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1685, 02 (Lyon)
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7.53 Mo
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247
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Texte
Illuſtriſſimus
Archiepifcopus &Prorex Lugdunenfis
Camillus de Neufville Collegio SS .
Trinitatis Patrum Societatis JESU
Teſtamenti tabulis attribuit anno 1693 .


807156
MERCURE
GALANT.
DEDIE A
MONSEIGNEUR
LE
DAUPHIN
DE
FERRIER 1685
LA
VELTE
DE
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY,
tuë Merciere, au Mercure Galant.
M. DC. LXXXV.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.

44444
Rélude,
TABLE DES MATIERES
contenues dans ce Volume.
Declaration du Roy, 2
Arrests du Conseil d'Etat ,
Ordonnance, 10
La France au Roy,fur l'Extirpation
de l'Herefie, 13
Sonnet, 26
Edit,
27
Sonnet, 32
Lettre concernant les Langues, Lettres
, & Ecritures , 36
Morts, 65
Discours de Monfieur Magnin à
Meſſieurs de l'Academie Royale
d'Arles, 69
Ordre de S. Maurice donnéà Mon
fieur d'Hozier 82
TABLE.
Avanture,
Fable,
Penſion donnée par le Roy , 84
ibid.
89
Ambassadeurs nommez par le Roy,
96
Morts, 98
Lettre en Profe & en Vers , 103
Nouveaux Confeillers d'Etat, 108
Mariages, H
Arrivée de la Statue du Roy au
Havre de Grace, 117
Stances, 120
Chefd'oeuvre de Peinture , 124
Hiſtoire des malheurs de Charles II.
Royd'Angleterre. 131
Mort du Roy d'Angleterre, 182
Harangue du Roy d' Angleterre Jac.
ques II. aprés la mort du RoySon
Frere, 185
Proclamation du nouveau Roy , 188
Ordonnance du mesme Roy, 192
Origine de la Marſon de Stuart.197
Mariage, 201
TABLE.

Etabliſſement d'un Opera à Mar-
Seille,
Suite de l'Article de Siam.
Morts,
202
203
210
216
Entrée de Madame l' Abbeffe de la
Virginité à Port Royal.
Monsieurle Marquis de Dangeau
est pourvû de la charge de Chevalier
d'honneur de Madame la
Dauphine , 217
Noms de ceux qui ont deviné les
Enigmes du dernier mois. 220
Enigmes,
Comedies nouvelles.
ibid. &faiv.
222
Fin de la Table.
23
Et ledit Sicur I. D. Ecuyer , Sieur de
Vízé , a cedé & tranſporté fon droit de
Privilege à Thomas Amaulry , Libraire à
Lyon, pour en joüir ſuivant l'accord fait
entr'eux.
P
Extrait du Privilege du Roy.
2
Ar Grace & Privilege du Roy , donné à
Chaville le 18. Juillet 1683. Signé, Par
leRoy en fon Confeil , UNQUIERREESS.. Il eſt ,
permis à I. D. Ecuyer , Sieur de Vizél, de
faire imprimer tous les Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , contenant
pluſieurs Pieces, Relations, Hiſtoires,Avantures
, & autres Ouvrages hiſtoriques , curieux
& galans pour la fatisfaction de
nôtre cher & tres-amé Fils LE DAUPHIN
pendant le temps & eſpace de dix années ,
à compter du chacun deſdits
your que
Volumes ſera achevé d'imprimer pour la
premiere fois : Comme auſſi défenſes ſont
faites à tous Libraires , Imprimeurs Graveurs
& autres , d'imprimer , graver & debiter
ledit Livre ſans le conſentement de
l'Expoſant, ny d'en extraire aucune Piece,ny
Planches ſervant à l'ornement dudit Livre,
meſmed'envendre ſeparément,& de donner
à lire ledit Livre ; le tout à peine de fix
mille livres d'amende contre chacun des
contrevenans , & confiſcation des Exemplaires
contrefaits ; ainſi que plus au long
il eſt porté audit Privilege.
Registré sur le Livre de la Communauté
le 14. Septembre 1683 .
Signé ANGOT , Syndic.
Avis pour placer les Figures.
LA Air qui commence par C'en
est fait la raiſon a chassé de
mon ame , doit regarder la page
101 .
Les Jettons , page 200.
L'Air qui commence , Que le
temps foit laid , ou qu'ilsoit beau
doit regarder la page 218 .
I
MERCURETHEQUE
GALANT ZYG
*
FEVRIER 1685.
N vous a dit vray , Ma
dame. Ce ſont tous
les jours Divertiſſemens
nouveaux à Verſailles. Les Apartemens
, le Bal , l'Opéra & la Comédie
, ſont des plaiſirs que l'on
y fait fucceder les uns aux autres
, & tout y eſt digne de la
majeſté du Lieu ; mais ce qui
vous ſurprendra , c'eſt que pen-
A
2
MERCURE
:
dant que toute la Cour ſe divertit
, le Roy que les longs Conſeils
où il eſt inceſſamment , devroient
avoir rebuté , prend encore
ce temps pour travailler en
particulier , tant il a ſoin de repondre
aux intentions du Ciel',
qui ne l'a mis dans le Trône ,
qu'afin qu'en veillant au bien de
ſes Peuples , il portaſt la France
dans le haut degré de gloire où
nous la voyons. Parmy les Affaires
importantes auſquelles ce
grand Prince employe ſouvent
les journées entieres , il ne s'applique
à aucune avec plus d'attention,
qu'à ce qui regarde l'Extirpation
de l'Heréfie. Cela ſe
connoiſt par les Declarations que
l'on contipuë à publier contre les
abus qui ont eſté juſqu'icy fouferts
aux Pretendus Reformez.
Quoy que par l'Article 43. des
GALANT.
3
Particuliers de l'Edit de Nantes ,
il ne leur foit permis de lever
fur eux que les ſommes necef
faires pour les frais de leurs Sinodes
, & pour l'exercice de leur
Religion , dont ils doivent faire
Ile Département en préſence des
Juges Royaux des Lieux , ce qui
a eſté confirmé par les Articles
11.& 35. de la Déclatation
de Sa Majesté du premier Janvier
1669. neanmoins il eſt arrivé
qu'abuſant de cette Permifſion
, ils ont fait en divers Lieux
des Impoſitions ſur eux- mêmes ,
de leur autorité privée , & fans
l'Aſſiſtance des Juges, & en d'autres
impoſédiverſes ſommes pour
des uſages illicites. Le Roy qui
en a eſte informé , jugeant à propos
de remedier à ce defordre , a
ordonné , Que les Habitans de la
Religion Prétendue Reforméeferont
A 2
4
MERCURE
tenus de vepréſenter pardevant les
Intendans &Commiſſaires départis
dans les Provinces & Generalitez
du Royaume , les originaux des
Etats d'Impoſitions , & Départemens
par eux faits sur eux- mesmes
depuis vingt - neuf années , avec
les Comptes qui en ont esté rendus ,
les Pieces justificatives , Regiſtres ,
& autres Actes , afin que les Intendans
& Commiſſaires departis
en ayant dreffé leurs Procez Verbaux
, qu'on rapportera à Sa Majesté
avec leurs Avis , il foit ordonné
ce qu'il appartiendra ; autrement
, & à faute par ceux de
cette Religion d'y Satisfaire dans le
delay d'un mois apres le jour de la
fignification de l'Arrest donnéfur
ceſujet , Sa Majesté leur fait défenfes
de faire aucune Impoſitions
Sansſa permiſſion expreſſe , à peine
d'estre punisfelon la rigueur des OrGALANT.
S
1
donnances ; & àſes Officiers , d'autorifer
ces Impoſitions , à moins
qu'ils ne justifient par un Certificat
des Intendans & Commiſſaires dé.
partis , qu'ils auront satisfait à
l'Arrest ; Sans préjudice neanmoins
des Contraintes parcorps que les Intendans
& Commiſſaires départis
pourront decerner contre les Anciens
& Syndics de chaque année.
Il y a eu deux autres Arreſts
du Conseil d'Etat , l'un du 8.Janvier
, & l'autre du 17. du meſme
mois . Le premier porte , que les
Prétendus Réformez ayant fait
tous leurs efforts pour faire accorder
à leurs Miniſtres l'exemption
de la Taille , telle qu'on
l'a accordée aux Eccleſiaſtiques ;
& ayant reïteré leur demande ,
non ſeulement dans leurs Cahiers
de 1602 , 1604 , 1608 , 1611 ,
1619,1621 , & 1622 , mais en-
A 3
6 MERCURE
core par la Requeſte que leurs
Deputez préſentérent à cet effet,
Arreſt intervint le 17. Juillet
1624. par lequel , conformement
aux Réponſes faites fur ces Cahiers
, il fut ordonné que leurs
Miniſtres joüiroient de l'exemption
des Tailles & autres Impofitions
pour leurs Meubles , Penfions
, & Gages ſeulement , &
qu'ils ne pourroient eſtre Impo.
ſez qu'à proportion de leurs Héritages
, & autres Biens. Voila
tout ce qu'ils purent alors obtenir.
Cependant par un uſage abufif
qui ne ſçauroit prévaloir fur
l'Arreſt 1624. donné meſme fur
la Requeſte de leurs Députez ,
& qui n'a jamais eſté revoqué ,
les Miniſtres qui poſſedent des
Biens immeubles , n'ont pas laiſſé
de joüir dans beaucoup de lieux
de l'Exemption entiere de la
GALANT.
7
Taille , ſoit qu'on ne les ait pas
diſtinguez d'avec ceux qui n'avoient
que leurs Gages & leurs
Meubles , ou qu'un nombre conſiderable
de perſonnes de cette
Religion eſtant dans ces lieux ,
lors qu'ils ont eſte Collecteurs ,
ils les ayent voulu favorifer , le
Roy qu'on a informé de cet abus,
a crû néceſſaire d'y pourvoir , &
pour cela il a Ordonné conformément
à l'Arreſt du 17. Juillet
1624. Que tous Ministres de la Religion
Prétenduë Reformée , feront
compris & employez dans les Rôles
des Tailles à proportion des biens
qu'ils poffedent autres que leurs
Gages , & les Meubles qui fervent
à leur usage , pour lesquels ſeulement
ils joüiront de l'exemption des
Tailles , nonobstant tout ce qui pourroit
estre allegué , oppositions&autrts.
empefchemens, auſquels on n'auva
aucun égard.
1 A 4
8- MERCURE
Je vous ay parlé dans mes Lettres
precedentes d'une Déclaration
du 21. Aouſt dernier , par
laquelle il a eſté ordonné que
ceux de la Religion Prétenduë
Réformée , ne pourront tenir
Confiftoire qu'une fois en quinze
jours , en preſence d'un Juge
commis par Sa Majefté ; & que
les deniers que ceux de cette
Religion peuvent lever fur eux ,
ſuivant les Edits & Declaracions ,
feront impofez devant le Juge ,
le Roy eſtimant que pour l'entiére
execution de cette Décla
ration , les Juges qui ſeront commis
pour aſſiſter à cesConfiſtoires
, doivent avoir connoiſſance
de toutes les Déliberations qui y
feront priſes, & des deniersqu'on
impoſera , pour en rendre compte
lors qu'il en ſera beſoin , a
ordonné par ſon Arreſt du ConGALANT.
2
feil d'Etat du 17. del'autre mois ,
Que les Juges qui ont esté , & qui
Seront cy-apres commis pour aſſiſter
à ces Confiftoires , parapheront à la
fin de chaque Affemblée , les Déliberations
qu'on y aura priſes ,&les
feront figner par les Ministres&م
Anciens , avec défences à ceux de la
Religion Prétenduë Reformée , dans
écrire dans leurs Regiſtres , ny executer
d'autres que celles qui auront
esté priſes en prefence des Iuges
commis, &par eux paraphées ; comme
auſſi que les Rôles des deniers que
ceux de cette Religion ont pouvoirde
tever fur eux , feront paraphezpar
les mesmes luges , &fignezpar les
Ministres &Arc'ens , &faits doublés
, l'un desquels ſera donné au
Iuge, enprefence de qui l'Impoſition
aura esté faite , pour l'envoyer à
Monfieur le Chancelier tous les fix
mois.
M
AS
10 MERCURE
Monfieur de Sourches grand
Prevoſt , ayant receu ordre de Sa
Majesté , de ne fouffrir aucuns
Calviniſtes , ny autres Heretiques
, parmy les Marchands Privilegiez
, qui ſont ſous fa charge,
a fait auffi publier une Ordonnance
du 9. du dernier mois , par
laquelle il eſt enjoint à tous les
Marchands Privilegiez qui fuivent
la Cour , & qui font de la
Religion Prétenduë Réformée ,
ou de quelqu'autre Secte d'Heretiques
que ce ſoit , de vendre
leurs Privileges , dans un mois du
jour de la fignification de cette
Ordonnance , à peine de deſobeïſſance
formelle.
On ne doit point s'étonner
apres tous ces ſoins , qui font
ſuivis tous les jours de fuccez
tres- favorables , ſi l'on entend
retentir de toutes parts les loüanGALANT
. 11
ges de noſtre auguſte Monarque.
Je croy ne pouvoir vous les faire
entendre d'une maniere plus
agréable , qu'en vous envoyant
les Vers que vous allez lire. Ils
font de Monfieur le Chevalier
de Longueil, qui ſe diſtingue autant
par les belles Lettres que
par les Mathématiques. CeGentilhomme
quidemeure en Anjou,
eſt de l'illustre Maiſon de Longueil
, qui a l'honneur de voir
encore aujourd'huy Monfieur le
Préſident de Maiſons , exercer
une des premieres Charges de la
Iuſtice , avec toute la réputation
que ſes Anceſtres ont acquiſe
pendant les trois derniers Siècles,
& feu Monfieur le Preſident de
Maiſons fon Pere , Surintendant
des Finances , en celuy - cy. II
ſemble que Monfieur le Chevalier
de Longueil ait voulu imiter
A
A 6
12 MERCURE
dans ces Vers le zele de Chri
ſtophe de Longueil , le plus celebre
Orateur Latin , que la France
ait eu juſques à luy , lequel
déclama dans l'Egliſe de S. Pierre
, en preſence du Pape LeonX.
cette éloquente Oraiſon , qu'il
avoit compoſée contre l'Heréſie
de Luther alors naiſſante , & qui
ſe trouve dans ſes Ouvrages.
GALANT.
13
**************
LA FRANCE
AU ROY,
SUR L'EXTIRPATION
DE L'HERESIE.
GRAND ROY, qui dans l'Eglife
avez le Droit d' Aineſſe ,
Et dansfesfaintes Loix puiſezvôtre
fageffe,
Pour régir des François l'Empire
glorieux ,
Qu'asignalé la Foyde vos premiers
Ayeux ;
Cher Prince , à qui le Ciela donné
ma Couronne ,
Pour tenir en vos mains tous les ardres
qu'il donne ,
14
MERCURE
Rétablir des Autels les honneurs
17
mépriſez ,
Réunir tant de coeurs fi long-temps
diviſez ,
Et pour rendre à mes Lys cette pure
innocence ,
Qu'ils reçûrent du lieu de leurfainte
naissance.
Apres m'avoirportée à ce haut point
d'honneur,
Qui refléchitfur moy voſtre propre
Grandeur ;
M'avoir donnédu Rhin la Barriere
fameuse;
Fait couler ſous mes Loix , & l'Efcaut
, & la Meuse;
Avoir pour le Cemmerce ouvert de
nouveaux Ports,
De l'Inde & du Couchant attiré les
trésors;
Etpour joindre les Mers, prodiguant
les miracles ,
Des Rochers & des Eauxforcé tous
les obstacles
GALANT.
Apres m'avoir donné, par leſecours
des Arts ,
DeSuperbes Palais , & de fameux
Ramparts,
Et par tant de travaux , qu'en tous
lieux on renommе ,
Fait voir qu'eſtre François, c'est estre
plus qu'un Homme ;
Par un reffentiment digne de vosς
bienfaits ,
Je viens du monde entier vous offrir
lesrespects ,
Et donner pourGarans de ma reconnoiſſance
,
Les coeurs de vos Sujets , & mon
obciffance.
De mesme que la Terre auretour du
Printemps
Decouvre de ſes Fleurs les Rubis
éclatans,
Et pour en faire hommage au Roy de
la Nature,
Semble luy presenter la naiſſante
verdure
16 MERCURE
Telle , & plus redevable àvosſoins
glorieux ,
F'étale mon bonheur & ma pompe à
vos yeux.
Mais le Ciel a voulu qu'à de plus
nobles marques
Vous fuffiez reconnu le plus grand
des Monarques ,
Et qu'unpieuxHéros dans la profpérité
,
Travaillantfans relâche à l'immortalité
,
Extirpast l'Heréſie , & coupantſes
racines ,
Enfin d'avec mes Lys Séparast les
Epines.
Depuis unfiécle ,ou plus , mesPeuples
vosSujets ,
Ont pour ce grand deffein forméde
vains projets.
Les Charles , les Henrys , &vostre
auguste Pere ,
Out combatu ce Monstre, &n'ant
pû le défaire
GALANT. 17
Et l'Univers connoît,Sans en estre
jaloux ,
P
Qu'il n'estoit réservé qu'àvos illu-
Stres coups.
QuelSpectacle de voir mon Roy cou
vert de gloire ,
Faire de Constantin revivre la me
moire ,
Elever comme luy l'Etendart de la
Croix
,

Faire regner celuy quifait regnerles
Roys,
Contreſes Ennemis prendre en main
Ja querelle ,
Et vanger en Chrétien fon Eglife
fidelle !
Ouy , Dieu mesme jaloux defes pro
pres honneurs.
S'est fait en tous les temps de pieux
Défenseurs;
Luy-mesme a foûtenu le coeur des
Macabées ,
Pour vaincre d'un Tyran les nombreuſesArmées
18 MERCURE
Et l'heureuſevaleur du Bergerd' Ifraël,
Pour délivrer les Iuifs ,fut l'ouvrage
du Ciel.
Vostre tour est venu , Grand Prince ,
il vous appelle,
Pour estre l'Héritier de leur gloire
immortelle.
O que j'aime à vous voir,épris de
cette ardeur ,
Chercher tous les moyens de difſſiper
L'erreur ;
Dufameux Bossuet emprunter l'éloquence
,
Et du juste Tellier confulter laprudence;
Exciter Chanvallon , dont lafainte
ferveur ,
D'Aurele & d'Augustin imitant la
douceur ,
Propoſe du Clergé la Lettre Pastorale
,
Dour attirer les coeurs que retient la
Cabale
2
GALANT.
19
Et joindre à leurs travaux la libe
ralité ,
La majesté des Loix , l'exemple ,&
l'équité ,
l'indigence ,
Des Nouveaux Convertis foûtenir
Et punir des Relaps l'odieuſeincon
Stance !
D'un Sage &puiſſant Roy falutaire
rigueur ,
Qui détermine au Bien la liberté
du coeur !
Mais quoy ! doit-on ainſi nommer
voſtre justice ,
Qui pardonnent a tous ceux qui re
nonsent au vice?
Elle qui n'interdit les emplois glo.
rieux
Quejuſques au moment que l'Homme
ouvre les yeux.
Quand parvostre bonté,dont elle est
prevenuë ,
De ceux qui la craignoient le nombre
diminuë ;
20 MERCURE
Lors que vous adoptezces genereux
Enfans ,
Dont les Peres, fans vous , deviendroient
les Tyrans ;
Ou quand vos ſoins heureux , cherchant
avec tendreſſe
Ceux que la Grace touche ,& laVerité
prefſſe ,
Font voir avec éclat d'illustres Dé-
Serteurs ,
Ministres de Satan , abjurer leurs
erreurs.
Puiffe du Grand LOUIS l'infatigable
Zéle
Aux Hérosàvenir estre un parfait
modelle ;
Oufi de l'imiter on tâche vainement,
Que du moins on l'admire avec
étonnement ,
Dans le defir de voir reünis à l'Egliſe
Les coeurs deſes Sujets , que le Schif
me diviſe ,
S'estimer fortuné , si defon Bras un
jour.
GALANT. 21
Il payoit la valeur de cet heureux
retour.
Mais formez d'autres voeux, Prince
trop magnanime ,
Le Ciel ne veut de vous qu'un tribut
legitime. >
Gardez ce Bras vainqueur , que
craint tout l'Univers ,
Pourpunir les Mechans,& leur don
ner des fers.
Ce Bras , par qui la Foy de ſes droits
refaifie ,
A juſque dans Strasbour détrôné
l'Herefie ;
Et qui pour la detruire en ſes Retranchemens
,
Renverſe d'un signalfes plus chers
monumens.
Pour fuir voſtre justice,oùse cachera
t'elle ?
LefameuxMontauban, l'orgueilleu-
Se Rochelle ,
Niſmes & Montpellier , avec tant
d'autres Lieux ,
22 MERCURE
Où l'audace Heretique a bravé voς
Ayeux ,
Ont vû tomber les Murs qui luy fervoient
d'azile.
L'Anglois, qui lafoûtint luy devient
inutile.
L'Union d'Allemagne& defes Novateurs
Est le Phantôme vain de nos Reformateurs
,
Et leur ambition clairement decouverte
,
En faveur de l'Etat doit avancer
leur perte.
Sans repandre leurSang , vous Sçavez
m'en vanger ;
Vous les traitez en Pere ,& l'on les
voit changer ;
Mais pour les coeurs d'airain ayez
moins de clemence.
De cet illustre Grec imitez la pru
dence ,
Qui ne pouvoit souffrir le dernier
Rejetton
GALANT.
23
Qui pust de Troye un jour reffuſciter
le nom ,
Et rangerfur les Grecs la honte de
l'Afie.
Vous connoiſſez, Grand Roy , ce que
peut l'Herefie;
Cet Hydre renaiſſant , de monfang
alteré ,
Monstre des coeurs feduits follement
reveré.
Et vous , Sujets ingrats , rebelles
Heretiques ,
Quej'ayvûsles Autheurs des miferes
publiques ,
Volontaires Profcrits, ambitieuxTitans
,
Nourris du mesme lait de mes plus
chers Enfans ;
De quel Demon poussez, de quelle
barbarie ,
Avez- vous dechiré le ſein de la
Patrie ?
Mes Fleuves teints de sang , & mes
Roys mepriſex,
24
MERCURE
P
Les Temples mis en cendre , & les
Autels briſez ,
Sont les affreux effets de ces tristes
journées ,
Oùj'ay vù ma fortune & ma gloire
bornées
Quand l'erreur populaire infectant
les grands coeurs ,
Demes propres Heros faisoitſes Protecteurs.
Dreux , S. Denis , Farnac , font les
semoins fidelles
Des premieres horreurs de ces Guerres
cruelles ,
Où j'ay , quand voſtrefer ne me ref.
pectoit plus ,
Couronné les Vainqueurs , & pleuré
les Vaincus .
Soit de tels attentats l'audace terminée;
Mon Roy tient sousſespieds la Difcorde
enchaînée.
Pourriez- vousfoûtenir , impuiſſans
Factieux,
Les
GALANT.
25
Les regards d'un Heros toûjours
victorieux ,
Et fairefoûlever les Cevennesfidelles?
Non , a Religion ne fait point de
rebelles .
Grand Monarque , achevez la
Conqueste des coeurs,
Elle doit égaler les Vaincus aux
Vainqueurs ;
Et faites avoüerà la plus noire envie
,
Que le Nom de LOUIS , fatal à
l'Herefie ,
Dans l'Eglise & l'Etat retablit l'unité;
Et que celuy deGRAND,tant de fois
merité,
Vient moins de vos Exploits, qu'honore
la Victoire ,
Que de la Pieté que marquevostre
Histoire.
Fevrier 1684 . B
26 MERCURE
1
Le Sonnet qui fuit ces Vers,
eſt de Monfieur Texier , Preſtre
de Saumur.
AUX PRETENDUS
REFORMEZ.
Denflagedes Roy
loüant le plus
Pouvoir de fon esprit ébranler la
constance?
Apprenez que fa Foy ,fon zele &fa
prudence ,
Feront par tout regner l'équité de
fes Loix.
Sans ceffe il vous exhorte àfaire un
digne choix ;
Nevous opposezpas à tant de com.
plaisance;
Ses tendreſſes,ſesfoins,ſes bienfaits,
Sa clemence ,
Doivent gagnervos coeurs,qu'ils combat
tant defois.
GALAN T.
27

D'un Enfant qui ſe bleſſe on éloigne
les armes ,
La tendreſſe d'un Pere en reçoit trop
d'alarmes ,
Pour Soufrir qu'à ses yeux il s'en
perce leſein.
-Ainsi LOUIS qui voit voſtre erreur
volontaire ,
3
S'oppose à vôtre perte , & par ce
grand deffein
Surpaſſe la ſageſſe & la bonté d'un
Pere.
C'eſt en toutes choſes que'le
Roy ſe montre veritable Pere de
ſon Peuple. Ce que je vay vous
dire en eſt une marque. La derniere
recolte des Bleds n'ayant
pas eſte ſi abondante que de coûtume
, Se Majesté qui cherche à
en procurer le bon marché par
toute forte de voyes , afin de fai-
B 2
28 MERCURE
re ſubſiſter aisément ſes Sujets ,
a déchargé du payement du
Droit de Fret , de cinquante ſols
par Tonneau , que je leve fur
les Vaiſſeaux Etrangers , tous les
Marchands , Maiſtres de Navires
, & autres Particuliers , qui
feront entrer dans le Royaume
des Bleds dans des Vaiſſeaux
Etrangers , pendant les fix premiers
mois de cette année .
La bonté de ce grand Prince
ne s'eſt pas bornée à ce ſoin . La
neceflité des temps & des beſoins
de l'Etat , ayant obligé les Roys
ſes Prédeceſſeurs à multiplier le
nombre des Officiers , dans quel.
ques Sièges & Jurisdictions , ce
qui leur avoit paru le moyen le
plus feur , & le plus facile de
fournir aux dépenſes les plus
preſſantes de la Guerre, fans furcharger
leurs Sujets , Sa Majeſté
GALAN T.
29
voyant la Tréve acceptée , &
voulant en faire goûter les fruits
à ſes Peuples , a declaré par un
Edit perpetuel & irrevocable ,
Que les Sieges & Officiers des Ele-
Etions & Greniers à Sel établis en
une même Ville , dans l'étenduë de
la Ferme Generale des Gabelles de
France, feront unis & incorporez
en un seul & mesme Siege , pourne
faire qu'un Corps d'Election & Grenier
à Sel , auquel Elle attribuë
toute Cour & Furisdiction, tant Civile
que Criminelle , pour les Matieres
dont les Elûs ſont competans
dans l'étenduë de leur Siege ; & à
l'égard des Gabelles dans l'étenduë
de toutes les Paroifſſes , qui compoſent
ces Greniers unis. Par le meſme
Edit le nombre des Officiers de
ces Elections & Greniers à Sel
demeure fixé , & ils doivent eſtre
choiſis par le Roy , entre ceux
B 4
30 MERCURE
qui ſont à preſent pourveus pour
compoſer ces meſmes Siéges ,
ſuivant les Etats qui en feront
arreſtez dans ſon Conſeil , Sa
Majesté ſupprimant tous les autres
Officiers , qui ne feront point:
reſervez dans ces Erats. Leſquels
Officiers ſeront actuellement &
inceſſamment rembourſez par
les Receveurs Generaux de ſes
Finances en chaque Generalité
du Prix de leurs Offices , Gages
& Droits qui en dépendent ; &
comme ce rembourſement pourroit
être préjudiciable à leurs
Creanciers , Sa Majesté voulant
pourvoir à leur ſeureté , a ordonné
par ſon Arreſt du Conſeil
d'Etat rendu le 30. de Janvier ,
Que dans un mois pour tout delay .
du jour de l'enregistrement de l'Edit
, portant la Réduction des Officiers,
qui compoſeront à l'avenir
GALANT.
3
1
$
F
1
Fes Sieges des Elections & Greniers
-à Sel , & de l'Arrest du 30. de
Janvier , dans chacun des Sieges des
Elections & Greniers à Sel , les.
Créanciers des Officiers qui neferont
pas refervez , ou Prétendans Droits
aux officessuprimezdont ils étoient
Proprietaires , Seront tenus de faire
leurs Saifies au Bureau de la Recepte
Generale des Finances de la
Generalité , dont les Sieges des Ele-
Etions & Greniers à Sel feront dé .
Fendans , comme auſſi defairefignifier
les oppositions par eux formées
au Sceau , des Lettres de Proviſion
de ces Offices , au mesme Bureau de
la Recepte Generale dans le mesme
delay ; finon , & àfaute de le faire
dans ce temps , les oppoſitions qui
pourroient estre faites par eux de
meureront nulles , & les Pourveus
& Proprietaires de ces Offices fup.
primez ,feront rembourſez par les
B4
32
MERCURE
Receveurs Generaux des. Finances ,
fuivant l'Edit de Reduction.
Toutes ces choſes ſont des faits
qui parlent. On y connoit la Bonté
& la Juſtice du Roy , & je ne
puis mieux finir cet Article , que
par ces deux Sonnets quiont eſté
faits à ſa gloire. Le premier eſt
de Monfieur de Grammont de
Richelieu .
POUR LE ROY.
D'Alexandre fur tout on exalte
& l'on vante
La belle ambition & l'intrépidité;
La vigueur de Pyrrhus , &fon acti
vité ;
Et du grand Fabius la conduite
prudente.
Du premier des Céfars la fortune
constante;
GALANT. 33
Du ſecond la clemence , &fon integrité;
La grandeurde Pompée,&Sa noble
fierté;
Les graces de Titus , & l'humeur
bienfaisante.
Nostre illuftre Monarque a de tous
ces Héros
Les grandes qualitez , Sans avoir
leurs défauts ;
Dans luy comme dans eux la valeur
est extréme.
Ainsi qu'eux il ſçait vainere,&fe
fait redouter;
Mais ilſçait,quand ilveut.Se vaincre
aussi luy mesme ,
Et les autres jamais n'ont pûſeſurmonter.
BS
34 MERCURE
SUR LES GRANDES
ACTIONS DU ROY.
Ndirade LOUIS , par l'éclat
de ſavie ,
Qu'il est le seul Heros qu'on doit
appeller GRAND ,
Penetrant au Conseil , en Guerre
foudroyant ,
De tous les Potentats la terreur
l'envie.
Son nom a fait trembler & l'Afri
que& l'Asie ;
Invincible par tout,&par tout Con
querant ,
Affable àſes Sujets,genereux, bien--
faiſant ,
C'est un autreTITUS,PERE DE LA
PATRIE .
Retablir le Trafic , faire fleurir less
Arts
GALANT.
3355
Proteger les Autels , joindre Thémis
àMars,
Sont des traits éclatans defa gloire
immortelle.
Auxfiecles àvenirſes vertusferont
foy
Qu'il eust esté des Roys le plus parfait
modelle ,
Quand par droit de naiſſance il
n'eust pas esté Roy.
Je vous ay déja fait voir deux
Lettres du ſçavant Monfieur Comiers
ſur les Langues. En voicy
une troiſieme , que vous ne trouverez
pas moins curieuſe que les
autres.
B
36 MERCURE
III. LETTRE.
Concernant les Langues , les Lettres
& les Ecritures.
J
A ME DE S .....SDIK S.
E répons à la voſtre , à la maniere
du Cardinal d'offat , article
par article , & laconiquement , mais
je m'explique en telle forte , que
vous n'avez pas lieu de dire comme
S. Jerôme , en lifantle Poete Perfe.
Si tu ne veux pas eſtre entendu ,
tu ne dois pas eſtre lû .
Je souhaiterois vous pouvoir repondre
aussi brièvement que les Lacedemoniens
, qui par la seule Lettre
S , qui signifie Non , répondi
rent à la longue Epiſtre des demandes
de Philippe , Pere d'Alexandre
LeGrand
GALAN T.
37
La Langue Sainte , c'est à dire
l'Hebraïque , a 22 Lettres , autant
qu'ily a de Livres dans l'ancien
Testament , dans lequel l'ordre des
Lettres Hebraïques y est repeté 21.
fois.
20 21
F'ay remarqué dans la 273 paze
du 26 Tome extraordinaire du Mercure
Galant,que les trois verfets 19,
du 14 chapitre de l'Exode
, contiennent chacun 72 Lettres
, par le mélange desquelles les
Kabaliſtes forment les 72 noms de
Dieu , tous terminez en AH оu еn
EL , c'est pourquoy aprés le nom de
l'office d'un Ange , la Sainte Ecriture
ajoûte EL , ainfi Michaël , Raphael
,Gabriel.
Toutes les 22 Lettres Hebraïques
font contenues dans le 25. verfet
du s chapitre du Prophète Ifaye.
Toutes les Lettres Grecques,fonts
38 MERCURE
dans les verſets 19& 20 du 3.cha
pitre de la premiere Epiſtre de S.
Pierre.
Toutes les Lettres Latines font
dans ce Vers,
Gaza frequens Lybicos duxit
Kartago triumphos.
• Atticus le Fils du Sophiste Herodes
,ne pût jamais aprendre l'Alphabet.
Un jeune Prince Barbare estant
venu étudier dans Athénes , ne pût
aprendre que les trois premieres
Lettres de l'Alphabet , qu'il prononça
d'un ton ſi digne de fon efprit
& de Sa Nation , quele Préteur
ceffa de baranguer; c'est pour
quoy les Barbares ramenerent en
Triomphe leur Prince , disant qu'il
avoit vaincu le plus éloquent des
Grecs.
La langue est presque le princi
palinstrumentde l'articulation, car
GALANT. 399
lès conſones labiales n'ont pas besoin
de l'office de la langue , elle a dix
mouvemens ,fix droits &quatre en
rond. Les lévres ont aussi juſques à
fix mouvemens differens. Le Larinx
a auffi ſes mouvemens pour la Trachée
, qui ouvre le paffage à l'air ,
que pouffent les poulmons .
La LettreASe prononce legozier
&la bouche ouverte , Sans employer
la langue ; elle est donc la Lettre la
plus facile à prononcer , c'est pourquoy
elle tient le premier rangdans
lAlphabet.
On dit qu'il n'y a eu que Zoroaster
qui ait ry en naiſſant , & que les
Mâles pleurentpar la voyelleA,&
les Fillespar la voyelle E , ce qui a
donné lieu à ce Diſtique..
Plorat adhuc proles quod commifere
parentes ,
A genitor dat Adam : E dedit
Eva prior.
40 MERCURE
Comme les conſones B, M, P ,
font purement labiales , elles sont
auffi tres-faciles à prononcer. Il ne
faut qu'ouvrir doucement les lévres
en prononçant A , c'est pourquoy
les Enfans prononcent facilement
MaMa & PaPa , parce que le P
Se prononce par la feule explosion
de l' Air , en ſeparant promptement.
les lévres ,fi vous prononcez P tout
contre la flamme de la Chandelle ,
elle vous fera entendre cette explofion
.
O, se prononce le gozier ouvert
,&la bouche un peu enflée &
voutée , c'est pourquoy les Puis , les
Caves , & les Antres profonds ,pour
A , refléchiffent O
E,Seprononcefermant un peu la
bouche , & aprochant la langue du
palais , ne laiſſant qu'un petitpaf-
Sage en largeur,à l'air pouffé par
les poulmons.
GALANT. - 41
I, se prononce en appliquant davantage
la langue au palais , pour
ne laiſſer qu'une petite iſſue à l'air ,
& on ferme davantage la bouche ,
&on joint presque les dents.
V , François , ſe prononce ayant
joint les dents &la langue tout contre
le palais , & ferrant les lévres
avancées pour ne laiſſerà l'air qu'une
petite iſſue ronde ,& on reſſent
qu'il fe forme un tremblement des
lévres.
Ily a des Nations qui ne distin.
guent point Va de Fa , &pour Vin
difent Fin.
A Siracuſe , la Lettre M tirée
au fort , donnoit le droit de la Harangue
publique .
La prononciation de la Lettre L
appartient à la langue , celle de D
& de S , aux dents, M , aux léures
, & celle de Naunez , si vray.
queſi on ferre le nez , on peut pro
42 MERCURE
noncer Na , mais on entendDa, d'oit
it eftfacile de rendre raiſon des noms
qu'on a imposé à ces Lettres.
La Lettre K eft gutturale. Les
Calomniateurs étoient marquez aw
front avec un ferd chaud,des Lettres
K & C , la raiſon est facile.
La Lettre estoit aussi imprimée
au front de ceux qui épousoient
une seconde Femme , la premiere
estant vivante. Cette marque Q
est affez significative du crime , de
mesme que celle d'Astronomie Q
pour marquer la conjonction de deux
Planetes , & c .
Plusieurs Perſonnes , pourQproz
noncent T, & pour Qui Quonque,
difent TiTonTe..
Du temps de François I. le Pere
des belles Lettres , & Fondateur de
l'Academie ou College Royal de Paris
, la prononciation de la Lettre
Qestoit celle de la Lettre Kd'apré
GALANT.
43
fent; car pour Quiſquis , on prononçoit
Kiskis. La sçavante Republique
des Lettres est redevable
à P. Ramus , Doyen du College
Royal , qui a donné la naturellepro--
nonciation du Q. Meffieurs de la
Sorbonne s'y oppoferent , & même
priverent un Ecclefiastique de ſes
Revenus , parce qu'il prononçoit le
Q comme Meffieurs de l'Académie
du Roy. Le Procez fut porté au Parlement
, ou Ramus ayant luy- même
plaidé pour la nouvelle prononciation
de la Lettre Q, il fut permis
par Arrest folemnel de dire Quif-
Quis , on Kiskis , qui depuis eft
devenu un mot pour animer les
Chiens au combat. Je croy que la
Cour Souveraine fonda fon Arrest
fur ce que la Lettre Hebraïque-
Coph eft Q & Kdansſavaleur.
Plusieurs Perſonnes , & notamment
ceux qui ont le Filet , ne peu
41 MERCURE
vent prononcer la Lettre R , qui
demande le tremblement de la lanque
; c'est pourquoy pour R , ilsprononcent
L.
Meſſfala , grand Orateur , fit autrefois
un Volume entier de la Lettre
S. Sa mauvaiſe prononciation coûta
la vie à quarante - deux mille
Ephraemites , qui furent égorgez
par les Galaadites , pourn'avoirſçû
bien prononcer dans le mot Schiboleth
la Lettre S , que les Hebreux
nomment Scin.
Appius Claudius trembloit àla
Lettre Z, lors qu'on la prononçoit
par TS , parce qu'elle exprime le
grincement de dents d'un Moribond
La prononciation de S , ou ST ,
fait un fiflement qui penétre, & qui
Sert pour ordonner lefilence.
L'Echo n'est pas toûjours la veritable
image de la voix articulée,
puis qu'elle ne peut pas toûjours reGALANT.
45
dire ou refléchir la Lettre S , car
pour le mot Satan , l'Echo répond
Vatan. Il n'en est pas de mesme des
mots Sofia in Solario , Soleas Sarciebat
Suas . Vous sçavez que la
voix refléchie par l'Echo , employe
deuxfois plus de temps que la voix
directe , laquelle dans la moitié d'une
demy - seconde de temps parcourt
690 pieds.
L'Echo du Palais Simoneta , à
un mille de Milan , repete du moins
vingt. quatre fois le meſme mot .
La plus grande parleuse des
Echos , est celle que je trouvay il y a
dixhuit ans à Taxily , à une lieüe
de la Ville de Luzy en Nivernois ;
car estant la nuit dans le fardin de
la Cure , qui dépend de nôtre Chapitre
de Ternant , ayant le visage
tourné contre la Colline de Nidi ,
elle repetoit de ſuite tres-fortement
& tres . distinctement tous ces treize
mots ,
46
MERCURE
Arma virumque cano,Trojæ quæ
primus ab oris ,
Arma virumque cano.
Il est auffifacile de rendre raiſon
pourquoy l'Echo pour Sa , dit Va ,
que d'expliquer pourquoy en tenant
un doigt dans chaque coin de la
bouche , pour la Lettre P , on prononceF.
La voyelle O. Se fait entendre
de plus loin , c'est pourquoy les noms
des Chiens de Mutte se terminent
en O.
Les voyellesO &Efont les plus
fortes , puis qu'elles arrestent les
Chevaux au milieu de leur course.
Le Sauveur du Monde dans l'Apocalipse
a pris pour Symboles les
deux Lettres A , & u , la premiere
& la derniere Lettre de l'Alphabet
Grec , pour ſignifier qu'il est le commencement
& la fin de toutes
chofes.
GALANT.
47
Judas,ee vaillant Capitaine des
Juifs fut surnommé Machabée ,
pour avoir pris dans ſon Etendart
cette Devise , Symbole , ou Mot
MA. CA. B. AI. composé des
quatre premieres Syllabes du XI.
verſet duxv. chapitre de l'Exode.
MA CAMOCHA BAELIM
JEHOVAH ?
Qui comme Toy entre
Dieux Jehovah !
2
les
Les Romains prirent les quatre
Lettres , S. P. Q. R. qui font les
premieres des quatre Motsſuivans,
Serva , Populum , Quem , Redemiſti
, qu'une Sybille avoit gravé
fur une lame d'acier , comme dit
Corrafius .
L'Empereur Maximilian prit
pour Symbole les voyelles A. E. Ι.
O. V. pourſignifier Aquila Electa
Iuſte Omnia Vincit.
Revenons à la Langue Sainte
MERCURE
50
Les Iuifs & les Samaritains ont toujours
leu dans leurs Synagogues , la
Sainte Ecriture en Hebreu . La Bible
des Samaritains ne contient que le
Pentateuque , qui font les cinq
Livres de Moise ,parce qu'en l'an.
née du Monde 3971. c'est à dire
992. ans avant l'Incarnation , on
n'avoit encore publié que le Pentateuque
, lors que le Royaume d'Ifraël
fut divisé , n'étant resté au
Fils de Salomon que les Tribus de
Iuda & de Benjamin , les dix autres
Tribus ayant obei à Ieroboam .
LePeuple d'Isc. RAB . EL. HOminis
magni Dei , de l'Homme du
grand Dieu , ayant depuis esté difperfé&
contraint d'habiter en Païs
étrangers , il perdit peu à peu l'u-
Jage de fa Langue Hébraïque , c'est
pourquoy apres la Captivité de Babylone
, on ne parla que la Langue
Syriaque dans Ierufalem, &la Lanque
GALANT.
49
ن
-gue Syriaque dans Ierufalem , & la
Langue Hebraique y étoit comme
inconnuë ; fi vray que les Princes
des Prestres &des Pharifiens dirent
aux Archers. En S. Iean chapitre 7 .
verſet 49. Cette Populace ne
ſçait ce que c'eſt que la Loy. Ce
qui avoit obligé les Rabins ou Do-
Eteurs de la Loy, d'enfaire des Ver
fions en Langue vulgaire des Païs où
ils étoient Etrangers.
Les Rabins Asiatiques firent à
Babylone , la plus ancienne & la
plus estimée des Paraphrases , qui
eft la Chaldaïque , ou le Targum
Onkelos..
La Version Grecque du Pentateuque
, dont S. Jerôme au premier
chapitre de l'Epiſtre de S. Paul à
àTitus , dit Scientia pietatis eſt
noſſe Legem, fut faite 272. ans
avant l'Incarnation , en Alexandrie
d'Egypte , où les Juifs avoient
Fevrier 1685 . C
50
MERCURE
un Temple comme en Ierufalem.Elle
eftfurnommée des 70 , parce qu'elis
fut faite par l'Ordre , ou du moins
aprouvée des 72 , qui compofoient
le Venerable Senat du grand Sanhedrin.
Tout ce qu'on en a dit au delà,
a esté ſur la bonne foy d'un Livre
attribué à Aristée , l'un des 72. Interpretes
, qui ne firent que la Verfiondes
cinq Livres de Moiſe , bien
qu'il ne soit nommé qu'en tierce
Personne.
DES
L
ligne.
LIVRES ,
leur anecinne Forme
& Relieure.
Es Iuifs obſervoient de ne met
tre que 30. Lettres à chaque
Les Anciens coloient au long plufieurs
feüilles depapier les unes au
bord des autres , &ils n'écrivoyent
GALANT. I
que d'un côté. Ils inferoient le bout
de la derniere des feüilles dans ta
fente d'un bâton cilindrique, autour
duquel on rouloit toutes les feüilles
qui compofoient ce Livre ou Volume.
Ce bâton avoit un Chapiteau &
une Baze , à la distance de la largeur
du papier. Toutes les Bibliotéques
étoient composées deſemblables
Rouleaux , chez les Grecs & chez
les Latins , mesme long temps apres
Ciceron. Les Iuifs ont encore fur
Autel de chaque synagogue , les
Livres de la Loy fur deux ſemblables
Rouleaux Cilindriques , &
quand ils ont lû unc page , ils la
roulent autour du Cilindre qu'ils
tiennent à la main droite. L'ay
trouvé dans nos Archives du Chapitrede
Ternant, fondée en l'anvée
1444. qui est quatre ans apres l'invention
de l'Imprimerie , des En
questes fur des feüilles de papier co
C 2
52
MERCURE
lées les unes au bas des autres , &
écrites d'un ſeul côté.
Le Secret ayant esté trouvé de
preparerle parchemin, enforte qu'on
peut écrire des deux côtez . Le Roy
Attalus fit écrire & relier quelques
Livres à la maniere des noſtres.
L'Imprimerie commença en 1440
à Mayence , & les Offices de Ciceron
, est le premier Livre qui ait esté
Imprimé en Europe , il est maintenant
bien facile de profiter de l'avis
de l'Oracle , qui dit à Zenon que ,
Pour bien vivre , il faloit avoir
commerce avec les morts. C'est
dans le mesme sentiment qu'Alphonse
Roy d'Arragon diſoit , Qu'il
faut consulter les morts comme les
plus fideles Confeillers , car il n'y
a point d'Amy plus libre qu'un
Livre.
GALANT.
53
DE LA DIFFICULTE'
de lire l'Ecriture Chinoiſe , &
l'Hebraïque ſans Voyelles .
V
Ous ne trouverez passi étran
ge que l'Ecriture Chinoise ait
un Caractere different pour chaque
chose , & qu'un mesme mot prononcé
differemment , ſignifie diferentes
chofes ,si vous faites reflexion qu'en
noſtre Langue , un mesme mot a
pluſieursfignifications : En voicy un
exemple , il faut que je vous Conte,
un Conte , d'un Conte , duquel je
ne fais pas grand Conte.
Alafterilité de la Langue Chinoise
, opposez la fecondité de la
Langue Arabe ; elle a 80 mots
Pour fignifier le Miel ; 200 mots
Pour fignifier le Serpent ; soo pour
fignifier le Lyon ; & 100. pour
fignifier l'Epée. Cela me fait fou
C3
54
MERCURE
venir des fix Vers ſuivans d'un
vieux Sonnet .
Il faut que par neuffois la Lune
ait fait fon cours ,
Avant que nous voyons la lumiere
du jour ,
Qu'un cruel Ennemy nous a
bien-toft ravie .
Miſerables Mortels, n'avons-nous
pas grand tort ,
De faire tant d'Engins pour nous
donner la mort.
L'Ecriture Hebraïque n'avoit originairement
que les Lettres Confon.
nes , car les Points qui tiennent lieu
de Voyelles , n'ont commencé qu'en
l'année 508. de l'Incarnation , &
436 ans apres que Titus Vespasian
eut brûlé le Temple de Jerusalem
le 8 Aouft , & la Ville le 8.Septembre
en la 72. année de Iefus- Chrift.
GALANT.
55
= C'est pourquoy ily a àpresent onze
cens foixante & dix - Sept années
que les Docteurs Iuifs étant affemblez
à la Tyberiade , Ville de la
Palestine , inventerent & employerent
les points ou voyelles fecrettes ,
afin de conſerver à leur Pofterité
dispersée par tout le Monde , laveritable
lecture des Livres Sacrez de
l'ancien Testament. C'est ce que le
Rabin Helie Levite , rapporte dans
Sa troisième Preface fur le Mafforeth
. C'est pourquoy pour bien apprendre
à lire l'Hebreu , je vous renvoyeàla
Mazore , ou Tradition de
l'Ecole Tyberiade.
C'eſtſans ſujet que vous meprenez
pour un Gale Razaia , Revelateur
des chofes fecretes. Vous me demandez
mille chofes , comme fi
j'avois tout cela dans mon Jalkut ,
ou Poche Rabinique , ou que je fuſſe
Le tout sçavant Hippias Eleen me-
C 4
56 MERCURE
tempsicofé. Merite- t'on quelque cho-
Se pour beaucoup parler ? Avezvous
oublié que Plutarque louë Epaminondas
qui estoit le plussçavant,
& parloit le moins. Le profite en
bien des choses du bon mot de Socrate
, qui étant interrogépourquoy
il ne donnoit aucun Ecrit au Public,
répondit que le papier vaudroit.
mieux que ce qu'il faudroit dire .
Pour vous répondre à tant d'articles,
il me faudroit une memoire aussi
heureuse que celle d'Efdras , qui
dieta par coeur les Livres de l'Ancien
Testament , tels que nous les
avons. Du Grec Carmides, quidiſoit
par coeur ce qui estoit contenu dans
quel Volume d'une Biblioteque qu'on.
Souhaitoit . De Cyrus , ou de L. Scipion
, qui sçavoient le nom de tous
leurs Soldats ; ou la memoire de Mithridate
, de Craffus , de Cyneas ,
de Themistocle , ou celle de l'EmpeGALANT
.
57
reur Claude , qui sçavoit tout Ho.
mere par coeur , de Salufte qui ſçavoit
tout Demosthene , d'Avicenne
qui sçavoit auſſi par coeur toute la
Metaphiſique d' Ariftote. Ie neſuis
ny Ciceron qui ſe ſouvenoit de tout
ce qu'il avoit leu ou entendu , len'ay
pas la memoire de Senéque l'orateur
, qui afſeure dans la Préface du
Livre des Plaidoyez ou Controverfes
, qu'il avoit la Mémoirefi heureuse
, qu'il rediſoit deux mille noms
differents dans le mesme ordre qu'ils
avoient esté prononcez , & que dans
l'Ecole plus de deux cens perſonnes
ayant dit chacun un Vers , il les repeta
en commençant par le dernier
Fers. Le Pape Clement VI. ayant
receu un grande bleſſure à la teste ,
fa mémoire devint fi heureuse, qu'il
we pût rien oublier de ce qu'il avoit
leu. L'ay estépresent avec feu Monfreurle
Marquis de S. André Mont
C
58 MERCURE
brun , Capitaine General des Armées
du Roy , & Gouverneur du
Nivernois , à un ſemblable eſſay de
Mémoire entre Monfieur de la Barre
, pour lors Intendant du Bourbonnois
, & Mc Adam le Poëte Mcnuifier
de Nevers. De plus , je n'ay
pas un Secretaire fi expert dans la
Tachigraphie , que ceux dont
Martial difoit ,lib. 14.
Currant verba licet , manus eſt
velocior illis , 2
१ Nondum lingua , ſuum dextra
peregit opus .
Le nyfuis pas fi exercé qu' Origene
, quand mesme je formerois aussi
malmes Lettres que le grand Quintilien
, dont les lignes ſembloient des
Serpens. Il est autant ſurprenant
qu'avantageux pour le bien public ,
qu'entre tant de millions d'Ecritures
, il ne s'en rencontre pas deux
tout àfait semblables , quand mê
GALANT.
59
me on auroit appris à écrire Sous
un mesme Maistre. Il en est de
l'Ecriture comme des Voix & des Vi.
Sages, quifont tous en quelque chose
diferens. Il est vray que Tite Vespafian
le Fils , diſoit ordinairement
qu'il auroit pû estre le plus grand
Fauſſaire de l'Empire Romain,parce
qu'il sçavoit tres- bien contrefaire
toutes lesfignatures.
Contentez- vous, Monfieur, de ce
peu que je vous envoye pour vos
Etrennes de l'année 1685. Ie réponds
à vos autres demandes , com.
me les Iuifs dans les Questions tres
difficiles THISBI , JETHARES ,
KASIOT , Elie Thesbite , qui
nâquit huit ans avant la mort de
Solomon , les foudra.
La Kabale des Rabins außi bien
que les deux Volumes de Viſions Parfaites
, ne contiennent que futulites
avec la Letire Rd trois Nations
C6
60 MERCURE
bien differentes , l'Italique , le Grec
& l Hebreu , & à tous ces Livres ,
il nemanque que la Syllabe Grecque
Noun.
Vous aprendrez dans 24 heures
la Langue Hebraïque , dans la nouvelle
Grammaire de Criftofori
Cellarij , imprimée Cizx , au commencement
de l'année 1684.
Le manque de Voyelles dans l'Ecriture
Hebraique , eſt la cauſe que
La Version Grecque de l' Ancien Testament
, faite par les 72 Rabins
en Alexandrie l'année 272. avant
la naiſſance de Iefus. Christ , n'est
pas toûjours conforme à l'original .
Hebraique , quoy qu'en ait dit l'Autheur
du Livre attribué àAriftee
l'un des 72 Interpretes . Puis que
cette Verfior a des paſſages malex.
pliquez , &bien des choses oubliées,
& d'autres ajoûtées , comme dit
S. Jerôme , qui mourut l'année4: 0
GALANT. 6r
- c'est pourquoy la Version Latine
qu'on fit fur la Grecque du temps
des Apoftres , ne peut estre meilleu
re , bien que nous chantions les
- Pfeaumes fuivant cette Version ,
- parce que l'Eglise y estoit accoûtu .
mée , lors que faint Ierome fit Sä
- Version Latine de l'Ancien Testa.
ment , que nous appellons la Vul-
-gate.
Si la Langue Chinoiſe eſt difficile
- par la differente ſignification d'un
mesme mot , la Langue Hebraïque
eſt auſſi difficile par la mesme rai-
Son ; car par exemple , le mot ou
Racine HHANAH , ſignifie humilier
, appauvrir , affliger , occuper
, témoigner , chanter
crier , parler , répondre , exaucer.
Le mot HHALAL, fignifie
eſtre la cauſe , cauſer , rendre
affligé , envelopper , defigner ,
enlaidir , vendanger , mépriſer ,
62 MERCURE
méditer , tâcher , agir , cautionner.
Le mot HHARAB ,fignifie
dreſſer , embellir , plairre , engager
, négocier ; mélanger , s'obſcurcir
, devenir doux.
Bien davantage, les meſmes mots
Hebreux ont souvent deuxſignifications
contraires. Par exemple
KDS ,ſignifie ſanctifier , prophaner.
BRHsignifie , benir , maudire.
NCHM fignifie eſtre conſolé , eſtre
deſolé. SKN fignifie appauvrir ,
s'enrichir , & mille autres , par le
changement des conjugaisons qu'ils
appellent Binjanim , Structure.
Par le manque des Voyelles , au
lieu de lire СноMER , quifignifie
URNE , dans laquelle les Hebreux
gardoient la Manne ; les Pa
yens ayant leu CHOMAR , qui
Signifie ASNE , ils accuferent les
Juifs , & ensuite les premiers Chrêtiens
, d'adorer la Teſte d'un Afne
GALANT. 63
dans le Sanctuaire du Temple.
Le 47 Chapitre de la Genese ,
parlant de Jacob adorant Dieu ,
finit par ces mots Halroſch , Ham ,
Mitthah , chevet du lit , & les 70
ayant leu Matthe , l'interpreterent
Verge , ou bâton.
Dans le 11. chap. de Zacharie ,
verf. 7. au mot Hebreu CHBLM
les Septante-deux Interpretes leu
rent ChabaLiM , Cordaux : &
Suivant les Points ou Voyelles , depuis
marquées par les Rabins de Ty
beriade, nous liſons CHOBELİM,
quifinifie Corrupteurs .
Les Septante leurent par les 3.
Conſonnes ZKR, du 14. Verf.du 26
Chap. d'Ifaye , le mot Zaker ,
qui ſignifie Mafle ; & S. Ierôme
ayant leu Zakar , l'interpreta
Memoire.
Les Septante dansle Chap. 3 .
Verfet de Ieremie, leurent Rehhim,
64 MERCURE
qui ſignifie Paſteurs. Et S. Ierôme
ayant leu Rohhim , l'interpreta
Amateur , & dans le Chapitre 9.
Verfet 22 , leurent Deber , qui
fignifie la Mort . Et S. lerôme ayant
leu Daber , l'interpreta Parle. De
mesme aufſfiles Septante dans Oſée,
Ch. 13. Verfet 3 , leurent Harbeh,
quifignifie Langouste , & S. Ierome
ayant leu Habah , l'interpreta
Cheminée.
En voicy affez pour cette fois,
& bien que l' Empereur Honorius
ait esté blâmé de figner toutes les
Lettres que ces Officiers lay prefentoient
fans les lire , dequoy Sa Soeur
Placidie le corrigea , apres luy en
avoir fait connoiſtre le peril , car
elle fit gliffer une Lettre à figner
avec les autres , par laquelle l'Empereurpromettoit
Placidie en Mariage
à un miferable Esclave. Ie me
fie pour ce coup à la bonnefor de mon
GALANT.
65
Scribe , plus Homme de bien que le
Notaire Lampo , furnommé Calamoſphacten
: lefinis , vous affenvant
de mamain que je suis , Monſieur
, Vostre , &c.
COMIERS.
3
Je ne vous parlay point la derniere
fois de la mort de Meffire
- André Scarron , Préſident du
Conſeil Souverain d'Artois , parce
que je n'en avois point encore
reçû la nouvelle. Cette mort
- eſt arrivée le 25. Decembre dernier.
Son rare merite & fes belles
qualitez avoient obligé Sa Majeſté
de le tirer du Parlement de
Metz en 1660. pour luy donner
à Arras une Charge plus hono-s
rable , qu'il a exercée pendant
vingt- quatre ans avec beaucoup
d'éclat & de gloire. Il eſt mort
dans ſa ſoixante & ſeizième an66
MERCURE
née , laiſſant Monfieur ſon Fils ,
digne Succeſſeur de ſa Charge ,
dont le Roy luy avoit donné la
furvivance. Il a eſté enterré dans
l'Egliſe des Peres Récolets d'Arras
, où fix Huiſſiers du Conſeil
en Robes portérent le Corps.
Quarante Pauvres , reveftus de
Noir , tenant chacun un Flambeau
, marchoient à la teſte du
Convoy. Meſſieurs du Conſeil y
aſſiſterent , ainſi que le Corps de
Ville , & ceux de Juſtice. Monſieur
l'Eveſque d'Arras eſtoit en
l'Egliſe à coſté de l'Autel , &
quelques Abbez & Ecclefiaftiquesde
marque.Monfieur Chauvelin
, Intendant de Picardie &
d'Artois ſe trouva auſſi à cette
lugubre Cerémonie.
J'ay à vous apprendre trois autres
morts , arrivées icy depuis
peu de jours. La premiere eſt
:
GALANT. 67
1
1
celle de Dame Bonne Royer ,
Veuve de Meſſire Jean Loüis de
Faucon , Seigneur de Rys , Marquis
de Charleval , Comte de
Bacqueville , Conſeiller d'Etat
| Ordinaire , & Premier Préſident
au Parlement de Normandie..
C'eſtoit une Dame d'une grande
picté, & que ſa vertu , & fes
manieres pleines de l'honnêteté
la plus engageante , ont toûjours>
rendue tres-eſtimable. Elle eſtoir
Mere de Monfieur de Rys , Intendant
à Bordeaux , & de Madame
de Bernieres , Femme de
Monfieur de Bernieres , Conſeil-
_ler au Parlement de Paris. Elle
eſt morte le s . de ce mois.
1
Meſſire Claude du Val , Seigneur
de Mandre , Aumônier
du Roy , ancien Abbé de S. Pierre
de Selincourt , eſt mort environ
dans le meſme temps, auffi68
MERCURE
bien que Meffire Pierre Bourde
lot , Abbé Commendataire de S.
Martin de maſſay , & Medecin Ordinaire
de Monfieur le Prince.
C'eſtoit un Homme qui avoit
beaucoup d'érudition , & des connoiſſances
particulieres dans la
Médecine. Il y avoit chez luy
tous les mardis des Conférences
publiques, où ſe trouvoient beaucoup
de Sçavans. On y agitoit
toute forte de matieres.
Meſſieurs de l'Académie Royale
d'Arles ont fait depuis peu
une acquifition tres- confiderable,
en recevant Monfieur Magnin
dans leur Corps. Son merite vous
eſt connu par tant d'Ouvrages
que je vous ay envoyez de luy ,
qu'il me feroit inutilede vous en
parler. Voicy le Remerciment
qu'il leur a fait.
GALANT. ہو
*************
DISCOURS
I DE Mr MAGNIN
A MESSIEURS
DE
- L'ACADEMIE ROYALE
D'ARLES.
MESSIEURS ,
Comme c'est le prix & le merite
des graces , qui regle la mesure &
le degré de la reconnoiffance , celle
que je dois avoirde l'honneur que
vous m'avez fait , en m'accordant
une place parmy Vous , ne sçauroit
avoir , ny pus de ſenſibilité , ny
70
MERCURE
plus d'étenduë ; mais si c'eſt auſſi
par ce mesme prix qu'on doit juger
de la difficulté qu'ily a d'en faire
un juste Remerciment , vous vous
perfuaderez fans peine , que je n'ay
rien entrepris de ma vie defi difficile
à bien executer , que celuy que
jose & que je dois vous faire aujourd'huy.
Le Titre glorieux d'Academicien
Royal , étonne mes idées
au lieu d'élever mon esprit , & me
met dans un jour dont la ſurpriſe
m'ebloüit , aulieu de m'éclairer.
Vouslesçavez par vous mesmes,
Meffieurs ,vous lesçavez ; ilſuppo-
Se un merite folide & distingué ,
un génie heureux , unesçavante&
fine politeffe , &mille autres talens
que je reconnois , que je revere , &
que tout le monde admire en chacun
de vous.
Comment pourrois je donc,quand
je ne sens& ne puis faire remar-
*
GALANT. 71
!
quer aucun de ces avantages en
moy , me perfuader que j'auray celuy
de foûtenir dignement un Titre
dont on doit avoir une idéeſi noble
&fi élevée ?
Que je ferois heureux, Mefficurs,
que je ferois heureux , fi dans une
occaſion ſi effentielle à mon devoir ,
& à ma reputation , je pouvois de
bonne foy &Sans ſupercherie , me
dispenser de vous faire un aveufi
propre à vous donner unjuste repentir
du choix que vous venezdefaire
! Qae je ferois heureux encore
une fois ſi je pouvois meflûter un
moment que cette déclaration fi
honteuse & fi sincere toutefois .
paffera pour une de ces figures ingenieuſes
qui fervent à faire valoir le
merite àforce de le defavoüer , &
qui rehauffent la reputation de l'ef
prit par celle de la modeftie !
Mais quandje confidere à quoy
72 MERCURE
je suis engagé par le Tître d'Academicien
Royal dans cette premiere
action ; quand je meſuremespensées
& mes expreſſions à la hauteur des
merveilles que j'entrevois , & qui
devroient entrer dans mon ſujet ,si
j'avois l'adreſſe de les ranger , je
Sens bien que je n'auray dit que trop
vray , & que le pretexte de l'Art ,
& de la Figure ne fera rienà mon
avantage.
Dispensez-moy donc , Meſſieurs ,
diſpenſez-moy de la neceſſité que le
Titre que vous m'avez fait l'honneur
de me donner , ſemble m'impofer
, de repaſſer sur tant de beaux
traits , qui rehauffent le merite &
la gloire de l'Academie Royale ,
dans mille circonstances toutes plus
avantageuſes l'une que l'autre , &
qui la menent à l'immortalité, par
la mesme route &par le mesme voeu
que l'Academie Françoise, qui lareconnoît
GALANT.
73
:
connoît pour ſa Fille aînée , est de
puissi long- temps en droit d'y aspi
rer. Quajoûterois. je àtout ce que
ceux qui m'ont devancé , vous ont
dit de riche , de sçavant & de
poly,fur la dignité du Titre Royal
que vous portez ? Ne Sçait-on pas
que ſi les Noms que le Créateurvou
lut impofer àſes Ouvrages , expri
moient les qualitez & la nature des
chofes nommées, LOUIS LE GRAND
dont la conduite est une Imageſi vifiblede
la Sageſſe du Tout. Puiſſant,
n'adonnéleſurnom de Royaleà l'Academie
d'Arles , que pour exprimer
par ce beau Titre l'excellence des
Soins , auſquels il l'a destinée , &
parce que la Gloire & les Merveillesdefon
Regne le plusfloriſſant&
le plus auguste qui fut jamais , devoient
estre l'obiet deſes veilles ,de
fes études,&defes ouvrages?
Certes, cegrand Roy qui connoist
Fevrier 1684. D
1
a
74 MERCURE
:
fi diftinctement ,& ce qui a manqué
aux Régnes précedens, &ce qui
peutfervirà lagloire dufien , apres
avoir par des Conquestes qui ont
étonné l'Univers par laforce invincibles
de leur rapidité , étendu &
afſuréſes Frontieres,a bien jugé que
te repos & le bon heur de ſes Etats
&defes Sujets , dépendoit de l'établiſſement
des Sciences , & de la
Culturedes beaux Arts , & remontant
par l'esprit de cette Sagoffe ,
qui voit & penetre tout dans unsi
bel ordre , iusques à la source de
l'Hereſie , dont l'extirpation fait le
plus cher, le plus constant , &le plus
affidu de tous ſes ſoins , il s'est bien
aperceu que cette Cangrénesi mali
gne dans son origine , & fi funeste
dans son progrez, ne s'est introduite
& n'a pris racine dans ſes
Etats, qu'à lafaveur de l'ignorance;
&pour combatre un malfi dangereux
&fi opiniâtre par un remede
GALANT .
75
des
convenable , il menage , ilfoûtient,
il protége les Sciences par des établiſſemens
commedes , & des libe...
ralitez genereuſes & neceſſaires ,
& tes a miſes , enfin en état de
triompher par tout des piéges
- fuites de l'erreur & du mensonge ,
- & defaire comprendre à tout ce quż
- n'a pas abandonné le party de la
raison & du bon sens , que celuy de
- ¿'Hereſie n'a plus que l'obstination
pour toute défense.
Apres que les Sciences aurontfe
condé les pieuſes intentions de
LOUISLE GRAND, en foutenant les
Droits Sacrez de la Religion & de
l'Eglife,qui n'a jamais eu &n'aura
jamais de plus ferme appuy que fon
Fils aîné , elles ſerviront encore
avantageusement au deſſein qu'il a
d'inspirer à tous ſes Sujets , l'amour
& la pratique des vertus morales ,
- & des moeurs honnestes. Elles for
D2
76
MERCURE
ment le coeur en éclairant l'esprit.
La lumiere du Soleil dans l'ordre
naturel précede la chaleur , & les
connoiffances doivent diſpoſer l'ame
à l'amour , & à la poursuite du
bien ; c'est pourquoy Dieu qui en est
laſource immense , ne sçauroit estre
Souverainement aimé, comme parle
Jaint Denis , qu'il ne soit parfaite.
ment aimé.
Que vous concevez bien , Mef- -
ſieurs , le merite, la grandeur &
l'excellence de vosſoins , & de vos
applications , & dans leurprincipe,
&dans leur objet ! Vous n'étes pas
à la Cour & Sous la vue auguste
& Royale de LoÜIS LE GRAND ,
mais vous ne laiſſez pas de reffentir
les effets glorieux de ſes ſoins &de
Saſageſſe. Le Soleil produit les plus
riches Metaux , au delà de la portée
deſes rayons , ſes vertus s'infinüent
oùSa lumiere ne penetre pas ; & ce
GALANT. 77
Monarque Auguste , 'le Soleil non
Seulement deſes Etats , mais deplufieurs
Mondes s'il y en avoit , fait
fentir les influences de sa sagesse
par tout. Elle est immense dans ſes
Soins,&dansses operations , comme
sa puiſſance est invincible dans
Ses entrepriſes.
Ilſçait que les Sciences font dans
Arles comme dans leur centre, qu'elles
y font naturaliſées depuis plufieurs
Siecles. Les Obeliſques , les
Arénes , les Amphiteatres , & tant
d'autres Antiquitez dont elle montre
encore aujourd'huy les magnifiques
monumens , font affezconnoitre
de quelle confideration elle a esté
dans tous les temps. Qui voudroit
remonter juſques aux plus anciens
&moins connus , découvriroit ſans
doute que la politeſſe y regnoit ,
avant mesme que les Romains y
euſſent élevé tant de marques , de
D 3
78 MERCURE
1
la magnificence de leur Empire , &
de l'estime qu'ils faisoient de fon
fejour;& qu'aparemment la Colonie
des Grecs qui vint aborder à
Marseille, & qui vint àpropos pour
polir les moeurs des premiers Gaulois
, eutſes premiers établiſſemens
dans la Ville d'Arles ; & LoÜIS
LE GRAND qui recherche jus
ques à la source les femences des
beaux Arts , n'y afans doute étably
l'Academie Royale , que parce qu'il
ajugéque dans un air , où les Scien
ces font en commerce depuisfi longtemps
, elles ne manqueroient pas de
faire un progrés éclatant ,& digne
de la gloire defon Regne.
Fousse,z Messieurs , joüiffez des
beaux jours qu'enfantent aux def-
Seins de vos veilles , des auspices fi
heurenx , fi conftans &fi magnifiques.
Vous vivez , graces aux foins
&à la faveur du plus parfait des
GALANT. 79
Roys ; vous vivez d'une vie glorieufe
& Spirituelle , dont unseuljour
vaut mieux que les plus longues annèes
de l'ignorance. Vous aprenez
au Monde tout ce qu'ily a de plus
curieux àſçavoir , des moeurs , de la
Police & de la Religion des Anciens,
Vous tirez des rüines qui vous envia
ronnent , mille monumens d'antiquité
, propres à faire admirer la penetration
sçavante de vos recherches.
Quen'avezvouspas dit de curieux,
fur la verité de cette belle & fameuse
Statue que Diane & Venus
ont disputéeſi long-temps . & d'une
maniere si fine & ſi ſpirituelle , &
qui enfinſous le nom de Venus , doit
estre placée avec tant d'autres , qui
font venues de tous les endroits du
Monde, pourrendre hõmage à Loürs
LEGRAND ,dans la Galerie de ver
failles ? Vivez, M³,vivezheureux
dans le noble ſoin qui vous occupe.
D 4
80 MERCURE
Vous fervezaux deſſeins d'un Monarque
qui vient renouveller la face
du Monde , & finir tous ces grands
deffeins que ceux qui l'ont précedé
n'ont fait qu'ébaucher. Aspirez à
La gloire immortelle qu'ilvous propofe;
rien nevous manque pour y arri
ver. Vous avez de sa main & par
Son choix , un Protecteur , illustre.
parsa naiſſance , deſtingué parfa
faveur , recommandable parsonmerite,
qui ſçait allier avec tant d'art
tant d'agrément , la plus douce,
laplus fine ,& la plus fçavante de.
Bicateffe des Muses , avec la fiere
intrepidité de Mars , en qui l'onvoit
ta belle ame , le bel eſprit , &la
grandeur de courage, dans unſinoble
&fi doux accord , que les Sçavans
& les Guerriers peuvent également
y trouver un modéle pourseformer
l'esprit&le coeur.
Que je trouverois ,tout foible que
GALANT. 81
jesuis, Meſſieurs , que je trouverois
de choses à representer , s'il m'étoit
permis de ni'abandonner à tout ce
qui vient s'offrir à mes idées , &fi
je pouvois oublier , que ne pouvant
vous donner des marques d'érudition
&d'esprit , je dois au moins vous en
donner de ma retenuë ! Ce fera
Meſſieurs , en étudians à me former
fur vostre merite , &fur tant de
nobles & avantageuses qualitez,
qui vous distinguent parmy les Sçavans
, que jepuis esperer d'aprendre
àfurmonter une partie des defauts
qui me rendent indigne de l'honneur
que vous m'avez fait , & cette rudeffe
quejefens mieux dans mes expreſſions
que je ne la ſçay corriger
Ieméditeray fur la beauté de vos
Ouvrages , pour m'instruire à polir
Les miens ; & comme ceux qui marchent
au Soleil font colorez fans
qu'il y penſent , je fortifieray mes
Ds
!
82 MERCURE
connoiſſances à force d'estre éclairé
par vos lumieres. Dans la passion
que j'ay toûjours euë ,&que j'auray
tant que je vivray , de faire di
Stinguer ma voix parmy tant d'autres
, qui chantent & fans ceffe,
&fi bien la gloire , les vertus , les
travaux de Loüis LE GRAND ,
j'essayeray de regler mes tonsfurvos
doux accens , d'adoucir mes Chaluweaxx
, en étudiant les accordsſcavans
de vos Luts ;& ne pouvant
mcriter l'honneur de vostre aprobavion
par aucune pruduction d'eſprit,
jeferay foigneux de meriter celuy de
vos bonnes graces , &de vostre efti
me , par le respect&in fincerefoû
mißion que j'auray toûjours pour
vous.
Monfieur d'Ozier , Genealo
giſte de la Maiſon du Roy , &
Juge General des Armes & Blafons
de France ,apres avoir ob
'GALANT.
83
tenu de Sa Majesté la permiſſion
d'accepter l'Ordre de S.Maurice
& de Saint Lazare de Savoye ,
dont il a plû à Monfieur le Duc
de Savoye de le gratifier en conſideration
de ſon profond ſçavoit
dans la Profeffion dont il ſe moſle,
fi utile à la Nobleffe ; & à la re
commandation de Monfieur le
Cardinal d'Eſtrées , reçût le jo
du mois paffé l'Habit & la
Croix de cet Ordre , avec les Ce
remonies qui luy ſont particulie
res , & fut fait Chevalier dans la
Chapelle de la Maiſon desTheatins
, par Monfieur le Marquis
Ferrero , Grand Croix& Grand
Hoſpitalier du mesme Ordre ,
Chevalier de l'Annonciade , &
Ambaſſadeur auprés du Roy. Ce
Marquis eſtoit aſſiſtéde Monfieur
de Planques , auffi Chevalier de
l'Ordre de S. Maurice , &Agent
D 6
84 MERCURE
de ſon Alteſſe Royale de Savoye
en France. Monfieur d'Hozier a
un Frere aîné , qui s'étoit auffi
rendu capable d'exercer l'Employ
de feu Monfieur d'Hozier
leur Pere , & qui l'a meſme exercé
plufieurs années; mais eſtant
devenu aveugle , & ne pouvant
plus travailler à une choſe qui
demande tant d'aplication & de
lecture , le Roy qui ne laiſſe jamais
le mérite malheureux , luy
donne depuis ſept ans une Penſion
de mille livres. Je vous par
lay ily a quelque temps de celle
que Sa Majesté donne auffi à
Monfieur d'Hozier , qui vient
d'eſtre reçû Chevalier de S-maurice.
On dit qu'un bienfaitn'eſt jamais
perdu , & cela ſe justifie
par beaucoup d'exemples. En
voicy un auffi récent qu'il eſt rea
GALANT. 85
marquable. Vn Gentilhomme
qui demeure à la Campagne, retournant
chez luy un foir , rencontra
deux Cavaliers reformez ,
qui le prierent fort civilement de
les ſecourir dans le beſoin d'argent
où ils ſe trouvoient pour
achever leur Voyage. LeGentilhomme
les voyant affez bienfaits
, & jugeant de leur naiſſance
par la maniere honneſte dont ils
luy parlérent , ne ſe contenta pas
de leur donner. Il leur dit qu'il
_eſtoittard , & qu'ils feroient bien
de venir chez luy , où ils pafferoient
la nuit plus commode
ment que dans un Village. Le
Party fut accepté , les Cavaliers
le ſuivirent , & payerent le Soupé
- qu'il leur donna , par la complaiſance
d'écouter le long récitde
quelques Campagnes qu'il avoit
. faites pendant ſes jeunes années
86 MERCURE
Apres un entretien de trois heu
res , il les conduifit dans une
Chambre qui n'eſtoit feparéed'u
ne autre que par une Cloifon
d'ais. Ils se coucherent, mais heureuſement
pour leGentilhomme,
ils ne pûrent s'endormir. Un profond
filence régnoit dans tout le
Logis, quand la voix de deux
Perſonnes , qui parloient àdemy
bas dans l'autre Chambre , commença
a les fraper Chacun d'eux
preſta l'oreille ; & quoy qu'ils
perdiſſent pluſieurs mots , ils ne
laifferent pasd'en entendre affez
pour comprendre qu'il y avoit
diſpute entre deux Valets , ſur le
complot d'aller égorger leur Maiftre.
Il avoit vendu depuis peu
de jours pour huit cens écus de
Bled , & il s'agiſſoit entr'eux d'avoir
cet argent. L'un trembloir
d'eſtre ſurpris en executant le
GALAN T.
87

- crime dont ils eſtoient demeurez
d'accord , & l'autre tâchoit de
- l'encourager. Enfin , ayant entendu
que ces Miserables for-
- toient de leur Chambre , ils fe
leverent le plus doucement qu'ils
pûrent , & ſe jetterent fur dux
lors qu'ils entroient dans celledu
Gentilhomme. Il s'éveilla à ce
- bruit ,& demanda ce qu'on luy
- vouloir. Toute la Maiſon futen
rumeur. On fit aporter de la lu-
- miere , & les deux Valets troublez
, quoy qu'ils n'avoüaſſent
rien , firent affez voir par leur
defordre & par leur pâleur, qu'ils
étoient coupables. On leur trouva
des raſoirs , & des coûteaux
fort tranchans , & on les mit en
lieu ſeur juſqu'au lendemain ,
qu'on les mena en prifon . Vous
pouvez croire que le Gentilhomme
n'auroit pas ſi toft congedie
88 MER CURE
les Cavaliers qui lay ont ſauvé
la vie, quand leur prefence n'eût
pas eſté néceſſaire pour l'inftruction
de ce Procez criminel . le
m'informeray de l'évenement
pour vous le faire ſçavoir.
Je vous envoye une Fable que
vous trouverez auſſi finement
tournée que toutes les autres que
vous avez déja leuës de Monfieur
de la Barre de Tours. Vous me
mandiez qu'il vous ennuyoit.de
ne plus rien voir de luy , heureuſement
j'ay dequoy vous fatisfaire.
GALANT. 89

רי
LE LOUP
4
LE RENARD ,
ET LA MULE
FABLE
Helas, que n'ay je encor mon
heureuſe ignorance !
Qu'il m'eſt fâcheux, Iris ,d'estre trop
bien inftruit !
Je vous aimois ,&j'avois l'espérance
Que par devoir ou par reconnois-
Sance
Vous me feriez goûter le fruit
Que meritoient mes feux, mes foins
& ma constance ;
Mais aujourd'huy mon espoir eft
détruit ,
१०
MERCURE
Et par ce que vous m'avez dit
J'ay connu vostre coeur & Son in
diférence.
Hélas,que n'ay -je encor mon heureuſe
ignorance !
Qu'il m'eftfâcheux, Iris ,d'estre trop
bien inftruit !
Mon Rival a parson absence
Evité la triſte Sentence ,
Qui le pouvoit réduire où me voila
réduit.
Il n'est pas plus aimé,j'y vois de l'a
parence;
Mais fon malheur n'est point en
évidence.
Je ne goûteray plus l'espoir dont il
yourt ,
Ah, trop malheureuſe ſcience!
Voyez l'ennuy cruel que vous avez
produit.
Hélas que n'ay- je encor mon heureuse
ignorance !.
GALANT.
و
Qu'il m'est facheux, Iris,d'estre trop
bien inftruit !
Ainsiparloit un pauvre Diable,
Trop curieux pour son malheur ,
Qui voulant lire au fond du coeur
D'une jeune Beauté qui n'étoit pas
traitable ,
Yvit ce que le Loup va voir dans
cette Fable.
Sirele Loup & Sire le Renard ,
Animaux exerçans par tout la tyrannie
Se rencontrerent par hazard ,
Tous deux ne cherchant point manvaiſe
compagnie ,
Ne Se plaisant pas moins , qu'avec
plus méchans qu'eux ;
Enfin donc,par hazard,s'étant trouvez
tous deux.
Apres quelque ceremonie ,
Comme il convient àGensſçachans
leurpain manger.
92
MERCURE
Ils font un petit tour de promenade
ensemble.
Il faut sçavoir commeun Berger,
A leur aspect tous ses Moutons
r'aſſemble ,
Et comme tout Manan pour Volatille
tremble ,
Renard& Loup, partout conduisant
le danger.
Ils marcherent parlant du beau
temps , de la pluye ,
Car Couple qui ne s'aime pas ,
Et qu'aucun commerce ne lie ,
Ades narrezbien longs trouve fort
peu d'appas .
Pour animer leur teste-à- teste,
Que n'ont ils quelque Tiers ? un
Tiers est unsecours ,
Qui fert beaucoup , lors que le
Couple est beste :
De cecy nous voyons la preuve tous
les jours.
CeTiersàpoint nomméparut dans
un pacage
GALANT. 93
Grave & pensif , mais qui n'étoit
point fot ,
Rouge de poil , de moyen âge ,
C'estoit une Mule , en un mot.
Nos deux Meſſieurs y viennent
tout en nage ,
Pour accourir ils avoient pris le
trot.
Eftant un peu remis , le Loup fit la
Harangue ,
Mais, commevoussçave,zilamauvaiſe
langue ,
Et ne pût pas perfuader
La Muleà découvrir comment elle
s'apelle.
Sire Renard , s'aproche plus près
d'elle,
Afinde mieux luy demander
Ses qualités ,fon nom &Sanaiſſance,
Car , ny le Loup , ny luy , n'eurent ,
dit.il,jamais ,
Ny l'honneur de la voir , ny de ſa
connoissance.
94
MERCURE
Avouray -je mon ignorance,
Disla Mule ? excuſez l'aveu que
jevous fais ,
(Il eſt un peu d'une Pecore )
Foy d'Animal d'honneur , je ne
ſçay pas mon nom.
Bon , c'eſt railler , dit le Loup.
Non ,
Non, repartit la Mule, il eſt vray,
je l'ignore ,
Mes Parens, pour raiſon
l'ont point appris .
, ne me
D'un tel discours nos Gens estant
Surpris ,
Tous deux s'obſtinerent encore
A la preffer à qui mieux mieux;
Mais la Mule en sçavoit plus
qu'eux.
Qui de vous deux ſçait le
mieux lire ,
Leur dit elle ? LeLoup luy dit d'abord
c'eſtmoy,
Le Renard ne dit rien , voulantſcavoir
pourquoy
GALANT.
95
Se fait cette demande. Amon pied
de derriere ,
Dit la Mule , mon nom eſt écrit,
lifez donc ,
Qui , moy , dit le Renard ? lire je
ne ſçûs onc ,
Diſant ces mots , il tourna le derriere.
Je lis comme un Docteur , Oh,
montrez , dit le Loup.
La Muleen luy montrant , vous lug
lâcheun grand coup
Defon Feràcrampons au milieu du
visage ,
Et de ce coup il fut étendu roide
mort.
Tant pis pour vous , Signor
Dottor,
Dit le Renard , fuyant Sans parler
davantage.
Or fus , lequel est le plus fage
Avostre avis ,de ces deux Anim
maux ?
L
96 MERCURE
Je tiens pour le Renard , &pourfon
ignorance ,
Unefâcheuſe experience,
Nous faiſant voir, queſi par la
Science
Il vient un peu de bien , il vient
beaucoup de maux.
A propos de cette Fable, vous
ſerez bien aiſe d'aprendre que le
Sieur Blageart en doit debiter un
Recueil au commencement du
mois prochain , ſous le Tître de
Fables Nouvelles. Ie ne vous puis
direqui en eſt l'Autheur. le ſçay
ſeulement que pluſieurs Perſonnes
d'eſprit qui les ont veuës , les
eſtiment fort , & diſent en les
loüant, que l'Illuſtre Monfieur de
la Fontaine qui a pouſſe ſi loin ce
genre d'écrire , les lira luy meſme
avec plaifir.
Monfieur le Comte de Cheverny
GALANT.
97
ny , Fils de feu Monfieurde Monglas
, Chevaliers des Ordres du
Roy , & maiſtre de la Garderobe
de Sa Majesté , a eſté nommé
Ambaſſadeur en Dannemarc.
Vous le connoiffez , & je vous
parlay de luy , lors qu'il fut choiſi
pour eſtre Envoyé Extraordinaire
auprés de l'Empereur. Ces
deux Emplois ſont les premiers
qu'il ait eus , & il en tire d'autant
plus de gloire , que qui commence
par là à entrer dans les Affaires
, doit avoir donné de grandes
preuves de ſon eſprit ; de ſa ſageſſe,&
de ſa conduite.
• Monfieur le marquis de Feuquieres
a eſté auffi nommé Ambaffadeur
Extraordinaire en Efpagne.
Il eſt d'une naiſſance
diftinguée , & a tres-bien ſervy
enplaſieurs occafions.
Monfieurl'Abbé Morel , qui a
eſté Envoyé Extraordinaire vers
E Fevrier 1685 ..
*
98 MERCURE
les Princes d'Italie , & qui s'eſt
aquité avec ſuccez de pluſieurs
importantes Negotiations , va
remplir le Poſted' Envoyé Extraordinaire
auprés de Sa Majeſté
Imperiale , en la place de monſieur
le Comte de Cheverny.
Ie croy , Madame , que vous
aprendrez avec déplaiſir la perte
que le Parlement a faite en la perſonne
de Meffire François le
Boults , Seigneur Dobuois , Conſeiller
en la ſeconde Chambre des
Requêtes du Palais , mort le 5 .
de ce mois- Son merite le fait
regreter de tout Paris. Il étoit
éclairé , penétrant , laborieux ,
& le derniers de quatre Freres,
qui tous ayant eu des Charges
dans la Robe , les ont exercées
avec beaucoup de crédit, d'éclat,
& d'eſtime. Meſſire Noël le
Boules , Seigneur de Chaumont,
étoit l'aîné. Il fut Conſeiller en la
GALANT. 990
NOTRE
Grand Chambre, & mourtt
née derniere. Monfieur le Boult
à preſent Conſeiller enla troifieme
des Enqueſtes , & M² l'Abbé
le Boults Aumônier du Roy,
font ſes Fils . Feu Meſſire Luc le
Boults , maître des Comptes à
Paris , étoit le ſecond. Il avoit pris
alliance dans la Maiſon de la
Cheſnaye , & a laiſſe pluſieurs
Enfans. Le troiſième eſt meſſire
Loüis le Boults , Seigneur de
Roncerey , maiſtre des Requeſtes
, cy-devant Conſeiller au
Parlement de Merz . Il a des Enfans
de Dame Marie Françoiſe
Charreton , Fille unique du premier
lit de Mr le Preſident Charreton,
mort Doyen du Parlement
de Paris. C'eſt le ſeul qui reſte
des quatre Frere Meſſire François
le Boults , Conſeiller en la ſeconde
des Requeſtes du Palais ,
& auparavant Conſeiller au
:
E 2
100 MERCURE
Parlement de Dijon , s'étoit allié
à la maiſon de Choart , & laiſſe
pluſieurs Enfans. Meſſieurs le
Boultsavoient deux Scoeurs, l'une
mariée à Monfieur Blondeau , Prefident
de la Chambre des Comptes
à Paris , dont font iſſues
Madame Daligre d'aujourd'huy,
Veuve du Maiſtre des Requeſtes,
Fils aîné de feu Monfieur le
Chancelier d'Aligre , & Madame
de Fieubet - Launac , Femme du
Conſeiller d'Etat. L'autre Soeur
époufa meſſire Charles du Tronchey
, Préſident aux Enqueſtes
de Paris. On voit fort peu de Familles
, qui ayent poſſedé en même
temps tant de belles Charges
, & fait des Alliances confiderables.
Auffi celle- cy eſt- elle
des plus puiſſantes de la Robe.
Madame la Chanceliere Daligre
, appellée Elizabet Luillier ,
eſt morte dans ſa 78. année , quaGALANT.
101
tre jours apres Monfieur le Boults.
C'étoit la ſeconde Femme de feu
Monfieur Daligre , Chancelier ,
& Garde des Sceaux de France.
Elle vivoit dans de grandes pratiques
de pieté , & avoit fait bâtir
unlieu au Fauxbourg S.Antoine,
pour les Enfans trouvez ; où elle
demeuroit & où elle a cſté enterrée.
le vous envoye un Air nouveau
que vous aimerez , & par la
beautéde la Muſique & par celle
des paroles qui font d'un fort bon
Autheur.
AIR NOUVEAU .
En eft fait la raiſon a chaffé
demon coeur
L'ingrat quifaisoit mon martyre,
Ie veux le revoir , pour luy dire
Que je nesens pour luy qu'une extréme
froideur.
Mais pourquoy l'aſſeurer de mon indiférence
?
E 3
102 MERCURE
Si jen'ay point d''aammoouurr , ces soins
Sont fuperflus .
Ah,c'eſt aimer plus qu'on nepenſe
Que de dire qu'on n'aime plus.
Le Mariage dont vous me parlez
eſt fait. L'aimable Perſonne,
à l'avantage de qui vôtre Parente
vous a écrit tant de choſes ,
s'eſt réſolnë à paſſer ſa vie en
Angleterre , où elle a ſuivy l'Anglois
qui a ſceu toucher ſon coeur
Ce qu'ily a de particulier , c'eſt
qu'aucun des deux n'entendant
la Langue de l'autre , ils feront.
réduits pendant quelque temps à
ne ſe parler que par Interprétes.
Un Amy de la mariée qui s'eſt
rencontré à Londres lors qu'elle
eſt arrivée , écrit là deſſus une
fort jolie Lettre , que vous ferez
bien aiſe de voir. En voicy une
Copie.
GALANT. 103
nhnhnhnhnhnhnhnhnhn
A MADAME DE
***
Rien n'est plus certain, Mada
me. L'Anglois qui a épousé
Mademoiselle de *** ne parle point
noftre Langue , & Mademoiselle de
*** ne sçait pas un mot d' Anglois.
Cela paroiſt d'abord affez bizarre ,
mais c'est faute de bien confiderer
ce dont il s'agit.
Dés le moment qu'un coeur
ſoûpire ,
On connoift entous lieux ce que
cela veut dire ,
Et malgré Babel & fa Tour ,
Dans le Climat le plus fauvage,
Ne demandez que de l'amour,
On entendra voſtre langage.
E 4
104 MERCURE
Γ
La Terre en mille Etats àbeau ſe
partager ;
En Afie, en Afrique , en Europe ,
il n'importe
L'Amour n'est jamais Etranger
En quelque Païs qu'on le
porte.
Comme il est Fere de tous les
Hommes , il est entendu de tous fes
Enfans. Il est vray que quand il
vent faire quelque mauvais coup,
comme il faut qu'il se masque &
qu'il se déguise , il faut aussi qu'il
Seferve de la Langue du Pais ; mais
quand il est conduit par l'Hymenée ,
Sans lequel il ne peut estre receь
chez les honneſtes Gens, il luy (uffit
deſe montrerpour ſefaire entendre.
2
En quelque Langue qu'il s'exprime,
On ſçait d'abord ce qu'il prétend
;
GALAN T. 105
Et dés qu'il peut parler ſans
crime ,
Une honneſte Fille l'entend.
La raison de cela , c'est que la
Langue d' Amour n'est qu'une tradition
tres -ſimple & tres aisée , dont
la Nature est dépositaire , &qu'elle
ne manque jamais de reveler à toutes
les Filles quand'elles en ont
besoin.
Parmy toutes les Nations
Si-toſt que l'on en vient aux privautez
ſecretes ,
L'Hymen en ces occafions
A certaines expreſſions
Qui n'ont point beſoin d'interpretes.
Ne vous étonnez donc point que
deux Perfonnes Etrangeres , & d'un
langagesi diférent , ayentpûse ré
Es
106 . MERCURE
Soudre de se marier ensemble , م
croyez comme un Articlede Foy naturelle
, que dans ces fortes de myſteres
, tout le monde parle François
Ajoûtezàcela que de jeunes Epoux
ont leur maniere particuliere de
s'entretenir indépendantes de toutes
les Languesde la Terre.
Les plus beaux diſcours qu'on
entend ,
Pourdes coeurs enflamez ſontdes
contes frivoles ,
Et l'Amour pour eftre content
,
Ne s'amuſe pas aux paroles.
L'Amour est la seule de toutes les
Divinitez dont leferuicen'ajamais
changé;fon culte est encore àpréfent
tel qu'il estoit au commencement
du Monde. On luy adreſſe les
mesmes voeux , on luy fait les mêmes
GALANT . 107
Sacrifices , on luy immole les meſmes
Victimes: & quand deux Amans
veulent bien aſſiſter en personne à
Ses Misteres Secrets , on n'en a pas
fitoft chassé les prophanes , que
pleins de ce Dieu qui les poſſede , ils
en comprennent en un moment toutes
les Ceremonies , & tout ce quiſe
fait en fon honneur .
Si vous faiſtez ce fot Argument
à Thomas Diafoirus ; Vos deux
Epoux ne parlent pas la meſme
Langue; Ergo , ils ne s'entendent
pas . Il vous répondroit . Diftinguo ,
Mademoiselle . Ils ne s'entendent
pas le jour. Concedo , Mademoiſelle.
Ils ne s'entendent pas la
nuit. Nego , Mademoiselle . Or s'entendre
la nuit , c'est s'entendre la
moitié de la vie , & c'est beaucoup
pour des Mariez. Je connois bien des
Gens , & vous aussi , qui parlent
tres bon François , & qui n'en
L
E6
108 MERCURE
demanderoient pas d'avantage.
Qu'un Mariage eſt plein d'appas
:
Quand la nuit un Epoux peut
contenter ſa flame ,
Et que le jour il n'entend pas
Les ſottiſes que dit ſa Femme.
Monfieur de Caumartin , &
Monfieur d'Argouges , tous deux ,
Conſeillers d'Etat de Semestre ,
ont eſté faits Confeillers d'Etat
Ordinaires , en la place de Mr de
Bezons, & deM'de Breteüil. M.
de Caumartin a rendu des ſervices
confiderables dans la recherche
des Nobles, où il a travaillé
avec beaucoup d'application .
Monfieur d'Argouges, cy devant
premier Préfident au Parlement
de Bretagne , a eſté long-temps à
la feuë Reyne Mere , qui l'honoGALAN
T.
109
roit de ſa bienveillance & de fon
eſtime.
Monfieur l'Abbé le Pelletier ,
Prevoſt de Pignans en Provence ,
a elté fait Conſeiller d'Etat de
Semestre , auſſi bien que Monfieur
de Baville , maiſtre des Requeſtes
, & Monfieur de Breteüil ,
auſſi Maiſtre des Requeſtes , &
Intendant des Finances. Il eſt
Frere de Monfieur le Pelletier ,
Controlleur General des Finances
, & a eſté d'abord Conſeiller
au Châtelet , où il a commencé
à faire connoiſtre la force de fon
Genie pour les Affaires. Il fut
enfuiteConſeiller au Parlement,
en la premiere des Enqueſtes , &
ily fervit avec tantde reputation
&de diſtinction , qu'il fut envoyé
Commiſſaire aux Grands Jours
d'Auvergne , où il inftruiſit la
pluſpart des grands Affaires. Sa
110 MERCURE
Majesté l'y renvoya l'année ſuivante
, avec Monfieur le Pelletier
fon Frere , Intendant des Finances
, pour faire executer ce qui
avoit eſté ordonné aux Grands
Jours. Il monta quelque temps
apres à la Grand' Chambre , où il
ſert depuis dix ou douze années ,
avec toute la gloire que peut acquerir
un Juge penetrant , judicieux
, parfaitement éclairé , &
de l'integrité la plus exacte. Il eſt
chaud Amy , & tres effectif.Monfieur
Robert eſt monté à la
Grand' Chambre enſa place.
Monfieur de Baville eſt Fils de
feu Monfieur le Premier Prefident
de Lamoignon ,& Frere de
Monfieur de Lamoignon, aujourd'huy
AvocatGeneral. Il eſt eſtimé
par ſa probité , & par fon
fçavoir , & a ſouvent rapporté
des Affaires devant leRoy , dont
GALANT. ΠΕ
il a receu de grands applaudiffemens.
Il a tres bien ſervy la Religion
& l'Etat dans ſes Intendances.
Je ne vous dis rien de Monfieur
de Breteüil , vous en ayant parlé
1 plufieurs fois , & fur tout lors
qu'il fut nommé pour eſtre In-
- tendant des Finances. Ses ſervices
doivent eſtre grands , puis
qu'ils le firent choifir par Sa Majeſté
pour remplir ce Poſte , ſans
qu'il employaſt aucune follicita-
Ition pour l'obtenir.
Jay oublié de vous aprendre
dans ma Lettre de Janvier , que
Monfieur le Comte de Vienne ,
Frere de.Monfieur le Duc de la
Vieuville , tous deux Fils de Monfieur
le Duc de la Vieuville ,
Chevalier des Ordres du Roy ,
+ & qui a eſte deux fois Sur- Intendant
des Finances , a épousé
L
N
112 MERCURE
depuis peu de tems Mademoiſelle
de S. Chaumont , Fille de Henry
Mitte de Chevrieres , Comte
de S. Chaumont , & de Charlotte
Suſane de Gramont , Scoeur de
feu Monfieur le Duc & Mareſchal
de Gramont. C'eſt une
riche Heritiere , qui n'a qu'une
Soeur , & que fon merite ne diftingue
pas moins que ſa naiſſance.
La Maiſon de Mitte Chevrieres
& S.Chaumont dans le Lyonnois
, a porté de fort grands
Hommes. Iean Mitte , dit de
Miolans , Sieur de Chevrières ,
fut Pere de laques Mitte , Sieur
de Chevrieres , Lieutenant General
au Gouvernement de
Lyonnois , que le Roy Henry
IV. fit Chevalier de ſes Ordres
en 1598. & qui épouſa en premieres
Nopces Gabrielle de S.
Chaumont Fille & Heritiere de
GALANT.
112
4
Criſtophe de S. Chaumont , &
en ſecondes , Gabrielle de Guadagne
, Senechal &Gouverneur
du Lyonnois , Conſeiller d'Etat ,
& Chevalier du S. Eſprit. De fon
premier Mariage , il eut Melchior
Mitte de Miolans , & Gafparde ,
mariée trois fois , la premiere , à
lean.. Timoleon de Beaufort ,
Marquis de Canillac , la ſeconde,
à Guillaume de Laubeſpine ,
Marquis de Châteauneuf; & la
troiſieme , à Henry de Chaſtre ;
Comte de Nancy. MelchiorMir
te de Miolans , Marquis de S.
Chaumont , fut Ambaſſadeur
Extraordinaire à Rome , où il
s'acquit une fort grande réputation
, & mourut en 1649. Le feu
Roy l'avoit fait Chevalier de ſes
Ordres en 1619. De ſon Mariage
avec Iſabeau de Tournon ,
Fille de Loüis Iofeph Sieur de
114 MERCURE

Tournon , & Comte de Rouffillon;
& de Madelaine de la Rochefoucault
, il eut Loüis , Marquis
de S. Chaumont , mort fans
alliance en 1640. Lyon François,
Abbé de Loraiſe ; Henry , Marquisde
S. Chaumont , & Comte
de Miolans , Pere de Mademoiſelle
de S. Chaumont , qui vient
deſe marier ; François , Chanoine
& Comte de Lyon , Armand ,
Sieur de Chevrieres ; Françoiſe ,
Religieuſe au premier Monaftere
des Filles de Sainte Marie de
Lyon ; & Marie Iſabeau , mariée
à Loüis de Cardillac , Comte de
Bioule , Chevalier du S. Eſprit ,
&Lieutenant General au Gouvernement
de Languedoc.
Monfieur de S. Urain , Conſeiller
de la Cour des Aydes , &
Fils de Monfieur le Vaſſeur , Conſeiller
en la Grand' Chambre
GALANT. 115
du Parlement , Seigneur , Marquis
de S.Vrain , épouſa ces jours
paſſez Mademoiselle , Bourgoin ,
Fille de Monfieur Bourgoin , maître
des Comptes. Ils font tous
deux des meilleures Maiſons de
la Robe , & poffedent de tresgrands
Biens.
Mademoiselle le Preſtre , Fille
aînée de Monfieur le Préfident
le Preſtre , qui mourut l'année
derniere en ſon Chaſteau de
Bourg.le- Preſtre , s'eſt auſſi mariée
depuis peu de temps. Elle a
épousé Monfieur Gaignon
Comte de Villaines , allié à la
Maiſon de Goufier, & à pluſieurs
autres des plus illuſtres du Païs
du maine. Sa conſtance a eſté
telle pour luy, qu'ayant eſté miſe
à Port-Royal par Arreſt du Pare
lement , ſans qu'on luy ait permis
de parler pendant fix mois , qu'à
,
116 MERCURE
fon Avocat & à fon Procureur ,
MonfieurGalgnon prit enfin une
Robe de Palais , & fous ce déguiſement
alla ſçavoir ſes intentions.
Elle luy donna tout pouvoir
d'agir pour elle ; & ayant
gagné ſon Procez contre ceux qui
vouloient la marier àun autre ,
elle fut miſe dans une entiere liberté
de diſpoſer d'elle meſme.
Monfieur le Preſident le Preſtre ,
ſon Pere , eſtoit le troifiéme Préfident
,& le cinquiéme Conſeiller
de ſa Famille , qui eſt une des
plus confiderables de Paris , par
ſes Alliances avec les Maiſons de
Vitry- l'Hôpital Beauvilliers .
S. Aignan , S. Simon , Harlay-
Breval , Seguier , Hurault , Luillier,
d'Interville , de Creil , Leffeville
, Tallemant , Myron , Séve,
Hennequin , Gobelin , & autres .
Ses Armes ſont d'azur au Chevron
,
GALANT. 117
d'or,accompagné d'une Couronne de
Roy à l'antique en Pointe , & de
deux Bezans d'or en Chef; l'Ecu
cearonné d'une Couronne de Baron ;
pour Devise, Regale Sacerdotium;
Supots& Cimier, deux &une demie
Licorne. Cet Ecu eſt écartelé de :
Seguier , de Leſſeville , de Brethede
Boinvilliers , & de Huraule
de Cheverny .
ya
Le Samedy 17. de ce mois , on
déchargea au Havre de Grace la
Statue Equestre du Roy , faite
par le Cavalier Bernin , dont je
vous ay parlé pluſieurs fois. Elle
eſté conduite de Civita
Vecchia , par Monfieur Barbaut ,
Capitaine de Marine , fur la Flute
du Roy , nommée le Tardif. On
l'a miſe dans un Smak Hollandois
, qui doit la porter à Roüen ,
& peur- eftre juſqu'à Paris ſans la
décharger , ce qui ne s'eſtoit
}
118 MERCURE
,
point encore vû ; mais rien n'eſt
impoſſible aux François ſous le
Regne , & pour le ſervice de
LOUIS LE GRAND. Monſieur
de Montmor , Intendant de
Marine au Havre a celebré
Theureuſe arrivée de cette Statuë
, par la décharge du Canon
&de la Mouſqueterie , & par le
bruit des Bombes & des Carcafſes.
Cela s'eſt paſſé en préſence
de tous les Officiers , & des Dameſme
, dont beaucoup
eſtoient venuës des Environs ,
fur ce qu'elles avoient ſçû que
l'on preparoit pour cette Cerémonie.
Chacun à l'envy a marqué
ſa joye par des cris reïtérez
de Vive le Roy , & par quantité
de muids de Vin qui ont eſté défoncez
au bruit des Tambours
& des Trompetes.On peut connoiſtre
par là combien noſtre aumes
GALANT . 119
guſte monarque eſt aimé de ſes
Sujets , puis qu'ils rendent à ſa
Statuëles honneurs qu'on n'avoit
accoûtumé de rendre qu'aux ſeules
Perſonnes des Roys .
Vous avez eſte ſi ſatisfaite de
divers Ouvrages galans que je
vous ay envoyez de Monfieur
Vignier de Richelieu , que je
croirois vous priver d'un grand
plaiſir , ſi je negligeois de vous
faire part des Vers qu'il a faits
pour une tres - aimable Demoiſelle
, qu'il preſſe de ſortir d'une
Maiſon qui menace ruïne , & où
il croit qu'elle ne peut demeurer
ſans un peril évident. Voicy ce
qu'il luy écrit.
120 MERCURE
A MADEMOISELLE
D'ORVILLE.
I
STANCES .
Ris, fortezde voſtre Cage ,
Ne demeurez plus dans un Lieu
Ou fans l'aſſiſtance de Dieu ,
Vous eſtes tous les jours preste àplier
bagage.
Voyez quelle est vostre conduite
De voir lesRats quiter leurs trous,
Etn'ofer demeurer chez vous ,
Et de ne vouloir pas profiter de leur
fuite.

Encor fi vous pechicz en âge -
Vous auriezun peu moins de tort,
A1ais
GALANT. 121
Mais ce n'est pas estre fortSage ,
Que d'estre belle &
vancer fa mort .
jeune,&d'a-
Connoiffant le peril fi proche ,
Pouvez- vous dormir en repos,
Etpensez- vous que vostre dos
Soit pour vous garantir ou de bronze.
ou de roche ?
Confiderant cette avanture ,
Tout le monde ſera d'accort ,
Que vous avez un esprit fort ,
Mais que vous n'avez pas la cervelle
affezdure.
Des Vertus vous eſtes l'exemple ,
Mais pour dire la verité ,
On ne peut fans temerité ,
Vous aller rendre hommage en voſtre
frefle Temple.
Voulezvous estre l'homicide
De vous mesme & de vos Amis ,
Ou si c'est à vos Ennemis ,
Fevrier 16-85 .
F
122 MERCURE
Que vous dreffez ce piége enfaisant
l'intrépide ?
C'est une chose pitoyable ,
Qu'il faut pour vous voirfeurement,
Se confeffer devotement ,
Etsemettreen état de n'allerpas au
Diable.
Il est aussi fort neceſſaire ,
Qu'étant de tous pechez abſous ,
Ceux qui veulent aller chezvous,
Pour faire Testament appellent leur
Notaire.
Tel est charmé de vos oeillades,
Qui craintfort vôtre hebergemët,
Et qui feroit son logement ,
Plûtoſt ſur un Rampart au feu des
Mousquetades.
Si vous y reſtez parfineſſe ,
Et pour éprouver un Amant ,
GALANT.
123
Une viſite d'un moment ,
Vous marquera ſans doute un grand
fonds de tendreſſe.
Ah , quelle nouvelle fatale ,
Si quelqu'un me diſoit danspeu,
Iris Sans manquer àfon vau ,
Vient d'estre enfevelse ainſi qu'une
Vestale !
Cette beauté qu'on idolâtre ,
Ce teint de Rofes & de Lys ,
Pourroient-ils dans un tel débris,
Conſerver leur éclat ſous des monceauxde
plâtre ?
Non, dans un étatsi funeste ,
On ne vous reconnoiſtroit pas ,
Et de tant de charmans appas
Est- ce là , diroit on , est- ce là ce qui
refte?
Mais touché de vostremerite ,
F2
124
MERCURE
Et tout penetréde douleur ,
Suivant le panchant de mon coeur,
Firois vous retrouverſur les bords du
Cocyte.
De vostre mort &de la mienne ,
Arrestez le coup mat heureux ;
Iris, quelque tard qu'elle vienne ,
Cesera trop tost pour nous deux .
,
VIGNIER .
Depuis le ſoin que le Roy a
*pris de faire fleurir les Arts dans
ſon Royaume tous ceux qui
avoient quelques talens , les ont
cultivez , & la France s'eſt trouvée
en peu d'années auſſi remplie
de ces heureux Gênies qui
par leur Ciſeau , leur Burin &
leur Pinceau donnent l'Immortalité
, que la Grèce & l'Italie
l'ont eſté autrefois. Entre les
Chef- d'oeuvres de Peinture que
GALANT .
125
l'on y remarque tous les jours ,
on a découvert depuis quelques
mois une Perſpective qui fait
l'admiration de tout Paris . Elle
doit toute ſa reputation à ſa
beauté ; & ceux qui la virent par
hazard fur la fin de l'année derniere
dans la Galerie de l'Hoſtel
de Vendôme où elle eſtoit , en
furent tellement ſurpris , qu'ils
ne pûrent s'empecher de luy
donner de grandes loüanges. Ce
qu'ils en dirent excita la curiofité
de pluſieurs autres ; de forte
quetout le monde à l'envy voulant
voir ce rare Ouvrage , on a
eſté obligé de conſtruire une
Galerie auprés de l'une des Por
tes de la Foires pour le mettre au
bout, afin de fatisfaire l'empreſfement
du Public. Cette Perspecti
ve qui repréſente deux Chambres
à treize pieds de hauteur , &
F 3
126 MERCURE
eſt largede ſeize àdix- ſept. Aux
coſtez de la premiere , il ya deux
Trumeaux embellis de Quadres,
&d'autres Ornemens tout dorez.
On voit deux grandes Croiſées
au devant , & deux au fond. Au
bas desdeux premieres fontdeux
Portes ouvertes , qui donnent
entrée dans des Balcons , & au
travers deſquelles on découvre
des éloignemens , avec une partie
du Ciel . Il n'y a perſonne qui
ne cruſt que le jour qui éclaire.
cette Chambre entre par les deux
Feneſtres. Les Volets font de dif
ferente maniere , les uns à demy
fermez , d'autres tout à fait , &
quelques autresouverts.Le Verre
y eſt ſi bien imité , & le jour
donné fi à propos , qu'on y prend
tout pour le naturel. Un Miroir
eſt entre les croisées ,& au deſſus
regne une corniche autour de la
GALANT.
127
Chambre , laquelle eſt garnie de
Vaſes de Lapis à l'antique. Entre
ces Vaſes il y a pluſieurs Medaillons
, dont l'un repreſente le Cadran
d'une Horloge.Cette chambre
eſt boiſée d'un boisde racine
d'Olivier , & dans les embraſures
des Fenestres , font des panneaux
de diverſe ſorte , où l'ombre des
Volets & du Verre paroiſt comme
au naturel , auſſi bien que les
veines du bois. Elle est garniede
Chaiſes couvertes de Velours
Cramoiſy , avec des Franges d'or,
&d'une Table avec ſon Tapis de
meſme. Sept de ces Chaiſes qui
font à la gauche de la Chambre
entre les croiſées , n'ont qu'un
demy pied en toute leur étenduë,
&dans leur point de veuë , elles
paroiſſent avoir un pied & demy
chacune. Ily a aupres de ces
Chaiſes une Baffſe de Viole , que
F4
128 MERCURE
`l'on iroit prendre à fix pas de là ,
comme si c'étoit un veritable Inſtrument
. Une Chaise hors de
rang le dos tourné aupres de la
Table , & une autre couchée
qu'on croiroit hors du pavé,trompent
fi fort la veuë, qu'on ne peut
s'imaginer que ce ne ſoient pas
de vrayes Chaiſes. Au fond de
la Chambre on voit une Cheminée
avec deux Chenets d'Argent
,& au deſſus un Buſte que
deux Amours accompagnent. Le
Plat-fond à cul de Lampe , avec
ſes compartimens dorez , n'a que
deux pieds & demy dans toute
ſon étenduë , & il paroiſt en avoir
trente-deux dans ſon point de
veuë. Son Pavé qui eſt de Marbre
à parquetage , paroiſt de meſme ,
& fi plat qu'il ſemble qu'on
pourroit marcher deſſus. Aux
deux côtez de la Cheminée ſont
GALANT.
129
deux portes ouvertes, qui laiſſent
voir une autre Chambre , avec
trois croisées de chaque côté , qui
éclairent le Pavé. Il eſt de Marbre
dedifferentes couleurs à parquetage
, & les Chaiſes qu'on y voit
ſont de Velours vert.
- Chambre ' a qu'un pied de Ter
rain , &dans ſon point de veuë,
elle en a environ trente- cinq de
* longueur. L'union des Couleurs
eſt ſi bien obſervée dans cette
Cette
merveilleuſe Perspective que
la veuë en eſt charmée Elle
eſt de Monfieur Boyer , Peintre
de la Ville du Puy en Vellay , &
travaillée par luy & par fes deux
Fils, fort entendus dans ces fortes
d'ouvrages . l'auray ſoin de
vous envoyer celuy- cy gravé
dans une de mes Lettres. Ce qui
le fait admirer n'eſt pasſeulement
l'éloignement qui fait la beauté
F
130
MERCURE
detoutes les Perspectives , mais
ce qui ſurprend plus que toutes
chofes , ce font les côtez de la
Chambre , où ſont les quatre)
grandes Fenestres que l'on ne
croit point de loin eſtre ſur la
Toile qui fait cette Perspective,
&qu'on prend pour les Côtez de
la Galerie.C'eſt en cela que conſiſte
la grande nouveauté de ce
curieux Ouvrage. Quand fon A.
R. alla le voir à l'Hôtel de Ven- ..
dôme , Elle fut trompée , quoy
qu'Elle euſt dit en entrant , que
pour les Chaiſes , Elle ſçavoit
bien qu'elles étoient Peintes.Ce
Prince vit une Vitre qui luy paroiffoit
caffée ,& il crut preſque
d'abord qu'elle étoit de la Maifon.
Cette Perſpective donnatant
de plaifir à Monfieur le Duc du
Maine , qu'en fe retirant , il le fir
à reculons , diſant qu'ils ne pouGALANT.
13
voit la quitter. Il en fit enſuite
une peinture fort avantageuſe
aux Perſonnes les plus diſtinguées
de la Cour , qui ayant eu la mê
me curioſité de la voir , en furent
charmées ainſi que ce jeune
Prince.
La mort du Roy d'Angleterre
eſt un de ces grands évenemens,
dont tout le monde eſt inſtruit
fi- toſt qu'ils font arrivez . Ainfi ,
Madame, je ne doute point que
vous ne l'ayez appriſe preſque
en meſme temps qu'on l'a ſceuë
icy. Avant que de vous en faire
aucun détail , je croy qu'il ſera
bonde vous dire en peu de mots,
quelle a eſté la vie de ce Prince.
Sa fortune eſt finguliere , & la
maniére dont il eſt monté au Trône
apres les grands perils qu'il a
effayez , merite bien qu'on s'en
rafraîchiffe la mémoire. Char-
1
F 6
132
MERCURE
les I I. du nom , Roy d'Angleterre
, d'Irlande & d'Ecofle , né
le 29. May 1630. étoit Fils de
Charles I. & d'Henriette de
France; Fille de Henry le Grand,
&de Marie de Medicis. Il eut
pour Parrains le Roy Loüis XIII .
& le Prince Electeur Palatin , repreſentez
par le Duc de Lenox,
&le Marquis Hamilton ,& pour
Marraine Anne d'Autriche, Reyne
de France , dont Madame la
Ducheſſe de Richemont tenoit
la place. Il fut enſuite proclamé
Roy d'Angleterre , d'Ecoffe &
d'Irlande , Prince de Galles, Duc
de Cornuaille & Comte de Chefter
, avec les ceremonies accou
tumées. Le ſoin de ſon éducation
fut confié au Comte de Nevvcaſtle
, & à peine eut- il receu les
premieres impreffions des Leçons
qu'il luy donnoit ,que l'envie &
GALANT. 133
>
l'ambition commencerent à exciter
les Soûlevemens , dont les
ſuites ont eſté ſi funeftes.LePrince
élevé dans ces defordres , ne
reſpiroit que la Guerre , & le
Roy ſon Pere qui regardoit l'ardeur
naturelle de ſon Fils , comme
un fecours contre l'audacede
ſes Sujets , ne négligea rien pour
la cultiver. Il n'avoit point encore
atteint ſa ſeizième année , lors
qu'il foûtint un Party , qui étoit
beaucoup plus fort que le fien ,
&que commandoit Farfax. Il y
fitdes actions furprenantes , mais
ſa valeur fut contrainte de céder
au nombre ,& il ſe trouva réduit
àla neceſſité de la retraite , ce
qu'il fit avec beaucoup de prudence.
Le trouble ayant augmenté
, & les forces du Roy dimi-
Düant , le Prince fe rendit à la
Cour de France aupres de la
134
MERCVRE
Reyne ſa Mere, dans l'eſperance
d'y agir utilement , pour obtenir
des ſecours étrangers contre les
Rebelles . Il écrivit delà à tous les
Princes de l'Europe , qui étoient:
Alliez de la Couronne d'Angleterre
, mais n'ayant pû obtenir
aſſez promptement ce qu'il demandoit
, le Roy qui demeuroit
ſans Armées , fut obligé de s'aller
jetter dans les bras des Ecoſſois ,
ſes plus mortels Ennemis. Ils le
receurent avec toutes les marques
d'un zéle fincere , & les
promeſſes pleines d'artifice dont
ils ſe ſervirent , pour luy faire
croire qu'ils entroient veritablement
dans ſes intereſts , l'engagerent
à faire quitter les Armes au
Marquis de Montroſſe. C'étoit
un Homme inviolablement attaché
à ſon Party , & qui avec plus...
de valeur que de forces , avoit
GALANT.
135
réduit le Marquis Dargil, Chef
desEcoffois rebelles , à luy ceder
deux fois la Campagne. Il avoit
gagné pluſieurs Batailles , pris
Edimbourg , & fignalé ſa fidelité
par des actions qui avoient inti-
⚫midé les Ecoſſfois. Il auroit pouffé
ſes progrés plus loin , ſi la bonté
du Roy trop facile , ne l'euſt obli-.
gé à les arreſter. Ileut beſoin des
ordres les plus preſſans pour
obeïr , parce qu'il prévoyoit une
partie des mal-heurs qu'on devoit
craindre ; mais enfin ſon zéle
fut inutile. Il falut qu'il congédiaſt
ſes Troupes , & il fortit
déguisé de l'Ecoffe , delivrant ſes
Ennemis des terreurs que ſa valeur
leur donnoit. A peine le virent-
ils éloigné , que les Perfides,
fur la foy deſquels le Roy s'eſtoit
confié , le trahirent lâchement.
lls le livrérent aux Rebelles d'An136
MERCURE

gleterre; & le jeune Prince de
Galles ayant appris ces indignes
traitemens , réſolut de perir glo.
rieuſement en tâchantdeluyprocurer
la liberté par les Armes. Il
envoya auſſi toſt Barclay qui
eſtoit auprésde luy , afin d'entrer
s'il pouvoit en quelque negotiation
avec l'Armée ; mais Crom.
vvel & Farfax s'eſtans rendus
maiſtres des eſprits , les Officiers
ne voulurent point l'écouter , &
fon Voyage n'eut aucun fuccés.
Le Comte de Kent fut le ſeul qui
pendantces troubles oſa marquer
ſa fidelité en prenant les armes
pour le Roy. D'un autre coſté,
Keme ſollicité par Batten , qui
avoit eſté auparavant Vice-
Amiral du Comte de Vvarvvic,
agit avec tant d'adreſſe , qu'il
mitdans les intereſts de Sa Ma
jeſté pluſieurs Capitaines de
GALANT.
137
Vaiſſeaux , qui estoient aux Dunes
à l'embouchure de la Tamiſe .
Quelque temps auparavant , le
Duc d'York qui étoit gardé à
Londres dans le Palais de S.James,
réſolut de ſe ſauver. Ce jeune
Prince s'eſtant fait donner un
jour la Clef du Parc , fous prétexte
de chaffer , fut aſſez heu
reux pour ſe dérober de ceux qui
l'obſervoient ; & ſe déguiſant
avec une Perruque noire , & un
emplaſtre ſur l'oeil , il fortit du
Parc ,& entra dans un Carroffe ,
qui le porta juſqu'au bord de la
Tamiſe. Vne Gondole l'y ayant
reçû , il ſe rendit en un lieu où
il prit un habit de Femme. Il revint
de là dans ſa Gondole , qui
le rendit à Grenvic ſans aucun
obstacle ; mais en ce lieu-la celuy
qui le conduiſoît refuſa de
paffer outre , non ſeulement à
138 MERCURE
زا
cauſe d'un vent contraire qui venoit
de s'élever , mais par la
crainte de contribuer à la fuite
de quelque Perſonne confiderable,
ce qui estoit dangereux en
ce temps - là. Malheureuſement
pour le jeune Prince , ſon Cordon
bleu qu'il avoit mal caché
en ſe déguiſant , parut aux yeux
de ce Marinier , qui plus intelligent
que pluſieurs de ſa profeſſion,
ſcachant qu'une marque'ſi
illuſtre ne ſe donne en Angleterre
qu'aux Perſonnes du premier
rang , comprit le miſtere , &
ne douta point que ce ne fuſt le
Duc d'York qu'il menoit. L'embarras
où le met cette rencontre ,
le fit s'obſtiner à n'avancer plus.
Banfila qui accompagnoit le Prince
, deſeſperé du retardement ,
conjura le Matelor de paffer
promptement la Dame qui étoit
1
GALANT.
139
dans ſa Gondole , parce qu'elle
avoit des affaires tres preffantes.
Il luy répondit d'un ton ſevere ,
qu'il falloit que cette Dame euſt
des privileges bien particuliers ,
pour avoir receu l'Ordre de la
Jarretiere , qu'on ne donne point
aux Femmes. Le Prince qui avoit
l'ame intrépide ,& les manières
perſuadantes , prit une réſolution
digne de luy. Il tendit la main au
Matelot , & avec une douceur
qui auroit gagné les moinstraitables
; fe fuis le Duc d'York , luy
dit- il. Tu peux tout pour mafortune,
& peut- estre pour ma vie. C'est à
toy àvoirsi tu veux me servir fidellement.
Ce peu de mots deſarmale
Matelot.Il luy demanda pardon
de fa réſiſtance,&commença
à ramer avec tant de vigueur,
qu'il fit arriver le Prince à Tibury
, plûtoſt qu'il ne l'avoit eſperé.
140 MERCURE
Il y trouva un Vaiſſeau Hollandois
qui l'attendoit, & qui le porta
à Midelbourg..Son évaſion inquieta
les Etats. Il arriva des defordres
en Ecoffe. Les Communes
du Comté de Kent prirent
les armes , pour demander la liberté
de leur Roy. La Nobleſſe
appuya leurs juſtes prétentions,
& la pluſpart des Vaiſſeaux qui
étoient aux Dunes , ſe déclara
pour lesmeſmesintereſts. Ce ſoulevement
donna lieu à une entrepriſe
aſſez ſurprenante. Vn jeune
Homme appellé Corneille Evas,
né dans Marseille,d'un Pere forty
du Païs de Galles arriva dans la
Ville de Sandvvic , couvert d'un
habit ſi déchiré , qu'étant pris
par tout pour un Homme de
néant, il eut de la peine à trouver
où ſe loger. Enfin , ayant eſté receu
dans uneMaiſon de peud'apGALANT.
141
parence , où il ſe fit aſſez bien
traiter , il tira ſon Hoſte à part,
&luy dit que pour reconnoiſtre
l'honneſteté qu'il venoit d'avoir
pour lay,il vouloitluy confier un
ſecret dont il pouvoit attendre de
grands avantages , s'il en ſçavoit
bien uſer. Il ajoûta qu'il étoit le
Prince de Galles ; qu'il s'étoit mis
en l'état où il le voyoit pour ſe
dérober aux yeux de ſes Ennemis
, qu'ayant appris que les
Peuples de cette Province ſe ſoûlevoient
, il prétendoit leur donner
courage , & commencer
avec eux le ſecours qu'ils devoient
au Roy ſon Pere. Cet
Homme crédule ſe laiſſa perſuader,
& tout glorieux d'avoir chez
luy le Filsde ſon Roy , il alla fur
l'heure avertir le Maire
, qui
étant venu rendre ſes reſpects à
ce faux Prince , le fit loger dans
la plus belle Maiſon de la Ville.
142 MERCURE
Chacun le traita de la même ſorte
On luy donne des Gardes avec
ordre de ſe tenir découverts en
ſa prefence , & le bruit de ſon
arrivée s'étant répandu dans tout
le Comtéde Kent , grand nombre
de Gentilshommes , & de
Dames meſme , vinrent lay offrir
leurs biens , pour le ſecourir dans
ſon entrepriſe . Ceux qui s'étoient
foûlevez , députerent auſſi toſt
pour le prier de ſe vouloir montrer
à leur teſte ; & il auroit joüé
plus long - temps ce perſonnage
, fi le Chevalier Dishinton
que la Reyne & le Prince de
Galles avoient envoyé en Angleterre
, pour s'informer du verita
ble état des affaires , n'euſt fait
connoiſtre la fourbe . Il ſe diſpofoit
à retourner en France , lors
qu'il apprit ce qui ſe paſſoit à
Sandvvic. Il y courut , & conGALANT.
143
vainquit l'Impoſteur , qui fut arreſté
, conduit à Cantorbery , &
de la à Londres , d'où il ſe ſauva
quelques mois apres . On n'en a
point entendu parler depuis.
Les Vaiſſeaux des Dunes que
Farfax tâcha inutilement de féduire
par ſes offres , étant paſſez
en Hollandes , ceux qui les commandoient
envoyerent avertir le
Prince de Galles , qu'ils ne s'étoient
ſouſtraits 'de l'obeïllance
des Etats , que pour recevoir ſes
ordres. Il partir de S. Germain
en Laye , où il avoit toûjours
demeuré depuis qu'il étoit forty
d'Angleterre , & s'étant embarqué
à Calais accompagné du
Prince Robert , & d'un grand
nombre de Nobleſſe Angloiſe &
Ecofſſoiſe , que la perſecution des
Ennemis du Roy avoit contrainte
de ſe retirer en France , il paf
144
MERCURE
ſa heureuſement en Hollande
au commencement de Juillet
en 1648. Apres avoir loüé la
fidelité des Officiers qui perſiſtoient
courageuſement dans le
deſſein de perir , s'il le falloit pour
s'oppoſer aux Rebelles , il monta
fur l'Amiral , fit courir un Manifeſte
, par lequel il déclara qu'il
ne prenoit les armes que pour
maintenir la Religion dans la
pureté de ſes Inſtructions , pour
donner la Paix aux trois Royaumes
, en remettant les Loix dans
leur force,& pour delivrer le Roy
fon Pere d'une tyrannique oppreffion
, & enſuite il alla ſe preſenter
devant Yarmouth, demandant
que les Portes de la Ville
luy fuſſent ouvertes. Les Magiſtrats
répondirent qu'ils n'en
eſtoientpas les maiſtres , & leur
obſtination l'emporta ſur l'incli-
3
nation
GALANT.
145
nation du Peuple , qui envoya
des rafraîchiſſemens à ce Prince.
Il ſe retira vers les Dunes avec
ſa Flote , & n'ayant reçû aucune
réponſe favorable des Lettres
qu'il avoit écrites à Londres fur
fon Manifeſte , il alla chercher le
Comte de Vvarvvic qui eſtoit en
mer avec ſeize Vaiſſeaux , & que
les Etats avoient étably Grand
Amiral du Royaume. Le Comte
évita les occaſions d'en venir aux
mains,&la nuit les ayant obligez
dejetter l'ancreàune lieuë l'un de
l'autre , le Prince luy manda par
un Officier , qu'eſtant en perſonne
ſur les Vaiſſeaux qu'il avoit
veus , il luy commandoit de le
venir joindre pour ſervir le Roy,
&de mettre Pavillon bas quand
il leveroit les ancres. Le Comte
luy répondit qu'il ne reconnoifſoit
que les Etats pour ſes Mai-
Fevrier 1685 . G
146 MERCURE
ſtres , & qu'il ne devoit attendre
de luy aucune foûmiſſion. Le
Prince irrité de cet orgueil , fit
mettre à la voile ſitoſt qu'il fut
jour ,& alla droit à Vvarvic, dont
il trouva la Flote augmentée de
douze Vaiſſeaux ſortis du Port
de Porthmouth ; ce qui ne l'euſt
pas empeſché de le combatre , ſtune
tempeſte qui dura vingt
quatre heures n'euſt ſéparé ſi
bien lesdeux Flotes , que le Prince
fut contraint de relâcher en
Hollande. Tout ce qui pouvoit
tenter pour la liberté du Roy ſon
Pere , eſtant ainſi renverſe & tout
luy manquant pour la ſubſiſtance
de ſon Armée , il ne ſe remit
point en mer , & attendit le fuccés
de quelques Traitez d'Accommodement
dont on parloit ;
mais apres des procédures qu'on
ne peut entendre ſans horreur.
GALANT. 147
le Roy forcé de comparoiſtre
devant ſes Sujets , fut condamné,
comme Traitre , Tyran , & Perturbateur
du repos public,à avoir
la teſte coupée ; & cet effroyable
Arreſt fut exécuté le 9. Fevrier
1649. à la porte de ſon Palais ,
dans la meſme Ville où il eſtoit
né, & au milieu d'un Peuple dont
ſa bonté luy devoit avoir gagné
tous les coeurs.
Le Prince ayant appris cette
funeſte nouvelle à la Haye , ſçût
en même temps que les Etats
avoientdéclaré qu'on aboliroit le
nom de Roy , & que le Royau
me prendroit celuy de Républi
que. On ne laiſſa pas , malgré
ces défenſes , de voir des Placards
affichez dans toutes les
Villes d'Angleterre , avec
mots , CHARLES STVART
DEVXIEME DV NOM , ROY
ces
G 2
148 MERCURE
D'ANGLETERRE , D'IRLANDE
ET D'ECOSSE. Il y eut
auſſi une fort grande conteſtation
à Londres pour les intereſts
du jeune Roy. Les Etats qui en
avoient ſupprimé le tître, ne pû.
rent obtenir du Maire qu'il fiſt la
Publication de cette Ordonnance.
On l'interdit de ſa Charge ;
& celuy qui la remplit s'étant
diſpoſé à obeïr aux Etats , le Peuple
courut aux armes , en criant
de toutes parts , Vive Charles II.
Le tumulte euſt eſté loin , fi
Cromvvel , qui avoit prévû ce
zéle des Habitans , n'euſt fait paroiſtre
quatre Compagnies de
Cavalerie , qui diſſiperent la foule
, & qui couvrant le nouveau
Maire , luy donnérent le temps
de publier l'injuſte Ordonnance
qui avoit eſté faite. Pendant ce
temps le Prince cherchoit à vanGALANT
.
149
ger l'exécrable Parricide qui venoit
d'eſtre commis . Il ſçût que
les Ecoſfois l'avoient fait proclamer
Roy dans la grande Place
d'Edimbourg avec toutesles for-
•malitez neceſſaires à rendre cette
reconnoiſſance autentique ; &
comme il avoit une haute eſtime
pour la vertu du Marquis de
Montroſſe , voulant ſe ſervir de
lay pour remonter ſur le Trône ,
il l'envoya chercher juſqu'en
Allemagne , où il s'eſtoit engagé
au ſervice de l'Empereur. Montroſſe
ne balança point fur ce
qu'il avoit à faire. Il ſupplia l'Empereur
qui l'avoit fait Grand Maréchal
de l'Empire , de trouver
bon qu'il allaſt ſervir ſonPrince.
L'Empereur loüa ſa fidelité. Il
luy permit de lever des Troupes;
& les Roys de Suéde , & de Dannemark
, luy ayant donné la mê-
GS
150.
MERCURE
1
me liberté dans leurs Etats , il fir
paſſer ſes premieres Levées aux
Ifles Orcades , ſous les ordres du
Comte de Kennoüil , l'affurant
qu'il ne manqueroit pas de le
joindre avec mille Chevaux &
cinq mille Hommes de pied.
Ceux qui compoſoient les Etats
d'Ecoffe, étant avertis que le Roy
avoit envoyé chercher Montroſſe
, qui n'eſtoit pas bien dans
leurs eſprits , demanderent par un
des Articles de Paix qu'ils firent
avec ce Prince pour le reconnoître
, que ce Marquis ne rentraſt
point dans le Royaume. Le Roy
ne pût ſe réfoudre à l'abandonner.
Il fit voir aux Commiſſaires
envoyez à Breda pour conclurre
le Traité , qu'il y alloit de ſon ſervice,
de ne pas laiſſer inutile le
courage d'un Homme dont le
zéle & la valeur luy eſtoient conGALANT.
151
nus par de grandes preuves. Ces
Commiſſaires inſiſtérent ſur leur
demande , & pendant ce temps ,
les Troupes qui estoient deſcenduës
aux Orcades arrivérent , &
Montroſſe arriva luy- meſme peu
de temps apres avec un Corps de
quatre mille Hommes. Les Etats
s'en trouverent alarmez. Ils
avoient plus de douze mille Soldats
ſous les armes , commandez
par David Lefley. Ce General
détacha fix Cornetes de Cavalelerie
ſous les ordres d'un Colonel
Anglois nommé Stranghan, pour
aller s'oppoſer au paſſage duMarquis
de Montroffe. Ils ſe rencontrerent
en un lieu fort avantageux
pour la Cavalerie de Stran-,
ghan , qui l'ayant défait , le fit
prifonnier. On le conduifit à
Edimbourg , les mains liées , &
avec les plus indignes traitemens
G4
152
MERCURE
que l'on peut faire à un Criminel.
La Sentence de mort qui fut executée
contre luy , portoit qu'il
ſeroit pendu , qu'on mettroit ſa
teſte au plus haut lieu du Palais
d'Edimbourg , & que ſon corps
partagé en quatre , feroit expoſé
furles Portes des Villes de Sterlin,
Glaſcovv, Perth, & Aberdin .
La lecture de cette injuſte Sentence
ne l'étonna point. Il dit
avec une fermeté digne de ſon
grand courage , que ſes Ennemis
en le condamnant ne luy avoient
pas fait tant de mal qu'ils avoient
crû ,& qu'il eſtoit fâché que ſon
corps ne puſt eſtre partagé en
autant de pieces qu'il y avoit de
Villes au Monde , parce que c'eût
eſté autant de Bouches qui auroient
parlé éternellement de ſa
fidelité pour fon Roy . Ce Prince
fut ſenſiblement touché de cette
GALAN T.
153
mort , qu'il connut bien qu'on
avoit précipitée de peur qu'il ne
l'empefcheſt par ſon autorité , ou
par ſes prieres. Il fut furle point
de romprele Traité de Breda , &
tout commerce avec les Etats
d'Ecoffe ; mais la néceſſité du
temps & de ſes Affaires ne le
permit pas. Il s'embarqua à Scheveling
le 2. de Juin , pour paſſer
dans ceRoyaume, & eſtant arrivé
à l'embouchure dela Riviere de
Spey, il y prit terre. Vn grand
nombre des plus conſidérables
| Seigneurs Ecoſſois étant venu le
trouver , l'eſcorra joſqu'à Dundée,
où il reçût les Députez chargez
de luy dire que tous fes Peuples
d'Ecoſſe le voyoient arriver
avec une joye extréme , & qu'ils
eſtoient preſts de donner leurs
biens , leur fang & leurs vies,
pour luy faire avoir raiſon de ſes
G
154
MERCURE
Ennemis. Le Roy répondit à ce
compliment avec de grandes
marques d'affection pour les
Ecoffois ;& ſes empreſſemens à
folliciter les Etats de lever des
Troupes , les y ayant obligez , les
Commiſſions furétdonnées pour
feize mille Hommes de pied , &
pour fix mille Chevaux. On fit
le Comte de Leven Genéral de
l'Infanterie , & Holborne de la
Cavalerie , avec Mongommery
& Lefley, & le Roy fut Genéraliffime.
Le bruit de ces Armemens
s'étant répandu en Angleterre
, Cromvvel qui avoit accepté
l'Employ de Farfax , s'avança
entre les Villes d'Edimbourg
& de Leith , ou les Troupes
Ecoffoiſes s'eſtoient retranchées
. Apres deux Combats
donnez, fans nul avantage pour
l'un ny l'autre Party, les Armées
GALAN T.
155
ſe rencontrérent le 10. de Septembre
prés de Copperſpec , &
vinrent aux mains avec tant de
malheur pour celled'Ecoffe, qu'il
demeura de ce coſté-là presde
cinq mille Morts ſur la place ,
avec toute l'Artillerie & tout le
Bagage. Le nombre des Priſonniers
monta à huit mille. Cette
Victoire enfla le courage de
Cromvvel , qui n'eut pas de peine
enſuite de ſe rendre Maistre
d'Edimbourg & de Leith. Des
fuccez fi malheureux refroidirent
les Etats. Ils établirent des
Commiſſaires pour regler le nombre
des Domestiques du Roy , &
des Officiers néceſſaires à ſon ſervice.
Ils éloignoient les Affaires
de ſa connoiſſance , ne mettoient
que de leurs Créatures aupresde
luy , & ce Prince ne pouvant
fouffrir cet esclavage , réſolut
G6
136 MERCURE
enfin de ſe retirer. Il partit de
faint Johnstons , ſeulement avec
quatre Hommes , & alla au Port
d'Ecoffe chercher un azile chez
Milord Deduper , où il ſçavois
qu'il devoit trouver le Marquis
de Huntley ; les Comtes de Seaforth
& d'Atholl ; & pluſieurs
autres Seigneurs , qui étoient
inviolablement attachez à luy
avec un Party affez puiſſant. Son
départ ayant fait naiſtre divers
ſentimens fur la conduite qu'on
devoit tenir , il fut réſolu qu'on
l'envoyeroit ſuplier de revenir à
S. Johnstons , pour y recevoir les
témoignages du zéle que les Etats
avoient pour ſon ſervice. Montgommery
General Major fut honoré
de cette Commiſſion. Il ſe
rendit chez Milord Deduper , &
apres avoir marqué au Roy le
terrible déplaiſir que ſon éloigne
GALANT.
157
ment avoit cauſé aux Etats , il le
conjura de vouloir bien le faire
ceffer par ſa preſence, &luy pro
teſta qu'il ne trouveroit dans les
Ecoffois que des Sujets tres-foû
mis. Le Roy que l'experience
avoit perfuadé de leur peu de
foy , rejetta d'abord cette priere.
Il dit qu'il étoit las de ſouffrir des
Maiſtres dans un lieu où il devoit
commander abſolument , qu'étant
né Roy, il ignoroit comme
il falloit obeïr , & qu'il avoit fait
affez d'honneur aux Etats , pour
Les engager à avoir pour luy les
déferences qui luy étoient deuës.
Montgommery luy dit des choſes
ſi perfuaſives , & elles furent
fi puiſſamment appuyées par le
Marquisde Huntley , que le Roy
ſe laiſſa vaincre. Il confidera
qu'un refus pourroit irriter ces
Peuples dont il devoit tout atten158
MERCURE
1
dre , & conſentit à reprendre le
chemin de S. Johnstons , où il receut
des Etats des remercimens
qui luy firent perdre toute la
crainte qu'il avoit euë. Ce bonheur
ne dura pas. La diviſion ſe
mitentre les Generaux des Troupes
, qui avoient eſté conjointement
levées par les Etats & par
leClergé. Le Roy n'oublia rien
de ce qui pouvoit la faire ceffer ,
mais il ne put en venir à bout. Les
Anglois en profiterent. Le Château
d'Edimbourg qui avoit toujours
reſiſté , ſe rendit par l'infidelité
de Dundaſſe , qui fut féduit
par Cromvvel. Cette perte
& d'autres progrés que les Anglois
faiſoient en Ecoſſe , firent
juger aux Etats que les querelles
qui diviſoient le Royaume , ne
finiroient point que parune Autorité
Royale. Afin que tout le
GALANT.
159
monde fuſt obligé de la recon.
noiſtre , on réſolut de ne point.
differer davantage le Couronnement
du Roy. La Ceremonie
s'en fit le 4. Janvier 1651. dans
l'Abbaye de Schoone , où l'on
avoit accoûtumé de la faire , &
Charles 11. eſt le quarante-hoitiéme
Roy que l'on y a couronné.
Il partit de S.Johnstons avec
une pompe digne de ſon rang. Il
eftoit accompagné de la Noblefſe
, & eſcorté de l'Armée. Milord
Angus , en qualité de Grand
Chambellan , le reçût dans la
Maiſon qui luy avoit eſté preparée
; & le Comte d'Argil , au nom
desEtats,luy fit un Diſcoursplein
d'aſſurances tres - reſpectueuſes
&de proteſtations d'une inviolable
fidelité. Apres la Harangue ,
le Roy marcha vers l'Egliſe ſuivy
de tous les Seigneurs d'Ecoffe ,
160 MERCURE
& des Officiers de ſa Maiſon ,
ſous un Dais de Velours cramoiſy
, qui estoit porté par quatre
Perſonnes conſiderables. Il avoit
leGrand Connétable à ſa droite ,
& à ſa gauche ,le Grand Maréchal
du royaume. Le Marquis
d'Argil portoit la Couronne ; le
Comte de Craford Lindſey , le
Sceptre ; le Comte de Rothes ,
l'Epée , & le Comte d'Eglinton
, les Eperons. Le Roy , fuivant
l'uſage des Roys ſes Prédeceſſeurs
, fit le Serment for
un Trône que l'on avoit élevé
dans cette Eglife. Trois Perſonnes
qui repréſentoient les trois
Etats d'Ecoſſe , ſe préſentérent
devant luy , foûtenant chacune
la Couronne d'une main. Ils la
remîrent à trois Miniſtres députez
du Clergé , dont l'un dit ar
Roy , Sire , je vous préſente las L
GALAN T. 16
couronne &la Dignitéde ce Royau.
me; & s'eſtant tourné vers le Peuple
, il ajoûta , Voulez-vous reconnoiſtre
Charles II. pour vôtre Roy,
& devenir ſes Sujets ? Le Roy
s'eſtant auſſi tourné vers le Peuple,
ce furent par tout des cris de
Vive Charles II. Les Miniſtres
luy ayant enfuite donné l'Onction
Royale , le Comte d'Argil
luy mit la Couronne ſur la teſte,
& le Sceptre dans la main. Son
Couronnement étoufa beaucoup,
detroubles. On ordonna de nouvelles
Levées , & l'on fit fortifier
Sterlin . Cromvvel voyant l'Armée
du Roy prés de cette Ville
où l'on apportoit facilement toute
ſorte de munitions &de vivres,
& apprenant qu'elle estoit dans
la diſpoſition de marcher vers
l'Angleterre , ſe campa aux environs
d'Edimbourg , afin de luy
162 MERCVRE
en fermer le paſſage. Il voulut
engager ce Prince à un Combat
en s'aprochant à la vuë de ſon
Camp , & hazarda une Attaque,
dans laquelle il fut repouffé &
misen deſordre. Ce mauvais fuccés
le fit réfoudre à quiter la placc.
Le Roy aprit qu'il eſtoit allé
s'emparer de Fife , & détacha
malheureuſement quatre mille
Homme , que commandoit le
Chevalir Brovvn. Lambert les
ataqua avec un Party plus fort,
&les défit prés de Neſtertont.
Ce coup , quoy que fort ſenſible
au Roy , n'abatit point ſon courage.
Il fit aſſembler le Conſeil
deGuerre , où ſes Capitaines luy
ayant repréſenté que beaucoup
de ſes fidelles Sujets qui n'oſoient
ſe déclarer en Angleterre , prendroient
ſon Party lors qu'ils l'y
verroient entrer à la teſte d'une
GALANT. 163
Armée. Il réſolut de le faire fans
aucun retardement. Il partit de
Sterlin le 10. Aouſt , & fi- toft
qu'il fut dans le Comté de l'Enclaſtre,
il fit publier une Amniftie
Genérale , & defendit toutes les
hoftilitez que les Gens deGuerre
ont accoutumé de commettre
lors qu'ils entrent dans un Païs
Ennemy , afin de montrer par là,
qu'il ne venoit qu'en Prince qui
aimoit le bien de ſes Sujets.
Cromvvel le ſuivit , & Lambert
voulut luy diſputer le paſſage
duPont de Vvariſton , mais il ne
pût l'empecher d'arriver à Vvorceſter
, dont les Habitans luy
ouvrirent les Portes le 22. Aouſt,
apres luy avoir aidé à chaſſer la
Garnifon que les Etats y avoient
miſe . Le Roy y entra au milieu
des cris de joye , & y fit celébrer
un leûne , qui fut accompagné
1
164 MERCURE
de Prieres extraordinaires . Cromvvel
à qui les Paſſages estoient
libres , arriva devant la Place
le 2. de Septembre , & fit attaquer
dés le lendemain le Pont de
Hapton , qui en defendoit l'entrée
du coſté de la Riviere de Saverne.
Ce Poſte que le Colonel
Maſſey defendit avec beaucoup
de valeur , fut enfin forcé . La
meſme choſe arriva à un autre
Pont , appellé Porvvik Bridge ,
encore plus important que le
premier. Le Duc d'Hamilton fut
mortellement bleſſé en le défendant
, & mourut peu de jours
apres de ſa bleſſure. Cet avantage
ne laiſſa pas de couſter cher
à Cromyvel . Le Roy chargea
luy même fon Quartier , bleſſa
de fa main le Capitaine de ſes
Gardes , & donna mille preuves
de conduite & de valeurs ; mais
GALANT.
165
enfin un Corps de huit mille
Anglois s'eſtant approché de la
Ville , dans le trouble où le mauvais
fuccés du Combat avoit mis
les Habitans , les Rebelles ſe rendirent
maîtres d'une de ſes Portes
, y traitérent impitoyablement
tout ce qu'ils trouverent du Party
du Roy; & tout ce que pût faire
ce malheureux Prince , fut de
rallier promptement mille Chevaux
, & de fortir ſur le ſoir par
une porte oppoſée à celle dont
les Ennemis s'étoient emparez .
Toute cette Troupe marcha plus
d'une heure ſans ſçavoir où elle
alloit. On s'arreſta pour tenir
Confeil . Quelques - uns propoférent
de gagner quelque
Poſte avantageux , pour y attendre
le ralliement des Fuyards ;
maisMilord Vvilmot leur fit connoiſtre
qu'il eſtoit impoffible de
166 MERCURE
réſiſter à cinquante mille Hommes
qui les pourſuivroient dés le
lendemain , & qu'il faloit fonger
ſeulement à mettre le Roy en
fûreté. Le Comte de Darby ſe
chargea de luy trouver une Retraite
aſſurée ; & prenant Vvilmot
pour compagnon de ſon entrepriſe
, il ne voulut eſtre accompagné
que de deux Gentilshommes
nommez Giffard , &
Vvalker. Le Roy partit ſous la
ſeule eſcorte de ces quatre Hommes
, & ils firent une telle diligence
, que lors que le jour parut
, ils ſe trouvérent à demylieüe
d'un Chaſteau nomméBofcobel
, éloigné de Vvorceſterde
vingt- fix milles. Comme on n'y
pouvoit entrer à une heure induë
fansdécouvrir le ſecret, Giffard
propoſa de prendre la route
d'un petit Hameau appellé les
GALAN T. 167
Dames Blanches , où il répondit
de la fidelité d'un Païſan qu'on
nommoit George Pendrille. On
alla chez luy mettre pied à terre,
&le malheur du Roy luy fut confié
, ainſi qu'à trois de ſes Freres,
qui promirent tous de perir plûtoſt
que de parler. Enſuite on
coupa les cheveux du Prince , il
noircit ſes mains , ſes habits furent
cachez dans la terre , on luy
en donna un de Païſan
George Pendrille luy ayant fait
prendre une Serpe , le mena couper
du bois avec luy. Comme le
ſejour de ceux qui l'accompagnoient
pouvoit le trahir , ils s'en)
ſeparerent , apres luy avoir marqué
par leurs larmes la vive dou- 1
leur que leur cauſoit få disgrace.>
Apeine le Roy futdans la Foreſt .
que deux cens Chevaux arriverent
au même Hameau. Les
&
168 MERCURE
Commandans voulurent d'abord
en viſiter les Maiſons, mais quelques
Femmes leur ayant dit
qu'elles n'avoient veu que quatre
Hommes à cheval , qui s'étoient
ſéparez il n'y avoit que
deux heures , & avoient pris
diferentes routes , ils crûrent que
le Roy eſtoit un de ces Fuyards,
& ayant fait quatre Eſcadrons
de leurs Troupes , ils prirent tous
des chemins divers. Ce Prince
paſſa le jourdans le Bois,& revint
le foir avec Pendrille. Comme
il eſtoit réſolu de ſe retirer au
Païs de Galles , il ſe fit conduire
cette même nuit chez un Gentilhomme
nommé Carelos , dont
il connoiſſoit la fidelité. Quoy
qu'il y euſt trois lieuës du Hameau
à la Maiſon de ce Gentilhomme
, il les fit à pied avec
ardeur , & luy communiqua le
deſſein
GALANT. 169
deſſein où il eſtoit de paſſer la
Riviere de Saverne. Carelos l'en
détourna en luy apprenant que
tous les Paſſages en eſtoient gardez
, & la nuit ſuivante il le remena
chez le Païſan qui l'avoit
déja caché. Pendrille craignant
quel'habit de Bucheron ne trompaſt
pas les Habitans du Hameau,
qui pouvoient le remarquer , loy
propoſa un plus ſûr azile. Il y
avoit dans le Bois un Cheſne
que la Nature ſembloit avoir fait
pour un deffein extraordinaire.
11 eſtoit fi gros &t toutes ſes branches
estoient ſi toufuës , que
vingtHommes auroient pû eſtre
deſſus , ſans qu'on les euſt découverts.
Il pria ie Roy d'y vouloir
mõterscequ'il fit avec Carelos.lls
s'y ajustérent furdeux Oreillets ,
&y paſſérent le jour , fans autre
nourriture que du Pain & une
Fevrier 1685. H
170
MERCURE
Bouteille d'Eau . Ce Cheſne a
depuis eſté nommé le Cheſne
Royal . La nuit ils retournérent
dans la maiſon de Pendrille . Le
Roy y trouva un Billet de Milord
Vvilmot , par lequel il le prioit
de ſe rendre chez un Gentilhomme
apellé Vvitgraves. Le Roy
partit auſſi - toſt , apres avoir congedié
Carelos. Il fit ce petit
Voyage , accompagné des quatre
Freres , & monté ſur le Cheval
d'un Meuſnier. La joye de Vvilmot
fut grande lors qu'il vit fon
Prince. Il luy dit qu'il n'y avoit
aucune aſſurance pour ſa vie , s'il
ne fortoit du Royaume , & qu'il
avoit pris des meſures avec Vvirgraves
pour le conduire à Briſtol;
que Mademoiselle Lane , Fille du
Colonel de ce nom y devoit aller
pour les Couches d'une Soeur , &
qu'en qualité de Domeſtique il la
AA
GALANT.
171
porteroit en croupe. La choſe
fut fort bien exécutée. Quelques
jours auparavant,cette Demoifelle
avoit obtenu unPaſſeportpour
aller à Bristol avec un Valet. Elle
étoit adroite & fpirituelle , & déguiſa
ſi bien le Roy en luy lavant
le viſaged'uneEau dans laquelle
elleavoit fait boüillirdes écorces
de noix, &d'autres drogues, qu'il
eſtoit difficile de le reconnoiſtre .
Onluy donna un Habit conforme
à ce nouveau Perſonage , que
la fortune luy faiſoit joüer , &
dans cet état ils prirent le chemin
de Briſtol. Vvilmot feignant de
chaffer un Oyſeau ſur le poing,
les accompagna juſques à Bronsgraves.
LeCheval du Roy y perdit
un fer , & il falut luy en faire
mettre un autre. On s'adreſſa à
un Maréchal , qui en le ferrant
demandades nouvelles du Roy,
H2
172 MERCURE
au Roy même. Le Prince ayant
répondu qu'il le croyoit en Ecofſe
, le Maréchal ajoûta qu'aſſeurément
il étoit caché dans quelque
Maiſon d'Angleterre, & qu'il
cuſt bien voulu le découvrir ,
parce qu'il n'auroit plus à ſe mettre
en peine de travailler , s'il
trouvoit moyen de le livrer aux
Etats. Cette converſation finie,
le Roy continua ſon chemin,
avec la Demoiselle qu'il portoit
toûjours en croupe. Peu de temps
apresà l'entrée d'un Bourg , quelques
Cavaliers envoyez pour
l'arreſter , vinrent à luy , & le regardant
attentivement , celuy qui
les commandoit leur dit qu'ils le
laiſſaſſent paffer , &que ce n'étoit
pas cequ'ils cherchoient.
Eſtant enfin arrivez chez
Monfieur Norton à trois milles
de Bristol , le Roy feignit de ſe
GALANT.. 173
trouver mal , & Mademoiſelle
Lane qui paſſoit pour ſa Maîtreſſe,
luy fit donner une Cham
bre. Le lendemain un Sommelier
nommé Jean Pope , qui avoit
long-temps ſervy dans les Armées
du feu Roy , démeſla les
Traits du Prince dans ceux du
Conducteur de Mademoiselle
Lane , & l'ayant prié de deſcendre
dans la Cave , il luy preſenta
du Vin , mit enſuite un genoüil
en terre , & luy fit de ſi ardentes
proteſtations de fidelité , que le
Roy le chargea du ſoin de luy
chercher un Vaiſſeau pour pafſer
en France , mais il luy fut impoffible
de s'embarquer à Briſtol.
Milord Vvilmot l'étant venu
joindre , le conduifit chez leColonel
Vvindhams, dans le Comté
de Dorfer. Ils y furent trois ſemaines
, attendant les facilitez
H 3
174 MERCURE
d'un Paſſage à Lime. Ily eut encore
un ſecond obstacle. Un Capitaine
dont on s'étoit aſſeuré ,
manqua de parole , & pour nouvelle
diſgrace , le Cheval de Milord
Vvilmot s'étant déferré , le
Maréchal connut aux clouds
que celuy qui le montoit venoit
du coſté du Nord , & le bruit fut
auſſi toſt répandu que le Roy y
étoit caché. Cela l'obligea de ſe
rendre à Bridport ſans aucun retardement.
La nuit fuivante , il
arriva à Braadvvindfor, ou quantité
de Soldats qui s'embarquoient
, l'ayant mis dans la neceffité
de ſe cacher , il retourna
chez le Colonel Vvindhams ,
avec lequel il trouva à propos
d'aller chez Monfieur Hides, du
coſté de Salisbury. Eſtant arrivez
à Mere , ils deſcendirent à l'lmage
S. George. L'Hoſte qui conGALANT.
175
د
noiſſoit le Colonel, voyant le Roy
debout dans la poſture d'un Domeſtique
, luy demanda ſi c'étoit
un de ſes Gens. Enſuite il porta
la Santé du Roy au Colonel. Ils
ſe rendirent de là chez Monſieur
Hides ; mais quoy qu'on
puſt faire , il fut impoffible de
trouver un Vaiſſeau dans tous les
environs de la Mer, du coſté de
Southompton. Monfieur Philips
que l'on avoit envoyé pour cela,
rencontra le Colonel Gunter ,
qui ſe chargea de tenir une Barque
preſte à Britemhſthed en
Suſſex. Le Roy s'y rendit en diligence
& y trouva Milord Vvilmot
; & Maumſel Marchand ,
dont Gunter s'étoit ſervi pour le
fuccés de fon entrepriſe. Le Capitaine
du Vaiffeau nommé
Tetarshell , ſe mit à table avec
le ROY & Milord Vvilmot. Com-
د
H 4
176
MERCURE
me il avoit vû ce Princeaux Dunes
, ille reconnut, & s'aprochant
de l'oreille du Milord ; Vous avez
des Domestiques de bonne Maison ,
luy dit- il , & je croy qu'ily a peu
de Gentilshommes en Europe auffi
bienfervis que vous. Il ne perdit
point de temps. Il donna ſes ordres
pour l'embarquement , & le
Vaiſſeau ſe mit en Mer le 10.
Octobre à cinq heures du matin.
Dans le Trajet un matelot prenant
du Tabac , & le Capitaine
connoiffant que la fumée incommodoit
Sa Majesté , il le gronda ,
& luy ordonna de ſe retirer. Le
Matelotle fit avec peine , & luy
repondit en murmurant par une
façon de parler Angloiſe , Qu'un
Chat regardoit bien un Roy. Le Voyage
ſe fit ſans obſtacle. On arriva
à Fécamp en Normandie , où
le Milord qui n'avoit riendit jufGALANT.
177
4 que- là , avoua au Capitaineque
c'eſtoit le Roy qu'il avoit paſſé .
Il ſe jetta aux pieds de ſon Prince,
qui luy promit de recompenſer
un jour ſa fidelité. Le Roy
ayant changé d'habits à Roüen ,
où il demeura peu de temps chez
Monfieur Scot , vint à Paris attendre
les Revolutions qui ſont
ordinaires à la tyrannie .
1 Olivier Cromvvel , declaré
Protecteur des trois Royaumes
en 1653. mourut en 1658. Apres
ſa mort on donna la meſme qualité
à Richard fon Fils ; mais
eſtant incapable de la ſoſûtenir ,
le Parlement luy fit demander ſa
demiffion , & il la donna. LeGeneral
Monk ſe ſervit avec tantde
zele , de prudence & de conduite,
des diſpoſitions où il voyoit les
eſprits pour le retabliſſement de
la Monarchie , qu'il fut reſolu
H
178 MERCURE
qu'on rappelleroit le Roy. Le
Parlement luy depeſcha le 19. de
May 1660. un Gentilhomme
nommé Kilgrevv , pour luy porter
la nouvelle de ſa Proclamation
, qui avoit eſté faite à Londres
ce meſme jour ; & ayant
donné ordre à l'Amiral Montagu
de ſe mettre en mer pour aller le
recevoir ſur les Coſtes de Hollande
, il nomma dixhuit Commiſſaires
, fix de la Chambre des
Pairs , & douze de la Chambre
des Communes , pour le ſupplier
de venir prendre poffeffion de ſes
trois Royaumes. La Ville de ſon
coſté choiſit vingt de ſes plus il
luſtres Habitans , pour luy aller
rendre les meſmes devoirs. Tous
ces Deputez furent favorablement
reçûs à la Haye , où le Roy
eſtoit alors. Ce Prince en partic
le 2. de Juin , & le Vaiſſeau fur
{
GALANT. 179
lequel il s'embarqua , parut au
Port de Douvres deux jours
apres , 4. du meſme mois. Ily fut
reçû par Monk , qui ſe mit d'abord
à genoux . Le Roy le releva
en l'embraſfant , & en l'appellant
fon Pere. Apres une conference
d'unedemie heure qu'il eut avec
luy en particulier , ce Prince ſe
mit fous un Dais qui estoit tendu
au bord de la Mer , ſous lequel
les Ducs d York , & de Gloceſter
, ſes Freres, ſe mirent auffi .
Ils reçûrent là les reſpects de la
Nobleſſe , & monterent enſuite
en Carroffe, où le General Monk
pritplace , auffi bien que le Duc
deBuckincam.Dans le cheminde
Cantorbery ils trouverent quelques
vieux Regimens , avec les
Compagnies de la Nobleſſe en
Bataille. Le Roy monta à cheval,
& y fit ſon Entrée à leur teſte.
H 6
180 MERCURE
me
Pendant ſon ſéjour dans cette
Ville , il donna l'Ordre de la Jarretiere
au General Monk. Elle
luy fut attachée par les Ducs
d'York& de Gloceſter. Le Duc
de Southampton y reçût le mêhonneur
; mais il y eut
cette diference , que ce fut feulement
un Heraut qui luy mit
l'Ordre. Peu de jours apres le
Roy fit ſon entrée à Londres.
Elle fut fort éclatante. Pluſieurs
Troupes de Gentilshommes &
de Bourgeois richement vétus ,
& fuperbement montez , marchoient
devant luy. Celle qui
l'environnoit étoit compoſée des
Herauts , des Porte-Maffe , du
Maire qui étoit teſte nuë avec
l'épée Royale à la main , du Ge
neral Monk , & du Duc de
Buckincam , qui le precedoient
auffi teſte nuë. Il marchoit enue
है

GALANT. 181
les Ducs d'York & deGloceſter ,
& à peine eut - il mis pied à terre
à Vvitheal , qu'au lieu de ſe rafraîchir
, il alla au Parlement . Il
entra dans la Chambre des Pairs ,
manda celle des Communes , &
les voyant aſſemblez, il les afſeura
qu'ils ſe ſouviendroit toûjours de
la fidelité qu'ils avoient gardée
pour ſon ſervice , & les pria tous
d'agir pour le foulagement de
fon Peuple. Il fut couronné en
1661. dans la mesme Ville , avec
une Pompe extraordinaire , &
l'année ſuivante , il épouſa Catherine
, Infante de Portugal ,
Fille de Jean I V. & Soeur du ROY
Alphonse V I. C'eſt une Princefſe
dont la vertu & la piete , vont
au delà de tout ce qu'on en peur
dire. Il s'eſt depuis appliqué avec
de grands ſoins à étouffer les defordres
que les Factieux tâa
182 MERCURE
choientde faire revivre. Il en eft
venu à bout , & a remporté de
grands avantages ſur les Hollandois
, en deux diverſes rencontres.
Une preuve incontestable
des grandes qualitez de ce Monarque
, c'eſt qu'il s'eſtoit acquis
l'amitiédu Roy. Je viens aux particularitez
de ſa mort.
> Le Dimanche au ſoir 11. de ce
mois , il parut dans une parfaite
ſanté,& plus gay qu'à l'ordinaire.
Il eut la nuit de grandes inquietudes
, & ſon ſommeil fut interrompu.
Il ne voulut neanmoins
appeller perſonne,& s'eſtant levé
dés ſept heures du matin, il demanda
qu'on luy fiſt le poil. A
peine luy eut- on mis un Peignoir,
qu'un fort grand treſſaillement
luy fit pouffer avec force les coudes
en arriere. Il cria trois fois
Mon Dieu , & demeura enſuite
GALANT. 183
prés de deux heures fans pouvoir
parler. Un Valet de Chambre
courut à l'Apartement de Monſieur
le Duc d'York , & luy dit
que l'on croyoit le Roy mort. Ce
Duc vint tout effrayé , & en
Robe de Chambre. On faigna
le Roy deux fois , on luy appliqua
des Vantouſes , & on luy donna
un Vomitif. La connoiffance luy
revint un peu , & il demanda à
boire. On eut quelque eſpérance
de ſa guériſon , juſqu'au Mercredy
au foir. Cependant le mal
l'ayant repris avec plus de violence
, il mourut le Vendredy 16.
entre onze heures & midy. Il n'a
eu aucuns Enfans de la Reyne ;
mais il en a laiſſé de naturels , qui
font.
Jacques Scott , DucdeMontmouth
Comte de Duncaſter , &
de Dolkeith , Chevallier de la
Jarretiere , &c.
184 MERCURE
Charles Lenox , Duc de Ri
chemont , Fils de la Ducheffe
de Porthmoutht.
Charles Fils ROY Duc de Southampton.
Henry Filts Roy , Duc de
Graftont , quia épousé en 1672 .
la Fille unique de Henry Baron
d'Arlington , Secretaire d'Etat .
Georges Filts ROY , Comte de
Northumberland.
Anne Filts Roy , qui a épousé
Thomas Leonard , Comte de
Suſſek , tous Enfans de Barbe
Villiers, Ducheſſe de Cleveland,
Comteſſe de Caſtelmene , Baronne
de Nonfuch, & Fille du Comte
deGrandiffon.
Charles Filts Charles , Comte
de Plimouth , Filts de Mademoi
felle de Kyroüel , Ducheffe de
Portzhmouth, & Comteſſe d'Aubigny.
Il a épousé une Fille de
GALANTA
185
Thomas Ofborn , Comte de
Damby , Grand Tréſorier d'Angleterre.
Charlote Filts Roy , qui a
épousé le Comte de Lieghfield.
Barbe Filts Roy.
Si toſt que le Roy fut mort , le
Conſeil Privé s'aſſembla , & Monſieur
le Duc d'York , préſentement
Roy ſous le nom de lacques
II . s'y eſtant trouvé , parla de
cette maniere à ceux qui compofent
ce Conſeil .
MILORDS,
Avant que de commenceraucune
Affaire , il est a propos que je
vousfaffe une Déclaration , que puis
qu'il à plû à Dieu de me placer fur
le Trône, & de me faire fucceder à
un Roysi bon &si clement , &isun
Frere qui m'a aimési tendrement .
186 MERCURE
jeferay tous mes efforts pour l'imiter,
particulièrement dans sa grande
douceur , & dans l'affection qu'il
avoit pourfon Peuple. Onm'a repréfenté
dans le Monde , comme un
Homme paſſionépour le Pouvoir Arbitraire
; mais ce n'est pas là lafeule
fauſſeté qu'on a publiée de moy. Je
feray tout mon poſſible pour conferver
le Gouvernement de l'Etat &
de l'Eglife , ainsi qu'il est préſentement
étably par les Loix. Ieſçay que
les Principes de l'Eglise d' Angleterréfont
pour la Monarchie , &
que ceux qui en font Membres , ont
fait voir qu'ils font bons & fidelles
Sujets ; c'est pourquoy j'auray toûjours
foin de la défendre & de la
Soûtenir. Ie Sçay auffi que les Loixde
ce Royaume suffisent pour rendre
un Roy auffi grand Monarque
que jesçaurois souhaiter de l'estre ;
&comme je n'abondoneray jamais
GALANT. 187
les justes Droits &prérogatives de
la Couronnne , auſſi n'ôteray je jamais
aux autres ce qui leur appar.
tient . L'ay ſouvent autrefois hazardéma
vie pour la défenſe de cette
Nation , &j'iray encore auſſi avant
que perſonne pourluy conſerver fes
justes Droits &fes Priviléges.
Les Seigneurs du Conſeil priérent
humblementle Roy , que ſes
obligeantes expreffions fuſſent
rendües publiques ; ce qui fut
accordé par Sa Majesté. Elle ordonna
auſſi , apres qu'Elle eut
fait preſter Serment à tous ces
Seigneurs , & autres du Conſeil
Privé du feu rov , pour eſtre de
fon Conſeil Privé , que l'on publiaſt
une Proclamation , pour
faire ſçavoir que tous ceux qui
avoient Charge dans le Gouver .
nement à la mort du Roy Charles
11. continuaſſent dans l'exercice
188 MERCVRE
de leurs Charges juſqu'à nouvel
ordres de ſa Majeſté. Cette Proclamation
ſe fit l'apreſdinée en
ces termes , devant la Porte de
Vvitheall , à la Porte de Temple-
Barr , & à la Bourſe Royale , avec
les Cerémonies accoûtumées .
omme il a plû
Comendans
à Dieu de reſes
mifericordes nôtre
souverain Seigneur Charles II.
du nom , de glorieuse memoire , par
lamort de qui les Couronnes Imperiales
d'Angleterre , d'Ecoffe &
d'Irlande , font uniquement & légitimement
dévolues à Haut &
Puiſſant Prince Jacques Duc d'York
& d'Albanie , Frere Unique , &
Seul Heritier du feu Roy ; Nous les
Seigneurs Ecclésiastiques & Seculiers
de ce Royaume , estant fecondez
de ceux du Conseil Privéde Sa
Majesté , & d'un grand nombre des
GALAN T. 189
Principaux de la Noblesse , comme
auffi du Lord Maire , des Echevins,
& de quantité de Bourgeois de Londres,
Publions & Proclamons par ces
Préſentes , d'une commune voix
d'un conſentement, tant de coeur que
de bouche , que le Haut & Puissant
Prince Jacques II. est préſenté.
ment , par la mort de nostre Souverain
de glorieuse mémoire , devenu
noſtre ſeul & legitime Prince, felon
l'ordre de la Succeffion , &le Droit
du Royaume , lacques II. par la
grace de Dieu Roy d'Angleterre ,
d'Ecoffe & d'Irlande , Défenseur de
la Foy , &c . à qui nous promettons
toutefidelité & constante obeiſſance
de toutes les affections de nos ames ;
priant Dieu par qui les Roys régnent,
de benir le Roy Jacques II.
&de le faire regner long temps &
heureusement sur nous .
Dieu conſerve leRoy Jacques II.
190
MERCURE
La Proclamation fut ſignéede
ceux dont voicy les noms.
Guillaume Archeveſque
Cantorberyalio stanic
de
Le Baron de Guilford,Garde
des Seaux1136
Le Marquis Halyfax , Garde
du Seau Privé obsaho
Le Comte de Rochester , Préfident
du Confeil .
LeDucde Norfolke.
Le Duc de Sommerſet.
Le Duc d'Albemarle .
Le Ducde Beaufort
Le Comte de Shravvdbury.
Le Comte de Kent,
LeComte de Huntingdon .
LeComte de Pembroke.
Le Comte de Salisbury .
Le Comte de Brigvvater.
Le Comte de Vvoſtmorland.
Le Comte de Mancheſter.
Le Comte de Peterborovv...
GALANT.
191
Le Comte de Chesterfield .
Le Comte de Sunderland .
Le Comte de Scarſdale .
Le Comte de Clarendon .
Le Comte de Bath ,
Le Comte de Craven.
Le Comte d'Ailesbury.
Le Comte de Lieckfield .
Le Comte de Feversham .
Le Comte de Berkeley .
Le Comte de Morray .
Le Comte de Mideleton.j
Le Vicomte Nevvport .
Le Vicomte de Veymouth .
Le Vicomte Lumley .
Le Vicomte Clifford .
Henry, Eveſque de Londres.
Nathanaël , Evêque d'Arbam .
Thomas , Eveſque de Rocheſter.
Milord Nort & Gray.
Milord Maynard .
Milord Cornvvalis .
A
MERCURE
Milord Armde 夥的不知
Milord Godolphin .
Milord Drunimondsus
Le Chevalier Jean Ernécl .
Le Chevalier Thomas Chicheley.
Le Chevalier Lionel Jenkins.
Le même jour il ſe fit une Ordonnance
conçuëen ces termes.
JACQUES ROY.
C
Omme il aaplû à Dieu d'appel
dans ses Mifericordes
infinies , le Tres Haut Trés- Fuiffant
Prince , le Roy Charles II. de glorieuse
mémoire , le Tres-Cher &
Trés-Aymé Frere de Sa Majesté, &
que par sa mort , l'autorité & le
pouvoirde la pluſpart des Charges
& des Employs , foit de la Magistrature
, foit du Gouvernement
dans
GALANT
193
dans ce Royaume,& dans le Royaume
d'Irlande, ont ceffé & manqué avec
la Perſonne du Souverain , dont les
uns & les aurres étoient dérive ,
Sa Trés Excellente Majesté a trouvé
à propos de déclarer expreſſement
felon Sa prudence Royale , &
dans la venë du bien de l'Etat , ſe
réſervant à l'avenir de juger , de
reformer , & de redreſſer les abus
du Gouvernement aprés les avoir
bien connus & examinez , que tous
ceux qui à la mort du feu Roy fon
tres Cher Frere , étoient duement&
legitimement pourveus , ou en pof-
Session de quelque Employ public , on
de quelque Office dans le Gouverne.
ment , foit Civil ou Militaire , dans
les Royaumes d'Angleterre & d'Iv
lande, ou dans aucuns des Etats de
Sa Majesté , qui relevent de l'un ou
de l'autre , & nommément tous les
Préſidens , Gouverneurs , fous- Pré-
Fevrier 1685 . I
194 MERCURE .
fidens , Iuges , Sherifs , Deputez ,
Lieutenans , Commiſſaires des Guer.
res , Iuges de Paix , & tous autres
qui ont charge ou Employ dans le
Gouvernement , foit Supericurs ou
Subalternes , ainsi qu'il a esté dit
cy deſſus , & tous autres Officiers
Ministres , dont lepouvoir & les
revenus , ou falaires , ont finy &
ceffé par la mort ſuſdite ,feront &
Se tiendront continuezdans leurs
Charges & Emplois , ainsi qu'ils en
joüiffſoient cy - devant , jusqu'à ce
que les intentions de Sa Majesté
leur foient plus amplement ſigni .
fiées , & que cependant pour la con-
Servation de la Paix , & pour la
continuation des Procedures neceffaires
de la Iustice , comme aussi
pour la feureté &pour le ſervice de
l'Etat , toutes lesdites Perſonnes de
quelque qualité& condition qu'elles
Soient , ne manquent pas chacune on
GALANT 195
fon particulier , felon fa Charge ,
Son Employ , ou fon Office , de proce.
der à l'exercice & execution de
tout ce qui en dépendra ainſi qu'il
appartenoit cy- divant , lors que te
defunt Roy étoit en vie
De plus , Sa Majesté veut &
commande par ces Presentes à tous
& à un chacun de fes Sujets , de
quelque qualité & condition qu'ils
Soient, de préter ſecours, aide & affistance
pour l'exercice de ses fon-
Etions, toutes les fois qu'ils en feront
requis par les Sieurs Officiers & Ministres
, à moins qu'ils ne veüillent
encourir l'indignation de Sa Majesté,&
en répondre à leurs perils
&fortunes.
Sa Majesté veut de plus , & commande
expreßément , que tous les
ordres faits ou donnez par les seigneurs
du Conseil Privé du feu Roy,
pendant la vie, foient executez par
I 2
!
1
196 MERCURE
tous & par un chacun , & que tout
ce qui auroit ou dévroit avoir estè
fait en consequence d'iceux foit fait
accomply de mesme, & aussi amplement
qu'il auroit esté fait & accomply
pendant la vie du feu Roy,
le Tres - Cher & Tres Aimé Frere
de Sa Majesté.
Donnéà la Cour de VVitehal, le
6. jour du mois de Février 1684 &
le premier du Regne de Sa Majesté,
Sur les Royaumes d'Angleterre, d'Ecoffe
& d'Irlande.
Vous ferez ſurpriſe de la datte
de cette Ordonnance, qui eſt du
6.Février 1684.aprés que je vous
ay dit que le Roy eſt mort le
Vendredy 16. de ce mois. Cene
Date eſt ſelon l'ancien ſtile . On
conſerve en Angleterre les dix
jours qui ont eſté retranchez du
Kalendrier , & l'Année y com
GALANT.
197
mence par le mois de Mars ,&
non par celuy de Janvier 2
Le nouveau Roy a de la va
leur,& de l'intrepidité. Il eſt ferme
dans ſes réſolutions ,& garde inviolablement
ſa parole. Il nâquit
le 14. Octobre 1633. & en 1660 .
il épouſa Anne Hyde , Fille du
Mylord Edoüard Hyde , grand
Chancelier d'Angleterre ,& depuisComte
de Clarendon , dont
il a eu pluſieurs Fils qui n'ont
point vécu. Il luy eſt ſeulement
reſté deux Filles de ce Mariage,
ſcavoir Marie Princeſſe d'York,
qui en 1677. épouſa Guillaume
Henry de Naflau,Prince d'Orange;
& Anne Princeſſe d'Yorch,
mariée depuis peu de temps au
Prince George , Frere du Roy de
Dannemarch. Madame la Ducheffe
d'Yorch étant morte le
dixiéme Avril 1671. il épouſa en
13
198 MERCURE
ſecondes Nopces , le trentiéme
Septembre 1673. Marie Eleonor
d'Este , Princeſſe de Modene ,
Fille du Duc François . Ceſt le
charmes de toute l'Angleterre .
Elle méne une vie exemplaire,
& l'ambition n'a jamais eſté ca.
pable de luy faire faire aucune
faufle démarche.
Il ne reſte à vous apprendre
de quelle maniere la Maiſonde
Stuart , qui eſt la Maiſon Royale
d'Angleterre, eſt venuë à la Couronne.
Robert Bruys, I. de ce
nom, étant Roy d'Ecoffe par
Succeffion , Jean de Bailleul la
luy diſputa , & l'emporta , ce qui
fut cauſe que l'Ecoſſe devint la
proye des Anglois. Robert la
reconquits regna 23. ans ; &
mourut en 1329. laiſſant David
II. & Marie. David étant mort
fans Enfans , Marie ſa Scoeur heri
GALANT.
199
ta de la Couronne. Elle avoit
épouse Vvalter , ou Gautier
Stuard, grand Senechal d'Ecoffe,
dont elle eut un Fils , qui fut
d'abord nommé lean , mais les
Ecoffois avoient eu tant de mépris
pour lean de Bailleul , que
ne croyant pas ce nom fortuné,
ils l'obligerent à prendre celuy de
Robert. Ce Robert Stuard II. du
nom , eut Robert III. pour Fils ,
dont les deſcendans ont eſté laques
I. laques I I. laques III. Iaques
IV. & laques V. Roys d'Ecoffe.
Ce dernier épouſa Marguerite
d'Angleterre Soeur de
Henry VIII . Pere de la Reyne
Elizabeth ; dont il eut Marie
Stuard , mariée en premiéres
Nopces à François II. Roy de
France,&en ſecondes Nopces, à
Henry Stuard ſon Parent. laques
VI . Roy d'Ecoffe , fortit de ce
14
200 MERCURE
mariage . Elizabeth, quiétoit fab
Tante , à la mode de Bretagne,
étant morte en 16030 ilkherita
de la Couronne d'Angleterre ,
& ayant uny ce Royaume à ceux
d'Irlande & d'Ecoffe , il prit le
nom de Jaques I. avec le Tître
de Roy de la Grand' Bretagne
C'eſtoitle Grand Pere du Roy
qui vientde mourir. La nouvelle
de ſa mort étant vénuë en France
, Sa Majesté en témoigna
beaucoup de douleur , & dit
qu'Elle perdoit un bon Parent,un
bon Amy , & un bon Voiſin. Elle
fit ceſſer pour quelque temps les
divertiſſements du Carnaval , &
l'on ne fit point la grande Mafcarade
que l'on avoit preparée , &
qui devoit étre faite le jour qu'on
apprit cette nouvelle. Toute la
Cour eſt préſentementen deüilas
Vous pouvez voir dans la
GAULDAI NIT.
209 4
drier à Boucleosila sin
Vn Portrait du Roy a cheval.
Deux autres petits Portraits
du Roy en email , garnis
mans
de Dia
shib
Etune Bourſe remplie de plu
ſieurs Medailles & Pieces d'or,
monnoye de France. oh yo
د
On a eu avis que pluſieurs
Perſonnes de la Religion Prétenduë
Reformée , ont abjuré l'Herefie
pour avoir eſté témoins
d'un Miracle arrivé au Château
de Soyons en Dauphiné , appartenant
à Monfieur le Marquisde
Montauban , Lieutenant General
des Armées du Roy. C'est une
tres belle Maiſon , qui eſt ſituée
fur une hauteur. Les Cifternes
en étoient taries ,& le Village eſt
affez loin du Château. Le feu
ayant pris à deux Chambres pleines
de Meubles , & le ſecours
210 MERCVRE
manquant pour l'éteindre ,le Cu
ré du lieu apporta le faint Sacrement.
Lors qu'il fut à l'entrée du
premier Pont- levis , le vent qui
étoit tres- furieux, ceſſa tout d'un
coup. Il entra dans le Château,
&à peine eur il donné la Benediction
, que le feu qu'on voyoit
de toutes parts , demeura fans
force , & ne fit plus de ravage.
Les Procez Verbaux que l'on a
dreſſez par l'ordre de Monfieur
l'Evêque de Valence, juſtifient la
verité de ceque je vous écris.
J'ay encore quelques morts à
vous apprendre. Je commence
par celle de Meſſire Nicolas Loüis
de Lhôpital , marquis de Vitry,
Baron du Pleffis aux Tournelles ,
Seigneur de Morvilliers , &c. Il a
faitconnoître ſon eſprit & fa conduite
en divers Employs , qu'il a
pleu au Roy de luy confier , &
sw
GALANT. 211
fur tout en fon Ambaſſade de Po .
logne . Il n'a point lailled'Enfans,
le ſeul Fils qu'il avoit eu étanc
mort en ſon bas âge . Il étoit Frere
du dernier Duc de Vitry , qui n'a
laiſſe qu'une fille,Marie Françoiſe
Elizabeth de Lhôpital , mariée à
Monfieur le Marquis de Torcy,de
la maiſon de la Tour ; un Fils qu'il
avoit étant mort avant luy parun
accident funeſte. Ce Duc & ce
Marquis de Vitry , étoient tous
deux Fils de Meſſire Nicolas de
Lhôpital , Marquis , puis Duc de
Vitry , Maréchal de France, Chevalier
des Ordres du Roy &
Gouverneur de Provence.Il avoit
eſté auparavant Capitaine des
Gardes de Sa Majesté, & avoit un
Frere connu ſous le nom du ма-
réchal de Lhôpital ,Gouverneur
de Paris, & Chevalier des Ordres
du Roy , qui avoit auſſi eſté Ca
212 MERCURE
pitaine desGardes du Corps Le
Pere de ces deux Maréchaux de
France , étoit Meffire Louis de
Lhôpital , Seigneur de Vitry, Capitaine
desGardes du Corps. La
Branche des Seigneurs de Vitry,
eſt la derniere de la Maiſon de
Lhôpital , dont les Ainez font
Marquis & Comtes de Lhôpital.
Les marquis de Sainte Meſme , en
font les premiers Caders. Certe
Maiſon eft tres - ancienne , établie
en France il y a prés de quatre
fiécles . On la croit iffuë des anciens
Seigneurs de Lhôpitaler ,
au Royaume de Naples. Elle a eu
en France de tres grands emplois ,
& l'on y trouve des Chambellans
de nos Roys , des Grands
Maîtres des Eaux & Forestsy un
Grand Maître de la Reyne I'abeau
de Baviere , des Generaux d'Ar
mées , des Gouverneurs de Villes
GALANT 213

& de Provinces , des Capitaines
de Gendarmes , des Chevaliers
des Ordres , des Conſeillers de
Roys , des Gouverneurs des Enfans
de France , des Chevaliers
d'Honneur des reynes , des maréchaux
de France , &c. Elle est
alliée aux plus illuſtres Maiſons
du Royaume , comme Bracque ,
le Bouteiller de Senflis , Courtenay-
Blaineau , Rouhauſt , Laval,
Coffe, Bruges , Beauvau,laMark,
Mouſtiers , Montmirail , Huraut,
la Tour, Do, la Chaſtre,Brichanteau,
Levis, Pot, &c. Ses Armes
font , De gueule au Coq d'argent.
armé, cretté , & barbele d'or . Les
diverſes Branches ont pris diverſes
brifures.
Meffire Jean - François de
Megrigny , Marquis de Vandeuvre
, Baron de Couchey ,
Vicomte de Troye , Cornette
214
MERCURE
Blanche de France, & cy- devant
Grand Tranchant du Roy ; eft
mort auffi depuis peu de temps,
Il laiſſe un Fils & deux Filles ,de
feuë Dame Françoiſe Henriette
du Meſnil Simon de Beaujen ,
ſçavoir Charles Hubert de Megrigny
,Marquis de Vandeuvre,
Baron de Beaujeu , Gabrielle de
Megrigny , & Marie Françoiſe
de Megrigni. Monfieurle Marquis
de Vandeuvre qui vient de
mourir, étoit Fils de Meffire lean
de Megrigny , Marquis de Vandeuvre
, Vicomte de Troye , Ба-
ron de Colombez , premier Prefident
au Parlement de Provence
,puis Conſeiller d'Etat , & de
Dame Renée de Bucy , & petit
Fils de lean de Megrigny , Vicomte
de Troye & de Briel , &
de Dame Marie Bouguier Fille
de Chriftophe Bouguier , Sei
GALANT .
215
gneur d'Echarſon , Conſeiller au
Parlement , & de Dame Marie
Chartier, Danie d'Alainville , de
la Famille des Fondateurs , de la
Maifon & College de Boiffy. reu
Monfieur de mégrigny , Conſeiller
d'Etat , avoit cing Freres ,
Loüis de Mégrigny , Chevalier
de malte; lacques de mégrigny ,
Baron de Bonivet , Prefident au
Mortier du Parlement de Paris,
puis Conſeiller d'Honneur dans
le même Parlement ; Mathieu de
Mégrigni , Abbé de pontigny ,
Nicolas de Mégrigny , Prieur de
Souvigny , Chanoine de l'Eglife
de Paris ,Avocat General en la
Cour des Aydes ; & François de
Mégrigny , comte de Briel , &
d'Alainville . De mégrigny porte
d'argent au Lion de fable.
el Ces morts ont eſte ſuivies de
celle de Meffire Chriſtophe de
216 MERCURE
Mallebranche , Seigneur de Villebon.
Il eſtoit Frere de Monfieur
de Mallebranche Conſeiller au
Parlement , ſi eſtimé par l'exacte
aplication qu'il a aux Affaires , &
du Pere de mallebranche , Prêtre
de l'Oratoire , que tant de doctes
Ecrits ont rendu celébre.
Enfin Dieu s'eſt laiſſe fléchir
aux larmes des Religieuſes de
Port Royal , & a exaucé leurs
prieres . Elles ont tant fait d'inſtances
& de tres humbles ſupplications
au Roy , afin d'avoir
pour leur Abbeſſe madame de la
Virginité , que Sa Majeſté a ordonné
à Monfieur l'Archeveſque
de la faire venirà Paris. Le Roy
a bien voulu luy donner une année
pour faire ſon option ſur l'une
des deux Abbaïes , déſirant que
durant cet intervalle elle priſt le
gouvernement de Port - Royal,
fur
:
НЕКСОKE
1
101
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sup insitob ,boladd A
fiue Monneur de Bullion ,
Conſeiller en la Grand Cham
09
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IV. PA
TERRENT
.
1685
gouvernement de Port - Royal,
fur
GALAN T. 201
Planche , que j'ay eu le ſoin de
faire graver les Jettons de cette
année. Les Deviſes en ont eſté
faites par les Illuſtres que je vous
ay nommez pluſieurs fois dans
une ſemblable occafion. Le premiers
de ces lettons eſt pour le
Trefor Royal , le ſecond pour la
Maiſon de Madame la Dauphine,
le troifiéme pour les Galeres , le
quatrième pour l'Artillerie , le
cinquiéme pour les Bâtimens , le
fixieme pour l'Extraordinaire des
Guerres , le ſeptiéme pour l'Ordinaire
des Guerres, le huitiéme
pour le's Parties Caſuelles, le neuviéme
pour la Chambre aux
Deniers , le dixième pour la Ville
de Paris, & le derniers pour celles
deDijon.
Monfieur leMarquis de Courcy
, Fils de Monfieur de Bullion ,
Conteilter en la Gra Grand Cham
P
IS
202 MERCURE
bre , & Neveu de Monfieur de
Bullion , Miniſtre d'Etat , & Sur-
Intendant des Finances , a épousé
Mademoiselle de Charmoy , Fille
de Monfieur de Charmoy , Maître
des Comptes , & Secretaire des
Commandemens de Madame de
Guiſe. On dit beaucoup de bien
de cette nouvelle Mariée. C'eſt
une jeune Brune des plus aimables,
& qui ſe fait diftinguer par
ſa Pieté.
L'établiſſement d'un Opera
ayant réüſſy à Paris , Monfieur
Gautier , dont la réputation eſt
connuëde tous ceux qui aiment
la Muſique , s'eſt accommodé
avec Monfieur de Lully , pour
avoir permiffion de faire le même
établiſſement à Marseille , où il
fit repreſenter pour la premiere
fois le 28. de Janvier , un Opera
intitulé , Le Triomphe de la Paix.
GALANT.
203
Les Habits furent trouvez magnifiques
, les Machines juſtes,
&les Décorations tres-belle. La
Dance y plut fort , la Simphonie
encore davantage , & toutes ces
choſes firent donner beaucoup
de loüanges àMonfieur Gautier,
qui a bien voulu prendre tant de
peines , & hazarder tant de frais
pour le divertiſſement de la Province.
On s'eſt rendu de tous
coſtez à Marseille , pour voir ce
ſpectacle que l'on y donne plaſieurs
fois chaque ſemaine.
Aprés quatre grands Articles
de Siam, qui ont remplyune partie
de mes quatre dernieres Lettres
, vous n'endevez pas attendre
un fort long dans celle - cy,
puis qu'il ne me reſte à vous parler
que du Départ des Mandarins
qui étoient icy , & de celuy de
Monfieur le Chevalier de Chau
16
204
MERCURE
mont , que le Roy a nommé fon
Ambaſſadeur Extraordinaire auprés
du Roy de Siam . On ne peut
faire un choix plus judicieux. II
faloit envoyer auprés d'un Monarque
qui donne quelque eſperance
qu'il ſe rendra un jour Catholique,
un Homme ſage, d'une
vie exemplaire , qui accordaſt la
Pieté avec l'Epée,& les fonctions
de Soldat avec celle de Chrétien,
& qui euſt de la naiſſance & du
ſervice. Le Roy qui s'eſt appliqué
à connoître juſques à l'interieur
de fes Sujets diftinguez par le
merite, a trouvé toutes ces qualitez
dans Monfieur le Chevalier
de Chaumont ; & c'eſt ce qui l'a
obligé à le choiſir pour uneAmbaflade,
où il faut non ſculement
foûtenir ſa gloire , mais encore
travailler pour celle de Dieu. Ce
Chevalier n'a rien épargné de
GALANT.
205
fon coſté pour ſe mettre en état
de remplir cet important Caratere
. Il a vû pour s'inſtruire tous
ceux qui ont eſté honorez de pareils
Emplois , & a confulté foigneusement
les plus fameux
Voyageurs qui ſe ſoient trouvez
dans les Païs Etrangers quand on
y a fait de celebres Ambaffades,
afin de pouvoir apprendre d'eux
ce qu'il doit faire dans celle qui
vient de luy eſtre confiée. Comme
il a ſçû que Monfieur de S.
Martin de Caën , dont je vous ay
fi ſouvent entretenuë , avoit re
marqué avec une grande exactitude
tout ce qu'il a vû dans ſes
Voyages , il luy a écrit , pour le
prier de luy donner des lumieres
fur celuy qu'il entreprend ; &
Monfieur de S. Martin luy a répondu
par une longue& curieu
ſe Lettre,qu'on a imprimée.Mon206
MERCURE
fieur le Chevalier de Chaumont
ſcachant auſſi qu'il eſt important
d'avoir un habile Secretaire, en a
choiſi un qui peut luy être d'une
grande utilité dans le Païs où il
va , puis que c'eſt Monfieur de
l'Abraffeau Bourreau , Frere de
Monfieur Deflandes - Bourreau,
qui depuis long- temps eſt Chef
du Comptoir de la Compagnie
Royale de France à Siam. Les
Mandarins partirent quelques
jours apres la derniere audiance
que leur donna Monfieur de
Croiſſy , & ils doivent être défrayez
fur leur route aux dépens
du Roy. Je ne puis m'empeſcher
de vous marquer encore icy une
choſe qui arriva quelque temps
avant leur depart. L'un d'eux
s'eſtant trouvé comme engagé
de paſſer ſur les Armes du Roy,
qui estoient au coin d'un Tapis
GALANT. 207
- de pied , ne voulut jamais marcher
fur ces Armes , & fit connoiftre
qu'il regardoit ce peu de
reſpect comme une choſe qui ne
luy devoit pas eſtre pardonnée.
Ils doivent s'mbarquer fur le
Navire du Roy appellé L'Oiseau .
Il eſt du port de quatre cens cinquante
Hommes , & de 48. Canons.
La Frégate du Roy qui doit
leur ſervir d'eſcorte , eſt commandée
par Monfieur de loyeu.
ſe , & s'appelle la Maligne. Elle
eſt de cent quarante Hommes
& montée de trente Canons .
Voićy le Mémoire des Preſens
que Monfieur le Chevalier de
Chaumont emporte de la part du
Roy
Deux grands Miroirs d'argent.
Deux grands Chandeliersd'argent
à douze branches.
**Denx Girandoles d'argent.
,
208 MERCURE
Deux grands luſtres de criſtal.
Douze tres beaux Fuzils , &
huit paires de Piſtolets .
Douze pieces de riches Brocarts
d'or & d'argent , & cent
aunes de Drap écarlate , bleu , &
autres couleurs .
Deux Horloges à mouvemens
de Lune tres - curieux , & trois
Pendules .
Trois Bureaux & trois Tables
de tres- riche marqueterie , avec
fixGueridons .
Deux grands Tapis de la Savonnerie.
Un grand Baffin de criſtal de
roche, garny d'or.
Deux Habits en broderie, avec
pluſieurs paires de bas de ſoye ,
Rubans , Chapeaux de Caſtor,
Cravates & Manchettes de Point ,
le tout àla Françoiſe.
VneEpée avec un riche Baus
GALANT.
217
furune Commiſſion de Monfieur
- l'Archeveſque , & avec le conſentement
de ſes Supérieurs. Elle
a obeï aux commandemens de Sa
- Majesté ; & les Dames de Port
Royal , qui à l'ombre de fon nom
avoient commencé à joüir d'une
profonde paix , ont maintenant
la fatisfaction de la voir affermie
par ſa préſence. Cette illuftre
Abbeſſe les conduit avec une
ſageſſe & une douceur qui les
charme toutes. Elle font tous
leurs efforts pour la déterminer
en faveur de leur Maiſon. Cependant
elle ſe laiſſe aller à la
volonté de ſes Superieurs , perſuadée
que c'eſt dans cette foûmiſſion
que conſiſte le veritable.
eſprit deReligion , dont elle a fait
juſques icy tout ſon bonheur &
toute ſa gloire.
Monfieur leMarquis de Dan-
Fevrier 1685 . K
218 MERCURE
geau a eſté pourvû de la Charge
de Chevalier d'honneur de Madame
la Dauphine, par la démiſfion
volontaire de Monfieur le
Duc de Richelieu . Ce Marquis
eſt connu par tant d'excellentes
qualitez qui le diftinguent , & je
vous ay ſi ſouvent parlé de luy,
que vous faire fon éloge , ce ne
feroit que vous dire ce que vous
ſçavez déja .
Le temps du Carnaval où nous
ſommes porte chacun à la joye;
c'eſt pour cela que l'Air qui fuit
ferade ſaiſon.
:
CHANSON A BOIRE.
temps foit laid ,
Queletemps
ou qu'il
C'est dequoy jamaisjene murmure.
Il n'appartient qu'aux Beuveurs
d'eau
GALAN T.
219
De ſe plaindre de lafroidure.
Pour avoir chaud dés le matin ,
Le vray Secret est de prendre du
Vin.
J'ay peu de choſes à vousdire
des Enigmes. A la priere d'un
galant Homme j'ay employé la
premiere du dernier mois , ſans
que j'en ſcuſſe le mot. J'ay connu
par les explications qu'on m'a
envoyées , que mon nom y eſt
renfermé . Elles font fort obligeantes
; mais quoy que les Autheurs
m'ayent fait un fort grand
honneur , ils trouveront bon que
je ſupprime les madrigaux que
j'en ay receus. Al'avenir je prendray
mes précautions, en ne vous
envoyant aucune Enigme , dont
le vray ſens ne m'ait eſté confié.
La ſeconde Enigme a eſté faite
fur les Mots qui composent le Dif
K2 1
220 MERCURE
cours. Elle n'a eſté expliquée que
par Monfieur le Roux, medecin à
Vitré en Bretagne ; Le Chevalier
B. du Quartier S. Paul ; la petite
Gamard de Sons , & le Rival du
C. de Rheims .
Voicy deux Enigmes nouvel
les ,dont la premiere eſt de Monfieur
l'Abbé de la Coudoliere de
Marſeille; & l'autre de Monfieur
Rault de Roüen .
ENIGME .
E me trouve presque en tous
heux.
SansmonSecours l'Astrologie,
Les Loix,l'Artde parler, & la Theo
logie,
Nepourroient pas montrer leur éclat
à vos yeux.
Le marche quelquefois,quelquefoisje
m'arreste ,
GALANT. 221
Ayant pris mon repos,je nepuisplus
marcher :
racht .
repos on nepeut m'ar-
It fais parler plusieurs , quoy que ie
Soismuette.
lamais ie n'appris rien ,
Mais malgré mon insuffisance ,
Ie puis dire que la Science
Sans moy perdroit un grand foutien
.
Les Lingues dont l'étude éloigne
l'ignorance ,
L'Hébreu,le Grec&le Latin,
Pour rendre immortel leur destin,
Ont beſoin de mon aſſiſtance.
Quoy que je ne pofſſede rien,
• Aux uns ieprocure du Bien ,
Aux autres tres ſouvent ie le ravis
-de même .
K 3
222 MERCURE
La loüange & le blâme éclatent par
mes traits ;
D'uneseule couleur ict
Portraits
De la Mitre & du Diadéme.
AUTRE ENIGME
E n'aime que la nuit, &ie fuis le
Si ie tire d'un Labyrinthe
Celuy qui n'y vivoit qu'en
crainte ,
C'est bien plus par devoir que ce
n'estpar amour.
Mais il faut que j'emprunte un Se.
cours que je cache ,
Pour me regler moy mesme , & me
regler auffi;
Et toutefois de deux que nous fommes
ainsi ,
GALANT.
223
Nous ne faiſons qu'un corps par une
mesme attache.
ただし
D'aveugle que ieſuis ſi l'on me fait
voir clair ,
J'ay divers Ennemis, puiſſans, mais
invisibles ,
Qui cepetant en leurs courſes
terribles ,
4
Rodant autour de moy , tâchent de
miscugler.

Comme leur violence estsans regle
fars bornes ,
Ien'y puis reſiſter , qu'en leur montrant
mes Cornes ;
C'eſt par làſeulement queje vaincs
leur effort ;
Mais s'ils ontle deſſus ,fans mourir
c'est ma mort .
Quoy que ie fois legere, ou baffe, ou
haute , ou lourde ,
Le cours risque d'un autrefort,
K 4
224
MERCURE
Car on fait mon Procés d'abord que
ie fuis fourde.
Les Comediens François repréſentent
depuis un mois une
Tragedie intitulée Andronic. Cet
Ouvrage eſt le charme de laCour
&de Paris . Il tiredes larmes des
plus infenfibles ; & l'on a rien vû
depuis long-temps , qui aiteu un
auſſi grand fuccés. La Comédie
de l'ofurier , qu'on jouë alternativenent
avec cette Piéce , n'a
pas eſté traitéed'abord forfavorablement,&
pluſieurs ont imité le
Marquis de la Critique de l'Ecole
des Femmes. C'eſt le fort des
Fiéces qui reprennent les vices,
d'eſtre condamnées dans les premieres
Repreſentations.Le chagrin
de ſe reconnoiſtre dans des
Portraits generaux , & de s'accufer
en fecret des defauts qu'o
GALANT.
225
blame , oblige ceux qui ſe les reprochent
à eux- meſmes,à decrier
une Piéce, afin d'empêcher qu'on
ne la voye ; mais les Gens finceres
& de bon gouft , rétabliſſent
dansla ſuite ce que ces Critiques
intereſſez, on taché d'abattre.
C'eſt ce qui ne pouvoit manquer
à l'ofurier , puis que
paſe pour bien é
conduite ,
Piéce
& bien
qu'un y rit depuis
le commencement juſques à la
fin , Gons qu'il y ait ny fade plaifante
ie , ny équivoque dont la
modeſtie puiſſe eſtre bleffse
Ainſi l'on n'y peut rire que de la
verité des choſes qu'on y dit en
reprenant les defauts des Hommes.
Cesfortes de choſes ne peuvent
rendre un Autheur blamable.
Quand on fera voir quede
certains Courtiſans ſont gueux
par leur faute, loin de s'en fâcher,
226 MERCURE
ils doivent remercier ceux qui en
leur faiſant ouvrir les yeux , leur
donnent moyen d'éviter leur ruine
entiere. Il eſt ſi vray qu'on n'a
pas eu deſſein de choquer la Cour
dans cette Piece , qu'apres avoir
donné dans un Acte un Portrait
desCourtiſans qui vivent dans le
defordi on en donne un dans
l'Acte qurit, entièrement àl'avantage
de la Gos On s'eſt ré.
crié fur ce que dans cerre Piéce
on avoit mis des Abbez ſur le
Theatre ; mais fi ceux que sritiquant
cet endroit , Pavoient bien
examiné , ils connoiſtroient que
le Perſonnage qu'ils prennent
pour un Abbé ; n'eſt qu'un des
Ufurpateurs de ce Tître, qui s'en
fervent ſeulement afin d'eſtre
mieux receus dans les Compagnies
; de forte qu'on ne peut
faire aucune comparaiſon de ce
GALANT. 227
Perſonnage avec un veritable
Abbé. D'ailleurs quand c'en ſeroit
un , on ne pourroit alleguer
qu'il deſigne particulièrement
aucun Abbé , puis qu'il dit des
choſes genérales , & qui ne peuvent
eſtre appliquées a une meſme
Perſonne. Cela fait voir que
c'eſt fort injuſtement que l'on
impute à un Particulier ce qui en
regarde plus de cent. Il en eſt de
mefme des Banquiers dont on
perle dans la Piéce . Il eſt certain
que l'Autheur n'en a eu aucun
en veuë mais ſeulement les vices
de leur Profeſſion . Ceux qui prêtent
à uſure , peuvent ne ſe pas
corriger pour cela ; mais le Public
ſera du moins averty de
beaucoup de choſes qu'il doit
éviter à leur égard. Cette maniere
de corriger les vices a eſté
trouvée ſi utile de tout temps,
228 MERCURE
que les Anciens ſe ſervoient de
Maſques ſemblables à ceux dont
ils vouloient faire voir les defauts
, afin de les faire remarquer
au Public. Il n'en eſt pas de même
aujourd'huy ; & l'on n'attaque
à la comedie que les vices ,
&non pas les Hommes,
Commema Lettre finit avant
la fin du Carnaval,& que je veux
vous en donner tous les Divertiffemens
en un ſeul Article , je
remets au mois prochain à vous
en parler, auffi bien que de l'Abbaïe
donnée à Monfieur le Cardinal
d'Etrée. Si je ne vous dis
rien encore de l'Accommodement
de Genes , vous pouvez
croire que je n'en oublieray aucune
des circonstances , quand
il ſera temps de vous en entretenir.
Je ſuis , Madame , Voſtre,
&c.
A Paris, ce 28. Fevrier 1685 .
LYON
*
1893*
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