
biens à l'Hoſpital de la Charité
de Paris. Le ſecond eſt Urbain le
Goux de la Berchere , à preſent
Maiſtre des Requeſtes , & Intendant
de Juſtice à Montauban , &
auparavant en Auvergne. Il a
auſſi deux Soeurs qui onteſté mariées
, l'une à Monfieur le Coq ,
Sieur de Corbeville , Goupiliere
& des Porcherons , Conſeiller en
la Premiere des Enquestes du
Parlement de Paris , & l'autre à
feu Monfieurle Marquis de Boury
de la Maiſon de Pelevé. Humbert
le Goux Doyen de S. Vincent
de Châlons , & de Noftre-
Dame de Beaune , eſtoit Confeiller
Clerc au Parlement de Dijon
, ſous le Regne de Loüis XII.
La Famille, dés le Goux de la
Berchere , qui eſt de Bourgogne,
porte d'argent , à une teste deMore
GALANT. 173
:
de fable bordé d'argent , accompagnéede
trois Moletes de gueules;pour
Cimier une Teste de More bandée de
Sable , &pour Suppots deux Mores
de ſable les Teſtes de front .
Monfieur l'Abbé Fléchier , de
l'Academie Françoiſe, Aumônier
Ordinaire de Madame la Dauphine
, a eſté nommé Eveſque
de Lavaur , à la place de Monſieur
de la Berchere. On ne peut
pouſſer dans un plus haut degré
qu'il a fait l'éloquence de la
Chaire , avoir le gouſt meilleur ,
plus de délicatefle d'eſprit , ny
eſtre plus honneſte homme.
Meſſire Jean de Montpezat de
Carbon , Archeveſque de Sens .
Primat des Gaules & de Germamanie
, Abbé d'Homblieres, mourut
icy le s.de ce mois, âgé de 79.
ans , & fit paroiſtre par des dif
poſitions toutes Chrétiennes,qu'il
H3
174
MERCURE
ſe preparoit depuis long - temps
au compte qu'il devoit rendre de
ſes actions devant le Tribunal de
la Divine Juſtice. Sa Majesté le
nomma à l'Eveſché de ſaint Papoul
le 15. Juin 1658. & il y fit
fon Entrée le 1. Fevrier 1659.11
fut nommé à l'Archevéche de
Bourges le 28. Octobre 1664.Peu
de temps aprés à l'Archeveſché
de Toulouſe , & en 1674. à l'Archeveſché
de Sens , qui eſtoit vacant
par la mort de Meffire Loüis
Henry de Gondrin. Il a preſidé
en plaſieurs Aſſemblées Generales
du Clergé , dans lesquelles il a
rendu de grands ſervicesà l'Egliſe
& au Roy. Il a remply dignement
tous les devoirs d'un
bon & charitable Prelat par ſes
Exhortations , & par ſes Aumônes
, & a donné des marques d'une
prudence extraordinaire , &
GALANT. 175
d'une extrême douceur en toutes
fortes d'occaſions. Il eſt mort en
cette Ville où ſes continuellesinfirmitez
l'avoient obligé de demeurer
depuis l'Aſſemblée du
Clergé. Monfieur Cheron , Official
de l'Egliſe de Paris , qu'il a
fait Executeur de ſon Testament ,
Monfieur Mathieu,Curé de Saint
André des Arts ,& le Pere Bourdalouë
Jeſuite , qui l'ont aſſiſt
dans les derniers momens de ſa
vie , rendent témoignage de ſes
ſentimens pleins de ſoûmiſion
aux ordres de Dieu. Son Corps a
eſté déposé dans l'Egliſe de Saint
André des Arts ſa Paroiſſe , d'où
il a eſté transferé en fon Eglife
Metropolitaine de Sens , qu'il a
choifie pour ſa Sepulture. Il eſtoit
Frere de Meſſfire Joſeph de Montpezat
de Carbon , Evefque de
Saint Papoul , puis Archeveſque
H 4
176 MERCURE
de Toulouſe , & de Monfieur le
Comte de Tajan . Leur Maiſon
eſt l'une des plus Illuſtres de Gafcogne
, & l'on tient qu'elle tire
fon origine d'un Claudius Carbon
, ancien Romain ,que le Se
pat envoya en Eſpagne. Il eſt
certain que Jean de Carbon fut
un Homme illuſtre qui ſe ſigna.
la avec avantage dans la fameuſe-
Bataille que les Eſpagnols donperent
contre les Mores. L'Hiſtoire
en parle d'une maniere
tres -glorieuſe pour ceux de cette
Maiſon . Ce Jean de Carbon s'étant
retiré enſuite dans le Comté
de Bigorre , s'allia aux Comtes de
Foix , de Bigorre , de Pardia , &
de Montleſun de Bezemaux, dont
eſt ſorty Antoine Deſprez de
Montpezat, Chevalier des Ordres
du Roy, Maréchal de France,pluſieurs
grands Perſonnages , &
GALANT .
177
00
Meſſieurs les Archeveſques de
Sens & de Toulouſe. Cette Maifon
porte écartelé au 1. & 4. de
it gueules aux Balances d'or ; au 2 .
3. de gueules au Lyon d'argent ,&
Sur le tout d'azur à un Monde d'or..
L'Archeveſché de Sens , qui
eſt demeuré vacant par cette
mort , a eſté donné à Monfieur
Fortin de la Hoguete, Evêque de
□ Poitiers , & Neveu de feu Mon-
+ ſieur de Perefixe , Archeveſque
Et de Paris.Monfieur de la Hoguete
tſon Pere eſtoit Gouverneur de
Monfieur de Longueville . C'eſt à
luy que nous devons le Teſtament
d'un bon Pere à ſes Enfans .
& Nous avons eu peu de Livres de
nos jours , qui ayent fait un auſſi
grand bruit , & dont on puiffe
tirer plus d'utilité pour regler fes
moeurs , & pour ſe conduire avec
& prudence. Ce Prelat, qui eſt Dore
Η
14
178
MERCURE
&cur de Sorbonne , a eſté Agent
du Clergé , & l'on ne peut travailler
avec plus de fruit qu'il a
fait à la Converfion des Religionnaires
dans l'Eveſché de Poitiers .
La valeur n'eſt pas moins hereditaire
à cette Famille , que la pieté
& le ſçavoir. Monfieur le
Chevalier de la Hoguete ſon
Frere s'eſt diftingué en tant de
rencontres, qu'il eſt preſque parvenu
aux premiers emplois de
l'Epée.
Monfieur l'Abbé de Quincé ,
Fils du fameux Comte de Quincé
Genéral des Armées du Roy,
eſt devenu Eveſque de Poitiers
par ce changement. Il eſt d'une
vertu exemplaire , & abeaucoup
de délicateſſe d'eſprit.
Monfieur l'Evêque de Pamiers
ayant trouvé que l'Epiſcopat engageoit
à des devoirs qu'il apGALANT.
179
2
0
prehendoit de ne pas remplir
affez , a donné la démiſſion de
fon Eveſché , & a eſté pourveu
de l'Abbaye de S. Florent lez
Saumur , Ordre de Saint Benoift ;
Dioceſe d'Angers , qu'avoit feu
Monfieur le Cardinal Grimaldi.
Il eſt Fils de Monfieur de Bourlemont
, & Neveu de Monfieur
-l'Achevêque de Bordeaux.
. L'Evêché de Pamiers,que cette
démiſſion a rendu vacant, a eſté
donné à Monfieur l'Evéque de
Glandeve , & l'Evêché de Glandeve
à Monfieur Vertus de l'Oratoire
, Eveſque de Graffe. Sa
pieté eft connuë de tout le monde.
Il eſt Frere de Monfieur le
Comte de Crecy , Plenipotentiaire
pour le Roy en Allemagne,
&du Pere Verjus Jeſuite.
Monfieur l'Abbé de Viens a
cu l'Eveſché de Graffe. C'eſt un
:
H 6
180 MERCVRE
Homme de qualité de Provence,
Neveu de Monfieur de Vallavoir
, & de feu Monfieur l'Evêque
de Riez . On ne peut trop
louer ſon eſprit , ſon érudition ,
ſes bonnes moeurs , & ſes manieres
honneſtes . '
Ces jours paſſez Madame la
Ducheſſe du Lude , fit faire un
Service ſolemnel dans l'Egliſe
des Celestins , pour le repos de
l'Ame de Monfieur le Duc du
Lude , Grand Maiſtre de l'Artillerie.
Ce fut une magnificence
extraordinaire. Elle fatisfait par
un ſi pieux devoir la douleur
qu'elle reſſent de la perte d'un
Mary , qu'elle aimoit tres-tendrement
, & dont elle eſtoit tendrement
aimée.
Monfieur d'Argouges Conſeiller
d'Estat ordinaire , a eu au
Conſeil Royal la place de MonGALANT.
181
:
ſſeur Boucherat preſentement
Chancelier de France. C'eſt un
Homme d'un fort grand merite ,
dont je vous ay parlé pluſieurs
fois . Il a eſté Premier Preſident
au Parlement de Bretagne. La
Reine mere le conſideroit beaucoup.
Vous m'avez paru ſi ſatisfaite
de ce que je vous ay mandé dans
ma derniere Lettre , fur ce qui
regarde la Religion , vous y avez
veu un fi grand nombre de Converſions
faites de bonne foy par
des perſonnes d'eſprit , dont les
lumieres en ont entraîné d'autres,
&meſme des Villes entieres,que
je ne doute point que vous n'attendiez
que je vous apprenne
aujourd'huy , que cette Affaire ,
la plus importante qui ait jamais
eſté entrepriſe , eſt tout à fait
consommée. Elle eſt dans des ter
182 MERCURE
mes qui donnent lieu de le croire
; mais quoy que j'aye autant
de choſes à vous en dire quele
mois paffé , il me ſera impoffible
de le faire , à cauſe des grands
Articles qui rempliſſent déja ma
Lettre; & que quand elle ſeroit
moins avancée , il ne me reſteroit
pas encore affez de place
pour vous dire tout ce que l'on
m'a écrit fur cette matiere. Ma
premiere Lettre ſuplera à ce que
je ſeray obligé de reſerver. Depuis
ma derniere , on a publié
trois arreſts du Conſeil d'Etat du
Roy.
Le premier porte , que lesGentilshommes
nouvellement convertis
à la religion Catholique , reprendront
dans les Eglises les mesmes.
Places que leurs Ancestresy avoient
avant qu'ils se fuffent laiſſez infecterde
IHeresie , pourront de tous
Π
GALANT. 183
E
les honneurs que te changement de
Religion leur ont fait perdre , en
forte que ceux qui s'en font mis en
poſſeſſion depuis ce temps là , feront
obligezde les leur ceder. Cet Arreſt
eſt tout remply de prudence ,
puiſqu'il épargne toutes les Conteſtations
& les Procez qui pourroient
naître à l'égard des marques
d'honneur, dont les Gentilshommes
ſe ſont toûjours montrez
fort jaloux. Il eſt bon d'ailleurs
que les nouveaux Convertis ren--
trant dans leurs Droits , ayent la
ſatisfaction pendant le Service
Divin , de ſe voir placez , en lieu
d'où ils puiſſent bien voir& enrendre
tout ce qui concerne une
Religion dans laquelle ils peuvent
n'eſtre pas encore entierement
affermis.Cependant comme
le Roy eſt fort juſte , & que
lesperſonnes qui ont occupé ces
184 MERCURE
Places , & jouy de ces honneurs,
pendant queles Gentils hommes
qui viennent de faire Abjuration ,
ont profeſſé la Religion Pretenduë
Reformée , peuvent avoir
acquis quelque titre qui leur donne
droit de les cõſerver,Sa Majesté
les laiſſe en pouvoir d'agir par les
voyes ordinaires de la luſtice.
Le ſecond Arreſt porte défen-
Ses à tous Avocats , faiſant actuellement
profeſſion de la Religion Pretenduë
Reformée , de faire aucunes
fonctions d'Avocat en quelque Cour
&Jurisdiction que ce puisse estre..
Sa Majesté par ſa Declaration
du 11. Juillet dernier , avoit déja
ordonné qu'il ne ſeroit plus receu
aucun Avocat Religionnaire ; &
ayant reconnu depuis la publication
du dernier Edit qui interdit
dans tout le Royaume l'Exercice
de la Religion Pretenduë Refor
GALANT.
185
mée, qu'il eſtoit d'unedangereuſe
conſequence de laiſſer continuer
les fonctions d'Avocats à
ceux qui étoient déja receus , à
cauſe de l'abus qu'ils pourroient
faire du credit que leur donne
leurprofeſſion ſur ceux des Prétendus
Reformez qui leur confient
leurs Affaires ,& que ſe fervant
contre eux de leur confian
ce , ils pourroient les empeſcher
de ſe convertir , Elle a voulu y
pourvoir par l'Arreſt dont je vous
parle. Vous en voyez les raiſons ,
& elles vous paroiſtront ſans
doute une ſuite de cette ſageſſe
qui ne ſe dément jamais .
Le troiſiéme eſt une Inter
pretation de l'Arreſt du Conſeil
d'Eſflat , rendu le 18. Novembre
1680. par lequel le Roy avoit
accordé une ſurſceance aux Marchands
nouvellement convertis . -
186 MERCURE
A
Sa Majeſté ayant eſté avertie
qu'ils pretendent ſe ſervir entoutes
fortes d'Affaires du Benefice
qui leur a eſté accordé , & particulierement
en celles qui regarde
leur Commerce avec les Etrangers
, ce qui porteroit un préjudice
notable à celuy de ſes Sujets,
Elle a ordonné que laſurſeance portée
par l'Arrest de 1680 n'aura aucun
lieu pour les Lettres & Billets
de Change , ny pour les affaires que
les Marchands negotians & Com.
miſſaires François pourroient avoir
avec les Etrangers pour raiſon de
leur Commerce. Cette prévoyance
de Sa Majesté prévient quantité
d'abus & de deſordres , & marque
la bonté qu'Elle à pour les
Etrangers.
Il y a eu auſſi deux Declarations
du Roy, quiont eſté enre--
giftrées au Parlement le 17. de ce
GALANT. 187
-1
mois. L'une porte , qu'il ne fera
- donné pour Tuteurs , Subrogé . Tu
tears ou Curateurs aux Enfans dont
les Peres ou Meres font morts ou
mourront de la Religion Pretenduë
Reformée , que des personnes dela
Religion Catholique , pour avoir
Soin de leur éducation & de leurs
biens. Sa Majeſté toûjours équitable
& toujours prudente , remedie
par là à de grands abus.
En effet , les Tuteurs Religionnaires
ſe ſervant de la puiſſance
Aque cette qualité leur donnoit fur
( leurs Pupilles , les traitoient ſeverement
lors qu'ils témoignoient
quelque deffein de ſe convertir ,
2 & leur refuſoient meſme les chofesles
plus neceſſaires , fous pretexte
que l'eſtatdes biens ou des
- affaires de la ſucceſſion de leurs
Peres & Meres ne permettoit pas
t qu'on les élevaſt ſuivant leur cone
188 MERCURE
1
dition .On a découvert auſſi quelques
uns de ces Pupilles, n'ayant
pas laiſſé malgré ces chagrins ,
d'abjurer une Religion dans laquelle
ils eſtoient perfuadez
qu'ils ne pouvoient faire leur fa .
lut , leurs Tuteurs en haine de
ce changement , ont tellement
embaraſſé leurs affaires , qu'ils
en ont receu de grands préjudices
lors qu'ils ont eſté Majeurs.
Il étoit tres important de remedier
à ces defordres , & c'eſt ce
que Sa Majesté a fait par cette
premiere Declaration .
La ſeconde ordonne , Que fi
quelques Religionnaires fortent du
Royaume fans permiſſion , & en dérobent
la connoiſſance aux Juges ordinaires
des Lieux , ceux qui les découvriront
ou dénonceront , feront
mis en poſſeſſion de la moitié des
fonds qu'ils auront dénoncez dans
GALANT. 189
les Pays où la Confiscation a lieu ;
& que dans ceux où elle n'est pas
receuë , la moitié desfruits & revenus
des biens qu'ils découvriront ,
leur ſera donnée , sans qu'on ait
égard à ce qui pourroit estre opposé
de la part des Parens & Heritiersde
ceux des Religionnaires quifeferont
ainsi retirez . Cette Declaration
remedie à la negligence des Juges
des Lieux , qui n'apportant
pas aſſez de ſoin pour proceder
contre les Pretendus Reformez
qui s'échapent du Royaume ,
ſont cauſe qu'ils continuent à
joüir des biens qu'ils y ont laiſ
ſez , ſoit au moyen des Contrats
de ventes,Ceſſions ou Tranſports
fimulez faits au profit de leurs
Parens & Amis , ſoit par d'autres
voyes cachées. Vn peu de rigueur
apparente pour ramener
les opiniatres , eſt avantageuſe à
)
190
MERCURE
4
ceux à qui elle ſemble nuire , &
l'on ne ſçauroit trop faire pour
les intereſts de la vraye Reli-
' gion .
Quoy que j'ayé encore à vous
parler de Villes entieres converties
, & que de ſi grands effets de
la Grace & des ſoins du Roy , duffent
me faireconfondre les particuliers
avec la multitude , il y en a
neanmoins beaucoup quidoivent
eſtre tirez de la foule , & qui s'étant
diftinguez meritent de l'eſtre
dans toutes les occaſions où leur
exemple peut contribuer au falut
de leur prochain .Monfieur Chardon
fameux Avocat eſt de ce
nombre . S'il s'eſt converty des
derniers, c'eſt parce qu'il a voulu
eſtre ſi bien éclaircy de la religion
qu'il fongeoit à embraſſer ,
qu'il ne luyreſtaſt aucunſcrupule.
Il avoue qu'eſtant né dans une
GALANT. روا
T
Religion tolerée , il y estoit demeuré,
Sans avoir eu le temps jusqu'icy d'en
approfondir les erreurs ; mais que.
lors qu'il y avoit fait reflexion , il
avoit fenty qu'une Religion ſi nouvelle
ne pouvoit eſtre la veritable ,
& qu'il n'avoit pû douter qu'elle
neust le fort de ceux qui ayant fait
des fortunes trop prodigieuses , se
trouvent élevez fi haut , qu'il est
presque impoffible qu'ils ne retom
bent dans le neant d'où ilsfont fortis.
Depuis que ce celebre Avocata
fait Abjuration , il a plaidé
la cauſe de Dieu en pluſieursendroits
où il s'eſt trouvé avec des
Pretendus Reformez , & leur a
fait connoiſtre qu'il ne s'eſtoit
converty qu'aprés avoir exami
né à loiſir & meurement tout ce
qui regardoit l'une & l'autre religion
, & que s'il n'euſt pas eſté
pleinement convaincu des er
192
MERCVRE
reurs de celle de Calvin , rien au
monde n'auroit eſté capable de
l'engager à s'en ſeparer.
Nous avons encore eu icy une
Converſion quia fait beaucoup
de bruit , & qui a eſté ſuivie de
quantitéd'autres. C'eſt celle de
Monfieur Foreſtier natifde Montpellier,
qui ayant eſté en Hollade
dés l'âge de fix ans y fut élevé,&
employé par les Etats Generaux,
premierement auprés de Monſieur
le Marquis de Monpoüillan ,
Lieutenant General de leur Cavallerie
; il eſtoit auprés de luy en
qualité de Miniſtre , &il eut cette
meſme qualité auprés de leurs
Ambaſſadeurs à Conſtantinople
& à Smirne , & en dernier lieu
auprés de l'Ambaſſadeur qu'ils
ontaujourd'huy en France. Ila
fait Abjuration entre les mains
de Monfieur l'Archeveſque de
Paris,
GALAN T.
193
=
'
Paris , & a proteſté qu'à l'avenir,
il conſacreroit ſa vie au ſervice
de l'Egliſe Romaine. Quelques
gens chagrins de ce changement ,
& qui d'ailleurs n'eſtoient pas
trop fatisfaitsde ce qu'il penetroit
dans leur conduite plus qu'il
n'auroient ſouhaité , l'ont accuſé
de quelques defordres afin de
noircir ſa Converſion ; mais malgré
tout ce qu'on a pû faire , la
verité aeſté connuë , & il n'a aucun
beſoin que je juſtifie ſon
innocence.
Le 15. de ce mois , Monfieur
Frizes , qui a eſté.Receveur Ge-
-neral pour Sa Majesté dans la
Generalité de Montpellier , fic
Abjuration avec toute ſa Famille
& ſes Domeſtiques entre les
mains de Monfieur l'Archevefque
de Paris . Il deſcend de feu
Meſſire Simeon Frizes , Baron de
Novembre 1685 . 1
194
MERCURE
Sauve en Languedoc , qui fut
Secretaire d'Etat & des Commandemens
, ſous les Regnes de
Charles IX. Henry III . & Henry
IV. Sa Converfion qui s'eſt faite
en prefence de quantité de perſonnes
de qualité & de merite , a
eſté d'une grande édification , &
doit ſervir d'autant plus à perſuader
les plus obſtinez , que Monſieur
Frizes eſtoit un des vingtquatre
Anciens du Confiftoire
de Charenton. Il avoit toûjours
paru des plus zelez pour la Religion
de Calvin ,& il n'a épargné
aucuns efforts pour la ſoûtenir
tant qu'illa cruë bonne.
Dans le temps que le Tombeau
du Mareſchal de Gaffion
s'eſt trouvé enſevely ſous les ruynes
de Charenton , la derniere
perſonne de ce nom a fait Abjuration
de l'Hereſie entre les
GALANT.
195
mains du Pere Robinet Jefuite,
Elle est du Dioceſe de Bourges,
Veuve de Meſſire Frederic Henry
de Gaſſion , & s'appelle Suſanne
Durand. Elle ne s'eſt convertie
qu'aprés s'eſtre fait inſtruire
pendant une année entiere ,
& avoir elle- meſme verifié tous
:les Paſſages de l'Ecriture , qui
pouvoient ſervir à la détromper.
Monfieur & Madame la Marquiſe
de Loſtange ont fait la mêmeſine
choſe, & s'y ſont ſentis tellement
pouffez par la verité de
la Religion Catholique , que
l'Edit de Nantes n'eſtoit pas encore
revoqué lors qu'ils ſe ſont
convertis.
Le bruit que fit il y aun an
l'Abjuration de Monfieur d'Arbaut
, Gentilhomme de Niſmes
de l'Academie Royale d'Arles ,
m'oblige à vous informer des fui
2
196 MERCURE
tes qu'elle a euës à l'égard de Mademoiſelle
d'Arbautſa Fille.C'eſt
unejeune perſonne qui a un merite
& des qualitez auſſi diſtinguéesqu'il
y en ait parmy celles
de ſon ſexe qui font eſtimés les
plus accomplies . Ce digne Pere,
qui avoit paſſé dans les plus confiderables
Emplois dont ceux
de la R. P. R. favoriſent les plus
zelez de leur Secte , & quiayant
d'ailleurs des talens extraordinaires
, s'eſtoit toûjours trouvé dans
les Affaires les plus importantes
& les plus ſecretes de
cette Religion , fut enfin affez
heureux pour eſtre deſabuſé
de ſes erreurs par les ſoins de
Monfieur l'Eveſque de Mirepoix.
Il s'attira par ſon Abjuration
l'eſtime des Etats de Languedoc
qui luy en marquerent une
extrême joye ; mais dans ce bon
GALANT .
197
heur il eut le chagrin de ſe voir
abandonné de Madame d'Arbaut
efa Femme , qui le quitta avec
ſept ou huit de ſes Enfans , & ne
luy laiſſa que Mademoiselle d'Arbaut
ſa Fille aiſnée , que ſa prudence
& d'autres raiſons retinrent
auprés de luy , ſans qu'elle
donnaſt aucun ſujet d'eſperer
qu'on puſt luy rendre ſuſpectes
les maximes deCalvin , dans lefquelles
elle paroiſſoit entierement
invincible.Une opiniâtreté ſi peu
communedans unejeune perſon.
ne , qui avoit devant les yeux
l'exemple d'un Pere ſcavant &
habile , étonnoit tous ceux qui
tâchoient de la combattre. Elle
dura une année, mais enfin Monſieur
d'Arbaut , aprés des ſoins
&des remontrances inutiles , l'ayant
fait reſoudre de paſſer quelques
jours à Arles auprés de ma
13
198 MERCURE
dame l'Abbeſſe de Saint Cefaire ,
Scoeur de Monfieur Roſe , pendant
qu'il alloit ailleurs pour quel.
ques affaires , on gagna fur fon
eſprit , qui eſt d'une délicateſſe,
&d'une force admirable, qu'elle
entreroit dans des converſations
aiſées , & fans contrainte , avec
quelque ſçavant Eccleſiaſtique
qu'elle choiſiroit pour s'inſtruire
des veritez de la Religion Catholique.
Le Pere Theophile, qui
a eſté Provincial des Carmes déchauffez
, tres habile Theologien
& Predicateur , ayant eſté prié
de la voir , luy fit ſi bien connoî
tre l'erreur où ſa naiſſance l'avoit
engagée, qu'aprés pluſieurs Conferences
ſe ſentant entierement
convaincuë, elle conſentit à faire
Abjuration , & le fit ſçavoir à
Monfieur l'Archeveſque d'Arles .
Il en eut une joye qu'il ſeroitdifGALANT.
199
ficile d'exprimer , & malgré ſon
âge extremément avancé ,il vou
lut faire luy-même les Ceremonies
de cette Abjuration. Elles furent
faites la veille de la Toufſaints
dans la Chapelle de ſon
Palais , qui quoy que fort grande,
ſetrouva toute remplie d'un concours
extraordinaire de Perſonnes
de qualité. Ce Prelat reveſtu
de ſes habits Pontificaux fit un
Diſcours fi touchant , & fi plein
de force &d'érudition , & l'accompagna
d'une ſi grande effufion
de larmes de tendreſſe, qu'il
fut impoſſible à toute la Compagnie
de s'empeſcher d'en verſer.
Cette jeune Demoiſelle s'acquitta
de cette action d'une maniere
toute édifiante , & fit ſa Profefſion
de Foy , avec un zele qui ne
laiſſa point douter qu'elle ne fuft
veritablement penetrée des veritez
Catholiques.
14
200 MERCURE
Paris fuit l'exemple des Provinces
, & on y voit tous les
jours des Converfions ſans nombre.
Il ne manquoit aux Hereti
ques que d'écouter ce que leurs
Miniſtres apprehendoient qu'on
ne leur expliquaſt trop clairement
, parce qu'ils fçavoient que
la verité leur feroit bientoft connuë.
Jugez combien ils doivent
aux bontez du Roy, qui les ayant
mis en quelque forte d'obligationde
ſe faire inſtruire ,les a mis
enmeſme temps dans la voye du
Salut.En effet la pluſpart avoüent
qu'ils y ſeroient entrez bien plûtoſt
, ſi on ne les avoit pas détournez
d'entendre la verité qu'ils
reconnoiffent preſentement.
J'apprens que Monfieur Amproux
Conſeiller au Parlementde
Paris, furprit agreablement tous
ceux de ſaCompagnie en entrant
GALANT.
201
parmy eux comme Catholique ,
le jour qu'on fit la Mercuriale.
Comme les Lettres de Monſieur
Allard , Ancien Preſident
en l'Election de Grenoble , vous
ont toûjours paru curieuſes , &
que fa derniere parloit des premieres
Converſions du Dauphiné
, je ne dois pas oublier à vous
faire part de celle que je viens
d'en recevoir. Vous y trouverez
la ſuite du changement qui s'eſt
faiten cette Province.
A L'AUTEUR
DU MERCURE GALANT.
J
A Grenoble le 17. Novembre 1685 .
E vous ay instruit , Monfieur , par
ma Lettre du 6. d'Octobre dernier,
de pluſieurs Conversions arrivées
en cette Province , &je vous ay promis
de continuer à vous faire part
15
202
MERCURE
des progrès que la Grace & les admirables
cooperations de nos Calvinistes
ont heureusement achevez ,
Enfin , graces au Ciel, tout le Dauphiné
est aujourd'huy d'une mesme
Religion. Les Pretendus Reformez
de la Ville de Grenoble , commencerent
à défiler le mesme jour que je
vous écrivit ; & le Dimanche fuivant
on lesvit courir en foule à l'Eveché
dont les Chambres , les Salles ,
les Cabinets , les Chapelles , les Degrez
& les Courts furent d'abord fi
remplis , qu'à peine pouvoit
trouver un endroit vuide. Mesfire
Laurent de Perifſſot , Seigneur d'Allieres
& de Giere , President au
Parlement , qui a fuccedé à fon
Pere dans la mesme Charge , Noble
Ifaac de Chabrieres Seigneur de
Baix ; Noble Alexandre Pasqaal,
Seigneur du Roure & de Meirins ,
Confeillers au mesme Parlement,
on
GALANT.
203
qui ont fervy en la Chambre Mipartie;
Noble Sanfſom Vial Treforier
de France, &pluſieurs Gentilshommes
de cette Ville&de la Campagne
qui se rencontrerent alors à
Grenoble , donnerent les premiers
exemples , qui furentfuivis avec
empreſſement de tous les Protestans
du dernier ordre. Cenx des autres
lieux de la Province ne l'eurent pas
plutostfceu , que d'un commun confentement
ils firent leur declaration
entre les mains des Prelats , ou des
Carez des Paroiſſes , en forte que
tout est aujourdhuy Catholique.
Monfieurle Bret nostre Intendant.
& Monsieur de la Trouffe Lieute
nant General , ont esté à Mens as
commencement de ce mors , poury
faire raffer le feul Temple qui reftoit
debout, avec celuy de Grenobles.
mais celuy- cy ayant esté destiné ,
par Arrest du Conseil du 6. Aoust
16
204
MERCVRE
dernier , pour faire une Eglise Pa
roiſfiale pour les Fauxbourgs de cette
Ville on le laiſſe en l'estat qu'il
est , tres. bien basty d'une forme
octogone , couvert d'ardoises à la
Mansarde , entouré d'une grande
Court garnie presque par tout de
plusieurs rangs de Tilleuls, fermée
par un grand Portail , & par de
fortes & hautes murailles. Voilà,
Monfieur, de quelle maniere a finy
une Religion commencée en cette
Province fous le Regne de Henry II.
portée dans le coeur de la pluſpart
de ceux qui l'embraſſerent , par les
violences de François de Beaumont
Baron des Adrets , par les perfuafions
deCharles Dupuy Marquis de
Montbrun , & par l'authorité de
François de Bonne Seigneur de Lefdiguieres
, & qui fut foûtenuë
par quelques Princes du Sang quá
S'estoient laiſſez malheureusement
GALANT.
205
A
11
corrompre . Ce fameux changement
devoit arriverſous le Regne du plus
grand Monarque de la terre , Sous
Mun Regne tout remply de miracles,
. & dont l'Histoire étonnera la Pofterité
la plus éloignée. Iln'y a au-
* cune Province en France où il y eut
tant de Religionnaires à proportion
qu'en celle-cy Elle a mesme produit
pluſieurs Ministres ſçavans, des Ouvrages
desquels j'ay parlé dans ma
Bibliotheque de Dauphiné , & parmy
eux a esté Guillaume Farel, premier
Ministre de Genève, au com.
mencement de ſa corruption méme
avant Calvin. La Chambre de
l'Editfupprimée en 1679.fut creée
en 1577. Au commencement il n'y
eut qu'un President & quatre Con- .
feillers , & à la fin on y mit fix
Conseillers & on la fit mipartie.
Voicyle Rolle des Officiers Prote
Stans qu'elle a eus depuissa créa
tionjuſquesà preſent, 海
206 MERCURE
PRESIDENTS.
Jacques Colasla Madelaine, estoit
d'Orange.
Vincent Gentillet estoit du Diocese
de Vienne , & nous a laissé plufieurs
Ouvrages dont je parle
dans ma Bibliotheque de Dauphine,&
dans mon Dictionnaire
de la mesme Province.
Soffrey de Calignon , qui fut ensuite
Chancelier de Navarre , dont
¡'ay composé & fait imprimer
la Vie.
Barthelemy Marquet de Valence,
dont la Famille est Catholique
depuis long-temps.
Charles Ducroz, dont la Famille
fubfifte encore dans la Ville de
Die , & qui vient de ſe convertir.
Samſon de Periffol Seigneurd'Allieres&
deGiere.
Laurent de Periffol ,de la converGALANT
. 207
σ
fion dequelie viens de parler, &
qui par ce moyen est devenu le
Second President du Parlement.
CONSEILLERS :
Soffrey de Calignon , quifut ensuite
President ; Sa Famille ſubſiſte
encore.
Vincent Gentillet qui fut auſſi Prefident.
Pierre Fauvet , dont la Famillefinit
en luy.
Jean de Savaſſe , de mesme.
