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1685, 03 (Lyon)
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Bibliothecæ quam Illuftriffimus
Archiepifcopus &Prorex Lugdunenfis
Camillus de Neufville Collegio SS .
Trinitatis Patrum Societatis JESU
Teſtamenti tabulis attribuit anno 1693 .
:
807156
2
MERCURE
GALANT.
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN .
MARS 1685 . *
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY,
ruë Merciere , au Mercure Galant.
M. DC. LXXXV.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
Avis pour placer les Figures.
L
'Air qui commence par Pourquoy
me dites- vous, Catin, doit
regarde la page 81 .
La Figure doit regarder la
page 95 .
L'Air qui commence par Vents
qui portez par tout voſtre funeste
rage, doit regarder la page 186 .
LE LIBRAIRE
AU LECTEUR .
Ous m'avez tant demandé,
cher Lecteur , avec empreſſement
l'Histoire de François
Premier,du Sçavant M' de Varillas , je
vous l'envoye & fuis affuré que vous la
lirez avec bien de la fatisfaction .
Comme les Ouvrages que Mr Varillas
à donné au public ont eu la meſime
approbation aux païs Etrangers qu'en
France. Il y a eu quelques Libraires
mal- intentionné , qui , pour gagner de
l'argent luy ont fait dérober quelques
Fragmens , de l'Hiſtoire de Fraçois Pre-
- mier, comme c'étoit toutes piece détachées
& imparfaites ; ils les ont fait
achever par quelque Autheur , qui a
tout gâté l'ouvrage , ſi bien qu'ils ont
fait imprimer à la Haye , par Arnould
Leers , un Livre en deux volumes Indouze,
qui porte pour tître l'Hiſtoire
á 2
de François Premier, qu'ils ont ſuppoſé
dans leurs Catalogue ſtre par Monfieur
Varillas , ce que ledit S. Varillas
defavouë étant un Galimitias tout imparfait
, puiſque dans celle que vous ☑
recevrez il y a treize Livres , & dans
celle imprimé à la Haye il n'y en a que
neuf, où il y manque plus de la moitié
& la Preface qui fert en forme d'Apologie
, qui eſt à celuy que je
voye vous en éclaircira mieux , & la:
confrontation que l'on peut faire de
l'un&de l'autre vous le fera affez connoître
& que celle imprimé à la Haye ,
n'eſt point de Monfieur Varillas &
toute imparfaite , c'eſt dequoy je ſuis
obligé d'avertir le Public & de luy
faire connoître la verité.
VOLUS en-
L'on prie ceux qui envoyront des
Ouvrages pour le Mercure de faire affranchir
les ports de Lettre , s'il veulent
les voir au jour , s'il en valent la
peine.
L'on diftribue tous les huit jours le
Journal des Scavans , pour fix fols le
Cahier.
1.
懒
Σ
LIVRES NOUVEAUX
H
du mois de Mars 1685 .
Iſtoire de François Premier , de
Monfieur Varillas , avec pluſieurs.
figures & vignettes en taille douce, Inquarto,
2. vol . 12. liv.
Les Nombres & le D'Euteronome
traduit en François avec l'explication
du ſens Litteral & du ſens Spirituel ,
tirée des SS . Peres & des Autheurs Ec- 3
cleſiaſtiques en 2.vol. inoctavo s . liv.
& en 1. vol. 4. liv. 1o. fols.
Les Conferences Eccleſiaſtiques, du
Dioceſe de Monfieur Luçon en's . vol.
indouze impreffion de Paris 10. liv.&
impreffion de Lyon , 6. liv. & s . fols .
l'on ſeparera les volumes à ceux qui
auront les premiers pour le même prix .
Fables nouvelles en vers indouze ,
20. fols.
Traité de la vocation Chrétienne des
Enfans, indouze, 30 , ſols .
Hiſtoire du Gouvernement de Venife
par Me Amelot de la Houſſaye, nouvelle
Edition augmenté & corrigé del
beaucoup, inoctavo s. liv.
23
Tibere diſcours Politiques ſur Tacite
par Mr Amelot de laHouffaye", nouvelle
Edition , inoctavo . liv.
Veritable conduite de Confeffion &
Communion de S. François de Sales ,
par M. Gambart Prêtre, in 18. 15.fols.
Impreſſion de Paris .
Entretien ſur le Carême du Pere
Craffet , in 12.2 . vol. 3. liv.
Caractere de la fauffe & veritable
Pieté, in 12. 30 fols .
Deſcription de l'Hôtel des Invalides
avec pluſieurs figures en tailles douces
tant les veuës qu'autremet,infolio,15.1.
Le Plan dudit Hôtel en deux feüilles,
2. liv. 10. fols.
Converſations Morales ſur les Jeux
&les divertiſſemens, indouze , z.liv .
Traité de fortifications nouvelles
par M. Gautier avec 23. figures , indouze25.
fols.
La ſeconde Philippique de Ciceron
traduction nouvelle,in 12. 15. fols...
Nouveau voyage de Mr Thevenot
contenant la Relation de l'Indoftan ,
des Nouveaux Mogols & des autres
Peuples&Pais des indes, inquarto, s.
liv.
L
P
Extraitdu Privilegedu Roy.
ArGrace & Privilege du Roy , donné à
Chaville le 18. Juulet 1683. Signé, Par
leRoy en fon Conſeil ,UNQUIERES. Il eſt ,
permis à I. D. Ecuyer , Sieur de Vizé , de
faire imprimer tous les Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , contenant
pluſieurs Pieces, Relations, Hiſtoires ,Avantures
, & autres Ouvrages hiſtoriques , curieux
& galans , pour la fatisfaction de
notre cher & tres-amé Fils LE DAUPHIN ;
pendant le temps & eſpace de dix années ,
à compter du jour que chacun deſdits
Volumes fera achevé d'imprimer pour la
premiere fois : Comme auſſi défenſes ſont
faites à tous Libraires , Imprimeurs Grayeurs
& aures , d'imprimer , graver & debiter
ledit Livre fans le conſentement de
l'Expoſant, ny d'en extraire aucune Picce,ny
Pianches ſervant à l'ornement dudit Livre,
meſme d'en vendre ſeparément,& de donner
à lire ledit Livre , le tout à peine de fix
mille livres d'amende contre chacun des
contrevenans , & confiſcation des Exemplaires
contrefaits ; ainſi que plus au long
il eſt porté audit Privilege.
Registré fur le Livre de la Communauté
12 14. Septembre 1683 .
Signé ANGOT , Syndic.
Et ledit Sieur I. D. Ecuyer , Sieur de
Vizé , a cedé & tranſporté ſon droit de
Privilege à Thomas Amaulry , Libraire à
Lyon, pour en joüir ſuivant l'accord fait
entr'eux.
MERCURE
GALANTE
MARS 1685.
E Roy qui n'eſt deſtiné
qu'à de grandes chofes,
vientde faire une Entrepriſe
vrayement Romaine ; & je
ne croy pas qu'aucun des Céſars
-en ait jamais réſolu une pareille.
Cen'eſt pas , Madame , que parmy
tant de Chef d'oeuvres qui
ont rendu l'ancienne Rome ſi celébre
, il n'y en ait eu de tres im-
Mars 1685 .
A
2. MERCURE
portans , & dans lesquels laMagnificence
a eſté jointe à tout ce
que l'Art a de plus ingénieux ;
mais ces Ouvrages que l'on avoit
commencez ſans avoir examiné
toute leur grandeur , & fans en
avoir prévû la dépenſeeſtoient
devenus des Ouvrages de pluſieurs
Regnes ; au lieu que Loüis
LE GRAND voit en même temps ,
& tout ce qu'il entreprend , &
toutce qu'il fautqu'illuy en couſte
. Ainſi l'on peut aſſurer , que
ſi depuis qu'il y a des Hommes
fur la terre , il s'est fait une dépenſe
plus forte que celle de conduire
la Rivire d'Eure à Verſailles
, il ne s'eſt jamais conclu un
Marchéde tantde millions tout à
la fois , ny meſme qui en ait approché.
Cette Riviere dont la
ſource eſt dansle Perche, paſſe
à Chatres , à Nogent- le-Roy , à
GALANT.
3
Ivry , à Louviers , & va ſe joindre
à la Seine au- deſſus du Pont
de l'Arche , apres avoir receu la
Droüete , la Blaiſe , l'Aure , la
Vegre , l'Hon , l'Andelle , & divers
autres Ruiſſeaux . On va
commencer à Maintenon le merveilleux
Aqueduc qui luy fera
perdre ſon cours ordinaire ; &
comme la pente qu'il faut qu'on
luy donne oblige à prendre un
grand tour , on peut juger combien
ce travail eſt conſidérable.
Vous ne devez point douter
qu'on n'en voye bien- toſt la fin ,
puis que c'eſt undeſſein du Roy,
que l'on exécute. L'utilité qu'en
peut recevoir Verſailles , & l'ornementque
ſes ſuperbes Jardins
en tireront , n'eſt pas ce qui a le
plus excité leRoy à entreprendre
un Ouvrage ſi digne de la
grandeur Françoiſe , telle qu'elle
A 2
4
MERCURE
eſt aujourd'huy. Ce Princea eu
des veuës plus dignes d'amiration
, & qui font connoiſtre la
bonté qu'il a pour ſes Sujets. Il'a
préveu que la plupart de ceux à
qui la Guerre donnoit dequoy
vivre , demeureroient ſans employ;&
par cette grande entrepriſe
il a voulu leur fournir les
moyens de fubfifter. Il rend par
là ſon Nom immortel ,& la France
redoutable. Il fait connoiftre
aux Etrangers que ſes Finances
ne ſont point épuisées,&que puis
que ſansrien diminuer de ſes autres
dépenses , il en entreprend
d'extraordinaires preſque dans
l'inſtant qu'on voit la Guerre
finie , il feroit preſt à la ſoûtenir
toutde nouveau, ſi en troublant
le repos qu'il vient de donner
à l'Europe , on le contraignoit
de ſe remettre enCampagne.
GALANT.
5
, une
Comme ce Monarque travaille
ſans ceſſe pour le bien & pour
lerepos de fes Sujets , il ne ſe paſſe
aucun mois où l'on ne voye pluſieursde
ſes Déclarations , & des
Arreſts de ſon Conſeil d'Etat , à
leur avantage. Il a étably depuis
peu par une Déclaration
Compagnie ſous leTitre de Com
pagnie de Guinée , qui fera ſeule
àl'exclufion de tous autres le Com
merce des Négres, de la Poudre d'or,
& de toutes autres Marchandises ,
qu'elle pourra traiter aux coſtes d'A
friques , depuis la Riviere de Serre.
Lionne incluſivement juſques au
Cap de bonne Espérance. Les premieres
lignes de cette Déclaration
marquent mieux que je ne
pourrois faire , les bonnes intentions
qu'a Sa Majeſté de faire du
bien à ſes Sujets. Elles ſont conceuës
en ces termes. Apresavoir
1
A3
6 MERCURE
heureusement finy tant de longues
& de diférentes Guerres , pendant
le cours desquelles Dieu a beny visiblemeut,&
fait profperer nosArmes,
Nous nousfommes apliquezà donner
le repos ànos Peuples , par les Traitezde
paix & de Tréve que Nous
avonsfaits avec les Princes & Etats
nos Voisins. Et comme dans la tran
quilité dont joüit à préſent nôtre
Royaume , rien ne peutsi naturellement
introduire l'abondance , que le
Commerce , Nous avons réſolu d'en
procurerpar toutes fortes de voyesl'augmentation,
notamment de celuy
quisefait dans les Païs éloignez .
Ces lignes font affez connoiſtre
de quelle maniere le Roy veille
au bien de ſon Etat. En voicy
d'autres qui regardent les biens
de la Compagnie en particulier.
Appartiendront à ladite Compa
gnie enpleine proprieté les Terres
GALANT.
7
qu'elle pourra occuper és lieux &
pendant le temps deſa conceffion ,
esquels Nous luy permettons de faire
tels Etabliſſemens que bon luyſemblera
, y construire des Forts pourfa
Seureté ,yfaire transporterdes Ar-
- mes & Canons, &y établir des Commandans
, nombre d'Officiers & Soldats
neceffaires pour affurer son
Commerce, tant contre les Etrangers
que les Naturels , auquel Effet Nous
permettons à la Compagnie defaire
avec les Roys Négres , tous Traitez
de Commerce qu'elle avifera , &
apres l'expiration du Privilege par
Nousprefentement accordé. Voulons
que ladite Compagniepuiſſe disposer
deſes Habitations , Armes , Munitions
, ainsi que defes autres Effets
Meubles , Ustancilles , Marchandi
Ses & Vaißeaux , comme des chofes
à elle appartenantes , en toute proprieté.
2
A 4
8 MERCURE
Le principal ſoin du Roy étant
de faire fleurir la Religion Catholique
, cette méme Déclara
tion enferme l'Article qui fuit ,
Ne pourra ladite Compagme emplo
ger ny donner aucunes Commiſſions
qu'àdes Gens de la Religion Catho
lique Apostolique & Romaine, & em
cas que ladite Compagniefaffe quel
ques établiſſemens dans les Pays de
laprefente Conceffion , ellefera obli
gée de faire passer le nombre de
Prestres ou Misſſionnaires neceſſaires
pour l'instruction & exercice de ladide
Religion,& donnerlesfecours spirituels
à ceux qui y auront esté en
voyez.
De cet Article de Religion , je
pafle à une autre Déclaration du
Roy qui la regarde. Elle eft , Pour
Lapunition des Miniftres de la Reli
gion Prétendue Réformée , qui ſouffrent
dans les Temples des perſonnes
GALANT.
9
que le Roy a défendu d'y admettre ,
&pour l'interdiction desdits Tem.
ples.Ony contrevient ſi ſouvent,
que l'on ne peut eſtre trop rigide
fur cetArticle.
Il a auſſi paru depuis peu un
Arreſt du Conſeil d'Etat , Qui
enjoint à tous ceux de la Religion
Prétendue Reformée ,dont les Char
ges de Notaires ont esté rempliesde
perfonnes Catholiques , de remettre
les Minutes des Contracts , & autres
Actes , aux Greffes des Iustices Roya
les des lieux où ils étoient. Sans
cette prévoyance du Roy ,le Public
auroit fouffert un jour un
notable préjudice , parce qu'avec
le temps ces Minutes auroient
eſté diverties ou égarées .
CerArreſta eſté ſuivy de deux
autres , tous deux pour le foûlagement
des Sujets de Sa Majesté,
LePremier a pour Titre ,Atreft
A
JO MERCURE
du Conseil d'Etat , portant interpretation
de celuy du 30. Desembre
dernier , qui décharge du Droit de
Fret les Vaiffeaux étrangers qui
ameneront des Bleds dans le Royaume.
Le Roy par ces Arreſts ſi judicieux,
fait voir que ſes intereſts
luy font moins chers que ceux
de fon Peuple , & donne lieu aux
Etrangers d'amener des Bleds
dans le Royaume. Une prévoyance
fidefintereffée, marque mieux
que toute choſe , combien un
Monarque eſt digne de commander.
Voicy l'autre Arreſt dont je
vous ay parlé , il concerne le
Remboursement des Etapes qui ont
eftè fourmes aux Troupes qui ontpas
fédans les Provinces & Generalitez
du Royaume , depuis l'année 1676...
jusques & compris l'année 1685 .
On voit par cet Arrest que
seux qui étoient chargez du remGALANT.
bourſement de ces Etapes , n'ayant
pas remboursé pluſieurs
Communautez , & Particuliers ,
Habitans qui ont fouffert le Logement
effectif des Gens de
Guerre , & fourny les Etapes en
eſpece , ce qui leur a caufé un
préjudice confiderable , Sa Majeſté
y pourvoit. On ne doit plus
s'étonner file Roy entrant inceffamment
dans tout ce qui regarde
le bien & l'utilité de ſes Sujets,
paſſe lesjournées entieres à travailler
, ou ſeul, ou dans ſes Confeils.
Ila auſſi paru depuis peu un
Arreſt du Conſeil d'Etat qui ordonne
, Que les Directeurs du Domaine
d'Occident, repreſenteront in .
ceffamment pardevant Mesfieurs de
Boucherat & Puffort , Conseillers
Ordinaires au Conseil Royal, un état
certifié des Effets reftans de la
A 6
12 MERCURE
Compagnie des Indes Occidentales,
Tout ce que je pourrois dire
pour faire connoiſtre combien le
Roy marque de bonté pour ſes
Sujets par cet Arreſt , le feroit
beaucoup moins voir que les
paroles ſuivantes du même Arrest.
Et Sa Majesté voulant estre
informée de la quantité , & de la
qualité des effets reſtans à preſent ,
de ceux laiſſez en la difpofition defditDirecteurs
tant dans les Ifles
qu'ailleurs , &prendre une connoif-
Jances particuliere de toutes les Affaires
de la direction,comme ila esté
fait pour les Compagnies des Indes
Orientales & du Nord, & en confe
quence liquider les pretentions des
Creanciers & Actionaires , qui demandent
le remboursement , même
pour voir audit remboursement , &
àce qui se trouvera plus convenable
pour l'augmentation des Ifles
:
GALANT. 13
Françoises de l'Amerique , & du
Canada. Le Roy estant en fon Confeila
ordonné , &c.
Il vient auſſi de paroiſtre une
Déclaration du Roy concernant
la Compagnie des Indes Orien
tales.Elle marque les grands foins
que Sa Majesté prend pour ſoûtenir&
faire fleurir ſon Commerce,
afin de donner à ſes Sujets les
occaſions de négocier dans les
Païs les plus éloignez , d'acheter
de la premiere main les Marchandiſes
qui viennent des Indes , &
qu'ils alloient prendre chez les
Etrangers voiſins de ce grand
Royaume , & d'introduire même
par le moyen du Commerce la
Religion Chrétienne , inconnuë
preſque dans tous ces Païs. lamais
Monarque s'eſt - il appliqué avec
tant de prévoyance & de bonté,
à procurer l'abondance à ſes
14 MERCURE
Sujets, & à augmenter la gloirede
fonEtat?
Monfieur Magnin , toûjours
zélé à faire cõnoiſtre l'admiration
qu'il a pour les grandes Actions
de Sa Majesté , a fait deux nouvelles
Deviſes , que je vous envoye.
L'une a le Soleil pour
corps ,& ces mots pour ame, Spes
rerum & decus . Ils font expliquez
par ce Madrigal.
Arſes mouvemens divers,
Parfes
Parfon heureuse influence,
N'est- il pas de l'Univers
L'ornement &l'espérance ?
Lagrandeurde LLOOVIS,&l'état
de la France,
Expliqueront par tout ma Devise&
mes Vers.
L'autre Deviſe eſt ſur l'Am
baffade du Roy de Siam , & fur
GALANT.
15
*
la deférance que tous les Potentats
du Monde ont pour le Roy.
Ce font pluſieurs Eléfans qui flé
chiffent les genoux devant le So
leil, avec ces mots.Et Magnos hac
fatas manent.
E
St- il rien de
Qui
mage?
ne
grand icy bas
doive te rendre hom.
Grand LOVIS , qui ne connoist pas
Que c'est là ta parfaite Image ?
Est-il rien de grand icy bas
Quine doive te rendre hommage?
3
২
Voicy un Sonnet fort heureuſement
remply , fur les Bours
rimez Latins qui ont cours. Comme
il eſt fait pour le Roy , il ne
fçauroit manquer de vous plaire.
Monfieur Blanchard , Cure de
Fiffe aux Environs de Dijon , en
eft l'Autheur .
16 MERCURE
E
Stre en tout & par tout NON
IMPAR omnibus,
Sçavoir l'Art de parler ,fans rien
dire qui fâche ,
Pour fa gloire & l'Etat travailler
fans relâche,
Plus qu'Hercule jadis , faire teste
tribus.
Contraindre l'Ennemy de ramper
comme un lâche,
Eftre dans I Univers ce qu'au Cielest
Phoebus.
Faireparfon esprit plus que parson
quibus,
Qu'au milieu des Lauriers fon Pewple
boive & mâche.
Quoy que toûjours vainqueur, faire
laPaix, item
La donner , la régler, c'est là le tu
autem;
:
GALANT. 17
Regner,gouvernerſeul,&comman-
; der fansire;
اززور
N'ouir de ſes Sujets que vivat&
qu'amo ,
Faire par sa valeur plus qu'on ne
Sauroit lire.
C'est plus que Peliffon n'en dira calamo.
Sur la fin du mois paffé , le
Pere Charles Guilhet, Provincial
des Minimes de Provence , fit
preſenter à Sa Majesté par les
Peres Bertier & d'Antrechaux ſes
Collegues,&Definiteurs de cette
méme Province , une Theſe
d'une compofition fort particuliere.
Elle fut tres-bien reccuë de
tonte la Cour , & il n'y a point à
douter qu'elle ne le ſoit de même
de tous ceux qui la verront , puis
que toutes fes Poſitions contien
18 MERCURE
nent l'Eloge de noſtre Auguſte
Monarque , mais d'une maniere
fi ingenieuſe , que cet Eloge entre
dans les Queſtions naturellement
, & fans violence. LeRoy
écouta avec une bonté inconcevable
le Compliment de ces
Peres , qui luy fut faiten ces
termes.
SIRE ,
Comme tous les Peuples quiont le
bon- heurde vivre ſous le Regnede
V. M. s'intereſſe à ſa gloire , nous
efperons qu'elle ne trouvera pas
mauvais que les Minimesy pren
nent part . Le nom qu'ils portent
ne les doit pas priver de cet avan..
tage , car bien que cette gloiren'ait
rien que de grand ,fon étendue de
mande toutefois que les plus petits
travaillent auſſiſur une matierefi
vaste .
GALANT.
19.
*
-C'est par cette raison , SIRE ,
que nous avons pris la liberté de
vous dédier une These , & nous
avons creu quesinos forces ne nous
permettoient pas de faire en grand
l'Eloge de V. M. dans lequel nous
puſſions faire voir toutes les grandes
qualitez qu'Elle poſſede dans un
degré si éminent , Elle agrécroit
néanmoins le deſſein que nous avons
de lefaire en petit , par cette bonté
qui luy est si naturelle , & qui
luy fait toûjours recevoir avec complaisance
, juſques aux plus petits
témoignages de noſtre zéle.
Nous sommes d'ailleurs obligez
de prendre un Interest particulier à
la Gloire de V. M. Les Minimes ,
SIRE , vous regardent non seulement
comme leur Protecteur , &
comme leur Bien faicteur , mais
encore comme leur Pere .
Ce fut LoüiS LE SAGE
20 MERCURE
qui les appella en France , c'eft de
Ja liberalité qu'ils ont reçeu une
grande partie des biens qu'ilsy pof-
Sedent ; fes Succeſſeurs confirmerent
tous ſes dons , & les augmenterent
confiderablement , &vôtre
auguste Ayeul HENRY LE
GRAND , & voſtre Pere Lois
LE JUSTE de Triomphante mémoire
, nous ont fait les mesmes
Graces : mais V. M. les a tous fur.
paffez en bonté & en generofité ,
nous ayant comblez de fes Faveurs.
C'est pour vous en remercier ,
SIRE , que le Pere Charles Guilhet ,
Provincial de vos tres humbles&
tres fideles Sujets les ReligieuxMinimes
, de vostre Province de Provence
, nous a Députez au nom de
tout l'Ordre ; comme auſſi pour vous
preſenter cette These , & vousfupplier
d'agréer qu'il la foûtienne
fous vostre Auguste Nom dans le
GALANT. 21
Chapitre General que nous devons
tenir dans voſtre Ville de Marseille
, sous le bon plaisir de V. M.
l'aſſeurant que nous n'oublierons
jamais ces Graces , pour lesquelles
nous continuerons de demander à
Dieu , qu'il répande ſes Benedi
Etions fur vostre Perſonne Sacrée,
Sur la Famille Royale , &fur tout
voſtre Etat.
Le Roy les ayant congediez
apres une réponſe fort obligeante
, ils allerent preſenter
-cette même Theſe à Monfeigneur
le Dauphin , & à Madame
la Dauphine , qui la reçeurent
auſſi avec beaucoup de
bonté . Le Pere Guillet dont
vous venez de lire le nom , eſt
un Homme d'un tres grand merite.
C'eſt luy qui préſidera aux
Theſes que ces Députez ont
22 MERCURE
preſentées à Sa Majeſté. Elles
feront l'ouverture du Chapitre
General que ces Peres doivent tenir
à Marseille , aux Feſtes de la
Pentecofte prochaine, cequi font
de dix huit en dix huit ans , le
tenant alternativement de fix
ans en fix ans en France , en
Eſpagne , & en Italie. La Theologie
que ce Provincial pofſſede
excellemment bien, n'eſt
pas le ſeul avantage qui le
fait confiderer dans ſon Ordre .
Il eſt encore grand Predicateur
& a remply les meilleures
Chaires avec une entiere
ſatisfaction de ſes Auditeurs .
C'eſt pour la ſeconde fois qu'il a
eſté fait Provincial. Le Pere Madon
, Religieux auſſi eſtimé par
ſon eſprit que par ſa vertu , doit
avoir l'honneur de ſoûtenir cette
Theſe , ſous un Preſident de
,
GALANT.
23
- cette force. On a tout ſujet d'elperer
de luy, qu'il fera voir aux
Italiens & aux Eſpagnols qui l'attaqueront
, que les François ne
craignent les Nations Etrangeres
en aucune forte de Combat .
Je vous envoye un Conte nouveau
de Monfieur de la Barre de
Tours . Ses Galans Ouvrages ont
- tant d'agrément , & vous avez
toûjours pris tant de plaifir à les
lire , que je croy vous en procurer
un fort grand , en vous fai-
.ſant part de celuy- cy.
a
24 MERCURE
吃吃吃吃吃光光
OENOPHILE
T
CONTE.
Outes les Grandeurs de laTerve
Sont auſſi fragile que verre,
( De tel propos je n'auray pas les
Gants)
Et l'Histoire fournit mainte &
mainte Avanture
Parmy les Petits & les Grands,
Qui montre ce propos n'estrepas imposture.
Suivons donc . Les grandeurs de
l'Humaine Nature
N'ont rien que de prest àfinir;
Un mesme instant les voit naiſtre
&mourir;
C'est unrefue qui plaiſt dans lemoment
qu'il dure
Et
GALANT.
25
८
Et qui laiſſe àſafuite un facheux
Souvenir ;
C'est un abus , une peinture,
Vne idée , unfantôme , une ombre,
enfin un rien,
Quelque Cenfcur me deſavoüe ,
Et traite ma Morale en Moralede
Chien.
Quoy, ce gros Financier , dira-t- it
&Son Bien
Sont des Chanſons ? He ouy . C'està
tort qu'on le love;
Ie vais le montrer aujourd'huy;
Et legueux Oenophile au milieu de
Saboüe ,
Quand il a bû dix coups , est plus
heureux que luy..
Paschal, un Autheur d'impor-
Dansſes Ecrits met peu de diference
Entrele Gueux refvant la nuit
Poffederfous fon Toift tous les trefors
deFrance,
Fevrier 1685 . B
26 MERCURE
Et le Riche avecſa Finance
En pauvreté qui refue estre réduit.
De Fortune en effet n'est- ce pas une
niche,
Quele dormir , & du Pauvre , &
duRiche?
Pourquoy ne pas dans le ſommeil
Laiſſerle Gueux , dont le réveil
Renouvelle les maux ? ou bien tout
au contraire ,
Pourquoy faire dormir qui doit veiller
toûjours ?
Mais Sansm'embarraſſer à faire
De longs , & par ainsi defort mauvais
discours ;
Longs & mauvais,c'eſt aſſezpour
déplaire ,
Quand on fait le Prédicateur.
Ne preschons plus ; parlons d'une
autre Affaire ,
Et plûtoſt devenons Conteur ;
Car un Conte ,fuft.ilun Conte à la
Cigogne ,
GALANT.
27
Vaut toûjours mieux qu'un ennuyeux
Sermon.
Diſons donc , que du temps de Philippe
le Bon ,
( Ce Philippe le Bon estoit Duc de
Bourgogne )
Avint un certain Fait
Affez plaisant , & digne demémoire
,
Et pour moraliſer un affez joly trait,
Au demeurant tres-vray , je l'ay lû
: dans l'Histoire ;
Quiconque ne mevoudra croire ,
La peut lire àson tour. Philippe par
hazard
Dans le temps qu'on boit à laneige,
(C'est à dire l'Eté) ſuivy d'un gros
Cortége,
S'en revenoit fort tard ,
Apres avoir fait un tour du
Rampart
B 2
28 MERCURE
De Bezançon , promenade ordinaire
Qu'avecses Courtiſans le bon Duc
Souloit faire.
En traverſant la Ruë,ilapercent un
Gueux ,
Faiſant vilaine moüe ,
Déchiré, plein deſang, hideux ,
Renverſeſur un tas de boüe.
Cet obiet émut le bon Duc ,
Quipensa que le Gucux tomboit de
malcaduc;
Et comme il eftoit charitable ,
Etpour tousſes Sujets plein d'extré.
me bonté ,
٢٠٠٢IlvoulutqueceMiferable
Defon bourbier dés linſtantfušt ôté,
Et bien plus , il voulut , pour estre
décroté
Qu'au Palais ilfust emporté.
Au premier appareil on connut
Oenophile ,
Fameux Beuveur, qui n'avoit pour
me tier
}
4
GALANT. 29
Que de feffer du Vin de Quartier en
Quartier,
Etque de promener une foif inutile
Dans les Tavernes de la Ville,
D'oùfortant fans avoir le moyen de
payer,
N'ayant pas vaillant une obole,
Yure mort il dormoit dans le premier
bourbier.
Quandle Duc Scut qu'estoit le
Drôle
د
( Car le nom d'Oenophile en tous
lieux faisoit brust ,
Et defes Faits en Vin chacun estoit
instruit )
Illuy fit préparerun aſſezplaisant
rôle.
Il ordonna qu'il fustfrisé,
Musqué, frotté, lavé , poudré, peigné,
raze,
Proprement aromatize.
( Précaution fort néceſſaire
Pour ce qu'on vouloit faire )
1
B 3
30
MERCURE
Ilfut couché dans un superbe Lit,
Avec les Ornemens de nuit
Qu'on donne à Gens de confequence
,
Dont je tais la magnificence.
Pour la marquer en un mot , il
Suffit
Quele Duc de Bourgogne
Ordonna qu'on traitast comme luy
cet Yorogne.
Chacun ſe retira pour prendre form
repos,
Laiſſant au lendemain le reste .
Lanuit fur le Palais jetta d'heureux
Pavots ,
Tout dormit à merveille ; aucun
reſve funeste ,
Excité par Bacchus &fa douce vapeur,
N'embarrassa le cerveau du Beuveur,
Le Phæbetor des Gens quise plai-
Sent à boire ,
GALANT.
31
Lny parut mille fois verfant àpleiwes
mains
Par ſa Corne d'yvoire
Tous les reſves plaisans qu'il prodigue
aux Humains.
L'Aurore dont l'éclat embellit tontes
chofes,
Avoit, pour marquer le retour
Du Dieu qui tous les jours du Monde
fait le tour,
Parfumé tous les airs de Iafmins&
deRofes,
Celaveut dire en Profe ,il'estoit
jour.
Voussçauriez que qui verſifie ,
Je veux dire les Gens qu' Apollon
deifie ,
Peuvent impunément s'exprimer
par rébus,
Ou par mots qu'un François nous
appellons Phébus.
Dans mes Contes par fois je mesle
ce langage ,
B 4
32
MERCURE
4 Quiparoist tant-foit- peu guindés
Mais quoy ! je vais comme jefuis
guidé ,
Sire Apollon pour moy n'en fait pas
davantage.
Nous avons de ſon Lit fait fortir
le Soleil,
Allons en Courtisan habile
Nous trouver au Levé du Seigneur
Oenophile ,
Et nous sçaurons quelferafon réveil.
Imaginez- vous laſurpriſe
D'un Gueux qui n'avoit pas vail
lant une Chemise.
Et qui (Souvent couché dehors )
Se trouve en Draps de lin bordezde
Pointd'Espagne, S
Et comme un Prince de Cocagne,
Se voit environné des plus riches
tréfors.
En croira til fesyeux? Il n'ofe.
Est- ce un enchantement ? Eft.ce
un métempſycose ,
GALANT.
33
Illusion , métamorphose ?
Par quel heureux destin est- il
Grand devenu ,
Luy quinaguere estoit tout nud ?
Pendant qu'à débroüiller tel Cahos
ils'applique,
Une douce Muſique
Acheva de troublerſa petiteraiſons
Ilne pût s'empeſcher de dire une
Oraiſon
Qu'il sçavoit contre l'Art
Magique.
S'il eust crûgouſterdans ces lieux
Des douceurs à la fin semblables
aux premieres,
Ilnesepouvoit rien de mieux;
Mais il craignoit les Etrivieres,
Catastrophe ou Souvent aboutit le
plaisir
De pareille galanterie.
De malle peur il se sentir faifir,
Eftimant, pis encor, que cefust Dia
blerie..
B
34
MERCURE
En Bourgogne en ce temps couroient
des Farfadets,
Autrement dits Efprits Follets,
Qui n'entendoient point raillerie,
Fougueux comme les Gens qui battent
leurs Valets .
Achevons. Il entra quatre Pages
bien faits ,
Maistre d'Hostel ,
Troupe
une autre
De Valets de pied , de Laquais,
Dont l'un tenoit une Soucouppe ,
L'autre une Ecuelle - oreille avec un
Consommé
Voicy, luy dit un Gentilhomme,
Voſtre Boüillon accoûtumé ,
Monſeigneur. Il le prit tout
comme
Si veritablement il euſt tous les
matins
Fait tel métier. Aisément l'ha
bitude
:
GALANT.
35
Se feroit à tels Mets ; & quand
d'heureux deſtins
Succédent au mal le plus rude,
On s'accoûtume avec facilité
Au bien que l'on n'a point gousté,
Bien plus, à nostre compte
Le bien qui nous vient nousest dû;
Et fi quelque chagrin nous vient,
tout est perdu.
Mais heureux mille fois l'Homme
quiſeſurmonte,
Et qui ſagementse contient,
Quand le bien ou lemalluy vient.
Par trop je moraliſe ;
Venons au Fait, Le Duc Philippe Se
déguife ,
Et vient accompagné de trente
Courtisans,
Sous autant de déguisemens.
Chacun luy fait la révérance,
Luy vientſouhaiter le bonjour,
Et tout de mesme qu'à la Cour,
Luy dit antremeniqu'il ne pense.
"
B6
36 MERCURE
On l'habille Superbement ;
Tous les Bijoux du Duc firent l'aju-
Stement.
C'étoient Canons de Point de Géne.
(Génes lors s'amuſoit à fabriquer du
Point,
Et fon orgueil n'attiroit point
De Bombe à feu Grégeois ſurſa fu.
perbe arene)
Enfin pour trancher court , l'Yurogne
étoit brillant
Autant que le Soleil levant ;
Et Bacchus revenant des Climats de
I'Aurore,
Paroiffoit moins Vainqueur que
luy.
Mais pour rendre parfait ce Spectacle
inouy,
Ilmanquoit quelque choſe encore,
C'est que les Dames du Palais
Vinffent avec tous leurs attraits ;
Ce qui fe fit . Ce dernier trast
L'accable
GALANT.
37
Mais il revient dans un moment
De son étonnement ,
Quand on lefit paſſer dans un Apartement,
Qui luy parut d'autant plus
agreable ,
Qu'il vit une Table
Qu'onſervoit magnifiquement .
Il nesoupçonnaplus que cefust Diablerie,
Quand ilſe vit placédans l'endroit
leplus haut,
Où fans ſe déferrer il mangeacomme
il faut,
Commençant à trouver l'invention
jolie.
Dans cette Cour
A diférens plaiſirs on paffa tout le
jour,
Comme au Bal, comme auJeu, com.
me àla Comedie,
Ou comme à l'Opera. Mais non dans
setemps.là
ל
38
MERCURE
On ne connoiſſoit point ce que c'eſt
qu'Opera.
Bref, on se divertit à ce qu'on eut
envie,
Jusqu'à ce que le Soleilfe coucha.
Onfervit leſouper,OenophileSoupas
Ily beut trop, il s'yfoula,
Si bien qu'il s'y couvrit lavûë.
Et Sa Principauté par ce trop fut
perduë ;
Ce qui fit qu'à l'instant on le deshabilla,
Deſes Haillons on le poüilla ;
Quatre Valetsde pied le portent
dans ta ruë.
Au mesme endroit d'où le Duc le
tira.
Voila comment la Fortuneſejouë,
Aujourd'huy fur le Trône , & demain
dans la bouë....
Que ne sçay-je comment Oenophile
parla
Dans le moment qu'il s'éveilla!
GALANT.
39
On a eu nouvelle que le Mercredy
24. de Janvier dernier , on
fit à Rome un Service ſolemnel
pour Dom Alphonſe VJ . Roy de
Portugal. La Ceremonie fut faite
avec tant d'ordre , d'éclat &
de pompe , que quoy que ce ſoit
un lieu où les ſomptueux Spectacles
ſoient ordinaires , on ne laifſa
pas de l'admirer. Ainſi je croy
vous faire plaiſir de vous en apprende
les particularitez , & je
me fers pour cela des meſmes
termes qui ont eſté employez
dans une Lettre écrite fur ce fujet
à Monfieur de S. Romain,
Ambaſſadeur extraordinaire du
Roy à Lisbonne. L'Egliſe Nationale
de S. Antoine des Portu
gais ayant eſté deſtinée pour cette
fonction par Monfieur le Car
dinal d'Eſtrées , Protecteur des
AffairesdePortugal,& parDom
40
MERCURE
Domingos Barreiros Leita , Refident
de ce Royaume , ſon Eminence
concerta la Décoration
de l'Eglife , avec Monfieur l'AbbéBenedetti
, Agent de France,
à qui il donna le ſoin de l'exe .
cution. Il s'en acquitta parfaitement
bien, étant aſſiſté de Monfieur
l'Abbé Meſquita , & du
fieur Antonio Gherardi , Architecte
& Peintre fameux. Toute
la Façade de l'Egliſe étoit cou.
verte & ornée de Peintures , &
de Figuresen Relief, qui la rendoient
beaucoup plus belle &
agreable qu'elle n'étoit auparavant
, & qui toutes avoient du
rapport à cette ceremonie. La
Porte étoit entourée , ou plûtoſt
enveloppée d'un Drap noir. Le
deſſus, ou le Fronton de la même
Porte , foûtenoit deux Statuës
qui repreſentoient la Religion
GALAN T.
41
& la Force , par leſquelles les
Portugais ſe ſont toûjours diſtinguez
, avec une inſcription qui
marquoit que les Roys de Portugal
par leurs Conqueſtes dans
les Païs éloignez , par leur Pieté ,
& par leur valeur , avoient ſoûmis
des Peuples innombrables ,
auffi bien à l'Eglife qu'à la Couronne
.
La Façade des deux coſtez de
la Porte étoit enrichie de Pilaftres
, & de Contrepilaftres, ornez
de Figures & de Trophées de
Mort & de Feſtons. Les deux
vuides qui reſtoient des deux
côtez entre les Pilaſtres , étoient
remplis par deux grands Medaillons
ovales , de plus de quinze
pieds dans leur plus long Diametre
, & peints en couleur de
Bronze, qui repreſentoient deux
autres Alphonfes , ſçavoir la Ba-
!
42 MERCURE
taille d'Ourique , gagnée par le
Roy Alphonse Henriquez I. du
nom , contre cinq Roys Mores,
& le Siege de la Ville d'Alcazer
en Afrique , priſe par le Roy Alphonſe
II. On liſoit au deſſous,
des Inſcriptions qui expliquoient
le ſujet de ces Peintures .
Le deſſus , ou le ſecond Ordre
de la Façade , étoit embelly auffi
bien que le premier , de divers
Ornemens d'Architecture. Au
milieu étoient les Armes de Portugal
, avec ces deux mots , Cali-.
tus Data , pour faire alluſion à ce
que les Hiſtoriens rapportent ,
qu'elles furent miraculeuſement
données au Roy Alphonſe I.
Des deux côtez s'élevoient deux
belles Pyramides , fur leſquelles
on voyoit deux Inſcriptions Morales
, & convenables au Sujer.
Les extrémitez de la Façade ſoû
GALANT. 43
tenoient des Vaſes ,& fur le haut
étoit placée une Tour qui faifoit
partie des Armes de Portugal,
avec une Mortarmée de ſa Faux
au deſſus , & deux Etendarts
noirs qui pendoient des deux
côtez. Sur l'un on voyoit une
Mort qui tenoit des Sceptres &
des Couronnes , & fur l'autre
une Teſte de Mort avec la Lune
, le tout accompagné de Deviſes&
d'autres Ornemens , qui
faifoient un effet tres- agréable
àla veuë. Le dedans de l'Egliſe
étoit orné d'une maniere toute
lugubre , mais avec tant d'Art
qu'il ne laiſſoit pas de plaire , &
de fatisfaire les Spectateurs . Sur
la Porte , on voyoit trois Medaillons
, qui repreſentoient les
Roys Alphonse III. Alphonſe
IV. & Alphonse V. avec une
Deviſe à chacun. Les Murailles
44
'MERCURE
la Coupole,ou le Dome,les Voutes
des Chapelles , & celles de
l'Eglife, étoient entierement couvertes
de Drap noir , qui ſur un
fond blanc formoit des Coquiles
, des Vaſes , des Feſtons ,
&divers autres compartimens,
avec un ſi bel deſſein & un fi
bel ordre , que ces Ornemens,
quoy que tres- fimples , faifoient
un effet furprenant en cette:
triſte ceremonie. Ils étoient encore
relevez par une large bande
de Satin noir , bordée par le
bas d'une grande Dentelle d'argent,
qui couvroit la Corniche,
& faifoit avec elle tout le tour
de l't glife .
Les huit Pilaftres qui ſeparent.
les Chapelles étoient couverts &
peints en Pyramides, fur leſquelles
étoient écrites des Sentences
morales. De grandes Figures de
i
GALANT.
45
Mort en relief , dorées avec des
Manteaux de meſme , ſoûtenuës
par de beaux Scabellons de couleur
de Bronze , & en diverſes
attitudes , étoient appuyées contre
ces Pyramides , & portoient
chacune un Cierge d'une grandeur
extraordinaire.
On dreſſa devant le grand
Autel un fuperbe Mausolée , de
prés de trente pieds de hauteur.
Cette Machine étoit foûtenuë
par un Soubaſſement de figure
ovale , & poſe ſur un Socle qui
paroiſſoit eſtre de Porphire . Les
quatre Angles qui ſortoient hors
d'oeuvre , ſervoient de Baſe à
quatre grandes Morts dorées ,
couvertes de Manteaux de deüil
de meſme, & qui portoient des
Cierges de prés de demy pied
de Diametre , & d'une longueur
extraordinaire. Entre les Angles,
46
MERCURE
ou fur les quatre côtez du Soubaſſement
, qui ſembloit être de
Bronze à compartiment d'or , on
voyoit 4. Medaillons , où étoient e
repreſentez les quatre âges de
'Homme, avec une Mort à chacun
, & une Deviſe qui faiſoit
entendre que perſonne n'étoit
exempt de ſes Loix . Du côté qui
regardoit la Porte , on liſoit cette
Inſcription , en grands Caracte
res d'or.
ALPHONSO VI .
LUSITANIA ET ALGARBIORUM
REGI.
Au deſſus de tout cela , s'élevoit
une grande Urne quarrée &
couverte , & qui paroiſſoit une
Maſſe d'or ciſelée & enrichie de
feüillages , cartouches , & autres
ornemens. Aux quatre coins , il
GALAN T.
47
yavoit quatre Figures richemers .
vétuës , & qui par leurs Habits
differens, repreſentoient les quatre
Parties du Monde ; pour faire
alluſion aux Etats de Portugal,
qui s'étendent dans ces quatre
Parties de la Terre. Ces Figures
tenoient d'une main une Corne
d'abondance d'argent ,&de l'autre
une Torche à quatre branches
, & ſembloient marquer par
leurs poſtures triſtes , qu'elles
étoient affligées de la mort du
Roy Alphonfe.
Sur l'Urne on voyoit un Ange
doré , qui mettoit deux Sceptres
fur un Carreau de brocard d'or,
qui terminoit agréablement ce
magnifique Mauſolée.
Toutes ces choſes ayant eſté
ainſi diſpoſées , le matin du jour
que ce Service fut fait , Monfieur
le Cardinal d'Eſtrées fit diſtribuer
48 MERCURE
1
de grandes Aumônes à plus de
quatre mille pauvres , afin de les
obliger à prier Dieu pour le repos
de l'Ame du Roy défunt.
Tous ceux qui devoient accompagner
ce Cardinal , s'aſſemblerent
cependant au Palais Farneſe.
On leur preſenta à tous & en
grande abondance du Chocolat,
des Biscuits &des Maſſepains ,ف
cauſe que Son Eminence prévoyoit
que la Ceremonie ſeroit
longue.
Sur les dix heures, Monfieur le
Cardinal d'Eſtrées partit avec un
Cortege de prés de cinquante
Prélats , & de quantité d'autres.
Perſonnes confiderables . On ne
ſe ſouvient point àRome , d'avoir
seu un ſi grand nombre de Prélats
à aucune fonction , & cette
circonſtance eſt d'autant plus remarquable
, qu'il y en avoit de
tous
GALANT.
49
tous les Ordres , quoy que ce
jours là la pluſpart des Congregations
& des Tribunaux fuſſent
affemblez . Son eminence fut reçeuë
à la Porte par le Refident
de Portugal , accompagné des
principaux de la Nation , & des
Officiers de l'Eglife. Aprés que
ce Cardinal eut pris ſa Place auprés
de l'Autel , ſur une Eſtrade,
les Prelats à la droite du Mauſolée
, du coſté de l'Evangile , & le
Reſident & ceux qui l'accompagnoient
, vis à vis du coſté de
l'Epiſtre , la Meſſe commença.
Elle fut celebrée par Monfieur
l'Archeveſque de Trebiſonde ,
qui étoit aſſiſté de quatre Eveſ.
ques, ſuivantle Ceremonial que
Ton obſerve aux Obſeques des
Roys. La Muſique parut merveilleuſe,
tant par la beautéde la
compoſition , que par le nombre
Mars 1685 . C
so
MERCURE
desvoix, &des inſtrumens.
Il étoit environ deux heures ☐
apres midy, lors que toutes les
Ceremonies furent achevées.
Tous les Prélats à qui leur ſanté
ou leurs affaires le purent permettre
, accompagnerent Monſieur
le Cardinald'Eſtrées , à ſon
retour au Palais Farneze , où il
avoit fait préparer avec uneMagnificence
Royale , un Repas auquel
vingt- huit de ces Prélats
affiterent . La Table fut dreffée
dans la Galerie de Farnese , fi
fameuſe par la beauté des Peintures
à freſque , qui font les
Chef- d'oeuvres des Carraches&
du Dominiquain. Elle étoit de
trente-quatre Couverts , & il y
eut deux Services de trente- fix
plats à chacun. Le dernier fut
relevé par dix- huit plats d'entremets
, qui furent ſuivis de
GALANT...
SI
trente- fix autres , de fruit ; les
Compotes furent changées contre
vingt - quatre Soucoupes
chargées de Vins de Liqueur , de
Roflolis & d'Hypocras. Vingtquatre
Soucoupes ſuivirent, garnies
de pluſieurs fortes d'Eaux
glacées , de Sorbets & de Chocolats
, & toute la Compagnie
ſe retira avec une entiere fatisfaction.
Au bout de la Galerie dans la
Salle des Buſtes , ainſi nommée
à cauſe d'un grand nombre de
Buſtes antiques que l'on y voit ,
on avoit dreſſé quatre Buffets ,
le premier de Vermeil doré , le
ſecondd'Argent , le troifiéme de
Criſtaux de Veniſe , & le quatriéme
de trente- fix Soucoupes ,
garnies de leurs Caraffes. La
Bouteillerie avec les Buffets étoit
dans une Chambre voiſine.
1
C 2
52 MERCURE
Je vous envoye deux Lettres
de Monfieur Vignier de Richelieu
. Elles ſont d'un Caractere
à ne vous déplaire
pas . L'une à eſtre écrite à une
Dame , qui ayant eu la Féve la
veille des Roys , fut nommée la
Reyne Marteffinde.
A MADAME ***
En luy envoyant un Cartaut de Muſ.
• cat , au lieu de Bouquet , le
jour de fa Fefte.
J
E ſuis bien fâché , Illuſtre &
Charmante Reyne , de ce que
voſtre Feſte arrive dans une Saifon
où il n'y a pas de Fleurs aſſez
belles pour vous faire un Bou
quer.
GALANT.
Je ſçay bien qu'en tout Temps .
L'Esté , l'Hyver, l'Automne , & le
Printemps ,
Le Parnaſſe a des Fleurs , mais
helas , quelle peine !
Quand on croitbien choisir, il arrin
veſouvent ',
Que loin d'avoir touché le coeur
d'une inhumaine
" Autant en emporte le Vent.
Ie me ſuis donc moins attaché
à la forme qu'a la matiere dû
Bouquet. On ne me prendra pas
ſans donte pour un Galant de
Flore. On croira pluſtoſt que
Bacchus eft mon Patron.
Mais qu'il tefoit , ou qu'il ne leſoit
point ,
Honnyfoit qui peut en mefdire,
Iefuis friand audernier point,
C3
54
MERCURE
,
Du Fruit qui croit dans ſon Ema
pire.
Le froid eſt l'ennemy des Fleurs,
&on les mépriſe des qu'elles ont
perdu leur éclat; mais il n'en eſt
pasde meſme de ce charme des
Humains. Plusil géle, & plus il a
debrillant &de force pour ſe faire
aymer .
C'est uneverité connuë ,
Qu'il fçait parfavive couleur,
Charmer d'abord la vuë
Etgagner enfuite le coeur.
J'eſpere , Belle Reyne , que
vous en ferez l'épreuve.
* Et quevostre goust delicat ,
N'aurapas de regret au change,
Si je vous donne un Cartau de
Muscat
GALANT . 55
!
Pour un Bouquet de fleur d'erange.
Quand vous ferez à Table avec
ces heureuſes Perſonnes que
vous avez honoréesdes plus confiderables
Charges de voſtre
Cour , ce ne vous ſera pas un
petit plaiſir de voir quetoutes,
En beuvant de cette Liqueur ,
Entonneront à voſtre honneur ,
Des Chanfons à douzaine ,
Qui toutes aurontpour Refrein ,
Rienn'estsibeau quenôtre Reyne
Et rienn'estsibon que ſon Vin.
L'autre Lettre a eſté écrite par
l'Autheur à un de ſes Amis , de
qui la Femme accoucha d'un
Garçon le jour du MardyGras .
56 MERCURE
On cher Liſis , j'ay receu le
MOM Billet
Que m'aporta ton verdoyant Valet;
qu'ennuy Etquoy de tous costezm'aboye,
Mon coeur pourtant a treſſailly de
joye ,
Pouravoirſçû que ta chere Moitié,
Apres douleurs quifont moult grand
pitié,
Enfin t'avoit de rechefrendu Pere.
