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1685, 07 (Lyon)
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Illuftriffimus
Archiepifcopus &Prorex Lugdunenfis
Camillus de Neufville Collegio SS .
Trinitatis Patrum Societatis JESU
Teſtamenti tabulis attribuit anno 1693 .
807156
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN. HEQUE
JUILLET 1685 .
1803
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY ,
ruë Merciere, au Mercure Galant .
M. DC. LXXXV.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
1
YAEC
ےن
LE LIBRAIRE
AU LECTEUR .
E vous envoy Cher
Lecteur , la fuitte du
Carroufel que vous
m'avez tant demandé.
L'on continuë à diſtribuer le
Iournal des Sçavans toutes les
Semaines pour fix fols par
Cahier.
Les Mercures ſe vendrone
toûjours 20. ſols chaque volume
& 30. fols les Extraordinaires
. Il eſt inutile de les demander
à meilleur marché. Ceux
qui prendront tous les vieux
Mercures ou une partie d'iceux
l'on leur en fera une compoſition
honneſte .
LIVRES NOUVEAUX
du mois de Juillet 1685 .
Hiftoire
la Guerre deChypre
Ecrite en Latin par Antoine
Maria Gratiani & traduite
en François par Monfieur le
Pelletier, inquarto, s . liv.
Eclairciſſemens de quelques
difficultez que l'on a formées
fur le Livre de la Sainteté & des
Devoirs de la vie Monaſtique ,
inquarto , 6. liv.
Hiſtoire de François Premier
de Monfieur de Varillas , in 12.
4. vol. 6. liv.
Extraordinaire du Mercure
Galant , du quartier de Avril,
• May & Iuin , indouze
fols.
, 30.
Seconde Relation du Carroufel
contenant de Nouvelles Particularitez
& quatre grandes
☑ Planches en tailles douce , in 4.
20. fols.
Traduction Nouvelle des Sa-
- tyres des Epiſtres & de l'Art
Poétique d'Horace , indouze
= 45. fols.
1
Hiſtoire de la Conqueſte de
la Floride , in 12. 30. fols.
L'Homme Spirituel du Pere
S. Iure , Nouvelle Edition , in 8 .
3. liv. 10. fols.
Entretiens des Peintres , in 4.
4. vol. par Monfieur Felibien ,
14. liv.
Nouvelles Vies des Saints, Folio
deux gros volumes , 22. liv.
TABLE
DES MATIERES
contenuës dans ce Volume .
5 contenant plusieurs
actions du Roy. 1
Arrests & Declarations. 14
Converfions. 24
Zele de la Ville de Peronne pour le
Roy.
28
Receptionfaite au Roy à Meudon ,
par Monsieur le Marquis de
Louvois. 29
Chapitre general des Capucins,tenu
à Rome. 32
Discours Academique , s'il faut toûjours
dire la verité. 35
Mort. 4.6
Galanteries fur l'accouchement de
TABLE.
Madame la Ducheffe de Richelieu.
48
Montre à eau.
55
Monfieur Faure eft receu Conseiller
au Parlement .
59
Converfion. 60
Cinquiéme Dialogue des chofes difficilesà
croire.
63
Journal de tout ce qui s'est passé au
Parlement d'Angleterre affem.
blé à Londres , depuis le jour de
l'ouverture,juſques au jourdeſa
Separation.Avec l'histoire entiere
de la Rebellion du Duc de Monmouth
, & du Comte d'Argile.
१०
Receptionfaite au Roy par Monfieur
le Marquis de Seignelay , dans
ſaMaison de Seaux.
Morts.
172
200
Baptefme de Mademoiselle de Condé
, troifiéme Fille de Monfieur
leDuc. 212
TABLE.
Altefoutenu en SorbonneparMonfieur
l'Abbéde Lorraine. 213
Noms de ceux qui ont expliqué les
Enigmes du dernier mois. 214
Fable Enigmatique. 215
Suite des Affaires du Duc de Monmouth.
1 223
Lettre du Duc de Monmouth , au
Duc d' Albermale, 226
Réponſedu Duc d'Albermale. 229
Execution du Duc de Monmouth.
231
Fin de la Table.
Et ledit Sieur I. D. Ecuyer , Sieur de
- Vizé , a cedé & tranſporté fon droit de
Privilege à Thomas Amaulry , Libraire à
, pour en joüir ſuivant l'accord fait
S
L'o
entcux.
Extrait du Privilege du Roy.
Ar Grace &
P
Chaville le 18. Juillet 1683. Signé, Par
le Roy en ſon Confeil , UNQUIERES. Il eſt ,
permis à I. D. Ecuyer , Sieur de Vizé , de
faire imprimer tous les Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , con, tenant
pluſieurs Pieces, Relations, Hiſtoires Avantures
, & autres Ouvrages hiſtoriques , curieux
& galans , pour la fatisfaction de
nôtre cher & tres-amé Fils LE DAUPHIN ;
pendant le temps & eſpace de dix années ,
à compter du jour que chacun defdits
Volumes ſera achevé d'impriimmeerr pour la
premiere fois : Comme auſſi défenſes font
faites à tous Libraires , Imprimeurs Graveurs
& aures , d'imprimer , graver & debiter
ledit Livre ſans le conſentement de
l'Expoſant, ny d'en extraire aucune Piece,ny
Planehes ſervant à l'ornement dudit Livre,
meſmc d'en vendre ſeparément,& de donner
à lire ledit Livre ; le tout à peine de fix
mille livres d'amende contre chacun des
contrevenans , & confiſcation des Exemplaires
contrefaits ; ainſi que plus au long
il eſt porté audit Privilege.
Privilege du Roy , donné à
Registré ſur le Livre de la Communauté
1614. Septembre 1683 .
Signé ANGOT , Syndic.
MERCURE
GALANT.
ROUE
DEL
LYO
JUILLET 1685.890
A grandeur , la bonté
, la magnificence ,
la liberalité , la pieté ,
☑ & mille autres Vertus
du Roy , ayant ſervy de Prélude
à prés de cent cinquante de
mes Lettres , je me trouve plus
accablé que le premier jour ,
d'une matiere toutedigne d'admiration
& d'étonnement , & qui
Iuillet 1685 . A
2. MERCURE
fait que tous les Etats du Monde
regardent le bonheur de la
France avec quelque ſentiment
d'envie .Je laiſſe pluſieurs Actions
furprenantes de ce Monarque,
pour ne m'attacher qu'à une
ſeule , qui pour n'avoir pû trouver
place parmy les Nouvelles
dont je vous ay fait part depuis
quelque mois , ne merite pas
moins d'eſtre publiée. Elle a touché
des Barbares , & il eſt juſte
de la mettre dans ſon jour , afin
que chacun luy donne les Eloges
qu'on luy doit. Mais comme
il m'eſt impoſſible de le faire ſi je
ne vous marque beaucoup de
choſes qui ont précedé.
Je vous diray en peu de paroles
, ce qui eſt plus étendu dans
pluſieurs de mes Lettres , & vous
parleray ſeulement du nombre
des Eſclaves à qui le Roy a fait
GALANT.
3
- donner la liberté par les Alge-
■ riens , & des temps où ils ont
= eſtérendus. Aprés que Monfieur
le Marquis du Queſne eut bombardé
la Ville d'Alger , on luy
= renvoya d'abord fix cens Eſcla-
-ves , tant Sujets du Roy , qu'Etrangers
, pris ſous le Pavillonde
Sa Majesté , parmy leſquels pluſieurs
autres dans l'impatience
de ſe procurer la liberté , dirent
qu'ils eſtoient de ce nombre , &
ils furent délivrez . La Paix ayant
eſté concluë l'année ſuivante,
les Algeriens envoyerentun Ambaſſadeur
au Roy. Monfieur le
Marquis d'Amfreville le remena,
& revint d'Alger , ſuivant ce qui
avoit eſté ſtipulé , avec trois cens
vingt- cinq Eſclaves Sujets du
Roy , vingt - cing Etrangers prisſous
le Pavillon de France , &
cinquante qui avoienteſté pris
1
A 2
4
MERCURE
1
)
fous divers Pavillons étrangers,
auſquels le Roy eut la bonté de
faire donner la liberté.Apres cette
reſtitution , qui avoit preſque
épuisé d'Eſclaves tout l'Etat d'Alger
, un Envoyé du Dey vint
en France , ſupplier le Roy de
luy accorder quelques Turcs &
quelques Janiſſaires qui estoient
ſur les Galeres de Sa Majeſté . Le
Roy , dans la veuë de faire du
bien aux Eſclaves de pluſieurs
Etats de l'Europe , donna la liberté
à quarante de ces Turcs ,
& de ces Janiſſaires qu'on luy
demandoit ; mais à condition que
l'on rendroit ſoixante & quinze
Eſclaves Chreſtiens de diverſes
Nations,qui avoient eſté pris ſous
des Pavillons étrangers . L'Envoyé
partit de Paris il y a quelques
mois pour s'en retourner à Alger,
chargé de cette propoſition ; qui
n'ayant pas été prévenue,n'avoit
GALANT. 5
pas eſté entierement acceptée
par l'Envoyé , parce qu'il n'avoit
pas des Pouvoirs ſuffiſans pour
accorder une choſe ſi onereuſe
à l'Etat d'Alger , & fi avantageuſe
aux Chrétiens. Il fut accompagné
à ſon retour par Monfieur
le Chevalier de Tourville,
qui conduiſoit les quarante Turcs
pour eſtre changé contre les foixante
& quinze Eſclaves Chreſtiens
, qui n'eſtoient point François,&
que le Roy deſiroit d'avoir
pour leur rendre la liberté comme
ce Prince avoit déja fait l'année
precedente à un nombre d'Etrangers
preſque auſſi confiderable .
Monfieur le Chevalier de
Tourville eſtant arrivé à la rade
d'Alger , envoya querir dans la
Ville Monfieur de Sorhainde, qui
y eſtoit demeuré de la part du
Koy , & qui y faiſoit la fonction
>
3
A
6 MERCURE
de Conful , juſqu'à ce que Sa
Majesté euſt nommé quelqu'un
pour remplir ce pofte. Il luy fitc
entendre les intentions du Roy,
fur l'échange dont il s'agiſſoit,
afin qu'il les allaſt expliquer au
Dey. Monfieus de Sorhainde
étant rentré dans Alger ſe rendit
au Palais du Dei ; & luy ayant
expoſé ſa Commiſſion , le Dey
luy répondit , Qu'il avoit uneſi
grande veneration pour tout ce que
fouhaitoit l'Empereur de France ,
qu'il pouvoit dés l'instant mesme
aller dire de fa part à Monsieur le
Chevalier de Tourville, qu'ilfe fai
Soitun plaisir à luy-mefme defatisfaire
aux intentious d'un ſi grand
Prince; & que Monfieur le Cheva.
lier de Tourville n'avoit qu'à luy
marquer de quelles Nations il vouloit
que fuſſent les soixante &
quinze Esclaves qu'il souhaitoit ,
GALANT.
7
afin qu'il les envoyaſt demander à
leurs Patrons pour les mettre en
- liberté. Sur cette réponſe ,Monſieur
le Chevalier de Tourville
expliqua à Monfieurde Sorhainde
l'intention de Sa Majesté , qui
eſtoit; Que l'on s'attachaſt àprocu
ver la liberté de ceux qui se trouvoient
hors d'estat de la pouvoir
jamais esperer. Monfieur de Sorhainde
alla auſſi toſt chez tous
les Patrons , & pour fatisfaire à
la volonté du Roy il choifit
parmy les Eſclaves ceux quiluy
parurent les plus mal-heureux.
Ainſi l'on ne vit parmy ces foixante
& quinze Eſclaves,que des
Gens abandonnez , qui ne de
voient attendre aucun ſecours
- ny de leur famille ny de leur
Patrie , & juſques auſquels les
liberalitez des perfonnes charitables
, qui recüeillent des ſom-
د
,
A4
8 MERCURE
mes pour la Redemption des
Captifs , n'avoient encore pû
s'étendre. La longueur de leur
eſclavage leur avoit meſme ofté
tout eſpoir d'en fortir jamais . Et
comme on ne peut eſtre plus
malheureux que lors qu'on
n'eſpere plus , on peut dire que
leur malheur eſtoit dans le plus
haut degré où il pouvoit arriver;
ainſi ils n'avoient plus lieu d'attendre
leur liberté que par le
moyen de quelque miracle. Auffi
leura telle eſté procurée par un
Prince dont toute la vie n'eſt
qu'un enchainement d'actions
extraordinaires. Lors qu'on annonça
à ces heureux infortunez
qu'ils estoient libres , ils demeurerent
immobiles quelques
temps , tant cette nouvelle leur
paroiſſoit incroyable. Il leur étoit
impoſſible de comprendre qu'il
GALANT.
y euſt quelqu'un ſur la terre capable
d'une action juſques alors
inoüie , & fi digne d'un Heros
Chreſtien . On leur apprit qu'ils
devoient leur liberté aux genereuſes
& charitables bontez du
plus grand & du meilleur Prince
du monde ; & n'ayant plus ſujet
d'endouter , ils crierent auſſi- toſt
en plein Divan : Vive l'Empereur
de France , nostre Protecteur & nôtre
Liberateur. Il prononcerent
ces paroles en verſant des larmes
de joye , & d'un air fi touchant,
& fi remply d'amour & de reconnoiſſance
pour leur Liberateur,
que le Dey & tous ceux qui
eſtoient preſens en parurent atzendrit
, malgré la perte que
- l'Etatd'Alger faiſoit,& avoüerent
que ce n'eſtoit pas ſans raiſon que
leCiel beniffoit toutes les actions
de Sa Majesté , puis qu'elle en
4
AS
10 MERCURE
vez
faifoit qui obligeoient les Sujets
de tant de divers Souverains à
faire des voeux pour Elle. Ces
Eſclaves , dans les raviſſemens
de joye où ils eſtoient , ne ſcachant
à qui la témoigner , en
donnerent des marques au Dey,
comme s'il euſt contribué à leur
bonheur. Ie n'ay rien fait pour
vous , leur dit- il , &, c'est à l'Empereur
de France que vous deentierement
voſtre liberté.
Il y a parmy ces Eſclaves des
Eſpagnols des Italiens , des Flamans
, des Genois , des Hambourgois,
des Preſtres Grecs , des
Capucins, des Religieux de l'Ordre
de Saint Benoiſt, des femmes
&des enfans . Ce ſont autant de
bouches qui vont publier la gloi
re du Roy dans tous les Etats de
l'Europe , & faire des voeux qui
continueront d'attirer ſur luy les
GALANT. II
Benedictions du Ciel. Il eſt aisé
de juger , que puis que le Roy a
procuré deux années de ſuite la
liberté à tant d'Etrangers , il ne
reſte plus aucun Eſclave dans
Alger , ny dans toute la dépendance
de ce Royaume , qui
foit du nombre de ſes Sujets. Ils
ont tous eſté mis en liberté , par
la reſtitutio.n faite à Monfieur le
Marquis du Queſne en 1683.par
celle qui fut faite à Monfieur le
Marquis d'Amfreville en 1684,
& par celle qui a eſté faite cette
année à Monfieur le Chevalier
de Tourville . Ces differentes
reſtitutions ont ofté aux Algeriens
plus de douze cens Eſclaves..
Ainfi leur Etat n'eſt pas ſeulement
dépeuplé d'Eſclaves François
, mais ily en reſte tres peu
d'autres; de forte qu'il n'y a prefque
point de Nation de l'Europe,
A 6
12 MERCURE
dont les Sujets ne ſoient allez
publier chez elle le bien qu'elle
areceu de Sa Majesté , ce Prince
n'ayant épargné ny ſoins ny dépence
pour la liberté de tant de
Malheureux de quelque Nation
qu'ils fuſſent.
L'échange ayant eſté fait; le
Dey témoigna à Monfieur de
Sorhainde , avec un fort grand
empreſſement , qu'il ſouhaitoit
qu'il filt connoiſtre a Monfieur
le Chevalier de Tourville, la joye
qu'il auroit de le voir , & que s'il
vouloit prendre la peine dedefdre
à terre , il le recevroit avec
les honneursqui estoient dens à
un homme de ſon rang. Monfieur
le Chevalier de Tourville
répondit , Qu'il estoit faſché que
I'Employ qu'il avoit l'empefchaft de
répandre à son defir ; ceux qui commandent
les Flotes de l'Empereur de
GALAN T.
13
France ne pouvant abandonner leur
Bord ; mais qu'il iroit dans ſon
Canot à la pointe du mole , d'où il
pourroit le voir. Il ne manqua pas
de s'y rendre , & le Dey l'ayant
convié de nouveaux de deſcendre
à terre pour l'embraſſer ,
Monfieur de Tourville ſe ſerviz
pour s'en defendre des raiſons
qu'il avoit déja alleguée. Le Dey
le pria de faire avancer fa Chaloupe,
afin qu'il euſt le plaiſir de
le voir & de l'entretenir de plus
prés : Et lors qu'elle fut approchée
il entra dedans , en diſant;
Que quandles François n'aimeroient
pas autant l'honneur qu'ils
faisoient , & qu'il n'auroit pas
connu Monsieur le Chevalier de
Tourville , il croyoit estre enſeureté
avec les Sujets d'un Prince qui
n'estoit pas moins estimé par ses
Vertus que parfes Conquestes.
14 MERCURE
On peut dire que les ſoins,
qu'il prend du falut des Ames de
fes Suiets , attirant fur luy de jour
en jour de nouvelles graces du
Ciel , ont beaucoup contribué,
non ſeulement à le rendre le plus
grand Monarque du monde ,
mais auffi à le faire reconnoiſtre
pourtel par ceux meſme qui ſont
les plus jaloux de ſa gloire. Comme
depuis pluſieurs années ce
Prince a fait ſa principale occupation
de regler les abus qui s'e
ſtoient gliffez dans les Affaires
de la Religion Prétenduë Reformée
, & de les remettre en l'état
où elles eſtoient ayant les contraventions
faites aux Edits des
Roys ſes prédeceffeurs , & qu'il
a fait pluſieurs Declarations , &
donnédivers Arreſts fur ce ſujet.
Le Parlement de Roüen , voyant
que les Religionnaires avoient
GALANT.
IS
contrevenu à ces Arreſts & à ces
Declarations , a ordonné la démolition
du Temple de Quevil-
Iy, qui eſt à une lieuë dela Ville.
Sa Majesté donna quelque temps
aprés une Declaration , portant,
Que les temples où ilfera celebré
des Mariages entre des Catholiques
&des gens de la Religion Pretenduë
Reformée , & ceux où il fera
tenu des discours feditieux dans les
Prefches ,feront démolis. Cette
Declaration fait voir que le Roy
a une bonté vrayment Paternelle
, auffi -bien pour ceux de fes
Suiets qui ſe ſont écartez de la
veritable Eglife , que pour ceux
qui font profeſſion de la Religion
Catholique , puis qu'ayant
donné dés l'année 1680. un edit
qui portoit ces melmes peines , il
abien voulu fermer les yeux depuis
ce temps-là , fur les contra
ventions que l'on y a faites.
16 MERCURE
Il ya un autre Arreſt du Conſeil
d'Estat , donné le 2. de ce
mois , qui fait connoître par la
maniere dont il a eſté rendu , que
les Religionnaires meſme ſont
perfuadez que Sa Majesté ne fait
jamais rien qui ne ſoit juſte. Les
Miniſtres & Anciens des Pretendus
Reformez des Ville & Bailliage
de Sedan , eſtant pourſuivis
à la Requeſte du Procureur du -
Roy, pour avoir contrevenu aux
Declarations de Sa Majesté , &
apprehendant d'encourir les peines
qui y ſont portées , fi les faits
dont ils estoient accufez pouvoient
ſe justifier , crorent ne
pouvoir rien faire de mieux pour
fe mettre à couvert de toutes
pourſuites , ny de plus agreable
àce pieux & ſage Monarque,
dont l'équité leur eſtoit connuë,
que de ſe reſoudre à ſe condamGALANT.
17
ner eux- meſmes , en conſentant
à la fuppreffion de quelque- uns
des Lieux d'exercice de l'étenduë
de ce Bailliage , meſme à la
tranflation du Principal. Pour
cet effet, ils convoquerent extraordinairement
leur Confiftoire
le 14. du dernier mois , en preſence
de Monfieur Jacqueſſon,
Preſident & Lieutenant General
de Sedan , Commiſſaire nommé
par le Roy , & fur la permiffion
du Commandant de la Ville , ils
s'aſſemblerent avec trente des
plus Notables de la meſme
Religion. Le Reſultat de leur
Aſſemblée fut de conſentir que
Sa Majesté diſpoſaſt , tant du
Temple de Sedan , que de ceux
de Raucourt& de Givonne , en
leur affignant un lieu pour y faire
l'exercice pour tout le Baillage,
& y ajoûtant telle autre grace
:
18 MERCVRE
qu'Elle jugeroit à propos pour
leur ſeureté particuliere , & la
liberté & facilité de cet exercice .
Ils donnerent pour cela leur
pouvoir ſpecial à des Depurez
du Confiftoire ; ces Actes ayant
eſté veus par Sa Majesté, Elle a
interdit pour toûjours l'Exercice
de la Religion Pretenduë Reformée
en la Ville de Sedan , & dans
les lieux de Raucourt & de Givonne
; & a ordonné à l'égard de
Raucourt & de Givonne , que
les Temples de ces lieux feront
inceſſamment démolis , & que
celuy de la Ville de Sedan demeu
rera en l'eſtat où il eſt preſentement
, affecté pour jamais aux
Catholiques , qui s'en ſerviront
ſelonqu'il fera ordonné par Monfieur
l'Archeveſque de Reims.
"Cependant Sa Majesté voulant
traiter favorablement les MiniGALANT.
19
= ſtres & Anciens de la Religion
■ Pretenduë Reformée des Ville &
- Bailliage de Sedan, en confideration
de la ſoûmiſſion qu'ils ont
enë , leur a permis de conſtruire
-un Temple dans le Faux bourg
du Rivage de la Ville, avec un
petit logement à coſté pour les
perſonnes qui en auront la garde,
&un mur de cloture qui environnera
le tout ; & cela au lieu
que leur marquera le Gouverneur
de Sedan , ou celuy quiy
commande en ſon abſence, aſſiſté
du Lieutenant General , & en
preſence du Syndic du Dioceſe
de Reims. Comme la conſtruction
de ce nouveau Temple
demande de temps ; le Roy permet
aux Pretendus Reformez de.
faire l'exercice de leur Religion
dans celuy de la Ville de Sedan ,
juſqu'au dernier jour de Decem10
MERCVRE
bre prochain , aprés quoy il ſera
continué dans le nouveau Tem .
ple que l'on doit conſtruire , fans
qu'il puiſſe eſtre fait à l'avenir
en aucun autre lieu du Bailliage
de Sedan ; & quant aux lieux de
Raucourt & de Givonne , l'intention
de Sa Majesté eſt qu'il y
ceſſe dés à preſent. Les Pretendus
Reformez de Sedan joüiront
, non ſeulement de la maiſon
où ils avoient accouſtumé d'afſembler
leur Confiftoire , & dans
laquelle Sa Majeſté leur permet
de le continuer , juſqu'à ce
qu'elle en ait 'ordonné autrement;
mais encore des places fur
leſquelles font baſtis des Temples
des lieux de Raucourt &de
Givonne, des baſtimens & heritages
qui en dépendent , & de
leurs autres effets, pour en difpofer
comme de leur propre , à
GALANT. 21
er la reſerve des Cloches de ces mé-
■ mes Temples , qui demeureront
pour l'uſage de l'Egliſe Catholique,
& de la maiſon où logeoit le
Miniſtre de raucourt , qui avec
ſon enceinte & précloture de-
-meurera affectée à perpetuité au
Prefbytere de ce lieu , ſans que
les Pretendus reformez en puifſent
pretendre aucun dédommagement
ny recompenfe . Sa Majeſté
leur permet de retirer du
Caveau du Temple de Sedan les
corps qui y font , pour les tranfporter
avec leurs cercueils dans
leur nouveau Temple. Elle permet
auffi aux Habitans de la
Religion Pretenduë Reformée
des lieux de Raucourt
& de Givonne , de continuer
d'enterrer leurs morts dans leurs
cimetieres , ainſi qu'ils ont fait
juſques à preſent ; mais ils ne
22 MERCURE
pourront y tenir aucune Ecole .
A l'égard de la Ville de Sedan ,
Sa Majeſté veutque les Religionnaires
n'en puiſſent tenir qu'une
pour lire , écrire , chiffrer & calculer
, dans le Fauxbourg du Rivage
ſeulement , ſans qu'il en
puiſſe eſtre tenu dans la Ville
Quant aux Miniſtres qui fervoient
aux lieuxde Reaucourt &
de Givonne , Sa Majesté leur enjointde
s'en retirer , leur permettant
neanmoins par grace de faire
leur demeure dans la Ville de
Sedan , à condition d'y vivre en
particuliers , & de ne point s'ingerer
du Miniftere, le tout àpeine
de punition. Les Sieurs Gantois
& Saint Maurice, Miniſtres de
la Ville de Sedan , y pourront
continuer leur Miniſtere pendant
leur vie , ſans que la permiffion
qu'on leur endonne tire à conGALANT.
23
e ſequence pour ceux qui leur
fuccederont コ niſtere , Sa Mdaajnesfcteémaeyſamnte bMiie-n
1
=
voulu déroger à leur égard à tous
1. les reglemens contraires. Par ce
- moyen toutes les poursuites &
actions qui ont eſté faites & intentées
juſqu'à aujourd huy pour
_ contraventions aux Edits &
Declarations de Sa Majesté , de
la part des miniſtres & Anciens
de la Religion Pretenduë Reformée
des Ville & Bailliage de Sedan
, demeurent nulles & comme
non avenuës.
2
Je vous ay parlé depuis peu
de temps d'un Arreſt du Conſeil
d'Etat , qui ordonnoit la démolition
du Temple de Chaſtillon
fur Loing. Elle a eſté faite le
mois dernier , par les ſoins de
Monfieur l'Abbé le Boiteulx Préchantre
, & Chanoine de l'Eglife
24
MERCURE
Métropolitaine , & Sindic du
Clergé du Diocéſe de Sens , qui
avoit follicité cét Arreſt. C'eſt
au zele de ce meſme Abbé qu'on
eſt redevable de la démolition
des autres Temples qui eſtoient
dans ce Diocéſe , où il n'y a plus
aucun exercice publicde la Religion
Prétenduë Réformée.
On a eu nouvelles que depuis
eeque je vous manday le dernier
mois , du grand nombre de Converſions
qui s'eſtoient faites dans
le Bearn , plus de cinq mille Perſonnes
y ont encore abjuré. M.
Foucault Intendant dans cette
Province , a grande part à tous
ces heureux progrez de la ReligionCatholique.
Je vous en feray
undétail fidelle , lors qu'on m'en
aura appris les circonstances.
Cependant je croy que vous ne
ſerez pas fâchée que je vous faffe
ſçavoir
GALANT.
25
1
1
S
ſçavoir celles de la Converſion
de Monfieur de Moncalm de
Gouſon , Seigneur de Saint Vairan
, dont la Famille eſt des plus
Illuſtres du Languedoc. Ce jeune
Gentilhomme eſt Fils aîné de
Meſſire Loüis de Montcalm , Ba
ron de Saint Victor , Seigneur de
- Guabriac & de S. Julien dans les
Cevenes , & de feuë Dame Judith
de Vallat de Guabriac.
Deux de ſes Oncles ſont morts
au ſervice de Sa Majesté , l'un
Capitaine dansles Cuiraſſiers du
Roy ,& l'autre dans le Regiment
du maine . Il en a un autre connu
ſous le nom de Monfieur de
Puiol , premier Capitaine dans le
Regiment de Condé , & un quatriéme
Conſeiller au Parlement
de Toulouſe. Les grands bien de
ce dernier qui n'a pointd'Enfans
mafles , ſont ſubſtituez au jeune
Inillet 1685 . B
26 MERCVRE
T
Gentilhomme , qui a fait Abjuration
depuis peu de temps. Le
commencement de cette action
eſt deu à un éloquent Difcours
que fit Monfieur l'Eveſque de
Grenoble , le jour que Monfieur
Vigne fameux Miniſtre , dont je
vous ay parlé dans l'une de mes
dernieres Lettres , fit Profeffion
des Veritez Catholiques , Monfieur
de Saint Vairan , dont on
avoit tâché de remplir l'eſprit
d'une infinité de fauſſes idées
touchant nos miniſteres , ayant
oüy le recit qu'un Capucin faiſoit
de cette admirable Prédication,
& retenu les preuves tirées des
écrits meſmes des Fondaturs de
la Religion Pretenduë Réformée,
s'obſtina à vouloir conteſter
ces preuves ,& comme il a infiniment
de l'eſprit , il voulut le faire
avec fuccez. Il conſulta ſes Mini
GALAN T.
27
ſtres & revenant à la Conférence
particuliere avec le Religieux , il
en fut ſi ſatisfait ;qu'en ayant eu
pluſieurs autres avec luy , il demeura
convaincu dans la derniere.
Ses préjugez , beaucoup de
penétration , la ſcience du Nouveau
Testament qu'il poffede à
fond , & fur tout la crainte de
déplaire à Monfieur ſon Pere,
eſtoient de puiſſans obſtacles ,
mais la Grace les a furmontez .
On peut dire qu'à l'âge de
dix - huit ans , il a des qualitez
pour l'eſprit & pour les moeurs
<quile rendent extraordinaire. Il
n'a rien oublié pour s'inſtruire
pleinement du nouveau party
qu'il vouloit prendre , en l'abſence
de Monfieur l'Eveſque de
Grenoble , occupé alors à la viſitede
ſon Dioceſe, il a abjuré dans
- l'Egliſe des Capucins , entre les
B2
28 MERCURE
mains de celuy, dont Dieu s'étoit
ſervy pour le convertir.
6 Il ne faut pas s'étonner ſi le
Roy travaillant de tant de manieres
differentes pour la gloire de
la France , & pour le repos de
ſes Sujets , ils travaillent avec
empreſſement à luy élever des
Statuës dans pluſieurs Villes du
Royaume. Celle de Peronne confiderat
la longueur du temps qu'il
faut pour faire faire de ſi grands
Ouvrages avec toute la perfe-
&ion qui leur eſt deuë à cherché
d'abord à fatisfaire ſon zele ; &
en attendant qu'elle ſe voye en
eſtat d'imiter les Villes qui auront
cet avantage , elle a voulu
avoir dans ſon Hoſtel de Ville
un des plus beaux Portraits qui
ſe poſt faire de Sa Majesté. C'eſt
àquoy le Mayeur & les Echevins
ont fait travailler avec ſuc
GALANT. 19
cés .La fidelité de cette Ville égale
l'affection qu'elle a toûjours marquée
pour ſon Souverain. On
ſçait qu'elle n'a jamais eſté priſe ,
quoy qu'elle ait eſté autrefois
vigoureuſement attaquée , &
qu'elle a pour deviſe , Vrbs nefciavinci.
Le Lundy 2. de ce mois , Sa
Majeſté fit l'honneur àMonfieur
de Louvois d'aller à ſa Maiſon de
Meudon avec Monſeigneur le
Dauphin , Madame la Dauphine
Monfieur & Madame accompagnez
de la plus grande partie des
Princes & des Seigneurs de la
Cour. Ce Miniſtre fut averty fi
peu de temps auparavant , de la
grace que le Roy vouloit luy faire
, qu'il n'en eut pas affez pour
le recevoir d'une maniere qui
puſt répondre à la grandeur de
fon zele. Auſſi Sa Majeſtéy eut-
B 3
30
MERCURE
A
1
'Elle égard ; & c'eſt ce qui luy
fit dire qu'elle ne vouloit qu'une
Collation. Monfieur de Louvois
avoit fait preparer un grand
nombre de Chaiſes pour ſe promener
dans les Jardins , dont un
grand nombre de fort beaux lets
d'eau fait un des principaux ornemens;
mais le temps ne s'étant
pas trouvé commode pour laiſſer
joüir du plaiſir de la promenade
on alla voir les appartemens , où
des Concerts admirables divertirent
toute la Court. On ſervit
enſuite un Ambigu , mais ſi à
propos qu'on en fut ſurpris. Ceux
qui l'avoient preparé ayant eu
beaucoup moins de tems qu'ils
n'avoient crû , parce qu'on en
avoit peu employé à la promenade
, ne laifferent pas de ſe
trouver preſts , tant les ordres
avoient eſté bien donnez, & tant
:
GALANT. 31
la
l'execution en fut juſte. On ſer
vit en meſme temps cinq tables,
la premiere pour le Roy , la ſeconde
pour les Princes , la troifiéme
pour les Seigneurs ,
quatriéme pour les Officiers , &
la cinquiéme pour les pages , &
pluſieurs autres perſonnes de la
ſuite de la Cour. Tous les Gardes,
les Suiffes , & generalement
tous les Valets , furent regalez .
Cet Ambigu fut fi beau , qu'il
auroit eſté difficile que l'on euſt
pûy rien ajoûter , ſoit pour le
plaiſir du gouſt , ſoit pour celuy
de la veuë. La propreté,la galanterie
& l'abondance y avoient
part ; & il ſembloit qu'on euſt
forcé la Nature à ſe haſter de
produire les fruits qu'elle donne
en chaque ſaiſon , pour fatisfaire
au defir ardent qu'avoit Monſieur
de Louvois , de faire con-
B
4
3.2
MERCURE
noître au Roy la joye qu'il reſſentoit
de l'honneur que luy faiſoit
ce Monarque. Il ne faut que faire
reflexion ſur la maniere dont il
vient à bout d'exeuter les ordres
de Sa Majesté dans les choſes les
plus difficiles , pour eſtre perſuadé
de ce qu'il a fait dans une occafion
de cette nature .
On a eu avis de Rome', que
les Capucins y tinrent leur Chapitre
general le 8.du dernier mois.
Le Pere Charles Marie de масе-
rate , Italien , & le Pere Bonaventure
de Recanati y furent éleus ;
le premier , General de l'Ordre ,
&le fecond , Procureur general;
&le Pere Louïs de Jully, Provincial
des Capucins de la Province
de Paris , fut choiſy une ſeconde
fois pour eſtre Definiteur
general. Son grand merite , qui
le fait toûjours diftinguer par
GALANT.
33
tout , & dont je vous ay parlé
pluſieurs fois , attira en meſme
temps les yeux & les fuffrages
de tous ceux qui compoſoient
l'Aſſemblée.
Je vous envoye un Diſcours,
qui a eſté prononcé depuis peu
de temps à l'Academie de Turin .
par Monfieur l'Abbé Deville.
On l'a receu dans ce Corps avec
de tres-grands applaudiſſemens,
& l'on n'a fait en cela que ren.
dre juſtice à ſon merite. Quoy
qu'il n'ait encore que vingt- fix
ans , il eſt Docteur de Sorbonne,
&a paffé dans ſa Licence à la
teſte de cent autres. Il eſt Fils
d'undes plus anciens Senateurs
de Savoye , & il compte parmy
fes Anceſtres des Advocats Generaux
dans le Senat & dans la
Chambre des Comptes. Son
Ayeul eſtoit Gentilhomme de la
B
34
MERCURE
Chambre de ſon Alteſſe Royale,
dont il eſt Sujet ; & ſa Famille
s'eſt ſignalée dans l'Epée & dans
la Robe. Il a de grands talens
pour la Chaire ; & divers Sermons
qu'il a preſchez devant
toute laCourde Savoye , luy ont
acquis une grande gloire . Quant
au Diſcours que je vous envoye,
le Directeur de l'Academie de
Turin luy en donna le ſujet , &
le lendemain ce jeune Abbé le
luy envoya tout compofé. Vous
pouvez juger des loüanges qu'il
receut fur cette facilité d'écrire
fi nettement & fi poliment en
toutes fortes de matieres..
**
GALANT.
35
DISCOURS
ACADEMIQUE.
S'il faut toûjours dire la Verité.
Eloquence Chrétienne dont je
3
me permetpas de traiter problema .
tiquement une Maxime , qui est le
Principefondamentalde la Religion
du Sauveur du Monde. Sans doute,
Meſſieurs , il faut toûjours dire la
verité , & ma bouche n'anonceroit
plus avec confiance la Parole du
Seigneur, fi ma plume avoit donné
lieu de douter un moment de l'horreurfincere
que j'ay pour le menfon
ge. Mais pour ſoûtenir dignement
les interests de la verité, ilfaudroit
estre doué de cette Eloquence noble,
grave &folide, dont ceux qui com.
pofent cette celebre Academie , ont
B 6
36
MERCURE
donné tant de fois des marques publiques
& éclatantes. Ie crains,
Meſſieurs , de détruire en voulant
édifier; de ruiner en voulant éle.
ver ; de nuire à cette verité que
j'entreprens de defendre , parce que
jeſçay que l'on peut faire tort a la
bonne cauſe en la defendant mal,
que l'Orateur qui ne foûtient pas la
dignité deſon ſujet , l'affoiblit ; &
que fouvent it ne fuffit pas de propofer
des maximes certaines , fi on
ne les établit avec cette netteté,
cette force, cettefolidité, cette jufteffe,
cette éloquence que j'admire
en vous , que ien ay pas. Du moins
on sçaura que vous pouvez fupléer
à ce que j'auray ômis , que la Verite
àpi trouver en vous des Defenseurs
plus dignes d'elbe , & que si jay
fou nu foiblement fes interests, plufieurs
lustres & doctes Academi
ciens peuventles fout nir avea plus
de lumieres , de force & defolidité.
GALAN T.
37
2.
La Verité eſt de tous les Etats.
L'Orateur,le Courtifan , l'Amyfidelle
, &le Chreftien , ne peuvent
jamais s'en écarter. Il faut toujours
dire vray , lors mesme qu'onfe méle
d'éloquence;&jene puisſouffrir ces
Orateurs peu judicieux, qui donnent
les meſmes loüanges à tous ceux dont
ils font le Panegyrique. Tous les
Princes dont ils celebrent les vertus,
ont la Prudence d'un Neftor i Adreſſe
d'un Uliffe , la Valeur d'un Alexandre
& d'un Cefar , la Bonté d'un
Auguste& d'un Veſpaſien. Ils ont
des lieux communs qui rempliffent
tous leurs Difcours , &des hyperboles
qui éleventfans meſure tous leurs
Heros.F'ofe dire que de tels Panegyriftes
meriteroient qu'on leur impofaſtdes
peines , puis qu'ils deshonnorent
lafolide &veritable Eloquence
, qui embelli te fujet , mais qu's
ne le transforme pas; qui ſçait com
38
MERCURE
1
Serverà chaque choſeſon caractere
particulier ; qui ajoute le coloris
mais qui ſuppoſe la reſſemblance des
traits : & il feroit à ſouhaiter que
les Princes les traitaffent comme
Alexandre le Macedonien traita
Ariftobule , dont il jetta le Livre
consacréà celebrerſes victoires dans
Hydaspe , le menaçant de l'y jetter
luy mesme , parce qu'il luy avoit
donné des loüanges outrées & qui
ne luy convenoient pas .
A Le Courtisan mesme doit toûjours
dire la verité. Hé ! qu'il eſt aisé,
Meſſieurs , de la dire , quand on a
te bon-heur de vivreſous le gouvernement
d'un Prince tel que le nostre,
qui aime la verité , qui cherche à la
connoître , & qui detefte la flaterie!
C'est ce poison mortel qui corrompt
bes plus grands Princes . Malheur à
ceux- là , ditle Prophete Osée , qui
ont réjoüy le Roy dansfa malice,c'eft
GALANT .
39
à dire qui ont applaudy à ſes defauts
!
L'Amy doit parler avec toute
forte de fincerité àson Amy. Ab
Meffieurs ! pourquoy faut- il que
l'usage de la parfaite amitié ,ſi connu
parmy les Anciens,foit abolyparmy
nous ? Le Chriſtianiſme condam.
ne- t- il le plus honneſte devoirde la
vie Civile ? Non fans doute puiſque.
nous liſons que les premiers Fideles
n'avoient qu'un coeur & qu'une ame.
Credentium erat cor unum , &
anima una. D'où vient donc que
nous nevoyons plus des Atticus unis
par les liens de la plus exacte vertu,
& qui se parlent coeur à coeur , &
qui ne diſſimulent jamais la veri
té ? Sans doute cette fauſſe ſageſſe
par laquelle nous croyons nous élever
au deſſus de la fidelle cordialité
de nos Peres , en diſſimulant les
defauts de nos Amis , ne vient que
40
MERCURE
de la corruption de nostre coeur.
L'homme méchant , dit le Sage ,
flattefon amy , & le fait marcher
dans une voyefatale qui le conduit
àlamort.
Mais le Chrestien qui faitpro .
feffion d'eftre Disciple de celuy qui est
venu dans le monde pour détruire le
mensonge,&pour rendre témoignage
àla Verité, le Chreftien dis je , ne
peut jamais parler contre fa confcience
& trabır la verité; carl'interest
mesme de la Religion entiere
ne pourroit authorifer le mensonge
leplusleger, & c'eſtſur ce principe
que Saint Augustin établit admirablement
la confiance que nous devons
avoir dans la fidelité de ceux qui
nous ont annoncé l'Evangile. En
effet , fi le déguisement en matiere
de Religion , que Saint Hicrôme,
aprés Origene , & pluſieurs Peres
Grecs , a confondu avec ce faze
GALAN T. 41
ménagement qui obligea les Apoftres
d'obſerver la Circonciſion , de peur
defcandaliſer les Iuifs , & pour en
Sevelir la Synagogue avec honneur;
fi ce déguisement estoit permis, nous
pourrions apprehender que quelquesuns
d'entre les Diſciples , emportez
par le zele d'établirle Chriftianifme
, n'eussent meflé des fauſſetez
avantageuses à la Foy , pourfaire
recevoir plus facilement les veritez
Saintes qu'ils annonçoient. Mais la
Morale Chreftienne n'a jamais permis
d'établir la verité que par la
veritè mesme , ſuivant ce Principe
de Saint Paul fondé sur le bonsens,
&fur la droite raiſon , qu'il nest
jamais permis de faire du mal afin
qu'il en arrive du bien, O Ciel !
pourquoy ceux qui ont ésrit dans la
Suite des tems, n'ont ilspas efté aussi
fidelles ? Pourquoy faut- il que les
ſages Critiques rencontrent dans
42.
MERCURE
tous lesfiecles des Impofteurs Zelez,
qui ont remply le monde de fables &
deviſions , par lesquelles les Impies
entreprennent de combattre aujourd'buy
les veritezles mieux établies
&les plus folides ?
Iene pensepas qu'ilfoit neceffai
rede combattre avec Saint Augu.
ſtin ces détours, ces restrictions mentales
, ces équivoques , ces mensonges
palliez , dont l'inventions
n'est pas nouvelle , quoy qu'ils
ayent esté plus ufitezdans nostre
temps. Ceux qui connoiffent les noms
venerables d'honneſtété , de droiture
, de probité , de fidelité , de fincerité
, deteſtentſans peine ces dupli.
citezhonteuses qui ruinent la focieté&
le commerce, & qui nous redui-
Sent à nous défier de ceux- là mesmes
qui n'ont pas renoncé à l'étude de
laſageſſe , &à l'amour de la vertu
Si quelquefois on pouvoit employer
:
GALANT. 43
Sans crime cet art de mentir avec
adreffe , l'Evesque Firmus , dont
- parle Saint Augustin , s'en seroit
Servy avantageusement dans une
occaſion où la charité paroiffoit intereffée.
Un Empereur Payen luy
-commandoit de livrer un Homicide
- qui estoit caché danssa maison , ou
dumoins de découvrir le lieu où le
Coupable s'estoit retiré. Il ajoûtales.
tourmens aux menaces , mais le
Saint Evesque ne voulant ny livrer
le Criminel , ny déguiſer la verité,
ne répondit que ces deux mots , nec
prodam , nec mentiar , ny je ne le
découvriray , ny je ne mentiray .
L'Empereur admirant bien plus l'amour
que ce Prelat avoit pour la verité
que l'étendue de ſa charité ,
accorda , & la libertéde l'Evesque
Firmus , & la grace de l'Homicide.
Mais est- il donc neceſſaire de dirs
toûjours ce qu'onpenſe ? Nonfans
*
44
MERCVRE
doute , mais il n'est jamais permis
de dire ce qu'on ne pense pas. On
peut quelquefois taire la verité,
mais c'est toujours un crime de parler
contre la verité. L'Orateur n'est
pas obligé de découvrir les endroits
foibles defon Heros ; mais il ne peut
jamais luy attribuer les vertus qui
ne luy conviennent pas. Le Courti-
San ne doit pas reprendre les vices
de fon Prince ; mais il ne peut jamais
les loüer . L' Amy peut quelquefois
ménager la foiblesse de fon Amy,
en ne l'avertiſſant qu'aprés que le
feu de sa paſſion ſera éteint ; mais
il ne doit jamais avoir de la complaisance
pour son defordre. Le
Chreftien peut &doit ſouvent taire
devant les Peuples , les grands miſteres
de la Religion , tels que font
ceux de la Grace & de la Préde-
Stination , comme le Sauveur du
monde ne diſoit pas àſes Disciples
GALANT.
45
pluſieurs choses qu'ils ne pouvoient
entendre pour lors ; mais il ne peut
fans crime rien avancer qui détrui-
Se les Decrets eternels de la Misericorde
à l'égard des Eleus , & de la
Justice à l'égard des Enfans de colere
& de perdition .
Goncluons donc qu'il faut toûjours
dire la verité. Elevons nos
voix avec ces Peuples dontparle Efdras
, & diſons hautement avec
eux , que la Verité est grande , &
qu'elle doit regner ſur tous les hommes.
C'est à vous , ô mon Dieu ! qui
estes la Verité mesme , le Pere des.
lumieres , & celuy- là feul duquel
nous devons attendre ce Don celeſte
, de nous donner la connoiſſance
& l'amour de la Verité; la connois-
Sance pour ne pas nous tromper , &
l'amour pourne pas tromper les au
tres . Diſſipez nos tenebres , éclairez
nos esprits , remplissez - nous de vos
46
MERCURE
connoiſſances , & rendez- nous dignes
de voir & de contempler vostre
Eſſence divine , qui est le Principe ,
la Source , l'Abîme des lumieres &
de la Verite.
J'oubliay le dernier mois à
vous parler de la mort de Dame
Marie Urſule de Gontery Marquiſe
de Rouvroy , qui avoit eſté
Gouvernante des Filles d'honneur
de la Reyne. Elle estoit Fille
de feuë Madame du Puy , qui
avoit exercé la meſme Charge
fous la feuë Reyne Mere. C'eſtoit
une Dame d'un fort grand merite
, & qui avoit beaucoup de
vertu. Elle eſtoit Mere de Madame
de Saint Valier. Monfieur
le Marquis de Rouvroy , Capitaine
dans la Marine , eſt ſon Fils
ainé. Elle laiſſe un autre Fils
pourveu d'une Abbaye. Made
GALANT. 47
moiſelle de Rouvroy ſa Cadette,
joint à la jeuneſſe & à la beauté, -
beaucoup de ſageſſe & de conduite
. Madame la Marquiſe de
( Rouvroy écrivit au Roy le jour
qui préceda celuy de ſa mort ,
pour luy recommander ſes Enfans
, & Sa Majesté les a receus
avec une Bonté digne d'Elle .
La joye que vous me marquaſtes
quand je vous appris le Mariage
de Mademoiselle Dacigné,
avec Monfieur le Ducde Richelieu
, me perſuade que vous n'en
aurez pas moins , quand vous
ſçaurez que cette Ducheffe accoucha
d'une Fille le 22. du mois
paſſé. Jamais Enfant n'a fait voir
tant de beauté & tant de blancheur
dés le premier jour de ſa
naiſſance. C'eſt ce qui a donné
lieu à ce Madrigal de Monfieur
Vignier , dont vous connoiſſez
48-
MERCURE
l'attachement pour les intereſts
deMonfieur le Duc & de Madamela
Ducheſſe de Richelieu .
Hef-
Chef
d'oeuvre des chaftes.
Amours
De nostre Duc & de nostre Ducheſſe ,
Que déja tu fais voir d'adreſſe,
D'avoir pour te montrer choisi defi
beaux jours !
Pour ta beauté qui paroist Sans
feconde;
Il falloit un riche Berceau.
Les Graces en venant au monde
N'en trouverent pas unfi beau.
Il a fait ces autres Vers pour
Monfieur le Duc & Madame la
Ducheſſe de Richelieu .
C
Omme on trouve chez vous
les Graces & l'Amour,
Vous ne sçauriez manquer d'estre
content un jour ,
Et
GALANT. 49
Et de voir d'un beau Sangune race
feconde.
Aux plus fameux Ouvriers pareil
est vostre fort.
Phidias nefit pas d'abord
Son Iupiter la merveille du monde.
Madame Vignier qui avoit
prédit par quelques Vers au
commencement de la Groſſeſſe
de Madame la Ducheſſe de Richelieu
, que ce qu'elle mettroit
au monde , auroit les charmes
du Pere & de la Mere , envoya
ceMadrigal auſſi-toſt qu'elle ent
appris ſon Accouchement.
J
'avois bien dis qu'un couple fi
charmant
Ne produiroit que des miracles,
Jugez par ce commencement
Si l'on doit croire mes Oracles.
Quipourroit en douter voyant voſtre
beauté
Iuillet 1685. C
50
MERCURE
4
Qui paroist déia Sans ſeconde ,
Et qui n'avouëra dans le monde
Que j'ay dit une verité?
Quoy que vous soyez toute aima
ble,
Et qu'on vous aime plus qu'on n'a
iamais aimé ,
Vn Garçon feroit admirable ;
Mais attendons un an , le terme est
Supportable ,
Et nous verrons duquel on ſera plus
charmé.
Voicy quatre Vers qui furent
envoyez dans le meſme temps
par Mademoiselle Dorville. L'll .
luſtre Monfieur de Bacilly en a
fait un Air que vous trouverez
icy noté.
Vis que vous reſſemblez à qui
vousdonna l'estre, Puis
Vous ferez de nos jours
GALANT.
SI
i
Toute la gloire & les amours,
Vous commencez déia ne faisant
que de naistre.
Monfieur de la Ruſſaliere fit
voir en cette rencontre , que les
plus ſerieuſes occupations , ne
ſont pas toûjours ennemies d'une
Muſe enjoüée. Il fit dire à cette
aimable Enfant les Vers que vous
allez lire , & on les attacha à ſes
Bandelettes la premiere fois
qu'on la porta àMadame la Ducheſſe
ſa Mere.
Pardon, Maman, pardon,
Si ie ſuis une Fille.
Vous m'avez faite trop gentille
Pour ne pas faire enfuite un fors
joly Garçon.
泰
Quoy que ieſcache bien
Qu'un Fils aura toute vostre tendresse,
C2
52
MERCURE
Iepréfere , Maman Ducheffe,
Vostre contentement au mien.
I'ay bien trompé des Gens en parois-
Sant au iour
Mais s'il faut qu'un Garçony paroifſſe
àson tour
Il aura pour premier partage ,
Le plaisir d'en tromper encore davantage.
Ie commence àchanger depeau pre-
Sentement ,
Quenemepeut ce changement
Que la nature me fait faire,
Donner un autre Sexe ainſi qu'une
autre peau!
Le coupfans doute feroit beau,
Et pour la Fille , & pour la
Mere.
Monfieur le Clerc de l'Academie
Françoiſe , qui a un zele tres
GALANT.
53
particulier pour Monfieur le Duc
de Richelieu , a fait le Sonnet
qui fuit , ſur cette Naiſſance.
14
Lvient de
Fille,
vous naiſtre une
Ducheffe , qui de ſon amour,
Embrafera toute la Cour ,
Parson oeilqui déja petille.
Un Fils digne de ſa Famille ,
Dans moins d'un an aura fon
tour,
EtSurpaſſera quelque jour,
Tous les Heros dont elle brille.
La Nature
Ce Fils qui ferasi crom raf Cagement ,
ant
Ne devoit pas paroiſtre encore,
泰
Et pour un plus grand appareil,
Il falloit qu'une jeune Aurore
Annonçast ce jeune Soleil.
C3
54 MERCVRE
Cétautre Sonnet fut preſenté
dela part des Muſes de Richelieu
. Monfieur de Grammont en
eſt l'Autheur.
A
Prés que fur nous la tri-
Steeffffee
Abien exercèſes rigueurs,
IIest juste que l'allegreffe,
Triomphe à son tour dans nos
coeurs.
Un beau Garçon , ie le confefſfe...
Mais tout beau , pourquoy tar
d'ardeurs ?
jesfaveurs
Dieu Sçait difper fageſſe.
Avec une
Vne Fille qui de la Cour,
Sera la merville & l'amour
Devoit afſeurément y naiſtre.
Mais pour le Heros qu'on attend
,
GALAN T.
؟؟
1
e
1
Il ne doit point recevoir l'estre,
Qu'oùle recevs le grand Armand.
Je vous parlay dans ma Lettre
mois de Mars 1678. d'une
dixiéme Muſe qui ſe trouvoit au
Parnaſſe de Sainte Geneviefve,
& vous appris par celle du mois
de Juillet de la meſme année ,
qu'elle avoit un Fils qui ſans avoir
jamais appris les Mathematiques,
avoit fait une Montre qui alloit
un an entier , ſans qu'on fuſt
obligé de la remonter , & qu'il
eſtoit venu àbout de ce merveilleux
Ouvrage , par les ſeules lumieres
que luy avoit preſté la
Nature . Il a fait une autre Montre
d'une invention toute nouvelle.