Barthelemy Marquet , qui a esté
auſſi President .
Charles de Veilheu , dont la Famille
est éteinte de nos jours , & estoit
ancienne.
Marc Vulfon ; Sa Famille fubfiste
par des Collateraux. Nous avons
de luy quelques Ouvrages imprimez,
que je rapporte ailleurs.
Gaspard de Gilliers . Un autre Gafpard
de Gilliers Son Neveu ,
208 MERCURE
eſté Conſeiller en la Chambre de
l'Edit de Paris , & s'est converty
ily a long- temps.
Jacques de Calignon, Frere du Chancelier.
Daniel Armand , dont la Famille
Subſiſte pardes Collateraux.
Jacques de Martinel, qui a des Succeffeurs
defon nom.
Michel de Gilliers, Fils de Gaspard.
Iacques de Vest d'Espeluche , dont le
Fils&le petit Fils ont fuccede en
Ja Charge. L'ay composé &fait
imprimer la Genealogie de fa
Maiſon , dans le premier Volume
de l'Histoire Genealogique decette
Province.
Abel de Calignon , Fils du Chancelier.
Alexandre de Perrinel , dont le
Marquis d' Arzeliers eft Fils .
Charles Thonard estoit Etranger,&م
n'a laissé qu'une Fille mariée au
Barondes Adrets .
GALANT .
209
Pierre Armand , Fils de Daniel.
Pierre Ducroz , Fils du Prefideut.
Alexandre de Vesc d'Espeluche ,
Fils de lacques.
Ifaac de Chabrieres , qui vient deſe
convertir, &est lefecond Confeiller
du Parlement .
Alexandrede Bardonnenche,de la
Famille & de la Converfion du.
quelje vous ay écrit autrefois .
Hector d'Agout de Bonneval , de la
Famille des anciens Comtes de
Sault , comme j'ayfait voir en la
Genealogie que j'ay fait imprimer.
Son Fils , Seigneur de la Vorepre
, a fait son Abjuration de
la plus genereuſe maniere du
monde , & il vient d'épouserMademoiselle
de ta Baume, Fille d'un
Maistre des Comptes.
François d'Yſe de Rofans , dont j'ay
außi compofé & fait imprimer
la Genealogie au 3. Volume.
210 MERCURE
Iacques d'Yſede Saleon fon Fils , de
l.a Converfion duquel je vous ay
parlé en ma precedente Lettre.
Marc- Conrard Sarrafin de la Pierre.
Sa Famille est Etrangere.
Alexandre de Vesc de Lalo , dont
la Conversion est fortement fouhaité.
Comme il est à Paris , il
n'a pûfuivre les judicieux exemples
defes Collegues qui font en
Dauphiné.
Pierre Chaluet est mort , &à laiſſe
un Fils qui s'est converty.
Alexandre Pasqualdu Roure,dont
jeviens devous parler. Jeſuis vô-
Stre,&c .
Ce n'eſt icy que la moitié de
la Lettre de Monfieur Allard .
L'autremoitié regarde une autre
matiere ,& je la reſerve pour le
mois prochain , auffi - bien qu'un
fort grand nombre d'Articles cuGALANT.
211
:
:
rieux touchant des Converſions
éclatantes ,& principalement ce
qui s'eſt paſſé à Roüen , à Caen ,
à Sedan , & au Paysde la Marche,
dont j'ay de tres- exactes Relations
, avec des) Difcours prononcez
ſur ce ſujet , qui ont eſté
admirez , & des Lettres fort eftimées.
le vous feray partdetoutes
ces choses; & comme les grands
progrez que fait la Religion de
tous coſtez , ſont deus au zele du
Roy , je ne puis mieux finir cet
Article que par le Rondeau que
je vous envoye. Il eſt de Monſieur
de Benſerade. Cet illuſtre
nom donne un ſi grand poids à
tous le Ouvragesqui le portent,
qu'il n'est pas beſoinde vous en
rien dire davantage .
Il y a quelques années que je
vous envoyay toute l'Hiſtoire du
Comte Tekely dans une de mes
:
212 MERCURE
lettres. Je vous marquay qu'aprés
la Conſpiration des Comtes de
Serin & Tettembac , & du Marquis
de Frangipanz , on voulu
ſe ſaiſir du Chasteau &des biens
de ſon Pere , non qu'il eut trempédans
cetteConſpiration , mais
parce que d'auſſi puiſſans Sujets
que luy eſtans redoutables , que
ce qui venoit d'arriver devoit le
rendre ſuſpect , le Pere de Teке-
ly fit ſauver ſon Fils déguisé en
Fille , & mourut bien- toſt aprés
Les Proteftans de Hongrie ſe
fouleverent , & Terely ſe trouva
à leur teſte à l'âge de dix ſept
ans. Cette Rebelion augmenta ,
& l'eſprit de Tekely la rendit affez
heureuſe. Enfin , ſoit que les
Turcs fuſſent appellez en Hongrie
par ces rebelles , foit que les
Troubles que ce jeune Comte
foûtenoit , leur euſt fait croire
GALANT .
213
qu'ils en feroient mieux leurs affaires
en Allemagne , ils y fondirent
, comme vous avez ſçeu . Ils
eurent du deſavantage devant
Vienne , & l'année ſuivante les
Allemans en eurent devant Bude.
Mais ces derniers ſecourus
de toutes parts , & fur tout de
l'argent du Pape , & défendant
d'ailleurs la cauſe de Dieu , ont
eu des avantages ſi grandsdans la
derniere Campagne, & contre les
Turcs, & contre les Mécontens,
que le Grand Seigneur voyant
murmurerſes Peuples , & apprehendant
un Soulevement de ce
murmure , a cru devoir leur faire
voir celuy qu'il pretend eſtre
l'Autheur de la Guerre , afin de
les apaiſer par ce qu'il jugera à
propos de refoudre de ce Comte,
&c'eſt pour cela que les Turcs
qui ſontadroits luy ont tendu les
214 MERCURE
pieges que vous avez ſçeu , pour
le faire tomber entre leurs mains .
Cependant ils ont ignoré leurs
vrays intereſts puis que le Comte
Caprara avoit receu ordre de
l'Empereur de lever le Siege de
Caffovic ,ce qu'il auroit fait le
lendemain ; mais les choses ont
د
tournétout autrement. Le Bacha
de Varadin ayant dit au Comte
Petrozzy Conſeiller , & intime
Amy de Tekely qu'il devoit
prendre le Commandement des
Troupes , & marcher au ſecours
de Cafſovie. Ce Comte au heu
d'aller trouver les Rebelles , en
voya un Deputé au Comte Caprara
pour le prier d'obtenir ſa
grace de l'Empereur , & le même
jour qui eſtoit le 25. d'Octobre
, il fit rendre Caſſovie. Les
Rebelles furent enſuite incorpo
rez dans les Troupes de Sa MaGALANT.
215
jeſté Imperiale , & l'on marcha
du coſté de Mongats. Cette Fortereſſe
qui appartient au Comte
Tekely , & dont la priſe rendroit
l'Empereur Maiſtre de toute la
haute Hongrie. Les Turcs n'ont
pas eſté plus heureux du coſté de
la Pologne,quoy que leur Armée
jointe à celle de leurs Alliez, ſoit
beaucoup plus nombreuſe que
celle des Polonois , ils n'ont pû
jetter aucun ſecours dans Kami-
* niek , & ont meſme eſté pouſſez
pendant quatre ou cinq jours par
les Polonois. C'eſtoit tout ce que
ces derniers pouvoient faire cette
Campagne , ayant des Troupes
beaucoup inferieures à celle
de leurs Ennemis .
Comme les deſordres qui ſont
arrivez dans la Hongrie font
grand bruit depuis long-temps ,
je croy vous donner à vous & à
216 MERCURE
vos Amisune nouvelle agreable,
en vous apprenant que le Sieur
de Luynes & la Veuve Blageart ,
vontdébiter un Livre nouveau ,
intitulé Hiſtoire des Troubles de
Hongrie. Elle eſt diviſée en trois
Volumes ,& contient tout cequi
s'eſt paſſe à l'égard des Mécontens
depuis l'année 1653. On y
voit la naiſſancede leur revolte ,
& les progrez qu'elle a eujuſques
à preſent. Cette Hiſtoire.
nous manquoit ,& on eft obligé à
l'Auteur , du ſoin qu'il a pris de
ramaſſer en un Corps les divers
Memoires qu'il a trouvez-
Le ſecond Air nouveau que je
vous envoye , eſt d'un autheur
fortcelebre.
.
AIR
GALANT.
217
AIR NOUVEAU.
Vt- il jamais un plus charmant
bonheur !
D'un vin choisy ma cave est
pleine,
Et ma Philis enfin ſenſibleà mon
ardeur ,
Aprés tant de rigueurs ceſſe d'eftre
inhumaine.
Entre ces deux plaisirs je partage
mon coeur ,
La nuit est à Philis , le jour à ma
bouteille.
L'une & l'autre fans ceffe me reveille
,
Fut- il jamais un plus charmant
bonheur!
La premiere Enigme du dernier
mois, a eſté faite ſur le mot de
l'ombre , & il a eſté trouvé par
Novembre 1685 . K
218 MERCURE
Mrs N. de Leſtang ; Il Cavalier
Fredino ; Dom Radigues de la
ruë S. Severin ; Rault de Roüen ,
& l'Amant du bon Tabac de Brefil
, ces trois derniers l'ont expli
quée en Vers .
Lemot de la ſeconde Enigme
étoit l'Epy de bled. Ceux qui l'ont
expliquée dans ſon vray ſens,font ..
Meffieurs d'Eſtouteville de Toury;
de Bordoüilla le Fils,de Roüen;
Henry Bachelet , Tapiffier ; P.
Carrier de Roüen ; de Cour de
Bondevaux ; de la Bournat de
Clermont ; l'Habitant de Saumur
la belle Tranquille de la
Porte de Richelieu , & la Spirituelle
de Lorme de Vitré . En Vers
Le Charpentier , Receveur des
Tailles à Romorantin ; l'Epinay
Buret de Vitré , Avice de Caën,
ruë de la Harpe ; le Roux , Medecin
à Vitré ; de Souveras ; C.
GALANT.
219
F. Lourdet, du quartierde la Plaçe
Maubert ; l'Adroit Manchot
de la rue Garanciere ; l'Homme,
a plus d'une affaire; la Brunette
Favorite du petit Colin; & la plus
aimable Brunette du petit Baptiſte
de la rue Saint Germain.
Ceux qui ont trouvé les vrais
mots de l'une & de l'autre , ſont
Meffieurs de Sorbiere , Banquier,
ruë des cinq Diamans ; Rey Doteur
en Medecine , Le voiſin de
l'aimable Ducretde Lyon , Rouftain
de Toulon , Bouchet Gra
veur de Lyon ; le petit Vaſſan
de la petite Fan ; l'Amant des
bons Hotteurs, de la ruë des Paſtoreaux
d'Orleans ; l'Aſſemblée
de lacroix , de Saint Estienne de
l'Jfle en Flandre. En Vers, L. Bouchet,
ancien Curé de Nogent le
ROY , Horde de Senlis, Larcange,
de Bourbon l'Archambaut; le pes
2
220
MERCURE
tit Colin ; & le petit Baptifte
Frere du petit Colin de Pethiviers:
Gyges; Alcidor , la Belle
Nourriture; Silvie ; l'Hermophi
le du Hoc ; la petite Aſſemblée
A. & la petite AffembléeG. ces
fixdu Havre.
3
Voicy deux Enigmes nouvelles;
les Penſées en ont eſté fournies
par Diane , au Berger de Flore
, qui n'a fait que les mettre en
Vers; & Diane ou Suſane eſt cette
jeune Enjouée dont il eſt parlé
dans le dernier Extraordinaire
P.301
TE
ENIGME.
رک
me rends familiere affez facilement.
Aux plus huppez je chante des injures
Je meplais à voler , &voleimpuné
ment ,
GALANT. 121
Sans avoir peur des fers n'y des
tortures.
Ie n'ay qu'un seul habillement ,
La mode & laſaiſon n'y font nul
changement ,
C'est une robe fort legere
Où le blanc & lenoir on leur compartiment
,
De la mesme façon que l'avoit ma
Grand-Mere.
Iefuis pourtant d'un affez grand
renom ,
Gens du plus haut étage ont eu cinq
fois monnom , 1
Le Tartuffe l'affecte,&le Saint le
revere.
Fadis quandj'estois Fille, on m'ac
cufa d'orgueil.
K 3
222 MERCURE
Sur la qualité de Chanteuse;
Et de là vient , dit-on , que jeporte
le deüil.
Aujourd'huy l'on m'estime unegran
de Caufeufe ,
Sur tout lors que je n'ay qu'un
oeil.
H
AUTRE ENIGME .
Eros enfait de patience ,
Iefouffre , belas ! jusqu'aux derniers
abbois ,
Mépris , injure , coups , toute forte
5
d'offence ,
Sans faire aucune reſiſtance ,
Etfans mesme employer ma pitoya
ble voix ,
Amadéfense.
Le paſſe auſſi mes jours comme les
Penitens ,
GALANT.
223
Dans le travailpreſqu'en tout
temps ,
Mangeant peu , couchant ſur la
dure.
Ne beuvant jamais que de l'eau,
Vestu de gris ,fans bonet ny chapeau:
Mais bien que pauvre creature
On tire un honneste Tribut
De la plupart des peines que
j'endure ;
Et j'ay toûjourssur moy lesigne du
Salut .
Monfort ne cauſe point d'envie;
- Car s'il ne m'avient pas d'eftre mangé
des Loups .
Après ma mort je reçoy plus de
coups ,
Que je n'en eus pendant ma vie.
I'ay des Freres de lait ,& d'autres
de renom;
De ces derniers grande est la multitude
,
K 4
224
MERCVRE
N'en es tu point , dis moy , toy qui
cherches mon nom ?
En vain , s'il est ainsi ,tu mets- la
ton étude.
Iamais tu ne le trouveras ,
A moins que tune ſcaches
D'un Amy francquine te flatepas,
Ce que sous ton sur tout tu caches.
Je vous ay quelquefois parlé
de Monfieur de Bonrepaus , Intendant
General de la Marine ,
& des Armées Navales de Sa
Majesté , dont il s'acquitte avec
beaucoup d'intelligence & d'exatitude.
Ce fut luy qui entra dans
Genes, lors que M. le Marquis de
Seignelay étoit devant cette Place.
Tout le monde ſçait qu'il
n'oublia rien pour perfuader aux
Genois ce qu'ilsdevoient faire ,
afind'eviter les bombes qui cau
GALANT.
225
ferent de fi grands defordres
dans leur Ville. Le meſme M.
de Bonrepaus vient eſtre pourveu
de la Charge de Lecteur ordinaire
de la chambre du Roy ,
fur la Demiſſion volontaire de M.
l'Abbé de Dangeau. Vous pouvez
croire qu'ayant toûjours fervy
le Roy avec autant de zele
que de ſuccès , il en a eſté receu
avec beaucoup d'agréement.,
Ie ſçay Madame , que vous n'avez
pas eſté la ſeule perſonne que
la nouvelle de la mort de M.
Cortin employée dans ma derniere
Lettre ait alarmée ; vous
avez cru que je parlois de celuy
quia fait voir tantd'eſprit & tant
de zele , dansles importans em
plois que ſa Majesté luy a confiez.
C'eſtoit cependant de M.
Courtin , ancien Conſeiller d'Etat
, qui y a autrefois eſté en Alle-
)
226 MERC VRE
magne & en Suede ,& qui vivoit
depuis quelque tems dans une
grande Retraite . le remets au
mois prochain , tout ce qui regarde
l'ouverture du Partement ,
&des autres Cours Superieures
du Royaume , auſſi bien que les
honneurs funebres rendusde toutes
parts à la memoire de feu M.
le Chancelier , & quantité d'autres
articles , que l'abondance de
la matiere m'a contraint de re.
ſerver. Je ſuis , &c.
Le ſieur Dupleſſis Duvernet
continuë ſes avis , touchant ce
qui eſt contenu aux deux Mercure
Galands , le premier du
mois de Juin 1685. le ſeconddu
mois d'Aouſt de la mesme année
pour faire Sçavoir à toute la Nobleſſe
Françoiſe & Etrangere
qu'il a en fon Academie un tresgrand
nombre de beau & bon
GALANT.
227
Chevaux auſſi bien maniant qu'il
en ay dans quelques Academie
du Royaume & entr'autre deux
dans ledit nombre qui font des
choſes ſurprenantes , l'un allant
■ à capiolle par le droit dans la
Carriere , qui a quatre-vingt pas
de long , d'un hauteur de ſept à
huit pieds , & l'autre Cheval va
d'un autre air , à croupade de la
même hauteur & fait la longueur
des quatre-vingts pas en
ſept ſaults Carrez ; il y a auſſi
toute forte de maîtres des exercices
tres habiles,c'eſt pourquoy
ceux qui defireront venir dans
- l'Academie du ſieur Dupleſfis
Duvernet , il leur fera des compoſitions
fort honnête dont les
particuliers y trouveront toutes
les ſatisfactions poffible & l'on
apprent à monter à Cheval , à
Dancer , la Mathematique , la
BIBLIOT
*
1898
228 MERCURE
Bague , les Teſtes , le Combat à
Cheval , l'Epée & Piſtolet à la
main & Rompre en Lice , à faire
du Drapeau , Piques , & Moufquets
, à Voltiger , & à connoître
les bonnes & mêchantes qualité
des Chevaux & leur maladie.
A Paris ce 30. Novembre 1685 .
On a mis dans ma letre du mois
d'Octobre en parlant des Certificats
de M.les Medecins , donnez à M.
de Rouviere , pour marquer la bontéde
fa Theriaque , le nom de Richard
au lieu de celuy de Lienard.
On a mis M. de Quincé , General
des Armées du Roy, il faut mettre
Lieutenant General.
Dans l'Article de M.l'Archevêque
de Sens, on a mis Montlezun Bezemaux
au lieu de Mont-tuſon deBeGALANT.
229
a
zemaux. Les Comtes de Bigorre ,
Pardiac , Mont- tuſon , Bezemaux
ne font qu'unemesme Maiſon , qui
Mont-infon
- afait tontes ces Branches.
750
1
<
FIN.
1
P
Extrait du Privilege du Roy.
ArGrace& Privilege du Roy , donné à
Chaville le 18. Juillet 1683. Signé, Par
leRoy en fon Conſeil , IUNQUIERES. Il eſt ,
permis à I. D. Ecuyer , Sieur de Vizé , de
faire imprimer tous les Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , contenant
plufieurs Pieces, Relations, Hiſtoires, Avantures
, & autres Ouvrages hiſtoriques , curieux
& galans , pour la fatisfaction de
nôtre cher & tres-amé Fils LE DAUPHIN ;
pendant le temps & eſpace de dix années ,
à compter du jour que chacun deſdits
Volumes fera achevé d'imprimer pour la
premiere fois : Comme auſſi défenſes ſont
faites à tous Libraires , Imprimeurs Graveurs
& aures , d'imprimer , graver & debiter
ledit Livre ſans le conſentement de
l'Expoſant , ny d'en extraire aucune Piece, ny
Planehes ſervant à l'ornement dudit Livre,
meſme d'en vendre ſeparément,& de donner
à lire ledit Livre ; le tout à peine de fix
mille livres d'amende contre chacun des
contrevenans , & confiſcation des Exemplaires
es contrefaits ; ainſi que plus au long
il eſt porté audit Privilege.
Registré sur le Livre de la Communauté
le14. Septembre 1683 .
Signé ANGOT , Syndic,
Et ledit Sieur I. D. Ecuyer , Sieur de
Vizé , a cedé & tranſporté ſon droit de
Privilege à Thomas Amaulry , Libraire à
Lyon , pour en joüir ſuivant l'accord fait
entr'eux.
3
1
Avis pour placer les Figures.
L
E Theme celeſte, doit regarder
la page 60
L'Air qui commence par l'Amour
, le ſeul amour est caufe , doit
regarder la page 142
7
L'Air qui commence par l'Amourfut
-il jamais , &c. doit regarder
la page 217 .
Archiepifcopus &Prorex Lugdunenfis
Camillus de Neufville Collegio SS .
Trinitatis Patrum Societatis JESU
Teſtamenti tabulis attribuit anno 1693 .
1
333
MERCURE
807156
GALANT
DE LA
VILLE
DEDIE' A
MONSEIGNEUR
LE
DAUPHIN
NOVEMBRE 1685 .
LY
A LYON ,
Chez THOMAS
AMAULRY,
⚫ruë Merciere, au Mercure Galant.
M. DC.
LXXXV.
AVEC PRIVILEGE DU ROY,
LE LIBRAIRE
au Lecteur.
J
Evous envoiray dans huic
Jour , L'Hiſtoire du Pontificat
de S.Gregoire le Grand
par Monfieur Mainbourg ,
inquarto , le prix eſt 6. livres , le merite
de l'Autheur yous eſt aſſez connu
ſans que je vous en parle,& huit Jours.
aprés je vous l'envoiray auſſi en deuxvolumes
indouze , de la meſme Impreſſion
de Paris ; pour 3. livres , & quinze
jours enfuite Impreſſion de Lyon, auffi
en deux volumes pour 2. livres,vous aurez
en miſme temps l'Hiftoire des Herefies
de Monfieur Varillas , la Vie de
Cefar & d'Auguſte par l'Autheur de
l'Hiſtoire des Triumvirs & la Confpiration
du Duc de Montmout. L'Hiſtoire
de la Rebellion de Hongrie ,& plu
fieurs autres nouveautez .
a 2
&
LIVRES NOUVEAUX
dumois de Novembre.
L
A vie de S. Philippe Nery Fondateur
de l'Ordre de l'Oratoire ino-
Etavo 3. liv.
Theologie Morale de S. Auguftin
où le precepte de l'amour de Dieu eft
traittéà fond , & les autres maximes de
l'Evangile ſe trouvent expliquées &
demontrée indouze, 45. fols..
La Morale d'Epicure avec des reflexions
par Monfieur le Baron des Couleurs
Autheur de la traduction de Lucrece
, 40. fols .
L'ordinaire de la Sainte Meſiſe , avec
Vexplication des principales ceremonies
quis'y obfervent , l'explication plus
étendue des principales ceremonies de
la Sainte Meffe , & les fentimens de
pictétirez de tous ce qui ſe fait & fe dit
PAutel dontles fideles peuvent s'entretenir
en afitant à ce ſaint Sacrifice
pour l'uſage des nouveaux convertis par
P'ordre de Monſeigneur l'Evêque de la
Rochelle indouze , 20. fols .
Ordonnance de Neron nouvelle édition
infolio , 8. liv .
La vie du Pere Jean Rigoleug de la
Compagnie de Jeſus indouze , 30. fols.
L'Almanach de Milan pour l'année
1686.indouze , 20. fols.
L'Almanach de Liege indouze, 15.f.
La connoiſſance des temps pour l'Année
1686.20 . fols .
La vie du Pape Sixte V. nouvelle
édition , indouze deux vollume impref
fion de Lyon , 2. liv.
L'hiſtoire du Royaume de Chypre
par Monfieur le Pelletier Autheur de la
vie de Sixte V. inoctavo impreffion
de Lyon , 2. liv.
Actes de l'Aſſemblée generale du
Clergé de France concernant la Relia
gion inquarto , 20. fols.
Idem indouze avec le Catalogue des
livres deffondu , 30. fols.
Avis pour la ſainte Communion ,
7. fols.
***********
TABLE DES MATIERES
contenuës dans ce Volume...
Relude.
Panegyrique dduuRoy. 3
Dialogue de l'Eloquence &du Loüis
d'or.
37
Benediction de l'Abbeſſe de Betancourten
Picardie.
47
Prix donnépar Monsieur le Duc de
laMeilleraye. 50
Lettre touchant une nouvelle dé.
couverte.
Theme celefte,
Lettre en Profe &en Vers.
Translations,
Ode.
57
60
6z
70
76
Emplois , ſervices , & mort de Monfieur
le Chancelier. 94
Choix quele Roy fait de M. de
TABLE .
Boucherat , pour remplir la place
de Chancelier de France , avec
tout ce qui regarde cet article ,
& ce qui a fuivy ce choix . 115
Mort de Monsieur le Prince de
Conty, 134
Madrigaux, 139
Préference de la Chargede Chancelierde
Monfieur, donnée à Monſieur
de Boisfrant . 142
Gouvernement de Broüage , donne à
Monfieur de Sauſſay. 144
Histoire. 145
Morts. 152
Remede ſurprenant. 164
Eveſques decedez , avec les noms&
lesſervices qu'ont rendu à l'Egli-
Je ceux qui ont remply leur place.
168
Service fait pour Monfieur le Duc
deLude 180
Monsieur d'Argouges est nommé
Conſeiller d'Etat ordinaire, à la
TABLE.
place de Monfieur Boucherat.
ibid.
Article concernant tout ce qui s'est
paffétouchant les affaires de la
Religion , & les Conversions depuis
le mois derniers. 181
Prife du Comte de Tekeli , avec les
avantages remportez parles Po-
Lonois.
211
Hiftoire deHongrie. 216
Nom de ceux qui ont deviné les
Enigmes. 217
Enigmes. 220
Monfieur de Bonrepaus eft pourven
de la Charge de Lecteur ordinaire
de la Chambre du Roy. 224
Conclufion. 226
Findela Table.
1
6
7
4
6
MERCURE
GALANT
NOVEMBRE 1685 .
LYON
1893
떡
E
Estavecraiſon,Madame
, que tous ceux
qui ont entrepris l'Eloge
du Roy , ont dit
que ſa vie eſtoit un continuel
enchaînement de Miracles. Ce
qui ſe paſſe aujourd huy nous le
fait connoiſtre , & il ne me feroit
pas difficile d'y trouver une ample
matiere aux loüanges de ce
grand Prince , ſi je n'avois ac
Novembre 1685 . A
2 MERCVRE
1
coûtumé de me taire , quand je
puis faire parler un autre en ma
place. Je n'ay ny le temps de ramaſſer
toutes les choſes que l'on
peut dire à fa gloire, ny l'éloquence
qui me ſeroit neceſſaire pour
les bien repreſenter. C'eſt ce qui
m'oblige à commencer cette Lettre
par le Panegyrique de Sa Majeſté
, qui fut prononcé à Caën
le cinquième de Septembre , au
ſujet de la Statuë que les Habitans
luy ont élevée. Je vous envoyay
le mois paflé une exacte
Relation de cette Feſte , & vous
marquay que le Pere Fejac, Proſeſſeur
en Theologie , & Prieur
des Jacobins de la Ville , avoir
charmé par un excellent Difcours
le grand nombre d'Auditeurs
que le zele qu'on a par
tout pour le Roy , avoit attirez à
cet auguſte Spectacle. Vaicy en
GALANT .
3
quels termes ce Diſcours eſtoit
conceu .
Q
Vattendez - vous de moy ,
Meſſieurs ? Avez- vous esperé
que je répondrois à vos idées,quand
vous m'avez fait l'honneur de me
choisir pour Panegyriste de nostre
Auguste Monarque . &pour interpretede
vos coeurs ? Ces deux qualitezfont
difficiles à ſoûtenir; ce
qu'à fait LOUIS LE GRAND eft fi
extraordinaire & fi fingulier ; les
Sentimens que vous avez pour luy
font fi vifs & fi délicats , qu'on ne
peut fans témeritéſe promettre de
réüſfir , ſoit qu'on soit obligédeparler
de luy , foit qu'il faille parler
pourvous.
L'Invincible , le Magnanime
Loüis fait le bonheur de la Fran
ce , la destinée de l'Europe , l'éton
nement de l'Univers. La gloire de
Az
4
MERCURE
fon Nom s'étendjusqu'au extrémi
tezde la terre ; & de ces extrémi
rez , des Peuples dont les Noms nous
estoient presque inconnus , viennent
le voir & l'admirer . Adoré deses
Sujets , respecté de ſes Voisins , toûjours
vainqueur , ſoit qu'irrité de
L'orgueil de fes Ennemis , il leur
faſſe la guerre ; foit que touchéde
leur foibleffe , il leur donne la Paix.
Quelles expreſſions peuvent égaler
la gloire d'un tel Prince ? L'Eloquence
accoûtumée à relever les
actions des autres Heros , ne peut
qu'affoiblir celles de Louis , prefque
reduite à ne le loüer que par
Jon defordre & Son filence.
Il paroist bien , Meffieurs , qu'un
merite fi extraordinaire a fait sur
vos coeurs toute l'impreßion qu'il est
capable de faire. L'éclat de ce jour
qui va devenir celebre ; cette Pompe.
cette Affemblée, la joye qui pa
GALANT .
5
roiſt dans vos yeux , la Place même
que vous avez fait embellir , & la
magnifique Statue que vous venez
d'y ériger , ne nous laiſſent point
douter , qu'entre tous les Sujets d'un
fi grand Roy , il n'y en a point qui
reffentent mieux que vous, le plaiſir
& la gloire de luy obeïr. Rien de
tout ce quefa Grandeur vous a fait
penſer , ne devroit échapper à quiconque
doit parler pour vous. Mais
comment une langue pourroit- elle
Servir d'interprete à tant de coeurs?
Quel Orateur affez habile pourroit
expliquer ce qu'ont pensé tant de
Spirituelles & d'illustres Person
nes?
Quand il ne seroit pas mesme
impoßible d'y réussir , estoit-ce fur
moy , Messieurs , que devoit tomber
voſtre choix ? Né dans une autre
Province , &presque inconnu dans
cette Ville , onfleuriffent les beaux
A 4
6 MERCURE
Arts , oùplusieurs excellens Hommes
joignent l'étude de l'Eloquence à
celle des Loix , des belles Lettres ,
des Sciences humaines , &de la Divine
Theologie , devois -je esperer
d'autre part au Panegyrique que
vous prepariez , que celle d'entendre
& d'applaudir ?
Mais vous avezvoulu que ce
Panegyrique deust sa beauté à la
grandeur de fa matiere , ſans rien
devoir à l'orateur. Vous l'avez
voulu , Meſſieurs , & j'obeis ; per-
Suadé de mon insuffisance , ſeur
neanmoins de vous plaire , puiſque
j'ay l'honneur de parler d'un Prince
pour qui vous n'avez pas moins de
tendreſſe que de respect , &qui merite
l'admiration qu'ont pour luy les
deux Mondes qui composent l'Univers
,je veux dire le Monde Chrêtien
,& le Monde Politique. Il est
rare qu'on leur plaiſe également.
GALANT.
Tels Princes qui ont esté les delices
de l'Eglise , n'ont pas eu l'approbation
du Siecle ; & tels qui ont fait
l'admiration de ces ſages mondains,
qui préferent à toutes les vaifons la
raison d'Estat , ont eu le mal-heur
de déplaire aux Sages Evangeli
ques, qui préferentà tous les inte
rests , l'intereſt de la Religion.
Ce qui diftingue le Roy depresque
tous les autres Rois , est qu'il plaist
en mesme temps à ces deux Mondes.
On voit en luy ce que l'Eglise peut
aimer , on y voit ce que le Siecle
peut admirer. Etfijesuis affezheureux
pour raconter feulement quelqu'une
de ses actions fans en affoiblir
la beauté , ou pour découvrir
quelqu'une de fes vertusfans en diminuer
l'éclat ; vous avoüerez ,
Messieurs , qu'on pourroit ajoûter
aux nobles Inscriptions , que des
personnes distinguées par leur rang ,
A4
8 MERCURE
১
& par leur merite , ont fait graver
au pied tu Superbe Monument , que
cette Ville consacre à la gloire du
Roy , qu'on pourroit , dis-je , y ajoû
ter ces deux mots , qui ſeuls valent
un Panegyrique ; LOUIS LE
GRAND , l'Amour du Monde
Chreſtien,l'Adiniration du MondePolitique.
Si ce que l'Egliſe aime dans les
Princes , n'est pas toûjours ce qui
brille le plus en eux, c'est du moins ce
qui merite le plus d'estime. Incapable
qu'elle est de ſe laiſſer ébloüir
par un faux jour , éclairée des lumieres
de l'Evangile , elle n'eſtime
que le vray merite , & ne donne que
de justes éloges. Que peut- on s'imaginer
de plus grand que ce qu'elle
aime dans les Rois ? Ne se croire
élevé ſur le Trône que pour rendre
des Sujets heureux ; n'entreprendre
la Guerre que pour reprimer l'inGALANT.
و
justice , ou pour affermir la Paix;
n'avoir de puiſſance &de grandeur,
que pour les faire ſervir aux interests
de la Religion ; c'est ce qu'aime
l'Eglise , & ce que nous admirons
en LOUIS LE GRAND .
