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1685, 06 (Lyon)
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Bibliothecæ quam Illuftriffimus
Archiepifcopus &Prorex Lugdunenfis
Camillus de Neufville Collegio SS .
Trinitatis Patrum Societatis JESU
Teſtamenti tabulis attribuit anno 1693 .
807156
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
" JUIN 168
LYON
**
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY ,
ruëMerciere, au Mercure Galant.
M. DC. LXXXV.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
AU
LECTEUR.
Ndonnera dans peu de
jours une seconde Relation
du Carrousel. Cét
avis doit surprendre
après celle qu'on a déja veuë , qui
anon seulement esté trouvée fort
exacte , mais qui suivant les marques
éclatantes qu'onen a , & qui
ont paru aux yeux du Public , dans
le lieu mesme où la Feste s'est pasfée,
a eu le bon-heur de plaire. La
Relation estoit juste , les Mémoires
venoient de bon lieu , & elle avoit
ã 2
AU LECTEUR.
eſté faite par des ordres qui inſpirent
aux moins habiles un defir de
bien faire , fort propre à leur faire
prendre pour le travail cette chaleur
vive qui fait toûjours reiuſſir ;
mais comme ce zele ne fait pas
tout faire , il ne sçauroit'empes_
cher , nonſeulement qu'il neſe glif
Se beaucoup de fautes d'Impreſſion,
dans un Ouvrage qu'on est obligé
de donner fans le polir , à cauſe
de la precipitation avec laquelle
on travaille , mais encore qu'iln'y
manque beaucoup de choses , foit
parce qu'on n'a pas le temps de les
recueillir toutes , foit parse qu'il
fe fait des augmentations &des
changemens dans ce qui regarde
la pompe de la Feſte , ou dans
ce qui en concerne l'ordre. Cette
derniere raiſon a fait entreprendre
une Seconde Partie du Carrousel,
AU LECTEUR.
1
afin que beaucoup de circonstances
qui meritent d'estres scenes , ne
Soient pas ensevelies pour jamais.
D'ailleurs le Publics ayant trouvé
parmy les Perſonnes qui compoſoient
ce magnifique Spectacle , plusieurs
noms de Chevaliers qui luy estoient
inconnus , parce qu'il estoit remply
de beaucoup de jeune Nobleſſe , qui
ne fait que de commencer à paroi.
ſtre à la Cour , & dont la plus
part ont des noms de Comtez,
&de Marquisats , au lieu de leur
noms de Famille , ce qui empef.
che de les reconnoistre , on à creu
devoir apprendre au Public ce
qu'il souhaite de sçavoir. Ainsi
l'on parlera dans cette feconde
Partie du Carrofel , des Maifons
de tous les Chevaliers , mais
fans s'étendre sur leur Genéalogie.
On mettra feulement leurs
2 3
'AU LECTEVR .
noms de Famille , avec ceux des
Peres & des Meres , les emplois
qu'ils ont , les noms de leurs Gouvernemens
,
Terres
5 Seigneuries;
Baronnies , Comtez , Marquisats
Duchez dans quelles
Provinces tout cela est situé ; de
forte qu'en lifant fort peu de lion
gnes , pourra connoistre à
fond la plus grande partie de
la Nobleffe de France , ce qui
fera fort curieux ,
rien na
yant encore este traité si exacte.
ment ny en si peu de paroles
fur les matieres de cette nature.
Comme dans la premiere Rela
tion il n'y avoit point de Madrigaux
fur les Deviſes d'un affez
grand nombre de Chevaliers qui
les avoient données trop tard ,
on les trouvera dans cette feconde
, & mesme il y en aura de
F
AV LECTEVR.
pouveaux fur ceux qui ont changé
de Deviſes , quoy qu'on en ait déja
fait sur celles qu'ils ont quittées.
On trouvera auſſi dans cette fe
conde Relation quatre grandes
Planches , qui representeront tout le
Carrousel.
On verra dans la premiere les
deux Quadrilles fur deux lignes
opposées dans l'Avantcourt de
Versailles , & leur Marche dans
les deux Courts.
La Comparse fera dans la feconde.
La troiſiéme representera l'ordre
où estoient les Chevaliers
leur suite pendant les Courfes.
La quatrième fera voir les
deux Quadrilles en ordre de Bataille
,& opposées l'une à l'autre
ã 4
AV LECTEVR.
1
dans la Carriere , avant que d'en
fortir.
Quoy que cette Relation faffe
un Volume plus gros que la premiere
, elle ne contiendra pourtant
rien que de nouveau , & ce qui
est dans l'une ne fera point repeté
dans l'autre ; de forte que les
deux livres , enſemble feront une
exacte & entiere Relation du Carrousel
, & quoy que la ſeconde
deust se vendre plus cher à cause
des quatre Planche qui font fort
grandes ,le Libraire avertit qu'il
la donnera pour trentefols , en confideration
du bon accueil que le
Public afait à la premiere.
Ces Relations n'ont point esté
données dans les Mercures , parce
qu'on avoit ordre de faire la
premiere pour estre distribuée le
jour que sefit le Carrousel , & qu'il
AV LECTEVR.
falloit imprimer la seconde de la
mesme grandeur , afin qu'on pust
les garder & les faire relier toutes
deux enfemble . D'ailleurs il au
roit esté impoſſible de mettre dans
le Mercure quatre grandes Planches
qui feront dans cette ſeconde
Relation.
LIVRES NOUVEAUX
du mois de Iuin 1685 .
Pratique de l'Education de
Charles- Quint de Monfieur
Varillas, indouze , 2. vol . 3. liv .
Hiſtoire de la Conqueſte de
la Froride par les Eſpagnols ſous
Ferdinand de Soto Ecrite en Portugais
par un Gentilhomme de
la Ville d'Elvas , in 12. 30. fols.
Le Genie de la Langue Françoiſe
, in 12.30. fols .
Traité des Oblations ou deffences
du Droit Impreſcriptible
des Curez ſur les Oblations des
Fidelles , in 12. 30. fols.
Réponſe à l'Apologie pour la
Reformation , pour les Reformateurs
,& pour les Reformez ,
-
où l'on traitte de l'Etat Monaſtique
, des Veuves tant Seculieres
que Religieuſes , des ſecondes ,
troifiémes, quatrièmes ,& autres
Nopces, des qualitez d'un veritable
martyr,des ceremonies Eccleſiaſtiques
, de la Sainte Ecriture ,
des Extaſes & Viſions du Celibat
des Eccleſiaſtiques & de
quelques autres matieres de Religion
par Monfieur Ferrand, in
douze , 40. fols.
Traitté de l'Egliſe contre les
Heretiques principalement contre
les Calviniſtes , par Monfieur
Ferrand, indouze, 30. fols .
Theriaque d'Andromacus ,
traduit nouvellement , par Monſieur
Charas Docteur en medecine
indouze , 30. fols.
Examen Juridicum in Jure canonico
, feu Methodica manuductio
, ad lus Pontificium tuum
communetum , apud Gallos ,re
ceptum auctore Petri Biernoy de
Merville indouze , 30. fols.
Nouveau traité destoiſé ren
du facile & demontré par le
ſieur Tarragon Profeſſeur des
Mathematiques , avec des figures
en taille douce indouze , 20
fols.
Comedie ſans titre par Monfieur
Poiffon nouvelle Edition ,
15. ſols .
1. Oeuvres du ſieur de Barreme
contenant le Livre facile
pour apprendre l'Aritmethique
de ſoy-meſmeindouze , 50. fols.
Lelivre des comptes faits 2.
indouze , 50. fols.
3. La Geometrie ſervant au
meſurage & l'Arpentage, indouze
, 30. fols .
4. Le livre neceſſaire , à toute
forte de conditions indouze .
so. fols.
5. Le livre des Aydes
Domaines & finance indouze ,
45.fols.
6. Les Tarifs , & comptes
faits du grand commerce indouze
, 3. liv. 10. fols .
7. Le grand Banquier ou le
livre des monnoyes Etrangeres
reduites en monnoyes de France
- in octavo , 4. liv. 10. f.
Ceux qui prendront tous les
Mercures ou une bonne partie
l'on leur en fera un honneſte
prix..
S
Extrait du Privilege du Roy.
ArGrace & Privilege du Roy , donné à
Pehaville 18. Juliet 1683. Signe,Par
le Roy en fon Conſeil , UNQUIERES. Il eſt ,
permis à I. D. Ecuyer , Sieur de Vizé , de
faire imprimer tous les Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , contenant
pluſieurs Pieces, Relations, Hiſtoires,Avantures
, & autres Ouvrages hiſtoriques , curieux
& galans , pour la fatisfaction de
pôtre cher & tres- amé Fils LE DAUPHIN ;
pendant le temps & eſpace de dix années ,
à compter du jour que chacun deſdits
Volumes fera achevé d'imprimer pour la
premiere fois : Comme auſſi défenſes font
faites à tous Libraires , Imprimeurs Graveurs
& aures , d'imprimer , graver & debiter
ledit Livre ſans le conſentement de
l'Expoſant, ny d'en extraire aucune Piece,ny
Planehes ſervant à l'ornement dudit Livre,
meſme d'en vendre ſeparément,& de donner
à lire ledit Livre ; le tout à peine de fix
mille livres d'amende contre chacun des
contrevenans , & confiſcation des Exemplaires
contrefaits ; ainſi que plus au long
il eſt porté audit Privilege.
Registré sur le Livre de la Communauté
le14. Septembre 1683 .
Signé ANGOT , Syndic,
1
e
:
e
3
Et ledit Sieur I. D. Ecuyer
Vizé , a cedé & tranſporté fon
Privilege à Thomas Amaulry , Librai..
Lyon , pour en joüir ſuivant l'accord/ fait
catr'eux.
Avis pour placer les Figures.
LA
'Air qui commence par Voicy
le temps de la verdure , doit
regar la page 91 .
La Medaille de l'Empereur,
doit regarder la page 163 .
L'airqui commenne par lefuis
aimé de celle que j'adore , doit regarder
la page 221 .
I
MERCURE
GALANT THEQUEDE
JUIN 1685.
LYON
*
1893*
E vous l'ay dit bien des
I fois , Madame. L'Eloge
du Roy eſt une matiere
inépuiſable. Les
actions qu'il fait dans le cours
de chaque mois , dignes d'eſtre
conſervées à la poſterité , font
en ſi grand nombre , qu'à peine
vous ay- je parlé de quelquesunes
, qu'il s'en offre de nouvel
Iuin 1685 . A
2 MERCURE
les , qui m'empeſcheroient de
trouver place pour d'autres Articles
, ſi je ne mettois ſouvent en
deux lignes , ce qui pourroit fairele
ſujet d'une Lettre entiere.
Ainfi plus je vous écris , plus
cette riche & noble matiere
augmente , & devient confiderable.
En effet , pour peu que
l'on faſſe de reflexion ſur toutes
les choſes que cet auguſte &
pieux Monarque a fait demander
au Grand Seigneur , dans la
derniere Audience que feuMonſieur
de Guilleragues en a euë,
on demeurera d'accord que
jamais Prince Chrétien n'a rien
fait de plus important & de plus
utile pour l'Eglife. Ces differentes
demandes ne regardoient
que la tranquilité , le bien& l'a
vancement de la Religion dans
les Etats de Sa Hauteffe , & il
GALANT.
e
$
3
en a obtenu plus de quatrevingt
Commandemens & Barats
, ou Lettres de la Porte ,
pour des Marchands François
négocians au Levant , pour
□ les Miſſionnaires établis en divers
lieux , pour les Eglifes
que les Catholiques ont dans
les Pays de la Domination Ottomane
, pour celles de Galata , &
pour les Religieux qui font au
Saint Sepulchre ,& à Bethleem.
Ces choſes ſont ſi éclatantes ,
- fi dignes d'un Roy tres-Chrétien
& meritent tellement
d'étre admireés , que l'Envie la
plus obſtinée & la plus noire
ne les ſçauroit obſcurcir. Elle a
beau ſe faire entendre ; elle ne
perfuadera pas meſme les laloux
de la gloire de ce Prince , puis
qu'il oppoſe des faits conſtants
aux préſomptions ſur leſquelles
,
A2
4
MERCURE
elle fonde ſes calomnies , &qu'il
employe tout ce que lebruitde
ſes Conqueſtes , & l'éclat de ſa
grandeur , ſoûtenu du plus haut
merite , luy ont acquis de reputation
dans l'Empire Ottoman ,
pour y faire maintenir la Religion
Chrétienne avec un entier
repos des Catholiques. S'il en eſt
le Protecteur auprés des peuples
qui en ſont les plus mortels Ennemis
, s'il la met chez eux à
couvert de leurs inſultes , & s'il
en fait permettre l'Exercice dans
leur Pays , avec autant d'éclat
& de ſeureté qu'en France , il,
n'épargne rien pendant ce temps
pour luy procurer dans ſon
Royaume , toute forte d'avantages
, & il y augmente le nombre
des Catholiques , ſans employer
qu'une douceur paternelle
, & fans faire agir ſa juſtice
GALANT.
5
que contre ceux qui ont contrevenu
aux Edits des Roys fes
Prédeceſſeurs , & aux Déclara-
- tions qu'il a eſté obligé de faire
- pour les maintenir. Aufſi n'at-
on jamais veu ſous aucun Regne,
tant de Religionaires rentrer
au ſein de l'Eglife. Ce font
Abjurations de toutes parts , &
vous ferez ſans doute ſurpriſe du
grand nombre de Converſions
qui ſe ſont faites en Bearn , de
puis le commencement de Mars
derniers, juſques à la fin du mois
de May. Cette Province étant
celle du Royaume , où la Religion
Prétenduë Reformée avoit
pris de plus profondes racines ,
avoitbeſoin d'un zele auſſi efficace
que celuy du Roy pour les
extirper . C'eſt à quoy Sa Majeſté
a travaillé tres-utilement,
endonnant un Edit au mois de
A 3
6 MERCURE
Fevrier dernier, par lequel aprés
avoir meurement examiné les
differentes Ufurpations que les
Pretendus Reformez avoient faites,
en ſe ſervant du malheur
des temps pour étendre injuſtement
ce qui leur avoit eſté accordé
par les Déclarations qui
leur étoient les plus favorables.
Elle ordonnaque les lieuxd'exercice
de ceue Religion qui étoient
au nombre de vingt dans le
Bearn , y feroient réduits à cinq.
CétEdit ayant eſté donné,Monfieur
Faucault Maiſtre des Requeſtes
, Commiſſaire départy
dans le Bearn , fut commis pour
faire abattre les quinze Temples
dontla démolition eſtoit ordonnée
, & elle fut faite en moins
de quinze jours , par les Religionnaires
mefmes , aufquels il
eſtoit enjoint de la faire dans un
GALANT.
= mois. Les Miniſtres des cinq
Temples reftans , ayant commis
pluſieurs contraventions aux
Edits & Déclarations de Sa Majeſté
, il fut décerné contre eux
tous , des Decrets de priſe de
corps par le Parlement de Na->
varre & Bearn , dont les Habitans
Catholiques qui avoient
eſté contraints du temps de la
Reyne leanne , de luy payer
vingtlivres pour avoir la liberté
d'aller entendre la Meſſe hors
du Pays , ſe ſont veus enfin délivrez
de l'exercice public de la
Religion Prétenduë Reformée.
Ces avantages remportez par
la veritable religion , diſpoſerent
les.Prétendus Reformez de cette
Province à ouvrir les yeux fur
leurs erreurs , & en détacherent
un grandnombre qui firent leurs
Abjurations entre les mains des
A
8 MERCURE
Curez des lieux , ou qui vinrent
la faire dans la Villede Pau. C'eſt
ce qui obligea Monfieur Faucault
de prier les Eveſques de
Bearn , d'envoyer des Miffionnaires
dans les lieux où il y avoit
quelque apparence qu'on voudroit
ſe convertir. La Ville de
Maflac du Dioceſe de Leſcar ,
commença d'abord à donner
l'exemple aux autres. Monſieur
l'Eveſque de Leſcar , &
Monfieur Foucault , qui s'y
tranſporterent le premier d'Avril
avec les Peres Jeſuites ,
eurent la fatisfaction de voir
rentrer dans l'Egliſe plus de
foixante Familles de la Ville&
des environs , pendant trois jours
qu'ilsy demeurerent , à quoy les
foins& la vigilance de Monfieur
l'Abbé d'Arboucave , Archipreſtre
de maflac , contribuerent
A
GALANT.
9
beaucoup. Ces heureux commencemens
obligerent ce même
Prélat & Monfieur Foucault de
fe rendre le 24. du même mois
au Bourg de Garlin, où le Miniſtre
avoit efté nouvellement decreté
par le Parlement. Monfieur
Foucault ayant fait aſſembler les
Habitans de la Religion Prétenduë
Reformée ſous la Halle, leur
fit entendre que le Roy étant
bien informéque leurs Miniſtres
leur avoient juſques alors déguiſé
les veritables ſentimens de la
Religion Romaine , à laquelle ils
imputoient des erreurs dont elle
eſtoit fort éloignée , l'amour que
Sa Majesté avoit pour tout ſes
Peuples , & fon zele à procurer
leur ſalut ,l'engageoient à ſe ſervir
de toutes fortes de moyens
pour rappeller à l'Egliſe ceux qui
avoient le malheur de s'en eſtre
AS
10 MERCVRE
ſeparez , & que pour cela Elle
defiroit qu'ils ſe fiſſent inſtruire
par les Miſſionnaires qui venoient
leur annoncer la pureté de l'Evangile
; aprés quoy un Pere
Capucin ayant montéen Chaire
, leur fit l'expoſition de laFoy
Catholique , en expliqua lesMiſtéres
, & réfuta en peu de paro .
les les erreurs de la Religion Prétenduë
Reformée. Monfieur l'Eveſque
de Leſcar leur ayant enſuite
demandé fi quelques-uns
d'eux avoient des doutes à luy
propoſer,un des principaux entra
en diſpute , & aprés avoir marqué
tout ce qui luy faiſoit peine
dans la Religion Catholique , ce
Prelat le fatisfit fi pleinement
qu'il prit le chemin de l'Eglife.
Tous les autres convaincus
ainſi que luy , l'y ſuivirent
, & ils y receurent l'Ab
GALANT.
:
D.
e
le ſolution de leur Heréſie au nom
rebre de plus de trois cens. Lelenant
demain le meſme Evefque &
E. Monfieur Foucault monterent à
Cheval à la pointe du jour , &
allerent dans les Villages voiſins ,
Or où il y eut encore beaucoup de
Chefs de Famille qui les ſuivirent
àGarlin pour faire abjuration .
Plus de quatrecens Perſonnes ſe
convertirent ce meſme jour , &
entr'autres le Diacre qui avoir
beaucoup de credit parmy les
Religionnaires , & dont laCon-
- verfion a donné un grand mou-
- vement à celles qui ſe ſont faites
( depuis , n'y ayant pas preſentement
àGarlin , & aux environs
quatre Familles de la Religion
Prétendue Reformée. Le nombre
de ceux qui l'ont quittée monte
à prés de douze cens Perſonnes,
les Enfans compris. Les Capu-
1
A6
12 MERCURE
cins qui y ſont actuellement pour
inſtruire les nouveaux Convertis
, ont achevé de purger tout ce
Canton de Religionnaires , &
ils travaillent mefme tres-utilement
pour la réformation des
moeurs des Catholiques.
Le 17. deMay Monfieur Foucault
ſe tranſporta avecMonfieur
l'Evêque de Tarbes , & les miffionnaires
dans la Ville de Pontac
, & ce Voyage produiſit à
l'Egliſe le retour de ſoixante &
dix Familles , entre leſquelles eſt
Monfieur de Caſtelnau , Gentilhommed'une
naiſſance fort confidérable.
La Nouvelle de ces
Converſions s'eſtant répanduë
dans tous les endroits de cette
Province, le Bourg de Pardies,où
il y avoit plus de quatre-vingt
Familles de Prétendus Reformez
, changea entièrement en
GALAN T.
13
र
$
deux jours ,& il n'y reſte préſentement
qu'un feul Homme de
cette religion , toute ſa Famille
s'eſtant faite Catholique. Le troifiéme
jour il y eutune Proceffion,
à laquelle aſſiſtérent plus de quatre
mille Perſonnes de quatre à
cinq lieuës aux environs , qui
furent extrémement édifiées de
la devotion de ces nouveaux
Catholiques. Le 21. du même
mois,Monfieur Foucault ſe rendit
au Bourg de Lagor , qui eſt
àune démy- lieuë de Pardies,
& il n'y fut pas plûtoſt arrivé,
que plus de cinquante Chefs de
Familles vinrent demander à
eſtre receus à l'Eglife. Le lendemain
il alla dans toutes les
Maiſons , pour tâcher d'attirer
les autres , qui ſe convertirent
preſque tous le meſme jour , en
forte que de cent trente & une
14
MERCURE
Familles de Prétendus Reformez
qu'il y avoit à Lagor , & auxenvirons
, il n'en reſte plus que fix ,
qui ont demandé du temps pour
ſefaire inſtruire par les Capucins
quifontla Miffion dansleBourg.
Toutes ces Converfions ſe
font faites ſans aucune violence.
Il eſt évident que tout l'honneur
en eſt deu au zéle de noſtre auguſte
Monarque , puis que l'on a
remarqué que le changement
des plus obſtinez eſt venu de la
reflexion qu'ils ont faite ſur les
foins & fur l'application de Sa
Majesté à faire revenir les Peuples
à l'Egliſe Romaine. Ils ne
peuvent ſe perfuader qu'un Prince
auſſi vertueux & auſſi éclairé
qu'il eſt , puſt marcher dans la
mauvaiſe voye , & que Dieu
vouluſt permettre qu'il y euſt
attiré un nombre infiny d'Ames
GALANT.
qui ont abjuré le Calviniſme
depuis pluſieurs années qu'il
travaille à en ſapper les fonde-
-mens dans ſon Royaume. Ce qui
a achevé de les perfuader , c'eſt
ladiférence qu'ils trouvent entre
les moyens vrayment paternels
&remplis de charité , dont Sa
Majeſte ſe ſert pour les rapeller
àl'Eglife ,&ceux que la Keyne
Jeanne employa pour contraindre
ſes Sujets Catholiques à embraffer
la ReligionPrétenduë Reformée,
qu'ils furent forcez de ſuivre,
par la ſaiſie de leurs Biens,
& par le maſſacre des Preſtres
Seculiers ,& des Religieux.
Depuis ce temps- là on a eu
nouvelle , qu'il s'eſt encore converty
dans la Ville de Maflac,
foixante Familles , & qu'il n'y en
reſte plus préſentement que huit
de la Religion Prétenduë Refor61
MERCURE
1
mée. Ce qui s'en est conversy
dans le Bearn pendant ces trois
mois , monte à fix cens ſoixante
Familles qui font plus de quatre
mille Perſonnes .
Monfieur Gilbert , Gentilhommes
de Die en Dauphiné ,
apres avoir fait pluſieurs années
la fonction de Miniſtre , à connu
enfin qu'il ne marchoit pas
dans la bonne voye. 11a faitfon
Abjuration depuisquelque temps
entre les mains de Monfieur
l'Archeveſque de Paris ; & comme
il n'a pas changé de Religion,
ſans eſtre fortement perſuadé des
veritez de la noſtre , il a voulu
faire part à Me de Salieres , Commiſſaire
Ordinaire de l'Artillerie,
ſon Frere aîné , des raiſons qui
l'ont porté a ce changement.
Elles ſont ſi fortes & fi convaincantes
, que ſi les PréGALAN
T.
17
tendus Reformez les veulent
examiner ſans prévention , je ne
donte point qu'ils ne ſe ſentent
preſſez d'y deférer , &de ſuivre
ſon exemple.
18 MERCURE
1
LETTRE
DE ME GILBERT ,
CY- DEVANT MINISTRE ,
Touchant les raiſons qui
l'ont engagé à ſe convertir.
AParis le 18.May 1685,
ONSIEVR
CHER FRERE ,
MON
Je croy que vous ne ferez pas
Surpris de la Nouvelle que je vay
vous apprendre de ma reünion à
l'Eglife. Vous sçavezque lors que
j'estois à Die , mes sentimens me
GALAN T.
19
portoient à embraffer la Religion
Catholique. Il est vray que craignant
de recevoir des illusions&م
des fantômes pour des veritez ,j'ay
long temps balance fur le party que
je devois prendre , mais j'ay enfie
reconnu que toute la difficulté que
i'avois à mefixer , ne venoit quedes
préiugez de ma naiſſance ,fortifiez
de mon éducation , qui n'ont peu
êtrefurmontez tout d'un coup,&def.
quels j'ay enfin parfaitement triomphé,
reconnoiffant que je nepouvois
refter plus long- temps dans leSchif
me,fans commettre ſuivant lefentiment
de S. Augustin,le plus grand
de tous les crimes . L'examen de ce
Seul Article pourroit fuffire à un
homme qui ne seroit point préoccu
pé, pour l'obliger,ſans descendre
dans aucun détail, à rentrer dans
cette Route que tous les Chreftiens
tenoient avant les premiers Refor
20 MERCURE
mateurs , pour aller au Ciel.
> En verité , mon cher Frere,peuton
bien s'imaginer que tous ceuxqui
ont vécu avant Calvinfous le Ministere
Latin , n'ayent pûfaire leur
falut ?Nul Protestant n'a encore ofé
ledire ; & s'ils ont obtenu le Salut
dansune Communion où ces Erreurs
&ces faux Cultes que vous reprochez
à l'Eglise estoient en vogue , la
Pofterité n'auroit- elle pas pû marcher
en seuretéſur leurs traces ? De
quel nom peut-on appeller vostre
Separation , que de celuy de Schifme
, puis que même ſelon Monsieur
Daillé,le Schisme est uneséparation
injuste , & qu'il avoue qu'elle
est telle , lors qu'elle n'estpas indif.
penſable ? Si je pouvois me donner
le loiſir dans une Lettre , de vous
demontrer que vostre Fait est en ce
point conforme à celuy des Donatipes
, vous verriezque les reproches
GALANT. 21
5
des Catholiques du temps de Donat
à ces Sectaires ,font les mesmes que
nous vousfaiſons aujourd'huy, com
me leurs défenſesfont les vostres.Où
trouverez vous un exemple depuis
l'origine de l'Eglise, d'un ſemblable
attentat?Lors que du teps d'Elie l'Idolatrie
avoit infectéle Peupled If-
- raël, ces fept mille hommes ſi vantezparmy
vous , formerent- ils d'abord
une nouvelle Societé? Dreſſe
rent-ils de nouveaux Autels ? Ne
- Se contenterent- ils pas de cette fea
paration qu'on appelle négative , en
n'adherant point à l'Idolatrie ,ſans
faire des Assemblées à part,& rom.
pre l'Unité de l'Eglife ; &lors que le
Sauveur du Monde s'est manifesté
en Chair, quelque extréme que fust
la corruption de l'Eglise Iudaïque ,
n'a- t- ilpas voulu qu'en vertudela
Succeſſion on écoutaſt les Scribes &
les Pharifiens , parce , dit'il, qu'ils
22 MERCURE
fontaffisdans la Chaire de Moïfe ?
Il n'a falurien moins que l'authorité
du Fils de Dieu , & une authorité
éclatante&glorieuseparsesMiracles
, pourformer une nouvelle Eglife
&vous voulez qu'on ſuive des
Fondateurs d'une nouvelle Eglife,
qui n'ont rien en eux qui les doive
fairefuivre ,Sans Miſſion , Sans
Miracles , &qui font au contraire
accompagnezde tant de circonstances
rebutantes , qu'il faut estre bien
aveuglé pour s'y laiſſer entraîner.
Le Sauveur du Monde dit des Iuifs,
qu'ils auroient eſté ſans peché
pour ne pas croire en luy , fans
les Signes qu'il faiſoit ; & vous
voulez qu'on croye vos Reformateurs
Sur leurparole, commefileur authorité
estoit plus grande que celle du
Fils de Dieu. On voit des Gens , qui
dés qu'ils paroiſſent dans le monde,
s'entrequerellent avec une rage fuGALANT
.
23
S
,
S
rieuse, quiſe traitent de Diables &
d'Enragez , & qui comme des beſtes
farouches font preſts à ſe dechirer.
Ils veulent , diſent - ils , redonner à
l'Egliſe ſon ancienne pureté, mais
les sentimens de leur esprit font
aussi opposezque ceux de leur coeur,
&Dieu par un juste lugement permet,
pour confondre leur entrepriſe,
qu'ils parlent d'auffi diférens langages
que ceux qui bâtiſſoient la
Tour de Babel. Cesont des Gens qui
aboliſſent d'abord , Sous prétextede
la liberté Chrétienne , ce qui pou
voit fervir de bride à nos Paſſions,
& de reméde à nostre corruption.
L'Ecriture , & apres elle les Saints
Peres , ont recommandél Abstinence
& le Celibat ; cependant ils ont
aboly l'un & l'autre . Ily a peu de
Proteftans à qui je n'aye ony loüer
la Confeffion. Quelle est donc cette
Reformation , qui ne tend qu'à dè24
MERCURE
1
truire ce que les Gens d'entre vous
qui ont de la bonne foy , reconnois-
Sent Salutaire ? Faites un peu de
reflexion sur la perſonneſur la con.
duite , fur les motifs qui ont fait
agir Calvin ,fur les maux qu'ila
cauſez dans le Monde , & vous
m'avoüerezqu'il n'y a rien de divin
dansſon entrepriſe , commevous le
prétendezque c'est cette paſſion orgaeilleuse
qui paroiſtſi viſiblement
dansſes Ecrits , qui a esté legrand
reffort de Sa Reformation. Luther
Se vante d'avoir eu la pensée de
reformer l'Eglise , apres une conver-
Sation qu'il eut avec le Diable , quż
l'avertit de ſes Erreurs. Informezvous
du Fait ,ſi vous en doutez. Ie
vous laiſſe faire aprés là- deſſus les
reflexions d'un Homme de bonfens
Que peut- on attendre detels Do
Eteurs , qui d'abord font paroiſtre fi
peu de respect & d'amour pour une
Eglife
GALANT.
25
لا
,
1
Egliſe à laquelle ils devoient leur
renaiſſance ſpirituelle , qui dés leur
premiere démarche , ouvrent les
-Cloiſtres , dévoilent les Vierges , per- ~
mettent tout ce que l'ancienne Difcipline
défend ; & qu'est- ce qu'on
peut en croirefi ce n'est que leplaisir
dese voir Chefde Party , & d'immortaliser
leur mémoire par unefi
fameuse revolte mettant le feu
dans l'Eglise, comme autrefois Eroftrate
dans le Temple de Diane ,
pour la gloire de faire parler d'eux
a esté le motif de leur prétenduë
Reformation , plûtoſt que l'intéreſt
de la verité ? Vous dites que l'Eglife
eſtoit dans de grands defordres ; que
la corruption & l'ignorance avoient
infecté les Pasteurs & les Peuples,
& que le grand relâchement des
premiers avoit laiſſsë degenererpluſieurs
Saintes Institutions en superſtitions.
On pourroit vous accorder
Juin 1685 . B
,
26 MERCURE
qu'il y en avoit dans la pratique;
mais je dis qu'ilfaloit le dire à l'Egliſeſuivant
l'ordre du Sauveur, &
attendre les remédes que Dieu y
apporteroit par son ministere ,Sans
usurper un droit que nulnepeut s'attribuerfansy
estre appellé de Dieu.
Mais aujourd'huy que les Pasteurs
ont repris leur Zéle & leur vigilance
,& que l'Eglise aufé de fon au
thorité pour retrancher ce qu'ilpou
voity avoir defuperflu dans le zele
trop indifcret des Peuples ; aujour
d'huy qu'on voit l'Eglise formé fur
le modelle de celle des premiersfiécles
, ne faut- t'il pas estre bien opiwiatre
, pour refuser de vous remettre
dans le fein d'une Mere qui
vous rappelle d'une manierefiforte
&fi tendre ? Ne feroit- ilpas temps
de fermer une playe qui afaignéfi
Long-temps , &apres tant de divi.
fions &de haines, de s'étudier enfin
GALANT.
27
e
E
0
àgarder l'unité par le lien de la
Paix ? Me direz-vous encore , que
vous risqueriezvostre Salut ,fi vous
aviez Communion avec une Societé
qui enseigne des Erreurs mortelles
&qui pratique des cultes damnables
? A cela je vous répons , que
yous estes obligé de vous reunir à
l'Eglise , avant que d'entrer dans
cet examen. Cependant si par un
paſſedroit nous nous appliquons à
rechercher fi elle est aussi coupable
que les Ministres vous lefont croire,
pourrez- vous bien vous imaginer
que l'Eglise à qui I. C. a fait une
fi expreſſe &si glorieuse promeffe,
lors qu'il a dit que les portesd'Enfer
ne prévaudroiet point contre
elle, puiſſe eſtre tombée dans cette
ruine& cette deſolation prétendue?
Cette Colomne de la Verité , comme
l'appelle S. Paul , fera- t'elle dove- -
nue la Colomne de l'Erreur & du
B2
28 MERCURE
Menfonge ? Quelle auroit este la
bonté de Dieu envers l'Epouse de
Son Fils , de la laiſſer dans un fi
deplorable état durant tant defiecles
, & qui s'imaginera qu'il ait
efté ſeulement poſſible que cette extreme
corruption sſeſoit si univer-
Sellement repanduë , qu'iln'y ait au
moins eu quelque Eglise particuliere
qui ait confervé la pureté du
Service de Dieu , & le precieux
depoft de sa Verité ? Ne fremiſſez.
vous point lors que confiderez que
vous êtes d'une Scîte qui ne peut fe
venter d'avoir eu communion avec
aucune qui l'ait precedée , & qui
n'oſe reconnoistre pourſes Predecesfeurs
que quelques miferables difperfez,
qui outre lesſentimens qu'ils
avoient communs avec vous,ont esté
coupables de plusieurs déteftables
Herefies que vous abhorrez comme
nous , & à qui on auroit toûjours
GALANT. 29
A
.
نا
påfaire la demande que nous vous
farsons , Qui eſtes- vous , & d'où
eſtes- vous venus?Où eſt l'endroit
de l'Ecriture qui ait prédit vôtre
Reformation ? Auroit- elle manque
de circonstancier un Evenement
aussi remarquable ? Mais je ne
Sçaurois nypreſſer les matieres, ny les
- parcourir dans une Lettre que je
vous écris à la hâte. Ie vous prie
Seulement , mon cher Frere , de faire
un peu de reflexion sur ces deux
importans Articles , d'où dépend la
deciſion des autres. Le premier est,
qu'ily a toûjours eu un Tribunal
fubſiſtant pour la deciſion des diférens
qui naiſtroient dans la Religion.
Vous dites que c'est l'Ecriture. Nous
reconnoiſſons avec vous , qu'elle est
une Loy Souveraine par laquelle
il faut juger ; mais l'interpretation
en appartient à l'Eglise. C'est
de la bouche que nous devons en
B
3
30
MERCURE
apprendre le veritable fens , plûtoft
que de celle d'un Particulier. Car
comment par l'Ecriture ſeule pourrezvous
vous assurer que la verité
Se trouve dans vôtre Party?Tous les
Heretiques du Monde ne viennentils
pas la Bible à la main ? Ne
confrontent - ils pas les Paſſages
comme vous ? Ne prétendent- ils pas
d'avoir le S. Esprit comme vous, &
nobſervent- ils pas à leur compte
les moyens de bien interpreter ?
Quel avantage aurez-voussur eux,
& qu'est- ce que vous direz enfaveur
de vostre Cause , qu'ils n'alléguent
pour la leur ? Avoüez donc
que Dieu auroit manqué au bien
de fon Eglife , s'il n'avoit étably
un moyen seur pour reglerfa Foy .
Croyezmoy, mon cher Frere,il vaut
bien mieux n'estrepoint fage enſoymesme
, comme dit l'Ecriture , que
d'en trop présumer ; & fur cette
GALANT.
31
A maxime fondamentale du Chriſtianiſme
, je vous demandeſi Calvin
• ne devoit pasſeſoumettreà lavoix
de l'Eglife , plûtoſt qu'aux lumieres
$ prétendues de fon eſprit particulier,
-. & fi ceux qui fuivirent ſes nouveautez
, n'auroient pas esté plus
fages d'écouter l'Eglise qu'un Particulier
? Vous- même en feüilletant
la Bible , avez-vous reconnu , que
-ce quevous faites profeſſion de croire
? dans les Symboles ,y est conforme,
ousi c'est quelque authoritéqui vous
l'a fait croire avant cette lecture?
1. Je Sçay que vous avez beaucoup de
discernement , & que le Livre de
- l'Ecriture Sainte vous eſt aſſez
familier ; mais je vous demande en
confcience , ſi avant qu'on vous la
donnaſt à lire , vous n'euſſiz déja
esté inſtryit de ce que vous devez
croiresur les Mysteres de la Trinité,
de la Generation du Fils , de la
B 4
32 MERCURE
Proceſſion du S. Efpris , de l'Incarnation
de la Seconde Perſonne,
enſficz-vous pûfaire par vos propres
lumieres une Confeſſion orthodoxe ?
Croyez - vous que vous euffiez pů
reconnoiſtre le Livre de l'Ecclefiafte
pour un Livre divin ? Qu'on en
faſſe l'expérience tant qu'on voudra
, je ſuis perfuadé quefi on n'enfeigne
à celuy qui l'entreprendra,
quel est le sentiment de l'Eglife ,
iln'y reüfiva jamais. Qui l'aſſurera
quele Paffage de S.Iean quidit qu'il
y en a trois au Ciel , n'a pas esté
ajoûté comme le prétendent les Arriens
, ou que celuy-cy. Le Pere eſt
plus grand que moy , ne marque
pas une fuperiorité à l'égard de
l'Effence ? A quet deſeſpoir neseroit
pas reduit un Homme quine pourroit
trouver la verité , qu'en lifant la
Bible avec autant d'exactitude qu'il
faudroit ,ne sçachant mesmesi la
4
GALAN T.
33
1. traduction feroit fidelle ,ſi Dieu n'y
Et avoit pourveu en établiſſant fon
- Eglise pour Interprete Souveraine
& infaillible de ſa volonté , de la
bouche de qui on peut apprendre la
A. Verité fans erreur puis qu'il a imprimé
en elle tant de marques de
Sa Divinité , qu'il est impoſſible de
la méconnoistre ? Vous me ferezfans
* doute icy de grandes difficultez.
Vous me demanderez qui pourra
vous declarer les sentimens de l'Eglife
, puis que les Docteurs & les
Conciles font ſiſouvent oppofiz? A
1 cela je vous dis, que vous les devez
chercher dans le confentement
univerſel de l'Eglife , dont les Conciles
font la Bouche. Ils nesont ja-
- mais opposezsur les matieres de
-Foy. Lors donc que vous verrez un
Sentiment receu par l'Eglise uni
verselle , conforme par confequent
aux faints Conciles oecuméniques ,
B
34
MERCURE
vous nepouvezpas refuser de vous
ysoumettre ; & la plus grande mar
que de la validité d'un Concile,
c'est lors que l'Eglise univerſelle s'y
afſujettit , &fur tout lors qu'elle
ypersevere durant plusieurs fiecles.
Sans changement , comme nous le
voyons à l'égard du Concile de Trente.
Peut-estre que vous m'objecterez
en ore que vous nesçavez passic'eſt
L'Eglife Romaine qui poſſede iuftement
ce Titre, ou quelqu'une de ces
autres Societez qui fe l'attribuent
comme elle ; mais je dis qu'il suffit
que vous reconnoiffiezla necessité du
Tribunal de l'Eglise, car apres cela
vous ne pouvezpas dire que Calvin
&fa Secte ait eu ce privilège lors
qu'ilfe rebella contre elle , puis que
vous estes contraints d'avoir recours
à la chimere d'une Eglife invisible ,
à qui on n'auroit pas pù s'adreſſer
pouravoir la décision des Controver
fes. Laiffez apres cela à l'Eglife.
GALANT.
35
.
s Romaine leſoin de debatre ſes droits
contre les Societez Schifmatiques.
e
Si j'avois du temps, je vous convain .
I crois par vostre propre expérience ,
que vous estes contraint dans la
pratique , de reconnoistre une Eglife
pour fuge Souverain de vos diférens,
+ quoy que dans laTheorie vous fouteniez
un principe contraire ; mais
j'aime mieux paſſerà l'autre verité
fur laquelle vous devez faire reflexion
. C'est qu'il faut recevoir les
Traditions Apostoliques . Outre que
S. Paulveut qu'on garde les Traditions
, non feulement celles quż.
étoient écrites , mais encore celles
qu'il avoit données de vive voix,
Saint lean nous avertit que I. C.
avoit fait tant de Signes qui n'étoient
pas écrits , que tout le Monde
ensemble ne pourroit pas les porter ;
vous estes contraints comme nous,
de recevoir plusieurs importantes
:
B6
36
MERCURE
veritez que vous ne tenez que de
la Tradition. On trouverez - vous
dans la Bible l'ordre de folemnifer
le Dimanche plûtoſt que le Sabath?
Et fans entaſſer beaucoup d'exemples,
vous favez queF. C. ainstitué
le Baptefme par l'Immersion.
Trouvez vous que ce soit la mesme
Cerémonie que l'Aspersion ? Qui
vous a dit que Dieu ait promis
La grace à l'une comme à l'autre ?
Il ne s'agit pas là d'un affaire de
petite importance , puis qu'il s'agit
de la validité d'un des plus auguſtes
Sacremens de l'Eglife. Cependant
vous n'en pouvez estre affeuré que
par la voye de la Tradition. Lors
dono que vous ne trouverezpas plu .
ficurs pratiques clairement établies
dans l'Ecriture,ſouven Zvous qu'il
fuffit que vous les ayés reçues de
l'Eglife univerſelle , pour croire que
d'est de Dien que vous les tenez
GALANT.
37
.
6
puis qu'il a promis d'eſtre avec elle
# juſques àla fin du Monde , Si une
fois vous avezconceu l'idée que vous
devez avoir de fon authorité, vous
prendrez cet esprit deſoûmiſſion qui
est si neceſſaire au Chrétien , &
vous ne raiſonnerez plus contre ſes
Arrests , quelque contraires qu'ils
paroiſſent à vos interprétations particulieres.
Il me souvient qu'estant
à Die , ce qui vous faisoit le plus de
peine , c'estoit le retranchement de
la Coupe. Apprenez d'icy que les
raisons de l'Eglise ont eftè bonnes,
puis qu'elle l'a ainſi determiné.
Mais F. C. a institue le Sacrement
fous les deux especes ; l'Eglise Pri
mitive l'a ainſi pratiqué. le vous
dis de mesme que I. C. a institué le
Baptefme par l'Immersion ; & que
Si l'Eglise a eu de ſuffisantes raiſons
pour le reduire à l' Aſperſion , elle a
auſſi pu établir la Communion ſous
38
MERCURE
uneseule espece. On lesretient toutes
deux dans la celebration dis
Mistere , pour faire commemoration
de fa Mort , mais on vous dit que
la communion ſous les deux especes
est unpoint de Discipline , que l'Eglife
peut établir comme il luy plaît,
Suivant les diferentes raiſons que
Luy fourniffent les circonstances où
elle se trouve. L'Eglise ne l'a pas
ainſi ordonné pour aucun mépris de
l'Institution du Sauveur , & elle est
en liberté de la redonner à ſes Enfans
, quand elle le trouvera bun. Ie
n'ay plus qu'à vous conjurer defaire
un parallele general des deux Religions
, laquelle merite d'estre preferée
2 ou celle qui a encore le Miniſtere
que I. C. a estably , & qui l'a
confervé par une ſucceſſion perpetuelle
, ou celle qui en a ufurpé un
nouveau ; celle qui s'est maintenuё
durant tous les fiecles , & contre le
GALANT.
39
- venin de l'Horefie , & contre lafu
reur des Tyrans, contre qui les portes
- d'Enfer n'ont point prévalu , ou celle
- qui voit sa destruction en moins de
deux fiecles, comme toutes les autres
- Sectes ; celle qui ſuivant toutes les
Prédictions eftfi illustre par la multitude
de ſes Peuples en comparai
Son des Sectes , on celle qui a des limites
bien plus étroites ; laquelle est
l'Eglise de I. C. ou celle qui ſuivant
| l'ordre du Maistre fait prefcherfon
- Evangile àtoute la Terre, ou la Calviniſte
qui ne s'en met guere en
- peine , ou la Catholique qui a proà
duit , & qui produit encore tant de
Martyrs & de Confeffeurs , ou la
Protestante qui voit tous les jours
que fes Martyrs font des Seditieux;
ou la nostre qui enseigne à fervir
Dieu d'une maniere auguste , con
forme àSa Majesté , ou la voſtre qui.
n'a aucunfel dans ſes Devotions
40
MERCURE
ie n'aurois jamais fait , ſi je voulois
étaler les avantages de l'Eglise
fur vostre secte , le vous laiffe leſoin
de les confiderer vous- mesme , & de
confulter les bons Livres qui peuvent
vous y aider. Ie vous prie pour
la fin de ne point negliger une aussi
importante affaire , & de ne vous
point laiſſerenteſter par les confiderations
de nos Parens & de nos
Amis. C'est avoir affez demeuré
hors de fon centre. C'est seulement
en y rentrant que l'on peut trouver
le veritable repos . Ie fuis perfuadé
que Madame vôtre Femme est dans
de fort bons sentimens ; je vous prie
de l'aſſeurer de mes reſprits & de
mon amitié. Dieu veüille que nous
nous voyions tous un jour dans une
mefme Famille fpirituelle , aussi
bienque dans la temporelle. Dimi.
nuczautant qu'ildépendra de vous
les chagrins que cette Nouvelle
GALANT. 41
.
1
pourra cauferàma Mere. Ie crains
fort de mestre attiré son inimitié,
mais l'espere que Dieu luy touchera
le coeur,&qu'enfin elle ne trouvera
mauvais que j'aye Satisfait à ma
confcience. La Profeſſion où je me
trouvois malheureusement engagé,
Sera peut- estre ce qui luy donnera
plus d'horreur ; pour moy je m'abandonneà
la Providence . Examinéz
bien s'il vous est permis de croire
que vous ne puissiez faire vostre
Salut dansune Communion , ou ceux
qui ont devancé Calvin l'ont fait,&
dans laquelle tant de Martyrs , de
Roys , de Docteurs , & de grands
Saints, ont vécu , & font morts . Ie
prie Dieu qu'il vous conſeille luymesme
, & qu'il vous inſpire voſtre
bien . Adieu , mon cher Frere , ne
ceſſez pas de m'aimer , &de croire
que je fuis toûjours ,Vôtre , &c.
42
MERCURE
Comme on pourroit perdre
une partie du fruit que l'Egliſe
tire de tous ces heureux progrez
de la Religion Catholique , ſi
l'on n'empefchoit par toutes fortes
de juſtes moyens que les Ennemis
de la Foy ne fiſſent retomber
dans leurs erreurs ceux qui
en ſont ſortis , & ne détournafſent
ceux qui ſont encore dans
l'aveuglement de preſter l'oreille
aux veritez qu'on leur preſche ,
fur ce qui fut remontré que dans
pluſieurs lieux où l'exercice de la
Religion Prétenduë Reformée
eſtoit interdit , & les Temples .
démolis , les Miniſtres qui y
avoient eſté établis y faiſoient
encore leur demeure , & que fi
quelques-uns en ſortoient pour
aller ailleurs exercer leur Miniſtere
, d'autres eſtoient envoyez
à leur place par des ordres ſeGALANT.
43
crets des Conſiſtoires voiſins, afin
e d'y continuer furtivement l'exercice
de cette Religion , le Roy
voulant empeſcher la continua-
- tion de cet abus , fit de tres- ex-
- preſſes défenſes par Arreſt de
- ſon Confeil d'Etat du 13. Juillet
| 1682.& du 17. May 1683.à tous
- Miniſtres & Propoſans de reſter
ou de venir s'habituer à l'avenir
dans les lieux où l'exercice eſtoit
interdit , & à tous ceux qui y
Savoient eſté Miniſtres ou Propofans
, de faire leur demeure plus
prés de ces endroits que de fix
lieuës, ſous quelque prétexte que
ce fuſt. Mais comme ces deux
Arreſts n'avoient eſté donnez
que pour les lieux où l'exercice
- de la Religion Pretenduë Refor-
-mée eſtoit interdit définitivement
, & qu'il a encore ceſſé en
pluſieurs endroits , ſoit en con
44
MERCURE
ſequence de Decrets décernez
contre quelques Miniſtres pour
des contraventions commiſes aux
Edits & Déclarations du Roy,ou
en vertu des Jugemens rendus
par les premiers Juges , Sa Majeſté
par fon Arreſt du Conſeil
d'Etat donné le 30. Avril dernier
, a ordonné que les Miniſtres
& Propoſans , qui se trouveront
dans les lieux où l'exercice public de
la Religion Prétenduë Reformée aura
ceſſe à l'occaſion des ProceZmeus ,
pour raison de ces contraventions
commiſes ,feront tenus de s'en éloigner
au moins de trois lieuës , avec
défenſes de faire leur demeure plus
prés de ces lieux que de cette diſtan.
ce , jusqu'à ce qu'il en ait eſté autrement
ordonné définitivement par les
Iuges à qui la connoiſſance defdites
contraventions appartient.
Le Roy ne s'applique pas ſeuGALANT.
45
1
lement à tout ce qui peut ſervir
au ſalut des ames de ſes Sujets ;
il travaille encore à tout ce qui
peut leur procurer le repos pendant
leur vie & comme il dépend
fur tout de l'affermiſſement de la
paix qu'il a donnée à l'Europe ,
ce grand Prince n'oublie rien
4 de ce qu'il juge devoir y contribuer
: Cela ſe connoiſt par les
foins qu'ila pris d'envoyer à la
" Cour d'Eſpagne , où par de prudentes
& fages raiſons qu'il y a
fait expliquer , il a prévenu une
guerre , dont la Chrétienté ne
pouvoit manquer de ſouffrir
beaucoup dans la ſituation où
ſont les affaires. Les Miniſtres
qu'il a en Hollande ont auſſi agy
par ſes ordres , pour empefcher
que ce feu ne s'allumaſt , & par
ſa judicieuſe précaution , l'Europe
s'eſt veuë hors de la crainte
تام
46 MERCUR E
où elle eſtoit , d'eſtre expoſée
de nouveau aux meſmes malheursdont
elle a gemy pendant
tant d'années. Il ne faut pas s'étonner
aprés cela, ſi dans toutes
les Actions publiques , on a toujours
fait entrer depuis quelque
temps un Panegyrique de ce
grand Monarque , ou plûtoſt ſi
fon Eloge en a fait tout le ſujet.
د
Ce fut dans une pareille occaſion
que Monfieur le Procureur
Genéral en faiſant la derniere
Mercuriale fit un excellent
Diſcours à l'avantage de Sa Majeſté.
Tous ſes Auditeurs en furent
charmez , & on demeura
d'accord tout d'une voix qu'on
n'avoit jamais entendu rien de
plus beau ſur cette matiere. Si
tout çe que le Roy a fait de grand
ne meritoit pas des loüanges inGALANT.
47
t
t
i
finies , Monfieur le Procureur
General que la verité ſeule fait
parler , s'attacheroit aux ſujets
naturels des Diſcours publics
- auſquels ſa Charge l'engage , &
ne les rempliroit point d'éloges
qu'un Homme de ſon Caractere,
de ſa probité , & de fon merite,
ne doit donner que tres - juſte-
C
ment.
Lors que les Particuliers font
éclater le zele qu'ils ont pour ce
grand Monarque , par les Panégyriques
publics qu'ils prononcent
à ſa gloire dans les plus
auguſtes Aſſemblées où préſide
la Justice , & dans les Chaires où
l'on ne doit dire que la verité, les
Peuples entiers qui ne ſe contententpas
de marquer par leurs
acclamations & par leurs voeux
ce qu'ils fentent pour un Prince
ſi digne de leur admiration, ven
48 MERCURE
lent encore y ajoûter des Statuës
qui inſtruiſent la poſterité du refpect
& de l'amour que ſa grandeur
leur inſpire. C'eſt à quoy
la Ville de Grenoble donne preſentement
tous ſes ſoins. Ses
Echevins ont eſté chargez de
ſupplier tres - humblement Sa
Majesté , de vouloir bien leur
permettre d'élever dans la principale
de leurs Places publiques,
unė Statuë qui la repreſente , &
le Roy agréant leur zele a eu la
bonté d'y conſentir.
Il eſt difficile de s'employer
pour la gloire de ce Prince d'une
maniere plus ingénieuſe & plus
nouvelle que Mr Magnin. Comme
le Soleil eſt ſa Deviſe , tout ce qui
eſt attribué à cét Aſtre luy peut
convenir , & c'eſt ſur ce qui regarde
le Soleil , & quia rapport
au Roy que Monfieur Magnin
à
GALANT. 49
es
1
コド
es
He
&
12
רג
à déja fait un grand nombre de
Deviſes . Celle qui ſuit vous fera
connoiſtre qu'il eſt inépuiſable
ſur cette matiere. Elle a pour
Corps le Soleil au Signe de la Balance
& pour ame ces paroles.
Orbem inde gubernat. Vous en
trouverez l'explication dans ce
Madrigal.
SA Course eft noble & reguliere,
Et quoy que tous change icy bas ,
Ce grand Aſtre ne change pas,
Un mouvement égal mesureſa carrieve.
Il fait par des aspects divers.
Et les Estez & les Hyvers,
Il commande aux Saiſons , il regle
les années ,
Enfin ſeul de tout l'Univers,
Ilbalance les destinées.
Ces vers me font ſouvenir de
Iwin 1685 . C
50
MERCURE
ceux que vous m'avez deman
dezde Mademoiselle de Scudery.
Le trop de matiere m'empeſcha
de vous les envoyer la
derniere fois.
LA FAUVETE
A SAPH О.
En arrivant à ſon petit Bois ſelon
ſa coûtume , le 15. Avril 1685 .
P D
Lus vite qu'un Hyrondelle,
Ie viens avec les beaux jours ,
Comme Fauvete fidelle,
Avant lemois des Amours.
I'ay trouvésur mon paſſage
Un Spectacle fort nouveau ;
Pour m'expliquer davantage ;
C'est le Doge&Son Troupeau.
GALAN T.
51
C
Quoy , luy dis- ie , entrer en France,
Et vous montrer en ces lieux !
Ouy, dit- il, par la clemence
Du plus grand des Demy - Dieux.
Son coeur toûjours magnanime ,
Ne pouvant se démentir ,
Veut oublier nostre crime ,
Voyant nostre repentir.
Ah ! m'écriay-ie ravie ,
Ce Heros parſon grand coeur
Pardonne à qui s'humilie ,
Et de luy meſme eſt vainqueur.
Dieu ! quelbon- heur est levostre
D'aller recevoir sa loy !
len'en voudrois iamais d'autre ,
Mais ce bien n'est pas pour moy.
C'est affezque ma Maiſtreſſe ,
Souffre que ma foible voix
C2
32
MERCURE
Chante&rechanteſans ceffe,
Qu'il est le Phænix des Rois,
Allez, Doge, allezfans peine
Luy rendre grace àgenoux;
La République Romaine
En eustfait autant que vous.
Madame des Houlieres ne
s'eſt pas teuë ſus cette Arrivée
duDoge en France. Un Evenement
ſi peu ordinaire luy a donné
lieu d'adreſſer une Ode au Roy.
Elle a eu le meſme ſuccez que
tous ſes autres Ouvrages , ce qui
fait connoiſtre que ſon talent eſt
également heureux en toute forte
de genres d'écrire.
GALANT.
53
ve
C
ODE
DE MADAME
DES HOULIERES .