Elle est à Eau , & il n'en
faut qu'une chopine pour en
entretenir le mouvement pen
C
4
56 MERCURE
dant vingt fix heures. Ce n'eſt
que la peſanteur de l'air , & la
quantité de ſes Colomues qui la
font fortir de ſon reſervoir juſ.
qu'à la derniere goute , & par un
mouvementjuſte & impercepti
ble , cette Eau fait tourner l'Aiguille
du Cadran . Sa Figure eft
pyramidale , dans l'eſpace d'un
pied en quarré. L'Etuy , qui eſt
d'une Architecture d'ordre Ionique
, eſtenrichy de Coquillages
de differente groſſeur , qui luy
ſervent d'ornement avec quelques
Portraits & Païſages . Aux
quatre coins font les quatre Saifons
de l'année , qui partagent le
temps parquatre Figures d'émail.
La premiere tient une Fleur qui
fignifie le Printemps ; la ſeconde,
une Gerbe de bled qui marque,
l'Eſte ; la troifiéme un Raifin ,
qui fait connoiſtre l'Automne , &
GALANT .
57
,
Sicut
la derniere un Fagot , pour faire
entendrel Hyver. Plus haut font
les cing Sens de Nature , dont la
Veuë qui eſt le dernier & le plus
noble , tient une Lunette dans ſa
main , & termine la Pyramide.
Au deſſous on lit ce paſſage du
ſecond Livre des Roys
aqua dilabımur Pluſieurs Sçavans
dans les mathematiques Hidrauliques
, ſont venus voir ce Chefd'oeuvre
, pour tâcher d'en decouvrir
le ſecret ; mais ils n'ont
pû en venir à bout , & ont eſté
obligez de ſe contenter de l'amirer.
9
Je croy , Madame , vous pouvoir
dire icy en paſſant
qu'on ne ſçait point avec certi .
tude , qui a inventé les Horloges.
Anaximenes fut le premier qui
donna aux Lacedemoniens un
Cadran Solaire, Ainſi les Grecs
C
A
1
18
MERCURE
1
devancerent les Romains en cet
Artcomme aux Sciences ; car il
ne fut en uſage à Rome que
long - temps aprés. Les douzes
Tables ne parlent que du matin
&du ſoir. Les Cadrans Solaires
qui n'y parurent que dans le
temps de la premiere Guerre
Punique , ne furent pas d'un fort
grand ſecours , puis qu'ils dépendoient
du Soleil qui ne luit pas
toûjours pour marquer l'heure
par l'ombre de l'Aiguille;de forte
que la nuit ſe paſſa toûjours fans
nulle meſure juſqu'au temps de
Scipion Nafica , qui inventa les
Clepſidres , ou Montres à Eau,
en obſervant quel eſpace du
Tonneau ſe pouvoit remplir dans
une heure par les goutes d'eau,
qui tomboient du Robinet atta
ché à un Reſervoir fuperieur.
Cette invention eſtoit groffiere.
GALANT.
59
il
e
s
ก
Es
e
e
S
a
=
Cependant en confideration de
la nouveauté & de l'utilité de
cette Clepſidre , Scipion la confacra
l'an 575. de la fondation de
Rome. Si celle dont je viens de
vous parler euſt eſté veuë à Rome
en ce temps- là , il y a grande
de apparence qu'on auroit mis
fon Autheur au nombre dés
Dieux qu'on y réveroit. On ſe
ſervit des Clepſidres pour rendre
juſtice chez les Grecs & les
Romains ; & c'eſt d'où eſt venu
le Proverbe, ad Clepsidram dicere.
On partageoit l'audience en trois
heures , l'une pour l'Accuſateur,
l'autre pour la défenſe de l'Accufé
, & la derniere pour deliberer.
Le 20.du dernier mois, Meffire
Iean Faure , Baron de Dampmard
, Fils aiſne de feu Meffire
Loüis Faure , auffi Baron de
C6
60 MERCURE
Dampmard , Conſeiller en la
Grand Chambre , fut receu au
Parlement à la Charge de Conſeiller
qu'avoit poſſedé Monfieur
fon Pere , aprés en avoir eu l'agrément
de Sa majeſté.
Il p'eſt point de lieu où la Grace
ne triomphe. Elle ſçait toucher
les coeurs dans le centre
meſme de l'Herefie . C'eſt ce qui
vient de Paroiſtre en la perſonne
de Meffire Theophile de Fefques
d'Arbouville , Seigneur de
Beaucheſne , d'une des plus nobles&
anciennes Familles d'Anjou.
Il fut élevé par ſes Parens
habituez en Touraine , dans la
Religion Pretenduë Reformée
& envoyé dés l'âge de douze ans
enAll magne , auprés du Prince
de Naffau Tillimbourg. hon merite
le fit confiderer de ce Prince
, & d'autres Perſonnes de
>
GALANT. 61
qualité , & comme il cherchoit
les occaſions de ſe ſignaler , il
eut des Lettres de recommandation
auprés de Monfieur le Prinee
d'Orange , qui luy donna d'abord
une Enſeigne , en ſuite une
Lieutenance,& puis une Compagnie
dans le Regiment de Torçay.
Aprés quinze années de fervices
en Hollande , il n'en ſeroit
pas demeuré là , fi quelques
Doutes qu'il eut touchant la Religion
qu'il profeſſoit , ne luy
euffent inſpiré une forte reſolution
d'abandonner tout pour s'en
éclaircir. Il ſe rendit à Paris , où
il eut pluſieurs Conferences ſur
ce qui cauſoit cesDoutes. Monfieur
Vignier de Richelieu le
voyant convaincu de ſes erreurs ,
le preſenta au Pere de la Chaize,
qui chargea le Pere du Champ
du ſoin de l'inſtruire , & enfin le
-
62 MERCURE
dixieme de ce mois , il fit Abjuration
de l'Hereſie de Calvin
dans l'Egliſe de Saint Loüis , entre
les mains du Pere Bobinet ,
par l'ordre de Monfieur l'Archevefque
de Paris. La Ceremonie
fut faite en preſence de plufieurs
Perſonnes de qualité Parens &
Amis , entre leſquels eſtoit madame
de marmande ſa Soeur , qui
creut ne pouvoir mieux témoigner
ſa tendreſſe à ce cher Frere ,
qu'en faiſant prés de cent lieuës
pour affiſter à cette action .
J'ay découvert qui eſtoit l'Autheur
des Dialogues que vous
trouvez depuis quatre mois dans
toutes mes Lettres. Il eſtde Bourges
, & s'appelle M. Bordelon. En
voicy un cinquième , qui eſt une
digne ſuire de ceux que vous
avez déja veus de luy.
GALANT.
63
DES CHOSES
DIFFICILES A CROIRE.
DIALOGUE CINQUIEME.
BELOROND , LAMBRET.
TE n'ay pas oublié que vous
Jm'avez promis de m'entretenir
aujourd'huy des judicieux ſenti.
mens de ceux dont je vous rapportay
les opinions ſur le ſouverain
Bien , la derniere fois que je
vous vis.
LAMBRET.
Il eſt vray que je vous ay fait
cette promeſſe; mais la matiere
eſt ſi grande , qu'il faudroit , ou
n'en point parler , ou en parler
dans toute l'étenduë qu'elle merite.
Ainfi , je vous prie de me
64 MERCURE
1
permettre d'eſtre voſtre Diogenes
Laërce , c'eſt àdire de vous
rapporter chaque jour deſtiné
pour nos Entretiens , un Abregé
de la vie & des opinions d'un des
anciens Philoſophes , & autres
grands Hommes qui ſe ſont rendus
recommandables dans les
Sciences , ou dans la Politique ,
& meſme dans les Armes. le ſuis
aſſuré que vous aurez plus de
plaiſir , ſi je m'étens fur chacun
d'eux autant que le temps me le
permettra , que ſi je parfois de
tous en general dans une ſeule
converſation.
BELORON
J'eſpere tirer de grands avantages
de ce deſſein ; & je vous
prie inſtamment de le reduire en
pratique.
LAMBRET.
le commenceray avec beauGALANT.
65
ne
coup de plaiſir , la premiere fois
que nous nou. errons ; car vous
voulez bien que 1 Letien d'aujourd'huy
ſoit employe
reflexion que m'ont fourny
opinions bizarres que vous me
nortaſtes fſur le ſouverain
Bien , aftre derniere con.
verſation. le me lunné comme
d'une choſe qui paroiit
difficile à croire , que tant de
grands Hommes eſtant convaincus
, comme il n'en faut point
douter ; de l'Existence de quelque
Divinité , & par confequent
de ſes eminentes perfections , ils
n'en ayent pas fait le ſouverain
Bien de tous les hommes ; puis
qu'en concevant un Dieu , on
conçoit ce qu'il y a de plus parfait
, & en meſme temps ce qui
ſeul peut remplir la capacité du
coeur humain ; car l'étude de la
66
MERCURE
Nature , & de tout ce qu'elle
contient , qui avoit ere leur ordinaire
occupon , ne devoitelle
pag our appris la fragilité
de Nature , & que par conrequent
ny les vangeances , ny
les navigations heureuſes
les amitiez
gagnées
つい
, ην
1- Batailles
y' les loüanges res
, ny les ſuperbes Edifices ,
ny les voluptez , ny la bonne renommée
, ny les Enfans , ny les
belles Femmes , ny l'Eloquence,
ny les Parens illuftres , ny les
biens temporels , ny les grands
treſors , ne pouvoient faire le veritable
bien de l'homme ; comme
vous m'aſſeuraſtes que les
Anacharfis , les Crates , les Simonides
, les Architas , les Gorgias ,
les Chryfippes , les Epicures , les
Antiſthenes , les Sophocles , les
Euripides, les Palemons, les TheGALANT.
67
miſtocles , les Ariſtides , & les
Heraclides ſe l'eſtoient imaginé.
N'avoient - ils pas experimenté
cux-meſmes , ou veu experimenter
par d'autres , que tout ce que
cemonde promet, n'eſt que fourbe
, tromperie ou vanité ? Que là
où il promet la liberté ,conue
dans les grandeurs , on n'y trou
ve qu'embarras
1-
agt ique
Prometla paix , comme
là où il Slitudes les plus retirées,
'n'y trouve que des inquier
des ; que là où il prom de la
joye , comme dans les voluptez ,
on n'y trouve que des amertumes
? Ne ſçavoient - ils pas que
les plus tendres amitiez finiſſent,
que les honneurs font des titres
ſpecieux que le temps efface ,
que les plaiſirs ne font que des
amuſemens accompagnez de
chagrins , que les richeſſes ſont
68 MERCURE
enlevées par la violence des hommes
, ou échappent par leur propre
fragilité , que les grandeurs
tombent d'elles meſmes , & que
la gloire & la reputation ſe perdent
enfin dans les abyſmes de
l'oubly ? Ne ſentoient- ils pas
Cox- meſimes , ou ne voyoient- ils
Pas fentir par les autres qu'il n'y
20
toutes les creatures
qui puifle rendre
reux , parce qu'il n'y
me heuien
iffe remplir la capacité dequi
coeur qu'elles ſont trop petites
en elles-melmes,& trop foibles
en leur pouvoir ; qu'il eſt vray
que d'abord leur beauté donne
dans les yeux, leurs loüanges flatent
l'oreille , leur douceur contente
le gouſt , leurs richeſſes
accommodent le corps , mais que
pas une ne fatisfait pleinement
l'eſprit ; qu'elles peuvent bien
GALANT.
69
occuper & embarraſſer le coeur
humain , mais qu'elles ne peuvent
pas le fatisfaire , parce que
ce ne ſont que des faux biens ,
des illufions & des ombres , ou
plûtoſt des maux veritables , qui
rendet l'homme plus méchant, &
ne l'empeſchent pas d'eſtre malheureux,
comme remarque judicieuſement
un Autheur de nos
jours ? Enfin, les refus que quelques-
uns faiſoient de la faveur
des Princes , ne devoient- ils pas
venir du mépris de leurs grandeurs,
comme d'un effetde leurs
reflexions qui leur devoient avoir
appris que la fortune la plus éclatante
, eſt non ſeulement vaine
& fragile , mais onereuſe , mais
pleine d'amertumes & de chagrins
, & que l'on ſoûpire ſur le
Trône auſſi- bien que dans les
fers:Voilà les penſées qu'ils pou70
MERCURE
1
voient avoir touchant les choſes
du monde , puis qu'ils estoient
capables d'en avoir de bien plus
élevées , & de bien plus abſtraites
, comme j'eſpere vous le faire
voir dans l'hiſtoire de leurs vies ,
que je vous promets. A voüez que
ces grands Hommes eſtant capablesde
ces ſentimens ſur les choſes
humaines , & les ayant en
effet , comme leurs Sentences
judicieuſes le témoignent , il y a
lieu de s'étonner qu'ils ayent mis
le ſouverain Bien de l'homme
dans les choſes d'icy- bas , ſans
fonger à la poſſeſſion & à l'amour
du moins de quelque eſtre plus
parfait , comme de leurs fauſſes
Divinité , s'ils ne connoiſſoient
pas la veritable , puis qu'il eſt
conſtant qu'ils reconnoiſſoient
quelque Divinité. Car s'il eſt
vray que nous avons une im
GALANT.
71
✓ preſſion naturelle d'un eſtre divin
, ſelon Ciceron , Omnes duce
naturâ eo vehimur ut Deos effe di
camus; ou felon Ariftote , Omnes
homines de diis exiftimationem habent
; & qu'il n'y a aucune Nation
, ſi barbare qu'elle ſoit , qui
ne croyent quelques Dieux , ſelon
Seneque , Nulla quippe gens
usquam est adeo extra leges moref
que proiecta , ut non aliquos Deos
credat ; nous ne devons pas refuſer
cette impreſſion à tous ces
grands Genies qui en eſtoient
aſſeurément les plus capables ,
& qui l'avoient renduë plus profonde
par leurs études & leurs
meditations .
BELOROND .
Voſtre reflexion eſt extremement
judicieuſe. Je vous diray
cependant que cette impreffion
naturelle de la Divinité qu'Ari72.
MERCURE
ſtote , Ciceron & Seneque attribuent
à tous les Hommes , me
ſemble une choſe difficile à croire
, ſi nous voulons nous en rapporter
à quelques Autheurs qui
nous apprennent le contraire . En
effet , Strabon dit , que quelques
Peuples de la Zone Torride , ne
reconnoiſſent aucuns Dieux , ex
iis qui Torridam habitant nonnulli
Sunt qui deos effe non credunt. Jean
Leon nous en dit autant des Peuples
qui habitent le Royaume de
Borno en Afrique. Acoſta va
encore plus loin , quand il parle
de quelques Indiens Occidentaux,
qui n'avoient pas ſeulement
le nomappellatifde Dieu.Champlain
le confirme de quelques
Peuples de la Nouvelle France ,
& les Lettres des Jeſuites de
l'an 1626. de quelques Peuples
qui ſont ſur le Gange. Non feulement
GALANT.
73
lement des Peuples Barbares font
■ dans ce déplorable état ; mais
encore des Hommes tres éclai- コ
rez en toute autre matiere , comme
un Petrone qui s'imagine que
les merveilles de la Nature , les
- Eclypſes des Aſtres, les Tremblemens
de Terre , le bruit des
Tonnerres , & choſes ſemblables
ſont les cauſes qui intimidant le
vulgaire , l'ont perfuadé de l'exiſtance
d'un Dieu .
Primus in orbe deos fecit timor ,
ardua cælo
Fulmina dum caderent .
Comme un Sextus qui rapporte
cette impreſſiondont vous
me parlez , aux Vifions prodigieuſes
que nous fournit noſtre
imagination pendant le Sommeil.
D'autres ont voulu ſe figus
rer que l'opinion de l'Exiſtence
d'un Dieu , eſtoit un effet de la
Iuillet 1685 . D
+
74 MERCURE
politique des Legiflateurs , pour
retenir les Peuples , & les mener
à leur fantaiſie. C'eſt ce que loſeph
Acoſta ſemble confirmer ,
quand il nous repreſente les
Mandarins qui gouvernent la
Chine ,& qui retiennent le Peuple
dans la Religion du Pays ,
quoy qu'eux- meſmes ne croyent
point d'autre Dieu que la Nature
, point d'autre vie que cellecy
, point d'autre Enfer que la
Priſon , ny d'autre Paradis , que
d'avoir un Office de Mandarin .
LAMBRET.
Cette impreſſion naturellede
la Divinité , demande pour paroiſtre
au dehors une raiſon
parfaite dans celuy qui doit
la faire voir & c'eſt cette
perfection qui manquoit à ces
Peuples Barbares dont parlent
,
GALANT.
75
1
1
-
-
Strabon , lean Leon , Acoſta ,
Champlain , & les Peres Iefuites
s'il eſt vray qu'il ayent eſté
dansune ignorance fi groffiere,
ce que j'ay de la peine à croire .
L'Ecriture Sainte me fournit ce
raiſonnement , quand elle nous
apprend que c'eſt le fol , l'Homme
ſans raiſon , qui dit qu'il n'y
a point Dieu ; Dixit infipiens in
corde fuo non est Deus. C'est encore
la perfection de cette meſme
raiſon qui manquoit à ces habiles
Hommes , je veux dire que
c'eſt à cauſe que cette raiſon
eſtoit corrompuë par les voluptez
, ou par la preſomption ,
autre eſpece de folie. Ce font des
eſprits ſuperbes qui ne veulent
pas croire ce qu'ils ne connoifſent
pas. Choſe étonnante que
l'Homme qui eſt ſi foible de ſa
nature, ſi ſterile en ſon pouvoir,
D 2
76 MERCURE
fi limité dans ſes connoiffances ;
ſoit cependant affez aveugle ,
pour ſe perfuader qu'il eſt capable
de penetrer l'effence de toutes
choſes , & que pouffé par cét
aveuglement il pretend tout ſçavoir
! L'experience a beau luy
apprendre tous les jours par l'ignorance
qu'il a de tant de choſes
qui font dans la Nature , &
auſquelles ſes connoiffances ne
peuvent arriver , combien ſes
lumieres font foibles , l'orgueil
qui le domine , ne laiſſe pas de
luy faire croire qu'il n'a qu'à
vouloir pour connoiſtre ce qu'il
defire , & que ſi d'un coſté la
maſſe de ſon corps luy eſt un
grand obſtacle à cette avidité
qu'il a de tout ſçavoir, d'un autre
coſté , il a un eſprit qui par ſa
pomptitude & ſa fubtilité peut
l'elever au deſſus de tous les obGALAN
T.
77
ſtacles que ſa priſon luy veut
oppofer. C'eſt à cauſe de ce raifonnement
de l'orgueil 2 que
l'Homme dans noſtre Religion a
tant de peine à captiver ſon eſprit
ſous la Foy , & que ces ſcavans
Athées tâchent de ne pas croire
qu'il y ait un Dieu . Leur preſomption
ne leur permet pas de
faire reflexion , que ce Dieu fur
l'Existence duquel ils voudroient
bien s'aveugler , eſt un abîme
où ſe perd la raiſon humaine , un
Occean où toute la Sageſſe du
monde eft fubmergée , Sapientia
corum devorata eft. En effet, quelle
folie , de vouloir connoiſtre
l'effence d'un Dien ! Ces grands
Homesraiſonnent- ils ?Ne do vetils
pas eſtre perfuadez , quand
tout les convainc , qu'il eſt un
Dien , quil faut que ce Dieu foit
un Eſtre incomprehenſible , en
D 3
78 MERCUPE
meſme temps qu'il comprend
tout ; inviſible en meſme temps
qu'il voit tout , inacceffible en
meſme temps qu'il eſt dans tour.
Encore une fois ne doivent - ils
pas eſtre perfuadez qu'il faut
que ce Dieu foit un eſtre , grand
fans quantité , bon fans qualité,
infiny fans nombre , étendu ſans
meſure , & par conſequent impenetrable
aux raiſonnemens humains
? Cependant il s'eſt trouvé
dans le quatrième Siecle de l'Egliſe,
un Hereſiarque nommé Eunomius
de Galatie , & non pas de
Capadoce , comme l'a écrit Sozomene
qui ſe vantoit avec
ſes Sectateurs de connoiſtre
Dieu auffi - bien que Dieu ſe
connoiſſoit luy - meſme ; tant
il eſt vray que la preſomption
de l'Homme n'a point de
limites. Mais ſi la preſomption
,
GALANT.
79
produitdes Athées, il faut avoüer
que la corruption que les voluptez
engendrent dans l'eſprit,
n'eſt pas une des moindres cauſes
de l'Atheïſme. Un eſprit
voluptueux ne croit pas volontiers
l'Existence d'un Dieu , qu'on
ne peut connoiſtre ſans eſtre
obligé de l'adorer & de l'aimer, &
qu'on ne peut veritablement
adorer & aimer , ſans renoncer
auxplaiſirs & aux yoluptez criminelles
. Pour croire volontiers
un Dieu ,il faut ſouhaiter qu'il ſoit
&pour ſouhaiter qu'il ſoit, il faut
en attendre des faveurs & des
liberalitez , & c'eſt ce que les
Hommes charnels ſçavent bien
qu'ils n'ont aucun ſujet d'eſperer.
BELOROND.
Je croy avec vous que c'eſt l'ignorance
ou la corruption qui
a introduit l'Atheïſme dans le
D 4
80 MERCURE
1
monde, s'ileſt vray qu'il y ait de
veritables Athées , & ce ſont apparemment
les mêmes cauſes qui
ont produit l'Idolatrie , comme il
eſt conſtant qu'il y en a eu , &
qu'il y en a encore à preſent.
Il n'y a aucune choſe ſur laquelle
les Hommes devoient
eſtre plus raiſonables , que fur
l'obligation indiſpenſable de reconnoiſtre
une Divinité ;& cependantil
n'y a aucun ſujet ſur lequelils
ayet fait voir plus d'extravagance
que fur celuy-là. On ne
le pourroit croire , ſi nous n'en
avions des témoignages qu'on ne
ſçauroit démentir. L'occaſion eft
trop favorable pour ne pas entrer
dans le détal de ces extravagances.
Je vais vous faire un recit
abregé à la confufion de l'eſprit
humain , de toutes les choſes
( ſans parler des Hommes ) qui
GALANT. 81
لا
ont été les objets de fon adoration.
Je ne garderay point d'autre
ordre que celuy que ma memoire
me fournira . Ceux de la
Province de Cardandan adorentle
plus vieux de la Maiſon , au
rapport de Marc Paul. Bouldeſelle
raconte en ſes Voyages de
l'an 1326. que ceux qui portoient
la qualité de grand Cham
du Cathay , prenoient garde le
premier lour de l'An , au fortir
du lit , à ce qui leur venoit premierement
à la rencontre , afin
de le tenir pour leur Dieu toute
l'année ; de forte que fi c'eſtoir
un Rat ou un Chien , ils datoient
leurs Expeditions de l'an
du Rat ou du Chien. Gaguin die
dans fa Sarmatie,que des Lithuaniens
adorent les plus grands
Arbresde leurs Forefts. LeRoy
de Bellegat avoit pour fon Dieu
DS
82 MERCURE
une dent de Guenon; c'eſt Pigafetta
qui nous apprend cette ridicule
Divinité. Des Calicutois
adorent le Diable , ſe perſuadant
qu'aprés la Création du monde ,
Dieu l'a laiſſe ſous ſa conduite.
L'Hiſtoire des Incas aſſeure que
dans une Vallée du Perou on
adoroit une Emeraude preſque
auffi groffe qu'un oeuf d'Auftruches.
Les Tunquinois rendent
leurs adorations aux Ames de
ceux qui ſont morts faute de
pourriture , & leurs offrent du
Ris au premier des jours de chaque
Lune. Une Secte de Perſans
D'admettoit point d'autre Dieu
que les quatre Elemens . Olearius
dit que les Tartares Ceremiſſes
adorent tout ce qu'il ſe ſont repreſentez
la nuiten fonge. Ya-t'il
rien de pareil à l'extravagance
des Egyptiens qui adoroient des
GALANT. 83
Oignons ,des Chats , & les plus
abjectes Créatures ? C'eſt en ſe
mocquant d'eux que Iuvenal dit
agréablement , Sat.15 .
O fortunati quibus hac nascunturin
hortis
Numina !
Q qu'ils font heureux , puis
que les Dieux naiffent , & font
produits dans leurs lardins ! Les
Lacédemoniens n'ont- ils pas eſté
aſſez fous pour éleverdes Autels
à la Mort , quelque implacable
qu'elle ſoit ; les Romains a la
Crainte , à la Pafleur, à la Fievre ,
&les Atheniens à l'Impudence ?
Empedocles regardoit les Cieux
comme autant de Dieux , les
Pythagoriciens les Aſtres. Ilya
desTartaresquiadorent la Lune.
Des Africains de Lybie & de
Numidie font des Sacrifices aux
Planettes. Si nous en croyons
D 6
84 MERCURE
lean Leon , les Habitans des Ifles
fortunées , les Maffagettes , & les
Genulsde la coſte des Malabares
adorent le Soleil , comme ſi ces
paroles , Soli Deo honor & gloria,
ſe devoient interpreter en faveur
de ce premier de tous lesAſtres; ce
qui me fait reffouvenir d un Portugais
, qui s'eſtant rendu agréableparſes
ſervices au RoyHenry
III . luy demanda dans Lyon
pat grace finguliere ,de ne contraindre
perſonne dans tous ſes
Etats , d'adorer d'autre Divinité
que celle du soleil. Chez Diogenes
, Platon reconnoit le Feu
pour une Divinité. Les Perfes
chez Herodote adorent les Fleuves
avec tant de devotion qu'ils
n'oſent ſeulement ſe ſervir de
leurs Eaux; pour en laver leurs
mains. Les Syriens a'loient foüil
ler juſques dans la Mer poury
GALAN T. -85
chercher les Poiffons, & en faire
leurs Dieux. Les Americains Septentrionaux
de Cevola rendoient
leurs adorations à l'Eau ;
les Theffaliens aux Cicognes ; les
Habitans du Mont Caſſin aux
Oyſeaux Seleucides ; Les Aſſyriens
aux Colombes ; les Habitans
de l'Empire du grand Mogor
aux Vaches ; ceux de Calicut
aux Boeufs ; les Tartares que
Iofeph Barbaro appelle Moxy ,
à un Cheval remply de Paille
les Gentils de Bengala & autres
Indiens , à un Elephant blanc ;
les Samogiciens aux Serpens ,
felon Sigifmond de Herbeſtin en
ſa Moſcovie. De bonne foy , G
tous ces Gens là avoient cu un
peu de raiſon , ne ſe ſeroient- ils
pas mocquez d'eux- melmes , en
confiderant leurs extravagances
n'avoient - ils pas ſujet de dire
86 MERCURE
7
1
comme un certain , Stulte verebor
ipfe cum faciam Deos ; ô fols que
nous ſommes d'adorer des Dieux
qui ne le font que parce que
nous le voulons : Enfin pourderniere
preuve de l'extravagance
de l'eſprit humain fur ce ſujet,
il ne faut que ſe reſſouvenir des
adorations qu'on rendoit à l'infame
Priape. Comme on ne peut
pas pouſſer plus loin la folie , je
ne poufferay pas auſſi plus loin
ce recit. Je me contenteray d'ajoûter
, qu'on n'a pas feulement
errédans la qualité , mais encore
dans le nombre , puis qu'il y a fur
les Coſtes des Indes Orientales
des Peuples qui font monter celuy
de leurs Dieux jufqu'à trente
millions , & que Tales affeuroit
que tout cet Univers eſtoit
remply d'une infinité de Dieux.
GALANT. 87
LAMBRET.
Ces extravagances m'étonnent
, je l'avoue ; mais je ſuis
encore plus ſurpris de ce qu'il y
en a eu , qui ont oſe rendre leurs
Dieux favorables à leurs crimes ,
ou les honorer par des infamies,
ou leur donner des qualitez
odieuſes , & cela , à la veuë de
l'Univers avec autant d'impunité
que de hardieſſe. Voyez , je
vous prie , chez Pline un Pompée
qui fit bâtir un Temple à
Minerve , ſur le Portail duquel
il fit graver qu'il avoit pris ,rompu
,& tué deux millions & cent
quatre- vingt trois mille Hom
mes , pillé ou fubmergé 846.
Navires , deſole38. Villes &
Bourgades , comme s'il euſt voulu
honorer cette Déeffe , en luy
faiſantle recit de toutes ſes cruautez.
Lifez chez Plutarque,com
88 MERCURE
me chez les Romains le jour de
la Feſte des Supercales , les plus
nobles , & beaucoup de Magiſtrats
couroient tout nuds par la
Ville ainſi que des inſenſez ,
frappant avec des courroyes les
Perſonnes qu'ils trouvoient en
leur chemin , avec cette fotte ſuperſtition,
que quantité de Femmes
de la plus haute códition venoient
au devant d'eux , leur preſentantadeſſein
les mains comme
les Enfans font icy à leursMaîtres
dans les Colléges , pour recevoir
des coups de foüet , perfuadées
que cela avoit une grande vertu
pour faire accoucher plus aifément
celles qui estoient enceintes
, & pour faire concevoir celles
qui estoient ſteriles . Les Paphlagoniens
en Afie , diſoient au
rapport de Davifi , que Dieu
eſtoit détenu prifonnier enHyGALAN
T. 89
ver , mais qu'au Printemps on le
délioit , ſi bien qu'il commençoit
à ſe mouvoir. Quelle impertinence
! Nous liſons que dans-la
Ville de Lynde en l'ifle de Rhodes
, on celebroit les Sacrifices
d'Hercule en maudiſſant & déteſtant.
Quelle pieté ! Aux In
des Orientales il y a des Matrones
notables qui s'abandonnent
aux premiers venus , dans de certaines
Pagodes ou Chapelles au
profit des Idoles qu'on y adore ,
fans parler de celles qui ſe proſtituoient
en l'honneur de Venus.
Quelle pureté de Religion !
Ya-t- il rien encore de plus effronté
, que de prier une Divinité
dé donner moyen de tromper ,
& en meſme temps de paroiſtre
juſte& ſaint , comme on lit chez
Horace.
Pulchra Laverna ,
१० MERCURE
Da mihi fallere , da juſtum ,ſan.
itumque videri.
Mais c'eſt aſſez pour faire
rougir , pour ainſi dire , l'eſprit
humain , en luy repreſentant les
extravagances , & les folies dont
il a eſté capable. Diſons que ce
qui eſt le plus conforme à ſa foibleſſe
, c'eſt de croire l'Existence
d'un Dieu , ſans en vouloir penétrer
la nature , & fans prolonger
davantage noſtre converſation
qui est beaucoup plus longue que
les précedentes , retirons - nous
avec ce beau Paſſage de Tacite ,
en nous fervant pourtant de la
Circoncifion , dont nous avons
parlé autrefois. Sanctius ac reverentius
videtur de Exiftentiâ Dei
credere quam fcire.
Je viens aux affaires d'Angleterre.
Vous remarquerez , Ma-
,
GALANT. 91
dame , que toutes les dates que
j'employeray , ſont conformes au
Calendrier que l'on y obſerve ,
&qui eſt moins avance de dix
jours que le noſtre. Le Parlement
, qui avoit eſté convoqué
par les Lettres circulaires du
Roy , s'eſtant aſſemblé le 19. de
May à VVeſtminster , le grand
Huiſſier à la Verge noire , fut
envoyé à la Chambre des Communes
, pour leur ordonner de ſe
rendre à la Chambre des Seigneurs,
où Sa Majesté eſtoitaſſiſe
ſur ſon Trône , revétuë de fes
Habits Royaux. Milord North ,
Garde des Seaux , faiſant la fontion
de Chancelier , dont la
Charge n'eſt point encore remplie
, leur declara , que l'intention
du Roy eſtoit, que les Membres
de l'une & de l'autre Chambre
preſtaſſent les Sermens ac92
MERCURE
:
couſtumez , avant que Sa Majeſté
s'expliquaſt ſur les cauſes
de la convocation de ce Parlement.
Il ajoûta qu'Elle ſouhaitoit
que les deputez de la Chambre
des Communes ſe retiraffent ,
pour proceder à l'élection d'un
Orateur , qu'ils luy preſenteroient
à quatre heures aprés midy.
Les Communes retournerent
à leur Chambre , & d'un conſentement
unanime , le Chevalier
Jean Trevot , Avocat du Conſeil
du Roy , fut choify. Dés le ſoir
meſme on le preſenta à Sa Majeſté
, qui témoigna eſtre ſatisfait
de ce choix.
Le 22. du meſme mois, le Roy
ſe rendit dans la Chambre des
Seigneurs ; & s'étant aſſis dans
ſon Trône , il fit venir les Communesdans
la Chambre haute,
& dit , Qu'auſſi toft que Dieu l'ent
GALAN T. 93
placé,fans nulle opposition , fur le
Trône deſes Ancestres , aprés avoir
disposé du feu Roy Son Frere , il
avoit pris le deſſein de convoquer
un Parlement , croyant que c'estoit
le meilleur moyen d'établir fon Regne
fur des fondemens qui puſſent le
rendre heureux pour tousſes Sujets;
Qu'il avoit declaré fort au long à
Jon Confeil Privé , la premiere fois
qu'il s'y estoit rendu , quels estoient
Ses Sentimens touchaut les principes
de l'Eglise d'Angleterre , dont les
Membres avoient toûjours fait paroiſtre
une fidelitéfi inviolable dans
les temps les plus fâcheux , qu'il auroit
toûjours foin de la proteger &
de la defendre ; Qu'il feroit tousfes
efforts pour conferver le Gouvernement
de l'Eglise & de l'Estat , ainsi
qu'ilse trouvoit étably ; &que com.
me il n'abandonneroit jamais les
prérogatives de la Couronne , aussi
4
94
MERCVRE
nofteroit- il iamais à perſonne ce qui
luy appartenoit ; que puisqu'il
avoit ſouvent hasardésa vie pour
ladefensedela Nation, on ne devoit
pas douter qu'il nefift encore autant
qu'auren autre pour luy conſerver
tous ſes Privileges , Qu'il vouloit
bienleur donner ces aſſurances dans
les meſmes termes dont il s'estoitfervyàson
Avenement à la Couronne,
afin de leur faire voir qu'il ne les
avoit pas employez alors fans y
avoirfait reflexion ; &qu'aprés une
promesse faite d'une maniere fi
Solemnelle , il croyoit pouvoir attendre
quelque reconnoiſſance de leur
part , dans une occaſion où il s'agif.
Soit principalement de luy affcurer
un revenu pendant sa vie , comme
ils avoient fait à l'égard dufeu Roy
Charles II. Que l'entretien de la
Flote, l'avantagedu Commerce , les
besoins de la Couronne , & l'inteGALANT.
95
reft de l'Estat qu'il ne devoit pas
gouverner en suppliant , estoient
des raiſons qu'il auroit pû alleguer,
peur leur faire voir combien ſa demande
avoit de justice ; mais qu'il
les connoiſſoit tous (i raisonnables .
qu'il estoit persuadé que leurs propres
lumieres leurs suffisoient pour
penetrer ce qu'il ne leur difoit pas ;
Qu'on pourroit luy oppofer une rai.
fon affez ordinaire , Sçavoir l'inclination
des Peuples pour de frequens
Parlemens , qu'on assembleroit fou
vent , fi on ne luy accordoit que de
temps en temps les ſecours qui luy
Seroient neceſſaires ; mais que puisque
c'estoit la premiere fois qu'il
leur parloit comme Roy , il estoit
bien aiſe de leur declarer qu'il falloit
agir avec luy d'une autre forte ;
&que le plus feur moyen de l'obli
ger àresoudre ces frequentes Affemblées
, estoit de le traiter toûjours
96 MERCURE
3
bien ; Que cependant il croyoit devoir
leur dire , qu'il avoit esté averty
qu' Argile avoit mis pied à terre
dans l'Ecoffe du coſté du Couchant ,
avec tous ceux qui s'estoient embarquez
avec luy en Hollande ; Que ce
Rebelle avoit fait publier deux Declarations
, l'uneſousſon nom , l'autre
au nom des Revoltez qui étoient
en armes ,& qu'on l'y traitoit d'VSurpateur
&de Tyran ; Qu'il avoit
donné ordre que la plus courte des
deux leurfuft communiquée,&qu'il
prendroit tout le soin poſſible pour
ne pas laiſſer la Declaration des
Rebelles ſans le châtiment qu'elle
meritoit.
LeRoy fit enſuite communiquer
aux deux Chambres la De
claration du Comte d'Argile ;
mais avant que je vous en parle,
vous ferez bien aiſe de ſçavoir
au moins en ſubſtance ce que
contenoit
GALANT. 97
contenoit celle des Rebelles qui
foûtenoient ſon party. Elle avoic
pour titre : Declaration & Apolo- .
gie du Peuple Protestant, c'est à dire
des Seigneurs, des Barons, des Gentilscommes
, des Bourgeois & des
Communes de toutesfortes , quifont
preſentement en armes au Royaume
d'Ecoffe , avec la concurrence des
veritables & fidelles Pasteurs , &
de plusieurs Gentilshommes Anglois
joints avec eux en la mesme cause.
Ils publioient par cette inſolente
Declaration les grands avantages
que la Religion Proteſtante remporta,
tant en Ecoffe , que dans
les Païs étrangers , par le bon
ſuccés de l'horrible Rebellion
contre le Roy Charles I. Pere Sa
Majeſté;lequel ſuccés ils avoient
l'audace d'imputer par une impieté
execrable à la benediction
de Dieu ſur la bonté de leur cau-
Iuillet 1685 .
E
98.
MERCVRE
fe. Ils exaltoient ta fidelité des
Ecoffois , appellez Covenanters,
qui aprés avoir livré le Pere pour
eſtre cruellement maſſacré par
leurs Freres en Angleterre ,
avoient neanmoins admis le Fils
àregner , à certaines conditions
qui ne pouvoient ſubſiſter avec
laMonarchie , pretendant prouver
par là , que le feu Roy eſtoit
avec beaucoup de juſtice accuſé
d'ingratitude , puiſque tout ce
qu'il avoit fait depuis ſon heureux
rétabliſſement , avoit eſté
contre les Loix, arbitraire, tyrannique
, & que tous les ſermens
impoſez , aprés que l'on avoit
aboly, la Ligue ſolemnelle ou le
Convenant , avoient eſté des
parjures , & le Gouvernement
metme une Apoſtaſie continuelle.
Ils accufoient les Parlemens
des deux Royaumes , d'avoir anGALANT.
221E DELAVIE
nulé les pernicieuſes Loix faires
pendant la Rebellion , & en patron
ticulier , le Parlement d'Ecoffe
d'en avoir fait quelques-unes , en
vertu deſquelles le fang Proteſtant
avoit eſté repandu , dont ils
donnoient pour exemple le defunt
Marquis d'Argile condamné
en Parlement ; & enfin d'avoir
chaſſé les Miniſtres Non-Conformiſtes
. Ils accuſoient auſſi le
Gouvernement de faire mourir,
les gens contre les Loix , de deſoler
les Egliſes , & de changer les
Ordonnances de Dieu en inventions
des hommes , favoriſant les
Papiſtes , & entretenant des
Armées ſur pied , qu'ils appelloient
la ruine & la deſtruction
du Gouvernement civil. Ils ſe
declaroient contre la Suprematic
duRoy,& contre toutes lesguerres
faites aux Etats Generaux
E 2
100 MERCURE
des Provinces Vnies ; contre
l'execution de ces Scelerats , qui
ſe faifoient un métier & un exercice
d'aſſaſſiner les Sujets fidelles
, ſous pretexte de Religion ;
contre la torture que l'on fit
ſouffrir à Spence & à Carſtares ,
par le moyen de laquelleon découvrit
la derniere Conſpiration ,
& enfin contre la Sentence qui
avoit condamné Argile. Ils ſe declaroient
auſſi contre les recherches
qui furent faites àBothvvel-
Bridge touchant la Rebellion,
par les Juges des Aſſiſes appellant
toutes ces procedures , fi necefſaires
pour la paix & pour le repos
de ces Royaumes , une Tyrannie
meſflée avec le Papiſme;
contre l'élevation du Roy fur le
Trône,qu'ils nommoient Jacques
Duc d'Yorck , quiavoit eſté exclusde
la Couronne par lesCom
GALANT. 101
munes d'Angleterre ; & enfin
contre la Chambre des Communes
alors aſſemblée , dont ils diſoient
qu'on avoit choiſy les Deputez
par cabale , fraude &
tromperie. Ils publioient que
pour toutes ces raiſons , ils ſecoüoient
entierement tous engagemens
de ſujetion , & prenoient
les armes contre Jacques Duc
d'Yorck,& contre tous ſes Complices
, les appellant leurs méchans
& dénaturez Ennemis
pour ces fins pretenduës , ſçavoir
pour rétablir ce qu'ils appelloient
la Religion Proteftante
ſupprimer & exclurre à jamais le
Papiſme & l'Epifcopat, ſa racine
&ſa ſource empoisonnée ; pour
rétablir tout ceux qu'ils avoient
ſouffert àcauſe qu'ils avoientpris
, pour
lintereſt de leur party ; pour renverſer
le gouvernement preſent,
E 3
102 MERCURE
& en établir un autre ſelon leurs
deſſeins . Ils proteſtoient que jamais
ils n'entreroient en aucune
Capitulation , Traité ou Condition
avec le Roys mais qu'au
contraire ils continueroient la
guerre réellement , vigoureuſement
& conftamment , juſqu'a
ce qu'ils fulfent venus à bout de
leurs fins , & qu'ils ſe preſteroient
du ſecours,&le maintiendroient
les uns les autres,& particulierement
leurs Freres qui estoient
en Angleterre ou en Irlande , qui
travailloientdansla mesme veuë.
Enfin ils promettoient l'indemnité
à ceux qui avoient eſté
leurs Ennemis , pourveu qu'ils
ſe repentiffent fincerement,qu'ils
ſe joigniſſent à eux, & les aſſiſtaf
ſent avec vigueur contre unTyran
leur perfecuteur , & contre
un party Apoſtat. C'eſtoit ainſi
GALANT. 103
qu'ils traitoient Sa Majesté , &
ſes fidelles Sujets. Ils finiſſoient
par de grandes aſſeurances qu'ils
donnoient aux Révoltez , que
Dieu les aſſiſteroit , & confondroit
leurs Ennemis .
La déclaration du Comte
d'Argile , qui fut communiquée
aux deux Chambres ce jour- là,
avoit pour Titre , Déclaration
d' Archibald Comte d'Argile , Seigneur
de Kinlyre , de Cambell , de
Lorne, &c. Sherif heréditaire , Gouverneur
, & Juge heréditaire &
Genéral des Provinces d'Argile , &
de Turben , avec ordre àses vaf-
Saux & autres Habitans defdites
Provinces , & autres qui ſont ſous
Sa Jurisdiction de concourir avec
luy pour la défenſe de leur Religion ,
de leursvies &de leurs biens. Cette
Déclaration portoit qu'il ne parleroit
ny de fon Factum imprimé
E
4
104 MERCURE
&publié en Latin & en Flamand,
& plus amplement encore en
Anglois , ny de la Déclaration
imprimée & publiée par pluſieurs
Seigneurs, Gentilhommes,
&autres Ecoffois & Anglois, qui
étoient alors en armes. Mais que
comme il y étoit fait mention de
ceque ſa famille & luy avoient
fouffert , il avoit trouvé à propos
de déclarer , qu'ayant pris les
armes avec ceux qui l'avoient
choiſi pour eſtre leur Chefl, ce
n'avoit point eſté pour aucunes
fins particulieres ou perſonnelles
; mais ſeulement pour celles
qui eſtoient contenuës dans cette
Déclaration qu'il avoit concertée
avec eux,& qu'il approuvoit,
&qu'il ne prétendoit faire valoir
aucuns autres droits que ceux
qu'il avoit avant la Sentence qui
le condamnoit luy & ſa Famille,
GALANT.
105
leſquels droits établiſſoient fuffiſamment
ſes pretentions. Que
toutes les injures perſonnelles
faites à luy & à ſa famille , il les
pardonnoit volontiers comme
Chrétien , à ceux qui ne s'oppoſeroient
point au party qu'il foû
tenoit , mais qui ſe joindroient à
luy pour faire réüſfir ſon entrepriſe
, & qu'il s'obligeoit par cette
preſente Déclaration de ne les
pourſuivre jamais en Juſtice.
Qu'aprés qu'il auroit obtenu la
poſſeſſion paiſible des biens
qui appartenoient à ſon Pere &
àluy , avant les prétenduës Sentences
qui les avoient confifquez,
il payeroit toutes les dettes
de ſon Pere& les ſiennes. Que
comme ſa fidelité pour le feu Roy
& pour fon Gouvernement ,
avoit ſuffisamment paru à tous
ceux qui n'eſtoientpas prévenus
106 MERCURE
injuſtement contre luy ; auffi reconnoiffoit-
il avec douleur qu'il
avoiteu trop de complaifance, &
de condeſcendence à l'égard des
mefures que l'on avoit priſes ,
pour amener les choſes en l'état
où elles eſtoient alors , quoy que
Dieu luy fuſt témoin qu'il n'avoit
jamais eu de part à de tels deffeins
. Qu'il avoit ſouffert patiem.
ment l'injuſte Sentence renduë
contre luy , s'eſtant retiréduRoyaume
pendant trois ans & demy,
fans avoir eu jamais la penſée ny
d'exciter des ſeditions,ny de troublerla
paix pour fes intereſts particuliers
en prenat les armes pour
ſe défendre , mais que le noy
eſtant mort,& le Duc d'Yore qui
levoit le maſque , ayant entrepris
de ruiner la Religion Proteftante
qu'il avoit abandonnée ,& d'envahir
leurs libertez, dans la réſolution
d'exercer contre les Loix
GALANT.
107
l'Autorité ſouveraine , il croyoit
qu'il eſtoit non ſeulement de la
Juſtice, mais encore de ſon devoir
envers Dieu & fa Patrie, de s'op .
poſer par toutes fortes d'efforts à
fon Vfurpation & à ſa tyrannie.
Qu'avec l'aſſiſtance & le ſecours
de pluſieurs bons Proteftans de
l'one & de l'autre Nation qui l'avoient
prie d'eſtre leur Chef, il
eſtoit réſolu d'executer autant
que Dieu luy en donneroic
le pouvoir , les deſſeins qui
étoient amplement expliquez
dans la Declaration , & qu'il exhortoit
& prioit inſtamment, tous
les honneſtes Proteftans, & particulierement
tous ſes Parens &
Amis , de concourir avec luy
touchant ce qu'elle portoit ;
qu'ayant écrit plufieurs Lettres,
parce qu'il n'avoit point d'autres
voyes de faire ſçavoir ſes inten-
E6
108 MERCURE
tions, il ordonnoit àtous ſes Varfaux
& à tous ceux qui ,
eſtoient dans ſes diverſes Iurifdictions
de prendre les armes , de
ſe joindre à luy , ainſi que ſa
Déclaration portoit , & d'obeïr
aux ordres particuliers qu'il leur
envoyeroit de temps en temps,
faute dequoy ils en répondroient
à leurs perils & fortunes .
Les Communes eſtant retournées
dans leurChambre aprés la
lecture de cette Déclaration , la
premiere choſe que fit l'une &
l'autre Chambre , fut de réfoudre
qu'on remercieroit le Roy de
fon obligeant Diſcours , & de la
Déclaration favorable qu'il leur
avoitfaite. Les Communes ayant
enſuite examiné ce que Sa Majeſté
leur avoit dit touchant l'établiſſement
d'un revenu , qui
puſt luy aider à ſoûtenir les dés
GALANT.
109
penſes de l'Etat , réſolurent tout
d'une voix , que le Revenu que
l'on avoit accordé au feu Roy ,
feroit continué à Sa Majeſté pendant
ſa vie , & que l'on en drefſeroit
un Bill , qui ſeroit apporté
à la Chambre. L'apreſmidy , les
deux Chambres allerent trouver
le Roy à VVithehall , & luy firent
leurs remerciemens. Le lendemain
vingt troiſième de May ,
les Seigneurs s'eſtant aſſemblez ,
on fit une Adreſſe , contenant
que le Roy ayant eu la bonté de
leur faire part de l'avis qu'il avoit
en , qu'Alchibald cy - devant
Comte d'Argile , déclaré coupable
de trahiſon , avoit fait une
defcente en Ecoffe avecpluſieurs
de ſes Complices qui ſe déclaroient
Rebelles , il eſtoit ordonné
par les Seigneurs Ecclefiaftiques
& Seculiers aſſemblez en
110 MERCURE
Parlement , que cette Chambre
iroit trouver le Roy dans la Salle
des Banquets à VVitheall ſur les
eing heures du ſoir de ce meſme
jour , pour remercier tres- humblement
Sa Majesté, d'avoir bien
voulu faire part de cette affaire
à la Chambre, & pour loy offrir
leurs vies & leurs biens contre
-les Rebelles , & fes autres Ennemis.
Les Communes refolurent
auffi d'un commun confentement
de faire la meſme choſe ;
ce qui fut exécuté l'apreſdinée
par les deux Chambres , qui s'etant
renduës à VVitheall , preſenterent
leurs Adreſſes au Roy .
On leut auffi ce jour là le Bill ,..
pour accorder à Sa Majefté pendant
ſa vie , le Revenu dont
jouiffoit le feu Roy Charles I I.
On appelle Bill toute affaire
qu'on propoſe , ſans qu'elle foit
GALANT. Π
rédigée. On ordonne que des
Commiſſaires l'examineront ,&
ces Commiſſaires ſe nomment le
Petit Comitte. Lors qu'ils ont examiné
l'affaire , & qu'elle est rédigée
par écrit , on dit alors que le
Bill eſt formé , & il ne paffe dans
la Chambre où il a eſté propoſé ,
qu'aprés qu'on l'a leu trois fois .
La premiere des deux Chambres
qui a mis le Bill en cét état , l'envoye
dire à l'autre Chambre , &
c'eſt toûjours celle des Communes
qui ſe rend dans la Chambre
Haute qu'on appelle des Setgneurs
,où la Chambre Peinte .
Quoyquele Bill ait eſté approuvé
par les deux Chambres , il ne
paſſe point , fi le Roy ne vient
⚫en Habits Royaux , & ne le touche
avec ſon Sceptre : ce qu'il
fait en difant , te Roy y confent.
Lors qu'ildit le Roy s'avifera, cela
)
112 MERCURE
fait entendre qu'il ne veut pas le
paſſer , & alors le Bill n'a aucun
effet. Ce qu'on appelle le grand
Comitté , c'eſt lors qu'aprés avoir
propoſé une Affaire , l'Orateur
deſcend de ſa Chaire pour laiſſer
chacun dans la liberté de ſe parler
, non pas en demeurant en ſa
place, mais en ſe promenant avec
ceux dont on veut prendre l'avis.
Aprés qu'on s'eſt ainſi conſulté
les uns les autres pendant
quelque temps , l'Orateur remonte
dans fa Chaire , & tout le
monde reprend ſa premiere place.
Il ſe fait un filence , & cela
veut dire , eſtre en Parlement.
Chacun peut alors parler à fon
tour ſur la choſe propoſée,& auffi
long- temps qu'il veut , mais ſeu
lement une fois.
Le Bill qui établiſſoit le Revenu
de Sa Majesté , ayant eſté leu
GALANT.
113
trois fois , le Roy ſe rendit à la
Chambre des Seigneurs le 30. de
May , & fit aux deux Chambres
leDiſcours ſuivant.
ILORDS ET
MESSIEURS ,
Je vous remercie du Bill que vous
venez de me preſenter , &je vous
aſſeure que la maniere prompte &
obligeante avec laquelle vous l'avez
expedié , ne m'est pas moins
agreable quele Bill mesme. Vous
devez croire , qu'aprés de fi heureux
commencemens , je ne vous ay
pas fait venir icy fans neceſſité ,
pour vous demander un fecours extraordinaire.
Quand je vous diray
que les Magasins pour la Flote &م
l'Artillerie font extrémement épui-
Sez; Que les anticipations qui ont
estéfaites fur plusieurs parties de
la Couronne ,font grandes & im-
1
6
114 MERCURE
portantes ; Que les debtes du feu
Roy mon Frere , à ſes Officiers &
àfes Domestiques , meritent qu'on
y ait égard ; Que la Rebellion d'Ecoffe
,fans l'exagerer , m'obligera
àune tres grande dépense , je suis
certain qu'en confiderant toutes ces
chofes, vous vous croirez engagez à
me donner dequoy y pourvoir , puis
qu'il n'y a rien qui regarde de plus
prés lesoulagement , la ſcureté, &
le bonheur de mon Gouvernement.
Mais je dois vous recommander ſur
tout le ſoin de la Flote , & la gloire
de cette Nation , afin que vous la
mettiezen tel état que nous puif..
fions estre respectez des Etrangers.
Je ne puis vous exprimer l'interest
que j'y prens , plus conformément à
ma pensée , qu'en vous aſſeurant
que j'ay un coeur veritablement Anglois
,& que jesuis auſſi jaloux des
avantages de la Nation que vous
GALANT τις
pouvez l'estre. F'espere qu'avec la
Benediction de Dieu & vostre aſſi-
Stance , je pourray porter plus haut
la reputation de l'Angleterre que
mes Ancestres ne l'ont portée ; &
que comme je ne vous demanderay
des ſubſides , que lors qu'ils feront
neceffaires pour l'utilité publique ,
vous me verrez fi bien ménager ce
que vous me donnerezen de pareilles
rencontres , qu'ils feront toûjours
employez aux usages pour lesquels
je vous les demanderay.
