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1684, 10 (Lyon)
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251
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Illuftriffimus
Archiepifcopus &Prorex Lugdunenfis
Camillus de Neufville Collegio SS .
Trinitatis Patrum Societatis JESU
Teſtamenti tabulis attribuit anno 1693 .

1
807156
MERCURE
GALANT ,
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
CODE
DEL
OCTOBRE 1684
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY,
ruë Merciere, au Mercure Galant .
1
M. DC. LXXXIV.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
Avis pour placer les Figures.
L
Air qui commence
dans
د
Amis .
les Combats ne cherchons
plus la gloire , doit regarder la
page49
La figure doit regarder, la pag.95
L'Air qui commence , Pour avoir
dit que je vous aime , doit regarder
la page 200
}
LE LIBRAIRE
AU LECTEUR .
Ly a cent vingt- fept Volumes
du Mercure , avec les
Relations & les Extraordinaires.
Il y a huit Relations
qui contiennent ,
Ce qui s'eſt paſſé à la Ceremonie
du Mariage de Mademoiselle avec le
Roy d'Eſpagne.
Le Mariage de Monfieur le Prince
de Conty avec Mademoiselle de Blois .
Le Mariage de Monſeigneur le Dauphin
avec la Princeſſe Anne Chref
tienne Victoire de Baviere,
Le Voyage du Roy en Flandre en
1680.
La Negotiation du Mariage de M.
Ie Duc de Savoye avec l'Infante de
Portugal.
Deux Relations des Réjouiſſances.
qui ſe ſont faites pour la Naiſſance de
Monſeigneur le Duc de Bourgogne.
Une Deſcription entiere du Siege de
Vienne,depuis le commencement jufqu'à
la levee du Siege en 1683 .
Ily a vingt fix Extraordinaires,qui
outre les Queſtions galantes , & d'érudition
,& les Ouvrages de Vers , contiennent
pluſieurs Difcours , Traitez,
& Origines ; ſçavoir ,
Des Indices qu'on peut tiver fur la
maniere dont chacun forme fon Ecriture.
Des Deviſes , Emblêmes , & Revers
de Medailles . De la Peinture , &
de la Sculpture. Du Parchemin , & dự
Papier. Du Verre.Des Veritez qui font
contenues dans les Fables , & de l'excellence
de la Peinture . De la Contef
tion. Des Armes,Armoiries ,&de leur
progrés. De l'imprimerie. Des Rangs
&Ceremonies. Des Talismans . De la
Poudre à Canon . De la Pierre Philofophale.
Des Feux dont les Anciens fe
fervoient dans leurs Guerres ,& de leur
compoſition. De la Simpathie ,& de
P'Antipathie des Corps . De la Dance,
de ceux qui l'ont inventée , & de ſes
diferentes eſpeces. De ce qui contribue
le plus des cinqcens de Nature à la fal
tisfaction de l'Homme. De l'nſage de
laGlace. De la nature des Eſprits for
lets ,s'ils font de tous Païs, & ce qu'ils
ont fait. De l'Harmonie , de ceux qui
l'ont inventée,&de ſes effers. Du frequent
ufage de la Saignée. De la Nobleffe.
Du bien & du mal que la fre.
quente Saignée peut faire. Des effirs
del'Eau minerale. De la Superftition,
&des Erreurs populaires. De la Chaf
fe. Des Meteores , & de la Comete
appatuë en 1680. Des Armes dequel
ques Familles de France. Du Secret
d'une.Ecriture d'une nouvelle invention,
tres -propre à eſtre renduë univerfelle
, avec celuy d'une Langue qui en
refolte, l'un & l'autre d'un uſage facile
pour la communication des Nations.
De Pair du Monde, de la veritable
Politeft, & en quoy il confitte. Dela
Medecine. Des progrés & de l'état
preſent de la Medecine. Des Peintres
anciens & de leurs manieres.De l'Eloquence
ancienne & moderne. Du Vin ..
De l'Honneftaté,& de la veritable Sageffe.
De la Pourpre &de l'Ecarlate, de
a 3
leur diférence, & de leur uſager Dela
marque la plus effentielle de la veritable
amitié. L'Abregé du Dictionnaire
Univerſel. Du mépris de la Mort.
De l'origine des Couronnes , & de
leurs efpeces. Des Machines anciennes
& modernes pour élever lcs Eaux.
Des Lunetes . Du Secret. De la Converſation.
De la Vie heureuſe. Des
Cloches , & de leur antiquité. Des
bonnes & mauvaiſes qualitez de l'Air .
Des Bains . Du bon & du mauvais ufage
de la Lecture. De la facile conftrution
de toutes fortes de Cadrans Solaires
; & de leux.
On fera une bonne compoſition à
ceux qui prendrout les cent vingt- fept
Volumes , ou la plus grande partie.
Quant aux nouveaux qui ſe debitent
chaque mois , le prix ſera toûjours de
20. fols relié.
1
TABLE .
P
Rélude ,
Deviſes ,
I
3-
Cerémonies obſervées à la publication de la
Paix ,
6
Publication ,
IF
Sonnet ſur la Tréve , 15
Etabliſſement des Recolets François àLuxembourg
, avec toutes les Ceremonies
qui ſe ſont faites en cette occaſion , 17
Deſcription d'une Galeafle , 24
Galanterie ,
26
Courſe de Bague faite à l'Académie de
Longpré ,
LaBourſe du bon fens.
Converfion,
2284
32
46
49
στ
3
164
Pluſieurs Madrigaux ,
Accouchement extraordinaire ,
Mort de M.de Corneille ,
Piufieurs Ouvrages en Vers fur le mefme
ſujet :
Cerémonie faite à l'Abbaye de Farmonſtiers
•à la reception de Madame la Princeſſe Palatine
, 1.67
Grande Cerémonies faite à l'Abbaye S.Germain
des Prez , up краткие pri
79
82
Galanteriedu jeune Chinois arrivé à Paris le
Nouveauté ſurprenante ,
Avanture ,
mois paffé ,
9.2
Lettre concernant les Langues & Ecritures,
25
Effets ſurprenans du Tonnerre , 148
Sonnet , 156
Ode 158
Epitru , 163 Morts , 169
73
153
Abbay es données par le Roy ,
Parfaite guérifon de Monfieur ,
Retour de la ſanté de Meſieurs les Ducs de
Noailles & de Mortemart , 179
Arrivée des Envoyez du Roy de Siam , 180
Lettre de Siam ,
Deſcription du Royaume & de la Cour de
Siam , avec les moeurs des Habitans de ce
grand Etat , 193
Survivance de la Charge de Prevoſt & de
Grand- Maiſtre des Cerémonies de l'O
dre, accordée à M.le Comte d'Avaux, 25
Morts,
Voyage du Roy à Chambord ,
11222
#275
Extrait curieux d'une Lettre de Seifſons, 2291
Bontez duRoy pour la receptiondes Contributions
enFlandre , 2321
Election d'un Provincial des Capucins dedat
Province de Paris , .. 2401
Mort de M. Colo , 124.1
Les Dames Galantes , ou la Confidence re
-ciproque , 242
Livres nouveaux qui ſe vendent chez le Sicur
-Blageartin 30
Namsde ceux qui ont expliqué les Enigmes,.
246
Enigmes..........
247
FIN
18
I
MERCURE
THE
EDELA
SLYON E
GALANT.
OCTOBRE 1684 .
Ly a des actions ſi
éclatante d'elles mefmes
par leur grandeur
, ſi glorieuſes
pour les Princes qui les font , &
ſi utiles pour les Peuples qui en
recueillent le fruit , qu'il eſt impoſſible
qu'on ſe laſſe de les
admirer . Telle eſt la Tréve de
vingt années que le Roy vient
de faire avec ceux qui bleſſez
Octobre 1684 . A
2 MERCURE
du grand éclat de fa gloire , vouloient
malgré luy demeurer ſes
Ennemis. Toutes les Nations
parleront long-temps de cette
Tréve & elle ſera marquée à la
Poſtérite avec des caracteres
qu'aucune ſuite de ſiècles ne ſera
capable d'effacer. Monfieur Magnin
, Conſeiller au préſidial de
Mâcon , continuant à faire éclater
ſon zele & ſon eſprit dans
toutes les choſes qui regardent
Sa Majesté , a fait fur cette matiere
les deux Deviſes qui fuivent.
Elles ont toutes deux pour
corps le Soleil , qui paroiſt ſerein
au fortir d'un nuage tranché
d'éclairs. Ces mots , qui font
l'ame de la premiere , Pacemvultus
habet , ſont expliquez par ce
Madrigal.
GALANT.
3
Left grand , il est glorieux,
LuySeul en roulant dans les Cieux
Fait tous les mouvemens de la terre
&de l'onde ;
Mais il est maintenant ſi ſerein à
nosyeux ,
Qu'il vient aſſûrément donner la
Paix au monde.
L'autre Deviſe a ces mots
pour ame , Non formidabile lumen
, & cet autre Madrigal les
explique.
B
Rillant d'une lumiere & douce
& bienfaisante ,
Qu'on n'appréhende plus ces orages'
divers
Qui viennent de troubler la Paix
de l'Univers ;
Elle va deformais eſtreſeure&conftante.
3
A2
4
MERCURE
Monfieur Rault de Roüen a
fait cette troiſieme Deviſe. Le
corps eſt une Iris ſur un nuage,
que le Soleil eſtant à l'oppoſite ,
peint avec ſes rayons. Voicy les
paroles qui luy ſervent d'ame
Reditura nuntia pacis , avec l'explication
qu'il leur a donnée.
B
>
Rillant Aftre du jour, qui dans
voſtre carriere :
Etalez à nos yeux un Trône de lu
miere ,
7
Et dont les vifs rayons étendus en
tous lieux ,
Font toutes les beautez de la Terre
&des Cieux ,
Que ne faites- vous passur unfom
De la charmante Iris vous nous donbre
nuage?
nez l'image de ne Ma
Et cette vive image , en recevant
vos traits ,
GALANT.
Eſt l'augure des Dieux , & celuy de
la Paix.
Mais quoy que ce bel Arc que vous
faites paroître
Nous raviſſe les yeux quand il commence
ànaître,
Après peu de durée ilſe réſout en
eau ,
Et ne nous laiſſe rien de charmant
ny de beau 5
Ou quand mesme ilferoit parsa vi.
ve peinture
Le plus riche ornement de toute la
Nature ,
Soleil qui leformez,n'enSoyez point
jaloux
LOVIS,ce grandHéros,fait beaucoup
plus quevous.
:
Par la Tréve qu'il donne il diſſipe la
guerre,
Ilcalme en un moment & la mer &
la terre;
A3
6 MERCURE
Et l'Univers Surpris de voir ces
prompts effets ,
De cegage du Cielva joüir àjamais.
La Tréve ayant eſté ſignée à
Chambord par Sa Majesté le 24 .
de Septembre , fut publiée à
Paris le leudy 5. de ce mois. Ce
jour-là ſur les huit heures du
matin , les Trompetes , les Tambours
& les Fifres de la Chambre
du Roy , ſe rendirent à cheval à
l'Hôtel du Sieur le Liévre , Roy
d'Armes de France au titre de
Montjoye - Saint - Denys , où ſe
trouvérent le Sieur le Blanc de
Bornat , le plus ancien & le pre
mier Hérault d'Armes de France
au titre de Xaintonge , le Sieur
d'Aubiny Hérault d'Armes au
titre de Charolois , Sieur le Roy
Hérault d'Armes au titre de
Touraine , & le Sieur Charpen
GALANT. 7
tier Hérault d'Armes au titre de
Rouffillon. Ils montérent à cheval
, eſtant reveſtus de leurs Cotes
d'Armes & ayant des Toques
garnies de Plumes & d'Aigretes ,
celles du Roy d'Armes , violetes
& blanches & celles des Héraults
d'Armes , toutes blanches .
☐ Ils marchérent deux à deux avec
leur Caducée à la main , le Roy
d'Armeseſtant ſeul derriere avec
fon Sceptre , & s'arreſtérent
devant l'Hôtel de M le Comte
d'Armagnac leur Supérieur,
où ils firent faire des Fanfares .
Ce fut dans cet ordre qu'ils arrivérent
à l'Hôtel de Ville . Monſieur
de la Rcynie , Lieutenant
Genéralde Police , Meſſieurs les
Lieutenans Criminel & Particulier
, & Monfieur Robert , Procureurdu
Royau Chaſtelet , avec
pluſieurs Conſeillers & Commif
A4
8 MERCURE
faires , s'y rendirent auſſi précedez
des Sergens à Verge , & des
Huiffiers Audienciers à cheval.
Monfieur de Fourcy , Préſident
aux Enquestes , Prevoſt des marchands
, accompagné de meſfieurs
Chauvin , Parque Rauf
ſeau , & Chupin , les reçût à la
porte de lagrande Salle de l'Hôtel
de Ville ,& ils entrérent enſemble
dans le Bureau . Monfieur
de Saintot , maiſtre des Cerémonies
, donna au Roy d'Armes en
leur préſence la Lettre de Sa
Majeſté. Il y eut enſuite un magnifique
Feſtin , où les Santez
de ce grand Monarque , de
Monſeigneur le Dauphin & de
Madame la Dauphine , furent
beües au bruit des Trompetes,
des Tambours & des Fifres , &
des décharges du Canon de la
Ville , rangé dans la Place de
l'Hôtel de Ville.
GALANT.
a
Apres le Feſtin , la Marche
commença par la Compagnie
des Archers du Guet. Ils alloient
à pied quatre à quatre le mouſqueton
ſur l'épaule , & avoient
leurs Officiers à la teſte, au Drapeau
, & à la queüe , tous à cheval.
Tous les Archers de la Ville
ſuivoient auſſi à pied , reveſtus
de leurs Caſaques , & quatre à
quatre, la Pertuiſane ſur l'épaule,
& avoient pareillement leurs
Officiers à leur teſte ,& à cheval.
Apres eux marchoient les Ser-
- gens à Verge du Chaſtelet , deux
àdeux , tous en Juſtaucorps noir,
- l'Epée au coſté , leurs Bâtons ou
Verges bleües ſemées de Fleurs
de Lys d'or à la main. Les Huiffiers
Audienciers du Chaſtelet
Eſuivoient à cheval àla droite ,&
les Huiffiers Audienciers de la
Ville auffi à cheval alloient à la
A5
10 MERCURE
gauche , ayant leurs Robes de
Cerémonie , rouge & noire. Parmy
eux eſtoient les Trompetes,
les Tambours & les Fifres de la
Chambre du Roy avec ceux de
la Ville , tous à cheval. On voyoit
enſuite les quatre Héraultsd'Armes
, deux à deux . Le Roy d'Armes
marchoit ſeul derriere, ayant
à fa droite le Greffier en Chef
du Chastelet ,& celuy de la Ville
à ſa Gauche. Monfieur de la
Reynie , Lieutenant Genéral de
Police , Meffieurs les Lieutenans
Criminel& Particulier, pluſieurs
Conſeillers du Chaſtelet , Monfieur
Robert Procureur du Roy,
& quelques Commiſſaires fermoient
la Marche, ayantla droite
; & Monfieurde Fourcy , prevoſt
des Marchands , les quatre
Echevins , le Procureur de la
Ville , & pluſieurs Conſeillers &
GALAN T. II
S
םי
!
Officiers , avoient la gauche.
On s'arreſta devant le Palais
Royal , où les Trompetes , Tambours
& Fifres firent des Fanfares
pour ſalüer Monfieur. Apres
qu'on fut arrivé devant la porte
du Palais des Tuileries , le Sieur
d'Aubiny , Hérault d'Armes , y
fit la premiere Publication de la
Tréve, apres que les Trompetes,
Tambours & Fifres , eurent attiré
lePeuple.
Nfait à ſçavoiràtous qu'une
ON bonne ,Seure , vraye&loyale
Tréve , communicative es marchande
, abstinence de guerre , &
cefſſation d'Armes , est faite , accordée
, & passée entre tres - Haut ,
tres - Excellent , & tres - puiſſant
Prince LOUIS par la grace de
Dieu Roy de France & de Navarre,
nostre Souverain Seigneur , d'une
A6
12 MERCURE
part; Et tres- Haut , tres Excellent,
& tres- Puiſſant Prince LEOPOLD
Empereur des Romains , & l'Empire
, d'autre ; Et encore entre tres .
Haut , tres - Excellent, & tres - Puif.
Sant Prince CHARLES Roy d'Efpagne
, d'autre , leurs Hoirs & Succeffcurs
, leurs Royaumes , Etats ,
Pais . Terres & Seigneuries quel
conques, en Europe & hors de l'Europe
, tant au - deça qu'au- delà de
la Ligne , pour le temps de vingt
annéc confécutives ; laquelle Tréve
ledit Seigneur Roy veut & entend
estre observée & entretenüe inviο-
lablement ; ordonne que tous ceux
y contrevenans foient châtiez &
punis exemplairement , comme in.
fracteurs de Paix , Et pourront auſſi
les Sujets de part & d'autre aller ,
venir , Sejourner , trafiquer , negocier
,&faire commerce de Marchandises
dans tous les Etats , Païs,
:
13
GALANT.
-
a
4
lieux & endroits deſdits Royaumes
& Empire , en toute liberté& feureté
, tant par terre que par mer ,
& autres , eaux , & tout ainsi qu'il
a esté dit estre fait en temps de
bonne ,fincere & aimable Paix.
La ſeconde Publication ſe fit
devant le grand Perron de la
Court du Palais , avec les meſines
Cerémonies que la premiere ,
par le Sieur le Blanc Hérault
d'Armes ; la troiſième devant
l'Hôtel de Ville , par le Sieur le
Roy ; la quatriéme devant le
Chaſtelet, par le Sieur d'Aubiny;
la cinquiéme aux Hales proche
le Piloris , par le Sieur le Blanc ;
la fixiéme à la Croix du Tiroir,
par le Sieur le Roy la ſeptiéme
devant le Cheval de Bronze , par
le Sieur d'Aubiny ; la huitieme
au bout du Pont S. Micheldu
14
MERCURE
coſté de la Rüe de la Harpe, par
le Sieur le Blanc ; la neuvième
àla Place Maubert , par le Sieur
le Roy ; la dixième à la Place
Royale par le Sieur d'Aubiny ; &
la derniere à la Place Baudoyé,
par le Sieur le Roy . Monfieur
de la Reynie , & les Officiers du
Chaſtelet , prirent là congé de
Meſſieurs les Prevoſt & Echevinsde
la Ville , & s'en retournerent
au Chaſtelet , précedez
des Sergens à Verge , & de leurs
Officiers. Monfieur de Fourcy,
les Echevins & les autres. Officiers
de Ville , précedez auſſi
par leurs Archers , revinrent à
l'Hôtel de Ville , avec le Roy
d'Armes & les Héraults ; & le
Royd'Armes y cria encore trois
fois Vive le Roy , ce qui fat répezé
par un grand nombre de Peuple
quis'eſtoit amaſſé dans la Place.
GALANT.
"
7
rs
V
1
-
re
Le ſoir il y eut un Feu devant
l'Hôtel de Ville , & on l'alluma
apres que le Canon & les Boëtes
eurent tiré. Il y en eut enſuite
dans toutes les Rües. Vous jugez
bien qu'apres cette Tréve les
loüanges du Roy retentiffent de
toutes parts . Ce Sonnet de Monſieur
de Laiſtre vous le fera voir.
Il eſt ſurles Bouts rimez qui ont
cours icy depuis quelque temps .
SONNET.
Lestplus d'un chemin qui conduit
ILeftplaGloire.
Quand on a le bonheur defervir un
grand Roy ,
De ximer pour luy plaire onsefait
une Loy ,
Chacun dans ce Combat aspire
la Victoire.
16 MERCURE
L'un chante ſes Exploits , Lautre
fon Hiſtoire ;
L'Univers retentit defon Nom, de
Sa Foy.
La Paix l'en rend l'Arbitre , ou la
Guerre l'effroy ,
Et par tout les beaux Arts confacrent
fa Memoire.
Admirons dans LOVIS unHéros
achevé.
Cet air majestueux,cet eſprit élévé.
Sage , droit , penétrant , ce Coeur
noble , intrépide. :
Mais fon zéle divin l'égale aux
Immortels ;
Ilafeul terraſſe plus de Monstres
qu'Alcide.
Qui dompte l'Héreſie eſt dignedes
Autels.
GALANT.
17
Depuis que le Roy a fait l'honneur
aux Récolets de les choiſir
pour les Aumôniers de ſes Armées
, il ſemble qu'il ait auſſi
voulu les rendre participans de
ſes Conqueſtes. En effet on peut
remarquer , que depuis un temps
il a pris fort peu de Places où il
n'ait étably des Récolets de Paris .
S. Omert , Domkerque , Ipres.
= Cambray , & pluſieurs autres ,
peuvent rendre témoignage de
cet établiſſement. Sa Majeſté
1 ayant conquis Luxembourg , réfolut
en meſme temps d'y mettre
des Récolets François , & donna
* ſes ordres pour cela au Pere
Hyacinte le Févre , Provincial de
5 Paris , qui pour s'acquiter dignement
de cette commiſſion jetta
fles yeux ſur le Pere Durand ,
Récolet de la meſme Province
de Paris . C'eſt un Homme tres-
1
X
18 MERCURE
connu , ſoit dans ſon Ordre, par
les Charges de Lecteur en
Theologie , de Gardien , & définiteur
, qu'il y a exercées avec
gloire; ſoit danstes Armées de Sa
Majeſté , où il a ſervy pluſieurs
Campagnes avec tout le zéle
qu'on peut attendre d'un Religieux
; ſoit dans les Villes où il
a eu quelque Caractere. Il a
demeuré pluſieurs années dans
l'Artois où par fa bonne
conduite & ſes manieres honneſtes
, il s'eſt acquis une eſtime
genérale. Ce fut luy que l'on
choiſit pour remplir la place de
Supérieur du celebre Monaſtere
des Récolets de Luxembourg.On
peut luy donner ce titre , puis
qu'outre que dans la Ville il n'y a
pointde Maiſon qui ſoit fi confidérable,
tant pour la grandeur de
fon Egliſe & la beauté de ſes BâGALAN
T.
19
= en
S
timens , que pour le grand nombre
de Religieux dont la Communauté
y a toûjours eſté com-
= poſée , n'y en ayant jamais eu
- moins de ſoixante , on pourroit
encore l'appeller celébre à cauſe
: de ſon antiquité , ce Convent
ayant eſté étably du vivant de
S. François. Le Pere Durand
eſtant nommé pour aller en
prendre la conduite , partit de
Paris il y a environ trois mois ,
par l'ordre du Roy & de ſes Supérieurs
, & eſtant arrivé ſur les
1 Lieux , il prit poſſeſſion de cette
Maiſon avec quinze Religieux
François , en préſence de mon-
Dr ſieur le Marquis de Lambert ,
Gouverneur de la Place , qui
n'oublia rien pour faire rendre
à Sa Majeſté l'obeïſſance qui luy
eſtoit düe . Tout autre que ce
nouveau Supérieur euſt eſté,
e
20 MERCURE
peut- eſtre embaraſſé dans une
occaſion de cette nature. Sa prudence
& l'expérience qu'il s'eſt
acquiſe , firent connoiſtre qu'il
eſtoit un Homme conſommé . Il
s'étudia d'abord ſi bien à ſuivre
les maximes , & à obſerver les
Cerémonies des Religieux Efpagnols
qu'il relevoit, qu'en trespeu
de jours on euſt dit qu'il n'y
avoit eu aucun changement
dans cette Maiſon. Il y continua
le Plein Chant , & l'Office de la
meſme maniere qu'il s'y faiſoit
avant qu'il en fuſt Supérieur , &
par ſes manieres infinuantes il
s'eſt déja concilié l'eſtime & l'amitié
de ces Peuples , &furtout
des Principaux de la Ville. Les
ſentimens favorables qu'il voit
que l'on a pour luy , ont eſté
cauſe que le jourde S. Loüis Roy
de France , il demanda à MonGALANT.
21
B
ſieur le Marquis de Lambert la
permiſſion de celébrer cette Feſte
avec tout l'éclat que le Lieu pouvoit
permettre , ne doutant pas
que toute la Ville ne le ſecondaſt
, quoy qu'on n'y fuſt pas accoûtumé
à faire une Feſte de ce
jour - là. Monfieur le Gouverneur
, à qui la gloire du Roy eſt
chere , vit avec plaiſir exécuter
ce deſſein. La Cerémonie commença
par une Proceffion Genérale,
où le Clergé & les Communautez
Religieuſes aſſiſtérent,
auſſi bien que tous les Corps de
la Ville , qui portoient des Cier
ges aux Armes de France. La
Marche eſtoit tres-bien difpoſée.
On avoit dreſſe trois Repoſoirs
en trois endroits diferens .
Depuis l'Egliſe des Récolets d'où
la Proceffion ſortit , juſques au
- premier Repoſoir , quatre Colo-
1
4
22 MERCURE
nels portérent le Dais. A ceux
cy ſuccederent depuis le premier
juſqu'au ſecond , Meſſieurs de la
Chambre du Conſeil Provincial,
&enfin Meſſieurs du Magiſtrat
depuis le ſecond Repoſoir jufqu'à
l'Eglife . Monfieur le Marquis
de Lambert marchoit immédiatement
apres , ſuivy d'un
grand nombre d'Officiers de la
Garniſon , & d'une foule de Peu
ple. Toutes les Rües eſtoient
tapillées , avec une double Haye
deGens de Guerre par tout où
paſſa la proceſſion , au bruit des
Tambours , & de l'Artillerie des
Ramparts dont on fit pluſieurs
décharges. Il y avoit trois
-Choeurs de Muſique ; l'un de
Violons & de Baſſes de Violes;
l'autre de Haut-bois , & le dernier
de tres - belles Voix. La Meſſe
fut chantée avec beaucoup de
د
GALANT.
23
folemnité ; & à l'Offertoire , le
Pere Marcelin Bornu , Religieux
du meſme Convent , prononça
le Panégyrique . Il prit pour ſon
Texte ces paroles du Livre d'E-
- ſter , Pofuit Diadema regni in capi
te ejus , fecitque eam regnare. Il dit
- qu'il n'estoit pas besoin d'expliquer
ce Texte en faveur du Saint , puis
qu'iln'y avoit perſonne qui nesçût
qu'il avoit esté Roy de France , نم&
que Dieu l'avoit fait regner sur la
terreen luy donnant la plus grande
Monarchie du monde ; que s'il régnoit
maintenant dans l'Eglife
Triomphante en qualité de Bienbeureux
, c'est parce qu'il avoitfait
regner le Sauveur pendantſa vie
dans l'Eglise Militante fon Epou
Se;&que comme cette Eglife a trois
qualitez principales , la Verité , la
Sainteté , & la Majesté , S. Loüis
en avoit défendu la Verité par la