AV ROY.
E croiras - tu , LOUIS ? à ta
LE
Pour t'immortaliser ,j'ay voulu mille
fois
Te chanter couronnéde Lauriers نم
d'Olive ,
Et mille fois ma Lyre a languy ſous
mes doigts .
Vn Heros au deſſus des Heros de la
Fable
و
Est pour qui le célebre unHeros rea
doutable,
Contre qui cent Nochers à mes yeux
ont brisé.
C3
54
MERCURE
Ony, depuis que tu cours de victoire
en victoire ,
Le Dieu qui des grands noms fait
durer la memoire ,
Seferoit luy mesme épuisé.
Rejette donc , grand Roy ,Sur une
juste crainte
Ma lenteur à parler de tes faits
7 inoüis.
Impoſons- nous , disois-ie , uneſage ,
contrainte ,
N'immolons point ma gloire à celle
de LOVIS.
Que dirois-ie en chantant Sa valeur
triomphante ,
Dont aux Siecles futurs plus d'une
main ſcavante
Avant moy n'ait tracé de fideles
Tableaux?
Mais à quoy mon eſprit se laiſſe-t'il
Surprendre?
Quelle erreur ! Ah! de toy ne doit on
pas attendre
GALANT.
55
ا
Toûiours des miracles nouveaux?
Du formidable Rhin le merveilleux
Paſſage ,
En dix jours la Comté priſe au fort
des Hyvers ,
L'Algérienforcé de rompre l'esclavaze
Des Chrétiens gemiſſans ſous le
poids defesfers ,
Luxembourg affervy ſous cette loy
commune ,
Scmbloient avoir par toutfatiguéla
Fortune,
On ne concevoit riende plus beau,
de plus doux.
Cependant , dans les murs de ton
fameux Versailles,
Tu vois , plus grand encor qu'au milieux
des Batailles ,
Des Souverains à tes genoux.
Ab que de desespoir, d'étonnement
d'envie
A 4
$6 MERCVRE
1
Ce grand évenement jettera dans
les coeurs ,
De tant de Roys jaloux de l'éclat de
ta vie !
De combien voudroient- ils payer de
tels honneurs ?
Mais leurs fouhaits font vains ; ces
éclantantes marques
N'illustreront jamais le Nom de ces
Monarques,
Grand par le titre ſeul dont ils font
revétus.
Toy qui pour un Heros as tout ce
qu'on demande,
Toy qui les paſſes tous, ilfaut que le
Ciel rende
Ta gloire égale à tes vertus.
Tel dans un Siecle heureux on vit
regner Auguste,
Son nom fut adoré de cent Peuples
divers .
Il estoit comme toy,Sages intrépide,
juste
GALANT.
57
Et tu fais comme luy trembler tout
l'Univers,
Comme toy triomphantfur la Terre
&furl'onde,
- Luy- mesme se vainquit , donna la
paix au Monde ,
Cultiva les beaux Arts, fit reviure
les Loix.
Maistre de tous les coeurs dansſa
Superbe Ville,
Au milieu d'une Courmagnifique
tranquille ,
Afes genoux il vit des Roys.
Abondante en Amis, plus abondante
encore
En honneurs , en tresors, en Vaif-
Seaux, en Guerriers ,
Genes jusqu'au rivage où se leve
Aurore.
Fit redouterſon Nom , & cücillit
des Lauriers .
Ce fertile pays ,Source de tant de
baines.
CS
58
MERCURE
Où regna le beau Sang qui coule
dans tes veines,
و
Naples , a veuſes champs parfon
or envahis ,
Et de la fage Ville épouse de Neptune,
Ses efforts auroient på renverſer la
fortune,
Si le fort ne les eust trahis.
Fiere encore aujourd'huy de plus d'un
juste Eloge ,
Quedes Siecles paſſezsa gloire a
merité,
Son Senat refuſoit de t'envoyer for
Doge,
Implorer le pardon de ſatémerité ,
Mais l'affreux Souvenir de l'état
déplorable ,
On n'agueres l'a mis ton couroux
-redoutable,
Aforcéfon orgueilà ne plus cotefter.
Certaine que tu peux ce qu'on te
voit résoudre,
GALANT.
59
Elle craint queta mainne reprenne
ta foudre,
Aqui rien nepeut réſiſter.
Quelle gloire pour toy ! quelplaisir
pour la France,
De vanger auiourd'huy fur ces
Ambitieux ,
Les divers attentats qu'avec tant
d'inſolence
Leurs Peres ont formez contre tes
grands Ayeux !
Accoûtumezà voir leur audace impunie,
Ces Peuples n'employoient leurs trefors
, leur genie,
Qu'à tefaire par tout de nouveaux
Ennemis.
Ils penſoient t'accablerſous lefaix
des intrigues,
Et n'ont fait que remplirpar d'impuiſſantes
ligues
Ce que les deſtin st'ont promis.
C6
60
MERCURE
Ainsi , quand des Hyvers les terribles
orages
Contraignent un grand Fleuve à
fortir defes bords
De ce Fleuve irrité ,fameuxparfes
ravages ,
On croit par une Digue arrester les
efforts;
Mais bien loin que fon onde à ce
frein s'accoûtume,
Sa colere s'accroift,il mugit,ilécume,
Il renverſe demain ce qu'il laiffe
aujourd'huy ,
Etplusfort que laDigue àfon cours
opposée, }
Ellen'eſt ſur la Rive où l'on l'avoit
posée
Qu'unnouveau triomphe pour luy.
Non contentde vanger tes Ayeux &
ta gloire,
Tu domptes l'Heréſie , elle expire à
tesyeux,
GALANT. 61
Tu fais deſon débris ta plus chere
作victoire,
Ardent à foûtenir la querelle des
Cieux.
Tu le dois ; lears faveurs , diverſes,
continuës,
Iamaisfur les Mortels ne furent répanduës
Si liberalement qu'elles le fontfur
toy.
Quoy que le Diadéme ait de grand,
d'agréable,
Des preſens dont aux Cieux on te
voit redevable
Lemoindre est de t'avoirfait Roy.
Mais le Doge paroist ; que Genes
laSuperbe
Est un charmant Spectacle attachée
à ton Char !
Confuse d'avoir veu fes Tours plus
bas que l'herbe,
Elle n'ofe fur toy porter un feul
regard,
62 MERCURE
1
Tongrand coeur est touché des fou
pirs qu'ellepouffe,
Tu rendras , ie le voy , Sa fortune
plus douce ;
Millefois tes bontez ont borné tes
Exploits.
Tu verrois l'Univers foûmis à ta
puissance,
Si depuis vingt moiſſons,detafeule
clemence
Tun'avois écouté la voix.
Voicy d'autres Vers qui ont
été faits fur la Soumiſſion de la
Republique de Genes. Ils font
de Monfieur Salbray Valet de
Chambre de Sa Majefté.
Cefar dans une Lettre apprei
nant au
Une prompte Conqueste importante
àfa gloire,
Pour luy faire donner plus d'estime
&d'éclat ,
GALANT. 63
Ecrivit ces trois mots si fameux
dans l'Histoire,
( Veni, Vidi , Vici, dignes defa métel
ta
2
moire;
Maisfans allerfi loin, nostre grand
Potentat
LOVIS mieux que Cefar peut
vanterſa Victoire.
LesSuperbes Génoisfont Venus
l'onVeu.
Dansfon Trône pompeux recevoir
leur hommage,
( D'un pouvoir triomphant illaftre
témoignage )
C'en est affez & trop pour avoir
mieux Vaincu .
Le Doge encor Soumis à ce qu'il a
voulu,
Luy qui nefort jamais hors defon
Apanage,
Contre l'honneur du Rang avoirfait
ceVoyage,
64 MERCURE
N'est- ce pas luy ceder fon pouvoir
abfolu?
Soûmiſſion heureuſe , où l'on trouve
afſurance
Contre un Foudre quibriſe, &remplit
tout d'effroy !
Favorable malheur , qui fait connoistre
un Roy
Dont on ne peut trop cher acheter
la préſence !
J'ajoûte un Sonnet fur cette
meſme matiere. Il eſt de Monſieur
Baraton, quien 1682. remporta
le prix donné par Monfieur
leDuc de Saint Aignan , ſur les
Bouts- rimez de Jupiter & Pharmacopole.
arod
GALANT..
65
BOUTS- RIMEZ .
NOn , ta ſoumiſſion ne ternit
point ta Gloire ,
Genes, lors qu'on te voit aux pieds
d'unfigrandRoy :
Rome& la fiere Espagne ont fubi
mesme Loy ,
Et tout craint un Heros Maistre de
la Victoire.
Ce rare évenement marqué dans
ton Hiſtoire
Du pouvoir de LOVIS à jamais
fera foy :
Tes Palais renverſez , tes Peuples
pleins d'effroy
Long- temps defon courroux garderont
la memoire
Le cours de ta Fortune estoit prefque
achevé .
66 MERCURE
Déja de tes débris un Trophéeélevé
Affeuroit du fuccex ce Monarque
intrépide ;
Mais en te pardonnant , égal aux
Immortels,
il ſe met au deſſus d'Alexandre &
d'Alcide;
Et tu dois à ſon Nom consacrer des
Autels.
Ce qui c'eſt fait le 20.du dernier
mois à Luxembourg vous
furprendra d'autant plus , qu'il
vous paroiſtra que cette Ville ,
quoy qu'elle ait eſté foudroyée
dans le dernier Siege qu'elle a
fouffert , eft en auffi bon état ,&
auſſi tranquille & floriſſante que
fi elle n'avoit point eu de Guerre
depuis un Siecle. Mais quels defordres
ne reparent pas en peu
de temps les liberalitez de noſtre
2
GALANT.
67
4
auguſte Monarque ? Il s'agiſſoit
d'une folemnelle Proceffion,dans
laquelle l'Image miraculeuſe de
Noſtre-Dame de Conſolation
Patronne du Duché de Luxembourg
& Comté de Chiny , devoit
eſtre reportée de la Capitale
de la Province en ſa Chapelle.
Vous n'aurez pas de peine à eſtre
perfuadée du bon ordre ou cette
Chapelle eſt prefentement , puis
que le Roy , toûjours plein de
zele pour les choſes Saintes , a
donné un fond pour la reparer.
La Proceſſion étant reſoluë , &
les Jéſuites qui avoient diſpoſé
leurs Ecoliers à y paroiſtre avec
tout l'éclat poffible , ayant choifi
pour la faire le jour que je viens
de vous marquer. Elle commença
à ſortir de leur Egliſe ſur les
deux heures aprés midy. L'ouverture
s'en fit par les Genies de
68 MERCURE
د د
l'Eglife , dela France , & du Luxembourg
, accompagnez de celuy
du Chriſtianiſme , chacun
avec ſon inſcription . Il y eut une
marche des Roys de France les
plus affectionnez à la Vierge ,
tels que Clovis, Dagobert, Charlemagne
Robert Philippe
Auguſte , S.Loüis , Philippe de
Valois , Charles V. Loüis XI.
François I. Charles IX. Henry
III . Cette marche fut ſuivie de
deux magnifiques Chars , l'un de
Loüis XIII . offrant ſa Perſonne
& ſon Royaume à la Vierge , &
l'autre de Loüis le Grand confirmant
ce meſme hommage. Sur le
haut de chaque Char qui estoit
conduit par un Genie , on voyoit
une Deviſe marquant le zele &
la pieté de ces deux Princes. La
Renommée tenoit ſa place dans
cette folemnité. Elle eſtoit ac
GALANT. 69
compagnée de la Religion , de la
Verité , & de la Gloire. La Victoire
& les Vertus chargées de
Palmes , & couronnées de Lauriers
, y repreſentoient en plufieurs
Tableaux divers avantages
qu'à tiré l'Egliſe des grandes
actions de Sa Majeſté. La Joye ,
la Force , l'Abondance , & la
Santé , qui ſont des biens qu'obtiennent
ordinairement ceux qui
honorent la Vierge , marchoient
à la teſte des Villes du Luxembourg
, pour faire connoiſtre que
ces agréables. Nymphes leur
avoient perfuadé de reclamer ſa
protection . Ces Villes eſtoient
Thionville ,
Arlon.
Baſtoine.
Chiny .
Diekirch.
Epternach.
MERCVRE
70
4
Hofalife.
Marville.
Neurbourg.
La Roche.
Vianden.
Montmedy.
Marche .
Bitbourg.
Damvillers .
Durbuis.
Greveren-Macheren.
Ivois.
Neufchaſteau.
Remich.
Saint Vitt.
Virton.
La Province de Luxembourg
ſuivoit ſur ſon Char , qui estoit
conduit par deux Genies . Elle
montroit d'un côté la Paix , l'Abondance
& les beaux Arts , &
de l'autre Mars & Bellone dans
les Chaînes. La Congregation
GALANT.
71
desjeunes Hommes , & celle des
Bourgeois mariez , chacune ſous
ſon Etendard , & les Corps des
Métiers marchoient immediatement
aprés ce troiſième Char.
On vit enſuite les Ordres Religieux
& le Clergé, au milieu duquel
les Jéſuites portoient la Statuë
de Noſtre- Dame de Confolation.
Ils estoient ſuivis des magiſtrats,
& de Meſſieurs du Conſeil
du Roy. Monfieur le marquis
de Lambert Gouverneur de la
Place , ayant avec luy les principaux
Officiers , accompagna la
Proceſſion . Elle rencontra pendant
ſa marche divers Theatres
dreſſez dans la Ville. De pieux
Spectacles l'arreſterent à chacun.
On fit voir ſur le premier avec
quel zele le Roy avoit donné
ordre que l'on reparaſt la Chapelle
de Noftre-Dame de Cons
72
MERCURE
folation . Le ſecond Theatre fit
paroiſtre Mars commandant à ſes
Guerriers , & à Vulcain , Bronte
, Sterope , Pyracmon , & autres
, de prendre garde de ne
plus faire d'inſulte à cette Chapelle
, & fur le troiſième Cerés ,
Flore , Pomone , les Naïades , &
autres Nimphes , ſe réjoüirent
du retour de Noſtre- Dame de
Confolation à la Campagne.
Dans le meſme temps , c'eſt à
dire le 13. du meſme mois on fit
à Soiffons une autre Proceffion
fort folemnelle pour la Tranſlation
des Reliques de Saint Gervais
& de Saint Prothais , Patrons
de l'Egliſe Cathedrale , apportées
de la Ville de Briffac ,
où leurs Corps ſon conſervez depuis
pluſieurs Siecles. Elles font
des plus anciennes que l'Eglife
honore, l'Invention en ayant eſté
revelée
GALAN T.
73 :
,
revelée à Saint Ambroiſe , comme
le rapporte Saint Auguſtin.
Tous les Chapitres , Communautez
, Ordres , & Paroiſſes de
la Ville aſſiſterent à cette Procefſion
, ainſi que les Corps du Préfidial
, de l'Election , de la Maréchauffée
, & autres. A la teſte
marchoit la Compagnie des
Arquebufiers l'une des plus
leſtes&des plus nombreuſes du
Royaume. La Chaſſe dans laquelle
ſont ces prétieuſes Reliques
, fut portée depuis l'Eglife
de Saint Creſpin le Grand ,jufqu'à
la Cathedrale , qui en eſt
éloigné d'un grad quart de lieuë,
par deux Chanoines , accompagnez
de douze Diacres ayant
des Palmes en leurs mains, pour
marque de la victoire que ces SS.
ont remportée ſur les Ennemis
de la Foy , Monfieur l'Eveſque
Juin 1685 .
D
74 MERCURE
de Soiſſons marchoit enſuite revétu
de ſes Habits Pontificaux .
Depuisl'Egliſe de Saint Creſpin,
juſques àla Cathédrale, il y avoit
cing Repoſoirs , ornez de differentes
manieres. Celuy de l'Egliſe
de l'Abbaye Noſtre-Dame,
fait par l'ordre de Madame de la
Rochefoucault qui en eſt Abbeſſe
, eſtoit le plus riche. Cette
Dame accompagnée de Mada .
me l'Abbeſſe de Saint Sauveur
ſa Soeur , & de Madame de Marfillac
Coadjutrice de cette derniere
, parut à la teſte de ſa Communauté
, qui chanta les Répons
& les Hymnes ordinaires en de
pareilles occafions , avec une
mélodie merveilleuſe , ſi-toft
qu'ony eut poſé la Chaſſe. Elle
fut portée enſuite dans la Nef
de la Cathédrale , & miſe ſur un
Repoſoir paré d'un nombre infi-
1
GALANT.
75
ny de Bijoux & de Fleurs. Monſieur
l'Eveſque de Soiſſons monta
en Chaire dans le merme
temps , & dans le Panégyrique
qu'il fit de ces.Saints , avec l'éloquence
qui luy eſt ſi naturelle , il
n'oublia rien de ce qui pouvoit
relever le mérite du Martyre
qu'ils ont fouffert par la fureur
des Idolatres du Siecle où ils ont
vécu. Il prit de là occaſion de
rendre graces au Ciel , d'avoir
fait naiſtre un Monarque done
le courage invincible ,& la pureté
de la Religion avoient ſi glorieuſement
diſſipé l'erreur des
Calviniſtes. Il ajoûta que ce
Prince qui eſt l'admiration de
toute la Terre , & l'amourde ſes
Sujets , avoit eſté heureuſement
ſervy dans cette entrepriſe par
les grands talens & les forts raiſonnemens
de Monfieur l'Ever.
D 2
76 MERCURE
que de Meaux , dont le belouvrage
a preſque achevé la conviction
de ces Obſtinez . Monſieur
Boffuet , Frere de Monfieur
de Meaux , qui eſt depuis quelques
jours Intendant de la Province
avec une approbation
genérale , eſtoit preſent à cette
Céremonie. Elle finit par le Te
Deum que Mel'Eveſque de Soiffons
entonna , & qui fut chanté
par la muſique ordinaire,au bruit
des Cloches , des Fifres & des
Tambours. Les Reliques furent
expoſéesdans le Choeur juſqu'au
Dimanche ſuivant 20 du meſme
mois , jour de l'Octave de cette
folemnité , qui fut ſuivie de la
Benédiction de Madame de Bourlon
Abbeſſe de la Barre , faite par
le même prélat ſon Frere. C'eſt
une Dame qui gouverne ſa
Communauté avec toute la douGALANT.
77
ceur,&toute la ſageſſe imaginable.
Mesdames de la Rochefou
cault , l'une Abbeſſe de noſtre
Dame de Soiffons , & l'autre de
Saint Sauveur d'Evreux , étoient
les Abbeſſes aſſiſtantes . Ces
deux Soeurs font d'un mérite
extraordinaire , & l'on peut dire
que quoy qu'elles ſoient d'une
tres-grande naiſſance , cet avantage
eſt le moindre de tous ceux
qu'elles poſſedent. Aprés la Cerémonie
, Monfieur de Soiffons
régala magnifiquementdans ſon
Palais Epiſcopal , toutes les Dames
Abbeſſes & leurs Religieuſes
,Monfieur Boſſuet Intendant
de la Province , Meſſieurs du
Chapitre de Saint Gervais ; &
tous les Chefs des Corps & Compagnies
de la Ville .
Les Auguſtins Réformez établis
au Fauxbourg Saint Ger
D 3
78 MERCURE
main , ont auſſi commencé par
une Proceffion la Solemnité de
l'Octave qu'ils ont faite cette
année de Saint Feliciffime. Ils
firent cette Proceſſion à l'iſſuë de
Veſpres le Dimanche 29. Avril,
avec une pompe digne de la venération
, qu'on doit avoir pour
ee Saint dont ils ont le Corps
entier dans une Chaſſe de trois
pieds de long & de deux de large.
Quatre Religieux Preſtres revétus
d'Aubes & de Dalmatiques
la portoient. Ils avoient à leurs
coſtez la Compagnie des Gardes
de Monfieur le Duc de Crequi
Gouverneur de Paris avec leurs
Officiers , & étoient environnez
d'une Troupe de petits Anges
portant des Flambeaux & des
Banderoles . La Proceſſion eſtant
arrivée à l'Abbaye de Saint Germain
des Prez , le Prieur en
GALANT...
79
Chappe qui l'attendoit avec fes
Religieux à la Porte de l'Eglife ,
# harangua le Pere Talon , Prieur .
I des Auguſtins , qui l'avoit pre-
& mierement harangue ſur le ſujet
I de cette Sainte Relique , aprés
quoy il fit chanter le Te Deum.
On alla dans l'Egliſe des Peres de
la Charité , qui ſe trouverent
itous à la Porte pour y recevoir
la Proceſſion , ce qui eſtant fair,
elle retourna à l'Egliſe des Peres
Auguſtins où la Chaſſe fut poſée
fur une Table qui eſtoit ſur une
Eſtrade , autour de laquelle il y
avoit une Balustrade avec un
riche Dais au deſſus. On chanta
leTe Deum , & pendant ce temps
les Religieux qui estoient en
deux Colomnes au nombre de
cent quatorze , vinrent deux à
deux baiſer la Chaſſe. Le Te
Deum achevé, Monfieur le Curé
D4
80 MERCURE
de Saint Sulpice monta en Chai
re , & fit l'Eloge du Saint avec
un zele qui répondoit à ſa pieté .
La Chaſſe demeura expoſée toute
l'Octave , & beaucoup de
Perſonnes qui ſont venuës reclamer
ce Saint , en ont receu des
foulagemens extraordinaires. Les
Peres Auguſtins Réformez du
Faubourg Saint Germain doivent
ces précieuſes Reliques à
la pieuſe liberalité de Madame la
Ducheſſe de Crequi. Elle les tenoit
de Madame la Ducheſſe de
Bracciane , qui les lay donna le
10. Decembre 1682. & à laquelle
Monfieur le Cardinal
Porto Carrero les avoit données..
Il les avoit receuës de Monfieur
le Cardinal Carpégna pour lequel
le Corps de Saint Feliciffime
avoit eſté tiré du Cimetiere
de Prétextat par ordre de CleGALANT.
8
ment X. avec pouvoir de legarder
, ou de le donner à quelque
autre , comme il le jugeroit à
propos. Ce Saint eſt celuy qui
eſtoit le Diacre de Sixte I I. Pape
& Martyr , & qui ſouffrit le
Martyre avec luy & Saint
Agapit , ſon autre Diacre , ſous
l'Empereur Valerien. L'Egliſe
celébre la Feſte de pluſieurs autres
Saints qui ont porté le nom
Feliciſſime , mais comme il n'y a
que le Diacre de Saint Sixte qui
ait eſté inhumé dans le Cimetiere
de Prétetxat , on ne peutdouter
que ce ne ſoit ce Martyr Illuftre
,dont le Corps en a eſté tiré
de nos jours.
Monfieur le Marquis de Bullion
, Fils de Monfieur de Bonnelles
Commandeur des Ordres
du Roy , & petit Fils de Monfieur
de Bullion Miniſtre d'Etat,
Préſident au Mortier, Garde des
1 DS
82 MERCURE
Sceaux des Ordres de Sa Majeſté
, & Sur- Intendant des Finances
de France , ayant eſté
pourveu par le Roy de la Charge
de Prevoſt de Paris , alla au
Palais avec ſes Gardes le 22. du
dernier mois. Il eſtoit ſuivy du
Prevoſt de l'ifle , & du Lieutenant
de Robe- courte avec leurs
Exempts & Archers , & accompagné
de Monfieur le Comte de
Chaſtillon, de Monfieur le Comte
de Nonan, Sous- Lieutenant
de Gendarmes du Roy , de Monfieur
le Marquis de la Tournelle,
Gouverneurde Marſal , de Monfieurle
Marquis de Treynel , de
Monfieur le Marquis de Farvaques,
Gouverneur des Provinces
do Maine , Perche , & Comté
de Laval , fon Frere , & de plufieurs
autres Perſonnes de qualité.
Il entra par la grande GaleGALANT.
83
F
ar
2
rie , donna ſon Epée dans lePar.
quet des Huiffiers , & eſtant entré
dans la grande Chambre , il
preſenta ſes Lettres de Proviſion
àMonfieur le Premier Préſident,
qui les fit lire par le Greffier.
Monfieur Dorat qui eſtoit ſon
Rapporteur , fit dans ſon rapport
l'Eloge de Monfieur le Prevoſt
&de ſa Maiſon. Enſuite Monfieur
de Bullion preſta le Serment
, aprés quoy on luy rendit
fon Epée , & on luy fit prendre
ſa place au Banc des Senéchaux
& Baillifs du Royaume dont il eſt
le premier. Aprés l'Audience ,
Monfieur de Neſmond , quatriéme
Préſident , & le dernier de
fervice à la Grand Chambre , à
qui cette commiſſion eſt toûjours
donnée , partit accompagné de
Meffieurs Godard & Fraguier ,
tous deux Conſeillers au Parle
L
D 6
84 MERCURE
ment , pour aller l'inſtaler au
Chaſtelet. Ils s'y rendirent tous
quatre dans le Caroſſe de Monſieur
de Bullion , accompagnez
des meſmes Gens à pied & à
Cheval , & trouverent à la décente
un des deux Lieutenans
Particuliers, avec les Doyens des
quatre Chambres. Lors qu'ils furent
dans la Salle de l'Audience,
Mr le Lieutenant Civil ſe leva
ainſi que la Compagnie. Monfieur
le Préſident de Neſmond
prit fa place ſous le Dais, ayant
Meffieurs Godard & Fraguier de
l'un & de l'autre coſté,Monfieur
le Lieutenant Civil à ſa droite ,
mais fort éloigné , puis tous les
Confeillers du Chaſtelet àdroite
& àgauche. Monfieur le Prevoſt
de Paris demeura ſur les degrez
reſte nuë , vis-à-vis de Monfieur
le Préſident de Neſmond. Alors
GALANT. 85
Monfieur Bignon Avocat du
Roy , fit un tres-beau Difcours ,
par lequel il fit connoiſtre l'éminence
de la Charge de Prevoſt,
celuy qui en eſt pourveu eſtant
à la teſte de la Nobleſſe de l'iſfle
de France. Chef& Président du
premier Siege du Royaume. II
parla de l'Illuſtre Maiſon de Bullion
, qui a remply les premiers
emplois de l'Etat , & eft entrée
dans des alliances tres confiderables
. Aprés qu'il eut finy ſon
difcours , Monfieur le Préſident
prononça ,& fit prendre place à
Monfieur le Prevoſt de Paris ,
entre MonfieurGodard& Monfieur
le Lieutenant Civil . On
plaida enſuite pluſieurs cauſes ,
dont Monfieur le Préſident de
Neſmond qui prit les Avis , prononça
les Jugemens. Cela fait ,
il quitta la Chaiſe qu'il avoit oc
A
86 MERCURE
cupée , & y fit affeoir Monfieur
deBullion. Il le mena dans toutes
les autres Chambres Civiles
&Criminelles du Chaſtelet, fuivy
de la Compagnie , & le fit af
feoir par tout dans la principale
place. J'ay oublié de vous dire
que Monfieur de Bullion eſtoit
venu au Palais à Cheval ſuivant
la coûtume , & que ce Cheval
appartient de droit au Préſident
qui fait l'Inſtallation . Toutes ces
Ceremonies eſtant achevées
Monfieur le Préſident , Meſſieurs
les Conſeillers de la Cour , les
Chefs du Chastelet , les quatre
Doyens , Meffieurs les Gens du
Roy , & pluſieurs autres de cette
Compagnie , allerent dîner chez
Monfieur de Bullion , qui les regala
ſplendidement. Il y eut deux
Tables ſervies dans le même lieu ,
avec la meſme ſomptuoſité. Plu
GALAN T. 87
fleurs Dames qui avoient eſté
conviées par madame de Bullion,
furent ſervies dans un autre Appartement.
Je vous envoye un Air que
vous trouverez fort agréable , fi
vous confiderez, ſeulement le
chant.Cependant comme il n'eſt
pas tout à fait régulier pour ce
qui regarde les paroles dans lefquelles
il faut obſerver la quantité,
ceque ne font pas beaucoup
de Compoſiteurs. Cela a donné
ſujet à deux Perſonnes de la Profeſſion
d'en venir à une diſpute ,
qui pourra ſervir d'inſtruction
pour les autres . Aprés que l'un
d'eux cut chanté cét Air ſelon
l'intention de celuy qui l'a compoſé
,l'autre mieux inſtruit des
obſervations de la Langue Franqoiſe
à l'égard du chant , par le
moyen du Livre del'Art de chan
88 MERCURE
ter de Monfieur de Bacilly qu'il a
leu à fond , ne manqua pas d'en
faire pluſieurs Critiques for divers
endroits .La premiere eſt for
le mot Finit , où l'Autheur de
l'Air a marqué expreſſement une
maniere de chanter qui rend la
derniere ſyllabe de ce mot longue
, & elle le feroit en effet ſans
le monoſyllabe ſuivant , qui joint
au mot précedent , en renverſe la
quantité , de forte que ce qui
eſtoit long devient bref.C'eſt ce
que Monfieur de Bacilly a expliqué
clairement Page 24. de la
Réponſe à la Critique de fon
Traité de l'Art de bien chanter.
En effet , il n'y auroit pas de difference
entre le mot de Finiſt au
fubjonctif, & celuy de Finit à l'indicatif.
La ſeconde Critique eſt
fur ces mots Fait languir dont
celuy de Fait ſe jette ſur la pre
GALANT. 89
miere ſyllabe de languir fans la
ſeparation neceſſaire de ces deux
mots. Ainſi l'on trouve Fait lan
comme ſi c'eſtoit le meſme mot :
ce qui eſt une obſervation tresdélicate
, & dont le meſme Monſieur
de Bacilly a donné pluſieurs
exemples page 17. de la Reponſe
à la Critique. La troiſiéme eſt
ſur ce Vers l'en trouveray plusfur
Son teint , dont la cheute eſt mal
obſervée en ce que le mot de
Trouveray paroiſt ſeparé du mot
de Plus , ce qui fait un méchant
effet , & la derniere eſt la répetition
de ces mots , Que le Printemps
, laquelle arreſtant le ſens
des paroles ſuivantes , ſemble ſe
rapporter aux précedentes , &
faire entendre , l'en trouveray plus
que le Printemps n'en trouve. Outre
que cette répetition eſt inutile
, & fans aucune neceſſité , ce
१०
MERCURE
qui eſt contre la regle qui veut ,
que l'on ne répete rien quefort
à propos dans les paroles qu'on
chante. Cette diſpute ſe fit en
prefence de pluſieurs Perſonnes
qui n'eſtant pas de la Profeſſion ,
ny par conſequent aſſez inſtruits
de ce qui regarde le chant François
, ne ſceurent que décider ,
quoy qu'ils euſſent aſſez de lumiere
naturelle pour goûter les
raiſons de celuy qui faiſoit cette
Critique. Il fut reſolu que Monſieur
Lambert en ſeroit le luge ,
comme celuy qui poſſede ſouverainement
ce bel Art , & de qui
les Airs font à couvert de toute
cenſure par la grande habitude
qu'il a de traiter la Langue Françoiſe
, à laquelle il ſçait donner
avec une entierejuſteſſe le chant
qui luy eſt propre ſelon les differens
mots qu'il doit employer.
GALANT. وا
La correction de cét Air eſt au
bas , & l'on pourra voir par là ,
lequel des deux a raiſon. En
voicy les paroles .
AIR NOUVEAU.
Voicy le temps de la vera dure,
Etcceeppeennddaanntt ll''HHyyvveerrnefinit point
fon cours.
Nos Champs n'ont point d'attraits ,
&la triste froidure ,
Fait languir la nature ,
Dans laſaiſon des plus beaux
jours.
On ne voit point de Fleurs au lever
de l'Aurore ,
Dans le Hameau chaque Berger
s'en plaint ;
Etmoy qui ne veux voir que l'Objet
que j'adore ,
I'en trouveray plus fur fon teint,
92 MERCURE
Que le Printemps n'en peut
éclorre ,
Ie vous envoye une ſuite des
Dialogues , qui ont faitun article
dans chacune de mes trois dernieres
Lettres . La matiere en eſt
toûjours également curieuſe .
DES CHOSES
DIFFICILES A CROIRE .
DIALOGUE QUATRIE ME.
BELOROND , LAMBRET.
J
BELOROND .
E ſouhaiteroit auſſi bien que
le ſouhaite Monfieur Pafcal
dans ſes Penſées que je viens de
GALAN T.
93
quitter , avoir un Livre Italien
intitulé , Della opinione regima del
modo. Que j'aurois de plaiſir à
eſtudier ce Livre ſi ſon deſſein
eſt bien remply ? le me contente
de ſuppléer à ſon défaut par mes
reflexions ſur les differentes
Coûtumes des Hommes , qui ne
m'apprennent autre choſe finon
que l'opinion diſpoſe de tout,
puis qu'elle diſpoſe de la Juſtice:
de la Beauté , & du Bonheur,
qui eſt le toutdu monde ; verité
que j'aurois eu de la peine à croi .
re ſi je n'en avois les exemples
que je vais vous rapporter.
LAMBRET.
VOUS
Puis que Monfieur Pafcal
vous a donné matiere pour commencer
voſtre entretien
voulez bien que je me ſerveencore
de ſes judicieuſes meditations
pour confirmer ce que vous
94 MERCURE
venez de me dire. On ne voit
preſque rien de juſte ou d'injuſte
, dit ce grand Homme , qui
ne change de qualité en changeant
de climat. Trois degrez
d'élevation du Pole renverſent
toute la Jurisprudence. Plaifante
Justice , qui eſt bornée
parune Riviere ou une Monta.
gne; Verité au deça des Pyrenées
, Erreur au delà. Avoüez
que le Public a bien perdu en
perdant ce grand Genie , qui
avoit fait une ſi ſerieuſe eſtude
de l'Homme , & qui auroit affurement
bien ſuppleé au Livre
dont il regrettoit d'eſtre privé.
Confolons - nous donc dans la
perte de l'un & de l'autre par les
reflexions que nous fourniront
les exemples que nous trouverons
dans les autres Livres. Je
fuis preſt à écouter les voſtres ;
} 95
GALANT.
peut- eſtrey en pourray je ajoûter
quelques-unes qui ue vous
déplairont pas.
BELOROND .
Il s'en preſente tant , & en
meſme temps de ſi bizarres & de
fi difficiles à croire , que je ne
ſçay par où commencer , ou même
ſi je dois executer mon defſein.
Cependant puisqueje vous
l'ay promis, & que je me ſuis toujours
fait un honneur de tenir
ma parole , je vais vous fatisfaire.
Voicy ce que j'ay à vous apprendre
touchant la luſtice. Tertullien
dans le Livre, De habit . Mul.
C. 7. parlant de quelques Peuples
Barbares , dit que chez eux
plus on eſtoit criminel , plus on
recevoit de richeſſes . Auro vin-
Etos in ergastulis habent, &divitijs
malos onerant , tantò locupletiores,
quanto nocentiores.
1
96 MERCURE
LAMBRET.
A propos de criminel , vous
voulez bien que je vous interrompe
, pour vous dire que
Marc Polo nous apprend que le
long de la coſte de Malabares ,
le témoignage d'un Homme qui
navige ſur mer n'eſt jamais receu
, à cauſe qu'il paſſe pour un
deſeſperé. On lit chez Diodore
Sicilien, qu'il n'eſtoit permis en
toute la Germanie qu'aux ſeuls
Prêtres de lier& punir les criminels
; & Philippe Camerarius
aſſure en ſes Meditations hiſtoriques
, qu'en certaines Villes de
ce meſme Pays le dernier receu
au Conſeil décapitoit autrefois
les criminels. Il ajoûte qu'en un
Village de la Franconie quand
on ſurprend un Larron fur lec
fait , le dernier marié du lieu luy
met la corde au col , & le pend
GALANT.
97
à un vieil arbre deſtiné de temps
immemorial à cet uſage. Mais
pourſuivez je vous prie.
BELOROND.
Vous avez oublié apparemment
de me dire en parlant d'Executeur
de la Juſtice , que chez
les Moſcovites la qualité de Boureau
n'eſt pas odieuſe.
LAMBRET.
Je ne l'ay pas oublié , puis
que je ne le ſçavois pas. Vous
m'obligeriez fort ſi vous me vouliez
entretenir de ces Peuples.
Quelque choſe d'extraordinaire
que j'ay remarquédas les Moſcovites
qui ſont venus rendre leurs
devoirs au Roy , m'a donné l'envie
de ſçavoir au moins en abregé
ce qui regarde leur Pays &
leurs Couſtumes.
BELOROND .
Ie le feray volontiers en peu
Iuin 1685.
E
98 MERCURE
de mots , aprés que je vous auray
rapporté une partie de ce que je
vous ay promis ; le reſte ſera pour
une autre fois. Au Tunquin le
Roy donne des appointemens à
tous lesluges fans qu'ils prennent
jamais rien des Parties. Un parent
ne peut avoir procés contre ſon
parent , & aucun Seigneur ne
peut eſtre Gouverneur dans la
Province où il eſt né. Les Avocats
de la Guinée nommez
Troens au rapport de larric, L.5 .
C.44. plaident le viſage couvert
devant le Prince qui rend laymeſme
la juſtice à ſes Sujets. Les
Perſes foüettoient la robe de
leurs enfans pour les punir , ſans
toucher les perſonnes. Les Chinois
puniſſent le Precepteur des
fautes de fon Diſciple en ſa prefence.
C'eſt Martinius qui le dit ,
L. 4. & 5. Preſque par
THE
SEC
. 1.
HEQUES
GALANT.
tout le Levant les Roys donnene
leurs plus ordinaires Audiences
quand ils ſe font faire la barbe .
Le Socrate de la Chine, le grand
Confutius, foûtenoit qu'il eſt impoſſible
qu'un Estat ſoit bien
- gouverné ſans la muſique ; c'eſt
encore au rapport de Martinius,
Dec. 1. L. 1. On punit de mort
aux Malabares celuy qui a rompu
un pot de terre ſur la porte de
quelqu'un , Ram . Tome 1. Plaiſante
Juſtice ! Pour ce qui regarde
la Beauté , à la Chine les plus
petits yeux font les plus beaux.
Chez les Caribes & les Sigimiens
le plus grand, le plus haut & le
plus large front eſt eſtimé le
mieux fait. Chez les Macrocephales
la plus longue teſte , la
plus chauve & la plus pelée ,
paffe pour la plus belle . Chez les
Miconiens & laponois on prefere
E 2
100 MERCURE
le viſage le plus fardé & le plus
plaſtré , le menton , le nez & les
jouës les plus troüez & les plus
cicatriſez. Les grands ongles ne
ſe portent que par les Nobles au
Royaume de Mangis , & chez les
Negres dela coſte Malabare, les
Femmes Tartares & Moſcovites
les peignent de noir . Beato Odorico
aſſure avoir veu des ongles
du gros doigt ſi grands , qu'ils
couvroient toute la main. Diodore
Sicilien dit qu'Alexandre le
Grand trouva dans l'Inde des
Peuples qui ne rognoient jamais
leurs ongles. En beaucoup de
lieux de l'Inde Orientale , & particulierement
en Sumatra les
grandes panſes & les bedaines
extrêmement rebondies , ſont
trouvées fort agreables , au rapportde
Pietro Della Valle Part.4 .
Une Relation dit qu'au pays da
GALANT. IGI
Mogol la blancheur paffe pour
une ladrerie. Quant à ce qui regarde
le Bonheur on le ſouverain
Bien , les ſentimens fur cette matiere
ont eſté ſi extravagans ,
qu'on ne peut affez s'étonnerde
la bizarrerie de l'eſprit humain.
Anacharis mettoit le ſouverain
Bien dans la vangeance d'une injure
faite àtort ; Crates dans une
heureuſe navigation ; Simonide
dans l'amitié d'un chacun ; Architasdans
le gain d'une Bataille;
Gorgias à oüir des choſes qui
plaiſent; Chryfippus à faire bâtir
de fuperbes Edifices ; Epicure
dans la volupté ; Antiſthene dans
une celebre renommée aprés ſa
mort; Sophocle à avoir des enfans
pour heritiers ; Euripide à
avoir une belle femme ; Palemon
dans l'éloquence ; Themistocle
à defcendre de parens illuſtres
-
E3
102 MERCVRE
Ariſtide dans les biens temporels;
Heraclite dansles grands treſors;
un Auteur moderne dans la fatisfaction
de l'eſprit. Ce dernier
ſentiment me plairoit le plus ſi
la Religion ne me donnoit pas
un autre ſouverain Bien. Enfin
faint Auguſtin dit , que Marc
Varron à compté juſques à 288 .
opinions toutes differentes fur ce
qui concernoit le ſouverain Bien .
LAMBRE T.
Il y a aſſurément ſujet de s'étonner
de ce que de fi grands
Hommes ſe ſont ſi lourdement
trompez dans la déciſion d'une
choſe ſi eſſentielle à l'Homme ,
& qui devoit faire le fondement
de toute leur Philofophie ; car
comme Ciceron l'a fort bien remarqué
, L.s. De Fin. Lors qu'on
eſt une fois tombé d'accord dans
la Philofophie de ce qui conſtituë
le ſouverain Bien,toutes choGALANT.
103
fes y font faciles & ajustées.Sum.
- mo bono conſtituto in Philofophia ,
conftituta funt omnia . Les Anacharſis
, les Criſippes, lesCrates,
✓ & tous les autres dont vous venez
de me rapporter les opinions
■ ſur le ſouverain Bien , ont eu des
ſentimens ſi juſtes ſur d'autres
matieres , & paſſent dans l'Hiſtoire
ancienne pour de fi grands
Hommes , que je regarderois ces
opinions comme des chofes tres-
- difficiles à croire , ſi elles n'étoient
rapportées par des Hiftoriens
, pour leſquels j'ay toûjours
eu dela veneration.C'eſt dequoy
je vous ferois un détail en peu
de paroles , ſi je n'attendois de
vous ce que vous m'avez promis
des Moſcovites. Ce ſera la mas
tiere de noſtre premier entretien.
Je vous prie de fatisfaire preſentement
ma curioſité.
E 4
104 MERCURE
BELOROND .
La Moſcovie qu'on appelle
encore Ruffie Blanche à cauſe de
ſes neiges , eſt un des plus grands
Etats de l'Europe. On luy donne
environ fix cens lieuës de
longueur , & autant de largeur.
Elle a la Mer glaciale au Septentrion
, la Pologne & la petite
Tartarie au Midy , le Volga &
la grande Tartarie à l'Orient ,
la Suede , la Livonie , la Finlandie
& la Lappie à l'Occident.
Entre pluſieurs Rivieres
qui l'arroſent , on en remarque
quatre confiderables , ſçavoir le
Nieper ou Boriſthene , qui ſe
décharge dans le Pont- Euxin ; la
Duine , qui ſe décharge dans la
Mer Baltique ; le Volga , qui va
tomber dans la Mer Caſpienne ;
&le Tanaïs , qui ſe perd dans les
GALAN T. I105
Palus Meotides. La Capitale eſt
Moſcou . C'eſt où réſide fon
Prince , qui prend le titre de
grand Duc , où Czar , pretendant
deſcendre d'Auguſte Cefar.
Ses Armes ſont une Aigle
à deux teſtes , portant
trois Couronnes . Dans la par-
⚫tie la plus Septentrionale , it
ſe paſſe un jour de trois
mois , qui dure pendant les
mois de May , Juin & Juillet
, & une nuit auſſi de trois
mois , qui dure pendant ceux
de Novembre , Decembre &
Janvier.
C'eſtdans la Moſcovie que ſe
trouve l'admirable Plantede Boranets
, ou Plante- Agneau , qui
ſe nourrit de celles qui font autour
d'elle , & qui ſe ſeiche
quand elle n'en trouve plus.
Es
:
106 MERCURE
Elle eſt de vorée par le Loup ,
à cauſe qu'elle a la figure d'un
Agneau .
Les Moſcovites ſont Schiſmatiques
Grecs. Saint Nicolas eſt
le Protecteur de leur Nation.De
toutes les Feſtes de l'année , ils
ne celebrent proprement que
celle de l'Annonciation de la
Vierge. Ils commencent l'année
par le premier jour du mois de
Septembre parce , qu'ils ne reçoivent
point d'autre Epoque
que celle de la creationdu monde
, qu'ils croyent avoir eſté fait
en Automne. Ils font robuſtes,
aiment à paroiſtre avec de gros
ventres &de longues barbes. Ils
portent degrandes Robes , & des
manches fort étroites , des bon
nets au lieu de chapeaux , des
bottines de cuir rouge ou jaune.
Les Femmes font preſque habil
lees comme les Hommes , exceGALANT.
107
コ
pté que leurs Robes font plus
larges , & leurs manches de chemiſesde
trois ou quatre aulnes de
- long , & fort pliffées. Les Mofcovites
ſont naturellement mé
fans , traîtres , fainéans, inhofpitaliers,
arrogans , fins, trompeurs,
= ignorans , le contentant de ſçavoir
lire& écrire , & fi cruels ,
que l'office de Bourreau n'eſt pas
infame chez eux. Ils font auſſi ſi
'fuperbes, qu'un de leurs Princes
fit attacher avec un cloud le
chapeau à la teſte d'un Ambaſſadeur
Italien ,qui s'eſtoit couvert
en ſa prefence. Ils écrivent fur
des rouleaux de papier coupez
en bandes , & collez enſemble
de la longueur de 25. ou 30
aulnes.
Les Femmes Moſcovites veulenteſtre
battuës de leurs maris,
pour eftre perfuadées qu'elles en
L6
1
108 MERCURE
A
font aimées. Ils dorment tous
aprés dîner , de forte que pendant
ce temps- là toutes les boutiques
ſont fermées , comme icy
pendant la nuit. Le Prince prend
tous les biens de ceux qui meurent
ſans enfans. Il eſt défendu
aux Moſcovites de voyager ſans
la permiffion du Prince , fur peinede
la vie. La Juſtice s'adminiſtre
en ce païs- là en fort peu de
temps. Les Parties plaidentchacune
pour ſoy. Quand un Debiteur
ne peut pas payer ſes debtes
ou trouver caution ; il devient
eſclave du Czar ou de quelqu'autre
, ſi c'eſt la volonté du
Prince. Les petits Tartares ont
tellement maltraité les moſcovites
, qu'autrefois outre un tribut
conſiderable qu'ils en exigeoient,
le Duc de Moscovic eſtoit obligé
de mettre pied à terre devant
GALANT. 109
l'Ambaſſadeur Tartare , de luy
offrir tête nuë un plat de Lait ,
& de lecher ce qui ſe répandoit
par hazard ſur le crin du Cheval.
Tant de grands Articles remplirent
ma Lettre du dernier
mois , que je ne pus vous parler
de la mort de Dom Luc d'Acheri
, Religieux & Bibliothequaire
de l'Abbaye de Saint Germain ,
qui a mis au jour un ſi grand
nombre de Traitez d'Autheurs
connus ou inconnus , ensevelis
juſque là dans l'obſcurité des
Manuscrits. Il mourut le 29 .
Avril âgé de 76. ans. Je laiſſe à
d'autres à faire l'élogede ſa vertu,
& le dénombrement de ſes Livres.
Il me fuffit d'obſerver que
ſon fameux Spicilegium , qu'il
commença à donner en 1655 .
contient treize Tomes . Pendant
110 MERCURE
quarante ans qu'il s'eſt diſtingué
dans l'empire des Lettres, il a
eſté uny d'amitié avec la pluſpart
des Sçavans , tant du Royaume
que des Pays Etrangers , dont il
a receu , & à qui il a donné reciproquement
du ſecours dans ce
qui regarde les Sciences . Ce qui
donne quelque conſolation dans
la perte qu'on a faite , c'eſt qu'il
vit encore en la Perfonne des
Religieux de ſa Congregation
qu'il a inſtruits , & qui fervent fi
utilement l'Eglife par leurs études
, & principalement par leur
nouvelle Editionde Saint Auguſtin
, qui fera bien toſt ſuivie de
celle de Saint Ambroise , dont
les Ouvrages ont grand beſoin
d'eftre reveusfur les Manufcrits,
& quelquefois éclaircis de Notes.
Il y a déja quatre ou cinqTo,
mes de Saint Auguſtin donnez
GALAN T. 111
:
au Public. Il en paroiſtra dans
deux mois un nouveau où eſt la
Cité de Dieu , & on donnera
peu de temps aprés le premier
Tome de Saint Ambroiſe .
Le 21. du dernier mois , Dom
Anfelme Centurion , Religieux
de l'Ordre de Saint Benoiſt,Congregation
du Mont Caffin , Patrice
de Genes , mourut icy en
'Hoſtel du Doge , qu'il avoit
accompagné en France en qualité
d'Aumônier. Toute la Maiſon
du Doge afſiſta à fon Enter
rement avec des Flambeaux. Il
fut inhumé à Saint Sulpice , &
on luy rendit tous les honneurs
qui estoient deus àune Perſonne
de ſon caractere .
Le 28. du meſme mois , le Revérendiffime
Pere en Dieu , Pier
re Mercier , General de tout
l'Ordre de la Trinité & Rédem112
MERCURE
ption des Captifs , & Miniftre
Particulier du Convent de Paris ,
dit Mathurins , mourut âgé de 72 .
ans. Comme ſon mérite l'avoit
élevé à la dignité qu'il poſſedoit,
on ne fait point de pareilles pertes
fans qu'elles cauſent un regret
ſenſible .
Cette mort fut ſuivie trois ou
quatre jours aprés de celle de
Meffire Pierre Roger Seigneur
de Dollé , Douville , Cogné ,
Fourmelé , &c . Maître des Compres
àParis.
On ſe reſout à mourir avec
moins de peine lorsqu'on a vécu
long - temps , & qu'un grand
nombre d'années a fait enviſager
ſerieuſement l'indiſpenſable neceffité
qu'il y a de quitter bientoſt
la vie; mais il eſt rare dans
un âge peu avancé , & dans de
certaines Profeffions , de ſe pre
GALANT.
113
parer à ce terrible paſſage d'une
maniere auſſi ſainte qu'a fait depuis
peu de temps Monfieur de
Marcheville Capitaine au Regiment
des Fuzeliers du Roy , du
premier Bataillon. Il eſtoit party
de Dreux, & alloit rejoindre fon
Regimens campé prés de Galardon
, pour les Travaux que Sa
Majesté fait faire le long de la
Riviere d'Evre , lors qu'en paffant
par Nogent-le-Roy il y fut
furpris d'une Fiévre violente,qui
jointe à une Pleuréſie , l'accabla
fi fort , qu'il fut emporté le cinquiéme
jour. Il ne parut point
épouvanté de la nouvelle qu'on
luy porta du danger où il eſtoit.
Il dît ſeulement qu'on luy avoit
prédit autrefois qu'à l'âge de
trente- fix ans il auroit une dangereuſe
maladie , dont il luy feroit
difficile de ſe tirer , qu'ils
114 MERCURE
eſtoit arrivé à cét âge- là, & que
puis qu'il plaiſoit à Dieu qu'ilne
vefcût pas auſſi long-temps qu'avoit
fait ſon Pere qui estoit mort
fort âgé , il le beniſſoit de cequ'il
auroit à luy rendre compte de
moins de pechez. Il receut ſes
Sacremens avec une réſignation
admirable ; & comme il avoit
tres - bien étudié , il paraphraſoit
d'une maniere pieuſe & toute
Chrétienne les divers paſſages
qu'onluy alleguoit. Peude temps
avant la mort voyant auprés de
fon lit quelques Capitaines &
Lieutenans que le hazard avoit
amenez , il parla avec un zele
qui les furprit tous , contre le
libertinage & l'aveuglement de
pluſieurs Officiers d'Armeé , qui
parce qu'ils portent l'épée , s'ima.
ginent qu'il leur eſt permis d'oublier
Dieu , & de renoncer à la
GALANT.
115 II
grande affaire du ſalut. Il dit
encore qu'il regardoit comme
une grace tres- particuliere que
luy avoit fait la Bonté Divine ,
de ce qu'il eſtoit venu mourir
hors de Dreux où pendant ſa
maladie il auroit eſté accablé de
viſite de Capitaines , de Lieutenans
, d'autres Officiers d'Armée,
& de Dames de la Ville ; au
lieu que mourant à Nogent où il
eſtoit inconnu, il ſe pouvoitdonner
tout entier à Dieu , & penſer
ſans aucune diffipation d'eſprit à
Pimportante affaire de l'Eternité .
Il eſtoit Seigneur de Chancy prés
d'Abbeville , & d'une des anciennes
Maiſons de Nobleffe du
Pays.
le vous parlay la derniere fois
de la ſurvivance à la Charge de
Preſident au Mortier que le Roy
avoit accordée à Monfieur le
116 MERCURE
Preſident de Bailleul,pour Me de
Chaſteau Gontier fon Fils. Il a
eſté receu depuis peu au Parlement
, & cette reception a donné
lieu à Monfieur Diereville de
faire ces trois Madrigaux.
A MONSIEUR
LE PRESIDENT DE BAILLEUL.
EService àla Cour n'est poins
Par une belleſurvivance ,
Lors que vousypensez le moins,
Et qu'à la mériter vous mettez tous
vosfoins
Vous en faites l'experience.
C'est ainsi que content du plus grand
des Bailleuls,
LOUIS quifait rendre iustice,
En faveur de fon Fils reconnoist le
Service
GALANT.
117
Qu'à l'Etat ont rendu ſon Pere, &
Ses Ayeuls .
Ah ! quelplaisir encor dans vos belles
années
De voir en ce cher Fils paffervos
destinées!
Qu'ilne ioüiffepasfi..toſt
De la gloirepu'il en espére ;
On l'éleve àregret au degré le plus
haut
Quand on en voit tomber ſon
Pere.
Pour rendre donc nos voeux con
tens,
Occupez encore long- temps
Une Place où l'on vous revére.
A MONSIEUR
LE MARQUIS DE
CHASTEAU GONTIER.
FNfin Nfin le plus puiſſant des
Roys.
118 MERCUR E
Veut que le Fils àſon PereSurvive,
Dans un des auguſtes Emplois,
Où Themis donne , & fait des
Lois.
Pour prendre part au bien qui vous
arrive ,
Mamuse tremblante,&craintive,
Au grand bruit des Mousquets, des
Tambours , des Haut-bois,
Nofa iamais joindreſa voix.
Quand elle cust pûsefaire entendre,
En euffiez- vous cu le loiſir?
Tout le monde chez vous vient en
foulese rendre
Pour vous en témoigner ſa joye &
Son plaisir.
Dans la belle ardeur quil'anime,
Riennesçauroitplus l'ong- temps
l'arrester
Elle croiroit commettre un crime
En differant àse faire écouter.
Donnez- luy donc un moment
d'audience.
GALANT.
119
Sile Ciel fatisfaitſes voeux les plus
preſſans,
On verra mesme ſurvivance
S'accorder commeà vous à tous vos
Descendans .
A MADAME
LA MARQUISE DE
CHASTEAU GONTIER .
Q
Vavez - vous plus à defirer
,
Belle,& charmante Brune ?
Lanature ſçeut vous parer
De mille attraits qui vous font
admirer ,
Et pour achever , la fortune
Vous met au plus haut rang où l'on
puiſſe aspirer.
Sur vostre digniténouvelle
Chacun vient vous feliciter.
Mamuſe dont l'ardeur est plus noble
, & plus belle
120 MERCURE
Vient aussi se faire écouter.
Elle est fidelle , elle eft fincere,
Les complimens qu'onvient vous
faire
Finiront dans cinq ou fix iours;
Mais leſien des autres differe
Une tiendra qu'à vous de l'entendretoûjours.
Elle emprunte des Dieux lefublime
langage,
Pour vous dire en tout temps queja
mais dignitė
Nepouvoitse trouver avec plus de
beaute ,
Que vous en avez en partage.
Il s'eſt fait depuis peu de temps
un Mariage , par un motif qui
vous ſurprendra. Un Homme
tout au moins Sexagenaire , s'étant
avisé de devenir amoureux
d'une jeune Demoiselle , plus
confiderable par fon agrément
que
GALANT. 121
que par ſa fortune , ne pût refifter
à ſa paffion. Aprés luy avoir
rendu pluſieurs viſites , il parla
de l'épouſer , & la propofition
qu'il en fit , fut receuë de fes Parens
d'une maniere affez agreable.
Il ne falloit plus que gagner
la Belle , que l'inégalité de l'âge
n'accommodoit pas. Elle eut de
la peine à ſe reſoudre à prendre
un mary ſi vieux. Cependant
comme la jeuneſſe & ſa beauté
faiſoient preſque tout ſon bien ,
elle crût devoir fonger au folide.
Ainſi ſes Amis luy conſeillantde
ne pas laiſſer échapper l'occafion
, elle conſentit à ce qu'on
voulut. On dreſſa le Contrat de
Mariage , dont le bon Homme
regla les conditions bien moins à
fon avantage qu'elle n'avoit efperé.
Cette conduite luy donna
quelque dégoût. Elle voulut
Juin 1685 . F
122 MERCURE
éprouver en d'autres choſes fi
elle avoit du pouvoir fur luy. Il
luy fit quelques preſens de peu
de valeur , & ces preſens luy
donnerent ouverture à s'expliquer
ſur un fil de Perles qu'elle
ſouhaitoit. Elle le pria d'y vouloir
bien mettre juſqu'à mille écus ,
afin qu'en luy ſervant d'ornement,
il luy pût auſſi ſervir de
reſſource dans l'occaſion . Le
Vieillard promit , mais il n'executa
pas. It remit de jour enjour
àla fatisfaire; & la Belle aprés
s'eſtre plainte pluſieurs fois de
ſon peu d'exactitude , reſolut enfin
de ne luy en plus parler. Il eſt
vray qu'elle luy marqua de la
froideur , & le bon Homme qui
en devina la cauſe, vit bien qu'il
ne la feroit ceſſer qu'en luy apportant
un fil de Perles. Aprés
avoir combatu plus de trois feGALANT.
123
maines , il fit effort ſur ſon avarice,
& acheta ce que ſa Maiſtreſſe
avoit demandé. Cependantla
Belle qui ne s'y attendoit plus ,
ſe fit un plaiſir de ſe vanger de
ſon vieil Amant Elle crût ne pouvoir
mieux executer ſon deſſein
qu'en augmentant ſon amour.
Elle affecta pour cela les manieres
les plus engageantes & les
plus flateuſes qui puiſſent marquer
un coeur veritablement
touché ,& elle commença à les
prendre le jour meſme que le
Vieillard vint la voir , chargé du
preſent qu'il lay vouloit faire. Il
fut agreablement ſurpris d'un
changement ſi peu attendu ,& il
en eut d'autant plus de joye, que
n'ayant plus aucune froideur à
eſſuyer , il pouvoit ſediſpenſer de
donner le fil de Perles. Cette reſerve
fatisfaiſant fon humeur
F 2
124 MERCURE
r
avare , il le remporta , fans faire
connoiſtre qu'il l'eût acheté.
C'eſtoit un meuble , dont à peu
de choſe prés il luy devoit eſtre
aifé de retirer ſon argent. Il ne
voulut pas pourtant ſe haſterde
s'en défaire . La Belle pouvoit retomber
dans ſes froideurs , &le
preſent de ſes Perles eſtoit un
moyen certain pourl'en garentir.
La complaiſance qu'elle eut pour
fon vieil Amant pendant plus
d'un mois l'ayant rendu éperduëment
amoureux , il preſſa ſi
fort la concluſion de ſon Ma
riage , qu'on fut enfin obligéde
prendre jour. Ce qui l'étonna ,
c'eſt que la Belle ne voulut point
qu'on perdiſt de temps à aucun
appreſt de Nopces , non pas:
meſme à luy faire faire des habits
, dont elle pria qu'on remiſt,
le choix quand on n'auroit plus
4
GALANT .
125
d'autres foins à prendre. Ceue
moderation dans une jeune Perſonne
qui devoit eſtre ſenſible à
toutes les choſes de cette nature,
cut pour le Vieillard un charme
incroyable. Il s'imagina qu'elle
partageoit les impatiences que
luy donnoit ſon amour , & ne
ſoupçonnant rien moins que le
vray motifqui la faiſoit agir de la
forte , il concerta avec elle qu'ils
ſe marieroient de fort grand matin
, & qu'elle ſeroit en fimple
deshabillé. Ils allerent à l'Eglife ,
-& le bon Homme qui avoit ſi
fort ſouhaité cet heureux jour ,
s'y rendit avec la plus vive joye
que peut cauſer un bonheur parfait.
Elle brilloit dans ſes yeux ,
& jamais perſonne ne fut fi content
qu'il le parut. Mais un revers
auffi cruel qu'impréveu , troubla
bien- toſt cette joye. Il fallut
F 3
126 MERCURE
donner ſon conſentement devant
le Prêtre,& fa Maiſtreſſe dit
non au lieu du oüy favorable qu'il
en avoit attendu. Comme on ſe
perſuada qu'elle avoit dit un mot
pour un autre , on luy demanda
juſqu'à trois fois ſi elle vouloit le
Vieillard pour ſon Mary ; & d'une
voix tres-intelligible , ellerepeta
le meſme non juſques à trois
fois. Tous les Aſſiſtans furent en
sumulte. On voulut ſçavoir quelle
eſtoit la cauſe de ce changement.
Elle dit d'abord , qu'une
ſecrette inſpiration qu'elle avoit
euë lors qu'elle estoit entrée à
l'Eglife , l'avoit dégoûtée du mariage
; & le bon Homme deſefperé
de cette réponſe , la preſſa
fi bien de s'expliquer mieux ,
qu'elle dit enfin tout haut que
ſe voyant ſur le point de s'engager
pour toûjours , elle s'eſtoit
GALANT. 127
ſouvenue d'un fil de Perles qu'il
lay avoit promis pluſieurs fois ,
ſans ſe mettre en peine de déga-
= ger ſa parole , & qu'elle ne pou-
■ voit s'imaginer qu'un Homme
qui n'eſtant que ſon Amant ,
manquoit de complaiſance pour
elle , ſongeaſt à la rendre heureuſe
quand il ſeroit ſon Mary.
Le bon Homme qui depuis l'achat
des Perles les avoit toûjours
- portées ſur luy pour s'en ſervir
en cas de beſoin , ſe remit un
peu de fa frayeur. Il dit à la Belle
qu'elle ſe plaignoit de luy fort injuſtement
, qu'il ne chercheroit
jamais qu'à luy plaire en toutes
choſes , & qu'ayant acheté le Fil
de Perles ſi toſt qu'elle luy avoit
marqué quelque envie d'en avoir
un , il avoit creu à propos de ne
luy en faire preſent qu'aprés
qu'elle l'auroit épousé, afin qu'el
F4
128 MERCVRE
le fuſt perfuadée qu'il ne le faifoit
par aucune honneſteté d'A.
mant complaiſant , mais par le
ſeul plaifir qu'il trouvoit à la
convaincre qu'il la rendroit en
tout temps Maiſtreſſe abſoluë
de ſes volontez . En achevant ces
paroles , il tira le fil de Perles ,&
la conjura de l'accepter. L'excuſe
eſtoit affez bien tournée , & les
Parens de la Belle prirent avec
tant d'ardeur les inrereſts du
Vieillard , qu'elle ne pût ſe défendre
de recevoir fon preſent.
Elle prononça enſuite le terrible
mot dont ſi peu de Gens examinent
l'importance. Ainſi l'on peut
dire que ce Mariage s'eſt fait
pour des Perles. Il ne laiſſe pas
d'eſtre fort heureux. La Belle a
étudié l'humeur de ſon vieux
Mary , & elle s'y eft accommodée
avec tant d'adreſſe , qu'il ne
GALAN T.
129
fait rien que par elle , & veut toujours
tout ce qu'elle veut .
Monfieur d'Eſcorbiac de Blanc,
aeſté nommé depuis peu à l'Abbaye
de Marfillac. Il eſtoit né de
la Religion Prétenduë Reformée,
( & il en fit abjuration il y a quatre
ou cinq ans entre les mains de
feu Monfieur l'Abbé de Lioncel,
Diocese de Valence..
Le 12. de ce mois , Dame Efperance
Dareres de la Tour, pric
poſſeſſion du Prieuré Royal de
S. Jacques d'Andely proche de
Roüen , en preſence de quantité
de Perſonnes de qualité de l'un
&de l'autre Sexe , qui marquerent
tous beaucoup de joye de
voir la juſtice que Sa Majeſté luy
avoit renduë , en luy faiſant rem
plir cette Place.. Elle eſt Niéce
deMonfieur du Fay , Gouver
neur de Fribourg , à qui le Roy
ES
130
)
MERCURE
avoit accordé pourelle le Brevet
de Coadjutrice au fortir de Philifbourg
, dont il eſtoit Gouver.
neur. Il en a foûtenu le Siege
avec une valeur admirable ; &
comme il s'eſt toûjours maintenu
dans les beaux Emplois &
dans ſon credit , il ne luy a pas
eſté difficile d'obtenir un ſecond
agrément pour ce Prieuré , en fa.
veur de Madame ſa Niéce, aprés
la mort de Madame de Corbinelli
, derniere Prieure. Madame
pareres de la Tour , eſt d'une
naiſſance tres illustre de Savoye,
eſtant Fillede feu Monfieur de la
Tour Dareres , Gouverneur de
Touques , & Parent tres-proche
de Saint François de Sales. On
peut dire qu'elle a herité des
Vertus de ce grand Saint , par
leſquelles elle ſe fait diftinguer ,
fur tout par une conduite tres,
GALANT .
131
fage , beaucoup de prudence , &
une honneſteté remplie de douceur
, qui gagnant les coeurs de
tous ceux qui la pratiquent , a
engagé toute ſa Communauté à
la demander pour Prieure.
Le 26. du dernier mois, Charles
, Comte Palatin du Rhin , &
- Electeur de l'Empire , mourut à
Heidelberg , dans ſa trente- quatrième
année. Il avoit eſté guery
d'une affez longue indiſpoſition,
: & une recheute la fait mourir
en fort peu de jours. Il eſtoit
Frere de Madame , & avoit
épousé la Princeſſe Vvillelmine
Ernestine , Fille de Frederic III.
& Soeur de Chrétien V. Roys de
Danemarc , dont il n'a pointeu
d'Enfans. Il deſcendoit de Loüis
le Vieil , qui mourut en 1194.
laiſfant Rodolphe & Loüis III.
Ces deux Princes ont eſté Chefs
F6
132 MERCURE
de deux grandes Familles , qui
ont fait diverſes Branches en
Allemagne. Celle des Palatins
du Rhin , deſcend de Rodolphe
qui estoit l'aisné , & celle des
Ducs de Baviere vient de Loüis
qui fut Empereur .
Rodolphe , Electeur de l'Empire
& Comte Palatin du Rhin,
eut entr'autres Fils Adolphe ,
furnommé le Simple , Ayeul de
Robert dit le Petit , qui fat Empereur
en 1400. Robert eut fix
Fils ,dont les deux aînez furent
Loüis le Barbu , & Eſtienne. La
poſterité de Loüis le Barbu ayant
finy en Othon Henry , qui mourut
en 1559. fans laiſſer d'Enfans
, il falut avoir recours à la
Branche d'Estienne , lecond Fils
de Robert le Petit. Cét Etienne
eutd'Anne, Fille & heritiere de
Frederic , Comte de Veldens
GALANT.
133
e
- Frederic , & Loüis le Noir . Fréderic
fut Bifayeul de Fréderic III.
qui fucceda à Henry Othon ,
• Electeur Palatin , & qui laiſſa
Loüis IV. Pere de Frederic IV.
✓ dit le Sincere. Ce dernier eut
pour Fils Frederic V. dit le Con-
-ſtant. Les Rebelles de Bohéme
l'ayant éleu pour leur Roy en
1619. à l'excluſion de l'Empereur
Ferdinand 11. dont ils prétendoient
que l'élection n'avoit
pas eſté legitime, il fut couronné
à Pragues , où il perdit la Bataille
_ le 8. Novembre de l'année ſuivante.
Le 22. Janvier 16 21. il fuc
proſcrit & dépoüillé de fes
Etats , & de l'Electorat qu'on
donna à Maximilien , Duc de
Baviere. Illaiſſa Charles Loüis ,
Comte Palatin du Rhin , qui par
la Paix de Munſter faite en 1648
rentra dans le bas Palatinat ,&
134 MERCURE
fut creé huitième Electeur , à
condition que ſi la Branche
Guillelmine , qui eſt celle des
Ducs de Baviere , vient à manquer,
le huitiéme Electorat de .
meurera fupprimé , & la Branche
Rodolphienne ou Palatine
reprendra ſa premiere dignité, &
joüira des Etats qui en dépen
dent. La Branche de Baviere a
eſté nommée Guillelmine , de
Guillaume V. dit le jeune , qui
donna ſon nom aux Princes de
ſaBranche , & qui ayant fait une
volontaire abdication des Etats
de Baviere en 1597. ſe retira
dans une Maiſon Religieuſe, où
il mourut le 27. Fevrier 1626 .
âgé de 78. ans. Charles Loüis,
Electeur Palatin, épouſa en 1650.
Charlote Fille de Guillaume
Landgrave de Heſſe , & il en eut
Charles Electeur Palatin , dont
GALANT.
135
,
je vous apprens la mort , &
Charlote Elifabeth mariée ,
le 16. Decembre 1671. à fon Al-
- teſſe Royale Monfieur. Cette
mort a eſté tres- ſenſble à cette
- Princeſſe . Le Roy, Monseigneur
le Dauphin , & Madame la Dauphine
, allerent viſiter leurs Alteſſes
Royales à Saint Cloud
le 31. de May , fur ce grand ſujer
d'affliction . Tous les Princes &
Princeſſes du Sang firentla mef-
-me choſe , ainſi que tous les Seigneurs
& toutes les Dames de
la Cour. Le 3. de ce mois , les
Ambaſſadeurs & Miniſtres des
Princes Etrangers , les complimenterent
fur ce meſme ſujer,
étant conduits par Monfieur
Aubert , Introducteur des Ambaſſadeurs
auprés de Monfieur.
Le Duc de Neubourg, qui eſt
Catholique & Beau- pere de
1
136 MERCVRE
l'Empereur, eſt à preſent Electeur
Palatin , & en cette qualité il a
envoyé le Prince Loüis Antoine
de Neuborg ſon Fils , Grand
Maiſtre del'Ordre Teutonique
à Heidelbeg , pour recevoir en
fon nom le Serment de fidelité
des Bourgeois , des Troupes , &
des Officiers de cette Ville , qui
eſt la Capitale de ce qu'on appelle
le Palatinat du Rhin. Ce Palatinat
eſt entre les Dioceſes de
Treve & de Mayence , les Duchez
de deux ponts & de Vittemberg
, le Marquiſat de Bade,
& l'Alface. Le haut Palatinat,
qui eſt entre la Bohéme , la
Franconie & la Baviere , &
dont la Capitale eſt Amberg, fur
donné en 1623. à Maximilien
Duc de Baviere , lorſqu'on dé
poüilla Frideric V. de l'Electorat
&de ſes Etats , & ce pays eft
GALANT.
137
demeuré aux Ducs de Baviere,
par l'article 10. de la Paix de
- Vveſtphalie , lorſqu'on créa un
huitieme Electorat pour le Prince
Palatin .
Le Prince Loüis Antoine de
- Neubourg , eſtant arrivé à Hei
delberg le 30. de May , y receut
le lendemain le ferment de fidelité
pour le Duc de Neubourg
fon Pere , & envoya quelques
Conſeillers dans tous les Bailliages
du Palatinat , pour recevoir
le meſme ferment. Le Prince
Palatin de Veldens , a fait faire
des proteſtations contre cette
priſe de poſſeſſion ; mais on n'y a
eu aucun égard , le droit du Duc
de Neubourg ne pouvant ſe
- conteſter. Eftienne , ſecond Fils
de l'Empereur Robert le Petir,
laiſſa deux Fils , ſçavoir trederic
& Loüis le Noir, comme je vous
138
MERCURE
l'ay déja marqué. Ce dernier
l'aiſſa Alexandre le Boiteux DUC
de Deux - ponts , Pere de Loüis
II. qui eut Volfang. Othon Henry
Electeur Palatin , eſtant mort
alors ſans poſterité, Frederic III.
deſcendu de Frederic , Fils aiſné
de cét Fſtienne , qui étoit ſecond
Fils de l'Empereur Robert , luy
fucceda en l'Electorat , & Volfang
, Duc de Deux ponts, defcendu
de Loüis le Noir, Fils puiſ
né du meſme Estienne , eut le
Duché de Neubourg , dont il fit
le titre de Philippes Loüis fon
Fils aiſné, lean I. ſon ſecond Fils,
fur Duc de Deux- ponts , & il en
a fait la Branche . Philippes Loüis,
Duc de Neubourg , laiſſa Volfang
Guillaume, & Auguſte qui a fait
la Branche des Comtes Palatins
de Sulſtbach . Volfang Guillaume
, Duc de Neubourg, ſe fit Ca
GALANT .
139
tholique en 1614. & fut Pere de
Philippes Guillaume , aujourd'huy
Duc de Neubourg , de
Juliers , de Mons , &c. qui nafquit
le 23. Novembre 1615. &
qui ayant perdu en 1651. Anne
Catherine Conſtance , Fille de
Sigifmond III . Roy de Pologne,
ſa premiere Femme, épouſa deux
ans aprés Eliſabeth Amalie
Damſtat , Fille du Landgrave
George , & de Sophie Eleonor
de Saxe , dont il a pluſieurs Enfans
,& entre autres Anne Marie
Joſeph , née en 1655. & mariée
en 1676. à l'Empereur Leopold.
On ne peut porter plus haut
la gloire de ſon Souverain , dans
une Ambaſſade, ny s'en acquitter
avec plus d'éclat & de prudence
qu'a fait Monfieur de Guilleragues
, dans tout le temps qu'il a
eſté àConſtantinople. Il eſt vray
Th
140
MERCURE
que ceux qui ont une Dignité
pareille à foûtenir , n'ont pas de
peine à perfuader ce qu'eſt un
Prince , à qui ſes Vertus & fes
ſurprenans Exploits ont acquis ſi
juſtement le ſurnom de Grand,
puiſque la Renommée prend
toûjours ſoin de le devancer , &
qu'elle apprend avant eux aux
Nations les plus reculées tout ce
qu'ils en peuvent dire. Ainſi ils
arriventdans des lieux où lesefprits
ſont préparez à les croire.
C'eſt ce qui a fait accorder tant
de chofes à Monfieur de Guilleragues
en faveur de la Religion
Catholique. Tout ce qu'a fait cet
Ambaſſadeur , a eſté fait avec
tant d'éclat & tant de hauteur,
& avec des circonstances fi dignes
d'eſtre remarquées , que les
quatre ou cinq Relations que
vous avez dans mes Lettres , de
GALANT. 141
puis qu'il eſt party pour l'Ambaſſade
de Conſtantinople , ſont
des morceaux qui meritent d'étre
= conſervez éternellement. Voicy
ile dernier , puiſqu'on peut dire
que Monfieur de Guilleragues
eſt mort preſque en ſortant de
l'Audience du Grand Seigneur ,
& aprés en avoir obtenu tout ce
qu'il pouvoit ſouhaiter pour la
gloire de ſon Maiſtre ,& pour le
repos des Catholiques qui font
dans le Levant. On quitte la vie
avec moins de peine , quand on
en fort avec la ſatisfaction d'avoir
ſervy utilement l'Eglife, ſon Prince
& fa Patrie. Vous aurez peuteſtre
veu déja des copies, & mé-
- me imprimées , de la Relation
que vous allez lire , ou du moins
qui luy reſſemblent fi fort , que
vous croirez que ce ſoit la mefme
choſe. Vous ne devés pas
132 MERCURE
vous en étonner. La verité eſtant
une , les Relations diverſes d'une
meſme action, doivent avoir plus
de reſſemclance , que les Ouvragesd'eſprit
ſur une meſme matiere.
Il faut donc les regarder ,
comme devant eſtre ſemblables
dans les faits qu'elles rapportent,
mais differentes pour avoir plus
ou moins de circonſtances. Celle
ont on m'a fait part , en eſt la
plus remplie ; & tous ceux qui
voudront bien les examiner ,
n'auront pas de peine à en demeurer
d'accord. Voicy ce qu'elle
contient.
Monfieur de Guilleragues arriva
à Andrinople le 3.d'Octobre
de l'année derniere, accompagné
du Grand Ecuyer , de l'Aga des
Ianiſſaires , & de pluſieurs autres
Officiers du Grand Seigneur, qui
eſtoient venus le recevoir à une
GALAN T.
133
lieuë de la Ville ,& qui l'y amenerent
au milieu d'une haye de
laniſſaires ſous les armes. Le
Grand Viſir qui eſtoit indiſpoſé,
- n'ayant pû luy donner audience
que le 28. de ce meſme mois , il
employa tout ce temps à faire
connoiſtre avec vigueur de
quelle maniere il prétendoit que
- cette Audience luy fuſt donnée.
Il iniſta ſur tout à la refuſer dans
la Chambre où tous les Ambafſadeurs
ont accoûtumé de la recevoir
à Andrinople , parce qu'il
ſçavoit que le Sofa ou Eſtrade ,
y eſtoit diſpoſé de telle forte
qu'occupant preſque toute cette
Chambre , il n'y reſtoit qu'un
petit eſpace pour poſer les Pabouches
ou Souliers , que les
Turcs doivent y laiſſer lors qu'ils
y entrent. On luy fit connoiſtre
que le Grand Vizir n'y recevoit
144
MERCURE
pas ſeulement les Ambaſſadeurs ,
mais encore le Muphti & le Mufahic
, ou Favory du Grand Seigneur
, qui estoient les Perſonnes
de tout l'empire qu'il devoit le
plus confiderer. Monfieur l'Ambaſſadeur
répondit que le muphti
& le Muſahib ne diſputoient pas
au Grand Vizir les honneurs
qu'il leur rendoit , mais que la
forme du Sopha , & la maniere
d'y eſtre receu , eſtant des points
qui avoient fait naiſtre un different
dont le bruit s'eſtoit repandu
depuis cinq ans dans toute
l'Europe , cette conteſtation devoit
eſtre terminée avec un éclat,
qui reparaſt le rort que l'on avoit
prétendu faire à l'honneur qui
eſt deu ſi juſtement aux Ambafſadeurs
de France. Ses raiſons
furent receuës , & on laſſeura
qu'il ſeroit entierement fatisfait
fur
GALANT.
135
1
fur ſa demande, & ſur toutes les
autres qu'il avoit déja faites fur
ce ſujet. Ainſi il ne fit plus difficulté
de ſe faire conduire au
Serrail du Grand Vizir , le jour
qu'on avoit choisi pour cetteCerémonie
. Il y alla richement vétu
à la Françoiſe , & monté ſur un
fuperbe Cheval de l'Ecurie du
Grand Seigneur. Sa Suite eſtoit
de 70. Perſonnes , tant de fa
Maiſon que des principaux Marchands
François , tous tres-propres
& tres leſtes. Il entra dans le
Serrail du Grand Vizir , & ayant
mis pied à terre il fut conduit par
pluſieurs Sales à la Chambre où
ce Miniſtre reçoit Sa Hauteſſe ,
lors qu'Elle luy fait l'honneur de
le viſiter. Cette Chambre deſtinée
pour l'Audience , eſtoit or->
née de Peintures & de dorures ,
& meublée de minders , & de
Iuin 1685 . G
136
MERCURE
Couffins magnifiques. Il y avoit
au milieu un Baffin de Marbre ,
environné de Vaſes remplis de
Fleurs , & avec pluſieurs jets
d'eau . Monfieur de Guilleragues
monta ſur le Sofa , voyant qu'il
eſtoit de la maniere qu'il l'avoit
demandé. Les Tabourets , également
enrichis d'une broderie relevée
d'or ſur un fond de Velours
rouge , eſtoient ſur une meſme
ligne , tous deux fur la Natte ,
ſans que celuy du Vizir fuſt ſur
le Minder. Il prit ſa Place ſur le
Tabouret qui regardoit la Porte
par où il eſtoit entré , & le Grand
Vizir arriva un peu aprés par une
autre Porte qui estoit du coſté
de l'autre Tabouret. Il monta fur
le Sofa , & Monfieur l'Ambaſſadeur
ſe contenta de ſe lever pendant
ce temps ſans quitter ſa
Place , quoy que tres- ſouvent il
GALANT.
137
fuſt arrivé que les Ambaſſadeurs
eſtoient demeurez debout au bas
du Sofa , en attendant l'arrivée
du Grand Vizir. Aprés les faluts
réciproques , il ſe remit ſur ſon
Tabouret dans le meſme temps
que le Grand Vizir s'affit ſur le
fien , & alors le Salem Chaoux
prononça ſelon la coûtume une
courte priere à haute voix , pour
la profperitédu Grand Seigneur ,
ce qui est une des fonctions de ſa
Charge. Le Compliment de M
l'Ambaſſadeur , également fort
& obligeant , fut interpreté en
Turc par le Sieur Fontaine , le
Sieur Forneſti premier Drogman ,
n'ayant pû venir à Andrinople à
cauſe d'une indiſpoſition. Il s'étendit
ſur le digne choix que Sa
Hauteſſe avoit fait de la Perfonne
de ce Miniſtre , pour ſe repoſer
ſur ſa prudence , & ſur ſa ca-
G 2
138
MERCURE
pacité des Affaires de l'Empire.
Le Grand Vizir répondit par le
compliment ordinaire , c'eſt à
dire , que Mx l'Ambassadeur estoit
le tres bien venu , ce qu'il répeta
juſqu'à quatre fois , quoy que
les autres Vizirs n'euſſent accoûtumé
de le dire qu'une. Il ne
pouvoit mieux marquer le plaiſir
qu'il reſſentoit de voir cét Ambaſſadeur
, que par la répetition
de ces termes , par leſquels les
Turcs témoignent la joye qu'ils
ont de voir leurs Amis. Il ſe ſervit
auſſi pluſieurs fois du mot
d'Eltechi , qui veut dire Ambaſſadeur
, & parla toûjours à la troiſieme
Perſonne ; ce qui eſt parmy
les Turcs une grande marque
de conſideration & de refpect.
Monfieur de Guilleragues
remercia fort le Grand Vizir , de
l'Aga qu'il luy avoit envoyé à
GALANT.
139
:
Conſtantinople pour l'amener ,
ſe loüant de ſa diligence , & de
ſes ſoins dans toutes les choſes
qui regardoient ſa Commiſſions
& cela fut avantageux à cétAga,
puis que s'agiſſant en ce tempslà
d'envoyer quelqu'un à Bude ,
pour des ordres qu'on avoit à y
porser , ce qui estoit dangereux :
& un Officier l'ayant propoſé au
Grand Vizir , ce Miniſtre répon
dit qu'il eſtoit trop neceffaire à
l'Ambaſſadeur de France,& qu'il
falloit en choiſir un autre. Peu
de temps aprés il fut revétu de la
Charge de Capigilar- Kiaiaſi , l'une
des trois principales de la
Maiſon du Vizir. La converſation
ayant duré prés d'une heure , on
apporta le Café. Il fut preſenté
dans le meſme temps à l'un & à
l'autre , aprés que l'on eut mis
devant eux un grand mouchoir
G3
140
MERCURE
de broderie , d'une beauté &
d'une richeſſe égale. Cela donna
lieu au Grand Vizir de demander
à Monfieur l'Ambaſſadeur
s'il aimoit cette boiſſon . Il
répondit que le Thé , & le Chocolat
luy ſembloient meilleurs .
Le Sorbet , le Parfum , & les
Eaux de ſenteur leur furent fervis
enſuite , & preſentez à tous
deux en meſme temps . Cela
eftant fait, le Grand Vizir aſſeura
Monfieur l'Ambaſſadeur , qu'il
employeroit tous ſes ſoins pour
le mener peu de jours aprés à
l'Audience du Grand Seigneur,
dont il pouvoit eſperer la reception
la plus favorable , luy promettant
par avance l'accomplifſement
de toutes les choſes qu'il
demanderoit . Monfieur de Guilleragues
ſe leva dans ce moment
pour recevoir la Veſte dont il fut
GALANT.
141
reveſtu en preſence de ce Miniſtre.
On distribua les autres Veſtes
aux principauxde ſa Suite ,
juſques au nombre de trente , ce
qui n'avoit eſté accordé à aucun
des autres Ambaſſadeurs , qui
n'en avoient jamais eu plus de
vingt. Un Marchand Anglois , &
un autre Marchand Hollandois
qui s'eſtoient trouvez à Andrinople
, & que cét Ambaffadeur
avoit invitez à l'accompagner à
l'Audience , eurent chacun une
de ces Veſtes . Cette diſtribution
achevée , Monfieur de Guilleragues
ſe leva , & ſe retira aprés
avoir ſalüé le Grand Vifir , qui
ſe leva dans le même temps , &
qui luy dit encore une fois , Vous
eſtes le tres- bien venu. Il retourna
à ſon Palais dans le meſme ordre
qu'il eſtoit forty , eſtant reconduit
par les meſmes Officiers ,
G4
142
MERCURE
auſquels ſe joignit Seferbec , Interprete
de la Porte , que le ſieur
Fontaine avoit interrompu fi
adroitement , lors qu'il entreprenoit
d'interpreter les paroles du
Vizir , qu'il ne put en proferer
quatre de fuite pendant tout le
temps de l'Audience. Comme
les Ceremonies en furent fort
differentes de celles que l'on
avoit obſervée par le paſſé , lors
qu'on y avoit admis les Ambaſſadeurs
de France , le Teſchrifat-
Emini , c'eſt à dire , le Maître &
Conſervateur des Ceremonies ,
preſenta une Requeſte, pour demander
qu'on les inſeraſt dans
les Archives , comme n'ayant jamais
eſté pratiquées depuis le
commencement de l'Empire ,
criant tout haut qu'ilfaloit brûler
l'ancien Regiſtre. lamais les Turcs
n'ont témoigné tant de joye d'au
GALANT.
143
cun fuccés qui leur ait eſté avantageux,
que dans cette occaſion .
Its regardoient Monfieur de
Guilleragues comme le Liberateur
de leur Empire , puiſqu'il
avoit terminé ſi heureuſement
une affaire,dont ils avoient craint
des ſuites fâcheuſes. Ce n'a pas
eſté ſansbeaucoup de peine qu'il
en eſt venuà bout avec tantde
gloire. Haeu des Ennemis qui
l'ont traverſé de tout leur pouvoir
; mais il a ſçeu fi bien détourner
par fa prudence leurs
dangereuſes cabales ,qu'il a donné
lieu à quelques- uns de ſe repentir
d'avoir cherché à luy nuire.
Il s'en falut peu entre autres
que l'on ne miſt en Priſon le Reſident
de Michel Abaffy, Prince
de Tranſſilvanie , qui par ordre
de fon Maiſtre voulut inſinuerà
-la Porte , beaucoup de choſes
G
1441
MERCURE
entierement oppoſées aux droites
intention de Monfieur l'Ambaffadeur
. Le Kiaia du Grand Vifir
receut un commandement exprés
d'aller luy en faire reprimande.
Il la luy fit d'une maniere ſi
ſeche , qu'il en fut malade dangereuſement
pendant huit jours .
Ce qui effraya le plus ce Refiſident,
ce futqu'on luy dit, qu'Abaffy
eſtoit en liberté de faire
ce qu'il voudroit , & qu'il cherchoit
inutilement des pretextes
à ſa revolte. En meſme temps
pour mettre ſa fidelité à l'épreuve
, le Grand Seigneur donna un
ordre qui obligeoit Abaffy de
payer ſon Tribut en bled , & de
le faire tranſporter vers la Pologne
, à l'Armée de Soliman Pacha
; ce qu'il ne pouvoit executer,
ſans s'expoſer au peril de ſoûlevertous
ſes Peuples , qui n'en
\
GALANT .
145
recueillent que ce qui eſt abſolument
neceſſaire àleur ſubſiſtance.
La veille de l'audience , Monſieur
de Guilleragues avoit en.
voyé ſes preſens au Grand Vifir,
ſuivant la coûtume.Ce Miniſtre,
pour témoigner qu'il les recevoit
agreablement , donna quarante
Sequins aux Drogmans qui les
porterent . C'étoient les ſieurs
Fontaine & Perruque. Le Kiaia
leur en donna encor dix , lorfqu'ils
luy porterent ceux qui
eſtoient pour luy; mais ces Drogmans
, pour faire connoiſtre que
l'intereſt ne les touchoit pas, diſtribuerent
la plus grande partie
de ces deux ſommes aux Officiers
de la maiſon du Viſir.
L'audience du grand Seigneur
ne fut donnée à Monfieur de
Guilleragues que le 16. de Novembre
. Comme il eſtoit cejour-
G6
146 MERCURE
làDimanche , il entendit laMef.
ſe de fort bon matin , & partit
fur les huit heures , accompagné
du Chaoux Bachi , & d'autres
Chaoux , & fuivy de ſes Domeſtiques
, & des principaux Marchands
François . Il ſe rendit au
Serrail de ſa Hauteſſe , & eſtant
entré dans la grande Court , il y
trouva environ mille Janiſſaires
rangez , qui eſtoit tout ce qu'il
y avoit alors de cette Milice à
Andrinople. Dés qu'ils l'eurent
apperceu , ils prirent tous une
courſe, qui fut limitée par pluſieurs
plats ou grands baſſins de
Pilau , c'eſt à dire de ris cuit , regale
ordinaire qu'on leur fait
dans des occaſions de cette nature.
Monfieur de Guilleragues ,
ſans s'arreſter à ce qu'on faiſoit
d'extraordinaire pour le recevoir
, continua ſon cheminjuf
GALANT.
147
ques à la Sale du Divan , où il
entra , ſuivy de Meſſieurs Merille
& Noguerres Secretaires de
l'Ambaſſade ſix de ſes Domeſtiques
, & de deux Drogmans.
Le grand Viſir l'y attendoit avec
le Janiſſaire aga , le Cadileſker ,
le Tefterdar , & le Riſchangi
Bachi , tous affis à quelque
distance les uns des autresy
fur un banc de Parquet attaché
à la muraille. Monfieur
l'Ambaſſadeur eſtant entré ,
s'affit for un Tabouret qu'on
avoit placé prés & vis - à- vis du
Viſir. Ils fe firent des complimens
reciproques , fur la joye
qu'ils avoient de ſe revoir , aprés
quoy Monfieur de Guilleragues
ſe leva afin de laiſſer ce Miniſtre
en liberté de terminer les
affaires des Particuliers , & alla
s'aſſeoir ſur le meſme Tabourer
148 • MERCURE
dans un endroit de la Sale plus
éloigné des Plaideurs qui venoient
en foule demander juſtice.
Le grand Viſir leur permit
à tous de s'approcher les uns
aprés les autres , & jugea plus
de cent procés pendant une heure
& demie . Le grand Seigneur
voyoit & entendoit tout parune
alouſie , qui estoit audeſſus du
Siege du Viſir . Lorſque le Divan
fut achevé , on apporta une petite
table ronde devant ce premier
Miniſtre , à laquelle il mangea
ſeul avec Monfieur de Guilleragues
, qui y fut conduit par
le Chaoux Bachi. On en apporta
quatre autres en meſme temps ,
pour le Janiſſaire aga , le Cadileſker,
le Tefterdar , le Riſchangi
Bachi , & pour ceux de la ſuite
de Monfieur l'Ambaſſadeur.
Ses deux Secretaires furent mes
GALANT.
149
nez à la ſeconde , deux autres
François à la quatrième , & trois
à la cinquiéme. Le Cadileſker
mangea ſeul à la troifiéme, comme
eſtant une perſonne de Loy ,
qui ne doit jamais manger avec
des gens d'une Religion differen
te . On ſervit toutes ces Tables
avec beaucoup de magnificence
à la mode du Pays. Les fruits &
le ris n'y manquerent pas. Le repas
dura une heure , & Monfieur
de Guilleragues employa ce
temps bien moins à manger, qu'à
s'entretenir familierement avec
le Viſir , qui écoutoit avec grande
attention tout ce qu'il luy
diſoit par la bouche du ſieur
Fontaine ſon Drogman. Aprés le
repas , Monfieur l'Ambaſſadeur
futreveſtu d'une riche Vefte , &
on en diftribua trente autres à
ceuxde ſa ſuite. Le grand Vifis
150
MERCURE
Fortit du Divan , & s'en alla à
l'appartement du grand Seigneur.
Monfieur l'Ambaſſadeur y fut
conduit un demy- quart d'heure
aprés , avec fon Drogman , ſes
deux Secretaires , & fept autres
perſonnes de fa fuite , chacun
ayant à ſes coſtez deux Capigis ,
qui ne leur firent aucune contrainte
, lors meſme qu'il falut
paroiſtre devant ſa Hauteſſe. Il
entra dans la Salle d'Audience ,
où il vit le grand Seigneur affis
ſur un Trône magnifique , qui
eſtoit placé au fond. Ses habits
eſtoient éclatans de pierreries ,
&il avoit autour de luy ſes prin.
cipaux Officiers . Monfieur l'Ambaſſadeur
le ſalia par une profonde
reverence , & commença
un difcours qu'il prononça d'une
maniere tres- noble & avec
beaucoup de dignité. Le grand
(
د
GALAN T.
151
Vifar l'ayant voulu interrompre
dans la bouche du ſieur Fontaine
qui l'interpretoit , le Grand Seigneur
dit à Monfieur de Guilleragues
qu'il pouvoit pourſuivre,
& demander ce qu'il luy plairoit.
Cette Audience dura prés d'une
demie - heure , pendant laquelle
ſa Hauteſſe parla une ſeconde
fois à Monfieur FAmbaſſadeur ;
ce qui n'avoit jamais eſté fait par
les Sultans , qui ſe ſont toûjours
contentez d'entendre les Ambafſadeurs
, fans leur répondre autrement
que par un ſigne de
teſte , en leur faiſant dire par
leurs Grands Viſirs , qu'ils font
ſatisfaits de leurs complimens ,
& qu'ils répondront à la Lettre
de leurs Maiſtres . Monfieur de
Guilleragues ayant eſté ramené
de l'Audience , remonta à cheval
hors du Serrail , & pour fa152
MERCURE
tisfaire à la coûtume , il ſe rangea
auprés de la porte avec tous ceux
de ſa ſuite , pour en voir fortif
le Grand Viſir & les autres Officiers
, & défiler les Janiſſaires ,
aprés quoy il ſe retira gardant le
meſme ordre qu'il avoit tenu en
arrivant. Cette Audience a eu
trois particularitez qui la diftinguentde
toutes les autres qui ont
eſté accordées auparavant aux
Ambaſfadeurs de France, le nom.
bre de trente Veſtes diftribuées
àſa Suite , neuf perſonnes pour
le ſuivre à l'Audience du Grand
Seigneur , & l'honneur que fit
ſa Hauteffe à Monfieur de Guilleragues
de luy parler juſques
à deux fois. A peine s'étoit- il
mis en chemin pour ſe retirer,
que le Sultant fortit à cheval
par une porte de derrire pour
aller ſe divertir à la chaffe. H
1
GALANT.
153
ſortit encore le lendemain , pour
une autre chaſſe à laquelle il
avoit reſolu d'employer ſoixante
jours , quelque temps fâcheux
qu'il euſt à craindre , cet exercice
n'eſtant jamais plus agreable
à ce Prince , que lorſque le
froid eſt grand, & que les pluyes,
les neges , & les glaces font terribles
. En effet , les gens du
Serrail aſſeurent , qu'encore qu'il
ne ſe ſoûtienne & ne marche
qu'avec peine , il s'échauffe tellement
dés qu'il voit la nege ,
qu'on ne peut jamais luy amener
un cheval affez promptement.
Il part fans attendre perſonne
pour le ſuivre , laiſſant à ſes Officiers
la liberté de l'aller joindre
où ils peuvent.
Le 23. de Decembre ; Monſieur
l'Ambaſſadeur rendit viſite
au Muphti ; il y alla à cheval ,
154
MERCURE
precedé de ſes Janiſſaires , Eſtafiers
, Valets de pied , & Drogmans
, & fuivy de fes Officiers .
Le Muphti , qui est le Chef
principal de la Religion Mahometane
, luy fit de tres - grandes
honneſtetez , & recent avec
un profond reſpect la Lettre de
Sa Majesté qu'il luy preſenta.
Le Café & le Sorbet furent
apportez avec les Eaux de ſenteur
; & aprés qu'ils ſe furententretenus
quelque temps de choſes
generales , M² l'Ambaſſadeur ſe
retira. Il trouva ce Muphti tresmal
logé , plus mal meublé , &
encore plus mal ſervy par dix ou
douze Valets qui compoſoient
tout ſon Domeſtique. Il y a
peut- eſtre plus d'affectation dans
cette fimplicité, que de bonne &
fincere intention , pour ſe conformer
à la pauvreté que l'Alco
GALANT.
155
ran ordonne à ceux de ſa forte ,
qui ne laiſſent pas d'avoir des revenus
ſtables & confiderables .
On fait pour la ſubſiſtance du
Muphti , un fond de deux mille
Aſpres par jour , qui font environ
ſoixante- cinq livres de nôtre
monnoye ; & outre cela , il
peut diſpoſer de quelques Benefices
qui dépendent de certaines
Moſquées Royales , & en tirer le
plus d'argent qu'il luy eft pofſible
, fans craindre d'être accuſé
de corruption . Il a une authorité
ſi grande , que quand il juge ,
ou qu'il decide de quoy que ce
ſoit , le Grand Seigneur meſme
ne s'y oppoſe jamais . Le Sultan
le conſulte dans les affaires d'Etat
, & ne bannit preſque jamais
un premier Viſir
n'oſte un Bacha de ſon employ
د ny
156
MERCVRE
ſous pretexte de crime , ny n'entreprend
rien de confiderable
qu'il n'ait la fentence du Muphti
, parce qu'il paroiſt qu'il y a
plus d'équité dans le jugement
d'un homme de bien , que dans
le pouvoir abſolu du Prince. On
fait rarement mourir le Muphti ;
& quand cela arrive , on le dégrade
avant l'execution. Lorfqu'il
s'agit de crimes énormesou
de trahiſon , on le met dans un
Mortier , qui eſt toûjours gardé
pour cela àConſtantinople , dans t
la Priſon des ſept Tours. Son
corps y eſt pilé & batu , juſqu'à
ce que ſes os & ſa chair ſoient
réduits en boüillie .
Monfieur de Guilleragues vit
auſſi le Capitan Pacha , Gendre
du Grand Seigneur , & fit
cette viſite incognito , ayant
e
،
C
e
0
a
0
e
GALANT.
157
remis à le voir publiquement
en Ceremonie , lorſque ce Pacha
ſeroit de retour à Conſtantinople
, où il exerce particulierement
ſa Jurisdiction ſur
toute l'Armée Navale. Le mois
de Ianvier eſtant venu , il vonlut
prendre ſon Audience de
Congé du Grand Viſir ; mais
des affaires importantes à l'Etat
, obligerent ce Miniſtre de
faire un voyage de dix jours
pour ſe rendre auprés du Grand
Seigneur , qui estoit à la Chafſe
, àmoitié chemin de Conſtantinople
& d'Andrinople. Quelque
jours aprés qu'il fut revenu
de ce voyage , Monfieur l'ambaſſadeur
luy fit demander cette
Audience , qui luy fut accordée
pour le 29. de ce meſme
mois , avec autant de pom158
MERCURE
effet
د
pe , d'éclat & de distinction
qu'il l'avoit euë la premiere fois ,
fans qu'il l'euſt ſollicitée. En
comme il n'avoit pas
crû que l'on y deuſt obſerver
la meſme regularité que l'on
avoit fait dans la premiere , il
avoit déja renvoyé ſes livrées
& ſes habits les plus magnifiques
à Conſtantinople ; ſe contentant
d'aller à l'Audience vétu
d'une fort belle Veſte fourrée
de Marte Zibeline , ſeul a
cheval , & fuivy à pied de ſes
principaux Domeſtiques , vétus
auffi de longues Veſtes , ſans
Valetsde pied. Cependant le 28.
Janvier , le ſieur Fontaine fon
Drogman , vint luy dire , que
le Grand Viſir avoit reſolu de
luy donner encoretrente Veſtes,
pour luy & pour ſa Suite , & de
luy
GALANT. 157
lay envoyer trente chevaux de
ſon Ecurie pour ſa marche.Cette
diſpoſition qu'il n'attendoit pas
l'obligea de prendre d'autres mefures.
Il fit appeller tous les François
qui ſe trouverent à Andrinople
, pour rendre ſon Cortegeplus
nombreux, & pour avoir
plus de Perſonnes dignes de recevoir
l'honneur de la Veſte . Il
fit auſſi revêtir douze Grecs qu'il
avoit à ſon ſervice , d'habits à
leur mode , afin qu'ils environnaſſent
ſon Cheval , & que leurs
Robes à la Greque répondiſſent
àl'Habit long qu'il devoit porter.
Les trente Chevaux envoyez
par le Vizir , arriverent avec
pluſieurs Officiers qui conduiſirent
Monfieur l'Ambaſſadeur au
Serrail de ce Miniſtre. On le
conduiſit d'abord dans la Salle
où l'on donne les Audiences de
Juin 1685 . H
158 MERCURE
cerémonie au Muphti meſme, &
au Favory du Grand Seigneur,
& à peine y eut-il eſté afſis un
demy quart d'heure , qu'on le
vint prendre pour le mener
dans une tres-belle Chambre ,
differente de celle où il avoit eſté
receu la premiere fois. Elle eſtoit
magnifiquement ornée. L'entrée
n'y eſt permiſe qu'à fort peu de
Turcs , & on aſſeure qu'aucun
Chrétien n'y eſtoit jamais entré.
Monfieur l'Ambaſſadeur s'y aſſit
d'abord fur le Tabouret qu'on
luy avoit préparé ſur le Sofa , &
qui estoit poſe ſur la Natte, comme
celuy du Vizir. Ce Miniſtre
eſtant entré un moment aprés ,
Monfieur de Guilleragues ſe leva
pour le ſaluër , demeurant ſur le
Sofa , & l'un & l'autre s'affit dans
le meſme temps. L'Audience qui
dura prés d'une heure , finit par
2
GALANT .
159
les Régales du Café , du Sorbet ,
des Eaux de Senteur ,& du Parfum.
Le Grand Vizir remarquant
que Monfieur l'Ambaſſadeur
avoit quelque répugnance pour
le Café qu'on luy preſentoit ,
parce qu'il eſtoit ambré , commanda
qu'on en apportaſt ſans
ambre , & attendit à prendre le
ſien qu'on luy en euſt ſervy d'autre.
Il luy donna avec beaucoup
de reſpect la réponſe du Grand
Seigneur à Sa Majeſté . Elle étoit
dans un grand Sachet de Brocard
tres - riche , & cacheté d'une
Bulled'or. Monfieur de Guilleragues
la receut avec le meſme
reſpect , ainſi que la Lettre que
ce Miniſtre écrivoit à Sa Majeſté.
Enfuite l'on diſtribua les trente
Veſtes . Monfieur l'Ambaſſadeur
ſe leva un peu après ,& ſe retira
comblé d'honneur plus qu'au-
H 2
158
MERCURE
cun Ambaſſadeurqui euſt jamais
eſté à la Porte. Le Sieur Fontaine
portoit publiquement devant
luy la Lettre de Sa Hauteſſe,qu'il
luy avoit remiſe. Enfin par un
furcroiſt de faveur , le Grand Vi
zir ordonna qu'on luy fourniſt
vingt Chevaux , & vingt Chariots
pour ſon retour , quoy que
la coûtume ſoit que les Ambaſſadeurs
retournent à Conſtantinople
à leurs dépens. On eut de la
peine à trouver ce nombre de
Chariots , parce qu'ils eſtoient
preſque tous employez à la ſuite
du Grand Seigneur , qui continuoit
à prendre le divertiſſement
de la Chaſſe. Ainſi Monfieur
l'Ambaſſadeur ne put partir
d'Andrinople que le 26. Fevrier.
Il trouva les chemins aſſez beaux
pour la Saiſon , & arriva le 22. à
Conſtantinople , ayant pour ſa
GALANT.
159
Perfonne un Carroſſe richement
garny , & fufpendu à la Polonnoiſe
, dont le Grand Vizir lay
avoit fait preſent. Il deſcenditde
Carroffe au fond du Port , où
Monfieur l'Archevêque de Cyfique
, Vicaire Patriarchal, l'attendoit
avec les Marchands François
& Venitiens , & pluſieurs
autres Perſonnes affectionnées à
la France. Il entra en meſme
temps dans un Caïque qu'on luy
tenoit preſt , & qui fuſt ſuivy
d'un grand nombre d'autres. En
paſſant devant Galata , il fut
ſalüé de l'artillerie & de la Moufqueterie
d'un Vaiſſeau , de deux
Barques , & d'une Tartane de
Marseille, & à ſon débarquement
à Tophana , il trouva un Cheval
du Vaivode de Galata , qui
le porta juſques au Palais de
France, où il fut receu de Mada-
H3
169 MERCURE
:
me l'Ambaſſadrice ,& de Mademoiſelle
de Guilleragues ſa Fille,
avec une joye extrême de le revoir
aprés une ſi longue ſéparation;
mais cette joye mêlée de
celle de le voir ſortir avec tant
de gloire d'une affaire fi fameuſe
avant & durant le cours de fon
Ambaſſade , fut de tres - peu de
durée. Cinq jours aprés il fut artaqué
d'une apoplexie , dont il
mourut le s.de Mars, après avoir
receu tous ſes Sacremens , &
donné les plus fortes marques
d'une parfaite réſignation à la
volonté de Dieu . On peut dire
fans exagerer , qu'il a eſté regreté
de toute la Ville de Conſtantinople.
Outre les Grecs , les Arméniens
, & les luifs meſme , les
Turcs , depuis les principaux juſqu'aux
moindres , ont donné des
témoignages publics de la part
11
GALAN T. 161
qu'ils prenoient à cette perte.
Le Capitan- Pacha envoya s'informer
pluſieurs fois de ſa ſanté
pendant qu'il étoit malade , &
dit en preſence de beaucoup de
monde , qu'il n'avoit point connu
de Chrétien qui meritaſt plus
d'eſtre estimé& chery. Le Caimacan
, le Frere du Grand Vizir
Coproli , & les plus confiderables
Officiers de Conſtantinople,
n'ont point caché l'affliction
qu'ilsen reffentoient,& le Grand
Vizir n'en eut pas plûtoſt appris
la nouvelle par un Courier que
le Caimacan luy dépefcha , que
pour témoigner combien il eſtimoit
ſamemoire, il en dépeſcha
auſſi- toſt un autre au Caimacan,
avec ordre de faire faire ſon compliment
de condoleance à madamel'Ambaſſadrice
, & de l'affuzer
que ſon intention eſtoit que
H4
162 MERCVRE
les choſes demeuraſſent ſous fon
autorité , dans le meſme état où
Monfieur de Guilleragues les
avoit laiſſées lors qu'il eſtoit party
d'Andrinople.'ll la fit prier en
meſme temps d'envoyer au plûtoſt
la Lettre de Sa Hauteſſe à
Sa majeſté . Ce miniſtre ordonna
de plus au Caimacan de faire en
forte que madame l'Ambaſſadrice,&
tous les François fuſſent
encore dans une plus grande
confideration , s'il ſe pouvoit ,
que pendant la vie de Monfieur
l'Ambaſſadeur . Le Caimacan qui
appella le St Fontaine ſitoſt que
cét ordre fut venu , pour l'envoyer
affeurer Madame l'Ambaſſadrice
des intentions du Grand Vizir,
luy recommanda auſſi ſur toutes
choſes , de luy donner avis de
tous les beſoins qu'elle pourroit
avoir pour ce qui la touS
コ
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1
ROM: IMP SEMP: AUG :
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OPPUGNARICAPTAD
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SBAAASRCVSAMSAELRAARRSETXUTAXAOSAR
IMMVEMIREEUNNESCNDRUUAEEMS.
GALANT.
163
che en particulier , & pour le
biendu Commerce , & la feureté
des intereſts de l'Empereur de
France dans les Etats du Grand
Seigneur ſon maiſtre ; ce qui fait
connoiſtre la haute réputation
que Monfieur de guilleragues
s'eſtoit acquiſe à la Porte.
Le Roy a nommé Monfieur
Girardin , qui a eſté Lieutenant
Civil , pour aller remplir ſa Place
àConſtantinople. C'eſt unHomme
qui a la prudence , l'efprit, &
la fermeté qui font néceſſaires
pourbien ſoûtenir un pareil employ.
Il a eſté déja en Turquie,
& c'eſt un avantage pour luy,
puis qu'il connoiſt le Pays , & la
langue Turque.
Je vous envoye une nouvelle
Medaille de l'Empereur , qui a
efté frapée aprés la levée du
Siege de Vienne. Ces paroles
Hs
164 MERCURE
CÆSAR SARMATA REX,
&c. font gravées ſur l'épaiſſeur
du rebord.
L'Ouverture de l'aſſemblée
Generale du Clergé de France,
fe fit à Saint Germain en Laye
le 4. de ce mois , dans l'Egliſe
des Recolets , par une meſſe du
Saint Eſprit . Monfieur l'archeveſque
de Paris officia en habits
Pontificaux , & Monfieur l'Eveſque
d'Amiens preſcha ſur le ſujet
de cette Affembée. Ceux qui la
compoſent ſont.
PROVINCE DE PARIS.
Monfieur l'Archeveſque.
Monfieur l'Eveſque de Chartres .
Meſſieurs les Abbez Cheron , &
de Luſancy.
SENS.
Monfieur l'Archeveſquede Sens.
Monfieur l'Eveſque de Troye.
GALANT.
165
Meffieurs les Abbez de Chavigny
& Pecquot.
ARLES.
Monfieur leCoadjuteur d'Arles.
Monfieur l'Eveſque de Saint Paul
Trois-Chaſteau ..
Meffieurs les Abbez Roubant&
de Vintimille..
TOULOUSE.
Monfieur l'ArcheveſquedeToulouſe,
Monfieurl'Eveſque de S. Papoul..
Meſſieursles Abbez Rouſſeau &
de Gives.
ALBY.
Monfieur l'Archeveſqued'Alby.
Monfieur l'Eveſque de Mande.
Meſſieurs les Abbez Hennequin
*& Langlois.
BOURGES.
Me l'Archeveſque de Bourges.
Monfieur l'Eveſque de Tulles.
H6
166 MERCURE
Meſſieurs les Abbez du Favoit ,
de Serocourt, & Phelippeaux,
Agent.
ROUEN.
Monfieur le Coadjuteur de
Roüen.
Monfieur l'Eveſque de Liſieux.
Meſſieurs les Abbez de Grancey
& de Champigny .
BORDEAUX.
Monfieur l'Archeveſque deBordeaux.
Monfieur l'Eveſque de Condom.
Meſſieurs les Abbez de Vaillac
& d'Aubigny .
Auch .
Monfieur l'Archeveſqued'Auch.
Monfieur l'Eveſque de l'Eſcar.
Meſſieurs les Abbez de Pibtac &
de Poudenx.
VIENNE .
Monfieur l'Eveſque du Vivier.
Monfieur l'Eveſque de Valence.
GALANT.
167
Meſſieurs les Abbez le Camus ,
Blache, & de Villars, Agent .
REIMS .
Monfieur l'Eveſque d'Amiens.
Monfieur l'Evêque de Boulogne.
Meſſieurs les Abbez de Sillery,de
Beuvron & Defmarets, ancien
Agent.
TOURS .
M. l'Eveſque de Quimper.
M. l'Eveſque du Mans .
Meſſieurs les abbez amelot &
Robert.
Αιχ.
: M. l'Eveſque d'Apt.
M. l'Eveſque de Siſteron .
Meffieurs les Abbez de Fourbin
&de Vallavoir.
NARBONNE.
M. l'Eveſque de Lodeve.
M. l'Eveſque de Carcafſonne .
Meſſieurs les abbez de Caſtres,de
l'augnac,&deBeſons, ancien
Agent.
168 MERCURE
LYON.
M. l'Eveſque de Chalons.
M. l'Eveſque de Mâcon .
Meſſieurs les Abbez de Chalmafel
& Brochond.
AMBRUN.
M. l'Eveſque de Digne.
M. l'Eveſque de Vence.
Meffieurs les Abbez Drubec &
de ratabon.
Monfieurl'Archeveſque de Paris
preſide à cette Aſſemblée ,qui
a Meſſieurs les abbez Deſmareſts
ancien agent , & Cheron pour
Promoteurs , & Meſſieurs les
Abbez de Beſons ancien agent ,
& Hennequin pour Secretaires.
Deux jours aprés , Meſſieurs les
Prelats & Deputez ſe rendirent à
Verſailles à l'Audience du Roy ,
à laquelle ils furent conduits par
Monfieur le marquis de Blainvil
le , Grand Maître des Ceremo
GALANT. 169
nies. Monfieur l'Archeveſque de
Paris harangua le Roy , & luy
preſenta les Deputez;aprés quoy
ils eurent audience de monfeigneur
leDauphin, & de Madame
la Dauphine. Le 11. du mesme
mois , Monfieur le Pelletier Controlleur
general des Finances , &
Monfieur Boucherat Confeiller
d'Estat , s'eſtant rendus à faine
Germain à leur Affemblée , avec
Monfieur le marquis de Seigne
lay , y furent receus en qualité de
Commiſſaires du Roy. Monfieur
Boucherat porta la parole , &
leur preſenta une Lettre de Sa
Majesté , dont il leur expliqua les
intentions. Ils y retournerent
le 14. & Monfieur l'Archeveſque
de Paris , comme Prefident de
l'aſſemblée , leur dit que le Clergé
avoit accordé tout d'une voix.
la ſomme de trois millions an
170
MERCVRE
Roy , en forme de don gratuit.
Le Jeudy 7. de ce mois , ce
Prelat receut l'Abjuration du Fils
de Monfieur de Fontaine Veille
de Coignée , dans la Chapelle du
Roy , à ſaint Germain. Ce jeune
Gentilhomme , âgé ſeulement
de vingt ans , eſt d'une des plus
anciennes Familles de la Province
du Maine , & Neveu de Mefſieurs
les Marquis de Coignée ,
de Thou , & de Thouars. Sa
Profeffion de Foy fut d'autant
plus folemnelle , qu'il la fit devant
tout le Clergé aſſemblé en
ee lieu là pour les affaires de l'Eglife
, comme je viens de vous
le marquer. Monfieur l'Archevêque
ayant embraffé ce nouveau
Converty , avec de grandes marques
de joyede ce qu'il avoit renoncé
à ſes erreurs , Meffieurs les
autres Prelats firent tous la mêGALAN
T 171
me choſe. On parla de cette converſion
au Roy ,& ce monarque
témoigna beaucoup de fatisfation
,d'apprendre qu'elle s'eſtoit
faite par les ſoins de Monfieur
des Cheſnes , Lieutenant general
des Eaux & Foreſts du Bailliage
d'Alençon. Sa majeſté loüa fort
fon zele , ſe ſouvenant que le
meſme Monfieur des Cheſnes luy
avoit preſenté le dernier mois
Monfieur Larpent , miniſtre converty
de la Ville de Séez .
Monfieur l'Eveſque de Saint
Brieu , continuant avec ſa vigilance
ordinaire à procurer le ſalut
de ceux de ſon Dioceſe , entre
autres Abjurations qu'ila fait faire
depuis peu de temps , a recen
celle de mademoiselle de Breilmeneu
; de forte qu'il ne reſte
plus que quatre Familles de la
Religion Pretenduë Reformée
171 MERCURE
dans tout le Diocese de S. Brieu ,
du grand nombre qu'ily en avoit
lorſque ce Prelat en prit poffef.
fion.
Le 30. du dernier mois,Mada
me l'Abeſſe de Farmonſtier en
Brie , mourut fort regretée de
toute fa Communauté. Elle s'appelloit
Marie Conſtance du Blé ,
& eſtoit Fille de meſſire lacques
du Blé , Marquis d'Huxelles , &
Baron de Cormatin en Bourgo
gne, Lieutenant general des Ar
mées du Roy , Gouverneur &
Bailly deChâlons, fur Saone , &
de Dame Claude Phelipeaux la
Vrilliere . La Maiſon du Blé dont
elle fortoit, eſt une des premieres
& des plus anciennes de Bour
gogne. Madame l'Abbeſſe de Farmonſtier
dont je vous parle,
avoit l'eſprit élevé & fort péneerant
, & faifoit paroiſtre une exGALAN
T. 173
trème vivacité dans toutes les affaires
qu'elle traiteit. Aufſi n'at'elle
jamais balancé ſur les réponſes
qu'elle avoit à faire, quelque
matiere qu'on ait pû luy
propoſer. Elle y fatisfaiſoit dans
le meſme temps , auſſi ſagement
&auffi folidement que fi elle en
avoit fait fon étude particuliere.
Elle entendoit parfaitement la
langue Latine ; & lors qu'elle
parloit à ſa Communauté , l'ordre,
la facilité& la netteté d'expreffion
accompagnoient ſes dif- -
cours , les Paſſages des Peres
qu'elle citoit à propos ,& la grace
naturelle qu'elle avoit à prononcer
ce qu'elle diſoit , prévenoient
fi bien les eſprits en fa
faveur , qu'on ne ſe laſſoit jamais
de l'entendre . Dans ſes momens
de loiſir elle préferoit la lecture
à toutes choſes , & prenoit un
174 MERCURE
extréme plaisir à ſe remplir l'efprit
des veritez , & des maximes
les plus ſaintes de noſtre Religion.
Elle en parloit ſcavamment
, & avec beaucoup de pieté
car elle vouloit que le coeur
en fuſt remply , ainſi que l'eſprit.
C'eſt pourquoy on luy a ſouvent
entendu dire , que l'on parloit
aiſément des choſes ſaintes, mais
qu'on ne les réduiſoit pas également
en pratique , & que cependant
l'un ſans l'autre n'eſtoit
d'aucune utilité pour le Salut. E
Les actions & les paroles édifiantes
qui ont précedé ſa mort , ont
accompagné ſes derniers momens.
Elle a préveu en quelque
façon le changement qui devait
ſe faire en elle , & elle s'y eſt
preparée pendant quelques mois,
partous les exercicesde penitencequ'elle
pouvoit pratiquer. La
C
GALANT.
175
mort d'un ſage Directeur , en qui
elle avoit mis fon entiere confiance
depuis un fort grand nombred'années
, fut un préſage qui
luy fit connoître que le tempsde
la ſienne s'approchoit. Elle n'avoit
pas encore eſſuyé ſes larmes
pour une perte qui luy eſtoit ſi
ſenſible , lors qu'elle fut attaquée
de la maladie dont elle eſt
morte. Sa patience n'y a pas
moins éclaté que fa reſignation
& fon amour pour ſon Createur.
Elle prenoit elle meſme ſoin de
conſoler toutes les perſonnes qui
l'aſſiſtoient , & qui s'affligeoient
de l'extrémité où ſon mal l'avoit
reduite. Elle demandoit des Cantiques
de joye pour fon heureuſe
delivrance de la priſon de ce
monde , & prioit les Religieuſes
de moderer leur douleur , par
l'eſperance qu'ellea toûjours tés
176 MERCURE
peu
moigné avoir , que celuy qui l'avoit
fait naiſtre dans l'Eglife , luy
donneroit entrée dans la Gloire.
Il ſembloit que Dieu l'euſt deſtinée
à un travail preſque ſans
relâche , puis qu'à peine avoit
elle commencé à goûter quelque
repos dans ſa premiere Maiſon de
Saint Menou , qu'il l'en retira
pour la faire entrer dans cellede
Farmonſtier , où elle a fort
joüy de l'état tranquille qu'elle
s'y eſtoit acquis. Madame de Beringhen
ſa Niece , qui estoit Religieuſe
dans cette Abbaye , luy a
fuccedé , par la Nomination du
Roy. Elle eft Fille d'Henry,Comte
de Beringhen , premier Ecuyer
de Sa Majesté , Chevalier
de ſes Ordres , & Gouverneur
des Citadelles de Marseille
&de Dame Anne du Blé d'Huxelles
, foeur de la defunte Abbeffe.
1
GALANT.
177
Il arrive de temps en temps des
choſes ſi extraordinaires , qu'il
eſt difficile de ne pas croire
qu'elles ſe font par des inſpirations
ſecretes , dont nous tâcherions
inutilement de pénetrer le
myſtere. Telle eſt l'action d'une
jeune perſonne de dix- sept ans ,
Fille de Monfieur Olivier, Intendant
du grand Prieur de Saint
Jean , quia cauſé un étonnement
inconcevable à toute la Ville de
Toulouſe où s'eſt paſſé ce que
jevay vous en dire. On l'a toûjours
veuë dans de fort grandes
pratiques de devotion ;& comme
elle avoit ſouvent entendu pref-
- cher contre les Femmes qui
- n'ont pas ſoin de cacher leur
gorge , elle reſolut de ſe mettre
hors d'état de montrer jamais la
ſienne. Elle appreſta deux compreſſes
trempées dans du vin, du
178
MERCURE
fucre , & de l'huile , & avec un
raſoir dont elle s'eſtoit munie ,
elle ſe coupa le coſté gauche du
ſein juſqu'à la poitrine. Pendant
qu'elle s'appliquoit l'une des
compreſſes , ſa Mere l'appella
pour quelque ſoin domeſtique.
Elle fortit de ſa chambre ; &
aprés s'eſtre acquitté des commiffions
qu'on luy donna , elle
retourna au meſme lieu ; & toujours
également ferme dans ſa
refolution , elle porta le raſoir fur
le coſté droit qui luy reſtoit à
couper. Elle ſe ſervit de l'autre
compreſſe ; mais elle ne put fi
bien l'appliquer , qu'on ne s'apperceuſt
du Sang qui couloit. Sa
Mere effrayée, envoya chercher
Monfieur la Piriere , Chirurgien
Juré de la Ville , pour la panſer ,
& l'on eut beaucoup de peine à
obtenir d'elle , qu'elle laiſſaſt voir
le
GALAN T.
179
le mal qu'elle s'étoit'fait.Ce que je
vous dis eſt arrivé le leudy 31. de
May. On pourroit croire qu'ily
auroit eu de l'égarement d'eſprit ;
mais on affeure que cettejeune
perſonne à toûjours eſté dans ſon
bon ſens . Ellea proteſté que cette
fanglante operation ne luy avoit
caufé aucune douleur , & qu'elle
s'yétoit reſoluë par le motifqueje
vous ay dit. J'ay veu une Lettre
du 6.de ce mois, qui porte qu'elle
n'avoit point de fiévre , & que fa
vie ne couroit aucun danger .
L'bondance des matieres qui
rempliſſoient ma Lettre le dernier
mois , fut cauſe que je ne
vous parlay point des Ambaſſadeurs
de Moſcovie. J'ay accoutumé
de traiter ces fortes d'articles
ſi à fonds , que vous jugez
bien que la place me manquoit,
pour mettre dans une meſme
Inin 1685 . I
180 MERCURE
Lettre tant de choſes conſiderables
par elles- meſmes , & par le
grand nombre de circonstances
qui les accompagnent. Avant
que de vous rien dire de l'Entrée
de ces Ambaſſadeurs à Paris ,
vous voulez bien que je vous
faſſe obſerver , que les Moſcovites
n'en font jamais partir de
chez eux , que pour aller en diverſes
Cours en la meſme qualité
, parce qu'eſtant deffrayez , &
leur équipage voituré dans tous
les lieux où ils vont en Ambaſſade
, tout leur voyage ne leur coute
rien , ny pour aller , ny pour
revenir . Les choſes ſe ſont pafſées
autrement , pour ce qui regarde
ces derniers Ambaffadeurs.
Comme il s'agiſſoit de les
envoyer àun Monarque , qu'admirent
ceux meſme qui ſont
aloux de ſa gloire , les Czars
GALANT. 181
,
ont voulu qu'ils vinſſent tout
droit en France , ſans faire la
fonction d'Ambaſſadeurs dans
aucune autre Cour , & qu'ils retournaſſent
à Moſcou de la même
maniere pour faire connoître
qu'ils en étoient partis
exprés pour venir en France ,
& qu'ils n'avoient rien à voir
aprés avoir veu le Roy. On les a
meſme preſſez de partir, avecdes
ordres de ne ſe point arreſterdans
leur voyage. La jeune ſſe desdeux
Czars , l'infirmité de l'aîné ,& les
ſeditions de cet Empire à peine
appaiſées , ont fait dire à quelques-
uns , que cette Ambaſſade
eſtoit moins glorieuſe pour le
Prince à qui elle s'adreſſoit , que
ſi la Moſcovie eſtoit gouvernée
parun ſeul maître , qui fuſt grand
Politique & grand Conquerant,
12
182 MERCURE
Ceux qui parlent de la forte , ne
connoiſſent pas les Czars ; & ce
que je vais vous en dire , vous
perfuadera aiſément que la pénetration
de leureſprit,leur ayant
fait concevoir la grandeur & les
admirables qualitez du Roy , ils
ont crû ne pouvoir mieux faire
que de rechercher ſon amitié ,
preſque auſſi-toſtqu'ils ſont montez
ſur le Trône. Quand dans ma
Lettre de luillet 1682. je vous
parlay de la mort de Theodore
Alexouvits dernier Grand Duc ,
arrivée le 27. Avril de la meſme
année , je vous dis qu'on avoit
choiſi le Prince Pierre Alexouvits
, ſon frere puiſné du ſecond
lit , qui n'avoit que dix ans , pour
luy fucceder , au prejudice de
Jean qui estoit l'aiſné , mais que
ſes infirmitez rendoient incapable
du Gouvernement. L'eſtois
GALANT. 183
alors mal informé de ſon âge ,
puiſqu'il a preſentement ſeize
ans , & le Prince lean dix- huit .
Cependant dans cette grande
jeuneſſe , ils ont déja fait voir par
des traits de polítique , & d'amitié
fraternelle , qu'ils ont & beaucoup
de cet eſprit neceffaire pour
regner ,& beaucoup de ces manieres
qui font l'honneſte homme
, & qui engagent les coeurs.
Le dernier Czar eftant mort , &
Pierre ſon frere puiſné ayant été
choiſi pour ſon Succeſſeur , des
Seditieux , qui n'ont nul merite
pour afpirer à une haute fortune,
qui ne peuvent s'établir ſelon
l'ambition qui les devore , que
dans ledeſordre & dans le tumulte
,&qui ſe mettent peu en peine
s'ils renverſent un Etat , pourveu
qu'ils s'élevent, engagerent l'Ar
mée à ſe revolter : ſous pretex
13
184 MERCURE
te qu'e'le n'eſtoit pas payée.Un
de ces Seditieux voyant les Troupes
fatisfaites , plûtoſt qu'il n'avoit
crû qu'elles deuſſent l'eſtre,
ce qui l'empeſchoit de profiter
des troubles qu'il avoit excitez,
remua fi bien , que par le moyen
de ſa cabale, il vint àbout de faire
nommer à l'Empire le Prince
lean , aiſné des deux Czars qui
regnent preſentement. C'eſt un
Prince fort incommodé , & qui
a la veuë tres- baſſe. Les brigues
qui furent grandes pour luy ,
ayant éclaté tout d'un coup , fon
party fut le plus fort, parce qu'on
n'avoit pris aucune précaution
pour s'y oppoſer. Les ambitieux
crurent alors qu'ils alloient devenir
les maiſtres de l'Etat , &
qu'il ne leur manqueroit pour
regner que le nom de Souverains
. Cependant le cadet des -
GALANT .
185
Czars , déja politique , quoy
que dans un âge fort peu avancé,
& prévenu d'eſtime & d'amitié
pour ſon Frere , les trompa tous.
Il s'unit avec le Prince lean ſon
aiſné , & luy dit qu'il ſouhaitoit
regner avec luy . Ce Prince charmé
du merite & de l'amitié de
fon Cadet , luy répondit qu'il
vouloit que ſa poſterité regnaſt,
& le pria d'accepter une Femme
de ſa main, & le Commandement
de ſes armées , quand les occaſions
ſe preſenteroientde les faire
agir pour ſon ſervice. Ce font
ces deux Freres ſi unis , qui pé.
netrez de de la Grandeur de Sa
Majefté , ont envoyé en France
les Ambaſſadeurs , dont je vay
vous entretenir. Le Roy ſcachant
qu'ils estoient arrivez à Ham
bourg , & qu'ils devoient venir
débarquer à Calais , choifit Mon-
14
186 MERCURE
ſieur Torf , l'un des Gentilhommes
de ſa Maiſon , pour les y recevoir
, parce qu'il s'eſt toûjours
tres bien acquitté des Commiſſions
de cette nature , & qu'il
s'eſt méme diſtingué en beaucoup
d'autres occafions. On
avoit envoyé avec luy des Officiers
pour les traiter , & tout ce
qui estoit neceſſaire pour les con.
duire. On apprit que le premier
Ambaſſadeur ſe nommoit Simeon
Ierafieuvits Almazovν ,
qu'il commande l'une des quatre
Compagnies de Nobleſſe qui
font à Moſcou , & qui ne marchent
que lors que le Czar va
en campagne , & qu'il eſt un de
ceux qui portent les plats ſur la
table de cet Empereur ; non pas
en qualité de Maistre d'Hoſtel ,
mais parce que les plus grands.
Seigneurs de Moſcovie les por
GALANT..
187
tent ſur la table de leur Prince.
Il a un Fils qui a épousé la Soeur
de la Femmede celuy des Czars
qui eſt marié. Le ſecond Ambaſſadeur
n'eſt pas Vicechancelier
comme on la crû , mais fon
Employ eſt fort confiderable ,
& c'eſt comme qui diroit icy
Chefd'un Bureau , dontd'autres
Bureaux dépendroient. Ces Ambaſſadeurs
avoient avec eux un
homme de beaucoup de merite,
& fort eſtimé en cePays- là. Les
Czars luy donnerent un Gouvernement
des plus importans ,
peu de jours avant qu'ils euſſent
nommé ces Ambaſſadeurs pour
venir en France. Ce nouveau
Gouverneur l'ayant appris , pria
les Czars , ou de luy permettre de
demeurer quelque temps fans al
ler à ce Gouvernement, ou de le reprendre
,&de Souffrir qu'il accom
Is
188 MERCURE
(
pagnaſt les Ambaſſadeurs qu'ils en
voyoient à l'Empereur des François,
afin qu'ilpuſt voir ce grandHomme
dont on publioit tant de merveilles.
Les Czars furent bien aiſes de
voirque leurs Sujets avoient pour
le Roy la meſme eſtime qu'ils avoient
eux-meſmes pour ce Monarque
; & ils luy permirent avec
plaifir d'accompagner leurs Ambaſſadeurs
. Le Gouverneur de
Smolenfco , l'une des plus fortes
Places qui appartiennent aux
Czars , entendant continuellement
parlerde ce que Sa Majeſté
fait de grand envoya auſſi ſon
Fils avec ces meſmes Ambaſſadeurs
, afin qu'il luy rapportaſt fi
tout ce qu'on en diſoit étoit veritable
,& il le chargea meſme de
luy aporterbeaucoupde Portraits
reſſemblans de ce Monarque ,
qu'il luy ordonna faire faire . Ces
GALANT.
189
Ambaſfadeurs Extraordinaires
avoient encore avec eux quatre
Secretaires , un Interpretes Latin,
fort confideré des Czars,& nommé
par ces Princes, & une Suite
fortnombreuſe. Ils arriverent le
12. de May à Saint Denis. Le 16.
Monfieur de Bonneüil Introduteur
des Ambaſſadeurs , alla les
viſiterde la partdu Roy ; & le
17. Monfieur le Maréchal de
Humieres, & le meſme Monfieur
de Bonneüil , allerent les prendredans
les Caroſſes de Sa Majeſté
, & de Madame la Dauphine,
&les amenerent à Paris. Ces
Carroffes estoient ſuivis de trois
Carroffes de Monfieur le maréchal
de Humieres , de celuy de
Monfieur de Bonneüil, & de plufieurs
autres pour la fuite de ces
Ambaffadeurs , qui montoit en
viron à quatre-vingt perſonnes.
16
190 MERCVRE
Il y en avoit plufieurs à cheval ,
parmy leſquels fix Trompettes &
unTimbalier ſe firent entendre .
Comme le Doge de la Republique
de Genes étoit alors à Paris,
& qu'il y avoit meſme tres- peu
de jours qu'il avoit eu Audience
du Roy , ecs Ambaſſadeurs qui
avoient oüy parler de ce qui s'étoitpaffé
entre la France & cette
Republique , demanderent à en
eſtre plus particulierement in
ſtruits ; & loin de marquer de
l'étonnement de voir icy un Do.
gedeGenes , ils dirent qu'ils n'en
estoient point furpris , &qu'ilfaloit
que le Roy fust le plus grand Prince
du monde , puisque les Czars leurs
Maistres , qui estoient deſi puiſſans
Empereurs, & qui n'avoient jamais
recherché l'amitié d'aucun Souverain
, demandoient la fienne ; &
que si le Roy & leurs Maîtres
GALANT. 191
estoient unis, ils pourroient conquerir
toute la Terre. L'envie qu'ils avoient
de paroiſtre devant Sa
Majesté & de mander aux Czars
qu'ils avoient vû ce monarque,
✓les obliga de preſſer leur Audience.
Ils l'eurent le 22. de maу.
Monfieur le maréchal de Humieres
, accompagné de Monfieur de
Bõneüil,avec les Caroſſes duRoy
& de Madame la Dauphine , les
alla prendre à l'Hoſtel des Ambaſſadeurs
extraordinaires , où ils
eſtoient logez , & nourris , &toûjours
accompagnez de Monfieur
Torf. Ils partirent dés le matin ;
& aprés s'étre repoſez pendant
quelque temps , dans la Sale deſtinée
aux Ambaſſadeurs qui vont
à Verſailles pour avoir audiences
du Roy,ils allerent à celle de S. M.
Commeils furent receus avec les
honneurs qu'on rend aux Ambaf192
MERCURE
fadeurs des Teſtes couronnées ,
les Compagnies des Regimens
des Gardes Françoiſes & Suifſes
eſtoient ſous les armes.
Les Gardes de la Porte & les
Archers du Grand Prevoſt ,
eſtoient en haye dans la Court ;
lesCent- Suiffes ſur l'Escalier , &
lesGardes du Corps auffien haye
&fous les armes dans leur Sale.
Monfieur le Maréchal Duc de
Duras , Capitaine des Gardes en
quartier, les receut à la porte ,&
les conduifit juſques au pied du
Trône de Sa Majesté , où aprés
trois profondes reverences , le
premier de ces Ambaſſadeurs fit
le difcours ſuivant en langue
Mofcovite. Jevous l'envoye traduitlitteralement
.
P
Ar la grace de Dieu en laTrinité
glorieuse , lestres- Serenif
GALANT. 193
fimes & tres- puiſfans Grand Seigneurs
, Czars & Grands Ducs ,
Ivane Alexouvits & Peter Alexouvits
de la grande , petite & blanche
Ruffie , Autocrateurs de Mofcovie
, Kiovie , Vvolodimer & Nougorod,
Czars de Casan , Czars d'AStracan,
Czars de Siberie, Seigneurs
de Plescou , & Grands Ducs de
Smolenfco , de Tuerski, d'Ingorie, de
Permie, de Beatra, de Bulgarie , &
d'autres ; Seigneurs & Grands Ducs
de Norogrod , du Pays- bas de Quernigou
, de Besan , de Roſtof, de
Ieresbaf, de Beloferie , d'Obdorie ,
Condinies , & de toutes les parties
du Nord , Dominateurs , Seigneurs
du Pays d'Irerie , de Carthalinie ,
Gronfine , Czars ; &de Cabardin
, Terres des Duchez de Circafſte,&
de Georgie , &deplusieurs
autres Seigneuries & Terres Orien
tales . Occidentales & Septentrio
وک
194
MERCURE
nales , dont ils font heritiers de
Pere en Fils, poffefſeurs & Seigneurs
abfolus.
)
Tres - Sereniffime &tres- Puiſſant,
grand Prince , Seigneur LOUIS
XIV. de Bourbon , par la grace de
Dieu Empereur de France & de
Navarre , & de plusieurs autres.
Nos Maîtres nous ont envoyez vers
vostre Royale Majesté , pour la fa.
lüer de leur part , & pour apprendre
l'état defaſanté.
Le Roy ayant alors demandé
des nouvelles de la ſanté des
Czars , les Ambaſfadeurs répondirent
, Quand nous sommes partis
d'auprés de vos Freres , les tres
Serenißimes , & tres - puiſſans
Seigneurs CLars & Grands Ducs, Ils
répeterent icy les meſmes titres,
Nous les avons laiffez en tresparfaite
fanté dans leur grande
Ville Royale de Moscovie.
GALANT .
195
Ils ajoûterent , en preſentant
leur Lettre de créance , & repetant
de nouveau les titres des
Czars.
Les Sereniffimes tres puiſſans
grands Seigneurs Czars , & grands
Ducs Ioane & Peter Alexouvits
nous ont envoyez vers Vous , Sire
leur Frére , pourpresenter ces Let
tres d'amitié à vostre Royale Majesté.
2
Les tres - Sereniffimes & trespuiſſans
grands Seigneurs Clars &
grands Ducs nous ont commandé de
dire à leur Frere , par la grace de
Dieu Empereur de France & de
Navarre , que les Ancestres des tresgrands
& tres- puiſſans Chars , nos
Seigneurs & nos Maiſtres , ont toûjours
eu pour vostre Royale Majesté
une amitié fraternelle , un amour de
charité , & une aimable correfpondance
, comme il aparu mesme en la
196 MERCURE
perſonne de Michaëlovvits , d'heureuſe
&d'eternelle memoire , Czar
&grand Duc de la grande, petite
&blanche Ruffie , & Pere de tres.
puiſſans Seigneurs & Czar de Mofcovie
, lequel a toûjours conſerve
pour vostre Royale Maiefté une ami.
tiéfraternelle & un amqur de charité,
parles amiables correspondan.
ces qu'il a cuës avec Ellependant
tout le temps qu'il avécu ; &aprés
qu' Alexis Michaëlovvits Souverain
de la grande , petite & blanche
Ruffie , Pere des grands &puiſſans
Czars de Mossovie , fut paſſé du
Royaume de la Terre en celuy du
Ciel, Theodore Alexovvits,freredes
tres- puiſſans Czars de Mofcovie ,
estant pour lors affis glorieusement
Sur le Trône du Royaume des Roxolans
, & ayantsuccedé àla Souveraineté
de la grande , petite &
blanche Ruſſie , après que cent qua-
1
GALANT.
197
tre- vingts-neuf ans ſe furent écou
lezſans que les Czarsfes Prédeceffeurs
euſſent'envoyé en France,falua
Vostre Royale Majesté par opifer ,
Pierre Petechinſes Ambassadeurs ,
Estienne Polchorum Son Vice-
Chancelier , & luy fit connoistrefon
élevation fur le Trône de ſes Peres,
lagloire defon Régne , le defir&
l'inclination qu'il avoit de vivre
avec Elle en tres-parfaite intelligence.
Mais Dieu tout- puiſſant ,
Modérateur de toutes choses , qui
par le repos eternel de fa volonté
Souveraine conſerveles Monarchies,
ayant enlevé du Trône de la Terre
pour celuy du Cielle tres puiſſant
Czar Theodore Alexouvits , fit par
Sagrace toute puißante &finguliere
, que Jean Alexouvits & Pierre
Alexonuitsfes freres , furent élevez
enſa placefurle Trône du glorieux
Royaume des Roxolans , prenant
198 MERCURE
ensemble le Sceptre de la grande ,
petite& blanche Rußie , &poffedant
d'un commun accord les grandes
Dominations qu'ils ont beritées
de leur Pere & de leurs Ayeux dans
l'orient,l'Occidet&le Septentrio.Et
depuis aprés la mort dutres.puiſſant
Prince Theodore Alexouvits , d'heu
reufe & eternelle memoire freres des
Czars , ils ont envoyéderechefleurs
Ambasadeurs vers vostre Royale
Majesté, pour luy prefenter des Lettres
de leurpart , par lesquelles en.
tr'autres chofes its lafollicitoient à
une plus ferme & plus inviolable
focieté touchant les affaires de l'une
&de l'autre Couronne ; & vostre
Royale Majesté prit dés- lors reſo.
lution de leur envoyer des Ambaſſa
deurs.
Les tres - puiſſans Seigneurs ; &
grands Ducs Iean Alexouvits ,
Pierre Alexouvits , Princes fouve
GALANT WEASE
199
vains de la grande , petite & blanche
Ruffie , voulant continuer avec
* voſtre Royale Majesté l'amitiéfraternelle
& les correspondances que
les Czars leurs Prédeceffeurs avoient
Sollicité & Souhaité d'obtenir par
leurs Ambassadeurs , nous ont envoyez
en cette qualité vers voſtre
Royale Majesté & Frere , pour l'af-
Jurerde leurparfaite Santé, de la
gloire de leur Régne , de la joye
qu'ils ont d'apprendre l'estat dela
fienne , laforce de ſes Armes , les
Succez furprenant de ſes glorieuses
entrepriſes, &pour luyfaire connoiſtre
l'inclination extréme que les
Czars ont de vivre avec Elle en
bonne & parfaite intelligence ; &
enfin pour luy proposer des affaires
qui faſſent croiſtre de plus en plus
l'amitiéfraternelle & la bonne intelligence
entre les Czars nos Maiſtres
&vostre Royale Majesté. Elle
200 MERCURE
.
aura donc la bonté , s'il luy plaiſt ,
d'entrer avec nous en conference,
de nous donner des Commiſſaires ,
pour traiter avec eux des affaires
pour lesquelles noussommes envoyez,
& pour en porter la réponse aux
Czars nos Maitres&nos Seigneurs.
Aprés ce diſcours , cét Ambaſſadeur
fit apporter les Preſens
par plus de cinquante perſonnes
de ſa ſuite. Ils confiſtoient
en pluſieurs pieces de
riches Etofes & de rares Fourrures
; un Sabre garny de pierreries
, une Marte Zibeline vivante
, &un Oyſeau de proye
qui vole ſur l'Aigle. L'audience
eſtant finie , ces Ambaſſadeurs
furent traitez magnifiquement
avectoute leur ſuite parles Offi .
ciers de Sa Majesté , & teconduits
à Paris avec les mêmes ceremonies
.
GALAN T. 201
Le premier de luin , ils ſe rendirent
à Versailles , à l'appattement
de Monfieur Colbert de
Croaffy. Ce Miniſtre les receut
dans ſon Cabinet , & il eut
avec euxune longue Conference
ſur le ſuiet de leur Ambaſſade.
Vous ſçavez que le ſeeret eſt
impenetrable en France ; mais
quand il y auroit quelque facilité
à le découvrir , ce n'eſt point
à moy d'entrer dans les myſteres
d'Etat , & moins encore d'en
parler. le ne sçaurois pourtant
m'empeſcher de vous dire pour
la gloire du Roy , qu'il paroiſt
en cette occaſion, que ce Prince
ayant donné la Paix à l'Europe,
ne veut rien faire qui puiſſe en
alterer le repos; & que tous les
avantages qu'on luy pourroit
propoſer , ſeroient incapables de
l'ébranler là-deſſus. Ces Ambaſ
202 MERCURE
fadeurs demanderent avec grande
inſtance , que Sa Majesté
nommaſt un Ambaſſadeur , ou
du moins un Envoyé , afin que
leurs Maiſtres euſſent le plaiſir
d'avoir à leur Cour un Miniſtre
d'un ſi grand Monarque. Cette
demande fait voir que le Roy
n'y en avoit point dans le temps
que lesjaloux de ſa gloire avoient
leurs raiſons pour le publier. Le
meſme jour que ces Ambaſſa
deurs eurent audience de Monſieur
de Croiſſy , on leur fit voir
les Eaux, les Iardins , & les Appartemens
du Château de Verfailles.
Rien ne ſe peut ajoûter
aux termes dont ils ſe ſervirent
pour témoigner leur étonnement
; il y en eut meſme de fi
forts , qu'on ne les peut rapporter
icy. Ils dirent entre autres
choſes , que ceux qui avoient
l'avantage
GALANT.
203
l'avantage d'y entrer eſtoient
bien heureux. Mouſieur Torf
les voyant embaraſſez à retenir
tant de choſes , dont ils vouloient
faire le recit lorſqu'ils feroient
retournez en Moſcovie, leur fit
preſentdes Estampesdetoutes les
Maiſons Royales. Ils ont vû icy
laplus grande partie de tout ce
qu'ily ade curieux. le ferois trop
long fi je vous rapportois tout
ce qu'ils ont dit ſur chaque choſe
le ſuis fort ſouvent entré
dansdes details de cette nature,
touchant les Ambaſſadeurs de
pluſieurs Nations éloignées ; &
tout ce que chacun d'eux a
dit, a tant de rapport , qu'il n'eſt
pas neceſſaire de le repeter.
Ceux- cy ont fur tout admireé
l'Exercice qu'ils ont veu faire
aux Moufquetaires , & ont dit ,
qu il ſembloit qu'unméme reffort les
Iuin 1685.
K
204
MERCURE
faisoit agir tous dans le mesme inſtant
tant leurs mouvemens avoient
de justesse. L'Opera leur a auffi
cauſe beaucoup de ſurpriſe , &
àpeinea- t - on pû leur perfuader
qu'il n'y avoit point d'enchantement.
Le 3. de ce mois , ils eurent
leur Audience de Congé
du Roy , avec les meſmes ceremonies
qui avoient eſté obſervées
à leur premiere Audience.
Le 10. Monfieur de Bonneüil
porta à chacun d'eux , de la
partde ceMonarque , les prefens
qui ſuivent.
Une Boëte à Portrait duRoy ,
enrichie de diamans . 3
UneTenture de Tapiſſerie des
Gobelins , rehauffée d'or.
&
Une Pendule à repetition .
Une Horloge à Boëte d'or.
UneMontre à Boëte d'or .
Un Fufil àdouble canon, orné
GALANT.
205
de reliefs , & d'or de rapport.
Une paire de Piſtolets de mé
me , le tout fort beau & fort riche.
Les Gens de leur ſuite eurent
des Médailles d'or & d'argentdu
Roy.
Le ſecond Ambaſſadeur ayant
receu le Portrait de Sa Majesté ,
l'attacha à ſon Bonnet , & dic
qu'il le porteroit toutesa vie , &
ordonneroit àſa Femme , àfes Enfans
, & mesme à toutefa posterité,
deleporter aprés luy.
Le Gouverneur de Place dont
je vous ay parlé , fut auſſi honoré
d'un Portrait du Roy enrichy
de Diamans , ce qui luy fit demander
, fi ce n'estoit pas assez
qu'il eust eu le plafir de voir ce
Monarque , Sans qu'il l'accablast
encore deſes bien-faits.
Ils partirent le lendemain ,
toûjours défrayez aux dépensdu
K 2
206 MERCURE
Roy , & accompagnez par Monſieur
Torf, pour aller s'embarquer
à Dunquerque , & paffer
en Hollande ,le Commerce qui
eſt entre les Hollandois , & les
Sujets de leurs Maiſtres leur donnant
lieu de trouver facilement
des Vaiſſeaux pour les conduire
chez eux . Ils ont eſté receus par
tout où ils ont paſſé avec leshonneurs
deus à leur caractere , &
on leur a fait dans toutes les Villes
les Preſens accoûtumez . Le
ſecond Ambaſſadeur dit , qu'il
avoit fait væn en partant de fon
Pays, de donner cinq cens écus aux
Pauvres , & que puis qu'il avoit
cettesomme à distribuer , il vouloit
la donner aux Sujets d'un Prince qui
luy avoit fait du bien. C'eſt ce
quilexecuta ; ayant fait des largeffes
de cette ſomme depuis Paris
juſques àDunquerque. Quel-
1
GALANT. 207
ques-unsont trouvé étrange que
ceux de leur Suite euſséttrafiqué
icyde Pelleterie ; mais ils ont accoutumé
de le faire dans tous les
lieux où ils ſe rencontrent,& cela
m'engage à vous faire connoiſtre
par des remarques affez curieuſes
, que c'eſt moins dans l'eſprit
de trafiquer & de gagner qu'ils
font ceCommerce,que parce que
cette Pelleterie eſt pour ainſi dire
leur argent. La Siberie eftant un
Pays remply de Martes , & fous
la domination des Czars , on condamne
les Moscovites qui ont
commis quelque faute , à aller
tuer des Martes dans cette Province
, comme l'on condamne en
France certains Criminels à aller
ſervir ſur les Galeres. Ceux que
l'on oblige à cette chaffe , font
diſtribuez par cantons. DesOfficiers
viennent de temps en
K 3
208, MERCURE
temps pour enlever les Martes,&
ceux qui en ont le moins tué ſont
ſeverement punis. On apporte
toutes ces Martes au Treſor des
Czars,leGrand Treſoriery met le
prix', & l'on paye les Troupes &
les Officiers desGrands Ducsde
Moſcovie, moitié de ces peaux ,
& moitié d'une petite monnoye
de peu de valeur , qui n'a cours
qu'en Moſcovie , & qui eſt la
ſeule monnoye de cét Etat. On
peut connoiſtre par là qu'il eſt
aſſez mal- aisé qu'ils portentdans
les Païs Etrangers , où ils veulent
faire des achats , autre choſe que
ce qui leur tient lieu d'argent. Ils
vendent ces Martes , & de l'argentqu'ils
en reçoivent, ils achetent
les choſes qui leur convien.
nent , ou qui leur agréent le plus.
Quelque grand debit qu'ils en
puiffent faire , il eſt rare qu'ils
GALANT. 209
emportent de l'argent , puis qu'il
n'auroit pas de cours dans leur
Païs .
Le Sabredontje viensde vous
parler , & qu'il eſtoit parmy les
Preſens que les Ambaſſadeurs
Moſcovites ont faits au Roy , a
eſté donné par Sa Majesté à
Monfieur le Duc de Saint Aignan.
Il eſt garny de Diamans,d'Emeraudes
, de Rubis , &de Saphirs.
Sa Majeſté dit àce Ducen
luy donnant , qu'Elle ne pouvoit
le remettre en de meilleures mains.
Vous vous ſouvenez que le
Roy de Pologne luy envoya , il a
quelque temps , celuy du feu
Gtand Viſir ; de ſorte que deux
grands Rois luy ont fait chacun
un preſent ſemblable. Ce Duc
avoit donné quelque tems auparavant,
une Epée d'or à Monfieur
Morelde la muſique du Roy , &
K 4
210 MERCURE
Valet deChambre de madame la
Dauphine. Monfieur Morel fit fur
ce ſujet le Diſtique Latin que je
vous envoye. Je prie vos Amies
de vouloir bien me le pardonner .
O me felicem ! O carum mihi pi.
gnus honoris !
Majus enim gladio quid dare
Mars poterat ?
Le'meſme fit l'Impromptu que
vous allez voir , dans le temps
que Monfieur le Duc de Saint
Aignan parut le jour du Carroufel
,à la teſte de tous les Chevaliers
.
Lluftres Saint Aignan qui menés
ces Guerriers .
Dansle Champ des Plaisirsmoif-
Sonner des Lauriers ,
Que t'on abord pour nous ad'attraits
&de charmes !
GALANT. 211
Mais que tes ennemis le trouveroient
affreux ,
Si tu les conduiſois àla gloire des
Armes
Comme tu les conduits à la gloire
desleux!
Le Sonnet qui ſuit , eſt encore
de Monfieur Morel. C'eſt une
traduction de quatorze Vers Latinsqu'il
avoit faits, dans laquelle
il s'eſt aſſujetty aux Bouts- rimez ,
moitié Latins , & moitié François
, qui ont fait tant de bruit
l'Hyver dernier.
G
Rand Duc, qu'on doit ainſi
nommer in omnibus .
Trop heureux qui te fert , malheur
à qui te fache.
Sensible à tous les deux , tule
rends fans relâche ,
Et c'est un jeu pour toy de reſt-
Aor tribus.
Κ
212 MERCURE
Ton exemple aguerrit jusqu'au
coeur lesplus lâche ,
Tu fais voir te Dieu MarsSous
l'éclatde Phoebus;
Tu conſerve toûjours ces facultez
quibus ,
On fait tout à vingt ans auffibien
que l'on maſche.
Qui compte tes vertus , dix mille
fois. Item.
Le les chante par tout , vaillant
Duc, Tu autem ,
En revanche aprens moy ce que
jenepuis dire.
A combien de Beautezas- tufait
dire amo?
Mais l'amour moins difcret dans
tesyeux me fait live
Tout ce qu'il y traça Veneris
Calamo.
GALANT. 213
nent ,
Pendant que ce Duc reçoit
des liberalitez du Roy, qui marquent
une grande diſtinction ;
pendant qu'il fait des preſens ,
qu'il conduit quatre- vingt-Chevaliers
dans leChamp de lagloire
, & que les muſes le couronl'Academie
de Padouë
nommée RICOURATI , s'affem-
· ble extraordinairement , le reçois
dans ſon Corps avec des Eloges
éclatans , & toutes les ceremonies
qu'elle obſervepour les Princes
,& en fait imprimerdes Patentesqu'elle
luy envoye ſcellées
de ſon Sceau; de forte que ce
Ducſe voit en meſme temps de
deux Academies enFrance&
en Italie,&Protecteurd'une autres
ce qui n'est peut- eſtre jamais
arrivé àperſonne , pas mefme
àceux qui ne font profeffion.
que de lettres.
2
K6
214 MERCURE
Le Roy a donné depuis peu un
2
Regiment de Croates àMonfieur
le Comte de Rouffy , fils de
Monfieur de Roye ; & ce don a
eſté accompagné de la maniere
toute engageante , qui eſt inſe.
parable de tous les Prefens qu'il
fait. Ce Regiment vaquoit par la
mort de Monfieur de Goüezbriand
, Capitaine du Chaſteau
deToro fur la Riviere de morlaix
, en cette meſme Province.
La nuit du Lundy 11. de ce
mois aю магдy, Monfieur le Comte
de médavy épouſa Mademoifelle
de maulevrier Colbert, dans
l'Eglife de Saint Eustache , où
Monfieur le Coadjuteur de
Roüen fit laCeremonie , en prefence
d'un tres-grand nombre de
perſonnes des plus diſtinguées.
Le Mardy 12. les mariez allerent
à Seaux aprés diſné , accompag
GALANT.
215
nez de tous les Parens de deux
Familles , à la reſerve de Madame
Colbert , qui crut que cette réjoüiſſance
ne s'accordoit pas avec
la douleur de ſon Veuvage. Monfieur
le marquis de Signelay qui
les attendoit , leur donna un
Soupé tres - magnifique. Cette
Compagnie étoit de prés de cinquante
perſonnes. Monfieur le
Comtede Medavy, quia fait connoiſtre
ſon merite en toute forte
d'occaſions , eſt Fils de meſſire
Pierre Rouxel II. du nom Comte
de Grancey , & de Dame Henrietede
la Palu, Fille de Monfieur
de Bonlignieux, morte en 1672.
& petit Fils de feu Meffire Jacques
Rouxel III. du nom,Comte
de Grancey &de Médavy,Chevalier
des Ordres du Roy, Maréchalde
France , & Gouverneur
deThionville. M. l'Archeveſque
de Roüen eſt ſon grand Oncle.
216 MERCURE
Mademoiselle de Mautevrier
Colbert eſt une perſonne tresbien
faite ,de fort belle taille, &
qui a beaucoup d'eſprit. Elle eft
Fille de Monfieur le Comte de
Maulevrier Colbert, Frere de feu
Monfieur Colbert Miniſtre d'Eftat
,& de Monfieur Colbert de
Croiſſy, auſſi Miniſtre d'Estat. Je
vous parlay amplement de luy,
lorſque Sa Majesté luydonna le
Gouvernement de Tournay. Les
Cicatrices dont tout ſon corps eſt
couvert , ſont des marques glorieuſes
de la grandeur de fon
courage ,& de la fidelité qu'ila
toûjours euë pour le ſervice du
Roy. A l'âge de 16 à 17. ans, il fut
Capitaine au Regiment de Navarre,
quelque temps aprés Lieutenant
dans le Regiment des
Gardes, enſuite Capitainedans le
même Regiment , d'où on le tira
GALANT. 217
pour luy faire commander la ſeconde
Compagniedes Mouſque.
taires. Il paſſa de là à la Charge
de maréchal de Camp, & enfin à
celle de Lieutenant General des
Armées du Roy , dans laquelle il
eſt le plus ancien . Madame la
Comteſſe de maulevrier, mere de
la mariée , eſt Fille de Monfieur
le Comte de Serrant , Fils de
Monfieur de Bautru , qui a fait
aſſez connoître ſon nom , & par
la beauté de ſon eſprit ,& par la
gloire de ſes Ambaſſades. C'eſt
une Dame d'une tres - grande
vertu , & quia mille belle quali
tez. Monfieur le marquis de май-
levrier , Fils aiſné de Monfieur le
Comte de Maulevrier Colbert,
quoy qu'il n'ait encore que 14.
ans,a fait toutes ſes études , & a
commencé ſes Exercices , où il
fait voir avec beaucoup d'avan
218 MERCVRE
tage , que ſon adreſſe eſt égale à
fon eſprit. Il eſt bien- fait , fort civil,&
a toutes les manieres honneſtes
qui font eſtimer ceux de ſa
naiſſance .
J'ay à vous parlerde trois Illuſtres
dans un ſeul article . Vn
Peintre fameux a fait le Portrait
d'un homme tres celebre par ſes
Ouvrages , & ce Portrait a eſté
gravé par un tres- habile Graveur.
Le Peintre eſt Monfieur
Mignard , fils de feu Monfieur
Mignard d'Avignon , & Neveu
de Monfieur Mignard , qui n'a
beſoin que d'eſtre nommé pour
eſtre connu. Jugez fi celuy dont
je vous parle eſtant digne fils &
neveu de deux hommes fi illuſtres,
ne merite pas luy- même ce
titre. Feu Monfieur Mignard ſon
pere , qui à peint de ſi belles choſesdans
le Palais des Thuileries,
A
GALAN Τ.
219
pouvoit diſputerdans l'Art dont
il ſe méloit avec les plus fameux
de ſon temps. Il ne faut pas s'étonner
s'ila laiſſé un fils qui lay
fuccede dans ſa reputation , &
qui ne ſe fait pas moins eſtimer
par la force que par la delicateſſe
de ſon pinceau. Quand les Portraits
qu'il fait ne feroient pas
auſſi reſſemblans qu'ils font , ils
pourroient paffer pour de bons
Tableaux , & ſe vendre fur ce
pied-là; ce qui eſt affez rare , les
Peintres qui travaillent aux Portraits
s'attachant ordinairement
beaucoup moins à la bonne Peinture
qu'à la reſſemblance, qui eſt
ce que l'on cherche le plus dans
un Portrait. Quoy que j'en aye
veu pluſieurs de Monfieur Mignard
, & tous également beaux ,
je ne m'en fie ny à mes yeux ny
à mes lumieres , & je parle fur la
220 MERCURE .
foy des plus habiles connoiffeurs ,
& des perſonnes du meilleur
gouſt . Le Portrait que cet Illuſtre
afait au naturel , eſt de Monfieur
de Luſſy. Il a eſté gravé par Monfieur
Roulet, Eleve de Monfieur
Poilly , qui aprés avoir apris fon
métier ſous un ſi grand Maiſtre,
s'eſt perfectionné pendant douze
ans en Italie. Les Deviſes qui ferventd'ornement
à ce Portrait,
font de Monfieur l'Abbé Talle .
mant le jeune,dont les Ouvrages
n'ont point beſoin d'éloges pour
eſtre eſtimez . Comme la Poëſie
convientbien aux Peintres, parce
que les Peintres & les Poëtes
doivent ſouvent travailler d'imagination
, Monfieur Mignard ne
s'eſt pas contenté de faire connoiſtre
Monfieur de Luffy par
ſon pinceau , il a auſſi voulu le
peindre dans les vers qui ſont au
GALANT. 221
bas de l'Eſtampede fon Portrait.
Cette Eſtampe ſe vend chez celuy
qui l'a gravée, ruë S.Honoré,
proche les baſtons Royaux.
Je vous envoye un ſecond Air
qui ne vous déplaira pas .
AIR NOUVEAU.
Efuis aimé de celle que j'adore
C'estuncharmantsecretqui n'est
Sceuque de nous ,
Nosplaisirsfont d'autant plus doux,
Que tout le monde les ignore ,
Et que nous trompons les jaloux ,
Vous aurez l'explication des
deux dernieres Enigmes avec les
noms de ceux qui en ont trouvé
le ſens , dans ma trentiéme Lertre
Extraordinaire , qui paroiſtra
le 15. de Juillet. Cependant je
vous en envoye deux nouvelles.
1
222 MERCURE
La premiere eſt de Leandre
l'Ambarrien , digne époux de
l'aimable Caliſte : & l'autre eft
de la Bergere Fleurette , cette
jeune Demoiselle qui expliquala
premiere en Vers , celles du
Bouquet & de la Poire.
ENIGM Ε .
Epaſſe pour belle&pour bonne;
Et chacun m'aime aussi , jusqu'aux
plus delicats.
Ie ne romps la teſte à personne,
Bien que pourtant la langue en moд
ne manque pas .
Ie prens un tel plaisir dans le lit de
mamere ,
Qu'on ne m'en peut tirer ,Sans me
mettre aux abois,
GALANT.
223
Et fans mesme employer , au mal
qu'on me veut faire ,
Les cordes& lesfers, &lefeu quelquefois.
Mon corps , comme le Ciel , est tout
Seméd'Etoiles.
L'ay l'oeil vif, le mouvement
prompt.
Lors que j'entens du bruit, je bande
toft mes voiles, :
Et je fuis les gens qui lefont,
Une claire fontaine , un beau ruis-
Seau m'enchante.
Il n'est point à monsens de fi charmans
endroits.
Quej'aime auſſi la Chaffe ! Elle est
divertiſfante ,
Bien.toftfans elle,je mourrois.
224 MERCURE
AUTRE ENIGME .
Devinez د ma chere Fanfine,
Ce que je m'imagine ;
Vn composé de chair & d'os
Qui ne peut sans ennuy demeurer
enrepos ,
Quimarchefur des cloux , ởn'en
Sent point de maux ,
A quije viens de voir , écoutezdes
merveilles?
Six pieds, deux mains, quatre yeux,
deux bouches , quatre oreilles,
Etlederriereſua le dos.
Pourriez- vousbien m'en montrerde
pareilles?
Je remets au mois prochain à
parler des affaires d'Angleterre ,
afind'avoir plus de choſes à vous
1
GALAN T. 225
enmander tout à la fois. Je ſuis
'voſtre, &c.
A Paris ce 30.Juin 1685 .
Le Roy ayant ſouhaité que
l'Academie de Lyon fut rétablie ,
d'autant plus qu'il y a tres longtemps
qu'il n'y en a pas , ce qui
étoit fort prejudiciable à ladite
Ville , & obligeoit toute la Nobleſſe
Françoiſe , & Estrangere ,
de ne s'y pas arreſter , manque
d'y pouvoir faire les Exercices
; c'eſt pourquoy Monfieur
le Comte d'Armagnac grand
Ecuyer de France , voyant les
intentions de Sa Majesté , &
pour executer ſes Ordres , à
commis le Sieur Dupleſſis Duvernet
, l'un des ſix Ecuyers de
la grand Ecuirie du Roy , pour
y eſtre unique à apprendre à
monter à Cheval , & faire faire
226 MERCVRE
$
tous les exercices qui ſont convenables
à l'Education de la Nobleſſe
, & la rendre capable de
ſervir Sa Majesté en ſes Armées,
par les exercices de Guerre , &
pour entrer auffi dans les Feſtes
Galantes , où l'on montrera à
courre les Teſtes , & rompre en
Life , il y aura un nombre de
tres - beaux Chevaux , & d'auſſi
habiles Maîtres d'exercice qui
foient dans le Royaume .
COTE
DE
1093
E
S
FIN.
1013 {
i
1
- હું છછછછછછછછછછછછ છછછ- છુ
TABLE
DES MATIERES
contenuës dans ce Volume.
P
Rélude.
Article contenant plusieursparticularitez
touchant les converfionsfaites
dans le Bearn . 5
Lettre de Monsieur Gilbert , cydevant
Ministre , touchant les
raiſons qui l'ont engagéàseconvertir.
18
Arrest du Conseil d'Estat. 42
Application du Roy , pour le main
tien du repos de l'Europe. 45
Elogesdu Roy, dans les discourspublics.
46
Zelle de Meſſieurs de ville de
*
TABLE.
Grenoble, pour eriger une Statuë
du Roy dans la principale de
leurs Places publiques.
Deviſes pour leRoy.
47
49
Vers de Mademoiselle de Scudery.
50
Ode deMadame Deshoulieres. 53
Autres Vers ſous lafoûmiſſion de la
Republique de Genes.
Ceremonies magnifiques faites dans
la Ville de Luxembourg.
Autres faites à Soiffons.
62
66
77
Autres faites à Paris parles Augu-
Stins Reformez établis au Fauxbourg
Saint Germain .
Ceremonie obfervées à la Reception
de Monsieur de Bullion,dans
la Charge de Prevoſt de Paris.
81
Quatrième Dialogue deschojes difficiles
à croire.
Morts
2
109
TABLE.
Reception de Monsieurde Chasteaugontier
à la Charge de President
aux Mortier , avec plusieurs Ouvragesfur
ce ſujet.
Histoire.
117
120
Prise de poßeſſion du Prieuré Royal
de Saint Jacques d'Andely . 129
Mort de Monsieur l'Electeur Pala.
tin.
137
Particularitez des Audiences que
Monfieur de Guilleraques a euës
du Grand Seigneur & du Grand
193
Ouverture de l'Affemblée du Clergé,
Visir, avantſamort.
avec les noms de ceux qui la com.
pofent. 164
Conversion. 170
Mort deMadamelAbbeffe de Farmontier.
172
LeRoy nomme Madame de Beringhan
à cette Abbaye
Action extraordinaire,
- 176
177
*
2
TABLE .
Relation contenant tout ce qui s'est
paſſe depuis que les Ambaſſa.
deurs de Moscovie font arri.
vés en France , jusques à leur
depart. 189
Preſent fait par le Roy à Monsieur
le Ducde Saint Aignan, qui est
receu en mesme temps Academiſſien
dans l'Academie de Padouë
, nommée Ricourati. 213
Regiment donné à Monsieur le
Comtede Roußy. 214
Mariage de Monfieur le Comte de
Médavy, &de Mademoisellede
Maulevrier Colbert . 216
Articles concernant les Ouvrages
de deux illuftres.
Enigmes.
Autres Enigmes,
218
221
224
Finde la Table .
Archiepifcopus &Prorex Lugdunenfis
Camillus de Neufville Collegio SS .
Trinitatis Patrum Societatis JESU
Teſtamenti tabulis attribuit anno 1693 .
807156
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
" JUIN 168
LYON
**
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY ,
ruëMerciere, au Mercure Galant.
M. DC. LXXXV.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
AU
LECTEUR.
Ndonnera dans peu de
jours une seconde Relation
du Carrousel. Cét
avis doit surprendre
après celle qu'on a déja veuë , qui
anon seulement esté trouvée fort
exacte , mais qui suivant les marques
éclatantes qu'onen a , & qui
ont paru aux yeux du Public , dans
le lieu mesme où la Feste s'est pasfée,
a eu le bon-heur de plaire. La
Relation estoit juste , les Mémoires
venoient de bon lieu , & elle avoit
ã 2
AU LECTEUR.
eſté faite par des ordres qui inſpirent
aux moins habiles un defir de
bien faire , fort propre à leur faire
prendre pour le travail cette chaleur
vive qui fait toûjours reiuſſir ;
mais comme ce zele ne fait pas
tout faire , il ne sçauroit'empes_
cher , nonſeulement qu'il neſe glif
Se beaucoup de fautes d'Impreſſion,
dans un Ouvrage qu'on est obligé
de donner fans le polir , à cauſe
de la precipitation avec laquelle
on travaille , mais encore qu'iln'y
manque beaucoup de choses , foit
parce qu'on n'a pas le temps de les
recueillir toutes , foit parse qu'il
fe fait des augmentations &des
changemens dans ce qui regarde
la pompe de la Feſte , ou dans
ce qui en concerne l'ordre. Cette
derniere raiſon a fait entreprendre
une Seconde Partie du Carrousel,
AU LECTEUR.
1
afin que beaucoup de circonstances
qui meritent d'estres scenes , ne
Soient pas ensevelies pour jamais.
D'ailleurs le Publics ayant trouvé
parmy les Perſonnes qui compoſoient
ce magnifique Spectacle , plusieurs
noms de Chevaliers qui luy estoient
inconnus , parce qu'il estoit remply
de beaucoup de jeune Nobleſſe , qui
ne fait que de commencer à paroi.
ſtre à la Cour , & dont la plus
part ont des noms de Comtez,
&de Marquisats , au lieu de leur
noms de Famille , ce qui empef.
che de les reconnoistre , on à creu
devoir apprendre au Public ce
qu'il souhaite de sçavoir. Ainsi
l'on parlera dans cette feconde
Partie du Carrofel , des Maifons
de tous les Chevaliers , mais
fans s'étendre sur leur Genéalogie.
On mettra feulement leurs
2 3
'AU LECTEVR .
noms de Famille , avec ceux des
Peres & des Meres , les emplois
qu'ils ont , les noms de leurs Gouvernemens
,
Terres
5 Seigneuries;
Baronnies , Comtez , Marquisats
Duchez dans quelles
Provinces tout cela est situé ; de
forte qu'en lifant fort peu de lion
gnes , pourra connoistre à
fond la plus grande partie de
la Nobleffe de France , ce qui
fera fort curieux ,
rien na
yant encore este traité si exacte.
ment ny en si peu de paroles
fur les matieres de cette nature.
Comme dans la premiere Rela
tion il n'y avoit point de Madrigaux
fur les Deviſes d'un affez
grand nombre de Chevaliers qui
les avoient données trop tard ,
on les trouvera dans cette feconde
, & mesme il y en aura de
F
AV LECTEVR.
pouveaux fur ceux qui ont changé
de Deviſes , quoy qu'on en ait déja
fait sur celles qu'ils ont quittées.
On trouvera auſſi dans cette fe
conde Relation quatre grandes
Planches , qui representeront tout le
Carrousel.
On verra dans la premiere les
deux Quadrilles fur deux lignes
opposées dans l'Avantcourt de
Versailles , & leur Marche dans
les deux Courts.
La Comparse fera dans la feconde.
La troiſiéme representera l'ordre
où estoient les Chevaliers
leur suite pendant les Courfes.
La quatrième fera voir les
deux Quadrilles en ordre de Bataille
,& opposées l'une à l'autre
ã 4
AV LECTEVR.
1
dans la Carriere , avant que d'en
fortir.
Quoy que cette Relation faffe
un Volume plus gros que la premiere
, elle ne contiendra pourtant
rien que de nouveau , & ce qui
est dans l'une ne fera point repeté
dans l'autre ; de forte que les
deux livres , enſemble feront une
exacte & entiere Relation du Carrousel
, & quoy que la ſeconde
deust se vendre plus cher à cause
des quatre Planche qui font fort
grandes ,le Libraire avertit qu'il
la donnera pour trentefols , en confideration
du bon accueil que le
Public afait à la premiere.
Ces Relations n'ont point esté
données dans les Mercures , parce
qu'on avoit ordre de faire la
premiere pour estre distribuée le
jour que sefit le Carrousel , & qu'il
AV LECTEVR.
falloit imprimer la seconde de la
mesme grandeur , afin qu'on pust
les garder & les faire relier toutes
deux enfemble . D'ailleurs il au
roit esté impoſſible de mettre dans
le Mercure quatre grandes Planches
qui feront dans cette ſeconde
Relation.
LIVRES NOUVEAUX
du mois de Iuin 1685 .
Pratique de l'Education de
Charles- Quint de Monfieur
Varillas, indouze , 2. vol . 3. liv .
Hiſtoire de la Conqueſte de
la Froride par les Eſpagnols ſous
Ferdinand de Soto Ecrite en Portugais
par un Gentilhomme de
la Ville d'Elvas , in 12. 30. fols.
Le Genie de la Langue Françoiſe
, in 12.30. fols .
Traité des Oblations ou deffences
du Droit Impreſcriptible
des Curez ſur les Oblations des
Fidelles , in 12. 30. fols.
Réponſe à l'Apologie pour la
Reformation , pour les Reformateurs
,& pour les Reformez ,
-
où l'on traitte de l'Etat Monaſtique
, des Veuves tant Seculieres
que Religieuſes , des ſecondes ,
troifiémes, quatrièmes ,& autres
Nopces, des qualitez d'un veritable
martyr,des ceremonies Eccleſiaſtiques
, de la Sainte Ecriture ,
des Extaſes & Viſions du Celibat
des Eccleſiaſtiques & de
quelques autres matieres de Religion
par Monfieur Ferrand, in
douze , 40. fols.
Traitté de l'Egliſe contre les
Heretiques principalement contre
les Calviniſtes , par Monfieur
Ferrand, indouze, 30. fols .
Theriaque d'Andromacus ,
traduit nouvellement , par Monſieur
Charas Docteur en medecine
indouze , 30. fols.
Examen Juridicum in Jure canonico
, feu Methodica manuductio
, ad lus Pontificium tuum
communetum , apud Gallos ,re
ceptum auctore Petri Biernoy de
Merville indouze , 30. fols.
Nouveau traité destoiſé ren
du facile & demontré par le
ſieur Tarragon Profeſſeur des
Mathematiques , avec des figures
en taille douce indouze , 20
fols.
Comedie ſans titre par Monfieur
Poiffon nouvelle Edition ,
15. ſols .
1. Oeuvres du ſieur de Barreme
contenant le Livre facile
pour apprendre l'Aritmethique
de ſoy-meſmeindouze , 50. fols.
Lelivre des comptes faits 2.
indouze , 50. fols.
3. La Geometrie ſervant au
meſurage & l'Arpentage, indouze
, 30. fols .
4. Le livre neceſſaire , à toute
forte de conditions indouze .
so. fols.
5. Le livre des Aydes
Domaines & finance indouze ,
45.fols.
6. Les Tarifs , & comptes
faits du grand commerce indouze
, 3. liv. 10. fols .
7. Le grand Banquier ou le
livre des monnoyes Etrangeres
reduites en monnoyes de France
- in octavo , 4. liv. 10. f.
Ceux qui prendront tous les
Mercures ou une bonne partie
l'on leur en fera un honneſte
prix..
S
Extrait du Privilege du Roy.
ArGrace & Privilege du Roy , donné à
Pehaville 18. Juliet 1683. Signe,Par
le Roy en fon Conſeil , UNQUIERES. Il eſt ,
permis à I. D. Ecuyer , Sieur de Vizé , de
faire imprimer tous les Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , contenant
pluſieurs Pieces, Relations, Hiſtoires,Avantures
, & autres Ouvrages hiſtoriques , curieux
& galans , pour la fatisfaction de
pôtre cher & tres- amé Fils LE DAUPHIN ;
pendant le temps & eſpace de dix années ,
à compter du jour que chacun deſdits
Volumes fera achevé d'imprimer pour la
premiere fois : Comme auſſi défenſes font
faites à tous Libraires , Imprimeurs Graveurs
& aures , d'imprimer , graver & debiter
ledit Livre ſans le conſentement de
l'Expoſant, ny d'en extraire aucune Piece,ny
Planehes ſervant à l'ornement dudit Livre,
meſme d'en vendre ſeparément,& de donner
à lire ledit Livre ; le tout à peine de fix
mille livres d'amende contre chacun des
contrevenans , & confiſcation des Exemplaires
contrefaits ; ainſi que plus au long
il eſt porté audit Privilege.
Registré sur le Livre de la Communauté
le14. Septembre 1683 .
Signé ANGOT , Syndic,
1
e
:
e
3
Et ledit Sieur I. D. Ecuyer
Vizé , a cedé & tranſporté fon
Privilege à Thomas Amaulry , Librai..
Lyon , pour en joüir ſuivant l'accord/ fait
catr'eux.
Avis pour placer les Figures.
LA
'Air qui commence par Voicy
le temps de la verdure , doit
regar la page 91 .
La Medaille de l'Empereur,
doit regarder la page 163 .
L'airqui commenne par lefuis
aimé de celle que j'adore , doit regarder
la page 221 .
I
MERCURE
GALANT THEQUEDE
JUIN 1685.
LYON
*
1893*
E vous l'ay dit bien des
I fois , Madame. L'Eloge
du Roy eſt une matiere
inépuiſable. Les
actions qu'il fait dans le cours
de chaque mois , dignes d'eſtre
conſervées à la poſterité , font
en ſi grand nombre , qu'à peine
vous ay- je parlé de quelquesunes
, qu'il s'en offre de nouvel
Iuin 1685 . A
2 MERCURE
les , qui m'empeſcheroient de
trouver place pour d'autres Articles
, ſi je ne mettois ſouvent en
deux lignes , ce qui pourroit fairele
ſujet d'une Lettre entiere.
Ainfi plus je vous écris , plus
cette riche & noble matiere
augmente , & devient confiderable.
En effet , pour peu que
l'on faſſe de reflexion ſur toutes
les choſes que cet auguſte &
pieux Monarque a fait demander
au Grand Seigneur , dans la
derniere Audience que feuMonſieur
de Guilleragues en a euë,
on demeurera d'accord que
jamais Prince Chrétien n'a rien
fait de plus important & de plus
utile pour l'Eglife. Ces differentes
demandes ne regardoient
que la tranquilité , le bien& l'a
vancement de la Religion dans
les Etats de Sa Hauteffe , & il
GALANT.
e
$
3
en a obtenu plus de quatrevingt
Commandemens & Barats
, ou Lettres de la Porte ,
pour des Marchands François
négocians au Levant , pour
□ les Miſſionnaires établis en divers
lieux , pour les Eglifes
que les Catholiques ont dans
les Pays de la Domination Ottomane
, pour celles de Galata , &
pour les Religieux qui font au
Saint Sepulchre ,& à Bethleem.
Ces choſes ſont ſi éclatantes ,
- fi dignes d'un Roy tres-Chrétien
& meritent tellement
d'étre admireés , que l'Envie la
plus obſtinée & la plus noire
ne les ſçauroit obſcurcir. Elle a
beau ſe faire entendre ; elle ne
perfuadera pas meſme les laloux
de la gloire de ce Prince , puis
qu'il oppoſe des faits conſtants
aux préſomptions ſur leſquelles
,
A2
4
MERCURE
elle fonde ſes calomnies , &qu'il
employe tout ce que lebruitde
ſes Conqueſtes , & l'éclat de ſa
grandeur , ſoûtenu du plus haut
merite , luy ont acquis de reputation
dans l'Empire Ottoman ,
pour y faire maintenir la Religion
Chrétienne avec un entier
repos des Catholiques. S'il en eſt
le Protecteur auprés des peuples
qui en ſont les plus mortels Ennemis
, s'il la met chez eux à
couvert de leurs inſultes , & s'il
en fait permettre l'Exercice dans
leur Pays , avec autant d'éclat
& de ſeureté qu'en France , il,
n'épargne rien pendant ce temps
pour luy procurer dans ſon
Royaume , toute forte d'avantages
, & il y augmente le nombre
des Catholiques , ſans employer
qu'une douceur paternelle
, & fans faire agir ſa juſtice
GALANT.
5
que contre ceux qui ont contrevenu
aux Edits des Roys fes
Prédeceſſeurs , & aux Déclara-
- tions qu'il a eſté obligé de faire
- pour les maintenir. Aufſi n'at-
on jamais veu ſous aucun Regne,
tant de Religionaires rentrer
au ſein de l'Eglife. Ce font
Abjurations de toutes parts , &
vous ferez ſans doute ſurpriſe du
grand nombre de Converſions
qui ſe ſont faites en Bearn , de
puis le commencement de Mars
derniers, juſques à la fin du mois
de May. Cette Province étant
celle du Royaume , où la Religion
Prétenduë Reformée avoit
pris de plus profondes racines ,
avoitbeſoin d'un zele auſſi efficace
que celuy du Roy pour les
extirper . C'eſt à quoy Sa Majeſté
a travaillé tres-utilement,
endonnant un Edit au mois de
A 3
6 MERCURE
Fevrier dernier, par lequel aprés
avoir meurement examiné les
differentes Ufurpations que les
Pretendus Reformez avoient faites,
en ſe ſervant du malheur
des temps pour étendre injuſtement
ce qui leur avoit eſté accordé
par les Déclarations qui
leur étoient les plus favorables.
Elle ordonnaque les lieuxd'exercice
de ceue Religion qui étoient
au nombre de vingt dans le
Bearn , y feroient réduits à cinq.
CétEdit ayant eſté donné,Monfieur
Faucault Maiſtre des Requeſtes
, Commiſſaire départy
dans le Bearn , fut commis pour
faire abattre les quinze Temples
dontla démolition eſtoit ordonnée
, & elle fut faite en moins
de quinze jours , par les Religionnaires
mefmes , aufquels il
eſtoit enjoint de la faire dans un
GALANT.
= mois. Les Miniſtres des cinq
Temples reftans , ayant commis
pluſieurs contraventions aux
Edits & Déclarations de Sa Majeſté
, il fut décerné contre eux
tous , des Decrets de priſe de
corps par le Parlement de Na->
varre & Bearn , dont les Habitans
Catholiques qui avoient
eſté contraints du temps de la
Reyne leanne , de luy payer
vingtlivres pour avoir la liberté
d'aller entendre la Meſſe hors
du Pays , ſe ſont veus enfin délivrez
de l'exercice public de la
Religion Prétenduë Reformée.
Ces avantages remportez par
la veritable religion , diſpoſerent
les.Prétendus Reformez de cette
Province à ouvrir les yeux fur
leurs erreurs , & en détacherent
un grandnombre qui firent leurs
Abjurations entre les mains des
A
8 MERCURE
Curez des lieux , ou qui vinrent
la faire dans la Villede Pau. C'eſt
ce qui obligea Monfieur Faucault
de prier les Eveſques de
Bearn , d'envoyer des Miffionnaires
dans les lieux où il y avoit
quelque apparence qu'on voudroit
ſe convertir. La Ville de
Maflac du Dioceſe de Leſcar ,
commença d'abord à donner
l'exemple aux autres. Monſieur
l'Eveſque de Leſcar , &
Monfieur Foucault , qui s'y
tranſporterent le premier d'Avril
avec les Peres Jeſuites ,
eurent la fatisfaction de voir
rentrer dans l'Egliſe plus de
foixante Familles de la Ville&
des environs , pendant trois jours
qu'ilsy demeurerent , à quoy les
foins& la vigilance de Monfieur
l'Abbé d'Arboucave , Archipreſtre
de maflac , contribuerent
A
GALANT.
9
beaucoup. Ces heureux commencemens
obligerent ce même
Prélat & Monfieur Foucault de
fe rendre le 24. du même mois
au Bourg de Garlin, où le Miniſtre
avoit efté nouvellement decreté
par le Parlement. Monfieur
Foucault ayant fait aſſembler les
Habitans de la Religion Prétenduë
Reformée ſous la Halle, leur
fit entendre que le Roy étant
bien informéque leurs Miniſtres
leur avoient juſques alors déguiſé
les veritables ſentimens de la
Religion Romaine , à laquelle ils
imputoient des erreurs dont elle
eſtoit fort éloignée , l'amour que
Sa Majesté avoit pour tout ſes
Peuples , & fon zele à procurer
leur ſalut ,l'engageoient à ſe ſervir
de toutes fortes de moyens
pour rappeller à l'Egliſe ceux qui
avoient le malheur de s'en eſtre
AS
10 MERCVRE
ſeparez , & que pour cela Elle
defiroit qu'ils ſe fiſſent inſtruire
par les Miſſionnaires qui venoient
leur annoncer la pureté de l'Evangile
; aprés quoy un Pere
Capucin ayant montéen Chaire
, leur fit l'expoſition de laFoy
Catholique , en expliqua lesMiſtéres
, & réfuta en peu de paro .
les les erreurs de la Religion Prétenduë
Reformée. Monfieur l'Eveſque
de Leſcar leur ayant enſuite
demandé fi quelques-uns
d'eux avoient des doutes à luy
propoſer,un des principaux entra
en diſpute , & aprés avoir marqué
tout ce qui luy faiſoit peine
dans la Religion Catholique , ce
Prelat le fatisfit fi pleinement
qu'il prit le chemin de l'Eglife.
Tous les autres convaincus
ainſi que luy , l'y ſuivirent
, & ils y receurent l'Ab
GALANT.
:
D.
e
le ſolution de leur Heréſie au nom
rebre de plus de trois cens. Lelenant
demain le meſme Evefque &
E. Monfieur Foucault monterent à
Cheval à la pointe du jour , &
allerent dans les Villages voiſins ,
Or où il y eut encore beaucoup de
Chefs de Famille qui les ſuivirent
àGarlin pour faire abjuration .
Plus de quatrecens Perſonnes ſe
convertirent ce meſme jour , &
entr'autres le Diacre qui avoir
beaucoup de credit parmy les
Religionnaires , & dont laCon-
- verfion a donné un grand mou-
- vement à celles qui ſe ſont faites
( depuis , n'y ayant pas preſentement
àGarlin , & aux environs
quatre Familles de la Religion
Prétendue Reformée. Le nombre
de ceux qui l'ont quittée monte
à prés de douze cens Perſonnes,
les Enfans compris. Les Capu-
1
A6
12 MERCURE
cins qui y ſont actuellement pour
inſtruire les nouveaux Convertis
, ont achevé de purger tout ce
Canton de Religionnaires , &
ils travaillent mefme tres-utilement
pour la réformation des
moeurs des Catholiques.
Le 17. deMay Monfieur Foucault
ſe tranſporta avecMonfieur
l'Evêque de Tarbes , & les miffionnaires
dans la Ville de Pontac
, & ce Voyage produiſit à
l'Egliſe le retour de ſoixante &
dix Familles , entre leſquelles eſt
Monfieur de Caſtelnau , Gentilhommed'une
naiſſance fort confidérable.
La Nouvelle de ces
Converſions s'eſtant répanduë
dans tous les endroits de cette
Province, le Bourg de Pardies,où
il y avoit plus de quatre-vingt
Familles de Prétendus Reformez
, changea entièrement en
GALAN T.
13
र
$
deux jours ,& il n'y reſte préſentement
qu'un feul Homme de
cette religion , toute ſa Famille
s'eſtant faite Catholique. Le troifiéme
jour il y eutune Proceffion,
à laquelle aſſiſtérent plus de quatre
mille Perſonnes de quatre à
cinq lieuës aux environs , qui
furent extrémement édifiées de
la devotion de ces nouveaux
Catholiques. Le 21. du même
mois,Monfieur Foucault ſe rendit
au Bourg de Lagor , qui eſt
àune démy- lieuë de Pardies,
& il n'y fut pas plûtoſt arrivé,
que plus de cinquante Chefs de
Familles vinrent demander à
eſtre receus à l'Eglife. Le lendemain
il alla dans toutes les
Maiſons , pour tâcher d'attirer
les autres , qui ſe convertirent
preſque tous le meſme jour , en
forte que de cent trente & une
14
MERCURE
Familles de Prétendus Reformez
qu'il y avoit à Lagor , & auxenvirons
, il n'en reſte plus que fix ,
qui ont demandé du temps pour
ſefaire inſtruire par les Capucins
quifontla Miffion dansleBourg.
Toutes ces Converfions ſe
font faites ſans aucune violence.
Il eſt évident que tout l'honneur
en eſt deu au zéle de noſtre auguſte
Monarque , puis que l'on a
remarqué que le changement
des plus obſtinez eſt venu de la
reflexion qu'ils ont faite ſur les
foins & fur l'application de Sa
Majesté à faire revenir les Peuples
à l'Egliſe Romaine. Ils ne
peuvent ſe perfuader qu'un Prince
auſſi vertueux & auſſi éclairé
qu'il eſt , puſt marcher dans la
mauvaiſe voye , & que Dieu
vouluſt permettre qu'il y euſt
attiré un nombre infiny d'Ames
GALANT.
qui ont abjuré le Calviniſme
depuis pluſieurs années qu'il
travaille à en ſapper les fonde-
-mens dans ſon Royaume. Ce qui
a achevé de les perfuader , c'eſt
ladiférence qu'ils trouvent entre
les moyens vrayment paternels
&remplis de charité , dont Sa
Majeſte ſe ſert pour les rapeller
àl'Eglife ,&ceux que la Keyne
Jeanne employa pour contraindre
ſes Sujets Catholiques à embraffer
la ReligionPrétenduë Reformée,
qu'ils furent forcez de ſuivre,
par la ſaiſie de leurs Biens,
& par le maſſacre des Preſtres
Seculiers ,& des Religieux.
Depuis ce temps- là on a eu
nouvelle , qu'il s'eſt encore converty
dans la Ville de Maflac,
foixante Familles , & qu'il n'y en
reſte plus préſentement que huit
de la Religion Prétenduë Refor61
MERCURE
1
mée. Ce qui s'en est conversy
dans le Bearn pendant ces trois
mois , monte à fix cens ſoixante
Familles qui font plus de quatre
mille Perſonnes .
Monfieur Gilbert , Gentilhommes
de Die en Dauphiné ,
apres avoir fait pluſieurs années
la fonction de Miniſtre , à connu
enfin qu'il ne marchoit pas
dans la bonne voye. 11a faitfon
Abjuration depuisquelque temps
entre les mains de Monfieur
l'Archeveſque de Paris ; & comme
il n'a pas changé de Religion,
ſans eſtre fortement perſuadé des
veritez de la noſtre , il a voulu
faire part à Me de Salieres , Commiſſaire
Ordinaire de l'Artillerie,
ſon Frere aîné , des raiſons qui
l'ont porté a ce changement.
Elles ſont ſi fortes & fi convaincantes
, que ſi les PréGALAN
T.
17
tendus Reformez les veulent
examiner ſans prévention , je ne
donte point qu'ils ne ſe ſentent
preſſez d'y deférer , &de ſuivre
ſon exemple.
18 MERCURE
1
LETTRE
DE ME GILBERT ,
CY- DEVANT MINISTRE ,
Touchant les raiſons qui
l'ont engagé à ſe convertir.
AParis le 18.May 1685,
ONSIEVR
CHER FRERE ,
MON
Je croy que vous ne ferez pas
Surpris de la Nouvelle que je vay
vous apprendre de ma reünion à
l'Eglife. Vous sçavezque lors que
j'estois à Die , mes sentimens me
GALAN T.
19
portoient à embraffer la Religion
Catholique. Il est vray que craignant
de recevoir des illusions&م
des fantômes pour des veritez ,j'ay
long temps balance fur le party que
je devois prendre , mais j'ay enfie
reconnu que toute la difficulté que
i'avois à mefixer , ne venoit quedes
préiugez de ma naiſſance ,fortifiez
de mon éducation , qui n'ont peu
êtrefurmontez tout d'un coup,&def.
quels j'ay enfin parfaitement triomphé,
reconnoiffant que je nepouvois
refter plus long- temps dans leSchif
me,fans commettre ſuivant lefentiment
de S. Augustin,le plus grand
de tous les crimes . L'examen de ce
Seul Article pourroit fuffire à un
homme qui ne seroit point préoccu
pé, pour l'obliger,ſans descendre
dans aucun détail, à rentrer dans
cette Route que tous les Chreftiens
tenoient avant les premiers Refor
20 MERCURE
mateurs , pour aller au Ciel.
> En verité , mon cher Frere,peuton
bien s'imaginer que tous ceuxqui
ont vécu avant Calvinfous le Ministere
Latin , n'ayent pûfaire leur
falut ?Nul Protestant n'a encore ofé
ledire ; & s'ils ont obtenu le Salut
dansune Communion où ces Erreurs
&ces faux Cultes que vous reprochez
à l'Eglise estoient en vogue , la
Pofterité n'auroit- elle pas pû marcher
en seuretéſur leurs traces ? De
quel nom peut-on appeller vostre
Separation , que de celuy de Schifme
, puis que même ſelon Monsieur
Daillé,le Schisme est uneséparation
injuste , & qu'il avoue qu'elle
est telle , lors qu'elle n'estpas indif.
penſable ? Si je pouvois me donner
le loiſir dans une Lettre , de vous
demontrer que vostre Fait est en ce
point conforme à celuy des Donatipes
, vous verriezque les reproches
GALANT. 21
5
des Catholiques du temps de Donat
à ces Sectaires ,font les mesmes que
nous vousfaiſons aujourd'huy, com
me leurs défenſesfont les vostres.Où
trouverez vous un exemple depuis
l'origine de l'Eglise, d'un ſemblable
attentat?Lors que du teps d'Elie l'Idolatrie
avoit infectéle Peupled If-
- raël, ces fept mille hommes ſi vantezparmy
vous , formerent- ils d'abord
une nouvelle Societé? Dreſſe
rent-ils de nouveaux Autels ? Ne
- Se contenterent- ils pas de cette fea
paration qu'on appelle négative , en
n'adherant point à l'Idolatrie ,ſans
faire des Assemblées à part,& rom.
pre l'Unité de l'Eglife ; &lors que le
Sauveur du Monde s'est manifesté
en Chair, quelque extréme que fust
la corruption de l'Eglise Iudaïque ,
n'a- t- ilpas voulu qu'en vertudela
Succeſſion on écoutaſt les Scribes &
les Pharifiens , parce , dit'il, qu'ils
22 MERCURE
fontaffisdans la Chaire de Moïfe ?
Il n'a falurien moins que l'authorité
du Fils de Dieu , & une authorité
éclatante&glorieuseparsesMiracles
, pourformer une nouvelle Eglife
&vous voulez qu'on ſuive des
Fondateurs d'une nouvelle Eglife,
qui n'ont rien en eux qui les doive
fairefuivre ,Sans Miſſion , Sans
Miracles , &qui font au contraire
accompagnezde tant de circonstances
rebutantes , qu'il faut estre bien
aveuglé pour s'y laiſſer entraîner.
Le Sauveur du Monde dit des Iuifs,
qu'ils auroient eſté ſans peché
pour ne pas croire en luy , fans
les Signes qu'il faiſoit ; & vous
voulez qu'on croye vos Reformateurs
Sur leurparole, commefileur authorité
estoit plus grande que celle du
Fils de Dieu. On voit des Gens , qui
dés qu'ils paroiſſent dans le monde,
s'entrequerellent avec une rage fuGALANT
.
23
S
,
S
rieuse, quiſe traitent de Diables &
d'Enragez , & qui comme des beſtes
farouches font preſts à ſe dechirer.
Ils veulent , diſent - ils , redonner à
l'Egliſe ſon ancienne pureté, mais
les sentimens de leur esprit font
aussi opposezque ceux de leur coeur,
&Dieu par un juste lugement permet,
pour confondre leur entrepriſe,
qu'ils parlent d'auffi diférens langages
que ceux qui bâtiſſoient la
Tour de Babel. Cesont des Gens qui
aboliſſent d'abord , Sous prétextede
la liberté Chrétienne , ce qui pou
voit fervir de bride à nos Paſſions,
& de reméde à nostre corruption.
L'Ecriture , & apres elle les Saints
Peres , ont recommandél Abstinence
& le Celibat ; cependant ils ont
aboly l'un & l'autre . Ily a peu de
Proteftans à qui je n'aye ony loüer
la Confeffion. Quelle est donc cette
Reformation , qui ne tend qu'à dè24
MERCURE
1
truire ce que les Gens d'entre vous
qui ont de la bonne foy , reconnois-
Sent Salutaire ? Faites un peu de
reflexion sur la perſonneſur la con.
duite , fur les motifs qui ont fait
agir Calvin ,fur les maux qu'ila
cauſez dans le Monde , & vous
m'avoüerezqu'il n'y a rien de divin
dansſon entrepriſe , commevous le
prétendezque c'est cette paſſion orgaeilleuse
qui paroiſtſi viſiblement
dansſes Ecrits , qui a esté legrand
reffort de Sa Reformation. Luther
Se vante d'avoir eu la pensée de
reformer l'Eglise , apres une conver-
Sation qu'il eut avec le Diable , quż
l'avertit de ſes Erreurs. Informezvous
du Fait ,ſi vous en doutez. Ie
vous laiſſe faire aprés là- deſſus les
reflexions d'un Homme de bonfens
Que peut- on attendre detels Do
Eteurs , qui d'abord font paroiſtre fi
peu de respect & d'amour pour une
Eglife
GALANT.
25
لا
,
1
Egliſe à laquelle ils devoient leur
renaiſſance ſpirituelle , qui dés leur
premiere démarche , ouvrent les
-Cloiſtres , dévoilent les Vierges , per- ~
mettent tout ce que l'ancienne Difcipline
défend ; & qu'est- ce qu'on
peut en croirefi ce n'est que leplaisir
dese voir Chefde Party , & d'immortaliser
leur mémoire par unefi
fameuse revolte mettant le feu
dans l'Eglise, comme autrefois Eroftrate
dans le Temple de Diane ,
pour la gloire de faire parler d'eux
a esté le motif de leur prétenduë
Reformation , plûtoſt que l'intéreſt
de la verité ? Vous dites que l'Eglife
eſtoit dans de grands defordres ; que
la corruption & l'ignorance avoient
infecté les Pasteurs & les Peuples,
& que le grand relâchement des
premiers avoit laiſſsë degenererpluſieurs
Saintes Institutions en superſtitions.
On pourroit vous accorder
Juin 1685 . B
,
26 MERCURE
qu'il y en avoit dans la pratique;
mais je dis qu'ilfaloit le dire à l'Egliſeſuivant
l'ordre du Sauveur, &
attendre les remédes que Dieu y
apporteroit par son ministere ,Sans
usurper un droit que nulnepeut s'attribuerfansy
estre appellé de Dieu.
Mais aujourd'huy que les Pasteurs
ont repris leur Zéle & leur vigilance
,& que l'Eglise aufé de fon au
thorité pour retrancher ce qu'ilpou
voity avoir defuperflu dans le zele
trop indifcret des Peuples ; aujour
d'huy qu'on voit l'Eglise formé fur
le modelle de celle des premiersfiécles
, ne faut- t'il pas estre bien opiwiatre
, pour refuser de vous remettre
dans le fein d'une Mere qui
vous rappelle d'une manierefiforte
&fi tendre ? Ne feroit- ilpas temps
de fermer une playe qui afaignéfi
Long-temps , &apres tant de divi.
fions &de haines, de s'étudier enfin
GALANT.
27
e
E
0
àgarder l'unité par le lien de la
Paix ? Me direz-vous encore , que
vous risqueriezvostre Salut ,fi vous
aviez Communion avec une Societé
qui enseigne des Erreurs mortelles
&qui pratique des cultes damnables
? A cela je vous répons , que
yous estes obligé de vous reunir à
l'Eglise , avant que d'entrer dans
cet examen. Cependant si par un
paſſedroit nous nous appliquons à
rechercher fi elle est aussi coupable
que les Ministres vous lefont croire,
pourrez- vous bien vous imaginer
que l'Eglise à qui I. C. a fait une
fi expreſſe &si glorieuse promeffe,
lors qu'il a dit que les portesd'Enfer
ne prévaudroiet point contre
elle, puiſſe eſtre tombée dans cette
ruine& cette deſolation prétendue?
Cette Colomne de la Verité , comme
l'appelle S. Paul , fera- t'elle dove- -
nue la Colomne de l'Erreur & du
B2
28 MERCURE
Menfonge ? Quelle auroit este la
bonté de Dieu envers l'Epouse de
Son Fils , de la laiſſer dans un fi
deplorable état durant tant defiecles
, & qui s'imaginera qu'il ait
efté ſeulement poſſible que cette extreme
corruption sſeſoit si univer-
Sellement repanduë , qu'iln'y ait au
moins eu quelque Eglise particuliere
qui ait confervé la pureté du
Service de Dieu , & le precieux
depoft de sa Verité ? Ne fremiſſez.
vous point lors que confiderez que
vous êtes d'une Scîte qui ne peut fe
venter d'avoir eu communion avec
aucune qui l'ait precedée , & qui
n'oſe reconnoistre pourſes Predecesfeurs
que quelques miferables difperfez,
qui outre lesſentimens qu'ils
avoient communs avec vous,ont esté
coupables de plusieurs déteftables
Herefies que vous abhorrez comme
nous , & à qui on auroit toûjours
GALANT. 29
A
.
نا
påfaire la demande que nous vous
farsons , Qui eſtes- vous , & d'où
eſtes- vous venus?Où eſt l'endroit
de l'Ecriture qui ait prédit vôtre
Reformation ? Auroit- elle manque
de circonstancier un Evenement
aussi remarquable ? Mais je ne
Sçaurois nypreſſer les matieres, ny les
- parcourir dans une Lettre que je
vous écris à la hâte. Ie vous prie
Seulement , mon cher Frere , de faire
un peu de reflexion sur ces deux
importans Articles , d'où dépend la
deciſion des autres. Le premier est,
qu'ily a toûjours eu un Tribunal
fubſiſtant pour la deciſion des diférens
qui naiſtroient dans la Religion.
Vous dites que c'est l'Ecriture. Nous
reconnoiſſons avec vous , qu'elle est
une Loy Souveraine par laquelle
il faut juger ; mais l'interpretation
en appartient à l'Eglise. C'est
de la bouche que nous devons en
B
3
30
MERCURE
apprendre le veritable fens , plûtoft
que de celle d'un Particulier. Car
comment par l'Ecriture ſeule pourrezvous
vous assurer que la verité
Se trouve dans vôtre Party?Tous les
Heretiques du Monde ne viennentils
pas la Bible à la main ? Ne
confrontent - ils pas les Paſſages
comme vous ? Ne prétendent- ils pas
d'avoir le S. Esprit comme vous, &
nobſervent- ils pas à leur compte
les moyens de bien interpreter ?
Quel avantage aurez-voussur eux,
& qu'est- ce que vous direz enfaveur
de vostre Cause , qu'ils n'alléguent
pour la leur ? Avoüez donc
que Dieu auroit manqué au bien
de fon Eglife , s'il n'avoit étably
un moyen seur pour reglerfa Foy .
Croyezmoy, mon cher Frere,il vaut
bien mieux n'estrepoint fage enſoymesme
, comme dit l'Ecriture , que
d'en trop présumer ; & fur cette
GALANT.
31
A maxime fondamentale du Chriſtianiſme
, je vous demandeſi Calvin
• ne devoit pasſeſoumettreà lavoix
de l'Eglife , plûtoſt qu'aux lumieres
$ prétendues de fon eſprit particulier,
-. & fi ceux qui fuivirent ſes nouveautez
, n'auroient pas esté plus
fages d'écouter l'Eglise qu'un Particulier
? Vous- même en feüilletant
la Bible , avez-vous reconnu , que
-ce quevous faites profeſſion de croire
? dans les Symboles ,y est conforme,
ousi c'est quelque authoritéqui vous
l'a fait croire avant cette lecture?
1. Je Sçay que vous avez beaucoup de
discernement , & que le Livre de
- l'Ecriture Sainte vous eſt aſſez
familier ; mais je vous demande en
confcience , ſi avant qu'on vous la
donnaſt à lire , vous n'euſſiz déja
esté inſtryit de ce que vous devez
croiresur les Mysteres de la Trinité,
de la Generation du Fils , de la
B 4
32 MERCURE
Proceſſion du S. Efpris , de l'Incarnation
de la Seconde Perſonne,
enſficz-vous pûfaire par vos propres
lumieres une Confeſſion orthodoxe ?
Croyez - vous que vous euffiez pů
reconnoiſtre le Livre de l'Ecclefiafte
pour un Livre divin ? Qu'on en
faſſe l'expérience tant qu'on voudra
, je ſuis perfuadé quefi on n'enfeigne
à celuy qui l'entreprendra,
quel est le sentiment de l'Eglife ,
iln'y reüfiva jamais. Qui l'aſſurera
quele Paffage de S.Iean quidit qu'il
y en a trois au Ciel , n'a pas esté
ajoûté comme le prétendent les Arriens
, ou que celuy-cy. Le Pere eſt
plus grand que moy , ne marque
pas une fuperiorité à l'égard de
l'Effence ? A quet deſeſpoir neseroit
pas reduit un Homme quine pourroit
trouver la verité , qu'en lifant la
Bible avec autant d'exactitude qu'il
faudroit ,ne sçachant mesmesi la
4
GALAN T.
33
1. traduction feroit fidelle ,ſi Dieu n'y
Et avoit pourveu en établiſſant fon
- Eglise pour Interprete Souveraine
& infaillible de ſa volonté , de la
bouche de qui on peut apprendre la
A. Verité fans erreur puis qu'il a imprimé
en elle tant de marques de
Sa Divinité , qu'il est impoſſible de
la méconnoistre ? Vous me ferezfans
* doute icy de grandes difficultez.
Vous me demanderez qui pourra
vous declarer les sentimens de l'Eglife
, puis que les Docteurs & les
Conciles font ſiſouvent oppofiz? A
1 cela je vous dis, que vous les devez
chercher dans le confentement
univerſel de l'Eglife , dont les Conciles
font la Bouche. Ils nesont ja-
- mais opposezsur les matieres de
-Foy. Lors donc que vous verrez un
Sentiment receu par l'Eglise uni
verselle , conforme par confequent
aux faints Conciles oecuméniques ,
B
34
MERCURE
vous nepouvezpas refuser de vous
ysoumettre ; & la plus grande mar
que de la validité d'un Concile,
c'est lors que l'Eglise univerſelle s'y
afſujettit , &fur tout lors qu'elle
ypersevere durant plusieurs fiecles.
Sans changement , comme nous le
voyons à l'égard du Concile de Trente.
Peut-estre que vous m'objecterez
en ore que vous nesçavez passic'eſt
L'Eglife Romaine qui poſſede iuftement
ce Titre, ou quelqu'une de ces
autres Societez qui fe l'attribuent
comme elle ; mais je dis qu'il suffit
que vous reconnoiffiezla necessité du
Tribunal de l'Eglise, car apres cela
vous ne pouvezpas dire que Calvin
&fa Secte ait eu ce privilège lors
qu'ilfe rebella contre elle , puis que
vous estes contraints d'avoir recours
à la chimere d'une Eglife invisible ,
à qui on n'auroit pas pù s'adreſſer
pouravoir la décision des Controver
fes. Laiffez apres cela à l'Eglife.
GALANT.
35
.
s Romaine leſoin de debatre ſes droits
contre les Societez Schifmatiques.
e
Si j'avois du temps, je vous convain .
I crois par vostre propre expérience ,
que vous estes contraint dans la
pratique , de reconnoistre une Eglife
pour fuge Souverain de vos diférens,
+ quoy que dans laTheorie vous fouteniez
un principe contraire ; mais
j'aime mieux paſſerà l'autre verité
fur laquelle vous devez faire reflexion
. C'est qu'il faut recevoir les
Traditions Apostoliques . Outre que
S. Paulveut qu'on garde les Traditions
, non feulement celles quż.
étoient écrites , mais encore celles
qu'il avoit données de vive voix,
Saint lean nous avertit que I. C.
avoit fait tant de Signes qui n'étoient
pas écrits , que tout le Monde
ensemble ne pourroit pas les porter ;
vous estes contraints comme nous,
de recevoir plusieurs importantes
:
B6
36
MERCURE
veritez que vous ne tenez que de
la Tradition. On trouverez - vous
dans la Bible l'ordre de folemnifer
le Dimanche plûtoſt que le Sabath?
Et fans entaſſer beaucoup d'exemples,
vous favez queF. C. ainstitué
le Baptefme par l'Immersion.
Trouvez vous que ce soit la mesme
Cerémonie que l'Aspersion ? Qui
vous a dit que Dieu ait promis
La grace à l'une comme à l'autre ?
Il ne s'agit pas là d'un affaire de
petite importance , puis qu'il s'agit
de la validité d'un des plus auguſtes
Sacremens de l'Eglife. Cependant
vous n'en pouvez estre affeuré que
par la voye de la Tradition. Lors
dono que vous ne trouverezpas plu .
ficurs pratiques clairement établies
dans l'Ecriture,ſouven Zvous qu'il
fuffit que vous les ayés reçues de
l'Eglife univerſelle , pour croire que
d'est de Dien que vous les tenez
GALANT.
37
.
6
puis qu'il a promis d'eſtre avec elle
# juſques àla fin du Monde , Si une
fois vous avezconceu l'idée que vous
devez avoir de fon authorité, vous
prendrez cet esprit deſoûmiſſion qui
est si neceſſaire au Chrétien , &
vous ne raiſonnerez plus contre ſes
Arrests , quelque contraires qu'ils
paroiſſent à vos interprétations particulieres.
Il me souvient qu'estant
à Die , ce qui vous faisoit le plus de
peine , c'estoit le retranchement de
la Coupe. Apprenez d'icy que les
raisons de l'Eglise ont eftè bonnes,
puis qu'elle l'a ainſi determiné.
Mais F. C. a institue le Sacrement
fous les deux especes ; l'Eglise Pri
mitive l'a ainſi pratiqué. le vous
dis de mesme que I. C. a institué le
Baptefme par l'Immersion ; & que
Si l'Eglise a eu de ſuffisantes raiſons
pour le reduire à l' Aſperſion , elle a
auſſi pu établir la Communion ſous
38
MERCURE
uneseule espece. On lesretient toutes
deux dans la celebration dis
Mistere , pour faire commemoration
de fa Mort , mais on vous dit que
la communion ſous les deux especes
est unpoint de Discipline , que l'Eglife
peut établir comme il luy plaît,
Suivant les diferentes raiſons que
Luy fourniffent les circonstances où
elle se trouve. L'Eglise ne l'a pas
ainſi ordonné pour aucun mépris de
l'Institution du Sauveur , & elle est
en liberté de la redonner à ſes Enfans
, quand elle le trouvera bun. Ie
n'ay plus qu'à vous conjurer defaire
un parallele general des deux Religions
, laquelle merite d'estre preferée
2 ou celle qui a encore le Miniſtere
que I. C. a estably , & qui l'a
confervé par une ſucceſſion perpetuelle
, ou celle qui en a ufurpé un
nouveau ; celle qui s'est maintenuё
durant tous les fiecles , & contre le
GALANT.
39
- venin de l'Horefie , & contre lafu
reur des Tyrans, contre qui les portes
- d'Enfer n'ont point prévalu , ou celle
- qui voit sa destruction en moins de
deux fiecles, comme toutes les autres
- Sectes ; celle qui ſuivant toutes les
Prédictions eftfi illustre par la multitude
de ſes Peuples en comparai
Son des Sectes , on celle qui a des limites
bien plus étroites ; laquelle est
l'Eglise de I. C. ou celle qui ſuivant
| l'ordre du Maistre fait prefcherfon
- Evangile àtoute la Terre, ou la Calviniſte
qui ne s'en met guere en
- peine , ou la Catholique qui a proà
duit , & qui produit encore tant de
Martyrs & de Confeffeurs , ou la
Protestante qui voit tous les jours
que fes Martyrs font des Seditieux;
ou la nostre qui enseigne à fervir
Dieu d'une maniere auguste , con
forme àSa Majesté , ou la voſtre qui.
n'a aucunfel dans ſes Devotions
40
MERCURE
ie n'aurois jamais fait , ſi je voulois
étaler les avantages de l'Eglise
fur vostre secte , le vous laiffe leſoin
de les confiderer vous- mesme , & de
confulter les bons Livres qui peuvent
vous y aider. Ie vous prie pour
la fin de ne point negliger une aussi
importante affaire , & de ne vous
point laiſſerenteſter par les confiderations
de nos Parens & de nos
Amis. C'est avoir affez demeuré
hors de fon centre. C'est seulement
en y rentrant que l'on peut trouver
le veritable repos . Ie fuis perfuadé
que Madame vôtre Femme est dans
de fort bons sentimens ; je vous prie
de l'aſſeurer de mes reſprits & de
mon amitié. Dieu veüille que nous
nous voyions tous un jour dans une
mefme Famille fpirituelle , aussi
bienque dans la temporelle. Dimi.
nuczautant qu'ildépendra de vous
les chagrins que cette Nouvelle
GALANT. 41
.
1
pourra cauferàma Mere. Ie crains
fort de mestre attiré son inimitié,
mais l'espere que Dieu luy touchera
le coeur,&qu'enfin elle ne trouvera
mauvais que j'aye Satisfait à ma
confcience. La Profeſſion où je me
trouvois malheureusement engagé,
Sera peut- estre ce qui luy donnera
plus d'horreur ; pour moy je m'abandonneà
la Providence . Examinéz
bien s'il vous est permis de croire
que vous ne puissiez faire vostre
Salut dansune Communion , ou ceux
qui ont devancé Calvin l'ont fait,&
dans laquelle tant de Martyrs , de
Roys , de Docteurs , & de grands
Saints, ont vécu , & font morts . Ie
prie Dieu qu'il vous conſeille luymesme
, & qu'il vous inſpire voſtre
bien . Adieu , mon cher Frere , ne
ceſſez pas de m'aimer , &de croire
que je fuis toûjours ,Vôtre , &c.
42
MERCURE
Comme on pourroit perdre
une partie du fruit que l'Egliſe
tire de tous ces heureux progrez
de la Religion Catholique , ſi
l'on n'empefchoit par toutes fortes
de juſtes moyens que les Ennemis
de la Foy ne fiſſent retomber
dans leurs erreurs ceux qui
en ſont ſortis , & ne détournafſent
ceux qui ſont encore dans
l'aveuglement de preſter l'oreille
aux veritez qu'on leur preſche ,
fur ce qui fut remontré que dans
pluſieurs lieux où l'exercice de la
Religion Prétenduë Reformée
eſtoit interdit , & les Temples .
démolis , les Miniſtres qui y
avoient eſté établis y faiſoient
encore leur demeure , & que fi
quelques-uns en ſortoient pour
aller ailleurs exercer leur Miniſtere
, d'autres eſtoient envoyez
à leur place par des ordres ſeGALANT.
43
crets des Conſiſtoires voiſins, afin
e d'y continuer furtivement l'exercice
de cette Religion , le Roy
voulant empeſcher la continua-
- tion de cet abus , fit de tres- ex-
- preſſes défenſes par Arreſt de
- ſon Confeil d'Etat du 13. Juillet
| 1682.& du 17. May 1683.à tous
- Miniſtres & Propoſans de reſter
ou de venir s'habituer à l'avenir
dans les lieux où l'exercice eſtoit
interdit , & à tous ceux qui y
Savoient eſté Miniſtres ou Propofans
, de faire leur demeure plus
prés de ces endroits que de fix
lieuës, ſous quelque prétexte que
ce fuſt. Mais comme ces deux
Arreſts n'avoient eſté donnez
que pour les lieux où l'exercice
- de la Religion Pretenduë Refor-
-mée eſtoit interdit définitivement
, & qu'il a encore ceſſé en
pluſieurs endroits , ſoit en con
44
MERCURE
ſequence de Decrets décernez
contre quelques Miniſtres pour
des contraventions commiſes aux
Edits & Déclarations du Roy,ou
en vertu des Jugemens rendus
par les premiers Juges , Sa Majeſté
par fon Arreſt du Conſeil
d'Etat donné le 30. Avril dernier
, a ordonné que les Miniſtres
& Propoſans , qui se trouveront
dans les lieux où l'exercice public de
la Religion Prétenduë Reformée aura
ceſſe à l'occaſion des ProceZmeus ,
pour raison de ces contraventions
commiſes ,feront tenus de s'en éloigner
au moins de trois lieuës , avec
défenſes de faire leur demeure plus
prés de ces lieux que de cette diſtan.
ce , jusqu'à ce qu'il en ait eſté autrement
ordonné définitivement par les
Iuges à qui la connoiſſance defdites
contraventions appartient.
Le Roy ne s'applique pas ſeuGALANT.
45
1
lement à tout ce qui peut ſervir
au ſalut des ames de ſes Sujets ;
il travaille encore à tout ce qui
peut leur procurer le repos pendant
leur vie & comme il dépend
fur tout de l'affermiſſement de la
paix qu'il a donnée à l'Europe ,
ce grand Prince n'oublie rien
4 de ce qu'il juge devoir y contribuer
: Cela ſe connoiſt par les
foins qu'ila pris d'envoyer à la
" Cour d'Eſpagne , où par de prudentes
& fages raiſons qu'il y a
fait expliquer , il a prévenu une
guerre , dont la Chrétienté ne
pouvoit manquer de ſouffrir
beaucoup dans la ſituation où
ſont les affaires. Les Miniſtres
qu'il a en Hollande ont auſſi agy
par ſes ordres , pour empefcher
que ce feu ne s'allumaſt , & par
ſa judicieuſe précaution , l'Europe
s'eſt veuë hors de la crainte
تام
46 MERCUR E
où elle eſtoit , d'eſtre expoſée
de nouveau aux meſmes malheursdont
elle a gemy pendant
tant d'années. Il ne faut pas s'étonner
aprés cela, ſi dans toutes
les Actions publiques , on a toujours
fait entrer depuis quelque
temps un Panegyrique de ce
grand Monarque , ou plûtoſt ſi
fon Eloge en a fait tout le ſujet.
د
Ce fut dans une pareille occaſion
que Monfieur le Procureur
Genéral en faiſant la derniere
Mercuriale fit un excellent
Diſcours à l'avantage de Sa Majeſté.
Tous ſes Auditeurs en furent
charmez , & on demeura
d'accord tout d'une voix qu'on
n'avoit jamais entendu rien de
plus beau ſur cette matiere. Si
tout çe que le Roy a fait de grand
ne meritoit pas des loüanges inGALANT.
47
t
t
i
finies , Monfieur le Procureur
General que la verité ſeule fait
parler , s'attacheroit aux ſujets
naturels des Diſcours publics
- auſquels ſa Charge l'engage , &
ne les rempliroit point d'éloges
qu'un Homme de ſon Caractere,
de ſa probité , & de fon merite,
ne doit donner que tres - juſte-
C
ment.
Lors que les Particuliers font
éclater le zele qu'ils ont pour ce
grand Monarque , par les Panégyriques
publics qu'ils prononcent
à ſa gloire dans les plus
auguſtes Aſſemblées où préſide
la Justice , & dans les Chaires où
l'on ne doit dire que la verité, les
Peuples entiers qui ne ſe contententpas
de marquer par leurs
acclamations & par leurs voeux
ce qu'ils fentent pour un Prince
ſi digne de leur admiration, ven
48 MERCURE
lent encore y ajoûter des Statuës
qui inſtruiſent la poſterité du refpect
& de l'amour que ſa grandeur
leur inſpire. C'eſt à quoy
la Ville de Grenoble donne preſentement
tous ſes ſoins. Ses
Echevins ont eſté chargez de
ſupplier tres - humblement Sa
Majesté , de vouloir bien leur
permettre d'élever dans la principale
de leurs Places publiques,
unė Statuë qui la repreſente , &
le Roy agréant leur zele a eu la
bonté d'y conſentir.
Il eſt difficile de s'employer
pour la gloire de ce Prince d'une
maniere plus ingénieuſe & plus
nouvelle que Mr Magnin. Comme
le Soleil eſt ſa Deviſe , tout ce qui
eſt attribué à cét Aſtre luy peut
convenir , & c'eſt ſur ce qui regarde
le Soleil , & quia rapport
au Roy que Monfieur Magnin
à
GALANT. 49
es
1
コド
es
He
&
12
רג
à déja fait un grand nombre de
Deviſes . Celle qui ſuit vous fera
connoiſtre qu'il eſt inépuiſable
ſur cette matiere. Elle a pour
Corps le Soleil au Signe de la Balance
& pour ame ces paroles.
Orbem inde gubernat. Vous en
trouverez l'explication dans ce
Madrigal.
SA Course eft noble & reguliere,
Et quoy que tous change icy bas ,
Ce grand Aſtre ne change pas,
Un mouvement égal mesureſa carrieve.
Il fait par des aspects divers.
Et les Estez & les Hyvers,
Il commande aux Saiſons , il regle
les années ,
Enfin ſeul de tout l'Univers,
Ilbalance les destinées.
Ces vers me font ſouvenir de
Iwin 1685 . C
50
MERCURE
ceux que vous m'avez deman
dezde Mademoiselle de Scudery.
Le trop de matiere m'empeſcha
de vous les envoyer la
derniere fois.
LA FAUVETE
A SAPH О.
En arrivant à ſon petit Bois ſelon
ſa coûtume , le 15. Avril 1685 .
P D
Lus vite qu'un Hyrondelle,
Ie viens avec les beaux jours ,
Comme Fauvete fidelle,
Avant lemois des Amours.
I'ay trouvésur mon paſſage
Un Spectacle fort nouveau ;
Pour m'expliquer davantage ;
C'est le Doge&Son Troupeau.
GALAN T.
51
C
Quoy , luy dis- ie , entrer en France,
Et vous montrer en ces lieux !
Ouy, dit- il, par la clemence
Du plus grand des Demy - Dieux.
Son coeur toûjours magnanime ,
Ne pouvant se démentir ,
Veut oublier nostre crime ,
Voyant nostre repentir.
Ah ! m'écriay-ie ravie ,
Ce Heros parſon grand coeur
Pardonne à qui s'humilie ,
Et de luy meſme eſt vainqueur.
Dieu ! quelbon- heur est levostre
D'aller recevoir sa loy !
len'en voudrois iamais d'autre ,
Mais ce bien n'est pas pour moy.
C'est affezque ma Maiſtreſſe ,
Souffre que ma foible voix
C2
32
MERCURE
Chante&rechanteſans ceffe,
Qu'il est le Phænix des Rois,
Allez, Doge, allezfans peine
Luy rendre grace àgenoux;
La République Romaine
En eustfait autant que vous.
Madame des Houlieres ne
s'eſt pas teuë ſus cette Arrivée
duDoge en France. Un Evenement
ſi peu ordinaire luy a donné
lieu d'adreſſer une Ode au Roy.
Elle a eu le meſme ſuccez que
tous ſes autres Ouvrages , ce qui
fait connoiſtre que ſon talent eſt
également heureux en toute forte
de genres d'écrire.
GALANT.
53
ve
C
ODE
DE MADAME
DES HOULIERES .
AV ROY.
E croiras - tu , LOUIS ? à ta
LE
Pour t'immortaliser ,j'ay voulu mille
fois
Te chanter couronnéde Lauriers نم
d'Olive ,
Et mille fois ma Lyre a languy ſous
mes doigts .
Vn Heros au deſſus des Heros de la
Fable
و
Est pour qui le célebre unHeros rea
doutable,
Contre qui cent Nochers à mes yeux
ont brisé.
C3
54
MERCURE
Ony, depuis que tu cours de victoire
en victoire ,
Le Dieu qui des grands noms fait
durer la memoire ,
Seferoit luy mesme épuisé.
Rejette donc , grand Roy ,Sur une
juste crainte
Ma lenteur à parler de tes faits
7 inoüis.
Impoſons- nous , disois-ie , uneſage ,
contrainte ,
N'immolons point ma gloire à celle
de LOVIS.
Que dirois-ie en chantant Sa valeur
triomphante ,
Dont aux Siecles futurs plus d'une
main ſcavante
Avant moy n'ait tracé de fideles
Tableaux?
Mais à quoy mon eſprit se laiſſe-t'il
Surprendre?
Quelle erreur ! Ah! de toy ne doit on
pas attendre
GALANT.
55
ا
Toûiours des miracles nouveaux?
Du formidable Rhin le merveilleux
Paſſage ,
En dix jours la Comté priſe au fort
des Hyvers ,
L'Algérienforcé de rompre l'esclavaze
Des Chrétiens gemiſſans ſous le
poids defesfers ,
Luxembourg affervy ſous cette loy
commune ,
Scmbloient avoir par toutfatiguéla
Fortune,
On ne concevoit riende plus beau,
de plus doux.
Cependant , dans les murs de ton
fameux Versailles,
Tu vois , plus grand encor qu'au milieux
des Batailles ,
Des Souverains à tes genoux.
Ab que de desespoir, d'étonnement
d'envie
A 4
$6 MERCVRE
1
Ce grand évenement jettera dans
les coeurs ,
De tant de Roys jaloux de l'éclat de
ta vie !
De combien voudroient- ils payer de
tels honneurs ?
Mais leurs fouhaits font vains ; ces
éclantantes marques
N'illustreront jamais le Nom de ces
Monarques,
Grand par le titre ſeul dont ils font
revétus.
Toy qui pour un Heros as tout ce
qu'on demande,
Toy qui les paſſes tous, ilfaut que le
Ciel rende
Ta gloire égale à tes vertus.
Tel dans un Siecle heureux on vit
regner Auguste,
Son nom fut adoré de cent Peuples
divers .
Il estoit comme toy,Sages intrépide,
juste
GALANT.
57
Et tu fais comme luy trembler tout
l'Univers,
Comme toy triomphantfur la Terre
&furl'onde,
- Luy- mesme se vainquit , donna la
paix au Monde ,
Cultiva les beaux Arts, fit reviure
les Loix.
Maistre de tous les coeurs dansſa
Superbe Ville,
Au milieu d'une Courmagnifique
tranquille ,
Afes genoux il vit des Roys.
Abondante en Amis, plus abondante
encore
En honneurs , en tresors, en Vaif-
Seaux, en Guerriers ,
Genes jusqu'au rivage où se leve
Aurore.
Fit redouterſon Nom , & cücillit
des Lauriers .
Ce fertile pays ,Source de tant de
baines.
CS
58
MERCURE
Où regna le beau Sang qui coule
dans tes veines,
و
Naples , a veuſes champs parfon
or envahis ,
Et de la fage Ville épouse de Neptune,
Ses efforts auroient på renverſer la
fortune,
Si le fort ne les eust trahis.
Fiere encore aujourd'huy de plus d'un
juste Eloge ,
Quedes Siecles paſſezsa gloire a
merité,
Son Senat refuſoit de t'envoyer for
Doge,
Implorer le pardon de ſatémerité ,
Mais l'affreux Souvenir de l'état
déplorable ,
On n'agueres l'a mis ton couroux
-redoutable,
Aforcéfon orgueilà ne plus cotefter.
Certaine que tu peux ce qu'on te
voit résoudre,
GALANT.
59
Elle craint queta mainne reprenne
ta foudre,
Aqui rien nepeut réſiſter.
Quelle gloire pour toy ! quelplaisir
pour la France,
De vanger auiourd'huy fur ces
Ambitieux ,
Les divers attentats qu'avec tant
d'inſolence
Leurs Peres ont formez contre tes
grands Ayeux !
Accoûtumezà voir leur audace impunie,
Ces Peuples n'employoient leurs trefors
, leur genie,
Qu'à tefaire par tout de nouveaux
Ennemis.
Ils penſoient t'accablerſous lefaix
des intrigues,
Et n'ont fait que remplirpar d'impuiſſantes
ligues
Ce que les deſtin st'ont promis.
C6
60
MERCURE
Ainsi , quand des Hyvers les terribles
orages
Contraignent un grand Fleuve à
fortir defes bords
De ce Fleuve irrité ,fameuxparfes
ravages ,
On croit par une Digue arrester les
efforts;
Mais bien loin que fon onde à ce
frein s'accoûtume,
Sa colere s'accroift,il mugit,ilécume,
Il renverſe demain ce qu'il laiffe
aujourd'huy ,
Etplusfort que laDigue àfon cours
opposée, }
Ellen'eſt ſur la Rive où l'on l'avoit
posée
Qu'unnouveau triomphe pour luy.
Non contentde vanger tes Ayeux &
ta gloire,
Tu domptes l'Heréſie , elle expire à
tesyeux,
GALANT. 61
Tu fais deſon débris ta plus chere
作victoire,
Ardent à foûtenir la querelle des
Cieux.
Tu le dois ; lears faveurs , diverſes,
continuës,
Iamaisfur les Mortels ne furent répanduës
Si liberalement qu'elles le fontfur
toy.
Quoy que le Diadéme ait de grand,
d'agréable,
Des preſens dont aux Cieux on te
voit redevable
Lemoindre est de t'avoirfait Roy.
Mais le Doge paroist ; que Genes
laSuperbe
Est un charmant Spectacle attachée
à ton Char !
Confuse d'avoir veu fes Tours plus
bas que l'herbe,
Elle n'ofe fur toy porter un feul
regard,
62 MERCURE
1
Tongrand coeur est touché des fou
pirs qu'ellepouffe,
Tu rendras , ie le voy , Sa fortune
plus douce ;
Millefois tes bontez ont borné tes
Exploits.
Tu verrois l'Univers foûmis à ta
puissance,
Si depuis vingt moiſſons,detafeule
clemence
Tun'avois écouté la voix.
Voicy d'autres Vers qui ont
été faits fur la Soumiſſion de la
Republique de Genes. Ils font
de Monfieur Salbray Valet de
Chambre de Sa Majefté.
Cefar dans une Lettre apprei
nant au
Une prompte Conqueste importante
àfa gloire,
Pour luy faire donner plus d'estime
&d'éclat ,
GALANT. 63
Ecrivit ces trois mots si fameux
dans l'Histoire,
( Veni, Vidi , Vici, dignes defa métel
ta
2
moire;
Maisfans allerfi loin, nostre grand
Potentat
LOVIS mieux que Cefar peut
vanterſa Victoire.
LesSuperbes Génoisfont Venus
l'onVeu.
Dansfon Trône pompeux recevoir
leur hommage,
( D'un pouvoir triomphant illaftre
témoignage )
C'en est affez & trop pour avoir
mieux Vaincu .
Le Doge encor Soumis à ce qu'il a
voulu,
Luy qui nefort jamais hors defon
Apanage,
Contre l'honneur du Rang avoirfait
ceVoyage,
64 MERCURE
N'est- ce pas luy ceder fon pouvoir
abfolu?
Soûmiſſion heureuſe , où l'on trouve
afſurance
Contre un Foudre quibriſe, &remplit
tout d'effroy !
Favorable malheur , qui fait connoistre
un Roy
Dont on ne peut trop cher acheter
la préſence !
J'ajoûte un Sonnet fur cette
meſme matiere. Il eſt de Monſieur
Baraton, quien 1682. remporta
le prix donné par Monfieur
leDuc de Saint Aignan , ſur les
Bouts- rimez de Jupiter & Pharmacopole.
arod
GALANT..
65
BOUTS- RIMEZ .
NOn , ta ſoumiſſion ne ternit
point ta Gloire ,
Genes, lors qu'on te voit aux pieds
d'unfigrandRoy :
Rome& la fiere Espagne ont fubi
mesme Loy ,
Et tout craint un Heros Maistre de
la Victoire.
Ce rare évenement marqué dans
ton Hiſtoire
Du pouvoir de LOVIS à jamais
fera foy :
Tes Palais renverſez , tes Peuples
pleins d'effroy
Long- temps defon courroux garderont
la memoire
Le cours de ta Fortune estoit prefque
achevé .
66 MERCURE
Déja de tes débris un Trophéeélevé
Affeuroit du fuccex ce Monarque
intrépide ;
Mais en te pardonnant , égal aux
Immortels,
il ſe met au deſſus d'Alexandre &
d'Alcide;
Et tu dois à ſon Nom consacrer des
Autels.
Ce qui c'eſt fait le 20.du dernier
mois à Luxembourg vous
furprendra d'autant plus , qu'il
vous paroiſtra que cette Ville ,
quoy qu'elle ait eſté foudroyée
dans le dernier Siege qu'elle a
fouffert , eft en auffi bon état ,&
auſſi tranquille & floriſſante que
fi elle n'avoit point eu de Guerre
depuis un Siecle. Mais quels defordres
ne reparent pas en peu
de temps les liberalitez de noſtre
2
GALANT.
67
4
auguſte Monarque ? Il s'agiſſoit
d'une folemnelle Proceffion,dans
laquelle l'Image miraculeuſe de
Noſtre-Dame de Conſolation
Patronne du Duché de Luxembourg
& Comté de Chiny , devoit
eſtre reportée de la Capitale
de la Province en ſa Chapelle.
Vous n'aurez pas de peine à eſtre
perfuadée du bon ordre ou cette
Chapelle eſt prefentement , puis
que le Roy , toûjours plein de
zele pour les choſes Saintes , a
donné un fond pour la reparer.
La Proceſſion étant reſoluë , &
les Jéſuites qui avoient diſpoſé
leurs Ecoliers à y paroiſtre avec
tout l'éclat poffible , ayant choifi
pour la faire le jour que je viens
de vous marquer. Elle commença
à ſortir de leur Egliſe ſur les
deux heures aprés midy. L'ouverture
s'en fit par les Genies de
68 MERCURE
د د
l'Eglife , dela France , & du Luxembourg
, accompagnez de celuy
du Chriſtianiſme , chacun
avec ſon inſcription . Il y eut une
marche des Roys de France les
plus affectionnez à la Vierge ,
tels que Clovis, Dagobert, Charlemagne
Robert Philippe
Auguſte , S.Loüis , Philippe de
Valois , Charles V. Loüis XI.
François I. Charles IX. Henry
III . Cette marche fut ſuivie de
deux magnifiques Chars , l'un de
Loüis XIII . offrant ſa Perſonne
& ſon Royaume à la Vierge , &
l'autre de Loüis le Grand confirmant
ce meſme hommage. Sur le
haut de chaque Char qui estoit
conduit par un Genie , on voyoit
une Deviſe marquant le zele &
la pieté de ces deux Princes. La
Renommée tenoit ſa place dans
cette folemnité. Elle eſtoit ac
GALANT. 69
compagnée de la Religion , de la
Verité , & de la Gloire. La Victoire
& les Vertus chargées de
Palmes , & couronnées de Lauriers
, y repreſentoient en plufieurs
Tableaux divers avantages
qu'à tiré l'Egliſe des grandes
actions de Sa Majeſté. La Joye ,
la Force , l'Abondance , & la
Santé , qui ſont des biens qu'obtiennent
ordinairement ceux qui
honorent la Vierge , marchoient
à la teſte des Villes du Luxembourg
, pour faire connoiſtre que
ces agréables. Nymphes leur
avoient perfuadé de reclamer ſa
protection . Ces Villes eſtoient
Thionville ,
Arlon.
Baſtoine.
Chiny .
Diekirch.
Epternach.
MERCVRE
70
4
Hofalife.
Marville.
Neurbourg.
La Roche.
Vianden.
Montmedy.
Marche .
Bitbourg.
Damvillers .
Durbuis.
Greveren-Macheren.
Ivois.
Neufchaſteau.
Remich.
Saint Vitt.
Virton.
La Province de Luxembourg
ſuivoit ſur ſon Char , qui estoit
conduit par deux Genies . Elle
montroit d'un côté la Paix , l'Abondance
& les beaux Arts , &
de l'autre Mars & Bellone dans
les Chaînes. La Congregation
GALANT.
71
desjeunes Hommes , & celle des
Bourgeois mariez , chacune ſous
ſon Etendard , & les Corps des
Métiers marchoient immediatement
aprés ce troiſième Char.
On vit enſuite les Ordres Religieux
& le Clergé, au milieu duquel
les Jéſuites portoient la Statuë
de Noſtre- Dame de Confolation.
Ils estoient ſuivis des magiſtrats,
& de Meſſieurs du Conſeil
du Roy. Monfieur le marquis
de Lambert Gouverneur de la
Place , ayant avec luy les principaux
Officiers , accompagna la
Proceſſion . Elle rencontra pendant
ſa marche divers Theatres
dreſſez dans la Ville. De pieux
Spectacles l'arreſterent à chacun.
On fit voir ſur le premier avec
quel zele le Roy avoit donné
ordre que l'on reparaſt la Chapelle
de Noftre-Dame de Cons
72
MERCURE
folation . Le ſecond Theatre fit
paroiſtre Mars commandant à ſes
Guerriers , & à Vulcain , Bronte
, Sterope , Pyracmon , & autres
, de prendre garde de ne
plus faire d'inſulte à cette Chapelle
, & fur le troiſième Cerés ,
Flore , Pomone , les Naïades , &
autres Nimphes , ſe réjoüirent
du retour de Noſtre- Dame de
Confolation à la Campagne.
Dans le meſme temps , c'eſt à
dire le 13. du meſme mois on fit
à Soiffons une autre Proceffion
fort folemnelle pour la Tranſlation
des Reliques de Saint Gervais
& de Saint Prothais , Patrons
de l'Egliſe Cathedrale , apportées
de la Ville de Briffac ,
où leurs Corps ſon conſervez depuis
pluſieurs Siecles. Elles font
des plus anciennes que l'Eglife
honore, l'Invention en ayant eſté
revelée
GALAN T.
73 :
,
revelée à Saint Ambroiſe , comme
le rapporte Saint Auguſtin.
Tous les Chapitres , Communautez
, Ordres , & Paroiſſes de
la Ville aſſiſterent à cette Procefſion
, ainſi que les Corps du Préfidial
, de l'Election , de la Maréchauffée
, & autres. A la teſte
marchoit la Compagnie des
Arquebufiers l'une des plus
leſtes&des plus nombreuſes du
Royaume. La Chaſſe dans laquelle
ſont ces prétieuſes Reliques
, fut portée depuis l'Eglife
de Saint Creſpin le Grand ,jufqu'à
la Cathedrale , qui en eſt
éloigné d'un grad quart de lieuë,
par deux Chanoines , accompagnez
de douze Diacres ayant
des Palmes en leurs mains, pour
marque de la victoire que ces SS.
ont remportée ſur les Ennemis
de la Foy , Monfieur l'Eveſque
Juin 1685 .
D
74 MERCURE
de Soiſſons marchoit enſuite revétu
de ſes Habits Pontificaux .
Depuisl'Egliſe de Saint Creſpin,
juſques àla Cathédrale, il y avoit
cing Repoſoirs , ornez de differentes
manieres. Celuy de l'Egliſe
de l'Abbaye Noſtre-Dame,
fait par l'ordre de Madame de la
Rochefoucault qui en eſt Abbeſſe
, eſtoit le plus riche. Cette
Dame accompagnée de Mada .
me l'Abbeſſe de Saint Sauveur
ſa Soeur , & de Madame de Marfillac
Coadjutrice de cette derniere
, parut à la teſte de ſa Communauté
, qui chanta les Répons
& les Hymnes ordinaires en de
pareilles occafions , avec une
mélodie merveilleuſe , ſi-toft
qu'ony eut poſé la Chaſſe. Elle
fut portée enſuite dans la Nef
de la Cathédrale , & miſe ſur un
Repoſoir paré d'un nombre infi-
1
GALANT.
75
ny de Bijoux & de Fleurs. Monſieur
l'Eveſque de Soiſſons monta
en Chaire dans le merme
temps , & dans le Panégyrique
qu'il fit de ces.Saints , avec l'éloquence
qui luy eſt ſi naturelle , il
n'oublia rien de ce qui pouvoit
relever le mérite du Martyre
qu'ils ont fouffert par la fureur
des Idolatres du Siecle où ils ont
vécu. Il prit de là occaſion de
rendre graces au Ciel , d'avoir
fait naiſtre un Monarque done
le courage invincible ,& la pureté
de la Religion avoient ſi glorieuſement
diſſipé l'erreur des
Calviniſtes. Il ajoûta que ce
Prince qui eſt l'admiration de
toute la Terre , & l'amourde ſes
Sujets , avoit eſté heureuſement
ſervy dans cette entrepriſe par
les grands talens & les forts raiſonnemens
de Monfieur l'Ever.
D 2
76 MERCURE
que de Meaux , dont le belouvrage
a preſque achevé la conviction
de ces Obſtinez . Monſieur
Boffuet , Frere de Monfieur
de Meaux , qui eſt depuis quelques
jours Intendant de la Province
avec une approbation
genérale , eſtoit preſent à cette
Céremonie. Elle finit par le Te
Deum que Mel'Eveſque de Soiffons
entonna , & qui fut chanté
par la muſique ordinaire,au bruit
des Cloches , des Fifres & des
Tambours. Les Reliques furent
expoſéesdans le Choeur juſqu'au
Dimanche ſuivant 20 du meſme
mois , jour de l'Octave de cette
folemnité , qui fut ſuivie de la
Benédiction de Madame de Bourlon
Abbeſſe de la Barre , faite par
le même prélat ſon Frere. C'eſt
une Dame qui gouverne ſa
Communauté avec toute la douGALANT.
77
ceur,&toute la ſageſſe imaginable.
Mesdames de la Rochefou
cault , l'une Abbeſſe de noſtre
Dame de Soiffons , & l'autre de
Saint Sauveur d'Evreux , étoient
les Abbeſſes aſſiſtantes . Ces
deux Soeurs font d'un mérite
extraordinaire , & l'on peut dire
que quoy qu'elles ſoient d'une
tres-grande naiſſance , cet avantage
eſt le moindre de tous ceux
qu'elles poſſedent. Aprés la Cerémonie
, Monfieur de Soiffons
régala magnifiquementdans ſon
Palais Epiſcopal , toutes les Dames
Abbeſſes & leurs Religieuſes
,Monfieur Boſſuet Intendant
de la Province , Meſſieurs du
Chapitre de Saint Gervais ; &
tous les Chefs des Corps & Compagnies
de la Ville .
Les Auguſtins Réformez établis
au Fauxbourg Saint Ger
D 3
78 MERCURE
main , ont auſſi commencé par
une Proceffion la Solemnité de
l'Octave qu'ils ont faite cette
année de Saint Feliciffime. Ils
firent cette Proceſſion à l'iſſuë de
Veſpres le Dimanche 29. Avril,
avec une pompe digne de la venération
, qu'on doit avoir pour
ee Saint dont ils ont le Corps
entier dans une Chaſſe de trois
pieds de long & de deux de large.
Quatre Religieux Preſtres revétus
d'Aubes & de Dalmatiques
la portoient. Ils avoient à leurs
coſtez la Compagnie des Gardes
de Monfieur le Duc de Crequi
Gouverneur de Paris avec leurs
Officiers , & étoient environnez
d'une Troupe de petits Anges
portant des Flambeaux & des
Banderoles . La Proceſſion eſtant
arrivée à l'Abbaye de Saint Germain
des Prez , le Prieur en
GALANT...
79
Chappe qui l'attendoit avec fes
Religieux à la Porte de l'Eglife ,
# harangua le Pere Talon , Prieur .
I des Auguſtins , qui l'avoit pre-
& mierement harangue ſur le ſujet
I de cette Sainte Relique , aprés
quoy il fit chanter le Te Deum.
On alla dans l'Egliſe des Peres de
la Charité , qui ſe trouverent
itous à la Porte pour y recevoir
la Proceſſion , ce qui eſtant fair,
elle retourna à l'Egliſe des Peres
Auguſtins où la Chaſſe fut poſée
fur une Table qui eſtoit ſur une
Eſtrade , autour de laquelle il y
avoit une Balustrade avec un
riche Dais au deſſus. On chanta
leTe Deum , & pendant ce temps
les Religieux qui estoient en
deux Colomnes au nombre de
cent quatorze , vinrent deux à
deux baiſer la Chaſſe. Le Te
Deum achevé, Monfieur le Curé
D4
80 MERCURE
de Saint Sulpice monta en Chai
re , & fit l'Eloge du Saint avec
un zele qui répondoit à ſa pieté .
La Chaſſe demeura expoſée toute
l'Octave , & beaucoup de
Perſonnes qui ſont venuës reclamer
ce Saint , en ont receu des
foulagemens extraordinaires. Les
Peres Auguſtins Réformez du
Faubourg Saint Germain doivent
ces précieuſes Reliques à
la pieuſe liberalité de Madame la
Ducheſſe de Crequi. Elle les tenoit
de Madame la Ducheſſe de
Bracciane , qui les lay donna le
10. Decembre 1682. & à laquelle
Monfieur le Cardinal
Porto Carrero les avoit données..
Il les avoit receuës de Monfieur
le Cardinal Carpégna pour lequel
le Corps de Saint Feliciffime
avoit eſté tiré du Cimetiere
de Prétextat par ordre de CleGALANT.
8
ment X. avec pouvoir de legarder
, ou de le donner à quelque
autre , comme il le jugeroit à
propos. Ce Saint eſt celuy qui
eſtoit le Diacre de Sixte I I. Pape
& Martyr , & qui ſouffrit le
Martyre avec luy & Saint
Agapit , ſon autre Diacre , ſous
l'Empereur Valerien. L'Egliſe
celébre la Feſte de pluſieurs autres
Saints qui ont porté le nom
Feliciſſime , mais comme il n'y a
que le Diacre de Saint Sixte qui
ait eſté inhumé dans le Cimetiere
de Prétetxat , on ne peutdouter
que ce ne ſoit ce Martyr Illuftre
,dont le Corps en a eſté tiré
de nos jours.
Monfieur le Marquis de Bullion
, Fils de Monfieur de Bonnelles
Commandeur des Ordres
du Roy , & petit Fils de Monfieur
de Bullion Miniſtre d'Etat,
Préſident au Mortier, Garde des
1 DS
82 MERCURE
Sceaux des Ordres de Sa Majeſté
, & Sur- Intendant des Finances
de France , ayant eſté
pourveu par le Roy de la Charge
de Prevoſt de Paris , alla au
Palais avec ſes Gardes le 22. du
dernier mois. Il eſtoit ſuivy du
Prevoſt de l'ifle , & du Lieutenant
de Robe- courte avec leurs
Exempts & Archers , & accompagné
de Monfieur le Comte de
Chaſtillon, de Monfieur le Comte
de Nonan, Sous- Lieutenant
de Gendarmes du Roy , de Monfieur
le Marquis de la Tournelle,
Gouverneurde Marſal , de Monfieurle
Marquis de Treynel , de
Monfieur le Marquis de Farvaques,
Gouverneur des Provinces
do Maine , Perche , & Comté
de Laval , fon Frere , & de plufieurs
autres Perſonnes de qualité.
Il entra par la grande GaleGALANT.
83
F
ar
2
rie , donna ſon Epée dans lePar.
quet des Huiffiers , & eſtant entré
dans la grande Chambre , il
preſenta ſes Lettres de Proviſion
àMonfieur le Premier Préſident,
qui les fit lire par le Greffier.
Monfieur Dorat qui eſtoit ſon
Rapporteur , fit dans ſon rapport
l'Eloge de Monfieur le Prevoſt
&de ſa Maiſon. Enſuite Monfieur
de Bullion preſta le Serment
, aprés quoy on luy rendit
fon Epée , & on luy fit prendre
ſa place au Banc des Senéchaux
& Baillifs du Royaume dont il eſt
le premier. Aprés l'Audience ,
Monfieur de Neſmond , quatriéme
Préſident , & le dernier de
fervice à la Grand Chambre , à
qui cette commiſſion eſt toûjours
donnée , partit accompagné de
Meffieurs Godard & Fraguier ,
tous deux Conſeillers au Parle
L
D 6
84 MERCURE
ment , pour aller l'inſtaler au
Chaſtelet. Ils s'y rendirent tous
quatre dans le Caroſſe de Monſieur
de Bullion , accompagnez
des meſmes Gens à pied & à
Cheval , & trouverent à la décente
un des deux Lieutenans
Particuliers, avec les Doyens des
quatre Chambres. Lors qu'ils furent
dans la Salle de l'Audience,
Mr le Lieutenant Civil ſe leva
ainſi que la Compagnie. Monfieur
le Préſident de Neſmond
prit fa place ſous le Dais, ayant
Meffieurs Godard & Fraguier de
l'un & de l'autre coſté,Monfieur
le Lieutenant Civil à ſa droite ,
mais fort éloigné , puis tous les
Confeillers du Chaſtelet àdroite
& àgauche. Monfieur le Prevoſt
de Paris demeura ſur les degrez
reſte nuë , vis-à-vis de Monfieur
le Préſident de Neſmond. Alors
GALANT. 85
Monfieur Bignon Avocat du
Roy , fit un tres-beau Difcours ,
par lequel il fit connoiſtre l'éminence
de la Charge de Prevoſt,
celuy qui en eſt pourveu eſtant
à la teſte de la Nobleſſe de l'iſfle
de France. Chef& Président du
premier Siege du Royaume. II
parla de l'Illuſtre Maiſon de Bullion
, qui a remply les premiers
emplois de l'Etat , & eft entrée
dans des alliances tres confiderables
. Aprés qu'il eut finy ſon
difcours , Monfieur le Préſident
prononça ,& fit prendre place à
Monfieur le Prevoſt de Paris ,
entre MonfieurGodard& Monfieur
le Lieutenant Civil . On
plaida enſuite pluſieurs cauſes ,
dont Monfieur le Préſident de
Neſmond qui prit les Avis , prononça
les Jugemens. Cela fait ,
il quitta la Chaiſe qu'il avoit oc
A
86 MERCURE
cupée , & y fit affeoir Monfieur
deBullion. Il le mena dans toutes
les autres Chambres Civiles
&Criminelles du Chaſtelet, fuivy
de la Compagnie , & le fit af
feoir par tout dans la principale
place. J'ay oublié de vous dire
que Monfieur de Bullion eſtoit
venu au Palais à Cheval ſuivant
la coûtume , & que ce Cheval
appartient de droit au Préſident
qui fait l'Inſtallation . Toutes ces
Ceremonies eſtant achevées
Monfieur le Préſident , Meſſieurs
les Conſeillers de la Cour , les
Chefs du Chastelet , les quatre
Doyens , Meffieurs les Gens du
Roy , & pluſieurs autres de cette
Compagnie , allerent dîner chez
Monfieur de Bullion , qui les regala
ſplendidement. Il y eut deux
Tables ſervies dans le même lieu ,
avec la meſme ſomptuoſité. Plu
GALAN T. 87
fleurs Dames qui avoient eſté
conviées par madame de Bullion,
furent ſervies dans un autre Appartement.
Je vous envoye un Air que
vous trouverez fort agréable , fi
vous confiderez, ſeulement le
chant.Cependant comme il n'eſt
pas tout à fait régulier pour ce
qui regarde les paroles dans lefquelles
il faut obſerver la quantité,
ceque ne font pas beaucoup
de Compoſiteurs. Cela a donné
ſujet à deux Perſonnes de la Profeſſion
d'en venir à une diſpute ,
qui pourra ſervir d'inſtruction
pour les autres . Aprés que l'un
d'eux cut chanté cét Air ſelon
l'intention de celuy qui l'a compoſé
,l'autre mieux inſtruit des
obſervations de la Langue Franqoiſe
à l'égard du chant , par le
moyen du Livre del'Art de chan
88 MERCURE
ter de Monfieur de Bacilly qu'il a
leu à fond , ne manqua pas d'en
faire pluſieurs Critiques for divers
endroits .La premiere eſt for
le mot Finit , où l'Autheur de
l'Air a marqué expreſſement une
maniere de chanter qui rend la
derniere ſyllabe de ce mot longue
, & elle le feroit en effet ſans
le monoſyllabe ſuivant , qui joint
au mot précedent , en renverſe la
quantité , de forte que ce qui
eſtoit long devient bref.C'eſt ce
que Monfieur de Bacilly a expliqué
clairement Page 24. de la
Réponſe à la Critique de fon
Traité de l'Art de bien chanter.
En effet , il n'y auroit pas de difference
entre le mot de Finiſt au
fubjonctif, & celuy de Finit à l'indicatif.
La ſeconde Critique eſt
fur ces mots Fait languir dont
celuy de Fait ſe jette ſur la pre
GALANT. 89
miere ſyllabe de languir fans la
ſeparation neceſſaire de ces deux
mots. Ainſi l'on trouve Fait lan
comme ſi c'eſtoit le meſme mot :
ce qui eſt une obſervation tresdélicate
, & dont le meſme Monſieur
de Bacilly a donné pluſieurs
exemples page 17. de la Reponſe
à la Critique. La troiſiéme eſt
ſur ce Vers l'en trouveray plusfur
Son teint , dont la cheute eſt mal
obſervée en ce que le mot de
Trouveray paroiſt ſeparé du mot
de Plus , ce qui fait un méchant
effet , & la derniere eſt la répetition
de ces mots , Que le Printemps
, laquelle arreſtant le ſens
des paroles ſuivantes , ſemble ſe
rapporter aux précedentes , &
faire entendre , l'en trouveray plus
que le Printemps n'en trouve. Outre
que cette répetition eſt inutile
, & fans aucune neceſſité , ce
१०
MERCURE
qui eſt contre la regle qui veut ,
que l'on ne répete rien quefort
à propos dans les paroles qu'on
chante. Cette diſpute ſe fit en
prefence de pluſieurs Perſonnes
qui n'eſtant pas de la Profeſſion ,
ny par conſequent aſſez inſtruits
de ce qui regarde le chant François
, ne ſceurent que décider ,
quoy qu'ils euſſent aſſez de lumiere
naturelle pour goûter les
raiſons de celuy qui faiſoit cette
Critique. Il fut reſolu que Monſieur
Lambert en ſeroit le luge ,
comme celuy qui poſſede ſouverainement
ce bel Art , & de qui
les Airs font à couvert de toute
cenſure par la grande habitude
qu'il a de traiter la Langue Françoiſe
, à laquelle il ſçait donner
avec une entierejuſteſſe le chant
qui luy eſt propre ſelon les differens
mots qu'il doit employer.
GALANT. وا
La correction de cét Air eſt au
bas , & l'on pourra voir par là ,
lequel des deux a raiſon. En
voicy les paroles .
AIR NOUVEAU.
Voicy le temps de la vera dure,
Etcceeppeennddaanntt ll''HHyyvveerrnefinit point
fon cours.
Nos Champs n'ont point d'attraits ,
&la triste froidure ,
Fait languir la nature ,
Dans laſaiſon des plus beaux
jours.
On ne voit point de Fleurs au lever
de l'Aurore ,
Dans le Hameau chaque Berger
s'en plaint ;
Etmoy qui ne veux voir que l'Objet
que j'adore ,
I'en trouveray plus fur fon teint,
92 MERCURE
Que le Printemps n'en peut
éclorre ,
Ie vous envoye une ſuite des
Dialogues , qui ont faitun article
dans chacune de mes trois dernieres
Lettres . La matiere en eſt
toûjours également curieuſe .
DES CHOSES
DIFFICILES A CROIRE .
DIALOGUE QUATRIE ME.
BELOROND , LAMBRET.
J
BELOROND .
E ſouhaiteroit auſſi bien que
le ſouhaite Monfieur Pafcal
dans ſes Penſées que je viens de
GALAN T.
93
quitter , avoir un Livre Italien
intitulé , Della opinione regima del
modo. Que j'aurois de plaiſir à
eſtudier ce Livre ſi ſon deſſein
eſt bien remply ? le me contente
de ſuppléer à ſon défaut par mes
reflexions ſur les differentes
Coûtumes des Hommes , qui ne
m'apprennent autre choſe finon
que l'opinion diſpoſe de tout,
puis qu'elle diſpoſe de la Juſtice:
de la Beauté , & du Bonheur,
qui eſt le toutdu monde ; verité
que j'aurois eu de la peine à croi .
re ſi je n'en avois les exemples
que je vais vous rapporter.
LAMBRET.
VOUS
Puis que Monfieur Pafcal
vous a donné matiere pour commencer
voſtre entretien
voulez bien que je me ſerveencore
de ſes judicieuſes meditations
pour confirmer ce que vous
94 MERCURE
venez de me dire. On ne voit
preſque rien de juſte ou d'injuſte
, dit ce grand Homme , qui
ne change de qualité en changeant
de climat. Trois degrez
d'élevation du Pole renverſent
toute la Jurisprudence. Plaifante
Justice , qui eſt bornée
parune Riviere ou une Monta.
gne; Verité au deça des Pyrenées
, Erreur au delà. Avoüez
que le Public a bien perdu en
perdant ce grand Genie , qui
avoit fait une ſi ſerieuſe eſtude
de l'Homme , & qui auroit affurement
bien ſuppleé au Livre
dont il regrettoit d'eſtre privé.
Confolons - nous donc dans la
perte de l'un & de l'autre par les
reflexions que nous fourniront
les exemples que nous trouverons
dans les autres Livres. Je
fuis preſt à écouter les voſtres ;
} 95
GALANT.
peut- eſtrey en pourray je ajoûter
quelques-unes qui ue vous
déplairont pas.
BELOROND .
Il s'en preſente tant , & en
meſme temps de ſi bizarres & de
fi difficiles à croire , que je ne
ſçay par où commencer , ou même
ſi je dois executer mon defſein.
Cependant puisqueje vous
l'ay promis, & que je me ſuis toujours
fait un honneur de tenir
ma parole , je vais vous fatisfaire.
Voicy ce que j'ay à vous apprendre
touchant la luſtice. Tertullien
dans le Livre, De habit . Mul.
C. 7. parlant de quelques Peuples
Barbares , dit que chez eux
plus on eſtoit criminel , plus on
recevoit de richeſſes . Auro vin-
Etos in ergastulis habent, &divitijs
malos onerant , tantò locupletiores,
quanto nocentiores.
1
96 MERCURE
LAMBRET.
A propos de criminel , vous
voulez bien que je vous interrompe
, pour vous dire que
Marc Polo nous apprend que le
long de la coſte de Malabares ,
le témoignage d'un Homme qui
navige ſur mer n'eſt jamais receu
, à cauſe qu'il paſſe pour un
deſeſperé. On lit chez Diodore
Sicilien, qu'il n'eſtoit permis en
toute la Germanie qu'aux ſeuls
Prêtres de lier& punir les criminels
; & Philippe Camerarius
aſſure en ſes Meditations hiſtoriques
, qu'en certaines Villes de
ce meſme Pays le dernier receu
au Conſeil décapitoit autrefois
les criminels. Il ajoûte qu'en un
Village de la Franconie quand
on ſurprend un Larron fur lec
fait , le dernier marié du lieu luy
met la corde au col , & le pend
GALANT.
97
à un vieil arbre deſtiné de temps
immemorial à cet uſage. Mais
pourſuivez je vous prie.
BELOROND.
Vous avez oublié apparemment
de me dire en parlant d'Executeur
de la Juſtice , que chez
les Moſcovites la qualité de Boureau
n'eſt pas odieuſe.
LAMBRET.
Je ne l'ay pas oublié , puis
que je ne le ſçavois pas. Vous
m'obligeriez fort ſi vous me vouliez
entretenir de ces Peuples.
Quelque choſe d'extraordinaire
que j'ay remarquédas les Moſcovites
qui ſont venus rendre leurs
devoirs au Roy , m'a donné l'envie
de ſçavoir au moins en abregé
ce qui regarde leur Pays &
leurs Couſtumes.
BELOROND .
Ie le feray volontiers en peu
Iuin 1685.
E
98 MERCURE
de mots , aprés que je vous auray
rapporté une partie de ce que je
vous ay promis ; le reſte ſera pour
une autre fois. Au Tunquin le
Roy donne des appointemens à
tous lesluges fans qu'ils prennent
jamais rien des Parties. Un parent
ne peut avoir procés contre ſon
parent , & aucun Seigneur ne
peut eſtre Gouverneur dans la
Province où il eſt né. Les Avocats
de la Guinée nommez
Troens au rapport de larric, L.5 .
C.44. plaident le viſage couvert
devant le Prince qui rend laymeſme
la juſtice à ſes Sujets. Les
Perſes foüettoient la robe de
leurs enfans pour les punir , ſans
toucher les perſonnes. Les Chinois
puniſſent le Precepteur des
fautes de fon Diſciple en ſa prefence.
C'eſt Martinius qui le dit ,
L. 4. & 5. Preſque par
THE
SEC
. 1.
HEQUES
GALANT.
tout le Levant les Roys donnene
leurs plus ordinaires Audiences
quand ils ſe font faire la barbe .
Le Socrate de la Chine, le grand
Confutius, foûtenoit qu'il eſt impoſſible
qu'un Estat ſoit bien
- gouverné ſans la muſique ; c'eſt
encore au rapport de Martinius,
Dec. 1. L. 1. On punit de mort
aux Malabares celuy qui a rompu
un pot de terre ſur la porte de
quelqu'un , Ram . Tome 1. Plaiſante
Juſtice ! Pour ce qui regarde
la Beauté , à la Chine les plus
petits yeux font les plus beaux.
Chez les Caribes & les Sigimiens
le plus grand, le plus haut & le
plus large front eſt eſtimé le
mieux fait. Chez les Macrocephales
la plus longue teſte , la
plus chauve & la plus pelée ,
paffe pour la plus belle . Chez les
Miconiens & laponois on prefere
E 2
100 MERCURE
le viſage le plus fardé & le plus
plaſtré , le menton , le nez & les
jouës les plus troüez & les plus
cicatriſez. Les grands ongles ne
ſe portent que par les Nobles au
Royaume de Mangis , & chez les
Negres dela coſte Malabare, les
Femmes Tartares & Moſcovites
les peignent de noir . Beato Odorico
aſſure avoir veu des ongles
du gros doigt ſi grands , qu'ils
couvroient toute la main. Diodore
Sicilien dit qu'Alexandre le
Grand trouva dans l'Inde des
Peuples qui ne rognoient jamais
leurs ongles. En beaucoup de
lieux de l'Inde Orientale , & particulierement
en Sumatra les
grandes panſes & les bedaines
extrêmement rebondies , ſont
trouvées fort agreables , au rapportde
Pietro Della Valle Part.4 .
Une Relation dit qu'au pays da
GALANT. IGI
Mogol la blancheur paffe pour
une ladrerie. Quant à ce qui regarde
le Bonheur on le ſouverain
Bien , les ſentimens fur cette matiere
ont eſté ſi extravagans ,
qu'on ne peut affez s'étonnerde
la bizarrerie de l'eſprit humain.
Anacharis mettoit le ſouverain
Bien dans la vangeance d'une injure
faite àtort ; Crates dans une
heureuſe navigation ; Simonide
dans l'amitié d'un chacun ; Architasdans
le gain d'une Bataille;
Gorgias à oüir des choſes qui
plaiſent; Chryfippus à faire bâtir
de fuperbes Edifices ; Epicure
dans la volupté ; Antiſthene dans
une celebre renommée aprés ſa
mort; Sophocle à avoir des enfans
pour heritiers ; Euripide à
avoir une belle femme ; Palemon
dans l'éloquence ; Themistocle
à defcendre de parens illuſtres
-
E3
102 MERCVRE
Ariſtide dans les biens temporels;
Heraclite dansles grands treſors;
un Auteur moderne dans la fatisfaction
de l'eſprit. Ce dernier
ſentiment me plairoit le plus ſi
la Religion ne me donnoit pas
un autre ſouverain Bien. Enfin
faint Auguſtin dit , que Marc
Varron à compté juſques à 288 .
opinions toutes differentes fur ce
qui concernoit le ſouverain Bien .
LAMBRE T.
Il y a aſſurément ſujet de s'étonner
de ce que de fi grands
Hommes ſe ſont ſi lourdement
trompez dans la déciſion d'une
choſe ſi eſſentielle à l'Homme ,
& qui devoit faire le fondement
de toute leur Philofophie ; car
comme Ciceron l'a fort bien remarqué
, L.s. De Fin. Lors qu'on
eſt une fois tombé d'accord dans
la Philofophie de ce qui conſtituë
le ſouverain Bien,toutes choGALANT.
103
fes y font faciles & ajustées.Sum.
- mo bono conſtituto in Philofophia ,
conftituta funt omnia . Les Anacharſis
, les Criſippes, lesCrates,
✓ & tous les autres dont vous venez
de me rapporter les opinions
■ ſur le ſouverain Bien , ont eu des
ſentimens ſi juſtes ſur d'autres
matieres , & paſſent dans l'Hiſtoire
ancienne pour de fi grands
Hommes , que je regarderois ces
opinions comme des chofes tres-
- difficiles à croire , ſi elles n'étoient
rapportées par des Hiftoriens
, pour leſquels j'ay toûjours
eu dela veneration.C'eſt dequoy
je vous ferois un détail en peu
de paroles , ſi je n'attendois de
vous ce que vous m'avez promis
des Moſcovites. Ce ſera la mas
tiere de noſtre premier entretien.
Je vous prie de fatisfaire preſentement
ma curioſité.
E 4
104 MERCURE
BELOROND .
La Moſcovie qu'on appelle
encore Ruffie Blanche à cauſe de
ſes neiges , eſt un des plus grands
Etats de l'Europe. On luy donne
environ fix cens lieuës de
longueur , & autant de largeur.
Elle a la Mer glaciale au Septentrion
, la Pologne & la petite
Tartarie au Midy , le Volga &
la grande Tartarie à l'Orient ,
la Suede , la Livonie , la Finlandie
& la Lappie à l'Occident.
Entre pluſieurs Rivieres
qui l'arroſent , on en remarque
quatre confiderables , ſçavoir le
Nieper ou Boriſthene , qui ſe
décharge dans le Pont- Euxin ; la
Duine , qui ſe décharge dans la
Mer Baltique ; le Volga , qui va
tomber dans la Mer Caſpienne ;
&le Tanaïs , qui ſe perd dans les
GALAN T. I105
Palus Meotides. La Capitale eſt
Moſcou . C'eſt où réſide fon
Prince , qui prend le titre de
grand Duc , où Czar , pretendant
deſcendre d'Auguſte Cefar.
Ses Armes ſont une Aigle
à deux teſtes , portant
trois Couronnes . Dans la par-
⚫tie la plus Septentrionale , it
ſe paſſe un jour de trois
mois , qui dure pendant les
mois de May , Juin & Juillet
, & une nuit auſſi de trois
mois , qui dure pendant ceux
de Novembre , Decembre &
Janvier.
C'eſtdans la Moſcovie que ſe
trouve l'admirable Plantede Boranets
, ou Plante- Agneau , qui
ſe nourrit de celles qui font autour
d'elle , & qui ſe ſeiche
quand elle n'en trouve plus.
Es
:
106 MERCURE
Elle eſt de vorée par le Loup ,
à cauſe qu'elle a la figure d'un
Agneau .
Les Moſcovites ſont Schiſmatiques
Grecs. Saint Nicolas eſt
le Protecteur de leur Nation.De
toutes les Feſtes de l'année , ils
ne celebrent proprement que
celle de l'Annonciation de la
Vierge. Ils commencent l'année
par le premier jour du mois de
Septembre parce , qu'ils ne reçoivent
point d'autre Epoque
que celle de la creationdu monde
, qu'ils croyent avoir eſté fait
en Automne. Ils font robuſtes,
aiment à paroiſtre avec de gros
ventres &de longues barbes. Ils
portent degrandes Robes , & des
manches fort étroites , des bon
nets au lieu de chapeaux , des
bottines de cuir rouge ou jaune.
Les Femmes font preſque habil
lees comme les Hommes , exceGALANT.
107
コ
pté que leurs Robes font plus
larges , & leurs manches de chemiſesde
trois ou quatre aulnes de
- long , & fort pliffées. Les Mofcovites
ſont naturellement mé
fans , traîtres , fainéans, inhofpitaliers,
arrogans , fins, trompeurs,
= ignorans , le contentant de ſçavoir
lire& écrire , & fi cruels ,
que l'office de Bourreau n'eſt pas
infame chez eux. Ils font auſſi ſi
'fuperbes, qu'un de leurs Princes
fit attacher avec un cloud le
chapeau à la teſte d'un Ambaſſadeur
Italien ,qui s'eſtoit couvert
en ſa prefence. Ils écrivent fur
des rouleaux de papier coupez
en bandes , & collez enſemble
de la longueur de 25. ou 30
aulnes.
Les Femmes Moſcovites veulenteſtre
battuës de leurs maris,
pour eftre perfuadées qu'elles en
L6
1
108 MERCURE
A
font aimées. Ils dorment tous
aprés dîner , de forte que pendant
ce temps- là toutes les boutiques
ſont fermées , comme icy
pendant la nuit. Le Prince prend
tous les biens de ceux qui meurent
ſans enfans. Il eſt défendu
aux Moſcovites de voyager ſans
la permiffion du Prince , fur peinede
la vie. La Juſtice s'adminiſtre
en ce païs- là en fort peu de
temps. Les Parties plaidentchacune
pour ſoy. Quand un Debiteur
ne peut pas payer ſes debtes
ou trouver caution ; il devient
eſclave du Czar ou de quelqu'autre
, ſi c'eſt la volonté du
Prince. Les petits Tartares ont
tellement maltraité les moſcovites
, qu'autrefois outre un tribut
conſiderable qu'ils en exigeoient,
le Duc de Moscovic eſtoit obligé
de mettre pied à terre devant
GALANT. 109
l'Ambaſſadeur Tartare , de luy
offrir tête nuë un plat de Lait ,
& de lecher ce qui ſe répandoit
par hazard ſur le crin du Cheval.
Tant de grands Articles remplirent
ma Lettre du dernier
mois , que je ne pus vous parler
de la mort de Dom Luc d'Acheri
, Religieux & Bibliothequaire
de l'Abbaye de Saint Germain ,
qui a mis au jour un ſi grand
nombre de Traitez d'Autheurs
connus ou inconnus , ensevelis
juſque là dans l'obſcurité des
Manuscrits. Il mourut le 29 .
Avril âgé de 76. ans. Je laiſſe à
d'autres à faire l'élogede ſa vertu,
& le dénombrement de ſes Livres.
Il me fuffit d'obſerver que
ſon fameux Spicilegium , qu'il
commença à donner en 1655 .
contient treize Tomes . Pendant
110 MERCURE
quarante ans qu'il s'eſt diſtingué
dans l'empire des Lettres, il a
eſté uny d'amitié avec la pluſpart
des Sçavans , tant du Royaume
que des Pays Etrangers , dont il
a receu , & à qui il a donné reciproquement
du ſecours dans ce
qui regarde les Sciences . Ce qui
donne quelque conſolation dans
la perte qu'on a faite , c'eſt qu'il
vit encore en la Perfonne des
Religieux de ſa Congregation
qu'il a inſtruits , & qui fervent fi
utilement l'Eglife par leurs études
, & principalement par leur
nouvelle Editionde Saint Auguſtin
, qui fera bien toſt ſuivie de
celle de Saint Ambroise , dont
les Ouvrages ont grand beſoin
d'eftre reveusfur les Manufcrits,
& quelquefois éclaircis de Notes.
Il y a déja quatre ou cinqTo,
mes de Saint Auguſtin donnez
GALAN T. 111
:
au Public. Il en paroiſtra dans
deux mois un nouveau où eſt la
Cité de Dieu , & on donnera
peu de temps aprés le premier
Tome de Saint Ambroiſe .
Le 21. du dernier mois , Dom
Anfelme Centurion , Religieux
de l'Ordre de Saint Benoiſt,Congregation
du Mont Caffin , Patrice
de Genes , mourut icy en
'Hoſtel du Doge , qu'il avoit
accompagné en France en qualité
d'Aumônier. Toute la Maiſon
du Doge afſiſta à fon Enter
rement avec des Flambeaux. Il
fut inhumé à Saint Sulpice , &
on luy rendit tous les honneurs
qui estoient deus àune Perſonne
de ſon caractere .
Le 28. du meſme mois , le Revérendiffime
Pere en Dieu , Pier
re Mercier , General de tout
l'Ordre de la Trinité & Rédem112
MERCURE
ption des Captifs , & Miniftre
Particulier du Convent de Paris ,
dit Mathurins , mourut âgé de 72 .
ans. Comme ſon mérite l'avoit
élevé à la dignité qu'il poſſedoit,
on ne fait point de pareilles pertes
fans qu'elles cauſent un regret
ſenſible .
Cette mort fut ſuivie trois ou
quatre jours aprés de celle de
Meffire Pierre Roger Seigneur
de Dollé , Douville , Cogné ,
Fourmelé , &c . Maître des Compres
àParis.
On ſe reſout à mourir avec
moins de peine lorsqu'on a vécu
long - temps , & qu'un grand
nombre d'années a fait enviſager
ſerieuſement l'indiſpenſable neceffité
qu'il y a de quitter bientoſt
la vie; mais il eſt rare dans
un âge peu avancé , & dans de
certaines Profeffions , de ſe pre
GALANT.
113
parer à ce terrible paſſage d'une
maniere auſſi ſainte qu'a fait depuis
peu de temps Monfieur de
Marcheville Capitaine au Regiment
des Fuzeliers du Roy , du
premier Bataillon. Il eſtoit party
de Dreux, & alloit rejoindre fon
Regimens campé prés de Galardon
, pour les Travaux que Sa
Majesté fait faire le long de la
Riviere d'Evre , lors qu'en paffant
par Nogent-le-Roy il y fut
furpris d'une Fiévre violente,qui
jointe à une Pleuréſie , l'accabla
fi fort , qu'il fut emporté le cinquiéme
jour. Il ne parut point
épouvanté de la nouvelle qu'on
luy porta du danger où il eſtoit.
Il dît ſeulement qu'on luy avoit
prédit autrefois qu'à l'âge de
trente- fix ans il auroit une dangereuſe
maladie , dont il luy feroit
difficile de ſe tirer , qu'ils
114 MERCURE
eſtoit arrivé à cét âge- là, & que
puis qu'il plaiſoit à Dieu qu'ilne
vefcût pas auſſi long-temps qu'avoit
fait ſon Pere qui estoit mort
fort âgé , il le beniſſoit de cequ'il
auroit à luy rendre compte de
moins de pechez. Il receut ſes
Sacremens avec une réſignation
admirable ; & comme il avoit
tres - bien étudié , il paraphraſoit
d'une maniere pieuſe & toute
Chrétienne les divers paſſages
qu'onluy alleguoit. Peude temps
avant la mort voyant auprés de
fon lit quelques Capitaines &
Lieutenans que le hazard avoit
amenez , il parla avec un zele
qui les furprit tous , contre le
libertinage & l'aveuglement de
pluſieurs Officiers d'Armeé , qui
parce qu'ils portent l'épée , s'ima.
ginent qu'il leur eſt permis d'oublier
Dieu , & de renoncer à la
GALANT.
115 II
grande affaire du ſalut. Il dit
encore qu'il regardoit comme
une grace tres- particuliere que
luy avoit fait la Bonté Divine ,
de ce qu'il eſtoit venu mourir
hors de Dreux où pendant ſa
maladie il auroit eſté accablé de
viſite de Capitaines , de Lieutenans
, d'autres Officiers d'Armée,
& de Dames de la Ville ; au
lieu que mourant à Nogent où il
eſtoit inconnu, il ſe pouvoitdonner
tout entier à Dieu , & penſer
ſans aucune diffipation d'eſprit à
Pimportante affaire de l'Eternité .
Il eſtoit Seigneur de Chancy prés
d'Abbeville , & d'une des anciennes
Maiſons de Nobleffe du
Pays.
le vous parlay la derniere fois
de la ſurvivance à la Charge de
Preſident au Mortier que le Roy
avoit accordée à Monfieur le
116 MERCURE
Preſident de Bailleul,pour Me de
Chaſteau Gontier fon Fils. Il a
eſté receu depuis peu au Parlement
, & cette reception a donné
lieu à Monfieur Diereville de
faire ces trois Madrigaux.
A MONSIEUR
LE PRESIDENT DE BAILLEUL.
EService àla Cour n'est poins
Par une belleſurvivance ,
Lors que vousypensez le moins,
Et qu'à la mériter vous mettez tous
vosfoins
Vous en faites l'experience.
C'est ainsi que content du plus grand
des Bailleuls,
LOUIS quifait rendre iustice,
En faveur de fon Fils reconnoist le
Service
GALANT.
117
Qu'à l'Etat ont rendu ſon Pere, &
Ses Ayeuls .
Ah ! quelplaisir encor dans vos belles
années
De voir en ce cher Fils paffervos
destinées!
Qu'ilne ioüiffepasfi..toſt
De la gloirepu'il en espére ;
On l'éleve àregret au degré le plus
haut
Quand on en voit tomber ſon
Pere.
Pour rendre donc nos voeux con
tens,
Occupez encore long- temps
Une Place où l'on vous revére.
A MONSIEUR
LE MARQUIS DE
CHASTEAU GONTIER.
FNfin Nfin le plus puiſſant des
Roys.
118 MERCUR E
Veut que le Fils àſon PereSurvive,
Dans un des auguſtes Emplois,
Où Themis donne , & fait des
Lois.
Pour prendre part au bien qui vous
arrive ,
Mamuse tremblante,&craintive,
Au grand bruit des Mousquets, des
Tambours , des Haut-bois,
Nofa iamais joindreſa voix.
Quand elle cust pûsefaire entendre,
En euffiez- vous cu le loiſir?
Tout le monde chez vous vient en
foulese rendre
Pour vous en témoigner ſa joye &
Son plaisir.
Dans la belle ardeur quil'anime,
Riennesçauroitplus l'ong- temps
l'arrester
Elle croiroit commettre un crime
En differant àse faire écouter.
Donnez- luy donc un moment
d'audience.
GALANT.
119
Sile Ciel fatisfaitſes voeux les plus
preſſans,
On verra mesme ſurvivance
S'accorder commeà vous à tous vos
Descendans .
A MADAME
LA MARQUISE DE
CHASTEAU GONTIER .
Q
Vavez - vous plus à defirer
,
Belle,& charmante Brune ?
Lanature ſçeut vous parer
De mille attraits qui vous font
admirer ,
Et pour achever , la fortune
Vous met au plus haut rang où l'on
puiſſe aspirer.
Sur vostre digniténouvelle
Chacun vient vous feliciter.
Mamuſe dont l'ardeur est plus noble
, & plus belle
120 MERCURE
Vient aussi se faire écouter.
Elle est fidelle , elle eft fincere,
Les complimens qu'onvient vous
faire
Finiront dans cinq ou fix iours;
Mais leſien des autres differe
Une tiendra qu'à vous de l'entendretoûjours.
Elle emprunte des Dieux lefublime
langage,
Pour vous dire en tout temps queja
mais dignitė
Nepouvoitse trouver avec plus de
beaute ,
Que vous en avez en partage.
Il s'eſt fait depuis peu de temps
un Mariage , par un motif qui
vous ſurprendra. Un Homme
tout au moins Sexagenaire , s'étant
avisé de devenir amoureux
d'une jeune Demoiselle , plus
confiderable par fon agrément
que
GALANT. 121
que par ſa fortune , ne pût refifter
à ſa paffion. Aprés luy avoir
rendu pluſieurs viſites , il parla
de l'épouſer , & la propofition
qu'il en fit , fut receuë de fes Parens
d'une maniere affez agreable.
Il ne falloit plus que gagner
la Belle , que l'inégalité de l'âge
n'accommodoit pas. Elle eut de
la peine à ſe reſoudre à prendre
un mary ſi vieux. Cependant
comme la jeuneſſe & ſa beauté
faiſoient preſque tout ſon bien ,
elle crût devoir fonger au folide.
Ainſi ſes Amis luy conſeillantde
ne pas laiſſer échapper l'occafion
, elle conſentit à ce qu'on
voulut. On dreſſa le Contrat de
Mariage , dont le bon Homme
regla les conditions bien moins à
fon avantage qu'elle n'avoit efperé.
Cette conduite luy donna
quelque dégoût. Elle voulut
Juin 1685 . F
122 MERCURE
éprouver en d'autres choſes fi
elle avoit du pouvoir fur luy. Il
luy fit quelques preſens de peu
de valeur , & ces preſens luy
donnerent ouverture à s'expliquer
ſur un fil de Perles qu'elle
ſouhaitoit. Elle le pria d'y vouloir
bien mettre juſqu'à mille écus ,
afin qu'en luy ſervant d'ornement,
il luy pût auſſi ſervir de
reſſource dans l'occaſion . Le
Vieillard promit , mais il n'executa
pas. It remit de jour enjour
àla fatisfaire; & la Belle aprés
s'eſtre plainte pluſieurs fois de
ſon peu d'exactitude , reſolut enfin
de ne luy en plus parler. Il eſt
vray qu'elle luy marqua de la
froideur , & le bon Homme qui
en devina la cauſe, vit bien qu'il
ne la feroit ceſſer qu'en luy apportant
un fil de Perles. Aprés
avoir combatu plus de trois feGALANT.
123
maines , il fit effort ſur ſon avarice,
& acheta ce que ſa Maiſtreſſe
avoit demandé. Cependantla
Belle qui ne s'y attendoit plus ,
ſe fit un plaiſir de ſe vanger de
ſon vieil Amant Elle crût ne pouvoir
mieux executer ſon deſſein
qu'en augmentant ſon amour.
Elle affecta pour cela les manieres
les plus engageantes & les
plus flateuſes qui puiſſent marquer
un coeur veritablement
touché ,& elle commença à les
prendre le jour meſme que le
Vieillard vint la voir , chargé du
preſent qu'il lay vouloit faire. Il
fut agreablement ſurpris d'un
changement ſi peu attendu ,& il
en eut d'autant plus de joye, que
n'ayant plus aucune froideur à
eſſuyer , il pouvoit ſediſpenſer de
donner le fil de Perles. Cette reſerve
fatisfaiſant fon humeur
F 2
124 MERCURE
r
avare , il le remporta , fans faire
connoiſtre qu'il l'eût acheté.
C'eſtoit un meuble , dont à peu
de choſe prés il luy devoit eſtre
aifé de retirer ſon argent. Il ne
voulut pas pourtant ſe haſterde
s'en défaire . La Belle pouvoit retomber
dans ſes froideurs , &le
preſent de ſes Perles eſtoit un
moyen certain pourl'en garentir.
La complaiſance qu'elle eut pour
fon vieil Amant pendant plus
d'un mois l'ayant rendu éperduëment
amoureux , il preſſa ſi
fort la concluſion de ſon Ma
riage , qu'on fut enfin obligéde
prendre jour. Ce qui l'étonna ,
c'eſt que la Belle ne voulut point
qu'on perdiſt de temps à aucun
appreſt de Nopces , non pas:
meſme à luy faire faire des habits
, dont elle pria qu'on remiſt,
le choix quand on n'auroit plus
4
GALANT .
125
d'autres foins à prendre. Ceue
moderation dans une jeune Perſonne
qui devoit eſtre ſenſible à
toutes les choſes de cette nature,
cut pour le Vieillard un charme
incroyable. Il s'imagina qu'elle
partageoit les impatiences que
luy donnoit ſon amour , & ne
ſoupçonnant rien moins que le
vray motifqui la faiſoit agir de la
forte , il concerta avec elle qu'ils
ſe marieroient de fort grand matin
, & qu'elle ſeroit en fimple
deshabillé. Ils allerent à l'Eglife ,
-& le bon Homme qui avoit ſi
fort ſouhaité cet heureux jour ,
s'y rendit avec la plus vive joye
que peut cauſer un bonheur parfait.
Elle brilloit dans ſes yeux ,
& jamais perſonne ne fut fi content
qu'il le parut. Mais un revers
auffi cruel qu'impréveu , troubla
bien- toſt cette joye. Il fallut
F 3
126 MERCURE
donner ſon conſentement devant
le Prêtre,& fa Maiſtreſſe dit
non au lieu du oüy favorable qu'il
en avoit attendu. Comme on ſe
perſuada qu'elle avoit dit un mot
pour un autre , on luy demanda
juſqu'à trois fois ſi elle vouloit le
Vieillard pour ſon Mary ; & d'une
voix tres-intelligible , ellerepeta
le meſme non juſques à trois
fois. Tous les Aſſiſtans furent en
sumulte. On voulut ſçavoir quelle
eſtoit la cauſe de ce changement.
Elle dit d'abord , qu'une
ſecrette inſpiration qu'elle avoit
euë lors qu'elle estoit entrée à
l'Eglife , l'avoit dégoûtée du mariage
; & le bon Homme deſefperé
de cette réponſe , la preſſa
fi bien de s'expliquer mieux ,
qu'elle dit enfin tout haut que
ſe voyant ſur le point de s'engager
pour toûjours , elle s'eſtoit
GALANT. 127
ſouvenue d'un fil de Perles qu'il
lay avoit promis pluſieurs fois ,
ſans ſe mettre en peine de déga-
= ger ſa parole , & qu'elle ne pou-
■ voit s'imaginer qu'un Homme
qui n'eſtant que ſon Amant ,
manquoit de complaiſance pour
elle , ſongeaſt à la rendre heureuſe
quand il ſeroit ſon Mary.
Le bon Homme qui depuis l'achat
des Perles les avoit toûjours
- portées ſur luy pour s'en ſervir
en cas de beſoin , ſe remit un
peu de fa frayeur. Il dit à la Belle
qu'elle ſe plaignoit de luy fort injuſtement
, qu'il ne chercheroit
jamais qu'à luy plaire en toutes
choſes , & qu'ayant acheté le Fil
de Perles ſi toſt qu'elle luy avoit
marqué quelque envie d'en avoir
un , il avoit creu à propos de ne
luy en faire preſent qu'aprés
qu'elle l'auroit épousé, afin qu'el
F4
128 MERCVRE
le fuſt perfuadée qu'il ne le faifoit
par aucune honneſteté d'A.
mant complaiſant , mais par le
ſeul plaifir qu'il trouvoit à la
convaincre qu'il la rendroit en
tout temps Maiſtreſſe abſoluë
de ſes volontez . En achevant ces
paroles , il tira le fil de Perles ,&
la conjura de l'accepter. L'excuſe
eſtoit affez bien tournée , & les
Parens de la Belle prirent avec
tant d'ardeur les inrereſts du
Vieillard , qu'elle ne pût ſe défendre
de recevoir fon preſent.
Elle prononça enſuite le terrible
mot dont ſi peu de Gens examinent
l'importance. Ainſi l'on peut
dire que ce Mariage s'eſt fait
pour des Perles. Il ne laiſſe pas
d'eſtre fort heureux. La Belle a
étudié l'humeur de ſon vieux
Mary , & elle s'y eft accommodée
avec tant d'adreſſe , qu'il ne
GALAN T.
129
fait rien que par elle , & veut toujours
tout ce qu'elle veut .
Monfieur d'Eſcorbiac de Blanc,
aeſté nommé depuis peu à l'Abbaye
de Marfillac. Il eſtoit né de
la Religion Prétenduë Reformée,
( & il en fit abjuration il y a quatre
ou cinq ans entre les mains de
feu Monfieur l'Abbé de Lioncel,
Diocese de Valence..
Le 12. de ce mois , Dame Efperance
Dareres de la Tour, pric
poſſeſſion du Prieuré Royal de
S. Jacques d'Andely proche de
Roüen , en preſence de quantité
de Perſonnes de qualité de l'un
&de l'autre Sexe , qui marquerent
tous beaucoup de joye de
voir la juſtice que Sa Majeſté luy
avoit renduë , en luy faiſant rem
plir cette Place.. Elle eſt Niéce
deMonfieur du Fay , Gouver
neur de Fribourg , à qui le Roy
ES
130
)
MERCURE
avoit accordé pourelle le Brevet
de Coadjutrice au fortir de Philifbourg
, dont il eſtoit Gouver.
neur. Il en a foûtenu le Siege
avec une valeur admirable ; &
comme il s'eſt toûjours maintenu
dans les beaux Emplois &
dans ſon credit , il ne luy a pas
eſté difficile d'obtenir un ſecond
agrément pour ce Prieuré , en fa.
veur de Madame ſa Niéce, aprés
la mort de Madame de Corbinelli
, derniere Prieure. Madame
pareres de la Tour , eſt d'une
naiſſance tres illustre de Savoye,
eſtant Fillede feu Monfieur de la
Tour Dareres , Gouverneur de
Touques , & Parent tres-proche
de Saint François de Sales. On
peut dire qu'elle a herité des
Vertus de ce grand Saint , par
leſquelles elle ſe fait diftinguer ,
fur tout par une conduite tres,
GALANT .
131
fage , beaucoup de prudence , &
une honneſteté remplie de douceur
, qui gagnant les coeurs de
tous ceux qui la pratiquent , a
engagé toute ſa Communauté à
la demander pour Prieure.
Le 26. du dernier mois, Charles
, Comte Palatin du Rhin , &
- Electeur de l'Empire , mourut à
Heidelberg , dans ſa trente- quatrième
année. Il avoit eſté guery
d'une affez longue indiſpoſition,
: & une recheute la fait mourir
en fort peu de jours. Il eſtoit
Frere de Madame , & avoit
épousé la Princeſſe Vvillelmine
Ernestine , Fille de Frederic III.
& Soeur de Chrétien V. Roys de
Danemarc , dont il n'a pointeu
d'Enfans. Il deſcendoit de Loüis
le Vieil , qui mourut en 1194.
laiſfant Rodolphe & Loüis III.
Ces deux Princes ont eſté Chefs
F6
132 MERCURE
de deux grandes Familles , qui
ont fait diverſes Branches en
Allemagne. Celle des Palatins
du Rhin , deſcend de Rodolphe
qui estoit l'aisné , & celle des
Ducs de Baviere vient de Loüis
qui fut Empereur .
Rodolphe , Electeur de l'Empire
& Comte Palatin du Rhin,
eut entr'autres Fils Adolphe ,
furnommé le Simple , Ayeul de
Robert dit le Petit , qui fat Empereur
en 1400. Robert eut fix
Fils ,dont les deux aînez furent
Loüis le Barbu , & Eſtienne. La
poſterité de Loüis le Barbu ayant
finy en Othon Henry , qui mourut
en 1559. fans laiſſer d'Enfans
, il falut avoir recours à la
Branche d'Estienne , lecond Fils
de Robert le Petit. Cét Etienne
eutd'Anne, Fille & heritiere de
Frederic , Comte de Veldens
GALANT.
133
e
- Frederic , & Loüis le Noir . Fréderic
fut Bifayeul de Fréderic III.
qui fucceda à Henry Othon ,
• Electeur Palatin , & qui laiſſa
Loüis IV. Pere de Frederic IV.
✓ dit le Sincere. Ce dernier eut
pour Fils Frederic V. dit le Con-
-ſtant. Les Rebelles de Bohéme
l'ayant éleu pour leur Roy en
1619. à l'excluſion de l'Empereur
Ferdinand 11. dont ils prétendoient
que l'élection n'avoit
pas eſté legitime, il fut couronné
à Pragues , où il perdit la Bataille
_ le 8. Novembre de l'année ſuivante.
Le 22. Janvier 16 21. il fuc
proſcrit & dépoüillé de fes
Etats , & de l'Electorat qu'on
donna à Maximilien , Duc de
Baviere. Illaiſſa Charles Loüis ,
Comte Palatin du Rhin , qui par
la Paix de Munſter faite en 1648
rentra dans le bas Palatinat ,&
134 MERCURE
fut creé huitième Electeur , à
condition que ſi la Branche
Guillelmine , qui eſt celle des
Ducs de Baviere , vient à manquer,
le huitiéme Electorat de .
meurera fupprimé , & la Branche
Rodolphienne ou Palatine
reprendra ſa premiere dignité, &
joüira des Etats qui en dépen
dent. La Branche de Baviere a
eſté nommée Guillelmine , de
Guillaume V. dit le jeune , qui
donna ſon nom aux Princes de
ſaBranche , & qui ayant fait une
volontaire abdication des Etats
de Baviere en 1597. ſe retira
dans une Maiſon Religieuſe, où
il mourut le 27. Fevrier 1626 .
âgé de 78. ans. Charles Loüis,
Electeur Palatin, épouſa en 1650.
Charlote Fille de Guillaume
Landgrave de Heſſe , & il en eut
Charles Electeur Palatin , dont
GALANT.
135
,
je vous apprens la mort , &
Charlote Elifabeth mariée ,
le 16. Decembre 1671. à fon Al-
- teſſe Royale Monfieur. Cette
mort a eſté tres- ſenſble à cette
- Princeſſe . Le Roy, Monseigneur
le Dauphin , & Madame la Dauphine
, allerent viſiter leurs Alteſſes
Royales à Saint Cloud
le 31. de May , fur ce grand ſujer
d'affliction . Tous les Princes &
Princeſſes du Sang firentla mef-
-me choſe , ainſi que tous les Seigneurs
& toutes les Dames de
la Cour. Le 3. de ce mois , les
Ambaſſadeurs & Miniſtres des
Princes Etrangers , les complimenterent
fur ce meſme ſujer,
étant conduits par Monfieur
Aubert , Introducteur des Ambaſſadeurs
auprés de Monfieur.
Le Duc de Neubourg, qui eſt
Catholique & Beau- pere de
1
136 MERCVRE
l'Empereur, eſt à preſent Electeur
Palatin , & en cette qualité il a
envoyé le Prince Loüis Antoine
de Neuborg ſon Fils , Grand
Maiſtre del'Ordre Teutonique
à Heidelbeg , pour recevoir en
fon nom le Serment de fidelité
des Bourgeois , des Troupes , &
des Officiers de cette Ville , qui
eſt la Capitale de ce qu'on appelle
le Palatinat du Rhin. Ce Palatinat
eſt entre les Dioceſes de
Treve & de Mayence , les Duchez
de deux ponts & de Vittemberg
, le Marquiſat de Bade,
& l'Alface. Le haut Palatinat,
qui eſt entre la Bohéme , la
Franconie & la Baviere , &
dont la Capitale eſt Amberg, fur
donné en 1623. à Maximilien
Duc de Baviere , lorſqu'on dé
poüilla Frideric V. de l'Electorat
&de ſes Etats , & ce pays eft
GALANT.
137
demeuré aux Ducs de Baviere,
par l'article 10. de la Paix de
- Vveſtphalie , lorſqu'on créa un
huitieme Electorat pour le Prince
Palatin .
Le Prince Loüis Antoine de
- Neubourg , eſtant arrivé à Hei
delberg le 30. de May , y receut
le lendemain le ferment de fidelité
pour le Duc de Neubourg
fon Pere , & envoya quelques
Conſeillers dans tous les Bailliages
du Palatinat , pour recevoir
le meſme ferment. Le Prince
Palatin de Veldens , a fait faire
des proteſtations contre cette
priſe de poſſeſſion ; mais on n'y a
eu aucun égard , le droit du Duc
de Neubourg ne pouvant ſe
- conteſter. Eftienne , ſecond Fils
de l'Empereur Robert le Petir,
laiſſa deux Fils , ſçavoir trederic
& Loüis le Noir, comme je vous
138
MERCURE
l'ay déja marqué. Ce dernier
l'aiſſa Alexandre le Boiteux DUC
de Deux - ponts , Pere de Loüis
II. qui eut Volfang. Othon Henry
Electeur Palatin , eſtant mort
alors ſans poſterité, Frederic III.
deſcendu de Frederic , Fils aiſné
de cét Fſtienne , qui étoit ſecond
Fils de l'Empereur Robert , luy
fucceda en l'Electorat , & Volfang
, Duc de Deux ponts, defcendu
de Loüis le Noir, Fils puiſ
né du meſme Estienne , eut le
Duché de Neubourg , dont il fit
le titre de Philippes Loüis fon
Fils aiſné, lean I. ſon ſecond Fils,
fur Duc de Deux- ponts , & il en
a fait la Branche . Philippes Loüis,
Duc de Neubourg , laiſſa Volfang
Guillaume, & Auguſte qui a fait
la Branche des Comtes Palatins
de Sulſtbach . Volfang Guillaume
, Duc de Neubourg, ſe fit Ca
GALANT .
139
tholique en 1614. & fut Pere de
Philippes Guillaume , aujourd'huy
Duc de Neubourg , de
Juliers , de Mons , &c. qui nafquit
le 23. Novembre 1615. &
qui ayant perdu en 1651. Anne
Catherine Conſtance , Fille de
Sigifmond III . Roy de Pologne,
ſa premiere Femme, épouſa deux
ans aprés Eliſabeth Amalie
Damſtat , Fille du Landgrave
George , & de Sophie Eleonor
de Saxe , dont il a pluſieurs Enfans
,& entre autres Anne Marie
Joſeph , née en 1655. & mariée
en 1676. à l'Empereur Leopold.
On ne peut porter plus haut
la gloire de ſon Souverain , dans
une Ambaſſade, ny s'en acquitter
avec plus d'éclat & de prudence
qu'a fait Monfieur de Guilleragues
, dans tout le temps qu'il a
eſté àConſtantinople. Il eſt vray
Th
140
MERCURE
que ceux qui ont une Dignité
pareille à foûtenir , n'ont pas de
peine à perfuader ce qu'eſt un
Prince , à qui ſes Vertus & fes
ſurprenans Exploits ont acquis ſi
juſtement le ſurnom de Grand,
puiſque la Renommée prend
toûjours ſoin de le devancer , &
qu'elle apprend avant eux aux
Nations les plus reculées tout ce
qu'ils en peuvent dire. Ainſi ils
arriventdans des lieux où lesefprits
ſont préparez à les croire.
C'eſt ce qui a fait accorder tant
de chofes à Monfieur de Guilleragues
en faveur de la Religion
Catholique. Tout ce qu'a fait cet
Ambaſſadeur , a eſté fait avec
tant d'éclat & tant de hauteur,
& avec des circonstances fi dignes
d'eſtre remarquées , que les
quatre ou cinq Relations que
vous avez dans mes Lettres , de
GALANT. 141
puis qu'il eſt party pour l'Ambaſſade
de Conſtantinople , ſont
des morceaux qui meritent d'étre
= conſervez éternellement. Voicy
ile dernier , puiſqu'on peut dire
que Monfieur de Guilleragues
eſt mort preſque en ſortant de
l'Audience du Grand Seigneur ,
& aprés en avoir obtenu tout ce
qu'il pouvoit ſouhaiter pour la
gloire de ſon Maiſtre ,& pour le
repos des Catholiques qui font
dans le Levant. On quitte la vie
avec moins de peine , quand on
en fort avec la ſatisfaction d'avoir
ſervy utilement l'Eglife, ſon Prince
& fa Patrie. Vous aurez peuteſtre
veu déja des copies, & mé-
- me imprimées , de la Relation
que vous allez lire , ou du moins
qui luy reſſemblent fi fort , que
vous croirez que ce ſoit la mefme
choſe. Vous ne devés pas
132 MERCURE
vous en étonner. La verité eſtant
une , les Relations diverſes d'une
meſme action, doivent avoir plus
de reſſemclance , que les Ouvragesd'eſprit
ſur une meſme matiere.
Il faut donc les regarder ,
comme devant eſtre ſemblables
dans les faits qu'elles rapportent,
mais differentes pour avoir plus
ou moins de circonſtances. Celle
ont on m'a fait part , en eſt la
plus remplie ; & tous ceux qui
voudront bien les examiner ,
n'auront pas de peine à en demeurer
d'accord. Voicy ce qu'elle
contient.
Monfieur de Guilleragues arriva
à Andrinople le 3.d'Octobre
de l'année derniere, accompagné
du Grand Ecuyer , de l'Aga des
Ianiſſaires , & de pluſieurs autres
Officiers du Grand Seigneur, qui
eſtoient venus le recevoir à une
GALAN T.
133
lieuë de la Ville ,& qui l'y amenerent
au milieu d'une haye de
laniſſaires ſous les armes. Le
Grand Viſir qui eſtoit indiſpoſé,
- n'ayant pû luy donner audience
que le 28. de ce meſme mois , il
employa tout ce temps à faire
connoiſtre avec vigueur de
quelle maniere il prétendoit que
- cette Audience luy fuſt donnée.
Il iniſta ſur tout à la refuſer dans
la Chambre où tous les Ambafſadeurs
ont accoûtumé de la recevoir
à Andrinople , parce qu'il
ſçavoit que le Sofa ou Eſtrade ,
y eſtoit diſpoſé de telle forte
qu'occupant preſque toute cette
Chambre , il n'y reſtoit qu'un
petit eſpace pour poſer les Pabouches
ou Souliers , que les
Turcs doivent y laiſſer lors qu'ils
y entrent. On luy fit connoiſtre
que le Grand Vizir n'y recevoit
144
MERCURE
pas ſeulement les Ambaſſadeurs ,
mais encore le Muphti & le Mufahic
, ou Favory du Grand Seigneur
, qui estoient les Perſonnes
de tout l'empire qu'il devoit le
plus confiderer. Monfieur l'Ambaſſadeur
répondit que le muphti
& le Muſahib ne diſputoient pas
au Grand Vizir les honneurs
qu'il leur rendoit , mais que la
forme du Sopha , & la maniere
d'y eſtre receu , eſtant des points
qui avoient fait naiſtre un different
dont le bruit s'eſtoit repandu
depuis cinq ans dans toute
l'Europe , cette conteſtation devoit
eſtre terminée avec un éclat,
qui reparaſt le rort que l'on avoit
prétendu faire à l'honneur qui
eſt deu ſi juſtement aux Ambafſadeurs
de France. Ses raiſons
furent receuës , & on laſſeura
qu'il ſeroit entierement fatisfait
fur
GALANT.
135
1
fur ſa demande, & ſur toutes les
autres qu'il avoit déja faites fur
ce ſujet. Ainſi il ne fit plus difficulté
de ſe faire conduire au
Serrail du Grand Vizir , le jour
qu'on avoit choisi pour cetteCerémonie
. Il y alla richement vétu
à la Françoiſe , & monté ſur un
fuperbe Cheval de l'Ecurie du
Grand Seigneur. Sa Suite eſtoit
de 70. Perſonnes , tant de fa
Maiſon que des principaux Marchands
François , tous tres-propres
& tres leſtes. Il entra dans le
Serrail du Grand Vizir , & ayant
mis pied à terre il fut conduit par
pluſieurs Sales à la Chambre où
ce Miniſtre reçoit Sa Hauteſſe ,
lors qu'Elle luy fait l'honneur de
le viſiter. Cette Chambre deſtinée
pour l'Audience , eſtoit or->
née de Peintures & de dorures ,
& meublée de minders , & de
Iuin 1685 . G
136
MERCURE
Couffins magnifiques. Il y avoit
au milieu un Baffin de Marbre ,
environné de Vaſes remplis de
Fleurs , & avec pluſieurs jets
d'eau . Monfieur de Guilleragues
monta ſur le Sofa , voyant qu'il
eſtoit de la maniere qu'il l'avoit
demandé. Les Tabourets , également
enrichis d'une broderie relevée
d'or ſur un fond de Velours
rouge , eſtoient ſur une meſme
ligne , tous deux fur la Natte ,
ſans que celuy du Vizir fuſt ſur
le Minder. Il prit ſa Place ſur le
Tabouret qui regardoit la Porte
par où il eſtoit entré , & le Grand
Vizir arriva un peu aprés par une
autre Porte qui estoit du coſté
de l'autre Tabouret. Il monta fur
le Sofa , & Monfieur l'Ambaſſadeur
ſe contenta de ſe lever pendant
ce temps ſans quitter ſa
Place , quoy que tres- ſouvent il
GALANT.
137
fuſt arrivé que les Ambaſſadeurs
eſtoient demeurez debout au bas
du Sofa , en attendant l'arrivée
du Grand Vizir. Aprés les faluts
réciproques , il ſe remit ſur ſon
Tabouret dans le meſme temps
que le Grand Vizir s'affit ſur le
fien , & alors le Salem Chaoux
prononça ſelon la coûtume une
courte priere à haute voix , pour
la profperitédu Grand Seigneur ,
ce qui est une des fonctions de ſa
Charge. Le Compliment de M
l'Ambaſſadeur , également fort
& obligeant , fut interpreté en
Turc par le Sieur Fontaine , le
Sieur Forneſti premier Drogman ,
n'ayant pû venir à Andrinople à
cauſe d'une indiſpoſition. Il s'étendit
ſur le digne choix que Sa
Hauteſſe avoit fait de la Perfonne
de ce Miniſtre , pour ſe repoſer
ſur ſa prudence , & ſur ſa ca-
G 2
138
MERCURE
pacité des Affaires de l'Empire.
Le Grand Vizir répondit par le
compliment ordinaire , c'eſt à
dire , que Mx l'Ambassadeur estoit
le tres bien venu , ce qu'il répeta
juſqu'à quatre fois , quoy que
les autres Vizirs n'euſſent accoûtumé
de le dire qu'une. Il ne
pouvoit mieux marquer le plaiſir
qu'il reſſentoit de voir cét Ambaſſadeur
, que par la répetition
de ces termes , par leſquels les
Turcs témoignent la joye qu'ils
ont de voir leurs Amis. Il ſe ſervit
auſſi pluſieurs fois du mot
d'Eltechi , qui veut dire Ambaſſadeur
, & parla toûjours à la troiſieme
Perſonne ; ce qui eſt parmy
les Turcs une grande marque
de conſideration & de refpect.
Monfieur de Guilleragues
remercia fort le Grand Vizir , de
l'Aga qu'il luy avoit envoyé à
GALANT.
139
:
Conſtantinople pour l'amener ,
ſe loüant de ſa diligence , & de
ſes ſoins dans toutes les choſes
qui regardoient ſa Commiſſions
& cela fut avantageux à cétAga,
puis que s'agiſſant en ce tempslà
d'envoyer quelqu'un à Bude ,
pour des ordres qu'on avoit à y
porser , ce qui estoit dangereux :
& un Officier l'ayant propoſé au
Grand Vizir , ce Miniſtre répon
dit qu'il eſtoit trop neceffaire à
l'Ambaſſadeur de France,& qu'il
falloit en choiſir un autre. Peu
de temps aprés il fut revétu de la
Charge de Capigilar- Kiaiaſi , l'une
des trois principales de la
Maiſon du Vizir. La converſation
ayant duré prés d'une heure , on
apporta le Café. Il fut preſenté
dans le meſme temps à l'un & à
l'autre , aprés que l'on eut mis
devant eux un grand mouchoir
G3
140
MERCURE
de broderie , d'une beauté &
d'une richeſſe égale. Cela donna
lieu au Grand Vizir de demander
à Monfieur l'Ambaſſadeur
s'il aimoit cette boiſſon . Il
répondit que le Thé , & le Chocolat
luy ſembloient meilleurs .
Le Sorbet , le Parfum , & les
Eaux de ſenteur leur furent fervis
enſuite , & preſentez à tous
deux en meſme temps . Cela
eftant fait, le Grand Vizir aſſeura
Monfieur l'Ambaſſadeur , qu'il
employeroit tous ſes ſoins pour
le mener peu de jours aprés à
l'Audience du Grand Seigneur,
dont il pouvoit eſperer la reception
la plus favorable , luy promettant
par avance l'accomplifſement
de toutes les choſes qu'il
demanderoit . Monfieur de Guilleragues
ſe leva dans ce moment
pour recevoir la Veſte dont il fut
GALANT.
141
reveſtu en preſence de ce Miniſtre.
On distribua les autres Veſtes
aux principauxde ſa Suite ,
juſques au nombre de trente , ce
qui n'avoit eſté accordé à aucun
des autres Ambaſſadeurs , qui
n'en avoient jamais eu plus de
vingt. Un Marchand Anglois , &
un autre Marchand Hollandois
qui s'eſtoient trouvez à Andrinople
, & que cét Ambaffadeur
avoit invitez à l'accompagner à
l'Audience , eurent chacun une
de ces Veſtes . Cette diſtribution
achevée , Monfieur de Guilleragues
ſe leva , & ſe retira aprés
avoir ſalüé le Grand Vifir , qui
ſe leva dans le même temps , &
qui luy dit encore une fois , Vous
eſtes le tres- bien venu. Il retourna
à ſon Palais dans le meſme ordre
qu'il eſtoit forty , eſtant reconduit
par les meſmes Officiers ,
G4
142
MERCURE
auſquels ſe joignit Seferbec , Interprete
de la Porte , que le ſieur
Fontaine avoit interrompu fi
adroitement , lors qu'il entreprenoit
d'interpreter les paroles du
Vizir , qu'il ne put en proferer
quatre de fuite pendant tout le
temps de l'Audience. Comme
les Ceremonies en furent fort
differentes de celles que l'on
avoit obſervée par le paſſé , lors
qu'on y avoit admis les Ambaſſadeurs
de France , le Teſchrifat-
Emini , c'eſt à dire , le Maître &
Conſervateur des Ceremonies ,
preſenta une Requeſte, pour demander
qu'on les inſeraſt dans
les Archives , comme n'ayant jamais
eſté pratiquées depuis le
commencement de l'Empire ,
criant tout haut qu'ilfaloit brûler
l'ancien Regiſtre. lamais les Turcs
n'ont témoigné tant de joye d'au
GALANT.
143
cun fuccés qui leur ait eſté avantageux,
que dans cette occaſion .
Its regardoient Monfieur de
Guilleragues comme le Liberateur
de leur Empire , puiſqu'il
avoit terminé ſi heureuſement
une affaire,dont ils avoient craint
des ſuites fâcheuſes. Ce n'a pas
eſté ſansbeaucoup de peine qu'il
en eſt venuà bout avec tantde
gloire. Haeu des Ennemis qui
l'ont traverſé de tout leur pouvoir
; mais il a ſçeu fi bien détourner
par fa prudence leurs
dangereuſes cabales ,qu'il a donné
lieu à quelques- uns de ſe repentir
d'avoir cherché à luy nuire.
Il s'en falut peu entre autres
que l'on ne miſt en Priſon le Reſident
de Michel Abaffy, Prince
de Tranſſilvanie , qui par ordre
de fon Maiſtre voulut inſinuerà
-la Porte , beaucoup de choſes
G
1441
MERCURE
entierement oppoſées aux droites
intention de Monfieur l'Ambaffadeur
. Le Kiaia du Grand Vifir
receut un commandement exprés
d'aller luy en faire reprimande.
Il la luy fit d'une maniere ſi
ſeche , qu'il en fut malade dangereuſement
pendant huit jours .
Ce qui effraya le plus ce Refiſident,
ce futqu'on luy dit, qu'Abaffy
eſtoit en liberté de faire
ce qu'il voudroit , & qu'il cherchoit
inutilement des pretextes
à ſa revolte. En meſme temps
pour mettre ſa fidelité à l'épreuve
, le Grand Seigneur donna un
ordre qui obligeoit Abaffy de
payer ſon Tribut en bled , & de
le faire tranſporter vers la Pologne
, à l'Armée de Soliman Pacha
; ce qu'il ne pouvoit executer,
ſans s'expoſer au peril de ſoûlevertous
ſes Peuples , qui n'en
\
GALANT .
145
recueillent que ce qui eſt abſolument
neceſſaire àleur ſubſiſtance.
La veille de l'audience , Monſieur
de Guilleragues avoit en.
voyé ſes preſens au Grand Vifir,
ſuivant la coûtume.Ce Miniſtre,
pour témoigner qu'il les recevoit
agreablement , donna quarante
Sequins aux Drogmans qui les
porterent . C'étoient les ſieurs
Fontaine & Perruque. Le Kiaia
leur en donna encor dix , lorfqu'ils
luy porterent ceux qui
eſtoient pour luy; mais ces Drogmans
, pour faire connoiſtre que
l'intereſt ne les touchoit pas, diſtribuerent
la plus grande partie
de ces deux ſommes aux Officiers
de la maiſon du Viſir.
L'audience du grand Seigneur
ne fut donnée à Monfieur de
Guilleragues que le 16. de Novembre
. Comme il eſtoit cejour-
G6
146 MERCURE
làDimanche , il entendit laMef.
ſe de fort bon matin , & partit
fur les huit heures , accompagné
du Chaoux Bachi , & d'autres
Chaoux , & fuivy de ſes Domeſtiques
, & des principaux Marchands
François . Il ſe rendit au
Serrail de ſa Hauteſſe , & eſtant
entré dans la grande Court , il y
trouva environ mille Janiſſaires
rangez , qui eſtoit tout ce qu'il
y avoit alors de cette Milice à
Andrinople. Dés qu'ils l'eurent
apperceu , ils prirent tous une
courſe, qui fut limitée par pluſieurs
plats ou grands baſſins de
Pilau , c'eſt à dire de ris cuit , regale
ordinaire qu'on leur fait
dans des occaſions de cette nature.
Monfieur de Guilleragues ,
ſans s'arreſter à ce qu'on faiſoit
d'extraordinaire pour le recevoir
, continua ſon cheminjuf
GALANT.
147
ques à la Sale du Divan , où il
entra , ſuivy de Meſſieurs Merille
& Noguerres Secretaires de
l'Ambaſſade ſix de ſes Domeſtiques
, & de deux Drogmans.
Le grand Viſir l'y attendoit avec
le Janiſſaire aga , le Cadileſker ,
le Tefterdar , & le Riſchangi
Bachi , tous affis à quelque
distance les uns des autresy
fur un banc de Parquet attaché
à la muraille. Monfieur
l'Ambaſſadeur eſtant entré ,
s'affit for un Tabouret qu'on
avoit placé prés & vis - à- vis du
Viſir. Ils fe firent des complimens
reciproques , fur la joye
qu'ils avoient de ſe revoir , aprés
quoy Monfieur de Guilleragues
ſe leva afin de laiſſer ce Miniſtre
en liberté de terminer les
affaires des Particuliers , & alla
s'aſſeoir ſur le meſme Tabourer
148 • MERCURE
dans un endroit de la Sale plus
éloigné des Plaideurs qui venoient
en foule demander juſtice.
Le grand Viſir leur permit
à tous de s'approcher les uns
aprés les autres , & jugea plus
de cent procés pendant une heure
& demie . Le grand Seigneur
voyoit & entendoit tout parune
alouſie , qui estoit audeſſus du
Siege du Viſir . Lorſque le Divan
fut achevé , on apporta une petite
table ronde devant ce premier
Miniſtre , à laquelle il mangea
ſeul avec Monfieur de Guilleragues
, qui y fut conduit par
le Chaoux Bachi. On en apporta
quatre autres en meſme temps ,
pour le Janiſſaire aga , le Cadileſker,
le Tefterdar , le Riſchangi
Bachi , & pour ceux de la ſuite
de Monfieur l'Ambaſſadeur.
Ses deux Secretaires furent mes
GALANT.
149
nez à la ſeconde , deux autres
François à la quatrième , & trois
à la cinquiéme. Le Cadileſker
mangea ſeul à la troifiéme, comme
eſtant une perſonne de Loy ,
qui ne doit jamais manger avec
des gens d'une Religion differen
te . On ſervit toutes ces Tables
avec beaucoup de magnificence
à la mode du Pays. Les fruits &
le ris n'y manquerent pas. Le repas
dura une heure , & Monfieur
de Guilleragues employa ce
temps bien moins à manger, qu'à
s'entretenir familierement avec
le Viſir , qui écoutoit avec grande
attention tout ce qu'il luy
diſoit par la bouche du ſieur
Fontaine ſon Drogman. Aprés le
repas , Monfieur l'Ambaſſadeur
futreveſtu d'une riche Vefte , &
on en diftribua trente autres à
ceuxde ſa ſuite. Le grand Vifis
150
MERCURE
Fortit du Divan , & s'en alla à
l'appartement du grand Seigneur.
Monfieur l'Ambaſſadeur y fut
conduit un demy- quart d'heure
aprés , avec fon Drogman , ſes
deux Secretaires , & fept autres
perſonnes de fa fuite , chacun
ayant à ſes coſtez deux Capigis ,
qui ne leur firent aucune contrainte
, lors meſme qu'il falut
paroiſtre devant ſa Hauteſſe. Il
entra dans la Salle d'Audience ,
où il vit le grand Seigneur affis
ſur un Trône magnifique , qui
eſtoit placé au fond. Ses habits
eſtoient éclatans de pierreries ,
&il avoit autour de luy ſes prin.
cipaux Officiers . Monfieur l'Ambaſſadeur
le ſalia par une profonde
reverence , & commença
un difcours qu'il prononça d'une
maniere tres- noble & avec
beaucoup de dignité. Le grand
(
د
GALAN T.
151
Vifar l'ayant voulu interrompre
dans la bouche du ſieur Fontaine
qui l'interpretoit , le Grand Seigneur
dit à Monfieur de Guilleragues
qu'il pouvoit pourſuivre,
& demander ce qu'il luy plairoit.
Cette Audience dura prés d'une
demie - heure , pendant laquelle
ſa Hauteſſe parla une ſeconde
fois à Monfieur FAmbaſſadeur ;
ce qui n'avoit jamais eſté fait par
les Sultans , qui ſe ſont toûjours
contentez d'entendre les Ambafſadeurs
, fans leur répondre autrement
que par un ſigne de
teſte , en leur faiſant dire par
leurs Grands Viſirs , qu'ils font
ſatisfaits de leurs complimens ,
& qu'ils répondront à la Lettre
de leurs Maiſtres . Monfieur de
Guilleragues ayant eſté ramené
de l'Audience , remonta à cheval
hors du Serrail , & pour fa152
MERCURE
tisfaire à la coûtume , il ſe rangea
auprés de la porte avec tous ceux
de ſa ſuite , pour en voir fortif
le Grand Viſir & les autres Officiers
, & défiler les Janiſſaires ,
aprés quoy il ſe retira gardant le
meſme ordre qu'il avoit tenu en
arrivant. Cette Audience a eu
trois particularitez qui la diftinguentde
toutes les autres qui ont
eſté accordées auparavant aux
Ambaſfadeurs de France, le nom.
bre de trente Veſtes diftribuées
àſa Suite , neuf perſonnes pour
le ſuivre à l'Audience du Grand
Seigneur , & l'honneur que fit
ſa Hauteffe à Monfieur de Guilleragues
de luy parler juſques
à deux fois. A peine s'étoit- il
mis en chemin pour ſe retirer,
que le Sultant fortit à cheval
par une porte de derrire pour
aller ſe divertir à la chaffe. H
1
GALANT.
153
ſortit encore le lendemain , pour
une autre chaſſe à laquelle il
avoit reſolu d'employer ſoixante
jours , quelque temps fâcheux
qu'il euſt à craindre , cet exercice
n'eſtant jamais plus agreable
à ce Prince , que lorſque le
froid eſt grand, & que les pluyes,
les neges , & les glaces font terribles
. En effet , les gens du
Serrail aſſeurent , qu'encore qu'il
ne ſe ſoûtienne & ne marche
qu'avec peine , il s'échauffe tellement
dés qu'il voit la nege ,
qu'on ne peut jamais luy amener
un cheval affez promptement.
Il part fans attendre perſonne
pour le ſuivre , laiſſant à ſes Officiers
la liberté de l'aller joindre
où ils peuvent.
Le 23. de Decembre ; Monſieur
l'Ambaſſadeur rendit viſite
au Muphti ; il y alla à cheval ,
154
MERCURE
precedé de ſes Janiſſaires , Eſtafiers
, Valets de pied , & Drogmans
, & fuivy de fes Officiers .
Le Muphti , qui est le Chef
principal de la Religion Mahometane
, luy fit de tres - grandes
honneſtetez , & recent avec
un profond reſpect la Lettre de
Sa Majesté qu'il luy preſenta.
Le Café & le Sorbet furent
apportez avec les Eaux de ſenteur
; & aprés qu'ils ſe furententretenus
quelque temps de choſes
generales , M² l'Ambaſſadeur ſe
retira. Il trouva ce Muphti tresmal
logé , plus mal meublé , &
encore plus mal ſervy par dix ou
douze Valets qui compoſoient
tout ſon Domeſtique. Il y a
peut- eſtre plus d'affectation dans
cette fimplicité, que de bonne &
fincere intention , pour ſe conformer
à la pauvreté que l'Alco
GALANT.
155
ran ordonne à ceux de ſa forte ,
qui ne laiſſent pas d'avoir des revenus
ſtables & confiderables .
On fait pour la ſubſiſtance du
Muphti , un fond de deux mille
Aſpres par jour , qui font environ
ſoixante- cinq livres de nôtre
monnoye ; & outre cela , il
peut diſpoſer de quelques Benefices
qui dépendent de certaines
Moſquées Royales , & en tirer le
plus d'argent qu'il luy eft pofſible
, fans craindre d'être accuſé
de corruption . Il a une authorité
ſi grande , que quand il juge ,
ou qu'il decide de quoy que ce
ſoit , le Grand Seigneur meſme
ne s'y oppoſe jamais . Le Sultan
le conſulte dans les affaires d'Etat
, & ne bannit preſque jamais
un premier Viſir
n'oſte un Bacha de ſon employ
د ny
156
MERCVRE
ſous pretexte de crime , ny n'entreprend
rien de confiderable
qu'il n'ait la fentence du Muphti
, parce qu'il paroiſt qu'il y a
plus d'équité dans le jugement
d'un homme de bien , que dans
le pouvoir abſolu du Prince. On
fait rarement mourir le Muphti ;
& quand cela arrive , on le dégrade
avant l'execution. Lorfqu'il
s'agit de crimes énormesou
de trahiſon , on le met dans un
Mortier , qui eſt toûjours gardé
pour cela àConſtantinople , dans t
la Priſon des ſept Tours. Son
corps y eſt pilé & batu , juſqu'à
ce que ſes os & ſa chair ſoient
réduits en boüillie .
Monfieur de Guilleragues vit
auſſi le Capitan Pacha , Gendre
du Grand Seigneur , & fit
cette viſite incognito , ayant
e
،
C
e
0
a
0
e
GALANT.
157
remis à le voir publiquement
en Ceremonie , lorſque ce Pacha
ſeroit de retour à Conſtantinople
, où il exerce particulierement
ſa Jurisdiction ſur
toute l'Armée Navale. Le mois
de Ianvier eſtant venu , il vonlut
prendre ſon Audience de
Congé du Grand Viſir ; mais
des affaires importantes à l'Etat
, obligerent ce Miniſtre de
faire un voyage de dix jours
pour ſe rendre auprés du Grand
Seigneur , qui estoit à la Chafſe
, àmoitié chemin de Conſtantinople
& d'Andrinople. Quelque
jours aprés qu'il fut revenu
de ce voyage , Monfieur l'ambaſſadeur
luy fit demander cette
Audience , qui luy fut accordée
pour le 29. de ce meſme
mois , avec autant de pom158
MERCURE
effet
د
pe , d'éclat & de distinction
qu'il l'avoit euë la premiere fois ,
fans qu'il l'euſt ſollicitée. En
comme il n'avoit pas
crû que l'on y deuſt obſerver
la meſme regularité que l'on
avoit fait dans la premiere , il
avoit déja renvoyé ſes livrées
& ſes habits les plus magnifiques
à Conſtantinople ; ſe contentant
d'aller à l'Audience vétu
d'une fort belle Veſte fourrée
de Marte Zibeline , ſeul a
cheval , & fuivy à pied de ſes
principaux Domeſtiques , vétus
auffi de longues Veſtes , ſans
Valetsde pied. Cependant le 28.
Janvier , le ſieur Fontaine fon
Drogman , vint luy dire , que
le Grand Viſir avoit reſolu de
luy donner encoretrente Veſtes,
pour luy & pour ſa Suite , & de
luy
GALANT. 157
lay envoyer trente chevaux de
ſon Ecurie pour ſa marche.Cette
diſpoſition qu'il n'attendoit pas
l'obligea de prendre d'autres mefures.
Il fit appeller tous les François
qui ſe trouverent à Andrinople
, pour rendre ſon Cortegeplus
nombreux, & pour avoir
plus de Perſonnes dignes de recevoir
l'honneur de la Veſte . Il
fit auſſi revêtir douze Grecs qu'il
avoit à ſon ſervice , d'habits à
leur mode , afin qu'ils environnaſſent
ſon Cheval , & que leurs
Robes à la Greque répondiſſent
àl'Habit long qu'il devoit porter.
Les trente Chevaux envoyez
par le Vizir , arriverent avec
pluſieurs Officiers qui conduiſirent
Monfieur l'Ambaſſadeur au
Serrail de ce Miniſtre. On le
conduiſit d'abord dans la Salle
où l'on donne les Audiences de
Juin 1685 . H
158 MERCURE
cerémonie au Muphti meſme, &
au Favory du Grand Seigneur,
& à peine y eut-il eſté afſis un
demy quart d'heure , qu'on le
vint prendre pour le mener
dans une tres-belle Chambre ,
differente de celle où il avoit eſté
receu la premiere fois. Elle eſtoit
magnifiquement ornée. L'entrée
n'y eſt permiſe qu'à fort peu de
Turcs , & on aſſeure qu'aucun
Chrétien n'y eſtoit jamais entré.
Monfieur l'Ambaſſadeur s'y aſſit
d'abord fur le Tabouret qu'on
luy avoit préparé ſur le Sofa , &
qui estoit poſe ſur la Natte, comme
celuy du Vizir. Ce Miniſtre
eſtant entré un moment aprés ,
Monfieur de Guilleragues ſe leva
pour le ſaluër , demeurant ſur le
Sofa , & l'un & l'autre s'affit dans
le meſme temps. L'Audience qui
dura prés d'une heure , finit par
2
GALANT .
159
les Régales du Café , du Sorbet ,
des Eaux de Senteur ,& du Parfum.
Le Grand Vizir remarquant
que Monfieur l'Ambaſſadeur
avoit quelque répugnance pour
le Café qu'on luy preſentoit ,
parce qu'il eſtoit ambré , commanda
qu'on en apportaſt ſans
ambre , & attendit à prendre le
ſien qu'on luy en euſt ſervy d'autre.
Il luy donna avec beaucoup
de reſpect la réponſe du Grand
Seigneur à Sa Majeſté . Elle étoit
dans un grand Sachet de Brocard
tres - riche , & cacheté d'une
Bulled'or. Monfieur de Guilleragues
la receut avec le meſme
reſpect , ainſi que la Lettre que
ce Miniſtre écrivoit à Sa Majeſté.
Enfuite l'on diſtribua les trente
Veſtes . Monfieur l'Ambaſſadeur
ſe leva un peu après ,& ſe retira
comblé d'honneur plus qu'au-
H 2
158
MERCURE
cun Ambaſſadeurqui euſt jamais
eſté à la Porte. Le Sieur Fontaine
portoit publiquement devant
luy la Lettre de Sa Hauteſſe,qu'il
luy avoit remiſe. Enfin par un
furcroiſt de faveur , le Grand Vi
zir ordonna qu'on luy fourniſt
vingt Chevaux , & vingt Chariots
pour ſon retour , quoy que
la coûtume ſoit que les Ambaſſadeurs
retournent à Conſtantinople
à leurs dépens. On eut de la
peine à trouver ce nombre de
Chariots , parce qu'ils eſtoient
preſque tous employez à la ſuite
du Grand Seigneur , qui continuoit
à prendre le divertiſſement
de la Chaſſe. Ainſi Monfieur
l'Ambaſſadeur ne put partir
d'Andrinople que le 26. Fevrier.
Il trouva les chemins aſſez beaux
pour la Saiſon , & arriva le 22. à
Conſtantinople , ayant pour ſa
GALANT.
159
Perfonne un Carroſſe richement
garny , & fufpendu à la Polonnoiſe
, dont le Grand Vizir lay
avoit fait preſent. Il deſcenditde
Carroffe au fond du Port , où
Monfieur l'Archevêque de Cyfique
, Vicaire Patriarchal, l'attendoit
avec les Marchands François
& Venitiens , & pluſieurs
autres Perſonnes affectionnées à
la France. Il entra en meſme
temps dans un Caïque qu'on luy
tenoit preſt , & qui fuſt ſuivy
d'un grand nombre d'autres. En
paſſant devant Galata , il fut
ſalüé de l'artillerie & de la Moufqueterie
d'un Vaiſſeau , de deux
Barques , & d'une Tartane de
Marseille, & à ſon débarquement
à Tophana , il trouva un Cheval
du Vaivode de Galata , qui
le porta juſques au Palais de
France, où il fut receu de Mada-
H3
169 MERCURE
:
me l'Ambaſſadrice ,& de Mademoiſelle
de Guilleragues ſa Fille,
avec une joye extrême de le revoir
aprés une ſi longue ſéparation;
mais cette joye mêlée de
celle de le voir ſortir avec tant
de gloire d'une affaire fi fameuſe
avant & durant le cours de fon
Ambaſſade , fut de tres - peu de
durée. Cinq jours aprés il fut artaqué
d'une apoplexie , dont il
mourut le s.de Mars, après avoir
receu tous ſes Sacremens , &
donné les plus fortes marques
d'une parfaite réſignation à la
volonté de Dieu . On peut dire
fans exagerer , qu'il a eſté regreté
de toute la Ville de Conſtantinople.
Outre les Grecs , les Arméniens
, & les luifs meſme , les
Turcs , depuis les principaux juſqu'aux
moindres , ont donné des
témoignages publics de la part
11
GALAN T. 161
qu'ils prenoient à cette perte.
Le Capitan- Pacha envoya s'informer
pluſieurs fois de ſa ſanté
pendant qu'il étoit malade , &
dit en preſence de beaucoup de
monde , qu'il n'avoit point connu
de Chrétien qui meritaſt plus
d'eſtre estimé& chery. Le Caimacan
, le Frere du Grand Vizir
Coproli , & les plus confiderables
Officiers de Conſtantinople,
n'ont point caché l'affliction
qu'ilsen reffentoient,& le Grand
Vizir n'en eut pas plûtoſt appris
la nouvelle par un Courier que
le Caimacan luy dépefcha , que
pour témoigner combien il eſtimoit
ſamemoire, il en dépeſcha
auſſi- toſt un autre au Caimacan,
avec ordre de faire faire ſon compliment
de condoleance à madamel'Ambaſſadrice
, & de l'affuzer
que ſon intention eſtoit que
H4
162 MERCVRE
les choſes demeuraſſent ſous fon
autorité , dans le meſme état où
Monfieur de Guilleragues les
avoit laiſſées lors qu'il eſtoit party
d'Andrinople.'ll la fit prier en
meſme temps d'envoyer au plûtoſt
la Lettre de Sa Hauteſſe à
Sa majeſté . Ce miniſtre ordonna
de plus au Caimacan de faire en
forte que madame l'Ambaſſadrice,&
tous les François fuſſent
encore dans une plus grande
confideration , s'il ſe pouvoit ,
que pendant la vie de Monfieur
l'Ambaſſadeur . Le Caimacan qui
appella le St Fontaine ſitoſt que
cét ordre fut venu , pour l'envoyer
affeurer Madame l'Ambaſſadrice
des intentions du Grand Vizir,
luy recommanda auſſi ſur toutes
choſes , de luy donner avis de
tous les beſoins qu'elle pourroit
avoir pour ce qui la touS
コ
E
1
1
ROM: IMP SEMP: AUG :
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OPPUGNARICAPTAD
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SBAAASRCVSAMSAELRAARRSETXUTAXAOSAR
IMMVEMIREEUNNESCNDRUUAEEMS.
GALANT.
163
che en particulier , & pour le
biendu Commerce , & la feureté
des intereſts de l'Empereur de
France dans les Etats du Grand
Seigneur ſon maiſtre ; ce qui fait
connoiſtre la haute réputation
que Monfieur de guilleragues
s'eſtoit acquiſe à la Porte.
Le Roy a nommé Monfieur
Girardin , qui a eſté Lieutenant
Civil , pour aller remplir ſa Place
àConſtantinople. C'eſt unHomme
qui a la prudence , l'efprit, &
la fermeté qui font néceſſaires
pourbien ſoûtenir un pareil employ.
Il a eſté déja en Turquie,
& c'eſt un avantage pour luy,
puis qu'il connoiſt le Pays , & la
langue Turque.
Je vous envoye une nouvelle
Medaille de l'Empereur , qui a
efté frapée aprés la levée du
Siege de Vienne. Ces paroles
Hs
164 MERCURE
CÆSAR SARMATA REX,
&c. font gravées ſur l'épaiſſeur
du rebord.
L'Ouverture de l'aſſemblée
Generale du Clergé de France,
fe fit à Saint Germain en Laye
le 4. de ce mois , dans l'Egliſe
des Recolets , par une meſſe du
Saint Eſprit . Monfieur l'archeveſque
de Paris officia en habits
Pontificaux , & Monfieur l'Eveſque
d'Amiens preſcha ſur le ſujet
de cette Affembée. Ceux qui la
compoſent ſont.
PROVINCE DE PARIS.
Monfieur l'Archeveſque.
Monfieur l'Eveſque de Chartres .
Meſſieurs les Abbez Cheron , &
de Luſancy.
SENS.
Monfieur l'Archeveſquede Sens.
Monfieur l'Eveſque de Troye.
GALANT.
165
Meffieurs les Abbez de Chavigny
& Pecquot.
ARLES.
Monfieur leCoadjuteur d'Arles.
Monfieur l'Eveſque de Saint Paul
Trois-Chaſteau ..
Meffieurs les Abbez Roubant&
de Vintimille..
TOULOUSE.
Monfieur l'ArcheveſquedeToulouſe,
Monfieurl'Eveſque de S. Papoul..
Meſſieursles Abbez Rouſſeau &
de Gives.
ALBY.
Monfieur l'Archeveſqued'Alby.
Monfieur l'Eveſque de Mande.
Meſſieurs les Abbez Hennequin
*& Langlois.
BOURGES.
Me l'Archeveſque de Bourges.
Monfieur l'Eveſque de Tulles.
H6
166 MERCURE
Meſſieurs les Abbez du Favoit ,
de Serocourt, & Phelippeaux,
Agent.
ROUEN.
Monfieur le Coadjuteur de
Roüen.
Monfieur l'Eveſque de Liſieux.
Meſſieurs les Abbez de Grancey
& de Champigny .
BORDEAUX.
Monfieur l'Archeveſque deBordeaux.
Monfieur l'Eveſque de Condom.
Meſſieurs les Abbez de Vaillac
& d'Aubigny .
Auch .
Monfieur l'Archeveſqued'Auch.
Monfieur l'Eveſque de l'Eſcar.
Meſſieurs les Abbez de Pibtac &
de Poudenx.
VIENNE .
Monfieur l'Eveſque du Vivier.
Monfieur l'Eveſque de Valence.
GALANT.
167
Meſſieurs les Abbez le Camus ,
Blache, & de Villars, Agent .
REIMS .
Monfieur l'Eveſque d'Amiens.
Monfieur l'Evêque de Boulogne.
Meſſieurs les Abbez de Sillery,de
Beuvron & Defmarets, ancien
Agent.
TOURS .
M. l'Eveſque de Quimper.
M. l'Eveſque du Mans .
Meſſieurs les abbez amelot &
Robert.
Αιχ.
: M. l'Eveſque d'Apt.
M. l'Eveſque de Siſteron .
Meffieurs les Abbez de Fourbin
&de Vallavoir.
NARBONNE.
M. l'Eveſque de Lodeve.
M. l'Eveſque de Carcafſonne .
Meſſieurs les abbez de Caſtres,de
l'augnac,&deBeſons, ancien
Agent.
168 MERCURE
LYON.
M. l'Eveſque de Chalons.
M. l'Eveſque de Mâcon .
Meſſieurs les Abbez de Chalmafel
& Brochond.
AMBRUN.
M. l'Eveſque de Digne.
M. l'Eveſque de Vence.
Meffieurs les Abbez Drubec &
de ratabon.
Monfieurl'Archeveſque de Paris
preſide à cette Aſſemblée ,qui
a Meſſieurs les abbez Deſmareſts
ancien agent , & Cheron pour
Promoteurs , & Meſſieurs les
Abbez de Beſons ancien agent ,
& Hennequin pour Secretaires.
Deux jours aprés , Meſſieurs les
Prelats & Deputez ſe rendirent à
Verſailles à l'Audience du Roy ,
à laquelle ils furent conduits par
Monfieur le marquis de Blainvil
le , Grand Maître des Ceremo
GALANT. 169
nies. Monfieur l'Archeveſque de
Paris harangua le Roy , & luy
preſenta les Deputez;aprés quoy
ils eurent audience de monfeigneur
leDauphin, & de Madame
la Dauphine. Le 11. du mesme
mois , Monfieur le Pelletier Controlleur
general des Finances , &
Monfieur Boucherat Confeiller
d'Estat , s'eſtant rendus à faine
Germain à leur Affemblée , avec
Monfieur le marquis de Seigne
lay , y furent receus en qualité de
Commiſſaires du Roy. Monfieur
Boucherat porta la parole , &
leur preſenta une Lettre de Sa
Majesté , dont il leur expliqua les
intentions. Ils y retournerent
le 14. & Monfieur l'Archeveſque
de Paris , comme Prefident de
l'aſſemblée , leur dit que le Clergé
avoit accordé tout d'une voix.
la ſomme de trois millions an
170
MERCVRE
Roy , en forme de don gratuit.
Le Jeudy 7. de ce mois , ce
Prelat receut l'Abjuration du Fils
de Monfieur de Fontaine Veille
de Coignée , dans la Chapelle du
Roy , à ſaint Germain. Ce jeune
Gentilhomme , âgé ſeulement
de vingt ans , eſt d'une des plus
anciennes Familles de la Province
du Maine , & Neveu de Mefſieurs
les Marquis de Coignée ,
de Thou , & de Thouars. Sa
Profeffion de Foy fut d'autant
plus folemnelle , qu'il la fit devant
tout le Clergé aſſemblé en
ee lieu là pour les affaires de l'Eglife
, comme je viens de vous
le marquer. Monfieur l'Archevêque
ayant embraffé ce nouveau
Converty , avec de grandes marques
de joyede ce qu'il avoit renoncé
à ſes erreurs , Meffieurs les
autres Prelats firent tous la mêGALAN
T 171
me choſe. On parla de cette converſion
au Roy ,& ce monarque
témoigna beaucoup de fatisfation
,d'apprendre qu'elle s'eſtoit
faite par les ſoins de Monfieur
des Cheſnes , Lieutenant general
des Eaux & Foreſts du Bailliage
d'Alençon. Sa majeſté loüa fort
fon zele , ſe ſouvenant que le
meſme Monfieur des Cheſnes luy
avoit preſenté le dernier mois
Monfieur Larpent , miniſtre converty
de la Ville de Séez .
Monfieur l'Eveſque de Saint
Brieu , continuant avec ſa vigilance
ordinaire à procurer le ſalut
de ceux de ſon Dioceſe , entre
autres Abjurations qu'ila fait faire
depuis peu de temps , a recen
celle de mademoiselle de Breilmeneu
; de forte qu'il ne reſte
plus que quatre Familles de la
Religion Pretenduë Reformée
171 MERCURE
dans tout le Diocese de S. Brieu ,
du grand nombre qu'ily en avoit
lorſque ce Prelat en prit poffef.
fion.
Le 30. du dernier mois,Mada
me l'Abeſſe de Farmonſtier en
Brie , mourut fort regretée de
toute fa Communauté. Elle s'appelloit
Marie Conſtance du Blé ,
& eſtoit Fille de meſſire lacques
du Blé , Marquis d'Huxelles , &
Baron de Cormatin en Bourgo
gne, Lieutenant general des Ar
mées du Roy , Gouverneur &
Bailly deChâlons, fur Saone , &
de Dame Claude Phelipeaux la
Vrilliere . La Maiſon du Blé dont
elle fortoit, eſt une des premieres
& des plus anciennes de Bour
gogne. Madame l'Abbeſſe de Farmonſtier
dont je vous parle,
avoit l'eſprit élevé & fort péneerant
, & faifoit paroiſtre une exGALAN
T. 173
trème vivacité dans toutes les affaires
qu'elle traiteit. Aufſi n'at'elle
jamais balancé ſur les réponſes
qu'elle avoit à faire, quelque
matiere qu'on ait pû luy
propoſer. Elle y fatisfaiſoit dans
le meſme temps , auſſi ſagement
&auffi folidement que fi elle en
avoit fait fon étude particuliere.
Elle entendoit parfaitement la
langue Latine ; & lors qu'elle
parloit à ſa Communauté , l'ordre,
la facilité& la netteté d'expreffion
accompagnoient ſes dif- -
cours , les Paſſages des Peres
qu'elle citoit à propos ,& la grace
naturelle qu'elle avoit à prononcer
ce qu'elle diſoit , prévenoient
fi bien les eſprits en fa
faveur , qu'on ne ſe laſſoit jamais
de l'entendre . Dans ſes momens
de loiſir elle préferoit la lecture
à toutes choſes , & prenoit un
174 MERCURE
extréme plaisir à ſe remplir l'efprit
des veritez , & des maximes
les plus ſaintes de noſtre Religion.
Elle en parloit ſcavamment
, & avec beaucoup de pieté
car elle vouloit que le coeur
en fuſt remply , ainſi que l'eſprit.
C'eſt pourquoy on luy a ſouvent
entendu dire , que l'on parloit
aiſément des choſes ſaintes, mais
qu'on ne les réduiſoit pas également
en pratique , & que cependant
l'un ſans l'autre n'eſtoit
d'aucune utilité pour le Salut. E
Les actions & les paroles édifiantes
qui ont précedé ſa mort , ont
accompagné ſes derniers momens.
Elle a préveu en quelque
façon le changement qui devait
ſe faire en elle , & elle s'y eſt
preparée pendant quelques mois,
partous les exercicesde penitencequ'elle
pouvoit pratiquer. La
C
GALANT.
175
mort d'un ſage Directeur , en qui
elle avoit mis fon entiere confiance
depuis un fort grand nombred'années
, fut un préſage qui
luy fit connoître que le tempsde
la ſienne s'approchoit. Elle n'avoit
pas encore eſſuyé ſes larmes
pour une perte qui luy eſtoit ſi
ſenſible , lors qu'elle fut attaquée
de la maladie dont elle eſt
morte. Sa patience n'y a pas
moins éclaté que fa reſignation
& fon amour pour ſon Createur.
Elle prenoit elle meſme ſoin de
conſoler toutes les perſonnes qui
l'aſſiſtoient , & qui s'affligeoient
de l'extrémité où ſon mal l'avoit
reduite. Elle demandoit des Cantiques
de joye pour fon heureuſe
delivrance de la priſon de ce
monde , & prioit les Religieuſes
de moderer leur douleur , par
l'eſperance qu'ellea toûjours tés
176 MERCURE
peu
moigné avoir , que celuy qui l'avoit
fait naiſtre dans l'Eglife , luy
donneroit entrée dans la Gloire.
Il ſembloit que Dieu l'euſt deſtinée
à un travail preſque ſans
relâche , puis qu'à peine avoit
elle commencé à goûter quelque
repos dans ſa premiere Maiſon de
Saint Menou , qu'il l'en retira
pour la faire entrer dans cellede
Farmonſtier , où elle a fort
joüy de l'état tranquille qu'elle
s'y eſtoit acquis. Madame de Beringhen
ſa Niece , qui estoit Religieuſe
dans cette Abbaye , luy a
fuccedé , par la Nomination du
Roy. Elle eft Fille d'Henry,Comte
de Beringhen , premier Ecuyer
de Sa Majesté , Chevalier
de ſes Ordres , & Gouverneur
des Citadelles de Marseille
&de Dame Anne du Blé d'Huxelles
, foeur de la defunte Abbeffe.
1
GALANT.
177
Il arrive de temps en temps des
choſes ſi extraordinaires , qu'il
eſt difficile de ne pas croire
qu'elles ſe font par des inſpirations
ſecretes , dont nous tâcherions
inutilement de pénetrer le
myſtere. Telle eſt l'action d'une
jeune perſonne de dix- sept ans ,
Fille de Monfieur Olivier, Intendant
du grand Prieur de Saint
Jean , quia cauſé un étonnement
inconcevable à toute la Ville de
Toulouſe où s'eſt paſſé ce que
jevay vous en dire. On l'a toûjours
veuë dans de fort grandes
pratiques de devotion ;& comme
elle avoit ſouvent entendu pref-
- cher contre les Femmes qui
- n'ont pas ſoin de cacher leur
gorge , elle reſolut de ſe mettre
hors d'état de montrer jamais la
ſienne. Elle appreſta deux compreſſes
trempées dans du vin, du
178
MERCURE
fucre , & de l'huile , & avec un
raſoir dont elle s'eſtoit munie ,
elle ſe coupa le coſté gauche du
ſein juſqu'à la poitrine. Pendant
qu'elle s'appliquoit l'une des
compreſſes , ſa Mere l'appella
pour quelque ſoin domeſtique.
Elle fortit de ſa chambre ; &
aprés s'eſtre acquitté des commiffions
qu'on luy donna , elle
retourna au meſme lieu ; & toujours
également ferme dans ſa
refolution , elle porta le raſoir fur
le coſté droit qui luy reſtoit à
couper. Elle ſe ſervit de l'autre
compreſſe ; mais elle ne put fi
bien l'appliquer , qu'on ne s'apperceuſt
du Sang qui couloit. Sa
Mere effrayée, envoya chercher
Monfieur la Piriere , Chirurgien
Juré de la Ville , pour la panſer ,
& l'on eut beaucoup de peine à
obtenir d'elle , qu'elle laiſſaſt voir
le
GALAN T.
179
le mal qu'elle s'étoit'fait.Ce que je
vous dis eſt arrivé le leudy 31. de
May. On pourroit croire qu'ily
auroit eu de l'égarement d'eſprit ;
mais on affeure que cettejeune
perſonne à toûjours eſté dans ſon
bon ſens . Ellea proteſté que cette
fanglante operation ne luy avoit
caufé aucune douleur , & qu'elle
s'yétoit reſoluë par le motifqueje
vous ay dit. J'ay veu une Lettre
du 6.de ce mois, qui porte qu'elle
n'avoit point de fiévre , & que fa
vie ne couroit aucun danger .
L'bondance des matieres qui
rempliſſoient ma Lettre le dernier
mois , fut cauſe que je ne
vous parlay point des Ambaſſadeurs
de Moſcovie. J'ay accoutumé
de traiter ces fortes d'articles
ſi à fonds , que vous jugez
bien que la place me manquoit,
pour mettre dans une meſme
Inin 1685 . I
180 MERCURE
Lettre tant de choſes conſiderables
par elles- meſmes , & par le
grand nombre de circonstances
qui les accompagnent. Avant
que de vous rien dire de l'Entrée
de ces Ambaſſadeurs à Paris ,
vous voulez bien que je vous
faſſe obſerver , que les Moſcovites
n'en font jamais partir de
chez eux , que pour aller en diverſes
Cours en la meſme qualité
, parce qu'eſtant deffrayez , &
leur équipage voituré dans tous
les lieux où ils vont en Ambaſſade
, tout leur voyage ne leur coute
rien , ny pour aller , ny pour
revenir . Les choſes ſe ſont pafſées
autrement , pour ce qui regarde
ces derniers Ambaffadeurs.
Comme il s'agiſſoit de les
envoyer àun Monarque , qu'admirent
ceux meſme qui ſont
aloux de ſa gloire , les Czars
GALANT. 181
,
ont voulu qu'ils vinſſent tout
droit en France , ſans faire la
fonction d'Ambaſſadeurs dans
aucune autre Cour , & qu'ils retournaſſent
à Moſcou de la même
maniere pour faire connoître
qu'ils en étoient partis
exprés pour venir en France ,
& qu'ils n'avoient rien à voir
aprés avoir veu le Roy. On les a
meſme preſſez de partir, avecdes
ordres de ne ſe point arreſterdans
leur voyage. La jeune ſſe desdeux
Czars , l'infirmité de l'aîné ,& les
ſeditions de cet Empire à peine
appaiſées , ont fait dire à quelques-
uns , que cette Ambaſſade
eſtoit moins glorieuſe pour le
Prince à qui elle s'adreſſoit , que
ſi la Moſcovie eſtoit gouvernée
parun ſeul maître , qui fuſt grand
Politique & grand Conquerant,
12
182 MERCURE
Ceux qui parlent de la forte , ne
connoiſſent pas les Czars ; & ce
que je vais vous en dire , vous
perfuadera aiſément que la pénetration
de leureſprit,leur ayant
fait concevoir la grandeur & les
admirables qualitez du Roy , ils
ont crû ne pouvoir mieux faire
que de rechercher ſon amitié ,
preſque auſſi-toſtqu'ils ſont montez
ſur le Trône. Quand dans ma
Lettre de luillet 1682. je vous
parlay de la mort de Theodore
Alexouvits dernier Grand Duc ,
arrivée le 27. Avril de la meſme
année , je vous dis qu'on avoit
choiſi le Prince Pierre Alexouvits
, ſon frere puiſné du ſecond
lit , qui n'avoit que dix ans , pour
luy fucceder , au prejudice de
Jean qui estoit l'aiſné , mais que
ſes infirmitez rendoient incapable
du Gouvernement. L'eſtois
GALANT. 183
alors mal informé de ſon âge ,
puiſqu'il a preſentement ſeize
ans , & le Prince lean dix- huit .
Cependant dans cette grande
jeuneſſe , ils ont déja fait voir par
des traits de polítique , & d'amitié
fraternelle , qu'ils ont & beaucoup
de cet eſprit neceffaire pour
regner ,& beaucoup de ces manieres
qui font l'honneſte homme
, & qui engagent les coeurs.
Le dernier Czar eftant mort , &
Pierre ſon frere puiſné ayant été
choiſi pour ſon Succeſſeur , des
Seditieux , qui n'ont nul merite
pour afpirer à une haute fortune,
qui ne peuvent s'établir ſelon
l'ambition qui les devore , que
dans ledeſordre & dans le tumulte
,&qui ſe mettent peu en peine
s'ils renverſent un Etat , pourveu
qu'ils s'élevent, engagerent l'Ar
mée à ſe revolter : ſous pretex
13
184 MERCURE
te qu'e'le n'eſtoit pas payée.Un
de ces Seditieux voyant les Troupes
fatisfaites , plûtoſt qu'il n'avoit
crû qu'elles deuſſent l'eſtre,
ce qui l'empeſchoit de profiter
des troubles qu'il avoit excitez,
remua fi bien , que par le moyen
de ſa cabale, il vint àbout de faire
nommer à l'Empire le Prince
lean , aiſné des deux Czars qui
regnent preſentement. C'eſt un
Prince fort incommodé , & qui
a la veuë tres- baſſe. Les brigues
qui furent grandes pour luy ,
ayant éclaté tout d'un coup , fon
party fut le plus fort, parce qu'on
n'avoit pris aucune précaution
pour s'y oppoſer. Les ambitieux
crurent alors qu'ils alloient devenir
les maiſtres de l'Etat , &
qu'il ne leur manqueroit pour
regner que le nom de Souverains
. Cependant le cadet des -
GALANT .
185
Czars , déja politique , quoy
que dans un âge fort peu avancé,
& prévenu d'eſtime & d'amitié
pour ſon Frere , les trompa tous.
Il s'unit avec le Prince lean ſon
aiſné , & luy dit qu'il ſouhaitoit
regner avec luy . Ce Prince charmé
du merite & de l'amitié de
fon Cadet , luy répondit qu'il
vouloit que ſa poſterité regnaſt,
& le pria d'accepter une Femme
de ſa main, & le Commandement
de ſes armées , quand les occaſions
ſe preſenteroientde les faire
agir pour ſon ſervice. Ce font
ces deux Freres ſi unis , qui pé.
netrez de de la Grandeur de Sa
Majefté , ont envoyé en France
les Ambaſſadeurs , dont je vay
vous entretenir. Le Roy ſcachant
qu'ils estoient arrivez à Ham
bourg , & qu'ils devoient venir
débarquer à Calais , choifit Mon-
14
186 MERCURE
ſieur Torf , l'un des Gentilhommes
de ſa Maiſon , pour les y recevoir
, parce qu'il s'eſt toûjours
tres bien acquitté des Commiſſions
de cette nature , & qu'il
s'eſt méme diſtingué en beaucoup
d'autres occafions. On
avoit envoyé avec luy des Officiers
pour les traiter , & tout ce
qui estoit neceſſaire pour les con.
duire. On apprit que le premier
Ambaſſadeur ſe nommoit Simeon
Ierafieuvits Almazovν ,
qu'il commande l'une des quatre
Compagnies de Nobleſſe qui
font à Moſcou , & qui ne marchent
que lors que le Czar va
en campagne , & qu'il eſt un de
ceux qui portent les plats ſur la
table de cet Empereur ; non pas
en qualité de Maistre d'Hoſtel ,
mais parce que les plus grands.
Seigneurs de Moſcovie les por
GALANT..
187
tent ſur la table de leur Prince.
Il a un Fils qui a épousé la Soeur
de la Femmede celuy des Czars
qui eſt marié. Le ſecond Ambaſſadeur
n'eſt pas Vicechancelier
comme on la crû , mais fon
Employ eſt fort confiderable ,
& c'eſt comme qui diroit icy
Chefd'un Bureau , dontd'autres
Bureaux dépendroient. Ces Ambaſſadeurs
avoient avec eux un
homme de beaucoup de merite,
& fort eſtimé en cePays- là. Les
Czars luy donnerent un Gouvernement
des plus importans ,
peu de jours avant qu'ils euſſent
nommé ces Ambaſſadeurs pour
venir en France. Ce nouveau
Gouverneur l'ayant appris , pria
les Czars , ou de luy permettre de
demeurer quelque temps fans al
ler à ce Gouvernement, ou de le reprendre
,&de Souffrir qu'il accom
Is
188 MERCURE
(
pagnaſt les Ambaſſadeurs qu'ils en
voyoient à l'Empereur des François,
afin qu'ilpuſt voir ce grandHomme
dont on publioit tant de merveilles.
Les Czars furent bien aiſes de
voirque leurs Sujets avoient pour
le Roy la meſme eſtime qu'ils avoient
eux-meſmes pour ce Monarque
; & ils luy permirent avec
plaifir d'accompagner leurs Ambaſſadeurs
. Le Gouverneur de
Smolenfco , l'une des plus fortes
Places qui appartiennent aux
Czars , entendant continuellement
parlerde ce que Sa Majeſté
fait de grand envoya auſſi ſon
Fils avec ces meſmes Ambaſſadeurs
, afin qu'il luy rapportaſt fi
tout ce qu'on en diſoit étoit veritable
,& il le chargea meſme de
luy aporterbeaucoupde Portraits
reſſemblans de ce Monarque ,
qu'il luy ordonna faire faire . Ces
GALANT.
189
Ambaſfadeurs Extraordinaires
avoient encore avec eux quatre
Secretaires , un Interpretes Latin,
fort confideré des Czars,& nommé
par ces Princes, & une Suite
fortnombreuſe. Ils arriverent le
12. de May à Saint Denis. Le 16.
Monfieur de Bonneüil Introduteur
des Ambaſſadeurs , alla les
viſiterde la partdu Roy ; & le
17. Monfieur le Maréchal de
Humieres, & le meſme Monfieur
de Bonneüil , allerent les prendredans
les Caroſſes de Sa Majeſté
, & de Madame la Dauphine,
&les amenerent à Paris. Ces
Carroffes estoient ſuivis de trois
Carroffes de Monfieur le maréchal
de Humieres , de celuy de
Monfieur de Bonneüil, & de plufieurs
autres pour la fuite de ces
Ambaffadeurs , qui montoit en
viron à quatre-vingt perſonnes.
16
190 MERCVRE
Il y en avoit plufieurs à cheval ,
parmy leſquels fix Trompettes &
unTimbalier ſe firent entendre .
Comme le Doge de la Republique
de Genes étoit alors à Paris,
& qu'il y avoit meſme tres- peu
de jours qu'il avoit eu Audience
du Roy , ecs Ambaſſadeurs qui
avoient oüy parler de ce qui s'étoitpaffé
entre la France & cette
Republique , demanderent à en
eſtre plus particulierement in
ſtruits ; & loin de marquer de
l'étonnement de voir icy un Do.
gedeGenes , ils dirent qu'ils n'en
estoient point furpris , &qu'ilfaloit
que le Roy fust le plus grand Prince
du monde , puisque les Czars leurs
Maistres , qui estoient deſi puiſſans
Empereurs, & qui n'avoient jamais
recherché l'amitié d'aucun Souverain
, demandoient la fienne ; &
que si le Roy & leurs Maîtres
GALANT. 191
estoient unis, ils pourroient conquerir
toute la Terre. L'envie qu'ils avoient
de paroiſtre devant Sa
Majesté & de mander aux Czars
qu'ils avoient vû ce monarque,
✓les obliga de preſſer leur Audience.
Ils l'eurent le 22. de maу.
Monfieur le maréchal de Humieres
, accompagné de Monfieur de
Bõneüil,avec les Caroſſes duRoy
& de Madame la Dauphine , les
alla prendre à l'Hoſtel des Ambaſſadeurs
extraordinaires , où ils
eſtoient logez , & nourris , &toûjours
accompagnez de Monfieur
Torf. Ils partirent dés le matin ;
& aprés s'étre repoſez pendant
quelque temps , dans la Sale deſtinée
aux Ambaſſadeurs qui vont
à Verſailles pour avoir audiences
du Roy,ils allerent à celle de S. M.
Commeils furent receus avec les
honneurs qu'on rend aux Ambaf192
MERCURE
fadeurs des Teſtes couronnées ,
les Compagnies des Regimens
des Gardes Françoiſes & Suifſes
eſtoient ſous les armes.
Les Gardes de la Porte & les
Archers du Grand Prevoſt ,
eſtoient en haye dans la Court ;
lesCent- Suiffes ſur l'Escalier , &
lesGardes du Corps auffien haye
&fous les armes dans leur Sale.
Monfieur le Maréchal Duc de
Duras , Capitaine des Gardes en
quartier, les receut à la porte ,&
les conduifit juſques au pied du
Trône de Sa Majesté , où aprés
trois profondes reverences , le
premier de ces Ambaſſadeurs fit
le difcours ſuivant en langue
Mofcovite. Jevous l'envoye traduitlitteralement
.
P
Ar la grace de Dieu en laTrinité
glorieuse , lestres- Serenif
GALANT. 193
fimes & tres- puiſfans Grand Seigneurs
, Czars & Grands Ducs ,
Ivane Alexouvits & Peter Alexouvits
de la grande , petite & blanche
Ruffie , Autocrateurs de Mofcovie
, Kiovie , Vvolodimer & Nougorod,
Czars de Casan , Czars d'AStracan,
Czars de Siberie, Seigneurs
de Plescou , & Grands Ducs de
Smolenfco , de Tuerski, d'Ingorie, de
Permie, de Beatra, de Bulgarie , &
d'autres ; Seigneurs & Grands Ducs
de Norogrod , du Pays- bas de Quernigou
, de Besan , de Roſtof, de
Ieresbaf, de Beloferie , d'Obdorie ,
Condinies , & de toutes les parties
du Nord , Dominateurs , Seigneurs
du Pays d'Irerie , de Carthalinie ,
Gronfine , Czars ; &de Cabardin
, Terres des Duchez de Circafſte,&
de Georgie , &deplusieurs
autres Seigneuries & Terres Orien
tales . Occidentales & Septentrio
وک
194
MERCURE
nales , dont ils font heritiers de
Pere en Fils, poffefſeurs & Seigneurs
abfolus.
)
Tres - Sereniffime &tres- Puiſſant,
grand Prince , Seigneur LOUIS
XIV. de Bourbon , par la grace de
Dieu Empereur de France & de
Navarre , & de plusieurs autres.
Nos Maîtres nous ont envoyez vers
vostre Royale Majesté , pour la fa.
lüer de leur part , & pour apprendre
l'état defaſanté.
Le Roy ayant alors demandé
des nouvelles de la ſanté des
Czars , les Ambaſfadeurs répondirent
, Quand nous sommes partis
d'auprés de vos Freres , les tres
Serenißimes , & tres - puiſſans
Seigneurs CLars & Grands Ducs, Ils
répeterent icy les meſmes titres,
Nous les avons laiffez en tresparfaite
fanté dans leur grande
Ville Royale de Moscovie.
GALANT .
195
Ils ajoûterent , en preſentant
leur Lettre de créance , & repetant
de nouveau les titres des
Czars.
Les Sereniffimes tres puiſſans
grands Seigneurs Czars , & grands
Ducs Ioane & Peter Alexouvits
nous ont envoyez vers Vous , Sire
leur Frére , pourpresenter ces Let
tres d'amitié à vostre Royale Majesté.
2
Les tres - Sereniffimes & trespuiſſans
grands Seigneurs Clars &
grands Ducs nous ont commandé de
dire à leur Frere , par la grace de
Dieu Empereur de France & de
Navarre , que les Ancestres des tresgrands
& tres- puiſſans Chars , nos
Seigneurs & nos Maiſtres , ont toûjours
eu pour vostre Royale Majesté
une amitié fraternelle , un amour de
charité , & une aimable correfpondance
, comme il aparu mesme en la
196 MERCURE
perſonne de Michaëlovvits , d'heureuſe
&d'eternelle memoire , Czar
&grand Duc de la grande, petite
&blanche Ruffie , & Pere de tres.
puiſſans Seigneurs & Czar de Mofcovie
, lequel a toûjours conſerve
pour vostre Royale Maiefté une ami.
tiéfraternelle & un amqur de charité,
parles amiables correspondan.
ces qu'il a cuës avec Ellependant
tout le temps qu'il avécu ; &aprés
qu' Alexis Michaëlovvits Souverain
de la grande , petite & blanche
Ruffie , Pere des grands &puiſſans
Czars de Mossovie , fut paſſé du
Royaume de la Terre en celuy du
Ciel, Theodore Alexovvits,freredes
tres- puiſſans Czars de Mofcovie ,
estant pour lors affis glorieusement
Sur le Trône du Royaume des Roxolans
, & ayantsuccedé àla Souveraineté
de la grande , petite &
blanche Ruſſie , après que cent qua-
1
GALANT.
197
tre- vingts-neuf ans ſe furent écou
lezſans que les Czarsfes Prédeceffeurs
euſſent'envoyé en France,falua
Vostre Royale Majesté par opifer ,
Pierre Petechinſes Ambassadeurs ,
Estienne Polchorum Son Vice-
Chancelier , & luy fit connoistrefon
élevation fur le Trône de ſes Peres,
lagloire defon Régne , le defir&
l'inclination qu'il avoit de vivre
avec Elle en tres-parfaite intelligence.
Mais Dieu tout- puiſſant ,
Modérateur de toutes choses , qui
par le repos eternel de fa volonté
Souveraine conſerveles Monarchies,
ayant enlevé du Trône de la Terre
pour celuy du Cielle tres puiſſant
Czar Theodore Alexouvits , fit par
Sagrace toute puißante &finguliere
, que Jean Alexouvits & Pierre
Alexonuitsfes freres , furent élevez
enſa placefurle Trône du glorieux
Royaume des Roxolans , prenant
198 MERCURE
ensemble le Sceptre de la grande ,
petite& blanche Rußie , &poffedant
d'un commun accord les grandes
Dominations qu'ils ont beritées
de leur Pere & de leurs Ayeux dans
l'orient,l'Occidet&le Septentrio.Et
depuis aprés la mort dutres.puiſſant
Prince Theodore Alexouvits , d'heu
reufe & eternelle memoire freres des
Czars , ils ont envoyéderechefleurs
Ambasadeurs vers vostre Royale
Majesté, pour luy prefenter des Lettres
de leurpart , par lesquelles en.
tr'autres chofes its lafollicitoient à
une plus ferme & plus inviolable
focieté touchant les affaires de l'une
&de l'autre Couronne ; & vostre
Royale Majesté prit dés- lors reſo.
lution de leur envoyer des Ambaſſa
deurs.
Les tres - puiſſans Seigneurs ; &
grands Ducs Iean Alexouvits ,
Pierre Alexouvits , Princes fouve
GALANT WEASE
199
vains de la grande , petite & blanche
Ruffie , voulant continuer avec
* voſtre Royale Majesté l'amitiéfraternelle
& les correspondances que
les Czars leurs Prédeceffeurs avoient
Sollicité & Souhaité d'obtenir par
leurs Ambassadeurs , nous ont envoyez
en cette qualité vers voſtre
Royale Majesté & Frere , pour l'af-
Jurerde leurparfaite Santé, de la
gloire de leur Régne , de la joye
qu'ils ont d'apprendre l'estat dela
fienne , laforce de ſes Armes , les
Succez furprenant de ſes glorieuses
entrepriſes, &pour luyfaire connoiſtre
l'inclination extréme que les
Czars ont de vivre avec Elle en
bonne & parfaite intelligence ; &
enfin pour luy proposer des affaires
qui faſſent croiſtre de plus en plus
l'amitiéfraternelle & la bonne intelligence
entre les Czars nos Maiſtres
&vostre Royale Majesté. Elle
200 MERCURE
.
aura donc la bonté , s'il luy plaiſt ,
d'entrer avec nous en conference,
de nous donner des Commiſſaires ,
pour traiter avec eux des affaires
pour lesquelles noussommes envoyez,
& pour en porter la réponse aux
Czars nos Maitres&nos Seigneurs.
Aprés ce diſcours , cét Ambaſſadeur
fit apporter les Preſens
par plus de cinquante perſonnes
de ſa ſuite. Ils confiſtoient
en pluſieurs pieces de
riches Etofes & de rares Fourrures
; un Sabre garny de pierreries
, une Marte Zibeline vivante
, &un Oyſeau de proye
qui vole ſur l'Aigle. L'audience
eſtant finie , ces Ambaſſadeurs
furent traitez magnifiquement
avectoute leur ſuite parles Offi .
ciers de Sa Majesté , & teconduits
à Paris avec les mêmes ceremonies
.
GALAN T. 201
Le premier de luin , ils ſe rendirent
à Versailles , à l'appattement
de Monfieur Colbert de
Croaffy. Ce Miniſtre les receut
dans ſon Cabinet , & il eut
avec euxune longue Conference
ſur le ſuiet de leur Ambaſſade.
Vous ſçavez que le ſeeret eſt
impenetrable en France ; mais
quand il y auroit quelque facilité
à le découvrir , ce n'eſt point
à moy d'entrer dans les myſteres
d'Etat , & moins encore d'en
parler. le ne sçaurois pourtant
m'empeſcher de vous dire pour
la gloire du Roy , qu'il paroiſt
en cette occaſion, que ce Prince
ayant donné la Paix à l'Europe,
ne veut rien faire qui puiſſe en
alterer le repos; & que tous les
avantages qu'on luy pourroit
propoſer , ſeroient incapables de
l'ébranler là-deſſus. Ces Ambaſ
202 MERCURE
fadeurs demanderent avec grande
inſtance , que Sa Majesté
nommaſt un Ambaſſadeur , ou
du moins un Envoyé , afin que
leurs Maiſtres euſſent le plaiſir
d'avoir à leur Cour un Miniſtre
d'un ſi grand Monarque. Cette
demande fait voir que le Roy
n'y en avoit point dans le temps
que lesjaloux de ſa gloire avoient
leurs raiſons pour le publier. Le
meſme jour que ces Ambaſſa
deurs eurent audience de Monſieur
de Croiſſy , on leur fit voir
les Eaux, les Iardins , & les Appartemens
du Château de Verfailles.
Rien ne ſe peut ajoûter
aux termes dont ils ſe ſervirent
pour témoigner leur étonnement
; il y en eut meſme de fi
forts , qu'on ne les peut rapporter
icy. Ils dirent entre autres
choſes , que ceux qui avoient
l'avantage
GALANT.
203
l'avantage d'y entrer eſtoient
bien heureux. Mouſieur Torf
les voyant embaraſſez à retenir
tant de choſes , dont ils vouloient
faire le recit lorſqu'ils feroient
retournez en Moſcovie, leur fit
preſentdes Estampesdetoutes les
Maiſons Royales. Ils ont vû icy
laplus grande partie de tout ce
qu'ily ade curieux. le ferois trop
long fi je vous rapportois tout
ce qu'ils ont dit ſur chaque choſe
le ſuis fort ſouvent entré
dansdes details de cette nature,
touchant les Ambaſſadeurs de
pluſieurs Nations éloignées ; &
tout ce que chacun d'eux a
dit, a tant de rapport , qu'il n'eſt
pas neceſſaire de le repeter.
Ceux- cy ont fur tout admireé
l'Exercice qu'ils ont veu faire
aux Moufquetaires , & ont dit ,
qu il ſembloit qu'unméme reffort les
Iuin 1685.
K
204
MERCURE
faisoit agir tous dans le mesme inſtant
tant leurs mouvemens avoient
de justesse. L'Opera leur a auffi
cauſe beaucoup de ſurpriſe , &
àpeinea- t - on pû leur perfuader
qu'il n'y avoit point d'enchantement.
Le 3. de ce mois , ils eurent
leur Audience de Congé
du Roy , avec les meſmes ceremonies
qui avoient eſté obſervées
à leur premiere Audience.
Le 10. Monfieur de Bonneüil
porta à chacun d'eux , de la
partde ceMonarque , les prefens
qui ſuivent.
Une Boëte à Portrait duRoy ,
enrichie de diamans . 3
UneTenture de Tapiſſerie des
Gobelins , rehauffée d'or.
&
Une Pendule à repetition .
Une Horloge à Boëte d'or.
UneMontre à Boëte d'or .
Un Fufil àdouble canon, orné
GALANT.
205
de reliefs , & d'or de rapport.
Une paire de Piſtolets de mé
me , le tout fort beau & fort riche.
Les Gens de leur ſuite eurent
des Médailles d'or & d'argentdu
Roy.
Le ſecond Ambaſſadeur ayant
receu le Portrait de Sa Majesté ,
l'attacha à ſon Bonnet , & dic
qu'il le porteroit toutesa vie , &
ordonneroit àſa Femme , àfes Enfans
, & mesme à toutefa posterité,
deleporter aprés luy.
Le Gouverneur de Place dont
je vous ay parlé , fut auſſi honoré
d'un Portrait du Roy enrichy
de Diamans , ce qui luy fit demander
, fi ce n'estoit pas assez
qu'il eust eu le plafir de voir ce
Monarque , Sans qu'il l'accablast
encore deſes bien-faits.
Ils partirent le lendemain ,
toûjours défrayez aux dépensdu
K 2
206 MERCURE
Roy , & accompagnez par Monſieur
Torf, pour aller s'embarquer
à Dunquerque , & paffer
en Hollande ,le Commerce qui
eſt entre les Hollandois , & les
Sujets de leurs Maiſtres leur donnant
lieu de trouver facilement
des Vaiſſeaux pour les conduire
chez eux . Ils ont eſté receus par
tout où ils ont paſſé avec leshonneurs
deus à leur caractere , &
on leur a fait dans toutes les Villes
les Preſens accoûtumez . Le
ſecond Ambaſſadeur dit , qu'il
avoit fait væn en partant de fon
Pays, de donner cinq cens écus aux
Pauvres , & que puis qu'il avoit
cettesomme à distribuer , il vouloit
la donner aux Sujets d'un Prince qui
luy avoit fait du bien. C'eſt ce
quilexecuta ; ayant fait des largeffes
de cette ſomme depuis Paris
juſques àDunquerque. Quel-
1
GALANT. 207
ques-unsont trouvé étrange que
ceux de leur Suite euſséttrafiqué
icyde Pelleterie ; mais ils ont accoutumé
de le faire dans tous les
lieux où ils ſe rencontrent,& cela
m'engage à vous faire connoiſtre
par des remarques affez curieuſes
, que c'eſt moins dans l'eſprit
de trafiquer & de gagner qu'ils
font ceCommerce,que parce que
cette Pelleterie eſt pour ainſi dire
leur argent. La Siberie eftant un
Pays remply de Martes , & fous
la domination des Czars , on condamne
les Moscovites qui ont
commis quelque faute , à aller
tuer des Martes dans cette Province
, comme l'on condamne en
France certains Criminels à aller
ſervir ſur les Galeres. Ceux que
l'on oblige à cette chaffe , font
diſtribuez par cantons. DesOfficiers
viennent de temps en
K 3
208, MERCURE
temps pour enlever les Martes,&
ceux qui en ont le moins tué ſont
ſeverement punis. On apporte
toutes ces Martes au Treſor des
Czars,leGrand Treſoriery met le
prix', & l'on paye les Troupes &
les Officiers desGrands Ducsde
Moſcovie, moitié de ces peaux ,
& moitié d'une petite monnoye
de peu de valeur , qui n'a cours
qu'en Moſcovie , & qui eſt la
ſeule monnoye de cét Etat. On
peut connoiſtre par là qu'il eſt
aſſez mal- aisé qu'ils portentdans
les Païs Etrangers , où ils veulent
faire des achats , autre choſe que
ce qui leur tient lieu d'argent. Ils
vendent ces Martes , & de l'argentqu'ils
en reçoivent, ils achetent
les choſes qui leur convien.
nent , ou qui leur agréent le plus.
Quelque grand debit qu'ils en
puiffent faire , il eſt rare qu'ils
GALANT. 209
emportent de l'argent , puis qu'il
n'auroit pas de cours dans leur
Païs .
Le Sabredontje viensde vous
parler , & qu'il eſtoit parmy les
Preſens que les Ambaſſadeurs
Moſcovites ont faits au Roy , a
eſté donné par Sa Majesté à
Monfieur le Duc de Saint Aignan.
Il eſt garny de Diamans,d'Emeraudes
, de Rubis , &de Saphirs.
Sa Majeſté dit àce Ducen
luy donnant , qu'Elle ne pouvoit
le remettre en de meilleures mains.
Vous vous ſouvenez que le
Roy de Pologne luy envoya , il a
quelque temps , celuy du feu
Gtand Viſir ; de ſorte que deux
grands Rois luy ont fait chacun
un preſent ſemblable. Ce Duc
avoit donné quelque tems auparavant,
une Epée d'or à Monfieur
Morelde la muſique du Roy , &
K 4
210 MERCURE
Valet deChambre de madame la
Dauphine. Monfieur Morel fit fur
ce ſujet le Diſtique Latin que je
vous envoye. Je prie vos Amies
de vouloir bien me le pardonner .
O me felicem ! O carum mihi pi.
gnus honoris !
Majus enim gladio quid dare
Mars poterat ?
Le'meſme fit l'Impromptu que
vous allez voir , dans le temps
que Monfieur le Duc de Saint
Aignan parut le jour du Carroufel
,à la teſte de tous les Chevaliers
.
Lluftres Saint Aignan qui menés
ces Guerriers .
Dansle Champ des Plaisirsmoif-
Sonner des Lauriers ,
Que t'on abord pour nous ad'attraits
&de charmes !
GALANT. 211
Mais que tes ennemis le trouveroient
affreux ,
Si tu les conduiſois àla gloire des
Armes
Comme tu les conduits à la gloire
desleux!
Le Sonnet qui ſuit , eſt encore
de Monfieur Morel. C'eſt une
traduction de quatorze Vers Latinsqu'il
avoit faits, dans laquelle
il s'eſt aſſujetty aux Bouts- rimez ,
moitié Latins , & moitié François
, qui ont fait tant de bruit
l'Hyver dernier.
G
Rand Duc, qu'on doit ainſi
nommer in omnibus .
Trop heureux qui te fert , malheur
à qui te fache.
Sensible à tous les deux , tule
rends fans relâche ,
Et c'est un jeu pour toy de reſt-
Aor tribus.
Κ
212 MERCURE
Ton exemple aguerrit jusqu'au
coeur lesplus lâche ,
Tu fais voir te Dieu MarsSous
l'éclatde Phoebus;
Tu conſerve toûjours ces facultez
quibus ,
On fait tout à vingt ans auffibien
que l'on maſche.
Qui compte tes vertus , dix mille
fois. Item.
Le les chante par tout , vaillant
Duc, Tu autem ,
En revanche aprens moy ce que
jenepuis dire.
A combien de Beautezas- tufait
dire amo?
Mais l'amour moins difcret dans
tesyeux me fait live
Tout ce qu'il y traça Veneris
Calamo.
GALANT. 213
nent ,
Pendant que ce Duc reçoit
des liberalitez du Roy, qui marquent
une grande diſtinction ;
pendant qu'il fait des preſens ,
qu'il conduit quatre- vingt-Chevaliers
dans leChamp de lagloire
, & que les muſes le couronl'Academie
de Padouë
nommée RICOURATI , s'affem-
· ble extraordinairement , le reçois
dans ſon Corps avec des Eloges
éclatans , & toutes les ceremonies
qu'elle obſervepour les Princes
,& en fait imprimerdes Patentesqu'elle
luy envoye ſcellées
de ſon Sceau; de forte que ce
Ducſe voit en meſme temps de
deux Academies enFrance&
en Italie,&Protecteurd'une autres
ce qui n'est peut- eſtre jamais
arrivé àperſonne , pas mefme
àceux qui ne font profeffion.
que de lettres.
2
K6
214 MERCURE
Le Roy a donné depuis peu un
2
Regiment de Croates àMonfieur
le Comte de Rouffy , fils de
Monfieur de Roye ; & ce don a
eſté accompagné de la maniere
toute engageante , qui eſt inſe.
parable de tous les Prefens qu'il
fait. Ce Regiment vaquoit par la
mort de Monfieur de Goüezbriand
, Capitaine du Chaſteau
deToro fur la Riviere de morlaix
, en cette meſme Province.
La nuit du Lundy 11. de ce
mois aю магдy, Monfieur le Comte
de médavy épouſa Mademoifelle
de maulevrier Colbert, dans
l'Eglife de Saint Eustache , où
Monfieur le Coadjuteur de
Roüen fit laCeremonie , en prefence
d'un tres-grand nombre de
perſonnes des plus diſtinguées.
Le Mardy 12. les mariez allerent
à Seaux aprés diſné , accompag
GALANT.
215
nez de tous les Parens de deux
Familles , à la reſerve de Madame
Colbert , qui crut que cette réjoüiſſance
ne s'accordoit pas avec
la douleur de ſon Veuvage. Monfieur
le marquis de Signelay qui
les attendoit , leur donna un
Soupé tres - magnifique. Cette
Compagnie étoit de prés de cinquante
perſonnes. Monfieur le
Comtede Medavy, quia fait connoiſtre
ſon merite en toute forte
d'occaſions , eſt Fils de meſſire
Pierre Rouxel II. du nom Comte
de Grancey , & de Dame Henrietede
la Palu, Fille de Monfieur
de Bonlignieux, morte en 1672.
& petit Fils de feu Meffire Jacques
Rouxel III. du nom,Comte
de Grancey &de Médavy,Chevalier
des Ordres du Roy, Maréchalde
France , & Gouverneur
deThionville. M. l'Archeveſque
de Roüen eſt ſon grand Oncle.
216 MERCURE
Mademoiselle de Mautevrier
Colbert eſt une perſonne tresbien
faite ,de fort belle taille, &
qui a beaucoup d'eſprit. Elle eft
Fille de Monfieur le Comte de
Maulevrier Colbert, Frere de feu
Monfieur Colbert Miniſtre d'Eftat
,& de Monfieur Colbert de
Croiſſy, auſſi Miniſtre d'Estat. Je
vous parlay amplement de luy,
lorſque Sa Majesté luydonna le
Gouvernement de Tournay. Les
Cicatrices dont tout ſon corps eſt
couvert , ſont des marques glorieuſes
de la grandeur de fon
courage ,& de la fidelité qu'ila
toûjours euë pour le ſervice du
Roy. A l'âge de 16 à 17. ans, il fut
Capitaine au Regiment de Navarre,
quelque temps aprés Lieutenant
dans le Regiment des
Gardes, enſuite Capitainedans le
même Regiment , d'où on le tira
GALANT. 217
pour luy faire commander la ſeconde
Compagniedes Mouſque.
taires. Il paſſa de là à la Charge
de maréchal de Camp, & enfin à
celle de Lieutenant General des
Armées du Roy , dans laquelle il
eſt le plus ancien . Madame la
Comteſſe de maulevrier, mere de
la mariée , eſt Fille de Monfieur
le Comte de Serrant , Fils de
Monfieur de Bautru , qui a fait
aſſez connoître ſon nom , & par
la beauté de ſon eſprit ,& par la
gloire de ſes Ambaſſades. C'eſt
une Dame d'une tres - grande
vertu , & quia mille belle quali
tez. Monfieur le marquis de май-
levrier , Fils aiſné de Monfieur le
Comte de Maulevrier Colbert,
quoy qu'il n'ait encore que 14.
ans,a fait toutes ſes études , & a
commencé ſes Exercices , où il
fait voir avec beaucoup d'avan
218 MERCVRE
tage , que ſon adreſſe eſt égale à
fon eſprit. Il eſt bien- fait , fort civil,&
a toutes les manieres honneſtes
qui font eſtimer ceux de ſa
naiſſance .
J'ay à vous parlerde trois Illuſtres
dans un ſeul article . Vn
Peintre fameux a fait le Portrait
d'un homme tres celebre par ſes
Ouvrages , & ce Portrait a eſté
gravé par un tres- habile Graveur.
Le Peintre eſt Monfieur
Mignard , fils de feu Monfieur
Mignard d'Avignon , & Neveu
de Monfieur Mignard , qui n'a
beſoin que d'eſtre nommé pour
eſtre connu. Jugez fi celuy dont
je vous parle eſtant digne fils &
neveu de deux hommes fi illuſtres,
ne merite pas luy- même ce
titre. Feu Monfieur Mignard ſon
pere , qui à peint de ſi belles choſesdans
le Palais des Thuileries,
A
GALAN Τ.
219
pouvoit diſputerdans l'Art dont
il ſe méloit avec les plus fameux
de ſon temps. Il ne faut pas s'étonner
s'ila laiſſé un fils qui lay
fuccede dans ſa reputation , &
qui ne ſe fait pas moins eſtimer
par la force que par la delicateſſe
de ſon pinceau. Quand les Portraits
qu'il fait ne feroient pas
auſſi reſſemblans qu'ils font , ils
pourroient paffer pour de bons
Tableaux , & ſe vendre fur ce
pied-là; ce qui eſt affez rare , les
Peintres qui travaillent aux Portraits
s'attachant ordinairement
beaucoup moins à la bonne Peinture
qu'à la reſſemblance, qui eſt
ce que l'on cherche le plus dans
un Portrait. Quoy que j'en aye
veu pluſieurs de Monfieur Mignard
, & tous également beaux ,
je ne m'en fie ny à mes yeux ny
à mes lumieres , & je parle fur la
220 MERCURE .
foy des plus habiles connoiffeurs ,
& des perſonnes du meilleur
gouſt . Le Portrait que cet Illuſtre
afait au naturel , eſt de Monfieur
de Luſſy. Il a eſté gravé par Monfieur
Roulet, Eleve de Monfieur
Poilly , qui aprés avoir apris fon
métier ſous un ſi grand Maiſtre,
s'eſt perfectionné pendant douze
ans en Italie. Les Deviſes qui ferventd'ornement
à ce Portrait,
font de Monfieur l'Abbé Talle .
mant le jeune,dont les Ouvrages
n'ont point beſoin d'éloges pour
eſtre eſtimez . Comme la Poëſie
convientbien aux Peintres, parce
que les Peintres & les Poëtes
doivent ſouvent travailler d'imagination
, Monfieur Mignard ne
s'eſt pas contenté de faire connoiſtre
Monfieur de Luffy par
ſon pinceau , il a auſſi voulu le
peindre dans les vers qui ſont au
GALANT. 221
bas de l'Eſtampede fon Portrait.
Cette Eſtampe ſe vend chez celuy
qui l'a gravée, ruë S.Honoré,
proche les baſtons Royaux.
Je vous envoye un ſecond Air
qui ne vous déplaira pas .
AIR NOUVEAU.
Efuis aimé de celle que j'adore
C'estuncharmantsecretqui n'est
Sceuque de nous ,
Nosplaisirsfont d'autant plus doux,
Que tout le monde les ignore ,
Et que nous trompons les jaloux ,
Vous aurez l'explication des
deux dernieres Enigmes avec les
noms de ceux qui en ont trouvé
le ſens , dans ma trentiéme Lertre
Extraordinaire , qui paroiſtra
le 15. de Juillet. Cependant je
vous en envoye deux nouvelles.
1
222 MERCURE
La premiere eſt de Leandre
l'Ambarrien , digne époux de
l'aimable Caliſte : & l'autre eft
de la Bergere Fleurette , cette
jeune Demoiselle qui expliquala
premiere en Vers , celles du
Bouquet & de la Poire.
ENIGM Ε .
Epaſſe pour belle&pour bonne;
Et chacun m'aime aussi , jusqu'aux
plus delicats.
Ie ne romps la teſte à personne,
Bien que pourtant la langue en moд
ne manque pas .
Ie prens un tel plaisir dans le lit de
mamere ,
Qu'on ne m'en peut tirer ,Sans me
mettre aux abois,
GALANT.
223
Et fans mesme employer , au mal
qu'on me veut faire ,
Les cordes& lesfers, &lefeu quelquefois.
Mon corps , comme le Ciel , est tout
Seméd'Etoiles.
L'ay l'oeil vif, le mouvement
prompt.
Lors que j'entens du bruit, je bande
toft mes voiles, :
Et je fuis les gens qui lefont,
Une claire fontaine , un beau ruis-
Seau m'enchante.
Il n'est point à monsens de fi charmans
endroits.
Quej'aime auſſi la Chaffe ! Elle est
divertiſfante ,
Bien.toftfans elle,je mourrois.
224 MERCURE
AUTRE ENIGME .
Devinez د ma chere Fanfine,
Ce que je m'imagine ;
Vn composé de chair & d'os
Qui ne peut sans ennuy demeurer
enrepos ,
Quimarchefur des cloux , ởn'en
Sent point de maux ,
A quije viens de voir , écoutezdes
merveilles?
Six pieds, deux mains, quatre yeux,
deux bouches , quatre oreilles,
Etlederriereſua le dos.
Pourriez- vousbien m'en montrerde
pareilles?
Je remets au mois prochain à
parler des affaires d'Angleterre ,
afind'avoir plus de choſes à vous
1
GALAN T. 225
enmander tout à la fois. Je ſuis
'voſtre, &c.
A Paris ce 30.Juin 1685 .
Le Roy ayant ſouhaité que
l'Academie de Lyon fut rétablie ,
d'autant plus qu'il y a tres longtemps
qu'il n'y en a pas , ce qui
étoit fort prejudiciable à ladite
Ville , & obligeoit toute la Nobleſſe
Françoiſe , & Estrangere ,
de ne s'y pas arreſter , manque
d'y pouvoir faire les Exercices
; c'eſt pourquoy Monfieur
le Comte d'Armagnac grand
Ecuyer de France , voyant les
intentions de Sa Majesté , &
pour executer ſes Ordres , à
commis le Sieur Dupleſſis Duvernet
, l'un des ſix Ecuyers de
la grand Ecuirie du Roy , pour
y eſtre unique à apprendre à
monter à Cheval , & faire faire
226 MERCVRE
$
tous les exercices qui ſont convenables
à l'Education de la Nobleſſe
, & la rendre capable de
ſervir Sa Majesté en ſes Armées,
par les exercices de Guerre , &
pour entrer auffi dans les Feſtes
Galantes , où l'on montrera à
courre les Teſtes , & rompre en
Life , il y aura un nombre de
tres - beaux Chevaux , & d'auſſi
habiles Maîtres d'exercice qui
foient dans le Royaume .
COTE
DE
1093
E
S
FIN.
1013 {
i
1
- હું છછછછછછછછછછછછ છછછ- છુ
TABLE
DES MATIERES
contenuës dans ce Volume.
P
Rélude.
Article contenant plusieursparticularitez
touchant les converfionsfaites
dans le Bearn . 5
Lettre de Monsieur Gilbert , cydevant
Ministre , touchant les
raiſons qui l'ont engagéàseconvertir.
18
Arrest du Conseil d'Estat. 42
Application du Roy , pour le main
tien du repos de l'Europe. 45
Elogesdu Roy, dans les discourspublics.
46
Zelle de Meſſieurs de ville de
*
TABLE.
Grenoble, pour eriger une Statuë
du Roy dans la principale de
leurs Places publiques.
Deviſes pour leRoy.
47
49
Vers de Mademoiselle de Scudery.
50
Ode deMadame Deshoulieres. 53
Autres Vers ſous lafoûmiſſion de la
Republique de Genes.
Ceremonies magnifiques faites dans
la Ville de Luxembourg.
Autres faites à Soiffons.
62
66
77
Autres faites à Paris parles Augu-
Stins Reformez établis au Fauxbourg
Saint Germain .
Ceremonie obfervées à la Reception
de Monsieur de Bullion,dans
la Charge de Prevoſt de Paris.
81
Quatrième Dialogue deschojes difficiles
à croire.
Morts
2
109
TABLE.
Reception de Monsieurde Chasteaugontier
à la Charge de President
aux Mortier , avec plusieurs Ouvragesfur
ce ſujet.
Histoire.
117
120
Prise de poßeſſion du Prieuré Royal
de Saint Jacques d'Andely . 129
Mort de Monsieur l'Electeur Pala.
tin.
137
Particularitez des Audiences que
Monfieur de Guilleraques a euës
du Grand Seigneur & du Grand
193
Ouverture de l'Affemblée du Clergé,
Visir, avantſamort.
avec les noms de ceux qui la com.
pofent. 164
Conversion. 170
Mort deMadamelAbbeffe de Farmontier.
172
LeRoy nomme Madame de Beringhan
à cette Abbaye
Action extraordinaire,
- 176
177
*
2
TABLE .
Relation contenant tout ce qui s'est
paſſe depuis que les Ambaſſa.
deurs de Moscovie font arri.
vés en France , jusques à leur
depart. 189
Preſent fait par le Roy à Monsieur
le Ducde Saint Aignan, qui est
receu en mesme temps Academiſſien
dans l'Academie de Padouë
, nommée Ricourati. 213
Regiment donné à Monsieur le
Comtede Roußy. 214
Mariage de Monfieur le Comte de
Médavy, &de Mademoisellede
Maulevrier Colbert . 216
Articles concernant les Ouvrages
de deux illuftres.
Enigmes.
Autres Enigmes,
218
221
224
Finde la Table .
Qualité de la reconnaissance optique de caractères