Ol'heureux Fils ! Ofortune profpere!
o Cielbenin , que de contentement
Vous promettez à ce nouvelEnfant !
-Un MardyGras éclaire sa nais-
Sance;
Les Ieux , les ris , les Festins , & la
Dance,
Cour
Semblent par tout venir faire la
:
Au bel Enfant qui par toy voit le
jour!
GALANT.
5.7
O qu'ilfera grand amateur d' Epices !-
Langues de Boeuf, Sauciffons & Sauciffes,
velas
Iambons fumez, gros & courts Cer-
Feront un jour l'honeur deſes Repas,
Goute de vin ne lairra dans ſa
Couppe,
Agros monceaux mettra le fel en
Soupe,
Et neferajamais dans ſon Tonneau,
Pour le remplir,yrépandre de l'eau.
Plante croy- moy , pour cet Enfant
infigne
Le meilleur plan de la meilleure
Vigne.
o quel transport ! O quel plaisant
Soulas ,
Quand il verra courber les Echalas
Sous lefardeau de mainte & mainte
Grappe,
Et gros Flacons arangez fur la
Nappe!
CS
58
MERCURE
Mais garde- toy que celle qui nourrit
Cet Enfançon à qui Mardy-Gras rit,
Faffe Caresme ,&mange de Molüe.
Prens les Chapons les plus gras de
laMüe,
Iarret de Véau ,longe , éclanche&
roignon ,
Fais fairesauce , ou d'Ails ou-bien
d'oignon,
Etfois certain que cette nourriture
Aide beaucoup à la bonne nature ,
Et que l'Enfant qui fuccede ce lait.
Un temps viendraSera maitre Pow
let,
Et ne ferapar amourd'abstinence ,
Affront au jour qui luy donnanais-
Sance.
Mais j'en dis trop pour un Homme
chagrin ,
Quipour rimern'estpas en trop bon
train.
Un mal de dents , douleur des plum
cruelle
:
GALANT.
59
Que jour , que nuit me devore &
bourelle.
Atends ; adieu.Si j'obtiens guérison ,
Liray te voir en ta belle Maiſon ,
M'y falust-il courre à beau pied
Sans Lance;
Onques je n'eus tant de réjoüiſſance,
Que j'en aurayde prendre entre mes
bras
Ge bel Enfant , ce Fils du Mardy-
Gras..
Le plaiſir que vous avez eu ,
Madame , de lire les Inſcriptions
Françoiſes de la Galerie de Verfailles,
fera augmenté ſans doute,
quand vous ſçaurez que l'uſage
s'en établit de jour à autre , &
que deformais tous les Monumens
publics qui s'élevent à la
Gloire du Roy , font accompagnez
d'Inſcriptions Françoiſes..
Nous.en avons un exemple mas
2
60 MERCURE
gnifique , dans l'Hoſtel de Ville
de Paris , où l'on a mis depuis
peu par l'ordre de Monfieur le
Prevoſt des Marchands , quantité
de ces Inſcriptions, contenant
les principaux Evenemens du
Regne du Roy , depuis la Paix
des Pyrenées , juſqu'à l'année
derniere. Elles ſont écrites fur
de grandes Tables de Marbre
noir , qui regnent tout autour
de la Cour , au deſſus des Feneſtres
, ce qui ajouſte un riche
Ornement à toutes les autres
beautez de ce ſuperbe Edifice.
( La premiere & la derniere , ont
plus d'étenduë que les autres , &
font au deſſus de la Porte principale
par où l'on fort. Quoy que
les grandes Actions de Sa Majeſté
ſoient fortement imprimées
dans l'eſprit de tous les François,
il n'y en a pas un néanmoins qui
GALANT. 61
ne ſoit bien aiſede s'en rafraîchir
la mémoire par cette lecture ,
d'autant plus qu'ils en gouſtent
toute la joye , dans la naïve
té des expreſſions de leur Langue
naturelle , fans partager leur attention
avec les conftructions
obfcures & embaraſſées d'une
Langue Etrangere. Voſtre 'Approbation
cauſera bien du plaifir
à celuy qui les a faites , mais il
ne m'eſt pas permis de vous le
nommer .
622 MERCURE
INSCRIPTIONS
FRANCOISES ,
ว
MISES
DANS L'HOTEL DE VILLE
DE PARIS ,
(
Contenant enabregé les princi
paux Evenemens du Regne
E
de LOUIS LE GRAND.
1660.
Ntreveuë de Lovis XIV. Roy
de France & de Philippes IV.
Roy d'Espagne , dans l'Iſle des Faifans
, où la Paixfut jurée entre les
deux Roys , Mariage du Roy avec
Marie Therese d'Austriche , In
۱
GALANT. 63
fante d'Espagne. Entrée folemnelle
leurs Majestez dans la Ville de
Paris , au milieu des AcclamationsdesPeuples.
1661 .
Naiffance de Monseigneur le
Dauphin à Fontainebleau le pre
mier Novembre.
1662..
Le Roy d'Espagne defavouë
Action de fon Ambassadeur en
Angleterre ,& céde la Préſcance à
la France..
1663 ..
Redition de Marsal. Renouvel
lement d'Alliance avec les Suiſſes .
1664.
Le Legat vient faire. Satisfa
Etion au Roy , de l'Attentat commis
contrefon Ambassadeur dans Rome.
1665.
Victoire remportée contre lesCor
faires de Thunis & d'Alger , fur
les Costes d'Afrique..
64 MERCURE
1666.
Secours accordé par le Roy aux
Hollandois , contre l'Angleterre.
1667 .
Le Roy porte ſes Armes en Flandre
, pour la défense des Droits de
La Reyne , & prend pluſieurs Villes.
1668 .
Conqueste de toute la Franche-
Comté , en dix jours , au milieu de
l'Hyver.
1669 .
Depuis la Paix d'Aix la Chapelle,
le Roy employeſes forces de
Mer contre les Turcs.
1670 .
Priſe de Pont- à- Mousson & autres
Places. Toute la Lorrainefoumise
à l'obeiſſance du Roy.
1671.
Le Roy viſite & fait fortifier
zoutes les Places qu'il a conquiſes.
en Flandre
GALANT. 65
1672 .
Le Roy justement irrité contreles
Hollandois , entre dans leur Pars&
s'en rend Maistre.
1673 .
Le Roy Affiege Mastrich &
l'emporte en treize jours. Les Flottes
de France & d'Angleterre , défont
celle d'Hollande .
1674.
Seconde Conqueſte de la Fran-
Comté. Victoire ſur les Imperiaux ,
les Espagnols & les Hollandois à
Senef .
1675 .
L'Armée Imperiale chaffée de
IAlface , & forcée de repaſſer le
Rhin.
1676.
Levée du Siege de Mastrich
par le Prince d'Orange. Les Flottes
d'Espagne & de Hollande , brûlées
dans le Port de Palerme.
66 MERCURE
(
1677.
Prise de Valenciennes & de
Cambray. Bataille de Mont Caf.
fel , fuivie de la Réduction de S.
:
Omer.
1678 .
Prise de Gand && d'ypre par
leRoy en personne. Prise de Puy.
Cerda en Catalogne.
1679 .
LeRoy fait reftitueràfes Alliez
les Villes qui leur avoient estépriſes.
Paix Generale.
1680.
Mariage de Monseigneur le
Dauphin , avec la Princeſſe Anne-
Marie - Christine . Victoire de Baviere.
1681 .
En un mesme jour Strasbourg&
Cazal reçoivent les Troupes ,& la
protection du Roy
1
1
GALANT. 67
1682.
Naiſſance de Monseigneur le
Dut de Bourgogne. Alger foudroye
par les Vaiſſeaux du Roy.
1683.
Les Algeriens forcez à rendre
tous les Esclaves François. Priſe de
Courtray & de Dixmude.
1684.
LeRoy accorde la Paix aux Algeriens
, punit les Génois , prend
Luxembourg , force les Ennemis
d'accepter une Trève de vingt ans ,
&remet à la priere des Espagnols
trois millions cinq cens mille livres
de Contributions,
Depuis qu'on a veu les Dina
logues des Morts , tous les Dialogues
ſont devenus du gouſt du
Public. On les aime avec raiſon
puis qu'en peu de mots , & d'une
maniere agréable , on y ap-
6
8 MERCURE
prend l'Histoire , les Moeurs , &
les Coûtumes de divers Païs , &
quantité d'autres choſes qui font.
d'érudition . En voicy un de Mr
B .... On m'en promet d'autres
du meſme Autheur , & fi l'on
me tient parole , vous me verrez
ponctuel à vous en donner une
Copie.
GALAN T. 69
5-
:
DES CHOSES '
DIFFICILES A CROIRE .
1 DIALOGUE
LAMBRET BELOROND .
د
LAMBRET.
nous ſommes donnez rendez-
vous icy , & que tous les
mois nous devons nous y rendre
compte de nos Lectures , & particulierement
des choſes qui à
cauſe qu'elles ſont ou prodigieuſes
, ou extraordinaires ou oppoſées
à nos Coûtumes , ou même
fauſſes & impoſſibles , nous
paroiffent tres- difficiles à croire,
,
70
MERCURE
ou entierement incroyables.
BELOROND.
Je ne doute point que vous
n'ayez fait diverſes recherches
fur cette matiere.
LAMBRET
Je vay vous en dire quelquesunes
touchant les Coûtumes qui
ſe ſont établies dans quelques
Païs pour conclure le Mariage ,
&qui pour eſtre fort differentes
des noftres , ſemblent ſi extravagantes
, que nous pouvons fans
ſcrupule les mettre au nombre
deschoſesdifficiles àcroire.Chez
les Cimbres , Peuples de Scythie,
&qui ſont aujourd'huy les Danois,
pour conclure le Mariage,
il falloit que le Fiancé ſe rognaſt
les ongles , & envoyaſt les rogneures
à ſa Fiancée , & que
celle - cy en fift autant à fon
GALANT. 71
Fiancé. Puis , s'ils acceptoient
mutuellement leurs preſens ,
ils étoient cenſez entierement
mariez.
BELOROND .
,
C'étoit peut étre pour ſe rémoigner
reciproquement , qu'ils
ne ſe feroient l'un à l'autre aucun
tort ſi nous en croyons noſtre
Proverbe quand pour
témoigner que nous ofterons
à quelqu'un le pouvoir de nous
nuire , nous diſons , Ie luy rogneray
les ongles , ce que Pline
appelle fort bien, Exarmare.
LAMBRET.
Chez les Teutons anciens Allemands
, pour conclure le mariage
, la Femme raſoit les cheveux
à ſon Amant , & l'Homme
les rafoit auſſi à ſon Amante.
BELOROND .
Vous n'ignorez pas que nos
72. MERCURE
Amans ſe font icy un fort grand
plaifir , d'avoir des cheveux de
leurs Maiſtreſſes , parce qu'ils
les regardent comme autant de
chaînes , fur leſquelles ils trouvent
matiere de dire mille jolies
chofes pour témogner
la douceur de leur eſclavage.
Ne ſe peut- il pas faire que les
Peuples dont vous me parlez
étoient dans les meſmes ſentimens
.
LAMBRET .
Si vous voulez moraliſer for
toutes les Coûtumes , vous en
aurez bien à dire .
BELOROND .
Il eſt conſtant que les Coûtumes
font fondées , ou ſur quelque
évenement confiderable ,
ou ſur quelque raiſon de bienféance
, de moralité , ou de précepte.
LAMBRET.
GALANT .
73
LAMBRET .
Ainſi .... Permettez moy de
vous interrompre ; ce qui me
vient maintenant dans la memoire
pourroit m'échapper. Apprenez
- moy , je vous prie, pourquoy
chez les Armeniens , pour
contracter Mariage, l'Epoux tailloit
le bout de l'oreille droite à
fon Epouſe, & l'Epouſe celuy de
l'oreille gauche à ſon Epoux ?
BELOROND .
Vous ſçavez ce que c'eſt lors
que les oreilles cornent , ce que
Plaute appelle Tinnimennum , ou
lorsque, comme dit Celfus,Aures
Sonant intrafe ipfas. Vous ſçavez
encore qu'on dit , que lors que
l'oreille droite nous corne , c'eſt
figne que l'on parle bien de nous,
& qu'au contraire , lors que c'eſt
la gauche, nous ſomme les objets
de la médiſance de quelqu'un .
Mars 1685 . D
74 MERCVRE
C'eſt là une ſuperſtition , je
l'avouë ; mais ne ſe peut- il pas
faire que cette ſuperſtition regnaſt
chez les Armeniens , ainſi
que chez nous , & que l'Epoux
coupoit l'oreille droite à ſon
Epouſe , pour la faire ſouvenir
de ne pas écouter les cajoleries
& les fleurettes , qui ſont ordinairement
ſi agréables aux Femmes
, & que l'Epouſe coupoit le
bout de l'oreille gauche à ſon
Epoux , pour l'avertir de ne pas
écouter ce qu'on luy pourroit
raporter de deſagreable contre ſa
conduite , afin de le jetter dans
la jalouſie , paſſion ſi naturelle à
ceux de ce Païs- là. Mais , continuez
je vous prie , ce que vous
avez fi bien commencé , ſans
exiger de moy que je vous rende
raiſon de ce que vous m'aprendrez,
puis que nous ſommes
GALAN T.
75
convenus de nous inſtruire l'un
l'autre , de ce que nous aurions
lû d'extraordinaire & de difficile
à croire ,& non pas de faire une
differtation ſur ces matieres , parce
que ce ne ſeroit plus un entretien
agréable ; mais une eſpece
d'étude , peut- eſtre auſſi ennuyeuſe
qu'inutile. Avoüons feulement
pour faire en quelque
façon une Préface à ce que nous
dirons dans la ſuite touchant les
extravagantes opinions ,les coûtumes
differentes , &les ſentimens
paradoxes ; avoions , disje,
qu'il n'y a rien de ſi conſtant
&de ſi certain en un lieu , dont
le contraire ne ſoit encore plus
opiniâtrément tenu en un autre,
&dans la contemplation de certe
obſtinée varieté nous ne
nous étonnerons pas ſi un Philoſophe
interrogé de quelle ma-
>
D 2
76
MERCURE
tiere l'Homme luy ſembloit eſtre
compoſé , répondit , d'un amas
de diſputes & de conteſtations .
Il devoit adjoûter de varietez &
d'inconſtances. En effet, l'Homme
penſe bien autrement des
choſes en un temps qu'en un autre,
jeune que vieux, affamé que
raſſaſſié , de nuit que de jour ,
grandque petit,triſte que joyeux,
pauvre que riche. Joignez à cela
la difference des temperamens,
des climats , des ſaiſons, des employs
,& mille autres circonſtances
quile tiennent dans une perpetuelle
inſtabilité ; ce qui a fait
dire à Seneque, Epift. 109. Pauci
illam quam conceperunt mentem
domum perferre potuerunt. C'eſt
cet eſprit de conteſtation & d'inſtabilité
qu'on peut apporter ,
pour principale cauſe de toutes
les differentes coûtumes & opiGALANT.
77
nions, dont nous pourrons parler
dans la fuite de nos entretiens .
LAMBRET .
Vous ferez ſans doute confirmé
plus que jamais dans les ſentimens
que vous venez de me
témoigner , quand vous ſçaurez
encore quelques autres coûtumes
ſur le meſme ſujet , comme
ce qui ſe faiſoit chez les Elamires
, Peuples qui habitoient entre
les Provinces de Perſe & de
Babylone , où le Mary piquoit
le doigt du coeur de ſa Femme
juſques au ſang, & la Femme en
faiſoit autant à ſon Mary ; chez
les Numidiens , Peuples d'Afrique
, où l'Epoux & l'Epouſe crachoient
en terre , & de la bouë
qui ſe faifoit de leurs crachats ,
ils s'oignoient le front l'un à l'autre;
chez les Sicyoniens , Peuplesdu
Peloponeſe , où le Mary
D 3
78
MERCURE
envoyoit un Soulier du pied droit
à ſa Femme , & la Femme un du
pied gauche à ſon Mary ; chez
les Tarentins , où le futur Epoux
& la future Epouſe ne concluoient
leur Mariage qu'en prenant
à manger tous deux d'une
meſme main , en preſence de
leurs Parens aſſemblez ; chez les
Scythes , où le Mary & la Femme
ſe touchoient reciproquement
les genoux , les pieds , les
coudes , le front , les yeux , les
oreilles , & la bouche ; chez les
Moſcovites , où les Parens de la
Fille font la demande du Mariage
; enfin , chez les Talchéens ,
où le Pere de celle qui étoit à
marier , appelloit à ſouper tous
ceux qui la recherchoient en
mariage ; & aprés les avoir priez
de faire chacun un Conte plaifant
, celuy à qui elle témoignoit
GALAN T.
79
par un ſoûris que fon Cante luy
agréoit , étoit en même temps
reconnu pour fon Epoux.
BELOROND .
Si cela eſt , Arlequin auroit
afſſurément épousé la fille du Souverain
de ces derniers Peuples ;
mais je me perfuade qu'on ne
trouvoit le Conte agréable, qu'aprés
avoir agreé le Conteur.
LAMBRET .
Voilà ce que je ſçay , & ce
que j'avois à vous dire d'extraordinaire,
fur les differentes manieres
de contracter le Mariage.
Je ne doute pas que vous n'adjoûtiez
bien d'autres choſes plus
agréables fur ce ſujet , ou fur
quelqu'autre.
BELOROND .
Je n'ay qu'une choſe à adjouter
, & qui , ſi vous me croyez,
ſervira de fin à ce premier En-
D 4
80 MERCURE
tretien . C'eſt que tout ce que
vous venez de m'apprendre touchant
les differentes manieres
de s'épouſer , n'a rien de ſi exa
travagant que la ridicule opinion
des Effeniens , chez les Juifs . Solin
les appelle , Gentem eternam
fine connubiis . Ils faifoient profeffion
du Celibat , ſur ce ſeul
fondement , que jamais Femme
n'avoit gardé la Foy conjugale
à fon Mary. Nous ne pouvons
mieux finir, ce me ſemble, qu'en
mettant au nombre des choſes
difficiles à croire , l'injustice que
ces Peuples faifoient à cet aimable
Sexe.
LAMBRET.
Si nôtre entretien tombe en
tre les mains du Public, nous devons
eſperer qu'il en ſera bien
reçeu , puis qu'en le finiſſant,
nous nous rendons les Dames
GALANT. 81
favorables par la qualite de choſe
difficile à croire , que nous
donnons à l'infidelité dont on
les accuſe.
Aprés quantité de Chanſons
d'amour, je vous en envoyeune
àBoire. Les paroles font deMonfieur
Diéreville.
CHANSON A BOIRE.
Pourquoy me dites - vous , Can
Que je nefuis plus qu'un Yorogne
,
Et qu'on me voit toûjours avec ma
rouge trogne
Au Cabaretle Verre en main ?
C'est vostre rigueur fans pareille
Qui me fait tant aimer le doux
jusde la Treille.
Que vostre coeur pour moy devienneplus
humain ,
DS
82 MERCURE
1
Et vous me verrez dés demain
Caſſer mon Verre & ma Bouteille.
Il eſt dangereux de forcer l'amour
à ſe tourner en fureur ; il
en arrive ordinairement des ſuites
funeſtes , & ce qui s'eſt paſſe
depuis peu de temps dans une
des plus grandes Villes du Royaume
, confirme les ſanglans .
exemples que nous en trouvons
dans les Hiſtoires . Une jeune
Damoiſelle naturellement ſenſible
à la gloire, & pleine de cette
loüable & noble fierté, qui donne
un nouveau merite aux belles
Perſonnes , vivoit dans une
conduite qui la mettoit à couvert
de toute cenſure. L'agrément
de ſes manieres, joint à un
brillant d'eſprit qui la diftinguoit
avec beaucoup d'avanta-
:
GALANT.
83
ge , luy attiroit des Amans de
tous côtez . Elle recevoit leurs
foins, ſans marquer de preference,
& confervoit une égalité,qui
n'en rebutant aucun , leur faifoit
connoître qu'elle vouloit ſe
donner le temps de choiſir. C'étoit
en effet ſon but'; elle gardoit
avec eux la plus exacte regularité
, ne leur permettant ny
viſites affiduës, ny empreſſemens
trop remarquables. Ainſi la bienſeance
regloit tous les égards
complaiſans qu'elle croyoit leur
devoir ; & ſa raiſon demeurant
toûjours maîtreſſe de ſes ſentimens
, elle attendoit qu'elle connût
affez bien leurs differens
caracteres , pour pouvoir faire
un heureux , ſans ſe rendre malheureuſe
, ou qu'il s'offriſt un
Party plus confiderable , qui déterminaſt
ſon choix. Elle appro
D6
J
84 MERCURE
choit de vingt ans , quand un
Cavalier affez bien-fait vint ſe
mêler parmy ſes Adorateurs .
Comme il n'avoit ny plus de
naiſſance , ny plus de bien que
les autres , il ne reçût d'elle que
la meſme honneſteté qu'elle
avoit pour tous ; & cette maniere
trop indifferente l'auroit
ſans doute obligé de renoncer
à la voir , ſi par une vanité que
quelques bonnes fortunes luy
avoient fait prendre , il n'euſt
trouvé de la honte à ne pas venir
à bout de toucher un coeur
qui avoit toûjours paru inſenſible.
C'étoit un homme d'un
eſprit infinuant , & qui ſçavoit
les moyens de plaire mieux que
perſonne du monde , quand il
vouloit les mettre en uſage. Il
feignit d'eſtre content des conditions
que luy précrivit la Belles
GALANT. 85
&fans ſe plaindre du peu de liberté
qu'elle luy laiſſoit pour les
viſites , il la vit encore plus rarement
qu'elle ne parut le fouhaiter.
ll'eſt vray qu'il repara le
manque d'empreſſement qu'il
ſembloit avoir pour elle , par le
foin qu'il prit de ſe trouver
aux lieux de devotion où elle
alloit ordinairement. Il la faluoit
ſans luy parler que des
yeux , & ne manquoit pas dans
la premiere entreveuë de faire
valoir d'une maniere galante le
facrifice qu'il luy avoit fait en
s'impoſant la contrainte de ne
luy rien dire, pour ne pas donner .
matiere à ſes ſcrupules. Il prenoit
d'ailleurs un plaifir particulier
à élever ſon merite devane
tous ceux qui la connoiffoient,
&ce qu'elle en apprenoit la flatoit
en même temps , & luy don86
L
MERCURE
noit de l'eſtime pour le Cavalier.
Toutes ces choſes firent l'effer
qu'il avoit prévu . On ſouhaita
de s'en faire aimer. Il s'en apperçût;
& rendit des foins un peu
plus frequens , en proteſtant
que ſon reſpect luy en feroit
toûjours retrancher ce qu'on
trouveroit contre les regles. La
Belle qui commençoit à eſtre
touchée , adouciten ſa faveur la
ſeverité de ſes maximes. Elle apprehenda
qu'il n'euſt trop d'exactitude
à luy obéir, fi elle vouloit
s'oppoſera ſes affiduitez ; &
trouvant dans ſa converſation
un charme ſecret qu'elle n'avoit
point ſentydans celle des autres,
elle crût que ce ſeroit uſer de
trop de rigueur envers elle - même
, que de ſe refoudre à s'en
priver. Tous ſes Amans eurent
bientôt remarqué le progrés
:
GALANT. 87
avantageux que le Cavalier faiſoit
dans ſon coeur. Ils le voyoient
applaudy ſur toutes chofes ; &
le dépit les forçat d'éteindre leur
paffion , ils ſe retirerent,& laiſſerent
leur Rival ſans aucun obſtacle
qui puſt troubler ſes deſſeins.
Ce fut alors que la Belle ouvrit
les yeux fur le pas qu'elle avoit
fait . Le Cavalier demeuré ſeul
auprés d'elle fit examiner le
changement que l'Amour mettoit
dans ſa conduite. Toute la
Ville en parla ; & ce murmure
l'ayant obligée à s'expliquer.
avecluy , il luy répondit qu'elle
devoit peu s'embaraſſer de ce
qu'on penſoit de l'un & de l'autre
, ſi elle l'aimoit aſſez pour
vouloir bien devenir ſa Femme;
que c'eſtoit dans cette veuë
qu'il avoit pris de l'attachement
pour elle; & que ne ſouhaitant
88 MERCURE
rien avec plus d'ardeur que de
l'épouſer , il luy demandoit ſeulement
un peu de temps pour
obtenir le conſentement d'un
Oncle dont il eſperoit quelque
avantage. le ne puis vous dire
s'il parloit fincerement ; ce qu'il
y a de certain , c'eſt que la Belle
ſe laiſſa perfuader. Les promefſes
que luy fit le Cavalier la ſatisfirent
; & croyant n'avoir beſoin
de reputation que pour luy , elle
ſe mit peu en peine d'eſtre juſtifiée
envers le Public , pourvû
qu'un homme qu'elle regardoit
comme ſon Mary , n'euſt point
fujet de ſe plaindre. Une année
entiere ſe paſſa de cette forte.
Elle parla pluſieurs fois d'accomplir
le Mariage , & le facheux
obſtacle d'un Oncle difficile
à menager empéchoit toû
jours qu'on n'executaſt ce qu'on
GALAN T. 89
luy avoit promis. Cependant le
Cavalier qui ne s'eſtoit obſtiné
à cette conqueſte , que par un
vain ſentiment de gloire , s'en
dégoûta quand elle fut faite.
L'amour de la Belle ne pouvant
plus s'augmenter , il ceſſa d'avoir
pour elle les mêmes empreſſemens
qui faifoient d'abord tout
fon bonheur. Elle s'en plaignit,
&il rejetta ſur ſes plaintes trop
continuelles les manieres froides
qu'il ne pouvoit s'empécher de
laiſſer paroître. Elles luy ſervirent
même de prétexte pour étre
moins afſidu. Les reproches redoublerent
; & leurs converfations
n'eſtant plus remplies que
de choſes chagrinantes , le Cavalier
s'éloigne entierement. Ce
fut pour la Belle un ſujet de deſeſpoir
qu'on ne ſçauroit exprimer.
Elle envoya pluſieurs per
१०
MERCURE
ſonnes chez luy , elle y alla elle
même & ſes réponſes eſtant toûjours
qu'il l'épouſeroit fitôt qu'il
auroit gagné l'eſprit de fon Oncle
, elle luy fit propo er un mariage
fecret. Il rejetta cette propoſition
d'une maniere qui fit
connoiſtre à la Belle , qu'elle ef
peroit inutilement luy faire tenir
parole. L'excés de ſon déplaifir
égala celuy de ſon amour. Elle
aimoit le Cavalier éperdument ;
& quand elle euſt pû changer
cet amour en haine, aprés l'éclat
qu'avoient fait les choſes , l'intereſt
de ſon honneur l'auroit obli
gé à l'épouſer. Toutes les voyes
de douceur ayant maqué de fuccez
elleforma une refolution qui
n'eſtoit pas de ſon ſexe. Elle employa
quelque temps à s'y affermir
, & s'informa cependant de
ceque faiſoit fon Infidele.Elle dé
GALAN T. 91
couvrit qu'il voyoit ſouvent une
jeune Veuve , chez qui il paffoit
la plupart des ſoirs. La jalouſie
augmentant ſa rage , elle prit un
habit d'homme & encouragée
par ſon amour & par la justice de
ſa cauſe , elle alla l'attendre un
foir dans une affez large ruë où
elle ſçavoit qu'il devoit paffer.
La Lune eſtoit alors dans fon
plein& favoriſoit ſon entrepriſe .
Le Cavalier revenaat chez luy
comme de coûtume , elle l'aborda
; & à peine luy euſt-elle dit
quelques paroles , qu'il la connût
à ſa voix . Il plaiſanta fur cette
metamorphoſe; & la Belle luy
déclarant d'un ton reſolu , qu'il
faloit ſur l'heure venir luy figner
un contract de mariage , ou
luy arracher la vie , il continua
de plaiſanter. La Belle outrée de
ſes railleries , éxecuta ce qu'elle
92 MERCURE
avoit reſolu . Elle mit l'épée à la
main ; & le contraignant del'y
mettre auſſi , elle l'attaqua avec
tant de force , que quelque foin
qu'il prît de parer,il fut percé de
deux coups qui le jetterent par
terre. Il tomba , en diſant qu'il
eſtoit mort. La Belle fatisfaite&
deſeſperée en méme temps de fa
vengeance , cria au ſecours fans
vouloir prendre la fuite.Les Voifins
parurent, & on porta leBlefsé
chez un Chirurgien quidemeuroit
à vingt pas de là. Lesblér
fures du Cavalier eftant mortelles
, il n'eut que le temps de déclarer
qu'il meritoit ſon malheur;
qu'il avoit voulu tromper laBelle
, & qu'il en eſtoit juſtement
puny. Il ajouta qu'elle eſtoit ſa
Femme par la promeſſe qu'il luy
avoit faite pluſieurs fois de l'époufer
qu'il vouloit qu'on la reGALANT.
93
connuſt pour telle , & qu'il la
prioit de luy pardonner les déplaiſirs
que injustice luy avoit
cauſez. Il mourut en achevant
ces paroles , & la laiſſa dans une
douleur qui paſſe tout ce qu'on
peut s'en imaginer. Le repentir
qu'il avoit marqué luy rendit
tout ſon amour , & le deſeſpoir
où elle tomba , ne fit que trop
voir combien il avoit de violence.
Jugez de la ſurpriſe de ceux
qui étoient preſens , de voir une
Fille déguiſée en Homme , &
qui demandoit par grace qu'on
vangeaſt ſur elle la mort d'un
Amant qu'elle avoit dû facrifier
à ſa gloire. Elle dit les
choſes du monde les plus touchantes
; & il n'y eut perſonne
qui ne partageât ſa peine. Je n'ay
point ſçeû ce que la Juſtice avoit
ordonné contre elle. Son crime
94
MERCURE
eſt de ceux que l'honneur fait
faire , & il en eſt peu qui ne femblent
excuſables , quand ils partent
d'une cauſe dont on n'a
point à rougir.
le vous ay ſouvent parlé des
Artss ,, que les ſoins, les bien- faits,
&la magnificence du Roy font
Aeurir en France avec tant d'éclat
, mais je ne vous ay rien
dit de la Medecine. Vous ne
devez pas vous en étonner ; c'eſt
un Art long , difficile & incertain
. Elle eſt , enfin , fortie de
l'aſſoupiſſement , où elle étoit depuis
pluſieurs Siècles , à l'égard
de la préparation des Remedes
Specifiques , & celuy qui eſt le
plus néceſſaire , paroiſt maintenant
dans ſa perfection . C'eſt
la Theriaque . Meffieurs loffroy,
Jauffon , & Bolduc , tous trois
Maiſtres Apotiquaires à Paris ,
GALANT.
95
en ont fait publiquement devant
la Faculté de Medecine. Monfieur
le Lieutenant General de
Police , & Monfieur le Procureur
du Roy y ont aſſiſté , ſelon
ce qui ſe pratique dans tous les
lieux où cette compoſition ſe
fait. Monfieur de Rouviere
Apotiquaire du Roy , & Major
des Camps & Armées de Sa
Majesté ,& de ſes Hôpitaux , a
entrepris luy ſeul la meſme compoſition
. On a déja veu deux
Theſes de luy fur ce ſujet , & fi
l'on juge de la fin par ces commencemens
, on n'en peut rien
attendre que de fort extraordinaire.
Je vous envoye l'Eſtampe
de l'Emblême Enigmatique ,
miſe au haut de la derniere de
ces Theſes . On y voit fortir un
grand nombre de Mouches à
Miel , des entrailles d'un Boeuf
96 MERCURE
!
mort , pour faire connoiſtre ce
que nous apprennent les Naturaliſtes
, qui veulent que les
Abeilles foient engendrées d'un
Booeuf , ou d'un Taureau . Cet
Animal eſt mis dans un lieu bas,
& plein de fange , afin de marquer
la baſſeſſe & l'origine de
ces Mouches. Ce qui a fait même
dire à quelques Autheurs ,
qu'elles n'étoient produites que
des excremens d'un Boeuf, comme
pluſieurs autres Inſectes de
pareille nature le font d'excrémens
d'autres Animaux. Les plus
curieux d'entre les Naturaliſtes ,
qui ſe ſont attachez à connoître
la nature , les moeurs , & le gouvernement
des Abeilles , ont remarqué
qu'elles conſtituoient un
EtatMonarchique ſous un Roy,
& ont prétendu qu'il n'étoit pas
vray ſemblable que ce Roy faft
tiré
GALANT.
97
tiré de la lie du Peuple. Apres
avoir recherché ſon origine ,
avec une exacte application ,
ils ont reconnu qu'il étoit choiſy
ordinairement d'entre les Abeilles
qui ſont engendrées du
Lyon , qui comme l'on ſçait eſt
un Animal Solaire , & par conſequent
qui marque la Royauté
, de meſme que le Taureau
eſt un Animal Lunaire
qui marque la Populace ; &
comme le Soleil furpaſſe infiniment
la Lune,&toutes les Planettes
en force, en vertu , & en lumiere
, ainſi le Lyon doit l'emporter
ſur les autres Animaux ,
comme Animal Solaire , & dont
les productions ſont plus nobles.
C'eſt pour cela qu'on l'a mis
dans une ſituation plus élevée.
Il eſt l'Ame de l'Emblême , & a
cette Inſcription pour marquer
Mars 1685 .
E
98 MERCVRE
la Nobleſſe des Abeilles qui en
fortent , Phæbi ab origine praftant.
L'autre Inſcription fait voir le
bon-heur des Abeilles , qui font
gouvernées& conduites par un
Roy. En effet , l'Etat Monarchique
étant le meilleur de tous
les Etats , ceux qui font les plus
ſoûmis à leur Roy, doivent s'eſtimer
les plus heureux , & ſe vanter
que vno fub Rege beantur. Je
ne m'arreſteray point à vous faire
le détail de toutes les parties
du Tableau . Le deſſein n'a rien
d'obſcur pour ceux qui ſont
éclairez. On ſçait que le Belier
eſt un Animal Solaire , ainſi
qu'entre les Planetes, l'Heliotrope
, ou le Tournefol , qui eſt
toûjours tourné vers le Soleil ;
que ſi l'Heliotrope eſt opposé à
cet Aftre , on en doit attribuer
a faute auGraveur. Ce n'eſt pas
GALANT. 99
:
non plus fans deſſein , que l'on a
repreſenté un Lezard , qui s'attache
& s'éleve au Piedeſtal , ſur
lequel ſont poſées les Armes du
Roy , puiſque ſa couleur & ſa nature
, montrent aſſez qu'il s'attache
toûjours aux bonnes choſes,
& aux plus ſolides , & qu'il n'a
point de plus grand plaifir que
celuy de regarder le Soleil , ou
d'en eſtre regardé. Quant à la
Vipere qui paroiſt rampante au
bas , on peut dire que comme
elle entre dans la compoſition de
laTheriaque , elle fournit le plus
falutaire , & le plus univerſel de
tous les Remedes , & qui ne ſe
faiſoit autrefois que pour les
Empereurs, les Roys & les Princes
, dont la vie doit toûjours
eſtre tres- chere à leurs Sujets.
La morſure de la Vipere eſt mortelle
; lors quelle eſt en colere,
E 2
100 MERCURE
& ſa mort eſt le remede au mal
qu'elle a fait. Ainſi ce qui eſt
écrit au deſſous eſt tres vray ,
Vt datviva necem ,fic mortua vi
tam. Sur le Piedeſtal eſt un
Brazier où brûlent des parfums ,
pour rendre hommage au Soleil .
Les Abeilles s'en approchent
afin de marquer qu'elles luy
rendent cet hommage comme
au principe , d'où leur Roy tire
fon origine. Pour ce qui regarde
la Deviſe de Sa Majesté qui eſt
autour du Soleil , & ſes Armes .
* gravées ſur un Monde au Piedeſtal
; il eſt aiſe de connoiſtre
que le principal deſſein de cette
Emblême Enigmatique , eſt de
faire entendre que tous les Peuples
de la terre ſeroient heureux
, ss'ils étoient ſous la domination
de noſtre Auguſte Monarque.
A l'égard du Serpent
GALANT. 1ΟΙ
ou Dragon , qui eſt dans un Ecu
foûtenu par un Ange au coin de
la Planche , il n'y a perſonne qui
ne connoiſſe qu'il repreſente
Eſculape , Dieu de la medecine,
qui parut ſous la figure d'un Serpent
, dans le Vaiſſeau des Romains
, au retour d'Epidaure ,
où ils allerent demander ce Dieu
qu'on y adoroit , pour les delivrer
de la Peſte qui dépeuploit
la Ville de Rome. Ilala Teſte
environnée de rayons pour montrer
qu'il étoit Fils du Soleil. Ses
Aîles marquent non ſeulement
ſa vicilleſſe mais auſſi la qualité
des Dragons aiſlez qui ſont
ſans venin .
د
A l'ouverture de cette Theſe,
Monfieur de Rouviere fit le Difcours
que vous allez lire , en preſence
de Meſſieurs les Doyen &
Profeſſeurs de la Faculté , tous
E 3
102 MERCURE
en Robes & en Chaperons ,
qui font les marques qui les
distinguent des autres Docteurs
Regens. Monfieur de la Reynie,
& Monfieur le Procureur du
Roy y aſſiſterent auffi .
MESSIEURS,
F'entreprens aujourd'huy une
Compofuion , qui depuis plus de
ferze ficcles tient un rang honorable
dans la Medecine. On peut dire que
Mithridate * en a esté le premier
Inventeur , puisque les augmentations
qu'on y a faites foûs leRegne
de Neron n'empéshent pas qu'on
n'y remarque beaucoup de conformité;
Andromachus * le Pere ajoûtant
les Viperes à cette Composition , luy
a donné le nom qu'elle porte : Les
* Roy de Pont.
* Il eſtoit premier Medecin de Neron.
GALANT. 103
Romains en admiroient les propriete.
z Jamais Remede n'eut une ſi
belle destinée ; il trouva des Parti-
Sans parmy les Vainqueurs de la
Terre , & malgré les revolutions
qui font arrivées dans l'Univers ,
Sareputation s'est conservée entiere,
pure , inalterée , juſques au Regne
de nôtre Invincible Monarque.
Marc Aurele Antonin , surnommé
le Philoſophe , qui estoit affis fur le
Trône des Cefars , avec Lucius Verus
fon frere , charmé des Ecrits
de Galien * ,qui apres pluſieurs
Voyages s'estoit retiré à Pergame ,
lieu de sa naiſſance , le fit folliciter
depaſſer en Italie , & crût qu'ilne
pouvoit mieux témoigner l'eftime
qu'il avoit pour luy , qu'en
luy confiant la préparation de la
Theriaque. Sa prévoyance ne fut
*Galien ſe rendit à Rome l'An de Noftre Scigneur
164 âgé de 34. ans.
E 4
104
MERCURE
pas in inutile. La presence de Galien
luy fut neceffaire pour se garantir
de la Peste * que Capitoli
linus& d'autres Historiens décrivent
dans la Vie de Lucius . La
Theriaque futfon antidote ; &pof-
Sedant deux grands bien enſemble,
un Remede excellent pour la con-
Servation de sa Perſonne Auguſte
, & un Medecin tres -habile
pour en ordonner l'usage , il
connut que l'estime qu'il faisoit de
tous les deux , estoit infiniment au
deſſous de leur merite. Apres Sa
mort la Theriaque fut negligée
fous trois deses succeſſeurs , dont
l'un * fut aussi méprisé pour fes
débauches , que fon Pere avoit efte
recommandable pourses vertus. Et
les autres regnerent fi peu de
* Cette Peſte arriva en 166 & dura prés de quatre
années.
* Commode Succeſſeur d'Antonin mourut le 31.
jourde Decembre l'An 182 .
GALANT. 105
temps qu'ils n'eurent pas le loiſir
de ſuivre les traces de l'incomparable
Antonin , mais enfin aprés
tant de changemens & de diſgraces
, l'Empereur Severe rendit à
Rome fon premier éclat. Il fit des
honneurs extraordinaires à Galien;
& pour le retenirà la Cour ,ilrétablit
les Labouratoires , & la
Theriaque devient en usage plus
qu'elle n'avoit jamais esté. Galien
rentra dans fon employ ; & quoy
que fon genie l'appellât àdes cho-
Jesplus difficiles,it continua de préparer
la Theriaque juſques à l'an
de Nôtre Seigneur 200. qui fut le
dexnier de sa vie. Veritablement
ceux qui aprés luy en eurent la
commiffion , luy cederent en reputa.
tion & en merite , mais le destin
de la Theriaque ne dépendoit pas
* Helvius Pertinax ne regna qu'environ trois
mois aprés Commode. Et Didie Julien deux mois &&&
cingjours aprés Pertinax.
Es
106 MERCURE
d'un seul homme. Dans tous les
Temps , dans tous les Regnes , chez
toutes les Nations qui ont eu du
discernement , la Theriaque a esté
célébrée . Il feroit aisé de le prouver
, ſi quelqu'un en pouvoit douter;
mais laiſſant à ceux qui sçavent
mieux faire valoir les chofes , à
representer l'empressement qu'ont
toûjours eu les Princes & les Repu
bliques pour l'exacte composition de
ce Remede. Je me contente de n'avoir
rien oublié pour mon deffein
d'avoir affemblé avec desfoinsparticuliers
tous les Medicamens neceffaires
pour y reüsfir , & d'estre
en estat de renouveller l'ancienne
Préparation d'Andromachus , Sans
eftre afferry aux Remedes que l'on
fubstituë ordinairement en la place
des originaux. L'espere de les avoir,
je les foumets à toutes les épreuvesij'ay
dispensé les uns & les
GALANT.
107
autres pour les employer felon
que la Faculté en voudra détermi
ner. On avû des Empereurs * enfermer
dans leurs Trefors un peu de
Cinnamome, par la difficulté qu'ils
avoient d'en recouvrer. On a crû le
Baume de Iudée perdu ; le Chalcitis
a fait de l'embaras à des per-
Sonnes d'ailleurs fort éclairées.Nous
fommes délivrez de toutes ces pei.
nes : il ſemble que les Regions les
plus éloignées rendent, hommageà
la France de ce qu'elles ont de meilleur&
de plus rare. N'y l'efroyable
étenduë des Mers , ny les folitudes
affreuſes , ny les deferts inhabitez,
ny les perils où l'on s'expose pour
les traverſer , ne font capables de
nous arrêter. LOUIS LE GRAND
étend ses rayons juſques aux Climats
les plus barbares , plus brillant
encore par ses vertus , qu'il
* Cela eft rapporté par Galien au Livre L. des
4
1
Centrepoifons.
E6
108 MERCURE
n'est redoutable parsa puiſſance. Il
ſefait voir auprés des autres Souverains
ce que le Soleil paroît au
milieu des Etoiles ; & de même que
rien dans le Monde n'approche de
la gloire qu'il s'est acquiſe , rien
n'approche aussi du bonheur qu'il
procure à ceux qui ſont ſoumis àfa
Domination. Les Sujets dont il fait
choix pour maintenir l'autorité des
Loix&de la Iustice , font autant
de Vaisseaux précieux qui partent
d'une ſource toute pure , & qui repandent
l'ordre & l'abondance parmy
les Peuples. L'Illustre Magistrat
qui preſide à la Police dans lapre
miere Ville du Royaume , balance
les mouvemens de ce grand Corps ,
& entre dans tous fes beſoins. Ildi.
rige par fon exemple , auffi bien
quepar fes Ordonnances. Il punit
Sans paſſtun , & recompense Sans
prévention. Il adouc't la rigueur
des Saiſons,ilrepare la sterilitédes
GALANT. 109
Campagnes ; & se donnant tout
entier au ſervice du Roy , & au
biendu Public , il trouve Dieu dans
tout ce qu'il fait , &n'enpeut estre
detournépar aucune confideration.
Ilne faut pas s'étonner aprés cela,
Meffieurs , que Paris foit le centre
où toutes les merveillesſe réüniſſent.
Mais comme je nefuis pas icy pour
vous fatiguer par mes discours , l'abuferois
de l'honneur que je reçois
de vôtre prefence, fi je differois davantage
d'entreren matiere . Quoy
que je n'aye rien à craindre fur l'élection,
preparation, &mixtion des
Medicamens , en me conformant
aux décisions de la Faculté , je ne
Laiſſe pas d'avoir besoin de vos complaisances
fur la maniere de m'expliquer
& je vous les demande
avec d'autant plus de confiance, que
m'attachant à ce qui regarde ma
Profeſſion , j'espere que mes opera
Ho MERCURE
tions meriteront vos attentions , fi
mes paroles n'ont pas affez deforce
pourvous engager.
Monfieur de Rouviere a eu
tous les applaudiſſemens qu'il
pouvoit ſouhaiter de ſon travail ,
& l'on voit pluſieurs Approbations
au bas de la Theſe , dont
je vous ay donné la Figure Emblematique.
La premiere eſt ſignée
de Monfieur Dieuxivoye,
Doyen de la Faculté de Paris ; de
Monfieur Pouret , ancien Profeſſeur
, & Medecin Ordinaire
de Monfieur , de Monfieur Bonnet
, Profeſſeur & Medecin Ordinaire
de la Reyne ; de Monſieur
de Sainction , Medecin Ordinaire
de Sa Majesté , & de
Monfieur Boudin , Docteur en
Medecine. Monfieur Boudin ,
l'un des premiers Apoticaires du
GALANT. 111
Roy , & premier Apoticaire de
la Reyne , ayant eu ordre d'affiſter
à la compoſition de ce Remede
, y a auffi donné ſon Approbation
, auffi-bien que Meſfieurs
Maillard , & de Colmes
, Apoticaires de la Maiſon
Royale.
Cet Article de la Theriaque,
m'oblige à vous dire icy un mot
d'un autre Remede Specifique,
dont l'Illustre Monfieur l'Abbé
de la Rocque , a parlé dans ſon
Journal des Sçavans ; fans cela ,
j'aurois eu de la peine à me refoudre
à vous en entretenir
puis qu'il s'agit de la Goute , que
perſonne n'a encore trouvé le
fecret de guérir. Cependant on
prétéd qu'en étuvant ſeulement
la partie malade , d'une Eau que
donne le fieur Bouton,quiloge
Ruë Aubry-Boucher, la douleur
ΙΣ MERCURE
ceffe , & que la Goute meſme
eſt emportée pour toûjours ;
ſi apres que les douleurs ont
ceffe on continuë de ſe fervir
de cette Eau pendant quelque
temps. Suivant les choſes
que j'en ay entendu dire , on
en pourroit faire une Hiſtoire à
peu pres comme de l'Eau de la
Reyne de Hongrie , le Secret
en ayant eſté donné par un vieil
Hermite ,ſans ſçavoir qui en eſt
l'inventeur.
Anne de Rohan , Princeſſe de
Guemené , eſt morte le 14. de
ce mois , en ſa Terre de Rochefort
, âgée de plus de quatre
vingt ans. Elle estoit Fille de
Pierre , Prince de Guemené , &
deMadelaine de Rieux Château
neuf , & avoit épousé en 1617.
Loüis de Rohan VII. du nom
GALANT. 113
fon Coufin Germain , Prince de
Guemené, depuis Duc de Mont-
Bazon , Pair & Grand-Veneur
de France , Chevalier des Ordres
du Roy , Chef du Nom & des
Armes de l'illustre & Ancienne
Maiſon de Rohan , mort à Paris
en 1667. âgé de 68. ans. De ce
Mariage ſont ſortis Loüis &
Charles de Rohan . Charles, Duc
de Mont-Baſon , Prince de Guemené
, Comte de Montauban ,
prit Alliance avec Jeanne Armande
de Schomberg , Fille
puiſnée de Henry , Comte de
Nanteüil- le- Haudoüin , Maréchal
de France , & d'Anne de
la Guiche, dont il eutentr'autres
Enfans , Charles , Prince de
Guemené , marié en premieres
Nopces avec Marie- Anne d'Albert
- Luynes , Fille de Charles-
Loüis , Duc de Luynes , morte
114
MERCURE
A
en 1679.& en ſecondes Noces,
avec Charlote - Elizabeth de
Cochefilet , Fille de Monfieur le
Comte de Vauvineux. Ceux de
la Maiſon de Rohan , iffuë des
Anciens Comtes de Vane , qui
eſtoit une Branche de la Maiſon
Royale & Ducale de Bretagne ,
ſe ſont alliez pluſieurs fois avec
cellede leurs Souverains , qui ont
épousé des Filles de cette Maiſon,
&qui leur ont donné des leurs,
Il en eſt arrivé de meſme dans la
Maiſon Royale de France. Plufieurs
Princes & Princeſſes du
Sang ſe ſont auſſi alliez à cette
Illuſtre Maiſon , auſſi bien que
celles de Navarre , d'Ecoffe , de
Baviete , Lorraine , Albret, Foix,
Armagnac , & autres. Celle-cy
porte pour Armes , de Gueule à
neuf Macles d'or , 3. 3. 3. Ils ont
pris ces Armes , des Cailloux de
GALANT.
115
leur Terre , dans lesquels, quand
on tes caſſe, on trouve emprainte
la Figure des Macles , qui ont
une eſpece de couleur d'or, dont
le fond eſt un peu rougeaſtre.
Monfieur Bordel , Seigneur
de Viantais , Meherry , le Heaume
, la Breteche , eſt mort ſur la
fin du dernier mois. C'étoit un
des plus anciens Avocats du Parlement
, mais plus attaché à la
Cour des Aydes qu'ailleurs. Il
travailloit pour la pluſpart des
Gensd'affaires, & avoit une parfaite
intelligence dans tout ce
qui les regardoit.
Cesmorts ont eſté ſuivies de
celle de pluſieurs autres Perſonnes
dont voicy les noms. Meſſire
Jean de Séve , Seigneur de Gomerville
, cy - devant Capitaine
- aux Gardes Françoiſes , mort le
dixiéme de ce mois. Il étoit d'u-
1
(
116 MERCURE
ne bonne Nobleſſe de Lyonnois ,
Fils de Monfieur de Séve , qui a
eſté Prevoſt des Marchands , &
eſt mort Conſeiller d'Etat , &
Frere de Monfieur l'Evefque
d'Arras .
Meſſire Charles Petit , Comte
de la Selle , Bailly & Gouverneur
des Ville & Château de
Montargis , mort le quinziéme
de ce mois.
Meſſire Hilaire Marcez , маître
des Comptes , mort le ſeiziéme
de ce mois.
Dame Anne Hinſelin , morte
le dix-huit. Elle étoit veuve de
Meffire Charles Hoüel , Gouverneur
& Lieutenant General
pour le Roy , des Ifles de la Gardeloupe
en l'Amerique, Marquis
& Seigneur proprietaire des mêmes
Iſles, de Varenne, Petit-Pré ,
&autres lieux.
GALANT. 117
On m'apprend auſſi la mort
de Meffire Hierôme Palluau ,
Conſeiller au Parlement , &
Commiſſaire aux Requeſtes du
Palais.