Qu'on est heureux quand on obeït
à un Prince , perfuadé comme luy ,
que la Providence fait naiſtre les
Rois pour l'utilité de leurs Sujets !
& que comme les Aftres ne font at
tachez au Ciel que pour éclairer
l'univers , les Souverains ne font
élevez fur le Trône , que pour le
bien de leurs Estats ! Loüis ne
pense qu'à faire la felicité desfiens.
Si nous l'admirons , il nous aime.
Nous nous eſtimons heureux de l'avoir
pour Maiſtre , & il ne seroit
pas content de luy meſme , s'il y
avoit dans le monde un meilleur
Maître que tuy.
Aqui devons- nous qu'àsa va
AS
10 MERCURE
beur &à fes soins , le repos dont
nous avons joûy pendant une longue
Guerre , qui ne nous a point empêché
de goûter les fruits & les dou
ceurs de la Paix ? Si nos voisins
n'ont pas seulement approché de nos
Provinces qu'ils esperoient conquerir,
s'ils n'ont rien fait de tout le mat
qu'ils voutoient faire; n'est- ce point
qu'ils les a prévenus,&que portant
la terreur & la defolationſur leurs
terres , il les a mis hors d'état d'en
treprendre rien ſur les nostres ?
Aqui devons- nous qu'àsa prudence
, & à la paſſion qu'il a de
nous rendre heureux , l'établiſſe
ment du Commerce , lafureté de la
Navigation la reforme des Loix ,
le bon ordre de la fustice , la discipline
des Armées ; tout enfin ce
qui rend la France aussi florissan
te au dedans , qu'elle est redoutée
au dehors ? De tout ce qui peut
GALANT. I
nous eftre utile , rien n'échappe à
Sa prévoyance , rien ne fatigue ſa
bonté , rempliffant ſelon nos divers
besoins les differentes fonctions de
Legislateur , de Pere & de Juge ;
tantoft il fait des Loix , tantoſt il
accorde des Graces , & tantost il
termine des Differens .
• Plus Sage que tant de Rois , qui
ne se foucians pas que leurs Sujets
foient bons , pourveu qu'ils leur
foient foûmis , pensent plus quand
ils font des Loix , à conserver à
chacun fon bien , que son innocence
; Loüis ſe conſiderant plûtôt
- comme le Directeur des moeurs de
fes Sujets , que comme l'Arbitre
Souverain de leur fortune , ne fait
passeulement des Loix pour maintenir
la tranquillité dans ſon Empire,
il en fait pour y conferver la vertu.
Il punit le Blasphéme, il défend les
Vfures,il arreste la fureur des Duels,
A 6
12 MERCURE
fureur presque außi ancienne que la
Monarchie , inveterée , opiniâtre ,
incurable à tout autre qu'à Loüis
LE GRAND , dont l'empire femble
s'étendre jusques fur les coeurs .
Il commande , & comme on perd en
même temps jusqu'au defir , infqu'ir
la pensée de luy desobeïr, ilne
trouve preſque point de coupables
qu'il foit obligé de punir .
Il voudroit bien ne pas trouver
plus de malheureux ; mais parce que
telle est nostre destinée , qu'il y en
aura toûjours , itse fait un plaisir
&une loy de les fecourir. Qui d'entre
ſes Suiets distingué par le merite
, & accablé par la fortune ,
luy a fait connoiſtre ſes beſoins fans
le vor s'y intereſſer ? Laquelle de
fes Provinces a veu mourir ses ef
perances par le déreglement des
Saiſons ,fans les voir außi-toſt renaître
par les foins qu'ila pris de
GALANT. 13
lafoulager ? Ilsuffit que LoürIsS
Sçaché qu'on est malheureux pour
qu'on ceſſe außt-toſt de l'estre. Son
air feul &fes manieres obligeantes
tiennent lieu de bonne fortune aux
miferables qui ont l'honneur de l'aborder
; ily aioûte des fecours confiderables
, & ilſemble que la Providence
nepermet qu'il arrive quel
ques disgraces , que pour luy laiſſer
la gloire d'avoirfaitfeul le bonheur
de fes Suiets.
L'amour qu'il a pour eux le fait
Souvent descendre du Trône pour
monter ſur le Tribunat , où comme
s'il n'estoit point d'ailleurs occupé à
regler la destinée de presque tous
les Souverains de l'Europe , ilſefait
une ferieuse occupation de terminer
les Differens de ſes Suiets. Il écoute ,
il examine, il prononce ; mais avec
quel difcernement ? Avec quel refpect
pour les loix ? Ceux dont il
14 MERCURE
d aigne prendre les avi , avoient
que plus habile qu'exx il ne regne
Pasmoins dansſonConfertpar l'éle
vation de ſon genie , que par la fisperiorité
defon rang. Il démele touiours
le bon droit , &fi nous en exceptans
les occaſions , où sa bonté
pourfes Suiets l'empefche de se rendre
sustice à foy-même , il le favori
Se toûjours ; inflexible dans la iuftice
qu'il rend aux autres ; iniufte
avec honneur dans les iniuftices
qu'il se fait à luy-même ; & par
tout également digné de l'amour du
Monde Chrestien.
Mais peut - ſtre qu'il paroist
moins aimable àce mondepacifique,
quand à la teſte de fes redoutables
Armées ilporte la guerre chez les
Peuples ialoux deſa puiſſance. Rien
moins , Meßieurs , il plaiſt autant
Sous les armes que ſur le Trône.
Qu'on ne se figure point icy un
GALANT.
15
"de ces Conquerans , qui ne troublent
le repos de la terre , que pour cal )
mer le trouble qu'un defir déreglé
de s'agrandir excite dans le coeur.
Tels ont esté les Cefars & les Alexandres
, qui en asquerant un peu
de gloire , ſe ſont attirezbeaucoup
de haine ; au lieu que nostre invincible
Monarque ne s'est pas moins
acquis par ses conquestes l'amour
que l'admiration de l'Univers .
NeSçait- on pas , que le defirde
vaincre , le plaisir , de fe vanger,
le deſſeinde nuire , ny aucune deſes
farouches paſſions qui font tes guerres
injustes , ne luy a pointfait prendreles
armes ? Nos Ennemis mêmes
peuvent- ils defavoüer que quelque
ardeur qu'il eust pour la gloire ,
quelque afſfeuré qu'il fuft de triompher
, il n'a combattu que malgré
buy ? Famais il n'eust fait la guerre,
il cust på réprimer l'injustice deſes
16 MERCURE
3
voiſins , ou aſſurer le repos de fes
Sujets?
Empereurs , Rois , Souverains ,
Republiques , Estats , Peuples qu'il
a vaincus , ne vous en prenez qu'à
Vous mesmes de vos pertes & de
vos malheurs . Si l'Espagne n'eust
pas contesté des Droits trop bien juftifiez
, Loüis n'eust point attaque
les Païs-bas , qu'il parcourut com.
me un foudre , avec une incroyable
rapidité , laiſſant par tout d'éclai
tantes marques de ſes victoires. Si
la Hollande cust esté moins ingrate ,
on ne l'eust point veuë fuccomber
Sous lamesme puiſſance , à laquelle
elle estoit redevable de ſon élevation
Si l'Allemagne eust mieux connu
fes veritables intereſte,fi des
craintes imaginaires , fi d'injuftes
défiances ne l'euffent fait armer
contre la France ,le Roy qu'elle
contraint , de devenir ſen Enne
GALAN T. 17
1
my , n'eust jamais esté que fon Protecteur.
Combien les Princes liguez avec
tant de peine , & avec si peu de
fuccés , eussent-ils épargnédefang?
Combien de Places euffent - ils con-
Servées , ſi leur opiniâtreté ne les
eust empesché d'obſerver les Traitez
que leur foibleſſe les avoitforcé de
conclure ? Luxembourg n'eust point
changé de maître , s'il n'eust fallu
par un coup de fi grand éclat met
tre fin aux lenteurs & aux artifices
de la Politique Eſpagnole. L'obſtination
des Ennemis à perdre cette
importante Place , à forcé le Royà
la prendre. Paſſionné pour la paix
juſques dans le ſein de la victoire,
il n'a fait cette derniere conqueste
que pour n'estre pas obligé d'enfaire
de nouvelles.
Quel autre obstacle , quefafeule
moderation s'est opposée à celles
18 MERCURE
riers consacrezau Dieu des Batail
qu'il pouvoit faire ? L'occaſionſerat-
elle jamais plus favorable de res
monter fur le Trône de Charlema.
gne , & de s'aſſujetir l'Empire, qui
Sur le penchant de sa ruine fembloit
demanderun nouveau Maître,
&un plus puiſſant Protecteur ? Le
Roy n'avoit qu'à le vouloir , ilpou
voit tout. Maisfemblable au grand
Theodofe , que Saint Augustin admire
pour avoir estémoins ſenſible
au defir d'acquerir un Empire , qu'à
la gloire de secourir un Empereur
destituéde tout fecours : Loüis ,
pour laiſſfer à l'Empire la liberté
de réünirſes forces contre les Turcs,
retire les ſiennes du voisinage de
Luxembourg , prestàſecourir l'Em.
pereur , & à renouveller ſur les
bords du Danube les merveilles de la
journée du Raab , fice Prince n'eust
mieux aimé s'exposer àperdre tout,
GALANT . 19
qu'à devoir deux fois sa couronne.
Que cet endroit , Meſſieurs a esté
touchant pour l'Eglife ! &que le Roy
parut aimable au Monde Chreftien,
quand il ſuſpendit ſes conquestes
pourfaciliter le ſecours de Vienne,
dont la perte n'estoit pas tout le mal
qu'on devoit craindre. Les interests
de la Religion estoient meſtezavec
ceux de l'Empire dans la conſervation
de cette Place : c'est ce qui faifoit
trembler le Monde Chrétien ,
c'est ce qui toucha Louis LE
GRAND : car fut-il jamais an
Prince plus religieux ?
F'en prens à témoin toute la terre
: on voit par tout des marques de
fon zele & de sa pieté. Dans l'Empire
, Strasbourg & Munster affuietis
à leurs Princes legitimes , & en
mesme temps à leurs legitimes Paſteurs
; dans la Hollande , des lau
20 MERCURE
les , & au lieu d' Arcs de triomphe,
des Croix élevées & des Autels re
parezes en Afrique les Priſons de
Tripoli , d'Alger & de Tunis ouvertes
par de glorieux Traitez , oв
brisées par d'heroïques efforts ; &
un nombre infini d'esclaves arra
chez à la fureur des Ennemis diu
nom Chrétien ; dans tout l'Empire
Ottoman , le Christianisme floriffant
à l'ombre des lys ; dans la Pa
lestine les Lieux Saints protegez
contre l'impieté des Infideles ,
mis àl'abry de leurs infultes ; dans
les Indes dans le Japon , dans la
Perſe , des Mißions d'Hommes Apoſtoliques
, établies , protegées , entretenuës
; dans l'Italie ,lafameuse
Pyramide qui fut élevée pour van_
ger l'honneurde la France , abbatuë
pour ménager la gloire dufaint Siege
; à nos yeux , de dangereuses
nouveautez ou prévenuës ; ou difGALANT.
21
fipées ; lapaix renduë àl'Eglife ,&
ce quifera l'éternité de cette Paix,
l'Epifcopat remply d'excellens Sujets
, & de grands Hommes.
Ajoutons à tant de merveilles
ce qui ſeul suffiroit pour immorta
lifer la pietéde Louis LE GRAND:
le Calviniſme presque aneanty ; il
expire ce monstre qui deſoloit autrefois
la France ; elle languit , elle
meurt cette herefie qui fut laſource
funeste de nos diviſions & de nos
guerre. Ils ne fubsistent plus ces
Temples élevez ſur les ruines de
nos Eglifes ; ces Temples où l'on n'offroit
pas de Victimes , & où l'on
formoit des voeux qui n'avoient
peut- estre pas pour objet nos profperitez
. Des millions de Protestans
Sont réduits à un petit nombre , &
bien- toft ce ne fera plus que par
l'Histoire qu'on apprendra qu'elle
a estélafortune de ce formidabl
party.
)
22 MERCURE
(
Il avoit refifté aux armes de
pluſieurs grands Rois , & il cede
presque fans resistance à Loüis
LE GRAND , qui n'employe pour
le ruiner que fa bonté, fa douceur,
Ses bienfaits , fon zele , & fes
Loix ; Loix qui ſans violer d'anciens
Edits en repriment les abus ;
Loix également douces &feveres ,
justes & charitables ; Loix favorables
à ceux mesmes qui les trouvent
dures , & auſquelles ceux qui s'en
plaignent se confefferont quelque
jour redevables de leurfalut.
L'Eglise peut - elle donner moins
que son caoeux à un Prince qui lay
rend de fi grands fervices ? Est- ce
affez qu'elle l'appelle le Prédicateur
de la Foy ,le Defenseur des Veritez
Orthodoxes , l'Evesque feculier de
fesSujets ?Noms glorieux que Saint
Remy donnoit autrefois à Clovis.
Eft.ce affez ..... mais laiſſons à
GALANT.
23
l'Eglise le choix de ce qu'elle doit
faire pour marquerfareconnoiſſance
àce Grand Roy; & voyons dans le
peu de temps quinous reste , s'il ne
merite pas auſſi justement l'admiration
du Monde Politique , que l'a-
- mour du Monde Chreftien.
L'admiration, toute muette qu'elle
eſt ordinairement , eft leplusglo-
- rieux de tous les Eloges. Tandis que
-ce qu'on estime laiſſe la liberté de
parler , ce qu'on dit peut estrefou
pçonné de flaterie ; tout est naturel ,
tout est fincere dans le filence qui
accompagne la ſurpriſe ; ce qu'on
voit ne peut estre que tres- grand ,
quand on admire Sansloüer. Alexandretoûjours
brave, toûjourshenreux
, ne trouva rien qui pût arrêter
le corus rapide de ſes Victoires , toute
la terre en fut ſaiſie d'étonnement;
& comme il est remarqué dans l'Ecriture
, ne pouvant le lover, ellefe
24 MERCURE
tut , & l'admira . Salomon fut le
plus magnifique de tous les Rois , &
ceux qui le virent , tomberent dans
une espece de raviſſement qui leur
osta l'usage de la parole. Ce que ces
Princes ont efté dans leur Siecle ,
Louis LE GRAND ne l'estil
pas dans le nostre ? Est- il moins
vaillant & moins heureux qu'Alexandre
? Est - il moins magnifique
que Salomon ? N'en doutez pas ,
Meſſieurs , ta posterité l'admirera ,
commenous les admirons.
Le fameux Paſſage du Rhinva
prendre parmy les prodiges le rang
qu'ont tenu jusqu'icy les paſſages du
Granique & de l'Hydaspe. Ony verva
Louis LE GRAND s'eſtimer
heureux d'avoir enfin trouvé
un peril digne de luy ; & ce que ne
put faire Alexandre , on l'y verra
imprimer dans les coeurs de tous les
fiens la noble ardeur dont il brûloit .
Soûtenus
GALAN T.
25
tenus parsa prefence , animezpar
Sa valeur , glorieux de combatre
Sous lesyeux d'unsi grand Roy ils ſe
précipiterent dans les eaux , & ils
allerent malgré la profondeur & la
rapidité du Fleuve , chercher des
Ennemis qui n'eurent n'y afſſez de
fermeté pour les recevoir , ny affez
-de coeur pour les attendre.
Cent prodiges ont fuivy ce premier
miracle ; mais la Poſteritéqui
les doit admirer , les croira telle?
Vous mesmes , Messieurs , qui les
avezveus , les croyezvous ? L'Hi_
ſtoire de LOUIS LE GRAND , tou
te vraye qu'elle est a t-elle moins
- que celle d' Alexandre l'air de la
- Fable ? Yat il de la vray Semblance
dans les verisez qu'on dit
-de luy ?
Qu'enquinze jours , dans la plus
fâcheuſe ſaiſon de l'année , il ait
Subjugué toute une Province confi-
• Septembre 1685 . B.
26 1 MERCURE
derable par le nombre & par la
force deſes Places, qu'en moins d'un
mois il ait pris plus de Villes qu'il
n'enfaudroit pour faire un puiſſant
Etat ; qu'il ait reſiſté ſeul à toute
l'Europe ; qu'il ait triomphe par
tout où il a combattu ; queſes Enne
mis n'ayent esté que les témoins &
les ſpectateurs immobiles de fes
victoires ; qu'illeurait ofté jusqu'au
courage de se défendre ; qu'il ait
reduit Alger à confeffer qu'il luy
faisoit grace , quand il luy impofoit
des Loix , qu'il ait humilié Gennes,
Sans achever de la détruire: fouf.
frez que je le repete , vous qui en
avezesté les témoins , le croyez vous?
Ou parce qu'il vous est impoſſible
d'en douter , esperez- vous que les
siecles futurs n'en doutent point ?
Alexandre crût qu'il étoit de ſa
gloire de les tromper, par les vaines
apparences d'une grandeur quil
GALANT.
27
n'avoit pas : ilest au contraire de la
gloire du Roy qu'on les ménage , &
qu'on ne leur apprenne des grandes
choses qu'ilafaites, que celles qu'ils
pourront croire.
Que la Posterité ſcache , que
Loüis s'est rendu deux fois maître
de Valenciennes par ses Armes &
parses Bienfaits. Maisne luy diſons
■ pas quecette importante Place atta
quée au milieu de l'Hyver , a esté
priſe en un quart d'heure & en
- plein jour ; qu'on la vit paſſer en
un moment de la confiance au defefpoir
, du deſeſpoir à la joye ; & que
Ilefort des Vaincus y fut bien-toft
égal àceluy des Victorieux ; ceux- cy
penſant avecplaisir à la gloire qu'ils
avoient acquise , ceux là au pardon
qu'on leur avoit accordé ; &
tous à la Victoire que Louis avoit
emportée.
Que la Posterité ſcache, que le
B 2
28 MERCURE
formidable Cambray n'a resisté que
tres.pcu de iours : mais qu'elle ignore
que le Roy n'employa pour le prendre
que la moindre partie de fes
Forces : & que plus genereux qu'Alexandre,
qui croyoit perdre autant
de gloire , que les autres en acque
roient , il avoit envoyé ses meilleuves
Troupes à fon illuftre Frere , qui
dans le mesme temps prenoit une
Ville , &gagnoit une Bataille.
Ce que nous retrancherons des
Surprenantes actions que I Invinci
ble Louis a faites , empeschera
ceux qui viendront aprés nous de le
prendre pour un Heros fabuleux; &
lepeu que nous en divons ſuffira pour
le faire regarder comme le plus
grand des Heros.
Pourra ton luy refuser ce titre,
quand on sçaura qu'après avoir
triomphe de ſes ennemis , il s'eft
vaincu luy- mesme ? C'est ce qu'il
GALANT.
19
}
faudra raconter exactement à la
د
Pofterité. Il eſt de l'intereſt de toute
la terre qu'aucun Prince ne le
puiffe ignorer. Loüis plus grand
quesa gloire & queſafortune, auſſi
maître de luy- mesme que de fes
Ennemis , s'arreſte au milieu de ſa
course , & borne ſes Conquestes
dans un temps où ſon glorieux de
ſtin ſembloit l'appeller à l'Empire
de l'Univers. Il est vray qu'il fait
la Paix en Conquerant& en Maitre
; il la donne à ſes Ennemis ,
comme il donne des Loix à ſes Sujets;
seul Arbitre , feul Mediateur,
il conclut , il décide ; ce qu'il pretend
qu'on restitue , ce qu'il veut
donner, ce qu'ildoit retenir , ilregle
tout ; mais il le règle d'une maniere
si desintereſſée , si genereuse ,
qu'il ſemble vouloir partager avec
les Vaincus le fruit deſes Victoires.
& qu'il donne ſujet de douter ,
B 3
30
MERCURE
lequel des deux luy estplus glorieux,
ou d'avoirſiſouvent triomphe durant
la guerre , ou d'avoir facrifié
tant de Conqueſtes à la Paix.
L'Antiquité , toute fiere qu'elle
eft du grand nombre de ſes Heros .
pourroit- elle nous en montrer un,qui
dans telles conjonctures ait fait un
fi grand facrifice ? Il y a peu de
Conquerans qui neſe ſoient laiſſez
entraîner comme des esclaves par
leur bonne fortune ; Alexandre fuccomba
ſous le poids de la fienne,
aveuglé de fon bonheur il perdit
toute moderation. C'eſtoit , Mefſieurs,
c'estoit à LOUIS LE GRAND
qu'estoit refervé l'avantagede donner
au monde ce rare exemple de
vertu ; & d'apprendre aux Souverains
qu'ils doivent préferer aux
charmes de la gloire , le repos de
leurs Sujets , & au titre de Conque.
rant la qualité de Pacifique.
GALANT .
31
1
4
11
0
t
X
tre
,
Un Prince connaſous ce nom dans
la fudée , fut autrefois adoré de
toute la terre , & ce Prince femble
renaître en LOUIS LE GRAND.
Ces nombreuſes Armées preſtes en
tout temps à marcher &à combatces
Flotes quifont trembler
toutes les mers ; ces fortificationsſi
regulieres , & presque aussi_toft
achevées que reſoluës ; ces richeſſes
immenfes , ces magnifiques Palais,
cet assemblage de tous les Chefsd'oeuvres
de la Nature & de l'Arti
ces Montagnes abattues
vieres détournées, cent autres femblables
merveilles ne renouvellent.
elles pas dans nos jours les merveil
les du temps de Salomon ? N'en
voyons- nous pas mesme un grand
nombre qui échaperentà la magni.
ficence, ou auxfoins du Monarque
des Juifs ? Ce fameux Hoſtel , qui
difputcroit de beauté avec les plus
,
ces Ri
B 4
32 MERCURE
fuperbes Palais des Rois ,& qui
fert d'azyle àde braves & d'ill.u..
ftres malheureux ; cesſoinsfi noble.
ment employez à former de jeunes
Guerriers , ces établiſſemens où la
beauté trouve une protection qui
l'empeſche de devenir criminelle ,
&où la Nobleffe trouve des fecours
qui l'empefche d'eftre miferable ;
ne sont ce pas des prodiges de ma
gnificence inconnus jusqu'au temps
de Louis LE GRAND ? Le monde
les admire ; mais ce qu'il admire
le plus , est la perſonne mesme
de Loürs . 1.
Quelle grace quet air ! quel
admirable mélange de douceur &
de majesté ! peut-on le voir fans
l'aimer ?Et se laſſe- t'on de le voir?
N'y a-t- il point dans ſes moindres
mouvemens je ne sçay quel agré
ment qui enchante ? Un air de Heros
& de Souverain ? Ie ne sçay
1
GALANT.
3
quoy de plus qu'humain qui charn
les yeux , qui ravit les coeurs , & qu
inspire tout à la fois la tendreffe
l'obeiſſance & le reſpéct : Un fer
defes regards le fait mieux connoi
tre que ne le feront jamais fes
Historiens & Ses Panegyristes : &
pour estre perfuadé de tout ce que la
renommée publiede luy , il ne faut
que le voir un moment. On fel'imagine
d'abord , tel qu'il eſt , à la teſte
deſes Armées, intrepide , agiſſant,
infatigable ; tel qu'il est dansson
Confeil , affidu , pénetrant , judi.
cieux ; tel qu'il est danssa Cour, es
au milieu de cette foule d'adora.
teurs , que son merite plûtoſt quef
fortune luy attire de tous les endroit:
de la terre , doux , careffant , de
facile accés , ſenſible à l'amitié,
diftinguant le merite, récompensan
diffimulant les defauts ,
la vertu ,
Suportant les foibleſſfes ; enfin plus
BS
34
MERCURE
grandHomme encore que grand Roy,
&toûjours digne de l'admiration
du Monde Politiqne , & de l'amour
du Monde Chreftien .
Quen'ay-je , Messieurs , une éloquence
affezvive & affez forte
pour le representer tel qu'il paroist
àceux qui ont l'honneur de le voir!
Mais vous avez heureusement
fuppleè à ce que vous sçaviez qui
manqueroit à ma voix. L'excellente
Statue que vous avez érigée parle
pourvous , elle parlera mesme dans
tous les temps ; & ce monument
travaillé avce un art & une délicateffe
capables d'immortaliſerſon
Autheur , n'est pas seulement le
temoin fidelle des sentimens refpectueuxque
vous avez pour le Roy,
ilfera fon Panegyriste eternel. Les
Siécles les plus reculezfe fouviendront
en levoyant , des Vistoires &
des Vertus de Louis LE GRAND;
GALANT.
35
on penſera tout ce que vous pensez
aujourd'huy , & l'on dira que si
Louïs a esté le plus Grand des
Roys , vous avez esté les plus fidel
les , & vous vous eſtes eſtimez les
plus heureux deſes Sujets.
Faites , ô mon Dieu ! que nous
joüiſſions long temps de ce bon-heur,
&qu'ildure encoreaprés nous. Con-
Serveznous un Prince quevous nous
avez donné parce que vous nous
aime.z Laiffez-luy letempsd'achever
ce qu'il medite pourvostre gloire
, & comblez- le de vos graces ,
tandis qu'ilnous comble de ſes faveurs
. Qu'il n'ait point d'ennemis,
ou qu'il en triomphe toûjours ; Que
la felicité de son regne s'étende
égalementfurfa Famille &fur ſes
Etats ; Quele glorieux heritier de
Sa Grandeur le foit de ſa vertu ;
Qu'il aitson coeur , comme il a for
nom ; Que les peuples reverent ce
B6
36
MERCURE
Monarque , l'amour de l'Eglise .
l'admiration du monde ; Que les
Roys l'imitent ; Que tout luy ſoit
aſſujetty , & que luy-mesme vous
Soit Soumis .
Ce font , ô mon Dieu , les Voeux
que forment de toute l'étenduë de
leur coeur ce Prelat ſi vertueux &fi
digne defon Auguste Caractere : Ce
Sage & judicieux Intendant , digne
Mimstre d'un si grand Roy ; ces
Magistratsfi zelez pour le bien public;
ces Docteursfi habiles ; ces Iuges
équitables , & éclairez, ces Sca.
vans de toutes prefeſſions , & tout
ce Peuple. Ils vous demandent, Seigneur
, & je vous demande avec
eux , la continuation des graces que
vous avez fi liberalement répanduës
fur la Perſonne ,fur la Famille
, & fur les Etats de Loüis LE
GRAND .
GALANT. 37
Je vous envoye un Dialogue
qui a receu icy de grands applaudiſſemens.
le ne ſçay point le
nom de ſon Auteur , mais l'Ouvrage
parle affez de lay-meſme,
fans qu'il foit beſoin d'autre choſe
pour vous le faire eſtimer.
**
DIALOGUE
DE L'ELOQUENCE
ET DU LOUIS D'OR.
A
L'ELOQUENCE .
Vous voir & à vous entendre
, les Hommes n'ont
point d'autre Divinité que vous ;
il ne reſte plus qu'à vous bâtir un
Temple.
LE LOUIS DOR .
On m'en a déja bâty un où
:
38 MERCURE
jene faifois pas mal le Perſonnage
d'un Dieu; mais il m'importe fort
peu d'avoir un Temple de pierre
*&de bois , pourveu que j'aye le
coeur del Homme pour mon Autel
, où il me conſacre tous les
travaux & ſes foins .
L'ELOQUENCE .
Vous parlez bien haut pour
le Filsde la Terre.
LE LOUIS DOR.
Je ne ſuis point tellement le
Fils de la Terre , que je ne ſois
auſſi le Fils du Soleil & des Aftres .
L'ELOQUENCE .
Pour moy,je ſuis la Fille de
l'entendement & du coeur de
Thomme.
LE Louis D'OR.
S'il n'y a qu'à ſortir de l'entendement&
du coeur de l'Homme
pour prouver fa nobleſſe , les
trahiſons & les grands crimes
GALANT. 39
< feront bientoſt illuftres , & difputeront
avec vous de la gloire
( de la Naiſſance. Ileſt vray que
j'ay eſté conceu dans un lieu bien
- obfcur , mais j'ay trouvé dans
cette obſcurité la je ne ſçay quoy
qui ébloüit les yeux , &qui n'eſt
pas fort defagreable aux voſtres .
J'avoue que ma Naiſſance m'a
rendule voiſin des Enfers , mais
on m'y a trouvé ; & fi vous y
eſtiez cachée comme moy , je ne
ſçay pas qui vous iroit chercher
là pour vous déterrer .
L'ELOQUENCE .
Jeſçay bien que vous plaiſez
aux Hommes , mais ce n'est qu'à
cauſe que vous leur impoſez par
de petits agrémens qui donnent
dans les yeux.
Le Louis DOR .
Mes agrémens ne donnent
point ſi fort dans les yeux , qu'ils
40 MERCURE
ne donnent encore plus dans le
coeur. Pour ce qui eſt d'impoſer ,
nous ſommes dans un temps où
l'on ne peut faire fortune dans
le monde à moins qu'on n'impoſe.
Nous le faiſons tous deux
mais avec cette difference que
vous n'impoſez que par des paroles
, au lieu que j'impoſe par
ma folidité , car on dit qu'il n'y a
pointde raiſon plus ſolide que
moy , & qu'on ne peut donner
une plus belle couleur àla verité
que la mienne ; au moins vous
m'avoüerez qu'elle vaut bien le
brillantde vos penſées.
L'ELOQUENCE .
Toute comparaiſon eſt odieuſe,
mais s'il eſt queſtiond'en venir
au merite, c'eſt moy quiay reüny
les Peuples quand ils eſtoient
errans dans les Déſerts , & quiles
ay fait vivre en Republique.
GALAN T.
41
e
et
コ
e
it.
10
es
LE Louis D'OR.
C'eſt moy qui ſuis le nerf de
leur Republique & la liaiſon de
leurs Eſtats ; c'eſt moy qui fuis
les delices des Jeunes , & le ſoin
des Vieillards.
le ſuis la bien venuë par tour.
LE Louis DOR.
Principalement quand je vous
accompagne.
L'ELOQUENCE .
J'ay accés dans le Palais des
Roys .
LE LOUIS D'OR.
Vous n'y en avez point tant ,
qu'un Mulet qui me porte n'y en
ait encore davantage que vous.
L'ELOQUENCE .
l'ay beaucoup de pouvoir ſur
le coeur de l'Homme.
LE LOUIS D'OR .
Vous enavez , mais avec un
grand embarras de paroles , au
,
42 MERCURE
lieu que moy , ſans preparation
& fans artifice, j'ay le don de me
faire écouter dans les coeurs , &
dem'en rendre le maiſtre ; car
étant queſtion dernierement de
confoler un miſerable , vous tachâtesde
le faire par beaucoup
de paroles,peut- eſtre qu'il n'étoit
pas fait à un a beau langage ,
mais vôtre diſcours luy ſembloit
bien fade , lors que quelqu'un
s'aviſa de me mettre dans
ſa main ,& alors on vit la joye
qui s'épanouiſſoit fur ſon viſage,
& à l'entendre il fortoit de moy
une vertu ſecrete qui luy alloit
gagner le coeur. Feriez - vous
bien par vos paroles ; ce que je
faifois en ce temps là par mon
filence ?
L'ELOQUENCE .
Ie rends biend'autres ſervices
à l'Homme.
GALANT.
43
0
LE Louis D'OR.
Vous en rendez , mais je ne
fçay s'ils valent les miens ; car je
m'en vais chez un Roturier, je le
rends Gentil- Homme ; je m'en
vais chez un Ignorant , auſſi toſt
c'eſt un Homme d'un ſens profond;
je m'en vais chez un Temeraire;
auſſi- toſt c'eſt un Brave,
&fi vous faites les Doctes , j'ay
le privilege de faire les Docteurs ,
Vos ſervices valent- ilsbien ceux
là ?
L'ELOQUENCE.
D'où vient donc qu'aprés tant
de bien- faitsque vous rendez ,je
vous voyois dernierement ſous
ele marteau d'un Artiſan où vous
faifiez une pauvre figure ?
Le Louis D'OR.
Ie ne ſçay pas ſi vos figures
font plus agreables , mais je ſçay
bien que le tour qu'on me don44
MERCURE
noit alors , vaut bien le tour de
vos Periodes & de vos Vers .
L'ELOQUENCE .
Mais avec ce beau tour on
vous voit courir le Monde comme
un miferable qui n'a point de
Pays.
LE LOUIS D'OR .
Si c'eſt un mal que de courir
le Monde , il m'eſt commun avec
le Soleil. Ie n'ay point de Pays
arreſté , mais par tout où je ſuis ,
l'Homme trouve ſa Patrie .
L'ELOQUENCE .
Il a donc grand tort de vous
traiter auſſi mal qu'il fait ; car
vous tombâtes dernierement entre
les mains d'un vieux Avare
qui vous mit en priſon dans un
Coffre fort , & qui vous enfouït
dans la terre.