}
24
MERCURE
force deses armes ,foûtenu la Sain
tetépar l'exemplede ſes actions , &
accrûla Majestépar la magnificence
de ses bienfaits ; ce qu'il appliqua
auſſi fort juſtement à noſtre
auguſte Monarque , qui n'eſt pas
moins le Succeſſeur des vertus
héroïques de S. Loüis que de ſa
Couronne . Ce Panégyrique luy
attira beaucoup d'applaudiſſfement
. La Feſte ſe termina le foir
par un Te Deum , & par un Salut
qui fut continué toute l'Octave.
Je vous obeïs , Madame ; &
puis que ce que je vous écrivis
le derniers mois de l'Armée Navale
de Venise , a fait demander
ce que c'eſt que Gateaſſe, je vay
vous dire ce que vous me témoignez
qu'on a envie de ſçavoir.
Les Galeaſſes ſont de
grands Bâtimens de haut bord,
vaſtes , & qui ont un gros ventre.
GALAN T.
52
e
S
S
a
r
15

tre. Une Galeaſſe a trois Maſts ;
elle eſt large de vingt- huit pieds,
. longue de cent quarante-cinq,
& a vingt- huit Rames de chaque
coſté , & fept Hommes à
chaque Rame. Les Rameurs
font à découvert ainſi que fur
les Galeres. Elle a un Château
de Paupe , qui a double étage
avec huit Pieces de Canon de
Fonte. Il y a deux Courſiers de
quarente- huit livres de Bales , &
pluſieurs autres petites Pieces
de Canon entre les Bancs. Tous
is les Canons ſont de Bronze. Il y
a douze cens Hommes ſur une
Galeaffe , & il faut deux Galeres.
pour la remorquer. Vne Galeafſe
équipée de ſa Chiourme ,
Canon , Agrets , & enfin toute
preſte à aller combatre en mer,
revient à un million de Ducats.
Chaque Ducat de Veniſe vaut
Octobre. 1684. B
et
Y
1-
26 MERCURE
1
quarante- cinq fols de France.
Les Galeres paroiſſent fort petites
aupres des Galeaffes qui font
de grandes & belles Machines .
Comme rien ne vous plaiſt
tant que les jolies Bagatelles ,
apparemment celle-cy ſera de
voſtre gouft .
L'INDIFERENTE
ATTENDRIE .
Miracle , nouvelle impré-
L'aimable Liborel qu'on avoit toûjours
veuë
Faite de Marbre, ou de Rocher,
Eft de chair comme nous . &ſe laiſſe
toucher.
Toucher , c'est déja beaucoup dire.
Mais écoutez le reste ; elle verſe des
pleurs.
GALANT.
27
e.
S.
di
1
27
Ce n'est pas encor tout , jugez defon
martyre .
Vn Volage la quitte apres millefaveurs
,
Sans qu'un crimefinoir dans l'eſprit
de la Belle.
Puiffe de ce Perfide effacer les appas.
Mais qu'ilest bien puny!qu'ilyperd ,
I'Infidelle!
Elle vouloit l'avoir à tout moment
pres d'elle.
Le flatoit, le baiſoit ,le mettoit dans
Ses draps ,
Surfonfein ...Sur ſon ſein ! Qu'entendez
- vous , Poëte ,
Par ces mots- là ? F'entens qu'elle
avoit un Moineau
Familier , enjoüé , d'un plumage
fort beau ,
Plus aimé que celuy que Catulle
regrette ,
Plus charmant que ne fut la celebre
Fauvete.
B 2
28 MERCURE
L'Ingrat , le Fripon s'envola
Hier au matin par la Fenestre ,
Sans qu'on l'ait veu depuis paroiſtre
,
Et c'est ce qu'elle pleure. Ah, ditesdonc
cela.
Le 15. du mois paſſe il ſe fit
une celébre Courſe de Bague à
l'Académie de Long- pré , que
tout le monde connoiſt pour une.
des plus conſidérables de cette
Ville , & où les Exercices ſe font
avec la plus exacte régularité.
Les Cavaliers qui coururent , ſe
ſignalérent à l'envy les uns des
autres. il s'y trouva pluſieurs
Dames de qualité ,& madame de
Verneüil qui donna le Prix , eut
le plaiſir de le voir remporter par
Monfieur le Chevalier de Sully
ſon Petit- Fils , qui le diſputa juſqu'à
trois fois avec Milord de
GALANT.
29
fi
Uf
0
Greneville. Il n'y a perſonne à
quila grandeur de la maiſon de
Sully ne ſoit connüe ; & je croy,
madame , que pour vous faire
e l'éloge de ce jeune Chevalier , il
ſuffit que je vous diſe , qu'il eſt
digne de l'illuſtre Nom qu'il porte.
Il a la taille extrémement fine,
l'eſprit vif & penetrant , & un
certain air aifé qui prévient en ſa
faveur. Apres que la Courſe de
Bague fut finie , les Cavaliers
changerent de Chevaux , pour
donner aux Dames le plaiſir
d'un Carouſel , où chacun fit
paroiſtre ſon adreſſe. On ne peut
rien voir de plus galant, qu'eſtoit
l'équipage des Chevaux , qu'on
avoit chargez d'une quantité
furprenante de Rubans de toutes
couleurs. Monfieur Dauricourt,
l'un des Ecuyers de l'Académie,
eſtoit à la teſte des Cavaliers . Il
لا
لا
f
B 3
30
MERCURE
commença le premier à faire
manier un Cheval fort vigoureux
avec une grace qui obligeoit
à fe récrier fur fon bon air.
Les Cavaliers continuérent les
Galopades les uns apres les autres,&
enſuite on fit manier cinq
Chevaux en meſme temps ſur
les Voltes . Il y en avoit un à chaque
coin , & un au milieu . Ce
Manége ayant occupé pendant
quelque temps les regards de
l'Aſſemblée on vit manier quatre
autres Chevaux ſur les demy.
Voltes , & un ſur les Voltes au
milieu. Les Cavaliers s'acquitoient
fi bien de leur employ ,
que tout le monde ſouhaitoit
que ce Divertiſſement duraſt
davantage ; mais la nuit ſurvint,
& fit tout ceſſer. Madame de
Verneüil , Madame de Sully , &
quantité d'autres Dames , de
GALANT. 31
e
meurérent à l'Académie où
Monfieur le Chevalier de Sully
donna un Bal des mieux entendus.
Vous m'avez paru ſi contente
du Conte qui a pour titre le Tréfor
découvert , & que je vous ay
envoyé dans ma XXV I. Lettre
☐ Extraordinaire , que je croy vous
faire plaifir de vous en envoyer
un ſecond du mesme Autheur.
Monfieur de la Barre de Tours ,
qui s'eſt diverty à mettre en Vers
l'un & l'autre , a trouvé ce ſtile
aiſé qui eſt propre aux Contes,
& que peu de Gens ſçavent attraper.
e
E
y
i-
Dit
A
コル
He
5
10
B 4
32 MERCURE
LA BOURSE
1
DU BON SENS.
CONTE.
Faifons un Conte encor puis
que c'est ce qu'on aime.
Apres le Tréſor découvert ,
Cà, voyons de quelstratagéme
Une habile Femmeſeſert ,
Pour tirerſon Epoux des bras d'une
Coquette ,
Et pour le rappeller au giron de
l'Hymen.
Si de pluſieurs Conjoints nous faiſons
l'examen ,
Combien auroient beſoin depareille
recepte ,
Et que la Bourſe du bon ſens
GALANT.
33
Queproposeune Femme aujourd'huy
dans ce Conte ,
Aux Epoux devroitfaire honte ,
Quand ailleurs que chez eux ils deviennent
galans !
Cecyn'est point un Conte jaune.,
N'y borgne encore moins;nous voyons
tous les jours ,
Malgré Sermons,& malgré Prône,
Maints Marys s'échaper à defolles
amours.
Pourqui?pourdes Guénons,qui n'ont
de la tendreſſe
Qu'autant que l'argent vient ; qu'il
finiſſe un moment ,
Adicul Amour , adieu l'Amant,
Quand on n'a plus d'argent , onn'a
plusde Maîtreffe.
Certain Autheur nous rapporte
qu'en France
Jadis vivoit un Quidan de Mary
NomméRenier,defa Femme chery,
BS
34
MERCURE
Et qui l'aimoit auſſiſelon toute apparence
;
Renier avoit pourtant un commerce
gaillard
Avecſa voiſine Mabille ,
Qui n'estoit pas auſtere Fille ,
Et d'autant mieux le fait de tout -
Homme égrillard.
La Belle estoit d'abord d'aſſezfacile
approche ,
Chez elle on entroit aifément ;
Finançoit-on ? elle aimoitun Amant.
Sans quoy , c'estoit un coeur de Roche.
Les foûpirs , les beaux mots , les
tendres fentimens ,
Lesfoins, les langueurs, lesfermens,
Eftoient des Biens perdus aupres de
laTygreffe. :
Ainsi que Danae , Mabille vouloit
voir
D'une Bourse de l'or pleuvoir ;
Carc'eft, dit- elle, ainsi qu'on prouve
La tendreffe2
GALANT.
35
e.
Sans cela Iupiter , tout grand Dieu
qu'il estoit ,
Prouvoit peu l'amour qu'il portoit
A l'aimable Fille d'Acrise.
Si l'or perça l'airain , il perce bien
un coeur ,
L'or rend tout Gendarme vainqueur
;
Ayant l'or pourSecours , forte Place
est tostpriſe ,
L'or estant un des nerfs qui donne
la vigueur.
C'estoit là l'unique Morale
2s Que Mabille preschoit àses Adora
de
it
teurs ;
Et ceux qui d'or estoient plus grands
Compteurs ,
Trouvoient la route aisée en ce charmant
Dédale.
Renier aimoit ; imaginezvous bien
Combienil altérafaBourſe en moins
لاث
de rien ,
2
B 6
36 MERCURE
Et ce que diſoit ſon Epouſe
Qui s'en appercevoit Il la nommoit
jalouse ,
Mais on l'est àpropos, lors que l'on
perd fon Bien ;
Et je pardonne à toute Femme ,
Qui voit ainſi diſſiper ſes tréſors ,
De regreter,non pas defon Epoux le
corps
Mais l'or qui du Menage est l'ame.
La pauvre Femme avoit beau ſe
fächer,
Le Mary n'en faisoit que rire.
Qu'y faire ? de tous maux un éclat
eft lepire ,
Il nefaut point ſouffrir ce qu'on peut
2
empefcher;
Mais comme icy c'est le contraire,
Ilfaut fouffrir , efperer,&se taire.
Si les Femmes qu'on voit dans un
pareil ennuy ,
Se conduifoient avec mesme prudence

GALAN T.
37
Nous ne verrions pas tant en
France
Defots éclats qu'il s'en voit aujourd'buy
;
Toute Femme d'esprit dait ſauver
l'apparence,
Et la paix est souvent un fruit de
patience.
Allons au Fait. Renier un jour
Se réſolut departir pour la Foire,
Car il estoit Marchand,comme marque
l'Histoire ,
Et mêmeon l'ydépeint en marchand
affez lourd.
Avant que de partir , il alla voir
Mabille,
pour prendre congé d'elle elle ne
manqua point A
De demander pour Foire , une Robe
-Car, comme vous sçavez une fom
gentille;
blable Fille boving
A
38 MERCURE
Ne s'oublia jamais en pareilpoint -
Renierpromet ; peut- on refuser une
Belle,
Qui proteste en pleurant qu'ellefera
fidelle ?
Cet adieufait,ilvient àla maiſon ,
Il y trouva ſa triste Epouse enlarmes
,
De le voir par lefroid ( c'en estoit la
faifon )
Partir ,fans beaucoup de raiſon,
Pour un trafic qui cauſoit ſes al-
Larmes ,
Renier pour le commerce estant un
maistre Oyson ;
Mais ille veut , il prend bonne
Valife ,
Met bons Billets , & force Ecus
dedans ,
Carfans argent qu'est- ce que marchandise
?
Ala Foire eſt- ilrien , ma Femme ,
qui vous duiſe 2
GALANT.
39
Dit Renier ? Apportez la Bourſe
dubon ſens,
Repliqua la Femmefidelle.
La Bourſe du bon ſens , repart- il,
fortfurpris!
Où trouver marchandiſe telle?
Allez, vous l'aurez à bon prix ;
Achetez - la , Renier , ajoûtat-
elle.
Bien , nous verrons ; ayez le
coeur content.
Adieu,juſqu'au revoir, dit Renier
en partant.
Renier arrive , agit , travaille,
Et s'acquitte , vaille que vaille,
De ſon mestier ; enfin avec les gros
Marchands ,
Pour un petit profit , il trafique , &
s'occupe.
Ainfi petits deviennent grands.
Ilfaut s'en revenir ; it achete une
Iupe2
40
MERCURE
Des Rubans , des Mouchoirs , des
Gands ,
Pour la belle Maguin , dont il eſtoit
ladupe.
Mais où trouver la Bourſe du
bonfens ?
Il la demande à tout le monde;
Chacun en rit, chacun le fronde ,
Sa Femme l'a voulu railler,
(Dit on ) l'on ne vend point en
Foire telle Bourfe .
Laffé d'avoir fait tongue course
Pour tel trafic, ilvoulut enparler
Devant unvieux Rabin , vieux Docteur
en Grimoire ,
Et quiſçavoit bien-mieux que trafiquer
en Foire.
CeRabinſefit conter tout
Cequi concernoit leMénage
Du bon Renier, qui dit avoir Femme
bienfage;
Deplus,luy raconta de l'unàl'autre
bout
GALANT. 41
1
ز
1
1
a
Y
Son intrigue avec la Coquette ,
Ses dépenses,fesfrais,mêmejusqu'à
l'emplette ,
Tant recommandée au depart.
Iln'oublia pas d'autre part
Ademander que veut dire laBourſe
DontSa Femme a parlé. Le Rabin
vit laſource
D'où pouvoit partir tout cecy,
Et tint au Trafiquant le Discours
que voicy.
Ton commerce finy , retourne
en ta Patrie ,
Fais ſemblant d'avoir tout
perdu ,
D'avoir mal acheté , d'avoir plus
mal vendu ,
Fed'eſtre dans la gueuferie.
Dans ce piteux état , nud , ſans
habillement,
Que quelque honteuſe Mandille,
Il faut te montrer àMabille
42
MERCURE
Comme eſtant toûjours ſon
Amant.
En ſuite va chez ta Moitié
fidelle,
Et luy découvrant ton malheur,
Tu verras bien quile prend plus
à coeur ,
Ou bien de la Coquette , ou
d'elle.
Pour la Bourſe; & comment en
apprendre nouvelle ,
Interrompt Renier ? Parts,fanstar--
der plus longtemps ,
<Ajoûta le Rabin. La Bourſe du
bons ſens .
2
Se trouvera chez toy . Renierpart
de la Foire ,
Et joüafon rollet aussi bien qu'on
peut croire.
Chez Mabille en vray Gueux il ſe
gliffa d'abord
Luy fit un beau discoursfurfon mal
heureux fort ,
GALANT . 43

Surſes chagrins,furla disgrace.
On l'obligea bientoſt d'abandonner
laplace.
Mabille hait les gueux comme elle
hait la Mort .
Renier a beau marquer ſon amour
&fon zele ,
Tant de bienfaits , ſes ſervices
paſſez,
Ses préfens, & l'argent qu'ilaſemé
pour elle,
Lapauvretéfaitpeur aux Gens intéreſſez;
D'un coeur ingrat déja ces biensfont
effacez ,
Ilfaut quitter, &fans reſſource;
Mais allons voir la Maîtreſſe à la
Bourfe.
Loin d'inſulter auxmaux d'unmalheureux
Epoux ,
Elle confola ſa triſteſſe ,
Etfaisant parler la triſteſſe,
44
MERCURE
Appaiſaſes ennuis par les mots les
plus doux.
Aprés avoir marquéSentir les mesme
coups ,
Qui penétroient le coeur de cet autre
elle-mesme ,
Pour montrer que c'eſt luy qu'elle
:
la Fortune ,
aime ,
Etnon pas
gagerelleveut
en-
Lereſte de ſon Bien, afin defoulager
Etses ennuis , &Samiſere.
Icy Renier trouva la Bourſe du
bons fens ;
Carmaudiſſant ſes feux errans ,
Ilprotesta d'aimer , & d'une amour
Sincere,
Ce tendre Objet , cetre Femmefi
chere.
Il fit revenir fes Paquets ,
Dépoüilla ſes haillons , & raconta
l'histoire
Et du Rabin , & des acquests
GALANT. 45
Qu'ils a faits à la Foire.
Adieu tant de foûpirs , & tant de
voeux coquets ,
Mabille est hors de la mémoire
Du bon Renier , pour n'y rentrer
jamais.
Tenez- vous bien unis à la foy conjugale
,
C'est là que l'amitié regne avecfes
appas.
lefatale ,
Lesmaux que vous deſtine une Etoi
Là font rendus plus doux quand
l'amour les égale.
Ce n'est qu'unfaux-brillant que la
Coquette étale.
Epoux , nevous y trompez pas ,
Quetoûjours pour regler vostre coeur
vos pas ,
La Bourſe du bon fens vous ferve
de Morale.
46 MERCURE
Voicy quelques Madrigaux
qui ne vous déplairont pas. Le
premier de M Diéreville.
A VNE BELLE , QVI
ne ſcachant ce que c'eſt qu'amour,
dit à fon Amant qu'elle
veut l'apprendre , en liſant
Clélie .
Q
Voy , pourſcavoir aimer, belle
&jeune Sylvie ,
Vous lifez la vieille Clélie ?
Ce n'est pas dans un Livre, où vous
pourrez le mieux
Faire unſi doux apprentiſſage;
Attachez vous plutoſt à lire dans
mes yeux ,
Vous en apprendrez davantage.
CONSOLATION A VNE
Belle, qui demeure longtemps
Fille.
GALAN Τ.
47
a
Ris, ne vous ennuyez pas,
Les Dieux ontſoin de vos appas ,
Vous ne perdrez rien pour attendre .
Le Ciel vous deštine un Epoux ,
Et s'il est longtemps à deſcendre ,
C'est qu'on en trouve peu qui ſoient
dignes de vous .
PRESENT D'VNE GLACE .
Ris en
a q
ui tout mon espoir se
fonde ,
Il ne tiendra qu'à vous que cette
Glace ronde
Cent fois le jour n'offre à vos yeux.
La plus rare Beauté du monde.
Jugezsi mon préſent n'est pas bien
prétieux.
REPONSE POUR IRIS.
Q
De vostre preſent m'embaraffe
!
Dois - je donc croire, cher Tircis ,
Que vous n'ayezque de la Glace
Aprésenter àvoſtre Iris ?
48 MERCURE
PRESENT D'UN DIAMANT.
BUElle Iris, que mon coeur adore,
Puis - je mieux vous faire ma
cour
Quepar ceDiamant qui vous peint
mon amour ?
Il vient des Climats de l'Aurore.
Ce n'est pas là pourtant ce qui doit
àvosyeux
Le rendre precieux.
Songez qu'ilfaut dansſonfilence
Le caractere de mon coeur.
Sa flame fait voir mon ardeur ,
EtSafermeté ma constance.
Voila ,si vous sçavezaimer ,
Par où vous devez l'estimer.
Voicy un Air Bachique du celebre
Maiſtre , dont tous les Ouvrages
ſont ſi fort de voſtre
goût.
CHANSON
GALAN T.
49
لا
ل ا ح
CHANSON A BOIRE .
A
Mis,dans les Combats ne chera
chons plus la gloire,
Ilne faut plus fonger qu'à boire;
Bacchus tout chargéde Raiſins,
Aux gofiers alterez promet d'ex
cellens Vins .
Sus donc , Laquais , qu'on se réveille
,
Portez Bouteille fur Bouteille ,
Vuidons promptement le Tonneau,
Pour faire place au Vin nouveau.
Vous aurez ſans doute entendu
parler de Monfieurde Montaigu
Ingénieur de Sa Majesté,
qui l'a employé depuis quelques
années à tirer en Bas-relief le
Plan de pluſieurs Villes , & particulierement
de Maſtric , d'Ipres
, & de Luxembourg. Il y a
parfaitement reüſſy, & ces beaux
Octobre 1684 .
C
MERCURE
Ouvrages qui font confervez
dans les Tuileries luy ont attiré
beaucoup de loüanges du Public.
Il eſt préſentement à S.
Omer , où il travaille par l'ordre
du Roy à tirer auffi le Plan de
cette Place. Son bonheur l'ayant
fait loger avec Madame ſa Femme
chez Monfieur Lucas Defforderes
, Commiſſaire des Guerres
, quia la conduite & la Police
des Troupes de S. Omer , & des
Villescirconvoiſines, ce Commiffaire
leur a fait naître des doutes
ſur la Religion Prétendie Réformée
où ils font nez ; & par ſes inſtructions,
par ſes bons exemples,
&par foins , il les a fi bien conduitsdans
le chemin de la verité,
qu'eſtant enfin convaincus que
hors l'Egliſe Romaine il n'y a
point de falut , ils ont abjuré
leur-Heréſie. La Cerémonie de
GALANT.
SI
1
e
e
1
el
cette Abjurarion ſe fitle Dimanche
8. de ce mois , entre les
mains de Monfieur l'Eveſque de
S. Omer , nommé à l'Archevefché
d'Auch.
Le 9. de ce meſme mois , Monſieur
Bonamy Chirurgien, accoucha
la Femme d'un Cordonnier
demeurant contre l'Echelle du
Temple , de trois Garçons qui
Et furent baptiſez le lendemain
dans l'Egliſe de Saint Nicolas des
Champs. Il a fait beaucoup d'autres
Accouchemens extraordinaires
avec le meſme ſuccés, ce
qui fait connoître qu'il eſt habille
en ſon Art. Les troisGarçons
font encore pleins de vie , & la
Mere n'a pas plus ſouffert en
accouchant , que ſi elle n'en