-Le dixiéme de ce mois Monſieur
le Comte de Teſſé preſta
le Serment de fidelité entre les
mains de Monfieur le Marquis
de Bouflers , Colonel General
des Dragons de France , de la
Charge de Mestre de Camp General
des Dragons , dont il a
eſté pourveu par Sa Majeſté.
Cela ſe fit en preſence de Mefſieurs
les Marquis de Litſenoy ,
Longueval , Barbefieres , Chevalier
de Teſſe , Chevilly , Chevalier
de marcé , Colonels de
Dragons , & pluſieurs autres Officiers
de ce Corps. Je vousay ſi
ſouvent entretenuë de Monfieur
leComte de Teſſé , &de ce qu'il
118 MERCURE
a fait dans les occafions importantes
où il s'eſt trouvé , que je
ne croy pas devoir vous en dire
davantage.
Le P. Alexis du Buc , Théatin
, a reçû depuis le commencementde
cette année 28. Abjurations
; entr'autres celle de
Meſſire Daniel de Cajalou , Fils
de feu Monfieur de Cajalou ,
Avocat General du Parlement
de Pau ,& celle de Meffire Charles
Buck , des plus Illuſtres Familles
d'Angleterre .
Je croy vous avoir déja man.
dé que la Chaire de Profeſſeur
aux Langues Grecques , de l'Univerſité
de Caën,a eſté remplie
par Monfieur de Laire , Profefſeur
dans les Humanitez
College du Bois , choiſy par Sa
Majesté , apres les Diſputes pu-:
au
bliques faite entre pluſieurs
GALANT. 119
Concurrens. Depuis ce tempslà
il a pris poſſeſſion , & fait fon
entrée par une Harangue Latine
à la loüange du Roy , & de la
Langue Grecque , en prefence
de Monfieur Malloüin , Recteur
de l'Univerſité , & Principal du
College du Bois , des Docteurs
de la meſme Univerſité , & des
Perſonnes les plus confiderables
de la Ville.
Monfieur le Févre , l'un des
Treſoriers de la Maiſon du Roy,
a eſté nommé à la Commiſſion
de l'un des Treſoriers des Menuës
Affaires de la Chambre
de Sa Majeſté. Il n'avoit fait pour
cela aucune follicitation , & ne
prétendoit pas meſme à ce nouvel
Employ , lors que le Roy luy
en a fait preſent. Ainſi l'on peut
dire que ce grand & judicieux
Monarque , ne laiſſe pas meſme
!
1
120 MERCURE
1
V
le temps de former des ſouhaits
à ceux qui ſe ſentent afſſez de
merite , pour en pouvoir eſperer
quelque gratification.
Monfieur de Vantelet , l'un
de ſes Gentils- Hommes Ordinaires
dont je vous parlay dernierement
, à l'occaſion du Mariage
de Madame la Marquiſe
de la Fare ſa Fille , a eu dans le
meſme temps , & preſque de la
meſme maniere , une penfion
de mille écus de Sa Majeſté.
C'eſt un parfaitement honneſte
Homme qui s'eſt fait beaucoup
d'Amis. Il ne faut pas s'étonner
ſi tout le monde a pris part à
un avantage qui luy eſt ſi glorieux.
Enfin , Madame , le Mariage
de Monfieur le Marquis de Novion
avecMademoiselle de montauglan
, s'eſt fait au commen
cement
GALANT. 12F
cement de ce mois.La part que je
ſçay que vous prenez en tout ce
qui regarde Monfieur le premier
Préſident , me fait vous
donner cette Nouvelle avec plaifir
, & vous dire qu'il ne ſe peut
rien de mieux aſſorty que les
Mariez. Monfieur le Marquis
de Novion eſt un jeune Homme
fort bien fait , qui a beaucoup
d'eſprit , & qui ſouſtient
dignementtous les avantages de
fon rang&de ſa naiſſance. Quoy
qu'il ne ſoit pas encore dans ſa
vingtième année , il ſe voit à la
teſte du Regiment de Bretagne,
dont il eſt Colonel ,& a toute la
conduite d'un Homme conſommé
par l'uſage du Monde & l'experience.
Il eſt ſecond Fils de
feuMonfieur de Novion, Maiſtre
des Requeſtes , Fils aîné de Monfieur
le premier Préfident. La
Mars 1685.
F
122 MERCURE
Famille de Novion Potier vous
eſt ſi connuë , que je ne vous
en diray icy rien autre choſe ,
ſinon que depuis deux cens ans
qu'il y a qu'on la voit paroiſtre
avec éclat, elle a eu tous les avantages
& toutes les diſtinctions
d'honneur que l'on peut avoir,
& qu'elle s'eſt alliée aux premieres
Maiſons de la Cour & de la
Ville . Mademoiselle de Montauglan
eſt une jeune & belle Perſonne
qui entre dans ſa quinziéme
année. Je me souviens de
vous avoir mandé dans quelqu'une
de mes Lettres que s'étoit
une des plus riches Heritieres
de Paris , ayant pres d'un million
de bien , & de grands retours
encore à eſperer , tant de la mаі-
ſon de la Barde , que de Maclame
Regnoüard ſa grand' Tante ,une
des plus riches veuves de Paris.
GALAN T.
123
Elle eſt Fille de feu Monfieurde
Montauglan , Conſeillerau Parlement
de Paris , & d'une Fille
de Monfieur de la Barde , qui a
eſté Ambaſſadeur extraordinaire
en Suiffe. Il eſt encore vivant,
& conſerve dans une vieilleſſe
dequatre - vingt- quatre ans un
eſprit admirable , & auſſi vif, &
preſent , qu'il l'a fait voir autrefois
dans le maniment qu'il a eu
des affaires d'Etat . La Maiſon
de Montauglan eſt fort ancienne
dans la Robe ,& eſt alliée à celles
de manicamp , Longueval,
Rupierre , de la Barde , Charreton
, Regnoüard , Boulanger ,
Bouthillier , Chavigny , & à plu -
ſieurs autres fort confiderables
de l'Epée & de la Robe.
Meffire Loüis du Tillet , Seigneur
de Montrame , Chaloſtre
& Boug , Fils de Meffire Jacques
▼
F 2
124
MERCURE
du Tillet, maiſtre des Requeſtes,
Seigneur de Montramé , a épouſé
Mademoiselle Bellot , Fille de
Monfieur Bellot , Ancien Maiſtre
des Comtes , Bailly du Palais ,
Seigneur de Serreuſe , Guiné &
autres lieux. C'eſt une tres- belle
Perſonne qui fe fait diftinguer
par une vertu peu ordinaire à
celles de ſon âge. La Famille
de meſſieurs du Tillet eſt une des
plus anciennes & des plus confiderables
de Paris. Elle a donné
des Chevaliers à malte , des Confeillers
& des Preſidens au Parlement
, des maiſtres des Requeſtes
au Conſeil , des Eveſques à
l'Eglife , & s'eſt altiée avec les
Maiſons d'Angouleſme , de larnac
, de Chabot , des Seguiers ,
'des le maiſtre , des Bragelones
& des Daurats. Par ce mariage,
elle entre dans l'Alliance des
i
GALANT.
125
Briffonets & des Sevins , qui font
fort Illuftres dans la Robe. Ses
Armes, écartelé au 1. & 4. d'Azur,
au Chevron d'or , accompagné de
trois Molettes d'Esperon de meſme.
Au 2. & 3. 3.d'or , à trois Chabots
de Gueules : fur le tout , d'or à la
Croix patée & alaizée de Gueules:
tout l'Ecu entouré d'une Bordure de
Gueules , chargée de huit Befans
d'Or.
こS. A. R. de Savoye , ayant
agreé que Monfieur le Préſident
Truchy , l'un de ſes miniſtres
d'Erat , luy offriſt un Bal , & à
Meſdames Royales , ce miniſtre
fit préparer ſon Palais , qui eſt un
des plus magnifiques de Turin,
pour la nuit du 28. de Fevrier
paffé , & ſe diſpoſa à recevoir
les Perſonnes Royales qui devoient
y venir , ſuivies de toute
la Cour, de la maniere qu'il fair,
F
3
126 MERCURE
& a toûjours fait toutes choſes,
c'eſt à dire en grand Homme;
qui entend auſſi finement à ordonner
une Feſte , qu'à ſoûtenir
les plus importantes affaires.
L'entrée de ce Palais , qui eſt un
Veſtibule appuyé ſur pluſieurs
grandes Colonnes de marbre ,
étoit éclairée , ainſi que la Cours,
& le grand Degré , d'un nombre
prodigieux de Luftres , de Plaques
, & de Bras qui ſoûtenoient
pluſieurs Flambeaux , fi bien
rangez que la lumiere qu'ils rendoient,
paroiſſoit infiniment plus
agréable que celledu jour. Leurs
AA . RR. étant entrées dans le
vaſte Salon de ce Palais , qui n'eſt
pas moins beau par ſa forme
octogone , que par le riche deffein,&
l'agrément des Peintures
du Plat fonds , le trouverent enrichy
de meubles tres-précieux,
1
GALANT. 127
&éclairé par trois rangs de Flambeaux
, portez par divers Bras
dorez , & par de riches Plaques
rangées tout autour ; mais fur
tout par quinze Lustres magnifiques
, qui étoient ſuſpendus au
milieu . Ce Salon ſépare deux
grands Corps de Logis, compoſez
tous deux de divers Appartemens
doubles , dont les Chambres
font fort noblement diſpoſées
, Elle étoient toutes parées
de meubles ſuperbes , & de grandes
pièces d'Argenterie , qui
ſembloient diſputer d'éclat , avec
la multitude de lumieres qui les
faiſoit briller . Enfin tout répondoit
admirablement à la joye que
ce miniſtre reſſentoit dans ſon
coeur , d'avoir chez luy cette
Royale Aſſemblée. Leurs AA.
RR. qui viſitérenttout avec autant
d'attention que de curioſité,
F 4
128 MERCURE
témoignerent en eſtre parfaitement
fatisfaites , mais Elles nele
furent pas moins de la magnificence
de la Colation , qui fut de
quatre Services. Le premier
tout de Fleurs veritables & choiſies
, telles que le Printemps le
plus doux les peut produire ,
& que Monfieur le Préſident
Truchy avoit fait apporter avec
grand ſoin , de Nice &de Genes;
le ſecond , de Sorbets fort delicieux
; le troiſieme , de toutes
fortes d'Eaux & de Liqueurs rafraichiffantes
; & le quatrième ,
de vingt- quatre grands Baffins,
tant de Fruits frais que de Con
fitures de toutes fortes . Leurs
AA. RR . dirent la-deſſus mille
choſes obligeantes à ce Miniſtre,
qui reçeut auſſi des Complimens
d'applaudiſſement & d'admiration
, de tous les Seigneurs &
GALANT.
129
Dames de la Cour, qui s'y étoient
rendus en grand nombre , &
auffi galamment que ſuperbement
parez .
Préparez - vous , Madame , a
battre des mains. le vous envoye
un Ouvrage de l'Illuſtre Madame
des Houlieres. Ce Nom vous
promet quelque choſe d'achevé,
vous le trouverez aſſeurément,
& fi cette expreffion peut rien
fouffrir qui aille au delà , vous
pouvez attendre plus, ſans crainte
d'eſtre trompée. Tout eſt penſe
delicatement , tout eſt exprimé
de meſme , & il y a par tout ſujet
d'admirer.
***
**
F
130
MERCURE
LE RUISSEAU
IDYLE .
DE MADAME DES HOULIERES.
Viſſeaux, nous paroiſſons avoir
Ruiffeaux un mesme fort ,
D'un cours précipiténous allons l'un
l'autre ,
Vous à la Mer , nous à la mort ;
Mais hélas ! que d'ailleurs je voy peu
derapport
Entre vostre course&lanostre!
Vous vous abandonnezfans remords,
Sans terreur ,
Avoſtre pente naturelle ;
Point de Loy parmy vous ne la rend
criminelle ,
La vicilleſſe chez vous n'a rien qui
faſſe horreur.
GALANT. 131
Prés de la fin de vostre courſe
Vous estes plus fort&plus beau
Que vous n'eſtes à vôtre ſource,
Vous retrouvez toujours quelque
agrément nouveau.
Si de ces paiſibles Boccages
Lafraiſcheurde vos eaux augmente
les appas ,
Vostre bienfait neſe perdpas;
Parde délicieux ombrages
Ils embelliffent vos rivages.
Sur un ſable brillant, entre des Prez
flcuris ,
Coule voſtre Onde toûjours pure,
Mille & mille Poiſſons dans vostre
feinnourris
Ne vous attirent point de chagrins,
de mépris.
Avec tant de bonheur d'où vient
vôtre murmure ?
Hélas! vostre fort eſtſi doux.
Taifez vous,Ruiffeau,c'est ànous
A nous plaindre de ta Nature.
De tant de paſſions que nourrit noftre
coeur , F6
132 MERCURE
Aprenez qu'iln'en est pas une
Qui ne traiſne apres foy le trouble ,
la douleur,
Le repentir , ou l'infortune.
Elles déchirent nuit & jour
Les coeurs dont elles sont mattrefles;
Mais de cesfatales foibleſſes
Laplus à craindre, c'est l' Amour,
Ses douceurs mesme font cruelles .
Elles font cependant l'objet de tous
les voeux ,
Tous les autres plaiſirs ne touchent
point fans elles ;
Mais des plus forts liens le temps
ufe les noeuds ,
Et le coeur le plus amoureux
Devient tranquille , ou paſſe à des
:
Amours nouvelles.
Ruisseau, que vous eſtes heureux !
Iln'est point parmyvous de Ruiffeaux
infidelles !
Lors que les ordres abſolus
GALANT. 133
De l'Estre indépendant qui gouverne
le Monde , J
Font qu'un autre Ruiſſeau se mesle
avec voſtre Onde ,
Quand vous estes unis, vous ne vous
quittez plus.
A ce quevous voulez jamais il ne
s'opose,
Dans vêtre fein il cherche à s'a
bimer ,
Vous & luy iuſques àla Mer
Vous n'eſtes qu'une mefme chose.
De toutes fortes d'unions
Que nostre vie est éloignée!
De trahisons , d'horreurs , &de dif
Sentions
Elle est tourours accompagnée.
Qu'avez - vous merite , Ruisseau
tranquile &doux ,
Pour estre mieux traité que nous?
Qu'on ne me vante point ces Biens
imaginaires ,
Ces Prérogatives , ces Droits ,
134
MERCURE
Qu'inventa nostre orgueil pour masquer
nos miferes ;
C'eſt luy feul qui nous dit que par un
iufte choix
Le Ciel mit en formant les Hom
mes ,
Les autres Estres ſous leurs loix.
A ne nous point flater,nous ſommes
Leurs Tyrans plûtoſt que leurs Roys.
Pourquoy vous mettre à la torture ?
Pourquoy vous renfermer dans cent
Canaux divers ,
Et pourquoy renverſer l'ordre de la
Nature
En vous forçant à jaillir dans les
airs?
Si tout doit obeïr à nos ordresfuprémes
,
Si tout est fait pour nous , s'ilnefaut
que vouloir ,
Quen'employons nous mieux cefouverain
pouvoir ?
Que ne regnons - nous fur nousmefmes
?
GALANT.
135
Maishelasideſesſens Esclave malheureux,
L'Homme ofeſe dire le maistre
Des Animaux, qui font peut- estre
Plus libres qu'il ne l'est , plus doux,
plus genéreux,
Et dont la foibleße afait naistre
Cet Empire infolent qu'il usurpe
fureux.
Mais que fuis- ie ? Où va me con .
duire
La pitié des rigueurs dont contre
eux nous uſons !
Ay-ie quelque espoir de détruire
Des erreursoù nous nous plaiſons?
Non , pour l'orgueil &pour les
iniuftices
Le coeur humainſemble estrefait.
Tandis qu'on separdonne aisément -
tous les vices,
On n'en peut fouffrir leportrait.
Helas'on n'aplus rien à craindre,
Les vices n'on plus de Censeurs,
136
MERCURE
Le monde n'est remply que de lâches
Flateurs ,
Sçavoir vivre c'eſt sçavoirfeindre.
Ruiffeau,ce n'estplus que che's vous
Qu'on trouve encor de lafranchise,
On y voit la laideur ou la beauté
qu'en nous.
La bizarre nature a miſe ,
Aucun defaut ne s'y déguiſe ,
Aux Roys comme aux Bergers vous
les reprochez tous.
Ausfine consulte- t-on quere
De vos tranquiles eaux le fidele
cristal.
On évite de même un Amy trop
Sincere.
Ce déplorable goust est le goust general.
Les leçons font rougir , perfonne ne
les foufre
Le Fourbe veut paroiſtre Homme de
probités
GALANT.
137
Enfin dans cet horrible gouffre
De miſere & de vanité,
Ie me perds ; &plus j'envisage
La foibleſſe de l'Homme & sa malignité
,
Etmoins de la Divinité
En luy je reconnois l'Image.
1
Courez , Ruiffeau, courez ,fuyeznous,
reportez
Vos Ondes dans leſein des Mers dont
vousfortez ,
Tandis que pour remplir la dure
: destinée
Où nous sommes aſſujettis ,
Nous irons reporter la vie infortunée
Que le hazard nous a donnée ,
Dans leſcin du neant d'où nousfom.
mesfortis .
Comme la Renommée répand
par tout les grandes Nouvelles
avec une viſteſſe incroyable
, il y a déja quelque temps
138 MERCVRE
ſans doute que vous avez entendu
parles des Articles accordez
par le Roy à la Republique de
Genes. Sije ne vous en ay rien
ditjuſques à preſent , c'eſt parce
que j'ay crû à propos d'attendre
que je vous puſſe éclaircir ſeurement
de tout ce qu'ils contiennent
, & meſme qu'ils euſſent
eſté ratifiez . Cet endroitde l'Hiſtoire
de noſtre Auguſte Monarque
, ne contribuëra pas peu à
mettre ſa Gloire au plus haut
degré , où celle d'aucun Souverain
ait jamais eſté portée, moins
toutefois par l'éclatant Hommage
que cette Republique luy
rend , que parce qu'il a bien voulu
ſe contenter de la fatisfaction
que vous allez voir marquée en
ces Articles , dans un temps où il
pouvoit eſperer tout de ſes Armes
& de la Victoire , qui a toû
GALANT.
139
jours favorisé ſes juſtes deſſeins ,
Mais ſa pieté qui n'eſt pas moins
grande que ſa luſtice , n'a pû
ſouffrir qu'il refuſaſt aux prefſantes
inſtances du Pape , ce que
Sa Sainteté luy a demandé , &il
n'a pas creu devoir inquieter
l'Italie lors qu'il la voit obligée
d'unir ſes forces contre celles de
l'Ennemy du nom Chreſtien.
Un Prince moins genereux , &
qui n'auroit pas appris à eſtre
toûjours Maiſtre de luy meſme,
ſe feroit ſervy de l'occaſion , mais
le Roy fatisfait de ſa Gloire , ne
diſpute plus depuis long- temps
à ceux qui ſe veulent liguer contre
, luy , que l'avantage de travailler
plus qu'eux , à mettre le
calme dans toute l'Europe. C'eſt
dansla vuë de l'y rétablir entie
rement , que Sa Majesté ſignale
Pouvoir qui fuit le neuvième du
dernier mois.
140 MERCURE
Le Roy ayant esté informé par le
ſieur Evefque de Fano , Nonce Extraordinaire
de Sa Sainteté , que
non seulement la Republique de Genes
avoit pris la réſolution d'accepter
les Conditions qui luy ont esté
imposées par Sa Majesté , pour tâ
cher par cette foûmission à rentrer
dans ſes bonnes graces , mais même
qu'elle avoit envoyé un plein Pouvoir
au ſieur de Marini , pour en
figner en fon Nom les Articles ,
avec telles Perfonnes qu'il plairoit
à Sa Majesté commettre , Sa Majesté
a pour cet effet autorisé de fa
part comme Elle autorise par ces
Presentes , le fieur Colbert , Cheva.
lier , Marquis de Croiſſy , Confeiller
en tous ſes Conseils , President à
Mortier en fa Chambre de Parlement
à Paris , Secretaire d'Etat de
Sa Matesté , & de ſes Commandemens
& Finances , auquel Elle a
GALANT.
141
donné plein Pouvoir , Commißion ,
&Mandement special d'accepter ,
conclurre , & figner en ſon Nom ,
avec ledit ſieur de Marini , les Ar.
ticles dont ils feront convenus ; promettant
Sadite Maiesté, en foy &
parole de Roy , d'accomplir , & d'executer
ponctuellement , & avoir
agréable ,& tenirferme &stable à
toûjours , tout ce que ledit ſicur de
Croiſſy aura promis ,& signé en
vertu du preſent Pouvoir, comme
auſſi d'en fournirſa Ratification en
bonne forme , dans le temps qu'il
aura esté convenu. En témoignage
dequoy Nous avons signé ces Pre-
Sentes de nostre main , & a icelles
fait appofer nostre Scel fecret .
Monfieur le Marquis de Marini
, Envoyé Extraordinaire de
la République de Genes auprés
de Sa Majesté , avoit reçeu un
Plein- pouvoir par une Lettre des
142 MERCURE
Duc , Gouverneurs & Procureurs
de cette Republique , ſigné
Girolamo de mari , & Carlo
Maſcardi , & Dattée du 29. Ianvier.
Cette Lettre portoit , Que
la Republique ayant connu, tant par
le compte qu'il luy avoit rendu de
toutes chofes , que par celles que M.
Rannuzzi ,Nonce du Pape , avoit
repreſentées à Sa Sainteté , le Roy
renfermoit la Satisfaction qu'ilfouhaitoit
, à demander que l'on envoyast
le Doge , & quatre Senateurs
en France ; Qu'elle defarmast les
quatre Galeres armées nouvellement.
Que la Republiquese reduiſit
à l'état de Neutralité , où elle estoit
par le paffé envers les Couronnes de
France &d'Espagne ; Qu'on payast
cent mille écus à Monsieur le Comte
de Fieſque , & qu'on reftituaſt aux
François qui demeuroient à Genes
au mois de May dernier , les biens
GALANT.
143
- qui leur avoient esté ostez ; Les
Ducs , Gouverneurs & Procureurs ,
au nom de la Republique , voulant
montrer l'extrême Soûmißion qu'elle
avoit pour tout ce que Sa Majesté
pouvoit souhaiter , luy donnoient
pouvoir de traiter & de conclurre
Jur fes Demandes , en s'appliquant
particulierement àfaire exprimer
ce que devoit faire la Republique ,
en paroles claires , & qui ne puſſent
Souffrir aucune équivoque.
Apres ces Pouvoirs reciproquement
donnez , M² Colbert
de Croiſſy , arreſta avec Monſieur
le Marquis de Marini , que
le Doge à preſent en charge ,&
quatre Senateurs auſſi en charge,
ſe rendront dans la fin de ce
mois, ou dans le dixième du mois
prochain àMarseille, ou en quel
qu'autre Ville du Royaume, d'où
ils viendront au lieu où Sa Ma144
MERCURE
jeſté ſera , qu'ils feront admis à
fon Audience , reveſtus de leurs
Habits de Ceremonie ; que le
Doge portant la parole au nom
de la Republique , témoignera
l'extréme regret qu'elle a d'avoir
déplû à Sa Majesté , & qu'il
employera dans ſon Diſcours les
expreſſions les plus foûmiſes ,
& les plus reſpectueuſes , & qui
marqueront le mieux le defir
ſincere qu'elle a de meriter à l'avenir
la bien- veillance de Sa Majeſté
, & de ſe la conſerver ſoigneuſement.
Que luy & les quatre
Senateurs étant retournez à
Genes , continuëront d'exercer
leurs Charges , ſans que d'autres
puiſſenteſtre mis à leurs places ,
ny pendant leur abſence,ny apres
leur retour , fi ce n'eſt lors que le
temps ordinaire de leur Gouver
nement ſera expire. Que toutes
les
GALANT.
145
,au
les Troupes Eſpagnoles que la
Republique de Genes a introduites
dans les Villes, Places ,& Païs
dépendans de cet Etat , feront
congediés dans le temps d'un
mois , & qu'elle renonce dés à
preſent en vertu de ce Traité , à
toutes les Ligues & Affociations
qu'elle pourroit avoir faites depuis
le 1. Janvier 1683. Que les
Genois reduiront auſſi dans le
même temps leurs Galeres
mefme nombre qu'elles eſtoient
il ya trois ans , & pour cet effet
deſarmeront celles qu'ils ont fait
équiper depuis . A l'égard de ce
que la Republique a offert de
rendre aux Sujets du Roy , tout
ce qu'elle a pů retirer des effets
qui leur appartiennent , fur ce
que Sa Majefté avoit demandé ,
qu'elle dédommageaſt tous les
François , non ſeulement de ce
Mars 1685 . G
146 MERCURE
qui leur a eſté pris & enlevé ,
tantdans la Ville de Genes , que
dans les Païs quien dépendent ,
mais auſſi de toutes les priſes qui
ont eſté faites ſur eux par leurs
Vaiſſeaux , & autres Baſtimens
que les Genois ont armez , ou autoriſez.
Il fut déclaré que Sa Majeſté
acceptant cet offre , & fuivant
les mouvemens de ſa Pieté ,
vouloit bien ſe contenter , qu'au
lieu des autres dédomagemens
fi juſtement prétendus , la Republique
s'obligeaſt de contribüer
à la Reparation des Eglifes &
lieux Sacrez , qui ont eſté rüinez
, ou endommagez par les
Bombes , que le refus de donner
une juſte ſatisfaction à Sa Majeſté
, a attirées indiſtinctement
fur la Ville de Genes , toute la
ſomme d'argent que le Pape eſtimera
convenable , remettant à
4
GALANT.
147
:
A
Sa Sainteté de regler le temps ,
dans lequel ces Reparations devront
eſtre faites. Par un autre
Article qui regarde Monfieur le
Comte de rieſque ,& les anciennes
prétentions de ſa Maiſon
contre cette Republique , le Roy
ayant defiré qu'il luy fut payé
preſentement cent mille écus ,
Monnoye de France , la Republique
pour témoigner en cela
ſa déference pour Sa Majesté ,
& meriter d'autant plus l'honneur
de ſes bonnes graces , s'obligea
par ce ſeul motif, & non
autrement, de payer à Monfieur
le Comte de riefque , cette ſomme
de cent mille écus , fans préjudice
des raiſons qu'elle prétend
avoir contre luy , auſquelles ce
payement ne pourra donner aucune
atteinte .
Je ne vous dis rien des autres
G2
148 MERCURE :
-
Articles. Ils ne roulent que ſur
l'aſſeurance que donne le Roy,
du favorable accueil qu'il prépare
au Doge & aux quatre Senateurs
, pour marquer à la Republique
le retour de ſa bien- veillance
Royale , & fur la ceſſation
de tous Actes d'hoſtilité, tant fur
Terre que fur Mer, Ces Articles
ayant eſté ſignez le douziéme du
paſſé , par Monfieur le Nonce du
Pape , par Monfieur Colbert de
Croiffy , & par Monfieur le marquis
de marini. Sa majeſté les
ratifia le troiſiéme de ce mois , ce
que la Republique de Genes
avoit fait des le 25. Fevrier.
Je viens à l'Article que je vous
ay promis du Carnaval de la
Cour , pendant les mois de Jan.
vier de Fevrier. Les Divertiſfemens
n'y ont point ceſſé. L'Opera
de Roland ya eſté repreſenté
GALANT . 149
une fois chaque Semaine ; & il
y avoit alternativement Bal , Comedie
& Opera . Toute la Cour
a maſque ſept fois , & auroit continué
à ſe donner ce plaiſir , fi la
mort du Roy d'Angleterre n'enft
interrompu pour quelques jours
tous les Divertiſſemens . Chaque
jour de maſcarade , Monſeigneur
le Dauphin changeoit quatre ou
cinq fois d'habits , où l'on n'oublioit
rien pour empeſcher qu'il
ne fuſt reconnu. Il ſurprit toute
l'Aſſemblée dans la premiere
Mascarade , avec un habit de
Chauve- fouris . La magnificence
& l'invention ont paru dans tous
les déguiſemens de Monfieur ' e
Duc. Les habits de ſa Troupe
eſtoient à cette premiere Mafcarade
de grandes Robes , de
differentes couleurs , diverſement
& richement chamarées ,
1
G3
150
MERCURE
d'où ſortoit un Col qui s'élevoit
fort haut , & s'abaiffoit , & for
lequel paroiffoit uue teſte d'Animal
, coëffée en Chauve- fouris.
Monfieur le Duc de Bourbon ,
qui étoit ſous l'une de ces Machines
, avoit un habit de Femme
de Strasbourg. Mademoiſelle
de Bourbon , qui eſtoit ſous une
autre , en avoit un de Magicienne
, & les Filles d'honneur de
Madame la Dauphine , qui en
rempliſſoient d'autres , estoient
diverſement vétuës. Je ne dois
pas oublier icy à vous dire , que
Monfieur le Duc de Bourbon
n'avoit encor fait de ſejour à la
Cour , que pendant ce Carnaval
, & qu'il y a paru au fortir
de ſes Etudes , avec un air , des
manieres , & un eſprit auffi libre
que s'il y euſt paſſe ſes premieres
années , & qu'il euſt eu un
GALANT. 151
âge plus avancé. Le ſecond jour
qu'on maſqua, la Maſcaradede
Monſeigneur le Dauphin reprefentoit
toute la Troupe Italien
ne. Ce Prince eſtoit veſtu en
Docteur. Ceux qui formoient
cette Mascarade , eſtoient Monſieur
le Prince de Conty , Monſieur
le Prince de la Roche- fur-
Yon , Monfieur le Prince de Turenne
, Monfieur le Ducde Roquelaure
, Meſſieurs les marquis
de Bellefonds , d'Alincour ,& de
Liancour. Madame la Dauphine,
fit ce jour là une maſcarade de
Perroquets ,Monfieur le Duc de
Boubron parut avec un riche habitde
Seigneur Hongrois, &Mademoiſelle
de Bourbon , avec un
habit de Païſane , d'une proprieté
ſurprenante. Monfieur leDuc
du Maine , ſe fit admirer le méme
jour , avec une Maſcarade de
G4
152 MERCURE
petits vieillards &de petites vieil.
les. Rien n'a paru plus beau ,&
l'on ne pouvoit ſe laſſer de les
regarder. Ceux qui compoſoient
cette Mafcarade estoient , Monfieur
le Duc du Mayne , Mon.
ſieur le Comte de Thoulouſe ,
Monfieur de Manſini , Monfieur
le Marquis de la Vrilliere , Mademoiselle
de Nantes , Mademoiſelle
de Blois,&Mademoiselle
de Château- neuf.
Dans la troiſième Mascarade ,
Monfeigneur le Dauphin parut
d'abort déguisé avec quatre viſages.
Enfuite, il prit un habit de
Flamande avec un Maſque de
Perroquet , & changea à fon ordinaire
quatre ou cinq fois d'habit.
Monfieur le Duc de Bourbon
, parut ce ſoir là avec un ha
bit de Noble Venitien ,& Mademoiſelle
de Bourbon s'y fit reGALANT.
153
marquer par ſa propreté , & la
richeſſe d'un habit magnifique.
Toute la Cour maſqua ce ſoir là,
& le mélange des habits grotesques
, & fuperbes , eſtant fort
agréable à la vuë , divertit beaucoup.
il
Le quatrième jour qu'on malqua
, Monſeigneur le Dauphin
mit pour premier habit celuy
d'un Operateur , & tiran feulement
un petit cordon
parut en un inſtant vétu en
grand Seigneur Chinois , Des
changemens auſſi ſurprenans
le firent paroiſtre encore le
meſme foir avec deux autres
habits, Monfieurle Ducde Bourbon
mit ce foir-là un habit de
Païſan , auſſi riche que bien entendu.
Monfieur le Duc de Mortemar
, qui ſe diftingue en tout
ce qu'il fait , vint à l'Aſſemblée
GS
154 MERCURE
du meſme jours avec un habit
tout formé de manchons juſqu'à
la coëffeure. Ils étoient de diffe.
rentes couleurs. Il avoit une
Palatine pour Cravate , & un
Maſque qui imitoit le viſage d'un
homme tout tranſi de froid. Sa
barbe paroiſſoit toute gelée , &
les glaçons y pendoient. Il euſt
eſté impoſſible de le reconnoiftre
, s'il ne ſe fuſt pas découvert
luy-méme.
Neuf Quilles & la Boulle ſe
trouverent dans le Bal le jour de
la cinquiéme Aſſemblée ; c'eſtois
la maſcarade de Monſeigneur le
Dauphin. Ceux qui reprefentoient
ces Quilles eſtoient affis
detfous ,& de petites feneftres
leur donnoient de l'air ; jugez
par làde leur contour ,& de leur
hauteur , elles étoient peintes
de diverſes couleurs monfei
GALANT. , 155
gneur le Dauphin fit paroiſtre
beauconp d'agilité dans quelques
uns des habits qu'il prit le
reſte de la Soirée , les uns n'en
demandant pas tant que les autres.
Monfieur le Comte de
Thoulouſe ſe fit admirer en Scaramouche
, & l'on n'auroit pas
eu de peine à le prendre pour
un Amour déguisé. Monfieur le
Duc de Bourbon , Mademoiselle
de Bourbon ne maſquerent ce
foir- là qu'en Avocats ; mais ce
fut avec une propreté qui faiſoit
affez connoiſtre que les Robes
de ces Avocats là n'avoient
jamais eſſuyé la pouffiere du
Palais..
La Maſcarade des Cris de Palais
fut la fixieme de Monſeigneur
le Dauphin. Ceux qui accom
pagnoient ce Prince , étoient
Monfieur le Prince de Conty
G6
156 MERCURE
Monfieur le Prince de la Rochefur-
Yon Monfieur le Grand ১.
Prieur, Monfieur le Prince Turenne
, Monfieur le Comte de
Brienne , Monfieur le Prince de
Thingry , Monfieur le Marquis
d'Alincourt , Monfieur le Marquis
de Courtenvau Monfieur
de la Rocheguion , Monfieurde
Liencourt , Monfieur de Grignan
, & Monfieur du S. Eſteve
Selon les Meſtiers qu'ils repre->
ſentoient , ils portoient ce qu'il y
avoit de plus delicat àboire & à
manger , & quelques uns portoient
juſqu'à des Boutiques garnies
de ce qui regardoit leur Perfonnage.
Monfieur le Duc de
Bourbon , & Mademoiselle de
Bourbon vinrent ce foir-là au
Bal avec une Troupe de huit
perſonnes , dont les habits reprefetoient
des pavillons. La маг
GALANT. 157
carade de Monfieur le Duc du
Mayne , qui parut le meſme ſoir,
étoit de dix Seigneurs Chinois
& de cinq Dames Chinoiſes ,
avec des habits auſſi magnifiques,
que bien imaginez . Voicy les
Noms de ceux qui compofoient
cette maſcarade ; Monfieur le
Ducdu Maine, Monfieurle Comte
de Thoulouſe Monfieur de
Mancini , Monfieur le Comtede
Cruffol Monfieur de Duras, Monſieur
de Sully Monfieur de
Grignan , Monfieur le marquis
de la Vrilliere, Monfieur de Soyecourt,
Monfieur Bontemps , Mademoiselle
de Nantes, Mademoifelle
de Blois , Mademoiselle d'Uſez
, Mademoiselle de Senneter
re , Mademoiselle de Chasteauneuf.
Quelques jours avant la
fin du Carnaval Monſeigneur le
Dauphin ayant reſolu de faire
,
「
158 MERCURE
une Courſe de Teſtes en maniere
de petit Carouſel , avec des
Quadriles , on chercha un Sujet,
on imagina desHabits , on les fit,
on s'exerça , & l'on courut enfin
fix jours apres qu'on eut reſolu
ce divertiſſement. La France ſeule
eſt capable d'executer des
choſes de cette nature en ſi peu
de temps. Vous en ferez furpriſe
, quand vous aurez ſçeu ce
que j'ay à vous en dire. Le Dimanche
4. de Fevrier ,le Roy,
Madame la Dauphine , & toutes
la Cour ſe rendirent à trois
heures apres midy fur les Am
phitheatres du Manege découvert
de Verfailles . La Quadrille
deMonſeigneur le Dauphin entra
auffi - toſt dans la Carriere, au
fon des Timbales & des Trompettes;
les Armes de cette Qua
drille estoient noir & or , les
GALANT.
139
habits de deſſous noirs & brodez
d'or , & toutes les plumes
tant des Hommes que des Chevaux
étoient blanches , & les
garnitures de meſme. Monfieur
le Marquis de Dangeau , ſous le
nom de Charlemagne , entra le
premier comme Juge du Camp,
Monſeigneur le Dauphin , eſtoit
`ſous le nom de Zerbin ; Monfieur
le Prince de Tingry , fous
celuy de Renaud ; Monfieur de
la Roche - Guyon , ſous celuy
d'Aquilan le noir ; Monfieur le
Marquis de Liancour , fous celuy
deGrifon le blanc; & Monfieur
le Marquis d'Antin , ſous celuy
de Roland. La ſeconde Quadrille
entra auſſi-toſt apres, précedée
de ſes Trompettes ,
Timbales. Les couleurs de cette
&de ſes
Quadrille estoient or & vert ,
vec des plumes blanches
160 MERCURE
mouchetées de vert. Monfieur
le Duc de Gramont eſtoit Juge
du Camp . Il entra le premier
ſous le nom d'Agramant . Monfieur
le Prince de la Roche-fur-
Yon, avoit celuy de Mandricardi
Monfieur le Duc de Vandôme ,
celuy de Gradaſſe ; Monfieur le
Prince de Turenne , celuy de
Roger ; Monfieur le Comte de
Briône, celuy de Rodomont; &
Monfieur le marquis d'Alincour,
celuy de Sacripant. On ne peut
avoir plus de fatisfaction que
cette Courſe en donna aux Spetateurs,
ny meriter plus d'aplaudiſſemens
que monfeigneur le
Dauphin , qui eſt le Prince du
Monde ,qui a la meilleure grace
les Armes à la main. Apres une
fort longue diſpute , le Prix demeura
ala feconde Quadrille , &
ceux qui la compofoient le dif
GALANT. 161
puterent long- temps entr'eux ;
maisenfin , Mr le Prince de Turenne
l'emporta , & reçut de la
main du Roy, au ſon des Timbales",
& des Trompettes,une Epée
d'or avec de riches Boucles .Mr du
Mont Ecuyer de Monſeigneur le
Dauphin , montoit un Cheval
nud qu'il gouvernoit, comme auroit
pû faire le plus habile Ecuyer
à qui rien n'auroit manqué, pour
bien manier un Cheval , ſur les
quel il auroit eſté monté. Je croy
que vous ſçavez de quelle maniere
ſe fait cette Courſe de te.
ſtes. Il faut d'abord en emporter
une avec la Lance ; puis on darde
une autre , on ſe retourne enſuite
vers la Meduſe que l'on darde
auffi , apres quoy on emporte
à l'épée la derniere teſte , qui eſt
plus baſſe que les autres. Je vous
envoyeray le mois prochain les
182. MERCVRE
:
Deviſes de tous ceux qui estoien
de cette Courſe. Le lendemain
on repreſenta l'Opera d'Amadis
à Verſailles . Le Roy ne l'avoit
point encore veu , parce que cet
Opera avoit paru dans l'année de
la mort de la Reyne , & vous ſçavez
que pendant ce temps , le
Roy n'a pris aucun divertiſſement.
Le jour ſuivant qui eſtoir
le dernier du Carnaval , la Mafcarade
deMonſeigneur le Dauphin
, eſtoit d'un Marquis de
Maſcarille porté en Chaiſe , avec
un équipage convenable à fon
fracas d'ajustement , Monfieur le
Comtede Thoulouſe maſqua ce
foir là avec un habitde Perfan ,
&charma toute la Cour. Parmy
les Maſcarades qui ont le plus diverty
, il y en a eu une de Suiſſes,
quia donné un fort grand plaiſir,
& dont l'invention cauſa beau
GALANT. 183
coup de ſurpriſe. Toutes les fois
que madame la Dauphine a dancé
, pendant les jours deſtinez
aux Maſcarades , fa bonne grace
&lajuſteſſe de ſo oreille ont toû
jours paru. Madame la Princeſſe
de Conty s'y eſt ſouvent fait admirer
ſous pluſieurs habits , mais
furtout avecun habit Gree, dont
on fut tellement charmé , que
pluſieurs en firent faire de ſemblablespour
les Bals ſuivans. Mes
Dames les marquiſes de Richelieu
& de Bellefonds , ſe ſont
fort diftinguées par divers habits
auſſi riches que bien entendus ;
& Madame la marquiſe de Seignelay
a auſſi brillé de la meſme
forte , & fur tout avec un habit
à la Hongroiſe.Je ſerois trop long
fi j'entrois dans le detail de toutes
celles qui en ont eu de tres riches
en maſquant. Quoy que
164 MERCURE
ces habits n'euſſent le Caractere
d'aucune Nation , ils n'en étoient
ny moins beaux , 'ny moins magnifiques
, ny moins bien entendus
, & n'en paroient pas moins
les Dames qui les portoient. Il y
a eu encore un divertiſſement ,
qui pour n'avoirpas eſté du nombre
des maſcarades qui ſe ſont
faites chez le Roy , n'a pas laiſſe
d'eſtre un des plus agréables ,
dont on ait jamais entendu parler.
Le Roy eſtant entré un ſoir
chez Madame de Monteſpan , fut
ſurpris de voir que tout ſon appartement
repreſentoit la Foire
de S. Germain. Ce n'étoit partout
que Boutiques remplies de maг-
chands , & l'on voyoit meſme des
Compagnies entieres de Perſonnes
qui ſe promenoient dans cette
Foire , & qui faifoient converſation
, ou entr'elles , ou avec les
GALANT.
165
3
* Marchands & les marchandes .
Enfin , tout ce que l'on a coûtume
de voir à la Foire, y paroiſſoit
depeint au naturel. C'eſt ainſi
qu'on doit furprendre pour bien
divertir , & tous ces fortes de divertiſſemens
ſont de bon gouft .
L'Opera de Roland qui avoit
eſté fait pour le Roy , n'ayant pû
eſtre repreſenté à Paris , avant
que les divertiſſemens de Verſailles
euſſent ceſſe , fut donné
pour la premiere fois au Public ,
le huitième de ce mois, accompagné
des machines & des Décorations
qui n'avoient pû luy ſervir
d'ornement à la Cour , parce
que le ſuperbe Théatre où ces
grands ſpectacles doivent paroître
, n'eſt pas encore achevé. Ces
- Décorations & ces machines , ont
donné un nouvel éclat à cet
Opera. Ils font de Monfieur Ber
186 MERCURE
rin , auſſi bien que les deſſeins des
habits des maſcarades &du Carouſel
, dont je viens de vous parler
. La Troupe Italienne eſt aug.
mentée d'un Acteur nouveau,qui
attire les applaudiſſemens de tout
Paris , & qui n'a pas moins plû à
laCour qu'à la Ville. Il a une agi.
lité de corps ſurprenante , & feconde
admirablement l'incomparable
Arlequin.
Quoy que le Printemps ait
commencé , la Saiſon eſt encore
fi rude , que rien n'y ſçauroit
mieux convenir que les paroles
ſuivantes. C'eſt un fort habile
Maiſtre qui les a miſes en Air.
2
AIR NOUVEAU.
Ents qui portez par tout voftre
funeste rage.
Redoublez, redoublez vos bruits impétueux
.
GALANT. 187
- Et ne permettezpas en cet Hyver
affreux ,
Quepas un de nos joursfoit exempt
de l'orage.
Mais épargnezle doux calme des
nuits ,
Rentre pourquelque temps au fonds
devos Cavernes ,
Et quand du Cabaret je revins au
Logis,
1 Gardez- vous bien d'éteindre les
$
Lanternes.
Aprés vous avoir mandé dans
- fix de mes Lettres quantité de
choſes curieuſes du Royaume de
Siam , & des Ambaſffadeurs que
le Roy de ce vaſte Empire avoit
envoyez à Sa Majeſté,du naufrage
deſquels on commence à ne
plus douter , je dois vous dire
que les mandarins envoyez en
France par ce meſme Roy , pour
4
168 MERCURE
en apprendre des nouvelles , ſe
ſont enfin embarquez pour retourner
à Siam , ayant toûjours
eſté défrayez par ordre , & aux
dépens de Sa Majeſté. Monfieur
le Chevalier de Chaumont, Ambaſſadeur
du Roy vers celuy de
Siam , s'embarqua à Breſt le premier
de ce mois , ſur le Vaiſſeau
de Guerre nommé l'Oiseau , &
deux jours aprés il mit à la Voile
pour Siam au bruit du Canon ,
& aux fanfares des Trompetes.
Monfieur l'Abbé de Choiſy , qui
a pouvoir de Sa Majeſté de faire
les fonctions de l'Ambaſſade , au
defaut de Monfieur le Chevalier
de Chaumont , & de demeurer
auprés du Roy de Siam , s'il en
eſt beſoin , aprés que ce Chevalier
aura pris ſon audience de
Congé pour revenir en France,
c'eſt embarqué ſur le meſme
Vaiſſeau,
GALAN T.
169
Vaiſſeau , qui eſt de quarantefix
pièces de Canon , commandé
par Monfieur de Vaudricour , &
ayant Me de Coriton pourCapitaine
en ſecond , Meſſieurs les Chevaliers
de Fourbin & de Sibois
pour Lieutenans , & Monfieur
de Chammoreau pour Enſeigne.
Une Frégate du Roy de vingtquatre
piéces de Canon les fuit.
Elle est commandée par Monfieur
Joyeux , & par Monfieur du
Tertre , Enſeigne , & porte une
partie de leur Equipage. Les
François ne voulant point demeurer
oififs , chacun à l'envy
s'eſt empreflé pour eſtre de co
Voyage. Meffieurs de Cintré &
de Francine Lieutenans , onteſté
nommez pour cela , & font à la
fuite de l'Ambaſſade , auſſi bien
que Monfieur de Fretteville ,
Gardede la marine. Ce dernier,
qui a eſté Page de la Chambre
Mars 1685 .
H
1
170
MERCURE
du Roy , a merité cet avantage,
tant par les Services de M² de
Fretteville ſon Pere , que par
l'affiduité & la ſageſſe avec laquelle
il a luy meſme ſervy Sa
Majesté , pendant les années d'exercice
de Monfieur le Duc de
Geſvres , & de Monfieur le Duc
de S. Aignan , auquel il a l'honneur
d'appartenir. Depuis ſa fortie
de Page , il s'eſt trouvé à toures
les occaſions de Guerre , qu'il
ya eu ſur laMediterranée.Les autresGardes
Marines qui ſont com.
me luy àla ſuite de l'Ambaſſade ,
font MeſſieursCompiegne , lon
cous,d'Erbouville,du Fay,de Palu
de la Foreſt , & de Benneville. Le
Roy, comme Fils aîné de l'Eglife,a
crû avec beaucoup de raiſon,qu'il
eſtoit digne de luy d'envoyer des
Ambaſſadeurs à Siam , en faveur
de la Religion Catholique , qui
commence à y faire de grands
GALANT. 171
progrez , & qui en pourra fairc
enocre davantage , eſtant ſecondée
du zéle & de la pieté de Sa
Majefté.
Je vous ay parlé aſſez ample.
ment dans ma derniere Lettre de
cequi s'eft paflé pendant les premiers
jours de la maladie du Roy
d'Angleterre; mais comme je vousS
aydit peu de choſes des deux der
niers , parce que je n'étois pas encore
bien informé du détail , je
crois que vous ne ſerez pas fachée
que je reprenne cette matiere
, pour vous apprendre des
chofes que vous pouvez ignorer.
Le Jeudy 15. de Fevrier, veille
de la mort de ce Monarque , les
Medecins dirent à Monfieur le
Duc d'York , qu'il étoit hors de
danger , qu'ils répondoient de Sa
vie ; & que s'il mouroit de cette
maladie-là , ce ne pourroit estre que
Par leurfaute. Sur une afſeurance
H 2
172 MERCURE
:
1
ſi poſitive , Monfieur le Duc
d'York , qui par la prudence
qu'on a roûjours veuë inſeparable
de toutes ſes actions , avoit
fait fermer tous les Ports d'Angleterre
, donna des ordres pour
les faire r'ouvrir. Cependant le
ſoir de ce meſme jour , le Roy
futnouvellement attaqué de convulfions
; le poux commença à
luy manquer; depuis le bas de
ſon corps la moitié devint froide,
& il perdit peu à peu la parole ,
quoy qu'il ait encore parlé avec
une grande préſence d'eſprit ,
trois heures avant ſa mort.On ne
peut montrer plus de reſignation,
ny des ſentimens pieux & plus
Chrêtiens , qu'il en fit voir dans
les intervales de foulagement que
ſon grand mal luy laiſſoit. Il demanda
premierement pardon à
Dieu , & enſuite à la Reyne ſa
femme , qui n'étoit pas préſente
GALANT.
173
dans ce moment. , puis à Monſieur
le . Duc d'York , l'appellant
Son cher Frere , fon aimable Frere ,
qui luy avoit toûjours esté meilleur
Frere , qu'il ne l'avoit eſté pour lug
pendantſon vivant ; ce qui attendrit
ſi fort ceux qui l'écoutoient ,
qu'ils ne purent retenir leurs larmes
. Il parla auſſi fort avantageuſement
du grand merite de
Madame la Ducheſſe d'York ,
& de la haute eſtime qu'il avoit
toûjours euë pour cette Princefſe.
Il recommanda à tous les
grands Officiers de la Couronne
qui estoient autour de ſon lit ,
l'entiere obeïſſance qu'ils devoient
à Me le Duc d'York , fon
unique Frere , & Heritier du Royaume
, les aſſurant qu'il le ſurpaſſeroit
en bonté pour eux.
Apres cela il pria ce Prince d'avoir
ſoin des Ducs de Graffeton ,
Northumberland , S. Alban , &
H
3-
174 MERCURE
)
Richemont ; puis il luy donna la
Clefde fon Cabinet où estoient
ſes Papiers les plus ſecrets , & luy
témoigna , & à tous ceux qui
avoient paffé la nuit dans ſa
Chambre , & qui estoient la plûpart
des Grands du Royaume ,
beaucoup de douleur des peines
qu'ils prenoient pour l'affifter. II
ajoûtoit par intervale , qu'ilvaloit
mieux , puisque le temps defamort
estoit venu , que ce moment s'avan
çast , afin que leursfatigues ceffaf.
fent. Trois heures avant qu'il ex
piraſt , il parla quelque temps à
P'oreille de m' le Duc d'York , &
mourut le Vendredy 16. à onze
heures trois quarts du matin . Il a
plus paru de convulfion dans le
fujet de la mort de ce monarque,
que d'Apoplexie. On l'a ouvert ,
& on luy a trouvé les Vifceres
tres - bons . Il avoit une eau noire
dans le Cerveau ; quelques- uns
GALANT.