LE LOUïS D'OR.
Quand je ſuis en priſon de la
GALANT.
45
forte , il n'y a perſonne qui n'aime
mieux y entrer , que d'aller
dans les lardins des Princes. le
n'y fuis pastout ſeul, le coeur de
- celuy qui m'y met., s'y cache
avec moy .
L'ELOQUENCE .
Mais que faites- vous là ?
LE Louis D'OR.
Ce que vous faites dans vos
Ecrits qui font cachez dans la
- Boutique d'un Libraire .
L'ELOQUENCE .
Ie ſuis là comme le monumentdes
Orateurs , où leur Efprit
repofe.
LE LOUIS D'OR .
Etmoy je ſuis dans ce Tréſor
enfouy comme le monument
du Riche où ſon Ame
repoſe.
,
L'ELOQUENCE .
le plains pourtant bien voſtre
46 MERCURE
deſtinée , puis qu'au fortir de là
on vous voit ſouvent à la diſcretion
d'un faux Monnoyeur .
LE LOUIS D'OR .
Ie ne plains pas moins vos
Ecrits , puis qu'aprés avoir eſté
lûs avec tant de plaifir , on les
voit quelquefois dans un Cabinet
à la difcretion des Souris .
L'ELOQUENCE .
Vous allez aprés cela dans des
lieux peſtiferez .
LE LOUISDOR
Ie n'y prens point de mauvais
air , & je n'en fuis pas moins bien
venu à la Cour , où les Creatures
les plus délicates diſent que je
porte la ſanté avec moy.
L'ELOQUENCE .
On voit meſme ſortir quelquefois
d'entre les mains des.
Scelerats.
GALANT.
LE LOUIS D'OR.
Je n'en repoſe pas moins
agreablement entre les mains
des Innocens,
L'ELOQUENCE .
Parmy eux il s'en trouvent
- qui font merveille à déclamer
contre vous,
LE LOUIS D'OR.
Ils ne déclameroient pas fi
fort , s'ils ne me propoſoient à
eux-meſmes comme le prix de
leur déclamation,
L'ELOQUENCE .
Cela n'empêche pas qu'il ny
ait des Philoſophes qui vous
- condamnent en Public.
Le Louis D'OR.
Il n'y ena pas unqui ne m'ap
prouve en particulier lors que
jeſuis dans ſa Bourſe,
Le Dimanche 7. du dernier
mois,Dame Catherine Elifabeth
48 MERCVRE
de Longueval de Manicamp,
Abbeſſe de l'Abbaye de Beſtancour
en Picardie , fut benîte par
les mains de Meffire François
Faure , Eveſque d'Amiens . Ce
Prelat eſtoit reveſtu de ſes Habits
Pontificaux , & affiſté de
tous ſes Officiers . La Ceremonie
ſe fit au bruit de pluſieurs décharges,&
en prefence de quantité
de Nobleſſe de la Province,
de l'un & de l'autre ſexe . La
Meſſe fut chantée par la Mafique.
Cette Abbeffe alla recevoir
la Benediction , précedée
de Dame Elifabeth de Monchi
de Senarpont,Religieuſe de l'Abbayede
Beſtancour,ſaChapelaine
,qui portoit ſaCroffe.Acoſté
d'elle marcherent Dame Cecile
Gabrielle Faure,Niepce deMonfieur
l'Eveſque d'Amiens,Prieure
de cette Abbaye , & Dame Marguerite
GALANT.
49
guerite Foucault Superieure.
Mademoiselle de Monchi , fe-
- conde Fille de Monfieur de Monchi
, Marquis de Senarpont , &
Mademoiselle d'Augenlieu,Penſionnaires
de la meſme Abbaye,
portoient ſa queuë. Une ſimpho-
- nie fort agreable ſe fit entendre
_pendant la marche du Choeur
des Religieuſes juſques àl'Autel.
Monfieur le Marquis de Senarpont
, dont je vient de vous parler
, Monfieur de la Roche Marquis
de Fonteville , Monfieur de
Monchi Baron de Viſmes , Monſieur
de Monchi Seigneur de
Courcelle , & Monfieur de Vauchelle
, portoient les Offrandes.
La Ceremonie finit par un Te
Deum chanté en Muſique , pendant
lequel on alla baifer l'Anneau
de Madame l'Abbeffe . Ily
eut enſuiteunmagnifique repas.
Novembre 1685. C
50
MERCURE
Le 24. du meſme mois , Mona
ſieur le Duc de la Milleraye , qui
eſt dans la Compagnie des Gentilshommes
de la Citadelle de
Besançon ,& qui monte à cheval
dans l'Academie de Monfieurde
Beaumarché,donna un Prix pour
une Courſe de Teſtes , & le gagna.
Ce fut comme un petit Carrouſel
, auſſi toſt executé que
penſé. Il y avoit douze Chevaux
qu'il fit couvrir de rubans de differentes
couleurs,en moins d'une
heure. On commença par une
Galopade de ces douze Chevaux,
avec tous les changemens de
main que l'on peut faire. Enſuite
il ſe fit un Manége figuré de cinq
Chevaux en meſme temps dans
un eſpace d'environ dix toiſes en
quarré. Il y avoit un Cavalier à
chaque coin , & un au milieu .
Les quatre des coins faiſoient des
GALANT.
demy voltes , paſſant les uns fur
SI
les autres , & celuy du milieu
faiſoit des voltes entieres ; mais
tous avec une telle juſteſſe &
tant de meſure qu'on euſt dit que
- c'eſtoit un Ballet danſe à cheval.
Monfieur le Duc de la Meilleraye
- y fit voir beaucoup d'adreſſe.
- Aprés cela on courut les Teſtes .
Il avoit eſté convenu , que chacun
feroit trois Courſes, & dans
- chaque Courſe il y avoit quatre
coups à faire, ce qui faiſoit douze
coups en tout De ces douze,
Monfieur le Duc de la Meilleraye
en fit dix , de ceux que l'on
( appelle coups francs; & àl'égard
des deux qu'il manqua, l'un toucha
la teſte du Maure , l'autre
entra bien avant dans le milieu
du Poteau , à un doigt au deſſous
de la Teſte. On peut dire qu'il
remporta ce jour-là pluſieurs
C 2
52
MERCURE
Prix ; non ſeulement celuy qu'il
avoit donné , mais encore celuy
de la bonne grace & de la vigueur.
Comme il ne couroit que
pour la gloire, il ne voulut point
profiter de ſon avantge . Il ſe fit
une autre Courſe dont il ne fut
point. Le Prix y fut remporté
par un Gentilhomme de la Province
, qu'on appelle le Comte
de Grammont. Monfieur le Duc
de la Meilleraye eſt Fils de Monſieur
le Duc Mazarin , c'eſt vous
dire qu'ileſt un des plus grands
Seigneurs du Royaume , mais il
n'eſt pas moins honneſte homme
que grand Seigneur , & l'on afſeure
à ſa gloire qu'il a encore
plus de merite que de fortune.
Il eſt entré au commencement
du mois de May dernier , dans
la Compagnie des Gentilshommes
, commandée par Monfieur
GALANT.
53
de Montcaut. Il ne fuit aucune
peine , portant le Mouſquet , &
faiſant toutes les fonctions & les
gardes comme le moindre Soldat
de la Garniſon . Il a paſſé par toutes
les Charges ,& a fait ſouvent
celle de Major , avec beaucoup
d'application & de fuccés.
Depuis noſtre commerce de
Lettres je vousay fait partde tou
tes les Découvertes qui ſe font
en France. C'eſt ce qui m'oblige
à vous envoyer ce qui a eſté
écrit depuis peu par un Religieux
de la Charité , à un fort
habile Medecin. Il vaut mieux
< que je parle par ſa bouche , fur
une matiere qui ayant ſestermes
particuliers , doit eſtre expliquée
par ceuxqui en ont une entiere
connoiſſance.
C3
54
MERCURE
A MONSIEUR DONY,
Doyen des Medecins du
College de Grenoble.
T
Rouvez bon , Monsieur , queje
vous faſſe part de mes pensées ,
Surune Fontaine nouvellement découverte
au Monestier de Clermont,
à quatre licuës de Grenoble. Fefpere
que ce que je vous en écriray ,
Sera utile à plusieurs personnes ;
parce qu'en faiſant connoiſtre les
effets de ſes Eaux , les Malades
pourront y avoir recours dans leurs
besoins. Cette Fontaine est placée
au milieu d'une grande Prairiefort
Spacieuse. C'est un Parterre naturel,
au bas duquel est un Boccage rem .
ply de plafieurs chemins couverts ,
où les Beuveurs peuvent prendre le
plaisir de la promenade ſans estre
exposez aux rayons du Soleil , &
GALANT.
1
rendre leurs eaux Sans estre veus de
- personne. Sa ſource fort de deſſous
une groffe Roche , qui depuis longtemps
estoit couverte de beaucoup de
terre. Autour du Baſſin , on voit fortir
quantité de petits boüillons
qui font autant de tentatives que
- font ces prisonniers innocens dans le
Sein de leur mere , afin de se com
- muniquer avec plus d'abondance
pour laſanté des Malades , Cen'est
toutefois que depuis deux années
que cette Fontaine a efté de quelque
usage. On se contentoit de boire les
Eaux d'une fource qui est éloignée
= de cinq cens pas de celle dont je
-vous parle , & beaucoup plus cruë&
plus pesante , plus chargée de fer,
- & moins vitriolée. La derniere qui
a esté découverte , estant beaucoup
plus chargée de vitriol & moins
ferrugineuse que l'ancienne , il s'en
faut beaucoup qu'elle ne foitfi in
grate nysi pesante, parce que l'ef-
C 4 .
36 MERCURE
/
prit de vitriol ayant attenué &
-fubtilizé le corps du mort, le diſſoud
plusparfaitement , ſoit dans la matrice
interieure de ces eaux , foit
dans le chemin qu'ellesfont enſemble
dans le gravier , ſe filtrant l'une
& l'autre , ce qui luy donne une
grande legereté , & une facilité à
fe diftribuer par les urines & par
les felles, estant par confequent fort
propre , comme l'experience me l'a
fait connoistre , pour les affections
nephretique , causées par un phlegme
,fable, ou gravier , que quelques
Benveurs ont fait d'une groffeur proportionnée
aux ureteres , & tresfavorable
aux maladies chroniques
& inveterées du bas ventre , pouf-
Jant par les felles &par les urines,
Suivant les diſpoſitions particulieres
du Malade.
Je dis de plus , qu'elle chaffehors.
les voyes de l'urine les corps mols
GALANT.
57
aux
& non encore petrifiez d'une grof-
Seur confiderable. Elle purge l'humeur
tartareuse & mélancolique
retenue dans la rate & aux parties
voisines , &par là elle convient
aux affections Scorbutiques
Schirres naiſſans , leve les obftructions
des vaiſſeaux du bas ventre
, &en mesme temps délivre les
Maladies de toutes lesfunestesfuites
de ces embarras , &de toutes fortes
defuppreffions. Elle éteint pareille-
_ment l'intemperie du foye & des
reins ; elle tuë les vers comme on l'a
veu en la perſonne de Jacques Aglot
dumeſme lieu,âgé de vingt ans,qui
aprés avoir beu trois jours des Eaux
de cette nouvelle découverte , jetta
parses felles un ver deſept pieds de
long, qui avoit la tefte faite comme
un bec de canne. Monsieur Dobert
Procureur au Parlement de Grenoble
, en jetta un le fecond jour de la
Cs
58
MERCVRE
longueur d'un pied & demy , &plufleurs
autres Beuveurs en ont jettè
de la longueur ordinaire , & entre
autres Monfieur de Bouvets , Confeiller
Garde de Sceau au mesme
Parlement.
Les Animaux y accourent de toutes
parts. Les Vaches , les Moutons
Sentant ces atomes spiriteux , acides
& appetiſſans qui leur frapent l'odorat
,&ensuite le goust , viennent
avec empressement pour boire , &
en boivent une quantité ſurpre.
nante. En un mot ceux qui ont l'u-
Sage des Eaux des Fontaines de la
Marie de Vals , de Saint Meon
d'Auvergne , de celle des Celestins
de Vicky , ne font point de difficulté
de les mettre les unes & les autres
presque en paralelle. On en a fait
évaporer quatre livres de medecine
, & la reſidence non calcinée à
eſté de couleur tannée tendant a
1
1001
1
ا
1
C6
11.!"
"
GALANT. 59
gris blanc , de la pesanteur d'une
- dragme. Après avoir diſſous la refi.
dence dans l'eau commune , enfuite
vitré& évaporéinſqu'àficcité,lefel
Separédefa terre aparu fort blancde
la pesanteur de demie dragme de
goust acide. L'on voit sur l'eau des
ruiſſeau qui s'écoule de la ſource
grande quantité de fel de coule
blanche de goust moins acide , comme
eftant un fel fixe dont la volatilité
eft feparée par l'ardeur du
Soleil. Ie fuis de tout mon coeur vo-
Stre ,&c .
Frere Gilles , Religieux de la Charité
de Grenoble.
Un celebre Mathematicien
Anglois , ayant remarqué que
trois heures ſonnerent au moment
qu'on poſa la couronne
fur la teſte de Jacques I I. Roy
d'Angleterre , a eu la curiofité
C6
60 MERCURE
de fuputer les vrais lieux des Planetes
, & de dreſſer un Theme
celeſte pour cet inſtant. Il l'a
communiqué en Latin à un François
de ſes Amis , qui en a fait la
traduction qui ſuit en noftre Langue.
L'an 1685. le 23. d'Avril ,
Stile Jolien , à trois heures aprés
midy temps égal , ou à 2. heures
56. minutes 48. ſecondes aprés
midy , temps apparent à Londres.
Latitude 51. degrez 32. minutes.
Sept. & longit. 17. degrez 57.
minutes.
Sig. Deg. Mi. Sec.
1. 12 6. 22. Moy. Iong. du Soleil.
3 7.10 43. Apogée.
13. 46. 29. Vray lieu du Soleil.
1. 13. 0. 28. Moy. Long. de la Lune.
2. 0. 22. 4. Apogée.
2. 29. 32. 46. Teſte du Dragon.
14. 42. 12. la Lune en 'Ecliptique.
. 3. 31. 18. Latit. M.A. de la Lune.
7
GALANT. Gr
5.9.55-58 . Moy. Lieu de Saturne.
8.27.43 55 Aphelie .
3.22 . 40. 22. Nooeud Boreal .
m 10.43.41 . Vray lieu de Saturne, Oc.R.
.2 4. 19. Lat. S. A, de Saturne,
Sig . Deg. Mi. Sec.
6. 20.33.53 . Moy. Lieu de Jupiter.
6. 7. 18. 18 Aphelie.
3. 5. 30. 53. Nooeud Boreal .
14. 10. 13. Vray lieu de Jupiter .
1.1. 31. 31. Lat. S. D.delupiter. Oc.Ret.
8. 5. 1. 37. Moy Lieu de Mars .
5.0 33. 18. Aphelie.
1. 17. 40. 24. Noeud Boreal.
13. 41. 8. Vray lieu de Mars, Ori, R.
0. 34. 41. Lat. M. D. de Mars .
0. 8. 22. 19. Moy. Lieu de Venus .
10. 3 4. 1. Aphelie.
2. 14. 6. 47. Nooeud Boreal.
28.47 11. Vray lieu de Vénus,Or.Dir.
1. 21. 22. Lar M. A de Vénus.
2. 24. 16. 11. Moy. Lieu de Mercure.
8. 14. 17. 5. Aphelie.
1. 14 25. 6. Noeud Boreal.
23.58 17.Vray lieu de Mercure,Oc.Dir .
1. 13. 0. Lat. S. A. de Mercure .
m 27.45 . 18. Vray liu de la Fortune.
62 MERCURE
POINTES DES XII . MAISONS .
La I. ou l'Afcend. 26.49, 35. de Virgo .
8. 27. 13. de Scorpio.
25. 52. 17. de Sagitarius,
14. 12. 55. d'Aquarius.
4. 4. 40. de Dilces .
Deg. Min . Sec. Signes.
La II . a 19. 17. 32. de Libera .
La III . a
La IV. a
La V. a
La VI. a
La VII . a
La VIII. a
La IX. a
La X. a
La XI . a 14. 12. 55. de Leo.
La XII . a 4. 4. 40. de Virgo .
26. 69. 35. de Pifces.
19. 17. 32. d'Aries.
8. 27. 28. de Taurus.
25. 52. 17. de Gemini,
J'ay fait graver ce Theme celeſte
, & je vous l'envoye .
Voicy une Lettre meſlée de
Proſe & de Vers , que vous trou-!
verez fort agreable. Elle a paru
telle à des Connoiffeurs tresdelicats.
A CALISTE.
Vous us avez eu raiſon de ne
me point écrire , puiſque
GALANT. 63
vous m'avez crû mort. Je l'eſtois
en effet,& je ſçay trop bienmon
monde pour ne pas mourir aprés
vous l'avoir promis. D'ailleurs ,
il n'y a aucune difference entre
mourir & eftre éloigné de vous .
Cependant je vous aſſure de ma
refurrection , que je croy devoir
aux devotes prieres que vous
avez faites pour mon ame. Ic
vous en ſuis infiniment obligé,
& je vous diray franchement
qu'il n'eſt que de vivre. La vie
eſt bonne à cent choſes , & la
mort n'est bonne à rien. Ainfi
j'ay eſté dans une geſne inſupportable
durant trois ou quatre
jours qu'elle m'a tenu captif. En--
fin une ame ſans corps eſt une
choſe du moins auſſi triſte qu'un
corps ſans ame ; & fans mentir,
la mienne ſe trouva furieuſement
déconcertée , de n'eſtre plus
レ
64
MERCURE
dans mon corps. Ainfi , je vous
declare que je ne veux plus mourir
par complaifance. Me voilà
donc bien & deüement reſuſcité
, pour autantde temps qu'il
plaira au Maiſtre des Deſtinées,
&je ſeray , tant qu'il me ſera
poſſible , voſtre tres - humble
& tres- tendre adorateur. J'allois
finir là cette Lettre , mais j'ay
crû que vous ſeriez bien aiſe
d'apprendre mes avantures de
l'autre Monde. Ma Muſe vous
en va faire un recit fidelle .
Si toft que je vous eus quittée ,
Aprés vous avoir dit adieu ,
Adieu dont la doulcur perça parle
milieu
Moname devous enchantée,
Ie fis venir la mort qui me pris au
collet,
D'une maniere violente
GALANT. 65
3
5
Et fa Bayonnete tranchante
M'eut bien- toft coupé le fifler.
Son abord me sembla ſi laid
Que je me repentis de l'avoir appellée;
Mais quand d'un noir chagrin on a
l'ame troublée ,
Onnesçait guere ce qu'on fait,
Cependant , aimable Califte
Ie la crus , l'unique recours
Que pouvoit esperer un soupirant
tout triste
D'eſtre loin de l'objet de fes cheres
amours ,
Ie mourus donc , & dans la Biere
Tout de mon long on m'étendit ,
Et ma pauvre ame defcendit
En ces lieux que jamais ne perçala
lumiere.
た
Dame, quifut bien étonné,
Caliste,cefut moy ,commes'il
tonné.
eust
66 MERCURE
( L'emprunte de Marot ce burlesque
Distique. ) :
Et làfans nul retardement
Ie receus ,fort melancolique ,
Un affezrude Iugement.
Ce fut d'aller dans une chabre noire
Poury demeurerſeulement
Deux mille ans Sans dormir,Sans
manger, & fans boire .
Iedemanday pourquoy dans ce lieu
ténebreux
M'ordonner de fubir un fort firigoureux
?
Et l'on me répondit , Lisandre,
C'estpour expier le plaisir
Qu'à bruler pour Caliſte a trop pris
ton coeur tendre ,
Quoy quefans criminel defir.
Incontinent la vive flame
De ce lieu remply de douleur ,
Un peu trop fort me lécha l'ame;
GALANT. 67
Mais un Ange confolateur
A peu prés de vostre figure,
Fit quefansplainte &fans murmure
L'enduray ce tourment qui devoit
prendre fin ,
Et l'espoir afſeuré de ma gloire future
Adoucit beaucoup mon chagrin.
Iln'estoit pas petit fans doute.
Souffrir Sans ceffe , & ne voir
goute ,
Et plus que tout cela neplus voir
vos appas!
Ab Ciel , l'insupportable geſne !
Auſſi dans l'excés de ma peine ,
Je dis cent fois , j'eus tort de courir
au trépas,
•Ensuite je diſois ; dans la cruelle
abfence
De Caliste , quelle apparence
De ſe trouver encore au nombre des
Vivans!
68 MERCURE
Oùy , je devois mourir , j'en donnay
ma parole ,
Iamais elle ne fut frivole,
Etj'ay tortsije m'enrepens.
و ر د
Caliſte , vous pouvez donc croire
Ma mort comme une verité.
Cependant par bonheur malgré la
Parque noire ,
Ieme trouve reſuſcité ,
Graces à vous , belle Bergere .
Quifaisant pour mon ame une bonne
Oraifon ,
M'avez delivréde miſere ,
La relogeant dans sa prison.
Certe Lettre eſt de Monfieur
Perit de Roüen,& fait connoiſtre
combien l'enjoüement galant luy
eſt naturel. C'eſt un homme
dont le merite eſt connu , non
ſeulementde toute la Ville , mais
de quantité de perſonnes qui
GALAN Τ. 69
tiennent le premier rang à la
Cour. Comme il a beaucoup d'uſage
du monde par la longue experience
que luy a fait faire un
âge fort avancé ,& que la vivacité
de ſon eſprit le rend capable
de tout , il s'eſt appliqué depuis
quelque temps à étudier les defauts
des hommes , & cette étu-
_ de luy a fait faire des Satyres generales
pleines de moralité , où ſans
qu'il nomme perſonne , chacun
pourra trouver ſon Portrait. Ces
Satyres , dans lesquelles il s'eſt
attaché à un ſtile ſimple , qui fait
mieux ſentir la verité que ne
feroient tousles ornemens de la
Poësie , ſe debitent chez la Veuve
Blageart , Court-Neuve du
Palais au Dauphin. La lecture
n'en peut eſtre que tres- profitable
, puis qu'elle détrompe
des erreurs , où l'emportement
7.0 MERCURE
des Paffions plonge ſouvent les
plus éclairez .
On a fait une grande Ceremonie
chez les Peres Minimes
de Peronne , pour la Tranſlation
des Oſſemens du Corps de S.
Juſte Martyr , qui ont eſté nouvellement
envoyez de Rome.
La Proceſſion alla prendre la
Chaſſe qui avoit eſté portée à
un Repoſoir dreſſeau bout de la
Ville. Les ruës eſtoient tenduës
de Tapiſſeries & pendant
la marche l'on fit des pauſes
de diſtance en diſtance où
la Muſique chanta des Motets.
Meffieurs de Ville de l'ancienne
& nouvelle Loy ſe trouverent
tous à cette Proceſſion,
où tous les Drapeaux des Corps .
de Meſtiers ; au nombre de trente-
deux furent portez quatre à
quatre, chacun par le Capitaine-
,
GALANT.
71
Enſeigne de leur Corps , l'Epée
au coſté, & la pomme de laLance
fur l'eſtomach . On entra dans
l'Egliſe Royale & Collegiale de
S. Furcy , où la Chaſſe repoſa
pendant le Panegyrique du Saint ,
qui fut prononcé par Monfieur
Desfreſnes , Chantre& Chanoine
de la même Eglife. Enfuite
elle fut portée chez les Peres
Minimes , où elle demeura
toute l'Octave expoſée à la Devotion
du Peuple. L'Egliſe étoit
fort parée , & il y avoit quantité
d'Inſcriptions dans de grands
Cartouches.
Le concours a auſſi eſté extraordinaire
pour une pareille Ceremonie
que l'on a faite à Niort , à
l'occaſion du Corps preſque entier
de S. Victor , dont le Pere
Ifidore de Niort , Ex- Provincial
& Viſiteur des Capucins de
4
72 MERCURE
la Province de Touraine , à fait
Preſent à la Ville , pour y laiſſfer
un monument éternel de ſa pieté
& de fon amour pour ſa Patrie.
Cette Sainte Relique qu'il a obtenuë
du Pape, fut tirée en 1675 .
du Cimetiere Ciriaque. Le vray
Nom de cet Illuſtre Martyr que
l'on pretend eſtre du premier fiecle
, eſt Aphrodize ; c'eſt ce qui
eſtoit marqué ſur ſon Tombeau,
trouvé aupres de celuy des Apoſtres
S. Pierre & S.Paul. Le Pape
Innocent XI.luy adonné celuyde
Victor, à cauſe que les Romains,
ſuivant leurs Privileges, ne permettent
point que l'on tranſporte
un Corps Saint hors de la Vil
le , ſi on ne luy donne un ſecond
Nom. On trouva dans ce Tombeau
une Phiole de verre , pleine
du Sang de ce S. Martyr , qui
conſervoit encore fa couleur
rouge
GALANT. 37
rouge , bien que congelé , ce qui
eſt la vraye marque du Martyre .
Je n'entreray point dans l'entier
- détail des Ceremonies qui ont
-eſté faites à Niort , à l'occaſion
- de cette Sainte Relique . La Proceffion
fut tres- folemnelle le jour
que l'on en fit la Tranſlation . 11
s'y trouva plus de douze mille
perſonnes ; & comme l'Egliſe des
Capucins où elle devoit ſe rendre
n'auroit pû les contenir , & que
les Halles de Niort font tres .
grandes & tres- belles , on y avoit
dreſſé un Autel fort éleve avec
des grandins , & orné de Tapifleries.
Une cloſture que l'on avoit
auſſi faite , compoſoit un Choeur,
au milieu duquel eſtoit une Fſtrade
fur laquelle la Relique fut
poſée. Monfieur de la Terraudiere
, Maire de la Ville , avoit
pris le ſoin de toutes ces choſes .
Novembre 1685 . D
74
MERCURE
Monfieur le Curé de Noftre-
Dame chanta ſolemnellement la
grand' Meſſe ſur cet Autel ,& le
Pere Ifidore fit le Panegyrique du
Saint . La Proceſſion s'eſtant renduë
en l'Egliſe des Capucins , qui
eſt au Fauxbourg du Port , on
chanta le Te Deum , au carrillon
de toutes les Cloches de la Ville,
& le ſoir il y eut des Illuminatious
& des Feux d'artifice dans
le Convent. Le jour de l'Octave
on fit une ſeconde Proceſſion,
où l'on porta encore la Relique.
La meſme affluence de monde s'y
trouva , & le Pere Meſnard de
l'Oratoire prononça le Panegyrique
dans le grand Carrefour du
Port , où l'on avoit placé une
Chaire.
La triſte Nouvelle que je vous
ay fait attendre ſans rien expliquer
,en finiſſant ma derniere
GALANT.
75
Lettre, eſtoit la mort de Monfieur
le Chancelier. Il ne vous a pas
eſté difficile de le connoiſtre , puis
que la douleur qu'ellea répanduë
dans toute la France , convient
aux termes que j'ay employez
pour vous l'anoncer. Quoy que
vous ſoyez inſtruite de toutes les
grandes qualitez que poſſedoit
ce Sage Miniſtre , la Peinture
que Monfieur Magnin en a faite
dans l'Ode que je vous envoye,
ne vous fera pas defagreable . Elle
luy fut preſentée de ſon vivant,
mais ſa modeſtie l'emportanttoûjours
ſur les témoignages qu'on
doit à la verité , il ne voulut
point la laiſſer paroiſtre , & il a
fallu perdre ce Grand Homme,
pour avoir la liberté de publier
cetOuvrage.
؟
D2
76
MERCURE
ODE
Pretendez vous toujours avec les
cris guerre
Mesler de vostre les voix timides
accords ;
Etes- vousfille du tonnerre
Pour foutenir des tons ſi hardis &fi
forts?
Non ,non , je vous connois , ma Muse;
un air paisible
De vos plus chers accens est le penchantſenſible
,
Laissez à nos Guerriers ſuivre nos
Ennemis.
Avecque les Tambours qu'un autre
s'abandonne ,
Vous en avez déja fait aſſez pour
Bellonne ,
Songez , Songez , quels droits vous
devez à Themis .
GALAN T. 77
Si du plus grand des Rois la gloire
triomphanté ,
De vos regards charmez l'unique
enchantemens ,
Sans ceſſe à vos yeux sepreſente ,
Vous la verrez icy briller également .
Sur toutes les vertus , il cherit la ju-
Stice ,
Elle est deſes deſſeins la fainte directrice
;
Et quand vous chanterez leſage LE
TELLIER ,
Quand voſtre voix fuivrale beau
feu qui l'anime ,
Elle fera l'Echo de la Royale estime
De LOVIS, qui daigna lefaire Chancelier.
Placédans ce haut rangparceMonar
que Auguste ,
Dieupar lavoix du Peuplé avoitprédit
fon choix ;
D3
78 MERCURE
Et qui ne le croiroit pas juste ,
Sçait peu du vray merite & le Prix
& le poids.
Tant & tant de vertus ſi ſouvent
admirées
Par mille emplois divers fi longtemps
épurées ,
Cette judicieuse &fage égalité
Dans l'agitation des temps lesplus
contraires,
Ont dûfaire avoüer meſme àſes adverfaires
,
Qu'iljou' t d'un honneur qu'il abien
merité.
O vous, de la faveur chancelante&
fragile
Esclaves enchantez , courtisans
malheureux ,
Par un chemin court &facile
Voulez - vous arriver au fuccés de
vos veux ?
Concevez une foisqu'un merite ſolide.
GALANT. 79
Doit de tout vos deſſeins eſtre l'ame
& la guide ;
Mais pour en voir de prés un exemple
aujourdh'uy ,
Du Heros queje chante examinez la
vie ,
Songezen la voyant de tant d'honneur
remplie ,
Qu'onn'y peut arriverqu'en vivant
comme luy.
Parcourez de ſes ans la noble &
longuefuite.
Les revolutions de tant d'évenemens
Ne verrez-vous pas ſa conduite
Egalement reglée &Sage en tous les
temps ,
Le menerdroit au portà travers les
tempestes
Qui menaçoient &même écraſoient
tant de teftes ?
Toûjours heureux & calme en ces
jours orageux ,
D 4
80 MERCURE
On a veu LE TELLIER en Politique
habile
Sçavoirſe ménager, sçavoirſe ren.
dre utile ,
Etprendre le party le plus avanta.
geux.
Vous sçavez,vous sçavez,grands &
fameux Ministres ,
Illuftres Cardinaux, Richelieu , Ma-
Zarin ,
Combien de prefages finiſtres
Il a fçeu conjurer d'un air doux &
Serain.
De mille embarquemens , il a veu le
naufrage ,
Seur , tranquille , toûjours à l'abry
de l'orage ;
Mais pouvoit- il manquer en ce penible
effort?
Danssa fidelité constante & Sans
égale
Ila toûjoursſuivy l'autorité Royale,
GAL ANT. 81
Ainfi que le Cadran fuit l'Etoile du
Nord.
N'avons nous pas encor des témoins
plus illustres
De ce zele éclatant éprouvétant de
Fois ?
Zelependant combien de lustres
Confideré, chery,reverédes François ?
Et de LOVIS le lufte , & d'ANNE
la Regente ,
Ne merita- t-il pas une estime écla
tante ?
Egal dans tous les temps,&de guer.
re &de paix ,
Il vit fans s'alarmer mille affreuſes
alarmės ,
Ilfut fans se troubler dans le trouble
des Armes ,
Et tout fut ébranlé,fans qu'illefust
jamais .
Quand les vents en fureur d'une
mer agitée ,
DS
S2 MERCURE
Souffiant de toutes parts, ont foulevé
Les flots ,
Et que la tempeste irritée
Semble braver l'audace , & l'art des
Matelots ,
Un Sage Nautonnier obfervant Sa
Bouffote
S'applique, ſe ménage&fuit fi bien
Son Pole ,
Que tandis que la vague engloutit
cent Vaisseaux ,
Tranquillefur fon bord &plaignant
leur disgrace ,
Ilattend le retour d'une heureuſe bonace
,
Et se met à couvert de la fierté des
eaux.
שפנ
De mefme de ce temps & difficile&
Sombre ,
Temps plein de tous coſtez , de trou
bies , d'embarras ,
De pieges &d'écueilsſans nombre.
GALANT.
83
LE TELLIERfagement nese tira
t- ilpas ?
Il plaignit , en prenant deplus juftes
mesures ,
De ceux qui s'égaroient les tristes
avantures ,
Il les invita mesme àprévoir ledan
ger;
Ilfçeut au bon Party fidellement se
rendre ,
Etparquelques appas qu'on voulut
le Surprendre .
A nul autre jamais on ne put l'enga
ger.
Dufecret desHeros confidentes dif
crettes ,
Dottes Soeurs , qui vivez en faveur
auprès deux ,
Venez, fçavantes Interpretes,
Venez, conduisez -moydans ce fonds
lumineux.
De ces ménagemens d'interest& de
gloire
D 6
84 MERCURE
Montrez-moy les refforts , écrivezmoy
l'Histoire ,
Ie prétendrois en vainicy les démes.
ler ,
Ie ne vois qu'un amas de vertus excellentes
,
De mouvemens reglez , d'habitudes
constantes ;
Le détail , c'est à vous de me le reveler.
Queles foibles Humains afpirant à
lagloire ,
Fixent tant qu'ils voudront leurs
deffeins icy bas
Et pour embellir leur hiſtoire ,
Et pour fauver leur nom de la nuit
du trépas ;
De mille contretems laſurpriſe im .
prévenë
Forçant de leur raiſon lafoible retenuë,
Dansles plus beaux endroits les veut
faire échoüer.
GALANT. 85
Ainfi de mon Heros danssa longue
carriere ,
L'égalité toûjours&fage®uliere
Eftfans doute un effort qu'on ne peut
trop loüer.
Dans cette fermeté conftante , inébranlable
,
Maintenirſa faveur , & vieillir à
la Cour ;
Où voit- on d'exemple semblable ?
Le destin n'est- ilpas d'y tomber tour
à tour?
Des projets lesplus beaux la Fortune
Se iovë,
Tout fuit le mouvement deſavolage
rouë ,
Ettel le vent en poupe est tout fierde
monter ,
S'applaudit vainement , mais plus
heureux qu habile १
Il ne s'apperçoit pas dans ce poste
fragile 2
86 MERCVRE
Que celuy qui lefuitvaleprecipiter
De ces enteſtemens dont la vapeur
fatale
Au comble des honneurs ne peut se
démentir ,
Parsa prudence fans égale
Le Heros que ie chante àſçeusegarantir,
Une application à ſes devoirs fidelle
Par tout égalemět asignaléSon Zele;
Mille endroits de l'Histoire ontfçeu
le remarquer ,
Ont tracé de ſes ſoins les heureux
avantages ,
Toûjours reglé, toûjours à la teſte des
Sages ;
Avec d'autres iamais leſpeut on embarquer
?
Dansfes deſſeins fon ame & contente
&tranquille
Ne fut jamais en butte anul trouble
indifcret
GALANT.
87
Un abord égal & facile
Eft lesigne constant de ce reposfecret.
Elevé dans un rang, dont la hauteur
étonne ,
Des grandes Dignitez dont l'éclat
l'environne ,
Vn air doux & ferain tempere la
fierté
Le respect voit de prés l'amour qui
leseconde ,
Etiamais, non iamais on ne vit dans
Lemonde
Les graces mieux d'accord avec la
Maiesté.
Mouvemens orgueilleux des Puif-
Sanceshumaines ,
Triste écueil des heureux ,fatalen
chantement ,
Foible tranſport des ames vaines ,
Qui t'a iamais icy veu regner un
moment?
LE TELLIER a des biens , des bonneurs
én partage;
88 MERCVRE
Mais en fit-on iamais un plus modeſte
usage?
Conduit par une ſage & Suprême
raison ,
De ses prosperitezil fut toûjours le
Maistre,
Et l'on ne dira point qu'elles ayent
fait paroistre ,
Ny folles vanitez , ny luxe en sa
maison.
Qu'on ne s'y trompe point; les vertus
damestiques
Sont de l'Homme public le premier
element ,
Et les actions heroïques
Sur ce principe heureux roulent uniquement.
Ces travaux éclatans qui brillent
dans l'Histoire ,
Ces Monumens pompeux & d'honneur
& de gloire ,
Bienfouvent du merite ont le dehors
trompeur.
GALANT. 89
Laſeule ambition agit &les enfate,
Et fous quelque couleur qu'elle les
represente ,
Nous prouve- t- elle affez la droiture
du coeur?
Mais icy des vertus laſource est vi
ve &pure ,
Tout estfincere , heureux , constant ,
de bonne foy ;
Deux Regles en font la meſure ,
Plaire fur tout à Dieu,plaire enfuite
àfon Roy.
LE TELLIER s'eſt acquis par une
longue étude
De ces deux grands devoirs la fi
delle habitude ,
Reglé dans ſes defirs , iuſte dans ſes
deſſeins ,
Guidé par la raison , fondé ſur des
maximes
Toûjours égalementſeures & legiti
mes;
-
१० MERCURE .
A- t-il iamais manqué d'arriver à
Sesfins?
Semblable, mon Heros , à ce Palmier
auguste
Par l'Oracle divin celebré tant de
fois ,
Floriſſant fous Lovis le lufte ,
Etfous LOVISle Grand le plus parfait
des Rois.
Du faiste des honneurs ce Ministre
fidelle
Bien loin dans l'avenir voitſa gloire
immortelle
De l'un à l'autre bout remplir tout
l'Univers ,
Et nos Neveux charmez par mille
beaux exemples ,
En consacrer l'Histoire , en graver
dans les Temples ,
Iusqu'à la fin des temps les monu
mens divers.
GALANT. 91
10
,
Mesme de ſes Enfans ( grande &
rave merveille
Qui faitfaire icy-bas tant de voeux
Superflus ) 7
Par une faveur ſans pareille
Dans un merite égal ils verront les
i
vertus .
Elevez àdes foins d'une haute importance
,
Nesignalent- ils pas la gloire de la
France ?
Louvors du Grand LODIS .....
mais où vont mes transports ?
Ce nom ſeul me découvre une vašte
Carriere ,
Et ma Muſe déja n'a que trop de
matiere ,
Sans l'engager encore à de nouveaux
efforts .
Peut- eſtre un jour , peut - eſtre ayant
repris haleine ,
:
92 MERCURE
د
Temeraire qu'elle est,elle pouroit ofer
Abandonner icy ſa veine
Qui commence à tarir&veutse reposer.
Aux celebres Acteurs je remets la
Trompette ,
Mais ce filet de voix forty de ma
retraite ,
Doit àmefoutenir aumoins les inciter.
Le deſſein est heureux , la matiere
infinie ;
<
Certes, unefi longue, unesi belle vie.
Aux Maistres des beaux Arts four.
nit bienà chanter.
Illustre Chancelier,toy par qui la Iuftice
Voit regner de ſes Loix la fincere
vigueur ,
Honore d'un regard propice
Ce grain d'encens brûle dans l'ar.
deurde mon coeur.
GALAN T.
93
Si la fincerité decide du merite
Des voeux dont envers toy le Parnaffe
s'acquitte ,
De tajuste équité j'oferay préſumer,
Tout foible que jefuis , qu'encor que
mon offrande
Nefoit ny du bel air , ny fublime ,
ny grande ,
Ta bonté pourroit bien te la faire
estimer.
Acheve de replir tes belles destinées
A l'honneur de la France & de ce
Siecle heureux ,
De mille Palmes couronnées ,
Puiſſen telles s'étendre außi lo n que
mes voeux ;
Que tandis que LOVIS , les delices
du monde,
I fera revererſa Sageſſe profonde ,
Redonnant auxHumains unnouveau
Siecle d'or ,
Dufage LE TELLIER laprudence
fidelle
94
MERCURE
Signale ſous ſes loix ſon ardeur &
fon zele ,
Et qu' Achille jamais n'abandonne
Neftor.
Vous voyez par cette Ode les
choſes generales qui font venuës
à la connoiffance de Monfieur
Magnin , & qui n'ont eſté ignorées
preſque de perſonne. Il y
en a tantd'autres à dire dans une
vie auſſi longue & auffi illuftre
qu'a eſté cellede ce Grand Miniſtre
; que ma Lettre entiere ne
ſuffiroit pas , ſi je voulois entrer
en quelque détail des actions remarquables
qui luy ont fait meriter
l'admiration qu'il s'eſt attirée.
Ainſi je vay ſeulement vous
rapporter la fuitede ſes Emplois,
dans chacun deſquels il a rendu
de grands & continuels ſervices
à Sa Majesté & à l'Etat. Il fur
\
GALANT.
95
Conſeiller au Grand Confeil
en 1623. c'eſt àdire que dés qu'il
cut l'âge porté par les Ordonnances
pour pouvoir adminiſtrer la
luſtice , il fut pourveu de cette
5 Charge. Comme il eſtoit encore
jeune , il demeura huit ans au
Conſeil . Sa prudence , ſa moderation
& fon affiduité dans un âge
ſi peu avancé , firent juger déslors
de ce qu'il ſeroit un jour. On
vit bien toſt des effets de cette
grande capacité , puis qu'il fut
enfuite Procureur du Roy au
Chaſtelet. Tout le monde ſçait
que c'eſt une Charge qui demande
un homme intelligent ; vif, &
de probité. Il eut pluſieurs Commiſſions
importantes ; & la maniere
dont il s'en acquitta , ayant
fait connoître ſon merite , il fut
quelque temps aprés Maître des
Requeſtes ,& le zele qu'il con
96 MERCURE
tinua de faire éclater dans cette
Charge , le fit nommer Intendant
de Juſtice dans l'Armée d'Italie,
puis Ambaſſadeur auprés de
Leurs Alteſſes Royales de Savoye.
Comme les ſervices qu'il
rendit en Italie ſont connus , &
que les Hiſtoires en ſont pleines,
je ne vous en diray rien .
A fon retour , le feu Roy qui
connoiſſoit l'entiere application
qu'il avoit euë à s'aquitter dignementdetous
ces Emplois , & qui .
vouloit luy donner d'éclatantes
marques de la pleine ſatisfaction
qu'il en avoit , l'honora de la
Charge de Secretaire d'Etat , vacante
par la démiſſion de Monſieur
des Noyers . Il eut le Département
de la Guerre , & fervit :
dans cette Charge d'une maniere
fi utile à l'Etat , & fi agreable
aux Generaux & aux Officiers,
qu'on
GALAN T.
97
qu'on luy remit bien- toſt tout le
ſoin des Affaires de la Guerre . Il
entra enſuitedans le Conſeil , en
qualité de Miniſtre . Sa prudence
& fon zele ont toûjours éclaté ,
pour toutce qui a regardé l'auguſte
Monarque , ſous l'heureux
Regneduquel nous avonsle bonheurdevivre.
Ila ſervy ce Prince
pendant les temps les plus difficilesjavec
une fidelité à l'épreuve
de toutes chofes , & la maniere
dont il a veſcu avec ceux qui
s'écartoient de ce qu'ils devoient
à leur Souverain , leur a toûjours
fait apprehender ſes remontran
ces. Lors qu'ils ont voulu rentrer
dans leur devoir , ils ont tâché
pluſieurs fois d'obtenir leur pardon
par fon moyen , ne connoifſant
perſonne à qui l'on puſt confier
ſon honneur & ſa vie avec
plus de ſeureté. Je ne dois pas
Novembre 1685.
E
98
MERCURE
oublier icy , que pendant les defordres
de Guyenne , le Roy qui
le laiſſa auprés de feu Monfieur
le Duc d'Orleans , luy donna
pouvoir de ſigner en ſon abfence
tout ce qui ſeroit reſolu pour
ſon ſervice , & qu'il eut le même.
pouvoir pour le ſecours d'Arras ,
pendant que les Ennemis étoient
devant cette Place , le Roy étant
alors attaché au Siege de Stenay .
Comme il eſtoit d'une tres- grande
importance à l'Etat de conferver
Arras , it falloity faire entrer
du Secours ; & la Commiſſion de
ce ſage & vigilant Miniſtre fut
ample pour tout ce qu'il jugeroit
neceſſaire au bien de la France
. Il pourveutavectant de pon-
Aualité & de prudence aux preſſans
beſoins des Affiegez & des
Generaux de l'Armée , que la
Place fut ſecouruë , & les En
GALANT.
99
nemis défaits. Ses manieres honneſtes
& obligeantes luy avoient
acquis dés ce temps-là une eſtime
ſi generale , que pour eſtre convaincu
, il ne falloit qu'entendre
tous les Officiers dont il avoit fi
ſouvent les intereſts entre les
mains. Il n'y en avoit aucun qui
ne ſe loüaſt de ſa bonté , & co
n'eſtoit pas une petite preuve de
l'humeur bienfaiſante avec la
quelle il eſtoit né , que d'avoir
pû contenter tout le monde dans
un employ auſſi difficile que le
Département de la Guerre. Ses
grandes qualitez luy avoient fait
meriter l'entiere confidencede la
Reine Mere , dont il a receu de
glorieuſes marques par fon Teſtament
, & par les dernieres
Actions de ſa vie. Cette Princefſe
avoit de grandes lumieres , &
le difcernement juſte ſur le vray
E 2
100 MERCURE
merite . Si les ſecrets du Cabinet
n'eſtoient pas des miſteres , qui
ne peuvent eſtre dévoilez , & fur
tout en France depuis le Regne
du Roy , que nous verrions de
ſages conſeils donnez par le
grand Miniſtre dont je vous parle
! Que de zele pour la gloire de
l'Etat & du Roy , & que de bontez
pour ſes Sujets : Les évenemens
nous ont donné ſujets d'en
juger. Nous avons veu les caufes
qui les ont produits , mais le reſte
eſt impenetrable , & ce ſont des
fecrets qu'on ne peut percer. Si
les Miniſtres Etrangers qui l'ont
veu dans les Negotiations ,& ont
connu la penetration de ſon
eſprit, ſa bonté & la justice, vouloient
parler la ſeule expoſition
de la verité feroit ſon Eloge. Si
les grands Sujets du Roy qu'il a
xamenez à leur devoir , fi les Par
GALANT. JOI
ticuliers qu'il a ſervis ſi les Malheureux
qu'il a ſecourus , publioient
tout ce qu'il a fait en leur
faveur , on n'entendroit par tout
que les loüanges de ce zelé &
judicieux Miniſtre. Le Roy , qui
connoiſt mieux que perſonne le
merite des grands Hommes de
fon Royaume , & qui n'ignoroit
rien de tout ce que je viens de
vous dire , nomma Monfieur le
Tellier Chancelier & Garde des
Seaux de France , for la fin de
l'année 1677. Ce choix fut generalement
applaudy , & ne fut pas
moins à la gloire de Sa Majesté,
qu'à l'avantage de ce Miniſtre.
Quelque temps aprés , Monfieur
le Procureur General preſenta
ſes Lettres de Chancelier au
Parlement , afin qu'elles fuſſent
enregiſtrées . Elles y furent leuës
tout haut , & receuës avec un
E 3
102 MERCURE
applaudiſſement qui ne ſe peut
concevoir. Elles contenoient les
grands & importans ſervices que
ce Miniſtre a rendus à l'Etat , en
Italie pendant le Regne du feu
Roy , en Francependant la Re--
gence ,&enſuite ſous LOUIS
le Grand. Parmy tous les Eloges
dont ces Lettres étoient remplies,
il y estoit expreſſément marqué ,
Que parsesfoins&parsaprudence,
il avoit beaucoupfervyàpacifier les
Troubles de l'Etat. Monfieur le
Procureur General fit un Eloge
fort court de ce Miniſtre ; mais
ilditbeaucoup en peu de paroles,
& fit voir entr'autres chofes ,
Que Monsieur le Tellier estoit heuveux,
d'estre néavec toutes les qualitezqui
le rendoient recommandable
; heureux d'avoir trouvé tant
d'occaſions de s'employer pour l'Etat,
heureuxdeſe voir Chef d'une FaGALANT.
103
mille qui ſecondoit si bien fon Zele
dans les ſervices qu'il rendoit inceffamment
àfon Prince ; heureux
d'avoir esté choisy pour remplir la
Charge de Chancelier de France,&م
de l'avoir eſté par un Roy , dont le
juste discernement est la marque la
plus incontestable du vray merite,
& heureux enfin pardeſſus toutes
chofes , de s'estre montré digne des
avantages qu'il poffedoit. Il fut
complimenté de tous les Corps ,
& Monfieur l'Abbé Fléchier qui
porta la parole pour l'Academie
Françoiſe ſe fit admiter. Je ne
vous rapporteray point icy fon
Difcours ; mais ſeulement un
endroit qui luy attira beaucoup
d'aplaudiſſemens . Ilditde la ma
niere du monde la plus délicate,
QuesiM. leTellier avoit confervé
une pénetration d'esprit , qui ſom-
E 4
104
MERCURE
bloit ne devoir plus estre defon âge,
Monfieur de Louvois dés fon entrée
aux Affaires , avoit prévenu par
des connoiſſances avantageufes , ce
qu'iln'y avoit qu'une longue experience
qui luy dustfaire acquerir.
Monfieur le Tellier eut à
peine commencé les fonctions de
la Charge de Chancellier , qu'il
parut auſſi inſtruits des Affaires
dela Chancellerie , & de tout ce
qui les regarde , que s'il euſt exercé
toute la vie cette Chargede
Chef de la Iuſtice. Il s'attacha
fur tout à ſe garentir des ſurprifes
, parce que ſans de grandes
précautions , & fans une application
tres-exacte, on eſt ſouvent .
exposé à ſceller beaucoup de
choſes , qu'une ſevere Juſtice , la
Religion & les bonnes moeurs,
obligent à rejetter. Quoy qu'il
fuſt déja d'un âge fort avancé,
GALANT.
ſes années ne luy ont point ſervy
de pretexie pour ſe donner moins
entier à toutes les fonctions de
ſa Charge. Son eſprit a eſté toûjours
égal , & quoy qu'il enviſageaſt
ſa mort comme prochaine,
& qu'il fuſt toûjours preparé à la
recevoir , il marquoit affez par
une heureuſe tranquillité qu'il
ne l'apprehendoit pas: On ne
doit point en eſtre ſurpris , puis
qu'il avoit toûjours vécu avec
beaucoup de moderation
qu'il avoit fait connoiſtre par
toutes les actions , qu'il n'eſtoit
attaché à la vie qu'autant qu'elle
luy avoit fourny les occafions
de ſervir l'Etat & fon Souverain.
و
&
Preſque dans le meſme temps
qu'il fut attaqué de la maladie
dont il eſt mort, il ſella ce fameux
Edit , dont la poſterité n'enten-
Es
106 MERCURE
dra parler qu'avecéronnemens ,
& qui ouvre le chemin du Ciel
à tant d'Ames , à qui l'Hereſie
l'avoit fermé. C'eſt ce qu'il a fait
dire , à tout le monde , qu'aprés
avoir ſcellé cét Edit , Monfieur
le Chancellier pouvoit s'écrier
avecraiſon, comme fit S. Simeon,
lors qu'il eut veu le Fils de Dieu
entre ſesbras: Nunc dimittis fervum
tuum Domine. Si S. Simeon
n'avoit plus rien à defirer , M
le Chancelier n'avoit plus rien à
faire ; c'eſt à dire qu'apres s'eſtre
fervy du Sceau que le Roy luy
avoit confié pour ſceller le falut
de tant de milliers d'hommes , it
nedevoit plus rien fceller, parce
qu'il ne pouvoit plus imprimer
le ſacré dépoſt que Sa Majeſté
loy avoit remis entre les mains,
fur aucune choſe qui puſt eſtre ſi
utile au monde Chrêtien . Il ſemr
GALANT.
107
:
ble que Dieu ait voulu luy donner
cette fatisfaction avant que
de l'appeller à luy , afin qu'il puſt
voir les approches de la mort
avec joye, au lieu de les regarder
avecchagrin . S'il n'avoit eu l'ame
grande & élevée , s'il n'avoit eſté
preparé à tout comme le Sage ,
il auroit fenty toutes les craintes
&tous les fremiſſemens que donne
ordinairement ce dernier paf
ſage , à ceux qui font aſſeurez
qu'ils n'ont plus que quelques
momens à vivre , puis qu'il a veu
approcher la mort , n'étant point
dans ſon lit , ayant le jugement
auffi libre que s'il euſt joüy d'une
parfaite ſanté , & ne ſe ſentant
preſque point de mal. Ce fut ce
qui l'obligea à demander à Monfieur
Fagon , Premier.Medecin
de la feuë Reyne à qui il ſe confroit
, S'il estoit poſſible que l'Ame
E6
108 MERCURE
,
Seseparast du Corpsfans qu'onfentist
plus de mal qu'il n'en fouffroit .
Cét habile Medecin luy ayant
fait connoiſtre par un raiſonnement
qui luy ſembla juſte , que
cela ſe pouvoit faire , il n'en parut
ny plus agité ny moins tranquile.
Cependant l'eſtat où il ſe trouvoit
eſt un eſtat bien plus
violent que lors qu'on est accablé
d'une forte maladie. Quoy
qu'elle foit telle qu'elle faffe
eroire aux Medecins qu'on n'en
doit pas échaper , on n'eſt point
fi abſolument condamné que ce
Miniſtre l'étoir. Ainfitantqu'on
ne l'eſt point entierement , l'efpoir
qui reſte & qui eſt ſi naturel
à tous les hommes , fait voir
de l'incertitude dans la mort , &
en combat les frayeurs. D'ailleurs
l'abatement où l'on eſt dans
une maladie qui accable , empêGALANT
109
che qu'on n'enviſage tout ce que
l'on en doit craindre ; mais Monfieur
le Chancelier étant dans
l'eſtat que je viens de vous mar .
quer , voyoit approcher la mort
avec toutes les horreurs qui l'accompagnent
, & c'eſt par la fermeté
qu'il a fait paroiſtre dans ce
terrible moment qu'il a rendu ſa
mort auſſi remarquable que ſa
vie . Quoy qu'il fuſt fort aſſuré
que la fin eſtoit proche , il n'a
pas laiſſe de travailler en de certains
temps pour le bien de l'E .
tat , & pour des Affaires auſquelles
il eſt permis à un Chreftien
de penſer , lors qu'il ſçait qu'il va
rendre compte de toutes ſes actions
. Scachant unjourqueMadame
la Chanceliere étoit à l'Eglife
, il dit , qu'elle estoit fans doute
allédemander à Dieu le retour defa
Santé,mais qu'elle feroit mieux tde
110 MERCVRE
>
prier pour fon falut. Il y penſoit
fans ceſſe & diſoit , qu'il avoit
peur d'estre surpris , & de n'avoir
pas tout lejugement neceſſaire quand
ce dernier instant arriveroit . Il die
à un de ſes Amis qui eſt d'un âge
fort avancé & qui le vint voir en
cét eſtat , qu'ilse preparoit autant
qu'il pouvoit au paſſage qu'il alloit
faire ; que peut-estre ceseroit bientoſt
ſon tour , & qu'il devoit faire
encore mieux que luy. Quelques
momens avant qu'il mouruſt ,
comme on le croyoit pafie , &
qu'il entendoit que chacun diſoit
qu'il eſtoit mort , il prononcz
d'un air fort tranquille , quelques
paroles d'un Pleaume , qui
faifoient connoiſtre qu'il comprenoit
ce que l'on penſoit de luy.
Vne ſi juſte application eſt une
marque de l'habitude qu'il s'étoie
faite d'une lecture ſi ſainte. Ainfi
GALANT.
il eſt mort avec la meſme tranquillité
qu'il a vécu , & l'on a toujours
admiré en luy une moderation
fans exemple, que la fortune
& les grands honneurs ont eſté
incapables de corrompre. Auſſi
a-t'il jouy en mourant du ſeul
avantage qu'un homme auſſi moderé
que luy pouvoit defirer , qui
eſt de ſe voir heureux dans ſa poſterité
, & de ſçavoir avant ſon
trépas le chagrin que l'on auroit
de ſa mort , puiſque pendant ſes
maladies precedentes comme
dans cette derniere ,le Peuple eſt
venu pluſieurs fois en foule à ſa
porte demander des nouvelles de
fon mal , & marquer par fes gemiſſemens
& ſes larmes,la crainte
qu'on avoit qu'il ne mouruſt.
C'eſt un effet de ſa douceur , &
de la patience avec laquelle ce
Miniſtre écoutoit tous les parti112
MERCURE
culiers , & de l'attachement qu'il
avoit à leur rendre Juſtice , & à
examiner à fond les affaires qui
les regardoient . Ses grandes charitez
ne contribuoient pas peu
auſſi à la douleur de tant d'ames
affligées ; mais il ſeroit bien difficile
de les bien metire icy dans
leur jour , puis qu'il pratiquoit ce
que l'Ecriture enfeigne , & que
ſa main gauche ne ſçavoitpas ce
que ſa droite faiſoit . En effet la
plus part de ceux qui recevoient
ſes dons , ignoroient à qui ils en
eſtoient obligez ; mais comme il
eſt difficile que les actions de cette
nature foient entierement cachées
, parce qu'on ne peut foulager
tant de malheureux , fans ſe
ſervir de quelqu'un à qui l'on eſt
obligé de ſe confier ; il en échape
toûjours quelque choſe , qui
fait que les Intereſſez penetrent
GALANT. 113
ce qu'on veut oſter à leur connoiffance
. Comme la vanité n'a
jamais rien pû ſur l'esprit de ce
modeſte Miniſtre , & qu'il fuyoit
l'éclat dans les choses meſme où
il pouvoit en faire paroiſtre ; il
avoit quantité de grandes qualitez
& de vertus cachées , qu'il a
toûjours taché de dérober aux
yeux du public. Je laiſſe à ceux
qui ſe font chargez de ſon Eloge
Funebre , non ſeulement à les découvrir
, mais à leur donner toute
l'étenduë que demandent de ſi
glorieuſes veritez. Elles doivent
eſtre connues de tout le monde ,
afin qu'elles fervent d'exemple à
ceux qui font en eſtat de pratiquer
les mesmes vertus , & qui
étant entraînez par des panchans
contraires , ont de la peine à rerefifter.
Monfieur le Chancelier
eſt mort le 30. du mois d'Octo114
MERCVRE
bre âgé de quatre-vingt trois
ans , aprés avoir donné des marques
d'une reſignation , & d'une
fermeté d'ame qu'il feroit difficile
de bien exprimer. La pieté de
toute ſa Famille parut auſſi en
cette occafion , puis qu'avec toute
la pompe requiſe , & le refpect
, Thumilité , & la veneration
que tous les vrays Chreftiens
doivent avoir en ces rencontres
là , elle accompagna à pied le
Saint Sacrement , lors qu'on apporta
le Viatique à Monfieur le
Chancelier, & le reconduifirjul
qu'à la Paroiſſe; de forte que l'on
fut beaucoup édifié du triſte
éclat , & des manieres humbles
& devotes aveclaquellecette Ce.
remonie ſe paſſa.Je finis pour laifſer
parler les autres, puiſque dans
les bornes que je me fuis prefcrites,
je n'aurois pas aſſez d'eſpa.
GALANT. 115
ce pour ébaucher ſeulement une
vie qui a eſté auſſi glorieuſe que
longue.
Le Roy qui eſtimoit ce fage
Miniſtre , non ſeulement à cauſe
des grands ſervices qu'il luy rendoit
, mais encore parce qu'il
eſtoit parfaitement honnête homme
, a fait voir avant ſa mort
combien ſa perte luy ſeroit ſenſible.
Si - toſt que Sa Majefté en
eut receu la nouvelle,Elle témoi
gna à ſa Famille, avec les manieres
les plus obligeantes , la parte
qu'Elle prenoit à ſon déplaiſir, &
le cas qu'elle faiſoit du merite de
feu Monfieur le Tellier , &de ce
qui reſtoit de ſon ſang.
L'affiduité labourieuſe & toute
reguliere avec laquelle ce Prince
s'attache au gouvernement de
fon Etat , luy donne une connoiſſance
parfaite de tous les
116 MERCURE
grands Hommes de fon Royaume
; & il en juge par les choſes
qu'il leur voit faire , & qu'il leur
entend dire dans les Conſeils où
il eſt preſent , par le zele- qu'ils
témoignent en s'acquittant des
emplois qu'il leur confie , par le
rapport qu'ils font des grandes
affaires dont il les charge , & par
mille autres endroits que nous ne
connoiſſons pas , & par leſquels
ce Monarque éprouve la capacité
, le merite ,& l'exacte maniere
de rendre justice de ceux qu'il
veut élever aux plus hautes Dignitez
. Ces raiſons qui font extremément
glorieuſes à Monfieur
Boucherat , n'ont pas laiſſé longtemps
balancer le Roy ſur le
choix d'un nouveau Chancelier.
Comme ce grand Prince fait
toutes choſes de ſon propre mouvement
, qu'il ne veut point de
GALANT.
117
brigues , & qu'on n'oſe pas même
en faire , parce qu'on ſçait
que non ſeulement elles ſeroient
inutiles auprés de luy , mais encore
qu'il les condamneroit avec
une juſte ſeverité , chacun attendoit
que Sa Majesté declaraſt ſon
choix qu'elle ſçavoit ſeule , &
Monfieur de Boucherat meſme
dormoit tranquillement lorſque
le Roy l'envoya querir à neuf
heures du ſoir ; ce qui fait connoiſtre
qu'il n'avoit point l'eſprit
agité de ces cruelles inquietudes
que donne un devorant defir de
s'élever , qui ne fouffre de repos
ny nuit ny jour à ceux qui ſont
attaquez d'une paſſion ſi violente .
Monfieur Boucherat ſe leva , &
vinttrouver le Roy, qui ſans ceſſe
occupé des affaires de ſon Etat ,
travailloit ſeul dans ſon Cabinet.
こ
118 MERCURE
Sa Majeſté luy declara qu'Elle le
faifoit Chancelier de France ,&
en meſme temps luy donna les
Seaux . Ce Prince ne faiſant ja.
mais de Dons qu'il ne les accompagne
de paroles obligeantes , &
d'agrémens qui en augmentent
encore le prix , quelques grands
qu'ils puiſſent eſtre , il dit à Monſieur
Boucherat , Qu'en le faifant
Chancelier , il luy demandoit
une choſe , qui estoit de l'estre longtemps.
Ce nouveau Chancelier
ſe jetta aux genoux de Sa Majeſté
, pour luy faire ſes tres- humbles
remerciemens , & ne ſongea
point en cemoment à lagrandeur
de la Dignité où ce Prince l'élevoit
, mais au glorieux avantage
qu'il avoit d'eſtre choiſy par un
Roy , dont le difcernement eſt ſi
juſte , & dont les choix ſont ſi
applaudis. En effet , eſtre nommé
GALANT.
119
Chef de la Justice par LOUIS
leGrand , c'eſt un titre qui le fera
distinguer à la Poſterité de tous
les Chanceliers qui n'ont pas eſté
de ce regne des miracles. S'il étoit
permis d'entrer dans les ſecrets
mouvemens du coeur , je dirois
que peut-eſtre en cet inſtant il
s'en falut peu que Monfieur Boucherat
ne ſe crût en luy-meſme
le plus grand de tous les Hommes
, puis qu'il recevoit de
ſi éclatantes marques d'eſtime
du plus grandde tous les Rois.
Aprés vous avoir parlé du
choix de Sa Majeſté , il faut vous
faire connoiſtre les divers Emplois
, & la Maiſon de ce nouveau
Chancelier. Il ſe nomme
Loüis Boucherat , & eſt Seigneur
de Compans en France. Il fut
d'abord Correcteur en la Chambre
des Comptes , puis Confeil
120 MERCURE
ler au Parlement de Paris , &
Commiſſaire aux Requeſtes du
Palais en 1641. & enfuite Maître
des Requeſtes , Intendant deJuſtice
à Soiffons , & en Languedoc,
Confeiller d'Etat ordinaire, Confeiller
d'Honneur au Parlement
de Paris , & Conſeiller au Conſeil
Royal des Finances de Sa Majeſté
en 1681. Son zele pour le
ſervice du Roy , & l'intereſt du
Public , a éclaté dans tous ces
emplois avec une approbation
generale ; ce qui a fait que depuis
l'année 1657. juſqu'en 1679 .
il a eſté auſſi Commiſſaire de Sa
Majesté aux Etats de Bretagne.
En 1670. il fut un des Commiffaires
établis pour la recherche
des Ufurpateurs du titre de Nobleſſe
; & au mois de Mars 1672 .
il eut l'honneur d'eſtre un des
fix Conſeillers d'Etat que Sa
Majesté
:
GALANT. 121
,
e
Majeſté nomma pour l'aſſiſter
lors qu'elle tenoit le Sceau en
perfonne . En 1673. il fut étably
un des Commiſſaires de la Chambre
Royale , pour la Réünion
des Biens de l'Ordre de Saint Lazare
, & en 1679. il en fut fait
Preſident. Il fut auſſi un des
Commiſſaires choiſis en 1674.
pour juger ſouverainement le
Procez des Acuſez de Crimes
contre l'Etat , & en 1679. il fut
Commiſſaire & Preſident de la
Chambre Souveraine établie à
l'Arſenal pour la recherche des
Crimes de Poiſon. En 1683. Sa
Majesté le fit Chefde la Commiffion
pour le Procez desTreſoriers
Provinciaux des Guerres , & le
premier de ce mois , Elle la nommé
Chancelier & Garde des
Sceaux de France.
Monfieur Boucherat,qui vient
Novembre 1685. F
122 MERCURE
d'eſtre revêtu d'une Dignité ſi
éminente , a eu deux Filles d'Anne
Marchant ſa premiere Femme.
La premiere eſt Magdeleine
Boucherat , Femme d'Henry de
Fourcy , Preſident en la troifiéme
Chambre des Enquestes du Parlement
, & Prevoſt des Marchands
de la Ville de Paris. La
ſeconde eſt Catherine Boucherat
, Femme en premieres Noces
d'Henry de Neſmond Sieur de
Saint Diſan , Maiſtre des Requeſtes
, Intendant de Juſtice à Limoges
; & en ſecondes Noces
d'Antoine Barillon Sieur de Morangis
, maiſtre des Requeſtes ,
Intendant à Caën , cy - devant
Intendant à Metz & Alençon ,
Frere de Paul de Barillon de Morangis
, Conſeiller d'Etat ordinaire
, & Ambaſſadeur Extraordinaire
de Sa Majesté en AngleGALANT.
123
terre. Dela ſeconde Femme de
- Monfieur le Chancelier , nom-
-mée Anne Françoiſe de Lome-
- nie , Veuve de Jean Bretel Sieur
.de Gremonville , Maistre des
Requeſtes & Intendant en a
S
د
- Champagne , d'une Famille qui
a donné divers Secretaires d'Eſtat
, eſt venuë Françoife-Louiſe
- Marie Boucherat , mariée à
Nicolas - Auguſte de Harlay ,
e Comte de Coeli , & Seigneur de
Bonnoeil, Maistre des Requeſtes,
Intendant de Justice en Bourgogne
, cy - devant l'un des deux
1. Ambaſſadeurs Extraordinaires&
& Plenipotentiaires de France à
l'Aſſemblée de Francfort, & aux
Conferences de l'Empire. Le Pere
deMonfieur le Chancelier, eſtoit
Jean Boucherat Sieur d'Athis
prés Lonjumeau , Doyen des
1 F2
124 MERCURE
Maîtres des Comptes de Paris ;
& fon Ayeul , Guillaume Boucherat
Auditeur des Comptes .
Cette Famille porte d'azur au
Coq d'or , & deſcend de Pierre
Boucherat Sieur de la Forge Valcon
, Procureur du Roy à Troyes
, l'an 1420. Elle donna diverſes
perſonnes de confideration .
Nicolas Boucherat Docteur en
Theologie de la Faculté de Paris,
Religieux & Procureur general
de l'Ordre de Citeaux , fut deputé
au Concile de Trente , où il fit
paroiſtre & ſa doctrine & ſa prudence
,& obtint la confirmation
des Droits & Privileges de fon
Ordre. Enſnite il fut éleu Abbé
& General de l'Ordre de Citeaux
, & Conſeiller né au Parlement
de Dijon. Il fit divers voyages
vers les Papes Pie V. &
Gregoire XIII. deſquels il obtint
GALANT.
125
divers Droits à l'avantage de ſon
Ordre. Charles IX. & Henry III .
l'honorerent de leur eſtime , &
luy donnerent diverſes Commiſſions
en Bourgogne , dont il s'acquitta
avec ſuccés. Il mourut le
12. Mars 1596. & fut inhumé
prés le grand Autel de l'Egliſe
de Citeaux . Nicolas Boucherat
ſon Neveu , Docteur en Theologie
de la Faculté de Paris , Religieux
auſſi deCiteaux , paſſa à
l'imitation de ſon Oncle , par les
principale Dignitez de cet Ordre.
Il fut Prieur de Citeaux, Abbé
de Vaucelles , Coadjureur du
General de Citeaux ,& en 1604.
Abbé & General de cet Ordre ,
Conſeiller né au Parlement de
Dijon. Pendant ſon Adminiſtration
, il viſita les Monaſtetes de
fon Ordre en France , Franche-
Comté , Suiſſe , haute & baffe
F 3
126 MERCURE
,
Allemagne , Boheme , Hongrie
&Païs-bas. Illes reforma par ſon
exemple , & y établit une exacte
rectitude de la Vie Monaſtique
&une abstinence continuelle de
viande Il fut deputé diverſes fois
vers les Rois Hen y le Grand &
Loüis le Juſte , prefida aux Etats
de Bourgogne , aſſiſta aux Estats
generaux de France , tint cinq
Chapitres generaux de fon Ordre
, & inſtitua leSeminaire de
Dole. Il mourut le 3. May 1625 .
& fat inhumé auprés de fon Oncle.
Denys Boucherat Abbé de
Pontigny en Bourgogne, fut Vicaire
general de l'Ordre de Ci
teaux. Claude Boucherat a eſté
auffi Abbé de Pontigny. Jacques
Boucherat fut homme d'armes
de la Compagnie d'Ordonnance
du feu Roy , ſous la conduite
de Monfieur de Pralin,& enfuite
Maiſtre d'Hoſtel de Sa Majesté.
GALANT.
127
Jean Boucherat Sieur de Nogent,
a eſte Capitaine au Regiment de
Duras . Edmont Boucherat celebre
Avocat au Parlement de Paris
, fut enſuite Avocat General
au meſme Parlement ſous Henry
II . Guillaume Boucherat fut
pourveu de la Charge de Prefident
aux Enquestes du Parlement
de Paris , & mourut avant
qu'il y fuſt receu. Edmond Boucherat
Sieur de la Moshe , a été
Conſeiller au Grand Confeil.
Guillaume Boucherat Abbé de
Saint Sever & Prieur de Nen-
-teüil , fut receu Conſeiller au
Parlement de Paris en 1646. La
Mere de Monfieur le Chancelier
fe nommoit Catherine de Machault
, d'une ancienne Famille ,
qui a donné divers Preſidens &
Conſeillers aux Parlement de Paris
, Grand Confeil , Cour des
F4
128 MERCVRE
Aides , & autres Compagnier
Superieures , divers Conſeillers
d'Etat , Maiſtres des Requeſtes ,
& Intendans de luſtice . Son
Ayeule Marie Perrot , eſtoit d'une
Famille qui a donné divers
Conſeillers au Parlement. Sa Bifayeule
Lovïſe le Coq , Femme
de Baptifte de Machault Conſeiller
au Parlement , eſtoit Fille
de Charles le Coq Preſident en
la Cour des Monnoyes , & defcondoit
du celebre lean le Coq
Avocat General au Parlement de
Paris , quia laiſſé un Traité confiderable
des Deciſions du Parlement
de ſon temps , & cette
Famille a donné divers Maîtres
des requeſtes & Conſeillers au
Parlement .
Il y a peu de familles qui ſe
puiſſent vanter d'autant d'avantages
, ſoit du coſté de la naif
GALANT.
129
fance& des alliances , ſoit du cô
té des Dignirez Eccleſiaſtiques ,
ou de celles de robe & d'Epée ,
& de plus d'ancienneté à l'égard
de ces Dignitez , qui ont rendu
illuſtre le nom de Boucherat , fur
tout dans le plus auguſte Senat
du monde , & dans les Conciles
generaux. Mais il n'eſtoit pas beſoin
que Monfieur Bouchetat tiraft
tant de gloire du coſté de
ſes Anceſtres , puis qu'il ne doit
qu'à luy meſme la premiere Dignité
de la robe,dont Sa Majesté
le vient d'honorer. Il ne faut pour
cela quejetter les yeux ſur les differens
Emplois qu'Elle luy a confiez,
pour leſquels il devoit avoir
l'intelligence parfaite de toutes
fortes de Loix , ſçavoir les Coûtumesdes
Provinces, connoître à
fonds les Finances, ne rien ignorer
de tout ce qui regarde les
F5
130
MERCURE
1
matieres Civiles & Criminelles ,
avoirune forte pénetration d'efprit
, & eſtre porté à rendre la
plus exacte juſtice. Le Roy ayant
connu par les differens Emplois
que Monfieur de Boucherat a
exercez , & par ceux de confiance
qu'il luy a donnez , qu'il poffedoit
toutes les qualitez qu'on
peut ſouhaiter dans un Chancelier
de France, il ne faut pas
s'étonner fi Sa Majefté ayant
ainſi éprouvé la capacité & fon
merite , l'a élevé à la haute Dignité
où tout le monde le voic
avec joye. Quoy que tant de
grands & divers emplois Tayent
toûjours extremément occupé,
il n'a pas laiſſe de donner beaucoup
de temps à l'étude , & il a
autant d'érudiction que de polireſſe.
Sa pieré eſt connuë , &
chacun ſçait combien les inte
GALANT.
131
reſts de la Religion luy ont eſté
chers quand il s'eſt agy de les
foûtenir. Il eſt civil & obligeant,
& a toûjours eſté au devant des
occafions de faire plaifir aux
perſonnes de merite. Le ſien eſt
fi grand , & fa capacité ſi ſolidement
établie , que Meſſieurs
de la Chambre des Comptes en
eſtant convaincus dés le temps
qu'il ſe preſenta pour la Charge
de Correcteur, ordonnerent qu'il
feroit receu ſans Examen. Il y a
lieu d'eſperer qu'on le verra
long - temps Chancelier , puis
qu'on afſfeureque Monfieur Boucherat
ſon Pere , qui a eſté Doyen
de cette Chambre , eſt mort
âgé de quatre vingt douze ans.
Apeine ſceut-on que le Roy
l'avoit honoré de cette importante
Charge , que tous les Corps de
Iuſtice & autres , ſe préparerent
F6
132
MERCURE
à luy en aller faire leurs Complimens.
Les grands Emplois qui
luy ont eſté confiez en divers
temps , leur en fourniſſant une
ample matiere, ils furent bien- tôt
en eſtat de s'acquitter d'un devoir
ſi juſte. La Chambre des
Comptes ,& le Grand Conſeil y
allerent. Le Parlement , & la
Cour des Aydes , n'y doivent
aller qu'aprés que les Lettres auront
eſté preſentées au Parlement.
On ne peut trop admirer
la memoire & la preſence d'eſprit
de ce digne Chef de la Iustice ,
qui pour répondre à chaque
Compliment , en reprenoit tout
defens , & s'expliquoit fur tous
les articles avec une netteté ſurprenante.
Il fit plus , & marqua
meſme à quelques Chefs de ces
Corps , mais d'une maniere fors
honneſte , qu'il ſçavoit qu'il s'y
GALANT.
133
étoit gliffé des abus auſquels il
falloit remedier. L'Univerſité
l'ayant harangué en Latin , il répondit
qu'ayant l'honneur d'eſtre
chargé de la Parole du Roy , il
ne devoit parler que la Langue
de ce Monarque; & pour faire
voir que la Latine ne laiſſoit pas
de luy eſtre familiere , il s'en fervit
fur la fin de ſa réponſe , avec
des expreſſions qui faiſoient con .
noiſtre qu'il la poſſfédoit parfaitement.
Il a pareillement receu les
Complimens de la Cour des
Monnoyes. Monfieur de Chauvry
qui en eſt premier Preſident,
porta la parole. Les Treſoriers
de France ſe ſont auſſi acquittez
du meſme devoir par la bouche
de Monfieur de Varoquier Doyen
des Chevaliers de Saint
Michel , & Preſident au Bureau
desFinances . Il eſt d'une naiffan134
MERCURE
en
ce diftingueé. Meſſieurs del'Academie
Françoiſe l'ont auſſi complimente.
Monfieur Boyer , qui
eſt preſentement Chancelier de
leur Compagnie , parla avec la
juſteſſe ordinaire aux Academiciens.
Je vous entretiendray plus
amplement le mois prochain de
tout ces Complimens , & vous
envoyeray quelques – uns .
J'oubliois à vous marquer , que
la premiere fois que Monfieur le
Chancelier donna Sceau , il fit
voirque quoy qu'il ne duſt pas
encore avoir toutes les lumieres
que donne une longue fonction
dans cette Charge , il ne pouvoit
neanmoins eſtre ſurpris ;
il refuſa de ſeeller quantité de
choſes , qui n'eſtoient pas conformes
aux Ordonnances .
Vous ſçavez la mort de Monfieurle
Prince de Conty , arrivée
GALANT.
135
le 9. de ce mois. Les nouvelles de
cette nature font trop publiques
pour pouvoir eſtre ignorées de
ceux meſme qui prenent le moins
d'intereſt à ce qui ſe paſſe dans le
monde . Madame la Princeſſe de
Conty fa Femme,ayant témoigné
pendanttout le temps que ce
Prince a eſté en Allemagne , un
extréme chagrin de ſon abſence ,
une apprehenfion continuelle
pour ſa vie , & une tres- grande
impatience de le revoir , à peine
eut-il veu qu'il n'y avoit plus
d'occaſions d'acquerir de la gloire
, & que la campagne étoit finie
pour ceux de fon rang , qu'il vint
la trouver avec le plus de diligence
qu'il luy fut poſſible , afin de
luy temoigner par ce prompt retour
l'empreſſement qu'il avoit
de ſe revoir auprés d'elle , & de
luy marquer ſa reconnoiſſance
136 MERCURE
pour mille foins obligeans qu'elle
'avoit eus pendant ſon abfence .
La Cour eſtant partie pour
Chambor , ce Prince la joignit
en chemin , & y demeura pendant
un mois de ſejour qu'elle
fit en ce lieu - là. La Cour vint
enfuite à Fontainebleau , où cette
jeune Princeſſe fut attaquée
auſſi toſt de la petite verole.
Monfieur le Prince de Conty,
pour luy faire voir la force de
ſon amour , ne voulut point la
quitter , & s'enferma avec elle.
Sil'on examine le danger qu'il y
avoit pour un homme de ſon âge,
qui eſt plus ſuſceptible du mauvais
air , on trouvera que ce n'eſtoit
pas peut- eſtre affronter
moins les perils , que lors que ce
Prince s'eſtoit expoſé au plus redoutables
dangers de la guerre.
La ſuite àfait voir que le riſque
GALANT.
137
1
eſtoit fort grand , puis que ſi toſt
que Madame la Princeſſe de
Conty fut guerie, il ſe ſentit atta
qué du mesme mal. Sa petite verole
fortoit affez bien , lors que
le tranſport commençant à luy
monter au cerveau , on fut obligé
de le faigner pour en arrêter
le cours. La petite verole rentra ,
& ce Prince mourut peu de
temps aprés dans ſa vingt-cinquiéme
année. Il eſtoit Fils d'Armand
de Bourbon , Prince d'une
grande vivacité , & d'un grand
brillant d'eſprit , & qui en a même
donné des marques par quelques
Ouvrages remplis de pieté,
qu'il a compoſez avant ſa mort.
Eſtant General des Armées du
Roy en Catalogne , il prit Villefranche
, Puicerda & Caſtillon .
Il eſtoit Grand Maiſtre de la
Maiſon du Roy , & Gouverneur
138 MERCVRE
de Languedoc , & avoit épousé
Anne Marie Mattinozzi , Niece
de Monfieur le Cardinal mazarin
, premier miniſtre d'Etat . La
vertu de cette Princeſſe égaloit
ſa beauté ; elle a toûjours mené
une vie exemplaire , & fa memoire
eſt en veneration . Le prince
qui vient de mourir ayant été
élevé auprés de Monſeigneur le
Dauphin , & une ſi belle éducation
ne luy ayant inſpiré que
de l'ardeur pour la gloire , il ne
refpiroit que les 'combats. Quoy
qu'il n'euſt que vingt quatre ans,
il s'étoit déja trouvé en pluſieurs
Sieges & Combats , en Flandre
& en Hongrie. Voicy quelques
Vers qui ont eſté faits fur cette
mort.
GALANT.
139
MADRIGAL.
PLeurez, pleurez, Guerriers ,
Le gencreux Conti tout couvert de
Lauriers ;
Pleurez le triſte ſort de cet Epoux
fidelle :
Pourfauver du trépas un Objet plus
qu'humain ,
" Aprés que de fon mal il cut pris le
venin ,
Ilpayale Tribut pour Elle.
AUTRE .
Cilluftre Prince de Conty
Dans son malheur prit le
party
DeSouffrir avecsa Princeſſfe.
140
MERCURE
Mausole n'a jamais témoigné tant
d'amour ,
Nous pouvons aisément juger deSa
tendreſſe ,
Pour luyſauver la vie , il a perdu
le jour !
IMITAΤΙΟΝ
De la 58 Epigramme du Livre
10. de Martial.
Ar un
Par
trépas précipité
Ce Prince à la France est
Mort ,
Ah ! fans doute la mort nous l'eust
ravy plus tard ,
Mais comptant les Lauriers dontſa
teste est couverte ,
Elle l'a pris pour un Vieillard.
Le premier de ces Madrigaux
eſt de Monfieur Vignier , le ſe
GALANT. 141
cond de Monfieur Estienne de
Senlis , & le troiſième de Monſieur
de Loſme , qui a traduitc
avec beaucoup d'agrémét quantité
d'Epigrammes de Martial ,
qu'il doit bien - toſt donner au
Public.
La mort de ce Prince fit ceffer
tous les Divertiſſemens à Fontainebleau
, & celuy du Balet du
Temple de la Paix fut du nombre.
Je n'eus pas le temps de vous
dire le mois paſſé, que Monfieur
le Marquis de la Vrilliere s'y
eſtant fait admirer , les applaudiſſemens
qu'il receu furent cauſe
que Sa Majeſté trouva bon
qu'il dançaſt une Entrée ſeul. Il
y réüſſit d'une maniere ſi avantageuſe
, que l'on entendit en même
temps toutes les voix s'éle
ver pour luy donner des loüanges.
142 MERCVRE
Je ne vous préviendray point
fur l'Air nouveau que je vous
envoye. Vous enjugerez, je vous
le laiſſe chanter.
AIR NOUVEAU.
Amour , le
LA
Seul amour est
Que je neglige mon Troupeau ;
Mais comme il est le moindre du
看
Hameau,
On dira que c'est peu de chose.
Ah!quandj'aurois tous les Moutons
Des-Bergers de nos Cantons ,
Je les negligerois encore
Pour la Bergere que j'adore.
Je vous apris le mois paſſé que
Monfieur de Boisfrant avoit eſté
nommé Chancelier de Son Alteſſe
Royale , aprés la mort de
GALANT. 143
Monfieur du Houſſet , qui eſtoit
pourveu de cette Charge. l'ajouteray
aujourd'huy à cette nouvelle
que pluſieurs perſonnes y
pretendoient , mais que les fidelles
& longs ſervices de Monfieur
de Boisfrant dans l'adminiſtration
des Finances de Monfieur ,
&dans beaucoup d'autre choſes
qui regardent la Maiſon de ce
Prince , luy ont fait donner la
preference . Elle a eſté accompagnée
de la part de Son Alteſſe
Royale de tous les agrémens , &
de toutes les marques d'eſtime
que meritoient des ſervices tels
que ceux de Monfieur de Boisfrant
, & ce choix a eſté fort applaudy.
Cette Charge eſt tres-
✔ confiderable , le Chancelier de
Monfieur , eſtant auſſi Chef de
Son Confeil. Monfieur de Boisfrant
fon Fils, Maiſtre des requê
144
MERCURE
tes , à qui ce Prince en donna en
meſme temps la ſurvivance , à
confervé avec cette Charge celle
de Surintendant des Batimens
de Monfieur , parce qu'elle demande
un homme d'ordre , fidel.
le , & intelligent , & qu'il pourra
y rendre ſervice à Son Alceſſe
Royale.
Ceux qui font montez à la
qualité d'Officiers Generaux ſous
le Regne du Roy , ne pouvant
eſtre que d'une valeur éprouvée,
à cauſe de la maniere dont on a
fait la guerre , & parce que Sa
Majesté juge Elle- meſme du vray
merite , on ne doit pas s'étonner
ſi leurs ſervices ſont ſi glorieuſement
recompenſez . Ceux de
Monfieur du Sauſſay font affez
connus . Ainſi l'on n'eſt pas furpris
que le Roy luy ait donné le
Gouvernement de Broüage , va
cant
GALANT.
145
cant par la mort de Monfieurde
Carnavalet.
Quelques meſures qu'on prenne
pour venir à bout d'une entrepriſe
, elles ne font jamais afſfurées
, & ce qu'on employe pour
empeſcher une choſe , eſt bien
ſouvent cequi la fait reüſſir. Un
homme tres- riche avoit atteint
un âge fort avancé , ſans autre
chagrin confiderable , que celuy
den'avoir point eu d'Enfans,quoy..
qu'il ſe fuſt marié deux fois. Sa
ſeconde Femme, qu'il avoit épouſée
depuis quinze ans , n'en avoit
encore que trente , & les Neveux
dubon Homme , à qui elle plaifoit
fort par une Sterilité qui
leur étoit favorable , faifoient des
voeux tous les jours pour la conſervation
de ſa vie. Cependant
quelque jeune qu'elle fuſt , une
Novembre 1685. G
146 MERCURE
fiévre violente l'emporta en peu
de jours , malgré tous les ſoins
qu'ils prirent de faire venir les
plus fameux Medecins . Sa mort
les mit en inquietude touchant
la fucceffion de l'oncle qui leur .
pouvoit échaper. Ils le connoiffoient
d'un temperament fort
amoureux , & ſa ſanté qui n'étoir
point affoiblie par ſa vieilleſſe,
leur faifoit apprehenderun troifiéme
Mariage. Il n'y avoit que
fix mois qu'il eſtoit veuf lors
qu'ils découvrirent qu'il ſongeoit
àépouſer une fille de vingt ans
qu'l voyoit ſeretement. Ils firent
d'abord éclater la choſe , & comme
ils estoient puiſſans, ils apporterent
de ſi grands obſtacles à ce
qu'il avoit conclu , que l'affaire
fut rompuë . Ce ne fut pas aſſez
pour les raſſurer contre la crainte
continuelle où ils eſtoient qu'il
GALANT.
147
ne s'engageât ailleurs , & qu'ils
ne pûſſent pas toûjours empêcher
qu'il ne diſpoſaſt de luy.
Pour s'en délivrer entierement ,
ils s'emparerent de ſon bien ſous
divers pretextes , luy ſuſciterent
quelques affaires fâcheuſes , &
ſe rendant maiſtres de ſa perſonne
ils l'enfermerent dans une
Priſon , où le credit qu'ils avoient
leur fit eſperer qu'ils luy laiſſeroient
finir ſes jours. Afin qu'il la
ſupportaſt avec moins d'impatience
, ils le firent mettre dans
une Chambre fort propre , & à
la reſerve de la liberté , rien ne
luy manquoitde toutes les choſes
qu'il témoignoit ſouhaiter. Il ne
manqua pas d'intenter Procez
contre ſes Neveux qui luy
retenoient ſon bien ſi injuſtemét,
& qui le traitoient avec tant
d'indignité ; mais il eut beau de-
G 24
148 MERCURE
mander à eſtre oüy , toutes ſes
inſtances furent inutiles ,& il ſe
paffa deux ans ſans qu'il puſt
avoir raiſon de la violence quiluy
eſtoit faite. Il avoit quelques
Amis de l'un & de l'autre Sexe ,
qui n'eſtant point du party de ſes
Neveux , luy rendoient viſitede
temps en temps. S'ils ne pouvoient
le remettre en liberté , du
moins ils le conſoloient dans ſa
diſgrace, & c'eſtoit toûjours pour
luy un foulagement qui adouciſſoit
ſes déplaiſirs.Un jour que
quelques Dames parloient d'aller
paſſer avec loy une apreſdinée ,
une jeune Demoiſelle qui eſtoit
preſéte voulut les accompagner.
Elle n'avoit jamais veu aucune
Priſon , & la curiofité fut
le ſeul motif qui l'engagea à eſtre
de la partie. Le Prisonnier les
eceut avec beaucoup de mar-
1
GALANT.
149
د
ques de joye , & comme il eſt naturel
de faire le détail de ſes malheurs
, il exagera dans les termes
les plus forts l'indigne
maniere dont ſes Neveux le traitoient
,& ajoûta qu'il reſſentoit
d'autant plus le chagrin de fa Pri
ſon qu'il eſtoit feur d'en fortir ,
pourveu qu'on vouluſt luy accorder
Audience. La Demoiselle
àquile diſcours étoit fur tout adreffé
, parce que c'eſtoit la premiere
fois que le Vieillard la
voyoit , taſcha dele conſoler en
le plaignant. Elle témoigna entrer
dans ſes intereſts , & l'affura
qu'ayant des Parens au Parlement
fort confiderez dans
leur Compagnie , elle employeroit
tous ſes ſoins pour obtenir
: ce qu'il ſouhaitoit. Le bon Homme
luy promit que a elle loy
rendoit un pareil ſervice , il n'é-
۱
G3
150
MERCURE
F
toit rien qu'il ne fiſt pour elle ,
& cette promeſſe luy donnant
des veuës qu'elle n'avoit pas d'abord
, elle fongea ſerieuſement à
le tirer de Priſon . Elle avoit fort
peu de bien , & le Vieillard qui
pouvoit luy faire de grandsavantages
en l'épouſant , l'auroit fort
accomodée. L'occaſion étoit favorable
, il ne s'agiſſoit que d'en
profiter . L'agrément de ſa Perfonne
joint à un eſprit fort délicat
luy en donna l'eſperance.
Ainſi elle diſpoſa les choſes en
faveur du Prifonnier , & trois ou
quatre viſites qu'elle luy rendit
encore ſous pretexte de venir
luy demander quelques éclairciſſemens
, l'ayant mis au point
où elle croyoit devoir l'amener ,
elle fit agir fi heureuſement le
pouvoir de ceux qui s'intereffoient
pour elle , qu'enfin on luy
GALANT .
151
2
donna Audience. Cette Audience
obtenuë , il eut_bien- toſt gagné
ſon Procés. Si toſt qu'il fur
libre , il courut marquer ſa reconnoiſſance
àla Demoiselle , en
luy offrant telle partie de fon
bien qu'elle pouvoit ſouhaiter.
Elle répondit , que n'ayant enviſagé
que le ſeul plaiſir de faire
ceffer une injustice , il ſuffifoit
qu'elle euſt réüffi pour avoir fujet
d'eſtre contente. L'air tout
charmant qui accompagna cette
réponſe , toucha fenfiblement le
coeur du Vieillard. Illuy dit tout
tranſporté , que c'eſtoit trop peu
pour elle qu'une partie de fon
bien , & ques'il eſtoit aſſez heureux
pour ne luy voir point de
repugnance à l'accepter tout
entier avec ſa perſonne , il la
rendoit Maîtreſſe de tout. Vous
jugez bien que l'offre fut acce-
G4
152
MERCURE
ptée. Le Notaire vint : les Articles
furent dreflez & fignez , &
le Mariage ſe fit en trois jours .Le
deſeſpoir des Neveux fut grand,
mais il a bien augmenté depuis ,
lors qu'ils ont appris la groſſeſſe
de la Dame. Le Vieillard en a une
joye inconcevable , & il eſt ravy
qu'un Heritierleur ofte entierement
l'eſperance d'avoir jamais
accune part à fon bien .
Monfieur le Marquis d'Urfé ,
dont vous connoiſſez l'illuſtre
Maiſon mourut le Vendredy 2 .
de ce mois , dans ſa quatre- vingt
& uniéme année. Le ſenſible
déplaifir qu'il eut d'avoir perdu
il y a deux ans . Madamela Marquiſe
d'Urfé ſa Femme , luy fit
prendre le deſſein de chercher la
folitude. Il ſe retira chez les Peres
de l'Oratoire en leur Maiſon
' de Noſtre- Dame des Vertus , où
GALANT.
!
:
153
le Pere d'Urfé , l'un de ſes Fils
2
qui estoit alors Viſiteur de cette
Congregation , vint demeurer
avec luy . Il le choiſit pour ſon
Confeffeur ; & les confolations
qu'il receut de ſes conſeils , luy
firent goufter beaucoup de douceurs
qu'il n'auroit pas trouvées
dans le monde. Pendant qu'il fuc
dans cette Maiſon il fit voir par
de continuelles pratiques de vertu
& de pieté , que la volonté de
Dieu eſtoit ſon unique étude.
Pour mieux travailler à ſon ſalut,
il crutdevoir fatisfaire aux Creaciers
de ſes Predecefleurs , auſſibien
qu'aux fiens. Il modera ſa
dépenſe , & regla ſi bien fon
train& ſon équipage , qu'il épar
gnadequoy s'acquitter de toutes
debres . Ce fut pour luy une confolation
ſenſible au milieu de
beaucoup d'infirmitez, de marier
G
154
MERCURE
Monfieur le Marquis d'Urfé fon
Fils , l'unique eſperance de ſa
Maiſon , avec Mademoiselle de
Goutault. Peu de temps aprés,
ſes maux s'étant augmentez , il
quitta Noſtre Dame des Vertus,
&vint demeurer à l'Inſtitution
de l'Oratoire , pour eſtre plus
proche du ſecours qu'il pouvoit
tirer des Medecins de Paris . Ce
fut là où il donna des témoignages
nouveaux de ſa patience
dans ce qu'il fouffront , & de fa
fidelité dans le ſervice de Dieu . Il
enviſagea la mort , & s'y difpoſant
de fon propre mouvement ,
il fit aſſembler Meſſieurs fes Fils ,
dont les quatre Ainez ont embraffe
l'Estat Ecclefiaftique. Il
leur recommanda fortement de
conſerver parmy eux l'eſprit d'union
, dont Dieu avoit favorisé
fa Famille. Il pria Monfieur l'EGALANT.
155
기
コ
veſque de Limoges , de vouloir
bien leur ſervir de Pere , les
exhortant tous d'avoir en luy
une entiere confiance , ſoûtenuë
du reſpect qu'il luy devoient
comme à leur Aifné , & à un
tres - digne Prelatsil leur dit qu'ils
ne pouvoient avoir de trop
grands égards pour Monfieur
l'Abbé d'Vrfé , de qui le zele
pour le ſervice de Dieu l'avoir
engagé à aller faire une troifiéme
foisles fonctions de Miſſionnaire
en Canada , & qu'ils le devoient
regarder comme un Apoſtre par
l'entier détachement des biens
de ce monde , quiluy avoit fait
reſigner ſon Doyenné avant ſon
départ. Aprés qu'il les eut priez
de déferer auſſi aux avis de Monſieur
d'Vrfé de l'Oratoire , &
d'aimer toûjours Monfieur l'Abé
de S. luft d'Vrfé , Doyen de Nê-
G6
ㅏ
1
196 MERCURE
tre- Dame du Puy , il s'adreſſa à
Monfieur leMarquis d'Vrfé , auquel
il recommanda expreſſément
de ſervir le Roy avec une
exacte & inviolable fidelité. Ildit
auſſi quelque choſe de fort tendre&
de fort touchant à Madame
la marquiſe d'Vrfé , fur l'union
qu'il luy demandoit avec
Monfieur ſon Mary ; & paffant du
general au particulier , il les pria
tous de ſe ſouvenir de luy dans
leurs prieres. Il fit tout cela d'un
eſprit fi fain , qu'il ne ſembloit
pas toucher à ſa derniere heure,
mais ſentant que la nature manquoit
en luy , il tâcha de reparer
ce defaut par le ſecours de la
grace & ſouhaita l'Extrêmeonction.
Ce fut alors qu'il fit connoître
ſa derniere volonté touchant
la diſpoſition de fon corps.
Monfieur d'Urfé de l'Oratoire ſe
১
GALANT.
197
wouvant auprés de luy , illuy demanda
s'il pouvoit eſperer que
les Peres de cette fainte Congregation
luy, vouloffent accorder
un lieu de repos dans leur Eglife,
pour comble des douceurs ſpirituelles
qu'il avoit ſenties pendant
fon ſejour dans leur Maiſon. II
expira aprés ces paroles , & fut
enterré comme il l'avoit ſouhaité
, en l'Egliſe de l'Inſtitution de
l'Oratoire , dans la Chapelle du
• Cardinal de Berulle. La pompe
funebre , quoy qu'accompagnée
de Gmplicité & de modeſtie , ne
laiſſa pas d'avoir ſa beauté , tant
par leClergé , que par un grand
luminaire.
Dame Suzanne Garnier, Veuve
de Charles de Brancas ,Chevalier
d'Honneur de la Reine
Mere , Lieutenant general des
Camps & Armées de Sa Majesté,
158 MERCURE
Marquis de Maubec, d'apilly ,
& autres Lieux , eſt morte auſſi
depuis peu de temps. Elle
eſtoit Fille de feu Monfieur
Garnier Treſorier des Parties
Cafuelles. De ce Mariage eſt venuë
Marie Françoiſe de Brancas ,
Dame du Palais de la Reine , mariée
avec Henry Charles de Lorraine
Prince d'Harcourt, Comte
de Montlor & de S.Romaiſe, маг-
quis de Maubec , Baron d'Aubenas,
de Montbonnet & d'Ayguſe ,
Seigneur de Montpezat , de Miremande
& de Grateloup. Monfieur
Garnier eut deux autres
Filles , Soeurs de Madame de Brancas,
dont je vous apprens la mort.
L'une nommée Magdeleine Garnier
, fut mariée à feu Jean molé
Seigneur de Champlatreux , Prefident
au mortier au Parlement
de Paris , dont eſt venu Loüis
GALANT.
159
:
Molé Seigneur de Champlatreux ,
Preſident auſſi au mortier ; &
l'autre épouſa Monfieur Doradoux
, Lieutenant de l'Artillerie
de France .
Dela Maiſon de Brancas , ori
ginaire du Royaume de Naples ,
font fortis fix Cardinaux, ſçavoir
Landolphe de Brancas Cardinal
en 1294. Raynaud de Brancas
Cardinal en 1385. qui estoit au
Concile de Conſtance ; Loüis de
Brancas Cardinal en 1408.Nicolas
de Brancas Cardinal qui étoit
au Concile de Piſe . Thomas de
Brancas Cardinal en 1411. &
Marie de Brancas Cardinal en
1633. Alexandre de Brancas vivoit
en 1374. & fut Maréchal du
Royaume de Sicile & de la Principauté
d'Achaye. Buffile de
Brancas fut Maréchal de l'Egliſe
Romaine , & ſe retira en Pro
160 MERCVRE
vence ily a trois cens ans. C'eſt
d'où font venus en France les de
Brancas , que nous connoiffons.
André de Brancas Sieur de Vil
lars , Amiral de France , Gouverneur
du Havre de Grace , fut tué
en 1595. Georges de Brancas
Duc de Villars , auffi Gouver.
neur du Havre , eſtoit Frere de
l'Amiral. La Terre de Villars fut
érigée en Duché en faveur de
ce dernier. Loüis de Brancas aujourd'huy
Chefde cette famille,
eſt Duc de Villars , Marquis de
Graville &t de Grand - champ ,
Comte de Maubec , Vicomte de
Coutance, Baron d'Oife , de l'Ifle ,
& de la Ferté Bernard , Seigneur
de Maubec. Il a épousé mademoiſelle
de Brancas ſa Coufine ,
Soeur de Madame la princeſſe
d'Harcourt. De Brancas porte
d'azur au Pal d'argent , chargé de
GALANT. 161
trois Chateaux de gueules , maçonnez
de fable , & tenu par quatre
pates de Lyond'or.
Il faut auſſi vous apprendre
la perte que l'on afaite d'un de
nos braves François , appellé
Monfieurde Saint André du nom
de Caffan,d'une Nobleſſe diſtinguée
dans le bas Languedoc. Il
avoit receu ſept coups à la priſe
de l'importante Place de Coron
dansla Morée , & il en eſt mort.
Il a eſté extremément regreté
dans toute l'Armée ; particulierement
du General Morofini , ८
du jeune Prince Maximilian de
Brunſvick. 11 eſtoit Colonel d'un
Regiment d'Infanterie des Troupes
que le Duc de Brunſvick
Hanover avoit données aux
Venitiens. Il avoit ſervy des l'âge
de quatorze ans , ayant quitté ſes
études pour aller au Siege de Bar162
MERCURE
celone. Il s'y diftingua d'une
maniere ſi avantageuſe,qu'on luy
donna nne Lieutenance dans le
Regiment dela Reine , où il fut
enfuiteCapitaine,& aprés Capitaine
& Major dans le Regiment
deGuitaut. Il eut les mêmes
emplois dans celuy de Perfan
, & alla en Candie avec ce
Corps, lors que le Roy y envoya
du Secours. Ily fut fait Lieutenant
Colonel de ce Regiment
qui fut caſſe aprés qu'on eut fait
la Paix Generale en France , ce
qui l'obligea d'aller chercher de
l'employ en Allemagne. Il emportades
Lettres de recomman
dation de Monfieur le Prince
qui l'honoroit d'une eſtime particuliere
, & s'attacha aupres du
feu Duc de Hanover , qui levoit
alors des Troupes. Ce prince le
fit Capitaine de ſes Gardes , &
GALANT. 163
1
• enſuite Lieutenant Colonel . Sa
mort eſtant furvenue, Monfieur
de S. André fongeoit à ſe retirer
quand Monfieur l'Evefque d'Ofnabruc
fon Frere & fon Succefſeur
, à preſent Duc de Hanover
, le retint à ſon ſervice dans
le meſme employ , & luy angmenta
meſme ſes apointemens.
Il le fit enſuite Colonel d'un des
Regimens qu'il envoya aux Venitiens
contre les Turcs , & c'eſt
à la teſte de ce Regiment qu'il
a recen les Bleſſeures dont il eſt
mort pour le ſervice de la Chrêtienté.
De ſon Mariage avec une
Demoiselle de Rimou en Breta-
- gne , il n'a laiſſé que deux Filles .
- Le Pere de ce brave Gentilhomme
avoit toûjours porté les armes
, juſqu'à ce que le nombre
de ſes Bleſſeures l'obligea d'abandonner
le ſervice. Son Ayeul a
e
164 MERCURE
donné auſſi en pluſieurs occaſions
de grandes marques d'intrepidité
&de bravoure.
S'il n'y a point de remede qui
puiſſe nous empeſcher de mourir,
il n'eſt point de mal , quelque
grand & incurable qu'il ſoit , auquel
on ne puiſſe aporter du ſoulagement
, puis qu'on en trouve
mefme pour la goute , qui de tous
les maux qui ne ſe peuventguerir
, eſt eſtimé le plus incurable.
L'Aumonier de Monfieur le Mareſchal
de Lorges , a trouvé le
ſecret , non ſeulementd'en apaiſer
la douleur , mais auſſi de l'arreſter,
je n'oſe pas dire pourquelques
années , parce que cela approcheroit
trop de la pleine guerifon
. Cependant il eſt certain
que le Sieur Royer Serrurier, demeurant
ruë Sainte Anne du
coſté de la rue S. Honoré , PaGALAN
T.
165
:
roiffe S.Roch , qui avoit la goute
aux pieds & aux mains, les doigts
tout roides , & qui depuis fort
long - temps avoit preſque eſté
toûjours contraint de garder le
lit , n'a fenty aucune atteinte de
goute depuis trois ans que cét
Aumônier le traite. Il marche ai
fément,& il ſe ſert de ſes mains
pour le travail de ſa Profeffion .
Je parle ſur le raport de mes yeux.
J'ay veu ce Serrurier qui a encore
les mains toutes contrefaites de
la rigueur de ſon mal. Monfieur
l'Abbé de la Rocque l'a vû auſſi ,
&en a fait un article dans l'un
de ſes lournaux des Sçavans . Ce
Gouteux qui a fouffertfi longtemps
, nous a confirmé à l'un &
à l'autre ce que nous avions appris
du foulagement qu'il avoit
receu. Il a dit la meſme choſe à
pluſieurs Perſonnes de qualité
166 MERCURE
qui l'ont voulu voir , fur cequ'avoit
dit cét Aumônier , qui inſtruira
luy- meſme de ſes Remedes
, & nommera ceux qu'il a
foulagez . Quand on a recours à
luy , il ne s'engage qu'à faire
ceſſer la douleur pour un an ,
s'il ne guerit pas tout à fait. Son
attachement ne luy permettant
pas de s'éloigner , il ne fort point
de Paris , ou des lieux où eſt la
Cour.
L'Egliſe de France a perdu plufieurs
Prelats d'un fort grand
merite. Je vous parleray de chacun
d'eux ſelon le jour de leur
mort ,& vous appendray en même
temps quels Succeffeurs ils
ont eu. Meffire Charles de Bourlon
, Evefque de Soiffons , mourut
le 26. du dernier moins dans
fon Palais Epifcopal. Il eſtoit
âgé de 72. ans , & en avoit emGALANT.
167
2
1
ployé 35. dans la conduite de ce
Dioceze. Sa charité luy faïſoit
aimer les fatigues & les peines .
Il viſitoit fort affiduëment les Paroiſſes
de la Campagne , ſecouroit
les Pauvres, & alloit exhorter
les Malades à prendre une refignation
Chreftienne. Quand la
Ville de Soiſſons fut affligée de
là Peſte , il n'en fortit point , &
contribua de tous ſes ſoins au
foulagement qu'elle reçût. Il ſucceda
dans cet Eveſché à Meſſire
Simon le Gras , dont il avoit eſté
nommé Coadjuteur en 1652 .
Il luy ſervit d'Eveſque Aſſiſtant
2. lors que le Roy fut facré à
Rheims .
11
Monfieur l'Abbé Huet , de
l'Acadmie Françoiſe , cy- devant
Sous- Precepteur de Monfeigneur
le Dauphin a eſté fait
Eveſque de Soiffons. C'eſt un
د
168 MERCURE
homme d'une tres- profonde érudition
, & dont le merite & la
probité paſſent tout le bien qu'on
en peut dire.
Jerôme Grimaldi Noble د
Genois , Cardinal , Archeveſque
d'Aix en Provence د Eveſque
d'Albano , & Abbé de Saint
Florent , mourut dans fon Palais
Archiepifcopal le 4. de ce
mois , aprés avoir receu les Sacremens
avec des marquesd'une
pieré toute finguliere. Tous les
Malheureux de ſon Dioceze
recevoient de grands fecours de
ſa charité , & vous jugez bien
par là qu'il y doit eſtre extremement
regreté. Il étoit Fils de
Jean Jacques Grimaldil Baronde,
S. Feli dans le Royaume de
Naples , & de Jeronime Mari.
Il fut Referendaire de l'une &
l'autre Signature en 1621. fous
4 Gregoire
GALANT. 166
en
Gregoire XV. Urbain VIII. le
fit Vice- Legat de la Province du
Patrimoine en 1625. Gouver
neur de Rome en 1628. & de
Perouſe & d'Vrbin en 1634. Il
fut envoyé Nonce en Allemagne
, puis en France , & receut
le Chapeau de Cardinal
1643. Il eſt mort âgé de 90.
ans , & avoit renoncé aux honneurs
de la Dignité de Doyens
du Sacré College , n'ayant point
voulu quitter ſon Eglife pour aller
à Rome. Il y a en un autre
Jerôme Grimaldi de Genes , qui
ayant perdu ſa Femme , dont il
avoit eu trois Fils, embraſſa l'Etat
Eccleſiaſtique. Clement VII.le
fit Cardinal en 1527. Il fut Archeveſque
de Bary , & eut encore
les Eveſchez de Venafre &
d'Arbenga.
L'Archeveſché d'Aix érant
Novembre 1685 . H
7
170
MERCURE
demeuré vacant par la mort de
Monfieur le Cardinal Grimaldi ,
Sa Majesté y a nommé Meſſire
Charles le Goux de la Berchere ,
Eveſque de Lavaur , Prieur
Commendataire du Prieuré Royal
de ſaint Mauris de Senlis ,
Docteur en Theologie de la Faculté
de Paris , & cy-devant Aumonier
du Roy . Il eſt d'une humeur
fort douce , & a les manieres
tres- honneſtes.Il fut nommé
à l'Eveſché de Lavaur le 18 .
Juin 1677. facré le 12. Avril
1678. & en prit poſſeſſion le 17 .
Decembre de la meſme année.
Il eſt Fils de feu Meſſire Pierre
le Goux de la Berchere , Marquis
d'Inteville , Comte de la
Rochepot , Baron de Toify , Seigneur
de la Breteſche , Premier
Prefident au Parlement de Dijon,
&depuis au Parlement de GreGALAN
T.
171
e
コー
0
noble, & de Dame Loüife Joly ,
Soeur de Georges Joly , Preſident
au Mortier du Parlement de Dijon
, d'une Famille qui a donné
divers Conſeillers aux Parlemens
de Paris , Dijon & Mets , & au
Grand Confeil. Son Ayeul Jean
Baptifte le Goux , Seigneur de la
Berchere , Boncourt , Vofne ,
Flegey , & Santeney , fut auſſi
Premier Preſident au Parlement
de Bourgogne , & député en
1612. par le feu Roy, pour regler
avec les Deputez d'Eſpagne , les
Limites du Duché & Comté de
Bourgogne. Monfieur de la Berchere
nommé Archeveſque
d'Aix , a eu deux Freres , l'aiſné
eſtoit Denys le Gouxde la Berchere,
marquis d'Inteville,Comte
de Rochepot , Baron de Toiſy ,
Premier Prefident au Parlement
deDauphiné , qui eſt mort ſans
H 2
172
MERCURE
alliance , & a laiſſé de grands
biens à l'Hoſpital de la Charité
de Paris. Le ſecond eſt Urbain le
Goux de la Berchere , à preſent
Maiſtre des Requeſtes , & Intendant
de Juſtice à Montauban , &
auparavant en Auvergne. Il a
auſſi deux Soeurs qui onteſté mariées
, l'une à Monfieur le Coq ,
Sieur de Corbeville , Goupiliere
& des Porcherons , Conſeiller en
la Premiere des Enquestes du
Parlement de Paris , & l'autre à
feu Monfieurle Marquis de Boury
de la Maiſon de Pelevé. Humbert
le Goux Doyen de S. Vincent
de Châlons , & de Noftre-
Dame de Beaune , eſtoit Confeiller
Clerc au Parlement de Dijon
, ſous le Regne de Loüis XII.
La Famille, dés le Goux de la
Berchere , qui eſt de Bourgogne,
porte d'argent , à une teste deMore
GALANT. 173
:
de fable bordé d'argent , accompagnéede
trois Moletes de gueules;pour
Cimier une Teste de More bandée de
Sable , &pour Suppots deux Mores
de ſable les Teſtes de front .
Monfieur l'Abbé Fléchier , de
l'Academie Françoiſe, Aumônier
Ordinaire de Madame la Dauphine
, a eſté nommé Eveſque
de Lavaur , à la place de Monſieur
de la Berchere. On ne peut
pouſſer dans un plus haut degré
qu'il a fait l'éloquence de la
Chaire , avoir le gouſt meilleur ,
plus de délicatefle d'eſprit , ny
eſtre plus honneſte homme.
Meſſire Jean de Montpezat de
Carbon , Archeveſque de Sens .
Primat des Gaules & de Germamanie
, Abbé d'Homblieres, mourut
icy le s.de ce mois, âgé de 79.
ans , & fit paroiſtre par des dif
poſitions toutes Chrétiennes,qu'il
H3
174
MERCURE
ſe preparoit depuis long - temps
au compte qu'il devoit rendre de
ſes actions devant le Tribunal de
la Divine Juſtice. Sa Majesté le
nomma à l'Eveſché de ſaint Papoul
le 15. Juin 1658. & il y fit
fon Entrée le 1. Fevrier 1659.11
fut nommé à l'Archevéche de
Bourges le 28. Octobre 1664.Peu
de temps aprés à l'Archeveſché
de Toulouſe , & en 1674. à l'Archeveſché
de Sens , qui eſtoit vacant
par la mort de Meffire Loüis
Henry de Gondrin. Il a preſidé
en plaſieurs Aſſemblées Generales
du Clergé , dans lesquelles il a
rendu de grands ſervicesà l'Egliſe
& au Roy. Il a remply dignement
tous les devoirs d'un
bon & charitable Prelat par ſes
Exhortations , & par ſes Aumônes
, & a donné des marques d'une
prudence extraordinaire , &
GALANT. 175
d'une extrême douceur en toutes
fortes d'occaſions. Il eſt mort en
cette Ville où ſes continuellesinfirmitez
l'avoient obligé de demeurer
depuis l'Aſſemblée du
Clergé. Monfieur Cheron , Official
de l'Egliſe de Paris , qu'il a
fait Executeur de ſon Testament ,
Monfieur Mathieu,Curé de Saint
André des Arts ,& le Pere Bourdalouë
Jeſuite , qui l'ont aſſiſt
dans les derniers momens de ſa
vie , rendent témoignage de ſes
ſentimens pleins de ſoûmiſion
aux ordres de Dieu. Son Corps a
eſté déposé dans l'Egliſe de Saint
André des Arts ſa Paroiſſe , d'où
il a eſté transferé en fon Eglife
Metropolitaine de Sens , qu'il a
choifie pour ſa Sepulture. Il eſtoit
Frere de Meſſfire Joſeph de Montpezat
de Carbon , Evefque de
Saint Papoul , puis Archeveſque
H 4
176 MERCURE
de Toulouſe , & de Monfieur le
Comte de Tajan . Leur Maiſon
eſt l'une des plus Illuſtres de Gafcogne
, & l'on tient qu'elle tire
fon origine d'un Claudius Carbon
, ancien Romain ,que le Se
pat envoya en Eſpagne. Il eſt
certain que Jean de Carbon fut
un Homme illuſtre qui ſe ſigna.
la avec avantage dans la fameuſe-
Bataille que les Eſpagnols donperent
contre les Mores. L'Hiſtoire
en parle d'une maniere
tres -glorieuſe pour ceux de cette
Maiſon . Ce Jean de Carbon s'étant
retiré enſuite dans le Comté
de Bigorre , s'allia aux Comtes de
Foix , de Bigorre , de Pardia , &
de Montleſun de Bezemaux, dont
eſt ſorty Antoine Deſprez de
Montpezat, Chevalier des Ordres
du Roy, Maréchal de France,pluſieurs
grands Perſonnages , &
GALANT .
177
00
Meſſieurs les Archeveſques de
Sens & de Toulouſe. Cette Maifon
porte écartelé au 1. & 4. de
it gueules aux Balances d'or ; au 2 .
3. de gueules au Lyon d'argent ,&
Sur le tout d'azur à un Monde d'or..
L'Archeveſché de Sens , qui
eſt demeuré vacant par cette
mort , a eſté donné à Monfieur
Fortin de la Hoguete, Evêque de
□ Poitiers , & Neveu de feu Mon-
+ ſieur de Perefixe , Archeveſque
Et de Paris.Monfieur de la Hoguete
tſon Pere eſtoit Gouverneur de
Monfieur de Longueville . C'eſt à
luy que nous devons le Teſtament
d'un bon Pere à ſes Enfans .
& Nous avons eu peu de Livres de
nos jours , qui ayent fait un auſſi
grand bruit , & dont on puiffe
tirer plus d'utilité pour regler fes
moeurs , & pour ſe conduire avec
& prudence. Ce Prelat, qui eſt Dore
Η
14
178
MERCURE
&cur de Sorbonne , a eſté Agent
du Clergé , & l'on ne peut travailler
avec plus de fruit qu'il a
fait à la Converfion des Religionnaires
dans l'Eveſché de Poitiers .
La valeur n'eſt pas moins hereditaire
à cette Famille , que la pieté
& le ſçavoir. Monfieur le
Chevalier de la Hoguete ſon
Frere s'eſt diftingué en tant de
rencontres, qu'il eſt preſque parvenu
aux premiers emplois de
l'Epée.
Monfieur l'Abbé de Quincé ,
Fils du fameux Comte de Quincé
Genéral des Armées du Roy,
eſt devenu Eveſque de Poitiers
par ce changement. Il eſt d'une
vertu exemplaire , & abeaucoup
de délicateſſe d'eſprit.
Monfieur l'Evêque de Pamiers
ayant trouvé que l'Epiſcopat engageoit
à des devoirs qu'il apGALANT.
179
2
0
prehendoit de ne pas remplir
affez , a donné la démiſſion de
fon Eveſché , & a eſté pourveu
de l'Abbaye de S. Florent lez
Saumur , Ordre de Saint Benoift ;
Dioceſe d'Angers , qu'avoit feu
Monfieur le Cardinal Grimaldi.
Il eſt Fils de Monfieur de Bourlemont
, & Neveu de Monfieur
-l'Achevêque de Bordeaux.
. L'Evêché de Pamiers,que cette
démiſſion a rendu vacant, a eſté
donné à Monfieur l'Evéque de
Glandeve , & l'Evêché de Glandeve
à Monfieur Vertus de l'Oratoire
, Eveſque de Graffe. Sa
pieté eft connuë de tout le monde.
Il eſt Frere de Monfieur le
Comte de Crecy , Plenipotentiaire
pour le Roy en Allemagne,
&du Pere Verjus Jeſuite.
Monfieur l'Abbé de Viens a
cu l'Eveſché de Graffe. C'eſt un
:
H 6
180 MERCVRE
Homme de qualité de Provence,
Neveu de Monfieur de Vallavoir
, & de feu Monfieur l'Evêque
de Riez . On ne peut trop
louer ſon eſprit , ſon érudition ,
ſes bonnes moeurs , & ſes manieres
honneſtes . '
Ces jours paſſez Madame la
Ducheſſe du Lude , fit faire un
Service ſolemnel dans l'Egliſe
des Celestins , pour le repos de
l'Ame de Monfieur le Duc du
Lude , Grand Maiſtre de l'Artillerie.
Ce fut une magnificence
extraordinaire. Elle fatisfait par
un ſi pieux devoir la douleur
qu'elle reſſent de la perte d'un
Mary , qu'elle aimoit tres-tendrement
, & dont elle eſtoit tendrement
aimée.
Monfieur d'Argouges Conſeiller
d'Estat ordinaire , a eu au
Conſeil Royal la place de MonGALANT.
181
:
ſſeur Boucherat preſentement
Chancelier de France. C'eſt un
Homme d'un fort grand merite ,
dont je vous ay parlé pluſieurs
fois . Il a eſté Premier Preſident
au Parlement de Bretagne. La
Reine mere le conſideroit beaucoup.
Vous m'avez paru ſi ſatisfaite
de ce que je vous ay mandé dans
ma derniere Lettre , fur ce qui
regarde la Religion , vous y avez
veu un fi grand nombre de Converſions
faites de bonne foy par
des perſonnes d'eſprit , dont les
lumieres en ont entraîné d'autres,
&meſme des Villes entieres,que
je ne doute point que vous n'attendiez
que je vous apprenne
aujourd'huy , que cette Affaire ,
la plus importante qui ait jamais
eſté entrepriſe , eſt tout à fait
consommée. Elle eſt dans des ter
182 MERCURE
mes qui donnent lieu de le croire
; mais quoy que j'aye autant
de choſes à vous en dire quele
mois paffé , il me ſera impoffible
de le faire , à cauſe des grands
Articles qui rempliſſent déja ma
Lettre; & que quand elle ſeroit
moins avancée , il ne me reſteroit
pas encore affez de place
pour vous dire tout ce que l'on
m'a écrit fur cette matiere. Ma
premiere Lettre ſuplera à ce que
je ſeray obligé de reſerver. Depuis
ma derniere , on a publié
trois arreſts du Conſeil d'Etat du
Roy.
Le premier porte , que lesGentilshommes
nouvellement convertis
à la religion Catholique , reprendront
dans les Eglises les mesmes.
Places que leurs Ancestresy avoient
avant qu'ils se fuffent laiſſez infecterde
IHeresie , pourront de tous
Π
GALANT. 183
E
les honneurs que te changement de
Religion leur ont fait perdre , en
forte que ceux qui s'en font mis en
poſſeſſion depuis ce temps là , feront
obligezde les leur ceder. Cet Arreſt
eſt tout remply de prudence ,
puiſqu'il épargne toutes les Conteſtations
& les Procez qui pourroient
naître à l'égard des marques
d'honneur, dont les Gentilshommes
ſe ſont toûjours montrez
fort jaloux. Il eſt bon d'ailleurs
que les nouveaux Convertis ren--
trant dans leurs Droits , ayent la
ſatisfaction pendant le Service
Divin , de ſe voir placez , en lieu
d'où ils puiſſent bien voir& enrendre
tout ce qui concerne une
Religion dans laquelle ils peuvent
n'eſtre pas encore entierement
affermis.Cependant comme
le Roy eſt fort juſte , & que
lesperſonnes qui ont occupé ces
184 MERCURE
Places , & jouy de ces honneurs,
pendant queles Gentils hommes
qui viennent de faire Abjuration ,
ont profeſſé la Religion Pretenduë
Reformée , peuvent avoir
acquis quelque titre qui leur donne
droit de les cõſerver,Sa Majesté
les laiſſe en pouvoir d'agir par les
voyes ordinaires de la luſtice.
Le ſecond Arreſt porte défen-
Ses à tous Avocats , faiſant actuellement
profeſſion de la Religion Pretenduë
Reformée , de faire aucunes
fonctions d'Avocat en quelque Cour
&Jurisdiction que ce puisse estre..
Sa Majesté par ſa Declaration
du 11. Juillet dernier , avoit déja
ordonné qu'il ne ſeroit plus receu
aucun Avocat Religionnaire ; &
ayant reconnu depuis la publication
du dernier Edit qui interdit
dans tout le Royaume l'Exercice
de la Religion Pretenduë Refor
GALANT.
185
mée, qu'il eſtoit d'unedangereuſe
conſequence de laiſſer continuer
les fonctions d'Avocats à
ceux qui étoient déja receus , à
cauſe de l'abus qu'ils pourroient
faire du credit que leur donne
leurprofeſſion ſur ceux des Prétendus
Reformez qui leur confient
leurs Affaires ,& que ſe fervant
contre eux de leur confian
ce , ils pourroient les empeſcher
de ſe convertir , Elle a voulu y
pourvoir par l'Arreſt dont je vous
parle. Vous en voyez les raiſons ,
& elles vous paroiſtront ſans
doute une ſuite de cette ſageſſe
qui ne ſe dément jamais .
Le troiſiéme eſt une Inter
pretation de l'Arreſt du Conſeil
d'Eſflat , rendu le 18. Novembre
1680. par lequel le Roy avoit
accordé une ſurſceance aux Marchands
nouvellement convertis . -
186 MERCURE
A
Sa Majeſté ayant eſté avertie
qu'ils pretendent ſe ſervir entoutes
fortes d'Affaires du Benefice
qui leur a eſté accordé , & particulierement
en celles qui regarde
leur Commerce avec les Etrangers
, ce qui porteroit un préjudice
notable à celuy de ſes Sujets,
Elle a ordonné que laſurſeance portée
par l'Arrest de 1680 n'aura aucun
lieu pour les Lettres & Billets
de Change , ny pour les affaires que
les Marchands negotians & Com.
miſſaires François pourroient avoir
avec les Etrangers pour raiſon de
leur Commerce. Cette prévoyance
de Sa Majesté prévient quantité
d'abus & de deſordres , & marque
la bonté qu'Elle à pour les
Etrangers.
Il y a eu auſſi deux Declarations
du Roy, quiont eſté enre--
giftrées au Parlement le 17. de ce
GALANT. 187
-1
mois. L'une porte , qu'il ne fera
- donné pour Tuteurs , Subrogé . Tu
tears ou Curateurs aux Enfans dont
les Peres ou Meres font morts ou
mourront de la Religion Pretenduë
Reformée , que des personnes dela
Religion Catholique , pour avoir
Soin de leur éducation & de leurs
biens. Sa Majeſté toûjours équitable
& toujours prudente , remedie
par là à de grands abus.
En effet , les Tuteurs Religionnaires
ſe ſervant de la puiſſance
Aque cette qualité leur donnoit fur
( leurs Pupilles , les traitoient ſeverement
lors qu'ils témoignoient
quelque deffein de ſe convertir ,
2 & leur refuſoient meſme les chofesles
plus neceſſaires , fous pretexte
que l'eſtatdes biens ou des
- affaires de la ſucceſſion de leurs
Peres & Meres ne permettoit pas
t qu'on les élevaſt ſuivant leur cone
188 MERCURE
1
dition .On a découvert auſſi quelques
uns de ces Pupilles, n'ayant
pas laiſſé malgré ces chagrins ,
d'abjurer une Religion dans laquelle
ils eſtoient perfuadez
qu'ils ne pouvoient faire leur fa .
lut , leurs Tuteurs en haine de
ce changement , ont tellement
embaraſſé leurs affaires , qu'ils
en ont receu de grands préjudices
lors qu'ils ont eſté Majeurs.
Il étoit tres important de remedier
à ces defordres , & c'eſt ce
que Sa Majesté a fait par cette
premiere Declaration .
La ſeconde ordonne , Que fi
quelques Religionnaires fortent du
Royaume fans permiſſion , & en dérobent
la connoiſſance aux Juges ordinaires
des Lieux , ceux qui les découvriront
ou dénonceront , feront
mis en poſſeſſion de la moitié des
fonds qu'ils auront dénoncez dans
GALANT. 189
les Pays où la Confiscation a lieu ;
& que dans ceux où elle n'est pas
receuë , la moitié desfruits & revenus
des biens qu'ils découvriront ,
leur ſera donnée , sans qu'on ait
égard à ce qui pourroit estre opposé
de la part des Parens & Heritiersde
ceux des Religionnaires quifeferont
ainsi retirez . Cette Declaration
remedie à la negligence des Juges
des Lieux , qui n'apportant
pas aſſez de ſoin pour proceder
contre les Pretendus Reformez
qui s'échapent du Royaume ,
ſont cauſe qu'ils continuent à
joüir des biens qu'ils y ont laiſ
ſez , ſoit au moyen des Contrats
de ventes,Ceſſions ou Tranſports
fimulez faits au profit de leurs
Parens & Amis , ſoit par d'autres
voyes cachées. Vn peu de rigueur
apparente pour ramener
les opiniatres , eſt avantageuſe à
)
190
MERCURE
4
ceux à qui elle ſemble nuire , &
l'on ne ſçauroit trop faire pour
les intereſts de la vraye Reli-
' gion .
Quoy que j'ayé encore à vous
parler de Villes entieres converties
, & que de ſi grands effets de
la Grace & des ſoins du Roy , duffent
me faireconfondre les particuliers
avec la multitude , il y en a
neanmoins beaucoup quidoivent
eſtre tirez de la foule , & qui s'étant
diftinguez meritent de l'eſtre
dans toutes les occaſions où leur
exemple peut contribuer au falut
de leur prochain .Monfieur Chardon
fameux Avocat eſt de ce
nombre . S'il s'eſt converty des
derniers, c'eſt parce qu'il a voulu
eſtre ſi bien éclaircy de la religion
qu'il fongeoit à embraſſer ,
qu'il ne luyreſtaſt aucunſcrupule.
Il avoue qu'eſtant né dans une
GALANT. روا
T
Religion tolerée , il y estoit demeuré,
Sans avoir eu le temps jusqu'icy d'en
approfondir les erreurs ; mais que.
lors qu'il y avoit fait reflexion , il
avoit fenty qu'une Religion ſi nouvelle
ne pouvoit eſtre la veritable ,
& qu'il n'avoit pû douter qu'elle
neust le fort de ceux qui ayant fait
des fortunes trop prodigieuses , se
trouvent élevez fi haut , qu'il est
presque impoffible qu'ils ne retom
bent dans le neant d'où ilsfont fortis.
Depuis que ce celebre Avocata
fait Abjuration , il a plaidé
la cauſe de Dieu en pluſieursendroits
où il s'eſt trouvé avec des
Pretendus Reformez , & leur a
fait connoiſtre qu'il ne s'eſtoit
converty qu'aprés avoir exami
né à loiſir & meurement tout ce
qui regardoit l'une & l'autre religion
, & que s'il n'euſt pas eſté
pleinement convaincu des er
192
MERCVRE
reurs de celle de Calvin , rien au
monde n'auroit eſté capable de
l'engager à s'en ſeparer.
Nous avons encore eu icy une
Converſion quia fait beaucoup
de bruit , & qui a eſté ſuivie de
quantitéd'autres. C'eſt celle de
Monfieur Foreſtier natifde Montpellier,
qui ayant eſté en Hollade
dés l'âge de fix ans y fut élevé,&
employé par les Etats Generaux,
premierement auprés de Monſieur
le Marquis de Monpoüillan ,
Lieutenant General de leur Cavallerie
; il eſtoit auprés de luy en
qualité de Miniſtre , &il eut cette
meſme qualité auprés de leurs
Ambaſſadeurs à Conſtantinople
& à Smirne , & en dernier lieu
auprés de l'Ambaſſadeur qu'ils
ontaujourd'huy en France. Ila
fait Abjuration entre les mains
de Monfieur l'Archeveſque de
Paris,
GALAN T.
193
=
'
Paris , & a proteſté qu'à l'avenir,
il conſacreroit ſa vie au ſervice
de l'Egliſe Romaine. Quelques
gens chagrins de ce changement ,
& qui d'ailleurs n'eſtoient pas
trop fatisfaitsde ce qu'il penetroit
dans leur conduite plus qu'il
n'auroient ſouhaité , l'ont accuſé
de quelques defordres afin de
noircir ſa Converſion ; mais malgré
tout ce qu'on a pû faire , la
verité aeſté connuë , & il n'a aucun
beſoin que je juſtifie ſon
innocence.
Le 15. de ce mois , Monfieur
Frizes , qui a eſté.Receveur Ge-
-neral pour Sa Majesté dans la
Generalité de Montpellier , fic
Abjuration avec toute ſa Famille
& ſes Domeſtiques entre les
mains de Monfieur l'Archevefque
de Paris . Il deſcend de feu
Meſſire Simeon Frizes , Baron de
Novembre 1685 . 1
194
MERCURE
Sauve en Languedoc , qui fut
Secretaire d'Etat & des Commandemens
, ſous les Regnes de
Charles IX. Henry III . & Henry
IV. Sa Converfion qui s'eſt faite
en prefence de quantité de perſonnes
de qualité & de merite , a
eſté d'une grande édification , &
doit ſervir d'autant plus à perſuader
les plus obſtinez , que Monſieur
Frizes eſtoit un des vingtquatre
Anciens du Confiftoire
de Charenton. Il avoit toûjours
paru des plus zelez pour la Religion
de Calvin ,& il n'a épargné
aucuns efforts pour la ſoûtenir
tant qu'illa cruë bonne.
Dans le temps que le Tombeau
du Mareſchal de Gaffion
s'eſt trouvé enſevely ſous les ruynes
de Charenton , la derniere
perſonne de ce nom a fait Abjuration
de l'Hereſie entre les
GALANT.
195
mains du Pere Robinet Jefuite,
Elle est du Dioceſe de Bourges,
Veuve de Meſſire Frederic Henry
de Gaſſion , & s'appelle Suſanne
Durand. Elle ne s'eſt convertie
qu'aprés s'eſtre fait inſtruire
pendant une année entiere ,
& avoir elle- meſme verifié tous
:les Paſſages de l'Ecriture , qui
pouvoient ſervir à la détromper.
Monfieur & Madame la Marquiſe
de Loſtange ont fait la mêmeſine
choſe, & s'y ſont ſentis tellement
pouffez par la verité de
la Religion Catholique , que
l'Edit de Nantes n'eſtoit pas encore
revoqué lors qu'ils ſe ſont
convertis.
Le bruit que fit il y aun an
l'Abjuration de Monfieur d'Arbaut
, Gentilhomme de Niſmes
de l'Academie Royale d'Arles ,
m'oblige à vous informer des fui
2
196 MERCURE
tes qu'elle a euës à l'égard de Mademoiſelle
d'Arbautſa Fille.C'eſt
unejeune perſonne qui a un merite
& des qualitez auſſi diſtinguéesqu'il
y en ait parmy celles
de ſon ſexe qui font eſtimés les
plus accomplies . Ce digne Pere,
qui avoit paſſé dans les plus confiderables
Emplois dont ceux
de la R. P. R. favoriſent les plus
zelez de leur Secte , & quiayant
d'ailleurs des talens extraordinaires
, s'eſtoit toûjours trouvé dans
les Affaires les plus importantes
& les plus ſecretes de
cette Religion , fut enfin affez
heureux pour eſtre deſabuſé
de ſes erreurs par les ſoins de
Monfieur l'Eveſque de Mirepoix.
Il s'attira par ſon Abjuration
l'eſtime des Etats de Languedoc
qui luy en marquerent une
extrême joye ; mais dans ce bon
GALANT .
197
heur il eut le chagrin de ſe voir
abandonné de Madame d'Arbaut
efa Femme , qui le quitta avec
ſept ou huit de ſes Enfans , & ne
luy laiſſa que Mademoiselle d'Arbaut
ſa Fille aiſnée , que ſa prudence
& d'autres raiſons retinrent
auprés de luy , ſans qu'elle
donnaſt aucun ſujet d'eſperer
qu'on puſt luy rendre ſuſpectes
les maximes deCalvin , dans lefquelles
elle paroiſſoit entierement
invincible.Une opiniâtreté ſi peu
communedans unejeune perſon.
ne , qui avoit devant les yeux
l'exemple d'un Pere ſcavant &
habile , étonnoit tous ceux qui
tâchoient de la combattre. Elle
dura une année, mais enfin Monſieur
d'Arbaut , aprés des ſoins
&des remontrances inutiles , l'ayant
fait reſoudre de paſſer quelques
jours à Arles auprés de ma
13
198 MERCURE
dame l'Abbeſſe de Saint Cefaire ,
Scoeur de Monfieur Roſe , pendant
qu'il alloit ailleurs pour quel.
ques affaires , on gagna fur fon
eſprit , qui eſt d'une délicateſſe,
&d'une force admirable, qu'elle
entreroit dans des converſations
aiſées , & fans contrainte , avec
quelque ſçavant Eccleſiaſtique
qu'elle choiſiroit pour s'inſtruire
des veritez de la Religion Catholique.
Le Pere Theophile, qui
a eſté Provincial des Carmes déchauffez
, tres habile Theologien
& Predicateur , ayant eſté prié
de la voir , luy fit ſi bien connoî
tre l'erreur où ſa naiſſance l'avoit
engagée, qu'aprés pluſieurs Conferences
ſe ſentant entierement
convaincuë, elle conſentit à faire
Abjuration , & le fit ſçavoir à
Monfieur l'Archeveſque d'Arles .
Il en eut une joye qu'il ſeroitdifGALANT.
199
ficile d'exprimer , & malgré ſon
âge extremément avancé ,il vou
lut faire luy-même les Ceremonies
de cette Abjuration. Elles furent
faites la veille de la Toufſaints
dans la Chapelle de ſon
Palais , qui quoy que fort grande,
ſetrouva toute remplie d'un concours
extraordinaire de Perſonnes
de qualité. Ce Prelat reveſtu
de ſes habits Pontificaux fit un
Diſcours fi touchant , & fi plein
de force &d'érudition , & l'accompagna
d'une ſi grande effufion
de larmes de tendreſſe, qu'il
fut impoſſible à toute la Compagnie
de s'empeſcher d'en verſer.
Cette jeune Demoiſelle s'acquitta
de cette action d'une maniere
toute édifiante , & fit ſa Profefſion
de Foy , avec un zele qui ne
laiſſa point douter qu'elle ne fuft
veritablement penetrée des veritez
Catholiques.
14
200 MERCURE
Paris fuit l'exemple des Provinces
, & on y voit tous les
jours des Converfions ſans nombre.
Il ne manquoit aux Hereti
ques que d'écouter ce que leurs
Miniſtres apprehendoient qu'on
ne leur expliquaſt trop clairement
, parce qu'ils fçavoient que
la verité leur feroit bientoft connuë.
Jugez combien ils doivent
aux bontez du Roy, qui les ayant
mis en quelque forte d'obligationde
ſe faire inſtruire ,les a mis
enmeſme temps dans la voye du
Salut.En effet la pluſpart avoüent
qu'ils y ſeroient entrez bien plûtoſt
, ſi on ne les avoit pas détournez
d'entendre la verité qu'ils
reconnoiffent preſentement.
J'apprens que Monfieur Amproux
Conſeiller au Parlementde
Paris, furprit agreablement tous
ceux de ſaCompagnie en entrant
GALANT.
201
parmy eux comme Catholique ,
le jour qu'on fit la Mercuriale.
Comme les Lettres de Monſieur
Allard , Ancien Preſident
en l'Election de Grenoble , vous
ont toûjours paru curieuſes , &
que fa derniere parloit des premieres
Converſions du Dauphiné
, je ne dois pas oublier à vous
faire part de celle que je viens
d'en recevoir. Vous y trouverez
la ſuite du changement qui s'eſt
faiten cette Province.
A L'AUTEUR
DU MERCURE GALANT.
J
A Grenoble le 17. Novembre 1685 .
E vous ay instruit , Monfieur , par
ma Lettre du 6. d'Octobre dernier,
de pluſieurs Conversions arrivées
en cette Province , &je vous ay promis
de continuer à vous faire part
15
202
MERCURE
des progrès que la Grace & les admirables
cooperations de nos Calvinistes
ont heureusement achevez ,
Enfin , graces au Ciel, tout le Dauphiné
est aujourd'huy d'une mesme
Religion. Les Pretendus Reformez
de la Ville de Grenoble , commencerent
à défiler le mesme jour que je
vous écrivit ; & le Dimanche fuivant
on lesvit courir en foule à l'Eveché
dont les Chambres , les Salles ,
les Cabinets , les Chapelles , les Degrez
& les Courts furent d'abord fi
remplis , qu'à peine pouvoit
trouver un endroit vuide. Mesfire
Laurent de Perifſſot , Seigneur d'Allieres
& de Giere , President au
Parlement , qui a fuccedé à fon
Pere dans la mesme Charge , Noble
Ifaac de Chabrieres Seigneur de
Baix ; Noble Alexandre Pasqaal,
Seigneur du Roure & de Meirins ,
Confeillers au mesme Parlement,
on
GALANT.
203
qui ont fervy en la Chambre Mipartie;
Noble Sanfſom Vial Treforier
de France, &pluſieurs Gentilshommes
de cette Ville&de la Campagne
qui se rencontrerent alors à
Grenoble , donnerent les premiers
exemples , qui furentfuivis avec
empreſſement de tous les Protestans
du dernier ordre. Cenx des autres
lieux de la Province ne l'eurent pas
plutostfceu , que d'un commun confentement
ils firent leur declaration
entre les mains des Prelats , ou des
Carez des Paroiſſes , en forte que
tout est aujourdhuy Catholique.
Monfieurle Bret nostre Intendant.
& Monsieur de la Trouffe Lieute
nant General , ont esté à Mens as
commencement de ce mors , poury
faire raffer le feul Temple qui reftoit
debout, avec celuy de Grenobles.
mais celuy- cy ayant esté destiné ,
par Arrest du Conseil du 6. Aoust
16
204
MERCVRE
dernier , pour faire une Eglise Pa
roiſfiale pour les Fauxbourgs de cette
Ville on le laiſſe en l'estat qu'il
est , tres. bien basty d'une forme
octogone , couvert d'ardoises à la
Mansarde , entouré d'une grande
Court garnie presque par tout de
plusieurs rangs de Tilleuls, fermée
par un grand Portail , & par de
fortes & hautes murailles. Voilà,
Monfieur, de quelle maniere a finy
une Religion commencée en cette
Province fous le Regne de Henry II.
portée dans le coeur de la pluſpart
de ceux qui l'embraſſerent , par les
violences de François de Beaumont
Baron des Adrets , par les perfuafions
deCharles Dupuy Marquis de
Montbrun , & par l'authorité de
François de Bonne Seigneur de Lefdiguieres
, & qui fut foûtenuë
par quelques Princes du Sang quá
S'estoient laiſſez malheureusement
GALANT.
205
A
11
corrompre . Ce fameux changement
devoit arriverſous le Regne du plus
grand Monarque de la terre , Sous
Mun Regne tout remply de miracles,
. & dont l'Histoire étonnera la Pofterité
la plus éloignée. Iln'y a au-
* cune Province en France où il y eut
tant de Religionnaires à proportion
qu'en celle-cy Elle a mesme produit
pluſieurs Ministres ſçavans, des Ouvrages
desquels j'ay parlé dans ma
Bibliotheque de Dauphiné , & parmy
eux a esté Guillaume Farel, premier
Ministre de Genève, au com.
mencement de ſa corruption méme
avant Calvin. La Chambre de
l'Editfupprimée en 1679.fut creée
en 1577. Au commencement il n'y
eut qu'un President & quatre Con- .
feillers , & à la fin on y mit fix
Conseillers & on la fit mipartie.
Voicyle Rolle des Officiers Prote
Stans qu'elle a eus depuissa créa
tionjuſquesà preſent, 海
206 MERCURE
PRESIDENTS.
Jacques Colasla Madelaine, estoit
d'Orange.
Vincent Gentillet estoit du Diocese
de Vienne , & nous a laissé plufieurs
Ouvrages dont je parle
dans ma Bibliotheque de Dauphine,&
dans mon Dictionnaire
de la mesme Province.
Soffrey de Calignon , qui fut ensuite
Chancelier de Navarre , dont
¡'ay composé & fait imprimer
la Vie.
Barthelemy Marquet de Valence,
dont la Famille est Catholique
depuis long-temps.
Charles Ducroz, dont la Famille
fubfifte encore dans la Ville de
Die , & qui vient de ſe convertir.
Samſon de Periffol Seigneurd'Allieres&
deGiere.
Laurent de Periffol ,de la converGALANT
. 207
σ
fion dequelie viens de parler, &
qui par ce moyen est devenu le
Second President du Parlement.
CONSEILLERS :
Soffrey de Calignon , quifut ensuite
President ; Sa Famille ſubſiſte
encore.
Vincent Gentillet qui fut auſſi Prefident.
Pierre Fauvet , dont la Famillefinit
en luy.
Jean de Savaſſe , de mesme.
Barthelemy Marquet , qui a esté
auſſi President .
Charles de Veilheu , dont la Famille
est éteinte de nos jours , & estoit
ancienne.
Marc Vulfon ; Sa Famille fubfiste
par des Collateraux. Nous avons
de luy quelques Ouvrages imprimez,
que je rapporte ailleurs.
Gaspard de Gilliers . Un autre Gafpard
de Gilliers Son Neveu ,
208 MERCURE
eſté Conſeiller en la Chambre de
l'Edit de Paris , & s'est converty
ily a long- temps.
Jacques de Calignon, Frere du Chancelier.
Daniel Armand , dont la Famille
Subſiſte pardes Collateraux.
Jacques de Martinel, qui a des Succeffeurs
defon nom.
Michel de Gilliers, Fils de Gaspard.
Iacques de Vest d'Espeluche , dont le
Fils&le petit Fils ont fuccede en
Ja Charge. L'ay composé &fait
imprimer la Genealogie de fa
Maiſon , dans le premier Volume
de l'Histoire Genealogique decette
Province.
Abel de Calignon , Fils du Chancelier.
Alexandre de Perrinel , dont le
Marquis d' Arzeliers eft Fils .
Charles Thonard estoit Etranger,&م
n'a laissé qu'une Fille mariée au
Barondes Adrets .
GALANT .
209
Pierre Armand , Fils de Daniel.
Pierre Ducroz , Fils du Prefideut.
Alexandre de Vesc d'Espeluche ,
Fils de lacques.
Ifaac de Chabrieres , qui vient deſe
convertir, &est lefecond Confeiller
du Parlement .
Alexandrede Bardonnenche,de la
Famille & de la Converfion du.
quelje vous ay écrit autrefois .
Hector d'Agout de Bonneval , de la
Famille des anciens Comtes de
Sault , comme j'ayfait voir en la
Genealogie que j'ay fait imprimer.
Son Fils , Seigneur de la Vorepre
, a fait son Abjuration de
la plus genereuſe maniere du
monde , & il vient d'épouserMademoiselle
de ta Baume, Fille d'un
Maistre des Comptes.
François d'Yſe de Rofans , dont j'ay
außi compofé & fait imprimer
la Genealogie au 3. Volume.
210 MERCURE
Iacques d'Yſede Saleon fon Fils , de
l.a Converfion duquel je vous ay
parlé en ma precedente Lettre.
Marc- Conrard Sarrafin de la Pierre.
Sa Famille est Etrangere.
Alexandre de Vesc de Lalo , dont
la Conversion est fortement fouhaité.
Comme il est à Paris , il
n'a pûfuivre les judicieux exemples
defes Collegues qui font en
Dauphiné.
Pierre Chaluet est mort , &à laiſſe
un Fils qui s'est converty.
Alexandre Pasqualdu Roure,dont
jeviens devous parler. Jeſuis vô-
Stre,&c .
Ce n'eſt icy que la moitié de
la Lettre de Monfieur Allard .
L'autremoitié regarde une autre
matiere ,& je la reſerve pour le
mois prochain , auffi - bien qu'un
fort grand nombre d'Articles cuGALANT.
211
:
:
rieux touchant des Converſions
éclatantes ,& principalement ce
qui s'eſt paſſé à Roüen , à Caen ,
à Sedan , & au Paysde la Marche,
dont j'ay de tres- exactes Relations
, avec des) Difcours prononcez
ſur ce ſujet , qui ont eſté
admirez , & des Lettres fort eftimées.
le vous feray partdetoutes
ces choses; & comme les grands
progrez que fait la Religion de
tous coſtez , ſont deus au zele du
Roy , je ne puis mieux finir cet
Article que par le Rondeau que
je vous envoye. Il eſt de Monſieur
de Benſerade. Cet illuſtre
nom donne un ſi grand poids à
tous le Ouvragesqui le portent,
qu'il n'est pas beſoinde vous en
rien dire davantage .
Il y a quelques années que je
vous envoyay toute l'Hiſtoire du
Comte Tekely dans une de mes
:
212 MERCURE
lettres. Je vous marquay qu'aprés
la Conſpiration des Comtes de
Serin & Tettembac , & du Marquis
de Frangipanz , on voulu
ſe ſaiſir du Chasteau &des biens
de ſon Pere , non qu'il eut trempédans
cetteConſpiration , mais
parce que d'auſſi puiſſans Sujets
que luy eſtans redoutables , que
ce qui venoit d'arriver devoit le
rendre ſuſpect , le Pere de Teке-
ly fit ſauver ſon Fils déguisé en
Fille , & mourut bien- toſt aprés
Les Proteftans de Hongrie ſe
fouleverent , & Terely ſe trouva
à leur teſte à l'âge de dix ſept
ans. Cette Rebelion augmenta ,
& l'eſprit de Tekely la rendit affez
heureuſe. Enfin , ſoit que les
Turcs fuſſent appellez en Hongrie
par ces rebelles , foit que les
Troubles que ce jeune Comte
foûtenoit , leur euſt fait croire
GALANT .
213
qu'ils en feroient mieux leurs affaires
en Allemagne , ils y fondirent
, comme vous avez ſçeu . Ils
eurent du deſavantage devant
Vienne , & l'année ſuivante les
Allemans en eurent devant Bude.
Mais ces derniers ſecourus
de toutes parts , & fur tout de
l'argent du Pape , & défendant
d'ailleurs la cauſe de Dieu , ont
eu des avantages ſi grandsdans la
derniere Campagne, & contre les
Turcs, & contre les Mécontens,
que le Grand Seigneur voyant
murmurerſes Peuples , & apprehendant
un Soulevement de ce
murmure , a cru devoir leur faire
voir celuy qu'il pretend eſtre
l'Autheur de la Guerre , afin de
les apaiſer par ce qu'il jugera à
propos de refoudre de ce Comte,
&c'eſt pour cela que les Turcs
qui ſontadroits luy ont tendu les
214 MERCURE
pieges que vous avez ſçeu , pour
le faire tomber entre leurs mains .
Cependant ils ont ignoré leurs
vrays intereſts puis que le Comte
Caprara avoit receu ordre de
l'Empereur de lever le Siege de
Caffovic ,ce qu'il auroit fait le
lendemain ; mais les choses ont
د
tournétout autrement. Le Bacha
de Varadin ayant dit au Comte
Petrozzy Conſeiller , & intime
Amy de Tekely qu'il devoit
prendre le Commandement des
Troupes , & marcher au ſecours
de Cafſovie. Ce Comte au heu
d'aller trouver les Rebelles , en
voya un Deputé au Comte Caprara
pour le prier d'obtenir ſa
grace de l'Empereur , & le même
jour qui eſtoit le 25. d'Octobre
, il fit rendre Caſſovie. Les
Rebelles furent enſuite incorpo
rez dans les Troupes de Sa MaGALANT.
215
jeſté Imperiale , & l'on marcha
du coſté de Mongats. Cette Fortereſſe
qui appartient au Comte
Tekely , & dont la priſe rendroit
l'Empereur Maiſtre de toute la
haute Hongrie. Les Turcs n'ont
pas eſté plus heureux du coſté de
la Pologne,quoy que leur Armée
jointe à celle de leurs Alliez, ſoit
beaucoup plus nombreuſe que
celle des Polonois , ils n'ont pû
jetter aucun ſecours dans Kami-
* niek , & ont meſme eſté pouſſez
pendant quatre ou cinq jours par
les Polonois. C'eſtoit tout ce que
ces derniers pouvoient faire cette
Campagne , ayant des Troupes
beaucoup inferieures à celle
de leurs Ennemis .
Comme les deſordres qui ſont
arrivez dans la Hongrie font
grand bruit depuis long-temps ,
je croy vous donner à vous & à
216 MERCURE
vos Amisune nouvelle agreable,
en vous apprenant que le Sieur
de Luynes & la Veuve Blageart ,
vontdébiter un Livre nouveau ,
intitulé Hiſtoire des Troubles de
Hongrie. Elle eſt diviſée en trois
Volumes ,& contient tout cequi
s'eſt paſſe à l'égard des Mécontens
depuis l'année 1653. On y
voit la naiſſancede leur revolte ,
& les progrez qu'elle a eujuſques
à preſent. Cette Hiſtoire.
nous manquoit ,& on eft obligé à
l'Auteur , du ſoin qu'il a pris de
ramaſſer en un Corps les divers
Memoires qu'il a trouvez-
Le ſecond Air nouveau que je
vous envoye , eſt d'un autheur
fortcelebre.
.
AIR
GALANT.
217
AIR NOUVEAU.
Vt- il jamais un plus charmant
bonheur !
D'un vin choisy ma cave est
pleine,
Et ma Philis enfin ſenſibleà mon
ardeur ,
Aprés tant de rigueurs ceſſe d'eftre
inhumaine.
Entre ces deux plaisirs je partage
mon coeur ,
La nuit est à Philis , le jour à ma
bouteille.
L'une & l'autre fans ceffe me reveille
,
Fut- il jamais un plus charmant
bonheur!
La premiere Enigme du dernier
mois, a eſté faite ſur le mot de
l'ombre , & il a eſté trouvé par
Novembre 1685 . K
218 MERCURE
Mrs N. de Leſtang ; Il Cavalier
Fredino ; Dom Radigues de la
ruë S. Severin ; Rault de Roüen ,
& l'Amant du bon Tabac de Brefil
, ces trois derniers l'ont expli
quée en Vers .
Lemot de la ſeconde Enigme
étoit l'Epy de bled. Ceux qui l'ont
expliquée dans ſon vray ſens,font ..
Meffieurs d'Eſtouteville de Toury;
de Bordoüilla le Fils,de Roüen;
Henry Bachelet , Tapiffier ; P.
Carrier de Roüen ; de Cour de
Bondevaux ; de la Bournat de
Clermont ; l'Habitant de Saumur
la belle Tranquille de la
Porte de Richelieu , & la Spirituelle
de Lorme de Vitré . En Vers
Le Charpentier , Receveur des
Tailles à Romorantin ; l'Epinay
Buret de Vitré , Avice de Caën,
ruë de la Harpe ; le Roux , Medecin
à Vitré ; de Souveras ; C.
GALANT.
219
F. Lourdet, du quartierde la Plaçe
Maubert ; l'Adroit Manchot
de la rue Garanciere ; l'Homme,
a plus d'une affaire; la Brunette
Favorite du petit Colin; & la plus
aimable Brunette du petit Baptiſte
de la rue Saint Germain.
Ceux qui ont trouvé les vrais
mots de l'une & de l'autre , ſont
Meffieurs de Sorbiere , Banquier,
ruë des cinq Diamans ; Rey Doteur
en Medecine , Le voiſin de
l'aimable Ducretde Lyon , Rouftain
de Toulon , Bouchet Gra
veur de Lyon ; le petit Vaſſan
de la petite Fan ; l'Amant des
bons Hotteurs, de la ruë des Paſtoreaux
d'Orleans ; l'Aſſemblée
de lacroix , de Saint Estienne de
l'Jfle en Flandre. En Vers, L. Bouchet,
ancien Curé de Nogent le
ROY , Horde de Senlis, Larcange,
de Bourbon l'Archambaut; le pes
2
220
MERCURE
tit Colin ; & le petit Baptifte
Frere du petit Colin de Pethiviers:
Gyges; Alcidor , la Belle
Nourriture; Silvie ; l'Hermophi
le du Hoc ; la petite Aſſemblée
A. & la petite AffembléeG. ces
fixdu Havre.
3
Voicy deux Enigmes nouvelles;
les Penſées en ont eſté fournies
par Diane , au Berger de Flore
, qui n'a fait que les mettre en
Vers; & Diane ou Suſane eſt cette
jeune Enjouée dont il eſt parlé
dans le dernier Extraordinaire
P.301
TE
ENIGME.
رک
me rends familiere affez facilement.
Aux plus huppez je chante des injures
Je meplais à voler , &voleimpuné
ment ,
GALANT. 121
Sans avoir peur des fers n'y des
tortures.
Ie n'ay qu'un seul habillement ,
La mode & laſaiſon n'y font nul
changement ,
C'est une robe fort legere
Où le blanc & lenoir on leur compartiment
,
De la mesme façon que l'avoit ma
Grand-Mere.
Iefuis pourtant d'un affez grand
renom ,
Gens du plus haut étage ont eu cinq
fois monnom , 1
Le Tartuffe l'affecte,&le Saint le
revere.
Fadis quandj'estois Fille, on m'ac
cufa d'orgueil.
K 3
222 MERCURE
Sur la qualité de Chanteuse;
Et de là vient , dit-on , que jeporte
le deüil.
Aujourd'huy l'on m'estime unegran
de Caufeufe ,
Sur tout lors que je n'ay qu'un
oeil.
H
AUTRE ENIGME .
Eros enfait de patience ,
Iefouffre , belas ! jusqu'aux derniers
abbois ,
Mépris , injure , coups , toute forte
5
d'offence ,
Sans faire aucune reſiſtance ,
Etfans mesme employer ma pitoya
ble voix ,
Amadéfense.
Le paſſe auſſi mes jours comme les
Penitens ,
GALANT.
223
Dans le travailpreſqu'en tout
temps ,
Mangeant peu , couchant ſur la
dure.
Ne beuvant jamais que de l'eau,
Vestu de gris ,fans bonet ny chapeau:
Mais bien que pauvre creature
On tire un honneste Tribut
De la plupart des peines que
j'endure ;
Et j'ay toûjourssur moy lesigne du
Salut .
Monfort ne cauſe point d'envie;
- Car s'il ne m'avient pas d'eftre mangé
des Loups .
Après ma mort je reçoy plus de
coups ,
Que je n'en eus pendant ma vie.
I'ay des Freres de lait ,& d'autres
de renom;
De ces derniers grande est la multitude
,
K 4
224
MERCVRE
N'en es tu point , dis moy , toy qui
cherches mon nom ?
En vain , s'il est ainsi ,tu mets- la
ton étude.
Iamais tu ne le trouveras ,
A moins que tune ſcaches
D'un Amy francquine te flatepas,
Ce que sous ton sur tout tu caches.
Je vous ay quelquefois parlé
de Monfieur de Bonrepaus , Intendant
General de la Marine ,
& des Armées Navales de Sa
Majesté , dont il s'acquitte avec
beaucoup d'intelligence & d'exatitude.
Ce fut luy qui entra dans
Genes, lors que M. le Marquis de
Seignelay étoit devant cette Place.
Tout le monde ſçait qu'il
n'oublia rien pour perfuader aux
Genois ce qu'ilsdevoient faire ,
afind'eviter les bombes qui cau
GALANT.
225
ferent de fi grands defordres
dans leur Ville. Le meſme M.
de Bonrepaus vient eſtre pourveu
de la Charge de Lecteur ordinaire
de la chambre du Roy ,
fur la Demiſſion volontaire de M.
l'Abbé de Dangeau. Vous pouvez
croire qu'ayant toûjours fervy
le Roy avec autant de zele
que de ſuccès , il en a eſté receu
avec beaucoup d'agréement.,
Ie ſçay Madame , que vous n'avez
pas eſté la ſeule perſonne que
la nouvelle de la mort de M.
Cortin employée dans ma derniere
Lettre ait alarmée ; vous
avez cru que je parlois de celuy
quia fait voir tantd'eſprit & tant
de zele , dansles importans em
plois que ſa Majesté luy a confiez.
C'eſtoit cependant de M.
Courtin , ancien Conſeiller d'Etat
, qui y a autrefois eſté en Alle-
)
226 MERC VRE
magne & en Suede ,& qui vivoit
depuis quelque tems dans une
grande Retraite . le remets au
mois prochain , tout ce qui regarde
l'ouverture du Partement ,
&des autres Cours Superieures
du Royaume , auſſi bien que les
honneurs funebres rendusde toutes
parts à la memoire de feu M.
le Chancelier , & quantité d'autres
articles , que l'abondance de
la matiere m'a contraint de re.
ſerver. Je ſuis , &c.
Le ſieur Dupleſſis Duvernet
continuë ſes avis , touchant ce
qui eſt contenu aux deux Mercure
Galands , le premier du
mois de Juin 1685. le ſeconddu
mois d'Aouſt de la mesme année
pour faire Sçavoir à toute la Nobleſſe
Françoiſe & Etrangere
qu'il a en fon Academie un tresgrand
nombre de beau & bon
GALANT.
227
Chevaux auſſi bien maniant qu'il
en ay dans quelques Academie
du Royaume & entr'autre deux
dans ledit nombre qui font des
choſes ſurprenantes , l'un allant
■ à capiolle par le droit dans la
Carriere , qui a quatre-vingt pas
de long , d'un hauteur de ſept à
huit pieds , & l'autre Cheval va
d'un autre air , à croupade de la
même hauteur & fait la longueur
des quatre-vingts pas en
ſept ſaults Carrez ; il y a auſſi
toute forte de maîtres des exercices
tres habiles,c'eſt pourquoy
ceux qui defireront venir dans
- l'Academie du ſieur Dupleſfis
Duvernet , il leur fera des compoſitions
fort honnête dont les
particuliers y trouveront toutes
les ſatisfactions poffible & l'on
apprent à monter à Cheval , à
Dancer , la Mathematique , la
BIBLIOT
*
1898
228 MERCURE
Bague , les Teſtes , le Combat à
Cheval , l'Epée & Piſtolet à la
main & Rompre en Lice , à faire
du Drapeau , Piques , & Moufquets
, à Voltiger , & à connoître
les bonnes & mêchantes qualité
des Chevaux & leur maladie.
A Paris ce 30. Novembre 1685 .
On a mis dans ma letre du mois
d'Octobre en parlant des Certificats
de M.les Medecins , donnez à M.
de Rouviere , pour marquer la bontéde
fa Theriaque , le nom de Richard
au lieu de celuy de Lienard.
On a mis M. de Quincé , General
des Armées du Roy, il faut mettre
Lieutenant General.
Dans l'Article de M.l'Archevêque
de Sens, on a mis Montlezun Bezemaux
au lieu de Mont-tuſon deBeGALANT.
229
a
zemaux. Les Comtes de Bigorre ,
Pardiac , Mont- tuſon , Bezemaux
ne font qu'unemesme Maiſon , qui
Mont-infon
- afait tontes ces Branches.
750
1
<
FIN.
1
P
Extrait du Privilege du Roy.
ArGrace& Privilege du Roy , donné à
Chaville le 18. Juillet 1683. Signé, Par
leRoy en fon Conſeil , IUNQUIERES. Il eſt ,
permis à I. D. Ecuyer , Sieur de Vizé , de
faire imprimer tous les Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , contenant
plufieurs Pieces, Relations, Hiſtoires, Avantures
, & autres Ouvrages hiſtoriques , curieux
& galans , pour la fatisfaction de
nôtre cher & tres-amé Fils LE DAUPHIN ;
pendant le temps & eſpace de dix années ,
à compter du jour que chacun deſdits
Volumes fera achevé d'imprimer pour la
premiere fois : Comme auſſi défenſes ſont
faites à tous Libraires , Imprimeurs Graveurs
& aures , d'imprimer , graver & debiter
ledit Livre ſans le conſentement de
l'Expoſant , ny d'en extraire aucune Piece, ny
Planehes ſervant à l'ornement dudit Livre,
meſme d'en vendre ſeparément,& de donner
à lire ledit Livre ; le tout à peine de fix
mille livres d'amende contre chacun des
contrevenans , & confiſcation des Exemplaires
es contrefaits ; ainſi que plus au long
il eſt porté audit Privilege.
Registré sur le Livre de la Communauté
le14. Septembre 1683 .
Signé ANGOT , Syndic,
Et ledit Sieur I. D. Ecuyer , Sieur de
Vizé , a cedé & tranſporté ſon droit de
Privilege à Thomas Amaulry , Libraire à
Lyon , pour en joüir ſuivant l'accord fait
entr'eux.
3
1
Avis pour placer les Figures.
L
E Theme celeſte, doit regarder
la page 60
L'Air qui commence par l'Amour
, le ſeul amour est caufe , doit
regarder la page 142
7
L'Air qui commence par l'Amourfut
-il jamais , &c. doit regarder
la page 217 .
Qualité de la reconnaissance optique de caractères