1 avoit mis qu'un au monde .
Meſſire Gilles le Diacre ,
Seigneur de Martinboſc , Lieu-
C
2
52
MERCURE
tenant Genéral du Pontlevef
que , & de la Vicomté d'Auge
en Normandie , épouſa le 10 .
de ce mois Mademoiselle de
Bordeaux , Fille de Monfieur de
Bordeaux , Seigneur de la Meſengere
, Vicomte d'Auge , qui
exerce cette Charge depuis
quarante ans avec une eſtime
genérale. Celle que les Mariez
ſe ſont acquiſe par leurs belles
qualitez , répandit la joye par
toute la Ville pour cette heureuſe
union . Chacun prit les armes ,
& il ſe forma un Bataillon de fix
cens Hommes , qui marchérent
en tres bon ordre ſous la conduite
de leurs Officiers . Le foir il y
cut un magnifique Repas , qui
fut ſervy en deux Tables , & où
ſe trouverent plus de foixante
Perſonnes des plus confidérables
de la Province. Il fut ſuivy d'un
GALANT.
53
e
e
is
4
e
0
f
e
reu d'artifice , accompagné de
Boëtes & de Fuſées , & la Feſte
ſe termina par le Bal .
Je viens à une Mort qui doit
faire bruit par tout où noſtre
Langue eſt connüe , & que je
ne doute point qui ne vous ait
déja fait verſer des larmes , puis
que le mérite extraordinaire a
toûjours eſté pour vous un charme
ſenſible , & qu'on peut dire
que Monfieur de Corneille l'aîné
a paru au monde pour la gloire
de ſon ſiècle. Ie vous ay cent fois
entendu parler de luy avec des
termes d'admiration qui faisoient
connoiſtre que par cet Art merveilleux
qui l'a fi bien fait entrer
dans les divers mouvemens du
coeur, ſelon les diferens caracteres
qu'il a maniez , il avoit touché
pluſieurs fois le voſtre. Il eſt
mort icy le Dimanche , premier
C3
54
MERCURE
jour de ce mois , & il ſemble
qu'il n'y ait perſonne àqui cette
perte n'ait fait dire, qu'un Homme
auffi illuftre que luy ne devoit
jamais mourir. Il étoit né à
Roüen le 6.Juin 1606. Fils d'un
Pere qui portoit le nom de Pierre
comme luy , & auquel Loüis
XIII . accorda des Lettres de
Nobleſſe , en confideration des
ſervices qu'il avoit rendus en divers
Emplois , & particulièrement
en l'exercice dela Chargede
Maistre des Eaux & Foreſts
en la Vicomté de Roüen , dont
il s'eſtoit acquitté avec une entiere
ſatisfaction du Public pendant
un fort grand nombre d'années
. Monfieur de Corneille
l'aîné dont je vous parle, a exercé
long-temps dans la meſme Ville
la Charge d'Avocat General à
la Table de Marbre du Palais.
GALANT.
55
e
2
S
S
L'heureux talent qu'il avoit pour
la Poëfie parut avec beaucoup
d'avantage dés la premiere Piece
qu'il donna fous le titre de
Mélite. La nouveauté de ſes incidens
コ rer laCoqmuéidcioemdmeencceeſréerinetuxàotbi--
ſcur où elle eſtoit enfoncée , y
fit courir tout Paris ; & Hardy
qui estoit alors l'Autheur fameux.
du Theatre , & afſocié pour une
part avec les Comédiens , à qui
il devoit fournir fix Tragédies
tous les ans , furpris des nombreuſes
Aſſemblées que cette
Piece attiroit , diſoit chaque fois
qu'elle eſtoit joiće , Voila une jo.
lie Bagatelle. C'est ainſi qu'il ap-
- pelloit ce Comique aiſé qui avoit
ſi peu de rapport avec la rudeſſe
de ſes Vers. Monfieur de Corneille
qui avoit déja cette juſte
economie qui fait la principale
C 4
56 MERCURE
les
beauté des Ouvrages de cette
nature , ne quita point ce genre
d'écrire pendant s.ou 6. années;
& s'il eut en ce temps- là quel
ques Concurrens qui prétendirent
avoir d'auſſi glorieux ſuccés,
il les furpaſſa bien- toſt en donnant
le Cid. Cette Piece qu'on
repréſente encore tous
jours avec l'applaudiſſement
qu'elle mérite , luy ſuſcita un
grand nombre d'Envieux. Ce
fut une guerre déclarée dans
tout le Parnaſſe. On voyoit de
jour en jour de nouveaux Libelles
contre le Cid , & les défauts
que l'on tâcha d'y trouver firent
naitre des Remarques qui eurent
de longues ſuites; mais les
Ecrits de tantde Jaloux ne fervirent
qu'à donner plus d'éclat
à cette piece ; & Horace & Cinna
qui la ſuivirent , furent des ChefGALANT.
1
57
d'oeuvres qui les étonnérent , &
qui leur firent tomber la plume
. des mains. le ne vous dis rien de
tous les autres , qui le font paſſer
avec justice pour le premier
Hommede ſon temps en ce qui
- regarde le Poëme Dramatique.
Ce font les modeles les plus parfaits
qu'on s'y puiffe propoſer.
- Jamais perſonne n'a ſi bien connu
que luytous les refforts de la
Politique , ny mieux ſoûtenu le
caractere Romain. Ce qui le fait
ſur tout admirer dans les excellens
Ouvrages qu'il a donnez au
Public , c'eſt que jamais il ne ſort
de ſon ſujet. Quelque matiere
qu'il ait à traiter , il dit tout ce
qu'il faut dire , il ne dit rien de
plus. Il nous a laiſſé trente- deux
Pieces , dont la plupart ont eſté
traduites en diverſes Langues.
On a imprimé les vingt-quatre
C
58
MERCURE
prémieres en deux Volumes in
folio, & les trente deux en quatre
Volumes indouze . Outre l'Exa-
ر
men de chacune , on y trouve
trois Diſcours qu'on voit bien
qui partent d'un grand Maître ;
Pun de l'utilité é des parties du
Poëme Dramatique ; l'autre, de la
Tragédie , & des moyens de la traiter
selon le vray -Semblable ou le
néceffaire ; & le troiſième , des
trois Vnitez, d'Action , de Iour , &
de Lieu. Monfieur de Corneille
n'eſtoit pas ſeulement à eſtimer
pour la beauté& la force de fon
genie ; il l'eftoit encore par l'exacte
probité qu'il a toûjours fait
paroiſtre , & par des ſentimens.,
de Religion qui ne luy ont jamais
laiſſe oublier la fin principale
qu'un Chrétien doit toûjours
avoir en veüe. Beaucoup
de Gens pourroient rendre téGALAN
T.
59
moignage de ſes exercices de
pieté. Ce fut ce zéle qu'ilatoûjours
eu pour Dieu , quile porta
à traduire les quatre Livres de
l'Imitation , dont on a faitplus de
trente Editions. Il fit enſuite des
Heures qui ſe vendent chez les
Sieurs de Luyne & Blageart.
Tous les Pſeaumes de l'Office de
la Vierge , & pluſieurs autres ,
s'y trouvent en Vers , ainſi que
les Hymnes de l'Eglife. Ils ne
peuvent efſtre que tres -
tournez , puis qu'ils font de luy.
La haute réputation qu'il s'eſtoit
acquiſe , le fit recevoir à l'Académie
Françoiſe en 1647. Il en
eſt mort le Doyen , & a eu trois
Fils , dont les deux aînez ont pris
le party des Armes . Le premier
a donné des marques de ſon
courage dans toutes les occafions
qui ſe ſont offertes pen
bien
C6
60 MERCURE
dant nos dernieres Guerres , où
il a ſervy en qualité de Capitaine
de Cavalerie. Le ſecond , qui
eſtoit Lieutenant de Cavalerie,
fut tué à une Sortie en défendant
Grave, & le troiſiéme fut gratifié
par le Roy il y a trois ou quatre
ans, de l'Abbaye d'Aiguevive
auprés de Tours. Sa Majesté,
qui honoroit. Monfieur de Corneille
de ſon eſtime, luy fit payer
fa penſion , qui eſtoit de deux
mille livres , peu de jours avant
fa mort. On a trouvé dans ſon
Cabinet quelques Ouvrages
qu'on donnera au Public. Ce
Recüeil ſera compofé des deux
premiers Livres de Stace qu'ila
mis en Vers , & de pluſieurs Pieces
ſur divers ſujets. Il y a grande
apparence que les Muſes ne ſe
tairont pas ſur cette mort. Voicy
trois Madrigaux qu'elles ong
GALANT. 61
déja fait faire à Monfieur Petit
de Roüen. Je vous ay parlé de
luy dans deux ou trois de mes
Lettres.
SUR LA MORT
DE L'ILLUSTRE
M DE CORNEILLE.
I.
L
Es Muſes préparoient un riche
monument
A ce fameux Autheur quifitfleurir
la Scene ;
Mais Appollon leur dit n'en prenez
point la peine,
Sa mémoire a dequoy vivre eter
nellement .
Au Regiſtre immortelſes Rimes enrollées,
62 MERCURE
Ces Rimes qu'on admire avec éton
! nement ,
Sont pour cetHomme illustre autant
deMausolées,
I I.
P
Oëtes Grecs & Latins ,
jours la merveille,
deleurs
Furent bien étonnez, lors qu'une des
Neuf Soeurs
Fut prendre parla main l'admirable
Corneille,
Qu'elle mit au defſſus decesfameux
Autheurs.
Pourquoyvous étonner , dit- elle ? Ce
grandHomme
Eft digne de ce rang, n'enSoyez pas
jaloux,
Autant qu'eſt au deſſus de la Grèce ,
& de Rome,
La France , dont LOVIS , rend le
Climat fi doux,
GALANT. 63
Autant ce fameux Poete est au deſſus
devous.
L
III.
E Grand Corneille est mort,le
Théatre François
Helas ! eſt aux derniers abois .
Cefut de ce puiſſant Génie
Qu'il tira fon brillant , & qu'il
reçeut la vie .
Ainſine trouvant plus qui l'appuye
aujourd'huy ,
Et voyant fa gloire ternie ,
Il a pris le party de mourir avec luy .
Les Vers qui ſuivent ſont de
Monfieur Rault , auſſi de Roüen...
SUR LE MESME SUJET,
Q
STANCES .
Voy donc ,
deuil ?
les Muses font en
64 MERCURE
Ie les vois les larmes à l'oeil ,
Et chacune d'elles foûpire ;
Mais leur Frere à leur triſte voix ,
Plusſenſible qu'on ne peut dire ,
Fait ceſſer les airs defa Lyre,
Et les doux charmes deſes doigts.
Par tout en leurfacré Vallon ,
Aux reffentimens d'Apollon ,
Les objets deviennent funebres ;
Et dant ce regretfanspareit,
Leur Montſe couvre de tenebres,
Pourrendre leurspleurs plus célebres
Comme à la perte du Soleil.
A voir ainſi leurs coeurs tranfis ,
L'on juge de la mort du Fils ,
Par les justes douleurs du Pere;
Le trépas en est assuré ,
Et ce Dieu dansſa mort amere,
Perd autant en luy qu'en Homere.
Perdant ce Génie éclairé.
1 65
GALAN T.
Mais pourquoy regreter ſa mort ?
N'est- ce pas envierſonfort ,
Ou ne pas connoistre sa gloire ?
Il vit entre ces beaux Eſprits,
Quifur la Mort ont la victoire,
Et dont l'eternelle mémoire
Doit vivre en leurs divins Ecrits.
Tant que durera l'Univers,
On l'admirera dans ſes Vers,
Autant qu'onfit Virgile à Rome.
Par fes Ouvrages immortels,
Que toute l'Europe renomme,
Comme pour un Dieu,ce grandHome
S'estfait luy- mesme des Autels .
Combien parsa Plume autrefois,
Aux yeux du plus puiſſant des Rois ,
A- t il fait éclater la Scene ,
Lors qu'en leurs plus tendresfoûpirs,
Sa Rodogune , oufa Chimene,
Exprimoient leur amour leur baine,
66 MERCURE
Ou leurs plus violens defirs ?
Mais sçauroit - on mieux étaler,
Juſques où l'on peut faire aler
DesHéros les grandes maximes ?
D'un Trône il faisoit voir le prix,
Quad poury monter par des crimes ,
Vn Tyran , pour droits legitimes ,
Suit l'orgueil dont il est épris .
Sa divine Imitation,
Qui regle chaquepaſſion ,
Defes vertus porte les marques.
C'eſt où l'ame peut voir fon but,
Où les Peuples & les Monarques
Apprenent à braver les Parques ,
Et n'aspirer qu'à leurfalut.
روه
D'où vient doc qu'icy les NeufSoeurs
Marquent parleurs vives douleurs
Le déplaisir qui les confume ?
Ce regret ne naist que d'amour,
Puis qu'unefi divine Plume,
GALAN T. 67
Qui brilloit en chaque Volume,
Ne pourraplus rie,n mettre au jour.
Si la Guirlande de Laurier,
Au Poëte comme au Guerrier,
Eſt l'immortel honneur qu'on donnes
- Corneille peut la mériter,
Car la gloire qui l'environne,
Demande autant une Couronne ,
Qu'un Héros qui la doit porter.
On a fait à l'Abbaye de Farmonſtier
la Cerémonie de la reception
du Coeur de Madame la
Princeſſe Palatine. L'Egliſe du
dehors ſe trouva tenduë de deux
Lez de Drap noir. Au milieu du
Choeur eſtoit une Eſtrade élevée
de trois degrez , fur laquelle il y
avoit une Repreſentation en maniere
de Pyramide , & au deſſus ,
un Dais avec une grande Crêpine
d'argent. Le Lundy au ſoir
:
68 MERCURE
25. de Septembre, Monfieur l'Evêque
de Meaux , revétu Pontificalement
, & accompagné du
Clergé en Chapes, s'étant rendu
dans la Chapelle , appellée la
Chapelle de Grace , où toute
la Communauté l'attendoit en
grands Habits , & avec des Cierges
; Monfieur le Curé de Saint
Sulpice, arrivé à Farmonſtier depuis
quelques heures , entra dans
l'Egliſe avec Monfieur l'Abbé du
Val, Executeur teſtamentaire, &
luy preſenta le Cooeur de la Princeffe
, qui étoit porté par Monſieur
du Pin ſon Intendant ,& par
M' de S.Victor ſon Ecuyer. Il fit
un Difcours ſur les rares qualitez
de cette illuſtre Défunte ; &
Monfieur l'Eveſque de Meaux
Ivy répondit avec beaucoup d'éloquence.
En fuite on porta le
Coeur où chantent les ReligieuGALANT.
69
ſes , & elles commencerent les
Vigiles, qui ne finirent qu'à onze
heures du ſoir. Le lendemain ,
Monfieur l'Evêque de Meaux
celebra la Meſſe ſolemnellement,
&on mit entre les mains des Religieuſes
les Reliques que Madame
la Princeſſe Palatine leur
avoit laiſſées par ſon Testament.
Il y a un petit Chef de Sainte
Berthe , un autre de S. Gombert,
tous deux de vermeil doré , &
-trois petits Reliquaires de Criſtal
- de Roche, qui enferment des Reliques
de ces Saints .
Cette Princeſſe , qui en avoit
quantité , a donné les plus confiderables
à l'Abbaye de S. Germain
des Prez , fondée il y a plus
d'onze cens ans par le Roy Childebert
, qui y offrit entr'autres
choſes des Croix d'un ouvrage
merveilleux , & qui la fit conſa
70 MERCURE
crer à l'honneur de la Sainte
Croix & de S. Vincent. Voicy
ce qui s'eſt trouvé écrit dans le
Teſtament de Madame la Princeſſe
Palatine, fait le huitième de
Mars 1683 .
Je donne le clou de Nostre Seigneur
, avec tous les Papiers qui en
autoriſent la verité & la permisfion
de l'adorer
dictins de l'Abbaye de S. Germain
des Prez .
aux Peres Bene-
Je leur donne encore ma Croix
de Pierreries , avec la Sainte vraye
Croix, que j'atteste avoir veuë dans
les flâmes fans brûler . Cette Croix
est double comme celle de Ferusa
lem , & il y a une double Croix d'or
avec des graveures de Lettres Greques.
Je leur donne encore le Sang mi
vaculeux que j'ay du feu Duc de
Hanover.
GALANT.
71
Je donne encore à l'Abbaye de
S. Germain des Prez les Reliques
que j'ay de S.Casimire, de S.Staniſ-
- las, & de Sainte Fare,fort aſſurées,
avec les Reliques que l'on dit estre
de S. Placide , qui viennent du Roy
- de Pologne, & qui font dans de pe-
-tites Chaſſes d'argent .
A l'égard du Clou , ce n'eſt
- qu'une partie d'un de ceux avec
leſquels le Sauveur du monde
fut attaché à la Croix. Le Roy
Cafimire l'ayant apporté de Pologne,
en avoit fait preſent à madame
la Princeſſe Palatine. Le
Roy Michel qui luy fucceda , le
- redemanda , comme un Tréſor
- qui appartenoit à ſa Couronne ,
& il luy parut ſi précieux , & fi
important à fon Royaume , qu'il
offrit de tres - grands avantages à
cette Princeſſe , ſi elle vouloit
confentir à le luy rendre ; mais
72 MERCURE
elle avoit tant de foy & tant d'amour
pour cet Inſtrument de la
Paffion & de la Mort du Sauveur,
qu'elle le préfera à toutes choſes.
Quant à la vraye Croix,il ne s'en
trouve guére de portions plus
confiderables , ny mieux atteſtées.
Outre les Procez verbaux,
& les autres Actes fort anciens
& fort autentiques , les Lettres
Greques qui font gravées ſur la
Croix d'or , qui eſt enfermée
dans la Croix de Pierreries, marquent
l'antiquité de l'Ouvrage,
& la verité de la Relique ; mais
le Miracle évident dont parle
cette Princeſſe,& qu'elle témoigne
en mourant avoir veu de ſes
yeux , ne laiſſe aucun ſujet d'en
douter. Madame la Ducheſſe de
Brunſvvic ſa Fille , illuſtre Héritiere
de la pieté , aſſure encore à
préſent que ce prodige arriva en
la
GALANT.
73
la preſence de pluſieurs Princes,
& d'un grand nombre de Perſonnes
de qualité. Madame la
Princeſſe Palatine avoit tant de
confiance à la Vraye Croix , &
- à ce Saint Clou , qu'elle les por-
-toit dans tous ſes voyages avec
beaucoup de venération, lesplaçant
toujours dans ſa Chambre
Sau lieu le plus décent,& avec un
tres - grand reſpect . Elle imitoit
en cela la devotion de Charlemagne
, & de pluſieurs autres
Princes,dont les Oratoires portatifs
d'or & de pierreries , remplis
ede ſaintes Reliques , ſe conſer-
- vent encore aujourd'huy dans
les Tréſors de diverſes Maiſons
du Royaume. Ceux qui ont veu
les Atteſtations & les Actes juſtificatifs
du Sang précieux , difent
qu'il n'y a point deReliques dont
on puiſſe moins douter. Celles
Octobre 1684. D
74
MERCURE
de S. Staniflas ne ſe ſont point
trouvées. Pour les autres, le Roy
Caſimire qui les avoit apportées
de Pologne , s'en eſtoit aſſuré,
&la Princeſſe les avoit confervées
avec tout le reſpect qui eſt
deû aux choſes ſaintes. Elles
avoient eſté viſitées en 2673 .
par Monfieur Benjamin , Grand
Vicaire de Monfieur l'Archeveſque
, que ce Prélat avoit dé
puté pour en faire l'examen . Ce
Docteur , apres avoir veu toutes
les Pieces qui font foy de leur
verité , en fit un Procés verbal,
& accorda la permiffion de les
expoſer àla venération des Fidelles
.
Des choſes ſi ſaintes& fi prétieuſes
ne devant pas eſtre tranfportées
ſecretement , il fut jugé
à propos de rendre cette Tranflation
la plus ſolemnelle qu'on
GALANT .
75
pourroit , afin d'exciter la devo.
tion des Peuples. On choiſit
pour cela le Vendredy 29. du
mois paſſé , jour de la Feſte de
S. Michel . Dés le Jeudy , les grofſes
Cloches de S. Germain des
Prez avertirent tout Paris de
cette Cerémonie ; & le lendemain
Monfieur le Curé de S.
Sulpice , avec ſon Clergé , &
toutes les Communautez Religieuſes
du Fauxbourg, ſe rendirent
ſur les deux heures à l'Egliſe
de l'Abbaye s qu'on avoit ornée
de riches Tapis , & de quantité
d'Argenterie. La Proceffion en
_ partir une heure apres par la
Porte Sainte Marguerite ,& alla
dans l'ordre qui ſuit à l'Hoſtelde
Madame la Princeſſe Palatine ,
où eſtoit le ſacré Dépoſt qu'on
alloit prendre. Les Peres de S.
Dominique & de S. Auguſtin,&&
:
L
76 MERCURE
quatre Religieux reveſtus de
des Chanoines Reguliers de Prémonſtré
, marchoient ſelon leur
rang , précedez de leurs Croix
& de leurs Acolites. Meſſieurs
de S. Sulpice ſuivoient ; & les
Religieux de l'Abbaye , au nombre
de pres de cent , fermoient
la Proceffion . Douze Chantres ,
avec des Chapes de Drap d'or
&de broderie , eſtoient au milieu
de leur Corps , & its tenoient
ſeuls le Choeur , pour éviter les
détons que les voix trop éloignées
auroient pû faire. Quand
on fut arrivé à l'Hôtel , les Communautez
Religieuſes , & le
Clergé de S. Sulpice , ſe rangérent
dans les deux Ruës autour
de l'Eglife de la Paroiffe. Monfieur
l'Archeveſque, qui s'eſtoit
rendu à cet Hoſtel quelque
temps auparavant , accompagné
de ſes Officiers , eſtoit à genoux
GALANT.
77
devant les ſaintes Reliques , reveſtu
de ſes Habits Pontificaux.
On les avoit miſes chacune en
ſon rang , fur un brancard
poſe ſur un Autel , qui eſtoit
ſoûtenu d'une Eſtrade élevée ,
& le tout eſtoit couvert de
ſomptueux Ornemens , & d'un
riche Dais . Les douze Chantres
commencerent un Reſpons à
l'honneur de la Croix , apres
lequel le Pere General de la
Congrégation , préſenta les Reliques
àMonfieur l'Archeveſque,
en preſence de Meffieurs les Abbez
de Lamet , & du Val exécuteurs
du Teftament de la Princeſſe
, & luy fit un Diſcours
remply de la pieté ſolide dont il
fait profeffion . Ce Prélat luy
ayant répondu avec l'éloquence
& la grace qui luy ſont ſi naturelles
, encenſa les Reliques ; &
D 3
78 MERCURE
Tuniques, les porterent ſur leurs
épaules . Douze Flambeaux de
cire blanche , aux Armes de la
Princeffe, les environnoient. Les
Chantres entonnerent , & continuérent
les Hymmes de la
Croix, & la Proceffion retourna
à l'Egliſe dans le meſme ordre
qu'elle eſtoit venuë. Des qu'on
y fut arrivé , on poſa les ſaintes
Reliques devant le Grand Autel
, qui estoit magnifiquement
paré , & éclairé d'un tres-grand
uombre de Cierges. On les mit
fur une riche Crédence , élevée
fur une Eſtrade de quatre degrez
, qui eſtoit couverte de riches
Tapis. Monfieur l'Archeveſque
les encenſa de nouveau.
On chanta quelques Antiennes,
&en ſuite ce Prélat entonna le
Te Deum. Les Oraiſons eſtant
dites, les Religieux , & le Clergé
GALANT.
79
de la Paroiſſe , allérent deux à
deux baiſer les ſaintes Reliques ,
& chacun ſe retira . Quelques
jours aprés , les Religieux de
l'Abbaye marquerent leur reconnoiſſance
envers la Princeſſe,
en faiſant un Service ſolemnel
pour le repos de ſon ame.
La recolte des Bleds n'a pas
eſté abondante cette année , à
cauſe de l'exceſſive rigueur de
l'Hyver paſſe ; mais le Prodige
qui eſt arrivé dans ceux de quelques
Contrées de Dauphiné , &
fur tout de pluſieurs Villages des
environs de Grenoble, a quelque
choſe de fort extraordinaire. Il
s'y eſt trouvé des Infectes , ayant
la figure humaine,avec une eſpece
de Bonnet à la Dragonne,qui
les ont perdus entierement. Lors
qu'on les touchoit , ils crévoient
entre les doigts , & il en fortoit
D 4
80 MERCURE
du ſang tout pur , & fans nul
mélange , qui rendoit une tresméchante
odeur. Ce ſang teignoit
tellement le Linge , que
pluſieurs Leſſives ont eu peine à .
l'emporter. La couleur de cet
Inſecte eſtoit dorée , & il prenoit
ſa nourriture par ſon éguillon ,
qui étoit attaché à l'épy . On en
a envoyé icy quelques-uns attachez
ainfi , & j'en puis parler
comme témoin oculaire,puis que
je les ay veus,& touchez. Quand
l'épy n'avoit plus de ſubſtance,
l'Infecte mouroit , & quelques
jours aprés , il s'y formoit une
eſpece de Moucheron fort hideux,
ayant le tour des yeux rouge,&
le dedans blanc , avec une
barre jaune au deſſus . Ce Moucheron
trouvoit moyen de ſortir
par un trou qu'il ſe faifoit ſur le
derriere de la Beſte. Celuy qui
GALAN T. 8 г
écrit , mande qu'il en a veu une
entre les mains d'un Avocat de
Grenoble , beaucoup plus groffe
& plus longue que celles qu'il a
envoyées icy . Elle avoit des cornes
& des oreilles fort grandes
& noires, ainfi que fon muſeau ;
& le bout de deux rangées de
tétons qu'on luy voyoit le long
du ventre , à peu prés de la forme
de ceux d'une Truye. Tout
le reſte de ſon corps étoit d'une
couleur agréable , quoy que fort
bizarre . Le meſme ajoûte , que
ce Prodige a eſté ſuivy d'un autre
, qui eſt , que l'on a veu en
pluſieurs endroits de la Province
, une ſi grande quantité de
Papillons , qu'ils formoient une
nuée , contre laquelle on étoit
contraint d'eſtocader , pour s'y
ouvrir un paſſage. Il aſſure que
pluſieurs Perſonnes dignes de
Ds
82 MERCURE
foy , les ont rencontrez en leur
chemin , & ont eu beſoin de ſe
ſervir ou d'Epées , ou de Bâtons
pour les écarter.
Aprés tant d'Articles ſérieux,
il faut vous faire le récit d'une
Avanture qui réjoüit fort ces
jours paffez une grande Compagnie,
où je l'entendis conter.Un
jeune Homme de Champagne,
qui apparemment eſt de la Famille
de ceux qui ont donné lieu
à l'Epithete de Meneurs d'Ours ,
ne trouvant pas dans ſon Païs
dequoy fatisfaire toute l'étenduë.
deſa curiofité, ſe ſentit preſſéde
l'envie de voir Paris, dont on luy
diſoit tant de merveilles. Il partit
pour en venir eſtre le témoin;
&arrivant par le Trône,la beauté
du Bâtiment ſurprit ſon imagination
, & il s'appliqua fi fort
à le contempler , qu'il donna le
GALANT. 83
temps à quelques Eſtafiers qui
eſtoient là ſans employ , de couper
une Valiſe qu'il portoit derriere
luy. Dans cette Valiſe étoiec
tout fon Equipage, avec des Papiers
d'affez grande conſequence.
Il quitta le Trône ſans s'eſtre
apperçu de rien ; & fon Cheval
qui ſe ſentit moins chargé, l'emmena
en diligence juſques à la
Porte S.Antoine. Là le Cavalier
fit une autre pauſe. Il trouva la
Porte auffi digne de ſon admi.
ration , que ce qu'il venoit de
voir ; & pendant qu'il en liſoit )
les Infcriptions,les mêmes Dévaliſeurs
, ou peut - eſtre d'autres,
eurent le temps de luy prendre
ſon Epée, & un de ſes Piſtolets.
Vous pouvez croire que s'ils luy
laifférent l'autre ce fut ſeulement
parce qu'il ceſſa trop-toſt
de lire. Il continua ſa route juſ

D 6
84 MERCURE
qu'au Cimetiere de S. Ican, toûjours
en regardant les Enſeignes,
& les yeux levez fur chaque
Maiſon . Lors qu'il entra dans le
Cimetiere , fon Cheval , Champenois
ainſi que luy, alla donner
de la teſte dans la Portiere d'un
Carroſſe qui traverſoit , & il
en caſſa la 'Glace. Heureuſement
pour le Cavalier , il n'y
avoit perfonne dedans; mais le
Cocher qui ne luy vit point d'Epée
, & que ſa Glace en morceaux
mit en fureur contre les
deux Champenois , la déchar
gea fur l'un & fur l'autre à grands
coups de Foüet vivement réïterez
. Le Voyageur , peu accoûrumé
à un pareil traitement, crût
devoir montrer qu'il eſtoit brave
,& voulant mettre l'Epée à
la main , il fut fort furpris de la
chercher inutilement. Il ſe dé
GALAN Τ. 8'5
tournapour voir ſi on luy avoit
laiſſe ſa Valiſe ; & pendant ce
temps , un Laquais du Carroffe
pritle Piſtolet qui luy reſtoit , &
le donna au Cocher pour l'in
demnifer d'une partie de ce que
devoit luy coûter la Glace. Le
Champenois ne trouvant ny Piſtolets
ny Epées prit le party
d'eſtre pacifique , & pour fe dé-
*baraffer des coups de Fouet du
Cocher , il n'eut point d'autre
refſſource que de crier au Voleur.
On s'avança à ce bruir.
Quantité d'Enfans l'environnerent
, & quand il eut conté ſon
deſaſtre , toute la confolation
qu'ilen eut , fut de les entendre
pouſſer les cris ordinaires dont
ils ſe ſervent le Carnaval lors
qu'ils voyent paffer des Maſques.
Le Cavalier ne ſcachant ce que
cela vouloit dire , le demanda à
86 MERCURE
une Femme , qui luy paroiſſoit
eſtre touchée de ſon Avanture .
Elle luy répondit en pleurant,
que l'on ſe moquoit de luy. Parbleu
, s'écria- til, on me l'avoit
biendit chez nous , que les Parifiens
eſtoientdes Badauts . Ce reproche
fait un peu à contretemps
, irtita les plus mutins ; &
peut- eſtre auroit- il eu peine à les
appaiſer , ſi cette Femme qui ne
pleuroit pas pour rien , n'euſt eu
l'adreſſe de le tirer de la foule.
Elle estoit du nombre de ces Officieuſes
à leur profit , qui par
des dehors de bonne foy , font
donner les Sots dans les pieges
qu'elles tendent. Apres qu'elle
l'eut conduit dans une Ruë où
elle empeſcha qu'on ne le ſuiviſt
, elle demanda où il avoit
deſſein de loger. Il luy répondit,
qu'il avoit une Lettre pour un
GALAN T. 87
de fesCoufins chez qui il devoit
aller deſcendre , & la pria de luy
enſeigner la Ruë S. Denys , où ce
Coufin demeuroit. La Pleureuſe
qui avoit ſes fins , ayant connu
que la Lettre n'avoit point d'adreſſe
plus particuliere , luy dit
qu'il eſtoit bien tard pour aller
fi loin ; que la Ruë Saint Denys
eſtant fort longue , elle craignoit
bien qu'avant qu'il trouvaſt la
Maiſon de fon Parent, il ne fift
encore quelque méchante rencontre
, & que s'il vouloit la
fuivre, elle le meneroit chez de
bonnes Gens , où il paſſeroit la
nuit luy & fon Cheval à fort
bon compte. Elle ajoûta , que le
lendemain elle le feroit conduire
à la Ruë qu'il demandoit , &
qu'en cherchant ſon Coufin de
porte en porte un peu à loifir , on
le trouveroit bien plus aifément
88 MERCURE
qu'on ne feroit dans l'obſcurité.
Ce qui estoit arrivé de jour aur
Champenois , luy donna lieu de
craindre la nuit. Elle estoit déja
fort noire , & il crut ne pouvoir
rien faire de mieux que de ſe lai
fer conduire. La Femme qui ſe
montroit ſi charitable pour luy,
le mena dans une Ruë un peu
écartée , qu'elle luy dit s'appeller
la Ruë des Manteaux perdus.-
On l'y traita affez bien. Son
Cheval fut mis à l'Ecurie , & il y
paſſa la nuit auffi à ſon aiſe que
le pouvoit eſtre un Homme d'évaliſé.
Le jour ſuivant , la Femme
ſe contenta de ce qu'il voulutdonner,
luy témoignantamiablement
qu'elle ne l'avoit prié
de venir chez elle , que dans la
crainte qu'il n'allaſt loger en lieu
où il ne peuſt demeurer maiſtre
de ſa bourſe. Aprés qu'il eutdéGALAN
T. 89
jeûné,elle chargea un Garçon
de le mener à la Ruë Saint Denys
, & de ne le point quitter
qu'il n'euſt trouvé ſon Parent.
Pour fon Cheval , elle l'aſſeura
qu'il eſtoit en fûreté,&qu'il n'avoit
qu'à l'envoyer prendre à
telle heure qu'il voudroit. Il s'en
alla fort fatisfait d'elle , & fuivit
fon Conducteur , qui eſtant inſtruit
, joua ſon rolle admirablement.
Il mena le Campagnard
par le Pont neuf, pour luy faire
voir le Cheval de Bronze ; &
l'ayant de là conduit par les Halles
, il n'eut pas de peine à s'évader
parmy la confufion de Gens
dont elles ſont pleines les jours
de Marche . Le Champenois de
meura ſans Guide , & crut l'avoir
perdu par ſa faute , pour
s'eftre indifcretement mêlé parmy
ce Peuple , dont l'affluence
<
90
MERCURE
l'avoit tant ſurpris. La Ruë qu'il
cherchoit n'eſtant pas fort éloignée
, il eut peu de peine à la
trouver ; & enfin, aprés qu'il eur
fait diverſes enqueſtes , on luy
enſeigna le Logis de fon Parent.
Il le connoiſſoit , l'ayant veu à
Troyes, où il alloit quelquefois ,
& à peine l'eut- il embraſfé, qu'il
luy conta toutes ſes diſgraces.
Ce Parent le conſola , en luy diſant
que tous les Provinciaux, &
fur tout ceux de Champagne ,
eſtoient ſujets à de pareils accidens.
Il fut queſtion de ſon Che
val. Il dit qu'il l'avoit laiſſé à la
Ruë des Manteaux perdus, chez
une honneſte Bourgeoiſe qui l'a
voit traité avec des bontez inconcevables
. Quoy que perfonne
dans cette Maiſon ne connut
cette Ruë - là , il ſe tint fort für
de la trouver , pourvu qu'on le
GALANT. 91
conduifit au Cimetiere S. Jean.
Il y alla auſſi- toſt qu'il eut dîné,
mais ſes recherches furent inutiles.
Les Crocheteurs,& autres
Gens de cette nature , l'affurerent
que dans tout Paris il n'y
avoit point de Ruë qui portaſt
ce nom. Il connut par là qu'on
l'avoit du pé,& que cette Femme
ſi officieuſe n'avoit pris ſes intereſts
que pour s'approprier fon
Cheval. Cependant , comme en
perdant ſa Valife , il avoit perdu
pluſieurs Papiers qui luy étoient
d'importance , il fit afficher au
coin de toutes les Ruës, que l'on
donneroit dix Loüis d'or à celuy
qui les viendroit rapporter. Il
y avoit parmy ces Papiers une
Obligation d'une ſomme confiderable
dûë par un Conſeiller du
Parlement de Bordeaux , & une
Procuration en blanc pour la re
92 MERCURE
cevoir, ou en faire les pourſuires,
ſi on refuſoit de l'acquitter. On
luy vint dire quelques jours
aprés , qu'un Homme eſtoit allé
en poſte à Bordeaux , avec des
Papiers que l'on figuroit ſemblables
à ceux qu'il faifoit chercher.
Il prit auſſi la poſte ſur l'heure
pour la meſme Ville , croyant
qu'il n'y pouvoit arriver trop tôt
pour empécher que l'on ne payât
l'Obligation à quelque Inconnu .
Il y doit eſtre depuis trois ſemaines
; & il n'y a pas d'apparence
qu'il en revienne fans que les
Gaſcons, qui font naturellement
adroits, luy donnent encore d'u
tiles leçons pour ſa conduite.
Si j'en apprens quelque choſe ,
je n'oublieray pas à vous le faire
ſçavoir.
J'ay appris que le Chinois qui
a eu l'honneur de falüer le Roy,
F
GALANT.
93
&dont je vous ay parlé dans ma
Lettre du dernier mois , eſt Fils
d'un Medecin de la meſme Nation
, & que fon Pere , & fon
Grand - Pere , eſtoient Catholiques.
Comme les Chinois ne font
pas moins polis que ſçavans , &
que la galanterie eſt en uſage
chez eux , celuy- cy voyant que
Monfieur le Duc examinoit fon
Habit avec quelque forte de
curiofité, prit la liberté de le luy
offrir , encore qu'il ne connuſt
pas ce Prince pour cequ'il étoit.
Monfieur le Duc le refuſa , mais
il ordonnaſt qu'on priſt ſa meſure
pour luy en faire un à la Françoiſe
, voulant qu'on le fiſt trésmagnifique
, & qu'onleluy portaſt
de ſa part ; afin qu'eſtant de
retour en fon Pays , il puſt s'habiller
comme l'on s'habille en
France. Ce que je vous promis
94 MERCURE
dans la même Lettre à l'occafion
de ce Chinois , touchant l'Ecriture
Chinoiſe , a donné lieu à
Monfieur Comiers de faire graver
les Alphabets des Langues
Orientales que je vous envoye.
Vous trouverez quantité de
choſes tres- curieuſes dans ce
qu'il écrit tout de nouveau à ſon
Amy de Province.
GALANT. 95
1
BIBLIOTE
LYON
* 1893 *
en 1654. dan weis a les au

GALANT. 95
hìnhnhnhn
II LETTRE
DE ME COMIERS
d'Ambrun , DocteurenTheologie
, Profeſſeur des Mathématiques
à Paris.
CONCERNANT
LES LANGUES
ET ECRITURES .
Ousſouhaittez , Monsieur, une
Lettreplus longue que ma précedente
, concernant la diference
des Langues & Ecritures , & vous
m'ordonnez de parler monstile Laconique.
Voicy pour vous obeïr, quelque
chose du peu que j'en avois-appris
à Lyon , quand je m'y trouvay
en 1654. dans le deffein d'aller au
2
96 MERCURE
Tonquin avec les Peres Alexandre
de Rhodes d' Avignon , & Ignace
Baudet de Grenoble , Iéſuites . Vous
Savez que la moiſſon des Ames est
tres-grande en ce Pais- là , & le
nombre des Ouvriers tres- petit , &
que les Mathematiques donnent
par tout entrée.
Ie ne sçaurois mieux commencer
la Planche des Alphabets des Lan.
gues Orientales , que parle Sacro
Saint.
NOM DE DIEU.
Jehovah écrit en Lettres Hébraïques
, tel que par ordre divin
il estoit gravéfur la Lame d'or que
Aharon le Grand - Prestre portoit
toûjoursfurfon front . Voyez l'Exode
chap. 28. verf. 6. C'est ce mesme
Nom écrit que nul ne connoiffoit
que Dieu ſeul , & que
Saint
GALANT.
97
Saint Jean vit dans l' Apocalypse
chap. 19. verf. 12 .
Ce nom Treſſacro ſaint , n'estpas
de l'invention des Hommes , puis
que Moise nous affeure dansl'Exode
chap. 3.que Dieu luy ordonna de
dire au Peuple d' Ifraël IEHOVAH
Dieu de vos Peres m'a envoyé
à vous Et au chap 6. Dieu avoit
dit à Moife , le n'ay pas expliqué
mon Nom à Abraham , à Ifaac
ny à lacob .
-Les Rabins diſent avec raiſon,
que ce nom qui s'écrit par quatre
lettres, un lob , un He, un Vau , &
encore un He , est un Nom inéfable,
ou imprononçable , par'le manque
des voyelles . Ils ajoûtent que ceNom
est unNom ſéparé , incommunicable
, étant le Nom effentiel de
Dieu , parce que ces quatre lettres
eftant diféremment tranſpoſées , ne
changent point leurfignification de
Octobre 1684. E
1
98
MERCURE
Leffence divine ; & il n'en est pas
de mesme des noms impofizpar les
Hommes , dont les mesmes lettres
transpofées aux Anagrammes , fignifunt
des choses tres diférentes.
Sa prononciation eſt auſſiincertaine,
•par le manque des voyelles ; car les
points, employez pour voyelles n'eſtoient
pas en ufage du temps des
72. Interpretes , qu Eleazar le Prince
des Prestres envoya à Ptolomée
Philadelphe avec la Sainte Ecriture
, pour la traduire en Grec. L'Original
Hébreu estoit écrit sur du
vêlin ou parchemin préparé. C'est
Iofephe qui l'afſſeure dans le douziéme
Livre des Antiquitez Iudai
ques...
DES LANGUES .
A la naiſſanoe du monde , tous
Animaux terrestres , les Poiffons
THELUZ
GALANTLY
les Oiseaux & les Hommes, n'a
voient , dit Philon, qu'une mesme
Langue , c'est à dire , qu'une meſ
me parole ou inftrument de ſocieté,
où maniere d'exprimer leurs penfees;
& Bochartus dit que leSerpent
converſoit depuis long- temps
familiérement avec Eve. C'estpourquoy
le Diable s'en servit comme
d'un Promoteur pour ſéduire Eve ,
& la porter par ses mauvais rai-
Sonnemens à goûter du fruit de l'Arbre-
défendu ; ce qui fit que le Serpent
fut maudit de Dieu , Sauf,
comme dit un Pere de l'Eglise à
exiger du Diable la récompense ,
de Proſtitutæ vocis vænalis audacia.
Les Anges mesme parloient entr'eux
la Langue universelle , que
nous appellons maintenant Langue
Hébraïque , puis que le Prophete
Ifaye chap. 6. entendit les Chern
E 2
100 MERCURE
bins chantans alternativement Kadofch
Kadoſch , Kadofch ,
JEHOVAN , Tzebaoth , Melo
chal haaret Cebodo . C'est à dire
Saint , Saint , Saint eſt le Seigneur
Dieu des Armées , & fa
Gloire remplit toute la terre.
La Langue , Hébraïque ceffa
d'estre univerſelle en l'année du
monde 1759. lors de la diviſion de
la terre entre les trois Fils de Noé,
Sem , Cham , & Japheth ; Epoque
marquée dans la Geneſe chap. 10.
verſ.25 , par la naiſſance du Fils
d'Hober , nommé Phaleg , Divifion
, parce que pour lors la terré
fut divisée, Vous en sçavez l'Hiſtoire.
Les Hommes depuis le Déluge
avoient habité les Montagnes
d'Arménie , ils en descendirent,pour
aller directement occuper & remplir
toute la terre , Suivant que
Dieu leur avoit ordonné aufortirde
GALANT. ΙΟΙ
l'Arche , Geneſe 8. verf.16 . mais
ils s'arreſtérent tous pendant trente
ans dans les belles Plaines de Sennar
, où par le Confeil de Nimrod
ils bâtirent la grande Ville & la
fameuse Tour de Babilone , que Dieu
appella Babel , Genese 11.0.9.parce
qu'il y confondit les Langues , en
forte que les trois lignes de Sem ,
Cham & Japheth, nepouvantplus
s'entendre, ſeſéparérent pour aller
occuper & remplir les parties de la
Terre que Noé leur avoit aſſignée
en partage .
La Langue univerſelle qui avoit
esté infuse à Adam dans le Iardin
d'Eden , resta pure à Heber , duquel
elle a depuis tiré fon nom
d'Hébraïque. Luy , nysa lignée , ne
furent pas compris dans la peine des
autres Hommes , puis qu'Abraham
estant forty de Chaldée , & venu
habiter la terre de Canaam , ils
E3
102 MERCURE
ne furent pas de l'entrepriſe de la
Tour de Babylone , qui avoit déja
vingt-Sept mille pas de hauteur ,
fi on en peut croire les Juifs dans
leur Livre Jalcut.
La Langue Hébraïque a toûjours
duré parmy les Hebrenx , mesme
apres qu'ils furent apellez Ifraëlites
, depuis que l'Ange ayant
luité toute la nuit avec Iacob, l'eut
nommé ISRA-EL , du verbe fara ,
qui fignifie dominer , dont le futur
eft Isra , auquel l'Ange ajouta
le Nom de Dieu EL , & appella
Iacob ISRA- EL , Prince , ou Dominateur
avec Dieu. Mais les Iuifs
dans la captivité de Babylone
meflèrent leur langueHébraïque
avec la Chaldaïque. Ce mélange
forma la Langue Syriaque , qu'ils
ont toûjours parlé depuis la Capti
vité de Babylone juſques àpréſent ;
c'est pourquoy le Syriaque estoit la
GALAN T.
103
Langue naturelle des Apoftres , de
Ierufalem , & de toute la Iudée.
Ilſemble que Simon Stevin, Mathematicien
de fon Excellence le
Prince Maurice de Naſſau , ait
voulu conclure que la premiere
Langue est le Bas - Allemand ,
qu'on parle purement en la Noort .
Hollande. Cette Langue , qui est
plus certaine&plus brieve, eſtanz
bâtie fur des noms & verbes primitifs
qui font monosyllabes. C'eſt
pourquoy dés la 114. paze de fa
Geographie , ildonnefept cens quarante-
deux verbes monosyllabes en
Bas-Allemand ; & le Latin n'en
a que cinq , & les Grecs n'ont
proprement point . Ila auſſi donné
mil quatre cens vingt-huit noms ,
pronoms , & prépositions monosyllabes
en Bas-Allemand ; & la
Langue Latinen'en a que cent cinquante
huit , & la Grecque deux
cens vingt.
104
MERCURE
Bien que dans toute la Sainte
Ecriture je n'aye trouvé que les
noms de dix- neufLangues , lenombre
on est infiniment plus grand. En
effet, comme dit Saint Paul 1. Cor.
14. 10. Il ya tant de diverſes
Larigues dans le monde . Et il
ajoûte, le ſouhaite que vous ayez
tous le Don des Langues ...... Je
loue mon Dieu de ce que je
parle toutes les Langues que
vous parlez.
A
Comme Dieu avoit diſperſé les
Honmes fur la Surface de la terre
par la différence des Langues ,le
S. Esprit donna le Don des Langues
aux Apostres , pour peu pouvoir
prêcher l'Evangile àa tous les Hommes
de la terre. Enfin apres la
Resurrection , qu'il y aura , comme
dit S. Pietre auverſet 13. chap.
3. de ſa 2. Epitre , de nouveaux
Cieux , & une nouvelle terre ,
GALANT.
105
/
pour lors Dieu redonnera , comme
dit le Frophete Sophonie , une
meſme Langue à tous les peuples
, ſous un ſeul Roy. Si noftre
Langue n'est pas encore univerſelle,
elle la deviendra. C'est ce que dit
autrefois Heius Capito, difputant
contre Pomponius Marcellus , en
présence de l'Empereur Tibere , de
certains mots peu Latins de l'oraiſon
de l'Empereur ; S'ils ne le
font pas , dit Capito , ils le deviendront
.
Le Sanhedrin , ou les Gens du
Conseil des Iuifs , entendoient foixante
& dix Langues. Apollo .
nius Thianeus entendoit mesme
le langage des Oyfeaux. Mithridate
, Roy du Pont , parloit corre-
Etement vingt - deux Langues.
Origine Africain ſçavoit la Latine
, la Grecque , l'Hébraique , la
Syriaque & l'Egyptienne. Augu-
Es
)
106 MERCURE
ſtinus Nebienfis , & Poltel Bas
Normand , sçavoient presque toutes
les langues du monde . Le luif Jonadab
de Maroc poſſedoit vingthuit
langues. Le Bacha Gefnebei ,
qui pendant plusieurs années feruit.
de Dragomanou Interprete à l'Empereur
Soliman , parloit Ture,Moresque
, Arabe , Tartare , Perfan ,
qui est de toutesles langues la
plus facile , Arménien , Sclavon ou
Sarmate , qui est une Langue de
tres grande entendue , Moscovite ,
Allemand , Latin , Italien , Francois
& Espagnol. Du temps de
Iean H. Roy de Portugal , le nommé
lean Pierre Portugais sçavoit
presque toutes les Langues , & fut
fort conſideré du Roy d'Ethiopie.
Scaliger parloit doctement pluſieurs
Langues.
L'Empereur Charles IV. parloit
avec éloquence les cinq principales
GALANT. 107
Langues de l'Europe , & obligea
par un Edit Impérial les Electeurs
de les apprendre.
DE LA PAROLE.
Le bon ſens eft de tout Pais ; on
pense par tout d'une meſme maniere
,&la langue est l'instrument de
la parole, par laquelle l'esprit met
au dehors ce qu'il a conçu en fon
particulier ; & comme la parole&
l'écriture font les habillemens que
nous donnons à la pensée , pour la
vendre manifeste aux autres ; on
parle , on prononce &on écrit difé.
remment depuis 3887. ans ; car en
L'année du Monde 1759. lors du
partage de la Terre , l'unité & la
fimplicité de la langue & de l'écriture
furent multipliées à la Tour
deBabel
La parole est lefigne ou l'inter
E6
108 MERCURE
pretation de la pensée. Ælianus
lib. 14. cap. 22. variar. hiftor..
rapporte que le Tyran Trizus, pour
ôter à ſes Sujets les moyens de con-
Spirer contresa Perfonne , leur dé
fenditfur peine de la vie de parler
en public ny en particulier. Ils em.
ployerent les divers mouvemens des
yeux , & les diférens gestes des
mains , pour exprimer leur misere,
& refoudre le moyen de s'en dé
livrer
Cette maniere éloquente de par-
Lerpar lesyeux , est affez ordinaire
aux Amans. Ovide leur en a donné
des leçons. Les Romains avoient une
espece de Comédiens , appellez Mimes
, qui fans dire un mot joüoient
parfaitement leur rôlle par gestes,
fignes & grimaces. Les Mücts du
Serrail s'entretiennent de la forte.
Cette maniere est mesme en usage
paprès de la personne du Grand
GALAN T.
109
Seigneur , en presence düquel c'est
un crime de ſe parler.
La parole a divers accens , c'est
à dire quelque chose de diferent
dans la prononciation d'une mesme
Langue. Ainsi tous ceux de la Tribu
d'Ephraïm prononçoient Siboleth
, au lieu de Schiboleth , qui
fignifie Epy ; ce qui les fit reconnoistre
au paſſage du Lourdain , &
leur cousta quarante deux mille
Hommes , qui furent égorgez par
les Galaadites. Voyez en l'histoire
dans le 12. chap. des Iuges , Sous
Jepthé.
S. Pierre estant chez Caïphe ,
fut reconnu par son accent estre de
Galilée.
Theophraste fut reconnu par une
Vieille d' Athenes, estre Etranger par
fon accent. Pollio blâme Titelive de
Sa Patavinité,& on reprochoit à
Virgile , Mantuanois , qu'il ne par
110
MERCURE
loit pas Romain. A préſent on dit ,
Lingua Toscana in bocca Romana
. Tertullien Sentoit l' Affriquain
, Seneque , Lucarn & Quintilien
, l'Espagnol , & S. Hilaire
S. Prosper ,le Gallicanisme de
leur temps .
Les Canadois en parlant ne remüent
point les machoires , mais la
langue Seulement. Ainsi ils ne peu.
vent prononcer aucune consonante
labiale ; c'est pourquoy en priant en
noſtre Langue,ils difent Nôtre Tere,
au lieu de Noftre Pere..
Les Chinois parlent en chantant,
car les diférens tons d'un mesme
mot , luy donnent la valeur de dife.
rentes fignifications , comme on le
peut connoistre par le monosyllabe
Po, qui en a onze diferentes ,fui
vant ſes onze diferentes accentua
tions. Voyez les dans la Planche. Le
jeune Chinois Mikelh Xin m'ap
GALAN T. III
prit ces onze diferens tons, que j'eus
bientoſt confondus. Je n'en dis pas
autant de nostre premiereSyllabeBa,
laquelle estant prononcée ſuivant
ces accentuations , Ba. Bà. Ba ? Bá
que le P. Alexandre de Rhodes m'aprit
à Lyon ,ſignificut en Langue
Tonquinoise des choses bien diférentes.
On en trouve l'explication
dans la 85. page de l'Histoire du
Tonquin , que le Pere fit imprimer
en 16.3.2. :
Confufius , Docteur des Chinois,
a retenu cette façon de parler en
chantant , qui estoit commune à
tous les Hommes avant leur difperfion.
Cela est si vray , que les Rabins
, ou Docteurs des fuifs , lifent -
dans les Synagogues l' Ancien Te-
Stament par un chant meſlé du Mufical
& du Rhétoricien , ſuivant
leurs motions grandes ou petites.
ou bréves , qui font les cing voyel
112 MERCURE
>
les marquées depuis peu de fiecles
par diférens points , que vous tronverez
dans la Planche , au bas de
I'Alphabet Hébreu. Ils ont encore
feize diférens accens , dix Royaux
&fix ferviles , &c. qui marquent
la modulation du ton de chaque
Syllabe , par la diferente flexion
de voix , lente , précipitée , élevée,
baſſe , rude , douce , &c. pour bien
émouvoir les paffions par ces diférens
mouvemens de la voix. Nos
anciens Druides apprenoient , com.
me dit Tacite , à parler de laforte
harmonieusement en chantant ; ce
que nous pratiquons folemnellement
aux Epîtres , aux Evangiles , &c.
Et c'est sans doute pourquoy on dit
en Hollande , Canis fruſtra , Vous
chantez inutilement ; pour fignifier,
Je ne vous entens pas .
C Diodorus Siculus , au troifié
me Livre des anciennes Traditions
GALANT.
113
dit que les Habitans d'une Iſle au
delà de l' Arabie , ont l'inftrument
de la parole , c'est à dire la langue
, fendüe en deux ; que leurs
paroles imitent les chants des Oy
Seaux , & qu'en mesme temps ils
parlent & difputent tout à la fois
avec deux diférentes perſonnes.
Si Jule Cefar , qui liſoit , écrivoit,
&dictoit à trois Secretaires , avoit
eu la langue ainſi diviſée , il auroit
efté plus que in utroque Cefar ,
grand par la Plume &par l'Epée.
DE L'ECRITVRE .
Si l'usage des Lettres n'est pas
êternel , comme diſoit Pline lib.7 .
cap. 54. du moins il eſt auſſi ancien
que le Monde , puis que le
Texte Chaldaique du 21. Pleaume
porte qu' Adam le compoſa pour
rendre graces à Dieu de Sa Crea
2
114 MERCURE
tion. Ce pourquoy je ne puis fouffrir
que les Hebreux appellent
l'Art d'écrire Dikdok , fubtile
invention ; car si l'écriture estoit
d'invention humaine , Moife auroit
dit le nom de l'Inventeur ,
Ryant marqué dans la Geneſe celay
des choses moins utiles & moins
conſidérables, comme lenom d'Ana,
au chap. 36. verf. 24. qui trouva
L'origine des Mulets.
Lucain dans le z . liv. Pharfal.
au 280. Vers , dit que
Phoenices primi , famæ fi creditur
, aufi
Manfuram rudibus vocem fignaſſe
figuris.
Mr de Brebeuf, parlant du Soldat
Phænicien , Païs autrefois babitépar
lesHébreux , dit ,
C'eſt de lay que nous vient cet
art ingenieux
De peindre la parole, & de parler
aux yeux ,
GALANT.
115
Et par les traits divers des figures
tracées
Donner de la couleur & du
corps aux penſées.
Les termes de la ss . Epître de
S. Bafile font trop beaux pour estre
oubliez . On doit , dit- il , mettre
au nombre de plus grands Dons de
Dieu , celuy de l'Ecriture , puisque
nous conférons & uniffons nos pen-
Sées , bien queseparez par une immenſe
distance de temps&de lieux.
Mutuò coalefcere dedit. A quoy
Diodorus Siculus , lib . 12. Bibliothecæ
, ajoûte,qu'avec les livres les
Morts demeurent avec nous , &
parlent avec nousfamiliérement.
Leplus ancien de tous les Livres
eft celuy des Propheties d'Enoch.
Il estoit le feptiéme depuis Adam ,
& écrivoit long- temps avantle
Deluge. L'Apostre S. Jude par
116 MERCURE
le de ce Livre dans le 14. verfet
de fon Epitre Canonique. Origine
le cite , & S. Augustin au chap.
38. du 15. Livre de la Cité de
Dieu , aſſure qu'Enoch les avoit
écrites.
S. Epiphane affure auſſi que Seth
avoit écrit ſept Livres. Les enfans
du mesme Seth , pour transmettre
leurs obfervations Astronomiques
auxfiecles à venir , malgré les De..
luges d'eau & defeu qu'Adam leur
avoit prédits , les graverent fur
deux Colomnes , l'une de pierre , &
l'autre de brique. La Colomne de
pierreſubſiſtoit encore dans la Surie
du temps de Jofephe , ce qu'il aſſure
dans ſon premier Livre des Antiquitez
Judaïques .
Simplice , & pluſieurs autres
anciens Autheurs , disent que Caliſtene,
qu'Ariftote préſentaàAlexandre
le grand à laprise de Ba-
L
i
GALANT.
117
byloney avoit trouvé des Infcri.
ptions Astronomiques d'environ
Soixante ans apres le Deluge.
Job, ce véritale bon & pauvre
Homme, petit.fils de Nachor Frere
d'Abraham , écrivit ta belle
Histoire de fes propres disgraces ,
long temps avant la naiſſance de
Moïse, partie en Vers , dont la
Rime est semblable à la Françoiſe.
Son Amy Balda au chap.8.v.8.le
renvoye à feüilleter les Regiſtres
de la mémoire de leurs Peres .
La Sainte Ecriture, au Livre de
Jolué fucceſſeur de Moise , nous
apprend que Caleb prit la ville
d'Abir , qu'on appelloit longtemps
avant Moise , Cariathſepher ,
c'est à dire la Ville des Lettres ,
celebre Académie & Bibliothéque.
Iofue ch 15. v.15.

- C'est du doigt de Dieu que fes
Commandemens furent gravezfur
118 MERCURE
les deux Tables de marbre qu'il
donna à Moise , & que le Prophete
Ierémie cacha depuis avec l'Arche
& le Tabernacle dans des Cavernes
; & on ne les trouvera que
lors que Dieu aura appellé tous les
peuples. Cefont ces paroles du Prophete
lerémie , que vous trouverez
dans le ſecond chapitre du ſecond
Livre des Machabées .
Des divers mouvemens
de l'Ecriture.
Les Hébreux , les Chaldéens, les
Samaritains , les Rabins ; les Arabes
; les Turcs & les Perfans, écri
vent de droite àgauche, Les Grecs,
les Latins , les Arméniens , les
Ethiopiens , & les Indiens duMalabar,
écrivent commenous degauche
à droite. Enfin les Chinois, Cathains&
Laponois, écrivent dehaut
GALANT. 119
en bas ; ce que j'ay obſervé dansla
Planche , ayant ainsi écrit la ſignification
des caracteres Chinois.Confuſius
a voulu ainsi écrire , pour
éternifer la memoire de la defcente.
de la Tourde Babel.
Je neparleray pas contre ces Gră.
mairiens ridicules, qui veulent écri
re d'une façon , & lire d'une autre,
changeant laprononciation de beaucoup
de lettres. Voyez dans Lucien
au Iugement des voyelles ,laplainte
qui en fut autrefois formée. Pour
moy, jeſuis duſentiment d' Auguste,
qui , au rapport de Suetone , diſoit
qu'ilfaut écrire comme l'on parle,
DES LETTRES.
La pensée est diferemment ba
billée par la parole ,&la parole par
les diferens traits des Lettres. Les
Hebreux avoient deuxfortes de ca-
1
120 MERCURE
)
racteres; le Courant , &le Sacré.
Le Courant est celuy que nous ap.
pellons Samaritain , du nom de la
plus grandepartie des luifs. Ce caractere
courant & ufuel estoit tresconnu
de tout le Peuple d'Iſraël ;
c'est pourquoy Ezechiel au chap.9 .
vit celuy qui avoit l'Encrier d'un
Ecrivain , auquel Dicu dit de marquer
la lettre Thau fur le front
des Fidelles , pour les garantir &
delivrer du dernier des malheurs.
Ce qui est reduit dans le 7. chap.
de l'Apocalypse. Or cette lettre
Thau , qui est la derniere de l'Alphabeth
, est une Croix ; ce que l'on
prouve par les Sicles d'argent que
Salomon fit frapper ; & tout cela est
le Mystere de la Croix triomphante
avec laquelle le Sauveur du monde
viendra à la fin des temps ſeparer
les Bons , & les recüeillir dans la
Gloire. Auſſi est- ilà remarquer que
Les
GALANT.
141
les vingt deux lettres Hébraïques
n'ont jamais changéd'ordre ; ce que
vous pouvezvoir dans les Stances
on Pauses du 118. Pfeaume , &
aux Lamentations de Ieremie.
Le Caractere Sacré chez lesHe
breux , a toûjours esté quarré. C'est
pourquoy Esdras , lors qu'apres la
Captivitéde Babylone il dicta par
memoire les Livres Sacre,zsefervit
du mesme caractere quarrédont
Moyse avoit écrit ſes Livres du
Pentateuque.
2
Les Hebreux ont cinq lettres doubles,
Caph, Mem,Num,Pe, Sade,
dont l'employ est diférent au com_
mencement , au milieu , ou à lafin
des mots. Cette obſervation est tresimportante
à ceux quientendent la
Cabale , puis que la lettre Mem ,
qui est toûjours au commencement
& au milieu des mots . eftfermée
dans le mot Le Marbe du v. 6.-
Octobre 1684.F
142
MERCURE
ch. 9. de la grande Prophetie d'ISaye
, & que de cetteſeule lettre en
cefeul endroit fermée au milieu
d'un mot , Galatinus lib. 7. cap .
14. prouve que le Meſſie naiſtroit
d'une Vierge toûjours Vierge.
Les Arabes ont aussi diférens
Caracteres de lettres pour le milieu
& pour la fin des mots , qui
n'ont pû estre contenus dans la
Planche.
LesHébreux n'ont que vingtdeux
lettres. Elles sont fignifica
tives . Eufebe de Cefarée , & S.
Ierôme , les interprétent. Le Cardinal
Bellarmin dit qu'elles ont tiré
leur nom des choses auſquelles
leurs traits ou figures ont quelque
rapport.
I'ay remarqué que l'écritureHebraique
est la mere de celle de tous
les autres Peuples , puis qu'ils ont
conservé l'ordre & le nom des let.
tres Hebraiques... ขายไอ
GALAN T.
143
L'ordre & le nom des Lettres
Hébraïques.
Aleph. Beth. Gimel.Daleth.
Latin,A. B. C. D.
Grec. Alpha.Bita,Gamma.Delta.
Arab. Alif. Be. Gim. Dal.
Syriaq.Aolet. Beth.Gomal. Dolat.
Les Latins ont ajoûtéde temps à
autre d'autres Lettres,& les Ethiopiens
ont troublé l'ordre & les figu
res des lettres Hébraïques.
Les Chinois , au lieu de lettres ,
ont fait des chifres diférens pour
chaque mot, de peur de tomberdans
la mesme confusion qu'ils avoient
experimentée à la Tour de Babel.
Diodit que Mecenas inventa des
caracteres pour chaque mot. S. Cyprian
Martyr les augmenta pour
l'usage des Chrétiens. Ceux qui ,
fuivant leur charge au Senat Ro
F2
143
MERCURE
main , par de feuls caracteres pour
chaque mot écrivoient les Edits &
tous les Arrests du Senat , furent
apellez Notaires , àNota , comme
dit S. Ifidore. Manilius en parle en
ees termes.
Hic & fcriptor erit felix , cui littera
verbum eſt ,
Quique Notis linguam ſuperet
curfum loquentis ;
Excipiat longas nova per com-
-pendia voces.
L'obscurité & l'ambiguité de
cette écriture qu'on appelloit auſſi
Sigla , obligea l'Empereur Justinien
d'écrire au Senat & à tous les Peuples
, qu'il condamnoit à la peine de
faux ceux qui écriroient ainſi ſes
Loix , & les Arrests rendus . Les
Anglois excellent dans cet Art d'ecrire
promptement , & que nous
appellons Tachygraphie .
GALAN T.
145
Sur quoy écrivoient les Anciens.
2
Iob au 19. chapitre fournit la
preuve incontestable,qu'avant Moi-
Se on écrivoit dans des Livres , ou
Surdes Lames deplomb,avec unstile
ou pointe de fer.
Dion au 46. liv. dit , qu'Octave
&Hircius écrivirent en Lames de
plomb tres minces à Decius ,de ne
Se pas rendre à Marc-Antoine ,&
d'attendre leur pardon.
Les Anciens écrivoient auſſi.com
me dit Pline lib . 13. fur des feüilles;
ce que l'on a depuis pratiqué dans
I'Amérique.C'est pourquoy lesAmévicains
portoient tres-grad respect&
à l' Arbre, &àſes Feüilles écrites
dont ils estoient les porteurs ; ils
croyoient que quelque Esprit les
animoit , & diſoit tout auxEspagnols.
F 3
146 MERCURE
Les Anciens écrivoient auſſiſur
des Ecorces déliées , que les Latins
appellent Libri , qu'ils tiroient des
Tillots , des Platanes , des Fresnes ,
& des Ormeaux , lors que ,
ditLucain ,
comme
Nondum flumineas Memphis
contexere Biblos
Noverat.
A l'usage des Ecorcesfucceda le
Papier, qui estoit une plantefemblable
au long qui croiſt dans les
Marais d'Egypte , ou l'eau du Nil
restoit apres fon inondation. On
portoit cette Plante àune petite
Ville appellée Charta , c'est pourquoy
Lucain diſoit ,
Conferitur Bibula Memphiris
Charta Papyro .
LeProphete Ifaye au ch. 18.parledes
Nafcelles de Papier. Ptolo-
د
GALANT. 147
mée Philadelphe , pour empeſcher
Eumenes de faire une Bibliothéque,
défendit le transport du Papier.
Eumenes trouva à Pergame le
moyen de faire préparer les peaux
des Animaux , c'est pourquoy de
Pergame elles tirent leur nom de
Parchemin.
Enfin on à trouvé la belle maniere
de faire des Feüilles blanches
&déliées , avec de vieux linges
trempez & lavez longuement , &
broyez au Moulin fous des marteaux
de bois ; & avec un peu de
cole & d'alun rendus en Boüillie .
qu'on étend sur une grille de fil
d'airain pour l'égouter , on met enfuite
chaque Feüille entre deux
morceaux de drap , apres quoy oь
les retire pour les fecher. Nous les
appellons Feüilles de Papier ;
du nom de l'ancien Papier ; & les
Latins l'appellent Chartam Pa-
F4
148
MERCURE
t
:
pyri , luy donnant les deux noms
anciens, le ſuis voſtre , &c.
COMIER S.
Je vous manday il y a un mois
en fort peu de lignes que le Tonnerre
avoit tué un Curé dans ſon
Eglife , avec 4. ou 5. autres Perſonnes.
Ce malheur a fait grand
bruit , & comme j'en ay receu
des nouvelles plus particulieres,
il faut vous en faire part. Il arriva
le 17. d'Aouſt dernier , à
Saint Pierre des Fretis , Doyenné
de Live , Dioceſe d'Evreux , à
deux lieuës de Breteüil , & de
Laigle. Monfieur Carpentier ,
Preſtre du Pontleveſque , en
eſtoit Curé depuis deux ans , &
n'eſtoit âgé que de vingthuit ans.
L'orage ayant commencé ſept
heures & demie avec grande
violence , la Mere de ce Curé
GALANT.
149
qui avoit une frayeur extraordinaire
toutes les fois qu'elle entendoit
le tonnerre , l'accompagna
à l'Egliſe , où il voulut aller
à fon ordinaire comme à un azile
contre toute forte d'accidens ...
Deux de ſes Valets les ſuivirent,P
& un autre Homme y eſtant
entré en meſme temps , ſonna la
Cloche ſelon la coûtume. Aprés
avoir ſonné un quart d'heure ,
il donne ſa place à un des Valets ,
& eſtant forty de l'Egliſe dans le
lieu qu'en ce Pays- là on nomme
le Porche il entendit que la Pyramide
ſe rompoit , & jugea par
là que le Tonnerre eftoit fur
ſa teſte. Il réſolut auffi-toſt de
s'éloigner , & s'avançant pour
aller dans le Cimetiere , il
vit environ à vint pas de luy une
colomne de feu , qui venoit vers
la porte du Porche par où il al-
FS
150 MERCURE
loit fortir. Cette colomne de fer
qui ne venoit pas fort vite , changeade
figure en entrant par cerre
Porte ,& ce ne fut plus qu'un
globe qui estoit gros comme la
teſte d'un Homme. Ce globe
qui jettoit de toutes parts des
étincelles en perillant , eſtoit
élevé de terre de trois ou quatre
pieds. Cét Homme obligé de
revenir ſur ſes pas ,& gardant
toûjours de la préſence d'eſprit,
ſedétermina d'entrer dans l'Egliſe.
Il avoit déja un pied ſur le
ſeüil, quand faiſant réflexion que
leTonnerre l'y alloit fuivre , &
paſſeroit aprés luy par la meſme
Porte , il s'abandonna à la mort:
qu'il croyoit inévitable , ne pou
vant, faire autre choſe , par la
diſpoſition des lieux , que fe
courber en arriere , ſe preſſer
contre la muraille du Porche 2
GALANT.
154:
& laiſſer entrer le Tonnerre, qui
paſſa devant ſes yeux à demy,
pied de ſa poitrine ,ſans luy faire
aucun mal que de l'affourdir &
dele rendre comme hebêté pendant
quelques jours. Le tonner
re ayant paſſé de la maniere que
je viensde vous le dire , alla par
le Guichet de la grande Porte,
&on entendit alors un bruit pareil
à celuy du Canon , ou d'une!
Bombe qui creve. La Cloche
ceffa de ſonner dans le meſme
temps L'Eglife & la Tour parurent
en feu , & ce fut un fracas
épouvantable de tuiles & de
morceaux de bois qui voloient,'
de tous côtez. L'Homme dus
Porche , n'eſpérant preſque plus
rien ,&voulant mourir au pied!
de l'Autel prit la réſolution d'entrer
dans l'Egliſe par le mesme
chemin du Tonnerre qu'il en-
F6
152
MERCURE
tendoit encore gronder & fracaſſer
le hautde la voûte. Dés
les premiers pas qu'il fit , il ſe
trouva au milieu de 4. cadavres,
& environné d'éclairs , & d'une
fumée qui avoit l'odeur du Soulfre
& de la Poudre à Canon . II:
s'arreſta à regarder à droite & à
gauche,& vit à ſa droite Monfieur
Carpentier Curé , étendu
le viſage contre terre. A fa gauche,
& dans la mesme poſture,
eſtoit celuy qui ſonnoit , & auquel
il venoit de donner ſa pla-;
ce. Un peu derriere il apperceut
un des deux Valets qui eſtoit
demeuré à genoux ſon Chapelet
à la main ; & contre l'autre
Muraille , il vitla Mere de Monſieur
Carpentier, auffi à genoux,
ayant un côté de ſa coiffe relevé
en haut . Il s'avança vers l'Autel,
& eſtant là à genoux , il entendit,
GALANT. 153
comme le dernier ſoûpir d'un
des quatre qui expiroit. Il ſe
tourna , revint à ces corps ,
n'y remarqua aucun mouvement.
On les laiſſa dans le meſme
état juſques à la nuit,& ils furent
vûs d'une infinité de Perſonnes
qui accoururent des lieux voifins.
On les viſita par ordre de la
Juſtice , & on trouva le Curé
brûlé , comme s'il avoit eſté rôty
ſur legrildepuis la jambe gauche
juſques au col ; en forte qu'il
n'y avoit que cette moitie d'offencée.
Sa chemiſe ainſi que ſon
caleçon eſtoit brûlée , enfanglantée,&
dechirécen quelques
endroits , mais ſeulement de ce
côté là .Ce qu'ily avoit de remar
quable , c'eſt que ſa Soutanelle
eſtant auſſi déchirée , comne fi
on y eut appliqué en divers endroits
une main de fer , la dou
154 MERCURE
-blûre n'eſtoit point du tout endommagée.
Son collet de toile
fut brûlé du meſme côté , & fon
collet de pourpoint demeura
entier. On trouva auſſi la moitié
de ſes cheveux roides & redrefſez
en haut , & l'autre moitié
dans ſon état naturel. On n'a
remarqué aucune bleffure au
corps de la Mere du Curé ; &
pour les deux autres on n'en parle
point dans le mémoire que
j'en ay receu. Il me vient de
Gens qui onteſté ſur les lieux ,&
qui ont appris la choſe de l'Homme
meſme qui est échappé .
Voicy un Sonnet qui vous
plaira , & par la grandeur de ſon
ſujet , & par l'heureux tour que
Monfieur petit de Roüen a donné
aux Bouts rimez qui ſont à
la mode. 31
GALAN Τ.
155
POUR LE ROY.
D
E vous-mesme , LOVIS , vous
tirez vostre gloire,
Non du Sceptre doré , ny du Titre
- de Roy;
Ce qui fait que de Vous Sanspeine
en prend la Loys
Vous qui ſi ſagement uſez de la
Victoire ,
Vous, plus Heros qu'aucun dont ait
parlé l'Histoire ;
Vous,le vangeur du Crime , & l'apuyde
laFoy;
Vous , dont le Bras armé par tout
jette l'effroy;
Vous, quiferezl'honneur du Temple
de Memoire.
On ne voit riep en vous qui nefoit
achevé
1
156
MERCURE
Vous avezun esprit delicat, élevé ;
Un coeur noble , tranquille , & toûjours
intrepide.
2
Vos airs nous font bien voir qu'il est
des Immortels ;
Et de naître avant Vous bienheureux
fut Alcide ,
CeHeros fans cela n'eust jamais eu
d'Autels.
Cet autre Sonnet ſur les mêmes
Bouts-rimez eſt du mesme
Autheur.
A MONSEIGNEUR
LE DUC DE S. AIGNAN .
Po
Our Vous feul on diroit que le
Ciel fit la gloire ,....
Vous en brillez par tout près de
nostre Grand Roy;
Auxplus braves toujours vous avez
fait la Loy .
GALANT.
157
Vous tenezchez Bellonne à gage la
Victoire .
En beauté rien ne peut égaler vôtre
Hiftoire .
Mais croira- t- on vos Faits ? Parlez
de bonne-foy, 23
Parl,ezDuc,desMéchansla terreur
& l'effroy ,
Et le cher Favory des Filles de
Memoire.
Les Graces vous ont fait un merite
achevé ;
Mars,de la mainde qui vous fustes
élevé,
Vous donna ce grand coeur,genereux,
intrepide.
Vous avez tout leport, tout l'air des
Immortels .
Enfin , Duc , à l'Amour , &mesme
auGrand Alcide ,
158 MERCURE
Vous pouvezdifputer la gloire des
Autels.
1
- Cet illustre Duc , qui ſe fait
aimer de tout le monde , donne
ſouvent de l'employ aux Muſes ;
& les deux Ouvrages qui fuivent,
& qui ont eſté fairs à fa
gloire, en ſont une preuve. L'un
eſt de Monfieur Magnin , Conſeiller
au Prefidial de Maſcon ; &
l'autre de Monfieur Sabbatier,de
l'Academie Royale d'Arles.
ODE.
Epuis
T
le temps que maMuse
D
Et que souvent elle abufe
De mille fujets divers;
Quoy,Sans rendre aucun hommage
GALANT. 159
:
Al'illustre Saint Aignan ,
Croit- elle avoir l'avantage
D'aborder LOUIS LE GRAND?
Saint Aignan , que le Parnasse
Voit parmyfes Protecteurs ,
Aqui l'on cede la place
Chez les plus doctes Autheurs.
La Gloire qui l'environne ,
Fondfar luy de toutes parts ;
L'olive qui le couronne ,
Germe dans le Champ de Mars.
MaisSesvertus héroïques ,
Si je voulois les chanter ,
Ames Chalameaux ruſtiques
Pourroient- elles s'ajuster ?
Faut. il à ma voix champestre
Des tons polis &guerriers ?
Cultive t'on fous leHestre
Les Myrtes & les Lauriers ?

Non,je connois la foibleſſe
:
L
1
:
160 MERCURE
De mes timides accords ;
Et quelque ardeur qui me preſſse ,
F'en ſuſpendray les transports.
Dans une coursefi belle
Ie n'iray point m'engager ,
Content d'avoir de mon zele
Donnéceſigne léger.
Le Héros que j'envisage
Sous les mesmes Etendards ,
Ioint la grandeurde courage ,
La Science,& lesbeaux Arts.
Il est doux & magnanime ;
Il a duplus grand des Roys
Et l'agrément & l'estime ,
Cela dit tout-à la fois.
De l'Honneur&de la Gloire
Grands & pompeux Monumens ,
Riches vertus , de l'Histoire
Les ſuperbes ornemens ,
Ne venezpoint à lafoule,
Nevenez point m'accabler
T
A
GALANT. 161
"
Je vois le Soleil qui roule ,
Et le vois fans me troubler.
22
C'est à dire que ma veuë ,
Foible & baſſe pour vous voir ,
Se fait de fa retenuë
Une espece de devoir ,
Et qu'à ces hauteurs ma Muse
Desesperant d'arriver ,
Ne veut point que l'on l'accuse
De vouloir trop s'élever.
?
Iroit elle triomphante,
Et d'un air ambitieux ,
De ce Héros qui l'enchante
Parcourir tous les Ayeux ?
Sur ces Histoires passées
Iroit elle célebrer
Tant de vertus entaffées ,
Qu'on ne les sçauroit nombrer ?
Quoy, remonter à la Source
De cefangfi genéreux ,
162 MERCURE
Qui doit allonger ſa courſe
Iusqu'à nos derniers Neveux ?
Vouloirſe donner la peine
D'en raſſembler les Ruiſſeaux ,
De la Vistule, à la Seine
C'est vouloir joindre les eaux.
I'arreste, & dema Musette
Leſon ne sçauroit fournir
Ades Airs que la Trompette
Auroitpeineàſoûtenir.
Héros,les nobles delices
Et de Minerve,&de Mars ,
Iette fur mes facrifices
Tes favorables regards.
Pour t'élever des trophées ,
IeSçay bien que mille Autheurs ,
De leurs veines échauffées ,
Te consacrent les ardeurs ;
Mais je ne leur cede guère
Dans ce glorieux employ.
:
GALANT. 163.
Ont-ils le coeur plus fincere ,
S'ils ont plus d'esprit que moy ?
Avoüez , Madame, que quand
je ne vous aurois pas nommé
Monfieur Magnin, le génie aifé
qui brille en ſes Vers vous l'auroit
fait reconnoître.Voicy l'Ouvrage
de Monfieur de Sabbatier,
adreſſé au meſme Duc .
Ce
EPITRE.
En'est pas le defir d'imprimer
un Volume ,
Qui flatant mon esprit , me fait
prendre laplume.
Ie renonce, Grand Duc,à cefameux
Mestier ,
Ie n'attens d'Apollon.ny Palme , ny
Laurier.
16444
MERCURE
Si je reſve à des Vers , nul bienne
m'intereffe
Que celuy d'éviter l'inutile pareſſe ;
Mais qui fçaitfima Muse aujourd'huy
qui t'écrit
Peut à ce grand deſſein égalermon
esprit?
En s'élevantfi haut,je crains qu'elle
ne tombe ,
to
Dans un bardy deſſein biensouvent
onSuccombe;
Mais j'aime mieux qu'elle ait ce
deftin malheureux ,
Quedevoir mon esprit & lent , &
pareffeux.
On ne fait rien de grandsi l'on n'ofe
entreprendre.
Faut-ilne monterpas , parce qu'on
peut descendre ?
La plus haute valeur, & l'intrèpidité,
Empruntent leur éclat de la temerité.
Ie
GALANT 165
Lefçay que t'écrivant,la juſte politeffe
,
Les nobles Sentimens , le stile fans
baffefſfe , corinta 3593
Doivent d'un feu brillant foûtenir
tous mes Vers 1000
Mais s'ils font dépourveis de ces
charmes divers ,
N'enpuis-jepas tirer encor quelque
avantage?
mes Ils t'apprendront, GrandDuc,
respects, mon hommage.
Dans un juste devoir les plusfim
ples préfens
Plaiſent quelquefois mieux que le
plus riche encenss-cicnos
Que dois-je craindre enfin en t'envoyant
ces Rimes ? ...
Fairede méchans Vers , est- ce faire
des crimes ? Sto
N'oferay - chanter , Illustre Prote
Tavaleur, ton eſprit, ta charmantes
Eteur,
douceur?
Octobre 1684. G

166 MERCURED
Les Grands n'ont pas toujours cet
heureux caractere ,.
Le vain orgueilfouvent les empef-i
che de plaire; stilind
Fiers des pompeux honneurs , dont
leur coeur est jaloux
Ils m'ont riendans beur air &d'af
fable , & de douxa mrada
Elevezfur les rangs , oùl'onlesvoit
paroiſtre ,
Ils font cornis de tous ,fans vouloir
Se connaiſind Nations
Par un fort appofé ,l'on voit queta
Ne
vertu m છછછછછછછે
t'enargueillit point ; dismay,la
connois-turas sdain walq
Tamodeste douceur quelquefois nous
fait croire
Que tu nesçais pas bien quelleaft
toute ta gloire 20
Mais querette ignorance en relevé
l'éclat ! e
Houreax eftde Mortet qu'omtronie
en cet état !
GALANT. 167
La folide vertu fuit le luxe &la
pompe;

La vaniténous perd ,Sonfaux-brillant
nous trompe...
Ces modestes Vainqueurs , les plus
anciens Romains ,
Pour estre Conquérans, en estoient- ils
plus vains ?
Leurs Ennemis défaits , les Nations
vaincuës ,
Ils alloient dans leurs champs reprendre
leurs Charuës ;
Lors que Rome écouta le dangereux
orgueil ,
Sa puiflanceaugmentant, luy creufa
Jon cercueil ,
Enjoignant l'injustice aux malheurs
dela Guerre.
Elle fit fous fon joug gemir toute
la Terre;
De tant de Légions l'Univers ou
tragé ,
Par leurs propres malheurs ſe vit
enfin
vangenud
G
C
168 MERCURE
e
Louant les vieux Romains que nous
vante l'Histoire ,
Iepense en mesme temps , Saint
Aignan , à ta gloire ;
Par tes rares vertus, par tes exploits
fameux ,
Ic reconnois en toy , ce qu'on voyoit
en eux .
Certes, c'est àpresent que ma Muse
doit craindre .
A-t- elle affez d'esprit ,pourpouvoir
te dépeindre ?
Peut- elle feflaterde tracer ton Ta
bleau ?
Pour cet Ouvrage a- t- elle un affez
bon Pinceau ?
Nón , je reconnois bien qu'elle est trop
témeraire ;
Elle s'est plus promis qu'elle ne pouvoit
faire ,
Son projet l'épouvante , & dansſa
noble ardeur ,
Sans confulterſaforce, elle avoit crû
Jon coeur, বাইরেও C
GALAN T. 169
Ton grand mérite enfin la réduit
aufilence ; :
Peut- on dire de toy, Grand Duc, tout
ce qu'onpense?
Il arrive tous les jours des
morts funeſtes , mais il en eſt peu
qui ſoient auſſi déplorables que
celle de Monfieur l'Abbé de
Saint Luc , Aumônier du Roy.
Il eſtoit en Normandie à une
Terre de Madame de Beuvron
ſa parente , & eſtant monté à
cheval par complaiſance pour la
Compagnie , le Cheval l'emporta
d'abord avec violence , &
aprés luy avoir fait donner dela
teſte contre un arbres , il le renverſa
dans un Foſſé. On l'en retira
dans un état qui laiſſfoit peu
d'eſpérance pour ſa vie. Il fur
confeſſe ſur l'heure , & mourut
à la Porte du Logis juſqu'où il
G3
170 MERCURE
futramené. Vous ſçavez Madame
, que la Maiſon d'Efpinay-
Saint Luc dont il eſtoit , eſt une
des plus anciennes & des plus
illuſtres de Normandie , & qu'ellea
produitde fort grandsHommes.
Guillaume d'Efpnay qui
vivoit en 1209. futle le Bifayeul
d'un autre Guillaume Sieur de
Bofguetout & de Saint Puc , qui
ent Robert d'Eſpinay d'Alix de
Courcy; & de Marie d'Angerville
qui épouſa en ſecondes
nôces, il eut Guy d'eſpinay ,
tige des Seigneurs de Bolguerout,
François d'Eſpinay , Seigneur
de Saint Luc , Petit-Fils
de ceRobert, fut Chevalier des
Ordres duRoy, Gouverneur de
Xaintonge & de Brotiage , Lieutenant
General au Gouvernement
de Bretagne , & Grand
Maistre de l'Artillerie de France .
GALANT. 171
Il épousa leanne de Coffé , Fille
-deCharles de Cofle I. du nom ,
Comtede Briffac , Marechal'de
France ,&il en eut Thimoleon
d'Eſpinay , Seigneur de S. Luc,
Comte d'Eftelan , Chevalier des
Ordres duRoy , Gouvernçar de
Brotfage , & en faite Lichtenant
-General au Gouvernement de
Guyenne , Maréchal & Vice-
Amiral de France. Il mourut à
à Bordeaux en 1644. laiſſant
d'Henriette de Baffumpierre ,
Soeur du Maréchal de ce nom,
un autre François d'Efpinay ,
Marquis de Saint Luc , Comie
d'Eftelan , Chevalier des Ordres
du Roy Lieutenant General en
Guyenne , & Gouverneur de
11
Périgord marie en
10000
1643.
avec Anne de Buade , Fille de
Henry Comte de Palluau . Ce
dernier est mort en 1676. & a
G4
172 MERCURE
C
S
e
laiſſe François III. Marquis de
Saint Luc , Louis Comte d'Eſtelan
, & c . Monfieur l'Abbé de
Saint Luc, dont j'ay commencé
a vous parler , eſtoit extrémement
attacheé àl'étude. Il lifoit
beaucoup , & l'on diſoit de luy
qu'il n'avoit jamais rien oublié
de tout ce qu'il avoit lû . L'Abbaye
de S. Georges prés de
Roüen,demeurée vacante par
mort , a eſté donnée àMonfieur
l'Abbé de Coiflin, qui eſt receu
en ſurvivance de la Charge de
Premier Aumônier du Roy , &
quidés ſa plus tendre jeuneſſe à
donné des eſpérances que ſa
conduite & fa doctrine confirment
de jjjooouuurrr eenn jjoour. Cet Abbé
eſt Fils de Monfieur le Duc de
Coiflin , dont mille actions de
valeur jointes à une bonté & à
10
une civilité qu'on rencontre ras
GALANT.
173
rement, rendent le merite fi connu
, z Neveu de Mouffeur l'Eveſque
d'Orleans , en qui on
trouve tout ce qu'on peutde firer
dans un grand Prélat , foit pour
la douceur & l'intégrité des
moeurs , foit pour la vigilante
exactitude à remplir tous les
devoirs d'un Ministere ſiſaint.
L'Abbaye de Saint Maixante
Ordre de Saint Benoist , Dioce
ſe de Poitiers , que poffedoit
Monfieur le Chevalier de Humiéres
, a efté donnée à Monfieur
l'Abé de Pompone, Frere de
Monfieur de Pompone , à qui le
Roy avoit donné quelques jours
auparavant le Regiment dont je
vous parlay il y a un mois. Le
don de cette Abbaye luy cauſa
d'autant plus de joye ,que Sa
Majeſtél'en gratifia ,ſi toſt que
Ponticut appris la mort Mon
GS
174 MERCURE
ſieur le Chevalier de Humieres,
ſans attendre qu'il y en euſt pluſieurs
de vacantes , ainſi qu'Elle
a de coutume , pour en faire
une promotion . Ce Monarque
enauſéde la meſme forte à l'égardde
l'Abbaye de S. Georges,
dontje viens de vous parler.
Monfieur Pinon , Chanoine
de l'Eglife Cathédrale de Paris,
mourut le troiſième de ce mois.
Il y a déja quelque temps qu'il
avoit réſigné fon Benéfice à
Monfieur l'Abbé Perlan .
Les Religieuſes de l'Abbaye
aux Bois , Fauxbourg Saint Germain
, ont perduleur Abbeffe ce
mois icy. Elle estoit fort âgée , &
Soeur de la premiere Femme de
Monfieur le Duc d'Elboeuf l'une
&l'autre Fille de Monfieur le
Comte de Lanoy , Gouverneur
de Montreüil . La Mere de ce
GALANT
175
Comte avoit eſté Dame d'Atour
de la fenë Reyne Mere du Roy,
avant Madame de la Flote. I
a pluſieurs annees que l'Abbaye
aux Bois avoit pour Coadjutrice
tine Soeur de Monfieur le Duc
de Chaunes , & de Madame l'A
befle de S. Pierre de Lyon . Cette
Coadjutrice eſt préſentement
Abeffe.
Monfieur de Cagiac , Gouverneur
de Nancy , eſt mort environ
dans le meſme temps.
Aprés qu'il eut eſté pluſieurs
annéesCapitaine dans un Vieux
Corps , fon mériteTeleva à la
Charge de Capitaine aux Gardes;
aprés quoyil fut choisi pour
eltre Capitaine des Gardes de la
Marine ,& enfuite Sa Majete
tuy confia la garde de l'importante
Place de Nancy. Il eſtoit
He belle taille &de bonne mine,
G6
176 MERCURE
{
& avoit conſervé meſme dans
ſon extréme vieilleſſe, une ſanté
merveilleuſe, malgré les fatigues
de la guerre, auſquelles il s'eſtoit
tout- à- fait abandonné.
Enfin , Madame , je puis vous
aſſurer de la parfaite, guériſon de
Monfieur , & que ce Prince eſt
dans une auffi bonne ſanté qu'on
l'ait jamais veu. Dés le quaftiéme
de ce mois geftant trouvé
en état de fortir de fa Chambre,
il alla en rendre graces à Dieu
dans la Chapelle de fon Château
de Saint Clou , qu ce Prince fic
ſes devotions par les mains de
Monfieur l'Eveſque du Mans ,
fon Premier,Aumonier, 11 n'a
neanmoins ceff de prendre dy
Quinquina prepare a la maniere
du Medecin Anglois ,, que le 20 .
de ce mois , quoy qu'il fuſt arrivé
à Paris des le 14. Madame partic
১ อ
GALANT 177
>
le 21. pour aller voir le Roy à
Fontainebleau d'où elle doit
eſtre de retour auprés de Monſieur
le 4. du mois prochain.
Rien n'eſt égal àl'amitié que Sa
Majesté atémoignée à Son AlteffeRoyale,
pendant tout le cours
de fa maladie , & aux marques
de tendreſſe que ce monarque
luy a données par écrit depuis
qu'il eſt à Fontainebleau . Tout
le monde ſçais quelle douleur
Madame a fait voir pendant cette
meſme maladie , & avec combien
d'empreſement elle a cherché
tout ce qui pouvoit en diminuer
la violence. Monfieur le
Comte de Tonnerre , Premier
Gentilhomme de la Chambre
de Monfieur, a mis en uſage en
cette occafion , toute la vivacité
qu'on luy connoift pour faire
fervir ce Prince avec l'exacte
178
MERCURE
ponctualité qu'on doit obſerver
auprés des malades , & il en a
merité beaucoup de louanges.
L'aurois à vous nommer tous les
Officiers de ſa Maiſon , fi j'entreprenois
de vous marquerjufques
à quel point chacun a eſté
ſenſible à fon mal. Sa Perfonne
ſeule cauſoit la douleur qu'ils en
sont montrée , & il n'y entroit
Faucun motifd'intéreſt Monfieur
Fagon , Premier Medecin de la
feuë Reyne , & préfentement
-de Monseigneur le Ducde Bour-
-gogne, eſtant vene tous lesjours
-deux fois de Versailles à Saint
Clou , pour voir ce Prince , &
confulter avec ſes Medecins ; en
areceu un fort beau Diamant.
La nouvelle de cette maladie n'a
pas plûroſt eſté portée au delà
des monts , que Monfieur le Duc
de Savoye , & Madame la DuGALANT.
179
chefſſe Royale , ont envoyé icy
Monfieur le Marquis de Saint
Maurice pour luy en marquer
leur déplaiſir.
Il y a long temps qu'il n'y
avoit eu tant de malades de toutes
ſortes de qualitez qu'on en a
veu cette année , Monfieur le
Duc de Mortemart qui estoit
fur les Galéres , l'a eſté dangereuſement
four la fin decéti Erci
On fut obligé de l'amener à Vil
lefranche , oùl'on craignit quel
que temps pour loy. Cette maladien'a
point đû furprendre. Elle
eſt l'effet du changement qui ſe
trouve dans les diférens Climats,
dont il a reſpiré l'air en peu d'années.
¿loignez à cela Factivité
avec laquelle il recherche toutes
les fatigues qui conduiſent à la
gloire. On ne peut dans un âge
Apeu avancé , montrer un plus
180 MERCURE
noble empreſſement pour en
acquerir , n'y s'eſtre expoſé aux
perils évidens avee plus d'intrépidité
& de vigueur.
Monfieur le Duc de Noailles
aeſté auffi trés dangereuſement
malade à Paris , & l'on peut dire
avee vérité que tout le monde
en a fait paroiſtre un fort grand
chagrin . Aufi trouve t'on dans
peu de Perſonnes de ſon rang,
le panchant qu'il a pour tous les
Gens de mérite, juſqu'à obliger
ceux meſme qui n'ont pas l'honneur
d'en eſtre connus.
Les Envoyez du Roy de Siam
ſont arrivez icy depuis quelques
jours. I'auray ſans doute quantité
de choſes à vous en dire ; mais
avant que de vous parler de
leurs Perſonnes,, je crey vous de.
voir entretenir de l'état de leur
Païs, de leurs Coutumes , & de
GALANT. 181
3
:

?
?
2
leur Religion , afin qu'étant informée
de toutes ces choſes ,
vous preniez plus de plaifir à ſcavoir
ce qu'ils auront dit , & fait
en France. J'en ay ufé de la forte
dans le temps des Ambaſſadeurs
d'Alger , & vous m'avez
paru en eſtre contente. Je ne
puis mieux commencer que par
la Lettre que je vous envoye.
Elle est du mois de Novembre
de l'année derniere , & écrite
par le meſme qui avoit
traduit à Siam celles que le
Roy de ce Païs là adreſſoit à ſa
Majesté par ſes Ambaſfadeurs
qui ont fait naufrage , & dont
je vous envoyay il y a quelques
mois une Copie. Si vous y trouvez
quelques circonstances repétées
, elles font à l'avantage
de noſtre auguſte Monarque ,
& je ſcay que dans l'intéreſt
18
1.82 MERCURE
2
que vous prenez à ſa gloire ,
aucune répétition ne vous ſcauroit
ennuyer ſur cettematiere.
A Siam le 28. Novembre 1683 .
33 53 -315 ????????????? ?????????? 213 111
J
E me fuis informé des Habillemens
qu'on
7
vous a dit que les
Soldats Japonnois portoient lors
qu'ils alloient à la guerre ,& qui
Sont à l'épreuve de toutes fortes
d'armes ; mais tous ceux qui m'ont
paru le devoir sçavoir le mieux ,
pDour avoir demeuré long tempsdans
le Japon , n'ont på men instruire.
Ils m'ont seulement dit , qu'ils
croyoient que ces Soldatsfefervoient
dans leurs expeditions militaires
des meſmes Vestemens que les Chinois
, qui les font de plusieurs Etofes
defoye cousues ensemble & piqutes
GALANT. 183
fort prés- à-prés , & qui mettent
quelquefois foixante de ces Etofes
les unesfur les autres , avec du coton
ou de l'oüate entre deux. Ils
difent que ces Habillemens refištent
mesme aux coups de Mousquet ;
mais il n'y a que les Grands qui
s'en fervent ; les Gens du commun
ufent de cuiraffes. Il est tres- difficile
d'avoir des nouvelles füres de
ce qui se passe au Japon, parce qu'il
n'y a que les Hollandois &les Chinois
quiy trafiquent. Tous les Etrangers
, & particulièrement ces prémiers,
yfont fi peu en liberté , que
j'en ay connu quelques - uns quiy
avoientfait fix ou ſept voyages , &
qui à peine pouvoient rendre raiſon
de certaines choses qui ne peuvent
estre ignorées d'une Perſonne qui a
demeuré quelque temps dans un
Pais. Voussçavez que la Compagnie
de Hollande ne tire plus du lapon
184 MERCURE
ces grands profits qu'elle y faisoit
autrefois , les vexations qu'y ſouffrent
ſes Officiers, ont beaucoup di
minué ce Trafic. Il part chaque
année de Battavia trois ou quatre
grands Navires pour le Iapon,chargez
de toutes fortes de Marchandi-
Ses; & l'ordre le plus exprés qu'ont
les Officiers de ces Bâtimens , est de
Se donner bien de garde de montrer
aucun figne du Christianisme , tant
qu'ils demeureront en ce Pais - là.
Le Gouverneur de Nangazaqui,qui
est le Port où les Navires Etrangers
arrivent, lesforce à luy vendre toutes
les Marchandises qu'ils apportent,
au prix qu'ilsouhaite , & s'ils
ne veulent pas les donner , il faut
qu'ils rembarquent aussi-toſt,ſans
pouvoir davantage les exposer en
vente. Ils voyent ensuite que le Gouverneur
revend ces mesmes Mar.
chandises de la main à la main ,
43
GALANT. 185
avec un tres-grand profit fans qu'ils
ofent en murmurer. Auffi dit on que
la Compagnic Hollandoiſe eſt réſoluë
d'abandonner ce Commerce , fi
elle ne peut avoir raison de ces
avanies. La Loge des Hollandois est
fituée dans une petite Isle qui est
dans la Riviere de Nangazaqui, &
qui n'a de communication avec la
Ville , ou Terre ferme , que par un
Pont. Le Gouverneur a leſoin de
leur faire fournir toutes les choses
dont ils ont beſoin ; & il leur est
défendusous peine de la vie, d'aller
en Terre-ferme , ou à la Ville,
Sans ſa permiſſion , & fans avoir
quelques Gardes. Cet ordre est refpectif
à l'égard des Iaponnois , qui
ne peuvent aller en la Loge des Hollandois
ſans la permiſſion du Gouverneur.
Tant que leurs Navires
demeurent en ce Port ou Riviere,le
Gouvernail, la Poudre,&les princi
(
186 MERCURE
pales Armes font à terre ; &dés le
moment qu'on leur a rendu ces chofes
, ilfaut qu'ils se mettent à la
voile , quelque vent qu'il faſſe.
Quand mesme ils auroient la plus
rude tempeste àeffuyer , ils ne peuvent
ſans riſque de la vie rentrer
dans un Port du Lapon. Ilfaut que
la Compagnie change toutes les années
le chef & Second de fon
Comptoir , & d'abord que les Iaponnois
remarquent que quelque
Hollandois commence àsçavoir leur
Langue ou leurs Coûtumes , ils le
renvoyent hors de leur Pais. On
esperoit que la mort du vieil Empereur
, qui estoit celuy qui avoit
entierement coupé les fortes racines
que la Religion des Chrétiens avoit
jettées dans le Iapon, mettroit quelque
fin aux précautions pleines
d'impieté qu'apportent les Iaponnois
,pour empefcher qu'on ne leur
GALANT 187 .
annonce une autre fois l'Evangile ;
mais les Ministres deſon Fils, qui a
Succedé à l'Empire , n'en apportent
Pas de moindres , &semblent ôter
toute esperance de pouvoir voir de
nos jours unsi grand bien. Les Portugais
publient, que leur Viceroy qui
arriva l'an paßé à Goa , à deffein
d'envoyer une Fregate au Japon ,
avec des Ambaſſadeurs , pour felici
ter ce nouvel Empereurſurſon heureux
avenement à la Couronne , &
en miſme temps ménager le réta
bliſſement de la bonne correspon
dance qu'ily a cu autrefois entre
ces deux Nations ; mais je ne croy
pas qu'il envoye cette Frézate , &
encore moins, qu'ilpuiſſe reſſirdans
Ses projets, quand il le feroit. Les
Portugais s'attendent de voir d'auſſi
grandes choses sousle Gouvernement
de ce Viceroy , que leurs Prédeceſſeurs
en ont vù ſous celuy des
3
3
188 MERCURE
Albuquerques . Il est certain que
c'est un Homme d'un fort grand mevite
, &qui tâche d'établir toutes
chofes fur le bon pied. Le Prince
Regent luy a donné un pouvoir ,
qu'aucun Viceroy n'a eu avant luy ,
qui eſt de faire châtier de peine
capitale jusques aux Fidalgues ,
quand ils le mériteront , Sans les
renvoyer en Portugal , comme on
faifort autrefois.
aller à
Monfieur l'Evesque d'Heliopolis
partit le mois de Iuillet dernierfur
une Soume Chinoise , pour
la Chine. Il est à craindre que se
rare Prélat n'y foît pas reçû , à
caufedes nouveaux ordres que l'Empereur
a fait publier , par lesquels
il défend l'entrée & le négoce dans
Son Empire àtous les Etrangers , à
l'exception desPortugaisdeMacao,
qui peuvent lefaire ſeulement par
it
Toutes
GALAN T. 189
Toutes les Provinces de la Chine
obciſſent préfentement au Tartare ,
& il n'y a aucun Chinois dans ce
vaste Empire , qui n'ait les cheveux
coupez. Ilne reste plus que l'Isle de
Formose ; mais on ne croit pas qu'elle
puiſſe reſiſter contre les grandesforces
que l'Empereur Tartare peut
mettre sur terre & fur mer. Ily a
pluſieurs Chinois qui demeurent en
ce Royaume de Siam. Ilsportent les
cheveux longs ; & comme le Roy
vouloit envoyer une Ambassade folemnelleà
la Chine , il nomma l'un
d'eux pour un de ſes Ambaſſadeurs.
Ce Chinois fit tout ce qu'il pût pour
s'en.excufer , parce qu'il auroit esté
obligé de couperſes cheveux ; mais
voyant que le Roy vouloit abfolument
qu'il y allast , il aima mieux
Secouper la gorge , que de confentir
àcet affront.
F'envoye une petite Relation de
Octobre 1684. H
190
MERCURE
Cochinchine , dont le Royaume est
fameux en ces quartiers , non seulement
par la valeur de fes Peuples,
mais auffi par le progrés qu'y a fait
l'Evangile. Je l'ay drefféefur quet
ques Mémoires que m'a fourny un
Miſſionnaire François qui en ſçait
parfaitement la Langue , pour p
avoir demeuré long- temps. Ilse
nomme Monsieur Vachet , & est
affez renommé dans les Relations
que Messieurs des Miffions. Etran
geresdonnent de temps en temps au
Public. Ie la croy affez juste , &
j'espere que vous la livezavecplai
fir. I'avois commencé une autre Re
lation de mon Voyage de Surate àla
Coſto Coromandelle , Malaca , &
Siam ; mais elle n'est pas en état
- d'estre envoyée , parce que j'ay encore
quelque chose àyajoûter , afin
de pouvoir donner en mesme temps
une legere idée de l'état de ce dernier
Royaume.co
GALANT.
191
Vous aurez appris que depuis les
premiers honneurs que j'avois reçûs
du Roy de Siam à mon arrivée en
SaCour, j'en reçûs de bien plus particuliers
l'an passé , lors que ce Prin
ce me donna audience en fon Pa
lais il estoit affis en ſon Trône ,
&il y avoit en mesme temps des
Ambassadeurs du Roy de Iamby , à
qui il donnoit auſſi audience ; mais
il voulut par le lieu où il mefitpla
cer , faire connoiſtre la diférence
qu'il metroit entre un Sujet duplus
grand Prince du Monde,& les Ambassadeurs
d'un Roy fon Voisin. Il
me fit preſent d'un fustaucorps ou
Veste d'un Brocard d'Europe tresriche
, &d'un Sabre à la maniere
des Indes,dont la Garde & le Fourreau
estoient garnis d'or ; & j'eus
encore l'honneur de luy faire la re
verence le mois d'Avril dernier , &
j'en reçûs un ſecond Present. C'étoit
un autre fustaucorps tres-beau.
H 2
192
MERCURE
Il feroit mal- aisé de raconter les
hautes idées que ce Roy a de la
puiſſance , de la valeur , & de la
magnificence de nostre invincible
-Monarque . Il ne se peut fur tout
laſſer d'admirer ces rares qualitez
qui le rendent auſſi recommandable
en Paix qu'en Guerre. Vous voyez
bien que la Vie de Sa Majesté me
fournit affezde matiere pour pouvoir
entretenir ce Prince dans ces
Sentimens d'admiration. C'est ce que
je fais par quantité d'actions particulieres
de cette illustre Vie que
je fais traduire en ſa Langue , &
qu'un Mandarin de mes Amis , &
fort enfaveur auprés de luy, aJoin
de luy presenter. Le Roy de Siam
espere que Sa Majesté luy envoyera
des Ambassadeurs lors que les fiens
reviendront . Il fait bâtir uneMaifon
, qu'on peut nommer magnifique
pourle Pais , pour les recevoir &
13
9
1 193
GALANT.
défrayer. Dans ce deſſein , on prépare
toutes les Ustancilles pour la
meubler à la maniere d'Europe. Les
faveurs que ce Prince fait de jour
en jour à Meſſieurs les Eveſques
François , Vicaires du S. Siege en ces
Païs, font tres particulieres. Il leur
fait bâtir une grande Egliſe proche
le beau Seminaire qu'il leur fit
construire il y a quelques années ;
&depuis peu de jours il leur a fait
demander le modelle d'une autre
Eglife qu'il veut leur faire bâtir à
Lavan. C'est une ville où il fait
SonSejourpendantſept ou huit mois
de l'année , & qui est éloignée de
Siam de quinze àſeize lieuës .

Le Royaume de Siam a plus
de trois cens lieuës de longueur,
du Septentrion au Midy ; & eſt
plus étroit de l'Orient à l'Occident.
Il a le Pégu pour bornes
Η 3
194 MERCURE
au Septentrion ; laMer du Gange
au Midy ; le petit Etat de
Malaca au Couchant ; & du
coſté d'Orient la Mer d'une
part , & de l'autre , les Montagnes
qui le ſéparent de Camboye&
de Laros. Ce Royaume
qui s'étend juſque ſous le dixhuitiéme
degré de latitude Septentrionale
, ſe trouve comme
entre deux Mers , qui luy ouvrent
paſſage à tous les Païs
voiſins , & cela rend ſa ſituation
fort avantageufe , à caufe
de la grande étendue de ſes
Coſtes , qui ont cinq à fix cens
lieües de tour. Il eſt partagé en
onze Provinces , auſquelles le
Roy donne des Gouverneurs ,
qu'il deſtituë comme il luy plaît.
Siam eſt la principale , & donne
fon nom à tout le Royaume ,
auſſi-bien qu'à la VilleCapitale,
Y
GALANT.
195
qui eſt ſituée ſur la belle & grandeRiviere
de Menan. Elle vient
du fameux Lac de Chiamay c
& porte les Vaiſſeaux tous chargez
juſqu'aux Portes de Siam ,
quoy que cette Ville ſoit éloi
gnée de la Mer de plus de foixante
lieuës. Elle a de bonnes
Murailles , & trente mille Maiſons
ou environ , avec un Châ
teau bien fortifié. Elle est d'ailleurs
affez forte d'elle-meſme ,
eftant bâtie ſur les eaux comme
Veniſe. Il en eſt peu dans tout
l'Orient où l'on voye plus de
Nations diferentes aſſemblées.
On y parle juſqu'à vingt fortes
de Langues. Tout le Païselt fertile;
& ce qui contribuë fort
à cette fertilité , ce ſont les
inondations des Rivieres , caufées
par des pluyes qui durent
H4
196
4
MERCURE
trois ou quatre mois , & qui
tiennent les Campagnes toutes
noyées. Plus l'inondation eſt
grande , plus la recolte eſt heu
reuſe . Le Ris , qui eſt le Froment
des Siamois , n'eſt jamais
affez arrofé . Il croiſt au milieu
de l'eau , & les Campagnes qui
en ſont ſemées , reſſemblent
plûtoſt à des Marais , qu'à des
Terres cultivées avec la Charüe.
Le Ris à cette force , que
quoy qu'il y ait fix ou ſept pied
d'eau for luy , il pouffe toûjours
fa tige au deſſus , & le
tuyau qui la porte s'éleve &
croiſt à la proportion de lahauteur
de l'eau qui couvre ſon
Champ. Malgré la fertilité dont
je vous parle , il y a beaucoup
de terres negligées faute d'Habitans
, & meſme par la Pareſſe
des Siamois , qui n'aiment pas
GALANT.
197
le travail. Ces Plaines incultes ,
& les épaiſſes Foreſts que l'on
voit fur les Montagnes , ſervent
de retraite aux Eléphans , aux
Tygres , aux Boeufs & Vaches
ſauvages , aux Rinocerols , &
autres Beſtes . Le Païs eſt fort
abondant en Fruits , dont les
meilleurs font le Durion, qui a la
figure d'un Melon ordinaire , &
la peau fort dure & rabouteuſe,
& dans lequel , quand on l'a
ouvert ( ce qu'il faut faire avec
force) on trouve des morceaux
d'une chair tres blanche & délicate
, enfermée dans de petites
cellules , & dont le gouft paſſe
tout ce que nous avons de
meilleur en Europe ; les Iacques,
qui eſtant gros comme nos Citroüilles
, referment dans leur
écorce une chair jaunâtre &
ferme , d'un gouſt aigre-doux
Η
198 MERCURE
fort agreable; les Mangoustans,
qui dans une écorce toute unie ,
d'un rouge enfoncé par le dehors
, mais plus clair par le dedans
, renferment une liqueur
& une chair ſemblable à celle
de l'Orange , dont elles ont la
groſſeur , mais qui plaiſt beaucoup
davantage au goût ; la
Manque , qui eſt de la groſſeur
d'une Poire de Bon Chrétien, &
dont la couleur eſt jaune par le
dehors & rouge par le dedans
; & enfin l'Areca. Ce
dernier Fruit eſt de la figure
d'une groffe Prune. Son écorce
renferme pluſieurs filets , où ſe
trouve une Noix affez dure , qui
reſſemble à celle d'une Mufcade.
Le gouſt en eſt acre , mais
elle fortifie l'eſtomac. Les Siamois
, & les autres Peuples du
meſme Climat , uſent preſque à toute
heure
de
cet Areca >
GALANT.
199
qu'ils eſtiment ſouverain pour
la ſanté, à cauſe qu'il aide lam
digeſtion , & corrige l'humidité
de leurs alimens ordinaires , qui
font le Ris , le Poiffon, les Fruits,
& l'eau toute pure pour leur
boiffon . Les Riches comme les
Pauvres font occupez tout le
jour à mâcher ce Fruit; &
quand ils ſe renconrent , le premier
acte de civilité eſt de ſe
préſenter l'un à l'autre l'Areca ,
& de le macher auſſi - toſt.
Les Siamois ſont olivatres , &
non pas noirs , quoy qu'ils ſoient
fous la Zone torride. Ils ont le
nez court , & font la plupart afſez
bien faits. Leur naturel eſt
fort doux , & affable aux Etrangers.
Leur grande maxime eſt
le repos ; ils n'employent autravail
que leurs Eſclaves , & une
pauvreté tranquille leur plaiſt
H 6
200 MERCURE
,
beaucoup plus qu'une abondance
de biens accompagnée
d'inquietude. Aufſi leurs Habits
, leurs Meubles , leurs Maifons
, & leur nourriture , marquent
cette pauvreté. Ils vont
toûjours pieds & teſtes nuës .
Les Grands , & les plus aiſez
vont par terre ſur des Eléphans ,
& par eau dans des Barques qui
fontfort commodes. Leurs Habits
ne confiftent qu'en une
Erofe deliée , toute blanche , ou
marquée de Fleurs vives de
diférentes couleurs. Ils s'en envelopent
tout le corps ; & lors
qu'ils vont par la Ville , ils ſe
couvrent les épaules d'une Cafaque
de toile légere , & tranfparente
, qui deſcend juſqu'au
genoüil. Les Manches en font
courtes , mais larges. Les Femmes
font preſque veſtües com
GALANT. 201
me les hommes . Ils ſe raſent les
cheveux , s'arrachent la barbe ,
& ſe lavent fort ſouvent avec
des eaux parfumées. Ils font
parez d'Etofes de foye en broderie
d'or , dans les Affemblées
de cerémonie . Les Maiſons du
commun , faites ſeulement de
bois& de feüilles , avec des murailles
de Cannes jointes enſemble
, ſont pofées ſur des Piliers
élevez , qui les garantiſſent des
inondations ordinaires du Païs .
Les Perſonnes riches ont des
Baſtimens de brique , & couverts
de tuiles . Tous leurs Meubles
ne conſiſtent qu'en quelques
Tapis & des Couffins. Sieges
, Tables , Lits , Tapiſſeries ,
Cabinets , Peintures , tout cela
n'eſt point de leur uſage. Quoy
*que le Ris & les Fruits foient
leur nourriture , ils ne manquent
202 MERCURE
ny de Poules , ny de Boeufs , ny
de Gibier ; mais eſtant perfuadez
que c'eſt faire mal que d'ôter
la vie aux Animaux , ils n'en
mangent point pour l'ordinaire.
Si d'autres les tüent , ils font relevez
de leurs ſcrupules , & croyent
en pouvoir manger ſans
crime. Ils ne font pas ſi ſuperſtitieux
pour lePoiſſon,parce qu'etant
tiré des Filets, il meurtcomme
de luy meſme. Les Siamois
n'ont aucuns exercices pour la
Dance, pour les Armes , ny pour
monter à Cheval. Ils ne ſçavent
ce que c'eſt que Philoſophie , ou
Mathématiques. Leur Theologie
-conſiſte en quelques Fables , &
toute leur ſcience eſt àbien écrire,
&à ſçavoir les Loix du Gouvernement,
& de la Justice . L'expérience
de divers Remedes pour
les maladies communes, fait tou
GALANT. 203
te leur Medecine ;& quand ces
Remedes manquent d'opérer , ils
ont recours à la Magie , ſe fervant
de Pactes , de Billets , & de
Figures . Ils écrivent comme nous
de la gauche à la droite , mais
ſeulement avec du crayon. Leur
Papier eſtant trop foible , on le
colle à une ou deux autres feuilles
pour le ſoûtenir. Un grand
Livre n'eſt ſouvent qu'une feule
feuïlle de Papier de pluſieurs aunes
de long , qu'on plie& re.
plie à la maniere de nos Paravents.
Tout l'Etat eſt Monarchique
, & le Gouvernementaffez
bien reglé. Le Roy eſt fort abfolu.
Dans les occafions les plus
importantes , il fait part de ſes
deſſeins à quelques-uns des plus
grands Seigneurs , qu'on appelle
Mandarins. Ceux- cy aſſemblent
d'autres Officiers leurs inferieurs,
204
1
MERCURE
auſquels ils communiquent ce
qu'il leur a propoſé , & tous enſemble
concertent leur réponſe
ou remontrance. Il y a tel égard
qu'il veut , & diftribuant les
Charges felon le merite , & non
ſelon la naiſſance , il les oſte ſur
la moindre faute que ceux qui
en ſont pourveus commettent.
Il ne ſe montre preſque jamais
au Peuple. Les grands Seigneurs
meſme le voyent rarement. Ils
luy parlent à genoux les mains
jointes élevées ſur leurs teſtes ,&
tous courbez contre terre , fans
oſer l'enviſager. Ils le qualifient
Roy des Roys , Seigneur des Seigneurs
, le Maiſtre des Eaux , le
Tout - puiſſant de la Terre , le
Dominateur de la Mer , l'Arbitre
du bonheur & de l'infortune de
fes Sujets. Son Train eſt fort magnifique
,& faGarde compoſée
GALANT.
203
de trois cens Hommes. Outrela
Reyne , il a ungrand nombrede
Concubines qu'on choifit entre
les plus belles Filles du Païs. Il ſe
laiſſe voir ordinairement deux
fois l'année , l'une fur terre , &
l'autre ſur l'eau. Quand il va ſe
promener ſur la Riviere , la Galere
qui le porte eſt éclatante de
l'or le plus fin. On y éleve un
Trône fuperbe , où ce Prince paroiſt
reveſtu d'Habits prétieux ,
ayant une Couronne toute d'or ,
garniede fins Diamans. A cette
Couronne pendent deux Aîles
d'or , qui luy batent les épaules.
Tous les Seigneurs & les Officiers
le ſuivent , chacun dans
une Galere , parée à proportion
de ſes Biens& de fa Charge. Ces
Galeres,dorées par dedans & par
dehors , font le plus ſouvent au
nombre de quatre cens ,& por
206 MERCURE
tent chacune trente ou quarante
Rameurs , dont quelques-uns
ont les bras& les épaules dorées.
Les Rivages font bordez des
Peuples qui accourent en foule,
&qui font retentir l'air de cris
d'allégreſſe. Lors qu'il ſe montre
par terre, deux cens Eléphans
paroiſſent d'abord. Ils portent
chacun trois Hommesarmez, &
font fuivis de loueurs d'Inftru
mens , de Trompetes , &de mille
Soldats à pied. Les grands Seigneurs
du Païs viennent apres,
& il y en a quelques - uns qui
ont 80.00 100. Hommes à leur
fuire. En fuiteon voit deux cons
Soldats du Japon , qui précedent
ceux dont ſa Garde eſt compo
fée , puis ſes Chevaux de main,
& ſes Eléphans , & apres les
Officiers de ſa Cour , portant
tous des Fruits , on quelqu'autre
GALANT.
207
choſe que l'on préſente aux Idoles.
Derriere eux marchent en.
core quelques grands Seigneurs
avec des Couronnes ſur leurs
teſtes. L'un d'eux porte l'Etendard
du Roy, & l'autre une Epée
qui repreſente la Justice. Ce
Prince paroît aprés eux , porté
fur un Elephant dans une Tour
toute éclatante de Pierreries.Cet
Elephant eſt environné de Gens
qui luy portent des Parafols , &
ſuivy du Prince qui doit ſucceder.
Les Femmes du Roy ſuivent
auffi fur des Elephans, mais dans
des petits Cabinets fermez , qui
ne les laiſſent point voir. Six cens
Soldats ferment ce Cortége , qui
eſt ordinairement de quinze ou
feize mille Hommes. Le fruit
qu'on remporte de ces Cerémonies
, eft de maintenir le Peuple
dans la veneration de la Majesté
208 MERCURE
Royale. Quand le Roy eſt mort,
le plus âgé de ſes Freres luy ſuccede
, & les autres aprés luy. S'il
n'a point de Freres , c'eſt l'aîné
desFils, & jamais les Filles. L'accéseſt
facile aux Etrangers dans
tout ce Royaume , ſoit pour s'y
établir , foit pour y faire trafic.
On ne les gefne en aucune cho .
ſe, pourveu qu'ils ne faſſent rien
contre l'Etat. Pour prevenir les
defordres qu'ils pourroient caufer
, on donne à chaque Nation
un peu confiderable , un Chef
qui en eſt , & qui doit répondre
de tous ceux de ſon Païs , avec
un Seigneur de la Cour , ou un
Officier du Roy , qui eſt comme
le Protecteur particulier de la
Nation . C'eſt à ce Seigneur , ou
Officier , que doit s'adreſſer ce
Chef , foit pour les Requeſtes
qu'il veut preſenter au Prince ,
GALANT. 209
foit pour les Affaires du Commerce,
D'ailleurs , les Canaux
que forment la Riviere , partageant
la Ville en pluſieurs Iſles,
on a ſoin de placer chaque Nation
en quelque Ifle ou Quartier
ſeparé , ce qui empeſche les diferens
qu'excite ſouvent le mélange
des Nations qui ont des
antipaties naturelles. On oblige
encore tous les Etrangers qui
s'établiſſent à Siam , de renouveller
tous les ans le Serment de
fidelité qu'ils jurent au Roy. Le
jourde cette cerémonie eſt ſo
lemnel. Tous les Officiers de la
Couronne y affiſtent. Le Roy
monté ſur un Trône reçoit ce
Serment , que chacun luy preſte
ſelon fon rang ; aprés quoy on
leur donne à boire d'une Eau
qu'ils nomment.Eau de jurement
Ils l'eſtiment Sainte. Les Sacri
210 MERCURE
ficateurs des Idoles qui la préparent
avec des cerémonies remplies
de ſuperſtition, tiennent la
pointe d'une Epée dans cette
Eau,& lancent pluſieurs imprécations
contre les Parjures, dans
la croyance que s'ils ne promettent
pas fidelité avec un coeur
fincere , ils en feront ſuffoquez
dés le meſme inſtant.
Il n'y a point de Païs où l'exercice
de toutes fortesdeReligions
ſoit plus permis qu'à Siam Cette
liberté attire un grand nombre
d'Etrangers, dont le ſejours eſt
avantageux aux Siamois pour le
commerce. D'ailleurs ils tiennent
que toute Religion eſt bonne,&
ainſi ils ne ſe montrent contraires
à aucune , pourvû qu'elle
puiſſe ſubſiſter avec les Loix du
Gouvernement. Ils diſentque le
Ciel eſt comme un grand Palais,
GALAN T. 211
où pluſieurs chemins vont aboutir,
& qu'il feroit difficile de dé
terminer quel eſt le meilleur,
Come ils croyent la pluralité des
Dieux , ils ajoûtent qu'eſtant
tous de grands Seigneurs , ils
exigent divers,cultes , & veulent
eſtre honorez en pluſieurs
manieres . Cette indiférence eft
cauſe qu'il eſt malaiſé de les
convertir. En avoüant que la
Religion des Chrétiens eſt bonne,
ils prétendent que c'eſt eſtre
témeraire , que de rejetter les
autres ; & que puis qu'elle ont
toutes pour but d'honorer les
Dieux, il y a ſujet de croire
qu'ils s'en contentent. Ils ont des
Idoles en grand nombre , & leur
figure ne ſurprend pas moins
que leur grandeur. Il y en a fur
un meſme Autel juſqu'à cinquante
ou foixante , de plus de
212 MERCURE
:
2
quarante pieds de haut. Elles
font faites de Brique & de Pierre ,
& dorées par le dehors . Dans les
Maiſons des Sacrificateurs font
des Galeries , où l'on en voit
trois & quatre cens de diférentes
figures , toutes dorées , &
d'un grand éclat. Les Temples
qu'ils bâtiſſent à ces Idoles , font
trés- fomptueux , ſolides & à peu
prés comme nos Egliſes. Les Portes
en font dorées , le dedans eſt
peint , & la lumiere y entre par
des Feneſtres étroites & longues,
priſes dans l'épaiſſeur du mur.
Les Idoles ſont ſur l'Autel , qui
eſt dans le lien le plus éloigné
de la Porte , & auquel on monte
par pluſieurs degrez en Amphitheatre.
Prés de ces Temples
font les Convens des Sacrificateurs
, qui ont leurs Dortoirs &
leurs Cellules , & qui vivent en
commun.
GALANT.
213
commun. Ils ont auſſi leurs Cloîtres
, au milieu deſquels eſt une
Pyramide extrémement haute ,
&toute brillante d'or. La coûtume
eſt de renfermer ſous ces
Ryramides les cendres des grands
Seigneurs. Les Portugais ont
donné le nom de Talapoins à
ces Sacrificateurs ou Religieux ,
qui ſont bien au nombre de trente
mille dans tout le Païs. Leurs
habits qui ſont d'une toile jaune
toute ſimple, ne diférent en rien
de ceux du Peuple pour la figure
, finon qu'au lieu de Caſaque
ils portent comme un Baudrier
de toile rouge, qui va de l'épaule
gauche couvrant l'eſtomac juſqu'au
côté droit. Ils marchent
pieds nus& tefte nuë ,& quoy
qu'ils reçoivent quantité d'aumones
,& que les préſens qu'on
fait aux Idoles d'Etofes , de Ris
Octobre 1684. I
5
214
MERCURE
& de Fruits leur appartiennent,
ils ne font qu'un repas par jour ,
&il ne leur est permis de manger
le foir qu'un peu de Fruit.
Ils preſchent le Peuple , l'inſtruiſent
, & font des offrandes
&des facrifices à leurs Dieux.
Ces facrifices font accompagnez
de Torches de Fleurs , &
de Feux d'Artifice. Entre ces
Talapoins , il y en a qui ſont
ſeulement pour vivre en particulier.
Quelques uns ont des
fonctions qui regardent le Public;
& d'autres qu'on nomme
Sancrats, ont ſoin des Temples,
&de faire obſerver les cerémonies
. Ces derniers qui font les
plus réverez de tous , ſont ſous
la Jurisdiction d'un Sanerat , qui
eſt toûjours un grand Perfonnage.
C'eſt luy qui préſide an
Pagodedu Roy , quieſt àdeux
I
GALANT.
213
lieuës de Siam. Non ſeulement
il eſt reſpecté du Prince , mais
il a l'honneur de s'aſſoir auprés
de luy quand il luy parle , & fe
contente de luy faire une mé.
diocre inclination de teſte. Ces
Preſtres font obligez de garder
la continence; mais comme il leur
eſt permis de quitter la vieReligieuſe
quand ils veulent , ils
n'ont qu'à ſe défaire de leurs
veſtemens de couleur jaune
pour ſe marier. Il y a auſſi proche
des principaux Temples , des
Maiſons de Religieuſes, où ſont
de vieilles Filles raſées,&vétuës
de blanc. Elles paſſent les jours
à prier , & quand la retraite les
ennuye , elles quittent l'habit
blanc. Les Siamois croyent que
l'ame ſurvit le corps . Cela les
oblige à ſonger de leur vivant
aux beſoins de l'autre vie. Ils
I 2
(
216 MERCURE
amaſſent pour cela tout ce qu'ils
peuvent épargner d'argent , le
cachent en quelque lieu retiré;
& comme c'eſt parmy eux un
grand facrilege que de dérober
l'argent des Morts , il ſe perd
par là des ſommes immenfes
qu'on n'oſe chercher. Cette
folle opinion n'eſt pas ſeulement
parmy le Peuple ; les grands Seigneurs
& les Princes ſe pourvoyent
auſſi pour l'avenir , mais
fans cacher leurs Tréſors. Ils
font élever des Pyramides , au
pied deſquelles ils s'enfoüiſſent
l'argent qu'ils ſe refervent , &
les Talapoins veillent à la garde
de ces Pyramides. Les Siamois
ſont fort magnifiques dans
leurs Funérailles , & employent
quelque fois une année entiere
à en faire les préparatifs. Les
Sépulchres ſont environnez de L
GALAN T.
217
pluſieurs Tours quarrées , faites
de bois de Cyprez , & reveſtuës
de Cartes de gros Papier de diférentes
couleurs . Ils mettent
quantité de feux d'artifice an
deſſus des Tours , & tout eſtant
preſt , une partie des Talapoins
ſe rend au lieu des Funérailles ,
tandis que l'autre va querir le
Corps. On l'enferme dans une
Biere ou Quaiſſe d'orée , fur laquelle
s'éleve une Pyramide ,
ornée de divers Ouvrages de
menuiſerie auffi dorée. Quand
le Corps eſt arrivé , on le tire
de la Quaiſſe. On le met ſur le
bucher , autour duquel les Talapoins
font pluſieurs tours ; &
pendant que les flâmes le con->
ſument on fait jouer des feux
d'artifices au ſon de quantité
d'inſtrumens. Le corps eftant,
brûlé , on en amaſſe lescendres,
1
13
218 MERCURE
L
& on la met repoſer ſous la Pyramide.
Les mariages entre les Perfonnes
riches ſe fontavec beaucoup
de magnificence, mais ſans
qu'il y entre aucune cerémonie
de Religion. Les Mariez mertenten
commun une ſomme de
deniers , & ont toûjours la liberté
de ſe ſéparer en partageant
leurs enfans. Ileſt permis
au Mary de prendre autant de
Concubines qu'il veut , & elles
doivent obeïſſance à la premie
re Femme , dont les enfans font
ſeuls héritiers du bien du Pere ,
ceux des concubines n'ayant
preſque rien. Les biens des
Gens de condition ſont ſéparez
en troisparties aprés leur mort .
Les Talapoins en ont une , le
Roy l'autre , & la troifiéme eſt
pour les Enfans. La coûtume
}
GALANT. 219
eſt diferente parmy le peuple.
Les Hommes achetent leurs
Femmes par quelque préſent
qu'ils font aux Peres. Ils ont
meſme libertéde les quitter,mais
les divorces ne ſe font pas ſansde
grandescauſes. Les Enfans partagent
entr'eux également le
biende leur Pere , laiſſant pourtant
ordinairement quelque
choſe de plus à l'Aîné . On les
met dans leur bas âge auprés
desPreſtres & Docteurs , pour
apprendre à lire & à écrire , &
quand leurs études ſont achevées,
il en demeure toûjours
un grand nombre dans laCommunauté
de ces Talapoins.
Il y a beaucoup d'argent à
Siam. Celuy de la principale
Monnoye dont on s'y ſert , &
qu'on apelle Ticals , eſt fort fin,
&d'une figure preſque ronde ,
14
220 MERCURE
marquée au coin du Prince. Les
Ticals valent trente- fept ſols de
noſtre Monnoye. Vn Mayon
vaut la moitié d'un Tical. Vn.
Foüan , la moitié d'un' Mayon ,
& un Sampaya la moitié d'un
Foüan. Ils font ordinairement
leurs comptes par Cattis d'argent.
Chaque Cattis vaut vingt
Tayls , ou cent quarante quatre
livres , le Tayl valant quelque
choſe de plus que ſept francs.
Vous avez trouvé au commencement
de cette Lettre un
excellent Air Bachique . En voicy
un d'une autre nature,
AIR NOUVEAU.C
:
Our avoir dit que je vous aime,
que
Méritois jeunfi cruelfort?
Deviez-vous prononcer ma mort ?
De vostre Arrest la rigueur est extrême
GALANT. 221
:
Ah , du moins un moment daignez
me Secourir.
Je ne demande pas la vie ;
Seulement une fois que je puiffe ,
Sylvie ,
Vous voir,vousparler,& mourir .
Il y a des Perſonnes dont le
mérite eſt ſi connu , & dont les
ſervices ſont ſi récens , que pour
en faire l'éloge , il n'eſt beſoin
quede les nommer. Monfieur le
Comte d'Avaux eſt de ce nombre
. Il a eſté Ambaſſadeur pour
le Roy à Veniſe , puis Plénipotentiaire
à Nimegue , & il eſt
aujourd'huy Ambaſſadeur Extraordinaire
prés des Etats Generaux
des Provinces Unies. Il porte
un Nom que de tres- habiles
Négotiateurs ont déja rendu il
luſtre , & il le ſoûtient tres-dignement.
Le Roy en confide
I'S
222 MERCURE
ه
دنا
ration de ſes ſervices , luy a ac
cordé la ſurvivance de la Charge
de Prevoft & Grand- Maistredes
Ceremonies de ſes Ordres , que
poffede Monfieur le Préſident
de Meſme ſon Frere , & luy a
meſme permis de porter preſenrement
le Cordon Bleu ; ce qui
eſt une grace particuliere,& qui
ne s'accorde point , n'érans pa
même permis à ceux qui ont eu
des Charges dans l'Ordre , de ſe
reſerver le Cordon ,& de le porter
aprés les avoir venduës ; ce
qui ſe pratiquoit autrefois.
Cette Saiſon a eſté fatale aux
Gens de Lettres. Monfieur de
Cordemoy , ancien Avocat au
Parlement, eft mort icy le 15.de
ce mois , âgé de 5.8 . ans. Aprés
avoir paru long - temps avec
avantage dans le Bareau , il fut
attiré auprés de Monſeigneur le
GALANT.
223
Dauphin par Monfieur l'Evefque
de Meaux ſon Precepteur,
qui avoit remarqué en luy mille
qualitez utiles à l'éducation de
ce jeune Prince , dont il fut fait
Lecteur en 1670. En ſuite Meffieurs
de l'Academie Françoiſe
le choiſirent pour eſtre l'un des
Quarante de cette illuſtre Compagnie
, dans laquelle il fut reçû
en 1675. avec Monfieur Roſe,
Secretaire du Cabinet ,& aujourd'huy
Preſident en la Chambre
des Comptes. Il a merité l'approbation
& l'amitié des plus
honneſtes Gens , & par les Ouvrages
qu'il a donnez au Public,
& par la capacité qu'il a fait
voir en pluſieurs occafions conſiderables.
Il ſçavoit toutes les
Philoſophies nouvelles , & en
avoit fait imprimer quelques
Traitez . Il avoit beaucoup de
16
224 MERCURE
probité,le gouft delicat ; & quelque
matiere qu'on luy propoſaſt,
il parloit ſur le champ avec une
netteté & une facilité merveilleuſe.
Il avoit entreprisun grand
Travail , dont on profitera aprés
ſa mort ; mais cet Ouvrage , qui
demandoitun Home auſſi éclairéque
luy, en conſervant famé.
moire éternellement , fera τοῦ
Jours ſouvenir de la perte qu'on
afaite. C'eſt l'Hiſtoire des deux
premieres Races de nos Roys , en
deux Volumes in folio, qu'il eſperoit
preſenter à Sa Majesté le
premier jour de l'année prochaine.
Elle eſt faite avec grand ſoin,
&digne de fon Autheur. C'eſt
tout ce qu'on en peut dire de
plus fort. Le premier Volume eſt
preſt,le ſecond eſt ſous la Preſſe.
Monfieur Vareſe, commis à la
garde de la BibliothequeduRoy,
1
GALANT.
225
a eſté du nombre des Perſonnes
diſtinguées qui font mortes ce
mois- cy. C'eſtoit un Homme
extrémement appliqué ; il eſt
mort d'une inanition cauſée par
le travail exceffif: Il avoit une
grande honneſteté pour tous
ceux qui venoient voir la Bibliotheque
, & fur tout pour les
-Etrangers, qui ſe loüoient fort de
fes manieres. Il y a beaucoup de
Pretendans à cette Place, qui ne
peut eſtre remplie que par un
Homme d'une érudition conſommée
, & qui ait une parfaite
connoiffance des Livres .
Le Parlement de Toulouſe a
fait auſſi une grande perte en la
perſonne de Monfieur Ciron,qui
en eſtoit Second Prefident. Il
avoit fuccedé à Monfieur ſon
Pere dans cette Charge, & avoit
herité de la vertu comme de fa
226 MERCURE
dignité, Ils ont vécu l'un & l'autre
avec une probité qu'aucune
action n'a dementie. Le Pere
ayant eſté Avocat General dans
le meſme Parlement, avoit remply
cette Charge avec. grand
honneur en des temps fort difficiles
. Le Fils avoit une forte
penetration d'eſprit , & une folldité
de jugement admirable. Jamais
Juge ne fut plus incorruptible.
L'une de ſes Filles a épousé
Monfieur le Marquis de S. Sulpice,
qui eſt de la Maiſon d'Vfés,
& Coufin germain du Duc de ce
nom . Ce Preſident avoit deux
Freres , dont l'un vit encore dans
des pratiques de vertu qui ferent
d'exemple à tout le monde;
& l'autre qui eſt mort depuis
quelques années en odeur de
ſainteté, fut le principal Amy de
feu Monfieur Eveſque d'Alet,
GALANT.
227
& le premier Directeur de feu
Me le Prince deConty. Comme
je ſçay que vous eſtes des Amies
de Monfieur Boyer de l'Acadé
mie Françoiſe , je vous avertis
que vous luy devez écrire ſur
cette mort , parce qu'il étoit Parent
fort proche de ce Preſident.
La maladiede Monfieur ayant
fait reculer de quelques jours le
Voyage de la Cour pour Chambord,
il n'a pas'eſté filong qu'il
devoit eſtre . La joye de voir le
Roy a efté ſi grande fur toute
cette route,que longtempsavant
le depart de Sa Majesté , les Païfans
travaillerent à élargir & à
applanir les Chemins , & firent
mettre en beaucoup d'endroits
fur les terres relevées . Chemin
Royal. Le Roy s'eſt ſouvent dis
verty à tirer dans le Parc de
Chambord. On y a couru le
:
6
228 MERCURE
Cerf, & forcé les Sangliers à la
courſe ſans Chiens. Les autres
divertiſſemens ont eſté les Apartemens,
le Bal,le Jeu,& la Comedie
Françoiſe. Ils ont recommen
cé à Fontainebleau ; mais les
plaiſirs de la Comediey ont eſté
plus frequens , parce que les Comediens
Italiens ont eu ordre de
s'y rendre . On y a beaucoup
forcé de Sangliers , qui n'ont pas
épargné les Chevaux.
: Vous ferez bien- aiſe de voir
l'Extrait d'une Lettre qui m'a
eſté envoyée de Soiſſons par un
Homme digne de foy.On y trouveroitdequoy
fournir à uneHiftoire
auſſi étenduë qu'eſt celle
de Henriette- Sylvie de Moliere,
ou de l'Héroïne Mouſquetaire.
Ce qu'il y a de ſurprenant, c'eſt
que ce ſeroit avec plus de verité,
quoy que ce fuſt avec moins de
GALANT. 229
vray - ſemblance. Voicy ce que
porte cet Extrait.
Lyaicy une Demoiselle Hollan
Colonel d'un Régiment de Cavalerie
de Monsieurle Prince d'Orange
native d' Amſterdam , âgée de 25 .
ans qui dés fon enfance a eu les inclinations
guerrieres , les ayantfuccées
avec le lait de ſa Nourrice , qui
apresque toûjours porté les armes,
& qui dés l'âge de quatorze ans a
paffé dans les Troupes de Sa Majesté,&
à ſervy an an & demy
dans la Compagnie de Tilladet ,
Colonel des Dragons rouges , une
année dans la Compagnie des Dragons
verds de Roncherolles, trois ans
dans la Compagnie de Bertillac,
en qualité de Volontaire , ſous le
nom du Chevalier ,& qui depuis a
esté Cornette dans la mesme Coin
230 MERCURE
pagnie pendant l'espace de vingtdeux
mois ; qui estant en Garnison
àDoüay , s'est batüe avec un Lieutenant
du Régiment des Granges,
pour une Amourette ,&l'ayant tué
en duet, a esté condamnée àperdre
lateſte , en qualité de Chevalier,
par le Sieur Desbonnets Gouverneur,
laquelle pour lors s'estant fait connoiſtre
Fille , a obtenu ſa Grace du
Roy, Sa Majesté ayant estéinformée
de la nouveauté du fait. Elle s'eft
trouvée à la Bataille de Mont-
Caffel,gagnéepar Monsieur , où
elle eut la cuiffe percé d'un coup de
Mousquet. Elle vint ensuite en
Cour,&fut préſentéeàSa Majesté
àVersailles ily a environ quatre
ans , où elle eut le bonheur d'estre
reconnüe de Monsieur , & d'estre
honorée de la protection du Roy ,&
de celle de la Reyne. Elle vint für
lafin du mois de May dernier en
GALANT. 257
cette Ville, pour se faire instruire
dans la Religion Catholique , par le
Grand- Chantre de la Cathédrale,
Homme d'une probité connüe , àqui
elle avoit autrefois portéuneLettre
en paſſant dans la mesme Ville , &
dans le deſſein de quiter les erreurs
d'Anabatiste , & de se donner à
Dieu. Cependant il luy eft icy arrivé
quelques affaires fâcheuses , qui
mettentfa vie en danger , & qui
font qu'elle a besoin de protection.
Iene doute point que vous n'entendiez
parler de cette Affaire.là àla
Cour; c'est pourquoy je ne vous en
dis pas davantage.
Il eſt à croire qu'on ne perdra
pas une Perſonne dont la vie
eſt ſi ſinguliere, à moins qu'il n'y
ait des raiſons tres fortes , qui
empeſchent de luy pardonner;
&que fi les avis ſont partagez,
comme on affure , on panchera
232
MERCURE
pour elle plutoſt du coſté de la
clémence , que de la rigueur.
Vous me marquez , Madame,
que vous entendez de tous coſté
retentir les loüanges duRoy , non
ſeulement pour avoir remis aux
PaïsBas Eſpagnols pluſieurs millions
qui luy estoient dûs des
Contributions établies par les
Loix de la guerre , mais encore
à cauſe des facilitez qu'il a eu
la bonté d'apporter pour le
payement , afin de faire joüir
la Flandre du repos qu'il a bien
voulu luy donner. Cela vous fait
ſouhaiter ſçavoir de quelle maniere
les choſes ſe ſont paſſées.
C'eſt un éclairciſſement que,
j'aurois eu peine à vous donner,
tout cela eſtant d'une difcuffion
difficile à expliquer, ſi le Mémoi-,
re que je vous envoye ne m'eſtoit
pas tombé entre les mains. Le
GALANT.
233
voicy dans les meſmes termes
qu'on me l'a donné.
A
recevoir la Ratification du Roy
Catholique , qui luy a ešte portée
far Monsieurle Nonce , & paffer
pardeſſus les justes raiſons qu'Elle
avoit eües de la refuser , a fait
déclarer au Baron d'Elval , qu'Elle
envoyeroit inceſſamment ſes ordres
à ceux qui commandent Ses Troupes
qui font restées dans le Païs-
Bas de la Domination Espagnole,
d'en décamper aussi- toſt que les
Communautezdudit Pais auroient,
conformément à ce qui est porté par
le Traité de Tréve , Satisfait en
argent ou en cautions , à ce don't
elles se trouvent redevables de la
Contribution . Mais ledit Baron
d'Elval ayant fait representerà Sa
Alajesté, que lesdites Communau
234
MERCURE
tezSujettes du Roy Son Maistre ,
ne pourroient dans le defordre où
étoient leurs affaires , & pendant
le séjour des Troupes du Roy dans
lePais- Bas Espagnol, trouver l'argent
neceffairepour s'acquiter de ce
qu'elles doivent ou des cautions ref-
Jeantes dans les Terres de fon obeisfance,
qui vouluſſent s'obliger pour
elles; Sa Majesté a trouvébon,pour
donner une derniere marque du defir
qu'Elle a de voir promptement
les Peuples duditPaïs- Bas Espagnol
joüir du repos qu'Elle leur a bien
voulu donner , d'envoyer les ordres
cy - aprés mentionnez à ceux qui
commandent ſes Troupes dans les
Pais-bas Catholiques , & aux Intendans
qui font auprés d'eux.
Premierement , Elle leur ordonne
de feparer les Troupes qu'ils commandent,
auffi toft que les Intendans
chargezde faire le Décompte des
GALANT. 235
Contributions , leur auront certifié
que les Communautez du Pais- Bas
Espagnol aurontfatisfait àce qu'elles
doivent de reste de Contribution,
en l'une des manieres cy aprés expliquées.
Elle ordonne ausdits Intendans
de traiter , toutes affaires ceffantes,
en presence des Intendans du Pass-
Bas Espagnol , commis à cet effet
parle Marquis de Grana au Dé
compte ſuſdit ; en forte que ce que
chaque Province, Châtellenie, Etat
particulier, ou Communauté, devra
de reste,foit liquidé sans perdrede
temps , de recevoir avec la mesme
diligence les Cautions reſſeantes
dans les Terres de Sa Majesté, que
youdront donner lesdites Provinces,
Châtellenies, Etats particuliers , ou
Communautez du Pais-Bas Espagnol;
lesquelles Cautions Sa Majefté
veut bien que l'on n'oblige de
236 MERCURE
faire les payemens que dans les
buit mois prochains également.
Que si lesdites Provinces , Châtellenies
ou Communautez , alleguent
qu'elles ne peuvent trouver
de Cautions pendant qu'elles font
chargées du Logement des Troupes
de Sa Majesté , Elle trouve bon que
lesdits Intendansſe contentent des
Obligations pures & fimples des
Corps qui regiſſent lesdites Provinces,
Châtellenies ou Communautez,
portant promeffe de payer à Sa
Majesté dans les huit mois prochains
également les ſommes dont
lesdits Décomptes les auront rendus
redevables ; & obligation de fournir
dans le dernier jour du mois
prochain , des Cautions reſſeantes
dans les Terres du Roy , qui s'obligent
au payement des ſommes dûës
par lesdites Communautezdans les
Terres marquées cy- delfus ; àfaute
dequoy
GALAN Τ. 237
dequoy lesdites Provinces , Châtellenics
& Communautez , confentiront
à loger de nouveau les Troupes
du Roy ,Sans que ledit Logement,
ny les executions que Sa Majesté
pourra ordonner contre les Provinces
& Communautezdéfaillantes,
puiſſent estre priſe pour un acte
d'hostilité, ou une contravention à
la Tréve ; lesquelles Obligations
ainfi specifiées devront estre ratifiées
par le Gouverneur des Païs-
Bas, lequel confentira ausdites executions
, en cas que lesdites Provinces,
Châtellenies & Communautez ,
manquaffent de fournir les ſuſdites
Cautions.
Si lesdites Provinces , Châtelle-
-nies & Communautez , vouloient
donner des Otages dont la folvabilitéfust
connue ausdits Intendans,
en forte que les Particuliers qui ſe
viendroient rendre dans les Cita-
Octobre 1684. K
238
MERCURE
1
delles qu'on leur affigneroit , fuſſent
capables de payer en leur propre &
privé nom les ſommes pour lesquelles
ils répondroient , Sa Majesté
trouveroit bon que lesdits Otages
fuſſent reçûs , &que l'on s'en contentaſt
, ſans exiger de ſoûmiſſion
desdites Provinces , de fouffrir les
exccutions , ny de confentement du
Gouverneur des Païs bas .
Et comme Sa Majesté n'a remis
aux Peuples desdits Païs- bas de la
Domination Espagnole plus de trois
millionsfix cens mille livres , qu'à
condition que fos Sujets feroient déchargez
de toutes les pretentions
que le Gouverneur des Païs - Bas
Espagnols pourroit avoir contre eux,
fous pretexte des demandes de Contribution
qui leur ont esté faites
parson ordre, l'intention de Sa Majesté
est, qu'avant que les Troupes
Sefeparent les Intendans Espagnols
K
GALANT.
359
fourniſſent à ceux de l'obeiſſance de
Sa Majesté un Acte du Gouverneur
des Païs- bas Espagnols ,par lequel,
au moyen des sommes remises par
Sa Majesté aux Sujets du Roy Son
Maistre,il declare qu'il renonce à
toutes pretentions à la charge des
Sujets du Roy, en forte qu'il ne leur
puiſſe plus eftre rien demandé ſous
pretexte des demandes ou impofitions
qui auront eſté faites fur eux,
à quelque titre ou traité que ceſoit.
Si le Gouverneur des Païs - Bas
Espagnolne profite pas desfacilitez
que Sa Majesté donne , en promettant
qu'au lieu des Cautions reffeantes
dans les Terres de fon obeiſſance,
l'onse contente des Obligationsſuſdites
, desquelles le payementfera
prolongé en huit mois , au lieu des
trois portez par le Traité, les Sujets
du Roy Son Maiſtre ne devront ſe
prendre qu'à luy de l'incommodité
1-
K 2
240 MERCURE
des dommages que la continuation
du fejour des Troupes de Sa
Majesté leur caufera.
rag 29 /imor 20 / 24 πρ
Le6. dece ce mois, les Capucins
de la Province de Paris tinrent
leur Chapitre dans leur Grand
Convent dela Rue Saint Honore
, où le R. P. Louis de Jully ,
Définiteur General de fon Ordre
, fut élû Provincial pour la
troiſtème fois , malgré toutes les
prieres qu'il fit pour empeſcher
que l'on ne jettaſt les yeux fur
luy. Un ſi rare exemple de vertu
nous fait connoiſtre, que plus
on fuit les honneurs & les dignitez
par un veritable ſentiment
d'humilité , plus on eſt juge
digne de les poffeder. Jamais
on n'a veu dans cette Province
uneélection ny plus defirée ny
plus glorieufe , puis qu'il a cu
GALANT. 241
tous les fuffrages avec un'applaudiſſement
general de tous
les Religieux . Le Chapitre gen
néral qui ſe doit bien toſt tenit ,
oblige ce Provincial de faire un
troiſieme voyage à Rome , où
ſon grand merite n'eſt pas moins
connu qu'en France. Les ordres
qu'il a receus il n'y a pas longtemps
du Pape & du Roy , pour,
l'établiſſement d'une nouvelle
Province de Capucins dans la
Champagne, font les glorieux
témoignages de cette venircon
Ilme reſte à vous apprendre
la mort de M' Golo. Sa grandel
habileté àtailler les malades dej
la pierre,l'avoit fait connoistre
non ſeulement dans toutes de
Provinces de France , mais ensl
core dans les Pays Etrangers, pub
il a eſté ſouvent mandé pour les
opérations qui regardojens fode
K 3
242
MERCURE
employ. Il en a fait un grand
nombre de tres heureuſes , &
on l'en a veu ſouvent revenir
chargé de biens & d'honneur.
Je vous envoye un Livre nouveau
, qui eſt du genre de ceux
que je vous ay entendu fouvent
fouhaiter qui devinffent àla mo
de. Vous haillez tous les longs
diſcours qui ne diſent rien dans
la plupart des Hiſtorietes qui
s'impriment ; & ce qui doit vous
plaire en celle- cy, c'eſt que vous
y trouverez bien plus d'actions
que de paroles. Le Tiere qu'on
luy adonné de Dames galantes ,
joint à celuy de La ConfidenceRéciproque
, n'a rien qui ſoit defavantageux
à voſtre Sexe .Ce font
les avantures de deux Femmes
de qualité , 'qui ſe rencontrant
Aux Tuileries aprés une longue
absence , ſe racontent l'une à
X
GALANT. 243
l'autre ce qui leur eſt arrivé depuis
qu'elles ſont ſeparées. La
Nature eſt peinte en tout cela ,
&les Incidens font d'une nature
à perfuader que l'invention
n'y a point de part. Ie ne doute
point qu'aprés avoir lu ce Livre ,
vous ne le vantiez à vos Amis.
Its le trouveront au Palais chez
le S'Blageart , & chez le Sieur
Guillain , fur le Quay des Auguftins.
:
On trouve auſſi chez le meſme
Sieur Blageart La Semaine de
Montalvan , ou les Mariages mal
affortis, en pluſieurs petites Nouvelles
titées du Paratodos de ce
fameux Autheur Eſpagnol.C'eſt
le Sieur Amaulry qui le débite..
Ily a tant de Mariages mal afſortis
dans le monde , que ceux
qui ne vivent pas contens dans
cét état, ferontbien aiſes de voir
K 4
244 MERCURE
1
cét Ouvrage pour ſe conſoler ,
en apprenant qu'ils ne ſont pas
ſeuls à plaindre, & pour profiter
de ce qu'ils fouffrent, en prenant
des routes contraires pour adou--
cir un malheur auquel il n'y a
plus des remedes .
La premiere des deux Enigmes
du dernier mois , dont le mot
eftoit le Peigne de Buis , a eftéexpliquée
par le laloux deMarion
du quartier du Louvre; & la feconde
par Monfieur le Chevalier
de Creil , & par Tamiriſte de
la Rüe de la Cerifaye. Le motde
cette derniere eſtoit le Peigne de
Corne,
Ceux qui ont expliqué toutes
lesdeux dans leur veritable ſens ,
fontMeffieurs Perrier de Roüen ,
Le Roux , Medecin à vitré en
Bretagne ; De l'Hospital , Lieutenant
de la Gabelle , Simon
GALANT. 245
Lobbé , de Mirancourt prés
Noyon ; T. Gaudeloup ; Hariteau
; De Clereville ; Dorats , de
la Porte S. Jacques, Simon Grufle;
Tetard , & Des Portes; Larchat,
& Dublin ; Legerde la verbiſſonne
, Angélique Niarus ;
prieur picard du Courroy ; te
Fevre ; L'Amour , ou l'aimable
Fille Reyne ; Les Ecaliers du Cul
de ſac de Sainte Marine ; L'Amant
fans paffion , de S. Mommers ;
L'Indiferent à l'Anagramme Pri
Sonniere ; La claire Brune , de la
Porte de Vitre en Bretagne ; La
jeune Climene , de la Rüe du
Temple ; La petite priponne de
Tircis d'Auxerre; L'aimable Bergere,
de S. Riquier ; La Femme
ſans regret , du Quay Malaquets;
Vinfenoble de Montalte. En Vers,
Meſdemoiselles de l'Orme, & des
hauts Champs , de Vitré en Bre-
:
K5
1
246 MERCURE
tagne ; Meſſieurs L. Bouchet ,
ancien Curé de Nogent-le- Roy
Rault, de Roüen ; De la Croix R.
L'Epinay Burer , de Vitré;Preaudeau,
Avocat àAuxerre;Carriere,
de Vitré , Liger le jeune ; L'Abbé
d'Octobre ; Giges, du Havre;
Le Rival du Charbonnier de
Reims ; C. Hutuge , d'Orleans ;
Dentgourde , de Tours , Hordé,
de Senlis ; Diéreville , du pontl'Eveſque
; la belle Nourriture,
&la belle Affemblée, du Havre .
Voicy , Madame, les deux Enigmes
ordinaire. On attribüe la premiere à la
Femme d'un Médecin de Champagne,
du Bourg de Vandoeuvre, qui a eu
douze Filles de ſuite en douze couches
,& qui eſt aſſez jeune pour en
avoir encore autant, ſi le Ciel luy continüe
ſa bienheureuſe fecondité; & l'on
me mandeque l'Amat volagedes Bois-
Brunette eſt l'Auteur de la ſeconde.
GALANT. 247
ENIGM. Ε.
1
Mon Pere, loin de me cacher,
Aime à me faire voir quandje dois accoucher;
Mais dans les momens que j'accouche
L'empefche bien qu'on ne me touche ;
M'éloignant autant que je puis ,
On nepeut atteindre où je suis.
و
L'a faiſant un effort , je donne tanaiſſance
Ades Enfans d'une haute apparence.
Ils ont mille agrémens , & chacun de les
voir
Montre avoir l'ame ſi ravie,
Qu'à l'envy l'on voudroit pouvoir
Leurconferver long- temps la vie.
Leur nombre est grand , ils font quelquefois
cent ,
Etd'autres fois, dix fois autant.
AUTRE ENIGME.
T
Leſt des veritex dont l'aveu n'est
I point douxe
4
248 MERCURE
+
De bons Peres , de bonnes Meres
Nous sommes ....quoy , le dirons nous ?
Des Enfans qui nevalonsqueres.
Mais bien que nous ayons peu de grace
d'appas ,
Nos bons Parens nous portent ſur leurs
bras ,
Comme pour nous faire paroiſtre.
S'ils nousfont chers,voicy qui le donne à
connoistre ,
Les quiter unefois ſansaller autrépas
Nous ne te pouvons pas.
7
Dés l'enfance on nous voit avec la Cotte
verte ,
Etpuis la jaune à la fin de nosjours;
Nos Soeurs, qui dans leur temps reparent
nostre porte ,
Ont mesmefort &mesme Cour.
Nous venons au Printemps, comme les
Hyrondelles ,
legéreté plus grande Etla
elles ,
en-nousqu'en
GALANT.
249
Nous contraint de ſuivre en tout teps
Letrain des eſprits inconstans.
Nous enfaiſons du bruit , mais cefont
-no bagatelles ;
Le monde rit des mécontens.
:
Enfin pour nous mieux faire entendre.
Veut- on nous voir ,
prendre ?
vent on nous
Noftre plus grandSéjour est dans les plus
grands bois .
Mais a t- on peur de nous?il nefaut pas
s'y rendre.
Combien vous l'at-on dit defois !
La Chanoinie que Mr le Prince
Guillaume de Furſtemberg poffedoit
dans l'Eglife dee Strasbourg , avant
qu'il en fut Evefque , a eſte reſignée
par ce Prélat , à Mele Prince de Talmont
, Frere de Mr le Duc de la Tremouille.
Cette Chanoinie eſt une des
douze qui obligent ceux qui en jouiffent
à faire les preuves de trente deux
quartiers. Vousjugez bien , Madame,
queMr le Prince de Talmont , eftant
d'uneMaiſon auffi illuftre qu'il eſt
LYON
*
*
250
MERCURE
n'aura aucune peine à les faire. Iene
vous dis rien des avantages de ſa Perfonne,&
de ſes manieres ſi dignes de ſa
naiſſance, cela eſt cõnu de tout le monde.
Quand l'Eveſché de Strasbourg
vient à vaquer, c'eſt parmy ces douze
Chanoines que l'on choiſit un Evefque.
Il y en a beaucoup d'autres dans
la meſmeEglife , mais ils ne ſont pas
obligez à faire des preuves ſi rigoureuſes.
Me le Prince Electoral de Brandebourg,
ayant épouſe Madame la Princeſſe
de Hanover ſans cerémonie, toutes
les choſes qui devoient accompagner
la pompede ce mariage,ne ſe ſont
pas trouvées en état , ainſi je remets
au mois prochain à vous en parler ,
auſſi bien que des affaires de Hongrie,
qui ſont d'une afflez grande importance
, pour meriter qu'on ne vous en
parle que ſur des Mémoites aſſurez ,
& qui demanderoient ſans doute plus
d'étendue que je ne leur en pourrois
donner dans cette Lettre.
!
T
AParis ce 31. Octobre 1684 .
: GALANT. 251

Dans le Mercure de Septembre , entre
le Regiment de Tournefis &de Breſſe
page 236. on a oublié celuy de Foin
qui a esté donné à Mle Marquis de
Blainville , Fils de feu M. Colbert .
Male Marquis de Folleville qui a eu
celuy de Flandre , n'est pas du Pays de
Caux , comme on l'a marqué page 230.
du mesme Mercure , mais Fils de M. le
Sens, Vicomtede Folleville, Lieutenant ,
Genéral des Armées du Roy , & uncien
Gouverneur du Ponteaudemer.
on a Page 79. du mesme Mercure ,
mis que Mr de Beurge a esté ſacré Eveſque
d'une des Provinces du Royaume
de Siam . Ona voulu dire M² de Bourges.
C'est cét illustre & zelé Miſſionaire
, qui accompagna Me l'Evesque de
Beryte ily a vingt ans , lors que l'intérest
dufalut des ames l'appella dans la
Cochinchine e , en Perſe , & aux Indes ,
& qui est preſentement Evesque de Métallopolis.
010
Extrait du Privilege du Roy.
Ar & Privilege du Roy , donné à
Pchaville le 18. Juillet 1683. Signé, Par
le Roy en fon Confeil , JUNQUIERES. Il eſt
permis à I. D. Ecuyer , Sieur de Vizé , de
faire imprimer tous les Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , contenant
pluſieurs Pieces, Relations, Hiſtoires,Avantures,
& autres Ouvrages hiſtoriques , curieux
& galans , pour la fatisfaction de
nôtre cher & tres-amé Fils LE DAUPHIN ;
pendant le temps & eſpace de dix années ,
à compter du jour que chacun deſdirs
Volumes fera achevé d'imprimer pour la
premiere fois : Comme aufli défenſes ſont
faites à tous Libraires , Imprimeurs , Graveurs
& autres , d'imprimer , graver & debiter
ledit Livre ſans le conſentement de
T'Expoſant, ny d'en extraire aucune Piece,ny
Planches ſervant à l'ornement dudit Livre,
mefme d'en vendre ſeparément, &de donner
à lire ledit Livre , le tout à peine de fix
mille livres d'amende contre chacun des
& confifcation des Exemplaires
contrefairs ; ainſi que plus au long
ileft porté audit Privilege.
contrevenans
Registré sur le Livre de la Communauté
le_14. Septembre 1683 .
Vizé a
Signé ANGOT , Syndic.
Et ledit Sieur 1. D. Ecuyer , Sieur de
cedé & tranſporté ſon droit de
Privilege à Thomas Amaulry , Libraire à
Lyon , pour en joüir ſuivant l'accord fait
ontr'eux.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le