175
veulent que cette eau ſoit un ef
fet du Tabac, & la cauſe de ſa
mort . D'autres l'attribuent au
contretemps d'avoir arreſté une
Auxion qu'il avoit ſur les Jambes .
Le Roy ayant rendu le dernier
foupir , Monfieur le Duc d'York
fortit de la Chambre où се мо-
narque venoit de mourir,& dit
luy- meſme aux Seigneurs qu'il
trouva dehors , que le Roy ſon
Frere eſtoit mort , & qu'il eſtoit
devenu leur Souverain. Quoy
que la plus vive douleur fuft
peinte ſur ſon viſage , il avoit
neanmoins un air de grandeur &
de fermeté , qui imprimoit du
reſpect,& qui auroit pû intimider
les malintentionez pour luy , s'il
s'en fuſt trouvé quelques - uns.
Ce nouveau Monarque alla enſuite
apprendre cette nouvelle
à la Princeſſe ſa Femme. Auffitoſt
apres , le Grand Chancelier
H4
176 MERCURE
avec le Seau , accompagné des
Conſeillers d'Etat , vint ſalüer le
nouveau Roy & la nouvelle
Reyne , & ils demandérent à Sa
Majesté ſi Elle vouloit tenir Conſeil.
Le Roy ſe rendit dans la
Chambre oùil ſe tient ordinairement
, & la Reyne , à l'Apartement
de la Reyne Doüairier ,
pour la confoler dans ſon déplaifir.
Le Roy eſtant au Conſeil , fit
appeller tous ceux qui le compofoient
, & tous les Pairs du Royaume
qui estoient pour lors à la
Cour , & Sa Majeſté leur fit le
Diſcours que je vous ay envoyé
dans ma derniere Lettre. Joubliay
de vous marquer qu'avant
qu'il le commençaſt il ſe ſentit ſi
vivement penétré de ſa douleur,
qu'il ne pût retenir ſes larmes , &
pria l'Aſſemblée de compatir à
la perte qu'il venoit de faire. le
vousay parlé de ce qui ſe fit dans
GALAN T.
177
leConſeil , &de la Proclamation
du Roy , que je vous ay envoyée
dans les meſmes termes qu'elle
fut faite ; mais je ne vous ay rien
ditdes Cerémonies de cette Proclamation
. Elles font affez curieuſes
pour eſtre ſçûës . Sur les
trois heures apres midy le Duc
de Nolfolk , Grand Maréchal ,
avec les Hérauts d'Armes ſuivy
du Grand- Chancelier , du Préfident
du Conſeil , du Garde des
Seaux , de tous les Seigneurs du
Conſeil , de l'Archeveſque de
Cantorbery , & des Pairs du Royaume
, fit à la Porte de Vvitheal
la Proclamation du nouveau Roy
&de la nouvelle Reyne;& tous
enſemble allérent à la Porte de la
Ville , partie en Carroffe , partie à
Cheval, accompagnezd'un grand
Corps de Cavalerie bien montée
&bien armée ,& dont les Che-
H
178 MERGURE
vaux eſtoient magnifiquement
caparaçonnez . Milord maire ſe
trouva à la Portede la Ville,ſuivy
des Juges & des Magiſtrats de la
Ville , reveſtus de Robes d'Ecarlate
, & fuperbement montez. Ils
eſtoient accompagnez de cent de
leurs Gardes portans des Halebardes
, & d'un grand nombre
d'Officiers auffi à pied , avec des
Robes violettes. Dés que Milord
Maire apperceut leGrand-Maréchal
avec ſa Suite , il fit fermer la
Portede la Ville. Un des Hérauts
heurta à cette Porte , criant que le
Roy Charles estoit mort , & que le
RoyJacques vouloit entrer. La Porte
fut auffi- toſt ouverte , & l'on
y fit une ſeconde Proclamation.
Le Peuple dont la foule eſtoit
tres-grande , cria d'abort en Anglois
Vive le Roy Jacques, avecde
grandes demonſtrations d'alle
GALANT. 179
greffe , & plufieurs meſme , pour
mieux témoigner leur joye , jettérent
leurs Chapeaux en l'air.
Toute la Compagnie entra dans
la Ville avec milord Maire. La
Cavalerie eſtoit à la teſte & à la
quenë. Cette Marche fut continuée
juſques à la moitié de la
Ville,& s'arreſta devant la Grande
Bourſe , où l'on fit une nouvelle
Proclamation ; de forte que
trois heures apres la mort du Roy,
toutes ces Ceremonies furent finies
, avec une tres- grande tranquilité.
Ilne faut pas s'en étonner..
Le Peuple craint , eſtime & aime
le nouveau Roy , & eſt perfuadé
de ſon intrépidité & de fa valeur.
Cette Cerémonie eſtant finie ,
toute l'Artillerie de la Tour fic
pluſieurs Salves , & les Cloches
carillonnerent toute la nuit. Je
vous ay déja marqué que le mé-
H 6
180 MERCURE
me jour le nouveau Roy déclara,
Que ceux dontle Pouvoir , & les
Revenus , ou Salaires estoient finis
& ceffez ,seroient &fe tiendroient
continuez dans leurs Charges , &
Emplois ,ſous les mesmes conditions,
& ainsi qu'il en joüiſſosent cy- devant
, jusqu'à ce que les intentions
de Sa Majesté fuffent plus amplement
expliquées. le dois ajoûter
icy , qu'il s'expliqua dans le même
temps fur ce que pluſieurs
grands Seigneurs ne payoient
point leurs debtes , ſous prétexte
qu'ils avoient des Charges à la
Cour , & dit que ce n'étoit pas
fon intention . Le 17. les luges
preſtérent Serment , & reprirent
leurs Séances , & le lendemain ,
Milord Chef de luſtice , avec
tous les luges qui l'accompagnoient
, baifa la main à Sa ма-
jefté. Le meſme jour Elle déclara
GALAN T. 181
par une Proclamation qui fut publiée
, qu'elle avoit deſſein de
convoquer dans peu de tempsun
Parlement, eſtant perfuadée qu'il
prendroit ſoin d'établir des Revenus
fuffifans pour ſoûtenir les
dépenses auſquelles le Gouvernement
de l'Etat l'engageroit .Elle
ordonna cependant , que l'on
continuëroit à lever les droits
d'Entrée & de Sortie ſur toutes
les marchandiſes dans les Ports
de fon Royaume. Ce jour- là
Milord Darmouth & Milord chef
de luſtice , qui n'avoient pû ſe
trouver au Conſeil le 16 , preſtérent
Serment entre les mains de
ce Prince , & prirent Séance. Le
Corps du feu Roy fut embaumé ,
&delivré pour cela par le Comte
de Bath , Premier Gentilhomme
de fa Chambre , au Comte d'Arlington
, Chambellan de ſa Mai
182 MERCVRE
fon. On le tranſporta fans Cerémonie
à l'Apartement du Prince
au Palais de Sommerſet , où il fut
gardé par ſes Officiers juſquesau
jour de l'Enterrement. Le 19.le
Prince Georges de Dannemark,
qui a épousé la ſeconde Fille du
nouveau Roy , prit Séance au
Conſeil Privé de Sa Majeſté. Le
24. le Cercüeil où l'on avoit mis
le Corps du feu Roy , fut porté
au Palais de Vveſtminster , à l'Egliſede
l'Abbaïe , par les Gentilshommes
de la Chambre. Six
Comtes foûtenoient les coinsdu
Drap Mortuaire. La Marche de
ce Convoy fut commencée par
les Domeſtiques des Seigneurs
&des Officiers de la Couronne ,
du Prince & de la Princeſſe de
Dannemark , du Roy & de la
Reyne , de la Reyne Doüairiere ,
&du feu Roy. Les Officiers fui
GALANT.
183
voient , puis les Barons , les Vicomtes
, les Comtes, les Marquis,
les Ducs , les Eveſques , & les
Grands Officiers de la Couronne
, chacun felon ſa Dignité.
L'Archeveſque de Cantorbery
marchoit le dernier, à cauſe qu'il
eſt le Premier Pair d'Angleterre.
Le Prince Georges de Dannemark
, Chef du Deüil , marchoit
apres eux. Il eſtoit conduit par
les pucs de Sommerſet & de
Beaufort & accompagné de
ſeize Comtes. Les Roys d'Armes
portoient la Couronne , & les
autres marques de la Royauté ;
&la marche eſtoit fermée par les
Gentilshommes Penfionnaires ,
& par les Yeomans de la Garde..
Le Doyen & les Chanoines de
Vveſtminster vinrent recevoir le
Corps à la Porte ; & le Service
ayant eſté fait ſelon l'Ufage de
و
184
MERCURE
l'Eglife Anglicane , on l'enterra
dans la Chapelle de Henry VII .
C'eſt le Lieu de la Sépulture ordinaire
des Roys d'Angleterre.
Les Grands Officiers rompirent
alors leurs Baſtons , & un Roy
d'Armes proclama le Roy Jacques
II. felon la coûtume. Comme
en ces occaſions on attend
toûjours à donner les Charges ,
que le dernier Roy ſoit enterré ,
cette lugubre Ceremonie ayant
eſté faite , on donna au Comte
de Rocheſter la Charge de Grad
Tréſorier d'Angleterre , exercée
depuis quelques années par Commiffion
; celle de Préſident Privé
au Marquis de Hallifax , & celle
de Garde du Seau Privé qu'avoit
ce Marquis , au Comte de Clarendon
. On fit le Duc de Beaufort
, Préſident du Païs de Galles ,
& Milord Godolphin , Chambellan
de la Reyne.
GALANT.
185
Lelendemain 25. le Roy & la
Reyne firent leur dévotions dans
leur Chapelle , en prefence de
pluſieurs de leurs premiers Officiers&
de quantité de Seigneurs
Anglois , le Roy ayant fait ouvrir,
les portes. Sa Majesté ayant
auparavant communiqué ſa réſolution
à fon Conſeil, avoit dit
Quefaisant profeſſion de la Religion
Catholique , il croyoit , pour
faire mieux connoiſtre ſaſincerité,
&sa bonne foy,ne devoirpasfe cacher
à l'avenir , &faire mieuxfon
devoir , comme chacun est obligéde
faire dans la Religion qu'il profeſſe.
Ces paroles eſtant d'un grand
Roy, d'un Prince fincere & plein
de coeur , qui ne ſçait point déguiſer
, & enfin d'un honneſte
Homme; il n'y a perſonne , de
quelque Religion qu'il puiſſe
eſtre , qui ne doive approuver la
186 MERCURE
franchiſe de ce procedé , & qui
ne tombe d'accord que ce
Monarque a pû ſe ſervir de la
meſme liberté qu'il laiſſe à ſes
Sujets. 發
Le 27.on publia une Proclamation,
portant que leRoy avoit fait
examiner le Bail de l'Excife , par
les Juges & par les plus habiles
Juriſconſutes , l'Exciſe eſt un
Impoſt ſur la Biere & fur les
Boiffons étrangeres , conclu au
nom du feu Roy , par les Commiſſaires
de la Treſorerie , avec
les fermiers Generaux pour trois
ans , moyennant cinq cens cinquante
mille livres Sterlin par
an , payables par Quartier , dont
le premier Terme devoit eſtre
le 25. de ce mois. Ie croy , madame,
que vous ſçavez qu'une livre
Sterlin , eſt environ treize Francs
de noſtreMonnoye. Sa Majesté
GALANT. 187
déclara par cette Proclamation,
que la mort du Roy ne reſolvoit
pas ce Bail de l'Exciſe , & que
fon intention eſtoit qu'on l'executaſt
ſuivant les Actes du Parlement
, par leſquels ce Droit a
eſté accordé au feu Roy , pour en
joüir pendant ſa vie , & àcauſe
de la part que les meſmes Actes
en accordent à ſes Heritiers &
Succeſſeurs. le ne vous nõmeray
point toutes les Villes où le Roy
a eſté proclamé , ſi- toſt qu'on y
areceu la nouvelle de la mort
du Roy Charles II . Ie vous diray
feulement que cette Ceremonie
s'eſt faite par tout avec des
marques de joye extraordinaires ,
Elles font connoiſtre combien le
nouveau Roy eſt aimé de ſes
Sujets. Apres la Proclamation
faite par le principal Officier à
la grande Place de chaque Ville,
188 MERCURE
où les Magiſtrats ſe ſont rendus
en Robes d'écarlates, les Canons
ont fait trois décharges generales
, qui ont eſté ſuivies d'autant
de Salves des Milices , ſous les
Armes. Dans les Villes Maritimes
, tous les Vaiſſeaux qui
étoient dans les Ports , ont fait
pluſieurs décharges de Icur Artillerie
, les Cloches ont fonné
dans toutes , pendant le jour &
toute la nuit , & on n'a veu que
Feux de joye dans toutes les
Ruës . La Proclamation de l'Univerſité
de Cambridge a eſté particuliere.
Le Vice - Chancelier
ayant aſſemblé tous les Principaux
des Colleges , & tous les
Ecoliers , ils ſe rendirent à la
Proceffion à la grande Place de
la Ville , où il lût la Proclamation
. Ensuite elle fut annoncée
à haute voix , par l'Ancien de
GALANT. 189
les
l'Univerſité , & un grand Repas,
dans lequel on but la Santé du
Roy & de la Reyne finit la Ceremonie.
le paſſe toutes
Adreſſes que l'on preſente tous
les jours à Sa Majeſté , au nom
des principales Villes & des
Communautez du Royaume. Les
Affurances de zéle & de fidelité
pour ſon ſervice dont elles font
pleines , ſont conceuës en des
termes ſi reſpectueux & fi fonmis
, qu'on voit aisément qu'elles
font finceres. On y fait pareillement
des remercimens au Roy,
de ce qu'il a déclaré que ſa réſolution
eſt de maintenir le Gouver.
nement établi dans l'Egliſe & das
l'Etat,felon les Loix du Royaume.
Les Compagnies du Commerce
d'Afrique , du Levant , des Indes
Orientales , & pluſieurs autres
de marchands , ont auſſi preſenté
190 MERCURE
des Adreſſes à Sa Majesté , pour
luy témoignerqu'elles ſe ſoumettent
volontiers à payer les Impoſts
ſur les marchandises , conformément
à la Déclaration qui
en a eſté publiée.
Il faut vous parler prefentement
de la Proclamation qui a
eſté faite en Ecoſſe , apres qu'on
y eut receu les Lettres du Roy,
conceües en ces termes
d'Ir-
JACQUES ROY.
Acques VII. par la Grace de Dieu,
Acque par
Roy d'Ecoffe , d'Angleterre ,
lande , Défenſeur de la Foy , à tous
un chacun de nos bons Sujets
qu'il apartiendra , Salut. Comme il
aplûà Dieu d'appeller aujourd'huy
de cette vie , le feu Roy nostre trescher
bien aimé Frere Charles II.
Nous avons jugéà propos de vous
fairesçavoir que nostre RoyalPlai
GALANT.
191
fir est, Que tous nos Officiers d'Etat
, Confeillers du conseil privée
Magistrats, & autres Officiers quel
conques , de Robe ou d'Epée , dans
nostre ancien Royaume d'Ecoffe, continüent
leurs Fonctions , ainsi qu'ils
font autoriſez par les Preſentes ,
pour executer tous & chacun en
particulier, toutes les choses quifont
du devoir de leurs Charges , conformément
aux Commiſſions & Instru
Etions à cux données parle feu Roy
debenite Memoire ,jusqu'à ce qu'ils
en ayent receu de nouvelles, qui leur
foient envoyées de nostre part , &
cette preſente Lettrefervira à tous,
& à chacun en particulier à les autoriſer
ſuffisamment pour le faire.
Donné à Vuitthal le 16. Fevrier
1685. de nostre Regne le premier.
Par commandement de Sa Maiesté.
I.D. RUMMOND.
Vous voyez , Madame , que fi
1
192
MERCURE
le Roy qui ſe fait nommer Jacques
1 1. en Angleterre , prend.
icy le nom de lacques VII. c'eſt
pour conſerver la ſucceſſion des
Roys d'Ecoſſe. Jacques VI. Roy
d'Ecoffe , Fils de Marie Stuard ,
eſtoit petit Fils de Marguerite
d'Angleterre , Soeur de Henry
VIII . & Elizabeth , Fille de ce
meſme. Henry VIII. eftant morte
en 1603. la Couronne d'Angleterre
appartint de droit à lacques
VI. Roy d'Ecoffe, qui ayant
uny lestrois Royaumes d'Angleterre
, d'Ecoffe & d'Irlande , prit
le Tître de Roy de la grande Bretagne
, avec le nom de Jacques I,
Ainfi le Roy qui regne preſentement
, eſt lacques I I. en Angleterre
, & Jacques VII. en Ecoffe.
Voicy les termes dans leſquels Sa
Proclamation a eſté faite en ce
Royaume.
Comme
GALAN T. 193
→→ Comme il a pleu à Dieu d'appeller
le Roy Charles I I. nostre Souve
rain Seigneur degloricuse Memoire,
de la Couronne Temporelle à une
Couronne Eternelle dans le Ciel , &
qu'ainsi le Droit incontestable de la
fucceffion à la Couronne de ce Royaume
, est dévolu à la Perſonne
Sacrée de fon Royal & Tres cher
Frere , à present nostre Souverain
Seigneur , que Dieu conferve longues
années: Nous , les Seigneurs du Confeil
Privé du Roy , autoriſez à cet
effet par les Lettres de Sa Maiesté ,
écrites à Vuithalle 16. de ce mois ,
&du consentement de plusieurs autres
Seigneurs , Eccleſiaſtiques , des
Barons , & des Bourgeois de ce Royaume
, Déclarons & Proclamons à
ce que perſonne n'en ignore , que nôtre
Souverain Seigneur Jacques VII.
est par legitime & indubitable Succeßion
, Roy d'Ecoffe , d'Angleterre ,
Mars 1685.
1 I
194
MERCURE
d'Irlande , & des Païs qui en dépendent
, Defenseur de la Foy , &c .
Que Dieu conferve & beniſſe , en
luy accordant une longue , glorieuse,
& heureuse vie , & un heureux
Regne. Nous déclarons que nous
Sommes résolus de luy obeïr , & de
le fervir avec toute la ſoûmiſſion&
fidelité poſſible, de le défendre au peril
de nos vies &de nos biens , contre
touteforte d'Ennemis , comme nostre
feul legitime Roy , ayant une autorité
Souveraine fur toutes Perſonnes,
& en toute forte d'affaires , comme
tenant la Couronne de Dieu feul.
En témoignage dequoy , Nous zen la
presence de Dieu , & d'un grand
nombre de Peuple & de fidelles Sujets
de Sa Maiesté, &de tous Etats
&Conditions qui font icy prefens à
cette Publication Solemnelle, par laquelle
nous reconnoifſſons ſaſupréme
& Souveraine Autorité , à la Croix
GALANT.
195.
- _du Marché de cette ville d'Edimbourg
, déclarons & publions que
noſtre Souverain Seigneur , eft par
la Grace & Providence de Dieu ,
Tout- puiſſant , Roy d'Ecoffe , d'An
gletere , d'Irlande , & Païs dipendans
; & en mesme temps nous faifons
Serment en levant la main, d'avoir
une veritable entierefidelité
envers noſtre Souverain Seigneur
Jacques VII. Roy de la Grande Bre.
tagne , &c . & àses legitimes Heritiers
& Succeffeurs , & de nous
acquiter de tous devoirs . Service ,
& obeiſſance qui luy ſont deus , ainsi
qu'il apartient àde loyaux, foumis ,
fidelles Sujets . Ainsi Dieu nous
aide. Par Acte des Secretairesdu
Confeil.
1
Milord Lansdown , le Chevalier
Silvius , Meffieurs Poley ,
Skelton , Rich , & Etheridge ,
que le Roy Charles I I. avoit 1
J 2
196 MERCURE
nommez pour aller en qualité
d'Envoyez Extraordinaires en
Efpagne , en Danemark , en Suéde
, en Hollande , à Hambourg ,
& à Ratisbonne , onteſté confirmez
dans leurs Emplois , par Sa
Majeſté.
Apres pluſieurs Aſſemblées
des Seigneurs du Conſeil Privé ,
touchant les préparatifs du Couronnement
du Roy , il a eſté réfolu
qu'il ſe fera le 3. May , Feſte
de S. Georges , ſelon l'ancienCalendrier.
On y obſervera toutes
les Ceremonies de celuy du défunt
Roy , à la reſerve de celle
de créer des Chevaliers du Bain,
de faire la Calvacade de Vvitheal
à Vveſtminster , & d'une partie
-des Services qui ſe faiſoient ordinairement
au repas Royal, apres
le Couronnement. La Reyne ſera
couronnée en mesme temps ,
GALAN T.
197
comme le fut Anne de Danemark
, avec lacques I. Ayeul de
Sa Majesté. Le Duc d'Ormond ,
Gouverneur General d'Irlande ,
a ordre de venir à la Cour L'Archeveſque
d'Armagh , Primat
d'Irlande , & le Comte de Granard
, doivent gouverner le ROyaume
, comme Lords Juſtices,
ou ſuprêmes Magiſtrats , ſuivant
une Commiſſion qui leur a eſté
expediée par ordre du Roy , &
dont ils ne feront ouverture
qu'apres le depart du Duc d'Ormond.
On a expedié les Lettres
circulaires pour convoquer le
Parlement au 29. May prochain ,
&on les a envoyées dans les Provinces
, afin que les Villes , les
Bourgs & les Communautez élifent
les Députez , qui doivent
entrer à la Chambre des Com
munes. Le feu Roy avoit convo-
I 3
198 MERCURE
1
qué le Parlement d'Ecoffe , & il
devoit s'affembler à Edimbourg ,
mais l'autorité des Lettres Patentes
ne ſubſiſtant plus, Sa Majesté
qui devoit y préſider en qualité
de grand Commiſſaire, a ordonné
qu'il s'aſſemblera en la maniere
accoûtumée le 9. d'Avril , fans:
avoir encore nommé celuy qui
exercera la Commiffion. On publia
la Proclamation à Edimbourg
le 20. du dernier mois.Parmy
les Adreſſes que l'on continuë
de preſenter au Roy au nom des
principales Villes , celle de l'Univerſité
d'Oxford eſt fort remarquable.
Cette Adreſſe porte que
conformément à la religion que
les Loix ont établie , & à la doctrine
que profeſſe cette Univerſité
, elle ſe croit indiſpenſablement
obligée à une fidelité inviolable
envers le Roy , fans aucune
A
GALANT
199
restriction , ny limitation ; que
ceux de fon Corps l'ont aſſez fait
paroiſtre ſans les troubles arrivez
ſous le regne de Charles I. & dans
les derniers temps , demeurant
fermes dans l'obeïſſance qu'ils
devoient au Roy Charles II.qu'ils
ſont dans les meſmes ſentimens
de fidelité & de reſpect pour Sa
Majesté à preſent regnante , &
qu'ils font preſt de luy en donner
des marques en toutes ſortes d'occaſions
, en maintenant cette même
Doctrine , & en l'enſeignant
dans les Ecoles , pour affeurer la
tranquilité publique . Le Roy doit
aller demeurer dans quelque
temps au Palais de Sommerſet ,
& on le prepare pour fon logement.
Le Service de la Chapelle
Royale à Vvitheal, ſe fait tous les
jours de la meſme maniere qu'il
ſe faiſoit du temps du feu Roy.
14
200 MERCURE
Le 4. de ce mois , Sa Majeſté
apres avoir entendu la Prédication
, aſſiſta à la Meſſe dans la
Chapelle de la Reyne , & y communia.
La mort du Roy d'Angleterre
aeſté ſuiviede celle de la reyne
Mere , du Roy de Danemark, arrivée
à Copenhague le Vendredy
2. de ce moisdans la 56. année de
fon âge. Elle estoit Soeur de
George Guillaume, Duc de Zell,
& d'Ernest Auguſte , Duc de
Hanover , Fille de George ,Duc
de Zell , mort en 1641. & d'Anne
Eleonor de Heſſe Darmaſtat,
& avoit épousé le 18. Octobre
1643. Frederic III. Prince de
Danemark, ſecond Fils de Chriſtierne
IV. & d'Anne Catherine
de Brandebourg. Ce Prince
avoit eſté Archeveſque de
Bremen avant la mort de 2
GALANT. 201
& eſtant
Chriftierne fon Frere , qu'on
avoit deſigné Roy
parvenu à la Couronne en 1648 .
il eut de longues Guerres contre
les Suedois , Il les ſoûtint avec
beaucoup de gloire , & fit enfin
la Paix avec la Reyne de Suéde,
Tutrice du Roy Charles fon Fils.
Elle fut concluë à Copenhague
en 1660. & enſuite les Etats de
de Danemark luy donnerent
plein pouvoir de laiſſer hereditaire
dans ſa Maiſon , la Couronne
qui auparavant eſtoit elective.
Il mourut le 9. Fevrier 1670 .
laiſſant deux Fils & quatre Filles
de ſon Mariage , avec Sophie
Amalie de Lunebourg, dont je
vous apprens la mort, Chriftierne
V. l'aîne de ſes Fils luy a fuccedé.
Ilest né le 18. Avril 1646 .
& a epouſe Charlote Landgrave
de Heffe Caffel. L'autre Fils
Is
202 MERCURE
eft George , Prince de Danemark,
qui comme je vous l'ay déja
dit , a épousé depuis peu de
temps , la ſecode Fille du Roy
d'Angleterre , qui regne preſentement.
Les quatre Filles
forties de ce meſme Mariage,
font Anne Sophie , Femme
de lean George , Electeur de
Saxe ; Friderique Amalie , mariée
en 1667. à Chriſtien. Adolphe
, Duc de Holſaces Sunderbourg
, Guillemette , Ernestine,
mariée en 1671. à Charles , Ele-
Eteur Palatin du Rhin , & Vltique
Eleonore - Sabine , qui a
épousé en 1680. Charles X1 . Roy
de Suéde.
L'Ambaſſadeur d'Ager , dont
je vous ay mandé des choſes ſi
curieuſes dans toutes mes Lettres
de l'Eté dernier , s'eſtant embar-.
qué vers la fin du meſme Eſté
GALANT. 203
fur le Vaiſſeau de Monfieur le
Marquis d'Amfreville , pour retourner
à Alger avec tous les
Eſclaves que le Roy avoit rendus
, ce Vaiſſeau n'eut pas plutô
paru devant cette forte Place,
qu'elle en fit éclater ſa joye.
Vous vous ſouvenez ſans doute
de Monfieur de Choiſeüil , qui
dans la ſédition élevée parmy
le Peuple d'Alger , lors
que nos Bombes deſoloient la
Ville , ſe vit ſi ſouvent ſur le
point d'eſtre expoſé à la bouche
du Canon , & qui en fut
toûjours garanty par un généreux
Algérien . Comme il eſtoit
demeuré à Alger depuis ce
temps- là le Dey l'envoya chercher
ſur l'heure , & luy dit ,
Qu'il favoit qu'il ne l'avoit iamais
regardé en Esclave , mais
comme un Officier de l'Empereur
16
204 MERCURE
des François ; & que s'il avoit eſté
exposé à la fureur d'un Peuple
émû , il devoit estre persuadé qu'il
n'en avoitpas esté le maistre , parce
qu'il n'estoit pas pour lors encore
bien affermy dans la nouvelle
Dignité où il veroit de monter.
Enfin il luy parla d'une maniere
que l'on peut prendre pour
une fatisfaction du paffe ; &
finit en luy difant, Que pour luy
faire connoistre encore mieux, qu'il
ne l'avoit iamais regardé comme
un Esclave , il le renvoyoit fans
qu'il fust compris parmy les autres
Efclaves qu'il estoit fur le point
de rendre , qu'il enfaisoit un Pré.
fent à l'Empereur de France ,&
qu'il pouvoit dés- lors aller trouver
Monfieur le Marquis d'Amfre .
ville. Ainſi il fortit le premier
d'Alger , avant que l'on euſt
rendu aucun Efclave de part ny
GALANT.
205
d'autre. Enſuite on reftitua cinq
cens Chrétiens , ſçavoir trois
cens vingt Sujets du Roy , fuivant
les Etas fournis par Monfieur
du Sault , qui vous eſt
affez connu par toutes mes Relations
d'Alger ; cent cinq Etrangers
de toutes Nations, pris ſous
le Pavillon de France pendant
la derniere Guerre , ſuivant
un autre Etatfourny par le mefme
Monfieur du Sault , & foixante
& quinze Anglois & Hollandois
, pris auſſi pendant la
derniere Guerre , mais fous des
Pavillons Etrangers , & que le
Koy avoit demandez d'augmentation.
Ces cent quatre vingt
Eſclaves de toutes les Nations
de l'Europe , qui doivent leur
liberté au Roy , l'ont euë avec
les termes les plus foûmis de la
part du Dey , qui fit dire àMon206
MERCVRE
,
2.
ſieur le Marquis d'Amfreville,
Quc si Sa Majesté en vouloit
un plus grand nombre Elle
n'avoit qu'à leur faire sçavoir ſes
intentions & qu'ils obeïroient.
Quand Monfieur le Commiſſaire
General Hayet vouloit parler
de la magnificence , & de la
justice du Roy , Ce n'est pas à
vous à m'en parler , repondoit
Mezomorto, &jesuis icyfon Procureur
, pour foûtenirſes intéreſts .
L'Ambaſſadeur d'Alger qui
revenoit de France , étant débarqué
avec ſa Suite , & les
Eſclaves qu'il ramenoit , la joye
fut fi grande dans toute la
Ville , qu'on y fit une Feſte genérale
à la gloire de Sa Majeſté;
il fut même réſolu qu'on la renouvelleroit
tous les ans en
mémoire du Roy. Cet Ambaffadeur
ayant fait un détail de
GALANT.
207
tous les bons traitemens qu'il
avoit receusen France , on jugea
à propos de dépeſcher un Envoye
Extraordinaire , pour y conduire
les Chevaux que l'Ambafſadeur
qui eſtoit de retour y devoit
mener , mais qu'on avoit diferé
d'envoyer , parce qu'on
n'en avoit pas d'aſſez beaux lors
qu'il partit pour venir en France,
& qu'on en vouloit faire chercher
par tout le Païs. Vous ſçavez
que les Chevaux de Barbarie
font tres eſtimez , & qu'en
ce Païs- là pour conſerver la mémoire
des bonnes races , on fait
ce qui ne s'y pratique pas pour
les Hommes , c'eſt à dire , la genéalogie
des Chevaux. Ceux que
Mezomorto avoit fait chercher
pour le Roy par toute la Barbarie
, ayant eſté choifis avec grand
foin , & amenez à Alger , ce Dey
208 MERCURE
5
il voqui
ne vouloit envoyer en France
qu'une Perſonne de la plus haute
conſidération , jetta les yeux fur
Hadgi Mehemer. Il avoit eſté
Controlleur des Finances dans le
Royaume d'Alger du temps du
Dey Hady Haly. Ce Dey eftant
mort , il ſe retira à la Mecque
avec ſa Famille , & apres y avoir
demeuré quelque temps ,
yagea dans tout l'Orient pendant
douze ou treize années ; & comme
du temps du Gouvernement
de Hady Haly ce fut cet Hadgi
Méhémet qui fitMezomortoCa
pitaine de Vaiſſeau , ce nouveau
Dey ayant efté élû , luy écrivit
auffi -toſt à la Mecque , Qu'ille
prioit de le venir trouverà Alger
où il prétendoit l'élever mesme audeffus
de luy , s'il luy estoit poſſibles
& à fon retour il n'a pas crâû pouvoir
faire rien de plus glorieux
GALAN T.
209
۱
L pour un Homme dont il eſt
Creature , que de l'envoyer auprés
du Roy. C'eſt l'Envoyé qui
eſt arrivé icy. Il fut mené à Verfailles
le Dimanche matin 11.de
ce mois , & conduit dans la fuperbe
Galerie de ce Châteay . It'
vit Sa Majeſté comme par rencontre
, lors qu'Elle traverſoit
cette Gallerie pour aller à la Meſ
ſe , car l'on ne donne point en
France d'Audience dans les formes
à ces fortes d'Envoyez .Aprés
trois profondes révérences , il fit
en Langue Turque un Difcours
au Roy , plein de foumiffion & de
reſpect , pour remercier Sa Majeſté
de la liberté qu'il luy avoit
plû de donner au Turcs & mores
Sujets d'Alger , qui estoient Efclaves
ſur ſes Galeres , & compara
ce Monarque à Salomon ,
avec les termes les plus magni
210 MERCURE
fiques pour Sa Majesté , & les
plus refpectueux & les plus ſoumis
pour le Royaume & la République
d'Alger. Il pria le Roy
d'accepterdes Chevaux Barbes,
qu'il avoit ordre de luy préſenter
de la part du Dey. Monfieur de
la Croix le Fils, Secretaire- Interpréte
de Sa Majesté , expliqua
fonDifcours. Enſuite cet Envoyé
préſenta au Roy les Lettres du
Dey & du Bacha , qui estoient
dans un Sac de Brocard d'or ; &
Sa Majesté les mit entre les mains
de Monfieur le Marquis de Seignelay
, Secretaire d'Etat.
L'apreſdinée ce meſme Envoyé
preſenta au Roy les Barbes
dont je viens de vous parler.
De douze que l'on avoit embarquez
, il en eſtoit mort deux en
chemin . Sa Majesté témoigna
que ce Preſent luy eſtoit fort
GALANT. 211
agréable , & en donna deux fur
T'heure à Monſeigneur le Dauphin
, dont il y en avoit un qui
avoit une Houſſe en Broderie
de Perles . C'eſtoit la plus pré.
cieuſe qu'eût Mezomorto. Apres
cela , Méhémet Chelebi , Fils
de l'envoyé , ſe proſterne aux
pieds de Sa Majesté , qui le reçut
d'une maniere tres- favorable.
Cet Envoyé a eſté charmé de la
Perſonne du Roy & de la civi
lité de tous les François, & a dir,
Que dans tous les Voyages qu'il
avoit faits , il n'avoit point ren
contré de Nation si honneste . La
Galleriede Verſailles luy a paru
une choſe ſurprenante ,& il dit,
Qu'il la regardoit avec application
, parce qu'il n'avoit jamais
rien vû de ſi beau , & qu'il estoit
aſſuré de ne voir jamais rien qui
approchaſtdesa magnificence. Cet
212 MERCURE
Envoyé a tetourné à Verſailles,
où il a eu l'honneur de voir
dîner le Roy. Il fit enſuite prefent
à monſeigneur le Dauphin
de deux fournimens de Chaffe,
avec quelques accompagnemens
, & une Ceinture brodée
de Perles , à laquelle ils étoient
attachez . Il donna auſſi à Madame
la Dauphine quelques
Curiofitez de ſon Païs , & entr'autres
des Souliers brodez de
Perles , de la maniere qu'il
ſe porte à Alger. Il fit à ce
Prince & à cette Princeſſe des
Complimens fort galans , en
leur offrant ces Preſens ; Monſieur
de la Croix les interpreta.
Les Peres Capucins de Montelimar
en Dauphiné , voulant
avoir une Egliſe proportionnée à
leur Convent , & au zéle qu'ils
ont pour le ſervice du Public , en
firent benir la premiere Pierre
GALANT.
213
le 7. de ce mois , avec autant de
Solemnité que l'on en pouvoit
attendre dans une pareille occа-
fion .Monfieur l'Abbé Colomber ,
Doyen du Chapitre , accompagné
de tout le Clergé , fit la Ceremonie
au bruit des Tambours
& des décharges du Regiment
de Poitou , qui estoit en Quar .
tier d'hyver dansla Ville , & rangé
alors en Bataille aux avenuës
du lieu deſtiné pour cette Eglife.
Elle ſera dediée ſous le nom de
S. Joſeph , Monfieur le Comte
de Virreville , Gouverneur de
Montelimar , & Madame la Comteſſe
de Vogne , mirent cette
premiere Pierre , apres qu'elle
eut eſté portée proceffionnellement
par toute la Ville.Ils étoient
ſuivis des Confuls en Chaperon ,
avec la Maiſon de Ville , de la
Nobleſſe , & de la Bourgeoifie ,
de l'un & de l'autre ſexe.
214
MERCURE
)
Il ne faut pas s'étonner ſi l'on
s'empreſſe pour toutes les choſes
où les Capucins ont quelque intereſt.
Ils font d'un Ordre que
l'on eſtime par tout , & qui par
mille actions d'édification pour
l'Eglife , & de charité pour le
Prochain , donne tous les jours
des marques de l'ardeur qu'ils ont
de voir dans tous les Chrétiens ,
une Pieté ſolide , & une Foy qui
réponde à la Sainteté de noſtre
Religion . S'il falloit prouver cette
verité , je vous donnerois pour
un exemple récent , la Miſſion
que vient d'achever à S. Sulpice
le Pere Honoré de Cannes , avec
le Pere Claude de Paris , & vingt
autres Capucins. Elle a eu tout
le fuccez qu'on en pouvoit ſouhaiter
, tant par le nombre des
Reſtitutions confiderables que
l'on y a faites , que par des ConGALANT..
215
verfions ſurprenantes , de grandes
reconciliations , & pluſieurs
pratiques de Penitence , qui ont
fait connoiſtre la parfaite reſolution
où l'on eſtoit , de renoncer
aux plaiſirs du Monde. Ainfi
l'on peut dire que dans tout le
temps du Carnaval , qui eſtoit
celuy de la Miſſion , l'on a vécu
dans la Paroiſſe de S. Sulpice ,
avec la meſme reforme qu'on tâche
d'avoir la ſemaine Sainte.
Monfieur l'Archeveſque de Paris
en fit la cloſture le 17. de ce
mois , apres avoir aſſiſté au Salut,
où ily eut deux Choeurs de Muſique
,& une excellente Simphonie.
८ Cette Miſſion eſtant achevée,
les meſmes Peres Capucins en
commencerent une autre dés le
lendemain dans l'Egliſe de Saint
Etienne du Mont.
16 MERCURE
Le 22. de ce mois, Madame de
Boiſguillaume , d'une des meilleuresMaiſons
du Païsdu Maine;
Madame laMarquiſe de Soucelles
ſa Fille , qui demeure en Anjou ,
&Monfieur Tadourneau , firent
Abjuration de l'Hereſie de Calvin,
entre les mainsde Monfieur
l'Eveſque d'Angers , au Château
de Soucelles , ou ce Prelat fit un
Diſcours trés éloquent fur ce
fujer.
On vient de m'aprendre la
mort de Monfieur Robert , Ancien
Avocat au Parlement. 11
eſtoit Pere de M² Robert , Procureur
du Roy au Chaſtelet, qui eſt
dans une eſtime ſi generale , &
de Monfieur Robert Chanoine ,
Penitencier de l'Egliſe de Paris ,
Profeffeur Royal du College de
Sorbonne ,& Député au Clergé
pour la Province de Tours. Il a
laiffé
GALANT. 217
2
quatre autres Garçons , dont il y
enadeux Beneficiers .
nes
د
ont
Je vous envoye les Fables Nouvelles
en Vers , dont je vous ay
déja parlé une fois. Il y a huit ou
dix jours que les ſieurs de Luy-
Blageard & Girard
commencé à les debiter , Elles
font fort approuvées ,& je puis répondre
du plaiſir que vous don
nera cette cette lecture, puis que
vous en avez déja veu quelques
une dans mes Lettres , & que le
tour agréable que vous leur avez
trouvé , vous a obligée ſouvent à
vous plaindre de ce que l'Autheur
avoit ceſſe de me faire de
pareils prefens. Il ne laiſſoit pas
de travailler
د
mais il amaffoit
dequoy fournir le Recueil qu'il
a donné au Public. Ce genre
d'écrire luy eſt extrêmement naturel
, & il faudroit eſtre d'un
Mars 1685 .
218 MERCURE
L
gouſt difficile pour n'eſtre pas
fatisfait ,& de ſes pensées , & de
ſes expreffions.
Je ne vous dis rien de la maniere
dont on a paſſe le Carnaval
à Paris . C'eſt une deſcription
que l'on auroit peine à faire . On
ya pris tous les Divertiſſemens
qui ſe peuvent prendre dans
une Ville , où les Plaiſirs ſe trouvent
en abondance. Ily a eu for .
ceBals , & force Maſques , &
entr'autres Aſſemblées , celle
qui ſe fit en ce temps-là chez
Monfieur le marquis de Pommereüil
, Maréchal de Camp , &
GouverneurdeDoüay , eſt tresremarquable
; il donna un fort
grand Bal , où étoient quantité
de Dames , de la premiere qualité.
Il fur ſuivy d'une Collation
des plus magnifiques.
Je rernetsau 15. du mois prochain
, vous aprendre les mots
GALANT. 219
des deux Enigmes propoſées le
dernier mois , & les noms de ceux
qui les ont expliquées dans leur
vray ſent. Cét Article fera un
de ceux du XXIX. Extraordinaire
, que je vous prépare. Voicy
cependant deux nouvelles Eni
gmes que je vous envoye. La
premiere eſt de Monfieur Rault
de Roüen.
J
1
ENIGME.
Efuis une Belle Etrangere,
Dontleteint vif&délicat
Joint la douceur avec l'éclat ,
Et je fais mon bonheur de n'estre pas
legere.
Pour le coeur & les yeux i'ay defi
doux appas ,
Que les obligeant àſe rendre ,
Chaque Beauté qui vient me prendre
,
K 2
218 MERCURE
Trouve mon coeur fidelle , & fait de
moy grand cas.
泰
Si je viens d'un des Coins du
Monde
Où toute la Richefſſe abonde ,
L'en apporte avec moy des faveurs
du Soleil
C'est cet éclat dont il mepare.
C'est un Tréfor encor plus rare ,
Et qu'on peut dire fans pareil.
Auſfi comme l'Histoire chante,
Un Amant épris d'une Amante,
Par moy fit triompherſes feux;
Quoyque toûjours fiere & cruelle,
Il gagna le coeur de la Belle,
Et luyfit de l'Hymen agréer les doux
noeuds .
{
AUTRE ENIGME.
Vittant les Lieux de ma
naiſſance ,
GALANT. 219
Ie peuple tous les jours des Païs
étrangers
Et par dix mille Enfans inconstans
&legers,
Je mets le monde en joüiſſance
De la Fontaine de Louvence.
Ces Enfans empruntez, dont le nom.
bre fourmille ,
Ont entr'eux fans ceffe castille ;
Ilsse broüillent au premier vent,
Et l'on nepeutfans coup de dent
Remettre l'ordre en ma Famille.
Vn Artisan expert me donne la torture,
Et fans plaindre mon avanture ,
Ie puis me vanter hautement,
Quesi l'Art quelquefois furpaſſe la
Nature,
Cen'est que chez moy feulement.
Le Mariage de Monfieur le
Η
1
222 MERCURE
Chevalierde Chaſtillon , avec
Mademoiselle de Broüilly , ſe fic
Mécredis dernier 28.de ce mois,
mais je ne vous en parleray que
dans ma premiere Lettre .
Il s'eſt fait icy une Marche
auffi éclatante & fuperbe ,
que guerriere ; & je ne croy
pas qu'on en ait jamais veu
de pareille chez aucune Nation
Etrangere , ſans qu'on en
ait répandu le bruit , long- temps
auparavant, & qu'on ait travaillé
pour cela à de grands préparatifs
. En effet , il ſemble qu'un
aſſemblage pareil à celuy qui
s'eſt veu dans cette Marche, demande
qu'on ait recours àbeaucoup
de lieux étrangers , pour
avoir les choſes qui y peuvent
eſtre néceſſaires. Elle n'eſtoit
compoſée que d'Officiers & de
Soldats , & vous ne douterez
4
GALANT.
223
point que tout ny fuſt extrémement
magnifique , lors que vous
ſçaurez qu'ils font du Regiment
des Gardes Françoiſes.Ce Corps
eſt depuis peu habillé de neuf.
L'Or & l'Argent brillent à l'ordinaire
ſur les Habits de tous les
Officiers,& ceux des ſimples Soldats
ſont ſi bien entendus, qu'on
diroit qu'ils en font auffi couverts.
Le ſujet de leur marche
eſtoit pour porter Benir quelques
Drapeau neufsde ce Regiment,
à l'Egliſe Noſtre Dame, ce qu'on
faitde temps en temps. Comme
la marche de tout ce Regiment
auroit eſté trop grande , il n'y
avoit que les Capitaines , les
Lieutenans, les Sous-Lieutenans,
les Enſeignes , les Sergens , &
ceux du Regiment qu'on appelle
Porte-Enſeignes , car les Officiers
ne portent leurs Drapeaux
K 4
224 MERCURE
que devant le Roy,dans des jours
de Bataille , & en montant la
Garde ; dans les Routes où il n'y
a nul danger à craindre , ils font
portez par ces Portes-Enſeignes.
Outre tous ceux que je viens de
vous marquer , il y avoit encore
à cette Marche quatre- vingt
Tambours du regiment ,& plufieurs
Hautbois , veſtu des Livrées
du Roy.On ſe rendit en cet
équipagedans le Chooeur de Noſtre-
Dame, où les Drapeaux furent
portez au bruit de tous ces
Inſtrumens , & les Enſeignes les
ayant pris des mains des Porte-
Enſeignes , les mirent aux pieds
de Monſeigneur l'archevelque
de Paris , quifit la Ceremonie de
les Benir.
Les Prétendus Réformez n'ont
qu'à aller à Richelieu , pour eftre
perfuadez de la fauſſeté de leur
GALANT.
225
Religion , & pour ſe voir obligez
d'en quitter toutes les erreurs. IH
ſemble que le grand Cardinalder
ce Nom , cet admirable Génie,
qui leur a tant fait la guerre pendant
ſa vie , regne encore en ce
lieu là , pour la leur y faire apres
ſa mort;& qu'il ne puiſſe ſouffrir
fur ſes Terres , ceux qu'il a voulu
convertir , ou chaffer pendant
font vivant, de toutes celles du
Roy ſon maiſtre : ou bien que
cette petite Ville , eſtant extrémement
reconnoiſſante des graces
qu'elle reçoit de fon Prince
, foit naturellement ennemie
d'une Hereſie qui déplaiſt tant
à ce pieux & zelée Monarque .
Je vous ay parlé de quantité de
Converſions qui ſe ſont faites à
Richelieu , & vous ay marqué
en meſme temps qu'il ny reſtoit
plus qu'un ſeul Religionaire. Il
226 MERCURE
s'eſt enfin converty comme les
autres , & a fait ſon Abjuration
un peu apres celle de Monfieur
Moret de la Fayole fon Pere ,
dont je vous fis un Article dans
ma Lettre de Novembre. Il a du
merite & de l'eſprit infiniment ,
ſa Converſion en eſt une preuve.
Il a long- temps combatu , mais
il s'eſt rendu à la Verité , qu'il a
enfin reconnuë , apres quantité
deDisputes & d'Eclairciſſemens.
Cette Converſion a donné lisu
à Monfieur de Gramont de Richelieu
, de faire le Sonnet qui
fuit.
SUR LES SOINS
que le Roy prend de
détruire l'Herefie .
Noftre Roy triomphoit en mille
GALANT. 227
SonBras faisoit trembler les Rivaux
defagloire ;
Et ce Prince entaſſant victoire fur
victoire,
Eut mis , s'il euft voulu , l'Empire
Sousfes Loix.
Ses Ennemis diftraits étoient tous
aux abois ;
Mais par une bonté qu'ils ont eu
peine àcroire ,
Et quin'aura jamais d'exemple dans
l'Histoire ,
Ilneveut pas poufferplus avantfes
Exploits.
Il leur donne la Paix ,& n'aplus
d'entrepriſe ,
Que contre des Sujets qui déchirent
l'Eglise ,
Et qui n'ont jusqu'icy que troublé
fesEtats
228 MERCURE
2
Mais bin loin de les perdre, il fait.
comme un bon Pere,
Qui ne leve te foüet fur des Enfans
ingrats ,
Que pour les engager d'obeïr à leur
Mere.
Ie vous ay parlé de la Theriaque
au commencement de cette
Lettre. Ce grand Ouvrage a eſté
achevé depuis ce temps- là , mais
c'eſt un Article qui demande
trop d'etenduë pour pouvoir étre
renfermé dans le peude place qui
me reſte . Cela m'oblige de differer
juſqu'au mois prochain , à
vous en mander les particularitez.
Je ſuis voſtre, &c .
A Paris ce 3. Mars 1685 .
TABLE DES MATIERES
contenuës dans ce volume.
Rélude ,
Parrests & Déclarations ,
Théſes d'une composition particulic-
I
S
Deviſes , 14
re , préſentées au Roy de la part
du Provincial des Minimes de
Provence . 17
Compliment fait au Roy fur ce ſujet
Conte,
18
24
Descriptionde tout ce qui s'estfait à
Rome à l'occaſion de Dom Alphon-
Se VI. Royde Portugal , avec la
Description du Mausolée dreſſe
pour cette Ceremonie ,
Lettre en Profe & en Vers ,
Lettre en Vers ,
39
52
56
Infcriptions Françoiſes , miſes dans
TABLE .
l'Hôtelde Ville de Paris , contenant
en abregé les principaux
Evenemens du Regne de Sa Majesté,
62
Dialogue des Chofes difficiles à
croire , 69
Histoire , 82
Composition de la Theriaque , 94
Discours prononcésur cesujet , 102
Autre Reméde Spécifique ,
Mort de Madame la Princeſſe de
Guimené, 112
Autres Morts , 115
Monfieur le Comte de Teſſé preste
Serment de fidelitépour la Charge
de Mestre de Camp Genéral
des Dragons , 117
Abjurations receuës par le Pere
Alexis du Buc , 118
Prise de Poſſeſſion de la charge de
Profeſſeur aux Langues Grecques
de l'Univerſité de Caen , ibid.
Monsieur le Févre , Trésorier de la
TABLE.
Maiſon du Roy , est nommé Tréforier
des Menus , 119
Penſion donnéepar le Roy , 120
Mariage de Monſicur le Marquis
de Novion avec Mademoiselle de
Montauglan , 121
Autre Mariage , 1232
Regalle donné à leurs A.teßes Royalesde
Savoye, 125
Le Ruiſſeau , Idyle de Madame des
Houlieres ,
130
Articles accordezpar le Roy'à la Républiques
de Génes . 137
Description entiere du Carnaval de
la Cour , & de la Course des
Testes , 148
Embarquement de Monfieur leChevalier
de Chaumont avec les
Noms de ceux qui doivent l'accompagnerà
Siam. 167
Suite curieuse des Affaires d'Angleterre
, 171
Mortsde la Reyne Mere du Roy de
Danemark , 200
TABLE.
Suite des Affaires d'Alger , avec
l'Audience donnée à l'Envoye du
mesme Etat , 202
Benédiction de la premiere Pierre
d'une Eglise des Capucins à
Montelimar ,
Miſſions des Capucins ,
Autres Conversions ,
212.
214
216
Mort de Monfieur Robert , ibid .
Fables Nouvelles ,
Divertiſſemens ,
Enigme,
Autre Enigme ,
Mariage,
217
218
220
221
222
Benediction des Drapeauxdes Gardes
Françoiſes , 223
Converfion du dernier Calviniſte de
Richelieu ,
BIBLIOTHEQUA
Fin de la Table.
Archiepifcopus &Prorex Lugdunenfis
Camillus de Neufville Collegio SS .
Trinitatis Patrum Societatis JESU
Teſtamenti tabulis attribuit anno 1693 .
:
807156
2
MERCURE
GALANT.
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN .
MARS 1685 . *
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY,
ruë Merciere , au Mercure Galant.
M. DC. LXXXV.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
Avis pour placer les Figures.
L
'Air qui commence par Pourquoy
me dites- vous, Catin, doit
regarde la page 81 .
La Figure doit regarder la
page 95 .
L'Air qui commence par Vents
qui portez par tout voſtre funeste
rage, doit regarder la page 186 .
LE LIBRAIRE
AU LECTEUR .
Ous m'avez tant demandé,
cher Lecteur , avec empreſſement
l'Histoire de François
Premier,du Sçavant M' de Varillas , je
vous l'envoye & fuis affuré que vous la
lirez avec bien de la fatisfaction .
Comme les Ouvrages que Mr Varillas
à donné au public ont eu la meſime
approbation aux païs Etrangers qu'en
France. Il y a eu quelques Libraires
mal- intentionné , qui , pour gagner de
l'argent luy ont fait dérober quelques
Fragmens , de l'Hiſtoire de Fraçois Pre-
- mier, comme c'étoit toutes piece détachées
& imparfaites ; ils les ont fait
achever par quelque Autheur , qui a
tout gâté l'ouvrage , ſi bien qu'ils ont
fait imprimer à la Haye , par Arnould
Leers , un Livre en deux volumes Indouze,
qui porte pour tître l'Hiſtoire
á 2
de François Premier, qu'ils ont ſuppoſé
dans leurs Catalogue ſtre par Monfieur
Varillas , ce que ledit S. Varillas
defavouë étant un Galimitias tout imparfait
, puiſque dans celle que vous ☑
recevrez il y a treize Livres , & dans
celle imprimé à la Haye il n'y en a que
neuf, où il y manque plus de la moitié
& la Preface qui fert en forme d'Apologie
, qui eſt à celuy que je
voye vous en éclaircira mieux , & la:
confrontation que l'on peut faire de
l'un&de l'autre vous le fera affez connoître
& que celle imprimé à la Haye ,
n'eſt point de Monfieur Varillas &
toute imparfaite , c'eſt dequoy je ſuis
obligé d'avertir le Public & de luy
faire connoître la verité.
VOLUS en-
L'on prie ceux qui envoyront des
Ouvrages pour le Mercure de faire affranchir
les ports de Lettre , s'il veulent
les voir au jour , s'il en valent la
peine.
L'on diftribue tous les huit jours le
Journal des Scavans , pour fix fols le
Cahier.
1.
懒
Σ
LIVRES NOUVEAUX
H
du mois de Mars 1685 .
Iſtoire de François Premier , de
Monfieur Varillas , avec pluſieurs.
figures & vignettes en taille douce, Inquarto,
2. vol . 12. liv.
Les Nombres & le D'Euteronome
traduit en François avec l'explication
du ſens Litteral & du ſens Spirituel ,
tirée des SS . Peres & des Autheurs Ec- 3
cleſiaſtiques en 2.vol. inoctavo s . liv.
& en 1. vol. 4. liv. 1o. fols.
Les Conferences Eccleſiaſtiques, du
Dioceſe de Monfieur Luçon en's . vol.
indouze impreffion de Paris 10. liv.&
impreffion de Lyon , 6. liv. & s . fols .
l'on ſeparera les volumes à ceux qui
auront les premiers pour le même prix .
Fables nouvelles en vers indouze ,
20. fols.
Traité de la vocation Chrétienne des
Enfans, indouze, 30 , ſols .
Hiſtoire du Gouvernement de Venife
par Me Amelot de la Houſſaye, nouvelle
Edition augmenté & corrigé del
beaucoup, inoctavo s. liv.
23
Tibere diſcours Politiques ſur Tacite
par Mr Amelot de laHouffaye", nouvelle
Edition , inoctavo . liv.
Veritable conduite de Confeffion &
Communion de S. François de Sales ,
par M. Gambart Prêtre, in 18. 15.fols.
Impreſſion de Paris .
Entretien ſur le Carême du Pere
Craffet , in 12.2 . vol. 3. liv.
Caractere de la fauffe & veritable
Pieté, in 12. 30 fols .
Deſcription de l'Hôtel des Invalides
avec pluſieurs figures en tailles douces
tant les veuës qu'autremet,infolio,15.1.
Le Plan dudit Hôtel en deux feüilles,
2. liv. 10. fols.
Converſations Morales ſur les Jeux
&les divertiſſemens, indouze , z.liv .
Traité de fortifications nouvelles
par M. Gautier avec 23. figures , indouze25.
fols.
La ſeconde Philippique de Ciceron
traduction nouvelle,in 12. 15. fols...
Nouveau voyage de Mr Thevenot
contenant la Relation de l'Indoftan ,
des Nouveaux Mogols & des autres
Peuples&Pais des indes, inquarto, s.
liv.
L
P
Extraitdu Privilegedu Roy.
ArGrace & Privilege du Roy , donné à
Chaville le 18. Juulet 1683. Signé, Par
leRoy en fon Conſeil ,UNQUIERES. Il eſt ,
permis à I. D. Ecuyer , Sieur de Vizé , de
faire imprimer tous les Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , contenant
pluſieurs Pieces, Relations, Hiſtoires ,Avantures
, & autres Ouvrages hiſtoriques , curieux
& galans , pour la fatisfaction de
notre cher & tres-amé Fils LE DAUPHIN ;
pendant le temps & eſpace de dix années ,
à compter du jour que chacun deſdits
Volumes fera achevé d'imprimer pour la
premiere fois : Comme auſſi défenſes ſont
faites à tous Libraires , Imprimeurs Grayeurs
& aures , d'imprimer , graver & debiter
ledit Livre fans le conſentement de
l'Expoſant, ny d'en extraire aucune Picce,ny
Pianches ſervant à l'ornement dudit Livre,
meſme d'en vendre ſeparément,& de donner
à lire ledit Livre , le tout à peine de fix
mille livres d'amende contre chacun des
contrevenans , & confiſcation des Exemplaires
contrefaits ; ainſi que plus au long
il eſt porté audit Privilege.
Registré fur le Livre de la Communauté
12 14. Septembre 1683 .
Signé ANGOT , Syndic.
Et ledit Sieur I. D. Ecuyer , Sieur de
Vizé , a cedé & tranſporté ſon droit de
Privilege à Thomas Amaulry , Libraire à
Lyon, pour en joüir ſuivant l'accord fait
entr'eux.
MERCURE
GALANTE
MARS 1685.
E Roy qui n'eſt deſtiné
qu'à de grandes chofes,
vientde faire une Entrepriſe
vrayement Romaine ; & je
ne croy pas qu'aucun des Céſars
-en ait jamais réſolu une pareille.
Cen'eſt pas , Madame , que parmy
tant de Chef d'oeuvres qui
ont rendu l'ancienne Rome ſi celébre
, il n'y en ait eu de tres im-
Mars 1685 .
A
2. MERCURE
portans , & dans lesquels laMagnificence
a eſté jointe à tout ce
que l'Art a de plus ingénieux ;
mais ces Ouvrages que l'on avoit
commencez ſans avoir examiné
toute leur grandeur , & fans en
avoir prévû la dépenſeeſtoient
devenus des Ouvrages de pluſieurs
Regnes ; au lieu que Loüis
LE GRAND voit en même temps ,
& tout ce qu'il entreprend , &
toutce qu'il fautqu'illuy en couſte
. Ainſi l'on peut aſſurer , que
ſi depuis qu'il y a des Hommes
fur la terre , il s'est fait une dépenſe
plus forte que celle de conduire
la Rivire d'Eure à Verſailles
, il ne s'eſt jamais conclu un
Marchéde tantde millions tout à
la fois , ny meſme qui en ait approché.
Cette Riviere dont la
ſource eſt dansle Perche, paſſe
à Chatres , à Nogent- le-Roy , à
GALANT.
3
Ivry , à Louviers , & va ſe joindre
à la Seine au- deſſus du Pont
de l'Arche , apres avoir receu la
Droüete , la Blaiſe , l'Aure , la
Vegre , l'Hon , l'Andelle , & divers
autres Ruiſſeaux . On va
commencer à Maintenon le merveilleux
Aqueduc qui luy fera
perdre ſon cours ordinaire ; &
comme la pente qu'il faut qu'on
luy donne oblige à prendre un
grand tour , on peut juger combien
ce travail eſt conſidérable.
Vous ne devez point douter
qu'on n'en voye bien- toſt la fin ,
puis que c'eſt undeſſein du Roy,
que l'on exécute. L'utilité qu'en
peut recevoir Verſailles , & l'ornementque
ſes ſuperbes Jardins
en tireront , n'eſt pas ce qui a le
plus excité leRoy à entreprendre
un Ouvrage ſi digne de la
grandeur Françoiſe , telle qu'elle
A 2
4
MERCURE
eſt aujourd'huy. Ce Princea eu
des veuës plus dignes d'amiration
, & qui font connoiſtre la
bonté qu'il a pour ſes Sujets. Il'a
préveu que la plupart de ceux à
qui la Guerre donnoit dequoy
vivre , demeureroient ſans employ;&
par cette grande entrepriſe
il a voulu leur fournir les
moyens de fubfifter. Il rend par
là ſon Nom immortel ,& la France
redoutable. Il fait connoiftre
aux Etrangers que ſes Finances
ne ſont point épuisées,&que puis
que ſansrien diminuer de ſes autres
dépenses , il en entreprend
d'extraordinaires preſque dans
l'inſtant qu'on voit la Guerre
finie , il feroit preſt à la ſoûtenir
toutde nouveau, ſi en troublant
le repos qu'il vient de donner
à l'Europe , on le contraignoit
de ſe remettre enCampagne.
GALANT.
5
, une
Comme ce Monarque travaille
ſans ceſſe pour le bien & pour
lerepos de fes Sujets , il ne ſe paſſe
aucun mois où l'on ne voye pluſieursde
ſes Déclarations , & des
Arreſts de ſon Conſeil d'Etat , à
leur avantage. Il a étably depuis
peu par une Déclaration
Compagnie ſous leTitre de Com
pagnie de Guinée , qui fera ſeule
àl'exclufion de tous autres le Com
merce des Négres, de la Poudre d'or,
& de toutes autres Marchandises ,
qu'elle pourra traiter aux coſtes d'A
friques , depuis la Riviere de Serre.
Lionne incluſivement juſques au
Cap de bonne Espérance. Les premieres
lignes de cette Déclaration
marquent mieux que je ne
pourrois faire , les bonnes intentions
qu'a Sa Majeſté de faire du
bien à ſes Sujets. Elles ſont conceuës
en ces termes. Apresavoir
1
A3
6 MERCURE
heureusement finy tant de longues
& de diférentes Guerres , pendant
le cours desquelles Dieu a beny visiblemeut,&
fait profperer nosArmes,
Nous nousfommes apliquezà donner
le repos ànos Peuples , par les Traitezde
paix & de Tréve que Nous
avonsfaits avec les Princes & Etats
nos Voisins. Et comme dans la tran
quilité dont joüit à préſent nôtre
Royaume , rien ne peutsi naturellement
introduire l'abondance , que le
Commerce , Nous avons réſolu d'en
procurerpar toutes fortes de voyesl'augmentation,
notamment de celuy
quisefait dans les Païs éloignez .
Ces lignes font affez connoiſtre
de quelle maniere le Roy veille
au bien de ſon Etat. En voicy
d'autres qui regardent les biens
de la Compagnie en particulier.
Appartiendront à ladite Compa
gnie enpleine proprieté les Terres
GALANT.
7
qu'elle pourra occuper és lieux &
pendant le temps deſa conceffion ,
esquels Nous luy permettons de faire
tels Etabliſſemens que bon luyſemblera
, y construire des Forts pourfa
Seureté ,yfaire transporterdes Ar-
- mes & Canons, &y établir des Commandans
, nombre d'Officiers & Soldats
neceffaires pour affurer son
Commerce, tant contre les Etrangers
que les Naturels , auquel Effet Nous
permettons à la Compagnie defaire
avec les Roys Négres , tous Traitez
de Commerce qu'elle avifera , &
apres l'expiration du Privilege par
Nousprefentement accordé. Voulons
que ladite Compagniepuiſſe disposer
deſes Habitations , Armes , Munitions
, ainsi que defes autres Effets
Meubles , Ustancilles , Marchandi
Ses & Vaißeaux , comme des chofes
à elle appartenantes , en toute proprieté.
2
A 4
8 MERCURE
Le principal ſoin du Roy étant
de faire fleurir la Religion Catholique
, cette méme Déclara
tion enferme l'Article qui fuit ,
Ne pourra ladite Compagme emplo
ger ny donner aucunes Commiſſions
qu'àdes Gens de la Religion Catho
lique Apostolique & Romaine, & em
cas que ladite Compagniefaffe quel
ques établiſſemens dans les Pays de
laprefente Conceffion , ellefera obli
gée de faire passer le nombre de
Prestres ou Misſſionnaires neceſſaires
pour l'instruction & exercice de ladide
Religion,& donnerlesfecours spirituels
à ceux qui y auront esté en
voyez.
De cet Article de Religion , je
pafle à une autre Déclaration du
Roy qui la regarde. Elle eft , Pour
Lapunition des Miniftres de la Reli
gion Prétendue Réformée , qui ſouffrent
dans les Temples des perſonnes
GALANT.
9
que le Roy a défendu d'y admettre ,
&pour l'interdiction desdits Tem.
ples.Ony contrevient ſi ſouvent,
que l'on ne peut eſtre trop rigide
fur cetArticle.
Il a auſſi paru depuis peu un
Arreſt du Conſeil d'Etat , Qui
enjoint à tous ceux de la Religion
Prétendue Reformée ,dont les Char
ges de Notaires ont esté rempliesde
perfonnes Catholiques , de remettre
les Minutes des Contracts , & autres
Actes , aux Greffes des Iustices Roya
les des lieux où ils étoient. Sans
cette prévoyance du Roy ,le Public
auroit fouffert un jour un
notable préjudice , parce qu'avec
le temps ces Minutes auroient
eſté diverties ou égarées .
CerArreſta eſté ſuivy de deux
autres , tous deux pour le foûlagement
des Sujets de Sa Majesté,
LePremier a pour Titre ,Atreft
A
JO MERCURE
du Conseil d'Etat , portant interpretation
de celuy du 30. Desembre
dernier , qui décharge du Droit de
Fret les Vaiffeaux étrangers qui
ameneront des Bleds dans le Royaume.
Le Roy par ces Arreſts ſi judicieux,
fait voir que ſes intereſts
luy font moins chers que ceux
de fon Peuple , & donne lieu aux
Etrangers d'amener des Bleds
dans le Royaume. Une prévoyance
fidefintereffée, marque mieux
que toute choſe , combien un
Monarque eſt digne de commander.
Voicy l'autre Arreſt dont je
vous ay parlé , il concerne le
Remboursement des Etapes qui ont
eftè fourmes aux Troupes qui ontpas
fédans les Provinces & Generalitez
du Royaume , depuis l'année 1676...
jusques & compris l'année 1685 .
On voit par cet Arrest que
seux qui étoient chargez du remGALANT.
bourſement de ces Etapes , n'ayant
pas remboursé pluſieurs
Communautez , & Particuliers ,
Habitans qui ont fouffert le Logement
effectif des Gens de
Guerre , & fourny les Etapes en
eſpece , ce qui leur a caufé un
préjudice confiderable , Sa Majeſté
y pourvoit. On ne doit plus
s'étonner file Roy entrant inceffamment
dans tout ce qui regarde
le bien & l'utilité de ſes Sujets,
paſſe lesjournées entieres à travailler
, ou ſeul, ou dans ſes Confeils.
Ila auſſi paru depuis peu un
Arreſt du Conſeil d'Etat qui ordonne
, Que les Directeurs du Domaine
d'Occident, repreſenteront in .
ceffamment pardevant Mesfieurs de
Boucherat & Puffort , Conseillers
Ordinaires au Conseil Royal, un état
certifié des Effets reftans de la
A 6
12 MERCURE
Compagnie des Indes Occidentales,
Tout ce que je pourrois dire
pour faire connoiſtre combien le
Roy marque de bonté pour ſes
Sujets par cet Arreſt , le feroit
beaucoup moins voir que les
paroles ſuivantes du même Arrest.
Et Sa Majesté voulant estre
informée de la quantité , & de la
qualité des effets reſtans à preſent ,
de ceux laiſſez en la difpofition defditDirecteurs
tant dans les Ifles
qu'ailleurs , &prendre une connoif-
Jances particuliere de toutes les Affaires
de la direction,comme ila esté
fait pour les Compagnies des Indes
Orientales & du Nord, & en confe
quence liquider les pretentions des
Creanciers & Actionaires , qui demandent
le remboursement , même
pour voir audit remboursement , &
àce qui se trouvera plus convenable
pour l'augmentation des Ifles
:
GALANT. 13
Françoises de l'Amerique , & du
Canada. Le Roy estant en fon Confeila
ordonné , &c.
Il vient auſſi de paroiſtre une
Déclaration du Roy concernant
la Compagnie des Indes Orien
tales.Elle marque les grands foins
que Sa Majesté prend pour ſoûtenir&
faire fleurir ſon Commerce,
afin de donner à ſes Sujets les
occaſions de négocier dans les
Païs les plus éloignez , d'acheter
de la premiere main les Marchandiſes
qui viennent des Indes , &
qu'ils alloient prendre chez les
Etrangers voiſins de ce grand
Royaume , & d'introduire même
par le moyen du Commerce la
Religion Chrétienne , inconnuë
preſque dans tous ces Païs. lamais
Monarque s'eſt - il appliqué avec
tant de prévoyance & de bonté,
à procurer l'abondance à ſes
14 MERCURE
Sujets, & à augmenter la gloirede
fonEtat?
Monfieur Magnin , toûjours
zélé à faire cõnoiſtre l'admiration
qu'il a pour les grandes Actions
de Sa Majesté , a fait deux nouvelles
Deviſes , que je vous envoye.
L'une a le Soleil pour
corps ,& ces mots pour ame, Spes
rerum & decus . Ils font expliquez
par ce Madrigal.
Arſes mouvemens divers,
Parfes
Parfon heureuse influence,
N'est- il pas de l'Univers
L'ornement &l'espérance ?
Lagrandeurde LLOOVIS,&l'état
de la France,
Expliqueront par tout ma Devise&
mes Vers.
L'autre Deviſe eſt ſur l'Am
baffade du Roy de Siam , & fur
GALANT.
15
*
la deférance que tous les Potentats
du Monde ont pour le Roy.
Ce font pluſieurs Eléfans qui flé
chiffent les genoux devant le So
leil, avec ces mots.Et Magnos hac
fatas manent.
E
St- il rien de
Qui
mage?
ne
grand icy bas
doive te rendre hom.
Grand LOVIS , qui ne connoist pas
Que c'est là ta parfaite Image ?
Est-il rien de grand icy bas
Quine doive te rendre hommage?
3
২
Voicy un Sonnet fort heureuſement
remply , fur les Bours
rimez Latins qui ont cours. Comme
il eſt fait pour le Roy , il ne
fçauroit manquer de vous plaire.
Monfieur Blanchard , Cure de
Fiffe aux Environs de Dijon , en
eft l'Autheur .
16 MERCURE
E
Stre en tout & par tout NON
IMPAR omnibus,
Sçavoir l'Art de parler ,fans rien
dire qui fâche ,
Pour fa gloire & l'Etat travailler
fans relâche,
Plus qu'Hercule jadis , faire teste
tribus.
Contraindre l'Ennemy de ramper
comme un lâche,
Eftre dans I Univers ce qu'au Cielest
Phoebus.
Faireparfon esprit plus que parson
quibus,
Qu'au milieu des Lauriers fon Pewple
boive & mâche.
Quoy que toûjours vainqueur, faire
laPaix, item
La donner , la régler, c'est là le tu
autem;
:
GALANT. 17
Regner,gouvernerſeul,&comman-
; der fansire;
اززور
N'ouir de ſes Sujets que vivat&
qu'amo ,
Faire par sa valeur plus qu'on ne
Sauroit lire.
C'est plus que Peliffon n'en dira calamo.
Sur la fin du mois paffé , le
Pere Charles Guilhet, Provincial
des Minimes de Provence , fit
preſenter à Sa Majesté par les
Peres Bertier & d'Antrechaux ſes
Collegues,&Definiteurs de cette
méme Province , une Theſe
d'une compofition fort particuliere.
Elle fut tres-bien reccuë de
tonte la Cour , & il n'y a point à
douter qu'elle ne le ſoit de même
de tous ceux qui la verront , puis
que toutes fes Poſitions contien
18 MERCURE
nent l'Eloge de noſtre Auguſte
Monarque , mais d'une maniere
fi ingenieuſe , que cet Eloge entre
dans les Queſtions naturellement
, & fans violence. LeRoy
écouta avec une bonté inconcevable
le Compliment de ces
Peres , qui luy fut faiten ces
termes.
SIRE ,
Comme tous les Peuples quiont le
bon- heurde vivre ſous le Regnede
V. M. s'intereſſe à ſa gloire , nous
efperons qu'elle ne trouvera pas
mauvais que les Minimesy pren
nent part . Le nom qu'ils portent
ne les doit pas priver de cet avan..
tage , car bien que cette gloiren'ait
rien que de grand ,fon étendue de
mande toutefois que les plus petits
travaillent auſſiſur une matierefi
vaste .
GALANT.
19.
*
-C'est par cette raison , SIRE ,
que nous avons pris la liberté de
vous dédier une These , & nous
avons creu quesinos forces ne nous
permettoient pas de faire en grand
l'Eloge de V. M. dans lequel nous
puſſions faire voir toutes les grandes
qualitez qu'Elle poſſede dans un
degré si éminent , Elle agrécroit
néanmoins le deſſein que nous avons
de lefaire en petit , par cette bonté
qui luy est si naturelle , & qui
luy fait toûjours recevoir avec complaisance
, juſques aux plus petits
témoignages de noſtre zéle.
Nous sommes d'ailleurs obligez
de prendre un Interest particulier à
la Gloire de V. M. Les Minimes ,
SIRE , vous regardent non seulement
comme leur Protecteur , &
comme leur Bien faicteur , mais
encore comme leur Pere .
Ce fut LoüiS LE SAGE
20 MERCURE
qui les appella en France , c'eft de
Ja liberalité qu'ils ont reçeu une
grande partie des biens qu'ilsy pof-
Sedent ; fes Succeſſeurs confirmerent
tous ſes dons , & les augmenterent
confiderablement , &vôtre
auguste Ayeul HENRY LE
GRAND , & voſtre Pere Lois
LE JUSTE de Triomphante mémoire
, nous ont fait les mesmes
Graces : mais V. M. les a tous fur.
paffez en bonté & en generofité ,
nous ayant comblez de fes Faveurs.
C'est pour vous en remercier ,
SIRE , que le Pere Charles Guilhet ,
Provincial de vos tres humbles&
tres fideles Sujets les ReligieuxMinimes
, de vostre Province de Provence
, nous a Députez au nom de
tout l'Ordre ; comme auſſi pour vous
preſenter cette These , & vousfupplier
d'agréer qu'il la foûtienne
fous vostre Auguste Nom dans le
GALANT. 21
Chapitre General que nous devons
tenir dans voſtre Ville de Marseille
, sous le bon plaisir de V. M.
l'aſſeurant que nous n'oublierons
jamais ces Graces , pour lesquelles
nous continuerons de demander à
Dieu , qu'il répande ſes Benedi
Etions fur vostre Perſonne Sacrée,
Sur la Famille Royale , &fur tout
voſtre Etat.
Le Roy les ayant congediez
apres une réponſe fort obligeante
, ils allerent preſenter
-cette même Theſe à Monfeigneur
le Dauphin , & à Madame
la Dauphine , qui la reçeurent
auſſi avec beaucoup de
bonté . Le Pere Guillet dont
vous venez de lire le nom , eſt
un Homme d'un tres grand merite.
C'eſt luy qui préſidera aux
Theſes que ces Députez ont
22 MERCURE
preſentées à Sa Majeſté. Elles
feront l'ouverture du Chapitre
General que ces Peres doivent tenir
à Marseille , aux Feſtes de la
Pentecofte prochaine, cequi font
de dix huit en dix huit ans , le
tenant alternativement de fix
ans en fix ans en France , en
Eſpagne , & en Italie. La Theologie
que ce Provincial pofſſede
excellemment bien, n'eſt
pas le ſeul avantage qui le
fait confiderer dans ſon Ordre .
Il eſt encore grand Predicateur
& a remply les meilleures
Chaires avec une entiere
ſatisfaction de ſes Auditeurs .
C'eſt pour la ſeconde fois qu'il a
eſté fait Provincial. Le Pere Madon
, Religieux auſſi eſtimé par
ſon eſprit que par ſa vertu , doit
avoir l'honneur de ſoûtenir cette
Theſe , ſous un Preſident de
,
GALANT.
23
- cette force. On a tout ſujet d'elperer
de luy, qu'il fera voir aux
Italiens & aux Eſpagnols qui l'attaqueront
, que les François ne
craignent les Nations Etrangeres
en aucune forte de Combat .
Je vous envoye un Conte nouveau
de Monfieur de la Barre de
Tours . Ses Galans Ouvrages ont
- tant d'agrément , & vous avez
toûjours pris tant de plaifir à les
lire , que je croy vous en procurer
un fort grand , en vous fai-
.ſant part de celuy- cy.
a
24 MERCURE
吃吃吃吃吃光光
OENOPHILE
T
CONTE.
Outes les Grandeurs de laTerve
Sont auſſi fragile que verre,
( De tel propos je n'auray pas les
Gants)
Et l'Histoire fournit mainte &
mainte Avanture
Parmy les Petits & les Grands,
Qui montre ce propos n'estrepas imposture.
Suivons donc . Les grandeurs de
l'Humaine Nature
N'ont rien que de prest àfinir;
Un mesme instant les voit naiſtre
&mourir;
C'est unrefue qui plaiſt dans lemoment
qu'il dure
Et
GALANT.
25
८
Et qui laiſſe àſafuite un facheux
Souvenir ;
C'est un abus , une peinture,
Vne idée , unfantôme , une ombre,
enfin un rien,
Quelque Cenfcur me deſavoüe ,
Et traite ma Morale en Moralede
Chien.
Quoy, ce gros Financier , dira-t- it
&Son Bien
Sont des Chanſons ? He ouy . C'està
tort qu'on le love;
Ie vais le montrer aujourd'huy;
Et legueux Oenophile au milieu de
Saboüe ,
Quand il a bû dix coups , est plus
heureux que luy..
Paschal, un Autheur d'impor-
Dansſes Ecrits met peu de diference
Entrele Gueux refvant la nuit
Poffederfous fon Toift tous les trefors
deFrance,
Fevrier 1685 . B
26 MERCURE
Et le Riche avecſa Finance
En pauvreté qui refue estre réduit.
De Fortune en effet n'est- ce pas une
niche,
Quele dormir , & du Pauvre , &
duRiche?
Pourquoy ne pas dans le ſommeil
Laiſſerle Gueux , dont le réveil
Renouvelle les maux ? ou bien tout
au contraire ,
Pourquoy faire dormir qui doit veiller
toûjours ?
Mais Sansm'embarraſſer à faire
De longs , & par ainsi defort mauvais
discours ;
Longs & mauvais,c'eſt aſſezpour
déplaire ,
Quand on fait le Prédicateur.
Ne preschons plus ; parlons d'une
autre Affaire ,
Et plûtoſt devenons Conteur ;
Car un Conte ,fuft.ilun Conte à la
Cigogne ,
GALANT.
27
Vaut toûjours mieux qu'un ennuyeux
Sermon.
Diſons donc , que du temps de Philippe
le Bon ,
( Ce Philippe le Bon estoit Duc de
Bourgogne )
Avint un certain Fait
Affez plaisant , & digne demémoire
,
Et pour moraliſer un affez joly trait,
Au demeurant tres-vray , je l'ay lû
: dans l'Histoire ;
Quiconque ne mevoudra croire ,
La peut lire àson tour. Philippe par
hazard
Dans le temps qu'on boit à laneige,
(C'est à dire l'Eté) ſuivy d'un gros
Cortége,
S'en revenoit fort tard ,
Apres avoir fait un tour du
Rampart
B 2
28 MERCURE
De Bezançon , promenade ordinaire
Qu'avecses Courtiſans le bon Duc
Souloit faire.
En traverſant la Ruë,ilapercent un
Gueux ,
Faiſant vilaine moüe ,
Déchiré, plein deſang, hideux ,
Renverſeſur un tas de boüe.
Cet obiet émut le bon Duc ,
Quipensa que le Gucux tomboit de
malcaduc;
Et comme il eftoit charitable ,
Etpour tousſes Sujets plein d'extré.
me bonté ,
٢٠٠٢IlvoulutqueceMiferable
Defon bourbier dés linſtantfušt ôté,
Et bien plus , il voulut , pour estre
décroté
Qu'au Palais ilfust emporté.
Au premier appareil on connut
Oenophile ,
Fameux Beuveur, qui n'avoit pour
me tier
}
4
GALANT. 29
Que de feffer du Vin de Quartier en
Quartier,
Etque de promener une foif inutile
Dans les Tavernes de la Ville,
D'oùfortant fans avoir le moyen de
payer,
N'ayant pas vaillant une obole,
Yure mort il dormoit dans le premier
bourbier.
Quandle Duc Scut qu'estoit le
Drôle
د
( Car le nom d'Oenophile en tous
lieux faisoit brust ,
Et defes Faits en Vin chacun estoit
instruit )
Illuy fit préparerun aſſezplaisant
rôle.
Il ordonna qu'il fustfrisé,
Musqué, frotté, lavé , poudré, peigné,
raze,
Proprement aromatize.
( Précaution fort néceſſaire
Pour ce qu'on vouloit faire )
1
B 3
30
MERCURE
Ilfut couché dans un superbe Lit,
Avec les Ornemens de nuit
Qu'on donne à Gens de confequence
,
Dont je tais la magnificence.
Pour la marquer en un mot , il
Suffit
Quele Duc de Bourgogne
Ordonna qu'on traitast comme luy
cet Yorogne.
Chacun ſe retira pour prendre form
repos,
Laiſſant au lendemain le reste .
Lanuit fur le Palais jetta d'heureux
Pavots ,
Tout dormit à merveille ; aucun
reſve funeste ,
Excité par Bacchus &fa douce vapeur,
N'embarrassa le cerveau du Beuveur,
Le Phæbetor des Gens quise plai-
Sent à boire ,
GALANT.
31
Lny parut mille fois verfant àpleiwes
mains
Par ſa Corne d'yvoire
Tous les reſves plaisans qu'il prodigue
aux Humains.
L'Aurore dont l'éclat embellit tontes
chofes,
Avoit, pour marquer le retour
Du Dieu qui tous les jours du Monde
fait le tour,
Parfumé tous les airs de Iafmins&
deRofes,
Celaveut dire en Profe ,il'estoit
jour.
Voussçauriez que qui verſifie ,
Je veux dire les Gens qu' Apollon
deifie ,
Peuvent impunément s'exprimer
par rébus,
Ou par mots qu'un François nous
appellons Phébus.
Dans mes Contes par fois je mesle
ce langage ,
B 4
32
MERCURE
4 Quiparoist tant-foit- peu guindés
Mais quoy ! je vais comme jefuis
guidé ,
Sire Apollon pour moy n'en fait pas
davantage.
Nous avons de ſon Lit fait fortir
le Soleil,
Allons en Courtisan habile
Nous trouver au Levé du Seigneur
Oenophile ,
Et nous sçaurons quelferafon réveil.
Imaginez- vous laſurpriſe
D'un Gueux qui n'avoit pas vail
lant une Chemise.
Et qui (Souvent couché dehors )
Se trouve en Draps de lin bordezde
Pointd'Espagne, S
Et comme un Prince de Cocagne,
Se voit environné des plus riches
tréfors.
En croira til fesyeux? Il n'ofe.
Est- ce un enchantement ? Eft.ce
un métempſycose ,
GALANT.
33
Illusion , métamorphose ?
Par quel heureux destin est- il
Grand devenu ,
Luy quinaguere estoit tout nud ?
Pendant qu'à débroüiller tel Cahos
ils'applique,
Une douce Muſique
Acheva de troublerſa petiteraiſons
Ilne pût s'empeſcher de dire une
Oraiſon
Qu'il sçavoit contre l'Art
Magique.
S'il eust crûgouſterdans ces lieux
Des douceurs à la fin semblables
aux premieres,
Ilnesepouvoit rien de mieux;
Mais il craignoit les Etrivieres,
Catastrophe ou Souvent aboutit le
plaisir
De pareille galanterie.
De malle peur il se sentir faifir,
Eftimant, pis encor, que cefust Dia
blerie..
B
34
MERCURE
En Bourgogne en ce temps couroient
des Farfadets,
Autrement dits Efprits Follets,
Qui n'entendoient point raillerie,
Fougueux comme les Gens qui battent
leurs Valets .
Achevons. Il entra quatre Pages
bien faits ,
Maistre d'Hostel ,
Troupe
une autre
De Valets de pied , de Laquais,
Dont l'un tenoit une Soucouppe ,
L'autre une Ecuelle - oreille avec un
Consommé
Voicy, luy dit un Gentilhomme,
Voſtre Boüillon accoûtumé ,
Monſeigneur. Il le prit tout
comme
Si veritablement il euſt tous les
matins
Fait tel métier. Aisément l'ha
bitude
:
GALANT.
35
Se feroit à tels Mets ; & quand
d'heureux deſtins
Succédent au mal le plus rude,
On s'accoûtume avec facilité
Au bien que l'on n'a point gousté,
Bien plus, à nostre compte
Le bien qui nous vient nousest dû;
Et fi quelque chagrin nous vient,
tout est perdu.
Mais heureux mille fois l'Homme
quiſeſurmonte,
Et qui ſagementse contient,
Quand le bien ou lemalluy vient.
Par trop je moraliſe ;
Venons au Fait, Le Duc Philippe Se
déguife ,
Et vient accompagné de trente
Courtisans,
Sous autant de déguisemens.
Chacun luy fait la révérance,
Luy vientſouhaiter le bonjour,
Et tout de mesme qu'à la Cour,
Luy dit antremeniqu'il ne pense.
"
B6
36 MERCURE
On l'habille Superbement ;
Tous les Bijoux du Duc firent l'aju-
Stement.
C'étoient Canons de Point de Géne.
(Génes lors s'amuſoit à fabriquer du
Point,
Et fon orgueil n'attiroit point
De Bombe à feu Grégeois ſurſa fu.
perbe arene)
Enfin pour trancher court , l'Yurogne
étoit brillant
Autant que le Soleil levant ;
Et Bacchus revenant des Climats de
I'Aurore,
Paroiffoit moins Vainqueur que
luy.
Mais pour rendre parfait ce Spectacle
inouy,
Ilmanquoit quelque choſe encore,
C'est que les Dames du Palais
Vinffent avec tous leurs attraits ;
Ce qui fe fit . Ce dernier trast
L'accable
GALANT.
37
Mais il revient dans un moment
De son étonnement ,
Quand on lefit paſſer dans un Apartement,
Qui luy parut d'autant plus
agreable ,
Qu'il vit une Table
Qu'onſervoit magnifiquement .
Il nesoupçonnaplus que cefust Diablerie,
Quand ilſe vit placédans l'endroit
leplus haut,
Où fans ſe déferrer il mangeacomme
il faut,
Commençant à trouver l'invention
jolie.
Dans cette Cour
A diférens plaiſirs on paffa tout le
jour,
Comme au Bal, comme auJeu, com.
me àla Comedie,
Ou comme à l'Opera. Mais non dans
setemps.là
ל
38
MERCURE
On ne connoiſſoit point ce que c'eſt
qu'Opera.
Bref, on se divertit à ce qu'on eut
envie,
Jusqu'à ce que le Soleilfe coucha.
Onfervit leſouper,OenophileSoupas
Ily beut trop, il s'yfoula,
Si bien qu'il s'y couvrit lavûë.
Et Sa Principauté par ce trop fut
perduë ;
Ce qui fit qu'à l'instant on le deshabilla,
Deſes Haillons on le poüilla ;
Quatre Valetsde pied le portent
dans ta ruë.
Au mesme endroit d'où le Duc le
tira.
Voila comment la Fortuneſejouë,
Aujourd'huy fur le Trône , & demain
dans la bouë....
Que ne sçay-je comment Oenophile
parla
Dans le moment qu'il s'éveilla!
GALANT.
39
On a eu nouvelle que le Mercredy
24. de Janvier dernier , on
fit à Rome un Service ſolemnel
pour Dom Alphonſe VJ . Roy de
Portugal. La Ceremonie fut faite
avec tant d'ordre , d'éclat &
de pompe , que quoy que ce ſoit
un lieu où les ſomptueux Spectacles
ſoient ordinaires , on ne laifſa
pas de l'admirer. Ainſi je croy
vous faire plaiſir de vous en apprende
les particularitez , & je
me fers pour cela des meſmes
termes qui ont eſté employez
dans une Lettre écrite fur ce fujet
à Monfieur de S. Romain,
Ambaſſadeur extraordinaire du
Roy à Lisbonne. L'Egliſe Nationale
de S. Antoine des Portu
gais ayant eſté deſtinée pour cette
fonction par Monfieur le Car
dinal d'Eſtrées , Protecteur des
AffairesdePortugal,& parDom
40
MERCURE
Domingos Barreiros Leita , Refident
de ce Royaume , ſon Eminence
concerta la Décoration
de l'Eglife , avec Monfieur l'AbbéBenedetti
, Agent de France,
à qui il donna le ſoin de l'exe .
cution. Il s'en acquitta parfaitement
bien, étant aſſiſté de Monfieur
l'Abbé Meſquita , & du
fieur Antonio Gherardi , Architecte
& Peintre fameux. Toute
la Façade de l'Egliſe étoit cou.
verte & ornée de Peintures , &
de Figuresen Relief, qui la rendoient
beaucoup plus belle &
agreable qu'elle n'étoit auparavant
, & qui toutes avoient du
rapport à cette ceremonie. La
Porte étoit entourée , ou plûtoſt
enveloppée d'un Drap noir. Le
deſſus, ou le Fronton de la même
Porte , foûtenoit deux Statuës
qui repreſentoient la Religion
GALAN T.
41
& la Force , par leſquelles les
Portugais ſe ſont toûjours diſtinguez
, avec une inſcription qui
marquoit que les Roys de Portugal
par leurs Conqueſtes dans
les Païs éloignez , par leur Pieté ,
& par leur valeur , avoient ſoûmis
des Peuples innombrables ,
auffi bien à l'Eglife qu'à la Couronne
.
La Façade des deux coſtez de
la Porte étoit enrichie de Pilaftres
, & de Contrepilaftres, ornez
de Figures & de Trophées de
Mort & de Feſtons. Les deux
vuides qui reſtoient des deux
côtez entre les Pilaſtres , étoient
remplis par deux grands Medaillons
ovales , de plus de quinze
pieds dans leur plus long Diametre
, & peints en couleur de
Bronze, qui repreſentoient deux
autres Alphonfes , ſçavoir la Ba-
!
42 MERCURE
taille d'Ourique , gagnée par le
Roy Alphonse Henriquez I. du
nom , contre cinq Roys Mores,
& le Siege de la Ville d'Alcazer
en Afrique , priſe par le Roy Alphonſe
II. On liſoit au deſſous,
des Inſcriptions qui expliquoient
le ſujet de ces Peintures .
Le deſſus , ou le ſecond Ordre
de la Façade , étoit embelly auffi
bien que le premier , de divers
Ornemens d'Architecture. Au
milieu étoient les Armes de Portugal
, avec ces deux mots , Cali-.
tus Data , pour faire alluſion à ce
que les Hiſtoriens rapportent ,
qu'elles furent miraculeuſement
données au Roy Alphonſe I.
Des deux côtez s'élevoient deux
belles Pyramides , fur leſquelles
on voyoit deux Inſcriptions Morales
, & convenables au Sujer.
Les extrémitez de la Façade ſoû
GALANT. 43
tenoient des Vaſes ,& fur le haut
étoit placée une Tour qui faifoit
partie des Armes de Portugal,
avec une Mortarmée de ſa Faux
au deſſus , & deux Etendarts
noirs qui pendoient des deux
côtez. Sur l'un on voyoit une
Mort qui tenoit des Sceptres &
des Couronnes , & fur l'autre
une Teſte de Mort avec la Lune
, le tout accompagné de Deviſes&
d'autres Ornemens , qui
faifoient un effet tres- agréable
àla veuë. Le dedans de l'Egliſe
étoit orné d'une maniere toute
lugubre , mais avec tant d'Art
qu'il ne laiſſoit pas de plaire , &
de fatisfaire les Spectateurs . Sur
la Porte , on voyoit trois Medaillons
, qui repreſentoient les
Roys Alphonse III. Alphonſe
IV. & Alphonse V. avec une
Deviſe à chacun. Les Murailles
44
'MERCURE
la Coupole,ou le Dome,les Voutes
des Chapelles , & celles de
l'Eglife, étoient entierement couvertes
de Drap noir , qui ſur un
fond blanc formoit des Coquiles
, des Vaſes , des Feſtons ,
&divers autres compartimens,
avec un ſi bel deſſein & un fi
bel ordre , que ces Ornemens,
quoy que tres- fimples , faifoient
un effet furprenant en cette:
triſte ceremonie. Ils étoient encore
relevez par une large bande
de Satin noir , bordée par le
bas d'une grande Dentelle d'argent,
qui couvroit la Corniche,
& faifoit avec elle tout le tour
de l't glife .
Les huit Pilaftres qui ſeparent.
les Chapelles étoient couverts &
peints en Pyramides, fur leſquelles
étoient écrites des Sentences
morales. De grandes Figures de
i
GALANT.
45
Mort en relief , dorées avec des
Manteaux de meſme , ſoûtenuës
par de beaux Scabellons de couleur
de Bronze , & en diverſes
attitudes , étoient appuyées contre
ces Pyramides , & portoient
chacune un Cierge d'une grandeur
extraordinaire.
On dreſſa devant le grand
Autel un fuperbe Mausolée , de
prés de trente pieds de hauteur.
Cette Machine étoit foûtenuë
par un Soubaſſement de figure
ovale , & poſe ſur un Socle qui
paroiſſoit eſtre de Porphire . Les
quatre Angles qui ſortoient hors
d'oeuvre , ſervoient de Baſe à
quatre grandes Morts dorées ,
couvertes de Manteaux de deüil
de meſme, & qui portoient des
Cierges de prés de demy pied
de Diametre , & d'une longueur
extraordinaire. Entre les Angles,
46
MERCURE
ou fur les quatre côtez du Soubaſſement
, qui ſembloit être de
Bronze à compartiment d'or , on
voyoit 4. Medaillons , où étoient e
repreſentez les quatre âges de
'Homme, avec une Mort à chacun
, & une Deviſe qui faiſoit
entendre que perſonne n'étoit
exempt de ſes Loix . Du côté qui
regardoit la Porte , on liſoit cette
Inſcription , en grands Caracte
res d'or.
ALPHONSO VI .
LUSITANIA ET ALGARBIORUM
REGI.
Au deſſus de tout cela , s'élevoit
une grande Urne quarrée &
couverte , & qui paroiſſoit une
Maſſe d'or ciſelée & enrichie de
feüillages , cartouches , & autres
ornemens. Aux quatre coins , il
GALAN T.
47
yavoit quatre Figures richemers .
vétuës , & qui par leurs Habits
differens, repreſentoient les quatre
Parties du Monde ; pour faire
alluſion aux Etats de Portugal,
qui s'étendent dans ces quatre
Parties de la Terre. Ces Figures
tenoient d'une main une Corne
d'abondance d'argent ,&de l'autre
une Torche à quatre branches
, & ſembloient marquer par
leurs poſtures triſtes , qu'elles
étoient affligées de la mort du
Roy Alphonfe.
Sur l'Urne on voyoit un Ange
doré , qui mettoit deux Sceptres
fur un Carreau de brocard d'or,
qui terminoit agréablement ce
magnifique Mauſolée.
Toutes ces choſes ayant eſté
ainſi diſpoſées , le matin du jour
que ce Service fut fait , Monfieur
le Cardinal d'Eſtrées fit diſtribuer
48 MERCURE
1
de grandes Aumônes à plus de
quatre mille pauvres , afin de les
obliger à prier Dieu pour le repos
de l'Ame du Roy défunt.
Tous ceux qui devoient accompagner
ce Cardinal , s'aſſemblerent
cependant au Palais Farneſe.
On leur preſenta à tous & en
grande abondance du Chocolat,
des Biscuits &des Maſſepains ,ف
cauſe que Son Eminence prévoyoit
que la Ceremonie ſeroit
longue.
Sur les dix heures, Monfieur le
Cardinal d'Eſtrées partit avec un
Cortege de prés de cinquante
Prélats , & de quantité d'autres.
Perſonnes confiderables . On ne
ſe ſouvient point àRome , d'avoir
seu un ſi grand nombre de Prélats
à aucune fonction , & cette
circonſtance eſt d'autant plus remarquable
, qu'il y en avoit de
tous
GALANT.
49
tous les Ordres , quoy que ce
jours là la pluſpart des Congregations
& des Tribunaux fuſſent
affemblez . Son eminence fut reçeuë
à la Porte par le Refident
de Portugal , accompagné des
principaux de la Nation , & des
Officiers de l'Eglife. Aprés que
ce Cardinal eut pris ſa Place auprés
de l'Autel , ſur une Eſtrade,
les Prelats à la droite du Mauſolée
, du coſté de l'Evangile , & le
Reſident & ceux qui l'accompagnoient
, vis à vis du coſté de
l'Epiſtre , la Meſſe commença.
Elle fut celebrée par Monfieur
l'Archeveſque de Trebiſonde ,
qui étoit aſſiſté de quatre Eveſ.
ques, ſuivantle Ceremonial que
Ton obſerve aux Obſeques des
Roys. La Muſique parut merveilleuſe,
tant par la beautéde la
compoſition , que par le nombre
Mars 1685 . C
so
MERCURE
desvoix, &des inſtrumens.
Il étoit environ deux heures ☐
apres midy, lors que toutes les
Ceremonies furent achevées.
Tous les Prélats à qui leur ſanté
ou leurs affaires le purent permettre
, accompagnerent Monſieur
le Cardinald'Eſtrées , à ſon
retour au Palais Farneze , où il
avoit fait préparer avec uneMagnificence
Royale , un Repas auquel
vingt- huit de ces Prélats
affiterent . La Table fut dreffée
dans la Galerie de Farnese , fi
fameuſe par la beauté des Peintures
à freſque , qui font les
Chef- d'oeuvres des Carraches&
du Dominiquain. Elle étoit de
trente-quatre Couverts , & il y
eut deux Services de trente- fix
plats à chacun. Le dernier fut
relevé par dix- huit plats d'entremets
, qui furent ſuivis de
GALANT...
SI
trente- fix autres , de fruit ; les
Compotes furent changées contre
vingt - quatre Soucoupes
chargées de Vins de Liqueur , de
Roflolis & d'Hypocras. Vingtquatre
Soucoupes ſuivirent, garnies
de pluſieurs fortes d'Eaux
glacées , de Sorbets & de Chocolats
, & toute la Compagnie
ſe retira avec une entiere fatisfaction.
Au bout de la Galerie dans la
Salle des Buſtes , ainſi nommée
à cauſe d'un grand nombre de
Buſtes antiques que l'on y voit ,
on avoit dreſſé quatre Buffets ,
le premier de Vermeil doré , le
ſecondd'Argent , le troifiéme de
Criſtaux de Veniſe , & le quatriéme
de trente- fix Soucoupes ,
garnies de leurs Caraffes. La
Bouteillerie avec les Buffets étoit
dans une Chambre voiſine.
1
C 2
52 MERCURE
Je vous envoye deux Lettres
de Monfieur Vignier de Richelieu
. Elles ſont d'un Caractere
à ne vous déplaire
pas . L'une à eſtre écrite à une
Dame , qui ayant eu la Féve la
veille des Roys , fut nommée la
Reyne Marteffinde.
A MADAME ***
En luy envoyant un Cartaut de Muſ.
• cat , au lieu de Bouquet , le
jour de fa Fefte.
J
E ſuis bien fâché , Illuſtre &
Charmante Reyne , de ce que
voſtre Feſte arrive dans une Saifon
où il n'y a pas de Fleurs aſſez
belles pour vous faire un Bou
quer.
GALANT.
Je ſçay bien qu'en tout Temps .
L'Esté , l'Hyver, l'Automne , & le
Printemps ,
Le Parnaſſe a des Fleurs , mais
helas , quelle peine !
Quand on croitbien choisir, il arrin
veſouvent ',
Que loin d'avoir touché le coeur
d'une inhumaine
" Autant en emporte le Vent.
Ie me ſuis donc moins attaché
à la forme qu'a la matiere dû
Bouquet. On ne me prendra pas
ſans donte pour un Galant de
Flore. On croira pluſtoſt que
Bacchus eft mon Patron.
Mais qu'il tefoit , ou qu'il ne leſoit
point ,
Honnyfoit qui peut en mefdire,
Iefuis friand audernier point,
C3
54
MERCURE
,
Du Fruit qui croit dans ſon Ema
pire.
Le froid eſt l'ennemy des Fleurs,
&on les mépriſe des qu'elles ont
perdu leur éclat; mais il n'en eſt
pasde meſme de ce charme des
Humains. Plusil géle, & plus il a
debrillant &de force pour ſe faire
aymer .
C'est uneverité connuë ,
Qu'il fçait parfavive couleur,
Charmer d'abord la vuë
Etgagner enfuite le coeur.
J'eſpere , Belle Reyne , que
vous en ferez l'épreuve.
* Et quevostre goust delicat ,
N'aurapas de regret au change,
Si je vous donne un Cartau de
Muscat
GALANT . 55
!
Pour un Bouquet de fleur d'erange.
Quand vous ferez à Table avec
ces heureuſes Perſonnes que
vous avez honoréesdes plus confiderables
Charges de voſtre
Cour , ce ne vous ſera pas un
petit plaiſir de voir quetoutes,
En beuvant de cette Liqueur ,
Entonneront à voſtre honneur ,
Des Chanfons à douzaine ,
Qui toutes aurontpour Refrein ,
Rienn'estsibeau quenôtre Reyne
Et rienn'estsibon que ſon Vin.
L'autre Lettre a eſté écrite par
l'Autheur à un de ſes Amis , de
qui la Femme accoucha d'un
Garçon le jour du MardyGras .
56 MERCURE
On cher Liſis , j'ay receu le
MOM Billet
Que m'aporta ton verdoyant Valet;
qu'ennuy Etquoy de tous costezm'aboye,
Mon coeur pourtant a treſſailly de
joye ,
Pouravoirſçû que ta chere Moitié,
Apres douleurs quifont moult grand
pitié,
Enfin t'avoit de rechefrendu Pere.
Ol'heureux Fils ! Ofortune profpere!
o Cielbenin , que de contentement
Vous promettez à ce nouvelEnfant !
-Un MardyGras éclaire sa nais-
Sance;
Les Ieux , les ris , les Festins , & la
Dance,
Cour
Semblent par tout venir faire la
:
Au bel Enfant qui par toy voit le
jour!
GALANT.
5.7
O qu'ilfera grand amateur d' Epices !-
Langues de Boeuf, Sauciffons & Sauciffes,
velas
Iambons fumez, gros & courts Cer-
Feront un jour l'honeur deſes Repas,
Goute de vin ne lairra dans ſa
Couppe,
Agros monceaux mettra le fel en
Soupe,
Et neferajamais dans ſon Tonneau,
Pour le remplir,yrépandre de l'eau.
Plante croy- moy , pour cet Enfant
infigne
Le meilleur plan de la meilleure
Vigne.
o quel transport ! O quel plaisant
Soulas ,
Quand il verra courber les Echalas
Sous lefardeau de mainte & mainte
Grappe,
Et gros Flacons arangez fur la
Nappe!
CS
58
MERCURE
Mais garde- toy que celle qui nourrit
Cet Enfançon à qui Mardy-Gras rit,
Faffe Caresme ,&mange de Molüe.
Prens les Chapons les plus gras de
laMüe,
Iarret de Véau ,longe , éclanche&
roignon ,
Fais fairesauce , ou d'Ails ou-bien
d'oignon,
Etfois certain que cette nourriture
Aide beaucoup à la bonne nature ,
Et que l'Enfant qui fuccede ce lait.
Un temps viendraSera maitre Pow
let,
Et ne ferapar amourd'abstinence ,
Affront au jour qui luy donnanais-
Sance.
Mais j'en dis trop pour un Homme
chagrin ,
Quipour rimern'estpas en trop bon
train.
Un mal de dents , douleur des plum
cruelle
:
GALANT.
59
Que jour , que nuit me devore &
bourelle.
Atends ; adieu.Si j'obtiens guérison ,
Liray te voir en ta belle Maiſon ,
M'y falust-il courre à beau pied
Sans Lance;
Onques je n'eus tant de réjoüiſſance,
Que j'en aurayde prendre entre mes
bras
Ge bel Enfant , ce Fils du Mardy-
Gras..
Le plaiſir que vous avez eu ,
Madame , de lire les Inſcriptions
Françoiſes de la Galerie de Verfailles,
fera augmenté ſans doute,
quand vous ſçaurez que l'uſage
s'en établit de jour à autre , &
que deformais tous les Monumens
publics qui s'élevent à la
Gloire du Roy , font accompagnez
d'Inſcriptions Françoiſes..
Nous.en avons un exemple mas
2
60 MERCURE
gnifique , dans l'Hoſtel de Ville
de Paris , où l'on a mis depuis
peu par l'ordre de Monfieur le
Prevoſt des Marchands , quantité
de ces Inſcriptions, contenant
les principaux Evenemens du
Regne du Roy , depuis la Paix
des Pyrenées , juſqu'à l'année
derniere. Elles ſont écrites fur
de grandes Tables de Marbre
noir , qui regnent tout autour
de la Cour , au deſſus des Feneſtres
, ce qui ajouſte un riche
Ornement à toutes les autres
beautez de ce ſuperbe Edifice.
( La premiere & la derniere , ont
plus d'étenduë que les autres , &
font au deſſus de la Porte principale
par où l'on fort. Quoy que
les grandes Actions de Sa Majeſté
ſoient fortement imprimées
dans l'eſprit de tous les François,
il n'y en a pas un néanmoins qui
GALANT. 61
ne ſoit bien aiſede s'en rafraîchir
la mémoire par cette lecture ,
d'autant plus qu'ils en gouſtent
toute la joye , dans la naïve
té des expreſſions de leur Langue
naturelle , fans partager leur attention
avec les conftructions
obfcures & embaraſſées d'une
Langue Etrangere. Voſtre 'Approbation
cauſera bien du plaifir
à celuy qui les a faites , mais il
ne m'eſt pas permis de vous le
nommer .
622 MERCURE
INSCRIPTIONS
FRANCOISES ,
ว
MISES
DANS L'HOTEL DE VILLE
DE PARIS ,
(
Contenant enabregé les princi
paux Evenemens du Regne
E
de LOUIS LE GRAND.
1660.
Ntreveuë de Lovis XIV. Roy
de France & de Philippes IV.
Roy d'Espagne , dans l'Iſle des Faifans
, où la Paixfut jurée entre les
deux Roys , Mariage du Roy avec
Marie Therese d'Austriche , In
۱
GALANT. 63
fante d'Espagne. Entrée folemnelle
leurs Majestez dans la Ville de
Paris , au milieu des AcclamationsdesPeuples.
1661 .
Naiffance de Monseigneur le
Dauphin à Fontainebleau le pre
mier Novembre.
1662..
Le Roy d'Espagne defavouë
Action de fon Ambassadeur en
Angleterre ,& céde la Préſcance à
la France..
1663 ..
Redition de Marsal. Renouvel
lement d'Alliance avec les Suiſſes .
1664.
Le Legat vient faire. Satisfa
Etion au Roy , de l'Attentat commis
contrefon Ambassadeur dans Rome.
1665.
Victoire remportée contre lesCor
faires de Thunis & d'Alger , fur
les Costes d'Afrique..
64 MERCURE
1666.
Secours accordé par le Roy aux
Hollandois , contre l'Angleterre.
1667 .
Le Roy porte ſes Armes en Flandre
, pour la défense des Droits de
La Reyne , & prend pluſieurs Villes.
1668 .
Conqueste de toute la Franche-
Comté , en dix jours , au milieu de
l'Hyver.
1669 .
Depuis la Paix d'Aix la Chapelle,
le Roy employeſes forces de
Mer contre les Turcs.
1670 .
Priſe de Pont- à- Mousson & autres
Places. Toute la Lorrainefoumise
à l'obeiſſance du Roy.
1671.
Le Roy viſite & fait fortifier
zoutes les Places qu'il a conquiſes.
en Flandre
GALANT. 65
1672 .
Le Roy justement irrité contreles
Hollandois , entre dans leur Pars&
s'en rend Maistre.
1673 .
Le Roy Affiege Mastrich &
l'emporte en treize jours. Les Flottes
de France & d'Angleterre , défont
celle d'Hollande .
1674.
Seconde Conqueſte de la Fran-
Comté. Victoire ſur les Imperiaux ,
les Espagnols & les Hollandois à
Senef .
1675 .
L'Armée Imperiale chaffée de
IAlface , & forcée de repaſſer le
Rhin.
1676.
Levée du Siege de Mastrich
par le Prince d'Orange. Les Flottes
d'Espagne & de Hollande , brûlées
dans le Port de Palerme.
66 MERCURE
(
1677.
Prise de Valenciennes & de
Cambray. Bataille de Mont Caf.
fel , fuivie de la Réduction de S.
:
Omer.
1678 .
Prise de Gand && d'ypre par
leRoy en personne. Prise de Puy.
Cerda en Catalogne.
1679 .
LeRoy fait reftitueràfes Alliez
les Villes qui leur avoient estépriſes.
Paix Generale.
1680.
Mariage de Monseigneur le
Dauphin , avec la Princeſſe Anne-
Marie - Christine . Victoire de Baviere.
1681 .
En un mesme jour Strasbourg&
Cazal reçoivent les Troupes ,& la
protection du Roy
1
1
GALANT. 67
1682.
Naiſſance de Monseigneur le
Dut de Bourgogne. Alger foudroye
par les Vaiſſeaux du Roy.
1683.
Les Algeriens forcez à rendre
tous les Esclaves François. Priſe de
Courtray & de Dixmude.
1684.
LeRoy accorde la Paix aux Algeriens
, punit les Génois , prend
Luxembourg , force les Ennemis
d'accepter une Trève de vingt ans ,
&remet à la priere des Espagnols
trois millions cinq cens mille livres
de Contributions,
Depuis qu'on a veu les Dina
logues des Morts , tous les Dialogues
ſont devenus du gouſt du
Public. On les aime avec raiſon
puis qu'en peu de mots , & d'une
maniere agréable , on y ap-
6
8 MERCURE
prend l'Histoire , les Moeurs , &
les Coûtumes de divers Païs , &
quantité d'autres choſes qui font.
d'érudition . En voicy un de Mr
B .... On m'en promet d'autres
du meſme Autheur , & fi l'on
me tient parole , vous me verrez
ponctuel à vous en donner une
Copie.
GALAN T. 69
5-
:
DES CHOSES '
DIFFICILES A CROIRE .
1 DIALOGUE
LAMBRET BELOROND .
د
LAMBRET.
nous ſommes donnez rendez-
vous icy , & que tous les
mois nous devons nous y rendre
compte de nos Lectures , & particulierement
des choſes qui à
cauſe qu'elles ſont ou prodigieuſes
, ou extraordinaires ou oppoſées
à nos Coûtumes , ou même
fauſſes & impoſſibles , nous
paroiffent tres- difficiles à croire,
,
70
MERCURE
ou entierement incroyables.
BELOROND.
Je ne doute point que vous
n'ayez fait diverſes recherches
fur cette matiere.
LAMBRET
Je vay vous en dire quelquesunes
touchant les Coûtumes qui
ſe ſont établies dans quelques
Païs pour conclure le Mariage ,
&qui pour eſtre fort differentes
des noftres , ſemblent ſi extravagantes
, que nous pouvons fans
ſcrupule les mettre au nombre
deschoſesdifficiles àcroire.Chez
les Cimbres , Peuples de Scythie,
&qui ſont aujourd'huy les Danois,
pour conclure le Mariage,
il falloit que le Fiancé ſe rognaſt
les ongles , & envoyaſt les rogneures
à ſa Fiancée , & que
celle - cy en fift autant à fon
GALANT. 71
Fiancé. Puis , s'ils acceptoient
mutuellement leurs preſens ,
ils étoient cenſez entierement
mariez.
BELOROND .
,
C'étoit peut étre pour ſe rémoigner
reciproquement , qu'ils
ne ſe feroient l'un à l'autre aucun
tort ſi nous en croyons noſtre
Proverbe quand pour
témoigner que nous ofterons
à quelqu'un le pouvoir de nous
nuire , nous diſons , Ie luy rogneray
les ongles , ce que Pline
appelle fort bien, Exarmare.
LAMBRET.
Chez les Teutons anciens Allemands
, pour conclure le mariage
, la Femme raſoit les cheveux
à ſon Amant , & l'Homme
les rafoit auſſi à ſon Amante.
BELOROND .
Vous n'ignorez pas que nos
72. MERCURE
Amans ſe font icy un fort grand
plaifir , d'avoir des cheveux de
leurs Maiſtreſſes , parce qu'ils
les regardent comme autant de
chaînes , fur leſquelles ils trouvent
matiere de dire mille jolies
chofes pour témogner
la douceur de leur eſclavage.
Ne ſe peut- il pas faire que les
Peuples dont vous me parlez
étoient dans les meſmes ſentimens
.
LAMBRET .
Si vous voulez moraliſer for
toutes les Coûtumes , vous en
aurez bien à dire .
BELOROND .
Il eſt conſtant que les Coûtumes
font fondées , ou ſur quelque
évenement confiderable ,
ou ſur quelque raiſon de bienféance
, de moralité , ou de précepte.
LAMBRET.
GALANT .
73
LAMBRET .
Ainſi .... Permettez moy de
vous interrompre ; ce qui me
vient maintenant dans la memoire
pourroit m'échapper. Apprenez
- moy , je vous prie, pourquoy
chez les Armeniens , pour
contracter Mariage, l'Epoux tailloit
le bout de l'oreille droite à
fon Epouſe, & l'Epouſe celuy de
l'oreille gauche à ſon Epoux ?
BELOROND .
Vous ſçavez ce que c'eſt lors
que les oreilles cornent , ce que
Plaute appelle Tinnimennum , ou
lorsque, comme dit Celfus,Aures
Sonant intrafe ipfas. Vous ſçavez
encore qu'on dit , que lors que
l'oreille droite nous corne , c'eſt
figne que l'on parle bien de nous,
& qu'au contraire , lors que c'eſt
la gauche, nous ſomme les objets
de la médiſance de quelqu'un .
Mars 1685 . D
74 MERCVRE
C'eſt là une ſuperſtition , je
l'avouë ; mais ne ſe peut- il pas
faire que cette ſuperſtition regnaſt
chez les Armeniens , ainſi
que chez nous , & que l'Epoux
coupoit l'oreille droite à ſon
Epouſe , pour la faire ſouvenir
de ne pas écouter les cajoleries
& les fleurettes , qui ſont ordinairement
ſi agréables aux Femmes
, & que l'Epouſe coupoit le
bout de l'oreille gauche à ſon
Epoux , pour l'avertir de ne pas
écouter ce qu'on luy pourroit
raporter de deſagreable contre ſa
conduite , afin de le jetter dans
la jalouſie , paſſion ſi naturelle à
ceux de ce Païs- là. Mais , continuez
je vous prie , ce que vous
avez fi bien commencé , ſans
exiger de moy que je vous rende
raiſon de ce que vous m'aprendrez,
puis que nous ſommes
GALAN T.
75
convenus de nous inſtruire l'un
l'autre , de ce que nous aurions
lû d'extraordinaire & de difficile
à croire ,& non pas de faire une
differtation ſur ces matieres , parce
que ce ne ſeroit plus un entretien
agréable ; mais une eſpece
d'étude , peut- eſtre auſſi ennuyeuſe
qu'inutile. Avoüons feulement
pour faire en quelque
façon une Préface à ce que nous
dirons dans la ſuite touchant les
extravagantes opinions ,les coûtumes
differentes , &les ſentimens
paradoxes ; avoions , disje,
qu'il n'y a rien de ſi conſtant
&de ſi certain en un lieu , dont
le contraire ne ſoit encore plus
opiniâtrément tenu en un autre,
&dans la contemplation de certe
obſtinée varieté nous ne
nous étonnerons pas ſi un Philoſophe
interrogé de quelle ma-
>
D 2
76
MERCURE
tiere l'Homme luy ſembloit eſtre
compoſé , répondit , d'un amas
de diſputes & de conteſtations .
Il devoit adjoûter de varietez &
d'inconſtances. En effet, l'Homme
penſe bien autrement des
choſes en un temps qu'en un autre,
jeune que vieux, affamé que
raſſaſſié , de nuit que de jour ,
grandque petit,triſte que joyeux,
pauvre que riche. Joignez à cela
la difference des temperamens,
des climats , des ſaiſons, des employs
,& mille autres circonſtances
quile tiennent dans une perpetuelle
inſtabilité ; ce qui a fait
dire à Seneque, Epift. 109. Pauci
illam quam conceperunt mentem
domum perferre potuerunt. C'eſt
cet eſprit de conteſtation & d'inſtabilité
qu'on peut apporter ,
pour principale cauſe de toutes
les differentes coûtumes & opiGALANT.
77
nions, dont nous pourrons parler
dans la fuite de nos entretiens .
LAMBRET .
Vous ferez ſans doute confirmé
plus que jamais dans les ſentimens
que vous venez de me
témoigner , quand vous ſçaurez
encore quelques autres coûtumes
ſur le meſme ſujet , comme
ce qui ſe faiſoit chez les Elamires
, Peuples qui habitoient entre
les Provinces de Perſe & de
Babylone , où le Mary piquoit
le doigt du coeur de ſa Femme
juſques au ſang, & la Femme en
faiſoit autant à ſon Mary ; chez
les Numidiens , Peuples d'Afrique
, où l'Epoux & l'Epouſe crachoient
en terre , & de la bouë
qui ſe faifoit de leurs crachats ,
ils s'oignoient le front l'un à l'autre;
chez les Sicyoniens , Peuplesdu
Peloponeſe , où le Mary
D 3
78
MERCURE
envoyoit un Soulier du pied droit
à ſa Femme , & la Femme un du
pied gauche à ſon Mary ; chez
les Tarentins , où le futur Epoux
& la future Epouſe ne concluoient
leur Mariage qu'en prenant
à manger tous deux d'une
meſme main , en preſence de
leurs Parens aſſemblez ; chez les
Scythes , où le Mary & la Femme
ſe touchoient reciproquement
les genoux , les pieds , les
coudes , le front , les yeux , les
oreilles , & la bouche ; chez les
Moſcovites , où les Parens de la
Fille font la demande du Mariage
; enfin , chez les Talchéens ,
où le Pere de celle qui étoit à
marier , appelloit à ſouper tous
ceux qui la recherchoient en
mariage ; & aprés les avoir priez
de faire chacun un Conte plaifant
, celuy à qui elle témoignoit
GALAN T.
79
par un ſoûris que fon Cante luy
agréoit , étoit en même temps
reconnu pour fon Epoux.
BELOROND .
Si cela eſt , Arlequin auroit
afſſurément épousé la fille du Souverain
de ces derniers Peuples ;
mais je me perfuade qu'on ne
trouvoit le Conte agréable, qu'aprés
avoir agreé le Conteur.
LAMBRET .
Voilà ce que je ſçay , & ce
que j'avois à vous dire d'extraordinaire,
fur les differentes manieres
de contracter le Mariage.
Je ne doute pas que vous n'adjoûtiez
bien d'autres choſes plus
agréables fur ce ſujet , ou fur
quelqu'autre.
BELOROND .
Je n'ay qu'une choſe à adjouter
, & qui , ſi vous me croyez,
ſervira de fin à ce premier En-
D 4
80 MERCURE
tretien . C'eſt que tout ce que
vous venez de m'apprendre touchant
les differentes manieres
de s'épouſer , n'a rien de ſi exa
travagant que la ridicule opinion
des Effeniens , chez les Juifs . Solin
les appelle , Gentem eternam
fine connubiis . Ils faifoient profeffion
du Celibat , ſur ce ſeul
fondement , que jamais Femme
n'avoit gardé la Foy conjugale
à fon Mary. Nous ne pouvons
mieux finir, ce me ſemble, qu'en
mettant au nombre des choſes
difficiles à croire , l'injustice que
ces Peuples faifoient à cet aimable
Sexe.
LAMBRET.
Si nôtre entretien tombe en
tre les mains du Public, nous devons
eſperer qu'il en ſera bien
reçeu , puis qu'en le finiſſant,
nous nous rendons les Dames
GALANT. 81
favorables par la qualite de choſe
difficile à croire , que nous
donnons à l'infidelité dont on
les accuſe.
Aprés quantité de Chanſons
d'amour, je vous en envoyeune
àBoire. Les paroles font deMonfieur
Diéreville.
CHANSON A BOIRE.
Pourquoy me dites - vous , Can
Que je nefuis plus qu'un Yorogne
,
Et qu'on me voit toûjours avec ma
rouge trogne
Au Cabaretle Verre en main ?
C'est vostre rigueur fans pareille
Qui me fait tant aimer le doux
jusde la Treille.
Que vostre coeur pour moy devienneplus
humain ,
DS
82 MERCURE
1
Et vous me verrez dés demain
Caſſer mon Verre & ma Bouteille.
Il eſt dangereux de forcer l'amour
à ſe tourner en fureur ; il
en arrive ordinairement des ſuites
funeſtes , & ce qui s'eſt paſſe
depuis peu de temps dans une
des plus grandes Villes du Royaume
, confirme les ſanglans .
exemples que nous en trouvons
dans les Hiſtoires . Une jeune
Damoiſelle naturellement ſenſible
à la gloire, & pleine de cette
loüable & noble fierté, qui donne
un nouveau merite aux belles
Perſonnes , vivoit dans une
conduite qui la mettoit à couvert
de toute cenſure. L'agrément
de ſes manieres, joint à un
brillant d'eſprit qui la diftinguoit
avec beaucoup d'avanta-
:
GALANT.
83
ge , luy attiroit des Amans de
tous côtez . Elle recevoit leurs
foins, ſans marquer de preference,
& confervoit une égalité,qui
n'en rebutant aucun , leur faifoit
connoître qu'elle vouloit ſe
donner le temps de choiſir. C'étoit
en effet ſon but'; elle gardoit
avec eux la plus exacte regularité
, ne leur permettant ny
viſites affiduës, ny empreſſemens
trop remarquables. Ainſi la bienſeance
regloit tous les égards
complaiſans qu'elle croyoit leur
devoir ; & ſa raiſon demeurant
toûjours maîtreſſe de ſes ſentimens
, elle attendoit qu'elle connût
affez bien leurs differens
caracteres , pour pouvoir faire
un heureux , ſans ſe rendre malheureuſe
, ou qu'il s'offriſt un
Party plus confiderable , qui déterminaſt
ſon choix. Elle appro
D6
J
84 MERCURE
choit de vingt ans , quand un
Cavalier affez bien-fait vint ſe
mêler parmy ſes Adorateurs .
Comme il n'avoit ny plus de
naiſſance , ny plus de bien que
les autres , il ne reçût d'elle que
la meſme honneſteté qu'elle
avoit pour tous ; & cette maniere
trop indifferente l'auroit
ſans doute obligé de renoncer
à la voir , ſi par une vanité que
quelques bonnes fortunes luy
avoient fait prendre , il n'euſt
trouvé de la honte à ne pas venir
à bout de toucher un coeur
qui avoit toûjours paru inſenſible.
C'étoit un homme d'un
eſprit infinuant , & qui ſçavoit
les moyens de plaire mieux que
perſonne du monde , quand il
vouloit les mettre en uſage. Il
feignit d'eſtre content des conditions
que luy précrivit la Belles
GALANT. 85
&fans ſe plaindre du peu de liberté
qu'elle luy laiſſoit pour les
viſites , il la vit encore plus rarement
qu'elle ne parut le fouhaiter.
ll'eſt vray qu'il repara le
manque d'empreſſement qu'il
ſembloit avoir pour elle , par le
foin qu'il prit de ſe trouver
aux lieux de devotion où elle
alloit ordinairement. Il la faluoit
ſans luy parler que des
yeux , & ne manquoit pas dans
la premiere entreveuë de faire
valoir d'une maniere galante le
facrifice qu'il luy avoit fait en
s'impoſant la contrainte de ne
luy rien dire, pour ne pas donner .
matiere à ſes ſcrupules. Il prenoit
d'ailleurs un plaifir particulier
à élever ſon merite devane
tous ceux qui la connoiffoient,
&ce qu'elle en apprenoit la flatoit
en même temps , & luy don86
L
MERCURE
noit de l'eſtime pour le Cavalier.
Toutes ces choſes firent l'effer
qu'il avoit prévu . On ſouhaita
de s'en faire aimer. Il s'en apperçût;
& rendit des foins un peu
plus frequens , en proteſtant
que ſon reſpect luy en feroit
toûjours retrancher ce qu'on
trouveroit contre les regles. La
Belle qui commençoit à eſtre
touchée , adouciten ſa faveur la
ſeverité de ſes maximes. Elle apprehenda
qu'il n'euſt trop d'exactitude
à luy obéir, fi elle vouloit
s'oppoſera ſes affiduitez ; &
trouvant dans ſa converſation
un charme ſecret qu'elle n'avoit
point ſentydans celle des autres,
elle crût que ce ſeroit uſer de
trop de rigueur envers elle - même
, que de ſe refoudre à s'en
priver. Tous ſes Amans eurent
bientôt remarqué le progrés
:
GALANT. 87
avantageux que le Cavalier faiſoit
dans ſon coeur. Ils le voyoient
applaudy ſur toutes chofes ; &
le dépit les forçat d'éteindre leur
paffion , ils ſe retirerent,& laiſſerent
leur Rival ſans aucun obſtacle
qui puſt troubler ſes deſſeins.
Ce fut alors que la Belle ouvrit
les yeux fur le pas qu'elle avoit
fait . Le Cavalier demeuré ſeul
auprés d'elle fit examiner le
changement que l'Amour mettoit
dans ſa conduite. Toute la
Ville en parla ; & ce murmure
l'ayant obligée à s'expliquer.
avecluy , il luy répondit qu'elle
devoit peu s'embaraſſer de ce
qu'on penſoit de l'un & de l'autre
, ſi elle l'aimoit aſſez pour
vouloir bien devenir ſa Femme;
que c'eſtoit dans cette veuë
qu'il avoit pris de l'attachement
pour elle; & que ne ſouhaitant
88 MERCURE
rien avec plus d'ardeur que de
l'épouſer , il luy demandoit ſeulement
un peu de temps pour
obtenir le conſentement d'un
Oncle dont il eſperoit quelque
avantage. le ne puis vous dire
s'il parloit fincerement ; ce qu'il
y a de certain , c'eſt que la Belle
ſe laiſſa perfuader. Les promefſes
que luy fit le Cavalier la ſatisfirent
; & croyant n'avoir beſoin
de reputation que pour luy , elle
ſe mit peu en peine d'eſtre juſtifiée
envers le Public , pourvû
qu'un homme qu'elle regardoit
comme ſon Mary , n'euſt point
fujet de ſe plaindre. Une année
entiere ſe paſſa de cette forte.
Elle parla pluſieurs fois d'accomplir
le Mariage , & le facheux
obſtacle d'un Oncle difficile
à menager empéchoit toû
jours qu'on n'executaſt ce qu'on
GALAN T. 89
luy avoit promis. Cependant le
Cavalier qui ne s'eſtoit obſtiné
à cette conqueſte , que par un
vain ſentiment de gloire , s'en
dégoûta quand elle fut faite.
L'amour de la Belle ne pouvant
plus s'augmenter , il ceſſa d'avoir
pour elle les mêmes empreſſemens
qui faifoient d'abord tout
fon bonheur. Elle s'en plaignit,
&il rejetta ſur ſes plaintes trop
continuelles les manieres froides
qu'il ne pouvoit s'empécher de
laiſſer paroître. Elles luy ſervirent
même de prétexte pour étre
moins afſidu. Les reproches redoublerent
; & leurs converfations
n'eſtant plus remplies que
de choſes chagrinantes , le Cavalier
s'éloigne entierement. Ce
fut pour la Belle un ſujet de deſeſpoir
qu'on ne ſçauroit exprimer.
Elle envoya pluſieurs per
१०
MERCURE
ſonnes chez luy , elle y alla elle
même & ſes réponſes eſtant toûjours
qu'il l'épouſeroit fitôt qu'il
auroit gagné l'eſprit de fon Oncle
, elle luy fit propo er un mariage
fecret. Il rejetta cette propoſition
d'une maniere qui fit
connoiſtre à la Belle , qu'elle ef
peroit inutilement luy faire tenir
parole. L'excés de ſon déplaifir
égala celuy de ſon amour. Elle
aimoit le Cavalier éperdument ;
& quand elle euſt pû changer
cet amour en haine, aprés l'éclat
qu'avoient fait les choſes , l'intereſt
de ſon honneur l'auroit obli
gé à l'épouſer. Toutes les voyes
de douceur ayant maqué de fuccez
elleforma une refolution qui
n'eſtoit pas de ſon ſexe. Elle employa
quelque temps à s'y affermir
, & s'informa cependant de
ceque faiſoit fon Infidele.Elle dé
GALAN T. 91
couvrit qu'il voyoit ſouvent une
jeune Veuve , chez qui il paffoit
la plupart des ſoirs. La jalouſie
augmentant ſa rage , elle prit un
habit d'homme & encouragée
par ſon amour & par la justice de
ſa cauſe , elle alla l'attendre un
foir dans une affez large ruë où
elle ſçavoit qu'il devoit paffer.
La Lune eſtoit alors dans fon
plein& favoriſoit ſon entrepriſe .
Le Cavalier revenaat chez luy
comme de coûtume , elle l'aborda
; & à peine luy euſt-elle dit
quelques paroles , qu'il la connût
à ſa voix . Il plaiſanta fur cette
metamorphoſe; & la Belle luy
déclarant d'un ton reſolu , qu'il
faloit ſur l'heure venir luy figner
un contract de mariage , ou
luy arracher la vie , il continua
de plaiſanter. La Belle outrée de
ſes railleries , éxecuta ce qu'elle
92 MERCURE
avoit reſolu . Elle mit l'épée à la
main ; & le contraignant del'y
mettre auſſi , elle l'attaqua avec
tant de force , que quelque foin
qu'il prît de parer,il fut percé de
deux coups qui le jetterent par
terre. Il tomba , en diſant qu'il
eſtoit mort. La Belle fatisfaite&
deſeſperée en méme temps de fa
vengeance , cria au ſecours fans
vouloir prendre la fuite.Les Voifins
parurent, & on porta leBlefsé
chez un Chirurgien quidemeuroit
à vingt pas de là. Lesblér
fures du Cavalier eftant mortelles
, il n'eut que le temps de déclarer
qu'il meritoit ſon malheur;
qu'il avoit voulu tromper laBelle
, & qu'il en eſtoit juſtement
puny. Il ajouta qu'elle eſtoit ſa
Femme par la promeſſe qu'il luy
avoit faite pluſieurs fois de l'époufer
qu'il vouloit qu'on la reGALANT.
93
connuſt pour telle , & qu'il la
prioit de luy pardonner les déplaiſirs
que injustice luy avoit
cauſez. Il mourut en achevant
ces paroles , & la laiſſa dans une
douleur qui paſſe tout ce qu'on
peut s'en imaginer. Le repentir
qu'il avoit marqué luy rendit
tout ſon amour , & le deſeſpoir
où elle tomba , ne fit que trop
voir combien il avoit de violence.
Jugez de la ſurpriſe de ceux
qui étoient preſens , de voir une
Fille déguiſée en Homme , &
qui demandoit par grace qu'on
vangeaſt ſur elle la mort d'un
Amant qu'elle avoit dû facrifier
à ſa gloire. Elle dit les
choſes du monde les plus touchantes
; & il n'y eut perſonne
qui ne partageât ſa peine. Je n'ay
point ſçeû ce que la Juſtice avoit
ordonné contre elle. Son crime
94
MERCURE
eſt de ceux que l'honneur fait
faire , & il en eſt peu qui ne femblent
excuſables , quand ils partent
d'une cauſe dont on n'a
point à rougir.
le vous ay ſouvent parlé des
Artss ,, que les ſoins, les bien- faits,
&la magnificence du Roy font
Aeurir en France avec tant d'éclat
, mais je ne vous ay rien
dit de la Medecine. Vous ne
devez pas vous en étonner ; c'eſt
un Art long , difficile & incertain
. Elle eſt , enfin , fortie de
l'aſſoupiſſement , où elle étoit depuis
pluſieurs Siècles , à l'égard
de la préparation des Remedes
Specifiques , & celuy qui eſt le
plus néceſſaire , paroiſt maintenant
dans ſa perfection . C'eſt
la Theriaque . Meffieurs loffroy,
Jauffon , & Bolduc , tous trois
Maiſtres Apotiquaires à Paris ,
GALANT.
95
en ont fait publiquement devant
la Faculté de Medecine. Monfieur
le Lieutenant General de
Police , & Monfieur le Procureur
du Roy y ont aſſiſté , ſelon
ce qui ſe pratique dans tous les
lieux où cette compoſition ſe
fait. Monfieur de Rouviere
Apotiquaire du Roy , & Major
des Camps & Armées de Sa
Majesté ,& de ſes Hôpitaux , a
entrepris luy ſeul la meſme compoſition
. On a déja veu deux
Theſes de luy fur ce ſujet , & fi
l'on juge de la fin par ces commencemens
, on n'en peut rien
attendre que de fort extraordinaire.
Je vous envoye l'Eſtampe
de l'Emblême Enigmatique ,
miſe au haut de la derniere de
ces Theſes . On y voit fortir un
grand nombre de Mouches à
Miel , des entrailles d'un Boeuf
96 MERCURE
!
mort , pour faire connoiſtre ce
que nous apprennent les Naturaliſtes
, qui veulent que les
Abeilles foient engendrées d'un
Booeuf , ou d'un Taureau . Cet
Animal eſt mis dans un lieu bas,
& plein de fange , afin de marquer
la baſſeſſe & l'origine de
ces Mouches. Ce qui a fait même
dire à quelques Autheurs ,
qu'elles n'étoient produites que
des excremens d'un Boeuf, comme
pluſieurs autres Inſectes de
pareille nature le font d'excrémens
d'autres Animaux. Les plus
curieux d'entre les Naturaliſtes ,
qui ſe ſont attachez à connoître
la nature , les moeurs , & le gouvernement
des Abeilles , ont remarqué
qu'elles conſtituoient un
EtatMonarchique ſous un Roy,
& ont prétendu qu'il n'étoit pas
vray ſemblable que ce Roy faft
tiré
GALANT.
97
tiré de la lie du Peuple. Apres
avoir recherché ſon origine ,
avec une exacte application ,
ils ont reconnu qu'il étoit choiſy
ordinairement d'entre les Abeilles
qui ſont engendrées du
Lyon , qui comme l'on ſçait eſt
un Animal Solaire , & par conſequent
qui marque la Royauté
, de meſme que le Taureau
eſt un Animal Lunaire
qui marque la Populace ; &
comme le Soleil furpaſſe infiniment
la Lune,&toutes les Planettes
en force, en vertu , & en lumiere
, ainſi le Lyon doit l'emporter
ſur les autres Animaux ,
comme Animal Solaire , & dont
les productions ſont plus nobles.
C'eſt pour cela qu'on l'a mis
dans une ſituation plus élevée.
Il eſt l'Ame de l'Emblême , & a
cette Inſcription pour marquer
Mars 1685 .
E
98 MERCVRE
la Nobleſſe des Abeilles qui en
fortent , Phæbi ab origine praftant.
L'autre Inſcription fait voir le
bon-heur des Abeilles , qui font
gouvernées& conduites par un
Roy. En effet , l'Etat Monarchique
étant le meilleur de tous
les Etats , ceux qui font les plus
ſoûmis à leur Roy, doivent s'eſtimer
les plus heureux , & ſe vanter
que vno fub Rege beantur. Je
ne m'arreſteray point à vous faire
le détail de toutes les parties
du Tableau . Le deſſein n'a rien
d'obſcur pour ceux qui ſont
éclairez. On ſçait que le Belier
eſt un Animal Solaire , ainſi
qu'entre les Planetes, l'Heliotrope
, ou le Tournefol , qui eſt
toûjours tourné vers le Soleil ;
que ſi l'Heliotrope eſt opposé à
cet Aftre , on en doit attribuer
a faute auGraveur. Ce n'eſt pas
GALANT. 99
:
non plus fans deſſein , que l'on a
repreſenté un Lezard , qui s'attache
& s'éleve au Piedeſtal , ſur
lequel ſont poſées les Armes du
Roy , puiſque ſa couleur & ſa nature
, montrent aſſez qu'il s'attache
toûjours aux bonnes choſes,
& aux plus ſolides , & qu'il n'a
point de plus grand plaifir que
celuy de regarder le Soleil , ou
d'en eſtre regardé. Quant à la
Vipere qui paroiſt rampante au
bas , on peut dire que comme
elle entre dans la compoſition de
laTheriaque , elle fournit le plus
falutaire , & le plus univerſel de
tous les Remedes , & qui ne ſe
faiſoit autrefois que pour les
Empereurs, les Roys & les Princes
, dont la vie doit toûjours
eſtre tres- chere à leurs Sujets.
La morſure de la Vipere eſt mortelle
; lors quelle eſt en colere,
E 2
100 MERCURE
& ſa mort eſt le remede au mal
qu'elle a fait. Ainſi ce qui eſt
écrit au deſſous eſt tres vray ,
Vt datviva necem ,fic mortua vi
tam. Sur le Piedeſtal eſt un
Brazier où brûlent des parfums ,
pour rendre hommage au Soleil .
Les Abeilles s'en approchent
afin de marquer qu'elles luy
rendent cet hommage comme
au principe , d'où leur Roy tire
fon origine. Pour ce qui regarde
la Deviſe de Sa Majesté qui eſt
autour du Soleil , & ſes Armes .
* gravées ſur un Monde au Piedeſtal
; il eſt aiſe de connoiſtre
que le principal deſſein de cette
Emblême Enigmatique , eſt de
faire entendre que tous les Peuples
de la terre ſeroient heureux
, ss'ils étoient ſous la domination
de noſtre Auguſte Monarque.
A l'égard du Serpent
GALANT. 1ΟΙ
ou Dragon , qui eſt dans un Ecu
foûtenu par un Ange au coin de
la Planche , il n'y a perſonne qui
ne connoiſſe qu'il repreſente
Eſculape , Dieu de la medecine,
qui parut ſous la figure d'un Serpent
, dans le Vaiſſeau des Romains
, au retour d'Epidaure ,
où ils allerent demander ce Dieu
qu'on y adoroit , pour les delivrer
de la Peſte qui dépeuploit
la Ville de Rome. Ilala Teſte
environnée de rayons pour montrer
qu'il étoit Fils du Soleil. Ses
Aîles marquent non ſeulement
ſa vicilleſſe mais auſſi la qualité
des Dragons aiſlez qui ſont
ſans venin .
د
A l'ouverture de cette Theſe,
Monfieur de Rouviere fit le Difcours
que vous allez lire , en preſence
de Meſſieurs les Doyen &
Profeſſeurs de la Faculté , tous
E 3
102 MERCURE
en Robes & en Chaperons ,
qui font les marques qui les
distinguent des autres Docteurs
Regens. Monfieur de la Reynie,
& Monfieur le Procureur du
Roy y aſſiſterent auffi .
MESSIEURS,
F'entreprens aujourd'huy une
Compofuion , qui depuis plus de
ferze ficcles tient un rang honorable
dans la Medecine. On peut dire que
Mithridate * en a esté le premier
Inventeur , puisque les augmentations
qu'on y a faites foûs leRegne
de Neron n'empéshent pas qu'on
n'y remarque beaucoup de conformité;
Andromachus * le Pere ajoûtant
les Viperes à cette Composition , luy
a donné le nom qu'elle porte : Les
* Roy de Pont.
* Il eſtoit premier Medecin de Neron.
GALANT. 103
Romains en admiroient les propriete.
z Jamais Remede n'eut une ſi
belle destinée ; il trouva des Parti-
Sans parmy les Vainqueurs de la
Terre , & malgré les revolutions
qui font arrivées dans l'Univers ,
Sareputation s'est conservée entiere,
pure , inalterée , juſques au Regne
de nôtre Invincible Monarque.
Marc Aurele Antonin , surnommé
le Philoſophe , qui estoit affis fur le
Trône des Cefars , avec Lucius Verus
fon frere , charmé des Ecrits
de Galien * ,qui apres pluſieurs
Voyages s'estoit retiré à Pergame ,
lieu de sa naiſſance , le fit folliciter
depaſſer en Italie , & crût qu'ilne
pouvoit mieux témoigner l'eftime
qu'il avoit pour luy , qu'en
luy confiant la préparation de la
Theriaque. Sa prévoyance ne fut
*Galien ſe rendit à Rome l'An de Noftre Scigneur
164 âgé de 34. ans.
E 4
104
MERCURE
pas in inutile. La presence de Galien
luy fut neceffaire pour se garantir
de la Peste * que Capitoli
linus& d'autres Historiens décrivent
dans la Vie de Lucius . La
Theriaque futfon antidote ; &pof-
Sedant deux grands bien enſemble,
un Remede excellent pour la con-
Servation de sa Perſonne Auguſte
, & un Medecin tres -habile
pour en ordonner l'usage , il
connut que l'estime qu'il faisoit de
tous les deux , estoit infiniment au
deſſous de leur merite. Apres Sa
mort la Theriaque fut negligée
fous trois deses succeſſeurs , dont
l'un * fut aussi méprisé pour fes
débauches , que fon Pere avoit efte
recommandable pourses vertus. Et
les autres regnerent fi peu de
* Cette Peſte arriva en 166 & dura prés de quatre
années.
* Commode Succeſſeur d'Antonin mourut le 31.
jourde Decembre l'An 182 .
GALANT. 105
temps qu'ils n'eurent pas le loiſir
de ſuivre les traces de l'incomparable
Antonin , mais enfin aprés
tant de changemens & de diſgraces
, l'Empereur Severe rendit à
Rome fon premier éclat. Il fit des
honneurs extraordinaires à Galien;
& pour le retenirà la Cour ,ilrétablit
les Labouratoires , & la
Theriaque devient en usage plus
qu'elle n'avoit jamais esté. Galien
rentra dans fon employ ; & quoy
que fon genie l'appellât àdes cho-
Jesplus difficiles,it continua de préparer
la Theriaque juſques à l'an
de Nôtre Seigneur 200. qui fut le
dexnier de sa vie. Veritablement
ceux qui aprés luy en eurent la
commiffion , luy cederent en reputa.
tion & en merite , mais le destin
de la Theriaque ne dépendoit pas
* Helvius Pertinax ne regna qu'environ trois
mois aprés Commode. Et Didie Julien deux mois &&&
cingjours aprés Pertinax.
Es
106 MERCURE
d'un seul homme. Dans tous les
Temps , dans tous les Regnes , chez
toutes les Nations qui ont eu du
discernement , la Theriaque a esté
célébrée . Il feroit aisé de le prouver
, ſi quelqu'un en pouvoit douter;
mais laiſſant à ceux qui sçavent
mieux faire valoir les chofes , à
representer l'empressement qu'ont
toûjours eu les Princes & les Repu
bliques pour l'exacte composition de
ce Remede. Je me contente de n'avoir
rien oublié pour mon deffein
d'avoir affemblé avec desfoinsparticuliers
tous les Medicamens neceffaires
pour y reüsfir , & d'estre
en estat de renouveller l'ancienne
Préparation d'Andromachus , Sans
eftre afferry aux Remedes que l'on
fubstituë ordinairement en la place
des originaux. L'espere de les avoir,
je les foumets à toutes les épreuvesij'ay
dispensé les uns & les
GALANT.
107
autres pour les employer felon
que la Faculté en voudra détermi
ner. On avû des Empereurs * enfermer
dans leurs Trefors un peu de
Cinnamome, par la difficulté qu'ils
avoient d'en recouvrer. On a crû le
Baume de Iudée perdu ; le Chalcitis
a fait de l'embaras à des per-
Sonnes d'ailleurs fort éclairées.Nous
fommes délivrez de toutes ces pei.
nes : il ſemble que les Regions les
plus éloignées rendent, hommageà
la France de ce qu'elles ont de meilleur&
de plus rare. N'y l'efroyable
étenduë des Mers , ny les folitudes
affreuſes , ny les deferts inhabitez,
ny les perils où l'on s'expose pour
les traverſer , ne font capables de
nous arrêter. LOUIS LE GRAND
étend ses rayons juſques aux Climats
les plus barbares , plus brillant
encore par ses vertus , qu'il
* Cela eft rapporté par Galien au Livre L. des
4
1
Centrepoifons.
E6
108 MERCURE
n'est redoutable parsa puiſſance. Il
ſefait voir auprés des autres Souverains
ce que le Soleil paroît au
milieu des Etoiles ; & de même que
rien dans le Monde n'approche de
la gloire qu'il s'est acquiſe , rien
n'approche aussi du bonheur qu'il
procure à ceux qui ſont ſoumis àfa
Domination. Les Sujets dont il fait
choix pour maintenir l'autorité des
Loix&de la Iustice , font autant
de Vaisseaux précieux qui partent
d'une ſource toute pure , & qui repandent
l'ordre & l'abondance parmy
les Peuples. L'Illustre Magistrat
qui preſide à la Police dans lapre
miere Ville du Royaume , balance
les mouvemens de ce grand Corps ,
& entre dans tous fes beſoins. Ildi.
rige par fon exemple , auffi bien
quepar fes Ordonnances. Il punit
Sans paſſtun , & recompense Sans
prévention. Il adouc't la rigueur
des Saiſons,ilrepare la sterilitédes
GALANT. 109
Campagnes ; & se donnant tout
entier au ſervice du Roy , & au
biendu Public , il trouve Dieu dans
tout ce qu'il fait , &n'enpeut estre
detournépar aucune confideration.
Ilne faut pas s'étonner aprés cela,
Meffieurs , que Paris foit le centre
où toutes les merveillesſe réüniſſent.
Mais comme je nefuis pas icy pour
vous fatiguer par mes discours , l'abuferois
de l'honneur que je reçois
de vôtre prefence, fi je differois davantage
d'entreren matiere . Quoy
que je n'aye rien à craindre fur l'élection,
preparation, &mixtion des
Medicamens , en me conformant
aux décisions de la Faculté , je ne
Laiſſe pas d'avoir besoin de vos complaisances
fur la maniere de m'expliquer
& je vous les demande
avec d'autant plus de confiance, que
m'attachant à ce qui regarde ma
Profeſſion , j'espere que mes opera
Ho MERCURE
tions meriteront vos attentions , fi
mes paroles n'ont pas affez deforce
pourvous engager.
Monfieur de Rouviere a eu
tous les applaudiſſemens qu'il
pouvoit ſouhaiter de ſon travail ,
& l'on voit pluſieurs Approbations
au bas de la Theſe , dont
je vous ay donné la Figure Emblematique.
La premiere eſt ſignée
de Monfieur Dieuxivoye,
Doyen de la Faculté de Paris ; de
Monfieur Pouret , ancien Profeſſeur
, & Medecin Ordinaire
de Monfieur , de Monfieur Bonnet
, Profeſſeur & Medecin Ordinaire
de la Reyne ; de Monſieur
de Sainction , Medecin Ordinaire
de Sa Majesté , & de
Monfieur Boudin , Docteur en
Medecine. Monfieur Boudin ,
l'un des premiers Apoticaires du
GALANT. 111
Roy , & premier Apoticaire de
la Reyne , ayant eu ordre d'affiſter
à la compoſition de ce Remede
, y a auffi donné ſon Approbation
, auffi-bien que Meſfieurs
Maillard , & de Colmes
, Apoticaires de la Maiſon
Royale.
Cet Article de la Theriaque,
m'oblige à vous dire icy un mot
d'un autre Remede Specifique,
dont l'Illustre Monfieur l'Abbé
de la Rocque , a parlé dans ſon
Journal des Sçavans ; fans cela ,
j'aurois eu de la peine à me refoudre
à vous en entretenir
puis qu'il s'agit de la Goute , que
perſonne n'a encore trouvé le
fecret de guérir. Cependant on
prétéd qu'en étuvant ſeulement
la partie malade , d'une Eau que
donne le fieur Bouton,quiloge
Ruë Aubry-Boucher, la douleur
ΙΣ MERCURE
ceffe , & que la Goute meſme
eſt emportée pour toûjours ;
ſi apres que les douleurs ont
ceffe on continuë de ſe fervir
de cette Eau pendant quelque
temps. Suivant les choſes
que j'en ay entendu dire , on
en pourroit faire une Hiſtoire à
peu pres comme de l'Eau de la
Reyne de Hongrie , le Secret
en ayant eſté donné par un vieil
Hermite ,ſans ſçavoir qui en eſt
l'inventeur.
Anne de Rohan , Princeſſe de
Guemené , eſt morte le 14. de
ce mois , en ſa Terre de Rochefort
, âgée de plus de quatre
vingt ans. Elle estoit Fille de
Pierre , Prince de Guemené , &
deMadelaine de Rieux Château
neuf , & avoit épousé en 1617.
Loüis de Rohan VII. du nom
GALANT. 113
fon Coufin Germain , Prince de
Guemené, depuis Duc de Mont-
Bazon , Pair & Grand-Veneur
de France , Chevalier des Ordres
du Roy , Chef du Nom & des
Armes de l'illustre & Ancienne
Maiſon de Rohan , mort à Paris
en 1667. âgé de 68. ans. De ce
Mariage ſont ſortis Loüis &
Charles de Rohan . Charles, Duc
de Mont-Baſon , Prince de Guemené
, Comte de Montauban ,
prit Alliance avec Jeanne Armande
de Schomberg , Fille
puiſnée de Henry , Comte de
Nanteüil- le- Haudoüin , Maréchal
de France , & d'Anne de
la Guiche, dont il eutentr'autres
Enfans , Charles , Prince de
Guemené , marié en premieres
Nopces avec Marie- Anne d'Albert
- Luynes , Fille de Charles-
Loüis , Duc de Luynes , morte
114
MERCURE
A
en 1679.& en ſecondes Noces,
avec Charlote - Elizabeth de
Cochefilet , Fille de Monfieur le
Comte de Vauvineux. Ceux de
la Maiſon de Rohan , iffuë des
Anciens Comtes de Vane , qui
eſtoit une Branche de la Maiſon
Royale & Ducale de Bretagne ,
ſe ſont alliez pluſieurs fois avec
cellede leurs Souverains , qui ont
épousé des Filles de cette Maiſon,
&qui leur ont donné des leurs,
Il en eſt arrivé de meſme dans la
Maiſon Royale de France. Plufieurs
Princes & Princeſſes du
Sang ſe ſont auſſi alliez à cette
Illuſtre Maiſon , auſſi bien que
celles de Navarre , d'Ecoffe , de
Baviete , Lorraine , Albret, Foix,
Armagnac , & autres. Celle-cy
porte pour Armes , de Gueule à
neuf Macles d'or , 3. 3. 3. Ils ont
pris ces Armes , des Cailloux de
GALANT.
115
leur Terre , dans lesquels, quand
on tes caſſe, on trouve emprainte
la Figure des Macles , qui ont
une eſpece de couleur d'or, dont
le fond eſt un peu rougeaſtre.
Monfieur Bordel , Seigneur
de Viantais , Meherry , le Heaume
, la Breteche , eſt mort ſur la
fin du dernier mois. C'étoit un
des plus anciens Avocats du Parlement
, mais plus attaché à la
Cour des Aydes qu'ailleurs. Il
travailloit pour la pluſpart des
Gensd'affaires, & avoit une parfaite
intelligence dans tout ce
qui les regardoit.
Cesmorts ont eſté ſuivies de
celle de pluſieurs autres Perſonnes
dont voicy les noms. Meſſire
Jean de Séve , Seigneur de Gomerville
, cy - devant Capitaine
- aux Gardes Françoiſes , mort le
dixiéme de ce mois. Il étoit d'u-
1
(
116 MERCURE
ne bonne Nobleſſe de Lyonnois ,
Fils de Monfieur de Séve , qui a
eſté Prevoſt des Marchands , &
eſt mort Conſeiller d'Etat , &
Frere de Monfieur l'Evefque
d'Arras .
Meſſire Charles Petit , Comte
de la Selle , Bailly & Gouverneur
des Ville & Château de
Montargis , mort le quinziéme
de ce mois.
Meſſire Hilaire Marcez , маître
des Comptes , mort le ſeiziéme
de ce mois.
Dame Anne Hinſelin , morte
le dix-huit. Elle étoit veuve de
Meffire Charles Hoüel , Gouverneur
& Lieutenant General
pour le Roy , des Ifles de la Gardeloupe
en l'Amerique, Marquis
& Seigneur proprietaire des mêmes
Iſles, de Varenne, Petit-Pré ,
&autres lieux.
GALANT. 117
On m'apprend auſſi la mort
de Meffire Hierôme Palluau ,
Conſeiller au Parlement , &
Commiſſaire aux Requeſtes du
Palais.
-Le dixiéme de ce mois Monſieur
le Comte de Teſſé preſta
le Serment de fidelité entre les
mains de Monfieur le Marquis
de Bouflers , Colonel General
des Dragons de France , de la
Charge de Mestre de Camp General
des Dragons , dont il a
eſté pourveu par Sa Majeſté.
Cela ſe fit en preſence de Mefſieurs
les Marquis de Litſenoy ,
Longueval , Barbefieres , Chevalier
de Teſſe , Chevilly , Chevalier
de marcé , Colonels de
Dragons , & pluſieurs autres Officiers
de ce Corps. Je vousay ſi
ſouvent entretenuë de Monfieur
leComte de Teſſé , &de ce qu'il
118 MERCURE
a fait dans les occafions importantes
où il s'eſt trouvé , que je
ne croy pas devoir vous en dire
davantage.
Le P. Alexis du Buc , Théatin
, a reçû depuis le commencementde
cette année 28. Abjurations
; entr'autres celle de
Meſſire Daniel de Cajalou , Fils
de feu Monfieur de Cajalou ,
Avocat General du Parlement
de Pau ,& celle de Meffire Charles
Buck , des plus Illuſtres Familles
d'Angleterre .
Je croy vous avoir déja man.
dé que la Chaire de Profeſſeur
aux Langues Grecques , de l'Univerſité
de Caën,a eſté remplie
par Monfieur de Laire , Profefſeur
dans les Humanitez
College du Bois , choiſy par Sa
Majesté , apres les Diſputes pu-:
au
bliques faite entre pluſieurs
GALANT. 119
Concurrens. Depuis ce tempslà
il a pris poſſeſſion , & fait fon
entrée par une Harangue Latine
à la loüange du Roy , & de la
Langue Grecque , en prefence
de Monfieur Malloüin , Recteur
de l'Univerſité , & Principal du
College du Bois , des Docteurs
de la meſme Univerſité , & des
Perſonnes les plus confiderables
de la Ville.
Monfieur le Févre , l'un des
Treſoriers de la Maiſon du Roy,
a eſté nommé à la Commiſſion
de l'un des Treſoriers des Menuës
Affaires de la Chambre
de Sa Majeſté. Il n'avoit fait pour
cela aucune follicitation , & ne
prétendoit pas meſme à ce nouvel
Employ , lors que le Roy luy
en a fait preſent. Ainſi l'on peut
dire que ce grand & judicieux
Monarque , ne laiſſe pas meſme
!
1
120 MERCURE
1
V
le temps de former des ſouhaits
à ceux qui ſe ſentent afſſez de
merite , pour en pouvoir eſperer
quelque gratification.
Monfieur de Vantelet , l'un
de ſes Gentils- Hommes Ordinaires
dont je vous parlay dernierement
, à l'occaſion du Mariage
de Madame la Marquiſe
de la Fare ſa Fille , a eu dans le
meſme temps , & preſque de la
meſme maniere , une penfion
de mille écus de Sa Majeſté.
C'eſt un parfaitement honneſte
Homme qui s'eſt fait beaucoup
d'Amis. Il ne faut pas s'étonner
ſi tout le monde a pris part à
un avantage qui luy eſt ſi glorieux.
Enfin , Madame , le Mariage
de Monfieur le Marquis de Novion
avecMademoiselle de montauglan
, s'eſt fait au commen
cement
GALANT. 12F
cement de ce mois.La part que je
ſçay que vous prenez en tout ce
qui regarde Monfieur le premier
Préſident , me fait vous
donner cette Nouvelle avec plaifir
, & vous dire qu'il ne ſe peut
rien de mieux aſſorty que les
Mariez. Monfieur le Marquis
de Novion eſt un jeune Homme
fort bien fait , qui a beaucoup
d'eſprit , & qui ſouſtient
dignementtous les avantages de
fon rang&de ſa naiſſance. Quoy
qu'il ne ſoit pas encore dans ſa
vingtième année , il ſe voit à la
teſte du Regiment de Bretagne,
dont il eſt Colonel ,& a toute la
conduite d'un Homme conſommé
par l'uſage du Monde & l'experience.
Il eſt ſecond Fils de
feuMonfieur de Novion, Maiſtre
des Requeſtes , Fils aîné de Monfieur
le premier Préfident. La
Mars 1685.
F
122 MERCURE
Famille de Novion Potier vous
eſt ſi connuë , que je ne vous
en diray icy rien autre choſe ,
ſinon que depuis deux cens ans
qu'il y a qu'on la voit paroiſtre
avec éclat, elle a eu tous les avantages
& toutes les diſtinctions
d'honneur que l'on peut avoir,
& qu'elle s'eſt alliée aux premieres
Maiſons de la Cour & de la
Ville . Mademoiselle de Montauglan
eſt une jeune & belle Perſonne
qui entre dans ſa quinziéme
année. Je me souviens de
vous avoir mandé dans quelqu'une
de mes Lettres que s'étoit
une des plus riches Heritieres
de Paris , ayant pres d'un million
de bien , & de grands retours
encore à eſperer , tant de la mаі-
ſon de la Barde , que de Maclame
Regnoüard ſa grand' Tante ,une
des plus riches veuves de Paris.
GALAN T.
123
Elle eſt Fille de feu Monfieurde
Montauglan , Conſeillerau Parlement
de Paris , & d'une Fille
de Monfieur de la Barde , qui a
eſté Ambaſſadeur extraordinaire
en Suiffe. Il eſt encore vivant,
& conſerve dans une vieilleſſe
dequatre - vingt- quatre ans un
eſprit admirable , & auſſi vif, &
preſent , qu'il l'a fait voir autrefois
dans le maniment qu'il a eu
des affaires d'Etat . La Maiſon
de Montauglan eſt fort ancienne
dans la Robe ,& eſt alliée à celles
de manicamp , Longueval,
Rupierre , de la Barde , Charreton
, Regnoüard , Boulanger ,
Bouthillier , Chavigny , & à plu -
ſieurs autres fort confiderables
de l'Epée & de la Robe.
Meffire Loüis du Tillet , Seigneur
de Montrame , Chaloſtre
& Boug , Fils de Meffire Jacques
▼
F 2
124
MERCURE
du Tillet, maiſtre des Requeſtes,
Seigneur de Montramé , a épouſé
Mademoiselle Bellot , Fille de
Monfieur Bellot , Ancien Maiſtre
des Comtes , Bailly du Palais ,
Seigneur de Serreuſe , Guiné &
autres lieux. C'eſt une tres- belle
Perſonne qui fe fait diftinguer
par une vertu peu ordinaire à
celles de ſon âge. La Famille
de meſſieurs du Tillet eſt une des
plus anciennes & des plus confiderables
de Paris. Elle a donné
des Chevaliers à malte , des Confeillers
& des Preſidens au Parlement
, des maiſtres des Requeſtes
au Conſeil , des Eveſques à
l'Eglife , & s'eſt altiée avec les
Maiſons d'Angouleſme , de larnac
, de Chabot , des Seguiers ,
'des le maiſtre , des Bragelones
& des Daurats. Par ce mariage,
elle entre dans l'Alliance des
i
GALANT.
125
Briffonets & des Sevins , qui font
fort Illuftres dans la Robe. Ses
Armes, écartelé au 1. & 4. d'Azur,
au Chevron d'or , accompagné de
trois Molettes d'Esperon de meſme.
Au 2. & 3. 3.d'or , à trois Chabots
de Gueules : fur le tout , d'or à la
Croix patée & alaizée de Gueules:
tout l'Ecu entouré d'une Bordure de
Gueules , chargée de huit Befans
d'Or.
こS. A. R. de Savoye , ayant
agreé que Monfieur le Préſident
Truchy , l'un de ſes miniſtres
d'Erat , luy offriſt un Bal , & à
Meſdames Royales , ce miniſtre
fit préparer ſon Palais , qui eſt un
des plus magnifiques de Turin,
pour la nuit du 28. de Fevrier
paffé , & ſe diſpoſa à recevoir
les Perſonnes Royales qui devoient
y venir , ſuivies de toute
la Cour, de la maniere qu'il fair,
F
3
126 MERCURE
& a toûjours fait toutes choſes,
c'eſt à dire en grand Homme;
qui entend auſſi finement à ordonner
une Feſte , qu'à ſoûtenir
les plus importantes affaires.
L'entrée de ce Palais , qui eſt un
Veſtibule appuyé ſur pluſieurs
grandes Colonnes de marbre ,
étoit éclairée , ainſi que la Cours,
& le grand Degré , d'un nombre
prodigieux de Luftres , de Plaques
, & de Bras qui ſoûtenoient
pluſieurs Flambeaux , fi bien
rangez que la lumiere qu'ils rendoient,
paroiſſoit infiniment plus
agréable que celledu jour. Leurs
AA . RR. étant entrées dans le
vaſte Salon de ce Palais , qui n'eſt
pas moins beau par ſa forme
octogone , que par le riche deffein,&
l'agrément des Peintures
du Plat fonds , le trouverent enrichy
de meubles tres-précieux,
1
GALANT. 127
&éclairé par trois rangs de Flambeaux
, portez par divers Bras
dorez , & par de riches Plaques
rangées tout autour ; mais fur
tout par quinze Lustres magnifiques
, qui étoient ſuſpendus au
milieu . Ce Salon ſépare deux
grands Corps de Logis, compoſez
tous deux de divers Appartemens
doubles , dont les Chambres
font fort noblement diſpoſées
, Elle étoient toutes parées
de meubles ſuperbes , & de grandes
pièces d'Argenterie , qui
ſembloient diſputer d'éclat , avec
la multitude de lumieres qui les
faiſoit briller . Enfin tout répondoit
admirablement à la joye que
ce miniſtre reſſentoit dans ſon
coeur , d'avoir chez luy cette
Royale Aſſemblée. Leurs AA.
RR. qui viſitérenttout avec autant
d'attention que de curioſité,
F 4
128 MERCURE
témoignerent en eſtre parfaitement
fatisfaites , mais Elles nele
furent pas moins de la magnificence
de la Colation , qui fut de
quatre Services. Le premier
tout de Fleurs veritables & choiſies
, telles que le Printemps le
plus doux les peut produire ,
& que Monfieur le Préſident
Truchy avoit fait apporter avec
grand ſoin , de Nice &de Genes;
le ſecond , de Sorbets fort delicieux
; le troiſieme , de toutes
fortes d'Eaux & de Liqueurs rafraichiffantes
; & le quatrième ,
de vingt- quatre grands Baffins,
tant de Fruits frais que de Con
fitures de toutes fortes . Leurs
AA. RR . dirent la-deſſus mille
choſes obligeantes à ce Miniſtre,
qui reçeut auſſi des Complimens
d'applaudiſſement & d'admiration
, de tous les Seigneurs &
GALANT.
129
Dames de la Cour, qui s'y étoient
rendus en grand nombre , &
auffi galamment que ſuperbement
parez .
Préparez - vous , Madame , a
battre des mains. le vous envoye
un Ouvrage de l'Illuſtre Madame
des Houlieres. Ce Nom vous
promet quelque choſe d'achevé,
vous le trouverez aſſeurément,
& fi cette expreffion peut rien
fouffrir qui aille au delà , vous
pouvez attendre plus, ſans crainte
d'eſtre trompée. Tout eſt penſe
delicatement , tout eſt exprimé
de meſme , & il y a par tout ſujet
d'admirer.
***
**
F
130
MERCURE
LE RUISSEAU
IDYLE .
DE MADAME DES HOULIERES.
Viſſeaux, nous paroiſſons avoir
Ruiffeaux un mesme fort ,
D'un cours précipiténous allons l'un
l'autre ,
Vous à la Mer , nous à la mort ;
Mais hélas ! que d'ailleurs je voy peu
derapport
Entre vostre course&lanostre!
Vous vous abandonnezfans remords,
Sans terreur ,
Avoſtre pente naturelle ;
Point de Loy parmy vous ne la rend
criminelle ,
La vicilleſſe chez vous n'a rien qui
faſſe horreur.
GALANT. 131
Prés de la fin de vostre courſe
Vous estes plus fort&plus beau
Que vous n'eſtes à vôtre ſource,
Vous retrouvez toujours quelque
agrément nouveau.
Si de ces paiſibles Boccages
Lafraiſcheurde vos eaux augmente
les appas ,
Vostre bienfait neſe perdpas;
Parde délicieux ombrages
Ils embelliffent vos rivages.
Sur un ſable brillant, entre des Prez
flcuris ,
Coule voſtre Onde toûjours pure,
Mille & mille Poiſſons dans vostre
feinnourris
Ne vous attirent point de chagrins,
de mépris.
Avec tant de bonheur d'où vient
vôtre murmure ?
Hélas! vostre fort eſtſi doux.
Taifez vous,Ruiffeau,c'est ànous
A nous plaindre de ta Nature.
De tant de paſſions que nourrit noftre
coeur , F6
132 MERCURE
Aprenez qu'iln'en est pas une
Qui ne traiſne apres foy le trouble ,
la douleur,
Le repentir , ou l'infortune.
Elles déchirent nuit & jour
Les coeurs dont elles sont mattrefles;
Mais de cesfatales foibleſſes
Laplus à craindre, c'est l' Amour,
Ses douceurs mesme font cruelles .
Elles font cependant l'objet de tous
les voeux ,
Tous les autres plaiſirs ne touchent
point fans elles ;
Mais des plus forts liens le temps
ufe les noeuds ,
Et le coeur le plus amoureux
Devient tranquille , ou paſſe à des
:
Amours nouvelles.
Ruisseau, que vous eſtes heureux !
Iln'est point parmyvous de Ruiffeaux
infidelles !
Lors que les ordres abſolus
GALANT. 133
De l'Estre indépendant qui gouverne
le Monde , J
Font qu'un autre Ruiſſeau se mesle
avec voſtre Onde ,
Quand vous estes unis, vous ne vous
quittez plus.
A ce quevous voulez jamais il ne
s'opose,
Dans vêtre fein il cherche à s'a
bimer ,
Vous & luy iuſques àla Mer
Vous n'eſtes qu'une mefme chose.
De toutes fortes d'unions
Que nostre vie est éloignée!
De trahisons , d'horreurs , &de dif
Sentions
Elle est tourours accompagnée.
Qu'avez - vous merite , Ruisseau
tranquile &doux ,
Pour estre mieux traité que nous?
Qu'on ne me vante point ces Biens
imaginaires ,
Ces Prérogatives , ces Droits ,
134
MERCURE
Qu'inventa nostre orgueil pour masquer
nos miferes ;
C'eſt luy feul qui nous dit que par un
iufte choix
Le Ciel mit en formant les Hom
mes ,
Les autres Estres ſous leurs loix.
A ne nous point flater,nous ſommes
Leurs Tyrans plûtoſt que leurs Roys.
Pourquoy vous mettre à la torture ?
Pourquoy vous renfermer dans cent
Canaux divers ,
Et pourquoy renverſer l'ordre de la
Nature
En vous forçant à jaillir dans les
airs?
Si tout doit obeïr à nos ordresfuprémes
,
Si tout est fait pour nous , s'ilnefaut
que vouloir ,
Quen'employons nous mieux cefouverain
pouvoir ?
Que ne regnons - nous fur nousmefmes
?
GALANT.
135
Maishelasideſesſens Esclave malheureux,
L'Homme ofeſe dire le maistre
Des Animaux, qui font peut- estre
Plus libres qu'il ne l'est , plus doux,
plus genéreux,
Et dont la foibleße afait naistre
Cet Empire infolent qu'il usurpe
fureux.
Mais que fuis- ie ? Où va me con .
duire
La pitié des rigueurs dont contre
eux nous uſons !
Ay-ie quelque espoir de détruire
Des erreursoù nous nous plaiſons?
Non , pour l'orgueil &pour les
iniuftices
Le coeur humainſemble estrefait.
Tandis qu'on separdonne aisément -
tous les vices,
On n'en peut fouffrir leportrait.
Helas'on n'aplus rien à craindre,
Les vices n'on plus de Censeurs,
136
MERCURE
Le monde n'est remply que de lâches
Flateurs ,
Sçavoir vivre c'eſt sçavoirfeindre.
Ruiffeau,ce n'estplus que che's vous
Qu'on trouve encor de lafranchise,
On y voit la laideur ou la beauté
qu'en nous.
La bizarre nature a miſe ,
Aucun defaut ne s'y déguiſe ,
Aux Roys comme aux Bergers vous
les reprochez tous.
Ausfine consulte- t-on quere
De vos tranquiles eaux le fidele
cristal.
On évite de même un Amy trop
Sincere.
Ce déplorable goust est le goust general.
Les leçons font rougir , perfonne ne
les foufre
Le Fourbe veut paroiſtre Homme de
probités
GALANT.
137
Enfin dans cet horrible gouffre
De miſere & de vanité,
Ie me perds ; &plus j'envisage
La foibleſſe de l'Homme & sa malignité
,
Etmoins de la Divinité
En luy je reconnois l'Image.
1
Courez , Ruiffeau, courez ,fuyeznous,
reportez
Vos Ondes dans leſein des Mers dont
vousfortez ,
Tandis que pour remplir la dure
: destinée
Où nous sommes aſſujettis ,
Nous irons reporter la vie infortunée
Que le hazard nous a donnée ,
Dans leſcin du neant d'où nousfom.
mesfortis .
Comme la Renommée répand
par tout les grandes Nouvelles
avec une viſteſſe incroyable
, il y a déja quelque temps
138 MERCVRE
ſans doute que vous avez entendu
parles des Articles accordez
par le Roy à la Republique de
Genes. Sije ne vous en ay rien
ditjuſques à preſent , c'eſt parce
que j'ay crû à propos d'attendre
que je vous puſſe éclaircir ſeurement
de tout ce qu'ils contiennent
, & meſme qu'ils euſſent
eſté ratifiez . Cet endroitde l'Hiſtoire
de noſtre Auguſte Monarque
, ne contribuëra pas peu à
mettre ſa Gloire au plus haut
degré , où celle d'aucun Souverain
ait jamais eſté portée, moins
toutefois par l'éclatant Hommage
que cette Republique luy
rend , que parce qu'il a bien voulu
ſe contenter de la fatisfaction
que vous allez voir marquée en
ces Articles , dans un temps où il
pouvoit eſperer tout de ſes Armes
& de la Victoire , qui a toû
GALANT.
139
jours favorisé ſes juſtes deſſeins ,
Mais ſa pieté qui n'eſt pas moins
grande que ſa luſtice , n'a pû
ſouffrir qu'il refuſaſt aux prefſantes
inſtances du Pape , ce que
Sa Sainteté luy a demandé , &il
n'a pas creu devoir inquieter
l'Italie lors qu'il la voit obligée
d'unir ſes forces contre celles de
l'Ennemy du nom Chreſtien.
Un Prince moins genereux , &
qui n'auroit pas appris à eſtre
toûjours Maiſtre de luy meſme,
ſe feroit ſervy de l'occaſion , mais
le Roy fatisfait de ſa Gloire , ne
diſpute plus depuis long- temps
à ceux qui ſe veulent liguer contre
, luy , que l'avantage de travailler
plus qu'eux , à mettre le
calme dans toute l'Europe. C'eſt
dansla vuë de l'y rétablir entie
rement , que Sa Majesté ſignale
Pouvoir qui fuit le neuvième du
dernier mois.
140 MERCURE
Le Roy ayant esté informé par le
ſieur Evefque de Fano , Nonce Extraordinaire
de Sa Sainteté , que
non seulement la Republique de Genes
avoit pris la réſolution d'accepter
les Conditions qui luy ont esté
imposées par Sa Majesté , pour tâ
cher par cette foûmission à rentrer
dans ſes bonnes graces , mais même
qu'elle avoit envoyé un plein Pouvoir
au ſieur de Marini , pour en
figner en fon Nom les Articles ,
avec telles Perfonnes qu'il plairoit
à Sa Majesté commettre , Sa Majesté
a pour cet effet autorisé de fa
part comme Elle autorise par ces
Presentes , le fieur Colbert , Cheva.
lier , Marquis de Croiſſy , Confeiller
en tous ſes Conseils , President à
Mortier en fa Chambre de Parlement
à Paris , Secretaire d'Etat de
Sa Matesté , & de ſes Commandemens
& Finances , auquel Elle a
GALANT.
141
donné plein Pouvoir , Commißion ,
&Mandement special d'accepter ,
conclurre , & figner en ſon Nom ,
avec ledit ſieur de Marini , les Ar.
ticles dont ils feront convenus ; promettant
Sadite Maiesté, en foy &
parole de Roy , d'accomplir , & d'executer
ponctuellement , & avoir
agréable ,& tenirferme &stable à
toûjours , tout ce que ledit ſicur de
Croiſſy aura promis ,& signé en
vertu du preſent Pouvoir, comme
auſſi d'en fournirſa Ratification en
bonne forme , dans le temps qu'il
aura esté convenu. En témoignage
dequoy Nous avons signé ces Pre-
Sentes de nostre main , & a icelles
fait appofer nostre Scel fecret .
Monfieur le Marquis de Marini
, Envoyé Extraordinaire de
la République de Genes auprés
de Sa Majesté , avoit reçeu un
Plein- pouvoir par une Lettre des
142 MERCURE
Duc , Gouverneurs & Procureurs
de cette Republique , ſigné
Girolamo de mari , & Carlo
Maſcardi , & Dattée du 29. Ianvier.
Cette Lettre portoit , Que
la Republique ayant connu, tant par
le compte qu'il luy avoit rendu de
toutes chofes , que par celles que M.
Rannuzzi ,Nonce du Pape , avoit
repreſentées à Sa Sainteté , le Roy
renfermoit la Satisfaction qu'ilfouhaitoit
, à demander que l'on envoyast
le Doge , & quatre Senateurs
en France ; Qu'elle defarmast les
quatre Galeres armées nouvellement.
Que la Republiquese reduiſit
à l'état de Neutralité , où elle estoit
par le paffé envers les Couronnes de
France &d'Espagne ; Qu'on payast
cent mille écus à Monsieur le Comte
de Fieſque , & qu'on reftituaſt aux
François qui demeuroient à Genes
au mois de May dernier , les biens
GALANT.
143
- qui leur avoient esté ostez ; Les
Ducs , Gouverneurs & Procureurs ,
au nom de la Republique , voulant
montrer l'extrême Soûmißion qu'elle
avoit pour tout ce que Sa Majesté
pouvoit souhaiter , luy donnoient
pouvoir de traiter & de conclurre
Jur fes Demandes , en s'appliquant
particulierement àfaire exprimer
ce que devoit faire la Republique ,
en paroles claires , & qui ne puſſent
Souffrir aucune équivoque.
Apres ces Pouvoirs reciproquement
donnez , M² Colbert
de Croiſſy , arreſta avec Monſieur
le Marquis de Marini , que
le Doge à preſent en charge ,&
quatre Senateurs auſſi en charge,
ſe rendront dans la fin de ce
mois, ou dans le dixième du mois
prochain àMarseille, ou en quel
qu'autre Ville du Royaume, d'où
ils viendront au lieu où Sa Ma144
MERCURE
jeſté ſera , qu'ils feront admis à
fon Audience , reveſtus de leurs
Habits de Ceremonie ; que le
Doge portant la parole au nom
de la Republique , témoignera
l'extréme regret qu'elle a d'avoir
déplû à Sa Majesté , & qu'il
employera dans ſon Diſcours les
expreſſions les plus foûmiſes ,
& les plus reſpectueuſes , & qui
marqueront le mieux le defir
ſincere qu'elle a de meriter à l'avenir
la bien- veillance de Sa Majeſté
, & de ſe la conſerver ſoigneuſement.
Que luy & les quatre
Senateurs étant retournez à
Genes , continuëront d'exercer
leurs Charges , ſans que d'autres
puiſſenteſtre mis à leurs places ,
ny pendant leur abſence,ny apres
leur retour , fi ce n'eſt lors que le
temps ordinaire de leur Gouver
nement ſera expire. Que toutes
les
GALANT.
145
,au
les Troupes Eſpagnoles que la
Republique de Genes a introduites
dans les Villes, Places ,& Païs
dépendans de cet Etat , feront
congediés dans le temps d'un
mois , & qu'elle renonce dés à
preſent en vertu de ce Traité , à
toutes les Ligues & Affociations
qu'elle pourroit avoir faites depuis
le 1. Janvier 1683. Que les
Genois reduiront auſſi dans le
même temps leurs Galeres
mefme nombre qu'elles eſtoient
il ya trois ans , & pour cet effet
deſarmeront celles qu'ils ont fait
équiper depuis . A l'égard de ce
que la Republique a offert de
rendre aux Sujets du Roy , tout
ce qu'elle a pů retirer des effets
qui leur appartiennent , fur ce
que Sa Majefté avoit demandé ,
qu'elle dédommageaſt tous les
François , non ſeulement de ce
Mars 1685 . G
146 MERCURE
qui leur a eſté pris & enlevé ,
tantdans la Ville de Genes , que
dans les Païs quien dépendent ,
mais auſſi de toutes les priſes qui
ont eſté faites ſur eux par leurs
Vaiſſeaux , & autres Baſtimens
que les Genois ont armez , ou autoriſez.
Il fut déclaré que Sa Majeſté
acceptant cet offre , & fuivant
les mouvemens de ſa Pieté ,
vouloit bien ſe contenter , qu'au
lieu des autres dédomagemens
fi juſtement prétendus , la Republique
s'obligeaſt de contribüer
à la Reparation des Eglifes &
lieux Sacrez , qui ont eſté rüinez
, ou endommagez par les
Bombes , que le refus de donner
une juſte ſatisfaction à Sa Majeſté
, a attirées indiſtinctement
fur la Ville de Genes , toute la
ſomme d'argent que le Pape eſtimera
convenable , remettant à
4
GALANT.
147
:
A
Sa Sainteté de regler le temps ,
dans lequel ces Reparations devront
eſtre faites. Par un autre
Article qui regarde Monfieur le
Comte de rieſque ,& les anciennes
prétentions de ſa Maiſon
contre cette Republique , le Roy
ayant defiré qu'il luy fut payé
preſentement cent mille écus ,
Monnoye de France , la Republique
pour témoigner en cela
ſa déference pour Sa Majesté ,
& meriter d'autant plus l'honneur
de ſes bonnes graces , s'obligea
par ce ſeul motif, & non
autrement, de payer à Monfieur
le Comte de riefque , cette ſomme
de cent mille écus , fans préjudice
des raiſons qu'elle prétend
avoir contre luy , auſquelles ce
payement ne pourra donner aucune
atteinte .
Je ne vous dis rien des autres
G2
148 MERCURE :
-
Articles. Ils ne roulent que ſur
l'aſſeurance que donne le Roy,
du favorable accueil qu'il prépare
au Doge & aux quatre Senateurs
, pour marquer à la Republique
le retour de ſa bien- veillance
Royale , & fur la ceſſation
de tous Actes d'hoſtilité, tant fur
Terre que fur Mer, Ces Articles
ayant eſté ſignez le douziéme du
paſſé , par Monfieur le Nonce du
Pape , par Monfieur Colbert de
Croiffy , & par Monfieur le marquis
de marini. Sa majeſté les
ratifia le troiſiéme de ce mois , ce
que la Republique de Genes
avoit fait des le 25. Fevrier.
Je viens à l'Article que je vous
ay promis du Carnaval de la
Cour , pendant les mois de Jan.
vier de Fevrier. Les Divertiſfemens
n'y ont point ceſſé. L'Opera
de Roland ya eſté repreſenté
GALANT . 149
une fois chaque Semaine ; & il
y avoit alternativement Bal , Comedie
& Opera . Toute la Cour
a maſque ſept fois , & auroit continué
à ſe donner ce plaiſir , fi la
mort du Roy d'Angleterre n'enft
interrompu pour quelques jours
tous les Divertiſſemens . Chaque
jour de maſcarade , Monſeigneur
le Dauphin changeoit quatre ou
cinq fois d'habits , où l'on n'oublioit
rien pour empeſcher qu'il
ne fuſt reconnu. Il ſurprit toute
l'Aſſemblée dans la premiere
Mascarade , avec un habit de
Chauve- fouris . La magnificence
& l'invention ont paru dans tous
les déguiſemens de Monfieur ' e
Duc. Les habits de ſa Troupe
eſtoient à cette premiere Mafcarade
de grandes Robes , de
differentes couleurs , diverſement
& richement chamarées ,
1
G3
150
MERCURE
d'où ſortoit un Col qui s'élevoit
fort haut , & s'abaiffoit , & for
lequel paroiffoit uue teſte d'Animal
, coëffée en Chauve- fouris.
Monfieur le Duc de Bourbon ,
qui étoit ſous l'une de ces Machines
, avoit un habit de Femme
de Strasbourg. Mademoiſelle
de Bourbon , qui eſtoit ſous une
autre , en avoit un de Magicienne
, & les Filles d'honneur de
Madame la Dauphine , qui en
rempliſſoient d'autres , estoient
diverſement vétuës. Je ne dois
pas oublier icy à vous dire , que
Monfieur le Duc de Bourbon
n'avoit encor fait de ſejour à la
Cour , que pendant ce Carnaval
, & qu'il y a paru au fortir
de ſes Etudes , avec un air , des
manieres , & un eſprit auffi libre
que s'il y euſt paſſe ſes premieres
années , & qu'il euſt eu un
GALANT. 151
âge plus avancé. Le ſecond jour
qu'on maſqua, la Maſcaradede
Monſeigneur le Dauphin reprefentoit
toute la Troupe Italien
ne. Ce Prince eſtoit veſtu en
Docteur. Ceux qui formoient
cette Mascarade , eſtoient Monſieur
le Prince de Conty , Monſieur
le Prince de la Roche- fur-
Yon , Monfieur le Prince de Turenne
, Monfieur le Ducde Roquelaure
, Meſſieurs les marquis
de Bellefonds , d'Alincour ,& de
Liancour. Madame la Dauphine,
fit ce jour là une maſcarade de
Perroquets ,Monfieur le Duc de
Boubron parut avec un riche habitde
Seigneur Hongrois, &Mademoiſelle
de Bourbon , avec un
habit de Païſane , d'une proprieté
ſurprenante. Monfieur leDuc
du Maine , ſe fit admirer le méme
jour , avec une Maſcarade de
G4
152 MERCURE
petits vieillards &de petites vieil.
les. Rien n'a paru plus beau ,&
l'on ne pouvoit ſe laſſer de les
regarder. Ceux qui compoſoient
cette Mafcarade estoient , Monfieur
le Duc du Mayne , Mon.
ſieur le Comte de Thoulouſe ,
Monfieur de Manſini , Monfieur
le Marquis de la Vrilliere , Mademoiselle
de Nantes , Mademoiſelle
de Blois,&Mademoiselle
de Château- neuf.
Dans la troiſième Mascarade ,
Monfeigneur le Dauphin parut
d'abort déguisé avec quatre viſages.
Enfuite, il prit un habit de
Flamande avec un Maſque de
Perroquet , & changea à fon ordinaire
quatre ou cinq fois d'habit.
Monfieur le Duc de Bourbon
, parut ce ſoir là avec un ha
bit de Noble Venitien ,& Mademoiſelle
de Bourbon s'y fit reGALANT.
153
marquer par ſa propreté , & la
richeſſe d'un habit magnifique.
Toute la Cour maſqua ce ſoir là,
& le mélange des habits grotesques
, & fuperbes , eſtant fort
agréable à la vuë , divertit beaucoup.
il
Le quatrième jour qu'on malqua
, Monſeigneur le Dauphin
mit pour premier habit celuy
d'un Operateur , & tiran feulement
un petit cordon
parut en un inſtant vétu en
grand Seigneur Chinois , Des
changemens auſſi ſurprenans
le firent paroiſtre encore le
meſme foir avec deux autres
habits, Monfieurle Ducde Bourbon
mit ce foir-là un habit de
Païſan , auſſi riche que bien entendu.
Monfieur le Duc de Mortemar
, qui ſe diftingue en tout
ce qu'il fait , vint à l'Aſſemblée
GS
154 MERCURE
du meſme jours avec un habit
tout formé de manchons juſqu'à
la coëffeure. Ils étoient de diffe.
rentes couleurs. Il avoit une
Palatine pour Cravate , & un
Maſque qui imitoit le viſage d'un
homme tout tranſi de froid. Sa
barbe paroiſſoit toute gelée , &
les glaçons y pendoient. Il euſt
eſté impoſſible de le reconnoiftre
, s'il ne ſe fuſt pas découvert
luy-méme.
Neuf Quilles & la Boulle ſe
trouverent dans le Bal le jour de
la cinquiéme Aſſemblée ; c'eſtois
la maſcarade de Monſeigneur le
Dauphin. Ceux qui reprefentoient
ces Quilles eſtoient affis
detfous ,& de petites feneftres
leur donnoient de l'air ; jugez
par làde leur contour ,& de leur
hauteur , elles étoient peintes
de diverſes couleurs monfei
GALANT. , 155
gneur le Dauphin fit paroiſtre
beauconp d'agilité dans quelques
uns des habits qu'il prit le
reſte de la Soirée , les uns n'en
demandant pas tant que les autres.
Monfieur le Comte de
Thoulouſe ſe fit admirer en Scaramouche
, & l'on n'auroit pas
eu de peine à le prendre pour
un Amour déguisé. Monfieur le
Duc de Bourbon , Mademoiselle
de Bourbon ne maſquerent ce
foir- là qu'en Avocats ; mais ce
fut avec une propreté qui faiſoit
affez connoiſtre que les Robes
de ces Avocats là n'avoient
jamais eſſuyé la pouffiere du
Palais..
La Maſcarade des Cris de Palais
fut la fixieme de Monſeigneur
le Dauphin. Ceux qui accom
pagnoient ce Prince , étoient
Monfieur le Prince de Conty
G6
156 MERCURE
Monfieur le Prince de la Rochefur-
Yon Monfieur le Grand ১.
Prieur, Monfieur le Prince Turenne
, Monfieur le Comte de
Brienne , Monfieur le Prince de
Thingry , Monfieur le Marquis
d'Alincourt , Monfieur le Marquis
de Courtenvau Monfieur
de la Rocheguion , Monfieurde
Liencourt , Monfieur de Grignan
, & Monfieur du S. Eſteve
Selon les Meſtiers qu'ils repre->
ſentoient , ils portoient ce qu'il y
avoit de plus delicat àboire & à
manger , & quelques uns portoient
juſqu'à des Boutiques garnies
de ce qui regardoit leur Perfonnage.
Monfieur le Duc de
Bourbon , & Mademoiselle de
Bourbon vinrent ce foir-là au
Bal avec une Troupe de huit
perſonnes , dont les habits reprefetoient
des pavillons. La маг
GALANT. 157
carade de Monfieur le Duc du
Mayne , qui parut le meſme ſoir,
étoit de dix Seigneurs Chinois
& de cinq Dames Chinoiſes ,
avec des habits auſſi magnifiques,
que bien imaginez . Voicy les
Noms de ceux qui compofoient
cette maſcarade ; Monfieur le
Ducdu Maine, Monfieurle Comte
de Thoulouſe Monfieur de
Mancini , Monfieur le Comtede
Cruffol Monfieur de Duras, Monſieur
de Sully Monfieur de
Grignan , Monfieur le marquis
de la Vrilliere, Monfieur de Soyecourt,
Monfieur Bontemps , Mademoiselle
de Nantes, Mademoifelle
de Blois , Mademoiselle d'Uſez
, Mademoiselle de Senneter
re , Mademoiselle de Chasteauneuf.
Quelques jours avant la
fin du Carnaval Monſeigneur le
Dauphin ayant reſolu de faire
,
「
158 MERCURE
une Courſe de Teſtes en maniere
de petit Carouſel , avec des
Quadriles , on chercha un Sujet,
on imagina desHabits , on les fit,
on s'exerça , & l'on courut enfin
fix jours apres qu'on eut reſolu
ce divertiſſement. La France ſeule
eſt capable d'executer des
choſes de cette nature en ſi peu
de temps. Vous en ferez furpriſe
, quand vous aurez ſçeu ce
que j'ay à vous en dire. Le Dimanche
4. de Fevrier ,le Roy,
Madame la Dauphine , & toutes
la Cour ſe rendirent à trois
heures apres midy fur les Am
phitheatres du Manege découvert
de Verfailles . La Quadrille
deMonſeigneur le Dauphin entra
auffi - toſt dans la Carriere, au
fon des Timbales & des Trompettes;
les Armes de cette Qua
drille estoient noir & or , les
GALANT.
139
habits de deſſous noirs & brodez
d'or , & toutes les plumes
tant des Hommes que des Chevaux
étoient blanches , & les
garnitures de meſme. Monfieur
le Marquis de Dangeau , ſous le
nom de Charlemagne , entra le
premier comme Juge du Camp,
Monſeigneur le Dauphin , eſtoit
`ſous le nom de Zerbin ; Monfieur
le Prince de Tingry , fous
celuy de Renaud ; Monfieur de
la Roche - Guyon , ſous celuy
d'Aquilan le noir ; Monfieur le
Marquis de Liancour , fous celuy
deGrifon le blanc; & Monfieur
le Marquis d'Antin , ſous celuy
de Roland. La ſeconde Quadrille
entra auſſi-toſt apres, précedée
de ſes Trompettes ,
Timbales. Les couleurs de cette
&de ſes
Quadrille estoient or & vert ,
vec des plumes blanches
160 MERCURE
mouchetées de vert. Monfieur
le Duc de Gramont eſtoit Juge
du Camp . Il entra le premier
ſous le nom d'Agramant . Monfieur
le Prince de la Roche-fur-
Yon, avoit celuy de Mandricardi
Monfieur le Duc de Vandôme ,
celuy de Gradaſſe ; Monfieur le
Prince de Turenne , celuy de
Roger ; Monfieur le Comte de
Briône, celuy de Rodomont; &
Monfieur le marquis d'Alincour,
celuy de Sacripant. On ne peut
avoir plus de fatisfaction que
cette Courſe en donna aux Spetateurs,
ny meriter plus d'aplaudiſſemens
que monfeigneur le
Dauphin , qui eſt le Prince du
Monde ,qui a la meilleure grace
les Armes à la main. Apres une
fort longue diſpute , le Prix demeura
ala feconde Quadrille , &
ceux qui la compofoient le dif
GALANT. 161
puterent long- temps entr'eux ;
maisenfin , Mr le Prince de Turenne
l'emporta , & reçut de la
main du Roy, au ſon des Timbales",
& des Trompettes,une Epée
d'or avec de riches Boucles .Mr du
Mont Ecuyer de Monſeigneur le
Dauphin , montoit un Cheval
nud qu'il gouvernoit, comme auroit
pû faire le plus habile Ecuyer
à qui rien n'auroit manqué, pour
bien manier un Cheval , ſur les
quel il auroit eſté monté. Je croy
que vous ſçavez de quelle maniere
ſe fait cette Courſe de te.
ſtes. Il faut d'abord en emporter
une avec la Lance ; puis on darde
une autre , on ſe retourne enſuite
vers la Meduſe que l'on darde
auffi , apres quoy on emporte
à l'épée la derniere teſte , qui eſt
plus baſſe que les autres. Je vous
envoyeray le mois prochain les
182. MERCVRE
:
Deviſes de tous ceux qui estoien
de cette Courſe. Le lendemain
on repreſenta l'Opera d'Amadis
à Verſailles . Le Roy ne l'avoit
point encore veu , parce que cet
Opera avoit paru dans l'année de
la mort de la Reyne , & vous ſçavez
que pendant ce temps , le
Roy n'a pris aucun divertiſſement.
Le jour ſuivant qui eſtoir
le dernier du Carnaval , la Mafcarade
deMonſeigneur le Dauphin
, eſtoit d'un Marquis de
Maſcarille porté en Chaiſe , avec
un équipage convenable à fon
fracas d'ajustement , Monfieur le
Comtede Thoulouſe maſqua ce
foir là avec un habitde Perfan ,
&charma toute la Cour. Parmy
les Maſcarades qui ont le plus diverty
, il y en a eu une de Suiſſes,
quia donné un fort grand plaiſir,
& dont l'invention cauſa beau
GALANT. 183
coup de ſurpriſe. Toutes les fois
que madame la Dauphine a dancé
, pendant les jours deſtinez
aux Maſcarades , fa bonne grace
&lajuſteſſe de ſo oreille ont toû
jours paru. Madame la Princeſſe
de Conty s'y eſt ſouvent fait admirer
ſous pluſieurs habits , mais
furtout avecun habit Gree, dont
on fut tellement charmé , que
pluſieurs en firent faire de ſemblablespour
les Bals ſuivans. Mes
Dames les marquiſes de Richelieu
& de Bellefonds , ſe ſont
fort diftinguées par divers habits
auſſi riches que bien entendus ;
& Madame la marquiſe de Seignelay
a auſſi brillé de la meſme
forte , & fur tout avec un habit
à la Hongroiſe.Je ſerois trop long
fi j'entrois dans le detail de toutes
celles qui en ont eu de tres riches
en maſquant. Quoy que
164 MERCURE
ces habits n'euſſent le Caractere
d'aucune Nation , ils n'en étoient
ny moins beaux , 'ny moins magnifiques
, ny moins bien entendus
, & n'en paroient pas moins
les Dames qui les portoient. Il y
a eu encore un divertiſſement ,
qui pour n'avoirpas eſté du nombre
des maſcarades qui ſe ſont
faites chez le Roy , n'a pas laiſſe
d'eſtre un des plus agréables ,
dont on ait jamais entendu parler.
Le Roy eſtant entré un ſoir
chez Madame de Monteſpan , fut
ſurpris de voir que tout ſon appartement
repreſentoit la Foire
de S. Germain. Ce n'étoit partout
que Boutiques remplies de maг-
chands , & l'on voyoit meſme des
Compagnies entieres de Perſonnes
qui ſe promenoient dans cette
Foire , & qui faifoient converſation
, ou entr'elles , ou avec les
GALANT.
165
3
* Marchands & les marchandes .
Enfin , tout ce que l'on a coûtume
de voir à la Foire, y paroiſſoit
depeint au naturel. C'eſt ainſi
qu'on doit furprendre pour bien
divertir , & tous ces fortes de divertiſſemens
ſont de bon gouft .
L'Opera de Roland qui avoit
eſté fait pour le Roy , n'ayant pû
eſtre repreſenté à Paris , avant
que les divertiſſemens de Verſailles
euſſent ceſſe , fut donné
pour la premiere fois au Public ,
le huitième de ce mois, accompagné
des machines & des Décorations
qui n'avoient pû luy ſervir
d'ornement à la Cour , parce
que le ſuperbe Théatre où ces
grands ſpectacles doivent paroître
, n'eſt pas encore achevé. Ces
- Décorations & ces machines , ont
donné un nouvel éclat à cet
Opera. Ils font de Monfieur Ber
186 MERCURE
rin , auſſi bien que les deſſeins des
habits des maſcarades &du Carouſel
, dont je viens de vous parler
. La Troupe Italienne eſt aug.
mentée d'un Acteur nouveau,qui
attire les applaudiſſemens de tout
Paris , & qui n'a pas moins plû à
laCour qu'à la Ville. Il a une agi.
lité de corps ſurprenante , & feconde
admirablement l'incomparable
Arlequin.
Quoy que le Printemps ait
commencé , la Saiſon eſt encore
fi rude , que rien n'y ſçauroit
mieux convenir que les paroles
ſuivantes. C'eſt un fort habile
Maiſtre qui les a miſes en Air.
2
AIR NOUVEAU.
Ents qui portez par tout voftre
funeste rage.
Redoublez, redoublez vos bruits impétueux
.
GALANT. 187
- Et ne permettezpas en cet Hyver
affreux ,
Quepas un de nos joursfoit exempt
de l'orage.
Mais épargnezle doux calme des
nuits ,
Rentre pourquelque temps au fonds
devos Cavernes ,
Et quand du Cabaret je revins au
Logis,
1 Gardez- vous bien d'éteindre les
$
Lanternes.
Aprés vous avoir mandé dans
- fix de mes Lettres quantité de
choſes curieuſes du Royaume de
Siam , & des Ambaſffadeurs que
le Roy de ce vaſte Empire avoit
envoyez à Sa Majeſté,du naufrage
deſquels on commence à ne
plus douter , je dois vous dire
que les mandarins envoyez en
France par ce meſme Roy , pour
4
168 MERCURE
en apprendre des nouvelles , ſe
ſont enfin embarquez pour retourner
à Siam , ayant toûjours
eſté défrayez par ordre , & aux
dépens de Sa Majeſté. Monfieur
le Chevalier de Chaumont, Ambaſſadeur
du Roy vers celuy de
Siam , s'embarqua à Breſt le premier
de ce mois , ſur le Vaiſſeau
de Guerre nommé l'Oiseau , &
deux jours aprés il mit à la Voile
pour Siam au bruit du Canon ,
& aux fanfares des Trompetes.
Monfieur l'Abbé de Choiſy , qui
a pouvoir de Sa Majeſté de faire
les fonctions de l'Ambaſſade , au
defaut de Monfieur le Chevalier
de Chaumont , & de demeurer
auprés du Roy de Siam , s'il en
eſt beſoin , aprés que ce Chevalier
aura pris ſon audience de
Congé pour revenir en France,
c'eſt embarqué ſur le meſme
Vaiſſeau,
GALAN T.
169
Vaiſſeau , qui eſt de quarantefix
pièces de Canon , commandé
par Monfieur de Vaudricour , &
ayant Me de Coriton pourCapitaine
en ſecond , Meſſieurs les Chevaliers
de Fourbin & de Sibois
pour Lieutenans , & Monfieur
de Chammoreau pour Enſeigne.
Une Frégate du Roy de vingtquatre
piéces de Canon les fuit.
Elle est commandée par Monfieur
Joyeux , & par Monfieur du
Tertre , Enſeigne , & porte une
partie de leur Equipage. Les
François ne voulant point demeurer
oififs , chacun à l'envy
s'eſt empreflé pour eſtre de co
Voyage. Meffieurs de Cintré &
de Francine Lieutenans , onteſté
nommez pour cela , & font à la
fuite de l'Ambaſſade , auſſi bien
que Monfieur de Fretteville ,
Gardede la marine. Ce dernier,
qui a eſté Page de la Chambre
Mars 1685 .
H
1
170
MERCURE
du Roy , a merité cet avantage,
tant par les Services de M² de
Fretteville ſon Pere , que par
l'affiduité & la ſageſſe avec laquelle
il a luy meſme ſervy Sa
Majesté , pendant les années d'exercice
de Monfieur le Duc de
Geſvres , & de Monfieur le Duc
de S. Aignan , auquel il a l'honneur
d'appartenir. Depuis ſa fortie
de Page , il s'eſt trouvé à toures
les occaſions de Guerre , qu'il
ya eu ſur laMediterranée.Les autresGardes
Marines qui ſont com.
me luy àla ſuite de l'Ambaſſade ,
font MeſſieursCompiegne , lon
cous,d'Erbouville,du Fay,de Palu
de la Foreſt , & de Benneville. Le
Roy, comme Fils aîné de l'Eglife,a
crû avec beaucoup de raiſon,qu'il
eſtoit digne de luy d'envoyer des
Ambaſſadeurs à Siam , en faveur
de la Religion Catholique , qui
commence à y faire de grands
GALANT. 171
progrez , & qui en pourra fairc
enocre davantage , eſtant ſecondée
du zéle & de la pieté de Sa
Majefté.
Je vous ay parlé aſſez ample.
ment dans ma derniere Lettre de
cequi s'eft paflé pendant les premiers
jours de la maladie du Roy
d'Angleterre; mais comme je vousS
aydit peu de choſes des deux der
niers , parce que je n'étois pas encore
bien informé du détail , je
crois que vous ne ſerez pas fachée
que je reprenne cette matiere
, pour vous apprendre des
chofes que vous pouvez ignorer.
Le Jeudy 15. de Fevrier, veille
de la mort de ce Monarque , les
Medecins dirent à Monfieur le
Duc d'York , qu'il étoit hors de
danger , qu'ils répondoient de Sa
vie ; & que s'il mouroit de cette
maladie-là , ce ne pourroit estre que
Par leurfaute. Sur une afſeurance
H 2
172 MERCURE
:
1
ſi poſitive , Monfieur le Duc
d'York , qui par la prudence
qu'on a roûjours veuë inſeparable
de toutes ſes actions , avoit
fait fermer tous les Ports d'Angleterre
, donna des ordres pour
les faire r'ouvrir. Cependant le
ſoir de ce meſme jour , le Roy
futnouvellement attaqué de convulfions
; le poux commença à
luy manquer; depuis le bas de
ſon corps la moitié devint froide,
& il perdit peu à peu la parole ,
quoy qu'il ait encore parlé avec
une grande préſence d'eſprit ,
trois heures avant ſa mort.On ne
peut montrer plus de reſignation,
ny des ſentimens pieux & plus
Chrêtiens , qu'il en fit voir dans
les intervales de foulagement que
ſon grand mal luy laiſſoit. Il demanda
premierement pardon à
Dieu , & enſuite à la Reyne ſa
femme , qui n'étoit pas préſente
GALANT.
173
dans ce moment. , puis à Monſieur
le . Duc d'York , l'appellant
Son cher Frere , fon aimable Frere ,
qui luy avoit toûjours esté meilleur
Frere , qu'il ne l'avoit eſté pour lug
pendantſon vivant ; ce qui attendrit
ſi fort ceux qui l'écoutoient ,
qu'ils ne purent retenir leurs larmes
. Il parla auſſi fort avantageuſement
du grand merite de
Madame la Ducheſſe d'York ,
& de la haute eſtime qu'il avoit
toûjours euë pour cette Princefſe.
Il recommanda à tous les
grands Officiers de la Couronne
qui estoient autour de ſon lit ,
l'entiere obeïſſance qu'ils devoient
à Me le Duc d'York , fon
unique Frere , & Heritier du Royaume
, les aſſurant qu'il le ſurpaſſeroit
en bonté pour eux.
Apres cela il pria ce Prince d'avoir
ſoin des Ducs de Graffeton ,
Northumberland , S. Alban , &
H
3-
174 MERCURE
)
Richemont ; puis il luy donna la
Clefde fon Cabinet où estoient
ſes Papiers les plus ſecrets , & luy
témoigna , & à tous ceux qui
avoient paffé la nuit dans ſa
Chambre , & qui estoient la plûpart
des Grands du Royaume ,
beaucoup de douleur des peines
qu'ils prenoient pour l'affifter. II
ajoûtoit par intervale , qu'ilvaloit
mieux , puisque le temps defamort
estoit venu , que ce moment s'avan
çast , afin que leursfatigues ceffaf.
fent. Trois heures avant qu'il ex
piraſt , il parla quelque temps à
P'oreille de m' le Duc d'York , &
mourut le Vendredy 16. à onze
heures trois quarts du matin . Il a
plus paru de convulfion dans le
fujet de la mort de ce monarque,
que d'Apoplexie. On l'a ouvert ,
& on luy a trouvé les Vifceres
tres - bons . Il avoit une eau noire
dans le Cerveau ; quelques- uns
GALANT.
175
veulent que cette eau ſoit un ef
fet du Tabac, & la cauſe de ſa
mort . D'autres l'attribuent au
contretemps d'avoir arreſté une
Auxion qu'il avoit ſur les Jambes .
Le Roy ayant rendu le dernier
foupir , Monfieur le Duc d'York
fortit de la Chambre où се мо-
narque venoit de mourir,& dit
luy- meſme aux Seigneurs qu'il
trouva dehors , que le Roy ſon
Frere eſtoit mort , & qu'il eſtoit
devenu leur Souverain. Quoy
que la plus vive douleur fuft
peinte ſur ſon viſage , il avoit
neanmoins un air de grandeur &
de fermeté , qui imprimoit du
reſpect,& qui auroit pû intimider
les malintentionez pour luy , s'il
s'en fuſt trouvé quelques - uns.
Ce nouveau Monarque alla enſuite
apprendre cette nouvelle
à la Princeſſe ſa Femme. Auffitoſt
apres , le Grand Chancelier
H4
176 MERCURE
avec le Seau , accompagné des
Conſeillers d'Etat , vint ſalüer le
nouveau Roy & la nouvelle
Reyne , & ils demandérent à Sa
Majesté ſi Elle vouloit tenir Conſeil.
Le Roy ſe rendit dans la
Chambre oùil ſe tient ordinairement
, & la Reyne , à l'Apartement
de la Reyne Doüairier ,
pour la confoler dans ſon déplaifir.
Le Roy eſtant au Conſeil , fit
appeller tous ceux qui le compofoient
, & tous les Pairs du Royaume
qui estoient pour lors à la
Cour , & Sa Majeſté leur fit le
Diſcours que je vous ay envoyé
dans ma derniere Lettre. Joubliay
de vous marquer qu'avant
qu'il le commençaſt il ſe ſentit ſi
vivement penétré de ſa douleur,
qu'il ne pût retenir ſes larmes , &
pria l'Aſſemblée de compatir à
la perte qu'il venoit de faire. le
vousay parlé de ce qui ſe fit dans
GALAN T.
177
leConſeil , &de la Proclamation
du Roy , que je vous ay envoyée
dans les meſmes termes qu'elle
fut faite ; mais je ne vous ay rien
ditdes Cerémonies de cette Proclamation
. Elles font affez curieuſes
pour eſtre ſçûës . Sur les
trois heures apres midy le Duc
de Nolfolk , Grand Maréchal ,
avec les Hérauts d'Armes ſuivy
du Grand- Chancelier , du Préfident
du Conſeil , du Garde des
Seaux , de tous les Seigneurs du
Conſeil , de l'Archeveſque de
Cantorbery , & des Pairs du Royaume
, fit à la Porte de Vvitheal
la Proclamation du nouveau Roy
&de la nouvelle Reyne;& tous
enſemble allérent à la Porte de la
Ville , partie en Carroffe , partie à
Cheval, accompagnezd'un grand
Corps de Cavalerie bien montée
&bien armée ,& dont les Che-
H
178 MERGURE
vaux eſtoient magnifiquement
caparaçonnez . Milord maire ſe
trouva à la Portede la Ville,ſuivy
des Juges & des Magiſtrats de la
Ville , reveſtus de Robes d'Ecarlate
, & fuperbement montez. Ils
eſtoient accompagnez de cent de
leurs Gardes portans des Halebardes
, & d'un grand nombre
d'Officiers auffi à pied , avec des
Robes violettes. Dés que Milord
Maire apperceut leGrand-Maréchal
avec ſa Suite , il fit fermer la
Portede la Ville. Un des Hérauts
heurta à cette Porte , criant que le
Roy Charles estoit mort , & que le
RoyJacques vouloit entrer. La Porte
fut auffi- toſt ouverte , & l'on
y fit une ſeconde Proclamation.
Le Peuple dont la foule eſtoit
tres-grande , cria d'abort en Anglois
Vive le Roy Jacques, avecde
grandes demonſtrations d'alle
GALANT. 179
greffe , & plufieurs meſme , pour
mieux témoigner leur joye , jettérent
leurs Chapeaux en l'air.
Toute la Compagnie entra dans
la Ville avec milord Maire. La
Cavalerie eſtoit à la teſte & à la
quenë. Cette Marche fut continuée
juſques à la moitié de la
Ville,& s'arreſta devant la Grande
Bourſe , où l'on fit une nouvelle
Proclamation ; de forte que
trois heures apres la mort du Roy,
toutes ces Ceremonies furent finies
, avec une tres- grande tranquilité.
Ilne faut pas s'en étonner..
Le Peuple craint , eſtime & aime
le nouveau Roy , & eſt perfuadé
de ſon intrépidité & de fa valeur.
Cette Cerémonie eſtant finie ,
toute l'Artillerie de la Tour fic
pluſieurs Salves , & les Cloches
carillonnerent toute la nuit. Je
vous ay déja marqué que le mé-
H 6
180 MERCURE
me jour le nouveau Roy déclara,
Que ceux dontle Pouvoir , & les
Revenus , ou Salaires estoient finis
& ceffez ,seroient &fe tiendroient
continuez dans leurs Charges , &
Emplois ,ſous les mesmes conditions,
& ainsi qu'il en joüiſſosent cy- devant
, jusqu'à ce que les intentions
de Sa Majesté fuffent plus amplement
expliquées. le dois ajoûter
icy , qu'il s'expliqua dans le même
temps fur ce que pluſieurs
grands Seigneurs ne payoient
point leurs debtes , ſous prétexte
qu'ils avoient des Charges à la
Cour , & dit que ce n'étoit pas
fon intention . Le 17. les luges
preſtérent Serment , & reprirent
leurs Séances , & le lendemain ,
Milord Chef de luſtice , avec
tous les luges qui l'accompagnoient
, baifa la main à Sa ма-
jefté. Le meſme jour Elle déclara
GALAN T. 181
par une Proclamation qui fut publiée
, qu'elle avoit deſſein de
convoquer dans peu de tempsun
Parlement, eſtant perfuadée qu'il
prendroit ſoin d'établir des Revenus
fuffifans pour ſoûtenir les
dépenses auſquelles le Gouvernement
de l'Etat l'engageroit .Elle
ordonna cependant , que l'on
continuëroit à lever les droits
d'Entrée & de Sortie ſur toutes
les marchandiſes dans les Ports
de fon Royaume. Ce jour- là
Milord Darmouth & Milord chef
de luſtice , qui n'avoient pû ſe
trouver au Conſeil le 16 , preſtérent
Serment entre les mains de
ce Prince , & prirent Séance. Le
Corps du feu Roy fut embaumé ,
&delivré pour cela par le Comte
de Bath , Premier Gentilhomme
de fa Chambre , au Comte d'Arlington
, Chambellan de ſa Mai
182 MERCVRE
fon. On le tranſporta fans Cerémonie
à l'Apartement du Prince
au Palais de Sommerſet , où il fut
gardé par ſes Officiers juſquesau
jour de l'Enterrement. Le 19.le
Prince Georges de Dannemark,
qui a épousé la ſeconde Fille du
nouveau Roy , prit Séance au
Conſeil Privé de Sa Majeſté. Le
24. le Cercüeil où l'on avoit mis
le Corps du feu Roy , fut porté
au Palais de Vveſtminster , à l'Egliſede
l'Abbaïe , par les Gentilshommes
de la Chambre. Six
Comtes foûtenoient les coinsdu
Drap Mortuaire. La Marche de
ce Convoy fut commencée par
les Domeſtiques des Seigneurs
&des Officiers de la Couronne ,
du Prince & de la Princeſſe de
Dannemark , du Roy & de la
Reyne , de la Reyne Doüairiere ,
&du feu Roy. Les Officiers fui
GALANT.
183
voient , puis les Barons , les Vicomtes
, les Comtes, les Marquis,
les Ducs , les Eveſques , & les
Grands Officiers de la Couronne
, chacun felon ſa Dignité.
L'Archeveſque de Cantorbery
marchoit le dernier, à cauſe qu'il
eſt le Premier Pair d'Angleterre.
Le Prince Georges de Dannemark
, Chef du Deüil , marchoit
apres eux. Il eſtoit conduit par
les pucs de Sommerſet & de
Beaufort & accompagné de
ſeize Comtes. Les Roys d'Armes
portoient la Couronne , & les
autres marques de la Royauté ;
&la marche eſtoit fermée par les
Gentilshommes Penfionnaires ,
& par les Yeomans de la Garde..
Le Doyen & les Chanoines de
Vveſtminster vinrent recevoir le
Corps à la Porte ; & le Service
ayant eſté fait ſelon l'Ufage de
و
184
MERCURE
l'Eglife Anglicane , on l'enterra
dans la Chapelle de Henry VII .
C'eſt le Lieu de la Sépulture ordinaire
des Roys d'Angleterre.
Les Grands Officiers rompirent
alors leurs Baſtons , & un Roy
d'Armes proclama le Roy Jacques
II. felon la coûtume. Comme
en ces occaſions on attend
toûjours à donner les Charges ,
que le dernier Roy ſoit enterré ,
cette lugubre Ceremonie ayant
eſté faite , on donna au Comte
de Rocheſter la Charge de Grad
Tréſorier d'Angleterre , exercée
depuis quelques années par Commiffion
; celle de Préſident Privé
au Marquis de Hallifax , & celle
de Garde du Seau Privé qu'avoit
ce Marquis , au Comte de Clarendon
. On fit le Duc de Beaufort
, Préſident du Païs de Galles ,
& Milord Godolphin , Chambellan
de la Reyne.
GALANT.
185
Lelendemain 25. le Roy & la
Reyne firent leur dévotions dans
leur Chapelle , en prefence de
pluſieurs de leurs premiers Officiers&
de quantité de Seigneurs
Anglois , le Roy ayant fait ouvrir,
les portes. Sa Majesté ayant
auparavant communiqué ſa réſolution
à fon Conſeil, avoit dit
Quefaisant profeſſion de la Religion
Catholique , il croyoit , pour
faire mieux connoiſtre ſaſincerité,
&sa bonne foy,ne devoirpasfe cacher
à l'avenir , &faire mieuxfon
devoir , comme chacun est obligéde
faire dans la Religion qu'il profeſſe.
Ces paroles eſtant d'un grand
Roy, d'un Prince fincere & plein
de coeur , qui ne ſçait point déguiſer
, & enfin d'un honneſte
Homme; il n'y a perſonne , de
quelque Religion qu'il puiſſe
eſtre , qui ne doive approuver la
186 MERCURE
franchiſe de ce procedé , & qui
ne tombe d'accord que ce
Monarque a pû ſe ſervir de la
meſme liberté qu'il laiſſe à ſes
Sujets. 發
Le 27.on publia une Proclamation,
portant que leRoy avoit fait
examiner le Bail de l'Excife , par
les Juges & par les plus habiles
Juriſconſutes , l'Exciſe eſt un
Impoſt ſur la Biere & fur les
Boiffons étrangeres , conclu au
nom du feu Roy , par les Commiſſaires
de la Treſorerie , avec
les fermiers Generaux pour trois
ans , moyennant cinq cens cinquante
mille livres Sterlin par
an , payables par Quartier , dont
le premier Terme devoit eſtre
le 25. de ce mois. Ie croy , madame,
que vous ſçavez qu'une livre
Sterlin , eſt environ treize Francs
de noſtreMonnoye. Sa Majesté
GALANT. 187
déclara par cette Proclamation,
que la mort du Roy ne reſolvoit
pas ce Bail de l'Exciſe , & que
fon intention eſtoit qu'on l'executaſt
ſuivant les Actes du Parlement
, par leſquels ce Droit a
eſté accordé au feu Roy , pour en
joüir pendant ſa vie , & àcauſe
de la part que les meſmes Actes
en accordent à ſes Heritiers &
Succeſſeurs. le ne vous nõmeray
point toutes les Villes où le Roy
a eſté proclamé , ſi- toſt qu'on y
areceu la nouvelle de la mort
du Roy Charles II . Ie vous diray
feulement que cette Ceremonie
s'eſt faite par tout avec des
marques de joye extraordinaires ,
Elles font connoiſtre combien le
nouveau Roy eſt aimé de ſes
Sujets. Apres la Proclamation
faite par le principal Officier à
la grande Place de chaque Ville,
188 MERCURE
où les Magiſtrats ſe ſont rendus
en Robes d'écarlates, les Canons
ont fait trois décharges generales
, qui ont eſté ſuivies d'autant
de Salves des Milices , ſous les
Armes. Dans les Villes Maritimes
, tous les Vaiſſeaux qui
étoient dans les Ports , ont fait
pluſieurs décharges de Icur Artillerie
, les Cloches ont fonné
dans toutes , pendant le jour &
toute la nuit , & on n'a veu que
Feux de joye dans toutes les
Ruës . La Proclamation de l'Univerſité
de Cambridge a eſté particuliere.
Le Vice - Chancelier
ayant aſſemblé tous les Principaux
des Colleges , & tous les
Ecoliers , ils ſe rendirent à la
Proceffion à la grande Place de
la Ville , où il lût la Proclamation
. Ensuite elle fut annoncée
à haute voix , par l'Ancien de
GALANT. 189
les
l'Univerſité , & un grand Repas,
dans lequel on but la Santé du
Roy & de la Reyne finit la Ceremonie.
le paſſe toutes
Adreſſes que l'on preſente tous
les jours à Sa Majeſté , au nom
des principales Villes & des
Communautez du Royaume. Les
Affurances de zéle & de fidelité
pour ſon ſervice dont elles font
pleines , ſont conceuës en des
termes ſi reſpectueux & fi fonmis
, qu'on voit aisément qu'elles
font finceres. On y fait pareillement
des remercimens au Roy,
de ce qu'il a déclaré que ſa réſolution
eſt de maintenir le Gouver.
nement établi dans l'Egliſe & das
l'Etat,felon les Loix du Royaume.
Les Compagnies du Commerce
d'Afrique , du Levant , des Indes
Orientales , & pluſieurs autres
de marchands , ont auſſi preſenté
190 MERCURE
des Adreſſes à Sa Majesté , pour
luy témoignerqu'elles ſe ſoumettent
volontiers à payer les Impoſts
ſur les marchandises , conformément
à la Déclaration qui
en a eſté publiée.
Il faut vous parler prefentement
de la Proclamation qui a
eſté faite en Ecoſſe , apres qu'on
y eut receu les Lettres du Roy,
conceües en ces termes
d'Ir-
JACQUES ROY.
Acques VII. par la Grace de Dieu,
Acque par
Roy d'Ecoffe , d'Angleterre ,
lande , Défenſeur de la Foy , à tous
un chacun de nos bons Sujets
qu'il apartiendra , Salut. Comme il
aplûà Dieu d'appeller aujourd'huy
de cette vie , le feu Roy nostre trescher
bien aimé Frere Charles II.
Nous avons jugéà propos de vous
fairesçavoir que nostre RoyalPlai
GALANT.
191
fir est, Que tous nos Officiers d'Etat
, Confeillers du conseil privée
Magistrats, & autres Officiers quel
conques , de Robe ou d'Epée , dans
nostre ancien Royaume d'Ecoffe, continüent
leurs Fonctions , ainsi qu'ils
font autoriſez par les Preſentes ,
pour executer tous & chacun en
particulier, toutes les choses quifont
du devoir de leurs Charges , conformément
aux Commiſſions & Instru
Etions à cux données parle feu Roy
debenite Memoire ,jusqu'à ce qu'ils
en ayent receu de nouvelles, qui leur
foient envoyées de nostre part , &
cette preſente Lettrefervira à tous,
& à chacun en particulier à les autoriſer
ſuffisamment pour le faire.
Donné à Vuitthal le 16. Fevrier
1685. de nostre Regne le premier.
Par commandement de Sa Maiesté.
I.D. RUMMOND.
Vous voyez , Madame , que fi
1
192
MERCURE
le Roy qui ſe fait nommer Jacques
1 1. en Angleterre , prend.
icy le nom de lacques VII. c'eſt
pour conſerver la ſucceſſion des
Roys d'Ecoſſe. Jacques VI. Roy
d'Ecoffe , Fils de Marie Stuard ,
eſtoit petit Fils de Marguerite
d'Angleterre , Soeur de Henry
VIII . & Elizabeth , Fille de ce
meſme. Henry VIII. eftant morte
en 1603. la Couronne d'Angleterre
appartint de droit à lacques
VI. Roy d'Ecoffe, qui ayant
uny lestrois Royaumes d'Angleterre
, d'Ecoffe & d'Irlande , prit
le Tître de Roy de la grande Bretagne
, avec le nom de Jacques I,
Ainfi le Roy qui regne preſentement
, eſt lacques I I. en Angleterre
, & Jacques VII. en Ecoffe.
Voicy les termes dans leſquels Sa
Proclamation a eſté faite en ce
Royaume.
Comme
GALAN T. 193
→→ Comme il a pleu à Dieu d'appeller
le Roy Charles I I. nostre Souve
rain Seigneur degloricuse Memoire,
de la Couronne Temporelle à une
Couronne Eternelle dans le Ciel , &
qu'ainsi le Droit incontestable de la
fucceffion à la Couronne de ce Royaume
, est dévolu à la Perſonne
Sacrée de fon Royal & Tres cher
Frere , à present nostre Souverain
Seigneur , que Dieu conferve longues
années: Nous , les Seigneurs du Confeil
Privé du Roy , autoriſez à cet
effet par les Lettres de Sa Maiesté ,
écrites à Vuithalle 16. de ce mois ,
&du consentement de plusieurs autres
Seigneurs , Eccleſiaſtiques , des
Barons , & des Bourgeois de ce Royaume
, Déclarons & Proclamons à
ce que perſonne n'en ignore , que nôtre
Souverain Seigneur Jacques VII.
est par legitime & indubitable Succeßion
, Roy d'Ecoffe , d'Angleterre ,
Mars 1685.
1 I
194
MERCURE
d'Irlande , & des Païs qui en dépendent
, Defenseur de la Foy , &c .
Que Dieu conferve & beniſſe , en
luy accordant une longue , glorieuse,
& heureuse vie , & un heureux
Regne. Nous déclarons que nous
Sommes résolus de luy obeïr , & de
le fervir avec toute la ſoûmiſſion&
fidelité poſſible, de le défendre au peril
de nos vies &de nos biens , contre
touteforte d'Ennemis , comme nostre
feul legitime Roy , ayant une autorité
Souveraine fur toutes Perſonnes,
& en toute forte d'affaires , comme
tenant la Couronne de Dieu feul.
En témoignage dequoy , Nous zen la
presence de Dieu , & d'un grand
nombre de Peuple & de fidelles Sujets
de Sa Maiesté, &de tous Etats
&Conditions qui font icy prefens à
cette Publication Solemnelle, par laquelle
nous reconnoifſſons ſaſupréme
& Souveraine Autorité , à la Croix
GALANT.
195.
- _du Marché de cette ville d'Edimbourg
, déclarons & publions que
noſtre Souverain Seigneur , eft par
la Grace & Providence de Dieu ,
Tout- puiſſant , Roy d'Ecoffe , d'An
gletere , d'Irlande , & Païs dipendans
; & en mesme temps nous faifons
Serment en levant la main, d'avoir
une veritable entierefidelité
envers noſtre Souverain Seigneur
Jacques VII. Roy de la Grande Bre.
tagne , &c . & àses legitimes Heritiers
& Succeffeurs , & de nous
acquiter de tous devoirs . Service ,
& obeiſſance qui luy ſont deus , ainsi
qu'il apartient àde loyaux, foumis ,
fidelles Sujets . Ainsi Dieu nous
aide. Par Acte des Secretairesdu
Confeil.
1
Milord Lansdown , le Chevalier
Silvius , Meffieurs Poley ,
Skelton , Rich , & Etheridge ,
que le Roy Charles I I. avoit 1
J 2
196 MERCURE
nommez pour aller en qualité
d'Envoyez Extraordinaires en
Efpagne , en Danemark , en Suéde
, en Hollande , à Hambourg ,
& à Ratisbonne , onteſté confirmez
dans leurs Emplois , par Sa
Majeſté.
Apres pluſieurs Aſſemblées
des Seigneurs du Conſeil Privé ,
touchant les préparatifs du Couronnement
du Roy , il a eſté réfolu
qu'il ſe fera le 3. May , Feſte
de S. Georges , ſelon l'ancienCalendrier.
On y obſervera toutes
les Ceremonies de celuy du défunt
Roy , à la reſerve de celle
de créer des Chevaliers du Bain,
de faire la Calvacade de Vvitheal
à Vveſtminster , & d'une partie
-des Services qui ſe faiſoient ordinairement
au repas Royal, apres
le Couronnement. La Reyne ſera
couronnée en mesme temps ,
GALAN T.
197
comme le fut Anne de Danemark
, avec lacques I. Ayeul de
Sa Majesté. Le Duc d'Ormond ,
Gouverneur General d'Irlande ,
a ordre de venir à la Cour L'Archeveſque
d'Armagh , Primat
d'Irlande , & le Comte de Granard
, doivent gouverner le ROyaume
, comme Lords Juſtices,
ou ſuprêmes Magiſtrats , ſuivant
une Commiſſion qui leur a eſté
expediée par ordre du Roy , &
dont ils ne feront ouverture
qu'apres le depart du Duc d'Ormond.
On a expedié les Lettres
circulaires pour convoquer le
Parlement au 29. May prochain ,
&on les a envoyées dans les Provinces
, afin que les Villes , les
Bourgs & les Communautez élifent
les Députez , qui doivent
entrer à la Chambre des Com
munes. Le feu Roy avoit convo-
I 3
198 MERCURE
1
qué le Parlement d'Ecoffe , & il
devoit s'affembler à Edimbourg ,
mais l'autorité des Lettres Patentes
ne ſubſiſtant plus, Sa Majesté
qui devoit y préſider en qualité
de grand Commiſſaire, a ordonné
qu'il s'aſſemblera en la maniere
accoûtumée le 9. d'Avril , fans:
avoir encore nommé celuy qui
exercera la Commiffion. On publia
la Proclamation à Edimbourg
le 20. du dernier mois.Parmy
les Adreſſes que l'on continuë
de preſenter au Roy au nom des
principales Villes , celle de l'Univerſité
d'Oxford eſt fort remarquable.
Cette Adreſſe porte que
conformément à la religion que
les Loix ont établie , & à la doctrine
que profeſſe cette Univerſité
, elle ſe croit indiſpenſablement
obligée à une fidelité inviolable
envers le Roy , fans aucune
A
GALANT
199
restriction , ny limitation ; que
ceux de fon Corps l'ont aſſez fait
paroiſtre ſans les troubles arrivez
ſous le regne de Charles I. & dans
les derniers temps , demeurant
fermes dans l'obeïſſance qu'ils
devoient au Roy Charles II.qu'ils
ſont dans les meſmes ſentimens
de fidelité & de reſpect pour Sa
Majesté à preſent regnante , &
qu'ils font preſt de luy en donner
des marques en toutes ſortes d'occaſions
, en maintenant cette même
Doctrine , & en l'enſeignant
dans les Ecoles , pour affeurer la
tranquilité publique . Le Roy doit
aller demeurer dans quelque
temps au Palais de Sommerſet ,
& on le prepare pour fon logement.
Le Service de la Chapelle
Royale à Vvitheal, ſe fait tous les
jours de la meſme maniere qu'il
ſe faiſoit du temps du feu Roy.
14
200 MERCURE
Le 4. de ce mois , Sa Majeſté
apres avoir entendu la Prédication
, aſſiſta à la Meſſe dans la
Chapelle de la Reyne , & y communia.
La mort du Roy d'Angleterre
aeſté ſuiviede celle de la reyne
Mere , du Roy de Danemark, arrivée
à Copenhague le Vendredy
2. de ce moisdans la 56. année de
fon âge. Elle estoit Soeur de
George Guillaume, Duc de Zell,
& d'Ernest Auguſte , Duc de
Hanover , Fille de George ,Duc
de Zell , mort en 1641. & d'Anne
Eleonor de Heſſe Darmaſtat,
& avoit épousé le 18. Octobre
1643. Frederic III. Prince de
Danemark, ſecond Fils de Chriſtierne
IV. & d'Anne Catherine
de Brandebourg. Ce Prince
avoit eſté Archeveſque de
Bremen avant la mort de 2
GALANT. 201
& eſtant
Chriftierne fon Frere , qu'on
avoit deſigné Roy
parvenu à la Couronne en 1648 .
il eut de longues Guerres contre
les Suedois , Il les ſoûtint avec
beaucoup de gloire , & fit enfin
la Paix avec la Reyne de Suéde,
Tutrice du Roy Charles fon Fils.
Elle fut concluë à Copenhague
en 1660. & enſuite les Etats de
de Danemark luy donnerent
plein pouvoir de laiſſer hereditaire
dans ſa Maiſon , la Couronne
qui auparavant eſtoit elective.
Il mourut le 9. Fevrier 1670 .
laiſſant deux Fils & quatre Filles
de ſon Mariage , avec Sophie
Amalie de Lunebourg, dont je
vous apprens la mort, Chriftierne
V. l'aîne de ſes Fils luy a fuccedé.
Ilest né le 18. Avril 1646 .
& a epouſe Charlote Landgrave
de Heffe Caffel. L'autre Fils
Is
202 MERCURE
eft George , Prince de Danemark,
qui comme je vous l'ay déja
dit , a épousé depuis peu de
temps , la ſecode Fille du Roy
d'Angleterre , qui regne preſentement.
Les quatre Filles
forties de ce meſme Mariage,
font Anne Sophie , Femme
de lean George , Electeur de
Saxe ; Friderique Amalie , mariée
en 1667. à Chriſtien. Adolphe
, Duc de Holſaces Sunderbourg
, Guillemette , Ernestine,
mariée en 1671. à Charles , Ele-
Eteur Palatin du Rhin , & Vltique
Eleonore - Sabine , qui a
épousé en 1680. Charles X1 . Roy
de Suéde.
L'Ambaſſadeur d'Ager , dont
je vous ay mandé des choſes ſi
curieuſes dans toutes mes Lettres
de l'Eté dernier , s'eſtant embar-.
qué vers la fin du meſme Eſté
GALANT. 203
fur le Vaiſſeau de Monfieur le
Marquis d'Amfreville , pour retourner
à Alger avec tous les
Eſclaves que le Roy avoit rendus
, ce Vaiſſeau n'eut pas plutô
paru devant cette forte Place,
qu'elle en fit éclater ſa joye.
Vous vous ſouvenez ſans doute
de Monfieur de Choiſeüil , qui
dans la ſédition élevée parmy
le Peuple d'Alger , lors
que nos Bombes deſoloient la
Ville , ſe vit ſi ſouvent ſur le
point d'eſtre expoſé à la bouche
du Canon , & qui en fut
toûjours garanty par un généreux
Algérien . Comme il eſtoit
demeuré à Alger depuis ce
temps- là le Dey l'envoya chercher
ſur l'heure , & luy dit ,
Qu'il favoit qu'il ne l'avoit iamais
regardé en Esclave , mais
comme un Officier de l'Empereur
16
204 MERCURE
des François ; & que s'il avoit eſté
exposé à la fureur d'un Peuple
émû , il devoit estre persuadé qu'il
n'en avoitpas esté le maistre , parce
qu'il n'estoit pas pour lors encore
bien affermy dans la nouvelle
Dignité où il veroit de monter.
Enfin il luy parla d'une maniere
que l'on peut prendre pour
une fatisfaction du paffe ; &
finit en luy difant, Que pour luy
faire connoistre encore mieux, qu'il
ne l'avoit iamais regardé comme
un Esclave , il le renvoyoit fans
qu'il fust compris parmy les autres
Efclaves qu'il estoit fur le point
de rendre , qu'il enfaisoit un Pré.
fent à l'Empereur de France ,&
qu'il pouvoit dés- lors aller trouver
Monfieur le Marquis d'Amfre .
ville. Ainſi il fortit le premier
d'Alger , avant que l'on euſt
rendu aucun Efclave de part ny
GALANT.
205
d'autre. Enſuite on reftitua cinq
cens Chrétiens , ſçavoir trois
cens vingt Sujets du Roy , fuivant
les Etas fournis par Monfieur
du Sault , qui vous eſt
affez connu par toutes mes Relations
d'Alger ; cent cinq Etrangers
de toutes Nations, pris ſous
le Pavillon de France pendant
la derniere Guerre , ſuivant
un autre Etatfourny par le mefme
Monfieur du Sault , & foixante
& quinze Anglois & Hollandois
, pris auſſi pendant la
derniere Guerre , mais fous des
Pavillons Etrangers , & que le
Koy avoit demandez d'augmentation.
Ces cent quatre vingt
Eſclaves de toutes les Nations
de l'Europe , qui doivent leur
liberté au Roy , l'ont euë avec
les termes les plus foûmis de la
part du Dey , qui fit dire àMon206
MERCVRE
,
2.
ſieur le Marquis d'Amfreville,
Quc si Sa Majesté en vouloit
un plus grand nombre Elle
n'avoit qu'à leur faire sçavoir ſes
intentions & qu'ils obeïroient.
Quand Monfieur le Commiſſaire
General Hayet vouloit parler
de la magnificence , & de la
justice du Roy , Ce n'est pas à
vous à m'en parler , repondoit
Mezomorto, &jesuis icyfon Procureur
, pour foûtenirſes intéreſts .
L'Ambaſſadeur d'Alger qui
revenoit de France , étant débarqué
avec ſa Suite , & les
Eſclaves qu'il ramenoit , la joye
fut fi grande dans toute la
Ville , qu'on y fit une Feſte genérale
à la gloire de Sa Majeſté;
il fut même réſolu qu'on la renouvelleroit
tous les ans en
mémoire du Roy. Cet Ambaffadeur
ayant fait un détail de
GALANT.
207
tous les bons traitemens qu'il
avoit receusen France , on jugea
à propos de dépeſcher un Envoye
Extraordinaire , pour y conduire
les Chevaux que l'Ambafſadeur
qui eſtoit de retour y devoit
mener , mais qu'on avoit diferé
d'envoyer , parce qu'on
n'en avoit pas d'aſſez beaux lors
qu'il partit pour venir en France,
& qu'on en vouloit faire chercher
par tout le Païs. Vous ſçavez
que les Chevaux de Barbarie
font tres eſtimez , & qu'en
ce Païs- là pour conſerver la mémoire
des bonnes races , on fait
ce qui ne s'y pratique pas pour
les Hommes , c'eſt à dire , la genéalogie
des Chevaux. Ceux que
Mezomorto avoit fait chercher
pour le Roy par toute la Barbarie
, ayant eſté choifis avec grand
foin , & amenez à Alger , ce Dey
208 MERCURE
5
il voqui
ne vouloit envoyer en France
qu'une Perſonne de la plus haute
conſidération , jetta les yeux fur
Hadgi Mehemer. Il avoit eſté
Controlleur des Finances dans le
Royaume d'Alger du temps du
Dey Hady Haly. Ce Dey eftant
mort , il ſe retira à la Mecque
avec ſa Famille , & apres y avoir
demeuré quelque temps ,
yagea dans tout l'Orient pendant
douze ou treize années ; & comme
du temps du Gouvernement
de Hady Haly ce fut cet Hadgi
Méhémet qui fitMezomortoCa
pitaine de Vaiſſeau , ce nouveau
Dey ayant efté élû , luy écrivit
auffi -toſt à la Mecque , Qu'ille
prioit de le venir trouverà Alger
où il prétendoit l'élever mesme audeffus
de luy , s'il luy estoit poſſibles
& à fon retour il n'a pas crâû pouvoir
faire rien de plus glorieux
GALAN T.
209
۱
L pour un Homme dont il eſt
Creature , que de l'envoyer auprés
du Roy. C'eſt l'Envoyé qui
eſt arrivé icy. Il fut mené à Verfailles
le Dimanche matin 11.de
ce mois , & conduit dans la fuperbe
Galerie de ce Châteay . It'
vit Sa Majeſté comme par rencontre
, lors qu'Elle traverſoit
cette Gallerie pour aller à la Meſ
ſe , car l'on ne donne point en
France d'Audience dans les formes
à ces fortes d'Envoyez .Aprés
trois profondes révérences , il fit
en Langue Turque un Difcours
au Roy , plein de foumiffion & de
reſpect , pour remercier Sa Majeſté
de la liberté qu'il luy avoit
plû de donner au Turcs & mores
Sujets d'Alger , qui estoient Efclaves
ſur ſes Galeres , & compara
ce Monarque à Salomon ,
avec les termes les plus magni
210 MERCURE
fiques pour Sa Majesté , & les
plus refpectueux & les plus ſoumis
pour le Royaume & la République
d'Alger. Il pria le Roy
d'accepterdes Chevaux Barbes,
qu'il avoit ordre de luy préſenter
de la part du Dey. Monfieur de
la Croix le Fils, Secretaire- Interpréte
de Sa Majesté , expliqua
fonDifcours. Enſuite cet Envoyé
préſenta au Roy les Lettres du
Dey & du Bacha , qui estoient
dans un Sac de Brocard d'or ; &
Sa Majesté les mit entre les mains
de Monfieur le Marquis de Seignelay
, Secretaire d'Etat.
L'apreſdinée ce meſme Envoyé
preſenta au Roy les Barbes
dont je viens de vous parler.
De douze que l'on avoit embarquez
, il en eſtoit mort deux en
chemin . Sa Majesté témoigna
que ce Preſent luy eſtoit fort
GALANT. 211
agréable , & en donna deux fur
T'heure à Monſeigneur le Dauphin
, dont il y en avoit un qui
avoit une Houſſe en Broderie
de Perles . C'eſtoit la plus pré.
cieuſe qu'eût Mezomorto. Apres
cela , Méhémet Chelebi , Fils
de l'envoyé , ſe proſterne aux
pieds de Sa Majesté , qui le reçut
d'une maniere tres- favorable.
Cet Envoyé a eſté charmé de la
Perſonne du Roy & de la civi
lité de tous les François, & a dir,
Que dans tous les Voyages qu'il
avoit faits , il n'avoit point ren
contré de Nation si honneste . La
Galleriede Verſailles luy a paru
une choſe ſurprenante ,& il dit,
Qu'il la regardoit avec application
, parce qu'il n'avoit jamais
rien vû de ſi beau , & qu'il estoit
aſſuré de ne voir jamais rien qui
approchaſtdesa magnificence. Cet
212 MERCURE
Envoyé a tetourné à Verſailles,
où il a eu l'honneur de voir
dîner le Roy. Il fit enſuite prefent
à monſeigneur le Dauphin
de deux fournimens de Chaffe,
avec quelques accompagnemens
, & une Ceinture brodée
de Perles , à laquelle ils étoient
attachez . Il donna auſſi à Madame
la Dauphine quelques
Curiofitez de ſon Païs , & entr'autres
des Souliers brodez de
Perles , de la maniere qu'il
ſe porte à Alger. Il fit à ce
Prince & à cette Princeſſe des
Complimens fort galans , en
leur offrant ces Preſens ; Monſieur
de la Croix les interpreta.
Les Peres Capucins de Montelimar
en Dauphiné , voulant
avoir une Egliſe proportionnée à
leur Convent , & au zéle qu'ils
ont pour le ſervice du Public , en
firent benir la premiere Pierre
GALANT.
213
le 7. de ce mois , avec autant de
Solemnité que l'on en pouvoit
attendre dans une pareille occа-
fion .Monfieur l'Abbé Colomber ,
Doyen du Chapitre , accompagné
de tout le Clergé , fit la Ceremonie
au bruit des Tambours
& des décharges du Regiment
de Poitou , qui estoit en Quar .
tier d'hyver dansla Ville , & rangé
alors en Bataille aux avenuës
du lieu deſtiné pour cette Eglife.
Elle ſera dediée ſous le nom de
S. Joſeph , Monfieur le Comte
de Virreville , Gouverneur de
Montelimar , & Madame la Comteſſe
de Vogne , mirent cette
premiere Pierre , apres qu'elle
eut eſté portée proceffionnellement
par toute la Ville.Ils étoient
ſuivis des Confuls en Chaperon ,
avec la Maiſon de Ville , de la
Nobleſſe , & de la Bourgeoifie ,
de l'un & de l'autre ſexe.
214
MERCURE
)
Il ne faut pas s'étonner ſi l'on
s'empreſſe pour toutes les choſes
où les Capucins ont quelque intereſt.
Ils font d'un Ordre que
l'on eſtime par tout , & qui par
mille actions d'édification pour
l'Eglife , & de charité pour le
Prochain , donne tous les jours
des marques de l'ardeur qu'ils ont
de voir dans tous les Chrétiens ,
une Pieté ſolide , & une Foy qui
réponde à la Sainteté de noſtre
Religion . S'il falloit prouver cette
verité , je vous donnerois pour
un exemple récent , la Miſſion
que vient d'achever à S. Sulpice
le Pere Honoré de Cannes , avec
le Pere Claude de Paris , & vingt
autres Capucins. Elle a eu tout
le fuccez qu'on en pouvoit ſouhaiter
, tant par le nombre des
Reſtitutions confiderables que
l'on y a faites , que par des ConGALANT..
215
verfions ſurprenantes , de grandes
reconciliations , & pluſieurs
pratiques de Penitence , qui ont
fait connoiſtre la parfaite reſolution
où l'on eſtoit , de renoncer
aux plaiſirs du Monde. Ainfi
l'on peut dire que dans tout le
temps du Carnaval , qui eſtoit
celuy de la Miſſion , l'on a vécu
dans la Paroiſſe de S. Sulpice ,
avec la meſme reforme qu'on tâche
d'avoir la ſemaine Sainte.
Monfieur l'Archeveſque de Paris
en fit la cloſture le 17. de ce
mois , apres avoir aſſiſté au Salut,
où ily eut deux Choeurs de Muſique
,& une excellente Simphonie.
८ Cette Miſſion eſtant achevée,
les meſmes Peres Capucins en
commencerent une autre dés le
lendemain dans l'Egliſe de Saint
Etienne du Mont.
16 MERCURE
Le 22. de ce mois, Madame de
Boiſguillaume , d'une des meilleuresMaiſons
du Païsdu Maine;
Madame laMarquiſe de Soucelles
ſa Fille , qui demeure en Anjou ,
&Monfieur Tadourneau , firent
Abjuration de l'Hereſie de Calvin,
entre les mainsde Monfieur
l'Eveſque d'Angers , au Château
de Soucelles , ou ce Prelat fit un
Diſcours trés éloquent fur ce
fujer.
On vient de m'aprendre la
mort de Monfieur Robert , Ancien
Avocat au Parlement. 11
eſtoit Pere de M² Robert , Procureur
du Roy au Chaſtelet, qui eſt
dans une eſtime ſi generale , &
de Monfieur Robert Chanoine ,
Penitencier de l'Egliſe de Paris ,
Profeffeur Royal du College de
Sorbonne ,& Député au Clergé
pour la Province de Tours. Il a
laiffé
GALANT. 217
2
quatre autres Garçons , dont il y
enadeux Beneficiers .
nes
د
ont
Je vous envoye les Fables Nouvelles
en Vers , dont je vous ay
déja parlé une fois. Il y a huit ou
dix jours que les ſieurs de Luy-
Blageard & Girard
commencé à les debiter , Elles
font fort approuvées ,& je puis répondre
du plaiſir que vous don
nera cette cette lecture, puis que
vous en avez déja veu quelques
une dans mes Lettres , & que le
tour agréable que vous leur avez
trouvé , vous a obligée ſouvent à
vous plaindre de ce que l'Autheur
avoit ceſſe de me faire de
pareils prefens. Il ne laiſſoit pas
de travailler
د
mais il amaffoit
dequoy fournir le Recueil qu'il
a donné au Public. Ce genre
d'écrire luy eſt extrêmement naturel
, & il faudroit eſtre d'un
Mars 1685 .
218 MERCURE
L
gouſt difficile pour n'eſtre pas
fatisfait ,& de ſes pensées , & de
ſes expreffions.
Je ne vous dis rien de la maniere
dont on a paſſe le Carnaval
à Paris . C'eſt une deſcription
que l'on auroit peine à faire . On
ya pris tous les Divertiſſemens
qui ſe peuvent prendre dans
une Ville , où les Plaiſirs ſe trouvent
en abondance. Ily a eu for .
ceBals , & force Maſques , &
entr'autres Aſſemblées , celle
qui ſe fit en ce temps-là chez
Monfieur le marquis de Pommereüil
, Maréchal de Camp , &
GouverneurdeDoüay , eſt tresremarquable
; il donna un fort
grand Bal , où étoient quantité
de Dames , de la premiere qualité.
Il fur ſuivy d'une Collation
des plus magnifiques.
Je rernetsau 15. du mois prochain
, vous aprendre les mots
GALANT. 219
des deux Enigmes propoſées le
dernier mois , & les noms de ceux
qui les ont expliquées dans leur
vray ſent. Cét Article fera un
de ceux du XXIX. Extraordinaire
, que je vous prépare. Voicy
cependant deux nouvelles Eni
gmes que je vous envoye. La
premiere eſt de Monfieur Rault
de Roüen.
J
1
ENIGME.
Efuis une Belle Etrangere,
Dontleteint vif&délicat
Joint la douceur avec l'éclat ,
Et je fais mon bonheur de n'estre pas
legere.
Pour le coeur & les yeux i'ay defi
doux appas ,
Que les obligeant àſe rendre ,
Chaque Beauté qui vient me prendre
,
K 2
218 MERCURE
Trouve mon coeur fidelle , & fait de
moy grand cas.
泰
Si je viens d'un des Coins du
Monde
Où toute la Richefſſe abonde ,
L'en apporte avec moy des faveurs
du Soleil
C'est cet éclat dont il mepare.
C'est un Tréfor encor plus rare ,
Et qu'on peut dire fans pareil.
Auſfi comme l'Histoire chante,
Un Amant épris d'une Amante,
Par moy fit triompherſes feux;
Quoyque toûjours fiere & cruelle,
Il gagna le coeur de la Belle,
Et luyfit de l'Hymen agréer les doux
noeuds .
{
AUTRE ENIGME.
Vittant les Lieux de ma
naiſſance ,
GALANT. 219
Ie peuple tous les jours des Païs
étrangers
Et par dix mille Enfans inconstans
&legers,
Je mets le monde en joüiſſance
De la Fontaine de Louvence.
Ces Enfans empruntez, dont le nom.
bre fourmille ,
Ont entr'eux fans ceffe castille ;
Ilsse broüillent au premier vent,
Et l'on nepeutfans coup de dent
Remettre l'ordre en ma Famille.
Vn Artisan expert me donne la torture,
Et fans plaindre mon avanture ,
Ie puis me vanter hautement,
Quesi l'Art quelquefois furpaſſe la
Nature,
Cen'est que chez moy feulement.
Le Mariage de Monfieur le
Η
1
222 MERCURE
Chevalierde Chaſtillon , avec
Mademoiselle de Broüilly , ſe fic
Mécredis dernier 28.de ce mois,
mais je ne vous en parleray que
dans ma premiere Lettre .
Il s'eſt fait icy une Marche
auffi éclatante & fuperbe ,
que guerriere ; & je ne croy
pas qu'on en ait jamais veu
de pareille chez aucune Nation
Etrangere , ſans qu'on en
ait répandu le bruit , long- temps
auparavant, & qu'on ait travaillé
pour cela à de grands préparatifs
. En effet , il ſemble qu'un
aſſemblage pareil à celuy qui
s'eſt veu dans cette Marche, demande
qu'on ait recours àbeaucoup
de lieux étrangers , pour
avoir les choſes qui y peuvent
eſtre néceſſaires. Elle n'eſtoit
compoſée que d'Officiers & de
Soldats , & vous ne douterez
4
GALANT.
223
point que tout ny fuſt extrémement
magnifique , lors que vous
ſçaurez qu'ils font du Regiment
des Gardes Françoiſes.Ce Corps
eſt depuis peu habillé de neuf.
L'Or & l'Argent brillent à l'ordinaire
ſur les Habits de tous les
Officiers,& ceux des ſimples Soldats
ſont ſi bien entendus, qu'on
diroit qu'ils en font auffi couverts.
Le ſujet de leur marche
eſtoit pour porter Benir quelques
Drapeau neufsde ce Regiment,
à l'Egliſe Noſtre Dame, ce qu'on
faitde temps en temps. Comme
la marche de tout ce Regiment
auroit eſté trop grande , il n'y
avoit que les Capitaines , les
Lieutenans, les Sous-Lieutenans,
les Enſeignes , les Sergens , &
ceux du Regiment qu'on appelle
Porte-Enſeignes , car les Officiers
ne portent leurs Drapeaux
K 4
224 MERCURE
que devant le Roy,dans des jours
de Bataille , & en montant la
Garde ; dans les Routes où il n'y
a nul danger à craindre , ils font
portez par ces Portes-Enſeignes.
Outre tous ceux que je viens de
vous marquer , il y avoit encore
à cette Marche quatre- vingt
Tambours du regiment ,& plufieurs
Hautbois , veſtu des Livrées
du Roy.On ſe rendit en cet
équipagedans le Chooeur de Noſtre-
Dame, où les Drapeaux furent
portez au bruit de tous ces
Inſtrumens , & les Enſeignes les
ayant pris des mains des Porte-
Enſeignes , les mirent aux pieds
de Monſeigneur l'archevelque
de Paris , quifit la Ceremonie de
les Benir.
Les Prétendus Réformez n'ont
qu'à aller à Richelieu , pour eftre
perfuadez de la fauſſeté de leur
GALANT.
225
Religion , & pour ſe voir obligez
d'en quitter toutes les erreurs. IH
ſemble que le grand Cardinalder
ce Nom , cet admirable Génie,
qui leur a tant fait la guerre pendant
ſa vie , regne encore en ce
lieu là , pour la leur y faire apres
ſa mort;& qu'il ne puiſſe ſouffrir
fur ſes Terres , ceux qu'il a voulu
convertir , ou chaffer pendant
font vivant, de toutes celles du
Roy ſon maiſtre : ou bien que
cette petite Ville , eſtant extrémement
reconnoiſſante des graces
qu'elle reçoit de fon Prince
, foit naturellement ennemie
d'une Hereſie qui déplaiſt tant
à ce pieux & zelée Monarque .
Je vous ay parlé de quantité de
Converſions qui ſe ſont faites à
Richelieu , & vous ay marqué
en meſme temps qu'il ny reſtoit
plus qu'un ſeul Religionaire. Il
226 MERCURE
s'eſt enfin converty comme les
autres , & a fait ſon Abjuration
un peu apres celle de Monfieur
Moret de la Fayole fon Pere ,
dont je vous fis un Article dans
ma Lettre de Novembre. Il a du
merite & de l'eſprit infiniment ,
ſa Converſion en eſt une preuve.
Il a long- temps combatu , mais
il s'eſt rendu à la Verité , qu'il a
enfin reconnuë , apres quantité
deDisputes & d'Eclairciſſemens.
Cette Converſion a donné lisu
à Monfieur de Gramont de Richelieu
, de faire le Sonnet qui
fuit.
SUR LES SOINS
que le Roy prend de
détruire l'Herefie .
Noftre Roy triomphoit en mille
GALANT. 227
SonBras faisoit trembler les Rivaux
defagloire ;
Et ce Prince entaſſant victoire fur
victoire,
Eut mis , s'il euft voulu , l'Empire
Sousfes Loix.
Ses Ennemis diftraits étoient tous
aux abois ;
Mais par une bonté qu'ils ont eu
peine àcroire ,
Et quin'aura jamais d'exemple dans
l'Histoire ,
Ilneveut pas poufferplus avantfes
Exploits.
Il leur donne la Paix ,& n'aplus
d'entrepriſe ,
Que contre des Sujets qui déchirent
l'Eglise ,
Et qui n'ont jusqu'icy que troublé
fesEtats
228 MERCURE
2
Mais bin loin de les perdre, il fait.
comme un bon Pere,
Qui ne leve te foüet fur des Enfans
ingrats ,
Que pour les engager d'obeïr à leur
Mere.
Ie vous ay parlé de la Theriaque
au commencement de cette
Lettre. Ce grand Ouvrage a eſté
achevé depuis ce temps- là , mais
c'eſt un Article qui demande
trop d'etenduë pour pouvoir étre
renfermé dans le peude place qui
me reſte . Cela m'oblige de differer
juſqu'au mois prochain , à
vous en mander les particularitez.
Je ſuis voſtre, &c .
A Paris ce 3. Mars 1685 .
TABLE DES MATIERES
contenuës dans ce volume.
Rélude ,
Parrests & Déclarations ,
Théſes d'une composition particulic-
I
S
Deviſes , 14
re , préſentées au Roy de la part
du Provincial des Minimes de
Provence . 17
Compliment fait au Roy fur ce ſujet
Conte,
18
24
Descriptionde tout ce qui s'estfait à
Rome à l'occaſion de Dom Alphon-
Se VI. Royde Portugal , avec la
Description du Mausolée dreſſe
pour cette Ceremonie ,
Lettre en Profe & en Vers ,
Lettre en Vers ,
39
52
56
Infcriptions Françoiſes , miſes dans
TABLE .
l'Hôtelde Ville de Paris , contenant
en abregé les principaux
Evenemens du Regne de Sa Majesté,
62
Dialogue des Chofes difficiles à
croire , 69
Histoire , 82
Composition de la Theriaque , 94
Discours prononcésur cesujet , 102
Autre Reméde Spécifique ,
Mort de Madame la Princeſſe de
Guimené, 112
Autres Morts , 115
Monfieur le Comte de Teſſé preste
Serment de fidelitépour la Charge
de Mestre de Camp Genéral
des Dragons , 117
Abjurations receuës par le Pere
Alexis du Buc , 118
Prise de Poſſeſſion de la charge de
Profeſſeur aux Langues Grecques
de l'Univerſité de Caen , ibid.
Monsieur le Févre , Trésorier de la
TABLE.
Maiſon du Roy , est nommé Tréforier
des Menus , 119
Penſion donnéepar le Roy , 120
Mariage de Monſicur le Marquis
de Novion avec Mademoiselle de
Montauglan , 121
Autre Mariage , 1232
Regalle donné à leurs A.teßes Royalesde
Savoye, 125
Le Ruiſſeau , Idyle de Madame des
Houlieres ,
130
Articles accordezpar le Roy'à la Républiques
de Génes . 137
Description entiere du Carnaval de
la Cour , & de la Course des
Testes , 148
Embarquement de Monfieur leChevalier
de Chaumont avec les
Noms de ceux qui doivent l'accompagnerà
Siam. 167
Suite curieuse des Affaires d'Angleterre
, 171
Mortsde la Reyne Mere du Roy de
Danemark , 200
TABLE.
Suite des Affaires d'Alger , avec
l'Audience donnée à l'Envoye du
mesme Etat , 202
Benédiction de la premiere Pierre
d'une Eglise des Capucins à
Montelimar ,
Miſſions des Capucins ,
Autres Conversions ,
212.
214
216
Mort de Monfieur Robert , ibid .
Fables Nouvelles ,
Divertiſſemens ,
Enigme,
Autre Enigme ,
Mariage,
217
218
220
221
222
Benediction des Drapeauxdes Gardes
Françoiſes , 223
Converfion du dernier Calviniſte de
Richelieu ,
BIBLIOTHEQUA
Fin de la Table.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères