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1685, 09 (Lyon)
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MERCURE
807156
DE
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
SEPTEMBRE
1685
*
LYON
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY ,
ruë Merciere , au Mercure Galant.
M. DC. LXXXV.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.

LE LIBRAIRE
AU LECTEUR .
OUS recevrez cher Lecteur,
un Catalogue des Livres nouveauxdepuis
cinq mois , vous
en ferez part à vos amis. Ic
vous donneray dans deux
mois au plûtart l'Hiſtoire des Hereſies de
Monfieur de Varillas en deux volumes inquarto.
L'Hiſtoire du Pontificat de S. Gregoire
le Grand de Monfieur Maimbourg &
pluſieurs autres Nouveautez que je vous inſtruiray
de mois en mois , & en quantitez.
LIVRES
003 603 603080
NOUVEAUX
depuis le Mois de Juin 1685 .
jusqu'àpresent.
indoouuzzee ,d2e. vol. de Monfieur Varillas ,
3. livres.
Hiſtoire de François Premier , inquarto ,
deux volumes & indouze quatre vol . 6.liv .
dud. Sicur de Varillas .
* 2
Catalogue.
Hiſtoiredu Regne de Charle- Neuviéme ;
auſſi de Monfieur de Varillas , indouze
vol. 3. liv. 10 fols.
3.
Histoirede la Conqueſte de la Floride par
les Eſpagnols, ſous Ferdinand de Soto, écrite
en Portugais par un Gentilhomme de la
ville d'Elvas , in 12. 30. fols .
Le Genie de la langue Françoiſe , 12. 30.f,
Traitté des Oblations ou deffences du
Droit Inſpreſcriptible des Curez ſur les
Oblations des Fideles , indouze , 30, ſols .
Reponſe à l'Apologie pour la reformamation
, pour les Reformateurs & pour les
Reformez , où l'on traittede l'Etat Monaftique
, des Veuves tant Seculieres que Religieuſes
, des fecondes , troifiéme , quatriéme,&
autresNopces , des qualitez d'un veritable
Martir , des Ceremonies Ecclefiaftiques
de la Sainte Ecriture des Extafes &
Difcours du Celibat des Ecclefiaftiques , &
quelques autres matiere de Religion , par
Monfieur Ferrand , 12. 40. fols .
,
traduction
Traité de l'Eglife contre les Heretiques
principalement contre les Calviniſtes , par
Monfieur Ferrand , 12.30. fols .
Theriaque d'Andromacus
nouvelle par Monfieur Charras , 12. 30. fols.
Examen luridicum in Jurè Canonico ſeu
Methodica Manuductio ad . Ius Pontificum
taum conmanetum apud Gallos receptum,
indouze 30. fols .
Nouveau traité des Toifé rendu facile &
demontré par le ſieur Terragon Profeffeur
desMathematiques avec des Figures en taille
douce , indouze, 20 f.
Catalogue.
Comedie fans titre par Monfieur Poiffon ,
indouze , nouvelle édition , 15. fols.
Les Oeuvres de Barreme contenant ſept
vollumes& ſe vendent ſeparé ſçavoir L'arifmectique
de ſoy-même. so. f. le Livre des
comptes fait so. f. La Geometrie so. fols,
Livre neceſſaire , so. f. Le Livre des Aydes
Domaine de France , 45.f. Les Tarifs &
comptes fait , 3. liv . 10. f. & le ſeptiéme , le
Grand Banquier , in octavo , 4. liv. 10. f.
Hiſtoire de la Guerre de Chypre , traduite
en François par Monfieur le Pelletier Autheur
de la viede Sixte cinquiéme, inquarto,
s. livres.
Relation du Carouſel par l'Autheur du
MercureGalant en deux vollumes, inquarto,
avec quatre grande figures 35. fols .
Ecclairciflement de quelque difficulté que
l'on a formées fur le Livre de la Sainteté&
des devoirs de la vic Monaſtique , inquarto ,
6. livres.
Traduction nouvelle des Satires des Epîtres
de l'Art Poëtique d'Horace , 12.45. f.
Entretiens des Peintures par Monfieur Felibien
, inquarto , quatre vollumes , 14. liv.
Idem le quatriéme vollume ſeparé , 4. liv.
Nouvelles Vies des Saints , infolio , deux
vollumes par le R. Pere Gyri , 22. liv .
Iugemens des Sçavans fur les Principaux
Ouvrages des Autheurs tirée de la Bibliothequede
feuMonfieur le Premier Preſident
dela Moignon , 12. 4. vol. 8. liv .
Les Ouvrages de Proſe & de Poësie des
fieurs de Maucroy &de la Fontaine , indouze
, 2. vol . 4. liv.
* 3
Catalogue.
Memoires contenant ce qui s'eſt paſſé en
France de plus confiderables depuis l'année
1608. juſqu'en 1636. tirées des écrits
de.Monfieur le feu Duc d'Orleans , indouze,
40. f.
Le Portrait des Foibleſſes Humaines , par
Madame de Villedieu , 12, Paris 30, fols. &
de Lyon 15. fols .
Les Defordres de l'Amour de Madame de
Villedieu , 12. 4. vol. relié en deux 30.fols.
Conferences Eccleſiaſtique du Dioceſe de
Luçon , 12. 5. vol . 6. liv . 5. fols.
Geographie de Robbé Nouvelle Edition ,
avec plufieurs Figures en taille douce , 12 .
2. vol . 6. liv. Idem Enluminées 8. liv .
Ordonnances Synodales de Luçon , 10. f.
L'Art de Chanter , ou Methode facile
pour apprendre en fort peu de temps les
vrays principes du Plain Chant & de la Mufique
par M. Lancelot , inquarto , 25. 1.
Elemens deGeometrie , ou de la Meſure
du corps , par le Pere l'Amy, in- octavo,45 . f.
Voyage de Tartarie , 12. 15. fols .
ViedeGonzague , 12. 20. fols.
Traité des Cadrans de Monfieur Ozanan
avec pluſieurs figures en taille douce , ta.
30. fols.
Recueil de pluſieurs Pieces d'Eloquence
&de Poëfie préſentée à l'Academie Françoiſe
pour le prix de 1685. indouze 20. fois,
les autres volumes ſe trouve dans la même
Boutique , il y a huit vollumes .
Ceux qui voudront tous les vieux Mercures
ou une partie d'iceux , l'on en fera une
compofition honnête,
Z
e
P
Extrait du Privilege du Roy.
,
X
Ar Grace & Privilege du Roy , donné à
Chaville le 18. Juillet 1683. Signé, Par
leRoy en fon Confeil , IUNQUIERES. Il eſt
permis à I. D. Ecuyer , Sieur de Vizé , de
faire imprimer tous les Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , contenant
pluſieurs Pieces, Relations, Hiſtoires,Avantures
, & autres Ouvrages hiſtoriques , curieux
& galans pour la fatisfaction de
nôtre cher & tres-amé Fils LE DAUPHIN ;
pendant le temps & eſpace de dix années ,
à compter du jour que chacun deſdits
Volumes ſera achevé d'imprimer pour la
premiere fois : Comme auſſi défenſes font
faites à tous Libraires , Imprimeurs Graveurs
& aures , d'imprimer , graver & debiter
ledit Livre fans le conſentement de
l'Expoſant, ny d'en extraire aucune Piece,ny
Planehes ſervant à l'ornement dudit Livre,
meſme d'en vendre ſeparément,& de donner
à lire ledit Livre ; le tout à peine de fix
mille livres d'amende contre chacun des
contrevenans , & confiſcation des Exemplaires
contrefaits ; ainſi que plus au long
il eſt porté audit Privilege.
Registré fur le Livre de la Communauté.
le 14. Septembre 1683 .
Signé ANGOT , Syndic,
Et ledit Sicur I. D. Ecuyer , Sicur de
Vizé , a cedé & tranſporté ſon droit de
Privilege à Thomas Amaulry , Libraire à
Lyon , pour en joüir ſuivant l'accord fait
entr'eux.
MERCURE
I
MERCURE
GALANT
THE DE DEC
LYON
*
18038
)
SEPTEMBRE 1685 .
Line me fera pas difficile
, Madame , de
vous convaincre que
je n'ay fait que rendre
juſtice à Monfieur le Coadjuteur
de Roüen , quand je vous ay
vanté la Harangue qu'il a faite
au Roy comme une des plus
belles choſes qu'on ait entenduës
depuis long-temps. Je vous
Septembre 1685.
E
A
2 MERCURE
en envoye une Copie , qui
juſtifiera ce que je vous en ay
dit. L'Eloge de Sa Majesté vous
plaiſt au commencement de
toutes mes Lettres ; & vous
l'aimerez d'autant plus en celle
- cy , que vous le trouverez
fait par un grand Prelat,
dont l'Eloquence a charmé toute
la Cour. Il fut aſſiſté dans cette
action de meſſieurs les Archeveſques
, Eveſques , & autres Deputez
de l'Aſſemblée du Clergé ;
&ce fut en prenant congé du
Roy qu'il luy parla en ces termes
au nom de tous ceux qui avoient
compofé cette affemblée.
IRE ,
Le Clergé de France , qui ne
s'approchoit autrefois de ſes Sonverains
, que pour leur tracer de triſtes
images de la Religion opprimée &
:
GALANT.
3
-
gemiſſante , vient aujourd'huy , la
reconnoissance & la joye dans le
coeur ,faire paroître à Vostre Majesté
, cette mesmeReligion toute couverte
de la gloire , qu'elle tient de
- voſtre Pieté.
Elle a paru durant plus d'un fie
clefur le panchant de ſa ruine ; on
- l'a veuë déchirée par ses propres
= enfans , trahie par ceux qui de-
- voient la soutenir & la defendre,
en proye àses plus cruels ennemis..
Enfin aprés une longue & funeste
oppreffion , elle refpira peu de temps
avant voſtre Naiſſance heureuse ;
avec vous elle commença de revi
avec vous elle montafur le
Trône. Nous contons les années de
Son accroiffement par les années de
vôtre Regne & c'eſt ſous le plus
floriſſant Empire du monde , que
nous la voyons aujourd'huy plus
floriſſante que jamais.
vre
,
A2
4
MERCVRE
Si elle ſe ſouvient encore de ſes
troubles & de ſes malheurs paſſez,
cen'est plus que pour mieux goûter
leparfait bonheur dont vous lafai
tes joüir. Elle est sans agitation &
Sans crainte à l'ombre de vôtre
autorité ; elle est mesme , si i'ofe
ainſi dire , fans desirs , puisque
voſtre Zelene luy laiſſe pas letemps
d'en former , & que vôtre Bonté
va ſi ſouvent au delà de ses fouhaits.
Ce Zele ardent pour la Foy , cette
Bonté paternelle dans tous les be-
Soins de l'Eglise , Qualitezſi rares
dans les Princes , font , SIRE , le
veritableſujet de nos Eloges.
Nous laiſſons à vos autres Sujets
affezd'autres Vertus à admirer en
Vous. Les uns vous representeront
comme un Monarque Bienfaisant ,
Liberal , Magnifique , Fidelle dans
ſespromesses , Ferme & Infléxible
GALANT.
5
7
e
e
l
contre toute forte d'injustice , Droit
& Equitable , iuſques à prononcer
contre ses propres interests , veritablement
Maistre deſes Peuples,
& plus Maistre encore de luymefme
.
Les autres vous respecteront
comme un Roy , toûjours Sage &
toûjours Victorieux , dont les impénetrables
deſſeins font plûtoft exe-
- cutez, que connus , qui ne regne pas
Seulement fur fes Sujets par fon
Autorité Souveraine , mais far fon
Confeil par la Superiorité de fon
Genie , mais sur les Cours de fes
Voiſins par la pénetration de fon
Esprit , & par la Sageſſe dont il
Sçait instruire fes Miniſtres ; qui
pouvant tout par luy- mesme , sçait
Se paffer des plus grands Hommes,
&Sans cux refoudre , entreprendre,
executer ; qui donne la Loy fur la
Mer , aussi bien quefur la Terre ;

A3
6 MERCURE
qui lance quand il luy plaift lafoudre
jusque fur les bords de l' Afrique
; qui fçait à son gré humilier
les Nationsſuperbes , & réduire des
Souverains à venir aux pieds de
Son Trône reconnoiſtre ſon pouvoir,
&implorerfa clemence.
Vos Ennemis mesme, SIRE , ne
peuvent s'empefcher de loüer vos
actions heroïques ; ilsfont contrains
d'avoüer que rien n'est capable de
vous reſiſter , & le merite du Vainqueur
adoucit en quelque forte le
malheur des Vaincus.
Ce n'est pas à nous , SIRE , à
parler des progrés étonnans de vos
Armestriomphantes ; nous ne devous
pas confondre l'éclat d'une
waleur qui n'est que l'obiet de l'admiration
des Hommes , avec ces
Oeuvres faintes qui font en eſtime
devant Dicu. Le Clergé , SIRE,
s'attacherafur tout àloüer en Vous
GALANT. 7
cette pieté , qui toûjours attentive
aux interests de la Religion, n'obmet
riende ce qui peut estre neceſſaire
pour la relever dans les lieux où elle
est abattuë , pour l'étendre au delà
des Mers , dans les lieux où elle est
inconnuë , pour la faire triompher
dans l'un & l'autre monde.
Mais que dis-je ! l'Egliſe ne doit
elle pas elle - mesme consacrer des
Victoires , que Vous avezfi heureu-
Sement faitfervirà la Propagation
de la Foy , & à l'extinction de
l'Herefie ? Ilsemble que vous n'ayez
combattu es triomphé que pour
Dieu , & le fruit que vous tirezde
la Paix , nous fait affez connoistre
quel estoit le principal but de vos
Victoires . C'eſt par ces Victoires que
vous avez étably cette redoutable
Puiſſance , qui tenant deformais
vos Voiſins en bride , ofte aux Heretiques
de vostre Royaume , & l'au-
A 4
8 MERCURE
dace de ſe revolter , & l'espoir de
Se maintenir par de feditieux commerces
avec les Ennemis de l'Etat .
Si c'eust este la seule ambition
qui vous eust armé , jusqu'on n'au
riez-vous point étendu vôtre Empi
re ? Vous vous eſtes baſtéde finir la
Guerre , lorſque vous en pouviez
tirer de plus grands avantages. Ne
fait on pas que ce n'a esté que par
l'empreſſement que vous aviezde
donner tous vos foins au progrés de
la Religion ? La Conversion de tant
d'ames engagées dans l'erreur, vous
a paru la plus belle de toutes les
Conquêtes , & le triomphe le plus
digne d'un Roy Tres- Chrétien.
Mais quelle que foit vôtre Puis-
Sance , elle avoit encore beſoin du
Secours de vôtre Bonte ; C'est en
gagnant le coeur des Heretiques ,
que vous domtez l'obstination de
Leur esprit ; c'est par vos bienfaits
GALAN T. و
que vous combattez leur endurciffement
, feme & ils ne feroient peutestre
jamais rentrez dans le Sein de
l'Eglife par une autre voye, que par
le chemin ſemé de fleurs que vous
leur avezouvert .
Auſſi faut - il l'avoüer , SIRE.
Quelque interest que nous ayons à
l'extinction de 'lHereſic, nôtre joye
l'emporteroit peu fur noſtre douleur
,si pour ſurmonter cet Hydre,
une fâcheufe neceffité avoit forcé
voſtre Zele à recourir au fer & au
feuscomme onaesté obligé de faire
dans les Regnes précedens, Nous
prendrions part à une Guerre qui
feroit fainte , & nous en aurions
quelque horreur , parce qu'elleferoit
fanglante. Nous ferions des Voeux
pour lefuccés de vos Armesfacrées;
mais nous ne verrions qu'avec tremblement
, les terribles executions,
dont le Dieu des vangeanees voUS
Ας
10 MERCURE
feroit l'instrument redoutable. En
fin nous mélerions nos voix aux ос-
clamations publiquesſurvos Victoires
, & nous gemirions en fecret fur
un Triomphe, qui avec la défaite des
Ennemis de l'Eglise enveloperoit la
perte de nos Freres.
Aujourd'huy donc que vous ne
combattez l'orgueil de l'Hereſie ,
que par la douceur& par laſageſſe
du Gouvernement ; que vos Loix
foûtenuës de vos bienfaits font vos
feules armes , & que les avantages
que vous remportez ne font
dommageables qu'au Demon de la
Revolte & du Schisme
vons que de pures actions de graces
àrendre au Ciel , qui a inspiréà
Vôtre Majesté , ces doux & fages
moiens de vaincre l'erreur , & de
pouvoir en mélant avec peu de
feverité, beaucoup de graces& de
faveurs,ramener à l'Eglife ceux qui
nous n'aGALANT
. 11
s'en trouvoient malheureusementſe.
parez
Nous le confefſons , SIRE , c'est
à Vôtre Majesté seule , que nous
devons bien- toft le rétabliſſement
entier de la Foy de nos Peres : aussi
ne falloit - il pas que l'Etat vous
devant déja fon falut & Sa gloire,
l'Eglise deust à un autre qu'à vous,
ſa victoire &Son triomphe : Sans
cela vostre Regne , que le Ciel à
voulu qu'il fust un Regne de merveilles
, auroit manqué deſon plus
bel ornement . On auroit bien dit
un jour de vôtre Majesté , ce que
l'Ecriture dit de plusieurs grands
Rois de Juda : Il a terraffé ſes Ennemis
, & relevé la Monarchie ;
il a autorifé & reformé les Loix ,
il a fait regner la Juſtice ; mais
on auroit ajoûté ce que le Saint
Esprit reproche à ces Princes : Il
n'a pas aboly les Sacrifices qui
A6
12 MERCURE
ſe faifoient ſur la Montagne.
Que vôtre Nom , SIRE ,Sera
éloigné de ce reproche ! Ce que vôtre
Zele a déja fait , la Posteritéle
regardera toûjours comme la fource
de vos Prosperitez , & le comble
vostre Gloire.
Mais ce n'est pas au rétabliſſement
des Temples & des Autels ,
que se borne vôtre Zele. Vous avez
entrepris de faire revivre la Pieté
& les bonnes moeurs ; & c'est à quoy
Vostre Majesté travaille avec fuccés
, autant par fon exemple que
parses ordres. C'est un honneur
maintenant de pratiquer la Vertu ;
& fi le vice n'est pas tout - à-fait
détruit , au moins est il réduit àſe
cacher ; &les voiles dont ilfe couure
, épargnent aux gens de bien
un fâcheux Scandale , & fauvent
les ames foibles du peril d'une contazion
funeste.
GALANT.
13
Ne pensons plus à ces jours de
ténebres , où la pluſpart deceux
qui estoient encore dans le Sein de
l'Eglise , ſembloient n'y estre demeurez
que pour l'outrager de plus
prés ; où les blafphêmes & les railleries
facrileges de ce qu'ily a de plus
Saint , éclatoient avec audace . Ces
Monstres d'infidelité ont disparu
- Sous vôtre Regne heureux ; &fi les
Remontrances tant de fois réïterées
fur cefuiet , ne nous donnoient connoiſſance
de ce defordre , nous l'ignorerions
à iamais .
ce
1
Qu'est devenn cet antre Monftreproduit
par l'esprit devangeantoûjours
alteré du fang des
Hommes , mais plus encore de celuy
de la Nobleſſe Françoise ? Nous n'a
vons qu'àle laiſſer dans l'oubly eternel
, où depuis tant de temps vous
l'avez ensevely . Vous l'avez étouffé
,tout indomtable qu'ilparoiſſoit
14
MERCURE
Vôtre Majesté a fçû renverſer les
fauſſes maximes de I honneur & de
la honte ; & autant qu'une detestable
erreur avoit mis de fauſſe gloire
à ſe vanger , autani y auroit- il
d'ignominie à ne vous pas obeïr.C'est
ainſi que vostre volontéſeule l'emporte
fur la coûtume inveterée du
mal , & fur le panchant criminel
des hommes.
Le Clergénesedifpoſe plus qu'à
eftre le Spectateur de la fin de toutes
vos faintes Entrepriſes , aprés en
avoir admiré defi heureux commen.
cemens , il ceffe d'ufer de Remontrances.
S'il a encore quelques be-
Soins , vous les connoiſſez , cela luy
Suffit . Il vient encore de reffentir en
cette Assemblée , d'infignes effets de
vôtre Protection Royale ; & persuadé
que vous luy avez destiné une
longue fuite de graces dans d'autres
temps , & avec les circonstanGALANT.
15 I
ces dont vousſeul les sçavez si bien
accompagner , il craindroit par fes
demandes , ou de troubler l'ordre que
vôtre Sageffe y a étably , ou peutestre
de mettre des bornes où vôtre
Zele n'en a point mis .
L'unique affaire qui nous occupe,
c'est l'obligation de rendre à Vôtre
Majestéde tres humbles actions de
graces. Aprés un si juste devoir .
affûrez que nous ſommes de vôtre
puiffante Protection , nous pouvons
nous ſeparerfans inquietude. Nous
allons dans les Provinces de vostre
Royaume , faire retentir les loüanges
que l'Eglife doit à voſtre Zele.
Chaque Pasteur aura la joye de retrouver
par vos ſoins ,fon Troupeau
plus nombreux qu'il ne l'avoit lais
Se , & chacun de nous redoublera
Ses voeux pour obtenir du Giel , qu'il
redouble fes Benedictions en faveur
d'un Prince qui fe les attire par
16 MERCURE
des actions ſi glorieuses &fi utiles
à la Religion .
Monfieur le Coadjuteur de
Roüen , comme Membre du
Clergé , ſçachant encore plus
particulierement que le reſte de
la France , ou pour mieux dire ,
de l'Europe entiere , avec quel
zele & quelle application leRoy
s'attache à faire fleurir la Religion
Catholique , en corrigeant
les abus qui s'eſtoient gliffez à
fon préjudice depuis l'Edit de
Nantes , & en rétabliſſant la
pluſpart des choſes auſquelles
une longue ufurpation avoit fait
changer de face, ne pouvoitdonner
trop de loüanges à ce Prince,
fur les avantages que l'Egliſe tire
de ſa Pieté. Elle produit tous les
jours des effets ſi ſurprenans &
& extraordinaires , qu'ils n'ont
GALANT. 17
jamais eu d'exemple ; & ils paroiſtront
auffi incroyables à la
Poſterité , que toutes les autres
actions de grandeur & de moderation
, qui le font admirer de
toute la terre .Ce Monarque toûjours
appliqué à ce qui regarde
la Religion , a fait un Edit tout
plein de justice , qui a eſté enregiſtré
au Parlement le 13.du dernier
mois. Meſſieurs les Deputez
da Clergé , luy ayantreprefenté
qu'entre les moyens dont les Miniſtres
de la Religion Pretenduë
Reformée ſe ſervoient pour empefcher
ceux de leur Party de
ſe convertir ., aucun ne leur
reuſſiſſoit fi avantageuſement
que celuy de donner par des impoſtures
, une fauſſe idée de la
Religion Catholique , Sa Majeſté
a fait examiner les erreurs
que ces Miniſtres ont la hardief18
MERCURE
A
ſe de luy imputer , dans les Prefches
, ou dans les Livres qu'ils
compoſent; & comme rien ne
bleſſe tant le reſpect avec lequel
les Edits les obligent d'en parler
, que de l'accuſer de profeffer
une Doctrine qu'elle condamne
; & qu'il n'eſt pas juſte
de ſouffrir que leurs calomnies
inſpirent aux Religionnaires de
l'horreur contre la verité , qu'ils
ne pourroient s'empefcher de
fuivre ſi ces artifices ne leur en
déroboient pas la connoiſſance ;
Elle a deffendu aux Miniſtres ,
& à toutes perſonnes de la Religion
Pretenduë Reformée , de
prefcher & de compoſer aucuns
Livres contre la Foy Catholique,
Apostolique & Romaine , & de
ſe ſervir de termes injurieux ou
tendans à la calomnie , en imputant
aux Catholiques des
GALAN T.
19
Dogmes qu'ils condamnent , &
meſme de parler directement ny
indirectement en quelque maniere
que ce puiſſe eſtre , de la
Religion Catholique. Les Pretendus
Reformez n'ont point à
ſe plaindre , puis qu'il doit fuffire
aux Miniſtres d'une Religion
tolerée dans le Royaume ,
d'en enſeigner les Maximes , ſans
s'élever par des diſputes & par
des calomnies contre la veritable
Religion que l'on y profeſſe ,
& dont leurs Predeceffeurs ſe
font malheureuſement ſeparez
dans le dernier Siecle .
Le Roy a fait dans le meſme
temps une Declaration , qui a
eſté auſſi enregiſtrée au Parlement.
Elle porte qu'il ne ſera plus
receu de Medecins de la Religion
Pretenduë Reformée. Cette
Declaration a eſté donnée avec
20 MERCURE
beaucoup de prudence. De fortes
raiſons ayant fait défendre derecevoir
à l'avenir les Pretendus
Reformez dans aucune Charge
de Judicature , on a connu que la
pluſpart des jeunes gens de cette
Religion s'appliqueroient à étudier
en Medecine pour y prendre
les degrez , ſe voyant exclus
de toutes autres fonctions ; ce
qui augmenteroit fi confiderablement
le nombre des Medecins
Calviniſtes , que peu de Catholiques
voudroient doreſnavant
s'attacher à cette Science ; en
forte que ceux qui profeſſeroient
la veritable Religion en recevroient
dans la ſuite un grand
préjudice pour leur falut lors
qu'ils tomberoient malades, parce
que les Medecins Religionnaires
ne ſe mettroient pas en
peine de les avertir de l'eſtat où
GALANT. 21
ils ſe trouveroient pour recevoir
les Sacremens , auſquels ils n'ont
point de foy . Ce mal qui eſtoit
inévitable , demandant un ſeur
remede , on ne devoit pas douter
que le Roy n'euſt la bonté d'y
pourvoir. C'eſt ce qu'il a fair , en
défendant à tous ceux qui font
commis pour la reception des
Medecins , d'en admettre aucun
de la Religion Prétenduë reformée.
Cet Edit & cette Declaration
font de plus en plus admirer
les juſtes meſures qu'il prend
pour l'accroiſſement de la religion
Catholique , & pour le falutde
ſes Sujets.
CeMonarque a donné depuis
peu une Penfion confiderable à
Monfieur le Prince Camille , ſecond
Fils de Monfieurle Comte
d'Armagnac. C'eſt celuy qui gagna
le Prix de la premiere jour
22 MERCURE
née du Carrouſel , & qui donne
de ſi belles eſperances qu'il foûtiendra
dignement l'Illuſtre Sang
de Lorraine.
Monfieur l'Avocat General
Talon , a eſté auſſi gratifié d'une
Penſion de ſix mille livres. Il y
a ſi long - temps que ſon Nom
éclate dans le Parlement ; &
c'eſt toûjours avec tant de gloire
, qu'il me ſeroit inutile de luy
donner des loüanges. Les Dif
cours publics qu'il y a faits avec
un applaudiſſement general , le
font mieux connoiſtre que tout
ce que je pourrois vous en dire .
-Monfieur Deſreauxaeu dans
le meſme temps une Penſion de
deux mille livres. C'eſt un homme
d'un eſprit ſolide, &d'unbon
gouft , & reconnu generalement
par ces endroits. Il s'eſt converty
depuis peu de temps; & quand
GALAN Τ.
23
un homme auſſi éclairé que luy
change de religion , il faut qu'il
foit bien perfuadé des erreurs de
celle qu'il abandonne , & qu'il
les ait bien examinées .
La Piece qui fuit , renferme
de nouveaux Eloges de Sa Majeſté.
Elle est de Monfieor de
Cantenac Theologal de Seez ,
qui témoigne ſe repentir de ne
s'eſtre pas attaché toute ſa vie à
la Perſonne & au ſervice du Roy ,
au lieu de s'attacher à celuy de
quelques grands Seigneurs, comme
il a fait autrefois .
ELEGIE .
AFfligéde ma peine, & du bien
qui me fait ,
Paſſant mes tristes jours , comme une
longue nuit ,
24
MERCURE
.
Ie ne veux pas blâmer d'une voix
importune
L'injuſte cruauté d'une ingrate fortune.
Les Aftres ny le fort nefont pas nos.
malheurs ,
Chacun fait fon Etoile ,& cauſeſes
douleurs.
L'Homme eft Royfar luy mefme , &
fuft- il dans les chaines ,
C'est son esprit qui faitses plaisirs
ou fes peines.
Qui regleſa conduite, &les évene
ments ,
Tel qu'un Pilote expert,malgré l'Onde
& les Vénts.
Conduit heureusement fur la Mer
irritée ,
Le timon chancelant de ſa Barque
agitée.
On Souffre peu de maux qu'on ne
puiſſe éviter ,
Et nous pouvons les fuir mieux que
lesSupporter.
Ie
GALANT.
25
Je ſuis l'unique Ouvrier de ma fatiale
peine ,
- L'imprudence a rendu ma fortune
inhumaine.
M't'loignant du Soleil , dont j'estois
éclairé ,
Par de fauſſes lueurs je me suis
égaré.
- Si j'avois consacré le cours de mes
années ,
Au Roy le plus puissant qu'ont fait
les Destinécs ,
- Ace Monarque Auguste,& Favori
des Cieux ,
Ie vivrois fortuné,tranquille &glorieux.
-Mais comme un bon Vaiſſeau qui
tentant la fortune ,
Sort de la grande route, & du ſein
de Neptune ,
Et voguant au hazardſur un Fleu
ve inconnu ,
S'ouvre au fable mouvant qui l'avoit
retenu ,
Septembre 1685 . B
26 MERCURE
Par mon éloignement j'ay caus émon
naufrage ,
Prés de l' Aftre du jour on ne voit
point d'orage.
Tout le monde est heureux prés de
LOUIS LE GRAND ,
Et neſe voit chargé que des biens
qu'il répand.
Mais quelbonheur pour moy , si t'émoin
deſa vie
L'avois veu sa vertu triompher de
l'envie ,
Porter, comme elle a fait ,parmy tant
de hazards
Son Empire &Son Nom au deſſus
des Cefars !
Y
Sa valeur redoutable a dompté dés
l'enfance ,
Et le Lyon d'Espagne , & l'Hydre
de la Frange.
Est il rien que fon bras nesoumette
aujourd'huy ,
Si les Monstres alors n'estoient qu'un
jeu pour luy ?
GALANT.
27
(
Le Batave infolent , & l'orgueilleux
Ibere ,
Ont gemy ſous le poids de ſa iuste
colere ;
Et l'Aigle accoutumée àpénetrer les
Cieux ,
Limite aux pieds des Lys ſon vol
audacieux .
De cent Peuples armez en vain la
Ligue est faite ,
Unis dans leurs combats , unis dans
leur défaite ,
On les a veus tremblans , venir de
toutes parts
Implorer ſa clemence, & ceder leurs
remparts.
Le perfide Ennemy du Ciel & de la
Terre ,
du tonnerre
L'Africain fubiuguè tremble encor
De ce fracas terrible, &de ces feux
nouveaux
Que ce nouveau Soleil faisoit fortir
des eaux.
1
B 2
28 MERCVRE
1
On ne compte ſes iours que parquel
que victoire .
Pour luy chaque moment est un pas
àla gloire.
Et bien qu'àſa valeur cent Peuples
Sorent Soumis ,
Il ſoûmet plus de coeurs qu'iln'afait
d'ennemis. (
Son grand Nom redouté du Sarmate
& du More ,
Se fait aimer & craindre aux Climats
de l'Aurore ;
Et ces Rois que le Peuple adore comme
Dieux ,
Fondent à l'honorer leurs titres glo
rieux.
Si par tout sa valeur établit fon
Empire ,
Sa grande pieté que l'Univers admire
,
Du Dieu que nous fervons redreſſe
les Autels ,
Et l'éleve luy mesme au rang des
Immortels.

GALANT. 29
Par des traits inoüis deSarare prudence
,
Le Monſtre de l'Erreur eft chaſſé de
la France;
Et Rome accoutumée aux Prefens de
nos Rois ,
Prend de luy ſes Enfans qui mépri-
Soient fes lois.
Appuy de la vertu,comme ennemy du
vice ,
Il fait fleurir par tout les Arts & la
Iuftice.
MillePeuples conquis éprouventfa
douceur,
Il en paroiſt le Pere autant que le
Vainqueur .
Monarque inimitable , Auguste &
Magnanime,
Tout le monde vous aimeautant qu'il
vous eſtime ;
Et l'on ne vitiamais fortir d'un méme
coeur
De si grandes bontez avec tant de
valeur.
B 3
30
MERCURE
Mais j'éprouve en ce point que la
peine est extrême
D'aimer infiniment fans plaire àce
qu'on aime.
Pourplaire , il faut ſervir l'obiet de
fon amour ,
Et l' Amant inutile eft indigne du
jour.
Je voudrois pour tout bien vous fervir
& vous plaire ,
Heureux est le mortel capable de le
faire ,
Sa gloire peut combattre un destin
rigoureux ,
Et qui fert bien fon Roy ,n'est jamais
malheureux.
Je vous parlay il y a un an de
beaucoup de nouveaux Regimens
que le Roy fit ſous le nom
de pluſieurs Provinces de France.
Sa Majesté vient encore d'en
créer deux , ſous le nomde Pon
GALAN T. 31
ration de
dans un
ſion d'ac
thieu & de Beaujolois. Ils font
compofe iz de pluſieurs Compaguies
tire les des vieux Corps. Le .
Regimen : de Ponthieu a eſté
donné à Monfieur le Comte de
Lomont, Capitaine du Regiment
Royal d' Infanterie , en confidees
ſervices qu'il a rendus
Corps , où l'on a occaquerir
beaucoup de gioire
lors qu'on y fait fon devoir ,
puis qu' on y eſt ſouvent expoſé
aux petils de la Guerre. Monſieur
de Berulle , Capitaine dans
le Regis nent du Roy , a eu le
Regimer it de Beaujolois. Il eſt
Frere de Monfieur de Berulle ,
Intendar it de luſtice en Auvergne.
Cette Famille a donné un
Cardinal, & pluſieurs Perſonnes
- qui ont po fealé les plus eminentes
Dignite z de la Robe ; & ce
- qu'il y a de remarquable , c'eſt
,
B 4
32 MERCURE
qu'elle a toûjours eſté en reputation
d'une grande probité. Le
Roy ne recompenſe pas ſeulement
des gens de diſtinction &
de merite , en creant ces deux
nouveaux regimens mais Sa
Majesté , qui n'ignore rien de
tout ce qui peut eſtre uile à fon
Etat , & à qui l'art de la Guerre
n'eſt pas moins connu que l'art
de regner , ſçait que plis il y a
d'Officiers dans des Troupes ,
plus on doit s'en promettre , &
compter fur leur bonté ,non ſeulement
parce que l'exemple des
Officiers les anime , mais encore
parce qu'il eſt plus aite de leur
faire obſerver la diſcipline militaire.
Sur la fin du derrier mois ,
Monfieur le Comte de Gaucour
preſta entre les maios du Roy ,
le Serment pour la Charge de
GALANT.
33
Lieutenant General de Sa Majeſté
dans la Province de Berry .
Il eſt d'une des plus anciennes
Maiſons du Royaume ; & dés
l'an 1449. Raoul de Gaucour ,
Seigneur de Maiſons ſur Seine ,
Grand Maistre de France , Ambaffadeur
vers le Duc de Bourgogne
, Gouverneur de Dau-
- phiné , & des Villes de Paris &
- de Giſors , rendit de grands ſer-
• vices au Roy. Eustache de Gau-
- cour, ſon Frere puiſné , Seigneur
- de Viry , Chambellandu Roy,fut
fait Grand Fauconnier de Franceen
1415. De Charles de Gaucour
Fils de Raoul , ſont ſortis
deux Eveſques d'Amiens , & les
Seigneurs & Marquis de Gau-
Scour.
لا Monfieur le Comtede laVauguyon
, ayant eu pluſieurs Emplois
confiderables , par leſquels
BS
34
MERCURE
il a fait connoiſtre l'intelligence
qu'il a dans les Affaires , fur
nommé enſuite Ambaſfadeur en
Eſpagne , & s'eſtant acquittéde
cette Ambaſſade au gré de Sa
Majeſté , Elle vientde le choiſir
pour ſon Envoyé Extraordinaire
àla Cour de l'Empereur.
La paſſion que le Roy a pour
les beaux Arts , le ſoin qu'il a
pris pour les faire fleurir , les
dépenſes qu'il a faites pour tout
ce qui les regarde , & les récompenſes
qu'il a données à ceux qui
ont excellé par deſſus les autres,
jointes aux marques de diſtintion
dont il les a honorez , ont
eſté cauſe que depuis ſon Regne
les Arts ont eſté portez en France
, au plus haut point où ils
puiſſent aller , eſtant certain que
dans toute l'Europe , ſans enexcepter
l'Italie , on ne sçauroit
GALANT.
35
trouver aujourd'huy d'auſſi grāds
Peintres & d'auſti fameux Scul-
■ pteurs qu'il y en a prefentement
= dans le Royaume. Leurs Ouvra-
-ges ſont de ce bon gouſt anti-
- que , qui a receu l'applaudiffement
de tous les Siecles ; & l'on
peut dire qu'il ne leur manque
- que le nombre des années pour
les faire peut eſtre plus eſtimer
que quantité de Chef d'oeuvres
que la Grece & l'ancienne Rome
ont tant vantez. Tels font ceux
de Monfieur le Brun & de Monfieur
Mignard , qui pour meriter
l'eſtime du Roy , & répondre à
l'amour que ce Monarque a pour
les beaux Arts , ont travaille avec
tant de ſoin , d'application & de
fuccés , qu'ils ont remply toute
la Terre de leur reputation.Ainſi
c'eſt au Roy ſeul que la poſte.
rité devra leurs Ouvrages , puis
B6
36 MERCURE
que le defir de plaire à Sa majeſté
leura , pour ainſi dire , infpiré
les talens neceſſaires pour les
faire auffi beaux qu'ils font. Monfieur
Mignard , ayant fait , il y a
quelque temps , pour Monfieur
le marquis de Seignelay, un Tableau
dont je vous ay déja parlé,
&qui repreſente noſtre Seigneur
qui porte fa Croix , au lieu deſigné
pour ſon Supplice , il for
trouvé fi beau , que ce marquis
en fit preſent à Sa ' majesté , qui
voulant en avoir un autre de la
mefme grandeur pour l'accompagner
; ce que les Peintres & les
Curieux appellent Pendant d'oreille
, fit l'honneur de commander
à Monfieur le Brun de luy
faire le Crucifiement. Il s'en eſt
acquitté ſi heureuſement , & en
a receu de fi grands applaudiſſemens
de tout ce que l'Europe a
GALANT. 37
de plus illuftre & de plus habile
, qu'il me ſeroit mal-aifé
de vous les décrire. Voilà l'hiſtoire
de ces deux Tableaux ,
dont on a tant parlé ,& fiavantageuſement
pour la gloire de
- la France , & pour leurs Autheurs.
1
5
רי
D
ا
}
Il m'eſt tombé entre les mains
une Lettre touchant le dernier
de ces Tableaux ; & comme elle
en décrit parfaitement toutes les
parties , dont elle donne une veritable
idée , j'ay crû devoir vous
en faire part. Vous y trouverez
quantité d'endroits remplis d'érudition
. Elle eſt de Monfieur
Guillet de Saint Georges. Son
merite vous eft connu par quantité
d'excellens Ouvrages qu'il a
donnez au public.
دج
38 MERCURE
T
LETTRE ECRITE
DE VERSAILLES A LYON.
MONSIEUR,
Pour continuer nostre commerce
de Lettres , je vay vous entretenir
du dernier Tableau que Monsieur
le Brun afait poulre Roy. Quand
je vous auray dit que le Crucifiement
du Sauveur du monde en est le
Sujet , vous vous ferez ſans doute
une plus digne & plus nobles idée
de l'ouvrage , & vous concevrez
que s'il offre aux yeux des habiles
Gens une heureuse&sçavantepratique
de l'Art de peindre , il donne
aux Devots une ample matiere de
méditation , & une excellente leço
des Vertus Chrétiennes ..
GALAN T.
39
Le Fils de Dieu attaché à la
• Croix , eſt diſpoſe ſi avantageuse .
ment dans le milieu du Tableau ,
- qu'on n'a pas de peine à le prendre
pour le principal objet , & pour la
Figure dominante. La Croix n'est
pas tout à fait dreßée ; mais com
me les Bourreaux travaillent à la
mettre dans fon affiette , &qu'elle
panche encore , le Corps du Sauveur
- fuit cette diſpoſition ; de forte qu'il
a les yeux tournez vers le Ciel
comme regardant le Thrône de Gloi
re où le Pere Eternel le doit bientoft
recevoir. Malgré la pafleur de
fon Visage que les tourmens ont extrémement
attenué , on ne laiffe pas
d'y voir une Majesté éclattante ,
un air noble , & un Caractere de
Divinité , qui impriment dans le
coeur de ceux qui le regardent un
Sentiment de venération & d'an
mour:Mais àcet air majestueux&م
4.0
MERCVRE
divin , itſe mesle une forte expref.
fion d'une bonté infinie & d'une
charité extréme , & l'on est per-
Suadé qu'en cet état de refignation
il s'immole luy mesme àson Peres
par un Sacrifice parfait , qui doit
estre la consommation de tous les
anciens Sacrifices . Dans le refſte du
Corps , les marques d'une douleur
violente font judicieusement ménagées.
En quelques endroits la Chair
est meurtrie de coups ; en quelques
autres on voit que le Sang retiré
fait place à une pafleur mortelle.
Ainsi on ne sçauroit trop admirer le
choix des teintes que le Pinceau a
employées , pour une carnation fi
variée &fi naturelle. Les Veines &
les Muscles s'y distinguent avec
toute l'exactitude où la perfection
de l'Art peut atteindre , & cette
naïve imitation du naturel qui re
gne par tout le Tableau , s'y trouve
GALANT.
41
5
Soûtenuë d'une judicieuse æconomie
de la Lumiere & des Ombres ; tout
cela eſtant fi fort du partage de
Monfieur le Brun , que perſonne n'en
diſconvient .
Le Fils de Dieu est attachéà la
Croix avec quatre Cloux , en forte
qu'il y a un Cloud particulier pour
chaque pied ; ce qui s'accorde à l'opinion
du plus grand nombre des
Peres anciens ; & mesme parmy les
Modernes , le sçavant & pieux
Cardinal Tolet , a dit qu'en cela le
vray ſemblable s'accorde avec le
vray , & que comme ily eut quatre
Soldats qui attacherent le Sauveur
à la Croix , il est plausible que
chacun d'eux affecta d'y mettre un
Clou , afin que tous quatre fiſſent
également l'office d'Executeurs.
Mais cette conjecture répond poſitivement
aux experiences de quelques
Curieux , qui ayant mis fur une
42
MERCURE
piece de bois les pieds d'un Cadavre
posezl'un fur l'autre , ont vainement
eſſayé de les y attacher avec
un foul clou, parce que les nerfs dont
ces parties font remplies , & lafituation
des talons empefchent que
le clou ne faſſeſolidement ſon effet .
Mais commele Corps du Sauveur
ne pouvoit pas ſe tenir suspendu à
la Croix par lefeulfecours des quatre
Cloux , on entrevoit icy parmy
les plis de la Drapperie miſe ſur fes
Flancs , un cordage qui le lie à la
Croix , & qui en aſſeure laſuſpenfion.
On luy voit encore fur laTeſte
la Couronne d'Epines que Pilate y
a fait mettre, comme pour authoriferle
Titre de Roy qu'il luy a donné .
Ces expreſſions des ſouffrances du
- Seigneur , ſemblent en avoir imprimé
de pareilles dans le Coeur & fur
le Viſage de la Vierge , de Saint
Ican, de la Madeleine , de Marthe
GALAN T. 43
de Marie Femme de Cleophas , de
Salomé, de leanne Femme de Cutzas
Intendant d'Herode , & de ces autres
Saintes Femmes de Galilée , qui
avoient ſuivy le Sauveur , &quiſe
frapant la poitrine l'avoient pleuré
pendant le portement de la Croix.
Toutes ces Figures qui marquent
une extrême defolation , font à la
main droite du Tableau. On voit
- qu'attentives au mouvement de la
Croix que l'on dreffe , elles jettent
leurs regardsfur celuy qui y est attaché
; mais on juge bien qu'elles le
Suivent moins des yeux que de la
pensée. On diroit que leur coeur eft
- à la Croix , & que les Playes du
Sauveurfont devenuës les leurs pro
- pres . C'est là que les differentes ex-
- preſſions de l'amour divin paroiſſent
- dans toute leur force. C'est là que
regne une affliction generale ; mais
elleyregne fous des caracteres par
ticuliers .
44
MERCURE
On voit donc la Vierge qui con
fiderant les tourmens de fon Fils ,
paroist touchée de toute la douleur
dont une Mere est capable ; mais
par une expreſſion ſenſible , on voit
au travers de cette douleur une
constance furnaturelle , & digne de
la Mere de Dieu . Elle ſe laiſſe tomber
sur les genoux , comme voulant
faire en cét état un Acte d'adoration
, & un Sacrifice ; felon la pen-
Sée de plusieurs Peres de l'Eglise,
qui affeurent qu'au moment de l'élevation
de la Croix , la Vierge
Se reglant fur l'Oblation que fon
Fils faisoit alors de foy - mesme ,
elle l'offroit auffi au Perc Eternel,
comme pour luy remettre le Dépost
Sacréqu'elle en avoit receu.
Prache de là , on voit Saint Jean
qui est debout , avec un visage
d'autant plus troublé , qu'il voit à
la fois le Sauveur & la Vierge,
GALANT.
45
1
dans des tourmens qui luy deman
dent également un prompt secours .
Incertain de quel coſté il doit aller,
ou plûtoſt voulant courir à tous
deux ; on remarque que d'une main
ilfoûtient la Vierge , & tend l'au
tre vers fon Fils. On diroit qu'il
. fremit à chaque effort des Bourreaux
qui travaillent à planter la
-Croix ; & à ces marques d'une agitation
interieure , on est persuadé
que les Playes d'un Maiſtre ſi adorable
, & si tendrement aimé , ont
jetté des traits divins dans l'ame de
Son Favory , & que ce bien- heureux
-Apoſtre ſe veut transformer en luy,
expirer avec luy , & courir à cette
Sainte union , qui fait la felicité
& la recompense de l'amour reci.
proque.
La Madeleine , penetrée de douleur
, a le visage en feu , les chem
veux épars , & les mains jointes ,
46 MERCURE
&ferrées par l'effort des doigts en
trelacez les uns dans les autres ,
avec cette violence qui est l'effet &
la marque d'un transport extraor
dinaire. Ses fouffrances ſont ſi vi
ves , &fes affectionsſipures,qu'elle
trouve de la gloire , & du merite
à les faire éclater pour l'édification
univerſelle. Ainſi comme ce ſont de
ces threfors qui ne doivent point
estre cachez , elle ne veut point
mettre de bornes àſa douleur , ny
donner de voileàfon amour. Mais ,
Monfieur , en vous décrivant fon
transport ,je ne vous puis taire celuy
d'un homme tres-intelligent en Peinture
, qui obſervant la Figure de
cette Madeleine avant que le Tableau
eust esté enlevé de Paris , dit
à une Compagnie nombreuſe de Curieux
qui estudioient la mesme Figure
, Vous la voyez qui pleure ,
vous autres , & c'eſt tout ce que
GALAN T.
47
4
vous y remarquez ; mais moy , je
l'entends qui ſe plaint.
On voit ces autres Saintes Femmes
de Galilée diverſement outrées
- d'affliction , & differemment poffedées
de l'Esprit de Dieu ; Selon que
ce zele divin s'exprime par uno
Sainte langueur , par les marques
exterieures d'une afpiration fervente
, ou d'une palpitation de coeur , ou
bien enfin par d'autres mouvemens,
ordinaires aux Perſonnes animées
de l'amour celeste. Leur émotion ne
peut estre moindre quand on suppoſe
qu'elle vient du cruel ſpectacle
de la Croix , que fix Bourreaux tâ
chent de dreſſer. On connoist évidemment
que pour y attacher le
Sauveur avec plus de facilité , elle
a d'abord eſté couchée sur une petite
terraffe qui se forme entre pluſieurs
inégalitez dont le terrain du Calvaire
est couppé; & même on voit
(
48 MERCURE
1
un Tréteau qui afervy à lafoûtenirquand
on a commencé à la lever .
La terraſſe eſt escarpée , & fon
escarpe regne sur le trou où l'on
veut affermir la Croix , qui , comme
j'ay dit , panche encore ; mais la
terraſſe par sa diſpoſition donne de
grands avantages pour la mettre...
enſon affiette. Les fix hommes quž
s'y employent à l'envy , ont tous le
visage de Gens de travail , la taille
renforcée , les bras nerveux, & le
corps dans une attitude differente,
mais toûjours naturelle & propor
tionnée à leurs efforts differens. De
ces fix , il y en a deux poſtez ſur la
terraffe , & quatre en bas pour
mieux balancer le mouvement de la
Croix , & luy donner un contrepoids
neceſſaire , chacun Selon la fituation
où ilſe trouve. Deux des quatre
qui font en bas, tirent chacun
un cordage qui va répondre à chaque
GALANT.
49

1
que extrémitédes deux branches de
Croix pour le foûlever de part &
d'autre , avec une égale force. On
juge de la vigueur & des efforts de
ces deux hommes par l'extension de
leurs Muscles , quiſont marquez
! reſſentis avec beaucoup d'art. Le
troiſiéme panché en avant , &
courbé fur ses genoux foutient
de fon dos le derriere de la
Croix , & semble auſſi la foûlever,
&mesme la pouffer avec mesure ,
tandis que le quatrième la preſſant
du corps , desbras , & des mains,
fait agirſa vigueur &fon adreffe
pourse concerter avec ses Compagnons.
Mais des deux qui font poſtez
sur la terraſſe , ily en a un quż
qui tient là Croix encore plus étroi-
- tement embraſffee , pour estre ainſi
• maistre de tout le mouvement quch
le reçoit , & regler en particulier
- l'effet des cordages qui agiffent
Septembre 1685 .
F
C
50
MERCURE
du costé opposé. Le dernier est un
Soldat Romain, qui est armé de ſa
cuiraffe..Iltient une Echelle dreſſée
de telle forte que l'échelon le plus
haut foûtient la Croix au deſſous
des branches pour la hauffer plus ou
moins , felon qu'il faudra Seconder
à propos les efforts de ses compagnons.
La circonfpection du Soldat
paroist dansses yeux qui font atten
tifs à tout ce travail ; ce qui con .
vient affezà un homme qu'on fuppoſe
avoir esté long- temps le cruel
Ministre desfupplices ordonnezaux
Criminels , puis qu'en ce temps là
les Romains donnoient ſouvent aux
Soldats , &mesme aux Tribuns des
Legions la commiſſion d'executer à
mort , de leurs propres mains , les
Perſonnes destinées aufupplice.
La Croix n'est pas icy reprefentéeſous
la Figure des Croix ordinaires
, qui ont quatre extrémitez diGALANT.
51
!!
ا
tinctes ; car en celle cy le tronc vient
Se terminer dans le milieu des deux
branches , fans former un fommet
au deſſus de cette Traverſe. Ainsi
elle eſt ſemblable à nostre Lettre
capitale T, ou à la Lettre Grecque
Tau ; ce qui est conforme à l'opinion
de pluficurs Feres de l'Eglife , bà
la tradition de la pluſpart des
Chrétiens Orientaux. Celle cy a
deux fois la hauteur d'un homme ,
commeil est aisé de juger par les proportions
des Figures du Tabieau.
Parmy les Anciens, les Croix étoient
faites sur des longueurs fort differentes.
Ainsi Aman , Favory d'Af-
Suerus , en prépara une pour le Supplice
de Mardochée qui estoit longue
de cinquante coudées ; ce qui con.
tientpresque treize de nos toiſes , &
Suppoſe prés de quinze fois la hauteur
d'un homme. Au contraire les
Sept Enfans de Saul furent atta
C 2
52
MERCURE
chez chacun à une Croixfi peu élevée
, que les Beſtes sauvages auroient
pù atteindre à leurs pieds .
& les manger pendant la nuit, Sans
la vigilance de la pieuse Reſpha.
La longueur de celle du Sauveur ,
telle qu'on la voit icy representée ,
Se rapporte à la tradition generale,
qui tient que la Vierge estant debout
au pied de la Croix portoit fa
bouche juſques aux pieds deſon Fils,
& qu'elle les baiſoit tendrement en
les moüillant deſes larmes . L'Eglife
Orientale estoit particulierement
dans cette opinion , comme on le peut
remarquer dans un Poëme Dramatique
, attribué par quelques-uns à
Saint Athanase , & par quelques
autres à S. Gregoire de Nazianze.
Comme la diſpoſition des quatre
faces du bois de la Croix àſervy de
fondement & deregle aux premiers
Architectes Chrétiens pour laſtruGALANT.
53
1
-iture de nos Eglifes. Monfieur le
_ Brun a foûtenu cette idée ; car on
voit icy fort distinctement , que la
Croix va eſtre ſituée de telleforte,
que le Sauveur aura à dos la Ville
de Hierufalem qui est à nostre égard
dans la partie Orientale de l'Horizon
. Ainsi il fera face vers l'Oc
cident , & portera la main droite
vers le Septentrion , & la gauche
vers le Midy. Nos Eglifes font
orientées de la forte , & c'est ainsi
que chaque jour le Peuple Catholique
appellé au Service divin , rend
la choſeſenſible dans nos Temples ;
car en regardant l'Autel , on tourne
le visage vers l'Orient , pour concevoir
pieusement qu'on a le Sauveur
en face.
Un peu au deſſous des Figures de
ces Femmes de Galilée , qui comme
nous avons dit , marquent un raviſſement
celeste , &unesuspension
C3
54 MERCURE
des ſens , on voit d'autres Figures
du mesme coſté , &fur la premiere
Ligne du Tableau , qui font paroiſtre
une activité fort opposée à
cette fainte langueur , &qui par là
forment cet agreable contraste dont
la Peinture emprunte une partie de
Ses beautez . Ce font les quatre Soldats
qu'on fuppofe avoir attaché le
Sauveur à la Croix , & divisé en
tr'eux une partie de ſes Veſtemens ..
felon le témoignage de l'Evangile.
On les voit qui jettent au fort avec
des Dez , pour sçavoir à qui demcurera
la Tunique , dont ils n'ont
pas voulu faire quatre portions ,
parce qu'ayant veu qu'elle est d'un
feul tiſſu & sans coûture , ils n'ont
púſe reſoudre à la couper. Elle est
étendue à terre , & quelques- uns
ont les genoux deffus. Ces quatre
Foüeurs font donc figurez avec cet
air inquiet & empreſſé que donne
GALANTA
55
lavidité du gain. De la maniere
dont ils s'obfervent l'un l'autre , on
leur trouve un grand panchant à
disputer le coup de Dé. L'action d'un
cinquième Soldat qui les regarde .
en s'appuyantsur une Hache d'armes
, marque une curiofité & une
application auſſiforte que s'il eſtoit
effectivement intereſſé dans le gain
&dans la perte.
Aquelque distance de ces Soldats
, &proche le pied de la Croix,
on voit le Vaſe plein de Vinaigre ,
qui leur fervit quelque temps aprés
àimbiber l'éponge qu'ils mirent au
bout d'un bâton d'Hyſope , pour la
presenter à la bouche du Fils de
Dieu.
Les deux Croix où les Larrons
viennent d'estre attachez,font aux
deux coſtez du Sauveur vers les
deux bouts du Tableau , celle du bon
Larron à la droite , & l'autre à la
C 4
36 MERCURE
gauche. Mais de cette derniere , o
ne voit que l'extrémité d'une bran
che avec une partie de la main du
Criminel; ce qui est fait avec deffein
, & la situation de ces deux
Croix marque la ſage reflexion de
Monsieur le Brun , qui fans oublier
aucune des circonstances de fon Sujet
, ne laiſſe pas de le débarraſſer
avec beaucoup de jugement, faisant
en forte que l'action principale y
Soit dominante , & que les Figures
le moins propres à émouvoir l'ame ,
I tiennent le moindre rang , ở nử
foient vevës qu'en paſſant.
Après vous avoir fait un détail
de ce qui occupe dans le Tableau
toute la partie de main droite , voicy
tout ce qui remplit le costé opposé.
Une Compagnie de Gens de Guerre,
commandéepour affeurer l'execution
de la Sentence de mort , vient occuper
au pied de la Croix le poste
GALANT. 57
qu'elle doit tenir. A la teſte de la
marche , on voit paroiſtre à Cheval
un Officier qui porte l'Etendard arboré
ordinairement dans les petits
Corps de la Milice Romaine ; carles
Aigles & l'Etendard principal appelle
Labarum ,fuppofoient neceffairement
la présence des Empereurs
,des Confuls , des Chefs de
Legions ! ou des Officiers du premier
reng ; mais il ne s'agit icy que de la
marche d'unſimple Centenier. L'Officierqui
porte l'Etendard , est mon
té sur un Cheval qui paroist in
quiet , ardent , & qui ſemble vouloir
éviter trois Femmes qui font à
coſté de luy. Dans ce mouvement il
porte àfaux un des pieds de devant
fur un terrain inégal & gliffant ,
proche d'une jeune Fille qui est aſſiſe
àterre , & qui toute effrayée de le
voir broncher ,ſe leve poursemettre
on Seureté. Derriere l'Etendard
Cr
58 MERCURE
•paroift un Officier Romain qui est
aussi à Cheval. Il tient àla main le
Titre qui doit estre appliquéà la
Croix , &qui est écrit en Caracte
res Hebraiques , Grecs & Latins
Four mieux marquer l'autorité de
cét officier , quelques Soldats qui
font à ses coſtez ont foin d'écarter
la foule. Ainsion voit cette Milice
postée differemment , foit sur un
terrain élevé , ou dans un fond qui
ne permet de voir que la tête des
Soldats , &la pointe de leurs Piques
& de leurs favelots ; ce qui ſe
remarque agreablement dans les
détours que forment les chemins
creux representez dans le Tableau.
Auprés de la Fille qui paroist
effrayée du Cheval , il y a une
Femme affife àterre. Elle tientfur
elle deux jeunes Enfans d'un teint
délicat & vermeil , d'un embonpoint
agreable , d'un air fleury , &
:
GALANT.
59
a
d'une beauté animée. La foule &
l'horreur du Spectacle , ne font pas
capables de diſtraire l'esprit du plus
- jeune , qui porte une pomme à fa
bouche avec beaucoup d'avidité ,&
qui ſans autrefoin que de la man.
ger, marque l'indolence despas ten.
dres années. Mais celuy qui est plus
agé se tournant à demy vers la
Croix , y regarde avec frayeur l'acharnement
des Bourreaux impitoyables
, &se jette enfremiſſant fur
SaMere , qui est frapée d'une pareille
terreur. Une autre Femme ,
debout fur le mesme Plan , ſe détourne
de la marche des Soldats
pour n'y pas expoſer un Enfant qui
eſt encore dans les Langes , &qu'elle
tient endormy entre ſes bras. Ce
profond afſoupiſſement fait un
agreable contraste avec la vivacité
des deux enfans precedens . Il est
vray que la Mere est affezagitée
C6
60 MERCURE
pour luy. Elle marque fur le visage
autant d'effroy qu'en a fait paroître
celle qui tient ses deux Enfans ;
mais affeurement cette forte agitation
neſe doit pas entierement attribuer
à l'horreur du spectacle. Ily
entre quelque autre mystere , نم
Monfieur le Brun ne fait rien fans
un motif emprunté de l'Histoire. Selon
luy , ces deux Meres , allarmées
de la prediction que le Sauveur
vient de leur faire pendant le
portement de la Croix , s'imaginent
déja voir la destruction de Hierufalem
dont il les a menacées , & appliquent
à leurs Enfans cette formidable
Prophetie concevë en ces
termes . Filles de Hierufalem , ne
pleurez point fur moy, mais pleurez
fur vous, & fur vos Enfans...
Le terrain bizarre de la Montagne
cache presque toute la Ville
de Hierufalem , Ainsi on ne décou
GALANT. 61
-
ore que le sommet du Palais de David
, du Temple de Salomon , & de
laTour Antonia. Les Murailles qui
regardent le Calvaire , ont leurs
Creneaux occupez par un grand
nombre de curieux , qui veulent
-voir le Crucifiement. Il y en a plu-
-ſieurs autres qui preſſez de la mefme
curiosité montent fur des Arbres
diſperſez en differens endroits pour
l'embellissement du Tableau . Une
Tour quarrée , élevée auprés de la
porte qui répond au Calvaire , est
àmoitié cachée par une éminence ,
dontle fommet est fort applany ; ce
qui forme une terraſſe tres- commode
pour voir le ſpectacle. Auſſi quel
ques Perſonnes d'un rang distingué
y ont déja pris leur place ; mais pour
en chaffer les Gens de reant , quelques
Soldatsy font poftez , & mê
meme de leurs Sentinelles tient à
La main une demy Pique , & en
62 MERCURE
1
preſente la pointe en avant , pour
arrester une longue file de Curieux ,
qui veulent monter fur le Terre.
plainpar un chemin étroit & efcarpé
; ce qui est une industrie particu
liere de Monsieur le Brun , tant
pour laiffer à nostre oeil une espece
de repos sur une Pelouze agreable
qui embellit le Terre plain, quepour
éviter l'informe&confus amas d'une
infinité de petites Figures , qui
auroient amusé nos yeux par des
minuties , & fait negliger l'action
principale du ſujet.
L'horizon & le lointain du Tableau
font diversifiezpar des Colines
, & des Plaines également agreables
, & par une lumiere douce qui
flatte & délaſſe la veuë ; mais l'air
qui regne furle Calvaire est agité
de plusieurs nuages qui fe choquent,
&roulent avec violence lestens
fur les autres pour donner commenGALAN
T. 63
1
4
sement aux prodiges qui parurent à
la mort de l'Autheur de la Nature ;
car la Nature elle- mefme envelopée
dans un fait si étonnant , agit alors
- contre le cours de fes Caufes ordinaires
. La Terre trembla , les Pierres
ſe fendirent , & le Soleil s'é
clipsa par un pur miracle , puis que
ba Lune estant alors dans fon op-
- poſition , ne pouvoit éclipſer le Soteil
, ny couvrir la Terre de tenebres.
Ainsi le choc de ces Nuages,
& l'alteration de l'air qui precede
rent ces merveilles , & qui mesme
en furent une preparation ,
trent que Monsieur le Brun ne laiſſe
rien échaper de tout ce qui est eſſenciel
au sujet qu'il traite.
mon.
En finiſſant icy ces Remarques ,
je m'apperçoy bien , Monsieur , que
mes expreſſions ne répondent pas
dignement à celles du Tableau .&
qu'ily faudroit les efforts de tan
64 MERCURE
)
de plumes celebres , qui nous ont déerit
les Ouvrages de cet excellent
Peintre , mais faute d'ornemens , je
vay recourir à une grande authoritépour
mettre ce Crucifiement dans
l'éclat qu'il merite. Je vous diray
donc que le Roy l'ayant receu avec
autant de Satisfaction qu'il en a
déja témoigné pour les Tableaux de
la magnifique Galerie de Verfailles
, & generalement pour tout ce
que Monsieur le Brun a mis au jour,
Sa Majesté n'a pas dedaigné de
faire remarquer Elle mesme, aux
Perſonnes du premier rang, les differentes
beautez de ce Chefd'oeuvre.
Voila , fans doute un temoignage
d'un grand poids , & qui ne peut
estre Soupçonné deflatterie. Je suis
voſtre ; &c .
l'ay à vous apprendre la mort
de pluſieurs Perſonnes confideGALANT.
65
1
1
rables . Celle de Dom Joſeph de
Marguerit & de Bievre , Marquis
d'Aguilar , Seigneur de Caſtel
Lampurdam , grand Senéchal
de Catalogne, & cy- devant
Gouverneur de la meſme Pro-
" vince , Lieutenant General des
Armées du Roy , arriva le 17 .
de luillet. Il eſtoit âgé de quatrevingt
quatre ans & mourut au
Chaſteau de S. Martin de Tocques
prés Narbonne , après avoir
receu tous ſes Sacremens avec
une grande refignation . L'Hiſtoire
de Catalogne remarque
que ſes Anceſtres s'y établirent
dans le temps que Charlemagne
Empereur & Roy de France en
chaffa les Maures. Cette Maiſon
a donné des Cardinaux à l'Egliſe,
des Archeveſques àTarragonne,
des Eveſques à Gironne & à
Elne. Elle compte auſſi des
66 MERCURE
1
Generaux d'Armée , & des Ami.
raux quiont commandé les Ar
mées des anciens Roys d'Aragon
& de Sicile. Celuy dont je vous
parle avoit eſté Ambaſſadeur
versle feu Roy. On pourroit faite
une Hiſtoire entiere de toutes
les actions d'éclat qui ont fignalé
ſa vie. Il avoit épousé
Dona Maria de Bievre , & de
Cardona , de laquelle il a trois
Garçons & deux Filles .
Le 3. du dernier mois , mourut
Dame Catherine Bertrand.
Elle estoit vefve de Meffire Nicolas
de Bailleul , Seigneur du
Pleffis - Briart , Capitaine aux
Gardes , cy - devant grand Louvetier
de France .
Quelques jours aprés, la petite
verolle emporta Meffire Bernard
de la Palu, Marquis de Bouligneux
; il n'eſtoit âgé que de
GALANT. 67
-.
0
vingt trois ans. Depuis l'an mille
que Pierre de la Palu Seigneur
de Varenton , vint au ſeconrs
des Roys de Provence , avec
trois mille Hommes de pied , &
quinze cens Lanſquenets levez à
ſes dépens , cette Maiſon n'a
point manqué de Mafles , comme
il paroiſt par les Subſtitutions .
Monfieur le Marquis de Bouligneux
eſtoit du dernier Carroufel
, & il eſt parlé de luy dans la
feconde Relation de ce divertiſfement
, où l'on voit tout ce qui
regarde les Maiſons , Dignitez
& Emplois de chaque Chevalier.
Le 28. du me me mois , Monſieur
le Marquis de Liſtenois ,
qui avoit eſté de ce meſme Carroufel
, mourut environ dans le
meſme âge. Il eſtoit premier
Chevalier d'honneur au Parle-
A
68 MERCURE
ment de Besançon , grand Bailly
d'Aval au Comté de Bourgogne,
& Colonel de Dragons pour le
ſervice de Sa Majeſté. La Relation
dontje viens de vous parler,
vous en apprendra davantage.
Il a laiſſédeux Enfans de Dame
Marie des Barres , Fille de Meffire
Bernard des Barres , Prefi
dent au Mortier au Parlement
de Bourgogne , & de Dame Antoinette
de Beauclerc.
La nuitdu 29. au 20. mourut
Meſſire Henry de Daillon Duc
du Lude, Marquis d'Illiers & de
Boüille Baron de Briançon ,Che
valier des Ordres du Roy,Grand
Maître de l'Artillerie de France,
& Capitaine du Chaſteau de
Saint Germain en Laye. Il avoit
eſté premier Gentilhomme de la
Chambre ; & comme il avoit
rendu des ſervices tres- agreables
GALANT . 69
1
1 au Roy , il fut fait Chevalier de
ſes Ordres en 1961. pourveu en
1669. de la Charge de Grand
- Maiſtre de l'Artillerie à la place
de Monfieur le Duc de Mazarin ,
& eut un Brevet de Duc & Pair
= en 1675. Il avoit épousé en pre-
- mieres Noces Dame Eleonor de
- Boüillé , Fille unique de René
Marquis de Boüillé , dont il n'a
point eu d'Enfans , non plus que
de Dame Marguerite Loüiſe de
Bethune , Veuve de Monfieur le
Comte de Guiche , ſa ſeconde
Femme. Elle eſt Fille , comme
vous ſçavez , de Meffire Maximilien
de Bethune III. du nom ,
Duc de Sully , & de Dame Charlote
Seguier. Le 9. de ce mois , le
Coeur de Monfieur le puc du
Lude fut porté en ceremonie au
Monastere des Carmelites de
Pontoiſe , & preſenté par le Pere
70 MERCVRE
Loüis le Marchand , Vicaire general
de l'Ordre , & Prieur des
Celestins de Paris , ſon Confefſeur.
Il fit un tres beau pifcours
Latin au Clergé qui le receut
dans l'Eglife , & un autre en
François à la Superieure , Soeur
de Madame la Ducheſſe du Lude.
Il expoſa dans l'un & dans
l'autre , avec beaucoup de fuccés,
la pieté envers Dieu , la fidelité
au ſervice du Roy & les autres
grandes qualitez de cet Illuſtre
Defunt. La Maiſon de Daillon
a eſté féconde en grands
Hommes. Iean de Daillon I.de ce
nom , vivoit en 1420. & fut Pere
deGilles de Daillon Sieur du Lude
au Maine , qui eſtoit en conſideration
ſous le Regne de
Charles VII . Jean de paillon II.
du nom , Fils de Gilles , eut
grande part aux bonnes graces
GALANT. 71
de Lois XI. Il fut Chambellan
6 de ce Monarque , qui le fit Capitaine
de ſa Porte , & de cent
Hommes d'armes , Gouverneur
d'Alençon , du Perche , de Dauphiné
en 1473. de la Villed'Arras
& Comté d'Artois en 1477.&
Lieutenant General de ſes Armées
en Picardie . Il laiſſa Jacques
de paillon de Marie de Laval
. Ce dernier , qui fut Conſeil-
- ler & Chambellan des Rois
Louis XII . & François I. ſe diſtingua
en toutes fortes d'occa-
= ſions par ſa conduite & par ſa
bravoure. Il eut de Magdeleine
Dame d'Illiers , Fille de lean, &
de Marguerite de Chourſes ,
Jean de Daillon III. du nom,
premier Comte du Lude , Baron
d'Illiers, Senéchal d'Anjou, Confeiller
& Chambellan du Roy,
Chevalier de fon Ordre , Gou
72. MERCURE
verneur de Poitou , la Rochelle,
& Pays d'Aunis , Lieutenant
General en Guyenne , & Pere
de Guy de Daillon Comte du
Lude , Chevalier des Ordres du
Roy , Gouverneur de Poitou,
Senéchal d'Anjou , qui acquit
beaucoup de gloire à la défenſe
de Mers , à la Bataille de Renty,
à la priſe de Calais , de Guines ,
de Marans , de Broüage ; & qui
laiſſade Jacquelinede la Fayette
Dame de Pontgibaud , François
de Daillon Comte du Lude ,
Marquis d'Illiers , Sieur de Pontgibaud&
de Briançon, Senechal
d'Anjou. François de Daillon
ſervit tres - utilement les Rois
Henry III . Henry IV. & Loüis
XIII . & fut fait Gouverneur de
Gaſtón de France Duc d'Orleans .
Il eut de Françoiſe de Scomberg,
Fille de Gaſpard Comte de Nanteüil,
GALANT.
73
n
!
1
1
teüil , & de leanne Chaſteignerla
Rochepozay , Timoleon de
Daillon Comte du Lude , qui
épouſa Marie Faydeau , dont il
eut Henry de Daillon Duc du
Lude , qui vient de mourir ; &
Charlote Marie , alliée le 17 :
Septembre 1653. à Gaston de
Roquelaure Chevalier des Ordres
du Roy , Pere de Monfieur
le Duc de Roquelaure d'aujourd'huy.
La mort de Monfieur le Duc
du Lude , a eſté ſuivie de celle de
Catherine d'Aſpremont Vandy,
Fille d'honneur de la feuë Reine
Mere du Roy , & Dame d'honneur
de fon Alteſſe Royale Mademoiselle
d'Orleans. Elle estoit
âgée de foixante- fix ans , & Fille
de Meſſire lean d'Aſpremont
Marquis de Vandy , Meſtre de
Camp & Maréchal des Camps
Septembre 1685. D
74 MERCURE
& Armées de Sa Majesté ,& de
Dame Innocente de marillac ,
Soeur du Maréchal de marillac ,
Garde des Seaux de France .
Godefroy Baron d'Afpremont
en Lorraine , vivoit du temps de
Philippe Auguſte Roy de France,
& c'eſt de luy que les Comtes
d'Aſpremont ſont deſcendus . 11
'y a eu des Eveſques de mets &
de Verdun de cette maiſon .
Vous ſçavez que tous les an
il ſe fait dans l'Egliſe de la maifon
Profeſſe des Jeſuites de la ruë
faint Antoine , un Service pour
feu Monfieur le Prince , & qu'il
eſt accompagné d'une Oraiſon
funebre. Elle a eſté faite au commencement
de ce mois par le
Pere de la Ruë , qui poſſede parfaitement
l'éloquencede laChaire,
& qui n'y fait pas moins briller
l'eſprit& la profonde érudii
GALANT. /
75
tion , que dans ſes autres Ouvrages
.
Je nedoute point que vous ne
-ſoyez contente de l'Air nouveau
que je vous envoye. Il a eſté
eſtimé par des gens d'un fort bon
gouft.
V
AIR NOUVEAU.
Ous aimez , jeune Iris ,mes
tendres Chansonnettes ,
Vous les écoutez chaque jour.
Quen'avez vous un poud amour
Pour le Berger qui les afaites ?
Voicy un Ouvrage de l'illu
ſtre Madame des Houlieres. Son
nom vous répondde ſa beauté.
D2
76 MERCURE
EPITRE CHAGRINE
A MADEMOISELLE D. L. C.
H
E bien , quel noir chagrin vous
occupe aujourd'huy ?
M'est venu demander avec un fier
Sourire
Un jeune Seigneur , qu'on peut
dire
Aufſſibeau que l' Amour,auſſi traiſtre
que luy.
Vous gardez un profond filence ,
(A- t'il repris jurant à demy bas )
Est-ce que vous ne daignezpas
De ce que vouspensezme faire confidence
Ien'ensuis pas peut- être affez digne.
A ces mots ,
Pour joindre un autre Fat , il m'a
tourné le dos.
GALANT.
77
- Quel discours pouvois-je luyfaire,
Moy qui dans ce meſme moment
Repaſſois dans ma teſte avec étonnement
De la nouvelle Cour la conduice ordinaire
?
M'auroit- iljamais pardonné
La peinture vive &fincere
De cent vices auſquels il s'est abandonné?
Non , contre moy le dépit , la colere ,
Le chagrin , tout auroit agy.
Mais quoy que mes diſcours euſſent
pû luy déplaire ;
Sonfront n'en auroit point rougy
FeSçay deses pareils jusqu'on l'audace
monte.
A tout ce qui leur plaist ofent- il
s'emporter.
Loin d'en avoir la moindre bonte
,
D3
78 MERCVRE
Eux- mefme vont en plaiſanter.
De leurs déreglemens Historiens fidelles
,
Avec un front d'airain ils feront
mille fois.
Un odieux détail des plus affreux
endroits ,
On diroit à les voir traiter de bagatelles
,
Les horreurs les plus criminelles,
Que ce n'est point pour eux que font
faites les Loix ,
Tant ils ont de mépris pour elles.
Avec gens fans merite & du rang
le plus bas
Ils font volontiers connoiſſance.
Mais aussi quels égards & quelle
1
déference
Veut- on qu'on ait pour eux?helas !
Ils font oublier leur naiſſance
•Quand ils ne s'ensouviennetpas.
GALANT. 79
Daignent- ils nous rendre viſite,
Le plus ombrageux des Epoux
N'en sçauroit devenir jaloux.
Ce n'est point pour noſtre merite.
Leurs yeux n'en trouvent point
en nous .
Cen'est que pourparler de leurgain,
de leur perte ,
Se dire que d'un vin qui les charmera
tous ,
On a fait une heureuse &Sure découverte
,
Se montrer quelques Billets doux,
Se dandiner dans unethaiſe ,
Faire tous leurs trocqs à leur aiſe,
Et se donner des rendez- vous .
Si par un pur hazard quelqu'un
d'entr'eux s'aviſe ,
D'avoir des ſentimens tendres , refpectueux
,
Tout le reste s'enformalife ,
D 4
80 MERCURE
Iln'estpour l'arracher à ce panchant
heureux ,
Affront qu'on ne luy faſſe , horreurs
qu'on ne luy dife,
Etl'onfait tant qu'enfin il n'ose être
amoureux.
Caufer une heure aves des Femes
Leur preſenter la main , parler de
leurs attraits.
Entre les jeunes gens font des crimes
infames
Qu'ils nese pardonnent jamais .
Oùsont ces coeurs galans?Oùsont ces
ames fieres ?
Les Nemours,les Montmorancis ,
Les Bellegardes , les Buffys ,
Les Guifes& les Baſſompieres ?
S'il reste encor quelques foucis
Lors que de l'Acheron on a traverse
l'onde ,
Quelle indignation leur donnent les
récits
GALANT. 81
5
De ce quife paſſe en ce monde !
Quen'y peuvent- ils revenir.
Par leurs bons exemples peut- être
On verroit la tendreſſe& le respect
renaiſtre
Que la débauche a fceu bannir.
Mais des Deſtins impitoyables
Les Arrests font irrevocables ,
Qui paſſe l' Acheron ne le repaſſe
plus.
Rien ne ramenera l'usage
D'estre galant ,fidelle , fage ,
Les jeunes gens pourjamaisfontperdus.
ש
A bien conſiderer les chofes ,
On a tort de ſe plaindre d'eux .
De leurs déreglemens honteux
Nous ſommes les uniques cauſes.
Pourquoy leurpermettre d'avoir
D
82 MERCURE
Ces impertinens caracteres ?
Que ne le tenons nous comme fat
Soient nos Meres ,
Dans le respect, dans le devoir i
Avoient elles plus de pouvoir ,
Plus de beauté que nous , plus d'ef
prit , plus d'adreffe ?
Ah ! pouvons- nous penfer au temps
de leur jeunesse ,
EtSans honte,&fans deſeſpoir !
Dans plus d'un Réduit agreable
On voyoit venir tour àtour
Tout ce qu'une superbe Cour
Avoit de galant &d'aimable.
L'esprit , le refpict& l'amour
Yrépandoient surtout un charme inexplicable.
Les innocens plaiſirs parqui le plus
long jour
Plus vite qu'un moment s'écoule 99
Tous les foirs s'y trouvoient enfoule,
GALANT. 83
Et les transports. , &les defirs
Sans le fecours de l'esperance ,
Ace qu'on dit,prenoient naiſſance
Au milieu de tous ces plaiſirs.
Cet heureux temps n'est plus, un autre
a pris ſa place.
Les jeunes gens portent l'audace
Fuſques à la brutalité.
Quand ils ne nous font pas une incivilité,
Il ſemble qu'il nous faſſent grace.
Mais ,me répondra ton , que voulez-
vous qu'on faffe ?
Si ce defordre n'est fouffert ,
Regardez quel fort nous menace;
Nos maisonsferont un defert.
Il est vray; mais sachez que lors
qu'on les en chaffe ,
Cen'est que du bruit que l'onperd.
Est- ce un fi grandmalheur de voirfa
chambre vuide
D6
84 MERCURE
De médiſans , de jeunesfous ,
D'infipides railleurs , qui n'ont rien
de folide
Que le mépris qu'ils ont pour nous ?
Oüy , par nos indignes manieres
Ils ont droit de nous mépriser.
Si nous estions plus fages & plus
fieres
On les verroit enmieux user.
Mais inutilement on traite ces matieres
,
Ony perdfà peine &son temps.
Aux dépens de fa gloire on cherche
desAmans.
Qu'importe que leurs coeurs foient
fans delicateffe ,
Sans ardeur , fans fincerité.
On les quitte de ſoins & de fidelité,
De respect & de politeffe.
On ne leur donne pas le temps de
foubaiter.
GALANT . 85
Ce qu'au moins par des pleurs , des
Soins , des complaisances
On devroit leur faire acheter.
On les gaste , on leurfait de honteu-
Ses avances
Qui ne font que les dégouter.
Vous,aimable Daphné,que l'aveugle
fortune
Condamne àvivre dans des lieux
Où l'on ne connoit point cette foule
importune
Quifuit icy nos demy- Dieux .
Ne vous plaignezjamais de vostre
destinée.
Il vaut mieuxmille & millefois
Avec vos Rochers & vos Bois ,
S'entretenir toute l'année ,
Que depaffer une heure ou deux
Avec un tas d'Etourdis , de Cocquettes.
DesOurs &des Serpens de vosfombres
retraites ,
Le commerce est moins dangereux
86 MERCURE
1
Je vous ay déja donné plu.
fieurs Relations de Monfieur
Chaffebras de Cramailles , & en .
tre autres celle de dix ou douze
Opera, qui furent repreſentez à
Veniſe en un ſeul Carnaval , du
temps que ce curieux Voyageur
y eſtoit. L'exactitude avec laquelle
il d'écrit les lieux où il
paſſe , vous a fait ſouvent fouhaiter
d'en avoir la ſuite. Elle
vientde tomber entre mes mains,
& je vous l'envoye dans les mefmes
termes qu'on me l'a donnée.
C'eſt la Relation de ſon Voyage
depuis Veniſe juſques à Rome
& ſes remarques ſur les Villes ,
Lieux & Chemins confiderables,
avec les Devotions de Noftre-
Dame de Lorette , & de Saint
François d'Aſſiſe. Elle est adreffée
à Monfieur le Duc de Saing
Aignan La voicy.
1
GALANT. 87
-
Le quinziéme Novembre
1684. je partis de Venife ; ou
j'avois eſtédurant une année ,&
je me misavec un Gentilhomme
François de mes amis , dans une
Gondole à quatre Rameurs , une
heure & demie avant le jour.
Durant la matinée , nous traverfames
vers le Midy fur le Fleuve
du Pô , où nous voguâmes tout
le reſte de la journée & le lendemain
, juſqu'à une lieuë de
Ferrare , ayant couché dans un
Village ſur le bord du Pô . Ce
Fleuve qui paſſe pour le Roy des
Fleuves del'Italie , a ſon eau claire
comme criſtal; Il est fort large,
& bordé preſque par tout de tapisverts
, de Prairies & de Bocages.
Il fait icy la divifion des Terres
du Pape d'avec celles de
Veniſe , & ſe trouve luy-mefme
partagé entre ces deux differens
88 MERCURE
Etats; de forte que par un effet
du fort affez bizarre , il ſe rencontroit
ſouvent que l'un de
nous eſtoit ſur le Domaine de
Saint Pierre , dans le temps que
l'autre reſtoit encore ſous la puiffance
des Venitiens , & cependantnous
eſtions aſſis ſur un même
ſiege à coſté l'undel'autre.
L'air eſtoit extremément doux
quand nous nous mêmes en chemin.
Sans un temps ſi favorable ,
nous n'aurions pas hazardé dans
une Gondole le peu de mer que
nous eûmes à paſſer. C'eſt un
petit Bâtiment de mer leger &
delicat, danslequelon peut aller
faire ſa cour aux Gentils-Donnes,
ſur le grandCanal de Veniſe;
mais il n'est pas fait pour aller
en pleine mer , & feroit dangereux
dans un vent mediocre. A
une lieuë en deça de Ferrare,
GALANT. 89
nous fûmes obligez de changer
de voiture , & de nous mettre
dans un petit Bateau couvert
pour paffer un Canal d'eau dormante
qui conduit en cette Ville,
& qui eſt fort élevé au deſſus du
Fleuve du Pô . Ferrare appartenoit
autrefois aux Princesd Eſte ;
mais par defaut de mâles , il eſt
retourné aux Papes ſous le Ponti
ficat de Clement VIII .
Nous primes le lendemain une
Chaiſe roulante pour nous , avec
un Cheval pour noſtre bagage,
&nous allâmes coucher à Bologne.
On nomme en quelques endroits
ces Chaiſes roulantes , par
une eſpece de quolibet , Sedie
volante , pour dire qu'elles vont
vite comme le vent. Ce font
aujourd'huy les Voitures les plus
commodes & les plus uſitées dans
I'Italie. Elles vont à deux che
१०
MERCURE
vaux , & il n'y peut tenir que
deux perſonnes . Quand on veut
aller vite , on les prend de Cambiature
comme nous fiſmes , c'eſt
à dire qu'on change de Chaiſe
&de chevaux de deux Poſtes en
deux Poſtes , où l'on en trouve
de toutes prêtes .
Bologne eſt une des grandes
Villes & des plus peuplées de l'Italie.
On la nomme Bologne la
grafſe, à cauſe de la fertilité & de
la bonté des terres des environs ,
qui ſont à la verité ſi graſſes , qu'il
faut fix , huit , & juſqu'à dix
boeufs pour tirer lacharuë. Il y a
au devant de preſque toutes les
maiſons , des Portiques qui forment
de grandes allées couvertes
aux deux côtez de chaque
ruë , de meſme que dans la Court
du Palais de Luxembourg de Paris
; ce qui donne le moyen d'aller
GALAN T.
91
à couvert par toute la Ville. Les
Dames y vont vétuës à la Françoiſe
, & les Gentils- hommes y
font habillez de noir en pourpoint
, manteau , ceinturon &
épée. Il y en a plufieurs qui font
porter leurs épées par des Eſtafiers
, à cauſe qu'elles ſont extremément
longues , & qu'elles les
incommodent beaucoup à marcher.
Les Palais de cette Ville
font fuperbes. Les Eglifes & les
Convents y font magnifiques ,&
lesCloîtres des Religieux y ſont
plus beaux qu'en aucune Ville
d'Italie. Celuy des Cordeliers à
la Grand' manche , eſt d'une
grandeur , d'une beauté ,& d'une
ſtructure merveilleuſe. Je vis
dans l'Egliſe de Sainte Petrone ,
un Cadran d'une invention fort
particuliere. Lors qu'il eſt midy ,
il marque la grandeur du jour
92
MERCURE
où l'on eſt , par le moyen d'une
Etoile percée à la voûte , par où
les rayons du Soleil paſſent juſtement
au milieu du jour. Il eſt de
l'invention de Monfieur Caſſini ,
de l'Obſervatoire de Paris . C'eſt
dans cette Egliſe où Charlesquint
fut couronné Empereur.
Entre le grand nombre de Reliques
qui font à Bologne le
Corps de la Bienheureuſe Cacherine
de Vigri Bolonoiſe , en eſt
une des plus confiderables . Il eſt
dans le Monastere du Corpus Domini
qu'elle a fondé , où ſont des
Religieuſes de Sainte Claire. On
la voit toute entiere aſſiſe dans
une Chaiſe , revétuë de l'habit
de ſon Ordre , la face , les mains
& les pieds découverts. Elle
mourut au quinziéme ſiecle , à
l'âge de cinquante ans ou envi
ron.
GALANT.
93
La Chapelle de Monteguardia
, où l'on révere une Vierge
peinte par Saint Luc , comme
on pretend , eſt une des plus
grandes devotions de Bologne.
Elle eſt ſur une Montagne à trois
milles horsla Ville , c'eſt à dire à
une grande lieuë de France ; &
le concours du monde qui y va le
Vendredy ou le Samedy de chaque
ſemaine , a donné lieu de
commencer un chemin couvert,
qui conduit de la Ville à cette
Chapelle ; il eſt plus de la moitié
achevé. C'eſt une des plus belles
entrepriſes qu'on ſe puiſſe imaginer
, & qui fera d'une dépenſe
prodigieuſe . Ce ſont pluſieurs
Arcades qui forment une longue
Galerie couverte , où l'on
pourra aller en pleine campagne
une lieuë entiere à l'abry de la
pluye , de la poudre , & du Soleil.
94
MERCURE
Les Moulins de Soye de Bologne,
ſont d'une jolie invention.
On y voit quatre à cinq mille
écheveaux de Soye ſe déveloper
, ſe filer , ſe tordre & ſe devuider
en meſme temps ſur autant
de Bobines , par le moyen
d'une Machine que l'eau fait aller.
Elle est compoſée d'un nombre
infiny de Tours & de Rouës,
qui ſe font mouvoir les unes les
autres , & qui ont correfpondance
dans pluſieurs Chambres
&Etages.
Quoy que Bologne ſe ſoit donnée
au Pape , elle s'eſt conſervée
une grande liberté. Elle met
pour ce ſujet dans ſes Armes le
nom de Libertas , & elle entretient
un Ambaſſadeur ordinaire
à Rome pour ſe maintenir dans
ſes Privileges.L'un des plus beaux
dont elle joüit , c'eſt que l'on ne
GALANT.
95
-
- peut confiſquer les biensde ceux
qui en font bannis ; ce qui fait
= que l'on en voit quelques-uns
dans d'autres Villes d'Italie , qui
nonobſtant leur banniſſement ,
joüiffent paiſiblement de tous
leurs biens, dont ils reçoivent les
revenus fur leurs Quittances .
Bologne a une fameuſe Vniverſité,
dont il eſt ſorty de grands
Hommes ; & comme fi toute la
Doctrine estoit renfermée dans
cette Ville, elle met dans prefquetous
ſes Monumens publics ,
&fur la pluſpart des Monnoyes;
Bononia docet , ou bien , Bononia
mater Scientiarum , comme voulant
dire que c'eſt Bologne qui
enſeigne les Sciences . Cette
Ville eſt renommée principalement
pour quatre chofes
; pour les 'Savonetes qui
gardent leur odeur juſqu'à
S
96 MERCURE
la fin , & ſe conſervent douze ,
quinze , & vingt années , pour
les Sauciffons que l'on envoye
par toute l'Europe ; pour le Tabac
en poudre , que l'on prefere
aujourd'huy à celuy de Pontgibont;
& pour les petits Chiens
que l'on baigne dans l'Eau- devie
auffi -toſt qu'ils font nez , &
durant pluſieurs jours de fuite
pour les empeſcher de croiſtre.
On leur en fait auſſi avaler
de temps en temps , & on leur
écraze le nez pour les rendre
camus. Ceux que l'on eſtime le
plus entre ces petits animaux,
doivent avoir la teſte ronde , le
muſeau court , le nez enfoncé
&un poe relevé , les yeux gros,
ronds , vifs , brillans & à fleur de
teſte , les poils déliez , doux &
luſtrez comme de la ſoye , les
oreilles grandes & pendantes,
des
GALANT.
97
}
des pannaches à la queuë & aux
jambes , & des ergots aux quatre
pates. L'on n'en fait pas moins
d'eſtat à Bologne qu'à Paris. Les
Dames les ont toûjours ſur leurs
juppes , & les portent aux Co.
medies , aux Promenades , &
dans les Vifites. Il n'y a point de
Juifs à Bologne ; ils n'y peuvent
demeurer qu'une nuit,& doivent
loger dans une Hoſtellerie qui
* leur eſt affectée .
De Bologne nous continuames
nôtre route en Chaiſe roulante
juſqu'à Rome , & trouvames
juſqu'à Imola où nous allames
coucher , le chemin plat &
uny comme une allée de lardin,
- bordé d'arbres des deux coſtez.
Les Païfannes portent de petits
Chapeaux de paille garnis de
rubans de couleur. Il y a dans
cette Ville beaucoup d'Eglifes .
Septembre 1685 . E
98 MERCURE
Le 22. nous paſſames par Forti ,
&allâmes coucher à Ceſene.
Nous traverſames par Caſtel-
Bolognese , & par la Ville de
Faenza , laquelle , ſelon le ſentiment
de quelques- uns ,a donné
le nom à la vaiſſelle de Faience ,
que l'on y fait tres bien. Forli eſt
une grande Ville , où je remarquay
comme une des plus belles
Egliſes , celle de Saint Philippes
de Neri . Elle eſt toute
neuve , & n'eſt pas entierement
achevée. Les Chapelles ſont de
marbre, avec quelques Tableaux
qu'on eſtime.
le ne trouvay rien de plus
mignon que la maniere dont les
jeunes Ortolanes & Contadines
étoient habilliées . Ce ſont des
Païſanes des principaux Bourgs
des environs ; mais je veux ſeulement
parler des plus notables ,
LYON
:
GALANT.
faifo #17716
& des mieux faites.Elles s'étoient
renduës à laVille , à cause d'une
Foire particuliere qui s'y
ce jour-là. Elles avoient un cotillon
de ferge ordinaire à la Paї-
fane , un corcelet de brocard à
grandes fleurs , les manches de
fatin de couleur fort étroites &
redoublées ſur le poignet , & de
petites manchetes de lin ouvragées
de fil d'or & de foye. Leurs
cheveux moitié nattez & moitié
friſez , battoient fur les épaules ,
& voltigeoient affez amoureuſement
ſur la gorge. Au deſſus
de la teſte eſtoit attaché un morceau
de fine toile, chamarré tout
au tour d'une large dentelle de
foye de differentes couleurs,avec
des touffes de rubans aux quar
tre coins , & par deſſus un cha
בי peau de fine paille entouré de
branches de leurs qui s'éle-
S
S
S
E 2
100 MERCURE
voient & retomboient en panaches.
Quant à la Ville de Ceſene ,
l'on y va en pluſieurs ruës à couvert
comme à Bologne . De Ceſene
nous allâmes à Savignan ,
petite Ville ou Bourg , qui n'eſt
pas confiderable , puis à Remini
ou Rimini , comme prononcent
quelques- uns , grande Ville ſur
le bord de la mer. Entre pluſieurs
belles Egliſes que j'y vis , la Cathedrale
eſt la principale. Elle
eft claire , de bon gouft , & bâtie
nouvellement , ainſi que la plus
grande partie des maiſons d'alentour
, l'ancienne Eglife & les
bâtimens d'auprés ayant eſté entierement
bouleverſez dans le
dernier tremblement de terre
qui arriva il y a quelques années.
De Remini nous allâmes au
GALANT. 101
, puis
Village de Catholica , & cotoyames
toûjours le bord de la mer ,
les vagues donnant juſqu'aux
pieds de nos chevaux
quittant la mer , nous nous rendimes
à Peſaro , cheminant continuellement
entre des Montagnes.
Peſaro eſt une groſſe Ville fur
le bordde la mer , avec de grandes
Places & de belles Fontaines.
Les luifs ont deux Synagogues
en cette Ville , & n'y font
pas fort riches. Ils portent des
Chapeaux couverts de tafetas
orangé, & en ont de pareils dans
toutes les Terres du Pape.
Le 25. aprés avoir paffé par
Fano , Ville forte fur le bord
de la mer , nous cotoyâmes prefque
toûjours la rive pour aller à
Sinigalia , les vagues venant continuellement
donner dans les
E 3
102 MERCURE
jambes de nos chevaux , & jufqu'à
la moitié des rouës de nôtre
Chaiſe ; de maniere que nous
eſtions en doute fi nous cheminions
par mer ou par terre , &
l'on auroit pû faire des gageures
là-deſſus . C'eſt à peu prés comme
ce Bon- homme de la campagne
, qui ne pouvoit dire à ſon
Village s'il eſtoit venu à pied ou
à cheval : parce qu'eſtant monté
fur fon aſne , & ſe trouvant obli
gé à chaque bout de champ de
lever ſes jambes qui estoient trop
longues , il s'eſtoit ſervy de ſes
pieds durant preſque tout le
chemin pour ſe ſoulager , &
marchoit en meſme temps que
fa beſte , encore qu'il fût à cheval
ſur ſon dos ; d'où vient qu'il
fut toûjours appellé depuis , la
beſte à fix pieds. Il s'eſtoit élevé
la nuit un vent horrible , qui
4
GALANT.
103
continua toute la journée ; &
empeſcha quelque Cavaliers
de paſſer le matin des endroits
où nous paflames aisément l'apreſdinée
, la trive eſtant alors
trop fortemen battuë des vagues
de la mer. Nous euſmes un
froid tres violent , mais en récompenſe
nous primes beaucoup
de plaiſir à voir la mer orageuſe
faire desbondsen l'air , & des
rejailliſſemens à perte de veuë ,
& jetter à nos pieds des monoeaux
d'écume blanche
د gros
comme la moitié de nôtre
Chaiſe .
Tout le long des coſtes de la
mer , l'on trouve d'eſpace en efpacede
fortes Toursgardées par
des Officiers , pour empeſcher
la defcente que les Corſaires
pourroient faire durant la nuit.
E 4
104 MERCURE
Les Païſans des Villages & des
Hameaux circonvoiſins , couchent
dans les chambres du premier
étage , où il n'y a que des
Echelles & des Eſcaliers de bois,
qui ſe levent la nuit en maniere
de Pontlevis. Ils ont chez eux des
armes à feu , pour ſe defendre en
cas de beſoin , & ils veillent tour
à tour , & font la ſentinelle , afin
que s'il abordoit quelque petit
Bâtiment Ennemy , ils puffent
tirer , & faire des feux pour avertir
les autres Villages de venir à
leur ſecours ; ce qui eſt arrivé
quelquefois. Nous trouvâmes en
un endroit de la Coſte une Barque
perie , & en un autre quelques
pieces de bois du débris
d'un petit Vaiſſeau que la mer
avoit jetté à bord. Le Valet de
noſtre Voiturin ,qui avoit devanGALANT.
105
-ce la Chaiſe d'une grande lieuë ,
trouva un coffre fermé , que la
mer vint jetter à ſes pieds. Il le
chargea fur fon cheval, & le porta
juſqu'à la Fortereffe de Sinagalia
, comme l'on eſt obligé de
faire de tout ce qui ſe trouve
- ſur les Coſtes , & on luy donna
quelque choſe pour ſon droit.
- On en fit l'ouverture , & l'on ne
trouva dedans que des Savons ,
- & d'autres Marchandiſes pref-
- que toutes gâtées de l'eau de la
mer ; cela nous fit juger qu'il
s'eſtoit fait quelque naufrage,
comme nous
reconnûmes le
lendemain , Sinagalia eſt une
grande Ville , avec Port de mer.
Tallay me promener ſur le Port,
où la mer en fureur pouffoit des
vagues de la hauteur d'un étage,
qui ſe venoient brifer contre la
Es
106 MERCURE
pointe du Parapet , & ſembloient
à tous momens le vouloir fubmerger
. Il y a des Juifs en cette
Ville ; ils ont ſeulement une
Synagogue.
Le 26. nous allâmes coucher
à Ancone. Nous cotoyames'encore
preſque toûjours la mer , &
nous euſmes pareillement un
grand vent , qui diminua beau
coup ſur le ſoir , nous apprimes
dans la Ville , qu'on avoit trouvé
par le chemin deux hommes
noyez ſur le ſable en differens
endroits , ce qui nous confirma
le naufrage dont nous avions veu
la veille quelques apparences .
C'étoit un plaifir de voir de loin
pluſieurs petits Vaiſſeaux agitez,
qui ſembloient de moment en
moment s'abimerdans lesondes,
d'où ils reſſortoient peude temps
GALAN T. 107
aprés. Les uns étoient des Pefcheurs
, & les autres des Paffans
, qui tenoient la route de
Veniſe.
Ancone eſt une grande Ville,
fort peuplée , avec un des beaux
Ports de mer d'Italie. Elle eſt
ſituée ſur la Coline d'une Montagne
qui deſcend juſque dans
la mer , & paroiſt de loin comme
un Amphiteatre. On voit ſur le
Pont un ancien Arc de triomphe
tout de marbre blanc , qui eſt
une des plus belles antiquitez
des Romains. L'Egliſe Cathedrale
eſt au plus hautde la Montagne
, d'où l'on découvre la beauté
de la merdans ſa grande érenduë.
Cette Ville eſt fort peuplée ,
les luifs y ont deux Sinagogues .
l'allay dans la plus grande au
temps qu'ils ſe preparoient à ce-
E6
108 MERCURE
4
lebrer la Feſte du Sabat ou du
Samedy , qui ſe commence le ſoir
du jour précedent.. Il y avoit
quatre ou cinq cens Lampes allumées
,& je n'en ay jamais tant
veu ailleurs pour un jour de Feſte
ordinaire. En attendant qu'ils
commençaſſent leurs Prieres
un Rabbin fort zelé dans leur
Keligion , m'ouvrit l'Armoire
d'Aaron , où ſont les Livres de
la Loy , & me fit voir les plus
beaux( j'entens pour ce qui eſt
des ajuſtemens qui les ornent,
comme ſont les Batons , les Mafſes
, les Chénets , les Grelots ou
Sonnets d'argent , les Couronnes
de vermeil doré , les Voiles
&les Couvertures de Brocard
& de broderie ) car pour les
Livres ils ſont tous écrits d'une
même maniere , & ſe trouvent
GALANT.
109
uniformes dans toutes les Synagogues
du Monde. Il me mena
enſuite dans ſa Maiſon , pour me
faire voir la maniere dont tout
eſtoit diſpoſé pour le repos da
Sabat , les Lampes à pluſieurs
lumignons qui devoient brûler
pendant la nuit , les préparatifs
des viandes du Souper& du lendemain.
Je trouvay la Nape miſe ,
touten eſtat ſur la Table , & les
ſieges , à l'entour. Sa femme qui
eſtoit d'un âge mediocre , tenoit
un Livre Hebreu , & recitoit
quelques prieres à l'un des coins
de la chambre. Il ne futjamais
au pouvoirde ſon Mary , de luy
faire lever les yeux pour me regarder.
Il me dit qu'elle vivoſt
commeune Sainte, ou pour mieux
dire , comme la Femme d'un
Patriarche de l'ancien Teſtament
; qu'elle avoit toutes les
I10 MERCURE
complaiſances imaginables pour
luy , & que c'eſtoit la meilleure
Femme du monde ; mais qu'elle
n'avoit jamais pû ſe reſoudre à
parler à un Chrétien , ce qui luy
donnoit bien du déplaifir. Ses
Filles n'eſtoient pas fi farouches,
elles venoient librement autour
de nous , & principalement l'ainée
, qui eſtoit extremément
belle , & qui , avec un air aſſez
libre & enjoué , faiſoit paroiſtre
fur fon viſage beaucoup de fageſſe,
dedouceur & de modeſtie.
Elle n'avoit qu'environ quatorze
ans , & devoit eſtre mariée dans
dix ou douze jours ; parce que
toutHomme qui a une Fille nubile
, me dit ſon Pere , & qui
differe de la marier , eſt refponfable
devant Dieu de tous les pechez
d'impureté qu'elle peut
commettre dans ſon coeur. C'eſt
GALANT. 11
la croyance des veritables Juifs,
autrement , diſent- ils , c'eſt rendre
inutile le plus grand des biens
que Dieu ait donné à l'Homme.
Je n'eus pas de peine à luy accor
der ce dernier article , qu'une
belle Femme eſtoit un bien fort
confiderable , & la plus belle acquiſition
qu'un galant homme
puiſſe faire ; & je luy ajoûtay de
plus , que j'engagerois volontiers
mes rentes & mes revenus pour
en avoir , ſi ces fortes de biens
eſtoient à prix raiſonnable . Je
reſtay une heure & demie avec
ce venerable Rabbin , qui ne
pouvoit ſe laſſer de cauſer avec
moy, & dont j'eus toutes les peines
du monde à me débaraffer.
Le Samedy 27. nous arrivames
à Lorette ſur les vingt deux henres
, c'eſt à dire deux heures
avant la nuit , ayant quitté le
112 MERCURE
bord de la mer , & cheminé par
des chemins fort fales. Durant
quatre ou cinq jours , nous rencontrâmes
un grand nombre de
Pelerins , les uns à pied , les autres
à cheval , & les autres en
Chaife.
La Ville de Lorette , qui eſt
fur lebord de la mer , conſiſte en
une grande ruë , au bout de laquelle
eſt un Fauxbourg fort
long, car pour les ruës de traverſe
, elles ne ſont pas de conſequence.
Ily a une Fortereffe confiderable
, qui pourroit refifter
au Turc durant quelques jours,
s'il venoit par mer dans le deſſein
de la piller , comme il a tenté
quelquefois. Si ce malheur arrivoit
, elle ſeroit promptement
fecouruë , la Ville d'ancone , &
quelques autres , eſtant obligées
d'envoyer ſur le champ une cer-
1.
GALANT.
113
taine quantité de monde ſi l'Ennemy
y faiſoit quelque deſcentes
&on les avertiroit par des feux
qu'on feroit fur toutes les Tours
qui font le long des Coſtes , comme
je vous ay dit. Cette Ville
eſt bien peuplée , & le bon marché
des vivres y attire beaucoup
de perfonnes. Pour un Gros , qui
eſt environ trois ſols & demy de
France , on vous donne du Vin
plein une grande Cruche. Ceux
qui ont trois ou quatre cens livres
de rente , & qui ne font
point de negoce ,y paffent pour
Gentils- hommes , parce qu'ils y
vivent commodément à la maniere
du Païs ; & hots cette forde
Nobleſſe , qui feroit
fortmince dans une autre Ville ,
on n'y voit que des Hoſteliers
&de mediocres Marchans , dont
le tiers ne fait trafic que de
te
114 MERCURE
Chapelets & de Medailles. Les
Femmes y font vétuës d'une
maniere bijarre qui tient de
l'Egyptien & du Villageois , &
la pluſpart gâtent le peu de bonne
mine qu'elles ont , en mertant
ſur leurs épaules un grand
morceau de drap rouge , jaune
ou bleu , ſemblable à un lange
d'enfant , qui fait le plus vilain
effet du monde. L'Eglife , au milieu
de laquelle eſt la Sainte Chapelle
, eſt fort grande , & d'une
beauté achevee ; elle eſt dans
une grande Place , où il ya une
Fontaine de divers Jets d'eau ,
avec la figure de bronze du Pape
Sixte V. trois ou quatre fois
grande commele naturel .CeSouverain
Pontife,qui n'avoit que de
grands deſſeins , a fait embellie
cette Eglife,& il euſt fait une Vi!-
le confiderable de Lorette , s'il
n'euſt pas été prévenu de la mort
GALANT.
τις
A l'un des coſtez de la Place,
ſont des Bâtimens en arcade , où
l'on reçoit les Perſonnes de
grande qualité , qui viennent en
Pelerinage & en Devotion , &
où logent pluſieurs Peres leſuites
Italiens , François , Alemans;
Eſpagnols , Anglois , Polonois,
Suiffes , Grecs , Armeniens ,
Eſclavons , & de diverſes autres
fortes de Langues qui ſe trouvent
tous les matins dans les
Confeffionnaux de l'Egliſe pour
adminiſtrer le Sacrement de
Penitence aux Pelerins qui y
viennent de tous les endroits
de la Terre . On va voir par curiofité
l'Apoticairerie & les Caves.
L'Apoticairerie eſt remplie
de toutes fortes de medicamens&
de compoſitions que l'on donne
charitablement aux Pauvres. L'on
y voittrois cens cinquante vaſes
116 MERCURE
24
terre d'un prix inestimable , tous
peints , comme on pretend , de la
main du grand Raphael d'Urbin,
le Reſtaurateur de la Peinture.
l'ay appris que ſon Pere étoit Potier
de Terre , & que c'eſt pour
cela qu'il y a tant de Vaſes de
ſes deſſeins .
Les Caves ſont au nombre de
douze , & fe communiquent les
unes dans les autres. On y diſtribuë
du vin à tous les Pelerins , &
l'on n'en refuſe à perſonne. Elles
font remplies de cent cinquante
tonneaux qui ne ſe remuent jamais
, & fe nettoyent par des
douves qu'on leve aux coſtez
pour donner entrée à ceux qui
les vont nettoyer dedans. Ces
tonneaux ſont liez avec des Cerceaux
de fer , & font la pluſpart
-fi grands, que j'en trouvay quelques-
uns dont le fond avoit dix
GALANT.
117
pieds de Diamettre , avec autant
de profondeur. Dans le temps des
fauſſes Divinitez , on auroit pû
faire d'un de ces tonneaux un
Temple raiſonnable au Dieu Bachus
, en élargiſſant l'ouverture
du bondon pour donner paſſage
à la fumée des Sacrifices qui luy
étoient offerts par les Bachantes
& par les Thiades. Il y en a dont
on tire trois fortes de vins . Le
Garçon de Cave ne manque jamais
d'en faire boire aux Etrangers
, afin qu'on luy donne à ſon
tour dequoy boire ; c'eſt toûjours
du meilleur vin , & du plus exquis
.
Pour la Sainte Chapelle de
la Vierge , qui eſt une des plus
belles Reliques qui ſoit dans le
Monde , vous en pouvez voir
à Paris le Modele , dans l'Egliſe
de la Magdeleine vers la
118 MERCURE
Porte du Temple. Ainſi je ne
vous feray qu'une legere defcription
de la maniere qu'elle
eſtoit lors de ſon tranſport , &
des changemens que l'on y a
faits depuis. Mais auparavant
il faut que je vous diſe en peu
de mots la maniere miraculeuſe
dont elle eſt venuë en ce
lieu , & l'eſtime que l'on en a
toûjours faite.
Cette Sainte Chapelle eſt la
meſme où la Vierge a eſté élevée
, où l'Ange luy a annoncé
le divin Miſtere , & où elle a
conceu du Saint Eſprit le Redempteur
de tous les Hommes .
Lors qu'elle estoit encore en
Nazareth , on la tenoit en grande
veneration parmy les Chreſtiens.
Sainte Helene Mere du
grand Conſtantin,y alla en Pelerinage
en l'année 3 26. Elle l'emGALANT.
119
,
bellit & l'enrichit de quantité
de Preſens , qui ont eſté pillez
depuis par les Barbares .
Sainte Paule , noble & riche
Romaine , y alla peu de temps
aprés en habit de Pelerine , avec
Sainte Euſtochie ſa Fille accompagnée
de Saint Hierôme ,
qui a eſté mis par la ſuite au
nombre des quatre Docteurs de
l'Egliſe Latine. Elle ſe retira de
là en Bethleem , où elle mourut
, aprés, avoir donné la plus
grande partie de ſes biens aux
Pauvres , & y avoir fondé trois
Monaſteres de Filles , & un Convent
de Religieux. Le Roy Saint
Loüis allant en la Terre- ſainte ,
deſcendit de ſon Cheval , auffitoſt
qu'il apperceut du Mont TaborcetteMaiſon
ſacrée ; il baiſa
pluſieurs fois la terre , fit le
reſte du chemin à pied , & une
120 MERCURE
des Feſtes de la Vierge eſtant arrivée
peu de jours aprés , il y fit
celebrer folemnellement la Me
ſe , où il communia s'eſtant revêtu
d'un Cilice , & ayant jeû
né la veille au pain & à l'eau .
Bel exemple pour un des plus
grands Rois de la Terre.
Par la ſuite des temps , les
Infideles s'eſtant rendus abfolus
dans le Pays , elle devint la riſée
& la moquerie de cette
Nation barbare , qui faiſoit mille
ignominies aux pauvres Chrétiens
qui la venoient viſiter
avec tant de peines , de fatigues
&, de dépenſes. Le Sauveur
du monde ne voulant plus ſouffrir
un tel mépris , ordonna aux
Anges de la retirer de la domination
de cette Nation cruelle.
Ils s'en chargerent par le
commandement de Dieu ; ils
l'enleve
GALANT. 120
l'enleverent en l'air , & la porterent
au deſſus de la Galilée , la
Syrie , la Macedoine , l'Albanie,
&une partie de la Dalmatie , où
ils la mirent ſur une Montagne
de l'Eſclavonie appellée Terfatto,
éloignée du lieu où elle eſtoit
de dix - huit cens quatre-vingt
quinze milles d'Italie , qui font
environ fix à ſept cens lievës de
France. Ce Tranſport ſe fit le
neuf ou dixième jour de May à
minuit en 1291. que le Pape
Nicolas I V. occupoit le Siege
de Saint Pierre.
Les Peuples de l'Eſclavonie
remplis d'étonnement & d'allegreſſe
, avoient peine à croire un
Tranſport i miraculeux , & quoy
qu'ils deuſſent s'en affeurer à la
veuëde quatité de miracles quiſe
faifoient journellement dans cette
ſainte Chambre , ils ne laiſſe-
Septembre 1685 . F
122 MERCURE
rent pas d'envoyer à Nazareth
cinq Perſonnes dignes de foy ,
pours'informer de la verité . Ces
Deputez firent rapport à leur
retour , qu'ils n'avoient trouvé
que les fondemens dont les mefures
eſtoient conformes à celles
de cette ſainte Chapelle, & ils raconterent
l'épouvante où étoient
les Peuples du Pays , au ſujet
d'un trnaſport ſi ſubit & fi extraordinaire.
Elle demeura en ce lieu trois
années & ſept mois , que les Anges
la porterent une ſeconde
fois par deſſus la Mer Adriatique,
& la poſerent au milieu d'un
Boisau Territoire de Récanati ,
dans la Marche d' Ancone. Ce
ſecond Tranſport arriva le 10.
Decembre 1294. & l'on dit que
l'endroit de ce Bois appartenoit
à une Dame du Païs nommée
GALAN T.
123
Laureta , d'où par la ſuite on a
donné le nom à Noſtre-Dame
de Lorette , ou Laurete , com-
•me l'écrivent quelques uns.
Les Eſclavons ſe deſeſperant
d'une perte fi confiderable , &
ſe reconnoiffant indignes d'un
Preſent ſi précieux , murmurerent
quelque temps ; mais ils
s'appaiſerent bien- toſt , en fai.
fant reflexion que c'eſtoit la volonté
de Dieu , & qu'il n'eſtoit
pas au pouvoir des hommes d'en
empeſcher les effets . Ils baſtirent
une Chapelle ſur la Montagne,
au lieu où cette fainte Chambre
avoit eſté. Elle ſubſiſte encore
preſentement , & elle eſt deſſervie
par des Peres de la Reforme
de Saint François . Avec le temps,
ceBois devint un coupe corge,
&une retraite de Voleurs , en
forte que les Pelerins n'oſoient
F2
124 MERCURE
plus y venir qu'en troupes &
pluſieurs enſemble ; mais au
boutde huit mois , les Angesreprirent
encore cette Chapelle, &
la reporterent à un ou deux mille
hors du Bois , ſur une Terre qui
apartenoit à deux Freres de bonne&
de noble Famille. Ces deux
jeunes Seigneurs eurent conteſtation
entre eux ,& en vinrent
aux armes , pour ſçavoir qui
poſſederoit ſeul ce morceau d'heritage.
Dans le temps qu'ils eſtoient le
plus échauffez , quieſtoit quatre
mois aprés ce troifiéme Tranſport,
les Anges la reprirent une
quatrième fois , l'oſterent de leur
Terre , & la poferent là auprés ,
au lieu où elle eſt à preſent. Elle
fut apportée de Nazareth par les
Anges, fans fondement & fans
plancher. Le toict eſtoit d'un
GALANT. 125
bois azuré ſemé d'Etoiles d'or,
dont l'on fait voir encore quelques
morceaux , le reſte ayant
eſté enterré ſous la Chapelle Il y
avoit une cheminée , une porte,
&une feneftre ; & l'on trouva
dedans une Image de la Vierge,
de bois de Cedre , que l'on croit
eſtre de Saint Luc , un Crucifix
pareillement de bois , avec quelquesVafes
& Ecuelles de terre,
dont il en eſt reſté une entiere,
que l'on fait voir par devotion,
&que l'on prefume avoir fervy
à la Sainte Vierge. Les pierres
dontla Chapelle eſt bâtie , ſont
de couleur de Chataignes, & fort
dures, de la groſſfeur & figure des
briques ordinaires , mais toutes
irregulieres , les unes longues ,
les autres courtes , d'autres larges
, d'autres étroites , minces &
épaiſſes , la pluſpart écornées &
1
F3
126 MERCURE
rompuës ; la Sainte Vierge , qui
eſt l'Exemple d'une profonde humilité
, s'étant contentée d'une
petite Cabane pour ſa demeure.
On voit quelques reſtes d'anciennes
Figures qui ont eſté
peintes ſur les Murs ; ce que l'on
dit avoir eſté fait par les foins de
Saint Loüis Roy de France.
Preſentement on a changé la
Porte du lieu où elle eſtoit , &
on en a fait deux autres pour la
commodité des Pelerins. On a
ajoûté un Autel au devant de la
cheminée ; & l'eſpace entre cet
Autel & la cheminée , eſt revétu
de plaques d'argent cizelé . L'on
a mis le Crucifix au bout de la
Chapelle à l'oppoſite de l'Autel ,
& l'image de la Vierge qui eſt
fur la cheminée, eſt ornée de precieux
habits, & d'un grand nombrede
pierreries .
GALANT. 127
Parmy les riches preſens qui
ſont dans cette Chappelle , on
voit deux grands Chandeliers
d'or qui furent donnez par le
Grand Duc de Toscane , & trente
à quarante groſſes lampes toutes
d'or.
Il y a un Ange d'argent d'environ
quatre pieds de haut , qui
preſente à la Vierge Monſeigneur
le Dauphin dont la figure
eſt de pur or. Il fut offert avec
deux riches Couronnes en 1643 .
par Loüis XIII. & par la feuë
Reine Anne d'Autriche , au fojet
de l'heureuſe Naiſſance de nôtre
incomparable Monarque Loüis
leGrand.
Le dehors de la Sainte Chapelle
, eſt revétu de bas reliefs de
marbre blanc , avec de grandes
figures des plus habiles Maiſtres
du temps , où ſont repreſentez
F 4
128 MERCURE
les Prophetes , les Sybilles , la
Naiſſance du Sauveur du Monde,
la Vie & la Mort de la Vierge,
& l'Histoire du Tranſport de
cette Sainte Chapelle..
Dans la grande Egliſe qui enferme
cette Chapelle, versla Sacriſtie,
on montre le Trefor. On
n'y voit que perles , que rubis ,
ſaphirs , diamans , & autres fortes
de pierreries. On y fait voir
des Baffins , des Vaſes , des Couronnes
, des Sceptres, des Croix ,
des Statuës , des Buftes, &quantité
de pieces d'or & d'argent,
dont le detail ſeroit infiny , le
tout provenant des liberalitez de
divers Papes , Empereurs , Rois,
Monarques, Cardinaux, Princes,
&autres.
L'on y montre une Chafuble,
deux Tuniques , des Chapes , &
un Devant d'Autel tout de bro-
7
GALANT.
129
derie de perles . Il y a une Chapelle
d'Ambre , qui comprend la
Croix , les Chandeliers , les Buretes
, le Baffin , & l'Eguiere .
Monfieur le Prince y a donné
le Plan de la Baſtille , tout d'argent.
Le Portrait de Madame la
Ducheſſe de Baviere , Mere de
Madame la pauphine , y eſt auſſi
d'argent , & de ſa hauteur ;& ce
que l'on tient de plus rare en ce
Trefor , c'eſt une Perle fort grofſe
qui repreſente la Vierge tenant
ſon Fils dans les bras. Quoy
que l'ouvrage ſoit fimple&groffier
, il ne laiſſe pas d'eſtre confiderable
, en ce que la Nature
l'a formée de la forte , car on ne
taille jamais les Perles , il les faut
laiſſer en l'eſtat qu'elles font. On
la trouva un jour dans unTronc
de l'Eglife , envelopée dans du -
papier ,& l'on n'a jamais ſceu
F1
130
MERCURE
1 qui en a fait le preſent.
Le Lundy 29. nous allâmes de
Lorette à Recanati, Ville Epifcopale
dont l'Eveſché eſt réüny à
celuy de Lorette , & de là à Macerata
autre Ville Epifcopale,
fortpeuplée.
,
Le Mardy 30. jour de Saint
André , nous nous rendiſmes à
Tolentin ,Eveſché réüny à celuy
de Macerata. Nous entendiſmes
la Meſſe dans la Chapelle de
Saint Nicolas , dont l'Egliſe eſt
adminiſtré epar des Peres Augu-
Ains. Elle est conſiderable , par
la Relique du bras de S. Nicolas
de Tolentin , fi renommée par
toute la terre. Il faut faire aflembler
les Magiſtrats de la Ville
pour la voir ; ils gardent la Clef
du lieu où elle eſt enfemée , &
refusent aucun Etranger.
L'on tient que le Corps du meſne
GALANT. 131
me Saint eſt en quelque endroit
del'Egliſe dont on n'a pas laconnoiffance
, quoy que les Religieux
faſſent voir ſon Tombeau.
Cette Chapelle eſt remplie de
quantité de Lampes , & de Ex
votod'argent.
On fort de Tolentin traverſant
des Montagnes affreuſes
environnées de precipices & de
ravines d'eau , qui nous obligerent
de faire une partie du chemin
à pied , en quelques endroits
où la Chaiſe eſtoit toûjours
panchante d'un coſté ou
d'autre , en danger de tomber
dans les abîmes , les Montagnes
eſtant toutes couvertes de neiges,
Autrefois on ne pouvoit aller par
ce chemin qu'à pied , à cheval,
ou en litiere; mais le Pape Clement
X. le fit élargir àl'occafion
du grand Jubilé dernier , ou plu-
F6
132 MERCURE
fieurs perſonnes vont en devo
tion de Rome à Lorette. Depuis
ce temps là ces chemins ſe ſont
fort gatez & rompus , il y avoit
longtemps qu'il neigeoitdans les
Montagnes qui en eſtoient tou
tes couvertes , & il falloit coucherdans
de méchans Hameaux.
Enſuite nous arrivâmes à Foligny
, Ville du Duché de Spolete.
A trois grandes lieuës de cette
Ville , eſt le Convent d'Aſſiſe ,
& celuy de Noftre - Dame des
Anges , où nous allâmes.
Aſſiſe eſt une Ville renommée
, principalement à cauſe de
la naiſſance de Saint François ,
où eſt une des plus grandes &
des principales Devotionsde toute
T'Italie. L'egliſe eſt bâtie miſterieusement
ſur une haute
Montagne , avec une douzaine
d'efpeces de Tours , en memoire
GALANT.
133
des douze Apôtres , ou des douze
Compagnons de Saint François.
Avant que d'entrer dans
l'Eglife , l'on trouve une grande
court ou terraſſe , entourée d'Allées
& de Portiques , d'où l'on
découvre une belle étenduë de
Païs. Ce font les Cordeliers à la
Grand' - manche , qui poffedent
ce Convent ; on les nomme proprement
les Freres Mineurs Conventuels
. Ils chantent tous les
jours de l'année en Muſique , &
font environ une centaine. Ily a
trois Eglifes les unes fur les autres
, de mefme qu'il y en a deux
à la Sainte Chapelle de Paris. La
plus baſſe eſt fermée , on n'y entre
point , & l'on pretend que le
Corps de Saint François y eſt
debout tout entier. L'Egliſe du
milieu est celle où l'on fait l'Office
ordinairement. Le Maître
134
MERCURE
Autel eſt diſpoſé , de maniere
que deux Preſtres y peuvent dire
la Meſſe deſſus en meſme temps ,
l'un à l'oppoſite de l'autre . L'on
fait remarquer une groffe pierre
de quelque deux cens livres de
peſanteur , qui eſt attachée à la
voûte au deſſus du grand Autel ,
avec une chaîne de fer . Elle
tomba fur la teſte d'une Femme
qui entendoit le Sermon de l'Eveſque
d'Oſtie , qui fut depuis
Pape ſous le nom d'Alexandre
IV . & quoy que tout le monde
la cruſt morte , elle eut tant de
foy à Saint François , auquel elle
ſe recommanda , qu'elle ne recent
aucune bleſſure , & fut guerie
d'un mal de teſte dont elle
avoit eſté tourmentée toute ſa
vie. La troiſieme Egliſe , qui eſt
la plus haute , eſt dédiée à la
Vierge , & l'on y fait l'Office
GALANT.
135
ſeulement les Samedis de chaque
Semaine.
Saint François nâquit à Affiſe
en 1180. Il commença fon Ordre
en 1206. && receut les Stigmates
ſur le Mont d'Alverne
l'an 1224. vers le temps de l'Exaltation
de la Sainte Croix. Il mourut
le Samedy 4. Octobre 1226 .
&fut canoniſé par Gregoire IX.
deux ans aprés . Comme il n'y a
point d'Ordredans toute la Chreſtienté
qui ſe ſoit fi fort étendu ,
auffi n'y a- t- il point de Saint
dont on nous raconte tant de
miracles. On nous fit voir dans
le Trefor parmy beaucoup de
Reliques & de richeſſes , du Bois
de la vraye Croix , un morceau
des Clouds de noſtre Seigneur ,
des Cheveux de la Vierge , d'autres
Cheveux de Sainte Catherine
, & d'autres de Saint Loüis
136
MERCVRE
Roy de France ; un Parchemin
fur lequel Saint François a écrit
de ſa propre main une Oraifon à
noſtre Seigneur , une piece d'étoffe
de foye & fort riche , où fon
Corps fut mis aprés ſa mort , &
qui paroiſt encore toute neuve ;
les premieres Regles qu'il donna
à ſes Religieux , fon veritable
Portrait , un de ſes Habits , &
du Sang qui fortit de ſes Stigmates.
A un quart de lieuë d'Aſſiſe,
eſt la Chapelle de Notre-Dame
des Anges , qu'on appelle autrement
de la Portioncule. Elle eſt
iſolée au milieu d'une fort grande
Eglife , c'eſt à dire que l'on
peut tourner tout au tour de même
qu'à la Sainte Chapelle de
Lorette. C'eſt le lieu où Saint
François a fait ſa demeure , &
où il eſt mort. On la nomme
GALANT. 137
Portioncule , comme voulant dire
qu'il ſe contentoit d'une petite
portion de terre , & on l'appelle
la Chapelle de Noſtre-
Dame des Anges , à cauſe qu'il
y a vû par deux fois Nôtre Seigneur
& la Sainte Viergeau milieu
d'une Legion d'Anges &de
Cherubins.
C'eſt dans cette Chapelle où
eſt érably le grand Pardon &
Indulgence pleniere que Saint
François a obtenu de la bouche
de Dieu meſme. Il commence le
premier jour d'Aouſt , à l'heure
de Veſpres , & finit le lendemain
à pareille heure.
On gagne le Pardon & Indulgence
en viſitant cette Chapelle,
aprés s'eſtre confeffé & avoir
communié. La quantité du monde
qui s'y trouve eſt ſurprenante,
& tous les ans l'on faità Venife
1.38 MERCURE
une grande réjoüiſſance pour
l'embarquement des Pelerins qui
vont à cette Devotion. Les Peres
Recolets deſſervent cette Eglife.
Ils nous firent voir un grand
nombre de Reliques , & nous vi
fitames dans leur Convent la
Chambre où Saint François couchoit
, le lieu où il fut tenté du
Diable , & le Jardin où il ſe mettoit
tout nud ſur des épines pour
mortifier ſa chair. Ce Jardin eſt
planté de roſiers qui ne produiſent
aucunes épines ; ce qui arrive
par un miracle continuel ,
à ce que pretendent ces bons
Peres.
Le 3. Decembre , nousallames
à Spolete , grande Ville toute
pavée de briques , où il y a
pluſieurs Eglifes & quantité
de Fontaines. Nous euſmes un
temps charmant , ne voyant au
GALANT.
139
tourde nous que prairies vertes
comme en eſté des rangées d'arbres
touffus , & des treilles de
vignes en allées de berceau .
Enſuite nous reprimes les Montagnes
, & nous paſſames par un
chemin ſi méchant , qu'il nous
fallut marcher preſque toûjours
àpied.
Le 4. Decembre , nous arriva
mes à Terni , par un chemin de
pierres & de roches fort rude.
Dés quej'y fus arrivé , je pris un
Cheval pour aller voir la Caſcade
de Narni. C'eſt une groſſe
Riviere qui vient de ſe dégorger
fur! l'extrémité d'un Rocher au
deſſus d'une haute Montagne,
&de là ſe précipiter avec force &
violence de la hauteur des Tours
de Notre - Dame de Paris , & tombe
ſur quantité de pointes de Rochers
, d'où elle forme pluſieurs
140 MERCVRE
Caſcades , & retombe enfin dans
une autre Riviere qui va groſſfir
les eaux du Tibre , & que l'on
nomme pour ce ſujet la Mere
nourricedu Tibre . Cette chûte
d'eau d'une Riviere toute entiere
, eſt quelque choſe de ſi ſurprenant
, qu'il paſſe l'imagination.
On fent trembler la terre
ſous ſes pieds , par le bruit effroyable
qu'elle fait , il en fort
continuellement une fumée comme
d'une fournaife , & lors que
les rayons du Soleil ne ſont point
offuſquez de nuages , il ſe forme
tout au tour un Iris ou Arc- enciel
de diverſes fortes de couleurs.
C'eſt une des chofes les plus curieuſes
qu'on puiffe voir , mais à
dire le vray , il faut effuyer bien
de la peine pour y aborder. Ce
chemin de Terni à la Caſcade ,
eſt environ de deux lieuës , &
GALAN T. 141
tout plein de précipices , principalement
quand on en approche;
il faut circuir de petites langues
de terre où l'on ne peut paſſer
qu'un à un : auſſi eſt on obligé
de deſcendre de cheval en bien
des endroits. On trouve une petiteChapelle
en chemin , où l'on
vous enſeigne le lieu le plus dangereux
& le plus à craindre. Elle
eſt remplie d'Ex voto , & a eſté
bâtie depuis peu au ſujet d'un
jeune Etranger , qui voulant faire
le brave & le valeureux , ſe
tinttoûjours ſur ſon Cheval , encore
qu'on l'euſt averty de defcendre.
Il ne manqua pas de ſe
précipiter dans un abîme d'où
on ne le put jamais retirer.
Lors que je fus retourné àTer.
ni , nous en partiſmes pour aller
coucher à Narni par un chemin
delicieux , planté de Cannes ,
142 MERCURE
d'Oliviers , & d'allées de Vignes
couvertes . Les Cannes viennent
communément en bien des endroits
de l'Italie ; on en ſeme des
pieces de terre & des Campagnes
toutes entieres. Elles n'ont
pas la beauté ny la force de celles
des Indes ; l'on s'en ſert principalement
pour faire les berceaux
& les palliſſades ,
Narni eſt une grande Ville
fur une Montagne qui eſtoit autrefois
habitée , mais qui eſt à
preſent fort dépeuplée , & fans
commerce. La Riviere qui paſſe
au bas de la Ville , eſt perilleuſe
en de certains endroits , & n'eſt
pas navigable en d'autres . Il y a
dans l'Egliſe Cathedrale un fort
bel Autel en forme de Baldachin
, & au deſſous repoſe le
Corps de Saint Juſtinien premier
Eveſque de la Ville , qui chaſſa
GALANT.
143
l'idolatrie du Païs. On voit au
bas de la meſme Ville , les reſtes
de l'un des plus beaux Aqueducs
qui ayent eſté dans l'Antiquité.
Il portoit les eaux d'une Montagne
à une autre , paſſoit au def-
" ſus de la Riviere , & eſtoit ſeulement
ſoûtenu de quatre grandes
Arches , dont il en reſte encore
une toute entiere : les pierres
ſont taillées en pointes de Diamant
, & liées les unes aux autres
avec du fer & du plomb ,
ſans aucun mortier ny ciment.
Le 5. Decembre , nous paffames
par le Bourg de Borghetto ,
- &allames enſuite coucher à celuy
d'Orignano. Le chemin qui
devoit eſtre le plus méchant de
tous , ſe trouva preſque le plus
beau , ayant eſté racommodé
tout nouvellement. Nous commençames
àdécouvrir le Tybre ,
144
MERCURE
&à nous appercevoir que nous
approchions d'une Ville ſainte...
Nous rencontrions en chemin
pluſieurs Chapelles & Hermita
ges , d'où il fortoit des Preſtres &
des Religieux avec le Surplis &
l'Etole, qui nous venoient jetter
de l'Eau- benîte en paſſant,& dire
quelques Evangiles & Oraiſons .
Nous trouvions encore quantité
de Pelerins qui alloient faire les
Stations de Rome.
Enfin , le 6. Decembre aprés
avoir paffé par le Bourg de Caſtelnuovo
, nous arrivâme à Rome
à une heure de nuit par la
voye Flaminia , qui eſt encore
pavée de grandes & larges pierres
du temps des anciens Romains
, & où l'on' rencontre pluſieurs
veſtiges de Sepulchres anciens.
Nous entrâmes par la Porte
du Peuple , un des plus beaux
abords
GALANT.
145
abords de cette Ville. On ne
trouve preſque point de Maiſons
dans la Campagne de Rome; l'air
y eſt méchant & mal fain , &
les Payſans y deviennent pafles
& langoureux . Pour la Ville de
Rome , elle est connuë de tout le
monde. C'eſt la Capitale de la
Chrétienté , le Siege des Sou
verains Pontifes , Ville de repos,
de paix , de douceur & de firs
cerité.
Je ne pus vous apprendre la
derniere fois ce qui ſe paſſa au
Louvre le jour de la Feſte de S.
Loüis , parce que le mois eſtoit
déja trop avancé. Les Carmes
du grand Convent y allerent ce
jour là en Proceſſion , comme ils
yvont tous les ans , pour rendre
graces à Dieu du recouvrement
de la ſanté du Roy , qui eſtart
attaqué à Calais d'une Eiévre
Septembre 1685 . G 1-
146 MERCURE
pourprée , eut recours aux interceffions
de Saint Roch , qu'on
implore en de pareilles occafions.
Les Carmes de la Place Maubert
firent porter les Reliques de ce
Saint à Dunquerque , & Sa
Majesté ſe ſentant guerie, voulut
à fon retour à Paris , imiter la
Reyne ſa Mere , & rendre les
Pains Benits , à la Chapelle de
Saint Roch érigée en l'Egliſe des
Carmes , ou plûtoſt ce Prince
voulut par cette action reconnoiltre
le merite d'un ſi grand
Saint. Meffieurs les Prevoſt des
Marchands & Echevins de Paris
, firent auſſi voeu d'aller tous
les ans le jour de Saint Loüis à
l'Egliſe des Carmes ,&d'accompagner
les Reliques que ces Peres
portent à la Chapelle du Louvre
, où l'on chante une grande
Meſſe, & où à l'exemple duRoy,
GALANT . 147
le Pain Benit eſt rendu par des
Perſonnes du premier rang.
Deux mois avant la Feſte de
Saint Loüis , les Carmes , & Mefſieurs
de la Confrairie de Saint
Roch , jettent les yeux fur celuy
à qui ils veulent faire cét honneur
, & il est tombé cette année
fur Monfieurle Marquis de Bullion
Prevoſt de Paris . Le P. Valentin
le Mulier , avec quatre
Religieux du meſme Ordre accompagnez
de tous les Marguilliers
& Confreres de Saint Roch,
s'eſtant rendu chez Monfieur de
Bullion , luy dit qu'il eſtoit ſupplié
au nom du Prieur & de tous
les Religieux de la Communauté
des Carmes , ainſi que de tous
ceux qui compoſent la Confrairie
Royale de Saint Roch , de
vouloir bien ſe charger des voeux
de toute la Ville , & animer par
G 2
148 MERCURE
ſon exemple la pieté publique , à
rendre à Saint Roch les devoirs
annuels . Il ajoûta qu'il imiteroit
en cela le plus grand monarque
du monde , & toute la Famille
Royale , & qu'ils venoient luy
offrir des Benedictions du Ciel,
qu'il attireroit ſans doute ſur luy
par fon zele , & leſquelles ils folliciteroient
ſans ceſſe la bonté de
Dieu de verſer abondamment for
ſa Perſonne , & fur toute ſa Famille.
Monfieur de Bullion leur
fit connoiſtre qu'il n'oublieroit
rien pour répondre à l'honneur
qu'on luy faiſoir.
Le jour de S. Loüis , la Proceffion
dont je viens de vous parler,
ſe rendit au Louvre dans l'ordre
ſuivant. Les Timbales & les
Trompettes eſtoient precedées
du Baron de la Confrairie de
Saint Roch , aux coſtez duquel
GALANT.
149
on voyoit de grandes Torches ,
où les Armes de la Ville eſtoient
attachées . Les Pains Benits fuivoient
avec les plus magnifiques
ornemens dont on a coûtume de
les enrichir. Ils eſtoient accompagnez
de douze Gardes de
Monfieur de Bullion ,& portez
par douze Perſonnes de ſes Livrées
, ſuivies de pluſieurs autres
pour les relayer. Aprés les
quatre Pains Benits marchoient
l'Aumônier , le Maiſtre d'Hôtel ,
&pluſieurs Domestiques du même
Monfieur de Bullion. Toutes
les Reliques de l'Eglife des Carmes
paroiſſoient enſuite . Au milieu
, eſtoient celles de Saint
Roch , portées toutes par des
Bourgeois vétus de noir , hors
celle de la Sainte Epine , que
des Religieux portoient. Elle
eſtoit environnéed'un tres-grand
G3
150
MERCURE
nombre de Torches , & de Flambeaux
aux Armes de la Ville , &
de toute la Communauté des
Carmes , compolée de cent Religieux.
Meffieurs les Prevoſt ,
Echevins & Officiers de Ville
marchoient aprés eux , accompagnez
de cinquante Archers ;
il y en avoit auſſi pluſieurs qui
précedoient la Proceffion , &
d'autres qui l'attendoient au
Louvre. Monfieur de Riants
Ancien Procureur du Roy au
Chaſteler , & Aumônier d'honneur
, & perpetuel de cette Confrairie
fuivoit Meſſieurs de Ville,
& précedoit les Confreres de
Saint Roch . La Proceſſion eſtant
arrivée au Louvre , Monfieur de
Bullion s'y rendit , & fut placé
dans un lieu de distinction , où il
y avoit une Chaiſe pour luy. Les
Trompettes & les Timbales pré-
,
V
GALANT.
151
- cederent les Pains qu'on devoit
benir , lors qu'on les porta devant
l'Autel pour cette Cerémonie.
Ils furent ſuivis de l'Aumônier
, du Maistre d'Hoſtel ,& du
reſte des Domeſtiques. Monfieur
le Marquis de Bullion alla enfuite
à l'Offrande avec un Cierge
chargé d'Ecus d'or , outre lefquels
il en donna encore autant
à l'oeuvre de la Confrairie de
Saint Roch.
Cette Proceffion ne fut pas
fitoſt fortie de la Chapelle du
Louvre , qu'on y commençaune
autre action de piere. Meſſieurs
de l'Academie Françoiſe y font
celébrer tous les ans ce meſme
jour , une Meſſe ſolemnelle , &
l'on fait auſſi le Panégyrique de
Saint Loüis. Comme le Prédicateur
eſt choiſi par le Corps de
l'Academie , & que la jufte &
G4
152
MERCURE
avantageuſe opinion qu'on a de
fon choix , attire une nombreuſe
Aſſemblée à ce Sermon VOUS
,
ne devez pas douter que ce Sçavant
Corps ne jette toûjours les
yeux fur de celebres Prédicateurs.
Monfieur l'Abbé Cappeau
avoit été choiſi cette année . Il fit
admirer ſon éloquence , ſon bon
gouft , & la délicateſſe de ſon
eſprit , & meſla dans ſon Diſcours
pluſieurs peintures tres- vives des
Vertus de Saint Loüis ,& de ſon
zele pour la Converſion desHerétiques
dans ſon Royaume, conformes
au Regne heureux de
LOUIS LE GRAND . Auſſi l'Eloge
de ce Monarque y entra - t'il
naturellement. Il appliqua à la
mort de Saint Loüis , ces paroles
de Saint Ambroiſe à la mort du
Grand Theodoſe. Conteror corde ,
& voicy dans quels termes il les
expliqua.
GALANT.
153
MO On Coeur eſt ſaiſi &presque
confumé de douleur , quia
ereptus eſt vir qualem vix poſſumus
invenire , par la perte d'un
Empereur que plusieurs Siecles pourront
àpeine reparer. Tu Solus tamen
, Domine, es invocandus,
vous estes pourtant l'unique objet
de nos voeux , Seigneur, disoit ce
- grand Docteur de l'Eglife , Turogandus
, vous estes le feul à qui
nous adreſſons nos Prieres , Ut com
in Filiis repreſentes , afin que vous
le faſſiez revivre dans la perſonne
defes Enfans.
Diſons , Meffieurs , diſons aprés
avoir receu du Ciel ce que Saint
Ambroife luy demandoit ,, c'est à
dire un Prince Religieux, Zelé pour
les interests de Dieu , fidelle obfervateur
defa Loy , auſſi opposéàfes
Ennemis * que favorable à fon
G
154
MERCURE
Eglife ; vous estes , mon Dieu , l'unique
objet de nos Voeux de nos Prieres,
& en mesme temps de nostre Confolation
&de nostre joye ; les quatre
Siecles écoulez depuis la mort de S.
Loüis , ayant fait de tous les Roys
qui lay ont fuccedé comme autant de
nobles eſſays , pour reproduire ce
Grand Monarque dans la Perſonne
de celuy qui regne aujourd'huy.
Sacharité,ſa justice ,fon zele,
Sa moderation , ne font ce pas des
vertus qui luy font propres ? Et
bien loin d'imposer à la veritéfur
un sujet fi public & fi éclatant ,
pourroit - on Seulement l'expofer
comme elle eft, fi l'amour & lafide-
Litéde ses sujets , ſi l'estime & là
crainte des Etrangers n'en relevolent
la gloire ? Ien'entreray dans
aucun détail de la charité& de la
justice d'un Prince qui veille à la
confervation deſes Sujets avectans.
GALANT.
151
d'application , queſesſoinsfurpaf-
Sent toujours leurs besoins ; d'un
Prince dont l'entier defintereſſement
fait souhaiter qu'il voulust
- eſtre ſouvent le luge de ſa propre
cause. Comme il est le Modele des
autres Roys , les François ont porté
l'exemple de leur fidelité& de leurs
respects aux autres Nations , non
feulement en leur apprenant ce
qu'elles doivent à leurs Souverains ;
mais en leur faisant connoistre ce
qu'elles ont à craindre de la puis-
Jance, ou à esperer de la protection ,
d'un Etat gouverné par le plus
grand Roy , défendu par les plus fideles
Sujets du monde.
S'il estoit neceffaire defaire parler
les Etrangers , pour donner des
témoignages qui ne soient ſuſpects
ny d'exageration ny de flaterie , il
faudroit comme un autre Apostre ,
avoir le don des Langues , pour les
G6
156 MERCURE
)
rapporter en autant de differens
idiomes qu'il y a eu de Roys , d'Empereurs
,&de Republiques , qui out
envoyé leurs Ambassadeurs , & de
Souverains meſmes qui font venus ,
attirez par fes vertus , gagnezpar
fa clemence étonnez parfes exploits ,
intimidez parses menaces , ou forcez
parfes chaſtimens, rendre hommage
à sa puiſſance , & touchez
parsa moderation , ou édifiez par
Son zele , avoüant à leur retour que
LOUIS LE GRAND est tout ce
qu'on dit , qu'il merite tout ce qu'il
a , qu'il devoit estre tout ce qu'il
eft ,& que ne voulant jamais que
ee qu'il doit , il peut toûjours tout
ec qu'il veut , * Porens in terrâ
erit ſemen ejus ,sa posterité fera
puiſſante fur la Terre. La fouve.
raineté qui fe perpetuë fur fon
Thrônefera toûjours außi chere aux
*Paroles du Texte,
GALAN T.
157
yeux de Dieu , & aussi éclatante
aux yeux des hommes , que l'Aftre
qu'il a pris pour le ſymbole de ſes
vertus. Thonus ejus ficut Sol in
confpectu meo , heureux preſage
que nous pouvons regarder comme
une promesse , en estant afſeurez par
un garant qui nous en répond dans
le ciel en la perſonne d'un Saint
Roy , &par l'interceſſion d'un Saint
Protecteur ,& teſtis in cælo fidelis.
Nous en avons auſſiune afſeurance
ſenſible , & nous voyons cettefeconde
& glorieuse posterité , promettre
aux fiecles à venir , l'affermiſſement
& l'immortalité de ſa
puiſſance , & commefi la benedi-
Etion du Ciel estoit en nos mains
un Heros capable de gouverner ausi
bien que de conquerir le monde ,
donnant des bornes à ses deffeins ,
fans en donner à ſes Victoires , au
158
MERCVRE
contraire en les ménageant dans le
temps , s'en preparant plusieurs immortelles
, applique ſes lumieres &
Sesvertus ànous former des Monarques
dans ſon auguste Famille , leur
apprenant à faire sentir àſes Sujets
&aux Etrangers le profond ref
pect qu'il a pour l'Eglise , & fon
unique étude à faire regner le Sauveur
du monde , par un faint & legitime
usage de sa puiſſance en Roy
tres- Chrétien , Potens , potens in
terrâ erit ſemen ejus ,ſa pofterité
fera puiſſantefur la terre.
Enfuite il adreſſale Diſcours à
Meſſieurs de l'Academie Françoife.
Je vous laiſſe , Meßieurs , leur
dit- il , le glorieux employ de loüer
un gouvernement dont nous avons
déjaveu, & dont nous esperons encore
de fi grands progrez. Estant
les Sçavans du Royaume les plus
GALANT. 159
honorez, & les plus dignes de l'honneur
qu'on vous y défere , chaifis
avec connoiſſance , traitez avec diſtinction
, écoutezavec respect,parlant
avec juſteſſe , décidant des
doutes & desbeautez de nostre Lan
que , avec une souveraineté que
vous meritez , oferois-je en voštre
prefence entreprendre un Eloge, quà
neſemble devoir regarder que vous ,
par la premiere place que vous occь-
pez dāsl'Empire des belles Lettres ?
Que vostre destinée est heureuſes ,
Meſſieurs , de pouvoir faire un mê
me Corps des actions de LOUIS LE
GRAND , & de vos paroles, d'eſtre
en droit par l'histoire de ſa vie ,
d'inſtruire tous les autres Rois de la
terre ; de forcer l'Envie , la Mort
& l'oubly ; d'orner le Temple de la
gloire ; d'arrester , pour ainſi dire
la rapidité des temps , de faire revenir
à jamais , & de rendre tou
160 MERCURE
jours preſent celuy où noussommes ;
de confondre la Fable ; de remplir
l'Histoire ; de ſervir la Religion , &
l'Etat , en consacrant la memoire
de LOUIS LE GRAND , par des
termes dont la force enleve les efprits
& les coeurs des Peuples , pour
leur faire croire à l'avenir ce que
nous voyons aujourd'huy , &ce qu'on
ne pourroit jamais croire ,fi la ma.
niere de les rapporter n'y contribuoit
, c'eſt a dire , fi la nobleſſe de
vos expreßions ne répondoit au comble
de ſa grandeur.
Il y eut une excellente Muſique
pendant la Meſſe. Elle estoit
de Monfieur Oudot , qui receut
de grands applaudiſſemens . L'Académie
s'eſtant aſſemblée l'apreſdînée
, & ayant laiſſé la liberté
d'entrer dans le lieu où
elle tient ſes Conferences, fit publiquement
la diſtribution des
GALANT. 161
Prix d'Eloquence & de' Poëfie .
Monfieur l'Abbé de Dangeau ,
qui en eſt preſentement Direteur
, déclara que la Piece d'Eloquence
que l'Académie avoit
préferée à toutes les autres , étoit
de Monfieur Brunel de Roüen .
Elle fut leuë par Monfieur l'Abbé
Regnier , Secretaire perpetuel
de la meſme Compagnie, &
on la trouva d'un ſtile noble &
naturel , d'une juſte diſtribution ,
pleine de penſées nouvelles , &
d'un feu d'imagination toûjours
reglé par le jugement. Je ne vous
diray rien de l'Autheur , ſinon
qu'il eſt encore jeune , & qu'on
peut connoiſtre l'eſtime qu'il s'eſt
acquiſe par la joye generale
qu'on a dans Roüen , de le voir
preſt à entrer dans une Charge
importante , ou le Public a befoind'un
fort honneſte Homme.
162 MERCURE
On leut enſuſte la Piece de Vers
qu'on avoit trouvée digne du
Prix. Perſonne alors n'en connut
l'Autheur ; mais on a ſceu depuis
ce temps- là qu'elle eſt de Monſieur
d'Alibert , Seigneur de
Saint Romain le Haut en Bourgogne.
Ces deux Pieces ayant eſté
leuës , Mr l'Abbé de Dangeau
exhorta Meſſieurs de l'Académie
à lire quelque choſe d'eux ſelon
la coûtume. Monfieur le Clerc
commença parun petit ouvrage
de Vers qui fut extrémement
applaudy. Il coutenoit la Punition
d'Antiochus. Monfieur l'Ab ,
be de Lavau leutaprés cela l'Explication
en Vers de quelques
Deviſes que feu Monfieur Dou
vrier a faites ſur les dernieres
Campagnes du Roy. Le tour
de les Vers eſtoit ſi juſte , qu'ils
GALANT. 163
donnoient encore de la beauté
aux Deviſes. On eut enſuite le
plaisir d'entendre une fort galante
Epitre d'Amour de Monfieur
de la Fontaine , aprés quoyMonfieur
l'Abbé Tallemant lejeune,
leut un Chant d'un excellent
Poëme , que Monfieur Perrault
a faitde la vie de S. Paulin. Cette
lecture fut interrompuë en beaucoup
d'endroits par les applau
diſſemens de l'Aſſemblée , qui
admira les deſcriptions riantes &
naturelles dont tout ce Poëme eſt
remply.
Le meſme jour les Habitans
de Luxembourg , qui l'année
derniere avoient celebré avec
beaucoup de ſolemnité avec
beaucoup de folemnité le jour
de S. Louis , parce que c'eſt celuy
de la Feſte du Roy, s'engagerent
à la celebrer tous les ans
164 MERCVRE
avec une magnificence digne de
leur zele. L'Aſſemblée du Clergé
, & de tous les Corps , ſe fit
dans l'Egliſe des Recolets François
, que le Roy y a établis. On
alla enfuire en Proceffion dans
la Ville . Le Saint Sacrement fut
porté par Monfieur l'Abbé de
Munster , & fuivy de Monfieur
le Marquis de Lambert Gouverneur
de la Place , accompagné de
tous les Officiers de la Garnifon ,
&de beaucoup de Nobleſſe des
environs . Les Voix & les Inftrumens
n'y furent pas oubliez , non
plus que tout ce qui pouvoitdonner
de l'éclat à cette Feſte. Le
Panegyrique de Saint Loüis fut
prononcé par le Pere Olivier Juvernay
, Gardien des Recolets
de Luxembourg. Ce Diſcours fur
trouvé digne de la reputation
que ce Pere s'eſt acquiſe à Paris ,
GALAN T. 165
& luy attira mille loüanges. Il y
eut le ſoir des Illuminations par
toute la Ville , & pluſieurs décharges
de la Mouſqueterie &
de l'Artillerie ; tous les Habitans
ayant voulu marquer à l'envy
qu'ils ont le coeur veritablement
François.
Monfieur de Vertron , de l'Academie
Royale d'Arles , dontje
vous ay parlé pluſieurs fois ,
ayant fait un Livre intitulé , Paralelle
de Loüis le Grand , avec les
Princes qui ont esté ſurnommez
Grands , a propoſé le Portrait de
Sa Majesté , pour Prix du plus
beau Sonnet qui ſeroit fait fur
cette meſme matiere. Monfieur
le Duc de Saint Aignan & Monſieur
le Duc de Nevers , qui ont
eſté nommez Juges , ont donné
le prix à un inconnu , qu'on a
ſceu depuis eſtre le Pere Mor,
166 MERCURE
gues Jeſuite. Il paſſe pourun habile
Orateur , & un grand Mathematicien
, & a fait imprimer
depuis quelques mois un Livre
tres - eſtimé touchant les Regles
de la Poëſie Françoiſe. Voicy
ſon, Sonnet.
G
Rands par un ample amas
glorieux exploits ,
de
Grands par tant de bienfaits , Grands
par tant de ſageſſe ,
Grands par une puiſſance aſſujetie
aux Loix ,
Grands par mille revers foûtenus
Sansfoibleſſe.
Vertron,ces grands Heros ont rampé
quelquefois ,
Tutrouvesàchacun quelque endroit
qui l'abaiſſe , 1.
Iln'est qu'unseul MortelGrandpar
* tous ces endroits ,
GALANT. 167
Devant LOVIS LE GRAND , tout
le reste est basſeſſe.
Tu leur oftes pourtant moins que tu
ne leur rends ,
Comparez à LOUIS ilsſe trouvent
plus grands ,
Ceder ne peut icy tiver à confe
quence.
Leurs titres de Grandeur n'en feront
pas plus vains ,
On peut estre audeſſous du Heros de
la France ,
Et beaucoup audeſſus du reste des
Humains.
Madame de Saliez Viguiere
d'Alby , dont je vous ay envoyé
pluſieurs Ouvrages , a fait le
Sonnet ſuivant. Ila paſſé pour le
meilleur , aprés celuy du Pere
Morgues.
168 MERCURE
G
Rand Roy , qu'on est heureux
de vivre ſous vos Loix !
Vous Superbes Vaiſſeaux deſtinez
aux conquestes ,
Courent toutes les mers ſans peril ,
Sans tempestes ,
Tout respecte , tout craint l'Empereur
des François .
Enfaveur des Chrétiens vos foudres
toûjours preſtes
Ont fyeu brifer leurs fers déja plus
d'une fois ,
Nous voyons par vos foins l'Herefie
aux abois , i
Un Hercule aſuffi pour cette Hydre
à cent teftes.
Quede travauxſi ſaints ,fi grands,
fi glorieux
Ouvrent à vôtre gloire un beau
champ dans les Cieux ,
E
GALANT. 169
Et que c'est dignement porter le
Diadesme!
La Grandeur devant Dieu , n'est
qu'un point , qu'un neant ,
Plus juste , plus preux que pas un
Conquerant ,
Vous paroissez, Grand Roy , Grand
aux yeux de Dieu mesme.
د
Vous ſçavez , Madame, qu'on
fait tous les ans deux nouveaux
Echevins à Paris & qu'ils
font élûs par Meſſieurs de Ville .
Ie vous ay déja mandé pluſieurs
fois , de quelle maniere ſe fait cette
élection . Ainſi c'eſt un détail
où vous me diſpenſerez d'entrer
aujourd'huy . Si vous voulez vous
en rafraiſchir la memoire , vous
pouvez jetter les yeux fur les
Lettres dans leſquelles je vous
en ay parlé les autres années.
Septembre 1685 . H
170
MERCURE
Je vous diray ſeulement que le
premier des deux Echevins qui
ont eſté élûs , celle- cy , eſt Monſieur
Geoffroy , dont le Pere &
le grand-Pere ont jouy de la meſme
Dignité ; & le ſecond , ME
Gayot. Monfieur le Févre d'Ormeſſon
, Maiſtre des Requeſtes ,
& Neveu de Monfieur le Prefident
de Fourcy Prevoſt des Marchards
, les conduifit à Verſaillesle
19. du mois paſſé , il preſenta
le Scrutin au Roy ,& fit à Sa
Majesté le Diſcours qui fuit .
IRE ,
Vostre bonne Ville de Paris ,
en vous prefentant ſes nouveaux
Magistrats , trouve toûjours de nou-
-velles actions de graces à Vous ren
dre . Elle a fenty pendant l'Hyver
les effets de vôtre Bonté & de vostre
Prévoyance paternelle. Ces bleds
GALANT .
L 171
tranſportez par les ordres de V. M.
des Parties de l'Europe les plus
éloignées , ont rendu l'abondance à
voſtre Peuple , dans un temps où
l'avarice du Marchand auroit pûse
prévaloir de la neceſſité publique.
Paris voit encore les marques de
voſtre Liberalité , dans l'embellif
Sement deſes ramparts , où tant de
bras que l'indigence invitoit au crime
, font utilement occupez . V. M.
par une contrainte falutaire , fait
Servir la partie la plus inutile &la
plus baffe deſes Sujets à l'ornemens
de la plus grande Ville du Monde ,
& aneantit par ce travail la pares-
Se& la mendicité ; fuccés que nous
n'aurions jamais osé eſperer ,ſi nous
ne vivions ſous un Regnc où les cho-
Ses autrefois estimées les plus impoffibles
, deviennent aisées dés qu'il
plaiſt à V. M. de les vouloir.
Que ne dirois . je point fur ces
H 2
172
MERCURE
nouvelles marques de vostre magnificence
Royale , fi je n'estois lié par
le Sang avec le premier de vos Magistrats
, à qui V. M. a confié la Direction
de ſes ouvrages publics ?
Les justes Eloges que l'on donne à
vos grands Deſſeins , répandent toûjours
quelque éclat fur ceux qui les
executent ; mais cependant , SIRE,
dequoy puis ie mieux vous parler au
nom de vostre Ville Capitale , que
des graces que vous verſez continuellement
sur elle ? Oferoit - elle
vous faire ſouvenir de ces Victoires
pleines de prodiges , que vous avez
remportées ſur toute l'Europefoulevée
contre vostre gloire ? Entreprendroit-
elle de vous feliciter fur le
prompt fuccés avec lequel vous rappellez
au sein de l'Eglise tant de
Peuples égarez? Vous exprimeroitelle
les hautes idées qu'elle ade cette
Puiſſance invincible , laquelle
GALANT.
173
aprés tant d'exploits heroïques ,
vient encore de forcer la plus fuperbe
Ville de l'Italie , à mettre à vos
pieds les marques de fa Puiſſance
Souveraine, & àrecevoir la Loy que
V. M. a voulu luy imposer ? Vous
representeroit- elle les Costes de l'Afrique
en feu , les aziles des Pirates
reduits en cendre , les Barbares dépoüillez
d'une infinité d'Esclaves
qu'ils retenoicnt depuisfi long- temps
dans leurs fers.
Non, SIRE , ce font des évenemens
trop grands & trop illuftres
pour n'estre touchez qu'en poſſant;
&quand Paris voudroit entreprendre
de les publier, commentpourroisjerépondre
àfon zele , moy qui ne
puis trouver d'expreffions pour vous
marquer , SIRE , la reconnoiſſance
infinie dont je suis pénetré , quand
je pense à la grace que j'ay receuë
de V. M. grace que je tacheray de
: Η 3
174 MERCURE
meriter dans tous les momens de ma
vie , par une application infatigable
à vous continuer les ſervices de
mes Peres , dans la Charge dont V.
M. m'a honoré , me conſiderant deformais
comme un Sujet qui Vous
doit, SIRE , tout ce qu'il est , &
qui ne peut rien estre, que par les
Bontez deVostre Majesté.
Aprés que Monfieur d'Ormef.
fon eut prononcé ce Difcours,
quiluy attira beaucoup de louanges
, les deux nouveaux Echevins
preterent le ſerment accoû--
tumé.
Le Roy a accordé, à Monfieur
de Maupeou , Conſeiller en la
Quatrième des Enquestes du
Parlement , la ſurvivance de la
Charge de Preſident en la Premiere
des Enqueſtes , dont monſieur
ſon Pere eſt pourveu. Sa
GALANT. 175
Majesté avoit déja accordé la
meſme grace à Monfieur de
Maupeou fon Frere , aujourd'huy
Eveſque de Caſtres , dans
le temps qu'il eſtoit Avocat General
au Grand Conſeil. Toutes
les graces que Sa Majesté fait à
cette Famille , ſont fingulieres ;
auſſi peut- on dire qu'elles ſont
deuës au zele & à la fidelité dont
Monfieur le Preſident de Maupeou
a donné tant de glorieuſes
marques depuis cinquante ans,
& aux ſervices de quatre de ſes
Freres Capitaines aux Gardes,
dontledernier eſtoit gouverneur
d'Ath. Ce qu'il y a de fort remarquable
, c'eſt qu'il ſemble
qu'ils naiffent tous également
propres à toutes fortes de Profeffions
, lors qu'il s'agit de fervir
le Roy. Le Fils aisné eſtoir
pourveu de la Charge d'Avocat
H 4
176
MERCURE
,
General au Grand Conſeil , qu'il
a exercée pendant fix ans , avec
l'approbation du Public; &aprés
ſa mort le ſecond qui eſtoit
Docteur de Sorbonne , & quia
eſté fait Eveſque de Caſtres , prit
la meſme Charge, & s'en acquitta
avec le meſme ſuccés que s'il
n'avoit jamais embraſſé une autre
profeffion . Celuy qui eſt prefentement
Conſeiller , eſtoit auparavant
Chevalier de Malte, &
en cette qualité il a fait ſes Caravanes.
Son Cader , qui eſtoic
Sous - Lieutenant aux Gardes
dés l'âge de dix- sept ans , ayant
eſté tué dans le ſervice , il luy
fucceda en cet Employ ; mais
eſtant reſté ſeul dans le monde ,
Sa Majesté luy permit de changer
d'eſtat , & de prendre la Robe.
Si cette Famille eſt Illuftre
du coſté de Monfieur le PrefiGALAN
T.
177
}
dent , elle ne l'eſt pas moins du
coſté de Madame la Preſidente,
qui eſt Soeur de Monfieur Doujat
Conſeiller de la Grand'-
Chambre.
On a fait quatre nouvelles
Cloches pour l'Egliſe de Saint
Eſtienne du Mont à Paris ; & elles
ont eſté benîtes depuis peu
de temps par Monfieur Gardeau
Curé de cette Paroiſſe . Elles eurent
pour Parains les ſix Doteurs
Regens de la Faculté de
Droit de l'Univerſité de Paris ,
qui ſont Meſſieurs Doujat,Hallé,
de Loy , Baudin , Cugnet &
Mongin. Ils nommerent la premiere
Eſtienne , à cauſe que
cette Egliſe eſt dédiée à Saint
Eftienne , & les trois autres furent
nommées Jean , Pierre , &
Michel , du nom des trois anciensde
ces fix Docteurs.
H
178 MERCURE
Je ne vous ay point parlé des
Etats de Bretagne , qui ſe ſont
tenus depuis peu. Tout s'eſt pafſé
à l'ordinaire , c'eſt à dire , à
la ſatisfaction du Roy & de la
Province. Vous (çavez que pendant
qu'ils durent , chacun s'efforce
à l'envy de faire paroître ſa
magnificence. Monfieur le Duc
de Chaunes a toûjours tenu
deux Tables , qui ont eſté fervies
avec beaucoup d'abondance
& de propreté. La meſme
choſe a eſté de toutes les autres
Tables , & fur tout de celle de
Monfieur l'Evefque de Saint Malo.
Il y avoit fort ſouvent juſqu'à
cinquante Perſonnes. Monfieur
de Chaunes voulut un jour regaler
toutes les Dames , & il leur
donna un ſouper tres magnifique.
Le Sieur Dumény dont la
voix s'eſt fait long-temps admi
GALANT. 179
rer à l'Opera , a fait differens
Concerts qui ont eſté extrémement
applaudis , & les Etatsluy
ont fait une gratification digne
de leur liberalité , & de la generoſité
de Monfieur le Duc de
Chaunes. Aprés qu'il furent finis
à Dinan , Monfieur l'Everque
de Saint Malo traita à Saint
Malo Monfieur de Fieubet , premier
Commiſſaire du Roy pour
la Province. Ce Prelat & Monfieur
de Guemadeu allerent au
devant de luy avec toute leur
Maiſon qui est fort nombreuſe.
En arrivant fur la Grève à la portée
du Canon , la Ville le ſalia
de cinquante volées de ſon Artillerie
, & tout le Peuple accoufut
en foule en criant Vive le
Roy. La Garniſon de la Ville
eſtoit ſous les armes , & il fut
conduit à l'Eveſché , où tous les
H 6
180 MERCURE
Corps le complimenterent. On
luy ſervit enſuite un magnifique
dîner en Poiſſon , ce qui le ſurprit
d'autant plus que ce jour là
le temps eſtoit fort mal propre
pour la peſche. Les Tambours &
les Violons ne ceſſerent point de
joüer pendant le repas . Au fortir
de Table , on trouva fix Carrofſes
à fix Chevaux que l'on avoit
preparez , & dans leſquels l'on
fit une promenade ſur la Grève.
On entra enſuite dans pluſieurs
petits Bâteaux , qui allerent
joindre un grand Vaiſſeau Monſieur
de Fieubet y fut receu
avec les Tambours , les Trompettes
, & les Violons , & l'on y
fervit une tres ſuperbe Collation
. On prodigua les Liqueurss
les Matelots ne manquerent
point de vin ,& il y eut une infinité
de coups de Canon tirez ,
GALANT. 181
qui n'effrayerent point les Dames.
Lors qu'on retourna dans
la Ville , on trouva encore la
Garniſon ſous les armes. LeGouverneur
fit la civilité à Monfieur
de Fieubet de luy demander l'ordre.
Aprés le ſoupé qui fut fomptueux
, il y eut Comedie &Muſique
, puis on paſſa dans une
grande Sale qui avoit eſté preparée
pour le Bal , & qui eſtoit
magnifiquement ornée , & enrichie
de pluſieurs Tableaux de
grand prix . On fervit pendant
le Bal une tres - galante Collation
, avec quantité de liqueurs
rafraiſchiffantes , & l'on ne ſe
fepara qu'aprés avoir fait media
noche. Ce dernier régale fut donné
ſans que perſonne s'y fuſt attendu.
Le lendemain les Tama
bours , les Violons & les Haut-
Bois ſe trouverent au lever de
182 MERCVRE
Monfieur le Commiſſaire du
Roy. Monfieur de S. Malo alla
enfuite le prendre pour le mener
à la Meſſe , où cét Eveſque luy
fit tous les honneurs qu'il pouvoit
luy faire. Il y eut Muſique
pendant la Meſſe , & l'on diſna
au fortir de là , parce que Monſieur
de Fieubet eſtoit preſſe de
partir. A l'iſſue du diſner
Meſieurs de Ville prirent congé
de luy , & en receurent
mille honneſtetez . On tira encore
cinquante ou foixante
volées de Canon lors qu'il fortit
de Saint Malo , d'où Monfieur
l'Eveſque le conduifit
juſqu'à Chaſteau - neuf. Vous
voyez , Madame , qu'on ne peut
rien ajoûter à l'éclat de magnificence
& de grandeur , avec
lequel ce Prelat vient à boutde
tout ce qu'il entreprend.La belle
GALANT. 183
voix du Sieur Dumény ne donna
pas moins de plaiſir dans ces
divertiſffemens quelle avoit fait
aux Etats.
L'ambaſſadeur de France à
Conſtantinople , eſtant Conful
de toutes les Nations de l'Europe,
il eſt neceſſaire d'y envoyer un
Homme qui ait de l'intelligence,
& beaucoup de fermeté. Ainſi
le Roy les oblige toutes , lors qu'il
jette les yeux far un Homme capable
de bien remplir cét employ
, & c'eſt pour cela que Sa
Majesté a choiſi Monfieur Girardin
, qui non ſeulement à toutes
les qualitez neceſſaires pour
cette Ambaſſade ; mais encore
qui poſſede parfaitement la Langue
Turque , & toutes les manieres
du Pays , où il a fait deux
Voyages , comme je croy vous
l'avoir déja mandé. Il eſt party
184 MERCURE
depuis quelques jours , & il ſe
doit embarquer à Toulon. Cependant
Madame de Guilleragues
, qui a pris ſoin des Affaires
, depuis la mort de Monfieur
de Guilleragues fon mary , s'en
eſt tres-bien acquitée. Elle a fait
obſerver tout ce qu'il avoit demandé
pour les Chrêtiens au
nom du Roy , que le Grand Vifir
luy avoit promit , & s'eſt diſtinguée
par des actions de vigueur,
contre ceux qui ont voulu
entreprendre ſur ſon authorité.
Quand je vous écrirois tous
les jours , au lieu que je ne le
fais qu'à la fin de chaque mois ,
je ne ſçay ſi je pourrois avoir l'avantage
de vous apprendre les
grands évenemens , avant que
vous en fuffiez inſtruite , puis
que par l'éclat qu'ils font lors
LYON
..... NEWHAU SEL ......
GALANT. 185
qu'ils arrivent , le bruit s'en ré-
- pand par tout avec tant de promptitude
, que tout le monde les
ſçait preſque en meſme temps.
Telle a eſté la priſe de Nevvhaufel
, dont je dévrois aujourd'huy
vous mander les circonſtances
; mais comme les Hiſtoi.
res genérales ne les marqueront
peut-eſtre de pluſieurs années ,
je croy pouvoir differer d'un mois
à vous en parler , afin de ne vous
laiſſer rien à ſouhaiter ſur cétarticle.
Cependantje vous envoye
le Plan de la Place ,& vais vous
faire part du Combat qui s'eſt
donne avant ſa priſe , entre les
Troupes Chrêtiennes & celles
des Turcs. Le Prince Charles de
Lorraine ayant appris que les Ennemis
au nombre de cinquante à
ſoixante mille , affiegeoient la
Ville de Gran , autrement Stri186
MERCURE
gonie , dont je vous parlay il y a
deux ans , lors que ce Prince la
prit , réſolut d'aller au ſecours
de cette Place. Il laiſſa ſeize
mille Hommes devant Nevvhaufel
, ſous le Commandement du
Comte Caprara , Maréchal de
Camp General , & marchant
avec trente cinq mille , il arriva
le 12. du dernier mois à la veuë
de Gran , & des Ennemis , qui
réſolus de donner Bataille aux
Chrêtiens , leverent auſſi-toſt le
Siege , & vinrent ſe poſter dans
l'endroit le plus avantageux
qu'ils purent choiſir. Ils avoient
le Danube à leur droite une
longue chaîne de Montagnes
eſcarpées à leur gauche
chemin de Bude derriere eux ,
& devant , un Marais fort
difficile , & au paſſage duquel ils
attendoient l'Armée des Chré-
د
د
le
GALANT. 187
tiens.On fit reconnoiſtre ce Marais
, & on ne jugea pas à propos
de le paſſer en défilé devant une -
Armée nombreuſe & en Bataille.
On campa à la portée du Canon
de ce marais , où l'on demeura
quatre jours en prefence. Ces
quatre jours ſe paſſerent en eſcarmouches
, où les Chrétiens eurent
preſque toûjours l'avantage;
ce qu'il y eut de plus remarquable
, c'eſt que les Turcs n'oferent
jamais paffer la Marais pour ve.
nir eſcarmoucher du côté des
Allemans , & que les Allemans
le paſſoient toujours devant eux.
Enfin la nuit du 15. au 16. les
Genéraux Allemans réſolurent
de décamper , foit pour prendre
un Poſte plus commode ,
foit pour attirer les Ennemis. Ils
firent marcher à dix heures du
foir leur gros bagage , l'Armée
188 MERCURE
étant en Bataille. Les Turcs s'apperceurent
de ce mouvement,
-& le prenant pour une fuite voulurent
en profiter. Ils avoient
déja travaillé à pouſſer des retranchemens
fur les Montagnes
de leur gauche , qui étoient à la
droite des Chrétiens. Ils avancerent
avec beaucoup de chaleur
, & pafferent le Marais avec
une grande precipitation , pour
venir charger les Troupes qui ſe
retiroient. Ils donnerent d'abord
fur l'aifle gauche commandée
par Monfieur l'Electeur de Ba--
viere , où ils furent vivement re .
pouſſez , avec perte de beau.
coup de Janiſſaires. Les Chré
tiens n'eurent qu'un Gentilhomme
de tué , qui combattoit à cô
té de Monfieur le Prince Eugene
de Savoye , dont le Régiment
de Dragons eſtoit à la teſte de
-
GALANT. 189
l'aifle gauche. Les Turcs firent
de grands cris toute la nuit , &
travaillerent à avancer , & à afſeurer
leur retranchement qui
eſtoit ſur les montagnes , parce
qu'ils prétendoient faire leur
principal effort de ce coſté-là , à
cauſe que la cheute des Monta
gnes leur donnoit moyen de
prendre l'Armée Ennemie en
flanc. Les Chrétiens de leur côté
marcherent avec beaucoup
de filence, & gagnerentun poſte
plus reculé , & plus avantageux,
_où l'on avoit deſſein d'attendre
les Ennemis. On leur fit volteface
de temps en temps pour les
arreſter , & on les trouva en Bataille
à la pointe du jour au Poſte
qu'on avoit voulu gagner. Il s'éleva
en meſme temps un Broüillard
ſi épais , que les Ennemis
ne pouvoient voir l'Armée , ny
190 MERCURE
l'Armée les Ennemis, quoy qu'on
entendiſt de part & d'autre le
bruitdes Tambours &des Trompettes
. Le Soleil parut qui diffipa
ce Broüillard. On fit encore
volte- face , & l'on marcha en
pleine Bataille aux Turcs , qui
ayant tous paſſé le Marais, étoient
auſſi en Bataille. Meſſieurs les
Princes de Conty & dela Roche
Sur-Yon qui attendoient depuis
long- temps le jour de cette Bataille
, pour terminer leur Campagne
auſſi glorieuſement qu'ils
l'avoient commencée , choiſirent
la droite commandée par le Prince
Charles. Ils creurent que le
fort de la Bataille ſeroit de ce
coſté- là , & ils ne ſe tromperent
pas. Les Ennemis deſcendirent
avec une impetuoſité terrible ,
& des cris épouventables , de
deſſus les Montagnes , & vin
GALANT. 191
rent fondre ſur l'Eſcadron où
eſtoient ces deux Princes , c'étoit
celuy de Lanthiery, du Régiment
de Saxe Lavembourg. On vit ce
qu'on n'avoit encore jamais veu
dans les Armées d'Allemagne ,
deux Princes du Sang de France ,
qui ayant refuſé tous les Commandemens
qu'on leur avoit offerts
, voulurent combattre comme
ſimples Volontaires . Ils
eſtoient au premier rang de cet
Eſcadron , qui eſtoit à la teſte
de l'Armée ; ils avoient auprés
d'eux quelques - uns de leurs
Gentilshommes d'un coſté , &
de l'autre les Cavaliers du Regiment
où ils combattoient , fi fiers
de voir ces deux Princes meflez
parmy eux , qui les animoient
par leur exemple , que leurs Officiers
ravis de l'honneur que recevoit
leur Regiment , & de voir
192 MERCURE
tant de courage & tant d'ardeur
de combattre dans le coeur de
leurs Soldats , dirent hautement ,
Que toute l'Armée Turque neferoit
pas plier ce feul Escadron . Ils ne
ſe tromperent point; les Turcs
tomberent fur cet Eſcadron juſ
ques à trois fois , avec cette fureur
& ces cris qui les rendent ſi
terribles , & ils le trouverent fi
inébranlable , que la fermeté de
cette ſeule Troupe , qui eſtoit la
premiere qu'ils rencontroient ,
ne contribua pas peu à les étonner
, & à leur faire prendre la
fuite; ce qui cauſa la déroute de
leur Armée. Les deux Princes ,
quoy que leurs Gentilshommes
les euſſent preſſez de s'armer de
leurs Cuiraſſes , à l'exemple de
✓ tous les Generaux , & de tous les
Colonels de l'Empire , eſtoient
en ſimples Juſte-au- corps , à la
teſte
GALAN T. 192
seſte de ces Colonels tout cuiraflez
, & tout couverts de fer.
Ils eſſuyerent en cet eſtat tout
le feu du Canon & de la Moufqueterie
des Turcs , & attendirent
leurs Sabres avec un
viſage qui raſfuroit les moins
hardis . Les Turcs s'abandonnerent
entierement à la fuite, apres
eſtre venus deux ou trois fois à
la charge fans pouvoir rompre
l'Armée Chreſtienne . On les
pourſuivit juſqu'au Marais qu'il
paſſerent en deſordre , la viteſſe
de leurs Chevaux les dérobant
aux Chreftiens. Le Seraskier
tâcha de les rallier derriere le
Marais , à la teſte de ſon Camp,
où une partie ſe remit en bataille
, tandis que les Generaux de
l'Armée victorieuſe , qui avoic
déja pristout le Canon , deliberoient
s'ils pourſuivroient ce pre-
Septembre 1685 . I
194
MERCURE
mier avantage. Me l'Electeur
deBaviere paſſa le Marais , avec
Meſſieurs les Princes & leurs
Gentilshommes , pour obſerver
la contenance des Ennemis ; &
le peu d'aſſeurance & de fermeté
qu'ils leur remarquerent, obligea
Monfieur de Baviere à faire pafſer
l'aîle qu'il commandoit. Monſieur
le Prince Charles fit la même
choſe de ſon coſté , & les
Ennemis épouvantez prirent la
fuite encore une fois ſans les attendre
. Ils abandonnerent leur
Camp & leur Bagage , & ſe ſauverent
par trois chemins differens
, fi intimidez & fi troublez,
que les Janiſfaires tuoient les Spahis
afin d'avoir leurs chevaux ;
de forte que les Turcs n'ayant
perdu que trois ou quatre mille
hommes dans la premiere action,
en perdirent encore beaucoup
A
GALANT.
195
par la terreur & le deſordre de
leurs propres Troupes dans cette
ſeconde déroute. Aprés la Bataille
, Monfieur le Prince de
Conty envoya Monfieur de la
Chapelle Secretaire de ſes Commandemens
, porter cent cinquante
Ducats aux Cavaliers de
l'Eſcadron dans lequel il avoit
combattu , & dix en particulier
au Cavalier qui s'eſtoit trouvé à
fon coſté . Cette liberalité fut receuë
avec des marques de joye
& d'admiration , qui durerent
tout le reſtedu jour , & au bruit
desTrompettes & des Timbales.
Les Generaux & les Officiers affurerent
ce Prince , que fon nom
feroit immortel dans les Archives
de l'Empire , ou parmy les
choſes extraordinaires qui ſe ſont
faites dans cette derniere guerre,
on marqueroit comme la plus
I 2
196 MERCURE
grande, la reſolution & la valeur
avec laquelle deux Princes du
Sang de France avoient combatu
contre les Ennemis de la Foy.
l'ay oublié de vous dire , que
lors que Monfieur l'Electeur de
Baviere eut fait paſſer le Marais
à ſes Troupes , elles ſe trouverent
ſansGrenadiers, parce qu'ils
n'avoient point eu ordre de ſuivre.
Cela fut cauſe que Monfieur
le Prince de la Roche- fur- Yon
les alla querir , de forte qu'il pafſa&
repaſſa deux fois le Marais ,
avec une chaleur qui faifoit connoître
l'impatience que ce Prince
avoit de combattre. L'ajoûteray
une choſe dont aucune Relation
n'a parlé , & qu'on affeure
avec certitude ; c'eſt que Monfieur
l'Electeur de Baviere & le
Prince Charles commandoient
alternativement l'Avant-garde ,
رب
GALANT. 197
-
& que ce dernier devant la commander
le jour que ſe donna la
Bataille , ce fut par cette ſeule
raiſon qu'il eut l'Aîle droite ce
jour-là. Meſſieurs les Princes de
Conty & de la Roche ſur-Yon
prévoyant que l'Aîle gauche ſeroit
la premiere attaquée , reſolurent
d'y combattre avecMonfieur
l'Electeur de Baviere , & la
ſuite fit voir qu'ils en avoient jugé
, comme auroient pû faire les
Capitaines les plus experimentez
, puiſque tout l'effort tomba
de ce coſté- là. Leur intrepidité
fait bien connoiſtre qu'ils font
nez de l'auguſte Sang de Bourbon,
puiſqu'ils ont combattu ſans
eſtre couverts d'aucunes armes ,
& qu'ils ont eu à coſté d'eux les
ſimples Cavaliers du Regiment
où ils ont fait éclater leur valeur
; ce qui marque qu'ils n'ont
I 3
198 MERCURE
voulu ſe faire diſtinguer que par
leur courage , auquel ils doivent
toute la gloire qu'ils ont acquiſe
en cette perilleuſe occafion. Ils
n'ont pas eſté moins admirez , par
la maniere dont ils ont veſcu
à l'Armée. Ils y ont toûjours
foûtenu avec éclat le Caracte
re de Princes du Sangde France;
& quand ils en ſont partis, ils y
ont fait des Preſens qui font connoiſtre
que la liberalité à toûjours
eſté une des vertus de
Monfieur le Prince de Conty.
Tant que ces deux Princes ont
eſté à l'Armée , on leur arendu
tous les honneurs qu'on devoit
à leur naiſſance & à leur merite
particulier. Avant que Monfieur
l'Electeur de Baviere fuſt arrivé,
ils eſtoient gardez par des Troupes
de l'Empereur, dont il y avoit
des Sentinelles poſées autourde
GALANT. 199
leurs Tentes ; &quand cet Eleeteur
fut au Camp , ces Princes
ayant eſté dans ſon Quartier , ils
eurent la meſme garde que luy,
&des Sentinelles de ſes Gardes
du Corps. Jamais Volontaires
n'ont eſté ſi expoſez , & jamais
on n'a pouſſe plus loin l'intrepidité
, & la reſolution d'acquerir
cette veritable gloire qui fait les
Heros. Vous en ſerez convaincuë
, quand vous aurez ſecu
qu'au commencement de la
Campagne , les Turcs propoſede
faire bonne guerre , en gardant
de part & d'autre les prifonniers
qu'on feroit , pour les
échanger; & que les Allemans
preſſentant les avantages qu'lls
devoient remporter , & fiers par
avance des ſuccés dont ils ſe
croyoient aſſurez répondirent
que comme ils ne vouloient au
16
200 MERCURE
cun quartier , ils n'en feroient
point. Ainfi ces Princes , en combattant
en fimples Volontaires,
étoient preſque affeurez de perir
, i les Chreſtiens euffent
eu du deſavantage , puiſque
rien ne marquant leur naiſſance
, on ne leur auroit point fait
de quartier dans un temps où
à peine l'auroit on donné aux
principaux Chefs de l'Armée.
Voilà ce qui n'a point encore
eſté ſceu , & qui fait voir que
Meſieurs les Princes de Conty
& de la Roche- fur - Yon
ont eſté animez en ce Combat
de ce Sang guerrier , dont la genereuſe
& boüillante ardeur a
fait ſi ſouvent gagner des Batailles.
1.
Le gain de celle qui fut donnée
le ſeizième d'Aouſt dernier ,
avoit eſté precedé de pluſieurs
GALANT. 201
avantages remportez par le Comte
de Leflé prés da Pont d'Effek ,
dont il brufla onze cens pas le 13 .
du meſme mois. Il prit la Ville
d'Effek qu'il fit piller , & il y
trouva beaucoup de vivres dont
il avoit un beſoin extrême ; mais
n'ayant pû ſe rendre Maiſtre du
Chaſteau , il ſe retira preſque
auſſi- toſt qu'on eut faccagé la
Ville. Le Pont d'Eſſek eſt un ouvrage
ſi confiderable , & il en
eſt ſi ſouvent parlé dans les Relations
des Guerres que les Chrétiens
ont contre les Turcs , que
je croy vous en devoir dire quelque
choſe . On l'appelloit anciennement
Murſa. C'eſt où
Conſtance , Fils de l'Empereur
Conſtantin , défit le Tyran Magnence
l'an 359. Ce Pont eſt le
plus beau de tous ceux qui ſoit
en ces quartiers- là , & fur les au-
Is
202 MERCURE
tres Rivieres . Il eſt baſti en par
tie ſur le Drave , & en partie ſur
la Riviere de Femis , qui ſe débordent
ſouvent l'une & l'autre..
Il a environ deux lieuës de long
Il y a cinq Tours baſties deſſus,
& il eſt tres bien entretenu , &
foûtenu par de grands Arbres
qui forment les Arches.Le Comte
Nicolas Serin fit abattre une
partie de ce Pont en 1664. mais
on y a fait depuis un Pont de
Bateau , un peu plus bas que
n'eſtoit le premier. Les Turcs
n'ont pas voulu le rebaſtir dans
la meſme place , parce que les
Poutres qui le ſoûtenoient & qui
eſtoient dans l'eau , s'attacherent
fi fort aprés que le feu ſe
fut éteint, qu'ils auroient eu trop
de peine à les retirer. C'eſt ſur
ce Pont que paſſent toutes les
Armées qui viennent en Hon
GALANT.
203
grie , & ce fut en cet endroit
que le malheureux Louis creut
avoir arreſté les Turcs qui marchoient
ſous la conduite de Soli
man en 1521 .
Tous les avantages qui ont
eſté remportez ſur les Troupes
Ottomanes , ayant cauſe beaucoup
de réjoüiſſances generales
parmy les Chrétiens , ont fait faire
quantité de Feſtes particulie
res, Celles qui ontle plus éclaté
ont eſté faites à Angers par
quinze ou feize Gentilshommes
Allemands , du nombre deſquelfont
Monfieur le Comte de Truchſes
, & Meſieurs les Barons
de Megerii , de Sonau , de Guimenyh
& de Hock. Ils ont fait
briller des illuminations , remplir
l'air d'artifice , fait entendre des
Salves & des Concerts guerriers
, & d'autres dont l'harmo
16
104 MERCURE
nie eſt plus douce. Les grands
repas n'ont point eſté épargnez ,
& ils y ont paru veritables Allemands
. Enfin ils n'ont rien oublié
pour marquer leur joye , &
l'on pourroit dire qu'ils ont eſté
au de là de tout ce que des Particuliers
peuvent faire en de pareilles
occafions .
J'ay à vous nommer encore
pluſieurs Perſonnes , dont la
mort eſt arrivée ce mois cy . Ce
font
Monfieur du Houſſet Seigneur
du Houſſet , Chancelier
de Monfieur , & cy-devant Intendant
des Finances . Il eſt mort
âgé de ſoixante & dix- neuf ans.
Monfieur Ferary , Chevalier
de l'Ordre du Roy , Maiſtre
d'Hoſtel ordinaire de Sa Majeſté
, Seigneur de Cagny- la- Marcelle
,& Lieutenant des Chaſſes
GALANT.
205
des Foreſts de Liury & Bondy.
Madame de l'Hôpital Dame
de Chambourcy , veuve de Monfieur
de Villers la Faye , Marquis
de Nauvilly , Maréchal des
Camps & Armées du Roy , Capitaine
Lieutenant de la Compagnie
des Gensdarmes de fon Alteſſe
Sereniffime Monfieur le
Prince.
Monfieur de Bailleul, Seigneur
du Pleffis- Briat, Courte Couron
ne , Chavane, & Chande, Moufquetaire
du Roy en la premiere
Compagnie. Il eſt mort âge de
vingt deux ans ; il eſtoit Fils de
Monfieur de Bailleul Capitaine
aux Gardes , & Grand Louvetier
de France. Je vous ay appris la
mort de Madame de Bailleul fa
Mere dans cette meſme Lettre..
Monfieur le Maistre de Ferriere
Seigneur de Perſaque &
206- MERCURE
Bellor , Conſeiller en la Grand
Chambre.
Monfieur Doüilly Receveur
Genéral de Poitou .
Monfieur de Carnavalet Gouverneur
de Broüage , cy- devant
Lieutenant des Gardes du Corps..
Il a paſſé une partie de ſa vie à
la Cour , où il eſtoit dans une
tres- grande eſtime.
On a eu avis de Luc en Pro--
vence , que le Pere Raimond de
Roſtagny , Docteur de Sorbonne
, & Provincial des Carmes , y
eſtoit mort en odeur de Sainteté
le 20. du dernier mois. Il étoit
âgé de 66. ans . Lors qu'on l'enterra
, il fut impoſſible d'empêcher
que le Peuple qui eſtoit accouru
en foule , ne déchiraſt les
manches de ſa robe , pour les
conſerver comme des Reliques ..
Il prit l'Habit de ſon propre mou
GALANT.
207
vement,n'ayant encore queneuf
ans . Ses Prieres , ſes Méditations,
& ſes lectures aſſiduës , l'obligeoient
à une grande retraite, &
ſon plaiſir eſtoit de mener une
vie cachée. Il a refuſe d'eſtre
Eveſque , & il fallut le menacer
de l'excommunier , pour luy faire
accepter la Charge de Provincial.
Son grand Oncle qui portoit
le meſme nom , & dont la
memoire eſt fort reverée , fuc
trois fois Provincial dans le même
Ordre. Pluſieurs grands Prelats
ont porté auſſi le nom de
Roſtagny , & font morts dans la
meſme odeur de Sainteté. Il y a
eu deux Archeveſques d'Arles ,
un Archeveſque d'Aix , un Evêque
de Nice , un de Riez , &
deux de Toulon , fans parler de
quatre Abbez de la celébre Ab
baye de Lerins en Provence ,
1
208 MERCVRE
dont l'un qui vivoit en 1188. eſt
reputé bien- heureux dans l'Ordre
de Saint Benoist. Le P. Raimond
de Roſtagny dont je vous
apprens la mort , eſtoit Oncle de
Monfieur de Roſtagny , Medecin
de S. A. R. Madame de Gui.
ſe , qui a donné depuis peu au
Public un Livre intitulé , La Fille
de Calvin démaſquée. Ill'appelle
ainfi , à cauſe que l'on y voit
l'explication miſe par Beze dans
les Livres de la Religion Prétenduë
Reformée pour en eſtre
l'emblême . On y voit auſſi plufieurs
Lettres a des Perſonnes
confiderables de cette meſme
Religion ,ou qui en ont eſté. Ce
Livre ſe vend chez le Sieur Barbin
, & l'Autheur y traite les
Controverles en Vers , d'une
maniere inſtructive , ce que Perfonne
n'a fait avant luy , la ma
د
GALAN T.
209
tiere ne s'accommodant pas aifément
la à Poësie .
La Charge de Grand Maiſtre
de l'Artillere que poffedoit feu
Monfieur le Duc du Lude , a
eſté donnée à Monfieur le Maréchal
de Humieres. Il a plû au
Roy de reconnoiſtre par là les
grands ſervices qu'il luy a rendus
en beaucoup de Campagnes qu'il
a faites , pendant leſquelles il
s'eſt trouvé à pluſieurs Batailles ,
& à la priſe de diverſes Places .
Sa Majesté le fit Lieutenant Genéral
de ſes Arméesen 1657. &
Maréchal de France en 1668 .
Cette Charge de Grand Maiſtre
de l'Artillerie , fut érigée en
Charge de la Couronne au mois
de Novembre 1599. en faveur
de Monfieur de Bethune , Duc
de Sully , Pair & Maréchal de
France. Ceux qui l'ont poſſedée
210 MERCURE
auparavant n'eſtoient appellez
que Maiſtres de l'Artillerie du
Roy. Il y en a eu vingt- neuf, &
neuf qui l'ont exercée par Com.
miffion. Monfieur le Maréchal
de Humieres eſt loéme qui
ait eu la qualité deGrand Maiſtre.
Entre ces ſix , deux Maréchaux
de France l'ont exercée
par Commiſſion. Ce font Meffieurs
les Maréchaux de Schomberg,
& Deffiat.
1
Le Gouvernement du Chaſteau
de Saint Germain en Laye,
que poſſedoit auſſi feu Monfieur
le Duc du Lude , avoit eſté donné
quelques jours auparavant à
Monfieur de Mornay Marquis de
Montchevreüil , Gouverneur de
Monfieur le Duc du Maine , &
enfuite de Monfieur le Comte
deVermandois avec la furvivance
pour Monfieur le Comte
د
GALANT. 211
de Mornay ſon Fils , Colonel du
Regiment de Bearn . Il épouſa
quelques jours aprés Mademoifelle
de Coetquent , Niece du
Marquis de ce nom.
Monfieur Bignon Conſeiller
au Parlement , a épousé depuis
peu de jours Mademoiselle Billard,
Scoeur de Madame de Chauvelin
, dont je vous ay parlé plufieurs
fois . Il eſt Fils de Monſieur
Bignon Conſeiller d'Etat ,
fur les pas duquel il marche. Il
a eſté Avocat du Roy au Chaſtelet
, & a fait paroiſtre dans
cetre Charge , une grande intelligence
pour les Affaires , & beaucoup
de penétration .
Les nouvelles publiques vous
ont informée des avantages que
l'Armée Venitienne a remportez
fur les Turcs , par la priſe de Coron
dans la Morée. Voicy ce qui
212 MERCURE
1
a eſté traduit ſur un imprimé de
Veniſe .
Les Lettres du GeneraliffimeMorosini
écrites le 10. d' Aoust, portent
que les Affiegez ſe défendoient obftinément
dans Coron , à la veuë
de plus de dix mille Turcs, qui s'étoient
avancez de pluſieurs endroits
de la Morée , avec du Canon , &
toute forte d'apprests , afin d'atta
quer nos lignes . Les nostres au contraire
, aprés un continuel travail
dans les Mines qu'ils avoient fait
joüer , n'eurent pas le fuccés qu'ils
avoient attendu de la principale,
-ce qui empefcha de donner l' Affaut .
Dans ce mesme temps ,
firent une vigoureuse irruption fur
une Redoute avancée des nostres ;
mais un Corps de gens de delà les
Monts , y estant accouru , & une
forte Escarmouche s'estant faite ,
nos Dragons y Survinrent avec le
les Turcs
GALAN Τ.
213
Bataillon des Maltois , commandé
par le Commandeur de la Tour ; de
forte qu'aprés trois heures de combat
, le poste fut recouvré par les
nôtres , avec grand carnage des
Turcs , & le gain de 17. Etendards ,
àla venë des Affiegez ; les Turcs
attaquerent encore pluſieurs fois nos
Lignes de divers costez , &furent
repoussez avec vigueur dans ces diverſes
attaques.
Le matin du 7. le Generaliſſime
refolut de donner unefauſſe alarme
pourſurprendre les Ennemis dans la
confusion. Ainsi ayant ramaßé un
Corps de quinze cens , tant Mariniers
& Francs que Corfaires , que
L'on fit paffer secrètement pendant
la nuit aux flancs de l'Ennemy ,
aprés avoir fait voler un peu de
poudre , aufignal de laquelle tous
les Chefs devoient fairefeu , le mouvement
que l'on fit , bien concerté
214 MERCURE
par les nostres , fut si impráveu , &
accompagné de tant de bruit , que
les Tures Surpris dans leſommeil &
tous en deſordre , prirent aussi- toft
lafuite , abandonnant toutes les proviſions
qu'ils avoient en abondance
pour laſubſiſtance de l' Armée, beaucoup
de munitions de guerre , &un
tres- riche bagage , fix groſſes pieces
de Canon de Bronze , pluſieurs Chevaux
, Armes, & mesme l'Etendard
Royalornéfastueusement de Queuës
ordinaires de Cheval. Laperte des
nôtres n'a pù estre plus legere . Ainsi
un fuccés si important animant le
courage des Afſſiegeans , on s'applique
par toutesfortes de moyens à la conqueſte
de la Place , dont on donae
de tres -grandes esperances .
Je vous envoye la Figure de
l'Etendard dont il eſt parlé dans
cette Lettre . Cette Victoire fut
ſuivie quatre jours aprés de
la
C
douze milles de modon vers le
Cap Maina, autrement Bravio de
Maina. C'eſt une Ville mar
1
a
Av
مح
PP
C
t
cette Le
ſuivie q
parie dans
Victoire fut
is aprés de
1
GALANT.
215
la priſe de Coron. Les Turcs
avoient arboré un Drapeau blanc
pour demander à capituler; mais
pendant qu'on envoyoit des
Oſtages de part & d'autre , un
Turc ayant mis le feu à un Canon
chargé de Cartouches , qui
tua quelques Soldats , les Affier
geans furent tellement perfuadez
, que le commandant ne les
avoit amuſez que pour les faire
perir , qu'ils donnerent dans les
retranchemens avec vigueur , &
en peu de temps ſe rendirent
maiſtres de la place. Les Soldats
n'ayant pû eſtre retenus par les
Officiers tuerent plus de trois
mille Turcs , & n'épargnerent
ny âge ny fexe.
,
Coron , appellée par les Anciens,
Coron, eſt dans la morée, à
douze milles de modon , vers le
Cap Maina, autrement Bravio de
Maina. C'eſt une Ville mar
1
216 MERCURE
chande à cauſe de ſa ſituation ,
elle a un Port capable de recevoir
pluſieurs Vaiſſeaux , elle a
la mer d'un coſté , & du coſté de
terre un mur fortifié de fix Tours
à l'antique . Les Grecs & les Juifs ...
demeurent dans la Baſſe Ville ,
& les Turcs dans un Chasteau
qui eſt la Ville Haute. Les Venitiens
en ont eſté les Maiſtres
dans le quinziéme Siecle. Bajazet
Empereur des Turcs la prit fur
eux , auſſi bien que la Ville de
Modon en 1499. Le Prince
Doria Genois , qui commandoit
l'Armée Navale des Eſpagnols,
la prit ſur les Turcs en 1533. il y
laiſſa pour Commandant Mendoza
, avec quelques Eſpagnols,
qui l'abandonnerent aux Turcs
peu d'années aprés. Ceux- cy
connoiffant l'importance de cette
Place, la reprirent, & elle étoit
demeurée
GALAN T.
217
demeurée depuis ce temps le entre
leurs mains .
Je ne vous fais point de détail
de ce qui s'eſt paſſé à Chambor.
Comme ce Pays eſt un lieu de
Chaſſe , & qu'on y va pour prendre
ce divertiſſement , vous devez
eſtre perfuadée qu'on y a ſouventgoûté
ce plaiſir . C'eſt un de
ceux que Sa Majeſté a pris pour
ſe délaſſer de la grande application
avec laquelle Elle ſe donne
aux Affaires . Il y a eu Comedie
pluſieurs fois , & rien n'a eſté i
magnifique , que les Tables du
Roy où toute la Cour a mangé.
Elle est de retour à Fontainebleau
, où Elle prendra de nouveax
Divertiſſemens , il y a déja
quelque temps qu'on y travaille.
Vous n'aurez l'Explication
des deux dernieres Enigmes , &
les Noms de ceux qui en ont
Septembre 1685 . K
218 MERCVRE
trouvé le vray ſens , que dans
l'Extraordinaire qui paroiſtra le
15. du mois prochain . Cependant
je vous en envoye deux
nouvelles. Elles ſont des Nimphes
enjoüées , Clione & Rozelinde.
J
ENIGME.
E ne ſuis pas moins belle
dans qu'en dehors ;
en de-
L'Hyver que le Printemps, & l'Estè
que l'Automne.
Quand l'onsefert de moy , l'on me
met l'ame au corps ;
Et fans beſoin de grands efforts
Je reçois aisément tous les plis qu'on
medonne.
Jeſuis de la couleur du jour ,
Foible aussi bien que souple; &fi
fort delicate
GALAN T.
219
Qu'on ne voit rien qui ne m'abatte
;
Et telle enfin que je cede à l'amour
Du moindre Zephir qui meflatte.
Lors qu'on me confie unſecret ,
Iln'est pas trop en affeurance ;
Car si l'on me neglige , on s'expose
au regret
D'apprendre en peu de temps qu'il
est en évidence.
Ne croyezpas que cesoit parvangeance;
JeSouffre tout,jusqu'aux mots de riqueur
,
De mépris & de raillerie ,
Ce n'est pas toutefois fans changer
de couleur ,
AUTRE ENIGME .
Apprenezfi jesuis puiſſante,
L'ay cent PPaaggeessde comptefait,
K 2.
220 MERCURE
Que rien au monde n'épouvante.
Leur teint uni , blanc comme lait .
Est d'une grace affezcharmante.
Leur taille dégagée a pour plus
grand attrait
Une égalité ſurprenante ;
Et le regardle plus parfait
N'y trouve point de difference
Tant exacte est leur reſſemblance.
Par leur moyen, les beaux Esprits
galans
Ont dequoy s'occuper , fans chagrin
&Sans peine ,
Pour plus d'une semaine ,
S'ils ont deſſein d'exercer leurs Ta
lens,
:
Et d'en rendre à leurs yeux les effets
évidens.
On les employe à beaucoup d'autres
choses;
Et dans les intrigues d'amour , •
GALANT. 221
C'est à conterfleurette , àporter ris
&rofes,
A mettre feux & fers au jour ,
Et faire voir enfin, à beau jeu , beau
retour.
Ainsi, je suis utile , & mesme neceffaire
,
Acent fortes d'affaire ,
D'honneur & de fortune , auffi.bien
que de coeur.
Vous le sçavez , Amy Lecteur ,
Vous en estes ſouvent le témoin ocu.
laire. 3
On me mande de Roüen un
petit Prodige dont je dois vous
faire part. Mademoiselle de Villiers
, Femme d'un des Comediens
de Sa Majesté , à l'exemple
de Mademoiselle Raiſin ſa
Mere , qui avoit formé une
Troupe de petits Comediens ,
K 3
222 MERCURE
1
appellez la Troupe de Monfeigneur
le Dauphin , y en a étably
une autre , à laquelle le Roy a
permis de joindre le titre de Comediens
de Monſeigneur le Duc
de Bourgogne. Elle a choiſy pour
la compoſer , huit Enfans avec
un Garçon & une Fille qu'elle a ,
&les a fi bien concertez enfemble
, qu'ils ont furpris & charmé
toute la Ville , dans deux Repre.
ſentations que cette petite Troupe
a déja données d'Ariane , fur
le Theatre des Comediens de
Monſeigneur le Dauphin , qui
font toûjours à Roüen. La Fille
de mademoiselle de Villiers , qui
eſt la plus vieille de la Troupe ,
quoy qu'elle n'ait encore que dix
ans , a fait des merveilles dans
le Role d'Ariane , qui eſt tout
remply de paffion . Son Frere qui
n'en a que huit , s'eſt fait admi'
GALANT. 223
rer en joüant theſée. Et la peti
te Phedre , âgée de ſept ans , a
eſté extremement applaudie. On
peut dire que cet établiſſement
eſt avantageux au Public , puiſque
ce ſontdes Eleves que l'on
forme pour ſon plaiſir , comme
il s'en fait dans toutes les autres
Profeſſions. La pluſpart des bons
Comediens , tant Serieux que
Comiques , comme Meſſieurs Baron
, Raifin & autres qui font
dans la troupe de Sa Majesté ,
ont eſté élevez de cette forte , &
on les a tirez de celle de Monſeigneur
le Dauphin , pour les
faire venir à Paris , où vous ſçavaz
qu'ils ſe ſont rendus parfaits.
Ie fuis fâché de l'accident que
vous me mandez . Si vôtre Amie,
qui s'afflige tant de ſon bras rompu
, ne ſe fie pas aux Chirurgiens
de ſon voiſinage , elle n'a
K 4
324 MERCURE
qu'à ſe faire porter à Evaux , qui
eſt une Ville du Bourbonnois.
Elle y trouvera une jeune perſonne
de qualité appellée mademoiſelle
de Remirand , qui a un
talent admirable pour remettre
des bras & des jambes démis ou
rompus , & des coſtes enfoncées.
Elle fait pluſieurs autres
operations de cette nature avec
un entier ſuccés ; & lors qu'elle
trouve un bras qui a eſté mal remis
, elle le caſſe pour luy rendre
ſa ſituation naturelle , & ne
manque point à luy redonner ſa
premiere fonction. Ce qui luy
attire une grande confiance , c'eſt
que la charité ſeule l'engage à
faire ces fortes de cures, & qu'elle
ne prend rien de perſonne.
Mercredy dernier 26. de ce
mois , il y eut aux Theatins un
Salut en Muſique , avec des PrieGALANT
225
res pour les Morts. La meſme
choſe ſe doit faire tous les Mercredis
dans la même Egliſe. La
Muſique eſt du fameux Monſieur
Lorenzani , Maiſtre de la
Muſique de la Reine. L'habilité
qu'il a dans cet Art, eſt connue
de tout le monde. Cet Article
demande plus d'étenduë , & je
le reſerve pour le mois prochain,
auſſi bien que le 6. Dialogue des
Choſes difficiles à croire , que
l'Autheur m'a fait la grace de
m'envoyer. Je n'oublieray pas ce
qui s'eſt paſſé àCaën , lors qu'on
a clevé la Statuë du Roy , non
plus que ce que Monfieur le
Maréchal d'Eſtrées a fait à Tunis.
Je vous parleray auſſi de pluſieurs
Converfions , & de beaucoup
de Feſtes qui ont eſté faites dans
le Royaume. Vous voyez par la
Κ
226 MERCURE
que la matiere ne me manque
past, ſi j'avois du temps &de la
place. Je ſuis , Madame , Voſtre
, & c.
:
A Paris ce 31. Septembre 1685.
THEQUE DE
LA
LYON
*
1893
VILLE*
TABLE
TABLE DES MATIERES
contenuës dans ce Volume .
H
Arangue faite auRoy, parM.
le Coadjuteur de Roüen.
Actions de Pieté du Roy.
Liberalitez de Sa Majesté.
2
16
2 I
Elegie de M. de Cantenac. 23
Creation de deux nouveaux Regi
mens.
30
Serment presté pour la Lieutenance
generale de la Province de Berry.
32
Monsieur le Comte de la Vauguyon
est nommé Ambassadeur en Efpagne.
33
Tableaux faits pour le Roy , par M.
Mignard & par M. le Brun. 34
TABLE .
Lettre fur le Tableau de Monfieur
le Brun. 38
Morts de plusieurs perſonnes confiderables.
64
Epiſtre chagrine de Madame Deshoulieres.
76
Relation de Monfieur Chaſſebras de
Cramailles, contenantfon Voyage
depuis venise jusques à Rome ,
&Ses Remarques fur les villes ,
Lieux & Chemins conſiderables ,
avec les Devotions de Nostre-
Dame de Lorette , & de Saint
François d'Aſſiſe. 86
Relation de tout ce qui s'estpasséau
Louvre le jour de la Feſte de S.
Loüis. 145
Eloge du Roy par Monsieur l'Abbé
Capeau. 153
Ce qui s'est passé dans la Ville de
Luxembourg , le jour de S. Loüis .
Prix remporté parle Pere Morgues
163
Iefuite. A66
TABLE.
Election de deux nouveaux Echevins.
169
Discoursfait au Roy, par Monsieur
le Févre d'Ormeſſon . 170
Survivance accordée par le Roy à
174 Monfieur de Maupeon .
Nouvelles Cloches benites en l'Eglise
de S.Estienne du Mont, & tenues
par les fix Docteurs Regens de la
Facultéde Droit de l'Univerſité
de Paris .
177
Etats de Bretagne . 178
Départ de Monfieur Girardin pour
Constantinople. 183
Affaires d'Allemagne. 184
Réjoüiſſances faites à Angers. 203
Morts.
204
Charge degrand Maistre de l'Artillerie
, donnée à Monsieur le
Maréchal de Humieres. 209
Gouvernement de S. Germain en
Laye, donnéàMonsieur leMarquis
de Montchevreil.
:
210
aij
t
TABLE. I
Mariage.
Nouvelles de Coron .
212
21
Voyage du Roy à Chambor, & retour
à Fontainebleau.
Enigmes. 218
Comedies repreſentées àRoüen.210
Talent admirable d'une jeune per-
Sonne de qualité.
Musique aux Theatins.
223
224
Articles refervez pour le mois prochain.
Fin de la Table.
Avis pour placer les Figures.
'Air qui commence par Vous
,
Sonnettes,doit regarder la page 75.
Le Plan de Neuhaufel , doit
regarder la page 185 .
La Figure de l'Etendard , doit
regarder la page 214 .
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le