Les Communes eſtant retournées
dans leur Chambre , délibererent
en grand Comité ſur la
demande du Roy ,& conclurent
auſſi-toſt de luy accorder un fubfide
extraordinaire . On reſolut
pour cela d'établir une nouvelle
impoſition ſur le vin & le vinaigre
, telle qu'on l'avoit accordée
en 1670. au feu Roy Char116
MERCURE
les 11. & que le Bill en feroie
dreſſé . Je paſſe à l'article des Seditieux.
Ler8 . de May ſur les onze
heures dn matin ,un petit Baſtiment
venant d'Ila au Royaume
d'Ecoſſe , arriva à Ballentoy. Il y
avoit huit hommes dedans , que
la Garde de ce lieu- là deſarma.
On leur demanda d'où ils venoient;
ils ropondirent qu'ils ſe
retiroient en Irlande , poury étre
en ſeureté le Comte d'Argile &
le Chevalier Jean Cockram , qui
avoient mis pied à terre à Ila ,
ayant avec eux cinq Vaiſſeaux
chargez de munitions, & fur lefquels
on diſoit qu'il y avoit prés
decinq cens cens Hommes. Vn
de ces huit Paſſagers , nommé
Friza , aſſeura qu'il avoit veu-
Argile avec Cockram , & un
autre vieux Gentilhomme dont
GALANT.
117
A
il ignoroit le nom ; qu'Argile ,
dont le viſage luy eſtoit tres-bien
connu , parce qu'il l'avoit veu
diſner en un lieu appellé Killeru
dans l'iſle d'Ila , luy avoit deman
dé des nouvelles de l'Armée,
entendant parler de l'Armée du
Roy ; à quoy'il avoit répondu,
qu'elle estoit allée à Kintire ,
un peu avant qu'il fuſt débarqué;
Que le meſme Argile avoit
enfuite envoyé querir le Bailly
d'Ila , qui avoit refuſe de ſe ſoulever
avec luy , fur ce qu'il avoit
fait ferment de demeurer fidelle
au Roy ; Qu'Argile avoit repliqué
, qu'il pouvoit entrer dans
ſon party fans contrevenir àfon
Serment , puis qu'on ne ſçavoit
pas bien encore qui estoit Roy;
mais que ce Bailly ne voulant pas
recevoir ſes ordres , s'eſtoit ſauvé
avec pluſieurs Gentilhom-
E
118 MERCURE
mes ; Qu'Argile l'ayant appris ,
avoit juré qu'il feroit brûler ſa
maiſon , & pendre à leurs portes
tous ceux qui ne voudroient pas
ſe ſoûlever avec luy. Cet homme
ajoûta , qu'il avoit fait porter par
tout le Pays un Croſtary , qui
eſt un Tizon ardent , ancien
Signal des Ecoffois , pour donner
l'alarme , & qu'il avoit menacé
tous les Habitans du feu &
du pillage s'ils ne prenoient les:
armes pour luy. On eut nouvelles
peu de jours apres , que n'ayant
pas trouvé dans l'ifle d'lla ,
ny en d'autres lieux circonvoiſins
, les Peuples diſpoſez à la revolte
, il eſtoit venu à Kintire ,
pour tâcher de ſoûlever les Habitans
de ce quartier-là, pendant
que ſes Fils Charles & Jean en
faiſoient autant en d'autres endroits
du Comté d'Argile. CeGALANT.
1191
.
pendant une partie confidera-,
ble des Troupes du Roy , compoſée
principalement de Montagnards
, marcha avec toute la
diligence poffible de ce coſté- là
pour s'oppoſer aux Rebelles, ſous
les ordres du Duc de Gordon,
du Marquis d'Athol , & de quelques
autres Chefs . L'Armée de
Sa Majesté alla camper à Glafcovv
& aux environs , pour empêcherque
les Peuples de l'Oüest
ne ſe joigniſſent aux Seditieux.
Il y eut une autre partie des mêmes
Troupes poſtée ſur la Fron.
tiere , pour difputer le paſſage à
ceux qui pouvoient venir du
Nord d'Angleterre prendre le
party du Comte d'Argile. Il s'étoit
flaté qu'il luy viendroit de
grands ſecours de ce coſté-là ,
apres ſon débarquement en Ecofſe.
Le 20. du meſme mois il mit
120 MERCURE
pied à terre à Lockeal , autrement
Campletoven , à huit milles
de Mul- head de Kintire du
coſté du Midy , & deux jours
aprés il envoya par tout le Pays
la Sommation ſuivante , ſignée
de ſa main.
De Campletovvn le 22.May 1685 .
Eſtant par la grace de Dieu, arrivé
icy en ſeurété, avec la reſolution
conformeà la Declaration publiée
pour la defense de la Religion
Protestante , de nos libertez , &de
nos vics , d'agir contre le Papiſme
&le Gouvernement arbitraire , &
tous ceux de l'Isle d'Ila estant
venus juſqa'icy àun Rendez-vous
general ; celles - cy font pour reque
rir tous les Proprietaires , Fermiers,
autres , & tous lesgens capables
de porter les armes , depuis l'âge de
Seize ans jusqu'à celuy defoixante,
dans
نم
GALANT. 121
dans la diviſion de Couval , deſe
trouver,ſans manquer , au Rendezvous
le 26. du courant à midy , 016
plûtoft s'il eſt poſſible , avec toutes
leurs armes & des vivres pour
quinze jours.
,
ARGILE.
Son Fils Charles voulant appuyer
cet ordre , alla à Couval,
& écrivit à pluſieurs Gentilshommes
pour les obliger à ſe
rendre auprés de luy , avec menace
de mettre tout à feu & à
ſang s'ils s'en excuſoient. En
effet , il fit brûler les maiſons de
ceux qui joignirent l'Armée du
Roy.Cette rigueur en attira quelques-
uns dans le party duComte
d'Argile , qui marcha le 28. de
May de Campletoven en Kentire
, du Coſté de Tarbert , avec
deux Compagnies de Cavalerie,
telles qu'il put les trouver en ce
Iuillet 1685 .
F
122 MERCURE
Pays- là ,& fept cens Fantaſins.
Il rencontra là trois cens hommes
d'lla , & deux cens autres
devoienty venir le joindre.Le 29.
il partit de Tarbert, accompagné
d'Auchinbreck qui l'avoit joint ,
vint à Roſa dans l'ifle de Boot ,
où il prit des proviſions pour une
nuit. Le 30. il fit voile tout autour
de l'iſle, avec trois Vaiſſeaux
& vingt petites Barques. Leplus
grand de ces Vaiſſeaux n'eſtoit
monté que de trente pieces de
Canon , le ſecond de douze , &
le troifiéme de ſix . Il avoit avec
luy un autre petit Baſtiment
chargé de bled , qu'il avoit pris
fur la coſte. Il revint à Roſa ,..
apres qu'il eut fait le tour de l'Iſle,
& fit tirer ſept coups de Canon
lors qu'il débarqua. Il n'avoit en
tout que deux mille cing cens ,
hommes ou environ ; mais il croGALAN
T.
123
yoit obliger les Peuples à ſe revolter
, en les afſſeurant qu'on ſe
foulevoit déja de toutes parts en
Angleterre. Cela ſe voit par une
Lettre qu'il écrivit de Completovun
le 22. de May , & qu'il
adreſſoit au ſieur de Lupe. En
voicy les termes .
CHER AMT,
Ilapleu àDieu de me faire heureuſement
arriver icy , ou plusieurs
Perſonnes de l'une&de l'autre Nation
m'ont joint pour ladéfensedela
Religion Protestante , de nos libertez,
& de nos vies , contre le Papiſme&
le Gouvernement arbitraire.
On en peut voir les particulari.
tez dans deux Déclarations publiées;
la premierepar ces Seigneurs,
Gentilhommes & autres , & la ſeconde
par moy , pour moy - mesme.
F 2
124
MERCURE
Nous avonsvécuvoſtre Pere & moy
en grande amitié, & je suis bienaiſe
de vous servir vous qui eſtes
fon Fils , en défendant la Religion
Proteftante , ce quejeferay toûjours
preſt de faire dans toutes les choses
qui vous regarderont en particulier,
Ie vous prie de ne vous laiſſer per-
Suader par qui que ce ſoit , &que
ny la crainte ny d'autres mauvais
principes ne vous engagent à negliger
en ce temps.cy ce que vous
devezà Dieu & à voſtre Patrie .
Gardez- vous de croire que le Duc
d'York n'est point Papiſte , ou qu'étant
tel il peut estre un juste Roy.
Sçachez que l'Angleterre est toute
en armes en trois differens endroits ;
que le Duc de Montmouth paroist
dans le mesme temps que nous ;
qu'il y a peu de Places en Ecoffe
qui neſe joignent à nôtre party , &
que les Provinces Meridionales &
2
GALAN T.
125
1
Occidentales n'attendent pour le
faire, que les nouvelles de mon débarquement
, car c'est ce que nous
résolumes avant mon départ de
Hollande. Ie vous Supplie dona de
ne point tarder à vous ſeparer de
ceux qui vous trompent , & qui
travaillent à avancer le Papiſme ,
& de venir avec tous ceux qui vous
obeiſſent , pour défendre la caufe de
la Religion , &Soyezperfuadé que
vous fereztres - bien receu par vô .
tre tres affectionné Amy pourvous
faireService ,
ARGILE.
Il y avoit en Apoſtile. Cette
Lettre pourra estre communiquée au
Ieune Logie, à Skipnage, &à CharlesMac
Echan.
Le ſecond de Juin un Party
des Troupes du Roy que commandoit
le Marquis d'Athol ,
F3
126 MERCVRE
vint à Glendarovval , où eſtoit
Charles Campbel , Fils du Comte
d'Argile,avec fix vingts Hommes
de pied & douze Cavaliers ,
qui eurent bien de la peine à ſe
retirer dans leurs Vaiſſeaux. On
en fit deux Priſonniers , & un
autre fut tué. Le lendemain le
Comte d'Argile envoya le ChevalierCockran
& Polvvart avec
cent Hommes & deux Vaiſſeaux
à Greenot , où une Compagnie
deCavaleriedes Milices du Roy ,
commandée par milord Cockran,
tâcha de les empeſcher dedébarquer
, mais elle ne put foûtenir
longtemps le feu du Canon , &
de la Mouſqueterie des deux
Vaiſſeaux . Ainſi les Rebelles
mirent pied à terre ,& entrerent
dans la Ville , où ils enleverent
les Farines & toutes les Proviſions
qu'ils purent trouver, aprés
4
GALANT.
127
i .
quoy ils retournerent à l'ifle de
Boot où eſtoit leur Camp. Cependant
les Vaiſſeaux du Roy
eſtant arrivez devant cette Ifle ,
obligerent le Comte d'Argile à
quitter ce Poſte. Il alla àCovval
qui eſt une partie de la Province
d'Argile, & avant que de par
tir , il fit brûler la Maiſon du
Sherif de Boot , & emporta tous
ſes meubles. Il avoit réſolu d'envoyer
ſes Vaiſſeaux & ſes Chaloupes
à Lochfine du coſté d'inveraray
, mais n'ayant pû faire
voile à cauſe des Vents contraires
, les Frégates de Sa Majesté,
l'Alcyon, & le Faucon, vinrent à
l'emboucheure de Lochrovvan,
où les Bâtimens des Rebelles
eſtoient à l'Anchre. Cette arrivée
impréveuë les étonna tellement,
qu'abandonnant ledeſſeind'aller
du côté de Lochfine , ils com-
F 4
128 MERCURE
mencerent le 10. de Juin à fortifier
un petit Chaſteau appellé
Ellengreg , & un Rocher qui eſt
auprés dans une petite Iſle , pour
affeurer leurs Vaiſſeaux qui
eſtoient à Lochrovvan . Cela
eſtant fait , ils quitterent cette
Place ,&leComte d'Argile marcha
vers la pointe de Lochfine ,
ayant laiſſé cent cinquanteHommes
pour la garde de ſes Vaiſ
ſeaux , & mis ſon Canon , ſes
Armes , & ſes Munitions dans le
Chaſteau. Le 11. un Party des
Troupes du Roy d'environ trois
cens Hommes d'Infanterie, commandée
par le marquis d'Athol,
en rencontra un de Rebelles,
composé de quatre cens Fantaſſins
, & de quatre- vingts Chevaux.
Il les défit , & ily en eut
beaucoup de tuez . Les Rebelles,
aprés cette défaite , retournerent
)
GALANT .
129
à Ellengreg , d'où ils partirent
le 15. & ayant paffé Lochlong,
ils marcherent du coſté de Lenox
dans la Province de Dumbarton.
Le meſme jour les Vaiſſeaux du
Roy vinrent moüiller l'Anchre
devant le Chaſteau , où eſtoient
encore les Armes & les Munitions
des Rebelles . Ils ſe préparoient
à le battre de leur Canon ,
mais ils n'eurent pas plûtoſt tiré
le premier coup , que deuxHommes
parurent avec un Etendard
blanc , & leur dirent qu'il n'y
avoit perſonne dansleChaſteau ,
&que tous les Rebelles avoient
pris la fuite. On envoya auſſitoſt
une Chaloupe à terre , &
l'on trouva que le rapport eſtoit
veritable. Ainſi l'on s'empara du
Chaſteau , de leurs Navires &
de leurs Chaloupes. On trouva
des armes pour cing milleHom.
Fs
130
MERCURE
mes , cinq cens Barils de Poudre,
des Boulets , de la Méche,&d'autres
choses à proportion , outre
les Canons dont il y en avoit
quelques- uns montez , & les autres
au fond de l'eau , mais faciles
à retirer. Le 6. les Rebelles pafferent
à la pointe de Gairloch ,
pour aller chercher les endroits
Guéables de la Riviere Levin,
entre Lochlomond , & la Ville
de Dumbarton. Le 17. au matin
le Comte de Dumbarton , ayant
eu avis qu'ils avoient paffé cette
Riviere , & qu'ils eſtoient entrez
dans la Province qui porte ſon
nom , envoya trois Compagnies
de Dragons ſous le commandement
de Milord Charles Murray,
leur Lieutenant Colonel , pour
les empeſcher de paſſer la Riviere
de Blide , & il partit en meſme
temps de Glaſcoyv pour les fui-
/
GALANT.
13
vre. Il les joignit à Killerne , & la
Cavalerie & les Dragons les arrefterent
juſqu'à ce que l'Infanterie
fuſt arrivée , mais ils eſtoient
fi avantageuſement poſtez , & il
eſtoit fi tard qu'on ne trouva pas
qu'il fuſt à propos de les attaquer.
L'Armée du Roy demeura
toute la nuit rangée en Bataille,
pour eſtre preſte à combattre ,
auſſi- toft que le jour paroiſtroit ,
mais les Rebelles profiterent de
l'obſcurité , pour ſe retirer fans
bruit. Ils pafferent la Riviere de
Clide à la nage avec leurs Chevaux
, & leur Infanterie la paffa
dans des Batteaux , auprés d'un
Village nommé Kilpatrich . Ainfo
ils ſe ſauverent à Renfrevv ſans
aucun obſtacle. L'Armée du Roy
ne trouvant plus les Rebelles
le 18. au matin , marcha avec
toute la diligence poſſible du cô
232
MERCVRE
té de Glaſcovv , où aprés qu'elle
ſe fuſt repoſée deux heures , le
Comte de Dumbarton partit
avec la Cavalerie , & les Dragons
pour les ſuivre , laiſſant
P'Infanterie derriere , avec ordre
de le joindre en grande haſte. Le
Comte d'Argile, & le Chevalier
Jean Cockran eſtant à Renfrevv,
amaſſerent une partie de leurs
Troupes , & prirent des Guides
pour ſe faire conduire par des
ſentiers écartez dans la Province
de Gallovvay , mais ces Conducteurs
ayant manqué leur chemin
, les engagerent dans un
Marais , où les Rebelles ayant
perdu leurs Chevaux & leur Bagage
, leur Infanterie ſe diviſa
en petits Partys , ce qui obligea
le Comte de Dumbarton de partager
auſſi ſon Armée en petits
Corps pour les mieux pourſui
GALANT.
133
vre. Le Comte d'Argile eſtant
retourné ſur ſes pas ſeul àChe->
val , du coſté de la Riviere de
Clide , fut attaqué par deux Valets
de Greinock , qui ſans le
connoiſtre , luy crierent qu'il ſe
rendiſt. Il tira fur eux , & fut
bleſſé d'un coup de piſtolet à la
teſte. Alors ne ſe fiant plus à
ſon Cheval , qui estoit extrémement
fatigué , il mit pied à terre,
& creut ſe pouvoir cacher dans
l'eau . Un Payſan eſtant accouru ,
ſe jetta dans l'cau aprésluy , l'un
& l'autre en ayant preſque jufques
au col. Le Comte d'Argile
tira ſur le Payſan , mais fon piſtolet
ne fit pas feu ,& le Payſan
l'ayant encore bleſſé à la teſte
ce ſecond coup le troubla fi fort
qu'il s'écria en tombant , Ah !
mal-heureux Argile ! Ces paroles
l'ayant fait connoiſtre pour ce
,
134
MERCURE
qu'il eſtoit,le Payſan & les deux
autres Hommes qui l'avoient
bleſfé d'abord , le retirerent de
l'eau, & le menerent àleur Commandant.
Un Party de quarante
Chevaux , commandé par Milord
Roff, & un pareil nombre
de Dragons , commandez par le
Capitaine Cleland , en attaquerent
un des rebelles que commandoit
le Chevalier lean
Cockran. Il alloit du coſté de la
Mer. Ceux-cy voyant venir le
Party du Roy , ſe poſterent dans
un petit Clos où ils eſtoient à
couvert juſqu'aux épaules , ce
qui n'enpeſcha pas Milord Roff
de les charger , mais le Terrain
eſtant trop fort pour eſtre rompu
par la Cavalerie , le Capitaine
des Dragons fut tué en approchant
, Milord Roff recent une
bleſſeure legere , le Chevalier
GALANT.
139
Adam Blair un coup de Moufquet
dans le col , & leChevalier
Guillaume VVollace de Craigie,
un autre dans le coſté,aprés quoy
les Rebelles ſe retirerent dans
un Bois , qui eſtoit derriere ce
Clos , avant que les Dragons
euſſent pû venir à eux. Un Party
de cinq Hommes des Milices de
Cleſdale commandé par leComte
d'Arran , prit Rumbold &
fon Valet , qui ſe battirent en
deſeſperez. Rumbold eſt celuy
dans la Maiſon duquel les Conjurez
avoient tenu les Aſſemblées
, où ils avoient réſolu de
tuer le feu Roy fur le cheminde
Neumarket. Le Colonel Aylof
fut mené prifonnier à Glaſcovv ,
avec plus de deux eens autres.
Ce fut de ce lieu là que l'on amena
le Comte d'Argile à Edimbourg
le 21. de luin. Il entra par
136
MERCURE
la Porte du coſte de l'eau . Toutes
les Ruës juſques au Chaſteau où
il fut mis priſonnier , eſtoient gardées
par la Compagnie du Roy
qui eſtoit dans cette Ville là. 11
avoit les mains liées derriere le
dos ,& la teſte nuë , & le Bourreau
marchoit devant luy. Le
Colonel Aylof euſt eſté amené
avec luy , mais la nuit avant
qu'il deuſt partir de Glaſcovv ,
il s'ouvrit le ventre avec un Canif.
Le 26. on fit le Procez à
Rumbold , qui fut condamné
comme Criminel de Haute Trahiſon
, & l'apreſdiſnée on le trafna
ſur la claye à la grande Place
d'Edimbourg , où il fut pendu ,
& mis en quartiers. Le 30. le
Comte d'Argile fut mené en la
meſme Place , où un Echafaut
avoit eſté élevé. Il eut la Teſte
coupée , en vertu de la Sentence
GALANT.
137
1
prononcée contre luy ily a quelques
années , ſans qu'on luy euſt
fait ſon Procez de nouveau pour
ſa derniere révolte. On ordonna
ſeulement que ſa Tête ſeroitmife
fur la Priſon appellée Tolbooth .
Son corps fut porté dans la Chapelle
de Sainte Madeleine auprés
de Covvgate. Il ne fit aucun
Diſcours ſur l'Echafaut , mais il
mit un Papier entre les mains du
Doyen de la Cathédrale d'Edimbourg
, qui l'aſſiſta à la mortavec
le Sieur Charters , pour eſtre rendu
à Milord Chancelier. Il déclara
qu'il n'en avoit laiſſé aucun
autre touchant les Affaires des
Rebelles. Quelques heures aprés
l'execution, on eut nouvelles que
le Chevalier Jean Cochran &
ſon Fils avoient eſté pris dans un
'Village appellé Cochran , chez
un Oncle du Chevalier où ils
s'eſtoient cachez.
13.8
MERCURE
Tandis que l'on pourſuivoir
les Rebelles en Ecoffe , le Roy
eut avis d'un autre Soulevement
Vn Courier exprés que luy envoya
le Maire de Lime , arriva
le 13. de Juin au matin , & luy
rapporta que le 11. du meſme
mois , trois Vaiſſeaux avoient
paru à la hauteur de cette place,
& que le Ducde Mõmouth avoit
mis pied à terre ſur ſept heures
du ſoir , avec environ cent cinquante
hommes ; qu'eſtant entré
dans la Ville , il s'en eſtoit rendu
Maiſtre , & qu'il avoit envoyé
quelques-uns de fes Complices
dans les Provinces voiſines , pour
engager les Peuples à une Rebellion
ouverte contre le Roy. Sa
Majesté fit aſſembler auffi-toſt
fon Conſeil Privé , ordonna que
la Proclamation ſuivante ſeroit
publiće..
GALANT.
139
ACQUES , ROY.
Comme Nous avons receu avis JA
certain, que Iarques , Ducde Monmouth,
& Ford autrefois Lord Grey,
profcrit ou condamnépar Contuma
ce pour crime de Haute-trabison,
ont mis pied à terre depuis peu à
Lime, dans nostre Province deDor
fes, d'une maniere ennemie , avec
divers autres Traitres & Gens condamnez
auſſi par Contumace ; qu'ils
Sefont emparez de noftredite Ville
de Lime , & ont dispersé quelquesuns
de leurs Complices dans les Provinces
circonvoisines , pour exciter
ces Pays-là àfe joindre à eux dans
une Rebellion ouverte contre Nous :
Nous de l'avis denoſtre Confeil Pria
vé , publions & declarons Iacques,
Ducde Manmouth, & tousſes Com.
plices, Adherents , Fauteurs & Confeillers
traitres & rebelles ,&
140
MERCURE
Nous commandons & enjoignons à
tous Gouverneurs , Lieutenans Gouverneurs
, Sherifs , Iuges de Paix ,
Maires , Baillis, & à tous nos autres
Officiers , tant de la Iuftice quede
la Milice , de faire tous leurs efforts
pour saisir & apprehender ledit
Jacques Duc de Monmouth , Ford
cy-devant Lord Grey , & tous ses
Confederez & Adherens ; comme
auffi tous autres qui aideront, aſſiſte
ront , ou ſouſtiendront lesdits Trai
tres & Rebelles , & de s'aſſeurer de
tous , & d'un chacun d'eux , jusqu'à
ce que nostre volonté leur foit plus
amplement connuë , faute dequoy ils
en répondront à leurs perils &fortunes.
Donné à noſtre Cour de Vuitheall
le 13. de Iuin 1685. & de
noftre Regne le premier. Dieu con-
Serve le Roy.
Sa Majesté ayant fait part de
cette nouvelle à ſes deux ChamGALANT.
141
bres du Parlement , elles reſolurent
de faire chacune une Adreſ
ſe , & de les luy preſenter ſéparement.
Voicy celle que laChambre
des Seigneurs luy preſenta à
VVitheall , dans la Sale des Banquets.
Le Roy ayant eu la bontéde com.
muniquer à cette Chambre l'Avis
qu'ila receu ce matin que leDucde
Monmouth amis pied à terre à Lime
dans la Province de Dorset , en
Ennemy , & avec pluſieurs de ſes
Adherens , & qu'il s'est emparé de
cette Ville-là, cette Chambre a re-
Solu de se rendre auprés de Sa Majesté
, pour luy faire ſes tres.hum.
bles remercimens de luy avoir fait
part de cet avis ,&pour offriràSa
Maiestédese tenir attachée àElle,
&de l'aſſiſter de ses vies &de ſes
biens contre ledit Duc de Monmouth
, & contre tous Rebelles &
142
MERCURE
Traiſtres , & tous les autres Ennemis
de Sa Maiesté.
L'Adreſſe que la Chambredes
Communes luy preſenta dans la
meſme Salle des Banquets, eſtoit
conceuë en ces termes.
IRE ,
Nous , les tres.fidelles Suiets
de Vostre Maiesté , les Communes
d'Angleterre assemblées en Parlement
, la remercions tres- humblement
, & de tout nostre coeur, comme
noſtre devoir nous y oblige , da
Message qu'Elle a eu la bonté de
nous envoyer , pour nous faire sçavoir
que l'ingrat Iacques , Duc de
Monmouth , est entré dans ce Ro
yaume en Rebelle. Nous afſeurons
Voſtre Maiesté , avec toute l'obeis-
Sance&la fidelité que nous luy devons
, que nous sommes &ferons
toûjours prests de nous attacher à
GALANT.
143
Elle , & de l'aſſiſter de nos vies &
de nos biens contre ledit Iacques
Duc de Monmouth , Ses Adherens ,
& Correspondans , & contre tous
autres Rebelles & Traitres quelconques
qui les aſſiſteront , ou aucun
d'eux : Et comme la conſervation de
la Perſonne facrée de Vostre Maieſté
eft de la derniere importance
pour la paix & pour le bonheur du
Royaume ; Nous', les tres obeiſſans &
tres fidelles Suiets de Vostre Ma
iesté, la fupplions tres humblement
de prendre un ſoin extraordinaire
de fa Perſonne Royale , que nous
prions Dieu de conferver long- temps.
Le 15. le Parlement s'eſtant
aſſemblé , les Seigneurs envoyerent
dire à la Chambre des Communes
, que Roy leur avoit communiqué
un Manifeſte publié au
nom du Duc de Monmouth ; &
qu'ils y avoient trouvé des maxi-
:
144
MERCURE
7
mes ſi execrables & fi injurieuſes
pour Sa Majesté , qu'ils avoient
reſolu de le faire brûler par la
main du Boureau. Ce Manifeſte
futleu enſuite avec la Sentence
des Seigneurs. La Chambre bafſe
fut du meſme avis , & ce jourlà
meſme cette Sentence fut executée.
On lut dans la même
Chambre le Bill, pour faire le
procez au Duc de Monmouth.
On le mit au net , & on le leut
juſques à trois fois dans cette
meſme Seance. La Chambre
l'ayant approuvé , on l'envoya
aux Seigneurs qui l'approuverent
auſſi par un conſentement
general. Le Comité , qui eſtoit
chargé de dreſſer un Bill pour la
ſeureté de la Perſonne du Roy,
eut ordre d'y inſerer cette clauſe;
Que tous ceux qui maintien-..
droient que le Duc de Monmouth
>
GALANT.
145
mouth eſtoit né en legitime Mariage
, ou qu'il pouvoit pretendre
legitimement à la Couronne,
✔ſeroient declarez coupables de
Haute - trahifon.
On ne ſe contenta pas de faire
brûler ſon Manifeſte par la main
du Boureau , les Particuliers en
pouvoient garder quelques copies,
& pour l'empeſcher , on publia
dés ce meſme jour la Proclamation
ſuivante .
ACQUES , ROY.
JA Dautant que Jacques , Duc de
Monmouth , pour exciter nos Sujets
àſe joindre à luy dans ſa revolte
contre Nous , a depuis peu fait pu
blier & diſperſer contre nôtre Per-
Sonne& nostre Gouvernement , par
Ses Emiſſaires Complices de fa Rebellion
, le plus infame & le plus
- perfide de tous les Ecrits , intitulé :
Iuillet 1685. G
146 MERCURE
Declaration de Jacques , Duc de
Monmouth , & des Seigneurs ,
Gentilshommes , & autres , preſentement
en armes pour la defenſe
& la juſtification de la Religion
Proteftante , & des Loix ,
Droits & Privileges d'Angleterre
; contre l'Invaſion & laTyrannie
de Jacques , Duc d'York. Lequel
Ecrit les Seigneurs Ecclefiaftiques
& Seculiers aſſemblez en Parlement
, ont justement condamné à
estre brûlé par la main du Bourreau
, veu qu'il contient la plus haute
trahison , que la detestable ma.
lice des plus implacables de nos Ennemis
pust inventer contre nous ;
Nous , estant meus de bonté &d'affection
pour nos Sujets,& craignant
que quelques - uns d'entre eux ne
Sçachant pas le danger auquel ils
s'exposeroient , ne fuſſent portez à
recevoir & à garder ledit Ecrit , ou
GALAN T. 147
à en faire part à d'autres , Avons
trouvé à propos de l'avis de noſtre
Conſeil Privé , d'en informer tous
nos bons Sujets. C'est pourquoy nous
commandons & ordonnons expreſsément
par ces Preſentes, à tous Gouverneurs
, Lieutenans , Sherifs , Ju
ges de Paix , Maires , Baillis , Prevoſts
, grands & petits Conneſtables,
à tous nos autres Officiers, tant
de la Milice que de la Justice ; comme
aussi à tous nos Amez Sujets de
noſtre Royaume d'Angleterre , de
noſtre Principauté de Galles , & de
la Ville de Berruvik ſur la Tuveed.
de faifir & apprehender, &defaire
arrester toute personne ou perfonnes
, qui publieront , diſperferont ,
ou garderont ledit Ecrit,Sans ledécouvrir
au plus prochain Juge de
Paix , afin que le Coupable ou les
Coupables puiſſent estre poursuivis
comme Traîtres envers Nous ,
G2
148 MERCURE
envers nôtre Couronne & Dignite ;
faute dequoy ils en répondront à
leurs perils &fortune. Donné à nôtre
Cour de Voitheall, le 15.de Iuin
1685. & de nostre Regne le premier.
Dieu conſerve le Roy.
Le lendemain on publia une
autre Proclamation , en ces termes.
IACQUES , ROY Nos Communes aſſemblées en
Parlement , nous ayant prié par
lexr humble.Adreſſe, de promettre
une recompense de cinq mille livres
Sterling à celuy ou ceux qui livreront
la Perſonne de Jacques , Duc
de Monmouth , mort ou vif; & ledit
Jacques , Duc de Monmouth ,
estant condamné par Acte du Parlement
, pour crime de Haute trahi.
Son, Nous de l'Avis de noſtre Confeil
Privé , publions & declarons
GALANT. 149
par ces Presentes noſtre Promeſſe
Royale , & que nostre plaisir & volonté
eft , que quiconque livrera le
Corps dudit Iacques , Duc de Monmouth,
mort ou vif, recevra & aura
la recompense de cinq mille livres
Sterling pour ce ſervice , laquelle
Somme luy Sera inceſſamment payée
par nôtre grand Treforier d'Angleterre.
Donné le 16.Juin 1685.c.
Le Duc de Monmouth eſtant
entré à Lime le 11. de Juin, comme
je vous l'ay marqué, en ſortit
le 14. à trois heures du matin
avec ſoixante Chevaux & fix
vingts Hommes de pied ; & aprés
avoir marché environ deux milles
, il les laiſſa ſous le commandement
de Milord Grey , qui s'avança
juſques à Bridport , petite
Place à fix milles de Lime . Les
Rebelles y entrerent , en faiſant
un feu continuel de leurs Piſto
G3
150
MERCURE
lets & de leurs Mouſquets.Quelques-
uns d'entre - eux attaquerent
une Hoſtellerie , où ils trouverent
environ dix Cavaliers . Ils
tuerent les ſieurs VVadham ,
Stranguvais , & Edoüard Coaker,
& bleſſerent le ſieur Harvey.
Pendant ce temps , les Habitans
coururent aux armes , & chargerent
les Rebelles , deſquels ils
tuerent ſept , & firent vingt- trois
prifonniers. Les autres prirent la
fuite , & l'on trouva plus de qua.
rante de leurs Mouſquets qu'ils
avoient laiſſez dans la campagne.
Ils eurent pourtant le ſoin d'emporter
le corps d'un de leurs Officiers
quiavoit eſté tué. Milord
Grey eut fon cheval tué ſous luy;
& eſtant demeuré à pied , il fut
contraintde ſe deboter , afin de
ſe ſauver plus aiſement. Le 18 .
Milord Churchil ſe rendità
GALANT.
ISI
Chard avec quelques Troupes
du Roy , & envoya le Lieutenant
Monaux accompagné de vingt
hommes , & d'un Maréchal des
Logis du Regiment d'Oxford ,
pour obſerver les Rebelles. Ils en
rencontrerent un Party d'un pareil
nombre , à deux milles de
Taunton. Ils le chargerent , en
tuerent douze, & bleſſerent prefque
tous les autres ; mais ayant
apperceu un autre party , ils ſe
retirerent. Le Lieutenant Monaux
fut bleſſe à la teſte d'un
coup de Mouſquet. Dans ce mê.
me temps le Capitaine Treva.
nion , qui commande un Vaifſeau
de guerre nommé le Suada
dos , eſtant arrivé à Lime avecles
Vaiſſeaux du Roy qu'il commande
, y trouva 'deux Navires des
Rebelles, une Pinaſſe,& un petit
Heu , avec quarante barils de
G4
152
MERCURE
Poudre , & des Cuiraffes pour
quatre à cinq mille hommes. Il
s'en empara , ainſi que des deux
Baſtimens . Les Rebelles avoient
fait mettre en Priſon les Principaux
de la Communauté , ſur le
refus qu'ils avoient fait de ſe joindre
à eux. De Daunton ils s'avancerent
à Bridgvvater , & de là
aux environs de Glaſſenbury.
Milord Churchil qui les obſervoit
de prés , envoya le 22. un
party de quarante Cavaliers , qui
en ayantrencontré quatre- vingt,
les obligea de ſe retirer dans leur
Camp. Le meſme jour , Milord
Duras de Féversham , Lieutenant
General des Armées de Sa
Majeſté , arriva à Chippenham ,
avec un Détachement des Gardes
du Corps du Roy , des Grenadiers
, du Regiment d'Oxford ,
& des Dragons. Le Comte de
GALAN T.
153
Pembroc l'y joignit , avec la Milicedu
Comté de Vilts , dont il eſt
Gouverneur .
Le 25.un Party de cent Chevaux
, commandé par le Colonel
Oglethorp , attaqua les Rebelles
au Pont de Canisham , entre Briſtol
St Bath , & défit deux Compagnies
de leur meilleure Cavalerie.
Ily en eut prés de cent tuez.
Le Comte de Nevvbourg Ecoffois
, qui ſoûtenoit le party du
Roy , receut un coup de Moufquet
dans le ventre. Il tomba de
cheval ,& euſt eſté pris , fi ayant
encore le Piſtolet à la main , il
n'euſt tué celuy des Rebelles qui
s'avançoit pour le prendre; ce qui
donna moyen à ceuxde ſon party
de le délivrer.Cependantle Com
te de Pembrok ayant feeu que
le Prevoſt de Frome avoit fait
afficher la Declaration du Duc
G
154
MERCURE
de Montmouth , s'y rendit avec
cent ſoixante Cavaliers , dont
quelques-uns avoient fait monter
derriere eux des Soldats au
nombre de trente fix . Eſtant
arrivé auprés de la Place , il entendit
quantité de coups de
Moufquets , & un grand bruit de
tambours ; & apprit que les Seditieux
ayant eu avis qu'il venoit ,
s'eſtoient affemblez au nombre
de deux à trois mille , accourus de
VVarmiſter & de VVeſtbury,les
uns armez de Mouſquets , lesautres
de Piſtolets & de Piques , de
Faux & de Fourches. Quoy que
ce Comte n'euſt avec luy qu'un
petit nombre de gens , ilne laiſſa
pas de s'avancer à la teſte de ſes
Soldats , ſuivis de ſa Cavalerie.
Les Kebelles firent paroiſtre d'abord
beaucoup de reſolution , &
un d'entr'eux tira auſſi-toſt un
GALANT.
155
coup de Mouſquet for Iny , ordonnant
aux autres de tirer lors
que le Comte ſeroit arrivé à un
lieu qu'il leur marqua ; mais la
crainte les ſaiſit incontinent. Ils
jetterent tous leurs armes ,& prirent
la fuite. Le Comte de Pembrock
alla juſques à la Place où
la Declaration avoit eſté affichée .
Il la fit arracher ,& le Prevoſt de
ce Bourg fut contraint d'écrire
de ſa propre main qu'il la deteſtoit,
& qu'il declaroit le Duc de
Monmouth Traiſtre.Il fit afficher
au meſme endroit cette Declaration
du Prevoſt , qu'il envoya enfuite
en Prifon .
Le 26. il marcha du coſté de
Bath ,ſelon les ordres qu'il avoit
receus, avec trois Régimens d'In
fanterie des Milices du Comté de
Vilts , ſa Cavalerie ayant eu ordre
d'aller joindre le Duc de
G6
156 MERCURE
Grafton. A peine eut il fait deux
milles dans une Plaine entre
Trobridge & Clarkin , qu'il rencontra
les Rebelles qui firent alte
au bout de la Plaine à un mille
de luy ou environ. Il mit ſestrois
Regimens en un Corps , entremeſla
les Piquiers& les Moufquetaires,
& demeura deux heu
resdans le meſme endroit.Toutes
les fois qu'il diviſoit ſes Troupes,
comme pour marcher, les Rebelles
s'avançoient vers luy , mais
fans ofer l'attaquer. Ils ſe retirerent
enfin en deſordre , eſtant
pourſuivis par lestroupes du Roy
qui vinrent du Pont de Canisham.
Le Comte de Pembrok en
prit un qu'il fit pendre ſur le
champ.
Le 27.Milord Duras ayant eſté
averty queles Rebelles prenoient
le chemin de Philipsnorton, par
GALAN Τ.
157
tit de fort grand matin dans le
deffein d'attaquer leur arrieregarde.
Il s'avança avec un détachement
de cing cens Hommes
d'Infanterie que commandoit le
Duc de Grafton , quelques Dragons
& Grenadiers à Cheval,
laiſſant le reſte des Troupes pour
le ſuivre avec le Canon. Eftant
venu à un Défilé ou chemin
étroit qui conduit à Philipsnorton
, il entendit des coups de
Mouſquet , ce qui luy fit détacher
vingt gardes du Corps , &
une Compagnie de Grenadiers à
pied , du Regiment du Duc de
Grafton , qu'il envoya dans ce
petit chemin , afin de découvrir
ceque c'eſtoit. Ils n'y furent pas
plûtoſt qu'ils le virent bordé des
deux coſtezde Cavalerie & d'Infanterie
derriere les Hayes. Elles
firent fur eux un fort grand few,
158
MERCURE
r
Le Duc de Grafton qui estoit à la
teſte des Troupes du Roy s'avança
juſqu'à l'entrée du Village ,
avec beaucoup de réſolution,
mais les Rebelles l'obligerent à
ſe retirer par le feu continuel
qu'ils firent. Quelques Cavaliers
l'arreſterent dans ſa retraite , &
il ſe fit un paſſage malgré tout
l'obstacle qu'ils y mirent. Le Capitaine
Vaughan qui ſe trouva
dans cette action , tua de ſa main
le Colonel Matheves qui les
commandoit. Il y eut huit ou
neof Hommes tuez , & trente
bleſſez du Party du Roy., parmy
leſquels furent les Sieurs May &
Seymont Volontaires , mais on
n'y perdit aucun Officier. Le
reſte de l'Armée du Roy eſtant
arrivé , Milord Duras fit poſter
fes Troupes ſur une Eminence,
où l'on mit quelques Pieces de
GALANT.
159
Campagne en batterie. Les Rebelles
en dreſſerent une de 6x
pieces de Canon, & tirerent fans
relache , pendant deux heures
fans faire aucun dommage aux
Troupes du Roy , qui demeurerent
en ce lieu- là juſqu'à
fix heures du ſoir , malgré une
forte & continuelle pluye. Mylord
Duras ne voyant plus rien à
faire , marcha du coſté de Bradford
, où il demeura tout le jour
fuivant , pour faire repoſer ſes
Troupes. Il envoya le Colonel
Oglethorp , avec cent Che
vaux pour les obſerver , il rapporta
qu'ils eſtoient allez à Frome.
Ils y demeurerent le 28 .
commencerent à marcher vers
Varmiſter le 29. puis retournerent
du coſté du Shepton Mallet.
Ils allerent de là à Vvelts , & y
firenttoutes fortes de Prophanations
dans l'Eglife Cathedrale.
160 MERCURE
La Table de l'Autel leur fervit à
à une Débauche où ils beurent
leurs Santez . Ils pillerenr la Ville ,
violerent les Femmes , & firent
ce qui ſe commet de plus affreux
dans une Place que l'on prend
d'affaut . De Vvelts ils vinrent à
Glaffenbury , & le ſecond de
Juillet ils arriverent à Bridgvvater.
Milord Duras qui avoit ſuivy
les Rebelles à Frome , en partit
le meſme jour avec l'Armée du
Roy , alla à Shepton- Mallet , &
le lendemain à Somerton. Les .
il arriva à VVeſton , qui n'eſt
qu'à trois milles de Bridgvvater ,
où les Ennemis ſembloient vouloir
ſe défendre. Il logea ſa Cavalerie
& ſes Dragons dans ce
Village , & fit camper fon Infanterie
aux environs dans une large
Plaine , vis à vis d'un Marais. Le
GALANT. 161
Poſte eſtoit d'autant plus avantageux
, qu'elle avoit un Foſſé
devant elle. Il fut averty le ſoir
que les Rebelles ſortoient de la
Ville , ce qui l'obligea de tenir
ſes Troupes en ordre , & d'envoyer
différens Partys pour découvrir
leur deſſein. Ils concerterent
ſi bien leur marche , & garderent
un filence ſi profond ,
qu'ils s'avancerent fans aucun
obſtacle juſques au Marais , où
ils trouverent un paffage libre ;
de forte que le matin , ils rangerent
leur Infanterie en Bataille.
Elle faiſoit cinq à fix millesHommes
. Le Ducde Monmouth étoit
à leur teſte , & il la fit avancer
auprés du lieu où eſtoit campée
l'Armée du Roy. Milord Duras
qui en eut avis , fit mettre auffitoſt
ſes Troupes en état de bien
recevoir les Ennemis. Elles con162
MERCURE
fiſtoient en deux mille Hommes
de pied , & fept cens tant Cavaliers
, que Grenadiers & Dragons.
On ſera ſurpris qu'elles ſe ſoient
trouvées d'abord en ſi petit nombre
; cela venoit de ce que le Roy
voulant épargner le ſang , faiſoit
entourer le Duc de Monmouth ,
comme une Ville afſiegée. Ainſi
les Troupes qui vinrent joindre
Milord Duras eſtoient des autres
Quartiers. Les Rebelles ayant réfolu
de hazarder le Combat, commecerent
l'attaque par de grands
cris , & par une volée de coups
de Mouſquets . On leur repondit
de meſme. Leur Cavalerie s'avança
pour ſoûtenir leur Infanterie,
mais le Colonel Oglethorp qui
commandoit un Party de Cavaliers
, les empefcha de ſe joindre.
&il les tint en haleine juſqu'à ce
que le Régiment d'Oxford , &
GALANT. 163
un détachement des Gardes
,
l'euſſent joint pour former une
ligne . Leur Cavalerie eſtoit de
mille ou douze cens Hommes ,
commandez par Milord Grey , &
comme elle ne put eſtre rangée
en un Corps pendant tout ce
temps là , elle fit fort peu de réſiſtance
, & commençant auſſi-toſt
à fuir devant ceux qui la chargeoient
elle abandonna le
Champ de bataille. L'Infanterie
demeura ferme , & on fit grand
feu de part & d'autre , le Foffé
dont j'ay parlé l'ayant empeſchée
de venir aux mains. Le Canon
qu'attendoit Milord Duras étant
arrivé , & ſa Cavalerie s'eſtant
jettée ſur les Fantaſſins du Duc
de Monmouth , ils furent entierement
défaits , & on leur prit
trois pieces de Canon ; c'eſtoit
tout ce qu'ils en avoient en ce
1
164. MERCURE
lieu là. Prés de deux mille Hommes
des leurs furent tuez , & l'on
fit un grand nombre de Priſonniers
, parmy leſquels ſe trouverent
le Colonel Holmes , Perrot
fon Major , le Conneſtable de
Crookborne , & le nommé Guillaume
, Domestique du Duc de
Monmouth qui avoit fur luy
deux cens Guinées. Il dit que
c'eſtoit tout l'argent que fon
Maiſtre avoit de reſte.Une Guinée
vaut environ douze francs
& demy de noſtre Monnoye . Il
y eut environ trois cens Hommes
tuez dans les Troupes du
Roy , & un pareil nombre de
bleſſez , mais l'on n'y perdit aucune
perſonne confiderable. Milord
Duras ſe trouva par tout
pendant le Combat , donnant les
ordres néceſſaires avec beaucoup
de conduite. Milord Churchil
GALAN T. 165
qui commandoit ſous luy , fir
paroître une fort grande bravoure,
& le Duc de Grafton ſe ſignala
ainſi que les autres Chefs. Lors
qu'on fut demeuré Maiſtre du
Champ de Bataille, Milord Duras
marcha avec cinq cens Hommes,
quelque Cavalerie & ſes Dragons
vers Bridgvvater dont il ſe rendit
Maiſtre , les Rebelles qui y
eſtoient ayant pris la fuite ,&
s'eſtant diſperſez en divers endroits.
Il laiſſa ſes Troupes dans
la Ville , ſous le commandement
du Colonel Kirke , & ayant appris
que le Duc de Monmouth
fuyoit avec environ cinquante
Cavaliers , qui eſtoit le plus
grand nombre de Rebelles qu'il
y euſt enſemble , il envoya pluſieurs
Partis pour le poursuivre
luy & Milord Grey . Ce dernier
fut pris dés le meſime jour à Rin166
MERCVR E
gvvord , fur la frontiere de la
Province de Dorſet. Iteſtoit déguiſé
en Berger. On le mena
auſſi-toſt à Milord Lumley. Le
Duc de Monmouth voyant que
les Chevaux avec lesquels il
fuyoit , faifoient un gros dont il
eſtoit mal aisé de cacher la marche
, réſolut de les quitter. Ils ſe
ſeparerent en differens Pelotons ,
afin qu'ils fuſſent moins expoſez
à eſtre veus , & qu'ils puſſent ſe
ſauver plus aiſément. Le ſoir de
ce meſme jour quelques Bergers
dirent à ceux qui les pourſuivoient
, qu'ils avoient vû deux
Fuyards entrer dans un Bois
voiſin , dont on fit border les
avenuës , pour y chercher le lendemain
ceux qui pouvoient s'y
eſtre cachez . On ſe ſervit de Limiers
ſelon la coûtume d'Angleterre,
où l'on employe des Chiens
GALANT.
167
pour découvrir les Voleurs qui
ſe ſont ſauvez dans les Forefts .
Ces Limiers s'arreſterent à un
Foſſé en aboyant , & on trouva
un Homme couché ſous une
Haye fort épaiffe. C'eſtoit un
Allemand , qui en demandant
quartier , promit de montrer l'endroit
où le Duc de Monmouth
s'étoit retiré . Ce Duc avoit fait
toute la diligence poffible pour
gagner la Mer , où il eſperoit
trouver quelque Barque , mais
ſon Cheval luy ayant manqué , il
avoit eſté contraint de ſe mettre
à pied, &de prendre un méchant
habit pour n'eſtre pas reconnu.
On le trouva ſous unBuiſſon fort
épais dans un Foſſé , ayant dans
ſes poches ſon Collier de l'Ordre
de la Jarretiere , une Montre ,&
environ ſoixante Guinées. Lors
que les Soldats du Roy l'eurent
168 MERCURE
,
tiré du Foſſé , il tomba en défaillance
, & fut quelque temps à
revenir. Sa Majesté ayant ſceu
cette nouvelle , ordonna qu'on
diſtribuaſt à ceux qui l'avoient
pris , les cinq mille livres Sterlin
de récompenfe , promiſes par ſa
proclamation , & à ceux qui
avoient pris Milord Grey , la ſomme
de cinq cens livres Sterlin
ſuivant la proclamation du feu
Roy , publiée le 28.Juin 1683. Sa
Majeſté avoit déja ordonné que
la récompenſe promiſe par la
meſme Proclamation du feu Roy
à ceux qui prendroient rumbold,
fuſt diſtribuée entre les cinq Soldats
de la Milice du Comte d'Arran
, qui l'avoient pris en Ecoſſe ,
& que ſi quelqu'un de ces Soldats
avoit eſté tué, où eſtoit mort
de ſes bleſſeures , ſa part fuſt
donnée à ſa Veuve , ou à ſes Enfans
GALANT. 169
fans , ou à ſes plus proches Parens
s'il n'eſtoit pas mariée. Le
Duc de Monmouth & Milord
Grey furent amenez à Londres
le 13.c'eſt à dire le 23.felon nous.
On les interrogea d'abord au
Conſeil , &enſuite on les conduifit
par eau à la Tour , où la Ducheffe
de Monmouth avoit eſté
déja menée avec ſes Enfans.
Quant au Parlement , on y a
paſſe divers Actes , dont les
principaux ont eſté , pour accorder
un Subſide au Roy , en impoſant
une Taxe pendant cinq
années ſur toutes fortes de toiles
de France & des Indes Orientales
, & fur pluſieurs autres Manufactures
des Indes, ſur toutes fortes
d'eaux de vie qui ſerőt apportées
en Angleterre ; pour fournir
au Roy les charois ou voitures
dont Sa Majesté àbeſoin dans ſes
Iuillet 1685 . H
170
MERCURE
voyages ; pour renouveller un
autre Acte touchant les voitures
qu'on doit fournir à Sa Majesté,
tant par eau que par terre pour
le ſervice de ſa Flote & de fon
Artillerie ; pour reünir au Domaine
du Roy les revenus de la
Poſte , & 14000. livres ſterlin
de rente da revenu hereditaire
de l'Excife ; pour authorifer le
Roy àdonner des Baux & autres
droits , terres ou heritages de fon
Duché de Cornuaille , & pour
confirmer ceux qui auroient eſté
déja donnez ; pour renouveller
un Acte cy-devant paſſé , qui
donne permiffion de tranſporter
des cuirs ; pour continuer trois
autres Actes qui donnent ordre
à empeſcher les vols ſur les Frontieres
du Nord d'Angleterre;
pour nettoyer , conſerver , maintenir
& reparer le Havre & le
GALAN Τ. 171
Mole du grand Yarmouth ;pour
Trebatir finir & embellir l'Eglife
Cathedrale de Saint Paul de
Londres .
Le 2. de ce mois , le Roy ſe
- rendit à la Chambre des Seigneurs
, reveſtu de ſes habits
Royaux ; & s'eſtant aſſis dans
ſon Trône il manda
,
la
Chambre des Communes , &
donna encore ſon conſentement
à quelques Actes , ſçavoir pour
haſter la conſtruction des Vaifſeaux
en Angleterre ; pour faire
valoir les Terres labourables ;
pour ériger une nouvelle Eglife,
qui ſera appellée la Parroiſſe de
Saint Jacques dans la liberté de
VVeſtminster , & pour reparer
l'Egliſe Cathedrale de Bangor ,
pour en entretenir le Choeur , &
pour augmenter le revenu de l'EveſchédeBangor,&
de pluſieurs
H2
172
MERCURE
Cures du meſme Diocefe. Aprés
cela , Milord Garde des Seaux ,
fignifia aux deux Chambres , que
Sa Majesté ſouhaitoit qu'elles ſe
ſeparaſſent juſqu'au 4. du mois
d'Aouſt prochain, & leur fit con
noiſtre en meſme temps , que ce
n'eſtoit pourtant pas l'intention
du Roy que le Parlement s'aſſemblaſt
en ce temps là ; mais que
cette Seance fuſt continuéejuſques
à ! Hyver , par ajournemens
qui ſeroient faits par ceux des
Deputez qui ſe trouveront à
Londres ou aux environs,à moins
que le ſervice de Sa Majesté ne
demandaſt leur Aſſemblée , auquel
cas Sa Majesté les en feroit
averttir de bonne heure par ſa
Proclamation , afin que tous les
Deputez s'y rendiſſent .
Le Roy ayant reſolu d'aller
fouper à Sceaux , dans la Maiſon
GALANT . 173
qui appartient à Monfieur le maг-
quis de Seignelay , Sa Majesté
l'en avertit quelques jours auparavant
, afin qu'il euſt le temps
de ſe preparer à la recevoir avec
- toute la Maiſon Royale. CeMarquis
donna auſſi -toſt les ordres
qu'il crut neceſſaires pour répondre
à l'honneur qu'il devoit recevoir
, & n'oublia rien de tout
ce qu'il s'imagina devoir eſtre
agreable à ſa Majeſté. Le jour fut
choiſy; mais le temps s'étant tourné
à la pluye , il y eut à craindre
qu'il ne changeaſt pas ſi toſt , &
le Roy eut la bonté de marquer
un autre jour. Ce fut le Lundy
16. de ce mois. Monfieur le маг-
quisde Seignelay pritde ſi grands
ſoins d'empeſcher la foule , qu'il
n'entra dans le Chaſteau que des
perſonnes diftinguées , & des
Officiers de la Maiſon Royale.Ce
H 3
174
MERCVRE
des
qui l'engagea à ſe ſervir de cette
précaution , fut non ſeulement
afin que le Roy ne fuſt point
incommodé de la preſſe qui fuit
ordinairement cesfortes de divertiſſemens
, mais encore afin qu'il
ne viſt point de perſonnes inconnuës
, qui font deux choses qui
geſnent , &qui font cauſe qu'on
ne joüit qu'imparfaitement
plaiſirs auſquels on s'eſt preparé.
Ainſi l'on peut dire que le premier
que Sa Majesté goûta en entrant
dans Seaux , fut celuy de
ne s'y trouver qu'avec ſa Cour
ordinaire , & d'eſtre aſſuré que
les divertiſſemens qu'on luy avoit
preparez , feroient pour Elle des
plaiſirs tranquilles.Le Roy arriva
à Seaux environ ſur les fix heures
& demie du foir , accompagné
de Monſeigneur le Dauphin,
de Madame la Dauphine , de
GALANT.
175
Monfieur , de Madame, de Monſieur
le Duc , de Madame la Du-
- cheſſe , de Monfieur le Duc de
■ Bourbon , de Mademoiſelle de
Bourbon , de Monfieur le Duc du
Maine , de Mademoiselle de Nantes
, de pluſieurs Ducs & Pairs ,
Mareſchaux de France , & des .
plus qualifiez Seigneurs de la
Cour-Quelques persones étoient
arrivées avant le Roy ,du nombre
deſquelles estoient Monfieur
le Cardinal de Bonzi , & Monſieur
le Nonce du Pape. Ѕа ма-
jeſté fut receuë à la deſcente de
fon Caroffe , par м.lе marquis de
Seignelay , M. le Coadjuteur de
Roüen , Meſſieurs les pucs de
Chevreuſe & de Beauvilliers ,
Meſſieurs les marquis de Maulevrier
& de Blainville , & Monfieur
le Bailly Colbert . Mesdames
les Ducheſſes de Chevreuſe , de
H 4
176 MERCURE
Villeroy , de Beauvilliers de Mortemar
; Mesdames les marquifes
de Seignelay, de Croiſſy, de Beuvron
, de medavy , & Madame la
Comteſſe de Saint Geran , vinrent
recevoir Madame la pauphine
& madame. Le Roy les
ſalüa, avec cet air tout engageant
qui luy eſt ordinaire . Il entra enſuite
par la porte du milieu dans
l'Apartement bas du Chaſteau ,
où il vit une enfilade de huit ou
neufpieces fort proprement meublées
; mais avec plus de bon
gouſt que de richeſſe , ou plûtoſt
avec une modeſte magnificence ,
s'il eſt permis de parler ainſi . Au
fortir de cet Apartement,on trouva
diverſes Chaiſes tirées par des
hommes , pour ſe promener dans
les Jardins. Il y a long - temps
qu'on ſe ſert de ces fortes de
Chaiſes à Versailles , & c'eſt de
GALANT.
177
là que l'uſage en eſt venu. Elles
ne font que pour une perſonne ,
mais il y en avoit une à Seaux
d'une invention finguliere & toute
nouvelle. Elle estoit à quatre
places , & quatre paraſſols y
eſtoient attachez Rien n'eſt ſi
commode & fi doux que ces
Chaiſes , parce qu'elles font conduites
par des hommes qui ne
marchent point devant , mais qui
ſont de chaque coſté de la Chaiſe.
Madame la Dauphine , Madame
la Ducheſſe, Madame la Princeſſe
de Conty , & Madame de
Maintenon , comme Dame d'Atour
de Madame la Dauphine ,
prirent place dans cette Chaiſe ;
&pluſieurs Princeſſes , Ducheffes
, & autres Dames qualifiées ,
fe ſervirent des autres. Il y en eut
quelques unes qui ſe firent un
plaifir de marcher ,& qui fui-
H
178 MERCURE
L virent en cela l'exemple de Madame.
Monſeigneur le Dauphin
Monfieur , Monfieur le Duc
7
,
Monfieur le Duc de Bourbon ,
Monfieur le Duc du Maine , &
tous les Princes & Seigneurs de
la Cour , accompagnerent le Roy
àpied , & Monfieur de Seignelay
fut toûjours auprés de Sa
Majesté , pour luy montrer ce
qu'il y avoit à voir , & pour l'éclaircir
de ce qu'Elle auroit pû
ſouhaiter d'apprendre touchant
les choses qu'elle voyoit. Il faut
remarquer que le Roy eſtoit au
premier rang de toute la Cour ,
qu'il ny avoit du monde qu'à
cofté & derriere ce Prince ; de
forte que rien ne luy derobant
la veuë des lieux où il ſe promenoit
, il jouiſſoit fans obitacle de
l'air que la confuſion empefche
GALANT . 179
ordinairement de reſpirer dans
ces fortes de divertiſſemens.
Aprés qu'on eut traverſé de
belles Allées paliſſadées , on arriva
àun Pavillon nommé le Pavillon
de l'Aurore , parce que l'Au
rore en ſe levant eſt plûtoſt re
marquée de ce lieu là que d'au
cun autre , & qu'il ſemble qu'elle
ne paroiſſe tous les matins que
pour l'éclairer. Ce Pavillon peut
eſtre encore appellé le Pavillon
de l'Aurore, à cauſe qu'on y voit
cette Déeſſe peinte de la main de
Monfieur le Brun ; ce qui ſuffic
pour faire juger des beautez du
dedans . Ce Pavillon a douzeouvertures
, en comptant celle de
la porte ;& comme ce Salon eſt
éleve , on monte pour y entrer
par deux Efcaliers opotez l'un à
l'autre. Il y a dedans deux enfoncemens
qui ſe regardens
H6
180 MERCURE
{
& qui renferment chacun trois
croisées. Le tour de l'un de ces
deux enfoncemens eſtoit remply
de toutes fortes d'eaux glacées ,
de confitures ſeches , & de fruits
auſſi beaux qu'ils eſtoient rares
pour la ſaiſon. Il y avoit dans l'au .
tre enfoncement ce que la France
a de plus habiles Maiſtres pour
les Inſtrumens , & dequoy faire
entendre une ſimphonie douce
& proportionnée à l'étenduë de
ce lien . Le Roy , Monſeigneur
le Dauphin , Madame la Dauphine
, Monfieur , Madame , les
Princes , Princeſſes , Ducheſſes
& Dames qualifiées , entrerent
feules dans ce Salon , ce lieu
n'eſtant pas aſſez ſpacieux pour
contenir tous les Seigneurs qui
accompagnoient Sa Majesté ;
mais tous les Courtiſans eurent
l'avantage de faire leur Couren
GALANT. 18
i
コ
ſe promenant dans le Jardin autour
des feneftres de ce Salon ,
d'où ils étoient veus de tous ceux
qui estoient dedans , & qui en
rempliffoient les feneftres , goûtant
à la fois quatre differens
plaiſirs , puis qu'ils reſpiroient
un air frais & agreable , aprés
avoireſſuyé la chaleur & la pouffiere
du chemin , qu'ils joüiffoient
d'une tres- belle veuë qui
offroit des Bois , des Plaines &
des Coſteaux , & qui en de certains
endroits s'étendoit juſqu'à
Paris; qu'ils entendoientune ſimphonie
tres-douce , & qu'ils ſe
rafraichiſſoient en même temps
avec les fruits & les eaux glacées.
Toutes les Auguſtes Perſonnes
qui rempliſſoient ce Salon , s'y
trouverent fi commodément ,
qu'elles y demeurerent pendant
plus d'une heure , apres quoy
182 MERCURE
l'on en deſcendit pour continuer
la promenade. On vit une belle
piece d'eau qui eſt à coſté du
Chaſteau', & l'on ſe rendit enfuite
dans la Sale appellée des
Maronniers , où font cinq Fontaines
tres - agreables , ſçavoir
quatre tirant vers les angles , &
unedans le milieu . On alla de là
dans un petit Bois fait en labirinthe
, & tout remply de Fontaines
, puis dans l'allée d'eau. Le
long de chaque coſté de cette
Allée , on voit regner quantité
de Buſtes fur des Scabellons , &
des lets d'eau qui s'élevent auſſi
haut que le Treillage . Chaque
Iet d'eau paroiſt entre deux Buftes
, & chaque Buſte entre deux
Iets d'eau. Il y a une rigole le
long du bas de chaque cotté de
l'allée , pour recevoir l'eau qui
tombe d'un ſi grand nombre de
GALAN T. 183
lets,& aux quatre coins de cette
Allée ſont quatre grandes coquilles
qui reçoivent auſſi l'eau . Der.
riere les Buſtes & les lets d'eau ;
s'élevent de grands Treillages qui
formentdes murailles de verdure .
Au fortir d'un lieu fi beau , & où
l'on reſpire une fraicheur qui
enchante , on alla voir le Pavillon
appellé des quatre Vents.
C'eſt un lieu charmant pour la
beautéde la veuë : on revint enfuite
le long du Mail , puis en
deſcendant un peu , on ſe rendit
auprés d'une piece d'eau qui
contient environ fix arpens. Le
lieu fot trouvé ſi agréable , que
le Roy voulut s'y repoſer , afin
d'y demeurer plus long-temps.
Sa Majesté choiſit pour s'affeoir,
un endroit qui regarde en face
une Caſcade , qui eſt à l'autre
bout de cette piece d'eau . Elle
184 MERCVRE
5
eſt ſur le panchant d'une coſte ,
& comme les eaux en ſont vives,
on peut afſſeurer que tout y eſt
naturel . Elle forme trois Allées
d'eau , & elle eſt ornée de plufieurs
Vaſes de Bronze , qui font
entre les Baffins d'où ſortent les
Iets. Pendant que le Roy & la
Maiſon Royale furent aſſis vis à
vis de cette Caſcade , pluſieurs
Gondoles dorées & vitrées
garnies de Damas de diverſes
couleurs & conduites par
des Rameurs vétus de blanc , &
fort proprement mis , avec des
Rubansde couleur , firent divers
tours ſur la piece d'eau , & paſſerent
pluſieurs fois devant le Roy,
afin de l'inviter à entrer dedans ,
s'il euſt eu envie de ce promener
fur l'eau , mais ce Prince infatigable
aimant mieux prendre à
pied le plaifir de la promenade
GALANT. 185
vint voirde prés la Caſcade , qu'il
avoit examinée de loin pendant
une demy heure. Il demeura
encor quelque temps à la confiderer
, puis il monta à pied julqu'au
haut , & Madame la Dauphine,
& les Dames le ſuivirent,
dans leurs Chaiſes . On entendit
au haut de la Caſcade , l'agréable
bruit de pluſieurs Haut-bois
qui ſe meſloit à celuy des eaux,
Ils estoient cachez derriere la
Paliffade , & marcherent longtemps
ſans eſtre veus , de maniere
qu'il ſembloit que cette mélodie
inviſible eſtoit en l'air , & que
ceux qui la formoient fe faifoient
un plaiſir de ſuivre le Roy. On
eut le meſme divertiſſement en
pluſients endroits du Jardin , ou
les Flutes douces & les Hautbois
estoient cachez dans des
Boſquets. Il ne reſtoit plus qu'u
186 MERCURE
ne piece d'eau à voir. Le Roy
voulut encore y alter aprés avoir
veu la Caſcade , & lors qu'on
retourna au Chaſteau , le Ciel
commença à s'obſcurcir , comme
a le jour n'euſt voulu finir,
que lors que ce Prince n'avoit
plus beſoin de ſa clarté , &que
la nuit n'euſt conſenty à paroiſtre
, que dans le temps que ſon
obſcurité eſtoit neceſſaire pour
donner plus de plaiſir à Sa Majeſté
, en faiſant briller davantage
les lieux qu'on avoit illuminez
pour la recevoir. Quoy qu'il n'y
euſt aucunes lumieres attachées
aux Murailles du dehors du Chaſteau
, ce que l'on appelle Illuminations,
il ne laiſſa pas deparoiftre
fort brillant, lors que la Cour
eut tourné fes pas de ce coſté là.
Toutes les Feneſtres en estoient
ouvertes ,& un grand nombre
GALANT . 187
A
de Lustres en éclairoit les Appartemens
auſſi bien qu'une Galerie
haute , & une Galerie baſſe par
leſquelles on y entre , & dont les
ouvertures ne font point fermées,
ce qui faifoit paroiſtre les Luſtres
, les Bras dorez , & les tableaux
, dont ces deux Galeries
eſtoient remplies. Le Roy traverſa
une partiede cette Galerie
pour ſe rendre dans l'Orangerie,
où un Concert eſtoit préparé .
Il entra par le bout opposé àl'endroit
où eſtoient ceux qui devoient
faire ce Concert. Ainfi
ce Prince les vit tous d'abord en
face . On avoit pris ſept Toiſes de
pronfondeur . pour les Places.
Elles eſtoient ſeparées du coſté
de l'Orangerie par de grands
Pilaſtres de Marbre,qui portoient
une Façade où cinq Lustres
étoient attachez . Le meſme ordre
188 MERCURE
ſuivoit juſques au fond où pa
roiſſoient deux manieres d'Eſcaliers
de chaque coſté , qui rampoient
ſuivant la pente d'un Amphithéatre
qui estoit dans le fond,
& qui paroiffoit conduire à une
Galerie , qui eſtoit auſſi dans le
fond au deſſus de l'Amphithéatre.
Tout ce fond eſtoit éclairé
par beaucoup de petits Luſtres,
&toutes les faces des Pilaſtres
étoient ornées de quantité de
Plaques portant pluſieurs Bougies.
Tout le reſte de l'Orangerie
eſtoit paré d'une tres - belle
Tapiſſerie , repreſentant toutes
les Chaſſes des douze Mois de
l'Année , & de deux rangs de
Luftres qui regnoient depuis un
bout juſqu'à l'autre. Je vousenvoye
les Vers qui y furent chantez
, ils font de Monfieur Racine
Tréſorier de France , de l'Aca
GALANT. 189
démie Françoiſe . Il eſt connu par
un ſi grand nombre de beaux
Ouvrages , que fon nom fait fon
Eloge.
IDYLLE
SUR LA PAIX.
N plein repos favoriſe vos
UN voeux ,
Peuples , chantez la Paix qui nous
rend tous heureux.
:
Un plein repos favoriſe nos voeux.
Chantons ,chantons la Paix qui nous
rend tous heureux .
Charmante Paix,délices de la Terre.
Fille du Ciel,& mere des Plaisirs,
Tu reviens combler nos defirs ,
190 MERCURE
Tu bannis la Terreur , & les tristes
Soûpirs
Malheureux enfans de la Guerre .
Un plein repos favoriſe nos voeux.
Chantons , chantons la paix qui
nous rend tous heureux .
Tu rend le Fils àſa tremblate Mere.
Par toy la jeune Epouse efpere
D'estre long- temps unieàfon Epoux
aimé.
De ton retour le Laboureur charmé
Ne craint plus deſormais , qu'une
main étrangere
Moiſſonne avant le temps le champ
qu'il a ſemé.
Tu pare nos Iardins d'une grace
nouvelle.
Tu rends lejour pluspur,& la terre
plusbelle.
GALANT. 191
Vn plein repos favoriſe nos voeux ,
Chantons,chantons la Paix qui nous
rend tous heureux.
Mais quelle main puiſſante &secourable
A rappellé du ciel cette Paix adorable?
Quel Dieu Sensible aux voeux de
l'Univers
A replongé la Diſcorde aux Enfers?
Déja grondoient les horribles tonnerres
Par qui font brisez les rempars.
Déja marchoit devant les étendars
Bellone les cheveux épars,
Et se flattoit d'éternifer les guerres
Que fa fureur Souffloit de toutes
parts.
4
192
MERCURE
Divine Paix , apprens- nous par
quels charmes
Vn calmesi profond fuccede à tant
d'allarmes ?
Un Heros , des mortels l'amour &
le plaisir.
Vn Roy Victorieux vous a fait ce
loiſir .
Vn Heros , des mortels l'amour & le
plaisir ,
Vn Roy victorieux nous a fait ce
loifir.
Ses Ennemis offensez de fa gloire
Vaincus cent fois , & cent fois fup.
plians ,
En leur fureurde nouveau s'oubliant
Ont ofé dansſes bras irriter la Vi-
Etoire..
Qu'ont
GALANT.
193
Qu'ont - ils gagné ces Esprits
orgueilleux.
Quimenafſoient d'armer la terre
entiere?
Ils ont veu de nouveau refferrer leur
frontiere. * Luxembourg.
Ils ont veu ce * Roc Soureilleux.
De leur orgueil l'esperance derniere,
Denos champs fortunez devenir la
barriere.
Vn Heros , des mortels l'amour &
leplaisir ,
Vn Roy victorieux nous a fait ce
loiſir.
Son bras eft craint du couchant à
l'Aurore
La foudre quand il veut tombe aux
Climats gelez.
Et fur les bords parle Soleilbrûle.z
Defon couroux vangeur fur le rivage
More
Iuillet 1685 . I
194
MERCURE
La terrefume encore.
Malheureux les Ennemis
De ce Prince redoutable !
Heureux les Peuples ſoûmis
Afon empire équitabie !
Chantons , Bergers , &nous réjoüif-
Sons.
Qu'ilfoit leſujet de nos feſtes.
Le calme dont nous joüiffons
N'est plus ſujet aux tempestes .
Chantons, Bergers , & nous réjoüis-
Sons.
Qu'il foit le ſujet de nos feftes.
Le bonheur dont nous joüiſſons
Le flate autant que toutes ses
conquestes.
De ces lieux l'éclat & les attraits,
Cesfleurs odorantes ,
Ces eaux bondiſſantes ,
Ces ombrages frais ,
GALAN.T.
195
Sont des dons de ses mains bienfaiſantes.
De ces Lieux l'éclat & les attraits
Sont des fruits deſes bien-faits.
Il veut bien quelquefois viſiter nos
bocages.
Nos Iardins ne luy déplaisentpas.
Arbres épais redoublés vos ombrages.
Fleurs , naiſſez ſousses pas.
O Ciel ! ô Saintes Destinées !
Qui prenezſoin deses jours florif
Sans ,
Retranchez denos ans
Pour ajoûter à ſes années.
Qu'il regne ce Heros , qu'il triomphe
toûtours.
Qu'avec luy ſoit toûjours la Paix
ou la Victoire.
Que le cours deſes ans dure autant
que le cours
12
196 MERCURE
De la Seine & de la Loire.
Qu'il regne ceHeros, qu'iltriomphe
toûjours.
Qu'il vive autant quefagloire.
Ces Vers avoient eſté mis en
Muſique par M. de Lully . Il n'a
jamais mieux réüſſi qu'en cette
occafion. Les grands Airs étoient
fi bien meſlez avec les Airs
Champeſtres , que chacun y
trouvoit dequoy ſe ſatisfaire ſelon
ſon gouſt. Cét Idille fur
chanté par les plus belles voix de
l'Opera .
Ce Concert finy , le Roy fortit
par la grande Porte qui eſt au
milieu de l'Orangerie , & vit à
main droite un grand nombre
d'Orangers qui formoient des Allées
fort éclairées par un grand
nombre de Lumieres,qui eſtoient
derriere les Caiſſes. Après avoir
GALANT.
197
marché environ trente pas dans
l'une de ces Allées , Sa Majeſté
découvrir d'un ſeul coup d'oeil
toute la Feüillée , la Table , &
I'lllumination qui estoient dans le
Boulingrain. Le Baffin qui eſt au
milieu de ce Boulingrain , & à
qui l'on peut donner le nom de
Canal à cauſe de ſa grandeur , a
trente-quatre pieds & demy de
large fur quarante-huit de long,
en ycomprenantles pleins Ceintres
, qui font aux deux bouts
du Baffin ſur ſa longueur.
LaTable eſtoit de quatre pieds
trois pouces de large , & régnoit
tout autour du Canal ſuivant fon
plan ; mais il n'y avoitde couverts
qu'aux deux endroits qui étoient
ſous les Feüillées , & qui occupoient
les bouts du Canal jufques
aux Angles, & les deux parties
des flancs ou coſtez eſtoient
1. 3
198 MERCURE
en Amphitheatre à trois gradins
defcendans du coſté de l'eau , ce
qui donnoit lieu à tous ceux qui
étoient à Table , de voir tous les
riches & galens ornemens dont
ces deux coſtez étoient remplis.
Le Roy eſtoit à Table ſous le
milieu d'une Feüillée qui étoit à
l'un des bouts du Canal ,& Monſeigneur
le Dauphin eſtoit ſous
le milieu de la Feüillée qui luy
étoit oppofé , de maniere qu'ils
avoient quarante - huit pieds
d'eau entr'eux , & trente- quatre
&demy de large, & deux coſtez
de Table de quarante huit pieds
chacun , garnis d'un cordon de
Corbeilles , & de Vazes de Porcelaines
templis de Fleurs , entre
des Girondoles , & d'autres machines
d'Orfevrerie. L'Invention
en eftcit nouvelle , Elles portoient
juſqu'à vingt- cinq Bou
GALANT. 199
gies chacune; il y en avoit d'autres
moins élevées. Ces machines
de lumieres étoient toutes differétes
, & les Figures Allegoriques
quelles repreſentoient avoient
du rapport au Roy. Les deux
autres Grandins juſqu'à la Tablette
du Baffin, étoient tous garnis
de meſme. Il eſt difficile de
bien concevoir le plaiſir qu'avoient
ceux qui étoient à Table.
Il n'y avoit perſonne au devant
qui les incommodaſt en les regar.
dant manger. Ils ne voyoient
que l'eau, des Fleurs , de brillants
Buffets & l'Illumination des
Berceaux , & toutes ces choſes
réfléchiſſant dans l'eau , la faifoient
briller , & y paroiſſoient
Aotantes.
د
La Feüillée qui étoit à chaque
bout du Canal , & qui couvroit
les deux endroits de la Table où
۲
14
200 MERCURE
l'on mangea , étoit de dix- huit
pieds de haur,& toute par Arcades
, & formoit une maniere de
Veſtibule . Ces deux Feüillées
étoient ſi artiſtement poſées, que
les Corniches & les autres parties
de l'Architecture s'y diſtinguoient
parfaitementbien.
L'endroit où étoit le Roy,
' formoit un milieu dont le plafonds
eſtoit ceintré . Les Plafonds
des deux Aifles eſtoient plats
ton's les Portiques étoient en Arcades
, ornées des Armes & des
Chiffres de Sa Majesté dans le
milieu . Pluſieurs Luftres & des
Feſtons de Fleurs pendoient auſſi
au milieu des meſmes Arcades,
&desFeſtonsde Fleurs, ornoient
celle au milieu de laquelle mangeoit
le Roy. Toutes ces Corniches
étoient bordées de cent
cinquante Girandoles portant
GALANT . 201
chacune fix Bougies , & entre
chaque Girandole, ily avoit une
Corbeille d'argent remplie de
Fleurs . On avoit mis des Rideaux
de Damas blanc à toutes les Arcades
, afin qu'on ne fuſtpas furpris
par la pluye , & ces Rideaux
eſtoient renoüez à chacun des
Pilaſtres ; de forte que ſi le mauvais
temps fuſt ſurvenu , on ſe
feroit trouvé enfermé ſous ces
Feüillées , comme dans des Tentes
, & l'on n'y auroit ſouffert
aucune incommodité. Il y avoit
deux Buffets de parade vis à vis
les flancs de la Table ; ils étoient
appuyez chacun contre une
grande Arcade de Berceaux du
Boulingrain , & ces Arcades formoient
un couronnement àchaque
Buffet. Ils eſtoient de vinge
pieds de face , & avoient trois
Grandins. Chaque Grandin étoin
202 MERCURE
JP
deGlaces de Miroir, & ces Glaces
en faiſant refléchir l'Orfèvrerie
qui rempliffoit les Buffets ,
ſembloient la multiplier. Elle
eſtoit compoſée de pluſieurs pieces
curieuſes de Vermeil doré,
d'argent & d'or , entre leſquelles
il y avoit nu grand nombre de
Girandoles qui portoient plu-s
ſieurs Bougies ,& dont les lumie
res multipliées dans les Glaces,
faifoient doublement briller l'Orfévrerie
, puis qu'elle donnoient
auffi de l'éclat aux pieces qu'elles
en repreſentoient. Les coſtez de
ces deux Buffets étoient ornez
de pluſieurs Orangers. Tout le
Berceau qui faisoit le pourtour
du Boulingrain , étoit illuminé
depuis la Corniche juſqu'au bas,
& il y avoit une lumiere à chaque
Maille du Treillage. Tous les
Ceintres des Portiques & des
GALAN T.
203
Pillaſtres du Treillage eſtoient
auſſi ornez de lumieres , & il y
avoit une Girandole de Criſtal
au deſſus de chaque Pillaſtre.
Les Domes qui font dans les Angles
, & qui s'élevent au deſſus
des Berceaux eſtoient entierement
illuminez , & il y avoit
dans les fonds de ces Berceaux
antité de Lumieres qui formoient
des Soleils,& des Chiffres
du Roy avec des Couronnes.
Il y eut cinq Services de tour
ce qu'il y avoit de plus rare pour
la Saiſon , à l'égard des Viandes
& des Fruits. Ceux qui eurent
l'honneur de manger à la Table
de Sa majeſté furent ,
Madame la Dauphine.
Monfieur.
Madame la Ducheffe..
Mademoiselle de Nantes.
I
204 MERCURE
-Madame la Ducheffe d'Arpajon..
Madame la Mareſchale de Rochefort.
Madame de Maintenon .
Madame la Princeſſe d'Har
court.
Madame la Ducheſſed'Uzés..
Mademoiselle d'Uzés.
Madame la Ducheſſede Villeroy.
Madame la Princeſſe de Montauban..
Madame la Ducheffe de Sully..
Madame la Ducheſſe de Rocquelaure.
Madame la Marquiſe de Thianges.
Madame la Comteſſe de Gramont.
Madame deGrancey.
Madame la Marquiſe de Medavy.
Mademoiſelle d'Arpajon.
Les fix Filles d'honneur de Maj
dame laDauphine..
GALANT . 20
Le Roy fut ſervy par Monfieur
le Marquis de Seignelay ,
Madame la Dauphine par Monfieur
le Bailly Colbert , & Monfieur
, par Monfieur le Marquis
deBlainville.
Voicy les noms des perſonnes
qui remplirent les places de la
Table qui fut ſervie pour Monſeigneur
le Dauphin..
Madame..
Madame la Princeſſe de Conty..
Mademoiselle de Bourbon .
Madame la Ducheſſe de Vantadour.
Madame de Duras Fort.
Madame la Princeſſe de Lille
bonne.
Meſdemoiselles de Lillebonne..
Madame la. Ducheffe de Gra
mont..
Madame la Ducheſſe de Foix...
Madame la Princeſſe de Tingry..
206 MERCURE
Madame la Mareſchalle de Humieres.
Mademoiselle de Humieres .
Madame la Duchefſfe de la Ferté.
Madame la Comteſſe de Roye .
Mademoiselle de Rouffy.
Madame de Coafquin .
Madame la marquiſe de Beringuen.
Madame la marquiſe de maré.
Madame la Comteſſe de Bury.
Madame la marquiſe dela Fare.
Les quatre Filles d'honneur de
Madame .
Monfeigneur le Dauphin fut
ſervy par Monfieur le Marquis
de Maulevrier , qui ſervit auſſi
Madame . Quelques Dames dont
les noms me font échapez , eurent
encore place à ces deux
Tables . Les Trompettes & les
Timbales, les Violons , les Flutes
douces , & les Haut- bois , le
GALAN T.
207
firent entendre al
THEQUE DEC
SIYON E
1893
le long du deſſous des Berceaux
du Boulingrain , & quantité de
Buffets où l'on ne refuſoit pas à
boire à tous ceux qui en ſouhai206
MERCURE
1
rent encore place
Tables. Les Trompettes & les
Timbales , les Violons , les Flutes
douces , & les Haut-bois , le
GALAN T.
207
firent entendre alternativement
pendant le repas. le vous envoye
une Figure gravée. Elle eft veuë
d'un des coſtez des Buffets , &
fait voir la Feüillée entiere , de
maniere qu'il n'y manque qu'un
des coſtez du Boulingrain, un des
Buffets , & les deux Gradins qui
eſtoient fur le bord de l'eau de
l'un des flancs de la Table. S'il
euſt eſté poſſible que la graveure
euſt fait voir le tout , il ne mangueroit
rien à cette Planche.
Dans le temps que le Roy fe mit
à Table , on ſervit dans le Châ
teau deux Tables de vingt à trente
Couverts , chacune pour les .
Perſonnes diftinguées de laCour,
qui voulurent y prendre place. II
yen avoit encore pluſieurs autres
le long du deſſous des Berceaux
du Boulingrain , & quantité de
Buffets où l'on ne refuſoit pas à
boire à tous ceux qui en ſouhai2:
08 MERCURE
1
toient , non plus que des Plats
de la deſſerte du Roy , qui furent
preſque tous donnez à ceux qui
en demanderent. Il y avoit auſſi
des Tables le long des Murailles
des Courts du Chaſteau où mangerent
les Valets. Sa Majesté en
ſe levant de Table ſe tourna vers
Monfieur le Marquis de Seignelay
, & luy marqua avec cet air
tout engageant , & qui luy eſt ſi
naturel , la fatisfaction qu'Elle
avoit de la maniere dont Elle
avoit eſté receuë. Ce Prince fit
enſuite le tour du Boulingrain. Ik
examina les Buffets, les Berceaux
& la Feüillée , puis eſtant forty
du Jardin pour monter en Caroffe
, il trouva les meſmes Per
fonnes qui l'avoient receu à fon
arrivée , & les ſalua avec le mê
me air de bonté qu'il avoit fair
en entrant : aprés quoy il monta
enCarolle ,& trouva les Cours
GALANT.
209
la Porte & l'avenuëdu Château,
bordées de groſſes lumieres. On
peut dire que Monfieur de Seignelay
n'a rien oubliée pour recevoir
un ſi grand Monarque ,
& que Monfieur Berrin a parfaitement
bien répondu à l'intention
de ce Marquis.
Dame Aimée Eleonor de Plas,
mourut en Auvergne le 28. du
dernier mois , aprés avoir donné
durant ſa vie & à ſa mort des
marques ſolides d'une vertu , &
d'une pieté conſommée. Elle eſt
regretée de toute cette Province,
& fur tout des Pauvres , à qui
elle a toûjours ſervy de Mere..
Elle estoit Femme de Monfieur
leComte de Rouffille- Fontanges,
dont l'antiquité de la Maiſon eſt
affez connue
Monfieur le Pelletier Miniſtre
d'Estat , & Controlleur general
210 MERCURE
des Finances , a perdu un de
Meffieurs ſes Fils au commencement
de ce mois. Il eſtoit dans
une tres grande devotion,& vouloit
entierement renoncer au
monde , en ſe conſacrant à Dieu,
dans une des Maiſons les plus auſteres
qu'il y ait en France .
Peu de jours aprés mourut
Meffire Nicolas Mazure , ancien
Curé de l'Egliſe de Saint Paul ,
Docteur & Doyen de la Faculté
de Theologie de Paris. Il eſtoit
Abbé de Saint Jean en Vallée de
Chartres, & avoit eſté grand Maitre
de l'Oratoire de Sa Majeſté .
Monfieur Perrot de la malmaifon
, Conſeiller de la Grand'
Chambre , eſt mort dans ce meſme
temps en ſa 76. année . Il étoit
Beaupere de Monfieur Barentin ,
premier Preſident du Grand
Confeil.
GALAN Τ. 211
Le 19. de ce mois , Mademoiſelle
de Condé, troiſième Fille de
M. le Duc , fur baptifée par M.le
Curé de S.Sulpice , dans la Chapelle
de l'Hoſtel de Condé.Monſieur
le Prince,grand- Pere de cette
Princeſſe, fut le Parain,& ма-
dame la Ducheſſe de Brunſvvich,
Soeur de Madame la Ducheſſe ,
& Veuve de Jean Frideric Duc
de Brunſvvich Hanover , fut la
Maraine , & la nomma Loüife Benedicte
. Meſdames les trois Princeſſes
de Hanover ſes Filles , ſe
trouverent à cette Ceremonie ,
&ſe firent admirer de tous ceux
qui les virent, tant par leur beauté
& leur bonne grace , que par
un certain air modeſte & engageant
qui accompagne tout ce
qu'elles font. C'eſt un effet de
la bonne éducation que mada-
- me la Ducheſſe de Brunſyvick
212 MERCURE
1
prend ſoin de joindre aux avantages
de leur Naiſſance. Il ſuffic
qu'elles ſe faſſent un modelle de
fes grandes qualitez , pour acquerir
tout ce qui peut rendre
des Princeſſes parfaitement accomplies.
L'Aiſnée , qui ne fait
que de ſortir de ſa quatorziéme
année , a une taille fine & aiſée,
dont la beauté augmente dejour
en jour avec ſon âge. Elle a le
teint vif, les yeuxbleus &doux,
&tantde charmes dans toute ſa
perſonne ,qu'on ne sçauroit ſe
laffer de la regarder.
Le 26. la Ceremonie du Baptefme
de Mademoiselle d'Anguien
, ſeconde Fillede Monfieur
le Duc , ſe fit dans la Chapelle
du Chaſteau de Versailles , par
Monfieur l'Eveſque d'Orleans..
Monſeigneur le Dauphin & ма-
dame la Dauphine , la nommeGALANT.
213
rent Anne Marie Victoire.
Le Samedy 21. de ce mois ,
Monfieur l'Abbé de Lorraine ,
Fils de Monfieur le Comte d'Armagnac
grand Ecuyer de France,
foûtint une Tentative en Sorbonne
, avec un ſuccés qui paſſe
tout ce que je pourrois vous en
dire. La force & la netteté de
ſes réponſes , luy attirerent l'admiration
de tous ceux qui ſe
trouverent à cette action , à laquelle
prefidoit Monfieur l'Archeveſque
de Paris . L'Aſſemblée
fut auſſi illuſtre que nombreuſe;
& il vous eſt aiſé de juger de
l'empreſſement qu'eurent Mefſieurs
les Prelats , Ducs , & autres
du premier rang , à venir
entendre une Perſonne de cette
Naiſſance.
M. Bouchet ancien Curé de
Nogentle Roy , la petiteAffem214
MERCVRE
blée G.& la belle Nouriture du
Havre , font les ſeuls qui ayent
expliqué la premiere des Enigmes
du dernier mois, ſur la Truite,
L'Homme à chevaleſtoit le vray
mot de la ſeconde , & il a eſté
trouvé par Meſſieurs Rault de
Roüen , l'Epinay - Buret& fa chere
Soeur de Vitré en Bretagne,
Hordé de Senlis , Meſdemoiselles
Marie de Vaux, Madelon Provais,
& l'Epoux fidelle & deſolé de
Picardie . Ceux qui ont expliqué
l'une & l'autre Enigmedans leur
vray ſens, font Meſſieurs de Lhofpital
Lieutenant au Grenier à
Sel ; le Vaſſeur le Cadet, Mathe.
maticiens ; Mantois de Clereville
; Sorbiere Banquier de la ruë
des cing Diamans ; P. Cartier de
Roüen , de Rouville de Vernon ;
Leger de la Verbiſſonne ; Mademoiſelle
Goffemant de Troye en
GALANT.
215
i
Champagne ; le Procureur Palaff.
a de Mirette ; le Breſſan Fleuriſte
d'auprés de Cognac , & la
grande Fille Margot d'auprés de
Roüen .
Au lieu d'Enigmes nouvelles,
je vous envoye une Fable Enigmatique
de M.B.D. de Toulouſe
. On en demande l'explication .
`AU ROΥ ,
FABLE
D
ENIGMATIQVE .
IgneHerospour qui plus
main sçavante ,
d'une
S'exerce au langage des Dieux ,
Fameux LOUIS , daigne jetter
les yeux
Sur les Vers qu'àmon nom Mercure
te preſente.
216 MERCVRE
1
IeSçay bien que les Envieux
Vont condamner en moy le defir de te
plaire ,
Ils diront quejesuis unjeuneTemeraire
,
Quej'ay l'esprit ambitieux .
Il est vray , je l'avouë, ils ont lieu de
Lecroire ,
Ton Nom plus noblement devroit
estre chanté;
Mais GRAND ROY, le defir de
celebrer ta gloire ,
Eftunebelle excuse à ma témerité.
Tolomée,un de nos Ayeux,
Prolo
Voyoit , dit- on , promener les
Planettes ,
On dit auſſi qu'il comptoit onze
Cieux ,
Sans le ſecours de nos longues Lunettes
.
I'y fouſcris donc , &fon vieux
Sentiment,
Va
GALANT.
217
Va me fervir defondement.
Peut donner à ma Fable un peu de
vray-Semblance ,
Afon opinion j'ajoûte ſeulement ,
Que chaque Ciel comme le Firmament
,
-Devoit avoir en fibelle occurre
Des Etoiles au moins pour fervir
d'ornement ,
Et là- deſſus voicy ce que j'avance.
Venus avoit un Ciel d'une grande
Splendeur ,
Ses Etoilles vivoient en bonne intelligence,
Qui fut pourtant fatale àfon
bonheur.
Carſe donnant une pleine licence,
Elle ofa du Soleil attaquer la grandeur
,
Elle ofa braverſa puiſſance.
Le Soleilfait tout fagement ;
Bien qu'ilfuſtſenſible àl'offence,
Ildiffera le châtiment ,
Iuillet 1685 . K
218 MERCURE
Dans l'espoirque dansſanaiſſance
On viendroit étouffer tout fon reffentiment
.
Loin d'agir auſſi prudemment ,
La Superbe Venus ne met rien en
usage ,
Nesedonne aucunfoin;de ceretar
dement
Tire peut- estre un bon préſage,
Et fans doute a ſon ſens pour détourner
l'orage ,
LeSecoursde la Lune estoit ungrand
Secours.
Ellese trompoit l'orgueilleuse,
Il est vray que la Lune est affez lumineuse
,
Mais contre le Soleil c'est un foible
recours.
Ilpeut,quand il luy plaiſt de former
un nuage ,
Porterdans tous les Cieux la crainte
&leravage.
GALANT.
219
Voyant donc que Venus avoit tout
méprisé ,
C'eſt, dit- il,trop tarder à punir l'in.
Solence,
Songeons, puis qu'il le faut,fongeons
à la vangeance.
Brefpour le châtiment tout estoit
disposé,
Quand du Cielde Venus une Etoile
exilée,
Plaintive autant que defolée ,
Dansfon malheureux accident,
Vint du Soleilreclamer la justice.
Pere dujour,dit- elle en l'abordant
Vous ſeul pouvez me rendre un
bon office,
L'ofe implorer vostre puiſſant ſecours,
De ma disgrace interrompezle
cours ,
Empefchezque je ne periffe.
Le Soleil la recent fort bien .
K 2
220
MERCURE
Je me charge, dit - il,du ſoin de vostre
affaire ,
Vivez icy , ne craignez rien ,
Vous pouvez prés de moy joüir de ma
lumiere ,
Ie parleray pour vous & Venus
quelque jour
Pourroit biensentir àson tour ,
Les traits de ma juſte colere:
Ie devrois traiter rudement
Cette Planette témeraire ,
Et cependant ie veux avant le châtiment.
Tenter par la douceur un accommodement.
Ce qu'il fit , & Venus au lieu d'yfa
tisfaire,
Marqua toûjours une extrême
fierté,
Dequoy le Soleil irrité ,
Ah! c'en est trop , dit- il , ce procede
m'offence ,
GALANT. 221
Venus ignore encor ce que peut ma
vangeance ,
Pour punirfon orgueil marquons an
peu de fiel ,
Aſſemblons des rayons pour embrafer
Son Ciel,
Il avoit commencé de le réduire eu
cendre ,
Quand furle bruit de cét embra-
Sement ,
Saturne avec zele vint prendre,
Le ſoin d'un accommodement.
Le Soleilvolõtiers entenditſapriere,
IeSuspens , luy dit- il , l'effet de ma
colere;
Mais ie veux faire à Venus une
Loy ;
Quand elle aura beſoin de lumiere
étrangere ,
Ie veux qu'elle ait recours à moy ,
Ie luy preſteray ma lumicre.
Ieveuxaussiquefes Aſtres errans,
K 3
222 MERCURE
Qui jadis à la Lune offroient leur
assistance ,
Soient privez de leur influence,
Laſource de nos differens.
Ie veux enfin que l'Etoile outragée
,
Soit àmon grédédommagée;
Que la fiereVenus par des soumis.
fions
Dans mon Palais vienne me rendre
hommage ,
Et d'une conduite peu fage ,
Qu'elley vienne former desrépara
tions .
Le Soleil pouvoit tout prefcrire,
Il estoit iuste , & de fon ire
Venus apprehendoit les traits ,
Aux conſeils de Saturne elle n'eut
rien à dire ,
, Il fallut s'y laiſſfer conduire
Il fallut du Soleil remplir tous les
Souhaits ,
GALANT.
223
Pour gouster la douceur d'une tranquille
Paix.
Ie ne puis finirma Lettre, ſans
vous faire partdes dernieres nouvelles
que nous avons euës d'Angleterre.
Le Roy ayant eu avis
des Victoires remportées ſur les
Rebelles , fit publier le 12. de ce
mois une Proclamation , par laquelle
il ordonna que le 26. de ce
meſme mois, ſeroit obſervé comme
un jour public , pour rendre
àDieu les actions de graces qui
luy ſont devës , pour la grande
mifericorde dont il luy a plû d'ufer
envers les Royaumes d'Angleterre
& d'Ecoſſe , en étouffant
la Rebellion . Le 13. le Duc
de Monmouth & Milord Grey
furent amenez à Londres . Le premier
demanda ſi inſtamment à
K 4
224
MERCURE
parler au Roy , qu'au lieu de le
conduire à la Tour , on le conduiſit
d'abord à Vvitheal,où étoit
Sa majesté , qui eut encore la
bonté de luy accorder cette grace.
Il eſtoit couvert d'un grand
manteau de velours ,& avoit les
mains liées deſſous. Il y a grande
apparence qu'on l'avoit couvert
de ce manteau , afin qu'il ne paruſt
point lié devant ce Prince; ce
qui n'eſt pas un ſpectacle qui ſoit
ordinaire aux Rois. Il eſtoit d'ailleurs
indigne de toute compaffion,&
il euſt eſté difficile que Sa
Majesté l'euſt veu en cet eftat
ſans en prendre . Il demanda pardon
& la vie au Roy ,& la demanda
juſqu'à la baffeffe. Ce
n'eſt pas qu'il y en ait à demander
pardon à un Roy , quand on eſt
auffi coupable que ceDucl'étoit:
GALANT.
225
mais on peut dire qu'on fait une
baſſeſſe lorſqu'on demande la
vie avec autant d'inſtance & de
foibleſſe qu'il fit , puis que cela
fait connoiſtre la crainte qu'ona
de la mort. Il proteſta qu'il n'avoit
point eu intention de ſe faire
1) Roy , & que c'eſtoit le miniftre
Forguson , mort dans le combat,
qui l'excitoit. Il fut interrogé par
le Confeil de Sa Majeſté ; affemblé
au meſme lieu, le n'ay pas
ſcen ce qui s'y paſſa . le ſcay ſeulement
que le temps qu'ildemeura
à Vvitheal, futde trois heures;
aprés quoy on le mena à la Tour
par eau dans une Berge du Roy,
accompagnée de Berges armées.
Ceux qui le virent fortir du Palais
, remarquerent qu'il pleuroir..
H avoit les yeux ſi rouges , qu'il
futaifé de connoiſtre que ce n'é226
MERCURE
temps ,
toient pas là les premieres larmes
qu'il répandoit. Depuis ce
il n'oublia rien pour
obtenir une priſon perpetuelle.
Il chercha les moyens de faire
parler la Reine pour luy. Il
écrivit & fit écrire au Chancelier
, & à d'autres , & implora
juſqu'à l'aſſiſtance de ſes Ennemis
. Quoy qu'il ait dit qu'il
n'avoit jamais aſpiré à la Couronne
, il eſt certain qu'il fur
proclamé Roy a Glaffembury.
Voicy ce qu'il écrivit auſſi toſt
aprés au Duc d'Albermale.
MILORD
Comme nous avons esté informez
que vous commandez de la Cava-
Lerie & de l'Infanterie pour facques
, Duc d'Yorck & que ces Tran
GALANT.
227
pes ont esté levées pour veſiſter &
s'opposer à noſtre Authorité Roya
le,Nous avons trouvé à propos de
vous faire sçavoir le reffentiment
que nous en avons , & nous nous
promettons que ce que vous avez
fait en cela à esté par méprise&
inadvertance , & que vous pren
drez d'autres mesures quand vous
Sçaurez que i'ay esté proclamé Roy,
pour succeder au Roy mon Pere,
mort depuis peu. C'est pourquoy
nous vous avons envoyé ce Meſſager
expres pourvous le ſignifier. C'est
donc noſtre bon plaisir Royal
noſtre volonté , & nous vous affi.
gnons expreſsément , & comman
dons par ces Presentes , qu'aussitoft
leur reception , vous ceffieztout
Acte d'hostilité & force d'armes
contre Nous & nos bien aimezSujets
& que vous vous rendiek
K6
228 MERCURE
inceſſamment dans nostre Camp , où
vous ferez receu de nous avec bonté
& affection . Que si vous ne
vous acquittez de ce que deſſus ,
nous ferons obligezde vous proclamer
Rebelle , & traiter ainſi ceux
quifont ſous vostre commandement,
& nous les poursuivrons eux &
vous comme tels . Nous efperons
pourtant que vous obeïrez promptement
, c'est pourquoy nous vous
defons adieu.
4
FACQUES.
Il y avoit à la Subſcription. A noftre
cher bien amé &fidelle Conseiller&
Coufin, Christophe,Duc d' Albermale.
Voicy la Réponſe que luy fit
le Ducd'Albermale , par lemê
memeſſager.
GALANT. 219
Ay recen voſtre Lettre , & je
Inne doute pas que vous ne me
traitaſſiez bien si j'étois entre vosς
mains ; & comme vous vous estes
donné la peine de m'appeller aupresde
Vous celle- cy est pour vous
faire fçavoir , que ie n'ay jamais
esté, ny ne feray iamais rebelle à
mon Roy Jacques II. Frere du feu
Roy Charles II. mon tres - cher
Maistre & Roy . Si vous croyez que
j'ay tort , &que vous avez raiſon,
ie ne doute pas que lors que nous
nous rencontrerons la justice de ma
Cause ne vous convainque. Vous
auriez mieux fait de ne point exciter
de Rebellion & de ne point enga
gerlaNatioàdefigrands Troubles.
ALBERMALE.
La Subſcription eſtoit. A lacques
Scot,cy-devant Duc de Montmoniki
230
MERCURE
Il portoit le nom de Scot ,
parce que c'eſtoit celuy de ſa
Femme , riche heritiere ,& Fille
d'un Comte d'Ecoffe. Il ne l'avoit
épousée qu'à condition qu'il
prendroit ſon nom. Il demeura
dans la Tour tout le 14. & le
lendemain il fut degradé de
l'Ordre de la Jarretiere . En quelque
endroit que l'on execute
celuy qui s'attire cette infamie ,
on le degrade toûjours à Vvindfor
, Maifon Royale fur la Tamiſe
, à quinze ou vingt milles
au deſſus de Londres. Tous les
Herauts s'y tranſportent , & à
fon de trompe en place publique
, ils jettent par terre lesArmes
du Criminel , en le publiant
à haute voix Traitre aw
Roy & à l'Etat . Enfuite ils relevent
les Ecuffons de ſes Armes
1
GALANT. 231
ils les déchirent ,&en jettent les
pieces . Il y a plus de cent ans
que l'on n'avoit dégradé perſon
ne en Angleterre.
Le meſme jour 15. qui fut
Mécrédy dernier 25. de Juillet
ſelon nous , il eut la teſte coupée
dans la place appellée
Tovver- Hill , qui veut dire
- Champ de la Tour. L'Eveſque
d'Ely & une autre Eveſque l'afſiſterent
fur l'Echafaut ; mais il
ne les écouta pas , eſtant mort
Puritain , c'eſt à dire Prefbytesien
ou Calviniſte épuré ; ce qui
n'eſt pas la Religion Anglicane
, qui a des Evefques. Les
Puritains les condamnent , difant
qu'il ne doivent eſtre que
fimples Miniſtres. Il eſt mort
fans fermeté , craignant , ne
pouvant ſe ſoûtenir ny parles ,
222 MERCURE
ce qui fut cauſe qu'il reçût cing
coups. Il a declaré qu'il avoit
eſté forcé par le feu Roy d'é.
pouſer ſa premiere Femme , &
en ſuite inſpiré d'en prendre
un autre. Ce mot d'inspiré , eſt
le terme des Puritains. Cette
autre Femme que l'on appelle
Henriette Neufvvort , eſtoit la
Maiſtreſſe d'un Milord , auquel
il l'avoit oftée. Le Duc de
Monmouth , par les intrigues
du fen Comte de Salſbury ,
avoitfait declarer le Duc d'York
inhabile à ſucceder à la Couronne
, & & il l'avoit obligé à
s'éloigner de Londres. Non
feulement il avoit eſté cauſe
de l'emprisonnement des Milords
Catholiques , & de la
mort du Vicomte Stafford , dont
la memoire a eſté rehabilitée
GALANT.
233
par Acte du Parlement ; mais
il avoit conſpiré contre la vie
du feu Roy ſon Pere , qui avoit
eu la bonté de luy donner une
Abolition ſcelléedu grand Sceau
d'Angleterre. Dés qu'il eut appris
ſa mort , il ne ſongea qu'à
prendre les armes , couvrant
ſon ambition de deux pretextes
, l'un du Mariage ſuppoſé
du feu Roy avec ſa Mere , ce
qui luy faiſoit dire que la Couronne
luy appartenoit , &
l'autre du nom de Protecteur
de la Religion Proteſtante
d'Angleterre , dont les
Sectateurs font appellez Puritains
& Prefbyteriens . Ils ſe diſent
illuminez , & pretendent
avoir tous le Saint Eſprit. Ce
party eſt entierement opposé à
la Religion Anglicane , qui ,
234 MERCURE
comme je l'ay déja dit , a des
Eveſques. Il avoit pourtant eſté
élevé dans la Religion Catholique
par les Peres de l'Oratoi.
re de lully , à ſept lieuës de
Paris. Il a eſté executé ſuivant
le Jugement du Parlement , qui
l'avoit declaré Rebelle. L'Allemand
qui l'a découvert , & qui
eſtoit à luy , eſt un homme qui
ayant deſerté deux fois les Troupes
de Brandebourg , y a eſté
condamné à eſtre pendu. On n'a
pas executé Milord Grey
cauſe que les Juges ordinaires
avoient déja fait ſon procez par
Contumace ; & comme ils font
en Vacance juſques à la S. Michel
, ce procez ne sçauroit
eſtre reveu qu'en ce temps-là.
C'eſt la coûtume en Angleterre
, de revoir les procés de tous
,
à
1
GALANT .
235
ceux que les luges ordinaires
ont jugez par contumace , quand
on tient les Criminels ; ce qu'on
ne fait pas dans les procez jugez
par le Parlement. Le Roy a
retenu à ſon ſervice les ſix Regimens
Anglois & Ecoffois que
les Eſtats de Hollande luy ont
envoyez dans cette conjoncture
d'affaires . Les Milices ont
eſté congediées , & l'Armée ,
c'eſt à dire les Troupes reglées ,
demeurera encore quelque temps
dans les Provinces de Dorfet &
de Sommerſet , où les Revoltez
ont paru.
Milord Preſton , Envoyé Exa
traordinaire d'Angleterre ,
fait faire icy des feux de joye
devant fon Hoſtel pour la ,
victoire remportée par le Roy
Jacques I I. contre les Rebelles .
236 MERCURE
Je vous envoyeray le mois prochain
une ample Relation
de cette réjoüiſſance , auffibien
que de celle que Milord
Stafford a fait faire pendant
trois jours devant la porte de
ſon Hoſtel , pour cette meſme
Victoire.
Je remets auſſi juſqu'à ce
temps - là les particularitez des
Fiançailles de Monfieur le Duc
de Bourbon , & de Mademoiſelle
de Nantes , qui ſe firent
le 23. de ce mois , & celles du
Mariage qui fut celebré le 24. Elles
meritent une Relation fort
étenduë . J'y joindray les Avantages
remportez à Tripoli par
• Monfieur le mareſchal d'Eſtrées,
avec un Plande la Ville. Ie ſuis,
Madame, Voſtre , &c .
AParis, ce 31. Iuillet 1685 .
GALANT. 237
Dans l'article du dernier Mercure
, où il est parlé du Portraic
de Monsieur de Lully , gravé par
Le Sieur Roulet , on a mis deux fois
Luffy , au lieu de Lully .
:
ع
FIN.
LYON
*BIBLIO
*
1893*
THAY
Avis pour placer les Figures.
L
'Air qui commence par Puis
que vous reſſemblez à qui vous
donna l'estre , doit regarder la
page so.
La Figure doit regarder la
page 207.
Archiepifcopus &Prorex Lugdunenfis
Camillus de Neufville Collegio SS .
Trinitatis Patrum Societatis JESU
Teſtamenti tabulis attribuit anno 1693 .
807156
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN. HEQUE
JUILLET 1685 .
1803
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY ,
ruë Merciere, au Mercure Galant .
M. DC. LXXXV.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
1
YAEC
ےن
LE LIBRAIRE
AU LECTEUR .
E vous envoy Cher
Lecteur , la fuitte du
Carroufel que vous
m'avez tant demandé.
L'on continuë à diſtribuer le
Iournal des Sçavans toutes les
Semaines pour fix fols par
Cahier.
Les Mercures ſe vendrone
toûjours 20. ſols chaque volume
& 30. fols les Extraordinaires
. Il eſt inutile de les demander
à meilleur marché. Ceux
qui prendront tous les vieux
Mercures ou une partie d'iceux
l'on leur en fera une compoſition
honneſte .
LIVRES NOUVEAUX
du mois de Juillet 1685 .
Hiftoire
la Guerre deChypre
Ecrite en Latin par Antoine
Maria Gratiani & traduite
en François par Monfieur le
Pelletier, inquarto, s . liv.
Eclairciſſemens de quelques
difficultez que l'on a formées
fur le Livre de la Sainteté & des
Devoirs de la vie Monaſtique ,
inquarto , 6. liv.
Hiſtoire de François Premier
de Monfieur de Varillas , in 12.
4. vol. 6. liv.
Extraordinaire du Mercure
Galant , du quartier de Avril,
• May & Iuin , indouze
fols.
, 30.
Seconde Relation du Carroufel
contenant de Nouvelles Particularitez
& quatre grandes
☑ Planches en tailles douce , in 4.
20. fols.
Traduction Nouvelle des Sa-
- tyres des Epiſtres & de l'Art
Poétique d'Horace , indouze
= 45. fols.
1
Hiſtoire de la Conqueſte de
la Floride , in 12. 30. fols.
L'Homme Spirituel du Pere
S. Iure , Nouvelle Edition , in 8 .
3. liv. 10. fols.
Entretiens des Peintres , in 4.
4. vol. par Monfieur Felibien ,
14. liv.
Nouvelles Vies des Saints, Folio
deux gros volumes , 22. liv.
TABLE
DES MATIERES
contenuës dans ce Volume .
5 contenant plusieurs
actions du Roy. 1
Arrests & Declarations. 14
Converfions. 24
Zele de la Ville de Peronne pour le
Roy.
28
Receptionfaite au Roy à Meudon ,
par Monsieur le Marquis de
Louvois. 29
Chapitre general des Capucins,tenu
à Rome. 32
Discours Academique , s'il faut toûjours
dire la verité. 35
Mort. 4.6
Galanteries fur l'accouchement de
TABLE.
Madame la Ducheffe de Richelieu.
48
Montre à eau.
55
Monfieur Faure eft receu Conseiller
au Parlement .
59
Converfion. 60
Cinquiéme Dialogue des chofes difficilesà
croire.
63
Journal de tout ce qui s'est passé au
Parlement d'Angleterre affem.
blé à Londres , depuis le jour de
l'ouverture,juſques au jourdeſa
Separation.Avec l'histoire entiere
de la Rebellion du Duc de Monmouth
, & du Comte d'Argile.
१०
Receptionfaite au Roy par Monfieur
le Marquis de Seignelay , dans
ſaMaison de Seaux.
Morts.
172
200
Baptefme de Mademoiselle de Condé
, troifiéme Fille de Monfieur
leDuc. 212
TABLE.
Altefoutenu en SorbonneparMonfieur
l'Abbéde Lorraine. 213
Noms de ceux qui ont expliqué les
Enigmes du dernier mois. 214
Fable Enigmatique. 215
Suite des Affaires du Duc de Monmouth.
1 223
Lettre du Duc de Monmouth , au
Duc d' Albermale, 226
Réponſedu Duc d'Albermale. 229
Execution du Duc de Monmouth.
231
Fin de la Table.
Et ledit Sieur I. D. Ecuyer , Sieur de
- Vizé , a cedé & tranſporté fon droit de
Privilege à Thomas Amaulry , Libraire à
, pour en joüir ſuivant l'accord fait
S
L'o
entcux.
Extrait du Privilege du Roy.
Ar Grace &
P
Chaville le 18. Juillet 1683. Signé, Par
le Roy en ſon Confeil , UNQUIERES. Il eſt ,
permis à I. D. Ecuyer , Sieur de Vizé , de
faire imprimer tous les Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , con, tenant
pluſieurs Pieces, Relations, Hiſtoires Avantures
, & autres Ouvrages hiſtoriques , curieux
& galans , pour la fatisfaction de
nôtre cher & tres-amé Fils LE DAUPHIN ;
pendant le temps & eſpace de dix années ,
à compter du jour que chacun defdits
Volumes ſera achevé d'impriimmeerr pour la
premiere fois : Comme auſſi défenſes font
faites à tous Libraires , Imprimeurs Graveurs
& aures , d'imprimer , graver & debiter
ledit Livre ſans le conſentement de
l'Expoſant, ny d'en extraire aucune Piece,ny
Planehes ſervant à l'ornement dudit Livre,
meſmc d'en vendre ſeparément,& de donner
à lire ledit Livre ; le tout à peine de fix
mille livres d'amende contre chacun des
contrevenans , & confiſcation des Exemplaires
contrefaits ; ainſi que plus au long
il eſt porté audit Privilege.
Privilege du Roy , donné à
Registré ſur le Livre de la Communauté
1614. Septembre 1683 .
Signé ANGOT , Syndic.
MERCURE
GALANT.
ROUE
DEL
LYO
JUILLET 1685.890
A grandeur , la bonté
, la magnificence ,
la liberalité , la pieté ,
☑ & mille autres Vertus
du Roy , ayant ſervy de Prélude
à prés de cent cinquante de
mes Lettres , je me trouve plus
accablé que le premier jour ,
d'une matiere toutedigne d'admiration
& d'étonnement , & qui
Iuillet 1685 . A
2. MERCURE
fait que tous les Etats du Monde
regardent le bonheur de la
France avec quelque ſentiment
d'envie .Je laiſſe pluſieurs Actions
furprenantes de ce Monarque,
pour ne m'attacher qu'à une
ſeule , qui pour n'avoir pû trouver
place parmy les Nouvelles
dont je vous ay fait part depuis
quelque mois , ne merite pas
moins d'eſtre publiée. Elle a touché
des Barbares , & il eſt juſte
de la mettre dans ſon jour , afin
que chacun luy donne les Eloges
qu'on luy doit. Mais comme
il m'eſt impoſſible de le faire ſi je
ne vous marque beaucoup de
choſes qui ont précedé.
Je vous diray en peu de paroles
, ce qui eſt plus étendu dans
pluſieurs de mes Lettres , & vous
parleray ſeulement du nombre
des Eſclaves à qui le Roy a fait
GALANT.
3
- donner la liberté par les Alge-
■ riens , & des temps où ils ont
= eſtérendus. Aprés que Monfieur
le Marquis du Queſne eut bombardé
la Ville d'Alger , on luy
= renvoya d'abord fix cens Eſcla-
-ves , tant Sujets du Roy , qu'Etrangers
, pris ſous le Pavillonde
Sa Majesté , parmy leſquels pluſieurs
autres dans l'impatience
de ſe procurer la liberté , dirent
qu'ils eſtoient de ce nombre , &
ils furent délivrez . La Paix ayant
eſté concluë l'année ſuivante,
les Algeriens envoyerentun Ambaſſadeur
au Roy. Monfieur le
Marquis d'Amfreville le remena,
& revint d'Alger , ſuivant ce qui
avoit eſté ſtipulé , avec trois cens
vingt- cinq Eſclaves Sujets du
Roy , vingt - cing Etrangers prisſous
le Pavillon de France , &
cinquante qui avoienteſté pris
1
A 2
4
MERCURE
1
)
fous divers Pavillons étrangers,
auſquels le Roy eut la bonté de
faire donner la liberté.Apres cette
reſtitution , qui avoit preſque
épuisé d'Eſclaves tout l'Etat d'Alger
, un Envoyé du Dey vint
en France , ſupplier le Roy de
luy accorder quelques Turcs &
quelques Janiſſaires qui estoient
ſur les Galeres de Sa Majeſté . Le
Roy , dans la veuë de faire du
bien aux Eſclaves de pluſieurs
Etats de l'Europe , donna la liberté
à quarante de ces Turcs ,
& de ces Janiſſaires qu'on luy
demandoit ; mais à condition que
l'on rendroit ſoixante & quinze
Eſclaves Chreſtiens de diverſes
Nations,qui avoient eſté pris ſous
des Pavillons étrangers . L'Envoyé
partit de Paris il y a quelques
mois pour s'en retourner à Alger,
chargé de cette propoſition ; qui
n'ayant pas été prévenue,n'avoit
GALANT. 5
pas eſté entierement acceptée
par l'Envoyé , parce qu'il n'avoit
pas des Pouvoirs ſuffiſans pour
accorder une choſe ſi onereuſe
à l'Etat d'Alger , & fi avantageuſe
aux Chrétiens. Il fut accompagné
à ſon retour par Monfieur
le Chevalier de Tourville,
qui conduiſoit les quarante Turcs
pour eſtre changé contre les foixante
& quinze Eſclaves Chreſtiens
, qui n'eſtoient point François,&
que le Roy deſiroit d'avoir
pour leur rendre la liberté comme
ce Prince avoit déja fait l'année
precedente à un nombre d'Etrangers
preſque auſſi confiderable .
Monfieur le Chevalier de
Tourville eſtant arrivé à la rade
d'Alger , envoya querir dans la
Ville Monfieur de Sorhainde, qui
y eſtoit demeuré de la part du
Koy , & qui y faiſoit la fonction
>
3
A
6 MERCURE
de Conful , juſqu'à ce que Sa
Majesté euſt nommé quelqu'un
pour remplir ce pofte. Il luy fitc
entendre les intentions du Roy,
fur l'échange dont il s'agiſſoit,
afin qu'il les allaſt expliquer au
Dey. Monfieus de Sorhainde
étant rentré dans Alger ſe rendit
au Palais du Dei ; & luy ayant
expoſé ſa Commiſſion , le Dey
luy répondit , Qu'il avoit uneſi
grande veneration pour tout ce que
fouhaitoit l'Empereur de France ,
qu'il pouvoit dés l'instant mesme
aller dire de fa part à Monsieur le
Chevalier de Tourville, qu'ilfe fai
Soitun plaisir à luy-mefme defatisfaire
aux intentious d'un ſi grand
Prince; & que Monfieur le Cheva.
lier de Tourville n'avoit qu'à luy
marquer de quelles Nations il vouloit
que fuſſent les soixante &
quinze Esclaves qu'il souhaitoit ,
GALANT.
7
afin qu'il les envoyaſt demander à
leurs Patrons pour les mettre en
- liberté. Sur cette réponſe ,Monſieur
le Chevalier de Tourville
expliqua à Monfieurde Sorhainde
l'intention de Sa Majesté , qui
eſtoit; Que l'on s'attachaſt àprocu
ver la liberté de ceux qui se trouvoient
hors d'estat de la pouvoir
jamais esperer. Monfieur de Sorhainde
alla auſſi toſt chez tous
les Patrons , & pour fatisfaire à
la volonté du Roy il choifit
parmy les Eſclaves ceux quiluy
parurent les plus mal-heureux.
Ainſi l'on ne vit parmy ces foixante
& quinze Eſclaves,que des
Gens abandonnez , qui ne de
voient attendre aucun ſecours
- ny de leur famille ny de leur
Patrie , & juſques auſquels les
liberalitez des perfonnes charitables
, qui recüeillent des ſom-
د
,
A4
8 MERCURE
mes pour la Redemption des
Captifs , n'avoient encore pû
s'étendre. La longueur de leur
eſclavage leur avoit meſme ofté
tout eſpoir d'en fortir jamais . Et
comme on ne peut eſtre plus
malheureux que lors qu'on
n'eſpere plus , on peut dire que
leur malheur eſtoit dans le plus
haut degré où il pouvoit arriver;
ainſi ils n'avoient plus lieu d'attendre
leur liberté que par le
moyen de quelque miracle. Auffi
leura telle eſté procurée par un
Prince dont toute la vie n'eſt
qu'un enchainement d'actions
extraordinaires. Lors qu'on annonça
à ces heureux infortunez
qu'ils estoient libres , ils demeurerent
immobiles quelques
temps , tant cette nouvelle leur
paroiſſoit incroyable. Il leur étoit
impoſſible de comprendre qu'il
GALANT.
y euſt quelqu'un ſur la terre capable
d'une action juſques alors
inoüie , & fi digne d'un Heros
Chreſtien . On leur apprit qu'ils
devoient leur liberté aux genereuſes
& charitables bontez du
plus grand & du meilleur Prince
du monde ; & n'ayant plus ſujet
d'endouter , ils crierent auſſi- toſt
en plein Divan : Vive l'Empereur
de France , nostre Protecteur & nôtre
Liberateur. Il prononcerent
ces paroles en verſant des larmes
de joye , & d'un air fi touchant,
& fi remply d'amour & de reconnoiſſance
pour leur Liberateur,
que le Dey & tous ceux qui
eſtoient preſens en parurent atzendrit
, malgré la perte que
- l'Etatd'Alger faiſoit,& avoüerent
que ce n'eſtoit pas ſans raiſon que
leCiel beniffoit toutes les actions
de Sa Majesté , puis qu'elle en
4
AS
10 MERCURE
vez
faifoit qui obligeoient les Sujets
de tant de divers Souverains à
faire des voeux pour Elle. Ces
Eſclaves , dans les raviſſemens
de joye où ils eſtoient , ne ſcachant
à qui la témoigner , en
donnerent des marques au Dey,
comme s'il euſt contribué à leur
bonheur. Ie n'ay rien fait pour
vous , leur dit- il , &, c'est à l'Empereur
de France que vous deentierement
voſtre liberté.
Il y a parmy ces Eſclaves des
Eſpagnols des Italiens , des Flamans
, des Genois , des Hambourgois,
des Preſtres Grecs , des
Capucins, des Religieux de l'Ordre
de Saint Benoiſt, des femmes
&des enfans . Ce ſont autant de
bouches qui vont publier la gloi
re du Roy dans tous les Etats de
l'Europe , & faire des voeux qui
continueront d'attirer ſur luy les
GALANT. II
Benedictions du Ciel. Il eſt aisé
de juger , que puis que le Roy a
procuré deux années de ſuite la
liberté à tant d'Etrangers , il ne
reſte plus aucun Eſclave dans
Alger , ny dans toute la dépendance
de ce Royaume , qui
foit du nombre de ſes Sujets. Ils
ont tous eſté mis en liberté , par
la reſtitutio.n faite à Monfieur le
Marquis du Queſne en 1683.par
celle qui fut faite à Monfieur le
Marquis d'Amfreville en 1684,
& par celle qui a eſté faite cette
année à Monfieur le Chevalier
de Tourville . Ces differentes
reſtitutions ont ofté aux Algeriens
plus de douze cens Eſclaves..
Ainfi leur Etat n'eſt pas ſeulement
dépeuplé d'Eſclaves François
, mais ily en reſte tres peu
d'autres; de forte qu'il n'y a prefque
point de Nation de l'Europe,
A 6
12 MERCURE
dont les Sujets ne ſoient allez
publier chez elle le bien qu'elle
areceu de Sa Majesté , ce Prince
n'ayant épargné ny ſoins ny dépence
pour la liberté de tant de
Malheureux de quelque Nation
qu'ils fuſſent.
L'échange ayant eſté fait; le
Dey témoigna à Monfieur de
Sorhainde , avec un fort grand
empreſſement , qu'il ſouhaitoit
qu'il filt connoiſtre a Monfieur
le Chevalier de Tourville, la joye
qu'il auroit de le voir , & que s'il
vouloit prendre la peine dedefdre
à terre , il le recevroit avec
les honneursqui estoient dens à
un homme de ſon rang. Monfieur
le Chevalier de Tourville
répondit , Qu'il estoit faſché que
I'Employ qu'il avoit l'empefchaft de
répandre à son defir ; ceux qui commandent
les Flotes de l'Empereur de
GALAN T.
13
France ne pouvant abandonner leur
Bord ; mais qu'il iroit dans ſon
Canot à la pointe du mole , d'où il
pourroit le voir. Il ne manqua pas
de s'y rendre , & le Dey l'ayant
convié de nouveaux de deſcendre
à terre pour l'embraſſer ,
Monfieur de Tourville ſe ſerviz
pour s'en defendre des raiſons
qu'il avoit déja alleguée. Le Dey
le pria de faire avancer fa Chaloupe,
afin qu'il euſt le plaiſir de
le voir & de l'entretenir de plus
prés : Et lors qu'elle fut approchée
il entra dedans , en diſant;
Que quandles François n'aimeroient
pas autant l'honneur qu'ils
faisoient , & qu'il n'auroit pas
connu Monsieur le Chevalier de
Tourville , il croyoit estre enſeureté
avec les Sujets d'un Prince qui
n'estoit pas moins estimé par ses
Vertus que parfes Conquestes.
14 MERCURE
On peut dire que les ſoins,
qu'il prend du falut des Ames de
fes Suiets , attirant fur luy de jour
en jour de nouvelles graces du
Ciel , ont beaucoup contribué,
non ſeulement à le rendre le plus
grand Monarque du monde ,
mais auffi à le faire reconnoiſtre
pourtel par ceux meſme qui ſont
les plus jaloux de ſa gloire. Comme
depuis pluſieurs années ce
Prince a fait ſa principale occupation
de regler les abus qui s'e
ſtoient gliffez dans les Affaires
de la Religion Prétenduë Reformée
, & de les remettre en l'état
où elles eſtoient ayant les contraventions
faites aux Edits des
Roys ſes prédeceffeurs , & qu'il
a fait pluſieurs Declarations , &
donnédivers Arreſts fur ce ſujet.
Le Parlement de Roüen , voyant
que les Religionnaires avoient
GALANT.
IS
contrevenu à ces Arreſts & à ces
Declarations , a ordonné la démolition
du Temple de Quevil-
Iy, qui eſt à une lieuë dela Ville.
Sa Majesté donna quelque temps
aprés une Declaration , portant,
Que les temples où ilfera celebré
des Mariages entre des Catholiques
&des gens de la Religion Pretenduë
Reformée , & ceux où il fera
tenu des discours feditieux dans les
Prefches ,feront démolis. Cette
Declaration fait voir que le Roy
a une bonté vrayment Paternelle
, auffi -bien pour ceux de fes
Suiets qui ſe ſont écartez de la
veritable Eglife , que pour ceux
qui font profeſſion de la Religion
Catholique , puis qu'ayant
donné dés l'année 1680. un edit
qui portoit ces melmes peines , il
abien voulu fermer les yeux depuis
ce temps-là , fur les contra
ventions que l'on y a faites.
16 MERCURE
Il ya un autre Arreſt du Conſeil
d'Estat , donné le 2. de ce
mois , qui fait connoître par la
maniere dont il a eſté rendu , que
les Religionnaires meſme ſont
perfuadez que Sa Majesté ne fait
jamais rien qui ne ſoit juſte. Les
Miniſtres & Anciens des Pretendus
Reformez des Ville & Bailliage
de Sedan , eſtant pourſuivis
à la Requeſte du Procureur du -
Roy, pour avoir contrevenu aux
Declarations de Sa Majesté , &
apprehendant d'encourir les peines
qui y ſont portées , fi les faits
dont ils estoient accufez pouvoient
ſe justifier , crorent ne
pouvoir rien faire de mieux pour
fe mettre à couvert de toutes
pourſuites , ny de plus agreable
àce pieux & ſage Monarque,
dont l'équité leur eſtoit connuë,
que de ſe reſoudre à ſe condamGALANT.
17
ner eux- meſmes , en conſentant
à la fuppreffion de quelque- uns
des Lieux d'exercice de l'étenduë
de ce Bailliage , meſme à la
tranflation du Principal. Pour
cet effet, ils convoquerent extraordinairement
leur Confiftoire
le 14. du dernier mois , en preſence
de Monfieur Jacqueſſon,
Preſident & Lieutenant General
de Sedan , Commiſſaire nommé
par le Roy , & fur la permiffion
du Commandant de la Ville , ils
s'aſſemblerent avec trente des
plus Notables de la meſme
Religion. Le Reſultat de leur
Aſſemblée fut de conſentir que
Sa Majesté diſpoſaſt , tant du
Temple de Sedan , que de ceux
de Raucourt& de Givonne , en
leur affignant un lieu pour y faire
l'exercice pour tout le Baillage,
& y ajoûtant telle autre grace
:
18 MERCVRE
qu'Elle jugeroit à propos pour
leur ſeureté particuliere , & la
liberté & facilité de cet exercice .
Ils donnerent pour cela leur
pouvoir ſpecial à des Depurez
du Confiftoire ; ces Actes ayant
eſté veus par Sa Majesté, Elle a
interdit pour toûjours l'Exercice
de la Religion Pretenduë Reformée
en la Ville de Sedan , & dans
les lieux de Raucourt & de Givonne
; & a ordonné à l'égard de
Raucourt & de Givonne , que
les Temples de ces lieux feront
inceſſamment démolis , & que
celuy de la Ville de Sedan demeu
rera en l'eſtat où il eſt preſentement
, affecté pour jamais aux
Catholiques , qui s'en ſerviront
ſelonqu'il fera ordonné par Monfieur
l'Archeveſque de Reims.
"Cependant Sa Majesté voulant
traiter favorablement les MiniGALANT.
19
= ſtres & Anciens de la Religion
■ Pretenduë Reformée des Ville &
- Bailliage de Sedan, en confideration
de la ſoûmiſſion qu'ils ont
enë , leur a permis de conſtruire
-un Temple dans le Faux bourg
du Rivage de la Ville, avec un
petit logement à coſté pour les
perſonnes qui en auront la garde,
&un mur de cloture qui environnera
le tout ; & cela au lieu
que leur marquera le Gouverneur
de Sedan , ou celuy quiy
commande en ſon abſence, aſſiſté
du Lieutenant General , & en
preſence du Syndic du Dioceſe
de Reims. Comme la conſtruction
de ce nouveau Temple
demande de temps ; le Roy permet
aux Pretendus Reformez de.
faire l'exercice de leur Religion
dans celuy de la Ville de Sedan ,
juſqu'au dernier jour de Decem10
MERCVRE
bre prochain , aprés quoy il ſera
continué dans le nouveau Tem .
ple que l'on doit conſtruire , fans
qu'il puiſſe eſtre fait à l'avenir
en aucun autre lieu du Bailliage
de Sedan ; & quant aux lieux de
Raucourt & de Givonne , l'intention
de Sa Majesté eſt qu'il y
ceſſe dés à preſent. Les Pretendus
Reformez de Sedan joüiront
, non ſeulement de la maiſon
où ils avoient accouſtumé d'afſembler
leur Confiftoire , & dans
laquelle Sa Majeſté leur permet
de le continuer , juſqu'à ce
qu'elle en ait 'ordonné autrement;
mais encore des places fur
leſquelles font baſtis des Temples
des lieux de Raucourt &de
Givonne, des baſtimens & heritages
qui en dépendent , & de
leurs autres effets, pour en difpofer
comme de leur propre , à
GALANT. 21
er la reſerve des Cloches de ces mé-
■ mes Temples , qui demeureront
pour l'uſage de l'Egliſe Catholique,
& de la maiſon où logeoit le
Miniſtre de raucourt , qui avec
ſon enceinte & précloture de-
-meurera affectée à perpetuité au
Prefbytere de ce lieu , ſans que
les Pretendus reformez en puifſent
pretendre aucun dédommagement
ny recompenfe . Sa Majeſté
leur permet de retirer du
Caveau du Temple de Sedan les
corps qui y font , pour les tranfporter
avec leurs cercueils dans
leur nouveau Temple. Elle permet
auffi aux Habitans de la
Religion Pretenduë Reformée
des lieux de Raucourt
& de Givonne , de continuer
d'enterrer leurs morts dans leurs
cimetieres , ainſi qu'ils ont fait
juſques à preſent ; mais ils ne
22 MERCURE
pourront y tenir aucune Ecole .
A l'égard de la Ville de Sedan ,
Sa Majeſté veutque les Religionnaires
n'en puiſſent tenir qu'une
pour lire , écrire , chiffrer & calculer
, dans le Fauxbourg du Rivage
ſeulement , ſans qu'il en
puiſſe eſtre tenu dans la Ville
Quant aux Miniſtres qui fervoient
aux lieuxde Reaucourt &
de Givonne , Sa Majesté leur enjointde
s'en retirer , leur permettant
neanmoins par grace de faire
leur demeure dans la Ville de
Sedan , à condition d'y vivre en
particuliers , & de ne point s'ingerer
du Miniftere, le tout àpeine
de punition. Les Sieurs Gantois
& Saint Maurice, Miniſtres de
la Ville de Sedan , y pourront
continuer leur Miniſtere pendant
leur vie , ſans que la permiffion
qu'on leur endonne tire à conGALANT.
23
e ſequence pour ceux qui leur
fuccederont コ niſtere , Sa Mdaajnesfcteémaeyſamnte bMiie-n
1
=
voulu déroger à leur égard à tous
1. les reglemens contraires. Par ce
- moyen toutes les poursuites &
actions qui ont eſté faites & intentées
juſqu'à aujourd huy pour
_ contraventions aux Edits &
Declarations de Sa Majesté , de
la part des miniſtres & Anciens
de la Religion Pretenduë Reformée
des Ville & Bailliage de Sedan
, demeurent nulles & comme
non avenuës.
2
Je vous ay parlé depuis peu
de temps d'un Arreſt du Conſeil
d'Etat , qui ordonnoit la démolition
du Temple de Chaſtillon
fur Loing. Elle a eſté faite le
mois dernier , par les ſoins de
Monfieur l'Abbé le Boiteulx Préchantre
, & Chanoine de l'Eglife
24
MERCURE
Métropolitaine , & Sindic du
Clergé du Diocéſe de Sens , qui
avoit follicité cét Arreſt. C'eſt
au zele de ce meſme Abbé qu'on
eſt redevable de la démolition
des autres Temples qui eſtoient
dans ce Diocéſe , où il n'y a plus
aucun exercice publicde la Religion
Prétenduë Réformée.
On a eu nouvelles que depuis
eeque je vous manday le dernier
mois , du grand nombre de Converſions
qui s'eſtoient faites dans
le Bearn , plus de cinq mille Perſonnes
y ont encore abjuré. M.
Foucault Intendant dans cette
Province , a grande part à tous
ces heureux progrez de la ReligionCatholique.
Je vous en feray
undétail fidelle , lors qu'on m'en
aura appris les circonstances.
Cependant je croy que vous ne
ſerez pas fâchée que je vous faffe
ſçavoir
GALANT.
25
1
1
S
ſçavoir celles de la Converſion
de Monfieur de Moncalm de
Gouſon , Seigneur de Saint Vairan
, dont la Famille eſt des plus
Illuſtres du Languedoc. Ce jeune
Gentilhomme eſt Fils aîné de
Meſſire Loüis de Montcalm , Ba
ron de Saint Victor , Seigneur de
- Guabriac & de S. Julien dans les
Cevenes , & de feuë Dame Judith
de Vallat de Guabriac.
Deux de ſes Oncles ſont morts
au ſervice de Sa Majesté , l'un
Capitaine dansles Cuiraſſiers du
Roy ,& l'autre dans le Regiment
du maine . Il en a un autre connu
ſous le nom de Monfieur de
Puiol , premier Capitaine dans le
Regiment de Condé , & un quatriéme
Conſeiller au Parlement
de Toulouſe. Les grands bien de
ce dernier qui n'a pointd'Enfans
mafles , ſont ſubſtituez au jeune
Inillet 1685 . B
26 MERCVRE
T
Gentilhomme , qui a fait Abjuration
depuis peu de temps. Le
commencement de cette action
eſt deu à un éloquent Difcours
que fit Monfieur l'Eveſque de
Grenoble , le jour que Monfieur
Vigne fameux Miniſtre , dont je
vous ay parlé dans l'une de mes
dernieres Lettres , fit Profeffion
des Veritez Catholiques , Monfieur
de Saint Vairan , dont on
avoit tâché de remplir l'eſprit
d'une infinité de fauſſes idées
touchant nos miniſteres , ayant
oüy le recit qu'un Capucin faiſoit
de cette admirable Prédication,
& retenu les preuves tirées des
écrits meſmes des Fondaturs de
la Religion Pretenduë Réformée,
s'obſtina à vouloir conteſter
ces preuves ,& comme il a infiniment
de l'eſprit , il voulut le faire
avec fuccez. Il conſulta ſes Mini
GALAN T.
27
ſtres & revenant à la Conférence
particuliere avec le Religieux , il
en fut ſi ſatisfait ;qu'en ayant eu
pluſieurs autres avec luy , il demeura
convaincu dans la derniere.
Ses préjugez , beaucoup de
penétration , la ſcience du Nouveau
Testament qu'il poffede à
fond , & fur tout la crainte de
déplaire à Monfieur ſon Pere,
eſtoient de puiſſans obſtacles ,
mais la Grace les a furmontez .
On peut dire qu'à l'âge de
dix - huit ans , il a des qualitez
pour l'eſprit & pour les moeurs
<quile rendent extraordinaire. Il
n'a rien oublié pour s'inſtruire
pleinement du nouveau party
qu'il vouloit prendre , en l'abſence
de Monfieur l'Eveſque de
Grenoble , occupé alors à la viſitede
ſon Dioceſe, il a abjuré dans
- l'Egliſe des Capucins , entre les
B2
28 MERCURE
mains de celuy, dont Dieu s'étoit
ſervy pour le convertir.
6 Il ne faut pas s'étonner ſi le
Roy travaillant de tant de manieres
differentes pour la gloire de
la France , & pour le repos de
ſes Sujets , ils travaillent avec
empreſſement à luy élever des
Statuës dans pluſieurs Villes du
Royaume. Celle de Peronne confiderat
la longueur du temps qu'il
faut pour faire faire de ſi grands
Ouvrages avec toute la perfe-
&ion qui leur eſt deuë à cherché
d'abord à fatisfaire ſon zele ; &
en attendant qu'elle ſe voye en
eſtat d'imiter les Villes qui auront
cet avantage , elle a voulu
avoir dans ſon Hoſtel de Ville
un des plus beaux Portraits qui
ſe poſt faire de Sa Majesté. C'eſt
àquoy le Mayeur & les Echevins
ont fait travailler avec ſuc
GALANT. 19
cés .La fidelité de cette Ville égale
l'affection qu'elle a toûjours marquée
pour ſon Souverain. On
ſçait qu'elle n'a jamais eſté priſe ,
quoy qu'elle ait eſté autrefois
vigoureuſement attaquée , &
qu'elle a pour deviſe , Vrbs nefciavinci.
Le Lundy 2. de ce mois , Sa
Majeſté fit l'honneur àMonfieur
de Louvois d'aller à ſa Maiſon de
Meudon avec Monſeigneur le
Dauphin , Madame la Dauphine
Monfieur & Madame accompagnez
de la plus grande partie des
Princes & des Seigneurs de la
Cour. Ce Miniſtre fut averty fi
peu de temps auparavant , de la
grace que le Roy vouloit luy faire
, qu'il n'en eut pas affez pour
le recevoir d'une maniere qui
puſt répondre à la grandeur de
fon zele. Auſſi Sa Majeſtéy eut-
B 3
30
MERCURE
A
1
'Elle égard ; & c'eſt ce qui luy
fit dire qu'elle ne vouloit qu'une
Collation. Monfieur de Louvois
avoit fait preparer un grand
nombre de Chaiſes pour ſe promener
dans les Jardins , dont un
grand nombre de fort beaux lets
d'eau fait un des principaux ornemens;
mais le temps ne s'étant
pas trouvé commode pour laiſſer
joüir du plaiſir de la promenade
on alla voir les appartemens , où
des Concerts admirables divertirent
toute la Court. On ſervit
enſuite un Ambigu , mais ſi à
propos qu'on en fut ſurpris. Ceux
qui l'avoient preparé ayant eu
beaucoup moins de tems qu'ils
n'avoient crû , parce qu'on en
avoit peu employé à la promenade
, ne laifferent pas de ſe
trouver preſts , tant les ordres
avoient eſté bien donnez, & tant
:
GALANT. 31
la
l'execution en fut juſte. On ſer
vit en meſme temps cinq tables,
la premiere pour le Roy , la ſeconde
pour les Princes , la troifiéme
pour les Seigneurs ,
quatriéme pour les Officiers , &
la cinquiéme pour les pages , &
pluſieurs autres perſonnes de la
ſuite de la Cour. Tous les Gardes,
les Suiffes , & generalement
tous les Valets , furent regalez .
Cet Ambigu fut fi beau , qu'il
auroit eſté difficile que l'on euſt
pûy rien ajoûter , ſoit pour le
plaiſir du gouſt , ſoit pour celuy
de la veuë. La propreté,la galanterie
& l'abondance y avoient
part ; & il ſembloit qu'on euſt
forcé la Nature à ſe haſter de
produire les fruits qu'elle donne
en chaque ſaiſon , pour fatisfaire
au defir ardent qu'avoit Monſieur
de Louvois , de faire con-
B
4
3.2
MERCURE
noître au Roy la joye qu'il reſſentoit
de l'honneur que luy faiſoit
ce Monarque. Il ne faut que faire
reflexion ſur la maniere dont il
vient à bout d'exeuter les ordres
de Sa Majesté dans les choſes les
plus difficiles , pour eſtre perſuadé
de ce qu'il a fait dans une occafion
de cette nature .
On a eu avis de Rome', que
les Capucins y tinrent leur Chapitre
general le 8.du dernier mois.
Le Pere Charles Marie de масе-
rate , Italien , & le Pere Bonaventure
de Recanati y furent éleus ;
le premier , General de l'Ordre ,
&le fecond , Procureur general;
&le Pere Louïs de Jully, Provincial
des Capucins de la Province
de Paris , fut choiſy une ſeconde
fois pour eſtre Definiteur
general. Son grand merite , qui
le fait toûjours diftinguer par
GALANT.
33
tout , & dont je vous ay parlé
pluſieurs fois , attira en meſme
temps les yeux & les fuffrages
de tous ceux qui compoſoient
l'Aſſemblée.
Je vous envoye un Diſcours,
qui a eſté prononcé depuis peu
de temps à l'Academie de Turin .
par Monfieur l'Abbé Deville.
On l'a receu dans ce Corps avec
de tres-grands applaudiſſemens,
& l'on n'a fait en cela que ren.
dre juſtice à ſon merite. Quoy
qu'il n'ait encore que vingt- fix
ans , il eſt Docteur de Sorbonne,
&a paffé dans ſa Licence à la
teſte de cent autres. Il eſt Fils
d'undes plus anciens Senateurs
de Savoye , & il compte parmy
fes Anceſtres des Advocats Generaux
dans le Senat & dans la
Chambre des Comptes. Son
Ayeul eſtoit Gentilhomme de la
B
34
MERCURE
Chambre de ſon Alteſſe Royale,
dont il eſt Sujet ; & ſa Famille
s'eſt ſignalée dans l'Epée & dans
la Robe. Il a de grands talens
pour la Chaire ; & divers Sermons
qu'il a preſchez devant
toute laCourde Savoye , luy ont
acquis une grande gloire . Quant
au Diſcours que je vous envoye,
le Directeur de l'Academie de
Turin luy en donna le ſujet , &
le lendemain ce jeune Abbé le
luy envoya tout compofé. Vous
pouvez juger des loüanges qu'il
receut fur cette facilité d'écrire
fi nettement & fi poliment en
toutes fortes de matieres..
**
GALANT.
35
DISCOURS
ACADEMIQUE.
S'il faut toûjours dire la Verité.
Eloquence Chrétienne dont je
3
me permetpas de traiter problema .
tiquement une Maxime , qui est le
Principefondamentalde la Religion
du Sauveur du Monde. Sans doute,
Meſſieurs , il faut toûjours dire la
verité , & ma bouche n'anonceroit
plus avec confiance la Parole du
Seigneur, fi ma plume avoit donné
lieu de douter un moment de l'horreurfincere
que j'ay pour le menfon
ge. Mais pour ſoûtenir dignement
les interests de la verité, ilfaudroit
estre doué de cette Eloquence noble,
grave &folide, dont ceux qui com.
pofent cette celebre Academie , ont
B 6
36
MERCURE
donné tant de fois des marques publiques
& éclatantes. Ie crains,
Meſſieurs , de détruire en voulant
édifier; de ruiner en voulant éle.
ver ; de nuire à cette verité que
j'entreprens de defendre , parce que
jeſçay que l'on peut faire tort a la
bonne cauſe en la defendant mal,
que l'Orateur qui ne foûtient pas la
dignité deſon ſujet , l'affoiblit ; &
que fouvent it ne fuffit pas de propofer
des maximes certaines , fi on
ne les établit avec cette netteté,
cette force, cettefolidité, cette jufteffe,
cette éloquence que j'admire
en vous , que ien ay pas. Du moins
on sçaura que vous pouvez fupléer
à ce que j'auray ômis , que la Verite
àpi trouver en vous des Defenseurs
plus dignes d'elbe , & que si jay
fou nu foiblement fes interests, plufieurs
lustres & doctes Academi
ciens peuventles fout nir avea plus
de lumieres , de force & defolidité.
GALAN T.
37
2.
La Verité eſt de tous les Etats.
L'Orateur,le Courtifan , l'Amyfidelle
, &le Chreftien , ne peuvent
jamais s'en écarter. Il faut toujours
dire vray , lors mesme qu'onfe méle
d'éloquence;&jene puisſouffrir ces
Orateurs peu judicieux, qui donnent
les meſmes loüanges à tous ceux dont
ils font le Panegyrique. Tous les
Princes dont ils celebrent les vertus,
ont la Prudence d'un Neftor i Adreſſe
d'un Uliffe , la Valeur d'un Alexandre
& d'un Cefar , la Bonté d'un
Auguste& d'un Veſpaſien. Ils ont
des lieux communs qui rempliffent
tous leurs Difcours , &des hyperboles
qui éleventfans meſure tous leurs
Heros.F'ofe dire que de tels Panegyriftes
meriteroient qu'on leur impofaſtdes
peines , puis qu'ils deshonnorent
lafolide &veritable Eloquence
, qui embelli te fujet , mais qu's
ne le transforme pas; qui ſçait com
38
MERCURE
1
Serverà chaque choſeſon caractere
particulier ; qui ajoute le coloris
mais qui ſuppoſe la reſſemblance des
traits : & il feroit à ſouhaiter que
les Princes les traitaffent comme
Alexandre le Macedonien traita
Ariftobule , dont il jetta le Livre
consacréà celebrerſes victoires dans
Hydaspe , le menaçant de l'y jetter
luy mesme , parce qu'il luy avoit
donné des loüanges outrées & qui
ne luy convenoient pas .
A Le Courtisan mesme doit toûjours
dire la verité. Hé ! qu'il eſt aisé,
Meſſieurs , de la dire , quand on a
te bon-heur de vivreſous le gouvernement
d'un Prince tel que le nostre,
qui aime la verité , qui cherche à la
connoître , & qui detefte la flaterie!
C'est ce poison mortel qui corrompt
bes plus grands Princes . Malheur à
ceux- là , ditle Prophete Osée , qui
ont réjoüy le Roy dansfa malice,c'eft
GALANT .
39
à dire qui ont applaudy à ſes defauts
!
L'Amy doit parler avec toute
forte de fincerité àson Amy. Ab
Meffieurs ! pourquoy faut- il que
l'usage de la parfaite amitié ,ſi connu
parmy les Anciens,foit abolyparmy
nous ? Le Chriſtianiſme condam.
ne- t- il le plus honneſte devoirde la
vie Civile ? Non fans doute puiſque.
nous liſons que les premiers Fideles
n'avoient qu'un coeur & qu'une ame.
Credentium erat cor unum , &
anima una. D'où vient donc que
nous nevoyons plus des Atticus unis
par les liens de la plus exacte vertu,
& qui se parlent coeur à coeur , &
qui ne diſſimulent jamais la veri
té ? Sans doute cette fauſſe ſageſſe
par laquelle nous croyons nous élever
au deſſus de la fidelle cordialité
de nos Peres , en diſſimulant les
defauts de nos Amis , ne vient que
40
MERCURE
de la corruption de nostre coeur.
L'homme méchant , dit le Sage ,
flattefon amy , & le fait marcher
dans une voyefatale qui le conduit
àlamort.
Mais le Chrestien qui faitpro .
feffion d'eftre Disciple de celuy qui est
venu dans le monde pour détruire le
mensonge,&pour rendre témoignage
àla Verité, le Chreftien dis je , ne
peut jamais parler contre fa confcience
& trabır la verité; carl'interest
mesme de la Religion entiere
ne pourroit authorifer le mensonge
leplusleger, & c'eſtſur ce principe
que Saint Augustin établit admirablement
la confiance que nous devons
avoir dans la fidelité de ceux qui
nous ont annoncé l'Evangile. En
effet , fi le déguisement en matiere
de Religion , que Saint Hicrôme,
aprés Origene , & pluſieurs Peres
Grecs , a confondu avec ce faze
GALAN T. 41
ménagement qui obligea les Apoftres
d'obſerver la Circonciſion , de peur
defcandaliſer les Iuifs , & pour en
Sevelir la Synagogue avec honneur;
fi ce déguisement estoit permis, nous
pourrions apprehender que quelquesuns
d'entre les Diſciples , emportez
par le zele d'établirle Chriftianifme
, n'eussent meflé des fauſſetez
avantageuses à la Foy , pourfaire
recevoir plus facilement les veritez
Saintes qu'ils annonçoient. Mais la
Morale Chreftienne n'a jamais permis
d'établir la verité que par la
veritè mesme , ſuivant ce Principe
de Saint Paul fondé sur le bonsens,
&fur la droite raiſon , qu'il nest
jamais permis de faire du mal afin
qu'il en arrive du bien, O Ciel !
pourquoy ceux qui ont ésrit dans la
Suite des tems, n'ont ilspas efté aussi
fidelles ? Pourquoy faut- il que les
ſages Critiques rencontrent dans
42.
MERCURE
tous lesfiecles des Impofteurs Zelez,
qui ont remply le monde de fables &
deviſions , par lesquelles les Impies
entreprennent de combattre aujourd'buy
les veritezles mieux établies
&les plus folides ?
Iene pensepas qu'ilfoit neceffai
rede combattre avec Saint Augu.
ſtin ces détours, ces restrictions mentales
, ces équivoques , ces mensonges
palliez , dont l'inventions
n'est pas nouvelle , quoy qu'ils
ayent esté plus ufitezdans nostre
temps. Ceux qui connoiffent les noms
venerables d'honneſtété , de droiture
, de probité , de fidelité , de fincerité
, deteſtentſans peine ces dupli.
citezhonteuses qui ruinent la focieté&
le commerce, & qui nous redui-
Sent à nous défier de ceux- là mesmes
qui n'ont pas renoncé à l'étude de
laſageſſe , &à l'amour de la vertu
Si quelquefois on pouvoit employer
:
GALANT. 43
Sans crime cet art de mentir avec
adreffe , l'Evesque Firmus , dont
- parle Saint Augustin , s'en seroit
Servy avantageusement dans une
occaſion où la charité paroiffoit intereffée.
Un Empereur Payen luy
-commandoit de livrer un Homicide
- qui estoit caché danssa maison , ou
dumoins de découvrir le lieu où le
Coupable s'estoit retiré. Il ajoûtales.
tourmens aux menaces , mais le
Saint Evesque ne voulant ny livrer
le Criminel , ny déguiſer la verité,
ne répondit que ces deux mots , nec
prodam , nec mentiar , ny je ne le
découvriray , ny je ne mentiray .
L'Empereur admirant bien plus l'amour
que ce Prelat avoit pour la verité
que l'étendue de ſa charité ,
accorda , & la libertéde l'Evesque
Firmus , & la grace de l'Homicide.
Mais est- il donc neceſſaire de dirs
toûjours ce qu'onpenſe ? Nonfans
*
44
MERCVRE
doute , mais il n'est jamais permis
de dire ce qu'on ne pense pas. On
peut quelquefois taire la verité,
mais c'est toujours un crime de parler
contre la verité. L'Orateur n'est
pas obligé de découvrir les endroits
foibles defon Heros ; mais il ne peut
jamais luy attribuer les vertus qui
ne luy conviennent pas. Le Courti-
San ne doit pas reprendre les vices
de fon Prince ; mais il ne peut jamais
les loüer . L' Amy peut quelquefois
ménager la foiblesse de fon Amy,
en ne l'avertiſſant qu'aprés que le
feu de sa paſſion ſera éteint ; mais
il ne doit jamais avoir de la complaisance
pour son defordre. Le
Chreftien peut &doit ſouvent taire
devant les Peuples , les grands miſteres
de la Religion , tels que font
ceux de la Grace & de la Préde-
Stination , comme le Sauveur du
monde ne diſoit pas àſes Disciples
GALANT.
45
pluſieurs choses qu'ils ne pouvoient
entendre pour lors ; mais il ne peut
fans crime rien avancer qui détrui-
Se les Decrets eternels de la Misericorde
à l'égard des Eleus , & de la
Justice à l'égard des Enfans de colere
& de perdition .
Goncluons donc qu'il faut toûjours
dire la verité. Elevons nos
voix avec ces Peuples dontparle Efdras
, & diſons hautement avec
eux , que la Verité est grande , &
qu'elle doit regner ſur tous les hommes.
C'est à vous , ô mon Dieu ! qui
estes la Verité mesme , le Pere des.
lumieres , & celuy- là feul duquel
nous devons attendre ce Don celeſte
, de nous donner la connoiſſance
& l'amour de la Verité; la connois-
Sance pour ne pas nous tromper , &
l'amour pourne pas tromper les au
tres . Diſſipez nos tenebres , éclairez
nos esprits , remplissez - nous de vos
46
MERCURE
connoiſſances , & rendez- nous dignes
de voir & de contempler vostre
Eſſence divine , qui est le Principe ,
la Source , l'Abîme des lumieres &
de la Verite.
J'oubliay le dernier mois à
vous parler de la mort de Dame
Marie Urſule de Gontery Marquiſe
de Rouvroy , qui avoit eſté
Gouvernante des Filles d'honneur
de la Reyne. Elle estoit Fille
de feuë Madame du Puy , qui
avoit exercé la meſme Charge
fous la feuë Reyne Mere. C'eſtoit
une Dame d'un fort grand merite
, & qui avoit beaucoup de
vertu. Elle eſtoit Mere de Madame
de Saint Valier. Monfieur
le Marquis de Rouvroy , Capitaine
dans la Marine , eſt ſon Fils
ainé. Elle laiſſe un autre Fils
pourveu d'une Abbaye. Made
GALANT. 47
moiſelle de Rouvroy ſa Cadette,
joint à la jeuneſſe & à la beauté, -
beaucoup de ſageſſe & de conduite
. Madame la Marquiſe de
( Rouvroy écrivit au Roy le jour
qui préceda celuy de ſa mort ,
pour luy recommander ſes Enfans
, & Sa Majesté les a receus
avec une Bonté digne d'Elle .
La joye que vous me marquaſtes
quand je vous appris le Mariage
de Mademoiselle Dacigné,
avec Monfieur le Ducde Richelieu
, me perſuade que vous n'en
aurez pas moins , quand vous
ſçaurez que cette Ducheffe accoucha
d'une Fille le 22. du mois
paſſé. Jamais Enfant n'a fait voir
tant de beauté & tant de blancheur
dés le premier jour de ſa
naiſſance. C'eſt ce qui a donné
lieu à ce Madrigal de Monfieur
Vignier , dont vous connoiſſez
48-
MERCURE
l'attachement pour les intereſts
deMonfieur le Duc & de Madamela
Ducheſſe de Richelieu .
Hef-
Chef
d'oeuvre des chaftes.
Amours
De nostre Duc & de nostre Ducheſſe ,
Que déja tu fais voir d'adreſſe,
D'avoir pour te montrer choisi defi
beaux jours !
Pour ta beauté qui paroist Sans
feconde;
Il falloit un riche Berceau.
Les Graces en venant au monde
N'en trouverent pas unfi beau.
Il a fait ces autres Vers pour
Monfieur le Duc & Madame la
Ducheſſe de Richelieu .
C
Omme on trouve chez vous
les Graces & l'Amour,
Vous ne sçauriez manquer d'estre
content un jour ,
Et
GALANT. 49
Et de voir d'un beau Sangune race
feconde.
Aux plus fameux Ouvriers pareil
est vostre fort.
Phidias nefit pas d'abord
Son Iupiter la merveille du monde.
Madame Vignier qui avoit
prédit par quelques Vers au
commencement de la Groſſeſſe
de Madame la Ducheſſe de Richelieu
, que ce qu'elle mettroit
au monde , auroit les charmes
du Pere & de la Mere , envoya
ceMadrigal auſſi-toſt qu'elle ent
appris ſon Accouchement.
J
'avois bien dis qu'un couple fi
charmant
Ne produiroit que des miracles,
Jugez par ce commencement
Si l'on doit croire mes Oracles.
Quipourroit en douter voyant voſtre
beauté
Iuillet 1685. C
50
MERCURE
4
Qui paroist déia Sans ſeconde ,
Et qui n'avouëra dans le monde
Que j'ay dit une verité?
Quoy que vous soyez toute aima
ble,
Et qu'on vous aime plus qu'on n'a
iamais aimé ,
Vn Garçon feroit admirable ;
Mais attendons un an , le terme est
Supportable ,
Et nous verrons duquel on ſera plus
charmé.
Voicy quatre Vers qui furent
envoyez dans le meſme temps
par Mademoiselle Dorville. L'll .
luſtre Monfieur de Bacilly en a
fait un Air que vous trouverez
icy noté.
Vis que vous reſſemblez à qui
vousdonna l'estre, Puis
Vous ferez de nos jours
GALANT.
SI
i
Toute la gloire & les amours,
Vous commencez déia ne faisant
que de naistre.
Monfieur de la Ruſſaliere fit
voir en cette rencontre , que les
plus ſerieuſes occupations , ne
ſont pas toûjours ennemies d'une
Muſe enjoüée. Il fit dire à cette
aimable Enfant les Vers que vous
allez lire , & on les attacha à ſes
Bandelettes la premiere fois
qu'on la porta àMadame la Ducheſſe
ſa Mere.
Pardon, Maman, pardon,
Si ie ſuis une Fille.
Vous m'avez faite trop gentille
Pour ne pas faire enfuite un fors
joly Garçon.
泰
Quoy que ieſcache bien
Qu'un Fils aura toute vostre tendresse,
C2
52
MERCURE
Iepréfere , Maman Ducheffe,
Vostre contentement au mien.
I'ay bien trompé des Gens en parois-
Sant au iour
Mais s'il faut qu'un Garçony paroifſſe
àson tour
Il aura pour premier partage ,
Le plaisir d'en tromper encore davantage.
Ie commence àchanger depeau pre-
Sentement ,
Quenemepeut ce changement
Que la nature me fait faire,
Donner un autre Sexe ainſi qu'une
autre peau!
Le coupfans doute feroit beau,
Et pour la Fille , & pour la
Mere.
Monfieur le Clerc de l'Academie
Françoiſe , qui a un zele tres
GALANT.
53
particulier pour Monfieur le Duc
de Richelieu , a fait le Sonnet
qui fuit , ſur cette Naiſſance.
14
Lvient de
Fille,
vous naiſtre une
Ducheffe , qui de ſon amour,
Embrafera toute la Cour ,
Parson oeilqui déja petille.
Un Fils digne de ſa Famille ,
Dans moins d'un an aura fon
tour,
EtSurpaſſera quelque jour,
Tous les Heros dont elle brille.
La Nature
Ce Fils qui ferasi crom raf Cagement ,
ant
Ne devoit pas paroiſtre encore,
泰
Et pour un plus grand appareil,
Il falloit qu'une jeune Aurore
Annonçast ce jeune Soleil.
C3
54 MERCVRE
Cétautre Sonnet fut preſenté
dela part des Muſes de Richelieu
. Monfieur de Grammont en
eſt l'Autheur.
A
Prés que fur nous la tri-
Steeffffee
Abien exercèſes rigueurs,
IIest juste que l'allegreffe,
Triomphe à son tour dans nos
coeurs.
Un beau Garçon , ie le confefſfe...
Mais tout beau , pourquoy tar
d'ardeurs ?
jesfaveurs
Dieu Sçait difper fageſſe.
Avec une
Vne Fille qui de la Cour,
Sera la merville & l'amour
Devoit afſeurément y naiſtre.
Mais pour le Heros qu'on attend
,
GALAN T.
؟؟
1
e
1
Il ne doit point recevoir l'estre,
Qu'oùle recevs le grand Armand.
Je vous parlay dans ma Lettre
mois de Mars 1678. d'une
dixiéme Muſe qui ſe trouvoit au
Parnaſſe de Sainte Geneviefve,
& vous appris par celle du mois
de Juillet de la meſme année ,
qu'elle avoit un Fils qui ſans avoir
jamais appris les Mathematiques,
avoit fait une Montre qui alloit
un an entier , ſans qu'on fuſt
obligé de la remonter , & qu'il
eſtoit venu àbout de ce merveilleux
Ouvrage , par les ſeules lumieres
que luy avoit preſté la
Nature . Il a fait une autre Montre
d'une invention toute nouvelle.
Elle est à Eau , & il n'en
faut qu'une chopine pour en
entretenir le mouvement pen
C
4
56 MERCURE
dant vingt fix heures. Ce n'eſt
que la peſanteur de l'air , & la
quantité de ſes Colomues qui la
font fortir de ſon reſervoir juſ.
qu'à la derniere goute , & par un
mouvementjuſte & impercepti
ble , cette Eau fait tourner l'Aiguille
du Cadran . Sa Figure eft
pyramidale , dans l'eſpace d'un
pied en quarré. L'Etuy , qui eſt
d'une Architecture d'ordre Ionique
, eſtenrichy de Coquillages
de differente groſſeur , qui luy
ſervent d'ornement avec quelques
Portraits & Païſages . Aux
quatre coins font les quatre Saifons
de l'année , qui partagent le
temps parquatre Figures d'émail.
La premiere tient une Fleur qui
fignifie le Printemps ; la ſeconde,
une Gerbe de bled qui marque,
l'Eſte ; la troifiéme un Raifin ,
qui fait connoiſtre l'Automne , &
GALANT .
57
,
Sicut
la derniere un Fagot , pour faire
entendrel Hyver. Plus haut font
les cing Sens de Nature , dont la
Veuë qui eſt le dernier & le plus
noble , tient une Lunette dans ſa
main , & termine la Pyramide.
Au deſſous on lit ce paſſage du
ſecond Livre des Roys
aqua dilabımur Pluſieurs Sçavans
dans les mathematiques Hidrauliques
, ſont venus voir ce Chefd'oeuvre
, pour tâcher d'en decouvrir
le ſecret ; mais ils n'ont
pû en venir à bout , & ont eſté
obligez de ſe contenter de l'amirer.
9
Je croy , Madame , vous pouvoir
dire icy en paſſant
qu'on ne ſçait point avec certi .
tude , qui a inventé les Horloges.
Anaximenes fut le premier qui
donna aux Lacedemoniens un
Cadran Solaire, Ainſi les Grecs
C
A
1
18
MERCURE
1
devancerent les Romains en cet
Artcomme aux Sciences ; car il
ne fut en uſage à Rome que
long - temps aprés. Les douzes
Tables ne parlent que du matin
&du ſoir. Les Cadrans Solaires
qui n'y parurent que dans le
temps de la premiere Guerre
Punique , ne furent pas d'un fort
grand ſecours , puis qu'ils dépendoient
du Soleil qui ne luit pas
toûjours pour marquer l'heure
par l'ombre de l'Aiguille;de forte
que la nuit ſe paſſa toûjours fans
nulle meſure juſqu'au temps de
Scipion Nafica , qui inventa les
Clepſidres , ou Montres à Eau,
en obſervant quel eſpace du
Tonneau ſe pouvoit remplir dans
une heure par les goutes d'eau,
qui tomboient du Robinet atta
ché à un Reſervoir fuperieur.
Cette invention eſtoit groffiere.
GALANT.
59
il
e
s
ก
Es
e
e
S
a
=
Cependant en confideration de
la nouveauté & de l'utilité de
cette Clepſidre , Scipion la confacra
l'an 575. de la fondation de
Rome. Si celle dont je viens de
vous parler euſt eſté veuë à Rome
en ce temps- là , il y a grande
de apparence qu'on auroit mis
fon Autheur au nombre dés
Dieux qu'on y réveroit. On ſe
ſervit des Clepſidres pour rendre
juſtice chez les Grecs & les
Romains ; & c'eſt d'où eſt venu
le Proverbe, ad Clepsidram dicere.
On partageoit l'audience en trois
heures , l'une pour l'Accuſateur,
l'autre pour la défenſe de l'Accufé
, & la derniere pour deliberer.
Le 20.du dernier mois, Meffire
Iean Faure , Baron de Dampmard
, Fils aiſne de feu Meffire
Loüis Faure , auffi Baron de
C6
60 MERCURE
Dampmard , Conſeiller en la
Grand Chambre , fut receu au
Parlement à la Charge de Conſeiller
qu'avoit poſſedé Monfieur
fon Pere , aprés en avoir eu l'agrément
de Sa majeſté.
Il p'eſt point de lieu où la Grace
ne triomphe. Elle ſçait toucher
les coeurs dans le centre
meſme de l'Herefie . C'eſt ce qui
vient de Paroiſtre en la perſonne
de Meffire Theophile de Fefques
d'Arbouville , Seigneur de
Beaucheſne , d'une des plus nobles&
anciennes Familles d'Anjou.
Il fut élevé par ſes Parens
habituez en Touraine , dans la
Religion Pretenduë Reformée
& envoyé dés l'âge de douze ans
enAll magne , auprés du Prince
de Naffau Tillimbourg. hon merite
le fit confiderer de ce Prince
, & d'autres Perſonnes de
>
GALANT. 61
qualité , & comme il cherchoit
les occaſions de ſe ſignaler , il
eut des Lettres de recommandation
auprés de Monfieur le Prinee
d'Orange , qui luy donna d'abord
une Enſeigne , en ſuite une
Lieutenance,& puis une Compagnie
dans le Regiment de Torçay.
Aprés quinze années de fervices
en Hollande , il n'en ſeroit
pas demeuré là , fi quelques
Doutes qu'il eut touchant la Religion
qu'il profeſſoit , ne luy
euffent inſpiré une forte reſolution
d'abandonner tout pour s'en
éclaircir. Il ſe rendit à Paris , où
il eut pluſieurs Conferences ſur
ce qui cauſoit cesDoutes. Monfieur
Vignier de Richelieu le
voyant convaincu de ſes erreurs ,
le preſenta au Pere de la Chaize,
qui chargea le Pere du Champ
du ſoin de l'inſtruire , & enfin le
-
62 MERCURE
dixieme de ce mois , il fit Abjuration
de l'Hereſie de Calvin
dans l'Egliſe de Saint Loüis , entre
les mains du Pere Bobinet ,
par l'ordre de Monfieur l'Archevefque
de Paris. La Ceremonie
fut faite en preſence de plufieurs
Perſonnes de qualité Parens &
Amis , entre leſquels eſtoit madame
de marmande ſa Soeur , qui
creut ne pouvoir mieux témoigner
ſa tendreſſe à ce cher Frere ,
qu'en faiſant prés de cent lieuës
pour affiſter à cette action .
J'ay découvert qui eſtoit l'Autheur
des Dialogues que vous
trouvez depuis quatre mois dans
toutes mes Lettres. Il eſtde Bourges
, & s'appelle M. Bordelon. En
voicy un cinquième , qui eſt une
digne ſuire de ceux que vous
avez déja veus de luy.
GALANT.
63
DES CHOSES
DIFFICILES A CROIRE.
DIALOGUE CINQUIEME.
BELOROND , LAMBRET.
TE n'ay pas oublié que vous
Jm'avez promis de m'entretenir
aujourd'huy des judicieux ſenti.
mens de ceux dont je vous rapportay
les opinions ſur le ſouverain
Bien , la derniere fois que je
vous vis.
LAMBRET.
Il eſt vray que je vous ay fait
cette promeſſe; mais la matiere
eſt ſi grande , qu'il faudroit , ou
n'en point parler , ou en parler
dans toute l'étenduë qu'elle merite.
Ainfi , je vous prie de me
64 MERCURE
1
permettre d'eſtre voſtre Diogenes
Laërce , c'eſt àdire de vous
rapporter chaque jour deſtiné
pour nos Entretiens , un Abregé
de la vie & des opinions d'un des
anciens Philoſophes , & autres
grands Hommes qui ſe ſont rendus
recommandables dans les
Sciences , ou dans la Politique ,
& meſme dans les Armes. le ſuis
aſſuré que vous aurez plus de
plaiſir , ſi je m'étens fur chacun
d'eux autant que le temps me le
permettra , que ſi je parfois de
tous en general dans une ſeule
converſation.
BELORON
J'eſpere tirer de grands avantages
de ce deſſein ; & je vous
prie inſtamment de le reduire en
pratique.
LAMBRET.
le commenceray avec beauGALANT.
65
ne
coup de plaiſir , la premiere fois
que nous nou. errons ; car vous
voulez bien que 1 Letien d'aujourd'huy
ſoit employe
reflexion que m'ont fourny
opinions bizarres que vous me
nortaſtes fſur le ſouverain
Bien , aftre derniere con.
verſation. le me lunné comme
d'une choſe qui paroiit
difficile à croire , que tant de
grands Hommes eſtant convaincus
, comme il n'en faut point
douter ; de l'Existence de quelque
Divinité , & par confequent
de ſes eminentes perfections , ils
n'en ayent pas fait le ſouverain
Bien de tous les hommes ; puis
qu'en concevant un Dieu , on
conçoit ce qu'il y a de plus parfait
, & en meſme temps ce qui
ſeul peut remplir la capacité du
coeur humain ; car l'étude de la
66
MERCURE
Nature , & de tout ce qu'elle
contient , qui avoit ere leur ordinaire
occupon , ne devoitelle
pag our appris la fragilité
de Nature , & que par conrequent
ny les vangeances , ny
les navigations heureuſes
les amitiez
gagnées
つい
, ην
1- Batailles
y' les loüanges res
, ny les ſuperbes Edifices ,
ny les voluptez , ny la bonne renommée
, ny les Enfans , ny les
belles Femmes , ny l'Eloquence,
ny les Parens illuftres , ny les
biens temporels , ny les grands
treſors , ne pouvoient faire le veritable
bien de l'homme ; comme
vous m'aſſeuraſtes que les
Anacharfis , les Crates , les Simonides
, les Architas , les Gorgias ,
les Chryfippes , les Epicures , les
Antiſthenes , les Sophocles , les
Euripides, les Palemons, les TheGALANT.
67
miſtocles , les Ariſtides , & les
Heraclides ſe l'eſtoient imaginé.
N'avoient - ils pas experimenté
cux-meſmes , ou veu experimenter
par d'autres , que tout ce que
cemonde promet, n'eſt que fourbe
, tromperie ou vanité ? Que là
où il promet la liberté ,conue
dans les grandeurs , on n'y trou
ve qu'embarras
1-
agt ique
Prometla paix , comme
là où il Slitudes les plus retirées,
'n'y trouve que des inquier
des ; que là où il prom de la
joye , comme dans les voluptez ,
on n'y trouve que des amertumes
? Ne ſçavoient - ils pas que
les plus tendres amitiez finiſſent,
que les honneurs font des titres
ſpecieux que le temps efface ,
que les plaiſirs ne font que des
amuſemens accompagnez de
chagrins , que les richeſſes ſont
68 MERCURE
enlevées par la violence des hommes
, ou échappent par leur propre
fragilité , que les grandeurs
tombent d'elles meſmes , & que
la gloire & la reputation ſe perdent
enfin dans les abyſmes de
l'oubly ? Ne ſentoient- ils pas
Cox- meſimes , ou ne voyoient- ils
Pas fentir par les autres qu'il n'y
20
toutes les creatures
qui puifle rendre
reux , parce qu'il n'y
me heuien
iffe remplir la capacité dequi
coeur qu'elles ſont trop petites
en elles-melmes,& trop foibles
en leur pouvoir ; qu'il eſt vray
que d'abord leur beauté donne
dans les yeux, leurs loüanges flatent
l'oreille , leur douceur contente
le gouſt , leurs richeſſes
accommodent le corps , mais que
pas une ne fatisfait pleinement
l'eſprit ; qu'elles peuvent bien
GALANT.
69
occuper & embarraſſer le coeur
humain , mais qu'elles ne peuvent
pas le fatisfaire , parce que
ce ne ſont que des faux biens ,
des illufions & des ombres , ou
plûtoſt des maux veritables , qui
rendet l'homme plus méchant, &
ne l'empeſchent pas d'eſtre malheureux,
comme remarque judicieuſement
un Autheur de nos
jours ? Enfin, les refus que quelques-
uns faiſoient de la faveur
des Princes , ne devoient- ils pas
venir du mépris de leurs grandeurs,
comme d'un effetde leurs
reflexions qui leur devoient avoir
appris que la fortune la plus éclatante
, eſt non ſeulement vaine
& fragile , mais onereuſe , mais
pleine d'amertumes & de chagrins
, & que l'on ſoûpire ſur le
Trône auſſi- bien que dans les
fers:Voilà les penſées qu'ils pou70
MERCURE
1
voient avoir touchant les choſes
du monde , puis qu'ils estoient
capables d'en avoir de bien plus
élevées , & de bien plus abſtraites
, comme j'eſpere vous le faire
voir dans l'hiſtoire de leurs vies ,
que je vous promets. A voüez que
ces grands Hommes eſtant capablesde
ces ſentimens ſur les choſes
humaines , & les ayant en
effet , comme leurs Sentences
judicieuſes le témoignent , il y a
lieu de s'étonner qu'ils ayent mis
le ſouverain Bien de l'homme
dans les choſes d'icy- bas , ſans
fonger à la poſſeſſion & à l'amour
du moins de quelque eſtre plus
parfait , comme de leurs fauſſes
Divinité , s'ils ne connoiſſoient
pas la veritable , puis qu'il eſt
conſtant qu'ils reconnoiſſoient
quelque Divinité. Car s'il eſt
vray que nous avons une im
GALANT.
71
✓ preſſion naturelle d'un eſtre divin
, ſelon Ciceron , Omnes duce
naturâ eo vehimur ut Deos effe di
camus; ou felon Ariftote , Omnes
homines de diis exiftimationem habent
; & qu'il n'y a aucune Nation
, ſi barbare qu'elle ſoit , qui
ne croyent quelques Dieux , ſelon
Seneque , Nulla quippe gens
usquam est adeo extra leges moref
que proiecta , ut non aliquos Deos
credat ; nous ne devons pas refuſer
cette impreſſion à tous ces
grands Genies qui en eſtoient
aſſeurément les plus capables ,
& qui l'avoient renduë plus profonde
par leurs études & leurs
meditations .
BELOROND .
Voſtre reflexion eſt extremement
judicieuſe. Je vous diray
cependant que cette impreffion
naturelle de la Divinité qu'Ari72.
MERCURE
ſtote , Ciceron & Seneque attribuent
à tous les Hommes , me
ſemble une choſe difficile à croire
, ſi nous voulons nous en rapporter
à quelques Autheurs qui
nous apprennent le contraire . En
effet , Strabon dit , que quelques
Peuples de la Zone Torride , ne
reconnoiſſent aucuns Dieux , ex
iis qui Torridam habitant nonnulli
Sunt qui deos effe non credunt. Jean
Leon nous en dit autant des Peuples
qui habitent le Royaume de
Borno en Afrique. Acoſta va
encore plus loin , quand il parle
de quelques Indiens Occidentaux,
qui n'avoient pas ſeulement
le nomappellatifde Dieu.Champlain
le confirme de quelques
Peuples de la Nouvelle France ,
& les Lettres des Jeſuites de
l'an 1626. de quelques Peuples
qui ſont ſur le Gange. Non feulement
GALANT.
73
lement des Peuples Barbares font
■ dans ce déplorable état ; mais
encore des Hommes tres éclai- コ
rez en toute autre matiere , comme
un Petrone qui s'imagine que
les merveilles de la Nature , les
- Eclypſes des Aſtres, les Tremblemens
de Terre , le bruit des
Tonnerres , & choſes ſemblables
ſont les cauſes qui intimidant le
vulgaire , l'ont perfuadé de l'exiſtance
d'un Dieu .
Primus in orbe deos fecit timor ,
ardua cælo
Fulmina dum caderent .
Comme un Sextus qui rapporte
cette impreſſiondont vous
me parlez , aux Vifions prodigieuſes
que nous fournit noſtre
imagination pendant le Sommeil.
D'autres ont voulu ſe figus
rer que l'opinion de l'Exiſtence
d'un Dieu , eſtoit un effet de la
Iuillet 1685 . D
+
74 MERCURE
politique des Legiflateurs , pour
retenir les Peuples , & les mener
à leur fantaiſie. C'eſt ce que loſeph
Acoſta ſemble confirmer ,
quand il nous repreſente les
Mandarins qui gouvernent la
Chine ,& qui retiennent le Peuple
dans la Religion du Pays ,
quoy qu'eux- meſmes ne croyent
point d'autre Dieu que la Nature
, point d'autre vie que cellecy
, point d'autre Enfer que la
Priſon , ny d'autre Paradis , que
d'avoir un Office de Mandarin .
LAMBRET.
Cette impreſſion naturellede
la Divinité , demande pour paroiſtre
au dehors une raiſon
parfaite dans celuy qui doit
la faire voir & c'eſt cette
perfection qui manquoit à ces
Peuples Barbares dont parlent
,
GALANT.
75
1
1
-
-
Strabon , lean Leon , Acoſta ,
Champlain , & les Peres Iefuites
s'il eſt vray qu'il ayent eſté
dansune ignorance fi groffiere,
ce que j'ay de la peine à croire .
L'Ecriture Sainte me fournit ce
raiſonnement , quand elle nous
apprend que c'eſt le fol , l'Homme
ſans raiſon , qui dit qu'il n'y
a point Dieu ; Dixit infipiens in
corde fuo non est Deus. C'est encore
la perfection de cette meſme
raiſon qui manquoit à ces habiles
Hommes , je veux dire que
c'eſt à cauſe que cette raiſon
eſtoit corrompuë par les voluptez
, ou par la preſomption ,
autre eſpece de folie. Ce font des
eſprits ſuperbes qui ne veulent
pas croire ce qu'ils ne connoifſent
pas. Choſe étonnante que
l'Homme qui eſt ſi foible de ſa
nature, ſi ſterile en ſon pouvoir,
D 2
76 MERCURE
fi limité dans ſes connoiffances ;
ſoit cependant affez aveugle ,
pour ſe perfuader qu'il eſt capable
de penetrer l'effence de toutes
choſes , & que pouffé par cét
aveuglement il pretend tout ſçavoir
! L'experience a beau luy
apprendre tous les jours par l'ignorance
qu'il a de tant de choſes
qui font dans la Nature , &
auſquelles ſes connoiffances ne
peuvent arriver , combien ſes
lumieres font foibles , l'orgueil
qui le domine , ne laiſſe pas de
luy faire croire qu'il n'a qu'à
vouloir pour connoiſtre ce qu'il
defire , & que ſi d'un coſté la
maſſe de ſon corps luy eſt un
grand obſtacle à cette avidité
qu'il a de tout ſçavoir, d'un autre
coſté , il a un eſprit qui par ſa
pomptitude & ſa fubtilité peut
l'elever au deſſus de tous les obGALAN
T.
77
ſtacles que ſa priſon luy veut
oppofer. C'eſt à cauſe de ce raifonnement
de l'orgueil 2 que
l'Homme dans noſtre Religion a
tant de peine à captiver ſon eſprit
ſous la Foy , & que ces ſcavans
Athées tâchent de ne pas croire
qu'il y ait un Dieu . Leur preſomption
ne leur permet pas de
faire reflexion , que ce Dieu fur
l'Existence duquel ils voudroient
bien s'aveugler , eſt un abîme
où ſe perd la raiſon humaine , un
Occean où toute la Sageſſe du
monde eft fubmergée , Sapientia
corum devorata eft. En effet, quelle
folie , de vouloir connoiſtre
l'effence d'un Dien ! Ces grands
Homesraiſonnent- ils ?Ne do vetils
pas eſtre perfuadez , quand
tout les convainc , qu'il eſt un
Dien , quil faut que ce Dieu foit
un Eſtre incomprehenſible , en
D 3
78 MERCUPE
meſme temps qu'il comprend
tout ; inviſible en meſme temps
qu'il voit tout , inacceffible en
meſme temps qu'il eſt dans tour.
Encore une fois ne doivent - ils
pas eſtre perfuadez qu'il faut
que ce Dieu foit un eſtre , grand
fans quantité , bon fans qualité,
infiny fans nombre , étendu ſans
meſure , & par conſequent impenetrable
aux raiſonnemens humains
? Cependant il s'eſt trouvé
dans le quatrième Siecle de l'Egliſe,
un Hereſiarque nommé Eunomius
de Galatie , & non pas de
Capadoce , comme l'a écrit Sozomene
qui ſe vantoit avec
ſes Sectateurs de connoiſtre
Dieu auffi - bien que Dieu ſe
connoiſſoit luy - meſme ; tant
il eſt vray que la preſomption
de l'Homme n'a point de
limites. Mais ſi la preſomption
,
GALANT.
79
produitdes Athées, il faut avoüer
que la corruption que les voluptez
engendrent dans l'eſprit,
n'eſt pas une des moindres cauſes
de l'Atheïſme. Un eſprit
voluptueux ne croit pas volontiers
l'Existence d'un Dieu , qu'on
ne peut connoiſtre ſans eſtre
obligé de l'adorer & de l'aimer, &
qu'on ne peut veritablement
adorer & aimer , ſans renoncer
auxplaiſirs & aux yoluptez criminelles
. Pour croire volontiers
un Dieu ,il faut ſouhaiter qu'il ſoit
&pour ſouhaiter qu'il ſoit, il faut
en attendre des faveurs & des
liberalitez , & c'eſt ce que les
Hommes charnels ſçavent bien
qu'ils n'ont aucun ſujet d'eſperer.
BELOROND.
Je croy avec vous que c'eſt l'ignorance
ou la corruption qui
a introduit l'Atheïſme dans le
D 4
80 MERCURE
1
monde, s'ileſt vray qu'il y ait de
veritables Athées , & ce ſont apparemment
les mêmes cauſes qui
ont produit l'Idolatrie , comme il
eſt conſtant qu'il y en a eu , &
qu'il y en a encore à preſent.
Il n'y a aucune choſe ſur laquelle
les Hommes devoient
eſtre plus raiſonables , que fur
l'obligation indiſpenſable de reconnoiſtre
une Divinité ;& cependantil
n'y a aucun ſujet ſur lequelils
ayet fait voir plus d'extravagance
que fur celuy-là. On ne
le pourroit croire , ſi nous n'en
avions des témoignages qu'on ne
ſçauroit démentir. L'occaſion eft
trop favorable pour ne pas entrer
dans le détal de ces extravagances.
Je vais vous faire un recit
abregé à la confufion de l'eſprit
humain , de toutes les choſes
( ſans parler des Hommes ) qui
GALANT. 81
لا
ont été les objets de fon adoration.
Je ne garderay point d'autre
ordre que celuy que ma memoire
me fournira . Ceux de la
Province de Cardandan adorentle
plus vieux de la Maiſon , au
rapport de Marc Paul. Bouldeſelle
raconte en ſes Voyages de
l'an 1326. que ceux qui portoient
la qualité de grand Cham
du Cathay , prenoient garde le
premier lour de l'An , au fortir
du lit , à ce qui leur venoit premierement
à la rencontre , afin
de le tenir pour leur Dieu toute
l'année ; de forte que fi c'eſtoir
un Rat ou un Chien , ils datoient
leurs Expeditions de l'an
du Rat ou du Chien. Gaguin die
dans fa Sarmatie,que des Lithuaniens
adorent les plus grands
Arbresde leurs Forefts. LeRoy
de Bellegat avoit pour fon Dieu
DS
82 MERCURE
une dent de Guenon; c'eſt Pigafetta
qui nous apprend cette ridicule
Divinité. Des Calicutois
adorent le Diable , ſe perſuadant
qu'aprés la Création du monde ,
Dieu l'a laiſſe ſous ſa conduite.
L'Hiſtoire des Incas aſſeure que
dans une Vallée du Perou on
adoroit une Emeraude preſque
auffi groffe qu'un oeuf d'Auftruches.
Les Tunquinois rendent
leurs adorations aux Ames de
ceux qui ſont morts faute de
pourriture , & leurs offrent du
Ris au premier des jours de chaque
Lune. Une Secte de Perſans
D'admettoit point d'autre Dieu
que les quatre Elemens . Olearius
dit que les Tartares Ceremiſſes
adorent tout ce qu'il ſe ſont repreſentez
la nuiten fonge. Ya-t'il
rien de pareil à l'extravagance
des Egyptiens qui adoroient des
GALANT. 83
Oignons ,des Chats , & les plus
abjectes Créatures ? C'eſt en ſe
mocquant d'eux que Iuvenal dit
agréablement , Sat.15 .
O fortunati quibus hac nascunturin
hortis
Numina !
Q qu'ils font heureux , puis
que les Dieux naiffent , & font
produits dans leurs lardins ! Les
Lacédemoniens n'ont- ils pas eſté
aſſez fous pour éleverdes Autels
à la Mort , quelque implacable
qu'elle ſoit ; les Romains a la
Crainte , à la Pafleur, à la Fievre ,
&les Atheniens à l'Impudence ?
Empedocles regardoit les Cieux
comme autant de Dieux , les
Pythagoriciens les Aſtres. Ilya
desTartaresquiadorent la Lune.
Des Africains de Lybie & de
Numidie font des Sacrifices aux
Planettes. Si nous en croyons
D 6
84 MERCURE
lean Leon , les Habitans des Ifles
fortunées , les Maffagettes , & les
Genulsde la coſte des Malabares
adorent le Soleil , comme ſi ces
paroles , Soli Deo honor & gloria,
ſe devoient interpreter en faveur
de ce premier de tous lesAſtres; ce
qui me fait reffouvenir d un Portugais
, qui s'eſtant rendu agréableparſes
ſervices au RoyHenry
III . luy demanda dans Lyon
pat grace finguliere ,de ne contraindre
perſonne dans tous ſes
Etats , d'adorer d'autre Divinité
que celle du soleil. Chez Diogenes
, Platon reconnoit le Feu
pour une Divinité. Les Perfes
chez Herodote adorent les Fleuves
avec tant de devotion qu'ils
n'oſent ſeulement ſe ſervir de
leurs Eaux; pour en laver leurs
mains. Les Syriens a'loient foüil
ler juſques dans la Mer poury
GALAN T. -85
chercher les Poiffons, & en faire
leurs Dieux. Les Americains Septentrionaux
de Cevola rendoient
leurs adorations à l'Eau ;
les Theffaliens aux Cicognes ; les
Habitans du Mont Caſſin aux
Oyſeaux Seleucides ; Les Aſſyriens
aux Colombes ; les Habitans
de l'Empire du grand Mogor
aux Vaches ; ceux de Calicut
aux Boeufs ; les Tartares que
Iofeph Barbaro appelle Moxy ,
à un Cheval remply de Paille
les Gentils de Bengala & autres
Indiens , à un Elephant blanc ;
les Samogiciens aux Serpens ,
felon Sigifmond de Herbeſtin en
ſa Moſcovie. De bonne foy , G
tous ces Gens là avoient cu un
peu de raiſon , ne ſe ſeroient- ils
pas mocquez d'eux- melmes , en
confiderant leurs extravagances
n'avoient - ils pas ſujet de dire
86 MERCURE
7
1
comme un certain , Stulte verebor
ipfe cum faciam Deos ; ô fols que
nous ſommes d'adorer des Dieux
qui ne le font que parce que
nous le voulons : Enfin pourderniere
preuve de l'extravagance
de l'eſprit humain fur ce ſujet,
il ne faut que ſe reſſouvenir des
adorations qu'on rendoit à l'infame
Priape. Comme on ne peut
pas pouſſer plus loin la folie , je
ne poufferay pas auſſi plus loin
ce recit. Je me contenteray d'ajoûter
, qu'on n'a pas feulement
errédans la qualité , mais encore
dans le nombre , puis qu'il y a fur
les Coſtes des Indes Orientales
des Peuples qui font monter celuy
de leurs Dieux jufqu'à trente
millions , & que Tales affeuroit
que tout cet Univers eſtoit
remply d'une infinité de Dieux.
GALANT. 87
LAMBRET.
Ces extravagances m'étonnent
, je l'avoue ; mais je ſuis
encore plus ſurpris de ce qu'il y
en a eu , qui ont oſe rendre leurs
Dieux favorables à leurs crimes ,
ou les honorer par des infamies,
ou leur donner des qualitez
odieuſes , & cela , à la veuë de
l'Univers avec autant d'impunité
que de hardieſſe. Voyez , je
vous prie , chez Pline un Pompée
qui fit bâtir un Temple à
Minerve , ſur le Portail duquel
il fit graver qu'il avoit pris ,rompu
,& tué deux millions & cent
quatre- vingt trois mille Hom
mes , pillé ou fubmergé 846.
Navires , deſole38. Villes &
Bourgades , comme s'il euſt voulu
honorer cette Déeffe , en luy
faiſantle recit de toutes ſes cruautez.
Lifez chez Plutarque,com
88 MERCURE
me chez les Romains le jour de
la Feſte des Supercales , les plus
nobles , & beaucoup de Magiſtrats
couroient tout nuds par la
Ville ainſi que des inſenſez ,
frappant avec des courroyes les
Perſonnes qu'ils trouvoient en
leur chemin , avec cette fotte ſuperſtition,
que quantité de Femmes
de la plus haute códition venoient
au devant d'eux , leur preſentantadeſſein
les mains comme
les Enfans font icy à leursMaîtres
dans les Colléges , pour recevoir
des coups de foüet , perfuadées
que cela avoit une grande vertu
pour faire accoucher plus aifément
celles qui estoient enceintes
, & pour faire concevoir celles
qui estoient ſteriles . Les Paphlagoniens
en Afie , diſoient au
rapport de Davifi , que Dieu
eſtoit détenu prifonnier enHyGALAN
T. 89
ver , mais qu'au Printemps on le
délioit , ſi bien qu'il commençoit
à ſe mouvoir. Quelle impertinence
! Nous liſons que dans-la
Ville de Lynde en l'ifle de Rhodes
, on celebroit les Sacrifices
d'Hercule en maudiſſant & déteſtant.
Quelle pieté ! Aux In
des Orientales il y a des Matrones
notables qui s'abandonnent
aux premiers venus , dans de certaines
Pagodes ou Chapelles au
profit des Idoles qu'on y adore ,
fans parler de celles qui ſe proſtituoient
en l'honneur de Venus.
Quelle pureté de Religion !
Ya-t- il rien encore de plus effronté
, que de prier une Divinité
dé donner moyen de tromper ,
& en meſme temps de paroiſtre
juſte& ſaint , comme on lit chez
Horace.
Pulchra Laverna ,
१० MERCURE
Da mihi fallere , da juſtum ,ſan.
itumque videri.
Mais c'eſt aſſez pour faire
rougir , pour ainſi dire , l'eſprit
humain , en luy repreſentant les
extravagances , & les folies dont
il a eſté capable. Diſons que ce
qui eſt le plus conforme à ſa foibleſſe
, c'eſt de croire l'Existence
d'un Dieu , ſans en vouloir penétrer
la nature , & fans prolonger
davantage noſtre converſation
qui est beaucoup plus longue que
les précedentes , retirons - nous
avec ce beau Paſſage de Tacite ,
en nous fervant pourtant de la
Circoncifion , dont nous avons
parlé autrefois. Sanctius ac reverentius
videtur de Exiftentiâ Dei
credere quam fcire.
Je viens aux affaires d'Angleterre.
Vous remarquerez , Ma-
,
GALANT. 91
dame , que toutes les dates que
j'employeray , ſont conformes au
Calendrier que l'on y obſerve ,
&qui eſt moins avance de dix
jours que le noſtre. Le Parlement
, qui avoit eſté convoqué
par les Lettres circulaires du
Roy , s'eſtant aſſemblé le 19. de
May à VVeſtminster , le grand
Huiſſier à la Verge noire , fut
envoyé à la Chambre des Communes
, pour leur ordonner de ſe
rendre à la Chambre des Seigneurs,
où Sa Majesté eſtoitaſſiſe
ſur ſon Trône , revétuë de fes
Habits Royaux. Milord North ,
Garde des Seaux , faiſant la fontion
de Chancelier , dont la
Charge n'eſt point encore remplie
, leur declara , que l'intention
du Roy eſtoit, que les Membres
de l'une & de l'autre Chambre
preſtaſſent les Sermens ac92
MERCURE
:
couſtumez , avant que Sa Majeſté
s'expliquaſt ſur les cauſes
de la convocation de ce Parlement.
Il ajoûta qu'Elle ſouhaitoit
que les deputez de la Chambre
des Communes ſe retiraffent ,
pour proceder à l'élection d'un
Orateur , qu'ils luy preſenteroient
à quatre heures aprés midy.
Les Communes retournerent
à leur Chambre , & d'un conſentement
unanime , le Chevalier
Jean Trevot , Avocat du Conſeil
du Roy , fut choify. Dés le ſoir
meſme on le preſenta à Sa Majeſté
, qui témoigna eſtre ſatisfait
de ce choix.
Le 22. du meſme mois, le Roy
ſe rendit dans la Chambre des
Seigneurs ; & s'étant aſſis dans
ſon Trône , il fit venir les Communesdans
la Chambre haute,
& dit , Qu'auſſi toft que Dieu l'ent
GALAN T. 93
placé,fans nulle opposition , fur le
Trône deſes Ancestres , aprés avoir
disposé du feu Roy Son Frere , il
avoit pris le deſſein de convoquer
un Parlement , croyant que c'estoit
le meilleur moyen d'établir fon Regne
fur des fondemens qui puſſent le
rendre heureux pour tousſes Sujets;
Qu'il avoit declaré fort au long à
Jon Confeil Privé , la premiere fois
qu'il s'y estoit rendu , quels estoient
Ses Sentimens touchaut les principes
de l'Eglise d'Angleterre , dont les
Membres avoient toûjours fait paroiſtre
une fidelitéfi inviolable dans
les temps les plus fâcheux , qu'il auroit
toûjours foin de la proteger &
de la defendre ; Qu'il feroit tousfes
efforts pour conferver le Gouvernement
de l'Eglise & de l'Estat , ainsi
qu'ilse trouvoit étably ; &que com.
me il n'abandonneroit jamais les
prérogatives de la Couronne , aussi
4
94
MERCVRE
nofteroit- il iamais à perſonne ce qui
luy appartenoit ; que puisqu'il
avoit ſouvent hasardésa vie pour
ladefensedela Nation, on ne devoit
pas douter qu'il nefift encore autant
qu'auren autre pour luy conſerver
tous ſes Privileges , Qu'il vouloit
bienleur donner ces aſſurances dans
les meſmes termes dont il s'estoitfervyàson
Avenement à la Couronne,
afin de leur faire voir qu'il ne les
avoit pas employez alors fans y
avoirfait reflexion ; &qu'aprés une
promesse faite d'une maniere fi
Solemnelle , il croyoit pouvoir attendre
quelque reconnoiſſance de leur
part , dans une occaſion où il s'agif.
Soit principalement de luy affcurer
un revenu pendant sa vie , comme
ils avoient fait à l'égard dufeu Roy
Charles II. Que l'entretien de la
Flote, l'avantagedu Commerce , les
besoins de la Couronne , & l'inteGALANT.
95
reft de l'Estat qu'il ne devoit pas
gouverner en suppliant , estoient
des raiſons qu'il auroit pû alleguer,
peur leur faire voir combien ſa demande
avoit de justice ; mais qu'il
les connoiſſoit tous (i raisonnables .
qu'il estoit persuadé que leurs propres
lumieres leurs suffisoient pour
penetrer ce qu'il ne leur difoit pas ;
Qu'on pourroit luy oppofer une rai.
fon affez ordinaire , Sçavoir l'inclination
des Peuples pour de frequens
Parlemens , qu'on assembleroit fou
vent , fi on ne luy accordoit que de
temps en temps les ſecours qui luy
Seroient neceſſaires ; mais que puisque
c'estoit la premiere fois qu'il
leur parloit comme Roy , il estoit
bien aiſe de leur declarer qu'il falloit
agir avec luy d'une autre forte ;
&que le plus feur moyen de l'obli
ger àresoudre ces frequentes Affemblées
, estoit de le traiter toûjours
96 MERCURE
3
bien ; Que cependant il croyoit devoir
leur dire , qu'il avoit esté averty
qu' Argile avoit mis pied à terre
dans l'Ecoffe du coſté du Couchant ,
avec tous ceux qui s'estoient embarquez
avec luy en Hollande ; Que ce
Rebelle avoit fait publier deux Declarations
, l'uneſousſon nom , l'autre
au nom des Revoltez qui étoient
en armes ,& qu'on l'y traitoit d'VSurpateur
&de Tyran ; Qu'il avoit
donné ordre que la plus courte des
deux leurfuft communiquée,&qu'il
prendroit tout le soin poſſible pour
ne pas laiſſer la Declaration des
Rebelles ſans le châtiment qu'elle
meritoit.
LeRoy fit enſuite communiquer
aux deux Chambres la De
claration du Comte d'Argile ;
mais avant que je vous en parle,
vous ferez bien aiſe de ſçavoir
au moins en ſubſtance ce que
contenoit
GALANT. 97
contenoit celle des Rebelles qui
foûtenoient ſon party. Elle avoic
pour titre : Declaration & Apolo- .
gie du Peuple Protestant, c'est à dire
des Seigneurs, des Barons, des Gentilscommes
, des Bourgeois & des
Communes de toutesfortes , quifont
preſentement en armes au Royaume
d'Ecoffe , avec la concurrence des
veritables & fidelles Pasteurs , &
de plusieurs Gentilshommes Anglois
joints avec eux en la mesme cause.
Ils publioient par cette inſolente
Declaration les grands avantages
que la Religion Proteſtante remporta,
tant en Ecoffe , que dans
les Païs étrangers , par le bon
ſuccés de l'horrible Rebellion
contre le Roy Charles I. Pere Sa
Majeſté;lequel ſuccés ils avoient
l'audace d'imputer par une impieté
execrable à la benediction
de Dieu ſur la bonté de leur cau-
Iuillet 1685 .
E
98.
MERCVRE
fe. Ils exaltoient ta fidelité des
Ecoffois , appellez Covenanters,
qui aprés avoir livré le Pere pour
eſtre cruellement maſſacré par
leurs Freres en Angleterre ,
avoient neanmoins admis le Fils
àregner , à certaines conditions
qui ne pouvoient ſubſiſter avec
laMonarchie , pretendant prouver
par là , que le feu Roy eſtoit
avec beaucoup de juſtice accuſé
d'ingratitude , puiſque tout ce
qu'il avoit fait depuis ſon heureux
rétabliſſement , avoit eſté
contre les Loix, arbitraire, tyrannique
, & que tous les ſermens
impoſez , aprés que l'on avoit
aboly, la Ligue ſolemnelle ou le
Convenant , avoient eſté des
parjures , & le Gouvernement
metme une Apoſtaſie continuelle.
Ils accufoient les Parlemens
des deux Royaumes , d'avoir anGALANT.
221E DELAVIE
nulé les pernicieuſes Loix faires
pendant la Rebellion , & en patron
ticulier , le Parlement d'Ecoffe
d'en avoir fait quelques-unes , en
vertu deſquelles le fang Proteſtant
avoit eſté repandu , dont ils
donnoient pour exemple le defunt
Marquis d'Argile condamné
en Parlement ; & enfin d'avoir
chaſſé les Miniſtres Non-Conformiſtes
. Ils accuſoient auſſi le
Gouvernement de faire mourir,
les gens contre les Loix , de deſoler
les Egliſes , & de changer les
Ordonnances de Dieu en inventions
des hommes , favoriſant les
Papiſtes , & entretenant des
Armées ſur pied , qu'ils appelloient
la ruine & la deſtruction
du Gouvernement civil. Ils ſe
declaroient contre la Suprematic
duRoy,& contre toutes lesguerres
faites aux Etats Generaux
E 2
100 MERCURE
des Provinces Vnies ; contre
l'execution de ces Scelerats , qui
ſe faifoient un métier & un exercice
d'aſſaſſiner les Sujets fidelles
, ſous pretexte de Religion ;
contre la torture que l'on fit
ſouffrir à Spence & à Carſtares ,
par le moyen de laquelleon découvrit
la derniere Conſpiration ,
& enfin contre la Sentence qui
avoit condamné Argile. Ils ſe declaroient
auſſi contre les recherches
qui furent faites àBothvvel-
Bridge touchant la Rebellion,
par les Juges des Aſſiſes appellant
toutes ces procedures , fi necefſaires
pour la paix & pour le repos
de ces Royaumes , une Tyrannie
meſflée avec le Papiſme;
contre l'élevation du Roy fur le
Trône,qu'ils nommoient Jacques
Duc d'Yorck , quiavoit eſté exclusde
la Couronne par lesCom
GALANT. 101
munes d'Angleterre ; & enfin
contre la Chambre des Communes
alors aſſemblée , dont ils diſoient
qu'on avoit choiſy les Deputez
par cabale , fraude &
tromperie. Ils publioient que
pour toutes ces raiſons , ils ſecoüoient
entierement tous engagemens
de ſujetion , & prenoient
les armes contre Jacques Duc
d'Yorck,& contre tous ſes Complices
, les appellant leurs méchans
& dénaturez Ennemis
pour ces fins pretenduës , ſçavoir
pour rétablir ce qu'ils appelloient
la Religion Proteftante
ſupprimer & exclurre à jamais le
Papiſme & l'Epifcopat, ſa racine
&ſa ſource empoisonnée ; pour
rétablir tout ceux qu'ils avoient
ſouffert àcauſe qu'ils avoientpris
, pour
lintereſt de leur party ; pour renverſer
le gouvernement preſent,
E 3
102 MERCURE
& en établir un autre ſelon leurs
deſſeins . Ils proteſtoient que jamais
ils n'entreroient en aucune
Capitulation , Traité ou Condition
avec le Roys mais qu'au
contraire ils continueroient la
guerre réellement , vigoureuſement
& conftamment , juſqu'a
ce qu'ils fulfent venus à bout de
leurs fins , & qu'ils ſe preſteroient
du ſecours,&le maintiendroient
les uns les autres,& particulierement
leurs Freres qui estoient
en Angleterre ou en Irlande , qui
travailloientdansla mesme veuë.
Enfin ils promettoient l'indemnité
à ceux qui avoient eſté
leurs Ennemis , pourveu qu'ils
ſe repentiffent fincerement,qu'ils
ſe joigniſſent à eux, & les aſſiſtaf
ſent avec vigueur contre unTyran
leur perfecuteur , & contre
un party Apoſtat. C'eſtoit ainſi
GALANT. 103
qu'ils traitoient Sa Majesté , &
ſes fidelles Sujets. Ils finiſſoient
par de grandes aſſeurances qu'ils
donnoient aux Révoltez , que
Dieu les aſſiſteroit , & confondroit
leurs Ennemis .
La déclaration du Comte
d'Argile , qui fut communiquée
aux deux Chambres ce jour- là,
avoit pour Titre , Déclaration
d' Archibald Comte d'Argile , Seigneur
de Kinlyre , de Cambell , de
Lorne, &c. Sherif heréditaire , Gouverneur
, & Juge heréditaire &
Genéral des Provinces d'Argile , &
de Turben , avec ordre àses vaf-
Saux & autres Habitans defdites
Provinces , & autres qui ſont ſous
Sa Jurisdiction de concourir avec
luy pour la défenſe de leur Religion ,
de leursvies &de leurs biens. Cette
Déclaration portoit qu'il ne parleroit
ny de fon Factum imprimé
E
4
104 MERCURE
&publié en Latin & en Flamand,
& plus amplement encore en
Anglois , ny de la Déclaration
imprimée & publiée par pluſieurs
Seigneurs, Gentilhommes,
&autres Ecoffois & Anglois, qui
étoient alors en armes. Mais que
comme il y étoit fait mention de
ceque ſa famille & luy avoient
fouffert , il avoit trouvé à propos
de déclarer , qu'ayant pris les
armes avec ceux qui l'avoient
choiſi pour eſtre leur Chefl, ce
n'avoit point eſté pour aucunes
fins particulieres ou perſonnelles
; mais ſeulement pour celles
qui eſtoient contenuës dans cette
Déclaration qu'il avoit concertée
avec eux,& qu'il approuvoit,
&qu'il ne prétendoit faire valoir
aucuns autres droits que ceux
qu'il avoit avant la Sentence qui
le condamnoit luy & ſa Famille,
GALANT.
105
leſquels droits établiſſoient fuffiſamment
ſes pretentions. Que
toutes les injures perſonnelles
faites à luy & à ſa famille , il les
pardonnoit volontiers comme
Chrétien , à ceux qui ne s'oppoſeroient
point au party qu'il foû
tenoit , mais qui ſe joindroient à
luy pour faire réüſfir ſon entrepriſe
, & qu'il s'obligeoit par cette
preſente Déclaration de ne les
pourſuivre jamais en Juſtice.
Qu'aprés qu'il auroit obtenu la
poſſeſſion paiſible des biens
qui appartenoient à ſon Pere &
àluy , avant les prétenduës Sentences
qui les avoient confifquez,
il payeroit toutes les dettes
de ſon Pere& les ſiennes. Que
comme ſa fidelité pour le feu Roy
& pour fon Gouvernement ,
avoit ſuffisamment paru à tous
ceux qui n'eſtoientpas prévenus
106 MERCURE
injuſtement contre luy ; auffi reconnoiffoit-
il avec douleur qu'il
avoiteu trop de complaifance, &
de condeſcendence à l'égard des
mefures que l'on avoit priſes ,
pour amener les choſes en l'état
où elles eſtoient alors , quoy que
Dieu luy fuſt témoin qu'il n'avoit
jamais eu de part à de tels deffeins
. Qu'il avoit ſouffert patiem.
ment l'injuſte Sentence renduë
contre luy , s'eſtant retiréduRoyaume
pendant trois ans & demy,
fans avoir eu jamais la penſée ny
d'exciter des ſeditions,ny de troublerla
paix pour fes intereſts particuliers
en prenat les armes pour
ſe défendre , mais que le noy
eſtant mort,& le Duc d'Yore qui
levoit le maſque , ayant entrepris
de ruiner la Religion Proteftante
qu'il avoit abandonnée ,& d'envahir
leurs libertez, dans la réſolution
d'exercer contre les Loix
GALANT.
107
l'Autorité ſouveraine , il croyoit
qu'il eſtoit non ſeulement de la
Juſtice, mais encore de ſon devoir
envers Dieu & fa Patrie, de s'op .
poſer par toutes fortes d'efforts à
fon Vfurpation & à ſa tyrannie.
Qu'avec l'aſſiſtance & le ſecours
de pluſieurs bons Proteftans de
l'one & de l'autre Nation qui l'avoient
prie d'eſtre leur Chef, il
eſtoit réſolu d'executer autant
que Dieu luy en donneroic
le pouvoir , les deſſeins qui
étoient amplement expliquez
dans la Declaration , & qu'il exhortoit
& prioit inſtamment, tous
les honneſtes Proteftans, & particulierement
tous ſes Parens &
Amis , de concourir avec luy
touchant ce qu'elle portoit ;
qu'ayant écrit plufieurs Lettres,
parce qu'il n'avoit point d'autres
voyes de faire ſçavoir ſes inten-
E6
108 MERCURE
tions, il ordonnoit àtous ſes Varfaux
& à tous ceux qui ,
eſtoient dans ſes diverſes Iurifdictions
de prendre les armes , de
ſe joindre à luy , ainſi que ſa
Déclaration portoit , & d'obeïr
aux ordres particuliers qu'il leur
envoyeroit de temps en temps,
faute dequoy ils en répondroient
à leurs perils & fortunes .
Les Communes eſtant retournées
dans leurChambre aprés la
lecture de cette Déclaration , la
premiere choſe que fit l'une &
l'autre Chambre , fut de réfoudre
qu'on remercieroit le Roy de
fon obligeant Diſcours , & de la
Déclaration favorable qu'il leur
avoitfaite. Les Communes ayant
enſuite examiné ce que Sa Majeſté
leur avoit dit touchant l'établiſſement
d'un revenu , qui
puſt luy aider à ſoûtenir les dés
GALANT.
109
penſes de l'Etat , réſolurent tout
d'une voix , que le Revenu que
l'on avoit accordé au feu Roy ,
feroit continué à Sa Majeſté pendant
ſa vie , & que l'on en drefſeroit
un Bill , qui ſeroit apporté
à la Chambre. L'apreſmidy , les
deux Chambres allerent trouver
le Roy à VVithehall , & luy firent
leurs remerciemens. Le lendemain
vingt troiſième de May ,
les Seigneurs s'eſtant aſſemblez ,
on fit une Adreſſe , contenant
que le Roy ayant eu la bonté de
leur faire part de l'avis qu'il avoit
en , qu'Alchibald cy - devant
Comte d'Argile , déclaré coupable
de trahiſon , avoit fait une
defcente en Ecoffe avecpluſieurs
de ſes Complices qui ſe déclaroient
Rebelles , il eſtoit ordonné
par les Seigneurs Ecclefiaftiques
& Seculiers aſſemblez en
110 MERCURE
Parlement , que cette Chambre
iroit trouver le Roy dans la Salle
des Banquets à VVitheall ſur les
eing heures du ſoir de ce meſme
jour , pour remercier tres- humblement
Sa Majesté, d'avoir bien
voulu faire part de cette affaire
à la Chambre, & pour loy offrir
leurs vies & leurs biens contre
-les Rebelles , & fes autres Ennemis.
Les Communes refolurent
auffi d'un commun confentement
de faire la meſme choſe ;
ce qui fut exécuté l'apreſdinée
par les deux Chambres , qui s'etant
renduës à VVitheall , preſenterent
leurs Adreſſes au Roy .
On leut auffi ce jour là le Bill ,..
pour accorder à Sa Majefté pendant
ſa vie , le Revenu dont
jouiffoit le feu Roy Charles I I.
On appelle Bill toute affaire
qu'on propoſe , ſans qu'elle foit
GALANT. Π
rédigée. On ordonne que des
Commiſſaires l'examineront ,&
ces Commiſſaires ſe nomment le
Petit Comitte. Lors qu'ils ont examiné
l'affaire , & qu'elle est rédigée
par écrit , on dit alors que le
Bill eſt formé , & il ne paffe dans
la Chambre où il a eſté propoſé ,
qu'aprés qu'on l'a leu trois fois .
La premiere des deux Chambres
qui a mis le Bill en cét état , l'envoye
dire à l'autre Chambre , &
c'eſt toûjours celle des Communes
qui ſe rend dans la Chambre
Haute qu'on appelle des Setgneurs
,où la Chambre Peinte .
Quoyquele Bill ait eſté approuvé
par les deux Chambres , il ne
paſſe point , fi le Roy ne vient
⚫en Habits Royaux , & ne le touche
avec ſon Sceptre : ce qu'il
fait en difant , te Roy y confent.
Lors qu'ildit le Roy s'avifera, cela
)
112 MERCURE
fait entendre qu'il ne veut pas le
paſſer , & alors le Bill n'a aucun
effet. Ce qu'on appelle le grand
Comitté , c'eſt lors qu'aprés avoir
propoſé une Affaire , l'Orateur
deſcend de ſa Chaire pour laiſſer
chacun dans la liberté de ſe parler
, non pas en demeurant en ſa
place, mais en ſe promenant avec
ceux dont on veut prendre l'avis.
Aprés qu'on s'eſt ainſi conſulté
les uns les autres pendant
quelque temps , l'Orateur remonte
dans fa Chaire , & tout le
monde reprend ſa premiere place.
Il ſe fait un filence , & cela
veut dire , eſtre en Parlement.
Chacun peut alors parler à fon
tour ſur la choſe propoſée,& auffi
long- temps qu'il veut , mais ſeu
lement une fois.
Le Bill qui établiſſoit le Revenu
de Sa Majesté , ayant eſté leu
GALANT.
113
trois fois , le Roy ſe rendit à la
Chambre des Seigneurs le 30. de
May , & fit aux deux Chambres
leDiſcours ſuivant.
ILORDS ET
MESSIEURS ,
Je vous remercie du Bill que vous
venez de me preſenter , &je vous
aſſeure que la maniere prompte &
obligeante avec laquelle vous l'avez
expedié , ne m'est pas moins
agreable quele Bill mesme. Vous
devez croire , qu'aprés de fi heureux
commencemens , je ne vous ay
pas fait venir icy fans neceſſité ,
pour vous demander un fecours extraordinaire.
Quand je vous diray
que les Magasins pour la Flote &م
l'Artillerie font extrémement épui-
Sez; Que les anticipations qui ont
estéfaites fur plusieurs parties de
la Couronne ,font grandes & im-
1
6
114 MERCURE
portantes ; Que les debtes du feu
Roy mon Frere , à ſes Officiers &
àfes Domestiques , meritent qu'on
y ait égard ; Que la Rebellion d'Ecoffe
,fans l'exagerer , m'obligera
àune tres grande dépense , je suis
certain qu'en confiderant toutes ces
chofes, vous vous croirez engagez à
me donner dequoy y pourvoir , puis
qu'il n'y a rien qui regarde de plus
prés lesoulagement , la ſcureté, &
le bonheur de mon Gouvernement.
Mais je dois vous recommander ſur
tout le ſoin de la Flote , & la gloire
de cette Nation , afin que vous la
mettiezen tel état que nous puif..
fions estre respectez des Etrangers.
Je ne puis vous exprimer l'interest
que j'y prens , plus conformément à
ma pensée , qu'en vous aſſeurant
que j'ay un coeur veritablement Anglois
,& que jesuis auſſi jaloux des
avantages de la Nation que vous
GALANT τις
pouvez l'estre. F'espere qu'avec la
Benediction de Dieu & vostre aſſi-
Stance , je pourray porter plus haut
la reputation de l'Angleterre que
mes Ancestres ne l'ont portée ; &
que comme je ne vous demanderay
des ſubſides , que lors qu'ils feront
neceffaires pour l'utilité publique ,
vous me verrez fi bien ménager ce
que vous me donnerezen de pareilles
rencontres , qu'ils feront toûjours
employez aux usages pour lesquels
je vous les demanderay.
Les Communes eſtant retournées
dans leur Chambre , délibererent
en grand Comité ſur la
demande du Roy ,& conclurent
auſſi-toſt de luy accorder un fubfide
extraordinaire . On reſolut
pour cela d'établir une nouvelle
impoſition ſur le vin & le vinaigre
, telle qu'on l'avoit accordée
en 1670. au feu Roy Char116
MERCURE
les 11. & que le Bill en feroie
dreſſé . Je paſſe à l'article des Seditieux.
Ler8 . de May ſur les onze
heures dn matin ,un petit Baſtiment
venant d'Ila au Royaume
d'Ecoſſe , arriva à Ballentoy. Il y
avoit huit hommes dedans , que
la Garde de ce lieu- là deſarma.
On leur demanda d'où ils venoient;
ils ropondirent qu'ils ſe
retiroient en Irlande , poury étre
en ſeureté le Comte d'Argile &
le Chevalier Jean Cockram , qui
avoient mis pied à terre à Ila ,
ayant avec eux cinq Vaiſſeaux
chargez de munitions, & fur lefquels
on diſoit qu'il y avoit prés
decinq cens cens Hommes. Vn
de ces huit Paſſagers , nommé
Friza , aſſeura qu'il avoit veu-
Argile avec Cockram , & un
autre vieux Gentilhomme dont
GALANT.
117
A
il ignoroit le nom ; qu'Argile ,
dont le viſage luy eſtoit tres-bien
connu , parce qu'il l'avoit veu
diſner en un lieu appellé Killeru
dans l'iſle d'Ila , luy avoit deman
dé des nouvelles de l'Armée,
entendant parler de l'Armée du
Roy ; à quoy'il avoit répondu,
qu'elle estoit allée à Kintire ,
un peu avant qu'il fuſt débarqué;
Que le meſme Argile avoit
enfuite envoyé querir le Bailly
d'Ila , qui avoit refuſe de ſe ſoulever
avec luy , fur ce qu'il avoit
fait ferment de demeurer fidelle
au Roy ; Qu'Argile avoit repliqué
, qu'il pouvoit entrer dans
ſon party fans contrevenir àfon
Serment , puis qu'on ne ſçavoit
pas bien encore qui estoit Roy;
mais que ce Bailly ne voulant pas
recevoir ſes ordres , s'eſtoit ſauvé
avec pluſieurs Gentilhom-
E
118 MERCURE
mes ; Qu'Argile l'ayant appris ,
avoit juré qu'il feroit brûler ſa
maiſon , & pendre à leurs portes
tous ceux qui ne voudroient pas
ſe ſoûlever avec luy. Cet homme
ajoûta , qu'il avoit fait porter par
tout le Pays un Croſtary , qui
eſt un Tizon ardent , ancien
Signal des Ecoffois , pour donner
l'alarme , & qu'il avoit menacé
tous les Habitans du feu &
du pillage s'ils ne prenoient les:
armes pour luy. On eut nouvelles
peu de jours apres , que n'ayant
pas trouvé dans l'ifle d'lla ,
ny en d'autres lieux circonvoiſins
, les Peuples diſpoſez à la revolte
, il eſtoit venu à Kintire ,
pour tâcher de ſoûlever les Habitans
de ce quartier-là, pendant
que ſes Fils Charles & Jean en
faiſoient autant en d'autres endroits
du Comté d'Argile. CeGALANT.
1191
.
pendant une partie confidera-,
ble des Troupes du Roy , compoſée
principalement de Montagnards
, marcha avec toute la
diligence poffible de ce coſté- là
pour s'oppoſer aux Rebelles, ſous
les ordres du Duc de Gordon,
du Marquis d'Athol , & de quelques
autres Chefs . L'Armée de
Sa Majesté alla camper à Glafcovv
& aux environs , pour empêcherque
les Peuples de l'Oüest
ne ſe joigniſſent aux Seditieux.
Il y eut une autre partie des mêmes
Troupes poſtée ſur la Fron.
tiere , pour difputer le paſſage à
ceux qui pouvoient venir du
Nord d'Angleterre prendre le
party du Comte d'Argile. Il s'étoit
flaté qu'il luy viendroit de
grands ſecours de ce coſté-là ,
apres ſon débarquement en Ecofſe.
Le 20. du meſme mois il mit
120 MERCURE
pied à terre à Lockeal , autrement
Campletoven , à huit milles
de Mul- head de Kintire du
coſté du Midy , & deux jours
aprés il envoya par tout le Pays
la Sommation ſuivante , ſignée
de ſa main.
De Campletovvn le 22.May 1685 .
Eſtant par la grace de Dieu, arrivé
icy en ſeurété, avec la reſolution
conformeà la Declaration publiée
pour la defense de la Religion
Protestante , de nos libertez , &de
nos vics , d'agir contre le Papiſme
&le Gouvernement arbitraire , &
tous ceux de l'Isle d'Ila estant
venus juſqa'icy àun Rendez-vous
general ; celles - cy font pour reque
rir tous les Proprietaires , Fermiers,
autres , & tous lesgens capables
de porter les armes , depuis l'âge de
Seize ans jusqu'à celuy defoixante,
dans
نم
GALANT. 121
dans la diviſion de Couval , deſe
trouver,ſans manquer , au Rendezvous
le 26. du courant à midy , 016
plûtoft s'il eſt poſſible , avec toutes
leurs armes & des vivres pour
quinze jours.
,
ARGILE.
Son Fils Charles voulant appuyer
cet ordre , alla à Couval,
& écrivit à pluſieurs Gentilshommes
pour les obliger à ſe
rendre auprés de luy , avec menace
de mettre tout à feu & à
ſang s'ils s'en excuſoient. En
effet , il fit brûler les maiſons de
ceux qui joignirent l'Armée du
Roy.Cette rigueur en attira quelques-
uns dans le party duComte
d'Argile , qui marcha le 28. de
May de Campletoven en Kentire
, du Coſté de Tarbert , avec
deux Compagnies de Cavalerie,
telles qu'il put les trouver en ce
Iuillet 1685 .
F
122 MERCURE
Pays- là ,& fept cens Fantaſins.
Il rencontra là trois cens hommes
d'lla , & deux cens autres
devoienty venir le joindre.Le 29.
il partit de Tarbert, accompagné
d'Auchinbreck qui l'avoit joint ,
vint à Roſa dans l'ifle de Boot ,
où il prit des proviſions pour une
nuit. Le 30. il fit voile tout autour
de l'iſle, avec trois Vaiſſeaux
& vingt petites Barques. Leplus
grand de ces Vaiſſeaux n'eſtoit
monté que de trente pieces de
Canon , le ſecond de douze , &
le troifiéme de ſix . Il avoit avec
luy un autre petit Baſtiment
chargé de bled , qu'il avoit pris
fur la coſte. Il revint à Roſa ,..
apres qu'il eut fait le tour de l'Iſle,
& fit tirer ſept coups de Canon
lors qu'il débarqua. Il n'avoit en
tout que deux mille cing cens ,
hommes ou environ ; mais il croGALAN
T.
123
yoit obliger les Peuples à ſe revolter
, en les afſſeurant qu'on ſe
foulevoit déja de toutes parts en
Angleterre. Cela ſe voit par une
Lettre qu'il écrivit de Completovun
le 22. de May , & qu'il
adreſſoit au ſieur de Lupe. En
voicy les termes .
CHER AMT,
Ilapleu àDieu de me faire heureuſement
arriver icy , ou plusieurs
Perſonnes de l'une&de l'autre Nation
m'ont joint pour ladéfensedela
Religion Protestante , de nos libertez,
& de nos vies , contre le Papiſme&
le Gouvernement arbitraire.
On en peut voir les particulari.
tez dans deux Déclarations publiées;
la premierepar ces Seigneurs,
Gentilhommes & autres , & la ſeconde
par moy , pour moy - mesme.
F 2
124
MERCURE
Nous avonsvécuvoſtre Pere & moy
en grande amitié, & je suis bienaiſe
de vous servir vous qui eſtes
fon Fils , en défendant la Religion
Proteftante , ce quejeferay toûjours
preſt de faire dans toutes les choses
qui vous regarderont en particulier,
Ie vous prie de ne vous laiſſer per-
Suader par qui que ce ſoit , &que
ny la crainte ny d'autres mauvais
principes ne vous engagent à negliger
en ce temps.cy ce que vous
devezà Dieu & à voſtre Patrie .
Gardez- vous de croire que le Duc
d'York n'est point Papiſte , ou qu'étant
tel il peut estre un juste Roy.
Sçachez que l'Angleterre est toute
en armes en trois differens endroits ;
que le Duc de Montmouth paroist
dans le mesme temps que nous ;
qu'il y a peu de Places en Ecoffe
qui neſe joignent à nôtre party , &
que les Provinces Meridionales &
2
GALAN T.
125
1
Occidentales n'attendent pour le
faire, que les nouvelles de mon débarquement
, car c'est ce que nous
résolumes avant mon départ de
Hollande. Ie vous Supplie dona de
ne point tarder à vous ſeparer de
ceux qui vous trompent , & qui
travaillent à avancer le Papiſme ,
& de venir avec tous ceux qui vous
obeiſſent , pour défendre la caufe de
la Religion , &Soyezperfuadé que
vous fereztres - bien receu par vô .
tre tres affectionné Amy pourvous
faireService ,
ARGILE.
Il y avoit en Apoſtile. Cette
Lettre pourra estre communiquée au
Ieune Logie, à Skipnage, &à CharlesMac
Echan.
Le ſecond de Juin un Party
des Troupes du Roy que commandoit
le Marquis d'Athol ,
F3
126 MERCVRE
vint à Glendarovval , où eſtoit
Charles Campbel , Fils du Comte
d'Argile,avec fix vingts Hommes
de pied & douze Cavaliers ,
qui eurent bien de la peine à ſe
retirer dans leurs Vaiſſeaux. On
en fit deux Priſonniers , & un
autre fut tué. Le lendemain le
Comte d'Argile envoya le ChevalierCockran
& Polvvart avec
cent Hommes & deux Vaiſſeaux
à Greenot , où une Compagnie
deCavaleriedes Milices du Roy ,
commandée par milord Cockran,
tâcha de les empeſcher dedébarquer
, mais elle ne put foûtenir
longtemps le feu du Canon , &
de la Mouſqueterie des deux
Vaiſſeaux . Ainſi les Rebelles
mirent pied à terre ,& entrerent
dans la Ville , où ils enleverent
les Farines & toutes les Proviſions
qu'ils purent trouver, aprés
4
GALANT.
127
i .
quoy ils retournerent à l'ifle de
Boot où eſtoit leur Camp. Cependant
les Vaiſſeaux du Roy
eſtant arrivez devant cette Ifle ,
obligerent le Comte d'Argile à
quitter ce Poſte. Il alla àCovval
qui eſt une partie de la Province
d'Argile, & avant que de par
tir , il fit brûler la Maiſon du
Sherif de Boot , & emporta tous
ſes meubles. Il avoit réſolu d'envoyer
ſes Vaiſſeaux & ſes Chaloupes
à Lochfine du coſté d'inveraray
, mais n'ayant pû faire
voile à cauſe des Vents contraires
, les Frégates de Sa Majesté,
l'Alcyon, & le Faucon, vinrent à
l'emboucheure de Lochrovvan,
où les Bâtimens des Rebelles
eſtoient à l'Anchre. Cette arrivée
impréveuë les étonna tellement,
qu'abandonnant ledeſſeind'aller
du côté de Lochfine , ils com-
F 4
128 MERCURE
mencerent le 10. de Juin à fortifier
un petit Chaſteau appellé
Ellengreg , & un Rocher qui eſt
auprés dans une petite Iſle , pour
affeurer leurs Vaiſſeaux qui
eſtoient à Lochrovvan . Cela
eſtant fait , ils quitterent cette
Place ,&leComte d'Argile marcha
vers la pointe de Lochfine ,
ayant laiſſé cent cinquanteHommes
pour la garde de ſes Vaiſ
ſeaux , & mis ſon Canon , ſes
Armes , & ſes Munitions dans le
Chaſteau. Le 11. un Party des
Troupes du Roy d'environ trois
cens Hommes d'Infanterie, commandée
par le marquis d'Athol,
en rencontra un de Rebelles,
composé de quatre cens Fantaſſins
, & de quatre- vingts Chevaux.
Il les défit , & ily en eut
beaucoup de tuez . Les Rebelles,
aprés cette défaite , retournerent
)
GALANT .
129
à Ellengreg , d'où ils partirent
le 15. & ayant paffé Lochlong,
ils marcherent du coſté de Lenox
dans la Province de Dumbarton.
Le meſme jour les Vaiſſeaux du
Roy vinrent moüiller l'Anchre
devant le Chaſteau , où eſtoient
encore les Armes & les Munitions
des Rebelles . Ils ſe préparoient
à le battre de leur Canon ,
mais ils n'eurent pas plûtoſt tiré
le premier coup , que deuxHommes
parurent avec un Etendard
blanc , & leur dirent qu'il n'y
avoit perſonne dansleChaſteau ,
&que tous les Rebelles avoient
pris la fuite. On envoya auſſitoſt
une Chaloupe à terre , &
l'on trouva que le rapport eſtoit
veritable. Ainſi l'on s'empara du
Chaſteau , de leurs Navires &
de leurs Chaloupes. On trouva
des armes pour cing milleHom.
Fs
130
MERCURE
mes , cinq cens Barils de Poudre,
des Boulets , de la Méche,&d'autres
choses à proportion , outre
les Canons dont il y en avoit
quelques- uns montez , & les autres
au fond de l'eau , mais faciles
à retirer. Le 6. les Rebelles pafferent
à la pointe de Gairloch ,
pour aller chercher les endroits
Guéables de la Riviere Levin,
entre Lochlomond , & la Ville
de Dumbarton. Le 17. au matin
le Comte de Dumbarton , ayant
eu avis qu'ils avoient paffé cette
Riviere , & qu'ils eſtoient entrez
dans la Province qui porte ſon
nom , envoya trois Compagnies
de Dragons ſous le commandement
de Milord Charles Murray,
leur Lieutenant Colonel , pour
les empeſcher de paſſer la Riviere
de Blide , & il partit en meſme
temps de Glaſcoyv pour les fui-
/
GALANT.
13
vre. Il les joignit à Killerne , & la
Cavalerie & les Dragons les arrefterent
juſqu'à ce que l'Infanterie
fuſt arrivée , mais ils eſtoient
fi avantageuſement poſtez , & il
eſtoit fi tard qu'on ne trouva pas
qu'il fuſt à propos de les attaquer.
L'Armée du Roy demeura
toute la nuit rangée en Bataille,
pour eſtre preſte à combattre ,
auſſi- toft que le jour paroiſtroit ,
mais les Rebelles profiterent de
l'obſcurité , pour ſe retirer fans
bruit. Ils pafferent la Riviere de
Clide à la nage avec leurs Chevaux
, & leur Infanterie la paffa
dans des Batteaux , auprés d'un
Village nommé Kilpatrich . Ainfo
ils ſe ſauverent à Renfrevv ſans
aucun obſtacle. L'Armée du Roy
ne trouvant plus les Rebelles
le 18. au matin , marcha avec
toute la diligence poſſible du cô
232
MERCVRE
té de Glaſcovv , où aprés qu'elle
ſe fuſt repoſée deux heures , le
Comte de Dumbarton partit
avec la Cavalerie , & les Dragons
pour les ſuivre , laiſſant
P'Infanterie derriere , avec ordre
de le joindre en grande haſte. Le
Comte d'Argile, & le Chevalier
Jean Cockran eſtant à Renfrevv,
amaſſerent une partie de leurs
Troupes , & prirent des Guides
pour ſe faire conduire par des
ſentiers écartez dans la Province
de Gallovvay , mais ces Conducteurs
ayant manqué leur chemin
, les engagerent dans un
Marais , où les Rebelles ayant
perdu leurs Chevaux & leur Bagage
, leur Infanterie ſe diviſa
en petits Partys , ce qui obligea
le Comte de Dumbarton de partager
auſſi ſon Armée en petits
Corps pour les mieux pourſui
GALANT.
133
vre. Le Comte d'Argile eſtant
retourné ſur ſes pas ſeul àChe->
val , du coſté de la Riviere de
Clide , fut attaqué par deux Valets
de Greinock , qui ſans le
connoiſtre , luy crierent qu'il ſe
rendiſt. Il tira fur eux , & fut
bleſſé d'un coup de piſtolet à la
teſte. Alors ne ſe fiant plus à
ſon Cheval , qui estoit extrémement
fatigué , il mit pied à terre,
& creut ſe pouvoir cacher dans
l'eau . Un Payſan eſtant accouru ,
ſe jetta dans l'cau aprésluy , l'un
& l'autre en ayant preſque jufques
au col. Le Comte d'Argile
tira ſur le Payſan , mais fon piſtolet
ne fit pas feu ,& le Payſan
l'ayant encore bleſſé à la teſte
ce ſecond coup le troubla fi fort
qu'il s'écria en tombant , Ah !
mal-heureux Argile ! Ces paroles
l'ayant fait connoiſtre pour ce
,
134
MERCURE
qu'il eſtoit,le Payſan & les deux
autres Hommes qui l'avoient
bleſfé d'abord , le retirerent de
l'eau, & le menerent àleur Commandant.
Un Party de quarante
Chevaux , commandé par Milord
Roff, & un pareil nombre
de Dragons , commandez par le
Capitaine Cleland , en attaquerent
un des rebelles que commandoit
le Chevalier lean
Cockran. Il alloit du coſté de la
Mer. Ceux-cy voyant venir le
Party du Roy , ſe poſterent dans
un petit Clos où ils eſtoient à
couvert juſqu'aux épaules , ce
qui n'enpeſcha pas Milord Roff
de les charger , mais le Terrain
eſtant trop fort pour eſtre rompu
par la Cavalerie , le Capitaine
des Dragons fut tué en approchant
, Milord Roff recent une
bleſſeure legere , le Chevalier
GALANT.
139
Adam Blair un coup de Moufquet
dans le col , & leChevalier
Guillaume VVollace de Craigie,
un autre dans le coſté,aprés quoy
les Rebelles ſe retirerent dans
un Bois , qui eſtoit derriere ce
Clos , avant que les Dragons
euſſent pû venir à eux. Un Party
de cinq Hommes des Milices de
Cleſdale commandé par leComte
d'Arran , prit Rumbold &
fon Valet , qui ſe battirent en
deſeſperez. Rumbold eſt celuy
dans la Maiſon duquel les Conjurez
avoient tenu les Aſſemblées
, où ils avoient réſolu de
tuer le feu Roy fur le cheminde
Neumarket. Le Colonel Aylof
fut mené prifonnier à Glaſcovv ,
avec plus de deux eens autres.
Ce fut de ce lieu là que l'on amena
le Comte d'Argile à Edimbourg
le 21. de luin. Il entra par
136
MERCURE
la Porte du coſte de l'eau . Toutes
les Ruës juſques au Chaſteau où
il fut mis priſonnier , eſtoient gardées
par la Compagnie du Roy
qui eſtoit dans cette Ville là. 11
avoit les mains liées derriere le
dos ,& la teſte nuë , & le Bourreau
marchoit devant luy. Le
Colonel Aylof euſt eſté amené
avec luy , mais la nuit avant
qu'il deuſt partir de Glaſcovv ,
il s'ouvrit le ventre avec un Canif.
Le 26. on fit le Procez à
Rumbold , qui fut condamné
comme Criminel de Haute Trahiſon
, & l'apreſdiſnée on le trafna
ſur la claye à la grande Place
d'Edimbourg , où il fut pendu ,
& mis en quartiers. Le 30. le
Comte d'Argile fut mené en la
meſme Place , où un Echafaut
avoit eſté élevé. Il eut la Teſte
coupée , en vertu de la Sentence
GALANT.
137
1
prononcée contre luy ily a quelques
années , ſans qu'on luy euſt
fait ſon Procez de nouveau pour
ſa derniere révolte. On ordonna
ſeulement que ſa Tête ſeroitmife
fur la Priſon appellée Tolbooth .
Son corps fut porté dans la Chapelle
de Sainte Madeleine auprés
de Covvgate. Il ne fit aucun
Diſcours ſur l'Echafaut , mais il
mit un Papier entre les mains du
Doyen de la Cathédrale d'Edimbourg
, qui l'aſſiſta à la mortavec
le Sieur Charters , pour eſtre rendu
à Milord Chancelier. Il déclara
qu'il n'en avoit laiſſé aucun
autre touchant les Affaires des
Rebelles. Quelques heures aprés
l'execution, on eut nouvelles que
le Chevalier Jean Cochran &
ſon Fils avoient eſté pris dans un
'Village appellé Cochran , chez
un Oncle du Chevalier où ils
s'eſtoient cachez.
13.8
MERCURE
Tandis que l'on pourſuivoir
les Rebelles en Ecoffe , le Roy
eut avis d'un autre Soulevement
Vn Courier exprés que luy envoya
le Maire de Lime , arriva
le 13. de Juin au matin , & luy
rapporta que le 11. du meſme
mois , trois Vaiſſeaux avoient
paru à la hauteur de cette place,
& que le Ducde Mõmouth avoit
mis pied à terre ſur ſept heures
du ſoir , avec environ cent cinquante
hommes ; qu'eſtant entré
dans la Ville , il s'en eſtoit rendu
Maiſtre , & qu'il avoit envoyé
quelques-uns de fes Complices
dans les Provinces voiſines , pour
engager les Peuples à une Rebellion
ouverte contre le Roy. Sa
Majesté fit aſſembler auffi-toſt
fon Conſeil Privé , ordonna que
la Proclamation ſuivante ſeroit
publiće..
GALANT.
139
ACQUES , ROY.
Comme Nous avons receu avis JA
certain, que Iarques , Ducde Monmouth,
& Ford autrefois Lord Grey,
profcrit ou condamnépar Contuma
ce pour crime de Haute-trabison,
ont mis pied à terre depuis peu à
Lime, dans nostre Province deDor
fes, d'une maniere ennemie , avec
divers autres Traitres & Gens condamnez
auſſi par Contumace ; qu'ils
Sefont emparez de noftredite Ville
de Lime , & ont dispersé quelquesuns
de leurs Complices dans les Provinces
circonvoisines , pour exciter
ces Pays-là àfe joindre à eux dans
une Rebellion ouverte contre Nous :
Nous de l'avis denoſtre Confeil Pria
vé , publions & declarons Iacques,
Ducde Manmouth, & tousſes Com.
plices, Adherents , Fauteurs & Confeillers
traitres & rebelles ,&
140
MERCURE
Nous commandons & enjoignons à
tous Gouverneurs , Lieutenans Gouverneurs
, Sherifs , Iuges de Paix ,
Maires , Baillis, & à tous nos autres
Officiers , tant de la Iuftice quede
la Milice , de faire tous leurs efforts
pour saisir & apprehender ledit
Jacques Duc de Monmouth , Ford
cy-devant Lord Grey , & tous ses
Confederez & Adherens ; comme
auffi tous autres qui aideront, aſſiſte
ront , ou ſouſtiendront lesdits Trai
tres & Rebelles , & de s'aſſeurer de
tous , & d'un chacun d'eux , jusqu'à
ce que nostre volonté leur foit plus
amplement connuë , faute dequoy ils
en répondront à leurs perils &fortunes.
Donné à noſtre Cour de Vuitheall
le 13. de Iuin 1685. & de
noftre Regne le premier. Dieu con-
Serve le Roy.
Sa Majesté ayant fait part de
cette nouvelle à ſes deux ChamGALANT.
141
bres du Parlement , elles reſolurent
de faire chacune une Adreſ
ſe , & de les luy preſenter ſéparement.
Voicy celle que laChambre
des Seigneurs luy preſenta à
VVitheall , dans la Sale des Banquets.
Le Roy ayant eu la bontéde com.
muniquer à cette Chambre l'Avis
qu'ila receu ce matin que leDucde
Monmouth amis pied à terre à Lime
dans la Province de Dorset , en
Ennemy , & avec pluſieurs de ſes
Adherens , & qu'il s'est emparé de
cette Ville-là, cette Chambre a re-
Solu de se rendre auprés de Sa Majesté
, pour luy faire ſes tres.hum.
bles remercimens de luy avoir fait
part de cet avis ,&pour offriràSa
Maiestédese tenir attachée àElle,
&de l'aſſiſter de ses vies &de ſes
biens contre ledit Duc de Monmouth
, & contre tous Rebelles &
142
MERCURE
Traiſtres , & tous les autres Ennemis
de Sa Maiesté.
L'Adreſſe que la Chambredes
Communes luy preſenta dans la
meſme Salle des Banquets, eſtoit
conceuë en ces termes.
IRE ,
Nous , les tres.fidelles Suiets
de Vostre Maiesté , les Communes
d'Angleterre assemblées en Parlement
, la remercions tres- humblement
, & de tout nostre coeur, comme
noſtre devoir nous y oblige , da
Message qu'Elle a eu la bonté de
nous envoyer , pour nous faire sçavoir
que l'ingrat Iacques , Duc de
Monmouth , est entré dans ce Ro
yaume en Rebelle. Nous afſeurons
Voſtre Maiesté , avec toute l'obeis-
Sance&la fidelité que nous luy devons
, que nous sommes &ferons
toûjours prests de nous attacher à
GALANT.
143
Elle , & de l'aſſiſter de nos vies &
de nos biens contre ledit Iacques
Duc de Monmouth , Ses Adherens ,
& Correspondans , & contre tous
autres Rebelles & Traitres quelconques
qui les aſſiſteront , ou aucun
d'eux : Et comme la conſervation de
la Perſonne facrée de Vostre Maieſté
eft de la derniere importance
pour la paix & pour le bonheur du
Royaume ; Nous', les tres obeiſſans &
tres fidelles Suiets de Vostre Ma
iesté, la fupplions tres humblement
de prendre un ſoin extraordinaire
de fa Perſonne Royale , que nous
prions Dieu de conferver long- temps.
Le 15. le Parlement s'eſtant
aſſemblé , les Seigneurs envoyerent
dire à la Chambre des Communes
, que Roy leur avoit communiqué
un Manifeſte publié au
nom du Duc de Monmouth ; &
qu'ils y avoient trouvé des maxi-
:
144
MERCURE
7
mes ſi execrables & fi injurieuſes
pour Sa Majesté , qu'ils avoient
reſolu de le faire brûler par la
main du Boureau. Ce Manifeſte
futleu enſuite avec la Sentence
des Seigneurs. La Chambre bafſe
fut du meſme avis , & ce jourlà
meſme cette Sentence fut executée.
On lut dans la même
Chambre le Bill, pour faire le
procez au Duc de Monmouth.
On le mit au net , & on le leut
juſques à trois fois dans cette
meſme Seance. La Chambre
l'ayant approuvé , on l'envoya
aux Seigneurs qui l'approuverent
auſſi par un conſentement
general. Le Comité , qui eſtoit
chargé de dreſſer un Bill pour la
ſeureté de la Perſonne du Roy,
eut ordre d'y inſerer cette clauſe;
Que tous ceux qui maintien-..
droient que le Duc de Monmouth
>
GALANT.
145
mouth eſtoit né en legitime Mariage
, ou qu'il pouvoit pretendre
legitimement à la Couronne,
✔ſeroient declarez coupables de
Haute - trahifon.
On ne ſe contenta pas de faire
brûler ſon Manifeſte par la main
du Boureau , les Particuliers en
pouvoient garder quelques copies,
& pour l'empeſcher , on publia
dés ce meſme jour la Proclamation
ſuivante .
ACQUES , ROY.
JA Dautant que Jacques , Duc de
Monmouth , pour exciter nos Sujets
àſe joindre à luy dans ſa revolte
contre Nous , a depuis peu fait pu
blier & diſperſer contre nôtre Per-
Sonne& nostre Gouvernement , par
Ses Emiſſaires Complices de fa Rebellion
, le plus infame & le plus
- perfide de tous les Ecrits , intitulé :
Iuillet 1685. G
146 MERCURE
Declaration de Jacques , Duc de
Monmouth , & des Seigneurs ,
Gentilshommes , & autres , preſentement
en armes pour la defenſe
& la juſtification de la Religion
Proteftante , & des Loix ,
Droits & Privileges d'Angleterre
; contre l'Invaſion & laTyrannie
de Jacques , Duc d'York. Lequel
Ecrit les Seigneurs Ecclefiaftiques
& Seculiers aſſemblez en Parlement
, ont justement condamné à
estre brûlé par la main du Bourreau
, veu qu'il contient la plus haute
trahison , que la detestable ma.
lice des plus implacables de nos Ennemis
pust inventer contre nous ;
Nous , estant meus de bonté &d'affection
pour nos Sujets,& craignant
que quelques - uns d'entre eux ne
Sçachant pas le danger auquel ils
s'exposeroient , ne fuſſent portez à
recevoir & à garder ledit Ecrit , ou
GALAN T. 147
à en faire part à d'autres , Avons
trouvé à propos de l'avis de noſtre
Conſeil Privé , d'en informer tous
nos bons Sujets. C'est pourquoy nous
commandons & ordonnons expreſsément
par ces Preſentes, à tous Gouverneurs
, Lieutenans , Sherifs , Ju
ges de Paix , Maires , Baillis , Prevoſts
, grands & petits Conneſtables,
à tous nos autres Officiers, tant
de la Milice que de la Justice ; comme
aussi à tous nos Amez Sujets de
noſtre Royaume d'Angleterre , de
noſtre Principauté de Galles , & de
la Ville de Berruvik ſur la Tuveed.
de faifir & apprehender, &defaire
arrester toute personne ou perfonnes
, qui publieront , diſperferont ,
ou garderont ledit Ecrit,Sans ledécouvrir
au plus prochain Juge de
Paix , afin que le Coupable ou les
Coupables puiſſent estre poursuivis
comme Traîtres envers Nous ,
G2
148 MERCURE
envers nôtre Couronne & Dignite ;
faute dequoy ils en répondront à
leurs perils &fortune. Donné à nôtre
Cour de Voitheall, le 15.de Iuin
1685. & de nostre Regne le premier.
Dieu conſerve le Roy.
Le lendemain on publia une
autre Proclamation , en ces termes.
IACQUES , ROY Nos Communes aſſemblées en
Parlement , nous ayant prié par
lexr humble.Adreſſe, de promettre
une recompense de cinq mille livres
Sterling à celuy ou ceux qui livreront
la Perſonne de Jacques , Duc
de Monmouth , mort ou vif; & ledit
Jacques , Duc de Monmouth ,
estant condamné par Acte du Parlement
, pour crime de Haute trahi.
Son, Nous de l'Avis de noſtre Confeil
Privé , publions & declarons
GALANT. 149
par ces Presentes noſtre Promeſſe
Royale , & que nostre plaisir & volonté
eft , que quiconque livrera le
Corps dudit Iacques , Duc de Monmouth,
mort ou vif, recevra & aura
la recompense de cinq mille livres
Sterling pour ce ſervice , laquelle
Somme luy Sera inceſſamment payée
par nôtre grand Treforier d'Angleterre.
Donné le 16.Juin 1685.c.
Le Duc de Monmouth eſtant
entré à Lime le 11. de Juin, comme
je vous l'ay marqué, en ſortit
le 14. à trois heures du matin
avec ſoixante Chevaux & fix
vingts Hommes de pied ; & aprés
avoir marché environ deux milles
, il les laiſſa ſous le commandement
de Milord Grey , qui s'avança
juſques à Bridport , petite
Place à fix milles de Lime . Les
Rebelles y entrerent , en faiſant
un feu continuel de leurs Piſto
G3
150
MERCURE
lets & de leurs Mouſquets.Quelques-
uns d'entre - eux attaquerent
une Hoſtellerie , où ils trouverent
environ dix Cavaliers . Ils
tuerent les ſieurs VVadham ,
Stranguvais , & Edoüard Coaker,
& bleſſerent le ſieur Harvey.
Pendant ce temps , les Habitans
coururent aux armes , & chargerent
les Rebelles , deſquels ils
tuerent ſept , & firent vingt- trois
prifonniers. Les autres prirent la
fuite , & l'on trouva plus de qua.
rante de leurs Mouſquets qu'ils
avoient laiſſez dans la campagne.
Ils eurent pourtant le ſoin d'emporter
le corps d'un de leurs Officiers
quiavoit eſté tué. Milord
Grey eut fon cheval tué ſous luy;
& eſtant demeuré à pied , il fut
contraintde ſe deboter , afin de
ſe ſauver plus aiſement. Le 18 .
Milord Churchil ſe rendità
GALANT.
ISI
Chard avec quelques Troupes
du Roy , & envoya le Lieutenant
Monaux accompagné de vingt
hommes , & d'un Maréchal des
Logis du Regiment d'Oxford ,
pour obſerver les Rebelles. Ils en
rencontrerent un Party d'un pareil
nombre , à deux milles de
Taunton. Ils le chargerent , en
tuerent douze, & bleſſerent prefque
tous les autres ; mais ayant
apperceu un autre party , ils ſe
retirerent. Le Lieutenant Monaux
fut bleſſe à la teſte d'un
coup de Mouſquet. Dans ce mê.
me temps le Capitaine Treva.
nion , qui commande un Vaifſeau
de guerre nommé le Suada
dos , eſtant arrivé à Lime avecles
Vaiſſeaux du Roy qu'il commande
, y trouva 'deux Navires des
Rebelles, une Pinaſſe,& un petit
Heu , avec quarante barils de
G4
152
MERCURE
Poudre , & des Cuiraffes pour
quatre à cinq mille hommes. Il
s'en empara , ainſi que des deux
Baſtimens . Les Rebelles avoient
fait mettre en Priſon les Principaux
de la Communauté , ſur le
refus qu'ils avoient fait de ſe joindre
à eux. De Daunton ils s'avancerent
à Bridgvvater , & de là
aux environs de Glaſſenbury.
Milord Churchil qui les obſervoit
de prés , envoya le 22. un
party de quarante Cavaliers , qui
en ayantrencontré quatre- vingt,
les obligea de ſe retirer dans leur
Camp. Le meſme jour , Milord
Duras de Féversham , Lieutenant
General des Armées de Sa
Majeſté , arriva à Chippenham ,
avec un Détachement des Gardes
du Corps du Roy , des Grenadiers
, du Regiment d'Oxford ,
& des Dragons. Le Comte de
GALAN T.
153
Pembroc l'y joignit , avec la Milicedu
Comté de Vilts , dont il eſt
Gouverneur .
Le 25.un Party de cent Chevaux
, commandé par le Colonel
Oglethorp , attaqua les Rebelles
au Pont de Canisham , entre Briſtol
St Bath , & défit deux Compagnies
de leur meilleure Cavalerie.
Ily en eut prés de cent tuez.
Le Comte de Nevvbourg Ecoffois
, qui ſoûtenoit le party du
Roy , receut un coup de Moufquet
dans le ventre. Il tomba de
cheval ,& euſt eſté pris , fi ayant
encore le Piſtolet à la main , il
n'euſt tué celuy des Rebelles qui
s'avançoit pour le prendre; ce qui
donna moyen à ceuxde ſon party
de le délivrer.Cependantle Com
te de Pembrok ayant feeu que
le Prevoſt de Frome avoit fait
afficher la Declaration du Duc
G
154
MERCURE
de Montmouth , s'y rendit avec
cent ſoixante Cavaliers , dont
quelques-uns avoient fait monter
derriere eux des Soldats au
nombre de trente fix . Eſtant
arrivé auprés de la Place , il entendit
quantité de coups de
Moufquets , & un grand bruit de
tambours ; & apprit que les Seditieux
ayant eu avis qu'il venoit ,
s'eſtoient affemblez au nombre
de deux à trois mille , accourus de
VVarmiſter & de VVeſtbury,les
uns armez de Mouſquets , lesautres
de Piſtolets & de Piques , de
Faux & de Fourches. Quoy que
ce Comte n'euſt avec luy qu'un
petit nombre de gens , ilne laiſſa
pas de s'avancer à la teſte de ſes
Soldats , ſuivis de ſa Cavalerie.
Les Kebelles firent paroiſtre d'abord
beaucoup de reſolution , &
un d'entr'eux tira auſſi-toſt un
GALANT.
155
coup de Mouſquet for Iny , ordonnant
aux autres de tirer lors
que le Comte ſeroit arrivé à un
lieu qu'il leur marqua ; mais la
crainte les ſaiſit incontinent. Ils
jetterent tous leurs armes ,& prirent
la fuite. Le Comte de Pembrock
alla juſques à la Place où
la Declaration avoit eſté affichée .
Il la fit arracher ,& le Prevoſt de
ce Bourg fut contraint d'écrire
de ſa propre main qu'il la deteſtoit,
& qu'il declaroit le Duc de
Monmouth Traiſtre.Il fit afficher
au meſme endroit cette Declaration
du Prevoſt , qu'il envoya enfuite
en Prifon .
Le 26. il marcha du coſté de
Bath ,ſelon les ordres qu'il avoit
receus, avec trois Régimens d'In
fanterie des Milices du Comté de
Vilts , ſa Cavalerie ayant eu ordre
d'aller joindre le Duc de
G6
156 MERCURE
Grafton. A peine eut il fait deux
milles dans une Plaine entre
Trobridge & Clarkin , qu'il rencontra
les Rebelles qui firent alte
au bout de la Plaine à un mille
de luy ou environ. Il mit ſestrois
Regimens en un Corps , entremeſla
les Piquiers& les Moufquetaires,
& demeura deux heu
resdans le meſme endroit.Toutes
les fois qu'il diviſoit ſes Troupes,
comme pour marcher, les Rebelles
s'avançoient vers luy , mais
fans ofer l'attaquer. Ils ſe retirerent
enfin en deſordre , eſtant
pourſuivis par lestroupes du Roy
qui vinrent du Pont de Canisham.
Le Comte de Pembrok en
prit un qu'il fit pendre ſur le
champ.
Le 27.Milord Duras ayant eſté
averty queles Rebelles prenoient
le chemin de Philipsnorton, par
GALAN Τ.
157
tit de fort grand matin dans le
deffein d'attaquer leur arrieregarde.
Il s'avança avec un détachement
de cing cens Hommes
d'Infanterie que commandoit le
Duc de Grafton , quelques Dragons
& Grenadiers à Cheval,
laiſſant le reſte des Troupes pour
le ſuivre avec le Canon. Eftant
venu à un Défilé ou chemin
étroit qui conduit à Philipsnorton
, il entendit des coups de
Mouſquet , ce qui luy fit détacher
vingt gardes du Corps , &
une Compagnie de Grenadiers à
pied , du Regiment du Duc de
Grafton , qu'il envoya dans ce
petit chemin , afin de découvrir
ceque c'eſtoit. Ils n'y furent pas
plûtoſt qu'ils le virent bordé des
deux coſtezde Cavalerie & d'Infanterie
derriere les Hayes. Elles
firent fur eux un fort grand few,
158
MERCURE
r
Le Duc de Grafton qui estoit à la
teſte des Troupes du Roy s'avança
juſqu'à l'entrée du Village ,
avec beaucoup de réſolution,
mais les Rebelles l'obligerent à
ſe retirer par le feu continuel
qu'ils firent. Quelques Cavaliers
l'arreſterent dans ſa retraite , &
il ſe fit un paſſage malgré tout
l'obstacle qu'ils y mirent. Le Capitaine
Vaughan qui ſe trouva
dans cette action , tua de ſa main
le Colonel Matheves qui les
commandoit. Il y eut huit ou
neof Hommes tuez , & trente
bleſſez du Party du Roy., parmy
leſquels furent les Sieurs May &
Seymont Volontaires , mais on
n'y perdit aucun Officier. Le
reſte de l'Armée du Roy eſtant
arrivé , Milord Duras fit poſter
fes Troupes ſur une Eminence,
où l'on mit quelques Pieces de
GALANT.
159
Campagne en batterie. Les Rebelles
en dreſſerent une de 6x
pieces de Canon, & tirerent fans
relache , pendant deux heures
fans faire aucun dommage aux
Troupes du Roy , qui demeurerent
en ce lieu- là juſqu'à
fix heures du ſoir , malgré une
forte & continuelle pluye. Mylord
Duras ne voyant plus rien à
faire , marcha du coſté de Bradford
, où il demeura tout le jour
fuivant , pour faire repoſer ſes
Troupes. Il envoya le Colonel
Oglethorp , avec cent Che
vaux pour les obſerver , il rapporta
qu'ils eſtoient allez à Frome.
Ils y demeurerent le 28 .
commencerent à marcher vers
Varmiſter le 29. puis retournerent
du coſté du Shepton Mallet.
Ils allerent de là à Vvelts , & y
firenttoutes fortes de Prophanations
dans l'Eglife Cathedrale.
160 MERCURE
La Table de l'Autel leur fervit à
à une Débauche où ils beurent
leurs Santez . Ils pillerenr la Ville ,
violerent les Femmes , & firent
ce qui ſe commet de plus affreux
dans une Place que l'on prend
d'affaut . De Vvelts ils vinrent à
Glaffenbury , & le ſecond de
Juillet ils arriverent à Bridgvvater.
Milord Duras qui avoit ſuivy
les Rebelles à Frome , en partit
le meſme jour avec l'Armée du
Roy , alla à Shepton- Mallet , &
le lendemain à Somerton. Les .
il arriva à VVeſton , qui n'eſt
qu'à trois milles de Bridgvvater ,
où les Ennemis ſembloient vouloir
ſe défendre. Il logea ſa Cavalerie
& ſes Dragons dans ce
Village , & fit camper fon Infanterie
aux environs dans une large
Plaine , vis à vis d'un Marais. Le
GALANT. 161
Poſte eſtoit d'autant plus avantageux
, qu'elle avoit un Foſſé
devant elle. Il fut averty le ſoir
que les Rebelles ſortoient de la
Ville , ce qui l'obligea de tenir
ſes Troupes en ordre , & d'envoyer
différens Partys pour découvrir
leur deſſein. Ils concerterent
ſi bien leur marche , & garderent
un filence ſi profond ,
qu'ils s'avancerent fans aucun
obſtacle juſques au Marais , où
ils trouverent un paffage libre ;
de forte que le matin , ils rangerent
leur Infanterie en Bataille.
Elle faiſoit cinq à fix millesHommes
. Le Ducde Monmouth étoit
à leur teſte , & il la fit avancer
auprés du lieu où eſtoit campée
l'Armée du Roy. Milord Duras
qui en eut avis , fit mettre auffitoſt
ſes Troupes en état de bien
recevoir les Ennemis. Elles con162
MERCURE
fiſtoient en deux mille Hommes
de pied , & fept cens tant Cavaliers
, que Grenadiers & Dragons.
On ſera ſurpris qu'elles ſe ſoient
trouvées d'abord en ſi petit nombre
; cela venoit de ce que le Roy
voulant épargner le ſang , faiſoit
entourer le Duc de Monmouth ,
comme une Ville afſiegée. Ainſi
les Troupes qui vinrent joindre
Milord Duras eſtoient des autres
Quartiers. Les Rebelles ayant réfolu
de hazarder le Combat, commecerent
l'attaque par de grands
cris , & par une volée de coups
de Mouſquets . On leur repondit
de meſme. Leur Cavalerie s'avança
pour ſoûtenir leur Infanterie,
mais le Colonel Oglethorp qui
commandoit un Party de Cavaliers
, les empefcha de ſe joindre.
&il les tint en haleine juſqu'à ce
que le Régiment d'Oxford , &
GALANT. 163
un détachement des Gardes
,
l'euſſent joint pour former une
ligne . Leur Cavalerie eſtoit de
mille ou douze cens Hommes ,
commandez par Milord Grey , &
comme elle ne put eſtre rangée
en un Corps pendant tout ce
temps là , elle fit fort peu de réſiſtance
, & commençant auſſi-toſt
à fuir devant ceux qui la chargeoient
elle abandonna le
Champ de bataille. L'Infanterie
demeura ferme , & on fit grand
feu de part & d'autre , le Foffé
dont j'ay parlé l'ayant empeſchée
de venir aux mains. Le Canon
qu'attendoit Milord Duras étant
arrivé , & ſa Cavalerie s'eſtant
jettée ſur les Fantaſſins du Duc
de Monmouth , ils furent entierement
défaits , & on leur prit
trois pieces de Canon ; c'eſtoit
tout ce qu'ils en avoient en ce
1
164. MERCURE
lieu là. Prés de deux mille Hommes
des leurs furent tuez , & l'on
fit un grand nombre de Priſonniers
, parmy leſquels ſe trouverent
le Colonel Holmes , Perrot
fon Major , le Conneſtable de
Crookborne , & le nommé Guillaume
, Domestique du Duc de
Monmouth qui avoit fur luy
deux cens Guinées. Il dit que
c'eſtoit tout l'argent que fon
Maiſtre avoit de reſte.Une Guinée
vaut environ douze francs
& demy de noſtre Monnoye . Il
y eut environ trois cens Hommes
tuez dans les Troupes du
Roy , & un pareil nombre de
bleſſez , mais l'on n'y perdit aucune
perſonne confiderable. Milord
Duras ſe trouva par tout
pendant le Combat , donnant les
ordres néceſſaires avec beaucoup
de conduite. Milord Churchil
GALAN T. 165
qui commandoit ſous luy , fir
paroître une fort grande bravoure,
& le Duc de Grafton ſe ſignala
ainſi que les autres Chefs. Lors
qu'on fut demeuré Maiſtre du
Champ de Bataille, Milord Duras
marcha avec cinq cens Hommes,
quelque Cavalerie & ſes Dragons
vers Bridgvvater dont il ſe rendit
Maiſtre , les Rebelles qui y
eſtoient ayant pris la fuite ,&
s'eſtant diſperſez en divers endroits.
Il laiſſa ſes Troupes dans
la Ville , ſous le commandement
du Colonel Kirke , & ayant appris
que le Duc de Monmouth
fuyoit avec environ cinquante
Cavaliers , qui eſtoit le plus
grand nombre de Rebelles qu'il
y euſt enſemble , il envoya pluſieurs
Partis pour le poursuivre
luy & Milord Grey . Ce dernier
fut pris dés le meſime jour à Rin166
MERCVR E
gvvord , fur la frontiere de la
Province de Dorſet. Iteſtoit déguiſé
en Berger. On le mena
auſſi-toſt à Milord Lumley. Le
Duc de Monmouth voyant que
les Chevaux avec lesquels il
fuyoit , faifoient un gros dont il
eſtoit mal aisé de cacher la marche
, réſolut de les quitter. Ils ſe
ſeparerent en differens Pelotons ,
afin qu'ils fuſſent moins expoſez
à eſtre veus , & qu'ils puſſent ſe
ſauver plus aiſément. Le ſoir de
ce meſme jour quelques Bergers
dirent à ceux qui les pourſuivoient
, qu'ils avoient vû deux
Fuyards entrer dans un Bois
voiſin , dont on fit border les
avenuës , pour y chercher le lendemain
ceux qui pouvoient s'y
eſtre cachez . On ſe ſervit de Limiers
ſelon la coûtume d'Angleterre,
où l'on employe des Chiens
GALANT.
167
pour découvrir les Voleurs qui
ſe ſont ſauvez dans les Forefts .
Ces Limiers s'arreſterent à un
Foſſé en aboyant , & on trouva
un Homme couché ſous une
Haye fort épaiffe. C'eſtoit un
Allemand , qui en demandant
quartier , promit de montrer l'endroit
où le Duc de Monmouth
s'étoit retiré . Ce Duc avoit fait
toute la diligence poffible pour
gagner la Mer , où il eſperoit
trouver quelque Barque , mais
ſon Cheval luy ayant manqué , il
avoit eſté contraint de ſe mettre
à pied, &de prendre un méchant
habit pour n'eſtre pas reconnu.
On le trouva ſous unBuiſſon fort
épais dans un Foſſé , ayant dans
ſes poches ſon Collier de l'Ordre
de la Jarretiere , une Montre ,&
environ ſoixante Guinées. Lors
que les Soldats du Roy l'eurent
168 MERCURE
,
tiré du Foſſé , il tomba en défaillance
, & fut quelque temps à
revenir. Sa Majesté ayant ſceu
cette nouvelle , ordonna qu'on
diſtribuaſt à ceux qui l'avoient
pris , les cinq mille livres Sterlin
de récompenfe , promiſes par ſa
proclamation , & à ceux qui
avoient pris Milord Grey , la ſomme
de cinq cens livres Sterlin
ſuivant la proclamation du feu
Roy , publiée le 28.Juin 1683. Sa
Majeſté avoit déja ordonné que
la récompenſe promiſe par la
meſme Proclamation du feu Roy
à ceux qui prendroient rumbold,
fuſt diſtribuée entre les cinq Soldats
de la Milice du Comte d'Arran
, qui l'avoient pris en Ecoſſe ,
& que ſi quelqu'un de ces Soldats
avoit eſté tué, où eſtoit mort
de ſes bleſſeures , ſa part fuſt
donnée à ſa Veuve , ou à ſes Enfans
GALANT. 169
fans , ou à ſes plus proches Parens
s'il n'eſtoit pas mariée. Le
Duc de Monmouth & Milord
Grey furent amenez à Londres
le 13.c'eſt à dire le 23.felon nous.
On les interrogea d'abord au
Conſeil , &enſuite on les conduifit
par eau à la Tour , où la Ducheffe
de Monmouth avoit eſté
déja menée avec ſes Enfans.
Quant au Parlement , on y a
paſſe divers Actes , dont les
principaux ont eſté , pour accorder
un Subſide au Roy , en impoſant
une Taxe pendant cinq
années ſur toutes fortes de toiles
de France & des Indes Orientales
, & fur pluſieurs autres Manufactures
des Indes, ſur toutes fortes
d'eaux de vie qui ſerőt apportées
en Angleterre ; pour fournir
au Roy les charois ou voitures
dont Sa Majesté àbeſoin dans ſes
Iuillet 1685 . H
170
MERCURE
voyages ; pour renouveller un
autre Acte touchant les voitures
qu'on doit fournir à Sa Majesté,
tant par eau que par terre pour
le ſervice de ſa Flote & de fon
Artillerie ; pour reünir au Domaine
du Roy les revenus de la
Poſte , & 14000. livres ſterlin
de rente da revenu hereditaire
de l'Excife ; pour authorifer le
Roy àdonner des Baux & autres
droits , terres ou heritages de fon
Duché de Cornuaille , & pour
confirmer ceux qui auroient eſté
déja donnez ; pour renouveller
un Acte cy-devant paſſé , qui
donne permiffion de tranſporter
des cuirs ; pour continuer trois
autres Actes qui donnent ordre
à empeſcher les vols ſur les Frontieres
du Nord d'Angleterre;
pour nettoyer , conſerver , maintenir
& reparer le Havre & le
GALAN Τ. 171
Mole du grand Yarmouth ;pour
Trebatir finir & embellir l'Eglife
Cathedrale de Saint Paul de
Londres .
Le 2. de ce mois , le Roy ſe
- rendit à la Chambre des Seigneurs
, reveſtu de ſes habits
Royaux ; & s'eſtant aſſis dans
ſon Trône il manda
,
la
Chambre des Communes , &
donna encore ſon conſentement
à quelques Actes , ſçavoir pour
haſter la conſtruction des Vaifſeaux
en Angleterre ; pour faire
valoir les Terres labourables ;
pour ériger une nouvelle Eglife,
qui ſera appellée la Parroiſſe de
Saint Jacques dans la liberté de
VVeſtminster , & pour reparer
l'Egliſe Cathedrale de Bangor ,
pour en entretenir le Choeur , &
pour augmenter le revenu de l'EveſchédeBangor,&
de pluſieurs
H2
172
MERCURE
Cures du meſme Diocefe. Aprés
cela , Milord Garde des Seaux ,
fignifia aux deux Chambres , que
Sa Majesté ſouhaitoit qu'elles ſe
ſeparaſſent juſqu'au 4. du mois
d'Aouſt prochain, & leur fit con
noiſtre en meſme temps , que ce
n'eſtoit pourtant pas l'intention
du Roy que le Parlement s'aſſemblaſt
en ce temps là ; mais que
cette Seance fuſt continuéejuſques
à ! Hyver , par ajournemens
qui ſeroient faits par ceux des
Deputez qui ſe trouveront à
Londres ou aux environs,à moins
que le ſervice de Sa Majesté ne
demandaſt leur Aſſemblée , auquel
cas Sa Majesté les en feroit
averttir de bonne heure par ſa
Proclamation , afin que tous les
Deputez s'y rendiſſent .
Le Roy ayant reſolu d'aller
fouper à Sceaux , dans la Maiſon
GALANT . 173
qui appartient à Monfieur le maг-
quis de Seignelay , Sa Majesté
l'en avertit quelques jours auparavant
, afin qu'il euſt le temps
de ſe preparer à la recevoir avec
- toute la Maiſon Royale. CeMarquis
donna auſſi -toſt les ordres
qu'il crut neceſſaires pour répondre
à l'honneur qu'il devoit recevoir
, & n'oublia rien de tout
ce qu'il s'imagina devoir eſtre
agreable à ſa Majeſté. Le jour fut
choiſy; mais le temps s'étant tourné
à la pluye , il y eut à craindre
qu'il ne changeaſt pas ſi toſt , &
le Roy eut la bonté de marquer
un autre jour. Ce fut le Lundy
16. de ce mois. Monfieur le маг-
quisde Seignelay pritde ſi grands
ſoins d'empeſcher la foule , qu'il
n'entra dans le Chaſteau que des
perſonnes diftinguées , & des
Officiers de la Maiſon Royale.Ce
H 3
174
MERCVRE
des
qui l'engagea à ſe ſervir de cette
précaution , fut non ſeulement
afin que le Roy ne fuſt point
incommodé de la preſſe qui fuit
ordinairement cesfortes de divertiſſemens
, mais encore afin qu'il
ne viſt point de perſonnes inconnuës
, qui font deux choses qui
geſnent , &qui font cauſe qu'on
ne joüit qu'imparfaitement
plaiſirs auſquels on s'eſt preparé.
Ainſi l'on peut dire que le premier
que Sa Majesté goûta en entrant
dans Seaux , fut celuy de
ne s'y trouver qu'avec ſa Cour
ordinaire , & d'eſtre aſſuré que
les divertiſſemens qu'on luy avoit
preparez , feroient pour Elle des
plaiſirs tranquilles.Le Roy arriva
à Seaux environ ſur les fix heures
& demie du foir , accompagné
de Monſeigneur le Dauphin,
de Madame la Dauphine , de
GALANT.
175
Monfieur , de Madame, de Monſieur
le Duc , de Madame la Du-
- cheſſe , de Monfieur le Duc de
■ Bourbon , de Mademoiſelle de
Bourbon , de Monfieur le Duc du
Maine , de Mademoiselle de Nantes
, de pluſieurs Ducs & Pairs ,
Mareſchaux de France , & des .
plus qualifiez Seigneurs de la
Cour-Quelques persones étoient
arrivées avant le Roy ,du nombre
deſquelles estoient Monfieur
le Cardinal de Bonzi , & Monſieur
le Nonce du Pape. Ѕа ма-
jeſté fut receuë à la deſcente de
fon Caroffe , par м.lе marquis de
Seignelay , M. le Coadjuteur de
Roüen , Meſſieurs les pucs de
Chevreuſe & de Beauvilliers ,
Meſſieurs les marquis de Maulevrier
& de Blainville , & Monfieur
le Bailly Colbert . Mesdames
les Ducheſſes de Chevreuſe , de
H 4
176 MERCURE
Villeroy , de Beauvilliers de Mortemar
; Mesdames les marquifes
de Seignelay, de Croiſſy, de Beuvron
, de medavy , & Madame la
Comteſſe de Saint Geran , vinrent
recevoir Madame la pauphine
& madame. Le Roy les
ſalüa, avec cet air tout engageant
qui luy eſt ordinaire . Il entra enſuite
par la porte du milieu dans
l'Apartement bas du Chaſteau ,
où il vit une enfilade de huit ou
neufpieces fort proprement meublées
; mais avec plus de bon
gouſt que de richeſſe , ou plûtoſt
avec une modeſte magnificence ,
s'il eſt permis de parler ainſi . Au
fortir de cet Apartement,on trouva
diverſes Chaiſes tirées par des
hommes , pour ſe promener dans
les Jardins. Il y a long - temps
qu'on ſe ſert de ces fortes de
Chaiſes à Versailles , & c'eſt de
GALANT.
177
là que l'uſage en eſt venu. Elles
ne font que pour une perſonne ,
mais il y en avoit une à Seaux
d'une invention finguliere & toute
nouvelle. Elle estoit à quatre
places , & quatre paraſſols y
eſtoient attachez Rien n'eſt ſi
commode & fi doux que ces
Chaiſes , parce qu'elles font conduites
par des hommes qui ne
marchent point devant , mais qui
ſont de chaque coſté de la Chaiſe.
Madame la Dauphine , Madame
la Ducheſſe, Madame la Princeſſe
de Conty , & Madame de
Maintenon , comme Dame d'Atour
de Madame la Dauphine ,
prirent place dans cette Chaiſe ;
&pluſieurs Princeſſes , Ducheffes
, & autres Dames qualifiées ,
fe ſervirent des autres. Il y en eut
quelques unes qui ſe firent un
plaifir de marcher ,& qui fui-
H
178 MERCURE
L virent en cela l'exemple de Madame.
Monſeigneur le Dauphin
Monfieur , Monfieur le Duc
7
,
Monfieur le Duc de Bourbon ,
Monfieur le Duc du Maine , &
tous les Princes & Seigneurs de
la Cour , accompagnerent le Roy
àpied , & Monfieur de Seignelay
fut toûjours auprés de Sa
Majesté , pour luy montrer ce
qu'il y avoit à voir , & pour l'éclaircir
de ce qu'Elle auroit pû
ſouhaiter d'apprendre touchant
les choses qu'elle voyoit. Il faut
remarquer que le Roy eſtoit au
premier rang de toute la Cour ,
qu'il ny avoit du monde qu'à
cofté & derriere ce Prince ; de
forte que rien ne luy derobant
la veuë des lieux où il ſe promenoit
, il jouiſſoit fans obitacle de
l'air que la confuſion empefche
GALANT . 179
ordinairement de reſpirer dans
ces fortes de divertiſſemens.
Aprés qu'on eut traverſé de
belles Allées paliſſadées , on arriva
àun Pavillon nommé le Pavillon
de l'Aurore , parce que l'Au
rore en ſe levant eſt plûtoſt re
marquée de ce lieu là que d'au
cun autre , & qu'il ſemble qu'elle
ne paroiſſe tous les matins que
pour l'éclairer. Ce Pavillon peut
eſtre encore appellé le Pavillon
de l'Aurore, à cauſe qu'on y voit
cette Déeſſe peinte de la main de
Monfieur le Brun ; ce qui ſuffic
pour faire juger des beautez du
dedans . Ce Pavillon a douzeouvertures
, en comptant celle de
la porte ;& comme ce Salon eſt
éleve , on monte pour y entrer
par deux Efcaliers opotez l'un à
l'autre. Il y a dedans deux enfoncemens
qui ſe regardens
H6
180 MERCURE
{
& qui renferment chacun trois
croisées. Le tour de l'un de ces
deux enfoncemens eſtoit remply
de toutes fortes d'eaux glacées ,
de confitures ſeches , & de fruits
auſſi beaux qu'ils eſtoient rares
pour la ſaiſon. Il y avoit dans l'au .
tre enfoncement ce que la France
a de plus habiles Maiſtres pour
les Inſtrumens , & dequoy faire
entendre une ſimphonie douce
& proportionnée à l'étenduë de
ce lien . Le Roy , Monſeigneur
le Dauphin , Madame la Dauphine
, Monfieur , Madame , les
Princes , Princeſſes , Ducheſſes
& Dames qualifiées , entrerent
feules dans ce Salon , ce lieu
n'eſtant pas aſſez ſpacieux pour
contenir tous les Seigneurs qui
accompagnoient Sa Majesté ;
mais tous les Courtiſans eurent
l'avantage de faire leur Couren
GALANT. 18
i
コ
ſe promenant dans le Jardin autour
des feneftres de ce Salon ,
d'où ils étoient veus de tous ceux
qui estoient dedans , & qui en
rempliffoient les feneftres , goûtant
à la fois quatre differens
plaiſirs , puis qu'ils reſpiroient
un air frais & agreable , aprés
avoireſſuyé la chaleur & la pouffiere
du chemin , qu'ils joüiffoient
d'une tres- belle veuë qui
offroit des Bois , des Plaines &
des Coſteaux , & qui en de certains
endroits s'étendoit juſqu'à
Paris; qu'ils entendoientune ſimphonie
tres-douce , & qu'ils ſe
rafraichiſſoient en même temps
avec les fruits & les eaux glacées.
Toutes les Auguſtes Perſonnes
qui rempliſſoient ce Salon , s'y
trouverent fi commodément ,
qu'elles y demeurerent pendant
plus d'une heure , apres quoy
182 MERCURE
l'on en deſcendit pour continuer
la promenade. On vit une belle
piece d'eau qui eſt à coſté du
Chaſteau', & l'on ſe rendit enfuite
dans la Sale appellée des
Maronniers , où font cinq Fontaines
tres - agreables , ſçavoir
quatre tirant vers les angles , &
unedans le milieu . On alla de là
dans un petit Bois fait en labirinthe
, & tout remply de Fontaines
, puis dans l'allée d'eau. Le
long de chaque coſté de cette
Allée , on voit regner quantité
de Buſtes fur des Scabellons , &
des lets d'eau qui s'élevent auſſi
haut que le Treillage . Chaque
Iet d'eau paroiſt entre deux Buftes
, & chaque Buſte entre deux
Iets d'eau. Il y a une rigole le
long du bas de chaque cotté de
l'allée , pour recevoir l'eau qui
tombe d'un ſi grand nombre de
GALAN T. 183
lets,& aux quatre coins de cette
Allée ſont quatre grandes coquilles
qui reçoivent auſſi l'eau . Der.
riere les Buſtes & les lets d'eau ;
s'élevent de grands Treillages qui
formentdes murailles de verdure .
Au fortir d'un lieu fi beau , & où
l'on reſpire une fraicheur qui
enchante , on alla voir le Pavillon
appellé des quatre Vents.
C'eſt un lieu charmant pour la
beautéde la veuë : on revint enfuite
le long du Mail , puis en
deſcendant un peu , on ſe rendit
auprés d'une piece d'eau qui
contient environ fix arpens. Le
lieu fot trouvé ſi agréable , que
le Roy voulut s'y repoſer , afin
d'y demeurer plus long-temps.
Sa Majesté choiſit pour s'affeoir,
un endroit qui regarde en face
une Caſcade , qui eſt à l'autre
bout de cette piece d'eau . Elle
184 MERCVRE
5
eſt ſur le panchant d'une coſte ,
& comme les eaux en ſont vives,
on peut afſſeurer que tout y eſt
naturel . Elle forme trois Allées
d'eau , & elle eſt ornée de plufieurs
Vaſes de Bronze , qui font
entre les Baffins d'où ſortent les
Iets. Pendant que le Roy & la
Maiſon Royale furent aſſis vis à
vis de cette Caſcade , pluſieurs
Gondoles dorées & vitrées
garnies de Damas de diverſes
couleurs & conduites par
des Rameurs vétus de blanc , &
fort proprement mis , avec des
Rubansde couleur , firent divers
tours ſur la piece d'eau , & paſſerent
pluſieurs fois devant le Roy,
afin de l'inviter à entrer dedans ,
s'il euſt eu envie de ce promener
fur l'eau , mais ce Prince infatigable
aimant mieux prendre à
pied le plaifir de la promenade
GALANT. 185
vint voirde prés la Caſcade , qu'il
avoit examinée de loin pendant
une demy heure. Il demeura
encor quelque temps à la confiderer
, puis il monta à pied julqu'au
haut , & Madame la Dauphine,
& les Dames le ſuivirent,
dans leurs Chaiſes . On entendit
au haut de la Caſcade , l'agréable
bruit de pluſieurs Haut-bois
qui ſe meſloit à celuy des eaux,
Ils estoient cachez derriere la
Paliffade , & marcherent longtemps
ſans eſtre veus , de maniere
qu'il ſembloit que cette mélodie
inviſible eſtoit en l'air , & que
ceux qui la formoient fe faifoient
un plaiſir de ſuivre le Roy. On
eut le meſme divertiſſement en
pluſients endroits du Jardin , ou
les Flutes douces & les Hautbois
estoient cachez dans des
Boſquets. Il ne reſtoit plus qu'u
186 MERCURE
ne piece d'eau à voir. Le Roy
voulut encore y alter aprés avoir
veu la Caſcade , & lors qu'on
retourna au Chaſteau , le Ciel
commença à s'obſcurcir , comme
a le jour n'euſt voulu finir,
que lors que ce Prince n'avoit
plus beſoin de ſa clarté , &que
la nuit n'euſt conſenty à paroiſtre
, que dans le temps que ſon
obſcurité eſtoit neceſſaire pour
donner plus de plaiſir à Sa Majeſté
, en faiſant briller davantage
les lieux qu'on avoit illuminez
pour la recevoir. Quoy qu'il n'y
euſt aucunes lumieres attachées
aux Murailles du dehors du Chaſteau
, ce que l'on appelle Illuminations,
il ne laiſſa pas deparoiftre
fort brillant, lors que la Cour
eut tourné fes pas de ce coſté là.
Toutes les Feneſtres en estoient
ouvertes ,& un grand nombre
GALANT . 187
A
de Lustres en éclairoit les Appartemens
auſſi bien qu'une Galerie
haute , & une Galerie baſſe par
leſquelles on y entre , & dont les
ouvertures ne font point fermées,
ce qui faifoit paroiſtre les Luſtres
, les Bras dorez , & les tableaux
, dont ces deux Galeries
eſtoient remplies. Le Roy traverſa
une partiede cette Galerie
pour ſe rendre dans l'Orangerie,
où un Concert eſtoit préparé .
Il entra par le bout opposé àl'endroit
où eſtoient ceux qui devoient
faire ce Concert. Ainfi
ce Prince les vit tous d'abord en
face . On avoit pris ſept Toiſes de
pronfondeur . pour les Places.
Elles eſtoient ſeparées du coſté
de l'Orangerie par de grands
Pilaſtres de Marbre,qui portoient
une Façade où cinq Lustres
étoient attachez . Le meſme ordre
188 MERCURE
ſuivoit juſques au fond où pa
roiſſoient deux manieres d'Eſcaliers
de chaque coſté , qui rampoient
ſuivant la pente d'un Amphithéatre
qui estoit dans le fond,
& qui paroiffoit conduire à une
Galerie , qui eſtoit auſſi dans le
fond au deſſus de l'Amphithéatre.
Tout ce fond eſtoit éclairé
par beaucoup de petits Luſtres,
&toutes les faces des Pilaſtres
étoient ornées de quantité de
Plaques portant pluſieurs Bougies.
Tout le reſte de l'Orangerie
eſtoit paré d'une tres - belle
Tapiſſerie , repreſentant toutes
les Chaſſes des douze Mois de
l'Année , & de deux rangs de
Luftres qui regnoient depuis un
bout juſqu'à l'autre. Je vousenvoye
les Vers qui y furent chantez
, ils font de Monfieur Racine
Tréſorier de France , de l'Aca
GALANT. 189
démie Françoiſe . Il eſt connu par
un ſi grand nombre de beaux
Ouvrages , que fon nom fait fon
Eloge.
IDYLLE
SUR LA PAIX.
N plein repos favoriſe vos
UN voeux ,
Peuples , chantez la Paix qui nous
rend tous heureux.
:
Un plein repos favoriſe nos voeux.
Chantons ,chantons la Paix qui nous
rend tous heureux .
Charmante Paix,délices de la Terre.
Fille du Ciel,& mere des Plaisirs,
Tu reviens combler nos defirs ,
190 MERCURE
Tu bannis la Terreur , & les tristes
Soûpirs
Malheureux enfans de la Guerre .
Un plein repos favoriſe nos voeux.
Chantons , chantons la paix qui
nous rend tous heureux .
Tu rend le Fils àſa tremblate Mere.
Par toy la jeune Epouse efpere
D'estre long- temps unieàfon Epoux
aimé.
De ton retour le Laboureur charmé
Ne craint plus deſormais , qu'une
main étrangere
Moiſſonne avant le temps le champ
qu'il a ſemé.
Tu pare nos Iardins d'une grace
nouvelle.
Tu rends lejour pluspur,& la terre
plusbelle.
GALANT. 191
Vn plein repos favoriſe nos voeux ,
Chantons,chantons la Paix qui nous
rend tous heureux.
Mais quelle main puiſſante &secourable
A rappellé du ciel cette Paix adorable?
Quel Dieu Sensible aux voeux de
l'Univers
A replongé la Diſcorde aux Enfers?
Déja grondoient les horribles tonnerres
Par qui font brisez les rempars.
Déja marchoit devant les étendars
Bellone les cheveux épars,
Et se flattoit d'éternifer les guerres
Que fa fureur Souffloit de toutes
parts.
4
192
MERCURE
Divine Paix , apprens- nous par
quels charmes
Vn calmesi profond fuccede à tant
d'allarmes ?
Un Heros , des mortels l'amour &
le plaisir.
Vn Roy Victorieux vous a fait ce
loiſir .
Vn Heros , des mortels l'amour & le
plaisir ,
Vn Roy victorieux nous a fait ce
loifir.
Ses Ennemis offensez de fa gloire
Vaincus cent fois , & cent fois fup.
plians ,
En leur fureurde nouveau s'oubliant
Ont ofé dansſes bras irriter la Vi-
Etoire..
Qu'ont
GALANT.
193
Qu'ont - ils gagné ces Esprits
orgueilleux.
Quimenafſoient d'armer la terre
entiere?
Ils ont veu de nouveau refferrer leur
frontiere. * Luxembourg.
Ils ont veu ce * Roc Soureilleux.
De leur orgueil l'esperance derniere,
Denos champs fortunez devenir la
barriere.
Vn Heros , des mortels l'amour &
leplaisir ,
Vn Roy victorieux nous a fait ce
loiſir.
Son bras eft craint du couchant à
l'Aurore
La foudre quand il veut tombe aux
Climats gelez.
Et fur les bords parle Soleilbrûle.z
Defon couroux vangeur fur le rivage
More
Iuillet 1685 . I
194
MERCURE
La terrefume encore.
Malheureux les Ennemis
De ce Prince redoutable !
Heureux les Peuples ſoûmis
Afon empire équitabie !
Chantons , Bergers , &nous réjoüif-
Sons.
Qu'ilfoit leſujet de nos feſtes.
Le calme dont nous joüiffons
N'est plus ſujet aux tempestes .
Chantons, Bergers , & nous réjoüis-
Sons.
Qu'il foit le ſujet de nos feftes.
Le bonheur dont nous joüiſſons
Le flate autant que toutes ses
conquestes.
De ces lieux l'éclat & les attraits,
Cesfleurs odorantes ,
Ces eaux bondiſſantes ,
Ces ombrages frais ,
GALAN.T.
195
Sont des dons de ses mains bienfaiſantes.
De ces Lieux l'éclat & les attraits
Sont des fruits deſes bien-faits.
Il veut bien quelquefois viſiter nos
bocages.
Nos Iardins ne luy déplaisentpas.
Arbres épais redoublés vos ombrages.
Fleurs , naiſſez ſousses pas.
O Ciel ! ô Saintes Destinées !
Qui prenezſoin deses jours florif
Sans ,
Retranchez denos ans
Pour ajoûter à ſes années.
Qu'il regne ce Heros , qu'il triomphe
toûtours.
Qu'avec luy ſoit toûjours la Paix
ou la Victoire.
Que le cours deſes ans dure autant
que le cours
12
196 MERCURE
De la Seine & de la Loire.
Qu'il regne ceHeros, qu'iltriomphe
toûjours.
Qu'il vive autant quefagloire.
Ces Vers avoient eſté mis en
Muſique par M. de Lully . Il n'a
jamais mieux réüſſi qu'en cette
occafion. Les grands Airs étoient
fi bien meſlez avec les Airs
Champeſtres , que chacun y
trouvoit dequoy ſe ſatisfaire ſelon
ſon gouſt. Cét Idille fur
chanté par les plus belles voix de
l'Opera .
Ce Concert finy , le Roy fortit
par la grande Porte qui eſt au
milieu de l'Orangerie , & vit à
main droite un grand nombre
d'Orangers qui formoient des Allées
fort éclairées par un grand
nombre de Lumieres,qui eſtoient
derriere les Caiſſes. Après avoir
GALANT.
197
marché environ trente pas dans
l'une de ces Allées , Sa Majeſté
découvrir d'un ſeul coup d'oeil
toute la Feüillée , la Table , &
I'lllumination qui estoient dans le
Boulingrain. Le Baffin qui eſt au
milieu de ce Boulingrain , & à
qui l'on peut donner le nom de
Canal à cauſe de ſa grandeur , a
trente-quatre pieds & demy de
large fur quarante-huit de long,
en ycomprenantles pleins Ceintres
, qui font aux deux bouts
du Baffin ſur ſa longueur.
LaTable eſtoit de quatre pieds
trois pouces de large , & régnoit
tout autour du Canal ſuivant fon
plan ; mais il n'y avoitde couverts
qu'aux deux endroits qui étoient
ſous les Feüillées , & qui occupoient
les bouts du Canal jufques
aux Angles, & les deux parties
des flancs ou coſtez eſtoient
1. 3
198 MERCURE
en Amphitheatre à trois gradins
defcendans du coſté de l'eau , ce
qui donnoit lieu à tous ceux qui
étoient à Table , de voir tous les
riches & galens ornemens dont
ces deux coſtez étoient remplis.
Le Roy eſtoit à Table ſous le
milieu d'une Feüillée qui étoit à
l'un des bouts du Canal ,& Monſeigneur
le Dauphin eſtoit ſous
le milieu de la Feüillée qui luy
étoit oppofé , de maniere qu'ils
avoient quarante - huit pieds
d'eau entr'eux , & trente- quatre
&demy de large, & deux coſtez
de Table de quarante huit pieds
chacun , garnis d'un cordon de
Corbeilles , & de Vazes de Porcelaines
templis de Fleurs , entre
des Girondoles , & d'autres machines
d'Orfevrerie. L'Invention
en eftcit nouvelle , Elles portoient
juſqu'à vingt- cinq Bou
GALANT. 199
gies chacune; il y en avoit d'autres
moins élevées. Ces machines
de lumieres étoient toutes differétes
, & les Figures Allegoriques
quelles repreſentoient avoient
du rapport au Roy. Les deux
autres Grandins juſqu'à la Tablette
du Baffin, étoient tous garnis
de meſme. Il eſt difficile de
bien concevoir le plaiſir qu'avoient
ceux qui étoient à Table.
Il n'y avoit perſonne au devant
qui les incommodaſt en les regar.
dant manger. Ils ne voyoient
que l'eau, des Fleurs , de brillants
Buffets & l'Illumination des
Berceaux , & toutes ces choſes
réfléchiſſant dans l'eau , la faifoient
briller , & y paroiſſoient
Aotantes.
د
La Feüillée qui étoit à chaque
bout du Canal , & qui couvroit
les deux endroits de la Table où
۲
14
200 MERCURE
l'on mangea , étoit de dix- huit
pieds de haur,& toute par Arcades
, & formoit une maniere de
Veſtibule . Ces deux Feüillées
étoient ſi artiſtement poſées, que
les Corniches & les autres parties
de l'Architecture s'y diſtinguoient
parfaitementbien.
L'endroit où étoit le Roy,
' formoit un milieu dont le plafonds
eſtoit ceintré . Les Plafonds
des deux Aifles eſtoient plats
ton's les Portiques étoient en Arcades
, ornées des Armes & des
Chiffres de Sa Majesté dans le
milieu . Pluſieurs Luftres & des
Feſtons de Fleurs pendoient auſſi
au milieu des meſmes Arcades,
&desFeſtonsde Fleurs, ornoient
celle au milieu de laquelle mangeoit
le Roy. Toutes ces Corniches
étoient bordées de cent
cinquante Girandoles portant
GALANT . 201
chacune fix Bougies , & entre
chaque Girandole, ily avoit une
Corbeille d'argent remplie de
Fleurs . On avoit mis des Rideaux
de Damas blanc à toutes les Arcades
, afin qu'on ne fuſtpas furpris
par la pluye , & ces Rideaux
eſtoient renoüez à chacun des
Pilaſtres ; de forte que ſi le mauvais
temps fuſt ſurvenu , on ſe
feroit trouvé enfermé ſous ces
Feüillées , comme dans des Tentes
, & l'on n'y auroit ſouffert
aucune incommodité. Il y avoit
deux Buffets de parade vis à vis
les flancs de la Table ; ils étoient
appuyez chacun contre une
grande Arcade de Berceaux du
Boulingrain , & ces Arcades formoient
un couronnement àchaque
Buffet. Ils eſtoient de vinge
pieds de face , & avoient trois
Grandins. Chaque Grandin étoin
202 MERCURE
JP
deGlaces de Miroir, & ces Glaces
en faiſant refléchir l'Orfèvrerie
qui rempliffoit les Buffets ,
ſembloient la multiplier. Elle
eſtoit compoſée de pluſieurs pieces
curieuſes de Vermeil doré,
d'argent & d'or , entre leſquelles
il y avoit nu grand nombre de
Girandoles qui portoient plu-s
ſieurs Bougies ,& dont les lumie
res multipliées dans les Glaces,
faifoient doublement briller l'Orfévrerie
, puis qu'elle donnoient
auffi de l'éclat aux pieces qu'elles
en repreſentoient. Les coſtez de
ces deux Buffets étoient ornez
de pluſieurs Orangers. Tout le
Berceau qui faisoit le pourtour
du Boulingrain , étoit illuminé
depuis la Corniche juſqu'au bas,
& il y avoit une lumiere à chaque
Maille du Treillage. Tous les
Ceintres des Portiques & des
GALAN T.
203
Pillaſtres du Treillage eſtoient
auſſi ornez de lumieres , & il y
avoit une Girandole de Criſtal
au deſſus de chaque Pillaſtre.
Les Domes qui font dans les Angles
, & qui s'élevent au deſſus
des Berceaux eſtoient entierement
illuminez , & il y avoit
dans les fonds de ces Berceaux
antité de Lumieres qui formoient
des Soleils,& des Chiffres
du Roy avec des Couronnes.
Il y eut cinq Services de tour
ce qu'il y avoit de plus rare pour
la Saiſon , à l'égard des Viandes
& des Fruits. Ceux qui eurent
l'honneur de manger à la Table
de Sa majeſté furent ,
Madame la Dauphine.
Monfieur.
Madame la Ducheffe..
Mademoiselle de Nantes.
I
204 MERCURE
-Madame la Ducheffe d'Arpajon..
Madame la Mareſchale de Rochefort.
Madame de Maintenon .
Madame la Princeſſe d'Har
court.
Madame la Ducheſſed'Uzés..
Mademoiselle d'Uzés.
Madame la Ducheſſede Villeroy.
Madame la Princeſſe de Montauban..
Madame la Ducheffe de Sully..
Madame la Ducheſſe de Rocquelaure.
Madame la Marquiſe de Thianges.
Madame la Comteſſe de Gramont.
Madame deGrancey.
Madame la Marquiſe de Medavy.
Mademoiſelle d'Arpajon.
Les fix Filles d'honneur de Maj
dame laDauphine..
GALANT . 20
Le Roy fut ſervy par Monfieur
le Marquis de Seignelay ,
Madame la Dauphine par Monfieur
le Bailly Colbert , & Monfieur
, par Monfieur le Marquis
deBlainville.
Voicy les noms des perſonnes
qui remplirent les places de la
Table qui fut ſervie pour Monſeigneur
le Dauphin..
Madame..
Madame la Princeſſe de Conty..
Mademoiselle de Bourbon .
Madame la Ducheſſe de Vantadour.
Madame de Duras Fort.
Madame la Princeſſe de Lille
bonne.
Meſdemoiselles de Lillebonne..
Madame la. Ducheffe de Gra
mont..
Madame la Ducheſſe de Foix...
Madame la Princeſſe de Tingry..
206 MERCURE
Madame la Mareſchalle de Humieres.
Mademoiselle de Humieres .
Madame la Duchefſfe de la Ferté.
Madame la Comteſſe de Roye .
Mademoiselle de Rouffy.
Madame de Coafquin .
Madame la marquiſe de Beringuen.
Madame la marquiſe de maré.
Madame la Comteſſe de Bury.
Madame la marquiſe dela Fare.
Les quatre Filles d'honneur de
Madame .
Monfeigneur le Dauphin fut
ſervy par Monfieur le Marquis
de Maulevrier , qui ſervit auſſi
Madame . Quelques Dames dont
les noms me font échapez , eurent
encore place à ces deux
Tables . Les Trompettes & les
Timbales, les Violons , les Flutes
douces , & les Haut- bois , le
GALAN T.
207
firent entendre al
THEQUE DEC
SIYON E
1893
le long du deſſous des Berceaux
du Boulingrain , & quantité de
Buffets où l'on ne refuſoit pas à
boire à tous ceux qui en ſouhai206
MERCURE
1
rent encore place
Tables. Les Trompettes & les
Timbales , les Violons , les Flutes
douces , & les Haut-bois , le
GALAN T.
207
firent entendre alternativement
pendant le repas. le vous envoye
une Figure gravée. Elle eft veuë
d'un des coſtez des Buffets , &
fait voir la Feüillée entiere , de
maniere qu'il n'y manque qu'un
des coſtez du Boulingrain, un des
Buffets , & les deux Gradins qui
eſtoient fur le bord de l'eau de
l'un des flancs de la Table. S'il
euſt eſté poſſible que la graveure
euſt fait voir le tout , il ne mangueroit
rien à cette Planche.
Dans le temps que le Roy fe mit
à Table , on ſervit dans le Châ
teau deux Tables de vingt à trente
Couverts , chacune pour les .
Perſonnes diftinguées de laCour,
qui voulurent y prendre place. II
yen avoit encore pluſieurs autres
le long du deſſous des Berceaux
du Boulingrain , & quantité de
Buffets où l'on ne refuſoit pas à
boire à tous ceux qui en ſouhai2:
08 MERCURE
1
toient , non plus que des Plats
de la deſſerte du Roy , qui furent
preſque tous donnez à ceux qui
en demanderent. Il y avoit auſſi
des Tables le long des Murailles
des Courts du Chaſteau où mangerent
les Valets. Sa Majesté en
ſe levant de Table ſe tourna vers
Monfieur le Marquis de Seignelay
, & luy marqua avec cet air
tout engageant , & qui luy eſt ſi
naturel , la fatisfaction qu'Elle
avoit de la maniere dont Elle
avoit eſté receuë. Ce Prince fit
enſuite le tour du Boulingrain. Ik
examina les Buffets, les Berceaux
& la Feüillée , puis eſtant forty
du Jardin pour monter en Caroffe
, il trouva les meſmes Per
fonnes qui l'avoient receu à fon
arrivée , & les ſalua avec le mê
me air de bonté qu'il avoit fair
en entrant : aprés quoy il monta
enCarolle ,& trouva les Cours
GALANT.
209
la Porte & l'avenuëdu Château,
bordées de groſſes lumieres. On
peut dire que Monfieur de Seignelay
n'a rien oubliée pour recevoir
un ſi grand Monarque ,
& que Monfieur Berrin a parfaitement
bien répondu à l'intention
de ce Marquis.
Dame Aimée Eleonor de Plas,
mourut en Auvergne le 28. du
dernier mois , aprés avoir donné
durant ſa vie & à ſa mort des
marques ſolides d'une vertu , &
d'une pieté conſommée. Elle eſt
regretée de toute cette Province,
& fur tout des Pauvres , à qui
elle a toûjours ſervy de Mere..
Elle estoit Femme de Monfieur
leComte de Rouffille- Fontanges,
dont l'antiquité de la Maiſon eſt
affez connue
Monfieur le Pelletier Miniſtre
d'Estat , & Controlleur general
210 MERCURE
des Finances , a perdu un de
Meffieurs ſes Fils au commencement
de ce mois. Il eſtoit dans
une tres grande devotion,& vouloit
entierement renoncer au
monde , en ſe conſacrant à Dieu,
dans une des Maiſons les plus auſteres
qu'il y ait en France .
Peu de jours aprés mourut
Meffire Nicolas Mazure , ancien
Curé de l'Egliſe de Saint Paul ,
Docteur & Doyen de la Faculté
de Theologie de Paris. Il eſtoit
Abbé de Saint Jean en Vallée de
Chartres, & avoit eſté grand Maitre
de l'Oratoire de Sa Majeſté .
Monfieur Perrot de la malmaifon
, Conſeiller de la Grand'
Chambre , eſt mort dans ce meſme
temps en ſa 76. année . Il étoit
Beaupere de Monfieur Barentin ,
premier Preſident du Grand
Confeil.
GALAN Τ. 211
Le 19. de ce mois , Mademoiſelle
de Condé, troiſième Fille de
M. le Duc , fur baptifée par M.le
Curé de S.Sulpice , dans la Chapelle
de l'Hoſtel de Condé.Monſieur
le Prince,grand- Pere de cette
Princeſſe, fut le Parain,& ма-
dame la Ducheſſe de Brunſvvich,
Soeur de Madame la Ducheſſe ,
& Veuve de Jean Frideric Duc
de Brunſvvich Hanover , fut la
Maraine , & la nomma Loüife Benedicte
. Meſdames les trois Princeſſes
de Hanover ſes Filles , ſe
trouverent à cette Ceremonie ,
&ſe firent admirer de tous ceux
qui les virent, tant par leur beauté
& leur bonne grace , que par
un certain air modeſte & engageant
qui accompagne tout ce
qu'elles font. C'eſt un effet de
la bonne éducation que mada-
- me la Ducheſſe de Brunſyvick
212 MERCURE
1
prend ſoin de joindre aux avantages
de leur Naiſſance. Il ſuffic
qu'elles ſe faſſent un modelle de
fes grandes qualitez , pour acquerir
tout ce qui peut rendre
des Princeſſes parfaitement accomplies.
L'Aiſnée , qui ne fait
que de ſortir de ſa quatorziéme
année , a une taille fine & aiſée,
dont la beauté augmente dejour
en jour avec ſon âge. Elle a le
teint vif, les yeuxbleus &doux,
&tantde charmes dans toute ſa
perſonne ,qu'on ne sçauroit ſe
laffer de la regarder.
Le 26. la Ceremonie du Baptefme
de Mademoiselle d'Anguien
, ſeconde Fillede Monfieur
le Duc , ſe fit dans la Chapelle
du Chaſteau de Versailles , par
Monfieur l'Eveſque d'Orleans..
Monſeigneur le Dauphin & ма-
dame la Dauphine , la nommeGALANT.
213
rent Anne Marie Victoire.
Le Samedy 21. de ce mois ,
Monfieur l'Abbé de Lorraine ,
Fils de Monfieur le Comte d'Armagnac
grand Ecuyer de France,
foûtint une Tentative en Sorbonne
, avec un ſuccés qui paſſe
tout ce que je pourrois vous en
dire. La force & la netteté de
ſes réponſes , luy attirerent l'admiration
de tous ceux qui ſe
trouverent à cette action , à laquelle
prefidoit Monfieur l'Archeveſque
de Paris . L'Aſſemblée
fut auſſi illuſtre que nombreuſe;
& il vous eſt aiſé de juger de
l'empreſſement qu'eurent Mefſieurs
les Prelats , Ducs , & autres
du premier rang , à venir
entendre une Perſonne de cette
Naiſſance.
M. Bouchet ancien Curé de
Nogentle Roy , la petiteAffem214
MERCVRE
blée G.& la belle Nouriture du
Havre , font les ſeuls qui ayent
expliqué la premiere des Enigmes
du dernier mois, ſur la Truite,
L'Homme à chevaleſtoit le vray
mot de la ſeconde , & il a eſté
trouvé par Meſſieurs Rault de
Roüen , l'Epinay - Buret& fa chere
Soeur de Vitré en Bretagne,
Hordé de Senlis , Meſdemoiselles
Marie de Vaux, Madelon Provais,
& l'Epoux fidelle & deſolé de
Picardie . Ceux qui ont expliqué
l'une & l'autre Enigmedans leur
vray ſens, font Meſſieurs de Lhofpital
Lieutenant au Grenier à
Sel ; le Vaſſeur le Cadet, Mathe.
maticiens ; Mantois de Clereville
; Sorbiere Banquier de la ruë
des cing Diamans ; P. Cartier de
Roüen , de Rouville de Vernon ;
Leger de la Verbiſſonne ; Mademoiſelle
Goffemant de Troye en
GALANT.
215
i
Champagne ; le Procureur Palaff.
a de Mirette ; le Breſſan Fleuriſte
d'auprés de Cognac , & la
grande Fille Margot d'auprés de
Roüen .
Au lieu d'Enigmes nouvelles,
je vous envoye une Fable Enigmatique
de M.B.D. de Toulouſe
. On en demande l'explication .
`AU ROΥ ,
FABLE
D
ENIGMATIQVE .
IgneHerospour qui plus
main sçavante ,
d'une
S'exerce au langage des Dieux ,
Fameux LOUIS , daigne jetter
les yeux
Sur les Vers qu'àmon nom Mercure
te preſente.
216 MERCVRE
1
IeSçay bien que les Envieux
Vont condamner en moy le defir de te
plaire ,
Ils diront quejesuis unjeuneTemeraire
,
Quej'ay l'esprit ambitieux .
Il est vray , je l'avouë, ils ont lieu de
Lecroire ,
Ton Nom plus noblement devroit
estre chanté;
Mais GRAND ROY, le defir de
celebrer ta gloire ,
Eftunebelle excuse à ma témerité.
Tolomée,un de nos Ayeux,
Prolo
Voyoit , dit- on , promener les
Planettes ,
On dit auſſi qu'il comptoit onze
Cieux ,
Sans le ſecours de nos longues Lunettes
.
I'y fouſcris donc , &fon vieux
Sentiment,
Va
GALANT.
217
Va me fervir defondement.
Peut donner à ma Fable un peu de
vray-Semblance ,
Afon opinion j'ajoûte ſeulement ,
Que chaque Ciel comme le Firmament
,
-Devoit avoir en fibelle occurre
Des Etoiles au moins pour fervir
d'ornement ,
Et là- deſſus voicy ce que j'avance.
Venus avoit un Ciel d'une grande
Splendeur ,
Ses Etoilles vivoient en bonne intelligence,
Qui fut pourtant fatale àfon
bonheur.
Carſe donnant une pleine licence,
Elle ofa du Soleil attaquer la grandeur
,
Elle ofa braverſa puiſſance.
Le Soleilfait tout fagement ;
Bien qu'ilfuſtſenſible àl'offence,
Ildiffera le châtiment ,
Iuillet 1685 . K
218 MERCURE
Dans l'espoirque dansſanaiſſance
On viendroit étouffer tout fon reffentiment
.
Loin d'agir auſſi prudemment ,
La Superbe Venus ne met rien en
usage ,
Nesedonne aucunfoin;de ceretar
dement
Tire peut- estre un bon préſage,
Et fans doute a ſon ſens pour détourner
l'orage ,
LeSecoursde la Lune estoit ungrand
Secours.
Ellese trompoit l'orgueilleuse,
Il est vray que la Lune est affez lumineuse
,
Mais contre le Soleil c'est un foible
recours.
Ilpeut,quand il luy plaiſt de former
un nuage ,
Porterdans tous les Cieux la crainte
&leravage.
GALANT.
219
Voyant donc que Venus avoit tout
méprisé ,
C'eſt, dit- il,trop tarder à punir l'in.
Solence,
Songeons, puis qu'il le faut,fongeons
à la vangeance.
Brefpour le châtiment tout estoit
disposé,
Quand du Cielde Venus une Etoile
exilée,
Plaintive autant que defolée ,
Dansfon malheureux accident,
Vint du Soleilreclamer la justice.
Pere dujour,dit- elle en l'abordant
Vous ſeul pouvez me rendre un
bon office,
L'ofe implorer vostre puiſſant ſecours,
De ma disgrace interrompezle
cours ,
Empefchezque je ne periffe.
Le Soleil la recent fort bien .
K 2
220
MERCURE
Je me charge, dit - il,du ſoin de vostre
affaire ,
Vivez icy , ne craignez rien ,
Vous pouvez prés de moy joüir de ma
lumiere ,
Ie parleray pour vous & Venus
quelque jour
Pourroit biensentir àson tour ,
Les traits de ma juſte colere:
Ie devrois traiter rudement
Cette Planette témeraire ,
Et cependant ie veux avant le châtiment.
Tenter par la douceur un accommodement.
Ce qu'il fit , & Venus au lieu d'yfa
tisfaire,
Marqua toûjours une extrême
fierté,
Dequoy le Soleil irrité ,
Ah! c'en est trop , dit- il , ce procede
m'offence ,
GALANT. 221
Venus ignore encor ce que peut ma
vangeance ,
Pour punirfon orgueil marquons an
peu de fiel ,
Aſſemblons des rayons pour embrafer
Son Ciel,
Il avoit commencé de le réduire eu
cendre ,
Quand furle bruit de cét embra-
Sement ,
Saturne avec zele vint prendre,
Le ſoin d'un accommodement.
Le Soleilvolõtiers entenditſapriere,
IeSuspens , luy dit- il , l'effet de ma
colere;
Mais ie veux faire à Venus une
Loy ;
Quand elle aura beſoin de lumiere
étrangere ,
Ie veux qu'elle ait recours à moy ,
Ie luy preſteray ma lumicre.
Ieveuxaussiquefes Aſtres errans,
K 3
222 MERCURE
Qui jadis à la Lune offroient leur
assistance ,
Soient privez de leur influence,
Laſource de nos differens.
Ie veux enfin que l'Etoile outragée
,
Soit àmon grédédommagée;
Que la fiereVenus par des soumis.
fions
Dans mon Palais vienne me rendre
hommage ,
Et d'une conduite peu fage ,
Qu'elley vienne former desrépara
tions .
Le Soleil pouvoit tout prefcrire,
Il estoit iuste , & de fon ire
Venus apprehendoit les traits ,
Aux conſeils de Saturne elle n'eut
rien à dire ,
, Il fallut s'y laiſſfer conduire
Il fallut du Soleil remplir tous les
Souhaits ,
GALANT.
223
Pour gouster la douceur d'une tranquille
Paix.
Ie ne puis finirma Lettre, ſans
vous faire partdes dernieres nouvelles
que nous avons euës d'Angleterre.
Le Roy ayant eu avis
des Victoires remportées ſur les
Rebelles , fit publier le 12. de ce
mois une Proclamation , par laquelle
il ordonna que le 26. de ce
meſme mois, ſeroit obſervé comme
un jour public , pour rendre
àDieu les actions de graces qui
luy ſont devës , pour la grande
mifericorde dont il luy a plû d'ufer
envers les Royaumes d'Angleterre
& d'Ecoſſe , en étouffant
la Rebellion . Le 13. le Duc
de Monmouth & Milord Grey
furent amenez à Londres . Le premier
demanda ſi inſtamment à
K 4
224
MERCURE
parler au Roy , qu'au lieu de le
conduire à la Tour , on le conduiſit
d'abord à Vvitheal,où étoit
Sa majesté , qui eut encore la
bonté de luy accorder cette grace.
Il eſtoit couvert d'un grand
manteau de velours ,& avoit les
mains liées deſſous. Il y a grande
apparence qu'on l'avoit couvert
de ce manteau , afin qu'il ne paruſt
point lié devant ce Prince; ce
qui n'eſt pas un ſpectacle qui ſoit
ordinaire aux Rois. Il eſtoit d'ailleurs
indigne de toute compaffion,&
il euſt eſté difficile que Sa
Majesté l'euſt veu en cet eftat
ſans en prendre . Il demanda pardon
& la vie au Roy ,& la demanda
juſqu'à la baffeffe. Ce
n'eſt pas qu'il y en ait à demander
pardon à un Roy , quand on eſt
auffi coupable que ceDucl'étoit:
GALANT.
225
mais on peut dire qu'on fait une
baſſeſſe lorſqu'on demande la
vie avec autant d'inſtance & de
foibleſſe qu'il fit , puis que cela
fait connoiſtre la crainte qu'ona
de la mort. Il proteſta qu'il n'avoit
point eu intention de ſe faire
1) Roy , & que c'eſtoit le miniftre
Forguson , mort dans le combat,
qui l'excitoit. Il fut interrogé par
le Confeil de Sa Majeſté ; affemblé
au meſme lieu, le n'ay pas
ſcen ce qui s'y paſſa . le ſcay ſeulement
que le temps qu'ildemeura
à Vvitheal, futde trois heures;
aprés quoy on le mena à la Tour
par eau dans une Berge du Roy,
accompagnée de Berges armées.
Ceux qui le virent fortir du Palais
, remarquerent qu'il pleuroir..
H avoit les yeux ſi rouges , qu'il
futaifé de connoiſtre que ce n'é226
MERCURE
temps ,
toient pas là les premieres larmes
qu'il répandoit. Depuis ce
il n'oublia rien pour
obtenir une priſon perpetuelle.
Il chercha les moyens de faire
parler la Reine pour luy. Il
écrivit & fit écrire au Chancelier
, & à d'autres , & implora
juſqu'à l'aſſiſtance de ſes Ennemis
. Quoy qu'il ait dit qu'il
n'avoit jamais aſpiré à la Couronne
, il eſt certain qu'il fur
proclamé Roy a Glaffembury.
Voicy ce qu'il écrivit auſſi toſt
aprés au Duc d'Albermale.
MILORD
Comme nous avons esté informez
que vous commandez de la Cava-
Lerie & de l'Infanterie pour facques
, Duc d'Yorck & que ces Tran
GALANT.
227
pes ont esté levées pour veſiſter &
s'opposer à noſtre Authorité Roya
le,Nous avons trouvé à propos de
vous faire sçavoir le reffentiment
que nous en avons , & nous nous
promettons que ce que vous avez
fait en cela à esté par méprise&
inadvertance , & que vous pren
drez d'autres mesures quand vous
Sçaurez que i'ay esté proclamé Roy,
pour succeder au Roy mon Pere,
mort depuis peu. C'est pourquoy
nous vous avons envoyé ce Meſſager
expres pourvous le ſignifier. C'est
donc noſtre bon plaisir Royal
noſtre volonté , & nous vous affi.
gnons expreſsément , & comman
dons par ces Presentes , qu'aussitoft
leur reception , vous ceffieztout
Acte d'hostilité & force d'armes
contre Nous & nos bien aimezSujets
& que vous vous rendiek
K6
228 MERCURE
inceſſamment dans nostre Camp , où
vous ferez receu de nous avec bonté
& affection . Que si vous ne
vous acquittez de ce que deſſus ,
nous ferons obligezde vous proclamer
Rebelle , & traiter ainſi ceux
quifont ſous vostre commandement,
& nous les poursuivrons eux &
vous comme tels . Nous efperons
pourtant que vous obeïrez promptement
, c'est pourquoy nous vous
defons adieu.
4
FACQUES.
Il y avoit à la Subſcription. A noftre
cher bien amé &fidelle Conseiller&
Coufin, Christophe,Duc d' Albermale.
Voicy la Réponſe que luy fit
le Ducd'Albermale , par lemê
memeſſager.
GALANT. 219
Ay recen voſtre Lettre , & je
Inne doute pas que vous ne me
traitaſſiez bien si j'étois entre vosς
mains ; & comme vous vous estes
donné la peine de m'appeller aupresde
Vous celle- cy est pour vous
faire fçavoir , que ie n'ay jamais
esté, ny ne feray iamais rebelle à
mon Roy Jacques II. Frere du feu
Roy Charles II. mon tres - cher
Maistre & Roy . Si vous croyez que
j'ay tort , &que vous avez raiſon,
ie ne doute pas que lors que nous
nous rencontrerons la justice de ma
Cause ne vous convainque. Vous
auriez mieux fait de ne point exciter
de Rebellion & de ne point enga
gerlaNatioàdefigrands Troubles.
ALBERMALE.
La Subſcription eſtoit. A lacques
Scot,cy-devant Duc de Montmoniki
230
MERCURE
Il portoit le nom de Scot ,
parce que c'eſtoit celuy de ſa
Femme , riche heritiere ,& Fille
d'un Comte d'Ecoffe. Il ne l'avoit
épousée qu'à condition qu'il
prendroit ſon nom. Il demeura
dans la Tour tout le 14. & le
lendemain il fut degradé de
l'Ordre de la Jarretiere . En quelque
endroit que l'on execute
celuy qui s'attire cette infamie ,
on le degrade toûjours à Vvindfor
, Maifon Royale fur la Tamiſe
, à quinze ou vingt milles
au deſſus de Londres. Tous les
Herauts s'y tranſportent , & à
fon de trompe en place publique
, ils jettent par terre lesArmes
du Criminel , en le publiant
à haute voix Traitre aw
Roy & à l'Etat . Enfuite ils relevent
les Ecuffons de ſes Armes
1
GALANT. 231
ils les déchirent ,&en jettent les
pieces . Il y a plus de cent ans
que l'on n'avoit dégradé perſon
ne en Angleterre.
Le meſme jour 15. qui fut
Mécrédy dernier 25. de Juillet
ſelon nous , il eut la teſte coupée
dans la place appellée
Tovver- Hill , qui veut dire
- Champ de la Tour. L'Eveſque
d'Ely & une autre Eveſque l'afſiſterent
fur l'Echafaut ; mais il
ne les écouta pas , eſtant mort
Puritain , c'eſt à dire Prefbytesien
ou Calviniſte épuré ; ce qui
n'eſt pas la Religion Anglicane
, qui a des Evefques. Les
Puritains les condamnent , difant
qu'il ne doivent eſtre que
fimples Miniſtres. Il eſt mort
fans fermeté , craignant , ne
pouvant ſe ſoûtenir ny parles ,
222 MERCURE
ce qui fut cauſe qu'il reçût cing
coups. Il a declaré qu'il avoit
eſté forcé par le feu Roy d'é.
pouſer ſa premiere Femme , &
en ſuite inſpiré d'en prendre
un autre. Ce mot d'inspiré , eſt
le terme des Puritains. Cette
autre Femme que l'on appelle
Henriette Neufvvort , eſtoit la
Maiſtreſſe d'un Milord , auquel
il l'avoit oftée. Le Duc de
Monmouth , par les intrigues
du fen Comte de Salſbury ,
avoitfait declarer le Duc d'York
inhabile à ſucceder à la Couronne
, & & il l'avoit obligé à
s'éloigner de Londres. Non
feulement il avoit eſté cauſe
de l'emprisonnement des Milords
Catholiques , & de la
mort du Vicomte Stafford , dont
la memoire a eſté rehabilitée
GALANT.
233
par Acte du Parlement ; mais
il avoit conſpiré contre la vie
du feu Roy ſon Pere , qui avoit
eu la bonté de luy donner une
Abolition ſcelléedu grand Sceau
d'Angleterre. Dés qu'il eut appris
ſa mort , il ne ſongea qu'à
prendre les armes , couvrant
ſon ambition de deux pretextes
, l'un du Mariage ſuppoſé
du feu Roy avec ſa Mere , ce
qui luy faiſoit dire que la Couronne
luy appartenoit , &
l'autre du nom de Protecteur
de la Religion Proteſtante
d'Angleterre , dont les
Sectateurs font appellez Puritains
& Prefbyteriens . Ils ſe diſent
illuminez , & pretendent
avoir tous le Saint Eſprit. Ce
party eſt entierement opposé à
la Religion Anglicane , qui ,
234 MERCURE
comme je l'ay déja dit , a des
Eveſques. Il avoit pourtant eſté
élevé dans la Religion Catholique
par les Peres de l'Oratoi.
re de lully , à ſept lieuës de
Paris. Il a eſté executé ſuivant
le Jugement du Parlement , qui
l'avoit declaré Rebelle. L'Allemand
qui l'a découvert , & qui
eſtoit à luy , eſt un homme qui
ayant deſerté deux fois les Troupes
de Brandebourg , y a eſté
condamné à eſtre pendu. On n'a
pas executé Milord Grey
cauſe que les Juges ordinaires
avoient déja fait ſon procez par
Contumace ; & comme ils font
en Vacance juſques à la S. Michel
, ce procez ne sçauroit
eſtre reveu qu'en ce temps-là.
C'eſt la coûtume en Angleterre
, de revoir les procés de tous
,
à
1
GALANT .
235
ceux que les luges ordinaires
ont jugez par contumace , quand
on tient les Criminels ; ce qu'on
ne fait pas dans les procez jugez
par le Parlement. Le Roy a
retenu à ſon ſervice les ſix Regimens
Anglois & Ecoffois que
les Eſtats de Hollande luy ont
envoyez dans cette conjoncture
d'affaires . Les Milices ont
eſté congediées , & l'Armée ,
c'eſt à dire les Troupes reglées ,
demeurera encore quelque temps
dans les Provinces de Dorfet &
de Sommerſet , où les Revoltez
ont paru.
Milord Preſton , Envoyé Exa
traordinaire d'Angleterre ,
fait faire icy des feux de joye
devant fon Hoſtel pour la ,
victoire remportée par le Roy
Jacques I I. contre les Rebelles .
236 MERCURE
Je vous envoyeray le mois prochain
une ample Relation
de cette réjoüiſſance , auffibien
que de celle que Milord
Stafford a fait faire pendant
trois jours devant la porte de
ſon Hoſtel , pour cette meſme
Victoire.
Je remets auſſi juſqu'à ce
temps - là les particularitez des
Fiançailles de Monfieur le Duc
de Bourbon , & de Mademoiſelle
de Nantes , qui ſe firent
le 23. de ce mois , & celles du
Mariage qui fut celebré le 24. Elles
meritent une Relation fort
étenduë . J'y joindray les Avantages
remportez à Tripoli par
• Monfieur le mareſchal d'Eſtrées,
avec un Plande la Ville. Ie ſuis,
Madame, Voſtre , &c .
AParis, ce 31. Iuillet 1685 .
GALANT. 237
Dans l'article du dernier Mercure
, où il est parlé du Portraic
de Monsieur de Lully , gravé par
Le Sieur Roulet , on a mis deux fois
Luffy , au lieu de Lully .
:
ع
FIN.
LYON
*BIBLIO
*
1893*
THAY
Avis pour placer les Figures.
L
'Air qui commence par Puis
que vous reſſemblez à qui vous
donna l'estre , doit regarder la
page so.
La Figure doit regarder la
page 207.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères