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1684, 12 (Lyon)
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Eur.
511
m
1684,12
Eur. 511
im
-1681,12.
Mercure
< 36614138960010
< 36614138960010
Bayer
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR.
LE DAUPHIN.
DECEMBRE 1684.
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY,
ruë Merciere, au Mercure Galant .
M. D.CLXXXIV.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
Avis pour placer les Figures.
L'Air qui 'Air qui commence par Tout
le monde me dit que j'abregemes
jours , doit regarder la page 77
La Figure doit regarder la page
154
L'Air qui commence par Les
Tambours & les Trompetes ; doit
regarder la page 214
Bayerische
Staatsbibliothsk
München,
4
A
MONSEIGNEUR
LE
DAUPHIN.
M ONSEIGNEUR,
Voicy la neufiéme année que la
gloire de vostre Nom rend le Mercure
confiderable à toute l'Europe.
Douze Epitres au commencement
d'autant de Volumes , ont parlé d'abord
de tout ce que vous avez fait
de remarquable ; & fi dans ceux
a 2
EPITRE .
qui les ont ſuivy , je n'ay que de
temps en temps étalé dans d'autres
ce que la France admiroit en Vous,
c'eſt parce que j'ay apprehende que
le grand nombre de ces Panégiriques
n'accablaſt voſtre modeſtie.
Ainsi j'ay crû que je devois ſeulement
laiſſer cet auguste Nom à la
• tefte de cet ouvrage , afin qu'on ne
doutaft point qu'il ne fust à vous.
Je croy pourtant, MONSEIGNEUR ,
lors que je regarde cettesincere &
parfaite union qui regne entre Vous
& l'incomparable Princeſſe que le
Ciel vous a donnée pour Epouse,que
je puis luy parler icy comme à une
autre partie de Vous - mesme , &
qu'estant celle que vous aimez le
plus , j'en feray mieux ma cour au
prés de vous. C'est ce qui m'engage
à prendre la liberté de luy
dire ,
२
4
1
EPITRE .
L
MADAME,
Quoy que cesoit aujourd'huy un
jour où l'usage veut que l'on faſſe
des souhaits , quels voeux peut- on
faire pour une grande Princeffe ,
dont la haute Naiſſance est le moindre
de ses avantages ? & quelles
loüanges peut- on luy donner , lors
qu'elle est au deſſus de tous les Eloges?
Vostre esprit,qu'on peut appeller
univerſel , a paru toûjours admirable
à tous ceux qui ont eu
l'honneur de vous approcher. Vos
yeux font connoiftre ce que la verité
me fait dire icy . Lors que Madame
de Maintenon vous alla recevoir
sur la Frontiere , elle écrivit
au Roy, dés qu'elle eut eu l'honneur
de vous voir , Que le feu de vos
yeux , & l'eſprit qui paroiffoit
dans toutes vos manieres , étoient
ã 3
EPITR E.
des choſes que les paroles & la
peinture étoient incapables d'exprimer.
Vous parlez pluſieurs Langues
avec la mesme facilité que fi
elles vous étoient naturelles , & jugezadmirablement
de toutes choses..
Je laiſſe les avantages que vous
avez à chanter avec méthode , à
joüer du Claveffin,à deſſiner, à dan
cer d'une maniere noble & aisée.
Toutes ces perfectionsfont relevées
par une devotion exemplaire , qui
est d'autant plus à estimer,qu'ayant
toûjours estéregléeſans trop paroître,
on ne peut douter qu'elle neſoit
veritable . Tous ceux que vous honorez
de vostre estime , ſe doivent
affurer d'une forte & durable protection,
fans que rien la faſſe chan..
ger , ce qui est peu ordinaire aux
Grands ; & fans descendre de vô
tre rang, lesfavorables regards que
vous daignez jetter sur eux ,
dé
EPITRE.
:
couvrent que vous estes la meilleure
Princeſſe du monde. Auſſi l'illustre
Sapho du siecle eut- elle raiſon de
dire dans un Madrigal qu'elle vous
adreſſa lors que vous arrivâtes en
France.
Rien ne peut reſiſter à vos attraits
vainqueurs,
Tous efforts feroient inutiles;
En un mot vous prenez les coeurs ,
Comme nôtre Roy prend les Villes .
Quant à vostre merite , il n'y a
personne qui ne convienne de ce
qu'en a dit Monsieur Colbert de
Croiſſy , lors qu'estant alleàMunic
pour la négotiation de vostre Mariage
, il écrivit au Roy , Que la
premiere fois qu'il avoit eu l'honneurde
vous entretenir , il vous
avoit trouvé un ſi grand mérite,
que quoy qu'il l'euſt admiré d'abord
, il n'avoit oſé mander à Sa
ã 4
EPITRE .
Majesté ce qu'il en croyoit , dans
la crainte d'en avoir jugé trop
promptement; mais que trois ou
quatre autres converſations luy
avoient donné ſujet de l'admirer
encore davantage ; qu'il n'avoit
point veu d'eſprit plus égal ,&
que dans toutes les négotiations
qu'il avoit traitées , & dans lefquelles
il avoit toûjours eu affaire
å de grands Hommes , il ne ſe
ſouvenoit point d'avoir jamais
entendu de plus vives ny de plus
juſtes réponſes, non par une
fois , mais à chaque occafion
qu'il avoit euë de conférer avec
Vous. Aprés cela, MADAME , per-
Sonne ne doit entreprendre vostre
Eloge; ou si l'on est affez hardy pour
le faire, il faut seulement rapporter
vos paroles , & l'on jugera par des
reparties faites fur le champ , qu'il
est impoffible de concevoir une affez
EPITRE.
L
haute idée de vostre esprit . Y a t- il
rien qui en marquedavantage que
ce que vous dites à Madame la
Ducheffe de Richelieu , lors que vous
tournant vers elle , apres avoir dit
adieu aux Dames devoſtre Maison
qui retournoient en Baviere ? Ne
vous étonnez pas, MADAME , luy
dites vous , fi je ne répons point
par meslarmes aux pleurs que je
voy verſer. La jove que j'ayd'aller
voir le Roy,eſt bien capablede
les retenir. Jepourrois, MADAME,
rapporter icy beaucoup d'autres reparties
vives & fpirituelles , fur
lesquelles vous n'avez peut estre
fait aucune refléxion , parce que
voſtre esprit vous les a fait fairefur
l'heure. Le nombre en est si grand ,
qu'il me donna licu des ce temps- là
de faire un Volume de l'Histoire de
voštre Mariage , qui vivra eternellement,
à cause de la beauté de
EPITRE.
Sa matiere , qui l'a fait traduire e
plusieurs Langues , & imprimer en
beaucoup de Païs Etrangers. Ainsi,
MADAME, i'auray l'avantage d'avoir
transmis à la Posterité d'éclatantes
preuves de vostre esprit . It
fera bien glorieux pour moy,fi vous
avezla bonté de le regarder comme
une marque du profond respect avec
lequel ie fuis ,
MADAME,
Voſtre tres- humble & tresobeïffant
Serviteur ,
DEVIZE'.
LE LIBRAIRE
AU LECTEUR .
Ous aurez, cher Lecteur,
àla fin du mois de Janvier
l'Hiſtoire de François
Premier , par le ſçavant
Monfieur de Varillas , & le deuxiéme
Tome de l'Epion Turc , & plufieuts
autres nouveautez. L'on continue à
diſtribuer le Journal des Sçavans pour
6. ſols par Cahier ; les Mercures ſe
vendront toûjours 20.ſols chaque Volume
, & les Extraordinaires 30. ſols.
Il eſt inutile de les demander à meilleur
marché en n'en voulant prendre
qu'une année. Ceux qui les voudront
tous, ou une bonne partie , on leur en
feraune compoſition honneſte.
LIVRES NOUVEAUX
dumois de Decembre 1684.
Conferences Eccleſiaſtiques duDio:
:
ceſe de Luçon, Tome I V.& V. in 12 :
deux Volumes , 4. livres impreſſion de
Paris. Vous les aurez impreffion de
Lyon auſſi en deux Tomes pour2.liv.
10. ſols à la fin de ce mois ; ils s'impriment.
L'Eccleſiaſtique , par ces Moſſieurs,
in octavo, 4.livres.
Mademoiselle de Jarnac , Hiſtoire
du temps de la Princeſſe de Cleves, in
12. trois Volumes, 3. liv. 10. fols ,
Traité des Fortifications, contenant
la Demonſtration, & l'Examen de tout
ce qui regarde l'Art de Fortifier les
Places, tant reguliéres qu'irregulières,
ſuivant ce qui ſe pratique aujourd'huy ;
le tout d'une maniere abregée ,& fort
aiſée pour l'Inſtruction de la Jeuneſſfe ;
par Monfieur Gautier deNiſmes, avec
23. Figures en taille douce, in douzė,
25. fols. ة
Morale de l'Evangile , in 12. nou
velle Edition , 50. fols .
Ellais de Phyſique, in douze, z.liv.
1
Concorde des Épîtres de S.Paul, in
douze, 2.livres .
Traité Hiſtorique de l'Etabliſſement
&des Prerogatives de l'Egliſe de Ro
me , & de ſes Eveſques , par Monfieur
Mainbourg , in douze, 2.livres.
L'Almanach de Milan de 1685. in
douze, 20. fols ...
L'Almanach de Liege , in ſeize,
15. fols.
La Connoiſſance des Temps , de...
1685. in douze, 20. fols .
L'Illuftre Genoiſe , de l'Autheur du
Grand Vifir , in douze , 30. fols .
Le Caractere de l'Amour , in 12 .
deux Volumes , 3.liv.
Et pluſieurs autres nouveautez pour
leMois prochain.
:
TABLE DES MATIERES
contenuës dans ce Volume .
de, I
Explication de la Galerie de
Versailles, 3
Sonnets. 58
Deviſes. 63
Déclarations du Roy. 64
Prix que l'Académie Françoise doit
diftribuer au mois d'Aoust prochain
,
74
Eglogue de Madame des Houlieres,
78
Lettre écrite à la Reine de Pologne
, 85
Détail des Cerémonies faites au
Mariage de Mad.la Princeſſe
de Hanover, 97
L'Amour proprepuny, Fable , 126
Devise pour Madame la Dauphine
133
TABLE
Deviſes pour Mx le Comte de Thou
louse , 134
Autres Deviſes , 137
Mariage de M'le Marquis de la
Fare , & de Mademoiselle de
Vantelet ,
141
Gouvernement de Nancy donné à
Monsieur d'Aubaréde, J
155
M.Thevenot est nomméGarde de la
Bibliothéque du Roy, 156
Sonnets , ibid.
Prife- de-poſſeſſion de l'Abbaïe de
Vauluiſant,pour Monsieur l'Abbé
le Tellier ,
Benediction ,
159
164
Benediction de cing Cloches ,faites à
Notre-Dame,
Dispute pour la chaire Grecque de
l'Univerſité de Caen , 167
Suite de l'Article de Siam , 169
Morts , 195
Harangue prononcée au College de
Loüis le Grand , en l'honneur du
Parlement , 195
206
TABLE DES MATIERES.
Harangue prononcee à la loüange
dus Roy , par M. Doujat
Cornette de la Compagnie des Chevaux
Legers , donnée àM. le
Marquis de Murfé , 207
Mariage de M.le Marquis de Bethune.
208
Mariage de M. de Breteüil, Inten-
<
dant des Finances, 209
Gratification faite parle Roy àM.
210
Penſion donnée à Madame la Com--
Mansard.
teffe de Béthune, 211
Modes.
ibid.
Enigme,
215
Autre Enigme, 217
Livres nouveaux , 219
i
!
:
L
ل
Finde la Table
}
MERCURE
GALANT.
DECEMBRE 1684.
E croy , Madame , que
je ne puis mieux ré
pondre à ce que vous
attendez du premier
Article de ma Lettre ſur les choſes
qui regardent la gloire du
Roy , qu'en vous envoyant une
Deſcription de la Galerie de
Verſailles , qui m'eſt tombée
depuis peu de jours entre les
Decembre 1684 , A
2 MERCURE
mains , & que Monfieur Lorne
Peintre a faite avec une entiere
exactitude . Elle est belle , fuccincte
, fort intelligible , & comprend
toute la vie de nôtre auguſte
Monarque , depuis qu'il a
commencé à gouverner par luymeſme.
Vous me l'aviez demandée
il y a déja long- temps de la
part de vos Amies , & je voy par
toutes les Lettres que je reçois ,
qu'elle eſt extrêmement ſouhaitée
dans les Païs Etrangers.Ainfi ,
Madame , comme vous ſoufrez
que celles que je vous adreſſe
deviennent publiques , en vous
faiſant part de cette Deſcription ,
je puis dire que je fatisfais à la
curioſité de toute l'Europe .
GALANT.
3
r
hhhichhhh sh
EXPLICATION
DE LA GALERIE
DE VERSAILLES.
>
LAllégorie eſt la maniere la plus ancienne d'exprimer
les penſées par des caracteres .
Les lettres n'ont eſté en uſage
que longtemps aprés que les
Egyptiens eurent , par des figures
, laiſſe à la Poſtérité les Miſteres
de leur Religion , & les
Loix de leur Etat. Les Poëtes
depuis , ſous des ſens allégoriques
, dans les Métamorphoſes ,
&dans les Fables , nous ont donné
les plus beaux préceptes , &
les leçons les plus utiles de la
Philoſophie. Les ornemens de ce
A 2
4
MERCURE
fameux Temple , a dont Dieu
luy meſme donna le deſſein au
plus ſage des Monarques, étoient
miſtérieux ; mais cette ſcience
a eſté en uſage de tout temps ,
principalement parmy les Peintres
& les Sculpteurs , qui n'ont
point d'autre langage pour ſe
faire entendre dans leurs ouvrages.
Jupiter eſt la puiſſance ;
Junon , l'Autorité , Mars , la Valeur
; Hercule , la Force. Une
belle Femme qui tientun Sceptre
& une Couronne d'Etoiles eſt la
Gloire. Une autre avec des aîles ,
qui tient un Sable & un Eperon,
accompagnée d'un Coq , eſt la
Vigilance. Pour la Prévoyance,
ils font une Femme avec un
Compas & un Livres. La figure
de la Renommée eſt aſſez connuë.
Ils expriment le Secret par
a Temple de Salomon.
GALANT. 5
.
un jeune Homme tenant un Ca.
chet ſur ſa bouche , & ayant ſes
cheveux attachez àun Bandeau
I d'or , qui ſoûtient une Sphinx .
La Victoire eſt Couronnée de
Laurier elle a des aîles , porte un
Trophée . La Peur tient un
Liévre. L'Envie eſt entourée
de Serpens. La Terreur embouche
une Trompette , & menace
avec des Foüets ; ſa coëfure eſt
une teſte de Dragon en forme
de Chimere . L'Abodance tient
la Corne d'Amalthée,& la Tranquilité
couronnée de Fleurs , a
dans la main uneGrénade . Ils ont
encore quantité d'autres figures,
qu'il ſeroit intile de décrire icy ,
n'eſtant point ou peu repréſentées
dans la Galerie de Verſailles ,
où Monfieur le Brun a peint
I'Hiſtoire du Roy, depuis la Paix
des Pyrenées juſqu'à celle de
A3
6 MERCURE
de
Nimégue. Pour exprimer les diferans
mouvemens qui ont fait
agir ce Prince , & les Ennemis
qui ſe font oppoſez à ſes deſſeins,
il ne s'eſt ſervy que des Divinitez
qui nous ſont les plus connuës
, & qu'ila accompagnées
toutes les marques propres
à les diftinguer. Les Royaumes
comme les Provinces
& les Villes, font repréſentez
par des Femmes vêtués à la mode
de leurs Peuples , & ayanc
leurs Armoiries aupres d'elles .
Les Fleuves ſous la figure de
vieux Hommes couronnez de
Roſeaux , font remarquables par
des Urnes, d'où fort l'eau de leur
fource. Enfin il a pris un ſi grand
ſoin de marquer tout ce qui peut
rendre ſes penſées intelligibles ,
que pour peu que l'on ſcache
les Poëtes,on explique ſans peine
GALANT. 7
les ſujets , & l'Allégorie , loin de
les obfcurcir , les éclaircit & les
enrichit, eſtant traitée avec tout
l'art& toute la délicateffe neceffaire
, pour faire comprendre
une infinité de circonſtances tresimportantes
au ſujet , qu'il euſt
eſté impoſſible de faire concevoir
ſans ce moyen ; dont il s'eſt
ingénieuſement ſervy pour les
marquer.
L'Hiſtoire commence par un
• des Tableaux a qui eſt au milieu
de la Galerie , où le Roy dans la
fleur de la jeuneſſe , enviſageant
laGloire, prend apres ſon Maria.
ge le Gouvernement de l'Etat ,
& quitant pour la mériter les
plaiſirs d'un Regne paiſible, medite
de rendre ſes Sujets heureux
, & d'humilier ſes Ennemis,
a Il a 40 pieds de long.
A4
8 MERCURE
Dans douze Ovales, a on voit
le commencement de ſes glorieux
deſſeins executé. On y remarque
l'ordre qu'il met dans les
Finances ; le ſoin qu'il prend de
faire rendre la Juſtice; le rétabliſſement
du commerce ; l'in-
• ſtitution des Academies ; le ſecours
qu'il donne à l'Empire contre
les Turcs ; les Troupes qu'il
envoye en Hollande contre l'Eveſque
de Munſter ; la fatisfaction
que luy fait l'Eſpagne pour
l'inſulte que fon Ambaſſadeur
avoit faite au nôtre en la Ville
de Londres ; la Pyramide élevée
dans Rome pour reparation de
la violence faite par les Corſes à
nôtre Ambafſfadeur ; l'Alliance
avec les Treize Cantons ; l'arri
vée des Ambaſſadeurs des Nations
les plus reculées, la jonction
a Ils ont 8. pieds de haut .
GALANT.
9-
des deux Mers ; & la conſtruction
des Invalides .
Dans les fix Bas reliefs octogones
, afeints de lapis à fond
d'or , on a peins la Guerre de
Flandre , pour les droits de la
Reine ; la Paix d'Aix la Chapelle
, qui finit cette Guerre ; la
défenſe des Duels ; la diſtributiondes
Bleds pendant la Famine ,
la ſeûreté &la Police du dedans
de la Ville de Paris ; & l'acquiſition
de Dunquerque.
La derniere Guerre eſt le ſujet
des huit plus grands Tableaux .
Dans l'una on voit le Roy
méditer ſur toutes les difficurez
qui ſe pourroient rencontrer
dans la Guerre qu'il veut entreprendre
contre les Hollandois.
Les Proviſions qu'il fait pour
furmonter tous les accidens qu'il
aDepareillemesure.
AS
10 MERCURE
a préveus , compoſent b le ſecond.
Dans le troifiéme, e il propoſe
à ſes Generaux le deſſein qu'il a
formé , & de quelle maniere il
pretend l'exécuter.
Le quatrième a repréſente les
Campagnes de Hollande .
Dans le cinquiéme bon voit
l'Empire & l'Eſpagne s'unir avec
la Hollande contre le Roy.
Le ſixiéme a fait voir la Conqueſte
de la Franche- Comté.
Le ſeptiéme ddonne une idée
dela Priſede Gand, & des Campagnes
de Flandre.
Et le huitiéme e forme l'image
de la deſſunion des trois Puiffan
ces par la Paix de Hollande.
a Il a 20. pieds. b Il a 25. pieds. c 38
pieds.
a 35. pieds.b35 pieds , largeur 20.
€25.p.d 35 p. e 35 p.de large fur vingt.. C2
GALANT. II
Tous ces Tableaux ſont enfermez
dans de riches Compartimens
, & les Ovales font accompagnez
de Thermes peints
couleur de bronze , rehauſſez
d'or , qui portent des Corniches,
avec des Frontons feints de marbre
, fur chacun defquels font
deux Enfans de coloris , qui ſe
joüent à des Feftons de Fleurs
ſortans d'une Corbeille , poſée
fur un Maſque coloré , qui eſt
au milieu de chaque Fronton..
De riches Tapis de velours , où
l'on voit les amuſemens de l'Enfance
de ce Prince , décourent
l'eſpace d'entre les Bordures.
Aubas des Tableaux , fur des
Cartouches de Sculpture , l'on a
- écrit des Inſcriptions ſur chaque
?
ſujet.
Des Victoires ſemblent retrouffer
le Tapis , en intention
A 6
12 MERCURE
d'y mettre à la place d'autres
Tapiſſeries d'Actions plus ſérieuſes
,& plus importantes .
Voila en gros la diſtribution
& l'ordonnance de la Galerie ;
mais comme l'Hiſtoirey est traitée
avec toutes fes circonſtances
, il faut particulariſer un peu
plus de choſes , pour tâcher de
faire mieux comprendre l'allégorie
des Figures qui entrent dans
ce grand Ouvrage. Le premier
des Sujets eſt dans le plus grand
des Tableaux , a où l'on voit au
milieu le Roy dans la fleur de la
jeuneſſe. Son Habit eſt à la Romaine
, avec un Manteau Royal
qui couvre une partie du Trône,
fur lequel il eſt affis. Il tient un
Gouvernail , pour marquer qu'il
commence à gouverner ſonEtat;
a Au milieu de la Voute dont il tient
toute la largeur..
GALANT.
13 T
& les trois Graces qui le couronnent
repréſentent celles
que l'on voit briller dans toute
ſa perſonne. L'Amour leur donne
des Fleurs ; & la Tranquilité
fe repoſant au bas du Trône ,
marque celle que ce Prince vient
de donner à ſon Etat. Des Enfans
figurant les Génies des Divertiſſemens
, s'occupent à toutes
fortes de plaiſirs & de jeux au
bas & dans l'un des coſtez du
Tableau.
A l'autre coſté , la France
aſſiſe ſous un Pavillon de brocard
d'or , tient un Faiſceau Romain.
Elle étouffe la Diſcorde
fous ſon Bouclier. L'Hymen à
coſté d'elle , porte la Corne d'abondance,
& fon Flambeau dont
elle eſt éclairée , parce que le
MMaarriiaaggee du Roy eſtoit la principale
cauſe de ſon bonheur. La
14 MERCURE
Seine , a couronnée de Raiſins ,
s'appuye ſur ſon Urne , d'où fortent
avec l'eau des Fleurs & des
Fruits , qui marquent ſa ſource ,
& l'abondance que fon
porte dans la Capitale du Royaume.
cours
A coſté , &.un peu au deſſus
du Roy , Minerve affiſe ſur un
Nüage , luy préſente d'unemain
fon Bouclier , en luy montrant
de l'autre la Gloire preſte à le
couronner. Mars en l'air luy
fait remarquer cette Déeſſe qui
l'attend. Le Prince la regarde
attentivement. La Déeſſe luy
préſente la Couronne d'immortalité
. La Victoire & la Renommée
l'accompagnent. Le Temps
leve un bout du Pavillon ſous
lequel eſt le Roy , pour marquer
qu'il a fait connoiſtre les
a Riviere dont laſource est en Bourgogne.
GALANT. I
vertus héroïques de ce Prince ,
auquel il fait voir par le Sable
a qu'il luy préſente , que l'heure
eſt venuë d'entreprendre les
grandes Actions qu'il a méditées
, & de profiter des momens
qu'il fait couler en ſa faveur.
Les Dieux paroiſſent dans le
Ciel , luy offrant leur aſſiſtance ;
Pluton , ſes richeſſes ; Vulcain
ſes armes ; Ceres & Bachus ,
des vivres pour ſes Armées .Apol .
lon précedé de l'Etoile de Vénus
, vient du plus haut des nües
pour éclairer ſes grandes Actions
, & Diane paroiſt pour le
guider dans les ombres de la
Nuit. Jupiter offre ſon Foudre .
Mercure traverſe les airs pour
aller faire connoiſtre ce Prince
à toute la Terre . Junon , Protectrice
de la Vanité , ſe tourne
aHorloge du Temps.
16 MERCURE
de l'autre coſté du ceintre , où.
regardant favorablement l'Allemagne
, elle luy envoye une
Nüée , a qui luy ſervant de Trône
, marque la vaine ſupériorité
qu'elle pretend ſur les autres
Royaumes. La Couronne Im
périale , & l'Aigle , la font reconnoiſtre.
Son attitude eſt fiere
, fon habillement pompeux.
Elle tient le Bâton de commandement;
& l'Eſpagne à coſté ,
& un peu plus bas , ſemble obferver
ſes mouvemens. Elle s'appuye
ſur ſon Lion , qui devore
unRoy des Indes renverfé fur
des Tréſors épars. Son ambition
eſt repreſentée par une Femme
avec des aîles , qui à la teſte &
les bras chargez de Couronnes.
Elle ambraſſe d'un Flambeau
qu'elle tient de la main droite ,
aFable d'Ixion.
GALANT.
17
:
:
les Palais des malheureux Princes
qu'elle a dépoüillez , & arrache
de l'autre la Couronne de
l'un de ces Infortunez , accablé
ſous le Trône qu'elle a renverſé.
La Hollande à la gauche de
l'Allemagne , & plus bas encore
que l'Eſpagne , eſt aſſiſe ſur
un Lion qui tient les ſept Fleches
que les Provinces Unies
ont priſes pour marque de leur
confederation . Elle a le Trident
à la main , & tient Thétis
enchaînée , prétendant avoir
l'Empire de la Mer par ſon Commerce.
On voit aupres d'elle
des Falots de Marchandises , &
des Vaiſſeaux preſts à partir pour
le Voyage de long cours.
Ces trois Puiffances paroiffet aveetoutes
les marques d'ambition
& de fierté qui pouvoient exciter
le Roy a vanger la Fran18
MERCURE
ce des injures qu'elle avoit
ſouffertes pendant ſa Minorité ,
& la leur rendre plus redoutable
qu'elles ne l'avoient trouvée
ſous les Regnes précedens .
Pour remedier aux abus qui
ſe commettoient dans les Finances
, & le Roy ſuprima la Charge
de Sur- Intendant , & s'en
réſerva le ſoin , pour eſtre Luymeſme
l'Oeconome & le Difpenſateur
de ſes Tréſors ; ce
qui ſe voit dans le premier a
des Ovales qui entourent le
Tableau que nous venons de
décrire. La France eſt aux pieds
du Prince , entre les mains duquel
elle a remis le Gouver- \
nail. La Fidelité a ſon Chien
pres d'elle. Elle tient une Clef
d'or , parce que ce métal incorruptible
marque que rien ne la
a Du costé des Miroirs.
GALAN T.
او
.
peut corrompre. Elle accompagne
Minerve , qui chaſſe , l'Epée
à la main , des Harpies, qui
laiſſent tomber en fuyant une
partie de l'argent qu'elles emportent
; ce qui ſignifie les
comptes que l'on fit rendre à
ceux qui avoient pillé les Finances
dont ils avoient eu le manîment
.
Dans le ſecond , a on reconnoiſt
l'inſtitution des Académies .
Le Roy eft accompagné de Minerve,
qui tient un Plan de l'Obſervatoire
. L'Académie Françoi
ſe porte un Caducée b à la main ,
Elle eſt à la teſte de ſes compagnes
, pour lesquelles elle remercie
le Prince de l'honneurde fa
protection .
Pour rétablir le Commerce
que les Guerres avoient banny
a Du côté des fenêtres.
b Symbole de l'Eloquence.
10 MERCURE
du Royaume , Sa Majesté établit
deux Compagnies b pour les
Indes Orientales & Occidentales
, donna la chaſſe aux Pyrates
, renditla Mer libre pour tous
ſes Suiets qui voudroient commercer.
C'est le troiſieme a Ovale
, où le Roy tient un Trident.
Des Corfaires ſont enchaínez à
ſes pieds un Matelot porte des
Balots ſur le Port qui paroiſt couvert
de Vaiſſeaux ; & l'Abondance
que l'on y voit , exprime
l'utilité du commerce.
Le quatrième beſt l'image de
l'ordre remis dans la Juſtice. Elle
eſt pres du Roy , qui donne le
Code aux Magiſtrats. La Chicane
, ſous l'apparence d'une Femme
maigre & décharnée , dont
b En 1664 .
a Audeffus des Miroirs.
b Du costé des Fenestres .
GALAN Τ . 21
le corps ſe termine en viz fans
fin , pour fignifier ſes diférens
détours , eſt terraſſée ſous les
pieds du Prince , qui la vient
détoufer par des Loix nouvelles.
Dans l'un des Bas-reliefs ,a la
Juſtice préſente ſon Epée au
Roy. La Renommée vole , &
publie un Manifeſte qui contient
les raiſons qui attirérent laGuerre
en Flandre pour les droits de
la Reyne, que l'Eſpagne refuſoit.
Dans l'autre , al'Eſpagne reçoit
du Roy une Branche d'Olivier
, en ſigne de la Paix qu'il
vient de luy offrir à Aix la Chapelle
, en rendant liberalement
a Ils font d'azur à fonds d'or,à la Clef
de la Voute , au costé du Tableau du milien.
a A costé du grand Tableau à la Clef
de la Voute.
22 MERCURE
la Franche - Comté qu'il avoit
conquiſe en vingtjours au milieu
de l'Hyver. Cette Province eſt
àgenoux , & entourée de Canons
pour la réjoüiſſance de la
Paix . La Victoire couronne le
Vainqueur.
Les quatre Ovales b qui ſont
aux coſtez du Tableau des Campagnes
de Hollande , repréſentent
dans l'un la Hollande qui
fuit ; mais la France qui vient à
ſon ſecours , arrache le Bouclier
de Munſter qui la pourſuivoir.
Les Troupes du Roy firent retirer
l'Eveſque de Munster , & l'obligerent
de conclure la Paix
avec lesEtats .
Dans un autre, aune femme
vétuë d'écarlate , & ſuivie d'une
b Du costé des Miroirs,prés des Campagnes
de Hollande.
a Ducosté des Fenestres.
GALANT.
23
Louve , ſignifie Rome , qui vient
reparer la violence faite par les
Corſes à noſtre Ambaſſadeur , &
& offrir pour fatisfaire à cet attentat
, de faire élever une Pyramide
, dont la France , accompagnée
de la Force , luy montre
le Plan .
Le troiſiéme a fait voir la France
l'Epée à la main , qui pourſuit
des Turcs effrayez , & renverſez
.L'Aigle de l'Empire chancelant
, ſe raffermit à l'ombre de
ſon Epée ; ce qui arriva ala Bataille
de S. Godart , où la valeur
d'un petit nombre de François
raſſura l'Empire étonné , & contraignit
une Armée formidable
d'Infidelles à faire une Paix honteuſe.
Le quatrième a nous montre
a Du costé des Fenestres.
a Du costé des Fenestres.
24 MERCURE
l'Eſpagne , accompagnée de ſon
Lion foûmis & rampant , parce
qu'elle vient ſatisfaire à l'inſulte
que ſon Ambaſſadeur avoit faite
au nôtre en la Ville de Londres.
La France a pres d'elle la Force
&la Justice; elle reçoit bla foûmiſſion
& la proteſtation publique
faite par l'Eſpagne de neluy
diſputer jamais le premier rang.
Dans un bas relief , a la Juſtice
ſépare d'une main les Combatans
, qu'elle menace de l'autre.
Dans l'éloignement , des
Archers en traînent un en prifon
, pour exprimer avec quelle
rigueur le Roy fait obſerver
la Défenſe des Duels.
L'autre b fait reſſouvenir de
b En 1661 .
a Ala Clefde la Voute , prés les
campagnes de Hollande.
b A la Clefde laKoute.
fa
GALAN T.
25
ſa bonté pendant la Famine.
Une belle Femme avec une
Flâme ſur la teſte , & une Corne
d'abondance ſous le bras ,
nous déſigne la pieté , qui fait
diſtribuer a du Pain à des Pauvres
, qui ſemblent le recevoir
avec empreſſement.
Les quatre derniers Ovales ,
b & les deux Bas reliefs , ſont
autour du Tableau des Campagnes
de Flandre. Dans l'un des
quatre Ovales , les Ambaſſfadeurs
des Nations les plus reculées
viennent admirer la
France , que les glorieuſes Actions
du Roy ont renduë redoutable
juſques aux Lieux qui
voyent lever & coucher le
Soleil .
Dans un autre , a les Ambaſſfadeurs
des Treize Cantons
a En 1662. Au deſſus des Festres.
Decembre 1684- B
26 MERCURE
viennent renouveler l'Alliance ..
avec elle.
La jonction des Mers étant
d'une extrême utilité pour le
Commerce , le Roy a fait creufer
ce fameux Canal de Languedoc;
ce qui fe voit dans le
troiſieme , b où Neptune qui
eſt d'Océan , & Thetis la Méditerrané
, ſe ſjoignent en ſigne
de leur communication .
LesSoldats , que les longs
ſervices , ou les malheurs de la
Guerre , avoient rendus inutiles
, eſtoient contraints de chercher
dans la charité des Peuples
un foulagement à leurs miferes
, l'extréme néceſſité eſtant
preſque la ſeule recompenſede
leurs travaux. Le Roy voulant
adoucir leur diſgrace , & les réa
Audeſſus des Fenestres.
b Andeſſus des Miroirs.
GALANT.
27
compenſer , a fait bâtir ce fameux
Hoſtel de Mars , ou ſa
magnificence les entretient.
C'eſt le ſujer du dernier a Ovale.
La Pieté paroiſt ſur un Trône
, donnant l'Ordre de S. Lazare
aux Officiers , & diſtribuant
de l'argent aux Soldats.
Minerve luy préſente le Plan
de ce magnifique Bâtiment , où
ils font logez.
Dés que la nuit eſtoit venuë ,
les Voleurs ſe rendoient maiſtres
deParis. On couroit tiſque de
la vie , ſi l'on eſtoit contraint
de fortir, & les Maiſons meſme
n'eſtoient pas un lieu de feûreté.
Le Koy , pour remédier
à ces defordres , ordonna des
Compagnies d'Archers à pied
& à cheval dans la Ville , & fur
les grands Chemins ; ce que l'on
a Andeſſus des Miroirs.
1
B2
28 MERCURE
a repréſenté dans ce Bas relief ,
a où la Juſtice aſſiſe ſur ſon Tri
bunal , ordonne à des Archers
d'aller prendre des Voleurs qui
aſſaffinent les Paſſans au coin
des Ruës. La ſeûreté repoſant
à l'ombre de la Juſtice , tient
une bourſe ouverte .
Dans le dernier b Bas- relief,
on a mis l'acquiſition de Dunquerque.
C'eſtoit le ſeul Port
qui reſtoit aux Etrangers fur
nos Coſtes , & le refuge de tous
les Corſaires. Le Roy voyant
à regret cette Place de ſon Royaume
fous une domination oppoſée
à l'Egliſe Romaine , n'épargna
rien pour l'obtenir. Dunquerque
préſente ſes Clefs à la
France , qui ordonne à la Pieté
de repandre ſes richeſſes que
a A la Clef de Voute.
b A la Clef de la Voute.
A
GALANT. 29
1
l'Angleterre fait ſerrer. L'Héréſie
ſe retire .
Le Roy laſſé de l'ingratitude
des Holandois , porte la Guerre
dans leurs Etats . L'Allemagne
& l'Eſpagne , étonnées de la
rapidité de ſes Conqueſtes , s'uniſſent
à la Hollande pour s'oppoſer
aux progrés de ſes armes
victorieuſes ; mais cette union
leur fut fi funeſte , qu'elles ſe virent
obligées de demander la
Paix , & de la recevoir aux conditions
qu'il plût au Vainqueur
de leur impoſer. Cette Guerre
eſt le ſujet des huit Tableaux
qui reſtent à décrire. Dans le
premier , le Roy animé par ſa
valeur à une Conqueſte juſte ,
délibérant en luy- meſme s'il la -
commencera , écoute ſa ſageſſe ,
pour ſurmonter par ſes conſeils
les obſtacles qu'elle luy fait re-
B 3
30
MERCURE
marquer dans ſon entrepriſe.
Il paroiſt a couvert du Manteau
Royal , ſur un Trône magnifique
, ſous un Pavillon bleu
ſemé de Fleurs de Lys , attaché
par des Cordons d'or à des Colomnes
d'un ſuperbe Ordre Jonique
. La Victoire & la Renommée
l'attendent ſur des nuages
aux coſtez d'un Char traîné par
deux Chevaux dont l'action
marque l'impatience. Marsl'invite
d'y monter , en luy faiſant
voir l'éclat de la Victoire , dont
leChar paroiſt tout reſplendiffant
, & l'excite à une nouvelle
Conqueſte , par la veuë de
fes premiers Trophées a qu'il
a Audeſſus des Fenestres , entre le
grand Tablean & les Campagnes de
Hollande.
a Ce sont des Boucliers , on font les
noms des Villes priſes en la premiere
Guerre de Flandres.
GALANT. 31
-
S
luy montre, la Juſtice derriere
le Prince , ſemble inſpirer un
deſſein ſi noble. Tout l'invite
àmarcher ; mais Minerve aſſiſe
au bas du Trône , luy fait remarquer
les horreurs de laGuerre
, qu'elle a tiſſfuës dans une
Tapiſſerie , où la Canicule en
feu ſe voit dans l'éloignement.
Des Malades expirans de peſte
& de fiévres ardentes , font les
ſuites de la contagion d'un air
enflâmé. L'envie à un Aigle &
un Lion à fes coſtez , pour faire
- connoiſtre que les deux Puif-
- ſances qu'ils ſignifient , devoient
s'oppoſer aux deſſeins du Roy.
Un Fleuve qui ſouleve ſes flots,
. entraîne des Soldats , dont on
ne revoit qu'une partie du corps;
&l'avidité d'un Soldat mangeant
de la terre & de l'herbe, marque
la faim qui le devore ſur la pen
B 4
32
MERCURE
te d'un Rocher forme d'un vieil
Home. L'Hyver preſſe entre ſes
bras un Soldat , que l'excés du
froid rend immobile . L'air eſt
plein de vents & de frimats.C'eſt
par ces images de diférens obſtacles
capables de détruire où de
retarder une entrepriſe , que la
Sageffe laiſſant agir la Valeur ,
fait prévoir tous les inconveniens
qui peuvent tromper une ardeur
inconſidérée.
Juſques icy le Roy a paru avec
un Manteau Royal mais dans les
ſept Tableaux ſuivant il en a un
de Brocard d'or , comme les portoient
les Demy Dieux & les
Héros , pour montrer que ſes
premieres Actions , toutes juſtes
& toutes grandes qu'elles font,
n'approchent point des Prodiges
qui font repréſentez en ſuite .
Dans le ſecond a Tableau , ce
GALANT.
33
:
Monarque prépare tout pour la
Guerre qu'il eſt preſt d'entreprendre,
& fait les proviſions néceffaires
pour remédier aux inconveniens
que la Sageſſe luy a
fait prévoir. LesDieux qui luy ont
promis leur aſſiſtance , luy donnent
leur ſecours. Sur le devant
, Neptune dans un Char
traîné par des Chevaux marins
& ſuivy de Tritons
font Trident au Roy qui eſt debout,
& qui avance la main pour
recevoir le Sceptre du liquide
Empire.
, préſente
Mars dans ſon Char fortant
d'une Tranchée , luy amene des
Troupes dont les Chefs baiffent
la Pique , en s'inclinant devant
leurGénéral.
a Audeſſus des Fenestres , entre le
grand Tableau & les Campagnes de Hol-
Lande.
B 3
34 MERCURE
Vulcain offre des Armes portées
par des Forgerons , & c'eſt
Mercure qui préſente le Bouclier,
parce que l'Adreſſe & l'Eloquence
fourniſſent les raiſons
dont les Roys font leurs premieres
Armes. Aux pieds du Prince
on voit des Vaſes pleins de richeſſes
, que Pluton qui eſt au
haut du Tableau , luy vient de
donner. La Terraſſe eſt couverte
d'Inſtrumens & de Machines de
guerre. Sur des Nuages au deſſus
du Roy , Minerve ſoûtient un
Caſque d'or qu'elle luy va mettre
fur la teſte , dont le ſens allegorique
eſt , que la Sageſſe forrifie
l'Entendement, & empefche
qu'il ne ſe corrompe. La Prévoyence
à coſté de Minerve ,
montre de ſon Compas le Livre
qu'elle tient, pour faire entendre
qu'il atout préveu , & mis ordre
GALANT.
35
-
à tout. Cerés vient offrir ſes
riches Moiffons. Son Char traîné
par des Dragons eſt plus loin , &
l'Abondance la ſuit. De l'autre
coſté a Apollon, ſemble ydonner
les ordres , & prendre le ſoin
des Bastions qu'on éleve. Dans
l'éloignement on découvre un
Arsenal , où l'on conſtruit avec
diligence des Vaiſſeaux & des
Galéres . La Vigilance , comme
l'ame de cette action , eſt dans
le milieu , & la plus élevée du
Tableau .
Voila de quels moyens le Roy
s'eſt ſervy pour faire reüffir les
deſſeins qu'il avoit méditez , &
qu'il propoſe à ſes Genéraux.
Dans le Tableau b ſuivant , il y
a Il bastit avec Neptune les Murs de
Troye.
b Audeſſus des Miroirs entre le grand
Tableau & lesCampagnes de Hollande....
B.6
36
MERCURE
>
eſt debout appuyé fur un Bâton
de Commandement. Monfieur,
Monfieur le Prince , Monfieur
leVicomte de Turenne, l'accom.
pagnent. Minerve déploye une
Carte des Pays Bas qu'un
Amour couronné de Laurier ,
repréſentant l'amour de la gloire
, tient devant eux. Véſel , Burich
, Orfoy & Rhimberg , s'y
voyent en Lettres d'or , & d'un
plus grand caractere , parce que
cefont les Villes que le Roy veut
attaquer en même temps , &
qu'il ordonneaux Princes d'aller
affiéger , & pour faire concevoir
qu'il n'avoit encore communiqué
ce deſſein à perſonne , le
Secret eft derriere luy , & porte
fon Caſque . Prés du Secret , on
remarque la vigilance ; & la prévoyance
eſt à coſté de Minerve.
La Gloire préſide à l'entrepriſe
GALANT.
37
qu'elle a inſpirée , le Nuage épais
qui la ſoûtient , fert à exprimer
le filence ,& le ſecret du Confeil
au milieu d'un Camp , que l'on
découvre derriere, & dans lequel
des Cavaliers & des Soldats s'appreſtent
à ſuivre le Dieu des
Combats , qui paroiſt en l'air
portantun Ecu armoirié de France.
La Victoire vole déja , d'autant
qu'il y eut ſi peu d'intervale
entre l'entrepriſe , & le fuccés ,
que l'on ſçût auſſitoſt la priſe des
Villes , que leurs Sièges .
Dans la a premiere Campagne
de Hollande , les Armées du
Roy ayant pafflé le Rhin , on prit
plus de quarante Places ; on
remporta une grande victoire ſur
Mer; on battit les Ennemis par
tout. Les Etats effrayez oublierent
leur ambition , perdirent
a En 1672.
38 MERCURE
preſque leur liberté , & les ſecours
ſecrets de l'Eſpagne ne
leur pouvans ſuffire , ils furent
conrtaints d'inonder leur Pays
pour empeſcher l'entiere perte ,
La ſeconde a ne fut pas moins
heureuſe. Le Roy emporta Maſtrich
en treize jours, ſesTroupes
prirentTréves,& ſes ArméesNavales
gagnerent deux grandesBatailles.
Ces deux Căpagnes compoſent
le quatriéme Tableau ,
où toutes ces Conqueſtes & ces
Victoires font merveilleuſement
repréſentées.
Les plus vives couleurs font
remarquer le Roy la Foudré à
la main , les Cheveux & fon
Manteau agitez par les vents ,
fon Char rapidement traîné par
des ſhevaux fougueux. Minerve
le guide ; la Gloire l'accom
a 1.673..
GALAN T.
39
-
pagne , Hercule le ſuit, & pouffe
le Char par deſſus les flors que
le Rhin ſoûleve. Ce Fleuve qui
depuis ce fameux Romain qui
s'aſſujettit l'Empire de l'Univers,
n'avoit point ſouffert de Vainqueur
, paroiſt plein de courroux
&de dépit , de n'avoir pû par
la rapidité de fon cours arreſter
ce Monarque , & de ſe voir
obſcurcir par une Victoire qui
vole au deſſus de Iny ,& porte
un Etendart , où eſt écrit Tolhuis,
nom du lieu où ce renommé paffage
ſe fir.
L'Eſpagne tient un Maſque ,
pour marquer les ſecours ſecrets
qu'elle donnoit aux Hollandois.
Elle tâche en vain d'arreſter le
Char , parce qu'au lieu de ſe
jetter aux Guides des Chevaux
elles ne s'attache qu'aux traits ,
ce qui sert à l'entraîner ell:e
9.
40 MERCURE
meſme , & figure la guerre qu'elle
s'attira. Le Char paſſe ſur
les premieres Villes conquiſes ,
repréſentées par des Femmes
terraſſées.
L'ambition de la Hollande
mord la pouffiere. Ses at'es font
rompuës , elle ne peut plus s'élever
, comme elle avoit accoutume;
& un Homme renverſé
fur les dos parmy des Balots &
des Livres de Compre , fignifie
le deſorde de ſon commerce . La
Liberté des Provinces Unies affiſe
ſur un Lion qui tient les ſept
Fléches , tâche de ſe défendre.
Elle a l'Epée d'unemain, & préſente
de l'autre ſon Bouclier ,
où ſe lit cette Inſcription , qui
promettoit tant de forces , &
qui fut ſuivie de tant de foibleſfe.
Les Peuples paroiffent dans
une fi grande conſternation ,
GALAN T.
41
qu'ils venoient de loin preſenter
les Clefs de leurs Places . Les
Renommées volent de tous coſtez
. Un groupe de Victoires
qui ſe cachent & ſe ſuccedent
les unes aux autres , tiennent
desPalmes &des Lauriers,& forment
en l'air un triomphe autour
du Vainqueur. Les plus
remarquables portent quatre
Couronnes murales pour la pri
ſe des quatre Villes en un même
jour.
Del'autre coſté a du Tableau,
l'Europe regarde le Roy avec
furpriſe . Son Cheval épouvanté
ſe cabre. Les Fruits & Inftrumens
des Arts qui marquent la
fertilité & le génie de ſes
Peuples , ſont à ſes pieds. Pluſieurs
Victoires emportent les
Armoiries des Villes conquiſes.
a Au deſſus des Fenestres.
د
42 MERCURE
Celle de Maſtrich ſe met ſeule
en défenſe , mais marsfarrache
en paſſant ſon Bouclier , pour
fignifier le peu de temps que
dura cette Place , que l'on croyoit
imprenable. Dans un AngleduTableau,
deuxAmériquains
admirent ce grand ſpectacle.
Ils ont place en ce lieu , comme
témoins des Victoires que nos
Armées Navales ont remportées
dans leurs Ifles les plus reculées.
L'Allemagne & l'Eſpagne ſe
repentant de ne s'eſtre pas plûtôt
oppoſées aux Armes du Roy ,
ſeliguérentavec laHollandepour
arreſter s'il le pouvoit , la rapidité
de ſes conqueſtes. L'Eſpagne
leva le maſque , & ſe déclaire
ouvertement. L'Empereur
a aſſembla les Princes d'Allemaa
1674.
GALANT.
43
gne & mit un Armée confiderable
ſur pied , & le Roy reſta
ſeul , comme il l'avoit préveu ,
&meſme defiré , pour faire voir
à ces Puiſſances qui s'eſtoient
toûjours flatées que leur union
feroit fatale à la France ; qu'elle
eſtoit pluspuiſſante , quoy que
ſeule , qu'elles ne l'étoient toutes
enſembles. C'eſt cette union
dont le cinquiéme Tableau a eſt
compoſé , qui donne une admirable
idée de la crainte & de
l'envie qui obligerent ces Puifſances
à s'unir , pour arreſter les
progrésde la gloire d'un Prince,
dont elles ne purent retarder les
profperitez .
L'obſcurité regne dans le milieu
, où ſous un riche Pavillon
a Au deſſus de la Porte du Salon de
la Guerre , il occupe tout l'espace depuis.
la Corniche iusqu'àla Voûte. :
44 MERCURE
ces meſmes Puiſſances ſe donnent
la main. La Hollande vé .
tuë à la mode de ſes Habitans ,
& par deſſus ornée d'un riche
Manteau , porte ſur ſon viſage
les marques de ſa deſolation &
de ſon deſeſpoir. Pour avoir du
fecours, elle s'attache d'une main
à l'Eſpagne qui leve le maſque ,
& fait voir le dépit ſur ſon viſage.
Elle tend la main à la Hollande
; & l'Allemagne affife au
milieu , ſemble les unir & fe
joindre avec elles. Toute ſon
action marque le repentir; &
l'Aigle de l'Empire preſſe fortement
avec une de ſes ſerres une
des pattes du Lion de Hollande ,
que l'on voit dans une poſture
fouffrante , pour faire connoiſtre
que les ſecours qu'on luy
donnoit luy coûtoient cher. Des
Furies repreſentent la peine , le
GALAN T.
45
dépit , & la jalouſie , dont ces
Puiſſances ſont agitées . Dans
le bas& dans l'un des coſtez du
Tableau , les Electeurs & les
Princes d'Allemagne s'affemblent.
On les reconnoiſt à leurs
Ecus , & à leurs Etendarts. Un
Timbalier tâche d'intéreſſer tou
te l'Europe dans leur querelle ,
& les Troupes viennent de toutes
parts. Dans l'autre coſté on
forge des Armes que l'on emporte
avec précipitation. Les Forgerons
refuſent d'en livrer une
partie , pour ſignifier le retardement
que le manque
d'argent apportoit aux armemens
des Ennemis. Des Renommées
paroiſſent dans le
Ciel. Elles augmentent le deſordre
& l'épouvante par le recit
des nouvelles Victoires qu'ellespublient
de toutes leurs forces.
46
MERCURE
&dans l'Etendart qu'une d'elles
préſente , où ſe lit cette fameuſe
Inſcription , que Céſar & le Roy
ont ſeuls méritée , Veni , vidi,
vici.
La Campagne de la Franche
Comté commence les Conqueſtes
de Flandre. Le Roy partit
pour cette expédition au mois
de Février de l'année 1674. Jamais
il n'y eut de fin d'Hyver
plus facheuſe , & la reſiſtence.
des Ennemis fut le moindre des
obſtacles que les Troupes curent
àcombatre.
Le Roy paroift tranquille au
milieu d'un grand mouvement
qui eſt exprimé a dans le Tableau
. Le Doux bſaiſi de frayeur
a Entre le grand Tableau & les Campagnes
de Flandre au deſſus des Miroirs.
b.Principal Fleuve de la Province.
i
GALANT.
47
étend les bras pour s'oppoſer au
paſſage. Mars traîne avec violence
un grand nombre de Femmes
de tout âge. Ce ſont toutes
les Villes de la Province que
le Roy dompta comme en pafſant.
On les reconnoiſt à leurs
Ecus chargez de leurs Armoiries
. La Franche Comté eſt abbatuë
aux pieds du Vainqueur.
Malgré le deſeſpoir qui luy fait
arracher les cheveux , on ne
laiſſe paside remarquer la beauté
de ſon viſage. Son habit eſt
à la maniere de ſes Habitans .
Toutes les paffions qui agiſſent
ſur l'eſprit des Vaincus , font
merveilleuſment exprimées dans
l'action de ces Captives , où la
crainte , l'eſpérance , & le dépit
, ſe remarquent en je neſçay
combien de manieres diférentes.
Sur la pente d'un Rocher ,
48 MERCURE
Minerve préſente ſa Pique ſe
couvre de ſon Bouclier . Hercule
leve ſa Maſſue pour chaffer
l'Aigle , & le Lion en fureur, qui
tâchent de défendre le ſommet.
Les Signes des trois mois que
dura cette conqueſte , ſe voyent
parmy les Frimats , la Grefle , la
Neige , & la Pluye que l'Hyver
jette à pleines mains en ſe retirant
, & que les Vents pouſſent
avec impétuoſité ; mais tous les
obſtacles de la ſaiſon , ny la refiſtance
des Ennemis , ne peuvent
retarder la Force conduite
par la Sageſſe qui paroiſſent au
hautdu Rocher , a ayant précipité
une partie des Soldats qui
le défendoient. L'Aigle crie de
deſſus l'Arbre où il eſt perché
au coin du Tableau De l'autre
coſté , les Troupes fuyent , &
a C'est Bezançon.
donnent
GALANT.
49.
• donnent une idée du trouble
&de l'épouvante que les Armes
du Roy avoient portée dans
cette Province. La Victoire attache
des Boucliers des Places
conquiſes à un grand Palmier , &
poſe deux Couronnes ſur le Trophée
; pour marquer que c'eſt
pour la ſeconde fois qu'elles ſont
domptées ; & la Renommée
embouche deux Trompettes
pour aller publier cette double
conqueſte. La Gloire paroiſt
dans le Ciel ; ſon éclat rejallit fur
le Heros , & l'oppoſition de cette
lumiere à l'obſcurité des Frimats
, rend cét Ouvrage un des
plus brillants qui ſe voyent.
La Campagne de 1675. fut
celebre par la priſe de Cambray,
de Valenciennes, de Saint Omer,
&par la Bataille de Mont - Caf
fel. En 1679. le Roy forma plu-
Decembre 1684. C
50
MERCURE
fienrs Corps d'Armées en Flandre
, inſulta quaſi toutes les Places
, enleva Gand par une conduite
ſi admirable , que le Gouverneur
des Pays -Bas n'eut pas
plûtoſt lesnouvelles du Siege que
de la priſe de la Ville.
Voila la matiere du Tableau
qui fait cimetrie aux Campagnes
de Hollande. Au milieu du Ciel ,
le Roy porté fur l'Aigle de Jupiter
, lance la foudre. Un gros
nuage d'où partent des tourbillons
de Nuées , des Tonnerres
& des Eclairs , qui inſpirent la
frayeur aux Villes que l'on voit
dans la crainte , ſont l'image des
diférens Corps d'Armées qui les
inveſtirent. Le Secret & la Vigilance
accompagnent ce Monarque
, les Renommées le devancent,
la Gloire tient ſur ſa teſte
la Couronne d'immortalité. Il ne
GALANT.
SI
- regarde point les Villes effrayées ,
& tient ſa veüe attachée fur .
Mars qui abat l'Hydre , & force
- l'Envie à ſe cacher dans un coin
du Tableau , parce qu'en domptant
toutes ces Places,le Roy
ne ſongeoit qu'à vaincre l'opiniaſtreté
de ſes Ennemis , & ne
ſe rendoit redoutable que pour
les contraindre à recevoir la Paix
qu'il leur vouloit donner. A l'au
tre coin Ypre eſt tremblante.Elle
écoute& regarde avec frayeur la
Terreur qui la menace,& dans
le milieu Minerve qui a déja enlevé
l'Etendart de la Ville de
Gand , luy arrache encore les
Clefs qu'elle tâche inutilement
de retenir ; cette Ville paroiſt
dans une vive douleur Vue grande
Jeuneſſe&une extréme Beauté
reprefentent bien ce Titre de
Pucelle que les Flamans luy ont
C 2
52
MERCURE
donné , avec un Parc qui l'environne
,& un Lion couronné pour
ſa garde. Il ſemble qu'elle ait glifſe
de deſſus les genoux de la
Flandre , ſur le ſein de laquelle
elle ſe croyoit en ſeureté. Cette
Province porte le Torquet & la
Mante noire comme ſes Peuples ,
&dans ſa ſurpriſe elle étend les
bras aux pieds du Lion , ſans ſçavoir
à quoy ſe reſoudre. Valenciennes
eſt renversée ſur un de
ſes Canons qui la fait tomber ,
parce qu'on s'en ſervit pour s'en
rendre maiſtre. Cambray eſt enchaînée
à un Char armorié de
France, & chargé des dépoüilles
de cette Campagne .
A l'autre coſté du Tableau ,la
Politique , le Conſeil , & la Prévoyance
d'eſpagne , paroiſſent
déconcertées . Au milieu le Coneil
eſt obſcurcy d'un nuage qui
GALAN T.
53
le couvre , & qui l'empeſche de
penetrer dans les deſſeins du
Roy ; & pour marquer ſon avenglement
, on luy a mis la main ſur
les yeux. La Prévoyance trouve
ſon Compas court , & une de ſes
branches rompuë. Elle tire en
vain la Politique par ſa robe, elle
ne la peut fecourir'ny en eſtre
ſecouruë ; la force luy manque ,
⚫le Sceptre luy tombe des mains ,
&le Lion qu'elle excite , recule ,
& ne veut point avancer.La Ru-
- ſe repreſentée par le Tygre qui
s'enfuit , luy devient auſſi inutile.
L'Aigle crie , il ſent ployer ſous
luy les colomnes d'Hercule où
l'on a attaché l'Infcription , Plus
outre , que prit autrefois Charles-
Quint. Les Troupes fuyent ; & le
Confeil , la Prévoyance , & la
Politique , reſtent ſans ſecours,&
hors d'état d'agir dans la frayeur
C3
54
MERCURE
que leur cauſe le bruit d'un évenement
ſi extraordinaite , & fi
peu attendu , qu'une Renommée
qui vole au deſſus de leur teſte
ſemble leur annoncer.
La Paix de Hollande a finit la
Galerie. C'eſt la deſunion des
trois Puiſſances que l'on voit fe
lier enſemble dans le Tableau
qui luy eft oppoſé . L'Allemagne
paroiſt tombée ſur des marches
de Marbre, ſous un grand Pavillon
attaché à la voûte. Les nuées
qui luy ſervoient de Trône , ſe
perdent ,& ſe diffipent. Elle regarde
la Paix avec étonnement ,
& paroiſt ſurpriſe de la foudre ,
qui ſemble gronder ſur ſa teſte.
Son Aigle en eſt étonné , il tire
la Hollande par fa robe pour tacher
de la retenir. L'Eſpagne
a An deſſus de la Porte du Salon de la
Paix.
GALANT.
55
tourne la teſte du coſté de l'Eclair
; elle étend la main pour en
garantir ſon Lion qui en eſt renverſe
ſur le dos. Les Troupes en
ſont épouvantées , & fuyent. Les
Forgerons emportent leurs Marteaux
, & laiſſent des Armes qui
reſtent inutiles. Mercure en l'air
femble diſſiper un nuage épais ,
qui empefchoit la Hollande de
recevoir la Paix , dont il luy apporte
pour figne une branche
d'Olivier. Cette Déeſſe vient du
Ciel pour ſe donner à elle . On la
reconnoiſt à ſon air gracieux , aux
Caducées qu'elle tient , à ſaCorne
d'abondance , à ſa Couronne
d'Olivier , & aux Enfans qui l'accompagnent
, & qui jettent des
' fleurs pour marquer les douceurs
qui la ſuivent par tout. La Hollande
s'élance , & tend les bras
pour la recevoir. Elle ſent les be
C4
56 MERCURE
ſoins qu'elle en a ; fon Lion ne
peut plus la ſoûtenir , & ploye
fous ſes genoüils , ce qui luy
fait mépriſer les conſeils de ſes
Voiſins ,& la vanité d'un Prince,
repréſentée par une Femme accompagnée
d'un Paon , qui pour
ſe l'aſſujettir tâche de la détourner
de la Paix en la tirantpar le
bras , & luy montrant des Troupes
& des Vaiſſeaux qu'elle
amene à ſon ſecours, mais elle ne
veut plus de guerre, & ne s'applique
qu'à recevoir la Paix .
Voila l'explication de la Galerie.
Elle a 40.Toiſes de long,& 37 .
pieds de large. Tout y eſt finy ;
& dans le nombre prodigieux
des Figures qui la compoſent ,
on n'en remarque pas une qui ne
ſoit terminée , avec le même ſoin
que ſi elle devoit eſtre ſeule , &
qui ne faſſe ſon effet .
GALANT. 71I
Il eſt étonnant que Monfieur
le Brun ait pû en quatre années
l'achever , ayant voulu peindre
le tout luy même , & ne s'eſtant
confié à perſonne pour ſe faire
foulager dans une ſi grande entrepriſe
, qu'il a heureuſement
terminée àla fatisfaction du Roy,
qui par des loüanges publiques
& particuliere
د
a temoigné
qu'il n'avoit jamais rien veu de ſi
beau ; & Monfieur le Sur- Intendant,
plus inſtruit que perſonne,
des ſoins & du temps que demandent
les grands Ouvrages , charmé
de celuy cy , dit à Sa Majesté;
que Monfieur le Brun méritoit
ſeul de travailler pour Elle , &
qu'il euſt fallu à tous autres plus
de temps pour penſer de fi grandes
choſes , qu'il ne luy en avoit
fallu pour les executer.
L'empreſſement et fi grand à
C
58 MERCURE
parler du Roy , la matiere eſt ſi
brillante ,& chacun y trouve un
ſi grand plaifir , que quelques
Bouts- rimez qu'on propoſe , on
n'en trouve point de difficiles ,
quand on les remplit à la gloire
de cet auguſte Monarque. Je
croy , Madame , vousavoir déja
envoyé quelques Sonnets fur les
Rimes de ceux que vous allez
lire. Si la nouveauté leur manque
parlà , ils ont d'autres agrémens
qui reparent ce défaut .
POUR LEROY.
V
Enez , Peuples, venez contempler
dans ſa gloire
L'invincible LOVIS , & le choisir
pour Roy ;
A l'Univers entier il doit donner la
Loy ;
Devant luy vaBellone, apres luy la
Victoire ..
GALANT.
59
Ses exploits inoüis font trop hauts
pour l'Histoire ,
Ils nesçauroient trouver d'Ecrivain
ny de Foy ;
Maisſes fiers Ennemis , qu'ila rem
plis d'effroy ,
Dans le fonds de leur coeur en gardent
la mémoire.
i
Sa Teſte a tout conçu , fon Bras
tout achevé ;
Audeſſus des Céfars luy ſeul s'est
élevé
ParSa rare conduite , & Son coeur
intrépide.
Leurs hauts faitsprés desfiens ceffent
d'estre immortels ;
Et il eſtoit encore un Thefée ,
Alcide ,
un
Ils perdroient prés de luy leurNom
leurs Autels .
C6
60 MERCURE
SUR LE ZELE
DE SA M AJESTE
Pour la Religion , & l'extirpation
de l'Hérefie.
L
OVIS LE GRAND n'est point
ébloüy par fa gloire ;
Audeſſus de fon Trône il reconnoist
un Roy ;
Il en ſcait maintenir & les droits
&la Loy ,
Et c'est là ſa plus noble & plus
chere Victoire .
SonZéle tres Chrétien brillera dans
'Hiſtoire ;
Ses Lauriers ſerviront de Couronne
àfa Foy ;
Des erreurs de Calvin fon Nom le
juste effroy
Vade fes Sectateurs abolir la mémoire.
GALANT. 61I
1
C'eſt - làle NomHéros le Chefd'oeuvre
achevé.
De ce Monſtre d'horreur, dans l'Enfer
élevé ,
Mille Teftes montroient leur fureur
intrépide.
Ses traits envenimez devoient estre
immortels ;
Mais LOVIS , & l'Aîné de l'Eglife
, & l'Alcide ,
Scaura ſeul immoler cette Hydre à
fes Autels .
SUR LA SAGE ET SECRETE
CONDUITE
DE LOUIS LE GRAND.
I
L s'est vû des Héros amoureux de
la gloire ;
Mawasuacucuunn d'eux jamais Scut- il
camme mon Roy
62 MERCURE
Ce grand art du fecret , dont la
difcrete Loy
N'annonce les deſſeins qu'avecque
la Victoire ?
Les plus fiers Conquérans quenous
vante l'Histoire ,
Et qu'on revere encore aujourdhuy
SousSa Foy ,
Avides de repandre & l'horreur&
l'effroy ,
Parleurs emportemens ont terny leur
mémoire.
LOVIS ne parlepoint , & tout est
achevé.
Ce filence est l'effort d'un esprit
élevé ,
Quifeconde à propos un courage
intrépide ;
۱
Et l'art mystérieux de ſes ſoins immortels
GALANT. 63
Forme un Hérosfi grand , qu'en ſa
préſence Alcide
Rougiroit de prétendre à l'honneur
des Autels.
M' Magnin , Autheur de ces
deux derniers Sonnets , a fait
auffi deux Diviſes pour le Roy.
Elles ſont ſur la Publication de la
Tréve. L'une a pour le Soleil
qui au fortir des nuages darde
ſes rayons fur des Parterres. Ces
mots luy ſervent d'ame , Reddit
fua gaudia terris . M' Magnin les
a expliquez par ce Madrigal.
Pres l'orage & les
As
Tempe-
Cet Astre comme un Souverain,
Vient d'un air brillant &ferein
Renouveller le Champ & la Scene
des Festes.
Apres mille travaux guerriers.
64 MERCURE
Plus haut que la hauteur oùfagloire
l'éleve.
LOVIS va faire naiſtre
cordant la Tréve ,
,
en ac-
-Les Mirtes amoureux à l'ombre des
Lauriers.
Le Soleil dans ſon Midy ' fait
leCorps de la ſeconde Deviſe ,
dont ces paroles font l'ame .
Facit exiguas altiffimus umbras.
On élevation afait ceſſfer les
Sonélevat
Son immortelle clarté
Regle laferénité;
Ne craignons plus des joursſom.
bres.
L'importune obſcurité.
Le Roy par deux Declarations
quiont eſté depuis peu reGALAN
T. 65
1
1
giſtrées au Parlement , fait connoiſtre
que ſon zele pour l'intéreſt
de l'Egliſe & de la Religion ,
l'emporte toûjours ſur tous les
ſoins qui l'occupent ; & que la
deſtruction de l'Heréſie par le
retranchement des abus qui
avoient eſté ſoufferts , eſt un des
grands fruits qui doit produire la
Tréve. Par l'Article VII. de l'Edit
de Nantes, il a eſté permis
à ceux de la Religion Prétendue
Reformée qui poſſedent en France
, & dans les autres Pays de
l'obeïſſance du Roy , Haute Juſtice
, & plein Fief de Haubert ,
ſoit en proprieté ou ufufruit ,
en tout ou par moitié , ou parla
troiſième partie , d'avoir chez
eux l'exercice de cette Religion ,
tant pour eux , leurs Familles ,
& Sujets , qu'autres qui voudroient
y aller. Cependant com
66 MERCURE
me les troubles qui ont agité le
Royaume pendant le Regne du
feu Roy , & durant la minorité
de ſa Majesté , ont donné lieu
aux Prétendus Reformez , d'étendre
les Priviléges qui leur ont
eſté accordez par les Edits de
Pacification , il eſt arrivé que la
plupart des Seigneurs ayant
Hautes Juſtices ou Fiefsde Haubert
, ont receu à leur exercice
toute forte de Perſonnes indifféremment
, ce qui eſt abſolument
contraire à la diſpoſition de ces
Edits , dont l'eſprit n'a eſté que
de leur permettre de recevoir à
l'exercice qui ſe feroit chez eux,
leur Famille , leurs Vaffaux , &
autres Perſonnes qui ſe trouveroient
actuellement domiciliées
dans l'étenduë de ces Hautes
Juſtices ou pleins Fiefs de
Haubert , bien qu'ils ne fuſſent
GALANT. 67
د
८
pas leurs Vaſſaux. La raiſon ſe
fait connoiſtre , puis que s'il
eſtoit permis à ces Seigneurs
Hauts Juſticiers , ou poſſedant
plein Fief de Haubert , d'admettre
toute forte de perſonnes
à leur exercice , il n'y auroit
aucune différence conſidérable
entre un exercice public
celuy d'un Seigneur. Ces prétentions
eſtant mal fondées , &
pouvant donner occafion de faire
dans les lieux d'exercice perſonnel
, des Aſſemblées préjudiciables
au ſervice du Roy , & à
la tranquilité publique , Sa Majeſté
, qui veut en prévenir les
fuites fâcheuſes , & arreſter le
cours de ces entrepriſes , a ordonné
par fa Déclaration regiſtrée
au Parlement le 21. du
dernier mois , Que les Seigneurs ,
Gentilshommes , & autres Perfom68
MERCURE
nes faisant profeſſion de la Religion
Pretenduë Reformée , à qui
il est permis par cet Article de l'Edit
de Nantes , d'avoir en leurs
Maiſons l'exercice de cette Religion
; ny puiſſent admettre ſous
quelque prétexte que ce ſoit, que
leur Famille , leurs vaſſaux , &
autres personnes actuellement domiciliées
dans l'étenduede la Hau.
te Justice , ou plein Fiefde Haubert
qu'ils poſſedent en tout oupar
moitié , ou par la troisième partie,
à peine de cinq cens livres d'amende
, applicable à l Hôpital le plus
proche , tant contre chacun de ceux
qui s'y trouveront au préjudice de
cette Déclaration , que contre les
Seigneurs qui les ySouffriront , de
privation pour toûjours de l'exerce
dans leurs Maiſons ; & contre
le Miniſtre qui y auroit prefché ,
d'interdiction auffi pour toujours
A
GALANT.
99
des fonctions de Son Ministere dans
tout le Royaume.
La ſeconde Déclaration met
ordre à quelques abus auſquels
on a déja tâché d'apporter remede
. Les Prétendus Reformez
ayant ſouvent abuſé de la grace
que les Roys prédeceſſeurs de Sa
Majesté leur ont faite , en leur
accordant par pluſieurs Edits &
Déclatations , && entr'autres par
l'Article XXXIV. des Particuliers
de Nantes , la faculté de tenir
des Synodes , Colloques , &
Conſiſtoires , pour les reglemens
de leur Diſcipline , aprés toutefois
en avoir obtenu la permif
fion , & s'en eſtant ſervis en plu .
ſieurs occaſions pour trairer dans
leurs aſſemblées , d'affaires politiques
, contraires au repos public
, le feu Roy trouva à propos
d'ordonner par ſa Déclara70
MERCURE
tion du mois d'Avril 1623. qu'il
ne ſeroit plus convoqué par ceux
de cette Religion aucune Affemblée
qu'auparavant un Officier
de la même Religion n'euſt eſté
nommé pour y aſſiſter , & empeſcherqu'on
n'y propoſaſt d'autres
matieres que celles qui font
permiſes par les Edits. Cela
n'a pas empeſché que ces Commiſſaires
, par la complaiſance
qu'ils ont euë pour ceux de leur
Religion , n'en ayent preferé les
intéreſts à leur devoir ,& au bien
de l'Etat. C'eſt ce qui fut cauſe
que Sa Majesté ordonna par ſa
Déclaration du 10. Octobre
1679. qu'il ne feroit plus tenu de
Synodes , ny de Colloques , qu'en
préſence d'un Commiſſaire qu'elle
choiſiroit , ſoit de la Religion
Catholique , ou de la Prétenduë
Reformée , comme Elle l'eſtimeGALANT,
71
1
roit le plus neceffaire , pour
prendre garde à ce qui s'y paſſleroit
, & luy en envoyer les Procés
Verbaux . Quoy que l'on ait
fatisfait à cette Déclaration ,
quelques Miniſtres & Anciens
malintentionnez , au lieu de propoſer
dans les Synodes & dans
les Colloques les affaires dont ils
craignoient que Sa Majesté
n'eust connoiſſance , ont entretenu
des intelligences avec plufieurs
Confiftoires , & par un
faux zele ou par des intéreſts
particuliers , non ſeulement ils y
- ont fait prendre des reſolutions
contraires au bien de l'Etat ; on
a veu les mêmes mouvemens en
diferentes Provinces ; mais encore
pour ſoûtenir ces entrepriſes,
ils ont fait impoſer ſecrettement
des ſommes conſidérables , quoy
que ſuivant l'Art.XLIII. des par
72
MERCURE
ticuliers de l'Edit de Nantes , &
l'Art . XXXV . de la Déclaration
de 1679. ils ne doivent faire
aucuneslevées de deniers qu'elles
ne ſoient autoriſées par les
Juges . Le Roy ayant eſté informé
de ces deſordres , & voulantempeſcher
les ſuites que l'on en
doit craindre , a ordonné , Que
doreſnavant ſes Sujets de la Religion
Pretenduë Reformée ne puiſſent
tenir leurs Conſiſtoires qu'une fois
en quinze jours , & en presence
d'un Juge Royal quifera nommépar
Sa Majesté , & qu'il neſera traité
dans ces Assemblées d'aucunes matieres
, que de celles qui leur font
permiſes par les Edits , & qui concernent
purement la Diſcipline de
leur Religion, à peine d'interdiction
pour toûjours de l'exercice , & de
démolition du Temple dans les lieux
où ces Confiftoires auront esté tenus
en
GALANT.
73
en l'absence du Juge ; de privation
pour toûjours contre le Ministre qui
y aura preſidé , des fonctions de ſon
Ministere dans toutleRoyaume,&م
d'estre procedé extraordinairement
contre ceux quiy auront aſſiſté, 11
eſt de plus ordonné par cette
mefme Declaration , Que confor
mément aux deux Articles que je
viens de vous marquer , & des Arrests
que l'on a rendus en conſequence,
les derniers que ceux de la R.P.R.
peuvent lever fur eux , feront imposez
devant le mesme Juge Royal
nommépar S. M. & qu'il en fera
dreffé un Etat qu'on luy donnera
- pour le garder , & en envoyer au
Roy, ou à Monsieur le Tellier Chancelier
de France , une Copie dans le
temps porté par cet Article XLIII.
des Particuliers de l'Edit de Nantes,
à peine de cinq cens livres d'amende
contre chacunde ceux qui manque
ront à se conformer à ce qui est en
Decembre 1684.
D
74
MERCURE
cela de l'intention de Sa Majesté ,
& de suspension de l'exercice de la
Religion Pretenduë Reformée dans
les lieux où l'ony aura contrevenu ,
jusqu'à ce qu'ily ait étéfatisfait.
L'Académie Françoiſe , qui
ayant l'honneur d'avoir le Roy
pour ſon Protecteur, n'a point de
ſoin plus preſſant que celuy de
s'attacher avec un zele reſpectueux
, à tout ce qui peut contribuer
à la gloire de cet auguſte
Monarque , a fait publier que
le 25. jour d'Aouſt de l'année
prochaine , Elledonnera les Prix
qu'Elle a accoûtumez de diſtribuer
tous les deux ans , à ceux
qui réüſſiſſent le mieux dans les
matieres qu'Elle propoſe pour un
Difcours d'Eloquence , & pour la
Poëſie Françoiſe. Le ſujetdu Difcours
d'Eloquence ſera cette fois,
ſuivat l'intention de M² de Balzac,
de la douceur de l'eſprit , ſur ces
parolesdu Sauveur du monde das
GALANT.
75
l'Evangile, Diſcite à me quia mitis
fum, &humilis corde. Ce Diſcours
dont le prix ſera un Crucifix, ou
un S. Loüis d'or, ne doit eſtre tout
au plus que d'une demy- heurede
lecture,& on eſt obligé de le finir
par une courte priere à Notre
Seigneur. Le ſujetde laPoësie Fraçoiſe
, ſuivant l'intention de ceux
quilontenvoyé, ſera la comparaiſon
du Roy & d'Auguſte , ſur les
paroles de Suetone , en la vie de
cét Empereur. Loca,in urbe,publica,
juris ambigui poſſeſſoribus adjudica_
vit . Le Roy a jugé contre luy- même
dans une affaire qui regardoit
ſon Domaine ; & dans une recherche
qui fut faite auſſi du Domaine
pour des Places de Rome,
Auguſte les ajugea à ceux qui
en eſtoient en poffeffion, fi toſt
que le droit luy parut doutem .
On y pourra joindre tel autre ſujet
de loüange, que chacun vou
D2
76 MERCURE
dra ſur quelques actions particulieres
de Sa Majesté , ou fur
toutes enſemble , pourveu qu'on
n'excede point cent Vers. Ils doivent
finir par une courte Priere
à Dieu pour le Roy , feparée du
corps de l'Ouvrage , & de telle
meſure de Vers qui agréra le plus
à l'Autheur. Ceux qui prétendront
au Prix , doivent mettre
leurs Ouvrages dans le dernier
jour du mois de May prochain ,
entre les mains de Monfieur l'Abbé
Regnier , Secretaire perpe .
tuel de l'Academie Françoiſe , à
'Hoſtel de Créquy ſur le Quay
Malaqueſt ou en ſon abſence
chez le Sieur le Petit , Imprimeur
du Roy & de l'Academie ,
Ruë Saint Jacques à la Croix
d'or. On ne doit point y mettre
de som , mais feulement une
marque ou paraphe , avec un
Paffage de l'Ecriture Sainte
,
GALANT.
77
qu'on écrira fur le Regiſtre du
Secretaire de l'Academie,& dont
il delivrera ſon Recepiſſé au Porteur
de chaque Ouvrage.
Vous devez eſtre contente de
l'Air nouveau que je vous envoye
, puis qu'il eſt d'un de nos plus
ſçavans Maiſtres .
AIR NOVVEAU.
T
Out lemonde me
brége mes jours ,
dit que j'a-
Pour aimer trop Bacchus , pour aimer
trop Sylvie ;
Cependant,malgré ces discours ,
Avecque tous les deux je veuxpaffer
ma vie.
J'aime bien mieux contenter mes
defirs ,
Et vivre moins de huit ou dix an
nées ,
Que d'aller prolonger mes tristes,
destinées ,
En me privant de ces charmans
plaisirs.
D3
78 MERCURE
Voicydes Vers qui ſont admirez
de toute la Cour. Ils font
deMadame des Houlieres , c'eſt
tout dire.
TAATerre fatiguée, impuiſſante,
inutile ,
Préparoit à l Hyver un Triomphe
facile.
Le Soleilfanséclat pracipitant Son
cours ,
Rendoit déja les nuits plus longues
que les jours ,
Quand la Bergere Iris de mille appas
ornée ,
Et malgré tant d'appas Amante
infortunée ,
Regardant les Buiſſons à demy depoüillez;
Vous , que mes pleurs , dit-elle , ons
tant de fois moüillez ,
Del'Automne en couroux reſſentez
les outrages ,
Tombez, Feüilles , tombez, vous dont
les noirs ombrages
GALAN Τ .
79
Des plaiſirs de Tircis faifoient les
Süretez ,
Et payez les chagrins que vous m'avez
coûtez.
Lieux toûjours oppofez au bonheur
de ma vie ,
C'eſt icy qu'à l'amour je me vis
aſſervie.
Icy j'ayvû l'ingrat qui me tientſous
fes loix ;
Icyj'aySoûpirépour la premierefois .
Mais tandis que pour luy je craignois
mes foibleſſes ,
Ilappelloit fon Chien, l'accabloit de
careffes ;
Du defordre où j'estois loin deſe prévaloir
,
Le Cruel ne vit rien , ou ne voulut
rien voir.
Il loüa mon Mouton, mon habit, ma
Houlete ,
Il m'offrit de chanter un Airſur ſa
Mufete;
D 4
80 MERCURE
Il voulut m'enſeigner quelle herbe
va paiſſant
Pour reprendreſa force un Troupeau
languiſſant ;
Ce que fait le Soleil des broüillars
qu'il attire ,
N'avoit- ilrien, hélas ! de plus doux
àmedire ?
Depuis ce jour fatal que n'ay-je
point fouffert ?
L'absence, laraiſon,l'orgueil,rien ne
mefert.
L'ay de nosvieux Pasteurs consulté
leplusſage;
I'ay mis tous ſes conſeils vainement
en usage;
De Victimes , d'Encens j'ayfatigué
lesDieux;
I'ay fur d'autres Bergers Souvent
tourné les yeux ;
Mais my le jeune Attis , ny le tendre
Philene,
Les délices, l'honneur des Rives de
La Seine .
GALANT. 81.
Dont lefront fut cent fois de Mirthes
couronné ,
Sçavans en l'art de vaincre un courage
obſtiné ,
Et que j'aidois moy mesme à me
rendre inconstante ,
N'ont pû rompre un moment le
charme qui m'enchante.
Encore ferois- je heureuse en cehonteux
lien ,
Sine pouvant m'aimer, mon Berger
n'aimoitrien
Mais il aime à mes yeux une Beautè
commune ,
Apoſſederſon coeur il borne ſafortune
;
C'est pour elle qu'il perd leſoin de
Ses Troupeaux ;
Pour elle seulement résonnent fes
Pipeaux ;
Et loin dese laſſer des faveurs qu'il
ad'elle ,
nouvelle.
Sa tendreſſe en reprend une force
DS
82 MERCURE
Bocages , de leurs feux uniques
Confidens ,
Bocages que je bays , voussçavez
ſi je mens ,
Depuis que les beaux jours , à moy
Seule funeftes ,
D'un long & triſte Hyver eurent
chassé les restes ,
Iusqu'à l'heureux débris de vos frèles
beautez,
Quels jours ont- ilspaſſezdans ces
lieux écartez !
Que n'y reprochiez vous à l'ingrat
que i'adore ,
Quemalgré ses froideurs , hélas ,
ie l'aime encore !
Que ne luy peigniez vous ces mouvemens
confus ,
Ces tourmens , ces tranfports que
vous avez tant vûs !
Que ne luy difiez vous, pourtenter
fa tendreſſe .
Que te fcay mieux aimer que luy .
que fa Maitreffe !
GALANT.
83
Mais ma raiſon s'égare. Ah ! quels
Soins , quels secours
Dois - ie attendre de vous ,quiſervez
leurs amours ?
Les Dieux à mes malheurs feront
plusfecourables ;
L'Hyver aura pour moy des rigueurs
favorables.
Il approche , & déia les fougueux
Aquilons
Par leur foufle glacé défolent nos
Valons ;
La neige qui bien-toft couvrira la
Prairie ,
Retiendra les Troupeaux dans chaque
Bergerie ,
Et l'on neverra plus Sous vostre ombrage
affis ,
Ny l'heureuse Daphne , ny l'amoureux
Tircis .
Mais,hélas! quel eſpoir meflate
& me console ?
Avecrapidité le tempsfuit & s'en
vole ,
D 6
84 MERCVRE
Et bien toft fle Printemps à mon
ame odieux
Ramenera Tircis & Daphné dans
ces lieux .
Feüilles , vous reviendrez vous rendrez
ces Bois fombres ;
Ils s'aimeront encorfous vos perfides
ombres ,
Et mes vives douleurs, &mes transports
ialoux ,
Pour mon ingrat Amantrenaiſtront
avec vous.
Je vous envoye une Lettre
écrite à la Reyne de Pologne,
dans laquelle vous trouverez une
Relation exacte & fidelle de
beaucoup de choſes qui ont eſté
veües ſeparément & par mor
ceaux détachez , dans les Nouvelles
publiques . Quoy que le
Roy de Pologne n'ait fait aucune
Conqueſte Cette derniere Cam
GALANT,
85
pagne , on peut dire que jamais
il n'a mieux ſervy la Chrétienté.
Sa haute réputation le faiſant
craindre des Turcs plus qu'aucune
autre Puiſſance , & les engageant
à ſe tenir en état de s'oppofer
à toutes les entrepriſes qu'il
auroit pû faire , il avoit à ſoûtenir
cent mille Turcs ou Tartares ,
dont la plus grande partie auroit
eſté employée contre les Imperiaux
. Cela paroiſtra tres - veritable
, ſi on examine le peu de
Troupes que le Seraskier avoir,
& le long temps qu'il luy à falu
pour les aſſembler .
MADAME,
La même nuit que le Roy dépescha
la Poste à Vostre Majesté , ſes
ordres estoient donnez pour passer
le lendemain la Riviere de Samotriche
à une liene de Kaminiek , ce
86 MERCURE
que l'on commença de faire dés le
point du jour ; & comme les Tartares
occupoient l'un & l'autre costé
de la Riviere , le Roy fut obligé de
faire marcher ſon Avantgarde plus
forte qu'à l'ordinaire , & d'y joindre
les Dragons , pour couvrir nos
Chariots pendant un Defilé qui
dura prés d'une demylieüe , de forte
que la moitié n'étant pas passée à
midy , le Roy se trouva obligé de
demeurerfur la hauteur du coſté de
Kaminiek avec une partie de l'Infanterie,
la plus grande partie des
Houffaris , & peut- estre vingt Compagnies
de Panfernes . Entre midy
&une heure , nous vimes toutes les
Hauteurs de noſtre costé couvertes
de Turcs & de Tartares , lesquels
s'étendoient en bon ordre dans la
Plaine , pour nous investir de tous
cofte.z Le Roy mit auſſi toft ce qu'il
avoit de Troupes en Bataille , avec
GALANT. 87
une tranquilité & un ordre admirable
, faisant teſte à l'Ennemy de
tous costez; & nous demeurâmes en
cet état jusqu'à quatre heures, pré-
Sentant la Bataille ,fans qu'ils ofaf-
Sent nous attaquer. Les Ennemis
cependant ſe fortifiant toûjours de
nouvelle Troupes , &s'étendant de
maniere qu'ils ſembloient vouloir
nous ôter la communication d'avec
la Riviere , & le reste de nostre
Armée qui estoit de l'autre coſté , le
Roy jugea devoir ſe rapprocher du
Paffage , & comme il est dangereux
de faire un mouvement en
présence d'un Ennemy auffi fort ,
&qui parsa maniere de combatre,
est plus en état d'en profiter qu'un
autre , on le fit avec beaucoup de
precaution , se retirant toûjours
dans le mesme ordre de Bataille.
Les Ennemis s'estant apperçus de
noftre démarche , & ayant iugé de
88 MERCURE
nostre intention , nous attaquerent
de tous coſtez avec beaucoup
de furie , & furent foutenus par
tout avec beaucoup de fermeté & de
valeur de nos Troupes. Cependant
comme c'estoit une néceſſité de gagner
le Défilé &le Paſſage de la
Riviere avant la nuit , le Roy ordonna
qu'une partie des Houßars entrat
dans ce Défilé, & laiſſa ordre aux
autres de faire l'Arrieregarde de
tout avec l'Infanterie ; & Sa Majesté
voyant que les Tartares paffoient
la Riviere audeſſus & audefſous
avec beaucoup de diligence
, paſſa Elle mesme de l'autre costé
avec trois Compagnies de Panſernes
, & quelques Reytres ,pour affurer
le passage aux Houſſars , &
fit'avancerpromptement Kelmsky ,
Lieutenant & Maréchal de la
Cour , qu'il trouvapaſſe audeſſus
avec trois autres Compagnies, pour
GALANT. 89
occuper une petiteHauteurcouverte
de quelques Arbres , par où il
jugea que les Ennemis pouvoient
venir à luy. A peine Kelmsky futil
poſté , que nous vimes les Tartares
se détacher de tous coſtez
pourtomberſur luy &fur nous ;de
forteque tout ce que le Roy putfaire
, fut de prendre une Compagnie
de Houſſars qui achevoit de paſſer,
& de s'avancer avec Elle , & trois
Compagnies de Panfernes , pourſoutenir
Kelmsky , & donner le temps
auxHouſſars de paſſer la Riviere ,
& de se mettre en Bataille. Pendant
un demy quart heure icus
lieu de craindre pour S.M. la mes.
me avanture de Barkam , qui arriva
l'année derniere à pareil iour ;
mais les Ennemis n'ayant point
apperçû les Compagnies de Panfernes
de Kelmsky , & s'estant
avancez en defordre iusqu'à luy .
il les chargea si à propos 2
१० MERCURE
que les Houſſarts eurent le temps
de ioindre le Roy , & de paſſer le
Défilé , ce qu'ils firent avec beaucoup
de diligence , & arrestérent
les Tartares ; mais dans le meſme
temps les Ennemis , qui avoient
leurs plus grandes forces de l'autre
coſté , attaquérent le reste de
nos Troupes , qui estoient fur la
Hauteur , avec une fureur inconcevable
, principalement du coſté
de celles de Brandebourg , iusqu'à
Se faire tuer le Sabre à la main
dans leurs Bataillons ; mais aprés
avoir esté battus , & ayant perdu
leurs plus braves Gens , nos Troupes
Se retirérent ſans eſtre ſuivies , à
l'entrée de la nuit. Les Tartares
allumérent de grands feux à leur
ordinaire , & à dix heures dufoir ,
le Roy rejoignit le reste de fon Armée
, qui estoit campéàdemy lieüe
de la. Voilà , Madame , comme
GALANT. 91
tout s'eſtpaſſsé dans cette premiere
journée , où le Roy avec quinze
mille Hommes a preſenté la Bataille
à une Armee de foixante
mille ; apaſſsé une Riviere , & s'est
retiré devant eux fans perdre un
Homme. Vostre Maiesté doit compterque
toutes les forces de Krimée
avec le Ban , le Sultan Galga , &م
ſes deux Enfans , font icy , auſquels
lesTures ont joint la garnison de
Kaminiek. Nos Troupes ayantfort
fatigué pendant ce jour-là , le Roy
demeura tout le lendemain dans ſon
Camp ; & àhuit heures du matin
les Tartares parurent , & ſe ſaiſi
rent avec les laniſſaires de la
garnison de Kaminick , d'un Bois
fort proche de nostre Camp , & qui
ioignoit un Défilé par lequel nous
devions nécessairement paffer le
lendemain , où le Roy les fit attaquer
par les Dragons & des Cofa
92
MERCURE
ques, qui les en chafférent aprés
une heure de Combat. Le lendemain
auſſi toſt que nous fumes en
marche , ils parurent en trois Corps,
pour nous attaquer au paſſage d'une
Seconde Riviere auſſi difficile que
La Samotriche. Le Royne pouvant
allerà euxpar laſituation du Païs,
ne Songea qu'à faire paſſerſon Armée
avec toute lasûreté poſſible;&
noſtre Avantgarde estant passée en
bon ordre ,fortifiée d'Infanterie&
de Canon , leur fit abandonner le
Terrain , & les chaſſa de laHauteur
, où ellese mit en Bataille. Les
Tartares n'ayant pû prendre aucun
avantage de ce costé là , se rejoignirent
avec leur viteſſe ordinaire ,
& attaquérent noftre Arrieregarde
avec beaucoup d'avantage , la prenant
à demy paſſée ; mais nos Hausfars
firent si bien , & entr'autres
quatre Compagnies Lithuanoifes
GALANT.
93
qui estoient les plus exposées, qu'ils
les obligerent de se retirer. Ils
nous ont ſuivis tout aujourd'huy
defort loin, n'ofant nous attaquer;
mais fur lesfix heures du ſoir ils
font venus fi prés de nous , que s'il
y euft eu deux heures de jour , nous
les aurions aſſurement combatus,
Le Roy qui en a la derniere impatience
, & qui s'est trouvé embarrassé
pendant ces trois jours cy
d'un nombre infiny de Chariots,s'est
refolu de les laiſſer dans le Camp
où nous sommes , &de marcher à
eux demain , pour les attaquer par
tout où il les trouvera. Que Vo.
stre Majesté ne foit pas inquictée
de cette résolution les Troupes
n'ayant jamais marché avec plus
de gayeté, nysonhaitté fi ardem
ment de voir les Ennemis . Pour moy ,
je ne quiteray point le Roy ny Mon-
Seigneur le Prince d'un pas ; je les
,
94
MERCURE
Suivray demain , quoy qu'il arrive.
Selon l'ordre de la Bataille , le Roy
a mis à la droite & à la gauche
Sa Compagnie de Houſſars , deux
Bataillons de Brandebourg , & a
fait fermer cette Ligne par les
Compagnies du Prince Lacques , &
du Prince Alexandre , & les Chevaux-
legers que commande Vronosky
, & la Compagnie de Miogens.
ky. On peut s'assurer qu'il n'ya
point au monde de Troupes fi bonnes
&fi fermes . Ie dois rendre ,
Madame , la Iustice àM² le Palatin
de Russie , & vous dire qu'il
agit par tout en General , & s'expose
comme le moindre Soldat ; le
Roy en paroist fort content.
Du Camp de Labbruſe du 12. Octob. 1684.
Je vous ay déja parlé du Mariage
de Monfieur le Prince Electoral
de Brandebourg avec ма
GALANT.
95
dame la Princeſſe de Hanover.
En voicy de plus amples circonſtances
. Monfieur de Kromkaus,
Préſident aux Finances , & Miniſtre
de Monfieur l'Electeur ,
eſtant arrivé à Hanover le 15.de
Septembre , pour faire la demande
de cette Princeſſe , Monfieur
de Kromkaus ſon Fils alla dés le
ſoir mefme au Chaſteau luy rendre
une Lettre de Monfieur le
Prince Electoral.Toutjeune qu'il
eſt , il s'acquitta parfaitement
bien de cette Commiſſion. Le
lendemain ont vint prendre M
de Kromkaus ſon Pere avec les
Carroffes de Monfieur le Duc
de Hanover , pour le mener à
l'Audience. Vous jugez bien
qu'il en ſortit tres- content , &
que l'on n'eut pas de peine à luy
* accorder ce qu'il demandoit. De
l'Apartement, de Monfieur le
96 MERCURE
Duc , il fut conduit à celuy de
Madame la Ducheſſe de Hanover
, où il trouva la Princeſſe. Il
luy preſenta de la part de Monfieur
le Prince Electoral deux
Boucles d'oreilles d'un ſeul Diamant
, où pendoient deux Perles
en poire , d'une groffeur & d'une
eau extraordinaire , avec le
Portrait de ce Prince enrichy de
Diamans , le tout eſtimé cinquante
mille écus. Madame la
Princeſſe de Hanover eſt une
Perſonne tres- aimable. Sa taille
eſt des mediocres. Elle a la plus
belle gorge & la plus belle peau
que l'on puiſſe voir , de grands
yeux bleus doux , une quantité
de cheveux noirs prodigieufe ,
des ſourcils comme s'ils eſtoient
faits avec le compas, le nez bien
proportionné , la bouche incarnate
, de fort belles dents , & le
teint
GALANT.
97
teint tres-vif. Le tourde ſon viſage
n'eſt ny ovale ny rond , il
tient de l'un&de l'autre. Pour
de l'eſprit , elle en a beaucoup ,
= & une douceur fort engageante.
- Elle chante bien , jouë du Claveſſin
, dance avec beaucoup de
-- grace , & fait ce que fort peu
de Perſonnes ſçavent dans un
-âge aufſſi peu avancé que le ſien.
Elle eut juſtement ſeize ans ac
complis le jour que ſe fit ſon
Mariage .
Ce jour ayant eſté arreſté, M
de Kromkaus alla porter à fon
■ Maiſtre la nouvelle du ſuccés de
ſa negotiation . Monfieur de Hanover
le combla d'honneſterez ,
: & partit chargé de preſens de
la valeur de cinq mille écus , un
grand Chandelier d'argent , des
Chénets , & un Miroir dont la
Bordure eſtoit du meſme métal.
Decembre 1684 E Baverinona
Staatsbibliothek
München
98 MERCURE
Tous ceux de ſa Suite , juſques
aux moindres eurent des marques
conſidérables de la liberalité
de ce Prince. Madame la
Princeſſe luy donna une Bague
pourMonfieur le Prince Eléctoral.
Depuis ce temps , il ne ſe
paſſa guéres de jours qu'il n'arrivaſt
quelques Cavaliers deſtiné
pour la Maiſon de cette Princeſſe.
Le Prince partit de Berlin
le 29. Septembre avec une
Suite nombreuſe qu'il laiſſa derriere
, par l'impatience d'arriver.
Monfieur leDuc deZell l'envoya
recevoir à l'entrée de ſes Etats,
& le fit régaler le 3. Octobre à
une de ſes Maiſons , qu'on nomme
Bredorf. Monfieur de Po
dvvits , Lieutenant General des
Troupes de Hanover , & Mon.
fieurGroot, Préſident des Finances
, & Miniſtre de cette Cour ,
GALANT.
99
l'y vinrent complimenter de la
part de Monfieur le Duc de
Hanover. Le lendemain il en
-partit accompagné des Gardes
- de Monfieur le Duc de Zell,
2 comme il l'avoit toûjours eſté
depuis qu'il eſtoit entré dans ſes
Etats. Monfieur le Duc de Hano-
-ver ayant eu avis de la marche
du Prince , par les Courriers qu'il
faiſoit partir à tous momens ,
monta dans ſon Carroſſe , accompagné
de Madame la Ducheſſe
& de la Princeſſe leur
Fille. Il fut ſuivy ſeulement d'un
autre , où estoient ſon Premier
Gentilhomme de la Chambre,
ſon Capitaine des Gardes , & les
Ecuyers des deux PrinceTes.
Douze de ſes Pages , & une partie
de ſes Gardes du Corps , l'ef-
- cortoient. Avec ce peu de monde,
ilalla à la rencontre de Mon-
:
E 2
100 MERCURE
ſieur le prince Electoral , quide
ſon coſté venoit avec une vîteſſe
incroyable , & arriva un jour
plutoſt qu'on ne l'avoit attendu .
Dés que les Carroſſes commencerent
à s'approcher, on mit pied
à terre de part & d'autre avec
précipitation ; & apres quelques
complimens de Monfieur le
Prince Eléctoral à Monfieur le
Duc de Hanover , il ſe tourna
du coſté de madamela Ducheffe,
qu'il voulut par reſpect ſaluer à la
maniere Allemande, en donnant
la main, mais Madame la Duchefſe
qui le regardoit déja avec un
oeil de Mere , l'embraſſa , & luy
preſenta la Princeſſe , qu'il ſalüa
de meſme. Ils ſe dirent pluſieurs
choſes d'une maniere qui faiſoit
connoiſtre que la cerémonie y
avoit moins de part que la joye ,
& remonterent en fuite en Car
GALAN T. ΙΟΙ
roffe. Le Prince & la Princeſſe
eurent place au fond , & Monfieur
le Duc & Madame la Ducheffe
occuperent le devant. Ce
n'eſt pas qu'ils commençaſſent à
la traiter en Princeſſe Electorale,
mais ils furent bien- aiſes que
le Prince euſt le plaiſir de la voir
à ſes côtez. Ils allerent deſcendre
à Heraufen , Maiſon de plai-
-ſancedu Duc, à une demy heure
de Hanover. Au fortir du Carroffe
, Monfieur le Prince donna
la main à Madame la Ducheſſe ,
&la conduifit dans ſon Apartement
, où il laiſſa la Princeſſe; &&
Monfieur le Duc accompagna ce
Prince dans celuy qui luy avoit
eſté preparé . Peu de temps apres
on ſe rendit dans une Salle , où
l'on ſervit un magnifique Soupé.
Depuis ce jour juſqu'au Dimanche
8. Octobre , qui fut celuy
E3
102 MERCURE
que l'on choiſit pour le Mariage,
il ne s'en paſſa aucun que le
Prince ne fiſt quelque preſent
confiderable à la Princeſſe , ומ
Colier de Perles , des Bracelets
une Garniture de Diamans , une
d'Emeraudes , de Perles , des Bagues
, & des Poinçons d'une
beauté ſinguliere . Monfieur le
Due de Hanover fit auſſi à la
Princeſſe un tres - beau preſent
-de Pierreries , que les Connoiffeurs
font monter à quatre- vingts
mille écus . Enfin le jour heureux
arriva , où la ceremonie du Mariage
fut faite. On y convia ſeulement
les Princes , les Miniſtres ,
quelques Generaux Majors , &
les Demoiſelles , dont la Dignité ,
l'Employ , & les Charges , rendoient
leurs preſences neceſſaires
. Si toſt que le Prince & la
Princeſſe ſe furent promis la
GALANT.
103
-
foy , une Fuſée volante en donna
le ſignal à la Ville, qui répondit
auffitoſt par trois Salves con-
■ ſécutives de tout le Canon de ſes
Ramparts. Un moment apres on
ſe mit à table. Il y eut fix Servi-
- ces qui parurent longs auPrince.
La modeſtie de la Princeſſe , &
la langueur qui paroifſſoit dans
ſes yeux , augmenterent telle-
■ ment l'éclat de ſa beauté naturelle
, qu'elle charma tous les
Spéctateurs. La peſanteur de ſes
Habits , & d'une Couronne de
Perles & de Diamans , luy ayant
fait un moment changer de couleur
, le Prince en parut tout alarmé.
Pour fortir d'inquiétude , il
pria Madame la Ducheſſe de
trouver bon qu'on ladéchargeaſt
de ce fardeau . On la conduifit
auſſitoſt dans ſon apartement ,
d'où elle fut ramenée en Def
E 4
104 MERCURE
habillé. Elle avoit une Simarre
de Brocard d'or , & couleur de
feu, & dans ce ſimple ornement
elle eſtoit plus belle qu'on ne l'avoit
jamais veuë . Quand elle ſe
fut retirée à ſa Toilette , Madame
la Ducheſſe la deshabilla , &
ayant congedié toutes les Dames,
elle attendit ſeule l'arrivée du
Prince , avec lequel elle la laiſſa.
Le lendemain au matin Leurs
Alteſſes pafferent dans l'Appartement
des Mariez ,& leur fouhaiterent
d'heureux jours. Le
Prince ſe leva incontinent , &
alla rendre viſite à Monfieur le
Duc , & enſuite à Madame.la
Ducheſſe , pour donner le temps
ala Princeſſe de s'habiller. Dés
qu'elle fut preſte , toute la Compagnie
la vint prendre pour la
conduiredans la Salle où le Diſné
fut fervy avec beaucoup de ma
GALANT. 105
gnificence. Ce jour & le jour
ſuivant ſe paſſferent en jeux , en
danſes, & en Feſtes particulieres,
juſqu'au Mardy 10. d'Octobre
deſtiné pour l'entrée du Prince
à Hanover , qui fut trés - bien
ordonnée. Leurs Alteſſes trouverent
dans la Plaine trois Regimens
de Cavalerie , qui aprés
avoir fait leur décharge , défilerent
quatre à quatre ,& tinrent
la teſte du Cortege. Les Ruës
eſtoient bordées par les Regimens
d'Infanterie de Podvvits
& de Berhnolph , & les Gardes
à pied occupoient la Court da
-Château , & lesavenuës. Enfuite
on voyoit vingt-quatre Chevaux
de main de Monfieur le Duc de
Hanover , avec des Couvertures
magnifiques , menez par autant
de Palfreniers ; puis douze
Pages à cheval de Monfieur te
ES
106 MERCURE
Duc , avec les Ecuyers à leur teſte;
douze Chevaux de main de
Monfieur le Prince Electoral ;
huit Pages de ce meſme Prince;
trente Carroſſes à fix Chevaux
dela Cour de Hanover ; vingttrois
autres à fix Chevaux de
Monfieur le Duc , dont il y en
avoit fixd'une tres- grande beauté
; trois du prince Electoral ,
d'une magnificence extraordinaire
, fur tout le dernier , dont
l'Impériale , le dedans, auſſi bien
que le Siege du Cocher , & les
Harnois des fix Chevaux , font
d'un Velours dont le fond eſt
d'argent , & les fleurs d'or. Ony!
voit ſeulement un peu de Cramoiſy
en quelques endroits. II
eſt doré par tout , & fort bien
peint. Aprés cela poroiſſoient
douze Trompettes de Monfieur
le Duc de Hanover ,& huit de
GALANT. 107
Monfieur le prince Electoral, qui
- rempliſſoient l'air d'une harmonie
agréable , à laquelle répondotent
les Trompettes des trois
Regimens qui estoient poſtez
dans la plaine. Le Lieutenant
Genéral,&le Grand Maréchal,
ſuivoient à la teſte de cent Seigneurs
, ou Officiers de la Cour,
tres-bien montez , & bien habillez
. Monfieurle prince Charles
paroiſſoit enſuite monté ſur un
Cheval admirable , qu'il manioit
avec beaucoup d'adreſſe ; il précedoit
le Careffe du Corps , de
Velours Cramoiſy , brodé d'or &
d'argent ſur l'Impériale comme
au dedans. Monfieur le Prince
Electoral estoit au fond avec la
Princeſſe ; au devant Monfieur
Je Duc & Madame la Ducheffe
-de Hanover , & à la portiere
droite Madame la Princeſſe de
E6
108 MERCURE
Hanover Fille de Monfieur le
Duc de Zell , qui a épousé le
Prince aînéde Hanover. Le Regiment
des Gardes de Monfieur
le puc ſuivoit monté ſur des
Chevaux gris pommelez. Ces
Gardes estoient habillez d'Ecarlate
doublée de noir ; avec un
Galond'argent par tout. Le rouge
eſt la couleur de ce prince,
avec des Galons argent &
noir. Les Gardes de Monfieur le
prince Electoral qu'on nomme
Trabans , marchoient enſuite ,
vétus de bleu , avec des Galons
or&argent , qui font les livrées
deMonfieur l'Electeur de Bran
debourg. Six Caroffes à ſix Chevaux
où eſtoient les Dames
d'honneur , & les Filles d'honneurs
, fermoient cette marche.
Les Canons des Ramparts tirerent
continuellement ,& on en
GALANT.
109
entendit du moins trois cens
coups en une demy - heure.
Quand Leurs Alteſſes furent defcenduës
de Carroſſe , les Regimens
d'Infanterie allerent ſe
mettre en bataille dans une Place
vis à vis des Feneſtres du
Château , d'où ils firent trois falves
comme les Gardes à pied
dansla Court , du même Château
. Us eftoient habillez de neuf.
Lacouleureſt rouge , des Galons
d'argent ſur leurs manches , &
desPlumes blanches ſur un Chapeau
bordé d'argent. Toutes les
Dames de la Cour , à la teſte defquelles
eſtoient Madame la Maréchale
, & Madame de Groot,
ſe trouverent au bas de l'Ecalier,
où ayant receu Madame la Princeffe
Electorale , elles la conduifirentdans
l'Appartement qu'on
luy avoit deſtiné , Le Soupé fut
110 MERCURE
,
ſervy. On n'y but aucune ſanté
qui ne fut celebrée par trois
coups de Canon , dont on avoit
mis cinquante petites Piéces atıx
environs du Château. Le ſignal
leur eſtoit donné par douze
Trompettes, quieſtoient poſtez
fur les Galeries & fur les Balcons
&dans les intervales
douze Violons & fix Hautsbois
charmoient par leurs doux
accords toute cette auguſte
Compagnie. Chaque Prince , &
chaque Princeffe,, furent fervis
par deux des principaux de la
Cour. Outre la Table de leurs
Alteſſes , ily en eut dix- huit autres
en diférentes Salles , chacunede
vingt couverts , ſervies en
mémetemps ,& avec la mesme
propreté celles des Dames d'honneur,
des Dames de la Cour, des
Filles d'honneur , des Etrangers,
des Genéraux Majors , des Co
GALANT. - 111
lonels , des Lieutenans Colonels
, des Capitaines , des Lieutenans
, des Enſeignes , & celle
des Cavaliers qui ſervoient les
Princes & les Princeſſes . :
Aprés le Soupé , on ſe rendit
5
dans une grande Salle parée
pour le Bal. Il commença par
une Dance qu'on ne connoit
point en France & que l'on
conſerve en Allemagne par une
-vieille tradition . Six de la Cour
de Hanover donnerent la main
à fix de M le Prince Electoral ,
tous un Flambeau de cire blanche
à la main. Les Mariez ſe
placerent au milieu en forte
qu'il y en avoit fix devant, & fix
derriere , & commencerent la
Dance. Ils danſerent à deux
repriſes. M le Duc vint prendre
la place du Prince , & danfa
comme luy. Enfuite.Madame
1
112 MERCURE
la Duchefſe prit cellede Madame
la Princeſſe Electorale ; le
Prince de Hanover celle duDuc;
la Princeſſe celle de la Duchefſe
; & le Prince Charles , celle
du Prince de Hanover. Il finic
la Dance qui ſe fait au ſon des
Trompettes , ſans qu'il y ait aucun
Violon qui joüe. Aprés
cetteDance on commença un
Bal à la Françoiſe.
Le Mecredy 11. toute la Cour
ſe mit dans une parure auffi galante
que riche. Le ſoir les
Dames ſe rendirent chez Madame
la Ducheſſe chargées de
Broderies , de Points d'Eſpagne,
de Perles , & de Diamans ; il y
eut Bal aprés le Soupé. Le lendemain
la plus grande partie de
la journée s'eſtant paſſee en divertiſſemens
, on prit celuy de
la Comedie. L'inconnu fut reGALANT.
113
preſenté , avec un Balet entre
les Actes , composé de vingt Entrées
. Les Recits qui estoient
à la loüange des Mariez , en
furent chantez par les Muſiciens
de Mr le Duc de Hanoyer.
Un moment avant laCo.
-medie , Me le Duc & Madame
la Duchefſſe de Zell , que l'on
attendoit avec impatience, étant
arrivez , prirent part à ce divertiſſement
, & augmenterent la
joye. Mr le Marquis d'Arſy
Envoyé Extraordinaire
France auprés des princes de
la Maiſon de Brunſvvic , s'y
rendit avec eux. Le Soupé fut
encore ſuivy du Bal. Le Vendredy
13. tous les princes &
princeſſes firent l'honneur a
M, Bodvvits Lieutenant Genéral
, d'aller diſner chez luy. Il
y eut ce jour là deux petitesde
114 MERCURE
Comédies , & le Bal le ſoir.
Le Samedy on joüa Britannicus ,
& le ſoir il y eut un trés-beau
Feu d'Artifice. On voyoitd'abord
un Château cantonné de
fesTours , dont l'avenuë eſtoit
•compoſée d'une double allée
de Cypres , dans laquelle il y
avoit une Chaffe , & où des
Chaffeurs au bruit de leurs
-Cors, animoient une meute de
Chiens à la pourſuite d'unCerf.
Au bout de cette avenuë
eſtoient deux pieds -d'Eſtaux ,
fur leſquels s'élevoient deux
Statuës , dont l'une repréſentoit
Mars , & l'autre Diane ,
pour faire connoiſtre que les
Princes de ces deux illuftres
Maiſons ne ſe plaiſoient pas
-moins dans les hazards de la
Guerre, quedans l'exercice de
la Chaffe. Aux deux coſtez
GALANT.
115
on remarquoit deux Arcs de
triomphe tout de feu , au milieu
deſquels paroiffoient les
Noms , les Diviſes & les Chifresdu
Prince & de la Princeſſe
Electorale , qui brûlerent inceſſamment
pendant deux heures
, ſans ſe conſumer. Une
infinité de Fuſées volantes qui
partoient de deſſus les Ramparts
, & qui retomboient en
ſerpenteaux ou étoiles , vis à
vis des Fenestres du Château
, ſe méloit au bruit de
toute l'Artillerie de la Place.
Dans le temps qu'on ſe préparoit
à ſe retirer &que chacun
ſelon ſes diverſes connoifſances
, donnoit les loüanges
aux Ingénieurs , on fut retenu
parun nouveau bruit. C'eſtoit
une Siréne portée ſur un Radeau
, qui ſe promenoit ſur le
,
116 MERCURE
bras de la Riviere qui lave les
murs du Château . Il en ſortit
tant de flames , qu'on auroit
cru que cette Riviere rouloit
des feux au lieu d'eau .
Le Dimanche 15. on chanta
le Te Deum dans l'Egliſe du
Château , & le ſoir les deux
petits Princes avec les petits
Seigneurs , & les jeunes Damoiſelles
de la Cour , danſerent
un Balet de douze Entrées ,
qui fut parfaitement bien executé,
& qui attira l'applaudifſement
de toute la Compagnie.
Le Lundy M' le Duc de Zell ,
Madame la Ducheſſe , & touse
la Cour, partirent , auſſi bien
que Me leMarquis d'Arſy. L'apreſdinée
on eut le plaifir de
la Chaſſe du Sanglier dans la
Cour du Château , qu'on avoit
couvert de Sable & fermée de
GALAN T. 117
Toiles .On eut auſſi le divertiſſement
de berner des Renards &
deş Blereaux.ll en avoit quatrevingt
des premiers , & trente
des autres. Enſuite les Princes&
les Princeſſes ſe rendirent
chez M² de Groot , où
l'on commença le Bal ſur les
fox heures. Il fut interrompu
✓ par un Repas d'une propreté &
d'une abondance ſurprenante.
- Dans un mesme temps , &
preſque dans le meſme moment
, il y eut cinq Tables fervies
fans confufion , où cent
perſonnes trouverent tout ce
qu'on peut ſouhaiter de mets
exquis ; & ce qui eſt admirable
, c'eſt que le Maiſtre & la
Maiſtreſſe de la Maiſon étoient
auſſi peu embarraſſez que s'ils
n'euffent eu aucune part à cette
magnificence. On recommen118
MERCURE
ça le Bal aprés le Soupé. Le
Mardy 17. ſe paſſa en jeu , &
le ſoir on repréſenta Psyché ,
qui fut un ſpectacle tout charmant
, tant pour la richeſſe &
la beauté des habits , que pour
la juſteſſe des Machines. Aprés
ſoupé il y eut encore Bal . Mr
leBaron de Platen , grand Marechal
, & premier Miniſtre de
Me le Duc de Hanover , qui
s'eſtoit reſervé un jour pour
régaler Leurs Alteſſes , s'en acquitta
le Mecredy 18 avecune
ſi grande profufion , & tant de
délicateſſe , qu'on n'euſt pû
rien ajoûter à la ſumptuoſité
de cette Feſte. Lors qu'on fut
au fruit , il y eut pendant une
demy - heure une Fontaine
d'Eau de Senteur au milieu de
la Table des Princes. Elle fortoit
d'un Rocher, & s'élançant
GALANT. 119.
juſques au plat- fond , retomboit
en pluye , & embaumoit
toute la Salle . Ce Repas finy,
l'on paſſa dans celle de la Comédie
, dont l'on diverſifia les
Entractes par de nouvelles En.
trées . Après cela toute cette
illuſtre Compagnie ſe rendit
chez Madame Harling , Dame
d'honneur de Madame la Ducheſſe
, qui voulut régaler à
ſon tour la Princeſſe Electorale
, dont elle a toûjours eu la
conduite. Elle donna un Soupé
trés propre & trés - galant ,
dans un Appartement ſeparé
du Château , orné d'une infinité
de feüillages verds , & de
toutes les fleurs que pouvoit
fournir la ſaiſon où l'on eſtoit.
Il y eut une fort jolie Maſcaradede
fix Filles d'honneur de la
Cour , & d'autant de Cavaliers
120 MERCVRE
déguiſez en Payſans & en Payſanes
, qui vinrent féliciter les
Mariez , & les ſervirent à table.
Leurs Dances ruſtiques
fuccéderent au Repas , & ne
furent pas un des moindres divertiſſemens
de cette journée.
Ce fut celle du départ de la
plus grande partie des Officiers
de Son Alteſſe Electorale . Mon
ſieur le Duc de Hanover leur
fit à tous des préſens confiderables
. Je croy , Madame, vous
avoir déja dit en vous parlant
de ce Prince , qu'il eſt magnifique
en toutes choses ; mais
ce qui le fait particulierement
eſtimerdans ſes liberalitez , c'eſt
qu'il a le difcernement ſijuſte ,
qu'il donne plûtoſt au merite &
à la vertu ; qu'aux Perſonnes .
Outre les Vaſes d'argent&de
vermeil , il fit préſent d'une infinité
GALANT. 121
finité de Chevaux de ſon Ecurie
à tous les Cavaliers de la
Cour de Berlin. Il en donna huit
deCarroffe de couleur de perle
aux crinsblancs , à Monfieur le
Prince Electoral , trois Attelages
de diférentes couleurs à la
Princeſſe , & encore au Prince
huit Chevaux des plus beaux de
ſon Ecurie , qu'il choiſit exe
trois ou quatre cens , dont elle
eſt ordinairement compoſée. II
en donna auffi deux à Monfieur
le Marquis de la Foreſt , Colonel
au ſervice de Dannemarc , qui
a autrefois ſervy dans les Troupesde
Monfieur le Duc de Zell,
& qui ſe trouva au Mariage .
On y vit quatre Envoyez extra-
•ordinaires , Monfieur de Plitresdorf
de l'Empereur , Monfieur
le Marquis d'Arſy de France ,
Monfieur Vvelling de Suéde , &
Decembre 1684. F
1
121 MERCURE
Monfieur Afſtouſe de pannemarc.
১
Le Jeudy 19. qui eſtoit le jour
où Mr le Prince Electoral devoit
partir , on folemniſa par la décharge
du Canon toutes les fantez
qui furent bevës au dîner.
Ce Prince donna ſon Portrait
enrichy de Diamans au Lieutenant
Genéral au grand Maréchal
, & à quelques autres. Il
fit auſſi un grand nombre de préſens
en argenterie. Aprés le dîner
Mr le Duc de Hanover, ſuivy
de toute ſa Cour , l'accompagna
juſqu'à une lieuë de la Ville.
Là ce Prince monta dans ſa
Caleche avec Madame la princeſſe
Electorale , & alla , eſcorté
d'une partie des Gardes du Duc
juſqu'à Borcdorf , où Mr le Duc
de Zell le traita magnifiquement.
Le lendemain il en partit
GALAN Τ.
123
- pour ſe rendre à Berlin. Les Gardes
de Monfieur le Duc de Zell
ne le quitterent que ſur les Frontieres
. La Princeſſe revient à
Hanover , où elle devoit encore
paſſer trois ſemaines auprés de
Madame la pucheſſe ſa mere,
qui eſt Soeur du dernier Electeur
Palatin , & Fille de celuy qui fue
élu Roy de Boheme. Elle ſçait
beaucoup , & a l'eſprit fort vif
& fort penetrant. Elle parle
François , Anglois , Flamand ,
Hollandois , comme Allemand,
& à l'entendre dans toutes ces
langues , on auroit peine à connoiſtre
quelle eſt celle que la
Nature luy a appriſe. Elle ſçait
parfaitement les intereſts des
Princes , les principales maximes
des Etats , & les inclinations des
Peuples dont elle parle , & aufquelles
elle s'accommode ſans
F2
124 MERCURE
peine. Elle a donné fix Princes à
Monfieur le Duc de Hanover.
L'Aîné marié à la Princeſſe de
Zell ſe trouva l'année dernière
àla levée du Siége de Vienne.
Il auroit eſté au Siége de Bude ,
où les deux qui le ſuivent ſe ſont
trouvé , ſi la petite Verole ne
l'euſt arreſté. Le quatrième eſt
le Prince Charles , & les deux
autres ſont ceux qui dancerent
le Balet dont je viens de vous
parler. Afin de vous faire connoiſtre
toute cette Cour , j'ajouteray
le portrait de madame la
princeſſe de Hanover , Fille de
Monfieur le Duc de Zell. Elle
eſt d'une taille médiocre , mais
fort bien prife .Elle a les cheveux
d'un blond châtain , la forme du
viſage ovale , une petite foſſe au
menton , le teint beau &uny , &
la gorge trés-belle. Elle dance
GALANT.
125
parfaitement bien , jouë du Claveffin
, & chante de meſme. Elle
a infiniment de l'eſprit , beaucoup
de vivacité , une imagination
heureuſe , & riche parle
profitqu'ellea fait de ſes lectures.
Elle est née avec un fort bon
goût , qui s'eſt augmenté par les
ſoins quel'on a pris de ſon éducation.
UnHomme qui ſçauroit autant
qu'elle , ſeroit heureux , &
pourrois en demeurer là. Elle
parle fort juſte de tout , & entre
finementdans tout ce qu'on luy
dit , & répond de meſme.
Avec tant de belles qualitez ,
il eſt aſſez difficile de ſe défendre
de l'Amour propre. Cependant
c'eſt un défaut qui eſt condamné
, & dont vous allez voir
le punition dans la Fable que je
vous envoye. Elle eſt de Monſieur
de la Barre de Tours , Са
F 3
126 MERCURE
pitaine au Regiment Royal.
sk
L'AMOUR
PROPRE PUNY.
FABLE.
1
Telvaut peu,
El vaut peu , qui beaucoup
Seprise.
Ce Proverbe est vraytres-ſouvent,
Et telvole audeſſus du vent ,
Qu'on voit tomber bien bas , &
qu'ensuite on méprise,
Pour peu qu'on veüille m'écouter,
En peu de mots je vay conter
Ce que fit autrefois Mercure ,
Et nous corrigerons ce Dieu , quoy
qu'immortel.
Qui, toy, chétive Creature ,
Me dira. t'on par avanture ,
Faut- il ainſi faire une injure
GALANT.. 127
A cet Ambassadenr qui mérite un
Autel?
Pourquoy non ? Quoy que grand, ne
• Sçauroit- on mal faire ?
Tout au contraire ,
Un grand a plus de vanité.
Plus on est élevé dans un degré fupréme,
:
Plus l'on est entêté
De l'amourde foy mesme ;
Vous en allez ſçavoir la verité.
Ce Meſſager Celeste
Croyoit valoir luy ſeul mieux que
le reste t
De tous les autres Dieux
Qui font les Habitans des Cieux.
Il n'en exceptoit pas fon Pere
Jupiter , dont le Foudre étonne les
Humains.
Quand il avoit sa Verge à Serpensi
dans les mains ,
Ses Talonieres ,Sa Testiere ,
F4
128 MERCURE
Ilvenoit icy bas
Gobr maint Sacrifice ;
Et fous ombreſouvent d'établir la
Justice , 1
Il caufoit par ses vols de terribes
fracas ,
Il faifort mille tours , ſans en avoir
de honte ,
Eftoit Excroc, Menteur, Fourbe ; du
reste , Dieu ,
Adroit, s'il en avoit dans le Céleste
Lieu
Mais cecy n'estpas de mon Conte :
Il croyoit donc valoir autant que
Jupiter ,
Dont il tenoit naiſſance &Caducée;
EtSapensée
Eftoit qu'ilvaloit mieux que le Dieu
de l'Enfer ,
Et mesme que le Dieu de l'Onde.
Il les traitoit tous deux comme Faquins
du monde.
GALAN T. 129
Le Dieu de la Guerre & du fer ,
Mars àson gré n'étoit qu'un
Drille ;
Saturne un Sot, avecſa Faux ou fa
Faucille;
Cupidon un Enfant , n'aimant que
la vetille ;
Atlas un vieux Bouquin ;
Momus un Fou , quoy que d'humeur
gentille ;
Et le boiteux Vulcain
Son demy Frere-avecquefa Bequille,
Eftoit traité de Cocu, de Coquin,
Vénus n'estoit qu'une Coureuſe ,
Iunon ,Sa Belle- Mere , une Capricieuse,
Minerve , avec ſesArts,fon Dard;
Son Brodequin ,
N'estoit qu'une Brutale , ou qu'une
Précieuse.
Enfin luy Seul estoit un Dieuparfait,
Brave, puiſſant, poly,bien fait,
Payant d'esprit comme de mine.
Fs
2.
130
MERCURE
Unjour refléchiffantfur lagrandeur
divine, (pourvû
Etfur les beaux talens dont il eſtoit
( Non pourse détromper de fonhu
meur peu fage ,
Dontfon orgucil le rendoit pré-
Venu ,
Mais pour s'y confirmer encore davantage
)
Un beau jour, dis je , nostre Dieu
Partit du Cielfans dire adieu ,
Et prenant une forme humaine,
Va dans Thebes,& s'y promene.
Précisément je ne vous diray pas
Si Thébes fut le lieu de l'Avanture;
La circonstance eft de fort peu de
Cas.
Quoy qu'ilenſoit le Dieu Mercure
S'eflant bien promene,feignit d'estre
un peu las ,
Ou bien d'avoir affaire .....
Dans la Maison d'un Statuaire.
GALAN T. 131
Mon Amy , luy dit- il , je suis un
Curieux ,
Qui voudrois acheter les Images des
Dieux ;
N'auriez- vous point icy dequoy me
Satisfaire?
L'ay vostre fait, dit l'Ouvrier,
Et de l'autre costé vous en pourrez
trier ,
Si vous voulezme suivre.
L'Amy د
vivre ?
gagnez - vous dequoy
Trouvez- vous bon vostre Métier?
Le temps ne vaut plus rien , Monfieur
, je vous proteste ,
Dit l'Ouvrier , comme estant hors
de foy ;
Et le jour & la nuit je pešte
Contre mon malheureux employ.
Le Marchand vient affezvisiter ma
Boutique ,
Mais au Diable l'un qui prend
vien. :
F6
132
MERCURE
Si vous estes Homme de bien ,
Fe demande vostre pratique ;
Auffi- bien , par ma foy , vous iriez
loin d'icy ,
Pour trouver mieux que tout cecy .
Soit je le veux.Bon , grandmercy ;
Combien de Iupiter vendez- vous
la Figure?
Ie vous la vendray fix Ducats.
Celle de Iunon ? Six. Et celle de
Mercure ?
A vous je ne regarde pas ;
Si de Ducats vous donnezla douzaine
Pour Iunon & pour Iupiter ,
Mercure iva pour rien ; il ne vaut
pas la peine
Dedifputer.
Quifut bien fot , cefut le Dieude
l'Ambaſſade ,
De voir qu'on l'eſtimoitſi peu .
Il en devint plus rouge que dufeu,
Et dit en tranchant court,adieu mon
Camarade.
GALAN T.
133
L'Univers est plein aujourd'huy
De Gens de pareille nature ;
Et s'ilsfaisoient comme Mercure,
Sans peine ils connoiſtroient qu'ils
valent moins que luy.
En vous envoyant ce que vous
avez veu de Mª Magnin au commencement
de cette Lettre , j'ay
oublié d'y ajoûter la Deviſe qu'il
a faite pour Madame la Dauphine.
Le Corps eſt une Grénade
ouverte , qui montre pluſieurs
grains . Lemot , Spes quanta
Coronis ! Il eſt expliqué par
ce Madrigal .
Q
Ve deTestes Couronnées
Elle va faire germer !
France , ceffe de t'alarmer
De voir finir des Lys les grandes
destinées .
Nostre auguste Dauphine a ſçû les
confirmer.
134
MERCURE
Que de Testes Couronnées
Elle va faire germer !
Voicy pluſieurs autres Deviſes
pour Mr le Comte de Toulouſe
, Grand Admiral de France.
Elles ſont de Mr Bordelon de
Bourges.
I. Un mole , eſpece de Fortification
faite pour commander
fur la Mer. Surgit ad Imperium
Pelagi. Pour faire connoiſtre le
pouvoir de Mt le Comte de Toulouſe
ſur la mer , en qualité de
Amiral de France .
II . Un Croiffant éclairé du
Soleil , & au deſſus de la mer.
Solis, ab aspectu ponto imperat.
Pour montrer que c'eſt du Roy
que m' le Comte de Toulouſe a
receu l'empire qu'il exerce ſur
les Mers.
111. Un Rocher au milieu de
GALAN T.
135
la mer , & batudes flots. Rumpро
irrumpentes . Pour faire voir combien
M le Comte de Toulouſe
eſt à craindre ſur les mers .
IV. Scylla au milieu de la
Mer , repreſentée avec la beauté
que luy donne Virgile , & en
meſme temps avec ces Chiens
effroyables autour d'elle , qui
inſpirent la terreur à tous
ceux qui en ofent approcher ,
Et placet , & terret. Cela nous
apprend que ſi Monfieur le
Comte de Toulouſe eſt agreable
par ſa beauté , il n'eſt pas moins
terrible par la frayeur qu'il inſpire
fur la Mer aux Ennemis de
laFrance.
V. Un Vent renverſant d'un
coupde flot une haute & belle
Pyramide qui eſtoit élevée fur le
bordde laMer. Ponto aſſurgentem,
136 MERCURE
ponto proruam . Si Génes s'éleve
avec orgueil ſur le bord de la
Mer , Monfieur le Comte de
Toulouſe ſe ſervira de la meſme
Mer, par le moyen des Vaiſſeaux
du Roy , pour détruire entierement
cette ſuperbe Ville.
VI . Vn grand Vaiſſeau que
l'on bâtit fur le bord de la Mer.
Et me olim orbis uterque videbit.
Cela marque l'eſperance que
donne Monfieur le Comte de
Toulouſe de ce qu'il fera lors
qu'il aura atteint un âge parfait.
VII. Neptune qui paroiſt au
deſſus d'une mer agitée pour l'apaiſer.
Meum est motos componere
luctus.La paix fur la mer dépend
de Monfieur le Comte de Toulouſe,
en qualitéde Grand Admiral
de France.
VIII. Le meſme Neptune au
milieu de la Mer. Tua Nauta nuGALANT.
137
mina fola colent. Un jour on ne
reconnoiſtra ſur la Mer que la
puiſſanceque Monfieur leComte
de Toulouſe a reçeuë du Roy ,
en qualité de Grand Amiral de
France.
Monfieur de Santeüil , Chanoine
Régulier de S. Victor , ne
s'eſt pas teu ſur les Affaires du
temps. Il a fait une Deviſe,dont
le corps eſt un Soleil , qui forme
un Ciel ſerein d'un coſté , & un
orage de l'autre, avec ces mots,
Hinc fulminat , inde Serenat.
Monfieur Diéreville les a expliquez
par ce madrigal .
L'Aftre que tous les jours nous voyonsſur nos teſtes
Commencer&finirſon cours ,
Nousdoneſouventdebeauxjours ,
Lors qu'il excite ailleurs de terribles
tempestes.
138
MERCURE
LOUIS, le plus grand des Héros ,
Fait comme luy deſſus la terre ;
Ildonne d'un côté la douceur du repos
,
Et de l'autre il estprest de lancerfon
Tonnerre.
Trop Superbes Génois ,redoutez- en les
4
:
coups ,
Vous l'allezvoir tomber ſur vous.
Je ne ſçaurois mieux finir cet
Article de Deviſes , que par celle
qui a eſté faite ſur la bravoure
de Monfieur de Relingue, qui
avec un ſeul Vaiſſeau a batu les
trente- fix Galeres d'Eſpagne &
de Genes , & s'eſt retiré vainqueur.
Cette Action que la Poſterité
pourra prendre pour une
Fable , eſt ſi vraye , que les Incrédules
meſme n'en douteront
point, quand ils apprendront que
les Génois l'avoient dans toute
GALANT.
139
ſon étenduë ; ce qu'ils viennent
de faire , en faiſant arrêter quelques
Officiers de leurs Galeres ,
qu'ils accuſent de n'avoir pas fait
ce qu'ils devoient dans l'occaſion
de ce Combat. Cette Deviſe qui
eſt de Monfieur Rault de Roüen,
a pour Corps un Rocher au milieu
de la Mer , attaqué des flots,
des vents , des tempêtes , & des
orages , & pour ainſi dire , de
Neptune meſme ; mais il n'en
peut eſtre ébranlé. Ces mots
Vt stat Marpefia cautes , luy fervent
d'ame. Ils font tirez du 6.Livre
de l'Encide , & expliquez..
par ces Vers .
L
A Mer est en couroux ,
tempešte gronde ;
১
& la
Elle appelle les Vents , pourſoûtenir
les flots ;
Et preſte d'engloutir Vaiſſeaux &
Matelots ,
140
MERCURE
Elle attaque un Rocher, quiferit de
Son onde.
Du dépit qu'elle en asa vague s'enfle
& bruit ,
Encontre ce Rocher vient vomirſon
ècume ;
Mais estant toûjours ferme &stable
àſa coûtume ,
La Mer voit son courroux &fon
orgueil détruit.
Ainsi les fiers Génois , pour vanger
leurs miſeres ,
S'appreſtent à donner un furieux
Combats
De Relingues les voit , les attend,
& les bat ,
Et retourne Vainqueur de trentefix
Galeres.
Apprenez , apprenez que sous le
Grand LOVIS.
GALANT. 141
)
Quand on a l'Etendart & les Armes
de France ,
On en vient au Combat avec plus
•
d'assurance ,
Et que ſouvent on fait des Exploits
inoüis.
r Sur la fin du dernier mois M
le marquis de la Fare préta le
Serment de fidelité pour la Charge
de Capitaine des Gardes du
Corps de Monfieur , dont il re..
çût le Bâton. Il en fait préſentement
les fonctions. Quelques
jours auparavant , il avoit épouſé
Mademoiselle de Vantelet .
Vous ſçavez déja que les premieres
propoſitions de ce Mariage
furent faites par fon Alteſſe
Royale , & que Sa Majeſté
les agrea avec des marques d'eſtime
tres obligeantes pour les
deux parties. Ce qui en a re
142 MERCURE
tardé la concluſion , a eſté l'é
loignement de Madame la Comteſſe
du Roure , Mere de Mr le
Marquis de la Fare , qui a voulu
y eſtre préſente. Le Contract
ayant eſté ſigné par le Roy , &
en ſuite par toute la Maiſon
Royale , le Mariage fut celébré
le Lundy 13. de Novembre à
quatre heures du matin , dans
la Chapelle de l'Hoſtel d'Armagnac
, qui estoit magnifiquement
meublé , & éclairé d'un
tres-grand nombre des Luſtres ,
par les ordres de Mt le Grand ,
&de Madame la Comteſſe d'Armagnac
, qui vouloient montrer
par là l'eſtime particuliere qu'ils
ont pour les nouveaux Mariez .
Cette Cerémonie fut précedée
d'un grand Soupé , au bruit des
Hautbois & des Violons , & en
fuite il y eut Balet . Mule Mar
}
GALANT. 143
ment
quis de la Fare eſt ſi generalement
connu pour un parfaitehonneſte
Homme , que
je ne pourrois vous rien dire
à ſon avantage , qui ne fut encore
au deſſous de ce que l'on
en publie. La Maiſon de la Fare
dont je vous ay déja parlé amplement
dans ma Lettre du mois
d'Avril de l'année 1680. eſt
originaire des Cevenes , Dioceſe
de Niſmes , dans le Bas- Languedoc;
& par le reſte des Titres
de cette Maiſon , il paroiſt que
Beringuier de la Fare vivoit l'an
1186. & qu'il eſtoit qualifié
Chevalier , Seigneur du Lieu de
la Fare. On remarquera ( ce qui
eſt aſſez particulier ) que le nom
de la Fare , qui eſt le nom propre
de la Famille , eſt auſſi celuy
de la Terre , & que ce Beringuier
portoit pour armes ,
144 MERCURE
-
,
comme font encore à préſent
ſes Succeſſeurs , d'azur , & trois
Fares ou Flambeaux d'or , allumez,
de gueules , posez en pal. Mule
Marquis de la Fare , Comte de
Laugiere, qui vient de ſe marier,
eſt le Chefde la dix- huitiéme
géneration de mâle en mâle depuis
Beringuier. Bertrand de la
Fare un de ſes Succeſſeurs ,
hommagea au Comte d'Armagna
ſon Chaſteau & ſa Terre
de la Fare en qualité de Baronie
l'an 1308 ; & ſes Deſcendans
ont toûjours pris le titre de Barons
de la Fare juſqu'en 1646.
que Sa Majeſté érigea cette Terre
en marquiſat en faveur de
Meſſire Jacques de la fare , ſecond
du nom , Grand-Pere de
celuy dont le mariage donne lieu
à cet Article. CeJacques de la
Fare eut pluſieurs Soeurs , dont
le
GALANT.
145
コ
l'Aînée fut mariée avec feu M
le Marquis de Peraut , Maréchal
de Camp , & Gouverneur de
Beaucaire , & n'eut point d'Enfans.
Une autre épouſa Mr de
Camboularet, Gentilhomme de
Roüergue , dont eſt iſſuë Madamela
Comteſſe du Montal,Fcmme
de Mr le Comre du Montal
, Lieutenant Genéral des
Armées du Roy , & Gouverneur
de Maubeuge. Je ne vous
dis rien de neuf Fils qu'eut ce
meſme Jacques de la Fare. Je
vous ay parlé de huit dans ma
Lettre d'Avril 1680. L'Aîné
eſtoit Meffire Charles de la
Fare , Lieutenant General des
Armées du Roy , & Gouverneurde
Roſe & de Capdequiers
en Catalogne juſqu'en 1654.
&auparavant de la Ville de Balaquier
auffi en Catalogne. Le
neufviéme , dont je ne vous dis
Decembre 1684. G
146
MERCURE
rien en ce temps- là , eſt Chriſtophe
de la Fare; Abbé de Silvanes
en Roüerge. Il eut auffi
quatre Filles ,, deux Religieuſes ,
dont il y en a encore une Abbeſſe
d'Orange ; les deux autres
mariées , l'Aînée avec Mr le
Comte d'Avejan, donteſt venu
Mr le Comte d'Avejan , à préfent
Capitaine aux Gardes ; &
l'autre avec Mr le Baron de
Monlaur , Préſident à la Cour
des Comptes & Aydes de Montpellier.
Il en a un Fils , Procu
reur Genéral à préſent en la
meſme Cour. Feu Meffire Charles
de la Fare avoit épousé Dame
Jacqueline de Borne de Laugiere,
dont il a cu Meffire Charles
Auguſte de la Fare , Marquis
de la fare , Comte de Laugiers ,
qui a eſté Sous - Lieutenant des
Gendarmes de Monſeigneur le
GALANT.
147
Dauphin , & qui eſt préſentement
Capitaine des Gardes de
Monfieur. Madame la marquiſe
de morangiers eſt la Soeur de ce
Marquis. Madame ſa mere à époufé
en ſecondes noces Mile Comte
du Roure , Chevalier des Ordres
du Roy , & fon Lieutenant
General en Languedoc , dont
elle n'a point eu d'Enfans.
Je viens à Mademoiselle de
Vantelet, préſentement Marquiſe
de la Fare. Mais , Madame , que
ne vous en diray- je , ou plutoſt
que ne vous en dirayje
pas ? Jamais aucune perſonne
dans un âge ſi peu avancé , n'eſt
entrée au monde avec une eſtime&
une approbation ſi genérale.
Il y a déja deux ans que
fonmérire&mille agrémens qui
luy ſont particuliers , la font admirer
de tout le monde ,& elle
G 2
148 MERCURE
n'eſt encore que dans ſa ſeizième
année. Elle est fort grande, d'une
taille libre & dégagée , & foûtenue
d'un air noble , qui marquant
de la fierté , n'en laiſſe
paroiſtre que ce qu'il en faut
avoir pour imprimer le reſpect
qu'on doit à ſon Sexe. Elle a le
teint vif, & d'un brillant qui efface
le plus beau mélange de blanc
& de rouge , que l'Art puiſſe
coupier ſur la Nature ; des cheveux
en quantité d'un blond
cendré le plus beau qu'on viſt
jamais ; une bouche qui ſemble
avoir eſté faite par les Amours
mêmes , & enfin ce charmant
je- ne ſçay-quoy qui ſurpaſſant
labeauté , eſt au deſſus de tout
ce qu'on en peut dire. Elle ſçait
l'Italien , jouë fort bien du Claveffin
, & dance parfaitement ,
& avec une grace merveilleuſe.
GALANT. 149
.
Quoy que tous ces avantages
repréſentent une Perſonne accomplie
, je vous ſurprendray
en vous diſant que ce n'eſt pas
cequiluy attire le plus de loüanges.
Ceux qui la connoiſſent un
peu particulièrement , luy trouvent
une fineſſe d'efprit que l'on
auroit peine à croire , une délicateſſe
de ſentimens dont rien
n'approche , & une ſageſſe dans
ſa conduite qui dément ſon âge .
Elle eſt de la Maiſon de Lux,
dont il eſt fait mention dans
l'Hiſtoire de France ,& dans les
Mémoires de Monfieur de Tiller.
Monfieur Dozier qui en a remarqué
les Alliances , parle entr'autres
de maximilian de Lux , qui
épousa en 1390. Antoinette de
Courtenay. Il commandoit une
Compagnie de Gendarmes. Jacques
de Lux ſon Fils , épouſa
G3
150
MERCURE
Jeanne de Béthune ; & Ican de
Lux , Marguerite de la Berquerie .
Un autre Jacques de Lux s'allia
avec Emonne du Guenard , de
la maiſon de la Bricongne . Seba,
ſtien de Lux Triſayeul de Mademoiſelle
de Vantelet, épouſa
en 1560. Ambroise Boucher ,
Fille du Seigneur d'Orsay , dont
eſt iſſuë Madame la Marquiſe de
Montchevreüil. Ce Sebastien de
Lux commandoit une Compa-
☑gnie d'ordonnance , & fut tué à
la Bataille de Moncontour, apres
avoir rendu de grands ſervices
au Roy . Robert de Lux ſon Fils ,
l'un des quatre Maiſtres- d'Hôtel
que Louis XIII. choifit pour
fervir tous les ans, & qu'il appella
les Piliers de ſa Maiſon , épouſa
Marie de Plaiſance , qui eut
l'honneur d'eſtre nommée par
Henry IV . Sous-Gouvernante
GALAN T.
des Enfans de France. Le feu
Roy , en conſideration de leurs
ſervices , diſpoſa de leurs Enfans,
&mit aupres de la Reyne d'Angleterre
Jacques de Lux , qui
épouſa Mademoiſelle Courtin.
Charles de Lux ſon Fils , a eu
l'honneur d'eſtre Vice- Chancelier
de la Reyne de la Grand'-
Bretagne. Ils mariérent l'une de
leurs Filles au Comte de Schelay,
qui eſt une des meilleures Maifons
d'Angleterre, dont il y a eu
lignée. Sa Majesté donna à Louis
de Lux la Charge d'Ecuyer or.
dinaire de la Grande Ecurie , en
laquelle il ſervit cinquante années.
Il épouſa Marie Merault.
Françoiſe de Lux ſa Soeur fut
marice àMonfieur de Bernet , &
attachée au ſervice de Madame
la Ducheſſe de Savoye. Ils y mariérent
une Fille au Comte de
4
G4
152 MERCURE
!
Morgenex , d'où ſont venuës les
Maiſons des Comtes de Vars , de
Caſtaignieres , de Chaſteauneuf,
&de Monthou. Mademoiselle de
Bernet leur Petite- Fille , eſt mariée
au Comte d'Hermalle dans
le Païs de Liege. Antoine de
Lux , Fils de Loüis , qui a épousé
Marie Bourlaſque , eſt affez con.
nu par les ſervices qu'ila rendus
au Roy depuis plus de trente ans,
ſoiten la Grande Ecurie , ou en
la Charge de Gentilhomme
ordinaire de Sa Majeſté , qui l'a
honoré de pluſieurs Commiſfions
& entr'autres d'aller
recevoir le Roy de Pologne
Caſimir lors qu'il vint en France,
qui eſt une marque glorieuſe de
la conſidération particuliere que
le Roy a toûjours euë , & pour
ſon mérite perſonnel ; & pour
ta naiſſance. C'eſt le Pere de ма-
GALANT.
153
demoiſelle de Vantelet, qui ayant
de fort grands Biens , eſt un Party
tres conſidérable. Elle a auſſi
des Aliances fort avantageuſes
dans la Robe ; & comme elle a
l'honneur d'appartenir à Madame
la Chanceliere, à cauſe de marie
Merault ſonAyeule, M² le Chancelier
, M² le Marquis de Lou
voys , & Monfieur l'Archeveſque
de Rheims , ont ſigné ſonContract
de mariage. Elle eſt auſſi
alliée à Monfieur le Préſident le
Bailleul , Monfieur le Préſident
de Meſme , Monfieur le Camus
Premier Préſident de laCour des
Aydes , Monfieur le Préſident
Larcher , Monfieur de Villacerf,
& Meffieurs merault , Brodean ,
Caſtaignieres, de Chaſteauneuf,
&de Sainte Marthe , Conſeillers
au Parlement , ou à la Cour des "
Aydes de Paris Peu de jours
Gs
154
MERCVRE
2
apres le Mariage , Monfieur fit ?
l'honneur à Madame la Marquiſede
la Fare , d'aller chez elle luy
rendre viſite. On ne peut rien
ajoûter à l'agrément avec lequel
cette jeune Marquiſe a eſté reçeuë
du Roy , de Monſeigneur,
&de madame la Dauphine , lors:
qu'elle a eſté à la Cour.
Je nedoute point que la Figure
que je vous envoye , ne vous
furprene. Quoy qu'elle ne ſoit
pas nouvelle , comme vous ny
vos Amies ne l'avez pas veüe,
j'ay crû devoirvous en faire part.
Voicy ce qui eſtoit écrit audeſſous
, quand je l'ay reçüe..
* Figure étrange , qui vit enfonge
Le Grand Seigneur , estant àBelgrade
, la nuit avant la Levée du Siége
de Vienne , d'un Monstre Sem
blable à celuy- cy , qui avoit abatu
Le Croiſſant avec un Marteau.Elle
GALANT. 155
7
i
:
aestéenvoyéeàLeopold en Pologne,
Ie croy qu'il n'y a rien à ajoûter
à ces paroles. Ce que je pourrois
vous dire ſur cette Figure,
ne feroit pas genéralement reçû;
&puis que c'eſt un ſujet propre
à exercer les Eſprits , Il fautlaifſer
raiſonner chacun à ſa fantaifis
.On pourroit la regarder comme
une Enigme en Tableau , &
en dire ſon ſentiment , ainſi
qu'on afait decelles que je vous
ay envoyées dans mes premieres
Lettres.
Le Gouvernement de Nancy
ayant vaqué par la mort deMonſieur
de Cajac , que je vous appris
le mois paſſé , Le Roy ena
pourvû Monfieur d'Aubarede ,
Couverneur de l'lſle de Rhé.
C'eſt un des plus braves & des
plus intrépides Officiers du
Royaume. Jevous ay déja parlé
de luy pluſieurs fois.
:
G6
156 MERCURE
Monfieur Thevenot a eſté
choiſy pour remplir la place de
Monfieur Varéſe, qui eſtoit Garde
de la Biblioteque du Roy .
C'eſt un Homme d'un mérite diſtingué
, quia eu pluſieurs Emplois
dans les Païs Etrangers où
il a voyagé , ce qui luy a donné
connoiſſancede pluſieurs Langues
, & particulièrement
Orientales. Il a donné au Public
pluſieurs Relations pleines de
recherches fingulieres .
la
des
le vous envoye deux Sonnet.
fur les Bouts- rimez qui courent
Le premier eſt d'un, Homme
extrémement eſtimé , & dont le
ſentimenteſt ſuivy par tous ceux.
qui ſedétachent affez de l'amour
propre , pour le rendre luge de
leurs Ouvrages.
Dy, je le dis par tout , & le dis
omnibus ,
G'ALANT.
157
Et je nepense pas que perſonne s'en
fâche ;
Quiconque aime une fois, doit aimer
fans relâche ,
Sans jamais s'attacher duabus ny
tribus .
Qui veut faire autrement, paſſera
pour un lâche ,
Fust- il brave d'ailleurs , &fuft- il
un Phoebus
Par ſes beaux cheveux blonds , s'il
n'a quelque quibus ,
Il aura faim long- temps,fans qu'on
luy dife, mâche.
Deplus,ilfaut qu'ilsoit foumis , accort
; Item,
Qu'il nefoitguére abfent,c'est-làle
Tu autem;
Que dans ſes paſſions on ne compte
point l'ire.
1
58
MERCURE
Quefans ceſſe à la bouche il ait le
verbe amo ,
Pourle dire àfa Belle , ou qu'il luy
faffe lire
Dansdes Billets écrits d'un galant
e
calamo.
Une Perſonne des plus Coquetes
, ayant envoyé les meſmes
Bouts- rimes à un de ſes
Amis , voicy de quelle maniere
il les remplit.
ILeftwray, ma Philis, quetu plais
Tun'as que trop d' Amans ; & c'est
ce qui me fâche.
De mes Rivaux chez toy lafoule eft
fans relâche.
Trop heureux fi leur nombre estoit
borné tribus !
GALANT. 159
Pour s'en accommoder , il faudroit
: estre un lâche ,
Sur tout de ton Abbéparlant toûjours
Phoebus;
Et devingt autres Sots , graces au
Ciel, quibus
Ie dis les véritez,&jamais ne les
mâche.
- Donc,si tuveux de moy ,faiſons plus
d'un Item.
Ieferay toûjours tendre& constant;
tu autem
Pour tout autre quemoy tun'auras
quede lire.
A ces conditions je dis encore amo .
Voila mes Sentimens , Philis, tu les
peux lire ,
Et me marquer les tiens voce , vel
calamo.
Le Vendredy 24. du dernier
1.
160T MERCURE
mois , Monfieur Boileau , Docteur
de la Faculté& Societé de
'Sorbonne , Doyen de l'Eglife.
Métropolitaine de Sens , aſſiſte
de Monfieur Vezou , Lieutenant
General de la meſme Ville , de
Monfieur Jamard , Avocat au
Parlement , & de pluſieurs Gentilshommes
, prit poffeffion de
l'Abbaye de Noſtre - Dame de
Vauluiſant , Diocese de Sens ,
pour Monfieur l'Abbé le Tellier,
Fils de Monfieur le marquis de
Louvoys , Miniſtre d'Etat , pour
vû par Sa majeſté de cette Abbaye.
Jamais Priſe- de- poffeffion n'avoit
eſté fi folemnelle & fi magnifique
, tous les Religieux de
cette grande Abbaye , l'une des
plus belles de l'Ordre de S. Bernard
, ayant voulu témoigner
leur joye , d'avoir un Abbé d'un
grand nom. Le Pere Prieur
:
GALAN . 161
eſtant averty de l'arrivé de M
Boileau , alla en ſes Habits de
Cerémonie , le recevoir dans la
Baffe- Court , à la deſcente du
Carroffe , & le mena au pied du
Grand Autel de l'Egliſe , qui eſt
tres- ſuperbe. Toute la Communauté
s'y eſtant renduë; M' Boileau
, avec ceux qui l'accompagnoient
, furent conduits à la
grande Porte , où un Notaire
Apoſtolique luy préſenta les
Bulles obtenuës pour cette Abbaïe
, & la Procuration de M
l'Abbé le Tellier ; aprés quoy
le Pere Prieur s'eſtant avancé ,
ſuivy de tous ſes Religieux ,
Mr Boileau leursfit un petit Difcours
for l'avantage qu'il avoit
d'ettre chargé de la Procuration
de Me leur Abbé , qui ne feroit
pas moins d'honneur à leur maiſon
, que M. le Chancelier ſon
162 MERCURE
Ayeul,& M'de Louvois ſon Pere,
en faisoient à toute la France .
Vous ferez aisément perſuatée
qu'il ne dit rien qui ne fut rempiy
d'eſprit , ſi vous fongez qu'il eſt
Frere de M' Deſpreaux , dont
la réputation eſt ſi connuë. Le
Pere Prieur répondit pour toute
la Communauté, qu'il recevoit
çét honneur avec tout lereſpe&
qu'ils devoient à un Abbé d'un
i grand mérite , & qu'ils attendoient
beaucoup de ſa prorection.
Le Notaire Apoſtolique
ayant repris la Procuration
&les Bulles , préſenta de l'Eau
Benîte à m' Boifleau , que l'on
conduiſit au grand Autel qu'il
baiſa. Enſuite il alla fonner la
groffe Cloche,& fut inſtalé dans
toutes les Places de Monfieur
l'Abbé. Il ſe mit à genoux dans
la derniere ,& on chanta le Veni
GALANT.
163
Creator , & leTe Deum avec l'Orgue
, & au ſon de toutes les
Cloches , ce qui fut fuivy des
Prieres pour le Roy. Cela fait , le
Notaire Apoſtolique fit la lecture
desBulles&de la Procuration , &
déclara à haute & intelligible
voix , qu'il inſtalloit & mettoit en
paſſeſſion de l'Abbaye de Noštre- Dame
de Vauluisant , Mesfire Lacques
Boifleau , pour&au nom de Mesfire
Camille le Tellier. La Ceremonie
ſe termina par un Diſne magni,
fique , que le Pere Prieur donna
à M' Boifleau , à Me Vezou ,
Lieutenant Genéral , & à plufieurs
Gentilshommes
د
qui
eſtoient venus de toutes parts
pour en eſtre les témoins.
Le Dimanche 26. du meſme
mois , M'l'Eveſque de Meaux
fit aux Religieuſes Chanoineſſes
de Sainte Geneviefve de Cha164
MERCURE
liot , la Benediction de Madame
leur Abbeffe. Elle eſtoit aſſiſtée .
de Madame de Ramboüillet ,
Abbeffe de Saint Estienne de
Rheims , & Sooeur de feiie Madame
la Ducheſſe de Montou .
fier , & de Madame de Harlay ,
Abbeſſe de Sainte Perrine de la
Villete , toutes deux du meſfme
Ordre. Il y eut un fort grand
concours de Perſonnes de qualité
à cette Cerémonie , qui fut
accompagnée de toute la pompe
qu'elle méritoit. Madame Perrot
eſt Fille de feu M' Perrot , Préſident
aux Enqueſtes duParlement
de Paris , où il a exercé long-tems
cette Charge avec beaucoup
d'intégrité & d'honneur ; Soeur
de Madame la Préſidente de Bretonvilliers
, & Coufine germaine
de m' l'Eveſque d'Aire ; mais
ſi ſa naiſſance la diftingue , fon
• GALANT. 165
mérite , ſa pieté exemplaire , &
ſa ſolide vertu , la rendent encore
plus confiderable.Elle a une
penetration d'eſprit merveilleuſe,
entend pluſieurs Langues, & parle
la ſienne parfaitement. Ces divers
talens ſont ſoûtenus d'une
douceur engageante qui gagne
les coeursde ſes Amis;&de toutes
les Perſonnes qui vivent ſous ſa
conduite. Auſſi la Communauté,
qui doit àſes ſoins & à fon exemple
, exacte régularité que l'on
obſerve dans le Convent , témoigna
une joye extraordinaire
dans cette Ceremonie , de l'avoir
pour Abbeffe.
: Je me ſouviens de vous avoir
expliqué fort amplement toutes
les Ceremonies qui s'obſervent à
la Benediction des Cloches , &
les diverſes Prieres dont ſe ſert
l'Egliſe pour cela, ainfi Ma
A
166 MERCURE
rs
dame , je ne les repeteray point
&me contenteray ſeulement de
dire , que Vendredy premier
jour de cemois, on fit icy celle
de cinq groffes Cloches de l'Egliſe
de Noftre-Dame. Elles
avoient eflé fonduës au mois
d'Octobre dernier par le S. de
Nainville , Fondeur à Amiens ,
undes plus expérimentez en cét
Art , &furent nõmées par males
Prevoſts des Marchands & Echevins
, avec Madame la Ducheffe
de Crequy , au nom de la Ville
de Paris , ſçavoir : La premiere
Guillaume Armand , la ſeconde
Pasquier Charles , la troifiéme
Thibaut Henry , la quatrième lean
Marie Victoire , & la cinquiéme
Nicolas Madelaine. Ce fut Monſieur
le Doyen de l'Egliſe de Paris
qui fit la Cerémonie. Toutes
choſes avoient eſté magnifiqueGALANT.
167
ment preparées par les ordres
de Monfieur l'abbé de la Mote
Archidiacre...
La Diſpute, de l'Univerſité de
Caen pour la Chaire Grecque ,
ſe fit le 8. de ce mois en preſence
d'une trés - grande Aſſemblée,
Monfieur l'Intendant y Aſſiſta.
Elle fut ouverte par uneHaran-
-gue Latine que Monfieur Verrier
, Profeſſeur d'Eloquence au
College des Arts , & Doyende
la Faculté , & Monfieur Lair ,
Profeſſeur au College du Bois,
prononcerent alternativement
fur les loüangesde Sa Majesté qui
avoulu qu'on diſpute cette Place,&
que la préferance en ſoir
accordée au ſeul mérite . L'un &
l'autre pourdonner des marques
de leur capacitéencette ſcience,
-traduiſirent à l'ouverture des
Livres,pluſieursAutheurs Grecs
168 MERCURE
trés difficiles , & entr'autres Ho
mére , Theocrite , la Bible , &c.
Ils firent enſuite chacun une copoſition
Grecque ſur le champ,
& fatisfirent aux Questions
les plus épineuſes de cette
Langue. Tous les Profeſſeurs de
l'Univerſité ſe trouverent à cette
Action , dont ils font les Juges.
Monfieur l'abbé de Saint Martin,
Seigneur de la mare du Deſert ,
connu par toute la France , par
les Ouvrages qu'il a donnez au
Public,s'y ſeroit auſſi trouvé pour
y donner ſon ſufrage comme les
autres Docteurs de Theologie, ſi
ſon indiſpoſition ordinaire ne l'en
avoit empeſché. Il eſt tres-ſçavant
dans la Langue Grecque, &
il l'a fait voir par ſon Livre du
Reſpect dû aux Eglifes & aux
Prêtres , qui eſt remply de quantité
de paſſages des Peres Grecs.
Les
GALANT. 169
LesProfeſſeurs de cette Univerſité
devoient s'aſſembler quelques
jours aprés , afin de dreſſer
leur Procés Verbal,de tout ce qui
s'eſt paſſé dans la Diſpute. Enfuite
ils l'envoyeront à Monfieur
de Châteauneuf, Secretaire d'Etat,
qui en inſtruira Sa Majesté,&
fur leur rapport elle choiſira un
des Afpirans .
Aprés avoir fatisfait votre curioſité
dans une de mes Lettres ,
touchant la Religion & les Coûtumesdes
Habitansdu Royaume
de Siam , & vous avoir parlé
dans la ſuivante de l'Audience
donnée par Monfieur le Marquis
de Seignelay aux Envoyez du
Prince qui le gouverne , je dois
vous apprendre tout ce qui s'eſt
paſſé à l'égard de ces meſmes
Envoyez , depuis qu'ils font à
Paris. Mais avant que d'entrer
Decembre 1684. H
170
MERCURE
dans ce détail , j'en ay un autre
fort curieux à vous faire , qui
vous plaira d'autant plus , qu'il
vous fera connoiſtre de quelle
maniere a pris naiſſance la haute
eſtime que le Roy de Siam a
conceuë pour Sa Majefté. Les
Miſſionnaires qui n'ont que le
ſeul Salut des Ames pour but
dans toutes les peines qu'ils ſe
donnent , s'étant établis à Siam,
ils y gagnerent en peu de temps
l'affection de tous les Peuples.
L'employ de ces Ames toutes
charitables , n'étoit , & n'eſt encore
aujourd'huy , que de faire
du bien. Comme en partant de
France ils s'eſtoient munis de
quantité de Remedes , & qu'ils
avoientavec eux Medecins,Chirurgiens
& Apoticaires , ils ſoulageoient
les Malades , juſque- là
meſmes qu'ils avoient des Hom.
GALANT.
171
1
mes qui avec des Paniers pleins
de ces Remedes , alloient dans
toutes les ruës de Siam, criantque
tous ceux qui avoient quelques
maux , de quelque nature qu'ils
puſſent eſtre , n'avoient qu'à les
faire entrer chez eux , & qu'ils
les foulageroient fans prendre
d'argent. En effet, bien loin d'en
exiger des Malades , ils en donnoient
fort ſouvent à ceux qui
leur paroiſſoient en avoir-beſoin,
&tâchoient de les confoler dans
leurs miferes . Des manieres fi
obligeantes , & fi defintéreſſées,
gagnerent bien - toſt l'eſprit des
Peuples , & fervirent beaucoup
àl'accroiffement de la Religion
Catholique. Le Roy de Siamen
ayant eſté inſtruit, &ne pouvant
qu'à peine le croire , voulut ſcavoir
à fonds qui estoientateux
dont ſes Sujets recevoiest de ſi
H
172 MERCURE
grands foulagemens . Ce Monarque
a commencé à regner dés
l'âge de huit ans ,& en a prefentement
environ cinquante. C'eſt
un Prince qui voit,& qui entend
tout,& qui examine long- temps
&meurement les choſes avant
que de porter ſon jugement ,
comme vous le connoiſtrez par
la ſuite de cét Article . Il dit aux
Miſſionnaires , Qu'il estoitsurpris
de voir que de tant de Gens de
diférentes Nations qu'il voyoit dans
fes Etats, ils estoient les ſeuls qui ne
cherchoient point à trafiquer. Il leur
demanda où ils prenoient l'argent
qu'il falloit qu'ils dépenſaſſent pour
leurSubsistance , &pour leurs remedes.
Ils luy répondirent que cét
argent leur venoit des Miſſions
de France , & des charitez que
pluſieurs Particuliers faifoient
pour Jeur eſtre envoyées. Ce
GALANT.
173
{
Monarque fut extrémement furpris
de voir que des Peuples éloignez
de fix mille lieuës , contribuoient
par leurs largeſſes au
foulagementde ſes Sujets , & que
ceux du plus grand Monarque
de l'Europe , venoient de ſi loin
par un pur motif de pieté ; &
qu'au lieu que les Peuples des
autres Nations ſe donnoient de
la peine pour gagner par leur
trafic , les François en prenoient
pour dépenſer , dans le ſeul deffein
de travailler à la gloire du
Dieu qu'ils adoroient. Aprés ces
réflexions , il voulut faire ouvrir
ſes Trefors aux Miffionnaires ,
mais ils n'accepterent rien ; ce
qui tourna tout à fait à l'avantage
de la Religion , & fut cauſe
que ce Roy leur fit bâtir des
Eglifes , & qu'aprés leur avoir
demandé des deſſeins , il voulut
H 3
174 MERCURE
qu'ils en donnaſſent d'autres ,
n'ayant pas trouvé les premiers
aſſez beaux. Il avoit en ce tempslà
un Premier Miniſtre qui n'aimoit
pas les Miſſionnaires , mais
comme c'euſt eſté mal faire fa
Cour , que de montrer de l'averfion
pour ceux que ſon Maiſtre
honoroit de fon eſtime, cet adroit
Politique leur faiſoit fortbon accueil,
quoy qu'il recherchaſt ſous
main toutes les occafions de leur
nuire . Ilapprehendoit que quand
les François parleroient parfaitement
la Langue des Siamois,
ils ne gouvernaſſent l'eſprit
du Roy , & que leur credit ne fift
peu à peu diminuer ſon autorité.
Ce Miniſtre n'eſtoit pas ſeulement
ambitieux , mais il eſtoit
fort zelé pour la Religion du
Pays . Ainfi il eſt aiſé de juger
qu'il avoit plus d'une raiſons de
GALANT.
175
{
haïr les Miſſionaires. Il eſt mort
depuis deux ans ; & fi celuy
qui luy a fuccedé n'a pas hérité
de ſes meſmes ſentimens
à l'égard des François , on ne
laiſſe pas de connoiſtre qu'il a
des raiſons politiques qui l'obligent
à les craindre. Cependant
les bontez du Roy pour les Mif-
-ſionnaires, & les Egliſes & le Seminaire
qu'il leur a fait bâtir, ont
tellement contribué à l'augmentation
de la Foy Catholique ,
qu'on a parlé dans ce Seminaire
juſques à vingt - trois fortes de
Langues dans un mefme temps,
c'eſt à dire qu'il y avoit des Perfonnes
converties d'autant de
Nations diferentes ; car il n'y a
point de lieu dans tout l'Orient,
où il vienne un ſi grand nombre
d'Etrangers , qu'à Siam. La
Compagnie des Indes Orientales
H 4
376 MERCURE
voyant les grands progrés que les
Miffionnaires faifoient dans ce
Royaume, a réſolu d'y établir un
Comptoir , fans ſe propoſer d'au
tre avantage de cet établiſſement,
que celuy de les afſiſter ; &
comme on fit connoiſtre à noftre
pieux Monarque les bontez du
Roy de Siam pour ſes Sujets , &
que la protection qu'il leur donnoit
, eſtoit cauſe qu'ils faiſoient
tous les jours beaucoup de Converſions,
Sa Majesté qui n'a point
de plus grand plaiſir que de travailler
au falut des Ames, voulut
bien luy en écrire une Lettre de
remerciement , dont Monfieur
Deflandes - Bourreau , qui partit
dans un Navire de la Compagnie
pour l'établiſſement du Comptoir
, fut chargé pour la remettre
entre les mains de Monfieur
l'Eveſque de Beryte , Vicaire
GALAN T.
177
Apoftolique de la Cochinchine,
qui estoit pour lors à Siam. L'arrivée
de cette Lettre fit du bruit ,
& le Roy apprit avec joye que
le Grand Roy luy écrivoit. C'eſt
le nom qu'il donne au Roy de
France. Cependant cette Lettre
demeura plus de deux mois entre
les mains de Monfieur l'Ever
que de Beryte, ſans eſtre renduë
au Roy de Siam , & il y eur de
grandes conteftations ſur la maniere
de la preſenter. Le Premier
Miniſtre vouloit que Monfieur
de Beryte paruſt devant ce Monarque
les pieds nus , perſonne
ne ſe montrant chauffé devant
luy , ſi ce n'eſt dans les Ambaffades
ſolemnelles; ce que Monfieur
de Beryte ayant refuſé de faire,
il garda la Lettre. Le Roy de
Siam furpris de ce qu'on diféroir
fi long temps à la luy rendre , en
H
178 MERCURE
demanda la raiſon . Il l'apprit , &
dit , que les François pouvoient paroištre
devant luy de telle maniere
qu'ils voudroient. Ainsi une ſim
ple Lettre du Roy portée par
desGens qui n'eſtoient ny Ambaſſadeurs
, ny meſme Envoyez ,
fut renduë comme elle l'auroit
eſté dans la plus celebre Ambaſſade.
Cette Lettre fit augmenter
l'eſtime que le Roy de
Siam avoit déja conçue pour le
Roy de France , & il refolut de
luy envoyer des Ambaſſadeurs
avec des Préſens tirez de tout ce
qu'on pourroit trouver de plus
riche dans ſon Tréſor. l'ay oublié
de vous dire que ce Monarque
avoit ordonné à tous les Européans
de luy donner de temps
en temps des Relations de tout
ce qui ſe paſſoit dans les Lieux
dépendans de l'obeïſſance de
GALAN T. 179
L
leurs Souverains , ou de leurs
Supérieurs . Ces Relations eſtant
faites par divers particuliers ,.
chacun tâchoit d'obſcurcir la
gloire du Roy de France , en envelopant
la verité. Le Roy de
Siam n'en témoignoit rien , &
parune prudence merveilleuſe ,
lifanttout, & examinant les choſes
, il eſtoit des années ſans ſe
déclarer là deſſus.Il vouloit voir
ſi ce qu'on luy donnoit ainſi de
temps en temps avoit des ſuites,
& fi l'on ne ſe contrediſoit point.
Enfin il dévelopa les mauvaiſes
intentions de pluſieurs , & connut
que les ſeuls Miffionnaires
Juy diſoient vray , parce que les
nouvelles qu'ils luy donnoient
d'une année , étoient confirmées
par celles de l'autre. Les choſes
étoient en état , lors qu'on demanda
au Roy de Siam la per-
4
H6
180 MERCURE
د
miſſion de tirer du Canon , &de
faire de Feux de joye pour maſtric
repris parle Prince d'Orange , &
pour la défaite de tous les Fran
çois . Ce prudent Monarque envoya
chercher les miffionaires ,
& leur demanda quelles nouvelles
ils avoient de France , & du Siege
de Mastric. On luy dit qu'on
avoit appris par une Lettre qui
venoit de Perfe que Mr de
Schomberg avoit forcé le Prince
d'Orange à lever le Siege ; mais
que comme cette nouvelle avoit
eſté mandée en quatre lignes
feulement au bas d'une Lettre ,
il n'avoit pas crû devoir la publier
avant qu'elle euſt eſté confirmée.
Le Roy répondit , que
c'estoit affez ; qu'il estoit feûr de
L'avantage que les François avoient
remporté ; mais que loin d'en vo
loir rien témoigner,ſon deſſein estoit
GALAN T. 181
A
de permettre les Feux de joye qu'on
lay avoit demandez. Il avoit fon
but , que vous allez voir. Quel-
☑ques tems apres,la nouvelle de la
levée du Siege de Maſtricayaut
eſté confirmée d'une maniere
qui empeſchoit d'en douter , le
Roy voulut mortifier ceux qui
s'eſtoient ſi bien réjoüis , & leur
dit , qu'il s'étonnoit qu'ils n'euffent
pas fait plus ſouvent des Feux
de joye , puis que les derniers qu'ils
avoient faits marquoient , que leur
coûtume étoit de ſe réjoüir apres
leur défaite ; au licu que les autres
Nations ne donnoient de pareiltes
marques d'allégresse , qu'apres
Leurs victoires . Un pareil diſcours
les couvrit de confufion , & les
obligea d'avoüer qu'ils avoient
receu de fauſſes nouvelles.Tou.
tes ces chofes , &beaucoup
d'autres qu'on fit pour obfcuris
.182 MERCURE
1
la réputation & la gloire des armes
du Roy de France , & dont
le temps decouvrit la verité , mirent
ce grand Prince dans une
ſi haute eſtime aupres du Roy
de Siam , qu'il fit paroiſtre une
extréme impatience de luy envoyer
des Ambaſſadeurs. Il vouloit
meſme luy envoyer quelques-
uns de ſes Vaiſſeaux , mais
on luy fit connoiſtre le riſque
qu'il y avoit à craindte pour eux
dans nos Mers. Enfin le Vaiſſeau
nommé le Vautour , appartenant
à la Compagnie Royale de France
, eſtant arrivé à Siam , fut
choify pour porter juſques à
Bantam les Ambaſſadeurs que
ce puiſſfant Prince vouloit envoyer
en France. Il nomma en
1680. Pour Chef de cette Am.
baffade l'Homme le plus intelligent
de fon Royaume , & qui
GALANT. 183
en cette qualité avoit eſté à la
Chine & au Japon. Il choifit
auffi pour l'accompagner, vingtcinq
Hommes des plus conſidérables
de ſes Etats , avec les riches
Préſens pour le Roy , la
Reyne , Monſeigneur de Dauphin
, Madame la Dauphine ,
Monfieur , & Madame. Le Public
n'eut aucune connoiffance
de la qualité de ces Préfens ,
parce que c'eſt une incivilité inexcufable
chez les Orientaux
de les faire voir à qui que ce ſoit,
celuy à qui on les envoye devant
les voir le premier. On
embarqua ces Préfens trois ſemaines
avant le depart du Vaifſeau
qui devoit les porter ; & les
Lettres que le Roy de Siam écrivoit
au Roy de France,furent enferméesdans
un Bambu , ou petit
Coffre d'or. Ce Bambu fut mis
184 MERCURE
au haut de la Poupe , avec des
Flambeaux qui l'éclairerent toutes
les nuits pendant ces trois
ſemaines ;& tant que ce Navire
demeure à l'ancre avant ſon depart,
tous les Vaiſſeauxqui pafferent
furent obligez de plier leurs
Voiles , & de ſalüer ces Lettres ;
& les Rameurs des Galeres , de
ramer debout,& inclinez . Comme
le Pape avoit auffi écrit au
Roy de Siam pour le remercier
de la protection qu'il donnoit
aux Catholiques , & de la liberté
de conſcience qu'il laiſſoit dans
ſes Etats , ce Monarque luy faifoit
réponſe par le meſme Vaiffeau
, & avoit mis les Lettres
qu'il écrivoit à Sa Sainteté , dans
un Bambu de Calamba . C'eſt un
Bois que les Siamois eſtiment
autant que l'or ; mais le Roy de
Siam avoit dit qu'il le choiſiſſoit
GALANT. 185
parce qu'il faloit de la ſimplicité
dans tout ce qui regardoit les
Perfonnes qui ſe meſlent de la
Religion . Apres ces éclatantes
Ceremonies , & fi glorieuſes
pour noſtre Monarque ,l'Ambaf.
ſadeur s'embarqua avec une ſuite
nombreuſe , & vint juſques à
Bantan , où il quita le Vaiſſeau
qui l'avoit amené , & ſe mit dans
le Navire nommé le Soleil d'Orient
, appartenant à la meſme
Compagnie des Indes , portant
pour ſon compte pour plus d'un
millions d'Effets ; de forte que
cela joins aux Préſens que le Roy
de Siam envoyoit en France,
- faisoit une tres riche charge. Le
Vaiſſeau estoit d'ailleurs fort
beau , & l'on peut compter ſa
perte pour une perte fort confidérable.
Vous la ſçavez , & je
vous en ay ſouvent parlé . Ce
186 MERCURE
د
n'eſt pas qu'on en ait de nouvelles
aſſurées ; mais depuis quatre
ans qu'il eſt ſorty de Bantan , il a
eſté impoſſible d'en rien découvrir
quelques perquifitions
qu'on en ait faites. Quand cette
nouvelle fut portée à Siam , elle
fut long-temps ignorée du Roy ,
perſonne n'oſant luy apprendre
une choſe dont on fçavoit qu'il
auroit un tres- ſenſible chagrin ,
non ſeulement parce qu'il voyoit
reculer par là ce qu'il témoignoit
ſouhaiter le plus qui estoit de
faire demander l'amitié du Roy
de France , & qu'il perdoit de riches
Préfens , & des Hommes
d'un grand merite ; mais encore
parce qu'il avoit fait tirer des
chofes tres- curieuſes de fon Tréfor
, où il n'en trouveroit plus de
ſemblables pour envoyer une
ſeconde fois . Tout cela frapa ce
:
1
GALAN T.
187
Prince ; mais comme il ſçait
prendre beaucoup d'empire ſur
luy , il répondit de ſang froid à
✓ceux qui luy apprirent cette
nouvelle , qu'il faloit envoyer
d'autres Ambaſſadeurs, & donna
ordre qu'on luy préparât de nouveaux
Préſens. Les choſes demeurérent
quelque temps en cet
état , parce qu'il n'y avoit point
de Vaiſſeau qui vinſten Europe,
pour les porter. Le deſir que le
Roy de Siam avoit d'envoyer de
ſes Sujets en France , étoit ſi
grand,qu'il réſolut d'en faire partir
ſur un petit Bâtiment Anglois,
du port de quatre- vingt tonneaux
, nommé Bâtiment interloop.
Ces Bâtimens ne ſont point
de la Compagnie d'Ang'eterre, &
la plupart appartiennent à des
Bourgeois de Londres,qui croïent
qu'il leur eft permis de les char188
MERCURE
ger pour leur compte particulier.
Le peu d'étenduë de ce Bâtiment
ne fut pas ſeulement cauſe que
le Roy de Siam ne fit partir que
des Envoyez , mais les remontrances
de ſon Premier Miniſtre
y contribuerent beaucoup. Il luy
repreſenta qu'on n'avoit pas encore
de nouvelles certaines de la
perre du Vaiſſeau ſur lequel ſon
Ambaſſadeur étoit party de Bantan
, & que ce ſeroit une choſe
embaraſſante , ſi le dernier rencontroit
le premier en France.
Ainſi il fut reſolu de ne faire
partir que des Envoyez , qui ne
feroient chargez que de trois
choſes : La premiere , de s'informer
de ce qu'eſtoit devenu le
premier Ambaſſadeur;la ſeconde,
de prier Meſſieurs Colbert , de
faire connoiftre au Roy de Siam
leur Maiſtre les moyens les plus
4
A
GALANT. 189
courts , & les plus ſolides pour
unir les deux Couronnes d'une
amitié inviolable ; & enfin,pour
féliciter noſtre Monarque fur
l'heureuſe naiſſance de Monſeigneur
le Duc de Bourgogne. Le
Roy de Siam voulut que ces
deux Envoyez fuſſent choiſis
parmy les Officiers de ſa Maifon
, & qu'ils fuſſent du nombre
de ceux qui ne payent point de
Taille ; car il y a de la Nobleſſe
dans le Royaume de Siam , comme
en Europe, & cette Nobleſſe
eſt exempte de certains Droits
qu'on y paye au Roy. Ce Prince
voulut auſſi que les deux Envoyez
qu'il choiſiroit , n'euſſent
point eſté châtiez ; parce que le
Roy les fait tous punir pour la
moindre faute qu'ils commettent,
ce qui n'eſt pas un obſtacle pour
les empeſcher de rentrer au fer190
MERCURE
de
vice comme auparavant. Ces
deux envoyez ayant eſté nommez
par le Roy , & ce Prince
prenant grande confiance aux
Miſſionnaires qui ſont dans
ſes Etats , il pria Monfieur l'Eveſque
de Metellopolis ,
joindre à ces deux Officiers
un Miſſionnaire , pour les accompagner
dans ce Voyage;
&comme il falloit un Homme
intelligent , actif , & propre à
fouffrir les fatigues d'un ſi long
Voyage Mr de Metellopolis
choifit Mr Vacher , ancien Mifſionnaire
de Cochinchine , &
qui depuis quatorze ans travaille
au ſalut des Ames en ces Païs-là .
Le Roy de Siam ayant ſçû qu'il
avoit eſté nommé , demanda à
l'entretenir, & le retint huit jours
à Lavau , Maiſon de Campagne
où il va ſouvent. Il le fit traiter
,
GALAN T. 191
pendant ces huit jours , & on
lay ſervit à chaque Repas quarante
ou cinquante Plats , chargez
de tout ce qu'il y avoit de
plus exquis dans le Païs. Mr Vachet
cut une fort longue audience
de ce Prince , quiluy recommanda
d'avoir ſoin de ſes
Envoyez , & de raporter en
France la verité de ce qu'il
voyoit de ſa Cour,& de ſes Etats,
fansexiger de luy aucune autre
choſe fur cet Article . Enſuite
il lay fit une priere , qui marque
l'eſprit de ce Monarque , & avec
combien de gloire il ſoûtient ſa
dignité. Il luy dit, Que commeſes
Envoyez emportoient des Préfens
pour lesMinistres de France&qu'ils
portoientdans un Bâtiment Anglois,
als iroient droit à Londres , ou apparemment
la Doüanne voudroit
voir ce que contenoient les Balots ,
192 MERCURE
& se faire payer ſes droits ; &
c'eſtoit ce que ce Monarque
apprehendoit , non ſeulement
parce qu'il croyoit qu'il eſtoir
honteux que ce qui luy appar.
tenoit payaſt quelques droits ,
mais encore parce qu'il vouloit
que ceux a qui il envoyoit des
Préſens , les viſſent les premiers:
Pour remédier à cet embarras
, il chargea M' Vachet
de prier de ſa part l'Ambaſſa.
deur de France , qu'il trouveroit
à Londres , de faire en forte
que ce qu'il envoyoit aux Miniſtres
de Sa Majesté , ne payaſt
point de Doüanne en Angleterre
, ce qui fut ponctuellement
exécuté , Sa Majesté Britannique
ayant obligeamment donné
ſes ordres pour empefcher
qu'on ne priſt rien à ſes Doüannes
des Balots de ces Envoyez
Le Roy de Siam dit encore à
de
GALANT.
193
Mr Vachet, lors que ce Miſſionnaire
le quitta , Qu'il privit le
2. Dieu du Ciel de luy fairefaire bon
Voyage , & qu'il luy apprendroit
des choses àfonretour , dont il ferois
surpris & ravy. Il luy fit
enfuite donner un Habit long
de Satin ; & c'eſt celuy que ce
Miſſionnaire a porté dans les
Audiences que ces Envoyez ont
eües. Il n'y a point de refforts
que les Nations établies à Siam ,
&qui ne sçauroient cacher le
chagrin & la jalouſie que leur
donne la grandeur du Roy ,
- n'ayent fait joüer , pour empécher
ces Envoyez de venir en
France. Comme ils ſont chargez
d'acheter icy beaucoup de
choſes , ces Jaloux ont offert au
Roy de Sia,de luy porter juſqu'en
fon Royaume tout ce qu'il pouvoit
defirerd'Europe , & meſme
Decembre 1684.
194
MERCURE
de luy en faire préſent ; mais
vous jugez bien que ce Monarque
, du caractere dont je
vous l'ay peint, n'eſtoit pas aſſez
intéreſſe pour accepter de telles
propoſitions . Auſſi les a-t'il
rejettées , tout ce qu'il cherche
n'eſtant que l'amitié du Roy
dont il ſe fait une gloire , un
bonheur , & un plaifir. Ces Envoyez
partirent de Londres, dans
un Bâtiment du Roy d'Angleterre
nommé la Charlote
,
, que
ce Prince leur donna pour pafſer
à Calais , où je les laiſſe afin
de vous donner le mois prochain
un Journal qui ne regarde que
la France & que je commenceray
par leur débarquement
à Calais. J'ay ſceu tout ce
que je vous mande , de fi bonne
part , que je puis vous aſſurer
que je ne dis rien qui ne ſoit en-
,
GALANT.
195
tierement conforme à la verité ;
& fi cette Relation a quelque
- choſe de défectueux , ce ne peut
eſtre que pour quelques endroits
tranſpoſez , dont je n'ay pas afſez
bien retenu l'ordre.
Je viens au triſte Article des
Morts. Monfieur le marquis de
Pont , Gouverneur de Nogent
fur Seine. Il eſtoit Fils de feu
Monfieur de Chavigny miniſtre
d'Etat , & de Dame .... Phelippeaux
de Villeſavin , qui eſt encore
vivante auffi - bien que madame
de Villeſavin ſa mere , &
avoit épousé Dame Boſuer,
dont il laiſſe Monfieur le Comte
de Chavigny Lieutenant de
Vaiſſeau . Monfieur le Chevalier
de Chavigny , Capitaine dans
Clerambault , Monfieur le Chevalier
de Pont , Monfieur l'Abbé
de Pont , Chanoine de Tours,
,
....
12
196 MERCURE
& Mademoiselle de Chavigny.
Il eſtoit Frere de Monfieur le
Marquis de Chavigny , qui s'eſt
ſignalé en Candie , de Monfieur
l'Eveſque de Troyes , de monſieur
l'Abbé de Chavigny , de
Monfieur Beuthillier de Chavigny,
de madame la maréchale de
Clerambaut, de Madame la маг-
quiſe de Boſmelet , Femme de
Monfieur de Boſmelet, Préſident
au Mortier du Parlement de
Roüen , & de Madame la Premiere
Préſidente du Parlement
de Dijon.
Meffire Germain Prevoſt ,
Chanoine de l'Egliſe de Paris ,
mort le 26. de Novembre
l'Archeveſque a donné ſa Chanoinie
à Monfieur l'Abbé de la
Roche. Ce jeune Abbé a de l'eſprit
& promet beaucoup.
Meſſire Michel de Marillac ;
GALANT.
197
Seigneur d'Ollinville Conſeiller
d'Etat ordinaire, & d'honneur au
Parlement de Paris , mort le 29.
du même mois. Il s'eſtoit ſignalé
en tous ſes Employs par cette
pieté , & probité heréditaire en
tous ceux de ſa Famille , qui
eſt originaire d'Auvergne, où eſt
ſituée la Terre de Marillac , dont
ils ont eſté Seigneurs. René de
Marillac , Maiſtre des Requeſtes
eſtoit ſon Pere ; ſon Ayeul michel
de Marillac , Conſeiller au
Parlement , puis Maiſtre des Requeſtes
, enſuite Conſeiller d'Esat
, Sur- Intendant des Finances ,
& enfin Garde des Seaux ; fon
Biſayeul Guillaume de Marillac,
Intendant & Controlleur Genéral
des Finances ; ſon Grand-
Oncle, Loüis de Marillac, Comte
de Beaumont, Maréchal de France
, qui avoit épousé Catherine
13
198 MERCURE
de Medicis , de l'illuſtre Maiſon
de Medicis. Ce Guillaume de
Marillac fon Biſayeul , avoit trois e
Freres recommandables par leur
profonde Doctrine, & qui furent
employez en pluſieurs negociations
d'Etat , ſçavoir Charles de
Marillac, Archeveſque de Vienne
, auparavant Ambaſſadeur au
Levant ; Bertrand de Marillac,
Perſonne de ſainte vie & de
grande autorité ; & Gabriël de
Marillac, Avocat General au Parlement
de Paris. Monfieur de
Marillac , Conſeiller d'Etat , qui
vient de mourir , avoit épousé
Jeanne Potier , Fille de Nicolas
potier Seigneur d'Ocquerre,
Secretaire d'Etat, aîné de
la Famille des Potier , & petite-
Fille de Nicolas Potier , Seigneur
de Blancmeſnil , & du Borger
prés Paris , Préſident au Mortier
, & Chancelier de la Reyne ,
GALANT. 199
Marie de Medicis. Les Oncles de
Madame de marillac,étoient René
& Augustin Potier, Eveſques
&Comtes de Beauvais Pairs de
France , conſidérables par leur
fçavoir , &par leur pieté extraordinaire
; & André Potier de Novion,
Préſident au Mortier du parlement
de paris pere de Nicolas
Potier de Novion , aujourd'huy
Premier Preſident du même Parlement.
Son Grand-Oncle eſtoit
Loüis Potier de Geſvres , Secretaire
d'Etat , qui eut pour Fils
René Potier de Geſvres , Duc
de Trémes , pair de France,Chevalier
des Ordres du Roy , Ca-
-pitainedes Gardes du Corps de
Sa majeſté , qui a épousé Marguerite
de Luxembourg , Fille de
François de Luxembourg , Duc
de Piney , & de Diane de Lorraine
dont eſt venu Leon Potier,
14
200 MERCURE
aujourd'huy Duc de Trémes,
Pair de France . Du mariage de
Monfieur de Marillac,& de Dame
Ieanne Potier , ſont venus cinq
Enfans , ſçavoir trois Garçons ,
dont deux ſont d'Eglife & deux
Filles , dont l'une a eſté Religieuſe
aux Carmelites de la Ruë Chapon.
L'Aîné des Fils eſt René de
Marillac , Seigneur d'Olinville,
& d'Atichy , Conſeiller au parlement
puis Avocat General au
Grand Confeil , enſuite maiſtre
des Requeſtes , Intendant de
Juſtice en Poitou , où il a travaillé
fi utilement à la Converfion
des Herétiques , & à preſent Intendant
en la Generalité de
Roüen . Il eſt Conſeiller d'Etat ,
& a épousé la Fille de Monfieur
Bouchard Sarron , auffi Conſeiller
d'Etat , Pere de Monfieur
Bouchart Sarron , Confeiller en
GALAN T. 201
☐la Cinquiéme des Enqueſtes.
Marillac porte d'argent maſſonne
de Sable , remply de ſept Merletes
demesme; & Potier, d'azuràdeux
mains dextres d'or au franc quartier
, échiqueté d'argent & d'azur.
Meſſire Genoud , Seigneur de
Guibeville , Conſeiller en la
Grand Chambre , mort le premier
jour de ce mois. Il avoit
eſté receu au Parlement en 1641.
& eſtoit Fils de Claude Genoud,
Secretaire du Roy , & de Marie
du Puy , Fille de Claude du
Puy , Confeiller au Parlement
de Paris , & Soeur de feu Mrs
du Puy,Bibliothécaires du Roy ,
qu'un rare ſçavoir a rendu illuſtres.
Mr Vedeau de Grammont
, Confeiller en la Seconde
des Enqueſtes , a épousé la Fille
deMe Genoud , dont je vousapprens
la mort. Par cette more
15
202 MERCURE
Achille Barentin , Doyen des
Conſeillers de la Troiſiéme des
Enquestes , eſt monté à la Grand
Chambre. Il eſt Frere d'Honoré
Barentin , Ancien Préſident au
Grand Conſeil , & Maistre des
Requeſtes honoraire.
Dame Marie Simon , Femme
de Maître François de Maiffat
, Seigneur de Leveville &
de Malvoiſive , Conſeiller en
la Cinquiéme des Enqueſtes ,
morte auſſi le premier jour
de ce mois. Elle n'avoit que
vingt- fix ans , & eſtoit Fille de
Mr Simon , Lieutenant Genéral
au Préſidial de Chartres . M
deMaiſſat eſtFils de Pierre Maifſat
, Ancien Secretaire du Roy ,
cy- devant Greffier du Conſeil
Privé de Sa Majeſté .
Dame Elifabeth Daubray ,
Femme de Mr Pidou , Secretaire
du Roy , & Controleur Gent
GALANT.
203
ral des Domaines de S. M. morte
le 10. de ce mois.Elle eſtoit Mere
deM Pidou de S. Olon , Chevalier
de l'Ordre de Noſtre-Dame
du Mont- Carmel , & de S.
Lazare de Jeruſalem , Gentilhomme
ordinaire de Sa Majesté,
& cy- devant Réſident pour le
Roy à Genes. La Famille des
Daubray a donné pluſieurs Confeillers
au Parlement , & deux
Maiſtres des Requeſtes Pere &
Fils , qui ont eſté Lieutenans
Civils au Châtelet de Paris.
Meffire Pierre Merault , Seigneur
de Gif, receu Conſeiller
au Parlement en 1661. & mort
ſubitement le 20 de ce mois
d'une Apoplexie de Sang, qu'on
appelle ictusSanguinis. C'eſt une
veine quiſe rõpt dans le cerveau;
on en a trouvé deux goûtes dans
le fien. Il eſtoit Chancelier de
16
204
MERCURE
l'Ordre de Noſtre- Dame du
Mont- Carmel , & de Saint Lazare,
& avoit rapporté le matin
un Procés par charité.
Le 13. de ce mois , on prononça
dans le College de Loürs
LE GRAND , chez les Peres
Jeſuites , une Harangue à l'honneur
du Parlement. On n'avoit
rien oublié de tout ce qui pouvoit
rendre cette Ceremonie
des plus auguſtes. La Salle deſtinée
à l'Action , eſtoit ornée
de riches Tapiſſeries de Velours
bleu , rehauſſées de Fleurs de
Lys d'or en broderie , qui repreſentoient
aſſez bien le lieu
du Palais. Au fond de la Salle ,
fous un Dais magnifique , étoit
le Portrait du Roy affis dans ſon
Lit de Juſtice. Des deux coſtez
eſtoient ceux de Mr le Premier
Préſident & de Mrs les Préſidens
GALANT.
205
au Mortier. On avoit mis au defſus
de chaque Tableau un mot
tiré d'un ancien Autheur , qui
marquoit leur caractere . Au haut
regnoit une eſpece de Cordon
où étoient repréſentées les Armes
de tous ceux qui ont exercé
la Charge de premier préſident
, avec une Inſcription,pour
faire connoiſtre les vertus , ou les
actions particulieres, par leſquelles
ils ſe ſont rendus recommandables
. On y liſoit encore pluſieurs
autres Inſcriptions, qui par
leur application naturelle , don-
* noient une noble idée de la dignité
& de la grandeur du par-
Iment. Mr le premier préſident
, Mrs les préſidens au Mortier
, & preſque tout le parle.
ment , compofoient l'Aſſemblée .
La Piéce fut écoutée avec un
filence & une attention extraor
206 MERCURE
dinaire ; & les grands applaus
diſſemens qui la ſuivirent , fone
des témoignages de l'approbation
generale avec laquelle elle
fut receuë. Le pere de la Baune
qui en eſt l'Autheur , & déja
aſſez connu par les beaux panégyriques
qu'il a prononcez dans
le meſme lieu les années précedentes
; celuy-cy qu'il doit donner
au public , comme il adonné
les autres , fera mieux juger
de ſon merite , que tout ce que
je pourrois vous en dire icy .
Monfieur Doujat , Doyen de
l'Academie Françoiſe , & des
Profeſſeurs du College Royal ,
Premier Docteur Regent de la
Faculté de Droit, a prononcé depuis
peu de jours dans la Salle
de Cambray , une Harangue en
Latin à la loüange du Roy , fur les
évenemens de cette année , en
GALAN T. 207
.
preſence de Monfieur Bignon ,
Conſeiller d'Etat , Doyen d'honneurde
la meſme Faculté, & d'un
grand nombre de perſonnes de
qualité & de ſçavoir ,& entr'au.
tresde l'Academie Françoiſe , qui
temoignerent une ſatisfaction extraordinaire
de ſon Diſcours,auffi
éloquent que judicieux....
** Je vous ay ſouvent parléde
Monfieur de Villete , Capitaine
de Vaiſſeau . C'eſt un Homme
d'un merite diftingué , & dont
l'unique défaut eſt d'eſtre de la
Religion Prétenduë Reformée..
Monfieur le Marquis de Murſé
ſon Fils , qui eſt Catholique , a
eſté pourveu par le Roy d'une
Cornete de la Compagnie Chevaux
Legers de ſa Garde. Il eſt
eſtimé de tous ceux qui le connoiffent,&
quoy qu'il forte des
Mouſquetaires pour remplir ce
208 MERCURE
!
poſte , il a déja ſervy pluſieurs
Campagnes. Dés ſa plus grande
jeuneſſe , il cherchoit à meſſine
les occafions de ſe ſignaler.
Ces derniers jours le Roy fit
l'honneur à Meſſire Maximilien
François , Marquis de Bethune,
Capitaine Enſeigne de ſes Gendarmes
, de ſigner ſon Contract
de mariage , en faveur duquel
Sa Majesté luy a accordéun Brevet
de retenuë de dix mille écus
fur fa Charge , outre un autre
de pareille ſomme , qu'Elle luy
avoit accordée auparavant.Il eſt
Fils de maximilien de Bethune ,
&de .... de la Porte , petit- Fils
de feu Monfieur le Duc d'Orval ,
& il épouſe mademoiselle de
Rothelin , Fille de Henry d'Orleans
, Marquis de Rothelin &
de .... Bouthillier - Senlis. Elle
eft Scoeur de Monfieur le marquis
GALAN T. 209
de Rothelin , qui a épousé une
des Filles de feu Monfieur le ма-
réchal Duc de Navailles , & qui
eſt auſſi Capitaine- Enſeigne des
Gendarmes . Monfieur le marquis
de Bethune a quatorze années
de ſervice , quoy qu'il n'ait
encore que vingt huit ans. Il eut
l'honneur de ſervir en 1672. en
qualité d'Ayde de Camp de Sa
Majeſté . Depuis ce temps- là , il
s'eſt trouvé en toutes les occafions
d'honneur, & s'y eſt ditingué
d'une maniere digne de ſa
naiſſance . Toute la France ſcait
qu'elle eſt illuſtre , & il ſuffit de
dire le nom de ſa Famille pour en
faire connoiſtre la grandeur.
Monfieur de Breteüil , dont je
vous ay entretenuë lors qu'il foc
nommé Intendant des Finances,
a épousé depuis peu la Fille de
Monfieur le marquis de Courte210
MERCURE
bonne, Lieutenant de Roy àCalais.
Je ne repeteray poirft ce que
jevous ayditde l'un &de l'autre.
La réputation de Monfieur
Manſard vous eſt connuë,& vous
ſcavez que c'eſt à luy que la
France doit les ſuperbes bâtimens
de la grande & petite Ecurie
du Roy à Verſailles, les Pavillons
de Marly , & le Château de
Clagny. Je ne vous dis rien du :
reſte parce que le détail de ſes
Outrages feroit trop long,& que
j'auray dans peu à vous parler
du plus ſuperbe morceau d'Architecture
qui ait peut- eſtre jamais
eſté fait , & au modelle duquel
on travaille preſentement
fur ſes deſſeins. Le Roy pour
marquer l'approbation qu'il don
ne à tant de merveilles , l'a gratifié
depuis peu d'une ſomme de
cinquante mille livres, & Sa ма-
GALANT. Στ
jeſté a témoigné qu'Elle ſouhaitoit
qu'il achetaſt une Charge
d'Intendant Genéral des Bâtimens.
Madame la Comteſſe de Bethune,
Soeur de Monfieur le Duc
de S.Aignan , & d'Ame d'Atour
de la Reyne , qu'elle a toûjours
ſervie en cette qualité depuis le
Mariage du Roy , a eſté gratifiée
- d'une penſion de neuf mille livres
, en conſidération de ſes
longs ſervices.
Je viens à l'Article des modes.
Les Juſtaucorps ſont toûjours de
Drap de Hollande brun , avec
de grandes manches à Botes, garnies
de Boutons d'or trait , & de
Boutonnieres d'or. Les Revers
Monches ſont de Drap d'or , ou
de Brocard. Les Amadis,ou Bouts
de manches , font galonnez ou
brodez. On fait toûjours quatre
4
212 MERCURE
1
Poches aux Iuftaucorps. Les
Culotes ſont de Velours plein ,
la plupart de couleur de feu bleu ,
ou iſabelle. Les Veſtes,de Velours
galonné ou brodé , avec des Poches.
On fait beaucoup de Iuſtaucorps
de Velours noir, brodez
en Boutonnieres d'or. Les plus
ſimples ſont garnis de Boutonnieres
d'or, au bout deſquelles font
de petits Fleurons d'or brodez ,
avec les ouvertures . Les Veſtes
_de ces luftaucorps ſont de Drap
d'argent , brodé d'argent ou
de drap d'or ; brodé d'or les
Revers des manches ſont de
même ,& les Baudriers auſſi . Ils
font tres - riches , auſſi - bien que
les Noeuds d'Epée & de manchon.
Les Manchons ſont grands,
& tigrez , ou de peau de panthere
; les Gands blancs , à Dentelle,
ou à Frange d'or. Les Brandebourgs
& les Manteaux ſont de
,
GALANT. 213
Velours couleurde feu , doublez
de Velours vert ou noir , brodez
✓ de grandes Boutonnieres or ou
argent à la perſienne. On porte
des Chapeaux de Caſtor noir ,
dont les bords ſont un peu grands
& retrouſſez . Les Cordons font
toûjours d'or , & les Bas de foye
marbrez & rayez . On porte auſſi
beaucoup de Bas de Barbarie . On
voit à la Cour des Juſtaucorps
de Brocard d'or & d'argent , &
des Veſtes de meſme,& fi riches,
qu'on les prend pour des luſtaucorps
brodez à plein. Quant
aux Femmes imaginez - vous
les plus belles Etoffes en or &
en argent dont elles ont
des Jupes & des Manteaux,
chacune ſelon ſon gouft & fa
bourſe ; & voila leurs modes
Il y en a beaucoup quien portent
de pannes, mais peu d'une même
,
214 MERCURE
couleur , c'eſt à dire que les Jupes ,
&les Manteaux font de diferentes
pannes. Il y a déja quelques
années qu'elles portent des lupes
en Matelas , & elles commencent
àporterdes manteaux.
Je vous envoye un ſecond Air
nouveau qui ne vous plaira pas
moins que le premier.
AIR
L
NOUVEAU.
Es Tambours & les Trom.
petes
Doivent ceder à nos Muſetes .
LOUIS triomphedans ces Lieux.
C'est affez qu'un Héros protege nos
Houletes ,
Pour goûter en repos les plaisirs
amoureux .
Il ne nous manque rien , Iris, pour
estre heureux.
La Saiſon nous offre à tous deux
1
GALANT.
215
Mille douceurs parfaites.
Ne perdons pas un temps ſiprecieux.
:
Les Tambours & les Trompetes
Doivent ceder à nos Mufetes.
LOVIS triomphe dans ces Lieux.
Les noms de ceux qui ont expliqué
les Enigmes du dernier
mois , feront dans le XXVIII ,
Volume de l'Extraordinaire , qui
paroiſtra le 15 , de lanvier prochain,
En voicy deux nouvelles ,
l'une de Monfieur Diéreville , &
l'autre de Monfieur Rault,
ENIGME.
Av moment queje
viens au
MaMeremedévoüe àla virginite,
Et je paſſe mes jours dans lafterilité
,
214 MERCURE
(
Tandis que ma Soeur eft feconde.
En rampant je m'éleve en cent mille
façons ;
Et quoy que je nefois que de baſſe
naiſſance ,
Avec les plus grandes Maiſons
Jefais une étroite alliance ,
Lors que je m'y peux attacher,
C'eſt toûjours pour toute ma vie ;
Par tant de chaînes ie m'y lie,
Qu'onnesçauroit m'en arracher,
Iefuis agreable à la vûë ;
C'estpar cet endroit que ie plais.
Iepeux encorfaire goûter lefrais
Selon lesens que ie ſuis étenduë.
Mes cheveux Seroient toûjours
verds ,
Si j'estois inſenſible aux rigueurs des
Hyvers.
Cette Saiſon pour moy cruelle
Me les fait tomber tous ; mais malgré
ce revers ,
Ieneparoisjamaisfibelle ,
Que dans le tems que je lesperds.
AUTRE
GALANT.
215
AUTRE ENIGME.
Efuis jeunette&delicate ,
Ma beautémefait rechercher;
Et quoy que mon teint viféclate.
I'ay pourtant le coeur de rocher.
- Si pour ma beauté naturelle ,
I'affecte la fin du Printemps ,
C'est qu'en cette Saiſonſi belle
Ierendsbeaucoup de coeur contens.
La Ieuneſſe apres moy Soupire ,
Le beau Sexe me fait la Cour ;
• Et fi divers Amans j'attire ,
C'est par tendreſſe & par amour.
•
Avec cette douceur charmante ,
Et toute contraireà mon coeur,
Fait- on quelque Feste galante ,
Ie m'y rencontreenbonne humeur.
Si je m'y trouve déguisée ,
Decembre 1684 . K
218 MERCURE
I'y vay couronner le Repas ;
Bien loin d'eſtre alors méprisée.
Demoy l'onfait un plus grand cas.
Le Lundy 27. de l'autre mois,
le Préſidial de Soiſſons rendit
Sentence contre la Demoiſelle
que je vous ay mandé qui s'étoit
dite pluſieurs fois Anabaptifte
, & la déclara ſuffiſamment
atteinte & convaincüe de
libertinage , impoſture , & fuppoſition
de nom , d'état , & de
Religion , & d'avoir reïteré deux
fois le Sacrement de Baptéme;
pour réparation dequoy elle a
eſté condamnée à faire Amande
honorable devant le grand Portail
de l'Eglife Cathédrale de la
Ville , & bannie à perpetuité ,
apres avoir fuby une peine afflitive
dans la grande Place, ce qui
fut exécuté le même jour.
GALANT.
219
Le choix que le Roy a fait de
Roland pour le ſujet du nouvel
Opéra que Me de Lully prépare,
a inſpiré à Mademoiſelle Girault
le deſſein de mettre l'Arioſte
dans unjour qui laiſſe voir tout
ce qu'il a d'agreable , fansen découvrir
les endroits trop libres.
Ainſi puis que cet Opéra qu'on
attend , va faire entrer l'Arioſte
dans le commerce du grand monde
, il ne faut pas qu'il y paroiſſe
en vieux Libertin; il effaroucheroit
les Dames , au lieu de les divertir.
C'eſt ce qui a obligé Mademoiselle
Giraut d'adoucir ce
quiluy a paru de trop outré ; en
confervant neanmoins le ſens de
l'Autheur , autant que la bienſéance
l'a pû permettre. Cette
ſpirituelle Perſonne a cru auſſi
qu'on pouvoit fuprimer les choſes
faintes,& leur donner un autre
tour , ne les trouvant pas bieni
K2
220 MERCURE
placées dans un Ouvrage d'un
caractere fi libre. Elle a retranche
quelques endroits languifſans&
ennuyeux, l'Arioſte ayant
dans ſa Langue naturelle certaines
beautez, qui paſſeroient dans
la noſtre pour de grands defauts . ,
Cette nouvelle Traduction de
Roland le furieux, que vos Amies
feront peut-eſtre bien aiſes de
voir, àl'occaſion de l'Opéra , ſe
trouve chez le Sieur Guignard,
à l'entrée de la grande Salle du
Palais , à l'Image Saint Jean.
Le S' de Luyne , qui a donné
depuis quelques mois un grand
nombre de Livres nouveaux au
Public,en vend un préſentement
intitulé Agiatu , Regne de Sparte ,
ou les Guerres Civiles des Lacédemoniens
ſous les RoysAgis& Leonidas.
L'Authcur de cet Ouvra-:
ge eſtimé de pluſieurs Perſonnes
d'unbongouft, en a fait pluſieurs
;
GALANT. 221
autres qui ont eu de grands fuccés.
C'eſt a luy que nous devons
les cinq derniers Tomes de Pharamond
, qu'il voulut bien ſe donner
la peine d'achever apres la
mort de M de la Calprenede.
Le meſme Libraire vend un autre
Livre nouveau , qui a pour
titre , Les Regles de la Poësie Françoise.
Elles ſont tres- nettement
expliquées , & peuvent eſtre d'une
grandeutilité pour ceux qui
n'en ont pas une entiere connoiffance
.
Le S'Blageart continuë àdebiter
d'agreables Nouveautez , &
en promet une dans cinq ou fix
jours , dont le titre ſeul luy doit
attirer tous les curieux, Ce titre
eſt Le Seraskier Bacha. C'eſt une,
Hiſtoriete meſlée d'incidensqui
font menagez avec beaucoup
de conduite , & écrits d'un ſtila
aifé. Vous y trouverez toute la
:
:
K 3
222 MERCURE
vie du fameux Zouglan , élevé
à la Charge de Seraskier , qui
eſtoit éteinte chez les Turcs il y
a déja pluſieurs années , juſqu'à
la Levée du Siége de Bude ,
dont elle contient les particularitez
les plus remarquables . Cet.
te galante Nouvelle eſt de l'Autheur
du Grand Vizir , & de l'll.
lustre Génoise, dont vous me mandez
que la lecture vous a fi bien
diverty.
-Les diférens Caractéres de l'Amour
, où celuy d'Inclination eſt
ſi vivement dépeint , & que débite
le meſme Blageart , ont re--
çû icy des plus difficiles connoifſeurs
l'approbation que vous leur
donnez . Tout le monde y reconnoiſt
ce genre d'écrire naturel
& fin , qui eft particulier à
àMrs de l'Académie Françoiſe.
Je me ſuis trompé , en vous
mandant la derniere fois , que
GALAN T.
223
+
هو
Madame de Manevillete eſt Soeur
de Mr le Camus , Premier Prêfident
àla Cour des Aydes. Elle
n'eſt que ſa Couſine germaine ,
eſtant Fille de Mt le Camus,Controlleur
Genéral des Finances ,
Frere du Premier préſident.
Ie remets au mois prochain la
Conversión de M' Alexandrede
Vigne , Miniſtre de Grenoble ,
dont j'ay beaucoup de particularitez
à vous apprendre. Adieu
madame , je vous ſouhaite une
heureuſe année,& ſuis vôtre,&c.
AParis le 30. Decembre 1684 ..
د
Extrait du Privilege du Roy.
,
P
Ar Grace & Privilege du Roy , donné à
Chaville le 18. Juillet 1683. Signé, Par
le Roy en fon Conſeil , UNQUIERES. Il eft ,
permis à I. D. Ecuyer , Sieur de Vizé , de
faire imprimer tous les Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , contenant
pluſieurs Pieces, Relations, Hiſtoires,Avantures
&autres Ouvrages hiſtoriques , curreux
&galans pour la fatisfaction de
nôtre cher & tres-amé Fils LE DAUPHIN ;
pendant le temps & eſpace de dix années ,
à compter du jour que chacun deſdits
Volumes fera achevé d'imprimer pour la
premiere fois : Comme auſſi défenſes ſont
faites à tous Libraires , Imprimeurs Graveurs
& autres , d'imprimer , graver & debiter
ledit Livre fans le confentement de
l'Expofant, ny d'en extraire aucune Piece, ny
Planches fervant à l'ornement dudit Livre,
mefme d'en veidre ſeparément, & de donner
à lire ledit Livre , le tout à peine de fix
mille livres d'amende contre chacun des
contrevenans , & confiication des Exemplaires
contrefaits ; ainſi que plus au long
il eſt porté audit Privilege.
Registré sur le Livre de la Communauté
le 14. Septembre 1683 .
Signé ANGOT , Syndic.
Et ledit Sieur 1. D. Ecuyer , Sieur de
Vizé, a cedé & tranſporte ſon droit de
Privilege à Thomas Amaulry , Libraire à
роцг en jouir duivant l'accord fair Lyon ,
ntreux.
Stan: the
Martourel
511
m
1684,12
Eur. 511
im
-1681,12.
Mercure
< 36614138960010
< 36614138960010
Bayer
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR.
LE DAUPHIN.
DECEMBRE 1684.
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY,
ruë Merciere, au Mercure Galant .
M. D.CLXXXIV.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
Avis pour placer les Figures.
L'Air qui 'Air qui commence par Tout
le monde me dit que j'abregemes
jours , doit regarder la page 77
La Figure doit regarder la page
154
L'Air qui commence par Les
Tambours & les Trompetes ; doit
regarder la page 214
Bayerische
Staatsbibliothsk
München,
4
A
MONSEIGNEUR
LE
DAUPHIN.
M ONSEIGNEUR,
Voicy la neufiéme année que la
gloire de vostre Nom rend le Mercure
confiderable à toute l'Europe.
Douze Epitres au commencement
d'autant de Volumes , ont parlé d'abord
de tout ce que vous avez fait
de remarquable ; & fi dans ceux
a 2
EPITRE .
qui les ont ſuivy , je n'ay que de
temps en temps étalé dans d'autres
ce que la France admiroit en Vous,
c'eſt parce que j'ay apprehende que
le grand nombre de ces Panégiriques
n'accablaſt voſtre modeſtie.
Ainsi j'ay crû que je devois ſeulement
laiſſer cet auguste Nom à la
• tefte de cet ouvrage , afin qu'on ne
doutaft point qu'il ne fust à vous.
Je croy pourtant, MONSEIGNEUR ,
lors que je regarde cettesincere &
parfaite union qui regne entre Vous
& l'incomparable Princeſſe que le
Ciel vous a donnée pour Epouse,que
je puis luy parler icy comme à une
autre partie de Vous - mesme , &
qu'estant celle que vous aimez le
plus , j'en feray mieux ma cour au
prés de vous. C'est ce qui m'engage
à prendre la liberté de luy
dire ,
२
4
1
EPITRE .
L
MADAME,
Quoy que cesoit aujourd'huy un
jour où l'usage veut que l'on faſſe
des souhaits , quels voeux peut- on
faire pour une grande Princeffe ,
dont la haute Naiſſance est le moindre
de ses avantages ? & quelles
loüanges peut- on luy donner , lors
qu'elle est au deſſus de tous les Eloges?
Vostre esprit,qu'on peut appeller
univerſel , a paru toûjours admirable
à tous ceux qui ont eu
l'honneur de vous approcher. Vos
yeux font connoiftre ce que la verité
me fait dire icy . Lors que Madame
de Maintenon vous alla recevoir
sur la Frontiere , elle écrivit
au Roy, dés qu'elle eut eu l'honneur
de vous voir , Que le feu de vos
yeux , & l'eſprit qui paroiffoit
dans toutes vos manieres , étoient
ã 3
EPITR E.
des choſes que les paroles & la
peinture étoient incapables d'exprimer.
Vous parlez pluſieurs Langues
avec la mesme facilité que fi
elles vous étoient naturelles , & jugezadmirablement
de toutes choses..
Je laiſſe les avantages que vous
avez à chanter avec méthode , à
joüer du Claveffin,à deſſiner, à dan
cer d'une maniere noble & aisée.
Toutes ces perfectionsfont relevées
par une devotion exemplaire , qui
est d'autant plus à estimer,qu'ayant
toûjours estéregléeſans trop paroître,
on ne peut douter qu'elle neſoit
veritable . Tous ceux que vous honorez
de vostre estime , ſe doivent
affurer d'une forte & durable protection,
fans que rien la faſſe chan..
ger , ce qui est peu ordinaire aux
Grands ; & fans descendre de vô
tre rang, lesfavorables regards que
vous daignez jetter sur eux ,
dé
EPITRE.
:
couvrent que vous estes la meilleure
Princeſſe du monde. Auſſi l'illustre
Sapho du siecle eut- elle raiſon de
dire dans un Madrigal qu'elle vous
adreſſa lors que vous arrivâtes en
France.
Rien ne peut reſiſter à vos attraits
vainqueurs,
Tous efforts feroient inutiles;
En un mot vous prenez les coeurs ,
Comme nôtre Roy prend les Villes .
Quant à vostre merite , il n'y a
personne qui ne convienne de ce
qu'en a dit Monsieur Colbert de
Croiſſy , lors qu'estant alleàMunic
pour la négotiation de vostre Mariage
, il écrivit au Roy , Que la
premiere fois qu'il avoit eu l'honneurde
vous entretenir , il vous
avoit trouvé un ſi grand mérite,
que quoy qu'il l'euſt admiré d'abord
, il n'avoit oſé mander à Sa
ã 4
EPITRE .
Majesté ce qu'il en croyoit , dans
la crainte d'en avoir jugé trop
promptement; mais que trois ou
quatre autres converſations luy
avoient donné ſujet de l'admirer
encore davantage ; qu'il n'avoit
point veu d'eſprit plus égal ,&
que dans toutes les négotiations
qu'il avoit traitées , & dans lefquelles
il avoit toûjours eu affaire
å de grands Hommes , il ne ſe
ſouvenoit point d'avoir jamais
entendu de plus vives ny de plus
juſtes réponſes, non par une
fois , mais à chaque occafion
qu'il avoit euë de conférer avec
Vous. Aprés cela, MADAME , per-
Sonne ne doit entreprendre vostre
Eloge; ou si l'on est affez hardy pour
le faire, il faut seulement rapporter
vos paroles , & l'on jugera par des
reparties faites fur le champ , qu'il
est impoffible de concevoir une affez
EPITRE.
L
haute idée de vostre esprit . Y a t- il
rien qui en marquedavantage que
ce que vous dites à Madame la
Ducheffe de Richelieu , lors que vous
tournant vers elle , apres avoir dit
adieu aux Dames devoſtre Maison
qui retournoient en Baviere ? Ne
vous étonnez pas, MADAME , luy
dites vous , fi je ne répons point
par meslarmes aux pleurs que je
voy verſer. La jove que j'ayd'aller
voir le Roy,eſt bien capablede
les retenir. Jepourrois, MADAME,
rapporter icy beaucoup d'autres reparties
vives & fpirituelles , fur
lesquelles vous n'avez peut estre
fait aucune refléxion , parce que
voſtre esprit vous les a fait fairefur
l'heure. Le nombre en est si grand ,
qu'il me donna licu des ce temps- là
de faire un Volume de l'Histoire de
voštre Mariage , qui vivra eternellement,
à cause de la beauté de
EPITRE.
Sa matiere , qui l'a fait traduire e
plusieurs Langues , & imprimer en
beaucoup de Païs Etrangers. Ainsi,
MADAME, i'auray l'avantage d'avoir
transmis à la Posterité d'éclatantes
preuves de vostre esprit . It
fera bien glorieux pour moy,fi vous
avezla bonté de le regarder comme
une marque du profond respect avec
lequel ie fuis ,
MADAME,
Voſtre tres- humble & tresobeïffant
Serviteur ,
DEVIZE'.
LE LIBRAIRE
AU LECTEUR .
Ous aurez, cher Lecteur,
àla fin du mois de Janvier
l'Hiſtoire de François
Premier , par le ſçavant
Monfieur de Varillas , & le deuxiéme
Tome de l'Epion Turc , & plufieuts
autres nouveautez. L'on continue à
diſtribuer le Journal des Sçavans pour
6. ſols par Cahier ; les Mercures ſe
vendront toûjours 20.ſols chaque Volume
, & les Extraordinaires 30. ſols.
Il eſt inutile de les demander à meilleur
marché en n'en voulant prendre
qu'une année. Ceux qui les voudront
tous, ou une bonne partie , on leur en
feraune compoſition honneſte.
LIVRES NOUVEAUX
dumois de Decembre 1684.
Conferences Eccleſiaſtiques duDio:
:
ceſe de Luçon, Tome I V.& V. in 12 :
deux Volumes , 4. livres impreſſion de
Paris. Vous les aurez impreffion de
Lyon auſſi en deux Tomes pour2.liv.
10. ſols à la fin de ce mois ; ils s'impriment.
L'Eccleſiaſtique , par ces Moſſieurs,
in octavo, 4.livres.
Mademoiselle de Jarnac , Hiſtoire
du temps de la Princeſſe de Cleves, in
12. trois Volumes, 3. liv. 10. fols ,
Traité des Fortifications, contenant
la Demonſtration, & l'Examen de tout
ce qui regarde l'Art de Fortifier les
Places, tant reguliéres qu'irregulières,
ſuivant ce qui ſe pratique aujourd'huy ;
le tout d'une maniere abregée ,& fort
aiſée pour l'Inſtruction de la Jeuneſſfe ;
par Monfieur Gautier deNiſmes, avec
23. Figures en taille douce, in douzė,
25. fols. ة
Morale de l'Evangile , in 12. nou
velle Edition , 50. fols .
Ellais de Phyſique, in douze, z.liv.
1
Concorde des Épîtres de S.Paul, in
douze, 2.livres .
Traité Hiſtorique de l'Etabliſſement
&des Prerogatives de l'Egliſe de Ro
me , & de ſes Eveſques , par Monfieur
Mainbourg , in douze, 2.livres.
L'Almanach de Milan de 1685. in
douze, 20. fols ...
L'Almanach de Liege , in ſeize,
15. fols.
La Connoiſſance des Temps , de...
1685. in douze, 20. fols .
L'Illuftre Genoiſe , de l'Autheur du
Grand Vifir , in douze , 30. fols .
Le Caractere de l'Amour , in 12 .
deux Volumes , 3.liv.
Et pluſieurs autres nouveautez pour
leMois prochain.
:
TABLE DES MATIERES
contenuës dans ce Volume .
de, I
Explication de la Galerie de
Versailles, 3
Sonnets. 58
Deviſes. 63
Déclarations du Roy. 64
Prix que l'Académie Françoise doit
diftribuer au mois d'Aoust prochain
,
74
Eglogue de Madame des Houlieres,
78
Lettre écrite à la Reine de Pologne
, 85
Détail des Cerémonies faites au
Mariage de Mad.la Princeſſe
de Hanover, 97
L'Amour proprepuny, Fable , 126
Devise pour Madame la Dauphine
133
TABLE
Deviſes pour Mx le Comte de Thou
louse , 134
Autres Deviſes , 137
Mariage de M'le Marquis de la
Fare , & de Mademoiselle de
Vantelet ,
141
Gouvernement de Nancy donné à
Monsieur d'Aubaréde, J
155
M.Thevenot est nomméGarde de la
Bibliothéque du Roy, 156
Sonnets , ibid.
Prife- de-poſſeſſion de l'Abbaïe de
Vauluiſant,pour Monsieur l'Abbé
le Tellier ,
Benediction ,
159
164
Benediction de cing Cloches ,faites à
Notre-Dame,
Dispute pour la chaire Grecque de
l'Univerſité de Caen , 167
Suite de l'Article de Siam , 169
Morts , 195
Harangue prononcée au College de
Loüis le Grand , en l'honneur du
Parlement , 195
206
TABLE DES MATIERES.
Harangue prononcee à la loüange
dus Roy , par M. Doujat
Cornette de la Compagnie des Chevaux
Legers , donnée àM. le
Marquis de Murfé , 207
Mariage de M.le Marquis de Bethune.
208
Mariage de M. de Breteüil, Inten-
<
dant des Finances, 209
Gratification faite parle Roy àM.
210
Penſion donnée à Madame la Com--
Mansard.
teffe de Béthune, 211
Modes.
ibid.
Enigme,
215
Autre Enigme, 217
Livres nouveaux , 219
i
!
:
L
ل
Finde la Table
}
MERCURE
GALANT.
DECEMBRE 1684.
E croy , Madame , que
je ne puis mieux ré
pondre à ce que vous
attendez du premier
Article de ma Lettre ſur les choſes
qui regardent la gloire du
Roy , qu'en vous envoyant une
Deſcription de la Galerie de
Verſailles , qui m'eſt tombée
depuis peu de jours entre les
Decembre 1684 , A
2 MERCURE
mains , & que Monfieur Lorne
Peintre a faite avec une entiere
exactitude . Elle est belle , fuccincte
, fort intelligible , & comprend
toute la vie de nôtre auguſte
Monarque , depuis qu'il a
commencé à gouverner par luymeſme.
Vous me l'aviez demandée
il y a déja long- temps de la
part de vos Amies , & je voy par
toutes les Lettres que je reçois ,
qu'elle eſt extrêmement ſouhaitée
dans les Païs Etrangers.Ainfi ,
Madame , comme vous ſoufrez
que celles que je vous adreſſe
deviennent publiques , en vous
faiſant part de cette Deſcription ,
je puis dire que je fatisfais à la
curioſité de toute l'Europe .
GALANT.
3
r
hhhichhhh sh
EXPLICATION
DE LA GALERIE
DE VERSAILLES.
>
LAllégorie eſt la maniere la plus ancienne d'exprimer
les penſées par des caracteres .
Les lettres n'ont eſté en uſage
que longtemps aprés que les
Egyptiens eurent , par des figures
, laiſſe à la Poſtérité les Miſteres
de leur Religion , & les
Loix de leur Etat. Les Poëtes
depuis , ſous des ſens allégoriques
, dans les Métamorphoſes ,
&dans les Fables , nous ont donné
les plus beaux préceptes , &
les leçons les plus utiles de la
Philoſophie. Les ornemens de ce
A 2
4
MERCURE
fameux Temple , a dont Dieu
luy meſme donna le deſſein au
plus ſage des Monarques, étoient
miſtérieux ; mais cette ſcience
a eſté en uſage de tout temps ,
principalement parmy les Peintres
& les Sculpteurs , qui n'ont
point d'autre langage pour ſe
faire entendre dans leurs ouvrages.
Jupiter eſt la puiſſance ;
Junon , l'Autorité , Mars , la Valeur
; Hercule , la Force. Une
belle Femme qui tientun Sceptre
& une Couronne d'Etoiles eſt la
Gloire. Une autre avec des aîles ,
qui tient un Sable & un Eperon,
accompagnée d'un Coq , eſt la
Vigilance. Pour la Prévoyance,
ils font une Femme avec un
Compas & un Livres. La figure
de la Renommée eſt aſſez connuë.
Ils expriment le Secret par
a Temple de Salomon.
GALANT. 5
.
un jeune Homme tenant un Ca.
chet ſur ſa bouche , & ayant ſes
cheveux attachez àun Bandeau
I d'or , qui ſoûtient une Sphinx .
La Victoire eſt Couronnée de
Laurier elle a des aîles , porte un
Trophée . La Peur tient un
Liévre. L'Envie eſt entourée
de Serpens. La Terreur embouche
une Trompette , & menace
avec des Foüets ; ſa coëfure eſt
une teſte de Dragon en forme
de Chimere . L'Abodance tient
la Corne d'Amalthée,& la Tranquilité
couronnée de Fleurs , a
dans la main uneGrénade . Ils ont
encore quantité d'autres figures,
qu'il ſeroit intile de décrire icy ,
n'eſtant point ou peu repréſentées
dans la Galerie de Verſailles ,
où Monfieur le Brun a peint
I'Hiſtoire du Roy, depuis la Paix
des Pyrenées juſqu'à celle de
A3
6 MERCURE
de
Nimégue. Pour exprimer les diferans
mouvemens qui ont fait
agir ce Prince , & les Ennemis
qui ſe font oppoſez à ſes deſſeins,
il ne s'eſt ſervy que des Divinitez
qui nous ſont les plus connuës
, & qu'ila accompagnées
toutes les marques propres
à les diftinguer. Les Royaumes
comme les Provinces
& les Villes, font repréſentez
par des Femmes vêtués à la mode
de leurs Peuples , & ayanc
leurs Armoiries aupres d'elles .
Les Fleuves ſous la figure de
vieux Hommes couronnez de
Roſeaux , font remarquables par
des Urnes, d'où fort l'eau de leur
fource. Enfin il a pris un ſi grand
ſoin de marquer tout ce qui peut
rendre ſes penſées intelligibles ,
que pour peu que l'on ſcache
les Poëtes,on explique ſans peine
GALANT. 7
les ſujets , & l'Allégorie , loin de
les obfcurcir , les éclaircit & les
enrichit, eſtant traitée avec tout
l'art& toute la délicateffe neceffaire
, pour faire comprendre
une infinité de circonſtances tresimportantes
au ſujet , qu'il euſt
eſté impoſſible de faire concevoir
ſans ce moyen ; dont il s'eſt
ingénieuſement ſervy pour les
marquer.
L'Hiſtoire commence par un
• des Tableaux a qui eſt au milieu
de la Galerie , où le Roy dans la
fleur de la jeuneſſe , enviſageant
laGloire, prend apres ſon Maria.
ge le Gouvernement de l'Etat ,
& quitant pour la mériter les
plaiſirs d'un Regne paiſible, medite
de rendre ſes Sujets heureux
, & d'humilier ſes Ennemis,
a Il a 40 pieds de long.
A4
8 MERCURE
Dans douze Ovales, a on voit
le commencement de ſes glorieux
deſſeins executé. On y remarque
l'ordre qu'il met dans les
Finances ; le ſoin qu'il prend de
faire rendre la Juſtice; le rétabliſſement
du commerce ; l'in-
• ſtitution des Academies ; le ſecours
qu'il donne à l'Empire contre
les Turcs ; les Troupes qu'il
envoye en Hollande contre l'Eveſque
de Munſter ; la fatisfaction
que luy fait l'Eſpagne pour
l'inſulte que fon Ambaſſadeur
avoit faite au nôtre en la Ville
de Londres ; la Pyramide élevée
dans Rome pour reparation de
la violence faite par les Corſes à
nôtre Ambafſfadeur ; l'Alliance
avec les Treize Cantons ; l'arri
vée des Ambaſſadeurs des Nations
les plus reculées, la jonction
a Ils ont 8. pieds de haut .
GALANT.
9-
des deux Mers ; & la conſtruction
des Invalides .
Dans les fix Bas reliefs octogones
, afeints de lapis à fond
d'or , on a peins la Guerre de
Flandre , pour les droits de la
Reine ; la Paix d'Aix la Chapelle
, qui finit cette Guerre ; la
défenſe des Duels ; la diſtributiondes
Bleds pendant la Famine ,
la ſeûreté &la Police du dedans
de la Ville de Paris ; & l'acquiſition
de Dunquerque.
La derniere Guerre eſt le ſujet
des huit plus grands Tableaux .
Dans l'una on voit le Roy
méditer ſur toutes les difficurez
qui ſe pourroient rencontrer
dans la Guerre qu'il veut entreprendre
contre les Hollandois.
Les Proviſions qu'il fait pour
furmonter tous les accidens qu'il
aDepareillemesure.
AS
10 MERCURE
a préveus , compoſent b le ſecond.
Dans le troifiéme, e il propoſe
à ſes Generaux le deſſein qu'il a
formé , & de quelle maniere il
pretend l'exécuter.
Le quatrième a repréſente les
Campagnes de Hollande .
Dans le cinquiéme bon voit
l'Empire & l'Eſpagne s'unir avec
la Hollande contre le Roy.
Le ſixiéme a fait voir la Conqueſte
de la Franche- Comté.
Le ſeptiéme ddonne une idée
dela Priſede Gand, & des Campagnes
de Flandre.
Et le huitiéme e forme l'image
de la deſſunion des trois Puiffan
ces par la Paix de Hollande.
a Il a 20. pieds. b Il a 25. pieds. c 38
pieds.
a 35. pieds.b35 pieds , largeur 20.
€25.p.d 35 p. e 35 p.de large fur vingt.. C2
GALANT. II
Tous ces Tableaux ſont enfermez
dans de riches Compartimens
, & les Ovales font accompagnez
de Thermes peints
couleur de bronze , rehauſſez
d'or , qui portent des Corniches,
avec des Frontons feints de marbre
, fur chacun defquels font
deux Enfans de coloris , qui ſe
joüent à des Feftons de Fleurs
ſortans d'une Corbeille , poſée
fur un Maſque coloré , qui eſt
au milieu de chaque Fronton..
De riches Tapis de velours , où
l'on voit les amuſemens de l'Enfance
de ce Prince , décourent
l'eſpace d'entre les Bordures.
Aubas des Tableaux , fur des
Cartouches de Sculpture , l'on a
- écrit des Inſcriptions ſur chaque
?
ſujet.
Des Victoires ſemblent retrouffer
le Tapis , en intention
A 6
12 MERCURE
d'y mettre à la place d'autres
Tapiſſeries d'Actions plus ſérieuſes
,& plus importantes .
Voila en gros la diſtribution
& l'ordonnance de la Galerie ;
mais comme l'Hiſtoirey est traitée
avec toutes fes circonſtances
, il faut particulariſer un peu
plus de choſes , pour tâcher de
faire mieux comprendre l'allégorie
des Figures qui entrent dans
ce grand Ouvrage. Le premier
des Sujets eſt dans le plus grand
des Tableaux , a où l'on voit au
milieu le Roy dans la fleur de la
jeuneſſe. Son Habit eſt à la Romaine
, avec un Manteau Royal
qui couvre une partie du Trône,
fur lequel il eſt affis. Il tient un
Gouvernail , pour marquer qu'il
commence à gouverner ſonEtat;
a Au milieu de la Voute dont il tient
toute la largeur..
GALANT.
13 T
& les trois Graces qui le couronnent
repréſentent celles
que l'on voit briller dans toute
ſa perſonne. L'Amour leur donne
des Fleurs ; & la Tranquilité
fe repoſant au bas du Trône ,
marque celle que ce Prince vient
de donner à ſon Etat. Des Enfans
figurant les Génies des Divertiſſemens
, s'occupent à toutes
fortes de plaiſirs & de jeux au
bas & dans l'un des coſtez du
Tableau.
A l'autre coſté , la France
aſſiſe ſous un Pavillon de brocard
d'or , tient un Faiſceau Romain.
Elle étouffe la Diſcorde
fous ſon Bouclier. L'Hymen à
coſté d'elle , porte la Corne d'abondance,
& fon Flambeau dont
elle eſt éclairée , parce que le
MMaarriiaaggee du Roy eſtoit la principale
cauſe de ſon bonheur. La
14 MERCURE
Seine , a couronnée de Raiſins ,
s'appuye ſur ſon Urne , d'où fortent
avec l'eau des Fleurs & des
Fruits , qui marquent ſa ſource ,
& l'abondance que fon
porte dans la Capitale du Royaume.
cours
A coſté , &.un peu au deſſus
du Roy , Minerve affiſe ſur un
Nüage , luy préſente d'unemain
fon Bouclier , en luy montrant
de l'autre la Gloire preſte à le
couronner. Mars en l'air luy
fait remarquer cette Déeſſe qui
l'attend. Le Prince la regarde
attentivement. La Déeſſe luy
préſente la Couronne d'immortalité
. La Victoire & la Renommée
l'accompagnent. Le Temps
leve un bout du Pavillon ſous
lequel eſt le Roy , pour marquer
qu'il a fait connoiſtre les
a Riviere dont laſource est en Bourgogne.
GALANT. I
vertus héroïques de ce Prince ,
auquel il fait voir par le Sable
a qu'il luy préſente , que l'heure
eſt venuë d'entreprendre les
grandes Actions qu'il a méditées
, & de profiter des momens
qu'il fait couler en ſa faveur.
Les Dieux paroiſſent dans le
Ciel , luy offrant leur aſſiſtance ;
Pluton , ſes richeſſes ; Vulcain
ſes armes ; Ceres & Bachus ,
des vivres pour ſes Armées .Apol .
lon précedé de l'Etoile de Vénus
, vient du plus haut des nües
pour éclairer ſes grandes Actions
, & Diane paroiſt pour le
guider dans les ombres de la
Nuit. Jupiter offre ſon Foudre .
Mercure traverſe les airs pour
aller faire connoiſtre ce Prince
à toute la Terre . Junon , Protectrice
de la Vanité , ſe tourne
aHorloge du Temps.
16 MERCURE
de l'autre coſté du ceintre , où.
regardant favorablement l'Allemagne
, elle luy envoye une
Nüée , a qui luy ſervant de Trône
, marque la vaine ſupériorité
qu'elle pretend ſur les autres
Royaumes. La Couronne Im
périale , & l'Aigle , la font reconnoiſtre.
Son attitude eſt fiere
, fon habillement pompeux.
Elle tient le Bâton de commandement;
& l'Eſpagne à coſté ,
& un peu plus bas , ſemble obferver
ſes mouvemens. Elle s'appuye
ſur ſon Lion , qui devore
unRoy des Indes renverfé fur
des Tréſors épars. Son ambition
eſt repreſentée par une Femme
avec des aîles , qui à la teſte &
les bras chargez de Couronnes.
Elle ambraſſe d'un Flambeau
qu'elle tient de la main droite ,
aFable d'Ixion.
GALANT.
17
:
:
les Palais des malheureux Princes
qu'elle a dépoüillez , & arrache
de l'autre la Couronne de
l'un de ces Infortunez , accablé
ſous le Trône qu'elle a renverſé.
La Hollande à la gauche de
l'Allemagne , & plus bas encore
que l'Eſpagne , eſt aſſiſe ſur
un Lion qui tient les ſept Fleches
que les Provinces Unies
ont priſes pour marque de leur
confederation . Elle a le Trident
à la main , & tient Thétis
enchaînée , prétendant avoir
l'Empire de la Mer par ſon Commerce.
On voit aupres d'elle
des Falots de Marchandises , &
des Vaiſſeaux preſts à partir pour
le Voyage de long cours.
Ces trois Puiffances paroiffet aveetoutes
les marques d'ambition
& de fierté qui pouvoient exciter
le Roy a vanger la Fran18
MERCURE
ce des injures qu'elle avoit
ſouffertes pendant ſa Minorité ,
& la leur rendre plus redoutable
qu'elles ne l'avoient trouvée
ſous les Regnes précedens .
Pour remedier aux abus qui
ſe commettoient dans les Finances
, & le Roy ſuprima la Charge
de Sur- Intendant , & s'en
réſerva le ſoin , pour eſtre Luymeſme
l'Oeconome & le Difpenſateur
de ſes Tréſors ; ce
qui ſe voit dans le premier a
des Ovales qui entourent le
Tableau que nous venons de
décrire. La France eſt aux pieds
du Prince , entre les mains duquel
elle a remis le Gouver- \
nail. La Fidelité a ſon Chien
pres d'elle. Elle tient une Clef
d'or , parce que ce métal incorruptible
marque que rien ne la
a Du costé des Miroirs.
GALAN T.
او
.
peut corrompre. Elle accompagne
Minerve , qui chaſſe , l'Epée
à la main , des Harpies, qui
laiſſent tomber en fuyant une
partie de l'argent qu'elles emportent
; ce qui ſignifie les
comptes que l'on fit rendre à
ceux qui avoient pillé les Finances
dont ils avoient eu le manîment
.
Dans le ſecond , a on reconnoiſt
l'inſtitution des Académies .
Le Roy eft accompagné de Minerve,
qui tient un Plan de l'Obſervatoire
. L'Académie Françoi
ſe porte un Caducée b à la main ,
Elle eſt à la teſte de ſes compagnes
, pour lesquelles elle remercie
le Prince de l'honneurde fa
protection .
Pour rétablir le Commerce
que les Guerres avoient banny
a Du côté des fenêtres.
b Symbole de l'Eloquence.
10 MERCURE
du Royaume , Sa Majesté établit
deux Compagnies b pour les
Indes Orientales & Occidentales
, donna la chaſſe aux Pyrates
, renditla Mer libre pour tous
ſes Suiets qui voudroient commercer.
C'est le troiſieme a Ovale
, où le Roy tient un Trident.
Des Corfaires ſont enchaínez à
ſes pieds un Matelot porte des
Balots ſur le Port qui paroiſt couvert
de Vaiſſeaux ; & l'Abondance
que l'on y voit , exprime
l'utilité du commerce.
Le quatrième beſt l'image de
l'ordre remis dans la Juſtice. Elle
eſt pres du Roy , qui donne le
Code aux Magiſtrats. La Chicane
, ſous l'apparence d'une Femme
maigre & décharnée , dont
b En 1664 .
a Audeffus des Miroirs.
b Du costé des Fenestres .
GALAN Τ . 21
le corps ſe termine en viz fans
fin , pour fignifier ſes diférens
détours , eſt terraſſée ſous les
pieds du Prince , qui la vient
détoufer par des Loix nouvelles.
Dans l'un des Bas-reliefs ,a la
Juſtice préſente ſon Epée au
Roy. La Renommée vole , &
publie un Manifeſte qui contient
les raiſons qui attirérent laGuerre
en Flandre pour les droits de
la Reyne, que l'Eſpagne refuſoit.
Dans l'autre , al'Eſpagne reçoit
du Roy une Branche d'Olivier
, en ſigne de la Paix qu'il
vient de luy offrir à Aix la Chapelle
, en rendant liberalement
a Ils font d'azur à fonds d'or,à la Clef
de la Voute , au costé du Tableau du milien.
a A costé du grand Tableau à la Clef
de la Voute.
22 MERCURE
la Franche - Comté qu'il avoit
conquiſe en vingtjours au milieu
de l'Hyver. Cette Province eſt
àgenoux , & entourée de Canons
pour la réjoüiſſance de la
Paix . La Victoire couronne le
Vainqueur.
Les quatre Ovales b qui ſont
aux coſtez du Tableau des Campagnes
de Hollande , repréſentent
dans l'un la Hollande qui
fuit ; mais la France qui vient à
ſon ſecours , arrache le Bouclier
de Munſter qui la pourſuivoir.
Les Troupes du Roy firent retirer
l'Eveſque de Munster , & l'obligerent
de conclure la Paix
avec lesEtats .
Dans un autre, aune femme
vétuë d'écarlate , & ſuivie d'une
b Du costé des Miroirs,prés des Campagnes
de Hollande.
a Ducosté des Fenestres.
GALANT.
23
Louve , ſignifie Rome , qui vient
reparer la violence faite par les
Corſes à noſtre Ambaſſadeur , &
& offrir pour fatisfaire à cet attentat
, de faire élever une Pyramide
, dont la France , accompagnée
de la Force , luy montre
le Plan .
Le troiſiéme a fait voir la France
l'Epée à la main , qui pourſuit
des Turcs effrayez , & renverſez
.L'Aigle de l'Empire chancelant
, ſe raffermit à l'ombre de
ſon Epée ; ce qui arriva ala Bataille
de S. Godart , où la valeur
d'un petit nombre de François
raſſura l'Empire étonné , & contraignit
une Armée formidable
d'Infidelles à faire une Paix honteuſe.
Le quatrième a nous montre
a Du costé des Fenestres.
a Du costé des Fenestres.
24 MERCURE
l'Eſpagne , accompagnée de ſon
Lion foûmis & rampant , parce
qu'elle vient ſatisfaire à l'inſulte
que ſon Ambaſſadeur avoit faite
au nôtre en la Ville de Londres.
La France a pres d'elle la Force
&la Justice; elle reçoit bla foûmiſſion
& la proteſtation publique
faite par l'Eſpagne de neluy
diſputer jamais le premier rang.
Dans un bas relief , a la Juſtice
ſépare d'une main les Combatans
, qu'elle menace de l'autre.
Dans l'éloignement , des
Archers en traînent un en prifon
, pour exprimer avec quelle
rigueur le Roy fait obſerver
la Défenſe des Duels.
L'autre b fait reſſouvenir de
b En 1661 .
a Ala Clefde la Voute , prés les
campagnes de Hollande.
b A la Clefde laKoute.
fa
GALAN T.
25
ſa bonté pendant la Famine.
Une belle Femme avec une
Flâme ſur la teſte , & une Corne
d'abondance ſous le bras ,
nous déſigne la pieté , qui fait
diſtribuer a du Pain à des Pauvres
, qui ſemblent le recevoir
avec empreſſement.
Les quatre derniers Ovales ,
b & les deux Bas reliefs , ſont
autour du Tableau des Campagnes
de Flandre. Dans l'un des
quatre Ovales , les Ambaſſfadeurs
des Nations les plus reculées
viennent admirer la
France , que les glorieuſes Actions
du Roy ont renduë redoutable
juſques aux Lieux qui
voyent lever & coucher le
Soleil .
Dans un autre , a les Ambaſſfadeurs
des Treize Cantons
a En 1662. Au deſſus des Festres.
Decembre 1684- B
26 MERCURE
viennent renouveler l'Alliance ..
avec elle.
La jonction des Mers étant
d'une extrême utilité pour le
Commerce , le Roy a fait creufer
ce fameux Canal de Languedoc;
ce qui fe voit dans le
troiſieme , b où Neptune qui
eſt d'Océan , & Thetis la Méditerrané
, ſe ſjoignent en ſigne
de leur communication .
LesSoldats , que les longs
ſervices , ou les malheurs de la
Guerre , avoient rendus inutiles
, eſtoient contraints de chercher
dans la charité des Peuples
un foulagement à leurs miferes
, l'extréme néceſſité eſtant
preſque la ſeule recompenſede
leurs travaux. Le Roy voulant
adoucir leur diſgrace , & les réa
Audeſſus des Fenestres.
b Andeſſus des Miroirs.
GALANT.
27
compenſer , a fait bâtir ce fameux
Hoſtel de Mars , ou ſa
magnificence les entretient.
C'eſt le ſujer du dernier a Ovale.
La Pieté paroiſt ſur un Trône
, donnant l'Ordre de S. Lazare
aux Officiers , & diſtribuant
de l'argent aux Soldats.
Minerve luy préſente le Plan
de ce magnifique Bâtiment , où
ils font logez.
Dés que la nuit eſtoit venuë ,
les Voleurs ſe rendoient maiſtres
deParis. On couroit tiſque de
la vie , ſi l'on eſtoit contraint
de fortir, & les Maiſons meſme
n'eſtoient pas un lieu de feûreté.
Le Koy , pour remédier
à ces defordres , ordonna des
Compagnies d'Archers à pied
& à cheval dans la Ville , & fur
les grands Chemins ; ce que l'on
a Andeſſus des Miroirs.
1
B2
28 MERCURE
a repréſenté dans ce Bas relief ,
a où la Juſtice aſſiſe ſur ſon Tri
bunal , ordonne à des Archers
d'aller prendre des Voleurs qui
aſſaffinent les Paſſans au coin
des Ruës. La ſeûreté repoſant
à l'ombre de la Juſtice , tient
une bourſe ouverte .
Dans le dernier b Bas- relief,
on a mis l'acquiſition de Dunquerque.
C'eſtoit le ſeul Port
qui reſtoit aux Etrangers fur
nos Coſtes , & le refuge de tous
les Corſaires. Le Roy voyant
à regret cette Place de ſon Royaume
fous une domination oppoſée
à l'Egliſe Romaine , n'épargna
rien pour l'obtenir. Dunquerque
préſente ſes Clefs à la
France , qui ordonne à la Pieté
de repandre ſes richeſſes que
a A la Clef de Voute.
b A la Clef de la Voute.
A
GALANT. 29
1
l'Angleterre fait ſerrer. L'Héréſie
ſe retire .
Le Roy laſſé de l'ingratitude
des Holandois , porte la Guerre
dans leurs Etats . L'Allemagne
& l'Eſpagne , étonnées de la
rapidité de ſes Conqueſtes , s'uniſſent
à la Hollande pour s'oppoſer
aux progrés de ſes armes
victorieuſes ; mais cette union
leur fut fi funeſte , qu'elles ſe virent
obligées de demander la
Paix , & de la recevoir aux conditions
qu'il plût au Vainqueur
de leur impoſer. Cette Guerre
eſt le ſujet des huit Tableaux
qui reſtent à décrire. Dans le
premier , le Roy animé par ſa
valeur à une Conqueſte juſte ,
délibérant en luy- meſme s'il la -
commencera , écoute ſa ſageſſe ,
pour ſurmonter par ſes conſeils
les obſtacles qu'elle luy fait re-
B 3
30
MERCURE
marquer dans ſon entrepriſe.
Il paroiſt a couvert du Manteau
Royal , ſur un Trône magnifique
, ſous un Pavillon bleu
ſemé de Fleurs de Lys , attaché
par des Cordons d'or à des Colomnes
d'un ſuperbe Ordre Jonique
. La Victoire & la Renommée
l'attendent ſur des nuages
aux coſtez d'un Char traîné par
deux Chevaux dont l'action
marque l'impatience. Marsl'invite
d'y monter , en luy faiſant
voir l'éclat de la Victoire , dont
leChar paroiſt tout reſplendiffant
, & l'excite à une nouvelle
Conqueſte , par la veuë de
fes premiers Trophées a qu'il
a Audeſſus des Fenestres , entre le
grand Tablean & les Campagnes de
Hollande.
a Ce sont des Boucliers , on font les
noms des Villes priſes en la premiere
Guerre de Flandres.
GALANT. 31
-
S
luy montre, la Juſtice derriere
le Prince , ſemble inſpirer un
deſſein ſi noble. Tout l'invite
àmarcher ; mais Minerve aſſiſe
au bas du Trône , luy fait remarquer
les horreurs de laGuerre
, qu'elle a tiſſfuës dans une
Tapiſſerie , où la Canicule en
feu ſe voit dans l'éloignement.
Des Malades expirans de peſte
& de fiévres ardentes , font les
ſuites de la contagion d'un air
enflâmé. L'envie à un Aigle &
un Lion à fes coſtez , pour faire
- connoiſtre que les deux Puif-
- ſances qu'ils ſignifient , devoient
s'oppoſer aux deſſeins du Roy.
Un Fleuve qui ſouleve ſes flots,
. entraîne des Soldats , dont on
ne revoit qu'une partie du corps;
&l'avidité d'un Soldat mangeant
de la terre & de l'herbe, marque
la faim qui le devore ſur la pen
B 4
32
MERCURE
te d'un Rocher forme d'un vieil
Home. L'Hyver preſſe entre ſes
bras un Soldat , que l'excés du
froid rend immobile . L'air eſt
plein de vents & de frimats.C'eſt
par ces images de diférens obſtacles
capables de détruire où de
retarder une entrepriſe , que la
Sageffe laiſſant agir la Valeur ,
fait prévoir tous les inconveniens
qui peuvent tromper une ardeur
inconſidérée.
Juſques icy le Roy a paru avec
un Manteau Royal mais dans les
ſept Tableaux ſuivant il en a un
de Brocard d'or , comme les portoient
les Demy Dieux & les
Héros , pour montrer que ſes
premieres Actions , toutes juſtes
& toutes grandes qu'elles font,
n'approchent point des Prodiges
qui font repréſentez en ſuite .
Dans le ſecond a Tableau , ce
GALANT.
33
:
Monarque prépare tout pour la
Guerre qu'il eſt preſt d'entreprendre,
& fait les proviſions néceffaires
pour remédier aux inconveniens
que la Sageſſe luy a
fait prévoir. LesDieux qui luy ont
promis leur aſſiſtance , luy donnent
leur ſecours. Sur le devant
, Neptune dans un Char
traîné par des Chevaux marins
& ſuivy de Tritons
font Trident au Roy qui eſt debout,
& qui avance la main pour
recevoir le Sceptre du liquide
Empire.
, préſente
Mars dans ſon Char fortant
d'une Tranchée , luy amene des
Troupes dont les Chefs baiffent
la Pique , en s'inclinant devant
leurGénéral.
a Audeſſus des Fenestres , entre le
grand Tableau & les Campagnes de Hol-
Lande.
B 3
34 MERCURE
Vulcain offre des Armes portées
par des Forgerons , & c'eſt
Mercure qui préſente le Bouclier,
parce que l'Adreſſe & l'Eloquence
fourniſſent les raiſons
dont les Roys font leurs premieres
Armes. Aux pieds du Prince
on voit des Vaſes pleins de richeſſes
, que Pluton qui eſt au
haut du Tableau , luy vient de
donner. La Terraſſe eſt couverte
d'Inſtrumens & de Machines de
guerre. Sur des Nuages au deſſus
du Roy , Minerve ſoûtient un
Caſque d'or qu'elle luy va mettre
fur la teſte , dont le ſens allegorique
eſt , que la Sageſſe forrifie
l'Entendement, & empefche
qu'il ne ſe corrompe. La Prévoyence
à coſté de Minerve ,
montre de ſon Compas le Livre
qu'elle tient, pour faire entendre
qu'il atout préveu , & mis ordre
GALANT.
35
-
à tout. Cerés vient offrir ſes
riches Moiffons. Son Char traîné
par des Dragons eſt plus loin , &
l'Abondance la ſuit. De l'autre
coſté a Apollon, ſemble ydonner
les ordres , & prendre le ſoin
des Bastions qu'on éleve. Dans
l'éloignement on découvre un
Arsenal , où l'on conſtruit avec
diligence des Vaiſſeaux & des
Galéres . La Vigilance , comme
l'ame de cette action , eſt dans
le milieu , & la plus élevée du
Tableau .
Voila de quels moyens le Roy
s'eſt ſervy pour faire reüffir les
deſſeins qu'il avoit méditez , &
qu'il propoſe à ſes Genéraux.
Dans le Tableau b ſuivant , il y
a Il bastit avec Neptune les Murs de
Troye.
b Audeſſus des Miroirs entre le grand
Tableau & lesCampagnes de Hollande....
B.6
36
MERCURE
>
eſt debout appuyé fur un Bâton
de Commandement. Monfieur,
Monfieur le Prince , Monfieur
leVicomte de Turenne, l'accom.
pagnent. Minerve déploye une
Carte des Pays Bas qu'un
Amour couronné de Laurier ,
repréſentant l'amour de la gloire
, tient devant eux. Véſel , Burich
, Orfoy & Rhimberg , s'y
voyent en Lettres d'or , & d'un
plus grand caractere , parce que
cefont les Villes que le Roy veut
attaquer en même temps , &
qu'il ordonneaux Princes d'aller
affiéger , & pour faire concevoir
qu'il n'avoit encore communiqué
ce deſſein à perſonne , le
Secret eft derriere luy , & porte
fon Caſque . Prés du Secret , on
remarque la vigilance ; & la prévoyance
eſt à coſté de Minerve.
La Gloire préſide à l'entrepriſe
GALANT.
37
qu'elle a inſpirée , le Nuage épais
qui la ſoûtient , fert à exprimer
le filence ,& le ſecret du Confeil
au milieu d'un Camp , que l'on
découvre derriere, & dans lequel
des Cavaliers & des Soldats s'appreſtent
à ſuivre le Dieu des
Combats , qui paroiſt en l'air
portantun Ecu armoirié de France.
La Victoire vole déja , d'autant
qu'il y eut ſi peu d'intervale
entre l'entrepriſe , & le fuccés ,
que l'on ſçût auſſitoſt la priſe des
Villes , que leurs Sièges .
Dans la a premiere Campagne
de Hollande , les Armées du
Roy ayant pafflé le Rhin , on prit
plus de quarante Places ; on
remporta une grande victoire ſur
Mer; on battit les Ennemis par
tout. Les Etats effrayez oublierent
leur ambition , perdirent
a En 1672.
38 MERCURE
preſque leur liberté , & les ſecours
ſecrets de l'Eſpagne ne
leur pouvans ſuffire , ils furent
conrtaints d'inonder leur Pays
pour empeſcher l'entiere perte ,
La ſeconde a ne fut pas moins
heureuſe. Le Roy emporta Maſtrich
en treize jours, ſesTroupes
prirentTréves,& ſes ArméesNavales
gagnerent deux grandesBatailles.
Ces deux Căpagnes compoſent
le quatriéme Tableau ,
où toutes ces Conqueſtes & ces
Victoires font merveilleuſement
repréſentées.
Les plus vives couleurs font
remarquer le Roy la Foudré à
la main , les Cheveux & fon
Manteau agitez par les vents ,
fon Char rapidement traîné par
des ſhevaux fougueux. Minerve
le guide ; la Gloire l'accom
a 1.673..
GALAN T.
39
-
pagne , Hercule le ſuit, & pouffe
le Char par deſſus les flors que
le Rhin ſoûleve. Ce Fleuve qui
depuis ce fameux Romain qui
s'aſſujettit l'Empire de l'Univers,
n'avoit point ſouffert de Vainqueur
, paroiſt plein de courroux
&de dépit , de n'avoir pû par
la rapidité de fon cours arreſter
ce Monarque , & de ſe voir
obſcurcir par une Victoire qui
vole au deſſus de Iny ,& porte
un Etendart , où eſt écrit Tolhuis,
nom du lieu où ce renommé paffage
ſe fir.
L'Eſpagne tient un Maſque ,
pour marquer les ſecours ſecrets
qu'elle donnoit aux Hollandois.
Elle tâche en vain d'arreſter le
Char , parce qu'au lieu de ſe
jetter aux Guides des Chevaux
elles ne s'attache qu'aux traits ,
ce qui sert à l'entraîner ell:e
9.
40 MERCURE
meſme , & figure la guerre qu'elle
s'attira. Le Char paſſe ſur
les premieres Villes conquiſes ,
repréſentées par des Femmes
terraſſées.
L'ambition de la Hollande
mord la pouffiere. Ses at'es font
rompuës , elle ne peut plus s'élever
, comme elle avoit accoutume;
& un Homme renverſé
fur les dos parmy des Balots &
des Livres de Compre , fignifie
le deſorde de ſon commerce . La
Liberté des Provinces Unies affiſe
ſur un Lion qui tient les ſept
Fléches , tâche de ſe défendre.
Elle a l'Epée d'unemain, & préſente
de l'autre ſon Bouclier ,
où ſe lit cette Inſcription , qui
promettoit tant de forces , &
qui fut ſuivie de tant de foibleſfe.
Les Peuples paroiffent dans
une fi grande conſternation ,
GALAN T.
41
qu'ils venoient de loin preſenter
les Clefs de leurs Places . Les
Renommées volent de tous coſtez
. Un groupe de Victoires
qui ſe cachent & ſe ſuccedent
les unes aux autres , tiennent
desPalmes &des Lauriers,& forment
en l'air un triomphe autour
du Vainqueur. Les plus
remarquables portent quatre
Couronnes murales pour la pri
ſe des quatre Villes en un même
jour.
Del'autre coſté a du Tableau,
l'Europe regarde le Roy avec
furpriſe . Son Cheval épouvanté
ſe cabre. Les Fruits & Inftrumens
des Arts qui marquent la
fertilité & le génie de ſes
Peuples , ſont à ſes pieds. Pluſieurs
Victoires emportent les
Armoiries des Villes conquiſes.
a Au deſſus des Fenestres.
د
42 MERCURE
Celle de Maſtrich ſe met ſeule
en défenſe , mais marsfarrache
en paſſant ſon Bouclier , pour
fignifier le peu de temps que
dura cette Place , que l'on croyoit
imprenable. Dans un AngleduTableau,
deuxAmériquains
admirent ce grand ſpectacle.
Ils ont place en ce lieu , comme
témoins des Victoires que nos
Armées Navales ont remportées
dans leurs Ifles les plus reculées.
L'Allemagne & l'Eſpagne ſe
repentant de ne s'eſtre pas plûtôt
oppoſées aux Armes du Roy ,
ſeliguérentavec laHollandepour
arreſter s'il le pouvoit , la rapidité
de ſes conqueſtes. L'Eſpagne
leva le maſque , & ſe déclaire
ouvertement. L'Empereur
a aſſembla les Princes d'Allemaa
1674.
GALANT.
43
gne & mit un Armée confiderable
ſur pied , & le Roy reſta
ſeul , comme il l'avoit préveu ,
&meſme defiré , pour faire voir
à ces Puiſſances qui s'eſtoient
toûjours flatées que leur union
feroit fatale à la France ; qu'elle
eſtoit pluspuiſſante , quoy que
ſeule , qu'elles ne l'étoient toutes
enſembles. C'eſt cette union
dont le cinquiéme Tableau a eſt
compoſé , qui donne une admirable
idée de la crainte & de
l'envie qui obligerent ces Puifſances
à s'unir , pour arreſter les
progrésde la gloire d'un Prince,
dont elles ne purent retarder les
profperitez .
L'obſcurité regne dans le milieu
, où ſous un riche Pavillon
a Au deſſus de la Porte du Salon de
la Guerre , il occupe tout l'espace depuis.
la Corniche iusqu'àla Voûte. :
44 MERCURE
ces meſmes Puiſſances ſe donnent
la main. La Hollande vé .
tuë à la mode de ſes Habitans ,
& par deſſus ornée d'un riche
Manteau , porte ſur ſon viſage
les marques de ſa deſolation &
de ſon deſeſpoir. Pour avoir du
fecours, elle s'attache d'une main
à l'Eſpagne qui leve le maſque ,
& fait voir le dépit ſur ſon viſage.
Elle tend la main à la Hollande
; & l'Allemagne affife au
milieu , ſemble les unir & fe
joindre avec elles. Toute ſon
action marque le repentir; &
l'Aigle de l'Empire preſſe fortement
avec une de ſes ſerres une
des pattes du Lion de Hollande ,
que l'on voit dans une poſture
fouffrante , pour faire connoiſtre
que les ſecours qu'on luy
donnoit luy coûtoient cher. Des
Furies repreſentent la peine , le
GALAN T.
45
dépit , & la jalouſie , dont ces
Puiſſances ſont agitées . Dans
le bas& dans l'un des coſtez du
Tableau , les Electeurs & les
Princes d'Allemagne s'affemblent.
On les reconnoiſt à leurs
Ecus , & à leurs Etendarts. Un
Timbalier tâche d'intéreſſer tou
te l'Europe dans leur querelle ,
& les Troupes viennent de toutes
parts. Dans l'autre coſté on
forge des Armes que l'on emporte
avec précipitation. Les Forgerons
refuſent d'en livrer une
partie , pour ſignifier le retardement
que le manque
d'argent apportoit aux armemens
des Ennemis. Des Renommées
paroiſſent dans le
Ciel. Elles augmentent le deſordre
& l'épouvante par le recit
des nouvelles Victoires qu'ellespublient
de toutes leurs forces.
46
MERCURE
&dans l'Etendart qu'une d'elles
préſente , où ſe lit cette fameuſe
Inſcription , que Céſar & le Roy
ont ſeuls méritée , Veni , vidi,
vici.
La Campagne de la Franche
Comté commence les Conqueſtes
de Flandre. Le Roy partit
pour cette expédition au mois
de Février de l'année 1674. Jamais
il n'y eut de fin d'Hyver
plus facheuſe , & la reſiſtence.
des Ennemis fut le moindre des
obſtacles que les Troupes curent
àcombatre.
Le Roy paroift tranquille au
milieu d'un grand mouvement
qui eſt exprimé a dans le Tableau
. Le Doux bſaiſi de frayeur
a Entre le grand Tableau & les Campagnes
de Flandre au deſſus des Miroirs.
b.Principal Fleuve de la Province.
i
GALANT.
47
étend les bras pour s'oppoſer au
paſſage. Mars traîne avec violence
un grand nombre de Femmes
de tout âge. Ce ſont toutes
les Villes de la Province que
le Roy dompta comme en pafſant.
On les reconnoiſt à leurs
Ecus chargez de leurs Armoiries
. La Franche Comté eſt abbatuë
aux pieds du Vainqueur.
Malgré le deſeſpoir qui luy fait
arracher les cheveux , on ne
laiſſe paside remarquer la beauté
de ſon viſage. Son habit eſt
à la maniere de ſes Habitans .
Toutes les paffions qui agiſſent
ſur l'eſprit des Vaincus , font
merveilleuſment exprimées dans
l'action de ces Captives , où la
crainte , l'eſpérance , & le dépit
, ſe remarquent en je neſçay
combien de manieres diférentes.
Sur la pente d'un Rocher ,
48 MERCURE
Minerve préſente ſa Pique ſe
couvre de ſon Bouclier . Hercule
leve ſa Maſſue pour chaffer
l'Aigle , & le Lion en fureur, qui
tâchent de défendre le ſommet.
Les Signes des trois mois que
dura cette conqueſte , ſe voyent
parmy les Frimats , la Grefle , la
Neige , & la Pluye que l'Hyver
jette à pleines mains en ſe retirant
, & que les Vents pouſſent
avec impétuoſité ; mais tous les
obſtacles de la ſaiſon , ny la refiſtance
des Ennemis , ne peuvent
retarder la Force conduite
par la Sageſſe qui paroiſſent au
hautdu Rocher , a ayant précipité
une partie des Soldats qui
le défendoient. L'Aigle crie de
deſſus l'Arbre où il eſt perché
au coin du Tableau De l'autre
coſté , les Troupes fuyent , &
a C'est Bezançon.
donnent
GALANT.
49.
• donnent une idée du trouble
&de l'épouvante que les Armes
du Roy avoient portée dans
cette Province. La Victoire attache
des Boucliers des Places
conquiſes à un grand Palmier , &
poſe deux Couronnes ſur le Trophée
; pour marquer que c'eſt
pour la ſeconde fois qu'elles ſont
domptées ; & la Renommée
embouche deux Trompettes
pour aller publier cette double
conqueſte. La Gloire paroiſt
dans le Ciel ; ſon éclat rejallit fur
le Heros , & l'oppoſition de cette
lumiere à l'obſcurité des Frimats
, rend cét Ouvrage un des
plus brillants qui ſe voyent.
La Campagne de 1675. fut
celebre par la priſe de Cambray,
de Valenciennes, de Saint Omer,
&par la Bataille de Mont - Caf
fel. En 1679. le Roy forma plu-
Decembre 1684. C
50
MERCURE
fienrs Corps d'Armées en Flandre
, inſulta quaſi toutes les Places
, enleva Gand par une conduite
ſi admirable , que le Gouverneur
des Pays -Bas n'eut pas
plûtoſt lesnouvelles du Siege que
de la priſe de la Ville.
Voila la matiere du Tableau
qui fait cimetrie aux Campagnes
de Hollande. Au milieu du Ciel ,
le Roy porté fur l'Aigle de Jupiter
, lance la foudre. Un gros
nuage d'où partent des tourbillons
de Nuées , des Tonnerres
& des Eclairs , qui inſpirent la
frayeur aux Villes que l'on voit
dans la crainte , ſont l'image des
diférens Corps d'Armées qui les
inveſtirent. Le Secret & la Vigilance
accompagnent ce Monarque
, les Renommées le devancent,
la Gloire tient ſur ſa teſte
la Couronne d'immortalité. Il ne
GALANT.
SI
- regarde point les Villes effrayées ,
& tient ſa veüe attachée fur .
Mars qui abat l'Hydre , & force
- l'Envie à ſe cacher dans un coin
du Tableau , parce qu'en domptant
toutes ces Places,le Roy
ne ſongeoit qu'à vaincre l'opiniaſtreté
de ſes Ennemis , & ne
ſe rendoit redoutable que pour
les contraindre à recevoir la Paix
qu'il leur vouloit donner. A l'au
tre coin Ypre eſt tremblante.Elle
écoute& regarde avec frayeur la
Terreur qui la menace,& dans
le milieu Minerve qui a déja enlevé
l'Etendart de la Ville de
Gand , luy arrache encore les
Clefs qu'elle tâche inutilement
de retenir ; cette Ville paroiſt
dans une vive douleur Vue grande
Jeuneſſe&une extréme Beauté
reprefentent bien ce Titre de
Pucelle que les Flamans luy ont
C 2
52
MERCURE
donné , avec un Parc qui l'environne
,& un Lion couronné pour
ſa garde. Il ſemble qu'elle ait glifſe
de deſſus les genoux de la
Flandre , ſur le ſein de laquelle
elle ſe croyoit en ſeureté. Cette
Province porte le Torquet & la
Mante noire comme ſes Peuples ,
&dans ſa ſurpriſe elle étend les
bras aux pieds du Lion , ſans ſçavoir
à quoy ſe reſoudre. Valenciennes
eſt renversée ſur un de
ſes Canons qui la fait tomber ,
parce qu'on s'en ſervit pour s'en
rendre maiſtre. Cambray eſt enchaînée
à un Char armorié de
France, & chargé des dépoüilles
de cette Campagne .
A l'autre coſté du Tableau ,la
Politique , le Conſeil , & la Prévoyance
d'eſpagne , paroiſſent
déconcertées . Au milieu le Coneil
eſt obſcurcy d'un nuage qui
GALAN T.
53
le couvre , & qui l'empeſche de
penetrer dans les deſſeins du
Roy ; & pour marquer ſon avenglement
, on luy a mis la main ſur
les yeux. La Prévoyance trouve
ſon Compas court , & une de ſes
branches rompuë. Elle tire en
vain la Politique par ſa robe, elle
ne la peut fecourir'ny en eſtre
ſecouruë ; la force luy manque ,
⚫le Sceptre luy tombe des mains ,
&le Lion qu'elle excite , recule ,
& ne veut point avancer.La Ru-
- ſe repreſentée par le Tygre qui
s'enfuit , luy devient auſſi inutile.
L'Aigle crie , il ſent ployer ſous
luy les colomnes d'Hercule où
l'on a attaché l'Infcription , Plus
outre , que prit autrefois Charles-
Quint. Les Troupes fuyent ; & le
Confeil , la Prévoyance , & la
Politique , reſtent ſans ſecours,&
hors d'état d'agir dans la frayeur
C3
54
MERCURE
que leur cauſe le bruit d'un évenement
ſi extraordinaite , & fi
peu attendu , qu'une Renommée
qui vole au deſſus de leur teſte
ſemble leur annoncer.
La Paix de Hollande a finit la
Galerie. C'eſt la deſunion des
trois Puiſſances que l'on voit fe
lier enſemble dans le Tableau
qui luy eft oppoſé . L'Allemagne
paroiſt tombée ſur des marches
de Marbre, ſous un grand Pavillon
attaché à la voûte. Les nuées
qui luy ſervoient de Trône , ſe
perdent ,& ſe diffipent. Elle regarde
la Paix avec étonnement ,
& paroiſt ſurpriſe de la foudre ,
qui ſemble gronder ſur ſa teſte.
Son Aigle en eſt étonné , il tire
la Hollande par fa robe pour tacher
de la retenir. L'Eſpagne
a An deſſus de la Porte du Salon de la
Paix.
GALANT.
55
tourne la teſte du coſté de l'Eclair
; elle étend la main pour en
garantir ſon Lion qui en eſt renverſe
ſur le dos. Les Troupes en
ſont épouvantées , & fuyent. Les
Forgerons emportent leurs Marteaux
, & laiſſent des Armes qui
reſtent inutiles. Mercure en l'air
femble diſſiper un nuage épais ,
qui empefchoit la Hollande de
recevoir la Paix , dont il luy apporte
pour figne une branche
d'Olivier. Cette Déeſſe vient du
Ciel pour ſe donner à elle . On la
reconnoiſt à ſon air gracieux , aux
Caducées qu'elle tient , à ſaCorne
d'abondance , à ſa Couronne
d'Olivier , & aux Enfans qui l'accompagnent
, & qui jettent des
' fleurs pour marquer les douceurs
qui la ſuivent par tout. La Hollande
s'élance , & tend les bras
pour la recevoir. Elle ſent les be
C4
56 MERCURE
ſoins qu'elle en a ; fon Lion ne
peut plus la ſoûtenir , & ploye
fous ſes genoüils , ce qui luy
fait mépriſer les conſeils de ſes
Voiſins ,& la vanité d'un Prince,
repréſentée par une Femme accompagnée
d'un Paon , qui pour
ſe l'aſſujettir tâche de la détourner
de la Paix en la tirantpar le
bras , & luy montrant des Troupes
& des Vaiſſeaux qu'elle
amene à ſon ſecours, mais elle ne
veut plus de guerre, & ne s'applique
qu'à recevoir la Paix .
Voila l'explication de la Galerie.
Elle a 40.Toiſes de long,& 37 .
pieds de large. Tout y eſt finy ;
& dans le nombre prodigieux
des Figures qui la compoſent ,
on n'en remarque pas une qui ne
ſoit terminée , avec le même ſoin
que ſi elle devoit eſtre ſeule , &
qui ne faſſe ſon effet .
GALANT. 71I
Il eſt étonnant que Monfieur
le Brun ait pû en quatre années
l'achever , ayant voulu peindre
le tout luy même , & ne s'eſtant
confié à perſonne pour ſe faire
foulager dans une ſi grande entrepriſe
, qu'il a heureuſement
terminée àla fatisfaction du Roy,
qui par des loüanges publiques
& particuliere
د
a temoigné
qu'il n'avoit jamais rien veu de ſi
beau ; & Monfieur le Sur- Intendant,
plus inſtruit que perſonne,
des ſoins & du temps que demandent
les grands Ouvrages , charmé
de celuy cy , dit à Sa Majesté;
que Monfieur le Brun méritoit
ſeul de travailler pour Elle , &
qu'il euſt fallu à tous autres plus
de temps pour penſer de fi grandes
choſes , qu'il ne luy en avoit
fallu pour les executer.
L'empreſſement et fi grand à
C
58 MERCURE
parler du Roy , la matiere eſt ſi
brillante ,& chacun y trouve un
ſi grand plaifir , que quelques
Bouts- rimez qu'on propoſe , on
n'en trouve point de difficiles ,
quand on les remplit à la gloire
de cet auguſte Monarque. Je
croy , Madame , vousavoir déja
envoyé quelques Sonnets fur les
Rimes de ceux que vous allez
lire. Si la nouveauté leur manque
parlà , ils ont d'autres agrémens
qui reparent ce défaut .
POUR LEROY.
V
Enez , Peuples, venez contempler
dans ſa gloire
L'invincible LOVIS , & le choisir
pour Roy ;
A l'Univers entier il doit donner la
Loy ;
Devant luy vaBellone, apres luy la
Victoire ..
GALANT.
59
Ses exploits inoüis font trop hauts
pour l'Histoire ,
Ils nesçauroient trouver d'Ecrivain
ny de Foy ;
Maisſes fiers Ennemis , qu'ila rem
plis d'effroy ,
Dans le fonds de leur coeur en gardent
la mémoire.
i
Sa Teſte a tout conçu , fon Bras
tout achevé ;
Audeſſus des Céfars luy ſeul s'est
élevé
ParSa rare conduite , & Son coeur
intrépide.
Leurs hauts faitsprés desfiens ceffent
d'estre immortels ;
Et il eſtoit encore un Thefée ,
Alcide ,
un
Ils perdroient prés de luy leurNom
leurs Autels .
C6
60 MERCURE
SUR LE ZELE
DE SA M AJESTE
Pour la Religion , & l'extirpation
de l'Hérefie.
L
OVIS LE GRAND n'est point
ébloüy par fa gloire ;
Audeſſus de fon Trône il reconnoist
un Roy ;
Il en ſcait maintenir & les droits
&la Loy ,
Et c'est là ſa plus noble & plus
chere Victoire .
SonZéle tres Chrétien brillera dans
'Hiſtoire ;
Ses Lauriers ſerviront de Couronne
àfa Foy ;
Des erreurs de Calvin fon Nom le
juste effroy
Vade fes Sectateurs abolir la mémoire.
GALANT. 61I
1
C'eſt - làle NomHéros le Chefd'oeuvre
achevé.
De ce Monſtre d'horreur, dans l'Enfer
élevé ,
Mille Teftes montroient leur fureur
intrépide.
Ses traits envenimez devoient estre
immortels ;
Mais LOVIS , & l'Aîné de l'Eglife
, & l'Alcide ,
Scaura ſeul immoler cette Hydre à
fes Autels .
SUR LA SAGE ET SECRETE
CONDUITE
DE LOUIS LE GRAND.
I
L s'est vû des Héros amoureux de
la gloire ;
Mawasuacucuunn d'eux jamais Scut- il
camme mon Roy
62 MERCURE
Ce grand art du fecret , dont la
difcrete Loy
N'annonce les deſſeins qu'avecque
la Victoire ?
Les plus fiers Conquérans quenous
vante l'Histoire ,
Et qu'on revere encore aujourdhuy
SousSa Foy ,
Avides de repandre & l'horreur&
l'effroy ,
Parleurs emportemens ont terny leur
mémoire.
LOVIS ne parlepoint , & tout est
achevé.
Ce filence est l'effort d'un esprit
élevé ,
Quifeconde à propos un courage
intrépide ;
۱
Et l'art mystérieux de ſes ſoins immortels
GALANT. 63
Forme un Hérosfi grand , qu'en ſa
préſence Alcide
Rougiroit de prétendre à l'honneur
des Autels.
M' Magnin , Autheur de ces
deux derniers Sonnets , a fait
auffi deux Diviſes pour le Roy.
Elles ſont ſur la Publication de la
Tréve. L'une a pour le Soleil
qui au fortir des nuages darde
ſes rayons fur des Parterres. Ces
mots luy ſervent d'ame , Reddit
fua gaudia terris . M' Magnin les
a expliquez par ce Madrigal.
Pres l'orage & les
As
Tempe-
Cet Astre comme un Souverain,
Vient d'un air brillant &ferein
Renouveller le Champ & la Scene
des Festes.
Apres mille travaux guerriers.
64 MERCURE
Plus haut que la hauteur oùfagloire
l'éleve.
LOVIS va faire naiſtre
cordant la Tréve ,
,
en ac-
-Les Mirtes amoureux à l'ombre des
Lauriers.
Le Soleil dans ſon Midy ' fait
leCorps de la ſeconde Deviſe ,
dont ces paroles font l'ame .
Facit exiguas altiffimus umbras.
On élevation afait ceſſfer les
Sonélevat
Son immortelle clarté
Regle laferénité;
Ne craignons plus des joursſom.
bres.
L'importune obſcurité.
Le Roy par deux Declarations
quiont eſté depuis peu reGALAN
T. 65
1
1
giſtrées au Parlement , fait connoiſtre
que ſon zele pour l'intéreſt
de l'Egliſe & de la Religion ,
l'emporte toûjours ſur tous les
ſoins qui l'occupent ; & que la
deſtruction de l'Heréſie par le
retranchement des abus qui
avoient eſté ſoufferts , eſt un des
grands fruits qui doit produire la
Tréve. Par l'Article VII. de l'Edit
de Nantes, il a eſté permis
à ceux de la Religion Prétendue
Reformée qui poſſedent en France
, & dans les autres Pays de
l'obeïſſance du Roy , Haute Juſtice
, & plein Fief de Haubert ,
ſoit en proprieté ou ufufruit ,
en tout ou par moitié , ou parla
troiſième partie , d'avoir chez
eux l'exercice de cette Religion ,
tant pour eux , leurs Familles ,
& Sujets , qu'autres qui voudroient
y aller. Cependant com
66 MERCURE
me les troubles qui ont agité le
Royaume pendant le Regne du
feu Roy , & durant la minorité
de ſa Majesté , ont donné lieu
aux Prétendus Reformez , d'étendre
les Priviléges qui leur ont
eſté accordez par les Edits de
Pacification , il eſt arrivé que la
plupart des Seigneurs ayant
Hautes Juſtices ou Fiefsde Haubert
, ont receu à leur exercice
toute forte de Perſonnes indifféremment
, ce qui eſt abſolument
contraire à la diſpoſition de ces
Edits , dont l'eſprit n'a eſté que
de leur permettre de recevoir à
l'exercice qui ſe feroit chez eux,
leur Famille , leurs Vaffaux , &
autres Perſonnes qui ſe trouveroient
actuellement domiciliées
dans l'étenduë de ces Hautes
Juſtices ou pleins Fiefs de
Haubert , bien qu'ils ne fuſſent
GALANT. 67
د
८
pas leurs Vaſſaux. La raiſon ſe
fait connoiſtre , puis que s'il
eſtoit permis à ces Seigneurs
Hauts Juſticiers , ou poſſedant
plein Fief de Haubert , d'admettre
toute forte de perſonnes
à leur exercice , il n'y auroit
aucune différence conſidérable
entre un exercice public
celuy d'un Seigneur. Ces prétentions
eſtant mal fondées , &
pouvant donner occafion de faire
dans les lieux d'exercice perſonnel
, des Aſſemblées préjudiciables
au ſervice du Roy , & à
la tranquilité publique , Sa Majeſté
, qui veut en prévenir les
fuites fâcheuſes , & arreſter le
cours de ces entrepriſes , a ordonné
par fa Déclaration regiſtrée
au Parlement le 21. du
dernier mois , Que les Seigneurs ,
Gentilshommes , & autres Perfom68
MERCURE
nes faisant profeſſion de la Religion
Pretenduë Reformée , à qui
il est permis par cet Article de l'Edit
de Nantes , d'avoir en leurs
Maiſons l'exercice de cette Religion
; ny puiſſent admettre ſous
quelque prétexte que ce ſoit, que
leur Famille , leurs vaſſaux , &
autres personnes actuellement domiciliées
dans l'étenduede la Hau.
te Justice , ou plein Fiefde Haubert
qu'ils poſſedent en tout oupar
moitié , ou par la troisième partie,
à peine de cinq cens livres d'amende
, applicable à l Hôpital le plus
proche , tant contre chacun de ceux
qui s'y trouveront au préjudice de
cette Déclaration , que contre les
Seigneurs qui les ySouffriront , de
privation pour toûjours de l'exerce
dans leurs Maiſons ; & contre
le Miniſtre qui y auroit prefché ,
d'interdiction auffi pour toujours
A
GALANT.
99
des fonctions de Son Ministere dans
tout le Royaume.
La ſeconde Déclaration met
ordre à quelques abus auſquels
on a déja tâché d'apporter remede
. Les Prétendus Reformez
ayant ſouvent abuſé de la grace
que les Roys prédeceſſeurs de Sa
Majesté leur ont faite , en leur
accordant par pluſieurs Edits &
Déclatations , && entr'autres par
l'Article XXXIV. des Particuliers
de Nantes , la faculté de tenir
des Synodes , Colloques , &
Conſiſtoires , pour les reglemens
de leur Diſcipline , aprés toutefois
en avoir obtenu la permif
fion , & s'en eſtant ſervis en plu .
ſieurs occaſions pour trairer dans
leurs aſſemblées , d'affaires politiques
, contraires au repos public
, le feu Roy trouva à propos
d'ordonner par ſa Déclara70
MERCURE
tion du mois d'Avril 1623. qu'il
ne ſeroit plus convoqué par ceux
de cette Religion aucune Affemblée
qu'auparavant un Officier
de la même Religion n'euſt eſté
nommé pour y aſſiſter , & empeſcherqu'on
n'y propoſaſt d'autres
matieres que celles qui font
permiſes par les Edits. Cela
n'a pas empeſché que ces Commiſſaires
, par la complaiſance
qu'ils ont euë pour ceux de leur
Religion , n'en ayent preferé les
intéreſts à leur devoir ,& au bien
de l'Etat. C'eſt ce qui fut cauſe
que Sa Majesté ordonna par ſa
Déclaration du 10. Octobre
1679. qu'il ne feroit plus tenu de
Synodes , ny de Colloques , qu'en
préſence d'un Commiſſaire qu'elle
choiſiroit , ſoit de la Religion
Catholique , ou de la Prétenduë
Reformée , comme Elle l'eſtimeGALANT,
71
1
roit le plus neceffaire , pour
prendre garde à ce qui s'y paſſleroit
, & luy en envoyer les Procés
Verbaux . Quoy que l'on ait
fatisfait à cette Déclaration ,
quelques Miniſtres & Anciens
malintentionnez , au lieu de propoſer
dans les Synodes & dans
les Colloques les affaires dont ils
craignoient que Sa Majesté
n'eust connoiſſance , ont entretenu
des intelligences avec plufieurs
Confiftoires , & par un
faux zele ou par des intéreſts
particuliers , non ſeulement ils y
- ont fait prendre des reſolutions
contraires au bien de l'Etat ; on
a veu les mêmes mouvemens en
diferentes Provinces ; mais encore
pour ſoûtenir ces entrepriſes,
ils ont fait impoſer ſecrettement
des ſommes conſidérables , quoy
que ſuivant l'Art.XLIII. des par
72
MERCURE
ticuliers de l'Edit de Nantes , &
l'Art . XXXV . de la Déclaration
de 1679. ils ne doivent faire
aucuneslevées de deniers qu'elles
ne ſoient autoriſées par les
Juges . Le Roy ayant eſté informé
de ces deſordres , & voulantempeſcher
les ſuites que l'on en
doit craindre , a ordonné , Que
doreſnavant ſes Sujets de la Religion
Pretenduë Reformée ne puiſſent
tenir leurs Conſiſtoires qu'une fois
en quinze jours , & en presence
d'un Juge Royal quifera nommépar
Sa Majesté , & qu'il neſera traité
dans ces Assemblées d'aucunes matieres
, que de celles qui leur font
permiſes par les Edits , & qui concernent
purement la Diſcipline de
leur Religion, à peine d'interdiction
pour toûjours de l'exercice , & de
démolition du Temple dans les lieux
où ces Confiftoires auront esté tenus
en
GALANT.
73
en l'absence du Juge ; de privation
pour toûjours contre le Ministre qui
y aura preſidé , des fonctions de ſon
Ministere dans toutleRoyaume,&م
d'estre procedé extraordinairement
contre ceux quiy auront aſſiſté, 11
eſt de plus ordonné par cette
mefme Declaration , Que confor
mément aux deux Articles que je
viens de vous marquer , & des Arrests
que l'on a rendus en conſequence,
les derniers que ceux de la R.P.R.
peuvent lever fur eux , feront imposez
devant le mesme Juge Royal
nommépar S. M. & qu'il en fera
dreffé un Etat qu'on luy donnera
- pour le garder , & en envoyer au
Roy, ou à Monsieur le Tellier Chancelier
de France , une Copie dans le
temps porté par cet Article XLIII.
des Particuliers de l'Edit de Nantes,
à peine de cinq cens livres d'amende
contre chacunde ceux qui manque
ront à se conformer à ce qui est en
Decembre 1684.
D
74
MERCURE
cela de l'intention de Sa Majesté ,
& de suspension de l'exercice de la
Religion Pretenduë Reformée dans
les lieux où l'ony aura contrevenu ,
jusqu'à ce qu'ily ait étéfatisfait.
L'Académie Françoiſe , qui
ayant l'honneur d'avoir le Roy
pour ſon Protecteur, n'a point de
ſoin plus preſſant que celuy de
s'attacher avec un zele reſpectueux
, à tout ce qui peut contribuer
à la gloire de cet auguſte
Monarque , a fait publier que
le 25. jour d'Aouſt de l'année
prochaine , Elledonnera les Prix
qu'Elle a accoûtumez de diſtribuer
tous les deux ans , à ceux
qui réüſſiſſent le mieux dans les
matieres qu'Elle propoſe pour un
Difcours d'Eloquence , & pour la
Poëſie Françoiſe. Le ſujetdu Difcours
d'Eloquence ſera cette fois,
ſuivat l'intention de M² de Balzac,
de la douceur de l'eſprit , ſur ces
parolesdu Sauveur du monde das
GALANT.
75
l'Evangile, Diſcite à me quia mitis
fum, &humilis corde. Ce Diſcours
dont le prix ſera un Crucifix, ou
un S. Loüis d'or, ne doit eſtre tout
au plus que d'une demy- heurede
lecture,& on eſt obligé de le finir
par une courte priere à Notre
Seigneur. Le ſujetde laPoësie Fraçoiſe
, ſuivant l'intention de ceux
quilontenvoyé, ſera la comparaiſon
du Roy & d'Auguſte , ſur les
paroles de Suetone , en la vie de
cét Empereur. Loca,in urbe,publica,
juris ambigui poſſeſſoribus adjudica_
vit . Le Roy a jugé contre luy- même
dans une affaire qui regardoit
ſon Domaine ; & dans une recherche
qui fut faite auſſi du Domaine
pour des Places de Rome,
Auguſte les ajugea à ceux qui
en eſtoient en poffeffion, fi toſt
que le droit luy parut doutem .
On y pourra joindre tel autre ſujet
de loüange, que chacun vou
D2
76 MERCURE
dra ſur quelques actions particulieres
de Sa Majesté , ou fur
toutes enſemble , pourveu qu'on
n'excede point cent Vers. Ils doivent
finir par une courte Priere
à Dieu pour le Roy , feparée du
corps de l'Ouvrage , & de telle
meſure de Vers qui agréra le plus
à l'Autheur. Ceux qui prétendront
au Prix , doivent mettre
leurs Ouvrages dans le dernier
jour du mois de May prochain ,
entre les mains de Monfieur l'Abbé
Regnier , Secretaire perpe .
tuel de l'Academie Françoiſe , à
'Hoſtel de Créquy ſur le Quay
Malaqueſt ou en ſon abſence
chez le Sieur le Petit , Imprimeur
du Roy & de l'Academie ,
Ruë Saint Jacques à la Croix
d'or. On ne doit point y mettre
de som , mais feulement une
marque ou paraphe , avec un
Paffage de l'Ecriture Sainte
,
GALANT.
77
qu'on écrira fur le Regiſtre du
Secretaire de l'Academie,& dont
il delivrera ſon Recepiſſé au Porteur
de chaque Ouvrage.
Vous devez eſtre contente de
l'Air nouveau que je vous envoye
, puis qu'il eſt d'un de nos plus
ſçavans Maiſtres .
AIR NOVVEAU.
T
Out lemonde me
brége mes jours ,
dit que j'a-
Pour aimer trop Bacchus , pour aimer
trop Sylvie ;
Cependant,malgré ces discours ,
Avecque tous les deux je veuxpaffer
ma vie.
J'aime bien mieux contenter mes
defirs ,
Et vivre moins de huit ou dix an
nées ,
Que d'aller prolonger mes tristes,
destinées ,
En me privant de ces charmans
plaisirs.
D3
78 MERCURE
Voicydes Vers qui ſont admirez
de toute la Cour. Ils font
deMadame des Houlieres , c'eſt
tout dire.
TAATerre fatiguée, impuiſſante,
inutile ,
Préparoit à l Hyver un Triomphe
facile.
Le Soleilfanséclat pracipitant Son
cours ,
Rendoit déja les nuits plus longues
que les jours ,
Quand la Bergere Iris de mille appas
ornée ,
Et malgré tant d'appas Amante
infortunée ,
Regardant les Buiſſons à demy depoüillez;
Vous , que mes pleurs , dit-elle , ons
tant de fois moüillez ,
Del'Automne en couroux reſſentez
les outrages ,
Tombez, Feüilles , tombez, vous dont
les noirs ombrages
GALAN Τ .
79
Des plaiſirs de Tircis faifoient les
Süretez ,
Et payez les chagrins que vous m'avez
coûtez.
Lieux toûjours oppofez au bonheur
de ma vie ,
C'eſt icy qu'à l'amour je me vis
aſſervie.
Icy j'ayvû l'ingrat qui me tientſous
fes loix ;
Icyj'aySoûpirépour la premierefois .
Mais tandis que pour luy je craignois
mes foibleſſes ,
Ilappelloit fon Chien, l'accabloit de
careffes ;
Du defordre où j'estois loin deſe prévaloir
,
Le Cruel ne vit rien , ou ne voulut
rien voir.
Il loüa mon Mouton, mon habit, ma
Houlete ,
Il m'offrit de chanter un Airſur ſa
Mufete;
D 4
80 MERCURE
Il voulut m'enſeigner quelle herbe
va paiſſant
Pour reprendreſa force un Troupeau
languiſſant ;
Ce que fait le Soleil des broüillars
qu'il attire ,
N'avoit- ilrien, hélas ! de plus doux
àmedire ?
Depuis ce jour fatal que n'ay-je
point fouffert ?
L'absence, laraiſon,l'orgueil,rien ne
mefert.
L'ay de nosvieux Pasteurs consulté
leplusſage;
I'ay mis tous ſes conſeils vainement
en usage;
De Victimes , d'Encens j'ayfatigué
lesDieux;
I'ay fur d'autres Bergers Souvent
tourné les yeux ;
Mais my le jeune Attis , ny le tendre
Philene,
Les délices, l'honneur des Rives de
La Seine .
GALANT. 81.
Dont lefront fut cent fois de Mirthes
couronné ,
Sçavans en l'art de vaincre un courage
obſtiné ,
Et que j'aidois moy mesme à me
rendre inconstante ,
N'ont pû rompre un moment le
charme qui m'enchante.
Encore ferois- je heureuse en cehonteux
lien ,
Sine pouvant m'aimer, mon Berger
n'aimoitrien
Mais il aime à mes yeux une Beautè
commune ,
Apoſſederſon coeur il borne ſafortune
;
C'est pour elle qu'il perd leſoin de
Ses Troupeaux ;
Pour elle seulement résonnent fes
Pipeaux ;
Et loin dese laſſer des faveurs qu'il
ad'elle ,
nouvelle.
Sa tendreſſe en reprend une force
DS
82 MERCURE
Bocages , de leurs feux uniques
Confidens ,
Bocages que je bays , voussçavez
ſi je mens ,
Depuis que les beaux jours , à moy
Seule funeftes ,
D'un long & triſte Hyver eurent
chassé les restes ,
Iusqu'à l'heureux débris de vos frèles
beautez,
Quels jours ont- ilspaſſezdans ces
lieux écartez !
Que n'y reprochiez vous à l'ingrat
que i'adore ,
Quemalgré ses froideurs , hélas ,
ie l'aime encore !
Que ne luy peigniez vous ces mouvemens
confus ,
Ces tourmens , ces tranfports que
vous avez tant vûs !
Que ne luy difiez vous, pourtenter
fa tendreſſe .
Que te fcay mieux aimer que luy .
que fa Maitreffe !
GALANT.
83
Mais ma raiſon s'égare. Ah ! quels
Soins , quels secours
Dois - ie attendre de vous ,quiſervez
leurs amours ?
Les Dieux à mes malheurs feront
plusfecourables ;
L'Hyver aura pour moy des rigueurs
favorables.
Il approche , & déia les fougueux
Aquilons
Par leur foufle glacé défolent nos
Valons ;
La neige qui bien-toft couvrira la
Prairie ,
Retiendra les Troupeaux dans chaque
Bergerie ,
Et l'on neverra plus Sous vostre ombrage
affis ,
Ny l'heureuse Daphne , ny l'amoureux
Tircis .
Mais,hélas! quel eſpoir meflate
& me console ?
Avecrapidité le tempsfuit & s'en
vole ,
D 6
84 MERCVRE
Et bien toft fle Printemps à mon
ame odieux
Ramenera Tircis & Daphné dans
ces lieux .
Feüilles , vous reviendrez vous rendrez
ces Bois fombres ;
Ils s'aimeront encorfous vos perfides
ombres ,
Et mes vives douleurs, &mes transports
ialoux ,
Pour mon ingrat Amantrenaiſtront
avec vous.
Je vous envoye une Lettre
écrite à la Reyne de Pologne,
dans laquelle vous trouverez une
Relation exacte & fidelle de
beaucoup de choſes qui ont eſté
veües ſeparément & par mor
ceaux détachez , dans les Nouvelles
publiques . Quoy que le
Roy de Pologne n'ait fait aucune
Conqueſte Cette derniere Cam
GALANT,
85
pagne , on peut dire que jamais
il n'a mieux ſervy la Chrétienté.
Sa haute réputation le faiſant
craindre des Turcs plus qu'aucune
autre Puiſſance , & les engageant
à ſe tenir en état de s'oppofer
à toutes les entrepriſes qu'il
auroit pû faire , il avoit à ſoûtenir
cent mille Turcs ou Tartares ,
dont la plus grande partie auroit
eſté employée contre les Imperiaux
. Cela paroiſtra tres - veritable
, ſi on examine le peu de
Troupes que le Seraskier avoir,
& le long temps qu'il luy à falu
pour les aſſembler .
MADAME,
La même nuit que le Roy dépescha
la Poste à Vostre Majesté , ſes
ordres estoient donnez pour passer
le lendemain la Riviere de Samotriche
à une liene de Kaminiek , ce
86 MERCURE
que l'on commença de faire dés le
point du jour ; & comme les Tartares
occupoient l'un & l'autre costé
de la Riviere , le Roy fut obligé de
faire marcher ſon Avantgarde plus
forte qu'à l'ordinaire , & d'y joindre
les Dragons , pour couvrir nos
Chariots pendant un Defilé qui
dura prés d'une demylieüe , de forte
que la moitié n'étant pas passée à
midy , le Roy se trouva obligé de
demeurerfur la hauteur du coſté de
Kaminiek avec une partie de l'Infanterie,
la plus grande partie des
Houffaris , & peut- estre vingt Compagnies
de Panfernes . Entre midy
&une heure , nous vimes toutes les
Hauteurs de noſtre costé couvertes
de Turcs & de Tartares , lesquels
s'étendoient en bon ordre dans la
Plaine , pour nous investir de tous
cofte.z Le Roy mit auſſi toft ce qu'il
avoit de Troupes en Bataille , avec
GALANT. 87
une tranquilité & un ordre admirable
, faisant teſte à l'Ennemy de
tous costez; & nous demeurâmes en
cet état jusqu'à quatre heures, pré-
Sentant la Bataille ,fans qu'ils ofaf-
Sent nous attaquer. Les Ennemis
cependant ſe fortifiant toûjours de
nouvelle Troupes , &s'étendant de
maniere qu'ils ſembloient vouloir
nous ôter la communication d'avec
la Riviere , & le reste de nostre
Armée qui estoit de l'autre coſté , le
Roy jugea devoir ſe rapprocher du
Paffage , & comme il est dangereux
de faire un mouvement en
présence d'un Ennemy auffi fort ,
&qui parsa maniere de combatre,
est plus en état d'en profiter qu'un
autre , on le fit avec beaucoup de
precaution , se retirant toûjours
dans le mesme ordre de Bataille.
Les Ennemis s'estant apperçus de
noftre démarche , & ayant iugé de
88 MERCURE
nostre intention , nous attaquerent
de tous coſtez avec beaucoup
de furie , & furent foutenus par
tout avec beaucoup de fermeté & de
valeur de nos Troupes. Cependant
comme c'estoit une néceſſité de gagner
le Défilé &le Paſſage de la
Riviere avant la nuit , le Roy ordonna
qu'une partie des Houßars entrat
dans ce Défilé, & laiſſa ordre aux
autres de faire l'Arrieregarde de
tout avec l'Infanterie ; & Sa Majesté
voyant que les Tartares paffoient
la Riviere audeſſus & audefſous
avec beaucoup de diligence
, paſſa Elle mesme de l'autre costé
avec trois Compagnies de Panſernes
, & quelques Reytres ,pour affurer
le passage aux Houſſars , &
fit'avancerpromptement Kelmsky ,
Lieutenant & Maréchal de la
Cour , qu'il trouvapaſſe audeſſus
avec trois autres Compagnies, pour
GALANT. 89
occuper une petiteHauteurcouverte
de quelques Arbres , par où il
jugea que les Ennemis pouvoient
venir à luy. A peine Kelmsky futil
poſté , que nous vimes les Tartares
se détacher de tous coſtez
pourtomberſur luy &fur nous ;de
forteque tout ce que le Roy putfaire
, fut de prendre une Compagnie
de Houſſars qui achevoit de paſſer,
& de s'avancer avec Elle , & trois
Compagnies de Panfernes , pourſoutenir
Kelmsky , & donner le temps
auxHouſſars de paſſer la Riviere ,
& de se mettre en Bataille. Pendant
un demy quart heure icus
lieu de craindre pour S.M. la mes.
me avanture de Barkam , qui arriva
l'année derniere à pareil iour ;
mais les Ennemis n'ayant point
apperçû les Compagnies de Panfernes
de Kelmsky , & s'estant
avancez en defordre iusqu'à luy .
il les chargea si à propos 2
१० MERCURE
que les Houſſarts eurent le temps
de ioindre le Roy , & de paſſer le
Défilé , ce qu'ils firent avec beaucoup
de diligence , & arrestérent
les Tartares ; mais dans le meſme
temps les Ennemis , qui avoient
leurs plus grandes forces de l'autre
coſté , attaquérent le reste de
nos Troupes , qui estoient fur la
Hauteur , avec une fureur inconcevable
, principalement du coſté
de celles de Brandebourg , iusqu'à
Se faire tuer le Sabre à la main
dans leurs Bataillons ; mais aprés
avoir esté battus , & ayant perdu
leurs plus braves Gens , nos Troupes
Se retirérent ſans eſtre ſuivies , à
l'entrée de la nuit. Les Tartares
allumérent de grands feux à leur
ordinaire , & à dix heures dufoir ,
le Roy rejoignit le reste de fon Armée
, qui estoit campéàdemy lieüe
de la. Voilà , Madame , comme
GALANT. 91
tout s'eſtpaſſsé dans cette premiere
journée , où le Roy avec quinze
mille Hommes a preſenté la Bataille
à une Armee de foixante
mille ; apaſſsé une Riviere , & s'est
retiré devant eux fans perdre un
Homme. Vostre Maiesté doit compterque
toutes les forces de Krimée
avec le Ban , le Sultan Galga , &م
ſes deux Enfans , font icy , auſquels
lesTures ont joint la garnison de
Kaminiek. Nos Troupes ayantfort
fatigué pendant ce jour-là , le Roy
demeura tout le lendemain dans ſon
Camp ; & àhuit heures du matin
les Tartares parurent , & ſe ſaiſi
rent avec les laniſſaires de la
garnison de Kaminick , d'un Bois
fort proche de nostre Camp , & qui
ioignoit un Défilé par lequel nous
devions nécessairement paffer le
lendemain , où le Roy les fit attaquer
par les Dragons & des Cofa
92
MERCURE
ques, qui les en chafférent aprés
une heure de Combat. Le lendemain
auſſi toſt que nous fumes en
marche , ils parurent en trois Corps,
pour nous attaquer au paſſage d'une
Seconde Riviere auſſi difficile que
La Samotriche. Le Royne pouvant
allerà euxpar laſituation du Païs,
ne Songea qu'à faire paſſerſon Armée
avec toute lasûreté poſſible;&
noſtre Avantgarde estant passée en
bon ordre ,fortifiée d'Infanterie&
de Canon , leur fit abandonner le
Terrain , & les chaſſa de laHauteur
, où ellese mit en Bataille. Les
Tartares n'ayant pû prendre aucun
avantage de ce costé là , se rejoignirent
avec leur viteſſe ordinaire ,
& attaquérent noftre Arrieregarde
avec beaucoup d'avantage , la prenant
à demy paſſée ; mais nos Hausfars
firent si bien , & entr'autres
quatre Compagnies Lithuanoifes
GALANT.
93
qui estoient les plus exposées, qu'ils
les obligerent de se retirer. Ils
nous ont ſuivis tout aujourd'huy
defort loin, n'ofant nous attaquer;
mais fur lesfix heures du ſoir ils
font venus fi prés de nous , que s'il
y euft eu deux heures de jour , nous
les aurions aſſurement combatus,
Le Roy qui en a la derniere impatience
, & qui s'est trouvé embarrassé
pendant ces trois jours cy
d'un nombre infiny de Chariots,s'est
refolu de les laiſſer dans le Camp
où nous sommes , &de marcher à
eux demain , pour les attaquer par
tout où il les trouvera. Que Vo.
stre Majesté ne foit pas inquictée
de cette résolution les Troupes
n'ayant jamais marché avec plus
de gayeté, nysonhaitté fi ardem
ment de voir les Ennemis . Pour moy ,
je ne quiteray point le Roy ny Mon-
Seigneur le Prince d'un pas ; je les
,
94
MERCURE
Suivray demain , quoy qu'il arrive.
Selon l'ordre de la Bataille , le Roy
a mis à la droite & à la gauche
Sa Compagnie de Houſſars , deux
Bataillons de Brandebourg , & a
fait fermer cette Ligne par les
Compagnies du Prince Lacques , &
du Prince Alexandre , & les Chevaux-
legers que commande Vronosky
, & la Compagnie de Miogens.
ky. On peut s'assurer qu'il n'ya
point au monde de Troupes fi bonnes
&fi fermes . Ie dois rendre ,
Madame , la Iustice àM² le Palatin
de Russie , & vous dire qu'il
agit par tout en General , & s'expose
comme le moindre Soldat ; le
Roy en paroist fort content.
Du Camp de Labbruſe du 12. Octob. 1684.
Je vous ay déja parlé du Mariage
de Monfieur le Prince Electoral
de Brandebourg avec ма
GALANT.
95
dame la Princeſſe de Hanover.
En voicy de plus amples circonſtances
. Monfieur de Kromkaus,
Préſident aux Finances , & Miniſtre
de Monfieur l'Electeur ,
eſtant arrivé à Hanover le 15.de
Septembre , pour faire la demande
de cette Princeſſe , Monfieur
de Kromkaus ſon Fils alla dés le
ſoir mefme au Chaſteau luy rendre
une Lettre de Monfieur le
Prince Electoral.Toutjeune qu'il
eſt , il s'acquitta parfaitement
bien de cette Commiſſion. Le
lendemain ont vint prendre M
de Kromkaus ſon Pere avec les
Carroffes de Monfieur le Duc
de Hanover , pour le mener à
l'Audience. Vous jugez bien
qu'il en ſortit tres- content , &
que l'on n'eut pas de peine à luy
* accorder ce qu'il demandoit. De
l'Apartement, de Monfieur le
96 MERCURE
Duc , il fut conduit à celuy de
Madame la Ducheſſe de Hanover
, où il trouva la Princeſſe. Il
luy preſenta de la part de Monfieur
le Prince Electoral deux
Boucles d'oreilles d'un ſeul Diamant
, où pendoient deux Perles
en poire , d'une groffeur & d'une
eau extraordinaire , avec le
Portrait de ce Prince enrichy de
Diamans , le tout eſtimé cinquante
mille écus. Madame la
Princeſſe de Hanover eſt une
Perſonne tres- aimable. Sa taille
eſt des mediocres. Elle a la plus
belle gorge & la plus belle peau
que l'on puiſſe voir , de grands
yeux bleus doux , une quantité
de cheveux noirs prodigieufe ,
des ſourcils comme s'ils eſtoient
faits avec le compas, le nez bien
proportionné , la bouche incarnate
, de fort belles dents , & le
teint
GALANT.
97
teint tres-vif. Le tourde ſon viſage
n'eſt ny ovale ny rond , il
tient de l'un&de l'autre. Pour
de l'eſprit , elle en a beaucoup ,
= & une douceur fort engageante.
- Elle chante bien , jouë du Claveſſin
, dance avec beaucoup de
-- grace , & fait ce que fort peu
de Perſonnes ſçavent dans un
-âge aufſſi peu avancé que le ſien.
Elle eut juſtement ſeize ans ac
complis le jour que ſe fit ſon
Mariage .
Ce jour ayant eſté arreſté, M
de Kromkaus alla porter à fon
■ Maiſtre la nouvelle du ſuccés de
ſa negotiation . Monfieur de Hanover
le combla d'honneſterez ,
: & partit chargé de preſens de
la valeur de cinq mille écus , un
grand Chandelier d'argent , des
Chénets , & un Miroir dont la
Bordure eſtoit du meſme métal.
Decembre 1684 E Baverinona
Staatsbibliothek
München
98 MERCURE
Tous ceux de ſa Suite , juſques
aux moindres eurent des marques
conſidérables de la liberalité
de ce Prince. Madame la
Princeſſe luy donna une Bague
pourMonfieur le Prince Eléctoral.
Depuis ce temps , il ne ſe
paſſa guéres de jours qu'il n'arrivaſt
quelques Cavaliers deſtiné
pour la Maiſon de cette Princeſſe.
Le Prince partit de Berlin
le 29. Septembre avec une
Suite nombreuſe qu'il laiſſa derriere
, par l'impatience d'arriver.
Monfieur leDuc deZell l'envoya
recevoir à l'entrée de ſes Etats,
& le fit régaler le 3. Octobre à
une de ſes Maiſons , qu'on nomme
Bredorf. Monfieur de Po
dvvits , Lieutenant General des
Troupes de Hanover , & Mon.
fieurGroot, Préſident des Finances
, & Miniſtre de cette Cour ,
GALANT.
99
l'y vinrent complimenter de la
part de Monfieur le Duc de
Hanover. Le lendemain il en
-partit accompagné des Gardes
- de Monfieur le Duc de Zell,
2 comme il l'avoit toûjours eſté
depuis qu'il eſtoit entré dans ſes
Etats. Monfieur le Duc de Hano-
-ver ayant eu avis de la marche
du Prince , par les Courriers qu'il
faiſoit partir à tous momens ,
monta dans ſon Carroſſe , accompagné
de Madame la Ducheſſe
& de la Princeſſe leur
Fille. Il fut ſuivy ſeulement d'un
autre , où estoient ſon Premier
Gentilhomme de la Chambre,
ſon Capitaine des Gardes , & les
Ecuyers des deux PrinceTes.
Douze de ſes Pages , & une partie
de ſes Gardes du Corps , l'ef-
- cortoient. Avec ce peu de monde,
ilalla à la rencontre de Mon-
:
E 2
100 MERCURE
ſieur le prince Electoral , quide
ſon coſté venoit avec une vîteſſe
incroyable , & arriva un jour
plutoſt qu'on ne l'avoit attendu .
Dés que les Carroſſes commencerent
à s'approcher, on mit pied
à terre de part & d'autre avec
précipitation ; & apres quelques
complimens de Monfieur le
Prince Eléctoral à Monfieur le
Duc de Hanover , il ſe tourna
du coſté de madamela Ducheffe,
qu'il voulut par reſpect ſaluer à la
maniere Allemande, en donnant
la main, mais Madame la Duchefſe
qui le regardoit déja avec un
oeil de Mere , l'embraſſa , & luy
preſenta la Princeſſe , qu'il ſalüa
de meſme. Ils ſe dirent pluſieurs
choſes d'une maniere qui faiſoit
connoiſtre que la cerémonie y
avoit moins de part que la joye ,
& remonterent en fuite en Car
GALAN T. ΙΟΙ
roffe. Le Prince & la Princeſſe
eurent place au fond , & Monfieur
le Duc & Madame la Ducheffe
occuperent le devant. Ce
n'eſt pas qu'ils commençaſſent à
la traiter en Princeſſe Electorale,
mais ils furent bien- aiſes que
le Prince euſt le plaiſir de la voir
à ſes côtez. Ils allerent deſcendre
à Heraufen , Maiſon de plai-
-ſancedu Duc, à une demy heure
de Hanover. Au fortir du Carroffe
, Monfieur le Prince donna
la main à Madame la Ducheſſe ,
&la conduifit dans ſon Apartement
, où il laiſſa la Princeſſe; &&
Monfieur le Duc accompagna ce
Prince dans celuy qui luy avoit
eſté preparé . Peu de temps apres
on ſe rendit dans une Salle , où
l'on ſervit un magnifique Soupé.
Depuis ce jour juſqu'au Dimanche
8. Octobre , qui fut celuy
E3
102 MERCURE
que l'on choiſit pour le Mariage,
il ne s'en paſſa aucun que le
Prince ne fiſt quelque preſent
confiderable à la Princeſſe , ומ
Colier de Perles , des Bracelets
une Garniture de Diamans , une
d'Emeraudes , de Perles , des Bagues
, & des Poinçons d'une
beauté ſinguliere . Monfieur le
Due de Hanover fit auſſi à la
Princeſſe un tres - beau preſent
-de Pierreries , que les Connoiffeurs
font monter à quatre- vingts
mille écus . Enfin le jour heureux
arriva , où la ceremonie du Mariage
fut faite. On y convia ſeulement
les Princes , les Miniſtres ,
quelques Generaux Majors , &
les Demoiſelles , dont la Dignité ,
l'Employ , & les Charges , rendoient
leurs preſences neceſſaires
. Si toſt que le Prince & la
Princeſſe ſe furent promis la
GALANT.
103
-
foy , une Fuſée volante en donna
le ſignal à la Ville, qui répondit
auffitoſt par trois Salves con-
■ ſécutives de tout le Canon de ſes
Ramparts. Un moment apres on
ſe mit à table. Il y eut fix Servi-
- ces qui parurent longs auPrince.
La modeſtie de la Princeſſe , &
la langueur qui paroifſſoit dans
ſes yeux , augmenterent telle-
■ ment l'éclat de ſa beauté naturelle
, qu'elle charma tous les
Spéctateurs. La peſanteur de ſes
Habits , & d'une Couronne de
Perles & de Diamans , luy ayant
fait un moment changer de couleur
, le Prince en parut tout alarmé.
Pour fortir d'inquiétude , il
pria Madame la Ducheſſe de
trouver bon qu'on ladéchargeaſt
de ce fardeau . On la conduifit
auſſitoſt dans ſon apartement ,
d'où elle fut ramenée en Def
E 4
104 MERCURE
habillé. Elle avoit une Simarre
de Brocard d'or , & couleur de
feu, & dans ce ſimple ornement
elle eſtoit plus belle qu'on ne l'avoit
jamais veuë . Quand elle ſe
fut retirée à ſa Toilette , Madame
la Ducheſſe la deshabilla , &
ayant congedié toutes les Dames,
elle attendit ſeule l'arrivée du
Prince , avec lequel elle la laiſſa.
Le lendemain au matin Leurs
Alteſſes pafferent dans l'Appartement
des Mariez ,& leur fouhaiterent
d'heureux jours. Le
Prince ſe leva incontinent , &
alla rendre viſite à Monfieur le
Duc , & enſuite à Madame.la
Ducheſſe , pour donner le temps
ala Princeſſe de s'habiller. Dés
qu'elle fut preſte , toute la Compagnie
la vint prendre pour la
conduiredans la Salle où le Diſné
fut fervy avec beaucoup de ma
GALANT. 105
gnificence. Ce jour & le jour
ſuivant ſe paſſferent en jeux , en
danſes, & en Feſtes particulieres,
juſqu'au Mardy 10. d'Octobre
deſtiné pour l'entrée du Prince
à Hanover , qui fut trés - bien
ordonnée. Leurs Alteſſes trouverent
dans la Plaine trois Regimens
de Cavalerie , qui aprés
avoir fait leur décharge , défilerent
quatre à quatre ,& tinrent
la teſte du Cortege. Les Ruës
eſtoient bordées par les Regimens
d'Infanterie de Podvvits
& de Berhnolph , & les Gardes
à pied occupoient la Court da
-Château , & lesavenuës. Enfuite
on voyoit vingt-quatre Chevaux
de main de Monfieur le Duc de
Hanover , avec des Couvertures
magnifiques , menez par autant
de Palfreniers ; puis douze
Pages à cheval de Monfieur te
ES
106 MERCURE
Duc , avec les Ecuyers à leur teſte;
douze Chevaux de main de
Monfieur le Prince Electoral ;
huit Pages de ce meſme Prince;
trente Carroſſes à fix Chevaux
dela Cour de Hanover ; vingttrois
autres à fix Chevaux de
Monfieur le Duc , dont il y en
avoit fixd'une tres- grande beauté
; trois du prince Electoral ,
d'une magnificence extraordinaire
, fur tout le dernier , dont
l'Impériale , le dedans, auſſi bien
que le Siege du Cocher , & les
Harnois des fix Chevaux , font
d'un Velours dont le fond eſt
d'argent , & les fleurs d'or. Ony!
voit ſeulement un peu de Cramoiſy
en quelques endroits. II
eſt doré par tout , & fort bien
peint. Aprés cela poroiſſoient
douze Trompettes de Monfieur
le Duc de Hanover ,& huit de
GALANT. 107
Monfieur le prince Electoral, qui
- rempliſſoient l'air d'une harmonie
agréable , à laquelle répondotent
les Trompettes des trois
Regimens qui estoient poſtez
dans la plaine. Le Lieutenant
Genéral,&le Grand Maréchal,
ſuivoient à la teſte de cent Seigneurs
, ou Officiers de la Cour,
tres-bien montez , & bien habillez
. Monfieurle prince Charles
paroiſſoit enſuite monté ſur un
Cheval admirable , qu'il manioit
avec beaucoup d'adreſſe ; il précedoit
le Careffe du Corps , de
Velours Cramoiſy , brodé d'or &
d'argent ſur l'Impériale comme
au dedans. Monfieur le Prince
Electoral estoit au fond avec la
Princeſſe ; au devant Monfieur
Je Duc & Madame la Ducheffe
-de Hanover , & à la portiere
droite Madame la Princeſſe de
E6
108 MERCURE
Hanover Fille de Monfieur le
Duc de Zell , qui a épousé le
Prince aînéde Hanover. Le Regiment
des Gardes de Monfieur
le puc ſuivoit monté ſur des
Chevaux gris pommelez. Ces
Gardes estoient habillez d'Ecarlate
doublée de noir ; avec un
Galond'argent par tout. Le rouge
eſt la couleur de ce prince,
avec des Galons argent &
noir. Les Gardes de Monfieur le
prince Electoral qu'on nomme
Trabans , marchoient enſuite ,
vétus de bleu , avec des Galons
or&argent , qui font les livrées
deMonfieur l'Electeur de Bran
debourg. Six Caroffes à ſix Chevaux
où eſtoient les Dames
d'honneur , & les Filles d'honneurs
, fermoient cette marche.
Les Canons des Ramparts tirerent
continuellement ,& on en
GALANT.
109
entendit du moins trois cens
coups en une demy - heure.
Quand Leurs Alteſſes furent defcenduës
de Carroſſe , les Regimens
d'Infanterie allerent ſe
mettre en bataille dans une Place
vis à vis des Feneſtres du
Château , d'où ils firent trois falves
comme les Gardes à pied
dansla Court , du même Château
. Us eftoient habillez de neuf.
Lacouleureſt rouge , des Galons
d'argent ſur leurs manches , &
desPlumes blanches ſur un Chapeau
bordé d'argent. Toutes les
Dames de la Cour , à la teſte defquelles
eſtoient Madame la Maréchale
, & Madame de Groot,
ſe trouverent au bas de l'Ecalier,
où ayant receu Madame la Princeffe
Electorale , elles la conduifirentdans
l'Appartement qu'on
luy avoit deſtiné , Le Soupé fut
110 MERCURE
,
ſervy. On n'y but aucune ſanté
qui ne fut celebrée par trois
coups de Canon , dont on avoit
mis cinquante petites Piéces atıx
environs du Château. Le ſignal
leur eſtoit donné par douze
Trompettes, quieſtoient poſtez
fur les Galeries & fur les Balcons
&dans les intervales
douze Violons & fix Hautsbois
charmoient par leurs doux
accords toute cette auguſte
Compagnie. Chaque Prince , &
chaque Princeffe,, furent fervis
par deux des principaux de la
Cour. Outre la Table de leurs
Alteſſes , ily en eut dix- huit autres
en diférentes Salles , chacunede
vingt couverts , ſervies en
mémetemps ,& avec la mesme
propreté celles des Dames d'honneur,
des Dames de la Cour, des
Filles d'honneur , des Etrangers,
des Genéraux Majors , des Co
GALANT. - 111
lonels , des Lieutenans Colonels
, des Capitaines , des Lieutenans
, des Enſeignes , & celle
des Cavaliers qui ſervoient les
Princes & les Princeſſes . :
Aprés le Soupé , on ſe rendit
5
dans une grande Salle parée
pour le Bal. Il commença par
une Dance qu'on ne connoit
point en France & que l'on
conſerve en Allemagne par une
-vieille tradition . Six de la Cour
de Hanover donnerent la main
à fix de M le Prince Electoral ,
tous un Flambeau de cire blanche
à la main. Les Mariez ſe
placerent au milieu en forte
qu'il y en avoit fix devant, & fix
derriere , & commencerent la
Dance. Ils danſerent à deux
repriſes. M le Duc vint prendre
la place du Prince , & danfa
comme luy. Enfuite.Madame
1
112 MERCURE
la Duchefſe prit cellede Madame
la Princeſſe Electorale ; le
Prince de Hanover celle duDuc;
la Princeſſe celle de la Duchefſe
; & le Prince Charles , celle
du Prince de Hanover. Il finic
la Dance qui ſe fait au ſon des
Trompettes , ſans qu'il y ait aucun
Violon qui joüe. Aprés
cetteDance on commença un
Bal à la Françoiſe.
Le Mecredy 11. toute la Cour
ſe mit dans une parure auffi galante
que riche. Le ſoir les
Dames ſe rendirent chez Madame
la Ducheſſe chargées de
Broderies , de Points d'Eſpagne,
de Perles , & de Diamans ; il y
eut Bal aprés le Soupé. Le lendemain
la plus grande partie de
la journée s'eſtant paſſee en divertiſſemens
, on prit celuy de
la Comedie. L'inconnu fut reGALANT.
113
preſenté , avec un Balet entre
les Actes , composé de vingt Entrées
. Les Recits qui estoient
à la loüange des Mariez , en
furent chantez par les Muſiciens
de Mr le Duc de Hanoyer.
Un moment avant laCo.
-medie , Me le Duc & Madame
la Duchefſſe de Zell , que l'on
attendoit avec impatience, étant
arrivez , prirent part à ce divertiſſement
, & augmenterent la
joye. Mr le Marquis d'Arſy
Envoyé Extraordinaire
France auprés des princes de
la Maiſon de Brunſvvic , s'y
rendit avec eux. Le Soupé fut
encore ſuivy du Bal. Le Vendredy
13. tous les princes &
princeſſes firent l'honneur a
M, Bodvvits Lieutenant Genéral
, d'aller diſner chez luy. Il
y eut ce jour là deux petitesde
114 MERCURE
Comédies , & le Bal le ſoir.
Le Samedy on joüa Britannicus ,
& le ſoir il y eut un trés-beau
Feu d'Artifice. On voyoitd'abord
un Château cantonné de
fesTours , dont l'avenuë eſtoit
•compoſée d'une double allée
de Cypres , dans laquelle il y
avoit une Chaffe , & où des
Chaffeurs au bruit de leurs
-Cors, animoient une meute de
Chiens à la pourſuite d'unCerf.
Au bout de cette avenuë
eſtoient deux pieds -d'Eſtaux ,
fur leſquels s'élevoient deux
Statuës , dont l'une repréſentoit
Mars , & l'autre Diane ,
pour faire connoiſtre que les
Princes de ces deux illuftres
Maiſons ne ſe plaiſoient pas
-moins dans les hazards de la
Guerre, quedans l'exercice de
la Chaffe. Aux deux coſtez
GALANT.
115
on remarquoit deux Arcs de
triomphe tout de feu , au milieu
deſquels paroiffoient les
Noms , les Diviſes & les Chifresdu
Prince & de la Princeſſe
Electorale , qui brûlerent inceſſamment
pendant deux heures
, ſans ſe conſumer. Une
infinité de Fuſées volantes qui
partoient de deſſus les Ramparts
, & qui retomboient en
ſerpenteaux ou étoiles , vis à
vis des Fenestres du Château
, ſe méloit au bruit de
toute l'Artillerie de la Place.
Dans le temps qu'on ſe préparoit
à ſe retirer &que chacun
ſelon ſes diverſes connoifſances
, donnoit les loüanges
aux Ingénieurs , on fut retenu
parun nouveau bruit. C'eſtoit
une Siréne portée ſur un Radeau
, qui ſe promenoit ſur le
,
116 MERCURE
bras de la Riviere qui lave les
murs du Château . Il en ſortit
tant de flames , qu'on auroit
cru que cette Riviere rouloit
des feux au lieu d'eau .
Le Dimanche 15. on chanta
le Te Deum dans l'Egliſe du
Château , & le ſoir les deux
petits Princes avec les petits
Seigneurs , & les jeunes Damoiſelles
de la Cour , danſerent
un Balet de douze Entrées ,
qui fut parfaitement bien executé,
& qui attira l'applaudifſement
de toute la Compagnie.
Le Lundy M' le Duc de Zell ,
Madame la Ducheſſe , & touse
la Cour, partirent , auſſi bien
que Me leMarquis d'Arſy. L'apreſdinée
on eut le plaifir de
la Chaſſe du Sanglier dans la
Cour du Château , qu'on avoit
couvert de Sable & fermée de
GALAN T. 117
Toiles .On eut auſſi le divertiſſement
de berner des Renards &
deş Blereaux.ll en avoit quatrevingt
des premiers , & trente
des autres. Enſuite les Princes&
les Princeſſes ſe rendirent
chez M² de Groot , où
l'on commença le Bal ſur les
fox heures. Il fut interrompu
✓ par un Repas d'une propreté &
d'une abondance ſurprenante.
- Dans un mesme temps , &
preſque dans le meſme moment
, il y eut cinq Tables fervies
fans confufion , où cent
perſonnes trouverent tout ce
qu'on peut ſouhaiter de mets
exquis ; & ce qui eſt admirable
, c'eſt que le Maiſtre & la
Maiſtreſſe de la Maiſon étoient
auſſi peu embarraſſez que s'ils
n'euffent eu aucune part à cette
magnificence. On recommen118
MERCURE
ça le Bal aprés le Soupé. Le
Mardy 17. ſe paſſa en jeu , &
le ſoir on repréſenta Psyché ,
qui fut un ſpectacle tout charmant
, tant pour la richeſſe &
la beauté des habits , que pour
la juſteſſe des Machines. Aprés
ſoupé il y eut encore Bal . Mr
leBaron de Platen , grand Marechal
, & premier Miniſtre de
Me le Duc de Hanover , qui
s'eſtoit reſervé un jour pour
régaler Leurs Alteſſes , s'en acquitta
le Mecredy 18 avecune
ſi grande profufion , & tant de
délicateſſe , qu'on n'euſt pû
rien ajoûter à la ſumptuoſité
de cette Feſte. Lors qu'on fut
au fruit , il y eut pendant une
demy - heure une Fontaine
d'Eau de Senteur au milieu de
la Table des Princes. Elle fortoit
d'un Rocher, & s'élançant
GALANT. 119.
juſques au plat- fond , retomboit
en pluye , & embaumoit
toute la Salle . Ce Repas finy,
l'on paſſa dans celle de la Comédie
, dont l'on diverſifia les
Entractes par de nouvelles En.
trées . Après cela toute cette
illuſtre Compagnie ſe rendit
chez Madame Harling , Dame
d'honneur de Madame la Ducheſſe
, qui voulut régaler à
ſon tour la Princeſſe Electorale
, dont elle a toûjours eu la
conduite. Elle donna un Soupé
trés propre & trés - galant ,
dans un Appartement ſeparé
du Château , orné d'une infinité
de feüillages verds , & de
toutes les fleurs que pouvoit
fournir la ſaiſon où l'on eſtoit.
Il y eut une fort jolie Maſcaradede
fix Filles d'honneur de la
Cour , & d'autant de Cavaliers
120 MERCVRE
déguiſez en Payſans & en Payſanes
, qui vinrent féliciter les
Mariez , & les ſervirent à table.
Leurs Dances ruſtiques
fuccéderent au Repas , & ne
furent pas un des moindres divertiſſemens
de cette journée.
Ce fut celle du départ de la
plus grande partie des Officiers
de Son Alteſſe Electorale . Mon
ſieur le Duc de Hanover leur
fit à tous des préſens confiderables
. Je croy , Madame, vous
avoir déja dit en vous parlant
de ce Prince , qu'il eſt magnifique
en toutes choses ; mais
ce qui le fait particulierement
eſtimerdans ſes liberalitez , c'eſt
qu'il a le difcernement ſijuſte ,
qu'il donne plûtoſt au merite &
à la vertu ; qu'aux Perſonnes .
Outre les Vaſes d'argent&de
vermeil , il fit préſent d'une infinité
GALANT. 121
finité de Chevaux de ſon Ecurie
à tous les Cavaliers de la
Cour de Berlin. Il en donna huit
deCarroffe de couleur de perle
aux crinsblancs , à Monfieur le
Prince Electoral , trois Attelages
de diférentes couleurs à la
Princeſſe , & encore au Prince
huit Chevaux des plus beaux de
ſon Ecurie , qu'il choiſit exe
trois ou quatre cens , dont elle
eſt ordinairement compoſée. II
en donna auffi deux à Monfieur
le Marquis de la Foreſt , Colonel
au ſervice de Dannemarc , qui
a autrefois ſervy dans les Troupesde
Monfieur le Duc de Zell,
& qui ſe trouva au Mariage .
On y vit quatre Envoyez extra-
•ordinaires , Monfieur de Plitresdorf
de l'Empereur , Monfieur
le Marquis d'Arſy de France ,
Monfieur Vvelling de Suéde , &
Decembre 1684. F
1
121 MERCURE
Monfieur Afſtouſe de pannemarc.
১
Le Jeudy 19. qui eſtoit le jour
où Mr le Prince Electoral devoit
partir , on folemniſa par la décharge
du Canon toutes les fantez
qui furent bevës au dîner.
Ce Prince donna ſon Portrait
enrichy de Diamans au Lieutenant
Genéral au grand Maréchal
, & à quelques autres. Il
fit auſſi un grand nombre de préſens
en argenterie. Aprés le dîner
Mr le Duc de Hanover, ſuivy
de toute ſa Cour , l'accompagna
juſqu'à une lieuë de la Ville.
Là ce Prince monta dans ſa
Caleche avec Madame la princeſſe
Electorale , & alla , eſcorté
d'une partie des Gardes du Duc
juſqu'à Borcdorf , où Mr le Duc
de Zell le traita magnifiquement.
Le lendemain il en partit
GALAN Τ.
123
- pour ſe rendre à Berlin. Les Gardes
de Monfieur le Duc de Zell
ne le quitterent que ſur les Frontieres
. La Princeſſe revient à
Hanover , où elle devoit encore
paſſer trois ſemaines auprés de
Madame la pucheſſe ſa mere,
qui eſt Soeur du dernier Electeur
Palatin , & Fille de celuy qui fue
élu Roy de Boheme. Elle ſçait
beaucoup , & a l'eſprit fort vif
& fort penetrant. Elle parle
François , Anglois , Flamand ,
Hollandois , comme Allemand,
& à l'entendre dans toutes ces
langues , on auroit peine à connoiſtre
quelle eſt celle que la
Nature luy a appriſe. Elle ſçait
parfaitement les intereſts des
Princes , les principales maximes
des Etats , & les inclinations des
Peuples dont elle parle , & aufquelles
elle s'accommode ſans
F2
124 MERCURE
peine. Elle a donné fix Princes à
Monfieur le Duc de Hanover.
L'Aîné marié à la Princeſſe de
Zell ſe trouva l'année dernière
àla levée du Siége de Vienne.
Il auroit eſté au Siége de Bude ,
où les deux qui le ſuivent ſe ſont
trouvé , ſi la petite Verole ne
l'euſt arreſté. Le quatrième eſt
le Prince Charles , & les deux
autres ſont ceux qui dancerent
le Balet dont je viens de vous
parler. Afin de vous faire connoiſtre
toute cette Cour , j'ajouteray
le portrait de madame la
princeſſe de Hanover , Fille de
Monfieur le Duc de Zell. Elle
eſt d'une taille médiocre , mais
fort bien prife .Elle a les cheveux
d'un blond châtain , la forme du
viſage ovale , une petite foſſe au
menton , le teint beau &uny , &
la gorge trés-belle. Elle dance
GALANT.
125
parfaitement bien , jouë du Claveffin
, & chante de meſme. Elle
a infiniment de l'eſprit , beaucoup
de vivacité , une imagination
heureuſe , & riche parle
profitqu'ellea fait de ſes lectures.
Elle est née avec un fort bon
goût , qui s'eſt augmenté par les
ſoins quel'on a pris de ſon éducation.
UnHomme qui ſçauroit autant
qu'elle , ſeroit heureux , &
pourrois en demeurer là. Elle
parle fort juſte de tout , & entre
finementdans tout ce qu'on luy
dit , & répond de meſme.
Avec tant de belles qualitez ,
il eſt aſſez difficile de ſe défendre
de l'Amour propre. Cependant
c'eſt un défaut qui eſt condamné
, & dont vous allez voir
le punition dans la Fable que je
vous envoye. Elle eſt de Monſieur
de la Barre de Tours , Са
F 3
126 MERCURE
pitaine au Regiment Royal.
sk
L'AMOUR
PROPRE PUNY.
FABLE.
1
Telvaut peu,
El vaut peu , qui beaucoup
Seprise.
Ce Proverbe est vraytres-ſouvent,
Et telvole audeſſus du vent ,
Qu'on voit tomber bien bas , &
qu'ensuite on méprise,
Pour peu qu'on veüille m'écouter,
En peu de mots je vay conter
Ce que fit autrefois Mercure ,
Et nous corrigerons ce Dieu , quoy
qu'immortel.
Qui, toy, chétive Creature ,
Me dira. t'on par avanture ,
Faut- il ainſi faire une injure
GALANT.. 127
A cet Ambassadenr qui mérite un
Autel?
Pourquoy non ? Quoy que grand, ne
• Sçauroit- on mal faire ?
Tout au contraire ,
Un grand a plus de vanité.
Plus on est élevé dans un degré fupréme,
:
Plus l'on est entêté
De l'amourde foy mesme ;
Vous en allez ſçavoir la verité.
Ce Meſſager Celeste
Croyoit valoir luy ſeul mieux que
le reste t
De tous les autres Dieux
Qui font les Habitans des Cieux.
Il n'en exceptoit pas fon Pere
Jupiter , dont le Foudre étonne les
Humains.
Quand il avoit sa Verge à Serpensi
dans les mains ,
Ses Talonieres ,Sa Testiere ,
F4
128 MERCURE
Ilvenoit icy bas
Gobr maint Sacrifice ;
Et fous ombreſouvent d'établir la
Justice , 1
Il caufoit par ses vols de terribes
fracas ,
Il faifort mille tours , ſans en avoir
de honte ,
Eftoit Excroc, Menteur, Fourbe ; du
reste , Dieu ,
Adroit, s'il en avoit dans le Céleste
Lieu
Mais cecy n'estpas de mon Conte :
Il croyoit donc valoir autant que
Jupiter ,
Dont il tenoit naiſſance &Caducée;
EtSapensée
Eftoit qu'ilvaloit mieux que le Dieu
de l'Enfer ,
Et mesme que le Dieu de l'Onde.
Il les traitoit tous deux comme Faquins
du monde.
GALAN T. 129
Le Dieu de la Guerre & du fer ,
Mars àson gré n'étoit qu'un
Drille ;
Saturne un Sot, avecſa Faux ou fa
Faucille;
Cupidon un Enfant , n'aimant que
la vetille ;
Atlas un vieux Bouquin ;
Momus un Fou , quoy que d'humeur
gentille ;
Et le boiteux Vulcain
Son demy Frere-avecquefa Bequille,
Eftoit traité de Cocu, de Coquin,
Vénus n'estoit qu'une Coureuſe ,
Iunon ,Sa Belle- Mere , une Capricieuse,
Minerve , avec ſesArts,fon Dard;
Son Brodequin ,
N'estoit qu'une Brutale , ou qu'une
Précieuse.
Enfin luy Seul estoit un Dieuparfait,
Brave, puiſſant, poly,bien fait,
Payant d'esprit comme de mine.
Fs
2.
130
MERCURE
Unjour refléchiffantfur lagrandeur
divine, (pourvû
Etfur les beaux talens dont il eſtoit
( Non pourse détromper de fonhu
meur peu fage ,
Dontfon orgucil le rendoit pré-
Venu ,
Mais pour s'y confirmer encore davantage
)
Un beau jour, dis je , nostre Dieu
Partit du Cielfans dire adieu ,
Et prenant une forme humaine,
Va dans Thebes,& s'y promene.
Précisément je ne vous diray pas
Si Thébes fut le lieu de l'Avanture;
La circonstance eft de fort peu de
Cas.
Quoy qu'ilenſoit le Dieu Mercure
S'eflant bien promene,feignit d'estre
un peu las ,
Ou bien d'avoir affaire .....
Dans la Maison d'un Statuaire.
GALAN T. 131
Mon Amy , luy dit- il , je suis un
Curieux ,
Qui voudrois acheter les Images des
Dieux ;
N'auriez- vous point icy dequoy me
Satisfaire?
L'ay vostre fait, dit l'Ouvrier,
Et de l'autre costé vous en pourrez
trier ,
Si vous voulezme suivre.
L'Amy د
vivre ?
gagnez - vous dequoy
Trouvez- vous bon vostre Métier?
Le temps ne vaut plus rien , Monfieur
, je vous proteste ,
Dit l'Ouvrier , comme estant hors
de foy ;
Et le jour & la nuit je pešte
Contre mon malheureux employ.
Le Marchand vient affezvisiter ma
Boutique ,
Mais au Diable l'un qui prend
vien. :
F6
132
MERCURE
Si vous estes Homme de bien ,
Fe demande vostre pratique ;
Auffi- bien , par ma foy , vous iriez
loin d'icy ,
Pour trouver mieux que tout cecy .
Soit je le veux.Bon , grandmercy ;
Combien de Iupiter vendez- vous
la Figure?
Ie vous la vendray fix Ducats.
Celle de Iunon ? Six. Et celle de
Mercure ?
A vous je ne regarde pas ;
Si de Ducats vous donnezla douzaine
Pour Iunon & pour Iupiter ,
Mercure iva pour rien ; il ne vaut
pas la peine
Dedifputer.
Quifut bien fot , cefut le Dieude
l'Ambaſſade ,
De voir qu'on l'eſtimoitſi peu .
Il en devint plus rouge que dufeu,
Et dit en tranchant court,adieu mon
Camarade.
GALAN T.
133
L'Univers est plein aujourd'huy
De Gens de pareille nature ;
Et s'ilsfaisoient comme Mercure,
Sans peine ils connoiſtroient qu'ils
valent moins que luy.
En vous envoyant ce que vous
avez veu de Mª Magnin au commencement
de cette Lettre , j'ay
oublié d'y ajoûter la Deviſe qu'il
a faite pour Madame la Dauphine.
Le Corps eſt une Grénade
ouverte , qui montre pluſieurs
grains . Lemot , Spes quanta
Coronis ! Il eſt expliqué par
ce Madrigal .
Q
Ve deTestes Couronnées
Elle va faire germer !
France , ceffe de t'alarmer
De voir finir des Lys les grandes
destinées .
Nostre auguste Dauphine a ſçû les
confirmer.
134
MERCURE
Que de Testes Couronnées
Elle va faire germer !
Voicy pluſieurs autres Deviſes
pour Mr le Comte de Toulouſe
, Grand Admiral de France.
Elles ſont de Mr Bordelon de
Bourges.
I. Un mole , eſpece de Fortification
faite pour commander
fur la Mer. Surgit ad Imperium
Pelagi. Pour faire connoiſtre le
pouvoir de Mt le Comte de Toulouſe
ſur la mer , en qualité de
Amiral de France .
II . Un Croiffant éclairé du
Soleil , & au deſſus de la mer.
Solis, ab aspectu ponto imperat.
Pour montrer que c'eſt du Roy
que m' le Comte de Toulouſe a
receu l'empire qu'il exerce ſur
les Mers.
111. Un Rocher au milieu de
GALAN T.
135
la mer , & batudes flots. Rumpро
irrumpentes . Pour faire voir combien
M le Comte de Toulouſe
eſt à craindre ſur les mers .
IV. Scylla au milieu de la
Mer , repreſentée avec la beauté
que luy donne Virgile , & en
meſme temps avec ces Chiens
effroyables autour d'elle , qui
inſpirent la terreur à tous
ceux qui en ofent approcher ,
Et placet , & terret. Cela nous
apprend que ſi Monfieur le
Comte de Toulouſe eſt agreable
par ſa beauté , il n'eſt pas moins
terrible par la frayeur qu'il inſpire
fur la Mer aux Ennemis de
laFrance.
V. Un Vent renverſant d'un
coupde flot une haute & belle
Pyramide qui eſtoit élevée fur le
bordde laMer. Ponto aſſurgentem,
136 MERCURE
ponto proruam . Si Génes s'éleve
avec orgueil ſur le bord de la
Mer , Monfieur le Comte de
Toulouſe ſe ſervira de la meſme
Mer, par le moyen des Vaiſſeaux
du Roy , pour détruire entierement
cette ſuperbe Ville.
VI . Vn grand Vaiſſeau que
l'on bâtit fur le bord de la Mer.
Et me olim orbis uterque videbit.
Cela marque l'eſperance que
donne Monfieur le Comte de
Toulouſe de ce qu'il fera lors
qu'il aura atteint un âge parfait.
VII. Neptune qui paroiſt au
deſſus d'une mer agitée pour l'apaiſer.
Meum est motos componere
luctus.La paix fur la mer dépend
de Monfieur le Comte de Toulouſe,
en qualitéde Grand Admiral
de France.
VIII. Le meſme Neptune au
milieu de la Mer. Tua Nauta nuGALANT.
137
mina fola colent. Un jour on ne
reconnoiſtra ſur la Mer que la
puiſſanceque Monfieur leComte
de Toulouſe a reçeuë du Roy ,
en qualité de Grand Amiral de
France.
Monfieur de Santeüil , Chanoine
Régulier de S. Victor , ne
s'eſt pas teu ſur les Affaires du
temps. Il a fait une Deviſe,dont
le corps eſt un Soleil , qui forme
un Ciel ſerein d'un coſté , & un
orage de l'autre, avec ces mots,
Hinc fulminat , inde Serenat.
Monfieur Diéreville les a expliquez
par ce madrigal .
L'Aftre que tous les jours nous voyonsſur nos teſtes
Commencer&finirſon cours ,
Nousdoneſouventdebeauxjours ,
Lors qu'il excite ailleurs de terribles
tempestes.
138
MERCURE
LOUIS, le plus grand des Héros ,
Fait comme luy deſſus la terre ;
Ildonne d'un côté la douceur du repos
,
Et de l'autre il estprest de lancerfon
Tonnerre.
Trop Superbes Génois ,redoutez- en les
4
:
coups ,
Vous l'allezvoir tomber ſur vous.
Je ne ſçaurois mieux finir cet
Article de Deviſes , que par celle
qui a eſté faite ſur la bravoure
de Monfieur de Relingue, qui
avec un ſeul Vaiſſeau a batu les
trente- fix Galeres d'Eſpagne &
de Genes , & s'eſt retiré vainqueur.
Cette Action que la Poſterité
pourra prendre pour une
Fable , eſt ſi vraye , que les Incrédules
meſme n'en douteront
point, quand ils apprendront que
les Génois l'avoient dans toute
GALANT.
139
ſon étenduë ; ce qu'ils viennent
de faire , en faiſant arrêter quelques
Officiers de leurs Galeres ,
qu'ils accuſent de n'avoir pas fait
ce qu'ils devoient dans l'occaſion
de ce Combat. Cette Deviſe qui
eſt de Monfieur Rault de Roüen,
a pour Corps un Rocher au milieu
de la Mer , attaqué des flots,
des vents , des tempêtes , & des
orages , & pour ainſi dire , de
Neptune meſme ; mais il n'en
peut eſtre ébranlé. Ces mots
Vt stat Marpefia cautes , luy fervent
d'ame. Ils font tirez du 6.Livre
de l'Encide , & expliquez..
par ces Vers .
L
A Mer est en couroux ,
tempešte gronde ;
১
& la
Elle appelle les Vents , pourſoûtenir
les flots ;
Et preſte d'engloutir Vaiſſeaux &
Matelots ,
140
MERCURE
Elle attaque un Rocher, quiferit de
Son onde.
Du dépit qu'elle en asa vague s'enfle
& bruit ,
Encontre ce Rocher vient vomirſon
ècume ;
Mais estant toûjours ferme &stable
àſa coûtume ,
La Mer voit son courroux &fon
orgueil détruit.
Ainsi les fiers Génois , pour vanger
leurs miſeres ,
S'appreſtent à donner un furieux
Combats
De Relingues les voit , les attend,
& les bat ,
Et retourne Vainqueur de trentefix
Galeres.
Apprenez , apprenez que sous le
Grand LOVIS.
GALANT. 141
)
Quand on a l'Etendart & les Armes
de France ,
On en vient au Combat avec plus
•
d'assurance ,
Et que ſouvent on fait des Exploits
inoüis.
r Sur la fin du dernier mois M
le marquis de la Fare préta le
Serment de fidelité pour la Charge
de Capitaine des Gardes du
Corps de Monfieur , dont il re..
çût le Bâton. Il en fait préſentement
les fonctions. Quelques
jours auparavant , il avoit épouſé
Mademoiselle de Vantelet .
Vous ſçavez déja que les premieres
propoſitions de ce Mariage
furent faites par fon Alteſſe
Royale , & que Sa Majeſté
les agrea avec des marques d'eſtime
tres obligeantes pour les
deux parties. Ce qui en a re
142 MERCURE
tardé la concluſion , a eſté l'é
loignement de Madame la Comteſſe
du Roure , Mere de Mr le
Marquis de la Fare , qui a voulu
y eſtre préſente. Le Contract
ayant eſté ſigné par le Roy , &
en ſuite par toute la Maiſon
Royale , le Mariage fut celébré
le Lundy 13. de Novembre à
quatre heures du matin , dans
la Chapelle de l'Hoſtel d'Armagnac
, qui estoit magnifiquement
meublé , & éclairé d'un
tres-grand nombre des Luſtres ,
par les ordres de Mt le Grand ,
&de Madame la Comteſſe d'Armagnac
, qui vouloient montrer
par là l'eſtime particuliere qu'ils
ont pour les nouveaux Mariez .
Cette Cerémonie fut précedée
d'un grand Soupé , au bruit des
Hautbois & des Violons , & en
fuite il y eut Balet . Mule Mar
}
GALANT. 143
ment
quis de la Fare eſt ſi generalement
connu pour un parfaitehonneſte
Homme , que
je ne pourrois vous rien dire
à ſon avantage , qui ne fut encore
au deſſous de ce que l'on
en publie. La Maiſon de la Fare
dont je vous ay déja parlé amplement
dans ma Lettre du mois
d'Avril de l'année 1680. eſt
originaire des Cevenes , Dioceſe
de Niſmes , dans le Bas- Languedoc;
& par le reſte des Titres
de cette Maiſon , il paroiſt que
Beringuier de la Fare vivoit l'an
1186. & qu'il eſtoit qualifié
Chevalier , Seigneur du Lieu de
la Fare. On remarquera ( ce qui
eſt aſſez particulier ) que le nom
de la Fare , qui eſt le nom propre
de la Famille , eſt auſſi celuy
de la Terre , & que ce Beringuier
portoit pour armes ,
144 MERCURE
-
,
comme font encore à préſent
ſes Succeſſeurs , d'azur , & trois
Fares ou Flambeaux d'or , allumez,
de gueules , posez en pal. Mule
Marquis de la Fare , Comte de
Laugiere, qui vient de ſe marier,
eſt le Chefde la dix- huitiéme
géneration de mâle en mâle depuis
Beringuier. Bertrand de la
Fare un de ſes Succeſſeurs ,
hommagea au Comte d'Armagna
ſon Chaſteau & ſa Terre
de la Fare en qualité de Baronie
l'an 1308 ; & ſes Deſcendans
ont toûjours pris le titre de Barons
de la Fare juſqu'en 1646.
que Sa Majeſté érigea cette Terre
en marquiſat en faveur de
Meſſire Jacques de la fare , ſecond
du nom , Grand-Pere de
celuy dont le mariage donne lieu
à cet Article. CeJacques de la
Fare eut pluſieurs Soeurs , dont
le
GALANT.
145
コ
l'Aînée fut mariée avec feu M
le Marquis de Peraut , Maréchal
de Camp , & Gouverneur de
Beaucaire , & n'eut point d'Enfans.
Une autre épouſa Mr de
Camboularet, Gentilhomme de
Roüergue , dont eſt iſſuë Madamela
Comteſſe du Montal,Fcmme
de Mr le Comre du Montal
, Lieutenant Genéral des
Armées du Roy , & Gouverneur
de Maubeuge. Je ne vous
dis rien de neuf Fils qu'eut ce
meſme Jacques de la Fare. Je
vous ay parlé de huit dans ma
Lettre d'Avril 1680. L'Aîné
eſtoit Meffire Charles de la
Fare , Lieutenant General des
Armées du Roy , & Gouverneurde
Roſe & de Capdequiers
en Catalogne juſqu'en 1654.
&auparavant de la Ville de Balaquier
auffi en Catalogne. Le
neufviéme , dont je ne vous dis
Decembre 1684. G
146
MERCURE
rien en ce temps- là , eſt Chriſtophe
de la Fare; Abbé de Silvanes
en Roüerge. Il eut auffi
quatre Filles ,, deux Religieuſes ,
dont il y en a encore une Abbeſſe
d'Orange ; les deux autres
mariées , l'Aînée avec Mr le
Comte d'Avejan, donteſt venu
Mr le Comte d'Avejan , à préfent
Capitaine aux Gardes ; &
l'autre avec Mr le Baron de
Monlaur , Préſident à la Cour
des Comptes & Aydes de Montpellier.
Il en a un Fils , Procu
reur Genéral à préſent en la
meſme Cour. Feu Meffire Charles
de la Fare avoit épousé Dame
Jacqueline de Borne de Laugiere,
dont il a cu Meffire Charles
Auguſte de la Fare , Marquis
de la fare , Comte de Laugiers ,
qui a eſté Sous - Lieutenant des
Gendarmes de Monſeigneur le
GALANT.
147
Dauphin , & qui eſt préſentement
Capitaine des Gardes de
Monfieur. Madame la marquiſe
de morangiers eſt la Soeur de ce
Marquis. Madame ſa mere à époufé
en ſecondes noces Mile Comte
du Roure , Chevalier des Ordres
du Roy , & fon Lieutenant
General en Languedoc , dont
elle n'a point eu d'Enfans.
Je viens à Mademoiselle de
Vantelet, préſentement Marquiſe
de la Fare. Mais , Madame , que
ne vous en diray- je , ou plutoſt
que ne vous en dirayje
pas ? Jamais aucune perſonne
dans un âge ſi peu avancé , n'eſt
entrée au monde avec une eſtime&
une approbation ſi genérale.
Il y a déja deux ans que
fonmérire&mille agrémens qui
luy ſont particuliers , la font admirer
de tout le monde ,& elle
G 2
148 MERCURE
n'eſt encore que dans ſa ſeizième
année. Elle est fort grande, d'une
taille libre & dégagée , & foûtenue
d'un air noble , qui marquant
de la fierté , n'en laiſſe
paroiſtre que ce qu'il en faut
avoir pour imprimer le reſpect
qu'on doit à ſon Sexe. Elle a le
teint vif, & d'un brillant qui efface
le plus beau mélange de blanc
& de rouge , que l'Art puiſſe
coupier ſur la Nature ; des cheveux
en quantité d'un blond
cendré le plus beau qu'on viſt
jamais ; une bouche qui ſemble
avoir eſté faite par les Amours
mêmes , & enfin ce charmant
je- ne ſçay-quoy qui ſurpaſſant
labeauté , eſt au deſſus de tout
ce qu'on en peut dire. Elle ſçait
l'Italien , jouë fort bien du Claveffin
, & dance parfaitement ,
& avec une grace merveilleuſe.
GALANT. 149
.
Quoy que tous ces avantages
repréſentent une Perſonne accomplie
, je vous ſurprendray
en vous diſant que ce n'eſt pas
cequiluy attire le plus de loüanges.
Ceux qui la connoiſſent un
peu particulièrement , luy trouvent
une fineſſe d'efprit que l'on
auroit peine à croire , une délicateſſe
de ſentimens dont rien
n'approche , & une ſageſſe dans
ſa conduite qui dément ſon âge .
Elle eſt de la Maiſon de Lux,
dont il eſt fait mention dans
l'Hiſtoire de France ,& dans les
Mémoires de Monfieur de Tiller.
Monfieur Dozier qui en a remarqué
les Alliances , parle entr'autres
de maximilian de Lux , qui
épousa en 1390. Antoinette de
Courtenay. Il commandoit une
Compagnie de Gendarmes. Jacques
de Lux ſon Fils , épouſa
G3
150
MERCURE
Jeanne de Béthune ; & Ican de
Lux , Marguerite de la Berquerie .
Un autre Jacques de Lux s'allia
avec Emonne du Guenard , de
la maiſon de la Bricongne . Seba,
ſtien de Lux Triſayeul de Mademoiſelle
de Vantelet, épouſa
en 1560. Ambroise Boucher ,
Fille du Seigneur d'Orsay , dont
eſt iſſuë Madame la Marquiſe de
Montchevreüil. Ce Sebastien de
Lux commandoit une Compa-
☑gnie d'ordonnance , & fut tué à
la Bataille de Moncontour, apres
avoir rendu de grands ſervices
au Roy . Robert de Lux ſon Fils ,
l'un des quatre Maiſtres- d'Hôtel
que Louis XIII. choifit pour
fervir tous les ans, & qu'il appella
les Piliers de ſa Maiſon , épouſa
Marie de Plaiſance , qui eut
l'honneur d'eſtre nommée par
Henry IV . Sous-Gouvernante
GALAN T.
des Enfans de France. Le feu
Roy , en conſideration de leurs
ſervices , diſpoſa de leurs Enfans,
&mit aupres de la Reyne d'Angleterre
Jacques de Lux , qui
épouſa Mademoiſelle Courtin.
Charles de Lux ſon Fils , a eu
l'honneur d'eſtre Vice- Chancelier
de la Reyne de la Grand'-
Bretagne. Ils mariérent l'une de
leurs Filles au Comte de Schelay,
qui eſt une des meilleures Maifons
d'Angleterre, dont il y a eu
lignée. Sa Majesté donna à Louis
de Lux la Charge d'Ecuyer or.
dinaire de la Grande Ecurie , en
laquelle il ſervit cinquante années.
Il épouſa Marie Merault.
Françoiſe de Lux ſa Soeur fut
marice àMonfieur de Bernet , &
attachée au ſervice de Madame
la Ducheſſe de Savoye. Ils y mariérent
une Fille au Comte de
4
G4
152 MERCURE
!
Morgenex , d'où ſont venuës les
Maiſons des Comtes de Vars , de
Caſtaignieres , de Chaſteauneuf,
&de Monthou. Mademoiselle de
Bernet leur Petite- Fille , eſt mariée
au Comte d'Hermalle dans
le Païs de Liege. Antoine de
Lux , Fils de Loüis , qui a épousé
Marie Bourlaſque , eſt affez con.
nu par les ſervices qu'ila rendus
au Roy depuis plus de trente ans,
ſoiten la Grande Ecurie , ou en
la Charge de Gentilhomme
ordinaire de Sa Majeſté , qui l'a
honoré de pluſieurs Commiſfions
& entr'autres d'aller
recevoir le Roy de Pologne
Caſimir lors qu'il vint en France,
qui eſt une marque glorieuſe de
la conſidération particuliere que
le Roy a toûjours euë , & pour
ſon mérite perſonnel ; & pour
ta naiſſance. C'eſt le Pere de ма-
GALANT.
153
demoiſelle de Vantelet, qui ayant
de fort grands Biens , eſt un Party
tres conſidérable. Elle a auſſi
des Aliances fort avantageuſes
dans la Robe ; & comme elle a
l'honneur d'appartenir à Madame
la Chanceliere, à cauſe de marie
Merault ſonAyeule, M² le Chancelier
, M² le Marquis de Lou
voys , & Monfieur l'Archeveſque
de Rheims , ont ſigné ſonContract
de mariage. Elle eſt auſſi
alliée à Monfieur le Préſident le
Bailleul , Monfieur le Préſident
de Meſme , Monfieur le Camus
Premier Préſident de laCour des
Aydes , Monfieur le Préſident
Larcher , Monfieur de Villacerf,
& Meffieurs merault , Brodean ,
Caſtaignieres, de Chaſteauneuf,
&de Sainte Marthe , Conſeillers
au Parlement , ou à la Cour des "
Aydes de Paris Peu de jours
Gs
154
MERCVRE
2
apres le Mariage , Monfieur fit ?
l'honneur à Madame la Marquiſede
la Fare , d'aller chez elle luy
rendre viſite. On ne peut rien
ajoûter à l'agrément avec lequel
cette jeune Marquiſe a eſté reçeuë
du Roy , de Monſeigneur,
&de madame la Dauphine , lors:
qu'elle a eſté à la Cour.
Je nedoute point que la Figure
que je vous envoye , ne vous
furprene. Quoy qu'elle ne ſoit
pas nouvelle , comme vous ny
vos Amies ne l'avez pas veüe,
j'ay crû devoirvous en faire part.
Voicy ce qui eſtoit écrit audeſſous
, quand je l'ay reçüe..
* Figure étrange , qui vit enfonge
Le Grand Seigneur , estant àBelgrade
, la nuit avant la Levée du Siége
de Vienne , d'un Monstre Sem
blable à celuy- cy , qui avoit abatu
Le Croiſſant avec un Marteau.Elle
GALANT. 155
7
i
:
aestéenvoyéeàLeopold en Pologne,
Ie croy qu'il n'y a rien à ajoûter
à ces paroles. Ce que je pourrois
vous dire ſur cette Figure,
ne feroit pas genéralement reçû;
&puis que c'eſt un ſujet propre
à exercer les Eſprits , Il fautlaifſer
raiſonner chacun à ſa fantaifis
.On pourroit la regarder comme
une Enigme en Tableau , &
en dire ſon ſentiment , ainſi
qu'on afait decelles que je vous
ay envoyées dans mes premieres
Lettres.
Le Gouvernement de Nancy
ayant vaqué par la mort deMonſieur
de Cajac , que je vous appris
le mois paſſé , Le Roy ena
pourvû Monfieur d'Aubarede ,
Couverneur de l'lſle de Rhé.
C'eſt un des plus braves & des
plus intrépides Officiers du
Royaume. Jevous ay déja parlé
de luy pluſieurs fois.
:
G6
156 MERCURE
Monfieur Thevenot a eſté
choiſy pour remplir la place de
Monfieur Varéſe, qui eſtoit Garde
de la Biblioteque du Roy .
C'eſt un Homme d'un mérite diſtingué
, quia eu pluſieurs Emplois
dans les Païs Etrangers où
il a voyagé , ce qui luy a donné
connoiſſancede pluſieurs Langues
, & particulièrement
Orientales. Il a donné au Public
pluſieurs Relations pleines de
recherches fingulieres .
la
des
le vous envoye deux Sonnet.
fur les Bouts- rimez qui courent
Le premier eſt d'un, Homme
extrémement eſtimé , & dont le
ſentimenteſt ſuivy par tous ceux.
qui ſedétachent affez de l'amour
propre , pour le rendre luge de
leurs Ouvrages.
Dy, je le dis par tout , & le dis
omnibus ,
G'ALANT.
157
Et je nepense pas que perſonne s'en
fâche ;
Quiconque aime une fois, doit aimer
fans relâche ,
Sans jamais s'attacher duabus ny
tribus .
Qui veut faire autrement, paſſera
pour un lâche ,
Fust- il brave d'ailleurs , &fuft- il
un Phoebus
Par ſes beaux cheveux blonds , s'il
n'a quelque quibus ,
Il aura faim long- temps,fans qu'on
luy dife, mâche.
Deplus,ilfaut qu'ilsoit foumis , accort
; Item,
Qu'il nefoitguére abfent,c'est-làle
Tu autem;
Que dans ſes paſſions on ne compte
point l'ire.
1
58
MERCURE
Quefans ceſſe à la bouche il ait le
verbe amo ,
Pourle dire àfa Belle , ou qu'il luy
faffe lire
Dansdes Billets écrits d'un galant
e
calamo.
Une Perſonne des plus Coquetes
, ayant envoyé les meſmes
Bouts- rimes à un de ſes
Amis , voicy de quelle maniere
il les remplit.
ILeftwray, ma Philis, quetu plais
Tun'as que trop d' Amans ; & c'est
ce qui me fâche.
De mes Rivaux chez toy lafoule eft
fans relâche.
Trop heureux fi leur nombre estoit
borné tribus !
GALANT. 159
Pour s'en accommoder , il faudroit
: estre un lâche ,
Sur tout de ton Abbéparlant toûjours
Phoebus;
Et devingt autres Sots , graces au
Ciel, quibus
Ie dis les véritez,&jamais ne les
mâche.
- Donc,si tuveux de moy ,faiſons plus
d'un Item.
Ieferay toûjours tendre& constant;
tu autem
Pour tout autre quemoy tun'auras
quede lire.
A ces conditions je dis encore amo .
Voila mes Sentimens , Philis, tu les
peux lire ,
Et me marquer les tiens voce , vel
calamo.
Le Vendredy 24. du dernier
1.
160T MERCURE
mois , Monfieur Boileau , Docteur
de la Faculté& Societé de
'Sorbonne , Doyen de l'Eglife.
Métropolitaine de Sens , aſſiſte
de Monfieur Vezou , Lieutenant
General de la meſme Ville , de
Monfieur Jamard , Avocat au
Parlement , & de pluſieurs Gentilshommes
, prit poffeffion de
l'Abbaye de Noſtre - Dame de
Vauluiſant , Diocese de Sens ,
pour Monfieur l'Abbé le Tellier,
Fils de Monfieur le marquis de
Louvoys , Miniſtre d'Etat , pour
vû par Sa majeſté de cette Abbaye.
Jamais Priſe- de- poffeffion n'avoit
eſté fi folemnelle & fi magnifique
, tous les Religieux de
cette grande Abbaye , l'une des
plus belles de l'Ordre de S. Bernard
, ayant voulu témoigner
leur joye , d'avoir un Abbé d'un
grand nom. Le Pere Prieur
:
GALAN . 161
eſtant averty de l'arrivé de M
Boileau , alla en ſes Habits de
Cerémonie , le recevoir dans la
Baffe- Court , à la deſcente du
Carroffe , & le mena au pied du
Grand Autel de l'Egliſe , qui eſt
tres- ſuperbe. Toute la Communauté
s'y eſtant renduë; M' Boileau
, avec ceux qui l'accompagnoient
, furent conduits à la
grande Porte , où un Notaire
Apoſtolique luy préſenta les
Bulles obtenuës pour cette Abbaïe
, & la Procuration de M
l'Abbé le Tellier ; aprés quoy
le Pere Prieur s'eſtant avancé ,
ſuivy de tous ſes Religieux ,
Mr Boileau leursfit un petit Difcours
for l'avantage qu'il avoit
d'ettre chargé de la Procuration
de Me leur Abbé , qui ne feroit
pas moins d'honneur à leur maiſon
, que M. le Chancelier ſon
162 MERCURE
Ayeul,& M'de Louvois ſon Pere,
en faisoient à toute la France .
Vous ferez aisément perſuatée
qu'il ne dit rien qui ne fut rempiy
d'eſprit , ſi vous fongez qu'il eſt
Frere de M' Deſpreaux , dont
la réputation eſt ſi connuë. Le
Pere Prieur répondit pour toute
la Communauté, qu'il recevoit
çét honneur avec tout lereſpe&
qu'ils devoient à un Abbé d'un
i grand mérite , & qu'ils attendoient
beaucoup de ſa prorection.
Le Notaire Apoſtolique
ayant repris la Procuration
&les Bulles , préſenta de l'Eau
Benîte à m' Boifleau , que l'on
conduiſit au grand Autel qu'il
baiſa. Enſuite il alla fonner la
groffe Cloche,& fut inſtalé dans
toutes les Places de Monfieur
l'Abbé. Il ſe mit à genoux dans
la derniere ,& on chanta le Veni
GALANT.
163
Creator , & leTe Deum avec l'Orgue
, & au ſon de toutes les
Cloches , ce qui fut fuivy des
Prieres pour le Roy. Cela fait , le
Notaire Apoſtolique fit la lecture
desBulles&de la Procuration , &
déclara à haute & intelligible
voix , qu'il inſtalloit & mettoit en
paſſeſſion de l'Abbaye de Noštre- Dame
de Vauluisant , Mesfire Lacques
Boifleau , pour&au nom de Mesfire
Camille le Tellier. La Ceremonie
ſe termina par un Diſne magni,
fique , que le Pere Prieur donna
à M' Boifleau , à Me Vezou ,
Lieutenant Genéral , & à plufieurs
Gentilshommes
د
qui
eſtoient venus de toutes parts
pour en eſtre les témoins.
Le Dimanche 26. du meſme
mois , M'l'Eveſque de Meaux
fit aux Religieuſes Chanoineſſes
de Sainte Geneviefve de Cha164
MERCURE
liot , la Benediction de Madame
leur Abbeffe. Elle eſtoit aſſiſtée .
de Madame de Ramboüillet ,
Abbeffe de Saint Estienne de
Rheims , & Sooeur de feiie Madame
la Ducheſſe de Montou .
fier , & de Madame de Harlay ,
Abbeſſe de Sainte Perrine de la
Villete , toutes deux du meſfme
Ordre. Il y eut un fort grand
concours de Perſonnes de qualité
à cette Cerémonie , qui fut
accompagnée de toute la pompe
qu'elle méritoit. Madame Perrot
eſt Fille de feu M' Perrot , Préſident
aux Enqueſtes duParlement
de Paris , où il a exercé long-tems
cette Charge avec beaucoup
d'intégrité & d'honneur ; Soeur
de Madame la Préſidente de Bretonvilliers
, & Coufine germaine
de m' l'Eveſque d'Aire ; mais
ſi ſa naiſſance la diftingue , fon
• GALANT. 165
mérite , ſa pieté exemplaire , &
ſa ſolide vertu , la rendent encore
plus confiderable.Elle a une
penetration d'eſprit merveilleuſe,
entend pluſieurs Langues, & parle
la ſienne parfaitement. Ces divers
talens ſont ſoûtenus d'une
douceur engageante qui gagne
les coeursde ſes Amis;&de toutes
les Perſonnes qui vivent ſous ſa
conduite. Auſſi la Communauté,
qui doit àſes ſoins & à fon exemple
, exacte régularité que l'on
obſerve dans le Convent , témoigna
une joye extraordinaire
dans cette Ceremonie , de l'avoir
pour Abbeffe.
: Je me ſouviens de vous avoir
expliqué fort amplement toutes
les Ceremonies qui s'obſervent à
la Benediction des Cloches , &
les diverſes Prieres dont ſe ſert
l'Egliſe pour cela, ainfi Ma
A
166 MERCURE
rs
dame , je ne les repeteray point
&me contenteray ſeulement de
dire , que Vendredy premier
jour de cemois, on fit icy celle
de cinq groffes Cloches de l'Egliſe
de Noftre-Dame. Elles
avoient eflé fonduës au mois
d'Octobre dernier par le S. de
Nainville , Fondeur à Amiens ,
undes plus expérimentez en cét
Art , &furent nõmées par males
Prevoſts des Marchands & Echevins
, avec Madame la Ducheffe
de Crequy , au nom de la Ville
de Paris , ſçavoir : La premiere
Guillaume Armand , la ſeconde
Pasquier Charles , la troifiéme
Thibaut Henry , la quatrième lean
Marie Victoire , & la cinquiéme
Nicolas Madelaine. Ce fut Monſieur
le Doyen de l'Egliſe de Paris
qui fit la Cerémonie. Toutes
choſes avoient eſté magnifiqueGALANT.
167
ment preparées par les ordres
de Monfieur l'abbé de la Mote
Archidiacre...
La Diſpute, de l'Univerſité de
Caen pour la Chaire Grecque ,
ſe fit le 8. de ce mois en preſence
d'une trés - grande Aſſemblée,
Monfieur l'Intendant y Aſſiſta.
Elle fut ouverte par uneHaran-
-gue Latine que Monfieur Verrier
, Profeſſeur d'Eloquence au
College des Arts , & Doyende
la Faculté , & Monfieur Lair ,
Profeſſeur au College du Bois,
prononcerent alternativement
fur les loüangesde Sa Majesté qui
avoulu qu'on diſpute cette Place,&
que la préferance en ſoir
accordée au ſeul mérite . L'un &
l'autre pourdonner des marques
de leur capacitéencette ſcience,
-traduiſirent à l'ouverture des
Livres,pluſieursAutheurs Grecs
168 MERCURE
trés difficiles , & entr'autres Ho
mére , Theocrite , la Bible , &c.
Ils firent enſuite chacun une copoſition
Grecque ſur le champ,
& fatisfirent aux Questions
les plus épineuſes de cette
Langue. Tous les Profeſſeurs de
l'Univerſité ſe trouverent à cette
Action , dont ils font les Juges.
Monfieur l'abbé de Saint Martin,
Seigneur de la mare du Deſert ,
connu par toute la France , par
les Ouvrages qu'il a donnez au
Public,s'y ſeroit auſſi trouvé pour
y donner ſon ſufrage comme les
autres Docteurs de Theologie, ſi
ſon indiſpoſition ordinaire ne l'en
avoit empeſché. Il eſt tres-ſçavant
dans la Langue Grecque, &
il l'a fait voir par ſon Livre du
Reſpect dû aux Eglifes & aux
Prêtres , qui eſt remply de quantité
de paſſages des Peres Grecs.
Les
GALANT. 169
LesProfeſſeurs de cette Univerſité
devoient s'aſſembler quelques
jours aprés , afin de dreſſer
leur Procés Verbal,de tout ce qui
s'eſt paſſé dans la Diſpute. Enfuite
ils l'envoyeront à Monfieur
de Châteauneuf, Secretaire d'Etat,
qui en inſtruira Sa Majesté,&
fur leur rapport elle choiſira un
des Afpirans .
Aprés avoir fatisfait votre curioſité
dans une de mes Lettres ,
touchant la Religion & les Coûtumesdes
Habitansdu Royaume
de Siam , & vous avoir parlé
dans la ſuivante de l'Audience
donnée par Monfieur le Marquis
de Seignelay aux Envoyez du
Prince qui le gouverne , je dois
vous apprendre tout ce qui s'eſt
paſſé à l'égard de ces meſmes
Envoyez , depuis qu'ils font à
Paris. Mais avant que d'entrer
Decembre 1684. H
170
MERCURE
dans ce détail , j'en ay un autre
fort curieux à vous faire , qui
vous plaira d'autant plus , qu'il
vous fera connoiſtre de quelle
maniere a pris naiſſance la haute
eſtime que le Roy de Siam a
conceuë pour Sa Majefté. Les
Miſſionnaires qui n'ont que le
ſeul Salut des Ames pour but
dans toutes les peines qu'ils ſe
donnent , s'étant établis à Siam,
ils y gagnerent en peu de temps
l'affection de tous les Peuples.
L'employ de ces Ames toutes
charitables , n'étoit , & n'eſt encore
aujourd'huy , que de faire
du bien. Comme en partant de
France ils s'eſtoient munis de
quantité de Remedes , & qu'ils
avoientavec eux Medecins,Chirurgiens
& Apoticaires , ils ſoulageoient
les Malades , juſque- là
meſmes qu'ils avoient des Hom.
GALANT.
171
1
mes qui avec des Paniers pleins
de ces Remedes , alloient dans
toutes les ruës de Siam, criantque
tous ceux qui avoient quelques
maux , de quelque nature qu'ils
puſſent eſtre , n'avoient qu'à les
faire entrer chez eux , & qu'ils
les foulageroient fans prendre
d'argent. En effet, bien loin d'en
exiger des Malades , ils en donnoient
fort ſouvent à ceux qui
leur paroiſſoient en avoir-beſoin,
&tâchoient de les confoler dans
leurs miferes . Des manieres fi
obligeantes , & fi defintéreſſées,
gagnerent bien - toſt l'eſprit des
Peuples , & fervirent beaucoup
àl'accroiffement de la Religion
Catholique. Le Roy de Siamen
ayant eſté inſtruit, &ne pouvant
qu'à peine le croire , voulut ſcavoir
à fonds qui estoientateux
dont ſes Sujets recevoiest de ſi
H
172 MERCURE
grands foulagemens . Ce Monarque
a commencé à regner dés
l'âge de huit ans ,& en a prefentement
environ cinquante. C'eſt
un Prince qui voit,& qui entend
tout,& qui examine long- temps
&meurement les choſes avant
que de porter ſon jugement ,
comme vous le connoiſtrez par
la ſuite de cét Article . Il dit aux
Miſſionnaires , Qu'il estoitsurpris
de voir que de tant de Gens de
diférentes Nations qu'il voyoit dans
fes Etats, ils estoient les ſeuls qui ne
cherchoient point à trafiquer. Il leur
demanda où ils prenoient l'argent
qu'il falloit qu'ils dépenſaſſent pour
leurSubsistance , &pour leurs remedes.
Ils luy répondirent que cét
argent leur venoit des Miſſions
de France , & des charitez que
pluſieurs Particuliers faifoient
pour Jeur eſtre envoyées. Ce
GALANT.
173
{
Monarque fut extrémement furpris
de voir que des Peuples éloignez
de fix mille lieuës , contribuoient
par leurs largeſſes au
foulagementde ſes Sujets , & que
ceux du plus grand Monarque
de l'Europe , venoient de ſi loin
par un pur motif de pieté ; &
qu'au lieu que les Peuples des
autres Nations ſe donnoient de
la peine pour gagner par leur
trafic , les François en prenoient
pour dépenſer , dans le ſeul deffein
de travailler à la gloire du
Dieu qu'ils adoroient. Aprés ces
réflexions , il voulut faire ouvrir
ſes Trefors aux Miffionnaires ,
mais ils n'accepterent rien ; ce
qui tourna tout à fait à l'avantage
de la Religion , & fut cauſe
que ce Roy leur fit bâtir des
Eglifes , & qu'aprés leur avoir
demandé des deſſeins , il voulut
H 3
174 MERCURE
qu'ils en donnaſſent d'autres ,
n'ayant pas trouvé les premiers
aſſez beaux. Il avoit en ce tempslà
un Premier Miniſtre qui n'aimoit
pas les Miſſionnaires , mais
comme c'euſt eſté mal faire fa
Cour , que de montrer de l'averfion
pour ceux que ſon Maiſtre
honoroit de fon eſtime, cet adroit
Politique leur faiſoit fortbon accueil,
quoy qu'il recherchaſt ſous
main toutes les occafions de leur
nuire . Ilapprehendoit que quand
les François parleroient parfaitement
la Langue des Siamois,
ils ne gouvernaſſent l'eſprit
du Roy , & que leur credit ne fift
peu à peu diminuer ſon autorité.
Ce Miniſtre n'eſtoit pas ſeulement
ambitieux , mais il eſtoit
fort zelé pour la Religion du
Pays . Ainfi il eſt aiſé de juger
qu'il avoit plus d'une raiſons de
GALANT.
175
{
haïr les Miſſionaires. Il eſt mort
depuis deux ans ; & fi celuy
qui luy a fuccedé n'a pas hérité
de ſes meſmes ſentimens
à l'égard des François , on ne
laiſſe pas de connoiſtre qu'il a
des raiſons politiques qui l'obligent
à les craindre. Cependant
les bontez du Roy pour les Mif-
-ſionnaires, & les Egliſes & le Seminaire
qu'il leur a fait bâtir, ont
tellement contribué à l'augmentation
de la Foy Catholique ,
qu'on a parlé dans ce Seminaire
juſques à vingt - trois fortes de
Langues dans un mefme temps,
c'eſt à dire qu'il y avoit des Perfonnes
converties d'autant de
Nations diferentes ; car il n'y a
point de lieu dans tout l'Orient,
où il vienne un ſi grand nombre
d'Etrangers , qu'à Siam. La
Compagnie des Indes Orientales
H 4
376 MERCURE
voyant les grands progrés que les
Miffionnaires faifoient dans ce
Royaume, a réſolu d'y établir un
Comptoir , fans ſe propoſer d'au
tre avantage de cet établiſſement,
que celuy de les afſiſter ; &
comme on fit connoiſtre à noftre
pieux Monarque les bontez du
Roy de Siam pour ſes Sujets , &
que la protection qu'il leur donnoit
, eſtoit cauſe qu'ils faiſoient
tous les jours beaucoup de Converſions,
Sa Majesté qui n'a point
de plus grand plaiſir que de travailler
au falut des Ames, voulut
bien luy en écrire une Lettre de
remerciement , dont Monfieur
Deflandes - Bourreau , qui partit
dans un Navire de la Compagnie
pour l'établiſſement du Comptoir
, fut chargé pour la remettre
entre les mains de Monfieur
l'Eveſque de Beryte , Vicaire
GALAN T.
177
Apoftolique de la Cochinchine,
qui estoit pour lors à Siam. L'arrivée
de cette Lettre fit du bruit ,
& le Roy apprit avec joye que
le Grand Roy luy écrivoit. C'eſt
le nom qu'il donne au Roy de
France. Cependant cette Lettre
demeura plus de deux mois entre
les mains de Monfieur l'Ever
que de Beryte, ſans eſtre renduë
au Roy de Siam , & il y eur de
grandes conteftations ſur la maniere
de la preſenter. Le Premier
Miniſtre vouloit que Monfieur
de Beryte paruſt devant ce Monarque
les pieds nus , perſonne
ne ſe montrant chauffé devant
luy , ſi ce n'eſt dans les Ambaffades
ſolemnelles; ce que Monfieur
de Beryte ayant refuſé de faire,
il garda la Lettre. Le Roy de
Siam furpris de ce qu'on diféroir
fi long temps à la luy rendre , en
H
178 MERCURE
demanda la raiſon . Il l'apprit , &
dit , que les François pouvoient paroištre
devant luy de telle maniere
qu'ils voudroient. Ainsi une ſim
ple Lettre du Roy portée par
desGens qui n'eſtoient ny Ambaſſadeurs
, ny meſme Envoyez ,
fut renduë comme elle l'auroit
eſté dans la plus celebre Ambaſſade.
Cette Lettre fit augmenter
l'eſtime que le Roy de
Siam avoit déja conçue pour le
Roy de France , & il refolut de
luy envoyer des Ambaſſadeurs
avec des Préſens tirez de tout ce
qu'on pourroit trouver de plus
riche dans ſon Tréſor. l'ay oublié
de vous dire que ce Monarque
avoit ordonné à tous les Européans
de luy donner de temps
en temps des Relations de tout
ce qui ſe paſſoit dans les Lieux
dépendans de l'obeïſſance de
GALAN T. 179
L
leurs Souverains , ou de leurs
Supérieurs . Ces Relations eſtant
faites par divers particuliers ,.
chacun tâchoit d'obſcurcir la
gloire du Roy de France , en envelopant
la verité. Le Roy de
Siam n'en témoignoit rien , &
parune prudence merveilleuſe ,
lifanttout, & examinant les choſes
, il eſtoit des années ſans ſe
déclarer là deſſus.Il vouloit voir
ſi ce qu'on luy donnoit ainſi de
temps en temps avoit des ſuites,
& fi l'on ne ſe contrediſoit point.
Enfin il dévelopa les mauvaiſes
intentions de pluſieurs , & connut
que les ſeuls Miffionnaires
Juy diſoient vray , parce que les
nouvelles qu'ils luy donnoient
d'une année , étoient confirmées
par celles de l'autre. Les choſes
étoient en état , lors qu'on demanda
au Roy de Siam la per-
4
H6
180 MERCURE
د
miſſion de tirer du Canon , &de
faire de Feux de joye pour maſtric
repris parle Prince d'Orange , &
pour la défaite de tous les Fran
çois . Ce prudent Monarque envoya
chercher les miffionaires ,
& leur demanda quelles nouvelles
ils avoient de France , & du Siege
de Mastric. On luy dit qu'on
avoit appris par une Lettre qui
venoit de Perfe que Mr de
Schomberg avoit forcé le Prince
d'Orange à lever le Siege ; mais
que comme cette nouvelle avoit
eſté mandée en quatre lignes
feulement au bas d'une Lettre ,
il n'avoit pas crû devoir la publier
avant qu'elle euſt eſté confirmée.
Le Roy répondit , que
c'estoit affez ; qu'il estoit feûr de
L'avantage que les François avoient
remporté ; mais que loin d'en vo
loir rien témoigner,ſon deſſein estoit
GALAN T. 181
A
de permettre les Feux de joye qu'on
lay avoit demandez. Il avoit fon
but , que vous allez voir. Quel-
☑ques tems apres,la nouvelle de la
levée du Siege de Maſtricayaut
eſté confirmée d'une maniere
qui empeſchoit d'en douter , le
Roy voulut mortifier ceux qui
s'eſtoient ſi bien réjoüis , & leur
dit , qu'il s'étonnoit qu'ils n'euffent
pas fait plus ſouvent des Feux
de joye , puis que les derniers qu'ils
avoient faits marquoient , que leur
coûtume étoit de ſe réjoüir apres
leur défaite ; au licu que les autres
Nations ne donnoient de pareiltes
marques d'allégresse , qu'apres
Leurs victoires . Un pareil diſcours
les couvrit de confufion , & les
obligea d'avoüer qu'ils avoient
receu de fauſſes nouvelles.Tou.
tes ces chofes , &beaucoup
d'autres qu'on fit pour obfcuris
.182 MERCURE
1
la réputation & la gloire des armes
du Roy de France , & dont
le temps decouvrit la verité , mirent
ce grand Prince dans une
ſi haute eſtime aupres du Roy
de Siam , qu'il fit paroiſtre une
extréme impatience de luy envoyer
des Ambaſſadeurs. Il vouloit
meſme luy envoyer quelques-
uns de ſes Vaiſſeaux , mais
on luy fit connoiſtre le riſque
qu'il y avoit à craindte pour eux
dans nos Mers. Enfin le Vaiſſeau
nommé le Vautour , appartenant
à la Compagnie Royale de France
, eſtant arrivé à Siam , fut
choify pour porter juſques à
Bantam les Ambaſſadeurs que
ce puiſſfant Prince vouloit envoyer
en France. Il nomma en
1680. Pour Chef de cette Am.
baffade l'Homme le plus intelligent
de fon Royaume , & qui
GALANT. 183
en cette qualité avoit eſté à la
Chine & au Japon. Il choifit
auffi pour l'accompagner, vingtcinq
Hommes des plus conſidérables
de ſes Etats , avec les riches
Préſens pour le Roy , la
Reyne , Monſeigneur de Dauphin
, Madame la Dauphine ,
Monfieur , & Madame. Le Public
n'eut aucune connoiffance
de la qualité de ces Préfens ,
parce que c'eſt une incivilité inexcufable
chez les Orientaux
de les faire voir à qui que ce ſoit,
celuy à qui on les envoye devant
les voir le premier. On
embarqua ces Préfens trois ſemaines
avant le depart du Vaifſeau
qui devoit les porter ; & les
Lettres que le Roy de Siam écrivoit
au Roy de France,furent enferméesdans
un Bambu , ou petit
Coffre d'or. Ce Bambu fut mis
184 MERCURE
au haut de la Poupe , avec des
Flambeaux qui l'éclairerent toutes
les nuits pendant ces trois
ſemaines ;& tant que ce Navire
demeure à l'ancre avant ſon depart,
tous les Vaiſſeauxqui pafferent
furent obligez de plier leurs
Voiles , & de ſalüer ces Lettres ;
& les Rameurs des Galeres , de
ramer debout,& inclinez . Comme
le Pape avoit auffi écrit au
Roy de Siam pour le remercier
de la protection qu'il donnoit
aux Catholiques , & de la liberté
de conſcience qu'il laiſſoit dans
ſes Etats , ce Monarque luy faifoit
réponſe par le meſme Vaiffeau
, & avoit mis les Lettres
qu'il écrivoit à Sa Sainteté , dans
un Bambu de Calamba . C'eſt un
Bois que les Siamois eſtiment
autant que l'or ; mais le Roy de
Siam avoit dit qu'il le choiſiſſoit
GALANT. 185
parce qu'il faloit de la ſimplicité
dans tout ce qui regardoit les
Perfonnes qui ſe meſlent de la
Religion . Apres ces éclatantes
Ceremonies , & fi glorieuſes
pour noſtre Monarque ,l'Ambaf.
ſadeur s'embarqua avec une ſuite
nombreuſe , & vint juſques à
Bantan , où il quita le Vaiſſeau
qui l'avoit amené , & ſe mit dans
le Navire nommé le Soleil d'Orient
, appartenant à la meſme
Compagnie des Indes , portant
pour ſon compte pour plus d'un
millions d'Effets ; de forte que
cela joins aux Préſens que le Roy
de Siam envoyoit en France,
- faisoit une tres riche charge. Le
Vaiſſeau estoit d'ailleurs fort
beau , & l'on peut compter ſa
perte pour une perte fort confidérable.
Vous la ſçavez , & je
vous en ay ſouvent parlé . Ce
186 MERCURE
د
n'eſt pas qu'on en ait de nouvelles
aſſurées ; mais depuis quatre
ans qu'il eſt ſorty de Bantan , il a
eſté impoſſible d'en rien découvrir
quelques perquifitions
qu'on en ait faites. Quand cette
nouvelle fut portée à Siam , elle
fut long-temps ignorée du Roy ,
perſonne n'oſant luy apprendre
une choſe dont on fçavoit qu'il
auroit un tres- ſenſible chagrin ,
non ſeulement parce qu'il voyoit
reculer par là ce qu'il témoignoit
ſouhaiter le plus qui estoit de
faire demander l'amitié du Roy
de France , & qu'il perdoit de riches
Préfens , & des Hommes
d'un grand merite ; mais encore
parce qu'il avoit fait tirer des
chofes tres- curieuſes de fon Tréfor
, où il n'en trouveroit plus de
ſemblables pour envoyer une
ſeconde fois . Tout cela frapa ce
:
1
GALAN T.
187
Prince ; mais comme il ſçait
prendre beaucoup d'empire ſur
luy , il répondit de ſang froid à
✓ceux qui luy apprirent cette
nouvelle , qu'il faloit envoyer
d'autres Ambaſſadeurs, & donna
ordre qu'on luy préparât de nouveaux
Préſens. Les choſes demeurérent
quelque temps en cet
état , parce qu'il n'y avoit point
de Vaiſſeau qui vinſten Europe,
pour les porter. Le deſir que le
Roy de Siam avoit d'envoyer de
ſes Sujets en France , étoit ſi
grand,qu'il réſolut d'en faire partir
ſur un petit Bâtiment Anglois,
du port de quatre- vingt tonneaux
, nommé Bâtiment interloop.
Ces Bâtimens ne ſont point
de la Compagnie d'Ang'eterre, &
la plupart appartiennent à des
Bourgeois de Londres,qui croïent
qu'il leur eft permis de les char188
MERCURE
ger pour leur compte particulier.
Le peu d'étenduë de ce Bâtiment
ne fut pas ſeulement cauſe que
le Roy de Siam ne fit partir que
des Envoyez , mais les remontrances
de ſon Premier Miniſtre
y contribuerent beaucoup. Il luy
repreſenta qu'on n'avoit pas encore
de nouvelles certaines de la
perre du Vaiſſeau ſur lequel ſon
Ambaſſadeur étoit party de Bantan
, & que ce ſeroit une choſe
embaraſſante , ſi le dernier rencontroit
le premier en France.
Ainſi il fut reſolu de ne faire
partir que des Envoyez , qui ne
feroient chargez que de trois
choſes : La premiere , de s'informer
de ce qu'eſtoit devenu le
premier Ambaſſadeur;la ſeconde,
de prier Meſſieurs Colbert , de
faire connoiftre au Roy de Siam
leur Maiſtre les moyens les plus
4
A
GALANT. 189
courts , & les plus ſolides pour
unir les deux Couronnes d'une
amitié inviolable ; & enfin,pour
féliciter noſtre Monarque fur
l'heureuſe naiſſance de Monſeigneur
le Duc de Bourgogne. Le
Roy de Siam voulut que ces
deux Envoyez fuſſent choiſis
parmy les Officiers de ſa Maifon
, & qu'ils fuſſent du nombre
de ceux qui ne payent point de
Taille ; car il y a de la Nobleſſe
dans le Royaume de Siam , comme
en Europe, & cette Nobleſſe
eſt exempte de certains Droits
qu'on y paye au Roy. Ce Prince
voulut auſſi que les deux Envoyez
qu'il choiſiroit , n'euſſent
point eſté châtiez ; parce que le
Roy les fait tous punir pour la
moindre faute qu'ils commettent,
ce qui n'eſt pas un obſtacle pour
les empeſcher de rentrer au fer190
MERCURE
de
vice comme auparavant. Ces
deux envoyez ayant eſté nommez
par le Roy , & ce Prince
prenant grande confiance aux
Miſſionnaires qui ſont dans
ſes Etats , il pria Monfieur l'Eveſque
de Metellopolis ,
joindre à ces deux Officiers
un Miſſionnaire , pour les accompagner
dans ce Voyage;
&comme il falloit un Homme
intelligent , actif , & propre à
fouffrir les fatigues d'un ſi long
Voyage Mr de Metellopolis
choifit Mr Vacher , ancien Mifſionnaire
de Cochinchine , &
qui depuis quatorze ans travaille
au ſalut des Ames en ces Païs-là .
Le Roy de Siam ayant ſçû qu'il
avoit eſté nommé , demanda à
l'entretenir, & le retint huit jours
à Lavau , Maiſon de Campagne
où il va ſouvent. Il le fit traiter
,
GALAN T. 191
pendant ces huit jours , & on
lay ſervit à chaque Repas quarante
ou cinquante Plats , chargez
de tout ce qu'il y avoit de
plus exquis dans le Païs. Mr Vachet
cut une fort longue audience
de ce Prince , quiluy recommanda
d'avoir ſoin de ſes
Envoyez , & de raporter en
France la verité de ce qu'il
voyoit de ſa Cour,& de ſes Etats,
fansexiger de luy aucune autre
choſe fur cet Article . Enſuite
il lay fit une priere , qui marque
l'eſprit de ce Monarque , & avec
combien de gloire il ſoûtient ſa
dignité. Il luy dit, Que commeſes
Envoyez emportoient des Préfens
pour lesMinistres de France&qu'ils
portoientdans un Bâtiment Anglois,
als iroient droit à Londres , ou apparemment
la Doüanne voudroit
voir ce que contenoient les Balots ,
192 MERCURE
& se faire payer ſes droits ; &
c'eſtoit ce que ce Monarque
apprehendoit , non ſeulement
parce qu'il croyoit qu'il eſtoir
honteux que ce qui luy appar.
tenoit payaſt quelques droits ,
mais encore parce qu'il vouloit
que ceux a qui il envoyoit des
Préſens , les viſſent les premiers:
Pour remédier à cet embarras
, il chargea M' Vachet
de prier de ſa part l'Ambaſſa.
deur de France , qu'il trouveroit
à Londres , de faire en forte
que ce qu'il envoyoit aux Miniſtres
de Sa Majesté , ne payaſt
point de Doüanne en Angleterre
, ce qui fut ponctuellement
exécuté , Sa Majesté Britannique
ayant obligeamment donné
ſes ordres pour empefcher
qu'on ne priſt rien à ſes Doüannes
des Balots de ces Envoyez
Le Roy de Siam dit encore à
de
GALANT.
193
Mr Vachet, lors que ce Miſſionnaire
le quitta , Qu'il privit le
2. Dieu du Ciel de luy fairefaire bon
Voyage , & qu'il luy apprendroit
des choses àfonretour , dont il ferois
surpris & ravy. Il luy fit
enfuite donner un Habit long
de Satin ; & c'eſt celuy que ce
Miſſionnaire a porté dans les
Audiences que ces Envoyez ont
eües. Il n'y a point de refforts
que les Nations établies à Siam ,
&qui ne sçauroient cacher le
chagrin & la jalouſie que leur
donne la grandeur du Roy ,
- n'ayent fait joüer , pour empécher
ces Envoyez de venir en
France. Comme ils ſont chargez
d'acheter icy beaucoup de
choſes , ces Jaloux ont offert au
Roy de Sia,de luy porter juſqu'en
fon Royaume tout ce qu'il pouvoit
defirerd'Europe , & meſme
Decembre 1684.
194
MERCURE
de luy en faire préſent ; mais
vous jugez bien que ce Monarque
, du caractere dont je
vous l'ay peint, n'eſtoit pas aſſez
intéreſſe pour accepter de telles
propoſitions . Auſſi les a-t'il
rejettées , tout ce qu'il cherche
n'eſtant que l'amitié du Roy
dont il ſe fait une gloire , un
bonheur , & un plaifir. Ces Envoyez
partirent de Londres, dans
un Bâtiment du Roy d'Angleterre
nommé la Charlote
,
, que
ce Prince leur donna pour pafſer
à Calais , où je les laiſſe afin
de vous donner le mois prochain
un Journal qui ne regarde que
la France & que je commenceray
par leur débarquement
à Calais. J'ay ſceu tout ce
que je vous mande , de fi bonne
part , que je puis vous aſſurer
que je ne dis rien qui ne ſoit en-
,
GALANT.
195
tierement conforme à la verité ;
& fi cette Relation a quelque
- choſe de défectueux , ce ne peut
eſtre que pour quelques endroits
tranſpoſez , dont je n'ay pas afſez
bien retenu l'ordre.
Je viens au triſte Article des
Morts. Monfieur le marquis de
Pont , Gouverneur de Nogent
fur Seine. Il eſtoit Fils de feu
Monfieur de Chavigny miniſtre
d'Etat , & de Dame .... Phelippeaux
de Villeſavin , qui eſt encore
vivante auffi - bien que madame
de Villeſavin ſa mere , &
avoit épousé Dame Boſuer,
dont il laiſſe Monfieur le Comte
de Chavigny Lieutenant de
Vaiſſeau . Monfieur le Chevalier
de Chavigny , Capitaine dans
Clerambault , Monfieur le Chevalier
de Pont , Monfieur l'Abbé
de Pont , Chanoine de Tours,
,
....
12
196 MERCURE
& Mademoiselle de Chavigny.
Il eſtoit Frere de Monfieur le
Marquis de Chavigny , qui s'eſt
ſignalé en Candie , de Monfieur
l'Eveſque de Troyes , de monſieur
l'Abbé de Chavigny , de
Monfieur Beuthillier de Chavigny,
de madame la maréchale de
Clerambaut, de Madame la маг-
quiſe de Boſmelet , Femme de
Monfieur de Boſmelet, Préſident
au Mortier du Parlement de
Roüen , & de Madame la Premiere
Préſidente du Parlement
de Dijon.
Meffire Germain Prevoſt ,
Chanoine de l'Egliſe de Paris ,
mort le 26. de Novembre
l'Archeveſque a donné ſa Chanoinie
à Monfieur l'Abbé de la
Roche. Ce jeune Abbé a de l'eſprit
& promet beaucoup.
Meſſire Michel de Marillac ;
GALANT.
197
Seigneur d'Ollinville Conſeiller
d'Etat ordinaire, & d'honneur au
Parlement de Paris , mort le 29.
du même mois. Il s'eſtoit ſignalé
en tous ſes Employs par cette
pieté , & probité heréditaire en
tous ceux de ſa Famille , qui
eſt originaire d'Auvergne, où eſt
ſituée la Terre de Marillac , dont
ils ont eſté Seigneurs. René de
Marillac , Maiſtre des Requeſtes
eſtoit ſon Pere ; ſon Ayeul michel
de Marillac , Conſeiller au
Parlement , puis Maiſtre des Requeſtes
, enſuite Conſeiller d'Esat
, Sur- Intendant des Finances ,
& enfin Garde des Seaux ; fon
Biſayeul Guillaume de Marillac,
Intendant & Controlleur Genéral
des Finances ; ſon Grand-
Oncle, Loüis de Marillac, Comte
de Beaumont, Maréchal de France
, qui avoit épousé Catherine
13
198 MERCURE
de Medicis , de l'illuſtre Maiſon
de Medicis. Ce Guillaume de
Marillac fon Biſayeul , avoit trois e
Freres recommandables par leur
profonde Doctrine, & qui furent
employez en pluſieurs negociations
d'Etat , ſçavoir Charles de
Marillac, Archeveſque de Vienne
, auparavant Ambaſſadeur au
Levant ; Bertrand de Marillac,
Perſonne de ſainte vie & de
grande autorité ; & Gabriël de
Marillac, Avocat General au Parlement
de Paris. Monfieur de
Marillac , Conſeiller d'Etat , qui
vient de mourir , avoit épousé
Jeanne Potier , Fille de Nicolas
potier Seigneur d'Ocquerre,
Secretaire d'Etat, aîné de
la Famille des Potier , & petite-
Fille de Nicolas Potier , Seigneur
de Blancmeſnil , & du Borger
prés Paris , Préſident au Mortier
, & Chancelier de la Reyne ,
GALANT. 199
Marie de Medicis. Les Oncles de
Madame de marillac,étoient René
& Augustin Potier, Eveſques
&Comtes de Beauvais Pairs de
France , conſidérables par leur
fçavoir , &par leur pieté extraordinaire
; & André Potier de Novion,
Préſident au Mortier du parlement
de paris pere de Nicolas
Potier de Novion , aujourd'huy
Premier Preſident du même Parlement.
Son Grand-Oncle eſtoit
Loüis Potier de Geſvres , Secretaire
d'Etat , qui eut pour Fils
René Potier de Geſvres , Duc
de Trémes , pair de France,Chevalier
des Ordres du Roy , Ca-
-pitainedes Gardes du Corps de
Sa majeſté , qui a épousé Marguerite
de Luxembourg , Fille de
François de Luxembourg , Duc
de Piney , & de Diane de Lorraine
dont eſt venu Leon Potier,
14
200 MERCURE
aujourd'huy Duc de Trémes,
Pair de France . Du mariage de
Monfieur de Marillac,& de Dame
Ieanne Potier , ſont venus cinq
Enfans , ſçavoir trois Garçons ,
dont deux ſont d'Eglife & deux
Filles , dont l'une a eſté Religieuſe
aux Carmelites de la Ruë Chapon.
L'Aîné des Fils eſt René de
Marillac , Seigneur d'Olinville,
& d'Atichy , Conſeiller au parlement
puis Avocat General au
Grand Confeil , enſuite maiſtre
des Requeſtes , Intendant de
Juſtice en Poitou , où il a travaillé
fi utilement à la Converfion
des Herétiques , & à preſent Intendant
en la Generalité de
Roüen . Il eſt Conſeiller d'Etat ,
& a épousé la Fille de Monfieur
Bouchard Sarron , auffi Conſeiller
d'Etat , Pere de Monfieur
Bouchart Sarron , Confeiller en
GALAN T. 201
☐la Cinquiéme des Enqueſtes.
Marillac porte d'argent maſſonne
de Sable , remply de ſept Merletes
demesme; & Potier, d'azuràdeux
mains dextres d'or au franc quartier
, échiqueté d'argent & d'azur.
Meſſire Genoud , Seigneur de
Guibeville , Conſeiller en la
Grand Chambre , mort le premier
jour de ce mois. Il avoit
eſté receu au Parlement en 1641.
& eſtoit Fils de Claude Genoud,
Secretaire du Roy , & de Marie
du Puy , Fille de Claude du
Puy , Confeiller au Parlement
de Paris , & Soeur de feu Mrs
du Puy,Bibliothécaires du Roy ,
qu'un rare ſçavoir a rendu illuſtres.
Mr Vedeau de Grammont
, Confeiller en la Seconde
des Enqueſtes , a épousé la Fille
deMe Genoud , dont je vousapprens
la mort. Par cette more
15
202 MERCURE
Achille Barentin , Doyen des
Conſeillers de la Troiſiéme des
Enquestes , eſt monté à la Grand
Chambre. Il eſt Frere d'Honoré
Barentin , Ancien Préſident au
Grand Conſeil , & Maistre des
Requeſtes honoraire.
Dame Marie Simon , Femme
de Maître François de Maiffat
, Seigneur de Leveville &
de Malvoiſive , Conſeiller en
la Cinquiéme des Enqueſtes ,
morte auſſi le premier jour
de ce mois. Elle n'avoit que
vingt- fix ans , & eſtoit Fille de
Mr Simon , Lieutenant Genéral
au Préſidial de Chartres . M
deMaiſſat eſtFils de Pierre Maifſat
, Ancien Secretaire du Roy ,
cy- devant Greffier du Conſeil
Privé de Sa Majeſté .
Dame Elifabeth Daubray ,
Femme de Mr Pidou , Secretaire
du Roy , & Controleur Gent
GALANT.
203
ral des Domaines de S. M. morte
le 10. de ce mois.Elle eſtoit Mere
deM Pidou de S. Olon , Chevalier
de l'Ordre de Noſtre-Dame
du Mont- Carmel , & de S.
Lazare de Jeruſalem , Gentilhomme
ordinaire de Sa Majesté,
& cy- devant Réſident pour le
Roy à Genes. La Famille des
Daubray a donné pluſieurs Confeillers
au Parlement , & deux
Maiſtres des Requeſtes Pere &
Fils , qui ont eſté Lieutenans
Civils au Châtelet de Paris.
Meffire Pierre Merault , Seigneur
de Gif, receu Conſeiller
au Parlement en 1661. & mort
ſubitement le 20 de ce mois
d'une Apoplexie de Sang, qu'on
appelle ictusSanguinis. C'eſt une
veine quiſe rõpt dans le cerveau;
on en a trouvé deux goûtes dans
le fien. Il eſtoit Chancelier de
16
204
MERCURE
l'Ordre de Noſtre- Dame du
Mont- Carmel , & de Saint Lazare,
& avoit rapporté le matin
un Procés par charité.
Le 13. de ce mois , on prononça
dans le College de Loürs
LE GRAND , chez les Peres
Jeſuites , une Harangue à l'honneur
du Parlement. On n'avoit
rien oublié de tout ce qui pouvoit
rendre cette Ceremonie
des plus auguſtes. La Salle deſtinée
à l'Action , eſtoit ornée
de riches Tapiſſeries de Velours
bleu , rehauſſées de Fleurs de
Lys d'or en broderie , qui repreſentoient
aſſez bien le lieu
du Palais. Au fond de la Salle ,
fous un Dais magnifique , étoit
le Portrait du Roy affis dans ſon
Lit de Juſtice. Des deux coſtez
eſtoient ceux de Mr le Premier
Préſident & de Mrs les Préſidens
GALANT.
205
au Mortier. On avoit mis au defſus
de chaque Tableau un mot
tiré d'un ancien Autheur , qui
marquoit leur caractere . Au haut
regnoit une eſpece de Cordon
où étoient repréſentées les Armes
de tous ceux qui ont exercé
la Charge de premier préſident
, avec une Inſcription,pour
faire connoiſtre les vertus , ou les
actions particulieres, par leſquelles
ils ſe ſont rendus recommandables
. On y liſoit encore pluſieurs
autres Inſcriptions, qui par
leur application naturelle , don-
* noient une noble idée de la dignité
& de la grandeur du par-
Iment. Mr le premier préſident
, Mrs les préſidens au Mortier
, & preſque tout le parle.
ment , compofoient l'Aſſemblée .
La Piéce fut écoutée avec un
filence & une attention extraor
206 MERCURE
dinaire ; & les grands applaus
diſſemens qui la ſuivirent , fone
des témoignages de l'approbation
generale avec laquelle elle
fut receuë. Le pere de la Baune
qui en eſt l'Autheur , & déja
aſſez connu par les beaux panégyriques
qu'il a prononcez dans
le meſme lieu les années précedentes
; celuy-cy qu'il doit donner
au public , comme il adonné
les autres , fera mieux juger
de ſon merite , que tout ce que
je pourrois vous en dire icy .
Monfieur Doujat , Doyen de
l'Academie Françoiſe , & des
Profeſſeurs du College Royal ,
Premier Docteur Regent de la
Faculté de Droit, a prononcé depuis
peu de jours dans la Salle
de Cambray , une Harangue en
Latin à la loüange du Roy , fur les
évenemens de cette année , en
GALAN T. 207
.
preſence de Monfieur Bignon ,
Conſeiller d'Etat , Doyen d'honneurde
la meſme Faculté, & d'un
grand nombre de perſonnes de
qualité & de ſçavoir ,& entr'au.
tresde l'Academie Françoiſe , qui
temoignerent une ſatisfaction extraordinaire
de ſon Diſcours,auffi
éloquent que judicieux....
** Je vous ay ſouvent parléde
Monfieur de Villete , Capitaine
de Vaiſſeau . C'eſt un Homme
d'un merite diftingué , & dont
l'unique défaut eſt d'eſtre de la
Religion Prétenduë Reformée..
Monfieur le Marquis de Murſé
ſon Fils , qui eſt Catholique , a
eſté pourveu par le Roy d'une
Cornete de la Compagnie Chevaux
Legers de ſa Garde. Il eſt
eſtimé de tous ceux qui le connoiffent,&
quoy qu'il forte des
Mouſquetaires pour remplir ce
208 MERCURE
!
poſte , il a déja ſervy pluſieurs
Campagnes. Dés ſa plus grande
jeuneſſe , il cherchoit à meſſine
les occafions de ſe ſignaler.
Ces derniers jours le Roy fit
l'honneur à Meſſire Maximilien
François , Marquis de Bethune,
Capitaine Enſeigne de ſes Gendarmes
, de ſigner ſon Contract
de mariage , en faveur duquel
Sa Majesté luy a accordéun Brevet
de retenuë de dix mille écus
fur fa Charge , outre un autre
de pareille ſomme , qu'Elle luy
avoit accordée auparavant.Il eſt
Fils de maximilien de Bethune ,
&de .... de la Porte , petit- Fils
de feu Monfieur le Duc d'Orval ,
& il épouſe mademoiselle de
Rothelin , Fille de Henry d'Orleans
, Marquis de Rothelin &
de .... Bouthillier - Senlis. Elle
eft Scoeur de Monfieur le marquis
GALAN T. 209
de Rothelin , qui a épousé une
des Filles de feu Monfieur le ма-
réchal Duc de Navailles , & qui
eſt auſſi Capitaine- Enſeigne des
Gendarmes . Monfieur le marquis
de Bethune a quatorze années
de ſervice , quoy qu'il n'ait
encore que vingt huit ans. Il eut
l'honneur de ſervir en 1672. en
qualité d'Ayde de Camp de Sa
Majeſté . Depuis ce temps- là , il
s'eſt trouvé en toutes les occafions
d'honneur, & s'y eſt ditingué
d'une maniere digne de ſa
naiſſance . Toute la France ſcait
qu'elle eſt illuſtre , & il ſuffit de
dire le nom de ſa Famille pour en
faire connoiſtre la grandeur.
Monfieur de Breteüil , dont je
vous ay entretenuë lors qu'il foc
nommé Intendant des Finances,
a épousé depuis peu la Fille de
Monfieur le marquis de Courte210
MERCURE
bonne, Lieutenant de Roy àCalais.
Je ne repeteray poirft ce que
jevous ayditde l'un &de l'autre.
La réputation de Monfieur
Manſard vous eſt connuë,& vous
ſcavez que c'eſt à luy que la
France doit les ſuperbes bâtimens
de la grande & petite Ecurie
du Roy à Verſailles, les Pavillons
de Marly , & le Château de
Clagny. Je ne vous dis rien du :
reſte parce que le détail de ſes
Outrages feroit trop long,& que
j'auray dans peu à vous parler
du plus ſuperbe morceau d'Architecture
qui ait peut- eſtre jamais
eſté fait , & au modelle duquel
on travaille preſentement
fur ſes deſſeins. Le Roy pour
marquer l'approbation qu'il don
ne à tant de merveilles , l'a gratifié
depuis peu d'une ſomme de
cinquante mille livres, & Sa ма-
GALANT. Στ
jeſté a témoigné qu'Elle ſouhaitoit
qu'il achetaſt une Charge
d'Intendant Genéral des Bâtimens.
Madame la Comteſſe de Bethune,
Soeur de Monfieur le Duc
de S.Aignan , & d'Ame d'Atour
de la Reyne , qu'elle a toûjours
ſervie en cette qualité depuis le
Mariage du Roy , a eſté gratifiée
- d'une penſion de neuf mille livres
, en conſidération de ſes
longs ſervices.
Je viens à l'Article des modes.
Les Juſtaucorps ſont toûjours de
Drap de Hollande brun , avec
de grandes manches à Botes, garnies
de Boutons d'or trait , & de
Boutonnieres d'or. Les Revers
Monches ſont de Drap d'or , ou
de Brocard. Les Amadis,ou Bouts
de manches , font galonnez ou
brodez. On fait toûjours quatre
4
212 MERCURE
1
Poches aux Iuftaucorps. Les
Culotes ſont de Velours plein ,
la plupart de couleur de feu bleu ,
ou iſabelle. Les Veſtes,de Velours
galonné ou brodé , avec des Poches.
On fait beaucoup de Iuſtaucorps
de Velours noir, brodez
en Boutonnieres d'or. Les plus
ſimples ſont garnis de Boutonnieres
d'or, au bout deſquelles font
de petits Fleurons d'or brodez ,
avec les ouvertures . Les Veſtes
_de ces luftaucorps ſont de Drap
d'argent , brodé d'argent ou
de drap d'or ; brodé d'or les
Revers des manches ſont de
même ,& les Baudriers auſſi . Ils
font tres - riches , auſſi - bien que
les Noeuds d'Epée & de manchon.
Les Manchons ſont grands,
& tigrez , ou de peau de panthere
; les Gands blancs , à Dentelle,
ou à Frange d'or. Les Brandebourgs
& les Manteaux ſont de
,
GALANT. 213
Velours couleurde feu , doublez
de Velours vert ou noir , brodez
✓ de grandes Boutonnieres or ou
argent à la perſienne. On porte
des Chapeaux de Caſtor noir ,
dont les bords ſont un peu grands
& retrouſſez . Les Cordons font
toûjours d'or , & les Bas de foye
marbrez & rayez . On porte auſſi
beaucoup de Bas de Barbarie . On
voit à la Cour des Juſtaucorps
de Brocard d'or & d'argent , &
des Veſtes de meſme,& fi riches,
qu'on les prend pour des luſtaucorps
brodez à plein. Quant
aux Femmes imaginez - vous
les plus belles Etoffes en or &
en argent dont elles ont
des Jupes & des Manteaux,
chacune ſelon ſon gouft & fa
bourſe ; & voila leurs modes
Il y en a beaucoup quien portent
de pannes, mais peu d'une même
,
214 MERCURE
couleur , c'eſt à dire que les Jupes ,
&les Manteaux font de diferentes
pannes. Il y a déja quelques
années qu'elles portent des lupes
en Matelas , & elles commencent
àporterdes manteaux.
Je vous envoye un ſecond Air
nouveau qui ne vous plaira pas
moins que le premier.
AIR
L
NOUVEAU.
Es Tambours & les Trom.
petes
Doivent ceder à nos Muſetes .
LOUIS triomphedans ces Lieux.
C'est affez qu'un Héros protege nos
Houletes ,
Pour goûter en repos les plaisirs
amoureux .
Il ne nous manque rien , Iris, pour
estre heureux.
La Saiſon nous offre à tous deux
1
GALANT.
215
Mille douceurs parfaites.
Ne perdons pas un temps ſiprecieux.
:
Les Tambours & les Trompetes
Doivent ceder à nos Mufetes.
LOVIS triomphe dans ces Lieux.
Les noms de ceux qui ont expliqué
les Enigmes du dernier
mois , feront dans le XXVIII ,
Volume de l'Extraordinaire , qui
paroiſtra le 15 , de lanvier prochain,
En voicy deux nouvelles ,
l'une de Monfieur Diéreville , &
l'autre de Monfieur Rault,
ENIGME.
Av moment queje
viens au
MaMeremedévoüe àla virginite,
Et je paſſe mes jours dans lafterilité
,
214 MERCURE
(
Tandis que ma Soeur eft feconde.
En rampant je m'éleve en cent mille
façons ;
Et quoy que je nefois que de baſſe
naiſſance ,
Avec les plus grandes Maiſons
Jefais une étroite alliance ,
Lors que je m'y peux attacher,
C'eſt toûjours pour toute ma vie ;
Par tant de chaînes ie m'y lie,
Qu'onnesçauroit m'en arracher,
Iefuis agreable à la vûë ;
C'estpar cet endroit que ie plais.
Iepeux encorfaire goûter lefrais
Selon lesens que ie ſuis étenduë.
Mes cheveux Seroient toûjours
verds ,
Si j'estois inſenſible aux rigueurs des
Hyvers.
Cette Saiſon pour moy cruelle
Me les fait tomber tous ; mais malgré
ce revers ,
Ieneparoisjamaisfibelle ,
Que dans le tems que je lesperds.
AUTRE
GALANT.
215
AUTRE ENIGME.
Efuis jeunette&delicate ,
Ma beautémefait rechercher;
Et quoy que mon teint viféclate.
I'ay pourtant le coeur de rocher.
- Si pour ma beauté naturelle ,
I'affecte la fin du Printemps ,
C'est qu'en cette Saiſonſi belle
Ierendsbeaucoup de coeur contens.
La Ieuneſſe apres moy Soupire ,
Le beau Sexe me fait la Cour ;
• Et fi divers Amans j'attire ,
C'est par tendreſſe & par amour.
•
Avec cette douceur charmante ,
Et toute contraireà mon coeur,
Fait- on quelque Feste galante ,
Ie m'y rencontreenbonne humeur.
Si je m'y trouve déguisée ,
Decembre 1684 . K
218 MERCURE
I'y vay couronner le Repas ;
Bien loin d'eſtre alors méprisée.
Demoy l'onfait un plus grand cas.
Le Lundy 27. de l'autre mois,
le Préſidial de Soiſſons rendit
Sentence contre la Demoiſelle
que je vous ay mandé qui s'étoit
dite pluſieurs fois Anabaptifte
, & la déclara ſuffiſamment
atteinte & convaincüe de
libertinage , impoſture , & fuppoſition
de nom , d'état , & de
Religion , & d'avoir reïteré deux
fois le Sacrement de Baptéme;
pour réparation dequoy elle a
eſté condamnée à faire Amande
honorable devant le grand Portail
de l'Eglife Cathédrale de la
Ville , & bannie à perpetuité ,
apres avoir fuby une peine afflitive
dans la grande Place, ce qui
fut exécuté le même jour.
GALANT.
219
Le choix que le Roy a fait de
Roland pour le ſujet du nouvel
Opéra que Me de Lully prépare,
a inſpiré à Mademoiſelle Girault
le deſſein de mettre l'Arioſte
dans unjour qui laiſſe voir tout
ce qu'il a d'agreable , fansen découvrir
les endroits trop libres.
Ainſi puis que cet Opéra qu'on
attend , va faire entrer l'Arioſte
dans le commerce du grand monde
, il ne faut pas qu'il y paroiſſe
en vieux Libertin; il effaroucheroit
les Dames , au lieu de les divertir.
C'eſt ce qui a obligé Mademoiselle
Giraut d'adoucir ce
quiluy a paru de trop outré ; en
confervant neanmoins le ſens de
l'Autheur , autant que la bienſéance
l'a pû permettre. Cette
ſpirituelle Perſonne a cru auſſi
qu'on pouvoit fuprimer les choſes
faintes,& leur donner un autre
tour , ne les trouvant pas bieni
K2
220 MERCURE
placées dans un Ouvrage d'un
caractere fi libre. Elle a retranche
quelques endroits languifſans&
ennuyeux, l'Arioſte ayant
dans ſa Langue naturelle certaines
beautez, qui paſſeroient dans
la noſtre pour de grands defauts . ,
Cette nouvelle Traduction de
Roland le furieux, que vos Amies
feront peut-eſtre bien aiſes de
voir, àl'occaſion de l'Opéra , ſe
trouve chez le Sieur Guignard,
à l'entrée de la grande Salle du
Palais , à l'Image Saint Jean.
Le S' de Luyne , qui a donné
depuis quelques mois un grand
nombre de Livres nouveaux au
Public,en vend un préſentement
intitulé Agiatu , Regne de Sparte ,
ou les Guerres Civiles des Lacédemoniens
ſous les RoysAgis& Leonidas.
L'Authcur de cet Ouvra-:
ge eſtimé de pluſieurs Perſonnes
d'unbongouft, en a fait pluſieurs
;
GALANT. 221
autres qui ont eu de grands fuccés.
C'eſt a luy que nous devons
les cinq derniers Tomes de Pharamond
, qu'il voulut bien ſe donner
la peine d'achever apres la
mort de M de la Calprenede.
Le meſme Libraire vend un autre
Livre nouveau , qui a pour
titre , Les Regles de la Poësie Françoise.
Elles ſont tres- nettement
expliquées , & peuvent eſtre d'une
grandeutilité pour ceux qui
n'en ont pas une entiere connoiffance
.
Le S'Blageart continuë àdebiter
d'agreables Nouveautez , &
en promet une dans cinq ou fix
jours , dont le titre ſeul luy doit
attirer tous les curieux, Ce titre
eſt Le Seraskier Bacha. C'eſt une,
Hiſtoriete meſlée d'incidensqui
font menagez avec beaucoup
de conduite , & écrits d'un ſtila
aifé. Vous y trouverez toute la
:
:
K 3
222 MERCURE
vie du fameux Zouglan , élevé
à la Charge de Seraskier , qui
eſtoit éteinte chez les Turcs il y
a déja pluſieurs années , juſqu'à
la Levée du Siége de Bude ,
dont elle contient les particularitez
les plus remarquables . Cet.
te galante Nouvelle eſt de l'Autheur
du Grand Vizir , & de l'll.
lustre Génoise, dont vous me mandez
que la lecture vous a fi bien
diverty.
-Les diférens Caractéres de l'Amour
, où celuy d'Inclination eſt
ſi vivement dépeint , & que débite
le meſme Blageart , ont re--
çû icy des plus difficiles connoifſeurs
l'approbation que vous leur
donnez . Tout le monde y reconnoiſt
ce genre d'écrire naturel
& fin , qui eft particulier à
àMrs de l'Académie Françoiſe.
Je me ſuis trompé , en vous
mandant la derniere fois , que
GALAN T.
223
+
هو
Madame de Manevillete eſt Soeur
de Mr le Camus , Premier Prêfident
àla Cour des Aydes. Elle
n'eſt que ſa Couſine germaine ,
eſtant Fille de Mt le Camus,Controlleur
Genéral des Finances ,
Frere du Premier préſident.
Ie remets au mois prochain la
Conversión de M' Alexandrede
Vigne , Miniſtre de Grenoble ,
dont j'ay beaucoup de particularitez
à vous apprendre. Adieu
madame , je vous ſouhaite une
heureuſe année,& ſuis vôtre,&c.
AParis le 30. Decembre 1684 ..
د
Extrait du Privilege du Roy.
,
P
Ar Grace & Privilege du Roy , donné à
Chaville le 18. Juillet 1683. Signé, Par
le Roy en fon Conſeil , UNQUIERES. Il eft ,
permis à I. D. Ecuyer , Sieur de Vizé , de
faire imprimer tous les Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , contenant
pluſieurs Pieces, Relations, Hiſtoires,Avantures
&autres Ouvrages hiſtoriques , curreux
&galans pour la fatisfaction de
nôtre cher & tres-amé Fils LE DAUPHIN ;
pendant le temps & eſpace de dix années ,
à compter du jour que chacun deſdits
Volumes fera achevé d'imprimer pour la
premiere fois : Comme auſſi défenſes ſont
faites à tous Libraires , Imprimeurs Graveurs
& autres , d'imprimer , graver & debiter
ledit Livre fans le confentement de
l'Expofant, ny d'en extraire aucune Piece, ny
Planches fervant à l'ornement dudit Livre,
mefme d'en veidre ſeparément, & de donner
à lire ledit Livre , le tout à peine de fix
mille livres d'amende contre chacun des
contrevenans , & confiication des Exemplaires
contrefaits ; ainſi que plus au long
il eſt porté audit Privilege.
Registré sur le Livre de la Communauté
le 14. Septembre 1683 .
Signé ANGOT , Syndic.
Et ledit Sieur 1. D. Ecuyer , Sieur de
Vizé, a cedé & tranſporte ſon droit de
Privilege à Thomas Amaulry , Libraire à
роцг en jouir duivant l'accord fair Lyon ,
ntreux.
Stan: the
Martourel
Qualité de la reconnaissance optique de caractères